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Libération - 04 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MARDI 4 SEPTEMBRE 2018
2,00 € Première édition. No 11591
www.liberation.fr
Chômage La dégressivité
des allocs revient en piste
AFP
PAGES 12-13
RIO Un trésor national
parti en fumée
Presse «Les Gafa doivent
partager leurs revenus»
PAGES 8-9
PAGE 20
ORTHOGRAPHE
LA GUERRE QUE
LES BELGES ONT
DÉCLARÉE
Les instances linguistiques de
Belgique veulent en finir avec l’accord du participe passé, règle aux
multiples exceptions qui fait suer
bien des Français. Les Belges invitent les autres pays francophones
à suivre. Chiche ?
PAGES 2 À 5
Chaque mardi, retrouvez un supplément spécial de 4 pages avec
les meilleurs articles et éditoriaux du «New York Times», en anglais.
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Sagesse
Ainsi donc la réforme
orthographique que la
Belgique a annoncé lundi
pourrait déclencher une
polémique en France. On
dira que les Wallons changent la langue des Français
sans les avoir consulté.
Mais on pourrait aussi rappeler les occasions de simplifier son orthographe que
la France a déjà manqué ?
Trois phrases, trois fautes
pour ce début d’article :
dans chaque cas, il fallait
accorder le participe passé
avec le complément d’objet
direct, puisque celui-ci
était placé avant le verbe.
Crime de lèse-langue ?
Les Belges, le peuple de la
Gaule le plus courageux
selon César, en a décidé
autrement. Un courage qui
serait bienvenu de ce côté-ci de Quiévrain. Certes,
l’accord du participe passé
est un monument bien
français, à l’égal des escargots à l’ail, des ponts du
printemps et des rosettes
de la Légion d’honneur.
Certes, personne ne plaidera pour une réforme
orwellienne qui transformerait le français, sous
prétexte de simplification,
en volapük phonétique
(fonétic ?). Mais le temps
perdu par les professeurs
à expliquer une règle que
rien ne justifie (sans parler
de l’accord des verbes pronominaux, qui comporte
quelque 24 exceptions
dans le Bescherelle…) serait
mieux employé à des parties du programme plus
importantes. Rallumer la
«guerre du nénufar» qui
avait ensanglanté le pays
du temps de Michel Rocard ? Non : faire évoluer le
français, qui n’est pas une
langue morte, en tenant
raisonnablement compte
de l’usage, c’est la voie de la
sagesse. Les barbons de
l’Académie feront rempart
de leur corps en oubliant
que leur institution a naguère modifié le vocabulaire par centaines de mots
sans que les vestales du
beau langage en prennent
ombrage. Toujours la
même querelle de l’identité, qui néglige volontairement un fait essentiel : les
identités les plus solides
sont celles qui évoluent.
Quitte à sacrifier ces participes qu’on aura heureusement dépassés. •
Libération Mardi 4 Septembre 2018
PARTICIPE PASSÉ
La Belgique
vers un choc de
simplification
Une tribune d’anciens professeurs belges parue
dans «Libération» lundi relance le débat
sur la simplification de la langue française,
dont la complexité est accusée de renforcer
les inégalités socio-culturelles.
Par
MARIE PIQUEMAL
et THIBAUT SARDIER
Photo EMMANUEL PIERROT
O
n les imagine dans leurs
bureaux de recherche, heureux comme des pinsons…
Une partie, si ce n’est la totalité des
linguistes français regardent l’offensive belge avec jubilation. Car
voilà que nos amis wallons tentent
l’impensable : toucher à un symbole de notre orthographe grammaticale. J’ai nommé : l’accord du
participe passé après l’auxiliaire
avoir, une «anomalie dénoncée de
longue date», résume la linguiste
Sylvie Plane.
Les Belges voudraient donc arrêter
de se prendre le chou avec cette histoire d’accord ou pas accord, selon
où se trouve le COD (lire ci-dessous).
Leur mot d’ordre désormais: parti-
LE PARTICIPE PASSÉ EN RÈGLE
Comme l’explique la tribune parue dans Libération lundi,
«employé avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde en
genre et en nombre avec le complément d’objet direct quand
celui-ci le précède (“les crêpes que j’ai mangées”). Mais si le
complément suit le participe, il reste invariable (“j’ai mangé
les crêpes”)». Le participe passé employé avec l’auxiliaire être
s’accorde, lui, en genre et en nombre avec le sujet («ils sont
rassasiés»). Ces règles requièrent déjà un effort non négligeable
de compréhension de la grammaire. Or, subtilité agaçante, la
principe se complique avec les verbes pronominaux («les
réactions se sont succédé»), lorsque le pronom neutre «en»
vient s’intercaler («des frites, j’en ai mangé») ou quand le
participe passé est suivi d’un infinitif («les Gaulois se sont laissé
faire»). Loin d’être les premiers à le réclamer, Arnaud Hoedt et
Jérôme Piron proposent l’invariabilité systématique du participe
passé conjugué avec l’auxiliaire avoir et l’accord avec
l’auxiliaire être. Q.D.
cipe passé invariable en toutes
circonstances avec l’auxiliaire avoir.
Les Belges Arnaud Hoedt et Jérôme
Piron, deux anciens professeurs de
français (1) à l’origine du coup de
Trafalgar infligé aux partisans de la
doxa lundi via une tribune publiée
dans Libération, ont fait le calcul :
les élèves passent en moyenne quatre-vingts heures à l’école à apprendre cette règle, ses exceptions et les
exceptions des exceptions. «Il serait
tellement plus riche de le consacrer
à développer du vocabulaire, apprendre la syntaxe, goûter la littérature…» écrivent-ils. Les instances
linguistiques belges soutiennent
leur initiative.
«TABOU»
«Les Belges sont les plus forts en
grammaire française. L’auteur du
Bon usage, qui fait référence en la
matière, est belge : Maurice Grevisse», rappelle Fabrice Jejcic, linguiste au CNRS. Ajoutons Marc Wilmet, de l’Académie royale de
Belgique, qui plaide régulièrement
pour une réforme de l’accord du
participe passé. Les deux ex-profs
prennent le relais et invitent tendrement la France à les suivre dans
cette aventure.
Suite page 4
Les élèves passeraient en moyenne
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Bernard Pivot
«Tout le monde pourrait
comprendre cette règle»
porte sous la coupole. Cependant, il n’est pas
impossible qu’ils débattent de cette question.
La question de l’enseignement est importante
pour comprendre cette proposition. Il est révélateur que les deux auteurs de la tribune
soient d’anciens professeurs qui ont probablement vécu les difficultés de l’enseignement de ces règles grammaticales. Mais attention, simplifier la règle ne veut pas dire
a réforme sur l’accord du participe que, d’un coup, l’esprit des enfants s’ouvrira
passé est habile, car elle est claire aux sortilèges de la littérature.
et simple. Tout le monde peut la «Le fait que cette proposition vienne de Belgicomprendre, et elle évite pièges et
que doit également être noté. J’ai
ambiguïtés. Si elle s’appliquait,
coutume de dire que ce pays est
les jeunes ne seraient pas déconcelui de la bande dessinée mais
certés. En revanche, je ne me vois
aussi de la grammaire, car on y
pas lire Proust, où les participes
trouve de très nombreux linguissont nombreux, dans cette noutes, grammairiens ou professeurs
velle écriture. Toutefois, je n’hésiérudits –il suffit de citer Maurice
terais pas à utiliser la nouvelle rèGrevisse (1895-1980) et son
gle dans mes propres textes si elle
Bon Usage– très attentifs à l’évoPOUR
était adoptée. Il faudrait pour cela
lution du français, qui se penun assentiment général des pays
chent sur leur langue. Les Franfrancophones: le Québec, la Suisse, les pays çais me semblent moins accros que les Belges
africains…
ou les Québécois à cette idée.
«Les auteurs de la tribune publiée lundi dans «Cela dit, j’aime beaucoup les règles de la
Libération ont commis une erreur terrible : grammaire française et ses exceptions ! Les
s’en prendre à l’Académie française, dont dictées jouaient beaucoup avec l’accord des
l’avis positif est pourtant essentiel en vue participes: “ils se sont plu”, donc “ils se sont
d’une telle évolution. Ses membres sont les mariés”… Mais encore une fois, si la règle
gardiens rigoureux de la langue française et, change, il faut l’appliquer.»
en effet, je ne suis pas sûr que cette idée l’emRecueilli par Th.S.
L’ex-présentateur
d’«Apostrophes» défend la
réforme du participe passé.
Il voudrait qu’elle soit d’abord
validée par l’Académie
française et les pays
francophones.
DR
«L
Jean-Marie Rouart
«Notre langue est
en décadence»
L’académicien, qui revendique
un rapport affectueux
au français, est hostile
à la simplification de la règle
du participe passé.
s’emploie en principe jamais seul mais toujours avec un complément d’objet direct
(COD), on échange toujours “quelque chose”.
Il ne sert à rien de s’offusquer, le changement
a lieu de toute façon. L’Académie française fait
ce qu’elle peut pour protéger la langue mais
c’est l’usage qui prime. Si, dans cinquante ans,
a langue française, dans sa com- le participe passé après l’auxiliaire avoir est
plexité, est un chef-d’œuvre. Mais invariable dans les écrits, alors l’Académie enhélas un chef-d’œuvre en péril. Il registrera peut-être le changement. Pour l’insy aura toujours des gens pour essayer de la tant, ce n’est pas à l’ordre du jour.
rendre plus simple, des gens qui
«Je ne suis pas un donneur de letorturent le français, cela a touçons. Chacun fait ce qu’il veut.
jours été le cas dans l’histoire. CerDes écrivains, aussi, prennent
tains s’en étaient par exemple pris
parfois des libertés. Céline, en son
à l’accent circonflexe…
temps, a fait swinguer la langue
«A mon sens, le danger, c’est d’arfrançaise. Racine avait un dictionriver à une langue incompréhennaire de 2000 mots. Mais moi, j’ai
sible entre l’emploi technocratiun rapport affectueux à la langue.
que et le franglais, et que le
Chaque mot a son histoire. Les
CONTRE
français devienne une langue
crétins –parce que ce sont des crémorte. Notre langue est en décatins– disent par exemple que le ladence, en pleine dégénérescence. Je ne suis tin ou le grec ne servent à rien alors qu’ils sont
pas le seul à le dire et à le penser. Et surtout, essentiels pour la formation de l’esprit. Bien
ce n’est pas nouveau : Eugène Ionesco le re- sûr, pour sortir les poubelles ou acheter son
grettait déjà il y a cinquante ans.
bifteck, ils ne sont pas nécessaires. Mais la
«Tout le monde fait des fautes. Personne n’est connaissance de l’histoire de la langue franparfait. Certains mots sont employés de façon çaise est une gymnastique de l’esprit.»
erronée. Par exemple, le mot “échanger” ne
Recueilli par M.Pi.
DR
«L
quatre-vingts heures à l’école à apprendre la règle de l’accord du participe passé.
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4 u
ÉVÉNEMENT
Alors, chiche ?
Philippe Blanchet, sociolinguiste à
l’université de Rennes-II, sourit. Il
aimerait y croire mais… «en France,
l’orthographe est un tel tabou, on ne
peut pas y toucher. C’est de l’ordre de
la passion, comme si l’on parlait de
religion». Chaque tentative de simplification d’orthographe a, de fait,
donné lieu à des débats enflammés
–et des kilomètres de lignes dans les
journaux. Pour, la plupart du temps,
se solder par… un fiasco, les Français
continuant à écrire comme avant
quelles que soient les résolutions
prises (lire ci-dessous). «Chaque fois
que l’on essaie d’avoir une réflexion,
un regard un peu distancié sur la
langue, les ardeurs se réveillent, les
passions se déchaînent», poursuit
Philippe Blanchet. Pourquoi donc?
Comment expliquer cet attachement, si fort, au français? La raison
est historique. Plus que les autres
pays, la société française s’est construite autour de la langue. «L’unité
linguistique est finalement l’élément
clé de l’unité nationale, et donc de
notre identité commune, dit Blanchet. Les Belges sont plus détendus
sur la question parce qu’ils ont plusieurs langues officielles!» D’où l’attachement en France parfois irraisonné, les réactions excessives et la
récupération politique qui va avec.
Cela peut
surprendre, mais
personne n’a
le pouvoir de
modifier les règles
de grammaire. .
Suite de la page 2
«MANDARIN»
«Il ne faut quand même pas oublier
que les règles d’orthographe ont été
décidées de façon arbitraire par une
élite, souligne Fabrice Jejcic. Le
choix, délibéré, était de construire
une orthographe la plus compliquée
possible pour se distinguer des “ignorants et des simples femmes”. Je n’invente rien, il y a des écrits historiques
qui l’attestent, notamment les
Cahiers de Mézeray de 1673.» L’orthographe constitue encore
aujourd’hui, et peut-être plus que jamais avec l’apparition des mails, une
source de discrimination. C’est l’un
des arguments pour simplifier une
bonne fois pour toutes notre orthographe, et surtout la désacraliser.
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Et puis, en face, il y a ceux qui considèrent au contraire que notre langue, aussi complexe soit-elle, fait
partie de notre histoire, de notre
héritage. «Le mandarin est mille fois
plus compliqué que le français, et
pourtant, ses locuteurs sont nombreux! réagit Frédéric Vitoux, académicien et linguiste de formation. Je
considère que lorsqu’on est amoureux
d’une langue, on l’aime dans ses difficultés.» Patrick Vannier, qui travaille
au service du dictionnaire au sein de
l’Académie française, témoigne: «On
reçoit près de 8000 courriels par an:
5 % à 10 % nous écrivent pour demander des simplifications de la langue. Mais tous les autres demandent
au contraire de la sauvegarder en
l’état. De surtout ne pas y toucher. Il
y a un attachement très fort qui va
bien au-delà des positionnements des
académiciens.»
Interrogé sur cette histoire d’accord
de participe passé, Patrick Vannier
répond qu’aucun changement n’est
prévu du côté de l’Académie, même
si son avis n’est pas décisif. Cela peut
surprendre, mais personne n’a le
pouvoir, en France, comme en Belgique d’ailleurs, de modifier les règles
orthographiques et de grammaire.
Certes, l’Académie française, créée
en 1635, avait à l’origine cette fonction, mais elle l’a perdue (ou perdu?)
à la Révolution française. Les Académiciens se définissent eux-mêmes
comme des «greffiers de l’usage», ils
sont là pour enregistrer les changements entrés dans la pratique. Y a
plus qu’à, a-t-on envie de dire. •
(1) Ils sont auteurs d’une pièce de théâtre,
la Convivialité, et d’un livre, la Faute de
l’orthographe.
