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Libération - 03 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VENDREDI 3 AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11565
www.liberation.fr
ÉTÉ
J’ai testé
le silence
VIOLENCES SEXISTES
PERVERS PLUS
SI PÉPÈRES
Les voyeurs qui regardent, filment ou
photographient sous les jupes des filles
risquent désormais la prison, selon la loi
adoptée mercredi.
PAGES 2-4
Canicule :
certains
l’aiment
chaud
PAGES 10-11
ACTES SUD
Paris Hilton victime de «upskirting» en 2009. PHOTO DR
ET AUSSI, DES SÉRIES, DES JEUX,
DE LA BANDE DESSINÉE.
CAHIER CENTRAL
Fletcher
Hanks :
comic de
réapparition
PAGES 20-21
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
«Upskirting»
Fin de parties
pour les
voyeurs
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Stop
Pas encore de mot pour le
dire, mais déja une loi pour
punir. C’est le signe,
et il est réjouissant, d’une
accélération de la prise de
conscience que les temps
doivent changer. Les
mouvements #MeToo ou
#Balancetonporc n’y sont
évidemment pas étrangers.
Mercredi soir, la loi sur les
violences sexuelles et
sexistes, insuffisante pour
beaucoup, progrès pour
d’autres, a été définitivement adoptée. Elle contient notamment un article
qui punit «le fait d’user de
tout moyen afin d’apercevoir les parties intimes
d’une personne que celle-ci,
du fait de son habillement
ou de sa présence dans un
lieu clos, a caché à la vue
des tiers, lorsqu’il est commis à l’insu ou sans le consentement de la personne».
Pratique détestable connue
pour l’instant sous le nom
anglais de upskirting,
littéralement «haut les jupes», qui consiste, pour les
hommes, à mater, à l’œil nu
ou équipé d’appareils
photo ou de caméras, l’entre-jambes de femmes légèrement vêtues. A quand un
mot dans le Robert pour
énoncer clairement ce qui
se conçoit de mieux en
mieux comme un délit ?
Il y a d’autant plus urgence
que, il faut vous l’avouer, la
chanson de Souchon Sous
les jupes des filles nous a
trotté toute cette journée
dans la tête. Et c’est pas joli
joli… «Rétines et pupilles,
les garçons ont les yeux qui
brillent, pour un jeu de
dupes, voir sous les jupes
des filles […]. Elles très
fières, sur leurs escabeaux
en l’air, regard méprisant
et laissant le vent tout faire,
elles, dans le suave, la faiblesse des hommes elles savent, que la seule chose qui
tourne sur Terre, c’est leurs
robes légères […]. Si parfois
ça les gêne et qu’elles veulent pas», etc, etc. La chanson date de 1993. Autant
dire une éternité. Elle nous
ramène à cet autre temps
autres mœurs où un chanteur en vue pouvait s’amuser du regard des hommes
sous les jupes des filles
puisqu’il ne s’agissait que
d’un jeu. Aujourd’hui, de
Paris à Séoul, de New York
à Johannesburg, les
femmes ont décidé de dire
stop à ce «jeu de dupes». •
Libération Vendredi 3 Août 2018
Terminé l’impunité pour les harceleurs?
Contre les caméras dans les WC et autres matages
sous les jupes des filles, la loi contre les violences
sexistes et sexuelles, adoptée mercredi,
prévoit la création d’un délit
de «captation d’images impudiques».
CAPTURES D’ÉCRAN UPPER DARBY POLICE
Par
VIRGINIE BALLET
A
Givors, dans la Métropole de
Lyon, un homme de 26 ans
a été interpellé fin juillet
dans un parc alors qu’il prenait des
photos sous les jupes de femmes et
de jeunes filles, selon le Progrès. Le
même jour, le quotidien régional relatait le cas d’un homme interpellé
pour avoir dissimulé une petite caméra dotée d’une carte mémoire
dans le matériel de nettoyage des
toilettes d’un centre commercial de
Saint-Priest. Ce voyeurisme éhonté
pourrait désormais tomber sous le
coup d’une nouvelle disposition législative, prévue dans le projet de loi
de lutte contre les violences sexistes
et sexuelles.
Adopté définitivement par le Sénat
puis par l’Assemblée nationale
mercredi (lire page 4), le texte prévoit la création d’un délit de
«captation d’images impudiques»,
en vertu d’un amendement ajouté
lors du premier passage au Sénat,
début juillet. Objectif : s’attaquer
à l’«upskirting», soit le fait de mater
«sous les jupes des filles», sans leur
accord. Alors, sus aux pervers
pépères ? Que risquent-ils ?
Comment fonctionnera cette
nouvelle mesure ? Etait-elle indispensable ?
Les voyeurs
dans le viseur
Contrairement à ce que laisse penser l’anglicisme «upskirting», la future loi ne cible pas uniquement les
malotrus qui reluqueraient sous les
jupes des femmes, mais, plus largement, moult formes de voyeurisme.
Ainsi, il s’agit de pénaliser «le fait
d’user de tout moyen afin d’apercevoir les parties intimes d’une
personne que celle-ci, du fait de son
habillement ou de sa présence dans
un lieu clos, a cachées à la vue d’un
tiers». Le tout, bien sûr, sans le
consentement de la personne, ou à
son insu.
Fini les gredins qui se rincent l’œil
en cabine d’essayage, sous la porte
des toilettes, dans les escalators, etc. Ce qu’ils encourent? Un an
de prison, et 15000 euros d’amende,
voire le double en cas de circonstances aggravantes. Ainsi, si l’auteur
filme ou prend des photos de sa
victime, ou si cette dernière est
mineure, handicapée ou enceinte,
le voyeur s’expose à deux ans de
prison et 30 000 euros d’amende.
Idem s’il sévit dans les transports en
commun.
«Mieux appréhender pénalement
ces agissements envoie un message
important aux victimes comme
aux auteurs, et permet de pointer
la gravité de ces pratiques», souligne Alexandra Louis, députée
LREM des Bouches-du-Rhône et
rapporteure du projet de loi à l’Assemblée. D’autant que, lorsqu’elles
sont enregistrées, ces images peuvent atterrir sur YouTube, sur des
blogs dédiés ou des sites pornos.
«Une rapide recherche permet de
constater l’ampleur du phénomène,
d’où la nécessité pour le législateur
de s’en saisir», plaide l’élue.
Un trou
dans la loi ?
«Cet amendement est issu de
nombreuses concertations avec des
professionnels du droit, qui déplorent manquer d’outils juridiques
sanctionnant l’upskirting», a argué
la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre
les femmes et les hommes, Marlène
Schiappa, devant le Sénat le
5 juillet, pour défendre son amendement. Etait-ce pour autant légal
jusque-là ? «Il n’y avait pas encore
de délit spécifique, clarifie Me Viviane Gelles, avocate au barreau de
Lille. Dans la pratique, les juridictions s’appuyaient sur différents
textes, au cas par cas, notamment
ceux relatifs aux violences volontaires.» Un pis-aller, selon la magistrate : pour que cette qualification
soit retenue, il faut que la victime
se soit aperçue de ce qui lui arrive.
Et c’est loin d’être toujours le cas.
«D’autres leviers étaient parfois
utilisés, notamment celui de la notion de “lieu privé”, car la captation
d’images dans un Suite page 4
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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u 3
DEPARTEMENT, BBC, DR, METROPOLITAN POLICE ET FORK REGIONAL POLICE
En Corée du Sud, bronca contre les «molka»
Galvanisée par #MeToo, la
mobilisation ne cesse de croître
contre les voyeurs qui filment
voire diffusent les images
des parties intimes grâce à
des mini-caméras .
«M
olka.» Ce sont deux petites syllabes qui, en Corée du Sud, suffisent à en faire bondir beaucoup. Le mot désigne ces minuscules caméras
placées par certains hommes sous les lunettes
de toilettes, sur les escaliers des métros, voire
sur leurs propres chaussures, pour filmer les
parties intimes des femmes, à leur insu. Et
souvent, les images sont ensuite diffusées en
ligne, où elles sont considérées comme un
genre banal de «pornographie» (qui est pourtant, en théorie, illégale dans le pays). Sans
être nouveau, le phénomène a récemment
pris une ampleur exceptionnelle: 5363 cou-
pables présumés –dont 95% d’hommes– ont
été identifiés par la police en 2017, contre 1354
en 2011.
Dans le sillon de #MeToo, qui s’est considérablement développé dans le pays à partir de
janvier, de nombreux mouvements féministes
ont décidé de prendre à bras-le-corps la question. En juin, plus de 22000 femmes se sont
rassemblées à Séoul pour crier leur colère, et
les rangs des manifestations ne cessent de
grossir depuis. Le 7 juillet, elles étaient,
d’après l’organisation à l’origine de l’événement, plus de 60000. Dans quelques jours, elles manifesteront pour la première fois à
Gwanghwamun, le centre de mobilisation historique de la capitale.
«DEUX POIDS, DEUX MESURES»
Le premier rassemblement faisait notamment suite à un scandale à l’université Hongik, où une étudiante avait été arrêtée par la
police pour avoir diffusé sur Internet une
photo d’un de ses camarades nu. Sans cautionner l’acte commis par la jeune femme,
beaucoup de féministes souhaitaient dénoncer le côté «deux poids, deux mesures» de la
police: «Quand la victime est un homme, édition spéciale. Quand la victime est une femme,
silence radio», ironisaient alors certaines pancartes apportées par les manifestantes. Le
président démocrate, Moon Jae-in, a luimême concédé que le phénomène faisait désormais «partie de la vie quotidienne» sud-coréenne, et a appelé à des sanctions plus fortes
pour les coupables –les cinq années de prison
maximum prévues par la loi n’étant quasiment jamais appliquées.
De plus en plus d’inspections sont aussi menées dans les toilettes ou les piscines publiques par la police. Mais pour beaucoup, c’est
surtout la passivité du système policier et
judiciaire qui pose problème. D’après des
chiffres de la police nationale, au cours de ces
cinq dernières années, seuls 5,3% des person-
nes inculpées pour ce type de crime sont
finalement allées en prison.
«NOMS DES VICTIMES RÉVÉLÉS»
Pour ne rien arranger, beaucoup de femmes
n’osent même pas rapporter les faits dont elles
sont victimes. Par peur d’être moquées, insultées, ou de s’engager dans une procédure dont
elles savent par avance qu’elle sera longue et
coûteuse psychologiquement. «Les victimes
sont souvent elles-mêmes blâmées, témoigne
Kim Soo-bin, étudiante à l’université féminine Ewha, engagée dans plusieurs associations féministes. J’ai souvent vu les noms des
victimes révélés, mais rarement ceux des coupables. La société sud-coréenne est toujours indulgente avec eux. Et la majorité des personnes
en position de pouvoir au sein de la police, de
la justice et du gouvernement sont des hommes. Ils ne comprennent pas que ces images
peuvent détruire la vie d’une femme.»
PABLO MAILLÉ
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Vendredi 3 Août 2018
Les voyeurs s’exposeront à un an de prison et 15 000 euros d’amende. COLL. FAUX AMIS. HANS LUCAS
lieu privé relevait déjà du pénal», détaille la spécialiste, qui cite l’exemple d’un
homme qui filmait dans les cabines
d’essayage d’un supermarché,
requalifiées en lieu privé. Autre
texte parfois invoqué: l’article 2262-1 du code pénal, qui sanctionne de
deux ans de prison et 60000 euros
d’amende les «paroles ou images
présentant un caractère sexuel prises
dans un lieu public ou privé».
Pour Marie Mercier, sénatrice
Les Républicains de Saône-et-Loire
et rapporteure du texte au Sénat, «il
était nécessaire de clarifier et de
simplifier pour que les faits soient
plus faciles à prouver et à réprimer».
Et si la victime ne s’en rend pas
Suite de la page 2
compte ? «Il n’est pas obligatoire
d’avoir une partie civile pour que
des poursuites soient engagées», répond Me Viviane Gelles. Perquisitions et autres caméras de vidéosurveillance peuvent, entre autres,
aider à confondre l’auteur. «Il était
parfois difficile de sanctionner certains comportements. D’où l’intérêt
de créer un délit spécifique», observe l’avocate, qui tempère toutefois : «Le législateur peut avoir un
temps de retard en cherchant sans
cesse à s’adapter aux usages.»
Culottes du monde,
unissez-vous
La France est loin d’être le seul pays
à légiférer sur l’upskirting. Parmi les
pionniers, figure l’Ecosse, qui,
dès 2009, a pris des mesures pour
que soit sanctuarisé le dessous des
kilts. En vertu de ce texte, le voyeurisme est une infraction à caractère
sexuel, passible d’un an de prison,
et ainsi définie: «Le fait de capturer
une image des parties génitales ou
du postérieur, fussent-ils couverts ou
non, dans un contexte où ces parties
ne sont pas censées être visibles, et
ce, sans l’accord explicite de la personne concernée, ou sans raison valable de penser que celle-ci consent.»
Les seins ne sont pas en reste, eux
aussi considérés comme une partie
«privée» du corps.
En Belgique, l’upskirting tombe également sous le coup de la loi de
mai 2014 relative à la lutte contre le
sexisme dans l’espace public, qui
réprime le fait de «réduire une personne à sa dimension sexuelle, entraînant une atteinte grave à sa dignité». Mais pour Laetitia Genin, du
mouvement féministe Vie féminine,
citée par la Radio Télévision Belge
Francophone, si cette loi est
positive, il demeure toutefois compliqué de voir les plaintes aboutir, en
raison de la difficulté d’apporter des
preuves. A l’issue d’enquêtes sur le
sujet, la militante belge a relevé
deux situations propices à ce type de
voyeurisme: «Dans les transports en
commun, le tram, le bus ou le métro… Les femmes sont souvent dans
une position d’attente, debout, et c’est
là que l’agression a lieu. L’autre situation dénoncée a lieu dans les
salles de sport, lorsque la femme se
dénude pour revêtir son vêtement de
sport.»
Au Canada, «quiconque sciemment
publie, distribue, transmet, vend ou
rend accessible une image intime
d’une personne […] sachant qu’elle
n’y a pas consenti» encourt jusqu’à
cinq ans de prison.
Dans les pays n’ayant pas encore légiféré, nombreuses sont les femmes
à exprimer leur ras-le-bol : en
octobre, l’artiste russe Anna Dovgalyuk a mis en ligne une vidéo
devenue virale, dans laquelle elle
soulève sa jupe dans une gare de
Saint-Pétersbourg pour sensibiliser
à l’upskirting. En Corée du Sud (lire
page 3), une manifestation en ce
sens a réuni plus de 20000 personnes en juin.
Le poids de la
campagne anglaise
Plus récemment, c’est le Parlement
britannique qui s’est saisi du sujet:
fin juin, le gouvernement conservateur de Theresa May a repris à son
compte une proposition de loi de la
parlementaire libérale-démocrate
Violences sexistes et sexuelles:
une loi décriée malgré des avancées
Malgré des progrès, la loi
Schiappa a perdu des plumes
au Parlement. Notamment
l’article sur la présomption
de non-consentement des
mineurs de moins de 15 ans.
L
e «fiasco» d’une loi «vidée de son
contenu, qui échoue à protéger les enfants des viols et des agressions sexuelles». Sur son blog, Muriel Salmona, psychiatre
et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, ne cache pas sa déception quant à la version finale du projet de
loi renforçant la lutte contre les violences
sexuelles et sexistes, qui vient d’être définitivement adopté par le Parlement. Pour la députée La France insoumise Clémentine
Autain, il s’agit même d’un «rendez-vous manqué». Car depuis sa première présentation en
Conseil des ministres en mars, le texte, porté
par la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité
entre les femmes et les hommes, Marlène
Schiappa, est passé à la moulinette des navettes parlementaires, perdant au passage quelques-unes de ses mesures phares.
Bronca. Principale portée disparue: la présomption irréfragable de non-consentement
en dessous de 15 ans. Autrement dit: pour qu’il
y ait viol, il n’aurait plus été forcément question de considérer les notions de «menace»,
de «contrainte» ou de «surprise», comme le
prévoit actuellement la loi. La simple présence
d’une relation sexuelle entre un mineur de
moins de 15 ans et un adulte aurait automatiquement constitué un viol. La mesure, soutenue notamment par le Haut Conseil à l’égalité
et inspirée des pratiques de plusieurs de nos
voisins (Royaume-Uni, Belgique, Espagne), a
été mise en lumière par deux affaires très médiatisées. Ainsi, en septembre, le parquet de
Pontoise (Val-d’Oise) avait requalifié en «atteinte sexuelle», et non en viol, les faits pour
lesquels était poursuivi un homme de 28 ans
ayant eu une relation avec une fille de 11 ans.
Puis, à Meaux (Seine-et-Marne), en novembre,
un homme de 30 ans jugé pour le viol d’une
fille de 11 ans avait été acquitté.
L’exécutif, qui se disait favorable à cette évolution législative, a pourtant dû faire marche
arrière face à un risque d’inconstitutionnalité
soulevé par le Conseil d’Etat, pour qui il se serait agi d’une atteinte à la présomption d’innocence. Dès lors, ce fut un long enchaînement de pédalage dans la semoule : il fut
d’abord question d’introduire la notion «d’atteinte sexuelle avec pénétration», dans un article 2 très décrié. Mais face à la bronca, nouveau recul. Dans sa version finale, la loi
Schiappa prévoit donc que pour ce qui est des
moins de 15 ans, «la contrainte morale ou la
surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du
discernement nécessaire pour ces actes».
Mais pour les associations, comme pour l’exministre des Droits des femmes et sénatrice
socialiste Laurence Rossignol, ces notions de
«vulnérabilité» et de «discernement» demeurent floues et laissent trop d’espace à la libre
appréciation des juges. L’ex-ministre, interro-
(centre) Wera Hobhouse. Objectif:
punir de deux ans de prison les
voyeurs prenant des photos sous les
jupes des filles. Ce combat, c’est en
réalité celui de Gina Martin.
A 26 ans, cette Londonienne
assistait au British Summer Time,
un festival de musique de la capitale, début juillet 2017, quand elle
s’est aperçue que deux hommes
derrière elle prenaient des photos
sous sa jupe. «Je me suis sentie
humiliée et en colère», a-t-elle
raconté au site Unilad. Elle parvient
malgré tout à intercepter le téléphone de l’un d’eux, et appelle la
police. Mais les forces de l’ordre
estiment que l’infraction n’est pas
caractérisée.
Depuis, Gina Martin milite pour
que l’upskirting figure explicitement dans la loi, et non plus dans
une zone grise, ainsi que c’est le cas
actuellement selon elle. Car,
comme en France, il faut ruser au
Royaume-Uni pour poursuivre les
auteurs de tels faits, pour «attentat
à la pudeur» ou pour «voyeurisme», même si ce dernier chef
d’inculpation ne s’applique normalement qu’aux lieux privés. Alors
Gina Martin lance une pétition en
ligne, dans laquelle elle martèle
que «cela arrive très souvent à de
très nombreuses femmes» et qu’il
est temps de «mettre la pression
aux autorités pour que des poursuites soient engagées, et que le pays
prenne conscience que c’est un
crime».
Tout comme en France, le projet de
loi pourrait entrer en vigueur
prochainement. D’ici là, comptons
sur le karma pour rappeler les scélérats à l’ordre : fin juin, dans le
Wisconsin, un homme qui testait la
petite caméra qu’il avait cachée
dans sa chaussure pour filmer les
dessous féminins a été sérieusement blessé au pied lorsque le dispositif a explosé. •
gée par France Info, juge d’ailleurs le projet de
loi «très insuffisant». Une «différence d’âge
significative» entre la victime mineure et
l’auteur majeur peut néanmoins contribuer
à prouver la contrainte, précise la loi.
Vidéo virale. Outre cette grande absence,
demeurent toutefois des avancées, saluées par
le monde militant, la principale d’entre elles
étant l’allongement du délai de prescription
pour les crimes sexuels commis sur des mineurs, passant de 20 à 30 ans après la majorité
de la victime. Dès son entrée en vigueur, la loi
permettra donc à un enfant victime de violences sexuelles de porter plainte jusqu’à ses
48 ans, contre 38 actuellement. En revanche,
la reconnaissance de l’amnésie traumatique,
un temps évoquée au Sénat, a été évacuée.
