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Les Echos - 05 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SPÉCIAL
VIN
Maison d’Épargne et de Valeur
dnca-investments.com
Foires aux vinsl’esthétique
2018
FOIRES AUX VINS 2018
LE QUOTIDIEN DE L'ÉCONOMIE // MERCREDI 5 SEPTEMBRE 2018 // LESECHOS.FR
// NOTRE SUPPLÉMENT
DEchampion
14 PAGES
des
Impôt à la source :
Macron donne le feu vert
L’ESSENTIEL
REMANIEMENT : AVEC RUGY,
MACRON JOUE LA SÉCURITÉ
Pour remplacer Nicolas Hulot, le
chef de l’Etat a choisi le président
de l’Assemblée nationale, François de Rugy, un écologiste historique mais pragmatique. // P. 4
LA LOI PACTE ARRIVE
DEVANT LES DÉPUTÉS
l Le Premier ministre a confirmé l’entrée en vigueur de la réforme pour l’an prochain.
l Les bénéficiaires de crédits d’impôt auront une avance de 60 % dès janvier.
Le projet de loi est examiné à partir de ce mercredi par une commission spéciale à l’Assemblée.
La majorité veut muscler le volet
social du texte. // P. 6
e suspense aura duré jusqu’au bout. Il
aura fallu attendre l’intervention du Premier ministre, Edouard Philippe, au
« Journal de 20 Heures » de TF1, mardi soir, pour
connaître le verdict de l’Elysée sur le prélèvement à la source. Le président de la République a
finalement décidé de mener la réforme à son
terme et de maintenir l’entrée en vigueur au
1er janvier 2019. « Nous voulions des garanties
quant au bon déroulement de cette réforme, et
nous les avons reçues aujourd’hui », a déclaré
Edouard Philippe. Cette décision met fin à dix
jours d’atermoiements, où alternaient des
signaux de doutes du côté d’Emmanuel Macron
et des déclarations retentissantes du ministre de
l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, qui ne cessait de dire que son administration
était prête. Les questionnements du chef de
l’Etat concernaient surtout l’impact de cette
réforme sur la trésorerie des ménages. Un élément essentiel pour la perception qu’ont les
Français de leur pouvoir d’achat, et donc pour la
consommation en 2019. Bercy a donc concédé
des aménagements sur la prise en compte des
crédits d’impôt : les bénéficiaires recevront 60 %
de leur avantage fiscal dès janvier. Les entreprises restent globalement opposées au prélèvement à la source. Elles ne redoutent pas tant les
bugs techniques que les revendications salariales de leurs employés. // PAG E S 2 -3 E T
L
LA POLLUTION, LA FACE
CACHÉE DES CROISIÈRES
Les paquebots utilisent encore un
carburant très polluant en Méditerranée. La France va tenter de
leur faire adopter un diesel plus
propre. // ENQUÊTE P. 13
ENTREPRISES
& MARCHÉS
BALANCE COMMERCIALE
POSITIVE POUR LE FOOT
Une étude indique que la Ligue 1
est excédentaire en matière de
transfert de joueurs. La formation
paie, comme le montre le prix des
Mbappé et autres Pogba.
// P. 17 ET L’ÉDITORIAL
DE DAVID BARROUX P. 9
SODEXO SE RENFORCE
DANS LES CRÈCHES
Le groupe de services aux entreprises a repris les 97 établissements
de Crèches de France et devient un
leader du secteur. // P. 18
L’ÉDITORIAL
DE JEAN-FRANCIS PÉCRESSE PAGE 9
LES SPÉCULATEURS SOUS
L’ŒIL DU RÉGULATEUR
Assurance : bras de fer surprise
pour le contrôle du groupe SCOR
CARNET // P. 33
OPA MMA-MAAf a offert 8 milliards d’euros pour acheter le réassureur français.
Mercedes dévoile
son arme anti-Tesla
Rentrée agitée pour SCOR. Covéa, le groupe
d’assurance qui rassemble GMF, MAAF et
MMA, a annoncé mardi avoir formulé fin août
un projet d’achat sur le réassureur présidé par
Denis Kessler. L’offre, à 43 euros par actions,
valorisait le groupe français à plus de 8 milliards d’euros. SCOR a expliqué que son conseil
d’administration avait rejeté à l’unanimité
l’offre « non sollicitée » déposée par son premier
actionnaire, qui « ne reflète pas sa valeur intrinsèque ». Covéa a dit prendre acte de cette décision et réaffirmé « son intérêt pour une offre
amicale ». Une telle opération lui permettrait
de devenir un groupe d’assurance et de réassurance de taille mondiale.
Gilles Rolle/REA
Daimler AG
// P. 16
// PAGE 29 ET « CRIBLE » PAGE 34
NICOLAS BARRÉ
Free perd
des abonnés,
mais améliore
ses marges
À 7H12 DU LUNDI AU VENDREDI
DANS LE 7H-9H DE NIKOS ALIAGAS
TÉLÉCOMS Pour la première fois
SUR
ISSN0153.4831
NUMÉRO 22774
110e ANNÉE
34PAGES
Antilles Réunion 3,70 €. Guyane-St Martin
4,80 €. Belgique 3, 20 €. Espagne 4 €.
Grande-Bretagne 3£40. Grèce 3,70 €. Italie
4 €. Luxembourg 3,40 €. Maroc 28 DH. Suisse
5 , 4 0 F S . Tu n i s i e 4 , 5 T N D. Z o n e C FA
2.800 CFA.
depuis son lancement dans le mobile en
2012, Free perd des clients sur ce segment. Ils sont 200.000 à avoir quitté le
navire au deuxième trimestre. Et, dans le
fixe, son activité cœur, le désamour des
clients ne s’est pas démenti. Après avoir
cédé du terrain pour la première fois en
début d’année (19.000 abonnés de
moins), au deuxième trimestre, ce sont
28.000 détenteurs de Freebox qui ont
rejoint la concurrence. Seule consolation, la rentabilité de l’opérateur se porte
bien, avec une marge qui progresse.
// PAGE 22 ET « CRIBLE » PAGE 34
Pourquoi il faut
fuir les réseaux
sociaux
La chronique de
Gaspard Koenig
Non seulement Twitter et Facebook
créent une addiction qui nous
pousse à réagir à tout, tout le temps,
sans jamais prendre le temps de la
réflexion, mais ils minent nos démocraties en remplaçant le débat public par l’invective et la désinformation. L’heure est venue de se
désintoxiquer. // PAGE 11
Amazon vaut plus
de 1.000 milliards
de dollars en Bourse
Le groupe est le second à atteindre
ce seuil symbolique après Apple.
BOURSE 1.000 milliards de dollars. Un mois à peine après
Apple, Amazon a franchi à son tour cette barre mythique
des 1.000 milliards de capitalisation. C’est la traduction d’un
parcours boursier exceptionnel pour le géant américain de
l’e-commerce. La société, créée par Jeff Bezos, a conquis les
investisseurs alors que la quasi-totalité des analystes qui suivent la valeur est à l’achat sur le titre. Morgan Stanley,
notamment, vise un cours de 2.500 dollars par action, soit
une capitalisation de plus de 1.200 milliards. Apple reste tout
de même la plus grosse société cotée du monde, avec une
valeur de plus de 1.095 milliards de dollars. Jeff Bezos conforte, lui, sa place d’homme le plus riche de la planète avec
une fortune estimée à 165 milliards de dollars. // PAGE 15
John MacDougall/AFP
Le gendarme français des marchés rappelle les règles sur la spéculation à la baisse après la chute
de l’action Casino. // P. 31
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02 //
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
FRANCE
Macron, le nouveau
portrait chinois
Dans cette rentrée confuse, le chef de l’Etat essaie
de changer de méthode pour mieux sauver
sa capacité à réformer.
LE FAIT
DU JOUR
POLITIQUE
Cécile
Cornudet
l n’y a pas qu’avec
les élèves de Laval
qu’Emmanuel Macron se
livre au jeu du portrait
chinois. Il a essaimé depuis
huit jours une série d’indices
qui valent autant qu’un « j’ai
changé » sarkozien. Quinze
mois après l’élection
présidentielle, un frein sur la
croissance et un passage
sondagier sous le niveau de
François Hollande plus tard,
voici ce qu’il veut montrer : le
Macron nouveau est arrivé.
Il ne prend plus de risques
inutiles, ou plutôt apprend à
« gérer son capital politique »,
comme il l’a lui-même dit pour
justifier ses doutes sur l’impôt
à la source. Macron ne rime
plus avec spectaculaire. Il
choisit le plus terne
successeur possible à Nicolas
Hulot. Au moins François de
Rugy ne fera-t-il pas de vagues
ni ne demandera un
« changement de paradigme »,
c’est-à-dire un virage
économique et écologique.
Choisir la sécurité pour ne pas
avoir à dévier de cap, tenir
plutôt que courir. La politique
des « petits pas » remplace la
« disruption ».
Il met « les mains dans le
capot » fiscal mais pour
reprendre aussitôt la posture
Dessins Fabien Clairefond pour « Les Echos »
I
mitterrandienne. Il met en
scène ses doutes, puis rentre
dans le secret d’une décisionsuspense sur le prélèvement à
la source, que va défendre son
Premier ministre à la
télévision. Jupiter a vécu,
Emmanuel Macron cherche
un nouveau réglage : plus
proche des gens mais en
retrait quand même. La
position n’est pas calée.
Il écoute, c’est là la vraie
nouveauté de la rentrée,
veulent croire ses proches,
loin du sentiment de toutepuissance donné avant l’été.
L’exécutif écoute les
partenaires sociaux, comme il
ne le faisait pas avant.
Emmanuel Macron écoute les
chefs d’entreprise et ses
proches politiques quand il
semble prêt à arrêter la
réforme du prélèvement à la
source. Puis il écoute Gérald
Darmanin, son ministre du
Budget, lorsque celui-ci
contre-argumente sur les bugs
à venir. CQFD : Emmanuel
Macron sait changer d’avis
puis rechanger d’avis.
A fortiori lorsque sa capacité à
agir et à réformer le pays est
en jeu. Car le nouveau Macron
ne vaut que si cela lui permet
de faire oublier cette rentrée
ratée et de relancer une
machine enrayée. La méthode
change, pas l’objectif de
transformation. Cela suffira-til ? Les petits pas et l’écoute
peuvent-ils rimer, et
comment, avec l’ambition ?
C’est tout l’enjeu de l’an II.
ccornudet@lesechos.fr
en bref
Assurance-chômage : la CFDT veut
influer sur le document d’orientation
SOCIAL « Si le document d’orientation [du gouvernement] ne
nous convient pas, on dira très clairement si on pense qu’il faut
ouvrir des négociations ou pas », a prévenu le leader de la CFDT,
Laurent Berger, à l’issue de son entretien mardi à Matignon avec
le Premier ministre, Edouard Philippe. Il était manifestement
soucieux de lancer un avertissement à l’exécutif mais sans le
braquer alors qu’en son sein certains plaident pour que l’Etat
reprenne en main l’assurance-chômage.
La loi avenir professionnel validée
pour l’essentiel par les Sages
FISCALITÉ
Impôt à la source : feu vert
de l’exécutif à la réforme
l Emmanuel Macron a finalement décidé de maintenir l’entrée en vigueur
du dispositif au 1er janvier 2019.
l Le président de la République a tranché après dix jours d’atermoiements.
Le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, à l’Assemblée nationale.
La valse-hésitation gouvernementale aura entaché la réputation du prélèvement à la source. Photo Romain Beurrier/RÉA
Ingrid Feuerstein
@In_Feuerstein
Le suspense aura duré jusqu’au
bout. Il aura fallu attendre l’intervention d’Edouard Philippe au
journal de « 20 heures » de TF1,
mardi soir, pour connaître le verdict de l’Elysée sur le prélèvement à
la source. Le président de la République a finalement décidé de
mener la réforme à son terme et de
maintenir l’entrée en vigueur au
1er janvier 2019, avec quelques réaménagements pour apporter
davantage de garanties aux contribuables en matière de trésorerie
notamment. « Nous voulions des
garanties quant au bon déroulement de cette réforme et nous les
avons reçues aujourd’hui », a
déclaré Edouard Philippe.
Cette décision met fin à dix jours
d’atermoiements, où alternaient
des signaux de doutes du côté
d’Emmanuel Macron et des déclarations retentissantes du ministre
de l’Action et des Comptes publics,
Gérald Darmanin, qui ne cessait de
dire que son administration était
SUR
RETROUVEZ DOMINIQUE SEUX
DANS « L’ÉDITO ECO »
À 7H45
DU LUNDI AU VENDREDI
cédente. Pour les 8 à 9 millions de
ménages concernés, cette solution
sera bien plus avantageuse que ce
qui était prévu initialement.
Dans l’entourage d’Emmanuel
Macron, plusieurs voix s’étaient
exprimées contre le prélèvement à
la source, notamment celles du président du groupe En marche à
l’Assemblée, Richard Ferrand, et du
délégué général du parti majori-
Le ministre de l’Action
et des Comptes
publics sort renforcé
de cette confrontation.
taire, Christophe Castaner, et de
quelques « visiteurs du soir ».
Ceux-ci ont souligné le risque politique d’une telle bascule, alors même
que les mesures de pouvoir d’achat
(baisse de cotisations salariales)
n’ont pas encore produit leurs
effets. La décision d’un report présentait, elle aussi, un risque politique, vis-à-vis d’un électorat plutôt
favorable à l’impôt à la source, et
vis-à-vis de sa majorité qui a soutenu cette réforme. Le ministre de
l’Action et des Comptes publics sort
renforcé de cette confrontation,
d’autant qu’il avait pris un risque en
assénant que la réforme se ferait en
janvier, au moment où le président
de la République évoquait un
report. Cet épisode aura tout de
même entaché la réputation du prélèvement à la source, même si cette
notoriété soudaine peut aussi avoir
des effets positifs. Il sera désormais
difficile pour les Français de dire
qu’ils n’en ont pas entendu parler.
Dans un sondage réalisé en juin,
plus de 40 % d’entre eux se disaient
mal informés.
L’autre consé quence de ce
cafouillage, c’est que, s’il y a des bugs
en série lors de la bascule, Emmanuel Macron se sera prémuni des
critiques sur le fait qu’il n’aurait pas
pris toutes les précautions pour que
cette transition se fasse dans de
bonnes conditions.
(
L’éditorial de
Jean-Francis Pécresse
Page 9
Les dix jours qui ont failli sonner le glas de la réforme
Rien ne semblait entraver
l’entrée en vigueur de cette
réforme, jusqu’à une
déclaration ambiguë
d’Edouard Philippe dans
son interview de rentrée,
fin août, au « JDD ».
SOCIAL Le Conseil constitutionnel a validé les principales dispositions du projet de loi « avenir professionnel » qui comprend
la réforme de l’apprentissage, de la formation professionnelle et
de l’assurance chômage, dans sa décision rendue mardi. Mais il
a censuré plusieurs cavaliers législatifs comme l’adoption d’une
charte pour les plateformes collaboratives (telles que Deliveroo) ou en matière de fonction publique, la possibilité d’ouvrir
les emplois de direction aux contractuels.
Lire l’intégralité de l’article sur lesechos.fr/
prête. Les deux hommes se sont
rencontrés mardi en fin de matinée,
en présence du Premier ministre,
Edouard Philippe. Cette réunion a
duré une heure et demie et la discussion a été « intense », selon l’Elysée. A l’issue de cet échange, la décision n’était pas encore tranchée et
Emmanuel Macron a « demandé
des clarifications et identifié des améliorations possibles » à Gérald Darmanin.
Les questionnements du chef de
l’Etat concernent surtout l’impact
de cette réforme sur la trésorerie
des ménages. Un élément essentiel
pour la perception qu’ont les Français de leur pouvoir d’achat, et donc
pour la consommation en 2019.
Bercy a donc concédé des aménagements sur la prise en compte des
crédits d’impôt.
Les contribuables bénéficiant
d’un crédit d’impôt au titre de
l’empoi à domicile, de la garde
d’enfants, de l’hébergement en
Ephad, des dons, ou de l’investissement locatif percevront le 15 janvier
un acompte équivalent à 60% de
l’avantage fiscal perçu l’année pré-
« L’impôt s’adapte à votre vie ». Pour
sa campagne d’information sur le
prélèvement à la source, l’administration a choisi d’axer sa communication sur tous les changements de
vie qui peuvent affecter l’impôt. Le
spot publicitaire met en scène une
jeune femme qui annonce la naissance d’un enfant, un cadre supérieur qui change de vie, un jeune
retraité lors de son pot de départ.
Manque de chance : cette campagne
a été lancée le jour où l’exécutif a
commencé à exprimer ses doutes
sur cette réforme emblématique.
Jusqu’à la trêve estivale, rien ne
semblait entraver l’entrée en
vigueur de cette réforme, votée sous
François Hollande. A l’automne
2017, un audit commandé à l’Inspection générale des finances avait conclu que cette transition était réalisable. Emmanuel Macron avait donné
son feu vert, tout en décalant la bas-
cule d’un an, à janvier 2019, pour
limiter les bugs techniques et éviter
que l’impôt à la source ne s’entrechoque avec la baisse de cotisations
salariales programmée cette année.
Dès lors, le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin,
avait endossé la réforme, lui qui
paraissait plutôt sceptique à sa prise
de fonctions, enchaînant les déplacements en région pour convaincre
les chefs d’entreprise réticents.
Doutes de l’exécutif
Ce n’est qu’à la toute fin du mois
d’août que les doutes de l’exécutif ont
commencé à transparaître. Dans
son interview de rentrée au « Journal du dimanche », Edouard Philippe a répondu avec ambiguïté sur
le prélèvement à la source. « Nous
ferons le point sur la préparation de
cette réforme dans les prochaines
semaines », dit-il. Deux jours plus
tard, « Le Canard enchaîné » confirma ces hésitations. Et l’Elysée
d’annoncer dans « Les Echos » :
« Nous nous laissons la possibilité de
décaler. »
Pendant ce temps, Gérald Darmanin montait au créneau. Malgré
l’alerte élyséenne, il assurait que le
prélèvement à la source se ferait
coûte que coûte. « Je serai le ministre
qui fera l’impôt à la source », déclarait-il mardi dernier sur Europe 1.
Bruno Parent, le directeur général
des finances publiques, abondait
dans son sens. « La machine est lancée. Elle ne peut plus, elle ne doit plus
s’arrêter », affirmait-il sur franceinfo.
Jeudi dernier, Gérald Darmanin
s’est rendu dans un centre d’appels
de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), dont le sigle
a acquis en l’espace de quelques
jours une notoriété subite auprès
des Français. Le ministre est photographié en train de répondre en personne aux appels des contribuables. Au même moment,
Emmanuel Macron prenait la
parole, lors de son déplacement officiel en Finlande : « J’ai plutôt l’intention de conduire cette réforme à son
terme, mais j’ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes
les questions qui se posent encore,
avant de donner une directive
finale », dit-il.
« C’est surtout la prise de parole du
président de la République en Finlande qui a fait vaciller les équipes de
la DGFIP », témoigne Nadine Gerst,
secrétaire nationale CFDT au sein
de la direction des finances publiques. Durant le week-end, « Le Parisien » fait état d’une note interne
alarmante témoignant de nombreux bugs, démentis par la suite
par la DGFIP. Cette « note », que
« Les Echos » ont pu consulter, est
en fait une présentation PowerPoint
datant du 18 juillet et qui fait le point
sur des difficultés de transmission
via le « Pasrau », le système alternatif à la déclaration sociale nominative (DSN) pour les employeurs
publics. Cette présentation dresse
également des pistes pour corriger
ces erreurs.
Sous la pression, le point d’étape
annoncé pour mi-septembre est
finalement avancé d’une dizaine de
jours. Le chef de l’Etat, le Premier
ministre et le ministre de l’Action et
des Comptes publics se réunissent
mardi matin. La discussion est
décrite comme « intense » par l’Elysée. A son issue, Emmanuel Macron
décide finalement de maintenir
l’impôt à la source au 1er janvier prochain, mais en demandant de nouveaux aménagements à Bercy.
— In. F.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE // 03
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Des entreprises très diversement
préparées à cette évolution
Les entreprises restent
globalement opposées au
prélèvement à la source.
Elles ne redoutent pas tant
les bugs techniques que les
revendications salariales
de leurs employés.
Marie Bellan
@mbellan1
Le taux d’imposition sera ajusté en cours d’année en fonction de la
situation économique des contribuables. Photo Mourad Allili/Sipa
Ce qui va changer pour
les contribuables
en 2019
A partir de janvier prochain, le prélèvement à la
source, confirmé mardi par
Emmanuel Macron, va
entrer dans la vie des
Français. Un changement
qui va bousculer leurs
habitudes fiscales.
Renaud Honoré
@r_honore
Après plusieurs journées d’atermoiements et de doutes au sommet
de l’Etat, le gouvernement a finalement décidé d’appliquer comme
prévu le prélèvement à la source dès
janvier prochain. Cela ne changera
pas les modalités de calcul de
l’impôt sur le revenu pour les contribuables. Néanmoins, cette réforme,
déjà en vigueur dans la quasi-totalité
des pays européens depuis de nombreuses années, va bouleverser les
habitudes des ménages. Petite revue
de ce qui attend les Français dans
quatre mois.
IMPÔT CONTEMPORAIN
•DESUNREVENUS
Finis les prélèvements mensuels
sur dix mois ou le versement par
tiers provisionnel : à partir de janvier prochain, l’impôt sur le revenu
(IR) sera prélevé directement chaque mois sur les salaires, les pensions, les indemnités maladie, chômage ou maternité des personnes
imposables (environ la moitié des
Français). Concrètement, les salariés concernés auront donc sur leur
feuille de paie un salaire net de l’IR.
Cet impôt sera calculé sur la base
des revenus de l’année en cours, et
non sur ceux de l’année précédente
ou d’il y a deux ans, comme c’est le
cas actuellement. Le taux d’imposition sera ajusté en cours d’année en
fonction de la situation économique
des contribuables, si bien qu’une
déclaration de revenus sera toujours nécessaire au printemps. Il
faudra également signaler dans les
deux mois tout changement de
situation personnelle (décès,
mariage, divorce).
DES GARDE-FOUS
•POUR
PRÉSERVER
LA CONFIDENTIALITÉ
C’est l’angle d’attaque d’un Jean-Luc
Mélenchon : le prélèvement à la
source serait une réforme dangereuse car l’employeur pourrait décider des augmentations salariales en
fonction de la situation financière
des salariés telle qu’elle apparaîtrait
à travers son taux d’imposition. De
fait, le système fiscal français caractérisé par la familiarisation de
l’impôt complique la transposition
du prélèvement à la source par rapport à des pays où l’impôt est calculé
sur une base individuelle. Pour préserver la confidentialité, la loi prévoit des amendes en cas de divulgation d’informations fiscales. Autre
garde-fou, la possibilité de choisir
entre trois taux : le contribuable
peut opter pour le taux « personnalisé » (celui résultant de sa déclaration de revenus) ou bien lui préférer
le taux « individualisé » (si les deux
conjoints d’un ménage ont un fort
écart de revenus), voire le taux
« neutre » (correspondant au
barème d’un célibataire sans
enfants). Les ménages faisant leur
déclaration en ligne ont jusqu’au
15 septembre pour choisir leur taux.
UN TRAITEMENT
•SPÉCIFIQUE
POUR LES
INDÉPENDANTS, LES CDD ET
LES EMPLOYÉS À DOMICILE
Pour les indépendants, le prélèvement à la source se fera par le biais
d’acomptes tous les mois, calculés
en fonction des revenus de l’année
N-2 (pour les versements de janvier
à août) et de l’année N-1 (pour les
versements de septembre à décembre). Les chefs d’entreprise seront
également soumis à ce régime
d’acompte. Concernant les salariés
embauchés par un contrat court,
c’est le taux neutre qui doit s’appliquer. Enfin, pour les employés à
domicile rémunérés par le biais de
chèques emploi-service universel
(Cesu) ou par la plate-forme Pajemploi, l’exécutif a préféré reporter la
réforme d’un an, à 2020, à cause des
difficultés de mise en place. Néanmoins, ils devront payer en 2019 un
acompte d’impôt sur leurs revenus
de 2019, afin de ne pas avoir à payer
deux fois l’impôt en 2020.
GAIN POUR
•LAUNTRÉSORERIE
DE
Le patronat a longtemps été vent
debout contre la mise en œuvre
du prélèvement à la source. Pendant la campagne pour la présidence du Medef, les candidats
n’avaient pas de mots assez durs
contre cette réforme. C’était au
printemps. Jusqu’à l’été, les
employeurs ont espéré un report,
des aménagements. Depuis, ils ont
– un peu – avalé la pilule et sont
davantage préoccupés par les problèmes de recrutement que par le
prélèvement à la source. Soit parce
que le sujet est à peu près maîtrisé :
c’est le cas des grands groupes et
des ETI. Soit parce qu’il paraît
encore lointain à la majorité des
toutes petites entreprises, qui ne se
projettent pas encore au 1er janvier
prochain. Le degré de préparation
est en effet très inégal suivant les
tailles d’entreprise. Les plus grandes ont mis depuis longtemps leur
éditeur de logiciel sur le coup. Chez
leurs plus gros clients, les maquettes et les simulations se mettent en
place pour être prêt le jour J.
Externalisation
de la paie
Pour les PME, deux cas de figure se
présentent. Soit elles ont externalisé leur paie, ce qui leur enlève
tout souci de mise en œuvre, mais
se traduit par des coûts supplémentaires. Soit elles le font en
interne avec un logiciel qui devra
de toute façon être adapté. « Les
éditions à blanc débutent fin septembre et les mises à jour de logiciels
Les employeurs
craignent de se
transformer en
conseillers fiscaux.
nouveaux coûts », relève François
Asselin, le président de la CPME.
Pour les plus petites d’entre
elles, il sera possible de faire le prélèvement à la source via le TESE,
un dispositif qui ressemble au chèque emploi service, pour les entreprises de moins de 20 salariés. Seules 60.000 entreprises à ce jour y
ont recours. La CPME a toutefois
obtenu il y a plusieurs mois
déjà l’abandon des poursuites
pénales en cas de rupture de confidentialité des données du salarié.
Un point qui était très mal vécu par
les employeurs. C’est d’ailleurs la
nouvelle relation avec le salarié
instauré par le prélèvement à la
source qui gêne les entreprises,
davantage que la crainte des bugs
techniques.
Les employeurs craignent de se
transformer en conseillers fiscaux.
« Bercy n’arrête pas de nous répéter
que ce n’est pas de notre ressort, mais
ce sont bien les employeurs qui vont
se retrouver face à leurs employés
d o n t l e s a l a i r e n e t a u ra é t é
amputé », s’agace un représentant
du Medef. « Dans les plus petites
entreprises, il arrive de faire des
avances sur salaire pour dépanner
les employés qui ont un besoin
exceptionnel, mais, là, ces demandes vont se multiplier et nous
n’avons pas la trésorerie pour faire
face », fait valoir un artisan. n
Innovez.
Nous vous
protégeons.
Nous avons tous une mission, la nôtre consiste à
protéger votre activité. La sécurité a toujours été
notre priorité et nous savons comment protéger
chacun de nos clients.
Que vous innoviez dans la distribution ou que vous
développiez les technologies de demain, Google Cloud
est là pour protéger votre entreprise.
LA MAJORITÉ DES MÉNAGES
Le montant des impôts payés par les
contribuables ne va pas changer
avec le prélèvement à la source.
Néanmoins, ceux-ci devraient
majoritairement tirer parti de la
réforme en matière de trésorerie.
C’est particulièrement vrai pour les
ménages sans crédits d’impôts, qui
paieront un douzième de leur impôt
chaque mois jusqu’en décembre,
alors que la totalité de l’impôt était
payée soit en septembre (pour ceux
aux tiers provisionnels) soit en octobre (pour les mensualisés). Il y aura
donc moins d’argent avancé à l’Etat.
La situation est plus complexe pour
ceux bénéficiant de crédits d’impôts
qui ne peuvent être pris en compte
dans le taux de prélèvement. Pour
les crédits d’impôts dits « récurrents » (emploi à domicile, garde
d’enfant), un acompte de 30 % versé
en janvier avait été prévu de manière
à contenter la majorité des contribuables concernés. Il sera finalement porté à 60 % et élargi à la
réduction d’impôt pour hébergement en Ehpad, la réduction
d’impôt pour les dons ou encore les
réductions d’impôt pour investissement dans le logement intermédiaire. n
ne sont pas encore installées dans
beaucoup de PME. On ne peut donc
pas dire si, massivement, ça fonctionne ou pas. Mais beaucoup de
TPE sont en train d’essayer d’externaliser leur paie, ce qui entraîne de
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04 // FRANCE
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Macron joue la sécurité en choisissant
de Rugy pour remplacer Hulot
l Le président de l’Assemblée remplace l’ex-animateur télé comme ministre de la Transition écologique et solidaire.
l Peu connu des Français, il est un écologiste historique. Richard Ferrand se positionne pour lui succéder au perchoir.
POLITIQUE
Grégoire Poussielgue
@Poussielgue
Pas de figure emblématique de la
défense de l’environnement, mais
une valeur sûre de la Macronie. Pas
de grand remaniement, mais un
remplacement poste pour poste. Et
pas de changement de cap. Emmanuel Macron a choisi mardi François
de Rugy, le président de l’Assemblée
nationale, pour remplacer Nicolas
Hulot comme ministre de la Transition écologique, une semaine
après sa démission fracassante.
Laura Flessel, la ministre des
Sports, a également démissionné
mardi en raison de problèmes liés à
sa situation fiscale, selon « Le
Canard enchaîné ». Elle est remplacée par l’ancienne championne de
natation Roxana Maracineanu.
Elu pour la troisième fois député
en juin 2017, écologiste historique
mais pragmatique, François de
R u g y ava i t r a l l i é E m m a n u e l
Macron pendant la campagne présidentielle après avoir participé à la
primaire de la gauche. « Après Nicolas Hulot, il fallait à ce poste un
ministre plus politique. Cela offre
une forme de sécurité à Emmanuel
Macron », analyse Bruno Jeanbart,
directeur des opinions politiques
d’OpinionWay.
Prudence des ONG
Avec les départs de Nicolas Hulot et
de Laura Flessel, deux personnalités de la société civile parmi les préférées des Français, le gouvernement d’Edouard Philippe revient à
une certaine normalité. François de
Rugy signifie le retour en force du
politique. Mais à l’opposé des deux
partants, il reste méconnu des
Français : plus d’un sur deux, dans
notre baromètre Elabe, ne peut
exprimer d’opinion favorable ou
défavorable sur lui, faute de le connaître suffisamment.
Les partisans d’un « électrochoc » après le départ de Nicolas
Hulot seront déçus : la nomination
de François de Rugy traduit plutôt
une continuité. Si les membres de
la majorité se sont félicités de ce
choix, les organisations écologistes sont demeurées prudentes.
« Le parcours de François de Rugy
témoigne d’une certaine expérience
des questions environnementales,
mais nous doutons de sa capacité à
réellement peser dans ce gouvernement », a réagi Greenpeace, résumant le sentiment général.
Les oppositions de droite et de
gauche ont dénoncé le repli de la
Macronie sur elle-même. « La
démission de Nicolas Hulot avait
pour objectif de provoquer une prise
de conscience à la veille d’une catastrophe écologique annoncée. Au lieu
de quoi, nous assistons à un pitoyable
jeu de chaises musicales pour recycler
les ambitions des amis du président »,
a dénoncé sur Twitter le premier
secrétaire du PS, Olivier Faure.
Le président de la République a nommé une valeur sûre
de la macronie au ministère de la Transition écologique.
Photo Hamilton/RÉA
Un « écolo réalo » à l’environnement
S’il n’a pas l’aura de son
prédécesseur, François de
Rugy, le nouveau ministre
de la Transition écologique
et solidaire, dispose d’une
large assise à l’Assemblée
nationale.
sidence du Palais-Bourbon et de
rejoindre le groupe socialiste en 2016.
Candidat l’année suivante à la primaire organisée par le PS et ses alliés
pour la présidentielle, cet homme
affable de 44 ans s’était rallié à
Emmanuel Macron, alors qu’il
aurait dû soutenir le vainqueur
Benoît Hamon. « Je préfère la cohérence à l’obéissance », s’était défendu
celui qui prendra la présidence de
l’Assemblée nationale.
Joël Cossardeaux
@JolCossardeaux
Les plus critiques parlent déjà d’un
simple jeu de chaises musicales. De
fait, François de Rugy s’assoit dans le
fauteuil que Nicolas Hulot vient
d’abandonner à la tête du ministère
de la Transition écologique et solidaire, libérant celui de président de
l’Assemblée nationale que convoite
Richard Ferrand, le président du
groupe LREM. Cette nomination
n’en apparaît pas moins politiquement très logique, si l’on se place du
point de vue d’Emmanuel Macron.
Avec François de Rugy, le chef de
l’Etat, qui a récemment insisté sur la
constance de son engagement en
faveur d’un « environnement sain »
et l’obligation de « se confronter au
réel », pense avoir trouvé l’homme
de la situation pour satisfaire cette
double nécessité.
Un parcours sinueux
La solution qu’il a retenue ne renverse pas la table et lui vaudra la critique d’avoir opéré un remplacement
poste pour poste, à rebours de ce que
l’urgence environnementale exige.
irculez, il n’y a rien à voir.
La vie gouvernementale
continue, même sans le
très populaire Nicolas Hulot.
Malgré, aussi, le départ surprise
de la ministre des Sports, Laura
Flessel, qui disposait auprès du
grand public de la notoriété la plus
forte, après la star écologiste.
C’est un peu l’impression donnée
par ce remaniement a minima
mardi. Pas de micro sur le perron
de l’Elysée pour l’annonce de ce
changement gouvernemental
doublement subi. Surtout ne pas
faire de vague après le spectaculaire claquement de porte du gouvernement par Nicolas Hulot, inédit sur la forme, lourd de critiques
sur le fond.
C
Roxana Maracineanu,
une ex-nageuse
pour préparer les JO
Nommée au ministère des
Sports, l’ex-championne
de natation a fait des
débuts politiques à petite
vitesse en 2010, avant
d’accélérer en juillet
dernier avec une mission
pour Edouard Philippe.
Assise parlementaire
François de Rugy a entamé sa carrière politique en 1991,
chez Génération Ecologie, avant de poursuivre chez les Verts
et EELV. Photo Joël Saget/AFP
« Dans le contexte actuel, c’est l’une
des rares solutions crédibles qui
s’offrait à lui », juge Ronan Dantec,
sénateur Europe Ecologie-Les Verts
(EELV). François de Rugy n’a pas
l’aura de son prédécesseur dans
l’opinion, très loin s’en faut, mais
« c’est une personnalité politique de
poids, rompue à l’action politique et
issue de la sphère écolo », résume ce
parlementaire avec lequel il s’était
imposé en 2001 à la vice-présidence
de l’agglomération de Nantes Métropole, dirigée par Jean-Marc Ayrault.
Au cours de son long compagnonnage avec les écologistes, entamé en
1991 chez Génération Ecologie, avant
de se poursuivre chez les Verts et
EELV, François de Rugy a toujours
adopté le profil du « réalo ». Ce positionnement l’amènera à rompre en
2015 avec son parti, majoritairement
opposé à la participation au gouvernement de Manuel Valls. Elu député
de la Loire-Atlantique en 2007, il a
coprésidé le groupe écologiste à
l’Assemblée sous son deuxième
mandat, avant de prendre la vice-pré-
Un parcours sinueux dont il tire
une indéniable assise parlementaire, laquelle a cruellement fait
défaut à Nicolas Hulot. « C’est très
important. Il faut être capable de
faire monter les députés au créneau
sur ses dossiers », explique Arnaud
Gossement, avocat spécialiste en
droit de l’environnement.
Cette capacité à mobiliser, les écologistes espèrent voir François de
Rugy la mettre en œuvre d’ici à la fin
2018, lorsqu’il s’agira de fixer la part
du nucléaire dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
« Il a dit qu’il ne fallait pas uniquement
se déterminer en fonction des intérêts
d’EDF », rappelle cet expert. « Il a de
vraies convictions écolos », affirme
Pascal Durand, ancien secrétaire
national d’EELV. Mais François de
Rugy ne s’est pas fait que des amis en
changeant à plusieurs reprises de
chapelle politique, et les écologistes
l’attendent au tournant. n
Les raisons d’un remaniement a minima
Isabelle Ficek
@IsabelleFicek
La nomination de François de
Rugy ouvre sa succession à la présidence de l’Assemblée. Richard
Ferrand, patron du groupe En
marche au Palais-Bourbon et dont
les relations avec François de
Rugy étaient notoirement fraîches, a déjà fait acte de candidature. « C’est le candidat naturel. Il a
l’expérience politique nécessaire
quand justement il faut repolitiser
le débat. Et il a une grande proximité avec Emmanuel Macron et
Edouard Philippe », soutient le
premier questeur Florian Bachelier, un de ses soutiens.
Mais ce scénario n’est pas naturel pour tout le monde. Yaël BraunPivet, députée LREM et présidente
de la commission des Lois et Cendra Motin ont également fait acte
de candidature. Elles ne seront
peut-être pas les seules. Quant à la
présidence du groupe LREM, que
Richard Ferrand quitterait en cas
d’accession au perchoir, elle suscite
déjà beaucoup de vocations. n
ANALYSE
L’Elysée s’est contenté d’un communiqué en milieu de journée. Le
plus sobre possible. Il n’y est bien
sûr pas question de « démission ».
C’est le chef de l’Etat qui « a mis fin
aux fonctions » du numéro trois du
gouvernement et de l’ancienne
championne olympique. Comme si
celui qui se disait le maître des horloges voulait souligner qu’il n’a pas
perdu la main, malgré une rentrée
ultradélicate.
« Non-événement »
Sobriété, oui, mais il ne s’agit évidemment pas pour l’exécutif de
donner l’impression que l’ambition
est à la baisse ou le cap changé
quand les résultats se font attendre.
Comme Nicolas Hulot, François de
Rugy au ministère de la Transition
écologique et solidaire a le rang de
ministre d’Etat, seul du gouvernement avec son homologue de l’Intérieur, Gérard Collomb. De quoi
continuer de banaliser le départ de
l’ex-animateur d’Ushuaïa. Tenter
d’en faire « un non-événement »,
assure un ténor de la majorité. Le
voici remplacé poste pour poste.
Avec une personnalité, François de
Rugy, qui ne risque pas comme
un Nicolas Hulot ou un Daniel
Cohn-Bendit d’exposer l’exécutif à
des coups d’éclat et des divergences
de fond, qui plus est étalées sur la
place publique.
« Eviter de subir »
Quant à ceux qui souhaitaient un
remaniement plus large et s’attendaient à des départs – de la ministre
de la Culture, Françoise Nyssen, ou
encore de celui de la Cohésion des
territoires, Jacques Mézard – ou à
des arrivées – des secrétaires d’Etat
pour épauler la ministre de la
Santé et des Solidarités, Agnès
Buzyn –, ils n’auront pas vu leurs
espoirs comblés.
Hors de question là encore de
donner l’impression qu’au-delà du
problème Hulot il y aurait, pour des
raisons politiques ou d’efficacité,
des ajustements à faire dans
l’équipe gouvernementale. Trop
tôt, aussi, pour adapter le dispositif
aux élections européennes et aux
municipales, et griller ainsi de –
rares – cartouches. Pour celui qui
voulait « éviter de subir un remaniement », expliquait un proche du
chef de l’Etat durant l’été, il s’agit
surtout de tenter de tourner la page
au plus vite. n
Myriam Chauvot
mchauvot@lesechos.fr
Pour incarner une France en
Marche, difficile de battre
Roxana Maracineanu. A quarante-trois ans, l’ex-nageuse de compétition, nommée mardi ministre
des Sports, n’est pas seulement la
première Française à avoir
décroché, en 1998, le titre de
championne du monde (sur
200 mètres dos), avant que
n’émerge une certaine Laure
Manaudou. C’est aussi un profil
chargé de symboles. A commencer par le premier, qu’Hollywood
n’aurait pas osé inventer : son
arrivée en France. Fuyant le
régime de Nicolae Ceausescu, la
petite Roumaine de neuf ans née
à Bucarest et ses parents ont
débarqué à Marseille en 1984 d’un
bateau baptisé « Le Liberté »…
Après l’or au
championnat
du monde en 1998,
le 200 mètres dos
lui a valu une
médaille d’argent
aux JO de Sydney
en 2000.
Deux ans après, la jeune
Roxana s’est mise à la natation à
Mulhouse. Après l’or mondial en
1998, le 200 mètres dos lui a valu
une médaille d’argent aux Jeux
Olympiques de Sydney en 2000.
Des victoires auxquelles son statut de Française naturalisée a
donné une résonance particulière. « Jean-Marie Le Pen me prenait même comme exemple de
l’étranger intégré. Ce débat me
dépassait complètement », pestaitelle en décembre 2017 dans une
interview au « Parisien » en soulignant, pour contrer la récupéra-
Fuyant le régime
de Ceausescu, Roxana
Maracineanu a débarqué
à Marseille en 1984,
à l’âge de neuf ans.
Photo Denis Allard/RÉA
tion, « je suis entièrement roumaine et entièrement française ».
Finish en beauté
Après sa retraite sportive en 2004,
son diplôme de l’Ecole supérieure
de commerce de Paris en poche
(2005), elle est devenue consultante pour Europe 1 et France
Télévisions, et est entrée en politique en 2010 comme élue (socialiste) au Conseil régional d’Ile-deFrance, qu’elle quitte en 2015 au
terme d’un unique mandat.
Ce début à petite vitesse s’est
accéléré quand Edouard Philippe
l’a associée en juillet 2018 à une
réflexion interministérielle sur
l’apprentissage de la nage à l’école
primaire, avant un finish en
beauté début septembre pour
décrocher le ministère des Sports.
Sa feuille de route est claire : il
s’agit de préparer les Jeux Olympiques de Paris en 2024 sans
vagues ni remous (ni dérapages
de la facture). Le dossier est de
toute façon déjà bien sécurisé par
le président du Comité d’organisation des jeux, Tony Estanguet.
L’ex-champion de canoë tenant
bon la barre, l’ex-championne de
natation va surtout devoir trouver
sa place à ses côtés. n
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FRANCE // 05
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Parcoursup : fin des listes d’attente
ENSEIGNEMENT
SUPÉRIEUR
A partir de mercredi
soir minuit, il n’y aura
plus de liste d’attente
sur la plate-forme, ni
de candidats réputés
« actifs » ou « inactifs ».
Selon le gouvernement, 8.961 inscrits,
dont 4.421 bacheliers,
n’ont toujours pas
d’affectation.
Marie-Christine Corbier
@mccorbier
C’est la fin d’un feuilleton, mais ce
n’est pas encore la fin de l’histoire. A
partir de ce mercredi à minuit, il n’y
aura plus de liste d’attente sur Parcoursup, la plate-forme d’accès à
l’enseignement supérieur, ni de
candidats réputés « actifs » ou
« inactifs ». C’est la fin de la procédure principale d’affectation. C’est
aussi la fin d’un très lent décompte
qui a nourri beaucoup de critiques
cet été. Les indicateurs vont cesser
d’être publiés. Au ministère, on promet « un décompte global fin septembre », lorsque la procédure complémentaire sera, elle aussi, terminée.
Des places vacantes
dans 8.000 formations
Cette dernière court jusqu’au
21 septembre inclus. Elle concerne
les candidats qui n’ont pas eu satisfaction. En s’y inscrivant, ces recalés
de la phase principale peuvent avoir
accès aux places vacantes encore
disponibles dans 8.000 formations
(licences, formations sélectives…).
Pour le ministère, le problème
n’est pas tant de trouver des places
disponibles que de trouver des places correspondant aux envies et au
profil des candidats. C’est tout le travail des commissions rectorales qui
épluchent un à un les dossiers de
ceux qui ne savent toujours pas où
s’inscrire à la rentrée. Parmi les
4.421 bacheliers concernés, nombreux sont ceux, titulaires d’un bac
professionnel ou technologique,
qui avaient demandé un BTS ou un
DUT et qui n’ont pas été acceptés
dans ces filières sélectives pour
cause de dossier insuffisant. Les
commissions tentent souvent de les
orienter vers des classes passerelles
pour les remettre à niveau mais qui
ne leur garantiront pas une place
en BTS ou en DUT à l’issue.
Au 30 juillet, 10.000 bacheliers
étaient sans affectation, contre
4.421 le 4 septembre. C’est plus qu’il
y a un an à la même époque :
3.000 bacheliers étaient sans affectation au 7 septembre 2017. « On est
sur une performance technique assez
similaire à APB. A quoi bon, alors ?
osait, fin août, Jimmy Losfeld, le président de la Fage, première organisation étudiante. « Le nerf de la
guerre, c’est la création de places. »
Les perdus de vue
de Parcoursup
De son côté, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique
Vidal, assure : « Si on tient compte
de la hausse démographique, on a
affecté 60.000 candidats de plus que
l’an dernier. » « Parcoursup fonctionne, a tranché Edouard Philippe
la semaine dernière. On est en train
de trouver les réponses pour les
bacheliers qui en ont le plus besoin et
qui, avant [avec APB, NDLR], disparaissaient du système dans une très
grande indifférence. »
L’exécutif a néanmoins appelé à
des « ajustements » pour « améliorer le dispositif ». Le gouvernement
se serait bien passé des interrogations sur les dizaines de milliers de
jeunes que Parcoursup a perdus
de vue : 40.000 inscrits sont toujours classés comme « inactifs »,
alors qu’ils ne le sont pas tous, a
critiqué la Fage, qui a pourtant
soutenu la réforme.
S’y ajoutent 178.000 candidats
qui ont quitté la procédure, soit
parce qu’ils n’ont pas eu le bac, qu’ils
se sont inscrits dans des formations
hors Parcoursup ou qu’ils ont
d’autres projets, selon le ministère.
A moins qu’ils ne se soient découragés ? « Il y a des tas de situations,
mais on est dans l’ordre de grandeur
des autres années », tentait de rassurer Jérôme Teillard, le responsable
de Parcoursup, mi-août. L’ignorance du sort des perdus de vue a
néanmoins créé un malaise qui
sera difficile à dissiper. n
La procédure principale d’affectation s’achève mercredi soir.
C’est aussi la fin d’un très lent décompte qui a nourri beaucoup
de critiques cet été. Photo Frederic Maigrot/RÉA
Aix-Marseille-Provence :
Gaudin démissionne
pour faciliter la fusion
avec le département
COLLECTIVITÉS
Le maire de Marseille
a désigné Martine
Vassal, présidente du
conseil départemental,
pour lui succéder à
la tête de la métropole.
Paul Molga
— Correspondant à Marseille
C’est avec la mine des bons jours
que Jean-Claude Gaudin a
annoncé mardi matin sa démission de la présidence de la métropole Aix-Marseille-Provence à
laquelle devrait lui succéder Martine Vassal. A soixante-dix-huit
ans, le maire de Marseille signe là
un coup politique : la préparation,
au bénéfice de sa famille LR, de la
probable fusion de la collectivité
avec le Conseil départemental des
Bouches-du-Rhône. « Sa présidente, Martine Vassal, est la mieux
placée pour conduire ce rapprochement, a-t-il expliqué. Elle en a la
compétence, l’autorité, le dynamisme et bénéficie de l’écoute de la
majorité des élus du territoire. »
A deux reprises cet été, celle qui a
mis fin à soixante-dix ans de règne
socialiste lors des précédentes élections, a rencontré le Premier ministre pour avancer sur le sujet. Et
selon Jean-Claude Gaudin, le gouvernement voudrait à présent
« accélérer les choses ».
« Une réalité irréversible »
Le calendrier est le bon. « En deux
ans et demi, explique Jean-Claude
Gaudin, les 240 élus de la métropole
ont étudié 3.315 délibérations, pris
1.745 décisions et 1.007 arrêtés.
24 compétences territoriales leur ont
été transférées et trois budgets ont été
adoptés conduisant à 60 millions
d’euros d’économie. Avec ça, notre
métropole est devenue une réalité
irréversible. » Sa fusion avec le
département permettrait de rallier
27 villes supplémentaires pour former un périmètre de presque 2 millions d’habitants, répartis sur
119 communes. Elle fournirait, surtout, une assise financière suffisante pour engager l’ambitieux
programme de modernisation de
ce territoire.
Issue de la fusion de sept communautés, la métropole dispose d’un
budget de presque 4 milliards
Jean-Claude Gaudin,
maire de Marseille.
Photo Christophe Simon/AFP
d’euros, dont 1 milliard pour l’investissement. Le conseil départemental
y ajouterait 2,5 milliards et de nouvelles compétences liées notamment à l’action sociale et la voirie.
La fusion permettrait
de rallier 27 villes
supplémentaires pour
former un périmètre
de presque 2 millions
d’habitants, répartis
sur 119 communes.
Martine Vassal, aujourd’hui première vice-présidente de la métropole, devrait déposer sa candidature dès la démission de JeanClaude Gaudin enregistrée par le
préfet, sans doute fin septembre.
Mais elle ne fait pas l’unanimité. A
l’annonce de la nouvelle, le président du groupe socialiste, Jean-David Ciot, a dénoncé « une erreur
politique si elle est une manœuvre
destinée à faire de l’institution le
marchepied des Républicains pour
les municipales ».
La dame forte du département
est déjà en tête de la course, selon un
sondage commandé par l’association des amis de Martine Vassal
auprès de PollingVox : selon l’hypothèse testée par l’institut, elle arriverait en tête du premier tour des
municipales de 2020 avec 25 % des
voix si elle était confrontée aux listes France insoumise de Jean-Luc
Mélenchon (21 %), du Rassemblement national de Stéphane Ravier
(20 %) et du marcheur Christophe
Castaner (17 %). Elle est en outre
connue de 74 % des sondés. n
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06 // FRANCE
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Les députés veulent muscler
le volet social du projet de loi Pacte
l Le projet de loi sera examiné à partir de ce mercredi par une commission spéciale à l’Assemblée.
l Il sera difficile de le faire adopter avant la fin de l’année. Plus de 2.000 amendements doivent être étudiés.
RÉFORME
Marie Bellan
@mbellan1
Sa présentation en Conseil des
ministres avait été maintes fois
repoussée. Et l’affaire Benalla a failli
retarder son arrivée à l’Assemblée et
le vider de sa substance. Mais non, le
projet de loi Pacte sera bien examiné
à partir de ce mercredi par la commission spéciale présidée par la
députée En marche Olivia Grégoire.
Après la réforme du Code du travail
taillée pour libérer les entreprises de
la peur de l’embauche, le projet de
loi Pacte a été pensé pour lever les
« obstacles à la croissance des PME »
et mettre un terme à la malédiction
qui fait de la France le parent pauvre
des entreprises de taille intermédiaire (ETI) en Europe.
Bruno Le Maire a pesé de tout son
poids pour que ce texte, dont il a la
responsabilité, soit bien examiné
dès la rentrée. Il avait déjà bataillé
ferme pour que les privatisations
– celles d’Aéroports de Paris et de la
Française des Jeux – soient bien
incluses dans le projet de loi. Preuve
de son investissement personnel sur
le sujet, il sera présent tout au long de
l’examen du texte en commission
cette semaine. Comme l’avait fait
Emmanuel Macron à l’époque où il
défendait sa loi croissance, activité et
égalité des chances économiques.
Le parallèle toutefois s’arrête là, si
l’on en croit la présidente de la commission spéciale, Olivia Grégoire,
qui ne souhaite pas que le texte
devienne une loi Macron 2 et se
ramifie avec des sujets connexes.
« Tout le Pacte mais rien que le
Pacte », assure-t-elle à ses troupes.
Un statut d’entreprises
à mission
Le défi pour les parlementaires de
la majorité va être d’arriver à muscler le texte sans lui faire perdre
une cohérence parfois difficile à
dégager. « C’est une loi de libération,
d’émancipation et de responsabilisation », déclare Roland Lescure, le
rapporteur du texte. « Cette loi est
importante pour montrer qu’on
change de paradigme sur l’entreprise », poursuit-il.
En effet, un des enjeux du projet
de loi, tel qu’il avait été présenté par
Emmanuel Macron lui-même en
2017, est de « réformer la philosophie de ce qu’est l’entreprise ». D’où
les mesures qui visent à mieux partager les fruits de la croissance – la
suppression du forfait social pour
les entreprises de moins de 250
salariés – ou encore la réécriture du
Code civil pour redéfinir l’objet
social de l’entreprise. C’est cette par-
tie de la loi que les parlementaires
souhaitent renforcer. L’introduction du statut d’entreprises à mission, qui avait été écarté à la fois
par Jean-Dominique Senard et
Nicole Notat dans leur rapport,
ainsi que par le gouvernement,
pourrait être ajoutée au projet de
loi. Ce statut, qui existe aux EtatsUnis, permet à des entreprises de se
doter d’une vocation sociale ou
environnementale spécifique
qu’elles s’engagent à respecter et
qui fait l’objet d’une certification
par un tiers extérieur. De même, les
fondations d’actionnaires, fréquentes en Allemagne et dans les pays
scandinaves car elles permettent de
protéger un actionnariat familial
sur le long terme, devraient aussi
venir enrichir le texte.
Malgré l’empressement de Bruno
Le Maire, il sera difficile de faire
adopter le projet de loi d’ici à la fin de
l’année. Avec 73 articles et plus de
2.000 amendements déposés, l’examen du texte va durer. Pour s’assurer de l’entrée en vigueur de certaines mesures pour le 1er janvier 2019,
la suppression du forfait social et
l’assouplissement des pactes
Dutreil pour faciliter les transmissions d’entreprises notamment, ces
dispositions devraient être transférées dans le projet de loi de finances
et dans celui de financement de la
Sécurité sociale. n
Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, a pesé de tout son poids pour que le texte soit étudié
dès la rentrée. Photo AFP
INTERVIEW // OLIVIA GRÉGOIRE Députée LREM
« La loi Pacte n’est pas une loi Macron 2 »
Le projet de loi Pacte est
présenté comme un texte
« fourre-tout » par ses détracteurs. A-t-il une cohérence ?
J’ai entendu cette attaque sur le
thème « c’est une liste à la Prévert »,
ce sont des mesures « égrenées ».
Mais allez dire aux entreprises
qui cherchent à se développer que
le gel des seuils ce n’est pas important, que la procédure de liquidation judiciaire, qui peut durer jusqu’à deux ans aujourd’hui, ce n’est
pas la peine de la réformer. Le texte
est pragmatique et ambitieux car il
traite toutes les étapes de la vie
d’une entreprise. De sa naissance
avec le guichet unique, à son développement avec la phase d’amorçage, le financement, le partage des
fruits de la croissance, jusqu’à la
transmission et parfois la mort de
l’entreprise qui doit aussi être traitée pour permettre aux entrepreneurs de rebondir.
LA SEULE MARQUE
DE LUXE DISPONIBLE
EN KIOSQUE.
Le mensuel de luxe offert ce jeudi avec Les Echos
Toutes les entreprises vontelles y trouver leur compte ?
Un des objectifs est d’aider les entreprises à grandir, c’est donc un texte
qui part des problématiques rencontrées par les TPE et PME. Mais
toute une série de mesures sont
aussi bénéfiques aux ETI, notamment les articles sur la transmission, qui est une des préoccupations majeures des patrons d’ETI
pour les prochaines années. En réalité de nombreuses mesures
s’adressent à toutes comme la simplification des seuils à l’article 6,
l’obligation par le tribunal de considérer le rétablissement professionnel en cas d’une demande de résolution du plan de sauvegarde ou de
redressement judiciaire dans l’article 15, mieux encadrer la publicité
du privilège du Trésor à l’article 17,
un meilleur financement des entreprises de la TPE à l’ETI… Je sais que
les ETI sont aussi très attentives aux
coûts de production, qui ne sont pas
dans le texte, mais nous travaillons
en parallèle avec Bercy sur le sujet
en ce moment. Une partie des petites taxes de production, comme
Olivia Gregoire, députée LREM de Paris. Photo Thomas Samson/AFP
celle sur les farines, va déjà être supprimée par la loi de finances pour
200 millions d’euros.
Si les privatisations
n’avaient pas été
dans le texte,
il aurait manqué
quelque chose.
Une fois la loi votée,
qu’attendez-vous des chefs
d’entreprise ?
Qu’ils se saisissent de la loi « boîte à
outils » que nous leur proposons. Il
y a les outils – la suppression du forfait social pour les entreprises de
moins de 250 salariés, par exemple
– et le mode d’emploi – les accords
types d’intéressement que prépare
le ministère du Travail pour les
PME. On a créé toutes les conditions pour que les entreprises puissent se saisir de cette opportunité
de partage de la richesse créée.
Sur l’objet social, la loi n’estelle pas en dessous des ambitions des parlementaires ?
Sur ce point, il y a en effet une force
de proposition de la part des parlementaires LREM en rapport avec
ce que proposaient Jean-Dominique Senard et Nicole Notat dans
leur rapport. Nous allons aussi
avancer sur les entreprises à mission et les fondations d’entreprise.
Ne craignez-vous pas que
le thème des privatisations
n’écrase tous les autres sujets
de la loi dans le débat
parlementaire ?
Si les privatisations n’avaient pas
été dans le texte, il aurait manqué
quelque chose. Le rôle de l’Etat
dans l’économie, la place de l’Etat
actionnaire, ce sont des sujets qu’il
faut traiter. On veut refaire des
Français des petits porteurs et
développer à nouveau l’actionnariat populaire, cela passe aussi par
des privatisations. C’est tout à fait
cohérent avec la loi. En revanche,
nous n’allons pas intégrer des éléments qui n’ont rien à voir avec le
reste du texte. Le travail le dimanche, par exemple. La loi Pacte n’est
pas une loi Macron 2.
– Propos recueillis par M. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 07
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
MONDE
en
chiffres
L’AFRIQUE DU SUD
REPLONGE EN RÉCESSION
ZONE EURO : PRIX À LA
PRODUCTION EN HAUSSE
L’Afrique du Sud a annoncé
mardi un recul de son
produit intérieur brut
(–0,7 %) pour le deuxième
trimestre de suite, qui
la place techniquement en
situation de récession pour
la seconde fois en deux ans,
illustration de sa fragilité
récurrente. Le PIB
s’était contracté de 2,6 %
au premier trimestre.
Les prix à la production
industrielle dans la zone
euro ont progressé de 0,4 %
en juillet par rapport à juin.
Cela est dû à des hausses
des prix de 1,1 % dans le
secteur de l’énergie
et de 0,1 % pour les biens
intermédiaires, les biens
d’investissement, les biens
de consommation durables
et non durables.
3,18
MILLIONS
C’est le nombre de chômeurs
recensés en Espagne au mois
d’août par le ministère de
l’Emploi, un chiffre en hausse
(+47.047) sur juillet. Le chômage a augmenté en particulier dans les secteurs du bâtiment et des services qui
incluent l’industrie touristique.
Allemagne : naissance d’un nouveau
mouvement de gauche anti-immigration
l Baptisé « Aufstehen » (« Debout »), il rassemble des membres du Parti social-démocrate, SPD, des Verts et de Die Linke.
l Il veut faire pression sur les partis établis pour lancer une nouvelle politique sociale.
ALLEMAGNE
Pauline Houédé
@Pauline Houédé
— Correspondante à Francfort
« Un renouveau politique ». C’est en
substance ce que propose la leader
de la gauche radicale allemande
Sahra Wagenknecht avec son nouveau mouvement politique baptisé
« Aufstehen » (« Debout »), lancé
officiellement mardi à Berlin.
Annoncé le 4 août, le mouvement,
qui rassemble 80 « initiateurs »
issus du Parti social-démocrate SPD,
des Verts, du parti de la gauche radicale Die Linke, mais aussi des écrivains, artistes ou syndicalistes, a
recueilli plus de 100.000 soutiens en
ligne.
« L’Allemagne évolue dans une direction dont beaucoup ne veulent
pas » », a expliqué l’actuelle chef du
groupe parlementaire du parti de
gauche Die Linke, qui souligne « des
divisions sociales plus profondes »,
une perte de cohésion, et va même
jusqu’à évoquer une « grave crise de
la démocratie ». « Les événements de
Chemnitz ont montré clairement que
ça ne peut pas continuer ainsi »,
explique la responsable politique de
quarante-neuf ans, un peu plus
d’une semaine après de violentes
manifestations d’extrême droite
dans cette ville de l’ex-RDA, qui ont
choqué le pays.
Aufstehen ambitionne notamment de regagner le soutien des
électeurs séduits par le parti populiste Alternative pour l’Allemagne
(AfD). Fondé en 2013 sur une ligne
Tobias Schwarz/AFP
Crise de la démocratie
La leader de la gauche radicale allemande Sahra Wagenknecht avec son nouveau mouvement politique baptisé « Aufstehen » (Debout), lancé officiellement mardi à Berlin.
anti-euro, l’AfD a connu un succès
grandissant avec son discours antiimmigrés accompagnant l’arrivée
de près de 1 million de réfugiés en
Allemagne en 2015. Le parti compte
aujourd’hui 92 députés au Bundestag et est représenté dans 14 des
16 Parlements régionaux du pays.
« Les électeurs de l’AfD ne sont pas
tous des nazis. Il y a parmi les gens qui
votent actuellement AfD des personnes en colère, qui se sentent abandonnées […] mais qui n’approuvent pas du
tout de tels excès, comme à Chem-
nitz », a expliqué Sahra Wagenknecht, tout en rappelant que son
mouvement ne tolère ni le racisme ni
la xénophobie. La dirigeante, qui a
par ailleurs adopté une position
minoritaire au sein de la gauche en
prônant une limitation de l’immigration économique, explique vouloir se
concentrer sur les questions sociales,
la question des réfugiés n’étant « pas
centrale » pour le mouvement.
« Ce mouvement est une innovation pour le paysage politique allemand », estime Tilman Mayer, pro-
« Ce mouvement
est une innovation
pour le paysage
politique allemand. »
TILMAN MAYER
Professeur de sciences
politiques à l’université de Bonn
Le parti d’extrême droite Alternative
pour l’Allemagne (AfD) doit-il faire
l’objet d’une surveillance de l’Office
fédéral de protection de la Constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz), chargé d’assurer la sécurité
intérieure du pays ? C’est la question
qui agite actuellement l’Allemagne,
alors que des dirigeants de l’AfD se
sont affichés publiquement ce weekend aux côtés de membres du mouvement anti-islam Pegida lors d’une
marche organisée dans la ville
saxonne de Chemnitz une semaine
après de violentes manifestations
déclenchées par une bagarre mortelle impliquant un Syrien et un
Irakien.
Fondé en 2013, l’AfD a adopté un
ton anti-migrants à la faveur de la
crise migratoire et de l’arrivée de
près de 1 million de réfugiés en 2015
à la tête du parti libéral FDP,
a adopté une position similaire,
estimant à la radio ce débat
« dangereux ».
« Etat de droit »
Une manifestation organisée le 1er septembre 2018 à Chemnitz par
l’AfD et Pegida, des mouvements d’extrême droite anti-migrants.
et réussi à envoyer 92 députés au
Bundestag l’année dernière. Habitué
des commentaires racistes, le parti a
cependant clairement affiché à
Chemnitz sa proximité avec une
frange radicale identitaire, alors que
l’inquiétude monte en Allemagne
face à la montée des extrêmes
autour de la question migratoire.
A l’image de responsables des
Verts et du parti de gauche radicale
Die Linke, Andrea Nahles, la dirigeante du Parti social-démocrate
(SPD), s’est prononcée pour une
mise sous surveillance de l’AfD. Les
chrétiens-démocrates de la CDU se
montrent quant à eux sceptiques,
comme Daniel Günther, dirigeant
du Land du Schleswig-Holstein, qui
estime qu’une telle mesure contribuerait à installer l’AfD dans « un
rôle de martyr ». Christian Lindner,
Coalition de gauche
Aufstehen n’est quant à lui pour le
moment pas un parti et n’a pas
vocation à présenter de candidats à
un scrutin. Son but est de mobiliser
à la fois en ligne et dans la rue, faire
Le pays débat d’une mise sous surveillance
du parti d’extrême droite AfD
Des politiques demandent
la mise sous surveillance
du parti AfD, qui s’est
affiché ce week-end
aux côtés de membres
du mouvement xénophobe
Pegida à Chemnitz.
fesseur de sciences politiques à
l’université de Bonn, qui le compare
avec En marche ou La France insoumise, même si ces deux formations,
à l’inverse de Aufstehen, visaient
clairement la participation à des
élections.