A Montreuil (Seine-Saint-Denis) en 1958 lors de la traditionnelle dictée. PHOTO MARC HELD. VOZ’IMAGE
Un siècle
de crispations
Retour sur quatre épisodes
de tensions provoquées par
la volonté de faire évoluer
la langue française.
L
es Belges ne sont quand même pas les
premiers à tenter une simplification de
l’orthographe. Résumé des épisodes
précédents, en France…
1900 Ministre de l’Instruction publique entre 1898 et 1902, Georges Leygues tente une
réforme au bazooka. En 1900, il signe un arrêté introduisant des «tolérances» sur plusieurs problèmes orthographiques. Pluriel des
substantifs, noms composés, traits d’union…
Leygues va jusqu’à tolérer l’absence d’accord
du participe passé après l’auxiliaire avoir
(déjà!). L’Académie française se mobilise con-
tre cette réforme et, en 1901, le ministre fait
machine arrière. Adieu réforme du participe
passé! Toutefois, de nombreuses «simplifications» demeurent: «dix sept», sans tiret, sera
par exemple accepté. En préambule, Georges
Leygues rappelle qu’il «conviendra, dans les
examens, de ne pas compter comme fautes graves celles qui ne prouvent rien contre l’intelligence et le véritable savoir des candidats, mais
qui prouvent seulement l’ignorance de quelque
finesse ou de quelque subtilité grammaticale».
1976 Cette année-là, le ministre de l’Education nationale, René Haby, signe un arrêté sur
les «tolérances grammaticales ou orthographiques». L’objectif, pour le père du collège unique, est de ne pas sanctionner les enfants des
classes populaires avec des règles trop strictes.
Ainsi, on admettra ces différentes graphies:
«grands-mères» et «grand-mères»; «évène-
ment» et «événement»; «arc-enciel» et «arc en ciel». Retour de
l’accord du participe passé: les
examinateurs ont pour consigne de ne pas sanctionner ceux
qui n’accorderaient pas.
1990 Le Premier ministre socialiste, Michel Rocard, décide
de«dépoussiérer» notre orthographe, l’une des plus compliquée du monde. Il a mis sur
pied un Conseil supérieur de la
langue française, composé de
personnalités (Jean-Luc Godard, Pierre Perret, Tahar Ben
Jelloun…) et dix linguistes pour
réfléchir à des modifications.
Sachant le terrain miné, le Conseil y va mollo dans les propositions. Il s’agit simplement de
corriger l’écriture lexicale de
certains mots: enlever le «i» qui
ne sert pas à grand-chose à
oignon, par exemple. L’affaire
déchaîne les passions. Le 25 décembre 1990, Libé titre: «Orthographe: la logique de guerre».
Celle du Golfe met un terme au
débat. Un texte publié au Journal officiel indique qu’il est
possible, si on veut, d’écrire
ognon (entre autres).
Unes de Libé du
25 décembre 1990 et
du 6 novembre 2017.
2017 L’écriture inclusive fait
débat lorsque les éditions Hatier publient un manuel de CE2
avec une écriture visant à respecter l’égalité des sexes. Le
principe: accorder les grades,
fonctions ou encore métiers en
fonction du genre –on parlera
ainsi d’une «charpentière» ou
d’une «professeure». Et décliner au féminin et au masculin
l’évocation d’un groupe de personnes: les «candidates et candidats à la présidentielle». Il est
possible de condenser le tout
en un seul mot, par le «point
médian». L’initiative soulève
une tempête. Quelques mois
plus tard, près de 300 professeurs s’engagent dans une tribune à ne plus enseigner la
vieille règle du «masculin l’emporte sur le féminin».
SYLVAIN MOUILLARD
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
u 5
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A Paris XVe,
des réflexes vieille école
Si les instituteurs peuvent
envisager des mutations
dans l’orthographe, les parents
interrogés lundi sur l’idée
de réforme restent sceptiques.
D
Côté enseignant, le discours se veut moins rigide. «L’orthographe peut être simplifiée, relativise Pauline Patou, institutrice de CM1 à Félix-Faure. Comme le fait de placer un trait
d’union entre chacun des termes d’un nombre
composé, comme cela est stipulé dans la réforme de l’orthographe de 2016. Tant que ça
ne touche pas directement à l’expression et au
sens de la phrase.» Quand il s’agit de la règle
concernant l’accord après l’auxiliaire avoir
envisagé par la fédération Wallonie-Bruxelles,
elle sourcille: «Ça touche directement à l’oral.
Si on écrit “les crêpes que j’ai mangé”, on peut
tout aussi bien écrire “la chemise que j’ai mis”.
Ça modifie la sonorité et c’est plus ennuyeux.»
evant l’école élémentaire Félix-Faure
dans le XVe arrondissement de Paris,
l’heure est aux retrouvailles pour parents et enfants en ce jour de rentrée scolaire.
Les règles d’orthographe n’ont pas encore été
abordées en classe et l’ambiance générale est
décontractée sur le perron de l’établissement.
Quand on mentionne une éventuelle réforme
de la grammaire, les réticences apparaissent
immédiatement. L’idée de simplifier la lan- Calvaire. Avec sa collègue Magali Fouchet,
gue française relèverait presque du sacrilège: elles consacrent trois heures d’apprentissage
«Est-il vraiment nécessaire de modifier les rè- d’«orthographe pur» par semaine. Quel que
gles? Ça n’a pas de sens, estime Marine, mère soit le niveau, c’est toujours aussi complexe à
d’une élève et prof d’EPS en collège. On s’est enseigner aux élèves. Et ces difficultés s’actous donné du mal pour apprencroissent, «depuis une dizaine
dre l’orthographe, ce n’est pas en
REPORTAGE d’années», selon elles. «La faute
assouplissant les règles que les
aux écrans.» «Les enfants écrivent
enfants auront un meilleur niveau.» Même moins qu’avant, se déconcentrent plus vite et se
son de cloche pour Jean-Baptiste, venu récu- désintéressent de l’orthographe. Ils n’en voient
pérer son fils tout juste rentré en cours prépa- pas l’intérêt, constatent que leurs parents
ratoire. «Je suis de la vieille école, assume-t-il. n’écrivent plus et peuvent tout vérifier sur InterJ’aimerais que l’orthographe et les règles d’ac- net.» L’apprentissage de la moindre règle de
cord restent telles qu’elles sont. C’est difficile, français s’apparenterait presque à un calvaire
mais c’est ce qui donne un côté charmant à la pour les deux profs. «Même lorsqu’il s’agit de
langue française.»
règles simples, comme l’accord d’un adjectif, ou
la conjugaison d’un verbe au présent», explique
Sonorité. Pourtant, même les sceptiques Magali Fouchet. Pauline Patou pointe un autre
ressentent une sorte de pression et admettent problème. Dans sa classe de CM1, elle écrit enfaire régulièrement des fautes d’orthographe. core sur un tableau noir avec des craies. Un
«Par peur de me tromper, je relis plusieurs fois seul ordinateur est à disposition de la trentaine
mes mails et je vérifie sur Internet», précise d’élèves. Un manque de moyens que regrette
Marine. Parmi les parents, personne ne prend l’enseignante pour qui travailler avec des outils
à la légère ces éventuels coups de canif à la numériques faciliterait l’apprentissage des rèlangue de Molière. «Etre attentif à son écri- gles les plus complexes: «Si on avait un tature, c’est aussi se tirer vers le haut», souligne bleau numérique et des tablettes, on pourrait
Jean-Baptiste. Lui préfère «laisser faire les en- faire des jeux éducatifs avec des outils que les
seignants». «Ce qui se passe à l’école reste à enfants maîtrisent.» Enseignante depuis
l’école, ajoute Loïc, un autre parent d’élève. A vingt-cinq ans, elle déplore: «Maintenant, on
la maison, pour travailler l’orthographe, on n’a plus jamais de dictée sans aucune faute.»
privilégie l’aspect ludique et la lecture.»
LYSIANE LARBANI
Quatre termes du débat
Exemples de mots
de la langue française
à l’évolution tortueuse.
F
abrice Jejcic, linguiste au
CNRS, nous avait reçu il y a
deux ans dans son bureau
moquetté au CNRS de Villejuif (Valde-Marne). Il a passé sa vie le nez
plongé dans l’orthographe, à suivre
ses méandres et ses évolutions, parfois ubuesques. Nous avions passé
un après-midi dans les rayonnages
des huit éditions de l’Académie
française (la neuvième est toujours
en cours), retraçant le parcours des
mots au fil des siècles.
Connaitre
Ce verbe a une vie mouvementée.
Au commencement, on l’écrivait et
le prononçait «congnoistre». Quand
l’Académie française rédige son premier dictionnaire en 1694, deux
autres orthographes apparaissent:
cognoistre et connoistre. L’édition
suivante tranche pour connoistre, le
«g» ne se prononçant plus du tout à
l’oral. Avec le temps le «s» va céder
sa place à un accent circonflexe :
connoître. Le «o» deviendra un «a»
(connaître) en 1935. En 1990, le Conseil supérieur de la langue française
propose d’enlever tous ces circonflexes perchés sur les «i» et les «u» sans
aucune incidence sur la prononciation des mots. Les circonflexes restent sur les «o», «e» et «a», histoire de
ne pas s’emmêler les pinceaux entre
une cote et une côte, par exemple.
On peut donc écrire «connaitre» depuis belle lurette, même si cet usage
est peu utilisé, les francophones
étant très attachés au circonflexe.
Interrogée dans Libé en 1989, après
la parution de son livre les Délires de
l’orthographe, l’historienne et linguiste Nina Catach rêvait qu’un jour,
«dans trente ou quarante ans, on en-
lève les deux “n” pour retenir conaitre qui n’aurait rien de choquant
pour l’étymologie». Vingt-huit ans
après, nous en sommes loin.
Ognon
Pioché dans la première édition du
dictionnaire de l’Académie française : «On dit d’un homme qui est
fort couvert d’habit qu’il est vêtu
comme un oignon.» En 1798, on bascule dans l’ognon moderne. Simple
incartade, avant un retour à
«oignon» en 1835, où il est précisé
que «le “i” ne se prononce point,
mais [qu]’il sert à mouiller le “g”.
Quelques-uns écrivent ognons».
En 1935, oignon garde son «i», jusqu’à ce que le Conseil supérieur de
langue française propose en 1990
d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette lettre muette…
Mais visiblement, aussi inutile
soit-il, ce «i» continue encore de
faire jaser.
Nénufar
Gaiement
En 1990, il faisait déjà les gros titres
de Libération, quel destin! A ses débuts, il s’écrivait avec «f». Pendant
un bon bout de temps d’ailleurs.
La 7e édition du dictionnaire de
l’Académie, en 1878, l’orthograhie
encore «nénufar». Logique, puisque
l’étymologie vient du perse «nilufar». Ce n’est qu’en ouvrant la 8e édition, en 1935, que le «f» a été troqué
pour un «ph». Sans qu’aucune explication ne soit donnée… «Pour masquer l’étymologie arabe. Et parce que
“ph”, ça fait grec, ça fait mieux», explique Fabrice Jejcic, rappelant que
la France traversait une période de
troubles, avec une montée du fascisme en Europe. Le «ph» n’était pas
pour déplaire aux botanistes, attachés à l’étymologie latine de leur vocabulaire. A toutes fins utiles: «Les
fleurs du nénufar passent pour réfrigérantes» (pioché dans l’édition
de 1878). Et «le nénufar a longtemps
été appelé lis d’étang», indique la
dernière édition du dictionnaire de
l’Académie (2011), qui acte les deux
orthographes: nénufar et nénuphar.
Au début du XVIIIe siècle, on sautillait gayement ou gayment.
En 1740, le vent avait déjà tourné,
l’Académie écrivait : gaiement.
Quelques décennies plus tard, gaiement vivait côte à côte avec gaîment. Fin de la cohabitation
en 1935, la règle est d’écrire : gaiement. Dans sa dernière édition,
l’Académie française a été obligée
de s’assouplir un peu, acceptant à
nouveau les deux orthographes :
gaiement et gaîment. Le Petit Larousse illustré de 2012 propose
d’y aller «gaiement», ou bien
«gaiment» sans accent circonflexe.
«Il y a souvent un malentendu sur
les dictionnaires: ce ne sont pas des
prescripteurs, comme beaucoup le
croient. Ils enregistrent simplement
la pratique», explique Philippe
Blanchet, sociolinguiste à Rennes-II. Et Jejcic d’ajouter : «Ils ont
souvent un temps d’avance sur l’Académie française qui met entre trente
ou quarante ans avant d’enregistrer
l’usage.»
M.Pi.
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6 u
MONDE
Par
THÉA OLLIVIER
Envoyée spéciale à Oulad Ayad (Maroc)
Photo
AFAS MUSTAPHA
L
a petite ville d’Oulad Ayad se détache
dans l’immense plaine agricole remplie
d’oliviers de Fkih Ben Salah, aux pieds
des montages du Moyen-Atlas. Il est à
peine 11 heures, le soleil tape déjà dans la petite cour en terre de la famille Okkarou. A
l’ombre, Khadija s’installe sur une chaise
blanche en plastique à côté de son père, en tirant les manches de son gilet. Ses bras sont
marqués de tatouages grossiers et boursouflés. Un grand sourire traverse le visage rond,
entouré d’un léger voile rose, de la Marocaine
de 17 ans. Quand les journalistes et les acteurs
associatifs débarquent dans la cour, Khadija
enfile un autre voile, noir, qui tombe sur ses
épaules. Une réunion avec le comité de soutien est improvisée à l’écart, dans la modeste
cuisine, pour briefer la famille avant l’interview. Le visage fermé, Khadija sort se réfugier
dans la petite pièce qui lui sert de chambre,
allongée en position fœtale sur l’unique matelas posé à même le sol.
Depuis qu’elle est revenue, le 15 août, après
deux mois d’absence, «Khadija n’est plus la
Khadija que je connaissais», témoigne Mohamed Okkarou, son père de 49 ans. «Elle est malade psychologiquement et physiquement»,
poursuit-il, debout dans son salon meublé de
quelques tapis et d’une vieille télé cathodique.