Le harcèlement de rue, ou «outrage sexiste»,
récemment mis en lumière par la vidéo virale
d’une étudiante parisienne insultée puis frappée, sera quant à lui désormais passible d’une
amende de 90 euros, à condition que les
auteurs soient pris en flagrant délit. Pour ce
faire, Marlène Schiappa compte sur le
déploiement prochain de la future de police
de sécurité du quotidien voulue par Gérard
Collomb. Par ailleurs, le fait d’administrer une
substance à une victime afin d’altérer son discernement deviendra passible de cinq ans de
prison et 75 000 euros d’amende.
VIRGINIE BALLET
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ÉDITOS/
Canicule: le gouvernement
sur tous les fronts…
médiatiques
BOUCHET-PETERSEN
Chef de service France
@BouchetPetersen
Qu’on se le dise, le gouvernement est fin prêt. Alors que la
France entre dans un épisode
caniculaire qui n’a rien d’anodin
(lire aussi pages 10-11), la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, fait
la tournée des médias pour marteler les précautions d’usage
– «J’appelle chacune et chacun
d’entre nous à participer à l’effort
de solidarité et à être vigilant visà-vis de ses proches, de ses voisins
et de toutes les personnes fragiles,
fortement exposées ou isolées» –,
mais aussi pour occuper le terrain de façon préventive. Cela
fait partie de son rôle, et chacun
se souvient de son prédécesseur
sous le gouvernement Raffarin,
Jean-François Mattei, issu du
monde médical comme elle,
donnant en 2003, lors de LA canicule, une interview catastrophique en polo depuis son lieu
de vacances, alors que les morts
commençaient à s’entasser dans
les morgues. Entre retard à l’allumage et manque d’anticipation, la surmortalité (morts directement liés à la vague de
chaleur) avait dépassé
les 15 000 décès. En premier lieu,
des personnes âgées qui, avec les
nourrissons, se déshydratent le
plus vite. Traumatisme national.
Rappelons que, chaque année,
les sans-abri, autre population
fragile, meurent davantage l’été
que l’hiver. Depuis, et notamment grâce à la commission
Péage à l’entrée des Conseils
européens: la Belgique pousse
le bouchon un peu loin
Par JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
@quatremer
«Chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas
[…], on compte.» Quoi de plus adapté que de
convoquer Jacques Brel pour décrire la dernière initiative du gouvernement belge, qui
n’a rien trouvé de mieux que d’imposer, à
compter de la rentrée, un péage de 50 euros
par semestre à l’entrée des Conseils européens. On ne sait pas si les chefs d’Etat et de
gouvernement devront s’acquitter de cette
taxe, mais les diplomates, le personnel de
service et surtout les journalistes, s’ils veulent avoir leur badge d’accès, devront passer
à la caisse.
Pour le gouvernement dirigé par Charles Michel, il s’agit de faire supporter une partie des
coûts de la sécurité des sommets européens
qui incombent, pour l’instant, à la seule Belgique. Sachant qu’il y a en moyenne
1300 journalistes et techniciens présents, cela
représente la modique somme de
65 000 euros par semestre, 80 000 euros au
grand maximum en comptant toutes les personnes imposées.
Il n’est venu à l’idée de personne qu’un tel
péage, institué par une loi entrée en vigueur
le 1er juin, constituait une atteinte à la liberté
de la presse, comme l’ont aussitôt dénoncé
l’Association générale des journalistes professionnels de Belgique et l’Association de la
presse internationale : exiger des médias
qu’ils payent pour pouvoir exercer leur métier
est si énorme, et sans précédent dans une démocratie libérale, qu’on ne comprend pas
comment une telle décision a pu être prise par
les autorités belges. La Commission européenne, qui d’habitude sait se montrer compréhensive à l’égard du «pays hôte», a tapé du
poing sur la table : «Cette loi belge ne nous
plaît pas», a tancé Mina Andreeva, l’une des
porte-parole de l’exécutif européen, qui a fait
un appel du pied aux médias pour qu’ils portent plainte: «Les journalistes doivent pouvoir
faire leur travail dans les meilleures conditions possibles.»
L’affaire est d’autant plus incompréhensible
que c’est l’Etat belge qui a tout fait pour attirer à Bruxelles les institutions communautaires, et qui bataille encore pour que le siège du
Parlement européen soit transféré dans sa capitale. Il sait tout le bénéfice qu’il en tire : la
présence européenne pèse près de 15 % du
PIB de la région de Bruxelles-Capitale. En
comparaison, les coûts de la sécurité sont minimes. Le gouvernement de Charles Michel
aurait aussi pu en demander la prise en
charge par le budget communautaire si son
pays en est à quelques dizaines de milliers
d’euros près…
Cette taxe, au fond, est peut-être un signal
adressé à l’UE : la Belgique ne voudrait plus
de cette encombrante présence? Elle en a le
droit. D’autres lieux sont possibles: rappelons
qu’en 1957, il avait été envisagé d’installer le
siège de l’Europe à Nice. Soulageons la Belgique de ces coûts sécuritaires iniques et déménageons au bord de la Méditerranée ! •
rées» : «Ce qui se passe là, avec les
afflux supplémentaires dus à la
canicule, ça aggrave une situation déjà compliquée», a développé l’urgentiste et chroniqueur.
Comme chaque été ? Non, pire,
selon les professionnels du
secteur. Ce n’est pas un scoop,
l’hôpital public et ses personnels,
au front mais exsangues, payent
le prix des coups de rabot libéraux. En 2003, les urgentistes
– premiers à voir monter les catastrophes – avaient tiré la sonnette d’alarme. En vain. Le professeur Mattei, carbonisé par le
fiasco, avait eu cette formule :
«Rien n’est venu d’en haut, rien
n’est venu d’en bas.» Quinze ans
plus tard, sans que Buzyn n’y soit
pour grand-chose, le «haut»
occupe l’espace pour se border,
à défaut de donner les moyens au
«bas» de faire face. Comme si
l’action publique consistait à éviter la polémique plutôt qu’à empêcher le drame. •
EL LE
MODE, DÉCO,
PSYCHO
NOTRE
NUMÉRO
BLEU
LA COULEUR QUI
NOUS VEUT DU BIEN
DE KATE MOSS
À SIENNA MILLER
LES LEÇONS DE STYLE
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©XAVIER IMBERT
Par JONATHAN
d’enquête de 2004, la France a
progressé en matière d’alerte.
Tous les 1er juin, un dispositif
«Vigilance canicule» s’enclenche : il doit notamment permettre de détecter en temps réel la
montée d’une vague de surmortalité chez les plus de 75 ans.
Reste qu’aucune politique de
prévention ne peut être efficace
sans la solidarité dite «de proximité», notamment à l’égard des
personnes âgées isolées vivant
dans des agglomérations (le pire
cocktail). La ministre a raison de
le rappeler. Mais on connaît aussi
la paupérisation de l’hôpital public, ses économies drastiques et
ses fermetures de lits. Le slogan
«faire mieux avec moins» trouve
ses limites, comme dans bien des
services publics.
Jeudi, au lendemain de l’intervention de la ministre sur France
Info, Patrick Pelloux était sur
BFM TV pour alerter sur la situation des urgences, déjà «satu-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
Recueilli par
ISABELLE HANNE
Correspondante à New York
D
epuis sa rencontre avec
Jean-Claude Juncker la semaine dernière, Donald
Trump semble enclin à la désescalade, en tout cas rhétorique, des
tensions commerciales avec l’Union
européenne. Il n’en est pas de même
avec la Chine. Alors que les discussions entre les deux pays sont au
point mort, le président américain
envisage désormais une taxe de
25% sur 200 milliards de biens chinois importés, au lieu des 10% évoqués jusque-là. «L’administration
Trump continue d’exhorter la Chine
à mettre un terme à ses pratiques déloyales, à ouvrir son marché et à
s’engager dans un marché véritablement concurrentiel», a appuyé le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, dans un
communiqué mercredi. En ligne de
mire de l’équipe Trump, la dépréciation du yuan, le transfert de
technologies imposé aux entreprises américaines lorsqu’elles constituent des co-entreprises avec les
Chinois pour faire affaire sur leur
marché et le déficit commercial des
Etats-Unis avec la Chine, bête noire
du Président, de 376 milliards de
dollars en 2017.
Depuis fin mars, Washington inflige
des tarifs douaniers supplémentaires de 25% sur l’acier et de 10% sur
l’aluminium chinois. Début juillet,
les Etats-Unis ont imposé des surtaxes douanières sur 34 milliards de
dollars (29 milliards d’euros) d’importations chinoises ; Pékin a répliqué en taxant le même montant
d’importations
américaines.
Washington avait alors annoncé, le
10 juillet, une nouvelle liste de produits visés, portant sur 200 milliards de dollars de marchandises
chinoises. La décision finale sur les
produits concernés et le niveau des
tarifs n’est pas attendue avant début
septembre. Pékin s’est déjà dit prêt
à lancer ses représailles.
«Nous sévissons enfin, après des décennies de pratiques commerciales
internationales abusives, avait martelé Trump le 27 juillet. Nous avons
été abusés par les pays, y compris
par nos alliés. […] Mais ce temps est
révolu.» La bonne santé de la première économie du monde, qui
connaît sa plus forte progression en
quatre ans, et son plus bas taux de
chômage en dix-sept ans (4%), semblent conforter Trump dans sa politique commerciale. Selon les premiers chiffres du département du
Commerce, l’économie américaine
a connu une croissance de 4,1% en
rythme annuel au deuxième trimestre. «Nous sommes sur la bonne voie
pour afficher 3 % de croissance annuelle du PIB», a affirmé le Président, qui compte bien faire de ces
performances économiques un argument pour le camp républicain
aux élections de mi-mandat, en novembre. Un succès qu’il attribue à
sa politique protectionniste, notamment aux querelles commerciales initiées avec les partenaires traditionnels des Etats-Unis (Union
européenne, Canada, Mexique) et
la Chine ces derniers mois.
Libération Vendredi 3 Août 2018
Mais la plupart des experts voient
surtout dans cette croissance les
fruits d’une conjoncture porteuse,
d’un déficit budgétaire en forte
hausse, à rebours de l’orthodoxie
prônée d’habitude par le Parti républicain, et les conséquences des politiques de déréglementation et de
baisses d’impôts permises par la réforme fiscale de Trump. L’économiste français Bernard Salanié, directeur du département d’économie
à l’université Columbia, met en
perspective la politique commerciale du président américain et ses
impacts potentiels.
Y a-t-il du vrai dans ce que dénonce inlassablement Donald
Trump, à savoir une forme d’injustice dans les accords commerciaux internationaux, dont les
Etats-Unis seraient victimes?
Sur certains points précis, c’est sans
doute vrai. Par exemple, quand les
Etats-Unis se plaignent des libertés
que prennent les Chinois avec le
transfert de propriété intellectuelle:
il y a de nombreux cas documentés
[Washington a lancé en mars une
procédure devant l’Organisation
mondiale du commerce contre la
Chine, accusée de «porter atteinte
au droit de la propriété intellectuelle
de ses entreprises», ndlr]. Pour avoir
accès à des marchés, les Etats sont
parfois prêts à faire des concessions
importantes… Mais lorsque Trump
fait des déclarations virulentes sur
l’Europe, le Canada ou le Mexique,
qui auraient roulé les Etats-Unis en
les forçant, on ne sait comment, à
signer des accords iniques, là, c’est
difficile à comprendre. Il n’y a par
exemple aucune base objective
pour affirmer, comme Trump le
fait, que l’Alena [Accord de libreéchange nord-américain, entre le
Canada, les Etats-Unis et le Mexi-
«
que, renégocié depuis des mois] est
injuste pour les Etats-Unis. Depuis
la Seconde Guerre mondiale, dans
le cadre de la guerre froide et de la
construction d’un ordre libéral,
Washington a fait des concessions
pour la libéralisation du commerce
mondial.
Donald Trump semble obsédé
par le déficit de la balance commerciale avec certains pays.
Est-ce une jauge pertinente ?
C’est un argument purement
mercantiliste que dénonçait déjà
Adam Smith, au XVIIIe siècle…
L’échange suppose nécessairement
des déficits dans les deux sens.
L’idée selon laquelle, si j’achète plus
que vous, c’est à votre profit, ne
tient pas. Quand je vais au supermarché faire mes courses, je n’estime pas que le supermarché m’exploite ! Certains Etats investissent
ou épargnent plus ou moins. Tant
«Avec Trump,
nous sommes loin
de la surenchère
protectionniste
des années 30»
que les Etats-Unis continueront
d’investir plus qu’ils n’épargnent,
ils auront un déficit.
La semaine dernière, Donald
Trump et le président de la Commission européenne, JeanClaude Juncker, ont annoncé
leur volonté d’un libre-échangetotal, avec «zéro barrière
douanière», «zéro subvention»…
Est-ce un objectif crédible ?
Trump a beau jeu d’annoncer vouloir un libre-échange total : il sait
très bien que les Européens ne sont
pas près d’y arriver, ni de le vouloir.
L’idéal du président américain n’est
certainement pas celui d’un monde
de libre-échange, mais de frontières
fortes du point de vue commercial
comme migratoire.
La politique protectionniste de
Trump est-elle possible dans un
monde où la chaîne des valeurs
est complètement éclatée ; où,
Exposition de produits «made in America»
INTERVIEW
Au moment où les Etats-Unis
connaissent une forte croissance,
l’économiste Bernard Salanié,
de l’université Columbia, revient
sur la politique commerciale
de la Maison Blanche, qui envisage de relever
les tarifs douaniers avec la Chine.
DR
6 u
Donald Trump visite une aciérie d’US Steel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 3 Août 2018
par exemple, un camion Ford n’a
que la moitié de ses pièces fabriquées aux Etats-Unis ?
Cette politique est irréaliste et inquiétante. La question derrière,
c’est : qu’est-ce qui fait courir Donald Trump ? Personne n’a la réponse. Soit ses déclarations lui permettent de jouer les gros bras sur la
scène internationale, et il se satisfera de quelques concessions, dont
il se vantera auprès de sa base électorale. L’autre possibilité, c’est qu’il
soit prêt à aller jusqu’à un conflit extrêmement dommageable pour
l’économie mondiale et américaine.
Peut-on déjà voir des secteurs
économiques américains affectés par la politique de Trump ?
Pour l’instant, on voit surtout l’inquiétude des agriculteurs américains. Ils ont d’ailleurs obtenu la semaine dernière une aide d’urgence
de 12 milliards de dollars [10,3 mil-
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
liards d’euros] de l’administration
Trump… Pour le reste, même si
certaines entreprises se plaignent
des conséquences de la guerre commerciale du président Trump
[Daimler, Harley Davidson, Mid
Continent Nail Corp., etc.], l’économie américaine est en plein boom,
ce qui masque les conséquences de
cette politique. Mais celles-ci peuvent devenir plus visibles à moyen
terme si l’administration reste sur
cette ligne ou augmente les tarifs
douaniers.
Est-il trop tôt pour faire des projections ? Selon la Tax Foundation, si toutes les menaces de
barrières douanières prennent
effet, le PIB américain pourrait
baisser de 0,47 point, et coûter
364 000 emplois.
Il est probablement trop tôt. Faire
des projections à ce stade est un
exercice très difficile, justement à
cause de l’entrelacs des chaînes de
production entre plusieurs pays. On
sait, en revanche, puisque l’économie américaine se porte bien, que
la Réserve fédérale américaine [la
Fed, la Banque centrale des EtatsUnis] va bientôt relever ses taux
d’intérêt. Ce qui entraînera un taux
de croissance plus faible et pourrait
inquiéter les entreprises déjà en situation de fragilité.
On parle de tarifs douaniers «punitifs», de «guerre commerciale»… Mais que représentent
vraiment ces sanctions ?
Il faut garder en tête les ordres de
grandeur. Le PIB américain est
aujourd’hui juste en dessous de
20000 milliards de dollars. Les exportations, bien et services, s’élèvent à 2 400 milliards de dollars,
soit 12%, quand leurs importations
s’élèvent à 3 000 milliards de dollars, soit 15 %. Les masses sont
considérables. Quand on voit que
les sanctions globales portent sur
environ 500 milliards de dollars
d’échanges, on constate qu’il s’agit
seulement de quelques obstacles
supplémentaires. Les droits de
douane restent relativement bas.
L’agriculture mise à part, nous sommes loin de la surenchère protectionniste des années 30 ! Certes,
pour l’acier et l’aluminium, les
droits ont fortement augmenté,
mais on n’assiste pas non plus à un
doublement des prix. Ces tarifs
mangent les marges des entreprises, mais ils restent relativement indolores tant qu’on reste dans une
bonne conjoncture.
Certains élus républicains, notamment ceux des Etats industriels ou agricoles, commencent
à critiquer publiquement les
mesures de Trump…
On assiste ces dernières années à
un important changement du Parti
républicain en matière de philosophie économique. Les républicains
classiques, probusiness, qui prônent le libéralisme économique, ne
se retrouvent clairement pas dans
la politique de Trump, mais leurs
voix ne portent plus. Et ils savent
que les électeurs républicains continuent à soutenir le Président.
Seuls ceux qui prennent leur retraite ou n’ont pas de siège à défendre lors des élections de mi-mandat
se permettent de le critiquer. Ce
sont toujours les mêmes: McCain,
Corker, Flake, etc. Les autres ont le
doigt sur la couture du pantalon.
D’autant que le discours anti-étrangers, anti-immigration, anti-Alena,
est cohérent avec le protectionnisme économique que défend
Trump, et qu’on entendait déjà lors
de l’avènement du Tea Party, à la fin
des années 2000. •
en juillet 2017 à la Maison Blanche. PHOTO ALEX. BRANDON. AP
Le 19 juillet 2017 à Washington, avec une pince multiprise «Make America Great Again». PHOTO S.LOEB. AFP
à Granite City (Illinois), le 26 juillet. PHOTO SAUL LOEB. AFP
Promulgation des taxes sur l’acier, dans la salle Roosevelt, le 8 mars. PHOTO REX. SHUTTERSTOCK
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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MONDE
Libération Vendredi 3 Août 2018
La chronique de RMC
Découverte que personne
n’a vue en France mais qui
rend fous les Québécois
LIBÉ.FR
La description ratée de Montréal par le journaliste
Antoine Besse fait polémique au Québec. Une intervention qui s’inscrit dans une longue série d’indélicatesses françaises à l’encontre de la province du Canada. A lire sur le blog «l’An 2000».
que le scrutin s’était globalement déroulé sans violence,
que tous les candidats ont pu
faire campagne, même si elles ont noté quelques incidents et intimidations, ainsi
qu’une utilisation des ressources de l’Etat au profit du
parti au pouvoir. En résumé:
si les élections n’ont pas été
parfaites, elles ont été pacifiques. La répression qui a
marqué l’ère Mugabe paraît
de l’histoire ancienne.
N’était-ce pas, après tout, ce
que tout le monde espérait?
Matraques. Mais les résul-
A Harare, mercredi. La commission électorale a annoncé la victoire du parti au pouvoir aux élections législatives. PHOTO MARCO LONGARI. AFP
A l’approche des résultats électoraux,
le Zimbabwe craint le retour en arrière
Six personnes sont
mortes dans des
violences à Harare
mercredi,
dans l’attente
de l’annonce
du vainqueur de
la présidentielle
par la commission
électorale.
Par
PATRICIA HUON
Envoyée spéciale à Harare
L
es
Zimbabwéens
avaient osé rêver d’un
avenir meilleur après
la chute de Robert Mugabe,
en novembre, trente-sept ans
de pouvoir au compteur.
Mais le réveil a été brutal.
Jeudi soir, les résultats de
l’élection présidentielle se
faisaient toujours attendre.
