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Libération - 02 08 2018

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MONTAGE «LIBÉRATION» D’APRÈS PHOTOS ASHLEY COOPER ET STUDIO PORTO SABBIA. GETTY IMAGES
ÉTÉ
J’ai testé
la pêche
à la truite
ET AUSSI LA BD, DES JEUX,
NOS SÉRIES…
8 PAGES CENTRALES
STÉPHANE LAGOUTTE. MYOP
JEUDI 2 AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11564
www.liberation.fr
Portrait
Robert McLiam
Wilson ranime
son premier
amour
Argentine
Avec le retour
de la crise,
le troc
s’organise
PAGE 24
PAGES 6-7
AIR FRANCE
COMME UN AVION
SANS AILES
La compagnie, qui se cherche un nouveau
patron depuis trois mois sur fond de conflit
social, a annoncé mercredi des résultats
mitigés, plombés par la grève du printemps.
Qui menace de reprendre à la rentrée.
PAGES 2-4
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 2 Août 2018
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Perle rare
On sait pourquoi les
pouvoirs publics tardent
tant à nommer un(e)
patron(ne) à la tête d’Air
France : parce qu’ils cherchent un mouton à
cinq pattes. En gros, la personne choisie devra dissiper le malaise social qui a
conduit à la démission du
dernier patron, Jean-Marc
Janaillac, retisser le lien de
confiance avec le partenaire néerlandais KLM, redresser des comptes certes
encore bénéficiaires mais
fortement touchés par la
grève du printemps, éviter
le décrochage par rapport
aux autres compagnies (et
d’abord les européennes
Lufthansa et British
Airways), enfin essayer de
profiter au maximum d’un
marché porté par une
demande massive de transport aérien. Ah, on
oubliait : si cette personne-là pouvait aussi être à la
fois française (on parle
quand même d’Air
France !), néerlandaise
(pour plaire à KLM) et, tant
qu’on y est, américaine
(pour plaire à Delta qui
détient 8,8 % du capital
depuis moins d’un an), ce
serait parfait. Vu le nombre
de critères à remplir, on
imagine que la personne
en question n’acceptera
pas le job sans de sérieuses
garanties financières. Mais
si l’Etat casse sa tirelire
pour attirer la perle rare,
l’intersyndicale sera alors
fondée à demander aussi
sa part sous forme d’une
revalorisation des salaires.
Et si elle n’obtient pas
satisfaction, une nouvelle
grève est à redouter dès le
mois de septembre, menaçant cette fois de précipiter
la compagnie dans le
rouge. Bref, on n’est pas
loin du chaos et l’Etat
actionnaire en porte une
lourde responsabilité. Il n’a
montré aucun sens stratégique dans l’affaire (en
même temps, si l’Etat
actionnaire était un bon
stratège ça se saurait). Pire,
il a troublé le jeu en laissant au début de l’été le
groupe AccorHotels briguer une entrée au capital
d’Air France. Il y a désormais urgence à prendre
une décision, et une décision qui n’entraînera pas
de nouvelles catastrophes
en chaîne. •
Air France
Passage
à vide
DÉCRYPTAGE
Patron introuvable, difficultés avec l’Etat
actionnaire, malaise social… La compagnie,
qui a annoncé mercredi la facture salée de la
grève du printemps, cumule les problèmes.
Par
FRANCK BOUAZIZ
U
ne vacance du pouvoir inédite. Voici bientôt trois mois qu’Air France-KLM n’a plus
de patron, alors que l’entreprise a essuyé
au printemps quinze jours de grève qui lui ont
coûté 355 millions d’euros. Et des turbulences se
profilent à nouveau à l’horizon. La plupart des
syndicats appellent à un nouvel arrêt de travail
en septembre, faute notamment de PDG avec qui
elles pourraient négocier. Revue de détail des avaries qui menacent l’avenir de la compagnie.
Le PDG introuvable
Jean-Marc Janaillac, qui était en fonction jusqu’au 4 mai, a jeté l’éponge après un référendum
qui l’a désavoué. Une présidente par intérim lui
a succédé, mais le conseil d’administration ne lui
a pas donné mandat pour négocier sur le front
social. Situation plutôt surréaliste pour un
groupe de 80000 salariés, qui possède 539 avions, réalise plus de 25 milliards d’euros de chiffre
d’affaires et porte les couleurs de la France à travers le monde, avec l’Etat comme actionnaire de
référence. Un nouveau boss a, certes, été pressenti dès la fin du mois de juin, mais son profil
était loin de faire l’unanimité. Ses opposants se
sont donc fait un plaisir de torpiller sa nomination avant que son embauche ne soit scellée: le
directeur financier de Veolia, Philippe Capron,
a finalement été éjecté du processus. Le recrutement du nouveau PDG d’Air France-KLM avait
pourtant été annoncé avant le début de la trêve
estivale. Mais l’affaire traîne en longueur. Selon
les informations recueillies par Libération,
trois candidatures seraient encore en compétition. La première est celle de Denis Olivennes,
57 ans, qui dirigeait jusqu’à ces derniers jours le
pôle «médias» de Lagardère. Cet énarque a été
directeur général adjoint d’Air France à l’époque
où Christian Blanc en était le PDG, en-
Libération Jeudi 2 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
Durant la grève
des salariés
d’Air France,
à Roissy-Charlesde-Gaulle,
le 11 avril. PHOTO
MARC CHAUMEIL
tre 1993 et 1997. Ce dernier pousse aujourd’hui
la candidature de son ancien lieutenant. Le
deuxième postulant est, lui aussi, un ancien
cadre dirigeant d’Air France, Pascal de Izaguirre,
aujourd’hui PDG de la compagnie aérienne Corsair. Raymond Soubie, ancien conseiller social
de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, est l’un de ses soutiens. Enfin, la compagnie aérienne américaine
Delta Airlines, actionnaire à 9 % d’Air FranceKLM, milite pour un candidat venu des EtatsUnis. Son profil d’ex-patron d’une grande compagnie américaine le placerait en pôle position,
mais les discussions semblent achopper sur la
question de son salaire. Car initialement, le nouvel arrivant ne devait pas percevoir plus que son
prédécesseur, soit 1,2 million d’euros par an,
bonus compris. «Ça ne fait pas lourd dans ce métier où les autres patrons de compagnies aériennes émargent entre 4 et 16 millions d’euros
par an», rigole un ancien cadre dirigeant
d’Air France. Finalement, le conseil d’administration aurait accepté de desserrer les cordons
de la bourse, pour mettre la barre à 2,5 millions
d’euros, soit 100 % d’augmentation. Les syndicats, qui réclament 4% de revalorisation salariale
et n’ont pas obtenu gain de cause, réserveront
sans doute le meilleur accueil à ce nouveau boss,
s’il débarque avec une fiche de paie de ce calibre.
L’option KLM
En attendant, dans le couple Air France-KLM,
pacsé en 2004, les Hollandais de KLM, tentés un
temps de prendre le pouvoir, ont, semble-t-il, renoncé à leur projet. Interrogé par Libération, Peter Elbers, le président du directoire de KLM,
pressenti comme numéro 1 de l’ensemble
Air France-KLM se refuse «à toute spéculation».
Pourtant, il pourrait revendiquer quelques galons
supplémentaires au regard des derniers résultats
financiers. Durant le premier semestre 2018, le
résultat d’exploitation de KLM a atteint 388 millions d’euros, quand celui Suite page 4
Rachat des parts de
l’Etat: pas d’Accor en vue
Dirigé par un ami
de Nicolas Sarkozy,
le groupe hôtelier
a failli remplacer
l’Etat au capital
d’Air France.
Une option abandonnée
en pleine affaire
Benalla.
C’
est l’histoire d’une tentative
d’effraction qui se heurte à une
porte plus blindée que prévue.
Depuis des mois, voire des années, le PDG
d’Accor, Sébastien Bazin, manœuvrait
pour entrer au capital d’Air France.
Dans son esprit, l’alliance entre un hôtelier et un transporteur aérien tombait
sous le sens: ceux qui voyagent ont besoin
d’un point de chute pour dormir et ceux
qui réservent une chambre ont besoin
d’un moyen de transport pour l’atteindre.
Jeu en solo. En revanche, vue du côté
d’Air France-KLM, une telle complémentarité ne coule pas de source. Sans doute
parce que le monde du voyage change et
que les plateformes de réservation en ligne
ont une influence bien plus grande que les
chaînes hôtelières, fussent-elles un leader
européen comme Accor. Enfin, le groupe
aérien ne semble pas prêt à ouvrir le capot
de son moteur : les données clients qui
recensent le profil et les habitudes de
déplacement de 14 millions de voyageurs
fréquents.
Jusqu’au mois de mai, Air France-KLM a
donc répondu du bout des lèvres à la cour
assidue d’Accor. Après le départ précipité
du PDG du groupe, Jean-Marc Janaillac,
le 4 mai, pour cause de référendum
défavorable, Sébastien Bazin, en bon
financier, décide alors de tenter un coup.
Il prend attache avec l’un des principaux
actionnaires, et pas des moindres: l’Etat
français. Pour joindre le ministre
de l’Economie, Bruno Le maire, Bazin
peut compter sur l’un des administrateurs
d’Accor : un certain Nicolas Sarkozy.
Un vendredi après midi de printemps,
à l’étage ministériel de Bercy, Sébastien
Bazin propose carrément de racheter
les 14% de la participation de l’Etat dans
le capital d’Air France-KLM. Avec le cours
raplapla de l’action, c’est d’ailleurs une
affaire : 450 millions d’euros (soit le prix
de deux avions long-courriers) pour être
en position de force dans l’une des
principales compagnies aériennes européennes et siéger à son conseil d’administration.
Seul hic, Sébastien Bazin joue en solo et
avance ses pions dans le dos de la direction d’Air France. Comme souvent, dans
ce genre d’opération, quelques bonnes
âmes se chargent de faire fuiter les ambitions d’Accor. Lorsqu’elle en prend
connaissance, la présidente par intérim
d’Air France-KLM, Anne Marie Couderc,
plutôt connue pour son franc-parler, fait
clairement entendre son mécontentement. Conscient que la mayonnaise est en
train de mal tourner, Sébastien Bazin
tente un coup de fil et lance une invitation
à déjeuner à Anne-Marie Couderc pour
calmer le jeu. Selon plusieurs sources qui
ont eu vent de ces agapes, il se fait alors
sérieusement avoiner, pendant une partie
du repas, sur «ses méthodes de voyou».
Avant le dessert, la présidente d’Air
France lui indique qu’elle attend de voir
arriver sur son bureau le projet industriel
d’un tel rapprochement…
Encombrant partenaire. Dans les
couloirs d’Air France, cadres et organisations syndicales sont, pour la plupart,
vent debout contre cette opération. Ils estiment que le PDG d’Accor, en entrant
dans le capital d’Air France, cherche surtout à desserrer l’étreinte d’un encombrant partenaire : l’hôtelier chinois Jing
Jang, devenu premier actionnaire d’Accor
avec 12,32% du capital, sans y avoir été invité. Soucieux de ne pas ajouter un conflit
actionnarial à une crise sociale chez Air
France, l’Etat a visiblement jugé qu’il était
urgent de ne pas prendre de décision.
Le 26 juillet, lors de la présentation des
résultats d’Accor, le directeur financier
du groupe a indiqué que «les conditions
n’étaient plus réunies» pour une entrée
dans le capital d’Air France-KLM. Dossier
refermé de manière provisoire ou
définitive ? «Sébastien Bazin attend tout
simplement qu’un PDG soit enfin nommé
à la tête d’Air France-KLM pour aller lui
proposer l’affaire», sourit un ancien
dirigeant d’Air France.
F.Bz.
4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 2 Août 2018
d’Air France accuse une perte
de 164 millions. La marge bénéficiaire de la compagnie hollandaise est quatre fois supérieure à
celle de sa cousine française. En outre, du côté
d’Amsterdam, le climat social est nettement plus
tempéré qu’à Roissy-Charles-de-Gaulle, siège
d’Air France. De fait, KLM pourrait commencer
à être lasse de jouer les bons élèves, voire rêver de
prendre le large. Prudent et peu disert sur la question, Peter Elbers choisit le confort des éléments
de langage: «Tout le monde travaille dur, aussi
bien pour Air France que pour KLM.»
Suite de la page 3
La rentabilité en baisse
Du côté des affaires d’Air France justement, il y
a un peu de plomb dans l’aile. Les recettes de la
compagnie sont en baisse, alors que le transport
aérien mondial progresse en moyenne de 5% par
an. La grève de ce début d’année a fait perdre
beaucoup d’argent à l’entreprise : 335 millions
d’euros de chiffre d’affaires en moins entre les
vols annulés et l’indemnisation des clients. Pire,
l’image d’Air France en a pris un coup auprès des
grandes entreprises: ses gros clients renâclent,
en ce moment, à renouveler les contrats annuels
qui leur permettent de faire voyager leurs cadres.
Enfin, la remontée du baril de pétrole devrait
alourdir la facture carburant de quelque 700 millions d’euros cette année. Pendant
ce temps, les concurrents affichent, eux, une
santé éclatante. Au premier semestre 2018, la
compagnie allemande Lutfhansa a gagné
677 millions d’euros. Or ces profits conséquents
sont autant de trésorerie pour financer une
guerre sans merci dans le transport aérien mondial. «Air France n’a pas les moyens de participer
à quelques grandes opérations comme le rachat
de compagnies potentiellement à vendre comme
Alitalia, Wizz Air ou Norwegian», note l’analyste
financier d’Oddo Securities Yann Derocles.
British Airways, elle, a déjà mis en œuvre cette
stratégie, en rachetant l’espagnole Ibéria et la
compagnie low-cost Vueling. Au premier semestre de cette année, la compagnie britannique a
engrangé 2 milliards d’euros de bénéfices nets,
pour 22 milliards de chiffre d’affaires. De quoi
faire rêver Air France.
«
Annonce des résultats semestriels, mercredi à Paris. Au centre, le directeur général, Frédéric Gagey. PHOTO ALBERT. FACELLY
Le climat social maussade
Le nouveau boss d’Air France-KLM, quel qu’il
soit, aura pour première priorité de déminer le
terrain social. Les représentants des salariés
demandent toujours une augmentation
de 4 % à 5 % après sept annnées de blocage
salarial. Un montant que l’actuelle direction
de la compagnie n’est pas prête à accepter
sans compter. «Cette revendication salariale
ne peut être satisfaite et le conseil d’administration a déjà indiqué qu’il n’était pas possible
d’aller au-delà de ce qui a été proposé», a indiqué,
ce lundi, le directeur général adjoint d’Air France-KLM, Franck Terner, lors de la présentation
des résultats semestriels.
La remontée
du baril de pétrole
devrait alourdir
la facture
de carburant
de quelque
700 millions
d’euros
cette année.
L’Etat actionnaire indécis
Actionnaire de référence d’Air France-KLM
avec 14 % du capital, l’Etat devrait s’en mêler.
Mais il hésite sur la stratégie. La vente totale de
sa participation n’est plus un tabou, sans être
pour autant actée, comme l’a montré le pas de
deux avec Accor (lire page 3). Le ministère de
l’Economie a en tout cas été très agacé par le départ inattendu du PDG Jean-Marc Janaillac et
l’absence de scénario de succession. Obnubilé par
la réforme de la SNCF et la grève qui s’en est suivie
et mobilisé par la privatisation future d’Aéroports
de Paris, l’exécutif va devoir embarquer sans attendre dans le dossier Air France, s’il veut éviter
une nouvelle crise. •
«Ne pas être associé aux performances de la
compagnie est vécu comme une injustice»
S
ecrétaire de section au syndicat de personnel naviguant
SNPNC-Air France, Sandrine
Techer ne voit pas d’avancées
du dialogue social au sein de l’entreprise. Et ce, même après quinze
jours de grève au printemps pour
une hausse des salaires.
Quelle a été l’évolution du
dialogue social depuis l’affaire
de la chemise arrachée, en octobre 2015 ?
Je n’ai pas vu d’amélioration en termes de dialogue social chez Air
France. Quand on voit ce qu’a
donné la consultation de Jean-
Marc Janaillac [ex-PDG, démissionnaire, ndlr] avec un non à 53% des
salariés, et qu’en réponse à ce non,
on nous propose encore une grande
concertation, où il s’agit d’écouter
les salariés par groupes de travail et
par groupes catégoriels, ça nous fait
rire jaune. C’est un projet qui coûte
de l’argent, qui prend du temps et
qui va nous en faire perdre, parce
que les problématiques sont déjà
connues. La direction veut faire
croire aux salariés qu’elle les écoute
en lançant cette grande concertation baptisée «Demain Air
France». Mais c’est un leurre lancé
par une personne qui a été nommée
– c’est énorme – «directrice
de la transformation». Sur le papier,
il s’agit de renforcer la cohésion de
l’entreprise, mais je pense que les
salariés ne sont pas dupes. Le but
de la manœuvre, c’est d’occuper les
esprits, le temps qu’un PDG
exécutif soit nommé.
Appelez-vous toujours à une
reprise de la grève en septembre,
malgré l’absence d’un PDG et des vement n’est que suspendu, il n’est
résultats semestriels décevants? pas arrêté.
Je ne vais pas m’exprimer au nom Qu’attendez-vous de la direcde l’intersyndicale mais personnel- tion ?
lement. Aujourd’hui, tant qu’il n’y En un mois, du 15 juin au 15 juillet,
a pas de PDG exécutif, on n’a pas le il y a eu plus de 240 vols annulés.
pouvoir de retourner à la table des C’est une catastrophe. On se rend
négociations pour essayer de trou- compte qu’on n’est pas capable de
ver un consensus autour de la reva- réagir ou même d’anticiper sur des
lorisation des salaires.
pics d’activité en été.
Les salariés ne sont
Quand on voit que l’on
pas vraiment prêts à
s’est séparé de trois
se lancer dans un
Airbus A340 mais
mouvement qui ne
qu’au final on affrète
serait pas suivi, du fait
du Air Belgium pour
justement de l’abpouvoir tenir des frésence de gouverquences sur des vols
nance. On va donc
Afrique, on marche sur
attendre. J’ai bon
INTERVIEW la tête. On se dit qu’il y
espoir qu’un PDG
a des erreurs stratégiexécutif soit nommé courant sep- ques. Ce n’est pas aux salariés de
tembre. Ce que l’on va demander en payer les erreurs de la direction. Si
intersyndicale, c’est que le PDG nous étions entendus pour une fois,
réponde à l’attente des salariés la compagnie perdrait moins d’arassez rapidement, dès qu’il aura gent et le dialogue social serait plus
pris ses fonctions. Pour qu’enfin on positif. On parle d’un salaire plus
puisse sortir du conflit. Car le mou- que doublé pour le nouveau nuMARC CHAUMEIL
L’absence
de gouvernance bloque
toute négociation
et mine les requêtes
du personnel, explique
la représentante
syndicale Sandrine
Techer.
méro 1 d’Air France-KLM, qui pourrait également ne pas être français.
Est-ce un problème?
Qu’il ne soit pas français, cela nous
pose un problème. Quand on refait
l’histoire, c’est bien Air France qui
a racheté KLM et non l’inverse.
Quant à la rémunération
du dirigeant, je n’ai aucun souci
à partir du moment où les salariés,
eux, ne sont pas mis de côté, et si
l’on reconnaît la valeur produite par
leur travail. En 2015, nous avons
accepté de geler nos échelons
de rémunération pour trois ans,
parce qu’à l’époque, l’entreprise
n’allait pas bien. Mais en 2017,
Air France-KLM a affiché des
bénéfices records depuis une
dizaine d’années. Il aurait été juste
que les salariés aient droit à un
retour sur investissement. Ne pas
être associé aux performances de la
compagnie est vécu comme une
injustice.
