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Le Point - 04 10 2018 - 10 10 2018

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Valéry Giscard d’Estaing
Confessions pour l’Histoire
Charles
Aznavour
1924-2018
Spécial Mondial de l’auto
L 13780 - 2405 - F: 4,50 €
Révélations sur
le « mur des cons »
« THE SUN »/NEWS LICENSING/ABACA. ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
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www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 4 octobre 2018 n° 2405
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Jean-François Kahn, l’encyclopédiste
Nous vivons au temps des injonctions, du
panurgisme, des listes noires, des lignes
jaunes, de la « pensée barbelé ». Pas une tête ne doit
dépasser. Sinon, elle est condamnée à être coupée. De
nos robinets de série ne peut couler qu’un mince filet
d’eau tiède.
C’est dire si Jean-François Kahn est une anomalie dans ce monde compassé. Pied de nez à
toutes les paresses intellectuelles, son dernier livre,
« M la maudite. La lettre qui permet de tout dire » (1),
est le premier tome d’une contre-encyclopédie qui, si
elle suit toutes les lettres de l’alphabet, devrait en comporter encore 25.
Cet homme est fou, excusez du peu. A 80 ans
aux fraises, JFK a entrepris un travail titanesque pour résumer à la fois l’histoire du monde et
l’état des connaissances. Le résultat est un régal de déconstruction, de liberté de penser. Sans oublier le mauvais esprit, marque de fabrique du « kahnisme ».
Depuis qu’elle s’est levée sur ses deux pattes
arrière, l’humanité est ravagée par l’hubris, la
vanité, la componction, l’esprit de sérieux. Si vous cherchez un bon philosophe, mettez-les tous en ligne.Celui qui rit sera toujours le meilleur. C’est en tout cas ce
que prétendait Nietzsche. Son affirmation est vérifiable
pour tous les métiers, sauf celui de croque-mort.
Calembouriste impénitent, rongé par ses lubies comme par des puces, Jean-François Kahn
est un grand rire qui va. Avec une curiosité et une érudition hors du commun. Il est de tous les temps. Selon
les siècles, il s’appelle Pic de La Mirandole, Denis Diderot ou Elisée Reclus. C’est un encyclopédiste,
autrement dit un honnête homme qui s’intéresse à
tout et, en l’espèce, entend nous raconter le monde à
partir d’une seule lettre.
C’est possible : la preuve par « M la maudite »,
où il y en a pour tout le monde, que l’on soit
épris d’opéra, de philosophie ou de chanson populaire.
JFK égrène les considérations politiques (« De Gaulle
était mégalo : il se prenait pour lui-même »), les réflexions
savantes sur le monothéisme (« autarcie céleste »), les
souvenirs personnels sur la guerre d’Algérie, Mai 68.
Sans parler d’assassinats en règle ou d’exercices de
réhabilitation comme celui qu’il consacre au merveilleux Musset, dont les insurmontables handicaps auront
toujours été son bonheur, ses amours, ses succès et sa
belle gueule, qui faisait tomber les dames.
Le charme des encyclopédies est de passer
sans cesse du coq à l’âne. Convenons que l’ébouriffant Kahn, aussi à l’aise dans l’analyse que dans la gaudriole, excelle dans ce genre-là, sautant de Karl Marx à
Luis Mariano, de la mozzarella au mariage sans expérience préalable, à propos duquel il ose cette citation incroyablement machiste de Léon Blum en personne : « On
ne joue pas du violon sans l’avoir appris. Qu’on ne prétende
plus tirer du plaisir d’une femme neuve sans avoir appris à
en jouer. »
Un humoriste prétendait jadis que la liberté
était un mot qui avait fait le tour de la planète et n’en était jamais revenue. Ne la cherchez plus,
on sait maintenant où la trouver : dans le livre de JeanFrançois Kahn, qui, né libre-penseur, entend bien le rester malgré toutes les intimations de l’époque à penser
droit (ou gauche). Chez cet auteur, rien n’est jamais formaté, tout ou presque est inattendu, paradoxal, voire
délicieusement incongru.
Ancien prof, JFK a l’art de nous instruire sans
nous fatiguer tout en s’amusant. Quelques
exemples de saillies kahniennes. Mercure : « Dieu du commerce… et des voleurs. Il y a des amalgames qui tuent. » Merlan : « En colère, il se mord la queue. C’est le seul. » Multitude :
« Foule d’en bas qu’on prend de haut. » Musarder : « Occuper
son temps en faisant semblant de le perdre. » Muselière : « Les
chiens, on leur met une muselière. Les humains, on leur propose
une promotion. »
Souvent polémiques sont ses développements sur la
modernité, Mahomet (« On aura rarement autant bouleversé en étant aussi peu novateur »), le malthusianisme (« A
l’origine des 35 heures ! ») ou Malraux, qui disait en 1974 que
l’Europe, pour prendre corps, devait avoir un ennemi
commun et que le seul « qui pourrait exister serait l’islam ».
Sans oublier des morceaux de bravoure. Sur la mesure
notamment : que Montaigne, Bach ou Poussin incarnassent la « modération » condamne-t-il pour autant les
« excès » d’Hugo, de Wagner ou du Caravage ? « L’art est
mesure », observe JFK, mais « la démesure est un art ».
Historien, philosophe, géographe, entrepreneur, chansonnier, Jean-François Kahn est sans
doute l’une des meilleures incarnations vivantes du métier de journaliste : un carrefour, un hall de gare ouvert
à tous les vents. Merci à lui. Ça nous change des sinistres
perroquets de la bien-pensance dont la seule activité
cérébrale, sur leurs perchoirs, consiste à établir des listes
de gentils et de méchants, pour l’édification d’une audience de plus en plus clairsemée §
1. Tallandier, 672 p., 24,50 €.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 7
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SOMMAIRE2405
Le spectacle va bientôt (re)commencer. Nous allons réentendre
la ritournelle du « peuple affamé par les technocrates », le refrain de la
« démocratie soumise au diktat des marchés »… On connaît la musique,
et les paroles seront cette fois-ci en italien.
Les démagogues réunis au sein du joyeux gouvernement nationalisto-antilibéral de Giuseppe Conte se préparent à un affrontement
avec l’Europe. L’abrogation de la réforme des retraites – un non-sens
économique et démographique –, un nouveau revenu citoyen et
autres menus plaisirs vont coûter une fortune. En conséquence,
le projet de « budget du peuple » sur lequel s’est accordée la semaine
dernière la coalition au pouvoir prévoit 2,4 % de déficit en 2019,
contre 0,8 % promis par le précédent gouvernement.
L’équipe de Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles) et Matteo Salvini
(La Ligue) sait qu’elle contrevient aux règles qui assurent, rappelons-le, la cohésion de l’euro. Car, dans un système de monnaie
unique, celui qui dépense de l’argent qu’il n’a pas se sert en réalité
dans les poches de ses voisins. Mais qu’importe ! Pour justifier cette
tentative de braquage, les banderoles de l’indignation dépensière
vont ressortir : cigales de tous les pays, unissez-vous ! Nul doute que
Le Pen et Mélenchon, chez nous, se joindront à la chorale.
Les représentants du peuple italien ont parlé. Qui sont ces méchants
technocrates pour les contester ? Mais c’est bien sûr ! Votons donc au
passage le doublement des salaires, la fin des maladies, la pluie pour
les agriculteurs et le beau temps pour les vacanciers. Singulière
conception de la démocratie que celle qui consiste à confondre
suffrage universel et multiplication des pains. Elire des charlatans
sur la base de promesses intenables expose à quelques déconvenues.
Ou alors il faut aller au bout du raisonnement et quitter l’euro, si
ses contraintes sont insupportables. Après tout, les Italiens se sont
démocratiquement engagés à en respecter les règles, ils peuvent
souverainement décider de revenir en arrière. Notons que ni Di Maio
ni Salvini ne vont jusque-là. C’est logique, car ils savent ce qu’il en
coûterait à leur pays. Leur politique est donc classiquement argentdu-beurriste, c’est-à-dire qu’elle consiste à ne prendre dans la zone
euro que ce qui leur est utile. Le tout est évidemment emballé dans
un discours souverainiste testostéroné, les populistes excellant dans
l’art de flatter l’orgueil mal placé. Or « l’amour-propre est un escroc qui
ne manque jamais sa dupe », écrivait Balzac.
Il est en effet peu probable que Bruxelles cède au chantage de Rome :
elle y perdrait toute crédibilité en ces temps troublés. De même,
les marchés financiers – vous savez, ces méchants que l’on fustige,
mais à qui on quémande de quoi payer les fonctionnaires en fin de
mois – commencent à devenir nerveux. La voie est désormais étroite
entre la capitulation et le saut dans l’inconnu.
Reconnaissons tout de même que, vu de France, la critique est
malaisée. Le déficit public italien reste inférieur au nôtre. Et Rome,
même avec son plan actuel, conserve un excédent primaire (avant
charge de la dette). En revanche, le fardeau, accumulé depuis des décennies, est aujourd’hui beaucoup trop lourd : plus de 130 % du PIB.
La leçon – provisoire – de cette affaire italienne est que l’on paie
toujours ses dettes. Soit en monnaie sonnante et trébuchante,
ce qui est long et pénible, soit en faisant défaut, ce qui est violent
et destructeur. Et que l’on peut souverainement décider de sa ruine §
Etienne Gernelle
10 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
68
Charles Aznavour, 1924-2018
34
Valéry Giscard d’Estaing : confessions pour l’Histoire
104
42
Alice Weidel, la Walkyrie
qui veut chasser Merkel
114
Schiele-Basquiat,
jumeaux foudroyés ?
00
Spécial Mondial de l’automobile
JEAN-PIERRE LELOIR/GAMMA-RAPHO - BRUNO LEVY/DIVERGENCE-IMAGES - MICHAEL KAPPELER/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP – GERMANISCHES NATIONALMUSEUM, NUREMBERG - DAIMLER AG/SP
La chorale des charlatans
Chaque jeudi, retrouvez
Etienne Gernelle
dans « Le 5/7 » de Mathilde Munos
Histoires politiques, 6 h 44
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68
Valéry Giscard d’Estaing
Confessions pour l’Histoire
Révélations sur
le « mur des cons »
À MONTPELLIER LES 12 ET 13 OCTOBRE
Charles
Aznavour
1924-2018
« THE SUN »/NEWS LICENSING/ABACA. ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 4 octobre 2018 n° 2405
Deuxième édition
du forum du Point sur la santé.
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Spécial Mondial de l’auto
L’éditorial
de Franz-Olivier Giesbert
13 La chronique de Patrick Besson
14 Les éditoriaux de : Nicolas Baverez,
Pierre-Antoine Delhommais,
Luc de Barochez, Gérald Bronner
7
20
34
LE POINT DE LA SEMAINE
Le « fusible » reste à son poste
FRANCE
Valéry Giscard d’Estaing :
confessions pour l’Histoire
MONDE
Allemagne : la Walkyrie
qui veut chasser Merkel
46 Comment l’AfD a tissé sa toile
Les meilleures ventes de la Fnac
Art - Schiele-Basquiat, jumeaux
foudroyés ?
108 Cinéma - Michel Blanc : Bergman,
Jean-Claude Dusse et moi
112 Brèves
103
104
TENDANCES
Spécial Mondial de l’automobile
Evasion - Etats-Unis : aux rythmes
de la Louisiane
130 Mode - Séductions
133 Gastronomie - Le Vantre de Paris
134 Marché de l’art
135 Bridge & mots croisés
114
126
42
50
SOCIÉTÉ
Révélations sur le « mur des cons »
ÉCONOMIE
Jacques Veyrat, le dénicheur
de pépites
62 Seuils sociaux : comment créer
100 000 emplois
58
64
66
68
70
76
78
84
87
88
94
98
SCIENCES
Cap sur les astéroïdes
Extension du domaine de l’enquête
EN COUVERTURE
Charles Aznavour, 1924-2018
Il était la voix de la France
Aznavour, mon autre nom
de famille, par Valérie Toranian
« Je m’voyais déjà… »
« Piaf me disait : “T’es un génie,
mais t’es con !” »
Ce grand frère qui fredonnait…
Viens voir le comédien…
100 % arménien, 100 % français
CULTURE
Enquête - « Le Paon » qui a tué
le Nobel
136
Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
LE POSTILLON
Heureux comme un censeur au
XXIe siècle, par Sébastien Le Fol
139 De Xerxès à Macron, une histoire
de l’hubris
142 Pourquoi il faut lire Mark Lilla,
par Pascal Bruckner
143 Trump, vu de près
144 Macron est-il rugène ?
146 Le zemmourisme existe chez moi,
par Kamel Daoud
139
Le Point is published weekly by Société d’exploitation de
l’hebdomadaire Le Point-Sebdo – 1, boulevard Victor, 75015 Paris,
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partielle ventes et abonnés) ; une publiscopie
de 4 p. Languedoc-Roussillon (q. partielle
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Un début d’explication
Patrick Besson
L
COLLECTION CHRISTOPHEL
a France : établissement mi-hospitalier, mi-pénitentiaire. Il y a les Français qui se soignent
de leurs addictions et ceux qui en paient le
prix. Le fumeur essaie d’arrêter de fumer et l’automobiliste doit oublier sa voiture. Les deux sont
pourchassés par la police de la pensée, qui circule
dans la société grâce au pin-pon des médias. Le fumeur a commencé par ne plus pouvoir fumer au
restaurant ni au café. On lui a interdit ensuite les
chambres d’hôtel. Il fut bientôt exclu des plages
et le voici désormais tabou dans certains parcs et
devant les établissements scolaires. Quand le privera-t-on de la rue ? Je ne vois pour lui qu’une solution, naguère utilisée par son papa né dans les
années 1950 : les cabinets. La cigarette semble désormais réservée aux interprètes des films où on
fume goulûment, comme pour consoler – ou
narguer ? – le spectateur qui n’a plus le droit depuis belle lurette d’allumer sa clope au cinoche.
L’automobiliste est considéré comme le principal coupable de l’effet de serre et du changement
climatique alors qu’on n’accuse jamais des mêmes
maux les millions d’individus qui prennent l’avion
pollueur plusieurs fois par an pour découvrir des
pays lointains. Le grand martyr de l’auto est le Parisien. On fait tout pour le décourager de conduire
et ça marche : il rentre chez lui à pied. Ce que ne
peut pas faire le banlieusard, qui habite trop loin.
En gênant ou même en interdisant la circulation
automobile dans Paris, Mme Hidalgo punit surtout les gens qui n’y habitent
pas. N’est-ce pas, du reste, son
but secret : réserver Paris aux
Parisiens qui marchent et l’interdire aux banlieusards qui
polluent ? L’objectif avoué des
politiciens de l’Union euro-
péenne est de faire du vélo le principal moyen de
locomotion en ville. L’avenir du citadin occidental : pédaler. Le rêve de l’écologiste de 2018 : des armées de vélos à tous les croisements, comme dans
le Pékin de Mao. A l’instar du fumeur accablé de
films où chaque acteur et chaque actrice tirent
avec volupté sur la cigarette interdite, l’automobiliste subit, sur les écrans, des véhicules surpuissants qui roulent à tombeau ouvert. Dans « Fast &
Furious » comme dans « Mission : impossible » et
des dizaines d’autres films de Hollywood ou de
Luc Besson (les merveilleux « Transporteur »), les
conducteurs explosent le Code de la route et les limitations de vitesse. Le tabac et l’auto sont devenus des héros de fiction dont le fumeur contrarié
et l’automobiliste puni suivent, reclus dans les
salles obscures sans briquet ni volant, les aventures de plus en plus imaginaires pour lui.
Outre le tabac et l’automobile, il y a plusieurs
autres choses dont le Français, chapitré par les hebdos et les émissions médicales de l’après-midi sur
la TNT, essaie de stopper sa consommation : la
viande, l’huile de palme, les antidouleurs, le beurre,
le sexe, le vin. L’homme qui ne fume plus et se déplace à vélo a tort de se croire tiré d’affaire : il faut
encore qu’il se mette au steak de tofu, renonce au
Nutella, arrête la Lamaline, jette son beurre, ne
couche plus qu’avec son épouse ou lui-même et,
bien sûr, oublie l’alcool. L’Etat de droit devenu Etat
policier à cause du terrorisme et la prohibition
maître mot d’une société moderne. Y a-t-il un rapport entre
tous ces interdits et la montée en Europe du populisme,
le mot gentil pour fascisme ?
Qui trop embrase le peuple
mal l’éteint §
Une publicité du temps d’avant.
Le fumeur et l’automobiliste sont pourchassés par la police de la
pensée, qui circule dans la société grâce au pin-pon des médias.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 13
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ÉDITORIAUX
Renouer avec les origines
e
de la V République
par Nicolas Baverez
E
n célébrant son 60e anniversaire, la Ve République devient le
deuxième régime politique le plus durable en France depuis
1789. En un peu plus de deux siècles, notre pays a expérimenté
cinq républiques, trois monarchies, deux empires et un Etat français de sinistre mémoire. Cette instabilité témoigne de sa difficulté à acclimater la liberté politique. Depuis 1958, la Ve République
a résisté au sanglant conflit algérien, à Mai 68, aux chocs pétroliers des années 1970, au krach de 2008 puis à la crise de l’euro,
aux attentats djihadistes. Elle a surmonté la démission de son
fondateur, en 1969, et le décès de son successeur en 1974, l’alternance de 1981, la décentralisation de 1982, les cohabitations de
1986 et de 1997, le passage au quinquennat en 2000. Le pari institutionnel de De Gaulle, qui consistait à tirer les leçons de la débâcle de 1940 pour garantir en toutes circonstances l’efficacité
et la continuité des pouvoirs publics, s’est donc révélé gagnant.
A l’inverse, ceux qui affirmaient que la Constitution de 1958 n’était
qu’une parenthèse qui se refermerait avec son fondateur se sont
lourdement trompés.
La stabilité de la Ve République s’explique par trois raisons.
Tout d’abord, son caractère hybride opère une synthèse entre la
monarchie, l’empire et le parlementarisme. Il épouse le carac-
tère national en réconciliant la passion pour l’Etat et l’aspiration
à une démocratie directe. Ensuite, l’étendue de ses pouvoirs assure une protection presque absolue du président pendant son
mandat. Enfin, la Ve République, au fil de 24 révisions, a montré
une exceptionnelle capacité d’adaptation. Mais une Constitution ne vaut que par les hommes qui la mettent en mouvement.
Emmanuel Macron, par sa pratique dénaturée des institutions,
représente un défi sans précédent pour la Ve République, à tel
point qu’il pourrait en menacer la pérennité. La force de la Ve République repose sur la prééminence du chef de l’Etat au sein de
l’exécutif, sur la double légitimité électorale du président et du
Parlement, ainsi que sur la mobilisation des citoyens autour d’un
projet. La thérapie de choc conduite en 1958, qui a redessiné les
institutions, la politique économique, la défense et la diplomatie tout en forçant une issue à la guerre d’Algérie, fut adossée à
l’idée de la France portée par le général de Gaulle, et à la construction d’une majorité et d’un parti présidentiels.
La pyramide inversée qui caractérise le système de pouvoir
mis en place par Emmanuel Macron exacerbe les travers de la
Trop de pouvoir tue
le pouvoir. Le général
de Gaulle, lui, en était
conscient.
Jean-Pierre constata que son agenda n’était pas à jour.
14 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Adopté il y a 60 ans, notre régime politique
est adapté aux chocs du XXIe siècle.
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Ve République tout en la fragilisant. L’hyperconcentration des
pouvoirs, qui a fait en sorte que nul ni rien ne puisse freiner ou
contredire les décisions d’Emmanuel Macron, est suicidaire.
Trop de pouvoir tue le pouvoir. Le général de Gaulle, lui, en
était conscient : il distinguait le niveau stratégique, qui devait
rester le monopole du chef de l’Etat, celui opérationnel, confié
au Premier ministre, et celui tactique, relevant des ministres.
La confusion des trois niveaux pour les placer entre les mains
du président de la République délégitime sa fonction, paralyse
l’Etat et le conduit à l’échec.
Le projet de révision constitutionnelle, dont la seule logique
réside dans un affaiblissement supplémentaire du Parlement,
confirme ce danger. La réduction de 30 % du nombre de parlementaires créera des déserts démocratiques. L’introduction
d’une dose de 15 % de proportionnelle pour les élections législatives à partir de 2022 instille le poison de l’instabilité et constitue un cadeau inespéré pour les forces populistes au moment
où les démocraties affrontent la crise la plus sérieuse depuis
les années 1930. La création d’un improbable « forum de la
République » ou la suppression du mot « race » dans l’article
1er qui interdit précisément toute discrimination sur ce fondement sont autant de concessions à la démagogie, qui nuisent à
l’efficacité de la décision publique tout en rompant avec les
principes de notre république. Enfin, Emmanuel Macron a
montré autant de virtuosité pour détruire le système politique
qu’il témoigne de son incapacité à construire une alternative.
Son mépris pour les élus, les partis et le Parlement n’épargne
pas LREM. La majorité et le parti présidentiels sont immenses
et vides. Dans cet espace béant s’engouffrent les extrémistes.
Or la Ve République, par l’étendue des pouvoirs qu’elle donne
au président et la puissance qu’elle accorde à l’Etat, deviendrait
un danger mortel pour la démocratie si elle se trouvait mise au
service d’un leader populiste. Le véritable risque n’est pas une
VIe République qui marquerait le retour au régime d’assemblée, mais une Ve République utilisée pour conduire une révolution chaviste ou pour créer une démocratie illibérale à la
manière de Viktor Orban.
La Ve République est un régime garantissant la capacité d’action de l’Etat, mais cette action doit obéir à une vision et à des
principes. La philosophie du « en même temps » débouche sur
un relativisme destructeur des valeurs et sur l’impuissance par
refus de toute ligne claire sur les questions décisives de la baisse
de la dépense publique, de la réforme de l’Etat, de l’islam, de
l’immigration ou de la sécurité. Cioran rappelait que « le propre
des régimes agonisants est de permettre un mélange confus de croyances
et de doctrines, et de donner en même temps l’illusion qu’on pourra
retarder indéfiniment l’heure et le choix ». La Ve République, conçue
pour affronter les chocs de l’Histoire, est parfaitement adaptée
au XXIe siècle. Encore faut-il revenir à son esprit d’origine, qui
consiste à assumer l’heure et le choix, à soumettre les ambitions au service de la France et non pas la France au service de
dirigeants saisis par la démesure §
Libérons le sport de l’Etat !
Il paraît urgent de développer le financement
privé dans ce secteur trop dépendant
de l’argent public.
par Pierre-Antoine Delhommais
L
’ancien double champion olympique d’escrime Jean-François
Lamour, qui détient le record de longévité à sa tête (1 834 jours),
avait lui-même un jour qualifié le ministère des Sports de « voiture-balai ». Il n’empêche : l’annonce d’une baisse de 30 millions
d’euros de son budget dans le projet de loi de finances pour
2019 (de 481 à 451 millions d’euros) a suffi à déclencher un tollé
dans les milieux sportifs. A l’initiative du Comité national olympique et sportif français, une pétition pour protester contre cette
coupe budgétaire a été lancée et a déjà recueilli à ce jour plus de
100 000 signatures. Comme le rappelait dans un doux euphémisme un rapport de la Cour des comptes de janvier 2013 : « Le
mode d’organisation du sport est caractérisé en France par la place importante de l’Etat. » Uniquement dépendant, à son origine, à la fin
du XIXe siècle, de l’initiative et du financement privés, le mouvement sportif français a rapidement, dès les années 1920, été
intégré dans le domaine de l’action publique. Il fut d’abord confié
au ministère de la Guerre, puis géré par un sous-secrétaire d’Etat
auprès du ministère de l’Instruction publique à partir de 1925.
Au même moment, le sport de haut niveau émergeait comme
enjeu stratégique, Edouard Herriot déclarant en 1929 à la Chambre
des députés que les athlètes « contribuent à défendre à l’étranger le
prestige et l’autorité du pays ». Les politiques publiques du sport se
sont ensuite renforcées et structurées sous le Front populaire,
avec Léo Lagrange, efforts qui ont redoublé durant le régime de
Vichy et son projet de révolution nationale visant à promouvoir
une jeunesse saine et vigoureuse. A la Libération, l’ordonnance
du 28 août 1945 a assigné au mouvement sportif une mission de
service public à travers des « pouvoirs délégués » de l’Etat, base juridique qui régit de nos jours encore l’organisation du sport français. Sous la Ve République, rappelle la Cour des comptes, les très
mauvais résultats de la France aux Jeux olympiques de Rome, en
1960, incitèrent le général de Gaulle, dont l’orgueil en avait été
blessé, à réformer la politique sportive. Depuis une trentaine
d’années, le rôle organisateur et régulateur de l’Etat dans l’ensemble du champ des activités sportives a été précisé et réaffirmé
par une série de lois, au nom supérieur de « l’intérêt général ».
Selon une étude du cabinet Olbia, les dépenses publiques en
faveur du sport (aides aux associations et fédérations, subventions à l’emploi, travaux d’équipement et d’aménagement, organisation d’événements, sport à l’école…) se sont élevées …
Selon une étude du cabinet
Olbia, les dépenses
publiques en faveur
du sport se sont élevées
en France à 18,2 milliards
d’euros en 2013.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 15
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ÉDITORIAUX
en France à 18,2 milliards d’euros en 2013, dont les trois
quarts pris en charge par les collectivités territoriales, essentiellement les communes. La participation directe de l’Etat se limite
à un peu moins de 5 milliards d’euros. Autant dire qu’avec ses
450 millions d’euros de budget, le ministère des Sports n’a plus
guère les moyens de ses ambitions, au demeurant floues. D’où
la tentation, exprimée dans le rapport « Action publique 2022 »,
commandé puis enterré par le gouvernement, d’aller bien audelà d’un simple coup de rabot budgétaire. Et de supprimer ce
ministère, vestige d’un étatisme « socialo-gaulliste », qui sert de
maison de retraite dorée à des sportifs célèbres mais désœuvrés.
A l’heure surtout où l’Etat et les collectivités territoriales
doivent – enfin – se serrer la ceinture, il paraît urgent de remplacer le financement public du sport en France par du financement privé. Une bascule d’autant plus réaliste et envisageable
que le sport est un secteur où l’argent coule à flots. Il suffit de
rappeler que le chiffre d’affaires de Decathlon s’est élevé à 11 milliards d’euros en 2017 ou que les droits de retransmission de la
Ligue 1 de football atteignent 1,1 milliard d’euros par saison.
Sans oublier le salaire de Neymar au PSG (36 millions d’euros
par an), supérieur aux coupes budgétaires du ministère des
Sports qui font tellement scandale. Le temps est sans doute
venu pour les sportifs de jouer collectif et que les disciplines
les mieux loties aident financièrement celles qui le sont moins.
Le temps est surtout venu que le sport français subvienne luimême à ses besoins sans demander l’aumône à un Etat qui, lui,
en manque cruellement §
L’Europe après
Merkel et Poutine
Le président russe et la chancelière allemande ne
font plus la pluie et le beau temps sur le continent.
par Luc de Barochez
L
ongtemps ils se sont combattus, avant que l’épuisement les
gagne. Vladimir Poutine et Angela Merkel dominent la scène
européenne depuis le début du siècle. Ils symbolisent les deux
pôles autour desquels tourne la controverse politique contemporaine, le libéralisme ouvert sur le monde pour celle-ci, le nationalisme identitaire pour celui-là. Le couple aura bientôt
atteint sa date de péremption, si ce n’est déjà fait. Réélu au
Kremlin dès le premier tour, au mois de mars, Vladimir Poutine accumule depuis lors les déboires. Angela Merkel, elle aussi
affaiblie, en est à son quatrième mandat à la chancellerie allemande, et les grandes manœuvres pour sa succession ont
commencé.
Chacun de leur côté ils viennent de subir des camouflets. Russie unie, le parti présidentiel, n’a pas réussi au mois de septembre
à faire élire quatre gouverneurs de région, malgré l’élimination
préalable des candidats dangereux et le bourrage d’urnes habituel. Angela Merkel a assisté à la défaite de son homme lige à la
tête du groupe parlementaire CDU/CSU, évincé après treize ans
à ce poste clé par un député peu connu.
16 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Vladimir Poutine et Angela Merkel ont perdu toute intuition.
La cote de popularité de l’autocrate russe a chuté de 20 points,
revenant à son niveau d’avant l’invasion de la Crimée en 2014.
Son aventurisme extérieur ne l’aura pas servi. En Syrie, un avion
espion russe avec 15 personnes à bord a été abattu par la défense
aérienne syrienne. En Grande-Bretagne, l’empoisonnement de
l’ex-agent russe Skripal et de sa fille a révélé l’amateurisme ahurissant des services russes. Les Etats-Unis se préparent à infliger
des sanctions supplémentaires à Moscou. En Russie même, la
décision de Poutine de repousser de cinq ans l’âge de départ à la
retraite, à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes, a
suscité de nombreuses manifestations de protestation.
De son côté, Angela Merkel assiste, impuissante, à la glissade de son parti dans l’opinion publique. Malgré sa victoire
aux élections de 2017, la CDU/CSU subit, comme d’autres partis conservateurs en Europe, une vive concurrence sur son
flanc droit de la part des populistes anti-immigration, admirateurs du style despotique de Vladimir Poutine et encouragés sinon financés par lui. Les sondages prédisent une raclée
historique aux conservateurs lors des élections régionales en
Bavière, le Land le plus riche d’Allemagne, qui se tiendront le
14 octobre.
Le dernier mandat aura été celui de trop, pour Merkel comme
pour Poutine. Leur agonie politique a commencé, mais ils s’accrochent. La chancelière a dit qu’elle resterait à son poste …
En attendant l’échéance,
leur difficulté à gouverner
va s’accentuer.
ILLUSTRATION : GLEN BAXTER POUR « LE POINT »
…
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ÉDITORIAUX
jusqu’à la fin de la législature, en 2021 – bien que certains, à Berlin, nourrissent le secret espoir qu’elle sorte par le
haut, en se faisant nommer à la tête de la Commission européenne ou du Conseil européen à Bruxelles après les élections
de 2019. Vladimir Poutine est solidement installé au Kremlin
jusqu’en 2024.
En attendant l’échéance, leur difficulté à gouverner va s’accentuer : pour elle, l’immobilisme ; pour lui, la répression et le
verrouillage. Cela aura des conséquences pour les autres pays
européens, notamment pour la France. Angela Merkel s’est assise sur les propositions de réforme de la zone euro formulées
par Emmanuel Macron il y a un an. Avec une coalition gouvernementale de plus en plus fragile, elle ne fera pas preuve d’audace. Vladimir Poutine, lui, n’a nommé aucun réformateur dans
le nouveau gouvernement formé en mai et dirigé par un Dmitri Medvedev très affaibli.
Angela Merkel laissera une Allemagne plus prospère, mais
plus instable politiquement. Vladimir Poutine, qui a confisqué
les libertés sans apporter bien-être et prospérité à son peuple,
devra faire face à une contestation grandissante. L’Europe, elle,
doit d’ores et déjà se préparer à une nouvelle ère, sans Merkel
ni Poutine §
…
La lutte des clashs
par Gérald Bronner*
L
es rappeurs n’ont pas le monopole du clash, même si certains
des leurs se terminent de telle façon qu’ils font la une de l’actualité comme lors de la mémorable rencontre Booba/Kaaris à
l’aéroport Charles-de-Gaulle. Désormais, les intellectuels, par
exemple, s’invectivent facilement d’un tweet quand, auparavant,
ils se seraient ignorés ou, pis, interpellés une fois l’an dans un
éditorial. Ces échanges aigres-doux ne sont qu’une facette d’un
phénomène curieux qui remet les duels à l’ordre du jour, et pas
seulement pour des chanteurs qui se prennent pour des gangsters. Il ne s’agit pas ici seulement d’échanges de noms d’oiseaux,
mais d’affrontements physiques. Pour qui cherche un peu dans
les bas-fonds de YouTube, il est aisé de dénicher des personnages
ayant une micronotoriété et se provoquant les uns les autres. Ils
se défient pour défendre leur visibilité sur la Toile. Là où les choses
deviennent cocasses, c’est qu’ils finissent par se chercher dans
la vraie vie… sans jamais, ou presque, se trouver vraiment.
Innombrables sont les petits films tournés sur Periscope – une
application permettant de se filmer en direct – où un individu
demande à son adversaire d’un jour d’arrêter de se cacher, tandis
que l’autre fait de même, mais en un autre endroit. Pour les amateurs, l’un des chefs-d’œuvre du genre fut la traque de Booba, encore lui, par Patrice Quarteron, un champion poids lourds de
boxe thaïlandaise. Ce dernier sillonnait Boulogne, où le rappeur
a grandi, tandis que Booba le narguait de son appartement de
Miami. Cette lutte des clashs est donc surtout celle des rendez-vous
manqués. De longs moments de vide qui permettent à chacun
18 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
– Puisque nous sommes tous intoxiqués, autant se la couler douce
dans une ferme d’élevage, les gars !
des protagonistes de raconter sa propre histoire. Les récits que
font ces combattants sans combat ne dressent jamais un tableau
cohérent de la dispute. Chacun s’y donne le beau rôle. C’est le
cas du « clash des Gitans » qui a fait des millions de vues. Le même
scénario se reproduit un peu partout. C’est le cas sur la bordure
extérieure de l’extrême droite où, depuis quelques semaines, de
jeunes outsiders, comme le Raptor dissident ou Papacito, défient
des acteurs bien installés comme Alain Soral. Le tout donne lieu
à des invectives violentes, des promesses de combat… et puis à
rien, finalement. Pourtant, et ce n’est pas moins inquiétant, des
affrontements ont vraiment lieu. Ainsi la chaîne YouTube IbraTV,
connue pour ses caméras cachées, se convertit-elle à l’organisation de combats semi-clandestins. Que l’on ne s’y trompe pas, cependant, la lutte des clashs n’est pas seulement l’expression d’un
orgueil puéril, elle est sous-tendue par une équation secrète qui
lie des individus en concurrence sur le marché de l’attention.
Ainsi, quelqu’un qui a 1 million de vues sur YouTube n’aura aucune considération pour les provocations d’un Petit Poucet qui
en fait 10 000. La violence réelle ou simulée révèle ici la lutte pour
un capital, celui de la visibilité §
*
Sociologue. Dernier ouvrage paru : « Cabinet de curiosités sociales » (PUF).
Quelqu’un qui a 1 million
de vues sur YouTube n’aura
aucune considération pour
les provocations d’un Petit
Poucet qui en fait 10 000.
ILLUSTRATION : BOUCHARD POUR « LE POINT »
Derrière les affrontements publics
entre rappeurs ou intellectuels se cache
une même recherche de visibilité.
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
EN FORME
Laurence Parisot
59 ans - L’ex-patronne du
Medef devient présidente
de Citi en France. La banque
américaine veut se développer à Paris et en Europe.
Barbara Cassin
70 ans - La philosophe et
philologue est la cinquième
femme à recevoir la médaille
d’or du CNRS. Elle a également été élue à l’Académie
française, le 3 mai.
EN PANNE
Jean-Jacques Debacq
65 ans - Le préfet, qui faisait
payer ses contraventions par
son administration, a été
condamné en appel à deux
mois de prison avec sursis.
Gilles Gateau
59 ans - Très contesté par
l’intersyndicale d’Air France,
le DRH de la compagnie a été
écarté par le nouveau
directeur général, Ben Smith.
Laurent Nicollin
45 ans - Le club de Montpellier, qu’il préside, jouera
plusieurs matchs à huis clos
partiel après les incidents
intervenus lors de la
rencontre contre Nîmes.
20 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Patrick Strzoda,
le 24 juillet.
Le « fusible » reste à son poste
« Ils ont choisi le fusible, c’est monsieur Strzoda », cinglait le
socialiste Olivier Faure après l’audition du directeur de cabinet du président de la République devant la commission
d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla, le 24 juillet.
« C’est un fusible désigné à l’avance », persiflait Marine Le Pen.
« Les protagonistes se sont rencontrés et les fusibles ont été désignés, c’est (notamment) le directeur de cabinet de l’Elysée (…) »,
s’indignait Eric Ciotti (LR). Pour Libération, c’était « l’idéal
suspect » et pour Le Figaro, « le fusible à un coup ». Mais Emmanuel Macron, qui a récusé la « République des fusibles »
en pleine affaire, a décidé de reconduire le préfet Patrick
Strzoda dans ses fonctions de directeur de cabinet. Atteint
par la limite d’âge, il devait faire valoir ses droits à la retraite en octobre. « C’est un honneur pour lui et une très grande
preuve de confiance de la part du chef de l’Etat », a confié au
Point l’entourage du préfet § A. Z.
Parler aux Français ? Mais comment ?
« Tu dois parler aux Français. » C’est ce que répètent depuis plusieurs
semaines à Emmanuel Macron ses plus proches amis. Le chef de l’Etat a
entendu le message. Mais parler sous quelle forme ? A la télévision, pour
toucher le plus grand nombre. Mais comment ? Dernière idée en date :
un dialogue avec des électeurs, sans aucun journaliste pour organiser le
débat ou poser des questions et, pourquoi pas, hors les murs du Palais.
HAMILTON/REA (X2) – DURAND FLORENCE/SIPA – IBO/SIPA – SIPA – AFP – ROMAN VONDROUS/AP/SIPA
Gérard Mourou
74 ans - Le chercheur a été
récompensé ainsi que deux
confrères du prix Nobel de
physique pour leurs travaux
sur les lasers.
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DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
NIVIERE/VILLARD/SIPA – ABDESSLAM MIRDASS/SIPA – PATRICK FOUQUE/SIPA – CHAMUSSY/SIPA – ERIC DESSONS/JDD/SIPA – ROMAIN BEURRIER/REA – BALTEL/SIPA – NIVIERE/HAEDRICH/SIPA –
BENAROCH/SIPA – NICOLAS TAVERNIER/REA – DR – GUILLAUME DARRIBAU/REA – STEPHANE AUDRAS/READARRIBAU/REA – STEPHANE AUDRAS/REA
65
Selon Eurostat, 65 % des
personnes âgées de 25 à 64 ans
vivant dans l’Union européenne
parlent au moins une langue
étrangère. C’est en Suède que
ce pourcentage est le plus élevé
(97 %), devant le Danemark et
la Lituanie (96 %). C’est au
Royaume-Uni que ce pourcentage est le plus bas (35 %), pays
suivi par la Roumanie (36 %) et la
Hongrie (36 %). En France, 40 %
des adultes ne parlent aucune
langue étrangère, 35 % en parlent
une, 20 % en parlent deux et 5 %
en parlent trois ou plus.
Valls et la propreté
Quand il a pris en mai la
décision d’être candidat aux
élections municipales à
Barcelone, Manuel Valls a
choisi de quitter, sitôt son
entrée en campagne, son
siège de député de l’Essonne.
Certains de ses proches lui
conseillaient pourtant de se
faire plutôt nommer parle-
mentaire en mission par le
gouvernement, un statut de
six mois qui lui permettait
de retrouver son siège si
l’aventure espagnole tournait mal, et surtout d’éviter
de provoquer une législative
partielle risquée pour la
majorité. L’ancien Premier
ministre a refusé. « Je veux
quelque chose de propre »,
leur a-t-il expliqué.
Elle sait pourquoi il veut
mener sa propre liste
Nicolas Dupont-Aignan
(photo à g.) mènera-t-il sa
propre liste aux européennes ? « Cela n’a aucune importance, jure Marine Le Pen.
En vérité, Dupont-Aignan veut
absolument être élu au Parlement européen parce que, à la
faveur de la réduction du
nombre de députés, prévue dans
la réforme constitutionnelle, et
des redécoupages de circonscriptions, il a peur de perdre son
siège à l’Assemblée. » C’est
pourquoi, selon elle, il a
refusé sa proposition de se
présenter avec elle aux deux
derniers postes inéligibles de
la liste du Rassemblement
national. Mais a-t-il une
chance avec sa propre liste ?
« J’aime chaque enfant
de la République, quelles
que soient ses bêtises »
Emmanuel Macron
répondant aux critiques
sur ce cliché controversé
en expliquant qu’un
jeune délinquant « n’a
bien souvent pas choisi
l’endroit où il est né »
(30 septembre).
JEU
RENDEZ-LEUR LE
URS INDEM’
!
Maïtena Biraben va recevoir de Canal+ un pactole pour licenciement
sans cause réelle et sérieuse : 3,4 millions d’euros.
Retrouvez ce que ses confrères ont touché…
3,4
Patrick Poivre d’Arvor, licencié
par TF1 en 2008
1
A
milions d’euros
Claire Chazal, licenciée par TF1
en 2015
2
B
575 000
Maïtena Biraben, licenciée
de Canal+ en 2016
3
C
300 000
Thomas Hugues, pour rupture
de contrat avec TF1
4
D
million d’euros
Daniel Mermet, remercié par
Radio France en 2014
5
E
90 000
Stéphane Guillon, éjecté de
France Inter en 2010
6
F
250 000
Didier Porte, remercié par
France Inter en 2010
7
G
45 000
8
H
235 000
9
I
Tex, l’ancien animateur des
« Z’amours » sur France 2, licencié
en 2017 pour « faute grave »
Aude Lancelin, licenciée en 2016
de « L’Obs »
Solutions :
euros
euros
1,5
euros
euros
euros
euros
3,5
milions d’euros
1-I , 2-D, 3-A, 4-B, 5-C, 6-H, 7-F, 8-G, 9-E
LE CHIFFRE
Girier, coupable idéal
Place Beauvau, certains ont trouvé le responsable : c’est Jean-Marie Girier (photo) ! L’ex-bras
droit de Gérard Collomb est accusé de tous les
maux. « Il l’a plombé », ose même, vipérin, un
membre de l’entourage du ministre de l’Intérieur.
Le discret chef de cabinet démissionnaire aurait senti le vent
tourner… Au lendemain de l’annonce par Collomb de sa
future démission pour raisons lyonnaises, l’ancien directeur
de campagne d’Emmanuel Macron a décidé d’offrir ses services à Richard Ferrand, fraîchement élu au perchoir. « Un
signal négatif » pour des proches de Collomb, qui l’accusent
même d’avoir propagé la rumeur selon laquelle le ministre
passerait plus de temps à Lyon qu’à Paris. Girier a bon dos.
Houellebecq et le « déclin »
A l’occasion du 100e anniversaire du « Déclin de
l’Occident », fresque historique signée du philosophe
allemand Oswald Spengler,
Michel Houellebecq recevra,
vendredi, le prix de l’Oswald
Spengler Society pour l’ensemble de son œuvre. Lors
de la cérémonie, le Prix Goncourt prononcera un discours
sur l’état de notre civilisation
en présence des participants
au colloque « Oswald Spengler
à l’ère de la mondialisation ».
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 21
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LE POINT DE LA SEMAINE
Mylène Farmer
Six concerts à Paris La Défense Arena en juin 2019,
un album qui deux jours
après sa sortie est déjà
disque d’or avec
50 000 ventes : Mylène
Farmer (57 ans) confirme
que, depuis la mort de
Johnny Hallyday, elle est
la plus grande star française de la musique.
Qu’elle soit « Libertine »
en 1986, « Anamorphosée » et « XXL » en 1995,
« Porno graphique » dix
ans plus tard ou « Sentimentale » aujourd’hui,
elle a toujours su choisir
les compositeurs les plus
en phase avec l’époque et
adapter ses textes aux
tourments de ses contemporains. Depuis ses débuts, en 1984, elle a joué
les caméléons en se protégeant des médias, s’astreignant au mutisme,
disparaissant entre deux
albums pour ne se faire
remarquer que sur scène.
Une communication aux
antipodes des canons du
star-système d’aujourd’hui. Mylène Farmer
(qui n’a même pas fondé
de fan-club) prouve que,
dans un monde dominé
par les réseaux sociaux et
l’information instantanée, la rareté crée encore
la valeur. Une heureuse
anomalie § J. B.
La ville de Saint-Denis
finance Rokhaya Diallo
Dénoncer un « racisme d’Etat » tout en réclamant des subventions publiques, c’est
possible. L’exposition « Afro ! », conçue par
la militante racialiste Rokhaya Diallo, à
qui le conseil municipal de Saint-Denis
doit voter le 4 octobre un financement de
9 832 euros, présentera au Théâtre
Gérard-Philipe, centre dramatique national, des « portraits
d’Afro-descendant.e.s parisien.ne.s qui ont fait le choix de porter
fièrement leurs cheveux crépus sans complexe » et proposera des
ateliers de coiffure. Le département doit aussi donner
5 000 euros. Si des élus de Saint-Denis sont prêts à financer
Rokhaya Diallo et ses discours controversés, ce n’est pas le
cas de Frédérique Calandra, maire PS du 20e arrondissement.
En découvrant la présence de Rokhaya Diallo au programme
du Féministival organisé à La Bellevilloise, l’édile a fait retirer sa subvention de 500 euros.
« Si vous
cherchez un
vaccin contre
le cancer
du poumon,
allez à Cuba,
il existe. »
Jean-Luc Mélenchon
faisant l’éloge de la république socialiste avant de
concéder : « S’il n’y a pas de
vaccin et que j’ai parlé trop
vite, je retire ma phrase. »
(« Dimanche en politique »,
France 3,
30 septembre).
22 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Le flic qui frime
sur Facebook
C’est un policier du
Groupe de
sécurité de
la présidence de la
République (GSPR), chargé
de la protection d’Emmanuel
Macron. A ce titre, il est habilité secret défense. Pourtant,
ce brigadier-chef a ouvert un
compte Facebook dans lequel il détaille sa fonction en
images et à visage découvert.
Il ironise même sur son patron – « Qu’ils viennent me
chercher » – en paraphrasant
les propos d’Emmanuel
Macron en pleine affaire
Benalla. A. Z.