Et l’angoisse que leur an- mée est passé, les soldats nous
nonce déclenche de nouvel- ont ordonné de partir, dit un
les violences planait sur la agent de change, non loin de
capitale, Harare.
là. Je suis revenu un peu plus
Dans le centre-ville, des pavés tard, mais il n’y a pas de
sur le sol, quelques vitrines client.» Le jeune homme rebrisées, une chaussure per- fuse de révéler son nom: «Je
due dans la cohue témoignent ne veux pas être leur proencore des évéchaine victime.»
nements de la
L'HISTOIRE Mercredi, les
veille. Voitures et
forces de sécuDU JOUR
vendeurs à la
rité ont réprimé
sauvette sont absents. La plu- des manifestations à Harare.
part des commerces sont fer- Au moins six personnes ont
més, un hélicoptère tournoie été tuées, selon un bilan prodans le ciel. Des policiers blo- visoire établi jeudi soir. Sur
quent l’accès aux rues qui mè- Twitter, le chef de l’Etat,
nent au siège de l’Alliance du 75 ans, ancien bras droit de
mouvement pour le change- Robert Mugabe, a appelé au
ment démocratique (MDC-Al- calme et à l’unité. Dans une
liance), le parti de l’opposant série de messages, il a dit être
Nelson Chamisa, candidat en contact avec son adverface au président sortant, Em- saire, Nelson Chamisa, pour
merson Mnangagwa. Jeudi tenter de désamorcer la crise.
après-midi, une vingtaine de La veille, son ton n’était pourpersonnes y ont été arrêtées. tant pas celui du compromis.
«Ce matin, un camion de l’ar- Le Président a blâmé les lea-
ders de l’opposition, les a accusés d’avoir incité ces violences. «Les incidents de
hooliganisme qui ont éclaté cet
après-midi dans la capitale
sont une surprise totale, a-t-il
déclaré à la télévision nationale. Nous tenons le MDC-Alliance et tous ses dirigeants responsables de cette atteinte à la
paix nationale, destinée à perturber le processus électoral.»
vent d’optimisme a soufflé
sur le pays. Mercredi, la commission électorale (ZEC) a
annoncé les résultats des législatives. Selon ceux-ci, la
Zanu-PF, le parti au pouvoir,
a obtenu une large majorité,
avec plus de deux tiers des
sièges à l’Assemblée nationale. Plusieurs missions
d’observation internationales ont déclaré prudemment
Optimisme. Le Président
«Il y avait tant
de gens à nos
meetings
pendant la
campagne.
Où sont les
chiffres?»
évite aussi de répondre à une
question importante : qui a
donné l’ordre aux militaires
d’intervenir? Beaucoup pointent du doigt le vice-président, Constantino Chiwenga,
le général qui avait dirigé le
coup de force contre Robert
Mugabe. «Il montre qui est
aux commandes», pense un
diplomate occidental.
Le vote de lundi s’est pourtant tenu dans le calme, un
Une femme près du
siège de la commission
électorale
tats de la présidentielle tardent. Les explications de la
ZEC sont floues. Et l’opposition crie à la fraude. Au lendemain du vote, Nelson Chamisa s’est déclaré vainqueur.
«Merci Zimbabwe ! Nous
avons gagné le vote populaire.
[…] Aucun niveau de manipulation des résultats ne
changera votre volonté», a-t-il
écrit dans un tweet prématuré. Ses partisans y ont cru.
Ils s’impatientent, accusent
la commission électorale de
partialité, la soupçonnent de
truquer les résultats en faveur de la Zanu-PF.
A Harare, ils descendent dans
la rue. Quelques centaines
d’abord, mais leur nombre
grossit rapidement. Les policiers anti-émeute leur font
face, avec leurs boucliers, casques et matraques. Des gaz
lacrymogènes envahissent
les rues, des canons à eau les
dispersent. Des manifestants
jettent des pierres, brûlent
des affiches électorales à l’effigie d’Emmerson Mnangagwa. «Ce sont des voleurs.
Nous voulons Chamisa! Il faut
qu’Emmerson parte, hurle
une femme près du siège de
la commission électorale, il y
avait tant de gens à nos meetings pendant la campagne.
Où sont les chiffres? Cette élection n’est pas juste. Nous ne
l’accepterons pas, nous voulons le changement.»
Des véhicules blindés et des
camions remplis de militaires, armés d’AK 47, arrivent
en renfort. La tension monte,
la peur est palpable. Des tirs
retentissent. Des gens tombent. Pendant environ deux
heures, Harare plonge dans
le chaos, avant que la foule se
disperse à l’issue d’un combat inégal. Huit mois après la
chute de Robert Mugabe, le
Zimbabwe réalise qu’il n’a
pas tellement changé. •
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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LIBÉ.FR
Climat : les six points qui
alarment les scientifiques
Record de gaz à effet de serre, niveau des mers toujours plus haut…
A partir de contributions de 500 scientifiques de 65
pays du monde, l’Administration nationale océanique
et atmosphérique américaine rend compte, dans son
rapport annuel, de l’accélération du réchauffement
climatique. PHOTO AP
Hongrie: le clan Orbán fait main
basse sur une télévision critique
AFGHANISTAN
SUÈDE
Trois employés expatriés
travaillant pour le géant
français Sodexo ont été enlevés et exécutés jeudi à
Kaboul, dans ce qui est qualifié d’«acte terroriste» par les
autorités. Dans un communiqué, Sodexo, a déploré la
mort des trois hommes. Son
PDG, Denis Machuel, s’est dit
«profondément attristé et
choqué par cette perte tragique» et a confirmé que les
victimes étaient de nationalités malaisienne, indienne et
macédonienne. Leurs corps
ont été découverts par la police à l’extérieur la capitale
afghane moins de deux heures après leur disparition,
jeudi matin. Personne n’a revendiqué cette opération,
mais «à ce stade nous pensons
qu’il s’agit d’un acte de terrorisme», a déclaré à l’AFP le
porte-parole de la police de la
ville. D’après ses informations, les trois hommes ont
été enlevés dans l’est de la capitale afghane, à proximité de
l’aéroport international, mais
une certaine confusion demeure sur les circonstances
de leur enlèvement.
Deux hommes ont commis
un audacieux vol de bijoux
anciens appartenant à la famille royale de Suède dans
une cathédrale, avant de
s’enfuir en bateau, ont annoncé mercredi les autorités
suédoises. Les voleurs se sont
introduits mardi midi dans la
cathédrale de Strängnäs,
à une centaine de kilomètres
à l’ouest de Stockholm, et se
sont emparés des précieuses
reliques du XVIIe siècle sans
être inquiétés. Le vol concerne deux couronnes en or
et un orbe (un globe surmonté d’une croix) provenant des ornements funéraires de Charles IX, qui a régné
sur la Suède et la Finlande
de 1604 à 1611, et de son
épouse la reine Christine, ont
rapporté les responsables de
la cathédrale. Les bijoux sont
d’une valeur inestimable, selon les autorités. La police a
lancé un appel à témoins et
saisi Interpol. La cathédrale
de Strängnäs est connue
pour abriter les dépouilles de
Charles IX et de ses deux
épouses, la princesse Marie
et la reine Christine.
Theresa May Le Brexit s’invite au fort
de Brégançon
C’est le pari politico-météorologique de Theresa May: que le
soleil du Var, où les températures ont frôlé les 40°C cette semaine, assouplisse la position d’Emmanuel Macron sur le
Brexit et les conditions de sortie de la Grande-Bretagne de
l’Union européenne. La Première ministre britannique a
écourté sa semaine de vacances en Toscane pour faire une
escale au fort de Brégançon, la résidence présidentielle française dans le Var, dans l’espoir de convaincre le chef de l’Etat
de faire quelques concessions à Londres, à l’heure où son gouvernement traverse crise sur crise à cause du Brexit. Mi-juillet,
le Royaume-Uni a transmis à Bruxelles son livre blanc sur ses
futures relations avec l’UE. Les propositions ont été accueillies
avec scepticisme voire fraîcheur, notamment sur la question
de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du
Nord et les modalités douanières. «Qu’Emmanuel Macron se
voit expliquer le contenu de la position britannique, la situation politique actuelle et le travail du gouvernement de Theresa
May n’est pas illégitime, fait-on valoir à l’Elysée à la veille de
cette réunion de travail qui devrait durer deux heures. Mais
cela ne veut pas dire qu’on fait une négociation sur un coin de
table à deux.» La France, qui fait partie des pays les plus fermes sur le Brexit, veille en effet à respecter les formes européennes et à laisser la prééminence au négociateur en chef,
Michel Barnier, qui agit au nom des Vingt-Sept. L.Br.
En Hongrie, la domination
quasi totale du paysage médiatique par Viktor Orbán et
ses soutiens n’en finit pas.
Dernière prise en date : la
chaîne privée d’information
en continu Hír TV établie
à Budapest, dont les soutiens du gouvernement ont
repris le contrôle mercredi.
L’un des propriétaires de la
chaîne, Lajos Simicska, ancien ami du Premier ministre, devenu depuis trois ans
son plus farouche opposant,
a jeté l’éponge. Une direction ouvertement favorable
à Orbán et à sa stratégie de
contrôle de l’information a
été intronisée. Quelques
heures seulement après l’annonce de la reprise en main
de la chaîne, Olga Kálmán et
Sándor Csintalan, deux journalistes d’investigation critiques à l’égard de la politique
d’Orbán, ont été licenciés.
Mercredi soir, leur émission
a été remplacée par la diffusion d’un discours du Premier ministre.
Hír TV était jusqu’alors aux
mains d’un duo de propriétaires : Zsolt Nyerges, un
soutien historique de la politique d’Orbán, et Lajos Simicska, un magnat des mé-
Les locaux d’Hír TV à Budapest. B.SZABO. REUTERS
dias et ami d’enfance du
chef du gouvernement.
Invité à commenter l’annonce du retrait de Lajos Simicska, Zsolt Nyerges s’est
voulu confiant : «La situation d’Hír TV est stable. La
chaîne va continuer d’être
opérationnelle et son futur
est sécurisé.»
A la fin des années 90, Lajos
Simicska et Viktor Orbán
ont érigé ensemble un empire médiatique. Depuis 2010 et le retour de ce
dernier au pouvoir, la chaîne
d’info de Simicska était devenue le principal portevoix du Fidesz, le parti conservateur du Premier ministre. Mais ça, c’était avant la
BYNWR
Annoncé en octobre lors du festival Lumière
à Lyon, le site ByNWR est désormais en ligne,
accessible à tous après deux semaines en version
bêta. Lancée par le cinéaste danois Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, Drive, The Neon Demon…), cette plateforme propose de découvrir gratuitement des films de séries B rares voire inédits,
le tout accompagné d’un magazine en ligne alimenté par des plumes reconnues – l’écrivain
Jimmy McDonough, connu pour ses biographies
de Neil Young ou Russ Meyer, est ainsi le rédacteur
en chef invité du premier «volume» de ByNWR.
dispute. En février 2016, la
relation d’amitié et
d’échange de bons intérêts
qui liait les deux hommes
s’achève. Lajos Simicska révèle au grand jour sa brouille
avec son désormais ex-ami
Viktor Orbán. Le financier
va jusqu’à le qualifier dans la
presse de «geci», qu’on pourrait traduire par «connard»
ou «salaud». Ses organes de
presse comme le quotidien
Magyar Nemzet, Lánchíd
Rádió et Hír TV deviennent,
du jour au lendemain, critiques et hostiles envers le
gouvernement. La brouille
se déplace jusque dans
l’arène politique. Pendant la
campagne des législatives
de 2018, Lajos Simicska annonce soutenir ouvertement
le Jobbik, un parti d’opposition ultranationaliste. Mais
le bras de fer politique avec
Orbán n’aura pas lieu. Le Fidesz décroche une fois de
plus la majorité des deux
tiers au Parlement et le Jobbik est balayé. Pour Zselyke
Csaky, chercheuse spécialiste de l’Europe centrale
pour l’ONG Freedom House,
«la bataille entre les deux
hommes s’est achevée lors des
élections législatives. Simicska a perdu gros en misant sur le Jobbik». Après ce
pari manqué, il était devenu
de plus en plus difficile pour
Hír TV de continuer à assumer son virage antigouvernemental. «C’était plus ou
moins sûr que la chaîne allait être vendue ou fermée
après le résultat des élections
d’avril, estime Zselyke
Csaky. Quelques jours après
les élections, Simicska avait
annoncé sa retraite prochaine et supprimé le Magyar Nemzet, un journal de
droite prestigieux et l’un des
plus anciens du pays. On
sentait bien que Hír TV allait connaître le même sort.»
CHARLES DELOUCHE
Pape Le catéchisme de l’Eglise
qualifie la peine capitale d’inhumaine
Le pape François a inscrit dans le catéchisme de l’Eglise
catholique une opposition catégorique à la peine de mort
et souhaite que l’Eglise s’engage «de façon déterminée» à
l’abolir partout dans le monde. La version de 1992 n’excluait pas explicitement la peine capitale dans des cas extrêmes. «L’Eglise enseigne, à la lumière de l’Evangile, que
“la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la
dignité personnelle” et elle s’engage de façon déterminée,
en vue de son abolition partout dans le monde», peut-on
lire dans la version française du texte modifié par le pape.
1 000 000 000 000
C’est, en dollars, la capitalisation boursière
atteinte par Apple, devenue jeudi la première entreprise privée à valoir plus de 1000 milliards en
Bourse, avec une action à 207,05 dollars.
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10 u
FRANCE
Libération Vendredi 3 Août 2018
Il fait
chaud,
tout va à
vau-l’eau
Au-delà des conséquences
prévisibles, la canicule suscite
moult désagréments, plus ou
moins graves et coûteux.
Par
ULYSSE BELLIER,
DELPHINE BERNARDBRULS, ARTHUR LE DENN
et VICTOR MAURIAT
Ç
a monte. Les deux tiers des
départements de l’Hexagone
étaient placés jeudi en vigilance orange alors que la canicule s’étend vers l’ouest, le centre
et le nord du pays… Au total, 66 départements sont concernés. Seule
une frange du pays respire dans le
nord, ainsi que sur le littoral de la
Manche, une partie de la façade atlantique et quelques départements
montagneux. Veinards.
Outre l’inconfort et la dantesque
mollesse suscités par cette crue du
mercure, des conséquences plus ou
moins graves se font déjà sentir
avec un sale air de déjà-vu. «On est
déjà à flux tendu, a prévenu sur
RMC-BFM TV l’urgentiste Patrick
Pelloux, président de l’Association
des médecins urgentistes de
France. Ce qui se passe là, avec les
afflux supplémentaires dus à la canicule, ça aggrave une situation déjà
compliquée de travail dans les hôpitaux.» Corollaire de la chaleur et du
trafic routier, un épisode de pollution à l’ozone est prévu vendredi en
Ile-de-France. Le seuil d’information (à partir duquel il faut alerter la
population) est dépassé dans une
partie de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Var et dans les
Bouches-du-Rhône. «On étouffe, on
n’a nulle part où se cacher», témoignent de-ci de-là des SDF…
Les méfaits de la canicule (et toute
la longue suite de conseils sur
l’hydratation, les économies d’arrosage etc.), la France connaît.
Les grandes entreprises, comme
la SNCF, aussi (du moins on
croise les doigts) : une noria de
460 000 bouteilles d’eau est mise
en place pour hydrater 215 gares.
Dans les trains, en cas d’avarie, le
wagon bar pourra distribuer des
boissons (non alcoolisées) après
deux heures de retard, une si la clim
est en panne. Mais la chaleur a aussi
parfois des conséquences très inattendues qu’il n’est pas aisé (voire
impossible) d’éviter. Florilège, en
France et ailleurs. •
BINOUSE
L’ALLEMAGNE A SOIF
Les Allemands ont connu la semaine passée une inquiétante pénurie de bouteilles
et cannettes de bière. Mais comment se
fait-ce ? Ces contenants sont consignés
outre-Rhin, et à cause de l’explosion de
la consommation due aux fortes chaleurs,
beaucoup de brasseries n’avaient plus de
quoi mettre leurs bières en bouteilles. Inimaginable en France où, selon Brasseurs
de France, c’est le vin qui domine. La
bière représente à peine 16 % de la consommation d’alcool, contre 59 % pour le
vin et 25% pour les spiritueux. Pourtant,
en 1975, l’ingurgitation de mousse était
encouragée par fortes chaleurs par l’ancêtre de France 3 Régions. La recommandation ? Jusqu’à 1,5 litre par jour !
DONS
EN MANQUE DE SANG
Les dons et donc les réserves de sang
baissent chaque été, mais ce phénomène
est aujourd’hui aggravé par les fortes chaleurs. «Ce n’est pas physiologique, mais
quand il fait très chaud, les gens ont tendance à ne pas sortir de chez eux» et donc
à ne pas donner, précise-t-on à l’Etablissement français du sang. «On est assez soumis au rythme des aléas climatiques.
Quand il fait trop froid ou trop chaud, les
donneurs restent chez eux.» Si l’appel
lancé le 17 juillet a permis de remplir les
réserves, le collecteur reste inquiet pour
les prochaines semaines, les vacanciers
étant loins des centres de prélèvement.
ZOOS
RAB DE GLACE AU SANG
On ne le répètera jamais assez, en période caniculaire, l’important c’est l’hydra-ta-tion. Comme de nombreux humains, les animaux, exotiques ou de compagnie, n’ont bien souvent ni l’habitude
ni l’envie de compenser en avalant des litres et des litres d’eau. Aussi les parcs
zoologiques ont-ils recours à des stratagèmes à tout le moins surprenants: pour
s’assurer de leur hydratation et de leur
bien-être, les soigneurs nourrissent notamment les primates de sorbets au sang
et aux morceaux de viande. Les herbivores ne sont pas pour autant en reste :
oranges et autres fruits enfermés dans de
gros blocs de glace leur sont distribués
plusieurs fois par jours, a indiqué à Libération le zoo de La Palmyre (Charente-Maritime). Rien ne sert cependant de gaver
les bêtes : tout comme les hommes, leur
appétit chute à mesure que le mercure,
lui, grimpe.
Street pooling rafraîchissant, mais tout à fait
AUTOROUTES
N’EN JETEZ PLUS
CHAUVE-SOURIS
CERVEAUX CRAMÉS
Pic de bouteilles envoyées par-dessus
bord et avalanche de mégots. Selon une
étude menée par Ipsos pour Vinci Autoroutes, un tiers des Français n’auraient
pas de scrupules à balancer leurs déchets par la fenêtre de la voiture… Les sociétés d’autoroutes n’ont pas le temps de
chômer, d’autant qu’avec 35 °C et des
centaines de milliers d’automobilistes attendus sur le bitume pour ce week-end
de chassé-croisé, il a fallu mettre les bouchées doubles. Sur l’autoroute 7, dite du
Soleil, quelque 8 000 litres d’eau ont dû
être stockés sur les aires de repos.
Cela faisait quatre-vingts ans que le mercure n’était
pas monté aussi haut à Sydney. Les premières victimes des 47 °C atteints en début d’année : les renards
volants à tête grise, une espèce de chauves-souris vivant dans les arbres, et non pas dans des grottes
comme certains de leurs congénères. Déjà classés
comme «vulnérables» par l’Union internationale pour
la conservation de la nature (UICN), ces animaux ne
parviennent pas à réguler la température de leur
corps lorsqu’ils sont jeunes. Si bien que le cerveau
d’environ 400 d’entre eux aurait «cuit», selon les constatations des scientifiques. Les mammifères auraient
alors été désorientés, et seraient morts de fatigue et
de déshydratation. Dur.
