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Libération - 03 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 3 SEPTEMBRE 2018
2,00 € Première édition. No 11590
Prélèvement à la source
Tout est prêt… pour un
rétropédalage
PAGES 12-13
www.liberation.fr
Participe passé Et si
on oubliait cette histoire
de COD avec avoir ?
TRIBUNE, PAGE 25
ALBERT FACELLY
ÉCOLE
SOURIEZ,
VOUS ÊTES
ÉVALUÉS
12 millions d’élèves reprennent le chemin
de la classe ce lundi: une rentrée que
le ministre Jean-Michel Blanquer a placée
sous le signe de l’évaluation, tant des
élèves que des enseignants. Au risque de
sombrer dans le culte de la performance?
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Funambule
Les historiens du macronisme se pencheront
peut-être un jour sur JeanMichel Blanquer comme
des paléontologues sur
leurs fossiles… Alors
qu’Emmanuel Macron
creuse chaque jour un peu
plus le fossé qui sépare sa
politique de ses promesses
de campagne, le ministre
de l’Education nationale
s’évertue à l’occasion de sa
seconde rentrée des classes
à coller au «en même
temps» initial du Président. Plus qu’aucun autre
de ses collègues du gouvernement, Jean-Michel Blanquer incarne ce funambulisme originel. Il le fait
qui plus est avec talent.
La preuve : le ministre de
l’Education nationale
mène ses réformes sans
s’attirer les foudres des
profs. Leurs syndicats certes râlotent, mais le ministre déroule son programme
avec, dans la main gauche,
le dédoublement des classes de CP en zones difficiles, dans la main droite,
une posture pédagogique
conservatrice. Entre louanges un jour de la bonne
vieille dictée d’antan et éloges le lendemain des neurosciences, Jean-Michel
Blanquer navigue comme
un poisson dans l’eau entre
l’ancien et le moderne.
Fin connaisseur du système, politiquement habile, il tire les bords de sa
révolution scolaire pour
l’instant sans dessaler. Il a
mis par exemple cette rentrée sous le signe de l’évaluation à tous les étages ou
presque. Qui peut prétendre que c’est une mauvaise
idée d’évaluer un système
éducatif qui représente le
premier budget de l’Etat
et dont les résultats sont
année après année décriés,
notamment dans sa capacité à réduire les inégalités
culturelles et sociales ?
En même temps, d’aucuns
redoutent dans les salles
des profs ou les cercles
d’experts de la chose scolaire que derrière cette
volonté de bon sens se cache une vision libérale de
l’école, qui serait soumise
à son tour au culte de la
performance et de la concurrence. Une révolution
silencieuse mais très
macronienne. •
Libération Lundi 3 Septembre 2018
Rentrée
L’école à
l’heure de
l’évaluation
permanente
Pièce de résistance de la réforme
portée par le ministre de
l’Education nationale, le contrôle
généralisé des compétences
n’est pas sans effets pervers.
DÉCRYPTAGE
Par
MARIE PIQUEMAL
Photo
ALBERT FACELLY
D
ouze millions d’élèves, de la
maternelle au lycée, déboulent dans les classes ce lundi.
«La rentrée doit être un moment de
désir et de bonheur», a dit le ministre
Jean-Michel Blanquer, mercredi lors
de sa conférence de presse. Il en a
profité pour lister tout ce qu’il avait
annoncé depuis un an: le nouveau
baccalauréat à l’horizon 2021 avec
une classe de seconde remaniée dès
cette rentrée, la rénovation de la voie
professionnelle (qui reste encore
bien floue), l’interdiction des portables dans les établissements (le
Conférence de presse de rentrée de Jean-Michel Blanquer, à Paris,
texte ne change quasi rien dans la
réalité), le déploiement de son dispositif «devoirs faits», ses chorales…
Il est évidemment revenu sur la mesure phare –et symbolique– du programme présidentiel: 12 élèves par
classe en CP et CE1 en éducation
prioritaire: «On dédouble deux fois
plus de classes cette année. A cette
rentrée, 190000 élèves seront concernés par cette mesure de justice sociale, la plus importante que je connaisse.» Politiquement, c’est aussi
un atout en or, permettant de clouer
le bec à ceux l’accusant de mener
une politique de droite. «C’est la
seule chose qui va dans le bon sens,
dit froidement Francette Popineau,
du principal syndicat du primaire
(Snuipp-FSU). On voit aujourd’hui
que la réforme s’essouffle faute de
moyens suffisants et surtout, les dédoublements de CP et CE1 ne suffisent pas à camoufler ce qu’il est en
train de faire à côté.» Soucieuse des
projets en cours, elle a le verbe
acéré: «Jean-Michel Blanquer opère
une transformation profonde de
l’école, un changement de paradigme.» Stéphane Crochet, de SEUnsa n’est guère plus tendre: «Il a
une vision très arrêtée de l’école, il
l’assèche. A la fois conservateur sur
la forme et libéral sur le fond.» Pour
les représentants syndicaux, le ministre avance sur plusieurs tableaux:
il annonce des mesures qui plaisent
aux Français (la dictée quotidienne,
l’interdiction du portable…) et «en
même temps» pose des briques pour
modifier en profondeur le système
éducatif. Comme des morceaux de
puzzle qui, mis bout à bout, dessineraient une école d’inspiration libérale. La pièce maîtresse serait ces
évaluations nationales, instaurées
à tous les étages.
Quel est l’objectif affiché?
Le ministre de l’Education a décidé
de multiplier les évaluations nationales, ces tests identiques permettant de mesurer le niveau de tous les
élèves à un instant T. «Il doit y avoir
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le mercredi 29 août.
une montée en puissance des évaluations, ce n’est pas pour le plaisir
d’évaluer mais parce que c’est un
levier de progrès incontestable», a
défendu Blanquer mercredi. «Cela
permettra de donner des outils aux
enseignants pour adapter leur pédagogie au plus près des besoins des élèves, pour mieux agir en leur faveur»
et arrêter ainsi de «toujours pousser
la neige plus loin». Il avait déjà enclenché son projet l’année dernière
avec des évaluations à l’entrée du CP
et de la 6e. Vitesse supérieure à cette
rentrée: il y aura une deuxième évaluation en cours de CP (janvier ou février), ainsi qu’en début de CE1 et en
seconde. Lors de la conférence de
presse, le ministre a laissé entendre
qu’il n’était pas exclu d’en intercaler
d’autres dans le futur.
Est ce vraiment
une nouveauté ?
Non. Notre pays est même l’un des
pionniers en la matière, même si
jusqu’ici, l’utilisa- Suite page 4
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«
sont moins à blâmer et, si la performance
n’est pas satisfaisante, on change l’instance
de contrôle de l’établissement.
Avec presque trente ans de recul, quel est
le bilan de ces réformes en Angleterre ?
Vous pouvez facilement améliorer les résultats des évaluations, mais cela ne signifie pas
nécessairement une amélioration de fond
de l’éducation. On a constaté que la majeure
partie du temps d’enseignement est employée
à préparer les élèves aux évaluations. Beaucoup de matières ne sont plus enseignées,
notamment dans les sciences humaines, ou
sont négligées, comme les langues étrangères, la musique, l’art, le sport. On constate
ces dernières années un déclin prononcé
dans ces activités, c’est une forme consciente
de sacrifice, pour améliorer les résultats. La
question se pose de savoir ce qu’on attend
vraiment de l’éducation, ce qu’elle représente
pour une société. Qu’en est-il de l’apprentissage de la coopération, de l’entraide, des
expériences variées, de la capacité à bien
s’exprimer, à penser créativement ?
Vous voulez dire que le niveau d’éducation augmente mais pas forcément
son contenu ?
Vous pouvez améliorer les performances
d’enfants qui sont dans une situation plus facile pour réussir (grâce à leur position sociale,
les revenus de leurs parents, leur entourage),
c’est plus compliqué pour d’autres, moins privilégiés. Le souci, c’est que certaines écoles,
pour améliorer leur performance globale,
cherchent à recruter des enfants qui réussiront plus facilement. Le choix des élèves inscrits dépend de chaque établissement, avec
des règles diverses selon les écoles. La multiplication des évaluations peut ainsi aggraver
la ségrégation sociale. Les élèves dont l’inscription est rejetée, un nombre très élevé, se
retrouvent sous la responsabilité des autorités
locales qui n’ont souvent pas les moyens
ou ne font pas une priorité de la scolarisation
de ces enfants. Tout cela fait fuir les enseignants. Depuis dix à quinze ans, ils restent en
moyenne cinq ans en poste avant de quitter
l’enseignement. Stressés, constamment bombardés par des demandes de performances
accrues, ils finissent par jeter l’éponge. Ils
ont le sentiment que leur expertise professionnelle ne se réduit plus qu’à cela, évaluer,
ce qu’ils ne trouvent ni enrichissant, ni stimulant, tant pour eux que pour leurs élèves.
Cette situation a un impact sur les inégalités,
puisque les enseignants qui restent vont avoir
tendance à rechercher des postes où l’enseignement est plus facile. Chaque établissement a le contrôle de son propre recrutement.
tephen Ball est professeur en sociologie D’où une distribution des enseignants très
de l’éducation à l’UCL (University Col- inégale.
lege London). Il est l’un des meilleurs Alors l’impact de ce système fondé sur la
spécialistes britanniques en matière de poli- performance est plutôt négatif ?
tiques éducatives.
Oui, si vous prenez en compte le niveau de
Quand l’Angleterre a-t-elle fait le choix stress des enseignants et des élèves et ses cond’un système éducatif fondé sur de multi- séquences, si vous estimez que l’éducation
ples évaluations ?
concerne aussi un large éventail d’outils soLa France arrive un peu tardivement sur ce ciaux qui sont sacrifiés sur l’autel des perforsujet. En Angleterre, ça a commencé au début mances. Barack Obama a lui-même récemdes années 90. Ça s’est ensuite
ment reconnu qu’il pensait que
développé par étapes. Il y a eu la
cette politique du tout-évaluation
publication des résultats, puis
avait été mal conçue. Ici, en Anl’instauration d’échelles d’excelgleterre, la directrice des inspeclence pour les écoles. Si le niteurs de l’Education a déclaré
veau attendu n’est pas atteint,
qu’il y avait trop d’évaluations et
ou ne s’améliore pas d’une anque ces pratiques n’étaient
née sur l’autre, la porte est
pas forcément positives.
ouverte à une «intervention»
Aujourd’hui, on a même mis en
de l’Etat, qui peut décider de
INTERVIEW place un système d’évaluation
transférer la gestion de
pour les enfants préscolarisés,
l’établissement à une autre instance. Pour donc vers 3 ans! Si j’avais un seul conseil à donles politiciens, c’est vite devenu un outil ner, ce serait de regarder avec attention les efpolitique parfait, avec la possibilité de modi- fets secondaires et externes de ce modèle.
fier l’échelle d’excellence à loisir. Les écoles
Recueilli par
deviennent ainsi les seules responsables
SONIA DELESALLE-STOLPER
de leurs performances, les gouvernements
Correspondante à Londres
En Angleterre, S
«la majeure
partie du
temps sert
à préparer
les élèves aux
évaluations»
Généraliser les évaluations a politisé
la gestion des établissements et
aggravé les inégalités outre-Manche,
prévient Stephen Ball, spécialiste
de l’éducation.
UCL
Libération Lundi 3 Septembre 2018
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4 u
ÉVÉNEMENT
tion qui en a
été faite a toujours été limitée. Les
évaluations avaient ressurgi dans le
débat public en 2008-2009, quand
le ministre de l’époque, Xavier Darcos, suivi par Luc Chatel, avait
voulu évaluer les élèves en cours
d’année de CE1 et de CM2. Vent
de tempête, les enseignants dénonçaient notamment le calendrier: les
évaluations étaient programmées
en cours d’année, en janvier et en
mai. «Selon le moment où on les
passe, ces tests n’ont pas du tout le
même sens, explique Yves Dutercq,
professeur en sciences de l’éducation à l’université de Nantes. En début d’année scolaire, ils permettent
de repérer les élèves en difficulté, les
enseignants peuvent se les approprier. Mais en cours d’année, quel est
l’objectif ? Si c’est pour évaluer la
performance du système scolaire,
il n’y a pas besoin de faire passer les
tests à l’ensemble des élèves, un
échantillon suffit.» Est-ce alors pour
évaluer les performances des enseignants? En 2009, des profs étaient
entrés en résistance (les «désobéisseurs»), refusant de faire passer les
tests dans leurs classes. Darcos avait
cédé sa place à Chatel qui avait
poursuivi le projet, avant de lâcher.
Pour Yves Dutercq, la politique
que mène aujourd’hui Jean-Michel
Blanquer (il était patron de la
Dgesco, l’administration centrale de
l’Education nationale, sous Chatel)
trouve ses germes à ce moment-là:
«Quand on regarde en arrière, il n’y
a rien d’étonnant à ce qui est en
train de se passer. La bascule s’opère
aujourd’hui car la société est mûre.
C’est un changement profond, on
entre dans une politique éducative
de performance et de résultat.»
Suite de la page 3
Que montrent les exemples étrangers ?
Yves Dutercq a étudié à la loupe les
systèmes éducatifs libéraux, où évaluations et résultats ne sont pas un
gros mot. Une caractéristique commune ressort: «Ce sont des sociétés
où le métier de professeur ne revêt
pas une haute considération dans la
société.» Pour le sociologue Pierre
Merle, auteur des Pratiques d’évaluation scolaire (PUF), «le modèle
que veut Jean-Michel Blanquer a
montré ses limites à l’étranger», notamment en Angleterre (lire ci-contre) et aux Etats-Unis. Il énumère
«les effets pervers», notamment ces
professeurs qui en viennent à enseigner… en fonction des tests. Par
ricochet, explique-t-il, le champ des
Ces évaluations
prennent une autre
résonance quand
on les rapproche
des réformes dans
les tuyaux.
A commencer
par cette prime au
mérite, sortie du
sac juste avant les
vacances d’été.
Libération Lundi 3 Septembre 2018
apprentissages se réduit car «construire des tests solides n’est pas simple techniquement. Ce n’est pas possible pour toutes les matières».
Autre dérive, étayée par la recherche scientifique: le stress engendré
par ces évaluations à répétition.
Que ce soit pour le corps enseignant
qui se sait évalué, mais aussi les parents et les enfants. Interrogé lors
de la conférence de presse, Blanquer a balayé d’un revers cette accusation, reprochant aux commentateurs (à commencer par les
journalistes) d’attiser encore une
fois des inquiétudes sans fondement: «On doit aborder ces évaluations de façon décontractée. L’un de
mes devoirs de cette rentrée est d’enlever ce venin de l’angoisse derrière
les évaluations. N’essayons pas de
créer des peurs, elles ne sont pas anxiogènes mais rassurantes au contraire.» Pierre Merle, agacé : «Evidemment qu’une évaluation est
stressante ! Dire le contraire, c’est
ignorer toutes les recherches en la
matière. Le ministre n’est-il pas sensible à sa cote de popularité ?»
Pourquoi les syndicats
s’inquiètent-ils tant ?
Le ministre répète que ces outils
d’évaluation servent sa politique de
lutte contre l’échec scolaire et les
inégalités sociales. «C’est bien en
soutien aux enseignants que nous les
mettons en place», dit-il. Mais pour
Claire Krepper, du Snes (syndicat
majoritaire du secondaire), le discours est ambigu : «Au début, ces
évaluations nous ont en effet été présentées comme une aide. Puis cet été,
on a entendu le Premier ministre en
parler comme d’un outil d’évaluation des politiques publiques. Cela
change tout!» Surtout, dit-elle, ces
évaluations prennent une autre résonance quand on les rapproche
des réformes dans les tuyaux. A
commencer par cette prime au
mérite, sortie du sac juste avant
les grandes vacances d’été. Début
juillet, le ministre a annoncé vouloir
conditionner une partie de la prime
versée aux profs de l’éducation prioritaire «aux progrès des élèves et à
l’accomplissement du projet d’école
et d’établissement qui y contribue».
Stéphane Crochet, de SE-Unsa, lit
entre les lignes: «Cette mesure n’estelle pas un ballon d’essai pour l’étendre à toute la profession?» Autre annonce qui fait frémir les syndicats:
la création d’une «instance nationale de l’évaluation» au premier trimestre 2019 alors qu’il existe déjà la
Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp)
et le Conseil national d’évaluation
du système scolaire (Cnesco). Le
1er août, un communiqué de presse
du Premier ministre a précisé le rôle
de cette instance nationale de l’évaluation: «Assurer une évaluation régulière et transparente des établissements scolaires.» En se basant sur
ces évaluations que les élèves s’apprêtent à passer ? Si elles venaient
à être rendues publiques à la façon
des indicateurs des lycées, elles
vont exacerber la concurrence entre
établissements dès le primaire.
Et donc encourager les tentatives
des parents pour éviter les écoles
les moins bien notées. •
Prérentrée des profs au collège Erasme à Strasbourg, vendredi. PHOTO PASCAL BASTIEN
Intervention sur la laïcité lors de la prérentrée au collège Erasme, à Strasbourg, vendredi. PHOTO PASCAL
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
A Strasbourg, «c’est un retour en arrière»
Au collège Erasme, lors de la
prérentrée, les profs ont dit
leur crainte d’une priorité
donnée à la compétition.
dossiers d’élèves en difficulté. Parler de Blanquer, c’est l’assurance de casser l’ambiance.
Las, ils ont suivi de loin ce que leur ministre
leur a concocté cet été, et en ont surtout retenu
un mot: évaluation. Evaluation des 6e, évaluation des établissements et sans doute évaluambiance studieuse dans la salle poly- tion des profs puisque leur prime pourrait être
valente du collège Erasme en ce jour conditionnée aux objectifs. Dans la file d’atde prérentrée. Les profs prennent des tente qui mène au barbecue, un prof en Segpa
notes. L’exposé ne porte pas sur
(sections d’enseignement général et profesles nouveautés de la rensionnel adapté) s’indigne: «On n’est
trée, les réformes, annonpas là pour faire du chiffre mais
ALLEMAGNE
ces et envies de Jean-Mipour faire en sorte que les élèchel Blanquer. Ici, cela
ves se sentent bien dans la
semble secondaire. Quelsociété, qu’ils s’intègrent faBASques-uns ont jeté un œil à
cilement, s’épanouissent.»
MOSELLE
RHIN
leur boîte mail acadéAutour d’une table instalmique et viennent de délée dehors, un groupe
MEURTHEcouvrir qu’il y avait des
imagine l’objectif du gouET-MOSELLE
Strasbourg
«ajustements» dans les
vernement : «Mettre en
programmes. «C’est tellechiffre le fait que nos élèves
VOSGES
ment logique de les avoir à la
sont en difficulté et que nous,
HAUTRHIN
dernière minute», ironisent-ils.
bien
sûr, on ne fait rien.» Ils re10 km
prochent à Blanquer de «préférer
Barbecue. Ce matin-là, il est question
la compétition au vivre-ensemble, alors
d’un sujet au cœur du quotidien des ensei- qu’ici on a 63 nationalités différentes».
gnants de cet établissement de REP+: la laï- Au buffet salades et gâteaux maison, un procité. Que faire si un parent refuse de serrer la fesseur dit regretter Najat Vallaud-Belkacem.
main à une personne du sexe opposé? Est-on «Avec elle, l’élève était au centre, en action,
dans le respect de la croyance ou est-ce une quand Blanquer met les gens dans des cases.
entorse à la laïcité ? Jusqu’où tolère-t-on le C’est un retour en arrière, à un savoir encyclobandeau et quel bandeau? Et ceux qui ne veu- pédique, à des valeurs raides avec un supplélent pas chanter la Marseillaise? Une épaisse ment en français, en maths et de la morale.»
fumée blanche envahit le hall. Flambée dans A ses côtés, Sarah, jeune prof de français a rela cour: c’est l’allumage du barbecue. Les col- marqué «ces ambitions nouvelles»dès le brevet
lègues des écoles primaires du quartier de en juin. Et elle s’est sentie «trahie», elle qui
Hautepierre ont été invités. Ici, on travaille en- avait suivi les programmes, fait travailler ses
semble, on se rejoint sur des projets, sur des élèves sur «l’argumentation, la création, le
A
développement des idées», mais ils ont finalement dû plancher sur un sujet de réflexion
qu’elle juge «élitiste»: «Que vous procure la lecture?» rapporte-t-elle. «Remettre à l’honneur
la littérature et la belle langue, avec des points
de grammaire poussés. C’était vraiment orienté
et injuste socialement», se désole-t-elle. Blanquer veut, selon elle, «remettre les élèves français dans la course» mais il enrobe avec des
«termes modernes des idées conservatrices».
«Sérail». Le principal, Philippe Rivieyran,
se révèle plus enthousiaste. Il a rencontré le
ministre la veille, «un homme du sérail, qui
sait de quoi il parle», juge-t-il. En déplacement à Strasbourg, Jean-Michel Blanquer
s’est adressé aux personnels de direction, les
a appelés des «directeurs pédagogiques». Ce
qui a beaucoup plu à Philippe Rivieyran. «On
fixe ensemble, avec l’inspection et les enseignants, la politique pédagogique de l’établissement, ce qu’on veut pour les élèves», a-t-il compris. Si l’autonomie le séduit, jusqu’au
recrutement ciblé de profs sur profil, comme
cela se fait déjà de manière informelle pour
les contractuels, il s’inquiète en revanche
des critères d’une éventuelle évaluation des
établissements indexée sur la réussite des
élèves. «Quid de ces gamins à la rue, des migrants, des jeunes perdus dans la cité et qui
n’ont aucun code, mais qu’on garde, qu’on
maintient dans le système, qu’on resocialise
parce qu’on se démerde pour qu’ils ne décrochent pas ?» interroge-t-il, considérant que
«former un citoyen, ce n’est pas forcément
avoir le brevet ou une orientation».
NOÉMIE ROUSSEAU
Correspondante à Strasbourg
A Dreux, les CP dédoublés bien accueillis
A
BASTIEN
quelques encablures de la
gare de Dreux (Eure-etLoir), l’école élémentaire
Michelet se dresse au milieu des
tours du quartier Kennedy. Vendredi, jour de prérentrée, le directeur de l’établissement, Gérard
Gobert, liste les travaux réalisés
cet été et annonce les dates des
premières évaluations des CP et
CE1 : du 17 au 28 septembre.
Cette année, les enseignants sont
plus nombreux du fait des dédoublements de classes. Cet établissement de 259 élèves dans
l’académie d’Orléans-Tours,
placé en REP + par le ministère,
dispose depuis la rentrée 2017 de
quatre classes de CP dédoublées.
Les professeurs focalisent désormais leur attention sur une douzaine d’enfants. «Les progrès sont
multiples, tant au niveau de l’organisation du travail qu’au niveau des connaissances des élèves.
Nous avons constaté la différence
avec l’année passée, durant laquelle de gros retards d’apprentissage s’accumulaient», explique
Léa Van Der Linde, en charge de entre les établissements scolaires
l’une de ces classes. «Les élèves et le ministère, elle sourit. «On
sont plus calmes, ils rentrent bien m’a souvent demandé si j’enviais
plus facilement dans une logique mes collègues d’avoir des classes à
d’apprentissage. Cela permet effectifs réduits. Pas tant que ça,
aussi aux plus discrets de prendre en fait quand on sait que le minisconfiance en eux», note Anne-So- tère appelle ces classes
lène Fau, professeur d’une classe “100 % réussite”, ça fout directede CP. Difficile de ne pas se ré- ment une sorte de pression. On se
jouir d’une mesure réclamée par sent scruté.»
le corps enseignant depuis des Partout en France, les évaluaannées. Pour la réussite des élè- tions des élèves de CP et CE1 en
ves, ceux de MiREP se dérouleront sur
chelet
se
tablette numérique
EURE
disent même
pour suivre l’effiYVELINES
prêts à encaiscacité du disser la pression
positif en
psychologitemps réel,
Dreux
que liée au
indique Gédédoublerard Gobert.