Haut débit, bas chômage
Vitesse moyenne de téléchargement
en mégabits par seconde et taux
de chômage en %
VITESSE D’INTERNET CHÔMAGE
1er Suède
46 5,9
2e Danemark
3e Norvège
44 4,8
40,1 4,6
4e Roumanie
38,6 4,6
5e Belgique
36,7 6,9
6e Pays-Bas
36 3,9
7e Hongrie
35,1 3,7
8e Luxembourg
34 5,4
9e Suisse
29,9 2,9
23e FRANCE
24,2 8,9
Sources :
Statista, cable.co.uk,
OCDE.
Internet, instrument de
développement économique ?
En Europe, les pays qui disposent
d’un débit élevé connaissent
en tout cas un taux de chômage
inférieur à la moyenne de l’UE
(6,8 % en août).
PHOTOPQR/« LE PARISIEN »/MAXPPP – LE TELLEC STEPHANE/ABACA. DESSIN GOUBELLE POUR « LE POINT »
À L’AFFICHE
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
LE MATCH DE LA SEMAINE
Quand Lara Croft affronte « Assassin’s Creed »
Contexte. Faut­il craquer pour la lutte entre les assassins et
les templiers dans « Assassin’s Creed Odyssey », édité par
Ubisoft, ou bien retrouver la mythique Lara Croft dans
« Shadow of the Tomb Raider », signé Crystal Dynamics ?
Les deux jeux sont disponibles sur PS4 et Xbox One à 69,99 €.
Concept. Le Français Ubisoft plonge le joueur dans la Grèce
antique, au début de la guerre du Péloponnèse, en 431 avant
notre ère. « Shadow of the Tomb Raider » est une
aventure plus classique à travers l’Amazonie.
Vainqueur : « Assassin’s Creed Odyssey ».
Graphisme. Impossible de ne pas succomber
devant la beauté de cette reproduction presque
parfaite du siècle de Périclès. Vainqueur :
« Assassin’s Creed Odyssey ».
Fun. Survivre à un volcan en éruption ou à
une tempête tropicale : on ne s’ennuie pas
avec Lara Croft. Vainqueur : « Shadow of
the Tomb Raider ».
Histoire. Crystal Dynamics surprend par un scénario apocalyp­
tique, plus sombre que d’habitude, entre le fantastique et le
désespoir. Vainqueur : « Shadow of the Tomb Raider ».
Verdict. Difficile de choisir entre une odyssée homérique et
une héroïne inoubliable. Alors que le troisième épisode
post­reboot de « Tomb Raider » déroule son savoir­faire, Ubisoft
réussit le tour de force de faire un jeu plus beau, plus grand et
plus long. Vainqueur : « Assassin’s Creed Odyssey » § LOYD CHERY
Blockchain : de plus en plus sexy
Tetris à plusieurs
un choix » (Slatkine et Cie),
elle pourrait ainsi permettre
aux utilisateurs de services
sur Internet de « reprendre le
contrôle de leurs données personnelles, voire d’être en mesure de
les monnayer eux-mêmes ».
Bref, une alternative au
pouvoir des géants d’Internet.
« Quand je me connecte à
Facebook, je ne sais pas ce que
deviennent mes données, sur
la blockchain, oui », explique
Primavera De Filippi, cher­
cheuse au CNRS et à Harvard,
qui vient de signer un
« Que sais­je ? » (PUF) sur le
sujet. Certes, la technologie
est encore lente et coûteuse
en électricité, mais l’Estonie
et le Honduras se servent déjà
de cette plateforme, qu’ils
jugent incorruptible, pour
établir des cadastres publics §
PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET
24 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
« Shadow of the
Tomb Raider ».
Chercheur à l’université de
Washington, Andrea Stocco
planche sur BrainNet, un ré­
seau de casques non invasifs
qui permettra à plusieurs
cerveaux de parler entre eux.
Si, aujourd’hui, l’expérience
porte sur trois cerveaux
jouant ensemble au Tetris,
la technologie veut, à terme,
transmettre des pensées plus
complexes. Aussi extraordi­
naire qu’effrayant § HÉLOÏSE PONS
Concurrent d’Alexa
Robots amis des enfants
Aida Nazarikhorram,
chercheuse à l’Université du
Luxembourg, a mis au point
QT, un robot (photo) destiné à
interagir par le jeu avec les
enfants autistes. La cher­
cheuse Lola Cañamero, de
l’université du Hertfordshire,
parie sur un robot humanoïde
qui aide les enfants diabéti­
ques à bien suivre leur régime.
Netflix du podcast
Le constructeur chinois
Penguins Innovate s’apprête
à dévoiler White Rabbit,
un robot qui a l’apparence
d’une sphère lumineuse et
est capable de créer des
ambiances avec des leds,
mais aussi de diffuser de la
musique ou une visioconfé­
rence. Fixé à un câble,
il adapte sa position à la
vôtre et répond par la voix à
des questions du quotidien.
L’ancien président de Radio
France Mathieu Gallet s’est
associé avec Arthur Perticoz
pour travailler sur une plate­
forme d’écoute de podcasts
par abonnement baptisée
Majelan. Le duo pense pro­
duire des contenus et nouer
des partenariats avec des en­
treprises comme Binge Audio.
Le concours de start-up Futurapolis
2018 est lancé ! Rendez-vous sur
futurapolis.com/concours-start-up/
SP (X4) – PENGUINS INNOVATE – ÉD. PERSPECTIVES ACCURACY – ÉD. QUE SAIS-JE ? – ÉD. SLATKINE – JULIO PELAEZ/PHOTOPQR/« LE RÉPUBLICAIN LORRAIN »
« Adulée ou détestée, elle reste
mal comprise car complexe et
singulière. » D’après les
auteurs de « Blockchain,
vers de nouvelles chaînes
de valeur » (Perspectives
Accuracy), difficile en effet
d’ignorer la blockchain. Cette
base de données, où les infor­
mations envoyées par les
utilisateurs sont vérifiées à
intervalles réguliers, va bien
au­delà de la création de cryp­
tomonnaies : elle est à la fois
« une rupture technologique et
un phénomène économique
et sociétal ». Pourquoi ?
Si Internet transfère des
paquets de données, la
blockchain enregistre tout
dans un registre et élimine
donc le problème de la
confiance. Pour Laurent
Gayard, auteur de « Darknet,
Gafa, bitcoin. L’anonymat est
« Assassin’s Creed
Odyssey ».
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LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Dans la Lune
LE LIVRE DE LA SEMAINE
ESPACE La compagnie japo-
L’épopée humaine
ARCHÉOLOGIE Ils se sont mis à 74 ar-
chéologues, de 15 nationalités différentes, pour raconter l’histoire de
l’homme depuis ses premiers pas,
voilà plus de 300 000 ans, jusqu’aujourd’hui. Ils comptent parmi les
meilleurs dans leurs spécialités respectives. Autant dire que cet ouvrage (1) est le plus complet à ce
jour. Depuis une trentaine d’années,
les progrès technologiques (la télédétection ou encore la génomique)
Alain Schnapp.
ont permis d’immenses avancées
dans la connaissance de l’épopée hutourne vers le passé se lie nécessairement l’attenmaine. A tous ceux qui prétendent que se
pencher sur le passé est une perte de temps
tion qui se porte vers l’avenir. » §
Alain Schnapp répond avec une citation de
PAGE DIRIGÉE PAR FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS
saint Augustin : « Quiconque en effet n’envisage 1. « Une histoire des civilisations », de Jean-Paul Demoule
pas le commencement de son activité ne sait pas
et Dominique Garcia, sous la direction d’Alain Schnapp
(La Découverte Inrap).
en prévoir la fin. Ainsi à la mémoire qui se re-
naise Ispace vient d’annoncer
la réservation de deux fusées
à Space-X pour déposer sur la
Lune un atterrisseur et des
astromobiles. Date prévue du
lancement : 2021. Dans un
premier temps, Ispace
compte se créer un business
en transformant l’eau lunaire
en carburant pour vaisseaux
spatiaux. Puis exploiter les richesses de notre satellite pour
créer une colonie de plusieurs
milliers de personnes.
Joli bébé
PALÉONTOLOGIE Découverte en
Afrique du Sud d’un nouveau
dinosaure géant. Le Ledu-
Mille-pattes mécanique
BIOMIMÉTISME Livrer les médicaments
directement dans l’organe malade, c’est le
rêve de nombreux chercheurs. Pour cela, des
scientifiques chinois misent sur un millepattes mécanique. Ses centaines de pattes
microscopiques et sa souplesse lui
permettent de franchir tous les terrains
biologiques avec une charge pouvant
représenter cent fois son poids. Des
particules aimantées noyées dans son corps
en silicone permettent de le faire se mouvoir
à distance (Nature Communications).
LANGAGE Si Stephen Hawking (photo) avait
vécu encore quelques années, il aurait certainement retrouvé la parole. Des chercheurs
de l’université Northwestern (Illinois) ont localisé les deux zones du cerveau impliquées
dans la parole. Reste à créer des algorithmes
pour traduire les signaux de ces zones en paroles synthétiques. Ce qui permettrait aux
paralysés des organes vocaux de s’exprimer
à nouveau (Journal of Neuroscience).
CHIFFRES
X3
8,7
4,8 Sur Terre, les zones humides
disparaissent à un taux trois fois
plus rapide que les forêts. En
cinquante ans, elles ont perdu
35 % de leur surface (Convention
de Ramsar).
milliards
millimètres
C’est le nombre d’oiseaux
migrateurs, en automne, au
départ d’Amérique du Nord.
Au printemps, seulement
6,1 milliards d’entre eux
reviennent (Nature Ecology
& Evolution).
26 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Tel est la hausse moyenne
annuelle des océans depuis 2013.
A comparer aux 2,8 millimètres
annuels au cours des vingt
années précédentes (Symposium
altimetry 2018).
mahadi mafube pesait le
double d’un gros éléphant,
soit 12 tonnes, pour une
hauteur de 4 mètres au garrot. Lorsqu’il broutait l’herbe
voilà 200 millions d’années,
c’était le plus gros animal
vivant (Current Biology).
C’est la merde
MÉDECINE La transplantation
de moelle s’accompagne
d’un lourd traitement
antibiotique qui détruit le
microbiote du malade. De
graves infections peuvent en
découler. Un test mené sur
des malades greffés montre
que l’injection de leur propre
microbiote fécal, congelé au
préalable, leur permet de
retrouver très rapidement
un microbiote complet et
efficace (Science Translational
Medecine).
Le rendez-vous de l’innovation et des
nouvelles technologies, à Toulouse,
les 16 et 17 novembre, futurapolis.com.
CITY UNIVERSITY OF HONGKONG – WITS UNIVERSITY – JOHN RAOUX/AP/SIPA – ALEXANDRA BREZNAY POUR « LE POINT »
Et la parole fut !
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LE POINT DE LA SEMAINE
DÉCÉDÉS
ÉGÉRIE
La skieuse Marie Bochet, 24 ans,
quadruple médaillée d’or aux Jeux
paralympiques de Pyeongchang en
2018, vient d’être choisie pour être
l’une des ambassadrices beauté des
cosmétiques L’Oréal.
La skieuse Marie Bochet,
mannequin pour L’Oréal.
Sylvain Tesson, prix
Jacques-Audiberti.
Michel Onfray quitte
l’Université populaire.
PRIX
Le prix Jacques-Audiberti, créé en
1989 par la ville d’Antibes-Juan-lesPins pour récompenser une œuvre
d’inspiration méditerranéenne, a été
décerné à Sylvain Tesson, en particulier pour son livre « Un été avec
Homère » (Editions des Equateurs).
GOLF
A l’issue de trois jours de compétition
sur les greens de Saint-Quentin-enYvelines, les golfeurs européens
ont remporté la 42e Ryder Cup après
avoir infligé une sévère défaite à
l’équipe américaine.
DÉPARTS
Michel Onfray a annoncé qu’il quittait
l’Université populaire de Caen, qu’il a
fondée en 2002. Deux raisons invoquées : un problème de salle allouée
par la ville de Caen et le fait que France
Culture décide de ne plus retransmettre les cours qu’il délivrait l’été.
François de Ricqlès, président de
Christie’s France, quittera avant l’été
2019 la maison d’enchères où il est
entré en 2002. Il sera remplacé par
Cécile Verdier, actuelle vice-présidente
de Sotheby’s.
Les Prix Nobel James
Allison et Tasuku Honjo.
MÉDECINE
Le Nobel de médecine a été décerné à
l’Américain James Allison et au Japonais Tasuku Honjo, pour leurs travaux
sur l’immunothérapie.
L’ancien coureur automobile Hervé Poulain.
ART CAR
Chez BMW, à Munich, une rétrospective va rendre hommage, du 10 octobre au 10 février 2019, à Hervé
Poulain. L’ancien pilote de course automobile est à l’initiative de la série
BMW Art Car, soit dix-sept voitures
customisées, qu’il a commandées à
partir des années 1970 à des artistes
comme Calder, Warhol, Wolinski, Jeff
Koons § PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
28 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
René Pétillon
72 ans. Grand nom de la
bande dessinée et du dessin
satirique, il a fait partie pendant cinquante ans de ces
plumes dont une seule
vignette vaut un éditorial.
Les premiers dessins de cet
autodidacte né à Lesneven
(Finistère) paraissent dès
1968 dans L’Enragé, Planète
puis dans Pilote, Fluide glacial,
VSD, Télérama et Le Matin de
Paris, où il est le scénariste de
ce « Baron noir » cynique que
dessine Yves Got. Entré au
Canard enchaîné en 1993, auquel il collaborera jusqu’à sa
retraite, en juin 2017, le caricaturiste très prolifique de
l’hebdomadaire y a croqué
l’actualité en plus de
11 000 dessins. Publié en
2017, « Un certain climat » en
réunissait 350 parmi les plus
récents. « Palmer en Bretagne », sorti en 2013, restera
la dernière des quinze enquêtes de son inénarrable détective privé Jack Palmer. En
2000, « L’enquête corse », vision pleine d’humour de l’île
de Beauté, devient à sa
grande surprise un best-seller
doublé d’un succès populaire
au cinéma grâce à l’adaptation d’Alain Berberian. L’album lui vaudra même d’être
fait citoyen d’honneur de la
ville de Bastia. Grand Prix du
Festival d’Angoulême en
1989, il était l’illustrateur fidèle de notre Spécial vins et
membre du jury du prix Wolinski de la BD du Point.
Charles Aznavour
94 ans. Monument de la
chanson française (lire p. 68).
Marianne Mako
54 ans. Journaliste, elle fut la
première femme
chroniqueuse de
football à la télévision, collaborant à « Téléfoot », sur TF1,
de 1987 à 1997.
Antoine Sfeir
69 ans. Politologue spécialiste du monde arabo-musulman, fondateur de la revue
Les Cahiers de l’Orient, ancien
contributeur au Point.
Tara Fares
22 ans. Miss Irak aux 2,8 millions d’abonnés sur Instagram, critique envers les
milices irakiennes, elle a été
assassinée à Bagdad.
Pascale Casanova
59 ans. Ecrivaine, auteure de
« La république mondiale
des lettres ».
Marty Balin
76 ans. Cofondateur du
groupe de rock Jefferson Airplane.
Robert Venturi
93 ans. Architecte américain,
Prix Pritzker en 1991 §
ZABULON LAURENT/ABACA – PIERRE VILLARD/SIPA – PHOTOPQR/« LE DAUPHINÉ »/MAXPPP – ROCHE/TF1/SIPA – BEBETO MATTHEWS/AP/SIPA – MAMI NAGAOKI/AP/SIPA – FRED TANNEAU/AFP – ELODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
LE CARNET
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HISTOIRE & CIVILISATIONS
Napoléon en Méditerranée
Sur les traces de l’Empereur - Édition 2019
Du 8 au 19 juin 2019
Natalia G. de Pleineville Jean Tulard
Historienne
Historien
ITALIE
FRANCE
Savone
Toulon Nice
ESPAGNE
Portoferraio
Tarragone
MER
MÉDITERRANÉE
Port Mahon
Ibiza
Palma de Majorque
Propriano
Porto Torres
Naples
Pendant 12 jours, revivez l’épopée napoléonienne en compagnie de 4 spécialistes de
l’Empereur : Jacques-Olivier Boudon, David Chanteranne, Natalia Griffon de Pleineville et
Jean Tulard. Les récits de nos historiens et les escales de cette croisière vous feront marcher sur
les traces de Napoléon, de Toulon qui le fit Général à son exil sur l’île d’Elbe, autant d’étapes qui
ont marqué la fabuleuse destinée d’une des figures les plus marquantes de l’Histoire...
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
CAROLINE REYL
Pictet Asset Management
Le luxe surperforme depuis
dix-huit mois. N’est-il pas
trop tard pour y investir ?
Après trois années de traversée du désert entre 2014 et
2016, le secteur s’est bien repris. Mais la hausse ne me
paraît pas terminée. Les
groupes affichent des taux
de progression des ventes et
de résultats à deux chiffres
en raison de l’accélération de
la croissance chinoise.
Ne faut-il pas craindre
un ralentissement lié aux
tensions commerciales ?
On ne le constate pas sur le
terrain. Août marque un record. Les marques sont peu
exposées au risque tarifaire,
et si elles étaient impactées
par les hausses des prix des
matières premières (coton,
soie…), elles augmenteraient
leurs prix. Par ailleurs, la
Chine a abaissé les droits de
douane en juin pour favoriser la consommation locale.
Les titres ne sont donc pas
trop chers ?
A la suite de différentes corrections de marché et surtout de révisions à la hausse
des bénéfices, ils ont baissé
en relatif. Mais il faut être sélectif. Seules profitent de la
dynamique positive les
marques innovantes qui ont
des stratégies numériques
agressives comme Gucci,
LVMH, Moncler, Lululemon,
Apple, Hermès et, depuis
peu, Nike et Richemont §
PROPOS RECUEILLIS PAR L. A.
Gestion de patrimoine : moins d’appétence
pour l’investissement immobilier
terme. « Ces réformes sont autant d’opportunités
Plus la fiscalité est complexe, plus
pour la profession pour asseoir son image et
la réglementation est draconienne et plus
développer sa part de marché », relève encore
les conseillers en gestion de patrimoine en
Pascal Perrier. C’est ainsi qu’en 2018, les CGPI
profitent. En particulier, les 3 234 cabinets
ont battu leur record de collecte d’épargne
indépendants. C’est ce qui ressort du
avec en moyenne plus de 3,6 millions d’euros
douzième baromètre réalisé par Kantar TNS
confiés en gestion par cabinet.
pour BNP Paribas Cardif. Pour s’adapter aux
Les deux tiers de l’augmentation de leur
changements, leurs clients, particuliers ou
portefeuille viennent de la conquête d’une
chefs d’entreprise, ont besoin de conseils.
nouvelle clientèle, enlevée aux banques
En effet, 43 % avouent ne connaître des
traditionnelles pour la plus
dernières mesures fiscales
grande part, et le reste de la
que les grandes lignes, 23 %
LE CHIFFRE
hausse des encours de leurs
de manière très vague.
clients existants.
« La création de l’impôt sur
A côté de l’assurance-vie,
la fortune immobilière (Ifi) a eu
qui représente 88 % de leur
pour effet de favoriser
C’est la proportion de clients
fonds de commerce, 89 %
les placements financiers au
qui favoriseront à l’avenir
des CGPI proposent des
détriment des placements
les placements financiers
produits de retraite
immobiliers auprès de 48 %
au détriment de l’immobilier.
individuelle (Perp ou
des clients disposant de plus
Madelin pour les
250 000 euros de placements
indépendants), 77 % de la prévoyance
financiers », constate Estelle Thomas, de
Kantar TNS. Davantage en termes d’allocation individuelle et 67 % des fonds défiscalisants
(FCPI, FCPR, non coté). Pour ce faire, les
de leur épargne nouvelle que d’arbitrages.
« Depuis le début de l’année, nous avons enregistré CGPI, qui devraient se regrouper fortement
une hausse de collecte de 6 % sur l’assurance-vie et, dans les années à venir – 45 % ont des projets
surtout, nous avons constaté une baisse des rachats de rachat de cabinets dans les cinq
totaux ou partiels par rapport à l’année dernière », prochaines années –, recourent de plus en
plus aux solutions numériques telles que les
affirme Pascal Perrier, directeur des réseaux
agrégateurs, les outils d’allocation d’actifs ou
CGPI à BNP Paribas Cardif. La réforme passée
de comparaison des contrats §
des retraites et celle à venir confortent aussi
les besoins de placement à moyen et long
PAGE DIRIGÉE PAR LAURENCE ALLARD
48 %
Ça bouge dans la gestion d’actifs
Parallèlement aux regroupements dans la
distribution, les partenariats se multiplient
dans la gestion d’actifs. Après la prise de
participation de Primonial dans la Financière de l’Echiquier, la reprise de Sycomore
Asset Management par Generali, de Veritas
en Allemagne par le groupe La Française,
c’est au tour du groupe Sanso IS de s’unir
avec Convictions AM. Face aux nouvelles
directives européennes, aux exigences
réglementaires, les sociétés de gestion d’actifs se concentrent pour atteindre la taille
critique en encours sous gestion. Amundi
et Natixis IM se hissent désormais à la 9e et
à la 14e place au classement mondial des
sociétés de gestion réalisé par Investment & Pensions Europe. Après le rachat de
BHF, Oddo gagne 35 places et se classe 181e,
Comgest, 253e, est en hausse de 19 places et
DNCA est 261e (+ 20 places) §
PERFORMANCES DES PRINCIPALES PLACES SUR UNE SEMAINE
New York
Dow Jones
+ 0,55 %
Paris
CAC 40
+ 0,56 %
Zone euro
Shanghai
+ 0,11 %
+ 0,85 %
Euro Stoxx 50
SSEC
Tokyo
Nikkei 225
+ 1,57 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
Sur 24 mois : 1,50 %
Source : empruntis.com.
30 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Sur 36 mois : 2,20 %
Sur 48 mois : 2,80 %
CRÉDITS IMMOBILIERS
15 ans : 0,96 %
25 ans : 1,39 %
20 ans : 1,12 %
30 ans : 1,78 %
Taux hors assurance pour un très bon dossier
Pour 100 € de mensualité,
vous empruntez (assurance comprise) :
15 ans : 16 369 €
25 ans : 24 397 €
20 ans : 20 842 €
30 ans : 26 692 €
Source : meilleurtaux.com
SP
BOURSE : L’AVIS DE…
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LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
La Marseillaise a été conçue
comme un « dessin
d’architecture inachevé ».
Griffant le ciel jusqu’à 135 mètres de hauteur, abritant 35 000 mètres carrés de bureaux sur 31 niveaux, La Marseillaise ouvre
ses portes sur les quais d’Arenc. Bien plus
qu’un gigantesque complexe tertiaire, cette
réalisation de Jean Nouvel se veut un
hymne architectural bleu-blanc-rouge à
la cité phocéenne, dans le sillage de la tour
CMA CGM de Zaha Hadid. « Légère comme
32 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
un dessin d’architecture inachevé, comme ceux
des écrans d’ordinateur avec uniquement des
traits, des fils, La Marseillaise suit une trame
mathématique ponctuée de tirets d’ombre et de
lumière, les brise-soleil se confondant avec le
plafond, les mêmes couleurs passant du dedans
au dehors pour mieux brouiller, gommer la limite physique transparente des verres », commente le Prix Pritzker 2008. Reprenant les
démarches typiques de l’art optique et du
mouvement cinétique, les trente couleurs
de la façade créent de loin une illusion visuelle, la tour se confondant avec le ciel ou
avec l’ocre des toits marseillais. Autre originalité de ce projet porté par Constructa
et Vinci, un système de climatisation directement raccordé à l’eau de la Méditerranée, moins énergivore § BRUNO MONIER-VINARD
MICHÈLE CLAVEL ET CONSTRUCTA (X 2)
A Marseille, le totem tricolore de Jean Nouvel
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FRANCE
Valéry Giscard d’Estaing
Confessions
pour l’Histoire
Exclusivité. Comme rarement,
l’ex-chef de l’Etat s’est livré au
biographe Eric Roussel. Ses blessures,
ses doutes, ses idéaux… Extraits
en avant-première du livre qui paraît
aux Editions de l’Observatoire.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
BRUNO LEVY/DIVERGENCE-IMAGES
L
e dernier mot de la biographie qu’Eric Roussel consacre
à Valéry Giscard d’Estaing est « l’incompris ». La grande
vertu de cet ouvrage est justement de comprendre, en
profondeur, la trajectoire et les choix d’un homme souvent
réduit à sa caricature. Même s’il s’agit d’une biographie accompagnée – Roussel cite à de nombreuses reprises Giscard, qui lui a accordé divers entretiens –, le résultat est
moins un récit journalier qu’une biographie politique qui
dégage, au fil du temps, la quintessence du personnage, analyse ses idées, sa conception de la politique, en s’appuyant
sur les bornes-jalons de ses relations entretenues avec les
incontournables que furent le général de Gaulle, Georges
Pompidou, Jacques Chirac et François Mitterrand. Pour les
approximations historiques du Général, cette intelligence
polytechnicienne éprouva de nombreuses réserves. Avec
Pompidou, son antithèse, il eut des divergences sur le rôle
de l’Etat. A Chirac, chargé de le surveiller en 1962, il reproche son désintérêt pour les problèmes de fond et ne lui
pardonne pas sa trahison en 1981. De Mitterrand il dit qu’il
fut le dernier homme d’Etat après lui.
Si Roussel rend justice aux intuitions visionnaires de
Giscard sur les faiblesses qui menacent l’Europe dans un
34 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
monde multipolaire, à sa gestion prudente, voire austère,
des finances de l’Etat face aux dérapages d’un Pompidou ou
d’un Chirac (en 1974), s’il rappelle qu’il imposa contre son
camp d’importantes réformes dans la société française après
son élection en 1974, il tente aussi de percer l’énigme de ce
moment Giscard dont l’ascension solitaire porte en soi l’annonce de sa chute. A cet égard, la séquence la plus palpitante court de 1966 à 1974 : victime d’un jeu politique qui
ne le reconduit pas comme ministre des Finances dans le
gouvernement Pompidou, cet hypersensible refoulé devient un homme blessé. Il se réfugie alors dans un destin
singulier, mais national. En 1969, il est trop tôt. Son soutien critique à de Gaulle, puis sa fidélité à Pompidou dont
il est le ministre des Finances pendant cinq ans le placent
ensuite en bonne posture. Dans un premier temps, il profite de ce marigot où les gaullistes entendent faire et défaire
les rois. Mais de position d’arbitre, obtenue grâce à sa formation des Républicains indépendants, VGE va paradoxalement, après son élection, passer à celle d’arbitré. Il a un
problème avec le peuple, disait de lui de Gaulle. Il eut surtout un problème avec des partis mastodontes, UDR, RPR,
ce qui sonna le glas d’un libéralisme à la française ayant le
fantasme de gouverner au centre.
Il n’est pas inintéressant de relire cette vie à l’aune …
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Esthète. Valéry Giscard
d’Estaing au musée
du Louvre, à Paris,
en septembre 2015.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 35
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FRANCE
de la situation actuelle. Si Valéry Giscard d’Estaing incarna, à partir de 1965, la modernité française, il joua doublement de malchance dans le timing.
Economique, d’abord, car il eut à affronter les chocs
pétroliers de 1973 et 1979. Politique ensuite, où il
arriva trop tôt, lui qui goûtait peu les joies de la politique politicienne, à l’aube d’une longue séquence
qui allait voir triompher les appareils avec François
Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il se voulait, se croyait homme d’Etat
au-dessus des partis bien moins déliquescents que
quarante ans plus tard, lorsqu’Emmanuel Macron,
sur une ligne finalement assez semblable, tenta sa
chance. Incompris certes, mais un brin naïf aussi et
malheureux §
…
EXTRAITS
La blessure originelle
De Gaulle finalement réélu face à François Mitterrand
[en 1965, NDLR], Valéry Giscard d’Estaing tombe de
haut quand il comprend qu’il va devoir quitter ce
ministère des Finances où il a passé des années qui
resteront sans doute les plus heureuses de sa vie. De
Matignon, mais aussi de l’Elysée, il lui vient la même
nouvelle : Michel Debré souhaite revenir au gouvernement et, précisément, Rue de Rivoli. Le chef de
l’Etat a répondu à son vœu et il lui reste donc soit à
accepter un autre portefeuille, soit à renoncer à faire
partie du nouveau ministère. Cinquante ans après
ce coup du sort pour lui inattendu, la meurtrissure
est toujours là, à vif, capitale pour comprendre les
années qui vont suivre : « La raison de mon départ a
été la demande de Debré de revenir au ministère des Finances. Le Général voulait absolument avoir Debré. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Il avait confiance en lui et pensait
peut-être que l’on pourrait me satisfaire en me confiant
un poste assez mirobolant : l’Equipement et l’Energie.
Mais je n’ai pas pensé une seconde à accepter cette proposition. Cela ne m’intéressait pas. Je n’étais pas compétent
pour prendre en charge ce secteur. Je ne me sentais pas appelé à cela et j’ai donc refusé. Ce qui m’a surpris, c’est, encore une fois, que de Gaulle et Pompidou venaient de me
demander de les aider dans le cadre de l’élection présidentielle. Mais, en définitive, mon départ n’a pas été dû principalement aux différends que j’avais pu avoir avec
Georges Pompidou. Il a été le fait de De Gaulle actionné
par Debré. »
Tribu. Valéry Giscard
d’Estaing avec sa
femme, Anne-Aymone,
et leurs quatre enfants
– Valérie-Anne, Henri,
Louis et Jacinthe –
en vacances à Antibes,
en août 1963.
Défier de Gaulle
(Après le « Vive le Québec libre » et la condamnation
d’Israël en 1967, Giscard critique « l’exercice solitaire
du pouvoir »).
« J’ai eu le sentiment à ce moment-là qu’il s’était produit un
changement dans la démarche du Général, dans sa façon
de procéder. Beaucoup plus tard, je m’en suis expliqué avec
lui. Il m’a fait le reproche de ne pas suivre complètement
ses positions. Et il est vrai que j’ai des convictions que je crois
indispensables si l’on veut conduire une action politique.
En la circonstance, j’estimais qu’il fallait soutenir le gouvernement sans défaillance, mais, en même temps, je tenais
à exprimer mon opinion sur des sujets qui me semblaient
de première importance. C’est ce que j’ai dit au Général.
“Je reconnais que vous me soutenez, m’a-t-il répondu,
mais vous ne m’obéissez pas. – C’est vrai, ai-je alors observé, mais je ne crois pas que l’obéissance fasse partie
du système institutionnel que vous avez mis en place. Et
d’ailleurs, vous avez parmi vos gaullistes des gaullistes de
gauche souvent turbulents. – C’est vrai, a-t-il conclu, …
« Au fond, le général de Gaulle acceptait difficilement
qu’il y eût une pensée différente de la sienne. » VGE
36 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
ÉDITIONS DE L’OBSERVATOIRE – PATRICE HABANS/PARISMATCH/SCOOP
« Valéry Giscard
d’Estaing », d’Eric Roussel
(Editions de l’Observatoire,
576 p., 24 €).
Parution le 10 octobre.
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CALIBER RM 07-01
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FRANCE
Pour une Europe rassemblée. Le général de Gaulle lors d’une conférence de presse sur le rôle de la France dans la construction européenne.
Le premier grand discours de VGE avait porté justement sur l’Europe et le Marché commun dès 1957.
à ceci près que les gaullistes de gauche parlent mais
m’obéissent.” Au fond, il acceptait difficilement qu’il y eût
une pensée différente de la sienne. Ce n’était pas, à mon avis,
par autoritarisme. C’était plus subtil à décrypter. Il s’agissait pour lui d’une règle, d’une discipline. Et cette tendance
s’est accentuée avec le temps. ».
…
Une méfiance pour la politique
En privé, à l’époque (1974), le président de la République était encore plus net, selon Françoise Giroud
qui rapportera l’avoir entendu dire à propos des « barons » du gaullisme : « Les Français en avaient marre de
ces quinze types qui avaient fait un hold-up sur l’Etat. » Et
pourtant, cet antagonisme très fort n’explique pas
tout. Ce gouvernement, dont la mission aurait dû être
logiquement de conquérir le parti gaulliste, et dont
38 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Trève. Le 26 juin 1990, le RPR et l’UDF s’allient pour fonder l’Union pour la France.
Mais, entre VGE et Chirac, les relations ont toujours été détestables.
la composition ne pouvait que hérisser ce dernier, reflète un trait fondamental de la personnalité de Valéry Giscard d’Estaing : animé par une vision, tout ce
qui a trait à ce que l’on appelle la politique politicienne
l’indiffère et l’ennuie. Pour parvenir au sommet où il
est arrivé, il ne s’est pas toujours détaché des opérations lancées par son ami Michel Poniatowski ; aucune, à vrai dire, n’a été mise en œuvre sans son aval.
Mais le fait même qu’il ait besoin de sous-traiter ces
problèmes prouve qu’il ne s’y intéressait que médiocrement et par obligation. Il en comprenait la nécessité,
sans se passionner pour le détail et la réalisation. En
ce sens, le troisième président de la Ve République est
bien la vivante antithèse de François Mitterrand dont
l’intelligence resta, d’un bout à l’autre de sa longue
carrière, focalisée moins sur un projet précis …
SIPA – GAMMA-KEYSTONE VIA GETTY IMAGES – GEORGES MERILLON/GAMMA
Meurtrissure. Le 10 janvier 1966, Michel Debré succède à VGE au ministère
des Finances. « Le Général voulait absolument avoir Debré », raconte-t-il.
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FRANCE
depuis le XIXe siècle d’accuser les libéraux orléanistes
de « trahison, d’usurpation, de crime et d’immoralité ».
S’il n’a peut-être pas eu un effet d’entraînement
considérable, l’entretien d’Alexandre Sanguinetti n’en
fut pas moins important dans la mesure où il traduisait assez exactement ce que pensait du président la
famille postgaulliste, à commencer par ses élus. Pour
cette fraction de l’électorat, Valéry Giscard d’Estaing
était en somme l’héritier de Guizot, et plus précisément d’un Guizot réduit à sa face la plus contestable :
le défenseur obstiné du suffrage censitaire, le théoricien d’un libéralisme économique insoucieux de la
misère ouvrière, l’apôtre de l’enrichissement.
L’échec du libéralisme
Pour la plupart, les élus UDR ne se reconnaissent pas
dans ce président qui n’applique pas la politique de
son électorat, se montre soucieux de réformer, préfère le dialogue à l’affrontement. Leur sensibilité, de
type bonapartiste souvent, s’accorde mal à la sienne.
On en a la preuve à l’automne 1975 lorsque, dans l’hebdomadaire chrétien de gauche Témoignage chrétien,
Alexandre Sanguinetti, grande figure du gaullisme,
prend le maquis d’une dure dissidence doctrinale en
proclamant que tout le système giscardien repose sur
une erreur dramatique nommée libéralisme, celle-là
même qui causa la perte de la monarchie de Juillet.
Le libéralisme, « qui peut coûter cher à la France », explique-t-il, est à ses yeux « nationalement haïssable »
parce que, s’il peut convenir au tempérament scandinave, anglo-saxon ou germanique, il ne « colle pas »
avec un vieux pays catholique et latin comme la France.
Importation étrangère, le libéralisme serait au surplus, pour Sanguinetti, une hérésie huguenote, « l’idéologie des sociétés protestantes qui estiment que la richesse,
la fortune sont les récompenses divines de la valeur ».
L’ancien ministre des Anciens Combattants du général de Gaulle s’inscrit aussi dans une tradition qui,
comme l’a bien montré Gabriel de Broglie, n’a cessé
De droite à gauche.
VGE est raccompagné
par François Mitterrand
sur le perron de
l’Elysée, le 21 mai 1981.
Il quitte le pouvoir
comme il y est arrivé
en 1974, à pied.
Modération
Très tôt confronté
aux violences de
l’Histoire, il en garda
une méfiance pour
ses excès.
1932 A 6 ans, il voit
passer le véhicule où
gît Paul Doumer, le
président assassiné.
1936 En plein Front
populaire, assis dans
la décapotable de sa
grand-mère, il est
pris à partie par des
ouvriers en colère.
18 juin 1940
Il entend le général
de Gaulle, des amis
patriotes de ses
parents les ayant
avertis d’un appel
lancé sur la BBC.
11 novembre 1940
Il tente de se rendre
à la manifestation
résistante des
lycéens et étudiants,
place de l’Etoile.
F.-G. L.
La confidence de Mitterrand (1987)
A l’occasion de sa venue en Auvergne, François Mitterrand verra bien son prédécesseur. Le ton de sa lettre
était déjà singulier. La conversation qui s’engage l’est
plus encore : « De passage en Auvergne, il avait donc exprimé le souhait de me rendre visite. La rencontre eut lieu
dans mon ancienne mairie de Chamalières, car AnneAymone ne souhaitait pas l’accueillir à Chanonat. Nous
échangeons d’abord quelques propos de circonstance. Puis
soudain il me dit : “Je vais vous confier quelque chose
d’important. Mon objectif est de détruire la bourgeoisie
française.” S’ensuivit toute une dissertation d’où il ressortait que, selon lui, la bourgeoisie française avait saboté toutes
les tentatives de modernisation de la France. En 1995,
lorsque je le revis pour la dernière fois à son domicile de
l’avenue Frédéric-Le-Play, il évoqua cette conversation :
“Vous vous rappelez ce que je vous ai dit en 1987 ? ” Il sourit et ajouta” : “Eh bien, reconnaissez que je n’ai pas fait
grand-chose .”» §
« Mon objectif est de détruire la bourgeoisie française. »
François Mitterrand à Valéry Giscard d’Estaing, en 1987.
40 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
SYGMA VIA GETTY IMAGES
– on sait qu’il en changea souvent – que sur les
moyens de s’emparer du pouvoir et de s’y maintenir.
Edgar Faure affirmait sans doute par antiphrase : « Les
hommes politiques non conceptuels ne m’intéressent pas. »
Valéry Giscard d’Estaing fait sienne la formule en la
prenant, lui, très au sérieux. Et au risque de négliger
les contingences néanmoins indispensables au suivi
de l’action politique et auxquelles de Gaulle lui-même
n’était nullement indifférent, comme l’atteste le soin
que le Général prit toujours de s’appuyer sur un mouvement fort et structuré .
…
Son grand regret
Le regroupement familial, décidé par un simple décret de Jacques Chirac en 1976, a prêté aussi à d’âpres
controverses. L’idée de faire venir les familles des immigrés paraissait, à l’époque, naturelle. Avec l’augmentation massive de l’immigration en provenance de
pays musulmans, elle divise profondément. Raymond
¨
Barre, d’ailleurs, la suspendit pour trois ans, avant que
le Conseil d’Etat annule cette décision, au motif que
le regroupement familial faisait désormais partie de
principes généraux du droit. Avec le recul, Valéry Giscard d’Estaing lui-même regrette cette initiative. « L’idée
en soi était juste et généreuse […] Mais elle a été mal appliquée, et j’ai eu le tort de ne pas plus surveiller l’application ;
j’en ai donc la responsabilité […] Nous visions le noyau familial tel que nous le connaissons et nous avons vu arriver
des noyaux familiaux totalement différents. » Dans son
essai, « Le sens de la République », l’historien Patrick
Weil a aussi révélé que le président avait eu le projet
de dénoncer les Accords d’Evian pour pouvoir rapatrier quelque 500 000 Algériens en cinq ans.
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Données indicatives sous réserve d’homologation.
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MONDE
Tensions. Alice Weidel,
coprésidente du groupe
AfD au Bundestag, qui
comprend 92 députés,
au pupitre de l’hémicycle, le 12 septembre.
Consigne d’Angela
Merkel : ne pas réagir
aux attaques.
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La Walkyrie qui
veut chasser Merkel
Allemagne. Homosexuelle et mondialiste dans un parti homophobe
et antimigrants, Alice Weidel copréside le groupe AfD au Bundestag.
DE NOTRE CORRESPONDANTE EN ALLEMAGNE
PASCALE HUGUES
DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP
I
l faut la voir chapitrer l’hémicycle du Bundestag. Dès qu’Alice
Weidel prend la parole, la tension est palpable. Main sur la
hanche, la coprésidente du groupe
AfD (Alternative pour l’Allemagne),
fort de 92 députés, passe à l’attaque
au quart de tour. C’est le social-démocrate Martin Schulz, grand perdant des dernières élections, qui est
le premier dans le collimateur : « On
a bien compris que M. Schulz n’a plus
le droit de téléphoner à Macron, le
pauvre vieux ! » Eclats de rire très sonores dans les rangs de l’AfD. Silence partout ailleurs. Le ton est
donné. Alice Weidel mitraille ses
provocations. « Et vous, Mme Merkel ? » Elle se tourne vers la chancelière et pointe un doigt accusateur :
« En Allemagne, quand on a le malheur de se trouver au mauvais endroit
au mauvais moment, ça peut vous tomber dessus. » Alice Weidel rappelle
avec colère que le « meurtrier » de
Chemnitz, cette ville de Saxe où un
demandeur d’asile est soupçonné
d’avoir poignardé un Allemand en
pleine rue – « Oui, j’ai bien dit le meurtrier » –, est entré illégalement dans
le pays, qu’il a commis plusieurs
infractions et que sa demande
d’asile a été refusée. « Et ce n’est pas
un cas isolé. Vous, Mme Merkel, vous
représentez le plus grand risque pour
la sécurité de ce pays. » Angela Merkel a le menton lové entre ses mains
Repères
6 février 1979 Naissance à G¨ütersloh,
en RFA.
2005-2006 Travaille
chez Goldman
Sachs.
2013 Entre à l’Afd.
Avril 2017 Lors du
congrès de l’AfD à
Cologne, elle est
élue tête de liste
pour les législatives
au côté d’Alexander
Gauland.
24 septembre 2017
Enregistre 10,4 %
des suffrages dans sa
circonscription du
Bodensee (le candidat CDU fait 41,4 %)
et entre au Bundestag.
26 septembre 2017
Nommée vice-présidente, avec Alexander Gauland, du
groupe parlementaire AfD, fort de
92 députés.
et regarde le vide, droit devant elle,
comme si elle s’octroyait une séance
de méditation pour soulager ses
nerfs. Puis elle pianote, impassible,
sur son portable. Il faut faire preuve
d’une sacrée maîtrise de soi pour
laisser passer ce jet haineux sans
exploser. Dans les rangs des partis
traditionnels, une seule consigne :
surtout ne pas réagir. Se concentrer
sur autre chose. Horst Seehofer,
chef de la CSU tant menacée en
Bavière par le succès de l’AfD, mâchouille un chewing-gum. Les
sociaux-démocrates ont le nez
plongé dans leurs dossiers. Le temps
est loin où le Bundestag ressemblait à un salon dans lequel on
échangeait des points de vue différents avec courtoisie. « L’arrivée de
Weidel et compagnie a transformé la
culture politique de cette maison et du
pays tout entier », regrette un député.
Alice Weidel adhère à ce tout
nouveau parti en 2013. Il porte encore un autre nom et vient d’être
créé par une poignée d’économistes
en colère contre l’euro. Parmi eux,
Peter Oberender, chantre du néolibéralisme, auprès duquel Alice Weidel a soutenu sa thèse de doctorat.
« L’arrivée de Weidel et
compagnie a transformé la
culture politique de cette
maison », regrette un député.
En 2015, elle se retrouve aux premières loges et intègre la direction
du parti au côté d’Alexander Gauland. Tous les deux mènent la campagne pour les législatives de
l’automne 2017. Un duo parfait.
Une jeune femme éloquente et modérée et un vieux monsieur provocateur et radical qui fréquente les
leaders de l’extrême droite. Alexander Gauland fut secrétaire d’Etat
dans le Land de Hesse. C’est un fin
connaisseur de l’histoire de la
Prusse et de la dynastie des Windsor. Sous ses airs de gentleman farmer avec ses vestes de tweed, il
n’hésite pas à dire que la période
nazie ne fut rien de plus qu’une
« fiente d’oiseau » dans la longue histoire allemande. Plus que tout autre,
il incarne le double visage de l’AfD.
Plateaux télé. Tout le contraire
en apparence d’Alice Weidel. Avec
son blazer gris chiné, son chemisier blanc agrémenté d’un collier
de perles, ses cheveux blonds sagement noués en queue de cheval et
ses lunettes à monture d’écaille,
elle ressemble davantage à une
bourgeoise BCBG qu’à l’égérie furieuse d’un parti populiste flirtant
avec l’extrême droite. On compte
sur elle pour séduire les électeurs
de la CDU et de la CSU. Elle présente bien. Elle sait s’exprimer en
public sans bafouiller et aligner les
arguments d’une voix glaciale sans
se laisser démonter par ses adversaires. Parfaite pour les …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 43
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MONDE
Alexander Gauland
Beatrix von Storch
Député au Bundestag,
Députée au Bundestag
« Protégez-vous en pratiquant
codirigeant du parti
« Les gens trouvent que
l’abstinence. »
C’est la solution de cette élue
Jérôme Boateng est un bon
contre les grossesses
joueur de foot. Mais ils ne
voudraient pas l’avoir comme involontaires et les maladies
voisin. »
sexuellement transmissibles.
émissions-débats, ces plateaux de télévision qui façonnent
l’opinion dans ce pays. Alice Weidel les fréquente assidûment.
Le CV d’Alice Weidel, 39 ans, est
tout à fait respectable. Elle grandit
dans une petite ville riche et paisible de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Famille allemande
standard : père représentant de
commerce, mère au foyer, trois enfants. Alice Weidel est toujours la
première de la classe, passe son bac
brillamment. Elle fait des études
d’économie, brillantes elles aussi,
travaille brièvement pour la
…
Wolfgang Gedeon
Ex-député au parlement
du Bade-Wurtemberg
« Le judaïsme du Talmud
est l’ennemi intérieur de
l’Occident chrétien. »
Peter Boehringer
Député au Bundestag
Il a comparé l’arrivée
des migrants à une « attaque
de parasites » qui veulent
« manger la chair sur les os du
peuple allemand ».
banque d’investissement Goldman
Sachs à Francfort et passe ensuite
quelques années en Chine dans le
milieu de la banque et de la finance.