«Khadija était partie rendre visite à sa tante
pendant le Ramadan. Dix jours après, elle a
disparu», explique l’homme moustachu à la
chemise rouge. Il reste vague sur ce qu’elle a
subi. «Durant cette longue période, elle raconte
que ses agresseurs ont changé d’endroits et l’ont
enfermée.» Khadija ne veut plus parler, refusant de revivre les scènes d’horreur qu’elle dit
avoir subies. «Le mercredi 15 août, deux garçons l’ont ramenée. Elle m’a dit: “Père, on m’a
séquestrée et violée sauvagement.” Elle est allée
raconter son calvaire aux gendarmes le lendemain. Moi, je ne peux incriminer personne car
je ne sais pas ce qu’il s’est passé à part qu’ils ont
pris ma fille et ont abusé d’elle. Ses agresseurs
ne sont pas mes ennemis, ce qui s’est passé est
la volonté de Dieu», récite Mohamed Okkarou
dans une longue tirade. Aux gendarmes, Khadija a expliqué avoir été kidnappée, violée, torturée et tatouée contre son gré par une quinzaine de jeunes hommes. Puis elle a témoigné
dans une vidéo postée le 21 août sur Chouf TV,
déclenchant une tempête médiatique dans le
royaume.
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Maroc
Après le viol
de Khadija,
les stigmates
d’Oulad Ayad
Les agressions sexuelles, séquestrations
et mutilations qu’aurait subies une fille
de 17 ans d’un village au sud de Rabat ont
provoqué l’émoi dans le royaume. Les familles
des suspects nient les faits.
famille dont les garçons ont été arrêtés, à
moins de quinze minutes du domicile des Okkarou. «Il n’y a rien ici, ni jardin ni centre culTerrain vague
turel, seulement des cafés», se lamente l’instiAprès avoir pris connaissance de l’affaire, Kha- tuteur en désignant quatre enfants qui jouent
lid Daanoun, instituteur dans
dans un terrain vague au milieu des
une école primaire d’Oulad
déchets. Dans la ville
PORTUGAL
Ayad, s’est mobilisé avec
de 30 000 habitants, seules
ESPAGNE
d’autres acteurs associaquelques rues sont gouRabat
tifs. «Il y a plein de Khadronnées. Les immeubles
Océan
dija. Elle est un modèle car
de parpaings inachevés se
Atlantique Oulad Ayad
elle a osé se rendre à la genmultiplient à côté de la
Îles
darmerie», dit-il. Depuis
grande usine de sucre de
MAROC
Canaries
ALGÉRIE
qu’elle a porté plainte,
betteraves.
(ESPAGNE)
douze suspects de 18 à
Derrière sa porte d’entrée
SAHARA
E
27 ans ont été placés en déen
ferraille, Mustapha
I
OCC.
N
TA
tention. Le principal d’entre
clame l’innocence de ses
MALI
RI
U
A
eux, 20 ans, est poursuivi pour
deux fils de 27 et 21 ans, en priM
200 km
«traite d’être humain sur mineure»,
son depuis deux semaines. «Mon
«viol», «menace de meurtre», «torture et
fils aîné qui travaillait à l’usine conusage d’arme causant des blessures et séquelles naissait la fille. Elle n’a rien fait sous la conpsychiques», «constitution d’une bande organi- trainte. On sait, comme tout le monde à Oulad
sée», «enlèvement et séquestration». Il risque Ayad, que c’est une déviante qui fume, qui boit
jusqu’à trente ans de prison. Trois suspects et qui a déjà fugué», répète-t-il. Cette remise en
sont encore recherchés. «On a foi en la justice. cause de la «moralité» de Khadija est aussi raQue Dieu nous éclaire et nous donne une solu- bâchée par Abdelkader, père d’un suspect
tion», conclut Mohamed Okkarou.
de 19 ans, qui la considère comme responsable
Khalid Daanoun marche dans les ruelles de de ce qui lui est arrivé. «Pourquoi son père n’a
terre et de caillasses pour se rendre chez une pas porté plainte alors qu’elle avait disparu
pendant deux mois? Il y a des points de l’affaire
à éclaircir», insiste l’homme barbu vêtu d’une
djellaba blanche. Il assure avoir aperçu la jeune
fille dans la rue durant ses mois de séquestration. Khadija l’affirme: elle a été empêchée de
rejoindre sa famille. Son père soutient qu’il a
alerté les autorités de sa disparition et qu’elle
n’avait jamais fugué avant. «En 2013, par manque d’argent, elle a arrêté sa scolarité. Depuis,
elle était fille au foyer, restait à la maison et cuisinait», dit Mohamed Okkarou, qui a aussi
deux filles de 15 et 5 ans et un fils de 12 ans.
«Onde de choc»
Les «tatouages» de Khadidja, dont les photos
ont circulé sur tous les téléphones du
royaume, ont été âprement débattus à travers
le pays. Certains spécialistes, relayés par des
médias marocains, les font remonter à plus
de quatre ou six mois, mettant en doute le témoignage de Khadija, qui assure qu’ils datent
de sa séquestration. Face à ces versions contradictoires, Khalid Daanoun soupire. Il ne
veut pas entendre parler de cette polémique.
«Khadija est une victime, elle ne doit pas se retrouver en position d’accusée, martèle-t-il. Il
n’y a pas de parallèle possible mais ses présumés agresseurs, des délinquants, dont plusieurs sont récidivistes, sont aussi les victimes
d’un manque d’infrastructures, d’éducation
et de prise en charge.» Un constat que partage
Noureddine Essaâdi, porte-parole du comité
de soutien local créé autour de l’Association
marocaine des droits de l’homme afin de traiter les offres spontanées de soutien à Khadija
et d’accompagner la gestion médiatique de
l’affaire. «Cette ville est habituée à l’insécurité,
elle a déjà été témoin de vols, d’agressions et de
viols contre des femmes. Mais le cas de Khadija
a provoqué une onde de choc car elle est mineure, a subi un viol collectif et a été marquée
dans sa chair», explique le jeune militant du
«20-février», le printemps marocain.
Khadija reste aujourd’hui cloîtrée chez elle.
Son histoire a provoqué un élan de solidarité,
sur les réseaux sociaux et par le biais d’une
pétition pour lui apporter un soutien médical
et psychologique. Grâce à ce dernier, la veille,
la jeune fille s’est rendue dans le chef-lieu de
la région, Beni Mellal, pour consulter un gynécologue et un dermatologue. «Ce qui est arrivé à Khadija peut toucher d’autres filles. On
espère que ça sera une leçon pour protéger chaque fille au Maroc. Cela ne doit pas se répéter»,
souhaite Mohamed Okkarou. L’enquête est en
cours et le juge d’instruction doit interroger
les auteurs présumés de l’agression lors d’une
première audience, jeudi. •
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
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u 7
Khadija, dans
son village
de Oulad Ayad,
le 28 août.
«
«Il y a une régression de la place
de la femme dans l’espace public»
S
anaa El Aji est auteure de
Sexualité et célibat au Maroc:
pratiques et verbalisation (Ed.
A la croisée des chemins, 2017).
Comment l’affaire Khadija estelle perçue au Maroc ?
Des citoyens et des acteurs de la société civile se montrent solidaires
de Khadija et réclament la liberté, la
dignité et la sécurité des femmes
marocaines. Mais il y a aussi des individus qui tentent par tous les
moyens de discréditer la victime.
Deux courants quasiment à égalité: chambre est un gage d’autorisation
le propre d’une société en cours de du viol. Je pense aussi à l’affaire de
mutation qui n’assume pas ses con- la «fille du bus», à Casablanca, l’été
tradictions. D’où un
dernier, quand a été
débat tendu et crispé.
diffusée la vidéo
La société marocaine
de l’agression d’une
est hyperconservafemme de 24 ans, en
trice dans le discours,
pleine journée, par un
appuyé par de puisgroupe de jeunes qui
sants relais médiatilui ont arraché ses vêques. Il y a eu le même
tements, l’ont touchée
type de réactions pour
et insultée. Ou à celle
l’affaire Saad Lamjard’une collégienne qui
INTERVIEW s’est fait attaquer en
red [le chanteur marocain mis en examen
janvier par un homme
mardi dernier pour viol en France, qui tentait de lui enlever son pantaaprès la plainte d’une jeune lon. La scène, filmée par un ami de
femme (1), ndlr]. Pour beaucoup de l’agresseur, a beaucoup circulé.
Marocains, le fait pour une femme Cela reflète-t-il un problème de
d’accompagner un homme dans sa fond de la société marocaine ?
TWITTER
La sociologue Sanaa
El Aji, spécialiste des
questions de sexualité,
dénonce une «culture de
l’impunité» au Maroc.
Au-delà du fait divers, il y a une
vraie régression de la place de la
femme marocaine dans l’espace public, c’est-à-dire de sa sécurité et de
sa dignité. C’est lié à la banalisation
sociale et institutionnelle de ces violences faites aux femmes et au sentiment d’impunité, réel. Dans ce
genre d’affaires, à quelques exceptions près, les agresseurs sont innocentés ou, au mieux, condamnés à
des peines légères. Il y a une culture
de l’impunité au Maroc liée à l’éducation, certes, mais aussi au pouvoir
judiciaire. Quant au pouvoir exécutif, il est aux abonnés absents… Pour
changer les mentalités, il faut des
verdicts exemplaires, des peines
dissuasives. Jusqu’en 2012, on avait
quand même une loi qui épargnait
un violeur de toute sanction s’il
épousait sa victime [elle a été abolie] ! C’est par les lois qu’on inscrit
des choses dans les esprits des
individus.
Y voyez-vous un lien avec la présence du PJD (parti islamiste) au
pouvoir ?
Non. Des transformations sociales
complexes comme celles-ci sont
liées à l’éducation, à l’école, aux médias, au manque de débat et à la
profusion de discours idéologiques,
sous couvert de religion, via les antennes paraboliques. Le PJD, lui, ne
gouverne que depuis 2011. Le parti
est plus influent par son ancrage social (événements de solidarité, actions de proximité dans toutes les
régions, etc.) que parce qu’il est au
gouvernement. Il n’empêche qu’il
est présent sur le terrain, contrairement aux autres formations politiques, y compris progressistes, qui
ne se réveillent qu’à la veille
d’échéances électorales.
Recueilli par DOUNIA HADNI
(1)Il avait déjà été mis en examen en octobre 2016 à Paris pour «viol aggravé».
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8 u
MONDE
L’incendie qui a ravagé
le plus grand
établissement
d’Amérique latine et
détruit la quasi-totalité
des collections est
survenu après des
coupes budgétaires
massives. A l’image
d’un pays plongé dans
une crise profonde.
Libération Mardi 4 Septembre 2018
RIO
Le musée national
en flammes,
l’austérité pyromane
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u 9
Le Musée national de Rio,
le plus vieux du Brésil, dans
la nuit de dimanche à lundi.
PHOTOS CARL DE SOUZA. AFP,
ROCARDO MORAES. REUTERS
ques exposés, murs écaillés: depuis
longtemps, les signes de dégradation du musée national étaient visibles. Son directeur adjoint, Luiz Fernando Dias Duarte, dénonce la
«négligence» des gouvernements
successifs : «Maintenant, tout le
monde se dit solidaire, mais nous
rencontrons d’énormes difficultés
pour obtenir les budgets nécessaires.» En cause, la crise sans précédent et les politiques d’ajustement.
Par
CHANTAL RAYES
Correspondante à São Paulo
D
eux siècles d’histoire partis
en fumée. Une collection
inestimable, presque entièrement détruite par l’incendie qui a
ravagé, dimanche soir, le Musée national de Rio de Janeiro, joyau culturel et scientifique du Brésil. Dans un
pays à la dérive, en proie à une interminable crise politique, économique et morale, «cette tragédie est
comme un suicide national, un pays
meurt quand il détruit sa propre histoire», écrit Bernardo Mello Franco,
éditorialiste au journal O Globo.
«Dans un Brésil qui semble de ne pas
avoir de mémoire, ou du moins en
faire peu de cas, une telle catastrophe sonne comme une terrible métaphore», renchérit le politologue
Claudio Couto sur sa page Facebook: à un mois de la présidentielle
du 7 octobre, c’est un nostalgique de
la dictature militaire (1964-1985), le
candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui pointe en tête des sondages (lire Libération du 15 août). Ce
n’est qu’à l’aube que les pompiers
ont maîtrisé l’incendie, dont les causes sont encore inconnues. Il a fallu
attendre l’arrivée de camions citerne, les bouches d’incendie du
musée ne fonctionnant pas…
Plus grand musée. Que reste-t-il
des murs de cet édifice historique,
l’ancien palais impérial de SaintChristophe, qui accueille le plus ancien musée du Brésil? La défense civile affirme ne pas pouvoir encore se
prononcer. Autrefois résidence de la
cour portugaise, fuyant l’invasion
du Portugal par Napoléon, en 1807,
puis de la famille impériale brésilienne, le palais fut le témoin de
grands moments de l’histoire du
pays. C’est là que l’indépendance a
été signée en 1822; là aussi que s’est
tenue l’Assemblée constituante de
la République, entre 1890 et 1891.
Depuis 1818, l’imposante bâtisse néoclassique, posée dans le parc de
Boa Vista, dans le nord de Rio, abrite
ce qui est devenu, outre une institution scientifique de prestige, le plus
grand musée d’histoire naturelle et
anthropologique d’Amérique latine.
Ses trois étages abritaient pas moins
de 20 millions de pièces de géologie,
botanique, paléontologie, zoologie
et archéologie, la cinquième collection la plus importante au monde.
Il y avait là fossiles, minéraux et artefacts gréco-romains. Le plus ancien squelette humain (vieux de
onze mille ans) découvert au Brésil.
La plus grande collection égyptienne d’Amérique latine –700 pièces au total: statues, tombeaux, momies. «L’essentiel des collections, des
expositions et des laboratoires a été
détruit», décrit la Folha de São
Paulo.
Seule a été sauvée la collection d’invertébrés, située dans une annexe,
ainsi qu’une météorite de cinq tonnes. «Une perte irrécupérable pour
la recherche scientifique mondiale»,
regrette l’ancien directeur du musée, Sergio Kunland de Azevedo. La
fédération nationale des architectes
et urbanistes fustige, elle, «l’état
d’abandon des collections nationales
ainsi que d’une bonne part des projets culturels et sociaux du pays».
Cette catastrophe «aurait certainement pu être évitée», a reconnu le
ministre de la Culture, Sérgio Sá
Leitão. Salles fermées, fils électri-
Bicentenaire. Déjà, sous Dilma
Rousseff, l’ex-présidente de gauche,
le musée avait dû fermer ses portes
en 2015, faute de pouvoir payer le
personnel. Arrivé au pouvoir après
la destitution controversée de cette
dernière, l’actuel président Michel
Temer a encore durci l’austérité.
Cette année, le budget du musée a
été amputé de… 85%, tombant à un
peu plus de dix millions d’euros. Elle-même en crise, l’université fédérale de Rio de Janeiro, dont dépend
la vénérable institution, ne parvient
à lui remettre que 60% de sa contribution annuelle de 150000 euros.