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Libération Vendredi 3 Août 2018
u 11
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STREET-POOLING
PAS TOUCHE AUX BOUCHES
Dans les étages de certains immeubles de
Seine-Saint-Denis, les habitants n’ont plus
d’eau courante. Les responsables ne sont
pas bien loin. Au pied des tours, des petits
malins (un peu crétins ?) fissurent les bouches d’incendie pour se rafraîchir dans le
geyser ainsi créé. Le phénomène est encore
récent en France. Inspiré de la mode américaine du street-pooling, qui consiste
à transformer la chaussée en une véritable
piscine, il préoccupe aujourd’hui les autorités. «C’est une pratique dangereuse. En plus
de causer des inondations, elle gaspille l’eau
qui doit pouvoir nous servir à arrêter
un éventuel incendie», regrette le capitaine
Guillaume Fresse, de la brigade des
sapeurs-pompiers de Paris. Environ 200 interventions pour ce motif ont été recensées
cet été. Les sanctions peuvent être lourdes:
jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros
d’amende.
VÊTEMENTS
LE GILET À PAINS DE GLACE
Des futés ont mis au point des tee-shirts antitranspirants. Mais il y a encore plus fort.
A l’attention de tous ceux qui travaillent dehors sous un soleil de plomb et ne peuvent
décaler leurs horaires, certaines marques
ont vraiment mis le paquet et élaboré un gilet rafraîchissant, ou gilet à pains de glace.
Comme pour un vulgaire pique-nique avec
une glacière, il faut déposer les pains au
congélo quelques heures avant de les glisser
dans la doublure du vêtement. La marque
hollandaise qui en commercialise garantit
un effet cool «constant», sans aucun risque
d’engelures.
www.inuteq.com/technologies/#pac. 69,95€, pack de
pains spéciaux, vendu séparément, 119,95 €.
PRIMEURS
LE FRAIS TOUT FLAPI
Les producteurs de salades ont chaud aux
feuilles. Alors que la canicule risque de battre des records, le commerce des fruits et légumes frais souffre le martyre. La production
quotidienne est en baisse. Les heures supplémentaires passées à arroser et entretenir
les plantes n’empêchent pas les pertes. Cerise sur le râteau, selon Jacques Rouchaussé
président des producteurs de légumes de
France, les ventes pâtissent également de ce
gros coup de chaud. Aucun pic de ventes de
crudités ou autres fruits frais n’est à signaler.
Motif? Les marchés sont vides dès 10heures
du matin, lorsque la fraîcheur s’en est allée…
Double peine pour les primeurs : les chambres froides remplies coûtent plus cher à
faire tourner, et n’empêchent pas les pertes…
illégal, à Paris en 2017. PHOTO FRÉDÉRIC FOURNIER. SIGNATURES
NUCLÉAIRE
DES RÉACTEURS EN PAUSE FRAÎCHEUR
TÉLÉ
«L’AMOUR» EST DANS LES RONCES?
VACHES
ENVOYEZ L’HÉLICO
L’activité d’un réacteur nucléaire de l’Ain a été momentanément interrompue et deux autres ont vu leur puissance fortement ralentie depuis jeudi
matin. La faute à qui ? A la canicule, évidemment. Pour des raisons
environnementales plus que de sécurité, comme on pourrait le penser
de prime abord, les centrales nucléaires sont surveillées de très près
lors des grosses chaleurs. L’eau des fleuves est en effet pompée et utilisée
pour refroidir les réacteurs, avant d’être à nouveau rejetée dans son lit.
Mais relâcher de l’eau devenue trop chaude en raison des températures
présente des risques écologiques non négligeables. Les limitations
qui ont donné lieu à ce ralentissement nucléaire ont pour but de protéger
la flore et la faune aquatiques. Cette pause nucléaire n’est pas sans
rappeler la pittoresque image de la centrale de Fessenheim, dans le HautRhin, arrosée par des jets d’eau en continu lors de la canicule historique
de l’été 2003.
Nos voisins belges supporteront-ils les fortes chaleurs?
La production de la version wallone de L’amour est dans
le pré est inquiète : l’avance de la moisson contraint les
agriculteurs cherchant l’âme sœur à travailler jour et
nuit pendant le tournage, et donc à délaisser leurs prétendantes. «Nous choisissons de tourner l’émission chaque année du début juillet à la mi-août pour le ciel bleu,
précise à Ciné Télé Revue la production de l’émission
de télé-réalité. Mais [avec la canicule], les agriculteurs
de cette saison ont eu moins de temps à consacrer» aux
candidates. Sudinfo.be ajoute : «Certaines seront sans
doute déçues, mais d’autres profiteront peut-être de ces
conditions pour s’immerger encore un peu plus dans le
quotidien de la ferme.»
Une vache consomme entre 50 et 100 litres
d’eau par jour. Alors que les sources de montagne s’assèchent à vue d’œil, l’eau doit désormais être acheminée dans les pâturages
par camion-citerne, mais aussi par hélicoptère. L’armée de l’air suisse s’est ainsi mobilisée depuis juillet à sept reprises pour apporter près de 210 000 litres d’eau aux bovins.
Outre l’armée, des entreprises privées effectuent aussi ce transport. Le quotidien suisse
le Matin rapporte que 300000 litres d’or bleu
ont été livrés dans les montagnes par la société Swiss Helicopter. Une opération qui
n’avait pas été menée depuis des années.
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12 u
FRANCE
Libération Vendredi 3 Août 2018
LIBÉ.FR
Qu’est-ce que le «cash back»,
le nouveau service de paiement qui arrive en France ?
Les commerçants pourront bientôt fournir des espèces
à leurs clients lors d’achats par carte bancaire. En pratique, ça donne l’exemple suivant : vous faites vos courses
et vous en avez pour 5 euros. Vous pourrez à présent décider de payer 10 euros en carte bancaire, et récupérer
5 euros en espèces. PHOTO PLAINPICTURE
A Paris, les Gay Games pour «déconstruire
les représentations fondées sur l’ignorance»
Près de
300000 visiteurs
sont attendus pour
la 10e édition de ces
«Jeux olympiques»
LGBT, symboles
de la lutte contre
les discriminations,
qui se tient dans
la capitale à partir
de ce samedi.
Quelque 10 300 sportifs venus de 91 nations différentes
peupleront les stades, pistes
d’athlétisme ou centres aquatiques de la capitale. Au total,
67 sites sont mobilisés en Ilede-France et l’accès à la plupart des épreuves est gratuit.
David Rey participe au semimarathon, qui s’élancera de
l’avenue Foch le 11 août. Pour
lui, ce sera «une occasion
unique de se confronter à
une délégation américaine de
plus de 3 000 athlètes».
Par
ARTHUR LE DENN
I
l existe une compétition
sportive dans laquelle la
victoire n’est pas l’objectif
ultime. Une compétition durant laquelle il est plus question de justice sociale que de
performance. Cette compétition, ce sont les Gay Games.
Ces «jeux olympiques de la
différence» se tiendront pour
la première fois en France
du 4 au 12 août. Démarrage
ce samedi donc. Créés
en 1982, alors que l’homosexualité était encore synonyme de marginalisation, ils
sont, trente-six ans plus tard,
devenus le symbole de la
lutte contre toutes les discriminations. «Les Gay Games
ne sont pas communautaristes», martelait le fondateur
de la manifestation, le médecin américain Tom Waddell,
à l’occasion de la première
édition à San Francisco. A la
fois bénévole et athlète pour
cette dixième édition, David
Rey estime que «la question
de la visibilité des LGBT reste
centrale, mais n’aura du sens
que si le message va au-delà
de la communauté». Pour
leur dixième édition, les jeux
de la tolérance ont posé leurs
valises à Paris.
La compétition est organisée
tous les quatre ans dans
une ville différente, tout
comme les Jeux olympiques,
auxquels elle a un temps
voulu se comparer en se
nommant «Gay Olympics».
Mais le Comité international
olympique lui a finalement
refusé cette appellation avant
même sa première édition.
Mélanger. Natation, athlétisme, football… Les 36 disciplines représentées donneront lieu à 150 compétitions
pendant les neuf jours de
l’événement. Si les sports
olympiques seront bien de
la partie, les Gay Games revendiquent néanmoins la
volonté de faire fi des conventions. Ainsi, les couples
de même sexe pourront
danser au même titre que
les couples mixtes en patinage artistique. Privés de
natation synchronisée dans
les autres compétitions
internationales, les hommes
pourront s’en donner à cœur
joie. Le traditionnel «pink
flamingo», une discipline
exclusive aux Gay Games
qui regroupe l’ensemble des
sports aquatiques, présentera un spectacle haut en
couleur.
Les Gay Games ne sont pas
les jeux de l’entre-soi. Bien au
contraire: aucune distinction
n’est faite sur l’orientation
sexuelle et tout le monde
peut participer : qu’on soit
une femme ou un homme,
qu’on ait 20 ou 70 ans ou encore qu’on soit athée, chrétien ou musulman. Aucun
minima sportifs ne sont
d’ailleurs requis pour s’inscrire. Egalement bénévole au
stand des inscriptions, David
Rey assure être «étonné de
voir autant de profils différents». Cette très large ouverture voulue par Tom Waddell
s’explique par une «volonté
de déconstruire les représentations fondées sur l’ignorance». En d’autres termes,
se mélanger permet de s’ap-
Lors du «pink flamingo» des Gay Games de Cologne, en 2010. PHOTO PATRIK STOLLARZ. AFP
préhender les uns les autres.
Début 2018, un sondage Ifop
pour la Fondation Jaurès
indiquait que 19 % des
personnes LGBT auraient
déjà été discriminées dans
un club de sport. L’idée absurde qu’une personne sportive ne peut être qu’hétérosexuelle est encore très
répandue dans la société. Le
sport reste un bastion de
l’homophobie. Le slogan de
cette édition parisienne des
Gay Games, «All Equal»
(«tous égaux»), affiche clairement la couleur.
«Changer». «Les jeux de
Paris s’inscrivent dans l’histoire de la compétition et dans
ses revendications. Le sport
peut et doit toujours contribuer à changer la société. La
manifestation sera intrinsèquement politique et revendiquera l’égalité pour toutes et
pour tous», affirment les coprésidents de Paris 2018 Pascale Reinteau et Manuel Pi-
caud. Quant aux visiteurs, ils
seront accueillis sur le parvis
de l’hôtel de ville jusqu’à la
fin des épreuves. La cérémonie d’ouverture aura lieu samedi à 18 heures au stade
Jean-Bouin, dans le XVIe arrondissement. Conférences
et tables rondes exploreront
la thématique de l’égalité
tout au long de la semaine.
L’événement doit rassembler 300 000 spectateurs,
pour un coût d’organisation
de 4 millions d’euros, à la fois
financés par les pouvoirs publics et des partenaires privés. Une première étude a estimé que la fréquentation des
Gay Games devrait injecter
près de 136 millions d’euros
dans l’économie française.
Elle devrait aussi redonner
de l’attractivité LGBT à la capitale française, dont un rapport remis en juin 2017 par le
maire adjoint au tourisme
Jean-Luc Romero-Michel jugeait qu’elle était «en perte de
vitesse». •
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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LIBÉ.FR
Deux enseignants sanctionnés après les blocages
à l’université de Nantes
La direction de l’université de Nantes reproche à
deux enseignants-chercheurs leur présence auprès
d’étudiants ayant empêché la tenue d’examens dans
le cadre des manifestations contre Parcoursup.
Les professeurs affirment avoir joué un rôle de
médiateurs. PHOTO AFP
Les vacances des ministres
Dans le sud de la France, en famille et avec un portable connecté à portée de bouée pastèque: à quelques exceptions près,
c’est le programme des membres
du gouvernement pendant la
pause estivale de dix-huit jours
qui débute samedi. Tous les cabinets contactés par Libération insistent sur l’extrême disponibilité de leur ministre –«elle rentre
illico s’il faut» – pour bétonner
l’idée qu’il n’y a pas de vacance
du pouvoir. La circulaire de 2017
interdisant de s’éloigner à plus
de deux heures de Paris n’a pas
été reconduite. «Il suffit d’être à
distance raisonnable et de pouvoir rentrer vite», décrit un communicant. Un ministre rigole :
«On rationalise les anciennes règles en les adaptant aux pratiques d’une société qui se transforme et aux nouveaux modes de
déplacement ubérisés.» L.Br.
B. Le Maire - Chamonix, F. Nyssen - Vallée de la Clarée
4h
5h
Sébastien Lecornu - Grèce
Jacques Mézard - Lot
Christophe Castaner - Forcalquier
2h : ancienne limite horaire
Olivier Dussopt - Toscane
Mounir Mahjoubi - Haute-Loire
Muriel Pénicaud - Lacs italiens
Geneviève Darrieussecq - Andalousie
Jacqueline Gourault - Pays basque
Frédérique Vidal - Sardaigne
Trajet le plus court en...
N. Belloubet, L. Flessel, J. Denormandie, B. Griveaux - Var
Train
Voiture
G. Collomb, F. Parly, B. Poirson - Alpes
Avion
Delphine Gény-Stephann - Bretagne
France
Etranger
Jean-Yves Le Drian - Espagne
S. Travert, J.-B. Lemoyne - Pays basque, N. Loiseau - Béarn
A. Buzyn, M. Schiappa, E. Borne - Corse
AVC au commissariat:
une enquête ouverte
à Créteil
La scène s’est déroulée
mardi 25 juillet au commissariat de Créteil (Val-deMarne). Un homme d’une
quarantaine d’années était
entendu dans le cadre
d’une affaire de violences
conjugales.
Pendant
l’interrogatoire, les fonctionnaires se rendent
compte qu’il est également
recherché pour une exécution de peine dans plusieurs
dossiers de délits routiers.
Selon l’AFP, le face-à-face
aurait basculé au moment
où ils lui ont remis une date
de convocation devant les
tribunaux. D’après les policiers, «il s’est énervé parce
qu’elle ne lui convenait
pas». Que s’est-il passé ensuite ? C’est justement ce
que devra déterminer
l’information judiciaire
ouverte jeudi par le parquet
de Créteil. L’inspection de
la police nationale (IGPN) a
également été saisie.
D’après l’AFP, qui cite des
sources policières, il a en effet fallu «quatre ou cinq policiers pour le maîtriser» car
«il était très virulent».
L’homme se serait ensuite
effondré, victime d’un ma-
685291
Estimation du temps de retour à Paris
depuis le lieu de vacances le plus lointain*
laise, avant de plonger dans
le coma. Il a été pris en
charge à l’hôpital pour un
accident vasculaire cérébral
et y est toujours soigné.
Après s’être réveillé hémiplégique, il présente de fortes difficultés d’élocution.
Un médecin légiste a été désigné pour l’examiner. Selon un communiqué du
parquet, «il résulte des constatations de ce praticien et
de son analyse, outre une interruption temporaire de
travail (ITT) de trente jours,
une interrogation sur la
cause originelle de cet AVC».
La justice devra donc faire
la lumière sur les circonstances précises de l’altercation. D’autant que d’après
France 3, l’un des policiers
aurait fait une clé d’étranglement de plusieurs minutes au quadragénaire. Ce
geste peut-il avoir provoqué
le malaise ? Les cinq policiers ont, de leur côté, porté
plainte pour «rébellion».
Contacté par Libération, le
parquet de Créteil n’était
pas joignable jeudi. Une
prochaine expertise médicale sera diligentée.
JULIE BRAFMAN
* Quand les ministres ont plusieurs destinations
Infographie : Laure Bretton, Clara Dealberto & Julien Guillot
Le chiffre est fou. 685 291 œuvres sont confiées
à la garde du Louvre, a annoncé mercredi le musée à l’occasion de la publication de son rapport
d’activité 2017. Et 35000 sont exposées. Autre chiffre impressionnant, le musée a accueilli 8,1 millions
de visiteurs l’année dernière, dont 29% de Français.
Parmi les nationalités les plus représentées: les
Américains (13%), les Chinois (8%) et les Brésiliens
(4%). La fréquentation 2018 devrait, elle, être bien
aidée par la rétrospective consacrée à Delacroix qui
a pris fin le 23 juillet. Avec 540000 visiteurs, c’est
«le plus grand succès jamais rencontré par une exposition du musée du Louvre dans ses murs».
Alpinisme
Trois morts dans
le Mont-Blanc
Trois alpinistes d’une même
cordée sont morts jeudi sur le
secteur des dômes de Miage,
à environ 3600 mètres d’altitude, dans le massif du MontBlanc. A priori, il s’agit d’un
dévissage, indique la gendarmerie de Chamonix.
Corse Une
cinquième victime
retrouvée
Le corps d’une 5e victime,
une femme de 22 ans emportée mercredi dans une crue
dans un canyon de Corse-duSud, a été retrouvé jeudi.
L’enquête s’oriente vers une
éventuelle imprudence du
guide, mort dans l’accident.
Nantes Des
migrants évacués
d’un ancien lycée
Environ 250 migrants ont été
évacués jeudi à Nantes d’un
ex-lycée qu’ils occupaient
après avoir été expulsés d’un
square. C’est cette fois la mairie qui a demandé l’évacuation. «Il est impossible que le
lycée Leloup-Bouhier, qui fait
l’objet de travaux en vue de sa
transformation en école, soit
occupé», a justifié la mairie.
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• Simon Bailly
Eté Des vacances
de ministres
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FRANCE
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Libération Vendredi 3 Août 2018
Hyperloop
Le projet
de transport
futuriste
popularisé par
Elon Musk
va être testé,
non plus cette
fois dans l’ouest
des Etats-Unis,
mais dans deux
départements
français,
la Haute-Vienne
et la HauteGaronne.
Un tube
à l’essai
Droux
HAUTE-VIENNE
Toulouse
HAUTE-GARONNE
Par
CHRISTOPHE ALIX
L
a campagne française, futur
terrain d’expérimentation
européen de la technologie
Hyperloop ? Ce concept de transport terrestre à très grande vitesse,
qui se propose de faire voyager des
gens à plus de 1000 km/h dans des
capsules propulsées dans un tube,
est l’un des projets du milliardaire
Elon Musk, patron du constructeur
automobile électrique Tesla et de
l’entreprise spatiale SpaceX.
Pour l’heure, seule la firme américaine Virgin Hyperloop One, pilotée
par Richard Branson, a vraiment
testé le concept d’«hypertrain» à
sustentation magnétique en propulsant une capsule à 387 km/h sur
une piste d’essai de 500 mètres dans
le désert du Nevada. L’idée, initialement destinée à relier San Francisco
et Los Angeles, va-t-elle devenir une
réalité tangible à Limoges et Toulouse ? Les deux villes, qui rêvent
depuis longtemps d’une desserte à
grande vitesse, devraient bientôt
abriter deux pistes d’essai Hyperloop, à l’initiative de deux autres
start-up nord-américaines. Objectif: tester tout le potentiel supposé
de cette technologie futuriste répu-
tée bien moins chère que le TGV.
Après tout, il n’y a pas de meilleure
façon de prouver ou de réfuter une
idée excellente sur le papier que de
l’essayer. •
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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Limousin Une start-up
fait miroiter le futur
Droux, non loin de
Limoges, doit accueillir
un centre de recherche.
Le projet, financé par
le privé, suscite toutefois
encore quelques doutes.
A
Droux, minuscule commune
du fin fond de la HauteVienne, Transpod entend
inaugurer en 2019 la plus grande
piste d’essai Hyperloop construite à
ce jour : près de 3 km de long pour
tester et éprouver le système modélisé par sa vingtaine d’employés. Le
permis de construire sera soumis
le 10 août. Une piste avec son centre
de recherche qui, espèrent ses promoteurs locaux, «braquera l’attention du monde» sur le Limousin. La
start-up est l’un des quatre acteurs
mondiaux susceptibles de faire de ce
projet une réalité. Son cofondateur,
Sébastien Gendron, Français exilé à
Toronto, juge son entreprise en position de devenir leader dans le développement de cette technologie. «La
vitesse de l’avion à la fréquence du
métro», aime à répéter celui qui vise
une première ligne opérationnelle
à 1 000 km/h autour de 2030.
Conscient de ce que son projet peut
avoir de futuriste, l’entrepreneur
évite l’hyperbole. «Nous n’inventons
rien, les concepts physiques de
l’Hyperloop ont été posés dès la création du métro de New York. Mais
aujourd’hui nous disposons de la technologie pour faire exister ce mode de
transport qui va abolir les distances.»