Elle y apprend le mandarin. Puis
elle rentre en Allemagne pour travailler pour la société de gestion
Allianz Global Investors, avant de
se mettre à son compte en tant que
Björn Höcke
Chef du groupe parlementaire
de l’AfD en Thuringe
« Le (…) problème c’est qu’on
ne voit en Hitler que l’incarnation du mal. Nous savons bien
entendu que l’Histoire n’est
pas en noir et blanc. »
consultante pour start-up. Son modèle en politique : Margaret Thatcher. Cette économiste néolibérale
qui a parcouru la planète est une
aubaine pour ce nouveau parti en
manque de personnel compétent.
Elle sait de quoi elle parle dans ce
monde globalisé qui effraie tant
les électeurs de l’AfD.
Couleuvres. Pourtant, il y a un
couac dans cette biographie. Et il
est de taille. Le moins que l’on puisse
dire, c’est qu’Alice Weidel n’a pas le
profil de l’emploi pour faire carrière dans ce parti homophobe, xénophobe, qui prône une image
ultratraditionnelle de la famille.
Lesbienne, Alice Weidel est pacsée
avec une productrice de cinéma
suisse originaire du Sri Lanka. Les
deux femmes vivent dans la petite
ville de Bienne, dans le canton de
Berne, en Suisse. Elles élèvent ensemble leurs deux petits garçons.
On n’en sait guère plus. Weidel reste
très discrète sur sa vie privée. La
jeune femme semble pourtant être
parvenue à faire avaler ces deux
couleuvres à un parti pour qui les
homosexuels sont des anomalies
de la nature et les gens à la couleur
de peau différente de la leur des parasites. Son homosexualité offre
même un plus : une lesbienne à la
tête de l’AfD ! Et en plus elle vit en
couple avec une Sri-Lankaise ! Rien
de tel pour donner une allure moderne et tolérante au parti. Alice
Jeu de rôles. Alexander Gauland et Alice Weidel au Congrès de l’AfD, en Bavière, le 30 juin. Le provocateur et la modérée. Weidel ne voit là aucune …
Le modèle politique de cette
économiste néolibérale ?
Margaret Thatcher.
44 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
IMAGO / STUDIOX – © KAPPELER/ABC/ANDIA.FR – MARKUS SCHREIBER/AP/SIPA – DPA/PICTURE-ALLIANCE – JENS MEYER/AP/SIPA – BERND VON JUTRCZENKA/DPA/PICTURE-ALLIANCE/MAXPPP
Ces élus AfD qui multiplient les provocations
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MONDE
Comment l’AfD
a tissé sa toile
contradiction. Sur une affiche qu’elle présente pour les
élections à Berlin en 2016, on voit
un couple gay lors de la parade du
Christopher Street Day. La photo
est ainsi légendée : « Mon compagnon et moi nous n’avons pas particulièrement envie de croiser des
immigrés musulmans pour lesquels
notre amour est un péché mortel. »
Durant la dernière campagne électorale, Alice Weidel n’hésite pas
à défendre le Pacs pour les homosexuels. Mais quand, en juin 2017,
le Bundestag vote le mariage pour
tous, elle est choquée : « Comme si
nous n’avions pas d’autres chats à
fouetter en ce moment en Allemagne !
Pendant ce temps, l’immigration de
masse déferle sur notre pays depuis
deux ans et pour ces gens-là, l’homosexualité est un crime. Les musulmans homosexuels craignent pour
leur vie ! »
…
C
46 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
e qui, il y a quelques années encore, ressemblait à un mauvais
scénario de science-fiction est
aujourd’hui la nouvelle réalité allemande : l’AfD (Alternative pour
l’Allemagne) trône avec 92 députés
au Bundestag, où elle préside la
puissante commission du Budget
et siège dans 14 des 16 parlements
régionaux. Il ne manque plus que
la Bavière et la Hesse où les élections ont lieu dans quelques jours.
Et cette percée fulgurante n’est pas
prête de s’arrêter là. L’AfD fait tanguer la GroKo, cette fragile alliance
entre la CDU, la CSU et le SPD au
pouvoir à Berlin qui, à cause d’elle,
vogue de crise en crise.
Portrait de famille.
Beatrix von Storch
prend un selfie avec
Alice Weidel et d’autres
députés au Bundestag,
le 14 mars.
La crise des réfugiés est
une aubaine pour le parti.
Elle devient son carburant.
Jusqu’ici, l’Allemagne faisait figure d’exception dans cette Europe
où les formations populistes ont
pignon sur rue depuis longtemps.
Le passé nazi imposait-il un tabou
moral ? La robuste santé économique faisait-elle rempart contre
les démagogues ? Mais, en 2013,
une poignée d’économistes en colère portent l’AfD sur les fonts baptismaux. Ils en veulent à Angela
Merkel : des milliards d’euros sont
engloutis dans les plans de sauvetage européens destinés aux pays
au bord de la faillite, la Grèce en
tête. Un vent de colère souffle sur
l’Allemagne industrieuse. Bernd
Lucke, honorable professeur d’économie assisté par Alexander
Gauland, secrétaire d’Etat à la retraite qui vient de claquer la porte
de la CDU, dénoncent les risques
encourus par le contribuable allemand et exigent le retour au bon
vieux deutsche Mark. Le très …
AFP
« Ras le bol ». Il y a l’autre Alice
Weidel : excessive, hargneuse,
celle qui agite les peurs et les ressentiments. « Je suis une citoyenne
en colère, confessa-t-elle un jour. Je
suis entrée en politique parce que j’en
ai ras le bol ! Je trouve irresponsable
la façon dont notre pays est gouverné
depuis des années. » Sa bête noire
est Angela Merkel, qui refusa de
fermer les portes de son pays à
« cette horde » de réfugiés. Alice
Weidel veut traîner cette « chancelière extrémiste » devant les tribunaux à cause de sa « politique
migratoire totalement incontrôlée ».
C’est à cause d’elle, s’insurge Alice
Weidel, que les femmes « ne
peuvent plus prendre le dernier métro sans risque ». Elle ne veut pas
que « l’espace public soit tapissé de
musulmans en train de faire leur
prière ». 12,6 % des électeurs ont
déposé leur bulletin pour elle et
son parti aux législatives l’an dernier, et pourtant Alice Weidel ne
leur est pas franchement sympathique. Pas marrante, trop ambitieuse, trop dure. Lors d’un
sondage réalisé par la chaîne de
télévision Sat, 1,9 % des personnes
auxquelles on a demandé si elles
aimeraient avoir Alice Weidel
pour voisine ont répondu par un
nein ! catégorique §
Récit. Cinq ans ont suffi à un obscur groupuscule
pour bouleverser le paysage politique allemand.
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influent Hans-Olaf Henkel,
ancien président du patronat allemand, soutient leur initiative. Aux
élections de 2013, l’AfD trébuche
de justesse sur la barre des 5 % qui
conditionne l’entrée au Bundestag.
Mais, très vite, ces libéraux sont
mis à l’écart par une tendance beaucoup plus radicale. Henkel se désolidarise et démissionne. Lucke est
renversé. Pourtant, personne ne
prend encore vraiment au sérieux
ces trublions qui s’entre-déchirent.
Plusieurs fois, le parti menace d’imploser. Pas la peine de s’affoler, il ne
s’agit que d’un vote de protestation… On connaît la suite : la crise
des réfugiés est une aubaine pour
l’AfD qui, à l’été 2015, plafonnait
encore à 5 % dans les sondages. Mais
à l’automne 2015, Angela Merkel
décide d’accueillir les milliers de
réfugiés bloqués dans des conditions sanitaires alarmantes à la frontière austro-hongroise. En quelques
semaines, des dizaines de milliers
de réfugiés affluent. L’inquiétude
atteint son paroxysme après les
agressions sexuelles de la nuit de
la Saint-Sylvestre à Cologne. La
question des réfugiés devient le
thème obsessionnel des conversations de bistrots et des émissions-débats, et le carburant de l’AfD. En
septembre 2017, l’AfD entre au Bundestag. Le choc est énorme.
…
Droit au patriotisme. Les ingrédients du succès de l’AfD sont
classiques. L’AfD joue sur les peurs :
peur que l’Allemagne « perde le
contrôle d’elle-même ». Peur d’une islamisation de la société. Peur que
ces nouveaux venus prennent les
boulots, les logements sociaux, les
places dans les jardins d’enfants,
les lits d’hôpital. Peur de voir l’identité et le système de valeurs de leur
pays dilués. L’AfD recommande aux
parents d’entonner des chansons
folkloriques allemandes avec leurs
enfants, exige davantage de musique allemande à la radio. Elle revendique pour les Allemands le
droit au patriotisme qui leur a été
refusé après la guerre. Elle veut réhabiliter l’adjectif völkisch (« populaire »), qui, dans le lexique
national-socialiste, a une forte
connotation raciste et antisémite.
48 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Ajoutez le credo démagogue classique : l’Europe qui nous dépouille
de nos droits, l’establishment qui
nous ment et, bien sûr, les médias
de mèche avec le pouvoir.
Cette formation hétéroclite se
distingue aussi par ses dérapages.
Par exemple, quand Beatrix von
Storch, ex-députée européenne de
l’AfD, recommande de tirer sur les
réfugiés qui tenteraient de passer
la frontière clandestinement, prône
la tolérance zéro pour le mariage
gay et l’avortement et réclame le
retour de la femme au foyer. Ou
quand Wolfgang Gedeon, membre
duparlementrégionalduBade-Wurtemberg, se répand en thèses
antisémites dans ses ouvrages.
Après des déchirements au sein du
parti, il est obligé de démissionner.
Ou, plus récemment, les propos de
Björn Höcke, chef du parti en Thuringe. En janvier 2017, il s’insurge :
le peuple allemand est le seul au
monde à avoir construit un « mémorial de la honte au cœur de sa capitale ». Höcke fait allusion au
mémorial de la Shoah…
De là à fricoter avec les mouvances d’extrême droite, il n’y a
qu’un pas, franchi au mois d’août,
à Chemnitz. Les fonctionnaires aux
allures respectables de l’AfD, suivis par des milliers de sympathisants, défilent aux côtés de
néonazis, hooligans et agitateurs
d’extrême droite de tout poil. Cer-
Visibilité. Manifestation
féministe organisée par
des mouvements
proches de l’extrême
droite à Berlin, le 9 juin.
L’AfD joue sur les peurs :
peur que l’Allemagne « perde
le contrôle d’elle-même ».
tains, le bras levé, font le salut hitlérien. Pendant que les uns
établissent un parallèle avec l’Allemagne de la république de Weimar
qui porta Hitler au pouvoir, les
autres essaient de se raccrocher aux
dernières branches : la dérive populiste n’est-elle pas un phénomène
essentiellement est-allemand ? En
Saxe, l’AfD est d’ailleurs la première
force politique, devant la CDU. Mais,
en Bavière, dans le collier de petites
villes coquettes qui longent la frontière tchèque, l’AfD est la deuxième
force politique, après la CSU, pourtant maîtresse absolue des lieux depuis la guerre. Aux élections
régionales du 14 octobre, on s’attend à ce que la CSU perde sa majorité absolue.
La résistance s’organise en Allemagne. Sahra Wagenknecht, égérie de Die Linke, le parti à la gauche
des sociaux-démocrates, crée
Aufstehen (Debout), une formation politique au-dessus des divisions des partis qui permettrait de
faire contrepoids aux populistes de
droite. Le ministre des Affaires
étrangères, Heiko Maas, enjoint les
Allemands à descendre dans la rue.
Le président Frank-Walter
Steinmeier a soutenu un grand
concert contre le racisme à Chemnitz. Chaque semaine, des manifestations ont lieu dans les villes
allemandes. Les intellectuels et les
artistes ont publié un plaidoyer en
faveur de la lutte contre la xénophobie. Les grands patrons de Siemens, Daimler, Thyssenkrupp,
Volkswagen et Bayer ont rappelé
que le racisme ne sera pas toléré
chez ces global players garants du
« respect, [de la] tolérance et [de l’]ouverture sur le monde ».
Mais il en faut bien plus pour
intimider l’AfD. Le parti est prêt à
tout pour aller au bout de la mission qu’il s’est assignée : « chasser »
Angela Merkel, responsable, à ses
yeux, de tous les maux. A moyen
terme, l’AfD rêve de remplacer la
CDU. Et si Angela Merkel devait
partir sans qu’il y ait de relève au
sein de la nouvelle génération politique ? Et si, en 2021, l’AfD était le
premier parti d’Allemagne ? Qui
oserait imaginer aujourd’hui un
tel scénario ? § P. H.
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SOCIÉTÉ
Révélations sur le
PAR MARC LEPLONGEON
L
e dialogue claque comme du
Audiard dans les locaux du Syndicat de la magistrature (SM) :
« C’est amusant, hein, ce mur des
cons, alors ! lance le journaliste.
– Ouais. C’est réactualisé…,
répond la juge.
50 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
– C’est réactualisé régulièrement ?
– Bah là, ça fait un moment. (…)
Y a de tout, y a de tout. »
On connaissait le « mur des
cons » en images. La scène, truculente, est encore meilleure avec le
son ! Le secret avait été bien gardé,
mais les policiers se sont procuré
l’intégralité des vidéos tournées en
caméra cachée le 23 avril 2013 par
le journaliste de France 3 Clément
Weill-Raynal. On y entend la présidente du SM, Françoise Martres,
commenter les clichés placardés
sur un mur du local de son syndicat, où figurent des portraits
Epinglés. Ils sont une
cinquantaine, dont une d’hommes de droite – politiques,
dizaine de politiques de journalistes, policiers ou magistrats – accompagnés de mentions
droite, à avoir été
placardés au Syndicat de peu flatteuses. « Avant d’ajouter un
la magistrature. Un mur con, vérifiez qu’il n’y est pas déjà »,
révélé par le journaliste pouvait-on lire. Du 3 au 7 décembre,
au tribunal correctionnel de Paris,
de France 3 Clément
les « cons » seront à la barre, et c’est
Weill-Raynal en 2013.
CLÉMENT WEILL-RAYNAL
Scandale. En décembre, la présidente
du Syndicat de la magistrature comparaîtra
en justice. Enquête et documents inédits.
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CLÉMENT WEILL-RAYNAL
« mur des cons »
tout le navire Justice qu’ils entendent faire tanguer.
Dix politiques (neuf UMP – voir
ci-contre – et Robert Ménard) ont
porté plainte, et la droite attend
l’audience avec impatience. Elle
qui, privée depuis bientôt deux ans
d’espace par Emmanuel Macron,
rêve de s’offrir une tribune médiatique d’envergure. Quelle oppor-
tunité que ce « mur des cons » où
des dizaines de personnalités
étaient épinglées, blague potache
devenue, sous les coups de boutoir
de l’opposition, un des principaux
scandales politiques de l’ère Hollande ! Brice Hortefeux, affublé
d’une flamme du Front national
sur le visage, y était surnommé
« l’homme de Vichy ». Philippe Cour-
« Avant d’ajouter un con, vérifiez qu’il
n’y est pas déjà. » Note sur le mur
Neuf parlementaires de
droite parmi
les plaignants
Les ex-députés UMP
qui ont porté plainte
contre le Syndicat de
la magistrature dans
l’affaire du « mur
des cons » :
● Patrick Balkany
● Jacques-Alain
Bénisti
● Etienne Blanc
● Luc Chatel
● Valérie Debord
● Guy Geoffroy
● Christian Jacob
● Patrick Ollier
● Eric Woerth
roye, l’ancien procureur de Nanterre réputé sarkozyste, était
devenu, sous la plume de juges rigolards, le « fossoyeur du 92 ». Philippe Schmitt, général à la retraite
et père d’une jeune femme tuée
dans le RER en 2007, tout comme
Jean-Pierre Escarfail, dont la fille
avait succombé aux coups du tueur
en série Guy Georges, y figuraient
eux aussi, au titre de leurs propos
jugés sans doute trop droitiers par
les magistrats syndiqués du SM. A
l’époque, l’affaire avait fait grand
bruit, certains députés, à …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 51
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SOCIÉTÉ
contredite, qu’aucune nouvelle
photographie n’avait été épinglée
depuis qu’elle était devenue présidente, en décembre 2012. Quant à
Clément Weill-Raynal, Françoise
Martres l’a accusé d’avoir filmé un
affichage « qu’il ne pouvait voir de là
où il se trouvait, dans l’entrée », et a
assuré ne « pas avoir le souvenir »
d’avoir évoqué le mur avec lui. « Si
je l’avais vu près du mur, je serais intervenue, a-t-elle osé. Il a profité d’un
moment d’inattention pour circuler. »
Un mensonge qui sera vite démonté…
de diffamation, un juge d’instruction syndiqué au SM. Un an et demi
plus tard, en décembre 2015, c’est
au tour de Nicolas Sarkozy et de
son avocat, Thierry Herzog, de dénoncer l’engagement syndical de
Claire Thépaut, la juge qui venait
de le mettre en examen pour corruption et trafic d’influence dans
l’affaire Paul Bismuth : « Est-il normal qu’on choisisse pour instruire une
affaire où mon nom est cité un magistrat qui appartient au Syndicat de la
magistrature [et] dont l’obsession politique est de [me] détruire ? » avait-il
demandé. Là encore, la requête
avait été rejetée, au motif que les
juges ont le droit de se syndiquer.
Suite à la tempête politique engendrée par le « mur des cons »,
Françoise Martres, elle, a minimisé
les faits, évoquant des babillages
privés de syndicalistes qui n’auraient jamais dû prendre une telle
ampleur. Devant le juge d’instruction, selon un procès-verbal que
nous nous sommes procuré, la présidente du SM a expliqué, en février 2014, qu’il s’agissait d’« opinions
privées » de magistrats « exaspérés »
par les attaques incessantes contre
les juges. Le mur a été « édifié pendant la période sarkozyste » et cela
« correspondait à une période politique
antérieure », a-t-elle dit. Avant d’affirmer, sans pouvoir à ce jour être
Prévenue. Françoise
Martres, présidente du
Syndicat de la magistrature. Les vidéos du
« mur des cons » tournées en caméra cachée
la montrent commentant le panneau. La
juge comparaîtra en
décembre.
« Il y a des journalistes aussi (…). Il y a Pujadas »,
rigole Françoise Martres devant le mur
52 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Mise à pied. Début 2014, la juge
d’instruction Sylvia Zimmermann
lance une commission rogatoire
dans le but de faire saisir les vidéos
tournées par le journaliste.
Quelques semaines plus tard, les
policiers prennent connaissance
des vidéos, retranscrivent les propos et contactent Zimmermann
avec gourmandise pour lui dire
que Françoise Martre a menti.
L’anecdote n’a rien d’anodin. Dans
son intégralité, la vidéo montre
que la présidente du SM était au
côté de Weill-Raynal pendant qu’il
filmait le mur en caméra cachée,
commentant telle ou telle personnalité. « Il y a des journalistes aussi
(…). Il y a Pujadas », l’entend-on par
exemple dire en riant. Les policiers
sont très remontés. Quelques-uns
des leurs sont épinglés sur le « mur
des cons » et les positions du SM
les ulcèrent depuis longtemps. En
2001, un juge du Syndicat de la magistrature avait par exemple publié un petit manuel, « Vos papiers !
Que faire face à la police ? », qui expliquait comment réagir face à un
contrôle d’identité. En couverture
de l’ouvrage ? Un policier grimé en
porc. Les forces de l’ordre avaient
immédiatement dénoncé un « pamphlet antiflic primaire ».
Reconvoquée par la juge, en mai
2014, pour la confronter à ces nouveaux éléments, Françoise Martres
paraît embarrassée. « Le mur faisait
partie du décor (…). Je n’ai pas amené
Clément Weill-Raynal devant le panneau [mais] je l’y ai rejoint », admett-elle. La magistrate est mise en
examen dans la foulée. Mais, cas
extrêmement rare, le …
LE PARISIEN
l’instar d’Eric Woerth, n’hésitant pas à parler de « scandale
d’Etat ». Et de s’insurger contre ce
syndicat qui désignait des « ennemis » et des « adversaires ».
« Comment un juge peut-il juger
en toute impartialité quand il a un
préjugé par principe ? s’était interrogé Woerth. Je trouve que c’est très
grave et terrorisant. » Christiane
Taubira, très proche des idées du
SM, avait quant à elle saisi le
Conseil supérieur de la magistrature, refusant toutefois de s’immiscer davantage dans le débat.
Une simple affaire d’« expression
syndicale », avait-elle dit. Une « action inappropriée », peut-être, mais
qui, selon elle, ne remettait pas en
question l’impartialité des juges…
Aujourd’hui, les bruits les plus
fous circulent. Il se dit que l’on aurait demandé à l’ancienne garde
des Sceaux de venir témoigner et
à Nicolas Sarkozy de se constituer
partie civile. En décembre, les députés Les Républicains (LR) se
bousculeront sur les bancs du tribunal correctionnel de Paris et
s’empresseront de dénoncer cette
justice partiale et corporatiste. Car
cette affaire détonante, dans laquelle la prévenue est une juge,
pose une question de fond : arrive-t-il à des magistrats de se laisser guider par leur idéologie ? Et a
fortiori, car l’interrogation ne
semble n’aller que dans un sens :
des juges de gauche cherchent-ils
à se payer des hommes de droite ?
L’idée, rejetée massivement dans
le corps judiciaire, qui invoque la
capacité des juges à séparer vie professionnelle et engagements citoyens, occupe le débat public
depuis des années, du Front national aux Républicains, où les
proches de Nicolas Sarkozy comme
de François Fillon se sont régulièrement plaints d’un « acharnement
judiciaire ». L’affaire a d’ailleurs
donné lieu à plusieurs passes
d’armes devant la justice. En juin
2014, le Front national tente – en
vain – de récuser, dans une affaire
…
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Victimes. Nicolas
Sarkozy, tête d’affiche
du « mur des cons ».
A sa droite, Jean-Pierre
Escarfail, dont la fille a
été assassinée par le
tueur en série Guy
Georges, et Philippe
Schmitt (ci-dessous),
général à la retraite et
père d’une jeune
femme tuée dans le
RER en 2007, seraient
« coupables » d’avoir
tenu des propos trop
droitiers pour certains
magistrats du syndicat.
de se défendre, dans un sourire :
« Le soir où ça sort, j’étais au Théâtre
des Deux-Anes pour assister à une
pièce où on brocardait Hollande et
Mme Taubira. Le lendemain, je demande à mes chefs : “ On ne fait rien
sur le mur des cons ?” Et ils me répondent : “ Non, c’est un truc monté en
épingle par un site de droite.” Cela
montre bien que si je leur avais parlé
de mes images dès le début, ils n’auraient pas davantage été intéressés. »
Le journaliste sera finalement
obligé de sortir du bois, après que
Libération eut révélé qu’il était l’auteur des images. Soupçonné d’avoir
instrumentalisé l’affaire, Weill-Raynal s’en sortira sans être licencié,
après une mise à pied. « Le “mur des
cons”, une blague potache ? Ben voyons.
Imaginons seulement un instant que
ces images aient été tournées dans un
syndicat de policiers étiqueté à droite,
avec des gens de gauche placardés au
mur… Ce n’est pas un fantasme. Cela
montre que certains magistrats se
conduisent comme des commissaires
politiques », assène-t-il. Pour son ami
et conseil, Me Gilles-William
Exclusif
Document audio :
quand Françoise
Martres commentait
le « mur des cons ».
À ÉCOUTER SUR
lepoint.fr
« Ce n’est pas un fantasme. Cela montre que
certains magistrats se conduisent comme des
commissaires politiques. » Clément Weill-Raynal
54 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Goldnadel, qui est également l’avocat de Robert Ménard dans cette affaire, « Clément a fait, sur le plan
corporatiste, l’objet d’une acrimonie
particulière d’une partie des journalistes et des syndicats. Il y a un aspect
idéologique manifeste. Alors même
que nous sommes à une époque où on
vante le lanceur d’alerte, on en était à
expliquer au contraire que Weill-Raynal avait commis une faute odieuse en
volant des images. Tout d’un coup, on
était sur le pire conformisme possible ».
Frustration. La gauche choisit
ses combats, accusent les détracteurs du SM. Alors que plusieurs
syndicats se battent pour que les
professionnels de justice, avocats
et procureurs en particulier, cessent
de porter leur légion d’honneur
– symbole dévastateur de soumission au pouvoir politique – à l’intérieur des prétoires, comment se
fait-il que nous ne nous choquions
pas davantage qu’un juge, dont le
syndicat a appelé à voter contre Nicolas Sarkozy en 2012, puisse instruire une affaire qui le concerne ?
« Je ne méconnais pas le fait que l’impartialité soit extrêmement difficile,
voire à peu près impossible, souligne
Me Jean-Yves Le Borgne, qui défend,
au côté du vice-bâtonnier de Paris,
Basile Ader, les ex-députés UMP.
Mais, dans l’obligation morale du magistrat, il y a une sorte de renonciation
à toute opinion politique précise. J’ai
conscience que c’est extrêmement difficile. Et que ce doit être pour les juges,
en particulier pour les plus jeunes
d’entre eux, une énorme frustration
civique que de devenir des marginaux
de la cité. » Et l’avocat de suggérer
que les magistrats ne devraient
pouvoir devenir juges du siège que
plus tard, à une quarantaine d’années, à un âge où l’on est capable
de savoir si l’on veut servir la justice ou ses idéaux.
Les juges devraient donc s’interdire jusqu’au moindre engagement
militant ? C’est Me Le Borgne qui
répond, une fois encore : « Ce que
j’appelle de l’impartialité, ce n’est pas
de l’eau tiède. Si, dans le fonctionnement social, les magistrats voient une
injustice et qu’ils souhaitent la rectifier,
c’est respectable. A condition qu’ils ne
soient guidés que par la seule équité. » §
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procureur fait appel de l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel. Et c’est ainsi
que l’affaire, après une intense
guerre procédurale portant sur la
prescription (le panneau est affiché depuis longtemps) et le caractère public ou non du mur, ne
viendra à l’audience que fin 2018,
soit presque six ans après les faits,
alors que Christiane Taubira a
quitté la Place Vendôme depuis
longtemps. Le contexte, lui, s’est
un peu apaisé. Il est loin le temps
où Henri Guaino, lors de la mise
en examen de Nicolas Sarkozy pour
abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt (il bénéficiera finalement
d’un non-lieu), qualifiait sur Europe 1 la décision d’« indigne ». Le
juge Gentil « a déshonoré un homme,
les institutions, la justice », avait-il
tempêté quelques semaines avant
le « mur des cons ». S’attirant une
intense polémique sur la liberté
d’expression des parlementaires
et un procès depuis remporté devant la Cour de cassation.
Clément Weill-Raynal, après
avoir été cloué au pilori par ses
confrères pour son manque de
déontologie supposé, dénonce toujours la caste des juges et des journalistes, affirmant que c’est la CGT
qui a réclamé à la direction de
France 3 qu’il soit traduit en conseil
de discipline. Au lendemain du
« mur des cons », le Syndicat national des journalistes (SNJ), dans un
étrange communiqué, avait également semblé défendre le Syndicat
de la magistrature, appelant à « refuser de participer à une manipulation de l’opinion » et à s’interroger
sur « l’intention qui sous-tend[ait] la
publication des photos de ce mur et le
traitement qui en [était] fait dans la
presse ». Mais c’est surtout un défaut de loyauté qui sera reproché
à Weill-Raynal : « C’est vrai que je
n’ai pas dit à ma rédaction que j’avais
tourné les images qui se sont retrouvées sur Atlantico. » Et le journaliste
…
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président d’Impala,
dans ses bureaux, près
des Champs-Elysées, à
Paris, le 24 juillet 2018.
56 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
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nicheur de pépites
Flair. Après une première vie dans le
groupe Louis-Dreyfus, il s’est réinventé
en lançant son fonds d’investissement,
Impala. Il y enchaîne les bons coups
financiers.
PAR ANDRÉ TRENTIN
N
Le bric-à-brac
d’Impala
Neoen (énergie)
P&B Group
(sous-traitance
cosmétique)
● Arjo Solutions
(traçabilité)
● Castleton
(négoce d’énergie)
● Technoplus
Industries
(mécanique de
précision) et SDMS
(soudages critiques)
● Electropoli
(traitement de
surfaces)
● Pull-in (boxers et
maillots de bain)
● Maison Lejaby
(lingerie)
● Eiffel (gestion
d’actifs)
● Capital
Development
(achats de start-up)
●
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
●
94e fortune
française
Avec un patrimoine
professionnel
estimé à 1 milliard
d’euros dans
le classement des
fortunes de
Challenges en 2018.
eoen ? Ce nom est quasi inconnu. Ce qui est un peu injuste car, à l’heure où le solaire
et l’éolien sont farouchement à la
mode, il désigne le premier producteur français d’énergie 100 %
renouvelable. Bien sûr, il n’a pas
la taille d’EDF ou d’Engie, mais
Neoen – qui s’apprête à faire son
entrée à la Bourse de Paris – vaut
aujourd’hui plus de 1,5 milliard
d’euros. Une pépite derrière laquelle se cache un homme, Jacques
Veyrat, 55 ans, qui n’en est pas à
son premier coup gagnant. En
2008, quand il vend l’opérateur
télécom Neuf Cegetel qu’il a fondé
dix ans plus tôt, Vivendi signe un
chèque de près de 8 milliards
d’euros. En avril, Total débourse
près de 2 milliards d’euros pour
mettre la main sur Direct Energie,
société de distribution d’électricité développée par ses soins à partir de rien.
Jacques Veyrat, cheveux bouclés, visage de poète romantique,
est le petit roi Midas parisien. Tout
ce qu’il touche se transforme en
or. Drôle de parcours que celui de
ce fils d’un médecin et d’une assistante sociale très à gauche, originaire de Chambéry. Certes, Veyrat
n’a pas amassé la fortune d’un
Xavier Niel, son ami et partenaire
en affaires, ou d’un Patrick Drahi,
son camarade de promotion à
l’Ecole polytechnique, mais le
très discret quinquagénaire pèse
de plus en plus lourd. « Et nous
n’en sommes qu’au début… », dit
Alain Minc, homme d’affaires et
conseiller des puissants, qui l’a
repéré très tôt.
Après avoir quitté avec fracas
le groupe Louis-Dreyfus, géant
mondial du négoce, en 2011,
Jacques Veyrat a créé dans la foulée son propre fonds d’investissement, Impala, qui, outre Neoen,
abrite aujourd’hui une vingtaine
de sociétés présentes dans la mécanique de précision, les maillots
de bain, la lingerie féminine, le négoce en énergie, l’hôtellerie, les
maisons de retraite… Veyrat a également investi dans des start-up
et dans la gestion d’actifs. « Pour
Jacques, entreprendre et jouer, c’est la
même chose », confie Marwan
Lahoud, ex-Airbus, aujourd’hui
associé chez Tikehau Capital et
camarade de promo de l’X. On propose régulièrement à Veyrat des
postes de direction importants
(EDF, Veolia, Orange…). Mais, s’il
a été un moment tenté par un job
de supermanager, voilà longtemps
qu’il a définitivement opté pour
le rôle d’investisseur. Il n’exerce
aucune fonction exécutive dans
sa nébuleuse d’entreprises mais
préside, surveille, conseille, valide.
« C’est un intellectuel des affaires,
ajoute Alexandre Bompard, PDG
de Carrefour et ancien PDG de la
Fnac, qui le connaît parfaitement.
Il raisonne de manière personnelle et
singulière. » Une fois lancé, Veyrat
n’est pas homme à faire des …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 57
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ÉCONOMIE
Réseaux. L’homme est solitaire,
mais pas sauvage. Si Jacques décroche son téléphone, il peut
joindre n’importe qui n’importe
quand, remarquent ceux qui le
connaissent, unanimes. Pas un
jour ou presque sans qu’il s’entretienne avec Alexandre Bompard.
Tous deux ont une vraie connivence depuis une rencontre inopinée au stade Geoffroy-Guichard
lors d’un match de football SaintEtienne - Marseille, il y a une quinzaine d’années. « Jacques a été une
des deux personnes à qui j’ai demandé
leur avis avant de prendre la direc-
Les gros coups de Jacques Veyrat
Les trois sociétés qu’il a le plus fait prospérer, en valorisation
+ 8 milliards
en 10 ans
+ 2 milliards
+ 1,5 milliard
Direct Energie
Electricité
Rachat en 2006.
Vente à Total
en 2018.
Neoen
Energie solaire
Création en 2008.
Introduction en
Bourse fin 2018.
en 12 ans
Neuf Cegetel
Télécoms
Création en 1998.
Vente à SFR
en 2008.
en 10 ans
Neoen
en Bourse
Solaire. A Cestas, près de Bordeaux,
Neoen possède la plus grande centrale
photovoltaïque d’Europe.
tion de la Fnac. Après un quart d’heure,
il m’a dit : “Vas-y !” J’y suis allé. J’ai
confiance en son intuition. » Veyrat
voit aussi bien Bernard Arnault
(LVMH) que François Pinault (par
ailleurs propriétaire du Point). Il
admire Niel. Les deux hommes investissent souvent dans les mêmes
start-up. Pour le patron de Free,
« c’est toujours un plaisir de faire
quelque chose avec lui ». Ce qui le
bluffe chez Veyrat, c’est « sa ténacité. Quand il veut quelque chose… ».
Veyrat n’oublie pas non plus ses
camarades de Polytechnique. « Je
dîne tous les deux ou trois mois avec
Patrick Pouyanné », le PDG de Total,
qui a repris Direct Energie. Nor-
Pour installer des
champs d’éoliennes
ou des centrales
solaires, il faut beaucoup de capitaux.
Surtout quand,
comme Neoen, on
conserve les équipements installés au
lieu de se contenter
de les exploiter.
La levée de capitaux
porterait sur
700 millions d’euros, dont 200 millions apportés par
Impala, ce qui permettrait à Jacques
Veyrat de rester majoritaire dans Neoen
(avec 51 % du capital contre 55 %
aujourd’hui). Une
partie des fonds levés servirait à faire
« sortir » du capital
de Neoen le fonds
Omnes, désireux de
réaliser sa plus-value. Si bien que l’introduction en
Bourse apporterait
en net environ
500 millions.
En 2006, il rachète Direct Energie avec
2 000 abonnés, qu’il revend douze ans plus
tard à Total, avec… 2,6 millions de clients.
58 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
mal, ils appartiennent à la même
promo. L’Ecole polytechnique,
c’est le premier cercle des réseaux
de Veyrat. Dans ses jeunes années,
Veyrat est passé par le Trésor, le
ministère des Finances et un cabinet ministériel (celui de l’Equipement), avant de se lancer dans le
grand bain des affaires en entrant
en 1995 dans le groupe LouisDreyfus. Une maison de négociants
et d’armateurs où il faut réagir vite
et ne pas hésiter à prendre des
risques pour ne pas passer à côté
des bons coups. Sacrée école.
« Jacques a donné de l’air au groupe »,
explique Erik Maris, banquier d’affaires associé de Jean-Marie Messier, proche de Jacques Veyrat.
Licornes. Chez Louis-Dreyfus,
sous l’œil bienveillant de l’héritier Robert Louis-Dreyfus, le jeunot se lance en 1998 dans les
télécoms, secteur en plein boom.
Un métier alors totalement étranger au groupe. Tout le monde crie
au fou. Mais, parti de rien, LDCom,
devenu Neuf Cegetel après de multiples rachats (Belgacom France,
Neuf Telecom, Cegetel…), sera revendu à prix d’or à Vivendi. Veyrat
aiguise son flair. Même topo avec
Direct Energie : il se lance alors
que son ancien supérieur au Trésor, son ami Jean-François Cirelli,
ancien de Gaz de France et d’Engie, le met en garde : « Je lui ai dit :
“Ne fais pas ça ! C’est un secteur hypercapitalistique où l’on perd tout ce
qu’on veut, c’est l’horreur.” » Mais
Veyrat veut jouer. En 2006, il rachète donc cette micro-start-up
qui distribue et produit du gaz et
de l’électricité et ne compte que
2 000 abonnés. Douze ans plus tard,
c’est une tout autre société, comptant 2,6 millions de clients, que
Veyrat vend à Total. Il a fait de
Direct Energie le numéro un en
France des distributeurs alternatifs d’énergie, marché pourtant
très encombré (Cdiscount, Butagaz, Enercoop, Greenyellow et depuis peu Leclerc…). A l’issue de
l’opération, Impala a encaissé
630 millions d’euros. « Avec cette
somme, on peut faire des choses… »,
dit son président sur un ton faussement badin.
…
BOB EDME/AP/SIPA
cadeaux. « Il est comme un
joueur d’échecs qui veut manger tous
les pions », dit un de ses amis. Il ne
faut surtout pas se fier à son visage
d’angelot. Dr Jekyll et Mr Hyde.
« Entre nous, il est tout simplement
insupportable », confie un de ceux
qui ont fait affaire avec lui. L’intéressé ne s’en cache pas : « Quand
j’ai quelqu’un dans le nez, je le dis. »
S’il fait confiance à ses managers
pour trouver des recrues, en cas
d’erreur il ne fait pas de quartier.
Pour atteindre son minuscule bureau, niché au dernier étage du
siège d’Impala dans un petit immeuble tout près des ChampsElysées, il faut zigzaguer longtemps
pour trouver l’entrée. L’endroit n’a
rien d’un open space et presque
tout d’une cellule monacale. C’est
là qu’il cogite, seul. Son secret, sa
force, c’est de ne pas céder aux modes. « Même pas peur », comme il
dit. Sa spécialité ? Entrer dans les
secteurs en pleine dérégulation
(les télécoms, l’énergie) ou dans
des secteurs neufs (la traçabilité).
Le reste de ses investissements
s’effectue aussi au hasard des
rencontres. Certains lui valent
quelques petits échecs, rares (cloisons Clestra vendues à perte), ou
quelques soucis, comme le fabricant de lingerie Maison Lejaby, qui
a frôlé la faillite.
…
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ÉCONOMIE
Blessé. Avant son décès, en 2009,
le patron, Robert Louis-Dreyfus,
avait tout planifié pour que Veyrat conserve longtemps la haute
main sur son groupe. Les deux
hommes, malgré leurs différences
– l’un était flambeur, l’autre calculateur –, étaient en osmose. Mais
Margarita, l’épouse de Robert, ne
l’entendait pas ainsi. Et, pour une
fois, le stratège n’a rien vu venir.
En 2011, Margarita Louis-Dreyfus
finit par avoir sa peau. Veyrat quitte
le groupe, blessé. « Ce n’était pas
évident, dit un ami, de passer du statut d’héritier spirituel de Robert à
simple employé avec Margarita. »
Problème (tout relatif) : entre son
intéressement et ses achats d’actions à titre personnel, Veyrat possédait l’équivalent de 300 millions
d’euros en actions Louis-Dreyfus,
groupe dans lequel il avait tout
misé. Or puisqu’il en était chassé,
il n’était pas question, pour lui, de
rester investi dans l’aventure. Sauf
qu’en face Margarita Louis-Dreyfus
ne voulait pas lâcher de cash… C’est
David de Rothschild en personne
qui a joué les entremetteurs pour
favoriser un accord imaginé par
Jacques Veyrat, permettant d’éviter une longue suite de procès. La
Dauphin. Avec Robert Louis-Dreyfus, en 2004. A sa mort, en 2009,
Jacques Veyrat lui succède à la tête du groupe Louis-Dreyfus.
Lutte. Le 5 avril 2011, il annonce son départ du groupe après une guerre
sans merci avec Margarita Louis-Dreyfus, la veuve de son mentor.
part de cash est réduite à 30 millions d’euros et le reste est apporté
sous forme d’actifs. C’est ainsi que
l’ancien directeur général de LouisDreyfus a hérité de participations
dans Direct Energie, Neoen, le
fonds Eiffel et « quelques autres babioles » qu’il a toutes versées dans
Impala. A priori, ce n’était pas forcément le deal du siècle. « Pourquoi
as-tu pris ce ramassis de sociétés ? »
lui avait dit à l’époque le banquier
Erik Maris. Aujourd’hui, le même
reconnaît que « tout le monde peut
se tromper »…
Jacques Veyrat n’aime pas revenir sur cet épisode. « C’est derrière
moi, je n’y pense plus », dit-il. Der-
Veyrat,
l’hyperactif
Outre la présidence
de son holding Impala, Veyrat est aussi
président du conseil
d’administration de
Fnac-Darty, administrateur de la banque
HSBC et du promoteur immobilier
Nexity. Il est aussi
censeur chez Louis
Dreyfus Armateurs,
ID Logistics ou
Sucres et Denrées.
Enfin, il a été nommé
senior advisor pour
la France du fonds
d’investissement
américain KKR.
Neoen est aujourd’hui présente dans
plus d’une dizaine de pays. « Le solaire,
c’est l’énergie du XXIe siècle », prédit Veyrat.
60 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
rière lui ? Pas tout à fait. Le président d’Impala est entouré de
nombreux anciens du groupe. Il
conserve aussi, hormis avec Margarita, d’excellentes relations avec
la famille de Robert Louis-Dreyfus
(son cousin, l’armateur Philippe
Louis-Dreyfus, ses sœurs, Monique
et Colette). Mais, comme dit Minc,
« il est vacciné à tout jamais ». « Je serai toujours majoritaire dans mes affaires », affirme Veyrat. Il possède
ainsi 100 % d’Impala, et, s’il admet
des partenaires dans ses filiales, il
reste majoritaire dans chacune
d’elles.
Argent frais. Pour l’heure, sa
grande affaire, c’est Neoen, son
principal actif. Créée en 2008, l’entreprise est devenue le premier
producteur français d’énergie exclusivement renouvelable (solaire,
éolien et un peu de biomasse). A
Cestas, près de Bordeaux, Neoen
possède la plus grande centrale
solaire d’Europe et à l’autre bout
du monde, en Australie, la plus
importante installation de stockage d’électricité du monde (il
s’agit de batteries Tesla), couplée
à un champ géant d’une centaine
d’éoliennes. Neoen est aujourd’hui
présente dans plus d’une dizaine
de pays (Salvador, Zambie, Portugal, Jamaïque…). « Le solaire, c’est
l’énergie du XXIe siècle », prédit Veyrat. Il en est persuadé, Neoen sera
son prochain gros coup après LD
Com et Direct Energie. « Si je veux,
j’ai trente acheteurs demain », dit le
président d’Impala. Pour l’heure,
il n’est pas question de vendre mais
simplement de trouver de l’argent
frais. C’est la raison pour laquelle
il va l’introduire en Bourse dans
les semaines qui viennent, mais
tout en conservant la majorité.
Aucune inquiétude, Jacques
Veyrat sait où il va. Là où on le sent
moins sûr de lui, c’est dans un tout
autre domaine. Très proche de ses
trois fils, il aimerait bien les associer à ses affaires. L’un est diplômé
de l’Ecole polytechnique comme
lui, les deux autres sortent d’HEC,
ça tombe bien. Mais pour l’instant,
il n’a pas encore trouvé la formule pour asseoir ses prétentions
dynastiques §
SIPA PRESS – BRUNO LEVY/DIVERGENCE
La machine à cogiter est
déjà en marche. Jacques Veyrat travaille sur deux nouveaux thèmes
auxquels il croit beaucoup : la
sous-traitance cosmétique et pharmaceutique, avec P&B Group, et
la traçabilité des produits pour lutter contre la contrefaçon, avec Arjo
Solutions. « Je tiens là des licornes »,
dit-il de ces deux petites entreprises
qui devront tout de même patienter quelques années avant de valoir plus de 1 milliard d’euros. Pour
Veyrat, Direct Energie a une connotation un peu spéciale. Cette société fait partie de celles qu’il a
« emportées » en quittant le groupe
Louis-Dreyfus en 2011. Un vrai
psychodrame, ce départ.
…
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ÉCONOMIE
Seuils sociaux : comment
créer 100 000 emplois
Piste. Alors que le projet de loi Pacte
envisage la fin du seuil de 20 salariés
dans les entreprises, une étude de l’Ifrap
évalue les atouts que générerait leur
suppression totale.
PAR BEATRICE PARRINO
E
n voilà un serpent de mer qui
zigzague d’un président à
l’autre et qui crispe les chefs
d’entreprise : les seuils sociaux !
Petit rappel : palier par palier, les
droits des salariés et les obligations
sociales et fiscales des entreprises
augmentent en fonction des effectifs. Le sujet est traité en partie
dans le projet de loi Pacte, actuellement à l’examen au Parlement.
Le texte défendu par le ministre
de l’Economie, Bruno Le Maire,
vise à supprimer purement et simplement le seuil de 20 salariés, à
l’exception des obligations en matière de handicap. Il prévoit également que, désormais, un seuil ne
sera considéré comme franchi que
si l’effectif est dépassé durant
cinq ans.
La Fondation pour la recherche
sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), laboratoire d’idées libéral dirigé par
Agnès Verdier-Molinié, s’est emparée du sujet et a publié ces
jours-ci une analyse chiffrée.
« L’Ifrap a souhaité évaluer l’ampleur
des entraves constituées par l’existence des seuils sociaux de 10, 20 et
50 salariés », explique l’organisme
dans son document de synthèse.
Il a évalué le potentiel d’emplois
supplémentaires en l’absence de
seuils sociaux, en retraitant des
données fournies par l’Insee. C’est
ainsi que l’Ifrap affirme que la
62 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Créations
d’emplois
estimées
en cas de
suppression
des seuils
suivants,
selon l’Ifrap :
10 salariés
+ 40 000
Libérale. Agnès Verdier-Molinié, directrice
de la fondation Ifrap.
suppression d’obligations pour le
passage de 10 à 11 salariés créerait
près de 40 000 emplois. En poursuivant ce raisonnement, le comité de réflexion imagine aussi la
fin du seuil de 20 salariés et avance
qu’elle favoriserait l’éclosion de
32 000 emplois. Sur ce point, Bruno
Le Maire évoquait, lui, « la création
de plusieurs milliers d’emplois ». Pour
le seuil suivant, celui de 50 salariés, les créations d’emplois sont
évaluées à 29 000 par l’Ifrap.