Chartres
ORNE
ment : «On
«Nous enressent une
trons dans
EUREET-LOIR
sorte de stress
une forme de
au quotidien de
culture du réLOIRET
devoir prouver que
sultat
qu’on
10 km
ce dispositif est le
trouve déjà dans les
bon», confie Stéphane
pays anglo-saxons», relève
Cherreau, enseignant en CP. Le Nathalie Grenier.
ministère de l’Education a en ef- Vendredi, durant le briefing, le
fet annoncé qu’il s’en assurerait. nom de Jean-Michel Blanquer
n’est évoqué à aucun moment.
«Scruté». Dans sa salle de Les professeurs ne semblent pas
classe du deuxième étage, Natha- percevoir le ministre différemlie Grenier, chargée d’une classe ment de ses prédécesseurs. Si les
de CM1-CM2, trie les pots de enseignants de l’école Michelet
peinture. Quand on lui apprend assurent comprendre l’intérêt
que d’éventuels objectifs d’ap- des évaluations, ils regrettent de
prentissage seraient bientôt fixés ne pas avoir eu de retour du miESSONNE
La mesure aide les
élèves, se félicitent
les enseignants, dont
certains évoquent
toutefois une pression
particulière.
nistère l’an dernier. «C’est bien
beau de faire passer les évaluations aux élèves, mais encore faudrait-il que l’on sache de quelle
marge de progression nous disposons», estime Léa Van der Linde.
Demi-teinte. Stéphane Cherreau assure qu’il «s’imposai(t)
déjà ces objectifs à (lui)-même» et
«ne voi(t) donc pas le problème à
les inscrire dans le marbre». Des
primes ou des mutations facilitées figurent parmi les avantages
séduisants promis aux enseignants dont l’efficacité aura été
attestée. Blanquer s’est donné
pour mission de leur garantir davantage de «bonheur au travail».
A Michelet, la nouvelle est reçue
en demi-teinte. Si une meilleure
indemnisation pour les REP permettrait, selon les enseignants,
«d’inciter les professeurs à rester
dans ces secteurs», faciliter les
mutations devrait au contraire
«accroître le turnover dont les
élèves pâtissent». Ni opposés
au changement, ni en faveur
de réformes faites à la va-vite,
les professeurs de l’école Michelet se permettent un petit rappel:
«Il faut donner du temps au
temps. La temporalité du monde
éducatif ne sera jamais la même
qu’en politique.»
ARTHUR LE DENN
Envoyé spécial à Dreux
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
Libération Lundi 3 Septembre 2018
Chorale dans une école
primaire de Sète, en février.
PHOTO GUILLAUME BONNEFONT. IP3
Blanquer et Nyssen à l’unisson sur les chorales
Les deux ministres appuient et
cofinancent le développement
du chant. Une intention saluée
par les professeurs de
musique, qui déplorent
toutefois un certain dirigisme.
D
ès la rentrée, l’Education nationale et
le ministère de la Culture se donnent
les moyens de faire chanter les élèves,
de l’école primaire au lycée, y compris dans
les lycées techniques dépourvus d’un enseignement artistique et culturel. Et Françoise
Nyssen est là pour le prouver, ce lundi au
collège Pierre-Brossolette de Bondy en SeineSaint-Denis, où elle assistera à un concert
de 17 élèves maîtrisiens – faisant partie
d’une chorale – issus d’un partenariat entre
Radio France, la ville de Bondy et le ministère
de la Culture. Les chorales, en effet, sont
au cœur d’un nouveau plan dont l’objectif
est d’atteindre rapidement 1 million d’élèves
pratiquant le chant.
MICKEY 3D ET ZAZIE
Deux heures d’enseignement facultatif seront
ainsi proposées dès la rentrée 2018. La mission, à terme, est de doter chaque école d’une
chorale pour la rentrée 2019 et de développer
des partenariats avec les structures culturelles
locales ou encore, d’«animer la vie de l’établissement et les territoires qui l’entourent».
Annoncé en décembre 2017, le plan chorale
s’élève à 20 millions d’euros : 17 millions du
côté de l’Education nationale et 3 millions de
celui du ministère de la Culture pour, entre
autres, développer les cours et former des
chefs de chœur. En avril, Matthieu Lahaye,
conseiller au cabinet de Jean-Michel Blanquer, rappelait à Libération que «le chant choral est une tradition à l’école primaire et au
collège mais que son enseignement avait été
fragilisé il y a quatre ans car les professeurs
n’avaient plus de volume horaire suffisant».
La chorale ne pourra peut-être pas accueillir
tout le monde : «On privilégie ceux qui n’ont
pas accès au conservatoire. L’accès est variable
en fonction des professeurs de musique mais
on peut très bien avoir une chorale à 60 personnes», avance le conseiller, qui confirme
que ces deux heures sont toutefois dans la
marge du directeur d’établissement et que
chaque école, collège ou lycée ne sera pas assuré d’avoir sa chorale à la rentrée. Rémi
Massé, professeur de musique dans un regroupement de collèges en Dordogne : «On
doit forcer parfois pour que les élèves aient des
heures de chorale. Quand le chef d’établissement est favorable à l’art c’est merveilleux,
mais j’ai des collègues qui doivent se battre,
c’est difficile d’avoir une forme de reconnaissance et ça peut heurter quelques initiatives.»
Marie Lisiecki donne le la depuis trentedeux ans dans des chorales. Elle enseigne à
des collégiens dans un établissement rural du
Pas-de-Calais en faisant intervenir un guitariste professionnel rémunéré avec le Fonds
social européen du collège et des ventes de
chocolat. Cette année, leur spectacle était dé-
dié à l’environnement, avec des voix harmonisant sur des titres comme Respire de Mickey 3D et Je suis un homme de Zazie, mais elle
avait dû cesser les rencontres chorales interétablissements faute de budget. L’année dernière, ses élèves ont toutefois participé à Prodiges, télé crochet de France 2. «La chorale
génère un effet de troupe chez les enfants, ils
se mélangent de la 6e à la 3e et des liens se
créent. Des enfants en échec scolaire ont un talent caché qu’on découvre. J’ai fait des établissements en ZEP, ça permet d’apaiser certains
élèves et de les mettre en valeur», défend-elle.
MARSEILLAISE ET HYMNE À LA JOIE
Matthieu Lahaye explique pour sa part que
«la France a une tradition musicale avec des
professeurs qui font un travail remarquable
mais la société française porte moins d’intérêt
à la musique que la société allemande par
exemple, ou certains pays du Nord et l’Angleterre. Le scepticisme français est légendaire
mais la chorale change la vie de beaucoup
d’élèves, c’est un moment intense, qui offre la
possibilité de prendre conscience de son
corps». L’Apému (Association des professeurs
d’éducation musicale) s’est engagée pour ces
mêmes raisons depuis longtemps dans la pérennisation de la pratique de la chorale. Sa
présidente, Anne-Claire Scebalt, avance
qu’elle «permet d’accéder à la scène sans notions techniques particulières». Au printemps,
elle accueillait favorablement ce plan. «C’est
la pierre qui manquait dans notre travail car
les enseignants savent monter ces chorales
mais il leur manquait un cadre statutaire. Le
plan choral doit se mettre en œuvre pour la
rentrée 2018 mais il est arrivé tard et beaucoup de chefs d’établissement ne l’ont pas pris
en compte», nuance-t-elle.
La mention d’un répertoire imposé a terni
la nouvelle : «les chorales ont pour mission
de tisser des liens avec les partenaires culturels locaux et plus les directives sont précises,
plus c’est difficile», s’inquiète-t-elle. Le programme de chorale paru au Bulletin officiel
de l’Education nationale le 26 juillet confirme les interrogations des professeurs
depuis l’annonce du plan, en réclamant en
complément du projet annuel des «œuvres
témoignant des valeurs et principes fondant
la citoyenneté républicaine et européenne
(par exemple : la Marseillaise, l’Hymne à la
joie, le Chant des partisans, etc.), ou encore
évoquant des moments fondateurs de notre
Histoire». Le SNES-FSU encourage déjà
sur son site les enseignants à «exercer leur
liberté pédagogique concernant le choix du
répertoire» et évoque une «focalisation ministérielle sur l’apprentissage de la Marseillaise
et des valeurs de la République». Selon Rémi
Massé, avec un programme imposé, «cela
rend un peu difficile de faire passer l’enseignement artistique à la majorité des gens.
L’art n’est pas comme un enseignement qu’il
faut posséder. Chaque personne du collège
qui le désire peut aller à la chorale et elle a
en revanche des valeurs de fraternité et de
recherche de commun».
CHARLINE LECARPENTIER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 3 Septembre 2018
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ÉDITOS/
Face aux sponsors, un
«dress code» nécessaire
Par GRÉGORY SCHNEIDER
Journaliste au service Sports
Le président de la Fédération
française de tennis, Bernard Bernard Giudicelli, et le directeur du
tournoi de Roland-Garros, Guy
Forget, ont mangé chaud, le pre-
mier pour avoir dit que la combinaison intégrale adoptée par Serena Williams Porte d’Auteuil «ne
sera plus acceptée» et le second
pour avoir plaidé pour l’adoption
d’un dress code lors du tournoi
dont il a la responsabilité. Et s’ils
ont mangé chaud, c’est au nom de
Les loyers, un sujet
trop sérieux pour
être laissé aux lobbys
Par TONINO SERAFINI
Chef adjoint du service France
Comme certaines écoles de communes rurales, la
capitale perd des élèves dans l’enseignement primaire:
3 000 enfants en moins lors de cette seule rentrée,
et 19000 en moins pour la période 2010-2020, anticipe
le recteur de l’Académie de Paris. Mais à la différence
de nombreuses collectivités d’Auvergne, du Limousin
ou de Bourgogne, la capitale ne se situe pas dans
un territoire à la démographie déclinante. La
population d’Ile-de-France ne cesse en effet d’augmenter : 11 millions d’habitants en 2000 et 12,2 millions
en 2018.
Mais la hausse incessante des loyers chasse du centre
de la région, c’est-à-dire de Paris, les familles qui ne parviennent plus à suivre cette inflation immobilière.
Le moindre appartement familial comportant deux
chambres se loue entre 1 800 et 2 500 euros. Et pour
un logement avec trois chambres, il faut compter
de 2500 à 3500 euros selon les quartiers. Dès lors, pas
étonnant que des ménages avec des enfants jettent
l’éponge et choisissent d’aller habiter en banlieue, pour
trouver à se loger à des prix plus accessibles et éviter
que le poste habitat ne vampirise jusqu’à la moitié du
revenu de la famille.
Conscient de la dérive des loyers à Paris et dans
d’autres capitales régionales, le gouvernement de
Jean-Marc Ayrault avait fait adopter en 2014 la loi Alur,
prévoyant la mise en place d’un encadrement des
loyers et dont l’objectif n’était pas de bloquer les tarifs
des locations, mais de limiter les abus les plus flagrants pour éviter que d’excès en excès la dérive ne devienne la norme. Mais les lobbys de l’immobilier, qui
ont intérêt aux loyers chers, se sont déchaînés contre
ce texte défendu par la ministre du Logement de l’époque, Cécile Duflot. Jamais un texte n’a été autant caricaturé, à coups de présentations fallacieuses et de sondages biaisés.
Mis en œuvre à Paris et Lille, l’encadrement a finalement été invalidé par la justice administrative saisie par
l’Unpi (une association de propriétaires) ainsi que par
la Fnaim et l’Unis (deux syndicats professionnels). Depuis, les loyers connaissent une nouvelle flambée dans
la capitale. Dans le projet de loi Elan, l’encadrement a
de surcroît été revu à la baisse, sous la pression des milieux de l’immobilier. Mais les écoles qui se dépeuplent
à Paris révèlent que la politique du logement est une
affaire trop sérieuse pour être à la remorque des désirs
des lobbys de l’immobilier, qui défendent leurs intérêts
bien compris au détriment de l’intérêt général. •
la liberté de l’athlète de se vêtir
comme il l’entend. Faux: c’est de
celle de son sponsor qu’il s’agit
–même si les tenues sont validées
par le joueur–, c’est-à-dire des
marques, gouvernées par une logique industrielle. Qui s’entend
certes, mais qu’il ne faut pas confondre avec la liberté d’expression. Giudicelli et Forget sont
dans leur rôle: sanctuariser leur
sport (Giudicelli est élu par le
monde du tennis) et leur tournoi,
Wimbledon faisant l’admiration
des joueurs et des fans avec le
dress code le plus strict qui soit (du
blanc, rien que du blanc) alors que
le tennis en particulier et le sport
en général devenaient l’objet de
toutes les prédations, économique, politique, etc. La tenue de
Williams se défendait: elle permettait une contention sanguine
alors que la joueuse, toute fraîche
maman, est sujette à des problèmes de caillots de sang. Reste que
quand un sponsor décidera de
faire le buzz en mettant une
plume dans les fesses d’un joueur,
il faudra bien mettre le stop.
Un sport a failli en mourir: entre
leur apparition à la fin des années 90 et leur interdiction
en 2010, les combinaisons intégrales en polyuréthane des équipementiers ont détraqué la natation, deuxième sport olympique,
faussant les palmarès et ridiculisant la compétition. Le tennis n’en
est pas là. Mais une logique industrielle et une logique sportive
n’ont nulle raison de coïncider. •
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MONDE
Libération Lundi 3 Septembre 2018
ANTISÉMITISME
«Corbyn doit reconnaître
qu’il a un problème»
Les représentants juifs du Labour se sont réunis dimanche
alors que le Parti travailliste est ébranlé par les accusations
d’antisémitisme envers son leader. Beaucoup fustigent
un manque de clarté de la direction et une «ambiance délétère».
Par SONIA
DELESALLE-STOLPER
Correspondante à Londres
L
e revenant est déchaîné. Gordon Brown arpente la scène,
sans notes, sous les yeux ravis
du public. Les ovations se succèdent. «Vous n’êtes pas seuls», répète
l’ancien Premier ministre travailliste, sorti dimanche de sa réserve pour condamner «les actes antisémites qui se sont multipliés ces
deux dernières années» au sein du
Labour mais aussi du pays. «L’âme
du parti est en jeu», plaide-t-il devant le congrès annuel du Mouvement ouvrier juif, dans le quartier
de Finchley dans le nord de Londres
et sous les yeux de la députée Luciana Berger. Juive, la femme de
37 ans est la cible sur les réseaux sociaux d’une campagne haineuse
menée par des membres du Labour.
«C’est incessant, j’ai bloqué les notifications de mon fil Twitter tellement c’est violent», confie à Libé
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
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Jeremy Corbyn dans une
fabrique de bus à Falkirk,
le 20 août. PHOTO EUAN
CHERRY. WUENN. SIPA
Les gauches britannique
et israélienne irréconciliables
Le Parti travailliste israélien,
de concert avec Benyamin
Nétanyahou, a condamné
les positions antisionistes de
Jeremy Corbyn. Une décision
diplomatique risquée.
O
ù s’arrête la critique légitime de la politique israélienne, où commence la diatribe
antisémite ? Est-ce que l’antisionisme
(notion à géométrie variable: opposition à l’instauration d’un «apartheid» selon certains ou conviction que l’Etat hébreu est une construction coloniale qui doit disparaître pour d’autres) est une
position politique audible ou une forme mutante
d’antisémitisme ? Ces questions, au cœur de
l’affaire Corbyn, minent le Labour, qui se déchire
sur la définition de l’antisémitisme (lire ci-contre). Et plus précisément une clause qui considère
que toute critique «disproportionnée» tendant
à «délégitimer» l’existence de l’Etat hébreu s’y
apparente.
Nervosité. Pour les supporteurs de Jeremy Corbyn, cela revient à censurer la critique d’Israël. Le
problème étant que le leader travailliste, durant
ses décennies d’activisme pro-palestiniens, n’a
pas hésité à frayer avec des révisionnistes patentés, des antisémites décomplexés et même des
militants du Hamas condamnés pour terrorisme.
En revanche, sa position sur la résolution du conflit a toujours été floue. Il n’a reconnu qu’en 2016
«le droit d’Israël d’exister, selon les frontières originelles de l’accord de 1948» (référence au plan de
partage de l’ONU refusé par les pays arabes).
La défense de Corbyn par ses ouailles est sommaire: le socialiste londonien a toujours été «du
bon côté de l’Histoire», porté par un anti-impérialisme chevillé au corps. Les accusations dont
l’élue de Liverpool, située à la droite
du parti et critique du dirigeant du
Labour, Jeremy Corbyn.
La députée Margaret Hodge, 73 ans,
est, elle aussi, victime depuis des
mois d’attaques antisémites. Début
juillet, l’élue de Barking avait perdu
son calme et accusé Corbyn d’être
«un antisémite». Comme Luciana
Berger, elle est venue témoigner de
son malaise. Jeremy Corbyn doit
«reconnaître qu’il a un problème et
que ce problème, c’est lui-même»,
dit-elle. Les débats auraient dû se
concentrer «sur le Brexit, comment
gagner les prochaines élections,
mais on ne peut pas avoir ces discussions parce que tout est noyé sous la
question de l’antisémitisme», souligne Stephanie Lloyd, directrice adjointe de Progress, un mouvement
modéré du Labour.
Le vent de panique est palpable. La
crainte d’un éclatement du parti est
réelle. La question de l’antisémitisme empoisonne le mouvement
depuis 2015 et l’arrivée de Corbyn à
sa tête, mais la situation a pris cet
été une ampleur sans précédent. Le
puissant John McDonnell, numéro 2
du parti, n’a pas caché dimanche
«son inquiétude». La démission vendredi de Frank Field, 76 ans, membre du Labour depuis une quarantaine d’années, a choqué. Le député
de Birkenhead a justifié son départ
par «l’antisémitisme qui agite le
parti» et une atmosphère «délétère».
«LA CAUSE CORBYN»
D’autres députés ont menacé de
quitter le Labour. «Il fut un temps où
on acceptait les opposants, ceux qui
votaient contre le gouvernement Labour», rappelle Keith Dibble, membre du syndicat Unite. Il pense à
Corbyn qui, alors simple député
d’extrême gauche, votait systématiquement contre le gouvernement
de Tony Blair. Aujourd’hui, tout
blairiste proche du centre gauche
ou critique de la ligne officielle est
qualifié d’«ennemi de la cause
Corbyn», dit-il. S’il «salue l’enthou-
il fait l’objet seraient orchestrées par les lobbys conspirationnistes est aux portes du pouvoir
pro-israéliens et l’aile «blairiste» du Labour, qui dans un pays très important diplomatiquement.»
auraient transformé la lutte contre l’antisémi- Au printemps, le Parti travailliste israélien avait
tisme en «chantage». Enième théorie du complot coupé tout lien avec le Labour.
où les sionistes tirent les ficelles, répondent un
nombre croissant de figures de gauche, mal à Intérêts. D’autres pointent un «deux poids,
l’aise avec cette rhétorique.
deux mesures», Nétanyahou ayant absous le
L’affaire a pris une tournure internationale mi- Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, malgré
août avec l’intrusion dans le débat du Premier mi- des positions accablantes, en échange de son
nistre israélien, Benyamin Nétanyahou, après les soutien sur la scène internationale. «Quitte à
révélations du Daily Mail. Le
schématiser sarcastiquement,
tabloïd anglais avait déterré
il y a aujourd’hui en Europe
des photos de Corbyn dépodes politiciens qui, soi-disant,
sant une gerbe en Tunisie
adorent les Juifs mais détesen 2014 à la mémoire de memtent Israël, et d’autres qui
bres du commando palestin’aiment pas les Juifs mais
nien Septembre noir, responchérissent Israël, opine Shany
sable de l’assassinat d’athlètes
Mor. Et utilisent une position
israéliens lors des JO de Mupour couvrir l’autre. Diplomanich en 1972. Face aux dénétiquement, il s’agit de peser les
gations vaseuses de Corbyn,
intérêts des communautés juiShany Mor ex-directeur au
«présent mais pas impliqué»,
ves locales et ceux d’Israël. Le
Conseil de sécurité israélien
Nétanyahou avait alors appelé
choix opéré par Nétanyahou
sur Twitter «la gauche, la
peut se comprendre mais n’est
droite, et tout ce qu’il y a entre les deux» à une pas viable à long terme.» Résumé brutalement par
«condamnation sans équivoque» de Corbyn pour l’éditorialiste israélo-britannique Anshell Pfeffer
avoir honoré les auteurs «du massacre de Munich dans le quotidien de gauche Haaretz: «Orbán est
et comparé Israël aux nazis». Corbyn avait répli- un antisémite malin. Corbyn en est un stupide.»
qué en évoquant la répression israélienne de la Dans le même journal, seul Gideon Levy, figure
«Marche du retour» à Gaza, qui a fait près de la gauche radicale et partisan d’un Etat binade 170 morts, ce printemps.
tional, s’est porté au secours de Corbyn: «Il fut un
L’intervention de Nétanyahou témoigne, selon temps où un antisémite était un homme qui détesl’ex-directeur de la politique étrangère au Conseil tait les Juifs. Aujourd’hui, un antisémite est un
de sécurité israélien Shany Mor, d’une nervosité homme que les Juifs détestent.» Dimanche, dans
israélienne grandissante face à la stature de une lettre envoyée au Guardian, la coalition des
Corbyn: «Depuis les années 70, il y a, aux marges partis arabes représentés au Parlement israélien
de la gauche, des opposants obsessionnels à Israël, a déclaré son soutien à Corbyn, à rebours du
qui dépassent la simple critique politique en consensus régnant à la Knesset.
diabolisant l’Etat hébreu comme un mal ultime.
GUILLAUME GENDRON
Sauf que là, cette idéologie aux accents
Correspondant à Tel-Aviv
siasme des nouveaux et jeunes membres, […] le Labour existait avant
2015 et il a fait à l’époque quelques
trucs pas mal, dont gagner des élections». Trois consécutives, entre 1997 et 2007.
Le Parti conservateur de Theresa
May se déchire et s’empêtre dans les
négociations du Brexit mais le Labour, sans politique claire sur ce
sujet, fait aussi du surplace. Mardi
aura lieu une réunion cruciale du
Comité exécutif national (NEC), l’organe exécutif du Labour. Il devra se
prononcer sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme telle que
définie par l’Alliance internationale
pour la mémoire de l’Holocauste
(IHRA). En juillet, le NEC avait refusé d’adopter l’ensemble des articles de cette définition, pourtant acceptée par 31 pays, en arguant que
certaines formulations assimilaient
la critique de la politique d’Israël à
de l’antisémitisme. «Totalement
faux», a insisté Gordon Brown en
appelant à l’adoption «unanime,
«Il y a aujourd’hui
des politiciens qui,
soi-disant, adorent
les Juifs mais
détestent Israël,
et vice versa.»
sans équivoque et immédiate» de
l’ensemble de la définition.
«SUPPLÉMENT D’ÉDUCATION»
Jusqu’à peu, Corbyn était critiqué
pour sa lenteur à réagir ou condamner les actes antisémites. Un enregistrement diffusé il y a quelques
jours datant de 2013 a changé cette
perception. Il y est entendu railler
les «sionistes britanniques qui ne
comprennent pas l’ironie anglaise»
et n’ont «aucun sens de l’histoire britannique». Pour beaucoup, dont
l’ancien chef rabbin Jonathan Sacks,
ces propos ont confirmé que Corbyn
n’était pas seulement un activiste
aveuglé par son soutien à la cause
palestinienne. D’autres, comme
Nick Griffin, ex-leader d’extrême
droite du Parti national britannique,
ou encore l’ancien responsable du
Ku Klux Klan David Duke, ont salué
Corbyn. Pas forcément des soutiens
qu’un dirigeant du Labour
recherche activement.