Passé par Supaero, Airbus et Bombardier, l’ingénieur se fait VRP pour
convaincre les Haut-Viennois de l’intérêt d’un centre R&D à 21 millions
d’euros qui, promet-il, «accueillera
une vingtaine de chercheurs et techniciens dès 2019». Pas gagné: «C’est
bien votre truc du futur, mais nos
maisons qui valent déjà pas grandchose, qui c’est qui va nous les racheter quand il passera par là ?» «Et le
bruit? Et les espèces protégées? C’est
d’un boulanger qu’a besoin notre village, pas d’ingénieurs qui partiront
en laissant une friche industrielle
dans cinq ans!» Une volée de remarques acides que le «CEO» est venu
désamorcer fin juin lors d’une réunion publique à Droux.
Charme. Mais pourquoi diable le
Limousin ? Les locaux n’en reviennent pas et certains cherchent l’entourloupe. «On nous a souvent conté
merveille pour pas grand-chose, souffle l’un d’eux. On a envie d’y croire
mais on est méfiants.» Raphaël
Le Méhauté, le préfet dont les services instruiront le dossier, ne veut pas,
lui, injurier l’avenir: «Si le Limousin
peut bénéficier d’un projet aussi prometteur, il faut tout faire pour accompagner et faciliter son installation. Je
ne sais pas si l’Hyperloop sera le
transport du futur. Ce que je sais, c’est
qu’un centre de recherche d’une telle
portée ne peut être que bénéfique
pour le territoire!» Et de lâcher: «Il
faut savoir prendre des risques.
J’aime cette vision nord-américaine.
En France, on n’ose pas assez.»
En l’occurrence, le risque est mesuré : il n’y a à ce jour pas un denier
public engagé sur le projet Transpod.
Un financement «100 % privé» qui,
lui aussi, en laisse plus d’un pantois.
La start-up se contente d’indiquer
que «plusieurs grands groupes français et internationaux pourraient
être associés au financement fin septembre». Alain Rousset, le président
de la Nouvelle-Aquitaine, fait dire
par son entourage que «s’il y a du
concret, la région accompagnera sur
le plan R&D». Quant au président de
l’université de Limoges, Alain Célérier, il semble sous le charme de Sébastien Gendron : «Le bonhomme
tient la route, j’aime sa façon d’être,
discret et franc. Il passe bien ici.» Si
bien que l’universitaire a lancé ses
équipes sur l’affaire. «Scientifiquement, c’est solide. Nous avons lu les
publications de son associé, c’est un
travail sérieux. En tant que chercheur, c’est pas tous les jours qu’on a
un tel terrain de jeu!» Dans le fond,
jubile-t-il, «pour nous, peu importe
que l’Hyperloop devienne ce que promettent ses promoteurs. Ce qui nous
intéresse, c’est de contribuer à faire
sauter les verrous technologiques qui
se présentent». Ainsi ses laboratoires
ont-ils identifié «des problématiques
sur lesquelles nous avons quelques
pointures mondiales telles la physique des plasmas ou les questions de
télécommunication entre les navettes, pour lesquelles notre laboratoire
XLIM fait autorité».
Stage. Gendron insiste d’ailleurs
sur la dimension éducative de son
centre R&D, «qui comportera un volet
accueil du public et des scolaires». Si
bien que Transpod a reçu ses premières demandes de stage avant
même la mise à disposition du terrain par le conseil départemental :
une ancienne voie de chemin de fer
abandonnée. Tout un symbole dans
cette France rurale à la jeunesse scindée en deux camps irréconciliables.
L’un, biberonné à la rhétorique macroniste, ne digère pas l’enterrement
du TGV Limoges-Poitiers et le déclassement territorial engendré par
le passage aux grandes régions ;
l’autre, constitué de néoruraux à la
fibre militante, est venu ici justement pour fuir le «nouveau monde».
JULIE CARNIS
Correspondante à Limoges
Toulouse Objectif dunes
Logée sur l’ex-base aérienne de
Francazal, la société Hyperloop
TT va tester un dispositif destiné
à l’aéroport de Dubaï.
L
a capitale française et européenne de l’aéronautique sera-t-elle également réputée un
jour comme l’un des berceaux de l’Hyperloop? La métropole toulousaine se prépare à héberger deux pistes d’essai de la société californienne Hyperloop Transportation Technology sur
l’ancien terrain militaire de Francazal, au sudouest de la ville. «Le choix de Toulouse s’est imposé
pour l’Europe, nos technologies ont énormément
à voir avec l’aéronautique, explique Bibop Gresta,
le président-fondateur italien d’Hyperloop TT,
créé en 2013. Il y a ici un écosystème particulièrement en phase avec nos projets grâce à Airbus et
deux pôles de compétitivité autour du transport aérien et spatial et des systèmes embarqués dans les
véhicules. C’est la ville des transports de demain.»
Pylônes. A entendre l’entrepreneur italien, sa
Arrivée des tubes du site
toulousain, en avril. En haut,
le concept diffusé par
Tesla. HYPERLOOP TT. COVER
IMAGES. TESLA / TESLA. AFP
start-up ferait la course en tête à la fois en termes
de technologies (42 brevets déposés) et de financements (35 millions de dollars déjà levés) avec
une dizaine de projets plus ou moins avancés à
travers le monde: de la Chine à l’Ukraine en passant par la Slovaquie, la Corée du Sud, la région
des Grands Lacs aux Etats-Unis, l’Indonésie et
surtout les Emirats arabes unis. Hyperloop TT a
annoncé l’ouverture de la première ligne mondiale de ce train du futur, qui reliera sur quelques
kilomètres l’aéroport international d’Al-Maktoum,
à Dubaï, au site voisin d’Al-Ghadeer, à
Abou Dhabi, à l’occasion de la prochaine Exposi-
tion universelle, à partir d’octobre 2020. Arrivés
en avril à Francazal, les premiers tronçons de tubes (20 mètres de long, 4 de diamètre) fournis par
l’entreprise espagnole Carbures, un sous-traitant
d’Airbus, sont en cours d’assemblage, assure-t-on.
Une première piste au sol, d’une longueur
de 300 mètres, doit servir à tester la future installation émiratie avant la construction en 2019
d’une deuxième piste d’essai d’un kilomètre de
long, suspendue à 6 mètres du sol sur vingtcinq pylônes espacés de 40 mètres. Les deux démonstrateurs doivent tester le fonctionnement,
la sécurité et la maintenance des capsules qui seront envoyées dans le golfe Persique.
A terme, le centre de R&D de Francazal, qui emploie aujourd’hui dix personnes, doit réunir une
cinquantaine d’ingénieurs. En attendant la rénovation de l’ancien mess des sous-officiers, les premiers arrivés ont élu domicile dans la tour de
contrôle. «Ça avance lentement à cause de complexités liées à la reconversion d’un ancien aéroport
militaire, reconnaît Dominique Faure, vice-présidente de Toulouse Métropole. Mais la collectivité
va racheter à l’Etat le terrain déjà mis gratuitement
à disposition d’Hyperloop TT, pour le reste le projet
sera financé sur fonds privés.» Choisi en 2016
comme lieu d’expérimentation de transports, Francazal a été retenu par la société en janvier 2017 pour
y implanter son centre européen de R&D. La
somme de 40 millions d’euros d’investissements
sur cinq ans a été évoquée, ce qu’Hyperloop TT se
refuse à confirmer. «On n’a aucune certitude sur
l’avenir de cette technologie et son potentiel commercial, reconnaît Dominique Faure, mais on y croit.
Notre travail d’aménageur est de créer les conditions
pour que cela marche.» Pour Bibop Gresta, la concrétisation en moins de deux ans du projet prouve
qu’Hyperloop n’est «plus seulement un concept
mais une réalité industrielle». A l’écouter, l’avenir
est à la multiplication des liaisons Hyperloop. «Notre technologie est extrêmement compétitive comparée au TGV, et les Etats qui l’adopteront pourront
rentabiliser leur investissement en une dizaine d’années», explique-t-il, vantant la faible consommation d’énergie des capsules, prévues pour transporter 3500 personnes à l’heure, soit 68000 par
jour, à raison d’un départ toutes les trente secondes. «Le système est alimenté par des panneaux solaires posés sur les tubes et l’énergie générée par le
freinage des capsules», s’enthousiasme-t-il.
Paysage. Hyperloop TT vise dans un premier
temps de petites distances reliant, par exemple,
des aéroports à des centres-villes. Mais Bibop
Gresta reconnaît qu’il reste du travail sur la régulation de ce nouveau transport. «Ce n’est ni de l’avion
ni du train, mais un mélange des deux.» Aussi,
«obtenir l’aval des pouvoirs publics pour exploiter
du transport commercial de passagers sera long
et compliqué, reconnaît-il. Mais, en dehors de ce
point, il n’y a pas véritablement d’obstacle.» Et
quand on l’interroge sur l’empreinte sur le paysage de ces tunnels de béton cylindriques, il a sa
réponse toute trouvée. «On les installera le long
d’autoroutes, d’axes de communication déjà existants, ou sous terre dans les zones très denses, explique-t-il. On travaille avec des designers et des
architectes pour parvenir à quelque chose de très
beau et bien intégré à l’environnement.» A ce jour,
aucune ligne au départ de Toulouse n’est envisagée. Mais Dominique Faure rêve à demi-mots
d’une liaison reliant sa ville à Montpellier, distante de 196 kilomètres.
C. Al.
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Libération Vendredi 3 Août 2018
IDÉES/
Venise
Rome
ITALIE
200 km
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (3/11)
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour
les droits civiques à la Bellevilloise (Paris), lieu d’une utopie sociale,
en passant par le Café Riche du Caire, des écrivains, des historiens
et des géographes retracent l’histoire de lieux où ont émergé
de nouveaux courants intellectuels, politiques ou artistiques.
Le Florian, plus vénitien
que Venise
Par
ANDREA MOLESINI
Ecrivain, poète et traducteur italien
(vénitien)
Inauguré en 1720, le Florian fut salon pour courtisanes, hôpital
de campagne, repère d’espions… Parmi ses célèbres fantômes,
on compte Rousseau, Wagner, Proust, Sand, D’Annunzio…
«L
e café Florian, écrit Balzac, est à Venise une indéfinissable institution. Les négociants y font leurs
affaires, et les avocats y donnent
des rendez-vous pour y traiter
leurs consultations les plus épineuses. Florian est tout à la fois
une Bourse, un foyer de théâtre,
un cabinet de lecture, un club, un
confessionnal, et convient si bien
à la simplicité des affaires du pays
que certaines femmes vénitiennes
ignorent complètement le genre
d’occupations de leurs maris, car,
s’ils ont une lettre à faire, ils vont
l’écrire à ce café. Naturellement,
les espions abondent à Florian,
mais leur présence aiguise le génie
vénitien, qui peut dans ce lieu
exercer cette prudence autrefois
si célèbre.»
LES BAVARDAGES SONT
LE LIANT MAGIQUE
Venise est une dame de l’autre
côté des choses (1), une Proserpine
hédoniste. Et donc, dans ses cafés, ses campi (2) et ses calli (3),
on ne parle pas pour dire quelque
chose, mais pour se sentir un peu
moins seul, parce que, à Venise,
les choses vont jamais vraiment
dans le bons sens pour personne,
et les angles ne sont jamais vraiment droits. Les bavardages
(le ciàcole) sont le liant magique
qui rapproche et unit les contraires, l’eau à la pierre, le sot au
sage. Toutes sortes de bizarreries
se produisent ici. Au Florian, par
exemple, on boit des peintres :
Bellini, Tiepolo et le Tintoret sont
des cocktails renommés, et entre
ses tables sur la place Saint-Marc,
les lions ont des ailes et les pigeons trottinent avec des allures
de pingouins, le désargenté a
souvent l’air d’un grand seigneur
et le nabab celui d’un homme
malmené par le destin.
Le Florian fut inauguré le 29 décembre 1720, un café ouvert à
tous, y compris à des créatures
aussi splendides et tentatrices
que les courtisanes. Il s’appelait
Alla Venezia trionfante («à la Venise triomphante») mais, peutêtre parce que la République du
PHOTO ANONYME. ARCHIVES CAFE FLORIAN
lion avait cessé de triompher depuis un bon bout de temps –on
fait remonter le début de la décadence à 1509, quand elle fut vaincue par la Ligue de Cambrai–, il
fut rebaptisé par l’usage sous le
prénom de «Florian»: on disait
«Andémo al Florian» («allons au
Florian»), mutilant de sa voyelle
finale, selon l’habitude vénitienne, le prénom de son fondateur, Floriano Francesconi.
Je suis ici, se dit le client, assis là
où s’assirent Jean-Jacques Rousseau, Wagner, Proust, George
Sand, Henry James, Melville,
D’Annunzio, mais aussi Valéry
Giscard d’Estaing et Mitterrand
qui, même si ce fut à des époques
différentes, aimaient s’isoler
dans la Saletta del Senato, à l’aise
parmi les symboles maçonniques
qui y sont représentés. Et ce fut
justement dans cette petite salle
que, en 1895, le maire Riccardo
Selvatico et ses acolytes imaginèrent la Biennale de Venise.
Les stucs du Caffè Florian ont été
témoins de nombreuses pages
d’histoire. Assis sur un de ses petits divans, devant «une tasse de
ce liquide fumant et noir qui rend
les femmes lascives et les hommes
scélérats», Stendhal apprit la défaite de Napoléon à Waterloo. Et
un soir d’il y a un siècle, la marquise Casati, la milliardaire
excentrique qui vivait dans le palais Venier dei Leoni (acheté
en 1948 par Peggy Guggenheim)
avec ses corbeaux albinos, ses
paons et des «félins très encombrants», se présentait avec un
guépard dont le collier était en
diamants, deux gigantesques
majordomes de couleur dont l’un
portait un chandelier aux larges
branches en argent et l’autre
ramassait le manteau de vison
que la noble dame laissait choir
sur les masegni (4) de la place,
juste devant le Florian, sous les
yeux médusés des hommes et
ceux, jaloux et courroucés, des
femmes face à sa nudité, au
moins aussi féline que le fauve
qu’elle tenait en laisse.
Mais le Florian a aussi connu des
moments moins joyeux, bien
éloignés de la morgue de toute
cette opulence. Vers le milieu
du XIXe siècle, il hébergeait les
réunions des révolutionnaires
qui complotaient contre l’Empire
des Habsbourg. De l’autre côté de
la place, en revanche, au Caffè
Quadri, se réunissaient les offi-
Cocteau (années 50). PHOTO ANONYME. ARCHIVES CAFE FLORIAN
ciers autrichiens qui, par une
convention tacite, n’auraient jamais mis les pieds, dans leurs
uniformes d’un blanc immaculé
aux boutons dorés, dans le
bruyant et multicolore Florian. Et
quand, en 1848, l’Europe s’embrasa, sur la place Saint-Marc
aussi éclatèrent les premiers crépitements de la révolution qui
opposa la Venise de Daniele Manin à l’armée des Habsbourg. Le
paisible refuge de Goethe et de
Rousseau devint ainsi le café des
conspirateurs et des rebelles,
transformé, dès les premiers
coups de feu, en hôpital de campagne : les médecins de la ville
accoururent en nombre au Florian pour extraire du plomb
autrichien et magyar des chairs
des carbonari et des francs-maçons vénitiens, déposés par les
brancardiers sur les tables en
marbre.
ON VA AU FLORIAN
POUR RIRE UN PEU
«Naturellement, les espions abondent au Florian», dit Balzac, qui
avait bien saisi l’âme du lieu. En
effet, depuis trois siècles, tous,
ici, sont invités à devenir des
fouineurs, explorateurs des joviales imperfections du monde.
Même les dames couvertes de bijoux et les banquiers cravatés se
font tout petits, écrasés qu’ils
sont par la beauté irrévérencieuse
d’une place où les lions volent et
où les oiseaux marchent, mais où,
surtout, le temps d’un apéritif, ils
sont invités à prendre conscience
de leur propre discordance.
Même les vieillards ventripotents
accompagnés de call-girls
réjouies par leurs bijoux en toc et
les touristes d’âge mûr qui affrontent le crépuscule à coups de botox se font ombres parmi les ombres, car le luxe du mobilier n’est
pas ostentatoire, et l’amabilité, la
classe du personnel sont un uniforme porté avec grâce.
Venise est un jeu de miroirs, une
ville où les choses se renversent.
Ponts, campaniles et palais; enfants, ivrognes et touristes, chacun y trouve son propre reflet,
peut-être pas celui qu’il cherche
mais celui que, plus ou moins
consciemment, il fuit. Les eaux
sombres et malodorantes des canaux et les différentes eaux lll
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Libération Vendredi 3 Août 2018
1980, le café Florian,
Venise. PHOTO FERDINANDO
SCIANNA.MAGNUM PHOTOS
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u 17
On ne va pas à
Venise pour voir
Venise mais pour
être heureux en
compagnie de son
propre reflet, de
même, on ne va
pas au Florian
seulement pour
déguster un café
mais pour entrer
dans un labyrinthe
conçu pour
embrouiller
la mort, en moquer
l’arrogance.
lll claires de la lagune –tantôt
marais tantôt fleuve, tantôt étang
tantôt mer– se prêtent au jeu, offrant au promeneur une image
floue aux contours estompés,
adaptable à toutes les attentes.
Et de même que l’on ne va pas à
Venise pour voir Venise mais pour
être heureux en compagnie de
son propre reflet, de même, on ne
va pas au Florian seulement pour
déguster un café ou un de ses fabuleux cocktails, mais pour se
perdre dans le jeu des rencontres
et des adieux –avec leur réverbération d’amour et de jalousie,
d’envie et de faste– évoqué par les
stucs, les peintures et les miroirs
les petits salons et les corridors, la
gentillesse compassée de ses serveurs, les morceaux interprétés
par l’orchestre. On va au Florian
pour entrer dans un labyrinthe
conçu –comme la ville entière–
pour embrouiller la mort, en confondre la détermination, en moquer l’arrogance. On va au Florian, enfin, pour rire un peu –avec
grâce, si cela nous est donné– de
sa propre petitesse et de tous les
autres masques passagers. Parce
que si les affaires, la politique, les
jalousies et les amours mondaines sont ici des choses qui passent, cocktails, champagne et
cappuccini restent. Oui, ici, rien
n’a jamais été ni ne sera jamais
plus fort que les commérages sur
les aventures des puissants, que
les lamentations des riches, et celles des pauvres, et que la misérable splendeur de toutes les autres
causes perdues. •
Traduit de l’italien par
Marguerite Pozzoli
(1) En français dans le texte.
(2) Campi : places vénitiennes (la place
Saint-Marc est la seule à s’appeler
«piazza»).
(3) Calli : nom donné aux ruelles
de Venise.
(4) Masegni : il s’agit des pierres qui pavent la ville, jointes sans mortier et posées sur une couche de sable de rivière
compacté.
Lundi : le bar de l’Hôtel Royal, à Phnom
Penh.
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Libération Vendredi 3 Août 2018
IDÉES/
Informer n’est pas un délit
Pour le professeur de droit
Dominique Rousseau,
on ne peut reprocher aux
journalistes de révéler
des affaires. En montrant
ce que cachent les puissants,
ils donnent un visage à
notre liberté: ne fragilisons
pas leur indépendance.
Par
DR
DOMINIQUE
ROUSSEAU
Professeur à l’Ecole de droit
de la Sorbonne, Paris-I
L
es journaux ont publié des vidéos
d’Alexandre Benalla, chargé de mission au cabinet du président de la
République, interpellant rudement des
manifestants qui avaient jeté des bouteilles d’eau sur les CRS. Ils ont publié des
extraits des projets d’ordonnance sur la
réforme du code du travail. Ils ont publié
aussi des extraits du projet de loi qui faisait entrer dans le droit commun la législation d’exception de l’état d’urgence. Ils ont
révélé les pratiques d’hommes et de femmes de tous bords politiques mélangeant
allégrement intérêts privés et publics. Ils
ont sorti les «Panamas Papers». Donner
ces informations au public, est-ce un délit ? Pire, peut-être, un crime contre la démocratie ? Car en analysant les mécanismes des pouvoirs, en rendant
publiques et en faisant circuler des informations, des paroles, des images, en mettant au jour «des affaires», les journalistes
seraient les fossoyeurs, conscients ou inconscients, de la démocratie. Bref, la crise
L'ŒIL DE WILLEM
de la démocratie, ce serait leur faute.
