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Libération - 01 08 2018

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MERCREDI 1ER AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11563
www.liberation.fr
MISSION :
IMPOSSIBLE
PARIS
SUR UN
Porté par Tom Cruise,
l’étourdissant blockbuster
remet Paris au cœur des
villes capables d’attirer les
tournages internationaux.
PAGES 2-5
ÉTÉ
FRED KIHN
PARAMOUNT PICTURES 2018
PLATEAU
J’ai testé
un institut
de matheux
ET AUSSI NOS SÉRIES, DES JEUX
ET DE LA BD. CAHIER CENTRAL
Brexit
Le scénario
catastrophe
du «no deal»
Cafe Society
L’antichambre
des droits
civiques
ANALYSE, PAGES 6-7
PREMIER ÉPISODE DE NOTRE SÉRIE, PAGES 18-19
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 1er Août 2018
ÉDITORIAL
Par
OLIVIER LAMM
Zinzin
Il fallait suivre le compte
Instagram des super gendarmes pour avoir la primeur de la nouvelle.
Le 10 juillet, à Versailles,
Tom Cruise rencontrait
plusieurs membres du
GIGN pour assister à des
démonstrations de tireurs
d’élite et s’essayer luimême au tir. Organisée à
la demande de l’acteur,
l’opération était évidemment destinée à compléter
la stratégie marketing de
Mission: Impossible–Fallout, le dernier blockbuster
à s’être bâti sur ses talents
de comédien-cascadeur.
Mais aussi, si l’on en croit
le colonel Laurent Phélip,
parce que Cruise «aime
beaucoup» la force d’intervention – information que
l’on est plutôt enclin à
avaler, ne serait-ce que
pour la capacité de la superstar la plus zinzin de
notre temps à nous surprendre, encore et encore.
Le fait est que ce Mission:
Impossible sixième du nom
prend des airs de plan
Marshall de l’ère du soft
power, destiné à consoler
un pays meurtri par une
vague d’attentats qui n’a eu
de cesse de le déboussoler
depuis janvier 2015, et qui a
le mérite de trancher avec
la petite musique de défiance de Trump vis-à-vis
du Vieux Continent.
Au-delà du choix de Paris
en décor rêvé – et moins
onéreux qu’il n’y paraît –
pour ses courses-poursuites et acrobaties, deux scènes du film dans lesquelles
des officiers de police parisiens, menacés puis sauvés
par l’Ami américain, se
proposent ainsi à nous
comme autant de moments cathartiques, conférant une étrange saveur à
un film par ailleurs déconnecté, dans ses grandes lignes, de la réalité géopolitique et de l’actualité. Pour
toutes ces raisons et des
qualités qui le distinguent
largement du tout-venant
du cinéma commercial
américain, sans compter
le fait qu’il est quasiment
le seul blockbuster d’un été
qui n’en contient aucun
autre d’envergure, Mission: Impossible–Fallout
sort du lot, du temps,
du rang. Malgré la passion
de ce fêlé de Cruise pour
le GIGN. •
«Fallout»,
mission capitale
Le tournage du sixième «Mission: Impossible», motivé par des
avantages fiscaux, a investi Paris. Aussi commercial soit-il,
le blockbuster rend un bel hommage à la ville post-attentats.
Par
LÉO SOESANTO
O
PA sur Paris ? Après
Beyoncé et Jay-Z privatisant en grande pompe le
Louvre la nuit pour les besoins du
clip de leur chanson Apes**t, le
tournage de Mission : Impossible–Fallout a occupé une large partie de la capitale entre avril et
mai 2017. Grand Palais, PalaisRoyal, avenue de l’Opéra, esplanade
du Trocadéro, place de l’Etoile, Marais ou Bercy: Tom Cruise était partout, entre scènes d’action et discrets rendez-vous entre barbouzes
dans des endroits publics (lieu
commun au cinéma depuis Alfred
Hitchcock). Les raisons ? Un nouveau crédit d’impôt avantageux incitant les tournages étrangers en
France (lire page 4) et une déclaration d’amour du réalisateur Christopher McQuarrie et de sa star au
Paris post-attentats. Michel Gomez,
à la tête de la Mission Cinéma de la
Ville de Paris, qui gère les tournages
en ville, se souvient : «Lors du premier contact avec la production
américaine, notre premier étonnement vient d’une chose qu’ils ont
dite et répétée lors de la promotion
du film –c’était que leur décision de
tourner à Paris avait été confortée
par les attentats de 2015. C’est une
déclaration comme seuls les Américains peuvent en faire : montrer
qu’on pouvait continuer de tourner
à Paris.»
FERMER LA PLACE
DE L’ÉTOILE
Le dernier tournage américain
important à Paris avant les attentats
fut le Minuit à Paris (2011) de
Woody Allen, qui ne boxe pas vraiment dans la même catégorie côté
bougeotte et budget. Et ce n’est pas
la première fois que des voitures s’y
poursuivent dans les rues (Ronin de
John Frankenheimer en 1998, la
Mémoire dans la peau de Doug
Liman en 2002), mais lorsque, dans
Lucy (2014) de Luc Besson, Scarlett
Johansson roule à contre-sens rue
de Rivoli, la plupart des voitures y
sont rajoutées par ordinateur. Tom
Cruise veut, lui, tout faire en vrai, en
dur, sans fond vert, quitte à fermer
tout Paris, et le film joue constamment avec et contre ce principe de
réalité. Si Paris y paraît mélancolique et dépeuplé –McQuarrie transformait aussi Casablanca en ville
quasi déserte dans le précédent
Mission: Impossible–Rogue Nation,
c’est par raison de sécurité. «Lors
Libération Mercredi 1er Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
Cascades et bons
points de suspension
Christopher McQuarrie signe
la suite directe de «Rogue
Nation» en privilégiant
les moments d’action filmés
à l’ancienne sans abuser
des effets numériques.
J
des prises des scènes de cascades, la
circulation des passants est neutralisée», rappelle Michel Gomez.
L’ampleur des moyens (le film a
coûté 178 millions de dollars) et de
la préparation en amont n’empêche
pas l’impro, à l’image de Ethan
Hunt et compagnie lorsque leur
mission déraille. «Le plan de travail
était établi depuis janvier 2017, mais
la production nous a fait une demande de dernière minute pendant
le tournage : fermer la place de
l’Etoile, raconte Michel Gomez. On
aurait préféré qu’ils tournent l’été où
il est plus facile de bloquer les rues et
là, ils tournent alors qu’on est pleine
période d’élection présidentielle. On
a dû faire cela un dimanche matin
très tôt à 5 h 45 et mobiliser un
personnel énorme pour bloquer
piétons et véhicules, jusqu’à 7 h 30,
fin du tournage de la scène.»
HORAIRES
À LA FRANÇAISE
Pour les étrangers, Paris est une
ville notoirement compliquée où
tourner. Son cœur le plus touristique, le plus photogénique, est
dense en population, et petit par
rapport à Londres ou Los Angeles.
De quoi faire dire tranquillement à
McQuarrie, au site Suite page 4
Cruise
veut tout
faire
en vrai, en
dur, sans
fond vert.
PHOTO
CHIABELLA
JAMES.
PARAMOUNT
PICTURES
2018
courant de la plupart des blockbusters actuels,
Mission: Impossible continue à s’accorder à la
pesanteur humaine, à jouer avec elle ou à la
défier. La célèbre scène du premier volet, où
Hunt est suspendu à un filin telle une araignée à son fil, fait en ce sens figure d’emblème, de matrice. Hunt utilise sa pesanteur
avec une extraordinaire précision, notamment à travers sa figure préférée: le balancier,
consistant à sauter pour mieux se rattraper en
utilisant son propre poids. Dans Fallout, plus
que jamais, il ne cesse de se suspendre (à un
immeuble, une cabine d’ascenseur, un hélicoptère), de se laisser tomber pour s’accrocher, se raccrocher, se décrocher. Jusqu’à un
finale où tout ne tient qu’à un fil ne tenant qu’à
une corde ne tenant qu’à un câble.
usqu’à présent, chaque Mission: Impossible était réalisé par un cinéaste différent.
Brian De Palma fabriqua le prototype
parfait (Mission: Impossible), John Woo
s’abandonna à quelques excès kitsch (Mission: Impossible 2), J.J. Abrams joua à fond la
carte du blockbuster saturé de couleurs (Mission: Impossible 3), Brad Bird apporta une dimension cartoonesque (Protocole fantôme),
tandis que Christopher McQuarrie opéra un
beau retour aux sources, en reprenant quel- Faux-semblants. Aux cascades physiques
ques motifs du film de De Palma (Rogue Na- répondent des pirouettes mentales. «Why did
tion). Avec Fallout, McQuarrie est donc le pre- you have to make it so fucking complicated?»
mier réalisateur à remettre le couvert. Il dit un personnage à Hunt, soulignant comespère «qu’en regardant Rogue Nation et Fal- bien la complexité des récits de McQuarrie
lout, on ait l’impression qu’ils ont été réalisés rappelle l’adage godardien «pourquoi faire
par deux personnes différentes». Ça ne saute simple quand on peut faire compliqué?». Sur
pas aux yeux, mais pour une bonne raison : ce point, Fallout est particulièrement torle propre de sa mise en scène est
tueux. Le jeu permanent avec les
de se tenir en retrait, sans surajouCRITIQUE faux-semblants met à l’épreuve la
ter d’effets à une action et à un récroyance du spectateur tout en décit élaborés. Son retour se justifie par le fait voilant les moyens mêmes du spectacle. Rien
que ce sixième volet est la suite directe du n’est simple, clair, entier. Chacun, même
précédent. On y retrouve l’espionne anglaise Hunt, possède sa part de duplicité, de comIlsa Faust (Rebecca Ferguson) et le terroriste plexité insondable. En ce sens, les nouveaux
Solomon Lane (Sean Harris), toujours aussi personnages sont particulièrement intéresdécidé à détruire le monde et à le débarrasser sants: une femme fatale surnommée la Veuve
d’Ethan Hunt (Tom Cruise).
blanche (Vanessa Kirby) et un tueur de la CIA
Fallout peut se traduire par «retombée», et ce interprété par Henry Cavill, qui ont en comtitre n’est pas qu’une référence aux bombes mun de mêler charme torride et ambiguïté
nucléaires amorcées par Lane. Il souligne glaçante.
aussi combien cet opus est une somme et un Si l’équipe de l’Impossible Mission Force
aboutissement des cinq autres, dont il boucle éprouve cette nécessité de tout compliquer,
quelques récits tout en s’attachant aux consé- c’est aussi au nom d’une certaine éthique. La
quences psychologiques et sentimentales des ligne droite et l’affrontement direct sont non
actions de Hunt sur sa vie. Il revient sur son seulement moins excitants mais aussi plus
amour impossible pour sa femme, Julia (Mi- brutaux et meurtriers. Il y a dans Fallout une
chelle Monaghan), qui l’avait quitté pour seule scène frontale, particulièrement sancause d’incompatibilité entre vie de couple glante, où, infiltré chez l’ennemi, Hunt et des
et nécessité de sauver le monde. Il en résulte complices libèrent Solomon Lane en trucidant
une mélancolie nouvelle, seule vraie marque des dizaines de policiers, comme dans un jeu
de mûrissement de Hunt dont la puissance vidéo. Ça ressemble peu à l’esprit de Mission:
physique est miraculeusement intacte.
Impossible –et pour cause: cette scène n’est
pas réelle mais représente le déroulement que
Balancier. Plus de vingt ans après le premier Hunt imagine pour mieux l’empêcher. Le vérivolet, cette saga persiste à préférer l’enregis- table assaut sera bien plus inventif et moins
trement direct aux effets numériques. Les violent. Entre la scène évitée et celle qui a vérifonds verts sont tant que possible évités au tablement lieu, McQuarrie démontre au pasprofit de cascades sans trucages, de prises de sage l’intelligence de la série face au tout-vevues en extérieur et de décors naturels. Le pi- nant du blockbuster: son côté old school et sa
vot reste bien sûr le corps de Cruise, acteur complexité répondent aussi au refus de prend’autant plus spectaculaire qu’il demeure vul- dre les spectateurs pour des cons et les figunérable et condamné à réaliser des cascades rants pour de la chair à canon. Alors que pour
toujours plus impossibles. Dans la plus belle Lane, le meurtre de masse annonce l’avènescène de Fallout, il saute en chute libre au- ment d’un monde nouveau, Hunt accorde une
dessus de Paris par une nuit d’orage, avant valeur absolue à la vie humaine. Dans Fallout
d’atterrir sur le toit du Grand Palais.
il est particulièrement tourmenté par la vioLe corps de Hunt et celui de Cruise ne font lence, les sacrifices et les deuils inhérents à ses
qu’un. Chacune de ses actions s’accompagne actes héroïques. S’il s’en sort toujours, ce serait
de trébuchements, de chutes, de blessures. donc aussi parce qu’il sait allier la grandeur
Cruise, qui ne cesse de sauter pour éviter que morale à la puissance physique. Il est protégé
tout saute, appartient à la lignée des acteurs par sa bonté autant que par sa force. En termes
acrobates: Douglas Fairbanks, Buster Keaton, physiques autant que métaphysiques, on apJackie Chan… Il touche à l’essence même du pelle ça avoir la grâce.
cinéma: l’action pure, le mouvement à nu. On
MARCOS UZAL
pense aux chronophotographies d’EtienneJules Marey en le voyant galoper à toute vi- MISSION: IMPOSSIBLE – FALLOUT
tesse sur les toits de Londres, dans des plans de CHRISTOPHER MCQUARRIE
qui durent au nom de la seule joie de contem- avec Tom Cruise, Henry Cavill,
pler un homme courir si vite et bien. A contre- Rebecca Ferguson… (2 h 28).
4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 1er Août 2018
Gizmodo, qu’il
a appliqué sur le film les méthodes
du cinéma guérilla et indépendant.
Une idée à laquelle souscrit la Canadienne Gabrielle Mankiewicz,
assistante à la réalisation sur le
tournage parisien: «La production
a fait fermer le Grand Palais pendant une semaine. Aux Etats-Unis,
on tournerait normalement quatorze ou quinze heures dans ce genre
d’endroit. Pour le coup, on a conservé les horaires à la française, soit
pas plus de dix heures de tournage.
Ça devient de l’aberration: occuper
des endroits normalement impossibles d’accès mais sans pouvoir optimiser les lieux, déplacements et matériels.» La scène d’atterrissage
d’un hélicoptère sur le toit du ministère des Finances ne devait ainsi
ni alarmer les riverains ni déranger
ses occupants, les abeilles de la ruche de Bercy.
Suite de la page 3
LETTRE D’AMOUR
A l’écran, Tom Cruise s’approprie
Paris lors d’une course-poursuite
à moto à la géographie fantaisiste,
comme s’il envoyait in fine des
cartes postales ou se géolocalisait
sur un réseau social («J’étais ici
pendant deux heures»; «j’ai fait fermer l’irrigation du canal SaintMartin»). Mais la réalité y pointe
malgré tout derrière l’excursion
touristique : la lettre d’amour au
Paris post-attentats est matérialisée à l’écran par une scène où
Cruise/Hunt apaise une policière
blessée, sa seule réelle interaction
avec un(e) Parisien(ne) en extérieur, comme un thaumaturge, à
coups de phrases douces en français dans le texte.
Le 20 avril 2017 au soir, sur l’avenue
des Champs-Elysées, Karim
Cheurfi tirait sur un fourgon de police, tuant le policier Xavier Jugelé
et en blessant deux autres. Plus bas,
Mission: Impossible–Fallout se
tournait au Grand Palais. «Ils ont
bloqué les sorties du Grand Palais à
une équipe technique de 200 personnes et 600 figurants, se souvient
Gabrielle Mankiewicz. 800 personnes coincées donc, et c’était fascinant car le tournage se poursuivait.
Aucune annonce officielle n’a été
faite puisque tout le monde apprenait la nouvelle de l’attentat sur les
réseaux sociaux. C’était effrayant,
mais comme le tournage n’a pas été
stoppé, je crois que c’est comme ça
qu’ils ont réussi à faire garder le
calme.» Le cinéma, pour et contre
la vie, encore et toujours. •
Le film a occupé une grande partie de la capitale entre avril et mai 2017. PHOTOS DAVID JAMES. CHIABELLA JAMES. PARAMOUNT PICTURES 2018
25 millions d’euros investis dans l’Hexagone
Grâce à un crédit d’impôt
pour les œuvres tournées sur
le territoire, le film se hisse en
tête du classement des plus
grosses dépenses en France.
L
e 24 juillet, le CNC se réjouissait dans
un communiqué de presse des retombées du tournage de Mission: Impossible – Fallout sur l’économie et le cinéma français. En chiffres : 15 % des dépenses du film
ont été faites en France, soit 25 millions
d’euros et 5000 techniciens français mobilisés. Une manne générée par le crédit d’impôt
international (C2I) pour les œuvres de fiction
tournées en France, comportant «des éléments
rattachés à la culture, au patrimoine ou au
territoire français». Soit un crédit d’impôt
sur 30 % des salaires et dépenses liés au
personnel français employé, au transport, à
l’hébergement et à la restauration. Le film
avec Tom Cruise est donc celui ayant le plus
dépensé en France, détrônant Dunkerque de
Christopher Nolan et le dernier volet de
Hunger Games de Francis Lawrence, tourné
dans la cité futuriste d’Abraxas, à Noisy-leGrand. Une bonne nouvelle dans un contexte
très compétitif où Hollywood préfère délocaliser ses tournages au Royaume-Uni, en
Irlande, en Hongrie ou République tchèque.
«Après les attentats de 2015, nos concurrents
anglo-saxons ont fait courir la rumeur qu’on
ne pouvait plus tourner de scènes d’action à
Paris, avance Michel Gomez. Ce qui est faux,
il fallait juste le faire avec plus de précautions.» Les séries télé d’envergure s’invitent
aussi à Paris, comme Patriot (Amazon) et
Sense 8 (Netflix), cette dernière faisant littéralement grand bruit, en effrayant les riverains
en octobre 2017 avec un feu d’artifice tiré par
surprise à la tour Eiffel pour les besoins d’une
scène. Selon Michel Gomez, les prochains
gros tournages parisiens devraient être essentiellement français (le prochain Toledano-Nakache), tandis que The Eddy, comédie
musicale sérielle pour Netflix de Damien
Chazelle (La La Land), sur un club parisien
et en cours de préparation n’a pas encore déposé son autorisation de tournage…
L.S.
Libération Mercredi 1er Août 2018
u 5
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Tom Cruise, gonflé à l’Ethan
L
a franchise classique Mission:
Impossible sert véritablement
à Tom Cruise d’unité de mesure pour fixer le niveau de sa cote
de popularité et son pouvoir financier. Contrairement à la saga James
Bond avec un agent 007 ayant
changé plusieurs fois d’incarnation,
l’agent spécial Ethan Hunt colle à la
peau de Cruise, qui a trouvé là son
alter ego idéal, perpétuellement
projeté dans les turpitudes de récits
qui veulent détruire son intégrité
physique et lui laminer le moral.
Tout repose sur son mental d’acier,
son infaillible endurance aux
coups, chutes, pièges et défis aberrants compactés en séries de
prouesses défiant l’entendement.
Mais, à la différence de tant de
blockbusters où les vicissitudes du
personnage paraissent rebondir
sans enjeux dans les filets de sécurité du tout-numérique, Cruise aime
rejouer à chaque film, à chaque cascade plus ou moins suicidaire, un
saut de l’ange à fond perdu. Et quelque chose de sa fragilité et de son
mystère, entre l’acrobate tête brûlée
et le maboul trompe-la-mort, demeure et se renforce à travers ce
corps compact, ce visage à la jeunesse faussement éternelle sous la
moumoute soufflée et dans ces
défis absurdes lancés comme des
bravades contre la date limite de péremption et la perspective sournoise du déambulateur.