Une surveillance est « absurde »,
ont réagi cinq dirigeants de l’AfD
dans une déclaration commune :
« Nous sommes un parti démocratique qui prend fait et cause pour un
solide Etat de droit et ne défend pas
seulement la Loi fondamentale mais
exige aussi le respect du droit et de la
loi que le gouvernement ignore en
permanence dans la crise de l’asile et
de l’euro. »
La chancelière allemande,
Angela Merkel, est intervenue
lundi dans le débat en rappelant
qu’il ne s’agissait pas d’une décision
politique : il appartient à l’Office de
protection de la Constitution de
décider ou non d’une mise sous surveillance. Si l’AfD n’est actuellement
pas dans leur viseur, c’est le cas
depuis peu des sections jeunes du
parti (Junge Alternative) dans deux
Länder, en Basse-Saxe et dans la ville-Etat de Brême. — P. H.
pression sur les formations politiques établies et poser les jalons d’un
gouvernement de gauche réunissant Les Verts, le SPD et die Linke. Si
elles avaient mathématiquement
jusqu’en 2017 la majorité au Bundestag, les trois formations n’ont
pas réussi à s’accorder pour former
une coalition ces dernières années.
Reste à savoir quels rapports entretiendra Aufstehen avec ces trois
partis, jusqu’ici sur la réserve vis-àvis de ce nouveau concurrent
potentiel. n
ANNONCE LÉGALE
À LA HAUTE COUR DE JUSTICE (HIGH COURT OF JUSTICE)
CR-2018-008839
BUSINESS AND PROPERTY COURTS OF ENGLAND AND WALES
(Tribunaux du commerce et de l’immobilier de l’Angleterre et du Pays de Galles)
COMPANIES COURT (ChD)
DANS L’AFFAIRE
ROYAL & SUN ALLIANCE INSURANCE PLC
ET
DANS L’AFFAIRE
RSA LUXEMBOURG S.A.
ET
DANS L’AFFAIRE
THE FINANCIAL SERVICES AND MARKETS ACT 2000 (LOI SUR LES MARCHES ET LES SERVICES FINANCIERS)
AVIS EST DONNÉ que le 3 août 2018, Royal & Sun Alliance Insurance plc (RSAI) et RSA Luxembourg S.A. (RSAL) ont
adressé une demande (la Demande) à la High Court of Justice (la Cour) conformément à la Section 107(1) de la loi
Financial Services and Markets Act 2000 (la FSMA) pour une ordonnance conformément à la Section 111 de la FSMA
afin d’autoriser un plan de transfert de l’activité d’assurance (le Plan) et de prendre des dispositions accessoires dans le
cadre du Plan, conformément à la Section 112 de la FSMA.
Le Plan prévoit le transfert à RSAL, une filiale directe à 100% de RSAI, de :
(a) la totalité de l’activité d’assurance générale et de réassurance réalisée par les succursales néerlandaise, belge,
allemande, française et espagnole de RSAI ; et
(b) cette partie de tout ou partie des polices d’assurance (autre que toute police qui atteste d’un contrat de réassurance)
établies ou prises en charge par l’établissement britannique de RSAI concernant des risques situés dans les États de
l’EEE autres que le Royaume-Uni, avec les provisions et les actifs de réassurance correspondants et certaines
dispositions concernant l’administration des sinistres.
Des copies d’un rapport sur les conditions du Plan préparé conformément à la Section 109 de la FSMA (le Rapport
d’Expert indépendant), un document établissant les dispositions du Plan et le résumé du Rapport d’Expert indépendant
sont disponibles gratuitement sur le site Internet http://www.rsagroup.com/brexit ou en écrivant à RSA, 153, rue SaintHonoré, 75001 Paris - France, en inscrivant clairement au recto la mention :« RSA BREXIT », ou par e-mail à
RSABrexit@equiniti.com avec la référence « RSA BREXIT » ou en appelant le centre d’appel RSA réservé au Brexit au
+44 121 441 7704 L’assistance téléphonique est ouverte de 9h à 19h, heure d’Europe centrale. Les appels peuvent être
enregistrés. Les documents justificatifs et toutes autres informations concernant le Plan seront publiés sur le site Internet
pour que vous puissiez consulter les mises à jour.
La Demande sera entendue devant un juge le 29 novembre 2018 à l’adresse suivante : The Rolls Building, Fetter Lane,
London, EC4A 1NL, Royaume-Uni. Si elle est approuvée par la Cour, il est prévu que le transfert prenne effet
immédiatement après minuit (GMT) le 1er janvier 2019.
Toute personne pensant subir des effets négatifs suite à la réalisation du Plan peut faire part de ses préoccupations à la
Cour par écrit et/ou être entendue en personne (ou par l’intermédiaire d’un avocat) à l’audience de la Demande le
29 novembre 2018. Ces personnes peuvent aussi faire part de leurs préoccupations à RSAI en téléphonant et RSAI
ouvrira un dossier et le communiquera à la Prudential Regulation Authority, la Financial Conduct Authority, l’Expert
indépendant et la Cour.
Toute personne ayant l’intention de faire part de ses préoccupations (par téléphone ou par écrit) ou de se présenter à
l’audience de la Cour est priée (mais non tenue) de fournir les détails de ses déclarations ou d’avertir de son intention
de se présenter à la Cour et de fournir les détails de ses préoccupations aussitôt que possible, et de préférence avant le
16 novembre 2018 en utilisant les coordonnées indiquées ci-dessus.
Date : 5 septembre 2018
Reynolds Porter Chamberlain LLP
Tower Bridge House, St Katharine’s Way, London E1W 1AA, Royaume-Uni
Ref. : ROY25.23/AP02/MG02
Avocats des requérants
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
08 // MONDE
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Bruxelles de plus en plus dubitative
devant le déficit structurel français
l Après être sortie de la procédure pour déficit excessif, la France
doit s’attaquer à son effort structurel.
l A ce stade, la Commission ne voit pas une mobilisation suffisante à Paris.
EUROPE
Gabriel Grésillon
@Ggresillon
— Bureau de Bruxelles
Après avoir loué les efforts de la
France en matière de réduction
du déficit budgétaire, la Commission européenne risque de rentrer
dans une relation plus houleuse
avec Paris en matière de finances
publiques. Certes, la France peut
se targuer d’être sortie de la procédure pour déficit excessif, en affichant un déficit public inférieur à
3 % du PIB pendant deux années
consécutives. Mais les règles du
Pacte de stabilité et de croissance
sont claires : une fois cette étape
franchie, c’est à la résorption du
déficit structurel (donc calculé
hors variations conjoncturelles)
que doivent s’attaquer les Etats
membres. Pas sûr que la France
en prenne la voie…
Là où la France estime avoir fait
un effort structurel de 0,1 point de
PIB en 2018 – sur un déficit global
qui devrait se situer autour de
2,6 % du PIB – les services de la
Commission sont, eux, bien à la
peine de l’identifier…
En trouveront-ils un, même
minime ? La question est d’importance, compte tenu des règles
complexes du pacte. Une fois dans
le « bras préventif » du pacte, c’està-dire lorsqu’ils sont durablement
repassés sous la barre des 3 %, les
Etats membres doivent en effet
effectuer un effort structurel de
0,6 point de PIB par an… mais avec
une marge de tolérance de 0,5
point sur vingt-quatre mois.
Autrement dit, il est théoriquement possible qu’un pays fasse un
effort structurel de 0,1 point de PIB
une année, à condition que l’année
Une question
de calendrier pourrait
se poser pour
la Commission.
suivante, il suive à la lettre la règle
du 0,6. Pour ne pas avoir droit à un
carton rouge dès l’année de sa sortie de la procédure pour déficit
excessif, Paris va donc devoir convaincre d’avoir effectué un effort
structurel d’au moins 0,1 point de
PIB en 2018.
Le casse-tête de 2019
Mais une chose est désormais certaine : l’année 2019 s’annonce compliquée. Dès la mi-octobre, date
limite d’envoi des budgets nationaux à Bruxelles, la Commission
devrait avoir un début d’analyse
sur la situation française. C’est
ensuite au printemps 2019 que les
choses se préciseront, lorsque
l’effort structurel 2018 sera définitivement connu. Paris, qui selon
toute vraisemblance n’aura plus
guère de marge de manœuvre par
rapport aux règles européennes,
devra alors effectuer un effort
structurel proche de 0,6 point. « Il y
a fort à parier que cela ne sera pas le
cas », lâche une source bruxelloise.
Une question de calendrier
pourrait alors se poser pour la
Commission. C’est en effet au mois
de mai que Bruxelles se prononce
sur ces sujets. Or le mois de
mai 2019 sera marqué par des élections européennes où les partis
eurosceptiques menacent de faire
une percée majeure. Difficile
d’imaginer la Commission blâmant la France quelques jours
avant un scrutin dans lequel
Emmanuel Macron tentera de porter un discours proeuropéen… n
Paris va devoir convaincre d’avoir effectué un effort structurel
d’au moins 0,1 point de PIB en 2018.Photo Emile Luider/RÉA
Affaire Selmayr : le rapport qui étrille la Commission européenne
La médiatrice de l’Union
européenne a rendu mardi
son expertise sur l’affaire.
Comme un air de déjà-vu. L’affaire
Selmayr, qui avait secoué Bruxelles
au printemps dernier, est revenue
sur le devant de la scène, mardi, à
l’occasion de la rituelle réunion de
midi de la Commission européenne. Pendant près de quarante
minutes, les journalistes ont étrillé
le porte-parole en chef de l’institution, Margaritis Schinas, au sujet
des conditions dans lesquelles l’Allemand Martin Selmayr a été
nommé secrétaire général de la
Commission européenne – le plus
haut poste administratif de l’« exécutif » européen. Avec, pour nouvelles munitions, un rapport publié
le matin par la médiatrice de
l’Union européenne, Emily
O’Reilly. Un rapport qui constate
Vendredi 7 septembre
que plusieurs éléments de mauvaise administration ont émaillé
cette procédure de nomination.
D’après le rapport, ce sont à la fois
« l’esprit et la lettre » de la procédure
qui ont été bafoués. Les auteurs
pointent, d’une part, un risque de
conflit d’intérêts : pour accéder au
poste de secrétaire général,
l’homme qui était jusqu’alors le
tout-puissant chef de cabinet de
Jean-Claude Juncker a dû, d’abord,
être propulsé, pour quelques minutes seulement, au poste de secrétaire général adjoint. Or, Martin Selmayr faisait potentiellement partie
des personnes ayant influé sur la
décision « ayant abouti à la création
et à l’approbation de l’avis de vacance
du poste ». Emily O’Reilly note
d’ailleurs que cette procédure
n’était, en réalité, qu’un marchepied pour Martin Selmayr.
Urgence artificielle
Elle pointe aussi le fait que le
départ du prédécesseur de Martin
Selmayr a été tenu secret, afin
de créer « artificiellement » une
« situation d’urgence ». C’est cette
situation d’urgence qui a permis le
tour de passe-passe principal de
l’opération : au cours d’une réunion
des commissaires européens, ces
derniers ont dû approuver, coup
sur coup, la nomination de Martin
Selmayr au poste de secrétaire
général adjoint puis à celui de secrétaire général. Emily O’Reilly juge
que « le collège des commissaires est
collectivement responsable ».
Elle invite, pour l’avenir, à améliorer la formalisation de cette procédure. Margaritis Schinas
a répondu qu’une telle formalisation aurait encore plus de sens
si elle était partagée par l’ensemble
des institutions européennes… « y
compris celle du secrétariat général
du médiateur de l’Union ».
— G. G.
Les indépendantistes catalans essaient
de saboter le dialogue avec Madrid
ESPAGNE
« Un référendum
pour l’autonomie,
pas pour
l’autodétermination. »
Barcelone maintient
le cap vers la sécession
malgré l’offre
d’un nouveau statut
d’autonomie
pour la Catalogne.
SUPPLÉMENT
GRATUIT
IMMOBILIER
TOUT CE QUI CHANGE
APRÈS L’ÉTÉ
PEDRO SÁNCHEZ
Le chef du gouvernement
espagnol
Cécile Thibaud
— Correspondante à Madrid
Ou le référendum ou la rupture. Le
président catalan, l’indépendantiste
Quim Torra, ne recule pas d’un
pouce. C’est ce qu’il a annoncé mardi
soir dans un grand discours de rentrée, placé sous le signe de l’affrontement. « Nous n’avons pas reculé et
nous n’avons rien abandonné » , a-t-il
déclaré. Il garde la même rhétorique
face à Madrid et l’automne s’annonce
donc chaud à Barcelone, tandis qu’il
galvanise l’opinion publique à
l’approche de l’anniversaire du référendum d’autodétermination interdit qui avait conduit la région dans la
spirale du chaos.
Un an plus tard, Quim Torra continue de brandir le drapeau de la rébellion en affirmant son intention de
jouer les tensions avec l’Etat espagnol et de maintenir son agenda
indépendantiste. Ses mots résonnent avec d’autant plus de force que
la région prépare les grandes manifestations du 11 septembre, jour de la
fête de la Catalogne, qui s’est transformée au fil des années en grande
vitrine du sécessionnisme. Cette
année, les mobilisations seront axées
sur la revendication de la remise en
liberté des leaders indépendantistes
qui se trouvent en prison préventive
Le président catalan, Quim
Torra, ne lâche pas son objectif
d’une Catalogne indépendante.
depuis près d’un an, accusés de rébellion par la justice espagnole.
Spirale de la confrontation
Depuis Madrid, le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, a pour sa part
décidé de ne pas entrer dans la spirale de la confrontation.
En dépit du ton défiant du président catalan, il continue de multiplier les contacts avec Barcelone, à la
recherche de formules pour désamorcer les tensions, avec d’autant
plus de ténacité qu’il est arrivé au
pouvoir, en juin dernier, en promettant d’en finir avec l’immobilisme de
son prédécesseur, le conservateur
Mariano Rajoy. Le leader socialiste a
choisi la voie du dialogue constant
avec les institutions catalanes en
ouvrant des canaux de communication fluides, décidé à couper l’herbe
sous le pied de ceux qui accusent
Madrid de ne pas écouter les revendications catalanes.
Il espère que ces conversations
pourront déboucher sur des propositions concrètes pour la redéfinition du statut d’autonomie de la
région et une meilleure reconnaissance de sa place au sein de l’Espagne. L’idée, selon lui, serait ensuite
de soumettre le nouveau texte au
vote des Catalans. Ce serait « un référendum pour l’autonomie, pas pour
l’autodétermination », a insisté
Pedro Sánchez, interviewé lundi par
une radio, sans donner plus de
détails de calendrier sur son projet.
Sa proposition a été accueillie froidement par le président catalan, Quim Torra, qui estime que « le
droit à l’autodétermination de la
Catalogne ne peut pas être mis sous le
tapis ». Pas question pour lui de
miser sur le dialogue. Même si une
partie de ses alliés indépendantistes
essaient de leur côté de tempérer et
de réduire les frictions avec Madrid,
le chef de l’exécutif catalan semble
n’avoir pour l’instant qu’un objectif,
maintenir le cap vers la sécession et
continuer de faire vibrer la corde
sentimentale qui mobilise une
bonne partie de l’opinion publique
catalane. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 09
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
SOMMAIRE
idées&débats
Le meilleur du Cercle
des Echos
La Chronique
Le Point de vue
Libre propos
Art et Culture
Fed et hausse des taux :
attention aux effets pervers
L’Europe brûle et Bruxelles regarde ailleurs
Non, 84 % des cadres ne veulent pas
quitter l’Ile-de-France !
Pourquoi il faut fuir Twitter et Facebook
La grande rentrée d’Ingmar Bergman
LES ÉDITORIAUX
DES « ÉCHOS »
A la source de l’impôt
Pascal Garnier pour « Les Echos »
Des nuages économiques et
sociaux dans le ciel de Poutine
Benjamin Quénelle
— Correspondant à Moscou
Vladimir Poutine va devoir, lui aussi,
faire face au casse-tête des retraites.
Mais la fronde qui menace le chef du
Kremlin est bien différente de celle
qui attend l’Elysée. Car, en Russie, la
protestation reste sous contrôle…
Latente, elle n’en demeure pas
moins dangereuse pour le pouvoir.
Lorsque le gouvernement, à quelques heures de l’euphorie de la cérémonie d’ouverture du Mondial de
football en Russie, le 14 juin, a
annoncé au débotté le relèvement
de l’âge de la retraite, il a lancé une
réforme restée longtemps dans les
cartons. Des changements inévitables face aux réalités économiques
et aux courbes démographiques,
mais un choc pour les Russes, qui
voient leur sacro-sainte retraite
comme un rare héritage social de
l’ère soviétique, conservé et choyé
depuis. Après un été au cours
duquel, dans la rue et sur Internet,
l’indignation s’est transformée en
protestations un peu trop voyantes
aux yeux des autorités, Vladimir
Poutine a cru bon de prendre les
devants. Lors d’une solennelle déclaration télévisée, l’œil compatissant,
il a annoncé un « assouplissement » :
comme prévu dans le projet de loi,
l’âge de la retraite passera progressivement de 60 à 65 ans pour les hommes mais, pour les femmes, le relèvement se limitera de 55 à 60 ans, au
lieu de 63 ans dans le texte initial. Le
Kremlin espère qu’à l’automne,
l’adoption de la réforme sera une
pure formalité – c’est-à-dire, comme
d’habitude dans la Russie de Vladimir Poutine, sans vrai débat ni au
Parlement ni dans les médias.
Mais la hausse de l’âge de la
retraite, la première en quatrevingt-dix ans, passe toujours mal
dans la population. Son impopularité pourrait se faire sentir dès les
élections locales de ce dimanche,
pourtant gagnées d’avance par le
parti du Kremlin. Après leurs rassemblements dans la rue contre la
L’ANALYSE
DE LA RÉDACTION
Six mois après sa
réélection, le maître
du Kremlin tente
d’apaiser la colère
suscitée par sa
réforme des retraites.
Et le climat économique s’assombrit
en raison de la chute
du rouble.
Les points à retenir
Annoncée mi-juin, la
•première
réforme des retraites
est un choc pour les Russes,
car les règles n’avaient pas
changé depuis l’ère soviétique.
Vladimir Poutine a annoncé
un assouplissement, mais
la grogne pourrait se faire
sentir lors des élections locales
de ce dimanche, que le parti
au pouvoir est toutefois sûr
de remporter.
Sur le plan économique,
la chute du rouble risque
de se traduire par un dérapage
de l’inflation.
Quant aux sanctions
américaines, elles n’ont
pour l’instant pas eu
d’incidence notable.
•
•
•
réforme, les communistes – surnommés « le parti des retraités » –
devraient en tirer profit dans les
urnes. Sans grandes victoires cependant. Quant à Alexeï Navalny, leader
de l’opposition, il a appelé à manifester à travers le pays le jour du scrutin.
Une manière de protester contre le
Kremlin, au-delà même du dossier
des retraites. Mais les autorités lui
ont rappelé l’interdiction de descendre dans la rue pendant une élection. Et il a été condamné à un mois
de prison.
Loin de sa triomphale réélection
en mars qui, sous des apparences
démocratiques et sans vraie concurrence, a permis de prolonger de six
ans sa nomination au Kremlin après
déjà dix-huit ans au pouvoir, Vladimir Poutine n’est pas à l’abri d’une
étincelle qui consumerait sa popularité, réelle et profonde mais largement orchestrée par la propagande.
Cela pourrait venir des protestations contre la réforme des retraites
ou de réactions à de simples faits
divers. Au printemps, la pollution de
la décharge de Volokolamsk et
l’incendie du centre commercial de
Kemerovo, deux événements
locaux, ont créé de vrais nuages
pour le président car ils ont remis en
cause son système : depuis la corruption, source des problèmes, jusqu’à la couverture médiatique, déni
de la colère publique. A chaque fois,
un dur retour à la réalité pour Vladimir Poutine.
Un autre nuage, plus menaçant,
pèse sur l’économie russe : la soudaine baisse du rouble en quelques
semaines cet été. Toute chute de la
monnaie, en renchérissant les
importations, met à mal l’un des succès de la banque centrale et priorité
du gouvernement : la lutte contre
l’inflation, aujourd’hui tombée au
plus bas niveau depuis la chute de
l’URSS (moins de 2,5 %). Commerçants et industriels sont dans
l’expectative, attendant de voir l’évolution du rouble avant d’augmenter
ou non leurs prix. « Il va falloir décider », confiait le dirigeant d’un grand
groupe russe, la semaine dernière,
dans les coulisses du Salon de l’auto
de Moscou – un secteur clef en Russie. Amputé de moitié après quatre
ans de chute des ventes mais en
pleine reprise ces derniers mois,
l’automobile est souvent vue comme
un bon indicateur de la santé économique. Une certitude : les causes du
déclin du rouble, comme de la plupart des troubles de l’économie
russe, sont multiples et, en grande
partie, avant tout intérieures. C’est la
banque centrale qui, cet été, a entretenu la baisse de la devise : avec la
hausse des cours pétroliers, elle a
accumulé des surplus de revenus
qu’elle s’est empressée de convertir
en dollars, loin des discours nationalistes officiels. L’ennemi est d’autant
moins à l’étranger qu’ils sont nombreux, en Russie même, à se réjouir
de la baisse du rouble, notamment
les pétroliers vendant les barils en
dollars et les industriels exportant
en euros.
La propagande du Kremlin
pointe pourtant du doigt les nouvelles sanctions américaines, prises en
lien avec l’empoisonnement, en
mars, de l’ex-espion russe Sergueï
Skripal en Angleterre. A Washington, d’aucuns promettent une salve
de mesures « draconiennes » qui
pourraient viser le système bancaire, les capacités à émettre de la
dette ou l’accès au dollar. Entrées en
vigueur fin août, les premières sanctions, portant seulement sur l’interdiction d’exporter vers la Russie certains produits technologiques, n’ont
pour le moment eu aucune vraie
incidence. Ni sur le rouble ni sur
l’économie, qui, en reprise depuis la
récession de 2015-2016, est en fait
menacée de stagnation avec un taux
de croissance bloqué sous le seuil de
2 %, loin des objectifs du Kremlin. La
R u s s i e r e s t e s a n s n o u ve a u x
moteurs de croissance. Mais toujours avec ses mêmes problèmes
structurels : dépendance aux matières premières, faiblesse des investissements, infrastructures défaillantes ou poids insuffisant des PME. n
Tout cela pour ça… Le psychodrame que vient
de jouer l’exécutif autour du prélèvement « à
la source » de l’impôt sur le revenu interroge
sur le processus de décision au plus haut
sommet de l’Etat. Ou bien celui-ci a été mal
préparé et 17 millions de foyers français ont
de quoi s’inquiéter. Ou bien il l’a été, et c’est le
Par
Président de la République qui s’est inquiété à
Jean-Francis
tort, ce qui n’est guère plus rassurant. Mais,
Pécresse
au-delà de ces interrogations politiques, ce
psychodrame de cabinets pose des questions
Ce
sur notre relation passionnelle à l’impôt, en
psychodrame particulier à l’impôt sur le revenu. Bien sûr, il y
a déjà de quoi s’étonner, comme sous le
pose des
précédent, que le débat public
questions sur quinquennat
se focalise autant sur l’argent que le fisc nous
notre relation prend et si peu sur l’argent qu’il reverse. La
passionnelle manière dont les collectivités publiques
ponctionnent chaque année 1.000 milliards
à l’impôt.
d’euros nous importe plus que celle dont elles
dépensent 1.200 milliards… Il est à peu près
certain que si Bercy avait mis autant d’énergie à vérifier l’utilité de
chaque euro qu’à contrôler le dispositif de retenue à la source, le chef
de l’Etat n’aurait pas pris peur pour une croissance fragile et un
pouvoir d’achat atone. Mais le plus surprenant reste, au fond, cette
obsession française pour un impôt qui, à force d’exemptions, ne
représente plus, avec quelque 75 milliards d’euros récoltés, que le
quart des recettes fiscales nettes de l’Etat. Un quart des impôts, trois
quarts des débats… La sensibilité à l’impôt n’est pas seulement
fonction de son poids, mais de son mode de perception, selon qu’il est
prélevé directement ou pas sur les revenus du contribuable. C’est
bien ce qui a rendu si difficile, cette année, l’augmentation de la CSG
dans la population retraitée, pour laquelle elle n’a pas été compensée
par une baisse des cotisations sociales. La valeur attachée au travail :
voilà ce qui rend si délicat dans la société le sujet du prélèvement de
l’impôt sur le bulletin de paie. Pour la plupart des ménages, la
question du montant qu’il faudra abandonner au fisc, en fin de mois,
sur la feuille de paie est hautement symbolique mais, pour le budget
du foyer, elle reste secondaire par rapport à la somme des impôts et
taxes payés sous d’autres formes. Mais s’il est si compliqué de faire
simple en matière fiscale, c’est en raison des défauts ou des
qualités propres à notre système de prélèvements, bref de sa
complexité. Bien d’autres pays ont réussi sans mal à prélever à la
source leur impôt sur le revenu. Mais, dans aucun, le paiement est à
ce point concentré sur un petit nombre de foyers. Dans aucun il n’est
si attaché à la composition de la famille. Ainsi, loin de les estomper, le
prélèvement à la source ne fera qu’accentuer les différences entre
contribuables : à salaire identique au sein d’une même entreprise,
nombre d’entre eux n’auront plus la même paie. Si l’objectif était de
rendre l’impôt moins douloureux, mieux consenti, il n’est pas certain
qu’il soit atteint. Pour cela, c’est à la répartition de l’impôt qu’il faut
s’atteler, pas simplement à son mode de perception.
(
Lire nos informations
Pages 2-3
Les milliards du foot
Par David Barroux
Peut-on, d’un côté, se plaindre chaque fois que la France affiche un
gigantesque déficit commercial et, de l’autre, regretter que, sur de
rares fronts, elle dégage quelques excédents ? Quand, dans certains
domaines, la France prouve qu’elle peut exporter plus qu’elle
n’importe, les experts devraient se réjouir. Un excédent est le signe
qu’un pays dispose d’une offre attractive et que sa productivité lui
permet d’être compétitif. Il existe pourtant un domaine dans lequel
l’excédent commercial français a quelque chose d’inquiétant : le
football. Année après année, la France confirme son rôle de
principal exportateur de footballeurs en Europe. Aucun grand pays
du Vieux Continent ne vend autant de joueurs qu’il a formés ou fait
grandir. Un peu comme le Brésil à l’échelle mondiale, l’Hexagone est
un excellent centre de formation et un vivier. Un marché sur lequel
les autres viennent faire leurs courses. Cette capacité à exporter n’a
pas empêché la France de remporter la Coupe du monde. En devant
se battre pour s’imposer dans les meilleurs équipes européennes, les
Bleus s’aguerrissent, et en vendant leurs pépites, les clubs tricolores
équilibrent leurs comptes. L’exportation a quelques vertus. Mais ce
bilan traduit aussi une triste réalité. Il reflète qu’à l’échelle
européenne, les clubs français sont des nains économiques. A part le
PSG dopé aux dollars du Qatar et l’AS Monaco bénéficiant
d’avantages fiscaux, la Ligue 1 fait partie de la deuxième division
continentale. D’abord parce qu’elle manque de supporters ; ensuite,
parce que, en dépit d’une inflation récente, les recettes
audiovisuelles des clubs sont plus faibles que chez nos voisins ; mais
surtout parce que les taxes qui frappent le foot français nuisent à sa
compétitivité. Et comme ceux qui remportent des compétitions sont
très souvent les plus riches, les « pauvres » Français empochent de
l’argent en vendant leurs joueurs, mais ne gagnent pas grand-chose.
(
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10 // IDEES & DEBATS
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
LES ARTICLES LES PLUS LUS SUR LESECHOS.FR
opinions
1. Free s’enfonce dans les difficultés
2. Yves Crozet : « La gratuité des transports publics est un leurre »
3. Amazon rejoint Apple dans les étoiles
4. Impôts : décision imminente pour l’avenir du prélèvement à la source
5. Remaniement et prélèvement à la source : journée cruciale à l’Elysée
LE MEILLEUR DU
CERCLE DES ÉCHOS
DANS LA PRESSE
ÉTRANGÈRE
Fed et hausse des taux :
attention aux effets pervers
L’image brisée
de l’Amérique en Afrique
CROISSANCE FREINÉE « La réforme fiscale
de Donald Trump et le budget 2018 ont
indéniablement donné un coup de fouet à
l’économie américaine. […] Toutefois, il est
désormais clair que d’autres facteurs jouent en
sens inverse et la normalisation monétaire de
la Fed en fait partie. Sauf surprise, la Réserve
fédérale devrait relever ses taux directeurs à 2
ou 2,25 % […]. Les hausses de taux freinent
l’activité car elles renchérissent le coût du
crédit pour les entreprises et pour les ménages
[…]. Elles auront un effet négatif maximal sur
la croissance en 2019 et 2020. »
IMMOBILIER ENTRAVÉ « Parmi les
conséquences négatives, il est de plus en plus
clair que l’on trouve le ralentissement du
marché immobilier américain. La quasitotalité des statistiques immobilières a surpris
négativement sur les derniers mois. Les ventes
de maisons existantes sont, par exemple, au
plus bas depuis le début de l’année 2016. Ce
ralentissement du secteur immobilier provient
en bonne part de la remontée des taux
immobiliers américains. Les taux de crédit
immobilier à 30 ans sont proches de 5 % et
sont au plus haut depuis 2011… »
HAUSSES EN PAUSE ? « Il ne s’agit pas, ici,
de parler d’un effondrement du marché
immobilier américain ! La situation est très
différente de celle de 2007, notamment car les
stocks de logements à vendre sont très bas. Il
s’agit davantage d’un essoufflement, qui
pourrait s’accentuer avec la matérialisation
des hausses de taux réalisées en 2018. Cela va
renforcer le questionnement sur une pause
dans le cycle de hausses de taux en 2019. »
a
A lire en intégralité sur
lesechos.fr/idees-debats/cercle
Xi Jinping a promis des dizaines de
•milliards
de dollars à l’Afrique.
Donald Trump, lui, aurait traité,
selon des propos rapportés par des
parlementaires, « Haïti et les nations
africaines de pays de merde ». Il est
néanmoins difficile de savoir si le
« China Daily », relais des positions
du gouvernement chinois, fait de
l’ironie en écrivant, sous la plume
d’un chercheur, qu’il va être difficile
pour l’Amérique de redorer son
image en Afrique. Song Wei analyse
les changements de cap de la politique américaine avec le projet de
Donald Trump d’arrêter l’aide aux
pays africains qui ont condamné sa
décision de reconnaître Jérusalem
comme capitale d’Israël, et globalement de réduire les aides vers l’Afrique à travers les organisations multilatérales. Mais le chercheur de
l’Académie chinoise du commerce
international et de la coopération
économique inscrit son analyse dans
le long terme. Après leur implication
pour contrecarrer l’influence de
l’URSS, les Etats-Unis se sont plutôt
tenus à l’écart de l’Afrique, sans vouloir néanmoins perdre totalement
leur contrôle. Depuis lors, ils ont fait
un retour militairement, avec des
opérations de contre-terrorisme
notamment, mais aussi en ouvrant
prudemment le marché américain
« à certains pays africains ». D’après
le « China Daily », Trump pense aussi
que l’influence traditionnelle européenne réduit l’influence américaine
sur le continent. Bilatéralement, il a
ainsi renforcé des relations avec des
pays africains, réduit leurs dettes, et
augmenter l’assistance à certains
d’entre eux. Mais il n’est pas sûr que
cela soit suffisant pour redorer le blason de l’Amérique. — J. H.-R.
LE LIVRE
DU JOUR
La pédagogie à la lumière
des neurosciences
LE SUJET. Les recherches en
neurosciences ont connu ces trente
dernières années une formidable
floraison : c’est l’âge d’or du cerveau.
Grâce aux avancées en imagerie
cérébrale, que ce soit avec les IRM
ou les électroencéphalogrammes,
cet organe livre peu à peu
ses secrets, dont ceux de
l’apprentissage. A commencer
par la remise en cause de la thèse
empiriste selon laquelle l’humain
serait une « table rase » sur laquelle
s’écrivent les connaissances. Entre
l’inné et l’acquis, ce n’est pas tout
l’un ou tout l’autre. L’humain est fait
pour apprendre et possède déjà, audelà de ses sens, une « architecture »
cérébrale qui déduit des idées.
L’INTÉRÊT. Stanislas Dehaene,
neuroscientifique, académicien,
professeur au Collège de France et
président du Conseil scientifique de
l’Education nationale, offre avec ce
livre – qui sort ce mercredi – une
vision de l’apprentissage à laquelle
le gouvernement et les enseignants
seront attentifs. Un programme ?
Plutôt des fondements, avec des
propositions générales (encourager
la curiosité) ou détaillées (décaler
de 30 minutes à une heure l’arrivée
Apprendre
Les talents du cerveau,
le défi des machines
par Stanislas Dehaene,Edition
Odile Jacob, 24 pages, 22,90 euros.
au lycée), pour une refonte de la
pédagogie, de la formation des
professeurs, voire de l’école.
LA CITATION. « Tous les bébés
viennent au monde avec un riche
savoir, un jeu d’hypothèses
universelles. […] Leurs compétences
statistiques sont remarquables et
c’est en véritables scientifiques en
herbe qu’ils sélectionnent les
meilleurs modèles du monde. »
— Rémy Demichelis
Rainer Unkel/Réa
Les hausses des taux opérées par la Fed
pourraient nuire, d’ici un an ou deux, à la
croissance américaine, estime Bastien Drut,
stratégiste chez CPR Asset Management.
Le marché de l’immobilier, lui, ralentit déjà.
En continuant à nier la réalité au lieu de l’anticiper, l’Union européenne se condamne à sortir de l’histoire.
L’Europe brûle et Bruxelles
regarde ailleurs
Dans plusieurs pays européens, même des partis libéraux ou de gauche
veulent un durcissement de la politique migratoire. Soixante ans après le
traité de Rome, le rêve d’une Europe supranationale se brise sous nos yeux.
LA
CHRONIQUE
de Edouard
Tétreau
esurons-nous assez notre
chance, à nous Européens,
d’avoir la Commission de
Bruxelles pour nous diriger en 2018 ? En
cette rentrée 2018, la maison Europe, à
bien des égards, brûle à tous les étages.
Les Britanniques, si ouverts, modérés et
pragmatiques, sont en passe de devenir
les ayatollahs du protectionnisme et du
repli sur soi. Leur seule hésitation serait
entre un « hard Brexit » ou un « soft
Brexit ». Les personnes informées ont
beau multiplier les mises en garde sur le
potentiel de désordre et de violences de
ce Brexit (résurgence d’une frontière
historiquement sanglante en Irlande ;
destruction d’emplois par dizaines ou
centaines de milliers outre-Manche ;
plans de « back-up » dignes d’une économie de guerre), rien n’y fait : les Britanniques ne veulent plus rien avoir à
voir avec cette Union européenne qui les
entraînerait à leur perte.
En Allemagne, le déni des institutions
nationales sur la violence engendrée par
le pari fou d’Angela Merkel (accueillir
indistinctement 1 million de migrants
en une année) provoque le pire. Des
1.088 plaintes pour violences – dont
470 pour agressions sexuelles – commises à Francfort le soir de la Saint-Sylvestre 2015 par des bandes de migrants aux
assassinats de jeunes femmes allemandes à Kandel, Fribourg, Wiesbaden, sans
oublier les attentats de Berlin et
Würzburg, les raisons de rallumer les
brasiers de la colère ne manquent pas.
Le slogan de Mme Merkel sur l’accueil
des migrants, imposé sans la moindre
discussion avec ses partenaires européens (à l’instar de l’arrêt du nucléaire
après Fukushima), est en passe de devenir celui de l’AfD. « Wir schaffen das »
(nous pouvons le faire) : non pas importer 1 million de migrants, mais prendre le
pouvoir. Lorsque l’AfD dirigera l’Allemagne avec la CDU et la CSU, nous pourrons
tous faire le deuil de l’euro et de la paix en
Europe.
Au Danemark, pays phare de la socialdémocratie, la bascule a déjà eu lieu. Les
vagues migratoires ont obligé le gouver-
M
nement libéral de Lars Løkke Rasmussen à durcir ses pratiques : l’objectif n’est
plus l’« intégration » des étrangers mais
leur « assimilation » ou leur rejet. Des
camps de rétention et d’expulsion de
migrants sont envisagés à cet effet. Que
dit l’opposition de gauche face à cette
politique que l’on pourrait qualifier de
fasciste ? A l’instar de la gauche allemande de Die Linke, elle… surenchérit,
par la voix de la présidente des sociauxdémocrates, Mette Frederiksen : « Nous
voulons plafonner le nombre d’étrangers
non-occidentaux accueillis au Danemark. »
La Suède, au « modèle » économique
et social hier envié et référent, vit un basculement similaire. Le président du
Parti modéré (c’est son nom), Ulf Kristersson, donné favori pour construire
une coalition de gouvernement, a dû
reconnaître dans une interview au
« Financial Times » l’échec de vingt
années de politique d’intégration. Le
parti nationaliste des Démocrates de
Suède est aujourd’hui en tête des sondages avant l’élection de dimanche.
Une réalité millénaire
resurgit : celle,
pour le meilleur
et pour le pire,
de l’Europe des nations.
La justice suédoise devrait l’y aider,
avec sa décision folle rendue cet été :
l’indemnisation à hauteur de
3.822 euros de Farah Allajeh. Cette dernière avait refusé de serrer la main de
l’employeur qui lui ouvrait les portes de
son entreprise. Ce dernier, interloqué
par cette attitude sexiste et xénophobe,
avait refusé de l’embaucher. Sacrilège,
dit-on du côté de la Cour européenne des
droits de l’homme.
S’il « y a quelque chose de pourri au
royaume du Danemark », mais aussi
dans tous les pays d’Europe en 2018 sans
exception, qui faut-il blâmer en priorité ? Les peuples qui se cabrent face à
ces violences et pratiques barbares ? Ou
une certaine vision périmée de l’Europe :
celle, hors-sol, de Bruxelles et de
La Haye, où l’économie et le consumérisme seraient l’alpha et l’oméga de la
civilisation. Et tant pis pour les Euro-
péens, que l’on choque dans leurs modes
de vie et leurs cultures.
Il suffit pour s’en convaincre de visiter
le site Internet de la Commission européenne pour mesurer le gouffre qui
sépare le monde réel de cette élite parfois
déconnectée. Ses « priorités » sont, au
numérique près, celle des années 1970 :
croissance, emploi, marché, énergie,
monnaie, commerce… Tout en bas de la
liste figurent les sujets essentiels en 2018,
à savoir le régalien. Les pratiques démocratiques ; la justice ; la sécurité et les
« migrations » ; l’Europe « plus forte sur
la scène internationale », au moment où
elle semble jouer le rôle du ballon entre
la Chine et les Etats-Unis sur
les sujets de défense comme de guerre
commerciale.
Est-ce pour faire semblant de se soucier davantage du quotidien des citoyens
européens que la Commission de
Bruxelles fait du non-changement de
l’heure d’été sa priorité stratégique en
cette rentrée 2018 ?
Soixante ans après la signature du
traité de Rome, un constat lucide
s’impose : le rêve d’une Europe supranationale se brise sous nos yeux. Une
réalité millénaire resurgit : celle, pour le
meilleur et pour le pire, de l’Europe des
nations. Celle du général de Gaulle, qui
savait que « rien ne se construit en dehors
des réalités ».
Le moment est donc venu de composer avec cette réalité non pas nouvelle,
mais très ancienne. La nier serait condamner l’Europe à sortir de l’histoire.
D’être le jouet des grandes puissances du
XXIesiècle plutôt que l’une d’entre elles. Il
faut au contraire l’anticiper. Cesser de
diaboliser les soi-disant « nationalistes » : comme s’il fallait ostraciser celles
et ceux qui aiment leurs racines, leur
pays, leur mode de vie, au point de vouloir les défendre. Compter, un par un, les
quelques pays qui voudraient avancer
avec nous au XXIe siècle selon des formes
institutionnelles nouvelles – en particulier la Grande-Bretagne, avec qui nous
partageons l’essentiel en termes de
vision du monde, d’appétence pour la
démocratie, et d’intérêts stratégiques.
Imposer à Bruxelles cette « destruction
créatrice » schumpétérienne pour faire
émerger des institutions plus resserrées,
plus efficaces et plus dignes. Voilà un
programme d’actions, lucide et ambitieux, qui permettra peut-être d’éviter le
pire, un siècle après l’armistice de 1918. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IDEES & DEBATS // 11
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
LES ARTICLES LES PLUS PARTAGÉS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX
opinions
1. Les cotisations pour les retraites complémentaires vont augmenter en janvier
2. Free perd des abonnés, améliore ses marges
3. Avec sa centrale nucléaire flottante, Rosatom mise sur le succès des petits réacteurs
4. A Pékin, Xi Jinping défend la « Chine-Afrique »
5. L'assurance-chômage appelée à faire de nouvelles économies
LE POINT
DE VUE
de Robin Rivaton
uir Paris à tout prix. La semaine
dernière, de nombreux médias
ont annoncé que plus de huit
cadres franciliens sur dix envisagent de
quitter la région parisienne pour s’installer ailleurs en France. Ce chiffre ne
manque évidemment pas d’impressionner, d’autant plus qu’il semble conforter un ressenti partagé concernant
une Ile-de-France aux loyers trop élevés, aux temps de transport trop longs
et désagréables, sans parler de la rareté
des espaces verts. D’ailleurs nos connaissances ne sont-elles pas toujours
plus nombreuses à annoncer, le sourire
aux lèvres, leur départ pour Bordeaux,
Lyon ou Marseille ?
Il y a effectivement plus de Franciliens
partant s’installer en régions que de
nouveaux arrivants venus de celles-là…
Le déficit migratoire de l’Ile-de-France
avec le reste du pays était de 76.000 personnes en 2013, avec 157.000 arrivées et
233.000 départs. Mais, si associer la
région-capitale à la dureté de vivre a toujours un doux parfum de revanche sur
ce qui est encore perçu comme une centralisation excessive, ce chiffre est une
méconnaissance profonde de la démographie et de l’activité économique.
Convenons que les Franciliens sont
de biens curieux personnages, qui penseraient habiter en enfer mais n’hésiteraient pas à y projeter leur descendance. L’excédent naturel de l’Ile-deFrance est non seulement supérieur à
toutes les autres régions européennes,
mais aussi à tous les pays européens
sauf le Royaume-Uni. De même, les
F
LE POINT
DE VUE
Non, 84 % des cadres
ne veulent pas quitter
l’Ile-de-France !
étrangers leurrés viennent en nombre.
Près de 80.000 p ersonnes, dont
32.000 Français, se sont installées en
Ile-de-France en provenance d’un autre
pays. Ainsi, au même titre que d’autres
villes-monde, comme New York ou
Londres, Paris voit sa population
s’accroître régulièrement en raison
d’un excédent naturel et d’échanges
migratoires positifs avec l’étranger,
mais négatifs avec le reste du pays.
Les deux tiers du déficit
migratoire avec
les autres régions
françaises proviennent
de ménages retraités.
La vérité est que les deux tiers du déficit migratoire avec les autres régions
françaises proviennent de ménages
retraités traduisant un phénomène de
départ plus général des seniors du
nord-est du pays vers les littoraux atlantique et méditerranéen.
Le mythe du Francilien s’installant
en régions pour continuer de travailler
en Ile-de-France est, lui aussi, écorné. Ils
ne sont que 23.000 dans ce cas et, pour
la plupart, installés dans les huit départements limitrophes de l’Ile-de-France.
En revanche, 32.000 ex-Franciliens se
retrouvent au chômage dans leur nouvelle région, témoignant de la faible
profondeur de certains marchés de
l’emploi locaux.
Les mouvements d’étudiants majeurs
entre l’Ile-de-France et le reste du pays
sont assez équilibrés, avec 23.500 arrivées pour 18.000 départs. Ce sont surtout
les jeunes diplômés que la région Ile-deFrance attire, du fait des opportunités de
carrière. En effet, s’y concentrent 19 % de
la population française, mais 43 % des
emplois de cadres en entreprise.
Le chiffre choc de huit cadres sur dix
importe peu. Il a été obtenu par un sondage auto-administré de 1.786 visiteurs
du site d’annonces d’emploi Cadremploi. Ils étaient six sur dix se disant prêts
à quitter la région parisienne l’année
dernière, huit sur dix cette année, peutêtre dix sur dix l’année prochaine, cela
ne sera toujours pas les réponses d’un
échantillon représentatif.
Ce qui est intéressant, c’est le ressenti
exprimé. Il s’agit des préoccupations
légitimes de nombreux Franciliens qui
souffrent des excès d’un territoire où le
développement économique a été déséquilibré entre l’Est et l’Ouest, l’investissement dans les infrastructures
négligé, ou les efforts de construction et
de rénovation urbaines insuffisants.
Mais ils sont aussi très conscients des
opportunités économiques, pour eux et
pour leurs enfants, que représente
d’habiter dans une région-monde. Ce
serait un trait de caractère bien gaulois
(sic) que de penser grandir la France en
rabaissant l’Ile-de-France.
Robin Rivaton est essayiste
et ex-directeur général de l’association
Paris Région Entreprises.
de Patrice Geoffron
Climat : la France
avance-t-elle
à « petits pas » ?
os concitoyens sont sans doute
aujourd’hui perplexes. Depuis
Jacques Chirac et son interpellation onusienne sur la « maison qui
brûle », hors de notre regard détourné,
tous les présidents (de droite, de gauche
et d’ailleurs) ont affiché l’environnement
parmi leurs priorités. Et les « hauts
faits » se sont enchaînés depuis le milieu
des années 2000 : loi sur l’eau, Grenelle I
et II, loi de Transition énergétique pour
la croissance verte, taxe carbone, loi biodiversité, COP21, Accord de Paris,
« Make our planet great again »… Pourtant, il y a peu, un ministre très respecté a
déploré, la mort dans l’âme, que la
France n’avance qu’à « petits pas », au
terme d’un été préfigurant le pire. Tentons de comprendre.
Ce qui suppose de définir le problème
à son échelle, c’est-à-dire planétaire,
puisque la menace procède de pollutions globales. Limiter la hausse de la
température à 2 °C à la fin du siècle implique de diviser les émissions mondiales
de CO2 par 3 d’ici à 2050, c’est-à-dire de
revenir au niveau de 1970, avec entretemps un PIB multiplié par 7 (une limitation à 1,5 °C renverrait aux émissions
de 1950, avec un PIB décuplé et une
population mondiale quadruplée).
« Changer de trajectoire », selon les termes de Nicolas Hulot, revient donc à
inventer en l’espace de 2 ou 3 décennies
un nouveau modèle macroéconomique, en rupture avec celui issu de la première révolution industrielle, hautement intensif en carbone. Et cela alors
que charbon, pétrole et gaz représentent
aujourd’hui 82 % du bilan énergétique
mondial. A l’évidence, le seul remplacement de centrales à charbon par des
éoliennes et des panneaux photovoltaï-
ques n’y suffira pas. Une transformation
profonde de l’organisation des sociétés
s’impose (habitat, transport, agriculture, industrie, chaînes logistiques,
commerce international même…), sans
exemption aucune. D’autant que, au
milieu de ce siècle, il s’agira d’organiser
un monde urbain pour 70 % d’humains
(de 80 à 90 % dans l’OCDE), et où les villes de 10 millions d’habitants et plus
seront légion, notamment en Afrique.
Les turbulences associées à ce changement de modèle traversent des
nations bien plus durement que la
France : elles partagent en deux les EtatsUnis, avec d’un côté une Alliance pour le
Climat regroupant 17 Etats fidèles à
l’Accord de Paris (et pesant 4.000 milliards de dollars de PIB), tandis que, de
l’autre, les Etats miniers espèrent en un
hypothétique retour sur le trône du
charbon roi, comme promis par Donald
Trump. Et l’opposition des nations entre
elles ne sera pas moins violente, puisque
la macroéconomie « bas carbone »
démonétiserait les ressources de pays
comme la Russie, l’Arabie saoudite ou
l’Algérie, qui ne seront pas tous préparés
comme la Norvège à ce bouleversement.
Qu’en est-il de la France ? Selon
l’Agence européenne de l’environnement, notre pays se distingue par une
production de règles particulièrement
dense, au premier rang de l’UE avec la
Belgique, mais avec une faible propension à l’évaluation (à la différence de
l’Allemagne).
Certes, l’horizon et les modalités de
réduction de la part du nucléaire
concentrent les attentions. Comme
l’Allemagne, la France découvre qu’il est
difficile de « dénucléariser » et « décarboner » concomitamment. Pourtant,
N
l’essentiel, en termes de lutte climatique, est probablement ailleurs : la loi
sur la transition énergétique prévoit
une rénovation massive de l’habitat
(500.000 logements par an) qui peine à
décoller alors que cet objectif fait largement consensus ; la fiscalité carbone
pèsera de plus en plus dans le prix final
des produits pétroliers et posera un problème d’acceptabilité si le baril rejoint
les 100 dollars (contre 30 en 2016) ; dans
le débat ferroviaire, la dette n’a été traitée que comme un fardeau, alors qu’il
Une transformation
profonde de l’organisation
des sociétés s’impose,
sans exemption aucune.
s’agit d’un investissement massif dans la
décarbonation… Derrière ces difficultés, dans un pays dont 5 millions de
ménages peinent à assumer leurs
dépenses d’énergie, l’enjeu est d’accélérer la transition tout en réduisant les
fractures sociales et territoriales.
Mais, quelle que soit la métrique des
« pas », la France pesant moins de 1 %
des émissions mondiales, nous n’inverserons pas la trajectoire dans le seul périmètre de nos frontières. L’efficacité et
l’équité invitent à regarder au sud de la
Méditerranée, où 600 millions Africains
n’ont pas d’accès à l’électricité. Investir
massivement dans la transition énergétique en Afrique constituerait, sans discussion, un très « grand pas ».
Patrice Geoffron, professeur
à l’université Paris-Dauphine, est
membre du Cercle des économistes.
Comme pour toute addiction, il est douloureux de prendre conscience
de la servitude volontaire qui nous attache aux réseaux sociaux. Photo Arnaud Poilleux
Pourquoi il faut fuir
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Koenig
Par
’ai profité de ces deux mois d’été pour
me sevrer des réseaux sociaux. Au
début, mon pouce tremblait devant
l’appli scintillante où les notifications s’accumulaient. Mon cerveau s’agitait après chaque ligne d’écriture, en manque de distractions. Mon cœur battait à la moindre mesure
étatiste que je me retenais de commenter.
Je n’avais plus ma dose quotidienne de
news plus ou moins fake, de vidéos de chatons, de polémiques bouffonnes, d’excitation et d’irritation. Je dus me résoudre à
noter mes impressions dans un carnet plutôt que de les poster à la face du monde, à
appeler mes amis plutôt que de les taguer, à
me satisfaire de mon existence plutôt que
de m’en vanter.
Après quelques semaines difficiles, où
j’avoue m’être trouvé souvent au bord de la
rechute, mon organisme s’est remis à fonctionner normalement. J’ai recouvré trois
fonctions intellectuelles essentielles : concentration, densité, complexité. Je me suis
surpris à lire des heures durant sans lever le
nez, à reprendre le fil d’un dialogue intérieur depuis longtemps interrompu, et à
suivre des pensées de traverse hors de mes
obsessions habituelles.
Aujourd’hui, mon addiction passée ne
m’inspire plus qu’un profond dégoût. Je jure
de ne pas replonger dans le paradis artificiel
du « like » et du « retweet ». Je ferme mon
compte Facebook et je laisse Twitter en
jachère. Comme Renton à la fin du film
« Trainspotting », je suis décidé à reprendre
une vie sobre et heureuse, sans « trolls » ni
« tweetclashs ».
Ce sentiment de libération se double d’une
conviction acquise à la lecture du dernier
livre de Jaron Lanier, geek libertaire aux
dreadlocks légendaires, idéalement placé
pour critiquer de l’intérieur l’évolution d’un
monde digital qu’il a contribué à créer. Jaron
Lanier m’avait déjà persuadé, dans son précédent ouvrage, que la rémunération des données personnelles était une nécessité économique et morale pour échapper à la
domination des grandes plates-formes. Ses
« Dix arguments pour quitter les réseaux
sociaux immédiatement », publiés en mai
dernier, ont été une révélation similaire.
Lanier dénonce la logique de l’« engagement » inscrite dans les algorithmes des
réseaux sociaux, qui jouent sur nos instincts
les plus primaires pour nous rendre accrocs.
J
L’abêtissement du débat public, l’hystérie
partisane, la dictature de l’émotion, le retour
du politiquement correct et la désinformation de masse sont des conséquences directes
du titillement permanent que les likes exercent sur nos circuits neuronaux. Trump n’est
pas un président qui twitte, mais un twitto élu
président par la logique même du retweet.
Les esprits les plus fins s’abîment à proférer
des jugements définitifs en 280 signes
(Elon Musk en a fait les frais le mois dernier).
La palette des sentiments humains se
résument au smiley et à l’insulte, les deux
faces d’une même régression infantile. Les
gazouillis sont devenus des aboiements.
Les slogans remplacent les raisonnements
et les lynchages collectifs se substituent aux
tribunaux. Il faut surmonter la peur panique de paraître antimoderne et constater
sereinement que les réseaux sociaux
minent nos démocraties et annihilent notre
libre arbitre. Nous devenons, comme l’écrit
Lanier, des zombies. La solution est si simple : faire la grève des posts.
Trump n’est pas un président
qui tweete, mais un twitto
élu président par la logique
même du retweet.
Avec le recul, je me rends compte combien
moi-même j’étais pris dans une logique tribale. Impossible de sortir de mon sillon libéral, d’émettre doutes et nuances, sous peine
de décevoir mes 20.000 followers avides
d’opinions tranchées. Le nombre de retweets
est proportionnel à la vulgarité du propos.
On doit simplifier, asséner, ricaner. Il est douloureux de prendre conscience de cette servitude volontaire, étrange manipulation
dont nous sommes à la fois les victimes et les
acteurs. Quand j’ai rencontré Jaron Lanier à
Berkeley début août, j’ai fait une ultime tentative pour plaider les vertus de Twitter dans la
diffusion des idées. Son regard compatissant
m’a fait honte. Les junkies se trouvent toujours d’excellentes raisons.
Il ne s’agit pas de revenir aux cartes postales mais d’inventer une nouvelle génération
de réseaux sociaux, fondés sur la qualité des
interactions davantage que sur le nombre
de partages. Lanier fait, par exemple, une
exception pour LinkedIn, où l’intérêt professionnel agit comme un puissant filtre à
stupidités. En attendant qu’un petit génie de
la Silicon Valley invente un algorithme non
addictif et un modèle économique libéré de
la publicité, je propose de suivre les conseils
de Nietzsche et de réapprendre à ruminer.
Gaspard Koenig est philosophe
et président du think tank GenerationLibre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 // IDEES & DEBATS
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
art&culture
Petit précis de
recomposition à
l’usage des familles
La France va fêter en grande pompe le centenaire de la naissance d’Ingmar Bergman (1918-2007).
Alors que deux documentaires sont dédiés au cinéaste suédois, dix-neuf de ses films vont déferler
dans les salles et La Cinémathèque française va lui rendre un nouvel hommage.
La grande rentrée d’Ingmar Bergman
LA
CHRONIQUE
de Thierry
Gandillot
st-ce la faute à Mao ? A Dolto ? Au moment
de leur séparation, au début des années 1970,
Claudine et Pierre (Chantal Lauby et JeanPierre Bacri), militants d’extrême gauche, ont l’idée
– très dans l’air du temps – de séparer leurs enfants.
Les deux filles, Gabrielle et Elsa (Vanessa Paradis et
Camille Cottin), iront chez leur père, militant
maoïste tendance GD (gros dragueur). Mao (Pierre
Deladonchamps) ira chez sa mère, psychanalyste.
Claudine et Pierre ont le sentiment de bien faire,
mais en allant au bout de leurs convictions, ils font
voler la cellule familiale en éclats. « C’étaient de
jeunes parents, analyse la réalisatrice Cécilia
Rouaud. Ils pensaient avoir à reconstruire un monde
qu’ils venaient de faire exploser. Je ne crois pas qu’ils
ont agi ainsi par égoïsme. Ils avaient vraiment
l’ambition de changer les choses. »
Il faut dire qu’ils y vont fort dans le symbolique. Un
jour, Claudine a enterré l’ours en peluche de Mao.
Un autre, Pierre a jeté le chat de Gabrielle et Elsa à la
poubelle. « Les thèses de Françoise Dolto affirmant
que les enfants étaient des personnes commençaient à
s’imposer. Cette génération de parents les a prises au
pied de la lettre, négligeant le fait que s’ils étaient
effectivement des personnes, ils n’étaient pas encore de
grandes personnes ! » Au fil du temps, les relations se
sont distendues. Chacun sa route, chacun son
destin. Gabrielle est statue pour touriste, une
Athéna guerrière et dorée, au grand désespoir de
son fils Solal qui trouve ça nul. Mais, traumatisée
par un sentiment d’abandon, c’est le seul moyen
qu’elle a trouvé pour qu’il sache toujours où la
trouver. Elsa est en guerre contre la terre entière et
désespère d’être enceinte. Mao, un surdoué de la
conception de jeux vidéo, noie sa mélancolie dans
l’alcool à défaut des eaux de la Seine.
« Photo de famille » s’ouvre par l’enterrement du
père de Pierre et se referme sur celui de sa mère.
Entre les deux, on va se disputer, se chercher, se
retrouver peut-être… C’est Elsa qui résume le mieux
la situation : « On est très névrosés quand même !
On est tous très éparpillés. Moi j’ai besoin qu’on me
rassure. Pour grandir. Pour être calme. » Dans cette
comédie douce-amère, Cécilia Rouaud, servie par
un casting cinq étoiles, dresse avec beaucoup
d’alacrité et de tendresse un petit précis de
recomposition à l’usage des familles. Comme le
chante Cat Stevens, invité sur la bande-son : « Oh
baby, it’s a wild world ». Mais c’est le nôtre. n
Epicentre Films
E
Dans « A la recherche de Ingmar Bergman », la réalisatrice Margarethe von Trotta interroge des comédiens et des membres de la famille du cinéaste.
Adrien Gombeaud
@AdrienGombeaud
n n’a paradoxalement jamais
autant parlé de l’auteur du
« Silence » (1963). Ni redondants, ni hagiographiques, les deux
documentaires distribués ce mois-ci
s’avèrent complémentaires. Dans « A la
recherche de Ingmar Bergman », Margarethe von Trotta trace une route
intime dans l’œuvre du titan suédois.
De Paris à Stockholm et jusqu’à l’île
mythique de Fårö, la réalisatrice de
« L’Honneur perdu de Katharina
Blum » (1975) et de « Hannah Arendt »
(2012) interroge des comédiens fidèles,
dont Liv Ullmann, des membres de la
famille ou d’autres metteurs en scène,
comme Olivier Assayas, Carlos Saura
ou Ruben Östlund… « A la recherche de
Ingmar Bergman » est en quelque sorte
un film de fantôme. Dix ans après la
mort du cinéaste, von Trotta convoque
sa présence totémique. A la fin, elle
se filme, minuscule, au pied d’un
rocher qui surplombe la plage du
« Septième Sceau », tel un Bergman
O
RÉTROSPECTIVES
réincarné en statue de
mes et en soignant ses
Bergman mode
l’île de Pâques.
ulcères. Ogre et génie,
d’emploi
Moins personnel,
l’homme fascine autant
En salle « A la recherche
plus exhaustif, « Bergque l’œuvre. Marié six
de Ingmar Bergman »,
man, une année dans
fois, père huit fois, il
documentaire de
une vie » de Jane
paraît plus préoccupé
Margarethe von Trotta.
Magnusson déroule le
par son cinéma que par
1 h 40.
destin du cinéaste :
les siens. « Mes comé19 septembre : « Bergman,
d’une enfance austère à
diens me manquent »,
une année dans une vie »,
une mort solitaire au
regrettait-il à la fin de sa
documentaire de Jane
bord de la Baltique, en
vie. A ceux qui remarMagnusson. 1 h 58.
passant par un cyclone
quaient qu’il ne disait
Plusieurs films d’Ingmar
créatif qui le pousse à
pas la même chose de
Bergman ressortiront en
écrire et tourner plus de
ses enfants et petits-ensalles les 26 septembre et
cinquante longs-métrafants, il répondait sans
10 octobre.
ges et téléfilms, publier
détour : « Parce que ce
Du 19 septembre au
des livres, mettre en
n’est pas le cas. »
11 novembre. Rétrospective
scène une centaine de
intégrale à La Cinémathèque
pièces… Le film s’artiBlanc Bergman
française à Paris.
cule autour de l’année
L’œuvre de Bergman
www.cinematheque.fr
1957, qui élève Bergman
débute en noir et blanc
au rang de divinité art et
et s’achève en digital. A
essai. A trente et neuf ans, il tourne « Le
se promener au hasard de son art, on
Septième Sceau », « Les Fraises sauvas’aperçoit qu’il a inventé un « blanc
ges » et un téléfilm, monte quatre pièces
Bergman », comme il existe un bleu
de théâtre, dont une version de cinq heuKlein. Un grain particulier qui tient des
res de « Peer Gynt », tout en entretenant
nuages bas du ciel scandinave et de la
des relations tordues avec quatre fempeau diaphane d’acteurs captés au plus
près. Lueur unique, le blanc Bergman
aspire le regard « A travers le miroir »
(1961), dans ce monde obscur qui s’étend
sous le masque des visages. « Chez tous
ces personnages, j’ai l’impression que
dort un monstre prêt à jaillir », confie
Jean-Claude Carrière à Margarethe von
Trotta. Couples déchirés, esprits rongés
par la folie, pulsions de meurtre… la violence des situations contraste avec la
délicatesse de la mise en scène. Dans
« Cris et Chuchotements » (1972), la
caméra effleure Liv Ullman et Ingrid
Thulin comme un courant d’air chaud.
Aucun metteur en scène n’a su à ce
point orchestrer l’attraction et la répulsion. Dans « Monika » (1953), Harriet
Anderson laisse la main émue de Lars
Ekborg découvrir ses épaules et ses seins
nus. Aussitôt elle lui échappe dans la
lumière océanique. Au début de « Persona » (1966), tel un somnambule, un
jeune garçon myope tend la main vers
un écran pour frôler le reflet troublé
d’un visage féminin. Double de Bergman, l’enfant nous parle de son cinéma,
des images et des corps que l’on caresse
du bout des yeux. n
Olivier De Bruyn
@DeBruynOlivier
Casablanca, de nos jours. Sofia, une
jeune fille de vingt ans issue de la classe
moyenne, vit avec ses parents dans un
appartement modeste. Lors d’un repas
de famille, l’héroïne se plaint soudainement de maux de ventre et se retire dans
la cuisine, accompagnée par Lena, sa
cousine. Cette dernière, stupéfaite,
s’aperçoit que Sofia, en déni de grossesse
depuis des mois, est sur le point d’accou-
cher. Elle décide de la
FILM MAROCAIN
« Sofia » son premier
transporter de toute
Sofia
film (présenté en mai
urgence dans un hôpide Meryem Benm’Barek
dernier au Festival de
tal où elle connaît un
avec Maha Alemi, Lubna
Cannes dans la section
docteur. Problème : en
Azabal, Faouzi Bensaïdi…
Un Certain Regard), ne
donnant naissance à un
1 h 20
manque ni d’audace ni
enfant hors mariage,
de talent. Après avoir
Sofia se place de fait dans l’illégalité. Les
suivi des études de cinéma en Belgique,
instances médicales lui laissent une
la débutante a décidé de rentrer dans
journée pour fournir les papiers du
son pays natal, le Maroc, pour y tourner
père, faute de quoi elles alerteront les
des fictions qui renseignent sur les réaautorités judiciaires. Avec l’aide de Lena
lités locales. Avec ce portrait épuré et
et des parents de cette dernière, issus
nerveux d’une héroïne prise aux pièges
d’un milieu social plus favorisé que celui
du déni et, surtout, d’un ordre moral et
de Sofia, l’héroïne tente d’échapper au
de lois qui, hélas, ne sont pas d’un autre
pire. A n’importe quel prix…
temps, la réalisatrice, en une heure
vingt et sans digressions inutiles, donne
Sans faux-semblants
à voir la condition des Marocaines
Meryem Benm’Barek, la réalisatrice de
d’aujourd’hui et les fractures sociales et
trente-quatre ans qui signe avec
culturelles qui sévissent à Casablanca
DOCUMENTAIRE
Whitney
de Kevin Macdonald.