Recueilli par
ULYSSE BELLIER
Libération Jeudi 2 Août 2018
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉDITOS/
Trump
se dédit,
l’Iran le défie
Par PIERRE ALONSO
Journaliste au service Planète
@pierre_alonso
Pendant la dizaine d’années qu’ont duré les négociations sur le nucléaire
iranien, une question
taraudait les observateurs :
l’équipe iranienne disposait-elle d’un mandat suffisant pour aboutir à un
texte ? Le nucléaire,
comme tous les sujets sensibles de politique étran-
vraiment prêt à signer un
nouvel accord (comprenant non seulement le nucléaire, mais aussi le programme balistique iranien
et son interventionnisme
régional) ou si les faucons
qui l’entourent, et que
Trump a choisis, risquent
de l’en dissuader in fine.
Dans un article publié sur
The Atlantic, l’expert Ali
gère, relève du Guide
Vaez, y voit l’une des expsuprême, mais les discuslications à la sclérose
sions étaient menées par la
actuelle. Le chercheur de
frange élue du régime,
l’International Crisis
notamment le ministère
Group s’appuie sur les doudes Affaires étrangères. La
tes récemment exprimés
signature d’un accord
par l’ambassadeur iranien
le 14 juillet 2015
aux Nations
a prouvé que oui,
ANALYSE unies. Une posil’ayatollah Khation qui témoimenei leur avait donné sa
gne du niveau de défiance
bénédiction. Aujourd’hui,
de Téhéran. Les derniers
c’est l’inverse : le régime
changements d’humeur du
iranien se demande si le
président américain n’ont
président américain est
rien arrangé. Au contraire.
L’Iran refuse l’éventualité d’une rencontre. PHOTOS AP
La semaine dernière, il promettait à l’Iran de «subir
des conséquences telles que
peu au cours de l’histoire en
ont connu», après des propos menaçants tenus par
son homologue iranien,
Hassan Rohani. Lundi, revirement radical : Trump
veut bien discuter avec
l’Iran, «sans préconditions». Une main tendue ?
La République islamique
ne la saisit pas. «Le peuple
iranien n’autorise pas ses
dirigeants à rencontrer le
Grand Satan [surnom officiel des Etats-Unis, ndlr]»,
écrit dans une lettre
ouverte le commandant
des Gardiens de la Révolution. Des «effets d’annonce», balaie, lui, le ministre des Affaires
étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui tacle : «Essayez le respect : pour les
Iraniens et les engagements
[internationaux]». Une référence à la décision du
président américain, annoncée le 8 mai, de rétablir
de manière unilatérale des
sanctions, en violation de
l’accord de 2015. Le président américain y voyait un
tremplin pour élargir les
discussions, Téhéran l’a
pris comme un camouflet
et s’inquiète depuis
d’entendre à nouveau le
refrain de «changement
de régime», cher aux années Bush Jr. et à plusieurs
proches de Trump. •
BILLET
«Jour du dépassement»:
le gouvernement parle sans agir
Par CORALIE SCHAUB
Journaliste au service France
@CoralieSchaub
Chaque année, nous découvrons avec
effroi que nous épuisons toujours plus vite
les ressources offertes par la planète.
Chaque année, survient de plus en plus tôt
le «jour du dépassement», soit la date à laquelle l’humanité commence à vivre à crédit après avoir consommé plus d’arbres,
d’eau, de sols ou de poissons que ce que la
nature peut renouveler en un an et émis
plus de carbone que les océans et forêts
peuvent absorber (lire notre infographie
sur Libé.fr). En 1971, ce seuil calculé par
l’ONG Global Footprint Network était atteint le 24 décembre. En 1980, le 4 novembre. En 2000, le 23 septembre. En 2010,
le 9 août. En 2017, le 3 août. Cette année,
le 1er août. Et l’an prochain, sans doute
en juillet. En 2020? L’auteure de ces lignes
est prête à se faire appeler Arthur si ce n’est
pas plus tôt encore. Car si la prise de
conscience progresse, nous n’agissons pas
à la hauteur du défi, immense. Nicolas Hulot a raison de rappeler, dans une vidéo
postée mercredi sur Twitter, que nous
avons basculé dans une nouvelle ère climatique, que les fléaux inédits s’enchaînent:
feux de forêt en Suède, canicule au Japon,
«record absolu vendredi à Lille,
avec 38,6°C». Il fait bien d’avertir que «tout
cela risque d’être une sinistre bande-annonce d’un film catastrophe que nous
regardons en spectateurs informés». Le mi-
nistre de la Transition écologique appelle à
l’engagement de chacun. Eviter l’avion, ne
pas gaspiller la nourriture, manger moins
de viande, s’abstenir de se jeter sur le dernier IPhone. C’est important. Mais les autorités ne peuvent se défausser sur la bonne
volonté des individus et des entreprises.
Cela ne suffira pas à enrayer cette funeste
glissade vers l’effondrement imminent de
notre civilisation redouté par Edouard Philippe. S’il a cité plusieurs fois ce risque, le
Premier ministre ne semble pas en avoir
compris la portée et surtout tiré les conséquences. Hulot pointe la responsabilité de
notre modèle de développement dans le
chaos climatique et l’érosion de la biodiversité. Mais «en même temps», l’exécutif
ne prend pas de mesures courageuses pour
radicalement changer de système, sortir de
l’ultraproductivisme mortifère. Il se contente de mesurettes cosmétiques. Pire, il
multiplie les incohérences, voire les régressions. Selon des chiffres officiels, la France
dépassera jusqu’en 2023 le plafond d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’est
fixée, entre autres à cause du retard dans la
rénovation thermique des logements. Hulot, qui s’était ému de la chute de la population des oiseaux des champs, pourrait
autoriser le piégeage de 370000 alouettes
(3,5 fois plus qu’en 2017), s’inquiète la Ligue
de protection des oiseaux. Qui s’insurge
aussi du refus par Paris de la proposition de
Bruxelles de suspendre la chasse à la tourterelle des bois, espèce menacée. Et ce ne
sont que quelques exemples. •
NOMA
Le monstre
qui dévore les enfants
“
Cette maladie tue des milliers d’enfants en Afrique chaque année.
Après leur avoir dévoré le visage. Ne laissons plus NOMA voler le visage des enfants.
“
Samuel le Bihan (parrain de l’association)
DONNEZ
sur vaincre-noma.com
6 u
MONDE
Par
autour de ses doigts les franges de
son écharpe. Elle baisse les yeux,
Correspondante à Buenos Aires
consciente de ne pas être très
convaincante. La vraie raison de sa
in de week-end gris et humide présence est à ses pieds, sur le cidans la grande banlieue de ment gris, à côté de ses trois enBuenos Aires. Les rues autour fants : son unique radiateur à gaz
de la vieille gare de San Miguel, à qu’elle est venue échanger en plein
une trentaine de kilomètres au hiver austral contre de la nourriture,
nord-ouest de la
dans ce club de troc qui se
BOLIVIE
capitale, sont
réunit deux fois par sedésertes. Ça
maine. Elle est couPARAGUAY
sent la déprime
turière et ne peut
BRÉSIL
à plein nez, et
plus payer ses
pas seulement
factures, qui ont
URUGUAY
parce que c’est
explosé depuis
Océan
la fin des vacanla suppression
Buenos Aires
Atlantique
ces d’hiver. Ici,
des subsides
Océan
ARGENTINE
Pacifique
de toute façon,
aux services pules habitants ne
blics à l’arrivée
sont pas partis
du président libéCap Horn
skier. Dans une salle
ral Mauricio Macri
500 km
des fêtes en préfabriqué,
(en cumulé, +722% pour
une soixantaine de femmes
l’électricité, +451% pour l’eau
s’activent au milieu des courants et + 973 % pour le gaz).
d’air glacé. «Ici, c’est un peu comme En Argentine, ces groupes
un club, on vient pour discuter, pour d’échange de biens et de services,
se retrouver», tente nerveusement réminiscences de la période postAyelen, 32 ans, en entortillant crise de 2001 et de son cortège de
MATHILDE GUILLAUME
CHILI
F
Libération Jeudi 2 Août 2018
pauvreté, sont de retour. «C’est un
symbole d’échec terrible. La seule
différence, c’est qu’aujourd’hui on
utilise la technologie et les réseaux
sociaux : c’est du troc 2.0», ironise
Alejandra Aguirre, l’une des fondatrices de ce club qui a rassemblé
plus de 32 000 femmes au niveau
national en seulement un an sur sa
page Facebook. Chaque jour, elle reçoit une cinquantaine de nouvelles
demandes d’adhésion.
LE REMBOURSEMENT
DES «FONDS VAUTOURS»
Depuis plusieurs mois, l’Argentine
est aux prises avec une crise aux
fronts multiples que l’administration Macri semble incapable de juguler. Le recours au Fonds monétaire international (FMI) il y a un
mois, censé selon le gouvernement
ramener la confiance des investisseurs (et selon ses opposants accélérer la chute de l’économie), n’a rien
arrangé. Au contraire, les perspectives d’austérité imposées par l’accord avec l’organisme de crédit international obscurcissent l’horizon.
ARGENTINE
La finance
frappe
à nouveau
Censée attirer les investisseurs, l’ouverture aux
marchés décidée par le président Macri a ouvert la
voie à la spéculation contre un pays encore fragile.
Résultat: chute du peso, forte inflation et recours
au FMI, comme en 2001. Touchées de plein fouet,
les classes populaires survivent grâce au troc.
Dévaluation, inflation, récession: le
pays s’enlise chaque semaine un
peu plus, au rythme des mauvaises
nouvelles qui tombent presque
quotidiennement. La semaine dernière, ont été annoncées une augmentation d’au moins 30 % des
transports publics d’ici à la fin de
l’année, une coupe drastique des
allocations à l’enfance qui touchera
400000 familles, la baisse de l’activité économique de 6 % pour le
mois de mai par rapport à l’an dernier et les chiffres de l’inflation de
juin, 3,6 %, au plus haut depuis
deux ans. Mardi, le ministre de
l’Energie a annoncé une hausse des
tarifs de gaz et d’électricité d’encore
30%, et une autre de 5 à 8% pour
l’essence… «On constate que le modèle mis en place par le président
Macri dès son arrivée au pouvoir en
septembre 2015, d’ouverture indiscriminée aux marchés, de suppression du contrôle des changes et des
mécanismes de contrôle, est intenable. C’est l’origine de profonds déséquilibres qui aboutissent à cette
crise», analyse Delfina Rossi, économiste.
C’était pourtant le point central du
programme du candidat Macri :
après des années de désendettement et d’isolement financier international de l’Argentine, faire revenir le pays sur les marchés, attirer
les investisseurs étrangers. Un
changement de modèle radical,
conditionné par le règlement du
contentieux avec les fonds dits
«vautours», que le précédent gouvernement de Cristina Kirchner refusait de payer à un prix considéré
«vil». Une fois les 4,6 milliards de
dollars (3,9 milliards d’euros) réglés
selon les exigences de ces fonds
spéculatifs, l’Argentine a contracté
plus de 142 milliards de dollars de
dette en deux ans, augmentant
cette dernière de 42% et se plaçant
à la première place des pays émergents émetteurs de dette.
«DES ALIMENTS CONTRE
DE VIEUX VÊTEMENTS»
Durant les premiers dix-huit mois,
l’image dynamique et libérale du
Président (son cabinet est principalement constitué d’anciens chefs
d’entreprise et patrons de la finance)
ainsi que les taux d’intérêt élevés
des obligations argentines ont
boosté l’économie. Mauricio Macri jubilait, annonçant «une pluie
d’investissements
étrangers».
Aujourd’hui, il file la métaphore climatique et reconnaît que le pays traverse «une tempête». «C’est que les
capitaux qui sont entrés sont ceux
qu’on surnomme “hirondelles”, reprend Delfina Rossi. Des capitaux
purement spéculatifs à très court
terme qui, sans contrôle, sont repartis aussi rapidement qu’ils étaient venus une fois leur rente touchée, encourageant la fuite de capitaux et
mettant une très forte pression sur le
peso.» Au printemps, l’appréciation
du dollar à l’international cumulée
à une crise de confiance en un pays
pédalant sur une dangereuse bicyclette financière ont fait plonger le
peso, qui a perdu 30% de sa valeur.
Un drame pour les Argentins, car la
plupart de leurs achats majeurs
(maison, voiture ou crédit) sont in-
Une manifestation contre le recours
dexés sur le dollar, dont la hausse finit par toucher aussi tous les produits du quotidien. Alors que la
réduction de l’inflation, ce vieux
serpent de mer argentin, était l’une
des principales promesses de Macri,
celle-ci s’est à nouveau envolée. En
janvier, les prévisions d’inflation
pour l’année étaient de 15 %. Fin
juin, elle dépassait déjà les 19%, et
l’on s’attend à ce qu’elle atteigne
plus de 35% à la fin de l’année. Les
salaires, évidemment, ne suivent
pas. «Le panier des ménages, le
transport, le gaz et l’électricité : ce
sont les plus fortes hausses, celles qui
frappent les plus pauvres, s’indigne
Alejandra Aguirre. Au club de troc,
c’est contre des aliments que les gens
échangent leurs vieux vêtements,
leurs meubles. Ils ont de plus en plus
de mal à en acheter autrement.»
La chute vertigineuse du peso argentin a également eu un impact au
plus haut niveau, les intérêts de la
nouvelle dette contractée courant
en dollars. C’est le poste qui a le plus
augmenté, de 70 % au premier semestre par rapport à l’an passé.
Aujourd’hui, le paiement des inté-
Libération Jeudi 2 Août 2018
u 7
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Carnet
DÉCÈS
Mort d’une révoltée
Lucette, Raphaël, Emilie
Ses amies et amis
La famille de Raphaël
Ses frères
Saluent la mémoire et la vie
de
Mag du CHEYRON
Qui nous a quittés
ce mardi 31 juillet 2018
Son indépendance, son rejet
de tout patriarcat, sa passion
pour l’art et le savoir, ont
forgé nos valeurs.
Une célébration aura lieu à
son domicile, ce jeudi 2 août
à 17 heures
au Fonds monétaire international, lors de la réunion des ministres des Finances du G20, le 20 juillet à Buenos Aires. PHOTO DAMIAN DOPACIO. AFP
rêts représente la deuxième dépense de l’Etat, après les salaires,
pensions, retraites des fonctionnaires et allocations. Soit trois fois plus
que le budget alloué à l’éducation.
Pour stabiliser la monnaie après
une chute qui semblait sans fin, la
Banque centrale a vendu ses dollars
à la pelle (5,2 milliards pour le seul
mois de juin, soit presque 10 % de
ses réserves) et remonté son taux directeur à 40%. «Des mesures désespérées qui relèvent d’un double discours, critique Delfina Rossi.
Le gouvernement avait libéré le
contrôle des changes et promis de
laisser le dollar flotter…»
Prise à la gorge, l’Argentine, qui en
était sortie de manière fracassante
il y a douze ans, est retournée dans
le giron du FMI en contractant un
prêt de 50 milliards de dollars, dont
15 lui ont déjà été versés. «Mais cet
argent ne vient pas sans conditions,
souligne Martin Alfie, économiste
et directeur du cabinet Radar. Il est
lié à un programme typique d’austérité pour réduire drastiquement le
déficit fiscal lié au fonctionnement
de l’Etat.» Le gouvernement a déjà
«L’argent du FMI
ne vient pas sans
conditions. Il est lié
à un programme
typique
d’austérité.»
Martin Alfie économiste
annoncé le gel des embauches, des
salaires et retraites de ses fonctionnaires, des coupes drastiques dans
les projets de travaux publics, pourtant le fer de lance du Président,
dans la recherche et l’éducation,
dans les budgets des entreprises
d’Etat comme l’agence de presse
nationale Telam, qui a déjà licencié 40% de ses salariés… «Toutes ces
coupes vont faire baisser encore la
consommation, refroidir une économie déjà en crise, faire baisser le PIB,
donc rendre difficile le paiement des
prochaines échéances de la dette. On
rentre dans un cycle dangereux»,
prévient Martin Alfie. Même la ban-
que JPMorgan a prévenu ses clients
des risques concernant la viabilité
de la dette argentine.
AVEC LA GRÈCE, «COMME
DEUX MIROIRS INVERSÉS»
Si la situation est encore loin de
celle précédant la crise de 2001,
l’autre comparaison qui effraye les
Argentins est la Grèce. Alejandro
Bercovich, économiste et présentateur d’un programme télévisé spécialisé, en revient : «Nos pays sont
comme deux miroirs placés face à
face qui se reflètent à l’infini, et
l’image est glaçante. Les Grecs se
sont inspirés de nos expériences
d’économie sociale post-2001, telles
que les entreprises récupérées par
les salariés, et maintenant c’est nous
qui semblons imiter leur déroute: la
compagnie aérienne nationale,
l’audiovisuel public sont en train
d’être démembrés, ce furent les premières mesures d’austérité en Grèce.
Et pour la question des retraites,
nulle coupe ne sera nécessaire: l’inflation se charge de les grignoter.»
Le président Macri a reconnu que
la fin de l’année serait difficile,
mais prévoit une amélioration
pour 2019. «Nous avançons dans le
brouillard, analyse Mercedes
D’Alessandro, docteure en économie de l’université de Buenos Aires
et fondatrice du think tank Economía feminista. Nous avons emprunté pour rembourser nos intérêts et aucun plan lié à la relance de
l’économie productive n’est prévu.»
L’un des seuls budgets de l’Etat
ayant augmenté ces derniers mois
est celui de la communication : il
faut contenir la grogne sociale en
train de se réveiller.
Au club de troc de San Miguel, Ayelen a laissé son radiateur. Elle repart
avec une bouteille d’huile, des saucisses, quelques boîtes de tomates
et un paquet de riz. Elle embrasse
Alejandra en lui disant «à la semaine prochaine», sans toutefois savoir encore ce qu’elle trouvera à
échanger. Il y a encore un mois, ces
femmes se réunissaient sur le parvis
de la gare. Le maire, proche du gouvernement, les en a chassées. «On
était trop visibles, assure Alejandra.
Et l’image qu’on renvoie n’est pas
franchement porteuse d’espoir.» •
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8 u
MONDE
Libération Jeudi 2 Août 2018
LIBÉ.FR
Séismes : un modèle pour prédire
les glissements de terrain
Une équipe de chercheurs a étudié les données collectées lors de 23 tremblements de terre ayant provoqué des glissements de
terrain, du même type que celui qui a frappé l’Indonésie dimanche. Les
scientifiques ont ensuite tenté d’établir une liste de paramètres caractéristiques des zones de glissement. Grâce à un logiciel informatique, ces
données permettraient de prédire à quel endroit le danger est important
afin d’évacuer plus facilement les personnes concernées.
ment avancé la version du
braquage, tout en précisant
que les journalistes avaient
été prévenus qu’ils étaient
sur le point de quitter la zone
contrôlée par le pouvoir, et
qu’il était dangereux de circuler la nuit tombée. Un troisième acteur est également
présent dans la région : l’incontrôlable milice antibalaka, formée à l’origine pour
lutter contre les brigands
coupeurs de route.