En créant en 1996 avec l’agent Paula Wagner la franchise de la série télé
des années 60, l’acteur s’est lancé corps et âme dans le rôle d’Ethan Hunt,
increvable espion trompe-la-mort. Et a pu ainsi redorer son image d’acteur
bankable largement ternie par ses frasques et ses excès.
question, sautait à plusieurs reprises sur le canapé, avant d’aller chercher en coulisse la jeune actrice
Katie Holmes avec qui il allait se
marier quelques mois plus tard (ils
ont divorcé en 2012). Cruise devint
du jour au lendemain la cible des réseaux sociaux, des journaux people
et de la série South Park, notamment dans l’épisode Trapped in the
Closet qui raillait son appartenance
à la secte et spéculait sur une homosexualité savamment dissimulée. Il
avait près de 45 ans, et tout le
monde avait envie de tourner la
page des années 80 et de leurs gloires masculines lessivées (Kevin
Costner, Eddy Murphy, Nicolas
Cage, Mel Gibson, Bruce Willis…).
Le procès en ringardise était bien
entamé et il a fallu à Cruise reconquérir sa crédibilité et ne pas perdre
le contrôle de Mission: Impossible et
du personnage alter ego Ethan
Hunt, qui lui avait permis de grimper de plusieurs échelons dans le
classement des personnalités les
plus influentes et mieux payées du
cinéma mondial lorsque le premier
de la série, en 1996, signé Brian De
Palma, ouvre pour lui sa décennie
la plus glorieuse alliant cinéma
d’action à succès et signatures prestigieuses (Stanley Kubrick, Paul
Thomas Anderson, John Woo, Steven Spielberg, Michael Mann).
La franchise, modernisant la géniale série télévisée créée en 1966
par Bruce Geller, est le fruit de l’association de Cruise avec l’ancien
agent Paula Wagner. Ensemble, ils
ont créé en 1993 le studio indépendant Cruise/Wagner Productions,
qui va générer sur dix ans près de
3 milliards de dollars de recettes au
Adrénaline. Rien dans les pro-
Hilare et surexcité. Le gimmick
même de la série, son mantra introductif, «Votre mission, si toutefois
vous l’acceptez…», est une manière
pour Cruise de mettre fictionnellement la remise des compteurs à
zéro et le départ à neuf, l’hésitation
purement formelle entre le désir de
rester à la marge et la capacité à se
remettre au centre du jeu. Mission:
Impossible est d’autant plus lesté de
symboles que, de manière tout à fait
inhabituelle dans le milieu discret
des tractations hollywoodiennes de
cette catégorie chromée, la star fut
publiquement désavouée en 2006
par Sumner Redstone, patron de
Viacom, compagnie abritant le studio Paramount qui, dans un entretien au Wall Street Journal, évoquait le «suicide créatif» de l’acteur
et producteur que chacun avait pu
voir péter les plombs en direct, de
plus en plus bruyant et agité, ne
manquant jamais une occasion
d’évoquer la scientologie dont il est
un des membres les plus zélés. Le
contrat qui liait Cruise au studio depuis quatorze ans n’était plus renouvelé : «Nous apprécions Tom
Cruise en tant que personne, mais
[…] la façon dont il s’est récemment
conduit n’est pas acceptable pour la
Paramount», déclarait Redstone,
cherchant à clore une séquence
weirdo démarrée en mai 2005 dans
le show d’Oprah Winfrey devant des
millions d’Américains médusés tandis que Tom Cruise, hilare, surexcité, ne tenant pas en place, incapable de répondre à une seule
box-office international. Après rupture avec la Paramount, le tandem
se rapproche de Warner Bros qui
leur offre la possibilité de relancer
United Artist, projet soldé au bout
de deux ans par de nombreux
échecs économiques et artistiques
(Lions et Agneaux de Robert Redford, Walkyrie de Bryan Singer…).
Quelles qu’aient pu être les mauvaises passes artistiques de la star ou
ses déconvenues de producteurs,
Mission: Impossible a toujours agi
comme un garde-fou et un bain régénérant capable de repropulser
l’acteur en chute libre. Avec un certain flair, il faut l’avouer, puisque
c’est Cruise qui impose le novice en
cinéma J.J. Abrams pour le troisième épisode, après avoir découvert la série Alias –lançant ainsi la
carrière hollwooodienne d’un producteur et cinéaste qui, à la tête de
sa boîte, Bad Robot, a depuis enchaîné les coups fumants, reboostant Star Trek puis Star Wars.
Tom Cruise, quinqua survitaminé. PHOTO CHIABELLA JAMES. PARAMOUNT PICTURES
ductions annoncées ne figure désormais un changement de cap, la
star semble avoir renoncé à toute
prise de risque ou rencontre inopinée avec un auteur qui lui demanderait, comme le fit Kubrick, de dévoiler un aspect de sa personnalité
moins blindée qu’il ne veut bien le
dire, constituant autour de lui une
garde prétorienne de cinéastes dociles prêts à se mettre en quatre et
à son service afin de lui fabriquer
des scénarios et des films sur mesure : Christopher McQuarrie, qui
signe Fallout et avait déjà rondement mené l’excellent Rogue Nation, est aussi à la manœuvre sur la
franchise bourre-pif à l’ancienne
Jack Reacher; Joseph Kosinski, rencontré sur le film de SF Oblivion, a
été chargé de boucler l’improbable
projet d’une suite de Top Gun,
trente ans après l’original; et Doug
Liman a enchaîné pour lui Edge of
Tomorrow (il en prépare la suite) et
Barry Seal: American Traffic. Il a
aussi travaillé à laisser le moins de
prises possible aux médias (toute
question sur la scientologie est
préalablement bannie), et ses
comptes Twitter et Instagram sont
de purs vecteurs promotionnels où
il se garde bien d’intervenir à titre
personnel. Le style de la franchise
et la nature du personnage principal ont changé aussi avec le temps,
le jeune agent acéré au physique de
play-boy a laissé place à un étrange
quinqua survitaminé animé par
une pulsion de vie paradoxale lui
imposant un sursaut d’adrénaline
kamikaze toutes les deux minutes.
Et son jeu d’acteur consiste désormais à fasciner les foules en ayant,
même suspendu au bout d’un filin
accroché à un hélicoptère et visé
par un sniper d’élite, le genre d’air
contrarié que pouvait arborer un
James Stewart découvrant une tache sur son costume. Une leçon de
maintien, en quelque sorte.
DIDIER PÉRON
6 u
MONDE
Libération Mercredi 1er Août 2018
Avec le Brexit,
«on peut penser
qu’il y aura des
pénuries»
RÉCIT
Les craintes des Britanniques sont confortées par
les fuites d’un rapport sur l’état du royaume en cas
de «no deal» avec l’UE d’ici mars, qui présage une
hausse des prix de certaines denrées et des
difficultés d’approvisionnement. En attendant,
Theresa May s’enferre dans les négociations, avec
son cabinet comme avec Bruxelles.
Sur le marché de Romford dans la banlieue de Londres, le 11 juin 2016,
Par
ÉLODIE GOULESQUE
Intérim à Londres
D
es avions de l’armée pour le
ravitaillement en nourriture
et médicaments, des pénuries d’essence, une ambiance de
«guerre civile», voilà le scénario
prévu par certains au Royaume-Uni
en cas de «no deal», d’absence d’accord sur le Brexit. Plus d’un an
après le début des négociations et
deux ans après le référendum, le
gouvernement britannique n’arrive
toujours pas à trouver une entente
sur les conditions du Brexit. Un jour
accusée d’être trop conciliante envers l’Union européenne puis le
lendemain de proposer un Brexit
trop dur, Theresa May n’entrevoit
pas de sortie aux négociations au
sein même de son cabinet.
Mais tandis que le Parlement est en
pause estivale et la Première ministre britannique en vacances en Italie, les brexiters, eux, ne prennent
pas de repos. Jacob Rees-Mogg, dé-
puté ultraconservateur, estime que
le gouvernement tente d’effrayer
les électeurs afin qu’ils soient plus
conciliants sur les termes du Brexit.
Steve Baker, ancien secrétaire
d’Etat au Brexit qui a démissionné
début juillet, se dit lui «très préoccupé par la stratégie de communication du gouvernement autour du no
deal». Il réclame également la publication d’un rapport, commandé
lorsqu’il était en poste, sur les conséquences d’un no deal pour chaque membre de l’UE et pas seulement le Royaume-Uni.
Ces réactions surgissent alors que
le gouvernement avait promis de
publier pendant l’été des documents expliquant les conséquences
d’un Brexit sans accord. Finalement, la publication aura lieu fin
août ou début septembre. Mais des
informations auraient déjà fuité
préconisant le déploiement de l’armée comme l’une des solutions
pour parer aux pénuries en GrandeBretagne après le 29 mars 2019, date
officielle de la sortie de l’Union
européenne. Des propos démentis
par un porte-parole du ministère en
charge du Brexit: «Ces fuites concernant l’armée sont des spéculations
infondées et ne font pas partie de
nos plans.» En revanche, le gouvernement confirme bien se préparer
à tous les scénarios: «Nous restons
confiants et pensons que c’est dans
l’intérêt du Royaume-Uni et de
l’Union européenne de trouver un
accord. Dans le même temps, nous
faisons des préparatifs pour qu’en
cas de scénario sans accord nous
puissions réagir correctement», précise le porte-parole. L’absence d’accord annulerait la période de transition prévue jusqu’à décembre
2020 et sous-entend donc que le
pays devrait se soumettre aux tarifs
de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), moins avantageux que ceux négociés au sein de
l’UE.
DÉSASTREUSES
Selon une étude publiée par Food
Foundation, un think tank spécia-
lisé dans l’alimentaire, le budget
pour une famille de quatre personnes qui mange – comme recommandé– cinq fruits et légumes par
jour passerait de 37,58 à 39,76 livres
sterling par semaine (42,12 euros à
44,57 euros) affectant ainsi les
foyers les plus modestes. Si les ennemis de Theresa May parlent d’un
«Project fear» ou «Projet peur» en
référence à la campagne des proeuropéens avant le référendum que
les partisans du Brexit estimaient
basée sur ce sentiment, certaines
craintes semblent pourtant bien
réelles.
Selon Erik Millstone, professeur à
l’université du Sussex et expert en
politique alimentaire, les conséquences d’un no deal pourraient
bien être désastreuses: «Il y a vingt
ou vingt-cinq ans, les revendeurs
avaient environ une semaine ou
dix jours de stocks, mais aujourd’hui ils n’ont qu’un jour et demi ou
deux donc c’est tout à fait réaliste de
penser qu’il y aura des pénuries.» Le
problème vient surtout des pro-
duits périssables dont le RoyaumeUni est très dépendant comme les
fruits et légumes ou encore les produits laitiers.
La capacité de stockage insuffisante
du pays à l’heure actuelle est aussi
problématique. «Si le gouvernement
avait envisagé ce scénario dès le vote
de 2016, il aurait pu s’organiser,
mais maintenant c’est trop tard
d’ici à mars 2019», explique Erik
Millstone. En effet, pour éviter de
voir des files interminables de camions bloqués aux frontières pour
les contrôles, il faut des infrastructures plus importantes et du personnel supplémentaire. Une logistique quasi impossible à mettre en
place dans les huit prochains mois.
Même si le pays utilise déjà les règles de l’OMC pour ses échanges
avec les Etats-Unis ou la Chine par
exemple, plus de 30% des produits
alimentaires consommés au Royaume-Uni viennent de l’UE.
Le secteur alimentaire n’est pas le
seul qui pourrait être touché par le
no deal. En plus de la crainte de voir
Libération Mercredi 1er Août 2018
u 7
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Carnet
DÉCÈS
Aude BRIANT,
son épouse,
Ugo CHATELAIS,
son fils,
Barbara CARDINAEL,
sa belle-fille,
ont l’immense tristesse
de vous annoncer le décès de
Jean-Yves CHATELAIS
le 31 juillet à Bordeaux.
Il est mort comme il a vécu,
libre.
M. Jean-Yves
CHATELAIS
Ivan Butel , Giulia Levallois et leurs enfants, Sacha et
Tom,
Stephen Butel, Thaïs Gans
et leurs enfants Jude, Ella,
Noam, Sandro,
Guillaume Butel
et Karima Youcef-Khodja,
Mara Noblet-Butel
et sa mère Dorothée Noblet,
Béatrice Leca, Jeffrey
Kearney
et leur fille Valentine,
Catherine Cot, Marianne Merleau-Ponty,
Jacqueline Butel
et ses frères et soeurs,
sa famille, ses proches
et ses amis.
Ont le chagrin de vous
annoncer la mort de Michel BUTEL
lors de la campagne pour ou contre le Brexit. PHOTO IMMO KLINK
une pénurie d’infirmiers et de médecins issus de l’Union européenne, les approvisionnements en
médicaments pourraient aussi être
affectés.
Cité dans la revue The Pharmaceutical Journal, Michael Rawlins,
président de l’Agence de réglementation de la médecine et des produits de santé (MHRA), alerte :
«Prenez juste un exemple : on ne
produit pas d’insuline au RoyaumeUni. On importe chaque goutte.
Vous ne pouvez pas transporter l’insuline n’importe comment car elle
doit être conservée à une température spécifique et 3,5 millions de
gens ont besoin d’insuline, y compris la Première ministre». Il ajoute
que le pays «ne peut pas soudainement» en produire.
Les conséquences économiques
d’un no deal sont encore difficiles
à évaluer, mais selon Georgina
Wright, il s’agira certainement d’un
«choc». La chercheuse spécialiste
du Royaume-Uni et de l’Union
européenne au think tank Chatham
House à Londres décrit trois phases
dans le processus de Brexit : le retrait, la période de transition et l’accord final. Selon elle un no deal est
encore évitable à cause de la pression politique côté britannique et
côté européen. Mais en cas de no
deal, l’impact économique serait
conséquent: «L’OMC ne couvre pas
en détail le commerce et les services,
qui représentent un secteur très important au Royaume-Uni. C’est difficile d’évaluer qui sera touché, les
vendeurs, les consommateurs et
aussi sur quelle période. Quoi qu’il
en soit, l’incertitude n’est jamais
bonne pour les marchés. Jusqu’ici,
aucun pays ne s’est encore retrouvé
dans ce genre de situation.»
L’autre risque est que des pays tiers
attendent les accords commerciaux
que le Royaume-Uni conclura avec
l’UE avant de se lancer dans des négociations. L’une des solutions pour
éviter ces scénarios catastrophes
serait donc de rester dans l’union
douanière ou le marché unique. Le
hic, c’est que ce sont justement ces
sujets qui bloquent auprès des partisans d’un Brexit «dur».
Depuis deux ans, le Brexit semble
tourner à la crise politique à chaque
occasion. La dernière, c’était début
juillet, lorsque le gouvernement
s’était mis d’accord sur le «plan de
Chequers», délivrant enfin une proposition à donner à Bruxelles. Mais
deux jours plus tard, le ministre en
charge du Brexit, David Davis, puis
le ministre des Affaires étrangères,
Boris Johnson, donnaient leur démission. Theresa May n’a pas lâché,
faisant quelques concessions à ses
collègues conservateurs les plus
eurosceptiques. Dans ce plan, elle
y proposait un accord douanier
simplifié, rejeté par le négociateur
européen en chef, Michel Barnier.
A LA BARRE
C’est donc un retour à la case négociations qui devra s’engager à la fin
de la pause estivale du gouvernement britannique. Cette fois-ci, il
faudra trouver une solution viable,
car le temps presse. Lors du som-
met européen des 18 et 19 octobre,
le Royaume-Uni devra présenter
son accord de retrait avant la sortie
définitive de l’UE.
En attendant, les Britanniques
commencent à s’inquiéter et surtout à s’impatienter. Selon un récent sondage de Sky News, les trois
quarts des personnes interrogées
pensent que Theresa May et le
gouvernement gèrent mal le
Brexit, et la moitié d’entre elles estiment que ce dernier sera une
mauvaise chose pour le pays. C’est
pourtant, comme elle le répète
souvent, à elle que le job de sortir
le pays de l’Union européenne a
été confié. Malgré la pression de
ses collègues conservateurs qui la
menacent à chaque montée de fièvre de provoquer un vote de défiance, c’est elle qui est à la barre
du bateau Brexit. La question reste
maintenant de savoir si elle arrivera à sauver le navire du pire, un
Brexit sans accord, ou si le naufrage, dans ce contexte de politique interne, est inévitable. •
écrivain
le 26 juillet 2018 à Paris
à l’âge de 77 ans
L’inhumation aura lieu le
jeudi 2 août à 14 heures au
cimetière parisien de
Bagneux.
Porte principale,
45 avenue Marx Dormoy,
92120 Montrouge
M. Michel BUTEL
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8 u
MONDE
Libération Mercredi 1er Août 2018
LIBÉ.FR
Vers une rencontre Trump-Rohani ?
«J’imagine qu’ils voudront me rencontrer, je suis prêt
à les rencontrer quand ils veulent.» Après son sommet
avec Kim Jong-un au terme d’une escalade verbale sans précédent avec
la Corée du Nord, Donald Trump s’est dit prêt, lundi, à rencontrer les dirigeants iraniens. Un revirement après moult sanctions et déclarations va-ten-guerre. Réponse de l’Iran, mardi, via un conseiller du Président, Hassan
Rohani: avant toute discussion, les Etats-Unis doivent revenir dans l’accord
sur le nucléaire signé en 2015. Ce n’est pas gagné. PHOTOS REUTERS ET AP
série et indétectables par
les portiques de sécurité. Le
matériau plastique rendrait
également l’arme fragile et
peu fonctionnelle. «Imaginez
les dégâts que peuvent faire
ces armes […] dans une cabine d’avion. Ou dans un bâtiment public. Ou dans la
salle de classe de votre enfant», insiste Alyssa Milano.
«Intraçables». De nom-
Arme réalisée avec
une imprimante 3D.
PHOTO KEITH
BEATY . GETTY IMAGES
Armes imprimées en 3D: les
Etats-Unis dégainent le mode d’emploi
Le programme
d’impression du
pistolet «Liberator»,
autorisé par le
gouvernement
américain,
doit être mis en
ligne ce mercredi.
Les procureurs
de huit Etats et
de Washington DC
ont saisi la justice.
Par
ISABELLE HANNE
Correspondante à New York
M
algré ses allures de
jouet, crosse noire
et canon blanc, le
«Liberator» est au centre
d’une bataille judiciaire et politique. Les plans de ce petit
pistolet indétectable, en plastique rigide ABS – celui des
briques Lego, ou de certains
appareils électroménagers–
et conçu pour être fabriqué tions permettant d’imprimer
par une imprimante 3D, doi- soi-même le «Liberator»,
vent être mis en ligne ce doté de capacités similaires à
mercredi aux Etats-Unis, une vraie arme. Deux ans
cons équence
plus tard, Ded’un accord
L'HISTOIRE fense Distribupassé fin juin ented avait été
DU JOUR
tre le gouvernecontraint par les
ment américain et son créa- autorités américaines de le
teur, Cody Wilson, un Texan retirer. Le département
trentenaire décrit comme d’Etat avait fait valoir non
«crypto-anarchiste».
pas les menaces pour la sécuSur le site internet de son rité des citoyens, mais la
organisation, Defense Distri- violation de l’International
buted, qui se définit comme Traffic in Arms Regulations
une «entreprise privée de (ITAR), qui régule l’exportadéfense et de technologie dans tion du matériel et des techl’intérêt du public», Cody nologies de défense. Ces
Wilson promet aux internau- plans, accessibles en tout
tes de pouvoir télécharger point du globe, pouvaient en
des plans pour fabriquer eux- effet être téléchargés dans
mêmes des armes grâce des pays avec lesquels les
à une imprimante 3D. Etats-Unis ne font pas com«1er août 2018: l’ère des armes merce d’armes.
téléchargeables commence officiellement», peut-on lire sur Fantômes. Wilson avait
la page d’accueil.
alors assigné l’Etat amériCody Wilson avait publié cain, mais avait été débouté
en 2013 le manuel d’instruc- en première instance puis en
appel. Saisie, la Cour suprême avait refusé d’examiner le dossier. Jusqu’à fin
juin 2018 et la décision, inattendue, du gouvernement
américain de l’autoriser à
mettre en ligne ses programmes. «On demandait la Lune
et on pensait que le gouvernement allait rejeter nos demandes, mais il ne voulait pas
aller au procès», a affirmé
Alan Gottlieb, de la Second
Amendment Foundation,
une organisation pro-armes
qui soutient Defense Distributed. Pour l’avocat de Cody
Wilson, Josh Blackman, le
gouvernement n’a pas voulu
prendre le risque de perdre
un procès : «La décision de
justice aurait pu être utilisée
pour contester de nombreuses
régulations de contrôle des armes à feu», a-t-il avancé.