2 heures
« Sofia », une femme marocaine
Dans son premier film,
Meryem Benm’Barek dresse
le portrait d’une jeune
Marocaine enceinte hors
mariage et donc… hors-la-loi.
Une des révélations de la rentrée.
Film en bref
On l’appelait « The Voice ». Elle a vendu 200 mil•lions
d’albums. Détient toujours le plus grand nomcomme ailleurs. Remarquablement
scénarisé et mis en scène avec une simplicité réaliste qui sert idéalement son
propos, « Sofia » révèle le courage
d’une cinéaste bien décidée à bousculer
les tabous en vigueur dans la société
marocaine. Parmi ses références artistiques, Meryem Benm’Barek cite volontiers l’Iranien Asghar Farhadi (« Une
séparation ») et le Roumain Cristian
Mungiu (« 4 mois, 3 semaines,
2 jours »), deux auteurs qui ont su évoquer avec force les réalités de leur pays
en dressant le portrait de personnages
ordinaires. Sans ostentation ni didactisme, « Sofia », le meilleur premier
film de la rentrée, donne à penser que la
carrière de la cinéaste sera peut-être
aussi féconde que celle de ses deux
confrères. n
bre de numéros 1 consécutifs. Son single « I Will
Always Love You » reste le plus vendu au monde par
une chanteuse. Ben Laden en était fou au point de
vouloir la faire enlever, après avoir fait assassiner
son amoureux, le rappeur Bobby Brown...
En 2011, elle a chanté devant l’Amérique entière
« The Star Spangled Banner » à la mi-temps du
Super Bowl. C’est en découvrant la version follement
originale qu’elle en donna et l’énorme impact racial
que cette interprétation eut alors que le réalisateur
Kevin Macdonald eut envie de consacrer un film à
cette artiste « trop souvent perçue comme superficielle et pop. Je voulais montrer que son art était plus
profond et pertinent d’un point de vue sociologique
que ce que l’on pouvait croire ».
Macdonald est un pro du documentaire, oscarisé
pour « Un jour en septembre », réalisateur du « Dernier Roi d’Ecosse » sur Idi Amin Dada, entre autres. Il
a eu accès aux sources les plus proches de la star,
morte à quarante-huit ans. C’est du grand art, plein de
scoops. Mais ça manque un peu de musique. —T. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 13
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
enquête
Sur le paquebot
de croisière
« Costa
Mediterranea »
du groupe Costa.
Photo Ian Hanning/RÉA
Pollution, la face cachée
des paquebots
MARITIME //
Si les villes se frottent
les mains des retombées
des croisières, des
riverains dénoncent leur
empreinte désastreuse
sur l’atmosphère.
La France va convaincre
les pays de
la Méditerranée
d’employer un carburant
plus propre sur
les grands navires.
Denis Fainsilber
dfainsilber@lesechos.fr
Marseille mais aussi à Nice, Toulon, comme en Corse, la colère
monte chez les riverains des ports :
ils sont exaspérés par les panaches de
fumées noires émis par les grands navires. A
commencer par les paquebots de croisière
géants qui, cet été, sillonnent comme jamais
la Méditerranée. Pour plusieurs associations, la pollution atmosphérique engendrée par le transport maritime est responsable de sévères pathologies respiratoires,
dont des cancers, y compris chez les non-fumeurs. Oxyde d’azote (NOx), oxyde de soufre
(SOx) – un polluant qui accroît l’acidité des
océans et la pollution à l’ozone –, particules
ultra-fines, les plus dangereuses pour la
santé : le cocktail craché est explosif.
« Les paquebots de croisière ne sont pas les
moutons noirs du transport maritime, certains ferries hors d’âge étant bien pires. Mais
ces bateaux, ayant de très grands besoins énergétiques, ont créé un phénomène de “spot”, une
sensibilisation dans le public », souligne
Richard Hardouin, représentant de l’ONG
France Nature Environnement (FNE) à Marseille, qui visite, avec ses capteurs à la main,
des habitations proches du port phocéen.
La principale cause de la pollution tient
au carburant utilisé : du fioul lourd (« heavy
fuel-oil », HFO), un produit peu cher, beaucoup plus sale que le diesel utilisé par les
bateaux de pêche ou les camions sur les
routes. En Méditerranée, la teneur en soufre autorisée pour les carburants maritimes
est actuellement de 1,5 % pour les navires de
passagers et même jusqu’à 3,5 % pour les
porte-conteneurs ou les tankers. Soit 1.500 à
3.500 fois plus que la limite tolérée du SOx
dans le diesel des voitures !
A
Marseille, qui vient de ravir à Venise le
titre de 4e port de croisière d’Europe, en paie
le prix : « On estime que 10 à 20 % des particules en suspension de la ville viennent du maritime », selon Dominique Robin, directeur
d’Air Paca. Certes dans les ports, les bateaux
doivent utiliser depuis 2015 un autre carburant, ne comptant que 0,1 % de soufre,
stocké dans un autre réservoir. Mais les
navires de croisière, véritables villes flottantes, doivent faire tourner leurs moteurs
pendant toute l’escale – souvent une journée complète – pour les besoins de leurs
innombrables équipements de bord (climatisation, ascenseurs, piscines, etc.). Un
paquebot moyen consomme ainsi, chaque
heure, près de 700 litres de carburant une
fois amarré, contre 2.000 litres/h en navigation. Du coup, « un bateau à quai produit des
rejets dans l’atmosphère équivalents à 10.000
à 30.000 véhicules, et en propulsion, 5 à 10 fois
plus », ajoute le patron d’Air Paca.
Haut comme
un immeuble de 20 étages
Quant aux géants des mers, comme l’« Harmony of the Seas », fierté des chantiers STX
de Saint-Nazaire, haut comme un immeuble de 20 étages, la cote d’alerte explose :
« Même au diesel marin dans les ports, il pollue encore autant que 87.000 voitures », calculait en 2016 un représentant de Shell lors
d’une conférence à Rotterdam…
Or depuis janvier 2015, une étonnante différence de traitement s’est installée au sein
de l’Europe : la mer Baltique et la Manchemer du Nord sont classées en zones Seca
(« sulphur emission control areas »), obligeant tous les bateaux à consommer un carburant limité à 0,1 % de soufre. Du gasoil
marin et non du fioul lourd, soit une différence de prix actuelle de 50 à 60 %, précise
un expert. Un bateau arrivant au Havre est
donc de fait beaucoup plus « vert » qu’à
l’approche de Barcelone, de Nice ou de
Capri. Mais la France, qui a mis plusieurs
années dans le passé à transcrire les directives européennes sur le sujet, veut aujourd’hui se redonner le beau rôle : elle soutient
l’idée de classer à son tour la Méditerranée
en zone Seca, voire zone ECA (c’est-à-dire
interdisant également les oxydes d’azote).
Les 6 et 7 septembre à Marseille, seront présentées aux experts de tous les pays riverains les conclusions d’une vaste étude de
faisabilité, réalisée par le ministère de la
Transition écologique et solidaire avec les
armateurs, FNE et d’autres structures spécialisées.
« Nous avons simulé ces deux scénarios
Seca/ECA, sous l’angle du coût et des bénéfices, notamment leur impact sanitaire »,
explique Hervé Brulé, directeur adjoint aux
affaires maritimes, rattaché au ministère.
Un travail de fourmi de plus d’un an, où cha-
que trajet, navire par navire, a été reconstitué. « Après la restitution de ce travail le
19 septembre devant les acteurs locaux de la
région Paca, commencera alors une phase
diplomatique, pour convaincre un maximum de pays. »
Les Etats divisés
Au mieux, la France n’espère pas avant 2021
ou 2022 une application de cette mesure. Ce
qui serait déjà une belle avancée, étant
donné la tiédeur de certains Etats : « L’Italie,
Monaco, le Maroc et la Tunisie soutiennent le
projet français, mais il y a plus de soucis avec
la Grèce ou Malte. Quant à l’Egypte ou la
Syrie, ils ont bien d’autres soucis en ce
moment », décrit Charlotte Lepitre, de FNE.
Certains pourraient préférer faire traîner
les choses, puisqu’il est déjà décidé par
ailleurs que le transport maritime emploie
un carburant à 0,5 % de soufre sur toutes les
mers du monde à compter de 2020.
De quoi dynamiter de facto le débouché
majeur du fioul lourd : ce produit très visqueux, résidu du processus de raffinage et
chargé d’impuretés (sable, molécules toxiques…), représente encore plus de 75 % des
carburants maritimes du monde, selon le
Lloyd’s Register. Avec une telle mélasse, pas
question de rajouter un filtre à particules
comme sur une voiture ! « Des catalyseurs
d’oxydation seraient trop vite encrassés, donc
inutilisables », reconnaît l’organisation
Armateurs de France… Le temps presse, car
les grands ports déroulent le tapis rouge aux
croisiéristes, au nom des retombées économiques. A Marseille, pendant que toussent
les habitants des 15e et 16e arrondissements
nichés au-dessus de la gare maritime,
530 escales de paquebots étaient attendues
cet été, contre 430 l’an dernier. Soit près de
1,75 million de croisiéristes. En attendant
2,5 millions à horizon 2025, lorsque sera
réalisé le troisième terminal phocéen.
Ces projections sont en ligne avec le
boom du marché mondial des croisières
qui, après avoir quintuplé en vingt ans,
devrait encore progresser de 10 % cette
année, avec 27,2 millions de clients, croisant
en majorité dans les Caraïbes et en Méditerranée. Du coup, les carnets de commandes
des chantiers comme Fincantieri ou STX
explosent : aux derniers pointages du site
Mer et Marine, pas moins de 114 nouveaux
bâtiments seront assemblés d’ici à 2027
pour que la croisière s’amuse, sans compter
les huit déjà livrés cette année.
Sans prétendre au rang des poids lourds
comme Barcelone, Venise ou Marseille,
plusieurs autres ports se font une place
dans les escales des tour-opérateurs. A l’instar de Sète, qui compense grâce aux croisières le déclin de transports historiques, mettant en avant la possibilité d’excursions en
car dans la région. « Avec 73 escales programmées cette année, contre 44 l’an dernier,
nous commençons à exister sur les croisières.
Nous avons des accès nautiques exceptionnels et un quai long de 470 mètres, donc
aucune limite de réception : le plus grand
paquebot du monde peut accoster ici », décrit
le directeur général du port, Olivier Carmes.
La pollution atmosphérique devient-elle un
problème dans le berceau de Brassens et
Paul Valéry ? « On va lancer une étude sur la
qualité de l’air, mais le problème est davantage sur les ferries, qui desservent le Maroc,
que sur les navires de croisière », juge-t-il.
A Nice, tandis que les ferries pour la
Corse passent très près des habitations, les
paquebots géants ne peuvent se frayer une
place dans le port et jettent l’ancre dans la
rade de Villefranche, toute proche. « Les
activités maritimes représentent 30 à 40 % de
la pollution dans certains quartiers »,
déplore Daniel Moatti, chercheur au
SIC.Lab Méditerranée, auteur d’un courrier
à l’ex-ministre Nicolas Hulot en mai dernier,
pour parler méthodologie. « Avec les navires
manœuvrant dans les zones portuaires, on
constate de très violents et brutaux lâchers de
suies toxiques dépassant toutes les normes
sur un temps très court (dix à quinze minutes), qui sont dilués dans les moyennes journalières. Une exposition répétée 10 à 20 fois
par jour n’apparaît pas visiblement sur les
graphiques des associations agréées par
l’Etat, alors qu’elle a un réel impact sur les
humains », plaide-t-il. A Bordeaux, où le trafic des paquebots grimpe aussi en flèche,
l’association Atmo Nouvelle-Aquitaine
vient de réaliser pour la première fois une
étude sur ces nouveaux polluants rejetés
sur le port de la Lune, publiée sous peu.
Diverses villes d’Europe tentent aussi de
juguler les dégâts écologiques des géants
des mers, depuis Southampton jusqu’à
Dubrovnik (Croatie). Mais le principal
signal vient de Venise, où pas moins de
1,5 million de touristes débarquent chaque
année par paquebot, fragilisant les fondations de la ville. « J’en ai encore vu cinq de ces
monstres défiler à la queue leu leu le même
jour devant la place Saint-Marc. Les touristes ? Ils visitent Venise au pas de charge, quatre
heures chrono, et créent des bouchons partout ! » déplore un résident de la Cité des
Doges. Selon un plan du précédent gouvernement, les plus gros navires éviteront dès
2019 le canal de la Giudecca, pour suivre le
trajet plus lointain des pétroliers et aller
s’amarrer directement à Marghera, au nord.
Pour juguler les volutes de suies noires,
plusieurs solutions émergent : par exemple
le « scrubber » (racleur), sorte de tour de
lavage des fumées à l’eau qui équipe une
minorité de navires de croisière. Mais dans
la plupart des cas, ces pièges à fumée dits
« en boucle ouverte » consistent à rejeter
tous les déchets toxiques en mer ! L’impact
environnemental est donc simplement
glissé sous la ligne de flottaison…
Plus important à terme,
de l’avis même
des armateurs : le passage
à des motorisations
au gaz naturel liquéfié.
Autre piste d’avenir, le branchement électrique à quai des navires, pour qu’ils coupent leurs puissants moteurs Diesel en
escale. Plusieurs ports français, très en
retard par rapport à leurs homologues lointains comme Göteborg, Los Angeles ou
Vancouver, commencent à investir. Mais
cette solution est plus adaptée aux ferries
qu’aux navires de croisière, lesquels
demandent une puissance bien supérieure.
Plus important à terme, de l’avis même
des armateurs : le passage à des motorisations au GNL (gaz naturel liquéfié). Une
solution miracle qui, dans les ports comme
en pleine mer, réduit de 85 % les oxydes
d’azote, annihile les émissions d’oxyde de
soufre et l’essentiel des particules fines
(95 % de moins que le fioul lourd). Désormais convaincus par cette carburation
d’avenir, tous les armateurs, de Costa Croisières à Carnival en passant par Aida et
MSC, ont récemment commandé des
paquebots alimentés au gaz, de même que
CMA CGM pour ses futurs porte-conteneurs. Premier de cette nouvelle série,
l’« Aida Nova » est en cours d’achèvement
en Allemagne, et sera livré en novembre à
son client, filiale du groupe Carnival.
Du coup, les ports comme Marseille,
Le Havre ou Dunkerque doivent s’adapter au
pas de charge, en imaginant des avitaillements par bateaux spéciaux dits « souteurs ». De l’avis de tous les experts, ce renouvellement de la flotte sera forcément très
long. Pourtant, en termes d’environnement,
une vraie révolution vient de lever l’ancre. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 //
Mercredi 5 septembre 2018Les Echos
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Budget de l’Etat 2018 : 386,3 milliards d’euros // PIB 2017 : 2.283,6 milliards d’euros courants //
Plafond Sécurité sociale : 3.311 euros/mois à partir du 01-01-2018 // SMIC horaire : 9,88 euros
à partir du 01-01-2018 // Capitalisation boursière de Paris : 1.532,96 milliards d’euros (au 05-07-2018)
// Indice des prix (base 100 en 2015) : 103,36 en mai 2018 // Taux de chômage (BIT) : 8,6 %
au 1er trimestre 2017 // Dette publique : 2.255,3 milliards d’euros au 1er trimestre 2018
Les chiffres
de l'économie
EN FRANCE
À L’ÉTRANGER
MORT DE MÉRIC APRÈS UN FAUX
DÉPART, DÉBUT DU PROCÈS
DE TROIS SKINHEADS
PAKISTAN UN PROCHE D’IMRAN
KHAN ÉLU CHEF DE L’ÉTAT
Arif Alvi, un proche du Premier
ministre, Imran Khan, a été élu président mardi par les parlementaires du
Pakistan à la tête du seul pays musulman doté de l’arme nucléaire, a
annoncé la télévision d’Etat. Il s’agit
d’une fonction honorifique. M. Alvi,
dentiste de formation, qui a effectué
une partie de ses études aux EtatsUnis, est l’un des fondateurs du parti
Pakistan Tehreek-e -Insaf (PTI),
actuellement au pouvoir sous la houlette d’Imran Khan.
Le procès de trois skinheads impliqués
dans la mort de Clément Méric, étudiant de 18 ans et militant antifasciste
tué en 2013 dans la capitale, s’est ouvert
mardi aux assises de Paris, après quelques heures d’incertitudes dues à
l’absence d’un accusé. Ils sont jugés
pour des violences « ayant entraîné la
mort sans intention de la donner ». Ils
comparaissent libres et encourent jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.
COLMAR LA RESTAURATION
DU CÉLÈBRE RETABLE
D’ISSENHEIM RELANCÉE
Un typhon sans précédent depuis 25 ans frappe le Japon
SYRIE L’ONU S’INQUIÈTE
POUR IDLEB
AFP
Le musée Unterlinden de Colmar a
annoncé mardi la reprise des travaux
de rénovation de sa pièce maîtresse, le
retable d’Issenheim, interrompus en
2011, pour « rendre ses couleurs » à ce
chef-d’œuvre gothique vieux de plus
de 500 ans. Création du peintre allemand Matthias Grünewald, achevé
en 1516, le retable est au cœur du
musée Unterlinden, qui a accueilli
plus de 150.000 visiteurs en 2017.
LA PHOTO DU JOUR
L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie,
Staffan de Mistura, a exhorté mardi le
président russe, Vladimir Poutine, et son
homologue turc, Recep Tayyip Erdogan,
à se parler en urgence « au téléphone »
pour éviter un bain de sang à Idleb. Cette
province, dans le nord de la Syrie et à la
frontière avec la Turquie, est le dernier
bastion tenu par des rebelles modérés et
des islamistes radicaux. Quelque
2,9 millions de personnes vivent dans
cette région tenue par 10.000 combattants environ.
ÉTATS-UNIS AUDITION
À LA COUR SUPRÊME
Le plus violent typhon à avoir frappé le Japon depuis 25 ans, a traversé mardi l’Archipel, accompagné de vagues gigantesques, comme celles déferlant dans le port d’Aki. Les autorités japonaises ont émis mardi des consignes d’évacuation pour
plus d’un million d’habitants et annulé plusieurs centaines de vols. L’électricité a été coupée en maints endroits. Le typhon
Jebi a fait au moins six morts.
JUSTICE UNE MÈRE AUX ASSISES
POUR AVOIR « LÂCHÉ »
SON BÉBÉ DU 7E ÉTAGE
BORDEAUX UNE ÉLUE VEUT
INTERDIRE LA CIGARETTE
DEVANT LES ÉCOLES
L’ex-ministre Michèle Delaunay, conseillère municipale socialiste, veut
interdire la cigarette aux abords des
écoles de Bordeaux. Elle vient de déposer une question écrite en ce sens au
conseil municipal présidé par Alain
Juppé. La question vise les parents
d’élèves de maternelle et de primaire
qui attendent ou déposent leurs
enfants. Elle sera posée au prochain
conseil municipal, le 17 septembre.
STRASBOURG UN HOMME
ARRÊTÉ POUR PLUS
DE 700 APPELS À LA POLICE
Un homme de 58 ans a été arrêté et
placé en détention provisoire à Strasbourg pour 726 appels injustifiés au
numéro 17 de la Police nationale
depuis janvier, a-t-on appris mardi.
Dans la seule matinée du 31 août, le
quinquagénaire passe 18 appels au 17
de son téléphone fixe, à chaque fois il
raccroche sans dire un mot.
AFP
L’enfant avait 10 mois quand sa mère
l’a « lâché » depuis le 7 e étage d’un
immeuble, en août 2015. Cette femme
est jugée pour la mort de ce bébé, né
d’un père homosexuel. L’enfant est
mort après une chute d’un immeuble
du 17e arrondissement de la capitale.
Trois jours avant la mort du bébé, le
père avait annoncé vouloir mettre un
terme à leur vie commune.
Photo Reuters
Le candidat de Donald Trump à la Cour
suprême, Brett Kavanaugh devait être
auditionné par le Sénat américain,
mardi. Une séance de questions-réponses exigeante, même si sa confirmation
semble assurée. Les démocrates, qui
redoutent que ne bascule dans le camp
conservateur pour longtemps cet
organe clef de la vie politique américaine, ont demandé un report de l’audition, affirmant n’avoir pas reçu à temps
des documents sur Brett Kavanaugh.
AUTRICHE VIENNE DÉNONCE
L’AGRESSION RUSSE EN UKRAINE
Le chancelier autrichien, Sebastian
Kurz, dont le pays assure la présidence
de l’Union européenne, a dénoncé
mardi à Kiev l’« agression russe » dans
l’est séparatiste de l’Ukraine depuis 2014,
qui appelle une « réaction claire ». Une
déclaration forte et qui intervient après
un voyage controversé en Autriche du
président Vladimir Poutine.
AFGHANISTAN
MORT D’UN CHEF TALIBAN
Les talibans afghans ont annoncé mardi
la mort au terme d’une maladie de Jalaluddin Haqqani, le fondateur dans les
années 1980 du réseau du même nom,
constitué pour lutter contre la présence
de l’URSS en Afghanistan et qui a reçu
l’aide des Etats-Unis et du Pakistan.
Ministre sous les talibans dans les années
1990, Jalaluddin Haqqani s’était tourné à
partir de 2001 contre Washington.
ON EN PARLE À LONDRES
Le Parti travailliste miné par l’antisémitisme
Corbyn sur la sellette pour son manque de clarté sur l’antisémitisme dans son parti.
Jacques Hubert-Rodier
@jhrodier
pendant. « Cela m’attriste de dire
que notre parti est de plus en plus
vu comme raciste », écrivait-il.
L’ancien Premier ministre et leader travailliste, Gordon Brown,
a, lui-même, appelé sa formation politique à « effacer » cette
« tache ». Confrontée à une contestation interne des tories, la
Première ministre, Theresa
May, n’a pas manqué l’occasion,
la semaine dernière, de demander, depuis le Nigeria, au chef de
l’opposition de condamner le
« racisme sous toutes ses formes ». L’histoire de la relation
entre la communauté juive et le
parti date des premières années
du siècle dernier avec l’adhésion, en 1903, du Jewish Labour
Movement, qui faisait campagne alors pour le socialisme et la
e nombre d’insultes que
les juifs ont reçu sur les
réseaux sociaux venant de
ceux prétendant soutenir Jeremy
Corbyn est abominablement
élevé. » Pour Gillian Merron,
directrice générale du Conseil
des députés juifs, plutôt que de
se consacrer aux questions
importantes, « les dirigeants du
Parti travailliste ont décidé de se
fixer comme priorité de se battre
avec les juifs britanniques sur
l’antisémitisme ». Elle dénonce
l’apathie du leader du parti,
raconte « The Guardian ».
Jeudi dernier, Frank Field
avait décidé de quitter le parti
pour siéger comme député indé-
L
création d’un « foyer juif ». Mais
elles se sont tendues depuis
l’arrivée à sa tête de Jeremy Corbyn en 2015. Car cette relation
est désormais compliquée par le
conflit israélo-palestinien. Corbyn est considéré comme un
député appartenant à la fraction
la plus à gauche du parti qui ne
cache pas son orientation propalestinienne.
Fortes critiques
Cet été, le « Daily Mail » a publié
une vidéo de 2013 de Corbyn qui
s’adresse au Palestinian Return
Centre en affirmant qu’un
groupe de sionistes britanniques ne comprend pas « l’ironie
anglaise ». Ce qui a conduit la
députée travailliste Luciana
Berger à affirmer dans un tweet
qu’elle ne se sentait plus la bienvenue dans son propre parti. Le
chef de file des travaillistes avait
déjà affronté de fortes critiques
après la publication de photos
sur sa présence, en 2010, à
Ramallah où il a secrètement
rencontré des dirigeants du
Hamas, une organisation considérée comme terroriste par le
Royaume-Uni.
Certes, Corbyn a répété qu’il
n’était pas antisémite et le Parti a
adopté une série de mesures en
dénonçant toute forme de discrimination. Mais sans convaincre apparemment. Mardi, le
Comité exécutif national (NEC)
du Labour s’est réuni pour décider d’un nouveau code de conduite sur l’antisémitisme. Est-ce
trop tard ? n
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Mercredi 5 septembre 2018
www.lesechos.fr
Les producteurs de lait
se heurtent toujours
au refus de transparence
des industriels et des
distributeurs sur les prix.
// P. 21
DEVISES EUR/GBP 0,9016 EUR/JPY 1,2892 EUR/CHF 1,1285 GBP/USD 1,2831 USD/JPY 1,1146 USD/CHF 0,9756 TAUX EONIA -0,342 LIFFE EURIBOR 3 MOIS -0,319 OAT 10 ANS 0,6287 T-BONDS 10 ANS 2,9151
INDUSTRIE & SERVICES
MERCEDES
DERNIÈRE HEURE
Le constructeur allemand attaque
Tesla de front. // P. 16
Bourse : Amazon au firmament
FOOTBALL
La Ligue 1, bonne élève à l’exportation. // P. 17 ET L’ÉDITORIAL
DE DAVID BARROUX P. 9
SODEXO
Le géant des services reprend
Crèches de France. // P. 18
PICWIC
L’enseigne de jouets ferme
à son tour des magasins. // P. 19
Ben Stansall/AFP
BOEING
Après Airbus, le constructeur
aéronautique américain souffre du
retard de ses fournisseurs. // P. 20
RESTAURATION
Les Français toqués
de gastronomie. // P. 21
HIGH-TECH & MÉDIAS
FREE
L’opérateur perd des abonnés,
mais améliore ses marges.
// P. 22 ET « CRIBLE » P. 34
Amazon devient la deuxième
entreprise après Apple
à dépasser le seuil astronomique des 1.000 milliards
de dollars de capitalisation.
WPP
Des résultats semestriels en demiteinte pour le géant de la publicité.
// P. 23 ET « CRIBLE » P. 34
START-UP
FRICHTI
Pierrick Fay
@pierrickfay
La foodtech parisienne entre
dans la course à la livraison
de produits frais. // P. 26
Amazon n’aura donc mis que 22 séances de
cotation pour rejoindre Apple au firmament. Elle est la deuxième des entreprises
américaines à dépasser le seuil des
1.000 milliards de dollars de capitalisation.
Mais là où Apple a mis 13.776 jours pour
y arriver (week-ends compris), il n’a fallu
que 7.783 jours au géant du commerce
en ligne pour y parvenir. Sa performance
boursière est proprement hallucinante.
Depuis son introduction en Bourse le 14 mai
1997, l’action a bondi de plus de 136.000 % !
Seule une valeur du S&P 500 a fait mieux
sur cette période : le groupe Monster Beverage, dont l’action a bondi de 222.327 %.
Dans le même temps, Apple n’a progressé
« que » de 35.523 %.
Si Amazon est surtout réputé dans le
monde pour sa plate-forme Internet qui
permet d’acheter à peu près tout et
PME & RÉGIONS
TRANSPORTS
L’Ouest revoit sa géographie
aéroportuaire. // P. 27
FINANCE & MARCHÉS
SCOR
Le groupe d’assurance mutualiste
oppose un refus ferme au projet
de rachat de Covéa.
// P. 29 ET « CRIBLE » P. 34
CRÉDITS
Les banques françaises accélèrent
sur le prêt aux particuliers. // P. 30
CASINO
Un véritable casse-tête pour l’AMF.
n’importe quoi, pour les investisseurs, son
succès tient surtout en deux mots : le cloud
(avec Amazon Web Services) et le service
d’abonnement Prime (livraison rapide,
streaming vidéo et libre, stockage de données ; il revendique plus de 100 millions
d’abonnés). Deux activités qui lui permettent d’avoir des revenus récurrents et d’afficher surtout une croissance exponentielle
trimestre après trimestre.
Apple conserve son avance…
pour le moment
Par ailleurs, Amazon affiche enfin des bénéfices un peu plus en rapport avec son aura :
2,5 milliards de dollars sur le seul deuxième
trimestre 2018, avec une marge d’exploitation de 5,6 %. Mais il est encore loin des standards d’Apple (11,5 milliards au troisième trimestre, avec un record à plus de 20 milliards
fin 2017). Apple et Amazon sont pour l’instant les deux seules valeurs à culminer audessus des 1.000 milliards de dollars. Alphabet – maison mère de Google – et Microsoft
devraient être les suivantes, avec des capitalisations qui se rapprochent des 900 milliards de dollars. Pour l’instant, Apple conserve un temps d’avance sur Amazon, mais
l’écart de capitalisation pourrait vite être
comblé. Amazon prend 74 % depuis le
début de l’année, contre 35 % pour Apple, et
pour les analystes, la question n’est pas de
savoir si Amazon dépassera Apple, mais
quand ! Sur les 50 analystes qui suivent la
valeur, 47 sont à l’achat et aucun à la vente. Ils
ont un objectif de cours moyen à 2.142 dollars. Morgan Stanley vient même de revoir à
la hausse son objectif à 2.500 dollars, soit
une capitalisation de 1.200 milliards de dollars. Brian Novak mise sur la croissance des
activités à forte marge comme la publicité, le
cloud et les abonnements. Selon lui, Amazon Web Services devrait générer 45 milliards de revenus à partir de 2020, contre
25 milliards cette année.
Dans son cœur de métier, Amazon n’a pas
dit son dernier mot : l’e-commerce ne représente encore que 9,5 % des ventes de détail
aux Etats-Unis et le rachat de Whole Food
Market est prometteur, tout comme ses
ambitions dans d’autres domaines, comme
la pharmacie ou l’assurance. A l’opposé,
Apple, malgré une capacité à surprendre trimestre après trimestre sur ses résultats, suscite des interrogations sur son potentiel de
croissance sur un marché des smartphones
qui arrive à saturation.
Une valorisation stratosphérique
Enfin, Amazon continue d’aimanter les
investisseurs, malgré une valorisation stratosphérique (le groupe capitalise 100 fois ses
profits à douze mois, contre seulement 17 fois
pour Apple). Ainsi, un ETF de State Street sur
la consommation discrétionnaire aux EtatsUnis (16 milliards d’actifs sous gestion) a
attiré 546 millions de flux en une semaine fin
août ! Il est exposé à 25 % dans Amazon… Ce
formidable appétit des investisseurs est une
force – il permet à l’action de rebondir très
vite après un passage à vide –, mais cela pourrait aussi devenir une faiblesse en cas de
retournement de tendance. Selon les statistiques de S3 Partners, Amazon est devenu la
valeur sur laquelle il y a le plus de vendeurs à
découvert, pour un montant de 9,97 milliards de dollars ! Il a détrôné Tesla.
Deux hommes pourraient s’opposer à
l’incroyable chevauchée d’Amazon. Donald
Trump, d’abord, qui a fait mine récemment
de s’interroger sur la situation de quasi-monopole de Google, Facebook et Amazon. Il
s’était déjà attaqué au groupe de Jeff Bezos au
printemps, l’accusant de ruiner les petits
commerçants américains… Bernie Sanders,
ensuite, qui a vertement critiqué les conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon.
L’exemple de Tencent – qui a perdu 9 %
depuis les attaques de Pékin contre son activité dans les jeux vidéo cet été (soit 41 milliards de capitalisation) – montre que la
régulation des Etats reste le principal danger
pour la croissance de ses mastodontes. n
// P. 31
Ivan Pisarenko/AFP
MATIÈRES PREMIÈRES
L’Argentine réinstaure une taxe
à l’export sur ses céréales. // P. 32
LES ÉCHOS BUSINESS
CARNET // P. 33
SUR
DANS
« LA CHRONIQUE
BOURSE »
À 13H ET 17H30
DU LUNDI AU VENDREDI
Jeff Bezos, le libraire devenu ogre de l’e-commerce
Des livres aux services informatiques en passant par le divertissement, l’entrepreneur a créé
un empire s’étendant désormais
au commerce physique.
Anaïs Moutot
@AnaisMoutot
— Correspondante à San Francisco
Un montage photo avec deux clichés de Jeff
Bezos à vingt ans d’intervalle ressurgit
régulièrement sur Twitter. Celle de gauche
montre un trentenaire gringalet, avec une
calvitie dévorante, brandissant un livre avec
un sourire béat. Celle de droite, un homme
musclé avec des lunettes de soleil et un veston sans manches marchant d’un pas déterminé. Le « mème » illustre la transformation du fondateur et PDG d’Amazon de geek
intello à milliardaire possédant la plus
grosse fortune mondiale. En deux décennies, sa petite librairie en ligne est devenue
un empire de l’e-commerce, de l’informatique et du divertissement.
L’idée d’Amazon naît dans la tête de ce
jeune diplômé en ingénierie et en informatique de Princeton alors qu’il fait ses débuts
à Wall Street au sein du hedge fund
D. E. Shaw. S’enthousiasmant pour le
champ des possibles que fait naître Internet, il imagine un magasin en ligne tirant
profit de « la place infinie des étagères du
Web » pour proposer une sélection illimitée
de produits, raconte Brad Stone, journaliste
chez Bloomberg, dans son livre « Amazon,
la boutique à tout vendre ».
En 1994, le natif d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) s’installe à Seattle et décide
de démarrer son « everything store » par les
livres. Le site, lancé à l’été 1995, permet de
commander 1 million d’ouvrages différents,
dont des best-sellers à des prix inférieurs de
40 % à ceux en librairie. Grand admirateur
de Sam Walton, le fondateur du géant de la
distribution Walmart, Jeff Bezos est obsédé
par l’idée d’offrir les meilleurs prix, quitte à
sacrifier ses marges. La société ne devient
rentable qu’en 2003, neuf ans après sa création, et replonge ensuite régulièrement
dans le rouge. Dès 1998, la société rajoute les
CD et DVD aux livres, puis le matériel électronique, les jouets, les équipements sportifs, les vêtements… Elle se lance aussi dans
les contenus numériques, avec la liseuse
Kindle, et des services de streaming vidéo et
audio. Son appétit sans limites s’accompagne aussi d’échecs, dans les téléphones portables, par exemple. Mais Jeff Bezos continue de multiplier les paris, fidèle à la lettre
écrite à ses actionnaires après son introduction en Bourse en 1997 : « Nous prendrons
des décisions d’investissements osées plutôt
que timides. […] Certaines porteront leurs
fruits, d’autres non, mais nous en tirerons
toujours une leçon qui a de la valeur. »
« Two Pizza Team »
Jeff Bezos craint l’immobilisme plus que
tout. Pour garder l’agilité d’une start-up, il
encourage une organisation en « Two Pizza
Team », des petits groupes d’une dizaine de
personnes, que deux pizzas suffisent à
nourrir. Il bannit aussi les PowerPoint,
demandant à ses équipes de rédiger leurs
propositions sous la forme de communiqués de presse, comme si elles s’adressaient
à un client. Ces méthodes permettent de
faire émerger des initiatives qui transformeront l’entreprise, comme Amazon Web
Services, un service de location de serveurs
à la demande qui devient la machine à cash
de la société, ou Prime, un abonnement
permettant d’être livré gratuitement et qui
fait bondir le montant des paniers d’achats.
Ces initiatives s’accompagnent cependant d’une pression constante sur les
équipes. Jeff Bezos ne comprend pas les
demandes d’équilibre entre vie privée et
professionnelle. Il a créé Amazon avec sa
femme à ses côtés et consacre son temps
libre à d’autres entreprises : le « Washington Post », qu’il rachète pour 250 millions de
dollars en 2013, et Blue Origin, sa start-up
dédiée à l’exploration spatiale. Le cinquantenaire pense aussi à son impact à long
terme, sur des milliers d’années. Dans le
désert du Nevada, il a récemment investi
42 millions de dollars pour créer une horloge qui doit durer dix millénaires. n
Shutterstock
Prix du lait :
les éleveurs
dans le brouillard
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Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
INDUSTRIE
&SERVICES
SNCF
à suivre
La rupture d’un rail à l’origine du
déraillement du TGV Paris-Marseille
Mercedes attaque Tesla de front
TRANSPORT La SNCF a publié mardi son enquête interne sur le
déraillement à très faible vitesse, le 24 août, d’un TGV à l’entrée de
la gare Saint-Charles. La note identifie un rail cassé comme « cause
immédiate » de l’accident, la défaillance ayant été initialement causée par un « défaut oxydé non visible » sous le patin du rail, qui a
dégénéré en fissure, puis en rupture, à vitesse accélérée, probablement du fait du caractère sinueux de la voie à cet endroit.
l Le constructeur allemand a présenté mardi à Stockholm la EQC,
son premier SUV 100 % électrique.
l Il veut investir plus de 10 milliards dans ses véhicules à batterie d’ici à 2022.
Plus d’informations sur lesechos.fr
Corruption : les Etats-Unis
mettent Sanofi à l’amende
AUTOMOBILE
PHARMACIE Sanofi va verser plus de 25 millions de dollars
(22 millions d’euros) pour mettre un terme à des accusations de
corruption concernant ses filiales au Kazakhstan et au MoyenOrient, a annoncé mardi l’autorité de régulation des marchés
boursiers américains (la SEC). Le laboratoire pharmaceutique
français a accepté de verser 17,5 millions de dollars de dédommagement, 2,7 millions de dollars d’intérêts avant le jugement
et 5 millions de dollars d’amende civile.
Anne Feitz
@afeitz
Ce mois de septembre sera sans
doute marqué d’une pierre blanche
dans l’histoire de l’automobile :
celui où les constructeurs premium
allemands ont abattu leurs cartes
maîtresses dans la voiture électrique. Premier à dégainer, MercedesBenz a dévoilé mardi soir, lors d’un
grand show à Stockholm, son futur
SUV 100 % électrique, la EQC. Un
gros crossover urbain de 4,7 mètres
de long, au design sportif et élégant,
destiné à devenir précurseur « d’un
style électro-révolutionnaire ».
L’entreprise annonce une autonomie de 450 kilomètres et une puissance globale de 300 kW. Le véhicule sera doté des équipements les
plus modernes : système multimédia, de navigation, etc.
« Côté qualité, sécurité et confort,
la EQC n’est autre que la Mercedes
des voitures électriques », vante le
groupe dans son communiqué. Elle
sera produite dans l’usine de Brême
Sandro et Maje enregistrent
une forte hausse de leur rentabilité
HABILLEMENT SMCP, propriétaire de Sandro, Maje et Claudie
Pierlot, a nettement amélioré sa rentabilité au premier semestre. Le groupe a publié un Ebitda ajusté en progression de 14,8 %,
à 83,9 millions d’euros, et une marge de 17 %, contre 16,7 % un an
auparavant. Le résultat net passe, lui, de 1,1 million d’euros à
27,4 millions sur ce semestre. Le chiffre d’affaires augmente, lui,
de 15,5 % à taux constants, à 493,3 millions. Cette hausse de la
rentabilité s’explique par « la contribution croissante des ventes
en ligne et de l’Asie, ainsi qu’une maîtrise stricte des dépenses
administratives et autres frais généraux [...] », note le groupe.
Alès Groupe
cède les
parfums Caron
SPIRITUEUX Marie Brizard
Au premier semestre, les
ventes d’Audi, BMW et
Mercedes n’ont pas progressé au rythme habituel.
LUXE Dans le cadre de son plan de
transformation, Alès Groupe cède
les parfums Caron, qu’il détenait
depuis vingt ans. La société est
entrée en négociations exclusives
avec Cattleya Finance, holding
d’investissement de Benjamin et
Ariane de Rothschild. Fondée en
1904, Caron est l’une des plus
anciennes maisons françaises de
parfums, connue pour son bestseller masculin « Pour un
Homme ». Cattleya veut relancer
la maison en France et à l’international. La cession pourrait intervenir au quatrième trimestre 2018.
Julien Dupont-Calbo
@jdupontcalbo
LES ECHOS
FORMATION
Lobbying territorial
n
Développez votre communication d’influence
en construisant une approche relationnelle des
élus locaux et des fonctionnaires territoriaux.
Participez à des mises en situation construites à
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Un service proposé par Les Echos Solutions
en Allemagne, intégrée aux lignes
d’assemblage de la production de
série courante. Les batteries seront
de leur côté assemblées dans l’usine
de Kamenz, près de Dresde : ce site
du groupe Daimler, où sont déjà
produites des batteries pour les
Mercedes ou les Smart, vient
d’accueillir un investissement de
500 millions d’euros pour augmenter ses capacités.
la EQC, nous passons la vitesse supérieure », a insisté Dieter Zetsche,
président du directoire de Daimler.
Le groupe, qui a annoncé 10 véhicules 100 % électriques pour 2022, a
confirmé son intention d’investir au
total plus de 10 milliards d’euros
dans sa nouvelle gamme EQ à venir,
et plus de 1 milliard dans la production de batteries.
Offensive des constructeurs
Le groupe annonce
une autonomie
de 450 kilomètres et
une puissance globale
de 300 kW.
Positionnée sur le créneau du
luxe, la EQC attaque de front Tesla et
ses Model S et X. Alors qu’elle doit
être lancée au début de l’été 2019,
s o n p r i x d e ve n t e n’a p a s é t é
annoncé. Mais les spécialistes
s’attendent au même ordre de grandeur que les modèles haut de
gamme du constructeur californien
– soit au moins 65.000 euros. « Avec
L’annonce de Mercedes n’est que la
première salve de l’offensive des
constructeurs allemands, qui cherchent à électrifier leur parc pour
satisfaire la demande croissante,
mais aussi pour satisfaire les critères fixés par l’Europe en matière
d’émissions de CO2. Audi (groupe
Volkswagen) doit présenter le
17 septembre à San Francisco son
propre SUV 100 % électrique, l’Audi
e-tron : un véhicule annoncé pour
fin 2018, avec un prix attendu
autour de 80.000 euros, et dont la
production vient de démarrer à
Bruxelles.
De son côté, figurant parmi les
pionniers de l’électrique avec la i3,
BMW a prévu de lancer la première
version électrique de son SUV X3 en
2020. En attendant, le constructeur
munichois dévoilera dimanche à
Munich un concept car baptisé
« Vision iNext » et sa conception de
la mobilité du futur. Quant à la Porsche Taycan, présentée au Salon de
Genève sous le nom de code « Mission E », elle devrait être disponible
fin 2019. Pour l’heure, seul le britannique Jaguar a commencé à rouler
sur les plates-bandes de Tesla, avec
la i-Pace lancée en mars 2018. Interrogé par le magazine allemand
« Manager », le patron de Jaguar
Land Rover, Ralf Speth, a affirmé en
début de semaine que le carnet de
commandes était plein, au point de
manquer de batteries pour satisfaire la demande sans retard.
À NOTER
Cité par Reuters, le cabinet
LMC Automotive estime que
les constructeurs allemands
détiendront une part de marché de 19 % en 2023 dans les
véhicules électriques, au détriment de Tesla, dont la part
tombera à moins de 3 %
(12,3 % aujourd’hui).
La belle croissance des géants allemands
du premium marque le pas
DR
(MBWS) revoit à la baisse ses prévisions financières pour 2018 et
envisage des cessions d’actifs
pour couvrir tout ou partie de ses
pertes. Le marché en France et
aux Etats-Unis s’est dégradé. Son
plan de redressement en Pologne
a pris du retard si bien que le propriétaire du whisky William Peel
et de la vodka Sobieski prévoit
une perte d’Ebitda entre 20 et
25 millions d’euros en 2018.
DR
Marie Brizard
révise en baisse
ses objectifs
Le nouveau SUV 100 % électrique de Mercedes sera disponible au début de l’été 2019. Photo Daimler AG
Même les berlines allemandes peuvent parfois connaître des ratés.
Alors que les ventes d’Audi, BMW
et Mercedes se sont envolées depuis
2010 et que le trio magique continue
d’accumuler les records, le rythme
de leur progression s’est ralenti ces
derniers mois, selon les dernières
données du cabinet Jato Dynamics.
Au premier semestre, les volumes
mondiaux de Mercedes, l’actuel leader de la voiture haut de gamme,
ont augmenté de 3,9 % (contre
13,7 % sur la même période l’année
précédente), ceux de BMW ont
gagné 2 %, loin des 5,2 % affichés
entre janvier et juin 2017. Quant à
Audi, ses ventes, qui avaient chuté
de 4,7 % l’an dernier, ont gonflé de
4,5 % – mais en valeur absolue, la
marque aux anneaux fait moins
bien qu’en 2016.
Ce qui se passe en France illustre
la tendance actuelle. Dans un marché en hausse de 8,9 %, Audi a vu
ses immatriculations hexagonales
reculer de 7,7 % sur les huit premiers mois de l’année, et BMW
décroche de 1,3 %. Seul Mercedes
limite la casse, avec un gain de 1 %.
Tout ceci alors que le marché français a connu un fol été, provoqué
par l’arrivée d’une nouvelle norme
d’homologation qui a poussé les
constructeurs à déstocker massivement.
Mine de rien, « les modèles clefs
des trois marques allemandes sont
vieillissants, rappelle Felipe Munoz,
chez Jato. Les Mercedes Serie C ont
vu leurs ventes baisser de 5 % ce
semestre. L’Audi A3, la voiture la
plus vendue par la marque l’an dernier, est en vente depuis 2012. La
BMW Serie 3 aussi, on attend la nouvelle génération au prochain Mondial de Paris ».
Ombres au tableau
Si, sur le fond, on ne voit pas bien
comment les rois du premium perdraient leur couronne à moyen
terme, plusieurs éléments ne pouss e n t p a s à l ’o p t i m i s m e b é a t .
D’abord, le trio devra opérer un
délicat virage vers l’électrique, et
surtout affronter comme ses concurrents la fin attendue d’un cycle
de croissance de l’automobile mondiale. Plusieurs marchés cruciaux
atteignent un plateau. Selon AlixPartners, la croissance annuelle
moyenne des ventes sur le Vieux
Continent devrait avoisiner les
0,2 % entre 2017 et 2025. Outre-Atlantique, on serait plutôt autour
d’une hausse de 0,5 % par an.
Ensuite, la concurrence, longtemps
sous l’éteignoir, crépite à nouveau.
Malgré ses problématiques de production, Tesla continue son bonhomme de chemin et s’installe dans
le paysage. Jaguar et Volvo, sous
leurs pavillons indien et chinois,
sont en pleine relance. Les marques
japonaises Infiniti et Lexus pourraient bien, eux aussi, percer un
jour, à force de persévérer.
Même Peugeot semble réussir sa
montée en gamme actuelle, symbolisée par le succès du SUV 3008
(désormais troisième véhicule le
plus vendu en France). « Les marques allemandes devraient conserver
leur leadership, mais elles perdront
des parts de marché », juge les
experts d’AlixPartners.
À NOTER
Dans le match du premium,
Mercedes mène toujours
la danse avec 1,19 million de
véhicules vendus au premier
semestre, contre 1,06 million
pour BMW et 950.000
pour Audi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
INDUSTRIE & SERVICES // 17
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Football : la Ligue 1, bonne élève
à l’exportation
Les clubs tricolores
ont dégagé un solde
positif de près de
200 millions d’euros en
transferts depuis 2010.
Grâce à un dernier
mercato très
excédentaire.
Adrien Lelièvre
@Lelievre_Adrien
Un déficit de 874 millions
pour le PSG
La Ligue 1, réputée pour ses centres
de formation dont sont issus la plupart des champions du monde en
Russie, est le seul championnat du
« Big 5 » à avoir dégagé un solde
positif en transferts entre 2010
et 2018 (+199 millions euros).
Ce résultat est d’autant plus
remarquable que, pendant cette
période, le PSG a dépensé à lui seul
1,242 milliard d’euros en indemnités de transfert (pour un déficit net
de 874 millions). L’an dernier, le
club passé sous pavillon qatari en
2011 s’était ainsi attaché les services
des stars Neymar et Mbappé contre
un chèque de plus de 400 millions
d’euros. Mais, sous la menace du
fair-play financier, le club de la capitale a été contraint de se montrer
raisonnable cet été. Il a notamment
recruté des joueurs libres (Buffon,
Choupo-Moting) et a multiplié les
ventes ou les prêts (Pastore, Berchiche, Edouard, Ikoné, Lo Celso,
Trapp, etc.). Le seul gros coup du
mercato parisien se nomme Thilo
« Les joueurs qui
arrivent à prouver
leur valeur valent
ensuite très cher,
ce qui permet
de réaliser
des plus-values
très importantes. »
BASTIEN DRUT
Economiste, auteur
de « Mercato : l’économie
du football au XXIe siècle »
Kehrer. Cet international espoir
allemand de 21 ans a été recruté
37 millions d’euros.
L’étude de l’Observatoire du football souligne par ailleurs le cas
exceptionnel de l’AS Monaco, qui
s’est spécialisée depuis 2015 dans le
recrutement de jeunes joueurs
talentueux et la post-formation.
« L’idée est de leur offrir du temps de
jeu en Ligue 1 – ce que ne peuvent pas
réellement faire les très grosses écuries européennes, qui privilégient les
joueurs au talent reconnu par tous et
donc un peu plus âgés – afin d’actualiser leur potentiel », décryptait en
juillet aux « Echos » l’économiste
Bastien Drut, auteur de « Mercato :
l’économie du football au XXIe siècle ». « Les joueurs qui arrivent à
prouver leur valeur valent ensuite
très cher, ce qui permet de réaliser des
plus-values très importantes. »
Les trois plus gros transferts
de joueurs français
Kylian Mbappé
Kylian Mbappé a
pris l’habitude de
tout faire plus vite
que les autres :
formé à l’AS
Monaco, le champion du monde de
19 ans a été transféré définitivement
cet été au PSG
contre 180 millions
d’euros après un
prêt avec option
d’achat.
L’AS Monaco, un record
en Europe
Cette stratégie a produit des résultats spectaculaires. Entre 2010
et 2018, l’AS Monaco a encaissé
950 millions d’euros d’indemnités
de transfert. Un record en Europe.
Sans surprise, le club, dirigé par
l’homme d’affaires russe Dmitri
Rybolovlev, est en tête du Top 10
des clubs du « Big 5 », avec le
meilleur solde des opérations en
transferts (+288 millions d’euros)
pendant cette période. Il y côtoie
quatre autres clubs tricolores :
Lille (2e , +166 millions d’euros),
Lyon (6e, +129 millions), Montpellier (+88 millions) et Nice (10 e ,
+87 millions).
(
Lire l’éditorial
de David Barroux page 9
AFP
Si la France affiche un déficit commercial constant depuis des
années, le football s’avère finalement, lui, un poste positif dans la
balance. A la faveur des ventes de
Thomas Lemar, Fabinho, Gonçalo
Guedes ou encore Malcom, le solde
entre achats et ventes des joueurs
des clubs de Ligue 1 atteint 333 millions d’euros en 2018, selon une
étude de l’Observatoire du football.
Une situation qui contraste nettement avec les championnats italien (–288 millions d’euros,) espagnol (–258 millions) et surtout
anglais (–1.131 milliard), mieux
dotés financièrement et dont la
balance des opérations est lourdement déficitaire.
Franck Fife/AFP
SPORT
Paul Pogba
Manchester United avait surnommé l’événement « Pogback » :
en 2016, les Red Devils avaient déboursé 105 millions d’euros
plus 5 millions de bonus pour recruter leur ancien joueur, Paul
Pogba, à la Juventus de Turin. Un record à l’époque.
Benjamin Cremel/AFP
Ousmane
Dembélé
Révélé à Rennes,
Ousmane Dembélé a rejoint
Dortmund à l’été
2016. Un an plus
tard, l’ailier virevoltant était transféré
pour 105 millions
d’euros (+ environ
40 millions
de bonus)
à Barcelone.
Le monde sportif alerte
sur ses moyens financiers
SPORT
Le budget dédié au
sport devrait baisser
en 2019.
Le Comité national
olympique et sportif
français lance une
campagne sur les
réseaux sociaux pour
sensibiliser l’opinion.
Elsa Dicharry
@dicharry_e
#Lesportcompte. C’est le titre de la
campagne lancée mardi par le
Comité national olympique et
sportif français (CNOSF) sur les
réseaux sociaux, afin de montrer
que le sport contribue aussi au
développement de l’économie.
Dans une étude commandée pour
l’occasion, le Centre de droit et
d’économie du sport (CDES) évalue le poids économique du sport
entre 16,89 et 21,79 milliards
d’euros (en tenant compte du
bénévolat sportif), ce qui correspond à 0,67 % à 0,87 % du PIB
français.
Un argument supplémentaire,
selon le CNOSF, qui démontre la
nécessité de sauvegarder les
moyens financiers du sport dans la
prochaine loi de finances. « 2024,
c’est très vite, a notamment rappelé
Denis Masseglia, le président du
CNOSF, en référence aux Jeux
Olympiques qui seront organisés à
Paris. Nous avons des objectifs…
avec des moyens un peu plus rares. »
Détournement
de la « taxe Buffet »
Denis Masseglia avait dénoncé le
29 août, avant un congrès du
CNOSF, le « hold-up » réalisé, selon
lui, par l’Etat sur les moyens du
sport. Une formule jugée « inacceptable » par la ministre des
Sports, Laura Flessel, aujourd’hui
démissionnaire.
Le président du CNOSF estime
en particulier que la « taxe Buffet », du nom de l’ex-ministre des
Sports qui l’a instaurée, a en partie
été détournée de son objet. Le
–6,2 %
LA BAISSE DU BUDGET
DÉDIÉ AU SPORT
EN 2019
par rapport à 2018.
Selon le quotidien « L’Equipe »,
il devrait s’élever
à 450,6 millions d’euros.
montant de cette taxe, correspondant à 5 % des droits télé du sport,
doit en principe servir intégralement à financer le sport amateur.
Or, selon lui, « les produits, qui
étaient en 2018 de 39,3 millions
d’euros, ont été ramenés à 25 millions, soit une perte de 14,3 millions
pour le mouvement sportif »,
avait-il détaillé il y a quelques
semaines. « La philosophie [de
cette taxe], c’est d’être un mécanisme de solidarité du sport professionnel pour le sport amateur, elle
n’est pas faite pour diminuer la dette
de l’Etat », avait-il encore expliqué.
Arbitrages défavorables
« Et si le sport finançait le sport ? » a
insisté mardi Denis Masseglia,
évoquant pêle-mêle, outre les
spectaculaires droits télé, les
impôts payés par les clubs et par
les joueurs, ou encore le chiffre
d’affaires record atteint cette
année par les paris sp ortifs.
« Faut-il rester indifférent au manque de retour sur investissement ? »
a-t-il interrogé. Le président du
CNOSF risque d’être déçu. Selon le
quotidien « L’Equipe », le budget
dédié au sport en 2019 devrait baisser de 6,2 % par rapport à 2018, à
450,6 millions d’euros. Et le montant de la taxe Buffet continuera de
n’être qu’en partie affecté au sport
amateur. n
AVIS FINANCIERS
RÉSULTATS DU PREMIER SEMESTRE
ET PERSPECTIVES DE L’EXERCICE 2018
Données consolidées à in juin en M€
Chifre d’afaires
Résultat opéraionnel courant
Résultat net
Capacité d’autoinancement
2018
2017
2017
Var.
Publié
Retraité
Publié
Retraité
586,1
104,0
83,2
101,7
570,6
106,5
83,5
106,5
643,5
106,2
84,0
109,0
+2,7%
-2,3%
-0,4%
-4,5%
Averissement : La société Dooya a été sorie cete année du périmètre d’intégraion globale et consolidée selon la méthode de la mise
en équivalence, conformément aux normes IFRS, en raison de son changement de gouvernance. Aussi, les chifres de 2017 et 2018 ont été
retraités en conséquence dans un souci de comparabilité.
Acivité
Le chifre d’afaires du Groupe a ateint 586,1 millions d’euros sur le
premier semestre de 2018. Il s’est inscrit en hausse de 2,7% à mode
de consolidaion comparable, c’est-à-dire hormis Dooya, et de 5,2% à
mode de consolidaion comparable et à périmètre et taux de change
constants.
L’écart de progression constaté par rapport aux précédents semestres
s’explique par le niveau élevé de la base de comparaison, mais aussi
par les condiions d’acivité moins favorables sur certains territoires.
La tendance est restée, néanmoins, sensiblement posiive dans plusieurs
zones, notamment en France, en Asie-Paciique (hors Chine), en Europe
du Centre et de l’Est ainsi qu’en Amérique du Centre et du Sud.
Résultats
Le résultat opéraionnel courant s’est établi à 104,0 millions d’euros
sur le premier semestre, en retrait de 2,3% à mode de consolidaion
comparable, et a représenté 17,7% du chifre d’afaires.
L’appréciaion de l’euro face aux principales devises explique en grande
parie ce recul.
A mode de consolidaion comparable et à périmètre et taux de change
constants, le résultat opéraionnel courant ressort à 112,6 millions
d’euros, en progression de 5,7%, et représente 18,8% du chifre
d’afaires.
La variaion ainsi enregistrée traduit une augmentaion de la marge
brute, fruit de la stabilisaion des prix de vente et de la compensaion
de la hausse des cours des maières premières par les gains de
producivité, et relète, par ailleurs, un accroissement des coûts de
foncionnement, conséquence de l’intensiicaion des invesissements
stratégiques (accentuaion du processus de digitalisaion, renforcement
des équipes de recherche et de distribuion, …).
Le résultat net est demeuré, pour sa part, quasiment stable, à 83,2
millions d’euros, et a été, au inal, très peu afecté par le changement
de traitement de Dooya.
Situaion inancière
L’excédent inancier net est passé de 104,6 millions d’euros à la in
décembre 2017 à 124,0 millions d’euros à la in juin 2018.
L’amélioraion observée s’explique par le mainien à un niveau élevé
de la capacité d’autoinancement, égale à 101,7 millions d’euros sur le
premier semestre, et par le changement de méthode de consolidaion
de Dooya.
Perspecives
Les condiions de marché devraient peu évoluer sur la seconde parie
de l’exercice et conduire ainsi à une hausse du chifre d’afaires,
à données comparables, proche de celle du premier semestre.
L’efort d’invesissement sera parallèlement poursuivi, notamment
dans les domaines à caractère stratégique, et coninuera par
conséquent de peser sur les résultats dans des proporions semblables
à celles constatées sur la première parie de l’année. Une aténuaion
de l’impact de change devrait être, en revanche, enregistrée si l’euro
se mainient à son niveau actuel par rapport aux principales devises.
Proil
Somfy est le leader mondial de l’automaisaion des ouvertures et des
fermetures de la maison et du bâiment, et un acteur clé de la maison
connectée.
Communiqué
Le communiqué sur les résultats semestriels est disponible dans son
intégralité sur le site internet de la Société (www.somfyinance.com).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 // INDUSTRIE & SERVICES
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Sodexo reprend
Crèches de France
Les pilotes de
KLM arrachent
une forte hausse
de salaire
AÉRIEN
Après avoir menacé
de faire grève,
le syndicat VNV
a obtenu jusqu’à
13,45 % de hausse
de salaire pour
les pilotes de KLM.
Bruno Trévidic
@BrunoTrevidic
Alors que la menace d’une
reprise du conflit continue de
planer chez Air France, l’horizon social s’est finalement
éclairci chez KLM. Après des
mois de négociations tendues
et l’intervention d’un médiateur, le syndicat de pilotes néerlandais VNV a annoncé mardi
avoir trouvé un accord de principe avec la direction sur ses
revendications salariales, qui
met fin à tout risque de grève
chez KLM. En janvier dernier,
le président exécutif de KLM,
Pieter Elbers, était déjà parvenu à un accord avec le syndicat du personnel navigant
commercial.
L’accord, intervenu avant
l’arrivée du nouveau directeur
général d’Air France-KLM,
Benjamin Smith, doit encore
être ratifié par les 2.800 pilotes
de KLM. Mais les concessions
supplémentaires arrachées par
le syndicat à la direction de
KLM ne laissent guère de doute
sur l’issue du scrutin. Le syndicat de pilotes, qui avait refusé
l’offre précédente de la direction d’une hausse de salaire de
8 % (4 % de hausse générale et
un jour de congé supplémentaire par mois équivalent à 4 %
de hausse additionnelle), a en
effet obtenu des augmentations
de 9,4 % en long-courrier et de
13,45 % en moyen-courrier,
avec la possibilité pour chaque
pilote de convertir ou non une
partie de cette hausse sous la
forme d’un jour de congé sup-
ÉDUCATION
plémentaire. Et, contrairement
à la précédente proposition,
une partie de la hausse des
salaires sera appliquée de
manière rétroactive à compter
du 1er janvier.
Le conflit couve
chez Air France
Le géant des services
renforce considérablement sa filiale Crèche
Attitude en reprenant
un acteur historique
du marché français
des crèches privées.
Dominique Malécot
@Dmalecot
De quoi faire des envieux du
côté d’Air France, où une intersyndicale comprenant les syndicats de pilotes continue de
réclamer une hausse générale
des salaires de 5,1 % (à laquelle
s’ajouteraient les revendications salariales catégorielles
des pilotes, pour 5 à 6 % supplémentaires). Une revendication
qui a déjà valu à la compagnie
quinze jours de grève au premier semestre, ayant coûté
335 millions d’euros à l’entreprise, et qui pourrait déboucher
sur l’annonce d’un nouveau
préavis avant la fin du mois.
Benjamin Smith,
le nouveau patron,
n’est pas attendu
avant la fin du mois.
L’intersyndicale, qui prévoit
de se réunir vendredi prochain
pour décider de la suite à donner à son mouvement, a en effet
clairement menacé la direction
d’un nouveau préavis si aucun
accord n’est trouvé avant la fin
du mois. Mais jusqu’à présent,
les dirigeants d’Air FranceKLM et d’Air France ont toujours exclu de reprendre les
négociations salariales avant
l’arrivée d’un nouveau patron.
Or Benjamin Smith, dont la
rémunération sera trois fois et
demie supérieure à celle de son
prédécesseur, n’est pas attendu
avant la fin du mois. Et l’accord
conclu chez KLM démontre
qu’un accord peut être trouvé
sans attendre sa prise de fonction, pour autant que le conseil
d’administration d’Air FranceKLM donne son feu vert. n
Filiale du géant français des services
Sodexo, Crèche Attitude s’offre Crèches de France. Cette opération lui
permet d’ajouter 97 établissements
aux 160 qu’il exploite déjà et de compléter son réseau, notamment à
Paris et dans le sud de la France.
Né il y a une quinzaine d’années à
la libéralisation du secteur en
France, en même temps que les leaders Babilou, Grandir (qui opère en
France sous la marque Les Petits
Chaperons Rouges), ou encore La
Maison Bleue, Crèches de France a
fait longtemps figure de belle endormie. Son fondateur, Philippe Austruy, a en effet privilégié un temps
ses autres activités, dans l’immobilier, la viticulture, les maisons de
retraite et les Ehpad, avant de relancer, en 2016, Crèches de France. Disposant d’importants moyens financiers que lui ont procurés ses autres
activités, il s’est assuré pour cela des
services de l’entrepreneur Jacques
Hérail, qui lui a permis de rattraper
une partie du retard pris sur ses con-
Il est désormais admis que la crèche est devenue une pré-école
maternelle, avec un vrai projet pédagogique. Photo Shutterstock
currents et de terminer 2017 sur
36 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cela en présentant la particularité, rare dans le secteur, de développer une activité patrimoniale en
étant propriétaire des murs de ses
établissements. Le groupe s’est aussi
implanté en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et en Allemagne.
« Les 97 crèches de
Crèches de France
complètent notre
réseau, qui passe de
160 à 257 crèches. »
SODEXO
Opportunités rares
Cependant, la seule croissance
organique ne permettait pas à Crèches de France de rejoindre le peloton de tête du secteur. Sur un marché français où les opportunités
d’acquisition d’entreprises de taille
significative sont devenues exceptionnelles, il entre donc dans le
giron de Crèche Attitude. « Ce
rachat s’inscrit dans le cadre d’une
ambitieuse stratégie de développement, qui vise à renforcer son positionnement d’acteur incontournable
du secteur des crèches privées », affirme-t-on chez Sodexo.