Contre la diabolisation des médias, il faut
réaffirmer, avec Camus, que le métier de
journaliste «est le plus beau métier du
monde» et que la liberté de la presse n’est
pas une liberté comme les autres ou parmi
d’autres, mais la liberté qui donne son visage «à la liberté tout court». Il fait circuler
des faits, des événements, des paroles, des
images ; il rend publiques des informations sur les conditions de vie différentes
des Français et de leur président, sur les
nouvelles façons de s’entraider dans les
banlieues, sur la situation des femmes en
Iran ; il donne à penser en ouvrant des
controverses sur un livre, un film, une exposition, une opinion scientifique, morale
ou politique… Bref, le journaliste donne à
voir ce que les puissants voudraient parfois laisser hors des yeux du public, il favorise la délibération sur la chose publique et
met les citoyens en situation d’exercer un
contrôle sur leurs gouvernants en dehors
des moments électoraux. En ce sens, la li-
berté d’informer est le droit constitutionnel le plus précieux parce qu’il est à la fois
la base et la garantie de tous les autres
droits. Pas de liberté pour le citoyen de
choisir son vote, son opinion, ses croyances, son métier, ses lieux de vacances
ou ses investissements financiers s’il ne
dispose pas d’une information libre. D’où
l’importance de l’indépendance de la
presse qui n’est pas, contrairement à ce qui
est souvent insinué, un principe corporatiste servant à protéger les intérêts des
journalistes, mais un principe garantissant aux lecteurs que ceux qui font métier
de les informer le font à l’abri de toutes
pressions d’intérêts privés ou publics.
D’où l’importance de la protection des
sources : le public ne peut avoir une information libre que si le journaliste a accès à
des sources autres qu’officielles ; et il ne
peut avoir accès à ces autres sources d’information que si elles bénéficient d’une
protection absolue, explicite et claire.
La protection des sources des journalistes
découle donc nécessairement du droit
constitutionnel des citoyens à une information libre.
Sans doute, il ne faut pas ignorer le poids
de l’argent, le souci de plaire, les petits
arrangements avec la vérité, la facilité
d’écriture ou l’attrait du scandale qui
caractérisent, aussi, une «certaine» presse
et qui faisaient dire à Balzac que, si elle
n’existait pas, il ne
faudrait surtout pas
l’inventer. Mais la
réponse n’est pas
dans la limitation
ou l’encadrement de
la liberté de la
presse. Elle se
trouve dans le respect de l’éthique de
la communication
portée par la Déclaration des devoirs et
droits des journalistes, adoptée en novembre 1971, et qui
peut se résumer
dans l’impérieuse
exigence de ne jamais confondre le
métier de journaliste avec celui du
publicitaire ou du propagandiste. Dans
l’impérieuse nécessité aussi d’une protection des sources journalistiques pour permettre aux journalistes d’exercer leur métier ou, comme le dit la Cour européenne
des droits de l’homme en 1996, «pour permettre à la presse de jouer son rôle indispensable de “chien de garde”». Impérieuse
nécessité pour le devenir démocratique de
nos sociétés.
La presse est l’œil permettant aux citoyens
de voir et de réclamer contre les représentants. Affaiblir l’œil, c’est rendre les
citoyens aveugles et la démocratie…
«illibérale», comme dit Viktor Orbán ! •
Pas de liberté
pour le citoyen de
choisir son vote,
son opinion,
ses croyances,
son métier,
ses lieux de
vacances ou ses
investissements
financiers s’il ne
dispose pas d’une
information libre.
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I. Pasteur anglo-saxon
II. Chaîne entre deux continents ; Vallée africaine
III. Partie de tennis ; On y
fout fourbi et il rime avec
lui IV. Mécanisas V. Prénom
d’un célèbre jardinier ; De
quoi se mesurer sans toi
VI. Sépara des espèces chimiques ; Va-t’en ! VII. Roula ;
A la campagne, pour manger,
il est plus tranquille qu’en
ville VIII. Un tube qui peut
rester pas mal de temps
dans la tête IX. Place rouge
sang X. Surpris jusque dans
son ventre XI. Si c’était
mieux avant, ils ne peuvent
être que bons
9
II
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
3
III
IX
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
2
I
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
La reproduction de
nos petites annonces
est interdite
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V.MARILLIER@WANADOO.FR
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X
Grille n°979
VERTICALEMENT
1. Soutiens un pilier 2. Elle n’a pas l’habitude de s’occuper des cas comme
ça ; Roule devant le second V. ; Même chez les Grecs 3. Passer à côté à
côté du second VII. ; Qui attendra pour le réconfort après l’effort 4. Il signa
accords délicats 5. Passa en fin de moisson ; Comme une algue 6. Tour
d’Italie ; Fils de Juda 7. On vient d’en changer ; Grande ville du nord-ouest
chinois 8. Il vit dans son pays à l’étranger 9. Gourmandises croquantes
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. STÉRILISÉ. II. MENU. OS. III. REPU. COUP.
IV. CONDENSA. V. TRUIE. ARC. VI. RER. CANOË. VII. IMPLUVIUM.
VIII. OR. PISTE. IX. DIABLOTIN. X. UR. FANENT. XI. RÉÉMISSES.
Verticalement 1. SFR. TRI. DUR. 2. ÉCRÉMOIRE. 3. EMPOURPRA.
4. RÉUNI. BFM. 5. IN. DÉCUPLAI. 6. LUCE. AVIONS. 7. ONANISTES.
8. SOUS-ROUTINE. 9. ESPACEMENTS.
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Directeur artistique
Nicolas Valoteau
VENDREDI 3
Il fait très beau dès le matin sur toute la
France. Les températures sont douces, et
même chaudes sur les régions du sud-est.
L’APRÈS-MIDI Temps superbe, ciel tout bleu
et soleil de plomb. C'est une belle journée
pour les vacanciers, mais la chaleur est
torride au sud de la Loire, plus raisonnable
le long des côtes de la Manche.
SAMEDI 4
Les températures seront élevées dès le
matin, en particulier sur la moitié sud du
territoire. Le ciel est bien dégagé.
L’APRÈS-MIDI Beau temps généralisé mais
les températures montent encore d'un cran
et la canicule gagne jusqu'au Val de Loire et
au bassin parisien.
Lille
0,3 m/20º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
IP 04 91 27 01 16
0,6 m/20º
0,6 m/21º
Bordeaux
Toulouse
Lyon
1 m/24º
Nice
Marseille
Toulouse
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w SUDOKU 3735 MOYEN
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3
Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
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Libération Vendredi 3 Août 2018
FLETCHERmonstre
HANKS
sabré
Couleurs flashy, style
audacieux, visions
apocalyptiques: l’univers
brut et dérangé de l’auteur
de comics américain
injustement oublié
illumine la somptueuse
intégrale de ses récits
parus de 1939 à 1941.
Par
MARIUS CHAPUIS
U
n somptueux monument
funéraire érigé en mémoire
d’un météore que personne
n’a vu passer lorsqu’il a brièvement
traversé le ciel américain au début
des années 40. Un inconnu nommé
Fletcher Hanks, génie oublié des
débuts de l’âge d’or du comic book,
dont Actes Sud et l’An 2 publient
aujourd’hui une intégrale en forme
d’anamnèse. La reconstitution
en 400 pages de récits épars, parus
entre 1939 et 1941, d’une œuvre
éblouissante, fracturée en tout sens,
sombre et rayonnante, désarmante
dans son mélange d’innocence et
d’appétit pour la destruction. Hypnotique au point qu’on se cramerait
la rétine à trop vouloir la regarder.
Le livre, chemin faisant, dresse le
portrait de son auteur. Pas forcément flatteur.
Rictus outrés
Le premier contact avec Fletcher
Hanks est souvent trompeur et
laisse à penser qu’on a affaire à une
sorte d’Ed Wood du comics. Attiré
par la profusion de couleurs, l’œil a
tôt fait de s’arrêter sur les dialogues
kitsch, où se mêlent une préciosité
du langage délicieusement surannée et un jargon pseudo-scientifique typique de la science-fiction de
pulp. On zigzague entre les «nom de
nom !» et les «par tous les diables»,
dans des récits où il est question de
«rayons démolisseurs anti-Terre» et
de «direction subsolaire». On rit
sous cape, en quête des perles les
plus cheesy avant que ce petit goût
de nostalgie rassurante ne s’efface.
Ecrasé par l’autorité des images.
Comme toutes les comics de l’époque, les personnages de Fletcher
Hanks sont des archétypes de héros
titanesques. Ils ne se départissent
pourtant jamais d’un quelque chose
d’inquiétant, ne serait-ce que physiquement, leur corps semblant toujours défier les lois de l’anatomie. Sa
créature la plus emblématique,
«Stardust le super-mage de l’espace», est une parfaite incarnation
du Bien mais il semble incapable
d’exercer la moindre retenue et,
lorsqu’il se saisit de ses ennemis,
c’est pour les étreindre d’une poigne de fer, tordant leur colonne vertébrale dans des angles terrifiants.
Aussi surprenants, ses vilains arborent des rictus tellement outrés
qu’ils semblent l’œuvre d’un apprenti de Daumier sous crack ou
d’un auteur de tracts de propagande
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CULTURE/
Le trait lui-même
semble
foncièrement
instable, évoluant
au cours des trois
petites années
d’activité de Hanks.
antisémite. Chez Hanks, tout n’est
que monstre, à commencer par Fantomah (peut-être la première superhéroïne), sublime Amazone qui se
change en spectre squelettique
pour hanter ses ennemis en faisant
léviter sa tête de mort à blonde perruque. Au bestiaire un peu ridicule
qui évoque les films de monstres
des années 50 (moustiques géants,
gnomes martiens) s’ajoutent peu à
peu de fulgurantes apparitions. Des
attaques de mains flottantes, des
bêtes sans tête. Sous les histoires de
héros triomphants couve une rage,
voire une fièvre qui se libère dans
des dénouements apocalyptiques.
Sans que l’on sache si cette fureur
témoigne des agitations de l’âme de
l’auteur (qui produit beaucoup en
peu de temps et ne se soumet à
aucun filtre) ou si elle est le reflet
des inquiétudes de l’époque, d’une
Amérique qui voit le monde basculer dans la guerre.
Pop art avant l’heure
Les planches de Fletcher Hanks
sont aussi le lieu de sublimes explosions de couleurs primaires. Ses
ciels zébrés d’éclairs mutent, passent du bleu au jaune, du magenta
au vert. A rebours de ces aplats
francs et directs, certaines pages
cherchent à créer des effets de matière en jouant avec les Ben-Day
dots, ces points de quadrichromie
rendus iconiques par Roy Lichtenstein. Le trait lui-même semble foncièrement instable, évoluant au
cours des trois petites années d’activité de Hanks. Une élégante ligne
claire tutoie des pages de hachures.
Des portraits ouvragés se heurtent
à de simples figures noires qui courent à travers les pages – un bon
moyen de gagner du temps dans
une industrie qui valorise les volumes. L’œuvre est habitée, dérangée
presque, et tâte sans le savoir à l’art
brut, au surréalisme, au pop art
avant l’heure… Jean-Pierre Dionnet
voit en lui un Douanier Rousseau
du comics. Plus qu’au reste de la
production américaine, on trouve
dans la fantasmagorie étrange et familière de Hanks des échos avec les
expérimentations à l’aveugle de Jiro
Kuwata, qui repensait Batman à
l’aune de l’imaginaire du Japon des
années 60, produisant un ovni pop
en ne connaissant quasiment rien
du personnage originel.
Portrait au vitriol
On aurait aimé que la brève histoire
de Fletcher Hanks soit aussi glorieuse que ses récits. La vérité, c’est
que personne à l’époque n’a compris ni l’immense beauté de son travail ni son audace outrancière.
Lorsqu’il débarque en 1939, l’industrie du comic book est encore balbutiante. Superman vient d’être
créé, et ces imprimés de mauvaise
qualité, immensément populaires
auprès des enfants, s’arrachent à
des centaines de milliers d’exemplaires. Dans ce far-west, les séries
prolifèrent sans règle, chaque succès donnant naissance à une multitude de clones. Les personnages de
Hanks n’échappent pas à la règle et
pillent Superman, Tarzan ou
Sheena. Dans l’armada de jeunes
dessinateurs que les éditeurs embauchent à tour de bras (parmi eux,
Jack Kirby et Will Eisner ont à peine
la vingtaine), le quadra Fletcher
Hanks détonne. Sans marquer les
esprits. Quels souvenirs Eisner gardait-il, des années plus tard, de cet
homme ? «Il écrivait, crayonnait,
encrait et lettrait lui-même son travail», rapporte en préface Paul Karasik, le redécouvreur de Hanks.
Une exception dans une industrie
qui commence à appliquer le bullpen system, transposition à la BD
de l’organisation tayloriste du travail. «Et il arrivait à l’heure»…
Lorsqu’il plaque la BD, Hanks
semble disparaître de la surface du
monde. Dans les années 80, les éditeurs de RAW Magazine (encore
eux, serait-on tenté de dire, tant la
revue semble dans tous les bons
coups de la bande dessinée américaine) exhument une de ses histoires. Sans suite. Jusqu’à ce que Paul
Karasik, assistant d’Art Spiegelman
chez RAW, reçoive quelques années
plus tard un lien vers des récits de
Fletcher Hanks et se passionne pour
son travail. Il retrouve un de ses enfants et commence à collecter ses
publications (réunies dans un premier court recueil au milieu des années 2000). De son père, Hanks Jr.
dresse un portrait au vitriol. Certes
passionné par le dessin, l’homme
était surtout alcoolique et violent, et
a abandonné sa femme et ses quatre
enfants en 1930, s’évanouissant avec
la tirelire du gamin. Témoignage
d’une des rares certitudes concernant le bonhomme, ces Œuvres
complètes se concluent sur la reproduction du certificat de décès de
Fletcher Hanks. Il est mort en janvier 1976 à Manhattan, à 88 ans. •
ŒUVRES COMPLÈTES
de FLETCHER HANKS
Actes Sud-L’An 2, 382 pp, 39,50 €.
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Libération Vendredi 3 Août 2018
Images tirées du
compte Instagram
de la Suédoise Mio,
qui fusionne avec les
pochettes auxquelles
elle rend hommage.
PHOTOS MIONYL
Reine Padmé Amidala est une doublure
idéale pour Björk sur Homogenic: elles ont la
même coiffure. «Mon premier mash-up fut
ma version du London Calling des Clash mais
avec le personnage de Lando Calrissian»,
nous écrit-il par mail. «C’est un exemple où le
jeu de mot est venu en premier. Les gens pensent que c’est la manière la plus facile de débuter mais le meilleur point de départ reste celui
de l’image d’un film qui me rappelle une pose
sur une pochette d’album. Star Wars est une
mine à cause des noms improbables de personnages et de la variété d’images et d’angles
disponibles sur le Net.» Le mash-up, musical
ou visuel, fonctionne sur un raccourci, un
raccord que l’artiste déniche comme s’il décodait des signes, comme sur ces pochettes
de disques à messages cachés. Le mash-up
fonctionne aussi comme un Lego idéal, que
l’on assemble et exhibe: rien de plus approprié alors que Star Wars, né pour générer
des jouets. Mais les créations de Steven Lear
ont le mérite d’aérer une fan culture à tendance conservatrice, qui refuse qu’on bidouille ses trésors.
MIO
Instagram : @Mionyl
Instagram:
pochettessurprises
Détournements, pastiches,
réinterprétations… Le format
d’Instagram se prête aux
hommages des passionnés
de disques, qui rivalisent de
créativité autour de visuels
élevés au rang d’icônes.
L
e renouveau du vinyle, allié aux réseaux sociaux, a redéfini la position du
fan de musique. D’un coup, la pochette
de disque n’est plus seulement une fenêtre
à ouvrir sur un autre monde. Sur Instagram,
pour bien signaler la résurrection de la musique après son évaporation en MP3, il faut
montrer qu’on est propriétaire de l’objet, s’exhiber avec dans son salon. Et le stade suivant
la propriété est la réappropriation: d’un côté,
il y a le sleeveface, ces potaches illusions d’optique où l’on cache son visage derrière une
pochette pour mieux se fondre avec ou en
être le prolongement ; de l’autre, des magiciens munis de Photoshop détournent et recontextualisent leurs œuvres favorites dans
un geste qui n’est pas sans rappeler ce que faisait le graphiste Peter Saville lorsqu’il piochait dans la peinture ou le livre la Nouvelle
Typographie de Ian Tschichold pour illuminer les pochettes de New Order et Joy Division. Entre les deux pôles, trois fans instagrammeurs naviguent à force d’imagination
et questionnent notre position de consommateur et d’admirateur.
IGOR LIPCHANSKIY
Instagram : @igor.lipchanskiy
Ce graphiste russe s’incruste sur des pochettes de disques – ou plutôt sur leur hors-
champ, comme des scènes de shooting qui ne
demandent qu’à se déployer et il dont il infiltrerait les coulisses. Sur celle de The Eminem
Show, le rappeur, pensif, trône derrière les rideaux sur on ne sait quoi. Le siège des toilettes peut-être ? Il peut compter sur Igor qui
s’est photoshopé accourant avec un rouleau
de papier toilette et une bombe de désodorisant. Ailleurs, le Russe pose une tête mi-rêveuse, mi-moqueuse sur l’épaule d’Adele sur
la pochette de son 21. Attend, veste en main,
pour rhabiller Prince sur l’album qui porte
son nom. Lipchanskiy se politise aussi en
s’imaginant faire le médiateur entre Trump
et Kim Jong-un sur fond de The Wall de Pink
Floyd. Il est le fan-type, dans tout son enthousiasme et son ambiguïté : respectueux mais
tenté de vouloir rentrer dans le cadre; à côté
de la star tout en sachant qu’il ne sera jamais
totalement à sa place. Lipchanskiy réinventerait presque les Ménines de Vélasquez et son
hors-champ, avec lui dans le rôle du peintre
se plaçant aux côtés des rois et reines de la
pop, substituant à la profondeur de champ un
regard cette fois-ci latéral.
STEVEN LEAR
Instagram : @whythelongplayface
Ce graphiste londonien perpétue la tradition
du mash-up dans une galaxie lointaine: celle
de Star Wars. Han Solo à la place de Bowie
sur la pochette de Heroes. Lana Del Rey remplacé par Rey, l’héroïne du Réveil de la Force,
et Born to Die devient «Born to Jedi». Jar Jar
Binks est The Idiot à la place d’Iggy Pop. La
Cette Suédoise travaille chez Bengans, un ancien cinéma de Göteborg transformé en magasin de disques (700 m2). Sur son Instagram,
sa mise en scène de soi comme fan de vinyles
s’est faite par étapes: pose dans son salon devant ses étagères puis sleeveface classique.