«Imaginez ceci: votre voisin,
déjà condamné pour violences
domestiques, essaye d’acheter
une arme, écrit l’actrice et ac-
tiviste Alyssa Milano, dans
une tribune publiée mardi et
intitulée “Une arme imprimée en 3D, c’est la mort à télécharger”. On lui refuse
après examen de ses antécédents. Quand il rentre à la
maison, il va sur son moteur
de recherche, et une demiheure plus tard il imprime
son propre pistolet en plastique, entièrement fonctionnel
et indétectable, sans aucun
contrôle d’antécédent ni enregistrement de son arme.
A partir du 1er août, ça sera la
réalité aux Etats-Unis, sauf si
nous sommes capables de le
stopper.»
Certains experts des armes à
feu insistent sur le coût élevé
(de plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers
de dollars) des imprimantes 3D, rendant selon eux
peu probable une fabrication
massive de ces «ghost guns»,
des armes fantômes car non
enregistrées, sans numéro de
breux élus se sont mobilisés
pour empêcher la publication des plans. Lundi, 21 procureurs généraux d’Etat ont
envoyé une lettre au procureur général des Etats-Unis
(l’équivalent du ministre de
la Justice), Jeff Sessions, et
au secrétaire d’Etat, Mike
Pompeo, les exhortant à revenir sur l’accord au nom du
«maintien de l’ordre public»,
écrivent-ils. «En plus d’aider
à armer des terroristes et des
criminels internationaux,
l’accord pourrait donner le
moyen de posséder une arme
à des individus à qui la loi
l’interdit.»
Lundi, les procureurs de huit
Etats et du District de Columbia ont assigné le gouvernement américain devant
le tribunal fédéral de Seattle.
«Il est simplement fou de donner aux criminels les outils
pour imprimer en 3D des
armes intraçables et indétectables rien qu’en appuyant
sur un bouton», s’est insurgée Barbara Underwood,
procureure de l’Etat de
New York. Ces armes «seront
accessibles quel que soit l’âge,
l’état psychologique ou les antécédents criminels», a souligné le procureur de l’Etat de
Washington, Bob Ferguson.
Ils entendent s’appuyer sur
des éléments techniques
pour contester la validité
de l’accord, permettant au
tribunal de statuer en urgence et de suspendre l’autorisation. Avant de se prononcer, plus tard, sur le fond
du dossier.
Mardi matin, le président
américain, Donald Trump, a
indiqué être en discussion
avec la National Rifle Association (NRA), le principal
lobby des armes. «Je suis en
train de regarder ces armes
en plastique faites en 3D et
vendues au public, a-t-il écrit
sur son compte Twitter. J’en
ai déjà parlé à la NRA. Ça n’a
pas l’air d’avoir beaucoup de
sens !» ajoute-t-il, sans donner plus de détails. •
Libération Mercredi 1er Août 2018
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LIBÉ.FR
Midterms : Facebook dévoile de nouvelles
tentatives de manipulation de sa plateforme
Facebook a identifié de nouvelles tentatives de manipulation politique de sa plateforme à l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, mais
sans en identifier les auteurs, a annoncé le réseau social mardi, en précisant avoir
fermé les comptes et pages concernés. Tout en affirmant ne pas savoir qui est derrière
cette action «coordonnée», le groupe indique toutefois qu’«une partie de ces activités
est cohérente avec ce que [Facebook] avait vu de la part de [l’organisation liée à la Russie] Internet Research Agency» au moment de l’élection présidentielle de 2016.
Au Mali, le poker menteur des candidats
aura un second tour» pour son des résultats mises en place
candidat: «Le projet du camp par les formations à partir
présidentiel, le “coup K.O.” des chiffres envoyés par
[victoire au premier tour], est leurs délégués présents dans
un échec.»
les bureaux de vote, n’avaient
Pour compliquer les choses, pas terminé leur travail
une heure plus tard, un troi- lundi soir.
sième homme revendiquait Pendant ce temps, du côté du
aussi un score suffisant pour gouvernement, on avance
rester en lice. «Notre présence lentement. Le ministre de
au second tour ne fait aucun l’Administration territoriale
doute», a déa cinq jours
claré un resVU DE BAMAKO pour proclaponsable de
mer les réla campagne de l’homme sultats, selon la loi électorale.
d’affaires Aliou Boubacar Les candidats de l’opposition
Diallo. «Si la tendance se con- ont déjà dénoncé des «bourfirme», a-t-il toutefois ajouté. rages d’urnes dans des localiC’est ici que l’affaire se corse. tés du Nord» (le camp Cissé,
Tout est «tendances», car qui demande un recompdans cette partie de poker tage), et des perturbations
menteur, nul n’avance de ré- «intentionnelles» du scrutin
sultat chiffré. Et pour cause, (le camp Diallo). Chacun
les cellules de compilations brandit ses propres exemples
AP
23000
Bogotá: un contrat sur
l’héroïne anticocaïne
Elle n’a que 6 ans et pourtant sa tête est déjà mise à
prix par le crime organisé.
La somme offerte (20 millions de pesos colombiens,
soit 5900 euros) peut sembler mesquine, venant d’un
groupe mafieux aux bénéfices florissants, mais c’est
une première pour un animal. Selon la police colombienne, le Cartel du Golfe, le
groupe de narcotrafic le
plus puissant du pays, promet cette récompense à
quiconque éliminera la bergère allemande Sombra
(ombre), de profession renifleuse à la brigade des stups.
Son flair aurait déjà permis
la saisie de près de 10 tonnes de cocaïne, en majorité
destinées au marché européen, et 245 arrestations.
Les forces de l’ordre ont pris
au sérieux la menace et décidé de mettre à l’abri la policière à quatre pattes, récompensée deux années de
suite par la médaille du mérite policier Major Wilson
Quintero. Exfiltrée de la région d’Uraba, elle est rattachée à l’aéroport El Dorado
de Bogotá, site plus à même
d’assurer sa sécurité. Et où
elle a déjà permis de détecter des cargaisons illicites.
Des selfies témoignent de
sa popularité auprès des
voyageurs. «Est-il possible
de tromper un chien renifleur?» interrogeait mardi le
site Cannabis.info. Oui: en
enfermant la drogue dans
un bloc de glace. Ce qui
n’est pas pratique.
F.-X.G.
personnes ont fui au
Nicaragua pour rejoindre le Costa Rica depuis le début de la crise
politique en avril, selon
les Nations unies. «Le
Costa Rica a reçu la plupart des demandes d’asile,
mais le Panama, le Mexique et les Etats-Unis ont
également enregistré une
tendance à la hausse durant la première moitié de
2018 avec un pic significatif en juin», détaille le
Haut Commissariat de
l’ONU pour les réfugiés
(HCR). Le Nicaragua est
en proie depuis le 18 avril
à un mouvement de contestation antigouvernementale durement réprimé, qui a déjà fait
plus de 300 morts et
2000 blessés, selon plusieurs organisations des
droits de l’homme.
de communes aux résultats
apparemment aberrants.
Les autorités ont reconnu que
le scrutin avait été empêché
dans 716 bureaux (sur 23041).
La mission d’observation de
l’UE demande au gouvernement la liste détaillée. Attaques d’hommes en armes, urnes brûlées, menaces sur les
agents électoraux… Les régions de Tombouctou et de
Mopti, réputées plus favorables à l’opposition, ont été
particulièrement touchées.
Cette insécurité a en partie
été la cause de «la faible affluence», a expliqué le pool
d’observation citoyenne du
Mali, qui a déployé 2000 observateurs sur le terrain.
L’ONG prédit un taux de participation de 37%.
CÉLIAN MACÉ (à Bamako)
REUTERS
C’est une course de vitesse
dans le brouillard. Vingt-quatre heures après le premier
tour de la présidentielle au
Mali, les principaux candidats
se sont empressés de convoquer des conférences de
presse aussi tonitruantes que
vaporeuses. Au même moment, à moins de 200 m de
distance, l’équipe du président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, et celle du candidat
de l’opposition le plus en vue,
Soumaïla Cissé, s’adressaient
à la presse à ACI 2000,
le quartier d’affaires de Bamako. Le porte-parole d’«IBK»
a indiqué que le chef de l’Etat
était «largement en tête» et «en
bonne posture pour assurer sa
succession». Du côté de Cissé,
le directeur de la campagne a
annoncé «pouvoir dire qu’il y
«C’est une victoire éclatante.
Nous sommes prêts à former
le prochain gouvernement
[zimbabwéen].»
NELSON
CHAMISA
candidat du MDC
à la présidentielle
Alors que les résultats officiels n’avaient pas été annoncés,
l’actuel chef de l’Etat, Emmerson Mnangagwa, et l’opposant Nelson Chamisa se sont tous deux dits confiants
mardi dans leur victoire aux élections générales du Zimbabwe. Marqué par une très forte participation (75%), le scrutin de lundi, le premier depuis la chute de Robert Mugabe
après près de quatre décennies au pouvoir, se joue entre
la Zanu-PF, aux commandes depuis 1980, et le Mouvement
pour le changement démocratique. Chamisa a revendiqué
sa victoire en se basant sur un décompte des voix portant
sur «la majorité des plus de 10000 bureaux de vote». Mnangagwa, ancien bras droit de Mugabe, lui a rapidement répondu, sous-entendant que c’est lui qui menait la course.
L’été,
le monde
continue
de tourner.
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
10 u
FRANCE
Libération Mercredi 1er Août 2018
Attentat de Nice Accusé à tort
de terrorisme, retrouvé pendu à Fleury
Par
WILLY LE DEVIN
Dessin JAMES ALBON
U
n corbeau ombrageux pour dernier visiteur. Mirage de son esprit fragile, le
volatile se posait de temps à autre sur
la fenêtre de sa cellule. Les jours mauvais, le
diable en personne s’invitait dans son petit
réduit de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis
(Essonne), lui faisant humer la mort. Le 8 juin,
las de ses divagations hallucinées, Aleksander H., 38 ans, s’est suicidé peu après l’heure
du déjeuner. Il s’est pendu avec un lacet aux
barreaux de sa fenêtre, les mêmes qui servaient de perchoir à l’oiseau de mauvais
augure. Lorsqu’un surveillant et des détenus
auxiliaires l’ont découvert, Aleksander H.
était à genoux, comme assoupi. Une heure de
massage cardiaque n’y fera rien.
Mis en examen pour son implication dans l’attentat de Nice (86 morts et 458 blessés
le 14 juillet 2016), le quasi quadragénaire ne
supportait plus la suspicion qui pesait sur ses
épaules. Non pas que le golgoth, né
le 24 mars 1980 à Gjocaj, en Albanie, soit un
enfant de chœur : la prison, il connaissait,
après plusieurs séjours effectués pour divers
Arrêté en 2016 dans le cadre de l’enquête sur
l’origine des armes de Mohamed LahouaiejBouhlel, Aleksander H. n’a eu de cesse de
réfuter les accusations de terrorisme. Il s’est
suicidé début juin alors que la justice s’apprêtait
à le reconnaître comme un prévenu ordinaire.
trafics. Mais cette fois-ci, les soupçons de terrorisme étaient trop lourds à porter pour celui
qui disait vomir l’acte de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel : un camion de 19 tonnes
lancé à pleine vitesse sur la promenade des
Anglais. Ironie de l’histoire, Aleksander H. se
trouvait ce soir-là place Masséna, à quelques
centaines de mètres du camion sanguinaire,
avec sa femme, Liljana, et leur fils de 17 mois,
Ludovik. Avant d’être complice présumé, il
aurait pu être victime.
Ce n’est que six mois après la tuerie, en ayant
savamment remonté la piste des armes achetées par Lahouaiej-Bouhlel, que les policiers
arrivent jusqu’à Aleksander H.. A cette épo-
que, le jeune père de famille travaille au noir
sur des chantiers et perçoit un salaire d’environ 800 euros par mois. En situation irrégulière, il sous-loue avec sa famille un petit appartement à «Diu», une connaissance. Happé
par la faune locale, notamment la diaspora albanaise, Aleksander H. verse parfois dans divers trafics. Le 12 décembre 2016, lorsque la
sous-direction antiterroriste de la PJ (Sdat)
l’interpelle, elle s’intéresse au cheminement
d’un pistolet et d’une kalachnikov tombés entre les mains de Lahouaiej-Bouhlel. Le temps
de cerner l’implication d’Aleksander H., sur
le plan logistique ou idéologique, les juges le
placent en détention provisoire. «Quand je l’ai
rencontré, il était confiant, certain que la justice comprendrait vite qu’il n’avait aucun lien
avec le terrorisme», se souvient son avocate,
Olivia Ronen. Il lui clame: «Si tu crois en Dieu,
tu fais jamais ça [les actes terroristes, ndlr].»
Aleksander H. se revendique d’ailleurs chrétien, à mille lieux de la doctrine jihadiste.
«JE SUIS CONTRE EUX»
Enfant, dans sa petite école nichée au cœur
des montagnes albanaises, le garçonnet apprend le français. Sa maîtrise de la langue de
Molière est si bonne que l’interprète qui l’assiste n’ouvre jamais la bouche lors des interrogatoires devant le juge. Après une scolarité
classique, Aleksander H. décroche un diplôme
de mécanicien. Mais il quitte subitement l’Albanie, à 14 ans, pour s’établir en Grèce. Deux
de ses quatre frères et une de ses quatre sœurs
y sont alors installés. Est-ce par pression familiale ou quête d’un avenir meilleur qu’il fait le
mur? Nul ne le sait. Toujours est-il qu’Aleksander H. passe onze ans de sa vie en Grèce.
Comme de nombreux citoyens albanais, il y
subit un racisme débridé et vit dans des conditions précaires. C’est à cette époque, qu’il
tombe peu à peu dans la délinquance. En 2012,
après des passages éclairs en Italie, Aleksan-
Libération Mercredi 1er Août 2018
«
u 11
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«La justice antiterroriste
est une machine à broyer»
L’avocat Martin Pradel
qui suit des dossiers
de jihadistes analyse
les répercussions du
contexte de peur actuel
sur l’institution
judiciaire.
grande sévérité. Aleksander H. n’est
qu’un jeune confronté à cette suspicion: vous êtes en contact avec, qui
est en contact avec, qui est en contact… Les critères d’«association de
malfaiteurs terroristes» sont tellement relâchés qu’on trouve toujours
un moyen de qualifier ce délit. On
fait peser sur les profils de droit
vocat au barreau de Paris, commun des charges dont ils sont
Martin Pradel défend de totalement innocents. Jusqu’au
nombreux jihadistes. Dans stade de l’exercice de la peine, on a
une ère où la peur du terrorisme fait des mécanismes juridiques extrêde la suspicion un élément de certi- mement lourds permettant de neutude, il dénonce le décalage entre traliser ces individus considérés
les principes juridiques fondamen- comme dangereux. Par principe, le
taux et la réalité de la
juge d’application des
politique pénale.
peines va évincer
Le contexte terrotoute peine alternative
riste influe-t-il sur
pour prolonger le conles pratiques juditrôle. Quant au parciaires et si oui, comquet, il fait tout pour
ment ?
qu’ils ne bénéficient
Nous vivons un mopas d’aménagements
ment de notre histoire
de peine, alors qu’ils
judiciaire extrêmepu en obtenir
INTERVIEW auraient
ment sombre, où tous
dans des dossiers de
les principes sont indroit commun. L’obversés. Aujourd’hui lorsqu’il y a un jectif d’une justice impartiale est
doute, en particulier dans ces affai- encore plus difficile à atteindre
res, celui-ci ne va pas nécessaire- quand on parle d’antiterrorisme.
ment profiter à la personne mise en C’est une machine à broyer.
cause, mais au contraire porter une Comment s’explique cette rétiinquiétude. Dans un contexte de cence des juges ?
lutte antiterroriste, une personne Aujourd’hui, l’institution judiciaire
dangereuse est forcément coupable en France est très faible en ce qu’elle
et, à défaut de démonstration est facilement critiquée par les pouexacte, cette suspicion auto-ali- voirs publics. Dans un contexte de
mente la culpabilité. Dès lors qu’elle peur, on cède à la tentation de blâinspire le doute ou la suspicion, une mer le juge pour son manque de
personne sera traitée avec la plus clairvoyance. On voit se développer
AFP
A
Seul dans sa cellule, Aleksander H. désespère.
Les matchs de foot dans la cour de promenade
sont ses seuls moments de joie. Après son arrestation, Liljana et Ludovik sont retournés au
pays. Au parloir, plus personne ne l’attend. Un
soir de mélancolie tenace, l’Albanais avale une
petite boulette de shit, qu’il a chapardé les
jours précédents. Et décompense violemment.
Inquiet, le personnel pénitentiaire le place
d’urgence en service médico-psychologique
régional, une unité de soins en santé mentale.
Il y restera deux semaines. A son retour à
Fleury, sa fragilité est telle que les surveillants
ont ordre de passer le voir toutes les heures.
«J’AI SENTI LA MORT»
Rien n’y fait. Aleksander H. veut sortir ou
mourir. Le 5 juin, un débat sur la prolongation
de sa détention a lieu une nouvelle fois au palais de justice. Tentant le tout pour le tout, le
jeune homme déclame sa détresse: «En détention, j’ai senti la mort. J’ai vu le diable en train
de m’égorger. Je ne peux plus vivre comme ça,
j’ai jamais pleuré mais là je suis mal, je veux
me suicider. […] C’est la première fois que je
pleure, j’aime bien la France. Les médicaments
me mettent plus mal. J’ai un enfant de 3 ans,
ma femme en Albanie et ma mère. Je pense
qu’à me suicider, j’en ai marre. […] Je peux dormir au commissariat s’il le faut.»
Maintenu à l’ombre, Aleksander H. se pend
quatre jours plus tard, à 14h52. Cruelle confidence d’une source judiciaire à Libération :
l’accusation et la juge chargées du dossier
étaient à deux doigts de revoir les poursuites
le visant. Ils comptaient épargner à l’Albanais
les crimes terroristes, pour ne retenir que les
délits connexes liés à la fourniture des armes.
Dans les jours qui ont suivi son décès, son avocate, Olivia Ronen, s’est démenée pour que
l’ambassade d’Albanie avance les frais de rapatriement du corps. Et éviter à Aleksander H.
de sombrer dans l’anonymat de la fosse commune de Fleury-Mérogis. •
«Mon client me
dit toujours : “Ce
costume est trop
grand pour moi !”» Dans les dossiers
terroristes, combien de mis en cause
relèvent en réalité du droit commun ?
Si l’approche chiffrée est délicate, Libé
a recensé quelques cas emblématiques
parmi les plus récents, de Charlie à l’attentat de Nice.
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Photo non contractuelle
der H. tente sa chance à Paris. La France lui
plaît tant qu’il envisage de s’y poser pour toujours. Mais sa faible qualification et son passé
judiciaire ne plaident pas en sa faveur. Dans
la roue d’un ami, vivotant de travaux dans la
maçonnerie, il finit par gagner Nice, où Liljana
le rejoint en 2014. Signe de leur attirance pour
les Alpes-Maritimes, la jeune femme dépose
une demande d’asile et Ludovik naît quelques
mois plus tard, à l’hôpital de l’Archet. Lorsqu’a
lieu la tuerie de la promenade des Anglais,
Aleksander H. semble enfin en voie de sédentarisation. Dès sa garde à vue, l’Albanais est
très irrité d’être assimilé à un jihadiste :
—«Avez-vous déjà côtoyé des musulmans radicaux ? interroge le policier.