John Lansman, fondateur du mou-
vement d’activistes Momentum,
qui a porté Jeremy Corbyn à la tête
du Labour, s’est déplacé au congrès.
Devant une audience très hostile, il
a fortement condamné l’«antisémitisme qui n’a pas sa place au sein du
Labour». Avant d’appeler à l’adoption mardi de la définition de
l’IHRA. Mais il a aussi mis en garde
contre le risque de s’aliéner les nouveaux membres du Labour, «premier parti politique d’Europe» avec
un demi-million de membres «et les
milliers d’activistes de Momentum»,
qui «souvent n’ont pas d’expérience
politique antérieure et font les choses autrement». Plusieurs membres
de Momentum ont été accusés
d’intimidation et d’attaques antisémites. Devant l’assemblée, John
Lansman suggère qu’un supplément «d’éducation et de formation
est sans doute nécessaire». Dans l’assemblée, une jeune fille intervient:
«John, avez-vous suggéré à Jeremy
Corbyn de s’inscrire à un de ces
stages d’éducation ?» •
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MONDE
Libération Lundi 3 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Août dans la vie des femmes
Chaque mois, Libération.fr fait le point sur
les histoires qui ont fait l’actualité des femmes, de leur santé, leurs libertés et leurs droits. Ce mois-ci,
Tatiane Spitzner, l’avocate devenue symbole du féminicide au
Brésil ; le compte Instagram «T’as joui» ; Serena Williams
(photo) six fois moins rémunérée que le sportif le mieux payé ;
une radio pirate pour défendre les droits des femmes saoudiennes… PHOTO USA TODAY SPORTS
Au Chili, 700000 saumons se font la
malle, leur proprio sur le gril
Ces poissons
d’élevage traités
aux antibiotiques
et étrangers à la
faune locale se sont
échappés après
une tempête.
Associations et
marins s’inquiètent
des conséquences
environnementales.
Par
JUSTINE FONTAINE
Envoyée spéciale à Puerto
Montt (Chili)
D
evant le marché aux
poissons d’Angelmó,
principale attraction
touristique de l’agglomération de Puerto Montt, dans le
sud du Chili, les bateaux venus des îles voisines déchargent passagers et marchandises locales: des algues, de la
viande, et quelques caisses de
saumons. Gerardo Soto, le capitaine de l’un des bateaux,
fait chaque jour l’aller-retour
depuis l’île de Huar, à une
heure et demie de là. Il se souvient très bien, quand, début
juillet, au cœur d’une tempête, près de 690 000 saumons de l’Atlantique se sont
échappés d’un élevage de
l’entreprise norvégienne
Marine Harvest, juste à côté:
«C’était la folie, tout le monde
s’est mis à pêcher. Il y avait
une quantité impressionnante de saumons, on en
voyait jusque sur la plage.
Cette fièvre a duré une semaine environ, raconte-t-il en
préparant un café dans la cabine, pour mieux affronter
les 5 ° C affichés au thermomètre. Ensuite, les saumons
sont allés ailleurs, je ne sais
pas où. Maintenant on en voit
très peu.»
Otaries. Quelques virages
plus loin, une trentaine de
bateaux de pêche sont amarrés au port d’Anahuac. Au
bout du ponton, Juan Carlos
Paillacar s’apprête à partir en
mer. «On a été mandaté par
Marine Harvest», explique ce
petit pêcheur, qui raconte
Dans un élevage de Puerto Montt, en juin 2016. Le Chili est le deuxième producteur mondial de saumons. PHOTO ANTHONY ESPOSITO. REUTERS
pourquoi la multinationale prise n’avait remis la main
norvégienne, leader mondial que sur 5,7 % des fugueurs.
du saumon d’élevage, a cher- Difficile de savoir combien
ché à embaucher des bras sont encore dans la nature :
pour récupérer les fuyards. certains ont été mangés par
La veille, il n’a remonté que des otaries de Patagonie, ou
quatre saumons dans ses pêchés par des habitants de
filets. «On va voir si on peut la région, qui les ont revenen pêcher plus
dus à meilleur
L'HISTOIRE prix.
aujourd’hui
dans le golfe»,
Mais le temps
DU JOUR
lance-t-il en déest compté car la
marrant le moteur. D’habi- loi générale sur la pêche
tude, il pêche le merlu aus- et l’aquaculture l’impose: la
tral. Mais ce poisson se fait multinationale de la pisciculrare ces dernières années. ture a jusqu’à ce mardi pour
Alors ces saumons fugueurs rattraper au moins 10 % des
sont un complément de re- poissons. Faute de quoi la
venu appréciable.
justice se penchera sur les
Il ne sait pas ce qu’il pêchera dommages causés à l’écosysdans quelques mois ou quel- tème, fragilisé par des élevaques années : «En tant que ges intensifs de poissons
pêcheurs, ça nous porte préju- traités au florfenicol, antibiodice à plus long terme parce tique à usage vétérinaire,
que le saumon est un préda- contre-indiqué pour la conteur, il mange tous les petits sommation humaine. Marine
poissons.» Marine Harvest Harvest encourt jusoffre 7 000 pesos (envi- qu’à 7 millions de dollars
ron 9 euros) par poisson rap- d’amende, et la perte de sa
porté, mais fin juillet l’entre- concession.
Le Chili est le deuxième producteur mondial de saumon,
derrière la Norvège, avec
3,8 milliards de dollars de
bénéfices en 2016. L’«or rose»
est aussi la deuxième source
d’exportation du pays. L’industrie s’est développée à
partir des années 80, alors
que l’espèce n’existait pas
à l’état sauvage au Chili.
«Avant, il n’y avait aucun
saumon ici. C’est une espèce
exotique, et invasive», explique Liesbeth Van Der Meer,
directrice de l’ONG Oceana
au Chili. Certains s’échappent parfois des élevages,
mais très rarement en nombre aussi important. Les associations de défense de l’environnement craignent donc
que ce poisson étranger aux
eaux chiliennes ne déséquilibre l’écosystème local, en
décimant les espèces marines
plus petites.
«Les deux scénarios possibles
sont négatifs, s’inquiète Estefania Gonzalez, coordinatrice
océans pour Greenpeace
Chili. Soit les saumons meurent, et leurs cadavres risquent de contaminer l’eau,
soit ils survivent, et cela veut
dire qu’ils mangent d’autres
espèces locales.» Elle l’assure:
plus les saumons survivent
longtemps, plus les petits
poissons de mer et d’eau
douce seront menacés par ce
prédateur. «Notre grande
crainte, c’est que le saumon de
l’Atlantique ne remonte le
cours des rivières, parvienne
à se reproduire et s’adapte durablement à la vie sauvage»,
conclut-elle.
Plainte. L’une des rares études menées sur le sujet au
Chili remonte à 1995. En l’espace de quelques mois, près
de 4 millions de saumons et
de truites s’étaient alors
échappés de plusieurs élevages proches de Puerto Montt.
Avec d’autres chercheurs,
Doris Soto avait observé si les
poissons avaient survécu en
liberté les mois suivants, et
ce qu’ils avaient mangé.
«L’une de nos conclusions
était que les saumons de l’Atlantique avaient du mal à
s’alimenter pour survivre, et
que cette espèce en particulier
avait peu de chances de s’acclimater à la vie sauvage, se
souvient-elle. Et c’est apparemment ce qu’il s’est passé :
rien n’indique que cette espèce ait survécu en liberté
dans la région.»
Les défenseurs de l’environnement craignent qu’avec ces
accidents à répétition, l’espèce finisse par s’adapter. Le
Service national de la pêche
et de l’aquaculture, chargé de
surveiller le secteur, et plusieurs associations de pêcheurs ont décidé de porter
plainte contre Marine Harvest. Ils plaident aussi pour
lancer une évaluation environnementale sur les conséquences de cet accident symbolique des dérives de
l’agrobusiness. •
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
Blog Africa4
Vincent Hiribarren a interviewé
Florent Piton, doctorant à l’université Paris Diderot-Cessma à l’occasion de la publication de son livre le Génocide des Tutsi du
Rwanda aux éditions La Découverte. Il y explique
notamment les fondements du racisme entre Hutu
et Tutsi et comment cette idéologie a pu mener
au génocide de 1994.
L’UE, ou comment faire diversion
en parlant du changement d’heure
Médias «The Village Voice», c’est fini
Après six décennies, l’hebdo emblématique du foisonnement culturel new-yorkais, en déclin depuis plusieurs années, va fermer, a annoncé vendredi son propriétaire, Peter
Barbey. «Ces dernières années, le Voice a été confronté à une
réalité économique de plus en plus difficile pour ceux qui
créent du journalisme et la presse écrite, a-t-il expliqué.
Comme beaucoup d’autres, nous étions constamment optimistes, pensant que les choses allaient s’améliorer rapidement. Où est la stabilité pour notre secteur, nous ne le savons
pas pour l’instant.» Il y a un an, le titre avait supprimé son
édition papier pour passer au tout numérique. Il n’employait plus que 15 à 20 personnes.
L’été a été meurtrier pour
l’Europe. La coalition au pouvoir en Italie, dominée par la
Ligue, le parti néofasciste de
Matteo Salvini, le ministre de
l’Intérieur, a versé dans
l’europhobie débridée. Rome
menace de ne plus verser sa
contribution au budget communautaire, ce que même le
Royaume-Uni n’a jamais fait,
si les migrants ne sont pas accueillis ailleurs et de déclencher une nouvelle crise de la
zone euro en s’affranchissant
de toutes les règles européennes. Viktor Orbán, le Premier
ministre hongrois, de son
côté, s’en est pris violemment
à l’Europe occidentale, accusée d’être «non-démocratique», et à la Commission,
Cuba Micro-ondes suspectes
Des «incidents de santé» subis par des diplomates américains à Cuba et en Chine pourraient avoir été causés par des
faisceaux de micro-ondes. C’est ce qu’a révélé dimanche
le New York Times. Depuis la fin 2016, 25 diplomates et les
membres de leur famille à Cuba ont subi de mystérieuses
«attaques» –des sons aigus intenses– provoquant des blessures ressemblant à des traumatismes cérébraux. Un autre
cas a été signalé en Chine. Selon le quotidien, les Etats-Unis,
la Russie, la Chine et des pays d’Europe sont considérés
comme ayant le savoir-faire nécessaire pour développer
une arme à micro-ondes, capable d’affaiblir voire de tuer.
«symbole de l’échec» de la lutte
contre l’immigration et l’islam. Et, comme si cela ne suffisait pas, Orbán et Salvini ont
inauguré un nouvel axe europhobe, Emmanuel Macron
devenant leur tête de Turc.
Autant dire que les sujets
d’inquiétude ne manquent
pas en cette rentrée, d’autant
que 2019 sera l’année de tous
les dangers entre le Brexit (le
30 mars), et les élections
européennes (26 mai) qui
pourraient voir une percée
historique des europhobes.
Nonobstant, Jean-Claude
Juncker a choisi de faire sa
rentrée sur un sujet de la plus
haute importance, le changement d’heure. Le président de
la Commission a annoncé
REUTERS
qui dicte depuis sa cellule sa
marche à suivre au PT, laisse
volontiers circuler la rumeur,
tout en préparant son colistier, Fernando Haddad, exmaire de São Paulo, à le remplacer. Le tribunal lui donne
dix jours pour le faire.
Pour Helena Chagas, chroniqueuse politique et ancienne
ministre de la communication sous le premier mandat
de Dilma Rousseff (20102014), «le parti va faire un
usage politique de ce verdict,
en disant à la population que
l’establishment ne veut pas de
Lula et que juger aussi rapidement son éligibilité est casuistique. Bref, l’idée est d’approfondir sa stratégie de
victimisation, qui s’est montrée jusqu’ici très efficace».
Même en prison, l’ancien
président a gagné neuf points
dans les sondages en seulement deux mois et demi. «Les
gens ont la nostalgie de la présidence de Lula, une ère de
prospérité pour le Brésil,
poursuit Helena Chagas. Ils
regrettent d’avoir demandé
l’impeachment. A l’époque, les
accusations de corruption visaient surtout le PT. Depuis,
on a vu que tous les partis sont
en cause. Sans parler du chômage et du retour de la pauvreté».
L’actuel président, Michel Temer, empêtré dans des scandales, a réussi à manœuvrer
pour que le Parlement s’abstienne de lever son immunité.
Surtout, il ne parvient pas à
relancer l’économie, et ce
n’est pas faute d’avoir adopté
les politiques libérales exigées par les marchés.
Lula parviendra-t-il à faire
profiter Haddad de sa popularité, surtout dans le Nordeste
déshérité ? Les sondages permettent de le penser. Mais
«les gens qui votent Lula ne
plébiscitent pas que ses politiques, il y a aussi un phénomène d’identification, rappelle le politologue Giuseppe
Cocco. Lula est un fils du Nordeste. Haddad, lui, est un
technocrate de São Paulo».
CHANTAL RAYES
Correspondante
à São Paulo
improvisée. Ainsi, le porteparole de la Commission s’est
pris les pieds dans le tapis en
expliquant qu’en fait la Commission va proposer aux Etats
de supprimer le changement
d’heure obligatoire, mais laissera chacun libre d’adopter
l’heure qu’il souhaite. L’unité
temporelle du marché unique
risque d’être gravement mise
à mal au sein d’un même fuseau horaire. Le plus drôle est
qu’en février dernier, Violeta
Bulc, la commissaire chargée
des Transports, avait écarté
toute réforme en expliquant
qu’elle avait posé la question
aux Etats et que personne
n’était intéressé.
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
TOUS LES MARDIS
Au Brésil, Lula empêché,
place à son colistier?
La présidentielle brésilienne
s’enfonce encore un peu plus
dans l’inconnu. Car le grand
favori du scrutin, l’ancien
président Luiz Inácio Lula
da Silva (Parti des travailleurs, PT), qui purge depuis le 7 avril une peine de
douze ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent, ne pourra pas se présenter. Ainsi en a décidé le
tribunal dans la nuit de vendredi à samedi, au nom de la
loi dite du «casier vierge», selon laquelle une condamnation en appel vaut inéligibilité pour huit ans. Lula avait
39 % des intentions de vote
selon un sondage publié
le 22 août.
Le PT jure de mener jusqu’au
bout la bataille pour porter au
pouvoir celui qui prit part à
tous les scrutins depuis le retour au suffrage universel, en
1989, après vingt et un ans de
dictature militaire (19641985). Une frange du parti serait tentée de ne pas retirer sa
candidature avant l’épuisement des voies de recours, ce
qui pourrait mener à l’annulation de ses suffrages s’il
l’emportait. Et donc à la victoire du candidat de l’extrême
droite, Jair Bolsonaro, (19%
des intentions de vote). Lula,
vendredi que «des millions de
personnes ont répondu» cet
été à la consultation en ligne
«et sont d’avis qu’à l’avenir,
c’est l’heure d’été qui devrait
être tout le temps la règle, et
nous allons réaliser cela».
C’est le même homme qui
avait annoncé au début de
son mandat qu’il voulait se
«concentrer sur les grands sujets et ne pas perdre de temps
sur les petits»… En réalité,
Juncker veut surtout éviter
les questions embarrassantes
sur la montée des «populismes» qui signent l’échec de sa
présidence. Et quoi de mieux
qu’un sujet mineur, mais hautement inflammable, pour ce
faire ? Le problème est que
l’opération semble totalement
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Chaque mardi, un supplément de quatre pages par
le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
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12 u
FRANCE
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
et LILIAN ALEMAGNA
P
lus rien n’est clair autour
du prélèvement à la source de
l’impôt sur le revenu. Alors
que la réforme est censée entrer
en vigueur au 1er janvier, Emmanuel
Macron et Edouard Philippe n’excluent désormais plus son report,
voire son annulation. Tandis que le
ministre responsable, Gérald Darmanin, continue d’assurer que le
dispositif «fonctionne» et «est prêt».
Mais, nouveau coup dur pour celui-ci, le Parisien a révélé dimanche
l’existence d’une note interne de
Bercy qui évoquerait des dysfonctionnements aussi nombreux
qu’incontrôlables.
Selon le quotidien, ce document
livré en juillet par la Direction générale des finances publiques (DGFIP)
tirerait un sombre bilan de la période de test du dispositif, entre
l’été 2017 et juin 2018. Si celui-ci a
fonctionné sans encombre certains
mois, le nombre d’erreurs aurait
«explosé» durant d’autres, touchant
«des milliers de contribuables, voire
plus». La note évoque notamment
des cas de prélèvements multiples
sur une même personne, et la
confusion entre personnes du
même nom. Selon la DGFIP, les problèmes auraient pour principale
origine les collecteurs de l’impôt.
C’est-à-dire les employeurs, publics
ou privés, à qui doit revenir, dans le
nouveau système, de retenir à la
source le montant dû et de le transférer au fisc. Dans un communiqué
publié dimanche après-midi, Bercy
assure que «les tests effectués permettent la mise en œuvre du prélèvement à la source dans de bonnes
conditions techniques». Pour le
ministère des Comptes publics,
«contrairement à ce qui a été relayé,
il est impossible que ces doublons
conduisent à un double prélèvement
des contribuables».
«Epsilonesque»
Contacté par le Parisien, le patron
de la DGFIP, Bruno Parent, avait
d’ailleurs indiqué qu’il «n’y a pas de
crise du tout» : «Par rapport aux
dizaines de millions de lignes de salaires traitées, les doublons apparus
sont épsilonesques, insiste-t-il.
L’idée que ce ne soit pas réparable
est absurde.» Mêmes certitudes
chez Gérald Darmanin, qui a réagi
samedi soir sur Twitter : «Les
erreurs identifiées concernent moins
de 1% des contribuables, elles ont été
depuis résolues, a promis le ministre. Le dispositif technique fonctionne, il est prêt !»
Joint par Libération, le ministère de
l’Action et des Comptes publics évoque même un taux d’anomalies
de 0,1%, que la phase de test «avait
justement pour objectif d’identifier».
Du côté de la DGFIP, on voit dans la
note un «simple document de travail
qui, en tant que tel, pointe forcément
les points de vigilance».
Pas de quoi éclaircir le destin de
cette réforme votée par la précédente majorité, et dont l’application, d’abord attendue pour 2018, a
déjà été reportée d’un an. Emmanuel Macron a déclaré attendre des
Libération Lundi 3 Septembre 2018
RÉFORME
DE L’IMPÔT
Pas clair comme
de l’eau de source
Alors que la réforme a déjà été reportée et que Macron
n’exclut pas son annulation, la révélation par «le Parisien»
d’une note administrative évoquant des erreurs en série
sur le système de prélèvement de l’impôt ajoute à la
confusion ambiante. De son côté, Gérald Darmanin continue
de clamer que tout fonctionne.
réponses «précises» de la part de Gérald Darmanin, sans préciser la nature exacte de ses doutes. Le chef de
l’Etat et son Premier ministre,
Edouard Philippe, doivent rencontrer mardi le ministre de l’Action et
des Comptes publics, qui a promis
d’apporter à cette occasion des
«réponses claires».
L’affaire place le jeune ministre
dans une situation invraisemblable.
Gérald Darmanin assure depuis
plusieurs semaines, dans les médias
et sur le terrain, l’incessante promotion du prélèvement à la source
– une réforme plutôt populaire
Darmanin assure
depuis plusieurs
semaines
l’incessante
promotion du
prélèvement à
la source: le voilà
désormais forcé
de convaincre
le chef de l’Etat.
parmi les Français, selon un récent
sondage Ifop. Le voilà désormais
forcé de convaincre le chef de l’Etat,
à seulement quatre mois de l’application de la mesure. Et presque
accusé, à demi-mot, de l’avoir mal
préparée.
Le ministre semble pourtant résolu
à ne pas se laisser mettre en cause
sur ce terrain: «Techniquement, oui
on est prêt, a-t-il répété samedi.
Est-ce que psychologiquement les
Français sont prêts? C’est une question à laquelle collectivement nous
devons répondre.» Manière de ne
pas se laisser accuser, seul, d’un
éventuel report, et de souligner
l’autre préoccupation d’Emmanuel
Macron: l’effet moral, sur les contribuables, d’un salaire net en baisse
après la mise en place du prélèvement à la source.
«Hélicoptère»
Conscient qu’étant lui aussi à Bercy
il est dans le même bateau que son
collègue des Comptes publics,
Bruno Le Maire a volé au secours
d’un Gérald Darmanin engagé dans
cette réforme «avec cœur et professionnalisme». «On parle des erreurs
mais la plupart des tests se sont
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 13
Gérald Darmanin,
un premier de
la classe très exposé
Le jeune ministre de
l’Action et des Comptes
publics défend bec et ongles
la réforme, malgré les
«doutes» de Macron.
Q
ui veut la peau de Darmanin ?
Pour tenter d’expliquer comment le chef de l’Etat a pu s’enliser tout seul dans un invraisemblable
bourbier, même les plus ardents macronistes se perdent en conjectures. Faute
d’explications rationnelles, certains en
arrivent à conclure qu’il y aurait, à l’origine de cette affaire, une volonté de déstabilisation du jeune et ambitieux ministre de l’Action et des Comptes publics,
très en cour à l’Elysée comme à Matignon. Dans une équipe peuplée d’experts venus de la société civile, l’ancien
maire UMP de Tourcoing s’est imposé,
au fil des mois, comme le plus politique
des ministres; l’un des rares jugés capables de s’exprimer sur tous les sujets.
Roublard et éloquent, il s’efforce d’incarner l’aile droite et populaire du macronisme, sur qui la majorité devrait pouvoir compter dans les prochaines
campagnes, européennes puis municipales.
Ail fumé. Politique à 100%, il ne manque aucune occasion d’aller sur le terrain,
le plus souvent chez lui, dans le Nord, dès
qu’il s’échappe de Bercy. Au plus fort de
la tempête politique, on l’a vu samedi à
la foire à l’ail fumé d’Arleux puis à la foire
de Douai et le lendemain encore à la braderie de Tourcoing… Son ami Edouard
Philippe avait tenu à l’avoir à ses côtés, en
bonne place, dans son gouvernement. La
préparation du prélèvement à la source
aura été particulièrement chronophage.
Le ministre y a consacré depuis un an
plusieurs jours chaque semaine. De ce
travail, il rend compte chaque mois au
chef de l’Etat, le prochain rendez-vous
étant fixé à mardi. Même si cette réforme
héritée de François Hollande l’engage
moins politiquement que le projet de loi
de finances qu’il présentera cet automne,
Darmanin s’est fortement investi dans la
perspective de mettre en œuvre le prélèvement à la source. S’il voit bien qu’elle
passés sans problème. Ces tests ont
vocation à avoir la certitude qu’il n’y
aura pas de difficultés. […] Si toutes
les garanties sont garanties, rien ne
justifierait le report», a abondé
le ministre de l’Economie et des Finances, pour qui «il faut donner la
garantie technique aux Français et
aux entreprises et le Président a raison de les exiger». Cette semaine,
Le Maire doit défendre devant la
commission spéciale de l’Assemblée
sa loi Pacte sur les entreprises, et se
serait bien passé de cette tergiversation sur le prélèvement à la source.
Le sujet semble tétaniser l’exécutif,
confronté à une popularité en berne
et à une désastreuse séquence de
polémiques (affaire Benalla, report
de la réforme constitutionnelle, démission de Hulot…). Il n’est pas certain que ces zigzags facilitent sa
rentrée. En attendant, la ministre
du Travail, Muriel Pénicaud, a
assuré dimanche que Macron allait
«tout vérifier avant d’appuyer sur le
bouton», vantant la «vision hélicoptère» du Président, qui est «la
marque des grands dirigeants». En
période de remaniement, voilà une
belle manière de candidater à sa
propre succession. •
Gérald
Darmanin,
le 24 août
à Cognac
en Charente.