« Le développement des entreprises,
en cas de suppression ou d’inexistence
emplois
20 salariés
+ 32 000
emplois
50 salariés
+ 29 000
emplois
L’analyse de l’Ifrap vient
alimenter un débat qui divise
les économistes.
Contraintes. Même s’il semble
peu imaginable que l’ensemble
des obligations sociales et fiscales
liées au franchissement des seuils
saute à court et moyen terme,
l’étude vient alimenter un débat
qui divise les parlementaires et les
économistes. Dans une tribune
publiée par Le Monde, Philippe Askenazy, spécialiste du marché du
travail et directeur de recherche
au CNRS, souligne d’ailleurs les
points de vue parfois contradictoires au sein même de Bercy. Si,
pour le ministre des Finances, ces
seuils constituent bel et bien un
frein à l’emploi, la direction du
Trésor notait début septembre
qu’« aucune littérature n’est cependant conclusive ».
Dans le cadre de ses travaux,
l’Ifrap a également commandé un
sondage à l’institut OpinionWay
pour cerner les contraintes sociales
et fiscales qui déplaisent le plus
aux dirigeants des TPE et des PME.
En tête, selon ces derniers, « la perte
de l’exonération totale de la taxe d’apprentissage, qui devient partielle » à
partir du seuil de 10 salariés ; « la
suppression de la déduction forfaitaire
des cotisations patronales au titre des
heures supplémentaires » à partir du
seuil de 20 salariés ; « l’élection du
délégué syndical » à partir de 50. Le
Parlement compte de nombreux
élus chefs d’entreprise, qui ne devraient pas hésiter à pousser
quelques amendements pour alléger les obligations liées aux différents seuils… §
SIPA
des seuils sociaux et fiscaux, n’a pas
simplement des conséquences sur l’emploi. Ce serait également un gage de
croissance supplémentaire, car la productivité augmente avec la taille des
établissements au-dessus de 10 salariés », estime aussi la fondation.
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Etat-major Consolis
Emmanuelle
Cochard
Anne-France
Laclide
PHOTOS : FRANCK PARISOT
Nermine
Safraou
Benoît
Cattin-Martel
Lars
Martinsson
Jacoline
Van Blokland
Amanda
Jones
Consolis est le leader
trice financière. Lars
européen du béton
Martinsson (50 ans,
préfabriqué. L’entremaster de l’Institut
prise française, qui
royal de technologie,
prépare actuelleécole d’ingénieurs
de Stockholm, en
ment sa cotation à la
Suède), qui a traBourse de Paris, a
deux activités prinvaillé auparavant
Nicolas Yatzimirsky
chez General Eleccipales : le bâtiment
(résidentiel et non résidentiel) tric, Alstom et ABB, est direcet les infrastructures (rail et teur de la division bâtiment.
grands projets). Consolis prend Benoît Cattin-Martel (50 ans,
en charge l’ingénierie d’un pro- Ecole centrale de Lyon), ancien
jet, assure la production des directeur général pour l’Inde
éléments en béton préfabri- de Bombardier Transport, préqué et supervise dans certains cédemment chez Alstom
cas la mise en œuvre sur les Transport et Bouygues, est dichantiers. Consolis, présent recteur de la division infradans 22 pays, réalise un chiffre structures. Nermine Safraou
d’affaires de 1,45 milliard d’eu- (37 ans, Polytechnique, masros et emploie 11 000 per- ter à l’université Paris-Saclay),
sonnes. Nicolas Yatzimirsky ancienne du groupe Lafarge(52 ans, Polytechnique, Ensta Holcim, où elle a été chargée
Paris Tech et Sciences po), de la logistique et de l’importancien de Saint-Gobain et de export pour la filiale Lafarge
Verallia, est directeur général Maroc, s’occupe du planning
de Consolis depuis 2016. Em- stratégique. Jacoline Van
manuelle Cochard (49 ans, Blokland (53 ans, diplômée
Sciences po, Université Paris-1- en psychologie du travail et
Panthéon-Sorbonne) est secré- des organisations de l’Univertaire générale. Avocate au bar- sité libre d’Amsterdam) est
reau de Paris, elle a rejoint directrice des ressources
Consolis en 2006. Anne- humaines. Amanda Jones
France Laclide (50 ans, Insti- (42 ans, IEP d’Aix, ESCP, DESS
tut commercial de Nancy, di- université Panthéon-Sorplômée en finance et business bonne), ancienne directrice de
à l’université de Mannheim et l’image de marque chez Sanofi,
DESCF), ex-Oberthur Techno- a la responsabilité de la comlogies, Elis et GrandVision munication et des affaires
occupe la fonction de direc- externes § MARIE BORDET
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SCIENCES
Cap sur les astéroïdes
Astéroïde Ryugu
Découvert le 10 mai 1999
Diamètre : environ 880 mètres
Risque d’impact avec la Terre :
pas de risque identifié à moyen terme
Période de rotation sur lui-même :
7,6 heures
Orbite :
Exploration spatiale. Deux missions
à destination de mystérieux petits corps
du Système solaire – Ryugu et Bennu –
atteignent leur objectif cet automne.
Sonde
Hayabusa2
Instruments
Deux imageurs fixes,
une caméra mobile, un
spectromètre, un altimètre
laser et un impacteur
Cornet
d’échantillonnage
Période orbitale : 1,3 an
MINERVA-II
Dimensions : 18 x 7 cm.
Poids : 1,1 kilo.
Alimentation : panneaux solaires.
Instruments : caméras, thermomètres,
accéléromètres.
Mission : les deux minirovers arrivés sur
Ruygu vont réaliser des images de la surface de l’astéroïde. Dans un contexte
de faible gravité, ils peuvent se déplacer par bonds. Ce sont les premiers rovers à se poser sur
un astéroïde.
Capsule de retour
Mission Hayabusa2
Menée par l’agence spatiale japonaise
Jaxa.
Budget (avec lancement) :
300 millions de dollars.
Objectifs principaux :
- Prélèvement de trois échantillons, à rapporter sur Terre, deux en surface et un troisième dans un cratère créé par le largage
d’un impacteur (entre 0,1 et 1 gramme) ;
- Etude de l’astéroïde et analyse, in situ et
sur Terre, de sa composition.
3 décembre 2014
Lancement
27 juin 2018
Arrivée auprès de l’astéroïde
64 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
21 septembre 2018
Atterrissage réussi des
mini-rovers Minerva-II
3 octobre 2018
Largage du module Mascot
Fin octobre 2018
Premier prélèvement
d’échantillon
Fin 2020
Retour sur Terre de l’échantillon
JOHN FOWLER
MASCOT
Dimensions : 30 cm3.
Poids : 10 kilos.
Autonomie : de 10 à 16 h.
Instruments : microscope
infrarouge, caméra,
magnétomètre, radiomètre.
Mission : une fois posé sur Ryugu,
le petit frère du robot Philae analysera
les propriétés physiques et
la composition chimique
de l’astéroïde.
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L
a saison automne-hiver 2018 sera
placée sous le signe des astéroïdes
ou ne sera pas. Car ce n’est pas une,
mais deux missions d’exploration et de retour d’échantillons consacrées à ces petits
corps qui battront leur plein dans les prochains mois : l’une japonaise, Hayabusa2,
à destination de l’astéroïde Ryugu, l’autre
américaine, OSIRIS-REx, à destination de
Bennu. Pourquoi cet engouement ? Mieux
connaître les astéroïdes peut permettre
d’atteindre quatre objectifs, qui ne sont
pas seulement scientifiques.
1. Percer les mystères de la formation
du Système solaire Les astéroïdes ciblés sont des corps primitifs dont la composition n’a que très
peu évolué depuis 4,6 milliards d’années.
Formés plus près de notre étoile que
leurs cousines les comètes, ils peuvent
nous renseigner sur l’histoire du
Système solaire interne, mais aussi sur
la formation des planètes puisqu’ils
sont les restes de leur matériau de base.
2. Remonter la piste des ingrédients
de la vie L’un des scénarios envisagés pour l’apparition du vivant est que les ingrédients
qui lui ont permis d’émerger, à savoir
l’eau et la matière organique, ont été
Sonde
OSIRIS-REx
Capsule
de retour
apportés sur Terre par des astéroïdes.
Ruygu et Bennu ont d’ailleurs été choisis parce qu’il s’agit d’astéroïdes de type
C, supposés riches en matière organique.
Qu’il s’agisse d’eau ou d’acides aminés,
les scientifiques peuvent déterminer s’ils
ont, ou non, les mêmes caractéristiques
que ceux qui entrent dans la formule magique de la vie.
3. Connaître son ennemi en cas d’impact
avec la Terre
Un impact d’astéroïde est la catastrophe
naturelle le plus facilement prévisible.
Il est donc particulièrement intéressant
de s’y préparer. Or c’est en apprenant à
connaître ces corps que l’on pourra
mettre au point le plus sûr moyen de les
dévier. Ruygu et Bennu sont justement
ce qu’on appelle des géocroiseurs, c’està-dire des astéroïdes dont l’orbite coupe
celle de la Terre.
4. Déterminer les ressources exploitables
dans le futur
Des entreprises ainsi que des Etats,
comme le Luxembourg, s’intéressent
de près aux ressources que sont susceptibles d’abriter les astéroïdes. Qu’il
s’agisse d’eau, de métaux rares ou de matériaux de construction potentiels, ces
derniers pourraient constituer demain
des points de ravitaillement au service
de la poursuite de la conquête spatiale §
Instruments
Trois imageurs,
trois spectromètres
et un altimètre laser.
Bras articulé
Il réalisera le prélèvement
d’échantillon par « touch
and go », en venant
frôler l’astéroïde
durant cinq secondes.
Les deux astéroïdes
figurant sur cette photo
sont à l’échelle de la tour
Eiffel représentée ici.
Mission OSIRIS-REx
Menée par l’agence spatiale américaine
Nasa.
Budget (hors lancement) :
800 millions de dollars.
Objectifs principaux :
- Etude préalable de l’astéroïde
depuis la sonde.
- Prélèvement d’un échantillon de surface
(entre 60 g et 2 kilos) à rapporter sur Terre.
- Mesure de l’effet Yarkovsky, qui modifie
la trajectoire des astéroïdes et contribue
ainsi aux incertitudes sur leur probabilité d’impact avec la Terre.
8 septembre 2016
Lancement
Août 2018
Phase d’approche
3 décembre 2018
Arrivée prévue à destination
et début de la phase d’étude
4 juillet 2020
Date prévue
du prélèvement d’échantillon
3 mars 2021
Départ vers la Terre
24 septembre 2023
Retour sur Terre de l’échantillon
Astéroïde Bennu
Découvert le 11 septembre 1999
Diamètre : environ 490 mètres
Risque d’impact avec la Terre :
1/24 000 en 2175
Période de rotation sur lui-même :
4,3 heures
Orbite :
Période orbitale : 1,2 an
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 65
JAXA - NASA - DLR - DR
PAR CHLOÉ DURAND-PARENTI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SCIENCES
Futurapolis Santé.
Quand une goutte
de sang et de la
salive permettent
de dresser votre
portrait-robot.
PAR ROMAIN GONZALEZ
«I
l y a une autre preuve que
Scheffer ne pourra pas discuter, c’est celle de l’empreinte de
sa main sur la glace de la vitrine où
ont été prises les médailles et les pièces
de monnaie, dans l’appartement du
dentiste Auguste Alaux. » Au détour
d’une phrase anodine, le quotidien
parisien Le Petit Journal évoque l’un
des récits fondateurs de la police
technique et scientifique hexagonale. En ce samedi 1er novembre
1902, les enquêteurs, Alphonse
Bertillon en tête, se félicitent de
l’arrestation d’Henri-Léon Scheffer, accusé du meurtre de Joseph
Reibel, son amant. Bertillon, pionnier du signalement anthropomé66 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
trique – neuf mesures osseuses
permettant d’identifier des criminels – et venu sur le tard à la dactyloscopie, paraît loin de se douter
que le champ de la biométrie n’en
est qu’à ses balbutiements.
Cent seize années plus tard, le
24 avril 2018, Joseph DeAngelo est
arrêté devant son domicile de Citrus
Heights, non loin de Sacramento.
Douze meurtres, une cinquantaine
de viols. Celui que l’on surnomme
le « Golden State Killer » aurait pu
finir ses jours paisiblement. A ceci
près qu’outre-Atlantique une partie
de la population a succombé à une
passion dévorante : le séquençage
de l’ADN moyennant quelques dizaines de dollars. Des Américains
déversent quotidiennement leur
profil génétique dans des bases de
données, avec pour objectif de retrouver des parents éloignés, des
proches perdus de vue. Ce séquençage massif attire rapidement l’at-
tention des enquêteurs, conscients
que d’anciens cas non élucidés pourraient ne pas résister à ce torrent
d’informations. Bingo : un membre
éloigné de la famille de DeAngelo,
possesseur d’un compte sur GEDmatch, permet de remonter jusqu’à
l’ancien policier.
Plus d’un siècle sépare l’arrestation de DeAngelo de l’envoi au
bagne de Scheffer. Un siècle de
collaboration entre enquêteurs et
scientifiques, scellé dès 1910 par la
naissance du premier laboratoire
de police scientifique du monde,
à Lyon, sous la responsabilité d’Edmond Locard. L’auteur d’un traité
de police scientifique en sept volumes couche sur papier des principes devenus canoniques. L’un
d’eux rappelle que l’auteur d’un
acte criminel laisse des traces sur
la scène de crime et emporte avec
lui des traces du lieu où il se trouvait. Et, si le XXe siècle charrie son
Nouvel enjeu : recueillir, interpréter et comparer
les traces numériques que nous laissons partout.
MP/LEEMAGE – PHOTOPQR/LE DAUPHINE – CHRISTOPHE LEPETIT – GUILLAUME BONNEFONT/IP3/MAX PPP
Extension du domaine de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
l’enquête
AFP – CHRISTOPHE LEPETIT
Evolution. Un siècle
sépare les premières
mesures anthropo­
métriques des outils
scientifiques et tech­
niques actuels permet­
tant l’analyse des
preuves et indices sur
une scène de crime :
prélèvements ADN,
virtopsies (autopsies
virtuelles via les tech­
nologies d’imagerie
médicale), analyses
balistiques, recours
aux rayons ultraviolets
pour améliorer la
visibilité des em­
preintes digitales…
auxquels s’ajoute
le traitement des
données numériques.
lot d’innovations quant à l’identification des traces de sang ou d’ADN,
le XXIe siècle est synonyme de dématérialisation. Nouvel enjeu : recueillir, interpréter et comparer
les traces numériques que nous
laissons partout. « C’est l’évolution
la plus radicale des dernières années,
abonde Olivier Ribaux, directeur
de la célèbre Ecole des sciences
criminelles de Lausanne. L’utilisation systématique des smartphones a
chamboulé l’activité des enquêteurs.
Tout événement public est désormais
filmé, et il devient essentiel d’utiliser
les images capturées, tout comme il est
essentiel d’exploiter les traces laissées
par les différents téléphones présents
sur les lieux d’une enquête. » Cependant, « le gouffre entre réalité technique
et fantasmes demeure immense – c’est
le cas pour la reconnaissance faciale à
grande échelle ou pour la police prédictive. Il existe des schémas sériels de la
criminalité, par exemple. Ces schémas
sont utiles pour déceler des tendances,
mais prédire le crime est une tout autre
problématique ». Une problématique
qui relève au mieux du fantasme
techno-béat, au pis de l’avidité com-
merciale de certaines sociétés qui
en ont fait leur beurre. Aux EtatsUnis, les revers n’ont pas manqué :
PredPol, solution algorithmique de
police prédictive, a été accusé de racisme pour avoir poussé les policiers à intervenir principalement
dans des quartiers habités par une
population majoritairement noire.
De son côté, la police technique
et scientifique française (PTS) refuse
toute sous-traitance à des entités privées. « La police scientifique est l’une
des meilleures au monde, elle n’a pas
besoin de cela ! » Le portrait dressé par
Richard Junca, chef du groupe des
unités opérationnelles au Service
central de la PTS, semble sincère.
Lui travaille régulièrement sur une
tablette numérique permettant la
reconstitution en trois dimensions
d’une scène de crime. Nombre de ses
collègues évoquent à l’envi l’apparition du portrait-robot génétique,
autorisé depuis une décision de la
Cour de cassation de 2014. La PTS
mesure le chemin parcouru.
« Ma première scène de crime,
c’était le meurtre d’une vieille dame
par Thierry Paulin. Le lieu était bourré
de traces papillaires. Si le fichier automatisé des empreintes digitales avait
existé à cette époque, l’histoire aurait
sans doute été différente » : Richard
Vous n’avez encore rien vu !
Peut-on faire parler les morts ? L’homme ira-t-il
toujours plus vite ? Que faut-il penser des lois de
bioéthique ? Toutes ces questions, et bien
d’autres encore, seront au cœur des débats de la
deuxième édition de Futurapolis Santé. Richard
Junca, Jean-Louis Etienne, Cynthia Fleury et de
nombreux autres spécialistes seront là pour
échanger. Rendez-vous à l’Opéra Comédie de
Montpellier les 12 et 13 octobre. Et n’oubliez pas :
c’est gratuit !
Renseignements : www.futurapolis-sante.com
Marlet laisse derrière lui une carrière marquée du sceau d’enquêtes
célèbres au sein de la PJ parisienne.
Celui qui contribuera à la modernisation de l’Identité judiciaire, puis
des archives et de la documentation criminelle, livre sans détour
ses frustrations : « Plus tard, j’ai enquêté sur les meurtres commis par Guy
Georges. L’absence de fichier centralisé
– cette fois-ci, celui des empreintes génétiques – a conduit à la mort de deux
femmes. » De cette histoire résultera
la création du Fichier national automatisé des empreintes génétiques.
Multitude de riens. Jeune retraité et auteur de « Les experts
entrent en scène », Marlet confie
son respect pour l’Ecole des
sciences criminelles de Lausanne.
« Les Suisses nous ont appris une chose
essentielle : c’est en rapprochant les
traces présentes sur plusieurs scènes
de crime et en y adjoignant l’ensemble
de la documentation criminelle que l’on
peut parvenir à boucler des enquêtes.
Comme le disait Sherlock Holmes,
notre méthode est fondée sur l’observation de riens. A une multitude de
riens correspondent des voleurs en
série, des criminels au long cours ! »
Ces riens, ce sont les traces que
nous laissons derrière nous. Smartphones, voitures connectées, assistants personnels dits intelligents : la
quantité de données que nous produisons donne le vertige et soulève
déjà de nombreuses interrogations
pratiques et éthiques. Pourra-t-on
forcer les grands acteurs du hightech à collaborer avec la police alors
qu’Apple refuse de le faire, même
après un attentat comme celui de
San Bernardino ? Olivier Ribaux
prend du recul : « Aujourd’hui, le problème de la PTS n’est pas tant d’ordre
technologique que d’échelle : comment
recueillir, traiter et analyser des flux
astronomiques de données ? » Espérons que cette énigme prendra
moins de cent seize ans pour trouver une solution §
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 67
AKG-IMAGES / ULLSTEIN BILD - ULLSTEIN BILD
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68 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
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A l’unisson
Avec son épouse Ulla,
en 1967.
Le chanteur a
rencontré le jeune
mannequin suédois
Ulla Thorsell en
1966. De leur demisiècle de vie
commune naîtront
trois enfants.
Charles
Aznavour
1924-2018
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 69
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
« Petit Charles ». Parti de rien,
il chantait la vie, l’amour,
faisait vibrer le monde entier
de sa poésie entraînante.
PAR JEAN-LUC WACHTHAUSEN
L
a vie, sa vie ? Il en avait la passion, jusqu’à son dernier souffle. Et ce besoin d’exister, de bouger, d’aimer, de pleurer aussi, il le transmettait dans ses
chansons. Les yeux et les poings fermés. Charles Aznavour était citoyen-chanteur du monde, fier de ses racines arméniennes et de la chanson française, qu’il
défendait avec panache sur toute la planète, illustrant
la French touch bien avant tout le monde.
Qui mieux que lui a symbolisé les blessures de
l’amour, nos rêves enfouis, notre jeunesse, le temps
qui fout le camp, nos différences, ce « malheur palpable »
70 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
En haut
de l’affiche
Concert à l’Olympia
(Paris), dans
les années 1960.
C’était la salle fétiche d’Aznavour.
Il y fait son premier
passage en juin 1956
et tiendra la scène
trois mois d’affilée
en 1965, un record
que Michel Sardou
fera tomber
trente ans plus tard.
évoqué par Jean Cocteau, cette espèce de mélancolie
heureuse qui faisait tout son style ?
C’était un artisan de l’écriture, un « écrivain chanteur », écrivait justement le New York Times, remettant
sans cesse son cœur à l’ouvrage, ciselant chaque mot,
chaque note pour en faire une sorte de formule magique, fluide, émotionnelle. Ce balancement des paroles et de la musique cher à Brassens et qui devient
poème : « Lorsque l’on tient / Entre ses mains / Cette richesse / Avoir 20 ans (…) Quand l’amour / Sur nous / Se
penche / Pour nous offrir / Ses nuits blanches. »
Il aimait capter la vie dans ses moindres tremblements et n’avait qu’un seul personnage, lui-même,
qu’il savait mettre en scène. Il jouait, mimait la chanson avec une gestuelle millimétrée, dernier serviteur
du music-hall, de la chanson à texte et de la mélodie
entêtante. La gloire, cet « astre tardif, lune sereine et
sombre » selon Victor Hugo – dont il était un fervent
lecteur –, Aznavour ne la cherchait plus. Pas une fin,
mais un aboutissement. Le long chemin cahoteux qui
LELOIR/GAMMA-RAPHO
Il était la voix de la France
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Balayé par septembre
Notre amour d’un été
Tristement se démembre
Et se meurt au passé
J’avais beau m’y attendre
Mon cœur vide de tout
Ressemble à s’y méprendre
A Paris au mois d’août
« Paris au mois d’août », 1965.
conduit un débutant raillé pour son « physique déplorable » et sa « voix cassée » à « s’voir déjà » en haut de l’affiche, sur les façades de toutes les salles du monde. La
revanche d’un fils d’émigrés arméniens, la victoire
d’un autodidacte élevé à l’école du spectacle, entraîné
sous les projecteurs dans le sillage d’une comète nommée Edith Piaf. Reconnu, adulé, célébré par ses pairs,
des géants comme lui, Frank Sinatra, Ray Charles, Liza
Minnelli, Elton John.
Charles Aznavourian, un héros français, modèle
parfait d’intégration républicaine, ardent défenseur
d’une langue dont il connaissait toutes les richesses.
Plus de soixante ans de carrière et des centaines de
chansons à son répertoire. Il a traversé toutes les modes, rock, yéyé, disco, techno, sans jamais décrocher,
fidèle à lui-même et à son public, offrant l’image d’un
classique chez les modernes. Pour un peu, on le verrait bien en modèle macronien qui s’est fait tout seul
à force de courage, de travail, de talent. Champion de
la mondialisation, célèbre dans 94 pays mais symbole
de l’ancienne époque, celle des Trente Glorieuses où
tout semblait plus facile sous le règne d’un autre
Charles que l’on appelait le grand et lui le petit.
La mort, il y pensait en souriant et la chassait d’un
revers de la main. Comme pour Trenet, la scène était
sa meilleure alliée, sa thérapie. Il y a encore quelques
jours, il chantait à Tokyo et à Osaka. Dans la postface
de son ultime livre, « Retiens la vie », Aznavour écrivait : « Un rideau se lève, on entre en scène, un rêve s’éveille,
un rideau tombe, un être s’évanouit. Entre ces deux événements, il y a une vie, plus ou moins réussie, plus ou moins
banale ou flamboyante, avec son lot de joies et de peines,
avant de retrouver la grande inconnue… » Derniers mots
d’un monstre sacré de la chanson qui s’en est allé paisiblement sur la pointe des pieds §
LIVE
YOUR
PASSION*
Ses plus
grands succès
CALENDRIER PERPETUEL
TOURBILLON MANUFACTURE
*Vivez votre passion
« For me Formidable ».
1964 « Que c’est triste
Venise », « Hier encore ».
1955 « Sur ma vie ».
1960 « Tu t’laisses aller », 1966 « La bohème ».
1967 « Emmène-moi ».
« Je m’voyais déjà ».
1969 « Désormais ».
1961 « Il faut savoir »
et, pour Johnny Hallyday, 1971 « Mourir d’aimer ».
1972 « Les plaisirs démodés »,
« Retiens la nuit ».
« Comme ils disent ».
1962 « Les comédiens ».
1976 « Mes emmerdes ».
1963 « Et pourtant »,
1991 « Non, je n’ai rien oublié ».
« La mamma »,
frederiqueconstant.com
Renseignements 01 48 87 23 23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
New York,
New York !
Manhattan,
mars 1963.
Aznavour a décidé
de louer la salle
du Carnegie
Hall, celle où Piaf
s’était produite
en 1956. Eddie
Barclay a affrété
un Boeing, baptisé
« Aznavour 707 »,
pour transporter
150 invités – famille,
people, presse.
La réception après
le spectacle réunira
500 personnes.
La conquête
américaine se
poursuivra. Charles
voulait l’Amérique.
Il l’aura.
Avec Claude François,
Michel Sardou et
Michel Delpech,
le 20 mai 1973,
lors de l’émission
de télévision « Top à...
Claude François ».
L’émission de variétés des Carpentier
était diffusée sur
la deuxième
chaîne de l’ORTF.
C’était l’occasion
pour la vedette
d’interpréter des
duos avec d’autres
« collègues ».
En 1973, Claude
François chantait
« Chanson populaire », Delpech,
« Les divorcés »,
Sardou, « La maladie
d’amour », et Aznavour créait « She »,
son premier tube en
anglais, qui triomphera dans les charts
britanniques.
72 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
CLAUDE POIRIER/ROGER-VIOLLET – GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES - MICHAEL HOLTZ/PHOTO12
Sur un plateau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Les dates
de sa vie
PHOTO12
Emmène-moi !
Avec sa femme Ulla,
dans leur maison
de Mandelieu-laNapoule, en 1972.
Ulla, mannequin
suédois, ignorait
la célébrité du
chanteur. Ils se
marièrent une
première fois, à Las
Vegas en 1968, puis
l’année suivante
à Paris, à l’église
arménienne. Ulla
se réjouit lorsque
son mari décida
de renoncer à la
scène puis le pria
d’y retourner après
quelque temps :
« Tu es infernal à la
maison ! »
Naissance
de Shahnourh
Varinag Aznaourian
ou Aznavourian, à
Paris, le 22 mai 1924.
1932 Sa première
scène : à 8 ans,
il récite un poème
en arménien dans
une pièce où jouent
ses parents.
1933 Ecole du
spectacle, débuts
au théâtre et au
cinéma.
1942 Premiers récitals avec le pianiste
Pierre Roche. Ils
jouent jazz, swing,
des vrais « zazous ».
Piaf le repère à l’un
de leurs spectacles.
1946 Reste huit ans
chez Piaf comme secrétaire et chauffeur.
1955 Premier
Olympia en vedette
anglaise de Sidney
Bechet. Il y revient
quelques mois plus
tard avec « Sur ma
vie ».
1960 « Tirez sur le
pianiste », film de
François Truffaut.
1961 « Je m’voyais
déjà », enfin le succès : le public se lève
pour une ovation.
1963 « La mamma ».
Tournées américaines.
1974 « She », disque
d’or et de platine à
Londres, premier
Français récompensé.
1989 « Pour toi,
Arménie », chanson
caritative interprétée par une cinquantaine d’artistes.
2004 Le président
Chirac lui remet
les insignes de
commandeur de la
Légion d’honneur.
2018 Le 1er octobre,
mort dans sa maison
de Mouriès
(Bouches-du-Rhône)
après une tournée
au Japon. Il devait
en entamer une
autre en Belgique
dans les prochains
jours.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 73
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Avec Michel Audiard,
après un concert à
l’Olympia, en 1972.
En 1961, Aznavour
avait remporté
un succès énorme
avec « Un taxi pour
Tobrouk », film dialogué par Audiard,
qui faisait dire à son
personnage, Samuel
Goldmann, médecin
juif fuyant les persécutions : « Si t’as pas
un grand-père banquier, dis-moi, à quoi
ça sert d’être juif ? »
Les dieux
de l’Olympia
En compagnie de
Michel Polnareff,
dans les coulisses
de l’Olympia,
le 9 avril 1969.
Les deux chanteurs,
poursuivis par
le fisc, quitteront
la France quelques
années plus tard.
74 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
PATRICE PICOT/GAMMA-RAPHO. JEAN-PIERRE LELOIR/GAMMA-RAPHO
Un verre
pour Tobrouk
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en sa qualité d’intermédiaire en assurances, immatriculation ORIAS n° 07 022 493 (orias.fr). Tarif standard d’assurance donné à titre indicatif pouvant évoluer et hors surprime éventuelle.
Banque Française Mutualiste - Société anonyme coopérative de banque au capital de 116 220 112,75 €. RCS Paris 326 127 784. Intermédiaire en assurances (ORIAS n° 08 041 372).
Siège social : 56-60 rue de la Glacière - 75013 Paris.
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Crédit photo : Getty Images - Michaeljung.
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Aznavour,
mon autre nom de famille
P
etite, quand on me demandait la signification
de mon nom de famille imprononçable
(Couyoumdjian), je répondais que j’étais arménienne. Dans les années 1970, cela n’évoquait rien
à personne. Devant l’air circonspect de mon interlocuteur, j’ajoutais alors crânement : « Comme Aznavour… » Et le visage en face de moi s’éclairait.
Pour les milliers d’Arméniens exilés, Aznavour
fut d’abord cela : notre carte d’identité, le sésame
de la reconnaissance, la preuve que nous existions
et que nous étions des gens bien. Comme lui. De la
même souche irréductible. Du même lignage.
Aznavour, mon autre nom de famille.
Le plus grand artiste de la chanson française, la
quintessence de sa culture, c’était Charles : le métèque au teint mat et aux mêmes paupières tombantes que mon père et ma grand–mère. Un
gringalet du Caucase aux cheveux drus et au nez
« trop lourd à porter » qu’il raccourcira ; un antisex-symbol qui rendait les femmes dingues parce
qu’il leur chantait l’amour comme personne n’avait
osé le faire : les membres lourds, le souffle court, au
sein des draps froissés…
Charles : le triomphe des petits, des étrangers,
des pas beaux, pas grands, pas blonds.
Aznavour était né dans une famille d’immigrés
où l’on parlait le russe et l’arménien. Où l’on vénérait la France et ses grands hommes. Où la table
resta toujours ouverte durant la guerre pour les
amis de Missak Manouchian, les résistants FTPMOI, étrangers morts pour la France, immortalisés
par « L’Affiche rouge » du poète Louis Aragon.
L’auteur de « La bohème » est devenu le symbole
de la France par la force des mots, sa seule vraie patrie. Aznavour, français parce qu’arménien. Arménien parce que français.
« Je suis 100 % français et 100 % arménien », résumait-il aux journalistes qui l’interrogeaient sur ses
origines. J’ai repris la formule à mon compte. Ma
réponse à Eric Zemmour et à tous les identitaires,
Valérie
Toranian
Directrice de
la rédaction
de la « Revue
des Deux
Mondes ».
Dernier
ouvrage
paru : « Une
fille bien »
(Flammarion).
fondamentalistes, indigénistes et autres maurrassiens nostalgiques qui rêvent plus que jamais de
nous assigner à une identité. Nous circonscrire,
nous définir, nous essentialiser. La France d’Aznavour, ça ne s’expliquait pas, ça ne se disséquait pas,
ça coulait dans les veines, comme un printemps,
comme une évidence.
J’ose y croire encore.
En 1975, le chanteur rend hommage aux victimes du génocide arménien perpétré par la Turquie. Il écrit « Ils sont tombés ». « Moi je suis de ce
peuple qui dort sans sépulture, qui a choisi de mourir
sans abdiquer sa foi, qui n’a jamais baissé la tête sous
l’injure, qui survit malgré tout et qui ne se plaint pas… »
Qui ne se plaint pas. Ma grand-mère, qui avait
connu l’indicible et n’en parlait jamais, ne se plaignait pas. Mon père ne se plaignait pas. Les Arméniens qui avaient connu la violence xénophobe
lors de leur arrivée en France ne se plaignaient pas.
Ou très peu, et en arménien pour que personne ne
comprenne ! Ils transformaient les humiliations
et les emmerdes en carburant pour l’avenir et la
réussite de leurs enfants. De toute façon, à côté de
ce qu’ils avaient subi, tout était facile. Suffisait d’y
croire. De travailler. A l’époque, l’ascenseur social
fonctionnait peut-être mieux, mais leur désir de se
couler dans cette France terre d’accueil était plus
puissant que la rage.
En 1975, leurs enfants avaient grandi et leurs petits-enfants étaient nés.
Chaque jour, cet été-là, je surveille la progression d’« Ils sont tombés » dans le hit-parade de RTL
et dans le « Ring Parade » de Guy Lux. Quand la
chanson a fini première, je me souviens que j’ai crié
de bonheur. Au firmament de la variété, panthéon
de mes 12 ans, s’embrassaient glorieusement mes
racines françaises et arméniennes.
Depuis lundi, je traîne mon chagrin. Un ami arménien m’envoie un SMS : « Arrête de pleurer, chante,
chante, chante ! » §
Charles : le triomphe des petits, des étrangers,
des pas beaux, pas grands, pas blonds.
76 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
SÉBASTIEN SORIANO/FIGAROPHOTO
PAR VALÉRIE TORANIAN
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Instinct
Charles Aznavour
chez lui, à Paris,
en 1950.
« Un musicien
d’instinct, c’est
quelqu’un qui entend de la musique.
Moi, j’entends de la
musique dans ma
tête et je recopie ce
que j’entends. Je fais
de la musique toute
la journée. Quand je
suis chez moi, je suis
au piano. »
78 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
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« Je m’voyais déjà… »
Saga. Itinéraire
d’un enfant
pas si gâté.
idole de l’époque était Charles
Trenet et, adolescent, il passa de
nombreux après-midi à guetter
celui-ci devant sa maison de
disques. Lorsque, enfin, après des
jours et des jours d’attente, il vit
arriver l’homme qu’il admirait
tant, paralysé par le trac, il n’osa
pas lui adresser la parole.
PAR SACHA REINS
LIDO/SIPA – VASSAL HUGUES/EYDEAPRESS (X 2)
A
ffirmer que Charles Aznavour occupait une place à
part dans la chanson française et les arts populaires contemporains serait terriblement
réducteur. En fait, après avoir apporté une dimension nouvelle à
la chanson française – la faisant
définitivement entrer dans l’ère
adulte en prenant ses distances
avec l’optimisme béat et rigolard
de rigueur avant lui et en la saupoudrant d’ironie, de mélancolie,
d’amertume et d’espoir –, il est
devenu à travers le monde le symbole et le représentant d’une masculinité nouvelle, intelligente et
sensible. Pendant longtemps, il
souffrit beaucoup parce que ni
son physique ni sa voix ne correspondaient aux critères de l’époque.
Charles Aznavour a ouvert la
porte aux Dustin Hoffman, Bob
Dylan, Joe Cocker et autres Al Pacino, jugés si grotesques à leurs
débuts. Cependant, son chemin
ne fut pas facile, et son triomphe
planétaire n’en fut que plus impressionnant.
Charles Aznavour est né à Paris le 22 mai 1924 et, attiré très
jeune par les arts de la scène, il
suivit les cours de l’Ecole des enfants du spectacle puis ceux de
l’Ecole centrale de TSF. Il fit ses
débuts sur les planches à l’âge de
9 ans au Théâtre du Petit Monde
dans « Un bon petit diable » et, la
même année, au cinéma dans « La
guerre des gosses » en compagnie
de Mouloudji. Membre à 17 ans
de la compagnie Jean Dasté, il tâte
aussi du théâtre classique avec
« Les fâcheux » et Arlequin. Mais,
déjà, sa véritable passion est l’écriture. Littéraire et musicale. Son
Jeunes années
A l’âge de 4 ans
entouré de sa mère,
de sa grand-mère
et de sa sœur, en 1928.
A g., âgé de 13 ans,
alors élève de l’Ecole
des enfants du
spectacle.
Le garçon fait ses
débuts sur les
planches à 9 ans au
Théâtre du Petit
Monde dans « Un
bon petit diable » et,
la même année, au
cinéma dans « La
guerre des gosses ».
« Quasimodo ». Ses premières
chansons furent interprétées par
les autres : Chevalier, Mistinguett,
Gréco et surtout Piaf (lire p. 84),
qui le prit sous son aile, lui en fit
voir de toutes les couleurs et le
poussa à se lancer lui-même dans
le bain. Les débuts furent évidemment catastrophiques. Petit et
maigrichon, il ne correspondait
pas aux critères esthétiques requis pour faire à l’époque carrière
dans la chanson (surtout dans la
chanson d’amour) et sa voix au
timbre voilé si particulier provoque rejet et moqueries. En 1955,
il fait ses débuts à l’Olympia en
vedette anglaise et le lendemain
un critique radiophonique porta,
en direct pour 8 millions d’auditeurs, cette estocade aussi méchante que ridicule : « Nous avons
eu la primeur d’une apparition qui
nous a ramené aux temps de l’imagerie monstrueuse, aux siècles de
Quasimodo et des “Mystères de Paris”. En voyant et en entendant ce
M. Aznavour, nous nous sommes demandé : “Pourquoi ne pas chanter
avec une jambe de bois ?” » Nous
avons bien entendu oublié le nom
de l’auteur de ces âneries.
Pendant des années, Charles
Aznavour va essuyer moqueries,
rebuffades, sifflets. Tout cela n’aura
aucun effet sur sa détermination,
il sait que l’art doit régulièrement,
pour survivre et progresser, faire
sauter les conventions. Il s’accrocha et finit par gagner. « Tous les
chanteurs ont connu des bides, expliquait-il en 1969, mais je crois bien
que je détiens le peu enviable …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 79
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Succès
L’artiste danse le
french cancan avec
l’autre Charles,
Trenet, son idole,
au Moulin-Rouge,
en 1955.
A g., en 1944, avant
son opération du nez.
Adolescent,
Aznavour vouait
un culte à Charles
Trenet. Il se
produisit devant
lui et Piaf alors qu’il
jouait en duo avec
le pianiste
Pierre Roche.
80 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
l’homosexuel (« Comme ils disent
«), décrit de cette façon la mort du
désir de plaire (« Tu t’laisses aller »)
ou raconté la triste trajectoire d’un
artiste raté (« Je m’voyais déjà »).
La musique qui propulse ses
poèmes est à la hauteur de ceux-ci.
Ses mélodies sont reprises par les
plus grands chanteurs internationaux (Ray Charles et Frank Sinatra, parmi eux), bel exploit pour
quelqu’un qui se proclame « musicien d’instinct ». Explications de
l’intéressé : « Un musicien d’instinct,
c’est quelqu’un qui entend de la musique. Moi, j’entends de la musique
« Je m’voyais déjà
En haut de l’affiche,
En dix fois plus gros
Que n’importe qui
Mon nom s’étalait,
Je m’voyais déjà,
Adulé et riche,
Signant des photos
Aux admirateurs qui se bousculaient,
J’étais le plus grand
Des grands fantaisistes,
Faisant un succès si fort que les gens
M’acclamaient debout… »
« Je m’voyais déjà », 1976.
dans ma tête et je recopie ce que j’entends. Je fais de la musique toute la
journée. Quand je suis chez moi, je
suis au piano. » Précisons pour lui
qu’il n’a jamais appris la technique
de cet instrument, mais qu’il en
joue bien mieux que d’autres qui
l’ont étudié pendant des années.
Cela s’appelle le don.
Cap. Les siens semblent illimités. Chanteur, auteur et compositeur, il s’est aussi imposé comme
un des comédiens les plus doués
de notre époque. Après ses débuts
au cinéma dans « La tête contre
les murs », qui lui valut en 1959 le
grand prix d’interprétation de
l’Académie du cinéma, on le vit
(entre autres) dans « Les dragueurs », « Tirez sur le pianiste »,
de François Truffaut, « Le passage
du Rhin », « Un taxi pour Tobrouk »,
avec Lino Ventura, « Le testament
d’Orphée », « Un beau monstre »,
« Qu’est-ce qui fait courir David ? »
et, plus récemment, dans « Les fantômes du chapelier » et « Yiddish
Connection », dont il signa également le scénario.
Charles Aznavour a fait partie
de ce cercle très fermé des créateurs qui ont su traverser toutes
les modes et autres révolutions
musicales (certaines très éphémères) qui secouèrent …
© ULLSTEIN BILD / ROGER-VIOLLET – AFP
record du bide. Songez que j’ai
vécu dix-sept ans de bides non-stop !
Mais je ne m’en plains pas, au
contraire. Les échecs, la poisse et les
tomates me stimulent au lieu de me
rebuter. Et si je suis arrivé à être
quelqu’un, c’est grâce à dix-sept ans
de travail acharné, de luttes, de misère et de découragement. Quand j’y
songe, j’ai eu d’incroyables débuts,
dont peu d’artistes peuvent se glorifier. Mes premières apparitions en public étaient délirantes, c’était une
tempête de huées, des moqueries systématiques. Et parfois, ce qui était
peut-être pire, on m’écoutait dans la
plus glaciale indifférence. » Après dixsept années de galère, le miracle
se produisit un soir à Casablanca,
où les spectateurs debout refusèrent de le laisser partir. Charles
se demanda s’il ne rêvait pas.
Le chanteur va devenir alors le
symbole d’un nouveau romantisme réaliste qui puise ses émotions aux sources de la vraie vie.
Ses chansons mettent en scène des
personnages de tous les jours, des
situations mille fois vécues, des
sentiments complexes et douloureux. Et, par la simple magie de ses
mots, il va élever cette poésie populaire à une hauteur humaniste
qu’elle n’avait jamais atteinte. Personne avant lui n’avait osé chanter la solitude désespérée de
…
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Conquête
© CLAUDE POIRIER / ROGER-VIOLLE
Devant le Carnegie
Hall, à New York, où
le chanteur se produira pour la première
fois en 1963.
C’est Aznavour
lui-même qui louera
la salle mythique.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 81
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Légende. Cet homme comblé,
riche, célèbre et bien marié n’en
est pas pour autant insensible aux
problèmes du monde. Bien au
contraire. Toute sa vie, il a mené
un combat ininterrompu pour aider les Arméniens et, quand il le
fallait, multiplié les démarches
auprès des dirigeants de ce monde.
A plus de 80 ans, Charles Aznavour aurait pu ralentir son rythme
de vie. Penser qu’il ait seulement
eu envie de le faire serait mal
connaître ce créateur en perpétuelle ébullition artistique. « Vous
aimez les eaux stagnantes, vous ?
Moi, non, ça sent mauvais, nous disait-il récemment au cours d’un
déjeuner. Il faut que je bouge. C’est
dangereux de ne rien faire, les retraités meurent. » Jusqu’à la fin, donc,
il continua à parcourir le monde
pour enregistrer des albums nouveaux (dans tous les sens du mot) :
Pères et fils
Avec son père, Micha
Aznavourian, à
l’Olympia, en 1976.
Ci-dessous, entouré de
deux de ses six enfants,
Misha et Katia, à la
fin des années 1990.
Micha (à dr.), ancien
baryton, ouvre un
restaurant arménien
à Paris dans les
années 1920 où il
chante pour les
exilés d’Europe
centrale.
Misha (en bas) disait
de son père qu’il
n’avait « aucune
pédagogie, aucune
psychologie,
ce qui ne l’empêchait
cependant pas d’être
un très bon père ».
« Je vous parle d’un temps
Que les moins de 20 ans
Ne peuvent pas connaître,
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres,
Et si l’humble garni
Qui nous servait de lit
Ne payait pas de mine,
C’est là qu’on s’est connus,
Moi qui criais famine et toi
Qui posais nue,
La bohème, la bohème,
Ça voulait dire, on est heureux,
La bohème, la bohème,
Nous ne mangions,
Qu’un jour sur deux… »
« La bohème », 1965.
82 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
à Cuba avec les musiciens locaux,
à Los Angeles avec un big band
jazz, en duo avec Sting, Elton John,
Julio Iglesias, Céline Dion, Johnny
Hallyday. Certes, la voix défaillait
de temps en temps et ne grimpait
plus aussi facilement ni avec autant de force vers les notes élevées, mais cette diminution
physique qu’il ne cherchait même
pas à cacher contribuait à renforcer la légende d’un homme qui
s’est toujours montré tel qu’il
était. Dans l’instant, sans s’occuper de postérité. « Je n’y crois pas
du tout. Rien ne me survivra, trois
ou quatre chansons traverseront peutêtre le temps, mais pas moi. Mon nom
sera oublié. Vous pouvez me dire qui
a écrit “Le temps des cerises” ? » §
PHOTO B.D.V./CORBIS – © PATRICK ULLMANN / ROGER-VIOLLET
notre siècle sans être obligé
de changer ou de modifier leur
cap. On retrouve, à ses côtés, Frank
Sinatra (qui l’invita à enregistrer
un duo avec lui), Ray Charles (dont
la version américaine de « La
mamma » fit le tour du monde),
Tony Bennett, Stevie Wonder, Barbra Streisand, Liza Minnelli, Paul
McCartney…
…
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PUBLI-COMMUNIQUÉ
PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE :
PAS D’ANNÉE BLANCHE POUR LES DONS !
Au milieu des débats et des questionnements
sur le prélèvement à la source, le Syndicat France
générosités, représentant du secteur de la
générosité en France, tient à rappeler les attentes
des donateurs qui sont nombreux à demander une
meilleure information de la part des associations et
du Gouvernement. Avec 92% de donateurs fdèles
chaque année, le dernier trimestre qui représente
40% des dons est une période cruciale pour la
collecte.