—«Non, cela ne m’intéresse pas, je suis contre
eux.
— «Que pensez-vous de l’organisation terroriste Daech ou Etat islamique ?
— «Je ne suis pas d’accord avec eux, je les déteste. Ils pourraient tuer mon fils.»
Puis, interrogé sur son ressenti à la suite de
l’attentat de Charlie Hebdo, Aleksander H.
laisse poindre un certain racisme : «C’est la
faute de l’Etat français car vous donnez tout
aux Arabes.»
En prison, cette colère ne le quittera jamais.
Au printemps, après plus d’un an de détention, son état se détériore gravement. Il parle
seul, crie, ne dort presque plus. Surtout, il s’indigne que la direction de la maison d’arrêt lui
interdise de travailler (une règle fréquente
pour les détenus poursuivis pour terrorisme).
l’idée que les juges auraient pour
mission d’empêcher ceux qui sont
impliqués de recouvrir la liberté.
Les magistrats vont modifier leur
approche et percevoir qu’ils sont les
derniers maillons d’une chaîne judiciaire à laquelle ils n’appartiennent pas. Or, les juges ne peuvent se
porter garants de l’avenir d’un individu. Ce n’est pas leur rôle d’assurer
au premier chef la sécurité publique, c’est le rôle de la police.
Une fois en détention, les détenus impliqués dans des dossiers
terroristes souffrent de conditions de traitement particulièrement dures…
Oui. Je voudrais surtout parler des
fouilles à nu qu’ils subissent. Une
fouille à nu, ce n’est pas juste demander à la personne de se déshabiller. C’est explorer la personne.
Combien ont été pratiquées sur
Aleksander H.? Ces fouilles, pourtant extrêmement humiliantes,
sont systématiques. Ces pratiques
de l’administration pénitentiaire
sont tout à fait illégales. Enfin, dans
ces dossiers particulièrement graves et complexes, les entraves à
l’exercice d’une défense équilibrée
sont tout à fait réelles. Nos horaires
d’accès à la prison sont restreints,
alors que ces détenus, souvent loin
de leur famille, font face à un rouleau compresseur terrible. Et ont
bien conscience d’être perçus
comme des monstres.
Recueilli par
CHLOÉ PILORGET-REZZOUK
et WILLY LE DEVIN
12 u
FRANCE
Libération Mercredi 1er Août 2018
Alexandre Benalla
peut-il être entendu en
commission au Sénat ou
à l’Assemblée nationale ?
Sur le papier, une commission parlementaire ne peut
pas enquêter sur des faits qui font l’objet d’une procédure judiciaire. Dans la pratique, l’audition de Benalla
est envisageable, au moins au Sénat. Lire nos explications sur CheckNews.
Motion: impossible pour l’opposition
face au gouvernement
Ni le texte de la
droite ni celui qui a
rassemblé la gauche
n’ont eu leur chance
mardi. Mais les
discussions de
mardi après-midi
dans l’hémicycle
ont été rudes.
Par
LAURE BRETTON
et LAURE EQUY
Photo
DENIS ALLARD . RÉA
C’
est l’heure de la revanche, sur tous les
bancs. Point d’orgue
d’une folle quinzaine parlementaire, le débat sur la double motion de censure a permis mardi aux oppositions,
comme à la majorité, de solder les comptes avant la
pause estivale. Tout le monde
a bien pris comme point de
départ l’affaire Benalla –les
uns fustigeant «un scandale
d’Etat», les autres relativisant
la «faute individuelle d’un
chargé de mission»– avant de
bifurquer sur le bilan de l’an I.
Après avoir flotté au début
des révélations de la presse
sur le collaborateur d’Emmanuel Macron, la majorité a refait les niveaux, adoptant
même les bonnes vieilles tactiques de l’ancien monde
pour se manifester dans l’hémicycle: faire claquer les pupitres au point de couvrir la
voix de l’orateur que l’on veut
conspuer ou offrir au Premier
ministre trois standing-ovations. «Debout les Playmobil!»
crie-t-on sur les bancs de la
droite avec une régularité de
métronome. Alliés d’un jour,
les députés LR applaudissent
leurs homologues du côté
gauche et vice-versa. Pas banal. Jean-Luc Mélenchon se
voit même gratifié d’un «il a
raison !» sonore venu des
rangs LR. Des élans d’amour
transpartisans qui ne se traduiront pas dans les urnes.
Symboliques, vu le poids de
la majorité LREM-Modem, les
deux motions ont été rejetées,
avec des résultats à géométrie
Mardi après-midi, à l’Assemblée nationale.
variable. Premier à être mis
au vote, le texte de LR a obtenu 143 voix, avec le renfort
des communistes, du FN et
de La France insoumise. La
motion de gauche a quant à
elle recueilli 74 suffrages.
Strike. Le groupe Nouvelle
Gauche s’est contenté de voter
ce texte. Mais «cette motion
commune n’est pas un accord
de gouvernement que nous
aurions signé à la faveur de
cette affaire», prévient le premier secrétaire du PS, Olivier
Faure. «On n’est pas là pour
ressusciter l’union de la gauche ou proposer une alternative politique», le rassure le
député LFI Eric Coquerel.
«Chacun chez soi», ont décidé
du coup les élus LR, prenant
modèle sur les socialistes
pour refuser un strike parlementaire. Sans s’arrêter à ces
subtilités, Edouard Philippe et voyer le PS à l’affaire Cahuzac
sa majorité voient dans cette et la droite aux sondages
double motion un signe que de l’Elysée, du temps de Nicodroite et gauche
las Sarkozy. AmL’HISTOIRE biance. Concerné
veulent prendre
leur revanche
de très loin par
DU JOUR
sur les défaites
l’affaire Benalla,
de 2017 et tenter d’avoir la qui déstabilise le premier
peau de la révision constitu- cercle macroniste, Philippe
tionnelle. A ses ex-camarades profite à fond de cette tribune
socialistes, Richard Ferrand pour faire applaudir toutes les
rappelle leurs relations hou- réformes votées depuis
leuses avec Mélenchon qui mai 2017, à l’exception
traitait François Hollande de du 80km/h et de Parcoursup.
«capitaine de pédalo». «Vous «Cette motion de censure,
n’avez décidément ni projet ni on les remercie, ça nous
mémoire», s’emporte le chef permet de reprendre la main»,
des députés marcheurs.
sourit-on dans l’entourage du
A la tribune, le Premier minis- Premier ministre, qui antre joue à merveille son rôle nonce la couleur pour la rende bouclier présidentiel trée : «Nous ne ralentirons
quand il assène que «les évé- pas, nous ne lâcherons rien.»
nements du 1er Mai ne disent Ressoudée, la majorité
rien de la présidence de la Ré- s’époumone de joie.
publique». Edouard Philippe «Monarchie présidentielle»,
se fait alors un plaisir de ren- «ultraconcentration des pou-
voirs», «joug jupitérien»,
«présidentialisme»: chacune
à leur tour, les oppositions
tentent tout pour raccrocher
l’affaire Benalla aux dérives
d’un Macron qui ne toucherait plus terre.
«Chiche». «Benalla n’est pas
la cause des problèmes mais
un symptôme, il n’est pas l’affaire d’un dysfonctionnement
mais d’un mode de fonctionnement», assène Mélenchon,
exigeant que la réforme des
institutions soit soumise à référendum. En mode «chiche». Droite comme gauche
réclament une réécriture du
projet de révision à la lumière
du scandale estival dont
l’examen, en pleine tempête
Benalla, a été suspendu et repoussé sine die.
De leur côté, le PCF, LFI et le
PS vident leur sac, cognant
sur le bilan économique et
social. Pour le communiste
André Chassaigne, qui parlait
au nom des trois groupes,
«nous avons mille et une raisons de censurer le gouvernement», comme «les cadeaux
aux premiers de cordée» ou
les déclarations présidentielles sur le «pognon de dingue»
des aides sociales. «L’Etat
français n’est ni une société
anonyme ni une start-up»,
renchérit la socialiste Valérie
Rabault, qui critique au passage la réforme des rythmes
scolaires. «On nous avait promis le nouveau monde, ils
renforcent l’antiparlementarisme», accuse aussi la socialiste. Une dernière occasion,
un an après le début de la législature, d’adresser un ironique salut au «nouveau
monde» qui prétendait laver
plus blanc que blanc. •
Libération Mercredi 1er Août 2018
u 13
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LIBÉ.FR
A partir de quel âge peut-on être mis en examen ?
Différente de la majorité pénale (18 ans), la responsabilité
pénale, c’est-à-dire l’âge à partir duquel on peut être déclaré
coupable d’une infraction, peut être engagée sur n’importe quelle personne,
majeure ou mineure. C’est pourquoi un enfant âgé de 10 ans a pu être mis en
examen lundi, alors qu’il est soupçonné d’avoir provoqué l’incendie meurtrier
d’une tour HLM à Aubervilliers (près de Paris) en jouant avec un briquet et un torchon. S’il est reconnu coupable, étant âgé de moins de 13 ans, il n’encourt que des
sanctions ou mesures éducatives, en aucun cas une peine de prison.
d’origine française ont passé dix jours enfermées dans un camion à la frontière bulgaroturque, sans soins particuliers et sous un temps
caniculaire, selon une ONG allemande. Partis de
France le 4 mai, les animaux sont envoyés en République tchèque, où ils restent jusqu’au 18 juillet.
C’est à cette date que l’exportateur Bohemian
Trading décide de les expédier en Turquie. Mais
les autorités lui refusent l’entrée dans le pays, les
certificats sanitaires délivrés par la France n’étant
plus valables. Au lieu de les renvoyer à leur point
de départ, ou a minima de les décharger, comme
l’impose le règlement européen, le transporteur
croate Katanic a préféré abandonner les bovins à
leur sort dans le camion.
Les faits sont d’une très
grande brutalité. Ils se sont
déroulés dans la nuit de dimanche à lundi dans un
parc du quartier populaire
de Saint-Jacques, dans le
sud de Beaune (Côte-d’Or).
«Peu avant 4 h 30, le passager avant d’une voiture a
ouvert le feu avec un fusil de
chasse en direction des jeunes hommes», a indiqué le
procureur adjoint de Dijon,
Thierry Bas, à l’AFP. Plusieurs personnes étaient
alors en train de discuter et
de jouer à la console. Sept
d’entre elles, âgées
de 16 à 20 ans, ont été touchées par les tirs. Si l’une des
victimes a été gravement atteinte, son pronostic vital
n’est pas engagé. Six autres
jeunes hommes ont été hos-
Le vin bleu, c’est pas la mer à boire
nir le vin bleu? Ben non, c’est
un truc vieux comme le pif
qui permet cette alchimie: il
suffit de faire macérer le vin
blanc avec des peaux de raisins noirs et ainsi il devient
bleu.
Ça vous en bouche un coin,
hein ? Allez petite révision,
bande de buveurs ignares :
c’est la peau ou la pellicule du
grain de raisin qui fait souvent la couleur de la robe
de votre cuvée préférée. «Ce qui est encore le
plus intéressant dans la
pellicule, c’est la matière
colorante, expliquaient
Edouard Nègre et Paul
Françot dans leur Manuel pratique de vinification et de conservation des vins
(Flammarion, 1947).
En effet, exception
faite pour certains
cépages dits “teinturiers”, la matière
colorante du raisin,
quelle que soit sa
couleur, est exclusivement contenue
dans la peau.»
Sur Facebook, vindigo nous promet
un vin «frais, fruité,
doux» avec des
«arômes agréables
de cerise, de framboise et de fruit de
FACEBOOK VINDOGO
Quel est le point commun entre l’affaire Benalla et le vin
bleu commercialisé depuis
début juillet par une entreprise basée à Sète (Hérault)?
Tous les deux font pisser
de la copie au cœur de la
canicule accentuée par la
gueule de bois macronienne.
Mais il y a une différence
considérable entre lever le
coude pour esbaudir ces petits cons de gauchistes et lever
le coude pour siroter un breuvage couleur de piscine.
Baptisée vindigo et produite en Espagne, cette
vinasse est du 100% chardonnay, deuxième cépage
blanc le plus planté
du monde (200000 hectares, soit 4% du vignoble planétaire et
10 millions d’hectolitres par an).
Et ouais, y a un truc
pour qu’il soit couleur de lagon. Ce
n’est pas du bleu de
méthylène qui procure des mictions
azurées. Encore
moins du bleu
brillant, cet additif
alimentaire (E133)
qui teinte le curaçao
bleu. Bon alors bordel, faut-il presser
une colonie de Schtroumpfs pour obte-
la passion». Depuis la lumineuse saillie du cuisiner-écrivain-anar Benoist Rey, on sait
que Mieux vaut boit du rouge
que broyer du noir. Mais alors
pourquoi biberonner turquoise quand l’or d’un aligoté
peut nous combler au cœur
de l’été ? Parce que c’est la
dictature du bleu qui règne
en maître sur notre planète
ultra-marketée. «Le bleu est
l’une des couleurs les plus
populaires dans le commerce.
Elle inspire la fiabilité, offre un air de fraîcheur et
encourage les sentiments de
productivité, d’apaisement,
de tranquillité et de confiance», peut-on lire sur le site
d’Alioze, une agence de com.
Désormais, le bleu contamine
le pastis, les noms de whisky
et de vodka, les bouteilles de
bière et le picrate…
Le vin bleu fait causer
comme le fit il y a plus de
soixante ans le vin fou
d’Henri Maire. Pour
promouvoir sa marque, le
vigneron jurassien fit apposer des milliers de panneaux
sur les routes de France.
Personne ne nous a jamais dit
que le vin fou était bon mais
tout le monde en causait. En
matière de rince cochon,
l’imagination de l’être humain est sans limites.
JACKY DURAND
pitalisés pour des blessures
plus superficielles.
Lundi matin, les enquêteurs
du commissariat de Beaune et
de la police judiciaire de Dijon
semblaient privilégier la thèse
du règlement de comptes.
Certaines victimes leur ont en
effet dit que, quelques heures
plus tôt, à 1h25, une autre voiture avait foncé sur eux, mais
qu’ils étaient parvenus à l’éviter. «Heureusement qu’il y a le
banc qui m’a sauvé. Honnêtement, sans ce banc-là, je pense
que c’était fini pour moi. La
voiture, j’ai vu à leurs regards
qu’ils avaient une haine envers nous», a témoigné l’un
d’eux sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Il pourrait donc s’agir d’une attaque
ciblée, en deux temps. «L’enquête permettra de détermi-
ner si un lien existe entre les
deux affaires», a précisé le
procureur adjoint.
Cependant, certaines victimes et des témoins esquissent une autre histoire. «Il ne
s’agit pas d’un règlement de
comptes, ce sont des racistes.
Ils sont arrivés en criant: “Sales bougnouls, rentrez chez
vous”», a déclaré au Bien public un témoin, proche des
victimes. «Pour l’instant, règlement de comptes ou insultes racistes, nous n’en savons
rien», a souligné le procureur
adjoint. Les premières investigations visent à retrouver
les véhicules utilisés afin
d’en identifier les propriétaires, potentiellement à l’origine de la fusillade. La poudre prélevée sur place est en
cours d’analyse, afin de dé-
«[A LREM], on
va pas tous être
d’accord sur la
PMA, GPA ou la
fin de vie, et
c’est normal»
AINA KURIC
députée LREM
REUTERS
57 vaches
Beaune: attaque ciblée ou acte raciste?
Aina Kuric n’est pas une
frondeuse, et n’a jamais
voulu l’être. Mais depuis
jeudi et son vote remarqué
contre le projet de loi asileimmigration, la députée
LREM de la Marne risquait
l’exclusion au nom de la loi
d’airain énoncée par Richard Ferrand, le président
du groupe majoritaire à l’Assemblée: «Abstention péché
véniel, vote contre péché
mortel.» C’est une «petite de-
mi-heure» avant la réunion
du bureau mardi matin
qu’elle a appris son maintien
au sein du groupe LREM.
«Je n’ai pas d’autre famille
politique, je n’ai pas d’autre
appartenance, je ne viens
d’aucun parti et je suis très
heureuse de rester», nous
confiait-elle, soulagée, dans
son bureau de la rue de
l’Université. Avant d’expliquer pourquoi elle a fini par
voter contre: «Je ne pensais
terminer le type d’arme utilisée. Y a-t-il un lien avec de
précédentes détonations entendues un mois plus tôt
dans le quartier voisin des
Blanches-Fleurs? Un homme
de 22 ans avait alors été
blessé à la jambe sans que ses
agresseurs ne soient identifiés. Pour l’heure, aucun rapport n’a été établi entre les
deux affaires. Sans attendre
les conclusions de l’enquête,
le Rassemblement national a
dénoncé «l’explosion de l’insécurité», l’élu socialiste Jerôme Guedj «une ratonnade». Et le maire LR de
Beaune, Alain Suguenot, a
annoncé qu’il envisageait
d’instaurer un couvre-feu
pour les jeunes de ces deux
quartiers.
ARTHUR LE DENN
pas que la question du droit
du sol allait arriver.» Alors
que de nombreuses Comoriennes enceintes débarquent à Mayotte pour accoucher et faire bénéficier à leur
enfant du droit du sol, le
texte, depuis son passage au
Sénat, exige, à Mayotte, la
présence légale d’au moins
un des parents depuis plus
de trois mois pour que l’enfant puisse acquérir la nationalité française. Pour Gilles
Le Gendre, l’un des vice-présidents du groupe LREM :
«Elle n’a pas cherché la publicité sur son vote, elle a expliqué son attachement au
droit du sol par ses origines
malgaches.» Pour l’intéressée, ce n’est pas aussi simple. «Je suis née de père et de
mère malgaches en France.
Je suis binationale. Ce n’est
pas parce que je suis d’origine malgache que j’ai voté
contre ce texte.» Sinon,
bonne élève, elle rappelle
qu’elle n’a rejeté aucun autre
texte de la majorité. Marcheuse «de la première
heure, je connaissais le programme dès le départ, j’ai
toujours voté par adhésion»,
précise-t-elle. Et de se féliciter de la diversité du groupe:
«On n’est pas d’accord, on va
lancer un débat, mais c’est ça
qui est intéressant. Demain
avec la loi bioéthique ce sera
pareil.» Aïe aïe aïe.
ULYSSE BELLIER
14 u
FRANCE
Libération Mercredi 1er Août 2018
Jeux, entraide, vie dans la nature…
Une quinzaine d’enfants roms ont vécu
quelques jours de vacances accueillis par
l’association des Scouts et guides de France.
Larisa, Ionut…
du camp rom
au camp scout
Par
KIM HULLOT-GUIOT
Photos DAVID MAUREL.
HANS LUCAS
L
es flammes commencent à dévorer les
brindilles, disposées avec application
sur les cendres encore fumantes de la
veille. Autour du foyer se tiennent Pierre, un
compagnon scout de 18 ans originaire de
Chartres, et Larisa, 12 ans, qui vit en SeineSaint-Denis. Comme une dizaine d’autres enfants venus des bidonvilles de Stains et de
Montreuil, elle découvre le monde scout cet
été, à l’occasion d’un mini-camp organisé
avec l’association les Enfants du canal.
Tandis que ses camarades délaissent la mise
en route du feu, sur lequel on fera cuire des
steaks hachés pour le dîner avant d’y faire
griller des Chamallows pendant la veillée, la
petite ne se montre guère impressionnée.
«On fait souvent des feux comme ça en Roumanie», dit Larisa, même si elle n’y est pas
beaucoup allée.
L’après-midi touche à sa fin à Jambville
(Yvelines), où l’association des Scouts et guides de France dispose d’un domaine de
54 hectares. «En 1956, les adhérents ont cotisé deux fois pour acheter cette propriété»,
sourit François Mandil, qui gère la communication du mouvement. On y trouve un potager pédagogique, des ruches, un centre de
formation, des sanitaires en dur, un «scout
market» où se ravitailler, et surtout un vaste
terrain à disposition des jeunes gens de 8 à
20 ans qui poursuivent la tradition scoute
d’éducation par la nature. Un projet né au
début du XXe siècle dans le cerveau de Lord
Robert Baden-Powell, un général anglais qui
jugeait que «l’éducation virile, dans les bois»
était importante aussi bien pour les filles
que pour les garçons : «Les partisans de la
masculinité reliraient ça, ils feraient une
syncope», rigole Mandil.
