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Le Figaro - 31 08 2018

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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO - N° 23 032 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
SPORT
DE QUOI SONT-ILS VRAIMENT MORTS ?
LA MOMIE DE
TOUTANKHAMON
N’A PAS ENCORE LIVRÉ
TOUS SES SECRETS PAGE 23
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
LA CRISE 10 ANS
APRÈS...
La qualité des produits
agricoles se dégrade sous
l’effet du réchauffement
climatique
CARLOS GHOSN
RACONTE UNE
PLONGÉE DANS
L’INCONNU
PAGE 29
JEUX D’ÉTÉ PAGE 20
EXÉCUTIF
Des polémiques
en série
insuffisamment
maîtrisées PAGE 2
Trois présidents de
région s’affichent
ensemble à Châlons
PAGE 4
Parmi les nouvelles mesures
budgétaires annoncées par
Édouard Philippe dans le JDD,
la sous-indexation des pensions de retraite et des allocations familiales par rapport à
l’inflation a déclenché un tollé à droite comme à gauche.
Le député de l’Oise Éric
Woerth considère que les retraités et les familles sont devenus « les variables d’ajustement de la croissance ». Le
ALLEMAGNE
Chemnitz veut
fermer la porte
aux migrants PAGE 8
L’été sans fin
des champions
du monde PAGE 14
AUTOMOBILE
Les nouvelles
normes CO2,
un casse-tête pour
les constructeurs
PAGES 26 ET 27
CHAMPS
LIBRES
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’entretien
avec Daniel Cohen
n
n
PAGE 22
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Après la démission
de Nicolas Hulot, Macron
doit-il procéder à un vaste
remaniement ?
OUI
58 %
N ON
42 %
TOTAL DE VOTANTS : 34 637
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3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@s@d@b@a";
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Êtes-vous choqué par
les propos d’Emmanuel
Macron sur
les « Gaulois réfractaires
au changement » ?
BRIDGEMAN IMAGES/RDA - FRANCK
ODDOUX-UTMB
patron du PS, Olivier Faure,
affirme qu’ils sont « les
grands perdants », et pour le
président du Sénat, Gérard
Larcher, ils sont « les abandonnés du pouvoir politique ».
Selon les experts, un couple
où chacun a une pension de
2 000 euros par mois va perdre 1 440 euros par an. Si chacun gagne 3 000 euros par
mois, le couple perdra
2 160 euros par an. Cette me-
sure est jugée d’autant plus
injuste qu’elle vient s’ajouter
à la hausse, sans compensation, au 1er janvier, de 1,7
point de la CSG, qui a amputé
les pensions des retraités
considérés comme les plus
aisés.
Ce choix budgétaire risque
d’avoir un fort impact politique : les retraités représentent plus d’un tiers du corps
électoral.
è GAUCHE ET DROITE DÉNONCENT LE SORT RÉSERVÉ AUX RETRAITÉS
è UN PUBLIC VISÉ DEPUIS DIX ANS PAR LES ÉCONOMIES è UN EFFET SUBSTANTIEL, AUSSI,
POUR LES ACTIFS è POURQUOI MACRON RESTE INFLEXIBLE PAGES 6, 7 ET L’ÉDITORIAL
Les scientifiques ont découvert une conséquence
inattendue du changement climatique : la hausse du CO2
dans l’atmosphère réduit la qualité nutritionnelle de très
nombreuses plantes cruciales pour notre alimentation,
dont le blé et le riz. Elles sont plus pauvres en minéraux,
protéines et vitamines. Autre mauvaise nouvelle pour
l’agriculture, le réchauffement favorise la prolifération
d’insectes ravageurs dans les régions tempérées. PAGE 13
Prélèvement à la source :
l’exécutif n’exclut plus un report
Rien n’est plus sûr. Le prélèvement à la source, qui devait
devenir effectif en janvier
2019, pourrait bien être repoussé. C’est le chef de l’État
lui-même qui a fait part de
ses hésitations, de Finlande,
où il était en déplacement
jeudi. Alors que le ministre
des Comptes publics, Gérald
Darmanin, assurait encore
mercredi que « les Français
paieront leur impôt à la source,
en janvier 2019 », Emmanuel
Macron n’a pas hésité à le désavouer, jetant un doute sur
le maintien de la mesure. PAGE 2
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
E
Malaise
t à la fin, ce sont les retraités qui
paient… En cherchant comment
boucler son budget 2019, le gouvernement n’a pas fait preuve
d’une grande originalité : il ira
encore piocher dans leurs poches, cette fois
en désindexant leurs pensions de l’inflation. L’an dernier, il les avait gratifiés d’une
hausse de la CSG. Les années précédentes,
ces mêmes retraités avaient subi la suppression de la demi-part des veuves et diverses joyeusetés fiscales, qui avaient déjà
lourdement entamé leur pouvoir d’achat.
Dans un pays en déficit ininterrompu depuis près d’un demi-siècle, croulant sous
une dette de 2 200 milliards d’euros, personne ne conteste la nécessité d’une participation de tous à l’effort national. Les
retraités comme l’ensemble des Français.
D’où vient alors ce malaise, qui s’installe
entre Emmanuel Macron et eux ? D’un sentiment - pas totalement injustifié d’acharnement, que le chef de l’État ne
cherche d’ailleurs pas à dissiper, assumant
son choix de privilégier les actifs à leur détriment, au nom de la solidarité entre générations.
Si la relance de l’économie par le travail paraît difficilement discutable, le parti pris
d’en faire porter un poids surdimensionné
aux retraités l’est beaucoup plus. Que l’on
sache, disposer d’une pension moyenne de
1 361 euros net par mois ne fait pas d’eux les
nantis que l’on décrit. Et puis, faut-il vraiment s’offusquer du fait qu’après avoir cotisé et épargné toute leur vie professionnelle ils bénéficient
d’un niveau de
vie supérieur à
celui d’un jeune
actif ?
Est-il
juste de les rendre plus vulnérables quand, dans les faits, ils n’ont quasiment aucune possibilité de trouver des
revenus complémentaires ?
Ces ponctions surprennent d’autant plus, à
quelques mois d’une réforme des retraites
annoncée comme révolutionnaire mais où
il n’est pas question de reporter l’âge de départ. Plus que tout, elles contrastent avec
l’absence de coupes sérieuses dans les dépenses publiques, toujours promises, sans
cesse repoussées. ■
Les retraités
ont un
sentiment
d’acharnement
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
FOOTBALL
IGOR GONCHARENKO/GIS - STOCK.ADOBE.COM
TURQUIE
PAGE 10
Entre Macron
et les retraités,
le grand divorce
En annonçant que les pensions progresseront moins
vite que l’inflation, le gouvernement renforce
le sentiment d’une mise à contribution inéquitable
des retraités, déjà confrontés à la hausse de la CSG.
DROITE
La crise avec
Washington frappe
les Turcs au
porte-monnaie
ULTRA-TRAIL : LES COURSES
DE L’EXTRÊME RENCONTRENT
UN SUCCÈS PHÉNOMÉNAL PAGE 21
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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
2
POLITIQUE
Cafouillage au sommet
de l’État sur le
prélèvement à la source
Depuis la Finlande, Emmanuel Macron a émis un doute sur
le lancement, en janvier prochain, de cette vaste réforme fiscale.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
EXÉCUTIF Une rentrée qui n’en finit
pas de patiner. Cette fois, à cause d’un
cafouillage au sommet de l’État sur le
sujet hautement inflammable de la fiscalité. Alors que le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin prévenait
sans l’ombre d’un doute, mercredi,
que « les Français paieront leur impôt à
la source en janvier 2019 », voilà que le
chef de l’État le désavoue. Qui plus est
à quelques jours d’un remaniement.
Qui plus est depuis l’étranger, où il
n’est guère protocolaire de traiter des
dossiers franco-français.
Devant le premier ministre finlandais Juha Sipilä, dans un pays qui applique ce système fiscal, Emmanuel
Macron a annoncé qu’il réservait sa
décision. « J’ai besoin d’une série de
réponses très précises, a-t-il déclaré,
et d’être sûr de ce que nos concitoyens
vivront le jour où on le mettra en place
si on le met en place ». Et d’ajouter :
« J’ai plutôt l’intention de conduire
cette réforme à son terme, mais j’ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore, avant de donner une
directive finale ».
“
J’ai besoin d’une série
de réponses
très précises
EMMANUEL MACRON
« la semaine prochaine de […] démontrer et remontrer à quel point la modernisation de l’impôt est quelque chose de
positif qui est d’ailleurs soutenu par
l’ensemble de l’opinion publique ». Dans
la foulée, la direction générale de l’administration fiscale tweete un surprenant message à l’attention du président, qu’elle supprimera ensuite :
« Nous sommes confiants sur le fait que
toutes les réponses à toutes ses questions lui seront apportées et que le calendrier sera tenu », pouvait-on lire
sur les réseaux sociaux. Un message
accompagné du hashtag #gauloispasréfractaire, référence à la sortie du
chef de l’État au Danemark.
À Matignon, on tente de calmer les
esprits. « Il y a d’un côté un président
qui attend des réponses et de l’autre un
ministre qui donne des réponses, minimise un conseiller. C’est une réforme
très sensible. On est donc prudent. Elle a
déjà été repoussée d’un an, il y aura des
rendez-vous en septembre pour faire un
point de l’avancement du chantier. »
Cette réforme, qui concerne 38 millions de foyers fiscaux, avait été lancée
par François Hollande, puis reportée
par Emmanuel Macron à son arrivée au
pouvoir. Il souhaitait alors procéder à
des expérimentations. Une prudence
qui s’exprime à nouveau. « Le président a l’obsession du résultat et veut
éviter les bugs, explique son entourage.
C’est comme s’assurer qu’il y a un coussin à l’arrivée d’un toboggan ».
Le chef de l’État a-t-il voulu envoyer un message spécifique aux chefs
d’entreprise qui expriment leurs inquiétudes (lire ci-dessous) ? Ses propos interviennent, en effet, alors que
le président de la République a fait le
choix d’examiner en priorité le projet
de loi Pacte du ministre de l’Économie
Bruno Le Maire, plutôt que la réforme
constitutionnelle. « Si la croissance
ralentit un peu, raison de plus pour
mettre le turbo sur l’économie et le
train des réformes », argumente le
président du groupe LaREM au Sénat
François Patriat.
Le calendrier offre peut-être une
autre explication. En octobre prochain, les Français bénéficieront d’une
nouvelle vague de baisse des cotisations sociales sur les salaires. Un cadeau fiscal qui va gonfler la rémunération nette des salariés. Mais cet effort
va être moins visible, voire disparaître,
sur les fiches de paie, avec la mise en
place du prélèvement à la source en
janvier 2019. Ce qui peut avoir des
conséquences sur la consommation
des Français et faire perdre le bénéfice
politique de la mesure. À cinq mois des
européennes, l’exécutif hésite à prendre ce risque, d’autant qu’il doit déjà
faire face à la grogne croissante des retraités (lire pages 6 et 7). ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Des polémiques en série
insuffisamment maîtrisées
C
omme le cholestérol, il y a
la bonne et la mauvaise
polémique. Emmanuel
Macron aime les bonnes
polémiques, celles qui bousculent
les tabous et lui permettent de faire
avancer sa « transformation » du
pays. Mais en vingt-quatre heures,
le chef de l’État a déclenché trois
mauvaises polémiques. De nature
différente mais qui provoquent une
turbulence gênante pour qui entend
maîtriser son action autant
que son expression.
Ces fameux « Gaulois réfractaires
au changement », clin d’œil
humoristique, ne méritent pas un
long débat national ! D’autant que,
sur le fond, son constat est
pertinent : la culture de la réforme
est plus développée dans les pays
nordiques que dans les pays latins.
Ce passage de la logique de
la contestation à celui de la
« transformation » est précisément
un de ces défis qu’il entend relever.
Mais il est maladroit de le faire à
l’étranger. Et imprudent de le faire
à un moment où il doit conjurer
plutôt qu’alimenter un procès en
mépris. La montée au créneau de
tous ses opposants est peut-être
disproportionnée mais c’est le jeu
qu’une opposition fasse flèche de
tout bois ; surtout quand on lui tend
la branche. Cette sortie a enfin un
caractère contre-productif car elle
entretient ce sentiment que la France
reste un pays irréformable alors
que Macron devrait au contraire
se vanter de l’avoir déjà fait bouger
substantiellement (Code du travail,
SNCF…). Dans ces nombreuses
”
En France, dans la majorité, c’est la
surprise. « Il n’est pas question que ce
soit reporté, ça fait un an qu’on travaille
avec la direction des finances publiques », réagit le député LaREM Laurent
Saint-Martin, vice-président de la
commission des finances. Cruel hasard
de calendrier, le ministre des Comptes
publics se trouve alors à Pau où, après
un déjeuner avec François Bayrou, il
visite un centre des impôts. Devant
une nuée de caméras, il est lancé dans
son exercice de voltige préféré : prendre le combiné à la volée pour répondre lui-même aux contribuables qui
appellent le fisc.
Le but est de les rassurer sur les évolutions en cours. L’opération de communication se fracasse rapidement sur
les annonces venues de Finlande. Gérald Darmanin doit improviser une réponse à l’extérieur du bâtiment. « J’ai
encore eu le président hier soir et j’ai encore eu un échange ce matin avec monsieur le premier ministre », indique-t-il
devant les micros, sous le regard interloqué d’un groupe de manifestants de
l’administration fiscale.
Visiblement gêné, l’ex-maire de
Tourcoing ajoute qu’il aura l’occasion
phrases macroniennes aux effets
démesurés, un ministre de ses
proches voit cette « part de liberté
qu’il ne veut pas céder et qui le conduit
parfois à en rajouter ».
La nomination de l’écrivain
Philippe Besson au poste de consul
général à Los Angeles a déclenché
des accusations de favoritisme
et de « fait du prince ». « Aucun
copinage » s’est défendu le chef
de l’État, invoquant la nécessité
d’«ouvrir les postes » à des profils
différents. Si effectivement des
écrivains ont obtenu des postes
équivalents, certains (à commencer
par Romain Gary, lointain
prédécesseur de Besson) étaient
d’abord diplomates et d’autres
n’avaient pas forcément signé
un livre plus qu’élogieux sur celui
qui les nommait. Là encore, ce genre
de procès risque d’alimenter
un trouble au moment où Macron
attaque une rentrée
avec une image écornée.
L’enjeu de l’impôt à la source
est évidemment d’un autre ordre.
La demande présidentielle d’une
« clarification » est nécessaire avant
un tel saut. On est dans le domaine
de l’action. Mais l’expression
présidentielle crée une autre
turbulence. La prudence
légitimement exigée du chef de l’État
contraste avec l’assurance
constamment affichée par son
ministre chargé du dossier, Gérald
Darmanin. Elle a aussi un côté
anxiogène car elle recèle la
possibilité d’un report sinon
d’un arrêt de la réforme alors
qu’elle paraît irréversible.
Comme si un pilote voulait vérifier
les réacteurs au moment où l’avion
s’apprête à décoller.
La simultanéité de ces débats
insuffisamment maîtrisés crée
un mélange de confusion et
d’imprécision. Or la confiance, que
Macron doit regagner, suppose
d’organiser et de contrôler les débats
plutôt qu’être ballottés par eux. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
Emmanuel Macron et Juha Sipilä, premier ministre finlandais, jeudi à Helsinki (Finlande).
LEHTIKUVA/REUTERS
La prudence
légitimement
exigée du
chef de l’État
contraste
avec
l’assurance
constamment affichée
par son
ministre
»
Le scénario du report de la réforme qui circule à Matignon et à l’Élysée
A
GUILLAUME GUICHARD £@guillaume_gui
SPOTS télévisés en prime time, lettre du
ministre des Comptes publics, Gérald
Darmanin, aux 38 millions de contribuables… les doutes présidentiels sur le prélèvement à la source, officialisés jeudi, ont
fait dérailler la campagne de communication lancée en cette fin août. « J’ai besoin
d’une série de réponses très précises et
d’être sûr de ce que nos concitoyens vivront
le jour où on mettra [le prélèvement à la
source] en place si on le met en place », a
expliqué Emmanuel Macron, lors de sa visite officielle en Finlande.
« C’est normal que le président de la
République se pose des questions et qu’il
veut s’assurer que tout fonctionne », a
relativisé la députée LaREM Cendra Motin sur BFMTV. Mais en se la posant devant des journalistes à quelques mois de
la mise en place de la réforme, il crée un
doute légitime sur le degré de préparation de l’administration…
Quels éléments peuvent bien alimenter
le doute présidentiel ? Depuis des mois, la
Direction générale des finances publiques
et Gérald Darmanin déminent les difficultés posées par la réforme, les unes après les
autres. « Techniquement, on voit mal un
problème qui n’aurait pas été identifié ou
empêché la campagne de communication,
“
Il ne faudrait pas faire
porter à l’administration
la responsabilité
d’un abandon
de dernière minute
ANNE GUYOT-WELKE,
SOLIDAIRE FINANCES PUBLIQUES
”
estime Nicolas Jacquot, avocat associé
chez Arsène Taxand. Le questionnement ne
peut être que d’ordre politique. »
Une des dernières questions en suspens
concerne les 50 000 employés à domicile
qui gagnent suffisamment pour être sou-
mis à l’impôt sur le revenu. Bercy planche
sur une solution ad hoc, qui pourrait
consister à laisser les nounous payer leur
impôt sur leurs revenus 2019 en trois fois,
fin 2019 - ou, au pire, fin 2020.
« Tout fonctionne et j’aurai l’occasion de
le démontrer [au président et au premier
ministre] lors de notre prochain point » sur
le sujet, a réagi Gérald Darmanin. Son administration est toute aussi certaine que
tout est en place et qu’il ne faut pas reporter la réforme, a-t-elle fait savoir dans un
tweet. « Techniquement, tout est prêt,
confirme Anne Guyot-Welke, porte-parole du premier syndicat de Bercy, Solidaire Finances publiques. Il ne faudrait
donc pas faire porter à l’administration la
responsabilité d’un abandon de dernière
minute ». Du côté des éditeurs des logiciels
de paie, on indique aussi que les derniers
tests réalisés au printemps « ont donné des
résultats rassurants », selon Isabelle Van
Cauwenberge, présidente de l’association
professionnelle du secteur, le SDDS.
Quoi qu’il en soit, reporter la réforme
est techniquement possible si le président
tranche en ce sens. Et beaucoup moins risqué que de l’annuler purement et simplement. En effet, pour la bonne mise en place du prélèvement à la source, 2018 est
une « année blanche », ce qui signifie que
les revenus perçus cette année ne seront
pas imposés. Une annulation pure et simple, à cinq mois de la fin de l’année, risquerait d’être censurée par le conseil
constitutionnel au motif qu’elle serait rétroactive et n’aurait pas laissé suffisamment de temps aux contribuables pour
s’adapter.
La solution consisterait donc à maintenir l’année blanche, tout en décalant la
mise en place du prélèvement de l’impôt
sur les salaires. « Techniquement, c’est tout
à fait faisable », affirme l’avocat fiscaliste
Dominique Villemot. Depuis la dernière
campagne de déclaration de revenu, au
printemps, l’administration fiscale dispose des autorisations de tous les contribuables pour effectuer des prélèvements sur
leur compte bancaire. Il suffit donc de
rendre obligatoire la mensualisation, à la
place du prélèvement sur le salaire, à partir de janvier. Ces versements mensuels
seraient en réalité prélevés au titre de
l’impôt sur les revenus 2019 (et non pas
2018 qui serait sanctifiée en tant qu’année
blanche). La réforme serait alors mise en
place en deux temps, le prélèvement direct sur le salaire intervenant, si l’exécutif
le décidait, en 2020. Cela permettrait au
gouvernement de qualifier sa reculade en
simple report partiel de la réforme.
Au demeurant, cette solution technique, qui circule dans les cercles du pouvoir, ressemble furieusement à la proposition faite dès 2016 par l’actuel président
LR de la commission des finances de l’Assemblée, l’ex-ministre du Budget Éric
Woerth. « On voit mal, si cette solution
était adoptée et qu’elle fonctionne bien, ce
qui pourrait justifier ensuite de prélever
l’impôt sur les salaires et non pas sur les
comptes bancaires », observe Nicolas Jacquot pour qui le report de la réforme reviendrait donc à son quasi-abandon. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Droite : trois présidents de région
s’affichent ensemble à Châlons
Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Jean Rottner inaugureront la foire agricole de la préfecture de la Marne.
partageons l’idée que la droite républicaine doit être ouverte et rassemblée »,
déclarait l’ex-membre de LR qui insiste sur leur « proximité politique » et
leur
« complémentarité ».
«Nous
aurons vocation à travailler davantage
ensemble, en tant que présidents de région, mais aussi à titre politique », appuyait-il encore.
Si Christian Estrosi n’est plus président de la région Paca, il fait aussi partie des interlocuteurs directs de ces
trois présidents de région, et régulièrement cités par eux. Invité à Brives,
en Corrèze, autour de Valérie Pécresse,
où Jean Rottner était aussi présent, le
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
“
PHILIPPE HUGUEN/AFP FORUM
OPPOSITION C’est devenu un lieu incontournable pour les politiques qui
font leur rentrée : la foire agricole de
Châlons-en-Champagne. Cette année,
l’édition sera d’autant plus scrutée que
trois présidents de région de droite,
membres ou non de LR, ont décidé de
s’afficher ensemble vendredi : Valérie
Pécresse
(Île-de-France),
Xavier
Bertrand (Hauts-de-France) et Jean
Rottner (Grand Est). Un « acte symbolique », résume Jean Rottner .
Si les présidents de région avaient
plutôt travaillé chacun de leur côté depuis leur élection, l’heure est désormais
au rassemblement des forces face à un
président « qui n’écoute pas les territoires, n’écoute pas les idées nouvelles »,
pointait Xavier Bertrand dans un message vidéo adressé pour la rentrée de
Valérie Pécresse (lire encadré ci-dessous).
«Pendant toute cette première année,
les présidents de région ont eu le sentiment qu’Emmanuel Macron ne les calculait pas et ne faisaient rien avec eux »,
rebondit la présidente LR de la région
Île-de-France. « Ça a généré une très
grande frustration. Comme sur la réforme de l’apprentissage, alors que nous
avions d’excellents résultats », poursuit
Valérie Pécresse. « Aujourd’hui, il faut
que nous prenions en main les initiatives
pour compenser par le local cette absence
de réponses de l’État », complète Jean
Rottner.
Face à l’exécutif, ces trois présidents
de région ont donc décidé de « jeter des
ponts » entre leurs territoires « et de
dialoguer » pour échanger leurs expériences et multiplier les actions communes en matière de transports,
d’agriculture, de pouvoir d’achat, de
fiscalité ou encore d’emploi. « Il y a une
proximité et une confiance entre nous »,
assure Jean Rottner, « quand on se met
d’accord sur un projet, on sait que ça va
vraiment se faire ».
Une délégation de la région Grand Est
emmenée par la vice-présidente Valérie Debord, est ainsi venue dans les
Hauts-de-France pour s’inspirer des
politiques d’aides à l’emploi mises en
place par Xavier Bertrand. Les deux
présidents de région ont d’ailleurs décidé de passer prochainement 48 heures
ensemble, une journée dans chaque
Les deux présidents de région, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, insistent sur leur « proximité politique » et « leur complémentarité ».
territoire. Sorte de « vis ma vie dans ma
région » ou d’application du proverbe
africain qu’aime citer Xavier Bertrand :
« Si tu veux aller vite, marche seul mais si
tu veux aller loin, marchons ensemble. »
Quant aux présidents de la région
d’Île-de-France et des Hauts-deFrance, qui ont encore échangé par té-
léphone avant la foire de Châlons, les
contacts sont réguliers. « Nous voulons
incarner la politique par la preuve et nos
régions sont autant de laboratoires »,
avance Valérie Pécresse. « Notre
conviction, c’est que si le chef de l’État
échoue, les gens auront besoin d’une
droite des solutions », soutient la prési-
dente de la région Île-de-France « Il
faut rassurer tous les déçus du macronisme et construire une alternance de droite
crédible et non populiste à Emmanuel
Macron. Le jour venu, nous saurons nous
rassembler », parie-t-elle.
Un avis partagé par le président des
Hauts-de-France. « Avec Valérie, nous
Xavier Bertrand très sollicité
En cette rentrée politique, le président
de la région des Hauts-de-France
est très sollicité. À droite comme
au centre. Si Xavier Bertrand,
qui préfère se tenir éloigné des partis,
n’a pas organisé de rentrée pour
son think tank, La Manufacture,
il avait, la semaine dernière, envoyé
un message d’amitié et de soutien
politique à Valérie Pécresse pour
le rassemblement de Libres !
« Avec Valérie, nous partageons
l’idée que la droite républicaine
doit être ouverte et rassemblée »,
indiquait le président de la région
des Hauts-de-France dans un message
vidéo. « J’ai le sentiment que nous
sommes omplémentaires », ajoutait-il
aussi. Ce n’est pas la seule invitation
reçue cet été. Xavier Bertrand avait
aussi été convié par Christian Estrosi
à assister à la rentrée de son parti,
La France audacieuse, le 7 septembre ;
par Jean-Christophe Lagarde,
président de l’UDI, pour l’université
d’été des 7, 8 et 9 septembre ; et par
les anciens élus LR d’Agir, qui ont prévu
leur congrès autour de Franck Riester,
le 16 septembre. Xavier Bertrand ne se
rendra à aucune de ces manifestations,
privilégiant au même moment ses
rendez-vous de président de région.
M. M.
Notre conviction,
c’est que si le chef de l’État
échoue, les gens auront
besoin d’une droite
des solutions
”
VALÉRIE PÉCRESSE,
PRÉSIDENTE DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE
maire de Nice a aussi vu Xavier
Bertrand cet été en tête à tête pendant
ses vacances. Christian Estrosi l’a
d’ailleurs invité à la rentrée de son
parti, La France audacieuse, le 7 septembre… Comme Valérie Pécresse.
Si officiellement l’axe régional n’est
en rien construit contre Laurent
Wauquiez, lui aussi président de région, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse n’ont pourtant pas prévu de
l’associer. Plutôt de tout faire pour s’en
démarquer. Avec respectivement 22%
(+8 points) et 20% (+5 points) de cote
d’avenir, les deux élus devancent
Laurent Wauquiez (14%, +1) dans le
dernier baromètre Kantar Sofrès pour
Le Figaro Magazine.
Les deux présidents de région réfléchissent ainsi à un travail commun de
leurs deux mouvements, la Manufacture pour Xavier Bertrand, et Libres !
pour Valérie Pécresse. « Nos démarches
sont complémentaires », justifie la présidente de Libres! «Si je ne partage pas
son choix d’avoir quitté Les Républicains, nous sommes sur des lignes politiques proches, le gaullisme-social », précise Valérie Pécresse, faisant valoir
entre eux deux « de nombreuses
convergences notamment dans le volet
économique et social ». ■
Le nouveau Wauquiez est arrivé
DÉBIT PLUS LENT, ton posé… le nouveau
Wauquiez est arrivé. Fini les envolées à la
tribune pour marteler une idée. Au mont
Mézenc ou dans les médias, le président
de LR travaille son image pour cette
nouvelle rentrée.
Si l’année dernière, les vents contraires
poussaient le patron du parti à hausser le
ton pour essayer de se faire entendre, en
cette fin août le voilà ragaillardi. Alors
que les difficultés de l’exécutif peuvent
rendent la droite plus audible, le président de LR considère qu’il peut tenir le
même discours qu’il y a un an, sans hausser le ton. « Je n’ai pas l’obsession du
concours de décibels en politique », déclarait-il au Figaro lors de sa rentrée (lire notre édition du 25 août). « Cette obsession, il
l’a même de moins en moins », veut croire
un élu de la direction.
Si Laurent Wauquiez n’entend « rien
renier sur le fond », le président de LR
semble avoir entendu les élus de son
camp, y compris au sein de la direction,
qui lui reprochaient une tonalité
outrancière et clivante. « Le vrai problème, ce n’est pas forcément ce qu’il dit,
c’est l’émetteur », répète l’un de ses
opposants.
Laurent Wauquiez a donc profité de la
coupure estivale « pour s’interroger sur
les petites aspérités inutiles qui donnaient
cette image de rudesse et de dureté inutile
qu’il pouvait avoir », reconnaît un élu
proche. « Il a voulu la corriger car le sujet
de fond, c’est le rassemblement », poursuit-il. « Laurent a saisi que le message de
fermeté passerait d’autant mieux que la
forme serait plus douce », fait-il valoir.
« Une force tranquille »
Le président de LR entend donc poursuivre sur cette tonalité qui rappelle
davantage celle de son passage à
« L’Émission politique » en janvier, que
devant les étudiants de l’EM Lyon un
mois plus tard. « Laurent Wauquiez est
dans une alternative au chef de l’État, pas
uniquement sur le fond, mais aussi dans le
style », décrypte Geoffroy Didier, secrétaire général délégué à la communication. « Il est en train d’incarner une force
tranquille qui contraste avec l’agitation
macronienne, c’est son angle », indiquet-il encore.
Étroitement associée à l’ensemble de
ses décisions, son épouse, Charlotte
Wauquiez, est aussi de plus en plus visible
depuis les régionales en 2015 et la campagne pour la présidence du parti 2017.
« C’est de loin la meilleure partie du
couple », a même pris l’habitude de répéter Laurent Wauquiez en meeting.
Mais en cette rentrée politique, si sa
femme est toujours à ses côtés, ses enfants figurent aussi sur la photo. Comme
au mont Mézenc, la semaine dernière.
« Ce n’était pas stratégique », se défend
l’entourage du président de LR, « il n’y
avait pas la volonté de mettre en avant sa
famille. Si l’événement est politique. Il a
aussi une dimension intime puisqu’il se
passe chez lui ».
Quant au fond, si Wauquiez n’entend
pas bouger sur le régalien ni cesser d’en
parler, il veut désormais de plus en plus
reparler d’économie. « Il a compris qu’il
avait un peu déséquilibré le discours »,
juge un député. « Il va beaucoup reparler
d’économie ces prochaines semaines car il
a compris que tous les Français vont se remettre à l’écouter », relate cet élu.
Alors que les déclarations du viceprésident Guillaume Peltier, réclamant
une hausse du Smic de 20 %, avaient
troublé les élus comme les électeurs LR, le
président du parti entend désormais
MURIEL
PÉNICAUD
Ministre du
A
Travail
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
ALEXIS BREZET - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 2 Septembre 2018 I 12H-13H
Laurent Wauquiez, lors de l’ascension du mont Mézenc, en Haute-Loire,
le 26 août. EMMANUEL FOUDROT/REUTERS
réaffirmer l’ADN d’une droite pro-entreprises et pro-PME, porte-parole des classes moyennes. « La famille politique que je
défends, elle croit au travail, elle croit à
l’emploi, aux entreprises familiales. Il faut
arrêter de leur mettre des boulets au
pied », détaillait Laurent Wauquiez, mercredi, pour son premier déplacement,
dans une entreprise du Val-d’Oise. « Ma
présence ici dans cette rentrée est destinée
à défendre la place de cette France qui travaille, de ces PME », indiquait-il encore
en dénonçant la politique du gouvernement et le report de la baisse des charges
de 4 points espérée par les entreprises.
« Ils n’ont pas compris que ceux qui créent
de l’emploi ce sont ceux qui ont nos PME, et
c’est sur eux qu’il faut miser. Mon devoir
est donc de dire attention », jugeait-il encore… sans hausser le ton.■
M. M.
EN BREF
Le dictionnaire de Juppé
sur Bordeaux
Alain Juppé qui avait dû reporter
son projet de Dictionnaire
amoureux de Bordeaux (Éd. Plon)
faute de temps pendant la primaire,
l’a désormais fini. La parution
est programmée au 18 octobre.
« Parler d’amour, voilà qui tranche
avec la morosité ambiante,
écrit l’auteur. J’ai envie de rendre
à Bordeaux et aux Bordelais(e)s
un peu de ce qu’ils m’ont donné »,
poursuit-il. « C’est dans cette ville,
“ma ville”, que j’ai le sentiment
d’avoir […] fait vraiment changer
les choses », glisse-t-il.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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ON EN FAIT UNE AFFAIRE DE FAMILLE.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
C’est encore une baisse de pouvoir d’achat
pour les retraités après la CSG, et le sentiment pour
eux d’être un peu les abandonnés du pouvoir politique.
À un moment où on s’apprête à parler réforme
des retraites, je ne suis pas certain que ce soit
le meilleur signal GÉRARD LARCHER, PRÉSIDENT DU SÉNAT
»
On ne peut pas dire aux retraités :
vous n’avez qu’à payer pour les
actifs. Ce n’est pas comme ça que ça
marche. La vraie réforme des retraites,
ce n’est pas la baisse des pensions
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
6
»
ERIC WOERTH, PRÉSIDENT LR DE LA COMMISSION DES FINANCES
Gauche et droite
dénoncent le sort
réservé aux retraités
Les oppositions de tous bords condamnent l’atteinte
au pouvoir d’achat des plus anciens, liée à une augmentation
des pensions très inférieure à l’inflation.
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
ET TRISTAN QUINAULT MAUPOIL
£ @tristanQM
EN ANNONÇANT une sous-indexation des
pensions de retraite et des allocations familiales par rapport à l’inflation, le gouvernement vient de souffler sur les braises de
l’opposition. De droite à gauche, plusieurs
voix dénoncent une atteinte « inadmissible » au pouvoir d’achat.
Parmi les nouvelles mesures budgétaires
dévoilées par le premier ministre dimanche, dans le JDD, l’évolution des retraites
prévue pour 2019 et 2020 provoque un
tollé. Les pensions progresseront moins
vite que l’inflation. Elles n’augmenteront
que de 0,3 % pour 2019 et 2020, alors que
l’inflation atteint 2,3 %, en rythme annuel.
Ce choix budgétaire intervient après la
hausse de 1,7 point de la CSG sans compensation, déjà vécue comme une amputation
du pouvoir d’achat des retraités.
Éric Woerth, président LR de la commission des finances à l’Assemblée, y voit non
seulement « un coup de rabot », une décision « incohérente » mais aussi « une
faute ». « Il y a panique à bord et l’on décide
de désindexer les prestations sociales les plus
importantes. Les retraites sont quasi gelées.
Cette perte en valeur est vraiment une baisse
des pensions, bien plus importante que ce que
ce que le gouvernement veut dire », accuse le
député de l’Oise. Les retraités « sont en droit
d’obtenir au moins une indexation sur l’inflation », ajoute-t-il, en reprochant au
gouvernement de considérer les retraités
et la famille comme la « variable d’ajustement de la croissance ». « Ce n’est pas possible. On ne travaille pas comme ça. Je suis
très étonné par cette politique à courte vue »,
sermonne l’ex-ministre du Budget. Pour la
droite, avec ce gouvernement, le pouvoir
d’achat des actifs dépend davantage de
celui des inactifs que des réformes de fond
et de la croissance.
Jeudi matin, sur Europe 1, Laurent
Wauquiez a estimé la perte de pouvoir
d’achat de « 200 à 300 euros supplémentaires cette année ». « Je pense que l’acharnement contre les retraités va trop loin », a
prévenu le président des Républicains,
avant de pointer le « cynisme de cette politique » et une promesse de campagne
d’Emmanuel Macron, non tenue selon lui.
En écho, Lydia Guirous, porte-parole du
parti LR, s’est dite « très inquiète » face aux
« mauvais signaux » envoyés « à nos aînés
mais plus généralement pour la solidarité
nationale, un des fondements de notre système politique », a-t-elle insisté.
Un coup porté
au « modèle social »
Le sénateur Bruno Retailleau perçoit les
orientations économiques du pouvoir
comme le reflet d’une « fascination » du
chef de l’État pour le « modèle anglosaxon ». « Ancré dans l’État providence, il
est en train de remettre en cause deux principes clefs : la solidarité et l’universalité »,
accuse-t-il. Des retraites aux allocations
familiales, « transformées en prestations
sociales », le président du groupe LR au Sénat identifie également un coup porté au
« modèle social » français. « On va dégager
la voie pour un système de retraites par capitalisation. C’est beaucoup plus grave qu’une
seule remise en cause du pouvoir d’achat des
retraités. C’est une déconstruction. On
commence à voir ce vers quoi Emmanuel
Macron veut amener les Français », considère le parlementaire.