Insinuations. Le ministère
Des fleurs et des photos déposées devant l’immeuble du syndicat des journalistes russes à Moscou. PHOTO PAVEL GOLOVKIN. AP
Centrafrique: trois reporters russes
assassinés et beaucoup de questions
Trois journalistes
indépendants
ont été tués dans
la nuit de lundi
et mardi au nord
de Bangui.
Les autorités
locales incriminent
l’ex-Seleka,
une coalition
de groupes rebelles.
Par
VERONIKA DORMAN
L
e reporter de guerre
Orkhan Djemal, le documentariste Alexandre Rastorgouïev et le caméraman Kirill Radtchenko ont
été assassinés dans la nuit de
lundi à mardi, sur une route
de Centrafrique. C’est la pre-
mière fois que des journalis- de l’ONU sur l’embargo
tes occidentaux trouvent la concernant la vente d’arme
mort dans ce pays considéré à la Centrafrique ainsi que
comme l’un des plus dange- l’autorisation de lancer un
reux au monde depuis la dis- programme d’entraînement
parition de la photoreporter des Forces armées centrafrifrançaise, Camille Lepage, caines (Faca). En mars,
en 2014.
cinq officiers ont
L'HISTOIRE été envoyés pour
Les trois journalistes indépenformer l’armée
DU JOUR
dants russes
centrafricaine,
étaient partis pour le compte ainsi que 170 «instructeurs
du Centre de gestion des in- civils», terme qui pourrait dévestigations (TsUR), un mé- signer des mercenaires.
dia en ligne appartenant
à Mikhaïl Khodorkovski, Barrages. Selon Anastasia
l’oligarque déchu devenu un Gorchkova, rédactrice en chef
détracteur du Kremlin. Leur adjointe de TsUR, le lendeobjectif était d’enquêter sur main de leur arrivée, les trois
les activités de la société reporters se sont vu refuser
privée militaire russe Wa- l’entrée d’une base d’entraîgner, dont les mercenaires nement russe, à Berengo,
ont combattu en Ukraine et l’ancien palais impérial, au
en Syrie. Fin 2017, Moscou sud-ouest de Bangui, sous
avait obtenu une dérogation prétexte qu’ils n’avaient pas
auprès du Conseil de sécurité d’accréditation officielle des
autorités centrafricaines. Le
même jour, des policiers les
ont coincés à côté de leur hôtel et ont exigé un pot-de-vin
pour «usage illicite» de matériel photo et vidéo. Lundi, les
journalistes ont pris la route
en direction de Bambari,
à 400 kilomètres au nord-est
de la capitale, pour y retrouver un conseiller de l’ONU qui
devait leur servir de fixeur
(guide et interprète). Ils
avaient sur eux plus de
8 000 dollars et du matériel
coûteux. A cause des nombreux barrages sur les routes
d’un pays en guerre permanente, le trajet devait durer
près de trente-six heures.
Vers 22 heures, ils sont tombés dans une embuscade aux
alentours de Sibut, une zone
disputée par plusieurs groupes armés. Leur véhicule se
dirigeait alors vers le nord en
direction de Dékoa, et non
pas de Bambari. Les journalistes auraient été tués sur
place. Le chauffeur, recommandé par le fixeur, a réussi
à s’échapper et a pu relater
les événements. Les autorités locales se sont empressées de signaler «neuf ravisseurs enturbannés» qui ne
parlaient «ni le français ni le
sango [la langue nationale,
ndlr]», et qui auraient
confisqué le véhicule des
journalistes avant de les exécuter par balle.
Il s’agirait de combattants de
l’ex-Seleka (coalition de groupes rebelles qui s’était emparée du pouvoir en renversant
le président François Bozizé
en 2013 et a été chassée
en 2014), assurent les fonctionnaires, repris par les
agences russes. La police
locale a, quant à elle, rapide-
des Affaires étrangères russe
(MAE), qui s’est engagé à rapatrier les corps, n’était pas
au courant de la mission. Les
journalistes auraient obtenu
des visas de tourisme et n’ont
pas prévenu l’ambassade
à leur arrivée. Sur sa page Facebook, la porte-parole du
MAE, Maria Zakharova, a
qualifié de «sottises» les insinuations selon lesquelles la
mort des journalistes pourrait
avoir un lien avec l’objet de
leur enquête: «Vu où les corps
ont été retrouvés, ils n’étaient
pas du tout en train d’avancer
dans la direction où travaillent les instructeurs»,
dont la présence en Centrafrique «n’a rien de sensationnel»,
écrit-elle. «Ce qu’ils faisaient
réellement en Centrafrique,
quels étaient leurs objectifs et
leur mission, reste une question ouverte.»
La communauté des journalistes russes, qui enterre trop
souvent les siens ces dernières années, est bouleversée
par la perte de trois collègues
d’exception. Et par les zones
d’ombre qui entourent leur
disparition. L’intrépide
Orkhan Djemal, 51 ans, est
une légende du journalisme
de guerre. Il a couvert le
conflit avec la Géorgie
en 2008, a été gravement
blessé en Libye en 2011, ce
qui ne l’a pas empêché de
partir dans le Donbass
dès 2014.
Alexandre Rostorgouev,
47 ans, considéré comme l’un
des documentaristes les plus
saillants de sa génération, a
réalisé, entre autres, un projet sur les leaders de la contestation anti-Kremlin entre 2011 et 2012.
Le chef-opérateur Kirill Radtchenko, 33 ans, le moins
connu des trois, avait travaillé en Syrie en 2016 et participé à un projet multimédia
sur la présidentielle en
Tchétchénie, en 2018. •
Libération Jeudi 2 Août 2018
Les sources de
revenus des GAFA(M)
Part du secteur d’activité
principal dans le chiffre
d’affaires annuel
(au 30 juin 2018)
GOOGLE*
AMAZON
124 milliards
de dollars
208,1 milliards
de dollars
PUBLICITÉ
DISTRIBUTION
85,6 %
67,5 %
FACEBOOK
48,5 milliards
de dollars
APPLE
255,3 milliards
de dollars
SMARTPHONES
PUBLICITÉ
62 %
98,5 %
Source : sociétés (*Alphabet)
MICROSOFT
110,4 milliards
de dollars
WINDOWS
& OFFICE
70,8 %
LIBÉ.FR
Dans un camp bangladais, en juin. PHOTO W. MAYE-E. AP
de cantines communautaires
où les Rohingyas cuisinent
avec des produits locaux. La
malnutrition aiguë est moins
frappante. Pour autant, le tableau n’est pas idyllique. Les
terrains manquent, et la promiscuité engendre de la violence. Les relations sociales
peuvent être dures. Il y a de la
maltraitance infantile et la
vie des femmes isolées est
particulièrement difficile.
Sans parler de viols systématiques, on peut dire que la
maltraitance est globale. Les
traumatismes subis en Birmanie sont forts, de nouveaux viennent s’ajouter.
Les camps sont-ils une
zone de non-droit ?
Le problème, c’est que les
Rohingyas n’ont pas de nationalité [la junte birmane leur a
retiré leur citoyenneté en 1982,
ndlr] et n’ont pas le statut de
réfugié. Ils n’ont pas le droit
de travailler, d’étudier, de se
déplacer. Ils n’ont même pas
le droit d’être là. Les seules
écoles sont internes aux
camps et d’un niveau élémentaire. C’est une vision de court
terme, alors qu’il faudrait intégrer les jeunes à l’espace social du Bangladesh. Pour survivre, les gamins n’ont d’autre
choix que la débrouille. Le
Poules
Zimbabwe Affrontements meurtriers
après l’annonce contestée de la
victoire du parti au pouvoir
Au moins trois manifestants ont été tués par balle mercredi
à Harare dans des affrontements qui ont opposé les forces
de l’ordre à des partisans de l’opposition qui accusent la
commission électorale de fraudes après l’annonce que le
parti au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980, la Zanu-PF, a
obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Les
résultats de la présidentielle n’ont pas encore été annoncés,
mais le candidat de l’opposition Nelson Chamisa avait
affirmé mercredi matin qu’ils étaient en train d’être truqués. La victime, un homme touché à l’estomac par le tir
à balle réelle d’un militaire, a succombé à ses blessures.
non-droit est la seule réponse
possible à l’absence de droits.
Pourquoi n’ont-ils pas le
statut de réfugiés ?
La situation politico-juridique est inédite car les Rohingyas sont apatrides. Selon le
droit international, toute
personne menacée en raison
de son origine peut bénéficier du statut de réfugié.
Pourquoi le Haut Commissariat des Nations unies ne leur
accorde pas ce statut ? La
communauté internationale
a tendance à s’asseoir sur les
textes qu’elle signe, alors
qu’elle pourrait chercher des
voies inédites pour les faire
sortir de cette situation de
non-droit. Le paradoxe, c’est
qu’en construisant des infrastructures, on pérennise
les camps. Mais si on part,
que vont-ils devenir ?
Voyez-vous une issue à
court terme ?
La crise va s’ancrer dans la
durée, car elle est autant politique qu’humanitaire. Les
Rohingyas ne repartiront pas
en Birmanie tant qu’ils ne seront pas associés aux discussions sur le processus de rapatriement, et qu’ils n’auront
pas la possibilité d’y vivre dignement et en sécurité.
Recueilli par L.D.
Etats-Unis La justice suspend
l’autorisation d’imprimer des armes
en 3D
La justice américaine a temporairement suspendu mardi
la mise en ligne de plans numériques permettant de fabriquer des armes à l’aide d’une imprimante 3D, perspective
qui avait ému une partie de la classe politique américaine.
Saisi lundi en urgence, un tribunal fédéral de Seattle a fait
droit à la demande des procureurs de huit Etats américains
et du district de Columbia qui voulaient empêcher l’accès
à ces plans. Le magistrat Robert Lasnik a indiqué qu’il examinerait le dossier sur le fond lors d’une nouvelle audience
le 10 août. Le groupe visé par les procureurs, Defense Distributed, semble toutefois avoir pris tout le monde de
court : son fondateur, Cody Wilson, a déclaré qu’il avait
déjà publié les plans sur Internet. Fin juin, le gouvernement fédéral l’avait autorisé à mettre en ligne des schémas
numériques permettant de fabriquer depuis chez soi une
arme à partir d’une imprimante 3D, après une bataille judiciaire vieille de trois ans. Cet objet en plastique fonctionne
comme une arme bien réelle tout en étant potentiellement
intraçable et indétectable par les portiques de sécurité.
Dans une interview accordée à la chaîne CBS diffusée mercredi, le directeur de Defense Distributed a déclaré être
prêt à aller devant la Cour suprême et s’est décrit comme
«un champion du deuxième amendement du XXIe siècle».
Nouvelle-Zélande: une fille de 7 ans
fait changer des panneaux sexistes
RDC Une foule immense pour
le retour de Jean-Pierre Bemba
Une foule immense et hostile au pouvoir a salué mercredi le retour à Kinshasa de l’ex-chef de guerre et ex-vice-président Jean-Pierre Bemba, qui veut s’inviter dès
ce jeudi dans la course à la succession du président Joseph Kabila en république démocratique du Congo. De
l’aéroport au centre-ville, des dizaines de milliers de
personnes ont accueilli Bemba pour son retour après
onze ans d’absence dont dix derrière les barreaux d’une
prison de la Cour pénale internationale. Il s’agit du rassemblement le plus important depuis le retour de l’opposant Etienne Tshisekedi, en 2016. PHOTO REUTERS
L’histoire a fait mouche en
Nouvelle-Zélande, pays réputé pionnier de l’égalité entre les hommes et les femmes.
L’héroïne a 7 ans et s’appelle
Zoe Carew. Son exploit? Avoir
fait disparaître le sexisme de
certains panneaux de signalisation du pays. Outrée de voir
figurer la mention «linemen»
(«hommes» en charge d’installer ou réparer les lignes
électriques) sur les chantiers
qui jalonnaient la route, elle a
adressé une lettre de protestation à la New Zealand
Transport Agency.
«Pourquoi le panneau dit
“linemen” alors que ces gens
peuvent être des hommes ou
des femmes?» Et d’argumenter avec une logique désar-
AP
Une inspection surprise au sein du siège
d’Electricité du Liban,
à Beyrouth, a révélé
qu’un étage du bâtiment abritait… un
poulailler. C’est la
chaîne MTV qui a dévoilé
l’affaire. Selon les internautes, pour la plupart
hilares, il aurait été installé là pour échapper aux
nombreuses coupures
d’électricité qui touchent
le reste de la capitale.
Ne les appelez plus jamais «Gafam»
On a coutume de regrouper en un commode
syndicat du crime numérique Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft: les Gafa(m). Ces entreprises
seraient toutes des menaces pour la démocratie et les libertés.
Si leur principal point commun est qu’elles sont dans le secteur
des nouvelles technologies et qu’elles représentent les cinq
plus grosses capitalisations boursières (935 milliards de dollars
pour Apple!), leurs business modèles sont très différents.
«La communauté internationale doit sortir
les Rohingyas de la zone de non-droit»
Il pleut sur les camps au Bangladesh. Environ un million
de réfugiés rohingyas, dont
plus de la moitié d’enfants,
dorment sur le sol humide de
leurs abris de plastique. Les
sentiers sont devenus torrents, des collines s’effondrent sous le poids de la
mousson. Pourtant, malgré le
processus de rapatriement
lancé par la Birmanie, qui
considère ces habitants musulmans comme des étrangers, pas une seule famille n’a
encore souhaité rentrer. Thomas Ribémont, président
d’Action contre la faim, rentre d’une mission sur place.
Alors que l’ONG Fortify Rights vient de publier une enquête prouvant la préméditation du nettoyage ethnique
lancé par les forces de l’ordre
birmanes en août 2017, il analyse le paradoxe d’une situation de «non-droit», à la fois
précaire et appelée à durer.
Près d’un an après l’arrivée
massive de réfugiés, quelle
est la situation dans les
camps ?
C’est désormais très bien
organisé, il y a des petits
marchés, des espaces de jeu,
des centres de santé, les déchets sont évacués. On trouve
des poulaillers, des systèmes
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
mante: «Je n’ai pas vraiment
envie de devenir réparatrice
de ligne électrique quand je
serai grande […], mais certaines filles voudront peut-être
apprendre à l’être. Pouvezvous, s’il vous plaît, changer
le panneau pour dire “lineworkers” à la place, ou
quelque chose d’autre de plus
correct et juste ?»
A-t-il succombé au charme
de cette missive ou saisi l’op-
portunité de briller dans
l’opinion publique ? Quoi
qu’il en soit, le patron de la
New Zealand Transport
Agency, Fergus Gammie, a
accepté la demande de Zoe
Carew. «Je te félicite pour ta
suggestion et d’avoir agi
quand tu as trouvé qu’une injustice pouvait être réparée.
Bien joué», a-t-il répondu.
De nouveaux panneaux afficheront désormais «line
crew» («équipe»), jugé moins
discriminant.
L’échange épistolaire, publié
sur Twitter par la mère de
Zoe Carew, qui se décrit ellemême comme féministe,
a été largement partagé sur
les réseaux sociaux.
CAROLINE VINET
10 u
FRANCE
Libération Jeudi 2 Août 2018
Constitution
La réforme
attend son heure
Plombé par l’affaire Benalla, l’examen du texte sur
les institutions par l’Assemblée a été reporté sine die.
Dans un climat tendu, le choix d’une nouvelle date
tourne au casse-tête pour l’exécutif.
ANALYSE
Par
LAURE EQUY
L
a révision constitutionnelle,
«cette victime collatérale de la
Contrescarpe», comme l’a
surnommée Gérard Larcher… Le
projet de loi «pour une démocratie
plus représentative, plus responsable et efficace», premier des trois volets de la réforme des institutions,
fait aussi partie des premiers dommages de l’affaire Benalla. Depuis
que l’opposition est parvenue à torpiller son examen le 22 juillet
– avec 298 rappels au règlement
dans l’hémicycle–, le texte constitutionnel est en suspens, laissé en
plan à son article 2, sans date de reprise. Depuis, le gouvernement et sa
majorité cherchent comment atterrir, maniant comme les faces d’un
Rubik’s Cube l’agenda parlementaire de la rentrée, déjà chargé.
Le texte ne figure pas dans le programme de l’Assemblée nationale
pour les deux premières semaines
de septembre, les députés ayant au
menu le retour du projet de loi
«agriculture et alimentation», puis
celui sur la lutte contre la fraude fiscale. Après le 19 septembre ?
«Aucune visibilité, horizon bouché»,
résumait mardi le socialiste
Guillaume Garot, à la sortie de la
conférence des présidents. Lors de
cette réunion qui doit fixer l’ordre
du jour, le projet de loi constitutionnelle semblait être le-sujet-dont-onne-prononce-pas-le-nom. Le gouvernement s’était déjà montré, ces
derniers jours, très évasif sur son
sort. «On en reparle à la rentrée»,
avait expédié le secrétaire d’Etat
chargé des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, tandis
que le Premier ministre, Edouard
Philippe, s’était contenté de prévoir
qu’«à partir de septembre» le texte
pourrait être réinscrit, «le moment
venu». Un nouveau calendrier ne
devrait pas davantage être fixé au
Conseil des ministres de vendredi,
le dernier avant les vacances.
«Hypertrophie». Il faut dire que
la révision constitutionnelle est devenue, avec les révélations sur l’exchargé de mission à l’Elysée, un terrain miné. Son succès était déjà un
défi, puisque pour qu’il soit adopté,
l’exécutif doit toper avec le Sénat,
majoritairement à droite. Mais tout
s’est encore compliqué. A l’Assemblée, les opposants à Emmanuel Macron ont tout fait pour connecter l’affaire Benalla au sujet institutionnel,
y voyant l’illustration d’«effets de
cour élyséens où le monarque peut
tout se permettre sans avoir à rendre
de comptes», dixit Alexis Corbière
(LFI). L’occasion est trop belle de réclamer un renforcement des droits
du Parlement et une correction en
profondeur de la révision constitutionnelle à la lumière de cette séquence. «La source de cette crise réside dans l’hypertrophie du pouvoir
présidentiel sous la Ve», diagnostique
l’UDI Jean-Christophe Lagarde, qui
souhaite que la réforme «rééquilibre
les pouvoirs» et en «termine avec
l’opacité de la Ve». Pour le socialiste
Boris Vallaud, «il paraît inconcevable
que cette réforme ne tire aucune conclusion de l’épisode lamentable que
nous avons vécu». Certains avancent
déjà de nouveaux amendements:
possibilité de multiplier les commissions d’enquête, obligation pour un
ministre convoqué par les députés
de venir s’expliquer, etc.
«Ils veulent une VIe République, et
pourquoi pas une VIIe ! Ils ont trouvé
un os à ronger et une querelle à monter», balaie Marc Fesneau, chef des
députés Modem. La République en
marche (LREM) voit aussi dans ces
doléances le signe que les oppositions ont pris prétexte du «fait divers» Benalla pour saborder une réforme dont elles ne voulaient pas.
Mais au sein de la majorité, où l’on
espère que la polémique se tassera,
on s’interroge aussi sur l’opportunité de reprendre le texte d’emblée.
Avec le risque de rouvrir la boîte à
baffes à la rentrée.
Trois scénarios sont donc sur la table. L’exécutif pourrait décider d’enchaîner, le 19 septembre, sur la fin
du texte constitutionnel. Ou passer
aux deux derniers wagons de la réforme des institutions –projets de
loi organique et ordinaire. Ou encore
examiner le projet de loi Pacte. Mais
vu le bouleversement du calendrier,
l’avenir du copieux «plan d’action
pour la croissance et la transformation des entreprises» est lui aussi en
balance. «Ils regardent si on peut en
prendre une partie dans les textes
budgétaires, mais c’est une grosse loi
de transformation économique. Ce
ne serait pas la même chose que
d’avoir un beau véhicule législatif»,
estime un conseiller de l’exécutif.