Acheté par le groupe en 2013,
Crèche Attitude, qui emploie
1.500 salariés, est intégré au sein de
l’activité services aux particuliers et
à domicile de Sodexo, qui n’en communique pas le chiffre d’affaires.
« Les 97 crèches de Crèches de France
complètent notre réseau, qui passe de
160 à 257 crèches, tout en préservant
notre niveau de qualité d’accueil des
enfants et de leurs familles », ajoutent les nouveaux propriétaires.
De fait, les entreprises de crèches
ne mettent plus exclusivement en
avant le nombre de leurs établissements ou leur couverture géographique pour séduire les familles ou
les entreprises. Même les plus
importantes ont conclu des accords
avec des consœurs respectant les
mêmes critères qu’elles-mêmes
pour proposer des places dans des
villes où elles ne sont pas implantées en propre. Mais c’est surtout le
projet pédagogique qu’elles mettent
en avant, étant désormais admis
que la crèche est devenue une préécole maternelle qui n’a plus rien à
voir avec les garderies d’antan. Celles qui sont implantées à l’étranger,
où leur activité n’est pas limitée à la
petite enfance, capitalisent sur leur
expérience locale pour commencer
à proposer aux parents des services
qui peuvent s’étendre au soutien
scolaire des adolescents. n
Les Dassault au capital d’une étonnante
ETI franco-chinoise
SERVICES
Spécialisé dans les
services aux entreprises,
Aden fait entrer
les Dassault à son capital
après avoir séduit les
actionnaires de Chanel.
LE GUIDE 2018 DU CORPORATE FINANCE
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David Barroux
@DavidBarroux
Partis de zéro il y a vingt ans, Joachim Poylo et François Amman ont
réussi leur pari. Non seulement ils
ont donné naissance à une entreprise de services aux entreprises
(restauration collective, sécurité,
hygiène, maintenance) de 300 millions d’euros de chiffres d’affaires,
mais en plus ils ont constitué un
tour de table prestigieux. Accompagnés depuis une dizaine d’années
par Mousse (fonds de la famille
Wertheimer, propriétaire de Chanel), les fondateurs et dirigeants
d’Aden viennent de faire entrer les
Dassault à leur capital.
Si Groupe Industriel Marcel Dassault a pris un peu moins de 10 %
(pour un montant non communiqué) de cette entreprise peu connue, c’est que cette ETI française est
devenue l’un des leaders chinois du
« facility management », ce métier
qui consiste à gérer pour les entreprises des tâches quotidiennes
qu’elles externalisent pour se concentrer sur le cœur de leur activité.
Perspectives de croissance
colossales
Engagé volontaire pendant la
guerre du Golfe au début des
années 1990, Joachim Poylo découvre qu’à côté de l’armée française
qui internalise les fonctions support, l’armée américaine fait, elle,
appel à des sous-traitants. C’est
dans ce métier qu’il va se lancer en
faisant le pari d’aller conquérir une
Chine qui s’ouvre. « Nous sommes
arrivés en même temps que les
grands groupes internationaux qui
partaient de zéro. Eux devaient construire des usines dans des champs,
nous, on s’occupait du reste », se souvient Joachim Poylo, qui bien que
ne parlant pas chinois allait débaucher ses premiers employés dans
les hôtels.
Aujourd’hui, son entreprise est
présente dans 80 villes chinoises et
Après les multinationales occidentales, Aden suit maintenant
ses clients chinois qui sortent de leurs frontières, en particulier
en Afrique. Photo Dermot Tatlow/Panos-RÉA
emploie 26.000 personnes. Et les
perspectives de croissance sont
colossales. D’abord parce qu’Aden
ouvre dans de nouvelles villes en
Chine, ensuite parce que l’entreprise
s’internationalise. Elle a commencé
par accompagner dans le reste de
l’Asie les multinationales occidentales. Elle suit maintenant ses clients
chinois qui sortent de leurs frontières, en particulier en Afrique. Et elle
n’hésite pas à se lancer dans des
chantiers complexes comme la
construction et la gestion complète
de l’ambassade de l’Union européenne à Mogadiscio. « On s’occupe
de tout pour l’Europe qui nous paie
un loyer », explique le fondateur.
Si le potentiel de croissance a
séduit Wertheimer et Dassault, c’est
aussi parce que cette ETI francochinoise cache une facette technologique. « On capte depuis le départ
des tonnes de “low data” dans tous
nos métiers », relève Joachim Poylo.
Des données stratégiques qui lui
permettent d’offrir des tableaux de
bord précis à tous ses clients. « Les
immeubles et les usines que nous
gérons sont déjà intelligents », explique cet homme de terrain qui commence à élargir son offre en gérant
approvisionnement en eau ou énergies vertes.
« Nous sommes
un porte-avions »
« Notre ambition, ce n’est pas de tout
faire tout seul. C’est aussi de travailler
en partenariat. Nous travaillons par
exemple avec le groupe Monnoyeur,
qui propose des chariots robotisés de
manutention. On a une base de
clients en Chine, ce qui nous permet
de déployer rapidement et à moindre
coût de nouveaux services. Nous
sommes un porte-avions », explique
ce patron d’une entreprise dont le
taux de croissance dépasse les 20 %
et qui ambitionne un jour de réaliser plusieurs dizaines de milliards
de chiffre d’affaires. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
INDUSTRIE & SERVICES // 19
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
L’enseigne de jouets Picwic
ferme à son tour des magasins
Alerte aux
perturbateurs
endocriniens
JOUET
CONSOMMATION
La chaîne du groupe
Mulliez se redimensionne et transforme
son modèle.
Des traces
de substances
suspectées d’être
des perturbateurs
endocriniens
se retrouvent
dans les assiettes
des Européens.
Elle tire le rideau
de 5 unités sur 25.
Nicole Buyse
— Correspondante à Lille
Il y a quarante ans, Stéphane Mulliez – décédé il y a un an –, cousin de
Gérard Mulliez (fondateur
d’Auchan), avait été pionner en
créant la première grande surface
dédiée au jouet en France. Quatre
décennies plus tard, la chaîne
compte 25 magasins, après une
course au gigantisme avec l’ouverture en 2012 d’un 4.000 mètres carrés à Lomme, près de Lille, siège de
l’enseigne.
Sur un marché du jouet très
secoué – Toys’R’Us et La Grande
Récré, en difficulté, attendent des
dé c i s i o n s s u r l e u r so rt c ette
semaine –, l’enseigne nordiste n’est
pas épargnée et a annoncé mardi,
en comité d’entreprise, la fermeture
de 5 magasins déficitaires (SainteGeneviève-des-Bois, Rennes, Gennevilliers, Sarcelles et Englos). Ils
sont, pour certains, situés dans des
zones commerciales en perte de
vitesse ou souffrent d’une concurrence frontale. Ces fermetures
s’accompagnent de 48 suppressions de postes.
Parallèlement, la chaîne a lancé
un plan de transformation en
début d’année. Elle annonce des
investissements stratégiques dans
le reste du réseau et dans le digital.
Un million d’euros a été investi
depuis le début de l’année dans un
nouveau parcours client. Le concept a été lancé avec le magasin
du Havre ouvert en mai dernier.
L’enseigne revient à son ADN dont
elle s’était éloignée : les démonstrations de jeu en magasin, la mise en
scène des rayons, ajoutant le développement d’ateliers pédagogiques. La hauteur des rayons est
Joël Cossardeaux
@JolCossardeaux
Les Européens l’ignorent, mais
le contenu de leurs assiettes
contiendrait de nouveaux risques pour leur santé. Les traces de pesticides que l’on y
retrouve sont, pour 63,21 %
d’entre eux, susceptibles d’être
des perturbateurs endocriniens (PE), en plus du risque
d’être cancérogènes. C’est le
niveau de suspicion record que
vient d’établir l’ONG Générat i o n s Fu t u r e s d a n s u n e
enquête publiée mardi sur son
site Internet. Cette conclusion
se fonde sur les dernières données, dévoilées en juillet, de
l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) sur les
résidus de ces pesticides dans
l’alimentation.
Son rapport chiffrait à 96 %
la part des échantillons alimentaires se trouvant dans les
limites légales quant à la présence de ces résidus. Des traces
de pesticides que la très faible
présence rendait inquantifiable dans 51 % des cas, mais pas
dans les autres. C’est à eux que
l’ONG s’est intéressée de plus
près, concluant que 63.433 des
109.843 résidus quantifiés par
l’Efsa étaient des perturbateurs endocriniens.
Victimes de la concurrence des pure players, la marque a diminué la hauteur de ses rayons
et a révisé la sélection des jouets, y incluant des produits en marque propre. Photo Picwic
diminuée, la sélection des jouets
révisée avec peut-être moins de
références mais une sélection plus
qualitative et le développement de
produits en marque propre.
« Nous avons clarifié l’offre en
repartant du besoin de notre client
qui est l’enfant, avec un merchandising refait pour donner de la clarté,
des meubles moins hauts, des jeux à
leur hauteur, des offres plus claires et
la création d’espaces de jeux qui leur
sont destinés », explique Nathalie
Peron-Lecorps, DG de Picwic.
Comme pour la grande distribution,
les chaînes de magasins de jouets
ont été victimes de la concurrence
des pure players, Amazon en tête.
« Les difficultés du marché du jouet
s’expliquent à la fois par l’évolution
des comportements d’achat et par le
fait qu’il y a aujourd’hui des attentes
non satisfaites. D’une part, on a
oublié que l’enfant était là pour jouer
« On a oublié
que l’enfant était là
pour jouer et que les
parents sont de plus
en plus attachés à
leur
épanouissement. »
NATHALIE PERON-LECORPS
DG de Picwic
et, d’autre part, que les parents sont
de plus en plus attachés à leur épanouissement », ajoute la dirigeante.
Nouveaux services
d’animation
L’enseigne a aussi développé de nouveaux services d’animation en
magasin ou à l’extérieur (goûters
d’anniversaire, arbres de Noël
d’entreprise, location de structures
gonflables, voire de jeux de société).
Enfin elle a renforcé ses équipes
pour accroître la complémentarité
physique-digital de l’enseigne. En
magasin, les vendeurs ont été équipés d’un smartphone pour commander le produit qui manquerait.
L’enseigne a développé le « click and
collect » et déploie progressivement
partout des consignes automatiques
de retrait – un meuble d’une vingtaine de casiers de plusieurs tailles
installés à l’extérieur du magasin. n
Un inventaire minutieux
Pour cette étude, les experts de
Générations Futures se sont
appuyés sur la base de données TEDx, qui répertorie les
molécules suspectées d’avoir
un effet de perturbation endocrinienne. Pas moins de
1.457 molécules, pour lesquelles au moins une étude universitaire publiée dans une revue
scientifique a montré un effet
de p erturbation endo crinienne (malformations à la
naissance, cancers, problèmes de fertilité) y sont listées.
G é n é r a t i o n s Fu t u r e s a
recoupé cet inventaire avec
une partie de la liste des molécules – soit 350 sur 881 – sur
lesquelles portait l’enquête de
l’Efsa en raison du risque cancérogène qu’elles font planer.
Au final, ce ne serait pas la
seule menace. Pas moins de
« 157 substances sur les
350 quantifiées en résidus par
l’Efsa sont des PE suspectés
(44,86 % du total », indique
l’enquête.
Une liste des PE
conçue au niveau
de l’Union
européenne
permettrait d’y voir
plus clair, mais elle
n’existe pas
Une liste des PE conçue au
niveau de l’Union européenne
permettrait d’y voir plus clair,
mai s el l e « n ’ ex i s te p as »,
déplore François Veillerette,
le directeur de l’ONG. L’Union
européenne a adopté en
décembre des critères de définition des PE, avec des années
de retard, mais sans convainc r e l e s O N G . L a Fr a n c e a
adopté en 2014 une stratégie
nationale sur ces PE et a banni
l’un des plus connus, le bisphénol A, des biberons et des
contenants alimentaires. Son
second volet est en cours
d’élaboration, mais sa version
provisoire ne dit « quasiment
rien sur l’alimentation »,
regrette le dirigeant de Générations Futures. n
AVIS FINANCIERS
PROGRESSION DES RÉSULTATS
DU 1ER SEMESTRE 2018 RNPG : +8,2%
Résultats de l’exercice 2017-2018
Baisse du résultat net dans un contexte diicile
Données consolidées à in juin
— Chiffre d’affaires 1er semestre 2018 : 545 M€ (+9,9% par rapport à 2017).
Après retraitement des mouvements de périmètre (2,8 %) et impact des
taux de change (-2,2 %), progression du chiffre d’affaires à pcc* de 9,2%.
Nette progression du chiffre d’affaires à l’international : 49 % (43 % au 30
juin 2017).
RENTABILITÉ OPÉRATIONNELLE PAR PÔLE
9,7 %
Marge
opérationnelle
1er semestre 2018
— GL events Live – Chiffre d’affaires : 283,6M€ - Résultat
opérationnel courant : 23,7 – Marge opérationnelle : 8,4 %.
— GL events Exhibitions – Chiffre d’affaires : 98,7M€ - Résultat
opérationnel courant : 13,4 – Marge opérationnelle : 13,6 %.
— GL events Venues – Chiffre d’affaires : 162,7M€ - Résultat
opérationnel courant : 16,0 – Marge opérationnelle : 9,8 %.
STRUCTURE FINANCIÈRE
— Endettement stable après 35 M€ d’investissements réalisés, 17 M€ de croissance
externe et impact BFR de 16 M€.
— Légère progression du ROCE à fin juin 2018 : 7,0 % (6,9 % au 30 juin 2017).
PERSPECTIVES
— Le groupe confirme son objectif d’une croissance d’activité supérieure à 8%
(à parité monétaire moyenne équivalente à celles du 1er semestre pour la
Livre turque et le Real brésilien) et anticipe un résultat net part du groupe en
amélioration sensible.
*pcc : périmètre et change constants
L’intégralité du communiqué sur gl-events.com
(en millions d’euros)
Chifre d’afaires
Excédent brut d’exploitaion (EBITDA)
Résultat opéraionnel courant
Éléments opéraionnels non courants
Résultat inancier
Impôts sur les bénéices
Résultat net des acivités poursuivies
Résultat net des acivités abandonnées
Bénéice net
2016/17
2016/17
2017/18
774,9
35,7
23,0
(1,7)
(2,4)
(2,6)
16,3
0,1
16,3
774,9
35,7
22,7
(1,7)
(2,4)
(2,5)
16,1
0,1
16,2
756,0
27,5
15,4
(1,1)
(0,9)
(3,1)
10,3
0,0
10,3
Publié
Retraité*
Publié
Variaions
-2,4%
-23,1%
-32,2%
-35,8%
-36,0%
*Données retraitées suite à l’afectaion du prix d’acquisiion de 3Pagen & Vitrine Magique.
ACTIVITÉ
Le groupe Damartex clôture l’exercice 2017/2018 sur un chifre d’afaires de
756,0 M€, en baisse de -2,4% à taux réels par rapport à l’exercice précédent
(-1,7% à taux de change constants et -4,3% à taux de change et périmètre
constants). Après un premier trimestre dynamique, la performance du
Groupe a été fortement impactée durant le 2nd semestre de l’exercice écoulé
par la consommaion atone en France et par l’atenisme des clients en
Angleterre (inceritude liée au Brexit).
L’acivité “Texile” enregistre un chifre d’afaire de 585,5 M€ (-4,5% à taux
réels), en retrait de -3,9% à taux de change constants sur l’exercice.
L’acivité “Home & Lifestyle”, dédiée aux équipements de la personne et de
la maison, progresse en revanche de +6,4% à taux de change constants,
à 170,5 M€ (+5,5% à taux réels) sur l’ensemble de l’exercice.
RÉSULTATS
Au cours de l’exercice, l’EBITDA ressort à 27,5 M€, soit 3,6 % du chifre
d’afaires, en retrait de -23,1%.
Le résultat opéraionnel courant s’élève à 15,4 M€ en baisse de -32,2%,
afecté principalement par le recul de l’acivité. La marge produits ne s’est
que légèrement dégradée démontrant la résilience du Groupe face à des
efets de change importants et à une pression concurrenielle accrue.
Sur l’exercice, le Groupe a par ailleurs su diminuer ses coûts indirects grâce
notamment à des eforts de gesion et maitriser ses frais commerciaux
sans pour autant abandonner la prospecion. En revanche la volailité de
la demande a entrainé une hausse des frais de distribuion, confortant le
Groupe sur la nécessité de coninuer à invesir pour améliorer sa lexibilité.
Le résultat opéraionnel courant de l’acivité “Texile” s’élève à 9,6 M€, en
recul de -31,9%, principalement impacté par la baisse d’acivité d’Aibel.
Le pôle “Home & Lifestyle” aiche également un résultat opéraionnel
courant en décroissance de -32,6% à 5,8 M€ dû principalement à un efet
de saisonnalité défavorable, mais atendu, lié à l’acquisiion de 3Pagen et
Vitrine Magique. Comme indiqué lors des résultats du 1er semestre, les
résultats du 1er trimestre (non intégrés l’exercice précédent) ont aiché une
contribuion négaive de -2,5M€.
Le résultat net aiche une baisse sensible de -36,0 % à 10,3 M€ du fait de
la baisse d’acivité. La normalisaion du taux d’imposiion du Groupe a été
plus que compensée par l’amélioraion des résultats inanciers qui avaient
soufert des efets du “Brexit” sur l’exercice précédent.
SITUATION FINANCIÈRE
L’endetement inancier net ressort à 30,5 M€ à in juin 2018 contre
35,1 M€ à in juin 2017. Le Groupe réussit ainsi à se désendeter tout en
maintenant sa poliique volontariste d’invesissements stratégiques qui
s’élèvent à 17,7 M€ sur l’exercice.
DIVIDENDE
Le Directoire proposera à l’Assemblée Générale prévue le 14 novembre 2018
la distribuion d’un dividende de 0,50€ par acion.
PERSPECTIVES
Le groupe Damartex entend maintenir un niveau d’invesissement soutenu
ain de poursuivre sa stratégie de transformaion et de conquête du marché
des 55+. En parallèle, le Groupe accélère l’opimisaion et la lexibilisaion de
ses coûts pour faire face aux évoluions du secteur.
PROFIL
Le groupe Damartex avec ses onze enseignes Damart, Aibel, La Maison du Jersey,
Xandres pour l’acivité “Texile”, 3Pagen, Vitrine Magique Coopers of Storford, Jours
Heureux, Delaby, Sedagyl et Vivadia pour l’acivité “Home & Lifestyle”, igure parmi les
principaux distributeurs européens pour seniors (segment 55+). Le Groupe développe une
stratégie omni-canal diféreniée selon l’enseigne et le pays. Il est principalement présent
en France, Grande-Bretagne, Belgique et Allemagne. www.damartex.com
CONTACTS
Damartex : Bruno Defache - Tél. : 03 20 11 45 30 - bdefache@damartex.com
Shan : Alexandre Daudin - Tél. : 01 44 50 51 76 - alexandre.daudin@shan.fr
CALENDRIER
• Réunion d’informaion inancière -résultats annuels 2017/2018 : 5 septembre 2018
• Publicaion du chifre d’afaires du premier trimestre 2018/2019 : 18 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 // INDUSTRIE & SERVICES
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Après Airbus, Boeing souffre
du retard de ses fournisseurs
MÉDICAMENTS
AÉRONAUTIQUE
Pfizer, Sanofi,
Merck ou GSK
ont dû investir
pour augmenter
leurs stocks de
médicaments en
Grande-Bretagne.
La production des 737
est perturbée.
Le motoriste CFM,
filiale de GE
et Safran, accuse des
retards de livraison.
Bruno Trévidic
@BrunoTrevidic
55 Boeing 737 en attente sur
la chaîne d’assemblage
Selon le journal local « Puget Sound
Business Journal », qui a été le premier à évoquer ces problèmes, pas
moins de 55 Boeing 737, d’une
valeur totale, au prix catalogue, de
5,6 milliards de dollars, étaient
ainsi stockés autour de son unique
chaîne d’assemblage de monocouloirs de Renton, près de Seattle. Sur
des photos publiées sur Twitter, la
plupart de ses 737 apparaissent
dans l’attente de leurs moteurs
CFM. Mais d’autres fournisseurs
auraient également contribué à ces
retards de production, tels que
l’équipementier américain Spirit,
qui fabrique des tronçons de fuselage de Boeing 737.
Le B737 reste l’avion le plus vendu par la firme américaine. Et, malgré les retards, l’avionneur
maintient son rythme de production de 47 à 52 appareils par mois en 2018. Photo Ben Stansall/AFP
Malgré ces difficultés évidentes,
la direction de Boeing a réaffirmé,
fin juillet son objectif de livraison
de 810 à 815 avions commerciaux
en 2018. Le groupe, qui a également
revu à la hausse son objectif de chiffre d’affaires (entre 97 et 99 milliards de dollars), reconnaît rencontrer des difficultés avec certains
Boeing a réaffirmé,
fin juillet son objectif
de livraison de 810 à
815 avions en 2018.
Le rythme de production de 737,
passé cette année de 47 à 52 B737
par mois, n’a pas été revu à la baisse.
Et si Boeing prévoit de livrer moins
de 737 au troisième trimestre, l’avionneur se fait fort de rattraper son
retard, par une accélération des
livraisons au quatrième trimestre.
Par ailleurs, Boeing n’a pas renoncé
à son objectif de passer à 57 B737
par mois en 2019.
Airbus aussi met le turbo
fournisseurs comme CFM et Spirit,
mais assure que « tout est sous contrôle », grâce à l’utilisation de « ressources supplémentaires » sur le site
de Renton.
Même optimisme affiché chez Airbus. Malgré les retards de livraison
de moteurs Pratt & Whitney et
CFM pour ses A320neo, Airbus se
fait fort, lui aussi, de tenir son objectif « d’environ 800 livraisons » en
2018 (contre 303 au premier semestre), ce qui constituerait son nouveau record de production. L’avionneur européen a fortement
accéléré la cadence cet été, avec
63 livraisons d’A320 en juillet, et
prévoit toujours de passer de 55 à
63 monocouloirs par mois en 2019.
Cependant, ces tensions sur la
chaîne de sous-traitants laissent
planer un doute sur la capacité
d’Airbus et Boeing à aller bien audelà des cadences actuelles.
L’hypothèse de 70 A320 par mois,
évoquée par le PDG d’Airbus, Tom
Enders, au-delà de 2020, semble
notamment inenvisageable tant
que les motoristes n’auront pas
réussi leur propre montée en
cadence, d’ici à 2020.
Ces difficultés laissent aussi planer le doute sur les capacités de la
chaîne de sous-traitants à absorber
la montée en cadence annoncée de
l’A220 et du E2 d’Embraer, ainsi que
le lancement d’un nouveau modèle
milieu de gamme par Boeing. n
en bref
Venez rencontrer les candidats
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de la 26e édition du Prix de
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Paris
Mercredi 12
septembre
AuvergneRhône-Alpes
Lyon
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Sud-Est
Grand Sud
Marseille
Toulouse
Mardi 18
Jeudi 27
septembre
septembre
Ouest
Est
Nantes
Strasbourg
Mardi 25
Mardi 2
septembre
octobre
Nord de
France
Mouvaux
Jeudi 4
octobre
Cérémonie
Nationale
Salle Pleyel, Paris
Jeudi 18
septembre
En partenariat avec :
octobre
Avec le soutien de :
Partenaire média :
© 2018 Ernst & Young et Associés - Tous droits réservés. 1805SG314
l’occasion des cérémonies !
île de
France
16 % de leur R&D dans le pays
alors qu’elles y réalisent seulement 9 % de leurs ventes. « Pour
les Etats-Unis ou le Japon, le
Royaume-Uni a souvent été
perçu comme un moyen d’accéder au marché européen », souligne PwC dans un rapport sur
les implications du Brexit pour
le secteur.
Une baisse des effectifs
Emmanuel Grasland
@EGrasland
et Jean-Michel Gradt
@ogrady99
L’avionneur maintient
pourtant ses objectifs.
Boeing ne fera pas exception. A
l’instar des « compagnons » d’Airbus qui vont encore devoir faire des
heures supplémentaires pour
atteindre les objectifs de livraisons,
les salariés du géant américain
devront, eux aussi, mettre les bouchées doubles au quatrième trimestre, pour tenir les engagements. Comme son rival européen,
l’avionneur américain doit faire
face aux difficultés de production
de plusieurs fournisseurs clefs, au
premier rang desquels le motoriste
CFM International, filiale à parts
égales de GE et Safran, qui retardent les livraisons de 737 – le plus
vendu des modèles de Boeing. Et
comme Airbus à Toulouse et à
Hambourg, Boeing en est réduit à
devoir stocker des dizaines d’appareils incomplets.
Les laboratoires
pharmaceutiques vont
sentir passer le Brexit
Combibloc, spécialiste des
emballages en carton, propriété du fonds d’investissement canadien Onex, a
annoncé son intention de
s’introduire en Bourse au
cours des prochains mois,
espérant ainsi lever 1 milliard
d’euros. Cette opération doit
lui permettre de se désendetter, a indiqué dans un communiqué cette entreprise,
concurrente de Tetra Pak, qui
fabrique également des
emballages en carton ainsi
que des machines pour les
boissons et l’alimentation,
tout en mettant en avant ses
solides perspectives de croissance. Le fonds d’investissement Onex devrait conserver
une participation de l’ordre
de 50 % ou plus à l’issue de
l’opération, a-t-elle ajouté.
Sur les douze derniers mois,
le chiffre d’affaires a atteint
1,6 milliard d’euros p our
480 millions d’euros d’excédent brut d’exploitation.
Les laboratoires pharmaceutiques font tourner leurs calculettes outre-Manche. Pfizer, le
numéro un mondial du secteur,
vient d’évaluer l’impact du
Brexit sur ses comptes à environ 100 millions de dollars. Un
montant lié à la nécessité
d’obtenir à l’avenir une autorisation de mise sur le marché
spécifique pour l’Europe et le
Royaume -Uni, de revoir
l’emballage des produits, la gestion des tests et des licences
d’imp ortation mais aussi
d ’a n t i c i p e r u n e a b s e n c e
d’accord. Les incertitudes sur
l’issue des négociations ont en
effet forcé des géants comme
Sanofi, AstraZeneca, GSK ou
l’américain Merck à se préparer au pire des scénarios, en
augmentant leurs capacités de
stockage de médicaments
outre-Manche.
Six semaines de stocks
Le mois dernier, le ministère
britannique de la Santé a
d’ailleurs demandé aux firmes
pharmaceutiques de se doter
d’au moins six semaines de
stocks, afin de faire face à des
difficultés pour transporter des
produits entre le Royaume-Uni
et l’Union européenne. L’industrie, dans son ensemble, va bien
plus loin. Sanofi est ainsi passé
de 10 à 14 semaines de stocks
outre-Manche. AstraZeneca,
qui emploie près de 7.000 personnes au Royaume-Uni, a
accru les siens de 20 %. Des
mesures qui ne sont pas neutres budgétairement…
Dans son rapport annuel,
GSK est l’une des entreprises
pharmaceutiques les plus précises en la matière. Elle évalue
l’impact du Brexit à environ
70 millions de livres de coûts
exceptionnels étalés sur deux ou
trois ans (77 millions d’euros),
auxquels s’ajoutent 50 millions
de livres de coûts annuels supplémentaires liés à des frais de
douanes ou d’administration.
En décembre dernier, Johnson
& Johnson avait estimé que le
Brexit allait forcer l’entreprise à
réaliser 50.000 tests supplémentaires de produits par an.
Dans ces conditions, le devenir des investissements de R&D
des grands laboratoires au
Royaume-Uni suscitent bien
sûr des interrogations.
Aujourd’hui, l’industrie de la
santé emploie 220.000 personnes outre-Manche. Les laboratoires investissent en moyenne
Le Brexit va aussi avoir un
impact lourd sur les structures
en charge de l’évaluation scientifique et du contrôle de la
s ûret é d es médi cament s.
L’Agence européenne des
médicaments (AME), implantée à Londres depuis sa création
en 1995, va ainsi transférer son
siège à Amsterdam. « Une
baisse des effectifs d’environ
30 % est attendue », a-t-elle précisé début août. Les premières
enquêtes indiquaient que 19 %
des actuels employés pourraient refuser de déménager à
Amsterdam. Mais la direction
estime aujourd’hui que ce taux
s e r a p l u s é l e vé . S u r t o u t ,
l’agence a cessé de passer des
contrats avec le Royaume-Uni
avec sept mois d’avance sur la
date officielle de sa sortie de
l’UE, prévue en mars 2019, a
révélé lundi « The Guardian ».
Tous les médicaments vendus en Europe sont soumis à
un long processus d’autorisation avant d’être mis sur le marché. L’Agence britannique de
réglementation des médicaments et des produits de santé
(MHRA), impliquée dans 30 %
des cas selon PwC, avait jusqu’ici joué un rôle prépondérant dans ce processus. Mais à
cause du Brexit, la MHRA n’a
remporté que deux contrats
cette année auprès de l’AME
Pfizer, le numéro un
mondial, évalue la
note à 100 millions
de dollars.
sur un total de 36 candidatures.
« Nous ne pouvions pas attribuer le travail à de nouveaux
médicaments car l’expert doit
être disponible tout au long de la
période d’évaluation, et parfois
cela peut prendre un an », a
expliqué une porte-parole de
l’entité européenne.
Pour autant, les Britanniques
ne seront sans doute pas les
seuls à pâtir de l’impact du
Brexit. L’AME a récemment
exprimé ses « graves préoccupations » concernant la disponibilité de certains des 108 médicaments qui ne sont fabriqués
qu’outre-Manche. Aujourd’hui,
la production de plus de
2.600 produits passe, à un
moment ou un autre, par le
Royaume-Uni. Chaque mois,
45 millions de boîtes de médicaments sont expédiées des îles
Britanniques, alors que 37 millions de boîtes empruntent le
chemin inverse. Que deviendra
cette belle mécanique avec le
Brexit ? n
Pour certains laboratoires, le Royaume-Uni était la porte
d’entrée de l’Europe. Photo Paul Box/Report Digital/RÉA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
INDUSTRIE & SERVICES // 21
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
marketing
Prix du lait : les éleveurs
restent dans le brouillard
AGROALIMENTAIRE
Les producteurs se
plaignent du manque
de transparence
des industriels
et des distributeurs.
filière signés par toutes les parties… et
pourtant les transformateurs refusent cette nécessaire transparence »,
tempête la FNPL.
Les Français toqués
de gastronomie
Cacophonie
Marie-Josée Cougard
@CougardMarie
Le prix du lait va-t-il enfin perdre de
son opacité ? A en croire la Fédération nationale des producteurs de
lait (FNPL), cet espoir n’a guère de
chance de se réaliser. Des mois de
discussions avec les industriels et
les distributeurs pour lever le voile
sur les marges de chacun n’ont finalement servi à… rien. Malgré les
injonctions du chef de l’Etat,
Emmanuel Macron, qui ne veut
plus que les producteurs de lait travaillent à perte. « Les éleveurs doivent tirer un revenu de leur activité »,
avait dit et répété le Président de la
République.
A l’occasion des Etats généraux
de l’alimentation, Emmanuel
Macron avait mis autour de la table
toutes les filières professionnelles,
des producteurs aux distributeurs
en passant par les industriels, pour
qu’elles s’entendent sur une répartition plus équitable des marges.
Résultat, à ce jour, rien de neuf sous
le soleil. « Ça coince », disait la FNPL
mi-juillet. Ça coince toujours, a-telle répété le 4 septembre. « Nous
sommes censés nous entendre sur
des indicateurs de valorisation de
l’ensemble des marchés laitiers : c’est
écrit noir sur blanc dans les plans de
En fait, les industriels jugent cette
démarche de moralisation des relations commerciales totalement
« angélique ». Ils ne croient pas un
instant que la loi Macron sur l’alimentation va changer l’attitude des
distributeurs dans les négociations
des prix. Une bonne raison pour ne
pas fournir leurs marges. « Nous
sommes d’accords pour un indicateur
public de prix. Mais nous nous réservons le droit de moduler les prix aux
producteurs en fonction du marché »,
précise Lactalis, le numéro un
mondial des produits laitiers.
Pour la FNPL, certains
industriels ne
répercutent pas les
hausses du beurre
(12 %) ou du lait (2 %).
De leur côté les distributeurs
refusent de passer pour les fauteurs
de trouble dans l’histoire. « Il est
faux de dire que nous ne donnons pas
nos marges. Nous renseignons
l’Observatoire des prix chaque fois
qu’il nous interroge. On ne peut pas
en dire autant des industriels »,
affirme la Fédération du commerce
et de la distribution (FCD).
Reste qu’il faut 18 mois à deux ans
à l’Observatoire des prix et des marges pour traiter toutes ces données
et les publier. Autant dire que dans
RESTAURATION
L’engouement pour les chefs
et leurs établissements
va croissant. Il est porté par
une hausse de la créativité,
de la qualité et par Internet,
selon une étude.
mation sur la gastronomie sont
le bouche-à-oreille et Internet.
Chez les plus jeunes comme
pour les CSP+, la place des
réseaux sociaux se développe
particulièrement vite. « Les
nouveaux usages s’ancrent
dans les mœurs », constate
Stanislas Leblanc.
Exigence accrue
Clotilde Briard
@ClotildeBriard
Les industriels ne souhaitent pas préciser leurs marges, estimant
qu’il faut les négocier en fonction du marché. Photo Shutterstock
un monde où les situations de marchés se retournent en quelques
semaines, voire quelques jours,
l’opération perd beaucoup de son
intérêt. Reste aussi, que « certains
industriels » selon la FNPL, se gardent bien de faire profiter les producteurs des hausses récentes
qu’ils ont obtenues sur le beurre par
exemple, payé 12 % de plus en 2018
ou le lait, qui est remonté de 2 %.
Juste 315 euros la tonne
« Nous avons le sentiment que Lactalis se refait une santé sur le dos des
producteurs après le scandale sani-
taire qu’il a provoqué dans le lait
infantile », a expliqué mercredi
André Bonnard, le secrétaire général de la FNPL. Le géant de Laval est
aujourd’hui le moins disant en termes de rémunération des producteurs avec un prix à 315 euros la
tonne, inférieur au coût de revient
estimé à 320 euros par la FNPL,
hors prime de qualité.
Accusés pendant des mois d’être
incapables de fournir leurs coûts de
production, les éleveurs affirment
désormais savoir très précisément
ce qu’il en est pour le lait produit en
plaine, en montagne et en bio. n
AVIS FINANCIERS
Les Français n’ont jamais été
aussi férus de gastronomie : 9
sur 10 estiment qu’elle représente pour eux un centre d’intérêt. Et la moitié des moins de
35 ans jugent qu’elle les concerne davantage qu’avant, selon
l’étude « Les Français, l’art de la
table et leur lien à la restauration » réalisée par Food Service
Vision pour Tous au Restaurant
2018. L’opération, qui permettra du 1 e r au 14 octobre aux
clients de quelque 2.000 établissements de se voir proposer un
menu spécial dont l’un est réglé
et l’autre offert au deuxième
convive, voulait disposer d’un
observatoire.
« L’image de la gastronomie
bouge, sous l’impulsion notamment des émissions de télévision
qui ont fait mieux découvrir au
public les cuisines et le métier de
chef. Elle est devenue un véritable
sujet de conversation, d’échange»,
« Avant, l’expérience au restaurant se vivait au moment du
repas, souvent après avoir consulté un guide. Aujourd’hui, elle
est plus longue. On consulte le
site Internet, on se renseigne sur
les avis des autres. Pendant la
dégustation, on a tendance à
faire des photos des plats pour
les garder en mémoire. Et après,
on poste visuels et commentaires sur les réseaux sociaux »,
détaille François Blouin. Une
personne sur deux, en effet,
prend occasionnellement des
clichés à table. Les habitués du
genre ne se contentent plus de
mitrailler ce qu’il y a dans leur
assiette. La décoration et la
carte font aussi l’objet de leur
attention. « Pour certains restaurants, cela peut amener à
revoir la manière dont on scénarise la salle et l’assiette », ajoutet-il. Quitte à mettre le nom de
l’établissement en évidence sur
la vaisselle pour être bien
repéré sur les réseaux sociaux,
Instagram en tête.
en bref
Résultats consolidés en M€
Chifre d’afaires
Résultat Opérationnel
Courant
Taux de marge
opérationnelle courante
S1 2018
S1 2017
Variation
709,8
666,5
6,5 %
16,6
17,8
-7,1 %
2,34 %
2,68 %
Résultat opérationnel
17,1
17,1
0,1 %
Résultat net des sociétés
intégrées
14,5
13,5
7,5 %
Résultat net - part
attribuable aux
actionnaires de SAMSE
13,5
12,4
9,0 %
Capitaux propres
458,0
424,1
8,0 %
Dette inancière nette
178,3
181,3
-1,6 %
38,9 %
42,8 %
Ratio d’endettement
inancier
Saint-jacques :
la Marine envoyée
pour apaiser
le conflit
PÊCHE La marine française
est « prête à intervenir » pour
éviter des « heurts » entre
pêcheurs français et britanniques, en conflit sur les
zones de pêche de la coquille
S a i n t- Ja c q u e s , a d é c l a r é
mardi le ministre de l’Agriculture et de la Pêche,
Stéphane Travert. Il a en
outre indiqué qu’il ne pouvait parler au nom de la
marine britannique, également annoncée sur les lieux
par les médias.
On choisit de plus en plus un restaurant sur le Net. Or il
n’est pas aisé pour tous de s’y distinguer. Photo Xavier Popy/RÉA
Trois offres
de reprises
pour Toys R Us
France
relève François Blouin, président fondateur de Food Service
Vision. « Pour les plus jeunes, la
gastronomie représente un motif
croissant de sortie », ajoute Stanislas Leblanc, le directeur de
Tous au Restaurant.
DISTRIBUTION Toys “R” Us
Internet roi
France a reçu trois offres de
reprise globales. Un nombre
supérieur de dossiers a été
déposé au tribunal de commerce d’Evry, mais les autres
misent sur la découpe de la
chaîne de magasins de jouets.
Parmi les offres qui proposent
de maintenir l’acitivité, celle
de Pierre Mestre, le propriétaire d’Orchestra, affirme un
proche du dossier. Des fonds
d’investissement auraient
aussi manifesté leur intérêt.
Le tribunal doit statuer début
octobre. Toys “R” Us France
poursuit pour l’heure son
activité et paie ses fournisseurs. Les repreneurs doivent
négocier avec les créanciers
américains de Toys “R” Us qui
ne sont pas les mêmes pour
les magasins et la marque.
Cet engouement représente
une bonne nouvelle pour la restauration. « Les Français ont le
sentiment que les établissements
se sont améliorés sur le plan de la
créativité et de l’esthétique. Ils
ont aussi conscience qu’il y a un
retour vers le produit, que les restaurateurs achètent davantage
localement et que l’on peut leur
faire de plus en plus confiance
pour proposer de la cuisine de
qualité. Cela recrée de l’envie et
du trafic », constate François
Blouin. Autre élément clef : les
Français jugent plus facile
aujourd’hui de trouver de bons
restaurants à prix accessibles.
Le choix d’un établissement
se fait à l’avance. Seul un quart
des visites sont décidées en
passant devant. Et, selon l’étude,
les premières sources d’infor-
Mais tous les restaurants
n’en sont pas au même stade.
« Pour nombre d’indépendants,
l’adoption de nouveaux codes
peut sembler angoissante. Certains ne savent pas comment
procéder pour émerger sur Internet », note Stanislas Leblanc.
Les chefs doivent rester vigilants. Si environ 80 % des moins
de 35 ans et 69 % des gens tous
âges confondus estiment que
l’évolution de la cuisine donne
plus envie d’aller au restaurant
qu’avant, près de trois Français
sur quatre se disent aussi plus
critiques envers les établissements qu’ils fréquentent. Si
le sujet passionne, le niveau
d’exigence grimpe.
4
À NOTER
Cette année, Tous au Restaurant investit les musées
de Paris, Lyon, Toulouse et
Marseille avec des menus
s’inspirant des œuvres présentées. Dans certains cas,
le chef sera en duo avec une
personnalité de la culture.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 //
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
en
pixels
DR
HIGH-TECH
&MEDIAS
La famille Getty a racheté au fonds
d’investissement dans le non-côté
Carlyle sa participation de 51 %
dans l’agence Getty Images pour
250 millions de dollars plus
2,35 milliards de dettes.
Cela donne une valeur d’entreprise
de 3 milliards. Celle-ci était
de 3,3 milliards en 2012, lorsque
Carlyle a pris le contrôle
de la banque d’images.
Record pour
la production
britannique
Shutterstock
Getty Images revient
dans la famille
Netflix et Amazon ont dépensé
150 millions de livres dans les
programmes audiovisuels « made
in the UK » l’an dernier. Cela a
permis au secteur de la production
britannique d’atteindre un revenu
annuel record de 2,7 milliards de
livres, selon le « Guardian », grâce
aussi à des programmes comme
« Sherlock » ou « Victoria ».
27,9
MILLIONS DE WEARABLES
C’est le nombre de bracelets
et de montres connectés sortis
des usines des fabriquants au
second trimestre, d’après IDC.
Ce chiffre augmente de 5,5 %
par rapport à il y a un an.
Il décline en Europe
et aux Etats-Unis, mais pas
dans les pays émergents.
Free perd des abonnés,
mais améliore ses marges
Vers un
nouveau
géant des
télécoms
en Chine
l Au deuxième trimestre, l’opérateur a perdu 200.000 clients dans le mobile, une première.
l Malgré un rebond mardi, l’action Iliad a perdu la moitié de sa valeur en un an.
TÉLÉCOMS
Selon Bloomberg,
Pékin étudie la
fusion entre China
Unicom et China
Telecom, deux des
trois opérateurs
que compte le pays.
TÉLÉCOMS
Sébastien Dumoulin
@sebastiendmln
La crise s’amplifie chez Free. « Les
résultats commerciaux en France
ont été décevants », a reconnu Thomas Reynaud, le nouveau directeur
général du groupe, en présentant
les chiffres du premier semestre.
C’est un euphémisme. Pour la première fois depuis son lancement
dans le mobile en 2012, l’opérateur
perd des clients sur ce segment. Ils
sont 200.000 à avoir quitté le navire
au deuxième trimestre. Et dans le
fixe, son activité cœur, le désamour
des clients ne s’est pas démenti.
Après avoir cédé du terrain pour la
première fois au début de l’année
(19.000 abonnés de moins en trois
mois), le groupe n’a pas réussi à
inverser la tendance. Au deuxième
trimestre, ce sont 28.000 détenteurs
de Freebox qui ont cédé aux sirènes
de la concurrence.
Free est victime de la guerre des
prix qu’il a largement contribué à
lancer dans les télécoms tricolores.
Depuis le printemps dernier, SFR,
Orange et Bouygues Telecom ont
tous lancé des offres à moins de
5 euros pour des forfaits généreux
en données (environ 20 Go selon les
opérateurs). Ces offensives ont fait
des ravages parmi les clients Free.
Seule consolation,
la rentabilité se porte bien
Sans surprise, le chiffre d’affaires du
groupe s’en ressent. Au deuxième
trimestre, les revenus reculent légèrement, de 1,3 % par rapport à 2017,
à 1,2 milliard d’euros. Seule consolation dans ce paysage morose, la rentabilité de l’opérateur se porte bien.
La marge d’Ebitda en France atteint
37,3 % sur les six premiers mois de
l’année, contre 36,4 % un an plus
tôt. Et le groupe continue de viser
les 40 % en 2020.
Le directeur financier d’Iliad,
Nicolas Jaeger, n’a pas manqué de
se raccrocher à cette bonne nou-
Raphaël Balenieri
@RBalenieri
velle. « L’Ebitda de nos activités en
France a augmenté d’environ 20 millions d’euros sur cette moitié d’année,
ce qui montre que notre modèle économique est résilient », s’est-il félicité devant les analystes.
L’opérateur se veut rassurant. Les
clients mobiles qui ont claqué la
porte au deuxième trimestre sont
« exclusivement les détenteurs de
forfaits à 2 euros, ou zéro euro s’ils
sont également clients Freebox »,
assure le groupe. Autrement dit, les
moins rentables. Et comme, en
parallèle, les coûts de l’itinérance
facturés par Orange pour l’utilisation de son réseau mobile diminuent à mesure que Free construit
le sien, les termes de l’équation
s’améliorent – quand bien même
des centaines de milliers d’abonnés
« L’Ebitda de nos
activités en France
a augmenté
d’environ 20 millions
d’euros sur cette
moitié d’année, ce
qui montre que
notre modèle
économique est
résilient. »
NICOLAS JAEGER
Directeur financier d’Iliad
manquent à l’appel. Les difficultés
d’Iliad, la maison mère de Free, n’ont
pas surpris les marchés. Tous ses
concurrents avaient annoncé des
gains substantiels d’abonnés mobiles au deuxième trimestre : 182.000
pour Orange, 121.000 pour Bouygues Telecom, 210.000 pour SFR.
Mathématiquement, Free en a fait
les frais.
La prochaine box
très attendue
Le maintien des marges et la
reprise des recrutements pendant
l’été ont adouci l’amère potion des
résultats pour les investisseurs.
Tout comme l’ambiguïté de Xavier
Niel sur une éventuelle consolidation du secteur. « Je ne suis pas prêt
à céder le contrôle », a tout de même
précisé le fondateur du groupe aux
analystes. En Bourse, l’action, qui
avait perdu près de la moitié de
sa valeur en un an, a clôturé en
hausse de 6,62 % mardi. Malgré
cela, la capitalisation boursière
d’Iliad a fondu de près de 5 milliards d’euros depuis mars.
« Pour s’en sortir, Free n’a pas le
choix, il doit réussir la prochaine version de sa box », estime un analyste. Annoncée pour l’automne,
cette nouvelle version du boîtier
d’accès à Internet et à la télévision
arrive sept ans après la précédente.
Très attendue par les aficionados de
la marque, elle l’est désormais tout
autant par les investisseurs.
(
Lire « Crible »
Page 34
Iliad affiche déjà 1,5 million d’abonnés mobiles en Italie
Deux mois après son
lancement dans la Botte,
l’opérateur tricolore
y démontre l’efficacité de
sa stratégie commerciale.
« Il n’y a eu qu’un seul lancement
d’opérateur meilleur que celui d’Iliad
en Italie… et c’était celui de Free, en
France, en 2012. » Thomas Reynaud
ne cache pas sa satisfaction. Le
directeur général d’Iliad a beau
affronter des vents contraires sur le
marché hexagonal ces derniers
mois, son pari italien lui réussit
pour l’instant.
Un positionnement
attractif en milieu hostile
Début août, soit deux mois
après son lancement de l’autre côté
des Alpes, Iliad a convaincu 1,5 mil-
lion d’Italiens de souscrire à ses services. Et ce, avec seulement 9 boutiques dans tout le pays, et environ
500 distributeurs automatiques de
cartes SIM. Son offre initiale a
prouvé la pertinence de sa stratégie.
Facturée 5,99 euros pour des communications illimitées et 30 Go de
données – elle était réservée au premier million de clients. Après
l’avoir étendue aux 300.000 suivants, le groupe français a cessé de
la commercialiser fin août.
Iliad ne propose plus désormais
aux Italiens qu’une autre offre, avec
davantage de données (40 Go en
tout), et plus chère (6,99 euros par
mois). Les clients n’ont visiblement
pas été rebutés. Réservée aux
500.000 premiers clients, celle-ci a
très vite été également étendue aux
200.00 suivants. « C’est l’ADN
d’Iliad », estime Sylvain Chevallier,
analyste chez BearingPoint. « Ils ont
toujours été très bons pour les lancements. Il y a un vrai savoir-faire pour
gagner des parts de marché en terrain hostile. »
Encore très loin
de couvrir ses frais
Avec un positionnement très
attractif par rapport aux trois
concurrents – Telecom Italia, Vodafone et Wind Tre – et une communication agressive, dénonçant les surfacturations de ses pairs, le groupe
de Xavier Niel a enfoncé un coin
dans le marché transalpin. Et la
riposte rapide de ses adversaires,
qui ont tous dégainé des offres similaires dans la foulée du lancement
d’Iliad, n’a pas enrayé la mécanique
du français.
Iliad se garde bien de crier victoire
pour autant. « Il nous faut montrer
que nous savons transformer ce succès commercial en succès financier »,
explique Thomas Reynaud. Avec
9 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son premier mois d’exercice,
le groupe est encore très loin de couvrir ses frais. Sur la première moitié
de l’année, l’Italie coûte au groupe
28 millions d’euros d’Ebitda. Et les
164
MILLIONS D’EUROS
ont été investis au premier
semestre par Iliad en Italie,
pour l’achat de fréquences
et la construction du réseau.
investissements déjà consentis
(164 millions d’euros au premier
semestre pour l’achat de fréquences
et la construction du réseau) ne sont
qu’une première salve. Le groupe
doit notamment participer aux prochaines enchères sur les fréquences
5G en Italie.
Après ces premiers résultats
encourageants, Iliad maintient son
objectif de rentabilité opérationnelle
dans la Botte avec moins de 10 % de
parts de marché, soit 9 millions de
cartes SIM, selon le directeur financier d’Iliad, Nicolas Jaeger. Mais le
groupe ne donne aucune indication
de calendrier. Pas plus qu’il ne précise à quel horizon il pourrait éventuellement se lancer sur le marché
du fixe italien… ou sur un autre marché européen.
— S. Dum.
Une mégafusion se dessine en
Chine dans les télécoms. Selon
l’agence Bloomberg, qui cite
mardi plusieurs sources anonymes, Pékin envisagerait de rapprocher China Unicom et China
Telecom, deux des trois opérateurs chinois, afin de faire émerger un géant capable d’investir
de plus belle dans la 5G.
La fusion, si elle était approuvée, donnerait naissance à un
mastodonte de 590 millions
d’abonnés, juste derrière China
Mobile, le plus grand opérateur
du monde, avec 910 millions de
clients. La fusion s’inscrit dans
le cadre de la politique industrielle de Pékin. En regroupant
ses champions nationaux, la
Chine a fait émerger récemment des géants mondiaux
dans une myriade de secteurs
allant de l’acier à la fourniture
d’électricité, en passant par les
télécoms.
Côté opérateurs, la dernière
opération, dans ce secteur,
remonte à 2008. Cette année-là,
China Unicom et China Netcom
avaient fusionné au nom de la
convergence « fixe + mobile ».
En 2014, le régime communiste
avait ensuite regroupé les tours
télécoms détenues par les trois
opérateurs nationaux au sein
d’une société, China Tower,
devenue alors le numéro un
mondial du secteur.
Investissements
colossaux dans la 5G
Cette fois-ci, la 5G serait derrière ce nouveau rapprochement. Tout comme les EtatsUnis, la Chine ambitionne de
devenir le leader du prochain
standard de téléphonie mobile.
Or, entre l’achat des fréquences
et des nouveaux équipements,
la 5G va nécessiter des investissements colossaux.
Même si les études évaluant
l’impact d’une consolidation
sur les investissements des opérateurs télécoms divergent, ces
derniers disent tous qu’ils peuvent investir davantage lorsque
la concurrence est limitée.
Pour cette raison, l’Europe
s’est lancée dans un grand mouvement de consolidation. Sur le
Vieux Continent, entre 2012
et 2017, le nombre de pays ayant
trois opérateurs (ou moins) est
passé de 13 à 18, selon Cullen
International. En passant de
trois à deux opérateurs, la
Chine, elle, ferait encore mieux.
Un cas atypique qui s’explique
cependant par la taille de son
marché : plus de 1 milliard
d’abonnés mobiles. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
HIGH-TECH & MEDIAS // 23
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Des résultats semestriels en demi-teinte
pour le géant de la publicité WPP
Mark Read, un « insider »
aux commandes
l Après un bon premier semestre,
WPP table sur des résultats meilleurs
que prévu.
l Mais la baisse de sa marge associée
à une absence d’annonces sur la
restructuration font chuter le titre.
Véronique Richebois
@VRichebois
Débuts difficiles pour Mark Read, le
tout nouveau CEO de WPP. Mardi,
lors de la présentation de ses résultats financiers pour le premier
semestre 2018, le leader mondial de
la communication (Ogilvy, JWT,
Y&R, Grey, GroupM, Kantar…) a
annoncé des résultats en demiteinte. Et il a déçu les observateurs,
qui guettaient des annonces marquant une rupture nette avec la
stratégie de Martin Sorrell, débarqué de façon abrupte en avril. Ce
n’est qu’à la fin de l’année que WPP
dévoilera sa nouvelle stratégie… et
des restructurations attendues avec
une impatience grandissante.
Demeure l’annonce d’un bénéfice net en hausse de 12,8 %, à
672,4 millions de livres (745 millions d’euros), au cours des six premiers mois de l’année. Le chiffre
d’affaires net (à données comparables et ajusté) enregistre une progression de 0,3 %, à 6,15 milliards de
livres (6,82 milliards d’euros), soutenu par la demande en Europe. Sur
le seul deuxième trimestre, il a
progressé de 0,7 %, à 3,2 milliards
de livres (3,55 milliards d’euros),
contre un recul de 0,1 % sur les trois
premiers mois de l’année. Ces résultats confirment le redressement
annoncé par Mark Read.
Ils ont également de quoi permettre à WPP de relever sa prévision
pour l’ensemble de l’année. Le géant
de la publicité s’attend désormais
pour l’ensemble de son exercice à
une progression de son chiffre
d’affaires à un rythme similaire à
celui du premier semestre, alors
qu’il n’escomptait jusqu’à présent
qu’un chiffre stable. « Le groupe
commence à récolter les fruits de la
simplification de son organisation, de
l’accent mis sur le client et de nombreuses cessions d’actifs, a commenté
Mark Read. Nous avons examiné
notre offre et commencé à concentrer
notre portefeuille sur 15 cessions et
désinvestissements, y compris Globant et AppNexus, générant déjà un
total de 676 millions de livres en cash,
ce qui renforcera également notre
bilan et améliorera notre ratio dette
sur Ebitda. » Mais on ignore le détail
des futures cessions. Seul indice,
« sans annoncer, de façon formelle,
que Kantar est à vendre, Mark Read a
La dégradation
de la marge
opérationnelle a fait
l’effet d’une douche
froide sur les marchés.
fait comprendre que cette filiale n’est
pas forcément stratégique, compte
tenu de l’activité de gestion de datas
qu’exerce déjà Wunderman », indique-t-on chez Kepler Cheuvreux.
Talon d’Achille
Pour autant, le tableau est loin d’être
parfait. Point noir de WPP depuis
plusieurs mois, l’Amérique du Nord
demeure le talon d’Achille du leader
mondial. Après une baisse de 2,4 %
au premier trimestre de son chiffre
d’affaires net (à données comparables) dans la région, WPP enregistre à nouveau un recul de 3,3 % sur
les trois derniers mois.
Surtout, la dégradation de la
marge opérationnelle de 13,8 % à
13,3 % entre juin 2017 et juin 2018 et
l’avertissement selon lequel elle
devrait se maintenir à un niveau
similaire sur l’ensemble de l’année
ont fait l’effet d’une douche froide sur
les marchés. En dépit des prévisions
d’un chiffre d’affaires meilleur que
prévu, les inquiétudes autour de
Aidan Crawley/Bloomberg
COMMUNICATION
Entré chez WPP en 1989,
le nouveau CEO a accompli
la quasi-totalité de sa
carrière au sein du groupe.
A charge pour lui
d’incarner la nouvelle ère.
Mark Read, promu mardi CEO de WPP. Le groupe a déçu les
observateurs, qui guettaient des annonces marquant une rupture
avec la stratégie de Martin Sorrell, débarqué en avril.
l’évolution de la marge dans un
contexte marqué par une compétition accrue des Gafa et des cabinets
de conseil ont fait chuter le titre de
6,27 %, à 1,196 pence, à la Bourse de
Londres, mardi. Mais le marché
reste sur sa faim quant aux détails
de la « rupture » annoncée. « A la
question de savoir s’il envisageait de
fusionner des réseaux créatifs, Mark
Read a semblé écarter pour l’instant
l’hypothèse. Mais on ne sent pas
encore de ligne très claire dans sa stratégie », conclut Conor O’Shea chez
Kepler Cheuvreux.
(
Lire « Crible »
Page 34
Binge Audio porté par
la publicité sur les podcasts
Le pure player parisien
des podcasts
revendique désormais
700.000 écoutes
par mois. Un
adossement au groupe
Les Echos-Le Parisien
est envisagé.
Nicolas Madelaine
@NLMadelaine
Porté par une « très forte croissance
de ses revenus publicitaires », dit sa
direction, Binge Audio entame une
quatrième saison d’existence avec
une grille de podcasts enrichie. Le
pure player de la radio à la demande
proposera notamment de l’information au quotidien (« Binge Actu »),
de nouvelles émissions autour
de questions de société (« Kiffe ta
race », présenté par Rokhaya
Diallo…) et de nouveaux contenus
narratifs (« Hors-limite »…).
Fondé par Gabrielle Boeri-Charles et Joël Ronez, ancien responsable des nouveaux médias de Radio
France et du pôle Web d’Arte France,
Binge Audio tire environ 80 % de ses
revenus de production de contenus
pour des marques ou de prestations
de production pour d’autres médias.
Mais l’éditeur et coproducteur de
podcasts a constaté une inflexion
forte au premier semestre sur ses
recettes publicitaires sous forme de
sponsoring, qui représentent le reste
de ses revenus. Cela l’a aidé à afficher
au premier semestre de cette année
un chiffre d’affaires équivalent à
celui de 2017. Alors que les médias
traditionnels souffrent de la
conjoncture publicitaire, le podcast
profite d’une propension de plus en
plus importante des auditeurs à consommer la radio en « délinéarisé »,
c’est-à-dire pas en direct. Le même
phénomène se produit en télévision.
Les revenus de ce format partent
certes de bas, mais ils ont grimpé de
86 % en 2017 aux Etats-Unis, selon
IAB et PwC, à 317 millions de dollars.
Tourné vers les Millennials
On est loin de ces chiffres en France,
mais le segment aiguise les appétits.
Binge a totalisé 700.000 écoutes par
mois en moyenne la saison dernière,
contre 300.000 la saison précédente. Les thèmes de ses émissions
lui attirent un large public de moins
de 35 ans, ce qui intéresse les annonceurs tournés vers les Millennials.
Les programmes Binge sont écoutés
à plus d’un tiers du total par le biais
de l’appli podcasts d’Apple, mais
SoundCloud, Deezer, Spotify, ou
même YouTube prennent une place
de plus en plus importante. Binge
estime qu’à long terme, il lui faudra
sa propre application pour servir les
fans du ton Binge, qu’il estime à 20 %
du total. Cela permettra de remonter
de la donnée sur ses auditeurs et de
leur proposer des produits premiums payants.
Pour muscler ses équipes éditoriales afin de créer ces nouveaux
contenus, mais aussi pour renforcer
ses efforts de marketing, Binge cherche à lever de l’argent. Joël Ronez
a expliqué être en discussions
« avancées » pour un accord avec un
groupe de médias, qui prendrait une
participation minoritaire. Ce groupe
pourrait être Les Echos-Le Parisien.
Ce dernier travaille déjà avec Binge,
notamment pour le flash quotidien
du « Parisien ». D’autres projets
pour se développer sur les contenus
sonores sont à l’étude. « Nous partageons la même vision stratégique et les
mêmes valeurs, c’est un groupe de
médias grand public et de qualité, qui
correspond à notre ADN » et les deux
groupes pourraient développer
« des complémentarités et des synergies », a fait valoir Joël Ronez, auprès
de l’AFP. n
S’il avait su… C’est en rédigeant une
lettre de motivation très « old
school » à Martin Sorrell, que Mark
Read, cinquante et un ans, promu
mardi CEO de WPP, est engagé. Fils
d’un père entrepreneur et d’une
mère orthodontiste, il vient d’achever sa scolarité à Harvard puis Cambridge. Séduit par le ton de sa lettre,
Sorrell l’embauche en mai 1989,
une semaine exactement après
avoir réussi son OPA hostile sur
Ogilvy et s’être fait traiter de « petit
nul odieux » par David Ogilvy.
D’emblée, le ton est donné. Le
voyage risque d’être fiévreux.
« Sans transition, je me suis
retrouvé à vingt-deux ans au siège de
Farm Street, engagé pour travailler
sur des acquisitions », confie un
Mark Read encore un peu étonné, à
« Campaign », en 2017. Ses débuts
sont classiques, chez les filiales
Ogilvy puis Hill+Knowlton. Avant
qu’il n’oblique en 1993… vers Fontainebleau, à l’Insead, afin d’y conquérir un MBA. Puis vers Booz Allen
Hamilton en 1995. Son expérience
en cabinet de conseil lui laissera un
goût amer : « C’est le travail le plus
ingrat que j’ai jamais fait – vous
êtes juste un rouage dans une
machine. » Toutefois, il apprend,
dans la douleur, comment travaillent les grands acteurs du
conseil. Et retient la leçon.
Une longueur d’avance
Après les sirènes du conseil… surgissent celles de l’Internet. En 1999, le
futur CEO de WPP fonde sa start-up,
WebRewards. Mais la fièvre Internet fait long feu… et Mark Read
revend sa structure à Bertlesmann
en 2001. Avant de revenir chez WPP
en 2002 comme responsable de la
stratégie. Tout comme pour le
conseil, son « pas de côté » vers le
monde de l’Internet n’a pas été vain.
Ses erreurs de parcours vont le
servir en lui enseignant ce que les
publicitaires, demeurés dans le
confort feutré des bureaux de WPP,
ne pressentent pas encore : l’importance du digital.
D’ailleurs, en 2006, le voilà
nommé membre du board et…
Global CEO de WPP Digital. Pendant neuf ans, il mène la digitalisation des différentes structures. Et
prend de l’épaisseur. « En 2006, le
digital représentait encore quelque
chose d’assez marginal, et il était
Ses « pas de côté »
dans le conseil puis
l’Internet lui ont appris
l’importance du digital.
Il lui revient
aujourd’hui d’annoncer
les cessions
et la restructuration
que les marchés
attendent.
moins dans la lumière que les grands
patrons », rapporte un insider.
« Sauf que le digital est devenu un élément central, lui permettant de nouer
des relations étroites avec les Gafa et
d’acquérir la compréhension des écosystèmes digitaux. C’est là qu’il a pris
une vraie longueur d’avance. »
Mark Read obtient alors, en 2015,
son bâton de maréchal avec la présidence monde du réseau de marketing direct Wunderman, qu’il
digitalise et remet sur les rails en
modernisant l’offre. Mais, sommé
d’incarner la rupture dans le nouveau WPP, alors qu’il a participé à la
stratégie de l’ancien modèle, Mark
Read doit casser son image de fils
spirituel de Martin Sorrell, qui lui a
longtemps collé à la peau. Et donc
annoncer les cessions et la restructuration que les marchés attendent,
face à un Sorrell déterminé à revenir au premier plan.
— V. R.
Demain,
l’Agriculture :
de la terre
à l’assiette
L’alimentation de demain,
entre valeur sociétale
et innovation
Mardi 18 septembre
Groupe Les Echos - Le Parisien
10 boulevard de Grenelle - Paris 15e
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Avec notamment
l’intervention de :
Alexandre
Bompard
Président-directeur général,
CARREFOUR
En coproduction avec :
En partenariat avec :
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 //
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
INFORMATION COMPLÉMENTAIRE CONCERNANT L’ARRÊT
Par arrêt du 23 février 2017, la Cour d’Appel de LYON a condamné la société LES DOCKS
LYONNAIS, filiale d’UBS WEALTH MANAGEMENT CONTINENTAL EUROPEAN PROPERTY
FUND LTD, JERSEY, à indemniser la société SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE
(SAM France) à hauteur de 11.700.000 euros, pour rupture fautive d’une convention de gestion
d’actifs qui liait les deux sociétés.
titre, elle sollicitait la condamnation de la société SAM France au paiement de la somme de
17 millions d’euros, en restitution de sommes qui auraient été, selon elle, indument perçues et en
réparation d’un préjudice dont elle n’a jamais rapporté la preuve.