Pour sa part, Marine Le Pen a fustigé les
évolutions des APL, allocations familiales
et pensions de retraite. « Le gouvernement
s’enferme dans la spirale vicieuse d’une
fiscalité usurière pour les plus modestes de
nos compatriotes » a protesté la présidente
du Rassemblement national.
À gauche, le premier secrétaire du PS,
Olivier Faure, estime que les retraités
« vont prendre de plein fouet » ces mesures.
Jean-Christophe Cambadélis est monté au
créneau, lui aussi : « Les retraités vont
perdre plus de 6 milliards d’euros l’année
prochaine. L’argument de cette ponction est
quand même difficile à avaler : on taxe les
retraités pour combler les déficits, mais
plus on les taxe plus les déficits augmentent », a condamné le socialiste lors
d’un discours de rentrée, jeudi, à Souchez
(Pas-de-Calais).
Comme l’année dernière, le groupe PS
à l’Assemblée présentera un contrebudget. La députée Valérie Rabault sera à
la manœuvre. Selon ses calculs, la nonindexation des retraites « fera perdre un
demi-mois de retraite sur une année »
aux foyers concernés. « Pourquoi ne pas
revenir sur les cadeaux fiscaux aux plus
riches ? », interroge le sénateur Rachid
Temal. Même question, au PCF : « Il y a
plus d’un million de retraités pauvres
en France. Combien y en aura-t-il en
plus avec ces nouvelles mesures de restriction budgétaire ? », se demande Ian
Brossat.
Enfin, à La France insoumise, on raille la
contrepartie défendue par la majorité
lorsqu’elle propose un reste à charge zéro
sur les lunettes et les appareils auditifs.
« Tous les retraités ne sont pas sourds et
tous n’ont pas les moyens de se payer une
bonne mutuelle. Mais indéniablement, ce
gouvernement est sourd aux réalités des
Français », charge Martine Billard, coordinatrice nationale de LFI. ■
Manifestation de retraités, en septembre 2017, à Paris.
Combien vont perdre les retraités sous l’effet
IMPACT DES MESURES SUR 5 COUPLES
DE RETRAITÉS SELON LE MONTANT
DE LEUR PENSION
A
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
C’EST LA GOUTTE d’eau qui fait déborder le vase ! Mis à contribution
depuis des années, les retraités vont
encore une fois être la variable
d’ajustement des finances publiques.
Édouard Philippe a en effet annoncé
dimanche dernier une sous-indexation des pensions par rapport à l’inflation en 2019 et 2020, provoquant
un tollé dans l’opinion et la classe
politique. Concrètement, les pensions n’augmenteront que de 0,3 %
sur les deux années, soit moins que
l’indice des prix, qui a dépassé cet été
la barre des 2 % en rythme annuel.
Un delta qui créée mécaniquement
une perte de pouvoir d’achat…
Cette mesure est jugée d’autant
plus injuste qu’elle vient s’ajouter à
la hausse, sans compensation, au
1er janvier de 1,7 point de la CSG, qui
a amputé les pensions des 60 %
considérés comme les plus aisés.
Mais c’est surtout le dernier avatar
d’une longue série de décisions qui,
depuis dix ans, rognent un peu plus
le pouvoir d’achat des seniors.
En 2008, la droite (gouvernement Fillon) a ouvert le bal en déci-
période à la différence d’aujourd’hui… sans inflation. Désormais,
les prix repartent à la hausse :
+ 2,3 % sur un an en juillet. « L’impact sera moindre car les prévisions
d’inflation pour 2019 sont plus faibles» , nuance toutefois le député
LaREM Olivier Véran, qui table sur
une inflation de 1,6 % en début
d’année prochaine. Pour autant,
l’indexation des retraites sur les
prix étant inscrite dans la loi de
2003, il faudra la changer si le gouvernement compte ne pas durablement la respecter…
Taxe d’habitation
Concrètement, combien vont perdre les retraités ? « Un couple où
chacun a une pension de 2 000 euros
par mois va perdre 1 440 euros par
an. Si chacun gagne 3 000 euros par
mois, le couple perdra 2 160 euros par
an », calcule Richard Chalier, directeur technique du cabinet Fidroit,
expert en gestion de patrimoine, sur
l’hypothèse d’une inflation à 1,6 %
en 2019. Les retraités aisés sont
d’autant plus touchés qu’ils ne
bénéficieront pas, contrairement
aux retraités modestes, de la suppression de la taxe d’habitation.
1 000 € PAR MOIS CHACUN
Perte annuelle
liée à la hausse
de la CSG
-65 ANS
+65 ANS
- 408 €
0 €***
Impact sur le pouvoir
d’achat de la
désindexation
des pensions
sur l’inflation*
- 312 €
- 312 €
Économie liée
à la suppression
de la taxe
d’habitation**
+ 446 €
+ 446 €
IMPACT TOTAL ANNUEL POUR LE COUPLE
- 274 € + 134 €
*Hypothèse d’un taux d’inflation annuelle de 1,6% en 2019 ** Sur la base d’une TH de 1500 €/an
*** Pas d’effet de la hausse de la CSG grâce à des abattements spéciaux sur le revenu fiscal de référence
Un public visé depuis dix ans par les économies
dant la suppression progressive de
la demi-part veuve. En 2013, la
gauche (équipe Ayrault) a quant à
elle instauré une taxe de 0,3 % sur
les retraites, la Casa, pour financer
la dépendance. À cela s’est ajoutée
en 2014 (Ayrault toujours) la fiscalisation de la majoration de 10 % des
retraités ayant eu au moins trois
enfants, jusqu’alors non imposable.
Sans oublier une décote de 10 % qui
s’appliquera, à partir du 1er janvier
prochain, sur les retraites complémentaires des salariés du privé s’ils
refusent de travailler un an de plus
(y compris quand ils ont toutes
leurs années cotisées).
Les dates de revalorisation des
retraites, vieille ficelle pour économiser quelques mois de dépenses,
ont également été à plusieurs reprises repoussées : de janvier à avril en
2009, d’avril à octobre en 2014 et
enfin, décision du gouvernement
Philippe en 2017, d’octobre 2018 à
janvier 2019. Résultat, en dix ans,
l’État aura économisé au total un an
de revalorisation…
Enfin, les retraités ont déjà supporté trois années successives (de
2013 à 2016) de quasi-gel des retraites sous François Hollande, une
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Le dispositif n’est toutefois pas
calé. Richard Ferrand, le président
du groupe majoritaire à l’Assemblée, a proposé de faire des revalorisations différenciées selon le
niveau de pension, afin d’épargner
les plus modestes. Une idée plus
complexe qu’il n’y paraît. En 2014,
alors que les pensions étaient gelées, le gouvernement Valls avait
été obligé pour parvenir au même
résultat d’accorder une prime exceptionnelle de 40 euros aux retraités gagnant moins de 1 200 euros
brut.
« Différencier les niveaux de revalorisation n’était pas constitutionnel », se rappelle Olivier Véran,
pour qui une mesure similaire cette
année « nécessiterait plusieurs mois
de travail avant d’être mise en place ». Et ne serait donc pas applicable
au 1er janvier, date de la prochaine
revalorisation. « Il faudrait aussi en
mesurer l’impact sur les finances publiques », prévient le député, qui est
aussi rapporteur du budget de la
Sécu et donc soucieux de l’équilibre
des comptes sociaux. « On a
d’autres dépenses à financer et déjà
beaucoup d’économies à réaliser »,
rappelle-t-il. ■
Un effet substan
Les
« retraités
ont
déjà supporté
trois années
successives
(de 2013
à 2016)
de quasi-gel
des retraites
sous
François
Hollande
»
LES RETRAITÉS ne seront pas les
seuls à subir la conséquence d’une
désindexation de leur pension en
2019 et 2020 ! La mesure, annoncée dimanche par Édouard
Philippe et qui a provoqué un tollé
dans l’opinion, aura aussi un
impact… pour les actifs. Et pour
cause : les salaires portés au
compte, c’est-à-dire qui permettront de calculer le montant
de leur pension de retraite au
moment de la liquidation, seront
eux aussi revalorisés, les deux
prochaines années, bien en
dessous de l’inflation. Explications.
Chaque salarié a, schématiquement, un compte retraite individuel. Toutes ses cotisations annuelles y sont reconstituées en
salaire puis enregistrées à leur
valeur du moment. Leur total
forme ce que l’on appelle le « salaire annuel porté au compte ».
Au moment de son départ en retraite, le salarié interroge sa
caisse de retraite qui calcule alors
sa pension en prenant le salaire
annuel moyen des 25 meilleures
années (pour les générations nées
après 1948, moins pour les pré-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
Les grands perdants sont les retraités,
qui vont prendre de plein fouet les mesures
annoncées. […] Voilà une catégorie de Français
qui n’a pas été oubliée par le président, qui a bien
compris qu’il y avait là matière à économies sur
le dos des Français OLIVIER FAURE, PREMIER SECRÉTAIRE DU PS
La ligne de force de notre stratégie
économique, c’est le travail,
et elle ne changera pas.
Je suis convaincu que cette stratégie
donnera des résultats sur le long terme
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
»
BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L’ÉCONOMIE
7
»
Fourquet : « Macron offre
un angle de tir à la droite
contre lui »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHARLES SAPIN £@csapin
Jérôme Fourquet est directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop.
cumulé des mesures annoncées ?
1 500 € PAR MOIS
CHACUN
2 000 € PAR MOIS
CHACUN
- 612 €
- 816 €
3 000 € PAR MOIS
CHACUN
- 1 224
€
- 468 €
- 624 €
- 936 €
+ 818 €
0€
0€
- 262 €
- 1 440 €
- 2 160 €
Source : simulations réalisées pour Le Figaro par le cabinet FIDROIT
Depuis un décret de 1987, les salaires portés au compte sont - sauf
exception - revalorisés en fonction de l’indice des prix, et non
plus en fonction de l’évolution des
salaires. Cette disposition, méconnue mais qui a marqué le vrai
point de départ de la réforme des
retraites en France, a conduit depuis trente ans à une baisse, lente
mais progressive, du taux de remplacement.
«Quand un actif a cotisé
15 000 euros en 1992, 16 000 euros
en 1993 etc., toutes ces sommes sont
revalorisées avec le même coefficient
que celui utilisé pour revaloriser les
retraites. Ce travail est effectué chaque année par la Caisse nationale
“
Lors du premier tour
de la présidentielle, un
retraité sur quatre a voté
Emmanuel Macron. Ce qui
démontre que les retraités
n’étaient pas réfractaires
au chef de l’État
”
composent une large part. Il faut avoir
en tête qu’au premier tour de la présidentielle un électeur de François Fillon
sur deux était retraité. On peut penser
que cette deuxième annonce sur la désindexation des pensions de retraite va
être largement utilisée par l’opposition.
En découlent deux risques importants
pour Emmanuel Macron. Une lourde
sanction dans les urnes lors des européennes de la part de la « droite âgée »,
qui va ainsi exprimer son mécontentement d’être étrillée par le pouvoir en
place. Et d’autre part, l’échec de toute
alliance avec les leaders de la droite
modérée, qui ne pourront pas le justifier devant leur électorat. S’il y a une
cohérence idéologique dans la décision
prise par l’exécutif, compte tenu de
l’orientation politique des retraités, il
obère ses chances de réussite politique
et offre un angle de tir à la droite, qui
pourrait être tentée d’en profiter pour
se réunifier contre lui. ■
On peut
« décider
demain
de faire
autrement.
Ce n’est pas
une règle
intrinsèque
au système.
S’il le veut,
le gouvernement peut
la changer,
mais il faut
un article
de loi
»
UN EXPERT
DES RETRAITES
DÉCRYPTAGE
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
XAVIER BERTRAND, le président
de la région Hauts-de-France,
l’avait prédit dès janvier 2012, un
mois avant l’entrée en campagne de
Nicolas Sarkozy. « Les retraités seront les vaches à lait de tous les prochains présidents, confiait alors celui qui était ministre de l’Emploi et
de la Santé du gouvernement Fillon.
Que ce soit sur la CSG, la dépendance
ou le niveau de leur pension, ils vont
payer le fait d’avoir un niveau de vie
plus élevé que l’ensemble des actifs. »
Et ce, alertait-il à l’époque, « même
s’ils ont une fonction importante de
redistribution intergénérationnelle
au sein de leur famille qui risque d’en
pâtir ». L’avenir, depuis six ans et
demi, lui a donné raison.
Cet argument d’un niveau de vie
supérieur des retraités est totalement assumé par Emmanuel Macron. « Les pauvres d’aujourd’hui
sont souvent moins les retraités que
les jeunes », expliquait-il en août
2017 pour justifier l’absence de
compensation, pour les retraités
touchant plus de 1 200 euros de
pension par mois, de la hausse à venir de 1,7 point de la CSG. « Je leur
demande donc, pour les plus aisés,
un effort », précisait-il encore, pour
« récompenser le travail ».
Sur le papier, les chiffres donnent aujourd’hui raison au président de la République. Les retraités
français figurent en effet parmi les
mieux lotis des pays occidentaux et
leur niveau de vie moyen n’a cessé
de s’améliorer au cours des trois
dernières décennies pour être désormais supérieur, de plus de 6 %,
à celui de l’ensemble des Français.
Régime par répartition
Mais cette situation n’est que temporaire : ce ratio favorable doit
s’effriter à partir de la décennie
2020 et repasser sous le niveau de
vie de l’ensemble des Français
après les années 2030. Selon les
projections du Conseil d’orientation des retraites, le niveau de vie
des retraités devrait, à horizon
2060, être inférieur de 6 % à 17 % à
celui des Français.
Le président s’appuie encore sur
un autre indicateur pour justifier
l’effort demandé aux retraités : leur
taux de pauvreté est passé de 30 %
dans les années 1970 à 8 % en 2015
(et même 4 % pour les seuls 6069 ans), contre 14 % pour l’ensemble de la population et près de 20 %
chez les jeunes. Résultat, le nombre de bénéficiaires du minimum
vieillesse a été divisé par six, passant de 3 millions à l’époque à
moins de 500 000 actuellement.
La dernière raison pour laquelle
Emmanuel Macron reste inflexible
est liée à une forme de malentendu
bien ancré dans l’opinion. Contrairement à ce qu’ils pensent, les retraités n’ont pas cotisé pour leur
propre retraite, mais pour financer
les pensions de leurs prédécesseurs. C’est le principe du régime
par répartition (les actifs payent les
pensions des retraités), auquel les
Français tiennent tant. Ils n’ont
donc pas capitalisé pour leurs
vieux jours, pas plus qu’ils n’ont
droit à un niveau de pension défini.
Leur affiliation au régime des retraites leur donne « simplement »
la garantie de toucher à terme une
prestation dont le montant sera
défini par les règles en vigueur au
moment de son versement. ■
A
Changement législatif
d’assurance vieillesse, explique un
expert. Comme les retraites, les salaires portés au compte de millions
de salariés au régime général et affiliés (MSA, RSI) vont donc être sousvalorisés par rapport à l’inflation
en 2019 et 2020 ».
Un effet de la mesure passé largement inaperçu, mais loin d’être
neutre et confirmé au Figaro par
Olivier Véran, député LaREM de
l’Isère et surtout rapporteur général du budget de la Sécu. « Il est
faux de dire que l’impact sera important, mais il existera, c’est sûr »,
indique-t-il.
Un effet minime donc mais
bien réel. « Mais le gouvernement
peut décider demain de faire
autrement, assure l’expert sur les
retraites. C’est la règle depuis
trente ans mais ce n’est pas une
règle intrinsèque au système. S’il le
veut, le gouvernement peut la
changer, mais il faudra alors un
article de loi. » Il faudrait pour
cela modifier le Code de la
Sécurité sociale, qui impose que
la revalorisation des salaires portés au compte se fonde sur la revalorisation des pensions de
retraite. ■
M.-C. R.
Électoralement, que pèsent
les retraités ? Comment votent-ils ?
Ils pèsent lourd et vont continuer de
peser de plus en plus. Les retraités représentent plus d’un tiers du corps
électoral, c’est-à-dire du nombre total
d’inscrits. En termes de votants, c’est
encore davantage. Cet électorat, très
civique, se mobilise beaucoup plus dans
les urnes que les générations plus jeunes. Dans des élections intermédiaires
où la participation est faible – comme
lors des européennes – le poids des retraités doit encore être surévalué. Or,
collectivement, les retraités se comportent comme des actionnaires individuels de l’« entreprise France ». Ils sont
très attentifs aux dividendes qui leur
Le gouvernement pourrait donc payer,
lors du scrutin de mai prochain,
la hausse de la CSG et sa récente
décision sur les pensions de retraite ?
Lors du premier tour de la présidentielle, un retraité sur quatre a voté Emmanuel Macron. Ce qui démontre que les
retraités n’étaient pas réfractaires au
chef de l’État. Les choses semblent
avoir évolué. Ce qui ne va pas sans poser un problème dans la stratégie du
chef de l’État pour les européennes, qui
était de poursuivre la recomposition
politique en attirant à lui toute une partie de la droite modérée. Pour parler à
cette partie de l’électorat, vous ne pouvez pas vous passer d’une politique sectorielle en faveur des retraités qui en
Pourquoi Macron reste inflexible
tiel, aussi, pour les actifs
cédentes). Pour déterminer le
montant exact de la pension, la
caisse de retraite ne prend pas la
valeur historique des salaires
annuels portés au compte mais
les actualise en leur appliquant
un coefficient de revalorisation
pour chaque année. Or ce coefficient intègre les taux successifs
de revalorisation des pensions
fixés par les pouvoirs publics.
Infographie
LE FIGARO. - Après l’augmentation
de la CSG l’année dernière, l’exécutif
a décidé de désindexer partiellement
les pensions de retraite sur l’inflation.
Les traités sont-ils ciblés
par le gouvernement ?
Jérôme FOURQUET. - Jusqu’à présent,
les réformes des retraites - menées
pour la plupart par la droite - ont fait
porter l’essentiel des efforts sur les actifs. L’idée était de pérenniser un système permettant de soutenir le pouvoir
d’achat des retraités qui laissait à désirer il y a plusieurs décennies. Les statistiques montrent au contraire aujourd’hui qu’en termes de pouvoir d’achat
et de patrimoine la moyenne des retraités est plus aisée que celle des actifs. La
situation s’est totalement inversée. De
manière froide et objective, le gouvernement a décidé de tenir compte de
cette réalité nouvelle, en changeant de
paradigme, et donc en demandant des
efforts spécifiques aux retraités : l’augmentation de la CSG et, désormais, la
désindexation de leurs pensions sur
l’inflation. Pour Emmanuel Macron, les
retraités sont des insiders qui doivent
accepter de faire quelques sacrifices au
profit d’outsiders, les jeunes ou les chômeurs par exemple. Le moment crucial
sera la réforme des retraites en 2019.
sont reversés et soutiennent toutes les
politiques qui sont de nature à assurer la
pérennisation de leur capital comme de
leurs économies.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
8
Migrants : Chemnitz veut « fermer la porte »
L’extrême droite appelait de nouveau à manifester jeudi soir dans cet épicentre de la protestation anti-étrangers.
100 km
SUÈDE
Mer Baltique
Mer du
Nord
Hambourg
ex-RDA
Berlin
POLOGNE
PAYSBAS
Leipzig
Dresde
S ax e
Francfort
Chemnitz
A LLE M A G N E
RÉP.
TCHÈQUE
FRANCE
Munich
SUISSE
AUTRICHE
Infographie
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
ENVOYÉ SPÉCIAL À CHEMNITZ
ALLEMAGNE Des barrières de sécurité
encerclent le Stadion, loin du centreville de Chemnitz. Des policiers, en
nombre, filtrent l’entrée. Les crânes rasés et les lunettes noires ne tentent pas
de franchir le seuil du stade où ce jeudi
soir le ministre président de Saxe, Michael Kretschmer, a prévu de tenir une
réunion publique. Ils ne sont pas là pour
cela. Certains sirotent une bière en attendant le début de la manifestation organisée par « Pro-Chemnitz », le groupe antimigrants qui avait mobilisé
quelque 6 000 personnes lundi pour
dénoncer le meurtre d’un habitant de la
ville par deux réfugiés. L’association
« citoyenne », proche de l’extrême
droite, voulait rééditer l’exploit pour
crier « encore plus fort » sa colère et son
refus d’accueillir des étrangers. Un retraité brandit une pancarte explicite
pour dénoncer « les ânes qui gouvernent » et qui veulent « transformer
Chemnitz en enclave noire ».
Le rendez-vous avait été pris de longue date, mais dans le contexte, il était
périlleux. Les forces de l’ordre
n’avaient pas le droit à l’erreur après le
fiasco de lundi : des échauffourées avec
des militants néonazis avaient provoqué une vingtaine de blessés et déclenché une polémique nationale. À l’intérieur du stade, l’ambiance est plus
calme qu’à l’extérieur mais tout aussi
exacerbée. « Nous voulons des réponses
à nos questions et tout d’abord ce qu’il
sera fait pour la sécurité », commente
une femme.
Une ville sous le choc
Chemnitz ne parvient toujours pas à
comprendre ce qui se passe en son
cœur. Le meurtre de Daniel H, dans la
nuit de samedi à dimanche, suivie des
manifestations antimigrants dimanche
et des affrontements violents de lundi
ont laissé la ville sous le choc. « Normalement il y a plus de gens, plus de vie dans
la rue », expliquait Nicole, de Caritas,
les œuvres catholiques. Avec d’autres
associations, elle tient ce jour-là un
stand consacré pour recruter des aidessoignants. La région vieillissante en
manque cruellement. « On a réfléchi à
annuler l’opération. Je ne veux pas être
entraînée dans une bagarre. En tant que
Caritas, on est dans la ligne de mire des
antimigrants », soupire-t-elle.
Dans les rues hétéroclites du centre
de Chemnitz, où se mêlent le passé
communiste et les centres commerciaux récents, la ville parait Multikulti.
On croise des femmes voilées devant les
brasseries et les restaurants turcs. Eklhas, qui porte son foulard en souriant,
Des manifestants d’extrême droite tiennent, lundi, une banderole portant le slogan « Pas d’entrée pour la terreur » devant une statue de Karl Marx à l’endroit où un homme a été
poignardé dans la nuit du 25 août à Chemnitz, en Allemagne. FILIP SINGER/EPA/MAXPPP
« se sent bien » à Chemnitz où elle vit
avec son époux, Anji, d’origine cubaine. Il a connu Daniel H., décédé le
week-end précédent après avoir été
agressé par deux jeunes réfugiés, l’un
syrien l’autre irakien. « C’était quelqu’un de gentil, je ne comprends pas »,
dit-il.
Personne ne comprend en réalité,
mais personne n’est vraiment d’accord
non plus sur le fond du problème. Là où
Daniel H. a été agressé, les habitants de
Chemnitz ont déposé de fleurs et des
bougies, comme pour la victime d’un
attentat. Ses proches et ses collègues
ont laissé des mots de deuil. D’autres,
des commentaires anonymes : « Il est
remarquable que le fait qu’on manifeste
contre la mort et le meurtre provoque
plus de colère que la mort et le meurtre
lui-même. » Ou bien : « Combien de
morts, de viols, de blessés faudra-t-il
pour qu’on nous protège contre ceux qui
demandent soi-disant une protection ? »
Evelyn n’habite pas Chemnitz, mais
les environs. Cette petite femme de
62 ans, qui touche le chômage en attendant la retraite, est venue se recueillir
sur le lieu de l’agression. « Ça peut arriver partout », commence-t-elle d’une
voix frêle. Il ne faut pas attendre très
longtemps pour qu’elle prenne de l’assurance. « Il y a eu des bandes de jeunes
qui ont voulu provoquer une bagarre »,
raconte-t-elle. « Des jeunes étrangers
attaquent des Allemands. Ce n’est pas
possible », assène-t-elle en « refusant
d’avoir peur ».
À côté d’elle, une jeune femme, Maria, écoute la conversation. Le contact
se noue. « Nous, les Allemands, on ne
doit rien dire, ne pas se défendre, à cause
de notre histoire, dit-elle. On nous a mis
une muselière. Mais nous avons le droit
de nous défendre. » Un attroupement se
forme. Dorothea et Karlheinz ont participé à la marche lundi en hommage à la
victime organisée par le groupe « ProChemnitz » hostiles aux migrants, dont
ils disent cependant ne rien savoir.
« Daniel n’a pas voulu donner son argent. C’est pour cela qu’il a été attaqué.
Il y avait une dizaine de jeunes », explique la retraitée en citant « des sources
sûres ». Sans dire lesquelles. « En tant
que femme, on ne peut plus se promener
la nuit dans les rues, poursuit-elle. Ils ne
respectent pas les femmes. » Martina,
une autre retraitée, sort un gaz au poivre de son sac à main : « J’emporte ça
L’Allemagne s’alarme
d’un « nouveau racisme »
POUR LA PROMOTION de son dernier
livre, OPA hostile, Thilo Sarrazin
n’aurait pas pu rêver meilleur contexte.
Après les échauffourées de Chemnitz,
l’Allemagne s’interroge une nouvelle
fois sur l’intégration des réfugiés et la
défense de son identité. Car dans le brûlot que l’ancien homme politique, qui
est toujours membre officiellement du
SPD, a présenté jeudi, il n’est pas question d’économie, mais de religion :
l’auteur du best-seller L’Allemagne disparaît paru en 2010 s’en prend une nouvelle fois à l’islam, accusé d’être « une
menace » pour la société allemande.
Les critiques de la presse allemande
sont presque unanimes : mêlant religion,
criminalité et taux de natalité, l’ouvrage
ne fait rien d’autre que de sonner la
charge contre les musulmans soupçonnés de vouloir « soumettre » l’Europe. Le
premier éditeur de Thilo Sarrazin, DVA,
a d’ailleurs rejeté le manuscrit en expliquant qu’il ne ferait que « renforcer les
préjugés ». « Ce livre, on en a autant besoin que le départ d’une épidémie d’Ebola », a écrit jeudi le Süddeutsche Zeitung.
Mais il est aussi révélateur d’un climat.
Trois ans après le pic de la crise migratoire, l’Allemagne se fracture au fur
et à mesure qu’une nouvelle xénophobie remplace la « culture d’accueil ».
Cet été, les témoignages du racisme au
quotidien se sont multipliés sur Internet, en écho au mouvement « MeTwo »
(pour « deux cœurs ») lancé par un jeune Allemand d’origine turque, Ali Can.
Il réagissait à la décision du joueur de
football allemand Mesut Özil de quitter
la Mannschaft faute de s’y sentir accepté. Mercredi, l’entraîneur de l’équipe,
Joachim Löw, a répondu à l’accusation
en niant tout racisme au sein de l’équipe
“
La majorité de la société
allemande ne doit plus
ignorer ou minimiser notre
problème de racisme
STEPHAN WEIL, MINISTRE SPD
”
d’Allemagne. La semaine dernière, le
Spiegel racontait cependant que les
joueurs entre eux s’appelaient « Kanak » ou « Patates » suivant leur origine étrangère ou allemande.
Les responsables politiques se sont
saisis du débat sur la xénophobie. « La
majorité de la société allemande ne doit
plus longtemps ignorer ou minimiser notre problème de racisme », a commenté
cet été le ministre-président de BasseSaxe, Stephan Weil, l’un des hommes
forts du SPD. « MeTwo ne montre qu’une
fraction de ce qui se passe », avait observé Armin Laschet, l’un des vice-présidents de la CDU.
Selon un sondage Emnid paru cet été,
57 % des Allemands estiment que le racisme est plus répandu aujourd’hui qu’il
y a dix ans. L’implantation du parti anti-migrants AfD dans le paysage politique a déverrouillé les paroles. Les gros
titres du quotidien Bild, le plus lu du
pays, annonçant depuis des mois « la
vérité sur la criminalité des étrangers » et
s’alarmant des agressions « contre les
Allemands » en sont une illustration.
Le potentiel de violence est fort dans
le pays. Jeudi, un jeune Syrien a été
agressé à coups de chaîne à Wismar en
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le migrant a été roué de coups à terre
« par trois personnes parlant allemand
qui l’ont insulté de manière xénophobe »,
a rapporté la police. Le phénomène n’est
pas isolé : mercredi soir, un Érythréen a
été sévèrement blessé à Sondershausen
en Thuringe. Depuis le début de l’année,
120 réfugiés ont été victimes d’agression. C’est pour l’instant moins que l’an
passé : 300 demandeurs d’asiles avaient
été blessés suite à des attaques à caractère raciste, selon des chiffres du ministère
de l’Intérieur. ■
N. B.
Ecoutez, on est bien ensemble
A
Toute l’actualité de La Solitaire URGO Le Figaro
sur francebleu.fr
désormais avec moi. » Elle ne l’a jamais
utilisé. Elle aussi a manifesté « pacifiquement » pour dire non à l’insécurité,
« là, devant la Tête, là où en 1989 j’ai
manifesté pour la chute du mur », se
souvient-elle en désignant, à une centaine de mètres, l’imposante statue de
Karl Marx. Elle ne demande qu’une
chose « vivre en paix, tranquillement ».
« Trop c’est trop », conviennent-ils
tous. « Il faut fermer la porte, fin de la
partie, réclame Dorothea. On a fait rentrer le loup. » Pour eux, les réfugiés n’en
sont pas vraiment. « Si seulement c’était
de vrais réfugiés, ironise Dorothea. Ils
ont des portables, ils ne veulent pas
d’aide en nature mais que de l’argent. Et
ce ne sont que des hommes ! Ils auraient
laissé leur famille derrière eux ? »
Militants néonazis
Un homme en chemise à carreaux se
joint à la conversation. « C’est notre
État, notre pays. Ce n’est pas être nazi
que de dire cela. » Les images d’étrangers pourchassés dans la rue ne l’ont
pas choqué. « Ces personnes faisaient
des doigts d’honneur. Mais ils vivent de
nos impôts, ce n’est pas normal », dit-il.
« Ils harcèlent les filles dans la rue en leur
disant “niquer, niquer”. » Il s’emporte
contre le fait que, selon lui, les jeunes
filles ne pourraient plus porter de minijupes. « Mais en Allemagne, on pratique
le naturisme ! »
La présence de militants néonazis
lors de la manifestation de lundi ne le
fait pas réagir. « Il y a des idiots partout,
et de chaque côté. Je n’oublie pas les
émeutes du G20 à Hambourg, dit-il en
évoquant les troubles de l’été dernier
provoqués par l’extrême gauche. Lundi,
la manifestation était pacifique. Ce sont
les gauchistes qui ont provoqué les
émeutes. » Discrètement assis sur la
selle de son vélo, Lorenz, 16 ans, les
cheveux bleus, a tout écouté. Il était
dans les manifestations promigrants
lundi. Mais il acquiesce : « Il y a eu des
jets de bouteille de notre côté. »
Personne, dans le petit groupe, ne
justifie la violence. Mais l’atmosphère
s’électrise vite. Un individu aviné s’est
approché des fleurs. Il éructe des insultes. Un autre homme, en polo de sport
et propre sur lui, commence à déverser
un torrent de haine contre la presse
« qui nous fait passer pour des nazis ».
Evelyn tente de le calmer. Il est temps
de partir, la discussion n’ira pas plus
loin. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
INTERNATIONAL
La diplomatie
française à
l’épreuve d’un
monde nouveau
EN BREF
Trump et son avocat
voulaient acheter toutes
les informations d’un tabloïd
Donald Trump et son avocat
personnel de l’époque, Michael
Cohen, avaient l’intention
de se prémunir contre le scandale,
pendant la campagne
présidentielle 2016, en achetant
toutes les informations sur le
magnat new-yorkais détenues
par le tabloïd National Enquirer,
a affirmé jeudi le New York Times.
Ils ne seraient toutefois jamais
allés au bout de leurs intentions,
selon le quotidien.
Le changement des rapports de force
sur l’échiquier mondial a été au cœur
de la conférence des ambassadeurs à Paris.
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
DIPLOMATIE En 2017, un vent chaud
et optimiste avait soufflé sur la traditionnelle conférence des ambassadeurs. Élu trois mois plus tôt, Emmanuel Macron était considéré comme le
capitaine de l’Europe. Arrivé tel un
ouragan à l’Élysée, il opposait sa popularité à la faiblesse de Merkel, son
énergie à l’impuissance britannique
due au Brexit, ses convictions aux fantaisies de Donald Trump. Un an plus
tard, alors que s’achève leur rendezvous annuel, les ambassadeurs s’interrogent sur les adaptations nécessaires
de la diplomatie française au nouvel
ordre mondial. « Quand il n’y a pas
d’ordre international, le seul régulateur,
c’est le respect des promesses et des accords signés. Mais ce monde est en train
de disparaître. De nombreuses puissances ne respectent plus leur parole, nient
les faits ou développent une réalité alternative. Il est difficile de mener une
diplomatie dans ces cas-là », résume
un haut diplomate.
Les efforts diplomatiques d’Emmanuel Macron, qui pourtant « s’entend
bien » avec le président américain, qui
le considère comme un homme fort,
n’ont pas convaincu Donald Trump de
réintégrer les accords sur le nucléaire
iranien et sur le climat. Ils n’ont pas
persuadé Vladimir Poutine de libérer
le cinéaste ukrainien en grève de la
faim Oleg Sentsov ou de changer sa
politique en Syrie. Les élites européennes ont d’abord considéré Donald
Trump comme une parenthèse dans
l’histoire politique américaine, qui ne
manquerait pas de se refermer bientôt.
Elles réalisent aujourd’hui que son
élection n’est pas un accident historique. « 95 % des électeurs de Trump
sont prêts à revoter pour lui. Son élection correspond à des mouvements pro-
Combats meurtriers en Libye
Au moins 27 personnes ont été
tuées et une centaine d’autres
blessées, dont la plupart des civils,
en trois jours de combats entre
milices rivales au sud de Tripoli.
Les combats ont éclaté lundi dans
les banlieues sud de la capitale
libyenne et continué jusqu’à
mercredi soir malgré une trêve
annoncée mardi qui a été violée.
fonds du pays, que nous retrouvons
d’ailleurs en Europe et qui concernent
les frontières, l’immigration, le populisme. Ses décisions vont toutes dans le
même sens : protectionnisme, isolationnisme, nationalisme identitaire. Il est
par ailleurs indifférent aux droits de
l’homme et à la démocratie », constate
un bon connaisseur de la MaisonBlanche. Avant lui, Barack Obama
avait d’ailleurs déjà déclassé la relation
transatlantique au profit de son « pivot
asiatique ».
Ouïgours : l’ONU
en appelle à Pékin
Des experts des Nations unies
se sont inquiétés jeudi
des informations faisant état
de l’internement dans des camps
chinois de dizaines de milliers,
voire d’un million d’Ouïgours,
ethnie musulmane du Xinjiang,
dans l’ouest du pays, et ont appelé
à leur libération immédiate.
Pékin a rejeté ces accusations.
Partout, les modèles
autoritaires poussent
le retour du relativisme
culturel et chassent
les valeurs occidentales
et leur influence
Donald Trump n’est pas le seul obstacle aux ambitions multilatérales de la
diplomatie française, à l’Élysée comme
au Quai d’Orsay. Le modèle trumpien
se reflète comme un miroir en Europe,
de l’Italie à la Hongrie en passant par
la République tchèque ou l’Autriche.
Des deux côtés de l’Atlantique, l’histoire, le passé et les relations d’amitié
cèdent le pas aux rapports de force.
Les règles du multilatéralisme et de la
coopération deviennent l’exception et
non plus la norme. Partout, les modèles autoritaires se targuent d’une plus
grande efficacité, poussent le retour
du relativisme culturel et chassent les
valeurs occidentales et leur influence.
« Les régimes autocrates et dénués de
culture de transparence sont en train de
devenir majoritaires. Le choix de ne discuter qu’avec des démocraties nous mènerait à la marginalisation. Mais on ne
parle pas de la même manière à des autocraties. L’incertitude clairement distillée
9
Des milliers de disparus
au Nigeria
Emmanuel Macron lors de la conférence annuelle des ambassadeurs
et des ambassadrices, le 27 août à l’Élysée. BLONDET ELIOT/ABACA
par Trump modifie l’architecture de sécurité. Il faut nous adapter », explique
un diplomate. Inde, Canada, Australie :
la France se cherche de nouveaux amis,
qui ont en commun d’être des puissances démocratiques et de jouer le jeu du
multilatéralisme. Elle tente d’établir des
rapports de force, consciente qu’avec
les autocrates, le dialogue a ses limites.