S’il souffre d’une image poussiéreuse et tradi,
le scoutisme a aussi une dimension d’éducation populaire. «Baden-Powell avait écrit: “Je
vous demande de laisser le monde un peu
Le scoutisme a aussi une dimension d’éducation populaire.
L’équipe encadrante est composée de scouts, de bénévoles des Enfants du canal, de jeunes
meilleur.” Le but, c’est de faire de chacun un
citoyen actif, utile, heureux, et artisan de paix.
On a une image très bourgeoise, mais on a toujours été impliqués socialement. Si on reste entre nous, très vite on s’enferme», dit-il encore.
Alors, quand Benjamin, un scout originaire
de Chartres qui effectuait un service civique
aux Enfants du canal, une organisation parisienne de lutte contre l’exclusion des sansabri et des personnes vivant dans les bidonvilles, a eu l’idée il y a deux ans d’organiser un mini-camp au vert pour les enfants
qu’il suivait à l’association, les scouts et
guides de France ont répondu présents. «On
voulait organiser quelque chose de type
colonie. Je me faisais un peu charrier parce
qu’il y a des clichés sur les scouts, mais on veut
justement s’ouvrir au-delà des bobos, raconte
le jeune homme. La pédagogie scoute et celle
des Enfants du canal, c’est un peu la même.
Il y a l’idée d’éducation populaire, d’empowerment.»
Assembler des rondins de bois
«La plus grande crainte, c’était de réussir à
convaincre les parents de laisser leurs enfants
partir trois jours, parce qu’ils ne savent pas
si leur camp sera toujours là à leur retour,
complète Aline Malard, coordinatrice de projet aux Enfants du canal. Et puis c’est compliqué pour les parents de se figurer ce que font
les enfants ici, donc on a beaucoup montré de
photos. Mais ça normalise l’idée qu’ils partent
en vacances. Quand une instit propose une
classe verte, une sortie à la mer, il y a moins
de résistance.»
Ionut, Isabela, Andrea, Diana, Larisa et les
autres ont donc trois jours pour se frotter à un
«scoutisme aménagé», comme dit Elodie, salariée des Scouts et guides de France. La
messe a été supprimée, tout comme les
«temps spi» (des moments de réflexion spirituelle), les tentes et les tables du précédent
camp n’ont pas été démontées pour gagner
du temps. Les enfants pourront tout de
même assembler les bancs, des rondins de
bois qu’il faut nouer avec une corde. Même
si certains préfèrent s’écorcher les mains en
«C’est plus compliqué
que dans un camp
classique de les faire
rester à table, ou
respecter les règles d’un
grand jeu, car ce n’est pas
leur habitude.».
Benjamin encadrant
cueillant des prunes pas très mûres plutôt
qu’en serrant trop fort la ficelle.
«L’idée, c’est qu’ils voient autre chose, qu’ils
accèdent à des loisirs, mais aussi à la mixité,
puisqu’ils vont aussi faire des activités avec
d’autres enfants. Ça demande beaucoup
d’énergie, mais ça vaut le coup quand on voit
les enfants s’épanouir», dit Elodie. François
Mandil : «Le scoutisme est un lieu pour être
soi-même, hors de la pression sociale.»
Si les enfants sont «très débrouillards», selon
Aline Malard, ils sont aussi plus difficiles à
canaliser, estime l’équipe encadrante, composée d’un groupe de scouts venus de Chartres, de bénévoles des Enfants du canal, des
jeunes gens en stage ou en service civique, et
de scouts originaires de Macédoine et de
Roumanie. «C’est plus compliqué que dans un
camp classique de les faire rester à table, ou
respecter les règles d’un grand jeu, car ce n’est
pas leur habitude, relève Benjamin. Mais ça
varie beaucoup selon qu’ils sont ou non scolarisés.» «Ils se dispersent pas mal parce qu’ils
ont grandi de façon très autonome, abonde
Ismaël, futur étudiant en journalisme de
18 ans, qui appartient au même groupe scout
que Benjamin, 22 ans. Mais c’est sympa d’apprendre à les connaître. Ils ne vivent pas les
mêmes choses que nous à leur âge, on
échange.»
Ce qui amuse le plus les encadrants, c’est l’appétence des enfants pour les tâches ménagères, en particulier la vaisselle. «Quand j’étais
chez les louveteaux [qui correspondent à la
catégorie d’âge des enfants accueillis pour ce
Libération Mercredi 1er Août 2018
gens en service civique…
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Les enfants ont été jugés «très débrouillards», même s’ils sont plus difficiles à canaliser que les traditionnels louveteaux.
On fera cuire des steaks hachés pour le dîner avant d’y faire griller des Chamallows.
mini-camp, nldr], on n’aimait pas du tout laver les douches. Alors qu’eux sont ultramotivés !» se marre Florentin, 18 ans dont dix de
scoutisme, et futur étudiant en médecine.
«C’est vrai que c’est plus naturel pour eux car
ils n’ont pas de lave-vaisselle, note Annabelle,
24 ans, qui a terminé au printemps son service civique aux Enfants du canal et est revenue comme bénévole. Pour eux, c’est excitant
de faire comme les grands. Le scoutisme te
montre que tu peux être indépendant.»
«Base solide pour grandir»
Le temps du mini-camp, la messe a été supprimée.
Pour les jeunes venus de Chartres, issus de
classes moyennes et supérieures, encadrer
ces enfants a aussi été l’occasion de venir visiter leur bidonville, à Montreuil ou Vitry, lequel a depuis été évacué –entraînant l’annulation du troisième mini-camp programmé.
Florentin, Ismaël ou Pierre le disent de
concert : jamais ils n’auraient cru voir des
gens vivre dans de telles conditions à quelques kilomètres de la capitale. Robert, scout
venu de Chtip, en Macédoine, estime aussi
que «ce groupe marginalisé n’a pas assez d’opportunités. Le scoutisme t’inspire pour être
une meilleure personne, cela te donne une
base solide pour grandir et servir la société».
Pierre: «On n’a pas besoin d’être français depuis cinq générations pour partir en camp
scout. On a une image assez familiale, mais on
essaye d’accueillir de plus en plus largement.»
Chez les scouts, chaque groupe possède un
foulard aux couleurs différentes, qu’ils
échangent entre eux lors des grands rassemblements. «Le groupe de la Goutte-d’Or a par
exemple un liseré en wax. Au prochain rassemblement, ce seront un peu les stars!» illustre François Mandil. Dès le premier jour du
mini-camp, les enfants se sont vu remettre,
à l’issue de jeux de cerceaux ou de balle américaine, leur propre foulard rouge et blanc.
Lorsqu’ils se joindront aux autres enfants
scouts présents à Jambville pour des jeux,
comme la prise de drapeau, un classique du
scoutisme où il faut récupérer le drapeau de
l’équipe adverse, ou pour des olympiades, ils
ne dépareilleront pas. •
16 u
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Libération Mercredi 1er Août 2018
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TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Cameron Black :
l’illusionniste. Série. Don
de voyance. Faire diversion.
Magie noire et jeux d’ombres.
23h35. Flash. Série.
4 épisodes.
20h55. Le voyage extraordinaire de Sammy. Film
d'animation. 22h15. Zarafa.
21h00. Les 30 histoires.
Divertissement. Stupéfiantes.
23h10. Les 30 histoires. Divertissement. Impressionnantes.
FRANCE 5
20h55. Duel au soleil. Série.
Aller simple. Le monde
du silence. 22h40. Duel
au soleil. Série. 2 épisodes.
FRANCE 3
20h55. La grande soirée
des Chorégies d’Orange.
Documentaire. Roberto
Alagna, l’homme à la voix d’or.
22h20. Le Barbier de Séville.
Opéra.
CANAL+
21h00. La Gaule d’Antoine.
Magazine. Les Hauts-deFrance. Présenté par Antoine
de Caunes. 22h25. Chips La relève. Film.
ARTE
21h00. True Justice. Téléfilm.
Soldats d’infortune. 22h30.
True Justice. Téléfilm.
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. Chapeau melon et
bottes de cuir. Série. Jeux.
Le document disparu. 22h35.
Chapeau melon et bottes
de cuir. Série. 2 épisodes.
21h00. Section de
recherches. Série. Écart
de conduite. Belle à mourir.
22h50. Section de
recherches. Série. 2 épisodes.
TMC
6TER
21h00. Burger Quiz. Jeu.
3 épisodes. 23h35. En
attendant Noël : une année
incroyable à Disneyland.
21h00. Les aventures de
Tintin. Animation. 4 épisodes.
22h45. Les aventures de
Tintin. Animation.
W9
CHÉRIE 25
21h00. La fabuleuse histoire
du Top 50. Documentaire.
22h50. Les 20 chansons
préférées des Français.
20h55. Un enfant en danger.
Téléfilm. Avec Aure Atika.
22h50. Les enquêtes de
l’inspecteur Wallander.
Téléfilm. Mort clandestine.
NRJ12
20h55. Europa Europa.
Drame. Avec René
Hofschneider, Marco
Hofschneider. 22h45.
Crimes dans l’extase. Film.
NUMÉRO 23
20h55. Stormageddon.
Science-fiction. Avec John
Hennigan, Eve Mauro. 22h40.
The Controller. Téléfilm.
M6
C8
21h00. Zone interdite. Magazine. Camping-Car : les vacances préférées des Français.
22h55. Zone Interdite. Magazine. Vacances en campingcar : l’aventure sur la route.
21h00. Légion étrangère :
de l’engagement au combat.
Documentaire. 22h40. Forces
spéciales : l’impitoyable
sélection des commandos
marine. Documentaire.
MERCREDI 1ER
Le temps reste assez mitigé du sud-ouest au
nord-est avec des nuages et parfois
quelques ondées dans une ambiance un
peu lourde. Au nord-ouest, le soleil revient,
et se maintient aussi au sud-est.
L’APRÈS-MIDI Il fait globalement beau et
chaud partout. Quelques orages de chaleur
pourront éclater en montagne.
20h55. Sirènes. Série.
Exercice de réveil. Passage
de frontière. 22h35. Sirènes.
Série. 2 épisodes.
LCP
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Caen
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HORIZONTALEMENT
I. Classes de niveau supérieur
II. Il est fin en bouche III. Dieu ;
Un IV. Préface d’une horrible
page d’histoire V. Déesse
indienne ; Micro-cravate
VI. La monnaie du pays le
plus peuplé de son continent ;
Poisson hermaphrodite
VII. Le prénom de M. Livi,
alias Yves Montand ; Elle
partage trois lettres avec le
fleuve qu’elle croise dans
une grande ville française
VIII. D’aucuns sont euphoriques après avoir consommé
leurs bonnes feuilles ; Un de
Troie et de Seven IX. Son
carré est sa racine ; Qui coupe
X. Chanteur noir XI. En colère
9
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
X
Grille n°977
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Universels dans une forme rare 2. Renaud qui chante ; Un des huit
premiers sur quinze 3. Terre vers le ciel ; Prince russe en pages, campagnard à Paris en images ; Accord à Cahors 4. Muscler son corps ; Fumé
5. Un petit noble ; Russe qui pétille ; Angoisse sur un pont à Oslo
6. M’implantai (me) ; Danger après le guet 7. Elle brasse du vent ; Sacrée
sur TF1 8. Futur apparatchik socialiste 9. Dont la forme touche le fond
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CONFITURE. II. ARA. KÉBAB. III. MARMELADE.
IV. ÉTÉ. BACON. V. MOSHAV. TI. VI. BI. UNIRAS. VII. ÈRE. AVE.
VIII. RÉMI. IULE. IX. INDÉSIR. X. DÉPENSAI. XI. CURIOSITÉ.
Verticalement 1. CAMEMBERT. 2. ORATOIRE. DÛ. 3. NARES. ÉMIER.
4. HU. INPI. 5. IKÉBANA. DÉO. 6. TÉLAVIVIENS. 7. UBAC. RÉUSSI.
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80064. ISSN 0335-1793.
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-10/0°
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20h30. La Ve, une constitution sur mesure ?. Documentaire. 21h30. Droit de suite Débat. 22h00. Le soldat
méconnu. Documentaire.
Belle journée estivale. Le ciel est souvent
tout bleu avec le retour de l'anticyclone sur
la France.
L’APRÈS-MIDI Le ciel est bien dégagé sur
quasiment tout le territoire. La chaleur reste
assez raisonnable au nord de la Loire mais
reste très forte au sud.
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20h50. L’odyssée des
primates. Documentaire.
Asie. Afrique. Amériques.
23h20. C dans l’air. Magazine.
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IDÉES/
Libération Mercredi 1er Août 2018
New York
ÉTATS-UNIS
Washington
800 km
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (1/11)
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour
les droits civiques, à la Bellevilloise (Paris), lieu d’une utopie sociale,
en passant par le Café Riche du Caire, des écrivains, des historiens et
des géographes retracent l’histoire de lieux où ont émergé de nouveaux
courants intellectuels, politiques ou artistiques.
Au Cafe Society,
le jazz à l’avant-garde
des droits civiques
En décembre 1938, Barney Josephson ouvre le légendaire club de jazz
Cafe Society, et fait tomber une barrière de la ségrégation raciale :
les Afro-Américains ne sont pas seulement sur scène mais aussi dans
le public. On considère le Cafe Society comme une antichambre du
mouvement pour les droits civiques, qui naîtra dans les années 50.
Par
ISABELLE HANNE
Correspondante à New York
Marc Blitzstein, Jimmy Savo, Barney Josephson et Josh White
en 1945. PHOTO SAM SHERE . THE LIFE PICTURE COLL.. GETTY .AKG-IMAGES
L
e quartier de Greenwich Village, dans le sud-ouest de
Manhattan, est en état de
mort cérébrale depuis des années.
S’il a conservé son charme résiden-
tiel, avec de jolies maisons brownstones et rues arborées, le Village a
été asphyxié par la gentrification,
les condominiums avec piscines et
salles de gym aux loyers exorbitants
et par les Airbnb de luxe. Il fut pourtant, tout au long du XXe siècle,
un refuge pour bohèmes sans le
sou, immigrés, communistes,
une marmite contestataire et artistique, berceau de la Beat Generation, puis capitale mondiale du
militantisme LGBT.
C’est d’ailleurs à deux pas du Stonewall Inn, d’où sont parties les
émeutes de juin 1969, au sous-sol
du 2, Sheridan Square et face à un
coquet petit parc triangulaire,
1947, au Cafe Society,
New York.
PHOTO GJON MILI.
COLLECTION D’IMAGES
LIFE. GETTY IMAGES
Libération Mercredi 1er Août 2018
qu’un certain Barney Josephson,
vendeur de chaussures à Atlantic
City pas franchement prédestiné,
a mené une sacrée révolution à
l’aube de la Seconde Guerre mondiale. En décembre 1938, ce pionnier y ouvre le légendaire club de
jazz Cafe Society, et fait tomber l’air
de rien une barrière de la ségrégation raciale: «Je voulais un club où
Noirs et Blancs pouvaient être
ensemble sur scène, et s’asseoir à
côté dans la salle, expliquera-t-il
dans des enregistrements adaptés
vingt ans après sa mort en mémoires (1) par sa veuve, Terry TrillingJosephson. Un tel endroit, à ma
connaissance, n’existait ni à New
York ni ailleurs dans le pays.»
«LA SEULE ET UNIQUE
CULTURE DE CE PAYS,
C’EST LA MUSIQUE»
Depuis la naissance du jazz, c’est
toujours la même histoire bichrome: artistes noirs, public blanc.
Même au Cotton Club, à Harlem, les
Noirs n’étaient pas admis dans la
salle, sauf à quelques rares exceptions. «Ça me dérangeait beaucoup
qu’au Cotton Club, les Noirs soient
parqués au fond de la salle, derrière
des piliers ou des cloisons, se souviendra-t-il. Ça me rendait furieux
que même dans leur propre ghetto,
ils doivent subir cela. Et bien sûr,
dans les autres clubs plus au sud de
Harlem, où les artistes étaient noirs
comme au Kit Kat Club, un AfroAméricain ne pouvait même pas entrer […]. La seule et unique culture
que nous possédons dans ce pays,
c’est la musique que les Noirs nous
ont donnée. Le gospel, le blues, le
jazz, le rock’n’roll, tous viennent
des spirituals et des chants d’esclaves
du Sud. Tout le reste a été importé
d’Europe.» Pour la première fois, et
dans un quartier majoritairement
blanc, tout le monde est bienvenu
au Cafe Society.
Le propriétaire du club n’a pourtant
aucune expérience dans le monde
du spectacle et de la nuit new-yorkaise, à l’époque largement contrôlé
par la pègre. Né en 1902 à Trenton,
dans le New Jersey, de parents juifs
émigrés de Lettonie –père cordonnier, mère couturière – Barney
Josephson débute sa vie professionnelle dans la boutique de chaussures de l’un de ses frères. «Je crois
que j’en sais toujours plus sur le commerce des chaussures que sur le business des cafés-théâtres», plaisantera-t-il des années plus tard. Il a
35 ans quand, lassé des souliers et
d’Atlantic City, et mordu de jazz, il
déménage à New York, avec le vague projet d’ouvrir un cabaret et
«7,80 dollars en poche», lit-on dans
la nécrologie que lui consacre le
New York Times à sa mort, en 1988.
Les cafés politiques de Prague et de
Berlin, qu’il découvre lors d’un sé-
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 19
jour en Europe, l’ont profondément
marqué. C’est d’ailleurs un cabaret
politique créé à l’automne 1938 par
The Theater Arts Committee (2)
alors que le théâtre contestataire et
social explose dans le New York de
la Grande Dépression, qui finit par
le convaincre d’ouvrir son club.
Avec 6 000 dollars empruntés à
deux amis et à son frère Leon, il loue
le sous-sol de Sheridan Square pour
200 dollars par mois. Josephson
laisse carte blanche à des artistes de
Greenwich Village, du peintre conceptuel Ad Reinhardt ou du lithographe Adolf Dehn aux caricaturistes William Gropper et Sam Berman
en passant par les illustrateurs
Abe Birnbaum et John Groth, pour
peindre des fresques sur les murs
du club. «Je leur ai dit “Peignez ce
que vous voulez”, que j’allais ouvrir
un cabaret politique avec du jazz,
une satire des classes sociales supérieures», se remémorait Josephson.
Cafe Society est le nom donné aux
cercles d’élites intellectuelles issus
des grandes familles new-yorkaises,
notamment pendant la prohibition.
Histoire que tout le monde comprenne bien l’ironie du nom, le proprio rajoute un sous-titre, The
Wrong Place for the Right People,
«le mauvais endroit pour les bonnes
personnes».
LA POLITIQUE N’EST
JAMAIS BIEN LOIN
Le succès est immédiat. Avec sa
programmation exceptionnelle
–Josephson est conseillé par le dénicheur de talents John Hammond – et son positionnement radical et progressiste, l’endroit se
hisse très vite au rang de phénomène culturel. A la soirée d’ouverture, une certaine Billie Holiday
chante devant le public métissé du
Cafe Society. Elle s’y produira pendant neuf mois consécutifs, véritable rampe de lancement de sa carrière. Sous les voûtes de la vaste
salle en sous-sol, dans les épaisses
fumées de cigarettes, défile une
liste d’artistes en forme de discothèque idéale pour fan de jazz, de
boogie-woogie et de blues : Sarah
Vaughan, Lena Horne, Hazel Scott,
Art Tatum, Mary Lou Williams, Albert Ammons, Big Joe Turner,
Count Basie, Nat King Cole, John
Coltrane, Miles Davis…
Le club fait salle comble tous les
soirs ou presque. Mais il est essentiellement fréquenté par des Villagers fauchés, intellectuels désabusés ou artistes subventionnés par le
Works Progress Administration
(WPA), sorte de Pôle Emploi mis en
place par le New Deal. Josephson
perd de l’argent dès la première année. «J’étais lourdement endetté
quand je me suis rendu compte que
j’étais la bonne personne au mauvais endroit, plaisante-t-il dans ses
1945, Mary Lou Williams, au Cafe Society. PHOTO AKG-IMAGES
mémoires. Je ne suis pas un personnage du Village… Je me fonds beaucoup mieux dans la foule chic et élégante d’Uptown.» Il décide alors,
en 1940, d’ouvrir une antenne de
Cafe Society dans un quartier
huppé, sur la 58e Rue, «là où était
l’argent». Ironiquement, la naissance de ce cousin Uptown, rentable au bout de trois mois, a pour effet de populariser auprès de l’élite
l’original, à Greenwich Village.