«Equilibre». Quelle que soit la
feuille de route arrêtée, la majorité,
échaudée par le pataquès, est tentée
de montrer les dents. Jusqu’alors,
l’idée était de négocier les trois morceaux de la réforme ensemble,
comme un seul et même package.
Mais le patron du groupe LREM, Richard Ferrand, souligne que les engagements du candidat Macron
concernent la baisse d’un tiers du
nombre de parlementaires, une
dose de proportionnelle aux législa-
tives et le non-cumul dans le temps.
Soit les trois mesures qui ulcèrent le
plus les oppositions… et qui, elles,
ne nécessitent pas une adoption aux
trois cinquièmes des parlementaires. «Aussi longtemps qu’on pouvait
espérer que les choses se passent
bien, on pouvait imaginer trouver un
équilibre sur les trois textes. Mais si
on nous empêche d’avancer sur la révision constitutionnelle, on ne
pourra pas nous empêcher d’avancer
sur les deux autres textes. Nos promesses de campagne seront tenues»,
avertit Ferrand. A bon entendeur,
chers sénateurs. «Si l’opposition
rompt notre accord, on n’a plus
aucune raison de lui faire de ca-
«
Libération Jeudi 2 Août 2018
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«L’affaire Benalla a révélé
le manque de pouvoir
du Parlement»
L
deaux. C’est l’équilibre de la terreur,
il faut qu’on puisse brandir la menace», enchaîne un député LREM.
Juridiquement discutable – la
baisse du nombre de sénateurs doit
quand même recueillir l’approbation du Sénat–, l’avertissement, en
tout cas, laisse déjà augurer de nouveaux débats agités à la rentrée. •
La majorité
est divisée sur
l’opportunité
de reprendre
l’examen
de la réforme
dès la rentrée.
PHOTO DENIS
ALLARD
e député La France
insoumise de SeineSaint-Denis
Eric
Coquerel a toujours été contre
le projet de révision constitutionnelle. Après l’affaire
Benalla, le texte a été reporté
sine die, une décision positive
pour l’élu qui juge «impensable d’adopter une loi institutionnelle alors même que les
institutions sont mises à mal».
Dans quelle mesure le report de la révision constitutionnelle est-il lié, selon
vous, à l’affaire Benalla ?
Même si je reste convaincu
qu’il s’agissait dès le départ
d’une mauvaise réforme qui
affaiblirait les pouvoirs de
l’Assemblée nationale, il est
vrai que l’affaire Benalla-Macron rendait son examen impossible. Il est tout à fait impensable d’adopter une loi
institutionnelle, alors même
que les institutions sont mises à mal, c’est contradictoire. D’ailleurs, cette affaire
a souligné deux problèmes :
le contournement absolu de
l’Etat, de la police et des
autres institutions par
Emmanuel Macron, en direct
de l’Elysée. Elle a également
révélé le problème actuel de
notre pays, qui est le manque
de pouvoir du Parlement.
Que reprochez-vous à ce
projet avorté ?
Une réforme qui visait à
diminuer encore le pouvoir
du Parlement, c’était complètement indécent, surtout
dans ces conditions-là. Mais
sans Benalla, les oppositions
se seraient malgré tout positionnées contre ce projet, car
l’affaire révèle qu’on est face
à une concentration de pouvoirs au-dessus de toutes les
institutions légales. En ce
sens, le projet de révision
constitutionnelle cadre totalement avec la façon de faire
d’Emmanuel Macron : une
vision du pouvoir très dirigiste et personnelle. Cette réforme visait sans nul doute à
entériner le souhait du président de la République de
contourner encore l’obstacle
que peut représenter l’Assemblée nationale dans la
réalisation de son projet. S’il
voyait cette réforme comme
la clôture triomphale de sa
première année à l’Elysée,
elle a en fait été son premier
couac notable. Et cela peut
avoir des conséquences sur la
suite des réformes qu’il espérait mettre en place.
Craignez-vous que l’exécutif tente de passer en force
les mesures phares (baisse
du nombre de parlementaires, non-cumul dans le
temps, proportionnelle)
qui ne nécessitent pas de
modifier la Constitution?
Le gouvernement serait très
mal inspiré de s’embarquer
là-dedans. Cela voudrait dire
qu’il est complètement rétabli de la crise, et je ne pense
pas que ce sera le cas à la fin
de l’été. S’il voulait passer en
force, il commettrait là une
très lourde erreur. D’autant
que je ne pense pas que le Sé- semblée. Au début du quinnat le suive : si le débat re- quennat, les marcheurs
prend à la rentrée, je doute profitaient de la position
que le texte soit adopté par floue, voire ambiguë de cerles sénateurs. Jusqu’à main- tains groupes, qui ne satenant, le Sénat
vaient pas se sià majorité Les
tuer par rapport
Républicains
à la majorité
(LR) hésitait et
LREM-Modem
cette affaire l’a
écrasante. Je
fait basculer
pense notamdans l’opposiment au groupe
tion. Cela expliNouvelle Gauque peut-être
che. Au moles déclarations
du vote
INTERVIEW ment
de Richard
de confiance
Ferrand selon
au gouvernelesquelles le gouvernement ment, ils se sont largement
n’a pas remis l’examen du abstenus, alors que les élus
texte à l’ordre du jour de la UDI-Agir ont voté en faveur
rentrée.
du gouvernement d’Edouard
Les députés de la majorité Philippe. Les marges, qui faise sont dits soudés au sor- saient un peu tampon, n’existir de cette séquence. Avez- tent plus, elles sont complèvous échoué à les faire tement passées dans
douter ?
l’opposition.
Cette affaire a créé un isoleRecueilli par DELPHINE
ment des macronistes à l’AsBERNARD-BRULS
L’été,
le monde
continue
de tourner.
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
AFP
Pour Eric Coquerel,
député de La France
insoumise,
les conditions
politiques ont
changé depuis
le passage
de la réforme à
l’Assemblée.
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
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12 u
FRANCE
Libération Jeudi 2 Août 2018
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Tu mitonnes :
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Chaque semaine, passage en cuisine et
réveil des papilles. Cejeudi, une ode à une pâtisserie indémodable qui fédère tous les appétits et toutes les générations. Avec une recette de millefeuille aux fraises dénichée dans le précieux et délicat Chez Constant : recettes
et produits du Sud-Ouest, du chef Christian Constant.
PHOTO EMMANUEL PIERROT
Benalla et Crase, les deux cow-boys
de l’Elysée rattrapés par le colt
Les nouvelles
révélations sur les
armes détenues par
les deux comparses
soulèvent de
nombreuses
questions sur leur
acquisition. Et les
complicités dont le
duo a pu bénéficier.
parti a bien été autorisé par la ter (étui) d’arme à feu et la
préfecture à détenir trois ar- forme d’une crosse d’arme de
mes au sein de ses locaux afin poing à la ceinture de Crase
d’assurer la sécurité des lieux, ce 1er Mai. Après avoir à noucomme le permet la loi en cas veau démenti lors de sa garde
de risque «exceptionnel». à vue, il a fini par reconnaître
Mais la demande était en avoir porté un Glock 17 ce
cours de régularisation en jour-là. «Cette arme n’est pas
raison du déménagement du à mon nom, elle appartient
siège de LREM, transféré en à LREM, elle est réservée pour
septembre du sud au centre la défense du site LREM»,
de Paris. Depuis qu’une en- a-t-il précisé face aux enquêquête judiciaire a été ouverte, teurs, selon le Monde.
il n’y a pas eu de perquisition Vincent Crase n’a pourtant
Par
au siège du parti, mais les po- plus aucune autorisation de
EMMANUEL
liciers de la PJ parisienne, sai- port d’arme depuis juin 2017,
FANSTEN
sis des investigations, se sont détail qui ne l’a pas empêché
fait remettre le 21 juillet des de continuer à s’entraîner
n coffre-fort conte- documents relatifs aux con- dans un stand de tir privé
nant des armes de ditions dans lesquelles Vin- à Paris et de se comporter
poing et un fusil cent Crase était autorisé à dé- avec un «vrai sentiment d’imà pompe disparaissant mys- tenir une arme. Dans ce punité», selon un de ses protérieusement du domicile cadre, comme en attestent ches, n’hésitant pas à sortir
d’Alexandre Benalla juste des mails entre LREM et la calibré en toute illégalité.
avant sa perquisition. La préfecture versés à la procé- «J’ai toujours une arme sur
confirmation
dure, il est ap- moi, c’est une habitude de
L’HISTOIRE paru que le parti travail et de sécurité», s’est
que son compère
Vincent Crase
avait effective- justifié benoîtement le comDU JOUR
portait bien un
ment demandé parse de Benalla, dont la préGlock à la ceinture sans la des autorisations, mais l’in- sence ce 1er Mai n’avait par
moindre autorisation lors des formation judiciaire doit ailleurs jamais été déclarée
manifestations du 1er Mai. Et désormais déterminer si tou- à la direction de la préfecture
des pistolets déclarés à la pré- tes les formalités administra- de police de Paris, comme l’a
fecture de police par La Ré- tives ont été correctement révélé la commission d’enpublique en marche mais remplies.
quête parlementaire.
portés illégalement à l’extéMis en examen pour «port
rieur des locaux du parti… Le Glock 17
prohibé d’arme de catégoLes dernières révélations du de Vincent Crase
rie B», Vincent Crase vient
Canard enchaîné et du Seule certitude: même en cas d’être licencié de LREM. Mais
Monde soulèvent de nom- de feu vert préfectoral, ces ar- l’ex-détective privé féru d’arbreuses questions sur la pas- mes ne pouvaient en aucun mes à feu, également détension des armes à feu que cas quitter les locaux. C’est teur d’un fusil sans permis
nourrissaient les deux cow- pourtant bien l’un de ces pis- selon le Monde, est encore
boys de l’Elysée, et l’impunité tolets, le Glock 17, que Vin- loin d’avoir livré tous ses
dont ils ont pu bénéficier.
cent Crase portait à la cein- secrets.
ture lors des manifestations
Les pistolets
du 1er Mai.
L’armoire forte
de LREM
Pendant plusieurs jours, l’an- de Benalla
Des armes ont-elles été déte- cien gendarme réserviste in- La scène, savoureuse, a été ranues illégalement au siège de vité par Alexandre Benalla contée par le Canard enLREM? Selon le Monde, trois sur l’opération de maintien chaîné. Le 20 juillet, les polipistolets, dont un Glock 17, de l’ordre a nié l’évidence. ciers de la BRDP se rendent à
auraient été découverts au Comme l’avait révélé Libé, il Issy-les-Moulineaux (Hautssiège du parti présidentiel. était toutefois possible de de-Seine) pour perquisitionDes armes «non déclarées», distinguer assez nettement, ner le domicile d’Alexandre
selon le quotidien, qui pré- sur certaines vidéos, un hols- Benalla, placé en garde à vue
cise qu’une demande d’autorisation a été envoyée à la
préfecture de police mais que
celle-ci est restée lettre morte
en raison d’un dossier incomplet. La situation est en
réalité plus complexe.
Selon nos informations, le
Vincent Crase
U
«J’ai toujours une arme
sur moi, c’est une habitude
de travail et de sécurité»
Benalla et Crase sur la place de la Contrescarpe, à Paris. DOCUMENT LIBÉRATION
quelques heures plus tôt.
Mais faute de parvenir à crocheter la serrure, ils décident
d’apposer un simple scellé sur
la porte et de revenir le lendemain matin avec les équipements adéquats. Sauf qu’entre-temps, l’armoire forte
contenant trois pistolets et un
fusil à pompe Remington s’est
brusquement volatilisée.
«Elle a dû être emmenée en
lieu sûr par une personne», a
expliqué sans rire l’ancien
chargé de mission d’Emmanuel Macron, évoquant l’intervention d’un «ami» pour
justifier cette disparition hallucinante. Selon l’Obs, ce
mystérieux émissaire aurait
visité son appartement entre
le 19 et le 21 juillet afin de met-
tre certains objets en «lieu
sûr», dont les armes à feu.
Une volonté de faire le «ménage» simplement destinée,
selon Benalla, à éviter toute
incursion inopportune à son
domicile, notamment de certains journalistes ayant repéré
son adresse. Rien à voir, selon
lui, avec une bonne vieille
opération de barbouzes. •
Libération Jeudi 2 Août 2018
Ce qui a
changé
au 1er août
LE GAZ AUGMENTE
Les tarifs du gaz appliqués par
Engie vont augmenter en moyenne
de 0,2 % par rapport à juillet. L’augmentation est de 0,1 % pour les utilisateurs
de gaz pour la cuisson, 0,1 % pour les
consommateurs qui ont un double
usage cuisson et eau chaude et 0,2 %
pour les foyers qui se chauffent au gaz.
1
L’ÉLECTRICITÉ BAISSE
Les tarifs de vente d’électricité baissent de 0,5 % pour
les particuliers… mais augmentent de 1,1 % pour les petits
professionnels, une catégorie
qui concerne par exemple
artisans, restaurants ou salons
de coiffure.
2
Violences sexuelles Les pompiers de
Paris visés par au moins trois enquêtes
Migrants: «l’Aquarius» reprend la mer
le ministre de l’Intérieur italien d’extrême droite, Matteo
Salvini, a décidé de fermer
les ports. L’Aquarius s’est
donc vu, sans préavis, refuser d’accoster en Sicile.
Puis Malte a suivi l’Italie et
interdit d’entrée le navire
de 77 mètres. La France
s’est tue, et c’est finalement
l’Espagne qui a accepté
d’accueillir le bateau avec à
son bord quelques centaines
de rescapés.
L’Aquarius s’est ensuite
rendu à Marseille, où il est
donc resté bloqué dans l’incertitude. D’autant que
l’Union européenne travaille à externaliser ses frontières pour éviter de prendre
en charge l’intégralité des
personnes y cherchant refuge. Les ONG craignent no-
Clash de clans à Orly:
les rappeurs Booba
et Kaaris en garde à vue
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devaient donner un concert
à Barcelone: Booba au club
Pacha, Kaaris au Shôko.
Deux clubs situés à quelques mètres l’un de l’autre
près du port olympique de
la capitale catalane.
Onze personnes ont été interpellées, dont les deux
rappeurs qui ont été placés
en garde à vue, selon des
sources policière et aéroportuaire citées par l’AFP.
A l’issue de la bagarre, on
peut apercevoir Booba, entouré de deux policiers et
des équipes de l’aéroport
d’Orly, interpeller Kaaris :
«Quand on parle, faut assumer, va à l’infirmerie, gros.»
Il semble loin, le temps où
le «MC» de Boulogne et
celui de Sevran collaboraient en featuring sur le
titre Kalash, en 2012.
ROMAIN MÉTAIRIE
C’est la hausse des
immatriculations de
voitures particulières
neuves en France en
juillet sur un an, selon
des chiffres provisoires
publiés mercredi par le
Comité français des
constructeurs automobiles. Les marques françaises, au premier rang
desquelles PSA, se sont
particulièrement bien
vendues, avec une augmentation de 23 % sur
un an, tandis que les
marques étrangères ont
progressé de 14,5 %. Au
total, 175 397 voitures
neuves ont été immatriculées en juillet. De janvier à juillet, 1,36 million
de voitures ont été immatriculées, une hausse
de 6,3 % par rapport
à 2017. Les marques françaises ont raflé 57,8% du
marché (+13,3 %).
COQUILLAGES ET P’TIT LIBÉ
LE
Fini, les paroles en l’air et
autres clashs par morceaux
interposés. Mercredi aprèsmidi, Booba et Kaaris, deux
des rappeurs français les
plus connus, en sont réellement venus aux mains, accompagnés de leurs clans
respectifs. La scène hallucinante s’est déroulée au
milieu des voyageurs, près
d’un magasin duty free de
l’aéroport d’Orly. La rixe a
évidemment été filmée par
des dizaines de témoins, et
abondamment relayée sur
les réseaux sociaux. L’affrontement physique aurait
causé le retard de plusieurs
vols et la fermeture temporaire du hall 1 du terminal
ouest, selon le compte Twitter de Paris Aéroport.
La présence des deux artistes au même endroit est
une coïncidence. Tous deux
+18,9%
La Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) est visée par
au moins trois enquêtes judiciaires portant sur des faits de
viol, d’agressions sexuelles et harcèlement sexuel, selon
le Monde et l’AFP. Une enquête préliminaire pour «viol»,
confiée à la police judiciaire, est notamment en cours à Créteil
(Val-de-Marne) après une plainte déposée en octobre par une
jeune femme. Le parquet de Paris a lui aussi été saisi de deux
enquêtes préliminaires après les plaintes en mars de deux
jeunes femmes dénonçant des agissements à la caserne de
Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), selon une autre
source judiciaire. La première, arrivée fin 2016 dans cette caserne, a porté plainte le 5 mars pour des «agressions sexuelles»
commises selon elle par deux de ses supérieurs, comme l’avait
révélé le Point. Après plusieurs attouchements, la jeune
femme a alerté sa hiérarchie, puis porté plainte. Le 21 mars,
une autre plainte a été déposée par une deuxième femme pour
«harcèlement sexuel» et «agressions sexuelles».«La BSPP ne
nie pas les cas de harcèlement et d’humiliation qui sont tout
à fait inacceptables […]. Pour ces sujets, la BSPP prône la tolérance zéro. Les pompiers concernés ont été immédiatement
sanctionnés en interne», a réagi la Brigade. Dans une autre affaire qui concerne des faits survenus entre 2009 et 2010, trois
hommes (un pompier militaire et deux autres des Yvelines)
ont été mis en examen à Versailles pour viols et agressions
sexuelles sur une personne de moins de 15 ans.
cours humanitaires en mer
sont désespérément nécessaires, maintenant plus que jamais. Sauver les personnes en
détresse en mer reste une
obligation légale et morale.
Plus de 700 personnes se sont
noyées ces dernières semaines. Ce mépris pour la vie humaine est terrifiant.» L’ONG
prévient qu’elle ne débarquera ou ne transférera
aucun passager en Libye.
Pendant son escale technique, l’Aquarius s’est doté
d’un nouveau canot de sauvetage, plus rapide. Mais
aussi, détail qui dit bien
l’effroi de la situation, d’un
conteneur d’expédition réfrigéré où pourront être entreposés les corps retrouvés
sans vie dans les radeaux.
KIM HULLOT-GUIOT
LE
Kaaris (avec les baskets blanches), à Orly. PHOTO DR
tamment de devoir répondre aux ordres des
gardes-côtes libyens, l’UE
détournant le regard de la situation chaotique du pays,
où les migrants sont allègrement maltraités, rackettés,
violés et torturés.
Mercredi, le navire humanitaire a pu repartir sur sa zone
de secours, où les noyades se
sont intensifiées ces dernières semaines, et où d’autres
bateaux de secours connaissent la même errance. «La
route de la Méditerranée centrale est la plus meurtrière
au monde, explique Aloys Vimard, coordinateur de projet
MSF à bord du bateau. Il n’y
a presque plus de navires de
sauvetage et aucune capacité
de recherche et de sauvetage
des Etats européens. Les se-
DES DÉREMBOURSEMENTS
Les médicaments anti-Alzheimer
jugés insuffisamment efficaces et
potentiellement risqués ne sont plus
remboursés. La mesure concerne
quatre médicaments (Aricept, Ebixa,
Exelon, Reminyl), ainsi que leurs génériques, qui étaient jusque-là remboursés à hauteur de 15 %.