Face à une donne de plus en plus complexe qui oppose les forces de repli aux
mouvements plus progressistes, elle
multiplie les initiatives. Comme la
COP21, le Forum sur la paix et ses 80
pays invités à Paris le 11 novembre, prétend dépasser les rivalités entre les États
et favoriser l’émergence d’un nouvel
ordre international.
Mais pour relever ces défis diplomatiques, Emmanuel Macron est plus iso-
La justice israélienne offre
une victoire aux colons
lé qu’en 2017. Dans le monde, il se
heurte à la rébellion des pays non occidentaux, qui considèrent que les
rapports de force ont changé et que
l’ordre international actuel ne leur
convient plus. Et en Europe, il n’a plus
les leviers sur lesquels il comptait. Sa
« refondation » de l’UE n’est pas la
priorité des alliés, qui cèdent les uns
après les autres à la tentation du populisme. Même l’Allemagne a en partie
décroché. Trop longtemps sous-estimé par les démocraties européennes,
le sujet majeur de l’immigration paralyse aujourd’hui les diplomaties européennes, freinant le marathon dans lequel Emmanuel Macron voulait les
entraîner. Et si la question, aujourd’hui, n’était déjà plus de « refonder »
l’Europe, mais de la sauver ? ■
Selon Amnesty International, des
« milliers de personnes », accusées
d’être affiliées à des groupes
indépendantistes ou religieux, ont
disparu dans les geôles nigérianes
ou sont détenues par les services
de renseignement depuis
des années de façon « illégale
et arbitraire ».
Norvège : un ministre
démissionne au profit
de la carrière de sa femme
Le ministre norvégien des
Transports, Ketil Solvik-Olsen,
a annoncé jeudi sa démission pour
donner la priorité, pendant un an,
à la carrière de son épouse
médecin, un geste salué
comme exemplaire pour la parité
hommes-femmes. « Je suis
maintenant arrivé à un carrefour
dans la vie où c’est au tour de ma
femme de poursuivre son rêve.
C’est un accord que nous avions
conclu il y a de nombreuses
années », a-t-il expliqué.
ARTCURIAL
PROCHE-ORIENT Les colons israéliens
ont toutes les raisons de se frotter les
mains. Ils viennent de remporter une
éclatante victoire sur le front juridique.
Un tribunal de Jérusalem a légalisé pour
la première fois une colonie de Cisjordanie Mitzpe Kramim près de Ramallah, où vivent une quarantaine de familles, qui a été construite sur des
terres privées palestiniennes. Le juge a
recouru à un argument inédit en invoquant la « bonne foi » des habitants.
Cette colonie a été établie il y a 19 ans
avec le feu vert des autorités civiles et
militaires israéliennes qui auraient toutefois commis une erreur dans les cartes. Résultat : des Palestiniens qui affirment détenir des titres de propriété en
bonne et due forme ont fait appel à la
Justice. Mais le tribunal les a déboutés
en estimant qu’il n’était pas possible
d’expulser les habitants de la colonie.
Toute la question est de savoir si ce
jugement va pouvoir s’appliquer à plus
de 2 000 logements érigés eux aussi sur
des terres privées palestiniennes. Ayelet
Shaked, la ministre de la Justice, une dirigeante du Foyer Juif, un parti religieux
nationaliste qui milite pour l’annexion
de la plus grande partie de la Cisjordanie
où vivent déjà 400 000 Israéliens, a applaudi à la décision du tribunal. Selon
elle, ce jugement va permettre d’éviter
les images « traumatisantes » qui ont
accompagné dans le passé des évacuations de force de colonies « sauvages »,
c’est-à-dire n’ayant pas obtenu toutes
les autorisations nécessaires des autorités israéliennes.
“
Il est désormais possible
de trouver les moyens de
légaliser ces implantations
afin de permettre
leur croissance
”
AYELET SHAKED,
MINISTRE ISRAÉLIENNE DE LA JUSTICE
« Il est désormais possible de trouver
les moyens de légaliser ces implantations
afin de permettre leur croissance », s’est
félicité la ministre. Elle avait déjà marqué un point important l’an dernier
avec le vote par la Knesset d’une loi
autorisant l’État israélien à légaliser des
colonies établies sur des terrains appartenant à des Palestiniens, moyennant
une compensation financière. Ce texte
qui doit permettre de « blanchir »
quelque 4 000 logements est pour le
moment bloqué à la suite d’un appel à la
Cour suprême qui hésite à trancher. La
plus haute instance judiciaire israélienne va également devoir se prononcer
sur la légalisation de Mitzpe Kramim à
la suite d’appels de Palestiniens.
Difficile de prévoir qui va emporter
cette épreuve de force. Seule certitude :
le gouvernement mais aussi l’opinion
publique selon les sondages penchent
de plus en plus à droite et la Cour suprême est la cible privilégiée d’attaques de
l’exécutif et du Parlement en vue de réduire ses prérogatives et surtout de remettre en cause sa vocation de gardienne sourcilleuse des droits de l’homme.
Cette offensive n’est pas près de se
calmer à l’approche des élections de
l’an prochain. Malgré tout, une partie
de l’opposition de gauche et des ONG
israéliennes hostiles à la colonisation
espèrent que les juges de la Cour suprême auront le courage d’aller à contre-courant. Les Palestiniens de leur
côté assimilent le jugement de Mitzpe
Kramim à un « crime de guerre » et à
un « feu vert donné au vol de nos terres » en espérant, sans se faire trop
d’illusions, un soutien de la communauté internationale. ■
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Un tribunal a légalisé des logements israéliens érigés sur des terrains privés
palestiniens créant un précédent pour 2 000 constructions en Cisjordanie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Le malade turc inquiète l’Europe
L’UE observe de près l’impact de la crise avec Washington et ses répercussions sur la question des migrants.
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
EUROPE La Turquie n’en finit pas d’inquiéter Bruxelles. La livre a perdu 40 % de
sa valeur depuis le début de l’année. Fin
juillet, le taux d’inflation s’envolait à près
de 16 % en rythme annuel. La guerre commerciale entre Washington et Ankara lancée début août par Donald Trump n’a fait
qu’aggraver une situation déjà très préoccupante, à nouveau sanctionnée mardi
soir par Moody’s.
Ce n’est pas encore la panique sur les
marchés financiers ni à la Commission, où
les propos se veulent rassurants à ce stade.
« Nous analysons, nous regardons. Et nous
estimons qu’il n’y a pas beaucoup de conséquences sur l’Europe », confie un responsable. Mais la Turquie, qui s’obstine toujours à ne pas relever ses taux d’intérêt, va
bel et bien droit dans le mur. « Le feu est là.
Il brûle et devient très chaud », s’alarme
Guntram Wolff directeur du think-tank
bruxellois Bruegel.
Alors que le nouveau et contesté ministre des Finances Berat Albayrak, également gendre de Recep Tayyip Erdogan,
vante à l’envi la solidité des banques turques, Paris et Berlin redoutent les conséquences d’un décrochage turc sur les intérêts européens. « C’est un vrai sujet
d’inquiétude, confie un responsable français. Nous sommes face à un pouvoir qui
n’écoute rien ou presque, n’a rien fait pour
redresser son économie et qui est totalement
paranoïaque depuis le coup d’État de
2016 ». Même tonalité à Berlin, au ministère allemand des Finances : « La Turquie
est dans une situation économique difficile.
Beaucoup de choses se combinent et les difficultés ne relèvent pas seulement des sanctions américaines. »
Dans ce contexte, Paris et Berlin multiplient les gestes diplomatiques à l’attention
du pouvoir turc qui, en retour, les accueille
bien volontiers. Berat Albayrak a été reçu
par son homologue français, Bruno Le
Maire, lundi à Paris. Il rencontrera le
21 septembre le ministre allemand des Finances avant le rendez-vous programmé
le 28 septembre entre Angela Merkel et
Recep Tayyip Erdogan à Berlin. Berat Albayrak pourrait également se rendre à
Londres la semaine prochaine.
Le ton d’Ankara vis-à-vis de l’Europe
s’est également considérablement adouci.
« Tactiquement, la Turquie, en crise avec
Washington, se tourne vers l’Europe. Ankara plaide l’aspect stratégique d’une crise
éventuelle et joue sur l’outrage provoqué par
Trump en Europe », analyse Marc Pierini,
ex-ambassadeur de l’Union à Ankara. D’où
quelques - timides - signaux d’ouverture
Les drapeaux turc et européen flottent devant une mosquée à Istanbul, en 2006, rappelant la demande d’adhésion de la Turquie à l’UE.
adressés aux Vingt-Sept ces dernières semaines. Avec notamment la libération récente de deux soldats grecs soupçonnés
d’espionnage et du responsable d’Amnesty
“
Ankara plaide l’aspect
stratégique d’une crise
éventuelle et joue
sur l’outrage provoqué
par Trump en Europe
”
MARC PIERINI, EX-AMBASSADEUR DE L’UE À ANKARA
International en Turquie. D’où aussi ces piqûres de rappel concernant le rôle central
de la Turquie dans la lutte contre le terrorisme et l’accueil des réfugiés syriens.
Car, au-delà des problèmes économiques et financiers, ce sont surtout sur les
enjeux migratoires et sur la lutte contre le
terrorisme que se concentrent les inquié-
tudes européennes. « Le risque, c’est aussi
cela », insiste un dirigeant français. La
Turquie accueille actuellement quelque
3 millions de réfugiés Syriens. « Imaginons
qu’elle décide d’ouvrir ses frontières ! », interroge un proche d’un commissaire européen. « Nous sommes embêtés », ajoute-til un brin pudique.
À neuf mois des élections européennes
et alors que les populismes ne cessent de
gagner du terrain sur le Vieux Continent,
un changement de pied d’Ankara aurait
évidemment des conséquences politiques
redoutables au sein de l’Union. Pas question donc de froisser le pouvoir turc. Un
porte-parole de la Commission résume la
situation ainsi : « D’un côté, la position de la
Commission sur les droits de l’homme reste
la même. De l’autre, nous devons parler de
nos intérêts communs et des préoccupations
que l’on partage dans la lutte contre le terrorisme et la question migratoire. » L’objectif
OSMAN ORSAL/ASSOCIATED PRESS
est donc pour l’heure d’inciter Ankara toujours officiellement candidat à l’adhésion - à mettre enfin en œuvre les réformes économiques et à progresser en matière de droits de l’homme. Deux priorités
rappelées à l’issue du sommet du 26 juin.
Autant dire qu’aucun plan de sauvetage
d’envergure n’est en discussion à Bruxelles. Alors que des rumeurs faisaient état de
réflexions sur le sujet, ni Paris ni Berlin n’y
songent. Paris s’y oppose même catégoriquement. « Hors de question ! », tranchet-on côté français. En Allemagne, où vivent quelque 5 millions de personnes
d’origine turque, le ton est un peu moins
catégorique mais le fond reste le même.
« Nous avons intérêt à une Turquie économiquement stable et prospère. Les autres
questions ne sont pas à l’ordre du jour »,
dit-on au ministre des Finances lorsque la
question d’un soutien financier à la Turquie est posée.
À supposer que l’Union européenne dispose effectivement des outils et mécanismes permettant une aide d’envergure à un
pays non-membre, une telle démarche serait de toute façon très difficile à défendre
auprès des opinions publiques européennes. Sans compter que la Turquie n’aurait
formulé aucune demande allant en ce sens.
« De son entretien téléphonique avec Recep
Tayyip Erdogan, Emmanuel Macron a retiré
la conviction que le président turc souhaitait
gérer seul sa relation avec Washington pour
pouvoir blâmer les États-Unis », confie un
diplomate français. Vu de Bruxelles comme de Berlin, la seule issue serait pour la
Turquie de se résoudre à se tourner vers le
FMI. « À terme, nous n’aurons pas d’autre
solution », prévient un diplomate français.
Un scénario humiliant dont Ankara ne
veut pas entendre parler. Un scénario que
Donald Trump, au contraire, aimerait voir
se concrétiser. ■
La crise avec Washington frappe les Turcs au porte-monnaie
il voulait investir. « L’an dernier, il
m’aurait fallu économiser une semaine
pour amortir les 200 euros de cette tondeuse. Désormais, il me faudrait presque un
mois, se plaint Hasan. Chaque Turc, à son
niveau, souffre des malheurs de la livre. »
Le barbier a une théorie sur la façon de
relever la tête : « Face aux attaques de
l’Amérique, les pays européens devraient
se montrer solidaires de la Turquie, soutient-il. Il n’y a que notre union qui puisse
pousser Trump à cesser ses guerres commerciales. » Erdogan partage-t-il cette
théorie ? Il semble prompt ces temps-ci à
montrer un meilleur visage aux partenaires européens, enchaînant les appels
téléphoniques aux leaders du continent.
En quinze jours, la justice turque a par
ailleurs libéré deux soldats grecs et le
ANNE ANDLAUER
A
À ISTANBUL
ELLE ÉTAIT attendue en début de semaine dernière, juste avant la fête de l’Aïdel-Kébir. Elle viendra peut-être cette semaine, peut-être la suivante ou un peu
après. Qu’elle arrive tôt ou tard, par un
tweet de Donald Trump ou un communiqué de la Maison-Blanche, l’annonce
d’une nouvelle salve de sanctions américaines est perçue comme quasi certaine
du côté d’Ankara. Il y a fort à parier que la
riposte est déjà prête. L’affaire dure depuis plus d’un mois. Furieux que le président Recep Tayyip Erdogan refuse de faire libérer un pasteur américain jugé par
un tribunal d’Izmir pour « terrorisme » et
« espionnage », son homologue Donald
Trump multiplie les ultimatums suivis de
représailles contre son allié de l’Otan.
Mi-août, Washington a doublé les droits
de douane sur l’acier et l’aluminium venant de Turquie. Ankara a riposté en relevant ses taxes sur une vingtaine de produits importés des États-Unis, dont le
tabac et l’alcool.
Quoi qu’il en coûte à l’économie turque
– la livre est en chute libre face au dollar –
Erdogan a juré de ne pas céder. À coups de
menaces et d’invectives, il promet à ses
citoyens de gagner ce qu’il appelle « la
guerre économique ». Les sanctions de
Washington pourraient même « alimenter
le terrorisme et la crise des réfugiés », a
prévenu – sans développer – le ministre
des Finances et gendre du président, Berat Albayrak, à Paris le 27 août. Mais avant
de mettre en péril rien de moins que la
« stabilité régionale » et le « système financier mondial », comme l’a également
avancé le ministre des Finances, la crise
Sur un marché d’Ankara, mi-août. Chez tous les commerçants, les étiquettes gonflent
d’une semaine à l’autre et les clients ont dû restreindre leurs dépenses. ADEM ALTAN/AFP
diplomatique entre Ankara et Washington nuit au pouvoir d’achat des Turcs, qui
assistent, impuissants, à la chute de leur
monnaie et à la détérioration de leur économie. « Je comprends la logique politique
(des contre-représailles), mais ce n’est
pas en ajoutant des taxes sur les produits
américains qu’on fera baisser le coût de la
vie en Turquie », fait remarquer Hasan
Karaman, un barbier d’Istanbul, en maniant avec art un rasoir coupe-chou.
Dans son petit salon, la querelle alimente toutes les conversations. « Bien sûr
qu’il faut riposter, c’est le seul langage que
ce gros dur de Trump comprenne ! » s’emporte Idris, un client, épicier de son état.
« Tu ne comprends pas… Cette histoire va
nous coûter cher, nous importons énormément des États-Unis [12 milliards de dollars en 2017, au 4e rang des importateurs,
NDLR], tempère le barbier. Les ÉtatsUnis sont une superpuissance, ce n’est pas
dans notre intérêt de nous obstiner de cette
façon. Je suis favorable à un compromis. »
Le coiffeur turc raconte que la chute de
la livre face au dollar et à l’euro (plus de
40 % depuis janvier) a déjà des répercussions sur sa vie personnelle et professionnelle. Il avait prévu un voyage en Espagne
à l’automne, il y a renoncé. Il ne commandera pas non plus la tondeuse à cheveux de marque allemande dans laquelle
“
Ce n’est pas en ajoutant
des taxes sur les produits
américains qu’on fera
baisser le coût de la vie
en Turquie
”
HASAN KARAMAN, BARBIER À ISTANBUL
président local d’Amnesty International,
puis autorisé une journaliste allemande
jugée pour « terrorisme » à quitter le
pays, après des mois de blocage dans ces
trois dossiers très suivis du côté de l’UE.
« Il faut vite que les choses se calment »,
espère Ömer Yildiz, un fleuriste dont la
boutique voisine avec le salon du barbier.
Ömer importe presque toutes ses fleurs
des Pays-Bas. « J’ai une livraison par semaine. Et chaque semaine, la facture augmente de quelques dizaines de livres, donc
je dois augmenter mes prix, explique-t-il.
Mes clients qui ont les moyens continuent
d’acheter des fleurs. Pour les autres, c’est
un plaisir dont ils se passent. » Il n’y a pas
que les orchidées. L’indice des prix à la
consommation a grimpé de 16 % en
juillet, un record depuis 2003. Chez tous
les commerçants, les étiquettes gonflent
d’une semaine à l’autre. « Téléphone, essence, médicaments, produits d’entretien… Tout ce qui arrive de l’étranger est en
train de devenir hors de prix. Même les
couches pour bébé sont importées et de plus
en plus chères. Nous avons dû restreindre
nos dépenses », soupire Mehmet Aydin.
Ce père de famille, qui travaille dans un
magasin de téléphonie mobile, dit en
vouloir au gouvernement et à tous ses
prédécesseurs d’avoir « rendu la Turquie
dépendante de l’étranger. Cela fait longtemps que nous aurions dû développer notre industrie ». Les appels au boycott de
produits « made in USA », qui flattent un
sentiment antiaméricain tenace dans la
société turque, n’impressionnent pas non
plus Mehmet. « Qu’est-ce que ça va changer ? demande-t-il. Ce qu’on n’importe
plus des États-Unis, on l’importera de Corée, de Chine, de Russie… »
Chez le barbier Hasan, la discussion
s’anime. Ali, son employé, est inquiet à
l’idée que le prix de ses cigarettes américaines flambe pour de bon. Mais il prend
la nouvelle avec philosophie. « Cette année, mon paquet est déjà passé de 11 à 13 livres [un peu moins de deux euros]. Ça
pourrait être l’occasion d’arrêter de fumer », envisage ce Turc payé au salaire
minimum (1 600 livres). Cette idée ne déplairait pas au chef de l’État : Erdogan
pratique depuis des années une politique
de hausse des taxes pour détourner ses
citoyens du tabac et de l’alcool. ■
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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
En Corse, les paillotes de la discorde
L’État veut éradiquer ces constructions illégales, provoquant des réactions divergentes chez les nationalistes.
ANTOINE GIANNINI £@antoinegiannini
BASTIA
LITTORAL La Corse, ses eaux limpides,
ses plages, ses paillotes plus ou moins légales… La question de leur encadrement
est un grand classique de l’été, mais cette
année, l’État a décidé de taper du poing
sur la table.
Dans la ligne de mire des services de la
préfecture de région : l’occupation illégale du domaine public maritime (DPM)
et les « dérives » qui en découlent. En
juillet, les gendarmes débarquent dans le
secteur très fréquenté de la plage de Palombaggia, à Porto-Vecchio (Corse-duSud), pour verbaliser deux paillotes en
infraction. « L’autorisation d’occupation
temporaire (AOT) du DPM leur a été refusée. Ces plages ne sont désormais plus privatisées », avançait avec fermeté le procureur de la République, Éric Bouillard.
Il n’en fallait pas plus pour provoquer
une levée de boucliers des exploitants de
paillotes et dans le même temps, mettre
en lumière les divisions du camp nationaliste, au pouvoir dans l’île, sur le sujet.
D’un côté, « u cullettivu di i prufissiunali
di u liturali » (collectif des professionnels
du littoral) soutenu par une partie des
élus nationalistes ; de l’autre, les fervents
soutiens du Padduc (Plan d’aménagement et de développement durable de la
Corse), défendu bec et ongles par la majorité régionale.
Les tensions se cristallisent sur les secteurs de Porto-Vecchio et Bonifacio, zones touristiques très prisées. « Il y a une
Les paillotes sur les plages corses sont soumises à une autorisation d’occupation temporaire (AOT).
application très restrictive de la loi par les
services de l’État, déplore Michel Giraschi, porte-parole du collectif, qui porte
aussi une double casquette d’élu indépendantiste à l’Assemblée de Corse.
Nous avons obtenu des autorisations
d’occupations temporaires du domaine
public avant l’entrée en vigueur du Padduc. Nous demandons que cette donnée
soit prise en compte pour apporter des
précisions sur ces problèmes non évoqués
dans les textes. »
Préservation
de l’environnement
Adopté en octobre 2015 par l’Assemblée de
Corse, le Padduc, document central dans
l’île en matière d’aménagement du terri-
R. PALOMBA/ONLY FRANCE/AFP FORUM
toire, se veut un outil de préservation de
l’environnement. Pour autant, « il y a une
réalité sociale, culturelle et économique
autour des paillotes, affirme l’élu. Mais personne ne veut que le littoral soit privatisé ».
À ce sujet, Fabienne Giovannini, conseillère territoriale nationaliste se montre plus
nuancée. Sur les réseaux sociaux, celle-ci
s’interroge : « Une AOT, encore une fois,
Les anciens patrons de la police et
de la gendarmerie seront profs à Sciences Po
L’école veut mieux former les étudiants qui travailleront plus tard sur les questions de sécurité.
JEAN CHICHIZOLA
SÉCURITÉ Une seconde année aussi
brillante que la première. Vendredi, les
quelque soixante étudiants de la spécialité « Sécurité défense » au sein de l’École
d’affaires publiques de Sciences-Po font
leur rentrée. L’an dernier, les élèves ont
bénéficié des cours du général Benoît
Puga, chef d’état-major particulier du
président de la République de 2010 à
2016, et de Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure de 2014 à
2017. Cette année, Frédéric Péchenard et
Denis Favier, grandes figures de la police
et de la gendarmerie, prennent le relais.
Conseiller scientifique de la spécialité
« sécurité et défense » et directeur de la
stratégie et de la communication du
groupe Risk&Co (conseil en sûreté et intelligence stratégique), Guillaume Farde
précise que le cours de Frédéric Péchenard « portera sur les questions de sécurité
en mettant l’accent sur les enjeux de police
judiciaire, nos étudiants ayant souvent une
culture très administrative » et que celui
de Denis Favier sera centré sur « une simulation de la prise de décisions en situation de stress et de crise avec un module
théorique et un exercice pratique ». L’objectif étant d’insister sur la professionnalisation de jeunes qui, demain, travailleront sur ces questions dans le public ou le
privé. Comme l’an dernier, Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l’Intérieur et
premier ministre de François Hollande,
donne par ailleurs un cours magistral sur
la lutte antiterroriste où Jeh Johnson, expatron de la Homeland Security sous
Barack Obama, pourrait faire une apparition.
Une riche expérience de terrain
Frédéric Péchenard et Denis Favier ont
en commun une riche expérience de terrain et l’exercice de hautes fonctions hiérarchiques. Préfet, directeur général de la
police nationale de 2007 à 2012, Frédéric
Péchenard, 61 ans, a occupé les postes les
plus prestigieux de la préfecture de police
de Paris. Ce fils d’avocats est chef de la
section antiterroriste de la brigade criminelle de 1990 à 1991. Puis numéro 2 de la
Frédéric Péchenard, ancien directeur
général de la police nationale, donnera
des cours « en mettant l’accent
sur les enjeux de police judiciaire ».
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
brigade antigang quand, en 1993, « Human Bomb », un déséquilibré, prend en
otages les enfants d’une maternelle de
Neuilly. Pendant les attentats islamistes
de 1995, il est numéro 2 de la Crim avant
d’en prendre la direction en 2000. Il sera
enfin patron de la PJ parisienne de 2006 à
2007. En 2013, Frédéric Péchenard s’engage dans la vie publique. Il est conseiller
de Paris et conseiller régional LR d’Ilede-France, vice-président en charge de
la sécurité.
Général d’armée, ancien directeur général de la gendarmerie nationale, Denis
Favier, 59 ans, est, depuis le 1er octobre
2016, directeur de la sûreté d’un des fleurons de l’économie française, le groupe
Total. Patron du GIGN de 1992 à 1997, il
participa notamment avec ses camarades
à l’assaut de Marignane en 1994, libérant
les passagers d’un Airbus pris en otages
par des islamistes algériens. De nouveau à
la tête d’un GIGN renforcé de 2007 à 2011,
il devient conseiller gendarmerie du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, en
2012, puis DGGN à partir de 2013. Il y vécut notamment les attentats de 2015. ■
est une autorisation temporaire. Tout le
monde le sait bien. Tout le monde connaît les
règles. Pourquoi donc cette montée au créneau “solidaire” des paillotiers et de plusieurs élus vis-à-vis de personnes qui ne
respectent pas ces règles connues de
tous ? » L’autonomiste fait référence au
soutien affiché de plusieurs élus de son
propre bord politique en faveur du collectif. Jean-Christophe Angelini, conseiller
exécutif ou encore Paul-André Colombani, député de la deuxième circonscription
de Corse-du-Sud, en font partie.
Cette position passe mal aux yeux d’une
partie des militants qui conservent en
mémoire que la préservation stricte du
littoral a toujours été le cheval de bataille
du mouvement nationaliste. « Nous voulons simplement discuter avec l’État sur ce
sujet, se défend Paul-André Colombani,
joint par Le Figaro. Il n’est pas question de
modifier la loi Littoral. Nous souhaitons
aussi que les exploitants de paillotes respectent les règles. Le Padduc n’est pas parfait, mais il peut nous aider sur ce thème. Il
n’y a aucune divergence chez les nationalistes », veut croire le député.
Pourtant, la gêne est palpable au sein
même de l’exécutif nationaliste. Pour
l’heure, ni Gilles Simeoni, président de la
collectivité de Corse, ni Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de l’île,
ne se sont exprimés publiquement sur ce
dossier ultrasensible à l’heure où des discussions avec l’État sont annoncées pour
les tout prochains jours. « Ce n’est pas le
tourisme dont nous rêvons », concède tout
de même, désabusé, un proche de l’exécutif nationaliste. ■
ZOOM
Une plainte pour viols
déposée contre l’acteur
Gérard Depardieu
La star du cinéma français est au
cœur d’un scandale. Le parquet
de Paris a été saisi d’une enquête
préliminaire visant Gérard
Depardieu pour « viols et
agressions sexuelles » après une
plainte déposée lundi dans le sud
de la France. « Gérard Depardieu
conteste absolument toute
agression, tout viol », a réagi
son avocat Me Hervé Temime.
La plainte qui vise le célèbre acteur
français de 69 ans avait été
déposée lundi dans le ressort
du parquet d’Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône) qui avait
ouvert l’enquête et s’est dessaisi
mercredi au profit du parquet
de Paris. Les policiers du 3e district
de police judiciaire (DPJ) ont été
chargés des investigations. « Je
regrette le caractère public de cette
procédure qui pose un préjudice
majeur à Gérard Depardieu, dont je
suis convaincu que l’innocence sera
reconnue », a déclaré Me Temime,
appelant à « un maximum de
retenue et de modération dans
le respect du droit de toutes les
parties ». « Une accusation
de ce type, c’est le contraire de
ce qu’il est », assure Me Temime.
Nounous de nuit : de plus en plus de parents séduits
Épuisées, certaines familles font ce choix pour pouvoir se reposer. Une tendance qui susicte les réserves de pédiatres.
A
CLOTILDE COSTIL£@ClotildeCostil
PETITE ENFANCE « Certains parents
nous envoient des mails à trois heures du
matin, au bord de la crise de nerfs. Nous
sommes leur dernier recours », lance
Delphine Cochet, créatrice de Ma Bonne Fée. Depuis 2017, avec son associé,
elle a permis à plusieurs centaines de
familles de passer des nuits plus sereines. Leur créneau ? Les nounous de
nuit. Ces « bonnes fées » interviennent
au domicile de la famille, du soir jusqu’au petit matin, pour soulager des
parents épuisés face aux pleurs de leur
nourrisson qui, lui, n’a pas sommeil.
Ma Bonne Fée mais aussi Bonne Nuit
Maman ou encore Nounou décalée sont
autant d’agences spécialisées qui mettent en relation des parents et des professionnels de la nurserie pour des gardes de nuit. Sur leurs sites aux couleurs
acidulées, elles proposent des presta-
tions facturées entre 18 et 26 euros de
l’heure.
Dès l’accouchement, des professionnels diplômés de la petite enfance, des
assistantes maternelles, auxiliaires de
puériculture ou sages-femmes peuvent
apporter leur aide dans la période épuisante des premières nuits. Les parents
signent avec leur nounou un contrat à
durée déterminée, de deux à quatre
mois en fonction des besoins de la famille, à raison d’une ou deux fois par
semaine, si le bébé est seul ou s’il s’agit
de jumeaux.
Sur chacun de ces sites, les commentaires de parents conquis pleuvent.
D’après Céline, jeune maman de Maxime, les conseils et la présence de Caroline, sage-femme de nuit, étaient indispensables. « Le retour à la maison a été
une véritable épreuve. Outre son aide
pour gérer les nuits du nouveau-né, elle
m’a surtout guidée pour comprendre tout
ce qui se mettait progressivement en pla-
ce dans notre nouvelle vie à trois », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « Sans
elle, je serai devenue folle. »
Schéma familial modifié
Comme Caroline, Justine Jules passe la
plupart de ses nuits au chevet de nouveau-nés depuis une dizaine d’années.
« J’arrive à 20 heures, je rencontre les
parents qui me transmettent les informations de la journée puis je prends le relais
jusqu’à 6 heures du matin. Je m’occupe
d’endormir le nourrisson, de calmer ses
pleurs et de lui donner son biberon. Les
parents peuvent, quant à eux, sortir, vaquer à leurs activités. Mais la plupart du
temps, c’est de repos dont ils ont le plus
besoin », précise-t-elle. Sa clientèle est
composée essentiellement de cadres,
mais aussi beaucoup d’indépendants et
de professions à horaires décalés.
« Nous sommes face à une demande
croissante, surtout depuis la réforme du
Code du travail qui facilite notamment le
travail le dimanche », reconnaît Angela
Jotic, créatrice du site Nounou décalée.
Dans toutes ces familles, les évolutions sociétales, professionnelles et
géographiques ont modifié les schémas
familiaux. « On vit de plus en plus loin
des grands-parents, susceptibles d’apporter une aide pour la garde des enfants. Les femmes obtiennent aussi davantage de postes à responsabilité et
reviennent plus tôt au travail après leur
accouchement, quitte à reprendre leurs
dossiers pendant leur congé maternité.
Elles doivent être sur tous les fronts »,
indique également Delphine Cochet,
codirectrice de Ma Bonne Fée.
Ces gardes de nuit, encore essentiellement cantonnées aux milieux urbains, Paris et d’autres métropoles
françaises, pourraient gagner du terrain dans les prochaines années. En effet, la CAF de Rennes s’est récemment
rapprochée de la plateforme Ma Bonne
Fée, afin de proposer aux jeunes pa-
rents de nouvelles aides. Ces méthodes
fortement développées dans les pays
nordiques, pourraient devenir la norme
en France où les coupes budgétaires se
multiplient en milieux hospitaliers. « Il
devient plus avantageux de laisser les
mères quitter plus tôt la maternité et de
les accompagner par la suite à leur domicile », rapporte Delphine Cochet.
N’en déplaise à certains pédiatres
qui militent pour que les parents gèrent seuls les nuits de leurs enfants.
Brigitte Virey, membre du Syndicat
national des pédiatres français, souligne le côté « déshumanisant » de la
nurserie de nuit. Elle craint d’ailleurs à
terme une perte de repères pour l’enfant. « S’il pleure, c’est qu’il y a une demande. Or, quand les parents délèguent
leur responsabilité, ils nient la signification des pleurs de l’enfant. Cela peut
être considéré comme un abandon si
c’est répété. Cette démarche doit rester
ponctuelle. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
SCIENCES
13
La hausse
du CO2 réduit
l’apport nutritif
des plantes
Des fermiers dans une rizière,
près de Hanoï, au Vietnam.
NGUYEN HUY KHAM/REUTERS
possible repose sur la supposition qu’une
hausse du CO2 entraîne une diminution de
la disponibilité des nutriments dans le sol,
car il pourrait y avoir une compétition
entre des micro-organismes, comme les
bactéries, et les plantes. »
Les pays les plus pauvres seront les
plus touchés : les plus grosses carences
toucheront des populations d’Inde,
d’Asie et de nombreux pays d’Afrique,
notamment subsahariens. Par ailleurs,
une autre étude internationale, publiée
en mai dans Science Advances, estime
que les émissions de CO2 auront égale-
Les scientifiques constatent avec surprise
que les taux élevés de gaz carbonique
réduisent la teneur en minéraux, protéines
et vitamines de très nombreux végétaux.
MARC CHERKI £@mcherki
CLIMAT L’augmentation des émissions
de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, liée aux activités humaines, a des
impacts au-delà de l’effet de serre. Elle
a un effet induit, mesuré depuis quatre
ans, dans nos assiettes. Car la hausse de
la concentration du CO2 dans l’air, qui a
augmenté de 45 % depuis le début de
l’ère industrielle, diminue l’apport en
minéraux, en protéines et peut-être
même en vitamines d’une majorité de
plantes.
En étudiant l’impact de la hausse
attendue du CO2 dans l’atmosphère
jusqu’en 2100, une étude du département de santé publique de l’université
Harvard (États-Unis), publiée dans la
revue Nature Climate Change, estime
qu’il y aura moins d’apports nutritifs de
225 plantes dans plus de 150 pays. De ce
fait, vers 2050, 175 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir
d’une carence en zinc et 122 millions
d’un déficit en protéines. En moyenne,
les plantes contribuent à apporter à
chaque individu 60 % des protéines,
80 % du fer et 70 % du zinc.
« Cette recherche montre clairement
que les décisions que nous prenons
chaque jour, comme la manière de nous
chauffer, ce que nous mangeons, comment nous nous déplaçons et ce que nous
achetons, rendent nos aliments moins
nutritifs et mettent en péril la santé des
populations et des générations futures »,
souligne Samuel Myers, coauteur de la
publication. Dès 2014, dans Nature, le
même chercheur avait été le premier
signataire d’un article international
(avec des chercheurs d’Australie,
d’Israël et du Japon) mettant en garde
contre la diminution d’apport en fer et
en zinc des plantes, à cause de la hausse
du CO2 atmosphérique provoquée par
les activités humaines.
Selon Alain Gojon, directeur de
recherche à l’Inra et responsable de
l’unité mixte de recherche biochimie et
physiologie moléculaire des plantes à
Montpellier, « depuis trois ou quatre
ans, des méta-analyses solides démontrent que cette tendance est globale, quel
que soit le lieu d’étude dans le monde, et
touche la plupart des espèces qui constituent la base de notre alimentation, comme le blé, le riz et la pomme de terre. Ces
différentes plantes ont un type de photosynthèse spécifique, appelée C3 ».
La raison est inconnue, mais le problème est massif et global. Sur un temps
bref, de quelques heures à quelques
jours, la hausse du CO2 atmosphérique a
un effet positif sur la teneur en nutri-
“
Cette tendance
est globale (...) et touche
la plupart des espèces
qui constituent la base
de notre alimentation,
comme le blé, le riz
et la pomme de terre
ALAIN GOJON,
DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’INRA
ments et en protéines des végétaux.