PHOTO YOHAN
BONNET.
HANS LUCAS
peut contrarier «ceux qui ont les moyens
de faire de l’optimisation fiscale», il souligne qu’elle est dans l’intérêt des plus modestes, susceptibles de voir leurs revenus
baisser : salariés en CDD, intérimaires,
nouveaux retraités, veufs ou veuves. Sur
le terrain, le ministre assure qu’il a pu
vérifier lui-même que les Français y
étaient favorables. Une enquête Ifop publiée dimanche par le JDD le confirme:
la majorité des Français (60 %), toutes
sensibilités politiques confondues, estiment que le gouvernement doit passer à
l’acte. Validé par l’exécutif, le travail de
préparation a été jugé suffisamment convaincant pour que soit expédié fin août
à tous les contribuables français un courrier signé du ministre. De quoi stimuler
fortement la notoriété du jeune Darmanin. Et de quoi agacer aussi ses rivaux.
L’un d’eux aura en tout cas jugé utile de
faire savoir au Canard enchaîné que le
chef de l’Etat avait «des doutes» dont
il aurait fait état «en privé» devant
quelques-uns de ses proches… Publiée
mercredi, cette fuite est à l’origine d’un
imbroglio qui fragilise plus Macron
que Darmanin.
Recul. Interrogé le lendemain par la
presse en marge de son voyage en Finlande, le chef de l’Etat a confirmé ce qui
devait rester «privé», s’exposant ainsi en
première ligne sur un sujet que son ministre avait vocation à porter jusqu’au
bout. S’il décide de ne pas faire cette réforme, malgré les assurances que lui
donne Darmanin, on retiendra, jusque
dans sa majorité, que le chef d’Etat a eu
peur. Un nouveau recul après celui sur
la réforme des institutions, provoqué
par l’affaire Benalla. Et s’il se laisse au
contraire convaincre mardi, Macron
sera tenu pour personnellement responsable des dysfonctionnements, plus
ou moins graves, qui ne manqueront
pas d’égayer l’an 1 du prélèvement à
la source. Darmanin, lui, paraît finalement moins menacé. Il aura défendu
jusqu’au bout sa réforme et son administration. Allant même, légère impertinence, jusqu’à suggérer que les doutes
et les inquiétudes manquaient de fondements rationnels.
ALAIN AUFFRAY
COHN-BENDIT NE SUCCÉDERA PAS À HULOT
Après avoir fait planer le doute sur ses intentions, Daniel Cohn-Bendit
a expliqué dimanche soir sur LCI qu’il n’entrerait pas au gouvernement
pour succéder à Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique.
La décision a été prise au cours d’une conversation de plus d’une heure avec
le président de la République, a-t-il rapporté. «On a décidé d’un commun
accord que je ne serai pas ministre.» «On est d’accord que c’est une fausse
bonne idée après l’avoir analysée ensemble», a-t-il dit. Le nom de l’ancien
député européen d’Europe Ecologie - les Verts revenait avec insistance
dans les médias ces derniers jours, l’intéressé alimentant lui-même les
spéculations. Dans le Parisien dimanche, il déclarait : «Pour l’instant, il n’y
a rien de fait. Ce n’est pas du tout sûr, pas du tout du tout.» Et : «Je n’ai pas
vraiment envie d’être ministre, mais j’ai envie de soutenir Macron.» Le porteparole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a assuré que le gouvernement
serait «au complet» mardi, pour le Conseil des ministres du lendemain.
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14 u
FRANCE
Libération Lundi 3 Septembre 2018
Départs de cadres,
gouvernance solitaire,
scores insignifiants
aux législatives
partielles…
Le mouvement créé
par l’ancien numéro 2
du FN, Florian
Philippot, peine
à exister dans l’ombre
du Rassemblement
national de Marine
Le Pen.
ENQUÊTE
EXTRÊMEDROITE
Florian Philippot lors de son discours de rentrée politique à Forbach, dimanche.
LES PATRIOTES,
LE PARTI YOYOTE
Par
CHARLOTTE BELAICH
Photos PASCAL BASTIEN
S
eptembre 2017. Florian Philippot, rétrogradé au rang de
«vice-président à rien» pour
avoir refusé de quitter la direction
de son association Les Patriotes, annonce qu’il quitte le FN. «Le Front
s’en remettra sans difficulté. […]
Tous ceux qui ont pris cette route-là
et mené une aventure solitaire ont
disparu», promet alors Marine
Le Pen. Un an plus tard, l’association est devenue parti et Florian
Philippot écume toujours les plateaux télé. Pas KO donc, mais tout
de même dans une passe pour le
moins très difficile. L’aventure en
solitaire de l’ex-numéro 2 du FN n’a
pas soulevé les foules. Ni chez les
électeurs –le parti a réuni 1,6% des
voix dans le Val-d’Oise, 2% à Belfort,
lors de législatives partielles en janvier 2018, ni chez les militants. Interrogé par Libé en août, Philippot
revendiquait 8000 adhérents. Sophie Montel, ex-frontiste, ex-Les Patriote, l’ayant suivi puis lâché, assure pourtant qu’au moment de son
départ, fin juin, le compteur affichait 2 700 membres, sans document à l’appui. «Je ne comprenais
pas pourquoi il gonflait sans arrêt les
chiffres parce que, pour un parti qui
a six mois d’existence, ce n’était pas
ridicule», affirme l’eurodéputée, qui
a été candidate à Belfort à l’époque
sous l’étiquette Les Patriotes. «Elle
est partie», rétorque Florian Philippot. Comprendre: sa parole ne vaut
pas grand-chose. Lui-même, pourtant, confessait un peu après la créa-
tion de Les Patriotes communiquer
un chiffre plus élevé à chaque fois
qu’un journaliste l’interrogeait sur
la question, histoire de donner l’illusion d’une dynamique très positive.
MORIBOND
Les départs successifs de Maxime
Thiébaut, vice-président du parti,
et de la numéro 2 Sophie Montel,
respectivement en juin et juillet,
donnent plutôt l’impression d’une
route sinueuse. Si Thiébaut est
parti «pour des raisons professionnelles», Montel ne cesse, depuis
qu’elle a claqué la porte, de taper
sur Philippot, son entourage et ses
«dérives». Dans son sillage, elle a
entraîné plusieurs défections dans
les rangs du conseil régional de
Bourgogne-Franche-Comté. Sur les
sept élus déclarés Les Patriotes,
dont elle faisait partie, seuls deux se
présentent encore comme tels.
Certes, on est loin de l’hémorragie
mais, quand bien même Florian
Philippot assure que «personne ne
la connaît», Sophie Montel,
trente ans de Front dans les pattes,
était l’une des rares personnalités
politiques identifiées au sein du
parti, l’équipe nationale ainsi que
les référents locaux étant pour la
plupart inconnus au bataillon. Le
seul représentant du parti à l’Assemblée nationale, le député José
Evrard, n’est pas non plus parmi les
plus médiatiques, ni les plus présents dans l’hémicycle.
Un an après son lancement, Les Patriotes donne l’impression d’une
coquille qui cache une vie politique
et militante plutôt moribonde.
L’équipe nationale, composée de
35 personnes et désignée «par
[lui]», se réunit au siège du parti,
à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis),
toutes les quatre à six semaines,
assure Florian Philippot. «Tous les
mois, on fait le bilan de ce qui se
passe au niveau départemental et
de ce qu’il faut prévoir», abonde
Guillaume Kaznowski, référent adjoint dans le Nord. Excepté lors de
ces réunions, le sol du siège est rarement foulé. Il n’y a ni boîte aux
lettres ni permanence, salariés, ou
bénévoles au quotidien.
INERTIE LOCALE
«On impulse des activités nationales», veut croire Florian Philippot,
citant sa rentrée à Forbach (lire cicontre) ainsi que la publication d’un
livre, Frexit, UE: en sortir pour s’en
sortir, le 29 septembre. Jusqu’ici, et
mis à part les interventions de son
président dans divers médias, peu
d’événements ont cependant été
relayés par le parti. Il y a bien eu la
«grande marche des patriotes», début avril, en réponse à «la grande
marche pour l’Europe» des députés
LREM, et une «fête d’été», fin juin,
mais les deux sont passés inaperçues. Le président du parti met également en avant le «Forum», instance «citoyenne» censée participer
à l’élaboration de l’orientation politique de Les Patriotes, contrôler l’action de l’équipe nationale ou encore
nommer des membres.
Tirés au sort en mai, ses 60 membres doivent se réunir pour la première fois en septembre. Adhérent
dans les Alpes-Maritimes, R. faisait
partie du lot. Il a démissionné et n’a
pas renouvelé son adhésion. «On ne
savait même pas nous-mêmes à quoi
on allait servir. Il ne se passait rien
du tout. C’est la goutte d’eau qui a
fait déborder le vase.» Car le militant
déplorait déjà l’inertie au niveau
local : «Tout est centralisé dans les
fiefs des fondateurs, soit le Nord soit
l’Est. Dans les Alpes-Maritimes, il n’y
a strictement rien eu. Ni opération
de tractage ni réunion dans une salle
commune… Je n’ai jamais vu Cyril
Martinez, le référent local.» Ce dernier reconnaît son manque d’implication. «Je suis là à titre transitoire,
le temps de recruter une personne de
confiance, car avec mes études et mes
fonctions nationales [il gère la communication numérique, ndlr], je n’ai
pas le temps de me consacrer au niveau local», explique-t-il. Le compte
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 15
Franck de Lapersonne, vice-président de Les Patriotes, à Forbach, dimanche.
«[Philippot] a
distribué les postes
à des gens qui n’ont
pas d’expérience
politique. C’est un
fan-club. Ça lui
permet de tout
décider.»
Sophie Montel
démissionnaire de
Les Patriotes
Twitter de la fédération du Nord témoigne en effet d’une activité militante plus développée, à coups de
tractages sur les marchés, «trois fois
par semaine», affirme Guillaume
Kaznowski, et de réunions entre adhérents, «trois par mois». «On continue ce qu’on a commencé, même si on
a quitté le FN, on ne veut pas lâcher
le contact sur le terrain», explique
l’ancien frontiste, qui revendique
aujourd’hui une soixantaine de militants actifs. Il reconnaît pourtant
«le retour qui n’est pas celui qu’on
attendait mais ça se corrige». Et justifie : «On a très peu de moyens.»
Au niveau local, on compte donc sur
les militants qui, parfois, autofinancent par exemple la production des
tracts, explique le référent.
«DIVINE SOLITUDE»
Le financement public étant conditionné par les résultats des élections, le parti, vierge de combat
électoral, doit compter sur les adhésions et les dons. Il bénéficie tout
de même de l’argent public, via ses
élus, qui donnent une partie de
leur indemnité, comme cela se fait
dans presque tous les partis. D’où
l’enjeu vital que constituent les élections européennes: s’ils n’atteignent
pas 3% des voix exprimées, les candidats ne seront pas remboursés
des frais de campagne qu’ils auront
engagés.
Mais au-delà de l’argent, plusieurs
ex-membres de Les Patriotes, interrogés par Libération, expliquent la
difficile émergence du parti par la
gestion de Florian Philippot. Sophie
Montel le répète à qui veut l’entendre : le président du parti se complaît dans une «divine solitude».
Il voudrait décider de tout, seul. «Il
est dans une position où il n’a besoin
de conseil de personne, dit-elle. Le
cadre du Front national l’a obligé à
se tenir à carreau. Il est sorti de là en
se disant: “C’est bon, je vais pouvoir
faire ce que je veux”.» Elle évoque
l’épisode Geneviève de Fontenay,
resté en travers de la gorge de l’exnuméro 2. «Quand j’ai vu ça, j’ai hésité entre éclater de rire et tomber à
la renverse», raconte-t-elle en référence à une conférence de presse
commune entre Florian Philippot et
l’ancienne présidente du comité
Miss France, appelant à une grande
manifestation le 1er mai pour protester contre la politique de Macron.
«Cet événement est assez révélateur:
Florian Philippot voit tout dans le
sens de la communication, pas forcément sur le fond. Il a vu les avantages
en termes de com, sans prendre en
compte le fait que ça allait déplaire
à la base militante, juge Antoine
Berranger, ex-référent adjoint de
Loire-Atlantique. Les gens ne le
contredisent pas pour ne pas le
contrarier. Il y a beaucoup de “yes
men”, qui disent amen à tout. Et
ceux qui l’ont contredit ont été exclus
ou se sont auto-exclus.» Persiste alors
un «clan autour d’une seule personne
sans réelle volonté d’en faire un vrai
parti avec plusieurs têtes». Sophie
Montel reproche à Florian Philippot
d’avoir «distribué les postes à des
gens qui n’ont pas d’expérience politique. C’est un fan-club. Ça lui permet de tout décider, peste-t-elle. Se
retrouver avec un Franck de Lapersonne qui devient le gourou de Philippot, c’est inquiétant».
Des cadres «incompétents» et de la
«tambouille»: les démissionnaires
reprochent encore à Philippot de
reproduire, avec Les Patriotes, les
mêmes erreurs que le FN. Notam-
ment du côté des caisses. Outre
l’argent puisé dans les fonds européens grâce à la ligne budgétaire 400 des élus à Bruxelles (Philippot, Mireille d’Ornano et, jusqu’à
son départ, Sophie Montel), le petit
parti s’arrange aussi avec la loi : il
occupe son siège de Saint-Ouen,
propriété du forain Marcel Campion, sans payer de loyer. Un
échange de mails incluant Florian
Philippot, que Libération a pu consulter, explique le miracle: «Le bail
prévoit que les travaux de réfection
du local [effectués au moment de
l’arrivée de Les Patriotes dans les
locaux, ndlr] repoussent à décembre 2018 le premier loyer exigible.»
Un an sans rien payer contre
1 200 euros de travaux. Une forme
de don, alors que la loi les plafonne
à 7500 euros et impose de les déclarer. Autre manie déplorable également dénoncée par un démissionnaire : fermer les yeux sur les
FLORIAN PHILIPPOT À FORBACH
Un proche de Florian Philippot promettait un événement
«très important» pour la rentrée politique du président de
Les Patriotes dimanche dans son fief de Forbach (Moselle).
Mais le rassemblement s’est limité à une réunion d’un peu
plus d’une centaine de militants, dans un bar de la ville.
Les dirigeants du parti avaient également prévu un barbecue
sur une place adjacente de la commune, mais le maire de
Forbach, le socialiste Laurent Kalinowski, qui a battu Florian
Philippot aux municipales de 2014 (aux législatives de 2017,
l’ex-numéro 2 du FN a perdu face à un candidat LREM),
a interdit les grillades par un arrêté municipal. La raison :
le parti Les Patriotes n’a pas demandé d’autorisation pour
occuper cette place qui appartient à la commune. T.B.
Lire la suite sur Libération.fr
frasques de ses membres. Ainsi,
Antoine Berranger a démissionné
fin juin, reprochant à Les Patriotes
de ne pas avoir exclu Guillaume Kaznowski, pourtant condamné le
12 juin pour des propos racistes.
«ÉTIAGE ÉLECTORAL»
Au-delà de la gestion, la réalité politique empêche de toute façon un
parti comme Les Patriotes d’émerger, selon le politologue spécialiste
de l’extrême droite, Jean-Yves Camus. «Il y a une règle d’or dans cette
famille politique: ceux qui scissionnent ont énormément de mal à prendre le dessus car c’est un créneau qui
peut atteindre un étiage électoral
non négligeable mais qui n’est pas
facilement extensible.» Dans un
espace politique déjà encombré par
le FN, Debout la France ou encore
l’Union populaire républicaine de
François Asselineau, le parti Les Patriotes, qui se distingue par des subtilités difficilement identifiables, a
logiquement du mal à trouver sa
part de marché. «On fait ce qu’on
peut, on s’est créé sur un moment de
vide, sans élection. Les européennes
vont être la rampe de lancement»,
veut croire Florian Philippot. «Ça
risque de ressembler à ce qu’était devenu le MNR de Bruno Mégret. Ça
continue à tourner grâce à la force
d’inertie», prédit au contraire JeanYves Camus. En 1999, celui qui était
alors numéro 2 quittait le FN en
entraînant une partie des troupes.
Trois ans plus tard, le MNR recueillait 1% des voix aux élections
législatives, actant l’échec de cette
aventure dissidente. •
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16 u
FRANCE
A Sospel, la vie sans
l’ombre d’une route
Depuis l’écroulement d’un pan de montagne en avril, les 45 habitants de
quartiers isolés de ce village des Alpes-Maritimes vivent sans accès routier.
Pour faire leurs courses ou aller au travail, ils n’ont d’autre choix que de
randonner. Une autarcie qui a réuni autant qu’elle a exacerbé les tensions.
Libération Lundi 3 Septembre 2018
Par
MATHILDE FRÉNOIS
Envoyée spéciale à Sospel
Photos LAURENT CARRÉ
C
e n’est pas encore l’automne
à Sospel mais les feuilles se
superposent déjà sur le chemin. Il fait 24° C au soleil à midi ce
dernier dimanche d’août. Le vent
fait doucement bruisser les arbres
et flotter le tee-shirt de sport de Jacques. Il s’engouffre à l’ombre du
sentier du Sacs. «Quand on est là, il
faut faire le vide», se motive-t-il,
avant d’entamer une demi-heure
d’ascension sur un versant de la
Bévéra, vallée montagneuse dans
l’est des Alpes-Maritimes. Son sac à
dos rempli de provisions et chaussures de rando aux pieds, il grimpe:
«Le matin, je pense aux gens qui sont
bloqués sur le périph à Paris. En fin
de compte, il est chouette ce chemin.»
Si Jacques se rassure, c’est que lui et
les 45 habitants de quartiers isolés
Le glissement de terrain du 14 avril a entraîné avec lui la route qui desservait les hameaux de Béroulf et Sainte-Sabine et les lignes téléphoniques.
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
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précise Jacques. Les habitants recensés et l’éboulement stabilisé, il
a fallu s’organiser. La commune a
mis à disposition des ânes pour
acheminer les vivres. Le départeÂNES
ment a déblayé un vieux sentier
Depuis le 14 avril, tous vivent cou- de chasseurs pour en faire le principés du monde. Ce jour-là, un pan de pal chemin d’accès aux maisons.
montagne s’est écroulé, emportant Très vite, les «déroutés de Sospel»
200000 m3 de roche et 200 mètres ont créé l’association du même nom
de route. Désormais,
et un site internet
les habitants des haREPORTAGE d’entraide. Plus tard,
meaux de Béroulf et de
18 voitures et du matéSainte-Sabine vivent coupés du riel sont héliportés. Mais cinq mois
reste du village. Et du reste du après, une question tourne toujours
monde. Ce jour d’avril, la radio de en boucle: quand la nouvelle route
Jacques s’est coupée à 6 h 45. Au sera-t-elle construite ? «Pas avant
moment précis où sa ligne télépho- un an, prévenait au lendemain du
nique a été emportée avec l’énorme glissement de terrain la maire de
éboulement, laissant un trou béant Sospel, Marie-Christine Thouret. Le
dans la montagne. Les 45 Sospellois tracé de cette piste de désenclaven’avaient déjà pas l’eau courante, ils ment fera un kilomètre et nécessisont désormais privés de route d’ac- tera la construction d’un pont.» Le
cès. «On a aussi été coupés d’Inter- chantier, évalué à 1,6 million
net et nous n’avons pas eu de télé- d’euros, devrait démarrer en déphone pendant un mois et demi», cembre. «Le choix qui a été opéré,
c’est de réaliser une route non goudronnée de façon à aller vite pour rétablir la desserte des hameaux, précise Jean-Pierre Goron, directeur
adjoint de la direction départementale des territoires et de la mer des
Alpes-Maritimes. C’est un compromis acceptable entre le besoin de
desserte et la prise en compte du capital environnemental.»
u 17
de Sospel n’ont pas d’autre choix
que de transpirer pour ramener leur
courses. Idem pour aller et revenir
du travail ou rentrer de soirée.
Jacques et la famille de Patrice sur le sentier menant aux hameaux de Sospel, le 26 août.
à pied jusqu’à leur domicile quelques jours plus tard.
La petite troupe a fini la grimpette.
Le vent n’a pas suffi pour garder
leurs tee-shirts au sec. «En tout, il
faut compter une heure de trajet, le
temps de prendre la douche et de se
changer», pointe Patrice. Les che«SURGELÉS»
mins se séparent. Le médecin et sa
Au pied du sentier, Jacques est rat- famille partent à droite vers le platrapé par son voisin Patrice Bessi. teau de Sainte-Sabine. Jacques reLui aussi a troqué ses claquettes joint le «cul-de-sac» de Béroulf.
pour des chaussures de rando. C’est dans ce hameau que vivent un
«C’est comme ça qu’on reconnaît les instituteur, deux infirmières, un
déroutés», sourient-ils. Patrice est guitariste, un maçon, des retraités.
médecin au village de Sospel. Ce dimanche midi, les déroutés ont
Depuis cinq mois, il est obligé de décidé de se réunir à l’ombre des
découcher «en bas» lorsqu’il est de feuilles d’un grand tilleul pour pargarde. «C’est épuisant, s’essouffle- tager un pique-nique. Chacun apt-il. Je passe la moitié de mes nuits porte un plat. C’est que, plus que le
loin de la maison. Je
repas, les déroutés partagent
suis fatigué modéjà le même quotidien,
ralement: il faut
au rythme des demiITALIE
être organisé en
heures de marche
p e r m a n e n c e.
et des nouveautés
Le quotidien est
dans l’adaptation
ALPEScompliqué.» Sur
de leur mode de
ALPES-DEHAUTEMARITIMES
le chemin pentu
vie. «Comme on
PROVENCE
du sous-bois,
redescend aussi
Sospel
Patrice est denos déchets, on
Nice
vancé par son
fait attention à
r
e
VAR
Me rrané
gendre Lorenzo et
ce qu’on achète,
e
dit
é
sa plus jeune fille Capointe Catherine, inM
10 km
mille. Vivant à Paris,
firmière. On ne prend
elle revient pour la première
plus de produits suremballés
fois à pied dans le village où elle a ou de contenants en verre.» Cathegrandi. Elle n’était visiblement pas rine faisait déjà sa lessive, son pain
au courant du dress code. Elle porte et son eau gazeuse à la maison.
le combo combi-short et sandalet- Elle élabore désormais ses yaourts
tes. «Pas très adapté, reconnaît-elle. et ses glaces. «Pour les surgelés,
C’est une aventure pour moi. J’ai eu c’est très compliqué. Il faut courir
du mal à imaginer la vie sans la avec la glacière et les pains de glace
route. Quand je suis dans le métro ou dans le dos, rigole Laurent, l’institule bus à Paris et que mon père m’ap- teur, pas avare en anecdotes sur les
pelle pour me raconter qu’il doit aventures des déroutés. On aura le
marcher et tout porter sur son dos, même problème avec les olives pour
nos vies sont en décalage.» Camille les emmener au moulin. Le mieux,
insiste sur l’absence de ligne télé- c’est qu’on fasse l’huile ici. Mais
phonique et d’Internet dans un pre- on n’a pas encore trouvé la minimier temps, de facteur et d’épicerie presse.»
désormais. «Au début, nous avons Mais cette cohésion des débuts s’est
eu des problèmes aigus, confirme révélée n’être qu’un mirage. Les
son père. Au niveau sanitaire, on a quartiers de Béroulf et de Sainte-Saeu un bras cassé lors d’une chute et bine ne sont pas forcément sur la
une paralysie avec une suspicion même longueur d’ondes. D’un côté,
d’AVC.» Evacuées par hélicoptère, des appartements de hameau. De
ces deux déroutées sont remontées l’autre, des villas entourées de
grillage. Et des styles de vie différents. Très vite, des anciennes dissensions sont réapparues et de nouvelles se sont superposées. Cathy et
Cyril habitent à l’opposé de Béroulf,
sur le plateau de Sainte-Sabine. Début août, ils ont ressenti «un gros
ras-le-bol». Comme l’envie de
s’échapper de cette vie en autarcie
confinée avec une quarantaine
d’autres personnes qu’ils n’ont pas
choisies et avec qui il faut prendre
des décisions collectives. «C’est
toute la société en condensé, analyse
Cathy. Ce problème n’a été qu’un révélateur et a exacerbé certaines tensions. Les affinités, les rancœurs, les
conflits ont repris le dessus.» Le couple est en bisbille à propos de deux
pistes privées qu’ils empruntent
avec leur quad, alors que d’autres
n’ont pas cette autorisation des
propriétaires. Et comme avant, la
tension est montée entre les déroutés au sujet du partage des quatre
sources d’eau qui alimentent les
vingt maisons.