40% des contribuables-donateurs ne savent
pas si les réductions fscales seront maintenues
dans le cadre du prélèvement à la source et cette
proportion monte à 50% chez les donateursretraités.1 Les acteurs de la générosité ont
longuement échangé avec le Gouvernement sur
les enjeux autour de la générosité privée. France
générosités salue la décision du Gouvernement de
faire bénéfcier 5,5 millions de foyers d’une avance
de 60% sur les réductions d’impôt liées à leurs dons
à compter du 15 janvier 2019. Le Syndicat travaille
également aux côtés de la Direction générale
des fnances publiques (DGFIP) à la diffusion
d’une information pédagogique à destination des
contribuables.
Malgré ce signal positif et constructif, le contexte
fscal reste complexe pour les organismes sans
but lucratifs avec 1 contribuable sur 5 ne sachant
pas encore ce qu’il fera concernant ses dons
début 2019.2 L’année 2018 a été marquée par
une « instabilité fscale » pour les donateurs. Nous
enregistrons une baisse signifcative des dons durant
le premier semestre ( -6,6 % des montants collectés)
. Cette baisse peut s’expliquer entre autres par la
hausse de la CSG pour les retraités, population très
importante pour notre secteur (71% des donateurs
sont âgés de 50 ans et plus) mais surtout par la
transformation de l’Impôt sur la fortune (ISF) en
Impôt sur la fortune immobilière (IFI) avec une baisse
de 13% de la collecte sur les mois de mai et juin
2018.3
En effet la transformation de l’Impôt sur la fortune
en Impôt sur la Fortune Immobilière qui concerne
moitié moins de contribuables a conduit à une
baisse de 54% (soit près de 150 millions d’euros)
par rapport aux dons issus de cette collecte
spécifque auprès des grands donateurs en 2017,
dont la somme montait jusqu’à 273 millions d’euros.4
Ces bouleversements posent la question de la
générosité privée et de son effet démultiplicateur
pour les associations et fondations. La moitié des
membres de France générosités dépendent à
80 % de la générosité privée dans leurs modèles
économiques et doivent la survie de leurs
programmes à leurs généreux donateurs. Plus
largement, le secteur associatif est animé par 13
millions de bénévoles et 1 800 000 salariés. Il pèse
3,2% du PIB français, génère environ 85 Milliards
d’Euros de ressources annuelles dont 2,6 milliards
proviennent des dons des particuliers et environ 1,1
milliard du mécénat d’entreprise.5
Nous devons continuer d’encourager la
générosité privée afn de permettre le maintien
et le développement des causes et programmes
au bénéfce des publics les plus fragilisés et
marginalisés, en faveur de l’éducation, de la
recherche et de l’enseignement supérieur, de
l’environnement, de la lutte contre le réchauffement
climatique et plus généralement de tous les secteurs
de l’intérêt général.
Les citoyens sont davantage sollicités pour aider à
rassembler les fonds nécessaires au développement
des causes qui nous concernent tous. Il est de notre
responsabilité de soutenir leurs démarches en leur
proposant une information claire et pédagogique,
tout en continuant de défendre les mesures fscales
incitatives.
Pierre Siquier
Président de France générosités
Pierre Siquier est Président du syndicat France générosités qui représente depuis
1998 les 97 plus importantes organisations d’intérêt général faisant appel public à la
générosité : www.francegenerosites.org.
Retrouvez notre nouvelle campagne Donner fait du bien sur www.donnerfaitdubien.org
1
Étude Kantar - France générosités sur les comportements des donateurs face aux changements fscaux – septembre 2018
² Étude Kantar - France générosités sur les comportements des donateurs face aux changements fscaux – septembre 2018
3
Baromètre de la générosité sur le 1er trimestre 2018
4
Baromètre IFI 2017_2018 réalisé sur 31 Fondations reconnues d’utilité publique, France générosités, juillet 2018
5
Bercy – Chiffres 2015
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
« Piaf me disait : “T’es un gé
soir, je conduisais la voiture quand
on allait faire les fous, je faisais un
peu de secrétariat aussi… Je plaisantais avec elle. J’étais son complice
pour lui trouver quelques bouteilles
de bière. A l’époque, ça ne me dérangeait pas car j’étais moi-même
buveur. J’allais aussi à New York
pour repérer les spectacles qu’elle
n’avait pas le temps de voir. J’étais
l’homme à tout faire, quoi… Mais
je considérais que vivre dans le sillage d’une star de cette force était
un bienfait extraordinaire. On apprend ce qu’il faut faire et on évite
ce qu’il ne faut pas faire. Je suis resté
huit ans auprès d’elle.
Qu’est-ce qui vous a
rapprochés ?
PROPOS RECUEILLIS
PAR CATHERINE LAGRANGE
Le Point : Comment avez-vous
rencontré Piaf ?
Charles Aznavour : J’étais un jeune
chanteur de 22 ans, c’était une star
de 31 ans. Je cherchais à la rencontrer pour lui présenter une chanson que j’avais écrite pour elle. Mais
toutes les portes étaient fermées.
Un jour, je chantais au Washington, à Paris, avec le pianiste Pierre
Roche. Piaf et Trenet étaient au pre84 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
mier rang. Ils devaient chanter après
nous. Pendant que je chantais, je
voyais Piaf qui me faisait son geste
célèbre, un signe de l’index, « viens ».
Après le spectacle, nous sommes
allés chez elle. Elle m’a invité à danser une valse à l’envers. Puis elle
m’a dit, en me tutoyant : « Tu viens
demain ! » J’y suis allé le lendemain,
le surlendemain…
Quel était votre rôle aviez-vous
auprès d’elle ?
Elle me demandait d’écouter les
chanteurs qu’elle auditionnait. Le
En scène
Edith Piaf félicitant
Charles Aznavour
après le concert
à l’Alhambra, à Paris,
le 9 octobre 1958.
Le jeune chanteur
a appris son métier
en observant Piaf
sur scène : « Je n’ai
jamais cherché
à l’imiter, mais
plutôt à retenir
ce qu’il y avait
de fort chez elle. »
Quelle place occupiez-vous
dans le groupe ?
Quand on était à table, avec Bécaud
et les autres, elle commandait la
même chose pour tout le monde.
Mais moi, j’avais le droit de choisir ce que je voulais. J’ai fini par
dire qu’on avait une amitié amoureuse. C’est moins que de l’amour,
mais plus que de l’amitié.
RUE DES ARCHIVES/AGIP
Mentor. A l’occasion de notre hors-série
« Piaf », en 2013, le chanteur nous avait
parlé de son idole.
Ce qui lui a plu, c’est que Roche et
moi on interprétait des chansons
qui sortaient de l’ordinaire, nous
étions différents des jeunes de notre
époque, on était avant-gardistes.
J’ai été le premier à faire ce genre
de chansons, avant Vian, Nougaro…
Et nous avions aussi des points communs, elle et moi : on avait vécu
tous les deux dans la rue, chanté
dans la rue, parlé l’argot, dansé au
bal musette… J’avais tout pour
plaire à Edith. On avait en commun
le côté « populo », et elle comme
moi nous voulions nous en sortir.
Un jour, elle a voulu en savoir plus
sur moi. Je lui ai dit que j’étais d’origine arménienne, que j’étais marié,
que j’avais une petite fille. Elle m’a
regardé avec son regard d’aigle et
m’a dit : « Quand on fait notre métier, on ne se marie pas ! » Par la
suite, elle a totalement ignoré le
reste de ma vie.
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nie, mais t’es con !” »
Que vous a-t-elle enseigné ?
Elle n’interférait pas ou très peu
dans mon travail, alors que je lui
montrais tout ce que j’écrivais. Pour
la scène, Piaf avait la manie de demander combien de chansons on
allait chanter. Quand ça marchait
bien, au bout de trois chansons elle
me faisait sortir de scène. Quand
ça ne marchait pas, elle m’obligeait
à rester pour chanter davantage. Je
n’ai pas compris tout de suite qu’elle
nous habituait à être forts dans le
succès et à savoir partir, et à être
forts dans le bide et à savoir rester.
Et ça, ce n’est pas donné à tous les
professeurs. Je n’ai jamais cherché
à l’imiter, mais plutôt à retenir ce
qu’il y avait de fort chez elle.
Plus bleu que le bleu de tes yeux,
Je ne vois rien de mieux,
Même le bleu des cieux.
Chanson de Charles Aznavour pour Edith Piaf, 1951.
nage comme Piaf, qui a un instinct
formidable et un sens du spectacle
rare, sans apprendre. Je ne lui ai pris
aucun geste, mais j’ai gardé la sobriété. Je lui en ai donné un, en revanche : à la fin de « Une enfant »,
quand elle disait « morte », je lui ai
suggéré de fermer les yeux. Avec
elle, j’ai appris aussi à faire les éclairages. Quand je n’arrivais pas à
suivre son doigt avec le projecteur,
elle me lançait : « Mon salaud, t’as
raté mon doigt aujourd’hui ! »
Sa gestuelle vous a-t-elle
inspiré ?
Et sa robe noire, était-ce
un uniforme ?
On ne passe pas à côté d’un person-
Chemises 50€
3 pour 99€ - 5 pour 129€
Chaussures Ville et Boots 139€
La 2e paire au choix 99€
Ceintures 29€
La 2e au choix 19€
Costumes 199€
Le pantalon supplémentaire 59€
Embauchoirs Cèdre Rouge 29€
2 paires 39€ - 4 paires 69€
Elle voulait dire qu’on entre en
scène pauvre et qu’on en ressort
pauvre. Elle ne portait pas de bijoux non plus, à part sa toute petite croix autour du cou. Elle m’a
influencé en cela aussi. La « robe
noire », je l’ai gardée sur scène moi
aussi. Quand je chante, je ne porte
pas de bijoux, même pas de montre,
rien. On était d’accord sur le fait
qu’il fallait ressembler à son
public, et non le contraire, sinon
ça tourne à la caricature.
On lui prêtait un sale
caractère…
On a même dit qu’elle était méchante. Elle n’était pas méchante !
Quand elle donnait un conseil,
c’était sincère. Elle n’avait pas besoin d’être autoritaire, elle avait
une autorité naturelle. C’est vrai
qu’elle pouvait faire preuve …
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Factotum
Les deux artistes
en vacances à Nice,
le 18 août 1950.
Chauffeur,
secrétaire, trésorier… Pendant
huit ans, Charles
Aznavour a été
l’homme à tout
faire de la star.
nous sert un pot-au-feu à l’ancienne avec un bel os à moelle.
Edith demande au garçon de l’emballer et dit à sa secrétaire d’envoyer le paquet à André Luguet,
un acteur très connu, avec un côté
British. Elle accompagne l’os d’un
petit mot : « Je t’envoie l’os de mon
cul pour te faire du bouillon. » Elle
adorait démythifier son personnage. Elle aimait s’amuser. Elle
pouvait aussi être assez mélancolique. Quand elle était triste, je la
prenais dans mes bras.
Quelles étaient ses relations
avec les femmes ?
Elle avait des amies, mais de préférence ni chanteuses ni actrices,
excepté Michèle Morgan. Elle l’ai-
Comment considérait-elle
les autres chanteurs ?
Elle en était curieuse, elle allait
voir les spectacles. Un jour, elle
m’a dit : « Ce Johnny Hallyday, c’est
quoi ? Un “rock-and-roller” ? » Je
lui ai assuré que c’était très bien,
qu’elle devrait aller le voir. Et elle
l’a fait. Le lendemain, elle m’a dit :
« T’as raison, il est très bien, ce
môme. » Depuis, pour moi, Johnny,
c’est « le môme ».
Et avec les hommes ?
Quel rapport entretenait-elle
avec l’argent ?
Je n’ai jamais touché un seul sou de
Piaf. J’avais tout à apprendre, je n’allais pas lui demander de l’argent !
Un jour, elle nous a emmenés en
tournée, Roche et moi, en nous proposant de faire l’ouverture de ses
concerts. Je lui ai demandé combien on allait gagner. Elle m’a répondu : « Mon salaud, si Piaf
t’emmène, tu ne demandes pas combien tu vas gagner. » Et ça s’est arrêté là. Elle gagnait très bien sa vie,
mais elle dépensait tout. J’ai été son
trésorier aussi. Quand on devait
partir en voyage, Edith n’avait jamais un sou pour payer les billets.
Je vendais donc les voitures qu’on
avait achetées pendant la précédente tournée.
Elle faisait preuve d’humour ?
Piaf avait beaucoup d’humour.
Dans ma vie, je n’ai jamais autant
ri qu’avec elle. Elle aimait les gags.
Une fois, dans un restaurant, on
86 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
belle table pour recevoir Michèle
Morgan. A un moment, j’ai tiré une
chaise extrêmement lourde, je suis
tombé par terre, Piaf a explosé de
rire, et elle lui a raconté la vérité
sur l’histoire de la table et des
chaises de Fabius. Elle m’avait demandé de ne jamais écrire de chansons pour d’autres femmes sans
les lui montrer. Un jour, je lui
montre « Je hais les dimanches ».
La chanson ne lui plaisait pas, elle
me l’a rendue. Mais quand elle a
appris que c’était Gréco qui allait
la chanter, elle s’est fâchée : « Mon
salaud, tu as donné ma chanson à
Gréco ? » Un bel exemple de sa mauvaise foi. Pour finir, elle l’a quand
même enregistrée. Une autre fois,
à l’inverse, elle invite à déjeuner
Lucienne Delyle, une chanteuse
très populaire à l’époque. Elle me
dit : « Mon salaud, tu n’as jamais
écrit une chanson pour Lucienne ? »
Je venais d’en écrire une pour Piaf,
elle la lui a donnée, c’était « En ce
temps-là ».
« Avec moi, ça ne s’est pas
fait. J’ai un problème avec
les femmes, je n’aime
que les blondes. »
mait beaucoup. Un jour, elle l’a invitée à déjeuner à la maison. Mais
elle n’avait ni table ni chaises pour
recevoir. Je le lui ai fait remarquer,
elle m’a répondu : « Tu te débrouilles ! » Je suis donc allé voir
l’oncle de Laurent Fabius, qui était
antiquaire, en inventant une histoire. J’ai expliqué que Mme Piaf
voulait refaire son appartement et
qu’elle souhaitait essayer du mobilier. Fabius a apporté très gentiment les meubles. Je ne pense pas
qu’il ait été dupe. On a fait une très
C’est elle qui décidait, c’était la cheftaine. Elle tombait amoureuse assez facilement. Aucun homme ne
lui a résisté, à part un ou deux. C’est
toujours elle qui les virait. Ça m’a
toujours amusé. Avec moi, ça ne
s’est pas fait. J’ai un problème avec
les femmes, je n’aime que les
blondes. Mais comme ça, elle ne
m’a pas viré. Je n’ai pas dormi avec
elle, mais j’ai vécu avec elle pendant huit ans, c’est-à-dire plus longtemps que les autres. Pas un homme
n’a tenu huit ans à ses côtés.
Après avoir cessé de travailler
pour elle, l’avez-vous perdue
de vue ?
Jamais, on est toujours restés amis.
Je la faisais beaucoup rire. J’avais
un numéro pour elle qui marchait
à tous les coups. Je connaissais toujours les dernières histoires, je les
lui racontais. Au moment de partir, je passais la porte, puis je revenais et je lui donnais une dernière
histoire. J’entendais encore son
rire énorme après mon départ. J’ai
toujours son rire dans l’oreille, je
ne l’ai pas oublié. C’est ce que je
garde d’elle. Elle me manque. Je
pense toujours à elle. Elle est une
partie de ma vie §
RUE DES ARCHIVES/AGIP
de mauvaise foi, mais rien
de grave. Nous avions assisté à un
spectacle aux Etats-Unis qui ne lui
avait pas plu. Elle est rentrée en disant : « Mon salaud, c’était dégueulasse, j’ai perdu mon temps. » Je lui
ai répondu qu’elle n’avait peut-être
pas tout compris à cause de son anglais. « Comment oses-tu me dire
ça ? Puisque c’est comme ça, tu
rentres en France. » Elle m’a donné
mon billet de retour. Le lendemain,
sur le bateau, j’ai reçu un télégramme : « Tu nous manques déjà. »
C’était ça, Piaf. Elle m’appelait aussi
son « génie con ». Elle était très
proche de ce que j’écrivais, même
quand ce n’était pas pour elle. Elle
me disait toujours : « T’es un génie,
mais t’es con. » Je l’acceptais, ce
n’était pas méchant. J’ai choisi de
garder « génie » et d’oublier « con ».
…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Ce grand frère
qui fredonnait…
Résonance. Aznavour avait
la voix de tout le monde, un
voile en plus, et ses chansons
nous parlaient de nos vies.
PAR ANDRÉ TUBEUF
L
a chanson française a eu surtout les femmes pour
dire l’accent grave, blessé par la vie, mâle au fond,
celui que dans les films d’avant guerre on appellera
réalisme poétique : Fréhel et Damia, puis Piaf. Les messieurs ne chantaient pas volontiers la déchirure d’être,
la détresse d’aimer, les hommes perdus. Même le Gabin du « Quai des brumes », quand il chantait, faisait
le tourlourou. Il y a eu des roucouleurs, gominés d’accent corse ou mexicain ; des fantaisistes, des emballeurs, des blagueurs ; puis, très à part, Brassens, ce barde.
Souci commun à tous, distraire, dépayser. Des escapistes purs. Aznavour tranchait. Par ses chansons déjà,
que lui prenaient Piaf et Gréco. Et combien plus quand
il parut sur scène : gars quelconque, d’ici même et qui
chante l’ici-même ; la voix de tout le monde, un peu
couleur muraille ; un contemporain, existentialiste
moins la doctrine, avec, dans le voile élimé de la voix,
la nostalgie ou, mieux, l’exil. Cette éraillure faisait le
pouvoir des mots plus pénétrant encore, une évocation, une incantation. Celui-là n’invitait pas à la fête,
ne promettait pas la lune. Sa corde sensible était la
sympathie, une sympathie fraternelle, il en jouait en
violoniste, la faisait vibrer, bien avant qu’on ne parle
de compassionnel. C’était un frère aîné, qui a vécu ce
qui vous attend, vous regarde dans les yeux et vous
dit : on n’en meurt pas. Les filles, comme gênées,
n’osaient pas trop accaparer cette sentimentalité pudique pour garçons.
Ce qui couvait en Afrique du Nord prenait feu en
octobre 1955, et tout le contingent fut embarqué pour
là-bas. On vit des milliers de grands garçons déboussolés qui s’accoudaient au bastingage ; demain, ce serait à des barrières sur le sable. Au cœur de combien
d’entre eux le même fredon lancinant répétait : « Sur
ma vie, je t’ai juré un jour… » Le cœur en dérive ne s’accroche pas à la voix d’un chanteur-charme, seulement
d’un chanteur-vérité. Tel nous était Aznavour. Dieu
sait qu’en encore un demi-siècle et plus il nous ouvrait
d’autres paysages du cœur, c’est tout un monde de
peuples qu’il a pris et serré sur son cœur. Il a même
réussi l’opérette ! Mais, pour toute une génération qui
avait l’impression de se perdre, il reste le frère qui lui
fredonnait à l’oreille « Sur ma vie… » §
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Viens voir le comédien…
Clap. Il a été l’inimitable Charlie Kohler
de « Tirez sur le pianiste », et le public
l’a acclamé dans « Un taxi pour
Tobrouk ». Aznavour adorait le cinéma.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
F
En 1960, Charles
Aznavour tourne
avec François
Truffaut « Tirez
sur le pianiste », qui
fait de lui une star
outre-Atlantique.
« J’aime sa fragilité,
sa vulnérabilité,
sa silhouette à la
fois humble et
gracieuse, qui le fait
ressembler à saint
François d’Assise »,
écrit le cinéaste.
ALAIN ADLER/ROGER-VIOLLET
in 2008, il avait pris un plaisir
enfantin, dans « Là-haut », film
d’animation des studios Pixar,
à prendre la voix de Carl, le vieux
bonhomme grincheux qui s’envole avec sa maison soulevée par
des milliers de ballons. Le voilà qui
s’est envolé avec beaucoup de
chansons, mais aussi quelques
rôles. Comme pour ses collègues
Montand, Reggiani, Brel ou Piaf,
qui l’avaient lancé, le cinéma aura
été une seconde passion. Mieux
même : un passeport pour la gloire,
au tournant des années 1960, à une
époque où la voie vers le haut de
l’affiche musicale semblait bloquée pour lui. Et c’est le détour par
Nouvelle
vague
le septième art et la notoriété qu’il
allait en retirer qui lui permettront
de revenir tenter sa chance dans la
variété et d’y percer enfin. Puisque
vous ne me voulez pas par la porte
de la chanson, je passerai par la
fenêtre du cinéma.
Il est vrai qu’il était en terrain
familier. Gamin, cet élève de l’Ecole
des enfants du spectacle, rue du
Cardinal-Lemoine, courait les castings des théâtres pour faire bouillir la marmite parentale. Dès 1936,
il apparaît brièvement dans « La
guerre des gosses », première adaptation du classique de Louis
Pergaud, « La guerre des …
88 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
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Commando
COLLECTION CHRISTOPHEL
Dans « Un taxi pour
Tobrouk », de Denys
de La Patellière,
avec Lino Ventura,
Maurice Biraud
et German Cobos,
en 1961.
Tourné dans le
désert d’Almeria,
en Espagne,
ce film, servi par
les dialogues de
Michel Audiard, fait
plus de 4,9 millions
d’entrées.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 89
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Salut
les copains
Charles Aznavour
profite de la visite du
« môme » Johnny sur
le tournage du film
« Horace 62 », d’André
Versini, pour le filmer
dans le cimetière de
Saint-Germain-enLaye, le 4 août 1961.
Charles Aznavour
a hébergé l’idole
des jeunes chez
lui, à Monfortl’Amaury, au début
des années 1960.
Il fut son parrain
en chanson et lui
écrivit « Retiens
la nuit », un de
ses premiers tubes,
en 1961.
Avec Michel Serrault
dans « Les fantômes
du chapelier »,
de Claude Chabrol,
en 1982.
En 1997, Michel
Serrault remet un
césar d'honneur
à son ami pour
l'ensemble de sa
carrière. « C'était
une respiration et
une détente pour moi
d'échapper à l'univers
assez solitaire du
music-hall », avouait
Aznavour.
90 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
COLLECTION CHRISTOPHEL – AFP
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Bande-son
Le 7e art a fait
son miel de ses
chansons. Parmi
les plus connues,
« Tu te laisses aller »,
la diatribe machiste
récupérée
par Godard dans
« Une femme est
une femme »,
« Les plaisirs démodés », chantée en anglais, qu’on entend
dans « Eyes Wide
Shut », de Kubrick,
une version de
« She » dans « Coup
de foudre à Notting
Hill ». Il en écrivit
aussi spécialement
pour le cinéma,
la plus célèbre étant
« Mourir d’aimer »
dans le film du
même nom d’André
Cayatte. F.-G. L.
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… boutons ». Mais c’est seulement après 1956, grâce au petit
nom qu’il s’est fait dans le music-hall, qu’on lui offre vraiment
sa chance. Avec sa bouille étrange,
ses yeux tristes, ses lèvres en cul de
poule, son allure malingre, il est
indéniablement fait pour le cinéma. Mais lequel ? Son premier
rôle, chez Georges Franju (« La tête
contre les murs »), est aussi le plus
bouleversant : il erre dans les allées
d’un asile psychiatrique, fou neurasthénique qui finit par se suicider. Jean-Pierre Mocky, avec qui il
partage la vedette, fait de lui le
timide de son premier film, « Les
dragueurs ». Dans la foulée, François Truffaut, qui le rencontre au
Carlton de Cannes en 1959, l’engage pour le rôle de Charlie Kohler,
le musicien mélancolique, taciturne et mystérieux de « Tirez sur
le pianiste ». « J’aime sa fragilité, sa
vulnérabilité, sa silhouette à la fois
humble et gracieuse, qui le fait ressembler à saint François d’Assise », écrit
le cinéaste, voyant son double chez
ce petit homme modeste, vif, nerveux, élégant, qui se libère dès qu’il
parle de sa passion, la chanson.
Une véritable amitié va lier pendant plusieurs années les deux
hommes, qui s’écrivent, s’envoient
des romans. Le petit bonhomme
Aznavour ne correspond pas aux
canons, mais justement la nouvelle
vague cherche des acteurs …
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
intimistes cassant les codes.
Son physique, qui avait été un handicap pour la chanson, devient un
atout pour le cinéma.
Le chanteur fréquente aussi des
cinéastes plus classiques : fin 1960,
alors qu’il triomphe enfin à l’Olympia avec « Je m’voyais déjà » – sa cote
cinématographique ayant relancé
sa carrière musicale –, il est l’acteur
qui monte : prisonnier rejeté par
les siens dans « Le passage du Rhin »,
d’André Cayatte, qui remporte le
lion d’or de Venise la même année,
ce poids léger joue d’égal à égal face
à l’ancien catcheur Lino Ventura,
un des quatre FFL d’« Un taxi pour
Tobrouk », de Denys de La Patellière, gros succès de l’année 1961.
Mais la chanson l’accapare. Il est
meurtri aussi par la volte-face de
Truffaut, qui renonce à lui pour le
rôle de Montag, le pyromane de
« Fahrenheit 451 », qu’il lui avait
fait longtemps miroiter. « Je pense
beaucoup à toi. Le personnage de Montag sera assez fort, plus fort que dans
le roman », lui avait écrit Truffaut.
Son retour en 1965 dans deux films
pourtant réussis de Pierre Granier-Deferre, dont la délicieuse
…
92 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
« Métamorphose des cloportes »,
où il s’amuse à jouer les petites
frappes en exagérant le rictus de
ses lèvres, ne séduit pas les foules.
Sur la soixantaine de films où il
joua – et non quatre-vingt dix
comme on l’affirme, mais, comme
pour le nombre de chansons qu'il
écrivit, sa carrière eut droit à une
singulière inflation –, Charles Aznavour admettait avec lucidité n’en
retenir qu’une dizaine. Il aimait les
tournages. Leur dimension collective et décontractée le délassait de
la solitude du chanteur perfectionniste qui affronte les projecteurs à
Carnegie Hall ou à l’Olympia. Parmi
ces films marquants figure « Le tambour », bien sûr. C’est lui, Sigismund
Markus, le petit marchand de jouets
juif (cet Arménien incarna souvent
des juifs, chez Elie Chouraqui, Moshé Mizrahi…) qui vend son tambour à Oskar Matzerath, autre petit
format. Et son suicide dans sa boutique saccagée après la Nuit de cristal du IIIe Reich est l’un des moments
les plus émouvants de la palme
d’or 1979. Dans ses Mémoires, Volker Schlöndorff avoue avoir été sidéré par les milliers de vidéos qu’il
Aux origines
Aznavour dans
« Ararat », d'Atom
Egoyan, réalisateur
arménien, en 2002.
Dans ce film,
Charles Aznavour
porte le même nom
que dans « Tirez
sur le pianiste », de
François Truffaut :
Edouard Saroyan.
découvre chez le cinéphile Aznavour à l’occasion d’une visite à son
domicile. L’image de naïveté et d’innocence qu’il renvoie incite sans
doute les réalisateurs à le confronter à l’image du mal, comme à nouveau chez Claude Chabrol, où, dans
« Les fantômes du chapelier » (1982),
il suit avec une fascination apeurée les agissements d’un Michel
Serrault tueur de dames.
Son dernier grand rôle lui fut
donné par le plus célèbre cinéaste
d’origine arménienne, Atom
Egoyan. Un chant du cygne qui
allait presque de soi. Dans « Ararat » (2002), le film référence sur la
mémoire du peuple exterminé,
Aznavour interprète, à près de
80 ans, le vieux metteur en scène
qui agite les spectres du passé en
tentant de réaliser un film hollywoodien sur le génocide. A
l’époque, Egoyan nous avait déclaré
qu’il n’était pas envisageable de
confier ce rôle de l’artiste arménien
à un autre qu’Aznavour, qui ne pouvait pas le refuser. Clin d’œil, il
l’avait baptisé Edouard Saroyan,
l’autre nom de son personnage dans
« Tirez sur le pianiste » §
COLLECTION CHRISTOPHEL
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
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FNAM
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CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
100 % arménien,
100 % français
PAR YVES CORNU (AVEC FRANÇOISGUILLAUME LORRAIN)
«J
e suis un Français d’origine
arménienne, pas un Arménien de France. » Cette
formule d’Aznavour résume parfaitement son rapport complexe
avec ses racines. D’ailleurs, il n’est
pas né dans le Caucase, mais au
cœur du Quartier latin, où ses parents sont arrivés en 1923 après
avoir fui Istanbul dans des conditions rocambolesques. Son père,
Mamigon, est originaire de Géorgie, sa mère, Knar, de Turquie. Tous
deux sont des rescapés du génocide.
A la maison, on parle arménien.
Le souvenir du génocide de 1915,
qui a emporté une grande partie de
la famille maternelle, arrache périodiquement à Knar des torrents
de larmes. Le restaurant ouvert par
Mamigon, rue Champollion, voit
défiler le ban et l’arrière-ban de la
diaspora, qui paie quand elle en a
les moyens. Le destin français du
petit Aznavourian est lui-même lié
à cette origine. Ses parents, qui
rêvent de s’installer outre-Atlantique, sont contraints de rester dans
l’Hexagone car le quota « arménien » des Etats-Unis est rempli. Il
grandit dans cette atmosphère
étrange où son père et sa mère, qui
tentent en vain d’obtenir la nationalité française, sont niés dans leur
identité, celle d’un pays qui, pour
l’administration, n’existe plus.
94 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Aznavourian participent
au réseau de résistance mis en place
par le poète Missak Manouchian,
qui permet à des Arméniens enrôlés de force dans l’armée allemande
de gagner le maquis grâce à de faux
papiers. « J’étais chargé de faire disparaître les uniformes allemands des
Arméniens », se souviendra le chanteur. Le poète apprend à Charles à
jouer aux échecs. Après son arrestation, sa veuve, Mélinée, trouvera
refuge chez les Aznavourian, rue
de Navarin. Après la guerre, elle
partira pour l’URSS, comme
nombre d’Arméniens. Dans « Ils
sont devenus français » (1), Aznavour révélera que ses parents et lui
s’étaient fait faire des passeports
dans le même but et qu’ils en furent
dissuadés par Mélinée grâce à un
code secret élaboré dans leurs
lettres. Les passeports, Simone
Signoret les retrouva un jour par
l’entremise du Parti communiste
français.
Comme le souligne Robert Belleret dans la biographie qu’il lui a
consacrée (2), Aznavour, qui aurait
aimé être plus français que tous les
Français, a « un rapport ambigu à ses
ascendances arméniennes ». Il francise son nom, « parce que c’était un
nom déjà bien compliqué sur une affiche de spectacle ». Shahnourh Aznavourian est à présent Charles
Aznavour, tout comme Achod Malakian devient Henri Verneuil, metteur en scène qui le fera tourner
dans plusieurs films. Il se revendique « 100 % arménien et 100 %
français » mais ne participe jamais
aux célébrations qui marquent,
chaque 24 avril, le début des massacres perpétrés par le gouvernement des Jeunes-Turcs entre 1915
et 1917. En 1964, lors d’une tournée
triomphale en Union soviétique, il
fait un détour par Erevan, où il est
accueilli comme un demi-dieu,
mais avoue mezza voce que sa
culture d’origine n’a jamais influencé son parcours. Il scolarise
son fils Patrick à l’école arménienne
de Sèvres (Hauts-de-Seine), mais,
bien que polyglotte, ne chante jamais dans sa langue maternelle.
Cataclysme
Le 4 février 1989,
dans les décombres
du tremblement de
terre, en Arménie.
Deux mois après
le séisme de 6,9
sur l’échelle de
Richter qui a ravagé le nord de la
petite république
soviétique, Aznavour déploie tout
ce qui est en son
pouvoir pour
venir au secours
des sinistrés.
La revanche d’un peuple.
Ce n’est qu’en 1975 qu’Aznavour
accepte de fendre l’armure, avec la
chanson « Ils sont tombés » (paroles
pages suivantes). Ecrite pendant qu’il
est en pleine tourmente financière,
enregistrée à Londres dans la nuit
du 23 avril 1975, soit soixante ans
jour pour jour après le début du génocide, cette chanson est diffusée
en son absence lors d’une soirée arménienne à la salle Pleyel. Elle exprime tout ce que la carrière
contrariée d’Aznavour eut d’arménien. La rage. La revanche sur le
destin d’un peuple exterminé.
Les choses auraient pu en rester
là si un nouveau drame n’avait
frappé l’Arménie ou, plus précisément, la République socialiste soviétique d’Arménie. Le 7 décembre
1988, un violent séisme frappe les
villes de Spitak et Gyumri, tuant
près de 30 000 personnes en
quelques secondes. Un demi-million de sinistrés se retrouvent sans
abri alors que l’hiver approche. Les
autorités soviétiques sont incapables de faire face à la catastrophe,
mais, perestroïka oblige, acceptent
l’aide extérieure. « Je me suis senti
plus arménien depuis le tremblement
de terre », reconnaissait Aznavour.
A tel point que, bon gré mal gré,
il va devenir l’Arménien de service.
Parce qu’il est le plus célèbre, et
parce qu’il mouille la …
ASLAN/SIPA
Racines. Ce titi
parisien revendiqué était devenu
le porte-drapeau de
sa terre d’origine.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 95
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHARLES AZNAVOUR 1924-2018
Le 4 février 1989,
en Arménie.
« Je me suis senti
plus arménien
depuis le
tremblement
de terre », confiait
le chanteur.
Voix
Le 27 janvier 2010,
au siège de l’Onu,
à Genève (Suisse).
Aznavour, qui
réside en Suisse,
obtient la
nationalité
arménienne.
En février 2009,
il est nommé
ambassadeur
d’Arménie en
Suisse.
chemise comme nul autre.
Il met d’abord sa renommée et son
entregent au service d’une ONG
qui vient en aide aux sinistrés. Parallèlement, il écrit, avec son beaufrère Georges Garvaventz, une
chanson, « Pour toi Arménie », et,
sur le modèle de la mobilisation
pour l’Ethiopie, bat le rappel des
célébrités pour l’interpréter : Bécaud, Johnny, Reggiani, Renaud,
Souchon… Le clip est confié à Verneuil et le tout se hisse en tête du
top 50, remplissant les caisses de la
fondation Aznavour pour l’Arménie au-delà des espérances. Son fondateur découvre sur le terrain les
joies de l’humanitaire dans un système totalitaire et corrompu, ce qui
ne le réconcilie pas avec le monde
soviétique, mais lui vaut la reconnaissance de toute une nation.
…
96 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
« Moi je suis de ce peuple
qui dort sans sépulture
Qui a choisi de mourir
sans abdiquer sa foi
Qui n’a jamais baissé
la tête sous l’injure
Qui survit malgré tout
et qui ne se plaint pas
Ils sont tombés pour entrer
dans la nuit
éternelle des temps
au bout de leur courage
La mort les a frappés
sans demander leur âge
Puisqu’ils étaient fautifs
d’être enfants d’Arménie… »
« Ils sont tombés », 1975.
Elle va le poursuivre jusqu’à la
fin de ses jours. Devenue indépendante en 1991, la petite Arménie,
dépourvue de tout, doit aussi se
protéger de ses voisins : l’Azerbaïdjan, auquel l’oppose un conflit frontalier, et la Turquie, qui redoute les
états d’âme de sa propre communauté arménienne. Aznavour se
gardera toujours de prononcer un
réquisitoire contre la Turquie
contemporaine, mais il ne se prive
pas d’ironiser sur l’absurdité de son
négationnisme : « Ce qui m’amuse
beaucoup, c’est que la Turquie a raté
quelque chose. Ils n’ont pas un seul
grand chanteur ; j’aurais été un chanteur turc et aujourd’hui je suis un chanteur français ! Ce qui prouve que les
génocides ne servent à rien, il y a toujours des survivants. » Si, selon son
biographe, il ne joua pas un rôle
direct dans la loi sur la reconnaissance française du génocide arménien (2001), il refusa de se rendre
au Sénat, qui s’y était opposé.
Héros national. Au fil des ans,
Aznavour continue à payer de sa
personne. En 2002, le cinéaste canadien d’origine arménienne
Atom Egoyan le choisit pour incarner son double dans « Ararat ».
Il y incarne Edouard Saroyan, le
metteur en scène chargé de réaliser la grande fresque sur le génocide. Ses protégés d’Erevan ne sont
pas ingrats. Grand ami des présidents de la République successifs,
élevé au rang de héros national, il
obtient la nationalité arménienne
et devient ambassadeur en Suisse,
où il réside. A Erevan, une statue
a été érigée en son honneur et une
place baptisée à son nom, aussitôt
jonchée de fleurs et de cierges à
l’annonce de sa mort, alors qu’il
devait chanter là-bas, pour le sommet de la Francophonie, le 11 octobre. A Paris, sans doute y aura-t-il
bientôt un hommage équivalent.
La moindre des choses pour ce titi
parisien qui se déclarait « indécrottablement franchouillard » §
(1) « Ils sont devenus français », de Doan
Bui et Isabelle Monnin (JC Lattès, 2010).
(2) « Vies et légendes de Charles Aznavour »,
de Robert Belleret (L’Archipel, 2018).
DOSSIER COORDONNÉ
PAR BRIGITTE HERNANDEZ
SALVATORE DI NOLFI/EPA – ASLAN/SIPA
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VENDREDI 12 OCTOBRE
25 personnalités
vous donnent
leur vision du monde
en 2038
ÉDITION
COLLECTOR
110 ANS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CULTUREENQUÊTE
« Le Paon » qui
a tué le Nobel
PAR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À STOCKHOLM JULIE MALAURE,
AVEC MARTIN AAGARDH
I
l y a un peu plus d’un an éclatait le scandale #MeToo. Une flambée mondiale à laquelle s’est ajouté,
en novembre 2017, dans le Dagens Nyheter, un quotidien suédois, le récit de dix-huit femmes qui accusent un Français de 72 ans, Jean-Claude Arnault
(JCA), de viol et de harcèlement sexuel entre 2006 et
2017. Dix-huit femmes, soit autant de sièges qu’à
l’Académie suédoise, qui décerne chaque année depuis 1901 le prix Nobel de littérature. Un chiffre symbolique qui va révéler que le scandale est de nature
double. Sexuel, parce qu’Arnault, directeur d’un
centre culturel influent, Forum, est accusé d’avoir
utilisé sa position et son pouvoir pour soumettre les
Toute-puissance.
Jean-Claude Arnault
et son épouse,
la poétesse et
académicienne
Katarina Frostenson,
au dîner traditionnel
des Nobel donné
au palais royal
de Stockholm,
le 11 décembre 2001.
98 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
femmes. Mais aussi financier, puisque Forum vivait
en bonne part (payant ses employés, tel que les tabloïds suédois le supposent, au noir et n’acquittant
ni impôts ni taxes) grâce aux subventions allouées
par l’Académie et attribuées par son épouse académicienne, Katarina Frostenson, propriétaire à
50/50 avec Arnault de Forum, pour boucler la boucle…
En quelques mois, l’affaire Arnault a fait imploser l’Académie, bloquant la remise du Nobel 2018,
chose qui n’était arrivée qu’en 1935, pendant les années noires de la Suède, et durant les deux guerres
mondiales. Il aura même fallu que le roi intervienne
fin septembre pour acter une modification des statuts qui permette la reprise de l’activité et annoncer
que le 10 octobre 2019, à la suite de Le Clézio en
2008 et de Modiano en 2014, un nouveau prix Nobel
de littérature serait décerné.
Mais, pour l’heure, JCA, jugé pour la seule plainte
retenue par la justice, vient d’écoper de deux ans de
prison ferme pour viol (voir encadré p. 102). Un moyen
d’éteindre, peut-être, l’embrasement du pays autour
de sa personne. De lui on ne sait rien, ou peu, ou mal,
à part qu’il empoigne les femmes par le pussy, façon
Trump, comme le dénonçait l’essayiste Gabriella Hakansson dans le Dagens Nyheter en novembre 2017.
Arnault apparaît aujourd’hui comme un diable insaisissable. Une vie brodée d’exploits, de bacchanales,
le faux nourrissant le vrai dans cette légende du
« Français » qui enfle et semble s’alimenter d’ellemême. Seule certitude en Suède, sa date de naissance,
le 15 août 1946, telle que déclarée au fisc. Dans cette
mythologie personnelle d’Arnault, on trouve moult
variantes sur ses origines. Ses parents auraient fui
la Russie, son enfance se serait déroulée en milieu
aisé. Il aurait déclaré sortir de l’Ecole normale supé-
JONAS EKSTROMER/AP/SIPA
Pas de Nobel de littérature cette année, mais un procès
retentissant. Celui du Français Jean-Claude Arnault, au
cœur d’un scandale sexuel et financier, qui vient d’écoper
de deux ans de prison pour viol.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FREDRIK SANDBERG/AP/SIPA
Déchéance. JeanClaude Arnault, 72 ans,
arrive au palais de
justice de Stockholm,
le 19 septembre.
Son procès pour viol
s’est déroulé à hui clos.
Verdict tombé le
1er octobre : deux ans
de prison.
rieure. Nombres de personnes l’ont entendu parler
de ses frères et sœurs, de son cousinage – totalement
imaginaire – avec Bernard Arnault, l’homme d’affaires français. Il est dit qu’Arnault serait arrivé en
Suède pour faire ses preuves, par opposition à un
père richissime qui posséderait des forêts on ne sait
trop où. Un frère l’aurait précédé en Suède. Arnault
aurait dit s’être installé une première fois dans le
Grand Nord, où il aurait exercé le métier de bûcheron (à connotation éminemment virile et romantique en Suède), ce que corrobore la version
rapportée par une consœur du Monde, selon une
source « proche de la famille », qui raconte qu’il aurait
été envoyé par son père pour une livraison de bois
dont il ne serait « jamais revenu ». Au Monde on avance
que JCA serait issu d’une relation illégitime. « Il au-
Une vie brodée d’exploits, de bacchanales, le faux nourrissant
le vrai dans cette légende du « Français » qui enfle et semble
s’alimenter d’elle-même.
rait d’abord été placé chez une nourrice avant d’être élevé
par son père, George Pinkstein, négociant en bois, et sa seconde femme. » Une autre version dit que Jean-Claude
Pinkstein serait devenu Arnault pour échapper à
l’emprise et à l’empire économique familial…
Ce que l’on sait, nous, en France et que la Suède
ignore vraisemblablement, c’est que Jean-Claude Arnault, le fils de Jeanne, est bien né Arnault, en 1946.
De père inconnu, il a effectivement changé de nom,
mais ce n’est pas de son fait. Il a 3 ans lorsque George
Pinkstein vient le reconnaître à la mairie et …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 99
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CULTUREENQUÊTE
La technique Arnault : séduction et descente aux enfers
Elle ne fait pas partie des 18 femmes
qui ont dénoncé les agissements d’Arnault dans la presse l’an passé. Elle n’a
pas porté plainte non plus, mais elle a
accepté de nous raconter son passage à
Forum, sous la coupe du directeur. Elle
a choisi de nous recevoir entourée de
ses amis. Elle est arrivée à Stokholm
archi-diplômée mais sans expérience,
comme Anna-Karin Bylund, vingt
ans plus tôt. Petite vingtaine, pleine
d’ambition, elle frappe à la porte de
Forum et va être embauchée, sans
jamais être payée durant deux ans,
en qualité d’assistante d’Arnault.
Lui, de quarante ans son aîné, lui fait
l’impression d’un « intellectuel » ; elle
est positivement « impressionnée ».
Mais, passé les premières politesses,
Arnault met en marche une mécanique de séduction qui semble bien
huilée. Il l’emmène partout, mène la
grande vie, notamment au restaurant
Wasahof après les soirées à Forum. Les
dîners s’y étendent jusque tard dans
la nuit, à la française. Comme lors de
la grande soirée annuelle qu’il donne
pour la clôture du Salon du livre à
Göteborg. De mémoire d’homme, on
a rarement vu un sérail aussi fourni
en jeunes beautés et le champagne
couler dans de telles proportions en
Suède. Les filles boivent, se grisent de
cette ambiance. Ce qui se passe en-
… 6 lorsque la paternité Pinkstein est annulée
par décision de justice.
Lorsqu’il s’installe en Suède, en 1969, Arnault se
dépouille de son passé et, sans doute en mal de prestige, se pare de plumes qui ne sont pas à lui. Il étudie la photo, l’histoire du cinéma, et dans le milieu
estudiantin il raconte avoir fui la France à cause de
sa participation aux émeutes de Mai 68, être un pro
des cocktails Molotov. Il rate ses partiels mais continue de rôder dans les parages, pour draguer ; c’est
normal, il est « français ». Ses habits raffinés, son catogan, ses manières françaises (c’est un tactile) parlent
pour lui, on le croit de bonne extraction, il en joue,
on le surnomme « le Paon ». Lorsqu’en 1978 il monte
Tout le monde se presse dans ce centre, « le plus stimulant intellectuellement de Stockholm, pour les arts tels que la musique,
les lectures, les débats autour des penseurs français ».
l’opéra « Sémélé », l’orgueilleux se fait photographier
devant l’Opéra de Stockholm et non devant celui où
l’œuvre est jouée en réalité, en banlieue. Avant qu’il
n’établisse sa renommée, il passe pour une « caricature de Français », qu’on nous traduit, en Suède, comme
« incontrôlable socialement, le verbe libre, attiré par les
femmes ».