Mais « au-delà de quelques jours, une diminution nette est observée », ajoute
Alain Gojon. Et d’expliquer : « Il y a
deux séries d’hypothèses qui ne font pas
consensus dans la communauté scienti-
fique. La hausse du CO2 dans l’air pourrait avoir un impact négatif sur les mécanismes physiologiques permettant aux
racines des plantes de prélever l’azote, le
fer et le zinc dans le sol. Donc elles en
contiendraient moins. L’autre explication
”
ment un effet sur une diminution de
l’apport en vitamines dans les pays
pauvres dépendants du riz. Dans les
pays riches, le risque est moindre du fait
« d’une alimentation plus riche, plus variée et avec davantage de sources animales que dans les pays en développement »,
précise Matthew Smith, coauteur de
l’article dans Nature Climate Change.
Toutefois, le pire n’est pas certain.
« Certaines plantes comme le maïs, le
sorgho, la canne à sucre, ou certaines espèces appartenant à la famille des légumineuses comme le soja et la luzerne ne
subissent pas cet effet négatif du CO2
atmosphérique élevé », souligne Alain
Gojon. De plus, grâce à la variabilité génétique des plantes, « il existe une possibilité de limiter la menace », affirme le
chercheur français. Par ailleurs, « des
programmes de supplémentation des nutriments pourraient être créés dans des
pays et viser des populations à risque »,
suggère Matthew Smith. Une autre solution, plus radicale, serait de réduire
drastiquement les émissions humaines
de CO2, sans attendre. ■
Le réchauffement va favoriser la progression Les sécheresses réduisent
d’insectes ravageurs de cultures
la capture du carbone
J.-C. MALAUSA / BIOSPHOTO
« Double peine » pour la France
De fait, avec le réchauffement climatique et le transport des marchandises, de
nouveaux insectes ravageurs s’implantent dans des pays devenus plus chauds.
Des chercheurs d’ETH Zurich (Suisse) et
du centre helvétique Agroscope ont modélisé la manière dont les insectes ravageurs de cultures vont se développer dans
le Vieux Continent, en étudiant notamment le cas d’une mouche (Drosophila
suzukii), originaire du Sud-Est asiatique,
repérée pour la première fois en 2008 en
Italie et en Espagne, et qui s’attaque aux
fruits des pommiers.
Outre l’arrivée de ces nouvelles espèces, les auteurs du dernier article dans
Science s’inquiètent surtout de l’accélération de leur métabolisme et de leur
nombre à cause d’une hausse de la tem-
En étudiant les conséquences pour chaque pays, « les zones qui produisent le plus
de grains, en particulier du blé et du maïs,
comme les États-Unis, la France et la
Chine, seront les plus durement touchées »,
ajoute Scott Merrill, coauteur de l’article
dans Science et chercheur à l’université
du Vermont (États-Unis). Et il ajoute que
« la France subira une double peine ». Car
contrairement à la Chine et aux ÉtatsUnis, il n’y a pas (encore !) de zones tropicales dans l’Hexagone !
Mais cette prévision inquiétante, qui
pourrait aggraver l’insécurité alimentaire, n’est pas une fatalité. « L’utilisation
de graines résistantes aux insectes et à la
hausse de la température ainsi que de futures mesures prises par l’Union européenne
pourraient aider l’agriculture en France »,
espère Joshua Tewksbury. ■
M. C.
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
DES MESURES originales par satellite
montrent que les écosystèmes terrestres
capturent moins de CO2 dans l’atmosphère pendant les périodes de sécheresse. Un effet qui entraîne une accélération de la hausse du taux de dioxyde de
carbone dans l’atmosphère pendant les
années sèches. « Le phénomène était déjà
“
C’est la première fois
qu’on mesure cet effet
à l’échelle de la planète
entière
”
VINCENT HUMPHREY,
CHERCHEUR À L’ETH ZURICH
connu à des échelles régionales », précise
Vincent Humphrey, chercheur à l’ETH
Zurich en Suisse et premier auteur de la
publication dans Nature. « On avait par
exemple observé une hausse du CO2 en
2003 en Europe après la canicule, mais
c’est la première fois qu’on mesure cet
effet à l’échelle de la planète entière. »
L’originalité de la mesure vient du fait
que les scientifiques se sont servis des
satellites Grace de la Nasa et de l’Agence
spatiale allemande, qui scrutent des variations du champ de gravité terrestre.
La précision des instruments est telle
qu’elle permet de « peser » à distance
les quantités d’eau à la surface de la
Terre, celles dans les lacs et cours d’eau,
mais aussi le contenu des nappes phréatiques et l’humidité des sols. De cette
manière, Vincent Humphrey a pu dresser une carte de la planète, avec les régions sèches et humides, et leur évolution dans le temps. Avec le Français
Philippe Ciais, spécialiste du carbone au
Laboratoire des sciences du climat et de
l’environnement (CEA), il a pu mettre
en lien les mesures de Grace avec les
taux de CO2 mesurés dans l’atmosphère.
L’effet de la sécheresse se comprend
assez intuitivement par son impact direct
sur les plantes. En cas de stress hydrique,
elles réduisent leur métabolisme, ralentissent leur croissance et capturent moins
de CO2 dans l’atmosphère. Mais l’effet est
en fait plus complexe, puisqu’il faut aussi
prendre en compte le CO2 rejeté par la
respiration des plantes et celui émis par la
décomposition de matières organiques.
Après une mission bien réussie, les
satellites Grace ont rendu l’âme en 2017.
La Nasa a mis en orbite cet été une
mission de suivi, Grace-FO, avec deux
nouveaux satellites qui vont pouvoir
prendre la relève. ■
+
Parmi ces mots,
lesquels sont
mal orthographiés ?
20
ÉT
É
PRÉSENTE
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
DES CENTAINES DE QUIZ POUR TOUT L’ÉTÉ
A déshoneur
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C déshonorer
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» Lire aussi PAGES 26 ET 27
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A
Originaire du Sud-Est asiatique,
la Drosophila suzukii, ou drosophile
du cerisier, s’attaque aux fruits.
pérature moyenne, provoquée par le réchauffement climatique. L’accélération
du métabolisme incitera les insectes ravageurs à s’attaquer plus durement aux
cultures de céréales. Et comme il existe
une température idéale pour leur reproduction, au-dessus de laquelle leur nombre décroît, les pays tempérés seront les
plus durement touchés. De ce fait, les zones tropicales seraient moins affectées
par l’impact d’insectes nuisibles, indique
la publication.
18
LA HAUSSE de la température moyenne
de la planète aura des conséquences
insoupçonnées sur l’alimentation. Le
rendement global des cultures de blé, de
maïs et de riz devrait diminuer de 10 % à
25 % pour chaque hausse de un degré
Celsius, assure une étude publiée dans le
magazine Science, vendredi 31 août. La
raison ? Au moins trente-huit espèces
d’insectes nuisibles aux cultures de
céréales seront plus nombreuses et plus
agressives.
Ce résultat peut sembler en contradiction avec une étude allemande, publiée
en octobre dernier dans Plos One, qui indique que plus de 75 % de la population
totale d’insectes volants a disparu en près
de trente ans en Allemagne. Une chute
brutale qui s’explique par l’agriculture
intensive et la réduction des habitats
d’insectes, en particulier des espèces qui
favorisent la pollinisation des plantes,
souligne une autre étude publiée en mai.
Mais cela ne remet pas en cause le dernier
article dans Science, qui s’intéresse aux
insectes ravageurs s’attaquant aux cultures. « Il n’y a pas eu de changement du rendement des cultures en Europe au cours des
trente dernières années. Les espèces d’insectes étudiées pour notre modèle n’ont pas
reculé », assure Joshua Tewksbury, coauteur de l’article dans Science et professeur
des sciences du développement durable à
l’université du Colorado (États-Unis).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Deschamps couve ses champions du monde
Le sélectionneur a retenu 22 des 23 Bleus sacrés en Russie pour la Ligue des nations. Et prolonger la fête.
mal à tourner la page en 1998. « Les
mois qui ont suivi avaient été un peu laborieux, reconnaît-il. Mais ce ne fut pas
le cas pour tout le monde. »
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
FOOTBALL Le teint hâlé et le sourire accroché aux lèvres, Didier Deschamps a
effectué une rentrée médiatique toute
en douceur, jeudi à Paris au siège de la
Fédération française de football. « Je
vais très bien », a lancé le sélectionneur
à son auditoire. Deux mois et demi
après le sacre des Bleus à la Coupe du
monde, on le serait à moins. Des
joueurs qu’il retrouvera à partir de lundi à Clairefontaine pour préparer les
deux rencontres de la nouvelle Ligue
des nations face à l’Allemagne (6 septembre à Munich) et aux Pays-Bas
(9 septembre au Stade de France). « Ça
va me faire très plaisir de les revoir »,
glisse-t-il. Pour des retrouvailles réussies, il fallait que tout le monde soit là.
Ce sera presque le cas.
patron bienveillant
uDeschamps,
Fan de ses joueurs – « Ils m’impres-
tournée des champions
uLa
Sur les 23 joueurs sacrés à Moscou
contre la Croatie le 15 juillet dernier,
seul Steve Mandanda sera absent face à
la Mannschaft et aux Oranje. Blessé à
une cuisse, il est remplacé numériquement par le Bordelais Benoît Costil, un
habitué du groupe tricolore. Le gardien
marseillais sera tout de même bien présent au Stade de France le 9 septembre
pour participer à la fête prévue avec les
supporteurs et le trophée de champion
du monde. Pour Deschamps, ces deux
matchs de reprise sont d’abord l’occasion de célébrer les héros de l’été. Et
peu importent finalement leurs états de
forme disparates. « C’est logique qu’ils
soient tous présents pour ce premier ras-
« On a été tout là-haut. Gagner une Coupe du monde, il n’y a rien au-dessus. On a pu tous en profiter. Mais la vie ne s’arrête pas
pour autant », a rappelé Didier Deschamps, jeudi, à Paris, lors d’une conférence de presse. CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
semblement de la saison. Je suis parti
avec cette idée-là », a planté le Basque.
La concurrence attendra. Même Adil
Rami, qui avait pourtant annoncé sa retraite internationale après la finale, sera
de la partie. « Il n’a pas hésité une seconde et il est très heureux d’être avec
nous, confie Deschamps. Il est encore
compétitif. J’aurai l’occasion de discuter
(de son avenir) avec lui. »
nouveau statut à assumer
uUn
S’il flottera dans l’air de Munich et
surtout de Saint-Denis une atmosphère
de fête, la rentrée des champions du
monde n’aura pour autant rien d’un jubilé ou d’un All Star Game. Deschamps
sera là pour le rappeler, si besoin, à ses
joueurs. « On a été tout là-haut. Gagner
une Coupe du monde, il n’y a rien audessus. On a pu tous en profiter. Mais la
vie ne s’arrête pas pour autant », rappelle le sélectionneur, attentif à la manière dont Griezmann, Mbappé & Co
vont digérer leur sacre et assumer leur
nouveau statut. « Il peut y avoir de la
décompression pour certains. Pour
d’autres, cela peut être un booster formidable qui donne encore plus de confiance,
de sérénité et de force », expose-t-il.
Avant d’avouer avoir eu lui-même du
sionnent tous, je ne les vois pas avec les
mêmes yeux que vous », sourit-il -, l’ancien capitaine des Bleus fait aussi preuve
de bienveillance, notamment avec
Hugo Lloris, arrêté pour conduite en
état d’ivresse la semaine dernière en
Angleterre. « J’ai discuté avec lui, je ne
vais pas en faire des tonnes. Il est désolé
et a fait ses excuses. Il sait que ça ne doit
pas arriver. Ça ne change rien à ce que je
pense de lui », assure un Deschamps paternaliste et indulgent. Jusqu’à une certaine limite. « Ce sont des êtres humains,
pas des robots. La médiatisation est magnifique quand elle est positive. Quand
elle est négative, elle prend plus d’ampleur. Je ne vais pas mettre une casquette, un sifflet et la matraque. Je fais en sorte de les mettre en garde. À eux
d’assumer. » Comme Adrien Rabiot doit
le faire après s’être mis hors-jeu en refusant d’être réserviste avant le Mondial. « Je n’ai pas discuté avec Adrien. Je
n’ai pas de position radicale par rapport à
lui », assure Deschamps, pour qui la
porte de l’équipe de France « sera toujours ouverte », sauf à Karim Benzema.
La sienne restera fermée pour son ancien coéquipier Christophe Dugarry
avec lequel il s’est livré à une guerre des
mots durant l’été. « J’ai tourné la page,
jure-t-il, et d’autres choses importantes
à faire. » Une rentrée à réussir avec
l’Euro 2020 en ligne de mire. ■
Ligue des champions : le PSG et Monaco pas gâtés, Lyon s’en sort mieux
GROUPE A
Atlético
Madrid
Borussia
Dortmund
Monaco
Brugge
(Esp.)
(All.)
GROUPE B
Barcelone
Tottenham
(Fra.)
PSV
Eindhoven
(Bel.)
Inter
Milan
(Esp.)
(Ang.)
(P.-B.)
(Ita.)
GROUPE C
Paris SG
Naples
Liverpool
Étoile rouge
Belgrade
(Fra.)
(Ita.)
(Ang.)
(Srb.)
GROUPE D
Lokomotiv
Moscou
Porto
(Rus.)
(Port.)
Benfica
Lisbonne
Schalke
Galatasaray
GROUPE E
Bayern
Munich
(All.)
(Tur.)
(All.)
(Port.)
Ajax
Amsterdam (P.-B.)
AEK
Athènes
(Gre.)
GROUPE F
GROUPE G
GROUPE H
Manchester
(Ang.)
City
Real
Madrid
Juventus
Turin
Shakhtar
Donetsk
Lyon
Hoffenheim
(Ukr.)
AS Rome
(Fra.)
CSKA
Moscou
(All.)
Viktoria
Plzen
Source : UEFA
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
CHAMPION DE FRANCE en titre et
présent en Ligue des champions pour
la septième saison consécutive, le Paris SG n’a pas été gâté par le tirage au
sort de la phase de groupes, jeudi à
Monaco. Il figure dans un groupe, le C,
en compagnie de Naples, Liverpool et
l’Etoile rouge de Belgrade. Le vicechampion d’Italie est d’ailleurs entraîné par un ancien du club parisien,
Carlo Ancelotti (2012-2013), et cette
confrontation devrait être particulière
pour l’attaquant uruguayen Edinson
Cavani, ancien buteur du club napolitain (2010-2013). La seule confronta-
A
(Ita.)
(Rus.)
(R.-tch.)
(Ita.)
Manchester
(Ang.)
United
Valence
Young Boys
Berne
(Esp.)
(Sui.)
Infographie
tion européenne entre les deux clubs a
eu lieu en 1992, en 16e de finale de la
Coupe UEFA, avec une qualification
des Parisiens à la clé.
Deuxième adversaire du club de la
capitale, Liverpool. Les Reds, entraînés
par Jürgen Klopp, s’annoncent redoutables après avoir atteint la finale de la
compétition la saison dernière (défaite
3-1 face au Real Madrid). Les partenaires de l’ailier égyptien Mohamed Salah
risquent d’être difficiles à affronter,
notamment dans leur antre d’Anfield.
Les deux équipes ne se sont croisées
qu’une fois en compétition européenne : en demi-finale de la Coupe des
coupes en 1997. Un bon souvenir pour
le PSG.
Dernier adversaire des hommes de
Thomas Tuchel, l’Etoile rouge de Belgrade, qui retrouve la C1 pour la première fois depuis 1992. Le club serbe s’annonce un peu plus abordable pour les
partenaires de Kylian Mbappé. Si Paris
jouera le même jour que les deux clubs
espagnols de l’Atlético Madrid et du FC
Barcelone, Lyon et Monaco évolueront,
eux, la veille ou le lendemain durant
cette phase de poules. L’OL, qui n’a plus
disputé la C1 depuis la saison 2016-2017,
n’aura pas une tâche impossible dans le
groupe F, avec l’ogre Manchester City.
Champion d’Angleterre en titre, l’équipe entraînée par Pep Guardiola risque
d’être difficile à manœuvrer et le club
rhodanien devra sans doute se battre
L’OM et Rennes vont être fixés en Ligue Europa
Arsenal, Milan, Chelsea… Il y a du beau
monde sur la ligne de départ de la
Ligue Europa 2018-19. Les 48 équipes
qualifiées pour la phase de poules
(20 sept.-13 décembre) seront fixées
ce vendredi, lors du tirage au sort
qui se déroule à Monaco (13 h). Côté
français, sont concernés : l’Olympique
de Marseille – finaliste malheureux la
saison passée – et le Stade Rennais
(Esp.)
(en attendant les Girondins
de Bordeaux, qui affrontaient jeudi
soir La Gantoise en barrages retour,
0-0 à l’aller). Comme de coutume,
les troisièmes des poules de la Ligue
des champions seront reversés
en Ligue Europa au stade des 16es
de finale. Après le Groupama Stadium
de Lyon au printemps dernier,
c’est le Stade olympique de Bakou
(Azerbaïdjan) qui accueillera la finale
2019 et sera le théâtre du sacre des
successeurs de l’Atlético Madrid.
À noter que le prix du joueur de la
saison 2017-18 en Ligue Europa sera
également remis lors de la cérémonie
monégasque ce vendredi. Antoine
Griezmann, Diego Godin (Atlético
Madrid) et Dimitri Payet (OM) sont
C. R.
en lice pour cette récompense.
pour la deuxième place en compagnie
des Ukrainiens du Shakhtar Donetsk et
des Allemands d’Hoffenheim. Un groupe finalement à la portée des hommes de
Bruno Genesio.
Monaco retrouve Lemar
De son côté, l’AS Monaco, qui dispute la
plus grande compétition européenne
pour la troisième saison consécutive,
aura un calendrier moins évident avec
des confrontations contre l’Atlético Madrid, le Borussia Dortmund et le Club de
Bruges. Transféré cet été chez les Colchoneros, Thomas Lemar va donc affronter ses anciens coéquipiers. Quant
au Borussia, il a croisé la route de l’ASM
il y a un an et demi lors d’un quart de finale de Ligue des champions marqué par
un souvenir douloureux : l’attentat qui a
touché le bus du club allemand avant la
confrontation aller. Dernier adversaire,
les Belges de Bruges seront sans doute un
peu moins coriaces pour le club du Rocher. À noter que le groupe le plus relevé
de cette phase de poules sera le B. Il sera
en effet constitué de deux équipes ayant
déjà gagné la compétition, le FC Barcelone et l’Inter Milan, accompagnées du
Tottenham d’Hugo Lloris et du PSV
Eindhoven. Difficile de faire des pronostics. Mais comme souvent, les surprises
pourraient encore être nombreuses cette année. Premiers matches : les 18 et
19 septembre. ■
Transferts :
la journée
la plus longue
Comme en Espagne et en Allemagne,
le mercato estival ferme ses portes
ce vendredi à minuit en France.
Un mercato qui aura globalement
été moins agité que prévu
en Europe, exception faite
du transfert surprise de Cristiano
Ronaldo à la Juventus… Les clubs
de l’Hexagone, plus vendeurs
qu’acheteurs, n’ont donc plus
que quelques heures pour faire
leurs dernières emplettes
ou dégraisser. Au PSG, on attend
notamment un latéral gauche
(Juan Bernat ?) et un milieu.
L’OL tentera de dénicher des renforts
offensifs (Moussa Dembélé, Nicolas
Pépé ?) pour pallier le départ
de Mariano Diaz. Après l’échec
Mario Balotelli, l’OM pourrait essayer
d’en faire autant… Le club phocéen,
comme le PSG et d’autres formations
de l’élite d’ailleurs, pourrait aussi
vouloir alléger sa masse salariale.
Monaco, qui attend le Belge Nacer
Chadli, est, comme toujours, à l’affût
d’une bonne opportunité.
C. R.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
SPORT
15
Le Marchand
de bonheur
à Saint-Brieuc
L’enfant du pays a remporté, mercredi soir,
sa première étape en huit participations
à la Solitaire Urgo Le Figaro. Portrait.
SERGE MESSAGER smessager@free.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-BRIEUC
VOILE Un jour, un destin. Un moment
d’une vie qui restera à jamais tatoué
dans sa mémoire. Alors qu’il en est à sa
8e participation sur la Solitaire Urgo Le
Figaro, Anthony Marchand (Groupe
Royer-Secours Populaire) a remporté
mercredi soir sa première étape.
Avant d’entrer, jeudi matin, dans le
port du Légué, escorté par les trompettes de la Renommée, pour la première
fois pour lui bien embouchées. Briochins et Briochines pouvaient à nouveau être fiers d’un enfant du pays
brillant sur l’épreuve reine des solitaires, et faisaient en sorte que leurs applaudissements tambourinent. Ce pays
de la baie de Morlaix l’a vu naître il y a
trente-trois printemps.
“
Je pense que j’ai passé
un cap. Que j’ai réellement
progressé
”
plus tard Adrien Hardy, qui était dans
l’écurie Brossard avec Yvan Bourgnon.
Je me suis retrouvé à faire une saison en
Mini 6.50, sans participer à la Mini
Transat. Je suivais toujours à l’époque
Yann Éliès, de Saint-Brieuc comme moi,
qui brillait sur le circuit Figaro Bénéteau. Après une saison en 60 pieds
Orma, j’ai été choisi par la sélection
Bretagne, la saison après celle de François Gabart. J’ai eu la chance de faire
quatre ans avec ce sponsoring entre la
Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) savoure sa victoire, mercredi soir à Saint-Brieuc.
région, le pôle course au large du Finistère et le Crédit mutuel. »
Sa première Solitaire reste un bon
souvenir. Il avait d’ailleurs terminé en
tête du classement bizuth : « J’étais 8e du
général avant la dernière étape. Je ne sais
comment j’avais fait pour être aussi bien
placé. L’ultime étape, je me suis lourdé et
j’ai terminé finalement 15e. Cette annéelà, en bizuth, il y avait Bernard Stamm,
Yoann Richomme et Damien Cloarec. »
Depuis, son abnégation n’avait pas payé.
Vingt bateaux classés en 18 minutes
Classement de la 1re étape : 1. Marchand
(Groupe Royer - Secours Populaire) en
3j 9h 54’ 28’’ ; 2. Chabagny (Gedimat) à
3’06 ; 3. Dalin (Skipper Macif 2015) 3’38 ;
4. Simon (Bretagne CMB Performance)
4’25 ; 5. Roberts (Seacat Services) 6’13 ;
6. Tabarly (Armor Lux) 7’33 ; 7. Brayshaw
(Kamat) 8’32 ; 8. Loison (Custo Pol) 9’50 ;
9. Le Turquais (Everial) 9’59 ; 10. Macaire
(Groupe SNEF) 10’59 ; 11. Leboucher
(Guyot Environnement) 11’08 ; 12. Le
Pape (Skipper Macif 2017) 12’54 ; 13.
Douguet (NF Habitat) 13’30 ; 14. Biarnes
(Baie de St Brieuc) 14’43 ; 15. Treussart
(Les Perles de Saint Barth) 15’57 ; 16.
Dutreux (Sateco Team Vendée) 16’33 ;
17. Cardrin (Team Vendée) 17’05 ;
18. Baggio (Maison Meneau) 17’56 ;
19. Quiroga (Skipper Espoir CEM CS)
18’04 ; 20. Cloarec (Saferail) 18’06 ;
21. Berrehar (Bretagne CMB Espoir)
21’20 ; 22. Mettraux (TeamWork) 22’38 ;
23. Faguet (Corben Porsche) 26’49 ;
24. Perron (Finistère Mer Vent) 32’28...
YVAN ZEDDA
Enfin, l’heure est arrivée : « Je pense que
j’ai passé un cap. Que j’ai réellement progressé. Mon bon début de saison m’avait
encouragé. Quand tu travailles fort et dur
(notamment avec l’ancien vainqueur
Nicolas Lunven), cela porte ses fruits à un
moment. » Mais la Solitaire ne se résume
pas à un seul tronçon. La course à
l’échalote continue : « Il ne faut pas trop
se faire envahir par la joie de cette victoire. Que je me disperse. Il va falloir que je
bascule rapidement sur la suite et le parcours vers l’Espagne et la ria de Muros y
Noia qui part dimanche. Ce qui est bien,
c’est que dans la descente du golfe de
Gascogne, il y aura moins de manœuvres,
car l’étape que l’on vient de vivre était piquante physiquement. »
Le leadership d’Anthony Marchand
tient à un fil. À lui de le dérouler pour
tisser son rêve de gloire. ■
ANTHONY MARCHAND
Ses souvenirs de prime jeunesse
narrent le chemin des douaniers, la
pointe du Roselier, où ses parents demeurent toujours, ses premiers émois
en coque de noix depuis la plage de
Tournemine, puis en Laser. Et, bien
évidemment, les tempêtes où il sortait
sa planche de surf pour dompter les
gros rouleaux. « Je suis plutôt d’une famille paysanne, mais mon regard a toujours été tourné vers la mer et ses métiers. Mes activités extrascolaires,
quand j’étais jeune enfant, m’ont mené
à faire de l’Optimist. Rapidement, j’ai
gagné une petite compétition de bassin.
J’avais l’impression d’être un grand petit bonhomme dans sa caisse à savon.
C’est peut-être de là que l’école n’a pas
été pour moi la priorité. J’avais alors en
tête d’être skipper ou préparateur sur
les bateaux de course », explique le désormais Lorientais.
La passion pour le grand large lui
vient assez tard : « J’avais plutôt des
rêves de Jeux olympiques. J’ai retrouvé
Les nouveaux, « ravis » de leur bizutage
IL Y A TOUJOURS une première fois,
comme le pied que l’on pose le matin en
sortant du lit. Quel que soit leur âge, sept
hommes et une jeune sémillante Anglaise ont pris leur initiatique bain baptismal sur la Solitaire Urgo Le Figaro dimanche dernier. Avec des rêves de
carrière future, ou, simplement, pour se
prouver qu’ils peuvent s’offrir leur part
d’aventure personnelle.
Il est en tête du classement provisoire
Bénéteau de la première participation.
Thomas Cardrin (Team Vendée Formation), arrivé 17e à un peu plus de 17 minutes du vainqueur Anthony Marchand,
savourait encore avec délectation les
heures qu’il venait de passer dans la cour
des grands : « Pour un bizutage, c’était
un vrai bizutage. De la baston à la pétole.
La difficulté de l’épreuve est très intéressante. Avec sans arrêt des rebondissements. On a l’impression que ce n’est ja-
mais fini tant que tu n’as pas passé la ligne
d’arrivée. Il faut vraiment être solide psychologiquement car cela tire fort sur le
système. Surtout quand tu te fais dépasser. Une vraie torture cérébrale. » Le
Yonnais, né en 1997, semblait frais com-
“
On a rencontré
les montagnes russes
dans nos sentiments
entre l’appréhension,
le plaisir et la déception
PIERRE-LOUIS ATWELL
”
me un gardon alors qu’il était en train de
dévorer une énorme part de lasagnes
juste après son retour dans le monde des
terriens. « J’ai toujours vu des feux la nuit
autour de moi. Malgré des problèmes
techniques, je n’ai pas été largué. Sur cette
course, il y a souvent des opportunités, et il
faut savoir les saisir. Même si tous les moments sont importants. Cela va faire partie de mon boulot sur les prochaines étapes », poursuivait le Vendéen. Il le sait,
la course est loin d’être terminée, car ses
petits camarades du podium, Romain
Baggio (Maison Meneau-Les Marins de la
Lune) et Loïs Berrehar (Bretagne CMB
Espoir) le talonne à quelques secondes.
Les yeux barbouillés de paillettes de
bonheur, Pierre-Louis Atwell (Laboratoires Mayoly Spindler-MSD France) venait de poser le pied à terre. En 28e et
dernière position. Nathalie Criou (Richmond Yacht Club Foundation) ayant annoncé son abandon dans la matinée de
jeudi. Pour lui aussi, l’échappée avait été
belle : « On savait en partant que ça allait
être difficile. On n’a pas été déçu. Je n’ai
jamais eu peur dans la dépression. C’était
même plutôt l’euphorie de la vitesse. J’ai
eu un problème pour réduire ma grandvoile. C’était dans 40 nœuds de vent établis en approche de la première marque
anglaise. Franchement, je me suis demandé ce que je faisais là. Finalement, le vent a
molli à 30 nœuds. Avec le Figaro Bénéteau, avec toute la toile, ça le fait. Il y a eu
ensuite de la molle (synonyme de pétole
NDLR) avec des conditions hyperchangeantes. » Pour le Morbihannais de naissance, les premiers ressentis sont donc
sans complexe, lui qui souhaite faire carrière dans la voile de compétition. « On
a rencontré les montagnes russes dans nos
sentiments entre l’appréhension, le plaisir
et la déception. Me retrouver avec tous les
noms de la course au large est déjà un
grand plaisir, d’avoir bouclé la première
étape dans les temps est aussi une satisfaction », concluait-il avant de refaire sa
course à l’envi avec ses petits camarades
de jeu. ■
S. M.
Choc fratricide entre Williams à l’US Open
À l’occasion du 3e tour, ce vendredi, Serena
et Venus seront opposées pour la 30e fois
de leur carrière. Un classique indémodable.
TENNIS Un choc 100 % Williams. C’est
outre-Atlantique, le match le plus attendu de cette première semaine. Depuis le début de leur carrière, les deux
sœurs ont plutôt eu l’habitude en
Grand Chelem de s’affronter en
deuxième semaine et souvent en toute
fin de tournoi. Pas au début. C’est ainsi
la deuxième fois seulement qu’elles se
retrouvent avant la deuxième semaine
d’un tournoi majeur. « C’est évidemment un match difficile, a soufflé Serena.
À chaque fois que nous nous rencontrons, on donne le meilleur de nous-même et ce sera encore le cas vendredi.
Dans un monde idéal, on aurait préféré
se rencontrer plus tard. »
Il faut remonter à l’Open d’Australie
1998 pour trouver trace de ce premier
choc fratricide, un match du 1er tour
remporté par Venus (7-6, 6-1). Celui de
vendredi sera le trentième entre les
deux anciennes no 1 mondiale. Le quinzième en Grand Chelem et le sixième à
New York. Serena mène les débats avec
17 victoires contre 12. « Je n’aime pas
voir mes filles s’entre-déchirer. Je préfère encore aller à un enterrement », a ra-
conté un jour Richard, leur père. Il a dû
s’y faire.
Depuis la fin des années 1990, ces
deux sœurs, qui ont marqué l’histoire
du jeu, ont ainsi partagé 9 finales de
Grand Chelem, Serena l’ayant emporté
à 7 reprises. Lors de leur dernier affrontement en finale de l’Open d’Australie, en janvier 2017, la cadette s’était
offert face à Venus une 23e couronne
en Grand Chelem pour devenir la
joueuse la plus titrée de l’ère moderne.
Même si le duel n’a pas toujours livré
des bras de fer inoubliables, c’est incontestablement l’une des plus grandes rivalités de l’histoire du tennis féminin. Seules Martina Navratilova et
Chris Evert (10 succès à 4) comptent
davantage de finales communes en
Grand Chelem.
Complications médicales
Serena, finaliste du dernier Wimbledon, qui n’avait pas participé à
l’US Open en 2017 et qui restait sur
deux demi-finales perdues à New York
en 2016 (contre Pliskova) et en 2015
(face à Vinci), poursuit sa montée en
puissance. Après la naissance de sa fille,
Alexis Olympia, en septembre dernier,
elle avait tenté de faire son retour à
Les sœurs Williams s’enlacent après la finale de l’Open d’Australie remportée
par Serena (à droite) face à son aînée Venus, le 28 janvier 2017. KIN CHEUNG/AP/SIPA
l’Open d’Australie, avant de se raviser
et de révéler que son accouchement
avait été suivi de graves complications
médicales. Revenue sur les courts et à la
compétition en mars dernier, Serena
s’est inclinée contre… Venus. Cette
dernière n’a pas fait de sentiments face
à sa sœur, sèchement battue (6-3, 6-4)
au 1er tour d’Indian Wells. L’aînée
n’avait plus battu Serena depuis une
demi-finale en 2014 à Montréal. « Son
niveau de jeu est déjà très élevé, la diffé-
rence entre elle et moi, c’est que j’ai joué
plus de matchs depuis un an », avait
alors souligné Venus.
Finaliste en Australie et à Wimbledon, demi-finaliste à l’US Open en
2017, la vétérante de 38 ans marque
toutefois le pas en 2018 avec deux éliminations au 1er tour à l’Open d’Australie et à Roland-Garros et un 3e tour à
Wimbledon. Le dernier mot pourrait
bien revenir, comme le plus souvent, à
la cadette. ■
Pour son premier Grand Chelem depuis
plus d’un an, le Britannique Andy Murray,
encore loin de son meilleur niveau après
son opération à la hanche, a dû rendre
les armes face au vétéran espagnol
Fernando Verdasco dès le 2e tour (7-5,
2-6, 6-4, 6-4), mercredi. Le Sud-Africain
Kevin Anderson, tête de série no 5
et finaliste sortant, a surclassé le Français
Jérémy Chardy (6-2, 6-4, 6-4). De son
côté, le tenant du titre et numéro un
mondial, Rafael Nadal n’a pas tremblé
pour écarter le Canadien Vasek Pospisil
(6-3, 6-4, 6-2). Dans le tableau féminin,
la nuit new-yorkaise a été marquée
par l’élimination dès le 2e tour de la tête
de série no 12, Garbine Muguruza, sortie
(3-6, 6-4, 6-4) par la Tchèque Karolina
Muchova, 202e mondiale et issue
des qualifications. Tenante du titre,
Sloane Stephens est passée à deux jeux
de la défaite contre Anhelina Kalinina
avant de renverser la tendance (4-6, 7-5,
6-2). L’Américaine affrontera au 3e tour
l’ancienne no 1 mondiale Victoria Azarenka,
absente lors des deux dernières éditions,
retenue en Californie par une bataille
R. S.
judiciaire pour la garde de son fils.
A
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
Murray trop juste,
Chardy trop court,
Muguruza trop tendre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
16
JARDIN
Au bonheur des tomatophiles
DÉCOUVERTE Dans son jardin picard, Pascal Antigny, policier en retraite,
abrite une incroyable collection de 3 847 variétés de tomates qu’il ne cesse d’améliorer
et d’enrichir. Visite guidée.
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
£@MarcMennessier
Par ici
la salade !
O
I
ENVOYÉ SPÉCIAL À QUIERZY (AISNE)
l y a des choses que l’on croit
bien connaître. Les tomates, par exemple. Un fruit rond, généralement, rouge,
le plus souvent, à la chair délicate, à qui
nos voisins transalpins vouent un véritable culte. Quand on a la chance d’avoir
un potager, on sait que le choix est plus
vaste – et savoureux – que ce que donnent à voir, et à goûter, les étals des supermarchés. On se régale tout l’été et,
certaines années, jusqu’à Noël, de Cœur
de bœuf, de Saint-Pierre, de Noire de
Crimée, de Green Zebra ou d’opulentes
Ananas issus des quelques plants que
l’on bichonne amoureusement. On découvre, du même coup, que les tomates
peuvent aussi être orange, jaunes ou
vertes même lorsqu’elles sont mûres, allongées ou aplaties, tarabiscotées, géantes ou minuscules. Pourtant, on n’est pas
au bout de ses surprises… Car la diversité
de cette solanacée, originaire des Andes
et du Mexique, comme sa cousine la
pomme de terre, dépasse tout simplement l’imagination.
Dans son jardin situé près de Noyon, à
deux pas de la verdoyante vallée de
l’Oise, Pascal Antigny, officier de police à
la retraite, en a rassemblé une impressionnante collection de… 3 847 variétés,
qu’il connaît quasiment toutes par leur
nom. Et encore, il est loin du compte !
Bruno Fournier, collectionneur comme
lui, mais dans le Var, a établi qu’il n’existait pas moins de 36 000 variétés de tomates issues de croisements réalisés de
par le monde par des générations d’hybrideurs professionnels ou simplement
amateurs éclairés comme eux. Bon nombre sont malheureusement introuvables
aujourd’hui, mais chaque année il s’en
crée de nouvelles.
Trois grandes serres
A
core au temps de l’URSS…), quelques
graines d’une variété inconnue dont elle
lui a vanté les mérites. « Le premier fruit
que j’ai récolté l’année suivante pesait
1,282 kg », se souvient-il, encore ébahi.