CINÉMA
«Les gens qui sont persos dans la vie
sont restés persos», pointe la prof de
piano Lætitia. «La chaleur à 40°C,
ça affecte l’humeur, tente de comprendre son compagnon Ludovic.
On est un peu moins diplomates, un
peu moins patients. Moi qui ne suis
pas de nature à me chauffer, je me
suis retrouvé au milieu d’un clash.
Le moindre souci prend une ampleur importante.» Olivier le coupe:
«Si on est venus vivre ici, c’est qu’on
est un peu des sauvages.» Car le guitariste l’avoue : avant l’effondrement, il connaissait la moitié du
village uniquement à travers le pare-brise de sa voiture. «Oui on vit
une petite épreuve. Mais on est content d’habiter là malgré tout. Désormais, je ne pourrai plus jamais remettre en doute mon attachement
à mon quartier. C’est ici que j’ai envie de vivre. L’éboulement m’a conforté dans ce choix, rembraye Jacques. Je suis de la génération
Mai 68. J’ai baigné dans cette mouvance libertaire. Finalement, cette
nouvelle contrainte m’a libéré. Une
voisine espère carrément que la
route ne soit jamais reconstruite.
Mais ça, on ne le dit pas trop.» C’est
l’heure du plat principal sous le
tilleul de Béroulf. L’heure aussi de
se rappeler le jour de sa plantation
il y a dix-huit ans et les anciens qui
passaient leurs journées sous des
oliviers dont il ne reste plus que de
grosses souches. On évoque la naissance des enfants devenus adultes
et des hivers froids où la neige leur
arrivait «jusqu’au cou». «D’ailleurs,
on prépare déjà l’hiver, interrompt
gentiment Jacques, qui ne perd jamais le sens de l’organisation. Il
faut que chacun dise ce dont il a besoin.» Un nouvel héliportage est
prévu fin septembre pour monter
trois bonbonnes de gaz, des stères
de bois pour le chauffage, deux tonnes de foin pour les moutons.
«Reste le problème du chemin. Cet
hiver, il y aura les feuilles, la pluie,
la boue et peut-être la neige, pointe
Jacques. Le pire, ce sont les pommes
de pins. On glisse dessus et on fait du
surf.» Rires dans l’assemblée. Les
sangliers inquiètent Catherine, les
chasseurs font peur à Véronique.
Didier profite de ces diversions
pour servir sa salade de légumes et
ses beignets de fleurs de courgette.
«On découvre des talents bien cachés», sourit Jacques, qui s’est occupé de la panna cotta.
Dès le lendemain, les déroutés se retrouveront à nouveau sous le tilleul.
Pour la première fois, le festival de
cinéma de Sospel se dédouble avec
deux lieux de projection, sur la place
du village et chez les déroutés. «C’est
la seule solution pour qu’on y assiste,
dit Laurent. On ne peut pas remonter tous les soirs à 23 heures par le
chemin.» Tout y est: l’envergure de
l’arbre pour délimiter la salle de cinéma, une toile blanche tendue sur
une bâtisse pour l’écran et un discours d’ouverture. «Mais les duplex
auront dix secondes d’écart. Il va falloir être patient entre les questions
et les réponses», ironise Jacques. Un
autre «décalage», technologique
cette fois. Difficile à Béroulf et à
Sainte-Sabine d’oublier l’éloignement, même le temps d’un film. •
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18 u
FRANCE
Libération Lundi 3 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Chronique Terre
d’actions Menacées par
les activités humaines, les
hirondelles comme les chauve-souris sont
pourtant de précieux alliés contre les moustiques. Alors pourquoi ne pas leur offrir de
douillets nichoirs pour œuvrer à leur repeuplement tout en limitant la prolifération
de ces insectes ? PHOTO AFP
Après les gestes
de Macron en leur
faveur et le départ
de Hulot,
les chasseurs
français, revigorés,
espèrent aussi être
moins stigmatisés.
Par
STÉPHANIE
MAURICE
Envoyée spéciale
à Compiègne (Oise)
Photo
IORGIS MATYASSY
A
Compiègne (Oise), à
la Fête de la chasse et
de la nature, les chasseurs, fort nombreux en ce samedi de beau temps, se sentent pousser des ailes. Willy
Schraen, patron de la fédération nationale, celui par qui la
démission de Nicolas Hulot
est arrivée, a le discours offensif: «Arrêtons de nous cacher, nous sommes fiers de ce
que nous sommes», affirmet-il: «Les premiers écologistes
de France», comme le clame
une campagne publicitaire
nationale. Et il le reconnaît,
cela fait du bien qu’à la tête
de l’Etat, les chasseurs soient
reconnus «comme des gens
qui contribuent à la biodiversité de nos territoires», eux qui
ont été «longtemps oubliés,
mis de côté».
Gibier électoral. Willy
Schraen le martèle, il s’agit
désormais de «construire une
autre écologie dans les années
qui viennent». Sans les empêcheurs de tourner en rond
que sont les militants de la
cause animale, sous-entend-il. L’audience applaudit,
elle rassemble les chasseurs
dans toute leur diversité. Les
vestes kaki et les tweeds
genre gentleman farmer côtoient les grands uniformes
des veneurs, ces adeptes de la
chasse à courre, avec leur gilet très Grand Siècle, aux liserés dorés. Il y a comme un petit goût de revanche dans l’air.
«En fait, ils se sentent un peu
agressés, alors ils réagissent,
relativise Laurent, qui chasse
à courre et travaille dans la finance. La société est de plus
en plus urbaine et a de plus en
plus de mal à comprendre les
codes de la vie rurale.»
Les campagnes contre la
souffrance animale ont laissé
des traces dans l’opinion pu-
A la Fête de la chasse et de la nature, samedi à Compiègne.
A la Fête de la chasse de Compiègne,
un goût de revanche dans l’air
blique : «On se fait traiter
d’assassins par les automobilistes qui passent», soupiret-on dans les stands installés
sur la pelouse devant le château de Compiègne. Xavier
Bertrand (président de la région, ex-LR), un peu bougon
de voir Emmanuel Macron
marcher sur ses plates-bandes, rappelle qu’il a su voir
avant les autres que «les chasseurs en avaient marre d’être
frappés d’ostracisme». Il prévient: «Ceux qui les considèrent comme un gibier électoral ne les connaissent pas.»
Ludovic Bochet, conducteur
de chiens, qui lève les bêtes
en forêt pour les autres chasseurs, et ouvrier dans une
usine de colle de carrelage,
ne dit pas autre chose: «Ce ne
sont que des annonces électorales.» Car Emmanuel Macron a divisé par deux le prix
du permis national, de 400 à
200 euros, mais la mesure est
surtout symbolique : il n’est
utilisé que par 10% des chasseurs. «Je paye mon permis
«Arrêtons de
nous cacher,
nous sommes
fiers de ce que
nous sommes.»
Willy Schraen président
de la Fédération
nationale des chasseurs
départemental 180 euros.
Pour moi qui ne bouge pas,
c’est suffisant», remarque Ludovic Bochet. De la démission de Hulot, il n’a pas
grand-chose à dire, à part
«bon débarras».
Guillaume Greffier, président
de l’Association des jeunes
veneurs, 900 adhérents de
moins de 30 ans, regroupant
une grande partie de jeunes
gens de bonne famille, le dit
moins crûment: «Il pouvait se
fourvoyer dans sa vision de la
chasse à courre. Il avait dit
que faire courir un cerf, c’était
faire souffrir l’animal, alors
qu’il court comme nous lors
d’un jogging.» Christophe,
40 ans, chauffeur routier et
chasseur à l’arc, une des ten-
dances montantes, regrette
toute cette agitation politique: «Macron fait un pas vers
nous, mais je ne suis pas sûr
que ce soit le bon moment,
avec cette vague anti-chasse
importante. Ça va plutôt nous
desservir.»
«Sale boulot». «Les chasseurs, premiers écologistes de
France ? C’est provocateur»,
reconnaît Antoine Gallon, directeur de la communication
de la Société de vénerie : «Il
n’y aurait plus de cerfs dans
les forêts françaises sans les
chasseurs. Après la Seconde
Guerre mondiale, les forêts
braconnées ont été repeuplées
par les veneurs, pour leur
plaisir de chasser.»
Ludovic Bochet est d’accord:
«Sans gibier, on n’est rien.» Il
rappelle que les chasseurs
participent à l’équilibre de
l’écosystème, en tuant les
espèces invasives, comme les
sangliers ou les cormorans.
«Le préfet nous appelle pour
faire le sale boulot», note-t-il.
Les veneurs aiment de leur
côté narrer qu’ils ont aidé à
réaliser et à financer les ponts
au-dessus de l’autoroute A1
pour le passage des cerfs. Ce
qui a permis, affirment-ils, de
préserver ces fameux corridors de biodiversité qu’empruntent toutes les espèces.
La campagne de communication est ouverte: les chasseurs contre-attaquent, pour
changer d’image. •
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
u 19
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LIBÉ.FR
Dans les Hauts-de-France, des distributeurs automatiques de légumes Dans les campagnes des Hauts-de-
France, les maraîchers ont adopté le distributeur automatique.
Des fruits et légumes frais, en direct de la ferme, 24 heures sur
24, aux ronds-points les plus fréquentés et dans les villages. Si
l’investissement est lourd, ce système évite aux agriculteurs
les aléas de la vente en gros, et s’avère moins chronophage
que la vente directe. PHOTO AFP
LR à La Baule: «Le parti va mieux»
maine lors de sa traditionnelle ascension du mont
Mézenc, n’a pas jugé nécessaire de faire le déplacement
sur les bords de l’Atlantique
pour prendre le pouls de ses
troupes. De même qu’il n’assistera pas non plus le weekend prochain au «campus»
du Touquet, l’autre grand
rendez-vous de rentrée organisé par sa formation. «Il a
tort. La présence du chef galvanise toujours les militants,
qui y sont très sensibles. Et
puis c’est pour lui une manière d’occuper le terrain
dans les médias nationaux
mais surtout locaux et ça,
c’est très important», pointe
un responsable local.
Christian Jacob, le patron du
groupe LR à l’Assemblée nationale, et les eurodéputés
Brice Hortefeux et Nadine
Morano ont fait le déplacement. Ainsi que le président
du groupe LR au Sénat, le
Vendéen Bruno Retailleau,
ancien président de la région, venu jouer le local de
l’étape. «Laurent Wauquiez a
réussi à remettre la machine
sur les rails, constate Christian Jacob. La reconstruction
est bien entamée. Nous nous
sommes donnés jusqu’à la fin
de l’année pour rédiger notre
projet européen et cela ne va
pas donner lieu à un affrontement entre nous comme certains veulent le faire croire.»
«A partir de l’année prochaine va s’ouvrir un nouveau cycle avec une élection
par an jusqu’en 2022, et il
faut que nous soyons présents», a rappelé de son côté
DIDIER GOSSET
doyen de la faculté
de médecine
de Lille
La faculté de médecine de
Lille a suspendu son diplôme d’homéopathie pour
l’année universitaire 20182019 dans «l’attente de la position de la Haute Autorité
de santé et d’échanges nationaux sur l’encadrement de
cette pratique et de son enseignement», peut-on lire sur le
compte Twitter de la fac de
médecine. Il s’agit d’une position prise «dans le cadre
d’une réflexion scientifique
et pédagogique», a précisé à
l’AFP le doyen de cette faculté, Didier Gosset. «Force
est de constater que nous enseignons une médecine fon-
DR
«Je ne veux pas continuer
à enseigner dans ma faculté
une pratique qui n’est pas
scientifiquement
reconnue à ce jour.»
dée sur les preuves –on tient
à une rigueur scientifique,
absolue– et force est de constater qu’en parallèle l’homéopathie n’a pas évolué,
que c’est une doctrine qui est
restée en marge du mouvement scientifique, que les
études sont rares sur l’homéopathie, qu’elles sont peu
solides, maintenir notre enseignement serait le cautionner», a-t-il développé.
Vieux débat, la question de
l’utilité de l’homéopathie a
ressurgi avec vigueur en
France, numéro 1 mondial
des préparations homéopathiques, depuis la publi-
cation mi-mars dans le Figaro d’une tribune d’une
centaine de médecins opposés à cette pratique et réclamant l’arrêt de sa prise en
charge partielle par l’assurance maladie. Des médecins pro-homéopathie ont
répliqué en portant plainte
devant le Conseil de l’ordre
des médecins contre les signataires. Le ministère de
la Santé a saisi la Haute
Autorité de santé pour évaluer l’efficacité de l’homéopathie et le bien-fondé de
son remboursement, son
avis est attendu d’ici à la fin
du mois de février.
Brice Hortefeux, aujourd’hui
l’un des conseillers de Laurent Wauquiez. Tout en mettant en garde contre ceux qui
seraient tentés de fissurer
l’unité du parti. «Attention à
ce que le championnat des décibels ne finisse par engluer
l’opposition tout entière»,
met-il en garde.
«C’est sûr, nous sommes redevenus audibles. Il nous reste
encore à redevenir crédibles»,
poursuit Retailleau, qui milite pour que LR se dote «d’un
projet politique de civilisation». Mais pour retrouver
cette crédibilité en jouant
«l’opposition
positive»,
comme l’a qualifiée Hortefeux, la partie n’est pas gagnée.
CHRISTOPHE FORCARI
Envoyé spécial à La Baule
305000
personnes ont profité cet été de la 17e édition
de Paris Plages, un record. Très apprécié des touristes, Paris Plages a rangé dimanche soir parasols et
transats après un été marqué par un record de
fréquentation grâce à la météo ensoleillée et chaude.
La fréquentation a été en hausse de 6,5% par rapport
à l’été 2017. Outre les transats, les parasols et les espaces d’animation (boulodrome, minigolf, piste de
danse…), les brumisateurs ont été très appréciés
cet été en raison des fortes chaleurs. En lançant
l’opération le 7 juillet, Anne Hidalgo avait défendu
sa décision de piétonniser une partie des quais de Paris afin de faire baisser la circulation automobile
pour «adapter la ville au changement climatique».
A Paris, la guerre
de Ian Brossat contre Airbnb
Adjoint à la mairie de Paris
chargé du Logement depuis
2014, Ian Brossat a été
confronté à l’explosion des
plateformes de location meublée de courte durée dans la
capitale, première destination mondiale d’Airbnb depuis 2015. Dans
son livre Airbnb,
la ville ubérisée (1), celui qui
a été désigné cet
été tête de file
des communistes aux européennes de
mai 2019 analyse les effets de la plateforme
américaine sur les villes, et
raconte son action pour réguler cette activité.
Deux ans après l’ouverture de
son bureau parisien, la croissance d’Airbnb dans la capitale est vertigineuse : entre 2013 et 2016, le nombre de
nuitées facturées a bondi de
4 à 37 millions sur l’ensemble
de son activité. Non sans conséquences, souvent désastreuses. Au premier rang desquelles, l’aggravation d’un
phénomène déjà ancien : la
désertification des centresvilles, qui deviennent des
musées habités essentielle-
ment par les touristes. Avec
un lot de nuisances pour ceux
qui y vivent encore.
Le livre de Brossat dénonce
une véritable «économie de la
prédation». Et une volonté,
chez la plateforme domiciliée
à San Francisco, de ne pas se
soumettre aux
lois qui encadrent et régulent son juteux
business. Petit
rappel : depuis
la loi Alur de
2014, seules les
résidences principales peuvent
être louées sur les plateformes, et ce dans la limite de
120 nuitées par an. Légalement, Airbnb peut donc
constituer un complément de
revenus pour des particuliers,
mais pas une activité pour
des professionnels. Or la mairie estime qu’au moins
20000 logements parisiens
sont loués via Airbnb par des
investisseurs immobiliers, en
toute illégalité.
Elu du XVIIIe arrondissement,
Ian Brossat évoque l’existence
à Montmartre d’«immeubles
entiers transformés en hôtels
clandestins par des multipropriétaires présents sur les
AFP
Près de 500 personnes ont
participé, samedi, à l’université d’été organisée par les fédérations de Les Républicains des Pays de la Loire. Un
rendez-vous local mais qui,
en 2016, avait connu une portée nationale avec la présence de tous les candidats à
la primaire de la droite.
«Autant de monde alors que
nous sommes dans une année
où il n’y a pas d’échéances
électorales et pas d’enjeux
majeurs, ce n’est pas si mal»,
se félicite Franck Louvrier,
l’ancien conseiller en communication de Nicolas
Sarkozy à l’Elysée. «C’est
aussi le signe que le parti va
mieux», veut croire le conseiller régional. Laurent
Wauquiez, qui a fait sa rentrée politique il y a une se-
plateformes.» Et pour cause:
la location meublée de courte
durée est bien plus rentable
que la classique, plus encadrée. Ian Brossat raconte
dans son livre comment il a
dû batailler contre Airbnb et
ses lobbys pour faire appliquer la loi: mise en place d’un
numéro d’enregistrement
obligatoire pour les annonces, renforcement des équipes de contrôleurs et des opérations «coups de poing»
pour traquer les locations
illégales, doublement des
amendes… Le livre est autant
un réquisitoire contre Airbnb
qu’un plaidoyer pro domo
pour «une mandature décisive dans la lutte contre l’ubérisation de la ville lumière».
Et un appel à un sursaut citoyen. Ian Brossat en est
convaincu : l’Union européenne est l’échelon qui peut
répondre aux géants du numérique. Encore faut-il que
l’UE change d’orientation,
estime-t-il. Nul doute qu’il
portera ce débat au cours de
la campagne.
NICOLAS MASSOL
(1) Airbnb, la ville ubérisée
(éd. La ville brûle). Sortie en
librairies le 6 septembre.
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20 u
SPORTS
Libération Lundi 3 Septembre 2018
LIGUE1
Aunom
dubeau,
duvraiet
dusaintjuste
La défaite face au SM Caen
du Dijon FCO, deuxième de L1,
a laissé entrevoir une trilogie par
le prisme duquel tout le football
semble pouvoir se dépeindre.
Le Caennais Alexander Djiku (en blanc) à la lutte avec l’attaquant cap-verdien Júlio Tavares, samedi au
Par
toire(s) racontent le Mondial sudafricain et la grève du bus de
Envoyé spécial à Dijon (Côte-d’Or)
Knysna, l’animosité supposée de
Nicolas Anelka et Franck Ribéry à
es matchs du Dijon Football son endroit, le sobriquet de «nouCôte-d’Or (DFCO) se termi- velle star» dont l’avait affublé un innent désormais en compa- ternational tricolore pour se foutre
gnie d’un visiteur du soir discret. de sa gueule. Discrètement, ses
Grappillant quelques minutes de tourmenteurs présumés ont explijeu –cinq par-ci, sept par-là, treize qué qu’ils n’avaient rien contre lui
samedi – comme un gosse tente mais que, puisqu’on en parlait, ald’attraper les flocons de
lons-y, Gourcuff est un
neige et promenant REPORTAGE joueur comme il y en a
l’idée d’une époque sébeaucoup, gonflé mépia, pleine de fureur et de mystère, diatiquement à l’hélium de ses yeux
Yoann Gourcuff est un martyr.
clairs et ses boucles séraphiques.
Il en a l’aura sacrificielle, les brûlu- Dieu sait comment, le natif de Ploeres (les blessures à répétition) et il meur (Morbihan) en est sorti avec,
a un pied dans les deux mondes ; attachée à ses basques, l’image de
celui d’aujourd’hui, puisqu’il joue ce qui est beau dans le foot. Et de
(même peu), et celui d’après, le stigmate en stigmate (dos, malléole,
bardo du moment de la mort spor- contusion thoracique, aine, adductive du joueur de 32 ans multiblessé teur, cheville, genou…), de douleurs
qu’il est. Juste dans l’intervalle. réelles en appréhension du retour
Mais un martyr de quoi? Personne de celles-ci («Je suis guéri mais je
ne peut le dire. Les livres d’his- sais que la douleur est toujours là»,
GRÉGORY SCHNEIDER
L
nous a une fois expliqué un joueur),
il a joué de moins en moins, passager clandestin d’une Ligue 1 où les
joueurs altruistes comme lui –il lâche son ballon plus vite que quiconque – sont éclipsés par les joueurs
de duels, capables de prendre des
coups et de les mettre. Cet été, après
une saison quasi blanche à Rennes
(10 matchs, 1 but), il a débarqué
au DFCO, à la fois émoustillé et pas
dupe : «Avec lui, on vit au jour le
jour, on ne peut absolument pas se
projeter, a expliqué l’entraîneur du
club, Olivier Dall’Oglio. S’il joue entre 20 et 25 matchs cette saison en
Ligue 1, on sera déjà très, très content.» «J’arrive un peu sur la pointe
des pieds, a dit Gourcuff de son côté.
Comme un jeune qui débarque en
pro.»
Après quelques semaines à voisiner
avec le joueur, Dall’Oglio a eu ce mot
terrible dans l’Equipe: «[Gourcuff]
est plus à l’aise sur le terrain que
dans la vie.» Samedi, notre voisin de
pupitre prononçait l’oraison: «Et il
n’y est jamais ou presque, sur le terrain.» Si, si. A chaque match ou pas
loin: cinq minutes, treize minutes…
LE MUSCLE
ÉCRASE L’ART
On s’est pointé samedi au stade
Gaston-Gérard de Dijon à la poursuite d’une hype qui attira au
printemps jusqu’à l’attention du
prestigieux quotidien anglais
The Guardian, pourtant peu soupçonnable de francophilie en matière de football : un Dijon défendant quelque chose de cette idée du
beau qui pourchasse Gourcuff. Les
passes courtes, l’habileté technique
dans cette Ligue 1 où, pourtant, le
muscle écrase l’art. Sous nos yeux,
le stade Malherbe de Caen et ses
grands gabarits sont d’ailleurs repartis de Bourgogne avec la queue
du Mickey (2-0), Yoann Gourcuff a
quitté l’enceinte par une porte dérobée pour être bien sûr de ne pas dire
un mot devant un micro et, avant
ça, il a failli remettre son équipe à
hauteur sur une passe merveilleuse
à trois minutes du terme (1-0 à cet
instant), son récipiendaire perdant
de précieux centièmes de seconde
à se demander d’où pouvait bien
sortir une offrande pareille.