Mais Jean-Claude « le Paon » va devenir « JeanKladan », que l’on peut traduire par « Jean-aux-mainsbaladeuses », au moment où son cercle d’influence
s’élargit, à partir des années 1990. En 1989, il a épousé
Katarina Frostenson, qui deviendra la plus grande
poétesse de son époque et entrera à l’académie Nobel en 1992. Le centre culturel Forum, qu’ils ont
monté ensemble, d’abord scène underground, devient, tel que nous le glisse un académicien, un lieu
d’une « renommée extraordinaire », d’un « lustre intellectuel faramineux ». Tout le monde se presse dans ce
sous-sol, qualifié de centre « le plus stimulant intellectuellement de Stockholm, pour les arts tels que la musique,
les lectures, les débats autour des penseurs français »,
100 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
suite pour certaines n’est pas arrivé à
cette jeune femme. Par mille détours,
ou sans ambages, son patron lui en demande plus. Elle esquive. Lorsqu’il
comprend qu’il n’arrivera pas à ses
fins, il se déchaîne. Placardisée, elle n’a
plus droit qu’aux tâches administratives. Le directeur, au « pouvoir mental
très fort », l’humilie en public, « porte
atteinte à sa dignité », jusqu’à ce qu’elle
se sente n’être « plus rien ». Un ami intervient pour attester le déversement
rageur d’Arnault sur les faibles. « Et
tout le monde savait ! » conclut la jeune
femme, qui, finalement, se rétractera
après l’interview, ne nous laissant publier ses propos qu’anonymement §
nous assure une source officielle sous couvert d’anonymat. Arnault, qui n’est ni écrivain, ni éditeur, ni
artiste et n’a jamais rien produit lui-même, à part des
photos publiées dans les recueils de poésie de son
épouse, est considéré par tous comme un formidable
dénicheur de talents, génie de l’entremise. Tout le
monde s’accorde sur la dynamique insufflée par
Forum à la vie culturelle de la capitale et sur le rôle
de catalyseur d’Arnault, qui jouit, de fait, d’une aura
de gourou bien réelle.
Intouchable. Galvanisé par cette puissance et la
reconnaissance du Tout-Stockholm, y compris du
roi (il est décoré de l’ordre de l’Etoile polaire, destiné
aux étrangers), le Jean-Claude Arnault des débuts –
« bien sûr intéressé par la gent féminine, comme tous les
Français, mais qui connaissait les limites », comme nous
le dépeint Aline Bohman Gauguin (la petite-fille du
peintre), qui a travaillé avec lui aux balbutiements
de Forum, il y a vingt-cinq ans – a-t-il perdu la notion, justement, des limites ? C’est l’hypothèse d’une
amie proche du couple qui a souhaité ne pas apparaître nommément. N’est-il pas allé jusqu’à caresser
le dos de la princesse royale, d’après des témoins,
ce que le palais n’a jamais démenti ? L’amie anonyme de Jean-Claude et de Katarina soulève, dans
le contexte de Forum, le problème de « l’ambition
des jeunes personnes », du rôle de ce Pygmalion pour
toutes ces Galatée, comme Weinstein avec les starlettes de Hollywood.
Un homme au tempérament éruptif, qui « pouvait
perdre son sang-froid jusqu’à en être agressif » et dont
les colères éclatent en français. Un être « hyperérotique », aussi, nous dit-elle. Qui touche les cheveux
des femmes, glisse un compliment à l’oreille, une
main derrière la taille. Elle ajoute que ce comportement était « systématique depuis des décennies », mais
que, une fois intégré l’establishment, c’était devenu
ingérable. Une voisine de Forum, encore mortifiée,
nous a confié sa honte, terrible, le jour où le Français, qui « brasse beaucoup d’air et parle fort », lui a demandé d’imprimer chez elle des documents. …
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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MICHEL SCHNEIDER, LE POINT
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CULTUREENQUÊTE
En Suède, le traumatisme
L’avis de la juriste :
Incarcéré avant même le verdict,
Jean-Claude Arnault allait « être
condamné », nous avait annoncé
Malin Persson Giolito. Une mesure radicale qu’elle juge,
en Suède, « extrêmement rare dans un cas pareil ». Parce que
ce genre d’affaire, « parole contre parole et tard après les
faits », reste « très difficile à prouver », nous dit-elle.
Dans une décision de jugement qu’elle estime « dense et
pédagogique en vue vraisemblablement d’un appel », Arnault
se voit condamné à deux ans de prison, pour une seule
partie des faits : la contrainte violente au cours d’une fellation consentie. Signe particulier dans ce procès délicat,
La juriste et romancière
suédoise Malin Persson
Giolito.
qui a eu lieu à huis clos, la prise en compte du contexte,
de « la position d’Arnault », c’est-à-dire « son influence et sa
réputation », et la situation en regard inverse de la plaignante, qui reste anonyme, mais a été jugée « fiable et crédible » par ce tribunal.
« Deux ans de prison, mais cela aurait pu être plus », ajoute
la romancière, qui rappelle qu’Arnault aurait risqué
jusqu’à six ans d’emprisonnement, si les faits ne remontaient à 2011, soit avant que la loi sur le viol soit élargie
en Suède.
L’avis de la Suédoise :
« C’est un traumatisme en Suède. Le milieu culturel pensait
qu’Arnault était une figure importante de la culture française », nous confie Malin Persson Giolito.
« Or il s’est fait passer pour ce qu’il n’était pas. Nous sommes
sous le choc, même si ça n’a rien à voir avec le jugement. Voir
que l’Académie suédoise s’est laissée impressionner par un tel
escroc parce qu’il parlait français… L’académie a été dupée. Je
crois qu’aujourd’hui tout le monde se sent floué et très bête. » §
« Il a cliqué sur le fichier de sa clé USB, qui ne contenait que des photos de son pénis, ouvertes en grand sur
mon écran. » Choquée, déboussolée, elle n’a plus jamais voulu avoir affaire à lui.
Arnault, au faîte de sa renommée, a quelque chose
d’intouchable. Il se présente comme le « 19e membre »
de l’Académie, laisse fuiter les noms des lauréats avant
l’annonce officielle, prétend faire la pluie et le beau
temps sur les budgets colossaux (entre 2,4 et 2,9 millions d’euros par an) alloués par l’Académie.
…
Au faîte de sa renommée, il se présente comme
le « 19e membre » de l’Académie, laisse fuiter les noms
des lauréats de prix Nobel avant l’annonce officielle…
Pourtant, sa réputation est faite auprès des femmes.
Don Juan excentrique pour certaines, fou pathologique pour d’autres. L’essayiste et féministe Ebba
Witt-Brattstrom évoque la pente dangereuse de
conquêtes « de plus en plus jeunes ». Engagée dans
une « Guerre des Rose » par livres interposés avec
son ex-mari, l’académicien Horace Engdahl, indéfectible soutien d’Arnault et témoin de la défense,
Witt-Brattstrom voue de facto une haine farouche
à Arnault. Elle juge que « l’Académie l’a protégé » et
donc laissé agir. Elle le suppose « adepte du triolisme »,
impliquant Stig Larsson. Un romancier octogénaire
qui, en revanche, nous soutient, devant un bon plat
chaud, que l’affaire Arnault est une cabale orchestrée par les féministes, une sorte de vengeance rendue possible par notre époque, y compris par les
fautes des hommes qui n’en sont plus, « poules mouillées qui lui font honte ».
102 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Nous avons rencontré Anna-Karin Bylung, la femme
qui, en 1996, a dénoncé une première fois Arnault
dans la presse. Elle a depuis quitté la vie publique. Elle
nous parle de sa situation d’alors, artiste précaire, mère
célibataire, qui croit en son talent. Et surtout vulnérable. Se disant sous « l’emprise » d’Arnault, elle a cédé
à ses assauts, comme morte, pour « ne plus être là ». La
lettre qu’elle adresse alors à l’Académie demande la
suspension du financement de ce Forum, dont le
directeur « exploite et humilie les jeunes femmes qui travaillent pour lui ». La lettre restera sans suite, tout
comme la publication dans le journal Expressen et la
plainte que la police refuse de prendre au prétexte que
« vous n’avez pas dit non, madame ».
« Loup terrible ». Et la femme d’Arnault ? « Katarina coupait court. On ne pouvait pas parler de ça »,
nous répond l’amie du couple. Cécité ou complicité,
Frostenson est revenue par deux fois plaider la cause
de son mari à l’Académie. Par des discours d’« une
extrême virulence » à l’encontre de ces prétendus « vieux
amis qui osaient s’attaquer à Jean-Claude », regrette un
académicien, sidéré de voir que sa position n’a pas
changé d’un iota. Le même académicien qui, atterré
par la découverte de « ce loup terrible, ce prédateur » caché derrière l’Arnault de façade qu’il croyait connaître,
rappelle malgré tout la « part de responsabilité » de toutes
ces femmes. « Elles pouvaient dire non, l’envoyer balader,
le gifler. Certaines l’ont fait. » Certaines l’ont fait, en effet. D’où ce procès, avec le coup de théâtre d’une mise
en détention provisoire avant même le verdict, peutêtre pour l’exemple ou pour que le « scandale du Nobel » cesse. Procès qui laisse supposer que Jean-Claude
Arnault abandonnera pour quelques années la mention « Lion perdu » sur ses réseaux sociaux §
ROMAIN GAILLARD/REA POUR « LE POINT »
Suédoise et juriste, avant d’être
notre prix Le Point du polar européen pour « Rien de plus grand »
(Presses de la Cité), la romancière
Malin Persson Giolito nous livre
un décryptage du procès.
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INTRIGUES ET COMPLOTS
DANS LA ROME ANTIQUE
Les meilleures ventes de la Fnac
Fnac/Le Point du 24 au 27 septembre 2018
Rang
Nombre de semaines de présence continue
Genre
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
Adeline Dieudonné
L’Iconoclaste
2
Yuval Noah Harari
Albin Michel
-
1
Eric Zemmour
Albin Michel
1
3
Amélie Nothomb
Albin Michel
3
6
5
E
6
R
La vraie vie
21 leçons pour le XXIe siècle
Destin français
Les prénoms épicènes
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
La boîte de Pandore
7
E
La comédie (in)humaine
8
E
9
E
10
E
Le dictionnaire moderne
L’enquête vérité.
Vous n’aurez plus jamais peur du cancer
La France interdite.
La vérité sur l’immigration
A son image
La disparition de Stephanie Mailer
Khalil
Le deuil de la mélancolie
Dix-sept ans
Journal d’un observateur
Les disparus de la lagune
Homo deus. Une brève histoire
de l’avenir
La peur a changé de camp
Tu t’appelais Maria Schneider
Apprendre ! Les talents du cerveau,
le défi des machines
Après... Quand l’au-delà nous fait signe
Sorcières. La puissance invaincue
des femmes
My Absolute Darling
Le miracle Spinoza
1
R
2
E
3
E
4
R
11
R
12
R
13
R
14
E
15
R
16
R
17
R
18
E
19
E
20
R
21
E
22
E
23
E
24
R
25
E
R : Romans et nouvelles
4
Yuval Noah Harari
Albin Michel
7
95
Bernard Werber
Nicolas Bouzou /
Julia de Funès
McFly / Carlito
Albin Michel
-
1
Ed. de l’Observatoire
9
4
Michel Lafon
-
1
Pr David Khayat
Albin Michel
5
2
Laurent Obertone
Ring
-
1
Jérôme Ferrari
Actes Sud
6
6
Joël Dicker
Ed. de Fallois
13
30
Yasmina Khadra
Julliard
4
6
Michel Onfray
Robert Laffont
37
3
Eric Fottorino
Gallimard
33
6
Alain Duhamel
Ed. de l’Observatoire
8
4
Donna Léon
Calmann-Lévy
11
3
Yuval Noah Harari
Albin Michel
-
1
Frédéric Ploquin
Albin Michel
-
1
Vanessa Schneider
Grasset
-
1
Stanislas Dehaene
Odile Jacob
32
4
Stéphane Allix
Albin Michel
-
1
Mona Chollet
Zones
-
1
Gabriel Tallent Gallmeister
24
2
Frédéric Lenoir
Fayard
-
1
E : Essais et documents
EST DE RETOUR !
Entrée ou retour dans la liste
#METOO, LA PETITE PRINCESSE ET LA LANGUE COUPÉE.
Avec « Les femmes et le pouvoir. Un manifeste » (Perrin), l’historienne de Cambridge Mary Beard signe un livre court et percutant, qui, un an après les débuts de #MeToo, nous éclaire sur la
légitimité du mouvement en se référant aux… textes antiques !
De Télémaque renvoyant, dans « L’Odyssée », sa mère Pénélope
à la maison (« Le discours, c’est à nous, les hommes, qu’il revient »), à
l’histoire de la princesse Philomèle dans « Les métamorphoses »
d’Ovide, à qui son beau-frère tranche la langue pour qu’elle ne
raconte pas qu’il l’a violée, Mary Beard établit la généalogie d’un
silence imposé aux femmes par les hommes, que ces récits pluriséculaires ont légitimé. Voilà pourquoi (pourvu que l’Education
nationale tienne les promesses de son ministre !) il faut étudier
les textes antiques avec le regard le plus ouvert et le plus aiguisé
possible. Parce que, s’ils parlent de sang, ils parlent aussi d’or.
Et nous enseignent à nous regarder non pas tels que nous étions,
mais tels que nous aurions pu rester § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
nouvel
album
en librairie
© 2018 Casterman/Jacques Martin – David B. – Giorgio Albertini
La minute antique
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CULTUREART
Corps météores.
Ci-contre, « Nu féminin
debout avec tissu
bleu » (1914), d’Egon
Schiele (1890-1918).
Page de droite, « Anthony Clarke » (1985),
de Jean-Michel
Basquiat (1960-1988).
104 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
GERMANISCHES NATIONALMUSEUM, NUREMBERG
Egon Schiele,
le peintre acide
de la Sécession
viennoise, et
Jean-Michel
Basquiat,
le graffeur stellaire
de New York :
un double séisme
mental hanté par
l’appel et le deuil
du sacré.
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Schiele-Basquiat,
jumeaux foudroyés ?
A la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, deux expositions
mettent en regard ces deux anges noirs de la peinture.
PAR MARC LAMBRON,
DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
ESTATE OF JEAN-MICHEL BASQUIAT. LICENSED BY ARTESTAR, NEW YORK.
E
gon Schiele et Jean-Michel Basquiat ? L’exposition-événement qui s’ouvre à la Fondation
Louis-Vuitton confronte, en deux expositions
mais en une même saison, ces deux francs-tireurs
foudroyés, le peintre acide de la Sécession viennoise
et le graffeur stellaire de New York, deux artificiers
tragiques dont les œuvres sont présentées en plateaux
distincts avec catalogues jumeaux. Il y avait des raisons fortes de rapprocher ces irréguliers : le talent
précoce, la mort à 28 ans, l’arrière-fond de métropoles
électriques autant qu’un art de l’autoportrait vitriolé
et le goût des dessins par centaines. Et plus encore :
l’expressionnisme des corps dilacérés, le masque des
visages réduits à l’os, l’intensité des effractions sexuées.
De façon générale, on suit la traversée d’un double
séisme mental où transparaît la spiritualité secrète
de peintres hantés par l’appel et le deuil du sacré.
Proches par leur esprit fractal, Schiele et Basquiat appelaient ce somptueux hommage contrapuntique.
Assez tôt, des contemporains purent dénoncer
dans la peinture d’Egon Schiele les « excès d’un cerveau perdu ». Né en 1890, neuf ans après Picasso, ce
fils d’un chef de gare déserte à 16 ans l’Académie des
beaux-arts de Vienne : ravagé par la mort récente de
son père, ce punk de la Double Monarchie cultive la
fréquentation d’aînés de substitution, le peintre Gustav Klimt, les architectes Otto Wagner et Josef Hoffmann, chefs de file d’un Art nouveau à l’enseigne de
la Sécession viennoise. Brûlant sa vie tel un Modigliani autrichien, le jeune homme, sur lequel pesa
à tort un soupçon de détournement de mineur, a déjà
concubiné avec deux jeunes femmes, Wally Neuzil
et Edith Harms, lorsque survient l’aube rouge de 1914.
Contemporain des ossuaires et des corps mutilés, ce
soldat de l’intendance impériale voit revenir des tranchées ces corps explosés dont il avait déjà guetté, dans
divers asiles d’aliénés, les effrois déraisonnables.
Au long de 300 peintures et 3 000 dessins, une
obsession du corps érotique va trouver sa vérité …
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Confrontation d’ego.
A gauche, un portrait
« sans titre » (1982) de
Jean-Michel Basquiat.
A droite, un autoportrait (détail, 1910)
d’Egon Schiele à 20 ans.
Les fulgurances
d’une enfance
intérieure, la captation des traits
fondamentaux
de la marionnette
humaine font
de Basquiat une
sorte de Picasso
sauvage avec Diet
Coke et shooteuse.
dans la démence des gueules cassées et le pourrissement des charniers. Des chairs tuméfiées, rougeoyantes ou blêmes, habillent ses personnages de
blessures orangées. Jouant sur son nom (schielen , c’est
loucher), l’artiste en fusion se représente affecté d’un
strabisme imaginaire. Des scènes d’autoérotisme, de
lesbianisme, de coïts en apesanteur cohabitent avec
un symbolisme mysticisant dans des toiles telles que
« Agonie » ou « Résurrection » : ce familier des morgues aurait voulu construire un mausolée pour abriter son œuvre. Il y a des grâces, comme ce « Nu féminin
debout avec tissu bleu » (1914), exposé à la Fondation
Vuitton, mais aussi nombre de requiems. La peinture
de Schiele, tressée de nerfs, revisite les écorchés minéraux des gisants médiévaux en les aquarellant avec
la translucidité d’une aile de phasme. La main extravertit un nihilisme que la mort va précipiter. En trois
jours d’octobre 1918, la grippe espagnole emporte
Egon Schiele et son épouse enceinte, dix jours avant
la fin similaire de Guillaume Apollinaire.
…
Seigneurs de la rue. Schiele et Basquiat ? La peinture du New-Yorkais peut fournir un autre exemple
des corps altérés. Il existe une blessure fondatrice chez
le jeune peintre, l’accident d’automobile qui vit ce fils
d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, né en
1960, subir à l’âge de 7 ans une ablation de la rate. A
l’hôpital, ses parents lui font lire la bible des médecins, « Gray’s Anatomy », dont les planches scannent
le corps humain : là aussi, endoscopie précoce, perception aux rayons X d’écorchés ligamenteux. Echappé,
comme Egon Schiele, du système scolaire, c’est par le
geste et la bombe du graffeur que l’adolescent signe
sa rage, en même temps qu’il fonde avec le futur acteur Vincent Gallo un groupe de noise rock malicieusement baptisé « Gray ». Tout se joue très vite : le
croisement avec le néo-expressionnisme d’artistes de
sa génération, tels Keith Haring ou David Salle, une
exposition qui le voit devenir, à 23 ans, le plus jeune
peintre jamais admis au Whitney Museum, un cata-
106 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
logue de 800 tableaux et 1 500 dessins incluant à partir de 1983 les « Collaborations », sortes de jam sessions
picturales l’unissant à Francesco Clemente et surtout
Andy Warhol, son mentor perruqué, son sachem du
trait aigu. Si l’on a voulu voir dans ce rebelle Black
l’alibi caraïbe et street d’un Warhol vieillissant, il est
certain que la mort du maître, survenue en février
1987, plongea un Basquiat désespéré dans un brouillard zébré par des prises d’héroïne et de cocaïne. Il n’en
sortira en août 1988 que par une overdose fatale.
Peintre de distorsions manifestes, Jean-Michel Basquiat installe la légitimité des seigneurs de la rue newyorkaise entre la drug culture et le colorisme haïtien.
L’enfant vaudou se réclamait de Charlie Parker, mais
apparut aussi comme DJ dans le clip « Rapture », du
groupe Blondie. Basquiat, c’est un champignon de
cheveux hérissés qui combat au spray. Les fulgurances
d’une enfance intérieure, la captation des traits fondamentaux de la marionnette humaine en font une
sorte de Picasso sauvage avec Diet Coke et shooteuse.
Voir dans l’exposition parisienne l’exceptionnelle série des « Heads » de 1982-1983, des vanités hachurées
et ricaneuses, en dialogue avec une tradition anatomique déjà ironisée par les « Skulls » de Warhol.
Contemporain du hip-hop et des premiers films de
Spike Lee, son art semble musicalement animé par
la pulsion vrombissante d’une basse funky. Comme
revenue à l’aube de la couleur, sa touche rupestre et
sidérale multiplie les idoles dentelées à la Wifredo
Lam, les graffitis pulvérisés en supernovas cosmiques.
Au fil d’un temps compté, le dénuement franciscain du trait signe silencieusement chez Basquiat le
chagrin d’un dieu perdu. Comme Egon Schiele, il saturait par des formes grêles la béance d’une sacralité
effondrée. C’est cela peut-être qui unit en ostinato
ces deux météores : sur la planète du XXe siècle désertée par les ferveurs salvatrices de la foi, ils souffrirent
d’une absence sans abdiquer l’espoir d’une trace §
« Egon Schiele » et « Jean-Michel Basquiat », Fondation Vuitton,
Paris, jusqu’au 14 janvier 2019. Catalogues Gallimard, 35 et 45 €.
COURTESY OF SOTHEBY’S, INC. – HADIYE CANGÓKÇE
CULTUREART
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le premier chapitre de
L’Égarée.
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CULTURECINÉMA
Michel Blanc : Bergman,
Moteur. Michel Blanc
réalisateur, ici à Neuilly
le 27 septembre, signe
son cinquième
long-métrage.
PAR JEAN-LUC WACHTHAUSEN ET CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
C
’est un festival de saillies, dans tous les sens du
terme. Une comédie féroce et émouvante sur le
couple et les bourgeois, l’argent qu’on a ou qu’on
n’a pas, les désirs qu’on a encore, la dèche et la débrouille, l’amitié qui sauve tout, même l’amour, les
enfants qui grandissent et qui vous rendent meilleur.
Seize ans après « Embrassez qui vous voudrez », Michel Blanc retrouve la réalisation et les personnages
de Joseph Connolly, dont il avait adapté avec maestria « Vacances anglaises ». Revoici donc Charlotte
Rampling, Karine Viard, Carole Bouquet et Jacques
Dutronc flanqués des nouveaux Jean-Paul Rouve, William Lebghil (vu dans « Première année ») et de la
jeune Jeanne Guittet dans un chassé-croisé amoureux
et familial qui ensoleille l’automne. Dans cette suite,
le très flegmatique Jacques Dutronc ment à sa femme
(l’aristocratique Charlotte Rampling) sur ses ennuis
avec le fisc, le paranoïaque Jean-Paul Rouve, à la sienne
(une Carole Bouquet pas encore végane, mais déjà très
« sur les graines ») et à sa maîtresse métisse. Heureusement qu’il y a les enfants pour sauver l’honneur. C’est
joyeux et mordant. On adore les répliques qui fusent,
la façon dont Blanc filme les femmes, superbes, Karin
Viard, excellente en burn-outée sociale, et surtout le
portrait d’une certaine France bourgeoise que livre
l’ancien membre du Splendid. Rencontre §
Clown blanc fan du livre « Le rouge
et le noir », il revient à la réalisation
avec la décapante comédie « Voyez
comme on danse ». Sur son enfance
et son personnage des « Bronzés »,
la France et les femmes, l’acteurréalisateur se confie.
108 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
ça ! Au contraire, je trouve qu’ils sont très complémentaires, dans leur couple. Complémentaires, donc antagonistes, comme des aimants qui pour s’attirer
doivent être de polarité opposée. Moi, je voulais juste
prendre des personnages que j’aime et les faire avancer dans le cadre d’une comédie, et ça ne peut pas marcher si je ne crée pas de situations conflictuelles. Après,
c’est peut-être vous qui avez raison: à 65 ans, je me suis
rendu compte qu’on n’était pas pareils, les hommes
et les femmes... Il leur faut du temps pour comprendre,
aux garçons !
Ce qu’on voulait dire, c’est que les femmes
mènent le jeu face à des hommes à l’ouest.
Rampling, Bouquet sont hypersouveraines,
parfois cruelles, même. De vraies panthères !
Certes, leur vengeance est cruelle, mais, si on ne les
emmerdait pas, elles ne seraient pas cruelles ! Les
PHILIPPE QUAISSE/PASCO
Le Point : Dites donc, dans votre film, on sent
qu’entre les femmes et les hommes il y a
vraiment quelque chose de cassé ! Les mecs
mentent sans arrêt, les femmes sanctionnent
sans pitié. Ça va si mal entre les hommes et les
femmes, en France ?
Michel Blanc : C’est marrant que vous l’ayez vu comme
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Jean-Claude Dusse et moi
femmes, dans ce film, représentent les éléments de
solidité dans le couple. Elles veulent seulement combler les manques de leurs partenaires masculins, en
aucun cas prendre le pouvoir ou être des prédatrices.
On a dit « panthères », pas « cougars » !
Pour moi ce sont des aigles. Je dois être influencée par
ma mère. A la maison, c’est elle qui prenait toutes les
décisions importantes. Elle était comptable, fille d’horloger : cela implique un certain sens de la précision.
Elle était déterminée, très maternelle, aussi. Je vis avec
une femme qui a ça, une force, un courage, un équilibre. Moi, je suis un peu chtarbé ! De toute façon, il y
a peu de mecs qui ont ça. Le père de ma mère, lui, était
comme ça…
L’horloger ?
Oui, c’était le vrai maître des horloges ! Un Breton qui
semblait dur avec moi aux yeux des autres. Mais il
l’était pour ne pas montrer qu’il m’aimait profondément et qu’il voulait que j’aille au-delà du possible. Il
avait été élevé par sa mère dans une ferme en terre
battue qui n’était même pas la leur et où il ne bouffait
pas à sa faim. Il est parti à la guerre de 1914, où il s’est
fait démolir. Il en est revenu grand invalide de guerre,
avec des médailles, certes, mais la moitié des poumons
en moins. Il avait été engagé, ou plutôt balancé dans
un avion. Pas pilote, mais à l’avant, en tant qu’observateur, avec des jumelles. Quand l’avion a été descendu, vous imaginez... Il a eu la Légion d’honneur,
comme moi, mais moi pour avoir tourné dans trois
films sélectionnés au Festival de Cannes. C’était mon
héros dans la vie réelle. Vous parlez de ma vision forte
des femmes, mais il ne faut pas oublier que j’ai une
vision très forte de certains hommes, de celui-là en
particulier. J’étais à l’école communale de Puteaux et,
tous les midis, je déjeunais chez mes grands-parents.
Cette horlogerie, ç’a été mon nid. D’ailleurs, Mme André, la gardienne de l’immeuble, dans le film, c’est un
souvenir que je lui dois. La boutique était dans une
HLM et il y avait une voisine qui travaillait à la cantine de l’école, que j’adorais. J’aime cette idée qu’on
peut venir du peuple, bosser comme un fou et avoir
une vie beaucoup plus rock’ n’ roll qu’il n’y paraît.
Dans le film, l’argent revient comme un
leitmotiv. En avoir, ou pas !
Je ne suis pas à La France insoumise, même si je comprends sa démarche. Mon grand-père était socialiste,
militant à la SFIO – la carte avait même déteint sur
son portefeuille –, mais mon père, gaulliste. C’est vous
dire si j’ai été écartelé.
De Puteaux vous êtes allé à Neuilly au lycée
Pasteur, où vous avez rencontré vos futurs
copains de la bande du Splendid. Pourquoi
avez-vous quitté la bande ?
C’est comme dans une famille. A un moment, ou on
reste chez papa-maman ou on s’en va comme un grand
garçon, en tentant d’exister par soi-même.
Qu’est-ce qui n’allait plus ?
Petit à petit, nos goûts se développaient et ils n’étaient
plus communs. Certaines choses faisaient rire les uns
et plus les autres. On s’adorait mais, si on était restés
ensemble, ça aurait pu se terminer par un clash.
Vous en aviez peut-être marre de votre
personnage dans « Les bronzés » ?
Bah oui. Ce n’est pas un personnage très pro-
« C’est l’occasion de revisiter la Ve République
par les coulisses, avec les éclairages d’un
de ses meilleurs analystes. »
Nicolas Barré, Les Échos week-end
« Sa plume aussi affûtée que colorée, son jugement toujours
en quête de sens sont sans équivalent.
Chapeau bas, M. Duhamel, pour vos œuvres complètes ! »
Gérard Courtois, Le Monde
…
« Mon grand-père
était socialiste,
militant à la SFIO
– la carte avait
même déteint sur
son portefeuille –,
mais mon
père, gaulliste.
C’est vous dire si
j’ai été écartelé. »
« Voyez
comme
on danse »
(((()
De Michel Blanc,
avec Charlotte
Rampling, Carole
Bouquet, Karin
Viard, Jean-Paul
Rouve, William
Lebghil…
En salles le
10 octobre.
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CULTURECINÉMA
valu un prix d’interprétation à Cannes. D’un seul
coup, on s’est dit : « Peut-être qu’on peut le prendre. »
L’histoire de « Grosse fatigue », c’est un peu
l’analyse de cette période-là ?
Oui, un peu de ça. C’est l’analyse du rapport extrêmement ambigu entre le public et un acteur populaire.
Ça n’est une charge ni contre l’un ni contre l’autre.
Dans les deux cas, il y a quelque chose de très étrange :
ces gens qui vous reconnaissent dans la rue et que
vous ne connaissez pas. Comment le vit-on ? Comment réagit-on ? Il y a des acteurs qui se cachent derrières des lunettes ou une casquette. Pas moi. Les gens
pensent vous connaître. J’en suis ravi, mais ils rencontraient Jean-Claude Dusse, pas Michel Blanc. J’avais
envie de parler de cette distorsion.
« Quel est le
meilleur moteur
de comédie ? Le
type qui n’y arrive
pas. Et, comme
j’avais un
physique de nonséducteur, je me
suis dit : autant
m’en servir. »
fond ! Il est touchant, mais c’est une caricature.
Il est né d’une écriture sur le Club Med, à l’époque très
orienté sexuel. Les gens y allaient pour séduire, appelons ça comme ça. Or quel est le meilleur moteur de
comédie ? Le type qui n’y arrive pas. Et, comme j’avais
un physique de non-séducteur, je me suis dit : autant
m’en servir. Le type qui drague une fille au bar, une
fille qui ne dit rien et qui se lève alors qu’il est en train
de parler. Non seulement le type n’a pas été entendu,
mais il n’a même pas été vu. Dans une comédie très
café-théâtre, je me suis dit que je pouvais arriver à faire
rire avec ça.
…
Alors pourquoi vous en être débarrassé ?
Quand j’ai eu envie de faire du cinéma ou du théâtre,
ce n’était pas pour faire Jean-Claude Dusse. Sauf que
le personnage plaisait tellement qu’il était devenu
comme le sparadrap du capitaine Haddock. A un moment donné, je l’ai l’arraché, avec quelques poils au
passage. Ma moustache, en l’occurrence…
Vous ne vous êtes pas dit que vous alliez vous
tuer en le tuant ?
Jean-Claude Dusse, au fond, c’était le premier
personnage houellebecquien. Celui qui, dans un
monde où l’on fait l’amour, ne le fait pas. Avezvous lu « Extension du domaine de la lutte » ?
Oui. J’ai trouvé le roman vachement bien. J’ai moins
aimé « Plateforme ». Vous savez, j’adore lire, mais c’est
terrible pour moi, je lis à but lucratif : des scénarios,
des romans que je pourrais adapter au cinéma. Quand
c’est de la littérature, je sais qu’on va y perdre le style.
Si je choisis d’adapter Stendhal, je ferai bien moins
bien que Stendhal, il n’y a aucun doute.
« Le rouge et le noir » par Michel Blanc,
pourtant, ça sonne bien. Recevez-vous
beaucoup de scénarios ?
Oui, et heureusement. Il faut qu’ils soient bons et il
faut que je m’y retrouve comme acteur.
Quel est votre regard sur le problème du
harcèlement et le mouvement MeToo, qui agite
le cinéma mondial ?
Si on a subi quelque chose, il faut que ce soit dit, et ce
n’est pas toujours facile à dire quand on a été violé,
blessé. Peut-être que si on avait plus entendu les
femmes quand elles parlaient et qu’on avait fait des
enquêtes, on n’en serait pas là. Je voudrais juste
qu’on n’oublie pas une chose : la présomption d’innocence. Des deux côtés, d’ailleurs : qu’on ne dise pas que
les gens mentent forcément quand ils accusent et
qu’on ne dise pas que les accusés sont forcément coupables. Le problème, c’est qu’à l’ère des réseaux sociaux une accusation vaut condamnation. A ne plus
jamais tourner, notamment.
C’est l’inverse. On a vu tellement d’acteurs de comédie prisonniers de leurs personnages ! Si je ne le faisais pas, je prenais des risques énormes. Notamment
celui de ne plus trouver un rôle sérieux comme dans
« L’exercice de l’Etat », de Pierre Schoeller, que j’adore
et que je n’aurais jamais pu faire. Louis de Funès a toujours joué le même personnage, mais il le revendiquait. Moi, ce n’était pas mon but initial. Ce n’est pas
que je voulais jouer dans un Bergman, qui était toujours vivant à l’époque, mais quand même.
Comme Kevin Spacey, effacé des images d’un
Envoyer à Bergman vos scènes dans « Les
bronzés », ç’aurait été culotté…
Bon, calmons-nous, ce n’est pas à cause de Bergman
que j’ai quitté « Les bronzés » ! Mais j’avais fait mes
débuts dans « La meilleure façon de marcher », de
Miller, dans « Que la fête commence », de Tavernier,
et dans « Le locataire », de Polanski. Des films d’auteur. Du jour où nous avons eu ce succès énorme
avec « Les bronzés », aucun de ces auteurs ne m’a
reproposé un film.
Ça vous a blessé ?
Déçu. Je n’ai été ensuite de nouveau considéré que
grâce à Bertrand Blier pour « Tenue de soirée », qui m’a
110 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
film ? Les studios américains sont hypersensibles
aux réseaux sociaux, c’est vrai.
Ils sont hypersensibles au pognon, cher ami ! Pourquoi l’effacent-ils d’une pellicule ? Parce que, s’ils le
laissent, les gens ne regarderont pas le film ou la série. C’est le système capitaliste.
C’est quoi un homme, pour vous ?
Il y a une phrase que je cite tout le temps. Elle est de
Brel : « On est le produit de hasards biologiques qui
font ce qu’ils peuvent. » C’est une merveilleuse définition de l’homme quand on n’est pas croyant §
L’INTÉGRALITÉ DE L’INTERVIEW SUR
VOYEZ COMME ON DANSE
Suite gagnante.
Seize ans après
« Embrassez qui vous
voudrez », Karin Viard,
Charlotte Rampling et
Carole Bouquet reviennent au casting.
« Les femmes, dans ce
film, sont pour moi les
éléments de solidité
dans le couple. Elles
veulent seulement
combler les manques
de leurs partenaires
masculins, en aucun
cas prendre le pouvoir
ou être des prédatrices », affirme Michel
Blanc.
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avec
présente
Les nouvelles prouesses de la science
Vous n’avez
encore rien vu !
Montpellier
12-13 octobre 2018
Opéra Comédie
Rencontres, débats,
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GROUPE
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CULTURE
Que reste-t-il
de la RDA ?
DUGAIN, SON CŒUR MIS A NU
compagnie d’aviation, Marc Dugain (photo)
s’envolait vers le firmament littéraire. Son
premier roman, « La chambre des officiers », un chef-d’œuvre écrit dans la plus
pure tradition classique, allait être traduit
dans le monde entier. Vingt ans plus tard,
après 14 livres et 3 millions d’exemplaires,
4 films remarquables et remarqués, il revient avec une réflexion sur sa dernière
production, « L’échange des princesses »,
qu’il a adapté d’un roman de Chantal Thomas. Un journal de bord qui fait étrangement penser à la fameuse « Nuit
américaine » de Truffaut. Passionnant
voyage dans la tête de Dugain qui raconte
au jour le jour cette aventure incroyable
qu’est le tournage, avec ses malentendus,
ses peurs, ses crises, et aussi ses moments
de grâce. Mais ce journal est surtout l’occasion pour l’écrivain, qui a oublié d’être
rongé par l’égotisme, de mettre enfin son
cœur à nu. « Il m’a fallu longtemps pour comprendre que je correspondais précisément à la
définition de l’hyperactif légèrement maniacodépressif. » Lucide, intraitable, irréductible,
Dugain l’est et le restera. Comme jamais
auparavant, il offre à ses lecteurs des portraits de ses aïeux et de sa descendance,
qu’il place au-dessus de l’œuvre. On finit
toujours par écrire avec et pour son sang §
ALBERT SEBAG
« Intérieur jour », de Marc Dugain (Robert Laffont,
« Les Passe-Murailles », 178 p., 17 €).
Au nom de la mère
Poche. C’est un peu l’his-
toire de l’enfant prodigue
version africaine. Après
vingt-trois ans d’absence,
Alain Mabanckou rentre
à Pointe-Noire, là où il a
grandi, là où vient de mourir sa mère adorée, « maman Pauline »,
à qui ce tendre roman d’amour est destiné. « En réalité, écrit Mabanckou, je redoutais le face-à-face avec cette femme que
j’avais laissée souriante, pleine de vie. » Il
ne lui a pas fait d’adieux, alors il lui a
écrit un livre. Dedans, il s’est fait l’archéologue de son enfance, de sa maison,
il a rendu visite à tous ceux qu’il croyait
avoir oubliés, il a croisé les héros de ses
112 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
romans. Il s’est souvenu qu’« avant d’être
chaude l’eau avait été froide », il a retrouvé
les parfums et les magiciens, embrassé
les âmes, mortes ou vives, il a rendu
grâce au ventre et à la terre qui l’ont
porté, nous a enchantés, et puis s’en est
allé. Au moment de rentrer, Mabanckou
se dit qu’il n’est pas allé au cimetière. Ce
récit brûlant ressuscite en mots le lien
puissant, ineffaçable, éternel, qui vibre
entre un fils – unique – et sa mère, entre
un écrivain congolais de la diaspora, devenu une vedette en Europe et en Amérique, et Pauline Kengué, la « modeste
paysanne de Louboulou » § M. D. T.
« Lumières de Pointe-Noire », d’Alain Mabanckou
(Points, 264 p., 7 €).
Trabant équipées pour le camping
exposées à Zwickau, en 2017. A dr.,
l’historien Nicolas Offenstadt.
effacées, va à la rencontre de
vies brisées qui affirment que
tout n’était pas mauvais jadis ou
de l’acteur star de la série « Tatort », qui
a réuni une bibliothèque nationale de
la RDA. Au-delà de l’« Ostalgie »,
Offenstadt dresse un bilan bien plus fin
qui oscille entre résistance et disparition, la mémoire de ce pays étant cantonnée, localisée, réduite à l’étouffée.
Mais des voix demeurent, qui appellent
aussi à l’antifascisme d’autrefois, notamment à Chemnitz, chaudron des récentes émeutes § FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
« Le pays disparu. Sur les traces de la RDA »,
de Nicolas Offenstadt (Stock, 380 p., 22,50 €).
Z5812/WILLNOW/AP/SIPA –TERAN/« MADAME FIGARO » FALSIMAGNE/STOCK
Journal. En 1998, après avoir vendu sa
Enquête. Trop rares sont les auteurs
français à s’intéresser à l’ex-RDA. On
saluera donc cette odyssée entreprise
par l’historien Nicolas Offenstadt. Un
travail de titan qui relève avec subtilité
les « traces » d’un pays englouti. Il explore ainsi les anciens villages ou villes
modèles du socialisme (Eisenhüttenstadt, aux mains d’Arcelor-Mittal, Mestlin, Dessau), analyse la muséographie
de Buchenwald qui a éliminé toute référence aux communistes, traque les
vestiges du culte rendu jadis à Wilhelm
Pieck, le grand homme de la RDA, fouine
dans la multitude de petits musées ou
de sites d’« expérience », écume la Fête
de la RDA, organisée chaque année à
Bochum, part à la recherche des objets
emblèmes du régime – le café Mocca
Fix, l’esquimau Bako –, des maisons du
peuple, détruites, reconverties ou
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Rocheuses
et bêtes de foire
« Evasion », de Benjamin Whitmer. Imaginez l’après-
Un auteur est né
Entre Lady Gaga – une révélation au cinéma – et Bradley Cooper, dont
ce « A Star is Born » est la première réalisation, l’alchimie est électrisante.
HEISLER/« NYT »-REDUX-RÉA – GALLMEISTER – WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. –
UGO&PLAY/WARNER ENTERTAINMENT
Cinéma. Une tradition établie depuis 1937 veut que tous
les vingt ans ou presque, Hollywood propose une nouvelle
version de « A Star is Born ».
Comme s’il était impératif de
transmettre d’une génération
à l’autre ce mélo irrésistible,
histoire d’un homme et d’une
femme, tous deux artistes,
que des fortunes contraires
condamnent à la tragédie.
Warner Bros avait enrôlé Clint
Eastwood pour signer le premier « Une étoile est née » du
XXIe siècle. Dans le rôle rendu
célèbre par Judy Garland en
1954 et Barbra Streisand en
1976, le vieux cow-boy voulait
Beyoncé. Dans celui de son
mari, la star aux prises avec
l’alcool et l’autodestruction, il
avait choisi Bradley Cooper.
C’est ce dernier qui réalise le
film, en fin de compte. Ally,
l’héroïne, c’est Lady Gaga, la
superstar pop. Une révélation.
Visage nu et voix puissante,
elle est comme une réincarnation de la Liza Minnelli de « Cabaret » et de « New York, New
York ». Cooper est Jackson
Maine, le chanteur de country
qui s’éprend d’Ally, participe à
son ascension et finit déchu.
Le « A Star is Born » de Bradley Cooper, équilibre idéal
entre romance et tragédie, est
prometteur § FLORENCE COLOMBANI
En salles.
Une femme puissante
Documentaire. « Notorious RBG » : c’est ainsi que
ses défenseurs appellent ce
petit bout de femme en acier
trempé de 85 ans. Pourtant,
Ruth Bader Ginsburg n’est
pas un rappeur mais
une juge de la Cour suprême
des Etats-Unis. Depuis sa nomination (à vie) par le président Bill Clinton en 1993,
elle défend vigoureusement
les droits des femmes et des
minorités. Avant un biopic
dont la sortie est prévue en
2019, la juge fait l’objet d’un
documentaire passionnant,
« RBG ». Au fil des témoi-
Noël 1968 d’une poignée d’affreux, sales et méchants jamais
sortis de leur trou encerclé par les Rocheuses au fin fond du
Colorado… Les sapins sont miteux, ça clignote quand ça peut
et tout le monde fait la gueule, à commencer par trois détenus en cavale. Le directeur de la prison (une terreur), un traqueur, des journalistes et des flics les pistent
tandis qu’ils pénètrent dans les maisons décaties, accueillis par des tirs teigneux. Les histoires d’amour de Dayton ou de Molly, le visage
de Sparrow, le biker borgne, tout est laid. Mais
jugez : avec des fulgurances comme ce profil
qui « ressemble à un truc qu’un rat aurait fait en
rongeant un carton », le style de l’auteur de
« Pike » est bon, très bon. A condition d’avoir un penchant
pour les bêtes de foire et l’évocation de la misère § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (américain) par Jacques Mailhos
(Gallmeister, 416 p., 23,50 €).
Les choix du « Point »
\ Exposition
« Caricatures. Hugo
à la une » Qui a dit que l’on
ne touchait pas aux idoles ?
Les contemporains de
Victor Hugo, eux, s’en
donnaient à cœur joie. Dans
la presse, Daumier, Cham,
Gustave Doré et Nadar
se sont payé le barbu aux
opinions farouches, avec
la férocité de l’eau-forte.
Jusqu’au 6 janvier 2019,
Maison de Victor Hugo,
place des Vosges, Paris 4e.
\ Cinéma
gnages se dessine le portrait
d’une femme magnétique,
d’une intelligence redoutable, fine politique et libre.
Paradoxalement, un vrai
héros féministe émerge… le
mari de la juge, Martin
D. Ginsburg, un professeur
de droit, disparu en 2010.
Un paradoxe de plus à porter au crédit de « Notorious »
RBG § F. C.
En salles.
« Rafiki », de la réalisatrice
Wanuri Kahiu, est une
histoire d’amour douce et
acidulée, pop et optimiste,
entre deux jeunes filles
kényanes qui finissent par
se heurter à la brutalité
du monde. Un scénario
ovationné à Cannes, mais
aussi interdit au Kenya
sous prétexte qu’il « promeut
l’homosexualité ». En salles.
\ Ciné-concert
« E.T. l’extraterrestre »,
de Steven Spielberg, 36 ans
(1982), déjà culte, repasse au
cinéma Le Grand Rex à Paris,
accompagné par 75 musiciens qui joueront sur scène
la musique au succès intergalactique de John Williams.
Mercredi 24 octobre, VOSTF,
sur réservation. Places à gagner sur le
\ Série
« The Looming Tower ».
Basée sur le livre-enquête
du journaliste Lawrence
Wright (Prix Pulitzer 2007),
cette passionnante et ambitieuse minisérie résume en
10 épisodes l’effroyable engrenage de la guéguerre
entre le FBI et la CIA qui
aveugla l’Amérique sur
l’imminence des attentats
du 11 septembre 2001.
Disponible en France depuis
mars, mais à ne pas rater,
sur Amazon Prime Video.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 113
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
A la poursuite
de Tesla
Offensive. Lors du Mondial de Paris*, Mercedes,
Audi et DS dévoilent
des modèles électriques
premium qui défient
le pionnier californien.
PAR YVES MAROSELLI
L
a révolution de la voiture électrique
se fera-t-elle par le haut ? Observateurs
attentifs de la montée en puissance
de Tesla, les constructeurs européens
sont longtemps restés dubitatifs devant
les moulinets du génial mais fantasque
Elon Musk, patron du constructeur américain pionnier de la voiture électrique
très haut de gamme. Contraints de changer de stratégie par l’explosion du Dieselgate de 2015, ils ont fini par se jeter à l’eau.
Il était plus que temps : Tesla a écoulé en
2017 sur le Vieux Continent plus de
Model S que Mercedes de Classe S ou
114 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
BMW de Série 7, véritable crime de lèsemajesté pour des constructeurs européens habitués à régner sur ce segment.