Du coup, il en veut d’autres… Et profite
de ses nombreuses missions à l’étranger
pour écumer les graineteries locales
– quand d’autres font leurs emplettes au
duty free – et rencontrer des collectionneurs et des créateurs amateurs avec qui
il procède à des échanges. « Aujourd’hui,
avec Internet, c’est beaucoup plus facile et
rapide, parfois un peu trop, même », glisse-t-il en faisant allusion à cette personne qui lui a récemment adressé une commande de 122 variétés…
MARC MENNESSIER
£@MarcMennessier
« Comme je n’ai pas assez de surface pour
les cultiver toutes en même temps, je fais
un roulement », explique Pascal en présentant fièrement les 633 heureuses élues
qui ont trouvé place cette année dans ses
trois grandes serres. À raison d’un à cinq
spécimens par variété, c’est une forêt
foisonnante et bigarrée de milliers de
plants de tomates, impeccablement alignés, tuteurés et étiquetés, qui s’offre au
regard.
Là c’est Blush, une petite américaine
délicieusement sucrée à la robe jaune
orangé ; plus loin, sur la même ligne, Jazz,
une autre américaine rose et joufflue, apparaît lestée de fruits gigantesques : en
juillet, l’un d’eux accusait 1,201 kg sur la
balance ! Mais l’italienne Riccio di Parma
a fait mieux encore avec un « monstre »
de plus de trois livres. Rien à voir avec les
Des hybrideurs du monde entier
En haut : près d’un millier de tomates ont été exposées le week-end dernier au
TomatoFest de Bruxelles par Pascal Antigny (au centre, avec la variété Pascal de Picardie)
et cinq autres collectionneurs. En bas : la duveteuse Elma Blue. B. OGET ; M. MENNESSIER
fruits lilliputiens de Hundreds and Thousands qui pèsent à tout casser 3 grammes
« Ces tomates sont très savoureuses, souligne Pascal. Mais il y a aussi des carnes
qui sont parfois immangeables. » C’est le
cas de Drapée, avec ses longs fruits jaunes
et creux comme des poivrons tout juste
bons à farcir, ou de Piprakujuline Tribuline, une cornue au nom imprononçable
qu’il conserve pour sa beauté et parce que
« cela fait partie du jeu ».
Côté végétation, il y a les géantes dont
les feuilles parviennent, en fin de saison,
à toucher le plafond de la serre à plus de
3 mètres de hauteur, les naines comme
Oranzhevaja Shapochka qui rasent le sol
(moins de 15 cm) et celles qui s’arrêtent
de pousser telle Purple Smaragd, une dé-
licieuse autrichienne en forme de prune
allongée, dès que leur tige affiche 1 m
sous la toise. Du coup, ces tailles demipatron poussent aussi en pot sur les balcons ensoleillés : une aubaine pour les
amateurs de tomates en manque de jardin ! Et puis il y a toutes ces curiosités :
Feuerwerk, lardée de fines traces de liège
sur l’épiderme, Bandol Blues, à la robe
noire comme de l’encre, ou la duveteuse
Elma Blue. De quoi nourrir une passion
immodérée pour l’étonnant et généreux
pomodoro !
Initié au jardinage dès son plus jeune
âge par ses grands-parents maternels,
Pascal démarre sa collection en 1985. Une
amie russe lui rapporte de son pays, cachées dans son soutien-gorge (on est en-
Pour répondre à la demande – et couvrir
ses frais –, il a ouvert l’an passé, avec
Bruno et quatre autres collectionneurs
rassemblés sous la bannière des « Mousquetaires de la tomate », le site
www.cultivetarue.fr, qui propose des
semences de 400 variétés (1 000 d’ici à la
fin de l’année) produites dans leur jardin,
à un prix compris entre 2 € et 2,50 € le
sachet de 12 à 15 graines. « Il s’agit bien
sûr de variétés libres de droit mais qui ne
sont pas forcément anciennes, précise-til, car toute variété ancienne a été nouvelle
un jour, y compris celles que les Incas ont
été les premiers à hybrider. »
S’il a lui-même créé six nouvelles tomates (Domaine de Saint-Jean-deBeauregard, Emalia…), Pascal se définit
plutôt comme « éleveur », autrement dit
l’homme de l’art qui fixe les caractères
génétiques des lignées que d’autres ont
obtenues par croisement. Des hybrideurs
du monde entier, y compris d’organismes de recherche prestigieux, lui envoient ainsi leurs précieuses semences,
affublées de nom de code mystérieux,
qu’il cultive pendant cinq ans au minimum jusqu’à ce qu’elles soient génétiquement stabilisées. « Tout ce qui ne correspond pas au type recherché est soit jeté
soit conservé pour faire une nouvelle lignée
si on y trouve des caractères intéressants », explique-t-il. C’est ainsi que la
variété Pascal de Picardie, à la chair tendre et juteuse, créée par l’Américain Fred
Hempel, porte aujourd’hui son nom.
« L’unique graine qu’il m’avait confiée, issue d’un fruit qui en contenait soixantecinq, a produit une tomate qui n’avait rien
à voir avec Crazy Horse, sa lignée d’origine. Il n’en croyait pas ses yeux ! »
Les 21, 22 et 23 septembre, pour la
deuxième année consécutive, cette vedette sera exposée avec des centaines
d’autres sur le stand des Mousquetaires
de la tomate à la fête des plantes
d’automne de Saint-Jean-de-Beauregard, au sud de Paris. L’occasion de venir
découvrir, admirer et goûter toutes ces
merveilles. ■
utre la fin de la canicule,
le rafraîchissement de ces
derniers jours est aussi
une excellente nouvelle pour les
amateurs de salade. Qui, à l’image
de votre serviteur, désespéraient
de pouvoir en semer ou en planter
au moins quelques pieds pour
l’automne et l’hiver. La fenêtre
de tir, si l’on peut dire, est en effet
très courte. Sauf à disposer d’une
serre chauffée, ce qui n’est pas
donné à tout le monde, la culture
des scaroles, frisées ou laitues
d’hiver doit impérativement
commencer avant début
septembre si l’on veut garder
quelque chance de les voir
pommer avant l’arrivée du froid.
En particulier dans les régions
les moins tempérées de notre
beau pays.
Or, jusqu’à récemment, les sols
brûlants et durs comme
de la pierre étaient difficilement
praticables, a fortiori pour
y installer des légumes aussi
allergiques aux fortes chaleurs
que les salades.
Maintenant que la donne
a changé, il n’y a pas une minute à
perdre ! Commencez par ameublir
la terre au moyen d’une houe ou
d’une fourche-bêche si elle est
prise en masse, ce qui est souvent
le cas en présence d’argile. Si vous
n’arrivez pas à briser les mottes,
arrosez copieusement en pluie à
raison de 20 litres d’eau au mètre
carré et laissez reposer 24 heures.
En séchant, elles s’émietteront
facilement sous la lame de votre
houe pour former un « lit de
semence » ou de plantation tout
à fait convenable. Pour gagner du
temps, optez pour des plants en
mottes compressées disponibles
dans la plupart des jardineries.
Vos salades « viendront » plus vite
qu’en semant des graines mais le
choix variétal est forcément plus
limité. Sur ce plan, tenez compte
de la saisonnalité. Toutes les
salades ne poussent pas en ce
moment surtout parmi les laitues.
Val d’Orge, Adelys, Justine ou
encore Verpia sont des valeurs
sûres sans oublier Maiko et
Rougette de Montpellier, pour
les laitues grasses. Côté scaroles,
Géante maraîchère, Cornet de
Bordeaux ou d’Anjou sont tout
indiquées mais en plants
uniquement, si vous ne les avez
pas déjà semées, dès le mois de…
juillet. Même chose pour les
frisées, Fine de Louviers et
Wallonne, réputées pour bien
résister au froid. Prévoyez à ce
propos des voiles d’hivernage ou
des tunnels plastiques à installer
dès que le thermomètre
descendra pour de bon. Enfin,
si vous avez un balcon mais pas
de jardin, sachez que les salades
se cultivent aussi très bien en pot !
Pour en savoir plus : Salades.
Tous les types de salades & comment
les cultiver, David Henriet, Éd. Ulmer.
Agenda
9 septembre
13e Fête de la tomate
et des légumes anciens,
Haverskerque, Nord.
21-22 et 23 septembre
Fête des plantes d’automne
de Saint-Jean-de-Beauregard
(Essonne).
29-30 septembre
11e Fête des plantes
« Entre cours et jardins »,
Cité Plantagenêt, Le Mans.
+ @ SUR LE WEB
» Comment bien faire repartir
son jardin au retour des vacances
» EN IMAGES - Plantes invasives :
comment limiter leur prolifération
www.lefigaro.fr/jardin
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LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
CULTURE
17
Jean-François Leroy : « Le photojournalisme
attire toujours autant les jeunes »
ENTRETIEN Le créateur et directeur de Visa pour l’image, à Perpignan, fête les 30 ans du festival.
L
pour les frais. Mais ce qui est rassurant,
c’est que malgré la concentration accrue
des grandes agences et la crise de la presse,
on voit toujours autant de mômes venir au
photojournalisme. Et des talentueux ! Quel
bonheur de découvrir Édouard Elias ou
Isadora Kosofsky, qui, j’en suis persuadé,
vont marquer l’histoire ! La différence,
c’est que la plupart des jeunes savent qu’ils
doivent trouver d’autres sources de revenus pour boucler les fins de mois et produire leurs reportages : de l’institutionnel,
du mariage, de la pub, du corporate…
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN-BAPTISTE GARAT
£@Figarat
l’ONG et le photographe sont honnêtes,
cela pose question.
Est-ce plus compliqué d’exercer
son métier quand chacun diffuse plus de
photos sur les réseaux qu’un photographe
n’en vendra dans sa carrière ?
Tout le monde fait de la cuisine, mais tout
le monde n’est pas chef. En photographie,
c’est pareil : il y a les bons photographes et
les autres. Avec les appareils modernes, ou
même avec un smartphone, il est difficile
de rater une photo. La différence se fait
avec le message : une belle photo ne raconte pas toujours quelque chose. Un bon
photoreporter, lui, sait raconter une histoire. La principale révolution du numérique et des réseaux sociaux, c’est l’instantanéité. En 1983, quand Yan Morvan
photographie un para tenant la main d’un
camarade coincé sous les décombres de
l’attentat du Drakkar, à Beyrouth, l’image
met plusieurs heures avant d’arriver à Paris et peut-être plusieurs jours avant d’être
publiée. Pour le même attentat aujourd’hui, toutes les images seraient sur nos
écrans en quelques minutes. Cela change
notre façon d’aborder le métier et notre
regard sur l’image. Avec toujours un mystère : je pense à cette photo d’Aylan, l’enfant syrien retrouvé noyé sur une plage
turque. J’ai des centaines d’images comme
celles-ci dans mon ordinateur. Il y en a eu
beaucoup avant et malheureusement
beaucoup d’autres depuis. Mais c’est celleci qui reste dans les mémoires. Pourquoi ?
On ne sait pas.
La photographe est allée
au Vietnam, en Inde et à Haïti
à la rencontre du milliard d’êtres
humains qui n’ont pas accès
à des toilettes.
Quelle était la vocation de Visa
pour l’image quand vous l’avez lancé ?
Tout a commencé par une blague et un
bluff. La blague, c’est celle que nous nous
sommes racontée avec mon ami Michel
Decron, qui était rédacteur en chef du magazine Photo. On sortait d’un petit festival
et on s’est dit : « Si on faisait un festival avec
uniquement de bonnes photos ? » Le bluff,
c’est d’avoir convaincu la mairie de Perpignan en expliquant qu’on avait le soutien
de Paris Match. Il n’en était rien mais, heureusement, Roger Thérond a très vite été
convaincu par le projet et l’a toujours soutenu. Avec une volonté : montrer ce que
l’on ne voit pas ailleurs. C’est dans cet esprit que nous avons monté plus de 840 expositions et que nous travaillons. Par
exemple, cette année, avec le reportage en
Colombie de Catalina Martin-Chico (Cosmos), lauréate du prix Canon de la femme
photojournaliste 2017. Elle a suivi d’anciens combattants des Farc à la recherche
de leurs enfants, qu’on ne leur permettait
pas de garder pendant la guerre. Khalil
Hamra, d’Associated Press, montre la
bande de Gaza, où il habite avec sa femme
et ses quatre enfants, comme on ne la voit
jamais : de l’intérieur, avec ses drames
mais aussi ses beaux moments de vie.
À ne pas rater également : les six
soirées de projections sur écran
géant, du 3 au 8 septembre au
Campo Santo. Et deux projections
gratuites à la Grande Halle de
la Villette les 15 et 16 septembre.
Qu’est-ce qui a changé en trente ans ?
Les conditions économiques d’exercice du
métier sont plus dures que jamais. Avant,
les agences prenaient 50 % des frais en
charge et 50 % des ventes. Aujourd’hui
c’est 70 % du produit des ventes et rien
PAULA BRONSTEIN
Elle présente son travail
sur les Rohingyas qui fuient par
centaines de milliers la Birmanie.
JAMES OATWAY
Il a suivi les « Fourmis rouges »,
employés redoutés d’une société
spécialisée dans les expulsions
immobilières en Afrique du Sud.
STEPHAN
VANFLETEREN
+
Temps forts
Sans que le public le sache…
C’est ce qu’il y a de plus choquant. On le
voit en France, présidentielle après présidentielle. Les retransmissions des meetings, les photos des candidats lors de déplacements ou de réunions sont de plus en
plus réalisées et livrées par les équipes des
politiques aux médias. Sans que cela soit
systématiquement précisé. Quand on retrouve dans les magazines des photos
d’Emmanuel Macron par sa photographe
attitrée, Soazig de la Moissonnière, il devrait être précisé « image fournie par
l’Élysée ». Et pas seulement quand il s’agit
de communication politique. Dans les années 1970 ou 1980, quand Salgado couvrait
la famine au Sahel, il donnait à son retour
quelques images à Médecins sans frontières pour leur communication. Aujourd’hui, Médecins sans frontières paye son
photographe pour fournir les médias en
images. Même si la cause est juste, même si
Jean-François
Leroy, le 13 août
à Paris.
Le photographe a réalisé
des portraits de stars en noir et
blanc à Cannes, loin des marches
du Palais des festivals.
ANDREA BRUCE
Et les finances du festival ?
Je pensais que ce serait dur l’an prochain et
que tout irait bien cette année pour la trentième édition. Ça ne s’est pas passé ainsi.
J’ai perdu deux sponsors pour cette édition
et, heureusement, deux nouveaux nous
ont rejoints : Adobe et le Groupe Rocher.
C’est capital car il y a un point sur lequel
nous n’avons jamais transigé : expositions,
conférences, rencontres avec les professionnels, soirées de projection, visites pour
les scolaires (du 17 au 21 septembre)… le
public peut accéder à tout, gratuitement,
et c’est une grande fierté.
Visa pour l’image, Perpignan (66),
du 1er au 16 septembre.
www.visapourlimage.com
« UNE PLONGÉE DANS LA PAROLE SINGULIÈRE D’UN PAPE »
L A CROIX
A
LE FIGARO. - La photo d’Emmanuel
Macron exultant à la Coupe du monde de
football a été vue partout. Photographier
les politiques sans tomber dans leur plan
de communication, mission impossible ?
Jean-François LEROY. – Tout dépend de
quel point de vue on se place. Cette photo
est signée Alexeï Nikolski, l’un des photographes préférés de Vladimir Poutine.
J’imagine que cela n’a pas été très compliqué pour lui ! Mais vous ne verrez pas cette
image à Visa. Les politiques ont compris
depuis longtemps la force des images et la
nécessité de les contrôler. Ce qui est inquiétant, c’est que les conditions de travail
des reporters se sont drastiquement compliquées. Un exemple avec Jean-Pierre
Laffont, qui vit à New York depuis une cinquantaine d’années. Quand il couvrait les
présidentielles aux États-Unis, il avait un
accès direct aux candidats. À tel point que
les photographes jouaient parfois les gardes du corps, tellement les équipes étaient
sous-dimensionnées. Aujourd’hui, même
aux États-Unis, tout est verrouillé par les
communicants. Et pas seulement en politique. Les photos des people que l’on voyait
dans les années 1960-1970 dans Paris
Match ne sont plus possibles. Je pense à
cette image d’Alfred Hitchcock à Cannes
pénétrant en costume dans la mer. « Je
marche sur l’eau », avait-il lancé au photographe François Gragnon, avant de revenir sur la plage en expliquant : « Ah ben
aujourd’hui, ça n’a pas marché. » Ces photos échappaient au plan com. Aujourd’hui,
tout est placé dans les mains d’agents qui
choisissent les photographes, les angles de
vues, les moments où ils peuvent prendre
des photos et ceux où ils ne peuvent pas…
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
e directeur de Visa pour
l’image décrypte l’évolution du métier de
photographe, dont les conditions économiques ont beaucoup changé depuis la
création du festival.
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vendredi 31 août 2018
18
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
mariages
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
M. Xavier GERARD
et Mme, née Fabienne Courtial,
M. Daniel REPOUX
et Mme, née Nathalie Bossu,
sont heureux de faire part
du mariage de leurs enfants
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
Marine et Charles
le samedi 1er septembre 2018,
en l'église Saint-Trophyme
de Bormes-les-Mimosas.
commémoration
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
et le
Le Consistoire central
Consistoire de Paris
rappellent que la
cérémonie des déportés
sera célébrée le dimanche
2 septembre 2018, à 10 heures,
dans la grande synagogue,
44, rue de la Victoire, Paris (9e),
en présence
des plus hautes autorités
civiles, religieuses, militaires
et des anciens déportés.
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Philippe ARSAC
ingénieur École nationale
supérieure de techniques
avancées,
président-directeur général
d'Eurowin Consulting Group,
le 25 août 2018,
à Aruba (Pays-Bas).
La cérémonie religieuse
aura lieu prochainement.
Ni fleurs ni couronnes,
des prières.
28, place Saint-Ferdinand,
75017 Paris.
31, avenue Vandendriessche,
B-1150 Woluwe-Saint-Pierre.
3, place de Wagram,
75017 Paris.
Mme Pierre Bonzans,
son épouse,
ses neveux et nièces
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre BONZANS
deuils
Jean-Philippe, son compagnon,
Thibaud,
Isaure et José,
Solène et Charles,
ses enfants,
Apolline, sa petite-fille,
Marie-Caroline, sa sœur,
Didier,
le père de ses enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Sylvie BENNET-LAFAY
survenu le 4 août 2018, munie
des sacrements de l'Église,
au terme d'une brève
mais cruelle maladie.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
dans l'intimité familiale,
en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e).
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de
votre mariage dans
...et recevez
Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
© Shutterstock
Le professeur et Mme
Michel Arsac,
M. et Mme Bruno Arsac,
M. William Arsac,
Mlle Sixtine Arsac
à l'âge de 88 ans, le 29 août 2018
La messe aura lieu en l'église
Saint-Roch, 296, rue
Saint-Honoré, Paris (1er),
le mardi 4 septembre, à 10 h 30.
Mme Christian Fontana,
née Catherine Pipault,
son épouse,
Béatrice et Hervé Pichard,
Bernard et Anna Fontana,
Patrick et Emmanuelle
Fontana,
ses enfants et leurs conjoints,
Nicolas, Laurent, Julien,
Joachim, Maximilien, Marie,
Thomas,
ses petits-enfants,
Mme René Allois,
Mme Colette Binoche (†),
Mme Alain Pierre-Marie,
Mme Xavier Rossigneux,
ses sœurs,
M. Olivier Fontana,
son frère,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Christian FONTANA
ancien de la 2e DB,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
survenu dans sa 93e année.
Selon sa volonté, les obsèques
ont eu lieu dans l'intimité,
à Saint-Nom-la-Bretèche.
Sa famille remercie
le personnel
de l'Ehpad de Rocquencourt,
pour sa gentillesse
et son dévouement.
Loraine Girardet,
son épouse,
Camille, leur fille,
Fleur et David
Gilbert-Desvallons,
Matthieu et Annabelle Girardet,
Thibaut Girardet et Ashild Stav,
ses enfants et beaux-enfants,
Prune, Jean, Léon, Tess,
Agathe, Robin, Thomas,
ses petits-enfants,
en union de prière avec
son fils Roland (†)
Sybil Darroman,
ses enfants et petits-enfants,
Sylviane Boutet,
ses enfants et petits-enfants,
les enfants et petits-enfants
de Carole Lebihan,
Eric B ungener,
Marc e tLaurence Bungener
et leurs enfants,
Paul et Valérie Bungener
ont la douleur de faire part
du décès de leur tante,
Marielle BUNGENER
survenu le 27 août 2018,
à Courbevoie, à l'âge de 78 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église protestante
unie de l'Annonciation,
19, rue Cortambert, Paris (16e),
le lundi 3 septembre,
à 11 heures.
ebungener@orange.fr
Le docteur Catherine Jullien,
le docteur Dominique Elghozi,
ses filles,
ainsi que tous les membres
de sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès,
à l'âge de 94 ans, du
docteur Claude DÉTRIE
épouse du
docteur Philippe Détrie (†)
Une bénédiction sera célébrée
le lundi 3 septembre 2018,
à 10 h 30,
en l'église Saint-Justin
de Levallois-Perret
Elle reposera aux côtés
de son fils Michel (†).
dominique.elghozi@
wanadoo.fr
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Thierry GIRARDET
le 23 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 1er septembre,
à 11 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Montmartre,
Paris (18e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le docteur André Fabre,
son frère,
Mme Britt-Marie Fabre,
sa belle-sœur,
Mlle Madeleine Fabre,
le docteur Elizabeth Fabre,
Mlle Marie-Hélène Fabre,
ses nièces,
Chloé, Giulia,
Côme, Louis-Thadée,
ses petites-nièces
et petits-neveux,
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Evelyne LONGMAN
née Fabre,
à Paris, le 21 août 2018,
à l'âge de 93 ans, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du
Président-Mithouard,
Paris (7e), suivie
de l'inhumation, à 14 h 30,
au cimetière ancien,
rue Bernard-Palissy,
à Ivry-sur-Seine.
15, avenue du Colonel-Bonnet,
75016 Paris.
Téléphone : 06 65 19 59 19.
Me Anne-Christine Lembeye,
son épouse,
Augustin et Laure Lembeye,
Victor Lembeye,
Oscar Lembeye,
ses enfants et sa belle-fille,
Sylvain Carellas
et Pauline Bayec,
son beau-fils et sa belle-fille,
Cosme, Titien, Balthazar
et Camille,
ses petits-enfants,
Me Dominique Lembeye,
sa sœur,
Xavier Estrade
et Camille Estrade,
ses neveu et nièce,
ses belles-sœurs,
ses beaux-frères
et leurs enfants
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur Pierre LEMBEYE
survenu le 29 août 2018,
à l'âge de 73 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 4 septembre, à 10 h 30,
en la basilique Sainte-Clotilde,
23 bis, rue Las Cases, Paris (7e),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Saint-Clair-sur-Epte
(Val-d'Oise),
dans le caveau familial.
Edouard Marquis,
son fils,
Monique Brulé Marquis,
son ex-épouse,
ses amis
ont la douleur
de faire part du décès de
Jean Pierre MARQUIS
propriétaire du
château de Culan,
survenu le 24 août 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame, ancienne
chapelle castrale, à Culan,
le samedi 1er septembre,
à 11 heures,
suivie de l'inhumation
dans les jardins du château.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Jeannine Roques,
son épouse,
Catherine et Philippe Godard,
François et Stéphanie Roques,
Nicolas et Anne Roques,
Hélène et Stéphane Boujnah,
ses enfants et leurs conjoints,
Anaïs et Brendan,
Dorian et Séverine, Elsa,
Julien et Laura,
Benoit et Naïdé, Paul, Mathieu,
Ivan, Iouri, Sacha, Elisa
et Augustin,
Rose et Lisa,
Manoa, Aïdan,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants,
l'ensemble de sa famille,
tous ses amis
ont la profonde tristesse
de vous annoncer le décès du
docteur Jean ROQUES
La famille Mezger
a la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean Luc MEZGER
survenu dans sa 81 année,
à Cassis.
e
Les obsèques religieuses
auront lieu le mardi
4 septembre 2018, à 16 heures,
au crématorium d'Aubagne.
ancien chirurgien à Agen,
survenu le 29 août 2018,
à Agen, dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 31 août,
à 15 heures, en l'église
du Sacré-Cœur, à Agen.
L'inhumation suivra
la cérémonie au caveau
familial du cimetière
de Larressingle (Gers).
Hyères (Var).
Le duc et la duchesse
de Looz Corswarem
et de Corswarem Looz,
le prince et la princesse
Gilles de Looz Corswarem
et de Corswarem Looz,
SE l'ambassadeur
et la comtesse
Giovanni Jannuzzi,
ses enfants,
le prince et la princesse
Guillaume de Looz Corswarem
et de Corswarem Looz,
M. et Mme Jérôme Bouin,
M. et Mme Sébastien Fernet,
la princesse
Clémence de Looz Corswarem
et de Corswarem Looz,
la princesse
Charlotte de Looz Corswarem
et de Corswarem Looz,
ses petits-enfants,
Apolline, Cyprien, Faustine,
Marguerite, Corentin, Bertille,
Valentine, Constance,
Théotime, Célestine,
ses arrière-petits-enfants,
ses neveux et nièces,
ses petites-nièces,
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
SAS la duchesse
de LOOZ CORSWAREM
et de CORSWAREM LOOZ
née Christiane Lacarrière,
Le docteur Paul Alamel,
son frère,
le docteur et Mme
Jacques-Aimé Pommerie,
son beau-frère et sa belle-sœur,
et leurs enfants,
la famille Krebs
ont la tristesse
de faire part du décès de
Geneviève Liquard
Mme Bernard POMMERIE
née Mireille Alamel,
survenu le 22 août 2018,
dans sa 86e année, à Hyères.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Commes (Calvados).
Jean-Loup (†) et Guillemette (†)
Prioux,
Anne-Françoise Prioux,
Gilles (†) et Hélène Prioux,
Olivier et France Prioux,
Philippe et Dominique
Vigouroux,
Vincent Prioux,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Antoinette Tilly,
sa sœur,
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Geneviève PRIOUX
née Tilly,
dans sa 100e année.
survenu à Croissy-sur-Seine,
le 28 août 2018,
à l'âge de 98 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 3 septembre,
à 10 heures,
en l'église Sainte-Thérèse
de Chatou (Yvelines).
L'inhumation aura lieu
le mardi 4 septembre,
à 16 heures, au cimetière
du Bon-Pasteur, à Lourdes
(Hautes-Pyrénées).
La famille remercie
le personnel de La Roseraie,
à Croissy-sur-Seine,
pour ses soins attentionnés.
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, route de la Croix,
78110 Le Vésinet.
thierry78110@gmail.com
M. et Mme Gérald Villanova
et leurs enfants,
Guillaume, Stanislas
et Quitterie,
M. et Mme Arnaud Villanova
et leurs enfants,
Paul et Tristan,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 5 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église de Commes
« Le Manoir », 14520 Commes.
Mme Hubert Simon,
née Anaïs de Tinguy du Pouët,
ses enfants et petits-enfants
font part du rappel à Dieu du
capitaine de corvette
Hubert SIMON
le 28 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Stella-Matutina,
68, avenue du Maréchal-Foch,
à Saint-Cloud,
le mardi 4 septembre, à 14 h 15.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Claude VILLANOVA
survenu dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi
4 septembre 2018, à 10 h 30,
en l'église Saint-Léon,
1, place Cardinal-Amette,
Paris (15e), suivie
de l'inhumation, au cimetière
du Montparnasse, Paris (14e).
souvenirs
Il y a neuf ans, le 31 août 2009,
Guy-Victor LABAT
nous quittait.
Que tous ceux qui l'ont aimé
et admiré aient une pensée
pour lui.
Sa famille.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 31 août 2018,
avant 20 h 17,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
19
Les Glières, haut plateau de la mémoire
Un docufiction montre comment l’héroïsme des résistants sous les ordres de Tom Morel a forgé la légende de ce maquis.
est grâce à Glières
que j’ai pu obtenir
(des Anglais, NDLR)
les
parachutages
pour la Résistance. »
Ces paroles prononcées par le général de
Gaulle à l’oreille du lieutenant Jourdan,
seul officier rescapé du maquis des Glières, trois mois après la Libération, lors
d’un hommage au cimetière de Morette
en Haute-Savoie, sont éloquentes. Elles
illustrent la place à part
qu’occupe ce groupe,
qui rassembla près de
500 combattants, dans
l’histoire de la Résistan○○○¡
ce. C’est l’épopée de ces
rebelles installés pendant deux mois sur
le plateau des Glières (Haute-Savoie), à
partir du 30 janvier 1944, que retrace le
docufiction de Géraud Burin des Roziers
diffusé ce soir sur RMC Découverte. Un
film qui met en avant les spécificités de
«
C’
+@
SUR LE WEB
ce maquis qui fut contraint de se disperser, le 26 mars 1944, face à un ennemi
(armée allemande et forces de Vichy)
dix fois supérieur en nombre.
Tom Morel sut, et c’est une spécificité
essentielle, accueillir des catholiques,
des athées, mais aussi des FTP communistes et des républicains espagnols.
« La cohésion […] ça a été merveilleux, il
y avait une ambiance formidable »,
confie Constant Paisant, ancien communiste. Ce maquis, encadré par des
officiers et sous-officiers du 27e bataillon de chasseurs alpins qui étaient
passés dans la clandestinité depuis
novembre 1942, apparaît déjà à l’image
de la France nouvelle, celle de l’aprèsguerre.
Le film souligne aussi la guerre des
ondes que se livraient au sujet des
Glières, d’un côté Radio Londres, qui
par la voix de Maurice Schumann
saluait l’héroïsme des résistants, et de
l’autre le triste ministre de la Propagande de Pétain, Philippe Henriot, qui, sur
Radio Paris, calomniait les rebelles.
Ainsi ce maquis, dont le quotidien est
très bien décrit et illustré par des clichés
du maquisard photographe Raymond
Perrillat, est devenu légendaire. ■
Guerre des ondes
La première particularité des Glières réside dans la personnalité hors norme de
son chef, le lieutenant du 27e bataillon
de chasseurs alpins : Théodose, dit Tom,
Morel. Ce saint-cyrien, fervent catholique, né en 1915, issu de la bourgeoisie
lyonnaise, incarne à lui seul l’esprit du
groupe dont la devise est « Vivre libre
ou mourir ». Les survivants des Glières, qui
s’expriment avec émotion dans le film, soulignent que l’enthousiasme de Tom Morel,
sa force combative, et même sa capacité
à instaurer une discipline dure, en faisait un chef aimé. Il fut abattu le 10 mars
1944 par un officier des groupes mobiles
de réserve créés par Vichy. Le capitaine
Anjot lui succède alors.
20.50
LIGNE DE FRONT
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
Installé à partir de janvier 1944, le maquis des Glières rassembla près de 500 hommes.
» « La France a un incroyable talent » : nous avons assisté aux débuts de Marianne James et Sugar Sammy » La guerre des feuilletons d’avant-soirée n’aura pas lieu www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Aristide
Soleil : Lever 07h06 - Coucher 20h35 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Divertissement
Série. Policière
Documentaire. Musical
19.55 Suburgatory. Série. Le grand
départ - Tout pour Carmen.
MATIN
13
21.00 O n a é c h a n g é
n o s m a m a n s
1h50. Aurore vs Aurélie. Inédit. Deux
mamans que tout oppose vont
échanger leurs maris et leurs enfants
pendant une semaine.
10
13
12
11
11
13
15
14
13
12
11
22.50 On a échangé nos mamans.
Divertissement.
14
13
13
11
14
9
14
10
10
Ninja Warrior Le parcours des héros
Prés. : Denis Brogniart, Christophe
Beaugrand, Iris Mittenaere. 2h20.
Inédit. Les concurrents de ce jeu
viennent se défier sur un parcours
d’obstacles gigantesques.
Les petits meurtres
d’Agatha Christie
Fra. Saison 2. Avec Élodie Frenck.
Drame en trois actes. Inédit. N’ayant
pas les moyens de se payer des
vacances, Alice décide de prendre
des cours de théâtre.
23.20 V e n d r e d i , t o u t e s t p e r m i s
a v e c A r t h u r Divertissement. Pré-
22.45 L e s p e t i t s m e u r t r e s
d ’ A g a t h a C h r i s t i e Série 0.20 Et
sentation : Arthur.
nous nous reverrons. Film TV.
Sardou, le film de sa vie
12
15
14
13
13
17
Fra. 2017. Réal. : L. Luyat et F. Benudis.
2h05. Rare à la télévision, Michel Sardou se dévoile en toute simplicité et
revient sur une carrière musicale
hors du commun. Un film qui donne
aussi la parole aux intimes.
20.50 L e s r o u t e s
d e l i’ m p o s s i b l e
23.05 L a v i e s e c r è t e d e s c h a n s o n s
22.35 C dans l’air. Mag. 23.40 Yellowstone, terres d’extrêmes. Doc.
Mag. Le temps de l’amour. 0.00 Soir/3
0.35 Libre court. Magazine.
12
19.00 Silence, ça pousse ! Magazine
20.00 Le royaume du Namib. Doc.
Série documentaire. Société. Fra.
2018. Réal. : Mathieu Orcel. 1h40.
Nicaragua, au nom de la loi. Inédit Haïti, plus forte la vie.
21
17
17
13
18
19
22
30
21
APRÈS-MIDI
22
10
23
22
19.00 Le macareux moine, nomade
de l’Atlantique nord. Doc. 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45. Présentation :
Nathalie Renoux 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec M. Game.
21.00
20.55
21.00
Film. Science-fiction
Film TV. Comédie dramatique
Série. Policière
22
13
21
24
24
24
22
23
20.55J u li e L e s c a u t
Série. Policière. Fra. 2006. Saison 15.
Avec V. Genest. Dangereuses rencontres. Une femme d’une trentaine
d’années est retrouvée étranglée
dans le parking de son immeuble.
23
24
22
22
24
23
25
20
22
26
22.50 Julie Lescaut. Série. Une
affaire jugée - Instinct paternel.
25
26
28
26
31
25
28
28
26
50
31
19.10 Americars. Un challenge à la
hauteur - Concours d’élégance.
La planète des singes Suprématie
EU. 2017. Réal. : Matt Reeves. 2h20.
Inédit. Avec Andy Serkis, Woody
Harrelson.Toujours à la tête des
singes, César défend les siens contre
une implacable armée humaine.
23.15 T h e S h a n g h a i J o b S .M .A .R .T . C h a s e
A c t i o n 0.45
Logan. Film. Science-fiction.
Dans le meilleur
des mondes
Bull
All. 2017. Réal. : Gernot Krää. 1h29.
Inédit. Avec Richy Müller. Un chômeur quinquagénaire et aigri se lie
d’amitié avec un jeune réfugié de
12 ans et se métamorphose.
EU. Saison 2. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Jaime Lee
Kirchner, Tyrone Brown. 2 épisodes.
Inédits. Bull aide le fils d’une juge à
plaider sur une affaire médiatique
après la noyade d’un jeune.
22.25 R o c k ’ n r o ll … O f C o r s e ! Film.
Documentaire 23.55 The XX au Melt
Festival 2018. Concert.
22.50 B u ll Série. Policière. EU. 2017.
Saison 1. Les dieux de l’Olympe 23.35
NCIS. Série. 3 épisodes.
26
T (en °c)
20.50 L i’ n c r o y a b l e h i s t o i r e
d u m a q u i s d e s G li è r e s
Doc. Historique. 2018. Réal. : Géraud
Burin des Rosiers. 1h30. Inédit. Le
maquis des Glières constitue un lieu
emblématique de la Résistance.
22.20 Sacrifice. Doc. Du Débarquement à la libération de Paris.
<-10 à 0
19.20 Rénovation impossible. Mener
en bateau - Un oiseau rare.
SAMEDI
21.00 L e s S i m p s o n
18.55 Alerte Cobra. Série. Secret de
famille - Sortie scolaire.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu.
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 M e n t a li s t
21.00 E n q u ê t e d ’ a c t i o n
Série. Policière. EU. 2011. Saison 4.
Avec Simon Baker. 2 épisodes. Alors
qu’un pompier vient d’être retrouvé
la gorge tranchée dans un bois, Jane
se fait agresser.
Prés. : M.-A. Casalta. 2h. Pompiers des
Bouches-du-Rhône : alerte sur la côte !