Pour son bicentenaire, en juin, pas
un seul ministre n’a fait le déplacement. Aucun président n’y a mis les
pieds depuis Juscelino Kubitschek
(1956-1961). «Ici, on ne se souvient
des musées que lorsqu’ils prennent
feu ou quand on montre des expositions qui dérangent ceux qui n’y ont
jamais mis les pieds», flingue le journaliste Antero Greco, par allusion à
la droite conservatrice au pouvoir,
sorte de tea party tropical. •
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10 u
MONDE
Libération Mardi 4 Septembre 2018
LIBÉ.FR
A bord de «Tara
Pacific» Pendant
un mois, Libération
a embarqué à bord du voilier-laboratoire
Tara pour suivre le travail des scientifiques
de l’expédition, au chevet des récifs
coralliens du Pacifique. Ultime épisode :
«La mission s’achève, l’aventure scientifique
continue.» PHOTO YANN CHAVANCE
disséquées dans un récent documentaire diffusé mi-août
sur France 2, le Clan Bongo,
une affaire française. Sanction immédiate : le régime
gabonais a privé la chaîne
d’antenne sur place. Or, dans
ce petit pays visiblement
ruiné par ses dirigeants, l’AFD
a déjà investi 800 millions
d’euros entre 2010 et 2017.
Sans en freiner l’inexorable
effondrement.
«Leurre». L’homme fort
Ali Bongo et Emmanuel Macron au cinquième sommet Afrique-UE, le 29 novembre à Abidjan (Côte-d’Ivoire). PHOTO LUDOVIC MARIN. REUTERS
Développement: Paris toujours pas
regardant sur la distribution de l’aide
L’Agence française
de développement
augmente les
sommes allouées
aux pays en
difficulté, mais
le suivi des fonds
versés, notamment
à des régimes peu
démocratiques
comme le Gabon,
pose problème.
Par
MARIA
MALAGARDIS
A
l’Agence française
de développement
(AFD) à Paris, c’est
aussi la rentrée. Placée sous
le signe d’une «ambition nouvelle» pour cette politique
d’aide de la France, dont
l’AFD est depuis longtemps
«l’opérateur pivot», comme
l’a rappelé lundi son directeur général, Rémy Rioux. En
ce début de semaine, il accueillait pour la première fois
au siège de l’Agence à Paris
un ministre des Affaires
étrangères, en l’occurrence
Jean-Yves Le Drian.
Et en guise de rentrée, c’était
même un peu Noël avant
l’heure. Pas forcément en raison de la présence inédite du
chef de la diplomatie française, mais par la grâce de la
cascade d’annonces faites à
cette occasion: tout d’abord,
la France augmentera bien
son aide publique au développement, jusqu’à 0,55% du PIB
d’ici à 2022. Mais ce n’est pas
vraiment un scoop. Cette
hausse faisait déjà partie des
engagements du candidat
Macron. La voilà confirmée,
après des années de baisse,
«au moins 1 milliard d’euros
en moins entre 2010 et 2016»,
évalue Le Drian. Lequel annonce dans la foulée que
les dons vont augmenter, à
hauteur d’1 milliard supplémentaire dès 2019.
Voilà qui est plus audacieux,
la France ayant jusqu’à présent privilégié les prêts.
L’Afrique devrait en recevoir
la part du lion, puisque parmi
dix-neuf pays jugés «prioritaires», un seul, Haïti, n’est
pas situé sur le continent.
L’aide bilatérale sera renforcée, ce qui marque également
un changement de cap.
«Valeurs». Il s’agit donc
d’un «changement de logiciel», plus efficace et mieux
ciblé, affirme Rémy Rioux.
Ce n’est pas la première fois
que l’aide française au déve-
loppement annonce sa révolution. Depuis 1998, date de
la suppression du secrétariat
d’Etat à la Coopération, bien
des réformes ont été engagées, sans forcément réussir
à changer le fameux «logiciel». Celui qui gère notamment les relations de la
France avec l’Afrique. «Ce qui
est intéressant, c’est la présence inédite de Le Drian
alors que traditionnellement,
l’AFD est sous la double tutelle concurrentielle du Quai
d’Orsay et de Bercy, constate
le spécialiste du continent
Antoine Glaser, auteur de
plusieurs ouvrages sur la
France et l’Afrique (1). Pour le
reste, Paris est en réalité affaibli en Afrique, et ces annonces interviennent au moment même où les chefs d’Etat
africains se précipitent en
Chine pour un sommet Chi-
ne-Afrique.» Mais au-delà, il
y a aussi les mots qui fâchent. Interrogé par Libération sur la pertinence de
poursuivre l’aide au développement accordée à des régimes africains corrompus
ou dictatoriaux, le ministre
des Affaires étrangères a eu
cette réponse quelque peu
byzantine : «Au nom du fait
qu’un certain nombre de pays
ne partagent pas nos valeurs,
on n’a pas le droit de faire en
sorte que les populations de
ces régimes soient exclues de
l’aide française.»
Parmi ces pays, ou plutôt ces
régimes, qui ne «partagent
pas nos valeurs», il y a le Gabon. Un petit Etat pétrolier
paradoxalement misérable.
Dirigé depuis cinquante ans
par la même famille, les
Bongo, dont les capacités prédatrices ont été largement
du pays aurait-il pu être
débarqué lors de la dernière élection présidentielle
d’août 2016 ? Grâce à une
fraude clairement dénoncée
par les observateurs de
l’Union européenne sur
place, ce scrutin, qui s’est déroulé dans un climat de violence inédit, n’a pas permis
de déloger Ali Bongo qui,
après avoir succédé à son
père en 2009, s’accroche toujours au pouvoir.
Le 1er décembre 2017, l’AFD
accorde au Gabon un prêt
triennal de 255 millions
d’euros. Dont la dernière
tranche en date, de 75 millions d’euros, a été délivrée
le 11 juin. «C’est un leurre de
faire croire que l’aide française bénéficie aux populations du Gabon. Où sont
les 500 classes promises en
mars 2016? A ce jour, on n’en
a vu aucune. Le pays est dans
un état désastreux. Avec les
arriérés de l’Etat, les entreprises mettent la clé sous la
porte, même les boîtes françaises, comme Bouygues Energies. Et seuls les militaires
sont régulièrement payés»,
dénonce Alain Ogouliguendé,
un citoyen gabonais installé
en France. Il fait partie des
plaignants qui, le 19 août, ont
déposé une requête devant le
tribunal administratif de Paris pour annuler la garantie
de l’Etat français, accordée au
dernier prêt de 75 millions.
Une garantie, rappellent les
plaignants, qui permet surtout de s’assurer que les
contribuables français «paieront la note en cas de défaillance de l’emprunteur»,
soit l’Etat gabonais. Dans le
«nouveau logiciel» de l’aide, il
y a peut-être encore un problème d’algorithme. •
(1) Prochain ouvrage à paraître ce
mercredi : Nos Chers Espions en
Afrique (Fayard), coécrit avec
Thomas Hofnung, ancien journaliste à Libération.
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
u 11
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LIBÉ.FR
Adventure Time
Foisonnante et zinzin,
la série pour enfants
Adventure Time disparaît des écrans.
Libération a interviewé l’un de ses
producteurs, Adam Muto, pour tenter
de comprendre les raisons de l’immense
succès des aventures d’un chien jaune et
de son petit humain d’ami. CARTOON NETWORK
Economies Le président argentin
annonce un plan d’austérité
Le président argentin de centre
droit Mauricio Macri a annoncé
lundi un plan d’austérité comprenant la suppression de plusieurs ministères et une plus forte taxation
des exportations afin de réduire le
déficit budgétaire et de stabiliser
l’économie, confrontée à un effondrement du peso. «Nous devons
faire face à un problème de base: ne
pas dépenser plus que ce que nous avons, faire les efforts pour
équilibrer les comptes de l’Etat», a déclaré le président argentin
dans un message enregistré. Ce mardi à Washington, l’Argentine, troisième économie d’Amérique latine, va solliciter au
Fonds monétaire international (FMI) une accélération de son
programme d’aide. Mauricio Macri a dit l’«urgence» de la situation, tout en se voulant rassurant: «Nous affrontons les difficultés de la meilleure manière. On va surmonter la crise en prenant soin des plus nécessiteux.» Il a promis «le renforcement
des allocations, des programmes alimentaires et le plafonnement du prix de certains produits de base». PHOTO REUTERS
Presse La Birmanie condamne à sept ans
de prison deux journalistes de Reuters
Deux reporters de Reuters accusés d’«atteinte au secret d’Etat»
pour avoir enquêté sur un massacre de Rohingyas par l’armée
birmane ont été condamnés lundi à sept ans de prison. Wa
Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, en détention depuis décembre, risquaient quatorze ans d’incarcération au terme de
ce procès, dans un pays où l’indépendance de la justice est sujette à caution. «Le gouvernement peut bien nous emprisonner…
mais ne fermez pas les yeux et les oreilles du peuple», a lancé
Kyaw Soe Oo aux journalistes présents devant le tribunal, avant
d’être poussé à bord d’un fourgon. «Nous continuons à demander leur libération», a réagi peu après le verdict le représentant
de l’ONU en Birmanie, Knut Ostby. «Ces deux admirables journalistes ont déjà passé près de neuf mois en prison sur des accusations montées de toutes pièces destinées à les réduire au silence
et à intimider la presse», a réagi Reuters dans un communiqué.
Cuba: les oreilles des diplomates
américains attaquées aux micro-ondes
C’est le dernier rebondissement d’une rocambolesque
affaire digne d’un roman
d’espionnage sur fond de
guerre froide: des faisceaux
de micro-ondes pourraient
être à l’origine des «attaques
acoustiques» contre des
diplomates des Etats-Unis
en poste à Cuba et en Chine.
L’hypothèse, étayée par des
experts et des scientifiques,
figure dans une enquête publiée dimanche par le New
York Times. Le Département
d’Etat n’a pas réagi à ces
informations.
Depuis la fin 2016, 25 diplomates américains et
les membres de leur famille
à Cuba ont été victimes
de mystérieuses attaques
– des sons aigus très intenses – provoquant des
blessures ressemblant à
des traumatismes cérébraux.
Cinq fonctionnaires canadiens en poste à La Havane
ont décrit les mêmes symptômes. Et un autre employé
du gouvernement américain
en Chine en a aussi été
frappé. Un cas similaire avait
été signalé en Ouzbékistan.
Ces attaques ont été qualifiées
d’«acoustiques»,
même si leur cause n’a pas
L’ambassade américaine à La Havane. PHOTO REUTERS
été officiellement trouvée et
que leurs éventuels auteurs
sont toujours inconnus.
Les diplomates avaient
été rapatriés après s’être
plaints d’étourdissements,
de maux de tête, d’acouphènes, de fatigue, de problèmes cognitifs et visuels,
ou encore des troubles du
sommeil.
Une étude détaillée sur les
incidents avait été publiée
en mars par le Journal of the
American Medical Association, faisant seulement mention d’une «source d’énergie
inconnue». Son auteur principal, Douglas Smith, de
l’université de Pennsylvanie,
décrivait un véritable «mys-
L’homme qui se comparait à
Hitler pour vanter électoralement ses mérites sanguinaires va planter un arbre à
Yad Vashem, le mémorial de
la Shoah à Jérusalem, juste à
côté de celui enraciné par
Viktor Orbán. C’est peu dire
que la visite du président
philippin, Rodrigo Duterte,
quelques mois après celle du
Premier ministre hongrois,
est controversée en Israël.
Sur la radio publique, Avi
Dichter, ponte du Likoud (le
parti du Premier ministre israélien), a même recommandé d’avaler un antivomitif pour tenir le coup jusqu’à
mercredi, date du retour de
Duterte à Manille.
Mais cette visite historique (la
AP
La visite du Philippin Rodrigo Duterte
fait polémique en Israël
première depuis l’ouverture
de relations diplomatiques
entre les deux pays en 1957) a
aussi du sens. Depuis le début
des années 2000, l’Etat hébreu compte une importante
communauté philippine, estimée à 30 000 personnes,
dont 85 % de femmes, qui
renvoient dans leur pays natal environ 100 millions
d’euros de devises par an. Ces
dernières travaillent presque
exclusivement dans le secteur de l’aide à la personne,
auprès de l’importante population vieillissante israélienne. Un phénomène de société, au point que le mot
hébreu metapelet («celle qui
aide») est presque devenu synonyme de «Philippine».
Lundi, lors de sa rencontre
avec Duterte, Nétanyahou
a souligné «les soins remarquables» prodigués par l’une
d’elles à son père centenaire
jusqu’à sa mort. De son côté,
Duterte a assuré qu’il venait
vérifier que ses concitoyens étaient «bien protégés» malgré la «situation volatile» dans la région.
A la tête d’une pléthorique
délégation (400 personnes),
Duterte n’est cependant pas
venu que pour se pencher sur
le sort des aides à domicile.
Celui qui a déclaré à son arrivée, sans ironie apparente,
«partager la même passion
pour la paix […] et les êtres
humains» que Nétanyahou
devrait aussi signer d’importants accords commerciaux. Duterte doit notamment parapher un accord
réservant l’exploitation d’un
gisement pétrolier offshore à
la compagnie israélienne Ratio Petroleum. En outre, une
démonstration «d’armement
avancé» serait au programme
pour l’homme fort philippin.
G.G. (à Tel-Aviv)
tère de la chambre jaune» :
les lésions cérébrales étaient
celles constatées lors d’un
traumatisme crânien, alors
qu’aucune victime n’avait
reçu de choc. Non sans humour, le chercheur parlait
d’«immaculée commotion».
En janvier, James Lin, de
l’université d’Illinois, avait
estimé plausible que les
maux endurés par le personnel diplomatique aient été
causés par des faisceaux de
micro-ondes. Dans la revue
Bioelectromagnetics, il avait
indiqué que des faisceaux
de haute intensité pouvaient
avoir été dirigés «seulement
sur la cible visée» depuis
un endroit dissimulé. L’arme
capable d’une telle attaque,
estime le New York Times,
peut affaiblir ou même tuer
une personne. Elle peut
ressembler à une antenne
satellite, portée à bout de
bras ou dissimulée dans un
véhicule.
Après le rapatriement de son
personnel, Washington avait
mis en accusation les autorités cubaines et expulsé
plusieurs diplomates. La délivrance de visas par l’ambassade à La Havane avait
été suspendue et les citoyens
candidats à un voyage sur
l’île alertés des risques encourus. Le gouvernement
cubain s’était engagé à mener une enquête sur les faits
et des inspecteurs du FBI
se sont rendus à plusieurs
reprises dans la capitale
cubaine. En octobre, la télévision nationale diffusait un
reportage sur les «supposées attaques acoustiques», qui révélait les
«conclusions préliminaires»
de l’enquête. Pour le régime
socialiste, il n’y avait ni
preuve de ces attaques, ni
hypothèses, ni suspects.