Mais l’histoire du Cafe Society n’est
pas qu’une encyclopédie du jazz :
la politique n’est jamais bien loin.
Sur scène: c’est là qu’en 1939, Billie
Holiday interprète pour la première
fois Strange Fruit, sa chanson
réquisitoire contre les lynchages
des Afro-Américains dans le Sud,
et avec laquelle elle clôturera
ensuite tous ses tours de chant,
dans un silence total. Le club organise également des événements
politiques et des levées de fonds
pendant et après la Seconde Guerre
mondiale. Et dans la salle, puisque
s’y mélangent activistes, intellec-
tuels radicaux et artistes, Noirs
et Blancs. Le journaliste David
Margolick (3) considère d’ailleurs
Cafe Society comme une antichambre du mouvement pour les droits
civiques, qui naîtra une décennie
plus tard.
DANS UNE AMÉRIQUE
AU SEUIL DE LA «PEUR
DU ROUGE»
Mais c’est également la politique
qui conduira le Cafe Society à sa
perte. En mars 1947, Leon Josephson, le frère de Barney qui lui a prêté
de l’argent pour démarrer son club,
est assigné à comparaître devant le
Comité de la Chambre des représentants sur les activités anti-américaines (House Un-American Activities
Committee, HUAC), qui mène déjà
la charge anticommuniste, devançant McCarthy. Pourtant marginalisé par le Parti communiste américain, Leon n’a jamais fait mystère de
ses vues marxistes. Jugeant le comité anticonstitutionnel, il refusa
de répondre aux questions, et fut re-
connu coupable d’outrage. Les frères Josephson furent la cible de violentes diatribes des éditorialistes
conservateurs. Dans une Amérique
au seuil de la «peur du rouge», cette
mauvaise presse entraîna une nette
baisse de la fréquentation, de lourdes dettes, et la fermeture des deux
Cafe Society moins d’un an plus
tard. Cité dans les mémoires de Josephson, l’impresario de jazz Art
D’Lugoff l’affirmait tel quel: «L’histoire de Cafe Society, c’est l’histoire
de notre siècle.» •
(1) Cafe Society. The Wrong Place for
the Right People, de Barney Josephson
et Terry Trilling-Josephson, 2009.
(2) «Actors as Activists : The Theatre
Arts Committee Cabaret, 1938–1941»,
de Michael L. Greenwald, Cambridge
University.
(3) Strange Fruit, Billie Holiday, le Cafe
Society et les prémices de la lutte pour
les droits civiques, de David Margolick,
10/18, 2001.
Demain : le Café Riche au Caire
20 u
Libération Mercredi 1er Août 2018
IDÉES/
Lors d’une manifestation
à Tel-Aviv, le 22 juillet.
Au premier plan, en
transparence, une
bannière ornée d’un
portrait de Benyamin
Nétanyahou. PHOTO
CORINNA KERN. REUTERS
Israël, l’Etat-nation
du peuple juif?
Q
u’on le veuille ou non, Benyamin
Nétanyahou aura marqué de son
empreinte l’histoire d’Israël d’une
façon décisive. L’homme n’attire pas la
sympathie. Même en Israël, sa popularité
est incertaine. Mais il dégage une impression de puissance qui force l’admiration.
En face de lui, les Palestiniens sont défaits,
entre le régime vieillissant et corrompu de
Mahmoud Abbas et la violence sans stratégie du Hamas.
Quant au monde arabe, il détourne son
regard et laisse faire. Il a d’autres soucis,
en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye,
mais surtout avec l’Iran qui avance ses
pions de façon menaçante.
Benyamin Nétanyahou peut donc faire
son marché sans être dérangé et profiter
tout à loisir de la présence de Donald
Trump à la Maison Blanche. Il a donc
convaincu sans peine les Américains de
transférer le siège de leur ambassade de
Tel-Aviv à Jérusalem, foulant au pied les
résolutions du Conseil de sécurité et le
droit international. Après quelques hauts
cris plutôt convenus, la communauté
internationale s’est résignée sans trop de
peine au fait accompli.
La nouvelle proclamation de Nétanyahou,
ratifiée par la Knesset, selon laquelle Israël
est l’Etat-nation du peuple juif provoquera
les mêmes réactions internationales : un
peu d’indignation, beaucoup d’indifférence. Tous les juifs du monde sont peutêtre peu ou prou d’accord avec cette définition d’Israël, laquelle se rattache
d’ailleurs directement à la déclaration
Balfour d’il y a cent ans. Oui bien sûr,
conformément à ce qui avait été promis
par lord Balfour en 1917, l’Etat d’Israël a été
créé après la Seconde Guerre mondiale
pour donner aux Juifs une terre et un Etat
où vivre enfin en sécurité après le martyre
de la Shoah. Il n’y a rien à dire à cela.
Mais le problème palestinien demeure, et
cette déclaration ne fait que le compliquer
un peu plus. Chaque jour qui passe rend
de plus en plus improbable et irréaliste
l’idée qu’un Etat palestinien puisse voir le
HERVÉ
DE CHARETTE
Par
DR
La proclamation
de Benyamin Nétanyahou,
ratifiée le 9 juillet par
la Knesset et selon laquelle
Israël est l’Etat-nation
du peuple juif, ne fait que
compliquer un peu plus
le problème palestinien.
Ancien ministre des Affaires
étrangères
jour à côté d’Israël. C’est pourquoi un
nombre croissant d’observateurs suggérait
qu’Israël devienne l’Etat de toute la Palestine, incluant ensemble les Juifs et les
Palestiniens dans une citoyenneté
commune. Benyamin Nétanyahou vient
de fermer cette porte à peine entrouverte.
Il l’a fait à sa manière, toute en brutalité,
en la claquant au nez des Palestiniens auxquels il signifie qu’il n’y aura jamais de
place en Israël pour une citoyenneté palestinienne, ni pour ceux qui vivent en Cisjordanie, à Jérusalem ou à Gaza, ni pour les
Palestiniens condamnés à croupir à perpétuité dans les camps de réfugiés du Liban,
de Jordanie ou d’ailleurs.
Logiquement la prochaine étape, ce sera
l’annexion de la Cisjordanie. Mais rien ne
presse. Il faut que la décomposition des
institutions palestiniennes se poursuive et
aille à son terme. Il faut que la jeunesse
palestinienne comprenne, ce qu’elle fait
de mieux en mieux, qu’il n’y a pas d’avenir
pour elle sur place et qu’elle doit s’en aller.
Telle est la dure loi de Nétanyahou !
Le jour viendra, je le crois, où la communauté internationale se reprochera amèrement d’avoir fermé les yeux, sans être
capable de faire autre chose que de substituer à l’injuste exil du peuple juif l’exil
injuste du peuple palestinien. Ce jour
viendra dans dix ans, dans cent ans, lorsque, du fond de leur exil, abandonnés de
tous, des Palestiniens relèveront la tête et
reprendront la complainte du Juif-Errant :
«L’an prochain à Jérusalem !» •
Libération Mercredi 1er Août 2018
u 21
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Erdogan et la diplomatie des otages
Le régime
d’Ankara suspend
le sort de
deux otages grecs
à l’extradition
de huit officiers
turcs. Cela
pourrait faire un
bon film
d’espionnage
mais ce n’est
que l’expression
de la réalité
des relations
entre l’Union
européenne et
Recep Erdogan
en 2018.
U
n an à peine après
l’arrestation de
notre compatriote
Mathias Depardon, placé à
l’isolement pendant des
semaines et qui n’a dû sa
libération qu’à l’intervention personnelle d’Emmanuel Macron, la liste des
arrestations arbitraires de
citoyens européens par le
régime d’Ankara ne cesse
de s’allonger. A la vingtaine
de citoyens allemands,
français, finlandais et suédois interpellés dernièrement (FDD Report,
juin 2018) sont venus
s’ajouter deux Grecs, le
lieutenant Angelos Mitretodis et le sergent Dimitris Kouklatzis, âgés respectivement de 25
et 27 ans, arrêtés le 1er mars
au cours d’une patrouille
de routine.
Jusqu’ici, dans ce genre de
situation, quand des
patrouilles turques et grecques tombaient nez à nez
DIONYSOS
DERVISBOURNIAS
DR
Par
Chef d’orchestre francogrec, directeur artistique
dans cette région frontalière où il peut être difficile
de s’orienter par temps de
brouillard, cela restait un
non-événement, et les choses se réglaient courtoisement par un échange de
cigarettes et de plaisanteries, suivi d’un rappel à
l’ordre. Pourquoi cette
fois-ci l’incident a-t-il
donné lieu à des arrestations suivies d’un emprisonnement qui dure
depuis des mois, sans que
la moindre accusation précise n’ait été formulée à
l’encontre des deux jeunes
officiers grecs ?
La réponse est donnée avec
précision et clarté par le
courrier qu’Ahmet Berat
Çonkar, chef de la délégation turque auprès de
l’Otan, a adressé le 31 mai
au président du Parlement
européen, Antonio Tajani :
«J’aimerais conclure en indiquant que les autorités et
la société turques attendent
l’extradition immédiate des
huit meurtriers, et nous
vous assurons que les
deux soldats grecs détenus
bénéficieront alors
d’un procès équitable
en Turquie.»
Qui sont donc ces «huit
meurtriers» dont l’extradition est la condition
sine qua non de la tenue
«d’un procès équitable»
pour les deux otages grecs ?
A la suite du coup d’Etat
avorté de juillet 2016,
huit officiers turcs se sont
réfugiés en Grèce à bord
d’un hélicoptère et ont demandé l’asile politique. La
Turquie a réclamé leur
extradition, les accusant
d’être des putschistes,
ce que les intéressés nient
farouchement.
La réaction du gouvernement Tsípras n’a pas été
exempte d’ambiguïté : faisant fi de la présomption
d’innocence, il a décrit ces
officiers comme des putschistes, sans en avancer
la moindre preuve. Et il lui
a fallu deux ans pour démentir, enfin, les propos
du président turc qui avait
déclaré à plusieurs reprises : «Tsípras m’a donné sa
parole, il va les extrader.»
Promesse qui, si elle était
tenue, contreviendrait par
ailleurs au principe de
séparation des pouvoirs.
La réaction de la Nouvelle
Démocratie, premier parti
d’opposition et en théorie
plus libre de ses propos
que le gouvernement en
exercice, n’a pas davantage brillé par sa clarté :
elle est restée très mesurée, voire timorée, face
au harcèlement incessant de la justice grecque
par le régime turc. Justice
qui, faut-il le rappeler, est
seule à pouvoir décider
du sort de demandeurs
d’asile dans un Etat de
droit. Or, la justice a tran-
ché. Après une odyssée judiciaire au cours de laquelle le tribunal chargé
de statuer sur la demande
d’asile à dû faire face à un
recours du… ministre de
l’Immigration, la Cour suprême a décrété que
les huit officiers turcs devaient bénéficier du statut
de réfugiés politiques, la
Turquie n’ayant pu fournir
la moindre preuve de leur
culpabilité et les risques
de torture et de mort en
cas d’extradition étant
avérés.
Ce qui est reposant avec les
dictateurs, qu’ils soient
élus ou non, c’est qu’ils annoncent toujours la couleur. Vingt-quatre heures
avant sa visite d’Etat à
Athènes en décembre 2017,
M. Erdogan avait proposé,
en toute simplicité, de réviser le traité de Lausanne
sur le tracé de la frontière
gréco-turque. Avec un
argument novateur :
«Comment des îles en mer
Egée pourraient-elles être
grecques alors que la Turquie est à portée de voix ?»
C’est dans un même souci
de clarté que le régime
d’Ankara propose
d’échanger les deux ota-
L'ŒIL DE WILLEM
ges grecs contre les
huit officiers turcs. Cela
pourrait faire un bon film
d’espionnage, avec
Tom Hanks et Steven Spielberg. Mais, hélas ! cela n’a rien d’une fiction. C’est la triste réalité
des relations entre l’Europe de 2018 et son voisin
autocrate qui ne comprend vraiment pas pourquoi on ne veut pas de lui.
En attendant, les otages grecs risquent
deux années d’emprisonnement – pour un crime
dont on ne sait toujours
pas de quoi il s’agit. •
22 u
Libération Mercredi 1er Août 2018
CULTURE/
IMAGES
«Sharp Objects», blessures de naguère
fantômes avec une bouteille d’eau
minérale remplie de vodka, la mise
en scène fabrique une temporalité
sur-mesure pour son personnage,
fluide et filandreuse. Camille
pousse une porte et c’est une adolescente qui s’introduit dans la
pièce. Il faut parfois quelques secondes pour distinguer le basculement de ces champs-contrechamps
désynchronisés dans le temps, ou
pour remarquer que le son ne colle
plus à l’image. Le dispositif est
d’autant plus troublant qu’il n’est
pas appuyé, Sharp Objects faisant
confiance à la lucidité de ses spectateurs. La première dissonance se
jouait dès la scène d’exposition: ce
qu’on prenait pour un trajet en voiture était une promenade en rollers,
le présent était un passé.
Unité visuelle. Habituée de la sé-
Enquêtant dans sa ville natale, la journaliste Camille Preaker (Amy Adams) est confrontée à son passé.
L’envoûtante série de Marti Noxon joue sur les
flash-back et les traumas familiaux de son
héroïne reporter, de retour dans son Missouri
natal pour enquêter sur une série de meurtres.
L
a scène d’exposition de Sharp
Objects agit comme une déclaration d’intention. Un long
travelling, où l’on observe une petite ville américaine depuis ce qu’on
imagine être l’intérieur d’une voiture. Une main street qui bat au ralenti, écrasée par la chaleur. Un barbier, un café, un bail à céder. Wind
Gap, Missouri, petite chose posée
à la frontière du Tennessee, a un
pied dans le Midwest rural et l’autre
dans le Sud colonial. Le silence y est
fait du bruit des grillons et des glaçons qui s’entrechoquent dans un
verre. En même temps que cette
première scène campe les lieux, elle
pose un point de vue : distant,
étranger, mais pas inquiet pour
autant. On roule au pas. Une sorte
de version engourdie du générique
des Soprano, ce trajet en 4×4 qui
donnait à voir le no man’s land entre New York et le New Jersey.
D’autant qu’il s’agit là aussi d’un retour à la maison. Ce chemin, c’est
celui de Camille Preaker (Amy
Adams), reporter au Saint-Louis
Chronicles, expédiée dans sa ville
natale par son patron afin d’enquêter sur la disparition d’une adolescente qui fait écho à un premier
meurtre, survenu quelques semaines plus tôt.
Reine des abattoirs. Ce comeback et les enquêtes (journalistique
et policière) qui le justifient sont
l’occasion d’exposer les lignes de
fracture qui parcourent une communauté, de son aristocratie à ses
pestiférés. Le rédacteur en chef attend de lire l’angoisse qui s’empare
d’une petite ville, il veut des parents
éplorés, des familles inquiètes. Plus
que la peur d’un tueur en série, ce
qu’expose Sharp Objects, c’est le
bouillonnement de haines recuites
dissimulées derrière les sourires
mielleux de harpies à colliers de
perles. La série s’apprécie d’abord
pour sa façon de rendre familier ce
territoire composé «de vieilles fortunes et de fins de race». Comme la
journaliste retrouve ses marques,
on s’habitue au lieu et à sa faune. Le
bar ouvert le soir et ses bourrins, le
pavillon pérave du prolo qui tient
lieu de premier suspect, le terrain
de base-ball où jouent les enfants.
Et tout en haut de la chaîne alimentaire, la reine des abattoirs (seule industrie locale) qui trône sur la ville
depuis sa bâtisse coloniale au papier peint rococo. Adora, dictateur
à la voix sucrée et au nom programmatique, est aussi la mère de Camille Preaker.
Ce que propose Sharp Objects n’est
ni un Sud fantasmatique façon True
Detective ni une version redneck de
Wisteria Lane. Plus qu’une simple
PHOTO HBO INC.
relocalisation d’une citadine chez
les ploucs, ce retour de la fille prodigue tient de la marche arrière et de
l’exploration temporelle. «Quand
tu es ici, tu es ma fille», lui balance
sa mère comme une menace. Façon
de lui expliquer qu’en revenant, elle
abandonne ses droits d’adulte et se
place sous son autorité. Façon aussi
de lui faire payer pour le passé et ses
fantômes. La grande obsession de
Sharp Objects.
Adaptée d’un roman de Gillian
Flynn (Gone Girl), l’intrigue est portée par un art de l’enchâssement des
flash-back. Souvenirs, déjà-vu, reflets à la limite de l’image subliminale : les journées de la reporter
sont peuplées d’interférences. Des
parasites qui composent une seconde trame, disloquée. On comprend peu à peu que Camille a
perdu sa sœur à un âge similaire à
celui des deux disparues. Que les
scarifications qu’elle s’inflige lui ont
valu de passer du temps en institution. Tirant parti de l’état de KO lucide de son héroïne qui chasse les
rie télé (productrice, scénariste, réalisatrice) qui s’est fait remarquer sur
Buffy contre les vampires avant de
passer par Glee ou Mad Men, Marti
Noxon signe là une œuvre autrement plus poisseuse. Elle s’adjoint
les services du cinéaste québécois
Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Dallas Buyers Club et déjà croisé sur
HBO pour Big Little Lies) qui réalise
les huit épisodes, ce qui n’est probablement pas pour rien dans l’unité
visuelle de l’ensemble. A noter également que Sharp Objects est produit par Blumhouse qui, après avoir
usiné des films d’horreur au kilomètre durant dix ans, élargit une
nouvelle fois son spectre avec les
succès grand public de Split et Get
Out.
Diffusée en même temps que l’enthousiasmante Succession, Sharp
Objects ajoute une nouvelle jolie
pierre à l’édifice de HBO, tandis que
la chaîne câblée aborde une page
délicate de son histoire. Son nouveau propriétaire, le groupe de télécommunication AT&T, semble avoir
pour objectif de transformer la
culture maison pour faire de HBO
un concurrent direct de Netflix. Un
programme qui supposerait de faire
grossir la chaîne de façon accélérée
pour qu’elle propose davantage de
contenus tout public, qu’elle capte
plus de temps de cerveau disponible et les données personnelles qui
vont avec. Pas franchement des lendemains qui chantent.
MARIUS CHAPUIS
SHARP OBJECTS
de MARTI NOXON avec
Amy Adams, Patricia Clarkson…
(8 × 52 mn), sur OCS.
Libération Mercredi 1er Août 2018
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u 23
Le jeu subtil et la
présence singulière
d’Irina Gorbatcheva et
d’Aleksandr Yatsenko
tempèrent la pesanteur
naturaliste du film.
PHOTO LES VALSEURS
«Arythmie», l’hôpital
et ses fantoches
Malgré quelques
lourdeurs, le film de
Boris Khlebnikov sur
un couple d’urgentistes
russes en crise face
aux contraintes
bureaucratiques du
système hospitalier
touche par sa retenue.
A
rythmie décrit la crise d’un
jeune couple d’urgentistes
russes sur le point de se séparer tandis que leurs conditions
de travail ne cessent de se détériorer. Chez elle comme à l’hôpital,
Katia résiste sans se plaindre,
alors qu’Oleg boit et se comporte
de manière immature à la maison
mais se montre très efficace dans
son travail et inflexible face aux
contraintes qu’il y subit.