Inédit. Une équipe a suivi les pompiers
des casernes implantées le long du littoral des Bouches-du-Rhône.
21.00 L e m e ill e u r d e s 4 / 3
d e J e a n - L u c L e m oin e
22.40 Mentalist. Série 0.20 Londres,
police judiciaire. Série.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
Divertissement. Prés. : Jean-Luc Lemoine. 2h15. Volume 7. Inédit. Tous les
moments les plus cultes des coulisses
de «Touche pas à mon poste».
23.15 Le meilleur des 4/3 de JeanLuc Lemoine. Divertissement.
Série. Animation. EU. 1997. Saison 9. 3 épisodes. Le bus de l’école
de Springfield tombe dans l’océan.
Bart, Lisa et des élèves se réfugient
alors sur une île.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
10 à 20 20 à 30 30 à >40
12/22
21/31
12/22
10/16
23/34
23/31
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
DIMANCHE
12/23
14/25
13/26
17/28
14/26
12/24
14/25
13/27
14/31
25/33
13/21
20/31
19/33
13/21
25/34
LUNDI
13/24
11/22
13/22
15/28
22.15 Les Simpson. Série. Animation. 9 épisodes.
26/32
21/25
12/20
15/19
12/21
22/32
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
13/25
14/27
16/31
20/28
20/28
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
A
20 .0 0 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.25 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
23
21
21
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec J. Galecki. 2 épisodes.
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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
20
JEUX D'ÉTÉ
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FA
FA
C
G
0
0
1
1
26
1
1
0
0
0
1
1
1
1
1
1
0
3
7 8
3
26
3
5 1
5
9
9
1
0
MOTS FLÉCHÉS N° 2063
PAS POUR
TOUTES LES
BOURSES
1
TAPAI
LA MAIN
LIMITER
LE CHAMP
ENTICHÉE
REVENUE
DE TOUT
AVEC
LÉGÈRETÉ
COULEUR
D’IF
GROGNE
GENTIMENT
MESURAS
DES CUBES
DE BOIS
LIEU DE
TRAFIC
ZOO SUR
L’EAU
DITE AVEC
CLARTÉ
AÉRÉ
APAISANTE
CRITIQUA
AVEC SA
PLUME
RIVIÈRE
PASSANT À
PÉRIGUEUX
NE PAS
LAISSER
FILER
DÉCILITRE
0 0 1 0 0 1 1 0 1 1
CAMP D’ÉTÉ
DE CE FAIT
AU CHANT
DU COQ
C’EST
L’ADDITION
APPRIS
LA SÉCU
HORIZONTALEMENT
1. Ils forment une ceinture de sécurité
autour du terrain. - 2. Régime trop strict.
- 3. Qui s’y frotte s’y pique. - 4. Ont disparu
à Saint-Germain. Chaîne événementielle.
- 5. Appel un peu véhément. Belle
nymphe au bois dormant. - 6. Amener au
bord de la rupture. Ici naquit l’écriture
ou fragment d’écriture. - 7. L’esprit s’y
recueille. Le meilleur restaurant du quartier.
- 8. Sel d’un acide présent dans les
agrumes. - 9. Sucette au lait. - 10. Une
Castro qui inspira un Guevara. Ordre cosmique. - 11. Pour ne nommer personne.
Producteur d’huile de palme. - 12. Boss
durs.
A
VERTICALEMENT
1. Elle fait des soufflés et des babas. - 2.
Mer d’azur à Capri. - 3. Chaîne biculturelle.
Fine lame. - 4. Plume de L’Homme au
crâne rasé. Tube de plate-forme flottante.
- 5. Guide du consumérisme. Il accumulait
toutes sortes d’objets et c’était là tout
son art ! Romains ou chinois. - 6. Vole la
tête en bas. Au top sciée. - 7. Fille qui
travaille au bac. Composition notée. - 8.
Valaient huit pintes. Singe sur la plus
haute branche.
7
8
1
BRIDGE
PROBLÈME N° 2905 :
À portée de bras
2
3
4
5
6
7
8
953
85
ARD43
V76
N
O
E
S
A R D V 10
A
10 9 7 6
A43
9
10
11
Contrat : Sud joue
6 Piques.
12
Entame : Roi de .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4818
HORIZONTALEMENT 1. Prothèse. - 2. Rechapes. - 3. Ivre. Art. - 4. Mie. Érié. - 5. Âtres.
- 6. Ta. Stage. - 7. Ola. Oran. - 8. Limace. - 9.
Osons. Go. - 10. Gard. CRS. - 11. Uncinées. - 12.
Étendage.
VERTICALEMENT 1. Primatologue. - 2. Revitalisant. - 3. Ocrer. Amorce. - 4. Thé. Es. Andin.
- 5. Ha. Estocs. ND. - 6. Épar. Are. CEA. - 7.
Seringa. Greg. - 8. Este. Endossé.
&
&
%
&
%
%
9 5
8 3 6
1
7
1
7 5 8
9 6 3
3 7 9
6 1
5 8
3 5 9
8 7 3
1
5 3 6
6 8 7
9 1 5
8
7 9
1 6
&
%
%
&
%
&
%
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2904 :
Vous savez déjà tout
Contrat : S u d j o u e 3 Sans-Atout, a p r è s u n e o u v e r t u r e
de 2 en Est.
Entame : Dame de (le 2 en Est, en pair-impair).
Vous savez qu’Est a six , donc Ouest aucun. Et Ouest doit
avoir six cartes à (le 2 d’Est à l’entame vous rassure
sur ce point) pour que vous ayez une chance de gagner
(sinon les pourront être encaissés). Quant aux deux
honneurs à , Est n’en a pas deux et Ouest ne doit pas
en avoir deux, ils sont donc par hypothèse répartis dans
chaque main. La ligne gagnante est directe : prenez de l’As
de , afin de conserver la reprise en main à indispensable
à l’exploitation des , et jouez . Admettons qu’Ouest
prenne au deuxième tour et insiste à pour votre Roi.
Vous libérez vos et Est en main contre-attaque à pour l’As du mort. Vous poursuivez d’un petit pour
votre Roi, encaissez le maître ainsi que vos deux
honneurs restants à (en espérant qu’Est en avait au
maximum trois au départ, autre condition nécessaire) et
sortez d’un petit . Est devra vous rendre la Dame de à la dernière levée.
D7653
La défense n’aura
A5
fait que deux levées
ARD
dans chaque couleur
V74
noire…
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Une donne issue de D V 10 9 4 3
N
2
O E 963
la finale de ligue pari- 7 5 4 2
S
sienne de l’Interclubs A 6 3
R82
1ère division 2017 et
R2
rapportée par le
R876
Carrillon Philippe
V 10 8
Fimayer.
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Par Vincent Labbé
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PROBLÈME N° 4819
QUI VIENT
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SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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STRIER
LA VIS
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ANGUILLES
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PLANTIGRADE
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DÉTRUITS
MARQUÉE
LIGNE DE
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ROSES
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BOLET
GASCON
DISGRACIEUX
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#
Par Diane Monfort
TRÈS
SENSIBLE
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MOTS COUPÉS
Mots coupés
- Pincer Pin-Pon - Poncer Poucer - PouPin PouPon - rincée rincer - sAucée sAucer - sAurin TAuPin - TAurin.
PI)*+,
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
C E E
C E R
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LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
21
L’ultra-trail,
la folle ivresse
des sommets
Pendant une semaine, les courses
de différentes difficultés se sont
enchaînées pour se clôturer
avec l’Ultra-trail du Mont-Blanc,
qui débute ce vendredi à 18 heures.
Gilles Festor
gfestor@lefigaro.fr
C
2 300 athlètes
prendront ce vendredi
à Chamonix le départ
de l’Ultra-trail
du Mont-Blanc, la course
d’endurance la plus
relevée au monde,
sur 171 km. Une odyssée
de l’extrême, aussi
physique que spirituelle,
qui constitue la grandmesse d’une discipline
rencontrant un succès
phénoménal en France
et à l’étranger.
4 km/h. Un exploit majuscule devant la légende du
trail, l’Espagnol Kylian Jornet, repoussé à 15 minutes. « C’est LA course, un événement à part connu
dans le monde entier. Elle se déroule dans un massif
mythique. Quiconque arrive à Chamonix la première
fois reste bouche bée devant le spectacle de la nature.
La magie du décor opère et il y a toujours un monde
fou qui vient vous encourager sur le parcours. Il n’y a
ça nulle part ailleurs », explique un viticulteur installé à Saint-Julien (Rhône-Alpes). « Le cadre est
pour beaucoup dans la réputation de l’UTMB. Rares
sont les tracés qui offrent cette diversité de paysages,
car on passe des alpages aux forêts puis au minéral
sur un parcours qui a peu évolué depuis la première
édition », confie Catherine Poletti, cofondatrice de
l’événement avec son mari en 2003. Cette annéelà, la pluie, le froid et la grêle étaient venus épicer
une course dévastatrice, avec plus de 90 %
d’abandons (67 coureurs à l’arrivée). Le monument était bien né.
Sources : utmbmontblanc.com et Yandex
omplet », « placement sur liste
d’attente », « inscription sur tirage
au sort ». Le refrain est connu par
tous les trailers en France. Cet été
encore, il fallait s’armer de patience, espérer un désistement ou alors
avoir pris d’assaut les bureaux
d’inscription dès l’hiver dernier pour pouvoir participer à l’un des nombreux trails et ultra-trails organisés dans les massifs montagneux de notre
pays. Depuis qu’il a démarré il y a plus de vingt
ans, le phénomène de ces courses à pied de longue
ou très longue distance en milieu naturel n’a cessé
de prendre de l’ampleur. Alors qu’il y avait un peu
Le culte de la performance
moins de 200 épreuves en France en 2009, on en
dénombrera plus de 3 000 fin 2018 pour satisfaire
Voilà pour le gratin de la discipline, une poignée de
l’appétit d’environ 600 000 fondus de la grimpette
superhéros qui visent la gagne en gardant un œil
(sur 8 millions de coureurs).
sur le chrono. Les projecteurs sont souvent braEn poussant la caricature un peu loin, le trailer
qués sur leurs exploits surhumains, mais ils ne
est facilement identifiable. Son corps sec, généraconstituent pourtant qu’une infime partie des doslement taillé à la serpe, transporte un équipement
sards de l’UTMB. « La plupart des athlètes se batminimaliste, mais parfaitement pensé (sac à dos,
tent contre eux-mêmes, testent leurs limites physibâtons télescopiques, short et tee-shirt légers,
ques et mentales, mais ne défient pas le temps,
chaussettes longues, lunettes de soleil, lampe frontranche Catherine Poletti. Qui insiste : « La retale, montre GPS et un petit nécessaire de sécuricherche de la performance à tout prix n’a d’ailleurs
té). On le reconnaît, car il dévale les sentiers avec
jamais été notre moteur en tant qu’organisateurs. »
l’agilité et la rapidité d’un bouquetin. Et tout cela
Les anthropologues et sociologues qui ont écrit
sans donner l’impression de lever la tête pour
sur le phénomène des ultra-trails ont souvent mis
contempler son environnement. Une attitude qui a
en avant le culte de la performance. À tort parfois.
parfois le don de déconcerter les alpinistes et les
« Il existe, évidemment, mais il est finalement assez
randonneurs chargés, eux, comme des mulets.
marginal. Ce fantasme de la performance ne tient
Tout au long de la semaine, 10 000 de ces aficiopas longtemps. Les courses sont tellement longues
nados se sont donné rendez-vous à Chamonix, caque même les meilleurs se retrouvent très vite
pitale mondiale du trail où se déroule, depuis
confrontés à leurs limites. Il faut d’abord accepter sa
16 ans, l’UTMB Mont-Blanc. Pendant une semaine,
lenteur et sa faiblesse pour pouvoir apprécier cette
les courses de différentes difficultés s’enchaînent
pratique », explique Jean-Philippe Lefief, auteur
pour se clôturer avec l’ultra-trail, l’épreuve la plus
d’un ouvrage désormais de référence, La Folle Hisrelevée de la planète où se défient les plus
toire du trail (Éditions Paulsen).
grands noms de la discipline. Imaginez :
Son ouvrage tord le cou à certaines
L’Ultra-trail
La Giete 1 884 m
10 000 mètres de dénivelé positif, un traidées reçues, notamment le caractère
du Mont-Blanc Les Tseppes 2 065 m
cé de 171 km autour du massif du Montnovateur d’une pratique finalement
DISTANCE : 171 km
Blanc, à avaler d’une traite évidemment,
ancestrale, devenue hobby à la mode.
Vallorcine
DÉNIVELÉ POSITIF : 10 000 m
Champex-Lac « Nos sociétés modernes se sont séden1 270 m
à travers trois pays (France, Italie, Suisse)
1 470 m
RECORD DE L’ÉPREUVE :
et dans des conditions parfois dantesques
tarisées. Nous avions oublié que couvrir
La Tête aux vents
François D’Haene
lorsque la neige et les orages s’invitent.
des distances pareilles à pied allait de
2 130 m
19 h 01’ 54’’ en 2017
Ce vendredi, à 18 heures, 2 300 athlètes
soi pendant très longtemps, de l’Anti(dont 10 % de femmes) venus de tous les
quité jusqu’à récemment. Cette activité
Chamonix
coins du monde, s’élanceront à l’assaut
nous a façonnés en tant qu’être humain.
1 035 m
du mythe. On sait déjà qu’un tiers d’enElle est même inscrite dans nos gènes »,
tre eux ne verront pas l’arrivée, épuisés
remarque le journaliste de l’agence
Le Délevret
1
777
m
ou victimes de malaises. Les meilleurs
Reuters. Cette résurgence de la marSt-Gervais
810 m
termineront le périple en moins de
che de longue distance remonte aux
Grand col
20 heures quand les derniers n’en seront
années 1970, lorsque la contre-culture
Ferret
qu’à la moitié du parcours. À titre de
aux États-Unis a petit à petit poussé
2 537 m
comparaison, les randonneurs mettent
les « runners » à sortir des stades. « Il
Les ContaminesMont Blanc
en général plus de dix jours pour venir à
y avait un côté baba cool. Les gens vou4 808m
Montjoie
bout du GR… Un défi titanesque, donc.
laient d’abord partager leur plaisir
Courmayeur
1 170 m
François D’Haene, le triple lauréat
avant leur performance, dans un
1 210 m
(2012, 2014 et 2017), concentré sur
contexte évident de retour à la natuArête du Mont Favre
d’autres projets, suivra la course avec
re », analyse-t-il. De nombreux
2 417 m
passion. L’été dernier, le Lillois de 32 ans
adeptes, comme François D’Haene,
Col de la Seigne
Col du
a pulvérisé le record (19 h 01 min 54 s)
sont d’ailleurs d’anciens maratho2
516
m
Bonhomme
5 km
2 329 m
avec une moyenne de quasiment 9 km/h
niens qui délaissent le cadre urbain et
Infographie
quand le piéton moyen en ville avance à
le côté très normatif de cette activité
chronométrée où l’on est catalogué en fonction de
son temps. « Le trail, c’est pour tous et partout »,
résume avec justesse Gilles Bertrand, figure emblématique du trail en France et fondateur du
Festival des templiers.
Plus qu’un simple terrain de jeu d’athlètes surentraînés, le trail serait avant tout un sport de
l’esprit. Une quête mystique même pour certains.
« Il arrive toujours un moment où le traileur au bout
de l’effort se demande : “Mais pourquoi je m’inflige
tout ça ?” Et pour continuer à avancer, il faut impérativement des réponses claires qui relèvent de l’intime. Au fil des kilomètres, on se débarrasse de tout ce
qui est factice dans notre vie sociale pour arriver au
cœur de ce que l’on est. C’est un dépouillement, un
vrai retour sur soi », glisse Jean-Philippe Lefief. Ce
n’est d’ailleurs pas un hasard si les concurrents à
l’UTMB ont en moyenne 41 ans, un âge charnière
dans la vie d’un individu. « 40-50 ans, c’est généralement un moment où l’on se fixe de nouveaux défis
dans une vie. Certes, le physique, l’équilibre sont nécessaires, mais la connaissance de soi et le mental le
sont tout autant, assure François D’Haene. Après
15 heures seul dans la montagne, si la tête et le corps
ne sont pas heureux d’être là en symbiose avec la nature, c’est impossible d’être compétitif. »
Plusieurs études ont montré que plus de la moitié
des trailers était issue de la catégorie des CSP+. Une
cible idéale pour les marques qui ont vite investi
dans ce qui n’était au départ qu’une minuscule niche perdue dans le marché du running. Aujourd’hui, le business est florissant. Rien qu’en France,
le trail génère plus de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. « On nous regardait comme des gens
un peu fous qui allaient courir sur des terrains très
variés, et beaucoup pensaient que le marché resterait
marginal », se souvient Jean-Luc Diard, cofondateur de la marque d’équipement Hoka One One en
2009. Grâce à des chaussures à la semelle curvée
novatrice, l’ascension de la PME est fulgurante :
d’un million de dollars en 2011, le chiffre d’affaires
passe la barre des 100 millions six ans plus tard
après le rachat par des américains en 2013. Le Petit
Poucet est désormais prêt à jouer des coudes face
aux géants Nike et Asics. « Le boom se poursuit aux
États-Unis avec une croissance annuelle à deux chiffres et le Japon et la Chine s’y mettent », détaille le
dirigeant installé en Californie.
Porté par l’esprit des militants de la contre-culture américaine, le trail doit-il s’inquiéter des dérives liées à cet engouement sans limites ? En
s’émancipant du monde du running, la discipline
est arrivée à maturité. Elle a forgé ses propres codes et fédère une communauté de passionnés. Les
épreuves se multiplient et se standardisent sur de
nouveaux terrains (déserts, côtes et même en zone
urbaine), toujours mieux organisées et toujours
plus extrêmes aussi. Certains rêvent de reconnaissance et lorgnent vers les Jeux olympiques. « Le
danger, ce sont d’abord les gens qui banalisent ce
genre d’effort pour enchaîner des courses tous les
mois », s’inquiète François D’Haene. Jean-Philippe Lefief met, lui, en garde contre un basculement
similaire à celui vécu par le VTT depuis qu’il est devenu discipline olympique après avoir été longtemps un moyen d’échapper au cadre figé des
épreuves de cyclisme sur route. « Le trail reste
d’abord une activité qui permet d’exprimer sa liberté, affirme Lefief. Il pourrait mourir d’une révolution
olympique qui séparerait l’élite du commun des mortels. Il doit rester un vaste foutoir, ouvert à tous. » ■
A
FRANCK ODDOUX
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
22
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
LE BLOC-NOTES
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
Macron, affaibli, s’isole dans une impasse
e spectacle politique mis en
scène par Emmanuel Macron
laisse voir ses faussetés.
À vouloir séduire à gauche
et à droite, le président
s’embrouille et se raidit.
Sa pensée « complexe » est un trompel’œil. C’est cette mascarade que Nicolas
Hulot a dénoncée, mardi sur France Inter,
en improvisant sa démission du ministère
de la Transition écologique. « Je ne veux
plus me mentir », a confessé l’ancien
animateur de télévision, libéré
de son marionnettiste. Lundi, devant
la Conférence des ambassadeurs, Macron
a salué pour sa part « le retour des peuples
[…] », à la manière des populistes. Dans
un discours fleuve, le président a multiplié
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
31 août 1823 : prise
du fort du Trocadero
à Cadix par les Français.
Chateaubriand
« On vit reparaître
cette intrépidité
française […]
JEAN PAUL DUMONTIER/LA COLLECTION
»
néanmoins les attaques contre
les « nationalistes », qui sont les
révélateurs de ce réveil des identités.
Or ce double jeu est devenu inopérant :
l’écologie déclamée en slogans ne peut
produire que du toc ; la dénonciation de la
« lèpre qui monte » n’est pas conciliable
avec la flatterie des Oubliés. Le cynisme
présidentiel conduit à une impasse.
Devant les diplomates, le chef de l’État
a cité aussi Alexandre Soljenitsyne
et son discours de Harvard, prononcé
il y a quarante ans. Le dissident russe y
faisait le diagnostic du « déclin du
courage » de l’Occident, que Macron
dit vouloir enrayer. Mais l’enrôlement
de l’écrivain est un contresens.
L’« humanisme progressiste » dont
se prévaut le chef de l’État est une idée
qu’étrillait Soljenitsyne : il y voyait
la source du désastre de l’Occident
matérialiste et coupé de toute
transcendance. Macron cherche
à diaboliser le Hongrois Viktor Orban
et ses alliés d’Europe de l’Est, mobilisés
contre l’immigration de masse et pour
la souveraineté des peuples. Cependant,
c’est Soljenitsyne qui déclarait : « On ne
peut nier que les personnalités s’affaiblissent
à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent
de devenir plus fermes et plus fortes. »
Macron combat ceux que le dénonciateur
du goulag aurait défendus.
Trop de postures dissemblables font du
président prodige un jongleur maladroit.
Macron aurait gagné à embrasser la cause
des révoltés. Se devine chez lui le regret
de n’avoir su déceler à temps l’ampleur
du retour des nations à leur « psyché
profonde ». Le président aurait fait
un leader inspiré s’il avait su
s’émanciper de ses souffleurs adeptes
de la mondialisation heureuse, de l’Europe
souveraine, du tout-économique.
Ses actuelles contorsions pour tenter
de reprendre pied dans l’Histoire des
hommes, qui échappe aux technocrates et
aux experts, révèlent l’agilité d’esprit
que les Français lui connaissent. Mais son
numéro d’équilibriste est balourd. Macron
paie son entêtement orgueilleux à ne rien
vouloir conclure de la crise existentielle
décrite ici cent fois. Son flirt avec
les chasseurs, goutte d’eau qui a poussé
Hulot à claquer la porte, n’est qu’une
vieille ficelle politicarde destinée à faire
oublier le président des villes, éloigné
des campagnes et des traditions.
Le délitement du macronisme,
cette illusion d’optique, est amorcé.
Macron aurait une occasion
de reprendre la main et de montrer
son courage en se saisissant des dossiers
brûlants liés à l’immigration de masse,
à l’islamisation des cités ou à la nouvelle
violence gratuite. Car enfin, quand Hulot
explique, parlant de l’environnement :
« Je ne comprends pas que nous assistions
à la gestion d’une tragédie bien annoncée
dans une forme d’indifférence »,
de semblables propos pourraient être
tenus plus dramatiquement concernant la
nation et son effritement. Nicolas Sarkozy
n’a pas tort quand il explique, mardi :
« Qu’il y ait M. Hulot ou pas, la question de
l’immigration est centrale […] , la question
du montant des impôts qu’on paie est
centrale. » Certes, nombreux sont ceux qui
auraient aimé que l’ancien président ait eu
cette lucidité quand il était au pouvoir.
Mais le rejet du mensonge et des artifices,
qui a motivé Hulot à arracher le masque
écolo de Macron, reste la clef pour entrer
dans le monde de demain. Pourtant,
le chef de l’État s’est condamné à ne rien
faire, sinon insulter les Français qui
seraient « réfractaires au changement ».
Posture puérile
Macron est dans l’impasse car il ne peut
emprunter la voie royale de la protection
des nations et des peuples qui porte
les affreux populistes. Son affrontement
avec le couple hungaro-italien, Viktor
Orban-Matteo Salvini, promet d’être
de plus en plus vif jusqu’aux européennes
de mai 2019. Ce bras de fer oblige Macron
à contredire les deux leaders nationalistes,
y compris sur des évidences. Pour Orban,
Macron est le « chef des partis
promigrants » : une étiquette que le chef
de l’État français assume dans un défi
d’enfant blessé. Mercredi, en visite
au Danemark, il a même déclaré : « Le vrai
Danois n’existe pas. Il est déjà européen.
C’est aussi vrai pour les Français. » Reste
que cette réaction puérile et bravache
donne tout loisir à l’opposition d’isoler
un peu plus Jupiter affaibli. Après la
déconvenue d’une partie de la droite,
échaudée par les pratiques népotiques
de Macron dans l’affaire Benalla, voilà une
partie de la gauche prise à son tour par
le doute après les désillusions avouées
du ministre écolo. Le socle tremble.
La réalité ne fait rien, de surcroît,
pour contredire ceux qui accusent
l’immigration de masse de créer chômage
et violence. En Grande-Bretagne, le
chômage est au plus bas depuis quarante
ans et les salaires repartent à la hausse
pour compenser l’immigration en baisse :
un phénomène qui commence, ici et là,
à ébranler la gauche immigrationniste.
Partout en Europe, l’insécurité liée
aux « migrants » se vérifie. En Saxe
(Allemagne de l’Est), ces situations
de tensions suscitent des rejets affichés
de l’étranger. En France, les violences
gratuites sont en forte augmentation :
le ministère de l’Intérieur comptabilise
plus d’un millier d’agressions chaque jour.
Porte de la Chapelle, à Paris, le collectif
Solidarité migrants Wilson a jeté l’éponge
devant une situation devenue
« explosive ». La loi du couteau contredit
les discours des statisticiens, qui assurent
que la violence baisse. Accuser
les « nationalistes » de tous les maux est
une défausse qui ne trompe plus guère.
Scandale des éoliennes offshore
La protection de la nature ne fait pas
bon ménage avec le « progressisme »
Vert, prêt à saccager des paysages au nom
d’une idéologie. C’est Hulot qui a
notamment accéléré le programme des
éoliennes, cette « escroquerie intellectuelle
et politique » dénoncée par l’écologiste
Antoine Waechter. D’affreux champs
d’éoliennes de 200 mètres de haut
sont également prévus sur des espaces
maritimes vierges et visibles des côtes
littorales. Cette pollution visuelle,
avalisée par Hulot, est un scandale.
Le gouvernement osera-t-il y mettre fin ?
Daniel Cohen : « Le digital ramène
aux questions du monde industriel d’hier »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHRISTOPHE MORIN / IP3
MARIE-LAETITIA BONAVITA £@mlbo
LE FIGARO. - D’où vient la montée
du populisme en Occident ?
Daniel COHEN. - Le populisme est le fruit
de deux processus, d’abord idéologique
puis économique et social, qui ont nourri
un ressentiment profond au sein des classes
populaires. Idéologique car il est la conséquence de l’effondrement des grands récits
produits successivement par la gauche
dans les années 60 et par la droite dans les
années 80-90. La gauche avait annoncé
aux classes populaires un avenir radieux
promettant la sortie du capitalisme et la fin
d’une société de classes. Cette illusion s’est
fracassée avec la crise des années 70 qui,
loin de mettre fin au capitalisme, l’a finalement relancé. La droite a mené une révolution conservatrice à la suite de Thatcher et
de Reagan, qui s’est voulu économique et
morale, prônant un retour aux valeurs fondatrices du travail et de l’effort, et que l’on
peut résumer par la formule de Nicolas
Sarkozy « travailler plus pour gagner plus ».
Las, cette promesse d’un ressourcement
moral n’a pas eu lieu. On a plutôt assisté au
« Triomphe de la cupidité » pour reprendre
le titre du livre du Prix
Nobel d’économie Joseph
Stiglitz publié en 2010. Les
inégalités se sont accrues,
parallèlement à l’apparition
Les débats de notre époque présentent
de nouveaux milliardaide troublantes analogies avec les interrogations res… Aux États-Unis, le resuscitées jadis par la deuxième révolution
venu de la classe moyenne
stagne depuis quarante ans.
industrielle, argumente l’économiste*.
A
ENTRETIEN
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Quid du processus économique et social ?
La société industrielle était hiérarchique,
autoritaire, mais elle était aussi intégratrice. Chacun y trouvait une place, à tous
les étages, et la croissance était assez
également partagée. La désindustrialisation a donné naissance à une nouvelle
classe ouvrière, désyndicalisée, désocialisée, éloignée des centres-villes et souvent éclatée familialement. C’est dans ce
vide social nouveau que le populisme a
fleuri.
La révolution digitale permettra-t-elle
de trouver une nouvelle voie ?
C’est toute la question. Il y a plusieurs
manières d’interpréter la société postindustrielle. Le plus simple est de dire que
c’est une société de services (médecine,
éducation, accompagnement aux personnes âgées) à la recherche d’un modèle
de croissance. Lorsque la valeur du service
produit par un prestataire est directement
liée au temps qu’il passe à s’occuper
d’autrui, la croissance est forcément faible,
sauf à travailler toujours davantage. La solution à ce déficit de croissance est exactement ce que propose la société numérique.
En numérisant les individus, en les transformant en un système d’informations qui
puissent être traitées par des algorithmes,
elle permet de trouver des rendements
d’échelle croissants. Mais nous en voyons
le prix à payer : une déshumanisation de la
société qui, par une extraordinaire boucle,
nous ramène aux questions du monde
industriel d’hier, celles de l’humain que
nous sacrifions à nouveau à notre désir de
croissance.
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
Un équilibre n’est-il pas possible ?
La croissance des salaires à long terme est
possible si le travail et les technologies parviennent à évoluer main dans la main.
Dans le domaine médical, on peut penser
que les nouvelles technologies permettront
d’aider les infirmières à connaître l’état de
santé précis du patient qu’elles ausculteront, faisant du médecin le dernier recours en cas d’incertitudes sur le diagnostic. Dans l’éducation, les enseignants
vont apprendre à se servir des logiciels au
profit d’un meilleur apprentissage du savoir, par exemple dans les langues étrangères. Cela suppose que les systèmes tant
postes, sans être capable de lancer de nouveaux grands projets. Il est choquant, par
exemple, que le budget de l’enseignement
supérieur et de la recherche pèse à peine
plus de 1 % du PIB, 13 milliards pour l’enseignement supérieur stricto sensu, bien
moins que la politique du logement, par
exemple.
Que pensez-vous de la démission
de Nicolas Hulot ?
En démissionnant, Nicolas Hulot a pointé
l’incapacité des sociétés modernes à internaliser la contrainte écologique. C’est
symptomatique de notre difficulté à nous
projeter dans le futur. Une enquête
Seulement 5 % des Français
sur le bien-être
montre que seulesouhaiteraient vivre dans l’avenir
ment 5 % des Frantandis que 70 % ont la nostalgie du passé. çais souhaiteraient
vivre dans l’avenir
Chez les jeunes de 18 à 25 ans,
tandis que 70 % ont
seuls 13 % manifestent un désir d’avenir !
la nostalgie du
passé. Chez les jeunes de 18 à 25 ans, seuls 13 % manifestent
d’éducation que médical soient capables
un désir d’avenir ! Avec le départ de Nicolas
d’investir dans l’intelligence artificielle. Il
Hulot, Emmanuel Macron perd l’un de
s’agit de donner aux agents concernés les
ceux qui incarnent ce besoin de projection
moyens d’être eux-mêmes les porteurs de
dans l’avenir, une dimension qui était
cette transformation technologique plutôt
très importante dans son discours de
que de la subir.
campagne. ■
La politique économique de Macron
* Directeur du département d’économie
va-t-elle dans le bon sens ?
de l’École normale supérieure et membre
fondateur de l’École d’économie de Paris.
Pas vraiment. Emmanuel Macron a trouvé
Vient de publier « “Il faut dire que les temps
les finances publiques en mauvais état mais
ont changé…” Chronique (fiévreuse)
il les a aussi aggravées en décidant de baisser les impôts de 20 à 30 milliards d’euros.
d’une mutation qui inquiète »
Aujourd’hui, il doit rogner sur tous les
(Albin Michel, 224 p., 19 €).
«
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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Supplément 4
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LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
Toutankhamon, 5/6
la momie en
mille morceaux
SÉRIE ÉTÉ 23
[
De quoi son
vraiment mto-ils
rts ?
]
Ils ont pesé lou
rd sur l’histoir
causes de leur
e du monde. Ma
mo
is les
énigmes médic rt restent mystérieuses.
Face à ces
ales, voici les
« autopsies his
pratiquées pa
r des médecin
tor
iques »
s et historiens.
Accident de char, attaque
d’hippopotame ou assassinat,
les causes de la mort du pharaon,
il y a 3 300 ans, restent un mystère.
Derry et Saley Bey Hamdi concerne l’âge du décès : « Les deux docteurs ont aujourd’hui été capables
« Aujourd’hui a été un grand jour
de définir définitivement l’âge du
dans l’histoire de l’archéologie… »,
jeune roi comme étant d’environ
lit-on le 11 novembre 1925 dans le
18 ans », écrit Carter le soir du
journal de l’archéologue Howard
15 novembre. La momie sera reCarter. Ce jour-là commence le
mise dans une boîte en bois remdévoilement tant attendu de la
plie de sable, à l’intérieur du sarmomie du jeune roi Toutankhacophage, le 23 octobre 1926.
mon, dont il a découvert la tombe,
Près de quarante ans plus tard,
quasiment inviolée, trois ans plus
on découvrira l’ampleur des détôt. La promesse de nouveaux trégâts infligés à la momie pour l’exsors mais aussi l’espoir de découtirper de son sarcophage en or
vrir la cause de sa mort. Il ne le sait
massif et la dépouiller de son maspas encore mais derrière le célèbre
que et de ses bijoux. Carter et
masque d’or funéraire se trouve
Derry ont dû décapiter le corps en
un visage noirci, carbonisé, envedessous de la septième vertèbre
loppé de bandelettes de lin pulvécervicale, le désarticuler complèrulent. Tout ce qui reste de l’un
tement et aller jusqu’à le couper en
des derniers pharaons de la
deux au niveau de l’abdomen
XVIIIe dynastie, qui
(troisième
vertèbre
lombaire), comme le
régna sur l’Égypte
Pour
font les magiciens !
plus de treize siècles
En effet, le 4 décemavant Jésus-Christ.
l’extirper
bre 1968, le sarcophage
Carter, la cinquande son
est rouvert pour la pretaine débutante, a désarcophage,
mier fois depuis 1926.
barqué en Égypte
Des radiographies et
comme dessinateur
Carter
des prélèvements doipour une expédition à
et Derry ont
vent être réalisés. Ils
l’âge de 17 ans. Il s’apdû décapiter vont aboutir à une anprête à franchir les
nonce
spectaculaire
derniers pas qui le séle corps en
qui va faire le tour du
parent encore de sa
dessous de
monde : Toutankharencontre avec le jeula septième
mon aurait été assassine pharaon, devenu
né ! L’hypothèse de
roi à 9 ans. Pour plus
vertèbre
Ronald Harrison, le
de commodité, le sarcervicale, le
professeur d’anatomie
cophage d’or massif
désarticuler
de l’université de Li(110 kg !), ouvert deux
verpool qui a étudié les
semaines plus tôt, a
et aller
radiographies de la
été transporté de sa
jusqu’à
momie, emballe l’imatombe exiguë à celle,
le couper
gination des médias et
plus vaste, de Sethi II.
du public. Selon HarriL’autopsie de la
en deux
son, l’un des deux
momie, partiellement
fragments osseux visibles à l’intéengluée dans son sarcophage d’or
rieur du crâne proviendrait d’un
massif, est confiée au Dr Douglas
choc violent derrière la tête. Une
Derry, de l’université du Caire,
autre image plaide, selon lui, pour
assisté du Dr Saley Bey Hamdi, de
des traces d’hématome dans le
l’université d’Alexandrie. Les rescrâne de la momie.
tes de Toutankhamon, passableToutankhamon assassiné. La
ment carbonisés, sont incrustés
théorie va reprendre de l’ampleur
dans un mélange de dix-huit coubien des années plus tard, en 1996,
ches de bandelettes et de résine
sous l’impulsion de Robert Brier.
noire solidifiée qui va sérieuseLe parapsychologue et philosophe,
ment compliquer la tâche de
féru d’égyptologie et de momies, a
Derry, contraint d’inciser les banpu récupérer une copie des radios
delettes couche après couche,
de Harrison et les soumettre à un
millimètre après millimètre. Entre
radiologue. Il affirme, dans un dole 11 et le 16 novembre, la momie
cumentaire, qu’il s’agit bien d’un
dévoile ses richesses - 143 bijoux
meurtre. Il ajoute que des traces
magnifiques- mais intrigue les
radiologiques d’hématome constimédecins.
tué indiquent une agonie de pluL’état carbonisé du corps et de
sieurs semaines.
la momie est attribué à une réaction de combustion spontanée qui
D’autres
hypothèses
sont
a dû se produire après la fermeture
avancées, notamment une chute
du sarcophage, comme cela arride char suivie d’un traumatisme
vait parfois, notamment en raison
crânien, qui fera l’objet d’une redes onguents utilisés et des condiconstitution par un expert en actions de température et d’humidicidentologie moderne dans un
té. Les photos de Harry Burton,
documentaire de la BBC, ou
enrôlé par Carter au lendemain de
encore l’attaque d’un animal,
sa découverte, montrent des os
peut-être un hippopotame, car il
des jambes noircis et fragmentées.
manque une partie de la cage
Des centaines de photos sont
thoracique.
aujourd’hui visibles en ligne sur le
Le 5 janvier 2005, une équipe de
site du Griffith Institute, le centre
chercheurs procède à une noud’égyptologie de l’université
velle exhumation de la momie à
d’Oxford (griffith.ox.ac.uk/discodes fins scientifiques. Cette fois,
veringTut). Derry signale, sans s’y
c’est Zahi Hawass, nommé trois
attarder, une fracture au niveau
ans plus tôt à la tête du Conseil sudu genou gauche.
prême des antiquités égyptiennes,
qui mène l’opération. Grâce au
Ce qui saute aux yeux, c’est la
partenariat qu’il a monté avec la
déformation du crâne, aplati et
National Geographic Society et la
allongé vers l’arrière, ce qui plaifirme allemande Siemens, un
de pour un lien filial entre Touscanner mobile est amené dans la
tankhamon et Akenathon, porVallée des Rois : 1 700 images vont
teur de la même malformation.