Moscou aussi s’était plaint
d’allusions suggérant son
implication. F.-X.G.
23%
seulement des adolescents réfugiés fréquentent un établissement secondaire, contre
84% en moyenne des adolescents de la planète, selon un rapport qui s’appuie sur des chiffres de 2016
publié fin août par le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Quelque 91% des enfants ont
accès à l’école primaire dans le monde. Mais lorsque l’on se concentre sur les réfugiés, ce taux tombe
à 61% (soit plus de 3,5 millions d’écoliers). Le HCR
s’alarme en outre que ce chiffre ait augmenté d’un
demi-million en un an. Et si 36% des jeunes gens
de la planète ont accès à des études supérieures,
seulement 1% des jeunes réfugiés font des études.
A lire sur Libération.fr.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
FRANCE
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Par
AMANDINE CAILHOL
«R
emettre complètement le
système à plat.» Tout
juste le gouvernement
vient-il d’ouvrir un nouveau chapitre social, conviant syndicats et organisations patronales à plancher
sur une réforme de l’assurance chômage et déjà le nouveau président
du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, voit grand. Parmi ses propositions dévoilées dimanche dans les
Echos, de vieilles recettes à l’efficacité douteuse, mais que le successeur de Pierre Gattaz n’exclut pas de
ressortir. Comme la dégressivité des
allocations chômage, c’est-à-dire la
réduction progressive dans le temps
des indemnités perçues par les chômeurs, dans le but de les «inciter à
la reprise d’emploi». Mais aussi des
propositions bien plus explosives
pour l’avenir du régime, dont la nature assurantielle doit, selon lui,
être questionnée.
Pure rhétorique habituelle d’un patronat qui veut se faire entendre, en
tapant fort ? Pas si sûr, tant les discours du Medef et du gouvernement semblent plus que compatibles en cette rentrée sociale. Preuve
en est, la ministre du Travail, Muriel
Pénicaud, a fait savoir dimanche
qu’elle n’avait «aucun tabou» sur la
question de la dégressivité. Quant
à la mutation du régime proposée
par le Medef, elle n’est pas sans rappeler la promesse du candidat Macron. «L’Etat prendra en charge le
système d’assurance chômage en y
associant l’ensemble des parties prenantes et en particulier les partenaires sociaux», expliquait-il dans son
programme présidentiel.
Premier pas vers cette nouvelle architecture : fin septembre, le gouvernement remettra une «lettre de
cadrage» aux partenaires sociaux,
en amont de l’ouverture de leur négociation sur l’assurance chômage.
Et cette dernière devrait fortement
limiter leurs marges de manœuvre.
Car en la matière, l’exécutif sait déjà
où il souhaite aller. Après avoir
donné de la «flexibilité» aux entreprises, lors de la réforme du code du
travail, et de la «sécurité» aux salariés, au travers du projet de loi de la
ministre du Travail, le gouvernement entend corriger les biais de
son «nouveau contrat social». Du
côté de l’assurance chômage, deux
failles ont été identifiées par l’exécutif : les entreprises qui abusent
des CDD et les chômeurs qui, selon
lui, traînent des pieds pour retrouver un boulot. Notamment les «permittents» qui alternent périodes de
travail et d’indemnisation par Pôle
Emploi. D’où la volonté de changer
les règles du jeu. L’objectif est double : outre la courbe du chômage
que le président de la Répu- lll
Assurance chômage
Le retour des idées
dégressives
DÉCRYPTAGE
Evoquée par la ministre du Travail comme par le président du
Medef, la dégressivité des allocations permet de faire des économies
mais n’a pas démontré son efficacité pour le retour à l’emploi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 4 Septembre 2018
u 13
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Carnet
Le 12 octobre 2017, Emmanuel Macron
reçoit les partenaires sociaux (à droite
Philippe Martinez) à l’Elysée.
PHOTO LAURENT TROUDE
DÉCÈS
Lysia Edelstein,
fait part du décès de
pondent ses partisans, arguant que
la contrainte financière pousserait
les chômeurs à reprendre plus vite
un emploi, si tant est qu’il y en ait
suffisamment sur le marché. Avec à
la clé des économies pour l’Unédic.
Muriel Pénicaud dit regarder ce qui
se fait ailleurs: «On est un des rares
pays d’Europe qui indemnise les demandeurs d’emploi deux ans,
trois ans pour les seniors, sans dégressivité.»
Là aussi, les «gaulois» feraient-ils figure d’exception ? Début 2017,
Bruno Coquet, chercheur affilié à
l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), s’est
penché sur le sujet. Son constat :
«La dégressivité n’est pas le schéma
privilégié dans l’UE et l’OCDE.» Sur
les 37 pays étudiés, il n’en dénombre que 14 ayant opté pour ce mécanisme. Avec un succès difficile à
mesurer.
lll blique a promis de faire passer sous la barre des 7 % d’ici la fin
du quinquennat (contre 9,1 %,
aujourd’hui au sens du BIT), il faut
aussi assainir les comptes de l’Unédic, le gestionnaire de l’assurance
chômage, qui a enregistré un déficit
de 3,4 milliards d’euros en 2017.
Avec une dette qui culmine
à 33,5 milliards d’euros.
POURQUOI REPARLE-T-ON
DE LA DÉGRESSIVITÉ
DES ALLOCATIONS ?
Aujourd’hui, un chômeur indemnisé perçoit une allocation de retour
à l’emploi (ARE) qui ne peut dépasser 75% son ancien «salaire journalier de référence» (moyenne des salaires brut des jours travaillés au
cours de l’année écoulée). En
moyenne, l’allocataire perçoit 72%
de son ancien salaire net (le montant moyen de l’allocation mensuelle était de 1020 euros en 2017, selon l’Unédic). Une fois calculée,
cette somme reste inchangée jusqu’à
épuisement de ses droits. Soit pendant deux ans maximum (trois pour
les plus de 55 ans). Mais il n’en a pas
toujours été ainsi. De 1986 à 2001, les
allocations étaient dégressives, diminuant en fonction de l’ancienneté
du chômeur dans le régime. Faut-il
aujourd’hui revenir à ce mécanisme,
comme le suggère le Medef? Oui, ré-
UN OUTIL EFFICACE CONTRE
LE CHÔMAGE ?
En 2015, l’Unédic s’est lancé dans
des comparaisons européennes.
Prudent, l’organisme précisait alors
qu’il était impossible de «tirer des
enseignements précis» étant donné
les différences importantes entre
tous les pays européens (niveau
d’indemnisation, durée, plafond…).
L’Unédic détaillait en revanche la
dégressivité appliquée par nos voisins. En Suède, un demandeur
d’emploi reçoit 80% de son salaire
puis 70% après six mois. En Italie,
on débute à 75 %, puis 60 % après
six mois, pour finir à 45% après un
an de chômage. Aux Pays-Bas,
c’est 75% du revenu à l’ouverture des
droits et 70% après deux mois. Le
Danemark, qui avait fait le choix de
la dégressivité, a de son côté décidé
d’y mettre un terme en 2016.
En France, le retour d’expérience
est aussi très nuancé. En 2015, un
rapport de la Cour des comptes se
montrait plutôt sévère: «Les études
économiques tendent […] à montrer
que la mise en œuvre d’une allocation dégressive engendre des économies, mais n’améliore pas globalement l’efficacité du système
d’assurance chômage.» Selon l’économiste Bruno Coquet, «les bénéfices de la dégressivité sont douteux et
elle crée des effets indésirables». Elle
pourrait, estiment ses détracteurs,
aggraver la situation en créant des
«trappes à précarité» pour certains
demandeurs d’emploi qui, confrontés à une baisse de revenu, seraient
contraints d’accepter des postes en
dessous de leur qualification. Avec,
en fin de chaîne, de moins en moins
d’offres disponibles pour les moins
qualifiés.
A la CGT, Philippe Martinez dénonce, lui, une mesure faisant passer les chômeurs pour des «profiteurs». François Hommeril, de la
CGC, fustige, lui, le «populisme» de
la proposition, ajoutant que la dégressivité «n’a pas d’impact économique positif». Chez le syndicat des
cadres, l’inquiétude est forte depuis
qu’un député LREM a proposé miaoût d’introduire la dégressivité des
allocations chômage mais seulement pour les hauts revenus, au
nom «d’une meilleure justice sociale». Pour l’heure, le gouvernement n’a pas fermé la porte.
LE PRINCIPE DE L’ASSURANCE
CHÔMAGE EST-T-IL MENACÉ?
Oui, en tout cas dans sa mouture actuelle, qualifiée d’«assurancielle».
C’est-à-dire un système dans lequel
chacun reçoit en fonction de ce qu’il
a cotisé. Un principe défendu lundi
par Laurent Berger, le numéro un de
la CFDT, dans une interview au
Monde. Et mis à mal, la veille, par
Roux de Bézieux, du Medef, qui
plaide pour la création d’«une allocation universelle forfaitaire» gérée
par l’Etat, intégrant l’allocation de
solidarité spécifique (ASS), attribuée
aux personnes ayant épuisé leurs
droits au chômage, et d’autres minima sociaux. Le tout financé par la
contribution sociale généralisée
(CSG), c’est-à-dire l’impôt, et non
plus les cotisations sociales. Ce premier niveau pourrait, selon lui, être
complété par un «régime assurantiel
complémentaire obligatoire, géré par
les partenaires sociaux». Syndicats
et organisations patronales garderaient donc la main sur le système,
seulement de façon secondaire. Ce
second niveau serait financé par les
seules cotisations patronales (celles
payées par les salariés disparaissant
totalement au 1er octobre 2018), «garanti par l’Etat et avec une règle
d’or: l’équilibre des comptes», précise
de Bézieux. En parallèle, un régime
supplémentaire serait réservé aux
indépendants et aux chefs d’entreprise.
Un coup dur pour les syndicats qui
défendent bec et ongles le paritarisme et espéraient encore garder le
Medef en allié. Simple principe de
réalité, pointe le patron des patrons : «L’assurance chômage n’est
plus une assurance. L’Unédic finance Pôle Emploi [soit, en 2017,
3,3 milliards d’euros versés à
l’agence, c’est-à-dire 59% du budget
de cette dernière, ndlr], l’Etat garantit la dette [de l’Unédic] et il n’y
a plus de cotisations salariales.»
Roux de Bézieux est en tout cas raccord avec Macron qui, avant même
son élection, déclarait aux Echos
vouloir «sort[ir] réellement d’un système assurantiel».
QUELS SONT LES AUTRES
SUJETS SUR LA TABLE ?
Pour l’heure, il est encore question
d’un «diagnostic partagé», fait savoir
la ministre du Travail. La mise en
place hypothétique d’un bonus-malus sur les cotisations employeurs
pour sanctionner financièrement
les boîtes qui abusent des contrats
courts devrait être à l’ordre du jour.
Mais cette arlésienne se heurte à
l’opposition constante du patronat.
Ce dernier lui préfére un plafonnement des indemnités, sujet «dont on
peut discuter», a déclaré le chef de
file du Medef. Ce qui n’est pas du
goût de Laurent Berger, de la CFDT:
«Il n’est pas question de faire moins
sur l’indemnisation des demandeurs
d’emploi.» Enfin, le cumul entre allocations chômage et salaires, dont
bénéficient les 865000 chômeurs
désormais qualifiés de «permittents», sera aussi sur la table. •
Les chiffres de l'assurance chômage
Déficit
-3,4
en milliards d’euros, au 31 décembre 2017
milliards
Recettes
Cotisations
patronales et salariales*
36,59
milliards
Survenu le 30 août 2018,
à l’âge de 84 ans
Les obsèques auront lieu le
mercredi 5 septembre 2018
à 10h30 au crématorium
du Père-Lachaise,
inhumation de l’urne au
cimetière Montparnasse
à 14h30.
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Allocation d'aide
au retour à l'emploi (ARE)
Financement caisses de retraite
Aides au reclassement
0
10
20
Journaliste à l’Equipe de
1956 à 1993
Tarifs : 16,30 e TTC la ligne
Financement Pôle Emploi
Dépenses
39,6
milliards
Autres
M. Gérard
EDELSTEIN
15,30 e TTC la ligne suppl.
abonnée et associations : - 10 %
Autres allocations
Autres charges
30
40
Tél. 01 87 39 84 00
* les cotisations salariales d’assurance chômage seront totalement supprimées
le 1er octobre, compensées par la CSG (contribution sociale généralisée)
Un organisme de plus en plus endetté
en milliards d’euros
10
Prévisions
0
0
-10
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parvenir vos textes
par e-mail :
carnet-libe@teamedia.fr
-20
01 87 39 84 00
-30
-40
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2000
Sources : Unédic ; AFP
2010
2020
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14 u
FRANCE ÉCONOMIE
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Faible croissance: Macron vrai
responsable ou faux coupable?
«
«L’effet d’une baisse
du pouvoir d’achat
est immédiat»
D
irecteur adjoint du département analyses et prévisions de l’Observatoire
français des conjonctures économiques (OFCE), Mathieu Plane est économiste
à Sciences-Po (Paris).
La politique économique du gouvernement est-elle responsable du décrochage
de la croissance ?
La conjoncture internationale, ces six derniers
mois, s’est beaucoup dégradée. Mais si l’économie ralentit dans la zone euro,
la France est beaucoup plus touchée que ses voisins. Après 1,4%
de croissance au dernier semestre 2017 en France et dans la zone
euro, nous sommes à 0,3 %
au 1er semestre 2018 quand la zone
euro est à 0,7 %, l’Allemagne
à 0,8%, l’Espagne et les Pays-Bas
à 1,3%, et même l’Italie, avec une
croissance faible depuis plusieurs années, est
au-dessus de nous à 0,5%.
Pourquoi cette particularité française ?
La politique économique choisie depuis un
an a sa part de responsabilité. Au premier semestre, la France a connu un choc négatif de
pouvoir d’achat lié au calendrier fiscal
de 2018 : d’un côté, une hausse de la CSG et
des taxes sur les hydrocarbures dès janvier
mais, de l’autre, des baisses de cotisations sociales, de la taxe d’habitation ou des revalorisations de minima sociaux étalées sur le quinquennat. Résultat, le pouvoir d’achat des
ménages a baissé de 0,6% au 1er trimestre. Il
faut revenir à 2012 pour retrouver une telle
contraction. Conséquence, la consommation
a été complètement atone au 1er semestre. Et
comme la consommation, c’est la moitié de
notre PIB, cela a pesé sur la croissance.