3
M ÉTÉO
S
LA LISTE
Jamais, depuis son premier
départ en mer en février 2016,
l’Aquarius n’était resté au
port aussi longtemps. Ce
bateau humanitaire, opéré
conjointement par SOS Méditerranée et Médecins sans
frontières (MSF), porte secours aux migrants dont les
embarcations de fortune ne
laissent que peu de chances
d’atteindre l’Europe. En
deux ans, il a permis à près de
30000 personnes de rester
en vie, et a vu une poignée de
bébés naître à bord.
Mais depuis un mois, l’Aquarius était coincé à Marseille,
pour une escale technique.
Les sauveteurs ne savaient
pas combien de temps elle
durerait car la situation politique dans la zone s’est durcie de façon inédite. En juin,
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14 u
VOUS
Libération Jeudi 2 Août 2018
A Sèvres,
la porcelaine
n’a pas
de prix
La luxueuse manufacture a été chargée par l’Elysée
de créer un service de vaisselle d’une valeur
de 500000 euros. Excursion au cœur de cette
fabrique au savoir-faire identique depuis trois siècles.
Par
SARAH-LOU BAKOUCHE
Photos
DAVID MAUREL.
HANS LUCAS
T
rois ans et 500 000 euros
pour faire un service de vaisselle destiné à l’Elysée, selon
le Canard enchaîné du 13 juin, ça
peut sembler long et cher. Mais Romane Sarfati, directrice générale de
la Cité de la céramique, l’affirme :
«Ce chiffre n’est représentatif de
rien. Il a été calculé sur une hypothèse d’un prix de vente, mais un
prix de vente n’est pas un prix de revient.» La commande présidentielle
entre dans la mission de production
de cet établissement public, dont
plus de la moitié du budget est alloué par le ministère de la Culture.
«Mettre en relation le budget de
fonctionnement de l’établissement
avec cette commande artistique n’a
pas de sens, poursuit la directrice.
Quand on va visiter une exposition,
on ne s’interroge pas sur son coût.»
Pour en avoir le cœur net, rien ne
vaut une plongée dans les coulisses
de la manufacture de Sèvres, près
de Paris.
Depuis plus de deux cent soixantedix ans et le règne de Louis XV, c’est
le lieu assigné à de telles missions.
Faire une assiette à Sèvres, c’est mo-
biliser 25 métiers différents, répartis sur 27 ateliers. Tout commence
au moulin, où l’on réduit en poudre
les minéraux (kaolin, quartz et
feldspath) pour faire de la pâte de
porcelaine. Il y fait chaud, mais
impossible d’ouvrir les fenêtres car
les matières sont là pour se stabiliser en humidité.
MACHINES HORS D’ÂGE
Thierry est le responsable de la manufacture. Il travaille à Sèvres depuis vingt-quatre ans. Il est arrivé
ici par hasard, «par le chômage, ils
avaient besoin d’un contractuel».
Depuis, il n’a plus quitté la maison.
Il y a tout appris, sur le tas: la composition de la pâte, le broyage, toute
la science complexe de la constitution céramique. Depuis deux décennies, il a vu des tas de choses
évoluer. Avant, la matière arrivait
sous forme de cailloux, maintenant,
elle est prébroyée. Mais les gestes
de fabrication de l’assiette, eux,
demeurent inchangés depuis
le XVIIIe siècle. On le constate dans
le «grand atelier». Des machines
hors d’âge, des outils rustiques qui
semblent immuables, des meubles
en bois recouverts de fines couches
de poussière de porcelaine blanche.
Les artisans, penchés et concentrés
sur l’objet qu’ils tournent, ébauchent, calibrent, imperturbables.
Seul un smartphone, posé sur le
coin d’une table, trahit le présent.
Mathilde se saisit d’une «petite
buse», une boule de pâte dont la
taille est prédéfinie. Elle se met à
l’ouvrage, commence par ébaucher
l’assiette, lui donner sa forme, avant
de centrer, de dresser et de calibrer
la matière. On voit se dessiner peu
à peu l’objet auquel elle donne vie.
«Tout se fait dans le ressenti, on le
sent dans les mains quand c’est
prêt», explique la jeune femme. Elle
a 28 ans, est fonctionnaire de Sèvres
depuis quatre ans. Elle pose la pièce
sur un chariot dont le chargement
est envoyé à l’étuve. Le lendemain,
elle pourra procéder au démoulage,
puis ce sera l’étape du «tournassage», pour affiner l’assiette. Entrer
à Sèvres était un rêve pour la jeune
femme, qui grave à présent ses initiales derrière l’assiette qu’elle
travaille. Après un Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) décoration en céramique au lycée l’Initiative (Paris XIXe), elle obtient son
brevet des métiers d’art (BMA) et
enchaîne sur un CAP tournage en
céramique, avant d’intégrer un brevet de technicien supérieur (BTS)
arts et concepteur. Quand elle était
encore étudiante à l’Initiative, elle
avait visité la manufacture. En
rentrant dans le grand atelier qui
est aujourd’hui le sien, elle en était
Du moulin, où on réduit en poudre les minéraux pour faire de la pâte de
certaine, «il fallait que je rentre
à Sèvres». A la fin de ses études, elle
intègre la prestigieuse formation
sélective de Sèvres, sanctionnée
par l’obtention du titre de technicien d’art.
L’assiette passera ensuite entre les
mains de Camille, première femme
à être devenue tourneuse à Sèvres.
Parler de sa passion éclaire son visage. Elle se lève pour montrer les
outils fabriqués spécialement pour
travailler chaque forme d’un ensemble. En octobre, cela fera
neuf ans qu’elle est là. Titulaire d’un
BTS de design en arts appliqués, Camille s’est spécialisée dans le textile,
car elle voulait du contact avec la
Libération Jeudi 2 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«J’avais envie d’un
métier avec une
histoire. A Sèvres,
il y a cet ancrage
historique et
ce contact avec
des artistes
contemporains.»
Camille
tourneuse
dur, d’autres plus doux. L’œil profane n’y décèlera aucune différence, mais les artistes se reconnaissent entre eux. On entre dans
l’atelier que partagent Nathalie et
Amandine.
TARIFS OPAQUES
porcelaine, aux ateliers de peinture, la manufacture de Sèvres perpétue des gestes immuables.
matière. Mais il n’y en avait toujours
pas assez pour elle, qui cherchait un
métier avec un réel aspect manuel,
un métier qui engage tout le corps.
«J’avais besoin d’une profession avec
une histoire. A Sèvres, il y a cet ancrage historique et ce contact avec
des artistes contemporains. Perpétuer la tradition et faire partie d’une
chaîne temporelle recèle une certaine beauté.»
On rejoint ensuite le bâtiment
principal. Au rez-de-chaussée, des
fours immenses. Certains sont modernes, les autres en briques, monumentaux, appartiennent au lieu
depuis toujours. Ils sont mis en activité tous les dix ans, pour préser-
ver les gestes et les techniques. Au
détour d’un four, on monte un escalier. Les odeurs changent, ça sent
bon la térébenthine. C’est l’étage
des ateliers de peinture, occupés
par les huit peintres de l’établissement. Tous ont la même formation
mais chacun a sa propre sensibilité. Certains auront le trait plus
La pièce est lumineuse et constituée de deux grandes tables qui se
font face. Les plans de travail sont
jonchés de palettes, des pièces de
porcelaine avec des carrés de multiples couleurs. Ces assiettes de
mélange sont placées devant le
dessin à reproduire, pour choisir la
bonne teinte. A leur côté, des récipients variés: pellicules d’appareils
photo, mignonnettes, petits pots de
confiture, dans lesquels sont stockés les précieux pigments. Les couleurs pures sont préparées sur
place, par un laboratoire. Les peintres mélangent ensuite la poudre
avec de l’essence grasse et de la térébenthine. Penchée sur son assiette, Nathalie passe d’un pot à
l’autre, dans un silence imperturbable. Pour les décors d’une
u 15
assiette, il faut compter environ
trois semaines de travail. Il peut y
avoir jusqu’à trois repiquages, car
la peinture perd en intensité au gré
des cuissons.
L’odeur de térébenthine a complètement disparu dans l’atelier de
montage-ciselage, où sont assemblées les différentes parties constitutives d’une œuvre. L’endroit
ressemble à l’antre d’un vieux forgeron. Les pièces métalliques sont
éparpillées et côtoient les objets
d’art en devenir. On peut apercevoir une version miniature de la
coupe Vieillard, récompense du
Tour de France depuis 1975, dont la
réalisation a toujours été l’œuvre de
la maison. Si on la retourne, on
peut lire «offerte par la présidence
de la République française».
A côté de cette pièce, d’autres objets d’apparence plus modeste,
dont les prix sont tout aussi opaques. Depuis les déclarations du
Canard le 13 juin, le service «Bleu
Elysée» a fait couler beaucoup
d’encre. Romane Sarfati concède
néanmoins que la polémique aura
permis de faire parler de la manufacture, de ses missions et de l’excellence de son savoir-faire. Et que
c’est bien là l’objectif d’une telle
commande publique : perpétuer
des gestes et un savoir artistique. Il
demeure que si Sèvres a la particularité d’exposer et de produire pour
la vente, acheter du Sèvres n’est pas
un geste anodin. Difficilement, on
nous chuchote qu’une petite
assiette à dessert pourra nous
coûter au bas mo t dans
les 300 euros. Une question
d’arbitrage personnel, nous dit-on.
Ah. Mais bon, à Sèvres, on fait
de l’art. •
16 u
Libération Jeudi 2 Août 2018
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le chevalier noir. AFilm.
20h55. Fais pas ci, fais pas ça.
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toujours !. Une vie de rêves.
22h35. Fais pas ci, fais pas ça.
Série. 4 épisodes.
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Film d'animation. 22h25.
La Reine des Neiges : le miroir
sacré. Film d'animation.
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20h55. Secrets d’histoire.
Documentaire. Cléopâtre ou la
beauté fatale. 22h45. Secrets
d’histoire. Documentaire.
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20h55. Des trains pas comme
les autres. Documentaire.
Canada. Italie du Sud.
22h40. C dans l’air. Magazine.
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20h50. Y-a-t-il un Français
dans la salle ?. Comédie.
Avec Victor Lanoux. 22h45.
Les saisons du plaisir. Film.
20h55. Quand vient la peur....
Téléfilm. 1re partie. Avec
Sophie Quinton, Grégory
Fitoussi. 22h25. Quand vient
la peur.... Téléfilm. 2e partie.
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Sans répit. Liens fraternels.
Débuts difficiles. 23h05.
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1, 2 & 3/6. 23h15. 1864.
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Épisode 4. Présenté par
Stéphane Rotenberg. 23h15.
Pékin Express : Itinéraire bis.
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Galabru. 22h50. Les rois
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Les braqueurs. 22h35. NCIS :
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prématurée. Téléfilm.
NRJ12
NUMÉRO 23
20h55. Nos plus belles
vacances. Comédie. Avec
Philippe Lellouche, Vanessa
Demouy. 22h25. Erreur de la
banque en votre faveur. Film.
20h55. Ces crimes qui ont
choqué le monde. Documentaire. 2 épisodes. 22h45.
Ces crimes qui ont choqué
le monde. Documentaire.
C8
LCP
21h00. Meurtre au soleil.
Drame. Avec Peter Ustinov,
Colin Blakely. 23h00.
Mort sur le Nil. Film.
20h30. Je reviendrai. Documentaire. 21h30. Droit de
suite - Débat. 22h00. Les
raccrocheurs. Documentaire.
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HORIZONTALEMENT
I. Bon pour la consommation
mais pas pour la reproduction
II. Carte sur table ; Envie
de berger III. Avec la peau
du ventre bien tendue ;
On l’accuse quand ça ne
va pas IV. Fit plus court
V. Elle s’est trouvé plein
de nouveaux congénères
avec le mouvement #MeToo ;
Il tourne rond mais pas totalement VI. Quotidien de Francilien ; On peut le pratiquer
en son anagramme VII. Il
récoltait de l’eau de là-haut
VIII. Bel étalon ; La noire est
la plus dure IX. Musicien agité
X. Possible terre d’Abraham ;
Perdent les pétales XI. Exprimasses encore ton idée
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
GORON
X
Grille n°978
VERTICALEMENT
1. Logo rouge, quête de nouveaux abonnés, cette boîte a des points
communs avec Libé ; Scène de ménage ; Là où on est pendant un coup
de mou 2. Elle enlève du gras 3. Rougit 4. Rassemblé ; Station business
5. Tendance ; Ajoutai un zéro à droite 6. Prénom ou fruit breton ; Ils volent
pleins de bagages 7. Ils ne passent pas leur temps à ne rien branler 8. Tâche
effectuée sur demande d’un programme informatique 9. Intervalles
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. ÉLÉGANCES. II. CIGARILLO. III. UN. DIEU.
IV. MEIN KAMPF. V. DEVI. HF. VI. NAIRA. SAR. VII. IVO. SAÔNE.
VIII. QATS. PITT. IX. UN. ACÉRÉE. X. ÉTOURNEAU. XI. CRISEUX.
Verticalement 1. ÉCUMÉNIQUES. 2. LINE. AVANT. 3. ÊG. IDIOT. OC.
4. GAINER. SAUR. 5. AR. KVAS. CRI. 6. NIDAI. APENS. 7. CLIM. SOIRÉE.
8. ÉLÉPHANTEAU. 9. SOUFFRETEUX. libemots@gmail.com
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adjoints
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Cécile Daumas (idées),
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Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Il fait très beau dès le matin sur toute la
France. Les températures sont douces, et
même chaudes sur les régions du sud-est.
L’APRÈS-MIDI Temps superbe, ciel tout bleu
et soleil de plomb. C'est une belle journée
pour les vacanciers, mais la chaleur est
torride au sud de la Loire, plus raisonnable
le long des côtes de la Manche.
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21h00. J’ai faim !!!. Comédie.
Avec Catherine Jacob, Michèle
Laroque. 22h50. Nos amis
les flics. Film.
PARIS PREMIÈRE
Temps ensoleillé sur tout le pays, avec des
températures déjà très chaudes au lever du
jour dans le sud-est.
L’APRÈS-MIDI Conditions estivales sur tout le
pays, avec soleil et fortes chaleurs avec de
33 à 39°C du nord au sud où la canicule
perdure entre la vallée du Rhône et le
pourtour méditerranéen. Un risque orageux
se met en place sur les reliefs du sud.
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RETROUVEZ AUSSI LE P’TIT LIBÉ
18 u
IDÉES/
Par KAROLINE KAMEL
Ecrivaine et journaliste
égyptienne
L
e rendez-vous m’a été fixé
par l’un de mes ex-professeurs de l’école de journalisme, que j’avais recontacté dans
ma recherche d’emploi, en 2011.
Je ne connaissais pas le lieu et je
n’ai pas osé lui demander où il se
trouvait, tant son ton au téléphone semblait pressé et clair. Il
n’avait apparemment aucun
doute que je connaissais l’endroit. En arrivant au Caire
en 2008 pour travailler dans la
presse, venant de mon Alexandrie natale, le centre-ville représentait une attraction comme
pour tous les provinciaux «montés» à la capitale, notamment les
intellectuels. Mais je n’étais pas
aussi séduite à cause du rythme
de vie quotidien. Je devais aller
au travail et rentrer à des horaires
stricts, me laissant peu de temps
pour me promener ailleurs que
dans le quartier populaire de
Chobra que j’habitais.
Libération Jeudi 2 Août 2018
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (2/11)
Le Caire
ÉGYPTE
200 km
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour les droits
civiques, à la Bellevilloise de Paris, lieu d’une utopie sociale, en passant par
le Café Riche du Caire, des écrivains, des historiens et des géographes
retracent l’histoire de lieux où ont émergé de nouveaux courants
intellectuels, politiques ou artistiques.
Rendez-vous
au Riche
Devenu une adresse touristique et
patrimoniale, fréquenté par Naguib Mahfouz,
le Café Riche a repris vie en 2011, en
accueillant les jeunes manifestants de
la place Tahrir et leurs débats politiques.
Jusqu’à l’arrivée de Sissi au pouvoir.
LES LETTRES ROUGES
Sauf que le déclenchement de la
révolution du 25 janvier 2011 sur
la place Tahrir et les rues avoisinantes a bousculé toutes mes habitudes. Je me suis lancée alors
dans ce centre-ville qui n’était
dans mon esprit qu’un quartier
commercial. Cette découverte
s’est faite en compagnie de nouveaux amis que je rencontrais
dans ce contexte. On se retrouvait
dans les cafés populaires pour
boire un verre et fumer la chicha,
dans les limites de nos moyens.
Mais le Café Riche ne faisait pas
partie de nos haltes quotidiennes
de jeunes journalistes. C’est pourquoi, le jour du rendez-vous avec
mon professeur, j’ai pris comme
repère la place Talaat-Harb, le
rond-point d’où partent plusieurs
artères menant aux autres places
du centre, pour trouver le fameux
café. J’ai fini par me renseigner
auprès d’un commerçant qui m’a
indiqué qu’il se trouvait à quelques pas de là. J’aperçois de loin
les lettres rouges sur la vitrine entourée d’une façade en bois. La
devanture se distingue parmi les
autres commerces voisins.
2013 «Documentographie Le Caire», au Café Riche.
PHOTO MAGALI COROUGE
Comme un point encore oublié
par le changement qui a touché
les autres bâtiments anciens du
centre-ville.
Je suis donc entrée pour la première fois au deuxième semestre 2011 au Riche, où m’attendait
mon professeur. Celui-ci, surpris
par mon émerveillement devant
le lieu, me dit : «Comment, tu ne
connais pas le Café Riche que fréquentait Naguib Mahfouz ?» L’information m’a coupé le souffle !
Me voilà donc installée au même
endroit, peut-être même sur le
même siège qu’a occupé le géant
mondial de la littérature ! Sa trilogie Impasse des deux palais, le
Palais du désir, le Jardin du passé
et ses autres romans ont construit dans ma tête de jeune fille
du delta d’Egypte, les rues, la magie et la grandeur du Caire. J’observais les tables et chaises an-
ciennes, le serveur à l’uniforme
bleu et la calotte blanche qui me
rappelaient les vieux films égyptiens. Les murs près du bar
étaient couverts de photos en
noir et blanc d’écrivains, de comédiens et de personnalités publiques. Ils racontent l’histoire
culturelle, artistique et politique
de l’Egypte moderne.
UNE PORTE SECRÈTE
Le café, qui s’enorgueillit de son
authenticité égyptienne, avait été
ouvert par un riche Autrichien,
Bernard Steinberg, le 26 octobre 1908. Il a pris le nom de
«Riche» un an après, quand il a été
racheté par le Français Henri Ressigné, qui lui a donné le nom du
célèbre café parisien. Appelé à rejoindre l’armée, il a dû le revendre
en 1916 à un Grec, Michel Politsi.
Celui-ci l’a cédé à un de ses com-
patriotes en 1932, puis un autre
Grec l’a racheté en 1942. Le premier propriétaire égyptien,
en 1960, a été Abdel-Malak
Mikhael, qui travaillait dans les
chemins de fer.