Ce qui est beau, ce qui est juste, ce
qui est vrai: le foot tient là-dedans,
c’est sa sainte trilogie. Mais de quoi
on parle? Le juste, c’est le résultat:
blanc ou noir. Devant Caen, les
Dijonnais ont perdu, donc ils
n’étaient pas justes. Le vrai, ce sont
les vibrations profondes de l’âme, ce
qui se trame entre les acteurs. Quant
au beau, on rentre dans la représentation idéalisée que se font ces mêmes acteurs ainsi que ceux qui les
regardent –le monde extérieur est
invité. Du point de vue dijonnais,
Yoann Gourcuff est une prise de
guerre : le beau attire le beau, une
équipe balançant des chiches de
60 mètres sur un attaquant de
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
u 21
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4e/38 journées
Le classement
POINTS JOUÉS
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2
3
4
5
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11
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13
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15
16
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18
19
20
Paris-SG
Dijon
Toulouse
Lille
Rennes
Montpellier
Lyon
Saint-Etienne
Nîmes
Reims
Caen
Marseille
Monaco
Amiens
Strasbourg
Nantes
Nice
Angers
Bordeaux
Guingamp
12
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GAGNÉS
NULS
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MARQ.
ENC.
DIFF.
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1
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-2
-1
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0
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-3
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-3
-4
-7
LES RÉSULTATS DU WEEK-END
Vendredi Lyon-Nice : 0-1.
Samedi Angers-Lille : 1-0 ; Guingamp-Toulouse : 1-2 ;
Strasbourg-Nantes : 2-3 ; Dijon-Caen : 0-2 ;
Reims-Montpellier : 0-1 ; Nîmes-Paris-SG : 2-4.
Dimanche Saint-Etienne-Amiens : 0-0 ; Rennes-Bordeaux : 2-0 ;
Monaco-Marseille : non parvenu.
stade Gaston-Gérard de Dijon. PHOTO PHILIPPE DESMAZE. AFP
1,90 mètre sans autre souci de construction n’avait aucune chance d’aspirer à aussi vil prix (on parle de
40000 euros mensuels sans les primes) la Belle au bois dormant du
foot français. Samedi, Dall’Oglio
était attendu après le match sur l’esthétisme, le combat inégal de ses
joueurs de petite taille contre les armoires normandes, et il a répondu
sur le vrai: «[Les Caennais] étaient
plus costauds, oui. Mais c’est l’attitude qui m’intéresse. Le football est
une question d’attitude, pas de taille,
et on doit pouvoir réagir là-dessus.
On n’était pas dedans, les vingt premières minutes. J’ai vu du monorythme, quand on avait le ballon et
quand on ne l’avait pas.»
On l’a senti ennuyé. Son équipe
demeure deuxième au classement
(derrière le Paris-SG, hors concours)
de Ligue 1 et peut-être que la beauté
du jeu dijonnais se juge aussi à
l’aune de sa fragilité, le côté éphémère –un coup oui, un coup non, le
club ne disposant pas, faute de
moyens, de joueurs permettant la
régularité – ajoutant à l’émotion
comme le crépuscule de Gourcuff
rend ses minutes passées sur le
terrain plus précieuses.
COURS DU SOIR
AUX BEAUX-ARTS
Mais Dall’Oglio n’est pas là-dedans.
Quand le site Football 365 a
demandé à l’architecte du jeu
dijonnais ce qu’il avait retenu du
Mondial russe, il a parlé baston :
«C’est contradictoire ce que je vais
dire, mais j’aime bien l’Uruguay sur
le côté défensif, l’agressivité. C’est un
exemple pour moi, que j’essaie de
faire passer à mes joueurs. [Les défenseurs uruguayens] ne sont pas
plus grands ni plus rapides mais,
par contre, qu’est-ce qu’ils sont
concentrés ! Quand je vois la différence avec les miens…» La lutte.
Par ailleurs, il se trouve que l’entraîneur du Dijon FCO peint. Il expose,
il vend parfois et il s’est donné les
moyens, en utilisant la fin de sa
carrière de joueur en fréquentant
l’école des beaux-arts de Perpignan
en cours du soir puis celle de Rennes; une démarche «ouverte» peu
courante dans le foot qui eut tôt fait
de transformer Dall’Oglio en sujet
de curiosité. En juillet 2017, le
Gardois (il est né à Alès) s’exprimait
«Dalí pouvait
peindre ce qu’il
voulait. […] Un
entraîneur, lui, a
dans la tête le jeu
parfait qu’il veut
créer. Sauf qu’il
gère l’humain.»
Olivier Dall’Oglio
coach du DFCO, à l’Equipe
longuement dans l’Equipe sur le
sujet. Questionné sur ses goûts,
il répondait graffitis du Street Art
découvert à New York et à Barcelone
avant d’évoquer l’artiste urbain (et
anonyme) Banksy («il y a quelque
chose lié à la liberté d’expression
dans son œuvre»), les «gribouillages»
de Jean-Michel Basquiat, les impressionnistes et Salvador Dalí. Sur
lequel il a cette phrase: «Il était doté
d’une technique exceptionnelle. Dalí
pouvait peindre ce qu’il voulait.
Quand il avait une œuvre dans la
tête, elle était déjà finie [puisque
l’exécution ne lui posait aucun problème, ndlr]. Un entraîneur, lui, a
dans la tête le jeu parfait qu’il veut
créer. Sauf qu’il gère l’humain, plein
de choses lui échappent, ce qui crée
une frustration. Quand une toile ne
me plaît pas, je passe du blanc dessus
et je recommence. Ce n’est pas possible après un match raté.»
Olivier Dall’Oglio n’ayant jamais
rechigné à aborder sa passion pour
la peinture, on dispose de nombreuses interviews sur le sujet : c’est la
seule fois qu’il s’est risqué à comparer l’art et le sentiment esthétique
au football. Et encore, il en reste au
stade du processus et il oppose les
deux sujets.
Le beau dans le foot? Chacun le voit
où il veut: il y a ceux qui sont pour,
ceux qui sont contre (c’est arbitraire) et ceux qui s’en fichent,
comme le sélectionneur tricolore,
Didier Deschamps, qui serinait son
incompréhension à chaque fois
qu’on le lançait là-dessus avant le
Mondial russe et la deuxième étoile.
Et Dijon? Et le jeu? Le mec du Guardian n’est pas venu par hasard : ça
joue à l’unisson, selon une trame
commune du gardien à l’avant-centre –on joue à terre, dans les pieds–
quand on le peut.
Mais on ne peut pas tout le temps.
A chaque match ses ressorts tactiques : samedi, l’agressivité des
Caennais a contraint la base arrière
dijonnaise à se débarrasser souvent
du ballon, c’est-à-dire à balancer ces
fameuses chiches aériennes de
60 mètres tant honnies des puristes
–adieu jeu au sol et finesses techniques – sur le colosse local, l’attaquant cap-verdien Júlio Tavares et
son 1,87 mètre. Voilà : les équipes
proposent, le jeu dispose. Du coup,
Tavares a livré un combat épique à
son défenseur, le dénommé Alexander Djiku, un type dont la hargne et
la détermination dans l’approche
des matchs allaient jusqu’à foutre la
trouille à ses ex-coéquipiers bastiais
quand il évoluait en Corse.
LÉGER
SOURIRE
Toute la beauté était là, sur les deux
hommes (photo): déchiquetée, sauvage, à mille lieux de la hype et des
passes veloutées de Gourcuff durant son petit quart d’heure. A
moins qu’elle soit ailleurs. On confesse avoir essayé de rencontrer longuement Júlio Tavares la saison
passée sans le moindre succès :
l’homme goûte peu l’exposition médiatique, c’est son droit mais on le
déplore tant l’histoire de ce type raconte le jeu, entre sa découverte du
foot à 18 ans à Montréal-la-Cluse
(Ain) alors qu’il appartenait à l’élite
régionale du jeu de… pétanque; sa
réticence à quitter les clubs (fussent-ils amateur) s’il s’y sent bien ;
et, pour tout dire, cette absence apparente d’ambition qui cohabite
avec une rage de vaincre et un état
d’esprit qui lui ont valu le brassard
de capitaine cette saison.
Samedi, au moins, on a eu le privilège de le croiser vite fait après le
match. Voix grave, discours mesuré
et léger sourire, dont on n’a pas fini
de se demander ce qu’il cache. On
ne sait pas, au juste, où est la beauté
dans le jeu de football. Mais on jurerait qu’elle est muette. •
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22 u
Libération Lundi 3 Septembre 2018
IDÉES/
Pour
réenchanter
la politique,
il faut renouer
avec les idées
Rêver de
reconstruction est
inopérant si c’est
pour se limiter à une
critique du pouvoir
et à la préparation
tactique des batailles
électorales. Pour
reprendre la main
il faut de nouveau
penser le monde.
E
st-ce d’«idées» dont nous
avons besoin, comme l’ont
dit ces derniers temps
quelques responsables politiques
de l’opposition ? Certes, il faut se
réjouir de percevoir un frémissement, la conscience, vague, qui
se fait jour, selon laquelle les partis devraient porter des idées, et
mener une lutte pour les promouvoir. A droite comme à gauche, le dirigeant communiste italien Antonio Gramsci, qui fut
aussi un grand penseur, est ici à
l’honneur, mobilisé dans des déclarations en faveur d’un combat
idéologique plaçant la culture au
cœur de l’action pour le contrôle
de l’hégémonie.
Pour mener un tel combat, il ne
suffit pas de soupçonner, de dé-
Par
AFP
MICHEL
WIEVIORKA
Sociologue, président
de la Fondation de la Maison
des sciences de l’homme
noncer. Accumuler les critiques,
les adosser à des «scandales» révélés par le Canard Enchaîné, se
présenter en Père la vertu et ironiser à propos de la «République
des affaires» – Benalla, Nyssen,
Kohler, Pénicaud –, ne fait pas
une politique visionnaire.
Etonnamment, c’est l’extrême
droite qui a ouvert la voie, avec
Marion Maréchal-Le Pen inaugurant à Lyon le 22 juin un «institut
des sciences sociales économiques et politiques» qui préparera
a-t-elle dit des étudiants capables
de «porter une certaine vision qui
manque terriblement à cette élite
politique et économique».
En fait, c’est de beaucoup plus
que d’idées dont nous avons besoin, et il ne faut pas attendre des
partis qu’ils en produisent de fortes, neuves et décisives. Ce n’est
ni dans leur histoire ni
aujourd’hui dans leurs moyens,
et guère davantage dans leur désir ou leur volonté. Ce serait déjà
beaucoup s’ils s’intéressaient à
ceux qui portent, apportent ou
mettent en forme les visions, les
analyses, les connaissances permettant de projeter la société
vers le futur, et qu’on a longtemps appelé les «intellectuels»
– un terme déprécié aujourd’hui
tant les plus connus, les plus médiatisés, manquent d’épaisseur.
Le fond a été atteint à gauche, par
le Parti socialiste : depuis l’élection de François Hollande à la
tête de l’Etat, ce parti n’a plus eu
de relations suivies avec des intellectuels, n’échangeant plus
guère avec eux. Dès 2012, il a
fermé le «lab», le laboratoire des
idées, et l’université d’été de
La Rochelle, qui était un moment
important où il y avait quelque
place pour eux, a été en août un
simple rendez-vous d’appareil.
Les idées ne sont pas des «trucs»,
des «perles» comme disait Ségolène Royal en son temps. Elles
font sens quand elles entretiennent un rapport au réel, et au
possible ou au souhaitable, et
qu’elles font système.
Le rapport au réel, au possible et
au souhaitable ne saurait être
confondu avec des propositions
de bonne ou de meilleure gestion, émanant de technocrates et
d’experts au contact des responsables politiques. Les «idées» se
nourrissent de la réflexion en
profondeur, et de l’expérience,
des espoirs et des contestations
de ceux qui, au sein de la société,
aspirent à un monde meilleur,
plus juste.
Le rapport au réel, au possible et
au souhaitable ne saurait être confondu
avec des propositions de bonne
ou de meilleure gestion.
Un rapide rappel historique suffira ici pour prendre la mesure de
cet enjeu. Pendant un siècle et
demi, tout au long de l’ère industrielle, et dès ses commencements, d’innombrables acteurs et
penseurs ont imaginé la fin de
l’exploitation, le dépassement
des rapports capitalistes, comme
l’ont montré Edward P. Thompson (la Formation de la classe
ouvrière anglaise, Seuil, 1988), ou,
pour la France, Jacques Rancière
(la Nuit des prolétaires, Fayard,
1981). Utopies, initiatives solidaires – coopératives, mutuelles –
luttes sociales : d’innombrables
lll
efforts pour penser la so-
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Le stand du chamboule-tout à la fête
de la rose de Frangy-en-Bresse
(Saône-et-Loire), le 26 août
dernier. PHOTO MARC CHAUMEIL
Après Mai 68 (dont la commémoration a dans l’ensemble été un
flop), la France a connu d’importantes mobilisations, Lip, le Larzac, des mouvements féministes,
régionalistes, des initiatives citoyennes en grand nombre. Mais
les luttes les plus spectaculaires
de ces dernières années ont été
ou bien défensives – sur la loi
El Khomri, à la SNCF par exemple – ou bien conservatrices,
voire réactionnaires culturellement, comme celle contre le mariage pour tous. De tels combats
ne risquent pas de nourrir le renouveau de la pensée politique.
Les utopies dessinées par Ivan Illich dans les années 70, en phase
avec les premiers mouvements
écologistes, n’ont pas préfiguré
de contestations majeures, et
Nuit debout s’est bien vite couchée. Tout ce qui touche à l’environnement et au changement climatique aurait pu depuis un
demi-siècle bénéficier d’un passage au politique, mais l’écologie
politique s’est hyperinstitutionnalisée, avec des partis et des politiciens dont les jeux et
manœuvres ne tranchent guère
par rapport à ce qu’on observe
ailleurs dans la sphère politique.
Le syndicalisme n’est plus l’acteur social central des années 60
et encore 70, et l’attitude négative
du pouvoir à son égard, même s’il
s’agit des syndicats les plus réformistes et négociateurs, n’a rien
arrangé : Laurent Berger, le leader de la CFDT, l’a dit, lucide, (lire
Libération du 3 novembre 2017) :
«Les syndicats sont mortels,
comme les partis politiques.»
Bref, la vie politique, la vie intellectuelle et la vie sociale et culturelle entretiennent des liens
complexes et le tout offre
aujourd’hui un spectacle peu enthousiasmant. Le dire ne doit pas
exonérer les acteurs de la gauche
et la droite classique. A quoi sert
de rêver de reconstruction, de renaissance si c’est pour se limiter
à critiquer le pouvoir au jour le
jour et à préparer tactiquement
les prochaines batailles électorales – les européennes, les municipales ? Si c’est sans créer les
conditions d’efforts en profondeur, sur la durée, et avec
d’autres, pour penser avec une
certaine humilité la France de
demain ?
Si Emmanuel Macron réussit dans
son entreprise de réformes, les partis en place n’auront rien à lui objecter. S’il échoue, ils auront laissé la
voie libre aux radicalités extrémistes et à l’autoritarisme, y compris
dans leur sein. Dans tous les cas,
faute d’efforts intellectuels «durables», ils auront fait fausse
route. •
Madame Schiappa, il n’y a
pas de «féminisme mais…»
Inviter Raphaël Enthoven ou Elisabeth Lévy
aux premières Universités d’été du féminisme
organisées par le gouvernement, c’est obliger
encore les femmes à justifier leur combat.
M
adame la secrétaire
d’Etat, chère Marlène
Schiappa,
C’est avec enthousiasme que
j’ai appris la création des premières Universités d’été du féminisme organisées les 13 et
14 septembre. Cette action à
mes yeux était absolument nécessaire. Outre les ponts que
ces Universités peuvent générer, faire débattre des féministes entre elles sur la prostitution, le voile ou les violences
sexuelles, va permettre de crever certains abcès. Aborder ces
sujets dans un cadre bienveillant avec des intervenants
de qualité, dont les avis divergent, est à mon sens, le meilleur
moyen de les dépasser.
Cependant, quelle ne fut pas
ma surprise quand j’ai découvert certains de vos invités.
Pour les partis politiques, les
universités d’été sont l’occasion de se retrouver au sein
d’une même famille. Alors certes, il y a toujours l’oncle qui ne
pense pas comme nous, mais
on n’invite pas le voisin, qui depuis des années nous pourrit la
vie. Pour être plus claire, inviter Raphaël Enthoven qui nous
explique un matin sur deux à la
radio pourquoi les féministes
se trompent et Elisabeth Lévy,
fondatrice et directrice de Causeur, un journal ouvertement
masculiniste, c’est comme si le
PS avait invité François Fillon
et Laurent Wauquiez à intervenir à La Rochelle !
Je ne veux pas croire que ces
invitations tiennent seulement
au désir de céder aux appels
des sirènes médiatiques. La
qualité de vos autres intervenant·e·s, Brigitte Grésy, Michelle Perrot ou Nadia Daam,
pour ne citer qu’elles, le
prouve. Non, elles posent selon
moi des questions plus importantes sur le féminisme et son
avenir. Une réflexion qui m’a
fait passer de l’indignation à la
tristesse.
D’une part parce que nous en
revenons toujours à la même
chose avec le féminisme. Les
femmes se sentent systémati-
quement obligées de se justifier
dans leurs combats. De faire
venir une parole extérieure,
une parole «contre», pour prouver qu’elles sont dans le fond
toujours «gentilles». Cela me
rappelle la campagne sur Twitter ou des femmes avaient
brandi un panneau : «Je suis féministe mais…» Comme si le
féminisme était un gros mot.
Comme s’il lui fallait toujours
un bémol pour l’adoucir. Lorsque l’une de mes amies m’explique pourquoi elle est «féministe mais…» elle aime faire la
cuisine/se maquiller/aime les
hommes (oui parfois nous en
sommes encore là), je lui donne
cette réponse : tu es consciente
qu’il existe des inégalités, des
discriminations, des violences,
dont les femmes sont exclusivement victimes, parce qu'elles
sont des femmes ? Tu es contre ? Tu le dis ? Félicitations, tu
es féministe. Il n’y a pas de
«mais».
Le féminisme ressemble à tous
les mots en «isme» : socialisme,
anarchisme (ça marche même
avec échangisme). Dans ces
groupes les gens ont un but
commun, cela ne veut pas dire
qu’ils le pensent ou le pratiquent pareil. Et ce «mais», que
vous introduisez dans ces Universités par ces intervenants et
en proposant des débats
comme : «Peut-on être féministes et mère au foyer ?», nous fait
revenir des années en arrière, il
nous enferme dans la question
de la légitimité qui pourrit tous
nos combats. Pour vous épargner quatre heures de noyade
dans un verre d’eau, je me permet de vous donner la réponse
à ce débat : on s’en fiche. On
peut être féministe et manger
des glaces, féministe et contorsionniste, féministe et amoureuse d’Eric Zemmour (si si, ça
doit exister). On peut être féministe et tout ce qu’on veut.
En revanche, on ne peut pas
être féministe et penser qu’il
n’y a pas ou plus de domination masculine. Ce simple
constat fait par Elisabeth Lévy
dans ses écrits, la discrédite.
Car s’il n’y a pas d’ennemi, il
n’y a pas de combat. Quant à
Raphaël Enthoven, ses prises
de positions à l’antenne sont
comme autant de claques dans
la figure des féministes. L’écriture inclusive : une agression
de la syntaxe par l’égalitarisme.
Le manspreading : un concept
sexiste, puisqu’il vise seulement les hommes. Balance ton
porc : une libération de la parole certes, mais qui va trop
loin.
Alors oui, tous deux se définissent comme féministes, ou admirateur d’un «féminisme
d’antan», nécessaire à une époque où les femmes n’avaient
pas le droit d’avoir un compte
en banque, chefs de file du «je
suis féministe mais… de quoi se
plaignent donc les femmes
aujourd’hui !»
Ce qui m’amène à mon
deuxième point. Si vous avez
invité ces gens pour avoir une
pluralité de points de vue sur
ce qu’est le féminisme, pourquoi alors n’avez vous pas invité Eugénie Bastié et ses amis
d’Ecologie intégrale ? Elle aussi
se revendique d’un «néoféminisme». Elle est contre l’avortement par exemple, parce qu’il
serait une violente atteinte au
corps de la femme. Est ce que
cela voudrait dire que, pour
vous, secrétaire d’Etat chargée
de l’Egalité entre les femmes et
les hommes, notre représentante régalienne, le féminisme
en 2018 se définirait par cette
ligne de clivage : être pour ou
contre l’avortement ?
C’est peut-être cela qui me rend
le plus triste. Me dire qu’aujourd’hui, alors que vous êtes de ma
génération, vous incarnez par
vos actes une réalité consternante : sur tout ce qui touche
aux droits des femmes, la
France s’est arrêtée d’avancer, il
y a plus de quarante ans. •
Par
LÉA DOMENACH
DR
lll
ciété industrielle et l’invention d’autres rapports sociaux
ont façonné bien plus que des
idées : des grands systèmes de
pensée – le socialisme, la socialdémocratie, le communisme, etc.
Le mouvement s’est effectué de
bas en haut, vers les partis, et pas
seulement à partir d’eux.
Ces propositions s’organisaient
en des totalités relativement cohérentes, avec une portée générale, universelle même. On a
parlé pour elles d’«idéologies»,
mais le terme a été disqualifié,
même s’il est arrivé qu’il soit valorisé positivement, et déjà dans
les années 60, quelques penseurs
ont annoncé la «fin des idéologies», Daniel Bell, Raymond Aron
par exemple.
Oublions donc ce mot d’idéologie : toujours est-il que sans montée en généralité, sans structuration des idées dans des visions
d’ensemble, les oppositions seront incapables de contester avec
efficacité et sur le fond le pouvoir
actuel. Car ne nous y trompons
pas : Emmanuel Macron est parvenu à la tête de l’Etat en incarnant la fin d’une ère, et de ses
partis de gauche et de droite,
usés, car, entre autres raisons, incapables de renouveler leurs catégories et leurs modes de pensée.
Nous sommes sortis de l’ère industrielle, et des Trente Glorieuses qui ont été d’une certaine façon leur apogée. Le contenu, les
enjeux, les formes, les méthodes
de l’action politique appellent
désormais, pour l’opposition, un
profond aggiornamento qui doit
aussi être intellectuel. Le moins
que doivent faire les forces politiques capables de percevoir cette
exigence serait de renouer avec
l’univers de la connaissance et de
la pensée, et tout particulièrement avec les sciences humaines
et sociales, et de mettre en place
de véritables espaces d’échanges
et de formation intellectuelle,
sans se contenter de «think
tanks» fournissant «top down» de
l’expertise plus ou moins gestionnaire ou technocratique, et d’organisations de jeunesse servant
d’antichambre à leurs appareils,
et de force militante d’appoint.
Ne faisons pas porter tout le
poids de l’indigence sur les seuls
partis classiques d’opposition. Si
leur vie intellectuelle est si désolante, c’est aussi que la population, quand elle ne fait pas confiance au pouvoir actuel, est
sensible à des demandes d’autorité, et à des discours ou bien radicaux et extrémistes, ou bien démagogiques, bien plus qu’animée
par des mouvements sociaux et
culturels.
Réalisatrice et scénariste,
militante féministe
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24 u
Libération Lundi 3 Septembre 2018
IDÉES/
MÉDIATIQUES
L
Par DANIEL
SCHNEIDERMANN
Comment titrer un
article sur le pape?
La question s’est posée à propos de la
dernière déclaration du Saint-Père.
«Le pape recommande la psychiatrie
pour l’homosexualité» est-il un titre
trop «incitatif»?
a séquence est devenue habituelle. Déboule soudain sur les
réseaux sociaux un titre-choc sur
une déclaration du pape. C’est en général une déclaration faite à bord d’un
avion, seule circonstance dans laquelle
l’Infaillible répond du tac au tac aux
questions des journalistes, et risque
donc de trébucher. «Le pape recommande la psychiatrie pour l’homosexualité», stipule donc le titre. Horreur ! Dans le meilleur des cas, les
titreurs de la même dépêche ont ajouté
«pour l’homosexualité décelée à l’enfance».