L’exécutif aurait-il pu éviter ça ?
Bien sûr. Il aurait pu répartir différemment les
efforts budgétaires: diminuer intégralement
les cotisations salariales en même temps que
l’augmentation de la CSG. Les arbitrages rendus l’an dernier sur le budget 2018 étaient
clairs : le gouvernement a choisi de baisser
tout de suite la fiscalité du capital et d’étaler,
par exemple, la suppression de la taxe d’habitation sur trois ans ou les revalorisations de la
prime d’activité sur le quinquennat. La trans-
formation de l’impôt sur la fortune (ISF) et la
création d’une «flat tax» de 30% sur les revenus du capital sont des mesures d’offre. Il
s’agit, aux yeux du gouvernement, de «renforcer l’attractivité du pays»: démontrer aux riches investisseurs que la France change et
qu’ils peuvent venir s’y installer sans être trop
taxés sur leur patrimoine financier. Même si
les effets sur l’investissement sont incertains,
ce sont des mesures de long terme dont nous
verrons au mieux les effets à l’horizon du
quinquennat. En revanche, l’effet d’une baisse
du pouvoir d’achat est immédiat.
La majorité a-t-elle raison d’espérer un rebond en fin d’année?
Oui. Il devrait y avoir un autre choc
fiscal, positif cette fois-ci, avec la
suppression totale des cotisations
salariales chômage et maladie en
octobre et d’un premier tiers de la
taxe d’habitation pour 80 % des
Français en novembre. En revanche, en début d’année 2019, il y
aura une nouvelle augmentation
de la fiscalité sur les carburants et
le tabac, alors que la deuxième tranche de la
taxe d’habitation, la revalorisation de la prime
d’activité ou la désocialisation des heures supplémentaires n’arriveront qu’à l’automne, ce
qui posera à nouveau un problème de calendrier fiscal.
Toucher aux retraités, est-ce aussi un risque pour la consommation ?
Au-delà de la consommation, c’est un risque
politique. Avec les décisions du gouvernement, ce sont les retraités et non les entreprises qui paient les augmentations de revenu
des actifs. La désindexation des pensions va
permettre à l’Etat de faire des économies. Une
vieille méthode: le gouvernement Valls l’avait
appliquée de 2014 à 2016. Mais, à l’époque,
l’inflation était quasi-nulle. La mesure a donc
été relativement indolore. Aujourd’hui, l’inflation repart et grève le pouvoir d’achat. Le
gouvernement donne le sentiment que les retraités supportent les ajustements budgétaires. C’est très risqué avant d’engager la réforme des retraites.
Que pensez-vous de l’option qui consisterait à laisser filer le déficit en 2019 ?
Le gouvernement a raison de ne pas s’entêter.
Avec le ralentissement économique et la reprise d’une partie de la dette de SNCF Réseau,
la trajectoire que s’était fixée le gouvernement
n’était plus tenable. De mon point de vue, le
DR
Pour l’économiste Mathieu
Plane (OFCE), la faiblesse de la
consommation est imputable
au calendrier fiscal.
Le 22 mai à l’Elysée. L’an passé, plusieurs membres du gouvernement avaient expliqué le
gouvernement s’est lié les mains avec la baisse
intégrale de la fiscalité du capital dès 2018 et
la transformation complète en 2019 du CICE
en baisse de cotisations patronales. Cette
seule mesure va coûter 20 milliards.
Le gouvernement explique qu’il ne pouvait pas faire autrement…
Ce sont des arbitrages. Il aurait pu décider de
lisser cette mesure avec une baisse progressive des cotisations. Si la situation économique mondiale continue de se dégrader, un dérapage en 2019 d’un déficit public au-delà
des 3 % du PIB n’est pas à exclure.
La majorité compte sur un «choc de trésorerie» pour les entreprises…
Ces effets-là seront faibles. Les entreprises
n’ont jamais eu autant de trésorerie. Elles ont
des capacités d’autofinancement élevées et
n’ont aucune difficulté à accéder aux banques.
Elles investiront si elles ont des besoins de renouvellement ou d’extension de leurs équipements, des carnets de commandes remplis.
Cela va peut-être améliorer l’investissement
de quelques boîtes. Mais ce sera très marginal.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous au
gouvernement pour le budget 2019 ?
Il est urgent de soigner le pouvoir d’achat des
ménages, et ce d’autant plus que, dans le budget 2019, la désindexation des retraites, des
prestations familiales, des APL et la forte réduction des emplois aidés ne vont pas dans ce
sens et risquent d’accroître les inégalités. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Le ralentissement marqué
de l’activité au premier semestre
a pris de court l’exécutif, obligé
d’annoncer des mesures
d’économie pour éviter
un dérapage incontrôlé
du déficit public.
«
LILIAN ALEMAGNA
E
mmanuel Macron a-t-il
mangé son pain blanc économique? Fin 2017, le chef
de l’Etat et son gouvernement ont
profité d’une excellente conjoncture: plus de 2% de croissance, un
déficit public de retour sous la
barre de 3% de PIB, un chômage
en baisse…
Ses ministres, en particulier ceux
de Bercy, ne se sont pas privés de
jouer du clairon sur un «effet Macron» validant la stratégie choisie
regain de croissance par un «effet Macron». Rien de tel cette année. PHOTO DENIS ALLARD
«Ça ne me choque pas
qu’on demande
un effort aux retraités»
P
résident délégué du Conseil d’analyse
économique (CAE), Philippe Martin
a été l’un des corédacteurs du programme économique d’Emmanuel Macron
en 2017
pour le premier budget: transférer du pouvoir d’achat aux actifs
et «libérer» le capital en baissant
les prélèvements. Mais le premier
semestre 2018 a tout changé :
croissance poussive (à peine
0,2 % aux 1er et 2e trimestres),
consommation «atone» selon
l’Insee et inflation repartie à la
hausse (1,8% prévue en fin d’année). Résultat: l’exécutif anticipe
un «rebond» du déficit public
en 2019. La faute à Macron ? Oui
et non, répondent les deux économistes interrogés par Libération.
Pour Philippe Martin, ex-rédac-
La politique économique d’Emmanuel
Macron est-elle responsable du ralentissement actuel que connaît la France ?
On peut lister plusieurs facteurs. D’abord un
contexte international qui s’est dégradé par
rapport à l’an passé. Même si la France est
plus touchée que les autres, l’ensemble des
pays de la zone euro décroche. Le fléchissement des investissements à l’échelle mondiale sur fond de guerre commerciale déclenchée par les Etats-Unis renforce ce que les
économistes appellent les «risques d’incertitude». Ensuite, les prix du pétrole se sont envolés et la grève à la SNCF a aussi fait du mal
à la consommation des ménages. Tout
comme, clairement, la hausse de la CSG
au 1er janvier et la hausse de différentes taxes.
Et cela, c’est directement un choix politique d’Emmanuel Macron…
En réalité, nous ne pourrons mesurer son impact réel qu’en fin d’année. Parce qu’au 1er octobre, les salariés vont profiter d’une baisse
de cotisations salariales et donc une forte
hausse de pouvoir d’achat. La
consommation des ménages devrait donc rebondir. Au départ, il
était prévu de supprimer les cotisations chômage et maladie sur
les salaires en même temps que la
hausse de 1,7 point de CSG. Mais,
pour des raisons budgétaires,
cette baisse a été faite en deux
temps. Ce décalage a pu avoir des
conséquences sur le pouvoir d’achat et donc
sur la consommation, parce que les ménages
n’ont pas anticipé le rebond de pouvoir
d’achat de fin d’année. En revanche, si nous
ne constatons pas de rebond en fin d’année,
c’est que le problème est plus grave. Quoi qu’il
en soit, j’approuve le choix du gouvernement
de dynamiser le pouvoir d’achat des actifs.
Au détriment de retraités qui participent,
eux aussi, à la consommation du pays…
Oui. Mais aujourd’hui, si on doit aider une
partie de la population, ce sont les salariés
modestes. D’ailleurs, les petits retraités ne
sont pas mis de côté: le minimum vieillesse
va être revalorisé. Tout comme le RSA.
Avec l’inflation, les «petits retraités» vont
connaître une désindexation de leurs pensions, donc une perte de pouvoir d’achat…
Dans ce transfert de pouvoir d’achat des inactifs aux actifs, un certain nombre de retraités
pas riches vont être touchés. C’est la raison
pour laquelle les députés de la majorité cherchent des moyens de réduire cet effet négatif.
Il reste qu’aujourd’hui la part la plus importante des pauvres, ce ne sont pas les retraités,
mais les jeunes. En termes de dépense publique, ça ne me choque pas qu’on demande un
effort aux retraités.
Quel levier peut actionner le gouvernement pour relancer la machine française?
A court terme, la baisse des cotisations salariales devrait, à mon avis, relancer la consommation. En revanche, je ne suis pas favorable
à la désocialisation des heures supplémentai-
teur du programme économique
du candidat Macron et désormais
président délégué du Conseil
d’analyse économique (CAE), le
gouvernement a raison de garder
cette stratégie de soutien aux actifs au détriment des retraités
même s’il regrette un calendrier
fiscal «décalé».
Pour Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures
économiques (OFCE) de Sciences-Po Paris, l’exécutif s’est «lié les
mains» en maintenant les avantages accordés aux entreprises et la
baisse de fiscalité du capital. •
res annoncée pour 2019 par le gouvernement.
Il n’y a aucune raison de favoriser les heures
supplémentaires au détriment des heures
normales. Cela risque tout d’abord d’augmenter quelque peu le chômage structurel: si une
entreprise a besoin de produire plus, elle aura
plus de facilités à trouver des salariés pour
faire des heures supplémentaires, et donc
moins intérêt à embaucher. Et puis il y a un
risque d’optimisation: il est très facile de tricher et déclarer des heures normales en heures supplémentaires. Pour le moins, le gouvernement devrait mettre une limite en euros
au montant mensuel de cet avantage pour
mieux cibler les travailleurs modestes.
Le Premier ministre a lancé devant le Medef qu’il y avait des «choses à faire en matière de compétitivité». C’est-à-dire ?
Beaucoup a été fait sur la «compétitivité coût»
avec le crédit d’impôt compétitivité emploi
(CICE), sa transformation en baisses de charges patronales et la baisse de l’impôt sur les
sociétés. La France doit maintenant améliorer
sa «compétitivité hors coût», par
exemple par la montée en gamme
des produits et des services. Cela
passe par une meilleure formation, un meilleur apprentissage,
plus de flexibilité sur le marché du
travail et aussi à l’intérieur des entreprises. Pour pouvoir innover, il
faut aussi pouvoir réorganiser la
manière de travailler.
Justement, vous êtes satisfaits des réformes sur la formation et l’apprentissage?
Oui. Nous allons mieux préparer les salariés
aux changements technologiques. C’est plus
lent, plus diffus, ça va prendre du temps, mais
ces réformes vont avoir un réel impact.
Que pensez-vous du choix fait par le gouvernement de dévier de sa trajectoire
budgétaire dès l’an prochain ?
En laissant un peu filer le déficit, mais sans
dépasser les 3%, on ne peut pas l’accuser de
mener une politique d’austérité ! C’est une
bonne chose. Je fais partie de ces économistes
qui estiment que nous avons eu tort de
construire ce «totem» des 3 % du PIB.
Mais ce «rebond» est aussi dû aux 20 milliards d’euros offerts aux entreprises avec
la bascule CICE-baisses de cotisations…
Ce n’est pas un «cadeau». C’est de l’argent que
l’Etat doit, de toute façon, aux entreprises.
Avant, avec le CICE, on le leur versait avec
une année de décalage. Demain, ce sera immédiatement. Pour l’année de transition, le
gouvernement aurait pu choisir d’instaurer
un impôt exceptionnel ou décaler d’un an la
baisse d’impôt sur les sociétés. Mais le signal
envoyé aux entreprises aurait été brouillé.
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous au gouvernement pour le budget 2019 ?
La réforme ambitieuse de l’Etat est encore devant nous. Il y a des efforts à faire dans la dépense publique, mais je ne suis pas de ceux
qui prônent une politique d’austérité budgétaire quand la croissance ralentit. •
DR
Par
Pour l’économiste proche
de Macron Philippe Martin, le
pouvoir d’achat va progresser
dans les prochains mois.
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16 u
FRANCE
Libération Mardi 4 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Food Il n’y a pas d’heure ni de lieu
obligatoire pour la galette-saucisse.
Elle est de toutes les occasions,
un soir de match à Guingamp, un matin de marché
des Lices à Rennes. A l’instar de toutes les nourritures
de rue, Dieu a dû inviter cette fieffée bretonnerie pour
fédérer les humeurs et les sentiments, ceux des copains
au long cours et des amoureux transis. PHOTO THIERRY
PASQUET. SIGNATURES
Plus de 3 millions de Français ont besoin de Levothyrox pour stabiliser leurs hormones thyroïdiennes. PHILIPPE TURPIN. PHOTONONSTOP
Levothyrox: des leçons pas secondaires
La ministre de
la Santé a repris
lundi l’essentiel des
recommandations
d’une enquête qui
fustige la gestion
des crises sanitaires,
et surtout celle liée
au médicament
pour la thyroïde.
Par
ÉRIC FAVEREAU
L
a scène a dû être
cocasse lundi en fin
d’après-midi. La ministre de la Santé, Agnès
Buzyn, en visite à l’Agence
nationale de sécurité du médicament et des produits de
santé (ANSM), a rendu public
le rapport sur «l’amélioration
de l’information des usagers
et des professionnels de santé
sur le médicament». Pile
un an après que l’Agence,
comme la ministre, ont minoré le nombre ahurissant
d’effets secondaires que produisait la nouvelle formule
du Levothyrox, ce médicament utilisé pour stabiliser
les hormones thyroïdiennes
et pris par plus de 3 millions
de Français. La ministre a
également annoncé une série
de mesures «pour mieux
informer». En septembre,
Buzyn avait pour le moins été
prudente : «Ce n’est pas un
scandale sanitaire, c’est une
crise d’information. Nous devons sortir du registre du
drame et dédramatiser l’information autour du médicament», avait-elle lâché. Un an
plus tard, ce n’est pas l’avis du
rapport, qui étrille la gestion
par l’Agence de la crise. Rappelons que quelque 31000 cas
d’effets secondaires ont été signalés. Or si pendant des semaines, le discours officiel a
été «circulez, y a rien à voir»,
les autorités ont permis le retour à l’ancienne formule et
l’arrivée de nouveaux produits. Un an après, nul n’a
compris pourquoi le laboratoire Merck a décidé de modifier le médicament alors que
l’ancien donnait satisfaction.