Le film dénonce la course au
rendement, les nouvelles règles,
normes et restrictions imposant
des cadences infernales à ceux
dont le métier consiste justement
à s’adapter à l’urgence ; il constate
l’avènement d’une nouvelle bureaucratie évacuant le facteur humain et étouffant toute initiative
personnelle. Autant de dérives sociales particulièrement aberrantes lorsqu’il s’agit de sauver des
vies : parfois les médecins n’ont
pas le temps de réanimer une malade tandis que ceux qui viennent
chercher son cadavre se pointent
trop tôt, à peine le décès constaté.
L’arythmie serait donc généralisée, puisqu’elle affecte la vie d’un
couple et la société russe autant
que le cœur des vieillards.
Certes, la démonstration politique
n’est pas d’une grande finesse et
l’histoire intime d’une triste banalité. Mais si le film est lourd dans
son ensemble, il est souvent touchant dans les détails. Essentiellement grâce aux comédiens principaux, Irina Gorbatcheva et
Aleksandr Yatsenko, dont le jeu
ARYTHMIE
de BORIS KHLEBNIKOV
avec Irina Gorbatcheva,
Aleksandr Yatsenko… 1 h 56.
«Mario», à corps et à dribble
Autour des conséquences
à vivre une romance gay dans
le milieu du football, le film
de Marcel Gisler, trop linéaire
et attendu, peine à séduire.
M
ario, le septième film du Suisse Marcel
Gisler, se déroule essentiellement dans
un club de jeunes footballeurs professionnels, à Berne. L’espace est circonscrit et mieux
vaut ne pas avoir une allergie aux cris de victoire,
au gazon, aux maillots. Mais il serait un peu osé,
voire un peu désinformé, de prétendre que le foot
n’intéresse personne, et que la formation des footballeurs ne peut pas être l’arrière-fond d’un
thriller amoureux.
Le film n’est pas documentaire, mais il est continuellement pédagogique, ce qui est normal, puisque les étudiants n’arrêtent pas de s’exercer sur
le terrain. On y apprend aussi à repeindre un appart au rouleau – «faut croiser les couches», conseille le père de Mario, joignant le geste à la parole– tout en discutant techniques de jeu. Mario,
beau jeune homme, vient donc de s’installer avec
Léon, un autre jeune homme magnifique, sur lequel les femmes se retournent, et ne répriment
pas leur admiration devant la musculature de ses
fesses. Ballet des corps en tee-shirts blancs dans
le petit appartement des deux colocataires qui
ploient sous la canicule, la nuit. Le désir monte,
et forcément, dans trente secondes, Léon le magnifique va se jeter sur Mario l’innocent, qui
ignore ses pulsions, pour l’embrasser à pleine bouche. Gagné !
Alors pourquoi n’est-on pas content puisqu’on a
gagné? Mario est plus décontenancé que le spectateur, qui suppute que le reste du film va consister à nous montrer l’impossibilité de vivre leur
désir dans le cadre du club, mais aussi à l’appréhender, sur fond d’insultes homophobes. Exact.
Lettre de dénonciation, convocation, déni, stratégie étudiée pour éviter le scandale. Réprimande
de l’entraîneur: «On ne baise pas avec son coéquipier. Ce n’est pas professionnel.» Ce qui se passe en
dehors du club –où Mario se fait traiter de suceur
de bite, mais tire trois buts dans quatre matchs–
est plus intéressant, car déshabillés de leurs
maillots, les personnages auraient l’éventualité
d’être légèrement plus libres et ambigus. Mais
cette possibilité n’est guère exploitée. On voit
donc Mario flirter avec une jeune fille non dupe,
puis s’excuser auprès d’elle de l’utiliser. On soupire devant la linéarité. La tension qui forcément
ravage les protagonistes, entièrement dans le
mensonge, pourrait être au moins troublante, sinon questionnante. Léon, qui ne veut ou ne peut
pas (se) mentir s’est fait la malle.
On aurait du mal pourtant à prétendre que l’histoire d’amour brisée nous bouleverse, le film
échoue à être un mélodrame, alors même qu’à la
fin les deux amis se revoient. Dans le dossier de
presse, le cinéaste souligne que contrairement au
rugby, un footballeur professionnel «qui révèle son
homosexualité prend le risque de diminuer sa valeur sur le marché» et rappelle qu’après la Russie,
le prochain championnat du monde aura lieu au
Qatar, «deux pays où les homosexuels sont persécutés par la loi. Cela en dit long sur les priorités de la
Fifa: c’est l’argent avant les droits de l’homme». Il
est d’autant plus dommage que son film charrie
un scénario trop lourdement clair pour rendre
sensible et cinématographique ces enjeux.
ANNE DIATKINE
MARIO de MARCEL GISLER
avec Max Hubacher, Aaron Altaras… 1 h 58.
VITE VU
HAPPINESS ROAD PROD.
subtil et la présence singulière
tempèrent la pesanteur naturaliste. Boris Khlebnikov dit avoir
d’abord pensé son film comme
une comédie, avant que sa dimension sociale ajoute une gravité et
une violence qu’il jugeait incompatibles avec le rire. Or, il reste
une trace de ce ton comique, notamment chez Aleksandr Yatsenko, auquel il ne manque pas
grand-chose pour que sa gestuelle
gauche et son visage de clown
triste basculent dans le burlesque.
Au début des années 2000, Khlebnikov faisait partie d’un groupe de
cinéastes appelés «les Nouveaux
Calmes», prônant modération et
sérénité face à un cinéma russe
jugé trop mystique, violent ou
exalté. La principale qualité de ce
film, comme de ses personnages
et acteurs, est justement de savoir
maintenir un certain calme malgré la dureté du propos, de ne pas
trop extérioriser sa douleur ou
surjouer sa colère. Ainsi, même si
son scénario et sa mise en scène
laissent un peu à désirer, Arythmie se révèle finalement attachant. Et il semble nous donner
des nouvelles honnêtes de la Russie (où le film a rencontré un assez
beau succès), ce qui est précieux.
MARCOS UZAL
HAPPINESS ROAD
de Hsin-Yin Sung (1 h 51)
Ou la dictature du
bonheur. Ce dessin
animé taïwanais, loin de
mettre vraiment à profit
son sens du trait et son
inclination au délire
visuel le plus complet,
s’enferre dans l’autobiographie, la psychologie et l’éloge de la
patrie en nous racontant, dans un émouvant
et nostalgique désordre,
toute la vie d’une jeune
femme depuis l’enfance
jusqu’à l’enfantement,
en passant par l’Amérique. Un grand trajet du
«mignon comme tout»
à l’idéologie pure, de la
joie enfantine à la réalisation de soi-même, et
de la bonne animation
au mauvais cinéma.
L.C.
THE BACCHUS LADY
de LEE JAE-YONG
(1 h 50).
Ou les vices de la prospérité. Film à thèmes : la
prostitution des vieilles
dames, la tendresse de
l’euthanasie, l’immigration philippine en Corée
du Sud, et toutes les misères cachées sous le tapis rutilant d’une société un peu vite
«développée». Bien que
la subversive et vénérable actrice Yoon Yeojeong – vue dans les années 70 chez Kim Kiyoung (la Femme de feu,
la Femme insecte) et
plus récemment Hong
Sang-soo (Hahaha, Hill
of Freedom, Un jour
avec, un jour sans) – se
démène pour donner
corps à tant de vaines
bonnes idées, le film
ne dépasse pas le stade
de sa note d’intention,
ni de son dossier de
presse. L.C.
Libération Mercredi 1er Août 2018
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Sur son rocher
Leonardo Jardim Discret, l’entraîneur portugais
à succès, grand lecteur d’Edgar Morin, reste serein et
fidèle à l’AS Monaco malgré les multiples sollicitations.
L
eonardo Jardim a vu le jour il y a pile quarante-quatre ans à Barcelona… au Venezuela. Là-bas, tout en haut
de l’Amérique du Sud, les pieds dans la mer des Caraïbes. Quatre ans plus tard, ses parents décident de rentrer au
pays, à Santa Cruz, sur l’île de Madère, après une décennie
d’exil, pour y ouvrir un restaurant. «Je suis parti à 4 ans, je
ne me rappelle pas de grand-chose. Je me sens portugais et
100 % îlien de Madère. J’y ai passé presque toute ma vie : j’y
ai grandi, étudié, mes amis et ma famille
y vivent», détaille le coach de l’AS Monaco,
qui entame sa cinquième saison dans la
principauté.
Au reste, depuis qu’il a décidé de devenir entraîneur au sortir
de l’adolescence au milieu des années 90, Jardim s’est toujours débrouillé pour se tenir à proximité de l’eau, à deux exceptions près, à Chaves et à Braga, dans le nord du Portugal.
Un an à chaque fois. «Nous sommes habitués à regarder la mer
toute la journée, à vivre le plus près possible. A Madère, BeiraMar, Athènes, Lisbonne et Monaco, j’ai entraîné près de l’eau.
J’y retournerai à la fin de ma carrière. On scrute l’horizon, on
sait que si on doit partir, on doit passer ce cap», lance-t-il, elliptique. A l’âge où la plupart des ados s’imaginent devenir foot-
balleurs pros, lui s’envisage entraîneur. Il joue alternativement
au hand et au foot avant d’entamer un cursus d’éducation physique à l’université de Madère. Sur l’île, il donne des coups de
main à une formation féminine, à une équipe de hand et puis
devient adjoint à Santa Cruz, à Porto Santo, à Camara de Lobos, puis à Camacha (3e division), dont il devient le coach principal en 2003. Le début de l’aventure. Dans la foulée de José
Mourinho, sacré en Europe avec Porto en 2004, le Portugal
génère des entraîneurs d’envergure (Fonseca (Shakthar), Silva (Everton), Queiroz
(Iran) comme il produit de grands cinéastes (Pedro Costa, Miguel Gomes, Teresa
Villaverde). «On est un pays d’immigrants. Les Portugais ont
une grande capacité d’adaptation, partout dans le monde. On
sait s’accommoder à des façons de travailler différentes, à la
culture, aux religions des autres. C’est notre grande force», promet le Madérien.
Leonardo Jardim a donné rendez-vous à l’hôtel-résidence
Klosterpforte, un palace aux allures de collège anglais, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans le nord de l’Allemagne.
Sweet blanc, short noir, teint hâlé et regard marron, intense,
il discourt sans ciller sous le cagnard dans un français fluide.
LE PORTRAIT
Le stage outre-Rhin permet de peaufiner les derniers réglages
d’une saison qui débute samedi 4 août à Shenzhen en Chine
avec le trophée des champions, contre le PSG. Comme chaque
saison, il doit composer avec un effectif fluctuant, au gré des
départs et des arrivées, puisque le modèle économique du
club azuréen repose sur un recrutement massif de jeunes
joueurs, souvent revendus à prix d’or après être passés entre
les mains du Portugais. Au pire, ça donne des opérations blanches, au mieux –comme l’an passé– de colossales plus-values.
Leonardo Jardim ne s’en formalise pas. Faire progresser des
rookies constitue une des raisons majeures qui l’ont convaincu d’endosser son sacerdoce. Les meilleurs clubs du continent le suivent de près mais ça ne l’émeut pas plus que ça.
«Je suis sûr de mon job, j’ai pu tester ma façon de faire depuis
plus de vingt ans. Il y a deux grands blocs dans ma vie sportive.
Le premier, à Camacha, où j’ai développé ma méthodologie,
m’a servi de laboratoire, puis un deuxième où je suis parti pour
monter les escaliers. Monaco en est la dernière ou l’avant-dernière marche», étaye-t-il.
Malgré les railleries sur son français approximatif, sur sa frilosité tactique ou son look, Jardim n’a jamais dévié ni même
douté. «Il sait garder le cap dans la difficulté, il ne doute pas,
ce qui ne veut pas dire qu’il ne sait pas écouter. Il a eu des résultats partout où il est allé, c’est
un modèle pour tous les
coachs portugais», assure
1er Août 1974
Sergio Conceição, le cornac
Naissance à Barcelona
de Porto. Même s’il est dé(Venezuela).
voré par son métier comme
5 juin 2014 Signature
tous les entraîneurs de haut
à l’AS Monaco.
niveau, Jardim veut garder
20 mai 2017
du temps pour les siens,
Champion de France
l’autre grande passion de son
avec Monaco.
existence. Voir grandir son
4 août 2018 Trophée
fils unique, Bernardo, 15 ans,
des champions
passer du temps avec ses
à Shenzhen (Chine)
deux sœurs (institutrice en
contre le PSG.
maternelle et professeure de
maths) et ses quatre neveux,
et convaincre ses parents de fermer leur restaurant: «Ils ont
79 et 81 ans, et je leur dis qu’il est temps d’arrêter. Eux répondent : “Le restaurant, c’est la vie !”» Sa femme, quant à elle,
a abandonné son cabinet de psychologue à Braga pour le rejoindre à Monaco. Jardim ne saurait faire sans elle. «Je pense
toujours que je suis jeune mais le miroir me dit le contraire.
Alors, aujourd’hui, dans mon travail comme dans la vie, je
donne de l’importance à ce qui l’est réellement.» S’il cite volontiers Edgar Morin à longueur d’interviews pour son approche
globale et complexe du monde, l’ancien coach de l’Olympiakos lit principalement des livres d’économie («parce que
j’aime la gestion et comprendre les gens qui prennent des décisions sous pression»).
Selon l’Equipe, il gagne 4 millions d’euros annuels net. «Mon
papa dit toujours que l’argent, c’est pour l’alimentation, l’éducation et le logement. On n’a pas besoin de beaucoup plus. Bien
sûr, il donne la possibilité à mon fils d’étudier dans les meilleures écoles du monde, de faire soigner quelqu’un de ma famille
dans les meilleurs hôpitaux s’il y a besoin. C’est un moyen, pas
une fin en soi», dit-il. La politique ne le «motive guère». «Je vote
pour des personnes, pas pour un parti. J’ai déjà voté plus à gauche, plus à droite et même plus au milieu», dit-il en souriant.
Ça explique peut-être que lorsque les aventures se sont mal
terminées, il soit parti sans casser la vaisselle, à Braga (fâcherie
avec le président) comme à Athènes (limogé alors qu’il est invaincu et leader du championnat). «Avec lui, tout est clean.
En plus d’être fin psychologue, il est juste, droit et méticuleux.
Les joueurs s’arrachent pour lui», s’enflamme le milieu Djamal
Bindi, qui l’a connu à Beira-Mar, puis à Braga. «C’est un discret
qui ne fait pas de vagues», abonde Conceição.
Après Monaco, ce catholique peu pratiquant («je l’étais plus
à Madère») n’ira pas forcément dans un top club européen
mais peut-être dans un championnat lointain (Chine, Inde,
Brésil ?). «Je suis différent des autres parce que mon papa et
ma maman le sont, parce que mon environnement et mon parcours ne ressemblent pas à celui des autres. J’ai travaillé toute
ma vie pour réussir dans ce métier. Après, il sera temps de passer à autre chose, à l’endroit qui me plaît, à faire ce dont j’ai
envie avec les personnes que j’aime…» Il nagera, pêchera au
large, courra sur la plage. Dans son élément… •
Par RICO RIZZITELLI
Photo JASPER BASTIAN
ÉTÉ
Mercredi
1er août
FRED KIHN
Et aussi n deux pages
BD n de la photo n une
invention loufoque
n deux recettes n des
jeux…
J’AI TESTÉ
LA BOSSE DES MATHS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Lost in
équation
Lorsqu’on est passionné de maths, avoir
la chance de séjourner à l’Institut des hautes
études scientifiques de Bures-sur-Yvette
–sorte de Villa Médicis pour chercheurs
mathématiciens– est source d’excitation
et d’admiration. C’est aussi un moment de solitude
face à la qualité et à la complexité des échanges.
Par
PHILIPPE DOUROUX
Photos
FRED KIHN
C
ette fois je suis arrivé par
la porte dérobée qui
donne directement dans
le bois en évitant la grille.
Il fallait trouver l’ombre au plus vite
pour ressentir la fraîcheur apportée
par les grands arbres du domaine
du Bois-Marie, à Bures-sur-Yvette
(Essonne), où se trouve l’Institut
des hautes études scientifiques
(IHES). Le portail par où entrent les
voitures paraît mal adapté au lieu.
Autrefois, il desservait une maison
bourgeoise, aujourd’hui il permet
de pénétrer dans un institut de recherche en mathématiques et en
physique théorique comme il en
existe une demi-douzaine dans le
monde. Un endroit où l’on se consacre à la recherche, sans contrainte
de publication et sans obligation
d’enseignement. Nous sommes
le 28 juin et l’IHES a 60 ans et
un jour. Derrière le mur d’enceinte
en pierre meulière se trouve un lieu
d’une «étrange beauté», pour reprendre l’expression du physicien
David Ruelle.
Franchir les portes de l’IHES revient à se lancer dans un immense
bain de sciences dans lequel il sera
impossible de surnager à moins
d’avoir suivi de solides études scientifiques. Cela provoquera, selon les
individus, une profonde inquiétude, une peur panique ou une joie
béate. Je suis abonné depuis longtemps à la peur panique, j’accepte
d’être celui qui ne comprend pas
mais j’éprouve une certaine satisfaction à imaginer le mathématicien d’origine russe Mikhaïl Gromov, 74 ans, discuter avec le
biologiste de 31 ans Jérémie Kropp,
en mettant sa science au service de
la compréhension de phénomènes
biologiques qui m’échappent
comme la parthénogenèse, la création de plusieurs cellules à partir
d’une seule, ou la régénération d’un
organisme à l’identique. Cette rencontre improbable entre dans le
champ des possibles à l’IHES. Elle
est même sa raison d’être.
FOURCHETTES
ET STYLOS BIC
Etre invité à déjeuner au réfectoire,
à 13 heures, l’heure des chercheurs,
donne une petite idée de l’immersion à laquelle on s’expose, la
grande solitude du malcomprenant.
Un mathématicien américain attaque après la salade. «Je voulais vous
poser une question de mathématique», dit-il en se tournant de notre
côté, comme s’il y avait soudain une
Libération Mercredi 1er Août 2018
urgence à recentrer la conversation
sur les choses importantes. Il
ajoute: «Je ne sais pas si vous avez la
réponse…» Suit un énoncé impossible à reproduire, mais qui laisse
deux mathématiciens dubitatifs. A
ma gauche, Pierre Cartier, 86 ans,
dont l’agilité cérébrale semble
intacte et dont l’envie de parler de
maths tend vers l’infini. A ma
droite, Emmanuel Ullmo, le directeur de l’IHES et ancien élève de
l’Ecole normale supérieure de la rue
d’Ulm, qui ne se laisse pas
facilement désarçonner: «Pour être
honnête, je ne suis pas sûr de
comprendre le sens de votre question.» La solitude s’estompe, on respire mieux. Deux tentatives de reformulation plus loin, l’un et l’autre
se tournent vers Alain Connes, professeur au Collège de France, spécialiste de la théorie des cordes, qui
reste sur la liste des professeurs de
l’IHES mais que l’on voit de loin en
loin au Bois-Marie. Nous voilà provisoirement sauvé.
Un peu plus tard, on se retrouve entre Alen Tosenberger, un jeune mathématicien croate de l’Université
libre de Bruxelles qui s’intéresse à
la biologie, et le biologiste Jérémie
Kropp, qui effectue le chemin inverse pour cerner la question du renouvellement des cellules vivantes.
Chacun s’appuie sur le savoir de
l’autre et nous voilà perdu. Comment une cellule fait-elle pour connaître sa position dans un espace
géométrique infiniment complexe,
par exemple le muscle de la patte
arrière d’une grenouille ? Il faudra
encore du temps et des errements
pour écrire les équations de ce qui
reste un mystère.