Sidération générale, d’autant plus que
cette déclaration survient quelques
jours après un bouquet de révélations
sur l’ampleur de la pédophilie dans
l’Eglise catholique. En Pennsylvanie,
ce sont 300 prêtres qui sont accusés
d’avoir perpétré des abus sexuels pendant des décennies.
En France, une pétition a été lancée par
L'ŒIL DE WILLEM
un prêtre, demandant la démission du
cardinal Barbarin. Et dans ce contexte,
le pape se permet de donner des
conseils aux parents d’enfants homosexuels! En France, un hashtag est créé
#nipapenipsychiatre. Les internautes
homosexuels sont invités à poster des
photos d’enfance.
Quelques heures de stupeur et des milliers de tweets plus tard, tout aussi rituellement, les twittos pro-pape dégainent en riposte la version (quasi)
intégrale de cette réponse du pape. Le
pape répondait à la question: «Que dites-vous à un père dont le fils annonce
qu’il est homosexuel?» «Qu’est-ce que je
dirais à un papa qui s’apercevrait que
son fils ou sa fille a cette tendance? Premièrement de prier. Pas condamner.
Dialoguer. Comprendre. C’est une chose
quand ça se manifeste dès l’enfance.
Quand cela se manifeste dès l’enfance,
il y a beaucoup de choses à faire par la
psychiatrie, pour voir comment sont les
choses. C’est autre chose quand cela se
manifeste après 20 ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de
paternité ou de maternité. Tu es mon
fils. Tu es ma fille. Tel que tu es. Et si
vous, père et mère, ne vous en sortez
pas, demandez de l’aide. Mais toujours
dans le dialogue. Il ne faut pas le chasser de la famille.»
Et les pro-pape d’exclamer: vous voyez
bien, qu’il n’avait pas dit ce qu’un titre
réducteur lui faisait dire. Ce n’était pas,
bien au contraire, une déclaration de
rejet, mais bien un appel à l’amour et
à la tolérance. Ces médias, tout de
même !
Qu’en est-il? Les premiers titres déformaient-ils la pensée du pape? Répondre à cette question, c’est se demander:
qu’est-ce qu’un titre? Il est toutes sortes de manières de titrer un article.
Certains titres sont dits «incitatifs». Ils
doivent uniquement inciter à la lecture, peu importe s’ils sont un peu excessifs, voire fourbes ou malhonnêtes.
D’autres s’assignent seulement la fonction de résumer. D’autres encore tentent d’acrobatiques compromis entre
les deux. Comment résumer deux éléments apparemment contradictoires
d’une même déclaration ?
La question se pose fréquemment pour
des déclarations de responsables politiques, particulièrement les (nombreux) amateurs du «et en même
temps». Exemple fréquent: «Je ne suis
candidat à rien, mais je suis à la disposition de mon pays» : va donc choisir
entre les deux !
Quand l’exercice s’avère impossible
dans le nombre de caractères imparti,
le titreur se rabat sur une seule partie
de l’information. Comment faire
autrement? C’est en ce sens qu’un titre
peut-être réducteur. Mais reprocher
à un titre d’être réducteur est un
non-sens. Bien sûr qu’un titre réduit le
contenu qu’il résume. C’est même sa
fonction première. Mais il faut réduire
sans trahir. En l’occurrence, qu’a dit le
pape ?
1) Que la psychiatrie pouvait aider les
enfants homosexuels et leurs parents.
Cela suppose en effet implicitement
que le pape considère l’homosexualité
comme une maladie ou, au minimum,
comme un problème.
2) Qu’il ne faut pas pour autant rejeter
ces enfants malades, car ils ne sont pas
responsables de leur maladie. Cette seconde partie peut a priori sembler atténuer la violence de la première, mais ce
n’est pas le cas. D’abord parce qu’elle
est attendue: on n’imagine pas le pape
préconiser l’abandon ou l’internement
d’enfants.
Surtout cette seconde partie de la pensée papale, loin de la contredire, renforce la première: l’homosexualité est
bien une maladie, puisque le sujet n’en
est pas responsable. On aurait pu titrer
sur la seconde partie. Mais titrer sur la
première était un choix. Légitime. •
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
u 25
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«Les crêpes que j’ai mangé»: un nouvel
accord pour le participe passé
La fédération Wallonie-Bruxelles souhaite
modifier les règles du fameux «accord du
participe avec l’auxiliaire avoir», jugées
complexes et grammaticalement peu
pertinentes. Et invite les autres pays
francophones à la suivre.
Par
Anciens professeurs de français,
auteurs du livre la Faute
de l’orthographe (Textuel)
et du spectacle la Convivialité
(au théâtre Monfort du 2 au
14 octobre).
«E
mployé avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde en
genre et en nombre avec le complément d’objet direct quand celui-ci le précède (les crêpes que j’ai
mangées). Mais si le complément
suit le participe, il reste invariable (j’ai mangé les crêpes).»
A l’école les enfants se demandent : pourquoi avant et pas
après ? Souvent, les enseignants
savent expliquer comment on accorde, mais pas pourquoi. L’incohérence des règles traditionnelles les empêche de donner du
sens à leur enseignement. Le
temps moyen consacré aux règles
actuelles est de 80 heures, pour
atteindre un niveau dont tout le
monde se plaint. Il serait tellement plus riche de le consacrer à
développer du vocabulaire, apprendre la syntaxe, goûter la littérature, comprendre la morphologie ou explorer l’étymologie, bref,
à apprendre à nos enfants tout ce
qui permet de maîtriser la langue
plutôt qu’à faire retenir les parties les plus arbitraires de son
code graphique.
Pourquoi l’esprit critique s’arrêtet-il au seuil de l’orthographe ?
Parce tout le monde a appris à ne
plus se demander pourquoi. Enfin, pas tout le monde. La fédération Wallonie-Bruxelles, en accord avec ses instances
DR
DR
ARNAUD HOEDT
et JÉRÔME PITRON
linguistiques, envisage sérieusement d’instaurer l’invariabilité
du participe passé avec l’auxiliaire avoir. Elle s’appuie pour
cela sur les avis du Conseil de la
langue française et de la politique
linguistique de la Fédération
Wallonie-Bruxelles (CLFPL) et du
Conseil international de la langue française (Cilf). Elle suit aussi
les recommandations d’André
Goosse, successeur de Maurice
Grevisse au Bon Usage, du groupe
de recherche Erofa (Etude pour
une rationalisation de l’orthographe française d’aujourd’hui), de
la Fédération internationale des
professeurs de français et de sa
branche belge, de certains membres de l’Académie royale de Belgique et de l’Académie de langue
et de littérature françaises de Belgique, ainsi que des responsables
des départements de langue, de
littérature et de didactique du
français de la plupart des universités francophones… Quant à
l’Académie française, n’étant pas
composée de linguistes, elle n’est
jamais parvenue à produire une
grammaire décente et ne peut
donc servir de référence.
Pour comprendre les raisons de
ce changement, revenons au
Moyen Age. Les moines copient
alors au fil de la plume. Quand ils
écrivent, par exemple : «Les pieds
Les langues
évoluent, leur code
graphique devrait
en faire autant,
ce qu’il n’a cessé
de faire en français.
Il serait absurde
de croire que notre
orthographe aurait
atteint un degré
de perfection
intangible.
que Jésus a lavés», un simple regard vers la gauche permet
d’identifier ce que Jésus a lavé. Il
a lavé quoi ? Les pieds. Donc le
moine accorde. Par contre,
quand il écrit : «Jésus a lavé», il
s’interroge. Jésus a lavé quoi ? Je
ne sais pas, je vais attendre la
suite du texte. Le moine poursuit : «Avant la fête de Pâques, sachant que son heure était venue,
lorsque le diable avait déjà inspiré au cœur de Judas Iscariote,
fils de Simon, le dessein de le livrer, et patati et patata, … les
pieds.» A tous les coups, quand le
moine est arrivé à «les pieds», il a
oublié qu’il avait un participe à
accorder, ou il n’a plus la place
pour écrire le «s» parce qu’au
Moyen Age, les mots sont souvent attachés les uns aux autres.
C’est cet oubli qui est à l’origine
de la règle des accords avec
l’auxiliaire avoir. Au XVIe siècle,
Clément Marot, constatant le
même phénomène en italien, en
fait la promotion à l’aide d’un joli
poème, ce qui fera dire à Voltaire :
«Il a ramené deux choses d’Italie :
la vérole et l’accord du participe
passé. Je pense que c’est le
deuxième qui a fait le plus de ravages». Le Bescherelle désigne
cette règle comme «la plus artificielle de la langue française». Elle
entraînera une cohorte de complications, comme les fameux accords des verbes exclusivement,
essentiellement ou accidentellement pronominaux qu’on retrouve dans les quatorze pages
d’exceptions du Bon Usage de
Grevisse.
Voici donc la nouvelle règle sur
laquelle s’appuyer : «Le participe
passé, avec l’auxiliaire être, s’accorde comme un adjectif (c’est-àdire avec le mot auquel il se rapporte). Avec l’auxiliaire avoir, il
ne s’accorde pas.» L’invariabilité
du participe avec avoir peut
heurter certaines personnes, que
nous renvoyons à la formulation
complète que le Cilf a proposé.
Ainsi, dans cette dernière phrase,
«la formulation que le Cilf a proposé», rien ne permet de considérer qu’il y a une faute grammaticale car le participe avec avoir n’a
plus valeur d’adjectif, contrairement à ce qui se passe quand on
utilise l’auxiliaire être.
L’usage oral s’est fait l’écho de
cette logique. L’invariabilité est
une tendance en augmentation
dans tous les milieux, dans tous
les médias et dans tous les pays
francophones. Parce que cet accord n’est plus porteur de sens. Il
ne s’agit pas de justifier une
faute, mais de rappeler que cet
usage est légitime et qu’il serait
injuste de le sanctionner. Les linguistes vous le diront : l’orthographe n’est pas la langue, mais
l’outil graphique qui permet de
transmettre, de retranscrire la
langue, comme les partitions servent la musique. Puisque les langues évoluent, leur code graphique devrait en faire autant, ce
qu’il n’a cessé de faire en français.
Il serait absurde de croire que notre orthographe aurait atteint un
degré de perfection intangible.
Cela reviendrait à la considérer
comme morte.
Evitons les faux dilemmes. Il ne
s’agit pas de tout changer, de déstabiliser tout le système ou de
supprimer ce qui est porteur de
sens dans notre orthographe,
mais de maintenir une norme
unique, renforcée dans sa cohérence. Il est surprenant de constater le peu de rigueur dont nous
faisons preuve envers l’orthographe elle-même. La plupart des
formes ou des règles sont justifiables, mais d’autres le sont moins,
voire pas du tout. Tout dans l’orthographe ne peut avoir la même
valeur. Osons l’affirmer: les règles
d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde. Compte
tenu du fait qu’elles ne sont pas
fautives, qu’elles suivent l’usage,
qu’elles libèrent du temps scolaire, qu’elles sont recommandées par toutes les instances officielles d’avis sur la langue et les
universités, on est en droit de se
demander pourquoi ces règles ne
sont pas appliquées. •
Plus d’informations et liste des soutiens
sur www.participepasse.info.
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presente par elisabeth quin
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Libération est officiellement habilité pour l’année 2018 pour la publication des annonces légales
et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) 92 (5,50 €) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
75 PARIS
Document
: LIB_18_09_03_LEG_PUBLILEGAL_327_6281889.pdf;Date : 28. Aug 2018 - 15:11:49
AVIS DIVERS
Mairie de Paris
Direction de l’urbanisme
- AVIS PROJET URBAIN « MAINE-MONTPARNASSE »
Cette concertation est ouverte par la délibération 2018 DU 102 du Conseil
de Paris en date des 20, 21 et 22 mars 2018, conformément aux articles L.103-2
et suivants du code de l’Urbanisme.
REUNION PUBLIQUE
VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2018 A 18H30
Gymnase Mouchotte
33, rue du Commandant René Mouchotte
75014 PARIS
Information et contribution : Imaginons.paris ou paris.fr
Contact : mainemontparnasse@imaginons.paris
Tous les habitants, associations locales et autres personnes intéressées
sont invités à y participer.
EP18-327
enquête-publique@publilegal.fr
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21h00. Piégés. Série. Piégés
(Parties 1 & 2). Avec Odile
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Divertissement. 22h55.
Les enfants de la télé.
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Magazine. 22h55. Appels
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20h50. Blade Runner. Film de
science-fiction. Avec Harrison
Ford. 23h00. The Salvation.
Drame. Avec Mads Mikkelsen.
21h00. Casino Royale. Film
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Craig, Eva Green. 23h30. Soir
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racines & des ailes. Magazine.
21h00. Babylon Berlin. Série.
2 épisodes. Avec Volker Bruch,
Peter Kurth. 22h40. Crime
Time. Téléfilm. Avec Augusto
Madeira. 23h25. L’atelier.
Drame.
ARTE
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21h00. Taken. Thriller. 22h45.
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Film d'action. Avec Álex
González, Adriana Ugarte.
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20h55. Révélations.
Magazine. 22h40.
Révélations. Magazine.
20h55. Crimes au bord des
lacs de Savoie. Documentaire.
2 reportages. 22h45. Crimes
dans le Poitou. Documentaire.
3 reportages.
LCP/AN
20h30. En quête d’énergie
durable. Documentaire.
21h30. Droit de suite - Débat.
Débat. 22h00. On va plus loin.
Magazine. 23h00. Simone
Veil. Documentaire.
21h00. C8 fait sa rentrée.
Divertissement. 22h20. C8 fait
sa rentrée. Divertissement.
LUNDI 3
MARDI 4
Les nuages restent abondants au nord de la
Seine jusqu'au nord de l'Alsace. Le soleil
continue de briller ailleurs malgré un risque
d'averse en Corse.
L’APRÈS-MIDI Les nuages restent abondants
au nord de la Seine. Le soleil continue de
briller ailleurs malgré un risque d'averses
orageuses en montagne.
Lille
Lille
1 m/18º
0,6 m/19º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
0,6 m/20º
0,6 m/20º
Bordeaux
Toulouse
1 m/23º
Nice
Marseille
Lyon
Toulouse
1/5°
6/10°
11/15°
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
1
2
3
4
5
6
7
8
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Frappé à la gorge II. Participe à la guérison ; Son coup est
un coup de balais III. Je panse
donc je suis… IV. Coup de
chaud pour marmot V. Avant
le générique en Amérique ;
Personne proche ; Petit noble
VI. Il a fallu plus de 24 heures
pour lier cette syllabe et celle
du second VIII. ; Chant de
l’alouette VII. Prénom d’un
super-héros sur lequel on peut
comté ; Son d’un soupçon
VIII. Prénom épicène, plutôt
masculin en France et féminin
ailleurs ; Moyen de défense
IX. Pas mal de monde ; Chaîne
américaine X. Quand les as
sont les meilleurs XI. Femme
canon ; Elle pousse à bout
9
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
Grille n°1004
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Libre cours à l’expression du génie 2. Label grâce auquel on est endroit
de penser qu’on tient un bon produit ; Affrétât sur le Saint-Laurent 3. Peu
d’argent ; La pluie effaça son visage sur la plage 4. Ce mot est ailleurs dans
cette grille ; En place 5. Croix de guerre ; Pied de veau 6. Elle fait mal aux
yeux ; Soignés 7. Vieil appareil ; Interpellation ; Il vaut quatre fois plus que
le premier 3. 8. On y voyait jadis les plus hautes tours du monde 9. Tente
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. PRONOSTIC. II. OAS. STUKA. III. IDÉAL. RER.
IV. GI. LOIN. V. NOËL. DÉCA. VI. GARE. AS. VII. RFO. ÉMEUS.
VIII. DEUGS. PSI. IX. ESTROPIÉE. X. ULTÉRIEUR. XI. RÉACTEURS.
Verticalement 1. POIGNARDEUR. 2. RADIO. FESLE. 3. OSE. ÉGOUTTA.
4. ALLA. GREC. 5. OSLO. RESORT. 6. ST. IDEM. PIE. 7. TURNE. ÉPIEU.
8. IKE. CAUSEUR. 9. CARNASSIERS. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
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Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
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L’APRÈS-MIDI Les nuages sont parfois
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sur les Pyrénées en fin d'après-midi. Il fait
chaud dans l'ouest, un peu plus frais près
des frontières du Benelux.
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Série. Avec Alexandre Astier.
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Shark Alert. Téléfilm. Avec
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L’amour est dans le pré.
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Nicolas Cage, Julianne Moore.
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
Le rappeur GAI lors d’une émission télé pour célébrer le nouvel an, le 31 décembre 2017 à Canton. PHOTO VCG. GETTY IMAGES
Pékin veut un rap
sans dérapages
Par
ZHIFAN LIU
Correspondant à Pékin
L’
année 2017 a été fabuleuse pour le rap
chinois, un millésime exceptionnel qui
aurait dû marquer un tournant dans
son développement, si les autorités n’en
avaient pas décidé autrement. L’émission
China Has Hip Hop, sorte de Nouvelle Star locale diffusée l’an dernier en streaming, a
connu un succès national. Quelque 100 millions de personnes devant le premier épisode
(et par la suite 2,94 milliards de téléspectateurs en audience cumulée sur un mois de
compétition) ont fait des deux covainqueurs
de la première édition, PG One et GAI, deux
superstars du divertissement chinois.
Mais ça, c’était avant que les autorités ne décident que les deux artistes ne collaient pas
avec l’image que Pékin se faisait de la jeunesse chinoise. Ce n’est pas tant leur victoire
et leurs prestations dans l’émission qui sont
remises en questions, mais des chansons datant pour certaines de 2015, lorsque les deux
rappeurs, encore méconnus du grand public,
Après l’énorme succès
en 2017 du télé-crochet
«China Has Hip Hop»,
les autorités entendent
juguler ce courant musical
«décadent». Tatouages
interdits et paroles
à la gloire du Parti sont
les ornières imposées
à une scène émergente,
notamment au Sichuan.
vivotaient dans l’underground. A l’époque,
PG One rappait: «De la pure blanche sur la table/ Une salope sans honte commence à bouger
la main / Elle me dit qu’elle est née en 1998 et
qu’elle veut coucher avec moi, que je la fasse
boire/ Du cash pour toi en guise de cadeaux,
mets tes leggings rouge et blanc.» Du rap mégalo, misogyne, coloré de stupéfiants, guère
au goût de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise, laquelle s’est donc empressée
d’en dénoncer ces paroles, suivie par le Parti
communiste chinois (PCC). Contrit, PG One
a multiplié les excuses publiques, à ses 4 mil-
lions de fans sur son compte Weibo (l’équivalent local de Twitter), à la télévision ou encore
dans la presse, essayant de sauver un début
de carrière prometteur.
COUP DE SEMONCE
Finalement, le rappeur du Heilongjiang
(nord-est de la Chine) a clôturé son compte et
donne, depuis, peu de nouvelles à ses fans déçus. Avant de disparaître, PG One avait changé
de braquet pour endosser le rôle du porte-parole de «l’énergie positive»: «L’esprit du hiphop devrait toujours être l’amour et la paix»,
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u 29
CULTURE/
Stanley Wang créateur de Zhong TV,
chaîne YouTube spécialisée dans le rap
avait-il déclaré. Une maxime qui est loin de
faire l’unanimité au sein de la scène underground chinoise, tandis que GAI, l’autre vainqueur, est de son côté rentré dans le rang et se
produit désormais dans les galas télévisés de
la CCTV, la chaîne gouvernementale.
Bloodz Boi est un MC de Pékin et fait partie
de ceux qui estiment que l’exposition apportée par l’émission China Has Hip Hop n’est
pas bénéfique au rap local: «Beaucoup de Chinois ont découvert le hip-hop avec cette émission, ils pensent que le rap doit être entraînant, qu’il suffit de rapper vite et d’avoir un
bon flow pour être un bon rappeur.» «Cousin,
rapper vite, ça veut pas dire rapper bien», dit
la punchline du Français Seth Gueko. Bloodz
Boi, qui se considère comme un «cloud rappeur» – de ce sous-genre vaporeux et sous
haute influence narcotique, qu’a pu incarner
l’Américain A$AP Rocky à ses débuts– de la
scène underground chinoise, déplore ainsi:
«Quand j’étais jeune, personne ne faisait de
l’argent dans le rap mais il y avait de la qualité. Désormais, tu peux te revendiquer rappeur en une minute.» Celui qui totalise un peu
plus de 1 500 abonnés sur son SoundCloud
affirme avoir été approché pour le casting de
la saison 2 de l’émission populaire : «Un des
producteurs a voulu que je rejoigne la nouvelle
saison, mais quand ils ont vu mes tatouages
sur mon visage, ils ont coupé court. Je n’y serais pas allé de toute façon. Ils ont besoin
d’“artistes”, pas de rappeurs.»
la Constitution chinoise. La nouvelle version sur des sujets politiques par exemple», explifait la part belle à «la culture traditionnelle que Stanley Wang, qui a créé Zhong TV, une
chinoise», «sa musique et ses instruments». chaîne YouTube à 57 millions de vues cumuGrâce à l’émission, le rap est définitivement lées, spécialisée dans le rap chinois. «Quand
apparu sur la carte de l’enterle rap est arrivé en Chine, beaucoup d’artainment chinois, et ainsi
tistes exprimaient leur mécontenteforcément dans le viseur
ment contre le gouvernement,
RUSSIE
des autorités. Ce n’est
mais la nouvelle génération
pourtant pas le premier
n’aborde plus les sujets sensicoup de semonce de Pébles. Désormais, les rapKAZ.
MONGOLIE
kin envers le genre.
peurs parlent de faire la
Pékin
En 2016 le gouvernement
f ête, de mener une
CHINE
avait dressé une liste de
meilleure vie», poursuit le
Shanghai
120 titres, principalement
jeune Shanghaïen.
SICHUAN
des chansons de rap, interN-Bomb, rappeur du label
INDE
dits de diffusion car accuDungeon Beijing Hip Hop,
Hongkong
sés d’encourager «l’obscénité,
originaire de Pékin et dix anla violence et le crime». Mais
nées de «rap hardcore» derrière
500 km
l’émission produite par iQiyi a défilui, aime conter les péripéties de son
nitivement fait basculer le rap chinois
quotidien et celle de sa ville: «Je pense que
dans une nouvelle dimension.
le tempérament d’une ville détermine le style
«Ce qui s’est passé l’an dernier avec PG One a de son hip-hop. Pékin est une ville surpeuplée
forcément eu un impact sur les rappeurs et de- où tout va vite, avec beaucoup de dynamisme»,
puis la saison 1 de The Rap of China, ils sont estime ce grand fan du New-Yorkais Nas.
tous sous le radar, ils ne peuvent plus rapper D’ailleurs il n’hésite pas à comparer le rap péO
Pa céa
cifi n
qu
e
«La nouvelle génération
n’aborde plus les sujets
sensibles. Désormais,
les rappeurs parlent de
faire la fête, de mener
une meilleure vie.»
«PHÉNOMÈNE ÉPHÉMÈRE»
Car ce n’est pas simplement les rappeurs et
leurs chansons qui se trouvent dans le viseur
de Pékin, mais tout le style de vie et l’écosystème entraînés par ce courant musical,
jugé en janvier par les autorités comme
culture «non dominante» et «décadente». Les
personnes tatouées sont désormais proscrites
des émissions télévisées. Une directive qui
dépasse les frontières du divertissement puisque les joueurs de la sélection chinoise de
football furent contraints de recouvrir leurs
tatouages de bandes de couleur chair lors
d’une rencontre amicale face au pays de Galles en mars.