Flash-back. Le rapport a
été codirigé par une représentante de l’association de patients Renaloo, Magali Leo,
et un médecin urgentiste également chroniqueur radio,
Gérald Kierzek. Il procède
à une bonne analyse des loupés des autorités, sans pour
autant expliquer ces ratages.
«Les années récentes ont été
jalonnées de plusieurs crises,
de gravité variable, impliquant des médicaments (vaccination H1N1, Mediator, Dépakine, Levothyrox, pilules de
troisième génération, Docétaxel, etc.)», rappelle avec justesse la mission, qui note :
«Ces crises présentent des
points communs en ce qui
concerne les problématiques
d’information et de communication : toutes ont été déclenchées par la dénonciation
de lanceurs d’alerte, toutes
ont fait l’objet de controverses
entre experts, et pour plusieurs d’entre elles il est encore à ce jour impossible de
trancher l’aspect médical…
Et toutes ont donné lieu à des
critiques des autorités sanitaires pour leur lenteur à réagir, voire leur volonté plus
ou moins active de soustraire
des informations utiles à la
connaissance des parties prenantes.» La mission se demandant logiquement si «la
crise du Levothyrox n’a pas
constitué un point d’orgue de
la crise d’information».
Puis le rapport opère un
flash-back et liste les sept erreurs commises par l’ANSM.
Il y a d’abord l’absence d’anticipation et d’accompagnement: «Le risque associé à la
décision de changement de
formule n’a été ni anticipé ni
accompagné, alors que les caractéristiques inhérentes au
produit, le monopole du laboratoire, les précédents, ainsi
que le grand nombre de patients concernés auraient dû
inciter les pouvoirs publics à
informer plus largement, plus
clairement et publiquement.»
Vient ensuite l’absence ahurissante de réaction aux nombreux signaux. La mission
pointe par ailleurs «le biais
techniciste» de l’information,
qui s’est limitée à insister
sur la légitimité scientifique
du changement de formule.
Comme si un médicament se
réduisait à sa chimie.
Puis, la mission critique «la
forme du message, qui a prêté
à confusion». Mais aussi
«le moment mal choisi» pour
communiquer: la décision du
changement de formule a été
envisagée dès 2012, alors que
pendant cinq ans rien n’avait
été fait pour s’y préparer.
Et quand le scandale fut
venu, la «communication de
crise [a été] artisanale et insuffisamment coordonnée».
Plus grave, il y a eu «une minimisation du ressenti des patients et de la légitimité de
leurs signalements: l’effet nocebo a très vite été évoqué pour
expliquer des effets secondaires que l’on analyse encore
mal aujourd’hui». Ce tableau
sévère se conclut comme on
tire un signal d’alarme: «Les
crises récentes impliquant des
médicaments, et en particulier l’affaire du Levothyrox,
témoignent d’une situation
instable où l’on déplore des
manquements à la transparence et à la réactivité que
chacun est en droit d’attendre
des autorités de police sanitaire sur des sujets de santé.»
Dossier partagé. Lundi, la
ministre a repris une grande
partie des recommandations
émises par la mission. Dans
un communiqué, elle s’engage pour «une information
plus accessible, plus claire et
plus réactive sur le médicament». Elle entend «encourager les remontées d’informations de patients et de
professionnels de santé» avec
la mise en place dès cette année d’une «stratégie de promotion de la déclaration des
événements indésirables et le
développement des technologies permettant de repérer des
signaux faibles d’alerte en dehors du système de pharmacovigilance [réseau spécialiste
de surveillance des risques
liés aux médicaments, ndlr]».
Encore faut-il que ces vœux,
souvent émis, soient suivis
d’effets. Plus étonnant, Agnès
Buzyn a demandé que «la
communication d’urgence en
cas d’alerte sur un médicament soit confiée à l’Agence
nationale de sécurité du médicament et des produits de
santé»… Celle-là même qui
est passée à côté de la crise du
Levothyrox. La ministre a
également décidé de mettre
en place «une source unique
d’information publique sur le
médicament en s’appuyant
sur Sante.fr».
Deux mesures plus fortes
sont à relever. Pour la première fois, les patients vont
être représentés au Comité
économique des produits de
santé (CEPS), qui négocie les
prix des médicaments remboursés et les rabais avec les
laboratoires. Une présence
importante… si la règle de
la confidentialité qui bloque
toute communication externe
(et donc la transparence) est
levée. Et puis, Agnès Buzyn a
annoncé la généralisation
du dossier médical partagé
(DMP), un carnet de santé numérique, par l’assurance maladie sur l’ensemble du pays
«à compter d’octobre». Ce
DMP est attendu depuis plus
de dix ans. S’il est bien mis
en place, le changement sera
vraiment significatif. •
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
Après les dérives
sexistes au lycée SaintCyr, un plan plan-plan
La secrétaire d’Etat aux Armées, Geneviève
Darrieussecq (photo), a annoncé lundi dix mesures
pour lutter contre le sexisme dans les lycées
militaires. La plupart de ces mesures relèvent
plus du rappel à l’ordre que de la véritable avancée.
PHOTO AFP
La joute juridique a été longue et technique lundi, devant
le tribunal de grande instance de Marseille. Le juge des référés examinait la requête des salariés du McDonald’s de
Saint-Barthélemy, en lutte depuis le début de l’été contre
un projet de cession de leur établissement par leur franchisé, qui en possède cinq autres dans la région marseillaise.
Si ces restaurants doivent être vendus à un autre franchisé
local, celui du quartier de Saint-Barthélemy doit être cédé
à la société Hali Food qui veut en faire un fast-food «asiatique halal». «Une véritable escroquerie», a martelé l’avocat
du comité d’entreprise, Ralph Blindauer, qui demandait
l’annulation de la procédure d’information-consultation
des salariés et le maintien de la suspension de la procédure
de cession, obtenue en août. Flou autour du business plan,
du repreneur, volonté de se débarrasser d’un bastion syndical… Pour l’avocat des employés, le projet Hali Food, «truffé
d’âneries», est une opération montée de toutes pièces pour
aboutir à la liquidation judiciaire et donc à la perte de leur
emploi pour les salariés. Une argumentation «qui ne repose
que sur des suppositions», a rétorqué l’avocat du franchisé,
Cyrille Franco, pour qui le projet est «sérieux». La décision
du tribunal est attendue vendredi. Entre-temps, les représentants des salariés ont rendez-vous mercredi à Bercy avec
le médiateur nommé par le ministère du Travail pour tenter
de dénouer la situation. S.Ha. (à Marseille)
Abdelhakim Dekhar, surnommé le «tireur de Libé»
après son périple armé
dans Paris en novembre 2013 au cours duquel
il avait grièvement blessé
un assistant photographe
dans le hall du journal,
sera rejugé en appel ce
mardi. L’accusé de 52 ans
comparaîtra devant la
cour d’assises de l’Essonne pour «tentatives
d’assassinat», «enlèvement» et «séquestration».
Les jurés de première instance l’avaient condamné
à vingt-cinq ans de réclusion criminelle, une
peine considérée comme
«excessivement lourde»
par son avocat, vu «qu’il
n’y a pas mort d’homme».
Tout l’enjeu de ce nouveau procès sera donc
d’en faire baisser le quantum. Reste à savoir si l’accusé (qui encourt la
perpétuité) maintiendra la même ligne de
défense : Abdelhakim
Dekhar assurait avoir
voulu «scénariser» son
suicide au cours de cette
virée armée, avoir cherché une «mort romantique» sous les balles de
la police. Le verdict est
attendu le 13 septembre.
Pour Natacha Polony, c’est
un retour aux sources et un
vieux rêve. La journalisteécrivaine a été nommée
lundi directrice de la rédaction de Marianne, le magazine dans lequel elle a débuté
sa carrière dans la presse,
entre 2002 et 2009. Il y a un
peu plus d’un an, elle s’était
alliée avec Arnaud Montebourg pour essayer de
reprendre l’hebdomadaire.
L’ex-ministre souhaitait faire
de Marianne une rampe de
lancement antilibérale et
avait imaginé associer Natacha Polony à Aude Lancelin,
devenue la patronne du Média, à la tête de la rédaction.
La chose n’avait alors pas
abouti et le journal vendu au
«Ce n’est pas
au contribuable
français d’être
victime de cette
incurie technique
et politique.»
taller une souverainiste à la
tête de son magazine. «Je ne
suis pas contre l’Europe, je
critique cette Union européenne et l’actionnaire aussi
est capable de le faire, précise
Polony. Nous voulons tous
deux que les peuples européens puissent prospérer.»
L’ex-militante chevènementiste n’arrive pas à Marianne
avec sa troupe de proches.
Elle s’appuiera sur les adjoints
déjà en poste: «Je ne viens pas
prendre le pouvoir avec un
clan. C’est une rédaction qui a
besoin de retrouver son élan.»
Elle pourra compter en interne sur le soutien du chroniqueur gastronomique Périco
Légasse, qui est aussi son
époux.
printemps par Yves de Chaisemartin à un milliardaire
tchèque, Daniel Kretinsky.
C’est lui qui a choisi Polony
pour relancer le titre dirigé jusqu’à récemment par
Renaud Dély. L’homme d’affaires tchèque, qui a fait
fortune dans l’énergie en Europe centrale, choisit d’ins-
ABONNEZ
Dans un marché des newsmagazines compliqué, Marianne
n’est pas au mieux. En redressement judiciaire depuis plus
d’un an à cause d’un passif
de 3 millions d’euros, le magazine écoulait en moyenne
123000 exemplaires (en «diffusion payée individuelle»)
par semaine en 2017. Un
chiffre en recul de 4% sur un
an. Quels moyens l’actionnaire a-t-il promis à la polémiste médiatique ? «Ce qui
compte pour l’instant est la
dynamique, répond-elle. Il
faut avoir des idées, une vision
du journalisme. Je ne crois pas
qu’il faille de l’argent pour
relancer un journal, mais des
contenus.»
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REUTERS
Justice Le
«tireur de Libé»
rejugé en appel
Natacha Polony à «Marianne»: «Je ne
viens pas prendre le pouvoir avec un clan»
REUTERS
McDo Joute au tribunal de Marseille
autour d’une reprise floue
Nom
N°
GEOFFROY
DIDIER
secrétaire général
délégué du parti
Les Républicains
Alors que Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, doit rencontrer ce mardi Emmanuel Macron et
Edouard Philippe pour décider de l’avenir de la mise en place
du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, le parti
Les Républicains (LR) a remartelé lundi son appel à renoncer
à cette réforme, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier. Lors
d’un point presse, Geoffroy Didier a critiqué l’ancien LR Gérald
Darmanin qui aurait, dit-il, «menti aux Français» sur le niveau
de préparation de son ministère. «Et en plus maintenant les
ministres du gouvernement se permettent d’expliquer […] que
si abandon il doit y avoir, c’est parce que les Français ne seraient
pas prêts psychologiquement. Tout ça pour masquer leur incurie
technique et surtout politique», selon Geoffroy Didier, qui y voit
«la preuve d’un grand amateurisme au sommet de l’Etat».
Prénom
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E-mail
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18 u
FRANCE
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Clément Méric
Six secondes
de rixe et cinq ans
de questions
Ce mardi devant la cour d’assises de Paris, trois
hommes comparaissent pour la mort du militant
antifasciste de 18 ans. Deux d’entre eux doivent
répondre de coups mortels.
RÉCIT
Par
JULIE BRAFMAN
E
lle a fait la une des journaux,
elle a été brandie dans les
manifestations commémoratives, s’est muée en étendard de
l’antifascisme, en icône de l’idéalisme. Elle est devenue affiche, pancarte, slogan, tee-shirt. A tel point
que cette photo semble toujours figée dans la mémoire collective avec
une légende en filigrane: mort pour
ses idées. On y voit Clément Méric,
18 ans, les cheveux coiffés en
brosse, un air poupin et une chemise à carreaux soigneusement
boutonnée. Le jeune homme est
mort en 2013, au moment où l’agitation suscitée par le débat autour du
mariage pour tous se diluait doucement dans la torpeur de l’été.
Ce 5 juin, l’extrême droite et l’extrême gauche se font face dans une
petite rue du IXe arrondissement de
Paris, comme dans les années 80,
quand les Jeunesses nationales révolutionnaires (JNR, extrême
droite) de Serge Ayoub, alias «Batskin», et les redskins antifascistes
Red Warriors (extrême gauche) s’affrontaient dans la capitale. A peine
quelques mots échangés. Des
coups. En une poignée de secondes,
Clément Méric s’effondre, frappé
par un skinhead. Transporté à la Pitié-Salpêtrière dans un état de mort
cérébrale, le syndicaliste étudiant
et militant antifasciste décédera le
lendemain. A gauche comme à
droite, les politiques se relaient
pour condamner un «meurtre ignoble», un «drame tragique et révoltant», une «agression lâche et violente» ou des «actes inadmissibles et
insupportables», tout en s’accusant
mutuellement de récupération. Le
président François Hollande affirme avoir «donné des instructions
les plus fermes pour que les auteurs
de cet acte odieux puissent être interpellés dans les plus brefs délais»,
tandis que le Premier ministre
Jean-Marc Ayrault anticipe déjà le
verdict: «Je ne doute pas que la justice fera preuve de la plus extrême
sévérité.»
Nous y voici. Cinq ans plus tard,
trois hommes appartenant à la
mouvance skinhead vont prendre
place sur le banc des accusés de la
cour d’assises de Paris, ce mardi.
Contrairement à ce qu’avait annoncé au lendemain des faits le ministre de l’Intérieur Manuel Valls,
Clément Méric n’a pas été victime
d’un «assassinat», l’instruction
ayant écarté la préméditation. Esteban Morillo, 26 ans et Samuel Dufour, 25 ans –qui comparaissent libres sous contrôle judiciaire –
doivent répondre de «violences
ayant entraîné la mort sans intention de la donner», avec les circonstances aggravantes qu’elles ont été
commises en réunion et avec usage
ou menace d’une arme. Ils encourent une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Le troisième accusé, Alexandre Eyraud, 29 ans,
sera quant à lui jugé pour «violences
en réunion» envers les camarades
de Clément Méric, passibles de
cinq ans d’emprisonnement.