Tesla, fondé en 2003, a été le premier
à voir les nombreux avantages d’une
approche par le haut du marché de l’électrique : un prix de vente élevé autorise
l’utilisation d’une batterie de forte capacité qui permet de vaincre les principales
réticences à l’achat. Une grosse batterie
dispense non seulement une autonomie
de plusieurs centaines de kilomètres,
comparable à celle d’une voiture thermique, mais aussi des performances
dignes d’une sportive et, enfin, l’aptitude
à accepter de forts courants pour des
charges ultrarapides… à condition de
trouver les bornes correspondantes !
Désormais convaincus qu’un marché
pour les voitures électriques de luxe
existe – et qu’il peut être rentable, même
si Tesla continue à y perdre de l’argent –,
tous les constructeurs premium se sont
lancés dans la bataille. Après Jaguar, dont
l’I-Pace a été commercialisé il y a seulement quelques mois, et avant BMW, qui
ne lancera son iX3 qu’en 2020, ce sont
Mercedes, Audi et le français DS qui dévoilent à Paris leurs premiers modèles
électriques suffisamment haut de gamme
pour détrôner les Tesla Model S (grande
routière), X (SUV) et 3 (berline compacte).
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DAIMLER AG /SP (x2)
Premier SUV 100 % électrique
de l’histoire de Mercedes,
l’EQC ressemble à un GLC rallongé
au niveau des porte-à-faux.
Mercedes a été le premier à révéler
l’EQC, un SUV 100 % électrique qui devrait être commercialisé en Europe à l’été
2019. D’un style plutôt classique et long
de 4,76 m, l’EQC embarque dans son plancher une batterie lithium-ion de 650 kg
pouvant stocker jusqu’à 80 kWh d’énergie. Selon Mercedes, cette batterie garantit, outre une autonomie de 450 km
(mesurée sur l’ancien et peu réaliste cycle
NEDC, correspondant à environ 350 km
dans la réalité), une puissance de 300 kW,
soit 408 ch. Distribuée en permanence
aux quatre roues via deux moteurs électriques, cette cavalerie permet à l’EQC de
passer de 0 à 100 km/h en seulement …
Deux moteurs électriques
asynchrones – un à l’avant,
l’autre à l’arrière (408 ch) –
transforment l’EQC en
une 4-roues motrices qui passe
de 0 à 100 km/h en 5,1 secondes.
Une puissante batterie lithiumion de 650 kg (capacité 80 kWh)
est nichée dans le plancher,
ce qui confère à l’EQC un centre
de gravité surbaissé.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 115
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
Le format de l’Audi e-tron (4,90 m)
lui permet de disposer d’une énorme batterie
(700 kg) et d’un coffre de 660 litres.
116 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
permet d’embarquer une énorme batterie de 700 kg et 95 kWh de capacité. Résultat : une autonomie de plus de 400 km
sur le très réaliste cycle WLTP et des performances très proches de celles de l’EQC
avec une puissance de 300 kW (408 ch)
permettant de passer de 0 à 100 km/h en
5,7 s. La vitesse de pointe de 200 km/h est,
là encore, limitée électroniquement.
Point fort du modèle, Audi offre pour
l’e-tron un large choix de chargeurs en
fonction des installations électriques de
ses clients, de 7 kW pour une recharge
complète en une quinzaine d’heures à
22 kW pour un plein en quatre heures.
L’e-tron peut en outre accepter des charges
ultrarapides en courant continu de
150 kW permettant de récupérer plus de
Le DS3 Crossback e-tense offre une autonomie
de plus de 300 km, dont 130 sont rechargeables
en quinze min. Ses poignées, à fleur de carrosserie, se déploient à l’arrivée du conducteur.
300 km d’autonomie en quarante minutes.
Enfin, côté français, c’est DS, la marque
premium du groupe PSA, qui s’attaque
au marché du crossover urbain électrique
avec le DS3 Crossback e-tense, dont l’arrivée en concessions est prévue début
2019. Développé sur la nouvelle petite
plateforme du groupe, ce crossover
5 portes long de 4,12 m combine un
intérieur luxueux avec une chaîne de
traction électrique aux caractéristiques
inhabituelles dans ce segment. La capacité de 50 kWh de sa batterie lui garantit
notamment une autonomie de plus de
300 km sur le cycle d’homologation
WLTP. Mieux, si le DS3 Crossback
e-tense peut se charger en cinq heures
grâce à la Wallbox fournie par la marque,
il peut aussi récupérer 130 km d’autonomie en seulement quinze minutes de
charge sur une borne de charge rapide
de 100 kW.
Pour transformer l’essai, il reste toutefois aux constructeurs à développer un
véritable réseau de bornes de charge ultrarapide afin de rattraper leur retard sur
Tesla, qui dispose déjà de plus 400 stations
de superchargeurs de 130 kW en Europe,
dont près de 70 en France. Pour l’heure,
la société Ionity, dont le groupe VW – qui
comprend notamment Audi et Porsche –,
BMW, Mercedes et Ford sont partenaires,
prévoit de déployer 400 stations à bornes
ultrarapides (jusqu’à 350 kW) à l’échelon
européen d’ici à 2020, 40 stations de ce
type devant être ouvertes en France d’ici
la fin de l’année §
*
Mondial de l’automobile, porte de
Versailles, à Paris, du 4 au 14 octobre.
AUDI AG /SP (X2) – COPYRIGHT ASTUCE PRODUCTIONS/DS/SP
5,1 s, la vitesse de pointe étant, elle,
fixée électroniquement à 180 km/h pour
préserver, même sur autobahn (autoroute
allemande illimitée), un semblant de
rayon d’action à ce SUV de 2 425 kg. Enfin,
si l’EQC peut se recharger en douze heures
sur une borne individuelle fournie par
Mercedes, il peut aussi récupérer plus de
250 km d’autonomie en quarante minutes
sur une borne de charge rapide de 110 kW.
Pour Audi, l’e-tron, présenté à Paris,
n’est que le premier de 12 modèles 100 %
électriques attendus d’ici à 2025. Ce SUV
long de 4,90 m, qui s’intercale dans la
gamme Audi entre un Q5 et un Q7, sera
commercialisé dès la fin de 2018 au prix
de 79 900 euros (chiffre annoncé pour
l’Allemagne). Son gabarit imposant lui
…
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
PEUGEOT E-LEGEND
Les françaises font encore rêver
Concept cars.
Les constructeurs ont
donné carte blanche
à leurs designers pour
surprendre. Le résultat
est percutant.
PAR YVES MAROSELLI
L
’automobile est en pleine mutation.
A tel point qu’il paraît difficile aujour­
d’hui d’imaginer à quoi elle ressemblera
dans dix ou quinze ans. Heureusement,
les désigneurs s’en sont chargés pour les
visiteurs du Mondial Paris Motor Show,
et les plus en verve sont cette année les
Français avec des concept cars témoignant
non seulement d’une belle créativité,
mais aussi d’une conception très diffé­
rente – voire diamétralement opposée –
de ce que pourrait être la voiture du futur.
Voilà une bonne nouvelle : le paysage
automobile des années 2030 ne devrait
pas engendrer la monotonie.
Ainsi, alors que Peugeot puise dans
son passé avec un e­Legend néorétro direc­
tement inspiré du coupé 504 de 1969, que
DS rêve l’X E­Tense, une baroque et ultra­
sportive barquette électrique 3 places
semblant tout droit sortie d’un jeu vidéo,
Renault imagine une mobilité urbaine
118 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
DS X E-TENSE
RENAULT EZ-ULTIMO
PEUGEOT 504 COUPÉ DE 1969
Néorétro. Inspirée, l’e-Legend
conjugue passé et futur en
réinterprétant les lignes du
superbe coupé 504 de 1969.
Son volant, escamotable
en mode de conduite autonome, est alors remplacé
par un écran géant de 49’’.
Baroque. Résolument futuriste, avec sa silhouette
asymétrique soulignée par une porte en élytre,
l’X E-Tense, qui jouit de la performance d’une formule E,
dispose d’un assistant personnel holographique.
Luxueux. Le plus confortable des
dream cars. L’EZ-Ultimo accueille
ses passagers (ici, ni volant
ni pédales) dans un véritable salon
roulant, spacieux et modelé avec
des matériaux nobles.
de luxe avec un EZ-Ultimo conçu comme
un spacieux salon roulant 100 % autonome pouvant transporter 3 occupants
dans un confort digne d’une cabine de
première classe.
Pour Peugeot, il s’agit de rassurer la
frange la plus passionnée des automobilistes : la voiture du futur, même « zéro
émission », ne sera pas « zéro émotion ».
En clair, ce n’est pas parce que l’e-Legend
est électrique, éventuellement autonome
sur demande, qu’elle sera moins performante et passionnante à conduire. Avec
340 kW (462 ch) distribués en permanence aux 4 roues, l’e-Legend est capable
d’accélérations dignes d’une voiture de
sport qui donneront envie de la conduire
aussi souvent que possible. Et si son volant est conçu pour s’escamoter, ce n’est
que pour mieux profiter, dans les embouteillages, de l’écran de 49 pouces de diagonale qui recouvre l’ensemble de la
planche de bord. Avec son style évoquant
celui d’un coupé sport des années 1970,
l’e-Legend préfigure une voiture désirable
et qu’on voudra acheter.
La DS X E-Tense est plus extrême, à
mi-chemin entre une voiture de course
– elle s’inspire sur le plan technique de la
monoplace électrique avec laquelle DS
participe au championnat de formule E –
et un engin de pure science-fiction. Asymétrique, elle combine un poste de
conduite découvert à gauche avec un habitacle de coupé fermé sur son côté droit.
Résultat, des sensations pour le pilote et
le confort pour les deux passagers installés en tandem sous une bulle de verre à
laquelle on accède par une porte en élytre.
Quel contraste avec l’EZ-Ultimo, la troisième excursion de Renault dans le champ
de la mobilité urbaine du futur ! Il n’est
plus question de performances ou de plaisir de conduire, mais d’accéder au mode
de transport le plus confortable et luxueux
possible le temps d’un trajet proposé à la
location par un prestataire haut de gamme.
Omniprésente, la technologie qui permet
à l’EZ-Ultimo d’être complètement autonome reste cachée sous une carrosserie
bicolore aux proportions spectaculaires
(L x l x h : 5,80 x 2,20 x 1,35 m). De même,
à l’intérieur, plus de volant ou de pédales,
seulement un fauteuil club dos à la route
à l’avant pour faire salon avec les deux
occupants de la banquette arrière. C’est
sur le plan des matériaux tels que le cuir,
le bois précieux et le marbre que l’EZ-Ultimo s’inspire des cent vingt ans d’histoire de Renault §
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 119
RENAULT/SP (x2) – DS/SP (x5) – PEUGEOT/SP (x2)
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
LA SÉRIE 3 DE BMW
C’est au public parisien que
BMW a décidé de réserver la
primeur de la 7e génération de
sa Série 3. Allongée de 8 centimètres, mais allégée de 55 kilos par rapport à la précédente,
cette classique berline tricorps
poursuit une croissance qui la
voit désormais, à 4,70 mètres,
dépasser de 35 centimètres
le modèle originel des années
1970. Très inspirée de
l’actuelle Série 5 sur le plan
du style, cette nouvelle Série 3
reçoit un équipement enrichi
et promet un meilleur confort
grâce à des amortisseurs
à butées hydrauliques.
La gamme mécanique
comportera 4 et 6 cylindres au
lancement, en attendant une
version hybride rechargeable.
Les nouveautés à ne pas rater
Visite guidée. Malgré l’absence de quelques constructeurs, la liste
des nouveaux modèles présentés à Paris est fournie. PAR YVES MAROSELLI ET JACQUES CHEVALIER
A côté du premier SUV 100 % électrique de la
marque, Audi présente sa nouvelle citadine.
Allongée de 6 centimètres et abaissée de 2 par
rapport à la génération précédente, cette A1,
deuxième du nom, adopte un style plus dynamique, accentué par des prises d’air et des ailes
élargies évoquant directement la mythique
Quattro Sport. Sous le capot, les moteurs 3 ou
4 cylindres turbo essence développent de 95 à
200 chevaux, mais n’entraînent que les roues
avant. Posée sur un empattement étiré
de 9 centimètres, l’A1 progresse sur le plan de
l’habitabilité, et sur celui du volume de coffre
qui passe de 270 à 335 litres.
120 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
LE DS3 CROSSBACK DE DS
La star du stand DS est incontestablement le
DS3 Crossback, un crossover urbain premium
de 4,12 mètres de longueur qui se positionne
au-dessus de la citadine DS3 dans la gamme de
la marque française premium de PSA. En attendant une version électrique, le DS3 Crossback sera lancé début 2019 avec des moteurs
thermiques, dont une nouvelle version
155 chevaux du 3-cylindres 1,2 litre turbo essence du groupe. DS présente aussi le DS7
Crossback E-Tense 4 x 4, version hybride rechargeable de 300 chevaux, disposant d’une
autonomie 100 % électrique de 50 kilomètres.
FABIAN KIRCHBAUER/BMW AG/SP – AUDI AG/SP – ASTUCE PRODUCTIONS/DS/SP
L’A1 D’AUDI
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Jean-Claude Girot
« Nous avons modernisé le Mondial »
Le Point : Pour ce
Mondial 2018, Il y a une
quinzaine de marques
absentes. Ont-elles tort ?
Jean-Claude Girot : Je le
les jeunes et les fins de journée (deux heures avant la
fermeture), centre d’essai des
nouvelles motorisations
propres à la Concorde, nous
avons modernisé le Mondial.
LA PROCEED
EED DE KIA
pense, car aucun événement organisé en dehors
Ce centre d’essai au
milieu d’une ville dont
du Mondial n’attire plus de
la maire est autophobe
1 million de visiteurs et
est-il un défi ?
10 000 journalistes. Deux
Jean-Claude
Girot
marques ont même décidé
Anne Hidalgo, qui n’avait
Commissaire
pas visité le Mondial 2016, a
de ne plus venir en Europe,
général du
rapidement donné son acqui est pourtant le berceau
Mondial Paris
cord pour ce centre d’essai
de l’automobile. Et cela au
Motor show
qu’elle viendra inaugurer.
moment où un chinois et
un vietnamien choisissent
Les Français comme les touParis pour se lancer à l’international. ristes verront ainsi, dans un lieu très
Mais je respecte les décisions de cha- fréquenté, qu’il y a un Mondial à la
cun, même si nous avons cherché à ré- porte de Versailles. Ils auront l’occapondre en 2018 aux critiques exprimées sion de monter à bord des véhicules et
de jauger par eux-mêmes ce que sont
en 2016.
les hybrides, les électriques, les voiDe quelle façon ?
Exposition raccourcie mais présence tures à gaz ou à pile à combustible. Le
de six nocturnes, ajout du Mondial de futur est déjà là, avec des émissions
la moto et d’un Mondial de la techno- très faibles ou à zéro rejet, et il est bon
logie, prix des entrées inchangé et gra- d’aller au-devant du public pour le
tuité jusqu’à 11 ans ou demi-tarif pour dire § PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES CHEVALIER
Comme le concept dont elle reprend
le nom, la ProCeed est un « break
de chasse », plus pratique qu’une
berline, mais aussi plus élancé qu’un
break classique. Ce type de carrosserie n’existait jusqu’à présent que
chez les constructeurs premium tels
que Mercedes avec la CLA Shooting
Brake. Dessinée par le Français Grégory Guillaume, la ProCeed est 5 centimètres plus basse que la Ceed SW
(pour Station Wagon), mais peut
embarquer presque autant de chargement. Cette carrosserie au profil
plus dynamique peut être animée
par des moteurs essence ou diesel
développant de 120 à 204 chevaux
et sera commercialisée début 2019.
Outre ses SUV – électrique pour l’EQC, thermique pour le GLE –, Mercedes
présente une nouvelle Classe B, soit la troisième génération de son monospace
compact. A l’intérieur, l’interface homme/machine 100 % numérique et la
commande vocale déclenchée par un simple « hey Mercedes » sont reprises
de la Classe A. La Classe B y ajoute un programme de massage « Energizing »
pour les sièges avant et une banquette arrière coulissante. Sur le plan
mécanique, la Classe B étrenne un nouveau moteur diesel au système de
dépollution plus sophistiqué, et une boîte double embrayage 8 rapports.
INGRID HOFFMANN – KIA/SP – T.ANTOINE/ACE-TEAM/HYUNDAI/SP – DAIMLER AG/SP
LA CLASSE B DE MERCEDES
LE NEXO D’HYUNDAI
La marque coréenne continue à
croire à la voiture à hydrogène
comme en témoigne le Nexo,
seconde génération de modèle à pile
à combustible dans la gamme
Hyundai après le iX35. Le Nexo progresse sur tous les plans par rapport
à ce dernier et notamment sur celui
de l’autonomie : 666 kilomètres grâce
aux 6,33 kilos d’hydrogène stockés
sous une pression de 700 bars.
Il suffit de cinq minutes pour faire le
plein… à condition de trouver une
pompe ! De fait, le Nexo est plutôt
destiné aux entreprises disposant
d’un tel équipement et d’un budget
de 72 000 euros (avant bonus
écologique de 6 000 euros).
…
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 121
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
LA 508 SW DE PEUGEOT
Outre le concept e-Legend, la seule silhouette véritablement nouvelle sur le
stand Peugeot est la 508 SW. Pratique, sa ligne de pavillon moins fuyante que
celle de la berline permet d’accéder plus facilement à la banquette arrière et d’y
profiter d’une garde au toit plus généreuse. Comme la berline 508, la SW sera
proposée en 2019 en version hybride rechargeable deux roues motrices de
225 chevaux, grâce à la combinaison d’un 4-cylindres turbo essence de 180 chevaux et d’un moteur électrique de 109 chevaux intégré à la boîte de vitesses
8 rapports. Peugeot annonce une autonomie 100 % électrique de 40 kilomètres.
LE JIMNY DE SUZUKI
Petit cube à roulettes, le Jimny
évoque la Jeep Willys originelle de
1941. Ultracompact, il semble taillé
pour la ville, mais révèle sa vraie nature en dehors : ses quatre roues motrices temporaires et sa boîte de
réduction lui permettent d’escalader
les montagnes où son châssis à
échelle et ses essieux rigides font
merveille. L’habitacle est rustique,
privilégiant les commandes
« qui peuvent être manœuvrées
avec des gants » plutôt que
l’écran tactile. Le Jimny
dispose néanmoins d’une
caméra lisant les panneaux
et détectant les obstacles.
122 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Le constructeur espagnol complète la
gamme de SUV à laquelle il doit une
grande part de sa prospérité : au-dessus de l’urbain Arona et du compact
Ateca, voici le grand Tarraco destiné
aux familles nombreuses avec sa
banquette arrière coulissante et ses
sièges escamotables de 3e rangée
permettant d’accueillir jusqu’à sept
occupants. Comme les VW Tiguan
Allspace et Skoda Kodiaq dont il partage plateforme, moteurs TSI et TDI
de 150 à 190 chevaux, boîte double
embrayage et transmission 4Drive en
option, il est assemblé à Wolfsburg
en Allemagne. Une version hybride
est attendue pour 2019.
LA CAMRY DE TOYOTA
Cette japonaise made in USA
– fabriquée dans l’Etat du Kentucky – revient sur le Vieux Continent pour y remplacer la discrète
Avensis. Exclusivement proposée en
version hybride 2,5 litres essence de
178 chevaux, cette imposante
berline de 4,89 mètres de longueur
développée sur la même plateforme
que la Lexus ES devrait ainsi
échapper à tout malus écologique
sur le marché français. Sobre,
classique et spacieuse, la Camry
devrait notamment séduire les
professionnels et les taxis. Elle sera
commercialisée en Europe au cours
du premier trimestre 2019.
PEUGEOT/SP – TOYOTA/SP – C.HUNSICKER/ACE TEAM/SUZUKI/SP – SEAT/SP
LE TARRACO DE SEAT
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Des Technologies
pour la vie
www.bosch.fr
Le Groupe Bosch a pour ambition de devenir un acteur majeur dans l’Internet
des objets (IoT). Les 402 000 collaborateurs, dont 64 500 ingénieurs en R&D,
proposent au quotidien des solutions innovantes et connectées. En 2017, plus
de 7 milliards d’euros ont été investis en R&D pour concevoir des produits et
services qui suscitent l’enthousiasme, améliorent la qualité de vie et aident à
préserver les ressources naturelles.
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SPÉCIALMONDIAL DE L’AUTO
Quand la moto rattrape l’auto
Convergence. Les deux-roues adoptent les standards de la voiture
en matière de sécurité et d’aide à la conduite. La preuve au Salon.
PAR MICHEL REVOL
EU-LIVE
Le concept EU-Live est issu
d’un consortium européen,
dont fait partie Peugeot.
Doté d’une motorisation
thermique et électrique,
il se pilote comme une moto
mais avec un permis B.
Autonomie : 300 kilomètres.
Vitesse de pointe : 130 km/h.
PEUGEOT P2X
Peugeot commercialise pour
la première fois depuis soixantedix ans deux motos, un modèle
de 125 cm3 (à g.) et un de 300 cm3.
HONDA MONKEY
Honda remet au goût du jour deux
modèles anciens de 125 cm3, icônes
des années 1970 : le Monkey (ci-dessous),
sorti en 1961, et le Super Cub.
4 399 et 3 599 euros.
YAMAHA NIKEN
Ce n’est pas un scooter à trois-roues,
jure-t-on chez Yamaha, mais une moto,
une vraie, avec sa puissance (115 ch)
et son agilité. Les critiques sont pour
l’heure très élogieuses. 14 999 euros.
124 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
magine-t-on un motard rouler les mains
dans les poches pendant que sa cylindrée
accélère, tourne et freine toute seule ? Non,
évidemment. Le sel de la moto réside dans
le pilotage. Si le deux-roues autonome
existe déjà (BMW, Yamaha…), ce n’est pas
pour « écarter le pilote de la moto », rassure
Frédéric Stick, patron de BMW Motorrad
France. L’objectif est d’analyser le comportement d’une moto sans pilote pour, ensuite, mettre au point des aides, comme
la correction de trajectoire. On a eu peur !
Toujours un peu en retard sur la voiture, la moto se rapproche de ses standards en matière d’assistance et de sécurité.
Au Mondial de la moto, BMW va jusqu’à
mêler, sur son stand, deux et quatre-roues.
Chez Peugeot, les scooters présentés à
Paris, comme le Pulsion, bénéficient du
système i-Connect, un tableau de bord
tout connecté issu de la voiture. Demain,
ils seront équipés de l’appel d’urgence
automatique iCall, puis de caméras de
détection.
Outre l’ABS, les constructeurs multiplient les systèmes d’airbag. Ducati a ainsi
mis au point avec Dainese le D-Air, un
blouson doté d’un airbag connecté par
ondes à la moto. Le constructeur italien
promet aussi, dans un futur assez proche,
une moto avec radar anticollision. Le
géant japonais Yamaha développe, lui, un
concept de moto, Motoroid, qui freine
seul lorsqu’il détecte un obstacle sur la
route (et ne peut tomber, grâce à un système de balancier). BMW, de son côté,
participe au projet 5G Automotive Association. Lorsque la 5G sera effective, ce
procédé mettra en contact tous les véhicules présents dans une zone proche, voitures ou motos ; si l’un approche d’un
croisement, l’autre est prévenu et peut
freiner seul.
Au Salon, Peugeot dévoile sur son stand
sa nouvelle moto P2X et le concept EULive, une voiture hybride biplace en tandem qui se penche en virage tel un scooter.
L’engin est présenté comme le « chaînon
manquant » entre la moto et l’auto §
HONDA / SP – JONATHAN GODIN/YAMAHA/SP – PSA/SP
I
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TENDANCESÉVASION
JEAN CLAUDE MOSCHETTI/REA (X2)
Aux rythmes
de la Louisiane
Dans le quartier
français du Vieux Carré,
à La Nouvelle-Orléans.
126 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
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Etats-Unis.
A l’occasion du tricentenaire de La NouvelleOrléans, balade au son
du zydeco et du blues,
là où vibre l’âme cajun.
PAR OLIVIER PÉROU
A
ssis sur un petit tabouret, à la lumière
d’un lampadaire de Bourbon Street,
Jean – « prononcez à la française », insiste-t-il – tambourine frénétiquement sur
des seaux de plastique noirs retournés sur
le sol. Des percussions artisanales d’où
s’échappe une mélodie à faire danser des
dizaines de touristes et locaux enivrés.
Bienvenue à La Nouvelle-Orléans
(Nola), le cœur battant de la Louisiane. Là
où la musique est reine. On l’écoute et on
joue 24 heures sur 24, et parfois plus ! Ce
soir-là, comme tous les autres de la semaine, les rues du quartier français s’animent au son de la contrebasse d’un
jazzman ou d’un groupe de zydeco, ce mélange de blues et de chants créoles. A Nola,
on compte plus d’une centaine de scènes
musicales. Finalement, il ne reste qu’à
choisir son style et tendre l’oreille avant
de pousser la porte d’un pub pour réécouter les classiques des légendes locales : Sidney Bechet, Terence Blanchard ou encore
Buddy Bolden. La ville, nichée entre le
golfe du Mexique, le Texas et la Floride,
incarne une partition aux notes variées
dans laquelle l’Histoire et les cultures se
confondent.
On arpente ainsi le Vieux Carré, ses
drapeaux ornés de la fleur de lis et ses rues
Dauphine, Royale, Bourbon ou SaintLouis. Sommes-nous en France ? Peut-être
celle de 1718, lorsque l’explorateur
Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville fonde,
au nom du roi, un comptoir à l’embouchure du Mississippi. Aussi bien pourrions-nous être en Espagne. Les balcons
en fer forgé des bâtisses en briques dorées,
vertes ou bleues, et les patios aux fontaines fleuries rappellent l’héritage colonial hispanique. Il y a aussi Treme, un
faubourg pauvre de la ville, berceau de la
culture afro-américaine. Les habitations
en bois – souvent délabrées mais toujours
colorées – sont massées entre des pubs
mal famés et d’anciennes maisons closes.
Un certain Louis Armstrong y a joué ses
premières notes, à la trompette. Ses folles
envolées musicales semblent encore
rythmer la vie du quartier ravagé par l’ouragan Katrina en 2005. Qu’importent les
drames du passé ; les fanfares qui défilent
dans les rues et les messes gospel réchauffent les âmes en peine.
La carte postale serait incomplète sans
ces plats saupoudrés d’épices rapportées
par les esclaves antillais. A commencer
par le gumbo, une soupe préparée à base
d’un roux, de légumes, de fruits de mer,
de poissons et de viandes. Certains lui
préféreront peut-être les huîtres chaudes
du golfe du Mexique ; d’autres le …
A la rencontre des
alligators, dans le bayou.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 127
7
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TENDANCESÉVASION
MISSISSIPPI
ÉTATS-UNIS
LOUISIANE
TEXAS
FLORIDE
La NouvelleOrléans
LOUISIANE
sip
is
MEXIQUE
Lafayette
Oak Alley
Laura
Whitney
M i ss
Houmas House,
une ancienne
plantation sucrière
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pi
Golfe du Mexique
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en liberté : 9 jours/7 nuits, à partir de
1 560 €/pers., vols, hébergement (B&B,
maison d’hôtes, hôtel) et location
de voiture inclus. En option : visite
des plantations, tour en bateau dans
les bayous, découverte de la culture
cajun et visite de La Nouvelle-Orléans.
01.73.14.21.70, www.marcovasco.fr.
Bureau d’information de
La Nouvelle-Orléans/Louisiane.
01.44.77.87.00,
www.louisiane-tourisme.fr.
Tricentenaire de La NouvelleOrléans. www.2018nola.com.
Le festival
Acadiens et
Créoles, à
Lafayette.
jambalaya, un mets aux saveurs à
la fois françaises, espagnoles et africaines.
La musique, la fête, la gastronomie… Si
l’on surnomme La Nouvelle-Orléans The
Big Easy – littéralement « la grande facile » –, c’est avant tout pour la générosité
et la joie de vivre de ses habitants. Ici, on
« laisse le bon temps rouler », dit l’adage
cajun. Une philosophie héritée des Acadiens, ancêtres des Cajuns, des Français
bannis du Canada qui vinrent s’exiler
dans le delta du Mississippi au XVIIIe siècle.
…
Swamp boogie. En Louisiane, la musique ondule aussi le long du Mississippi,
au cœur des forêts marécageuses où zigzaguent des embarcations à hélices. En
s’engouffrant dans cette jungle indomptable, dans ce bayou infesté d’alligators,
il suffit de tendre l’oreille pour distinguer
la mélodie des work songs – l’ancêtre du
blues – que chantaient les esclaves noirs.
L’écho d’une époque où l’Etat se drapait
de coton. Au milieu de ces immenses terres
sans fin, les noms des opprimés s’inscrivent sur les cabanons et, au loin, se
dressent de colossales demeures où les
maîtres vivaient dans l’excès. On s’y rend
128 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
en empruntant une interminable allée à
l’ombre de chênes en fleur où nous attendent, aujourd’hui encore, des dames
en robe à crinoline qui narrent l’histoire
des célèbres plantations Oak Alley, Laura
et Whitney Plantation.
Loin du calme plat des rives du Mississippi, d’autres musiques animent la vie
locale. Les « Fais dodo » exaltent les samedis soir de La Nouvelle-Orléans jusqu’à
Lafayette en passant par Bâton-Rouge, la
capitale. Ces bals tirent leur nom des enfants qui luttaient contre leurs parents
pour mieux profiter de la fête. A Lafayette,
les étudiants et leurs aînés viennent par
dizaines gambiller jusque tard dans la
nuit, autour d’un verre, au Blue Moon Saloon. Un repaire où, sur la piste, on danse
sur du zydeco, du swamp boogie et du
rock’n’roll. Sur scène, les artistes se déchaînent sur leur violon, leur guitare, leur
harmonica et… leur planche à laver qu’ils
grattent avec une cuillère en métal. D’une
même voix, tous entonnent avec l’accent
cadien ces tubes seulement connus en
Louisiane. Une communion musicale qui
rappelle qu’il n’y a pas un seul coin ici où
la fête et la joie ne résonnent pas §
∑ DORMIR
Maison Dupuy. Charmante adresse au
style colonial espagnol, au cœur du
Vieux Carré à La Nouvelle-Orléans.
A partir de 110 € la nuit,
www.maisondupuy.com.
Houmas House. Voyage au temps
des plantations grâce à ce très bel hôtel
(ci-dessus) sis dans la propriété
d’un baron du sucre du XIXe, entre
Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans.
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≥ SE RESTAURER
Tableau. A La Nouvelle-Orléans,
cette table mêle tradition et
sophistication. De 17 à 33 € le plat,
www.tableaufrenchquarter.com.
] DÉCOUVRIR
Le bayou. Un tour en bateau dans la
forêt marécageuse alors que le soleil se
couche… La parfaite évasion pour
partir à la rencontre des alligators,
www.greenwoodgatorfarmtours.com.
JEAN CLAUDE MOSCHETTI/REA (X4)
La Whitney
Plantation, à
Wallace, est
un musée
consacré à la
mémoire des
esclaves.
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tout ce qu’il faut savoir
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TENDANCESMODE
Par Fabrice Léonard
Pages coordonnées par Marine de La Horie
Le trésor
Ofée dévoile Sakura, une collection
précieuse imaginée en collaboration
avec Sofia Sanchez de Betak. Passionnée de culture nipponne, la créatrice a
pensé à une pluie de fleurs de cerisiers
ciselées dans l’or rose, constellées, ou
non, de diamants. A porter en puces
d’oreilles amovibles, bagues fines ou
bijoux d’oreilles graphique.
L’histoire. La fragrance
fut d’abord créée exclusivement pour Audrey
Hepburn, muse et amie
d’Hubert de Givenchy.
Quand, en 1957, il lui demande s’il peut la commercialiser, la légende rapporte
qu’elle aurait initialement
répondu : « Je vous l’interdis ! » Mais le couturier
passe outre et lance le
parfum, baptisé L’Interdit.
Soixante et un ans plus
tard, Givenchy donne
naissance à une nouvelle essence, qui invite les femmes
à franchir le pas et à ressentir le frisson de l’interdit.
La fragrance. Créé par les
parfumeurs Dominique
Ropion, Anne Flipo et
Fanny Bal, L’Interdit dévoile un bouquet blanc,
narcotique et lumineux.
La composition mêle fleur
d’oranger, jasmin sambac et
tubéreuse, qui contrastent
avec les notes sombres aux
accents fumés et racinaires
du vétiver et du patchouli.
Très féminin et floral.
Le flacon. Moderne et épurée, la nouvelle bouteille,
décorée d’un ruban en gros
grain noir autour du col
scellé par le logo emblématique 4G laqué de la maison, est un hommage à
l’original de 1957 § F. L.
Séductions
La silhouette
Cette saison, il est question
de mélanges. Des tissus
comme le cachemire ou la
laine croisent des matières
industrielles, voire hightech, comme le PVC,
le métal ou le Rhodoïd.
Illustration de ces
associations audacieuses
avec la collection hivernale
de Paco Rabanne.
L’objet
Bottega Veneta propose pour personnaliser ses
articles de maroquinerie et chaussures d’y appliquer
toutes sortes de monogrammes. La griffe italienne
utilise trois manières différentes : l’embossage,
l’estampage et la surpiqûre. La première est la plus
discrète : les initiales sont simplement marquées
dans le cuir. La deuxième se fait par apposition de
lettres graphiques en relief, de la taille et de la
couleur choisies par le client. Pour encore plus de
luxe, la troisième option, la surpiqûre, offre des
lettres en cuir ou en croco surpiquées dans une
palette de couleurs saisonnières.
130 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
CHRISTOPHE CHAVEROU – SP (X 5)
L’Interdit par Givenchy
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ZOOM
Longchamp
La tendance
YOOX NET-A-PORTER GROUP – BENJAMINLALANDE – FRED FURGOL (X 2) – ANTHONY GHNASSIA/GETTY IMAGES – SP (X 3)
« Logo mania ». En pleine
ère du retour aux années 1990, les logos de
marques se portent de la
tête aux pieds.
- Pull en cachemire,
Dolce & Gabbana sur
www.mrporter.com.
- Blouson en fourrure de
vison, casquette en Nylon et cuir, gants en fourrure de vison et sac de voyage en cuir peau de
mouton à motifs FF, pull en coton et pantalon
en laine, Fendi.
- Cabas en cuir, Valentino, au Printemps.
- Valise Horizon, motif Monogram et détails
cuir, Louis Vuitton.
La collaboration
L’adresse
Miu Miu ouvre une nouvelle boutique au
1, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris.
Les 540 mètres carrés se déploient sur
trois niveaux. Chaque côté de l’immeuble
dispose d’une entrée. La première permet
d’accéder aux collections de chaussures,
la seconde aux accessoires, aux sacs et au
prêt-à-porter. Le magasin se veut un écrin
précieux entièrement habillé de bleu
clair, de la moquette aux canapés
en velours en passant par les murs,
les colonnes et les tables-présentoirs,
tous tapissés d’un tissu damassé.
Sandro s’associe à Helly Hansen, la célèbre
marque norvégienne spécialiste des textiles
marins, le temps d’une ligne exclusive.
Au programme : sweat-shirts et tee-shirts
estampillés du drapeau norvégien, pull
en maille à l’imprimé tartan, sac de sport
hybride convertissable en sac à dos, sans
oublier la veste de marin, l’imperméable
habillé d’un imprimé écossais, le coupe-vent
et la doudoune qui
q devient réversible.
A l’occasion de son 70e
anniversaire, la maison
Longchamp a défilé début
septembre à New York, où
elle a ouvert une boutique
récemment. Quelques jours
plus tard, la griffe
investissait l’Opéra Garnier,
à Paris, pour y recevoir en
grande pompe 2 000 invités
autour de la nouvelle muse
de la maison, Kendall Jenner
(photo), vêtue d’une robe en
dentelle ultrasexy figurant
un cheval, l’animal fétiche
de la maison.
Que de chemin parcouru depuis ce jour de 1948 où les
grands-parents des actuels
dirigeants ouvraient une
vénérable civette dans le
quartier parisien des
Grands-Boulevards ! Aujourd’hui, Longchamp
compte 300 boutiques réparties dans 80 pays. Reconnue
pour avoir inventé le sac
Pliage, la maison s’est diversifiée, proposant de la maroquinerie, du prêt-à-porter et
des accessoires. Elle est toujours dirigée par la famille
Cassegrain, qui s’emploie à
faire rayonner à l’international l’art de vivre français §
M.D.L.H.
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 131
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TENDANCESSAVOIR-FAIRE
FOCUS
Dans l’antre d’un parfumeur
Journées particulières.
LVMH ouvre ses portes
au public. Dont celles
du parfumeur Francis
Kurkdjian.
PAR MARINE DE LA HORIE
C
’est une grande première pour Francis Kurkdjian. Le célèbre parfumeur,
à qui l’on doit des fragrances mythiques comme Le Mâle, de Jean Paul Gaultier, My Burberry ou L’Extase, de Nina
Ricci, invite le public inscrit au préalable
à découvrir son bureau-atelier parisien.
Récemment entré dans le giron de LVMH,
il fut l’un des premiers à monter sa maison de parfums de niche.
Du 12 au 14 octobre, la maison ne se
contentera pas d’ouvrir ses portes. Francis Kurkdjian dispensera lui-même une
master class dans son bureau, situé au
41, rue Etienne-Marcel, Paris 1er. Dans l’intimité de son atelier, il expliquera son travail autour des matières premières et l’art
de la composition. « Chaque parfum est une
histoire olfactive singulière que je sculpte en
utilisant les facettes visibles et invisibles de la
matière. La création ne prend alors tout son
sens que lorsque l’équilibre choisi entre les ingrédients naturels et synthétiques qui la composent fait jaillir l’émotion et traduit mon
inspiration », détaille le parfumeur à l’origine des très poétiques bulles parfumées.
Les participants (110 personnes réparties
sur trois jours) repartiront avec la formule
de trois parfums inédits §
Exceptionnellement, 76 lieux dans monde, dont ici le palazzo Pucci, à Florence, seront ouverts lors des Journées particulières.
« Que de chemin parcouru depuis la
création des Journées particulières, il y a
sept ans. Conçues pour incarner la
générosité et l’énergie de nos maisons, elles
font écho à l’esprit de transmission qui
anime le groupe LVMH : faire découvrir
de l’intérieur la diversité de notre
patrimoine, la richesse de nos savoir-faire
et la force de nos innovations », explique
Antoine Arnault, à l’origine de cette
initiative. La quatrième édition de ces
Journées du patrimoine version luxe
132 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
aura lieu les 12, 13 et 14 octobre. Cette
année, elles se déroulent dans 76 lieux
dans le monde, dont 40 en France et
39 inédits. Une opération qui
mobilisera durant trois jours
3 000 collaborateurs et artisans issus
du cuir, de la mode, du vin, des
montres, de la joaillerie… Parmi ces
76 lieux confidentiels, l’académie qui
forme les maquilleurs professionnels
Make Up For Ever, les ateliers du
couturier Christian Dior, du malletier
Moynat ou du bottier Berluti. Hors de
l’Hexagone, le fabricant de valises
Rimowa, à Cologne, ouvrira son site de
production. En Italie, Fendi et Pucci
dévoileront leurs spectaculaires palais.
Zenith présentera sa manufacture
horlogère du Locle, en Suisse. Et, pour
les globe-trotteurs les plus téméraires,
cap sur le domaine viticole de
Cloudy Bay… en Nouvelle-Zélande.
https://www.lvmh.fr/lesjourneesparticulieres/
PHOTOS SP
Pur luxe
A Paris, Francis Kurkdjian fera visiter
son bureau-atelier et dévoilera quelques
secrets de composition.
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TENDANCESGASTRONOMIE
À LA CARTE par Thibaut Danancher
GNOCCHIS, BEURRE, SAUGE
Le secret de Iacopo Chomel
On lave les pommes de terre (bintje ou
agria). On les épluche. On les fait cuire
quinze minutes dans une eau salée à
ébullition. On les égoutte. On les passe
au moulin à légumes. On incorpore une
farine blanche pour former une pâte.
Sur un plan de travail fariné, on réalise
de petits serpentins de 1,5 centimètre
de largeur. On les coupe en morceaux de
2 centimètres de longueur. On plonge
les gnocchis dans une eau à ébullition.
Quand ils remontent à la surface, on les
sort avec une écumoire. On les nappe
d’un beurre fondu à la sauge, d’une râpée
de parmesan et de poivre.
Un bistrot pur jus
sous la houlette
de Iacopo Chomel
et Marco Pelletier.
Le Vantre de Paris
ROMAIN GAILLARD/REA POUR « LE POINT » (X2) – IAN HANNING/REA POUR « LE POINT »
I
l fut durant huit ans le chef sommelier
du Bristol à Paris. Après avoir mené la
vie de palace rue du Faubourg-Saint-Honoré, à deux pas de l’Elysée, Marco Pelletier s’est posé à un saut de puce de la place
de la République. Le garçon millésime
1974 a installé son Vantre rue de la rue de
la Fontaine-au-Roi, au cœur du 11e arrondissement. Il y a constitué une monumentale carte des vins abritant plus de
2 000 références – 4 000 autres sont religieusement cachées en cave –, allant du
vignoble français à ceux d’Europe et du
Nouveau Monde. Le virevoltant Québécois s’est associé à Iacopo Chomel, à qui
il a confié les fourneaux de son antre.
Les assiettes du Franco-Italien fleurent
bon la haute voltige bistrotière. L’ex-chef
du Passage, à Paris, donne dans le brut et
le brillant. La seiche à la vapeur alanguie
sur des voiles de melon flanqués de basilic noce avec du guanciale et un ragoût
d’encre de seiche. Le maquereau cru se
dandine au milieu d’une râpée de poutargue, de groseilles et de pourpier. Les
démoniaques gnocchis coiffés d’une neige
de parmesan sont envoûtés par un beurre
à la sauge. La poularde de Bresse gambade
face à des rubans de céleri et leur mousseline, à du maïs torréfié et des girolles.
En dessert, le déroutant gâteau suave de
pommes de terre fricote avec un sorbet à
l’orange sanguine §
Vantre, 19, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris
11e. 01.48.06.16.96. Menus : de 18 à 21 €
(déjeuner). Carte : de 34 € à 57 €.
LA BONNE PIOCHE
Salamone fait Sensation
Romain Salamone surfe sur la vague bistronomique à
Port Ariane, à une enjambée de Montpellier. Le garçon,
qui fut d’abord pâtissier, fourmille d’idées depuis sa cuisine ouverte embrassant sa salle à l’allure de loft newyorkais. Le trentenaire sort des sentiers battus en osant
les associations détonnantes. Ses signatures ? Raviole de
poireaux à la vanille, glace au foie gras, velouté de cèpes ;
saint-jacques snackées, mousseline de céleri, chorizo
– condiment, dés –, oignons croustillants, aïoli, pulpe de
betterave ; sphère chocolat et pistache laquée à la framboise, diamant à l’amande, éclats de pistache, sorbet à la
framboise, crumble au chocolat, râpée de citron vert §
Sensation, 2, rue des Consuls, Lattes (Hérault). 04.67.50.39.31.
Menus : de 15,50 à 18,50 € (déjeuner), de 24,50 à 29,50 € (dîner).
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 133
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TENDANCESMARCHÉ DE L’ART
SPÉCIAL LONDRES par Judith Benhamou-Huet
CHRISTIE’S – GALLERY OF EVERYTHING – SUTTON, COURTESY OF LEHMANN MAUPIN, NEW YORK, HONG KONG ET SÉOUL – GALERIE FAVORI/ALEXANDRE GUILLEMAIN – SOTHEBY’S
Frieze et Frieze Masters :
l’appel de Londres
Comme chaque année début octobre, c’est vers
Londres que se tournent tous les regards du
marché de l’art mondial, et plus précisément
vers Regent’s Park. C’est là que se tient une double
offre. D’un côté du parc, Frieze London, la foire
d’art contemporain qui existe depuis quinze ans
et qui est composée de 160 galeries plutôt dans le
vent. De l’autre, à un quart d’heure à pied, sous une
autre gigantesque tente, est proposé pour la
septième année Frieze Masters. Cent trente exposants y montrent des œuvres depuis l’Antiquité
jusqu’à l’art contemporain dit classique. Dans une
période d’incertitudes politiques, le marché de l’art
se réoriente naturellement vers les valeurs sûres,
et la section Masters a un succès grandissant.
A contrario, malgré l’effet d’engouement médiatique pour le phénomène de l’art dit très contemporain, les ventes des jeunes artistes exposés par
de jeunes galeries ont sensiblement ralenti. Cette
évolution fera peut-être baisser les prix de ces
créateurs sur le marché international. Ci-contre,
le travail d’Osgemeos, des artistes qui ont commencé dans la rue au Brésil, est à vendre chez
Lehmann Maupin à partir de 100 000 dollars §
Jusqu’au 7 octobre, Londres. https://frieze.com/fairs.
Le PAD London
La force de la foire PAD,
à Londres comme à Genève,
Paris et Monte-Carlo, ce sont
ses exposants en design
(24 sur 68 participants),
avec, par exemple, ce canapé
de Garouste et Bonetti
de 1995 dessiné comme
une vague. Alexandre
Guillemain le met en vente
un peu au-dessus de
12 000 euros.
Jusqu’au 7 octobre,
www.pad-fairs.com.
La déco de Bacon
Avant d’être un peintre
à succès, Francis Bacon
(1909-1992) était décorateur.
Ce tapis qu’il a dessiné est
proposé avec une estimation
de 78 000 euros.
Le 4 octobre, Londres,
www.christies.com.
134 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Redécouverte
de l’art haïtien
James Brett, l’inventeur
du Museum of Everything
consacré à des arts non
conventionnels, s’est pris de
passion pour l’art haïtien
moderne aux accents surréalistes – en photo,
une toile de Wilson Bigaud (1931-2010). Les œuvres
proposées à Frieze Masters, à 1-54 (la foire d’art
africain) et à la Gallery of Everything sont
à vendre entre 5 000 et 100 000 euros.
www.musevery.com.