être générées et analysées penMais la généalogie des rois
dant les deux mois suivants. En
d’Égypte est sujette à des débats
outre, dans le cadre d’un vaste
sans fin, compliqués par une improjet concernant les momies
portante consanguinité. L’autre
royales, deux laboratoires spécifiprécision apportée par Douglas
vendredi 31 août 2018
Sarcophage en or massif
du pharaon Toutankhamon,
ici exposé à Munich en 2009.
REINHARD KURZENDORFER/
IMAGO/RUE DES ARCHIVES
DAMIEN MASCRET £@dmascret
MALÉDICTION
Il n’est pas étonnant que
la découverte de la tombe
de Toutankhamon ait
rapidement donné naissance
à la rumeur d’une malédiction.
D’abord parce que l’époque
s’y prêtait, le spiritisme
était alors en vogue. Ensuite
par la mort brutale, en avril
1923, du commanditaire
des fouilles, lord Carnarvon.
Il avait été le premier, avec
sa fille lady Evelyn Herbert
et Howard Carter, à avoir
« violé » la chambre funéraire.
Enfin, par la voix d’écrivains
célèbres, tels Marie Corelli
(dont la reine Victoria était fan)
ou sir Arthur Conan Doyle.
Dès septembre 1923, L’Aventure
du tombeau égyptien, menée
par un détective belge,
était publiée dans un journal
londonien sous la plume
d’un auteur prometteur, Agatha
Christie. En fait de malédiction,
les décès des autres membres
de l’expédition s’avèrent
tristement normaux. Carter
est décédé en 1939, Burton,
le photographe, en 1940, Derry,
qui fit l’autopsie du pharaon,
en 1961 et lady Herbert en 1980,
à l’âge de 79 ans.
«
»
LES DATES
4 novembre 1922
Découverte
de la tombe
de Toutankhamon.
1968
Premières
radiographies
de la momie.
2005
Un scanner
et des analyses
ADN sont réalisés.
quement dédiés à l’analyse de
l’ADN de momies sont également
créés au Caire grâce à un accord
avec la chaîne Discovery Channel.
La momie est dans un piteux
état. « Le scanner révèle la présence de morceaux de côtes, de clavicules, de doigts, d’orteils, et possiblement du pénis, enfouis dans le
sable de la boîte en bois dans laquelle l’équipe de Carter a placé la
momie démembrée », remarquent
d’abord Zahi Hawass et Sahar Saleem, professeur de radiologie à
l’université du Caire, dans le livre
Scanning the Pharaohs (The American University in Cairo Press,
2016).
Dans son enquête sur Toutankhamon publiée en 2013 (The Shadow King, Da Capo Press), la journaliste Jo Marchant précise que le
pénis royal aurait été retrouvé
dans le sable en 2007, selon Mansour Boraik, chef du service des
antiquités à Louxor, lorsque la momie a été placée dans une vitrine
climatisée.
En révélant clairement l’empreinte des côtes manquantes dans
les tissus de rembourrage de la cavité thoracique, le scanner élimine
la théorie d’un violent choc frontal
ayant provoqué la mort du roi. Exit
l’assaut d’un hippopotame lors
d’une partie de chasse. Les os
manquants sont plus probablement les séquelles d’un pillage des
années 1940 lorsque des voleurs
ont arraché le collier pectoral, car
ni Carter ni Derry ne font mention
d’un traumatisme au thorax.
Enfin, l’équipe d’experts écarte
sans hésiter la théorie du traumatisme crânien mortel. Selon eux,
les deux fragments osseux présents
dans la tête « ont été cassés soit durant la momification soit par l’équipe de Carter » et les traces d’hématomes intracrâniens viendraient
juste d’un problème d’angle de
prise des clichés radiographiques
en 1968. En revanche, l’équipe va
se diviser sur le caractère mortel
ou post-mortem d’une fracture à
l’extrémité inférieure du fémur.
« Il est possible que Toutankhamon ait eu un accident quelques
heures avant sa mort, sur la base
des résultats du scanner de 2005 »,
écrivent Hawass et Saleem. « Une
fracture de jambe, éventuellement
compliquée d’une infection, constitue une situation potentiellement
mortelle, en particulier en présence
de
paludisme »,
ajoutent-ils.
D’autant que selon une réanalyse
du scanner effectuée en 2009 par le
Pr Saleem et ses collègues, le pharaon aurait souffert d’« un pied
douloureux, avec de multiples déformations du pied gauche ».
Une fois de plus, rien n’est
vraiment définitif. Que Toutankhamon ait été infecté par le paludisme ne prouve pas qu’il en
soit mort. L’existence du pied bot
est contestée par des avis d’orthopédistes et l’absence d’anomalies sur les nombreuses paires
de sandales découvertes dans la
tombe royale. De plus, la présence d’environ 130 cannes dans la
tombe du pharaon ne prouve rien
tant l’usage en était fréquent dans
la haute société égyptienne, comme le rappelle l’égyptologue
allemande Marianne EatonKrauss. La posture assise dans les
représentations du pharaon
chassant ou pêchant « est reliée à
son prestige et son statut, et non le
reflet d’une constitution fragile »,
ajoute-t-elle.
Ce qui fait dire avec humour au
professeur Marc Gabolde, égyptologue français spécialiste de la
XVIIIe dynastie, auteur d’un érudit
Toutankhamon en 2015 (Éditions
Pygmalion) : « La seule certitude
que l’on peut avoir sur le décès de
Toutankhamon est qu’il n’est pas
mort de vieillesse. » ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Lincoln, un président
assassiné
A
1925
Les bandelettes
de la momie
sont ôtées. Début
de l’autopsie, qui
durera neuf jours.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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vendredi 31 août 2018 LE FIGARO - N° 23 032 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TÉLÉCOMS
MARTIN BOUYGUES RELANCE
L’IDÉE D’UNE CONSOLIDATION
DU SECTEUR PAGE 30
L’ÉTÉ DU FIGARO
CRISE DE 2008 : CARLOS
GHOSN, RETOUR SUR
UNE PEUR BLEUE PAGE 29
F. BOUCHON; J.-C. MARMARA/LE FIGARO; PESTELLINI/PANORAMIC
L’industrie auto secouée
par la nouvelle norme CO2
L’entrée en vigueur, samedi, de nouvelles mesures d’émissions pourrait coûter
très cher aux constructeurs et aux automobilistes. PAGES 26-27
Arkéa juge son projet de divorce complexe à réaliser
Pour la première fois, Crédit mutuel
Arkéa reconnaît que son projet de
divorce avec la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM),
est risqué. La banque, qui regroupe
le Crédit mutuel de Bretagne, du
Sud-Ouest et, pour l’heure, du
Massif central, a lancé en début
d’année une procédure de « désaffiliation unilatérale » de la Confédération nationale du Crédit mutuel
(CNCM), la structure de tête centrale du Crédit mutuel.
« Le projet de désaffiliation tel qu’en-
HONGRIE
La manne
européenne va
se tarir pour Orban
PAGE 28
LA SÉANCE
DU JEUDI 30 AOÛT 2018
CAC 40
5478,06 -0,42%
DOW JONES (18h)
26009,74 -0,44%
ONCE D’OR
1197,30 (1204,20)
PÉTROLE (lond)
77,490 (76,600)
EUROSTOXX 50
3431,82 -0,70%
FOOTSIE
7516,03 -0,62%
NASDAQ (18h)
7662,70 +0,03%
NIKKEI
22869,50 +0,09%
Confédération nationale, ou le calcul des ratios de solvabilité financière. Les risques sont aussi financiers. Les caisses locales pourraient
en effet perdre leur agrément bancaire. Ce qui pourrait alors les empêcher de continuer à émettre des
parts sociales. Or « les émissions de
parts sociales constituent à ce jour
une source de financement essentiel
pour CMA », précise Arkéa.
La banque sécessionniste doit obtenir l’aval des superviseurs, l’Autorité de contrôle prudentiel et de ré-
solution et la BCE, qui décident des
agréments bancaires. « Des discussions sont en cours avec chacune de
ces autorités, aucune assurance ne
peut être donnée quant à l’obtention
de leur accord ni quant au délai et aux
modalités de l’obtention de cet accord. » Arkéa a adressé à ces autorités le projet de création d’une banque, qui ne sera plus mutualiste.
« Le groupe a tenu à établir, en toute
transparence, la liste la plus exhaustive possible des risques », s’est déD. G.
fendu jeudi Arkéa.
L'HISTOIRE
« Le vertige s’empare des marchés », commente le grand journal
argentin Clarín. Le peso, la devise de
l’Argentine, a connu jeudi une glissade effrénée. À la mi-journée, à
Buenos Aires, la monnaie nationale
avait fondu de 13 % depuis le matin.
Et pourtant, la banque centrale avait
annoncé une hausse spectaculaire de
son taux directeur, de 45 % à 60 %.
L’annonce de cette mesure, censée
rassurer les investisseurs, a simplement provoqué un éphémère sursaut
de la devise argentine, qui a poursuivi
son plongeon.
Alors que le peso s’était relativement
stabilisé depuis l’annonce, en mai,
d’un prêt du Fonds monétaire international (FMI) de 50 milliards de dollars pour aider le pays à se réformer,
à réduire ses déficits et à lutter
contre l’inflation élevée, la panique
s’est emparée des marchés des
changes mercredi.
Le gouvernement du président libéral
Mauricio Macri a en effet créé la surprise en annonçant mercredi avoir
obtenu le feu vert du FMI pour un
versement anticipé du reste de son
crédit, en sus des 15 milliards déjà débloqués. Cette sollicitation de Mauricio Macri a été interprétée comme un
appel d’urgence et a redoublé l’inquiétude des cambistes. Et celle des
ménages argentins, qui ont vu le dollar américain bondir en deux jours de
31 pesos à 40 pesos. Beaucoup se
sont précipités dans les bureaux de
change pour acheter des billets verts,
éternelle valeur refuge dans les moments de crise, ce qui alimente le cercle vicieux de la baisse de la monnaie.
Dans un communiqué publié mercredi
soir, Christine Lagarde, la directrice
générale du FMI, se dit prête à réexaminer le plan d’aide et reconnaît que
les conditions de marché se sont
détériorées plus que prévu depuis le
mois de mai. Elle préconise une politique monétaire et budgétaire « plus
forte », une phrase qui a ajouté à l’incertitude.
Depuis le début de l’année, le peso argentin a perdu plus de la moitié de sa
valeur (52 %) face au dollar. Le souvenir de la crise de 2001 et des restrictions de retrait d’argent qui ont
empoisonné la vie quotidienne des
Argentins plane de nouveau.
F. N.-L.
PUBLICITÉ
Les professionnels de la coiffure
se font des cheveux sur leur avenir
L
es coiffeurs sont « sur le fil du
rasoir ». Tel est le constat formulé
par l’Union nationale des
entreprises de coiffure (Unec).
La première organisation
professionnelle du secteur s’inquiète
de réformes « tirées par les cheveux »,
comme le prélèvement à la source
(qui pourrait toutefois être reporté) ou des
incertitudes autour de la
prise en charge des arrêts
maladie. Elle prévient
que de nouvelles charges
ne seraient pas
supportables pour les
85 000 établissements de
coiffure (c’est le deuxième
secteur de l’artisanat),
dans un contexte de
baisse de fréquentation.
Chaque femme effectue
en moyenne 4,4 visites
par an, contre plus de six
il y a dix ans. L’Unec alerte
aussi sur une concurrence
déloyale accrue, avec
des installations illégales
et sans qualification. Mais
aussi sur les difficultés des dirigeants à recruter
du personnel qualifié. La coiffure comptait un
peu plus de 184 000 actifs (alternants inclus)
en 2017. En 9 ans leur nombre diminué de 2,6 %.
Une baisse due à la fois à un glissement vers
la microentreprise, mais aussi, selon Bernard
Stalter, le président de l’Unec, à « la suppression
en 2013 des indemnités compensatrices
à la formation qui a engendré une chute
de 20 % des apprentis ».
La coiffure compte
aujourd’hui 27 000 jeunes
en formation, dont 18 000 en
apprentissage. Dans le cadre
de la loi Avenir professionnel,
Bernard Stalter milite pour la
création d’un « opérateur de
compétence de l’artisanat »,
qui chapeauterait toutes
les formations des différents
métiers de l’artisanat.
« Il faut rationaliser,
fédérer les énergies et
les compétences dans une
logique interprofessionnelle
pour donner un nouveau
souffle à l’artisanat », assure-t-il. ■ CORINNE CAILLAUD
LABEL EXCELLENCE 2018
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
J’aime ma banque.
Source Profideo, septembre 2017
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5, place de la Pyramide
92088 Paris La Défense. Courtier en assurance n° Orias 07 008 441.– Adresse postale :
FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
visagé par Crédit mutuel Arkéa est
inédit et particulièrement complexe à
réaliser », juge la banque bretonne
dans le document de référence 2017
actualisé, déposé mercredi auprès
de l’Autorité des marchés financiers. Il comporte « des incertitudes
et des risques associés », et « Crédit
mutuel Arkéa ne peut garantir que le
projet sera conduit à son terme ».
Parmi ces risques, figurent « les
éventuels enjeux commerciaux liés à
la perte de la marque Crédit mutuel »,
la demande d’indemnisation de la
NOUVELLE
CHUTE LIBRE DU
PESO ARGENTIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
26
Les nouvelles normes
CO2 virent au cassetête dans l’automobile
Les incertitudes liées au changement du système
de mesure ont incité plusieurs marques à pousser
les immatriculations cet été.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Ce n’est plus une
hausse, c’est une véritable envolée :
au 29 août, les immatriculations du
mois ont progressé de 46,7 % en
France, selon des données obtenues
par Le Figaro. Du jamais-vu pour
une période d’ordinaire très calme
pour le commerce automobile. Cette progression astronomique fait
suite à un mois de juillet qui a étonné par son dynamisme (+ 18,9 %).
La raison de cette envolée des immatriculations tient en quatre lettres, celles du sigle WLTP : Worldwide Harmonized Light Vehicles
Test Procedure. Traduction : procédure mondiale harmonisée
d’homologation de véhicules légers. En clair, c’est la manière dont
les constructeurs font homologuer
leurs véhicules par les autorités
européennes afin de déterminer
leur consommation et leur émission de CO2, deux éléments qui
sont directement liés.
Depuis la fin des années 90, les
constructeurs étaient soumis à la
norme New European Driving Cycle (NEDC) pour les déterminer.
C’est le résultat de ce test qui était
mis en avant par les concessionnaires sur les fiches de présentation des
véhicules. Et ils n’avaient pas le
choix, puisqu’il s’agit d’une obligation légale. Et peu importe si cette
consommation théorique ne reflète
qu’imparfaitement la consommation réelle constatée par les automobilistes. L’intérêt principal de
cette norme NEDC était de pouvoir
comparer les véhicules.
“
Un système de test
qui se rapproche plus
des conditions réelles
est une bonne chose
GUILLAUME CRUNELLE, DELOITTE
”
Depuis longtemps, les autorités
européennes et les acteurs de
l’automobile négociaient une nouvelle procédure afin d’aboutir à
une mesure plus proche de la réalité. Les négociations se sont accélérées après que le scandale du diesel
a éclaté. La nouvelle méthode,
baptisée WLTP, entre en application ce samedi 1er septembre. Elle
sera, de plus, couplée à des tests en
conditions réelles de conduite afin
que le résultat soit plus proche de
ce que constate l’automobiliste.
Cette réforme est difficilement critiquable, mais elle cause quelques
soucis aux acteurs de l’automobile.
« Tout le monde est d’accord pour
dire que mettre en place un système
de test qui se rapproche plus des
conditions réelles est une bonne
chose, constate Guillaume Crunelle, en charge du secteur automobile chez Deloitte. Cela devient plus
compliqué dès qu’il faut une date
d’application et qu’il y a des conséquences en matière fiscale. »
L’entrée en vigueur de la nouvelle norme WLTP a donc été fixée au
1er septembre par les autorités européennes. À partir de cette date,
chaque constructeur doit refaire
homologuer tous ses modèles. Le
groupe PSA a annoncé, le 29 août, y
être parvenu. Il n’est pas certain
que tous ses concurrents fassent de
même. L’immense majorité des
modèles seront homologués au
1er septembre ou juste après. En revanche, pour les conséquences fiscales concernant le malus automobile, fondé sur les émissions de CO2,
Des milliers de voitures
du constructeur
automobile allemand
Volkswagen sont
stockées à l’aéroport
international BerlinBrandenbourg WillyBrandt, à Schönefeld,
en Allemagne,
le 14 août dernier.
H. HANSCHKE/REUTERS
Des normes plus sévères
Les émissions de CO2 ne baissent plus
Évolution de la norme européenne
que doit respecter chaque constructeur
Émissions moyennes constatées des voitures commercialisées en Europe, en g/km
158,7
130 g/km
156
145,7
140,3
95 g/km
135,7
132,2
126,7
-15%
123,4
119,5
118,1
118,5
2015
2016
2017
-30%
2015
2021
2025
2030
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
Source : Agence européenne de l’environnement
Infographie
la situation est loin d’être limpide
(lire ci-dessous).
Car les émissions de CO2 calculées avec la nouvelle méthode sont,
bien entendu, plus importantes que
précédemment. Ce qui aura des
conséquences financières. « Pour
tous les véhicules, il existe une certaine élasticité prix, analyse Guillaume
Crunelle. Les chiffres obtenus peuvent faire sortir certains modèles du
marché. » Les constructeurs devront prendre des décisions pour
chaque modèle affecté dans des
proportions importantes : ne pas
modifier son prix - et faire le pari
que les clients sont disposés à payer
un surcoût - ou bien adapter son
prix - et rogner la marge dégagée ou, carrément, sortir le modèle de
l’offre. « Plus la gamme est étroite et
récente, et moins on peut s’attendre à
ce que les impacts soient importants », estime Guillaume Crunelle.
Ces évolutions de la gamme expliquent, en grande partie, l’envolée des immatriculations en août.
Les constructeurs ont fait immatriculer par les concessionnaires des
A
Des milliards d’euros d’amende potentielle pour les constructeurs
La situation n’est pas désespérée,
mais elle est préoccupante. Surtout, la tendance n’est pas bonne.
Les constructeurs automobiles en
Europe sont sous la menace de très
lourdes sanctions, faute de respecter les normes d’émission de CO2
pour leurs véhicules. Le cabinet de
consultant IHS a évalué, début
août, à 14 milliards d’euros le
montant des amendes que pourraient acquitter les constructeurs
en Europe.
La raison ? La réglementation
européenne sur les émissions de
CO2 des voitures neuves. Afin de
limiter le réchauffement climatique, Bruxelles a mis en place en
2007 un cadre contraignant. Il fixe
une limite que les émissions
moyennes des véhicules effectivement
vendus
par
chaque
constructeur ne doivent pas dépasser à une date donnée. En 2007,
les émissions moyennes des
constructeurs en Europe étaient
de 158,7 g de CO2 par kilomètre
parcouru. La cible était fixée à
130 g en 2015. Elle a été atteinte
dès 2013, soit avec deux ans
d’avance. Puis un nouvel objectif a
été fixé : 95 g/km de CO2 au
1er janvier 2021.
Des discussions sont en cours
pour l’étape suivante, entre
Bruxelles, qui souhaite une nouvelle baisse de 15 % pour 2025 et 30 %
pour 2030, et les constructeurs. La
Commission européenne n’a pas
donné d’objectifs chiffrés à ces dates, car ils le seront dans la nouvelle
norme WLTP, alors que les précédents étaient donnés en NEDC.
De plus, les négociations ne sont
pas terminées, car les constructeurs jugent ces objectifs trop ambitieux. Jusqu’à présent, leurs arguments n’étaient guère écoutés
compte tenu de la facilité apparente avec laquelle ils ont atteint
l’objectif de 2015 et de la bonne
trajectoire pour ceux de 2021. Sauf
que tout a changé en 2017.
Depuis que les émissions de CO2
des voitures sont mesurées en Europe, elles ont baissé chaque année
pendant dix-sept ans. Mais 2017 a
marqué un coup d’arrêt: l’an dernier, elles sont passées de 118,1 g/
km de CO2 à 118,4. Et le début de
l’année 2018 montre une poursuite
de ce mouvement de hausse. En
France, elles ont augmenté d’un
peu moins d’1 %.
Baisse du diesel
La situation est assez inquiétante
pour que certains commencent à
estimer que l’objectif de 2021 ne
sera pas atteint. C’est notamment
le cas d’IHS Markit, qui a fait paraître une étude estimant les
amendes totales que devront
payer les constructeurs en Europe
à 14 milliards d’euros ! Ce changement de tendance a deux origines :
le succès des SUV et la désaffection
pour le diesel.
En Europe, les SUV représentaient 16 % des ventes en 2012. Sur
les six premiers mois de l’année
2018, les SUV pesaient 34 % des
immatriculations. Or un SUV est
plus lourd qu’une berline équivalente. La Peugeot 308 pèse, à vide,
1 089 kg. La 3008, son équivalente
du côté des SUV, est à 1 250 kg. Or,
plus un véhicule est lourd, plus sa
consommation d’essence et ses
émissions de CO2 sont élevées. Les
constructeurs apprécient les SUV,
qui dégagent de meilleures marges
que les berlines. Ils pourraient déchanter.
Deuxième grain de sable : la
chute des véhicules diesel. Amorcée avant le « dieselgate », elle
s’est précipitée après l’éclatement
du scandale à l’automne 2015. Or,
un moteur Diesel consomme
moins, donc émet moins de CO2
que son équivalent essence. En
2016, selon l’Agence européenne
de l’environnement (EEA), les
voitures
essence
émettaient
121,7 g/km quand les diesels se situaient à 116,8 g/km. Ces 4 % de
différence pourraient compter.
La situation est d’autant plus
problématique que cette baisse des
ventes de diesel n’est pas compensée par la hausse des ventes de véhicules à propulsion alternative,
électrique et hybride rechargeable. Sur six mois, les immatriculations de ce type de véhicules progressent, certes, de 43 %. Mais
leur part de marché reste faible, à
seulement 2,4 % du parc. Pour aller plus vite, il faudrait des mesures radicales que peu de constructeurs prennent. Volvo est l’un des
rares à avoir annoncé la fin du
moteur 100 % thermique d’ici à
2019. La marque suédoise ne vendra plus que des motorisations
électriques, hybrides rechargeables et hybrides. C’est sans doute
la seule manière d’atteindre ses
objectifs d’émissions de CO2. ■ E. E.
14 milliards d’euros,
c’est le montant
des amendes
que pourraient
acquitter
les constructeurs
automobiles
en Europe
faute de respecter
les normes
d’émission de CO2
pour leurs véhicules.
LARTIGUE STEPHANE/
PHOTOPQR/SUD OUEST
véhicules qui sortent de la gamme.
Ils seront ensuite vendus comme
des occasions « zéro kilomètre » et
soumis à l’ancienne NEDC. Ces immatriculations « tactiques » sont logiques, compte tenu de la situation,
le changement de normes représentant un grand bouleversement.
Visiblement, les constructeurs
ont fait des choix commerciaux très
différents, au vu de la disparité des
performances en août. Les immatriculations de Renault s’envolent
de 72 % ! Celles de Dacia augmentent de 64 %. Citroën est à + 46 %,
Audi à + 40 %. En revanche, Peugeot se contente d’une progression
de 19 %, Volkswagen est à + 23 %,
BMW à + 9 % et Mercedes est en recul de 3 %. « C’est la communication
des marques vis-à-vis de leur réseau
qui explique ces différences, estime
un bon connaisseur des concessionnaires automobiles. Les distributeurs les moins bien informés ont eu
tendance à constituer des stocks par
prudence. Ils craignent une augmentation massive du malus pour leurs
clients après le 1er septembre. » ■
Imbroglio autour
L’acheteur d’une voiture neuve
risque d’être dans le brouillard à
partir de ce samedi. Le 1er septembre, la nouvelle norme
WLTP entre en application. Or,
les concessionnaires ne sont pas
certains de la grille de malus
qu’ils devront appliquer. Ce qui
pourrait avoir de sérieuses
conséquences sur le coût total
des véhicules achetés. Aujourd’hui, ce malus est applicable à
partir de 130 grammes de CO 2
émis par kilomètre parcouru
(pour 50 euros de surcoût) et à
185 grammes de CO2 et plus
(malus de… 10 500 euros.)
Le brouillard pourrait ne pas
se dissiper très vite. Les valeurs
définitives des véhicules homologués à la norme WLTP ne devraient pas être validées totalement par les services de l’État
avant… septembre 2019. Les
constructeurs s’attendent, en
moyenne, à des consommations
- et donc des émissions de CO2 supérieures de plus de 30 % à la
norme NEDC précédente. Il faudra forcément que soit établie
une nouvelle grille de malus.
Norme transitoire
En attendant, l’administration
accepte d’appliquer une norme
dite « NEDC corrélé ». Il s’agit
de convertir les données issues
de tests WLTP en valeurs équivalentes NEDC. Grosso modo,
« cela correspond à la valeur
WLTP la plus basse pour chaque
véhicule, sans les options comme
le toit ouvrant ou la climatisa-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 31 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
27
L’impossible refondation
de l’intersyndicale à la SNCF
À l’aube des négociations sur la convention collective, la fracture reste
entière entre réformateurs (Unsa, CFDT) et contestataires (SUD, CGT).
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT La rentrée n’y changera rien. Après la trêve estivale,
les syndicats de la SNCF, désunis
fin juin au terme de trois mois de
grève en pointillé, ne sont pas sur la
même ligne. Les quatre organisations (CGT, Unsa, SUD, CFDT)
main dans la main pendant trois
mois pour peser sur le contenu du
« nouveau pacte ferroviaire » - la
loi adoptée en juin - ont pourtant
décidé de se réunir jeudi pour « reprendre contact ».
En septembre, l’agenda social
sera riche pour les syndicats de
cheminots : deux négociations vont
en effet se télescoper : celle sur la
convention collective nationale de
la branche ferroviaire, menée avec
l’Union des transports publics
(UTP), qui représente le patronat.
Celle aussi sur la « nouvelle SNCF »
dont le cadre social doit être rebâti
puisqu’une nouvelle organisation
sera mise en place en janvier 2020,
date à laquelle les salariés ne pourront plus être recrutés au « statut ».
Ce qui change avec
la norme WLTP
tion », explique un spécialiste.
Les constructeurs estiment que
ce « NEDC corrélé » devrait représenter une consommation
supérieure de 6 % seulement à la
norme précédente. Il ne s’agit
toutefois que d’une moyenne.
Certains véhicules réussiront à
afficher une consommation inférieure à celle précédemment
enregistrée, quand d’autres seront largement au-dessus.
L’administration avait promis
aux professionnels du secteur
une nouvelle grille de malus,
avec l’objectif qu’elle soit le plus
« neutre » possible. Pas question, pour l’instant, de profiter
de ce changement de normes
pour alourdir le malus. Un renchérissement a déjà été annoncé
pour l’année prochaine. Cela
devrait suffire. Sauf que cette
nouvelle grille de malus n’existe
pas.
C’est bien l’ancienne grille qui
devrait continuer à être utilisée.
Avec, donc, un surcoût pour la
plupart des acheteurs. Ces incertitudes représentent sans
aucun doute l’une des explications à l’envolée des immatriculations de juillet et, surtout,
d’août. Dans le doute, certains
concessionnaires ont préféré
prendre les devants et immatriculer eux-mêmes des véhicules
pour en avoir en nombre suffisant à vendre aux clients. En
raison de ces incertitudes, il y a
de grandes chances pour que
l’activité commerciale soit réduite en septembre. ■
E. E.
Ce qu’il est
important
de savoir,
c’est que nous
aurons
homologué
en WLTP tout
ce dont nous
avons besoin
THIERRY BOLLORÉ,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
ADJOINT DE RENAULT,
LE 27 JUILLET 2018
La fracture entre les réformistes et
les contestataires reste entière.
L’Unsa et la CFDT veulent donner
toute sa place à la négociation. « Il
n’est pas question de relancer un
mouvement social à la rentrée, précise Didier Aubert de la CFDT-cheminots. La loi a été votée, nous ne
regardons pas en arrière. »
À l’Unsa, l’appréciation est similaire. Pas question de partir en
bataille contre la politique sociale
du gouvernement. « Nous nous
inscrivons dans la négociation, explique Roger Dillenseger. Mais
nous n’écartons pas la mobilisation
si les travaux n’avancent pas »,
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
On est
« favorable
Hausse
des
immatriculations
en France en août
Les syndicats d’Air France
promettent de « durcir le conflit »
Les syndicats avaient promis
une déclaration sur les
moyens d’action destinés
à forcer la direction
d’Air France à reprendre
les négociations
sur les salaires. Réunis
en intersyndicale jeudi, ils
se sont contentés de hausser
le ton. Dans un communiqué,
leurs représentants affirment
qu’ils rendront publiques
« sous peu » les actions
proposées à « l’ensemble
du corps social d’Air France
pour rattraper et mettre fin
définitivement au blocage
des salaires ». Pourquoi
ces atermoiements ?
L’intersyndicale attend
une réponse à sa demande
d’entretien avec le prochain
directeur général du groupe,
Benjamin Smith, qui n’a pas
encore pris ses fonctions.
Sans réponse, elle déposera la
semaine prochaine un préavis
de grève reconductible. Pour
l’heure, les syndicats tentent
de « remobiliser les troupes »
et, pourquoi pas, de faire
« converger les luttes » avec
les pilotes de KLM, qui ont
opté pour une médiation. V. C.
Un climat social mitigé à la veille de lourdes réformes
»
46,7 %
ajoute le syndicaliste. L’approche
de SUD-rail est différente. « On va
réfléchir à la façon d’enclencher un
moyen de pression, indique Erik
Meyer, l’un des porte-parole.
C’est la deuxième mi-temps, la première a été gagnée par le gouvernement avec la loi, maintenant on est
face au patronat. »
La CGT, premier syndicat à la
SNCF, a déjà indiqué sa position.
Mercredi Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT a déclaré
que « le conflit des cheminots n’est
pas terminé ». L’enjeu est crucial
pour la centrale de Montreuil. La
bataille de la réforme ferroviaire
s’est soldée par un échec. Les militants cherchent à éviter que ce revers se traduise par un recul aux
élections professionnelles à la
SNCF. La perte de ce bastion serait
une catastrophe. ■
à une date
de
mobilisation
interprofessionnelle
en octobre
»
PASCAL PAVAGEAU,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE FO
Depuis mercredi, les leaders syndicaux et patronaux défilent à Matignon pour rencontrer Édouard
Philippe, Muriel Pénicaud (Travail) et Agnès Buzyn (Santé). Une
pratique maintes fois utilisée par
le passé, mais qui permet de prendre le pouls, alors que se profilent
trois réformes sensibles : celle des
arrêts maladie, dont le coût dérape, de la santé au travail et de l’assurance-chômage. Sachant que
les deux dernières devraient passer par une négociation en bonne
et due forme entre patronat et
syndicats.
Les uns comme les autres ne
sont plus aussi tendus qu’avant
l’été, où ils se plaignaient de ne pas
être écoutés. Le fait qu’Emmanuel
Macron les ait reçus le 17 juillet à
l’Élysée a apaisé les choses. Mais,
les annonces budgétaires ont déçu
les deux camps : Geoffroy Roux de
Bézieux pour le Medef a parlé de
« mauvais signal », Philippe
Louis, de la CFTC, a « en travers de
la gorge » les moindres revalorisations de prestations. La CGT est
toujours dans une opposition
frontale à l’exécutif, tant sur le
fond que sur la forme. « On nous
convoque pour nous expliquer ce
qu’on va faire cette année ! », a déploré Philippe Martinez, son secrétaire général, mercredi au sortir de sa rencontre. « Il n’est pas
sûr qu’on aille aux concertations
avec l’exécutif, par exemple sur les
arrêts maladie. On ne veut pas servir d’alibi », précise Catherine
Perret, du bureau confédéral.
Le ton est néanmoins plus
nuancé du côté de FO, qui est favorable à une négociation sur la
santé au travail, mais est en alerte
sur les arrêts maladie et sur l’assurance-chômage. S’il s’agissait de
mettre fin au système assurantiel,
FO n’entrerait pas en négociation.
« On refuse de se faire hara-kiri »,
a lancé Pascal Pavageau, son secrétaire général, jeudi à Matignon.
Contrats courts
La centrale garde deux fers au feu,
celui de la négociation et celui de
la contestation, remis au goût du
jour au congrès de Lille. Une réunion intersyndicale s’est tenue
jeudi dans ses locaux pour préparer une journée de mobilisation
tous secteurs confondus contre la
« casse sociale ». La CGT, Solidaires, des organisations de jeunesse
y ont participé mais ni la CFDT, ni
la CFTC, ni la CFE-CGC, ni l’Unsa.
La fracture avec les réformistes
demeure.
Ces derniers ont bien sûr leurs
revendications. La CFE-CGC, le
syndicat des cadres, est vent debout contre le projet, évoqué par
le député LaREM Aurelien Taché,
de rendre dégressive les allocations des cadres. « C’est du populisme », a tonné jeudi son président François Hommeril. La
CFDT passera mardi à Matignon.
Mais sa volonté de réforme ne fait
pas de doute.
Reste qu’il ne sera pas simple de
trouver des points d’accord entre
les réformistes et le patronat, notamment sur l’assurance-chômage. Alors que les syndicats y sont
très favorables, Geoffroy Roux de
Bézieux a rappelé jeudi au premier
ministre « son opposition au bonus-malus » sur les contrats
courts. Une ligne défendue aussi
par la CPME et l’U2P.
En revanche, patronat et syndicats sont bien décidés à discuter
de sujets qu’ils auront choisis euxmêmes, hors agenda du gouvernement. Suite à une première réunion le 11 juillet, les numéros un se
retrouveront en septembre (probablement le 12) pour fixer des
thèmes, qui devraient tourner
autour des mutations du travail. ■
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
+
Vocation
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
29/08/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
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ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
140,57
63,27
607,24
753,32
964,26
140,82
63,32
608,00
753,16
968,40
PROCHAINE PARUTION : 07/09/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
A
du malus
Élections professionnelles
GROUPE RENAULT
Les changements entre le nouveau
test WLTP et l’ancien NEDC sont
considérables. L’ancien durait
20 minutes et s’effectuait
sur 20 kilomètres à une vitesse
moyenne de 34 km/h et à une
vitesse maximale de 120 km/h.
Le nouveau a une durée
de 30 minutes, permet de parcourir
23,25 kilomètres, à une vitesse
moyenne de 46,5 km/h et à une
vitesse maximale de 131 km/h.
Autre différence majeure,
les options choisies par le client
auront une incidence sur les valeurs
retenues. C’est ainsi qu’un toit
ouvrant ou la climatisation
augmenteront la consommation.