La Cour a suivi la ligne de défense de la société SAM France en jugeant prescrites et irrecevables
deux des causes de nullité ainsi invoquées. La troisième cause a été jugée recevable mais
La société LES DOCKS LYONNAIS s’étant récemment désistée du pourvoi en cassation qu’elle infondée.
avait formé à l’encontre de cet arrêt, celui-ci est désormais définitif et irrévocable. Fin juillet 2018,
A titre subsidiaire, la société LES DOCKS LYONNAIS prétendait que la rupture du contrat aurait
la société LES DOCKS LYONNAIS a intégralement exécuté l’arrêt de la Cour d’Appel.
été justifiée au regard de fautes contractuelles diverses prétendument commises par la société
La société SAM France était défendue par le cabinet SOULIER, représenté par Maîtres André SAM France (fautes comptables, atteinte à sa réputation etc.). A ce titre, la société LES DOCKS
SOULIER, Flore FOYATIER et Stéphanie YAVORDIOS.
LYONNAIS n’hésitait pas à solliciter la condamnation de la société SAM France au paiement de la
Le conflit trouvait son origine dans la rupture anticipée de 14 mois, sans préavis, par la société somme de 11 millions d’euros, en réparation d’un préjudice dont elle ne rapportait pas davantage
LES DOCKS LYONNAIS, d’un contrat qui confiait à la société SAM France la gestion exclusive la preuve.
d’un patrimoine immobilier, d’une valeur totale de plus d’un milliard d’euros.
La Cour d’Appel de LYON a rejeté l’ensemble des moyens de défense invoqués et imputé à titre
Assignée devant les tribunaux par SAM France, la société LES DOCKS LYONNAIS a tout d’abord exclusif à la société LES DOCKS LYONNAIS la rupture fautive et injustifiée du contrat en jugeant
prétendu à la nullité de la convention litigieuse, invoquant trois motifs distincts de nullité. A ce comme suit :
« En conséquence, les motifs de résiliation invoqués par la société DOCKS LYONNAIS n’étant pas justifiés, la résiliation unilatérale,
anticipée et immédiate qu’elle a prononcée n’est pas fondée ce qui la rend fautive et ne lui permet pas de prétendre à l’indemnisation de préjudices
en résultant, mais l’oblige à réparer les préjudices éventuellement subis par la société SAM. »
La Cour a condamné à ce titre la société LES DOCKS LYONNAIS à réparer le préjudice en résultant pour la société SAM France, qu’elle a valorisé à hauteur de 11.700.000 euros,
en s’appuyant sur les conclusions de l’expert mandaté par la société SAM France (Pr. Maurice Nussenbaum du cabinet SORGEM).
COUR D’APPEL DE LYON - 3e chambre A
ARRET DU 23 Février 2017 - RG : 15 / 07231
APPELANTE et INTIMEE :
Société Anonyme LES DOCKS LYONNAIS
inscrite au RCS de Paris sous le n° 955 502 133
représentée par ses dirigeants légaux domiciliés en cette qualité
au siège social sis 11-13 avenue de Friedland - 75008 PARIS
Représentée par la SCP BAUFUME ET SOURBE, avocat au
barreau de LYON
Assistée de Me Cédric MONTFORT de la SELARL CAYSE AVOCATS, avocat au barreau de LYON
Assistée de Me Christian DARGHAM, avocat au barreau de PARIS
INTIMEE et APPELANTE
SA SAM - SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE
inscrite au RCS de PARIS sous le n° 491 207 353
représentée par ses dirigeants légaux domiciliés audit siège 7 Rue
Galilée - 75116 PARIS
Représentée par la SCP TUDELA ET ASSOCIES, avocat au
barreau de LYON
Assistée de Me André SOULIER de SOULIER A.A.R.P.I. avocat au
barreau de LYON
Assistée Me Philippe DUBOIS de l’AARPI DE PARDIEU - BROCAS
- MAFFEI, avocat au barreau de PARIS
INTIMEES
S.A.R.L. BOCA société de droit étranger,
représentée par son représentant légal, domicilié en cette qualité
au siège social sis 65 Bd Grande Duchesse Charlotte - L1331
LUXEMBOURG
S.A.R.L. SU EUROPEAN PROPERTIES Société de droit étranger
représentée par ses dirigeants légaux en exercice domiciliés en
cette qualité audit siège 22 rue Goethe - L1637 Luxembourg
Société UBS AG JERSEY prise en la personne de ses
représentants légaux domiciliés en cette qualité au siège social sis
24 Union Street, JE48 ST HELLIER JERSEY CHANNEL
Société UBS WEALTH MANAGEMENT CONTINENTAL
EUROPEAN PROPERTY FUND, société de droit étranger prise
en la personne de ses représentants légaux domiciliés en cette
qualité au siège social sis C/O UBS JERSEY, 24 Union Street,
JE48 ST HELLIER JERSEY CHANNEL
TOUTES Représentées par la SCP BAUFUME ET SOURBE,
avocat au barreau de LYON
Assistées de Me Cédric MONTFORT de la SELARL CAYSE AVOCATS, avocat au barreau de LYON
Assistées de Maître Christian DARGHAM du Cabinet NORTON
ROSE FULBRIGHT LLP, avocat au barreau de PARIS
******
Date de clôture de l’instruction : 22 Novembre 2016
Date des plaidoiries tenues en audience publique : 08 Décembre 2016
Date de mise à disposition : 16 Février 2017 puis prorogée au
23 Février 2017 les parties ayant été avisées
Composition de la Cour lors des débats :
- Christine DEVALETTE, président
- Hélène HOMS, conseiller
- Pierre BARDOUX, conseiller
assistés pendant les débats de Jocelyne PITIOT, greffier,
en présence, lors des débats, de Monique SOULET, juge consulaire
au tribunal de commerce de ROANNE,
à l’audience, Hélène HOMS a fait le rapport, conformément à
l’article 785 du code de procédure civile.
Composition de la Cour lors du délibéré :
- Christine DEVALETTE, président
- Hélène HOMS, conseiller
- Pierre BARDOUX, conseiller
Arrêt Contradictoire rendu publiquement par mise à disposition au
greffe de la cour d’appel, les parties en ayant été préalablement
avisées dans les conditions prévues à l’article 450 alinéa 2 du
code de procédure civile,
Signé par Christine DEVALETTE, président, et par Jocelyne
PITIOT, greffier, auquel la minute a été remise par le magistrat
signataire.
******
EXPOSÉ DU LITIGE
Le 18 octobre 2005, un accord-cadre entre les groupes
SHAFTESBURY et UBS/CEPF a été signé en vue de
l’investissement de fonds par le groupe UBS/CEPF, en Allemagne
et en France, au travers de sociétés dédiées dont la gestion des
actifs serait confiée aux sociétés du groupe SHAFTESBURY.
Le 11 septembre 2006, la S.A. LES DOCKS LYONNAIS (ciaprès la société DOCKS LYONNAIS), détenue majoritairement
par la société BOCA, société elle-même détenue par le groupe
SHAFTESBURY et le groupe CEPF, a conclu avec la S.A.
SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE (société SAM)
un contrat de gestion, dit Asset Management Agreement (AMA),
par lequel il était confié à la société SAM la gestion des actifs
immobiliers de la société DOCKS LYONNAIS.
Par avenant du 21 mai 2010, la durée du contrat a été réduite
de 15 ans à 8 ans pour expirer au 31 décembre 2013 avec des
contreparties pour la société SAM ; les parties ont indiqué que cet
accord se substituait au précédent.
Des difficultés sont par la suite apparues entre les parties et, par
lettre du 31 octobre 2012. la société DOCKS LYONNAIS a notifié à
la société SAM la résiliation immédiate de la convention.
Estimant que l’AMA de 2010 devait être annulée pour dol ou qu’à
défaut la résiliation de l’AMA en octobre 2012 était fautive, la
société SAM après avoir été autorisée à les assigner à bref délai,
a assigné, le 23 janvier 2013, devant le tribunal de commerce de
Lyon les sociétés DOCKS LYONNAIS, BOCA, SU EUROPEAN
PROPERTIES, UBS WEATLH MANAGEMENT CONTINENTAL
EUROPEAN PROPERTY FUND et UBS AG JERSEY.
Par jugement du 7 septembre 2015, le tribunal de commerce a :
- rejeté les demandes formulées par la société SAM au titre du dol,
- rejeté les demandes formulées par les parties au titre des
annulations des AMA de 2006 et 2010,
- constaté la résiliation de l’AMA de 2006,
- condamné la société DOCKS LYONNAIS à verser à la société
SAM la somme de 7.000.000 € à titre de dommages et intérêts,
- rejeté la demande formulée par la société SAM de se voir
garantir par les sociétés BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES,
UBS WEALTH MANAGEMENT CEPF et UBS AG,
- ordonné à la société SAM de restituer les documents listés
dans la lettre du 12 octobre 2012 sous 30 jours à compter de la
signification du jugement à l’issue desquelles une astreinte de
5.000 € par jour de retard sera appliquée,
- ordonné l’exécution provisoire de la décision,
- rejeté les demandes formulées par les parties au titre de l’article
700 du code de procédure civile,
- condamné la société DOCKS LYONNAIS aux entiers dépens de
l’instance.
Par acte du 21 septembre 2015, la société DOCKS LYONNAIS
a relevé appel de cette décision, intimant uniquement la société
SAM ; la procédure a été enregistrée sous le n° RG 15/07231.
Par assignations du 8 mars 2016, les autres parties présentes
en première instance ont fait l’objet d’un appel provoqué par la
société SAM.
Par acte du 5 octobre 2015, la société SAM a également relevé
appel principal de cette décision et la procédure a été enregistrée
sous le n° RG 15/07618.
Par ordonnance du 21 décembre 2015, le délégué du Premier
Président de cette cour a rejeté la demande d’arrêt d’exécution
provisoire formée par la société DOCKS LYONNAIS, mais l’a
autorisée à séquestrer la somme de 7.000.000 e.
Par ordonnance du 4 octobre 2016, le conseiller de la mise en
état a :
- ordonné la jonction des dossiers RG 15/7231 et 15/7618 sous le
numéro RG 15/7231,
- rejeté l’incident formé par la société DOCKS LYONNAIS en
radiation des appels principal et incident de la société SAM.
Dans leurs dernières conclusions, déposées le 7 novembre
2016, les sociétés DOCKS LYONNAIS, BOCA, SU EUROPEAN
PROPERTIES, UBS WEALTH MANAGEMENT CONTINENTAL
EUROPEAN PROPERTY FUND et UBS AG JERSEY demandent
à la cour de :
- déclarer recevable et bien fondé l’appel relevé par la société
DOCKS LYONNAIS,
- rejeter comme étant irrecevables ou, à défaut infondés, les
appels, demandes, moyens, fins et conclusions de la société
SAM qui sont dirigés contre la société DOCKS LYONNAIS,
BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES, UBS WEALTH
MANAGEMENT CEPF, UBS AG JERSEY, UBS AG qui n’est pas
partie à la présente instance,
en conséquence,
1. sur les demandes de la société SAM, confirmant le jugement,
- dire et juger que la société SAM ne démontre aucun dol, aucune
faute ni aucun manquement, pas plus que le moindre préjudice
réparable qui serait imputable à la société DOCKS LYONNAIS,
- dire et juger que les sociétés BOCA, SU EUROPEAN
PROPERTIES, UBS WEALTH MANAGEMENT CEPF et UBS AG
JERSEY n’ont aucune obligation de garantie envers la société
SAM et qu’elles n’ont, en tout état de cause, commis aucune
faute délictuelle à l’égard de la société SAM,
- rejeter les fins, moyens, conclusions et demandes de la société
SAM,
2. sur les demandes de la société DOCKS LYONNAIS, réformant
le jugement,
à titre principal,
- dire et juger que les AMA de 2006 et 2010 sont nuls ou,
alternativement doivent être annulés pour violation de l’article L.
225-53 du code de commerce, de la loi Hoguet du 2 janvier 1970
et de l’ordonnance du 19 septembre 1945,
- dire et juger, notamment que la société SAM ne disposait
d’aucun titre d’expert-comptable, qu’elle n’avait aucune carte
professionnelle imposée par la loi Hoguet,
- dire et juger que les violations de ces règles emportent
anéantissement rétroactif des AMA de 2006 et 2010,
- condamner la société SAM à restituer à la société DOCKS
LYONNAIS les sommes indûment perçues, qui ne sauraient être
inférieures à 15.000.000 €,
- dire et juger que les différentes fautes de la société SAM
engagent sa responsabilité délictuelle, à l’égard de la société
DOCKS LYONNAIS et condamner la société SAM au paiement
de 2.000.000 € à titre de dommages et intérêts,
- condamner la société SAM à indemniser la société DOCKS
LYONNAIS par une indemnité totale qui ne saurait être inférieure
à 17.000.000 €,
à titre subsidiaire, réformant le jugement,
- dire et juger que les fautes et manquements imputables à
la société SAM justifiaient que I’AMA de 2010 soit résilié
immédiatement, aux torts exclusifs de la société SAM à compter
du 1er novembre 2012,
- condamner la société SAM au titre de sa responsabilité
contractuelle, à indemniser la société DOCKS LYONNAIS, en lui
versant une somme qui ne saurait être inférieure à 11.000.000 €,
en tout état de cause, réformant le jugement,
- constater que le manque à gagner prétendument subi par la
société SAM à raison de la rupture intervenue le 31 octobre 2012
(1.700.000 €) est bien moindre que les créances indemnitaires
et de restitutions dues à la société DOCKS LYONNAIS
(11.000.000 €),
- condamner la société SAM à verser, après compensation,
9.300.000 € à la société DOCKS LYONNAIS,
sur la documentation, confirmant partiellement le jugement,
- enjoindre à la société SAM et ses dirigeants de fait, Miles d’ArcyIrvine et Philippe Camus, de restituer immédiatement à la société
DOCKS LYONNAIS l’intégralité des documents et registres,
- en conséquence, condamner la société SAM à restituer
immédiatement tous les documents et registres retenus sous
le séquestre de maître Thomazon, qui reviennent de droit à la
société DOCKS LYONNAIS et ses filiales et qui sont notamment
listés dans la lettre de rupture du 31 octobre 2012, le tout sous
astreinte de 10.000 € par jour de retard et infraction constatée,
- se réserver le pouvoir de liquider ladite astreinte, même
provisoirement,
- condamner la société SAM aux entiers dépens, ainsi qu’à verser
250.000 € à la société DOCKS LYONNAIS, et 10.000 € chacun
à BOCA, à SU EUROPEAN PROPERTIES, à UBS WEALTH
MANAGEMENT CEPF et UBS AG JERSEY, au titre des frais
irrépétibles.
A l’action en nullité pour dol de l’AMA de 2010 introduite par la
société SAM, les sociétés appelantes opposent :
- l’irrecevabilité en ce que cette action contredit les demandes et
moyens que cette société a formulés devant d’autres juridictions
démontrant qu’elle a considéré l’AMA de 2010 comme étant
parfaitement valable,
- l’impossibilité d’annuler la convention pour dol au motif que
la société SAM est un contractant avisé et conseillé, qu’elle
ne démontre aucune manoeuvre dolosive et qu’elle avait
parfaitement connaissance des faits qui ont conduit les parties
à renégocier l’AMA, à savoir la crise mondiale de 2008 et une
évolution fiscale.
Pour s’opposer à la demande de la société SAM aux fins de
résiliation de l’AMA, elles font valoir qu’il appartenait à cette
société, si elle avait à reprocher un manquement à la société
DOCKS LYONNAIS, en application de l’AMA 2006, de le dénoncer
par lettre recommandée à la société DOCKS LYONNAIS qui aurait
alors disposé d’un délai de 28 jours pour y remédier.
S’agissant des demandes indemnitaires de la société SAM,
elles avancent qu’elles reposent sur les fondements juridiques
contradictoires de la responsabilité délictuelle et contractuelle et
que les préjudices invoqués ne sont pas prouvés.
Ainsi, aucun préjudice réputationnel comparable à celui de
l’affaire LVMH, sur lequel la société SAM prend exemple n’existe ;
le raccourcissement de la durée contractuelle initialement prévue
a déjà été indemnisé par le versement d’indemnités au titre
des coûts de réduction d’activité, prévu par l’AMA de 2010 et
la société SAM était libre, depuis mai 2010, de réorganiser son
activité pour assurer des prestations pour d’autres clients ; une
indemnisation pour la rupture du contrat, qui est imputable au
comportement de la société SAM est exclue et il ne peut être posé
comme postulat que les relations entre les parties auraient duré
après l’expiration de la convention.
Elles contestent les consultations réalisées par le cabinet Sorgerm
sur les conséquences du prétendu dol et de la rupture de l’AMA
produites par la société SAM, un certain nombre de choix
méthodologiques opérés par ce cabinet n’étant ni justifiés ni
expliqués.
Elles prétendent que les demandes de la société SAM sont
irrecevables à l’égard de la société UBS AG qui n’est pas présente
à la procédure, à la différence de la société UBS AG JERSEY, ainsi
qu’à l’égard des autres sociétés car la société SAM invoque une
version du pacte d’actionnaires modifiée en 2010 qui n’est signé
de personne ; qu’en tout état de cause, la société SAM n’est pas
partie au pacte d’actionnaires sur laquelle elle fonde sa demande
et elle ne démontre pas que ce pacte d’actionnaire contient, en
application de la loi luxembourgeoise, à laquelle il est soumis, la
garantie invoquée, ce qui est démenti par la consultation juridique
qu’elles produisent.
Sur les demandes dirigées contre les sociétés UBS AG JERSEY
et BOCA au titre d’une responsabilité quasi délictuelle, elles font
valoir que la demande formulée à l’encontre de la société BOCA
est notamment nouvelle en cause d’appel et qu’aucune faute qui
serait imputable à la société UBS AG JERSEY, qui n’est pas une
banque, n’est rapportée.
Concernant les moyens de nullité des AMA soulevés par la société
DOCKS LYONNAIS, elles contestent la prescription qui leur est
opposée aux motifs que ce n’est que lorsque cette société
s’est dotée d’une direction générale indépendante à même de
contrôler les agissements de son Asset manager, soit en 2012,
qu’elle a découvert que ce dernier n’était pas titulaire des cartes
professionnelles nécessaires pour exercer ces missions ; que les
nullités sanctionnant les irrégularités sont des nullités absolues
et qu’ainsi c’est la prescription trentenaire à compter de la
conclusion de l’acte qui s’applique. De plus, lorsqu’elles sont
invoquées par voie d’exception, les nullités ne sont pas soumises
au délai de prescription.
Enfin, suite à la réforme de la prescription, le nouveau délai de
cinq ans a commencé à courir le 18 juin 2008 pour expirer le
17 juin 2013, date à laquelle elle avait d’ores et déjà déposé des
conclusions en nullité des AMA devant le tribunal de commerce
de Lyon.
Au fond, elles défendent la nullité des conventions au motif :
• qu’elles sont dépourvues de cause en ce qu’elles font double
emploi avec les fonctions devant être exercées par le directeur
général de la société DOCKS LYONNAIS et pour lesquelles ce
dernier est rémunéré et qu’elles violent l’article L. 225-53 du
code de commerce, pourtant d’ordre public,
• qu’elles violent la réglementation sur les experts comptables, la
société SAM ayant effectué, sans être habilitée, de nombreux
travaux portant sur la comptabilité de la société DOCKS
LYONNAIS et réalisé les travaux comptables de plusieurs
filiales de cette dernière,
• qu’elles violent les dispositions d’ordre public de la loi Hoguet,
la société SAM effectuant des missions entrant dans ce cadre
sans posséder la carte professionnelle d’agent immobilier
imposée par cette loi.
Sur la rupture de la convention, elles prétendent que la société
SAM FRANCE a, volontairement, nui à la société DOCKS
LYONNAIS et commis des fautes d’une gravité telle qu’elles ont
conduit à une rupture immédiate des relations commerciales, la
société SAM ayant notamment lancé à l’encontre de la société
DOCKS LYONNAIS une douzaine de procédures judiciaires
et dénigré celle-ci publiquement et dans les médias ; ainsi la
société SAM doit indemniser la société DOCKS LYONNAIS de ses
préjudices.
Sur la restitution des documents, elles mettent en avant que la
société SAM est obligée à cette restitution depuis la résiliation du
contrat en novembre 2012, et qu’elle s’abstient de remplir cette
obligation alors que le jugement du 7 septembre 2015, revêtu de
l’exécution provisoire, la lui imposait, en invoquant des prétextes
farfelus, alors que les documents ont été répertoriés précisément,
de manière contradictoire, en avril 2013 par maître Thomazon
qui les conserve et qu’à ce jour, seuls ces documents restent à
restituer.
Dans ses dernières conclusions, déposées le 26 octobre 2016, la
société SAM demande à la cour de :
- juger irrecevables comme prescrites les demandes de nullité de
la société DOCKS LYONNAIS,
- rejeter les demandes des DOCKS LYONNAIS, BOCA, SU
EUROPEAN PROPERTIES, UBS WM CEPF et UBS AG JERSEY
tendant à :
• (i) la réformation partielle du jugement du 7 septembre 2015
pour :
• rejeter sa demande de nullité et ses demandes indemnitaires,
• faire droit aux demandes de nullité et demandes indemnitaires
de la société DOCKS LYONNAIS,
• (ii) la confirmation du jugement dont appel en ce qu’il a :
• condamné la société SAM à la restitution des documents
sociaux, comptables et juridiques revenant à la société
DOCKS LYONNAIS,
• mis hors de cause les sociétés BOCA, SU EUROPEAN
PROPERTIES, UBS WM CEPF et UBS AG JERSEY,
- confirmer le jugement du 7 septembre 2015 :
• en ce qu’il a rejeté la demande en nullité de l’AMA présentée
par la société DOCKS LYONNAIS sur le fondement de la loi
Hoguet du 2 janvier 1970, pour violation de la réglementation
sur les experts comptables, pour cause de double-emploi,
• en ce qu’il a rejeté la demande en nullité pour dol de l’avenant
du 21 mai 2010 présentée par elle,
• en ce qu’il a retenu que la résiliation de l’AMA était intervenue
aux torts partagés des parties,
- infirmer le jugement du 7 septembre 2015 :
• en ce qu’il n’a condamné la société DOCKS LYONNAIS au
paiement de dommages et intérêts qu’à hauteur de 7.000.000 €
seulement,
• en ce qu’il a rejeté sa demande de garantie à l’encontre des
sociétés BOCA, SU PROPERTIES, UBS WM CEPF et UBS AG
JERSEY,
• en ce qu’il lui a ordonné de restituer les documents listés dans
la lettre du 12 octobre 2012 sous 30 jours,
• en ce qu’il a assorti sa décision d’une astreinte de 5.000 €
par jour de retard et dire qu’il n’y a pas lieu en conséquence
à liquidation de l’astreinte par le juge de l’exécution près le
tribunal de grande instance de Paris,
et, statuant à nouveau,
- juger que la société DOCKS LYONNAIS s’est rendue
intentionnellement coupable de manoeuvres dolosives dans la
perspective de la conclusion de l’avenant du 21 mai 2010,
- juger que ces manoeuvres dolosives ont été la cause
déterminante de son consentement pour signer l’avenant du 21
mai 2010,
en conséquence,
- rejeter toutes les fins et prétentions de la société DOCKS
LYONNAIS,
- dire nul pour dol l’avenant du 21 mai 2010,
- juger que le contrat qui constituait la loi des parties le 31 octobre
2012, à la date de sa résiliation par la société DOCKS LYONNAIS,
était l’AMA dans sa version antérieure à l’avenant du 21 mai
2010,
- juger que, l’avenant du 21 mai 2010 soit nul pour dol ou non,
la société DOCKS LYONNAIS ne justifie pas de manquements
contractuels tels que définis à l’Annexe A de l’AMA, qui lui
seraient imputables,
- rejeter la demande de la société DOCKS LYONNAIS visant à voir
constater une résiliation de l’AMA à ses torts exclusifs,
- constater que l’éventuelle nullité de l’AMA de 2006 tel que modifié
par avenant en date du 21 mai 2010 n’a pas d’effet rétroactif et,
par conséquent, débouter la société DOCKS LYONNAIS de leur
demande de restitution de quelque somme que ce soit,
- rejeter les demandes de dommages et intérêts de la société
DOCKS LYONNAIS au titre des prétendus manquements
contractuels de sa part,
- juger que la société DOCKS LYONNAIS n’a pas valablement mis
en oeuvre la clause résolutoire prévue à l’article 7.4.1. de l’AMA,
- juger que la société DOCKS LYONNAIS s’est rendue coupable
d’une résiliation fautive de l’AMA à ses torts exclusifs le
31 octobre 2012,
- juger que la société DOCKS LYONNAIS aurait dû exécuter
l’AMA et les obligations lui incombant à cet égard jusqu’à son
terme, c’est-à-dire jusqu’au 31 décembre 2020 si l’avenant du 21
mai 2010 est nul pour dol (i) ou jusqu’au 31 décembre 2013 si le
contrat qui constituait la loi des parties est l’AMA dans sa version
du 21 mai 2010 (ii),
en conséquence,
(i) juger qu’en cas de nullité de l’avenant du 21 mai 2010 pour
dol et qu’à défaut d’avoir exécuté l’AMA jusqu’au 31 décembre
2020, la société DOCKS LYONNAIS doit réparer son préjudice
économique en payant des dommages et intérêts à hauteur de
22.100.000 €,
(ii) juger qu’en cas de validité de l’avenant du 21 mai 2010 et
qu’à défaut d’avoir exécuté l’AMA jusqu’au 31 décembre 2013, la
société DOCKS LYONNAIS doit réparer son préjudice économique
en payant des dommages et intérêts à hauteur de 23.700.000 €,
en tout état de cause,
- condamner la société DOCKS LYONNAIS au paiement de
la somme de 20.000.000 € au titre du préjudice moral et
réputationnel qu’elle a subi,
- juger que les sociétés BOCA, SU PROPERTIES et UBS WM
CEPF, garantes de l’intangibilité et du respect des contrats
passés par la société DOCKS LYONNAIS avec les sociétés
du groupe SHAFTESBURY, et en particulier du contrat du
21 septembre 2006, seront tenues conformément audit pacte de
la relever et garantir au titre des réparations mises à la charge de
la société DOCKS LYONNAIS,
- condamner solidairement les sociétés DOCKS LYONNAIS,
BOCA, SU PROPERTIES et UBS WM CEPF au paiement des
sommes mises par la cour à la charge de la société DOCKS
LYONNAIS,
- juger que la banque UBS AG JERSEY sera également
condamnée in solidum avec la société DOCKS LYONNAIS, sur
le terrain de la faute délictuelle, à payer les sommes mises à la
charge de cette dernière,
- juger que la société BOCA sera également condamnée in
solidum avec la société DOCKS LYONNAIS, sur le terrain de la
faute délictuelle, à payer les sommes mises à la charge de cette
dernière,
- lui donner acte de ce qu’elle renonce à revendiquer la propriété
des éléments résiduels listés dans la lettre du 31 octobre 2012,
actuellement sous séquestre de maître Thomazon à Paris,
- ordonner la levée des séquestres de maître Thomazon et la
remise de tous les documents qu’ils contiennent à la société
DOCKS LYONNAIS après remise d’une copie dont le coût sera
supporté par la société DOCKS LYONNAIS,
- juger qu’il serait inéquitable de laisser à sa charge les frais et
honoraires irrépétibles engagés à l’occasion de l’instance devant
le tribunal de commerce de Lyon et la présente procédure et
condamner les sociétés DOCKS LYONNAIS, SU et UBS WM
CEPF, ainsi que son gestionnaire UBS AG JERSEY solidairement
au paiement de la somme de 300.000 € au titre de l’article 700
du code de procédure civile et aux entiers dépens de première
instance et d’appel, ces derniers étant distraits au profit de la
SCP Tudela & Associés sur son affirmation de droit.
La société SAM soutient la prescription des demandes de nullité
des AMA formulées par les appelantes, au motif que les nullités
invoquées ne sont pas des nullités absolues dès lors qu’elles
sont invoquées pour la protection d’intérêts privés et que les
demandes n’ont pas été faites dans le délai de prescription légal
de cinq ans édicté par l’alinéa 1er de l’article 1304 du code civil
dans sa version antérieure au 1er octobre 2016.
Au fond, elle conteste que les AMA fissent double emploi avec
les fonctions de directeur général exercées au sein de la société
DOCKS LYONNAIS car la société UBS avait un pouvoir de contrôle
réel sur l’exécution de l’AMA via le comité d’investissement et
qu’elle n’avait nullement des attributs de directeur général de la
société DOCKS LYONNAIS, les prestations qu’elle effectuait au
titre de l’AMA n’étant pas identiques à celles exercées par Miles
d’Arcy-Irvine ; de plus, aucune violation de l’article L. 225-53 du
code de commerce n’est démontrée puisque Miles d’Arcy-Irvine
n’a jamais été rémunéré au titre de ses fonctions.
S’agissant de la prétendue violation de la réglementation sur les
experts comptables, elle note que l’ordre des experts-comptables
n’a jamais engagé aucune action contre elle ; elle soutient que
l’ordonnance réglementant la profession d’expert comptable
n’est pas applicable à la tenue, par les comptables salariés d’une
société, de la comptabilité d’une autre société ayant le même
actionnaire de contrôle ou de co-contrôle. De plus, si la violation
était avérée, elle ne pourrait conduire à la nullité des AMA en
application de la clause de divisibilité qu’ils contiennent et, en
application de l’article 7.4.1, exigeant un manquement significatif.
Sur la prétendue violation de la loi Hoguet, elle souligne que
les appelantes l’invoquent alors que l’AMA a été exécutée
pendant presque 7 ans et elle soutient que ses missions d’asset
manager ne lui imposaient nullement la détention des cartes
professionnelles d’agent immobilier, celles-ci se limitant à du
conseil en désinvestissement, à des missions d’encadrement
du processus de vente confié à des agents immobiliers et à
la supervision de l’administration des biens assurée par des
administrateurs de biens, titulaires de la carte nécessaire. Elle
ajoute que de plus, la loi Hoguet n’est pas applicable car les
opérations n’étaient pas effectuées sur les biens d’autrui mais
dans le cadre d’une joint-venture et que ses missions excédaient
le simple mandat d’entremise.
Sur les conséquences d’une nullité, elle estime qu’une nullité des
AMA, qui sont des contrats à exécution successive, ne pourrait
pas être rétroactive.
Elle soutient, concernant les prétendues fautes commises qui
justifieraient la résiliation des AMA, que les propos tenus par son
avocat dans la Tribune de Lyon, et non par elle, et les actions
judiciaires qu’elle a menées n’ont eu aucun impact sur la réputation
de la société DOCKS LYONNAIS et qu’en l’absence d’une mise en
demeure, conformément à l’article 7.4 de l’AMA, elle n’a pas eu la
possibilité de remédier à une éventuelle négligence.
Elle ajoute que les appelantes ne rapportent pas la preuve d’une
faute dolosive ni d’une faute lourde au sens de l’annexe A de
l’AMA, la preuve des prétendues erreurs comptables n’étant pas
rapportée et n’ayant, en tout état de cause, causé aucun préjudice
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
à la société DOCKS LYONNAIS, de sorte que la résiliation sans
préavis de l’AMA en application de l’article 7.4 n’était pas justifiée.
Concernant la demande de restitution des documents, elle
soutient qu’elle ne peut restituer des documents qui ont déjà été
remis de longue date bien avant le jugement du 7 septembre 2015,
et qu’elle est dans l’impossibilité de restituer tout autre document
visé dans la lettre de résiliation, ces documents se trouvant sous
séquestre de Maître Thomazon à Paris et n’en ayant jamais
obtenu un inventaire. Elle précise que pour mettre fin au litige,
elle renonce à la revendication de la propriété des documents et
registres listés dans la lettre de résiliation et qu’elle demande que
soit ordonnée la mainlevée des séquestres.
Sur son action en nullité de l’avenant du 21 mai 2010, elle affirme
que la société DOCKS LYONNAIS et ses représentants se sont
rendus coupables de manoeuvres dolosives ayant vicié son
consentement au moment de la signature de cet avenant en lui
faisant la promesse de lui régler des honoraires de “disposal
management” alors qu’ils se réservaient la possibilité de s’en
affranchir, ces manoeuvres ayant été la cause déterminante de
son consentement pour amputer de plus de moitié la durée du
contrat.
Sur la demande de garantie des sociétés BOCA, SU, UBS et WM
CEPF, elle invoque le pacte d’actionnaires du 25 août 2006 dans
sa version modifiée du 20 mai 2010, qui comprend, en ses articles
17.1 à 17.3, un engagement de ces sociétés, visant à garantir
l’intangibilité et le respect par la société DOCKS LYONNAIS de
l’AMA, cet engagement ayant été donné à son profit quand bien
même elle n’est pas partie au pacte.
Elle estime que la société BOCA, est également tenue solidairement
avec les autres sociétés à réparer ses préjudices car elle a engagé
sa responsabilité quasi délictuelle à son égard en ayant donné
instruction à ses représentants au conseil d’administration de la
société DOCKS LYONNAIS de voter en faveur de la résiliation de
l’AMA.
Quant à la société UBS AG, elle doit répondre, sur le terrain
délictuel de la faute contractuelle commise à son égard par la
société DOCKS LYONNAIS.
Sur les préjudices dont elle demande réparation en distinguant
celui résultant d’une annulation pour dol et celui résultant de
la résiliation fautive du contrat, elle se réfère aux évaluations
détaillées effectuées par la société Sorgem.
Pour plus ample exposé des prétentions et des moyens des
parties, la cour renvoie, en application de l’article 455 du code
de procédure civile aux conclusions déposées par les parties et
ci-dessus visées.
L’ordonnance de clôture a été rendue le 22 novembre 2016.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la nullité de l’avenant signé le 21 mai 2010 pour dol :
L’article 1116 du code civil dispose : “Le dol est cause de nullité
de la convention lorsque les manoeuvres pratiquées par une des
parties sont telles qu’il est évident que sans ces manoeuvres,
l’autre partie n’aurait pas contracté. Il ne se présume pas, il doit
être prouvé.”
L’irrecevabilité de l’action est soulevée par les appelantes au
motif que la société SAM a engagé deux procédures pour obtenir
exécution de l’avenant ce qui démontre qu’elle le considérait
comme valable et l’empêche de se contredire à son détriment.
Les procédures engagées par la société SAM le 11 et 12 juin 2012,
citées par les appelantes, ne rendent pas irrecevables une action
en nullité fondée sur un dol que la société SAM prétend avoir
découvert postérieurement.
La société SAM soutient avoir été trompée par le négociateur de
l’AMA de 2010, Roddy Sloan, qui lui a manifestement dissimulé
qu’une fois les avenants signés et une fois passé le délai de
viduité minimum nécessaire pour lui permettre de devenir
président des DOCKS LYONNAIS à la place de Miles d’ArcyIrvine, la convention serait résiliée en invoquant des motifs qui
existaient depuis l’origine et qu’il pouvait donc identifier pendant
le cours de la négociation.
La dissimilation d’une intention que la société SAM prête à son
cocontractant ne repose que sur une affirmation dont la véracité,
selon elle, ressort, des événements survenus postérieurement
notamment la révocation de Miles d’Arcy-Irvine de ses fonctions
de président directeur général le 9 décembre 2011, la nomination
de Christophe Fournage et Eric Pinon comme directeurs généraux
de la société DOCKS LYONNAIS les 5 janvier et 6 février 2012, la
révocation de Miles d’Arcy-Irvine de son mandat d’administrateur
de la société DOCKS LYONNAIS, la résiliation de la convention
le 30 octobre 2012 et la vente des actifs de la société DOCKS
LYONNAIS à la société Adia suivie de la gestion de ces mêmes
actifs par la société Firce Capital créée à cet effet par Christophe
Fournage et Eric Pinon.
Ces faits, postérieurs à la signature de la convention, ne
caractérisent pas de manœuvres destinées à convaincre la société
SAM d’accepter l’avenant alors que la société SAM expose ellemême dans son assignation introductive que la négociation a
duré plusieurs mois et a été rendue nécessaire, en janvier 2010,
en raison de la crise d’abord américaine puis mondiale de 2009 et
d’une série de choix de certains gestionnaires du GPF en Asie et
aux Etats-Unis qui ont obligé l’UBS à reconsidérer entièrement sa
politique et ce, au point d’envisager de céder ou de faire céder par
les fonds d’investissements qu’elle gérait le contrôle de sociétés
foncières qui étaient ses filiales.
La société SAM ne conteste pas qu’elle était à même d’apprécier
si ces motifs ayant conduit à la renégociation étaient ou non
pertinents et si elle pouvait ou non accepter d’abandonner une
partie, qu’elle dit essentielle, de ses droits. Aucune preuve de la
réalité de l’intention de son contractant de résilier l’avenant qu’il
négociait n’est par ailleurs rapportée.
Aucun dol ayant vicié son consentement n’étant prouvé par la
société SAM, il y a lieu de confirmer le jugement entrepris en ce
qu’il a rejeté l’action en nullité de l’avenant.
Sur la nullité des conventions signées le 11 septembre 2006 et le
21 mai 2010 :
• pour absence de cause en raison d’un double emploi résultant
de la violation de l’article L. 225-53 du code de commerce
La société DOCKS LYONNAIS expose qu’aux termes de l’article
L. 225-53 du code de commerce, la rémunération du ou des
directeurs généraux d’une société anonyme ne pouvant être
fixée que par son conseil d’administration, elle ne peut l’être par
une convention conclue avec un tiers à cette fin et qu’une telle
convention est nulle pour défaut de cause lorsqu’elle est conçue
en des termes dont il résulte qu’elle fait double emploi avec
l’exercice par le directeur général de ses fonctions.
Les parties s’opposent tout d’abord, en cause d’appel, sur la
prescription.
Aux termes des articles 1304 et 2224 du code civil, l’action en
nullité fondée sur l’absence de cause d’une convention, dure cinq
ans à compter du jour où la société DOCKS LYONNAIS a connu
ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer l’action en
nullité, soit en l’espèce, à compter de la convention.
Le défaut de cause de la convention, invoquée comme moyen
de nullité, affectant la convention initiale, la nullité de l’avenant
n’est qu’une conséquence de la nullité de la convention initiale
qui date du 11 septembre 2006 ; le délai d’action a donc pris fin
le 11 septembre 2011.
Si l’exception de nullité peut être soulevée après l’expiration du
délai et plus précisément à compter de l’expiration de ce délai,
une telle exception, qui est une défense au fond, ne peut être
invoquée que pour faire échec à une demande d’exécution d’un
acte juridique qui n’a pas encore été exécuté.
En l’espèce, la société SAM n’a pas introduit une action en
exécution de la convention, qui était exécutée et résiliée.
En conséquence, la nullité invoquée par la société DOCKS
LYONNAIS, qui n’est pas une défense au fond mais une demande
reconventionnelle, et qui a été formée après l’expiration du délai
d’action, est prescrite.
• pour violation des dispositions régissant la profession d’expert
comptable
La société DOCKS LYONNAIS expose que l’article 20 de
l’ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 qui réglemente
la profession d’expert comptable, sanctionne l’exercice illégal de
la profession résultant de l’absence d’inscription à un Ordre ; que
la violation d’une règle déontologique dans le cadre d’un contrat
entraîne de plein droit sa nullité ; qu’en l’espèce la société SAM a
effectué de très nombreux travaux portant sur la comptabilité de
la société DOCKS LYONNAIS et de ses filiales.
Les parties s’opposent, en cause d’appel, sur la prescription en
raison de la nature de la nullité.
En application de l’article 2224 du code civil issue, le délai de
l’action en nullité d’une convention est de cinq ans à compter
du jour où la société DOCKS LYONNAIS a connu ou aurait dû
connaître les faits lui permettant d’exercer l’action en nullité, et ce,
que la nullité soit relative ou absolue.
L’article 26 de la loi de la loi du 17 juin 2008, portant réforme de
la prescription en matière civile, précise que ses dispositions
qui réduisent la durée de la prescription, s’appliquent aux
prescriptions à compter de son entrée en vigueur, sans que la
durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure.
En application de ce texte, le délai d’action en nullité qui était de
30 ans pour une nullité absolue a été réduit à cinq ans à compter
de l’entrée en vigueur de la loi du 17 juin 2008 soit à compter du
19 juin 2008. Le délai d’une telle action expirait donc le 19 juin
2013.
Les parties s’accordent à reconnaître que la demande de nullité
a été formée par la société DOCKS LYONNAIS par conclusions
déposées devant le tribunal de commerce le 5 avril 2013.
Il s’ensuit que si la nullité invoquée est une nullité absolue, comme
le soutient la société DOCKS LYONNAIS, son action n’est pas
prescrite.
En revanche, si comme le soutient la société SAM, la nullité
invoquée est relative, la demande reconventionnelle, présentée
après le 11 septembre 2011, date d’expiration du délai d’action,
est irrecevable.
La nullité d’un contrat conclu par une personne dans l’exercice
illégal de la profession d’expert-comptable, est destinée à
protéger le cocontractant et est réservée à ce dernier ; elle est
donc une nullité relative ; en conséquence, l’action est prescrite.
• pour violation des dispositions de la loi régissant la profession
d’agent immobilier
La société DOCKS LYONNAIS expose que la violation des
dispositions d’ordre public de la loi 70-9 du 2 janvier 1970 dite
Hoguet et de son décret d’application n°72-678 du 20 juillet
1972 régissant la profession d’agent immobilier, est sanctionnée
notamment par la nullité absolue du mandant conclu en violation
de ces dispositions.
Les parties s’opposent, dans des termes identiques à ceux
exposés pour la précédente nullité, sur la prescription en raison
de la nature de la nullité.
Les nullités qui sanctionnent les conventions violant la loi précitée
sont des nullités absolues qui peuvent être invoquées par toute
partie qui y a intérêt ; l’action n’est donc pas prescrite.
Les contrats de gestion d’actifs signés entre les parties indiquent
en préambule que le Client (la société DOCKS LYONNAIS) souhaite
que le Gestionnaire (la société SAM) lui fournisse des conseils en
gestion d’investissements et certains services de gestion des
biens indiqués à l’annexe B, et sous réserve des stipulations du
contrat et des instructions du Client, qu’il acquière, gère, finance
et cède lesdits investissements réalisés à l’aide des actifs pour le
compte du client, conformément aux directives d’investissement
telles que définies dans le contrat.
Il est précisé que le Gestionnaire aura le droit exclusif de fournir
des services d’acquisition et des services de gestion sous réserve
des contrats existants accordés par le Client à la société Allti.
Les services de conseil en investissement sont définis à l’annexe
C qui prévoit que le Gestionnaire doit proposer périodiquement
des investissements immobiliers conformes aux directives ; si
le Client est intéressé, il doit établir une note préliminaire et un
budget des frais d’études ; si ces documents sont approuvés, il
doit nommer, pour le compte du Client, un consultant technique,
un conseiller juridique, un expert pour effectuer les études
nécessaires, il doit rechercher et recommander un crédit puis
établir une note d’investissement final, après examen de laquelle
le client, qui dispose du pouvoir discrétionnaire de procéder ou
non à l’investissement, prendra sa décision.
Cette même annexe prévoit que le Gestionnaire doit formuler
des propositions de vente ou autre cession de ses biens et que
si le Client souhaite vendre, il donnera au Gestionnaire toutes
les instructions aux fins d’organiser et de gérer la cession, en
ce compris la nomination d’agents immobiliers, puis obtenir une
indication de la valeur du bien par un expert indépendant et faire
son possible pour réaliser la cession dans les délais qui y sont
précisés. Il est prévu que si le Client notifie au Gestionnaire son
souhait de vendre, celui-ci doit préparer tous les documents
nécessaires et rechercher les acquéreurs potentiels, analyser les
offres, faire au Client les recommandations nécessaires pour lui
permettre de prendre une décision ; qu’après réception d’une
décision de vendre, il doit négocier avec les acquéreurs potentiels
une lettre d’intention non contraignante, négocier les documents
juridiques finaux et superviser la conclusion de la cession,
conseiller le Client sur les différents aspects de la transaction,
formuler toute recommandation concernant tout professionnel et/
ou consultant nécessaire pour les besoins du processus de vente
et de commercialisation, les honoraires de ces derniers étant à la
charge du Client ; que dès l’approbation du Client, il doit procéder
à l’engagement desdits professionnels et engager un agent ou
courtier immobilier indépendant pour faciliter ou organiser de
toute autre manière la vente.
Il résulte de ces dispositions que l’exercice des missions de la
société SAM ne nécessitaient pas la détention de la carte “T”
permettant aux agents immobiliers d’exécuter des mandats
d’achat ou de vente, sa mission ne se limitant pas à exécuter
de tels mandats pour lesquels était prévu le recours à des
professionnels habilités et rémunérés par la société DOCKS
LYONNAIS.
La société DOCKS LYONNAIS ne conteste d’ailleurs pas qu’elle
a payé des commissions aux agents immobiliers Catelle et
Bnppreim lors de la vente de l’immeuble “Fontenay”, citée par
la société SAM.
L’annexe D relative, aux services de location, donne au
Gestionnaire une mission de supervision des administrateurs
de biens, de contrôle de l’exécution de leurs obligations comme
par exemple celle d’encaisser les loyers et de liaison avec ces
derniers pour s’assurer de la bonne exploitation des biens.
Il est précisé que le Gestionnaire doit réceptionner les requêtes
des gestionnaires relativement aux demandes des locataires
pour conseiller le client sur les suites à donner ; il doit obtenir des
conseils au titre de l’abandon de baux, de la révision des loyers, de
l’octroi de nouveaux baux ou du renouvellement de baux existants
et formuler des observations sur les conseils obtenus et conduire
les négociations au titre de ces questions après consultation du
client et avec l’assistance du gestionnaire de biens concerné ; il
doit obtenir des conseils des experts au titre de l’installation, du
remplacement, de la réparation et de l’entretien des installations
et équipements mécaniques et électriques, établir le cahier de
charges et les appels d’offres nécessaires, négocier les contrats
d’entretien ou veiller à ce qu’il le soit par le gestionnaire de biens
concerné ; il doit assurer une supervision continue de l’ensemble
des contrats d’entretien ; il doit veiller à ce que les gestionnaires
de biens entretiennent des relations positives avec les locataires ;
il doit préparer et soumettre un plan d’affaires annuel.
Il résulte de ces dispositions que la société SAM avait un rôle de
superviseur de l’administration des biens qui étaient assurée par
des gestionnaires de biens.
La société DOCKS LYONNAIS ne dément pas que le gestionnaire
des immeubles dont elle était déjà propriétaire en 2006, était la
société Allti, dont le contrat est mentionné dans la convention,
qui est sa filiale et qui est titulaire de la carte “G” permettant aux
agents immobiliers d’administrer les biens ; elle ne dément pas
non plus que les administrateurs des biens acquis à partir de
2006, étaient ceux auxquels les précédents propriétaires avaient
confié le mandat.
Elle ne démontre d’ailleurs pas que la société SAM ait
personnellement accompli des actes relevant des missions des
agents immobiliers.
En conséquence, il y a lieu de débouter la société DOCKS
LYONNAIS de sa demande de nullité de la convention pour nonrespect de la loi régissant la profession d’agent immobilier.
Sur la résiliation de la convention :
L’article 7.4 de la convention (dont la traduction non contestée
est produite par la seule société SAM) prévoit que le Client pourra
résilier le contrat immédiatement pour un Motif Déterminé avec
effet immédiat, sachant que si, de l’avis (légitime) du Gestionnaire,
il est possible de remédier à un tel Motif Déterminé, la résiliation
n’interviendra que s’il n’y est pas remédié dans le délai prévu à
l’annexe A dans la définition du terme “Motif Déterminé”.
L’annexe A désigne le Motif Déterminé par énumération ; les
paragraphes visés dans la lettre de résiliation sont les suivants :
- c) le Gestionnaire n’est plus autorisé à exécuter ses obligations
et il ne peut pas être remédié à une telle violation dans le délai
de 28 jours à compter de la date à laquelle le Gestionnaire
reçoit notification de la résiliation,
- d) dans le cadre de l’exécution de ses obligations, le gestionnaire
est négligent, une telle négligence a eu ou aura un effet
préjudiciable important sur la valeur patrimoniale nette ajustée
et/ou la réputation du client (et/ou de l’une quelconque de ses
affiliées) et il n’y est pas remédié sous 28 jours à compter de
la date à laquelle le Gestionnaire reçoit une notification de la
résiliation,
- e) dans le cadre de l’exécution de ses obligations, le Gestionnaire
se rend coupable d’un manquement intentionnel ou de fraude,
- f) le Gestionnaire agit de mauvaise foi et ses actes ont un effet
préjudiciable grave sur la valeur patrimoniale nette ou la valeur
de tout investissement.
Les motifs de résiliation exposés dans la lettre du 31 octobre 2012
sont les suivants :
- des irrégularités entachant la validité de la convention :
• l’absence de détention de la carte professionnelle d’agent
immobilier exigée par la loi Hoguet et rendant l’AMA contraire
à l’ordre public,
• la persistance de la société SAM à vouloir continuer à réaliser
l’ensemble des prestations comptables en violation du
monopole dont bénéficient les experts-comptables, malgré
ses demandes répétées de restitution de sa comptabilité sans
réduction d’honoraires,
- des fautes graves et répétées :
• absence d’autorisations et habilitations nécessaires en ce que
la société SAM n’est ni titulaire de la carte d’agent immobilier ni
expert comptable (paraphe c)
• atteinte grave à sa réputation caractérisée par la multiplication
des actions judiciaires menées notamment par l’intermédiaire
de Miles d’Arcy-Irvine, relayées publiquement et dans les
médias par la voix de son avocat, constituant des actes de
dénigrement de la part du prestataire qui continue de percevoir
la totalité de la rémunération, (paragraphe d)
- des inexécutions volontaires (paragraphe e) :
• des négligences répétées dans la gestion des dossiers et le
non-respect des instructions adressées conformément aux
stipulations de L’AMA,
• le retard et l’obstruction s’agissant de plusieurs dossiers dont
celui relatif à la demande de Cushman &Wakefield,
• des erreurs graves relatives aux engagements bancaires de la
société DOCKS LYONNAIS dont une portant sur une dette de
257 millions d’euros sur le 6/8 Hausmann,
• des factures démontrant que la société SAM a fait payer à la
société DOCKS LYONNAIS et/ou à la société Allti des sommes
indues,
• son refus malgré de nombreuses demandes de restituer,
sans réduction d’honoraires, les éléments comptables et les
documents originaux lui appartenant,
• l’utilisation sans autorisation des salariés d’Allti pour effectuer
des prestations qui devaient être effectuées par les salariés de
la société SAM,
• les tentatives répétées par la société SAM pour constituer
un dossier artificiel pour tenter d’obtenir des sommes
considérables,
- une atteinte à la valeur des investissements caractérisée par le
comportement visé précédemment, contraire aux exigences de
la convention (paragraphe f).
S’agissant de la contrariété à l’ordre public, il a déjà été jugé
que la loi Hoguet ne s’appliquait pas. Quant à la persistance
de la société SAM à vouloir continuer à réaliser l’ensemble des
prestations comptables, elle était légitime dès lors que cette
mission lui a été donnée par le contrat, de sorte que le refus de
la société SAM, qui a considéré l’exigence de sa contractante
comme une violation de ses obligations, et alors que le litige
instauré par la société DOCKS LYONNAIS sur ce point n’avait pas
été tranché, ne permettait pas à cette dernière d’imputer, pour
résilier le contrat, une faute à la société SAM.
Le Motif Déterminé prévu par le paragraphe c) n’est donc pas
justifié.
Les actions judiciaires engagées par la société SAM et les plaintes
pénales déposées par celle-ci, dès lors que ces actions expriment
un droit et qu’elles n’ont pas été jugées abusives ne constituent
pas des négligences au sens du paragraphe d) visé, pour ce grief
dans la lettre.
Sur la publicité donnée aux accusations fondant les plaintes
pénales, la lettre de résiliation expose : “Ces plaintes ont été
relayées publiquement et dans les médias, SAM France, par
la voie de son avocat, maître Soulier, allant notamment jusqu’à
affirmer dans la Tribune de Lyon du 28 juin 2012, que notre société
et sa filiale “ont voulu pirater la comptabilité et le savoir-faire de
SAM France, c’est une tentative de vol.”
Outre, qu’il n’est pas admissible qu’un prestataire - qui continue à
percevoir la totalité de sa rémunération - attaque aussi violemment
et publiquement son cocontractant qu’il a érigé en véritable
ennemi, le comportement de SAM France a indiscutablement eu
- et continue d’avoir- un “material adverse effect” sur la réputation
de DOCKS LYONNAIS et de ses filiales. Ce dénigrement constitue
une atteinte grave à la réputation, qui est irréversible ; il ne peut y
être remédié, de sorte qu’elle constitue un motif supplémentaire
de résiliation immédiate de l’AMA.”
La matérialité des faits n’est pas discutée et elle est établie.
Cependant, ainsi que le fait valoir la société SAM, les propos
tenus par son avocat, à supposer qu’ils puissent engager la
responsabilité de sa cliente envers son cocontractant, datent du
28 juin 2012 et ils n’ont donné lieu à aucune réaction de la part
de la société DOCKS LYONNAIS avant de considérer, quatre mois
après, qu’ils justifiaient une résiliation unilatérale et immédiate de
la convention.
De plus, la société DOCKS LYONNAIS ne produit aucune pièce
pour tenter de démontrer que ce dénigrement, pour grave qu’il
soit, a eu un effet sur sa réputation.
Ces faits ne constituent donc pas un motif autorisant la résiliation
unilatérale et immédiate de la convention.
Pour le surplus des manquements (inexécutions volontaires et
comportement de mauvaise foi portant atteinte à la valeur des
investissements) reprochés au visa des paragraphes e) et f), la
société DOCKS LYONNAIS indique que ces fautes sont largement
caractérisées au sein de ses conclusions. Cependant, d’une part,
elle n’explicite pas les griefs invoqués ce qui ne permet aucun
rapprochement avec la ou les parties de ses conclusions ne
se rapportant pas à la discussion sur ces griefs (sauf en ce qui
concerne le refus de restituer la comptabilité, invoqué par ailleurs
et déjà examiné), et d’autre part, ainsi que le souligne la société
SAM et en violation de l’obligation édictée par l’article 954 du
code de procédure civile, elle ne vise aucune pièce à leur soutien.
Enfin, si elle critique les éléments produits par la société SAM
pour démontrer qu’elle a eu un comportement irréprochable dans
le traitement de l’offre locative du locataire Thomson Reuters,
il n’en reste pas moins qu’alors que la charge de la preuve lui
incombe, elle ne produit aucune pièce pour démontrer la réalité
d’un manquement qu’elle a invoqué comme motif de résiliation.
En conséquence, les motifs de résiliation invoqués par la société
DOCKS LYONNAIS n’étant pas justifiés, la résiliation unilatérale,
anticipée et immédiate qu’elle a prononcée n’est pas fondée ce qui
la rend fautive et ne lui permet pas de prétendre à l’indemnisation
de préjudices en résultant, mais l’oblige à réparer les préjudices
éventuellement subis par la société SAM.
Sur l’indemnisation des préjudices de la société SAM résultant de
la résiliation de la convention :
La société SAM sollicite l’allocation de la somme de 11.700.000 €
en réparation du préjudice économique résultant de la résiliation.
Au soutien de cette demande, elle produit un rapport établi par le
Cabinet Sorgem qui conclut à ce préjudice résultant de la perte
des honoraires jusqu’au terme du contrat le 31 décembre 2013,
déduction faite des charges qu’elle aurait supportées pendant la
même période.
Les critiques de la société DOCKS LYONNAIS tirées de
prétendues contradictions entre ce rapport et un autre rapport du
même cabinet sont inopérantes, l’autre rapport visant à évaluer
le préjudice dans l’hypothèse où la cour aurait fait droit à la
demande principale de nullité de l’AMA signée en 2010 pour dol
et donc en se fondant sur les dispositions relatives à la durée de la
convention de 2006 et aux rémunérations qu’elle prévoit.
En conséquence, le préjudice, qui est justifié en son principe dès
lors que la convention était à durée déterminée et qu’elle a été
résiliée avant son terme de manière fautive, est également justifié,
en son montant, au vu du rapport précité.
La société SAM sollicite également l’allocation de la somme de
12.000.000 € en réparation du préjudice résultant de la perte
de chance de poursuivre, après le terme de l’AMA, une activité
normale de gestion d’actif et de percevoir des honoraires car elle
n’a pu se positionner pour continuer de gérer les actifs qui ont été
vendus à la société Adia.
Une perte de chance ne peut être indemnisée que si elle est
certaine ; or en l’espèce, compte tenu de la situation dégradée et
conflictuelle entre les parties, la résiliation fautive de la convention
n’a pas entraîné une perte de chance certaine pour la société
SAM de gérer les biens vendus et d’autres biens qu’elle aurait
pu obtenir.
Cette demande doit être rejetée.
Enfin, la société SAM réclame le paiement de 20.000.000 € de
dommages-intérêts en réparation de son préjudice moral, qu’elle
qualifie de préjudice réputationnel.
Au soutien de cette demande, après avoir rappelé que les
personnes morales peuvent prétendre à la réparation de leur
préjudice moral défini comme un préjudice extra-patrimonial
résultant de l’atteinte à leur image, la société SAM fait valoir que la
société DOCKS LYONNAIS a informé, des dizaines de locataires
et des centaines de fournisseurs et autres tiers, de la résiliation
avant même qu’elle n’en ait reçu notification, le 2 novembre 2012.
Elle produit une seule lettre datée du 31 octobre 2012 adressée
par la société DOCKS LYONNAIS à l’avocat de sa filiale la SCI
Commerces Grolée et Carnot. D’une part, par lettre du 7 novembre
2012, le destinataire a indiqué avoir reçu la lettre le 5 novembre 2012
soit après réception par la société SAM de la lettre de résiliation.
D’autre part, il résulte de cette réponse, que l’information était
nécessaire car des conclusions pour une audience du 19 novembre
2012 étaient en cours de préparation. Enfin, l’information donnée
au conseil d’une filiale sur la résiliation de la convention “en raison
d’un litige” l’opposant à la société SAM, n’est pas de nature à
porter atteinte à la réputation de cette dernière, l’information ne
contenant aucune indication supplémentaire et l’existence d’un
litige opposant les parties, ayant été divulguée par voie de presse
par la société SAM elle-même.
A défaut de démontrer la réalité du préjudice qu’elle allègue, la
société SAM doit être déboutée de ce chef de demande.
En définitive, il y a lieu, par infirmation de la décision déférée, de
condamner la société DOCKS LYONNAIS à payer à la société
SAM la somme de 11.700.000 €.
Sur la garantie des sociétés BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES,
UBS WM CEPF :
Le moyen d’irrecevabilité de la demande dirigée contre la société
UBS AG, soulevée par les appelantes, est sans objet dès lors
qu’aucune demande à l’encontre de cette société n’est contenue
dans le dispositif des conclusions de la société SAM, et que cette
société n’est pas dans la cause.
La garantie est sollicitée sur le fondement d’un pacte d’actionnaires
signé le 25 août 2006 dans sa version modifiée le 20 mai 2010 qui
comprendrait un engagement des sociétés BOCA, SU EUROPEAN
PROPERTIES, UBS WM CEPF comme cautions solidaires et
indivisibles à garantir la bonne et pleine exécution des obligations
des “sociétés communes” incluant la société DOCKS LYONNAIS,
découlant de l’un quelconque des “accords de coentreprise”, dont
l’AMA et notamment le paiement rapide, à leur échéance, de tous
montants dus par celle-ci dans ce cadre.
Ainsi que le font valoir les sociétés appelantes, la version du pacte
en date du 25 août 2006 mentionnant de nombreux avenants dont
le dernier en date du 20 mai 2010, n’est signée par aucune des
parties.
Dès lors, et comme le soutiennent les sociétés appelantes, seule
la version initiale en date du 11 août 2006, auquel la société
SU EUROPEAN PROPERTIES n’est pas partie, peut être prise
en compte ; ce pacte contient un engagement de garantie par
la société CEPF de la bonne et pleine exécution de l’ensemble
des obligations du Groupe Superopco prévus par le Pacte ainsi
que le paiement rapide, à leur échéance, de tous montants dus
par le Groupe Superopco à toute Société Commune, SIH (SA
Shaftesbury International Holdings) ou Shaftesbury (société
Kopetino Holdings Limited) au titre du Pacte ; il contient un
engagement identique de Shaftesbury et SIH au profit de toute
Société Commune et de Superopco.
Les sociétés communes désignent, selon le pacte, BOCA, les
filiales et les sociétés propriétaires d’actifs.
En conséquence, la société SAM ne prouve pas la garantie des
sociétés BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES, UBS WM CEPF
qu’elle réclame.
Sur la responsabilité délictuelle de la société UBS AG JERSEY :
La société SAM soutient que la société UBS AG JERSEY doit
répondre, sur le terrain délictuel, de la faute contractuelle de la
société DOCKS LYONNAIS à son égard, faute commise en mai
2010, de surcroît par Roddy Sloan, responsable au sein de la
société UBS AG JERSEY de la gestion des fonds GPF et CEPF,
actionnaires ultimes de la société DOCKS LYONNAIS et n’ayant
aucune autre qualité pour négocier l’avenant de 2010 pour le
compte de la société DOCKS LYONNAIS dont il n’était alors ni
président, ni directeur général ni mandataire.
Les faits invoqués pour caractériser la faute engageant la
responsabilité de la société UBS AG JERSEY sont ceux invoqués
au soutien de l’allégation du dol que la société SAM prétend avoir
subi lors de la conclusion de l’avenant du 21 mai 2010 et dont il a
été jugé qu’ils ne sont pas établis.
En conséquence, il y a lieu de débouter la société SAM de ses
prétentions dirigées à l’encontre de la société UBS AG JERSEY
Sur la responsabilité quasi-délictuelle de la société BOCA :
Pour soutenir cette responsabilité, la société SAM fait valoir qu’en
sa qualité de société mère de la société DOCKS LYONNAIS, la
société BOCA est directement à l’origine de la résiliation anticipée
de la convention. Ainsi, lors du conseil de gérance du 20 juillet
2012, les gérants de catégorie A ont mis au vote et adopté une
résolution selon laquelle “le conseil de gérance demande à ses
représentants au conseil d’administration des DOCKS LYONNAIS
de voter en faveur de la résiliation du contrat conclu avec SAM
France” ; la résolution qui a été prise ajoute : “si et seulement si
cette résiliation s’inscrit dans le cadre contractuel fixé à cet effet
par l’article 7.4.1 de l’AMA.”
L’exercice du droit de vote d’une société ne constitue pas une
faute quasi-délictuelle et le préjudice subi par la société SAM du
fait de la rupture n’engage que la responsabilité de l’auteur de la
rupture.
Sur la responsabilité délictuelle de la société SAM :
La société DOCKS LYONNAIS prétend, sur ce fondement, à la
condamnation de la société SAM au paiement de 2.000.000 € de
dommages-intérêts en réparation des préjudices résultant des
manquements ayant conduit à la résiliation de la convention et
découverts par la suite.
Elle expose que depuis la reprise de la gestion de ses activités, elle
n’a cessé de découvrir davantage de fautes, de manquements, de
négligences et d’erreurs grossières imputables à la société SAM
et que c’est notamment le cas du traitement de certaines écritures
comptables.
Les manquements de la société SAM invoqués pour résilier la
convention tout comme d’éventuelles erreurs commises dans le
traitement de la comptabilité, qui était confiée à la société SAM,
par la convention, ne peuvent engager que sa responsabilité
contractuelle qui est exclusive de la responsabilité délictuelle.
Quant à la campagne de dénigrement et de déstabilisation dont
la société se prétend victime, si elle pourrait constituer une faute
délictuelle, d’une part, elle ne peut résulter d’actions en justice
qui n’ont pas été jugées abusives, ni de plaintes pénales ayant
reçu pour réponse une plainte en dénonciation calomnieuse qui
a été classée sans suite, ni de propos tenus, dans la presse, par
l’avocat de la société SAM et non par cette dernière.