West le provocateur
A Paris, la rétrospective de
l’Autrichien Franz West
(1947-2012) se tient à Beaubourg. A Londres, cette
sculpture « pauvre » en papier mâché coloré (2009)
est estimée à 77 000 euros.
Le 5 octobre, Londres,
www.sothebys.com.
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JEUX
RETROUVEZ DÉSORMAIS SUR IPAD ET IPHONE
NOS MOTS CROISÉS SUR L’APPLICATION LE POINT
MOTS CROISÉS PAR ALBERT D’AUNAC
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
D
I
A
L
O
G
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2
I
M
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O
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3
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V
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C U L E
I G O T
E
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S S E E
HORIZONTALEMENT I. Délicat de s’adresser ainsi à un muet
(2 mots). II. Peut-être bien rendues. III. Quand le soleil descend.
IV. Bonne terre. Pour un faisan… V. Se renverse en suivant un cap.
Petit poison. En Arles. VI. Veut peut-être attirer l’attention. VII. Bon
début. Aveyronnais. VIII. Danger en mer. Bords d’un toit. IX. On n’a
pas voulu l’admettre.
VERTICALEMENT 1. Impossible avec le muet du I . 2. Ne bouge
pas facilement. 3. Choisies. Numéro musical. 4. Pensez donc ! Une
crêpe. 5. Groupes de feuilles, en un sens. 6. On en fait un petit diable.
Bizarrement, elles peuvent être rasoir. 7. On escalade ce mont de
l’autre côté. Font un peu rougir. 8. Câline. 9. Poche de vache.
Solution de la grille
du numéro 2404
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
2
3
4
5
6
7
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9
S
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L
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S
S
I
C
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L
S
E
I
T
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ R7
• D4
\ D762
± A 10 9 7 5
N
O
E
S
¿ A 10 4
• R V 10 9 3
\ A V 10
±D2
I. Enchères
Sud donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Sud
1•
2 SA
Nord
2±
3 SA
Quelques commentaires :
1 • : priorité à la majeure
cinquième.
2 ± : changement de couleur
2 sur 1 avec 11 points H.
2 SA : montre un jeu régulier
de 15 à 17 points H – l’équivalent
d’une ouverture de 1 SA.
LE TEST D’ENCHÈRES
II. Jeu de la carte
Vous jouez 3 SA en Sud.
Ouest entame du 5 de ¿ pour
le 7 du mort et le Valet d’Est.
Réponse
Laissez passer le Valet de ¿, Est rejoue ¿
pour le Roi du mort. Avec le Roi de \
bien placé, vous réaliserez facilement
dix levées : quatre à •, trois à \,
deux à ¿ et l’As de ±. Voici ce qui va se
passer si vous commencez par affranchir
votre couleur principale – • – avec
le Roi de \ en Ouest : Est fera la levée
de l’As et rejouera ¿ pour affranchir
la couleur, vous limitant
à huit levées. Voici le bon plan : après
la levée du Roi de ¿, jouez le 2 de \
pour le 10 de votre main et le Roi d’Ouest.
Votre adversaire de gauche peut
rejouer ¿, mais il n’a plus de reprise !
Vous réaliserez neuf ou dix levées.
N’oubliez pas de détruire en priorité la
reprise de l’adversaire dangereux en
priorité.
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Le début des enchères a été :
Sud
1¿
2•
Ouest Nord
passe
2\
passe
?
Est
passe
Vous êtes en Nord.
Quelle doit être votre deuxième réponse
avec chacun des cinq jeux suivants ?
A
B
C
D
E
¿
•
\
±
D
D
V6
10
R 10
R862
A96
93
AR82
92
RD972
AR984
A D 10 9 4
AD973
ARD983
DV5
V843
RDV5
R82
V 10 6
Voici les quatre jeux :
¿ R7
• D4
\ D762
± A 10 9 7 5
¿ D9653
N
• 85
O
E
\ R 10 8 3
S
±86
¿ A 10 4
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\ A V 10
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±RV43
LE POINT
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Le fit en majeure est trouvé. Avec quatre
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B 3 ± = 20 ; 3 SA et 4 • = 10.
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la quatrième couleur forcing – 3 ± –
pour rechercher un arrêt à ±,
un fit 5-3 à •…
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Avec 13 points H, vous devez jouer
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3 SA avec tous vos honneurs
dans les deux mineures.
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Soutenez à 3 • avec un net espoir
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E 3 ± = 20 ; 3 SA = 10 ; 3 \ = 5.
La répétition de votre couleur – 3 \ –
n’est pas forcing. Utilisez la quatrième
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¿ AV983
• D V 10 7 4
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±A9
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Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 135
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Audition au Sénat des Etats-Unis
N
ew York.
Jeudi matin.
Les rues sont vides.
Pas un chat dans les cafés, les Starbucks, la pharmacie en
face de mon hôtel.
Même spectacle à Boston, Washington, San Francisco,
ailleurs.
Et cette impression de ville morte, ce sentiment de vivre à
l’heure d’un invisible couvre-feu, va durer jusqu’au début de
la soirée.

On connaît, en France, les soirs de grand match ou de débat
présidentiel.
Mais, là, c’est autre chose.
L’événement qui vide les rues et fait que les Américains vont
rester scotchés, toute la journée, à leur poste de télévision ou
sur Twitter est inédit.
C’est le « Kavanaugh-Blasey Hearing ».
C’est la double audition, devant la Commission judiciaire
du Sénat, du juge Brett Kavanaugh, nommé par Donald Trump
pour siéger à la Cour suprême, et de Christine Blasey Ford, professeure à l’université de Palo Alto, qui l’accuse d’avoir, il y a
trente-six ans, tenté de la violer.
Et ce duel qui va, huit heures durant, tenir l’Amérique et le
monde en haleine, ce témoignage contradictoire auquel la
presse va consacrer, comme pour la mort de Kennedy, l’entrée
en guerre en Irak ou l’élection de Barack Obama, l’entièreté de
ses unes, est le dernier épisode en date de la révolution MeToo.

L’histoire se noue, semble-t-il, en 2012.
Christine Blasey Ford décide, avec son mari, de faire des travaux dans sa maison.
Elle observe, à cette occasion, qu’elle est hantée par l’idée de
s’offrir une deuxième porte d’entrée.
Intriguée par cette obsession, elle va consulter un « thérapeute conjugal » qui lui dit : « bon sang, mais c’est bien sûr !
symptôme claustrophobique classique ! à relier à un événement traumatique auquel vous n’avez pas prêté assez d’attention – l’agression dont vous fûtes victime, il y a trente ans, dans
une maison du Maryland où vous faisiez la fête et où un adolescent éméché a essayé de vous enfermer dans une chambre. »
Après quoi six années passent.
Jusqu’à ce qu’elle apprenne que l’adolescent en question est
devenu le puissant juge Kavanaugh, en passe, si sa nomination est confirmée, de faire basculer la Cour suprême dans un
sens ultradroitier, hostile aux droits des femmes – et estime de
son devoir de révéler ce qu’elle sait de lui à sa représentante au
Congrès.

Le cheminement de l’affaire ne peut que laisser rêveurs les
familiers de l’interprétation analytique : est-ce ainsi, vraiment,
qu’opère l’inconscient ? ainsi que travaillent les traumatismes,
136 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
les blessures, les symptômes ? et la psychanalyse américaine
dont on a, depuis Freud, maintes fois décrit l’amateurisme théorique est-elle jamais allée si loin dans le réductionnisme et le
goût des raccourcis ?
Il ne peut qu’inquiéter les amis de la vérité : témoignage
contre témoignage, dirent et répétèrent les sénateurs ; soit ;
mais que vaut alors, trente-six ans après, le témoignage ? suffit-il à se forger une conviction quand l’accusé affirme n’avoir
aucun souvenir ni de l’agression ni de la soirée à laquelle il jure
n’avoir pas participé ? et que penser des exercices d’épistémologie sauvage auxquels on se livre ici ou là et d’où il ressort que,
s’il est exact que le temps, d’habitude, ne fait pas de bien à la
mémoire, il y a peut-être exception pour les violences de cette
sorte ?
L’épisode met à mal l’idée, si importante en droit, de la prescription des délits : je sais bien que les crimes sexuels sont devenus, en Californie par exemple, imprescriptibles ; mais quel
rapport, en termes de stricte responsablilité juridique, entre
l’ado noceur d’il y a trente-six ans et le notable sectaire, ultraréactionnaire, d’aujourd’hui ? et est-on bien certain que le second, si détestable soit-il, ait à répondre des fautes du premier ?
Cette mise en scène, ce spectacle, est peut-être un mauvais
coup, encore, porté à la cause même du féminisme : car la criminalisation du harcèlement et du viol n’est-elle pas une cause
trop noble pour être ainsi prise en otage dans une querelle dont
on voit bien, à quelques semaines des élections de mi-mandat,
les arrière-pensées politiques ? et fallait-il instrumentaliser la
souffrance d’une femme pour arriver à la conclusion qu’un
homme de Trump est, décidément, unfit to serve ?
Et puis il y a l’image de lui-même, enfin, qu’a offerte, pendant ces heures, le Sénat américain.

Les chroniqueurs de la chute de l’Empire romain ont décrit
une situation semblable.
Euric, roi des Wisigoths, annexe la Provence.
La crise couve à Constantinople, où le patriarche drape de
noir la cathédrale Sainte-Sophie.
Un empereur s’impose dans les Aurès.
L’empire Gupta, en Inde, touche à son apogée.
Et, tandis que Romulus Augustule, au nom si étrangement
prédestiné, passe ses journées, dans son poulailler, à pépier
– tweeter – avec ses gallinacés en attendant que ses généraux
viennent l’impeacher, les Pères conscrits du Sénat de l’époque
se perdent en débats sur les vertus des dieux anciens et l’urgence de ramener sur le Capitole l’autel de la Victoire.
Eh bien il en va de même, toutes proportions gardées, aujourd’hui. La Chine abat ses cartes. La Russie pipe les nôtres.
Erdogan, à Istanbul, rêve de ressusciter la grandeur ottomane.
Khamenei, l’Empire perse. Daech, le califat sunnite. Et le Sénat
de la première puissance mondiale déploie des trésors d’intelligence pour reconstituer, trente-six ans après, l’exact scénario
d’une surprise-partie qui a tourné au drame. Dangereux §
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De Xerxès à Macron,
une histoire de l’hubris
Démesure, orgueil, arrogance, outrage… Qu’est-ce vraiment que l’hubris ?
Enquête sur une notion héritée des Grecs qui illustre aujourd’hui encore la vie politique.
PAR ROMAIN BRETHES
E
t Jupiter se fâcha. Se voir, lui, sermonné et taxé d’hubris
par l’un de ses lieutenants, un fidèle parmi les fidèles !
Et encore la saillie choc de Gérard Collomb n’a-t-elle
sans doute pas été envisagée dans toute sa dimension polémique, lorsque celui-ci déclara : « Pour ma part, je pense
qu’aujourd’hui peut-être, les uns et les autres, nous avons manqué d’humilité. L’hubris, c’est la malédiction des dieux, quand
à un moment donné vous devenez trop sûr de vous, que vous
pensez que vous allez tout emporter. » En bon agrégé de lettres
classiques, le ministre Collomb s’est remis dans la peau
du professeur qu’il fut pour donner quelques leçons à ses
amis du gouvernement et, surtout, à Emmanuel Macron.
Pourtant, la définition que Gérard Collomb donne ici de
l’hubris, si elle est conforme à celles fournies par l’ensemble des dictionnaires (une attitude que les dieux considèrent comme une injure à leur égard et qu’ils vont …
Heureux comme un censeur au XXIe siècle
PAR SÉBASTIEN LE FOL
Le procureur Ernest Pinard, qui poursuivit
Flaubert, Baudelaire et Sue, a fait des petits.
Nouvelles ligues de vertu, Gafam, simples citoyens… Ils sont nombreux à vouloir récrire
les livres, modifier le casting des spectacles,
occulter les tableaux ou enlever les statues.
De « L’origine du monde » aux romans de
Houellebecq, de « Carmen » à Tintin en
passant par les livres pour enfants, toute la
culture est visée par la censure.
Dans un petit essai saisissant (1), l’avocat
Emmanuel Pierrat raconte comment il est
devenu, malgré lui, l’instrument de cette
nouvelle censure. « J’opère, rabote, cisaille,
récris un peu, sans doute trop », admet-il.
Il s’agit de « préjuger des œuvres » afin de
leur éviter la fatale interdiction. « La simple
description de la réalité est devenue taboue », déplore-t-il. Même les personnages
de fiction sont tenus de se comporter en citoyens modèles. La distinction entre l’œuvre
et son auteur a depuis belle lurette été jetée
aux orties par les partisans du nouvel ordre
moral. « Eros et Thanatos, vieux couple et
héros des arts, sont en butte à une adversité
insoupçonnée jusqu’alors, relève Pierrat. (…)
Ils outragent, offensent, agressent notre
morale du XXIe siècle, si soucieuse d’altérité
qu’elle devient insipide. » Au XIXe siècle,
Baudelaire avait fui en Belgique les ciseaux
d’Anastasie. En 2018, les créateurs s’autocensurent, intériorisent les contraintes du politiquement correct. Le diable et Big Brother
veillent au détail, au dérapage.
Face à l’offensive massive de la bêtise,
Pierrat en appelle à la pédagogie, au discernement et à la prise de recul. C’est toute
l’importance de l’éducation. Mais sa voix paraît bien isolée. Les tentatives de censure se
banalisant, leur écho fait de moins en moins
réagir. La gauche se contente de pourfendre
le musellement des artistes de… gauche, et
la droite ceux de… droite. La protestation
s’avère sélective, alors que le combat pour
la liberté de création dépasse par essence
les chapelles. Les censeurs peuvent continuer leur travail de sape. Mais, après la
moisson, il n’y aura plus, au printemps,
de « Fleurs du mal » §
1. « Nouvelles morales, nouvelles censures »
(Gallimard, parution le 11 octobre).
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 139
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PHILOLOGIE
Outrage. Mais l’hubris a d’autres implications qui pourraient expliquer le courroux présidentiel et éclairer bien des
conduites de nos monarques républicains. Selon une approche « traditionnelle », les cas d’hubris sont certes innombrables dans le monde antique, sans que le terme soit d’ailleurs
toujours utilisé. Le roi perse Xerxès 1er, dans sa conquête de
la Grèce, entend soumettre non seulement les hommes, mais
aussi les éléments : il fait percer un canal dans le mont Athos
pour ses vaisseaux, puis ordonne qu’on fouette et qu’on
marque au fer rouge les eaux capricieuses de l’Hellespont
(aujourd’hui le détroit des Dardanelles), après qu’une tempête a détruit les ponts que Xerxès y avait fait construire. Se
faire dieu ? Voilà l’hubris ultime, celle d’un Ceausescu ou
d’un Mobutu, même si l’historien Hérodote lui préfère le
terme de megalophrosunê, « arrogance », pour qualifier la déraison du roi oriental. C’est surtout la tragédie grecque qui
est devenue pour nous le lieu de manifestation par excellence de l’hubris et qui lui a donné son sens le plus commun :
les hommes y commettraient des fautes morales à l’endroit
des dieux, qui se vengeraient en retour. La réalité est toutefois plus nuancée, car c’est souvent à leur insu que les héros
commettent ces fautes. La tragédie naît aussi lorsque certains personnages cherchent à éviter la démesure, alors que
leur succès et leur grandeur sont déjà, malgré eux, des injures faites aux dieux. C’est ainsi qu’il faut comprendre la
référence à la maxime grecque utilisée par Gérard Collomb,
pour conclure sa sortie médiatique : « Les dieux aveuglent ceux
qu’ils veulent perdre. » Dans « Agamemnon », du poète tragique Eschyle, le roi des rois rentre chez lui triomphant,
grandiose vainqueur de Troie. Le chœur prend alors peur et
prévient : « Avec le temps, les noires Euménides effacent, par des
revers, l’éclat qui s’acquiert aux dépens de la justice. Qui vit trop
obscur n’est rien. Mais, à jouir d’une gloire reprochable, il y a du
danger : c’est s’approcher du rang où la foudre de Zeus brille trop
aux yeux. » Agamemnon finit ainsi misérablement ses jours,
massacré comme un animal par sa femme Clytemnestre et
son amant Egisthe.
Ce passage permet de mettre en évidence un sens clé du
terme hubris, peut-être plus inquiétant pour la supposée
faute présidentielle. Comme souvent dans la tragédie grecque
et romaine, le lexique utilisé est étroitement lié au monde
du droit. L’hubris, ainsi que l’a montré dès 1917 Louis Gernet, grand spécialiste de la pensée juridique antique, ce n’est
pas la démesure : c’est d’abord un outrage, une violence ex-
140 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
« L’outrage (hubris) consiste
en des actes ou des paroles
qui suscitent la honte
de la victime, sans autre but
que celui-ci, et par plaisir. »
Aristote, « Rhétorique »
trême commise à l’égard d’autrui. Dans « Les travaux et les
jours », Hésiode, le plus ancien représentant de la poésie
grecque avec Homère, évoque un monde rempli d’injustices
(lui-même se serait disputé avec son frère pour une obscure
affaire d’héritage). Depuis l’âge d’or, l’humanité connaît une
sorte de dégradation qui doit conduire à l’âge du fer, « où nulle
valeur ne s’attachera plus au serment tenu, au juste, au bien : c’est
à l’artisan de crime et à l’homme-outrage (hubris) qu’iront les respects des hommes ». Dans la Grèce classique, celle de Socrate
et de Périclès, nous avons également les traces d’une « action
publique pour hubris ». Elle pouvait être intentée contre quiconque se rendait coupable d’une offense, verbale ou physique, contre un citoyen. Devant un tribunal, le terme
possédait un poids considérable, car il impliquait que l’offensant avait cherché à humilier son adversaire et à outrager son honneur, qui définit socialement l’individu dans la
société grecque.
Humilité/humiliation. Il faut relire ici la « Rhétorique »
d’Aristote : « L’outrage (hubris) consiste en des actes ou des paroles qui suscitent la honte de la victime, sans autre but que celui-ci, et par plaisir. (…) La cause du plaisir, chez ceux qui outragent,
est la pensée qu’ils affirment leur supériorité par leur mauvais
traitement. C’est pourquoi les jeunes et les riches sont enclins à
l’outrage : ils croient être supérieurs en outrageant. » Paul Demont, professeur de littérature grecque à Paris-Sorbonne,
souligne que l’hubris, cet outrage qui est un comportement
propre à la jeunesse dorée athénienne, prend alors un vrai
sens politique dans la cité grecque : « Se livrer à l’outrance,
c’est être contre la démocratie. » Cette attaque suscite chez celui qui la subit, de la honte, de la colère et le désir de se venger. Quand Emmanuel Macron demande à un jeune garçon
de lui témoigner du respect, il est dans son rôle. Mais lorsqu’il revient vers lui après s’être éloigné et lui déclare : « Apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, et
après tu pourras donner des leçons aux autres », il bascule dans
l’humiliation, fort de son statut, non de président de tous
les Français, mais de surdiplômé qui a bien gagné sa vie. De
la même façon, lorsqu’il tance un demandeur d’emploi, lui
conseillant de traverser la rue pour trouver un travail, c’est
le jeune homme fortuné, dans tous les sens du terme, qui
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
… punir), elle est surtout celle que nous, modernes,
avons donnée à ce terme. Et si tout le monde a désormais
l’hubris à la bouche, la réticence que nous avons à traduire
ce mot du grec au français est en soi révélatrice de la difficulté à lui trouver un équivalent parfait dans notre langue.
La traduction par « démesure » ou « orgueil », qui est adoptée implicitement par Gérard Collomb, relève d’une double
sphère, morale et religieuse, où l’absence d’humilité est assimilée à un affront fait aux dieux.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
parle, sans se soucier de préserver la dignité de
son interlocuteur. Si la verticalité du président
est une donnée de la fonction, l’horizontalité
du citoyen, lorsqu’il parle à un autre citoyen,
en est une autre. Le « casse-toi, pauvre con » de
Nicolas Sarkozy, les « sans-dents » (peut-être
apocryphes) de François Hollande ne sont-ils
pas d’autres manifestations de cette hubris
caractéristique ?
« En même temps ». Une autre figure, celle
de l’homme-hubris par excellence, se dessine
alors : Alcibiade, l’enfant terrible et génial
d’Athènes, sur qui toutes les bonnes fées s’étaient
penchées. « Il avait tout pour lui, il avait trop »,
comme le décrit Jacqueline de Romilly. Alcibiade est jeune, beau, riche. On lui promet les
plus hautes fonctions, mais son hubris le rend
oublieux du respect de ses semblables, des lois,
des dieux. La version que donne Plutarque de
sa mort en 404 avant notre ère est édifiante : il
aurait humilié une famille, en séduisant une
jeune femme de noble naissance. Ses frères,
pour punir le déshonneur (hubris) infligé, auraient mis le feu à la maison où dormait le héros fatigué et l’auraient tué alors qu’il sortait
des flammes. Cette fin coïncide ironiquement
avec la défaite d’Athènes dans la guerre du Péloponnèse et le déclin définitif de son leadership
en Grèce. Emmanuel Macron a fondé sa réussite – et celle de la France – sur la recherche d’un
consensus et le refus des extrêmes. Son « en
même temps » est un lointain écho au « rien de
trop » de Chilon de Sparte, un des Sept Sages de
la Grèce antique. Aristote, tenant d’un juste milieu, disait des jeunes gens qu’« ils pèchent toujours par exagération et trop de véhémence,
contrairement au précepte de Chilon, car ils font
tout avec excès ». Les sages François Bayrou et
Alain Juppé, soutiens avoués ou tacites du président, et partisans d’une approche tout aristotélicienne des questions politiques, ont, comme
Gérard Collomb, fréquenté assidûment les textes
antiques. Peut-être Emmanuel Macron gagnerait-il à s’y replonger, pour éviter que les extrêmes, les vrais, ne fassent passer son hubris
pour un péché véniel §
Le « casse-toi, pauvre con ! » de Nicolas Sarkozy,
les « sans-dents » de François Hollande ne sont-ils pas
aussi des manifestations de l’hubris ?
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 141
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ÉTATS-UNIS
Pourquoi il faut lire Mark Lilla
PAR PASCAL BRUCKNER*
L
es Etats-Unis vont mal, les Etats-Unis sont malades. Qui de
mieux, pour établir ce diagnostic, qu’un universitaire démocrate, professeur de sciences sociales à Columbia, le
francophile Mark Lilla ? Il trace, dans un livre percutant, un
portrait au scalpel de la gauche nord-américaine. Lilla constitue, avec Paul Berman, Adam Gopnik, David Brooks et quelques
autres, ce qui se rapproche le plus, sur la côte Est, d’un intellectuel à la française. Son analyse tient en une phrase : la gauche
a perdu les élections, car elle a cédé aux sirènes des politiques
identitaires au détriment d’un récit fédérateur capable d’enflammer tous les cœurs. La citoyenneté, qui est une expérience
partagée avec les autres, a été abandonnée
au profit d’un communautarisme tous azimuts. N’a-t-on pas vu la candidate Hillary
Clinton courtiser tour à tour les Afro-Américains, les gays, les lesbiennes, les LGBT,
les Hispaniques sans jamais trouver un
trait d’union entre ces groupes qui souligne leur appartenance à une seule et
même nation ? Le culte de la différence, jadis marqueur de la droite conservatrice –
socialistes et communistes étaient
spontanément universalistes – est passé
massivement à gauche au nom d’un nouveau concept sacro-saint : l’identité. Des féministes l’avaient proclamé dès 1977 : « La
politique la plus profonde et potentiellement la plus radicale émane
directement de notre propre identité et non de la lutte pour en finir
avec l’oppression d’autrui. » Non contente d’attiser une fascination obsessionnelle pour les marges de la société – où l’on reconnaîtra l’influence de la French Theory et notamment de
Michel Foucault –, cette nouvelle approche entre en résonance
avec l’individualisme libéral célébré par Ronald Reagan et le
Parti républicain depuis les années 1980. L’identité combine
au moins deux avantages : elle fait de chacun de nous – femme,
noir, homosexuel, immigré, colonisé – une victime potentielle de l’Etat, de l’Histoire, des autres. Mais surtout l’identité
permet à chacun de déployer à loisir son narcissisme, surtout
quand le moi devient une construction purement arbitraire.
Les identités sont fluides comme les flux de capitaux, elles
glissent, se superposent : c’est le modèle Facebook, la page que
j’élabore comme une marque personnelle que chacun peut
liker. Comment s’étonner alors que les notions d’hybridité,
d’intersectionnalité, de transgressivité soient devenues les fétiches d’une doctrine qui ressemble par de nombreux points
aux querelles byzantines du christianisme médiéval ?
Dans ce mouvement, il est une notion qui a disparu, c’est
le « nous ». La base du combat politique s’est évaporée au
profit d’une atomisation des luttes. Chacun est appelé à devenir le « spéléologue de son moi », l’étudiant attentif de son
intériorité. La société a été remplacée par la
diversité : les Etats-Unis sont une collection
de minorités opprimées dont les clameurs
ont fait oublier la classe ouvrière blanche et
toutes les catégories délaissées. Le site d’accueil du Parti démocrate, explique Mark Lilla,
est divisé entre 17 groupes, des LGBT aux Polonais. Il n’en manque qu’un : les citoyens
américains indépendamment de leur couleur
de peau, de leurs origines, de leurs croyances,
de leur orientation sexuelle. Cette doctrine
identitariste s’est élaborée d’abord sur des
campus : jadis gloire de l’Amérique, ils sont
devenus, hélas, depuis trente ans, le symbole
de son déshonneur, un condensé de bêtise et
d’intolérance. Les débats n’y opposent plus le vrai au faux,
mais les purs aux impurs, les bons aux méchants.
Il ne s’agit pas de revenir sur les conquêtes de la période
des droits civiques ni sur les droits accordés aux Afro-Américains et aux minorités ; il s’agit de construire un projet crédible qui privilégie l’esprit de la République sur celui de la
complaisance narcissique. Donald Trump a gagné parce que
la gauche américaine, émiettée en chapelles antagonistes, a
répudié le peuple américain. Crier au fascisme peut apporter
une consolation provisoire mais ne résoudra rien à long terme.
La gauche de Roosevelt, qui érigeait en valeurs la solidarité,
la protection et les devoirs, a été effacée par une culture de la
plainte dont le maître mot est : je le mérite, on me doit tout.
La gauche de Roosevelt, qui érigeait en valeur la solidarité,
a été effacée par une culture de la plainte.
142 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Dans « La gauche identitaire. L’Amérique en miettes » (Stock), le philosophe américain Mark Lilla enjoint à la gauche
de renoncer à la tentation identitaire pour revenir à des vertus universelles. Analyse.
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Au début de son livre, Mark Lilla rapporte cette profession de foi extraordinaire de Ronald Reagan, alors candidat face à un Jimmy Carter empêtré dans la crise iranienne
et les rationnements d’essence. Alors que le président sortant, gagné par le pessimisme, proposait de réagir à la pénurie de carburant et de fioul en portant pull-overs et
chaussettes de laine contre le froid, Reagan affirmait triomphalement : « Le crépuscule ? Pas en Amérique. Ici, c’est l’aube
en permanence. » Après lui, la droite américaine sombrera
dans les dérives sectaires, la bigoterie religieuse et le conservatisme apocalyptique, surtout sous Bill Clinton. Depuis
l’élection de Donald Trump, l’aube ne se lève plus en Amérique. La « nation indispensable » (selon les mots de Madeleine Albright) est plongée dans une
double obscurité : l’histrionisme de
son président, d’un côté, les sottises
du politiquement correct, de l’autre.
Le désarroi est total, l’avenir semble
bouché. La défaite morale des EtatsUnis paraît insurmontable.
DR
Traîtres. Et la France dans tout
cela ? La gauche y est aussi à l’agonie, mais pour d’autres raisons : elle
liquide sans fin les résidus du sociaMark Lilla
lisme réel. Elle oscille entre le secNé en 1956, l’Américain
tarisme tribal et le flirt avec les
Mark Lilla, philosophe
et historien des idées,
extrêmes. Quand on a tout perdu,
est professeur de
l’Union soviétique, la classe oulittérature à l’université
vrière,
le tiers-monde et surtout le
Columbia de New York.
peuple français, il ne reste plus qu’à
Il écrit fréquemment
pour le New York Times
faire la chasse aux traîtres. N’a-t-on
et la New York Review
pas vu récemment un honorable
of Books. Après « Le dieu
professeur du Collège de France,
mort-né. La religion,
la politique et l’Occident Pierre Rosanvallon, fustiger ses anmoderne » (Seuil, 2010),
ciens camarades, Marcel Gauchet
il publie aujourd’hui
et Pierre Manent, pour déviation« La gauche identi­
nisme ? Quand un notable se transtaire. L’Amérique
forme en commissaire politique,
en miettes » (Stock,
160 p., 16 €).
c’est que la cause est en passe d’être
perdue. Que reste-t-il de la gauche
française ? Des postes-frontières, des barbelés, des gardeschiourme, mais le pays réel a disparu. Ce camp politique
est constamment désavoué par ceux dont il se réclame.
D’où le danger venu de l’Amérique : la peste identitaire,
déjà revendiquée par les groupuscules indigénistes, risque
de traverser l’Atlantique et de venir combler le vide sidéral d’un progressisme en plein désarroi. C’est pourquoi
il faut lire Mark Lilla, si exotique, si familier : c’est à nous
qu’il s’adresse. C’est notre tradition républicaine qu’il invoque pour lutter contre le danger qui a déjà détruit la
nation américaine et risque de nous frapper à notre tour §
*
Philosophe et écrivain. Il vient de publier le roman « Un an et un
jour » (Grasset, 224 p., 18 €).
Trump,
vu de près
Gallimard publie le « Journal d’un jeune diplomate
dans l’Amérique de Trump », qui raconte les premiers
mois de la nouvelle administration. Instructif.
C
omme tous les diplomates en poste à Washington
en 2016, Jérémie Gallon n’a rien vu venir. Ce tout
jeune haut fonctionnaire (qui servait alors les intérêts de l’Union européenne dans la capitale fédérale américaine) n’a pas imaginé une seule seconde que Donald
Trump serait un jour à la Maison-Blanche. Le journal
qu’il publie n’est pourtant ni une charge contre cet étonnant président ni une analyse de sa politique. C’est un
témoignage, un « rapport d’étonnement » sur la façon
dont la nouvelle administration prend ses marques, entre
impréparation et populisme. Dans l’extrait que nous
avons choisi, Jérémie Gallon relate sa rencontre avec une
collaboratrice de premier plan du nouveau président
américain § ROMAIN GUBERT
Extrait
« Des erreurs colossales »
Durant cette période – les deux mois qui précèdent l’investiture de Donald Trump –, une de mes sources les
plus intéressantes fut une femme avec laquelle j’avais
tissé des liens bien avant l’élection de Donald Trump.
(…) A l’époque, personne ne s’intéressait à elle. Jeune,
elle avait connu une ascension météorique et avait
occupé des postes importants sous plusieurs présidents
républicains. Mais elle avait ensuite misé sur les mauvais chevaux et conseillé des candidats qui avaient tous
été balayés par Obama. Depuis une dizaine d’années,
elle faisait vivoter un cabinet de conseil dans la banlieue
de Washington. (…)
Quoi que l’on puisse penser de ses opinions, il était
clair qu’elle savait de quoi elle parlait. Elle avait des positions rafraîchissantes dans une capitale américaine
où la bien-pensance règne en maître.
Dans les semaines précédant l’élection, nous avions
échangé par SMS. Elle était désormais moins disponible.
Même si ce n’était pas le candidat qu’elle soutenait au
départ, elle s’était rapprochée de Trump. L’absence complète d’experts en politique étrangère compétents autour
du candidat républicain avait offert une opportunité à
Elizabeth. Avec toute l’énergie de celle qui avait …
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 143
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ÉTATS-UNIS
eu le sentiment de trop souvent laisser passer son
tour, elle s’était engouffrée dans la brèche. (…)
Elle avait les traits tirés de celle qui dort peu, mais je
la sentais heureuse. Elle était enfin au centre de l’action,
là où elle rêvait d’être depuis tant d’années.
Probablement pas avec le président qu’elle aurait
voulu.
Mais tant pis. Les échecs passés l’avaient rendue
pragmatique.
Elle me le dit d’emblée : « Jérémie, j’ai désormais une
double mission. Conseiller le président sur la politique
étrangère ; bref, éviter qu’il ne fasse les erreurs colossales que les incapables qui l’entourent lui suggèrent.
Et ensuite décrypter auprès de personnes comme toi ce
qui lui passe par la tête. » Elle ne sous-estime pas le fait
que la furie de tweets du futur locataire de la
Maison-Blanche et les propos qu’il a tenus durant la campagne font plus que nous inquiéter.
« Tout va bien se passer », me dit-elle comme si elle
pouvait lire dans mes pensées.
« Tu fais référence à quoi quand tu parles d’erreurs
colossales ? » C’est le point de départ de deux heures de
conversation au cours desquelles nous « redescendons »
ensemble la plupart des dossiers chauds : Iran, Corée du
Nord, conflit israélo-palestinien, Russie, relations
sino-américaines et bien évidemment la vision de Trump
sur l’Otan et l’Union européenne.
Elle échange avec moi des propos tenus par Trump
et les avis de ses différents conseillers. Bref, une mine
d’informations. Elle est trop heureuse de me montrer
qu’elle est désormais au cœur de la machine. Une fois
arrivé à la délégation, je m’enferme dans mon bureau et
rédige un long mémo dans lequel je mets noir sur blanc
tout ce qu’elle m’a dit.
Je vais ensuite voir mon boss direct, un diplomate allemand expérimenté mais plutôt prudent qui, passé l’effarement de ce qu’il lit dans mon mémo, se demande s’il
est bien raisonnable de l’envoyer tel quel. « Peut-être
pourrions-nous l’édulcorer un peu, me suggère-t-il de
manière insistante. Tu sais, Jérémie, il ne sert à rien
d’alerter Bruxelles inutilement.
– Certes, mais notre volonté persistante de ne pas
nous alarmer nous a déjà empêchés de voir la réalité en
face. Nous n’avions pas voulu voir l’élection de Trump.
Il est hors de question que je reproduise la même erreur. »
Je vais donc voir directement l’ambassadeur et lui
soumets le mémo pour envoi comme télégramme
diplomatique. Après un instant de réflexion, il me
demande : « Es-tu certain de ta source ?
– Je réponds par l’affirmative.
– OK, tu peux le faire partir mais à une liste très limitée
de personnes et sous canal hautement confidentiel. » §
…
« Journal d’un jeune diplomate dans l’Amérique de Trump »,
de Jérémie Gallon (Gallimard, 142 p., 15 €).
144 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
Macron
est-il rugène ?
Avec son conte philosophique « En marche ! »
(Gallimard), Benoît Duteurtre anticipe une société
qui ressemble un peu à la nôtre.
C
onnaissez-vous la Rugénie ? Ce petit pays d’Europe
centrale est un paradis « centriste écoresponsable ».
Vélo, régime végan et « championnats de la diversité »
sont les trois piliers rugènes. Thomas, jeune député français du mouvement En avant !, décide de s’y rendre en
voyage d’études. C’est un petit royaume orwellien qu’il
va découvrir. L’écrivain Benoît Duteurtre signe là une
des ces fables grinçantes dont il a le secret. Il excelle à
décrire l’empire du bien qui ne cesse de s’étendre sur les
libertés individuelles. Il y a un soupçon de macronie
dans sa Rugénie. Mais toute ressemblance avec des personnages existants... § S. L. F.
Extraits
Régulation éthique des pratiques individuelles
L’attirance de Thomas pour la Rugénie remontait cependant plus loin. Tout avait commencé lors d’une conférence du Dr Stepan Gloss donnée trois ans plus tôt à
l’Institut politique. Originaire de Rugénie, puis exilé
aux Etats-Unis, où il avait enseigné à l’université de Chicago, ce professeur d’économie et de philosophie était
l’une des gloires de son pays natal. Sa pensée, traduite
dans le monde entier, préconisait la déréglementation
des échanges et l’abandon de l’Etat providence ; mais
aussi une stricte réglementation de la vie quotidienne
justifiée par la lutte contre les nuisances et les impératifs du vivre-ensemble. Favorable au développement de
l’agriculture biologique comme à l’éradication de la
consommation de viande et de tabac, il souhaitait encourager les déplacements à bicyclette, la pratique du
sport et le recyclage des déchets – sans oublier les droits
des femmes, des handicapés et des personnes LGBT.
Liberté économique et régulation éthique des pratiques
individuelles : ce double défi permettrait seul, selon lui,
d’aborder sereinement le troisième millénaire.
Un rêve écoresponsable
Les boulevards de Sbrytzk conservaient une allure du
XIXe siècle avec leurs larges chaussées propices à une
circulation fluide dont rêvaient les architectes aux pre-
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LITTÉRATURE
contresens et montraient une étonnante capacité à utiliser les voies de circulation au mieux de leurs intérêts.
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
« Et si nous twittions ensemble cette belle journée ? »
miers temps de l’automobile… Sauf que les automobiles
avaient fondu au profit d’une armée de véhicules à roulettes, voitures à pédales, vélos-taxis, bicyclettes – derrière
lesquels une poignée de voitures électriques et de fourgonnettes de livraison attendaient de pouvoir passer. Sur la
droite, une voie unique était réservée aux autobus qui formaient une file ininterrompue. Et les trottoirs eux-mêmes
étaient recouverts d’engins roulants, poussettes et fauteuils pour handicapés, rollers et trottinettes, accordant
peu d’espace aux rares piétons qui tentaient de se frayer
un chemin.
Un étrange silence enveloppait ce centre urbain où les
bruits de moteur passaient au second plan derrière les sonnettes des vélos et les interjections humaines.
La voici, enfin, la cité sans voitures ! s’exclama Thomas.
Le rêve écoresponsable, si difficile à mettre en œuvre,
pouvait donc s’accomplir. Soulevé par l’enthousiasme, le
jeune député n’oubliait pas cette autoroute fumante ni ces
embouteillages qu’il avait subis pour en arriver là et qui
semblaient rejetés hors du centre-ville. Mais, à présent, il
découvrait une cité radieuse où quantité de livreurs juchés
sur leurs vélos s’arrêtaient pour distribuer des paquets puis
repartaient sur les trottoirs, empruntaient les chaussées à
Thomas se retrouva ainsi attablé avec Kimberly dans une
cantine de Vegetal Fooding où de jeunes Rugènes barbus
dégustaient diverses variétés d’avoine sur un fond de musique balinaise. L’invité s’efforçait d’avaler ces biscuits compacts qui exigeaient d’être mâchés longuement et Kimberly
insistait sur l’importance du temps de mastication : « C’est
un des drames du pays : les gens ne mastiquent pas assez. »
Elle parvint ainsi, sans détour, au fléau qui touchait la Rugénie. Car, expliqua-t-elle, une terrible épidémie s’était
abattue sur le pays depuis une dizaine d’années, entraînant la multiplication du nombre de personnes en surpoids. Ce mal qui s’attaquait aux jeunes générations était
devenu un combat prioritaire ; et Kimberly se félicitait que
le gouvernement eût signé un plan de lutte financé par
une marque internationale de hamburgers qui s’engageait
à promouvoir les vertus de l’alimentation végétale en proposant dans ses restaurants des menus spéciaux. Le mieux
restait toutefois de se nourrir dans les cantines végétariennes qui faisaient des merveilles à partir de n’importe
quel légume bio.
« A propos d’obésité, demanda Thomas… Sous le regard
sévère de Kimberly, il rectifia : A propos de surcharge pondérale… Est-ce la raison pour laquelle les voitures pour handicapés sont si nombreuses dans les rues de Sbrytzk ?
Kimberly s’empressa de corriger : Parlez-vous des voitures
pour PMR : personnes à mobilité réduite ? Comme il opinait, la jeune femme expliqua : Non, cela n’a rien à voir.
Notre république est partenaire d’un programme international initié par la société d’assurances New Life : une multinationale qui couvre plus particulièrement les dommages
corporels. – Ah ! renchérit Thomas. – Dans le cadre de ce
programme, nous équipons des immeubles, des appartements, et nous invitons des PMR du monde entier à s’installer à Sbrytzk pour un prix modique. »
Ce pays, décidément, se montrait expert en partenariats
d’entreprises et Thomas y reconnaissait l’influence du
Pr Gloss. Mais, sur ce sujet précis, l’engagement de la Rugénie allait au-delà des simples intérêts économiques : « Ces
personnes en situation de handicap contribuent au brassage culturel de notre pays. – Quelle belle initiative ! » reconnut le jeune député, cette fois vraiment sincère.
Kimberly, enchantée, lui adressa alors un regard plein de
feu. Puis elle proposa de passer aux choses sérieuses : « Et si
nous twittions ensemble cette belle journée ? » §
« En marche ! » (Gallimard, 224 p., 18,50 €).
« Sa pensée préconisait la déréglementation des échanges
et l’abandon de l’Etat providence. »
Le Point 2405 | 4 octobre 2018 | 145
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CHRONIQUE
Le zemmourisme existe chez moi
PAR KAMEL DAOUD
C
ela fait une semaine que je lutte contre la tentation d’écrire
sur Zemmour. Les raisons ? Diverses. D’abord, je ne supporte pas l’injonction : des Maghrébins français ou d’exil
me le demandaient avec insistance, comme pour s’offrir la
voix d’un avocat de la défense contre un avocat du diable.
Ils manquaient d’une voix pour punir ce metteur en scène
de lui-même, cet identitaire qui ne recule devant rien et, pour
cela, rien de mieux qu’un écrivain du Sud, peut-être, un représentant de l’autre « souche ». Et cela m’incommode.
L’autre raison est que Zemmour n’est pas unique. Il en
existe au Sud, dans les pays dits arabes. Là aussi s’appeler
Jacques ou Senghor n’est pas accepté, est signe d’étrangeté
irréductible, source d’exclusion, de racisme
et de discours sur la pureté. Se convertir à
l’islam, par exemple, a normalisé cette habitude d’imposer au converti de changer de
prénom (comme dans d’autres religions) !
Mais il ne faut pas le dire. Le mal, c’est toujours l’autre et nos racismes ont l’excuse de
notre histoire de victimes et nos prétextes
d’ex-colonisés. Le culturel, et son exception
tant affirmée, excusera alors nos refus et l’insulte qu’on fait de notre côté aux étrangers.
Le zemmourisme existe chez moi, chez nous,
dans nos pays, tout comme la christianophobie, et je ne peux me résoudre à m’indigner de l’un sans penser à l’autre et à le
dénoncer. L’extrême droite existe chez nous aussi, au nom
de la souche, de l’identité ou de la confession, et se pare des
arguments du communautaire ou des différences que l’on
veut agiter en drapeau. Zemmour signifie aussi « olives » en
amazigh, langue pratiquée dans le pays d’origine de ce monsieur, et on sait que les prénoms amazighs, en Algérie, ont
mis des décennies à se faire accepter, partiellement d’ailleurs, en terre de l’identité « arabe » exclusive.
Encore une raison ? Oui : quand on voit le diable Zemmour partout, c’est que, en face, s’affirme une orthodoxie
qui me dérange, une sorte de norme proportionnelle liée par
la même mécanique. Un confort même. Pour cela, Zemmour,
il ne faut pas l’interdire de médias, je suis désolé de le soute-
nir. Son discours est le mal audible et nécessaire pour qu’on
puisse lui répondre, le démanteler. Le refoulé tient sa puissance de sa clandestinité, c’est une vieille loi freudienne tombée dans le domaine public. Mieux encore, il y a quelque
chose qui obscurément s’affirme : Zemmour, on a peur de
l’écouter, car peut-être, inconsciemment, sournoisement,
on a peur de le croire ou que d’autres le croient. C’est un
« réel » qui fait peur. Il est devenu la voix du primaire en soi,
celle de l’instinct aveugle, méchant et injuste, la part d’ombre.
Dès lors, pour ne pas avoir à construire un discours de raison et de rassemblement ou de solidarité et de vie, on préfère faire taire le discours contraire. Son silence imposé nous
dédouane tous et nous dispense de l’effort
de le contrer ou d’en contrer les figures
dans nos pays respectifs.
Du coup, je peux être tenté de répondre
à Zemmour et joindre ma voix aux indignés, mais la réponse facile me gêne. Je
n’aime pas les unanimismes. Il existe des
Zemmour chez moi à qui on fait l’honneur
d’incarner le drapeau et l’Histoire, et j’aime,
avec ruse, l’adversité qui me permet de
m’affirmer plutôt que pétitionner pour interdire une voix malheureuse et damnée
par elle-même. L’extrême droite est « universelle », c’est un monstre qui a deux têtes
et un seul ventre. Nourrir l’une des bouches
du monstre équivaut à nourrir l’autre aussi et à lui assurer
la vie et les rassasiements.
Alors, je voudrais que cet homme parle, pour que je puisse
consolider mes raisons, creuser en moi mes convictions et
ramasser mes muscles pour lui répondre équitablement,
partout. Dans sa version occidentale, mais également chez
moi, là, à la distance de mon ombre. Equilibre précaire, car
à la fois il faut tenir tête, contrer, démanteler et reconstruire,
mais encore empêcher le détournement des libertés et des
démocraties par ceux qui rêvent d’y mettre fin. Sisyphe avec
plusieurs rochers à la fois. Ou peut-être le mythe magnifique
de Héraclès contre Antée : il ne réussit à le tuer qu’en l’étouffant et en le portant. En l’assumant §
Zemmour, on a peur de l’écouter, car peut-être,
inconsciemment, sournoisement, on a peur de le croire.
146 | 4 octobre 2018 | Le Point 2405
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Pourquoi il ne faut pas priver de médias « cet identitaire qui ne recule devant rien ».
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SAS. Les 3 chemises sont de même taille et ne peuvent être vendues séparément. Prix unitaire de chaque chemise : 29 €.
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