Ce qui est conforme à la réalité.
Ce qui signifie aussi que le choix
d’un véhicule sera encore
plus compliqué, les émissions
de CO2 variant beaucoup pour un
même modèle selon les options. E. E.
Les syndicats, encore unis, lors de la manifestation contre le pacte ferroviaire, le 12 juin, devant le siège
de la SNCF, à la Défense. SADAK SOUICI / LE PICTORIUM/MAXPPP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
28
ENTREPRISES
La manne européenne
va se tarir en Hongrie
Viktor Orban est accusé d’avoir fait profiter ses amis
des fonds communautaires, qui vont se réduire fortement.
REPORTAGE
THIBAUT VARGA
BUDAPEST ET PÉCS
EUROPE Il fait bon se promener
dans les rues de Pécs, cette cité
historique estudiantine du sud de
la Hongrie, aux portes de la Croatie. Au fil de la promenade, quelques pancartes fleurissent, annonçant la contribution de
l’Union européenne au bien-être
local : une clinique universitaire
de 400 lits, une école dotée de
panneaux solaires, des places publiques flambant neuves ou un
zoo municipal rénové… La ville,
promue capitale européenne de la
culture en 2010, a même étrenné
une salle de concert high-tech de
1 000 places.
Tous ces projets ont bénéficié
de divers financements de l’UE.
Selon les données de la Commission, la Hongrie a reçu 25 milliards d’euros de fonds européens
sur le budget communautaire
2014-2020. Elle avait eu une enveloppe similaire pour le cycle
précédent (2007-2013).
Sa contribution annuelle au
budget de l’UE une fois déduite, la
Hongrie a reçu plus de 4,6 milliards d’euros d’aide annuelle,
politique agricole commune comprise. Depuis son entrée dans
l’UE, plus de 90 % des projets
d’infrastructures magyars sont
cofinancés par Bruxelles, à l’instar
de ses autoroutes ou de la quatrième ligne de métro de Budapest.
« Un parc industriel vide »
Mais le prochain budget, dont les
longues négociations débutent,
s’annonce moins généreux. La
Commission envisage de couper
de 24 % les fonds de cohésion attribués à la Hongrie. À Bruxelles,
on invoque une meilleure répartition entre les régions les plus pauvres. Et on réfute toute action punitive contre les entorses à la
démocratie ou aux dernières provocations du premier ministre,
Viktor Orban, qui vient de s’afficher avec l’Italien Matteo Salvini,
lequel menace de bloquer le budget européen.
À la mairie de Pécs, on aborde
l’avenir sereinement. La municipalité est dans le rouge mais les
fonds du gouvernement continuent d’affluer dans cette municipalité, gérée par une équipe de
la même couleur politique que le
premier ministre. La mairie a
touché 33 milliards de forints
(environ 104 millions d’euros)
entre 2014 et 2020 dans le cadre
du programme hongrois financé
sur le denier de l’UE. Laszlo Ori,
adjoint au maire, se félicite des
investissements réalisés : « Nous
avons mis l’accent sur l’accroissement de la compétitivité et le développement économique. » À la clé
notamment, un parc industriel,
dans cette ville anciennement
minière et industrielle en perte de
vitesse.
Dans les rangs de l’opposition,
on ne croit pas au rattrapage éco-
Le zoo municipal
de la ville de Pécs a été
rénové grâce aux aides
de l’Union européenne.
Depuis l’entrée de la
Hongrie dans l’UE en
2004, plus de 90 % des
projets d’infrastructures
magyars sont cofinancés
par Bruxelles.
ARCA INTERNATIONAL
nomique, qui est pourtant la
raison d’être des fonds de cohésion. « Nous demeurons une des
régions les plus défavorisées de
l’UE », argumente Laszlo Lorant
Keresztes, député du parti vert
LMP, originaire de Pécs. « Le parc
industriel est presque vide. Les investisseurs veulent un climat économique qui les rassure, pas une
municipalité en faillite », déplore
le parlementaire.
« À l’heure actuelle, la campagne
autour de Pécs continue de se dépeupler. » C’est justement dans
ces villages, largement arrosés de
fonds européens, que la réduction
de la manne bruxelloise risque de
se faire ressentir. « In fine, le résultat des investissements est minimal au regard des possibilités
offertes par les dotations bruxelloises. En Hongrie, les fonds euro-
péens ont été utilisés à des fins politiques », conclut l’écologiste. La
corruption, c’est aussi ce que dénonce Attila Babos, journaliste à
Szabadpecs.hu, un journal local
indépendant. « L’argent de l’UE
est vu comme de l’argent gratuit.
Cela n’aide pas à faire attention
aux dépenses », avance Babos, qui
estime qu’à Pécs, comme ailleurs
en Hongrie, jusqu’à 30 % des investissements locaux « finissent
dans les poches d’entrepreneurs qui
remportent systématiquement tous
les appels d’offres et sont liés aux
oligarques du premier ministre ».
Le journaliste critique également l’utilité de certains projets
financés grâce à l’UE : « On a
construit une toute nouvelle bibliothèque régionale, splendide certes,
mais l’ancienne est devenue un bâtiment fantôme. » ■
Dans la tourmente, Campbell cède un quart de son activité
Le groupe agroalimentaire américain met en vente sa division produits frais et ses activités à l’international.
OLIVIA DÉTROYAT £Oliviader
8,7
milliards
de dollars
Le chiffre d’affaires
du groupe Campbell
Soup en 2017
AGROALIMENTAIRE La recomposition des portefeuilles des géants
de l’agroalimentaire se poursuit.
Jeudi, l’américain Campbell Soup a
annoncé son intention de céder ses
activités de produits frais et à l’international. Ces deux divisions
comprennent les biscuits australiens Arnott’s, les cookies danois
Kelsen Group, des sites de production en Asie, mais aussi des soupes
surgelées, Bolthouse Farms (boissons premium, vinaigrettes fraîches) et Garden Fresh Gourmet,
marque acquise en 2015 et connue
outre-Atlantique pour ses sauces
fraîches, ses houmous et tortilla.
Au total, ces actifs représentent
2,1 milliards de dollars (1,8 milliard
d’euros) de chiffre d’affaires. Soit
25 % de son activité (8,7 milliards
de dollars). Campbell, créé en 1869,
se recentre ainsi sur son marché
natal et son cœur de métier des repas et des boissons. Il garde la célèbre marque de soupes en conserve
qui a fait sa renommée, et sa dynamique activité de snacking sain.
L’annonce est une demi-surprise, après la démission en mai de la
présidente du groupe familial, Denise Morrison. Au même moment,
Campbell avait annoncé une revue
stratégique de son portefeuille,
pour repartir en croissance.
Arrivée il y a trois ans, la dirigeante avait tenté de repositionner
le groupe sur des segments en phase
avec les nouvelles tendances de
consommation (plus sain, plus local). Notamment avec les activités
de produits frais, regroupés dans
Campbell Fresh. En vain. À périmètre constant, le chiffre d’affaires recule depuis deux ans. L’an passé, il a
cédé 2 %, et le bénéfice ajusté a reculé de 6 %, à 1,4 milliard de dollars. « Nous agissons avec un sentiment d’urgence », a déclaré, jeudi,
dans un communiqué le patron par
intérim Keith McLoughlin.
L’actionnaire activiste
Daniel Loeb en embuscade
Et pour cause : le groupe subit une
double pression, celle de la défiance
des consommateurs envers les pro-
duits transformés que sont ses gâteaux ou ses soupes préparées. Mais
aussi, plus récemment, celle d’actionnaires activistes. Cet été, le
fonds ThirdPoint de Dan Loeb - qui
s’est fait un nom il y a un an pour
s’être invité au capital du géant
Nestlé - a annoncé avoir acquis
5,6 % de Campbell. Le pressant investisseur n’a pas manqué l’opportunité de la baisse de 40 % du titre
Campbell depuis 18 mois, pour tenter d’impulser le changement et en
récolter les fruits boursiers. Avec un
scénario radical en tête : pousser le
groupe à se vendre, « la seule issue
légitime », selon ThirdPoint.
Lors de l’annonce de son projet
de cessions, Campbell n’a pas exclu
cette possibilité, Keith McLoughlin
indiquant être toujours en train de
considérer toutes les options stratégiques. Toutefois, et même si
Thirdpoint peut compter sur l’appui
d’un des descendants du fondateur
de Campbell (8,5 % à eux deux), il
faudra compter avec le reste de la
famille, qui détient toujours un tiers
du capital. D’ici là, la cession des actifs, que Campbell espère conclure
d’ici à 2019, devrait lui permettre de
réduire sa dette nette, qui a triplé en
un an à près de 10 milliards de dollars, sous l’effet du rachat du spécialiste du snacking Snyder’s Lance
fin 2017. La société a aussi revu à la
hausse ses objectifs de réduction de
coûts, les portant de 795 à 945 millions de dollars (800 millions
d’euros) d’ici à 2022. ■
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LA SÉANCE DU JEUDI 30 AOÛT
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 43,6
♣
AIR LIQUIDE ..................................
110
AIRBUS ..............................................108,98
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,205
ATOS .............................................. 103,8
AXA ..............................................
21,93
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,3
BOUYGUES ..............................................
39
CAPGEMINI ..............................................
111,95
CARREFOUR ..............................................
15,615
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,892
DANONE ..............................................68,5
ENGIE .............................................. 12,985
ESSILOR INTL. ..................................125,25
HERMES INTL ..................................571,4
KERING ..............................................482,4
L'OREAL ..............................................210
LEGRAND ..............................................65,08
LVMH .............................................. 310,1
♣
MICHELIN ..............................................
104,25
+HAUTJOUR
-0,16 43,72
+0,23 110,35
-0,98 110,44
-1,32 26,625
+0,24 103,8
-0,77
22,085
-1,35 52,02
+4,39 39,33
-0,62 112,75
+0,06
15,62
-0,73
11,98
-0,8
69,14
-0,35
13,05
-0,12 125,55
+0,49 572,8
+0,15 487,4
+0,43 210,6
+0,34 65,3
+0,19 312,6
+0,63 104,6
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,39
109
108,52
26,095
102,35
21,825
51,3
38,3
111,2
15,34
11,852
68,36
12,92
124,45
567,6
480
208,2
64,7
308,7
102,55
0,194
0,222
0,116
0,115
0,285
0,248
0,267
0,649
0,201
0,391
0,185
0,2
0,131
0,156
0,031
0,124
0,088
0,219
0,083
0,506
+1,4
+4,71
+31,3
-3,36
-14,46
-11,34
-17,59
-9,95
+13,21
-13,44
-13,83
-2,07
-9,42
+8,96
+28,04
+32,06
+13,54
+1,39
+26,37
-12,8
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,06 -1,54
PERNOD RICARD ..................................
135,6
-2,06
PEUGEOT ..............................................
24,08 -0,66
♣ 55,3
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-0,07
RENAULT ..............................................
74,7
+0,08
SAFRAN ..............................................112,9
-0,27
SAINT GOBAIN ..................................
36,35 +0,29
SANOFI ..............................................74,58 -0,48
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
70,7
-0,42
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,605 -1,1
SODEXO ..............................................91,5
-1,38
SOLVAY ..............................................
116,1
-1,02
STMICROELECTRONICS .............................
17,67 -0,87
TECHNIPFMC ..................................26,37 +0,8
TOTAL .............................................. 54,65 -0,36
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
182,15 -4,33
VALEO .............................................. 39,5
-0,28
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,27 -0,38
♣
VINCI .............................................. 83,66 +0,07
VIVENDI ..............................................22,45 -0,22
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,3
138,4
24,27
55,56
75,5
113,55
36,5
74,98
71,04
35,975
92,86
117,05
17,87
26,56
54,92
187,25
39,92
18,415
85,38
22,56
14,015
134,75
23,87
55,02
73,61
112,6
35,965
74,16
70,34
35,44
91,18
115,5
17,51
26,06
54,37
178,25
39
18,23
83,56
22,29
%CAP.ECH
0,266
0,196
0,289
0,179
0,323
0,12
0,268
0,141
0,142
0,524
0,17
0,149
0,17
0
0,133
0,583
1,222
0,211
0,174
0,186
31/12
-2,87
+2,77
+42,02
-2,38
-10,98
+31,42
-20,94
+3,8
-0,23
-17,29
-18,34
+0,17
-2,94
+2,01
+18,69
-36,57
-14,12
-1,75
+0,13
LES DEVISES
A
703 millions d’euros. L’actif net par action,
qui permet l’appréciation de la valeur des
actifs détenus en portefeuille, progresse
de 3,6 %, à 227,10 euros par action.
La réaction franchement négative du
marché tient à la confirmation par la direction du groupe des prévisions pour
2018 fournies en tout début d’année sur
son périmètre antérieur à la finalisation du
1 EURO=
1,6015
1,5117
0,8976
9,1773
130,32
1,1339
1,1692
3,216
11,103
7,856
21,015
7,9887
82,715
137,8028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33700
33410
-3,02
NAPOLEON ..................................................... 193,9
192,8
-6,28
PIECE 10 DOL USA .....................................................
598
598
+1,7
PIECE 10 FLORINS .....................................................
199
205
-6,48
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1149
1149
-1,63
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
267
259
-12,46
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1261
1248
-3,74
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109
109
-0,73
PIECE SUISSE 20F .....................................................
194
194,1
-4,29
PIECE LATINE 20F .....................................................
196,9
196,9
-2,96
SOUVERAIN ..................................................... 251,3
251,3
-3,61
KRUGERRAND .....................................................1061
1065
-5,16
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
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SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,34 28/08/18
LES SEMESTRIELS D’UNIBAIL RODAMCO SANCTIONNÉS PAR LA BOURSE
Le cours de l’action du géant de l’immobilier Unibail-Rodamco-Westfield (URW) a
baissé de 4,33 %, à 182,15 euros, jeudi à la
Bourse d’Amsterdam, après la publication
de ses résultats semestriels. Les chiffres
annoncés sont pourtant satisfaisants : le
groupe a engrangé 861 millions d’euros de
loyers, en hausse de 8,3 %, et, résultat récurrent, a progressé de près de 15 %, à
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
rachat de Westfield annoncé en décembre 2017. Celles-ci font état d’un profit net
par action compris entre 12,75 et
12,90 euros, en croissance de 6 % et 8 %.
Les investisseurs en ont conclu que l’intégration de l’australien Westfield, racheté
pour 15,7 milliards de dollars (13,4 milliards
d’euros), n’a, à ce stade, pas eu l’impact
positif que le marché attendait. En réalité,
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l’intégration de Westfield en date du 7 juin
n’a pas encore une influence très significative sur les comptes du nouvel ensemble. Pour l’heure en tout cas, les synergies
de coûts en rythme annuel devraient
s’établir à 74 millions d’euros, contre
60 millions prévus initialement. Les synergies de revenus devraient être réalisées sur les trois à cinq prochaines an-
nées, comme prévu, explique la direction.
L’activité de Westfield aux États-Unis et
au Royaume-Uni est également jugée
conforme aux évaluations effectuées lors
de l’acquisition de Westfield. Les perspectives de croissance à moyen terme
qu’attendent les investisseurs seront
présentées lors de la publication des résultats annuels. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
Source: ACEA
2007
6 OCTOBRE 2008
19 DÉCEMBRE 2008
Nicolas Sarkozy est
à Sandouville. L’usine
« ne fermera pas »
General Motors et Chrysler
reçoivent une aide d’urgence
L’ÉTÉ DU FIGARO
14,3
14,13
General Motors prend le surnom
de « Government Motors ».
Le constructeur en faillite
est nationalisé
MARS 2009
Pacte automobile en France. Après la prime
à la casse, Renault et PSA reçoivent
directement une aide d’urgence de l’État
[
La crise 10 ans après...
1er JUIN 2009
15,53
13,34
13,11
4/5
12,05
La crise de 2008 ne s’est pas abattue
que sur les banques. C’est toute
l’économie mondiale qui a été frappée, d’abord par la rupture des circuits de financement, ensuite par la
récession et l’effondrement du
commerce international. Ben Bernanke, l’ancien patron de la Fed,
décrit dans ses Mémoires une rencontre, au Brésil en novembre 2008,
avec un industriel qui lui avait dit :
« Début septembre, tout allait bien.
Et puis d’un coup, tout s’est arrêté.
Plus d’emprunts. Plus d’investissements. Comme si un vent de glace
avait soufflé sur l’économie. »
Quand Lehman Brothers fait
faillite, en septembre 2008, Carlos
Ghosn est déjà le PDG de Renault et
de Nissan. En juillet, aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, il avait prévu « une rentrée
difficile ». Il était loin du compte !
« La faillite de Lehman Brothers,
c’était un événement important. La
chute de la Bourse, c’était dramatique. Mais l’arrêt du cash… Cela,
c’était totalement inédit, inconnu
pour tous ceux qui n’ont pas connu la
crise de 1929, ce qui est le cas de la
plupart d’entre nous ! On avait vu
des crises boursières, on avait vu des
banques en difficulté. Mais on n’avait
jamais vu ce phénomène d’assèchement des liquidités. On était en
terrain complètement inconnu,
l’unchartered territory, comme disent les Américains. »
Ghosn a aujourd’hui, de cette période extraordinaire, les souvenirs
du survivant. L’omni-PDG, redoutable et redouté, a eu peur. « On
était saisi d’effroi, un effroi créé par
l’inédit de la situation […] Moi, je n’ai
vu cela qu’une fois et je peux dire que
ça me suffit ! », sourit-il. Pour le dirigeant de Renault et Nissan, comme pour ses homologues patrons
des plus grandes multinationales, la
sensation de perte de contrôle sur
les événements est un cauchemar.
« Quand vous lisez un bouquin sur
la crise de 1929, c’est au niveau intellectuel que ça se passe. Votre cerveau
absorbe l’information, mais cela reste lointain, cela ne vous touche pas.
Et quand vous refermez le livre, vous
15,14
13,71
Intense. Mais intéressant aussi. »
Aux États-Unis, le secteur automobile, mal en point avant même que la
finance ne parte en vrille, a chuté
encore plus vite. « En décembre 2008, les dirigeants de “Big
Three” de Detroit (General Motors,
Ford et Chrylser, NDLR) ont demandé l’aide du Congrès », raconte Ben
Bernanke. GM et Chrysler recevront
des fonds du Tarp, le programme
géant de recapitalisation des banques. Puis Obama, entré en fonction
en janvier 2009, poussera les deux à
la faillite. Chrysler en ressort immédiatement, racheté par Fiat, dont le
patron récemment décédé, Sergio
Marchionne, ose ce pari insensé qui
en fait un héros outre-Atlantique.
« C’est la force des entreprises avec
un contrôle familial, avec un seul actionnaire qui décide, de pouvoir jouer
ce genre de coup. C’était
risqué. Cela a marché »,
commente Ghosn.
GM devient « Government Motors », une entreprise nationalisée. Le
choc symbolique et politique est considérable
aux États-Unis. Obama
fait appel à un banquier
de Lazard, Steve Rattner,
pour piloter la restructuration des constructeurs.
Surnommé le « tsar de
l’automobile », Rattner
cherche un patron pour
GM. Et appelle Ghosn.
« En pleine crise, je ne
pouvais pas quitter le navire Renault-Nissan au
moment où il avait le plus
besoin de moi. C’était une
question morale, éthique.
Rattner a reconnu luimême qu’il comprenait
parfaitement cette position, mais qu’il avait
quand même voulu essayer parce qu’il pensait que j’étais le
mieux placé pour tirer General Motors de ses difficultés », raconte
Carlos Ghosn, qui tire son chapeau
au gouvernement américain. La
nationalisation de GM, c’était, ditil, « très bien joué. Un, ils ont nationalisé GM. Deux, ils ont rétabli les
flux de trésorerie. Trois, ils sont sortis très vite du capital. Les Américains l’ont compris : autant l’État est
important en situation de crise,
autant il n’a plus sa place quand
l’entreprise est remise à flot ».
Contrairement à d’autres industriels, Carlos Ghosn refuse d’accabler les banquiers. « Bien sûr, l’excès de cupidité entraîne des
catastrophes. Bien sûr, les banquiers
ont une responsabilité. Mais il n’y a
pas qu’eux dans cette affaire. Il y a
ceux qui ont accepté de faire des investissements de ce type, sans les
comprendre, en voulant croire sans
se poser trop de questions qu’on pouvait obtenir plus de 10 % de retour
sur investissement… C’était tout le
système qui n’écoutait plus, qui
n’avait plus de modération, plus de
limites… Les banquiers seuls
n’auraient pas pu fabriquer une telle
tragédie. Il y a eu une collusion
autour d’eux pour le faire. »
Banquiers ou pas, il espère que les
uns et les autres auront retenu la leçon. « Moi, j’ai changé. Avant, je ne
dis pas qu’on n’y prêtait aucune attention, mais le cash n’était pas une
priorité. Après, on est devenu prudent, frugal. La génération de cash
est devenue un objectif au même titre
que la croissance et le profit. Cette
idée-là n’abandonnera pas ceux qui
ont connu 2008-2009. Il faudra attendre deux ou trois générations pour
que ça passe. Mais notre génération
de dirigeants est marquée. » ■
Tout le monde
était condamné,
à plus ou
moins brève
échéance. Avoir
un bilan solide
ne vous donnait
que quelques
semaines
de plus.
sortez, vous allez dîner, vous reprenez le cours de votre vie normale.
Mais quand vous vivez une crise
comme celle-là, […] là, ce n’est plus
seulement au niveau du cerveau que
ça se passe. Cette crise-là, elle vous
prend aux tripes, au cœur, aux nerfs.
C’est une expérience tout à fait différente, c’est une autre dimension »,
décrit l’industriel.
Carlos Ghosn conserve la mémoire d’une obsession exclusive de
toute autre considération : le cash.
« Dans les entreprises, les gens savent que celles-ci meurent quand il
n’y a plus de cash. Tant que vous
avez du cash, vous pouvez faire des
tas de pertes, raconter des tas d’histoires, et la vie continue. Le jour où
vous n’avez plus de cash, la partie est
terminée. Je le sais d’autant mieux
que c’est comme cela que je suis arrivé à la tête de Nissan en 1999. Les
banques ne voulaient plus prêter à
Nissan. Il y avait danger de mort. […]
Pas de cash, c’est la mort. Je le savais. Tout le monde était condamné,
à plus ou moins brève échéance.
Avoir un bilan solide ne vous donnait
que quelques semaines de plus. »
Carlos Ghosn,
PDG de Renault et Nissan,
en juin 2018.
L’État en dernier recours
En cet automne 2008, la direction
d’une entreprise n’a donc plus rien
à voir avec ce que c’était quelques
semaines seulement auparavant.
« La première réaction, c’est de
couper toutes les sources de dépense
de cash. On coupe les stocks, on coupe les productions – de toute façon,
les marchés commençaient à se dégrader – on coupe les investissements. On ne manage plus en fonction de la profitabilité, mais
uniquement en fonction du cash
et à très court terme. C’est un
changement radical. Chez Renault, on a suspendu le plan à
moyen terme et les budgets en
cours, et on a changé d’un coup
de priorité en expliquant que
c’était une question de survie. Il
fallait à tout prix épargner la
trésorerie pour tenir le plus
longtemps possible, en attendant qu’il y ait une solution. »
La solution viendra de
l’État, ou plutôt des États,
pour l’Alliance Renault-Nissan. Ghosn, dont on connaît la relation compliquée à l’État français actionnaire de Renault, ne ménage pas
sa reconnaissance. « La solution ne
pouvait pas venir de nous, des entreprises. Seuls les États pouvaient agir.
[…] Le recours à l’État était inévitable, partout. Pour la très simple raison qu’aucune autre autorité que la
puissance publique ne peut débloquer
les flux financiers quand tout le système est paralysé. Donc les États et les
banques centrales sont intervenus, en
Europe, aux États-Unis, au Japon… Il
n’y avait pas d’autre solution. »
14,64
11,85
« Une crise
qui vous prend
au cœur,
aux tripes,
aux nerfs »
29
2017
12,55
Chrysler se met en faillite
et annonce son rachat par Fiat
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ET EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
]
15 septembre 2008. Lehman Brothers, quatrième banque
d’investissement de Wall Street, part au tapis. Sa faillite
retentissante donne le coup d’envoi à la pire crise
financière connue depuis 1929. Dix ans après,
la finance, l’économie mondiale, le paysage
politique international gardent les traces
de cette crise qui a aussi profondément
marqué ceux qui l’ont vécue, de l’intérieur.
Ils racontent, pour « Le Figaro ».
30 AVRIL 2009
Pour Carlos
Ghosn, PDG de
Renault et Nissan,
2008 a été
une plongée
dans l’inconnu.
vendredi 31 août 2018
F. BOUCHON/LE FIGARO
49,5
milliards
de dollars
injectés par l’État
américain dans General
Motors. Le constructeur
a passé 40 jours sous le
régime des faillites en juin
2009. Dès 2010, il était
de retour en Bourse.
En France, ce soutien a pris plusieurs formes. Comme pour les banques, l’argent public est venu se
substituer, sous forme de prêts, aux
financements de marché qui
s’étaient évaporés. « M. Sarkozy a
débloqué 3 milliards d’euros pour Renault et 3 milliards pour PSA, dans les
mêmes conditions et au même taux
d’intérêt. Je me rappelle des discussions pendant lesquelles la
direction du Trésor voulait
que nous payions 9 % d’intérêts. C’est le président
Sarkozy qui a dit non. “Ils
sont déjà mal en point, on ne
va pas tout de même pas les
rançonner avec des taux astronomiques !”, expliquait-il
en substance. Il est intervenu
lui-même. Mais nous avons
tout de même payé 6 ou 7 %.
C’était beaucoup plus que ce
qui s’est fait au Japon ou au
États-Unis. Le président
Sarkozy avait aussi à l’esprit le fait
qu’il ne fallait pas qu’on lui reproche
de faire payer les contribuables. Ce en
quoi il avait parfaitement raison.
Donc, il fallait payer des intérêts.
Cela dit, les constructeurs français
étaient très contents d’avoir ces financements publics, et cela n’a rien
coûté aux contribuables. Tout a été
remboursé, intérêts compris. »
L’hommage de Ghosn à l’ancien
président français est d’autant plus
notable que les relations entre les
deux hommes, entre l’industriel et
le politique, étaient loin d’être faciles. Le second, tout l’automne et
l’hiver 2008-2009, n’a eu de cesse
que de combattre et dénoncer les
projets de réorganisation industrielle de Renault, et la fermeture
annoncée de l’usine de Sandouville.
L’aide de l’État s’entend alors sans
suppressions d’emplois. « Vous
n’êtes pas en position de ne pas accepter les conditions. Vous les prenez
et vous faites au mieux », glisse
Ghosn a posteriori.
Dire non à Obama
Outre ces crédits exceptionnels, le
gouvernement a mis le budget à
contribution sous forme de primes à
la casse qui ont soutenu le marché.
Un temps seulement. En 2010, les
immatriculations françaises se sont
écroulées de plus de 10 %. Et la suite
sera un calvaire pour l’automobile
européenne qui vient seulement,
dix ans après, de retrouver ses volumes d’avant-crise. Pour le secteur
auto, Lehman n’a été que la première déferlante d’une suite de tempêtes. Pour Ghosn aussi. « Je dois
avouer qu’entre septembre 2008 et
fin 2011, j’ai personnellement eu une
période très faste en matière de crises, de drames et de tragédies ! » Il
énumère, un doigt après l’autre : « Il
y a eu, bien sûr, la crise financière,
puis la crise de l’euro, l’effondrement
du marché européen, le tremblement
de terre et le tsunami au Japon…
C’était la totale. Oui, c’était faste !
RETROUVEZ DEMAIN:
Jean Tirole : « La crise de 2008
a révélé une défaillance
massive de l’État »
A
IMMATRICULATIONS DE VOITURES NEUVES
DANS LES PAYS DE L'UNION EUROPÉENNE, en millions
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 31 août 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Martin Bouygues
relance la consolidation
des télécoms
Après la présentation des bons résultats, l’action
de Bouygues explose, tandis que celle d’Iliad (Free) plonge.
ELSA BEMBARON
ET ENGUÉRAND RENAULT
£@Elsabembaron et £@erenault
TÉLÉCOMS Martin Bouygues, le
PDG du groupe Bouygues, sent que
le rapport de force avec Xavier Niel,
le fondateur de Free, s’est retourné
en sa faveur. À l’occasion de la présentation des bons résultats semestriels de son opérateur Bouygues
Telecom, Martin Bouygues n’a donc
pas hésité à relancer l’idée d’une
consolidation sur le marché des télécoms français. Il a déclaré que son
groupe se montrerait ouvert aux
opportunités, tout en précisant
qu’aucune opération ne serait possible avant le début de l’année 2019.
Ce délai s’explique par les négociations actuelles que les quatre
opérateurs télécoms ont engagé
avec l’État en vue d’augmenter la
couverture du territoire en très
haut débit fixe et mobile et de l’attribution des futures fréquences 5G.
« Pendant les périodes d’appel d’offres, nous avons une obligation de ne
pas discuter entre opérateurs, à
quelque titre que ce soit », a expliqué
le PDG lors de la présentation aux
analystes financiers des résultats du
groupe au premier semestre.
Depuis l’échec, en avril 2016, du
plan de rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom, les discussions n’ont jamais cessé entre tous
les opérateurs. Orange a officiellement renoncé à être le fer de lance
de la consolidation du secteur. Mais
Martin Bouygues et Patrick Drahi,
actionnaire de SFR, ont discuté au
printemps 2018 d’un éventuel rachat de SFR par Bouygues Telecom.
« Je pense que nous sommes dans une
position qui est satisfaisante pour le
moment. Nous sommes ouverts, on
verra bien », a déclaré Martin Bouygues, en refusant de se livrer au jeu
des pronostics.
Depuis 2016, les positions des
quatre opérateurs ont nettement
évolué. À l’époque, Bouygues Telecom était le maillon faible du secteur, car il avait énormément souffert de l’arrivée de Free sur le
marché du mobile en janvier 2012.
Aujourd’hui, Bouygues Telecom
s’est nettement redressé et a affaibli
Free par l’offensive qu’il a mené
dans l’Internet fixe et mobile.
Nouvel équilibre
Le marché financier l’a bien compris. Jeudi, l’action Bouygues grimpait de 4,1 % en Bourse, quand celle
de son rival Iliad (maison mère de
Free), plongeait de 7,6 %. L’action a
perdu 45 % de sa valeur en un an, et
Iliad ne vaut plus que 6,6 milliards
d’euros en Bourse, quand le groupe
Bouygues en vaut 14,2 milliards. Si
Martin Bouygues relance les spéculations aujourd’hui, c’est qu’il sent
que sa filiale télécom a de nouveau
les reins solides.
En effet, tous les clignotants sont
au vert chez Bouygues Telecom, et
ce depuis près d’un an. Au deuxième trimestre, l’opérateur français a
gagné des clients tout en améliorant
ses performances financières. Dans
le détail, Bouygues Telecom a gagné
448 000 clients pour ses offres mobile en trois mois, pour en compter
désormais 15,3 millions. Dans le fixe
aussi, il poursuit sa conquête de
clients, avec 91 000 nouveaux
abonnés pour un total d’un peu plus
de 3,5 millions. Le principal vecteur
de conquête est le très haut débit,
qu’il soit mobile (4G) ou fixe (fibre
optique). En dépit d’une politique
commerciale agressive, le quatrième opérateur français a amélioré
ses résultats financiers. Ses revenus
progressent de 7 %, à 2,5 milliards
d’euros, cette hausse est imputée à
l’évolution de la politique tarifaire
du groupe. L’année dernière, il
avait augmenté de quelques euros le
prix de certains forfaits, moyennant
des services supplémentaires, et
cela se voit désormais dans ses
comptes.
Mais à l’heure où les opérateurs
télécoms vont devoir réaliser de
nouveau investissements dans leurs
réseaux, deux indicateurs retiennent l’attention des marchés financiers. Tout d’abord, l’excédent brut
d’exploitation (Ebitda) grimpe de
12 % au premier semestre, pour
s’établir à 540 millions d’euros. Et le
groupe maintient son objectif de liquidités de 300 millions d’euros
pour 2019.
Une question reste en suspens :
cela suffira-t-il pour faire face aux
défis à venir, en particulier au financement de la 5G ? La future génération de téléphonie mobile est
une véritable épée de Damoclès
pour les acteurs du secteur. Son développement va leur imposer de
Le PDG Martin Bouygues
a déclaré que le groupe
Bouygues Telecom
se montrerait ouvert
aux opportunités.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
nouveaux investissements sans
aucune certitude sur leur capacité à
rapidement obtenir un retour. Chez
Bouygues Telecom, on balaie d’un
revers de la main ces interrogations. D’autres observateurs du
marché estiment que seuls deux
opérateurs ont les épaules suffisamment larges pour faire face à ces
nouveaux défis : Orange et SFR.
Mais Bouygues Telecom a un
atout dans sa manche : le contrat de
mutualisation de son réseau avec
SFR. Réalisé à 82 %, il devrait être
achevé d’ici à la fin de l’année et
donc enfin générer les quelque
700 millions d’euros d’économies
attendues en année pleine. Toujours
du côté des économies à venir, le
partenariat avec Fnac Connect portant sur la distribution des offres
mobile de Bouygues Telecom dans
une cinquantaine de magasins en
région, va permettre à l’opérateur
d’améliorer sa distribution physique
sans en supporter le coût direct. ■
« Politico Europe » face
au défi de la rentabilité
Lancé il y a près de quatre ans, le nouveau
média vise l’équilibre en 2019.
JEAN COMTE £@JeanComte
A
À BRUXELLES
PRESSE Incontournable. Le mot
revient quand on demande aux acteurs de la bulle européenne de
décrire Politico Europe, ce média
anglophone lancé début 2015 par
l’allemand Axel Springer et le site
américain Politico. L’annonce de
son lancement avait pourtant
causé des haussements de sourcils
à Bruxelles, où les journalistes
foisonnent.
Mais le site enregistre aujourd’hui
1,8 million de visiteurs uniques par
mois et plus de 80 000 abonnés à sa
newsletter gratuite « Playbook ».
Surtout, la marque s’est imposée
dans les cénacles bruxellois. « Tout
le monde lit le Playbook », tranche un
consultant.
Le site, qui veut rendre l’UE sexy,
détonne dans un milieu habitué aux
articles d’analyse froids. Il a exposé
les problèmes médicaux du président de la Commission, fut le premier à enquêter sur son ex-directeur de cabinet, Martin Selmayr, et
fait des portraits au vitriol de personnalités bruxelloises.
La section « Pro », qui propose des
articles spécialisés (commerce, santé, énergie…) compte 45 000 abonnés. « C’est utile pour ne rien louper », résume l’un d’eux. Qui admet
que Politico est seul sur le coup. Avec
plus de 60 journalistes, il écrase toute concurrence. En comparaison, le
Financial Times n’a que six journalistes à Bruxelles tandis que Le
Figaro en compte deux.
Malgré sa renommée, Politico Europe est dans une situation financière compliquée : ni autofinancé,
ni rentable. Le média est en déficit
depuis son lancement et dépend
d’apports annuels de ses actionnaires. Il a bouclé 2017 sur une perte de
5,5 millions d’euros pour un chiffre
d’affaires de 12 millions.
Priorité aux pros
Politico Europe espère se débrouiller
sans apport des actionnaires cette
année. « C’était notre objectif dès le
départ, on est en bonne voie pour
l’atteindre », assure sa directrice,
Shéhérazade Semsar. La rentabilité,
elle, devrait être atteinte fin 2019.
Le média réduit sa masse salariale :
départ de 20 salariés en 2017, et
d’autres à venir. Au niveau éditorial, priorité est donnée à la section
« Pro », qui doit assurer la moitié
des revenus, le reste provenant des
événements et de la publicité. Son
prix ? Rien n’est indiqué sur le site,
mais des abonnés mentionnent un
tarif d’entrée à 5 000 euros par section spécialisée. ■
EN BREF
HUMENSIS REPREND
LES ÉDITIONS
DES ÉQUATEURS
£ Après avoir acquis les maisons
PUF et Belin, Humensis, la filiale
d’édition du groupe Scor, a
repris les Éditions des Équateurs.
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