Cette fan de Bob Dylan et Peter Gabriel est ensuite passée à une forme méticuleuse de cosplay où elle reproduit des pochettes: en Sean
Young glamour sur la BO de Blade Runner ou
en chemisette rouge et cravate noire comme
sur The Man-Machine de Kraftwerk… «J’ai
travaillé avant comme photographe et avais
l’habitude de me prendre en photo, déguisée
en divers personnages. J’étais très inspirée par
Cindy Sherman, que j’admire beaucoup»,
nous écrit-il par mail. La fan pousse loin le
grimage quand il s’agit de peindre sur sa peau
les ondes de pulsar du Unknown Pleasures de
Joy Division ou la palette rotative de couleurs
sur le In Colour de Jamie xx. La musique
prend littéralement chair et frise ici la leçon
de décoration intérieure lorsque Mio se montre dans son salon avec ses vinyles favoris par
catégorie de couleur. Eclairages, poses et maquillages soignés : ces autoportraits, qui ne
demandent qu’à figurer sur des pochettes,
prolongent par ricochet l’éthique de Bryan
Ferry sur celles de Roxy Music quand il déclarait que «les filles sur nos disques sont comme
nos fans idéales». Entre Halloween et art conceptuel, cette fusion ultime du fan avec son
disque, détaillée par les stories de making of
que Mio poste sur son compte («Le plus épuisant fut la recréation du Play de Moby. Beaucoup de sauts sur le lit pour avoir la bonne
photo»), renvoie aux questionnements de
Sherman sur l’identité. Et rappelle aussi ce
que Simon Reynolds écrivait dans son livre
Retromania sur les collectionneurs compulsifs de vinyles : «Nous sommes nos disques : ils
représentent une partie significative de notre
passage en ce monde, et les innombrables heures de travail et d’amour que nous leur avons
consacrées».
LÉO SOESANTO
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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Isabelle
Huppert,
en 1979.
COLLECTION
CHRISTOPHEL
CULTURE/
IMAGES
Isabelle Huppert,
un mystère en 29 actes
Un essai fouillé
retrace la carrière
de la comédienne
française la plus
insaisissable.
I
l y a dans Vivre ne nous regarde pas, le livre que la
critique Murielle Joudet
consacre à Isabelle Huppert,
un formidable passage sur la
rivalité très documentée
entre la comédienne et sa
consœur Isabelle Adjani. Un
passage qui en vient à donner
une clé de l’énigme Huppert,
comédienne qui, à 65 ans,
n’en finit pas de conforter sa
place au pinacle du cinéma
français et de laisser les
autres actrices barboter loin
derrière elle. «Isabelle Adjani
prouvera qu’elle est une chair
à cinéma, écrit Joudet,
comme on parle de chair à canon, qui se consume, se dévitalise, s’effrite et se vide de sa
substance à force de s’imprimer sur la pellicule. Une actrice dont le génie est de
n’apparaître que dans l’épuisement, dans des prouesses
dont elle ne se remet jamais
vraiment. A l’inverse, Huppert prélève son énergie des
films, de la démultiplication
des rôles et de son image. Elle
ne se donne pas, ou a une façon de se donner qui consiste
à se garder en réserve, à donner parcimonieusement des
bouts de soi aux cinéastes.»
Fulgurances. Huppert en
créature de jeu vidéo se relevant toujours plus forte de ses
mésaventures, c’était la belle
trouvaille du Elle de Paul Verhoeven. Joudet parfait l’idée
en y ajoutant la composante
Krijn De Koning:
bunker en couleurs
Le Néerlandais expose à
Saint-Nazaire ses volumes
et ses vides bigarrés.
L’
environnement niché par Krijn de Koning dans le Life, au cœur de cette colossale boîte de béton que constitue
l’ancienne base sous-marine construite par les
nazis à Saint-Nazaire, laisse l’impression bancale de faire fort et de ne rien faire du tout.
L’artiste néerlandais vous laisse vous y mouvoir et zyeuter quelque chose (des à-plats de
couleurs monochromes, des proportions, «des
volumes et des vides», selon le titre) qui s’expose moins qu’il ne s’y camoufle. C’est tout
l’art de Krijn de Koning, ancien élève de Daniel
Buren à l’Institut des hautes études en arts
plastiques dans les années 80: étendre la peinture dans l’espace, hors des limites du cadre
traditionnel, et laisser le spectateur pénétrer
dans le périmètre de l’œuvre. Laquelle est partout, autour de vous, et nulle part.
A Saint-Nazaire, on déambule de salles en salles, percées de portes et de fenêtres, équipées
ou non de bancs, éclairées de néons ou d’ampoules au bout d’un fil. La plupart sont peintes
d’une seule couleur électrique et aveuglante
(vert, rouge, bleu, jaune), mais certaines portent des encarts qui semblent singer des tableaux qu’on aurait accrochés aux murs
comme cela se faisait avant. Manière de laisser
planer l’ombre de l’ancienne peinture qui s’est
ici volatilisée, dématérialisée. C’est donc une
œuvre fugitive en forme de courants d’air qui
vous pousse à aller dans la prochaine salle voir
si elle y est. Mais elle n’y est pas plus que dans
la précédente, qui se rappelle d’ailleurs à votre
bon souvenir, les ouvertures laissant voir, sous
un autre angle, l’endroit que vous venez de
quitter. Les bancs ménagés ici et là permettent
ainsi de se résoudre au vide.
Dans cette architecture labyrinthique aux enfilades fuyantes suscitant un léger tournis piranésien, deux chambres se distinguent.
L’une –un conteneur rempli d’un matériel de
transmission radio hors d’usage – comme
l’autre –une cabane de marché de Noël– viennent charger toute l’installation d’un réel trivial et industrieux. Dans le chalet, surtout, se
dresse un pic formé de couches magmateuses
de peintures. L’objet, trouvé dans une entreprise spécialisée, prend la stature d’un totem
ou d’une relique (l’artiste le nomme «le Dieu
de la peinture»). Du coup, l’installation évoque un tombeau enfouissant sous ses à-plats
et son enfilade de salles le vestige d’une pratique de la peinture plus compacte et plus
cadrée, mais moins oxygénée.
JUDICAËL LAVRADOR
KRIJN DE KONING DES VOLUMES
ET DES VIDES au Life, à Saint-Nazaire
(Loire-Atlantique), jusqu’au 23 septembre.
de vies bonus prélevées à
même le matériau filmique.
La conclusion qu’elle livre de
cette affaire (les deux actrices
incarnent «deux manières
d’être au monde et au cinéma,
et de poser une question différente à sa vocation: Huppert,
comment durer ? Adjani,
pourquoi durer?») est le genre
de fulgurances qui font l’intérêt de son livre. Vivre ne nous
regarde pas n’est pas une biographie de la comédienne, ni
une étude de son jeu d’actrice,
et ne fait d’ailleurs montre
d’aucun accès privilégié à la
star –hormis celui, peut-être
le seul qui compte, offert par
sa manière de traverser un demi-siècle de cinéma. Joudet
décortique certes ses interventions à quelques remises
de prix, mais c’est avant tout
la créature de cinéma, uniquement en ce qu’elle existe
sur écran, qui l’intéresse. Une
manière en biais que l’on
pourrait résumer par cette
phrase piochée dans le livre:
«D’un film à l’autre les objets
circulent, les vases communiquent, les films sont les épisodes d’une même série.»
Miettes. La série Huppert se
déploie ici en 29 épisodes qui
sont autant de films, dont le
premier, Faustine et le bel été,
aurait été déterminant selon
Joudet. Un rôle minuscule,
mais où Huppert, seule sur un
banc, a cette phrase: «Tu n’as
pas peur de t’ennuyer?» Cette
hantise de l’ennui habiterait
ses futurs rôles, de la même
manière qu’incarner dans la
Dentellière une apprentie
coiffeuse plaquée l’aurait condamnée à l’enfer conjugal :
«Le reste de sa filmographie
n’en sortira pas indemne.»
Peu importe la valeur des
films cités, ils sont convoqués pour ce qu’ils ont donné
à Huppert (plus que le con-
traire, car cela est déjà entendu), afin de creuser le récit livré par sa filmographie.
Parfois, des figurants reçoivent des miettes. Ses deux
apparitions chez Jean-Luc
Godard inspirent par exemple à l’auteure cette réflexion:
«Godard profite de cette indolence qui caractérise Huppert
pour suggérer que le rapport
client/prostituée recoupe le
rapport metteur en scène/actrice, car au fond, prostituée
veut dire exposer, mettre devant, et cela correspond tout
à fait au métier d’acteur. Lui
seul semble entretenir et
mettre en scène un rapport
d’amour et de dégoût vis-à-vis
de son médium et du simple
fait de fabriquer des images.»
ÉLISABETH
FRANCK-DUMAS
VIVRE NE NOUS REGARDE
PAS de MURIELLE JOUDET
Capricci, 232 pp., 19 €
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MON PREMIER AMOUR (2/8)
Le poète et
le limonadier
Débuts passionnés pour Julia Kerninon avec deux hommes
très différents. Mais était-ce vraiment de l’amour ?
A
16 ans, sur un toit de la rue des Pyrénées où se donnait
une grande fête, je me suis hissée sur la pointe des
pieds pour embrasser les deux joues rugueuses d’un
inconnu de dix ans mon aîné. Quand, un mois plus tard, j’ai
lu ce qu’il avait écrit, je suis tombée amoureuse de lui. Nous
avons correspondu, nous nous sommes revus. Des années
durant, il a été quelqu’un que j’aimais et avec qui j’avais une
histoire. Il surgissait et disparaissait, je passais des jours entiers à chercher à décoder le sens caché de
ses textos rythmés, je faisais sonner son
téléphone encore et encore sans succès,
et puis il était là de nouveau, malin, vif,
fascinant de transgression pour la fille prudente et rigoureuse
que j’étais –et il repartait sans explication, en me laissant dans
un silence assourdissant. Je pensais qu’il était l’homme de
ma vie. Je ne savais pas exactement ce qu’il fallait faire.
Parce que j’étais tellement plus jeune, et que j’avais grandi
dans l’idée dangereuse que l’amour était conditionnel, j’acceptais sa rudesse, elle me semblait sensée, hiérarchique. J’étais
évidemment moins intéressante que lui, et que toutes les femmes adultes qu’il pouvait rencontrer à la capitale. Je n’étais
qu’une jeune Bretonne respectueuse, je ne savais même pas
marcher avec des talons hauts, je manquais de pertinence et
de vocabulaire. J’avais eu l’habitude d’entendre mon père élever la voix à chaque fois qu’il avait essayé de m’apprendre
quelque chose –alors que cet homme-là, qui semblait vouloir
lui aussi m’apprendre tant de choses, m’enseigne la discipline
en m’imposant ses longs silences, cela me semblait parfaitement normal.
La nuit, je restais éveillée et je pensais à lui, je cherchais des
pistes, j’attendais éternellement qu’il me téléphone, qu’il soit
là, qu’il fasse ce qu’il avait dit. L’été de mes
19 ans, dans le café où je travaillais, je suis
tombée amoureuse d’un autre homme. Il
n’avait rien à voir avec le premier –c’était
le limonadier de l’hôtel d’à côté, il était immense et charismatique, sensuel, avec un long nez et de grandes oreilles. Il parlait une langue très inventive, très drôle, il ne connaissait rien
aux livres, mais je l’ai aimé instantanément. J’ai tout fait pour
qu’il me prenne, qu’il m’emporte avec lui, et finalement, une
nuit, en sortant de la seule discothèque du coin, il m’a simplement attrapée et jetée sur son épaule comme un sac de pommes de terre, et il m’a ramenée dans sa chambre. Là, j’ai découvert beaucoup de nouvelles choses que j’ignorais, je me suis
sentie proche de lui comme de personne auparavant.
Pourtant, notre liaison, qui allait durer cinq ans et se super-
LE PORTRAIT
poser régulièrement avec mon autre histoire, était pleine d’interruptions: l’été, je faisais la saison, et lui travaillait à la ville;
l’hiver, je partais vivre dans des pays où il ne me suivait pas.
Nous nous retrouvions sur son lit, aux petites heures du matin, à fumer en écoutant de la musique, et je trouvais tout ça
sublime. J’aimais la liberté, et j’aimais aussi, je crois, l’entendre dire à nos amis, en souriant: «Je n’ai pas la moindre idée
de ce qu’elle fait avec moi.»
Longtemps j’ai pensé qu’il plaisantait, mais avec le temps je
suis arrivée à penser qu’il était sans doute, au contraire, tout
à fait sérieux. Il m’aimait bien, il m’aimait beaucoup, mais
l’amour lui faisait très peur et il ne disait jamais je t’aime –moi,
à peu près une fois par an, je craquais, mon barrage ployait
sous le courant et je lui disais que je l’aimais et, systématiquement, il me quittait dans les jours suivants. Cinq années
durant. Je me posais beaucoup de questions, je cherchais dans
la mauvaise direction, sans jamais saisir la sagesse de son propre verdict : lui sentait, confusément, que je faisais fausse
route, que je me racontais une histoire, que j’essayais de me
tenir à un endroit du monde qui n’était pas pour moi. Il ne disait pas je t’aime parce qu’il savait qu’il ne m’aimerait jamais
comme moi je disais l’aimer, mais il demandait : «Pourquoi
es-tu là, exactement ?»
Il s’était posé la question un
certain temps, manifesteAu cœur de l’été,
ment, et puis il avait accepté
des écrivains
la situation. Il me disait :
dressent le portrait de
«Si tu es heureuse, je suis heuleur premier amour.
reux. Tu partiras quand tu en
Aujourd’hui,
auras marre. Ça va arriver,
Julia Kerninon, 31 ans,
tu vas voir.» Je ne voyais rien.
prix de la Closerie des
Je contemplais son visage
Lilas pour le Dernier
endormi le matin. Je lui écriAmour d’Attila Kiss.
vais des lettres d’amour de
Prochain roman:
dix pages, auxquelles il réMa Dévotion
pondait en cinq lignes labo(Rouergue, août).
rieuses et menaçantes.
J’étais, la plupart du temps,
très heureuse.
Quand il me quittait, je retournais voir le premier, sans scrupule, certaine que l’un ou l’autre était le bon et que donc
osciller entre eux n’était pas un péché, mais plutôt une nécessité pour les départager à terme. Je vivais loin. Je travaillais.
Malgré cette apparente surpopulation de ma vie sentimentale,
je passais la majeure partie de mon temps seule, à attendre
des phrases qui ne venaient pas. J’ai eu 26 ans.
A la fin d’une fête à Paris, j’ai accepté de rentrer à pied de Belleville à Montmartre avec un ami d’amis qui vivait à quelques
mètres de chez moi. C’était la première fois que je le voyais.
Nous avons parlé à bâtons rompus sur toute la route. Arrivés
en bas de chez lui, il m’a proposé de monter boire un verre
–il était 4 heures du matin– et j’ai dit oui, et je ne suis presque
plus jamais partie. Il est le père de mon enfant aujourd’hui.
Pourtant, si je dois raconter cette histoire avec honnêteté, voilà
ce qui s’est passé : je n’y ai pas cru, au départ. Dans les premiers jours de cette histoire, le nouveau garçon m’a stupéfiée
par sa capacité à répondre à mes messages. Il avait l’air extraordinairement disponible, et profondément heureux d’être
avec moi. Nous avions des milliers de choses à nous dire –un
de nos premiers rendez-vous a consisté à trier les livres de sa
bibliothèque, et le nombre de titres que nous avions en commun était alarmant. Pour le dire simplement : c’était trop
facile. Je le voyais tous les jours, et tous les jours je me disais:
«N’importe quoi. Ce n’est pas ça, l’amour. Ça n’a pas du tout
ce goût-là, ni cette texture. Il est sûrement désespéré pour être
aussi gentil avec moi.»
Dans mon égocentrisme, je n’avais jamais envisagé d’être
aimée, seulement d’aimer. Ma grande chance a été de tomber
sur lui par hasard: pour la première fois de ma vie sentimentale, je n’ai eu aucun délai pour bâtir une histoire folle et complexe comme un portique sous lequel personne ne peut passer
sans baisser la tête. Les autres hommes, je les avais bricolés,
pliés, réinventés à mon image pour qu’ils satisfassent mon
récit, noisettes savamment sculptées à coups d’incisives par
un écureuil romantique. Mais lui, miraculeusement, a traversé
mon piège comme de l’eau, n’a rien perdu dans mon attraperêves, il s’est soudain trouvé devant moi, et mon monde s’est
illuminé. •
Par JULIA KERNINON
Photo MAÏTÉ GRANDJOUAN
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
LE SILENCE
Et aussi n deux pages
BD n de la photo
n une invention
loufoque n deux
recettes n des jeux…
ESTOCAFICH
Vendredi
3 août
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Vendredi 3 Août 2018
L’aloi S
du silence
Par
CATHERINE MALLAVAL
Dessin
C’est armée de bouchons d’oreilles et
d’un casque antibruit qu’on a traversé
cette journée sans piper mot et
en essayant d’en entendre le moins
possible. Du lever au coucher, au
travail et à la cantine, on s’est tue,
jusqu’à tester le silence absolu dans
une salle aménagée. Vertigineux.
le son primordial produit lors de la création
de l’univers.
ESTOCAFICH
DES GLOUGLOUS
ilence. La paix. La ferme. Les cellules nerveuses surexcitées par les
décibels telle une puce sous acide,
les conduits auditifs aux aguets, les
tympans prêts à craquer, le larynx et la langue à la ramasse à force de jouer à «parole,
parole…», on a décidé de couper. De s’offrir
une journée de rien. De renoncer à prononcer plus de 15500 mots par jour en moyenne
–et en majorité des banalités(1). Bref, de respecter le sens originel du silence, c’est-à-dire
pas un mot, et son sens courant aussi: pas de
bruit (le moins possible). Objectif, nous recroqueviller dans une bulle afin d’opérer un
retour sur notre petite personne. Une expérience très en vogue soutenue par moult
offres commerciales (cures, stages, hôtels
Relais du silence…) le plus souvent agrémentées du nouveau mantra: la bienveillance envers soi. Hum, hum. Ou plutôt «Om», «Om»,
histoire de vibrer en tentant de reproduire
Forcément, une journée de vide, ça se
prépare. Filer dans un monastère ? «Oui, un
monastère est silencieux parce que les murs
sont épais et protègent de l’extérieur, et surtout
parce qu’on se tait. Sinon le moindre son y résonne incroyablement», nous a expliqué un
scientifique. «C’est un coup à forcer sur la liqueur et à se retrouver à roupiller sur une
planche de bois», a cinglé un ami. Autre option: filer seule à la montagne. Trop compliqué de trouver en été cette bonne neige poudreuse qui absorbe les désagréments auditifs.
Partir en forêt? Pas la patience d’attendre ce
moment magique – mais éphémère – où la
faune la boucle avant l’imminence de l’orage.
Et la campagne? Les veaux, vaches, cochons
et insectes sont largement aussi bruyants que
des lycéens en train de baver sur Parcoursup.
Restait le désert (à condition qu’il n’y ait pas
de vent), ses mirages, ses ermites mystiques.
Là, c’est l’intendant du journal qui aurait bloqué. Alors, faute de sable, on a opté pour l’as-
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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Las, notre absence
d’émission de sons a vite
suscité chez nos
congénères une forte
envie d’interagir, comme
disent les éthologues.
une rue calme), baisse enfin d’un ton. Dans
la rame de métro aussi, le bruit tiédit.
Place à l’observation de soi: oui, on a l’air sacrément ballot avec nos boules, mais l’atténuation des sons à l’évidence détend. Observation
des autres: nettement plus aiguë que d’ordinaire. Le regard prend le pas sur l’audition
pour mieux révéler une foule de nez qui piquent sur les smartphones et des oreilles bouchées par les écouteurs… La vie parisienne.
Toujours équipée de nos boules, qui s’appelèrent un temps «sourdine», on pénètre enfin au
journal, en se répétant intérieurement «motus,
motus, motus». Premier obstacle: comment saluer. Un petit mouvement de la main façon
reine d’Angleterre ? On a foncé tête baissée
avec un air soucieux à la Schopenhauer, en
méditant sur sa grande phrase: «La vie est un
éternel pendule qui oscille entre la tristesse et
l’ennui», afin d’avoir l’air crédible. A force de
ressasser cette désespérante vision, on a songé
que c’était même pas la peine de dire bonjour.
UN STOCK DE POST-IT
phalte parisien, en suivant un programme de
calme et volupté. Enfin presque.