De plus la société DOCKS LYONNAIS ne précise pas quels sont
les préjudices dont elle demande réparation et elle ne précise pas
les bases d’évaluation de l’indemnisation réclamée.
En conséquence, elle doit être déboutée de cette demande.
Sur la demande de restitution de documents et de registres :
La convention étant rompue, la société SAM doit restituer à
la société DOCKS LYONNAIS l’ensemble des documents et
registres en sa possession, ce qu’elle e conteste pas.
D’une part, il y a lieu de donner acte à la société SAM qu’elle
renonce à revendiquer la propriété de documents et registres
listés dans la lettre de résiliation du 31 octobre 2012.
D’autre part les parties indiquent toutes deux que les documents
qui se trouvaient dans les locaux lyonnais de la société SAM et
avaient été mis sous séquestre, le 18 avril 2013, par maître Fradin
huissier de justice, sur autorisation judiciaire, ont été restitués à
la société DOCKS LYONNAIS, ainsi que l’avait accepté la société
SAM, devant le juge des référés du tribunal de commerce de
Lyon, qui en avait pris acte par ordonnance du 12 juin 2013.
Enfin, la société DOCKS LYONNAIS précise que les documents
restants à restituer sont ceux qui se trouvaient dans les locaux
parisiens de la société SAM et qui ont été mis sous séquestre
de maître Thomazon huissier de justice, les 18 et 19 avril 2013,
suivant autorisation judiciaire ; la société SAM demande à la
cour d’ordonner la levée des séquestres de maître Thomazon et
la remise de tous les documents qu’ils contiennent après remise
préalable d’une copie dont le coût sera supporté par la société
DOCKS LYONNAIS.
En l’état de ces positions, la demande de restitution n’est plus en
litige devant la cour. Quant à la demande de remise d’une copie,
à laquelle la société DOCKS LYONNAIS s’oppose, elle n’est pas
justifiée par la société SAM ; elle ne peut donc prospérer.
Le prononcé d’une astreinte n’est pas nécessaire dès lors que les
documents doivent être restitués par un huissier de justice.
Sur les dépens et les frais non répétibles :
En application de l’article 696 du code de procédure civile, la société
DOCKS LYONNAIS doit supporter les dépens qu’elle a exposés
à l’exclusion des dépens générés par les mises en cause, par la
société SAM, des sociétés BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES,
UBS WEALTH MANAGEMENT CEPF, UBS AG JERSEY.
Des considérations d’équité conduisent à débouter toutes les
parties des demandes d’indemnités qu’elles présentent sur le
fondement de l’article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
La Cour,
Statuant publiquement par arrêt contradictoire,
Confirme le jugement entrepris en ce qu’il a rejeté l’action en nullité
de l’avenant signé le 21 mai 2010 formée par la société SAM,
L’infirme pour le surplus et statuant à nouveau,
Déclare irrecevables les demandes de nullité des conventions
pour absence de cause et pour violation de la loi régissant la
profession d’expert comptable,
Déclare recevable la demande de nullité des conventions pour
violation de la loi régissant la profession d’agent immobilier
présentée par la SA LES DOCKS LYONNAIS mais en déboute
celle-ci ;
Juge fautive la résiliation anticipée et immédiate de la convention
prononcée par lettre du 31 octobre 2012 par la SA LES DOCKS
LYONNAIS,
En conséquence,
Déboute la SA LES DOCKS LYONNAIS de sa demande
d’indemnisation de préjudices résultant de la rupture,
Condamne la SA LES DOCKS LYONNAIS à payer à la SA
SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE, la somme de
11.700.000 € de dommages-intérêts en réparation du préjudice
causé par la rupture fautive de la convention,
Déboute la SA SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE
du surplus de ses demandes indemnitaires,
Déboute la SA SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE
de ses prétentions dirigées à l’encontre des sociétés de droit
étranger BOCA, SU EUROPEAN PROPERTIES, UBS WEALTH
MANAGEMENT CONTINENTAL EUROPEAN PROPERTY FUND
et UBS AG JERSEY,
Déboute la SA LES DOCKS LYONNAIS de son action en
responsabilité délictuelle à l’encontre de la SA SHAFTESBURY
ASSET MANAGEMENT FRANCE,
Ordonne la levée des séquestres de maître Thomazon huissier de
justice près le tribunal de grande instance de Paris et la remise,
par lui, de tous documents qu’ils contiennent à la SA LES DOCKS
LYONNAIS,
Déboute la SA SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT FRANCE
de sa demande de remise d’une copie des documents devant être
restitués,
Déboute les parties de leurs demandes en paiement d’une
indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure
civile,
Condamne la SA SHAFTESBURY ASSET MANAGEMENT
FRANCE aux dépens de première instance et d’appel générés
par les mises en cause des sociétés de droit étrangers BOCA,
SU EUROPEAN PROPERTIES, UBS WEALTH MANAGEMENT
CONTINENTAL EUROPEAN PROPERTY FUND et UBS AG
JERSEY, ces derniers pouvant être recouvrés conformément aux
dispositions de l’article 699 du code de procédure civile,
Condamne la SA LES DOCKS LYONNAIS au surplus des dépens
de première instance et d’appel, ces derniers pouvant être
recouvrés conformément aux dispositions de l’article 699 du code
de procédure civile.
LE GREFFIER
LE PRÉSIDENT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 //
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
START
UP
LE PRODUIT
-
La start-up lilloise Praline &
Priape, spécialisée dans la vente
de sex toys et dans le conseil érotique, lance une boxe dédiée aux jeunes mariés.
Le « coffret précieuse noces a pour but d’accompagner le couple dans son épanouissement
intime », indique la start-up. Elle promet de se
différencier des autres offres en personnalisant totalement le contenu de la boxe selon
« les goûts et les pratiques du couple ».
800.000
EUROS
Onhys boucle un tour de table pour mieux
faire connaître sa solution spécialisée
dans les simulations de déplacement de
foule en zone urbaine. Basée à Sophia
Antipolis, la start-up a été fondée en 2015
par Sébastien Paris.
Frichti entre dans la course
à la livraison de produits frais
ALIMENTATION
La foodtech parisienne
lance un nouveau
service de livraison
de produits frais,
dans un segment
très concurrentiel.
LE BUZZ
e
Alexandre Pachulski sera le
parrain de la 8 e promotion
dédiée aux projets hardware et
software d’EuraTechnologies. Le cofondateur de Talensoft va piloter l’accompagnement des entrepreneurs incubés
durant quatre-vingt jours, leur permettant de passer du concept au prototypage.
L’objectif est de leur permettre de créer
leur start-up à l’issue du programme.
Launchmetrics
veut anticiper
la verticalisation
du marketing
MARKETING
L’entreprise
française vient
de lever 50 millions
de dollars.
Déborah Loye
@Loydeborah
La start-up Frichti, dont le modèle
initial est de livrer des plats « faits
maison » à domicile ou au bureau, a
annoncé mardi qu’elle diversifiait
son offre. La jeune pousse se positionne désormais également sur
la livraison de courses. Il est donc
possible de se faire livrer un sac
contenant à la fois un gaspacho
andalou prêt à être avalé et un
paquet de pâtes. « Depuis le lancement, notre objectif est de permettre
à nos clients de bien manger au quotidien. Avec cette nouvelle offre,
nous poursuivons cette mission de
manière naturelle », assure Julia
Bijaoui, cofondatrice de la start-up.
Nommée « Le Super Marché
Frichti », cette nouvelle offre est déjà
disponible sur le site de l’entreprise
et permet aux clients de faire leurs
courses tous les jours de la semaine
jusqu’à 23 heures. Frichti promet
une livraison en 18 minutes en
moyenne dans Paris et 28 villes limitrophes, et en moins de 15 minutes
pour la moitié des Parisiens. Le coût
de la livraison reste le même :
1,50 euro pour une réception différée et 2,90 euros en express.
Plusieurs concurrents
Plusieurs jeunes pousses françaises
sont présentes sur ce service de
livraison de produits frais, comme
Epicery ou C’est Frais. Ces dernières
agrègent les produits de commerçants de proximité ou d’épiceries
fines. En décembre 2017, Epicery a
accueilli Monoprix à son capital,
Guillaume Bregeras
@gbregeras
Pour se différencier de l’offre existante, Frichti mise sur un garde-manger restreint. Photo DR
élargissant ainsi son offre aux produits de Monoprix et de sa filiale bio
Naturalia. « Nous avons un positionnement clair sur les produits de haute
qualité, assure Elsa Hermal, fondatrice d’Epicery. Nous voyons donc
d’un bon œil que le marché se dynamise, et comprenons que les acteurs
de la livraison de plats soient attirés
par ce segment où le panier moyen est
plus élevé et le taux de répétition plus
fort. » Epicery revendique en effet un
panier moyen de 60 euros, contre
24 euros pour Frichti.
Pour se différencier de l’offre existante, Frichti mise sur un gardemanger restreint. « Une équipe
dédiée travaille à sa constitution
depuis un an », affirme Julia Bijaoui.
Ce dernier contient 200 produits
triés sur le volet, avec « une seule
sorte de moutarde, une seule sorte de
jambon ». La start-up espère ainsi
éviter « le sentiment anxiogène lié au
surchoix dans l’e-commerce ». Sur les
étagères de ses 8 entrepôts, des produits acquis chez ses fournisseurs
historiques, ou en direct chez les
producteurs. « Nous privilégions les
circuits courts et le bio, sans être obsessionnels », souligne la cofondatrice.
Le Super Marché Frichti propose
en outre des « kits recettes » permettant d’acheter tous les ingrédients d’un plat en un seul clic. Une
offre qui rencontre elle aussi un concurrent, la start-up Jow, qui propose de nombreuses recettes dont
les ingrédients se glissent automatiquement dans le panier virtuel de
Monoprix, grâce à un partenariat
avec l’enseigne.
Mais face aux jeunes pousses
françaises, Goliath est américain.
Amazon a annoncé en mars le lancement de son service de livraison
de produits frais Prime Now, disponible à Paris et dans 21 communes
de la petite couronne. L’entreprise
18
MINUTES
La durée moyenne d’une
livraison par Frichti dans Paris.
américaine avait à cet effet installé
un entrepôt de 4.000 mètres carrés
dans le 18e arrondissement de Paris.
Elle propose 30.000 produits à la
livraison, dont bientôt ceux de…
Monoprix !
La start-up parisienne
vient de boucler un
tour de table de 2,5 millions d’euros pour
étendre son service.
Celui-ci permet de
consulter un médecin
spécialisé à distance.
Lorsque le médecin annonce à
Pauline d’Orgeval qu’il estime que
son fils devrait subir une opération
lourde pour soigner sa scoliose, il lui
conseille de faire valider son diagnostic par un confrère. « Il nous a
fallu dix jours pour identifier un spécialiste, puis quatre mois pour obtenir
un rendez-vous », se souvient l’entrepreneuse. Cet épisode lui donne une
idée : créer une plate-forme permettant d’obtenir rapidement un avis
d’expert. En 2016, Pauline d’Orgeval
lance Deuxièmeavis.fr avec Prune
Nercy et Catherine Franc.
Un diagnostic
sous sept jours
La start-up vient de boucler un
deuxième tour de table de 2,5 millions d’euros auprès de trois fonds
à impact social : Investir & +, Citizen
Capital et Colam Impact. Deuxièmeavis.fr permet aujourd’hui aux
personnes atteintes d’une maladie
grave d’obtenir rapidement un avis
de spécialiste sur leur situation.
« Les patients envoient leur dossier
médical et remplissent un formulaire
en ligne, explique Pauline d’Orgeval.
Ils reçoivent ensuite le diagnostic
sous sept jours. »
Le service se veut complémentaire au médecin habituel et permet
notamment aux personnes isolées
ou à mobilité réduite d’avoir accès à
des spécialistes sans se déplacer.
« 80 % de nos utilisateurs résident en
dehors de l’Ile-de-France et 85 % sont
issus de classes sociales inférieures
aux CSP + », précise Pauline d’Orgeval. Cette nouvelle levée de fonds,
qui succède à un premier tour de
table de 1 million d’euros réalisé en
2016, devrait permettre d’étendre le
service. La plate-forme recense
aujourd’hui plus de 100 médecins,
qui couvrent 300 pathologies. « Il
existe plus de 6.000 maladies rares,
l’objectif est donc d’en couvrir de plus
en plus », indique la cofondatrice.
Le service est gratuit pour les
patients et la start-up se finance en
facturant les mutuelles qui offrent
ce service à leurs souscripteurs.
Pour le moment, 1 million de Français ont accès à Deuxièmeavis.fr,
une couverture qui sera élargie à
Bientôt un outil
d’analyse de valeur
Avec les fonds réunis lors de ce
tour de table, Launchmetrics va
recruter 150 personnes d’ici à
2022, dont la moitié en France,
notamment afin de renforcer la
croissance organique. L’entreprise affiche également de plus
larges ambitions sur l’exploitation des données qu’elle réunit et
l’augmentation des services
qu’elle peut proposer à ses
clients. Elle veut aussi cibler, audelà des trois industries qu’elle
couvre, « toutes les marques inspirationnelles », détaille Michael
Jais. A savoir celles qui ont un
budget marketing important et
un positionnement premium.
Face à Amazon
Frichti communique peu sur ses
chiffres et ne donne pas d’information sur sa capacité à atteindre la
rentabilité. Dès ses débuts, la jeune
pousse avait fait parler d’elle en
levant 12 millions d’euros six mois
seulement après son premier tour
de table en seed. L’équipe avait
enchaîné un an plus tard avec une
levée de fonds de 30 millions
d’euros. Un nouveau tour de table
est envisagé en 2019, selon la startuppeuse. Pour Benoist Grossmann, managing partner d’Idinvest,
la livraison de courses permettra à
Frichti d’« améliorer l’image de marque de l’entreprise, et de faire ainsi
baisser le coût d’acquisition client ».
Sur un marché où les marges sont
très faibles, ce dernier est décisif…
mais sans doute pas suffisant. n
Deuxièmeavis.fr souhaite rendre
l’expertise médicale accessible
SANTÉ
Il n’aura fallu qu’une star de la
télé-réalité pour tout changer.
En lançant sa marque de
maquillage, Kylie Jenner a
généré un chiffre d’affaires de
420 millions de dollars en dixhuit mois sans que personne ne
l’ait réellement vu venir. Une
prouesse réalisée avec l’aide des
réseaux sociaux que Launchmetrics passe chaque jour au
peigne fin. La pépite française
s’est fait une spécialité d’analyser et de détecter les signaux faibles qui déterminent les tendances de demain dans les
fonctions analogues à celles de
Launchmetrics à leurs clients,
mais la pépite tricolore estime
que le volume des données à
traiter est tel que seule une
expertise par industrie permet
d’être vraiment pertinent.
10 millions dès janvier 2019. « Mais
le but est de rapidement pouvoir
atteindre les 65 millions de Français », précise Vincent Fauvet, président et cofondateur d’Investir & +,
qui avait déjà accompagné la
start-up lors de sa première levée de
fonds. Pour lui, le modèle a déjà fait
ses preuves : « La plate-forme est très
efficace : 25 % des diagnostics et des
protocoles ont été infirmés et, quand
ce n’est pas le cas, le deuxième avis
rassure les patients et leur permet de
mieux accepter des traitements souvent lourds. »
Pour les médecins spécialistes,
l’intérêt de réserver des heures de
consultations à Deuxièmeavis.fr est
de structurer une activité déjà existante. « Ils reçoivent énormément de
mails leur demandant conseil, donc
là nous leur permettons de gérer ces
demandes de manière sécurisée »,
indique Pauline d’Orgeval. — D. L.
Lors de la Fashion Week, 90 % des marques de mode présentes utilisaient les outils de Launchmetrics pour organiser
leurs campagnes marketing. Photo Samantha Nandez/BFA.com
secteurs de la mode, du luxe et
des cosmétiques et aider les
marques à lancer des campagnes marketing ciblées auprès
des bonnes audiences. Un pari
pris sectoriel engagé dès 2014
qui lui a permis de totaliser
24 millions de dollars de chiffre
d’affaires en 2017. Et de convaincre les investisseurs de la suivre
avec une levée de 50 millions de
dollars, emmenée par le fonds
Large Venture de bpifrance,
Seventure, Cipio Partners
et Famille C (Courtin-Clarins).
Devenir un leader
sectoriel
L’objectif affiché est clair : quadrupler les revenus dans les
quatre prochaines années et
« emmener l’entreprise en
Bourse », assure Michael Jais,
PDG et cofondateur de Launchmetrics. Si le moment de l’IPO
n’est pas encore déterminé,
l’entrepreneur pense être en
amont d’un mouvement de
grande ampleur où les entreprises de marketing analytiques
vont se spécialiser sur un secteur donné. Bien sûr, les outils
des géants tels Salesforce et
Adobe peuvent proposer des
A chaque fois, le parcours au
sein de ses clients se veut le plus
transversal possible, avec
d’abord l’analyse pointue des
personnes qui parlent d’une
marque, que ce soit sur les
réseaux sociaux ou dans un
magazine. Puis la détection des
influenceurs clefs (bloggeurs,
journalistes, instagrameurs,
célébrités, sportifs…), afin de
leur recommander un plan
d’action et éventuellement une
mise en relation et un suivi avec
ces nouveaux ambassadeurs.
Pour chacune de ces briques,
des start-up sont déjà positionnées, mais Launchmetrics
pense avoir un avantage considérable en intervenant tout au
long de la chaîne de valeur. Pour
élargir ce spectre d’intervention, la pépite va lancer en janvier prochain un nouvel outil
permettant de mesurer la
valeur monétaire d’une action
engagée (un post sur un réseau
social via un influenceur, par
exemple) quel que soit le type de
média, en ou hors ligne. Avec le
souhait, désormais assumé, de
s’imposer comme l’acteur mondial majeur du marketing
d’influence. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
en
direct
Les Ateliers de
Janves en difficulté
AUVERGNE-RHÔNE-ALPES
GRAND EST Le tribunal de
L’ascension du mont Blanc par
sa voie normale sera réglementée dès l’été 2019 pour les alpinistes sans guide a décidé la mairie
de Saint-Gervais. Une autorisation pourrait être délivrée si
le candidat a réservé dans l’un
des refuges avec un quota de
214 alpinistes chaque jour. Une
brigade de contrôle est prévue.
commerce de Paris a placé en
redressement judiciaire en fin de
semaine dernière un des fleurons de l’industrie ardennaise,
Les Ateliers de Janves. La forge
qui emploie 320 salariés sur ses
deux sites de Bogny-sur-Meuse et
Vouziers, fournit les grands
constructeurs automobiles en
bielles. L’entreprise, qui sera sous
AFP
PME
&REGIONS
L’accès au mont
Blanc réglementé
observation pendant six mois le
temps de retrouver un repreneur,
souffre de problèmes de trésorerie mais aussi des difficultés
actuelles d’approvisionnement
en acier. L’industriel, créé en 1925
et toujours contrôlé par la
famille des fondateurs, avait été
pris en exemple par Nicolas
Sarkozy pendant sa campagne
présidentielle fin 2016, étrennant
devant les ouvriers de Bogny son
slogan « Travailler plus pour
gagner plus ».
L’Ouest revoit sa géographie aéroportuaire
Nantes
et Rennes
veulent mieux
connecter
leurs aéroports
l Pays de la Loire et Bretagne cherchent des solutions depuis l’abandon de Notre-Dame-des-Landes.
l La remise à niveau des aéroports existants, principalement ceux de Nantes et de Rennes,
dont le trafic ne cesse de croître, est prioritaire pour les élus et les patrons.
TRANSPORTS
Stanislas du Guerny
— Correspondant à Rennes
et Emmanuel Guimard
— Correspondant à Nantes
Stationnement
problématique
A Nantes comme à Rennes, la croissance du trafic est avancée pour justifier ces demandes d’aménagement. « Le problème d’accessibilité
de la Bretagne à l’Europe reste entier,
et nous ne pouvons accepter d’être
abandonnés une fois encore au
Jean Claude Moschetti/RÉA
Sept mois après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-desLandes, au nord de Nantes, le flou
demeure sur les projets devant
permettre de désenclaver le Grand
Ouest, et plus encore sur leur
financement. Déçus par le choix
du gouvernement, les élus des
Pays de la Loire se sont constitués
en « Parlement des territoires »,
lequel a formulé un « contrat d’avenir » listant une multitude de
mesures compensatoires « pour
rebondir ». Si ce cahier de doléances comprend un important volet
ferroviaire, la « priorité absolue »
est l’aménagement de l’actuel
aéroport de Nantes Atlantique, au
sud de l’agglomération.
De leur côté, les élus rennais,
soutenus par ceux du Conseil
régional de Bretagne, sont désormais en phase et réclament au plus
vite un allongement de la piste de
l’aéroport de Rennes sur une longueur de 300 mètres. « Cela sera
possible dans le périmètre actuel de
l’aéroport », indique Emmanuel
Couet, le président de Rennes
Métropole. Ils veulent aussi que
l’Etat respecte la parole donnée en
libérant des espaces situés à proximité immédiate de la plate-forme,
afin d’agrandir le parking.
Tramways, rails, ponts…
les deux capitales régionales cherchent les solutions
pour rationaliser la
desserte de leur aéroport
dans un contexte de forte
expansion urbaine.
L’aéroport de Nantes a connu une croissance de 15 % l’an dernier, et pourrait accueillir 6 millions de passagers en 2018.
moment de la mise en œuvre d’engagements pourtant pris et réitérés à
plusieurs reprises », est-il écrit par le
collectif de patrons bretons dans un
courrier adressé au Premier ministre, Edouard Philippe.
En croissance de 15 % l’an dernier, l’aéroport de Nantes devrait
passer de 5,5 à 6 millions de passagers cette année. A ce rythme, les
9 millions de passagers prévus en
2040 seront dépassés dès 2024,
mettent en avant les élus. EasyJet
vient d’annoncer l’ouverture de sa
septième base dans la capitale des
Pays de la Loire avec trois moyencourriers A320 et plus d’une centaine de personnes, essentiellement des membres d’équipage.
Cette croissance, portée par les
compagnies low cost, devrait dans
l’avenir poser le problème du stationnement pour lequel le concessionnaire Vinci avait limité les
investissements.
« Le problème
d’accessibilité de la
Bretagne à l’Europe
reste entier, et nous
ne pouvons
accepter d’être
abandonnés une fois
encore au moment
de la mise en œuvre
d’engagements
pourtant pris et
réitérés à plusieurs
reprises ».
LE COLLECTIF
DES PATRONS BRETONS
DANS UN COURRIER
AU PREMIER MINISTRE
A Rennes, la hausse est également très forte, puisque son trafic a
progressé de 14,8 % depuis le début
de l’année 2018. Il devrait atteindre
les 800.000 passagers en 2018.
Dans les deux villes, il est prévu
la remise en cause des appels
d’offres confiés à Vinci Airports. De
nouvelles consultations seront
rapidement lancées « avec l’objectif
de permettre que les travaux de réaménagement démarrent début 2021
comme prévu », assure le ministère
des Transports, indiquant que des
travaux les plus urgents seront
engagés d’ici là.
Pas de chiffrage
Dans son rapport préparant l’aprèsNotre-Dame-des-Landes, Francis
Rol-Tanguy, l’ex- « Monsieur Fessenheim » missionné par la ministre des Transports, Elisabeth
Borne, sur l’extension de l’aéroport
de Nantes Atlantique, ne s’avance
pas sur le coût de ces travaux. La
remise à niveau de Nantes Atlantique fait l’objet de chiffrages des plus
disparates, la Direction générale de
l’aviation civile (DGAC) ayant
avancé une fourchette haute de
740 millions d’euros sur cinquante
ans, chiffre largement contesté. Le
haut fonctionnaire ne donne pas
non plus de réel chiffrage pour les
projets de l’aéroport rennais, dont
la croissance est avérée, même si
elle n’atteint pas le rythme de celle
de Nantes Atlantique selon le rapport. Elle sera portée, selon le spécialiste, par l’ouverture de lignes
intra-européennes ou vers le pourtour méditerranéen. Car ses lignes
vers la capitale risquent de souffrir.
La nouvelle desserte ferroviaire à
grande vitesse fonctionne depuis
une année. Son trafic entre Rennes
et Montparnasse a augmenté de
27 %, pour atteindre 4 millions de
voyages ! n
Les petites plates-formes tentent de rebondir dans l’aviation d’affaires
Les pistes d’Angers, Lorient,
Saint-Brieuc, Lannion ou
Vannes disposent chacune
de leurs atouts pour délester
Rennes, Brest et Nantes.
Dans les Pays de la Loire, l’hypothèse
d’un délestage du trafic de Nantes
Atlantique sur l’aéroport d’AngersMarcé est émise par le rapport du
haut fonctionnaire missionné par le
gouvernement, Francis Rol-Tangy.
« La disponibilité de ses infrastructures, sa desserte, comme sa situation
avec peu de population impactée sont
ses atouts », écrit-il, rappelant toutefois que les compagnies sont seules
décisionnaires en matière d’ouverture de ligne. Cet aéroport récent,
doté d’une piste de 1.800 mètres, n’a
cependant jamais trouvé sa place, si
bien que, dès 2016, l’agglomération a
renoncé à financer les compagnies
low cost gourmandes en subventions et dont la présence s’est avérée
plus qu’éphémère.
Seul HOP ! (Groupe Air FranceKLM) continue d’exploiter un unique Angers-Bastia saisonnier, ce qui
témoigne de l’étroitesse du marché.
« Il y aurait une cohérence à des
déroutements saisonniers vers
Angers », estime Jean-Pierre Bernheim, vice-président de l’agglomération angevine. « Mais AngersMarcé a surtout vocation à être un
aéroport d’affaires. » La ville entend
ainsi mettre à profit les vastes réserves foncières qui bordent sa plateforme pour attirer des entreprises
comme, récemment, Neva Aerospace, spécialiste britannique des
drones, ou Babcock MCS France, qui
a établi sur l’aéroport une base pour
sa flotte d’hélicoptères d’urgence.
Huit aéroports cohabitent en
Bretagne. Ceux de Rennes, Brest
(plus de un million de passagers
annuels), mais aussi Lorient, dont
l’utilisation est partagée entre le trafic civil et militaire, sont évidemment jugés indispensables. Par
contre, l’aéroport de Lannion a
perdu sa seule ligne régulière vers
Paris Orly au printemps dernier.
Erven Léon, le président du syndicat mixte de l’aéroport, le justifie
par le fait que « le nombre des passagers n’était plus au rendez-vous ». Le
taux de remplissage des avions était
tombé à 26 %. Mais tout ne semble
pas perdu pour cet aéroport, qui
mise sur l’aviation d’affaires.
Vols d’En Avant
de Guingamp
Pour son voisin de Saint-Brieuc
Armor, qui ne dispose plus non plus
de ligne régulière, le trafic affaires est
aussi une piste de repli, mais il peine
à décoller. 80 % des vols sont ceux
liés à l’équipe de Ligue 1 d’En Avant
de Guingamp pour ses matchs joués
à l’extérieur ! Par contre, à l’aéroport
de Vannes, qui dispose d’une piste
longue de 1.500 mètres pour l’accueil
d’appareils d’un maximum de
70 places, Edeis, la société gestion-
naire mise de plus en plus sur le trafic dédié au tourisme d’affaires
(460 mouvements en 2017), qui a
progressé de 2 % l’an dernier. En
ligne de mire, la proximité des centres de thalassothérapie du Crouesty
et de Quiberon, qui accueillent une
clientèle de très haut de gamme.
— S. d. G. et E. Gui.
Le choix de conserver Nantes
Atlantique pose aussi la question
cruciale de l’accès à cette plateforme aéroportuaire, située au sud
d’un périphérique souvent saturé.
« Or 70 % de la clientèle de l’aéroport
vient du Nord-Loire », souligne
le contrat d’avenir des Pays de la
Loire rédigé par les collectivités
locales, lesquelles réclament en
premier lieu un nouveau franchissement de la Loire.
Une étude, financée par l’Etat et la
région, est lancée pour déterminer
le lieu de ce qui pourrait être un pont
ou, moins probablement, un tunnel.
Certains, dont Yann Trichard, président de la CCI de Nantes-Saint-Nazaire, défendent un doublement de
l’actuel pont de Cheviré, dominant
la Loire du haut de ses 52 mètres, un
investissement a priori colossal.
A Nantes, un nouveau
franchissement de
la Loire est à l’étude.
Dans son rapport, l’expert missionné par le gouvernement Francis Rol-Tanguy prône une gestion
dynamique du périphérique. Il
avance même l’hypothèse d’un
péage urbain, une solution « trop
souvent considérée comme tabou »
selon lui. Parmi les solutions les
plus vraisemblables figurent la prolongation du tramway. Curieusement, celui-ci s’arrête dans les faubourgs du sud de Nantes, à
seulement 3 kilomètres de l’aéroport. Il en coûterait 50 millions
d’euros, selon les estimations, pour
ajouter le tronçon manquant.
A Rennes, la seconde ligne de
métro est en cours de réalisation.
Paradoxe étonnant, le nouveau
garage des métros est situé sur la
commune de Saint-Jacques-de-la
Lande, où est implanté l’aéroport. A
ceux qui réclament un prolongement de la ligne jusqu’à l’aérogare –
moins d’un kilomètre de distance à
vol d’oiseau –, les élus, dont Emmanuel Couet, le président de Rennes
Métropole, rétorquent que les travaux nécessiteraient un investissement de 300 millions d’euros,
auquel il faudrait ajouter un coût
d’exploitation de 7 millions d’euros
annuels.
L’option est donc jugée inenvisageable. Il est plutôt préconisé la
création d’une ligne de bus dédiée
dont le coût d’exploitation sera pris
en charge par Rennes Métropole. Il
est aussi évoqué la création éventuelle d’une navette rapide entre la
plate-forme aérienne et la halte ferroviaire distante de seulement
500 mètres, qui permettrait de
rejoindre la gare de Rennes en seulement quelques minutes.
— S. d. G. et E. Gui.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28 // PME & REGIONS
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
1
innovateurs
Bovins : des cas
d’anthrax détectés
AUVERGNE-RHÔNE-ALPES Des
foyers de fièvre charbonneuse
(ou anthrax) ont été détectés
dans les Hautes-Alpes. La préfecture a annoncé avoir instauré
une campagne de vaccination
animale pour les exploitations
situées sur les communes où les
cas ont été détectés. 54 bêtes
sont mortes, en large majorité
des bovins.
d’affaires, pour financer 136 projets
sociaux et environnementaux choisis par les internautes. Lilo, qui
revendique plus de 40 millions de
recherches Web effectuées chaque
mois, compte porter à 2 millions les
sommes reversées en 2019.
Wikipedia
MILLION D’EUROS COLLECTÉ PAR LE MOTEUR INTERNET LILO
Née en 2015, l’entreprise française
Lilo qui a lancé le moteur de recherche sur Internet du même nom
avec pour objectif d’étendre la pratique d’un Web éthique, a franchi cet
été le cap du million d’euros
reversé, soit la moitié de son chiffre
La Sommelière lance
E-Cellar, la cave à vin
de l’œnophile connecté
ponsables, par un renforcement de
la guerre des prix, par une hausse
des coûts de production depuis
2010 et par la chute de l’activité
export au premier semestre 2018.
Les délais demandés à l’administration fiscale et aux banques ont
été refusés.
GRAND EST
En cessation de paiements, le groupe qui
exploite huit moulins
en France et trois en
Allemagne a été placé
lundi en redressement
judiciaire.
Grands Moulins de Strasbourg a
six mois pour trouver une solution
à ses difficultés. L’ouverture d’une
procédure de redressement judiciaire pour six mois a été prononcée, lundi, par la chambre commerciale du tribunal de grande
instance de Strasbourg pour le
groupe et sa filiale GMS Meunerie.
En cessation de paiements,
l’entreprise qui emploie 400 personnes dont 180 à Strasbourg, son
siège, ne parvient pas à récupérer
d’importantes créances en Afrique et a été lourdement condamnée ces dernières années par les
autorités de la concurrence dans
l’Hexagone.
En Angola, un partenaire commercial et actionnaire minoritaire
qui écoulait 20.000 tonnes de fari-
L’INVENTION
GROUPE FRIO
Cession d’actifs
Hélène David
— Correspondante à Strasbourg
Au total, le passif de l’entreprise de meunerie se monte actuellement à 31,4 millions d’euros. Photo Les Moulins de Strasbourg
nes, « soit la moitié de la production
strasbourgeoise », explique le
directeur juridique du groupe,
Vincent Thiry, a laissé une ardoise
qui se montait à 58 millions
d’euros en 2012, date de la rupture
des relations commerciales. « Les
actions menées par GMS Meunerie
n’ont pas permis de recouvrement
significatif à ce jour, en dépit des
procédures diligentées et des saisies
de biens qui ont pu être prati-
quées », indique le groupe. Parallèlement, GMS a été condamné à
deux reprises par l’Autorité de la
concurrence pour des soupçons
d’entente illicite. Les sanctions,
près de 29 millions d’euros, font
encore partiellement l’objet de
procédures judiciaires.
Au total, le passif de l’entreprise
de meunerie se monte actuellement à 31,4 millions d’euros qui se
justifie également, selon les res-
Le moulin, qui a livré en 2017
540.000 tonnes de farines aux
industriels, artisans, à la grande
distribution ou à l’export, possède
des filiales dans les secteurs de la
malterie, la pâte d’arachide ou le
négoce alimentaire. Elles ne sont
pas à ce jour en cessation de paiements. « En vue de financer la
période d’observation, GMS pourra
procéder à la cession de certains
actifs qui ont fait l’objet de marques
d’intérêt de la part d’investisseurs »,
indique le groupe qui espère trouver un partenaire capable de le
reprendre dans son ensemble.
Agé de quatre-vingt-trois ans, le
principal actionnaire du groupe,
Bertrand Leary, a fait savoir qu’il
souhaitait s’en désengager. « Le
plan de réorganisation du groupe va
désormais dépendre des repreneurs
ou de leur absence », indique Vincent Thiry. En 2017, le chiffre
d’affaires consolidé du groupe s’élevait à 220 millions d’euros. n
Date de création : 2006
Président : Richard Guillorel
Chiffre d’affaires : 52 millions
d’euros visés en 2018-2019
Effectif : 53 personnes
Secteur : vins
Emmanuel Guimard
— Correspondant à Nantes
Gérer une cave est tout un art.
L’œnophile doit pouvoir s’y
retrouver entre ses vins blancs,
rouges, pétillants, jeunes ou de
garde ainsi que la température
requise pour chaque cru. « A
l’heure où tout se connecte, le vin
est finalement l’un des produits
qui se prête le mieux à la connectivité », estime Richard Guillorel,
PDG du groupe Frio, un spécialiste mondial de la cave à vin. La
société sarthoise vient de dévoiler à l’IFA, le Salon high-tech se
tenant à Berlin jusqu’à ce mercredi, un prototype de sa cave
connectée qui devrait être com-
IMS Networks se renforce dans
la cybersécurité
L’opérateur de services
de télécoms a effectué
une première levée de
fonds pour développer
sa R & D et doubler de
taille d’ici à 2022.
Laurent Marcaillou
— Correspondant à Toulouse
Le fournisseur de services de télécoms pour les entreprises
IMS Networks à Castres (Tarn) a
levé 1,8 million d’euros auprès de
Multicroissance, filiale de capitaldéveloppement de la Banque Popu-
ENTREPRENDRE
laire Occitane, qui prend 10 % des
parts. IMS Networks est une filiale à
50 % de la société d’économie mixte
Intermédiasud constituée en 1997
pour créer un réseau de fibres optiques dans l’agglomération de Castres-Mazamet. Quand il a été construit, IMS Networks s’est spécialisé
dans le déploiement, l’infogérance
et la sécurité des infrastructures de
réseaux. Il compte 200 clients à travers la France, dont Thales, BPCE,
Pierre Fabre, des ETI et des PME.
Demande des entreprises
IMS Networks a effectué cette première levée de fonds pour mener un
projet de développement qui vise à
doubler son chiffre d’affaires
(10,3 millions d’euros en 2017, en
hausse de 13 %) et son effectif
(70 salariés) d’ici à 2022. Le groupe
s’est diversifié depuis cinq ans dans
la cybersécurité qui représente 20 %
de son chiffre d’affaires et progresse
rapidement avec la demande croissante des entreprises. Il veut atteindre 50 % d’ici à quatre ans en rachetant des entreprises et a entamé des
discussions avec deux PME de
cybersécurité et d’infogérance.
Premier prototype
IMS Networks se développe aussi
par croissance interne. Vingt personnes ont été recrutées en 2017 et
autant en 2018. Le groupe mène un
projet de 4,5 millions d’euros sur
trois ans dans la cybersécurité avec
des laboratoires de recherche, pour
éditer sa propre plate-forme d’intelligence artificielle prédisant les
attaques informatiques. Le premier
prototype sortira à l’automne. Il
s’agit de créer un système expert
auto apprenant en rejouant les attaques pour comprendre les mécanismes d’intrusion. « Nous voulons
nous doter de notre propre technologie, car il n’existe pas aujourd’hui de
plate-forme française de cybersécurité », affirme Thierry Bardy, président d’IMS Networks. La société a
sa propre ferme de données à Castres et des bureaux à Toulouse, Bordeaux, Paris et depuis décembre 2017 à Sophia Antipolis. Elle
veut tripler son effectif parisien en
le portant à 30 personnes d’ici à
trois ans. n
avec la
APPINEST :
QUAND LE JEU ET
L’APPRENTISSAGE FONT
RÉSOLUMENT BON MÉNAGE
sommes persuadés que dans 10 ans, savoir coder sera
aussi important que savoir parler anglais », poursuit-il.
« Ainsi, au-delà du loisir, MagiCats ofre aux joueurs la
possibilité d’acquérir de nouvelles connaissances et
de découvrir les fondamentaux de la programmation ».
Start-up parisienne fondée en 2015, AppiNest s’est
spécialisée dans la conception d’applications mobiles
et de jeux éducatifs. « Nous sommes partis du constat
que les nouveaux médias représentaient un moyen
formidable de sensibiliser leurs utilisateurs à de
nouvelles idées », explique Thibault Louis-Lucas,
président et co-fondateur de l’activité. « Dans un
premier temps, nous avons ainsi développé l’application Pistache, pour motiver les enfants à efectuer
leurs petites tâches du quotidien ». Un projet qui se
prolonge aujourd’hui grâce à Dreamz Studio, filiale
d’AppiNest, et le jeu vidéo MagiCats Builder. « Nous
CONSEILS ET PARTAGE D’EXPÉRIENCE
Créatif, instructif et ludique, MagiCats Builder a
déjà séduit une communauté rassemblant plus de
20 000 joueurs – en France, bien sûr, mais surtout à
l’international. Un vaste marché qui amène le co-fondateur d’AppiNest à songer déjà à d’autres axes de développement. « À terme, nous souhaiterions créer une
version 100 % éducative, dédiée aux écoles », précise
Thibault Louis-Lucas. « Le projet est ambitieux, mais
nous avons déjà de nombreuses demandes, émanant
notamment des États-Unis et d’Angleterre ». De quoi
stimuler aussi les collaborateurs de la jeune entreprise,
Entrepreneurs, la CCI Paris Ile-de-France vous accompagne dans le développement de votre entreprise : entreprises.cci-paris-idf.fr
domiciliée à la pépinière d’entreprises de Paris Soleillet,
gérée par la CCI Paris Ile-de-France. « Le fait d’emménager, en été 2016, à Paris Soleillet a marqué une évolution importante pour notre activité », se souvient-il.
« Notre business model est devenu plus stable, et nous
pouvons aujourd’hui bénéficier d’un accompagnement
de qualité qui se traduit notamment par des conseils
d’experts, des ateliers de formation et des services
de mise en relation ». Sans oublier les échanges avec
les autres start-up ! « Au total,
nous sommes une soixantaine
d’entreprises à être hébergées
à Paris Soleillet », conclut-il.
« Cela crée un efet d’émulation
qui favorise les rencontres,
l’entraide et le partage d’exThibault Louis-Lucas
périence ».
Président de la société
AppiNest
Surcoût de 350 à 500 euros
L’application permet de retrouver la bouteille désirée parmi les
150 à 200 conservées. Le système pourra être développé avec
des capacités supérieures pour
les caves professionnelles. Chaque prélèvement de bouteille est
détecté via une clayette intelligente et instantanément sorti du
stock. L’application donne aussi
accès aux informations relatives
à chaque cru et suggère le
meilleur accord mets-vin. Elle
signale au propriétaire de la cave
d’éventuels réglages : hygrométrie, température, changement
de filtre… et émet une alerte
quand le cru arrive à sa date optimale de consommation. A
terme, il est imaginable d’établir
des liens avec des plates-formes
d’achat, « mais ce n’est pas notre
métier », précise Richard Guillorel. « Nous avons travaillé sur
l’aspect intuitif et la robustesse du
produit. » Il évoque un surcoût
de 350 à 500 euros sur une cave à
vin dont le prix varie entre 1.500
et 2.500 euros. n
Antabio va tester son
médicament contre les
maladies nosocomiales
Vincent Laratta
OCCITANIE
mercialisée d’ici six à huit mois
sous la marque La Sommelière.
Cet équipement, nommé E-Cellar, fonctionne via l’application
Vinotag, développée en interne
et reliée à des bases de données
sur les vins. Elle permet de scanner l’étiquette de chaque bouteille et de guider le caviste vers
l’emplacement le plus approprié,
E-Cellar étant compartimenté en
fonction des températures.
DR
Grands Moulins de Strasbourg
en redressement judiciaire
LA LEVÉE DE FONDS
ANTABIO
Date de création : 2009
Président : Marc Lemonnier
Montant : 5,2 millions d’euros
Effectif : 20 personnes
Secteur : biotechnologies
Développant des médicaments
innovants contre les maladies
nosocomiales, ces infections
résistantes aux antibiotiques
contractées dans les hôpitaux,
Antabio a finalisé cet été le
second closing de son dernier
tour de table. Après avoir levé
7,3 millions d’euros en octobre 2017 avec iXO Private Equity,
Irdi Soridec Gestion et Galia
Gestion, la biotech toulousaine
a décroché 5,2 millions supplémentaires auprès d’Omnes
Capital, BNP Paribas Développement, Sham Innovation
Santé et Galia Gestion, qui réinvestit. L’enveloppe totale de
12,5 millions financera les études préparatoires à la première
phase d’essais cliniques prévue
au deuxième semestre 2019.
Antabio a identifié une nouvelle
cible : les enzymes métallo bêtalactamases synthétisées par les
bactéries pour résister aux antibiotiques. Sa molécule, qui vise à
détruire le phénomène de résistance, sera administrée avec
l’antibiotique pour lui redonner
son efficacité. La société mènera
le développement clinique aux
Etats-Unis, où elle a ouvert, cet
été, une filiale qui emploiera 4 à
6 personnes en 2019, tout en
maintenant sa R&D à Toulouse. « Nous recherchons la
proximité avec les autorités réglementaires américaines, car c’est
le premier marché pharmaceutique », explique Marc Lemonnier, président d’Antabio.
Développement accéléré
700.000 personnes dans le
monde meurent chaque année
d’infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques, Antabio bénéficiera d’un
développement accéléré. La première phase des essais cliniques,
qui consiste à tester la tolérance
à la molécule sur des sujets
sains, sera plus approfondie
pour passer directement à la
phase III sur de grandes cohortes de patients. Dès 2019, la
société prévoit un nouveau tour
de table de 20 millions d’euros
pour financer le développement
clinique jusqu’à l’entrée en phase
III prévue en 2022. — L. M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 29
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
LE PÉTROLE CHAHUTÉ
À L’APPROCHE
D’UNE TEMPÊTE TROPICALE
FINANCE
&MARCHES
Le prix du baril de pétrole a
dépassé 71 dollars mardi à New
York après l’arrêt de la production et l’évacuation de deux plates-formes du golfe du Mexique à
l’approche d’une tempête tropicale. La région produit environ
17 % du brut américain. Les plates-formes off-shore représentent, elles, environ 45 % des capacités de raffinage du pays.
les
indices
SCOR oppose un refus ferme
au projet de rachat de Covéa
l Le groupe mutualiste, propriétaire de MMA, de MAAF et de GMF, a adressé
fin août à SCOR une proposition de rachat.
l Mais ce projet a été rejeté par le réassureur présidé par Denis Kessler.
ASSURANCE
Etienne Goetz
@etiennegoetz
Laurent Thévenin
@laurentthevenin
Coup de tonnerre dans l’assurance
française. Covéa, le groupe mutualiste rassemblant la GMF, MAAF et
MMA, a indiqué mardi avoir formulé fin août une offre « amicale »
de rachat sur SCOR, à laquelle ce dernier a opposé une fin de non-recevoir. Premier actionnaire du réassureur français avec un peu plus de 8 %
du capital, Covéa a proposé un rapprochement via une offre publique
en numéraire au prix de 43 euros
par action, ce qui valoriserait la
société à plus de 8 milliards d’euros.
A la suite de cette annonce, le titre a
terminé la séance sur un bond de
9,53 %, à 38,83 euros, au plus haut
depuis 2002. SCOR explique que son
conseil d’administration, réuni le
30 août, a jugé que cette offre « non
sollicitée » « était fondamentalement
incompatible avec [sa] stratégie
d’indépendance, qui est un facteur clef
de son développement, qu’elle remettrait en cause son projet industriel fortement créateur de valeur ».
Selon le quatrième réassureur
mondial, cette offre « ne reflète ni la
valeur intrinsèque de SCOR ni sa
valeur stratégique ». Le prix proposé
représentait une prime d’environ
30 % par rapport au cours de
Bourse de SCOR sur les trois derniers mois. « Toutefois, puisqu’elle
ne valorise le groupe qu’à un peu plus
de 12 fois les bénéfices attendus
pour 2019 et 2020, nous pensons que
les investisseurs devraient patiemment attendre une meilleure valorisation », expliquent les analystes de
Jefferies dans une note citée par
Reuters.
Un groupe
de 30 milliards d’euros
Covéa, qui a pris acte du refus du
conseil d’administration de SCOR
d’engager des discussions, a retiré
son projet d’offre. Mais le poids
lourd de l’assurance dommages en
France réitère son « intérêt pour une
opération amicale avec SCOR ». Si
elle devait se faire, une telle acquisition le ferait changer de physionomie. Sur la base des chiffres 2017, elle
en ferait émerger un groupe d’assurance et de réassurance très diversifié pesant environ 30 milliards
d’euros de chiffre d’affaires. Encore
très franco-français, avec à peine
10 % de son chiffre d’affaires réalisé à
l’international, Covéa deviendrait
aussi un groupe de dimension mondiale. Ce modèle ne serait pas sans
rappeler celui du groupe d’assurance allemand Talanx, propriétaire d’Hannover Re, le troisième
réassureur mondial.
« On s’aperçoit que la frontière historique entre réassureurs et assureurs a tendance à s’émousser », a
souligné Marc-Philippe Juilliard,
directeur chez S&P Global Ratings,
mardi, lors d’une conférence de
presse. « Pour un assureur primaire,
il peut y avoir un intérêt à avoir sous
le même toit les deux activités pour se
positionner sur différents maillons
de la chaîne de valeur », explique-t-il.
Cette année, le géant américain de
l’assurance AIG a ainsi annoncé
l’acquisition de Validus, très actif
dans la réassurance. AXA a fait de
même en mars avec le rachat d’XL
Group, un groupe à la fois spécialisé
dans les risques d’entreprise et dans
la réassurance.
Le précédent Sompo
La pression est maintenant sur
SCOR. « Les investisseurs vont
avant tout retenir qu’il y a eu une
offre et que SCOR est opéable »,
estime un analyste. En 2015, le réas-
sureur avait déjà eu à faire face à
l’entrée à son capital du groupe
d’assurances japonais Sompo, qui
avait pris une participation de
7,8 % avec l’objectif de grimper
ensuite à 15 %. Cette arrivée avait
fait perdre au français deux grands
clients japonais. Son PDG, Denis
Kessler, s’était démené pour décourager Sompo, qui a fini par abandonner ses projets. En avril 2016,
Covéa avait racheté des titres à
l’assureur nippon pour monter au
capital et devenir le premier
actionnaire du réassureur.
A l’époque, le groupe dirigé par
Thierry Derez s’était engagé à ne
pas dépasser, directement ou indirectement, « au cours des trois prochaines années » – donc jusqu’en
avril 2019 – le seuil de 10 %, « sauf
évolution significative de la stratégie
ou de la structure actionnariale de
SCOR susceptible de porter préjudice
à ses intérêts, ou changement des instances de gouvernance de SCOR ».
Alors qu’il doit faire un point ce
mercredi sur sa stratégie devant les
investisseurs, SCOR pourrait entrer
dans une zone de turbulences.
(
Lire « Crible »
Page 34
Deux frères désormais ennemis
La tentative de rachat
surprise de SCOR
par Covéa, son premier
actionnaire, met aux prises
deux dirigeants jusqu’ici
réputés proches.
L’effet de surprise aura été total.
C’est par une lettre que SCOR a
appris en août que son premier
actionnaire, le groupe d’assurances français Covéa, lui proposait
d’engager des négociations en vue
d’en prendre le contrôle. Et c’est par
un communiqué de presse que ce
dernier a rendu public, mardi
matin, son projet et le refus opposé
par le réassureur français, alors
que rien ne l’y obligeait. Pour
SCOR, le moment ne pouvait en
tout cas pas tomber plus mal, à la
veille de sa journée pour les investisseurs et quelques jours avant le
grand raout de la réassurance à
Monte-Carlo…
L’affaire prend un tour d’autant
plus singulier que les PDG des deux
groupes, Denis Kessler (SCOR) et
Thierry Derez (Covéa), sont connus
pour leur amitié. Ces figures
influentes de l’assurance française
partagent bien des points communs. Les deux hommes incarnent
très fortement les groupes qu’ils
dirigent. Ils sont chacun réputés
pour leur indépendance d’esprit et
leur liberté de ton.
Une certaine discrétion
Ils ont aussi tous les deux eu une
première vie professionnelle avant
d’entrer dans l’assurance : comme
professeur d’université et cher-
Covéa, le groupe présidé par Thierry Derez (à gauche), est le premier actionnaire de SCOR, le réassureur dirigé par Denis Kessler.
Photos C. Lebedinsky/Challenges-RÉA – Joël Saget/AFP
c h e u r p o u r D e n i s K e s s l e r,
aujourd’hui âgé de soixante-six
ans ; comme avocat spécialisé dans
le droit pénal des affaires pour
Thierry Derez.
L’un et l’autre sont aussi et surtout à la tête de deux success-stories. Aux manettes de Covéa depuis
2008, Thierry Derez, soixante et un
ans, dirige une entreprise riche qui
est l’incontestable numéro un de
l’assurance auto et habitation en
France à travers les enseignes
MAAF, GMF et MMA. Au fil des
années, il aura aussi réussi à cimenter et à développer ce géant mutualiste mis sur pied par Jean-Claude
Seys. Le tout en cultivant une certaine discrétion et en faisant preuve
d’une grande prudence en matière
d’acquisitions.
Un retournement bien
improbable
A la barre de SCOR depuis bientôt
seize ans, Denis Kessler est, lui, parvenu à hisser le réassureur français
au quatrième rang mondial après
avoir été l’artisan d’un retournement improbable. Quand il est
appelé à la rescousse en novembre 2002, le groupe français est à
l’article de la mort. L’ancien numéro
deux du patronat et ex-président de
la Fédération française des sociétés
d’assurances va le redresser à la
force du poignet et au prix de deux
augmentations de capital. Une fois
SCOR remis en selle, Denis Kessler
partira à l’offensive avec les acquisitions de l’allemand Revios en 2006
et du suisse Converium en 2007.
Suivront les rachats, aux EtatsUnis, de Transamerica Re en 2011 et
de la filiale locale de réassurancevie de Generali en 2013, qui renforceront la diversification du groupe.
Mais SCOR garde une faiblesse :
son actionnariat est émietté. Thierry
Derez, qui siège au conseil d’administration du réassureur, veut
aujourd’hui en profiter. Thierry
Derez et Denis Kessler ne semblent
en tout cas plus sur la même longueur d’onde. Les deux hommes
n’auraient jamais échangé un seul
instant sur le projet d’opération. « Il y
a le sentiment d’une immense
déloyauté de la part d’un administrateur qui prépare une opération dans le
dos du conseil », rapporte un administrateur de SCOR. S’il a retiré sa
proposition, Covéa a réaffirmé son
intérêt pour une opération « amicale ». En réaction, SCOR a prévenu
mardi que le projet présenté suscitait l’opposition « unanime » de son
comité exécutif et que, « dans ces
conditions, tout projet d’offre publique serait réputé hostile ».
Cet épisode laissera des traces.
« Nous sommes actuellement en
plein brouillard. SCOR et son conseil
refusent d’engager le début d’une discussion, tandis que Covéa ne semble
pas disposé à améliorer son offre.
Mais un dirigeant et son premier
actionnaire ne pourront pas se regarder longtemps ainsi en chiens de
faïence », fait remarquer un proche
des discussions. — L. T.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30 // FINANCE & MARCHES
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Les banques françaises accélèrent
sur le prêt aux particuliers
Le taux de croissance
annuel des crédits aux
particuliers était à
6,1 % au mois de juillet.
Cette accélération
a été soutenue
par celle des crédits
immobiliers.
Solenn Poullennec
@SolennMorgan
Les banques françaises ont mis un
coup d’accélérateur sur la production de crédits aux particuliers cet
été. En juillet, l’encours des prêts
permettant de financer un logement ou un bien de consommation
a progressé de 6,1 % sur un an (contre 5,8 % en juin) pour frôler les
1.200 milliards d’euros, selon les
données publiées mardi par la Banque de France. Cette dynamique a
été portée par la croissance des crédits immobiliers. Leur encours a
progressé de 5,8 % sur un an en
juillet (contre 5,6 % en juin). Les flux
de nouveaux crédits immobiliers se
sont établis à 17,5 milliards d’euros
en juillet, soit à un plus haut depuis
le début de l’année.
Guerre des prix aidant, les taux
moyens des nouveaux prêts immobiliers se sont ainsi repliés à 1,53 %
en juillet (contre 1,62 % en janvier).
Après s’être légèrement redressé
dans la première partie de 2017, le
coût du crédit immobilier avoisine
donc de nouveau le plancher historique atteint à la fin de 2016 sous
l’effet de la politique anti-crise de la
Banque centrale européenne (BCE).
Compte tenu de ces conditions
favorables à l’endettement des
ménages, la production de crédits
depuis le début de l’année s’élève en
cumulé à près de 116 milliards
d’euros. Ce montant est quasiment
identique à celui enregistré sur la
même période en 2016 (114 milliards d’euros). Il est en revanche
nettement inférieur à celui de
l’année 2017 (196 milliards). Il faut
dire que celle-ci a été un cru exceptionnel pour les banques car les
particuliers ont été très nombreux à
profiter des taux bas pour renégocier leur coût d’emprunt à la baisse.
Ce phénomène a dopé la production de prêts en 2017, mais s’est largement dissipé aujourd’hui. En
revanche, les flux de nouveaux
prêts enregistrés cette année reflètent une autre tendance, déjà palpable l’an dernier : les banques aug-
Guerre des prix
« Le début de l’année a été très
calme », explique Sandrine Allonier, porte-parole du courtier en
crédit Vousfinancer. Pour compenser ce coup de mou, attribué entre
autres à la diminution d’aides publiques au logement actée dans le dernier budget, « les banques sont redevenues plus offensives au printemps,
avec des critères d’octroi de crédit
moins stricts et de nouvelles baisses
de taux », poursuit-elle.
YVES CALVI
RTL MATIN 7H-9H30
mentent le montant de leurs crédits
pour aider les ménages à acquérir
leur logement en dépit de la hausse
des prix de l’immobilier qui réduit
leur pouvoir d’achat. « Le montant
moyen des emprunts a augmenté
significativement sur un an », explique Philippe Taboret, directeur
général adjoint du courtier en prêts
Cafpi.
Un marché
sous surveillance
Cette hausse du montant des crédits, tout comme l’allongement de
la durée des prêts, sont surveillés de
près par les autorités. En juin dernier, le Haut Conseil de stabilité
financière (HCSF) se disait ainsi
« vigilant quant à l’évolution des conditions d’octroi » des crédits immobiliers.
Le gendarme des banques,
l’Autorité de contrôle prudentiel et
de résolution (ACPR), a cependant
jugé dans une analyse publiée cet
été que les risques des banques sur
le financement de l’habitat étaient
« maîtrisés ». Les établissements de
crédits français peuvent notamment compter sur la prépondérance des prêts à taux fixes pour
limiter l’impact d’une future hausse
des taux sur les emprunteurs. n
Les marchés financiers
rassurés sur le déficit
budgétaire italien
DETTE
Les taux italiens
se sont fortement
détendus alors
que la Ligue semble
prête à respecter
les règles de déficit
imposées
par Bruxelles.
Isabelle Couet
@icouet
Dimanche dernier, Luigi di Maio,
le vice-président du Conseil, avait
glacé la communauté financière.
« Le gouvernement italien fera le
"choix historique" de privilégier ses
citoyens aux dépens de ce que préconisent les agences de notation »,
avait-il déclaré, en réaction à la note
de Fitch. Vendredi l’agence avait en
effet abaissé la perspective sur la
note de crédit de l’Italie. Mardi,
l’ambiance était radicalement différente. Les marchés ont repris
espoir et les taux italiens à 10 ans se
sont détendus de plus de 15 points
de base, passant sous le seuil symbolique des 3 %. Les obligations
transalpines n’avaient pas connu
une telle hausse (elles évoluent en
sens inverse des taux) depuis le
mois de juin. Autre signe d’amélioration : l’écart de coût de financement entre l’Italie et l’Allemagne –
le « spread » – a reculé de 291 points
de base à 270 points mardi. Il reste
cependant élevé.
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
Respect de la règle des 3 %
© Julien FAURE/SIPA PRESS/RTL
CRÉDITS
La raison de cette détente ? La
Ligue, le parti du gouvernement de
coalition populiste, pourrait finalement se plier aux exigences de
Bruxelles en matière de déficit budgétaire. Alors que l’examen du projet de loi de finance débute à Rome,
plusieurs sources ont indiqué aux
agences de presse, que la règle des
3 % serait finalement respectée.
D’après le journal « La Stampa »,
Matteo Salvini, le ministre italien de
l’Intérieur, et figure de proue du
parti d’extrême droite la Lega, viserait même un déficit représentant
2 % du PIB.
Mardi, le mouvement de marché
a sans doute été alimenté par
d’importants débouclages de positions vendeuses sur les « BTP » (le
nom de la dette publique italienne).
Les investisseurs qui étaient vendeurs à découvert ont profité des
nouvelles rassurantes, suffisamment rares, pour acheter des titres.
La gestion des finances publiques et le respect des règles du jeu
européennes constituent les deux
incertitudes des investisseurs au
sujet de l’Italie. Avec en toile de
fond, le risque d’un « Italexit » c’està-dire une sortie de la zone euro.
Une étude du Centre for european
policy studies (CEPR), un think tank
bruxellois, a récemment montré
combien cette dernière crainte
avait pesé sur le cours des obligations italiennes depuis l’élection de
mai. Les investisseurs redoutent
que leurs créances, au lieu d’être
remboursées dans la monnaie unique, ne le soient dans une nouvelle
monnaie, fortement dévaluée.
L’Italie va rester sous sur veillance étroite des marchés financiers. Les membres du gouvernement soufflent sans arrêt le chaud
et le froid. Pour nombre de gérants
de fonds, le pays représente le risque numéro 1 pour les obligations
européennes. La volatilité et l’effet
de contagion ont d’ailleurs poussé
le gouvernement grec à attendre
avant d’effectuer sa première émission de dette de l’ère « post-plan de
sauvetage ». n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FINANCE & MARCHES // 31
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Affaire Casino : un véritable
casse-tête pour l’AMF
l Après la chute du titre Casino, l’Autorité des marchés financiers (AMF)
a lancé un rappel à l’ordre sur les spéculations à la baisse.
l L’AMF a recommandé aux investisseurs de vérifier la crédibilité des informations.
Danske Bank
au cœur d’un vaste
scandale
de blanchiment
RÉGULATION
Laurence Boisseau
@boisseaul
Les ventes à découvert sont très
souvent décriées par les gendarmes boursiers, qui les accusent
de précipiter la chute des actions
les plus fragiles et d’aggraver
l’instabilité sur les marchés
financiers. A l’été 2011, déjà, au
plus fort des attaques contre la
zone euro et ses banques, l’Autorité des marchés financiers
(AMF) avait interdit cette pratique sur une dizaine de valeurs
financières. Mardi matin, elle
s’est fendue d’un communiqué
pour rappeler certaines dispositions applicables aux situations
de spéculation baissière.
Ayant constaté une augmentation des informations diffusées sur
Internet et les réseaux sociaux
concernant des émetteurs faisant
l’objet de ventes à découvert massives, le régulateur a réitéré l’interdiction de propager des informations
qui donnent ou sont susceptibles de
donner des indications fausses ou
trompeuses. Il a aussi recommandé
aux investisseurs la plus grande
vigilance et les a enjoints de vérifier
la crédibilité et la sincérité des
informations.
Aucun nom n’est cité dans le
communiqué de l’AMF, mais ce
dernier fait évidemment référence à Casino, qui, en matière de
spéculation baissière, a été au
cœur de l’actualité boursière tout
récemment.
30 milliards de dollars en provenance de Russie auraient
été blanchis entre 2007 et 2015 par la filiale estonienne
de la banque danoise. Photo Freya Ingrid Morales/Bloomberg
BANQUE
La banque danoise
a chuté lourdement
en Bourse mardi
après de nouvelles
révélations.
Vendredi 31 août, le titre a
perdu plus de 10 %, plongeant
vers de nouveaux plus bas depuis
vingt ans. L’action s’est retrouvée
au beau milieu d’une tempête
boursière, cible de nombreux
vendeurs à découvert.
Muddy Waters, à nouveau
en embuscade
La société d’analyse financière
Muddy Waters, qui a déjà attaqué Casino en 2015 et 2016, a participé à cette agitation générale.
Dans un tweet diffusé à 15 h 20, la
société basée en Californie a évoq u é l e f a i t q u’u n e f i l i a l e d u
groupe, Casino Finance, n’avait
pas déposé ses comptes 2017
auprès d’Infogreffe. Quel rôle a
joué cette information dans les
déboires de l’action Casino ? Le
titre, déjà sous pression depuis
mercredi dernier, a décroché une
heure exactement avant le tweet.
Le gendarme des marchés
devra décortiquer toute cette
séquence pour en déduire s’il y a
eu ou non diffusion de fausses
informations ou même une
manipulation de cours. Il sera
d’autant plus vigilant que la
bourrasque a eu lieu juste avant
une dégradation de note de la
part de S&P Global Ratings sur le
groupe de distribution français.
Le dossier Casino occupe déjà
l’AMF depuis début 2016. Le gendarme boursier enquête tant sur la
communication financière de
Casino que sur une éventuelle
manipulation de cours par Muddy
Waters. En décembre 2015, ce dernier avait émis une note d’analyse
estimant que les comptes de Casino
masquaient une forte détérioration
des activités du groupe et un endettement élevé. Ce rapport avait
provoqué un plongeon de l’action
du distributeur français en Bourse.
L’enquête prend beaucoup de
temps car elle nécessite la coopération d’intervenants hors
d’Europe. n
La valeur française la plus attaquée en Bourse
L’avenir du
« short selling »
selon Muddy
Waters
Une quinzaine de fonds aux
méthodes et objectifs
disparates parient sur la
chute de l’action du groupe
de distribution. Près d’un
tiers du capital flottant
est ciblé par les vendeurs
à découvert.
Carson Block a plus d’un
tour dans son sac. Dans une
conférence, à New York, en
mai, sur la vente à découvert, il dévoilait un nouveau
moyen pour parier sur la
chute d’un titre, selon
CNBC. « Nous achetons les
obligations de l’entreprise et
avec les cash-flows perçus
nous acquérons des options
de vente sur l’action. » Des
options très peu chères car
elles ont peu de chances
d’être exercées. Cela permet
de gagner de l’argent quand
l’action baisse mais aussi
quand elle monte, grâce
aux obligations. En clair,
de la vente à découvert,
mais moins risquée.