Dans un monde qui calcule sans
cesse ce que pèse un chercheur en
évaluant ses titres, ses prix et surtout ses publications scientifiques
(«publish or perish», publier ou périr, est devenue la règle de survie),
ceux qui s’attachent à formaliser le
monde cultivent ici l’informel. Emmanuel Ullmo nous arrête quand il
s’agit d’évaluer les troupes de l’IHES
avec les critères classiques : «Nous
ne cherchons pas des professeurs dotés des plus grandes distinctions. Sur
les douze professeurs de l’IHES qui
ont eu la médaille Fields (1), sept ne
l’avaient pas en entrant. Notre démarche est précisément de recruter
Fanny Kassel, Jean-Philippe Burelle et Tal Horesh (en haut), dans les
des talents avant qu’ils ne soient récompensés. Notre but est d’accompagner des jeunes chercheurs en leur
offrant une liberté académique absolue.» Quel est le prix de cette liberté? 7 millions d’euros par an pris
en charge par la puissance publique
et des entreprises. Pour les rémunérations, nous sommes en France, et
en France, on ne parle pas d’argent
ou peu.
Si ça n’est pas pour l’argent, pourquoi vient-on à l’IHES? Pour déjeuner peut-être. Sur les tables, on
pose des assiettes, des couteaux,
des fourchettes, du papier et des
stylos Bic cristal bleu pour noter
une idée qui surgirait entre la poire
et le fromage. Et puis il y a l’heure
du thé. Tous se retrouvent alors
à 16 heures devant un tableau noir
(qui, en réalité, est vert) et une table
couverte de petits gâteaux secs et
de thé en grande quantité. Là encore, une équation, une courbure
ou une quasi droite pourrait pointer son nez. Le repas, le thé, le logement (y compris pour les familles),
et les 35 euros quotidiens alloués
aux chercheurs en visite ayant un
poste académique (professeurs
dans des universités ou des instituts de recherche), 65 euros pour
les autres, comme les post-doctorants, paraissent bien maigres pour
attirer les 200 scientifiques de très
Libération Mercredi 1er Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Il amorce sa carrière et entamera un
doctorat en septembre. Né à Dakar,
élève au lycée Yavuz Sélim, il veut
expliquer qu’il a eu un parcours
«chaotique». Bon élève, il préférait
la littérature et la philosophie mais
on l’a poussé vers les mathématiques. Il étudie à la fac d’Orsay après
avoir renoncé aux écoles d’ingénieurs. En master 2, il demande au
professeur de l’IHES et directeur de
recherche au CNRS Ahmed Abbes
de travailler sur un domaine qui l’attire, la géométrie arithmétique. Et le
voilà, sans autre formalité, installé
dans un bureau, nourri et logé, avec
un pécule mensuel pour entamer sa
thèse. Le chaos produit parfois de
jolis parcours. Sur quoi travaille-t-il?
«Les faisceaux pervers qui ne sont
pas des faisceaux et qui ne sont pas
pervers», s’amuse-t-il. Et voilà notre
moment de solitude qui revient.
Même si on a tenté de se mettre
dans les pas d’Alexandre Grothendieck et de Jean Dieudonné, un
monstre d’imagination et un monstre de rigueur, autour de qui l’IHES
a été fondé en 1958, inutile d’espérer
suivre. De quoi parle-t-on? «Des tstructures sur les catégories triangulées…» Le sourire d’Amadou Bah
rassure, il y a de l’humanité dans les
sciences.
PEUT-ÊTRE UNE FEMME
jardins de l’IHES (au centre), un chercheur qui a trouvé (en bas), un autre qui cherche toujours (ci-dessus).
haut niveau qui passent à l’IHES
dans l’année (2). Mais la densité de
cerveaux bien faits au kilomètre
carré est le point fort du lieu, selon
Nader Masmoudi, un mathématicien tunisien, chercheur à la New
York University et enseignant à
Abou Dhabi : «Vous vous asseyez
quelque part, des mathématiciens
passeront avec qui vous pourrez
échanger. Il m’arrive de passer deux
heures à écouter des intervenants
dont les préoccupations sont très
éloignées des miennes. Il peut y
avoir un déclic. La curiosité est essentielle pour nous. Des rencontres
peuvent paraître incongrues et se
révéler fructueuses. C’est d’autant
plus vrai que la spécialisation touche les mathématiques comme les
autres chercheurs.»
«LES FAISCEAUX PERVERS»
Quand on remonte du salon, on
croise Maxim Kontsevich, professeur permanent depuis 1995, médaille Fields 1998, que l’on ne
dérange pas cette fois-ci. Il a une
manière incroyablement modeste
de vous écouter et paraît attristé de
ne pouvoir vous faire partager ses
connaissances. Impossible d’expliquer ses études sur la théorie de
Floer holomorphique et ses relations avec la quantification de déformation. Sa disponibilité n’est pas
en cause, mais on atteint des degrés
d’abstraction qui dépassent de loin
notre capacité à comprendre. Thibault Damour, également professeur permanent en physique théorique, à l’IHES depuis 1989, couvert de
récompenses comme un maréchal
russe, coupait court quand on lui
demandait lors d’une visite l’hiver
dernier s’il pouvait nous consacrer
un moment. Il avait réfléchi avant
de dire: «Jamais. Est-ce que jamais
est possible?» Il n’y a rien à répondre
et il faut admettre qu’un chercheur
en sciences fondamentales n’a pas
de temps à consacrer à la communication. Pour se rassurer, on frappe à
la porte du bureau d’Amadou Bah.
Fanny Kassel, 34 ans, chercheuse au
CNRS et habilitée à diriger des recherches, sourit elle aussi. Mais on
sent une telle difficulté à parler d’elle-même et de sa vie à l’IHES que
l’on n’ose pas insister. Sur le violon
qu’elle a pratiqué longtemps avant
de choisir les maths (parce qu’il est
plus facile de poursuivre la musique
à côté de la géométrie plutôt que
l’inverse), elle ne veut pas s’étendre.
Que dire sur l’IHES ? Elle pointe la
possibilité de lancer des invitations,
la qualité du personnel administratif, ce souci permanent de
permettre aux chercheurs de chercher… Jean-Philippe Burelle, jeune
docteur en mathématiques de
l’Université du Maryland, s’étonne
quand on lui dit qu’il peut être difficile de faire parler celle qui l’a invité
à l’IHES. «Devant un tableau, je
peux vous dire qu’elle n’a aucun
souci à s’exprimer», dit-il, séduit par
la virtuosité de Fanny Kassel qui acceptera de faire une photo entraî-
u III
On se retrouve
entre Alen
Tosenberger,
un mathématicien
croate qui
s’intéresse à
la biologie,
et le biologiste
Jérémie Kropp
qui travaille sur
le renouvellement
des cellules.
Chacun s’appuie
sur le savoir
de l’autre et nous
voilà perdu.
née par la légèreté de Jean-Philippe
Burelle et de Tal Horesh, mathématicienne venue du Technion à Haïfa
(Israël), dont la présence montre
que les femmes se font une place à
l’IHES (21 sur 200 en 2018, il y a encore du progrès à faire). Et comme
il y a un poste de professeur permanent à pourvoir, ce sera peut-être
une femme qui l’emportera ? Emmanuel Ullmo sourit sans apporter
d’indication, lui qui a su, avec Hugo
Duminil-Copin, ouvrir l’institut à
des mathématiques appliquées qui
étaient autrefois regardées de haut
par les tenants des mathématiques
fondamentales. La disparition des
femmes dans ce domaine à haut niveau, dans les instituts de recherche
ou dans les universités, voilà une
équation à laquelle personne à
l’IHES n’a de réponse. •
(1) La médaille Fields est l’une des plus
prestigieuses récompenses en mathématiques, l’équivalent du prix Nobel qui
n’existe pas pour cette discipline.
(2) Les chercheurs invités passent en
moyenne deux mois, mais les séjours peuvent aller de quelques jours à deux ou
trois ans.
JEUDI J’AI TESTÉ LA PÊCHE
À LA TRUITE
IV u
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Mercredi 1er Août 2018
DU VERT
SUR
LE FEU
Drôle d’idée (4/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, un élixir
de jouvence qui
redonne leur couleur
d’origine aux cheveux
fatigués.
On va au marché (4/12)
«Libération» cuisine
les produits de l’été.
Aujourd’hui, on s’initie
aux joies méconnues
du concombre cuit.
C’
est une formule miracle qui ramène
la couleur naturelle
des cheveux, idem
pour la barbe, messieurs. Toute
sa magie se trouve déjà dans
son nom : «l’Eau des fées». Fini
les teintures, dangereuses pour
la santé capillaire. Sa recette
contient des plantes médicinales. Attention, la force primitive ne revient pas dès la première ablution. Le changement
s’opère graduellement, souvent
après l’usage de plusieurs de
ces beaux flacons bleus. «Grâce
à cette précieuse découverte,
on ne rencontrera que des hommes jeunes et des jolies femmes ;
dans quelques années, les
cheveux blancs seront un mythe.» (dans le Tintamarre,
le 15 décembre 1867).
N
Publicités. On doit cette invention à Sarah Félix, la sœur
aînée de la grande tragédienne
Rachel. La formule de l’eau de
jouvence pour les cheveux lui a
été offerte par un certain docteur Morel. L’ancienne actrice,
qui a joué entre autres à la Comédie-Française et à l’Odéon, «a
quitté la maison de Molière pour
se vouer désormais à la culture
de la chevelure humaine. Je me
trompe en disant: à la culture; je
veux dire à la réhabilitation des
cheveux qui ont besoin de son
art nouveau», nous renseigne
«Joseph Citrouillard» du Tintamarre (le 24 novembre 1867).
Durant la deuxième partie des
années 60 du XIXe siècle, les publicités pour cette fameuse eau
des fées, «préparée selon la formule du docteur Morel», fleurissent dans la presse. «Cette eau
ramène la chevelure à sa couleur
première, aussi souple que pleine
de vie», peut-on lire par exemple
dans le Figaro (le 31 décembre
1867). Les lecteurs peuvent trouver la potion miracle à l’Entrepôt
général, 43, rue Richer, ainsi que
l’élégant petit volume de Sarah
Félix, intitulé la Chevelure dans
la poésie, l’histoire et le roman à
la ville et au théâtre. L’ouvrage
est publié par Eugène Lacroix,
au 15, quai Malaquais. «Nous recevons de l’éditeur de cette excellente artiste une brochure, un
livre frais et rose, avec couver-
Chromolithographie du produit miracle.
PHOTO VILLE DE CHAUMONT. LE SIGNE, CENTRE NAT. DU GRAPHISME
L’eau des fées, plus
blond que blanc
ture idem, traitant ex professo de
la chevelure dans la poésie, l’histoire et le roman, à la ville et au
théâtre», annonce ainsi Humbert, du Tintamarre (le 10 novembre 1867).
Huîtres. A la mort de sa célèbre
sœur cadette, emportée à 36 ans
par la tuberculose, la «propagatrice» de l’eau de fées, de son vrai
prénom Sophie, hérite de la plus
grande partie de ses biens et
décide de changer de vie. Sarah
Félix se lance d’abord dans l’ostréiculture à Régneville-sur-Mer,
en Normandie, où elle vend
ses huîtres 2 400 francs la douzaine (d’après le Petit Journal
du 16 avril 1864). Puis à partir
de 1866, elle décide en fin de
compte de se consacrer à la fabrication de parfums, de cosmétiques –en tête cette fameuse eau
des fées –, avec l’appui de la famille impériale.
Assez rapidement, le champ
d’utilisation de l’eau des fées
s’étend et, fort de son succès,
le produit se décline sous différentes formes (pommade, eau
de parfum…) et peut servir d’antiâge aux femmes. La potion
fait beaucoup parler d’elle grâce
à de nombreuses images publicitaires en chromolithographie,
des «chromo», distribués dans
la rue.
«Quelque fée qu’elle puisse être,
cette eau ne ressuscite pas les
morts; elle ne repeuple pas les déserts, mais elle conserve en jeunesse, en santé et en couleur, votre
présente fortune capillaire ; elle
fait plus, elle restitue les couleurs
effacées par le temps. Elle ne teint
pas. On était blond, on redevient
blond; on grisonnait, après avoir
été brun, peu à peu on rentre dans
le régiment des bruns», vantait
Georges Maillard du Figaro
(le 22 novembre 1867).
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec
RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
ous avons l’honneur de vous
faire découvrir un légume
d’été que vous ne connaissez
pas: le concombre. Jusqu’ici,
ce que vous appelez par ce nom n’est
qu’une petite réalité du concombre.
Une crudité bras dessus, bras dessous
avec la tomate. En salade pour le
hors-d’œuvre (arrosé de crème de noix
de coco, préconise Alain Ducasse). En
salade avec des fraises (la trouvaille
d’Alain Passard). En jus. En smoothie.
Frais, froid, glacé. Tout cela est classique et délicieux. Mais un autre versant
du légume fait naître de nouveaux
goûts : le concombre cuit. C’est ainsi
qu’on le préférait jusqu’au début
du XXe siècle, frit, bouilli, farci.
Chauds, les sucs ressortent mieux. Ils
sont un peu amers, surtout si on garde
la peau. C’est un tout autre légume.
Pour blinder l’exotisme, voici
une recette tunisienne. Prenez deux
concombres (épluchés ou non), coupez-les chacun en deux dans le sens de
la longueur, retirez les graines et taillez
la chair en bâtonnets. Epluchez et hachez finement quatre gousses d’ail que
vous faites dorer à la poêle. Ajoutez
les bâtonnets de concombre, 30 g de
beurre, 1 cuillère à café de sucre, du sel
et du poivre. Cuisez quinze minutes
à feu moyen en remuant bien. Hors
du feu, parsemez de ciboulette ciselée.
Evidemment, servez chaud.
Autre exotisme, inspiration Asie du
Sud-Est, avec ce wok de concombres
et échalotes, entre cuit et cru –une recette dénichée dans la Cuisine au wok
de Thomas Feller (First). Epluchez
deux concombres et coupez-les chacun
en deux dans le sens de la longueur. Recoupez chaque partie en quatre et faites des tranches de 1 cm d’épaisseur.
Epluchez deux échalotes, taillez finement. Prenez 150 g de tomates cerises
et coupez-les toutes en quatre. Ecrasez
dans un mortier (ou saladier) des
feuilles de coriandre, des cacahuètes
grillées et une cuillère à soupe de sucre
roux. Versez de l’huile végétale dans
le wok et faites sauter le concombre
et l’échalote pendant 1 minute. Versez
dans un saladier. Saupoudrez avec le
mélange de cacahuètes, ajoutez les tomates, le jus d’un demi citron vert et
deux cuillères à soupe de sauce soja.
PIERRE CARREY
Libération Mercredi 1er Août 2018
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PHOTO /
ÉTÉ
u V
Cachemasure
Séance tenante/ Aventure S’inspirant du
mythe des «villages Potemkine», Gregor Sailer
a photographié, à travers le monde, les villes
fantômes et factices érigées par et pour le pouvoir.
GREGOR SAILER
Né en 1980
Vit et travaille au Tyrol (Autriche).
E
n 1787, Catherine II de
Russie se lance dans un
voyage, en grande pompe,
à travers la Crimée, territoire nouvellement conquis. La rumeur dira plus tard que son ministre Grigori Potemkine a fait
bâtir des villages factices sur le
parcours du convoi pour cacher la
grande pauvreté de la région. Il
reconnaîtra avoir «arrangé» les
hameaux visités mais niera toujours en avoir construit. Depuis,
on appelle «village Potemkine» un
trompe-l’œil à des fins de propagande.
C’est sur cette histoire que s’est
penché Gregor Sailer, en recher-
chant des versions modernes du
mythe pour sa série «The Potemkin Village» (éditions Kehrer). Entre 2015 et 2017, il photographie,
en Europe, aux Etats-Unis, en
Chine et en Russie, des paysages
urbains en toc. Un monde absurde
de faux, de copies et de décors au
service de la politique et de l’économie.
«Parfois, ils sont plus réels et
d’autres fois, ils sont plus une illusion. Ce sont des endroits solitaires, plein de bâtiments où personne ne vivra jamais. C’est comme
une ville fantôme. Le vent brise les
portes, souffle dans les rues», raconte le photographe. Ses clichés
dégagent une étonnante tranquillité et font naître l’envie d’explorer
ces paysages artificiels.
FRÉDÉRIQUE RONDET
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
ÉTÉ / BD
Libération Mercredi 1er Août 2018
Libération Mercredi 1er Août 2018
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u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
VIII u
Libération Mercredi 1er Août 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Tintin au pays des chauves
Par GUILLAUME LECAPLAIN
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER AU…
Time’s Up
Mime pas peur
Au fil des années, nos soirées sont passées de «et si
on faisait un
strip-poker ?» à «et si
on faisait un
Time’s Up ?» Ce qui est un peu triste et
en dit long sur le temps qui passe et nos
renoncements.
Dans ce jeu, très ludique, il faut faire deviner des personnages connus à ses
partenaires, Marvin Gaye ou le colonel
Moutarde, en trois phases. La première
ressemblant au Taboo, la seconde en
utilisant un seul mot, la troisième, la
plus drôle, en mimant. Pour triompher,
le plus simple est de jouer avec des gens
ayant un minimum de culture générale
(le journaliste de presse écrite est souvent utile, au contraire du thésard qui,
enfermé dans son sujet, ne s’intéresse
plus au reste du monde).
Pour la deuxième phase, essayez de réutiliser un mot marquant qui vous a servi
lors de la première ou alors créez des associations d’idées qui n’ont rien à voir.
«Homosexuel» pour Marvin Gaye, ça
marche pas mal, par exemple. Au moment des mimes, oubliez ensuite tout
respect de vous-même et le politiquement correct et donnez-vous à fond en
jouant sur les clichés.
QUENTIN GIRARD
2
Mais pourquoi diable tout
le monde téléphone au château
de Moulinsart en croyant appeler
le boucher Sanzot – chauve lui aussi ?
A Les deux numéros se ressemblent, tout
simplement.
B Sanzot est l’ancien occupant du château.
C C’est une blague téléphonique lancée par
le jeune Abdallah.
3
L’un des dégarnis les plus célèbres
de Tintin est Nestor. Vous
souvenez-vous de qui il était
le majordome avant Haddock ?
A Les Dupondt.
B Les frères Loiseau.
C La Castafiore.
4
Ils n’ont pas beaucoup de cheveux
sous leur chapeau melon : mais
quel lien de parenté ont entre eux
les Dupondt ?
A Ils sont cousins.
B Ils sont frères jumeaux.
C Ils n’en ont aucun, ils se ressemblent
juste (vaguement).
5
Quel personnage à calvitie est
toujours coiffé d’un chapeau par
peur de tomber malade ?
A Rastapopoulos.
B Gibbons.
C Carreidas.
6
Le terrible J.W. Müller est médecin
(et chauve, donc) mais on apprend
dans l’Ile noire qu’il est surtout…
A Trafiquant d’armes.
B Faux monnayeur.
C Passeur de drogue.
7
Dans quel album apparaît
le crâne lisse
de «Foudre bénie» ?
A Tintin au Tibet (c’est un lama tibétain).
B Tintin et le Lotus bleu (c’est un vendeur
d’opium).
C Tintin en Amérique (c’est un Indien).
8
Le professeur Tournesol, autre
dégarni célèbre de la BD, n’a pas
inventé l’une de ces machines :
A La machine à brosser les vêtements.
B Les patins à roulettes à moteur.
C La télévision en 3D.
9
Comment le chauve Wolff sauve
tout le monde dans On a marché
sur la Lune ?
A Il trouve miraculeusement la dernière
boîte de corned-beef.
B Il se sacrifie en sautant dans l’espace.
C Il évite une météorite par un joli coup
de volant.
10
Dans quel album la tête pelée
de Philippulus annonce-t-elle
la fin du monde ?
A Vol 714 pour Sydney.
B L’Etoile mystérieuse.
C Tintin au pays de l’or noir.
Réponses: 1. B; 2. A; 3. B; 4. C; 5. C ; 6. B; 7. A; 8. C; 9. B; 10. B.
1
Dictateur de San Theodoros sans un
poil sur le caillou et amateur de
cigares, comment s’appelle l’éternel
rival du général Alcazar ?
A Le caporal Capoeira.
B Le général Tapioca.
C L’amiral Bossanova.
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