On s’est couchée tôt avec une séance de lâcher-prise grâce à l’application Petit Bambou,
afin d’obtenir un réveil très matinal, sans aide
extérieure (ni radio ni iPhone). Direction la
salle de bain sur la pointe des pieds. Un peu
de bruit se réverbère sur les carreaux lisses
des murs. On se glisse dans la baignoire et on
met la tête sous l’eau, les yeux fermés, pour
mieux savourer le calme matinal. Même si,
chercher à écouter le silence, comme recommandé par Paul Valéry («Entends ce bruit fin
qui est continu et qui est le silence»), a une sale
tête d’oxymore. Et là, c’est le carton rouge. Le
monde sous-marin (y compris celui d’un
bain) n’est pas le Monde du silence comme
l’insinue le titre du documentaire du commandant Cousteau. «S’il y a peu de transmission entre les bruits atmosphériques et les
bruits sous-marins, ce qui rend ces deux mondes “sourds” l’un à l’autre, on est capable d’entendre sous l’eau, explique Olivier Warusfel de
l’Institut de recherche et de coordination
acoustique/musique (Ircam). Plongez la tête
dans la baignoire vers 5h30 du matin, et vous
entendrez le bruit des premiers métros. Simplement, comme notre système auditif n’est pas
bien adapté à ce milieu et que la vitesse de propagation du son dans l’eau est de trois à cinq
fois plus rapide que dans l’air (environ
1500 mètres par seconde), on a du mal à localiser d’où viennent les bruits.»
Habitant au quatrième étage, on a échappé
aux émissions de la RATP. Mais pleinement
profité des glouglous des canalisations. Alors,
sans mot dire, on s’est séchée, vêtue et tue
avant de croiser les premiers levés de la maison. Pas de bonjour. Juste un sourire comme
Bécassine et un doigt sur les lèvres pour rappeler qu’on fait silence. «OKLM», comme dit
notre progéniture, qui n’a rien trouvé de
mieux que d’envoyer du gros son: le dernier
opus du rappeur Damso. Dans l’impossibilité
d’éructer la moindre injure, on a filé un rien
contrariée au boulot avec des boules Quies,
en référence à la quiétude.
2018, année du silence ? Ces sphères de cire
et de coton qui vous donnent l’air d’avoir une
otite fêtent cette année leur centenaire. Notre
boulevard, qui produit d’ordinaire son bon
gros niveau de 70 décibels (contre 50 dans
Reposée par notre silence vocal total (déjà près
de cinq heures!) et auditif partiel, on a entrepris d’écrire un article, en percevant à peine le
clapotis du clavier. Las, notre absence d’émission de sons a vite suscité chez nos congénères
une forte envie d’interagir, comme disent les
éthologues. Et que je te tape sur l’épaule pour
attirer l’attention, et que je t’envoie des SMS,
des mails, et même que je te parle! Là, pour
s’assurer qu’on ne céderait pas à la tentation
de répondre, on a ajouté un casque antibruit
à notre dispositif boules Quiès, avant de récupérer un stock de Post-it et d’écrire en gros:
«En test de silence, ne pas déranger.»
L’être humain étant taquin, il s’est saisi des
Post-it pour communiquer des choses passionnantes: «T’as fini ton article?»; «Je reviens
dans une heure»; «Dis donc, Bernardo [fidèle
et mutique serviteur de Zorro, ndlr], ça va durer longtemps?», etc. Difficile de réprimer une
montée de fou rire. Mais on a tenu bon, et
même pris un plaisir certain à se mettre en
marge de la très bavarde vie de bureau à laquelle on contribue d’ordinaire largement.
«Tu manges avec nous à la cantine quand
même?» nous a-t-on écrit vers 13 heures. On a
cédé, suivi la bande avec notre casque antibruit
en se disant qu’un self-service était compatible
avec notre vœu de faire silence. Obstacle: comment demander au serveur d’ajouter du
gruyère sur nos pâtes? Heureusement, il y a
l’index. Un rien grossier de montrer du doigt
mais… Et pour dire merci, on a baissé la tête
doucement en s’inclinant façon moine bouddhiste. Il est fort probable que le serveur ait
soupçonné une pathologie mentale.
Eprouvant, ce repas, à percevoir ses propres
bruits de mastication et le cliquetis même assourdi des couteaux et des assiettes. Mais, bizarrement, le plaisir de se taire s’est installé
u III
à ce moment-là: les mots qui, au début, s’entrechoquaient à force de ne pas sortir sont devenus flottants. On a laissé filer nos pensées
clairsemées dans un nuage en mettant le cap
vers une bonne bibliothèque où l’épaisseur
des centaines de livres garantissait un bon
amorti des sons. Là, débarrassée de nos boules, on s’est replongée dans notre ouvrage
(passionnant) d’Alain Corbin, historien «des
comportements sensoriels et des dispositifs affectifs», auteur d’une Histoire du silence, de la
renaissance à nos jours (2). Et l’on a médité sur
cette phrase: «Dans le passé, les hommes d’Occident goûtaient la profondeur et les saveurs
du silence. Ils la considéraient comme la condition du recueillement, de l’écoute de soi, de la
méditation, de l’oraison, de la rêverie, de la
création; surtout comme le lieu intérieur d’où
la parole émerge.» L’esprit apaisé par ces mots
d’écrivains, tel Victor Hugo qui sut apprécier
les forêts «où le silence dort sur le velours des
mousses», on a filé, toujours sans mot dire,
dans l’antre de l’Ircam, à deux pas du centre
Georges-Pompidou, pour tenter l’expérience
du silence absolu.
«HÉ HO, Y A QUELQU’UN ?»
Rendez-vous avait été pris à l’avance. Direction les sous-sols où se cache une chambre
anéchoïque (sans écho), d’ordinaire dédiée à
la recherche sur le rayonnement des sources
acoustiques. Il s’agit d’une boîte en béton posée en suspension sur des cylindres amortisseurs. Un vide d’air tout autour l’isole des
bruits extérieurs. A l’intérieur, la pièce est entièrement tapissée de dièdres (sortes de cônes)
en laine minérale et mousse de mélamine, de
couleur jaune miel ou blanche. On dirait une
ruche (sans l’agitation). On pénètre seule dans
ce cube en marchant sur une passerelle en métal au-dessus du vide, non sans avoir mémorisé l’emplacement de la porte. Et là, aucun
son, vraiment rien (à peine un imperceptible
résidu de 15 décibels). Vertigineux. Impossible
de résister à la tentation de pousser un «Hé ho,
y a quelqu’un?». On s’y est parfaitement entendue, mais sans aucun retour son. D’où
l’étrange impression que notre «Hé ho» est désespérément resté collé à nos lèvres.
Le son «est comme un rayon de lumière, il se
réfléchit», nous avait rappelé le docteur en
acoustique Olivier Warusfel. Là, dans cette
chambre, rien: tout est fait pour qu’il soit absorbé, étouffé. Alors on se tait. Et puis on décide de corser le test. On ressort pour éteindre
la lumière. Dans le noir, on ressent le glacé du
silence. Son côté mort. Le cœur palpite un peu
plus vite. Des sifflements bourdonnent dans
les oreilles: nos acouphènes ne sont plus masqués par le bruit ambiant. On ne pense plus à
rien. On écoute notre corps dont on mesure à
quel point il est bruyant. Presque l’impression
de pouvoir toucher le souffle qui va et vient.
Au bout de dix minutes, une forme d’oppression l’emporte. Le cerveau rame. On sort, tel
un boxeur quittant le ring. Envie de regagner
notre chambre où l’on a conclu notre journée
en se murmurant : le silence, et dors. •
(1) Selon une étude du département psychologie
de l’université d’Arizona, publiée en 2014.
(2) Editions Albin Michel, 2016.
SAMEDI J’AI TESTÉ LA VAGUE
DE TEAHUPO’O
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IV u
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Vendredi 3 Août 2018
Caricature d’Honoré Daumier (1845). JEAN BERNARD. LEEMAGE. MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MARSEILLE
L’osanore, un râtelier
qui met sur les dents
Drôle d’idée (6/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, des
ratiches en ivoire
d’hippopotame.
O
n a vu apparaître à la fin
des années 1830 une invention qui révolutionnait l’art dentaire,
d’après les publicités dans les
journaux. «Dentiers et râteliers
solidement fixés dans la bouche
sans le secours de crochet ni de ligature qui détruisent toujours les
bonnes dents», promet un encart
dans le Journal des débats politiques et littéraires (16 février
1846). Le secret de ces fausses
dents, conçues en ivoire d’hippopotame: elles s’insèrent dans les
alvéoles dentaires, par succion,
sans le recours aux ligaments en
or. D’où leur nom, les dents «osanores» comme «os sans or».
Le maître ès osanores est un certain Georges Fattet qui a ouvert
un cabinet sur le très chic faubourg Saint-Honoré à Paris, sûr
de toucher une clientèle huppée.
Sa promotion si tapageuse donnerait envie de s’arracher les quenottes pour se rendre chez lui.
«Mastication et prononciation
garantie en quelques heures, promet-il, quel que soit le nombre de
dents artificielles.» Certains articles ne tarissent pas d’éloges sur
cette nouvelle prothèse dentaire.
«La chaleur surexcite le sang et
l’amène souvent aux dents, de là
très souvent la chute anticipée de
cet ornement de la bouche. Le docteur Fattet remédie à tout, grâce
à la pose supérieure de ses dents
osanores. Rien de plus commode,
de moins coûteux et de plus rajeunissant !» écrit E. Champeaux
dans le Constitutionnel (23 juin
1846). Le succès est tel que Georges Fattet inaugure bientôt deux
salons et deux cabinets à un autre
numéro du faubourg, en gardant
le premier pour ses ateliers, précise enthousiaste la Gazette de
France (12 septembre 1846).
Mais cette réussite fait des jaloux. Un certain William Rogers,
auteur du Manuel de l’hygiène
dentaire, attaque par publicité
interposée. Ce dentiste anglais,
installé à Paris depuis 1836, affirme être l’inventeur des osanores. «Ne pas confondre avec les
dents osanores annoncées depuis
quelques jours. Les osanores Rogers ont à Paris un succès constaté depuis dix années ; elles ne
donnent aucune odeur dans la
bouche ; on les ôte et on les remet
à volonté, ce qu’on ne peut pas
faire avec des dents à crochets et
ligatures qui sont toujours nuisibles» (le Constitutionnel, 6 mars
1846). William Rogers, dont le cabinet se situe dans la même rue
que son rival, prétend avoir recruté en 1842 dans son atelier
«un individu du nom de Fattet,
qui était alors garçon pâtissier, et
qui s’offrit comme homme de
peine ou comme apprenti».
L’issue du procès intenté devant
le tribunal de commerce ne lui
sera guère favorable. Le jugement constate qu’il ne justifie
pas avoir été le premier à adopter
la dénomination de dents osanores. Même s’il doit cesser ses
réclames agressives, Georges
Fattet va pouvoir exploiter le
procédé librement (la Presse, 22
octobre 1846).
Ce duel de fabricants de râteliers
à succion fait les délices de la
presse caricaturiste, qui adore le
personnage de Fattet. «De même
qu’on dit le siècle de Louis XIV, le
siècle de Voltaire et de Jean-Jacques, la postérité dira un jour: le
siècle de M. Fattet», se moque
le Tintamarre (24 octobre 1847)
alors que celui-ci vient de produire un témoignage du frère du
célèbre Bichat, jusqu’alors privé
de ses dents : «Je me livrai sans
crainte et cependant sans espoir
à cet habile dentiste, et je fus
bientôt étonné de la dextérité de
sa main dans les opérations qu’il
me fit, et comblé de bonheur par
l’application de ses osanores, qui
ont rendu à mes fonctions digestives ce bien-être que j’avais en vain
cherché jusqu’alors» (Journal de
la ville de Saint-Quentin et de
l’arrondissement, 31 octobre
1847). Georges Fattet prospéra
bruyamment. On le vit publier
divers ouvrages, dont un Guide
du fumeur, concevoir un procédé
pour «l’embaumement des dents»
et un mastic obturateur pour
plomber ses ratiches soi-même,
glorifié dans la presse en 1873.
L’année suivante, le bienheureux
Fattet quittait la scène.
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec
RetroNews, le site de presse de la
Bibliothèque nationale de France.
LA
BOSSE
DES
TOMATES
On va au marché (6/12)
«Libération» cuisine
les produits de l’été.
Aujourd’hui, le légumefruit préparé cru etvégan.
E
ncore une bonne raison
d’acheter des tomates au producteur, sur les marchés, de la
Bretagne à Nice, de Marmande
au Pas-de-Calais: les agriculteurs français ont essuyé une perte de revenus
de 30% en juin. Le mauvais temps serait en cause, comme si on avait peu
envie de manger ce légume-fruit d’été
sous un rideau de pluie… Mais avec la
chaleur qui écrase ces jours-ci? C’est le
moment de se rattraper. Pourquoi pas
avec deux gourmandises faciles qui
ouvrent un bon repas: la tomate façon
pomme d’amour et un tartare façon
bœuf mais sans bœuf (tomate cœur de
bœuf, à la rigueur, parfumé de préférence). Cru, frais et végan.
Sucettes de tomates-cerises au
pavot (trouvé dans Apéro de Camille
Sourbier, Mango). Pour 20 sucettes.
Rincez 20 tomates-cerises et plantez
un cure-dent dans chacune. Chauffez
100 g de sucre roux (cassonade) à feu
doux dans une casserole, sans remuer.
Quand le caramel commence à se
former, agitez au fouet, pour le rendre
liquide. Trempez les tomates-cerises
dans le caramel puis dans 30 g de graines de pavot disposées dans une assiette. Laissez les tomates refroidir sur
une feuille de papier sulfurisé, le
temps que le caramel se cristallise.
Tartare de tomates (trouvé sur le blog
Proteines-gourmandes.fr qui nous propose ici une recette… sans protéines).
Pour 2 personnes. Trempez quatre tomates dans une casserole d’eau
bouillante. Retirez, passez à l’eau
froide et pelez en partant de la croix.
Coupez la chair en petits dés. Salez et
posez dans un saladier au frigo toute
une nuit. Le lendemain, récupérez les
tomates et conservez l’eau qui s’en est
échappée. Réalisez la «vinaigrette»
dans un bol : mélangez 1 cuillère à
soupe de vinaigre de sucre de canne,
une cuillère à soupe d’eau de tomates,
une gousse d’ail en petits morceaux
écrasés, une échalote finement émincée et deux tiges de basilic haché.
Ajoutez les dés de tomate dans le bol
de «vinaigrette». Placez la tomate dans
des cercles en métal. Salez, poivrez.
Conservez au frais quelques heures.
PIERRE CARREY
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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SENTA SIMOND. ECAL. WEBBER GALLERY
PHOTO /
ÉTÉ
u V
Grains de beautés
Séance tenante/
Erotique Dans
«Rayon vert», Senta
Simond pose son regard
de femme sur des visages
et des corps féminins.
SENTA SIMOND
Née en 1983,
vit et travaille
à Bienne en Suisse.
«J
e les choisis parce qu’il
y a dans leur personnalité, dans leur attitude, quelque chose qui
m’intrigue ; elles ont toutes quelque
chose de fort et de tendre à la fois. Elles
portent en elles une singularité qui me
fascine et que je retrouve plutôt chez les
femmes», répondait Senta Simond en
mai au British Journal of Photography
au sujet des modèles de son livre
Rayon vert (éditions Kominek).
Le rayon vert est un phénomène
photométéore qui peut être observé
par ciel dégagé à basse altitude. On
appelle rayon vert l’apparition brève
et exceptionnelle d’un éclair vert audessus de la ligne d’horizon lors du
tout premier ou tout dernier rayon du
soleil. Dans le Rayon vert d’Eric
Rohmer, une phrase qui fait référence
au roman du même nom de Jules
Verne résonne fortement avec les
images de Senta Simond. Selon le
script du film, le témoin de ce phénomène optique «est capable de lire
dans ses propres sentiments et dans
les sentiments des autres».
Senta Simond photographie son cercle
d’amies. Lors de moments d’intimité
qu’elles vivent ensemble, l’artiste pose
son regard de femme sur ses sujets fé-
minins. Elle rompt ainsi avec une certaine tradition de la représentation des
femmes par les hommes. Grâce aux
moments de complicité qu’elle crée
avec ses sujets, elle nous invite à voir
autrement le corps féminin. Les visages sont toujours visibles et ses modèles jamais complètement nues. Contextualisation et narration sont
exclues. D’un portrait à l’autre, elle renverse les points de vue, alterne entre
noir et blanc et couleur, bouscule notre
sens de lecture de l’image. Au travers
du prisme de la photographie, Senta
Simond s’identifie au phénomène du
rayon vert: «Ce moment spécial et furtif, qui se produit si rarement.»
SAMI EL KASM
«Rayon vert» sera exposé à partir du 7 septembre au Foam à Amsterdam.
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ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
Libération Vendredi 3 Août 2018
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Libération Vendredi 3 Août 2018
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u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
A voir à la Galerie Martel
(75010) du 22 septembre
au 20 octobre.
Vernissage le 21 septembre
à partir de 18h30
et rencontre-dédicace
le samedi 22 septembre
à partir de 14 heures.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
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VIII u
Libération Vendredi 3 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Qui est le plus autoritaire ?
Par AUDE MASSIOT
1
COMMENT GAGNER À...
Cluedo Cherchez l’infâme
DR
Y a-t-il un jeu
plus facile que
le Cluedo ? Pas
sûr. Normalement, si vous
vous débrouillez bien, vous pouvez terminer
une partie en trois ou quatre tours,
bonjour, bonsoir, le colonel Moutarde
dans la cuisine avec le chandelier,
hop, c’est plié, perpète pour tous
vos adversaires.
La prise d’information est le plus important. Il ne faut surtout pas rester
passif. Pour réduire au plus vite les
possibilités et trouver le coupable,
deux tactiques. Surveillez ce que de-
mandent les autres joueurs : si vous
possédez une des cartes recherchées,
c’est une bonne indication pour les
deux autres. Ou bien, lorsque votre
tour vient, plutôt que de demander
trois cartes que vous n’avez pas, réduisez le choix à une ou deux. Par exemple, vous êtes dans la cuisine et vous
avez en main cette pièce et Madame
Pervenche : annoncez «Pervenche,
dans la cuisine, avec le revolver». Si
le revolver ne sort pas, c’est forcément
l’arme du crime. Cette tactique a
l’avantage de semer le doute chez
les autres détectives qui penseront
que Pervenche et la cuisine sont aussi
dans la nature. Elémentaire,
mon cher Watson.
QUENTIN GIRARD
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
J’ai fait construire un palais
présidentiel de 200 000 m2 avec
1 000 chambres pour la somme
de 350 millions de dollars. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
2
J’étais un leader du mouvement
de libération du régime
communiste avant de virer à
l’extrême droite. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
J’ai fait interdire l’équivalent
national des Guignols car je ne
les trouvais pas drôles. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
3
J’ai démis des juges de leurs
fonctions et les ai remplacés
par des alliés. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
4
Mon parti a fait circuler des vidéos
des attentats du 13 Novembre dans
le cadre de sa campagne électorale.
Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
J’ai mis sous contrôle de l’Etat les
principales chaînes de télévision
du pays. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
5
L’un de mes opposants aux
dernières élections a dû faire
campagne en prison. Je suis…
6
Avant d’être à la tête de l’Etat,
j’étais agent des services secrets
nationaux. Je suis…
A Vladimir Poutine.
B Viktor Orbán.
C Recep Tayyip Erdogan.
D Jaroslaw Kaczynski.
7
8
9
Réponses : 1. B (il a obtenu une bourse de la fondation de
George Soros); 2. C; 3. A; 4. A, B, C et D; 5. C (Selahattin Demirtas, candidat du HDP) ; 6. A ; 7. B et D ; 8. A, C et D ; 9. B.
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération, version
papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
J’ai fait mes études grâce à
une bourse de mon pire ennemi.
Je suis…
A Vladimir Poutine (président
de la fédération de Russie).
B Viktor Orbán (Premier ministre
de la République de Hongrie).
C Recep Tayyip Erdogan (président
de la République de Turquie).
D Jaroslaw Kaczynski (président du parti
au pouvoir en Pologne, le PiS, et dirigeant
de l’ombre du pays).
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Redécouvrez une archive
2017-2018 de Willem et
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