Nessim Aït-Kacimi
@NessimAitKacimi
Muddy Waters, le célèbre vendeur à
découvert (« short seller ») fondé
par Carson Block, a de nouveau fait
parler de lui sur le titre Casino suite à
un tweet. Il s’est fait un nom dans
l’Hexagone en pariant à la baisse sur
l’action du groupe de Jean-Charles
Naouri en 2015-2016. Aujourd’hui, il
déclare aux « Echos » n’avoir
aucune position vendeuse à découvert sur Casino ou Rallye depuis plus
d’un an. Les données de l’Autorité
des marchés financiers (AMF) semblent l’attester. Mais Muddy Waters
reste très écouté par les marchés. Le
financier californien, qui a mis au
jour plusieurs fraudes, est devenu
un influenceur. Son métier historique (Muddy Waters Research) consiste à fournir de la recherche
payante à des investisseurs et des
hedge funds, toujours en quête de
nouvelles idées de vente à découvert.
Le titre Casino a pu en faire les frais.
Plus de 30 % du flottant
Les positions vendeuses sur l’action
du distributeur français, qui représentaient 8 % de son capital total fin
mai, ont près de doublé à 15 %, selon
les données d’IHS Markit au 3 septembre. Le mouvement s’est accéléré à partir du 9 août. Beaucoup de
fonds ont simultanément augmenté leurs paris à la baisse juste
après la note négative sur le titre de
la part de Sanford Bernstein, dont
Muddy Waters a pris la défense face
aux contestations de Casino.
Aujourd’hui, plus de 30 % du capital
flottant de Casino est ciblé par les
vendeurs à découvert. C’est la valeur
française la plus « attaquée » devant
Vallourec, et la deuxième la plus
affectée en Europe. Une quinzaine
de fonds pariaient début septembre
sur la chute de Casino et, parmi eux,
beaucoup de grands noms de la
gestion alternative comme Citadel.
Muddy Waters, lorsqu’il intervient en tant que vendeur à découvert, a recours à des stratégies
« agressives ». Il fait partie de ceux
qui mettent en scène et médiatisent
leurs combats à coups de tweets ou
lors de galas de charité comme la
conférence Sohn. Sur Twitter,
Muddy Waters a ciblé le groupe à
10 reprises cette année, et dont 8 fois
durant le seul mois d’août. Ces
« short sellers » s’efforcent d’entraîner d’autres investisseurs dans leur
sillage. Ils sont régulièrement accusés par les sociétés d’instiller la peur,
de propager des rumeurs et de
manipuler les cours. Ils se voient
comme les détectives de Wall Street,
prêts à enquêter dans les « basfonds » des marchés où les analystes
traditionnels ne s’aventurent pas.
Hedge funds de BlackRock
Beaucoup plus discrètes, de grandes
sociétés de gestion peuvent aussi être
vendeuses de titres. BlackRock, le
géant mondial de la gestion d’actifs, a
aussi une activité de hedge fund,
minoritaire mais rentable compte
tenu des commissions bien plus élevées qui prévalent dans la gestion
alternative. Deux de ses fonds ont
déclaré des positions vendeuses à
découvert sur Casino, mais d’autres
de ses fonds traditionnels peuvent
détenir l’action et perdent de l’argent
quand le titre plonge. Ces placements
sont gérés de manière indépendante.
Les autres fonds vendeurs à
découvert sur Casino, comme
Jericho Capital, Marshall Wace, un
des plus célèbres fonds « long
short » (qui achètent ou vendent à
découvert des titres), sont moins
pugnaces. Ils vendent à découvert
un titre car ils estiment que cette
valeur est surévaluée et non pas par
ce qu’elle aurait de lourds secrets
(malversations, fraudes…) à cacher.
Ils anticipent une correction du
titre et non pas de grandes difficultés comme sa faillite. n
30 milliards
de dollars d’argent
sale en provenance
de Russie auraient
transité par sa
filiale estonienne.
Etienne Goetz
@etiennegoetz
Les soupçons sur les pratiques
douteuses de la première banque danoise prennent de
l’ampleur. Selon un rapport
interne commandé par Danske
Bank pour éclaircir son rôle
dans un vaste scandale de blanchiment d’argent entre 2007
et 2015, la filiale estonienne
aurait brassé en 2013 jusqu’à
30 milliards de dollars en provenance de l’ex-URSS, rapportait mardi le « Financial
Times ».
Le quotidien britannique
précise que l’intégralité de cette
somme n’est pas nécessairement d’origine douteuse.
« No u s n e s o m m e s p a s e n
mesure de vérifier les informations spécifiques mentionnées
dans les médias », a expliqué la
banque. Madis Reimand, chef
de la police financière estonienne, va dans le même sens
en rappelant qu’il ne dispose
pas de toutes les informations
Les chiffres clefs
6,46
MILLIARDS D’EUROS
Le produit net bancaire
de Danske Bank.
2,8
MILLIARDS D’EUROS
Le résultat net de la banque.
pour distinguer ce qui relève du
blanchiment d’argent et de
l’activité normale. Il n’empêche,
les chiffres ont affolé les marchés. En Bourse, le titre a perdu
jusqu’à 8,41 % en séance. La
banque a, de plus, reconnu que
« les problèmes liés au portefeuille étaient beaucoup plus
importants que […] prévu au
début des enquêtes ». Fin août,
l’établissement disait ne pas disposer de provisions.
Pour l’analyste Tue Oestergaard, de ABG Sundal Collier
cité par Bloomberg, la réaction
est néanmoins exagérée et il
explique, à propos des 30 milliards évoqués par le « FT », qu’il
« serait pertinent de connaître le
volume de transactions habituel
et qu’on ne peut pas simplement
l’assimiler à du blanchiment
d’argent ». De leur côté, les analystes restent confiants : aucun
ne recommande de vendre. Au
contraire : ils sont 80 % à l’achat.
Réputation sulfureuse
des pays Baltes
L’établissement est sous le coup
d’une enquête du parquet financier danois après les révélations
du quotidien « Berlingske » en
2017. Ce dernier avait avancé le
chiffre de 3,9 milliards de dollars blanchis par la filiale estonienne avant de le relever à près
de 8 milliards. « C’est dans l’intérêt de tout le monde de dresser les
conclusions sur la base de faits
vérifiés et complets », a déclaré le
président de l’établissement Ole
Andersen. « Les enquêtes sont en
phase de finalisation », a-t-il
ajouté. Les pays Baltes pâtissent
d’une réputation sulfureuse en
matière de blanchiment
d’argent. Le voisin letton est
soupçonné d’avoir servi de
vaste plaque tournante de
l’argent sale russe impliquant le
g o u ve r n e u r d e l a b a n qu e
centrale. Dans le sillage de
l’effondrement du bloc communiste, les Russes avaient jeté
leur dévolu sur Chypre. Après
les déboires du système financier chypriote, ils ont déplacé
leur argent dans les pays Baltes,
profitant de la proximité géographique et de la présence
d’une minorité russophone. n
Pays-Bas : ING écope
d’une amende record
La banque néerlandaise a accepté de verser
775 millions d’euros aux autorités du pays. L’établissement faisait l’objet d’une enquête pour blanchiment et pratiques de corruption. Ce montant
comprend une amende de 675 millions d’euros
ainsi que le remboursement de 100 millions
d’euros au gouvernement néerlandais. En ne
signalant pas ou trop tard des transactions
inhabituelles, ING n’a pas respecté la loi contre le
blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, et ce, « pendant plusieurs années », a indiqué le parquet. La banque a reconnu de « graves
lacunes » et a exprimé ses « sincères regrets ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
32 // FINANCE & MARCHES
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
L’Argentine réinstaure une taxe
à l’exportation sur ses céréales
LA SÉANCE DU 4 SEPTEMBRE 2018
MATIÈRES
PREMIÈRES
Les mesures d’urgence
du gouvernement
argentin pourraient
agiter des marchés
agricoles mondiaux
déjà perturbés.
La Bourse
de Paris efface
presque ses
gains de 2018
Muryel Jacque
@MuryelJacque
S éance difficile pour la
•Bourse
de Paris qui a terminé
Dans un mois, comme chaque
année, sur des millions d’hectares,
les agriculteurs argentins commenceront à planter du maïs. Mais les
mesures d’urgence annoncées
lundi par le gouvernement pour
sortir le pays de l’ornière pourraient
bien bouleverser leurs plans.
Avec la perspective de nouvelles taxes sur les exportations de
céréales et d’oléagineux décidées
par le président Mauricio Macri,
« les fermiers vont s’asseoir et
refaire leurs calculs pour savoir
combien de maïs ils vont planter »,
assure David Hughes, producteur
et président de la chambre
d’industrie ArgenTrigo, cité par
Reuters. Il estime que les ventes
de blé – déjà semé – pourraient
aussi être retardées, car les agriculteurs scrutent la valeur du
peso (qui a perdu 50 % contre le
dollar depuis le début de l’année).
« Ils vont jouer le taux de change »,
valide le spécialiste.
Des marchés perturbés
L’Argentine est le premier exportateur mondial de farine et d’huile de
soja, et le troisième de maïs et de
graines de soja. Le pays est aussi un
des plus gros vendeurs de blé de la
planète. Son poids sur le commerce
des grains est considérable. Les
actions de ses producteurs sont
scrutées. Prévue jusqu’en 2020,
en net repli de 1,31 % mardi.
L’indice CAC 40 a en effet perdu
71,10 points, à 5.342,70 points
dans un volume d’échanges
moyen de 3,5 milliards d’euros.
Il ne gagne plus que 0,57 %
depuis le début de l’année. La
Bourse parisienne avait pourtant ouvert la séance en légère
progression, mais les investisseurs ont été poussé à prendre
des profits sur fonds d’inquiétudes concernant les visées
protectionnistes de Donald
Trump. L’administration américaine pourrait imposer, dès
jeudi, de nouvelles taxes sur
200 milliards de dollars de
produits chinois importés.
L’Argentine est le premier exportateur mondial de farine et d’huile de soja, et le troisième de maïs
et de graines de soja. Photo Ivan Pisarenko/AFP
cette « mauvaise taxe », comme l’a
lui-même décrite le président
argentin, de l’ordre de 10 % pour les
céréales (sur la base du taux de
change actuel), pourrait perturber
davantage des marchés agricoles
déjà chahutés par les conflits commerciaux. Vendredi, d’autres
rumeurs de taxes à l’export, sur le
blé russe cette fois, ont d’ailleurs fait
grimper les cours à la Bourse de
Chicago et sur Euronext à Paris.
D’autres pays exportateurs pourraient profiter de la mise en place de
ses mesures argentines. Les Ukrai-
niens, par exemple. Dans les semaines à venir, ils pourraient vendre
plus de maïs issu de leur nouvelle –
et grosse – production, qui doit arriver prochainement sur le marché,
affirment des sources de S&P Global Platts.
Les concurrents à l’affût
Lorsque les stocks de blé auront été
épuisés en mer Noire d’ici à décembre 2018, les Etats-Unis deviendront
alors un acteur de marché majeur
au début de l’année prochaine,
suggère, sur Twitter, le fondateur
du cabinet d’analyse ukrainien
UkrAgroConsult.
A plus long terme, la donne évolue aussi potentiellement pour le
commerce mondial des céréales.
La suppression, fin 2015, par Mauricio Macri, alors nouvellement élu,
des taxes sur les exportations de
céréales (qui avaient été instaurées
par l’ex-présidente Cristina Kirchner) avait permis aux producteurs
argentins, avec un blé moins cher,
d’atteindre de nouveaux marchés,
en Afrique et en Asie. Ils pourraient
désormais avoir plus de mal. n
La récession plonge le rand sud-africain
dans la tourmente
CHANGE
L’économie sudafricaine est tombée
en récession
pour la première fois
depuis 2009.
Le rand poursuit son
plongeon à plus de
15 rands pour 1 dollar.
Pierrick Fay
@pierrickfay
Pour les investisseurs, c’est le troisième émergent « fragile » après la
Turquie et l’Argentine. Depuis quelques semaines, le rand est d’ailleurs
sous pression, face à la crainte de
contagion sur les marchés. Et les
investisseurs ont une raison supplémentaire de s’inquiéter pour la
première puissance économique
du continent africain : le pays vient
en effet de tomber en récession,
pour la première fois depuis 2009.
Le PIB a en effet reculé de 0,7 % au
deuxième trimestre, après une
première baisse de 2,6 % au premier trimestre. Une surprise totale
pour les analystes alors que le consensus tablait sur un rebond de
l’activité de 0,6 %.
Conséquence, le rand sud-africain a accru ses pertes, reculant de
3 % mardi, à 15,30 rands pour 1 dollar, au plus bas depuis juin 2016. En
cinq jours, il a perdu 7,7 % de sa
valeur et affiche la troisième plus
forte baisse des devises émergentes depuis un mois face au dollar
L’association des banques sud-africaines s’inquiète d’ailleurs de la
dérive d’un gouvernement qui semble plus guidé par « l’idéologie et qui
fait peu pour s’occuper des besoins
réels d’une économie qui a désespérément besoin d’emploi, d’une transformation effective et d’une croissance durable » . En cause
notamment son projet de réforme
agraire – qui vise notamment à faciliter les expropriations sans
dédommagement. L’agriculture,
qui est d’ailleurs l’épicentre de la
r é c e s s i o n a c t u e l l e ave c u n e
L’OPÉRATION DU JOUR
Deutsche Bank va bientôt
quitter l’Euro STOXX 50
Les déboires de Deutsche
•Bank
ont coûté à la première
banque allemande sa place
parmi l’élite des sociétés européennes cotées en Bourse.
Selon les informations de plusieurs médias, Deutsche Bank
ne fera plus partie de l’indice
Euro STOXX 50 le 24 septembre
prochain. Cette décision traduit
les difficultés rencontrées par la
banque au cours de l’année. Sur
un an, la capitalisation boursière de l’établissement a fondu
de 10 milliards d’euros, à 20 milliards. La banque assure qu’elle
poursuit ses efforts de restructuration pour améliorer sa rentabilité. L’annonce de sa sortie
de l’Euro STOXX 50 n’aura
aucun impact sur sa stratégie.
Actuellement, l’indice compte
sept banques parmi ses membres. La concurrente, Commerzbank, connaît un destin similaire. Elle va quitter le DAX,
l’indice phare de la Bourse de
Francfort. L’établissement sera
remplacé par la Fintech Wirecard qui pèse 23 milliards en
Bourse contre 10 milliards pour
Commerzbank.
en bref
(–12,40%), derrière le peso argentin
(–21,10 %) et la livre turque
(–30,50 %). Les taux sud-africains
se sont aussi envolés, le rendement
de l’emprunt d’Etat de référence
remontant à 9,21 % (+20 points de
base), au plus haut depuis décembre dernier.
Pour Cyril Ramaphosa, élu en
février dernier au poste de
président de la République, la
publication de ces chiffres tombe
mal, à quelques mois des élections
législatives (en mai). Comme son
prédécesseur Jacob Zuma, il
démarre son mandat avec une
récession. Son arrivée au pouvoir,
en remplacement d’un président
corrompu, avait pourtant suscité
une vague d’optimisme. Mais
depuis le soufflé est retombé devant
l’absence de réforme d’ampleur,
alors que le déficit budgétaire de
Pretoria est le plus élevé depuis
2004 (6,6 milliards de dollars en
juillet).
Une réforme agraire
contestée
Les valeurs exportatrices et
notamment le luxe ont été les
plus touchés. LVMH a perdu
3,51 %, H e r m è s 2,63 % et
Kering 2,23 %. Airbus a cédé
aussi 2,18 % et Publicis 3,16 %.
Il n’y a eu que six valeurs en
hausse mardi dont AccorHotels (+1,85 %), qui a profité
d’un relèvement de sa recomm a n d a t i o n p a r R ay m o n d
James et Sodexo (+1,14 %). Les
valeurs bancaires ont aussi profité de la légère remontée des
taux obligataires en France.
Crédit Agricole SA a pris
1,65 %, S o ciété Générale
0,93 % et BNP Paribas 0,43 %.
Par ailleurs, SCOR a bondi
de 9,53 %, après avoir refusé
une offre de rachat venant du
groupe Covéa, poids lourd de
l’assurance mutualiste, qui proposait 43 euros par titre.
Le marché a aussi salué
l’amélioration des marges de
Iliad (+6,62 %). En revanche,
Orange a cédé 0,79 % et Bouygues Telecom 2,54 %.
Mark Carney prêt à prolonger
son mandat à la Banque d’Angleterre
BANQUES CENTRALES Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a signalé qu’il était prêt à rester en poste
au-delà de la date prévue pour son départ, en juin 2019. « Bien
que j’aie déjà accepté de prolonger mon mandat [d’un an, NDLR]
pour aider à un Brexit en douceur, je suis disposé à faire tout ce que
je peux en plus pour favoriser à la fois un Brexit en douceur et une
transition efficace à la Banque d’Angleterre », a-t-il déclaré
devant la commission du Trésor au Parlement. Le ministre des
Finances, Philip Hammond, pourrait ainsi se consacrer entièrement aux négociations en vue du Brexit dans les mois à venir.
Afflux de souscriptions en un mois
pour les fonds sans frais de Fidelity
GESTION Si les concurrents n’ont guerre apprécié l’offensive, les
contraction de 29,2 % de l’activité
sur un an, alors que l’activité
minière a progressé de 4,9 %. Le
pays souffre aussi de la hausse des
prix du pétrole. En un an, le prix de
l’essence a bondi de 23 %, alimentant les tensions inflationnistes déjà
perceptibles avec la baisse du rand.
Le gouvernement est même intervenu pour fixer le prix du carburant, ce qu’il n’avait plus fait depuis
le début des années 2000.
La dégradation de la situation
économique, mais aussi budgétaire du pays fait aussi peser le
risque d’une dégradation de sa
note par les agences de notation.
Moody’s pourrait notamment
abaisser sa note, faisant passer la
dette sud-africaine au rang d’obligations spéculatives. En mars,
elle l’avait maintenue en catégorie d’investissement, en misant
sur « une reprise de l’économie ».
Elle complique aussi la tâche de
la banque centrale sud-africaine,
constate Rabobank. « Elle fait face à
un dilemme majeur : remonter les
taux pour réduire les pressions inflationnistes ou éviter de le faire compte
tenu de la faiblesse de l’activité. » Une
situation qui devrait continuer
d’alimenter la spéculation sur le
rand. n
particuliers, eux, ont plébiscité les deux fonds indiciels à 0 % de frais
de gestion lancés par Fidelity Investment fin juillet. Au 31 août, ils
avaient placé 753,5 millions de dollars dans le « Zero Total Market
Index Fund » et 234,2 millions dans le « Zero International Index
Fund ». La guerre des prix, qui oppose les acteurs de la gestion
passive, avait conduit les géants comme Vanguard, BlackRock et
Charles Schwab à abaisser leurs frais à quelques points de base aux
Etats-Unis, mais aucun d’eux n’avait osé les supprimer totalement.
Des associations critiquent l’action
de Bercy sur les frais bancaires
BANQUE Des organisations représentantes des consommateurs ont dénoncé mardi l’insuffisance de l’action du gouvernement sur les frais bancaires. Lundi, Bercy a réuni les banques
pour les pousser à s’engager à plafonner les frais d’incidents
pour les personnes les plus « fragiles financièrement ». « Les
établissements bancaires sont coutumiers des promesses d’autorégulation non tenues », critique l’UFC-Que Choisir, en appelant
le Parlement à aller plus loin à l’occasion de la loi Pacte.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COTATIONS // 33
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
dernier
dividende net
en euros**
mont. date
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code isin
désignation
des valeurs
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308,12 03/09
LU0130729220 Pictet-emerging mkts
550,99 03/09
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546,05 04/09
LU0144509717 Pictet-euroPean sust. eq.
254,83 03/09
code isin
désignation
des valeurs
361,43 03/09
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287,65 31/08
535,13 03/09
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15442,81 03/09
175,5 03/09
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107,4 03/09
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466,19 03/09
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102,08 03/09
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132,67 03/09
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166,1
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119,13 31/08
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LU0851564541 World equity (eur)
LU0705071701 ram (l) sf l/s euroPean eq
155,95 31/08
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320,3 03/09
56,2 03/09
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146,16 03/09
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142,28 03/09
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139,04 03/09
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300,63 31/08
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hors frais de la
en euros** valor.
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désignation
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dernier
dividende net
en euros**
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dernier
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mont.
date
synchrony (lu)
565,33 03/09
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val. unit date
hors frais de la
en euros** valor.
Banque Cantonale
de Genève (France) SA
Tél. 04 72 07 31 50
bcgef.fr/fonds
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dividende net
en euros**
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LU1279334210 Pictet-roBotics
LU0280430660 Pictet-clean energy
val. unit date
hors frais de la
en euros** valor.
classification
val. unit date
hors frais de la
en euros** valor.
classification
désignation
des valeurs
code isin
classification
classification
sicav//fcp
115,02 03/09
03/09
97,15 03/09
158,33 03/09
Valeur unitaire hors frais : valeur de la part ou de l’action hors droits d’entrée ou de sortie éventuels. Les SICAV éligibles au PEA sont signalées par un astérisque *. Le pictogramme ! indique la cotation d’un FCP.
Classification des OPCVM : actions françaises (AF), actions de la zone EURO (AE), actions internationales (AI), monétaires EURO (ME), monétaires à vocation internationale (MI), obligations et autres titres de créances libellés en EURO (OE), obligations et autres titres de créances internationaux (OI), sicav luxembourgeoises (LX), diversifiés (DI), garantis ou assortis d’une protection (GP). ** : en euros ou dans la devise indiquée dans la colonne «DéSIGnAtIOn DES VALEURS».
carnet
fr
PORTRAIT
formidable ! D’ailleurs, il m’a supporté
quinze ans ! lance Marc Simoncini, actionnaire
historique de Made.com. Il est modeste, droit,
organisé. Il a une énorme capacité de travail. » Il
est aussi affectif mais secret, sévère, envers lui,
d’abord, se juge « sans talent artistique. C’est le
drame de ma vie ! » Son art ? « Philippe est un
catalyseur qui ne veut pas prendre la lumière
mais qui aide les talents à se révéler », selon
l’investisseur Bruno Crémel, associé chez Partech Ventures.
iFrance sera racheté par Vivendi. Mais l’univers impersonnel des grands groupes sied mal à
Philippe Chainieux, plutôt étranger, aussi, aux
jeux de pouvoir. « Je suis dans le faire », glisse le
dirigeant, avec rationalisme.
Par Laurance N’Kaoua
@LauranceNKaoua
Philippe
Chainieux,
Made.com
« Made »
in France
« Si j’avais eu les codes, j’aurais fait comme tout le
monde », lâche simplement Philippe Chainieux, en arpentant ses bureaux aux allures
d’appartement chic, avec table de bois, vaisselle,
vélos en cuivre, sofas, plantes vertes et tapis
blancs soyeux… La voix est posée, la barbe,
taillée, la montre, italienne, et les chaussures
élégantes. Mais le parcours de Philippe Chainieux n’a rien d’une ligne droite. Ce Nîmois, qui
fut le patron du site de rencontres Meetic, pilote
désormais le site de vente de meubles design
Made.com. A 46 ans et à Londres… loin des arènes de son enfance.
Affectif, mais secret
De sa famille, ce fils de militaire, petit-fils d’agriculteurs et d’artisans du BTP, est le premier
bachelier. En terminale, il était si « à l’aise avec
les maths », que son professeur a convoqué ses
parents pour l’inscrire en prépa, dans les rangs
de Sainte-Geneviève à Versailles. « Mon professeur a ouvert le champ des possibles », dit Philippe Chainieux qui, avant son bac, n’avait
jamais voyagé au-delà de Montélimar. Il entre,
au gré des concours, à Centrale. Le temps de
réaliser qu’il ne fera pas carrière dans le monde
académique ni d’ailleurs dans la recherche. Il se
dit « trop impatient », « curieux de tout ». A
Paris, la vie lui semble trépidante, fatigante, passionnante. « J’ai toujours fait en sorte de ne pas
ENTREPRISES
VERALLIA
Quintin Testa Dominguez
est nommé directeur général
en Amérique du Sud. Il rejoint
le comité exécutif du groupe.
Quintin Testa Dominguez, 50 ans,
titulaire d’un master en qualité et
productivité, est diplômé en ingénierie mécanique de l’Institut de
suivre les sentiers tracés. Il est plus intéressant de
défricher », résume ce père de trois enfants, fan
de flamenco, d’art, de tennis et de VTT.
Et c’est en 1994 qu’il se lance… dans l’enceinte
de l’école. Cette année-là, deux étudiants de Stanford, David Filo et Jerry Yang, créent l’annuaire
en ligne Yahoo!. En France, les premiers fournisseurs d’accès à Internet voient le jour. Et à Centrale, un camarade l’initie à Renater, le Réseau
national de télécommunications pour la technologie, l’enseignement et la recherche qui
connecte au monde plus de 1.400 établissements
français. L’étudiant visite les pages de la MaisonBlanche, discute avec un Australien… Philippe
Chainieux est fasciné. Le directeur de Centrale
Paris, feu Daniel Gourisse, encourage le duo à
monter une entreprise et à suivre des cours,
même hors cursus, pour la rendre pérenne. Le
pli est pris : SC Multimedia voit le jour, notamment pour bâtir des sites Web. La start-up sera
revendue à une firme canadienne en 1998. Philippe Chainieux, lui, entrera dans la galaxie PPR.
« J’ai participé au développement de Fnac.com. Là
encore, nous étions devant une page blanche »,
précise-t-il. Il adore.
Une rencontre scellera son destin. Pour PPR,
Philippe Chainieux collabore avec l’hébergeur
iFrance, fondé par Marc Simoncini. Les deux
hommes s’entendent d’emblée. L’un est aussi
discret que l’autre est flamboyant. « C’est un mec
technologie et d’études supérieures
de Monterrey (Mexique). Il est
devenu en 1989 directeur général de
l’assurance qualité chez Nissan
Motors au Mexique, puis directeur
des opérations chez Nemak au
Mexique en 1999. En 2003, il a été
nommé directeur qualité et de la
gestion de projets chez Valeo.
Depuis 2015, il était vice-président
de l’activité powertrain transmission chez Valeo.
De Meetic à Made.com,
les aventures inédites
Quelques bières et plusieurs mois plus tard,
Philippe Chainieux, déjà investisseur, rejoint la
direction de Meetic… le geste est osé. Il y restera
dix ans. « L’histoire nous a dépassés. Les rencontres sur Internet sont devenues un phénomène de société, rappelle le patron, entre deux
gorgées de Diet Coke. A 33 ans, je me suis
retrouvé directeur général d’une boîte cotée. Et
quand Match.com a racheté l’entreprise, j’ai fait le
service après-vente en tant que PDG. Meetic a traversé en dix ans ce que de grands groupes vivent en
plusieurs décennies. C’était un tourbillon ! »
Made.com, qu’il a rejoint en 2013, est une
autre aventure inédite. « Vendre des canapés en
ligne n’était pas d’une évidence sans faille »,
affirme Philippe Chainieux. La start-up veut
bousculer l’industrie du design en proposant
des meubles, en ligne et en direct, à des prix que
la suppression des stocks et l’abandon des intermédiaires rendent abordables. Histoire de
prendre de l’avance. « Le marché du retail va
changer d’ici à cinq ans : c’est la fin du modèle traditionnel. Et les Millennials vont passer d’un tiers
à 50 % des consommateurs », analyse Philippe
Chainieux. Or, de la réalité augmentée à la personnalisation en passant par l’environnement,
« ils n’ont pas les mêmes attentes que leurs
aînés ». En 2018, Made.com a levé 45 millions
d’euros et a conquis 8 pays depuis sa création. n
PATHÉ
Anne-Laure
Julienne-Camus
est nommée directrice
financière.
Anne-Laure Julienne-Camus,
46 ans, diplômée de l’ESCP Europe,
est commissaire aux comptes.
Précédemment, elle était associée
audit chez PwC où elle a commencé sa carrière.
CRÉDIT AGRICOLE
Cédric Postel-Vinay
est nommé directeur des
ressources humaines groupe,
membre du comité exécutif,
de Crédit Agricole Consumer
Finance.
Cédric Postel-Vinay, 46 ans, diplômé
de l’ESTP et de l’Essec, a d’abord
occupé des postes de responsable
RH international chez Devoteam et
Avaya. En 2009, il a rejoint Club Med
en qualité de DRH EMEA avant de
prendre, en 2013, le poste de viceprésident RH Amériques. En 2017, il
était devenu directeur du projet digital RH du Club Med.
ALLIANZ
Marilyn Faugas
est nommée directrice
commerciale et marketing
d’Allianz Global Corporate
& Specialty France. Elle intègre
le comité de direction France.
Marilyn Faugas, 43 ans, titulaire
d’un DESS en droit des assurances
de l’Institut des assurances de
l’université de Paris-I, est diplômée
du Centre des hautes études d’assurances. Conseillère spécialisée en
charge d’un portefeuille dédié aux
institutions financières dans le
département Finpro de Marsh
jusqu’en 2004, elle a rejoint ACE
Europe au poste de souscriptrice
risques financiers pour les grands
comptes, avant de prendre la responsabilité du bureau parisien en
2008. Depuis 2010, elle était key
account manager (responsable
développement et clientèle) chez
AGCS France.
LA POSTE
Yannick Imbert
Philippe Bertrand
sont nommés respectivement
directeur des affaires
territoriales et publiques et
directeur de la sécurité globale
du groupe La Poste. Philippe
Bertrand prendra ses fonctions
le 30 septembre.
Yannick Imbert, 59 ans, a été auditeur de l’Ihesi, de l’IHEDN et élève
administrateur de la Ville de Paris à
l’ENA. A partir de 1993, il œuvre au
ministère de l’Intérieur, devenant
sous-préfet d’arrondissement dans
le Cher, le Pas-de-Calais, les Yvelines. Il fut secrétaire général de préfectures et pour les affaires régionales en Aquitaine. Il a également
été directeur du projet d’implantation du réacteur Iter à Cadarache,
chef de cabinet ministériel et directeur à la Datar. Directeur de l’Office
français d’immigration et d’intégration, il était dernièrement préfet
secrétaire général pour les affaires
régionales d’Ile-de-France.
Philipp e B ertrand, 49 ans,
diplômé de droit privé et de droit de
la sécurité, est un ancien élève de
l’Ecole nationale supérieure de la
police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or.
Chargé de la sécurité des hautes personnalités étrangères au service de
protection des hautes personnalités
à la direction générale de la police
nationale en 2002, il devient
conseiller du préfet de police à Paris
en 2004. Commissaire divisionnaire, chef d’état-major à la direction centrale de la sécurité publique
en 2008, il est nommé directeur
adjoint du service de protection des
hautes personnalités à la DGPN en
2010, directeur de la sécurité publique de la Nouvelle-Calédonie à la
direction centrale de la sécurité
publique en 2011 et conseiller de
Jean-Marc Ayrault à Matignon en
2012. Après avoir été contrôleur
général de la police nationale, chef
du service central du renseignement territorial de la DGPN en 2013,
il devient, dès 2014, inspecteur général de la police nationale, directeur
de cabinet du directeur général de la
police nationale.
ILS SONT NÉS
UN 5 SEPTEMBRE
Edouard Carmignac, président
de Carmignac Gestion, 71 ans.
Michel Cicurel, président
de Banque Leonardo et
du groupe La Maison, 71 ans.
Nathalie Chaize, styliste, 56 ans.
Olivier de Mendez,
ex-directeur général
de Cojean, 50 ans.
François-Xavier Désert,
astrophysicien, 58 ans.
Frank Esser, ancien PDG
de SFR, 60 ans.
Werner Herzog, cinéaste,
76 ans.
Axel Kahn, médecin,
généticien et essayiste, 74 ans.
Michael Keaton, acteur, 67 ans.
Thomas Levet, champion
de golf, 50 ans.
Gérard Louvin, producteur,
72 ans.
Chantal Thomass, styliste,
71 ans.
Raquel Welch, actrice, 78 ans.
, Envoyez vos nominations à
carnetlesechos@nomination.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
crible
Mercredi 5 septembre 2018
` SUR LE WEB WWW.LESECHOS.FR
SCOR rejette l’offre d’achat de Covéa
sans calmer la fièvre boursière.
L’INVITÉ
DES « ÉCHOS »
« Les Echos »
+
L’œil du cyclone
Sylvain Maillard
Député LREM de Paris
PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE « J’ai voté pour le prélèvement à la source car je pense que c’est une façon moderne
de prélever l’impôt, comme chez la plupart de nos partenaires
européens ou ailleurs. C’est quelque chose d’essentiel.
En revanche, si techniquement, il y a suffisamment
de problèmes ou de difficultés, je pense qu’il vaut mieux
ou prendre un peu plus de temps, ou bien être certain
qu’au moment où on l’applique cela fonctionne bien »,
a déclaré Sylvain Maillard mardi matin.
EMMANUEL MACRON « Nous partons du principe que nous
voulons sortir du logiciel droite et gauche. Très clairement,
nous le voyons, dans la politique depuis plusieurs années,
il y a les conservateurs et les progressistes. Notre souhait
est d’incarner les progressistes, au niveau de la politique
économique, au niveau de la politique européenne…, affirme
Sylvain Maillard. L’essentiel est de savoir si les réformes sont
justes, fonctionnent, apportent un plus aux Français ?
C’est à eux de le dire. »
EXÉCUTIF Emmanuel Macron exerce-t-il le pouvoir
de façon trop centrale ? « Pendant tellement d’années, nous
reprochions aux présidents précédents de ne pas prendre
de décisions. Là, nous avons un chef qui prend des décisions,
estime Sylvain Maillard. Je voudrais tordre le cou à l’idée que
les députés LREM votent d’un seul homme sans
discussions : nous avons énormément de discussions entre
nous. »
Interview réalisée par Olivier Harmant
a L’intégralité de l’émission sur lesechos.fr/invitedesechos
La révolution sans l’R
Est-ce le début d’une cascade d’événements digne de celles que les « risk
managers » mettent un point d’honneur à savoir modéliser ? En dévoilant sa
flamme pour SCOR, quitte à se faire repousser et à la retirer, Covéa a pris date
au cas où d’autres prétendants seraient en embuscade. Ce n’est pas forcément de la fiction car le secteur de la réassurance poursuit sa consolidation
et malgré sa solidité le fleuron français se trouve dans l’œil de ce cyclone
de fusions et acquisitions, le plus grand des petits acteurs et le plus petit des
grands. Son gros actionnaire mutualiste, dont le patron Thierry Derez siège
au conseil à titre personnel, a aussi pris le risque de donner des idées à des
joueurs d’autres horizons, puisque le reste du monde aura vu qu’une combinaison française ne part pas avec un coup d’avance. Or l’argument de l’indépendance est peu excitant pour les actionnaires institutionnels – ils pèsent
lourd vu l’actionnariat éclaté –, du moins si l’acquéreur laisse assez d’autonomie et de moyens à l’entreprise rachetée pour ne pas gâcher de la valeur.
Au regard de l’actif net comptable par action, la prime offerte (1,3 fois
l’actif net comptable) s’avère très visible sans être irrésistible, surtout si
le nécessaire travail de conviction de Denis Kessler et des équipes n’a pas été
effectué dans les règles de l’art. L’action a bondi (+9,5 %) sans s’aligner sur
la prime offerte (+21 %), signe que la Bourse apprécie néanmoins de humer
un parfum spéculatif.
Danske Bank 31
Deutsche Bank 32
Deuxièmeavis.fr 26
Epicery 26
Frichti 26
Groupe Frio 28
Groupe Industriel
Marcel Dassault 18
Hermè 32
Iliad 22, 32
IMS Networks 28
ING 31
Jaguar 16
Jow 26
Kering 32
KLM 18
Launchmetrics 26
Les chiffres de WPP ne donnent aucun état
de grâce au nouveau patron Mark Read.
Une révolution qui n’en a plus l’air est-elle encore une évolution ? Les investisseurs se posent clairement la question lorsqu’ils valorisent Iliad seulement 3,7 milliards d’euros de plus (dette incluse, soit +58 %) qu’avant
le lancement de Free Mobile il y a six ans et demi. Le trublion des télécoms
se détache certes nettement du peloton sectoriel européen (+0,2 % sur ce
même indicateur), mais son excédent brut d’exploitation de cette année
devrait avoir plus que doublé par rapport à celui de 2011, une perspective
à laquelle, il y a encore quinze mois, les gérants attribuaient 40 % de valeur
supplémentaire. Le levier de l’endettement, qu’Iliad a fini depuis deux ans
par actionner après s’être longtemps vu reprocher de l’avoir ignoré, a joué
à l’encontre du sentiment boursier, comme si les investissements récents
dans les réseaux et dans la conquête italienne ne devaient jamais rien
rapporter. Si bien qu’à l’arrivée du quatrième opérateur mobile tricolore
en janvier 2012, le placement dans un indice généraliste (+127 %, dividendes
réinvestis, pour le SBF) aurait été cinq fois plus rémunérateur que celui
dans la « start-up » de Xavier Niel (+24,8 %). Les premières pertes d’abonnés fixes et mobiles depuis la création de Free il y a moins de vingt ans ont
généralisé dans la communauté financière la thèse d’une « normalisation »
de l’ancienne valeur de croissance, pourtant loin d’un retour à la case
départ. Il faudra bien plus aux boursiers que le sursaut du titre mardi
(+6,62 %, saluant la relance commerciale de l’été, mais laissant encore
un recul de 47,9 % sur un an) pour remonter sur les barricades.
LVMH 32
Muddy Waters 31
Orange 32
Picwic 19
Publicis 32
SCOR 29, 32
Société Générale 32
Sodexo 18, 32
WPP 23
AVIS FINANCIERS
Damartex Group 19
GL Events 19
Groupe Samse 21
Somfy 17
EN VUE
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Daniel Fortin (magazine, opinions, innovation)
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et opérations spéciales)
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IMPRESSION l’imprimerie (tremblay-en-france), midi libre (montpellier).
tirage Du 4 septemBre 2018 : 84.220 exemplaires
origine du papier : Belgique. taux de fibres recyclées : 100%.
ce journal est imprimé sur du papier porteur de l’ecolabel européen
sous le numéro fi/37/002. eutrophisation : ptot 0.013kg/tonne de papier
membre de oJD-Difusion contrôle cppap : 0421 c 83015. toute reproduction, même partielle,
est interdite sans l’autorisation expresse de l’éditeur (loi du 11 mars 1957)
ce numéro comporte un 3e cahier de 8 pages « les echos spécial Vin ».
La Bourse ne semble plus croire à la capacité
d’Iliad à créer de la valeur.
Sad Men
LES ENTREPRISES CITÉES
AccorHotels 32
Aden 18
Airbus 20, 32
Amazon 15
Antabio 28
Audi 16
BlackRock 31
BMW 16
BNP Paribas 32
Boeing 20
Bouygues Telecom 32
Casino 31
Casino Finance 31
Covéa 29
Crèche Attitude 18
Crédit Agricole SA 32
Daimler 16
« Les bonnes marchandises se passent de publicité. » WPP n’a donc pas eu
besoin de faire campagne pour faire accepter Mark Read, élu à l’unanimité
et présenté comme un vrai patron du XXIe siècle vu son track – record dans
la transformation numérique. Son style sobre et modeste tranche avec
l’éclat et l’ego de son prédécesseur Martin Sorrell, mis sur la touche en avril
dernier. Comme piqué d’être ainsi relégué au rayon des accessoires du patronat du XXe siècle, l’ancien boss rend la pique en qualifiant le processus
de recrutement de « totale perte de temps » puisque le tandem formé par le
patron et le numéro deux Andrew Scott allait déjà de soi. Le « board » n’en a
cure, trop content de garder un pilier maison ultra-compétent, payé moitié
moins et lié par des clauses de non-concurrence auxquelles personne
n’avait pensé pour le fondateur. Pourtant, malgré les sincères congratulations des analystes sectoriels, l’heure n’était pas à la fête lors de la
présentation des résultats. L’action impassible lors de la nomination vient
de trébucher (–6 % mardi) sur le recul de la marge opérationnelle et sur
la décroissance américaine qui tranche avec l’amélioration organique dans
le reste du monde. Loin de bénéficier d’un état de grâce, Mark Read est déjà
attendu au tournant de son plan stratégique à venir. Les investisseurs
attristés de ne pouvoir anticiper des gâteries avant de connaître l’ampleur
de la restructuration prescrite par le nouveau pilote (et son impact sur
dividende et rachats d’actions), conservent leur parapluie, sous la forme
d’une cote de valorisation (10 fois les bénéfices) inférieure à celles des
concurrents mondiaux, Publicis compris.
Thierry Derez
xposé aux ouragans comme tous
les réassureurs, SCOR l’est aussi
aux convoitises. Installé depuis
2003 au conseil d’administration de
SCOR, Covea, le géant mutualiste (GMF,
Maaf, MMA) a eu tout le loisir d’y observer le redressement quasi miraculeux
opéré par Denis Kessler. Lorsque le
bouillonnant économiste en prit les
rênes en 2002, la compagnie valait
500 millions, elle frôle aujourd’hui les
8 milliards d’euros. Autant dire que
Thierry Derez, 61 ans, montre un bel
appétit : « Je l’aurai, un jour, je l’aurai »,
comme dirait le client excédé des spots
publicitaires Maaf. Denis Kessler et lui
sont (doit-on dire furent) des amis et
tous deux sont férus de culture grecque.
Serait-ce la raison pour laquelle ils
jouent les Atrides ? Il est vrai aussi que
Derez, très bon imitateur, aime bien surprendre, brouiller les cartes. Dans une
intervention brillante à la Cité de la réus-
E
site relatée par « Challenges », il cite
Ulysse, philosophe, et lance : « Si nous
sommes mal à l’aise sur l’improbable,
nous ne sommes pas beaucoup plus à
l’aise sur le certain. » Cela ne l’empêche
pas de convaincre et séduire. A commencer par Christian Sastre, le patron
d’Azur qui convainc son avocat de –
prendre la direction de l’ensemble AzurGMF qu’il vient de constituer avec son
aide. Avec l’arrivée de Roxana Maracineanu au gouvernement, les nageurs
font une belle rentrée. Après 15 ans de
barreau, le champion universitaire de
dos crawlé sera comme un poisson dans
l’eau dans l’univers de l’assurance jusqu’à en devenir le premier français à
coup de fusions. Une force tranquille.
« Zéro tracas, zéro blabla », comme on
dit chez MMA. Sauf pour ses proies !
(
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MERCREDI 5 SEPTEMBRE 2018 // SUPPLÉMENT GRATUIT AU NUMÉRO 22774 | ISSN 0.153.4831 | NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
LESECHOS.FR/
SPÉCIAL
VIN
FOIRES AUX VINS 2018
l’esthétique
des champions
Shutterstock
P
as une saison ne ressemble à l’autre, témoigne Mickaël
Llodra, l’ancien tennisman français devenu un as de la
dégustation, dans l’interview qu’il nous a accordée.
Composer avec son environnement, le « terrain », apprendre de ses
revers, être toujours à l’écoute pour rebondir, vouloir progresser sans
cesse, atteindre le haut du palmarès et, plus encore, parvenir au beau
geste, à l’essence de l’élégance, à ce que Nietzsche appelait « le grand
style » : le viticulteur est un athlète comme un autre. C’est cette
esthétique du champion que partagent avec les grands sportifs ces
vignerons de haut niveau que sont Aubert de Villaine (La RomanéeConti), Eric de Rothschild (Lafite Rothschild) ou Pierre Lurton
(Cheval Blanc et Yquem). Un jour ou l’autre, leur réussite s’est forgée
dans l’adversité. A chaque millésime, il leur faut mettre en harmonie
des forces contraires, combiner des énergies positives et négatives.
Bien sûr, il est des saisons, difficiles, où le travail aide le talent. Et
d’autres, bénies, où le talent sublime le travail. Ce fut le cas en 2015
et 2016, deux millésimes hors norme qui vont être, en cette fin d’été et
au début de l’automne, les stars des foires aux vins. Une fois n’est pas
coutume, les amateurs n’auront que l’embarras du bon choix, en
grandes surfaces, chez le caviste ou sur Internet. Ce hors-série des
« Echos » est aussi un guide d’achat, dont la sélection rigoureuse a été
effectuée par des dégustateurs réputés.
Jean-Francis Pécresse
La boutique est ouverte
du mardi au samedi de 10h30 à 21h.
31, avenue Franklin D. Roosevelt, Paris 8e
Tél : +33 (0)1 82 82 33 33
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une société
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
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02 // SPÉCIAL VIN
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
SOMMAIRE
UN PALMARÈS RICHE
Lafite, la maison des Rothschild
P. 3
Les crus classés sur la voie du bio
P. 4
Pierre Lurton, cavalier à cru(s)
P. 5
Sauternes veut faire rêver ses visiteurs P. 6
Chapoutier, un ogre dans la vallée
P. 8
Foire aux vins : notre sélection
PP. 10 à 13
La carrière professionnelle de Michaël
Llodra sur les courts de tennis s’est
étendue de la fin des années 1990 à
2015. Il a trente-cinq ans lorsqu’il
décide de déposer les raquettes,
principalement à cause d’une blessure
tenace au coude. Sa trajectoire l’a
amené à remporter une trentaine de
titres, dont 26 en double – une discipline dont il a fait sa spécialité, jusqu’à
remporter deux fois l’Open d’Australie
(2003, 2004) et une fois Wimbledon
(2007), aux côtés de Fabrice Santoro
puis Arnaud Clément. Il est aussi
médaillé d’argent aux Jeux Olympiques de Londres (2012), toujours en
double, avec Jo-Wilfried Tsonga. En
2010, il perd avec ses compères de
l’équipe de France face à la Serbie en
finale de la Coupe Davis. Une défaite
qu’il présente comme son plus grand
regret sportif. Natif de région parisienne, Michaël Llodra vit à Bordeaux
avec son épouse et ses trois enfants.
Mathieu Doumenge pour « Les Echos »
composer avec le climat, les maladies de la
vigne. Chaque prise de décision est lourde de
conséquences, il faut être à l’écoute, observer, manager, se forger une expérience. Il y a
plein de similitudes.
Michaël Llodra :
« C’est sur la durée que l’on juge
de la grandeur d’un vin »
INTERVIEW
On connaît l’ancien tennisman devenu consultant pour France Télévisions. On connaît moins
le fou de vin, une passion à laquelle il consacre sa « deuxième » vie. Entretien avec un esthète.
C’est un jeune retraité de trente-huit ans qui,
après avoir arpenté les courts du monde
entier, joué en équipe de France de Coupe
Davis et remporté de nombreux titres (lire
encadré), a décidé en 2015 de se retirer du
circuit professionnel. Avec une idée en tête :
consacrer sa « nouvelle vie » à son amour du
vin. Une passion née lorsqu’il était encore
joueur, et dont il a décidé de faire un métier.
Comment est née votre passion
du vin ?
En 2004, mon entraîneur était Lionel Roux.
Lorsque j’allais m’entraîner à Lyon, je dormais chez son beau-père, qui était ami
intime avec Marcel Guigal [propriétaire du
Domaine Guigal, NDLR]. C’est là que j’ai
commencé à goûter les vins de la vallée du
Rhône septentrionale. Pour moi, qui suis originaire de région parisienne et qui ne buvais
pas une goutte d’alcool, c’était la découverte
d’un univers complètement nouveau ! J’adorais la façon dont le beau-père de Lionel me
parlait du vin, des cépages, des terroirs. Il utilisait des mots simples mais passionnants,
qui m’ont donné envie d’en savoir plus.
D’où est venu le déclic ?
Un jour, j’avais fait un bon résultat, et on a
ouvert un mouline 1983 de Guigal. Avec ce
vin, j’ai tout eu : le plaisir gustatif, l’émotion,
l’histoire, l’affectif. J’ai été aspiré. Comme je
suis un peu excessif, j’ai commencé à acheter plein de bouquins sur le vin, des revues
spécialisées… J’échangeais de plus en plus
avec les autres amateurs de mon entourage,
comme Guy Forget, qui aimait organiser un
bon gueuleton et ouvrir de bonnes bouteilles quand nous étions en Coupe
Davis. Trois ou quatre ans plus tard, je
deviens ambassadeur du tournoi de Bordeaux à la Villa Primrose. J’y rencontre le
négociant Valentin Lillet, qui me fait entrevoir l’univers des grands crus ; et dans le
même temps, par l’intermédiaire de
Guillaume Raoux [un autre ancien tennisman, NDLR], je mets un pied en Bourgogne.
Ces passerelles entre le sport et le vin m’ont
permis de nouer de solides amitiés. Lors du
dernier Roland-Garros, nous avons orga-
nisé une paulée avec quelques amis vignerons, c’était un très beau moment.
La rencontre avec Aubert de Villaine,
l’icône de la Romanée Conti, n’est pas
anodine…
En effet. Il était venu à Roland-Garros avec
son épouse Pamela, nous avions déjeuné
tous les trois et je crois que nous étions tous
les deux impressionnés. Lui par l’environnement sportif – il voyait passer Agassi, Federer, Nadal –, et moi par l’aura de cet immense
homme du vin. Quelques années après, en
2010, il est venu à Bercy, le jour où j’ai battu
Novak Djokovic. Il m’a retrouvé après le
match en me disant que je lui rappelais
Budge Patty, un joueur américain qui l’avait
marqué dans son enfance… Il était si ému
qu’il m’a offert des bouteilles de La Tâche de
l’année de naissance de mes deux premiers
enfants. Le romanée-conti fait partie des
vins mythiques, des vignobles d’exception.
Aubert, c’est une incarnation de la Bourgogne, un homme d’une désarmante simplicité qui signe des vins magiques. Je bois ses
paroles, au-delà de boire ses vins. Son neveu
Bertrand, qui devrait prendre sa suite, est lui
aussi très attachant. Des personnalités
comme Eric Rousseau, Cyprien Arlaud,
Arnaud Mortet, Thierry Pillot, Jean-Claude
Ramonet, mais aussi Frédéric Engerer à
Latour ou Thomas Duroux à Palmer… Ce
sont des rencontres fraternelles. Ce sont
elles qui te permettent de mieux comprendre le vin.
LE SECRET LE MIEUX
GARDÉ DE BORDEAUX
Ouverte en 2016, La Cave Clandestine
de Michaël et Camille Llodra est le
secret le mieux gardé de Bordeaux.
Aménagé dans la cave de l’ancien
champion, au fond d’une impasse
discrète d’un quartier paisible de la
capitale girondine, ce « restaurant sur
mesure » ne s’offre, à dessein, aucune
communication. Il n’a ni site Web ni
numéro de réservation. Tout fonctionne par le bouche-à-oreille : La
Cave Clandestine, on a l’opportunité
d’y aller, ou pas !
Pour les chanceux qui en poussent la
porte, c’est la caverne d’Ali Baba. Les
bouteilles de rêve, de préférence en
grand format, tapissent les parois.
Allocations rares de Bourgogne et
millésimes prestigieux de Bordeaux
voisinent avec les étiquettes les plus
rutilantes de la vallée du Rhône et,
là-bas tout au fond, l’or d’Yquem qui
capte le regard. Les convives peuvent
piocher dans cette collection ébouriffante, tout en se régalant des plats
simples, précis et savoureux signés
par Camille. L’addition ? Elle est aussi
discrète que l’adresse, et à la hauteur
des flacons déployés. Si vous venez à
Bordeaux, tendez l’oreille !
Est-ce facile à mener de front une
carrière de sportif et d’assumer sa
passion du vin ?
Quand mes copains tennismen regardaient
des séries, moi, je lisais des livres sur le vin. Il
ne se passait pas un jour sans que je ne lise,
j’étais insatiable. Bien sûr, à cette époque,
j’achetais aussi beaucoup de vin. J’en buvais
un peu, mais j’en stockais beaucoup. Je
m’autorisais un verre de rouge de temps en
temps – pas de blanc, déconseillé à cause de
l’acidité –, parfois même j’apportais quelques bouteilles avec moi en tournoi pour
faire découvrir aux copains.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
A quel moment vous êtes-vous dit que
vous alliez vous recycler dans le vin ?
A partir de 2008, j’ai commencé à acheter
vraiment beaucoup de vin pas seulement
pour moi, mais pour d’autres sportifs français. Comme j’étais encore sur le circuit, je ne
m’étais pas organisé pour stocker : j’avais
condamné et climatisé une pièce de la maison pour entreposer le vin, ma femme n’en
revenait pas… En 2012, j’ai délocalisé le plus
gros du stockage à Dijon, en achetant un restaurant/bar à vins avec mes associés JeanPhilippe Girard, Antoine Prudent, mais
aussi Arnaud Clément. C’est vite devenu une
vraie activité de négoce. Pour ma part, je
m’occupe de la partie achat pour des sportifs. Parallèlement, on a monté un club pour
grands amateurs, Dr Wine, via lequel on
compose des caves clefs en main pour nos
adhérents, qui sont aujourd’hui une grosse
centaine. Nous organisons aussi des dîners
sur mesure en présence de vignerons.
En 2015, vous partez vous installez
à Bordeaux…
Après ma blessure en 2014, cela faisait sept
ans que j’étais engagé à la Villa Primrose à
Bordeaux, et j’étais sous le charme de la ville.
Nous sommes donc venus nous installer ici.
Mon épouse Camille vient d’une famille passionnée de cuisine, elle a fait un stage de neuf
mois chez Alain Ducasse et caressait depuis
longtemps l’envie d’ouvrir un restaurant du
midi. Nous avons finalement eu l’idée de
créer en mars 2016 La Cave Clandestine, une
table sur mesure, située dans notre propre
cave et où Camille fait la cuisine. Nous avons
eu la chance d’avoir rapidement la participation de grands vignerons, et le bouche-àoreille s’est enclenché.
Y a-t-il un parallèle entre un sportif
de haut niveau et un grand vigneron ?
Ce sont des métiers exigeants, soumis à une
remise en question permanente. Aucune
journée, aucune année ne se ressemble. Il
faut s’adapter à des circonstances changeantes. De la même façon qu’un sportif doit
composer avec le terrain sur lequel il joue ou
avec son état de forme, un vigneron doit
La dégustation, c’est d’abord une
technique que l’on travaille ? Ou cela
relève davantage de l’inspiration ?
Il y a deux écoles. L’une presque scientifique,
où l’on décortique, on analyse un vin de A à
Z, comme on décomposerait chaque geste
en tennis, et une autre plus directe, qui
relève du plaisir, du j’aime/j’aime pas. Cela ne
s’affranchit pas de la technique, mais on est
davantage dans la simplicité. Les deux se
complètent.
La dégustation est souvent focalisée
sur l’aromatique, alors qu’un vin se
distingue par son allure, sa personnalité, un peu à la manière d’un sportif…
On m’a déjà demandé de comparer des
joueurs à des vins. Il va de soi que je n’irais
pas comparer Nadal à un chambolle-musigny, mais plutôt à un mouline 99, voire aux
épices d’un châteauneuf. Des vins qui ont du
coffre ! Federer, je lui attribuerais un vin tout
en finesse et en race, comme un latour. Un
joueur comme Stefan Edberg, si élégant à sa
grande époque, je le comparerais avec un
bourgogne, un grand cru Les Amoureuses.
Vous reconnaissez-vous toujours
dans les mêmes vins ?
Les goûts évoluent. L’autre jour, j’étais à Sancerre, j’ai dégusté avec Jean-Laurent Vacheron, Alphonse Mellot, François Crochet,
Pascal Cotat. L’extraordinaire beauté des
paysages, la finesse des vins – y compris des
rouges ! J’ai pris un plaisir immense. Je crois
que, de la même façon que l’on épure son jeu
en prenant de l’âge, on épure aussi son goût.
L’important est de rester ouvert. Comme on
peut apprécier à la fois le jeu de Federer et
celui de Nadal…
C’est quoi, pour vous, un grand vin ?
C’est d’abord un grand terroir, et la façon
dont on va le sublimer. Peu importe le millésime, car souvent les « petits millésimes »
sont ceux qui présentent des surprises
incroyables – goûtez un petrus 1979 ou 1994
pour le confirmer. Les grands vins sont ceux
qui savent traverser l’épreuve du temps. C’est
sur la durée que l’on juge de la grandeur d’un
terroir ou d’un vin, un peu comme pour un
grand champion. On mettait presque Federer à la retraite il y a quelques années, et il est
encore au sommet. Pour moi, qui l’ai connu
très jeune, c’est un privilège d’avoir côtoyé
un tel joueur. Il a cette combinaison d’intelligence, de talent, de constance, tous ces
détails qui ont fait la différence.
Le tennis est le roi des sports individuels, et pourtant c’est en double que
vous avez le plus brillé… Un hasard ?
Je ne pense pas. J’aime la notion de partage.
C’est primordial pour le vin – une grande
bouteille est meilleure quand on la boit avec
des amis – et cela m’a suivi dans ma carrière
sportive, j’aimais vivre ces moments. On ne
sait jamais de quoi la vie sera faite, tout peut
arriver n’importe quand. C’est pourquoi il
est important de profiter de la vie, avec
modération, mais en sachant savourer.
Dans le sport, comme dans le vin, on ne
prend jamais tout à fait sa retraite : la passion demeure, elle nourrit, elle évolue, on
n’en finit pas d’apprendre et de transmettre.
… Et d’avoir des projets ?
J’aimerais aller encore plus loin dans le
mariage de mes deux passions, le tennis et le
vin, en créant un circuit de tournois d’exhibition dans des lieux viticoles. J’y réfléchis.
Propos recueillis par Mathieu Doumenge
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Témoignage
SPÉCIAL VIN // 03
Lafite, la maison des Rothschild
A l’heure de passer
le flambeau des
Domaines Barons
de Rothschild à sa fille
Saskia, Eric dévoile
le lien indéfectible
entre sa famille et
les vignes de Pauillac.
I
Jean-Luc Barde pour « Les Echos »
l y a cette longue haie de saules blonds,
fascinant mystère ondulant, leur chevelure se balance au vent léger le long de la
D2, l’une des grandes allées de la gloire des
vins du monde. D’abord, c’est un potager
fleuri, après, c’est un mur, dessus, une terrasse, et puis, c’est le château, deux tours,
une maison habitée et le sourire clair de ses
fenêtres. Le chemin fait une douce volte, le
regard prend la mesure de la discrète
majesté, l’envers de l’ostensible, de l’apparat, de l’emphase. Très loin, les vagues de
l’océan et leur fracas de ressac brillant roulent dans le soleil ; tout près, au levant, le
fleuve de cuivre coule en silence et le rossignol caché dessine l’azur. C’est juin de douceur sur la butte de Lafite – « la hitte » en
gascon –, on entend la rumeur de la conversation des hommes qui relèvent les pampres dans le matin clair, vaguement dans la
pénombre d’un chai roule un tonneau. Il a salué de loin, s’est
avancé à grands pas, son éterChâteau
Bofill, en 1987. Une merveille
désordre de la vie », raconte Saskia. « Nous
Lafite, signifiant mondial, incarne le rêve de
son couteau, s’est penché, a coupé deux
nel sourire lumineux aux
Lafite a été
d’intelligence et d’esthétique
aimons être ici aux vendanges et à la Sainttout amateur de bordeaux : la précision, la
roses, l’une est allée à la boutonnière de son
lèvres, la joie d’être. Assis
acquis
en
1868
dans le respect du paysage, inviVincent, où tout le personnel est réuni, nos
profondeur, l’infinie déclinaison des sensaveston, l’autre dans la main de Saskia, élédans la petite bibliothèque
par James de
sible de l’extérieur, un chai rond
retraités sont là. Il y a aussi le “terrier”, carte
tions nobles tissées dans une trame de soie,
gante transmission de la beauté, fragilité de
aux ouvrages anciens, le
Rothschild.
à colonnes en sous-sol. « Ce fut de
émouvante des pièces de vigne où les gestes
au point zénithal de « la parabole » chère à
l’esprit Lafite, haut lieu transcendant de la
baron Eric de Rothschild,
haute lutte avec Ricardo, qui tempêd’attention transmis conduisent au vin que
Monsieur Eric. Ils sont descendus ensemculture et de la civilisation.
patron jusqu’hier du premier
tait en m’assénant un furieux “Tu enternous voulons beau et bon », ajoute le baron.
ble d’un même pas dans le jardin. Eric a tiré
Jean-Luc Barde
cru classé de Pauillac, a traversé
res mon projet !” » Puis vint une aire noude ses mots choisis les cent-cinquante
velle, celle de la bio, de la biodynamie, des
ans de la famille dans ce lieu élu.
réseaux sociaux : « Ce n’est plus la mienne.
Par la porte laissée ouverte au soleil, Suzy, la
Voici venu le temps de ma fille Saskia. »
chienne noire, s’est glissée, battant la queue
dans les fleurs du tapis : « Come on Suzy ! » Le
Amour partagé
baron Eric s’adresse à elle dans la langue de
Elle est entrée, précédée de Nola, qui, elle,
Shakespeare : « C’est le comble du snobisme,
parle français… L’espiègle petite fox s’est
mais elle a été élevée en Angleterre. » James
précipitée vers Suzy pour jouer. Depuis
de Rothschild a acquis le château Lafite le
deux ans aux côtés de son père, Saskia de
8 août 1868. « La famille était très heureuse de
Rothschild a appris Lafite et vient d’être
s’investir pour ce joyau. Betty, après la mort
nommée à l’unanimité par les actionnaires
de James, y passa son veuvage. J’ai retrouvé à
de la famille à la tête du groupe Domaines
mon arrivée son papier à lettres bordé de noir,
FRUIT DE LA PRÉCISION
Barons de Rothschild. « Quelque chose de
j’y consignais mes premières notes de dégusl’inconnu dans la viticulture me rassure, on
tation… Betty fut un grand mécène, Ingres fit
ne peut que contempler le travail de la nature,
son portrait. »
on n’est pas dans la maîtrise. Au pire, ça n’est
pas notre faute. » Une forme d’acceptation,
« J’aimais cet endroit
de sagesse précoce face à l’impuissance,
et voulais m’en occuper »
condition naturelle du destin vigneron.