J’ai été bouleversée d’apprendre
que le propriétaire a découvert
une porte secrète au sous-sol du
café ouvrant sur un couloir, puis
à une pièce où se trouvait une ancienne presse typographique, datant de 1898. Il s’agissait d’une indication sur le rôle du café
pendant la révolution de libération nationale de 1919. Ainsi,
j’étais en train de boire une bière
là où s’étaient cachés mes ancêtres militants contre l’occupation
britannique. J’ai retrouvé l’information dans le livre de l’historien
Abdel-Rahmane Al-Rafei, (Histoire nationale de l’Egypte 19141921), qui a évoqué la place des
cafés pendant la révolution
de 1919. C’est cette année-là que
s’était caché, au Riche, le citoyen
Aryan Youssef après avoir tenté
d’assassiner le Premier ministre,
Youssef Wehbé, parce qu’il avait
formé un gouvernement aux ordres des Anglais.
Au départ, le Riche était conçu
comme un café populaire et non
un restaurant, où on servait de la
bière et des boissons alcoolisées,
comme dans d’autres établissements du centre du Caire, notamment le Café de la liberté. C’est
pourquoi il a attiré les intellectuels pendant les années 50. Mais
il a été transformé après sa réouverture dans les années 90, devenant restaurant, bar et salon de
thé. Son nouveau propriétaire,
Magdy Abdel-Malek, décédé il y a
trois ans, se permettait de choisir
ses clients. Installé en permanence à son bureau à l’entrée du
café, il pouvait refuser un client
dont la tête ne lui revenait pas en
prétextant un manque de place,
même s’il y avait des tables vides.
Ainsi, certains intellectuels et
poètes refoulés ont développé une
hostilité contre le Riche au point
d’écrire des vers le critiquant,
comme l’a fait le célèbre poète
Ahmed Fouad Negm. Une opposition claire s’est construite autour
du Riche entre deux générations
d’intellectuels. Les plus jeunes et
plus à gauche condam- lll
Libération Jeudi 2 Août 2018
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u 19
L’entrée du Café Riche,
au Caire. PHOTO
JACQUES SIERPINSKI
HEMIS.
lll
nant la ségrégation pratiquée par Malek sur la base des apparences. Les plus âgés sont
restés attachés au lieu pendant
que d’autres clients «admis» ont
continué à le fréquenter. D’illustres personnalités ont compté
dans sa clientèle à travers les époques, y compris des non-Egyptiens (l’ex-président irakien Hussein pendant ses études au Caire
dans les années 50). Deux présidents égyptiens, Nasser et El-Sadate, s’y rencontraient avant leur
coup d’Etat des Officiers libres
en 1952. Des vedettes du cinéma
(Naguib Rihani ou Anwar Wagdi),
mais aussi la grande danseuse engagée Taheya Carioca ont été des
habitués. L’établissement a été le
point de départ d’initiatives d’intellectuels contestataires à plusieurs occasions, dont «la révolution des écrivains» en 1972 après
l’assassinat à Beyrouth du romancier palestinien Kanafani, par un
commando israélien. En 1978, une
manifestation des intellectuels
contre les accords de paix de
Camp David a été suivie d’une fermeture de plusieurs années. Ce ne
fut pas la seule puisque le Riche a
été fermé et rouvert à plusieurs reprises jusqu’à la fin des années 90.
«CES BOUTS DE
LIBERTÉ…»
«Mon premier souvenir du Riche
remonte aux années 80, me raconte la photographe Randa
Shaath, qui entretient une relation particulière avec le café. Je
venais de terminer mes études à
l’étranger et je suis rentrée en
Egypte où mon premier travail a
été de concevoir les couvertures de
livres pour une maison d’édition.
Quand mon directeur était content de mon travail, il m’invitait
chez Riche pour manger des pigeons farcis.» Le café qu’a connu
alors Randa était dans un long
passage en plein air où les clients
mangeaient et buvaient de l’alcool. Mais à la fin des années 90,
il a été enfermé derrière une barrière en bois et une vitrine. Pour
Randa, «cette transformation reflète la régression de la société
égyptienne à l’égard des libertés
puisqu’il n’était plus admis de
boire de l’alcool en public». Elle
soutient le propriétaire quand il
Les clients du
Café Riche se sont
remis à rêver
en 2011 et les aînés
partageaient avec
les jeunes
les aspirations
à la liberté et
à une société
meilleure.
fait le tri des clients car «c’est par
souci de maintenir un espace de
liberté et de tranquillité, notamment pour les femmes».
A la faveur de la révolution
de janvier 2011, le café a connu
une nouvelle jeunesse. Il a ouvert
ses portes aux manifestants en
tenue décontractée de la place
Tahrir tandis que ses tables
étaient décorées de drapeaux
égyptiens dans de petits vases
blancs. «Quand j’ai vu venir des
petits jeunes, dont certains
jouaient du luth en chantant les
airs de Cheikh Imam, j’étais vraiment contente», dit Shaath. Les
clients du Riche, toutes générations confondues, se sont remis à
rêver en 2011, et les aînés partageaient avec les jeunes les aspirations à la liberté et à une société
meilleure. On discutait des scénarios d’avenir d’une vie politique avec plus de pluralisme et
d’ouverture à la diversité. Les jeunes qui comme moi rêvaient de
partir à l’étranger ont renoncé à
leurs plans pour rester place Tahrir. La participation à la vie politique de notre pays est devenue un
objectif commun. Nous savourions ces bouts de liberté arrachés des griffes de la répression
et de l’oppression de la dictature.
Nous ne pensions pas alors que
celle-ci allait revenir en force si
vite. Nos rêves se sont évaporés.
Les discussions sérieuses ont
quitté le Café Riche parce que les
clients intéressants n’étaient plus
là, et la sécurité non plus. •
Traduit par Hala Kodmani
Demain : le Florian à Venise.
20 u
Libération Jeudi 2 Août 2018
IDÉES/
Pendant les
vacances, la guerre
continue au Sahel
Dans le conflit
entre Boko Haram
et la coalition
antiterroriste,
les jihadistes
n’ont pas
le monopole
de la violence.
L
ors d’une récente visite officielle au Nigeria, le président Macron insistait sur les liens
entre les différents mouvements terroristes au Sahel.
Contre toute évidence,
il affirmait que le groupe
Boko Haram était dirigé
par des gens «venus du
nord du Mali». En réalité,
la secte jihadiste a été fondée au Nigeria et ses combattants ont toujours été
commandés par des Kanouri de la région du Borno
[Etat du nord-est du
Nigeria, ndlr]. La méprise
de Macron est significative
de la difficulté à appréhender un conflit dont on entend moins parler.
Pourtant, l’insurrection de
Boko Haram est loin d’être
terminée. Au contraire,
le conflit se complexifie
à mesure qu’il se prolonge.
D’un côté, on a une nébuleuse fragmentée de jihadistes qui, pour certains
d’entre eux, se réclament
de la franchise de l’EI.
De l’autre, on a des armées
réunies au sein d’une coali-
MARCANTOINE
PÉROUSE DE
MONTCLOS
DR
Par
Directeur de recherche,
Institut de recherche pour
le développement (IRD)
tion antiterroriste qui regroupe le Nigeria, le Cameroun, le Tchad et le Niger.
Ces militaires se coordonnent peu entre eux et, avec
leurs supplétifs miliciens,
ils commettent trop souvent des exactions susceptibles de légitimer le combat des insurgés.
En effet, la stratégie de la
coalition antiterroriste est
celle de la terre brûlée. Au
Nigeria, l’armée brûle villages et marchés pour empêcher les paysans de ravitailler les insurgés. La
politique du vide permet
aussi au gouvernement de
masquer son incapacité à
tenir et à administrer les
zones reprises à Boko
Haram. En l’occurrence
pour le pire : les témoignages recueillis par Amnesty
International montrent
que, pendant les rafles, les
militaires tuent surtout les
infirmes et les personnes
âgées qui n’ont pas le
temps de fuir. Quant aux
survivants, ils sont rassemblés de force dans des
camps dont ils ne peuvent
sortir sans l’autorisation
expresse des miliciens. Les
femmes, en particulier,
sont enfermées dans des
centres dits de «déradicalisation» afin d’inciter leurs
combattants de maris à se
rendre aux autorités.
Tout ceci n’est pas sans rappeler les pratiques des Britanniques à l’encontre des
boers en Afrique du Sud, il y
a maintenant plus d’un siècle. Dans les camps de déplacés, la nourriture est détournée, la malnutrition
sévit et on a relevé des taux
de mortalité anormalement
élevés dans les hôpitaux de
campagne de Bama, Banki,
Dikwa, Monguno, Rann et
Benisheikh. La situation
n’est pas meilleure dans les
prisons improvisées de la
région, où l’on assassine et
torture en toute impunité,
y compris des femmes et
des enfants.
Les lieux de détention sont
souvent des casernes,
comme à Giwa, près de
Maiduguri, dans le Borno
nigérian, ou à Salak, près
de Maroua, dans le nord du
Cameroun. Les mauvais
traitements y sont visiblement discrets. Dans l’enceinte de la base de Salak,
les militaires américains et
français n’ont rien entendu
et leur présence tout à côté
des centres de torture n’a
eu presque aucun écho
dans la presse occidentale
(lire Libération du
21 juillet, «Internet, unique
témoin de l’horreur au Cameroun»). Il est vrai que les
soldats camerounais commettent parfois leurs forfaits en brousse. Une récente vidéo les montre
ainsi en train d’exécuter
deux femmes et leurs bébés au détour d’un sentier.
Les milices nigérianes qui
se déploient aux côtés des
troupes régulières ne sont
pas en reste. Appelées
«CJTF» (Civilian Joint Task
Force) en écho à l’acronyme
anglais de la coalition antiterroriste «MNJTF» (Multinational Joint Task Force),
elles sont constituées de
jeunes parfois recrutés de
force, y compris des mineurs, et elles ont participé
de près aux interrogatoires
«musclés», sans parler des
exécutions extrajudiciaires.
De plus, elles ont organisé
la prostitution dans les
camps de déplacés dont
elles détiennent les clés
grâce aux laissez-passer
qu’elles délivrent contre
des faveurs sexuelles.
A l’occasion, elles ont aussi
racketté les civils et volé
leurs biens en profitant de
leur droit à circuler après
le couvre-feu. Dans les
camps, elles vont jusqu’à
perturber délibérément les
distributions de nourriture
afin de confisquer les cartes de ration alimentaire et
créer des désordres susceptibles de favoriser les vols,
quitte à entraîner des répressions parfois mortelles
contre les débordements
de la foule. Dans les campagnes, des chefs coutumiers sont également accusés de détourner l’aide
humanitaire et de vendre
illégalement des terres aux
L'ŒIL DE WILLEM
déplacés. D’autres ont vu
leur autorité compromise
car ils ont fui les hostilités
et se sont avérés incapables
de protéger leur communauté. Réfugiés en ville, ils
ne sont plus en mesure
d’arbitrer les conflits du
monde rural.
Le Borno n’est pas la zone
la plus touchée par les affrontements entre éleveurs
et agriculteurs. En effet, les
combats ont empêché les
paysans de cultiver leurs
champs et obligé les groupes pastoraux à passer par
les Etats voisins de l’Adamawa et de Yobe. Il n’en
reste pas moins que l’insurrection de Boko Haram se
superpose à bien d’autres
conflits. C’est cette complexité qu’il faudrait analyser plutôt que de mettre les
violences du Borno sur le
compte d’une vague internationale jihadiste. •
Libération Jeudi 2 Août 2018
u 21
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Michel Butel, en 2011.
PHOTO BRUNO CHAROY
Par
DR
JEANCHRISTOPHE
BAILLY
Ecrivain
Michel Butel,
donneur d’alerte
L’écrivain
Jean-Christophe
Bailly rend
hommage
à «l’inventeur»
de journaux,
créateur de
«l’Impossible»
et de «l’Autre
Journal»,
mort le 26 juillet
à 77 ans.
D
ans un éditorial du numéro 10 de l’Impossible,
pour introduire la partie de
ce numéro consacrée à la ville de
Marseille, l’une de celles, pas si
nombreuses, qui avait su,
disait-il, garder son âme d’enfant,
Michel Butel évoquait la vie :
«La vie ! La vie contre quoi partout
le crime et le pouvoir conspirent.»
Et cette vie qu’il vient donc de
quitter, nous laissant seuls avec
elle, il ne pouvait que la faire suivre d’un point d’exclamation, tant
elle l’étonnait, tant il était sûr
d’elle. Sa lucidité était grande,
très grande, et elle était le fruit
d’une pensée critique sans cesse
alertée et propre à entretenir toutes les raisons de désespérer, mais
pourtant, c’est dans cette
vigilance même que Michel Butel,
à la limite de l’épuisement parfois, trouvait ou retrouvait
d’autres raisons, peut-être pas
d’espérer, mais en tout cas d’entreprendre. Ce qu’il fit constamment, avec en tête une idée du
journalisme qui outrepassait les
codes et les mœurs de l’espace
médiatique pour donner consistance à une tout autre épaisseur :
celle d’une communauté, toujours à venir, et toujours fondée
sur «la vie !», la vie point d’exclamation. Il faudrait pouvoir relire
la suite des numéros de l’Autre
Journal et celle, plus récente, de
l’Impossible pour se pénétrer de la
façon dont celui qui avait voulu
qu’ils existent parvenait à replier
l’une sur l’autre la dimension utopique de son rêve d’édition et la
réalité, l’effectivité d’une mise en
commun dont chaque numéro
marquait une avancée. Ouverts
aux écrivains, aux philosophes,
aux artistes, ces journaux se comportaient comme des livres qui
eussent été le fruit d’un énorme
atelier sans hiérarchie où la logique d’une ligne à tenir était remplacée par la mise en évidence
d’un enchevêtrement où, pour fi-
nir, c’est le lecteur qui venait tirer
les fils. Impossible sans enthousiasme et impensable sans cette
énergie qu’on dit être celle du
désespoir, cette entreprise – unique à travers ses titres successifs –, liée bien évidemment mais
sans le proclamer jamais au plus
vif de ce qui avait porté Mai 68, on
ne voit pas bien qui aujourd’hui
pourrait la reprendre, et tout bonnement parce qu’elle était
organiquement liée à celui qui en
avait fait son œuvre, retrouvant
dans le Paris des dernières
décennies du siècle dernier, puis
dans celui d’aujourd’hui (l’Impossible, ce sont les années 20122013) la ferveur d’une idée de la
presse entièrement traversante,
qui aurait pu et su simultanément
rassembler et essaimer. Il y avait
dans la ténacité avec laquelle Michel Butel poursuivait son but
quelque chose de balzacien : en
tout cas, c’est ainsi qu’il nous apparaissait, comme un personnage
absolument singulier et l’un des
seuls sans doute pour qui la recherche de l’absolu n’avait de sens
qu’à s’éprouver quotidiennement
comme une tension qui était
aussi un pari. Donneur d’alerte
avant que le terme ne soit inventé, mais donneur (oui, d’une
générosité sans bornes) d’une
alerte en quelque sorte générique,
générale, il se tenait parmi nous,
même éloigné par les contraintes
de cet asthme terrible qui l’oppressait, prêt à toujours recommencer son pari et à nous
convaincre de l’accompagner. Sa
capacité d’amitié était immense,
sa probité intégrale et son sourire
désarmant. •
22 u
Libération Jeudi 2 Août 2018
Yves Bonnefoy
en septembre 2010.
PHOTO ÉRIC GARAULT.
PASCO
«insuffisances» poétiques de cet art ayant un
rapport trop indirect avec la réalité que les
postures de son guide. «J’ai découvert que
Breton n’était pas ce que j’avais cru qu’il était,
écrit-il à Gilbert Lely en août 1947. Cela donne
un peu la nausée.» En janvier 1948, il revient
sur cette période dans une lettre à Georges
Henein : «Comment le surréalisme a-t-il pu
confondre la poésie avec un exercice de l’automatisme, de la facilité ? Il faut traiter le langage au fer rouge!» Des surréalistes, il ne gardera un lien qu’avec les moins orthodoxes :
Alechinsky, bien sûr, mais aussi Christian Dotremont, Jacqueline Lamba ou Raoul Ubac.
Subjectivité à plusieurs. La seconde par-
Yves Bonnefoy,
la permanence des lettres
Parution posthume du premier
tome de la correspondance du
poète avec une cinquantaine
d’amis et d’intellectuels.
Il y évoque les surréalistes ainsi
que la revue «l’Ephémère»,
qu’il a cofondée en 1967.
Q
u’est-ce que l’amitié ? Comment se
noue cette affection particulière qui
unit deux personnes hors d’un couple? A quoi tient-elle? Le premier volume de
la correspondance d’Yves Bonnefoy, en donnant à voir des liens puissants naître, vivre et
mourir entre l’auteur des Planches courbes et
quelques-uns de ses contemporains, éclaire
le phénomène par l’exemple. On y assiste à
tout sauf à un poète isolé dans sa tour. Bonnefoy était un auteur inscrit dans plusieurs réseaux, stimulé par l’échange permanent. On
le découvre fidèle et attentif, planifiant les invitations chez les uns ou les autres, recevant
les Jaccottet, encourageant Jacques Dupin,
tentant de rassurer un Christian Dotremont
en plein doute, de distraire Boris de Schloezer
de sa maladie, félicitant Gaëtan Picon pour
une conférence, remerciant Alain Bosquet
pour un article, envoyant ses poèmes à Gil-
bert Lely. Avec certains d’entre eux, Bonnefoy
entretient des relations très fortes, véritables
amours intellectuelles qui courent le plus
souvent sur des décennies. Ainsi avec le
peintre Pierre Alechinsky: le premier échange
épistolaire date de 1950. Le dernier, bouleversant, est une lettre de Bonnefoy dictée à
sa fille, Mathilde, sur son lit de mort, en
juin 2016 : «Cher Pierre, bien cher Pierre, je
quitte cette planète. Je ne vous reverrai donc
pas. Je regrette bien. Vous étiez un de mes amis
les plus chers. Adieu. Je vous embrasse, Yves.»
Il meurt le 1er juillet 2016.
«Voies souterraines». Les plus de 900 lettres envoyées à la cinquantaine de correspondants de ce gros premier tome, toutes
inédites, sont rarement longues. Tout en vouvoyant tous ses interlocuteurs, même les plus
proches, Bonnefoy y écrit dans un style simple et précis ; l’homme est dans la réalité de
la relation avec son correspondant, jamais
dans la pose de faire des phrases pour une
quelconque postérité. En juillet 2008, il écrit
avec cette manière banale et belle à Philippe
et Anne-Marie Jaccottet: «C’était bien, cette
soirée sous vos arbres. Nous étions heureux de
vous retrouver.» Pris par ses obligations, il se
plaint souvent de ne pas avoir assez le temps
de voir tel ou tel –un classique des relations
amicales entre gens qui travaillent et ont une
famille. En septembre 1992 à Pierre Torreilles:
«Il faudra bien qu’un jour, tout de même, nous
nous retrouvions pour un verre de vin et une
omelette, sur le chemin.» Malgré ces distances,
les liens résistent. «De votre région à chez moi
je sens pour ma part tant de communication,
par des signaux dans les arbres, des couleurs
sur les toits ou même ou surtout des voies souterraines», écrit-il en mars 1975 à André Pieyre
de Mandiargues. Voilà donc à quoi servent ces
lettres écrites à raison «d’une ou deux par semaine pendant soixante-dix ans», comme le
comptent Odile Bombarde et Patrick Labarthe dans leur préface: à entretenir les «voies
souterraines» d’une communauté d’esprit
dont la littérature en particulier et la création
en général sont toujours les moteurs.