Après le succès de la saison 1, l’émission a
donc dû s’adapter aux desiderata des autorités locales pour revenir en streaming début
juillet. Elle a changé de nom pour devenir The
Rap of China. Contactés par Libération, les
producteurs de chez iQiyi, la plateforme de
streaming qui a créé le show, affirment que
l’émission est désormais «plus en phase» avec
la pensée du leader Xi Jinping, du socialisme
aux caractéristiques de l’identité chinoise
pour une nouvelle ère, inscrites en mars dans
Vava en concert à Chengdu, au Sichuan, en 2017. PHOTO DALLE APRF
kinois à celui de la Grosse Pomme qu’il qualifie de «traditionnel». S’il s’estime toujours «libre» d’écrire ce qu’il veut dans ses chansons,
peut-être grâce à son audience confidentielle
(20000 followers sur Weibo), il voit lui aussi
l’émergence de l’émission The Rap of China
d’un mauvais œil: «Désormais, le rap est dirigé par des mercenaires et tout le monde en
écoute, c’est voué à être un phénomène éphémère», déplore-t-il. De son côté, l’émission se
défend de «dénaturer l’esprit du rap», et voit
le positif dans la démocratisation du hip-hop
en Chine, processus «inévitable» s’il veut
changer de dimension.
DIALECTE SICHUANAIS
Loin de l’agitation qui règne dans la capitale
chinoise, la province du Sichuan jouit elle
aussi d’un vivier de talents. Jusqu’ici connu
pour sa cuisine épicée et sa réserve naturelle
de pandas, elle se rêve en fer de lance du rap
chinois. Depuis quelques mois, le Sichuan accueille un groupe de quatre jeunes rappeurs
qui constituent les Higher Brothers. Révélation de la scène rap l’an dernier, ils confirment cette année avec tournée mondiale, featurings en tout genre et développement aux
Etats-Unis, sous le label 88rising. Un titre a
marqué la jeune carrière du groupe: Made in
China. Cinq minutes entre mandarin, anglais
(assez courant dans le rap, voire la musique
chinoise), et dialecte sichuanais. Une vidéo
à 11 millions de vue en un an sur YouTube
(plateforme bloquée en Chine) signe que leur
succès dépasse désormais les frontières de
l’Empire du Milieu. Et ce n’est pas un hasard
si l’un des gros succès du rap chinois vient de
cette province du centre de la Chine. Son dialecte éloigné du mandarin, à l’accent chantant et propice aux mélodies entêtantes, semble être taillé pour le phrasé des rappeurs.
Vava, elle aussi Sichuanaise d’origine, est une
autre tête d’affiche du genre. Ancienne candidate remarquée de la saison 1 de The Rap of
China, l’artiste de 22 ans a connu une ascension fulgurante depuis son passage dans le télé-crochet. Un album et quelques dates à
l’étranger plus tard, elle est devenue une valeur sûre de la scène hip-hop chinoise. En
mai, elle confiait au magazine américain Esquire : «Un proverbe chinois dit : “L’homme
sage s’adapte à l’époque dans laquelle il vit.
Pour que le rap et le hip-hop prospèrent en
Chine, nous devons suivre la ligne du Parti.»
Gratifiée d’une notoriété grandissante, Mao
Yanqi, de son vrai nom, figure dans la BO du
film Crazy Rich Asians, la production hollywoodienne au casting 100% asiatique qui
fait sensation outre-Atlantique, et vise désormais un développement international.
Dans un registre différent, un autre groupe
sichuanais également constitué de quatre MC
s’est fait connaître en 2016, avec sa chanson
This Is China. Avec cette ode au PCC sponsorisée par la Ligue de la Jeunesse communiste,
le crew CD Rev s’est mué en porte-parole des
actions «bénéfiques» du gouvernement chinois, en anglais dans le texte pour toucher
une audience la plus élargie possible. Comme
quoi ce n’est surtout pas le rap en lui-même
qui déplaît aux oreilles de Pékin, mais bien ce
qu’il peut se retrouver à charrier des valeurs
«décadentes» de l’Occident. •
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30 u
Libération Lundi 3 Septembre 2018
CULTURE/
MUSIQUES
Le pianiste vedette a fait une
éclatante démonstration de sa
maîtrise aux Variations
classiques, à Annecy, dans le
cadre d’une carte blanche
confiée à l’humoriste Gaspard
Proust. Rencontres.
I
l était victime d’un problème au pied. Suffisamment grave pour qu’une folle rumeur
courût : Lucas Debargue allait peut-être
jouer en chaussettes. Oui, en chaussettes. Ici,
ce jeudi 30 août, salle Bonlieu, à Annecy (Haute-Savoie). On a déjà vu des pianistes classiques en tunique, en chemise à fleurs, sur des
chaises de bureau, voire debout, mais en
chaussettes, jamais. Et de quelle couleur,
d’ailleurs? Suspense. Aussi, quand il est entré
sur scène côté jardin, on a tout de suite lorgné
l’extrémité de ses fines guiboles et on a été
déçu : bravant la douleur, l’interprète boitillant avait chaussé des souliers vernis. On a
en revanche été séduit par le récital qu’il a
concocté et qui constituait l’un des temps
forts de la 2e édition des Variations classiques
qui s’est achevée samedi.
Ce festival, né des décombres d’une précédente manifestation, Annecy Classic Festival,
chemine depuis l’an dernier sur une fine ligne
de crête : élargir l’auditoire traditionnel en
proposant à des personnalités raffolant de
classique de mettre au point une programmation, tout en refusant la facilité du crossover.
Ouverture, oui; compromission, pas encore.
Cette année, la carte blanche était confiée à
Gaspard Proust. L’humoriste réfractaire aux
médias, qui depuis quelques années fonde sa
stratégie de communication sur le refus de
communiquer et de se répandre en interviews,
est un absolu fondu de classique. Il aime les
pianistes Serkin et Gulda chez Beethoven, fait
la part entre Bach et les autres compositeurs
parmi les interprétations de Glenn Gould,
semble désespéré par les fioritures de Chopin,
admire Liszt dans la sonate en si ou la Vallée
d’Obermann, et «Papa Haydn» un peu tout le
temps. «Le processus de sélection a fonctionné
comme un entonnoir. Je proposais ce que je
voulais entendre, petit à petit le champ se réduisait et les organisateurs trouvaient des interprètes, retrace-t-il. Avec de bonnes surprises,
comme le Winterreise chanté par Samuel Hasselhorn», le baryton allemand lauréat du concours Reine-Elisabeth l’an passé, avec qui le
festival entretient une collaboration.
Digression. Pour la soirée «Maître du
piano», Proust a voulu écouter la sonate
opus 111 de Beethoven (la dernière des «dernières», peut-être la plus spirituelle), et le festival a contacté Lucas Debargue, qui avait inscrit cette pièce à son programme de saison.
«Chopin en première partie, dans un esprit
grand piano, et Bach-Beethoven ensuite, de la
musique pure. J’en suis assez content : on
quitte le piano pour entrer dans la musique»,
explique l’instrumentiste barbichu. Debargue
est un atypique du sérail pianistique. Un
grand gars efflanqué qui s’est révélé en 2015
et a conquis le public et une partie du jury du
prix Tchaïkovski (dont le faiseur de rois Valery Gergiev). Depuis, signé chez Sony Classi-
Compégnois de 27 ans très apprécié en Russie, Lucas Debargue a enchaîné les albums. PHOTO YANNICK PERRIN
Lucas Debargue: «En récital,
le temps m’appartient»
cal, le Compiégnois de 27 ans a enchaîné les
albums et étoffé son répertoire, sans pour
autant se départir d’une attitude d’ado aux
tréfonds bouillonnants. «J’ai l’air un peu provoc, mais je suis un garçon discret», glisse-t-il.
Fantasque, la pensée toujours en balade dans
une digression, il représente une bonne illustration de l’«homme étrange» de Griboïédov
qui a fait son chemin dans la littérature russe,
pays où son réseau s’enracine. «Là-bas, j’ai un
temps d’avance. J’y teste mon répertoire et j’y
suis toujours très bien accueilli. J’ai fait
des concerts un peu partout, Voronej, Perm,
Samara, Lipietsk…»
A Annecy, Lucas a fait du Debargue. Il a soigné sa mise en scène – repoussant, une fois
assis sur le tabouret, le moment de poser ses
doigts sur les touches. «Le temps et le silence
sont les matériaux sur lesquels on travaille. En
récital, le temps m’appartient. On peut penser
que commencer d’emblée ou trente secondes
plus tard ne change rien. En fait, si. On spiri-
tualise le temps», explique-t-il. Ses Chopin
sont souvent noyés de pédale d’expression,
mais on y entend un Scherzo n°1 superbe, où
le combat des basses s’achève sur un thème
lent d’une légèreté céleste, montrant que Chopin se gagne sur la sincérité des parties paisibles, les cataractes virtuoses n’étant qu’un
droit de passage pour accéder à la douceur.
Même Proust est d’accord («Oui, chez Chopin,
les scherzos, ça va…»). Debargue dissèque ensuite Bach d’une manière grave –adjectif qui
en général lui correspond bien – et se lance
tout à trac dans un opus 111 de Beethoven où
il fait tintinnabuler la quatrième variation
comme un trille d’Horowitz et, une fois les
feux éteints, laisse à nouveau résonner un silence poignant à la fin du concert.
Equilibre. «Mon rêve, ce serait un projet qui
réunisse tout ce que j’aime et qui je suis», pose
Debargue. Il avoue adorer le jazz, certes, mais
aussi la chanson. «En vacances, je ne vais pas
dans des hôtels de luxe, où je suis invité toute
l’année. Je fais du camping, là où personne ne
me reconnaît, et je chante des karaokés! Toutes les musiques se valent.» Bizarrement, on
le croit. Le soliste international a joué de la
guitare, un peu de basse, et cherche pour
l’avenir un équilibre entre le Chanteur de Balavoine, les morceaux de rock prog des années 70 et ses propres compositions, notamment un quatuor symphonique (1). Mais il se
laisse du temps (une dizaine d’années) pour
unifier tout ça. «Pour l’instant, je m’épanouis
dans ce que je fais. Je m’interroge moins, je suis
plus solide. Si je dois tenter autre chose, il ne
faudra pas d’approximation, tout devra être
parfait.» Cette oscillation entre la durabilité
des projets et la folie de l’instant achève, pardelà son jeu fait d’acuité et d’élégance, de rendre ce personnage attachant.
GUILLAUME TION
Envoyé spécial à Annecy
(1) https://youtube/oszzck9eAWk
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Libération Lundi 3 Septembre 2018
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u 31
Randy Weston en 1973.
PHOTO GILLES PETARD.
REDFERNS. GETTY IMAGES
Randy Weston,
l’empreinte
d’un géant du jazz
Porteur de l’héritage
de la musique afroaméricaine, le pianiste
new-yorkais au style
inimitable est mort
samedi à Brooklyn,
à l’âge de 92 ans.
L
a dernière fois qu’on l’avait
vu sur scène, c’était fin mai
au Duc des Lombards. Elégance infinie, toucher irrésistible. Malgré ses 92 ans, malgré sa
silhouette amaigrie, on le pensait
définitivement immortel.
Comme quatre ans auparavant
lorsqu’il avait ouvert de façon
magistrale le festival Banlieues
bleues, en duo avec le saxophoniste Billy Harper, un «gamin»
de 71 ans. Entre eux, une poignée
de thèmes, souvent de la main du
pianiste, pour une apnée dans les
tréfonds du blues nucléaire.
Une leçon de musique rare,
comme toujours avec l’immense
Randy Weston, passeur devant
l’éternel, comme la première fois
qu’on le vit en solo, au début des
années 90. Du haut de ses
deux mètres, casquette sur la
tête, l’homme si paisible avait
tout du basketteur à la retraite.
Un sport que le natif de BedfordStuyvesant, épicentre de la
culture afro-américaine à Broo-
klyn, avait bien failli adopter vu
ses prédispositions naturelles.
Par bonheur, point de paniers, ce
furent les claviers.
Elevé dans une famille concernée
par les histoires de racines et de
culture, il aura très tôt été exposé
à ce que d’autres appelleront plus
tard la «fierté noire». C’est
d’ailleurs son père mélomane, un
Panaméen venu de Jamaïque et
imprégné de la Harlem Renaissance, qui le poussera à suivre la
voie de la musique, tout en lui
mettant dans les mains des livres
qui rappelaient que ce peuple
diasporique a écrit de grands
chapitres de l’histoire de l’humanité. En bon storyteller, le futur
géant du jazz en gardera traces
dans toute sa carrière. Après
avoir débuté dans le
rhythm’n’blues, il a la révélation
avec le be-bop qui agite New York
des années 40, tout en admettant
volontiers ne pas avoir tout compris d’emblée. Peu importe, il
sera pianiste de jazz, embrassant
tous les champs esthétiques d’un
mot trop limité pour saisir la portée de son style unique mais fortement empreint de ceux qui
l’ont précédé.
Parmi ceux-ci, Randy Weston se
plaisait à répéter depuis belle lurette qu’il avait cinq maîtres pianistes, comme les cinq doigts de
la main : Nat King Cole «pour la
beauté du geste», Count Basie,
«pour son jeu gorgé de blues», Art
Tatum «pour sa faconde invraisemblable», Duke Ellington
«pour la maîtrise du son et de
l’imagination», Thelonious Monk
«pour son approche de l’instrument, plus africaine qu’américaine». Ces deux derniers resteront ses boussoles, et c’est avec
de telles références que l’apprenti
sorcier des rythmes va peaufiner
sa griffe de plus en plus personnelle : un toucher plus percussif,
qui ne néglige néanmoins jamais
l’éclat mélodique. De quoi le distinguer dans la longue généalogie des pianistes afro-américains.
Au mitan des années 50, Randy
Weston est célébré comme le talent à suivre par le magazine
DownBeat. Dès lors, il va (se)
composer un répertoire personnel, couchant sur le papier une
palanquée de standards, tels que
Hi-Fly ou Little Niles, référence à
son fils, Azzedine. Mais surtout,
au-delà de la simple partition, le
pianiste américain va très vite se
confronter à la réalité du continent qui l’attire, l’Afrique.
En 1960, l’auteur de Zulu (1955) et
Uhuru Afrika (1960) est l’un des
membres éminents de l’United
Nations Jazz Society, association
new-yorkaise qui vise à essaimer
la bonne parole du jazz, notamment en Afrique. Un an plus tard,
Randy Weston foule le continent
premier qui, pays après pays, reprend enfin son indépendance :
le Ghana, la Guinée… C’est le début d’incessants allers et retours,
en musique comme dans la vie,
entre les deux rives transatlantiques.
En 1967, suite à une tournée
dans 14 pays du continent africain, il décide de faire le grand
saut en s’installant au Maroc, où
il fonde un club : The African
Rhythm Club sera son port d’attache, du côté de Tanger. C’est là
qu’il va pouvoir s’initier aux musiques d’obédience syncrétiques,
auprès des maâlems gnaoua.
Chez eux, tout est couleur et celle
de cet apôtre de la blue note est
le bleu. Cela ne s’invente pas !
Il va surtout peaufiner la spiritualité qui émane de sa musique, qui
convoque de plus en plus entre
les lignes harmoniques les aspects rythmiques et mélodiques
des musiciens marocains que
l’on dit descendants de Guinéens. Une trame sobre et sombre traversée par les traits de génie d’un improvisateur surdoué.
Dans une discographie plutôt
fournie, l’amateur fera bien désormais de tout réécouter : des fa-
ces des années 50 à celles du
grand retour médiatique orchestré par la division française de
Verve, au tournant des années 90
avec une magistrale trilogie, jusqu’aux plus récents disques où il
n’avait rien perdu de sa hauteur
de vue. En solo comme bien entouré, chaque note, sous ses
doigts légers, aura pesé. Toutes
creusent l’esprit des ancêtres,
titre d’un de ses albums majuscules. Ce fut la quête d’une vie
pour ce fils du blues, devenu depuis le père spirituel de tant
d’autres, qui sut rapidement que
c’était dans la mémoire de l’Afrique qu’il trouverait matière à
s’inventer un futur outre-Atlantique, dédiant sa vie à rapprocher
les deux rives des continents.
JACQUES DENIS
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Clic-claques
Jean-François Leroy Le patron du festival Visa
pour l’image, qu’il dirige depuis sa création en 1989,
continue de défendre le photoreportage avec pugnacité.
M
ême claudiquant, le personnage reste entier. Un peu
bancale dans ses Stan Smith, la silhouette arachnéenne de Jean-François Leroy ne passe pas inaperçue dans les rues de Perpignan quand, à quelques jours de
l’ouverture de Visa, il déplace ses 192 centimètres à l’aide de
deux béquilles, à cause d’un pépin au genou survenu peu avant
de quitter Paris. Sauf cata, il ne devrait toutefois guère subsister de séquelles durant ce début septembre où se déroule
la 30e édition du plus grand rendez-vous mondial consacré
au photojournalisme, qu’il a fondé en 1989 et continue depuis
de porter à bout de bras.
Grand timonier d’une corporation vaillamment patraque,
Jean-François Leroy fait corps. C’est ainsi. Jusqu’à conférer
à l’engagement des airs de sacerdoce. Car
à force de connaître la chanson, celle-ci a
désormais viré à l’antienne : entre usage
effréné du smartphone autorisant n’importe quel quidam à imaginer voir un de ses clichés faire le
tour du monde (dès lors qu’il aura été au bon endroit au mauvais moment – attaque terroriste, effondrement d’un pont,
catastrophe ferroviaire…) et tarissement des commandes de
magazines ou de journaux ne daignant plus casser leur tirelire
que pour les mariages princiers ou les flirts people zoomés
sous les tropiques, le photoreporter a le vague à l’âme quand
il contemple les effigies de Robert Capa et de Gilles Caron…
Et que, de retour de Syrie, de Somalie ou d’Haïti, les rédactions
lui demandent si, par hasard, il n’aurait pas croisé à l’aéroport
Neymar Jr et Kim K. en train de se rouler des pelles devant le
carrousel à bagages.
Alors, fatalement, JFL, lui, ça le met en rogne. «Financièrement, ça devient de plus en plus dur de faire exister un festival
gratuit et aussi ambitieux que Visa», concède celui qui a pris
comme un compliment le fait d’avoir un jour été surnommé
«l’ayatollah de l’image à sens» par le rédacteur en chef d’un
hebdo. «En revanche, poursuit-il, sur le plan photographique,
il continue d’aller très bien : certes, il y a trente ou quarante ans, plusieurs centaines de photographes vivaient décemment de leur métier en ne travaillant que pour la presse et
aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques
dizaines. Mais en même temps, je vois toujours apparaître des quantités de jeunes
qui en toute connaissance de cause continuent de manifester l’envie d’y croire et de témoigner.»
Malgré la symbolique du compte rond, la 30e édition de Visa
– qui attend près de 3 000 professionnels, dont la moitié de
photographes, en provenance d’une soixantaine de pays– s’est
montée ric-rac. Mais s’il avait décroché plus de subsides, son
directeur les aurait consacrés à «faire venir plus de monde et
mieux commémorer certains compagnons de route disparus,
plutôt qu’en feu d’artifice et danseuses avec des plumes dans
LE PORTRAIT
le cul». Le ton est vif. Ce qui ne surprendra pas quiconque
ayant déjà côtoyé cet «homme en colère» aux saillies fameuses,
des «crétins de la télé-réalité qu’on place dans un bocal pour
en faire des stars», à cette «information de merde qui préfère
les princesses à la Tchétchénie». «Il faut envisager le manque
de tact, voire la radicalité et les débordements, comme des qualités chez cet oncle, ou parrain, du photoreportage, qui n’a de
cesse de défendre les gens de terrain», observe Dimitri Beck,
directeur de la photo de Polka, magazine ayant fait allégeance
à Leroy en reconduisant son partenariat avec Visa, malgré un
gros différend survenu l’an dernier.
Jadis renvoyé d’une école catho pour «excès de franchise» –i.e.
«avoir dit d’un prof que c’était un sale con»–, l’échalas dit clamer des «colères sincères». Comme celles qui consistent à rabrouer des journalistes sollicitant une réaction quand tel ou
tel reporter périt sur une zone de conflit: «Pas envie de devenir
le Jean-Claude Brialy du photoreportage. Et puis ils n’avaient
qu’à s’intéresser à son boulot
quand il était encore vivant.
Ça lui aurait peut-être permis
3 octobre 1956
d’acheter un gilet pare-balNaissance à Paris.
les !»
1982 Décès de ses
«Je me suis engueulé avec
parents et divorce.
plein de monde. Pourtant,
1984-87 Rédacteur
l’équipe est restée la même deen chef de Photo
puis la première édition. Ce
Magazine.
qui doit aussi signifier quel1989 Création
que chose», sourit JFL, entre
du festival Visa pour
deux bouffées de blondes jusl’image à Perpignan.
tifiant de devoir défier la traDu 1er au
montane en terrasse du café
16 septembre 2018
local où Visa a l’habitude de
30e édition.
refaire le monde. «Dans un
milieu où l’on donne souvent
les coups dans le dos, il a le mérite de la clarté et de la fidélité.
Ce qui l’amène à être aimé ou détesté», abonde le photographe
Guillaume Herbaut, célèbre pour ses reportages en Ukraine,
qui voue au directeur une profonde estime pour l’avoir lancé
à Perpignan, en 1995, alors qu’il était encore inconnu. De même
que JFL voit en Göksin Sipahioglu et Roger Thérond, respectivement fondateur de l’agence Sipa et figure-clé des revues Paris Match et Photo, des pères spirituels l’ayant autrefois épaulé.
Car la photo n’allait pas de soi chez Jean Leroy, «homme très
autoritaire, dur et bouffeur de curé», fondé de pouvoir à la
Bourse de Paris, ne concevant de débouché pour son fils féru
de philo (et entouré de quatre sœurs) que «dans la banque, l’assurance ou, à la limite, la médecine». Une tante, rédactrice en
chef à la Vie, lui entrouvre néanmoins les portes du labo photo
et incite même un certain Lucien Scoupe (!), chef du service
concerné, à publier un cliché pris par son neveu à peine ado.
Et bientôt accro… sans succomber à l’aveuglement: «J’étais
un photographe à chier, capable de construire une histoire, certes, mais pour un résultat visuel d’une platitude absolue.»
Une première fois marié à 18 ans (il rempilera à 58 ans, avec
un amour de jeunesse retrouvé sur le tard), JFL –qui n’a pas
d’enfants– divorce en 1982. Annus horribilis où le cancer terrasse ses parents, privant ainsi son père du constat que celui
qu’il prenait pour un «crétin» avait réussi à «faire quelque
chose de [sa] vie». Car, devenu entre-temps éditeur, le rejeton
rejeté va passer rédacteur en chef de Photo Magazine, juste
avant, «lassé de cette presse servant trop la soupe aux publicitaires», de créer Visa. Et, inflexible –quoique d’une sensibilité
de gauche qui ne s’est «jamais aussi bien entendu qu’avec des
ministres de droite» –, de garder le cap depuis.
Tout comme il voue une passion durable aux séries télé (derniers engouements: la Casa de Papel et The Deuce), aux animaux («fidèles et contents de te voir»), à Leo Ferré et à Keith
Richards, le guitar hero des Stones, rencontre transatlantique
avec qui il garde le souvenir ému d’avoir siroté des Bloody
Mary sur un New York-Paris. Et dont, tel un talisman –offert
par son ami, feu le photojournaliste de guerre, Stanley
Greene –, il porte la réplique de la fameuse bague à tête de
mort. •
Par GILLES RENAULT
Photo YAN MORVAN
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