« Monsieur Eric », comme on l’appelle ici,
Elle partage avec son père un amour prodistingue trois autres périodes. « Celle des
fond pour Lafite, le calme et la paix qu’il
crises, notamment le phylloxéra. Il fallait
abrite, la conscience de l’action d’une saisisinjecter dans le sol une solution sulfurisée
sante lignée qui a surmonté les épreuves et
mélangée à 12 litres d’eau par pied. Jusqu’en
vit depuis un siècle et demi cet oxymore,
1900, le vignoble est resté franc de pied. Le surmélange paradoxal de folle arrogance et de
coût fut considérable. » L’effort marque un
sincère modestie. « J’aime que cette maison
attachement fort, signe de l’intérêt de la
soit habitée, les gens s’étonnent de voir à
famille pour le génie de ce lieu. « Ce fut le
l’entrée nos bottes, la gamelle du chien, les
temps des millésimes difficiles, il n’y eut plus
livres ouverts, les journaux épars, le joyeux
de grandes années comme 69, 70, 74… 1800
bien sûr ! » On traversa les guerres. Au cours
de la Seconde, les blockhaus de la barbarie
nazie parsemèrent le vignoble, une batterie
SASKIA, « HÉRITIÈRE
de DCA y fut installée. La vigne en garde
D’UNE RESPONSABILITÉ »
encore le souvenir, « la couleur du feuillage
est différente… »
« J’ai fait HEC pour qu’on ne puisse pas dire que je suis
En 1945, la propriété jusque-là gérée de
pistonnée ! J’ai voulu faire mes preuves : je suis partie à
Paris est investie par Elie, oncle d’Eric : « Il
l’étranger, j’ai fait du journalisme, écrit un roman [« Eraremet en état le domaine. Au début des années
ble », aux éditions Stock]. Le paradoxe, c’est que je ne
1970, il perçoit une évolution dans la perceppourrais pas tenir cette place si je ne m’appelais pas
tion extérieure des grandes propriétés, les criRothschild. » Saskia de Rothschild, fille du baron Eric
tiques donnent des notes qui impliquent une
de Rothschild et de Béatrice Caracciolo, résume ainsi la
reconnaissance jusqu’ici indiscutée. » Elie
situation d’une jeune femme de trente ans en adéquation
décide de passer la main. « Nous nous
avec son époque et qui pourrait n’être qu’une hériaimions bien. Il m’avait dit un jour : “Tu
tière. « Je suis héritière d’une responsabilité, celle
aimes t’amuser, viens quand tu veux avec tes
d’un monde sensible. Je suis animée par le besoin de
amis, cela fera de la vie ici.” Sa seule exigence
le protéger. »
était que lui fût communiquée la liste des vins
Depuis le printemps, elle dirige les Domaines Barons de
consommés, c’est ainsi qu’il me fit une fois la
Rothschild (Lafite), soit 1.200 hectares de vignes sur la
remarque que nous avions dû prendre un
planète. Avec l’arrivée de Saskia de Rothschild, c’est une
bain de Lafite ! J’étais ami avec le maître de
nouvelle démarche agricole qui est lancée, le bio et la
chai, Georges Revelle. Bref, j’aimais cet
biodynamie font leur entrée sur les 112 hectares du vignoendroit et voulais m’en occuper, malgré mon
GRAND CRU CLASSÉ DE SAINT-ÉMILION
ble du château Lafite. « Nous en sommes au stade des
job à plein temps pour Saga, la société famiessais, nous établissons une cartographie du risque selon
liale d’armement de ports en Afrique que je
les phases d’évolution de la vigne. Les parcelles sont
dirigeais. » Eric prit Lafite à trente-quadécoupées en bande, l’une dédiée à l’agriculture biologitre ans et se passionna pour les nouveaux
W W W. C H AT E A U - L A D O M I N I Q U E . C O M
que, l’autre à la biodynamie ; 9 hectares sont aujourd’hui
enjeux d’une agriculture scientifique et
en biodynamie. Avec notre consultant Eric Boissenot,
l’arrivée de l’œnologie dans les chais.
nous avons commencé à constater les premiers signes
Revelle souriait : « “La fermentation malod’influence sur les acidités. » Ce jour de printemps, porté
lactique, Monsieur Eric, c’est quand le vin
par un marché désirant, le Château Lafite a annoncé son
travaille !” Il fit d’extraordinaires millésimes,
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R A V E C M O D É R A T I O N
prix de sortie des primeurs : 350 euros.
45, 49, 53, 55, 59, 61. » Eric édifia le premier
chai de l’aire moderne avec son ami Ricardo
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
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04 // SPÉCIAL VIN
Environnement
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Les crus classés sur la voie du bio
A contre-courant des idées reçues,
le vignoble bordelais s’engage de plus en plus
dans des initiatives écoresponsables.
tent le pas, à l’image du Château Montrose,
2e grand cru classé de Saint-Estèphe, propriété de la famille Bouygues, qui convertit
ses 95 hectares au bio. Même tendance sur
l’autre rive du bordelais. En juin dernier, le
Conseil des vins de Saint-Emilion a voté un
nouveau cahier des charges prévoyant
l’obligation d’une certification environnementale pour tous les viticulteurs d’ici à
2023. Ici aussi, les crus classés donnent le
ton. En 2004, le Château Fonplégade est
acquis par un couple d’Américains, Denise
et Stephen Adams. Très sensibles au bio, les
nouveaux propriétaires décident de convertir les 18,5 hectares. Le directeur général,
Eloi Jacob, accompagne le processus : « Le
passage au bio s’est fait de façon naturelle, en
même temps que la restructuration du vignoble. Tout en menant une réflexion sur les porte-greffes, sur la vigueur des vignes, sur le travail des sols, nous avons acté des pratiques
plus vertueuses. C’est toute une philosophie à
revoir, plus préventive que curative. » Pour
pousser cette philosophie jusqu’au bout,
Eloi Jacob a, lui aussi, pris la voie de la biodynamie. Fonplégade est certifié par Biodyvin
depuis 2017.
Philippe Desmazes/AFP
F
Révolution en douceur à Angélus
Cette prise de conscience ne peut se renforcer que grâce à des marques fortes. A cet
égard, la décision du comte Stephan von
Neipperg de faire passer ses 1ers grands crus
classés, Canon La Gaffelière et La Mondotte, en bio, certifié depuis 2014, est un
signal majeur. Mieux encore : au printemps,
c’est le Château Angélus qui a lancé officiellement sa conversion en bio, devenant le
premier des 1ers Grands Crus classés A à
revendiquer cette démarche. « Nous nous
donnons quatre à cinq ans pour convertir
nos 42 hectares, explique la directrice générale, Stéphanie de Boüard-Rivoal. Pour moi,
il n’y avait tout simplement aucune raison de
ne pas aller dans cette voie. Tout le monde
aujourd’hui veut manger et boire plus sain,
Studio POMELO / Julie Rey
réquemment épinglé pour sa
consommation de produits phytosanitaires, le vignoble bordelais se remet en
question et amorce des initiatives écoresponsables. Selon le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, 60 % du vignoble
girondin est actuellement engagé dans une
démarche environnementale, contre 35 %
en 2014. La Nouvelle-Aquitaine se présente
comme la troisième région française en surfaces bio : 6 % du vignoble, la Gironde représentant les deux tiers de ce total. « On sent que
le mouvement est lancé, c’est le sens de l’histoire. Et les crus classés se doivent de montrer
l’exemple, avance Thomas Duroux, directeur général de Château Palmer (3e grand
cru classé, Margaux). Aujourd’hui la plupart
font des essais en bio, et de plus en plus franchissent le pas. » Le pas, il l’a franchi au lendemain des vendanges 2008 : il décide de se
tourner directement vers la biodynamie. Le
Château Pontet-Canet (5e grand cru classé)
est alors le seul grand médocain à montrer la
voie. « Nous avons vite constaté que nos vins
gagnaient en précision dans l’expression du
terroir, poursuit-il. Palmer avait toujours fait
de grands vins, mais la biodynamie a apporté
une authenticité supplémentaire. » La conversion s’est faite pas à pas, car on ne fait pas basculer 66 hectares du jour au lendemain.
Mais surtout parce que Thomas Duroux et
son équipe voulaient « prendre le temps de
convaincre chacun, des salariés aux propriétaires, pour que l’adhésion à notre démarche
soit complète ; une démarche holistique, qui
aborde le vignoble comme un organisme
vivant dans lequel chaque petite chose a son
importance ».
Si Château Palmer est une figure de proue,
d’autres crus classés du Médoc lui emboî-
plus responsable, y compris les consommateurs de grands crus. Quand on s’appelle
“Angélus” ou quand on en a les moyens, on se
doit de répondre à cette attente et de montrer
l’exemple. Nous nous engageons avec beau-
En Bourgogne, le bio
comme passerelle
vers la biodynamie
Forts de leurs moyens financiers,
les domaines beaunois et dijonnais
mènent la conversion au bio.
Même chez les acteurs plus
modestes, beaucoup y voient
une étape avant la biodynamie.
L
20 , rue des Carmes
BORDEAUX
Une adresse unique, un bijou enclavé,
un vignoble d’exception serti par la ville.
e Château de Pommard, dernière
des grandes maisons bourguignonnes à annoncer sa conversion à la biodynamie, n’avait pas choisi la meilleure année
pour entamer son passage en bio, préalable
indispensable à son objectif final. Le millésime 2016, au printemps excessivement
humide, a même vu certains vignerons
aguerris renoncer à leur certification AB
sous la pression du mildiou. « On a touché la
limite de la viticulture bio en Bourgogne »,
estime Paul Zinetti, régisseur du domaine
voisin du Comte Armand, les épaules pourtant solides avec quinze années de labellisation Ecocert. Les vignes du comte affichent
même plus de trente ans de pratiques
biologiques, introduites en 1985
par un régisseur canadien de
La Côtevingt-trois ans, Pascal Mard’Or affiche
chand.
un taux
La grande Bourgogne posde conversion
sède un taux de conversion
à l’agriculture
à l’agriculture biologique
biologique
de 9 %, un point supérieur à
de 16 %.
la moyenne nationale. Mais
avec de grandes disparités
entre la Nièvre, qui plafonne à 4 %,
et la Côte-d’Or, qui caracole, elle, à
16 %. « L’aisance favorise une viticulture vertueuse », reconnaît Agnès Boisson, responsable viticulture chez Bio Bourgogne.
L’engouement se diffuse
Photo d’illustration. Crédits LUC ARSÈNE-HENRY, Architecte / PHILIPPE STARCK, Designer
L’A B U S D ’A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T E . A C O N S O M M E R AV E C M O D E R A T I O N
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
coup d’humilité, et beaucoup d’enthousiasme. » Avec l’arrivée de nouvelles générations aux manettes, le coup d’accélérateur
est palpable : le bordeaux nouveau sera bio.
Mathieu Doumenge
Après Romanée-Conti, Leflaive, La Vougeraie, Marquis d’Angerville, Bonneau du
Martray ou le Clos de Tart, la démarche du
Château de Pommard est emblématique de
l’état d’esprit beaunois ou dijonnais, où les
domaines qui en ont les moyens considèrent désormais le bio comme une passerelle vers la biodynamie.
Chez des plus petits aussi, Agnès Boisson
voit « un net engouement : de plus en plus de
domaines enchaînent sur la biodynamie dès
leur certification bio obtenue. Mais sans
nécessairement aller jusqu’au label Demeter
ou Biodyvin, pour garder une marge de
manœuvre sur les doses de cuivre et de
soufre ». Le Château de Pommard entend
bien aller jusqu’au bout de la certification
Demeter dès l’an prochain, avec la bénédiction et le portefeuille bien garni de son nouveau propriétaire, homme d’affaires américain réputé écolo se déplaçant au volant de
sa voiture électrique. Car il faut non seulement une solide foi dans les propriétés
d’autodéfense de la vigne pour cultiver
22 hectares sans autres « produits » que de
la corne de bouse, de la silice et des tisanes
d e p l a n t e s , m a i s a u s s i d e s m oye n s
importants.
Un « investissement humain »
« C’est un investissement humain : il faut
deux fois plus de personnel pour passer plus
souvent dans la vigne, et traiter tôt le matin
ou tard le soir, au dynamiseur, à dos
d’homme », témoigne Emmanuel Sala, le
directeur technique. « Car on n’est pas en
biodynamie pour tout faire au tracteur »,
dit-il, persuadé que l’énergie que lui et ses
hommes laissent dans les rangs de pinot
noir sera rendue au centuple dans la bouteille. Le même engagement sans concession lui a fait recourir au cheval pour labourer quatre hectares du Clos de Pommard, et
il envisage bientôt la totalité. « J’étais convaincu du bien-fondé de la biodynamie dans
la vigne, mais pas complètement en cave,
admet-il. Vu le prix du vin, je préférais jouer
la sécurité. J’ai changé d’avis devant l’évidence : sans soufre, le vin est incomparablement plus vivant. »
Sur le domaine du Comte Armand, on préfère continuer à jouer la prudence, surtout
après l’expérience amère de 2016. Paul
Zinetti, qui a tenu bon sur le bio, fait partie
de ces viticulteurs pragmatiques qui jouent
volontiers le jeu de la biodynamie… jusqu’au moment où il n’en vaut plus la chandelle. « Commençons déjà par généraliser
une saine agrobiologie en Bourgogne, lancet-il, ce sera déjà une belle victoire. »
Léa Delpont
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Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
SPÉCIAL VIN // 05
Pierre Lurton
dirige Cheval
Blanc depuis
1991, puis
il prit les
commandes
d’Yquem
quelques
années
plus tard.
Rencontre
Jean-Luc Barde
pour
« Les Echos »
Pierre Lurton,
cavalier à cru(s)
Celui qui tient les rênes d’Yquem et de Cheval Blanc
concilie les exigences de l’entreprise moderne et le
respect de la tradition de ces deux crus d’exception.
J
e cours comme chat maigre ! » Ce
matin de sortie des primeurs du premier grand cru classé A de Saint-Emilion, il
est arrivé à « Cheval » avec l’allant, la fougue
et l’élégance d’un yearling au galop rassemblé. Globe-trotteur à l’exquise politesse, il
déploie la première des vertus à l’amble de
son humour : « Pardonnez-moi, j’ai du
retard, c’est un peu cavalier. J’ai eu Bernard
Arnault et Albert Frère ce matin pour que
nous décidions du prix en primeur de Cheval
Blanc 2017, Alexandra Petit-Mentzelopoulos
arrive du Château Margaux dans une minute
et un déjeuner avec des Brésiliens parmi les
plus riches de la planète m’attend juste après.
C’est un peu serré, mais je vais essayer d’être
dans mon assiette et rester droit dans mes
bottes. » Le mot d’esprit pour le dirigeant
d’Yquem et de Cheval Blanc fait détente
dans cette vie ardente. Enfance heureuse
dans un château au milieu des vignes, Reynier, à Grézillac, dans l’Entre-deux-Mers. Il
voulait être médecin, mais un stage en 1980
au Clos Fourtet, propriété familiale, le fit
choisir « de soigner les gens avec le French
Paradox ».
Il dirige le cru au cœur de la vieille cité
quand il vient dire, en 1991, son désir d’épouser la destinée de Cheval Blanc, au départ de
Jacques Hébrard, son directeur. « “Vous êtes
bien jeune, mon petit Pierre”, me diront les
trois dames (*), “et puis votre famille a la moitié du bordelais ; éventuellement en prenant le
nom de votre maman...” “Cela ne nous arrangera pas”, ai-je dit, “elle s’appelle Lafitte !” »
Malgré la méfiance à l’égard du sujet Lurt on , d oté de tr o p d ’e s prit aux yeux
d’Hébrard, les dames succombent.
L’apprentissage de la modernité
En 1998, Cheval Blanc est racheté par Albert
Frère et Bernard Arnault. « Le Lurton » est
confirmé à son poste et lorsque le patron de
LVMH [propriétaire des « Echos »] acquiert
Yquem, Pierre devient président du plus
grand vin liquoreux du monde. Fait unique
à Bordeaux, le voilà à la tête de deux « premiers » : « Je rentre dans un monde de tradition et de modernité. J’apprends ce que c’est
qu’un budget, un reporting, l’efficacité d’un
système : là où le conseil d’administration
s’étalait sur deux jours, il prend une heure ! La
seule exigence est le respect de l’excellence. De
la part des deux propriétaires, jamais de
menace, pas d’exigence de rendement. Ils sont
informés tous les mois, voilà tout. »
Monsieur Lurton, tout de même, ne faut-il
pas gagner de l’argent ? « On en gagne beaucoup, c’est sans doute là notre tranquillité.
Cheval Blanc a une constance de qualité dans
des millésimes différents, grâce à la diversité
de son terroir et à l’originalité de son cépage, le
cabernet franc avec un peu de cabernet sauvignon. Selon les années, il peut se la jouer rive
gauche avec le cabernet ou adopter la Pomerol attitude avec le merlot. »
Mais Yquem et Cheval Blanc diffèrent
notamment par l’univers mental auquel
appartiennent les deux équipes. « On sent le
poids de l’histoire à Yquem, le mythe sacré. Je
le respecte dans ses traditions, ses protocoles,
mais j’essaie de le décontracter pour lui faire
respirer l’air du temps. » S’éloignerait-on du
secret aristocratique et parfois arrogant des
« premiers » ? « Oui, même si on n’oublie pas
qu’Yquem est un cru exceptionnel. Il induit les
choix d’aller au plus loin en jouant du climat.
La prise de risques sublime la matière que l’on
cueille de septembre à novembre. On peut dire,
tant les interventions y sont multiples, qu’une
vendange d’Yquem représente plusieurs vendanges de millésimes de Cheval Blanc, pourtant déjà un haut lieu de complexité. Cheval
Blanc a évolué dans l’exploration de l’ensemble des instruments qui le constituent depuis
toujours, mais certaines zones filaient par
fatalisme dans Petit Cheval. On a redécouvert
que Cheval Blanc est le plus beau vin d’assemblage qui soit. L’orgue de cuves créé par Portzamparc en 2011 est déterminant. C’est la
réussite de ce grand vin de lieu. »
Si la consommation de Cheval Blanc ne s’est
jamais véritablement démentie, celle des
vins de Sauternes fut ralentie par une désaffection qui semble s’estomper enfin. « Le
renouvellement générationnel, l’émulation
avec l’arrivée de nouveaux propriétaires, Peugeot, Denz, Magrez, Baly depuis plus longtemps, poussent Sauternes, la consommation de vins plus jeunes, plus frais crée une
accélération. » L’homme au double parcours, prend la mesure de sa place : « La
prise de risques est énorme, il ne faut pas se
prendre au sérieux et s’entourer de gens de
qualité. Je suis hyperactif, mais pas boulimique, un amoureux de la vie, sensuel, gourmet,
gourmand, attentif au raffinement de l’existence. Ma vie est un doux vertige. »
Jean-Luc Barde
PIERRE
LURTON
« On sent
le poids
de l’histoire
à Yquem,
le mythe
sacré. Je le
respecte
dans ses
traditions,
mais j’essaie
de le décontracter pour
lui faire
respirer l’air
du temps. »
(*) Les représentantes de la famille FourcaudLaussac, propriétaire à l’époque.
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06 // SPÉCIAL VIN
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Sauternes
veut faire rêver
ses visiteurs
La Chapelle de Guiraud
Œnotourisme
La plus belle région du bordelais dispose enfin
d’une offre œnotouristique à la hauteur de ses vins.
C
e n’est plus seulement un nom qui
fait rêver, c’est aussi une région à
visiter. « L’appellation sauternes est composée à 45 % de grands crus classés, et la commune de Bommes possède la plus grande concentration de premiers grands crus classés en
1855 de toute la Gironde. Donc l’œnotourisme ici ne peut être que de qualité », souligne Xavier Planty, président de l’Organisme
de défense et de gestion (ODG) Sauternes.
Copropriétaire de Château Guiraud, il a
ouvert en février le tout premier restaurant
au sein d’un premier grand cru classé, La
Chapelle de Guiraud, avec Nicolas Lascombes, le créateur de La Terrasse Rouge au
Château La Dominique, à Saint-Emilion.
« Notre fréquentation a crû de 50 % depuis le
début de l’année. On vient pour déjeuner, on
reste pour visiter, et inversement. Quand
l’offre est complète, les gens prennent le
temps. »
Un cadre idyllique
U N
T E R R O I R
LEGE N D A I R E
En mode luxe, Silvio Denz, propriétaire de
cinq vignobles du Bordelais et de la cristallerie Lalique, réunit depuis fin juin la quintessence de ses univers à Lafaurie-Peyraguey,
son premier grand cru classé. Son hôtel de 13
chambres et suites est une ode à la vigne et
au cristal inspirée par l’indémodable René
Lalique. Sa table gastronomique vise les
étoiles et joue de toutes les aromatiques du
vin d’or, sa cave aligne 2.536 références de
grands crus et pépites confidentielles.
Déguster les vins de Sauternes dans un tel
cadre les rend encore plus désirables. « Ces
vins sont modernes, nous le démontrons par
notre savoir-faire, par des modes et des temps
de dégustation inédits, au restaurant, au bar
et à la vinothèque, qui est à la fois salle de
dégustation et boutique de nos vins et d’accessoires Lalique pour la table », indique David
Bolzan, le directeur général de LafauriePeyraguey. « Sauternes, c’est la dernière
appellation préservée, un concentré de beautés naturelles (les vignes, les pins, une hêtraie
unique au monde, les brumes du Ciron…) et
« Sauternes, c’est
la dernière
appellation
préservée, un
concentré de beautés
naturelles et
architecturales. Elle
mérite des projets
ambitieux. »
DAVID BOLZAN
architecturales, du Moyen-Age au XVIIIe siècle. Elle mérite des projets ambitieux. »
Parmi ceux-ci, Château d’Arche, propriété
de deux hommes d’affaires belge et italien,
dévoilera son nouveau chai à 4 millions
d’euros en octobre. Il est aussi en pourparlers avec un groupe étranger actif dans
l’hôtellerie pour passer de 9 à 50 chambres
haut de gamme avec spa à l’horizon 2020.
Même les plus secrets s’ouvrent, sur rendez-vous. Fargues, propriété historique des
Lur-Saluces, famille emblématique de Sauternes, convie le public dans sa forteresse
médiévale, tandis que le mythique Yquem
invite à « entrer dans sa magie » avec des visites guidées privatives (environ 2.500 personnes par an). « Depuis le printemps, les
agences réceptives et les voyagistes incluent
systématiquement Sauternes dans leur
offre », indique Xavier Planty, qui pointe
« une croissance à deux chiffres des visites
dans l’appellation ». Une dynamique vertueuse s’est enclenchée, portée par des initiatives privées.
Béatrice Brasseur
www.closdeslunes.com
L’ABUSD’ALCOOLESTDANGEREUXPOURLASANTÉ,ÀCONSOMMERAVECMODÉRATION
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
Le rosé sans complexe
Sa jolie couleur pâle fait
beaucoup pour son succès.
Mais la robe n’est pas tout.
Le rosé a désormais
l’ambition d’être considéré
comme l’égal des grands
vins rouges et blancs.
Analyse d’un parcours
à succès.
Shutterstock
A (re)lire aussi sur
lesechos.fr/week-end
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SPÉCIAL VIN // 07
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Le nouvel
élan de Talbot
Stratégie
C
propriétés de référence de saint-julien. « Pas question de tout révolutionner,
affirme Jean-Michel Laporte. 95 % de la
récolte est vendue en primeurs auprès de
quelque 90 négociants, la distribution mondiale est bien en place, Talbot se vend bien
dans toutes les langues, tout cela fait une belle
marque saine. »
Mais ce n’est sans doute pas un hasard si
c’est à ce professionnel passé par la propriété (La Garde, Pey La Tour et La
Conseillante) et par le négoce (chez Barre et
Touton), qu’elle a été confiée, pour sa vision
du back-office. Comment Talbot, le grand
vin, et Connétable, le second, sont-ils animés par le négoce et la distribution, qui
vend où et à qui ? Des éléments précieux
pour décider des allocations. « Talbot ne
garde pas, les négociants trouvent leur intérêt
à porter le stock : le 2014 vendu à 24,50 euros
ex-château en primeur se vend maintenant à
44 euros sur la place de Bordeaux », explique
Jean-Michel Laporte.
Faire connaître la propriété
La propriété a déjà montré, dans un passé
récent, qu’elle était prête au changement :
les 110 hectares de fines graves sur socle calcaire, d’un seul tenant, en culture conventionnelle et raisonnée, reçoivent zéro substance chimique cancérogène et zéro
insecticide depuis dix ans, pas d’herbicide
depuis trente ans, et une réflexion est en
Guillaume de Laubier/Chateau Figeac
’est sans doute l’un des plus beaux
chais du Médoc : une forêt de
piliers en béton d’une grâce rare, leur reflet
démultiplié par les murs recouverts d’aluminium. Il règne ici un sentiment d’élévation, propice aux secrets partagés. JeanPierre Marty et Jean-Michel Laporte
devisent entre les barriques. Le premier a
dirigé Talbot à partir de 2007. Le second lui
succède à la direction générale. Comme son
prédécesseur, sa mission sera d’inscrire
Talbot dans son époque. Le domaine
appartient depuis cent ans aux membres de
la famille Cordier, négociants et propriétaires : Nancy Bignon-Cordier représente la
quatrième génération, et la cinquième
s’implique davantage. Le chef de culture
depuis quarante ans, Christian Hostein, a,
lui, transmis sa charge à son fils Damien.
Bref, un sang neuf irrigue Talbot, l’une des
Antoine Lorgnier/Only France/AFP
Dans le giron des Cordier depuis cent ans, ce
classique de saint-julien mise sur le sang neuf.
Investissement
Figeac remonte
en tête du peloton
ous ne renions pas le
passé, mais nous
regardons vers l’avenir avec
confiance », déclarait Hortense
Idoine, présidente du groupe
familial, en avril dernier pendant les primeurs, en annonçant un figeac « encore plus
Figeac » dès les vendanges 2019.
Le passé, c’est un outil de travail
datant de 1972, ambitieux à
l’époque – qui avait valu à
Thierry Manoncourt, le père
d’Hortense Idoine, le surnom
de « pharaon de Saint-Emilion » –, mais devenu obsolète.
Le futur, c’est la modernisation
et le triplement des surfaces
techniques. Le directeur général Frédéric Faye en rêvait pour
des vinifications toujours plus
précises, là où se situe la marge
de progression quand tout le
travail à la vigne a déjà été fait.
Un encépagement unique
Le millésime 2019 disposera
donc de chais et cuviers agrandis de 1.600 à 5.000 mètres carrés, adaptés à l’évolution du
vignoble de 40 hectares avec
l’entrée en production de nouvelles parcelles. Ils permettront
des vinifications intraparcellaires, multipliant la palette des
lots pour les assemblages.
Concrètement, deux niveaux de
sous-sol accueilleront 8 cuves
bois et 40 cuves Inox (contre 26
au total actuellement), un
second cuvier dédié à la recherche-développement, deux chais
à barriques, un espace conditionnement, un bouteiller et
une chambre froide. Au rez-dechaussée, la salle de tri. Le processus de vinification sera entièrement gravitaire. La nouvelle
salle de dégustation, le toit terrasse offriront une vue sur les
trois collines de graves de
Figeac. A la conception, le cabinet d’architectes bordelais A3A,
qui a notamment œuvré à
Kirwan, Fonplégade et Margaux… Un investissement d’une
quinzaine de millions d’euros.
Depuis quelques années, sous la
houlette de Frédéric Faye, de
Jean-Valmy Nicolas à la gestion
et de Michel Rolland aux assemblages, la plus grande propriété
de Saint-Emilion est revenue
dans le peloton de tête de l’appellation, en termes de notes et de
prix. Son terroir et son encépagement unique sur la rive droite
(70 % de cabernet-sauvignon et
franc, 30 % de merlot) le singularisent, de même que son château, son parc de 5 hectares, son
arboretum, ses mille rosiers du
Bengale et ses étangs. Pour la
famille Manoncourt, ce n’est pas
un décor, mais la vie, tout simplement. Depuis cent vingt-six
ans, et pour encore longtemps.
B. B.
rajeunissement de la clientèle des grands
crus. Connétable, le second vin, à 30-35 euros
prix public, ouvre le chemin vers Talbot, qui
arrive en prix primeur hors taxe à 45 euros »,
précise le directeur général. Quant à Caillou
blanc, le blanc sec de gastronomie, créé dès
les années 1930, les 2.000 caisses s’arrachent. 2018 sera un millésime particulier,
puisqu’il s’agira du 100e de la famille Cordier
à Talbot, qui a décidé pour l’occasion de
mettre un peu d’art dans son vin. Collector
annoncé !
Béatrice Brasseur
2
BOURGOGNE
& OREGON
Le premier grand cru classé vise
le sommet de l’appellation et investit
dans de nouvelles installations.
N
cours pour passer 20 % des surfaces en bio
l’an prochain. « Par conviction, par respect de
notre environnement et de nos équipes et
parce que nous voulons répondre aux nouveaux défis », argumente Jean-Michel
Laporte.
Les investissements à la vigne et au chai
ayant été faits, il s’agit désormais de mieux
communiquer. « Notre nom est connu mondialement, mais la propriété elle-même pas
forcément. Réseaux sociaux, œnotourisme
sont nos prochains challenges. En France et
dans les pays anglo-saxons, je constate un
TERROIRS,
une même famille.
www.drouhin.com
MAISON JOSEPH DROUHIN
7, rue d’Enfer, 21200 Beaune
L ’A B U S D ’A L C O O L E S T DA N G E R E U X P O U R L A S A N T É . A C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N .
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
08 // SPÉCIAL VIN
T
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Portrait
onitruant. Brillant. Boulimique.
Excessif. Fonceur. Les qualificatifs
hyperboliques ne manquent pas pour qualifier Michel Chapoutier, l’ogre magnanime
de la vallée du Rhône, à la tête d’un empire
de 455 hectares plantés, dont 100 à l’étranger. Sa réputation d’entrepreneur visionnaire doublé d’un bon vivant partageur le
précède partout. Et l’on n’est jamais déçu,
enivré par le tourbillon de son franc-parler
incisif et passionnant. D’autant qu’il a le tirebouchon facile et fait volontiers goûter sa
production – ce jour, une bulle de viognier
pétillante, titrant un raisonnable
10,5 degrés d’alcool. Comment alors ne pas
boire ses paroles, quand ce paysan mondialisé défend avec ardeur la biodynamie, les
découvertes de la physique quantique, ou le
bon usage du CO2 naturel en vinification ?
Le personnage, paradoxe vivant, mégalo et
prodigue, chauvin et international, noceur
et bourreau de travail, est devenu incontournable dans le monde du vin, doué d’un
art consommé d’entretenir sa légende.
Le remuant président d’Inter Rhône et du
syndicat national des négociants (l’UMVin),
a d’abord été un redoutable chef d’entreprise pour relever le domaine familial de
Tain-l’Hermitage (Drôme). En 1990, c’est un
jeune homme de vingt-cinq ans qui prend
les rênes d’une maison mal en point, un
simple BTS d’oeno-viti en poche. « Pas eu le
temps d’aller plus loin. » Son succès est
indiscutable : vigneron hors pair et prospère négociant, l’autodidacte affiche un
catalogue d’une quarantaine d’appellations
à travers sa vallée natale, la Champagne, le
Beaujolais, l’Alsace, le Languedoc-Roussillon, et des vins espagnols, portugais, australiens, californiens… Le groupe pèse
52,5 millions d’euros de chiffre d’affaires : « Près de 30 fois ce que faisait mon père. »
Dans son fief de Tain, la star des crus des
Côtes-du-Rhône possède aussi un hôtel de
luxe, rebaptisé « Fac & Spera » (sa devise)
pour sa réouverture en octobre prochain
après rénovation, une école du vin et un
nouveau caveau-restaurant logé dans la
maison Ferraton.
Laurent Cerino/REA
Goût de l’aventure
Michel Chapoutier,
un ogre dans la vallée
Ce vigneron du Rhône au caractère entier s’est bâti un petit empire.
Il se rêve en chef de bande pour faire évoluer la filière tricolore.
Revendiquant « un esprit pionnier, découvreur de terroirs », ce lecteur de Kant et de
Baudelaire a encore dix idées à la minute
pour se développer du côté de l’Auvergne,
du Diois ou en Allemagne… Son parcours
est d’autant plus spectaculaire qu’il a opté
dès l’origine pour une agriculture biologique et même biodynamique sur la totalité
de ses vastes propriétés. « C’était particulièrement audacieux dans la vallée du Rhône
Nord, dans une viticulture de coteaux »,
relève Pierre-Jean Villa, vigneron à Chavanay, qui vient de rafler au nez et à la barbe du
monstre sacré le domaine Boisseyt-Chol,
avec quelques arpents en côte-rôtie très
convoités. « Il m’a écrit pour me souhaiter
bonne chance, grand seigneur. »
« Il y a des gens
qui ne supportent pas
de rester trop près
du réacteur nucléaire.
Certains ont pris
trop de radiations. »
Laurent Gillet
C’est ce qui rend sympathique cet insatiable
conquérant, amateur de champagne, de
bonne chère et de fêtes, qu’on dit rabelaisiennes. Chez lui, il reçoit à table et cave
ouvertes. Il n’y a pas si longtemps, il tuait
encore le cochon. « Il est généreux et sincère », assure Laurent Gillet, directeur de la
maison de champagnes Devaux. Tous deux
ont créé il y a dix ans la cuvée Sténopé, sur
une idée farfelue de Michel Chapoutier :
faire un champagne inédit, en excluant tout
assemblage. Comme il fait ses vins, « en prenant une photo du terroir, une année donnée ». Il n’y a pas de style Chapoutier, se
défend-il, « juste une signature au coin de la
toile ».
On avait prédit à Laurent Gillet une collaboration houleuse, tant le tempérament du
Rhodanien peut faire des étincelles. Les
deux hommes, aux caractères assez opposés, sont devenus les meilleurs amis du
monde. « Mais je ne travaille pas tous les
jours avec lui », glisse le Champenois. La
maison de Tain-l’Hermitage est connue
pour avoir épuisé nombre de collaborateurs pendant sa période de croissance à
marche forcée. « Il y a des gens qui ne supportent pas de rester trop près du réacteur
nucléaire. Certains ont pris trop de radiations », admet son complice.
A l’image de son partenariat avec Devaux,
l’homme d’affaires avisé en a signé cinq
autres, toujours curieux de nouvelles aventures loin de ses bases. C’est la grande intelligence de Michel Chapoutier : la force du collectif, qui lui a permis de se réinventer. Il
n’est pas resté grand fauve solitaire, au faîte
de sa réussite personnelle. « Il s’est mis au
service de la profession, partageant sans
réserve son expérience et son savoir-faire »,
lui reconnaît Pierre-Jean Villa. « Je crois
avoir démontré que j’avais de bonnes intuitions de marché », lâche l’intéressé avec le
sens de l’euphémisme, soucieux d’en faire
profiter ses pairs.
Rassembler la famille du vin
Le président d’Inter Rhône possède ses
marottes : œnotourisme, recherche scientifique en agriculture biologique, étiquettes
en braille – pour lesquelles il regrette de ne
pas avoir été plus copié –, développement
des blancs dans les terroirs calcaires du sud
de la région, baisse des degrés alcooliques,
reconquête de l’étranger – « La France a
perdu la moitié de ses parts à l’export en
trente ans » – et démocratisation du vin.
Celui qui produit des flacons parmi les plus
chers de France prône en contrepartie
l’essor d’une viticulture industrielle
d’entrée de gamme assumée, « pour avoir
en France des vins de qualité à moins de
3 euros le litre ». Ce provocateur né
vante « les vins de chouille » et « les rosés long
drinks », tout ce qui peut contribuer « à lutter contre le snobisme infondé qui s’est
emparé du vin ». « Son engagement fait avancer la cause de la vallée du Rhône, mais pas
seulement : celle de toute la filière française,
avec une hauteur de vue universelle »,
affirme Laurent Gillet.
Le gastronome Michel Chapoutier n’aime
pas seulement les chefs pour leurs talents
de cuisinier. Il admire dans cette profession
un corporatisme qu’il voudrait insuffler à la
sienne. Il se rêve chef d’écurie, comme un
Alain Ducasse ou un Yannick Alleno, mentor ou père de famille nombreuse éparpillée
aux quatre coins du monde, rassemblée
dans un esprit compagnonnique. « Au lieu
de ça, la jalousie nous bouffe », déplore-t-il.
Pour lutter contre ce fléau, le vigneron distribue autour de lui des exemplaires de « La
Jument verte » de Marcel Aymé, « symbole
du cancer qui ronge la viticulture ». S’il se
rasait, le barbu pourrait penser non pas à la
présidence de la République, mais sans
doute au ministère de l’Agriculture…
Léa Delpont
A (re)lire aussi sur
lesechos.fr/week-end
Mocktails : la fête
sans mal de tête
Les mocktails, ces nouveaux
cocktails sans alcool,
dépoussièrent la mixologie
pour mieux coller aux envies
des consommateurs.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SPÉCIAL VIN // 09
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Evénement
LBBC
A
Les clubs œnologiques
des meilleures universités
de la planète se retrouvent
tous les ans pour une
« coupe du monde »
à Bordeaux.
Talbot, Lamothe-Bergeron. Les équipes de
vec la participation de près de
trois compétiteurs – peu de filles – n’en
60 clubs dans le monde tous les ans,
mènent pas large lorsqu’elles entrent au son
The Left Bank Bordeaux Cup, lancée en
des cors dans le chai circulaire de Lafite
2002 par la Commanderie du Bontemps,
Rothschild.
fait figure de premier concours international des clubs œnologiques des universités
Epreuves théoriques
et grandes écoles. L’objectif de ce challenge
et pratiques
présidé par le baron Eric de Rothschild est
Deux épreuves les attendent, menées par
de permettre à la future élite internatioEmmanuel Cruse, grand maître de la Comnale « d’approcher les grands crus de la rive
manderie du Bontemps, devant Eric de
gauche de Bordeaux ». Et surtout d’en faire sa
Rothschild et sa fille Saskia, ainsi que
future clientèle et ambassadrice
plusieurs propriétaires et négoinconditionnelle partout dans le
ciants. D’abord, dix questions
monde.
Le podium
théoriques, telles que : « PourLes vainqueurs des présélecde cette édition
quoi l’étiquette de Château Guitions à New York, Hong Kong,
2018 : University
ra u d e s t- e l l e d e c o u l e u r
Shanghai, Paris et Londres
of Edinburgh,
noire ? » Puis viennent trois
sont donc choyés. Le « Wine
devant Yale et
séries de trois dégustations à
Tour » précédant la finale du
CentraleSupelec
l’aveugle, où il s’agit de distin8 juin dernier a fait découvrir
guer une appellation, un milléaux équipes de Yale, Harvard,
sime et un monocépage. Les lauréats
University of Edinburgh, Oxford,
de cette édition 2018 : Universit y of
Dauphine, CentraleSupélec, Zheijiang
Edinburgh, devant Yale et CentraleSupelec,
Gongshang University et Hong Kong Unirécompensés par de jolis millésimes de
versity les châteaux Doisy-Vedrines, FarLafite Rothschild et d’autres châteaux sélecgues, Les Carmes Haut-Brion, Carbontionnés par la Commanderie.
nieux, Marquis d’Alesme, Montrose,
Le traditionnel dîner réunit ensuite une
joyeuse tablée autour du baron Eric de
Rothschild, impayable dans sa version du
Sapeur Camember, les convives entonnent
une ode à la Commanderie sur l’air de « Nini
peau d’chien » et chaque équipe détourne
un air fameux pour célébrer la rive gauche
en chantant. Bref, Bordeaux fait son show
pour la future élite du business. Le message ? Bordeaux est une fête, le vin un « objet
social » et les grands crus ne nuisent pas
lorsqu’il s’agit de nouer des relations et de
signer des contrats.
Et certains membres de ces « clubs œno », à
force de dégustations, master-classes avec
des propriétaires qui les courtisent et les
fournissent en caisses pour leurs travaux
pratiques, discussions avec vignerons et
sommeliers dont ils boivent les paroles et
autres visites de propriétés, se prennent de
passion. Ils sont plusieurs à avoir décidé de
faire carrière dans le vin, à l’instar de Fréderic Panaïotis, ancien de AgroParisTech et
chef de cave de Ruinart, et d’Aurélien
Valence, ex-HEC et directeur commercial
de Château Margaux.
Béatrice Brasseur
BEE BORDEAUX / © DEEPIX ET KREAPHOTO
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
Aurimages-AFP
Les jeunes
champions
de la
dégustation
Cantemerle,
le Médoc qui monte
Découverte
Le château aligne les belles réussites ces dernières
années, tout en gardant les pieds sur terre.
S
ont-ce les arbres, sentinelles
tutélaires rescapées des tempêtes, enfichés dans le parc, le pic-vert
facétieux qui annonce la pluie, le couple de faisans arrogants qui baguenaudent sur la pelouse ou bien le château
flanqué de sa tour carrée et échauguette, signe du temps qui passe ?
Est-ce son classement in extremis sur la
liste de classification des vins de Bordeaux de 1855, au rang de 5e cru classé,
grâce à la clairvoyance de sa propriétaire, Caroline de Villeneuve-Durfort,
qui marquera l’histoire du cru en l’obligeant irrémédiablement à ne jamais
céder sur la qualité ? Est-ce sa situation
dans l’antichambre du Médoc, qui pose
le décor ? Est-ce la justesse des vinifications en cuves tronconiques, la clairvoyance des assemblages, la finesse du
sol de graves, le respect du cabernetsauvignon par la biodiversité du milieu,
la sagacité du directeur ? Cantemerle a
la cote et c’est un peu à cause de tout
cela… Sous la direction de Philippe
Dambrine, le cru, qui appartient au
Groupe SMA (Société mutuelle d’assurance des entreprises du bâtiment et
des travaux publics), collectionne les
belles réussites dans les derniers millésimes. La progression est constante, la
profondeur et la belle capacité de garde
depuis quelques années s’ajoutent au
profil élégant et digeste du vin. Surtout,
Château Cantemerle ne surjoue pas, il
tient son rang et ses prix restés sages ne
font que grandir le plaisir de sa dégustation car, avant tout, le Château Cantemerle est un vin qui se boit. Tout un
chacun peut s’offrir pour 23 euros le
bien bâti 2007, ou pour 33 euros, le sensuel 2015. Beaucoup en redemandent et
le négoce ne s’y trompe pas…
Albert Adamante
Cabernet Franc
Sémillon
Merlot
Sauvignon
Cabernet
Sauvignon
Chardonnay
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. A CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
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10 // SPÉCIAL VIN
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
La chasse
aux aubaines
Foires aux vins
A
l a ve i l l e d e s f o i r e s
d’automne, il souffle
dans les linéaires de la grande distribution comme un vent de satisfaction. Deux raisons principales
à cet optimisme général. Les foires aux vins (FAV) 2017 ont enregistré d’excellents résultats. Chez
Auchan, Charles Cousineau,
manager vin et champagne, parle
d’un chiffre d’affaires en hausse
de 11 % pour les hypers et de 5 %
pour l’ensemble du « retail ». De
quoi motiver les acheteurs de vins
de l’enseigne pour l’édition 2018,
même si, prudents, leurs responsables misent sur une hausse raisonnable de 3 %. Même tonalité
chez Leclerc, qui a enregistré une
hausse de 8,3 % de ses ventes lors
de la FAV 2017. « Les régions ont
fait d’importants achats sur les
millésimes 2015 et 2016 qui seront
mis en avant cet automne avec,
aussi, les 2017, explique Stéphane
Berty, responsable de la commission achats de vins pour la façade
Est. Et comme souvent avec les
grands millésimes, c’est bon partout, et le consommateur le sait. »
Andreas Larsson, meilleur sommelier du monde 2007, qui
déguste régulièrement les sélections réalisées par les équipes de
Leclerc et apporte sa caution à la
sélection des « Incroyables » et du
site MaCave (1.500 références,
avec des vignerons plus confidentiels), renchérit : « Cette FAV est
une remarquable opportunité
pour acheter des bordeaux 2016.
Les vins sont magnifiques et peuvent dormir en cave de longues
années. Mais les bourgognes aussi
sont très bons, en 2016 pour les rouges et en 2017 pour les blancs, sans
oublier de superbes crus communaux du beaujolais. »
mande, qui vise 2.000 magasins
en France, est présente sur les
marchés importants (Allemagne,
Belgique, Suisse…). « Grâce à son
implantation européenne, c’est
l’assurance pour moi de diffuser et
de faire connaître mes vins à un
large public de connaisseurs dotés
d’un fort pouvoir d’achat », se félicite le propriétaire du Château
Pape-Clément, qui a confié pour
la sélection Lidl l’exclusivité de
Montée en puissance du bio
son Cadran de Fombrauge. Pour
Les opérateurs sont unanimes :
la rentrée, Thomas Braun, direcl’appellation bordeaux continue
teur des achats, annonce l’ouverde représenter, selon les enseiture d’un pop-up store Lidl à Paris
gnes, entre 35 et 40 % du chifavec toutes les nouveautés
fre d’affaires de ces FAV,
de cette année.
o ù l e p r i x d ’a c h a t
La seconde tendance
L’appellation
moyen de la bouteille
de ces FAV est la
bordeaux
est multiplié par 2,5
montée en puisreprésente entre
par rapport au ticsance de l’offre bio.
35 et 40 % du chiffre Pas une enseigne
ket moyen annuel.
d’affaires des foires n e m a n q u e à
« Quand Bordeaux
aux vins.
régresse, la FAV aux
l’appel. Chez Casino,
vins régresse », conDavid Collas, direcfirme Charles Cousineau.
teur alimentaire Géant
Un signe ne trompe pas : à quaet supermarchés de proximité,
t r e - v i n g t- u n a n s , B e r n a r d
a articulé sa foire autour de deux
Magrez, propriétaire de quatre
thématiques : les vins du bassin
grands crus classés bordelais et
méditerranéen et les vins biologid’une kyrielle de domaines en
ques, avec, pour ces derniers, pas
Languedoc et dans 8 pays étranmoins de 96 références. Quant à
gers, ne raterait pour rien au
Monoprix, les vins bio représenmonde la présentation des FAV
tent 20 % des 306 vins référencés
en juin à Paris, en particulier celle
pour la FAV. Une sélection ramasde Lidl. En b on stratège, il
sée, mais qui tape dans le mille.
n’ignore pas que l’enseigne alleG. M.
Par Gérard Muteaud
Auchan
CHÂTEAU LA GARDE 2016
Pessac-Léognan
Un vin intense, au nez
de petits fruits noirs
avec des notes de
cèdre. Encore fermée,
la bouche est mi-corsée,
avec des tanins
arrondis et suaves,
le boisé est discret
et la finale équilibrée.
A déboucher d’ici
trois à cinq années.
17,50 euros
MAISON TARDIEU-LAURENT,
LES LAUZIÈRES 2016
Saint-Joseph
Impeccable syrah au nez
de violette et de fruits
noirs. La bouche est
ample, juteuse, avec une
finale épicée. Il faut le
boire à 15-16° pour en
apprécier la juste matière
et la fraîcheur distinguée.
Pourquoi pas sur un lapin
aux olives et au thym.
14,45 euros
CHÂTEAU MEYNEY 2016
Saint-Estèphe
Un vin flamboyant, aux
tanins généreux, qui
demandera une bonne
décennie avant de pouvoir
en apprécier les qualités.
Très aromatique (fruits
noirs), la bouche est
franche avec une belle
structure et de la fraîcheur. Finale sur le graphite et la mûre.
26,50 euros
Carrefour
CHÂTEAU JEAN FAURE 2016
Saint-Emilion grand cru
Le cabernet franc lui
confère une ossature de
coureur de fond. Notes
de fruits rouges mûrs,
bouche intense, profonde, volumineuse.
Encore un peu écrasant,
il faut lui laisser le temps
de digérer son bois et ses
tanins. Rendez-vous dans
dix ans.
31 euros
CHÂTEAU IMPERIAL TOKAJ,
ASZU 5 PUTTONYOS 2005
Hongrie
Divine gourmandise que
ce vin des dieux liquoreux
mais plein de niaque grâce
à son acidité fruitée.
Arômes d’orange confite,
de fruits exotiques, de
miel. C’est à la fois voluptueux et aérien, avec une
longue finale aromatique.
16,95 euros
Casino
AURORE DE DAUZAC 2016
Margaux
Régalez vos invités
avec ce margaux
à la trame délicate
et aux notes éclatantes
de fruits rouges
et noirs. L’équilibre
se révèle parfait,
la concentration
idéale car sans excès,
la finale fraîche
et gourmande.
18,95 euros
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération
CAVE DE TAIN,
TALENT DE VIGNERON 2016
Crozes-Hermitage
La structure d’un
crozes dans une
culotte de velours
dotée d’une belle trame
tannique. La bouche
s’avère pleine, gourmande, fruitée
(des fruits noirs, des
épices), mais sans
rien d’écrasant.
Finale sur la fraîcheur.
9,95 euros
I
l n’y a pas pléthore de références chez Monoprix,
juste une sélection de 306 vins
triés sur le volet. L’enseigne de
centre-ville joue l’esprit caviste,
avec des vins portant la signature d’un vigneron et prêts à
boire, avec un rapport prix-plaisir immédiatement perceptible
par le consommateur. « Pour
nous, explique Raphaël Herbert, l’acheteur de vins de
l’enseigne, la foire aux vins est
un peu la vitrine de ce que nous
voulons faire tout au long de
l’année. On aime parler du vin et
du vigneron qui le fait. D’où la
volonté de faire une foire de dénicheur, même si l’on suit un certain nombre de partenaires, à
l’exemple de Chanson ou Castelmaure, d’une année sur l’autre. »
Cette année, 20 % des vins sélectionnés sont certifiés agriculture biologique ou biodynamie.
Et les vins étrangers – Portugal,
Allemagne, Uruguay, Chili,
Argentine, Afrique du Sud,
Australie, Etats-Unis – représentent 10 % de l’offre. La thématique des vins rebelles (vins
de France en rupture d’appellation) lancée l’année dernière a
remporté un tel succès qu’elle
est devenue pérenne. Autre
particularité : Monoprix vend
plus de blancs que de rosés. Le
prix de vente moyen durant la
foire aux vins tourne autour de
10 euros la bouteille, contre
5,70 euros le reste de l’année.
G. M.
Lidl
VIN JAUNE
MICHEL JACQUIER, 2011
Côtes du Jura
Excellente initiation au vin
de voile avec cette cuvée
aux notes de curry et de
noix. Un vin méconnu hors
de sa région d’élection et
qui se marie idéalement
avec un vieux comté pour
une volaille au vin jaune.
14,95 euros
Monoprix
COLOMBO & FILLE,
SAINT-PÉRAY 2016
Rhône
Cette petite appellation
d’une centaine
d’hectares produit uniquement des blancs.
Cette cuvée au goût de
pêche jaune et sa pointe
d’agrume est une gourmandise signée par l’une
des meilleures vigneronnes du Rhône.
18,89 euros
DOMAINE JESSIAUME,
LES GRAVIÈRES 2014
Santenay 1er Cru
Toute la délicatesse et la
précision du pinot noir
bien vinifié : arômes de
cerise et de réglisse,
tanins élégants, bouche au
fruité suave. Un cru déjà
délicieux à boire sur une
pintade aux cèpes ou un
magret de canard.
22,89 euros
Naturalia
Intermarché
www.chateaudeferrand.com
DOMAINE
BROCARD 2017
Chablis
Un chablis générique franc
et plein de niaque. Notes
d’agrumes, d’anis, sur une
pointe iodée ; bouche vive
et fraîche, finale désaltérante. Pour accompagner
un plateau de fruits de
mer.
9,95 euros
« Nous faisons
une foire de
dénicheur »
COSTA LAZARIDI, DRAMA
AMETHYSTOS 2017
Grèce
Assemblage de sauvignon
cosmopolite et de l’assyrtiko local, ce blanc
savoureux du Domaine
Kostas Lazaridis, en
Thrace, séduit par sa
rondeur et son équilibre
acide. Vif et rafraîchissant,
il faut le boire sur une
friture de petits poissons.
11,95 euros
DOMAINE TROUILLET
2017
Pouilly-Fuissé
Un chardonnay gourmand qui a de la classe,
constitué d’arômes
complexes de fruits
blancs, d’agrumes et de
fruits exotiques.
La bouche est ample,
gourmande, sapide.
14,90 euros
Leclerc
LE REGARD DU
SPÉCIALISTE
Raphaël Herbert
DR
L’arrivée des millésimes 2015 et 2016 rend les foires
aux vins de cet automne particulièrement attractives.
Grande distribution
notre sélection
Encore plus
de choix
Retrouvez
la suite de notre
sélection de vins
dans la rubrique
Gastronomie
et Vins sur
lesechos.fr/
week-end
CHÂTEAU COURONNEAU,
VOLTE FACE 2016
Sainte-Foy Côtes-de-Bordeaux
Un vin légèrement
opulent. Nez sur les
fruits rouges et noirs.
Bouche ample et
structurée avec des
tanins souples, presque
moelleux. On peut le
boire sur ses arômes
primaires, mais il gagne
à reposer deux ou trois
ans en cave.
12,90 euros
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 // SPÉCIAL VIN
Mercredi 5 septembre 2018 Les Echos
Cavistes
notre sélection
Par Albert Adamante
C H A B L I S
-
F R A N C E
La Vinothèque de Bordeaux
LARMANDIER BERNIER
LONGITUDE 1ER CRU
Champagne
La bulle énergique superbement élancée, crayeuse
en milieu de bouche et
complexe dans sa terminaison signe les vinifications pointues de ce
vigneron dans le peloton
de tête champenois.
39,60 euros
CHÂTEAU FOURCAS
HOSTENS 2015
Listrac
La délicieuse propriété,
bijou du médocain,
apporte la preuve que
c’est à Listrac que ça se
passe. L’appellation
oubliée du classement de
1855 offre les vins que l’on
aime à boire jeunes ou
vieux.
15,81 euros
DOMAINE ALBERT MANN 2014
Alsace
Gewurztraminer
Steingrubler
Les amateurs de
gewurztraminer trouveront dans la finesse
des vinifications du
domaine les parfums
du raisin dissimulés
sous la personnalité du
terroir alsacien.
24,64 euros
Nicolas
CAVE DE TAIN,
HAUTS D’ÉOLE 2017
Crozes-Hermitage blanc
Marsanne légèrement
boisé pour un blanc
original, juteux
et concentré dont
le charme sourit
aux amateurs de
blancs sensuels.
14,55 euros
JOSEPH DROUHIN 2015
Côtes de Beaune-villages
Aucune surprise avec
les vinifications Drouhin,
les valeurs sont sûres.
Le pinot noir est en
place sur un vin
savoureux aux tanins
racés sur une finale
en apostrophe.
16,70 euros
LE REGARD
DU SPÉCIALISTE
Hugues Forget
« Ne pas
vendre des
étiquettes,
mais du vin »
L
a rentrée du Bon Marché sera marquée par
une grande exposition sur Los
Angeles, le célèbre magasin de
la Rive gauche parisienne ayant
coutume de célébrer chaque
année une ville du monde. Il
n’en fallait pas plus à Hugues
Forget pour laisser libre cours à
son envie de proposer des crus
inédits dénichés sur les pentes
de la Sonoma, en Californie. Les
étiquettes griffées de vignerons
plus que de négociants joueront des coudes avec la sélection plutôt intimiste du directeur des vins du magasin, qui,
pour cette « Opération Cave », a
consenti de royaux efforts sur
les prix. « La logique de notre
offre de septembre correspond à
celle de la cave, avec des vignerons que l’on suit toute l’année et
des vins que nous avons fait
vieillir dans nos entrepôts, car
nous supportons l’élevage de nos
principaux crus. » Et comme
Hugues Forget passe du temps
à goûter dans le vignoble, il parvient à décrocher quelques
raretés au plus près du terroir.
« Je me fais un devoir de trouver
de nouveaux vignerons, comme
la maison Genot-Boulanger, et de
les suivre, car ma clientèle est
composée d’amateurs parisiens :
je ne leur vends pas des étiquettes, je leur vends du vin. »
A. A.
Le Repaire de Bacchus
WWW.CHABLISIENNE.COM
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É .
À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
CHÂTEAU LINOT 2014
Saint-Estèphe
Les rouges du nord
de l’estuaire sortent
du lot en ces temps
de réchauffement
climatique. Ainsi,
de facture résolument
moderne, ce château
pose sa délicatesse
plus margalaise
que stéphanoise :
on adhère.
24,90 euros
Lavinia
MAS DEL PÉRIÉ CABALLE 2017
Cahors
Un prix tout doux pour
un vin rare, un malbec
jouissif et tendre, mais
dont la trame généreuse
offre pourtant tout
le tonus de ce terroir
du causse.
12,50 euros
MEE GODARD,
CÔTE DE PY 2016
Morgon
La « petite fiancée »
du Beaujolais nous
régale depuis une
poignée d’années
de ses gamays sensibles
et profonds. Beaujolais
ambitieux de ceux
qui redorent le blason
du vignoble.
19,90 euros
La cave de la Grande Epicerie
de Paris
DOMAINE DE LA RECTORIE,
ARGILE 2016
Roussillon blanc
Ceux qui n’ont pas
encore goûté l’Argile
de la Rectorie
pourront découvrir
un monument de vin
blanc méditerranéen.
25,50 euros
DOMAINE STÉPHANE
TISSOT SINGULIER 2016
Arbois rouge
Un jura, peut-être !
Mais pas n’importe quel
jura… Radieux, fruité en
diable, digeste avant
tout, mais avec cette
profondeur de raisin
propre aux grands
vignerons… On signe.
23,90 euros
DOMAINE DE COURBISSAC,
LES TRAVERSES 2015
Minervois rouge
Un vin pour tous les
jours, il en faut aussi :
ce sera celui-ci, petit
volume, petit fruit
rouge, petit croquant,
mais grand jus.
9,90 euros
La Grande Epicerie de Paris
LE MARQUIS
DE CALON SÉGUR 2014
Saint-Estèphe
D’abord parce que SaintEstèphe, appellation la
plus septentrionale du
médoc, est un outsider
de choix ; que le millésime 2014 est déjà à
boire pour son équilibre ;
mais surtout parce que
Calon Ségur est au
meilleur de sa forme,
même sur le second vin.
21,99 euros
La Cave
des Galeries Lafayette
MARQUIS DE MONS 2010
Margaux
Parce qu’à ce prix-là,
dans ce très grand
millésime, le margaux
facile d’accès, tendre
et suave est la bonne
affaire des foires aux
vins parisiennes.
14,90 euros
Encore plus
de choix
Retrouvez
la suite de notre
sélection de vins
dans la rubrique
Gastronomie
et Vins sur
lesechos.fr/
week-end
CLOS
DE L’ÉCOTARD 2017
Saumur blanc
Le chenin blanc entre
les mains de l’un des
plus grands vignerons
français en impose
dans cette cuvée
où la minéralité trouve
irrémédiablement
sa voie.
15,90 euros
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 13
Les Echos Mercredi 5 septembre 2018
Vente en ligne
notre sélection
Par Gérard Muteaud
«Dans le TOP 25 de ce millésime.
Généreux et éclatant!*»
96 / 100
Roger Voss - WINE ENTHUSIAST (USA)
fév. 2018
«Among the TOP 25 of the vintage. Rich and vibrant!»
*
Duclot – Chateaunet.com
Millesimes.com
CHÂTEAU MICALET 2015
Haut-Médoc
Excellent cru artisan
converti en bio depuis
une douzaine d’années.
Bouquet d’arômes
flatteur. Fruité chatoyant
et gourmand, trame
serrée avec du gras,
longue finale pure et
fraîche. Une réussite.
A boire dès 2020
jusqu’en… 2035 !
12,90 euros
DOMAINE MÉO-CAMUZET
CLOS SAINT-PHILIBERT 2015
Hautes-Côtes-de-Nuits
Un chardonnay aux
arômes exotiques et
citronnés lui conférant
une délicieuse fraîcheur.
Vivacité, charme,
minéralité et précision
témoignent d’une
impeccable vinification
et d’un élevage soigné.
31,32 euros
CHÂTEAU SUDUIRAUT 1998
Sauternes
Un festival aromatique
où défilent notes
d’orange confite, d’abricot,
de fruits exotiques, de miel
avec des nuances d’épices
(gingembre)
et de réglisse. La bouche
est intense, veloutée
et onctueuse. Très
longue finale.
39 euros
LE REGARD
DE LA SPÉCIALISTE
Ariane Khaida
CDiscount
H
« Notre ADN :
millésimes
décalés et haut
de gamme »
MAREUIL CHÂTEAU MARIE
DU FOU BLANC 2017
Fiefs vendéens
Jérémie Mourat, le vigneron le plus dynamique
des fiefs vendéens, livre
avec ce blanc où domine
le chenin (+10 % de
chardonnay) une cuvée
ample et fraîche aux
notes de fleurs blanches
et d’agrumes. A l’apéro
avec une assiette de
bouquets et des étrilles.
7,90 euros
PUR CAB’BY CLINET 2015
Bordeaux
Après une cuvée 100 %
merlot facile à boire, voici
le 100 % Cab’ (sauvignon
et franc) issu de la rive
droite. Couleur sombre,
matière riche au fruité
généreux (cassis), il peut
être bu à 16 degrés sur
ses arômes primaires ou
dans cinq ans.
9,99 euros
Petit Ballon
DOMAINE DE SARRABELLE
IN VINUM 2012
Gaillac
Un vin rare et atypique,
issu du braucol (ou
fer servadou, le cépage
local), élevé en partie
en amphore, qui surprend
par sa typicité. Son
fruité intense et son
agréable fraîcheur
en font un régal.
20,72 euros
DOMAINE PAUL PRIEUR
LES PICHONS 2014
Sancerre rouge
Magnifique sancerre
rouge, ample, profond et
fruité (cassis, cerise, mûr)
se prolongeant sur des
notes de thym. Tanins
fins et soyeux, boisé
présent (torréfaction) sur
une finale légèrement
fermée qui appelle un
peu de patience.
17,20 euros
Jean-Christophe Marmara/« Le Figaro »
LES VIGNERONS PARISIENS,
LE PETIT PARISIEN 2016
Vin de France
Vinifié à Montreuil par la
bande des quatre amis,
tous spécialistes du vin,
cet assemblage de cinsault, merlot et syrah, est
un vin de casse-croûte
gourmand, aux notes de
fruits rouges-noirs et de
garrigue. Tanins souples
et haute buvabilité.
7,99 euros
istoriquement associée au négoce des
grands crus bordelais, la maison Duclot présente une offre
décalée par rapport aux grands
acteurs du Web et de la grande
distribution. « Nous parlons plus
volontiers de Fête du vin, argumente Ariane Khaida, la directrice générale, avec, contrairement aux foires classiques, une
large offre de crus prêts à déguster. Cette année, nous mettons en
avant, à la Cave des Galeries
Lafayette et à l’Intendant Bordeaux, les millésimes en 8, depuis
le joli 2008 jusqu’au millésime
1978. Avec 10.000 références en
stock dans nos chais bordelais,
achetées en direct auprès des châteaux et domaines, nous offrons
à nos clients la garantie des
meilleures conditions de conservation et l’assurance de la disponibilité des vins. L’offre sur notre
site Web est à 95 % la même que
dans nos magasins physiques. Il
se positionne d’ailleurs au même
niveau de chiffre d’affaires. » Le
tarif préférentiel durant cette
foire se situe entre –10 et –25 %,
selon les crus. Seuls les millésimes anciens, introuvables sur le
marché, échappent à cette ristourne, comme haut-brion 1978
(490 euros) ou mouton-rothschild 2008 (720 euros). Quant
aux 2.500 références proposées
sur Chateaunet.com, elles
débutent du simple Château
Barreyre 2015 (5,50 euros) jusqu’au délicieux haut-bailly 2007
(79 euros), en passant par le
sous-estimé cantenac-brown
2012 (52,90 euros).
G. M.
Encore plus
de choix
Retrouvez
la suite de notre
sélection de vins
dans la rubrique
Gastronomie
et Vins sur
lesechos.fr/
week-end
DOMAINE DAMBRUN 2016
Ventoux
Plus connu pour son
passé de journaliste
sportif, Patrick Chêne
et son épouse ont repris
ce domaine exploité
en biodynamie au pied
du Ventoux. Un vin
sudiste aux arômes
de fruits noirs et
de garrigue qui
en évite les lourdeurs.
19,87 euros
Vente-privee.com
DOMAINE PAUL BLANCK
PINOT NOIR 2016
Alsace
Un pinot noir alsacien
aux notes de fruits noirs
(cerise, kirch, mûre)
et de tabac. La bouche
se révèle dense et
soyeuse, reposant
sur une matière mûre
et vibrante. Servir
à 15-16 degrés.
9,50 euros
DOMAINE ALAIN GRAS 2016
Saint-Romain
Très beau potentiel
de garde pour ce
saint-romain opulent
aux arômes de noisette
fraîche, d’agrumes
et de tilleul. Bouche
équilibrée entre ampleur
et minéralité. Belle
longueur, boisé léger.
19 euros
CHÂTEAU DU BELLET
BLANC 2016
Provence
Arômes fruités et miellés
enjôleurs évoluant
sur des notes d’agrumes.
La bouche est pleine
et intense, s’étirant
sur une longue finale
soutenue par une
douce amertume
rafraîchissante.
22 euros
Wineandco
CHÂTEAU OLIVIER 2011
Pessac-Léognan
Un vin généreux où se
mêlent les fruits rouges
mûrs et légèrement
confits aux épices.
La souplesse des tanins
et la rondeur en
bouche en font
le compagnon désigné
pour accompagner
un magret de canard
ou une entrecôte grillée.
29,50 euros
CHÂTEAU LA DOMINIQUE 2012
Saint-Emilion grand cru
Nez intense de fruits
rouges mûrs sur une
pointe fumée. Le vin
a digéré son bois
(notes vanillées et
de noisette grillée),
les tanins sont veloutés,
la bouche ample
et généreuse.
Finale équilibrée.
A boire en 2020.
39 euros
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
www.malartic-lagraviere.com
L’A B U S D ’A
A L COOL EST DANGER
REUX POUR LA SANTÉ.
A C O N S O M M E R AVEC M O D É R A T I O N .
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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