L’ouvrage, préparé avec l’auteur avant sa
mort, se partage en deux parties. La première
est consacrée au groupe surréaliste dont Bonnefoy est d’abord assez proche. Un cercle qui
se résume presque, après-guerre, au seul André Breton. Mais si la brouille avec l’homme
n’eut jamais réellement lieu, Bonnefoy rompt
avec le mouvement dès 1947 en ne voulant
pas signer un tract qu’il juge trop porté sur
l’occultisme. Globalement, il pointe autant les
tie, la plus imposante, recouvre les relations
étroites qui se sont nouées autour d’un projet
commun, véritable amitié en acte : l’Ephémère. De 1967 à 1972, cette revue compile
les choix artistiques et philosophiques
des auteurs parmi les plus importants de
l’époque : Bonnefoy, donc, avec André du
Bouchet, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts
et Jacques Dupin. Le propos est de «mener
parallèlement à une œuvre le journal de son
environnement», propose Bonnefoy à Picon
au printemps 1966. «L’Ephémère, ce ne sera
que quelques personnes, mais ensemble, et durablement, pour une recherche en commun
par leurs voies certes fort différentes», présente-t-il par ailleurs. Le but des fondateurs est
que chaque texte, chaque auteur invité soit
validé par tous les responsables de la revue,
unanimement. «Tout ce qu’on n’accepterait
pas entièrement devant, d’ailleurs, être mis en
question par chacun de nous de façon systématique parce que c’est son devoir dans cette
cause commune» (lettre à Gaëtan Picon, janvier 1966). L’Ephémère fait ainsi l’expérience
d’une subjectivité à plusieurs dont beaucoup
de lettres se font l’écho. Faut-il inviter Char
ou Michaux à publier dans les colonnes de la
nouvelle revue ? Cet exergue de Plotin convient-il à tout le monde ? Et même, dans les
lettres échangées avec Dupin : quel papier
choisir pour la couverture ?
Mai 68 vient bousculer ce travail en commun,
Louis-René des Forêts et André du Bouchet
s’enthousiasmant pour le mouvement, tandis
que Gaëtan Picon, proche d’André Malraux,
est plus réservé. «Simplement (quant à la revue) si des textes semblables aux leurs, dont je
ne peux pas être tout à fait solidaire, devaient
se multiplier, je ne pourrai (sic) plus figurer
dans le comité de rédaction», annonce Picon
à Bonnefoy en septembre 1968.
Des brouilles, les lettres en font régulièrement
part : avec Dotremont, Du Bouchet, avec
Lamba (définitive). A chaque fois, les raisons
des dissensions sont intellectuelles. Ce qui diverge, c’est une vision de ce que devraient être
l’art et l’artiste. Mais les relations humaines
y sont définitivement liées pour le poète de
l’Arrière-Pays. En 1969, il écrit à Boris de
Schloezer : «Je ne puis jamais séparer l’écriture de ce que je rencontre, expérimente, accepte ou regrette dans la vie.»
GUILLAUME LECAPLAIN
YVES BONNEFOY
CORRESPONDANCE I
Les Belles Lettres, 1 156 pp. 26,90 €.
Libération Jeudi 2 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 23
Ateliers Le Banquet du livre d’été à Lagrasse (Aude)
propose d’échanger sur «la confusion des temps»,
du 4 au 10 août avec, entre autres, l’historien Patrick
Boucheron, les philosophes Emmanuele Coccia,
Mathieu Potte-Bonneville ou Achille Mbembé (photo),
le cinéaste Jean-Louis Comolli, les écrivains Michal Govrin, Marie-Hélène Lafon, Marielle Macé,
Marie N’Diaye ou Yves Ravey. PHOTO MANUEL BRAUN
Rens. : www.lamaisondubanquet.fr
LIVRES/
Barbastro,
les dessous
d’une
bataille
arrangée
vements LGBTQ, on ne peut
qu’être frappé par l’effacement du
mot femme, effet d’un recentrage
sur les orientations, voire identités,
sexuelles: ainsi Nové s’applique à
dessiner «une cartographie des féminismes français à partir de leur
appartenance théorique et politique, plus ou moins revendiquée,
aux pensées et aux pratiques matérialistes et queer».
En 1064, la reprise
par les chrétiens
de la ville espagnole
alors aux mains
des musulmans
marqua le début
de la Reconquête.
Singularités. De ces reconfigu-
E
n 1064, une armée de guerriers chrétiens prend la
ville musulmane de Barbastro, dans la province espagnole d’Aragon. L’événement luimême, mal connu, importe
moins que son interprétation.
Doit-on y voir, comme une partie
de l’historiographie, le premier
acte des croisades et de la
Reconquista ?
Philippe Sénac et Carlos Laliena
Corbera montrent que, si la prise
de Barbastro n’est en rien une anticipation des croisades, c’est par
contre une étape primordiale de
la Reconquista. Outre que Barbastro fut l’une des premières villes musulmanes tombées aux
mains des chrétiens, c’est à cette
période que la guerre contre les
musulmans devint «une lutte empreinte de sacralité», le pape allant jusqu’à octroyer une indulgence spéciale à quiconque irait
se battre en Espagne.
Interpréter les faits de 1064 à la
lumière des événements postérieurs fait cependant courir un
risque de surinterprétation. S’appuyant sur des sources latines et
arabes, les auteurs insistent ainsi
sur les limites de l’antagonisme
religieux et l’importance prise
par les échanges pacifiques. Surtout, ils montrent que la prise de
Barbastro fut aussi, et peut-être
d’abord, une aventure féodale,
mobilisant des milliers de chevaliers autant attirés par les richesses des villes d’islam que par
l’idée de guerre sainte.
JEAN-YVES GRENIER
PHILIPPE SÉNAC et
CARLOS LALIENA CORBERA
1064, BARBASTRO.
GUERRE SAINTE ET DJIHÂD
EN ESPAGNE NRF Essais,
Gallimard, 240 pp., 19 €.
Une marche de personnes trans et intersexes, en octobre 2016 à Paris. PHOTO MARTIN COLOMBET
«Féminismes», mouvances
déclinées en genre et en nombre
Un ouvrage collectif
étudie les nouveaux
enjeux politiques et
sociétaux de la cause
des femmes à l’aune
des questionnements
actuels sur les identités
sexuelles et l’urgence
écologique.
F
éminismes du XXIe siècle :
une troisième vague ? Derrière ce titre à la forme interrogative se cachent plusieurs questions, posées par des chercheurs et
des associations attachés à définir
les configurations plurielles du féminisme actuel, toutes traversées
par des problématiques novatrices,
invitant aux néologismes: transféminisme, féminisme queer, écoféminisme… Sont ainsi soulignées
non seulement nouveauté et complexité, mais aussi probable rupture avec le passé. Ces innovations,
fondées sur une théorisation philosophico-politique pour le moins
complexe, voire ardue, interpellent
en effet d’emblée sur le lien entre
les générations, décliné en «inter,
multi, intra et trans générationnel», lequel devrait permettre «un
agir qui repose sur un dialogue
constant» (Dubé). Leurs spécificités permettent-elles pour autant
d’identifier une troisième vague, à
partir d’un réveil du féminisme
en 1995 ?
Globalisation. Si cette interrogation domine tout l’ouvrage, elle en
suscite une première, fondamentale : la pertinence de cette métaphore marine, bien ancrée dans
l’histoire des féminismes. Spécialiste en la matière, Bard rappelle
que la première vague est portée
par le suffragisme, au nom de l’égalité des droits, et la seconde par la
revendication de la libre disposition de leurs corps par les femmes,
au nom de la liberté. Entre les deux
mouvements, un creux, identifié
par Chaperon, permet cette confi-
guration pour scander la chronologie des luttes des femmes. En la remettant en cause, l’historienne
américaine Offen a ouvert un débat
sur sa pertinence, en l’accusant de
«conforter la pensée naturaliste»,
de contribuer à invisibiliser les luttes dans les temps de backflash, et
de ne pas mettre en valeur le sujet
politique du féminisme, cher à Judith Butler. Peut-être conviendrait-il, suggère cette étude,
d’adopter la proposition de Berini
d’«espace de la cause des femmes»,
laquelle abandonne le concept de
genre, pourtant si fécond. De plus,
à lire les contributions qui tentent
de percevoir «les orientations et les
répertoires d’action» des féminismes d’aujourd’hui, dans le cadre de
la globalisation, de l’urgence écologique et de l’affirmation des mou-
De ces reconfigurations,
on semble pouvoir conclure
que la troisième vague ambitionne,
en s’emparant des défis du nouveau
millénaire, de «provoquer un
changement de civilisation».
rations, on semble pouvoir conclure que la troisième vague ambitionne, en s’emparant des défis du
nouveau millénaire – lesquels ne
concernent donc pas que les femmes –, de «provoquer un changement de civilisation», objectif que
l’écoféminisme, cette «mutation
du féminisme», semble le mieux en
mesure d’atteindre. Alors même
que la relation entre nature et féminisme était dominée jusqu’alors
par «une hostilité réciproque», les
écoféministes dénoncent «un mépris du naturel et des fonctions du
corps», qualifié de désastreux d’un
point de vue écologique et donc
stratégique car conduisant à «dévaloriser les femmes» (BurgartGoutal) et à renforcer le patriarcat,
par cette opposition entre esprit et
matière.
La lecture de ces contributions,
qui souffrent d’une absence de
données chiffrées sur la militance,
conduit à penser qu’il est encore
trop tôt pour savoir si pareilles diversités d’approche permettront
de fédérer les luttes des femmes.
Joue à l’évidence en faveur de ce
nécessaire rapprochement leur
appropriation, tant au niveau
scientifique et professionnel que
stratégique, des technologies de
l’information et de la communication (TIC). L’ère d’Internet permet
la mise en relation des réseaux de
femmes en lutte – avec succès
contre la réforme de la loi sur
l’avortement en Espagne (Bergès)– et donc la circulation de ces
nouvelles conceptions. Néanmoins, la globalisation du féminisme n’implique pas la disparition des singularités nationales,
comme en Inde, où s’est mise en
place «une institutionnalisation
partielle» (Michon), ou au Japon,
avec l’existence d’un féminisme
transnational, articulant luttes
antisexiste et antiraciste. Une histoire à suivre, donc.
YANNICK RIPA
KARINE BERGÈS, FLORENCE
BINARD, ALEXANDRINE
GUYARD-NEDELEC (dir.).
FÉMINISMES DU XXIe SIÈCLE :
UNE TROISIÈME VAGUE ?
PUR, 282 pp., 22 €.
Libération Jeudi 2 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
MON PREMIER AMOUR (1/8)
La petite caillasseuse
Robert McLiam Wilson avait 16 ans, elle en avait 12.
Elle le suivait dans les rues de Belfast, en Irlande,
lui jetant son amour à la figure.
J
e ne me souviens pas de la première fois que je l’ai vue.
Je n’ai jamais su son nom, je ne l’ai même jamais approchée. Son visage reste une esquisse, un indéchiffrable
gribouillis, au loin. En lames de couteau. Un visage comme
une note de musique ou un caractère typographique. Et les
traits et les lignes de ce visage n’ont jamais exprimé qu’une épique et indéracinable désapprobation. J’avais 15, 16 ans
et pendant six mois, une fille de 11, 12 ans,
petite et maigrichonne, m’a suivi. Partout où j’allais, elle était
là. Infatigable, incorrigible, inévitable. Plus une maladie
chronique qu’une petite fille. Tous les jours. Toute la journée.
Six longs et mystérieux mois. Une demi-année déroutante.
La raison pour laquelle elle ne s’approchait jamais était simple: chaque jour de ces six mois, cette étrange fillette m’a suivi
à une distance de 30 ou 40 mètres. De laquelle… eh bien, elle
me jetait des pierres. Pendant une demi-année, elle me jeta
des pierres. Elle a dû littéralement m’en jeter des milliers. Je
la voyais parfois se pencher à la recherche de munitions, mais
d’autres fois, elle semblait comme nonchalamment pré-équipée. Ce qui signifie qu’avant de me trouver, elle avait consacré
du temps, des efforts et une passion sérieuse à se constituer
un stock. Je n’avais jamais autant compté pour quelqu’un.
Toutes les 30 secondes environ, une pierre arrivait vers moi
en sifflant. Au fil des mois, elle progressait en précision et en
puissance (je suis sûr qu’elle gagnait en muscles, comme un
lanceur au base-ball) mais sa fréquence de tir diminuait.
Bientôt, ce n’était plus qu’une pierre à la
minute. Et plus tard, moins encore. Bien
sûr, il y eut des hauts et des bas, comme
des marées. De soudains pics façon mitraillette et parfois, un tir sporadique toutes les cinq minutes.
Elle ne me toucha presque jamais. Et au bout de quelques
mois, elle était devenue si habile, si fatale, que je ne pouvais
m’empêcher de penser que c’était intentionnel. Parfois, les
pierres me passaient dangereusement près (surtout si elle était
contrariée). Un garçon de 16 ans qui se fait bombarder par une
fille de 11 n’a pas de véritable recours. Tu ne peux pas lui courir
après et lui donner une raclée. Après lui avoir un peu crié ton
exaspération et avoir feint de tenter de l’attraper pour la rosser, tu lâches l’affaire et tu subis. Il te faut endurer et tenir.
Les mauvais jours, je me sentais comme un infortuné Poilu
à Verdun sous le tir de barrage incessant de son inexplicable
artillerie. Je finis par reconnaître ses humeurs. Elles étaient
LE PORTRAIT
aisément mesurables. On pouvait lire les secrets de son cœur
dans la taille, la vélocité et la proximité des projectiles. Pendant notre petite guerre civile merdique, nous, enfants d’Irlande du Nord, avons appris à jeter des pierres. C’était une
forme d’expression politique, d’affirmation civique. Malgré
ça, cette gosse s’était entraînée à un truc bien particulier. Je
peux le dire parce que chaque fois que je parlais à une «vraie»
fille, ma petite caillasseuse se surpassait en précision. Au bout
de quelques semaines, je cessai de parler aux filles.
Parmi mon petit groupe d’amis, il y eut des moqueries (rien
de grossier, elle était trop jeune). Et ça restait discret, parce
que quand elle le sentait, ses tirs se précisaient. Certains de
mes potes se lancèrent à sa poursuite mais elle était d’une
vitesse foudroyante et absolument inépuisable, l’implacable
enfant. Des théories furent échafaudées. Elle était ma fille
illégitime et négligée (4 ou 5 ans nous séparaient). Une
parente irlandaise éloignée de Lee Harvey Oswald. La sœur
vengeresse d’une nana que j’avais cavalièrement offensée
(j’étais presque certainement encore puceau). Et bien sûr,
secrètement amoureuse de moi. Est-il possible que ma
harceleuse aux cailloux nourrît de tendres sentiments à
mon endroit ?
Tout est possible et de fait, que des filles de Belfast expriment
leur désir par la violence manifeste n’avait pour moi rien de
nouveau. Mais je ne pense pas qu’il y eût de passion secrète.
Seulement une passion pas
secrète du tout. Ce que je
Au cœur de l’été,
pouvais voir de ce visage flou
des écrivains dressent
et lointain ne montrait
le portrait de leur
qu’une dévotion absolue
premier amour.
pour l’acte de me jeter des
Aujourd’hui, l’Irlandais
pierres. C’était la véritable
Robert McLiam
étincelle dans son petit cœur
Wilson, 54 ans.
de pierre passionné. Au bout
A lire: ses chroniques
d’un moment, mes amis
dans Charlie Hebdo
s’éparpillèrent. La tempête
et Eureka Street,
de cailloux ininterrompue fi(Christian Bourgois,
nit par les saouler. Ça empê1997).
chait pas mal… tout, en fait.
A la fin, il ne restait plus que
moi et elle, errant, sinistres, à travers le décor de béton d’une
succession de cités irlandaises pourries. Moi et ma petite ombre psychopathe. Dans le soleil et dans la pluie, dans la lumière et dans la nuit. Parfois, j’essayais de la raisonner.
Je tentais de l’approcher, en vain (elle reculait toujours, maintenant l’exacte distance de son choix) et je m’adressais à elle,
criant des mots que je voulais les plus doux, les plus raisonnables possibles. Elle ne disait jamais rien. Son silence était
aussi buté que les autres composants de sa quête extraordinaire. Je commençais à avoir l’impression de devenir une
étrange nouvelle japonaise (j’aimais les livres).
Un jour, elle a simplement cessé de venir. Quand elle eut disparu, je mis un moment à comprendre combien elle me manquait. Et plus longtemps encore, qu’elle me plaisait, et encore
plus longtemps, à prendre la mesure de mon admiration. Aristote lui-même n’a-t-il pas dit que «les formes les plus frappantes du beau sont l’ordre, la symétrie, la précision» ? Carrément mon frère. La précision. Je n’avais jamais vu rien ni
personne d’aussi catégorique que ce méchant petit moineau
de fille. Personne d’aussi pur, de si dénué d’ambiguïté. Pas de
malentendu possible.
Depuis, il ne s’est pas passé une semaine sans que je pense à
elle. Je la revois, jamais plus proche que de l’autre côté de la
rue, une allumette, malveillante mais fidèle, intrépide, mystérieuse, purement et simplement superbe. Aujourd’hui, elle
doit être une matrone irlandaise aux hanches larges, prolétaire
–et probablement homériquement raisonneuse. Mais pour
moi, elle restera toujours cet éclat de dédain de 12 ans d’âge.
Et possiblement la plus incroyable petite fille qui ait jamais
existé. Je suis resté fidèle à la part la plus étrange de notre histoire commune, de notre long et curieux moment : pas une
fois, ni à l’époque ni aujourd’hui, je ne me suis demandé pourquoi cette sombre et bizarre petite fille me jetait des pierres.
Pas une fois. Ça faisait partie de sa grandeur, de sa silencieuse
splendeur. Elle rendait cette question profondément déplacée,
d’une vulgarité impardonnable. Elle était l’air, la terre, le feu,
cette fille. On ne questionne pas les éléments. •
Par ROBERT MCLIAM WILSON,
Traduction MYRIAM ANDERSON
Illustration MAITE GRANDJOUAN
ÉTÉ
J’AI TESTÉ
LA PÊCHE À LA TRUITE
Et aussi n deux pages
BD n de la photo n une
invention loufoque
n deux recettes n des
jeux…
STÉPHANE LAGOUTTE. MYOP
Jeudi
2 août
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Jeudi 2 Août 2018
On a repéré la truite et
on s’y voyait déjà, roi
de la pêche, montrant
la belle prise à tout
le bistrot…
De la truite J
dans les idées
Par
TRISTAN BERTELOOT
Envoyé spécial dans la Creuse
Photos
STÉPHANE LAGOUTTE. MYOP
Levé dès l’aube, avec notre attirail du parfait pêcheur, on s’est planqué
sur les bords du Thaurion, en pays creusois, pour guetter le poisson. En
attendant que ça morde, on s’est adonné à la rêverie, bercé par
les souvenirs d’enfance, les légendes locales et les poèmes surréalistes.
e me levai ce matin-là dans les gorges
du Thaurion, au cœur de la Creuse
(à Pontarion, prendre à droite), tiré
d’une sieste de trente heures par des
cris d’hirondelles, une chorale de merles et
tout autour le boucan de la rivière. C’était en
juin. Partout, la campagne bouillonnait de
bruits et d’odeurs qu’en temps normal j’aurais
tenté d’apprendre. Mais j’avais à faire: pêcher
une truite.
Tout était prêt. J’avais la besace pleine, un
matelas d’herbe dedans. Dans les poches, du
fil neuf, des bouchons, quelques vers (des
gros), et puis des cuillères, au cas où, des qui
brillent et tout. J’avais mis une veste, em-
Libération Jeudi 2 Août 2018
prunté une canne, parfumé mes tempes et
plié mes vêtements la veille comme l’écolier
avant la rentrée noircit son cahier à l’encre
nouvelle. J’avais aussi révisé. Lu et revu un tas
de choses. Ce texte de Tzara sur la pêche crépusculaire – «Glaciale est l’offrande elle bat
le linge à la rivière sous les arcades» – et
d’autres plus pratiques: «lancer le toc», pourquoi et comment «séduire le poisson», où se
poster, où attendre. Je m’étais préparé encore,
cherchant dans ma tête les souvenirs. Le père
qui réveille ses gosses à l’aurore, promenade
dans les champs, brume matinale, voix chuchotantes. Le bruit des sauterelles, les pieds
trempés d’herbes hautes. Un cours d’eau
passe ici, poissons volants, sandwich au pâté
englouti bien avant.
LANCE-PIERRES
Le Thaurion est une belle rivière, large et forte
en novembre, elle jaunit en hiver car son sol
u III
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est sableux, s’adoucit au printemps quand les
feuillus bourgeonnent et les vents changent
de sens. Le fleuve en bas passe les ruines,
jusqu’à un vieux pont en pierre où se cacher.
Il y fait bon. Souvent, on y organise des
concerts d’oiseaux et de vaches. Tout le
monde aime, les Anglais s’y promènent avec
leurs chiens à poil long. Il y a un parcours
pour eux, balisé de pancartes où l’on dit que
le vieux pont a été détruit par la Résistance,
en 40, pour bloquer les Allemands.
Le coin m’avait été conseillé chez Bichette,
bistrot à Sardent, mais pas du premier coup:
le coût du tuyau s’est chiffré à cent verres. Un
type m’avait touché deux mots sur la pêche
à la grenade, un autre sur la fois où son oncle
avait ferré une oie à la mouche. Et comme
la bête paniquait en gueulant, il avait fallu
l’abattre au lance-pierres. Paraît que le venin
d’abeille attire la poiscaille. Avant de partir à
la rivière, chercher une ruche et y balancer un
coup de latte. Pour la douleur: appliquer une
bouse, «mais alors bien fraîche».
Au Thaurion, Jean, «il avait sorti un saumon
des rapides». 26 centimètres. Jean, c’était la
légende des pêcheurs en pays creusois. Le
genre qu’on croisait à la fin des orages, traversant les bleds en meule, parce qu’après le tonnerre, les fritures mordent bien mieux. Un
jour, des gars d’Ahun s’ennuyant à la Gartempe l’auraient vu foncer au torrent. Il
aurait crié: «J’ai pas le souper, ma femme va
m’tuer», pour revenir deux minutes après
avec un brochet gros comme ça à l’hameçon.
Dans la Creuse, Jean était un héros. Mais
dans la vie, c’était un pauvre homme, qui
avait trimé longtemps chez Renault. Sa retraite, c’était un lopin à Maisonnisses, où il
cultivait des patates et lisait des poèmes.
Dans la Creuse, la vie est plus simple qu’à l’île
Seguin. Et puis on y croise peu de bagnoles,
ou alors au pas. Là-bas, les routes sont sinueuses. Entre les murets de pâturages décorés par la mousse, il faut éviter les poules qui
parfois s’échappent, les chevreuils qui traversent sans faire gaffe. Et à bien y réfléchir, plutôt que de regarder le parcours, mieux vaut
scruter le ciel, les buses haut dans l’azur, qui
planent au-dessus de la terre et au-dessus du
troupeau. Quand Jean bossait chez Renault,
à la fin, on l’avait mis au ménage. La pêche,
les dimanches à Puteaux, comme d’autres
Une fois, à la Rigole
du diable, j’ai vu des
pêcheurs en concours.
C’était à celui qui en
sortirait le plus. A la fin,
on comptait. Et la rivière
était vide. Quand il n’y
aura plus de poissons,
c’en sera fini des
hommes. C’en sera fini
des poèmes.
vont à la messe, c’était sa façon d’être libre.
Dans la Creuse, un jour, Jean s’est payé une
barque. Et l’a nommée l’Intrépide. Mais l’Intrépide n’a pas vogué longtemps. Car Jean a
vite été cul-de-jatte.
MIROIR FRAGILE
Une fois, à la Rigole du diable, j’ai vu des pêcheurs en concours. Une dizaine, côte à côte,
tous énormes et tous gras, espacés des mêmes
mètres, chacun assis sur leur chaise de concours. Un machin confortable avec à gauche
un seau d’amorce et un autre d’asticots, à
droite une bourriche de six mètres. La bourriche devait être assez longue pour aller de la
chaise jusqu’à l’eau, de sorte que les pêcheurs
n’avaient pas à se lever pour y mettre le poisson. A chaque prise, ils se contentaient de remonter leur canne et la relançaient aussitôt,
dans un ballet étrange. C’était à celui qui en
sortirait le plus. A la fin, on comptait. Et la rivière était vide. Quand il n’y aura plus de pois-
sons, c’en sera fini des hommes. C’en sera fini
des poèmes.
Au Thaurion, j’y étais allé seul et m’étais caché sous la ruine. La rivière y formait des
creux, à l’ombre des ronces. J’avais lancé ma
cuillère et l’avais ramenée, comme il faut.
Puis relancé encore, et encore à nouveau. Il
y avait un gros chat, je m’en souviens, venu
dans le secteur pour cueillir des pommes, qui
me zieutait en face en caquetant du col, l’air
de se demander quoi faire là.
Alors c’est arrivé, j’ai vu la truite! Au loin, elle
peinait contre le courant, sautant les barrages
en sens inverse des chutes, et j’ai traîné ma
grisonnante jeunesse jusqu’à elle, m’isolant
sous les fougères. Devant moi, le miroir fragile, tourbillonnait un saule, et Jean, chantant sa formule magique: «Tu virevoltes dans
le courant ta peau blanche sous l’écume tu
frottes les dents du ciel.» Dans le reflet, j’ai vu
naître une promesse: la truite et moi réunis,
pour toujours et maintenant. J’ai donc envoyé
mon fil, tendu vers elle comme l’échelle, avec
au bout mon leurre, et je singeais sa course,
imaginant la suite : moi l’heureux menteur,
j’allais revenir à Sardent leur montrer ma
belle prise. On m’offrirait un pot, on me taperait sur l’épaule. Les pêcheurs de concours
pourraient bien se rhabiller, sans parler des
Allemands. Et j’ai senti quelque chose. J’ai
tiré fort, d’un coup sec. Mais je n’ai remonté
qu’un hameçon solitaire. Car la truite avait
fui. J’ai pris racine depuis, la chaude paresse
vieillie, pétrifié par le temps. •
VENDREDI J’AI TESTÉ LE SILENCE
LA FRANCE GARDE LA PÊCHE
En 2017, près d’1,6 million de cartes de pêche ont été vendues en France, ce qui
fait de la pêche le deuxième loisir préféré des Français, derrière le foot. Pour une
personne majeure, la carte annuelle, qui peut s’acheter sur Internet, coûte en
moyenne 75 euros. Une carte journalière en vaut 12. Selon la Fédération nationale
de la pêche en France, de plus en plus de femmes pratiquent : 81 000 ont taquiné
la truite l’année dernière (+8 %), la moitié avec une carte «découverte femme» à
33 euros. Autre tendance : le «no kill», pratique qui consiste à relâcher le poisson
vivant après l’avoir attrapé (et parfois photographié), se démocratise, surtout chez
les jeunes. En France, on pêche beaucoup au «coup», avec un bouchon, ce qui
nécessite de la patience, parfois à la cuillère (on ramène le fil après chaque lancé)
mais aussi (et de plus en plus) à bord d’un float tube, mini-bateau gonflable à michemin avec la bouée, dans lequel on se déplace avec des palmes.
IV u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Jeudi 2 Août 2018
L’ABRICOT
ET SON
AMANDE
DE
PASSAGE
On va au marché (5/12)
«Libération» cuisine
les produits de l’été.
Aujourd’hui, les abricots
préparés avec et
sans noyau.
L’
L’appareil, inventé par Léon Scott de Martinville, a fortement inspiré Edison qui créera le phonographe en 1878. PHOTO LEEMAGE
Le phonautographe,
photographeur de son
Drôle d’idée (5/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, un appareil
qui grave le son sans
encore parvenir
à le restituer.
L’
Angleterre a chaleureusement accueilli une
découverte française, le
phonautographe de
Léon Scott de Martinville. AubryFoucault dans la Gazette de
France du 28 octobre 1859 rapporte qu’il a été présenté
devant 2 000 personnes émerveillées lors de la dernière séance
de l’association pour le progrès
des sciences à Aberdeen. Au
moins, l’invention est-elle appréciée outre-Manche…
«Déchéance». Simple ouvrier
typographe, Léon Scott de Martinville a obtenu la reproduction
graphique des vibrations de la
voix. Inventé en 1853 et breveté
en mars 1857, son appareil est
constitué d’un pavillon relié à
une membrane vibrante, placée
au bout d’un tube acoustique,
qui transmet les vibrations sonores à un stylet, qui les grave sur
un cylindre enduit de noir de
fumée.
S’il peut enregistrer le son sous
forme de gravure, il ne le restitue
pas. L’idée première de son
concepteur était de photographier la parole. «On sait que la
phonautographie est l’art d’obliger la voix, la parole, le chant à
s’écrire d’eux-mêmes, avec une fidélité semblable à celle de la photographie reproduisant les objets
qu’on lui présente. C’est dire assez
quelle est l’importance de cette
découverte, qui n’a pas donné son
dernier mot», conclut AubryFoucault.
Las, près de vingt ans plus tard,
le phonautographe a disparu de
la scène. Un procédé américain
lui a damé le pion. Le phonographe de l’Américain Thomas Edison fait son apparition officielle
à l’Académie des sciences en
France en 1878. Le promoteur du
phonautographe n’a pas réussi à
lutter longtemps. «Il avait à la
fois à apprendre et à lutter, à
poursuivre son but et à le protéger
contre la meute des exploiteurs,
écrit la République française
du 9 avril 1878. Combat inégal.
Seul, sans protection, ayant
englouti dans des expériences
coûteuses un petit héritage, son
unique fortune, fatigué, désenchanté, Scott de Martinville
laissa ses brevets tomber en déchéance.»
Revanche. Dix ans plus tard, le
journaliste de la Petite Gironde
tombe sur la brochure le Problème de la parole s’écrivant ellemême de Léon Scott de Martinville. «Très curieux de choses
scientifiques, je n’ai pas perdu un
instant pour dévorer ladite brochure et j’ai constaté à ma très
grande surprise que le principe du
phonographe en ses parties essentielles avait été découvert en
France par un Français, et qu’il
avait fait l’objet d’une prise de
brevet d’invention dès 1857.»
Même si Scott n’est pas fondé à
réclamer la priorité de l’œuvre
d’Edison, il en a certainement
fourni la pensée première et l’application élémentaire. «Scott a
inventé l’inscription par la membrane et le stylet. Gros a inventé
la répétition du son. Edison
n’aurait droit qu’à ses perfectionnements. Je livre la question aux
savants. Il est prouvé une fois de
plus que la France invente tout et
ne profite de rien.» La revanche
de Léon Scott viendra un siècle
plus tard, en mars 2008. Thomas
Edison était considéré comme le
père de l’enregistrement sonore,
pour la saisie des paroles de la
comptine Mary Had a Little
Lamb sur une feuille de papier
d’aluminium. Mais des chercheurs ont découvert l’enregistrement de dix secondes d’un
chanteur fredonnant Au clair de
la lune, réalisé le 9 avril 1860, sur
un phonautographe. C’est le plus
ancien enregistrement audible
d’une voix humaine…
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
abricot, serial killer ? Fin
juillet, l’Agence nationale de
sécurité sanitaire de
l’alimentation (Anses) nous
flanquait la frousse en révélant avoir
enregistré 154 «intoxications» en
six ans dans l’Hexagone, à cause de
l’amande présente dans le noyau
d’abricot, qui contient du cyanure. Il
faut dire que les principales victimes
avaient forcé la dose, avec
40 à 50 noyaux boulottés en une
journée (on leur prête des vertus anticancer…).
Qu’à cela ne tienne, nous allons cuisiner un vieux dessert à l’abricot,
l’amande de son noyau en prime, parce
qu’utilisé modérément, c’est bon : les
abricots Mireille, suivant la recette
d’Auguste Escoffier (1846-1935).
A découvrir aussi, une préparation italienne entre les gnocchis et les raviolis,
les canederli, qu’a imaginée l’Institut
Barilla. Sans noyau cette fois.
Abricots Mireille: Coupez 4 abricots
en deux, retirez le noyau et pelez. Saupoudrez de sucre et laissez macérer
1 heure. Arrosez de kirsch. Déposez les
abricots sur un lit de glace à la vanille.
Mouillez au kirsch (oui, encore). Dispersez les amandes contenues dans les
noyaux (concassés). Présentez avec de
la chantilly.
Canederli : Faites bouillir 900 g de
pommes de terre avec la peau. Retirez
de l’eau, laissez refroidir, pelez et écrasez. Ajoutez 225 g de farine, 3 œufs et
une noix de beurre, salez et malaxez
à la main. Faites un large boudin, que
vous coupez en morceaux assez gros
pour pouvoir glisser un abricot à l’intérieur. Lavez et séchez 16 abricots.
Chaque abricot doit être vidé de son
noyau puis entouré de pâte. Plongez
dans de l’eau bouillante salée et retirez les canederli quand ils remontent
à la surface. Dans une poêle, faites
fondre 150 g de beurre avec 100 g de
miettes de pain. Déposez dans la poêle
les canederli et cuisez à feu doux une
à deux minutes. Saupoudrez de sucre
et de cannelle.
PIERRE CARREY
Libération Jeudi 2 Août 2018
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PHOTO /
ÉTÉ
u V
Détours vers
le futur
Séance tenante/ Science-fiction Dans «Edification», le Sénégalais
Alun Be met en scène des enfants portant des lunettes de réalité virtuelle
dans un futur où la technologie s’intègre aux héritages culturels du pays.
ALUN BE
Né en 1981, vit entre
Amsterdam, Paris et Berlin.
C
ertains photographes africains sont des
ambassadeurs
et, grâce à eux, le regard sur
l’Afrique change. Alun Be, qui
a grandi dans différents pays
d’Afrique de l’Ouest et en
France, est l’un d’eux.
En 2017, il a réalisé cette série
futuriste de neuf photographies. Mises en scène dans la
capitale sénégalaise et
ailleurs dans le pays – tel le
lac Rose –, il utilise des casques de réalité virtuelle qui
symbolisent, certes l’avenir,
mais aussi l’évasion, un besoin commun. Evoquant
aussi divers rites d’initiation
comme le jeu, l’instruction
ou le voyage, le photographe
explore un avenir dans lequel
la technologie s’intègre à la
société africaine, en harmonie avec les héritages culturels. Alun Be affirme que l’ère
numérique peut permettre à
l’Afrique de se construire par
elle-même, «brique par brique», d’où le titre de cette série : «Edification».
Son travail a été présenté
pour la première fois à Hongkong. Puis les images ont été
exposées au CentQuatre à
Paris, avant de l’être au Nigeria lors du LagosPhoto Festival. Elles sont ensuite parties
à Chicago pour une exposition sur le thème de l’afrofuturisme, et sont revenues à
Dakar en mai pour la Biennale d’art contemporain. Des
images qui voyagent et renvoient une perception positive et nouvelle du continent. Et c’est leur portée
universelle qui, au delà de
leur beauté, fait la raison de
leur succès.
LAURE TROUSSIÈRE
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
ÉTÉ / BD
Libération Jeudi 2 Août 2018
Libération Jeudi 2 Août 2018
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u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
VIII u
Libération Jeudi 2 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Fortes bêtes
Par AUDE MASSIOT
DR
Il nous arrive
de jouer à la
belote avec
des épiciers.
Des peureux
n’osant «prendre» que s’ils
ont touché le
valet, le neuf
et l’as, ainsi qu’un sept ou huit pour couper, au cas où. Des prudents qui annoncent 90 à la coinche avec une telle main.
Parfois, ces écureuils arrivent à l’emporter (cela reste un jeu de cartes, avec du
hasard), mais ce n’est jamais glorieux. Le
2
En 2016, Pero, chien de berger, a
parcouru 380 km pour retrouver
ses maîtres. En combien de temps ?
A 10 jours.
B 12 jours.
C Un mois.
D Un an.
plus souvent, ils prennent une déculottée et se plaignent : «On n’a pas de
jeu.» Non, vous n’avez simplement pas
de panache.
La belote, c’est y aller avec le quatorze
et la doublette roi-dame en se disant
qu’on est sous la goulotte, c’est faire le
saut de l’ange avec un dix sec (dont l’as
supérieur n’est pas encore passé) parce
qu’on a vu son équiper faire un appel à
la couleur, c’est dire «oh bah tranquille»
après le comptage des points quand on
finit à 84 après le dernier pli. Mais,
comme le panache ne suffit pas toujours, il peut être utile de mémoriser ce
qui est déjà sorti. Trente-deux cartes,
huit plis, quatre couleurs, ce n’est pas la
mer à boire.
JÉRÔME LEFILLIÂTRE
Selon les scientifiques, lesquels de
ces animaux maîtrisent le concept
de «zéro» ?
A L’abeille.
B Le gris du Gabon.
C Le macaque rhésus.
D La tanche.
3
Combien de mots en langue des
signes connaissait Koko, gorille
femelle décédée en juin à l’âge
de 46 ans ?
A 500.
B 750.
C 1 000.
D 1 250.
7
8
La pieuvre sait sortir d’un
labyrinthe, ouvrir un bocal et
utiliser des outils. Combien de
neurones possède cet invertébré ?
A 55 millions.
B 500 millions.
C 5 milliards.
D 50 milliards.
9
4
Dormir aussi, c’est un exploit.
Lequel de ces mammifères roupille
le plus ?
A Le koala.
B Le paresseux.
C Le lion.
D L’opossum.
5
Dans un bocal, un poisson
rouge s’ennuie. Et pour cause,
il a une mémoire de…
A Cinq secondes.
B Plusieurs jours.
C Plusieurs mois.
D Plusieurs années.
A quel âge le doyen des chats,
Nutmeg, est-il mort, au mois
d’août 2017 en Angleterre ?
A 31 ans.
B 32 ans.
C 33 ans.
D 34 ans.
Lesquels de ces animaux ont réussi
le controversé «test du miroir»
censé démontrer qu’ils ont
conscience ou non d’eux-mêmes ?
A Le porc.
B La pie bavarde.
C Le ouistiti.
D L’orque.
10
Réponses: 1. A; 2. A, B et C; 3. C; 4. B; 5. A, B et D; 6. C;
7. B; 8. B (100 milliards chez l’homme); 9. A (20 heures
par jour) ; 10. C.
COMMENT GAGNER À...
La belote Soyez
pas coinchés
1
Lequel de ces insectes
est capable de soigner
ses congénères ?
A La fourmi Matabele.
B Le moustique tigre.
C Le bourdon fraternus.
D La mouche tsé-tsé.
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération, version
papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
6
Quelle est la vitesse maximale
enregistrée par le guépard, animal
terrestre le plus rapide au monde ?
A 100 km/h.
B 105 km/h.
C 110 km/h.
D 115 km/h
LES 7
ÉCARTS
Redécouvrez une archive
2017-2018 de Willem et
retrouvez les différences
SOLUTION D’HIER
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Журналы и газеты
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