BAGARRE MORTELLE
Avant même l’ouverture des débats,
la ligne de défense est claire. «Pour
nous, toute la discussion va porter
sur l’utilisation d’un poing américain. Mon client, Esteban Morillo, a
immédiatement reconnu avoir assené deux coups à Clément Méric
dont celui qui l’a fait chuter, mais il
a toujours contesté avoir porté une
arme. Or s’il est à mains nues, il
s’agit d’une bagarre et non pas d’une
expédition punitive. Ça change la
nature des choses, chacun des deux
Défilé d’hommage à Clément Méric, le 2 juin 2018, à l’occasion du
groupes se retrouve dans une situation de défense», explique Me Patrick
Maisonneuve. Le conseil de Samuel
Dufour, Me Julien Fresnault, réfute
pour sa part la qualification juridique de «scène unique de violence» retenue par la juge d’instruction. «Ce
serait utile si on ne savait pas qui a
fait quoi, mais là on le sait», déploret-il, en rappelant que son client conteste avoir frappé Clément Méric. De
leur côté, certains proches du jeune
homme, membres comme lui du
syndicat SUD étudiant ou du réseau
Action antifasciste Paris-banlieue
(AFA), redoutent justement la dépolitisation de l’altercation qui a con-
duit à sa mort. «Qu’en attendonsnous [de ce procès]? Essentiellement
que la vérité soit dite publiquement
sur les circonstances de la mort de
Clément et que la dimension politique de ce crime soit clairement mise
en évidence. Il ne doit pas y avoir
d’impunité pour les crimes fascistes», écrit le Comité pour Clément
sur sa page Facebook. A., un ami de
la victime et militant à l’AFA, insiste
auprès de Libération: «Clément a été
tué parce qu’il était antifasciste. Ce
n’est pas une rixe entre bandes rivales comme veut le faire croire la défense depuis le début.» Preuve de la
complexité du dossier, il aura fallu
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
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four «politiquement, il essaie de se
faire oublier et refuse d’en parler»,
selon son avocat.
De son propre aveu, c’est Steve
Domas qui les apostrophe : «Alors
les nazis, on fait ses courses?» Difficile ensuite d’évaluer le rôle de chaque groupe dans l’escalade de violence. Les «skins» ont affirmé au
cours de l’instruction que ce sont
les «antifas» qui les ont menacés
d’en découdre : «On vous attend
à dix en bas. N’achetez pas trop d’affaires, il va falloir courir.» N’obtenant en retour qu’un «laisse-nous,
on fait nos courses». L’autre groupe
est convaincu d’avoir essuyé des regards agressifs. Une chose est sûre:
Clément Méric arrive à la vente une
quinzaine de minutes après les
autres. A 18 h 27, il envoie son dernier SMS : «Ils descendent.» Puis il
rejoint ses amis qui patientent sur
le parvis de l’église SaintLouis-d’Antin. Entre-temps, Esteban Morillo a répondu à l’appel de
renfort de ses camarades. Les skinheads ne tiennent pas compte des
conseils du vigile leur suggérant de
quitter la vente en remontant la rue
Caumartin sur la droite pour éviter
une confrontation. Au contraire, ils
s’avancent vers le groupe de Clément Méric. Pour justifier ce «réflexe» d’assener un premier coup de
poing au jeune étudiant de Sciences-Po, Esteban Morillo a soutenu
que les antifas les avaient provoqués : «Bande de fiottes, vous vous
cachez derrière les vigiles.» Lorsque
Clément Méric reçoit un deuxième
coup, il vacille en arrière, heurtant
un poteau. «One shot», se serait
écrié Esteban Morillo.
cinquième anniversaire de sa mort. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI
quatre ans d’instruction pour essayer de faire la lumière sur ces
quelques secondes de bagarre mortelle, comme un long ralenti sur
images. Il appartiendra désormais
aux jurés de démêler les différentes
versions, souvent contradictoires,
des témoins ou protagonistes, de
tenter de savoir qui a lancé les hostilités, qui a frappé, avec quoi, combien de coups.
ESCALADE DE VIOLENCE
Tout commence donc le 5 juin 2013,
lors d’une vente privée de vêtements Fred Perry qui se tient dans
un appartement du 60, rue Cau-
martin, dans le quartier de la gare
Saint-Lazare. «Adoptée par des générations de sous-cultures britanniques», précise le site de la marque,
mais également prisée des extrêmes, de droite comme de gauche.
C’est ce qui explique cette «rencontre fortuite» – selon les mots de la
juge d’instruction dans son arrêt de
renvoi – entre trois militants antifascistes (Matthias Bouchenot,
24 ans, Aurélien Boudon, 23 ans, et
Steve Domas, 24 ans) et trois skinheads (Samuel Dufour, 20 ans,
Alexandre Eyraud, 23 ans et sa petite amie) crânes rasés, blousons
avec écusson tricolore et tee-shirt
Il appartiendra
aux jurés de tenter
de savoir qui a
lancé les hostilités,
qui a frappé,
avec quoi,
combien de coups.
flanqué d’un «100 % Pure race».
Après leur arrestation, les enquêteurs apprendront qu’ils appartiennent à la mouvance d’extrême
droite Troisième Voie, dirigée par
Serge Ayoub depuis 2010 et à son
service d’ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. Sur une
clé USB de Samuel Dufour, ils retrouveront des images de croix gammées, d’aigles nazis et quatre photos
d’Adolf Hitler, dont l’une accompagnée du drapeau français et d’un
slogan : «Nous voulons un Hitler
français.» «Esteban Morillo s’est totalement écarté de toute mouvance
extrême depuis son incarcération, il
n’a plus aucun lien. Désormais, il
travaille dans la maintenance incendie, il vit dans l’Ain avec sa compagne», tient à préciser Me Patrick
Maisonneuve. Quant à Samuel Du-
«5 CONTRE 3»
Si les images de surveillance ne permettent pas de reconstituer exactement le déroulé de la rixe (on ne voit
que les jambes des protagonistes),
elles en indiquent en tout cas la
temporalité. A 18 h 43 et 25 secondes, les deux groupes entrent en
contact. A 18 h 43 et 31 secondes,
Clément Méric tombe à la renverse.
L’affrontement aura donc duré
six secondes. Samuel Dufour est
soupçonné d’avoir aussi frappé la
victime. Ses dénégations n’ont eu
que peu de poids après la découverte d’une série de SMS dans un
des téléphones (qui contenait aussi
des photos à caractère néonazi). Le
soir, à 20h13, il envoie à l’un de ses
collègues de la boulangerie dans laquelle il travaille: «Salut j’ai frappé
avec ton poing américain.» «Sérieux, qu’est-ce que tu as fait encore», lui répond ce dernier. «Bah,
il est parti à l’hôpital», «5 contre 3»,
«on les défonce», «MDR». Plusieurs
témoins ou participants ont confirmé qu’il portait un poing américain, ainsi qu’Esteban Morillo. Ce
que les deux accusés ont toujours
contesté. Il appartiendra désormais
aux jurés de la cour d’assises de Paris de se prononcer. Le verdict est
attendu le 14 septembre.
Avocate de la famille Méric, Me Cosima Ouhioun commente sobrement avant l’ouverture des débats:
«Les parents et les sœurs de Clément
attendent de ce procès que la vérité
soit dite et que la mémoire de Clément soit respectée.» •
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20 u
Libération Mardi 4 Septembre 2018
IDÉES/
Pour la survie L’
de la presse,
les géants du
Net doivent
payer
Les contenus produits par les médias et les
recettes publicitaires sont accaparés par Google
ou Facebook. Il est donc juste de réclamer une
partie des bénéfices des Gafa, comme le souhaite
la directive européenne sur le droit d’auteur.
L'ŒIL DE WILLEM
avenir de la presse se joue
le 12 septembre au Parlement européen. Ce
jour-là, en effet, les députés
européens voteront à Strasbourg
sur le projet de directive européenne visant à corriger la situation actuelle qui voit les géants
du Net capter sans contrepartie
financière une large part de l’information produite à grands
frais par les médias et les agences. De plus, autre élément de
spoliation, profitant de leur
audience massive, ces acteurs
attirent à eux l’essentiel des recettes publicitaires qui permettaient jusque-là au secteur de la
presse de vivre: Google et Facebook ont ainsi capté en 2017
80% des investissements publicitaires mondiaux sur Internet.
La campagne de Google et Facebook contre ce projet a été axée
autour d’une énorme fake news :
la gratuité d’Internet pour le
consommateur serait menacée
par le projet de directive sur le
droit d’auteur. Il n’en a pourtant
jamais été question. Il s’agit sim-
plement de faire en sorte que les
géants du Net partagent demain
une modeste fraction de leurs
revenus avec les producteurs de
ces contenus. Il s’agit ni plus ni
moins que d’adapter la législation sur le droit d’auteur aux
temps actuels, sachant que la
dernière directive européenne
sur le sujet date d’une époque où
les Google, Facebook, YouTube
ou les smartphones n’avaient
pas encore vu le jour…
La question est au fond simplissime: pourquoi les plateformes
toucheraient-elles la quasi intégralité des recettes publicitaires
liées à la consultation d’articles
dont elles n’ont pas financé la
production? Editeurs et agences
de presse se retrouvent dans une
situation ubuesque: ils sont ceux
qui investissent massivement
pour produire les contenus, envoient leurs journalistes parfois
risquer leur vie pour assurer une
information fiable, pluraliste et
complète, doivent financer d’importants investissements pour
être présents online. Mais alors
que les tirages papier sont en
chute libre et que le seul espoir
réside dans le développement
d’un chiffre d’affaires (CA) numérique, ils voient les plateformes capter gratuitement le fruit
de ces efforts, les priver de la
possibilité de monétiser leurs
contenus et siphonner les recettes publicitaires qu’ils pourraient
en retirer.
Le résultat, c’est la paupérisation
de tout un secteur. En vingt ans,
les géants du Net ont laminé les
médias dits historiques, en dépit
des efforts de ceux-ci pour développer, le plus souvent avec succès, une audience numérique.
Depuis 2000, les recettes publicitaires de la presse écrite ont
chuté partout en Europe: –70%
en France par exemple. Résultat:
des milliers de suppressions
d’emplois de journalistes dans
les médias sous l’effet d’une succession de plans sociaux.
Moins 30% en Espagne. Aux
Etats-Unis, patrie des Gafa, la
presse écrite a perdu plus de la
moitié de ses revenus publicitaires en dix ans et les salles de rédaction 45% de leur effectif, ramené à 39000 journalistes.
Ce double hold-up des géants du
Net, sur les contenus et sur les
recettes publicitaires des médias, représente une menace
pour le consommateur et pour la
démocratie à mesure que les salles de rédaction se vident et que
les moyens pour financer un
journalisme de terrain de qualité
se réduisent. C’est ce déséquilibre que le projet de directive
européenne sur le droit d’auteur
entend corriger, en créant les
conditions d’une rémunération
juste des auteurs.
Est-ce que les géants du Net peuvent rétribuer les médias sans
faire payer le consommateur? La
réponse est clairement oui: Facebook a enregistré en 2017 un
CA record de 40 milliards de dollars et des bénéfices de 16 milliards de dollars! Google a réalisé
110 milliards de dollars de CA la
même année, et dégagé un bénéfice de 12,7 milliards. Qui peut
dire dans ces conditions que les
géants du Net ne sont pas en mesure de rétribuer équitablement
ceux qui produisent les contenus qu’ils exploitent?
Alors qu’ils parviennent déjà à
échapper à l’impôt en Europe,
peut-on admettre qu’ils ne rémunèrent pas les fournisseurs
de contenu qui, eux, paient leurs
impôts et supportent les coûts
de la collecte de l’information?
Les députés européens peuventils accepter que les géants du
Net exploitent impunément le
contenu produit par les médias
en Europe? Ne voient-ils pas que
le risque est grand d’avoir des
survivants de l’information de
plus en plus dépendants des
aides publiques, donc des impôts –et ainsi inféodés aux gouvernements?
Ramenons le débat à son cœur:
il s’agit ni plus ni moins que d’introduire le principe d’une juste
rémunération des médias. Les
députés européens ont le devoir
de faire aboutir la réforme du
droit d’auteur qui est engagée. Il
en va de la survie de la presse, du
maintien de son indépendance
et de la défense des valeurs démocratiques. •
Par
LES DIRECTEURS
D’AGENCES
D’INFORMATION
EUROPÉENNES
Jonas Eriksson, TT, Stockholm ;
Branka Djukic, Tanjug,
Belgrade ; Fabrice Fries, AFP,
Paris ; Alexandru Giboi,
Agerpres, Bucarest ; Senol
Kazanci, Anadolu, Ankara;
Oleksandr Kharchenko,
Ukrinform, Kiev ; Peter Kropsch,
DPA, Hambourg ; Patrick
Lacroix, Belga, Bruxelles ; Jiri
Majstr, CTK, Prague ; Clive
Marshall, PA Group, Londres ;
Maxim Minchev, BTA, Sofia;
Mika Pettersson, STT, Helsinki ;
Clemens Pig, APA, Vienne ;
Michalis Psilos, ANA-MPA,
Athènes ; Nicolau Santos, Lusa,
Lisbonne ; Mads Yngve Storvik,
NTB, Oslo ; Bojan Veselinovic,
STA, Ljubljana ; Lars
Vesterlokke, Ritzaus Bureau,
Copenhague.
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
ECONOMIQUES
Par
BRUNO AMABLE
Professeur à l’université de Genève
Migrations et salaires,
une question politique
En Allemagne, une des dirigeantes du parti de
gauche Die Linke lance ce mardi «Aufstehen»,
parti qui remet en question la «bonne conscience
de gauche sur la culture de l’accueil» des migrants.
L
a question des migrations
est brutalement venue perturber les débats à gauche en
Europe, comme en témoignent les
polémiques autour de la création
du mouvement «Aufstehen» en
Allemagne à l’initiative de Sarah
Wagenknecht ou celles, en France,
qui accompagnent rituellement
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
toute déclaration de Jean-Luc Mélenchon à ce sujet. Dans les deux
cas, les accusations portées sont
graves puisque les nouveaux mouvements à gauche, Aufstehen ou
La France insoumise, sont accusés
par les bonnes âmes de faire glisser
leurs pays respectifs sur la pente
savonneuse du nationalisme qui,
c’est bien connu, mène inéluctablement à la guerre et aux crimes
de masse.
Au-delà de l’excès de ces accusations, quels sont les éléments sur
lesquels s’appuient les polémiques? Dans les deux cas, il s’agit du
refus de la position «no border» selon laquelle aucune limite ne devrait être fixée aux mouvements de
population, et des justifications de
nature économique qui, parmi
d’autres, fondent partiellement ce
refus. Le débat porte sur les conséquences des migrations sur les salaires, l’emploi ou les conditions de
vie des populations autochtones.
La crainte, ancienne comme en témoignent les débats du début
du XXe siècle («Il n’y a pas de plus
grave problème que celui de la
main-d’œuvre étrangère», écrivait
Jaurès en 1914), est que les migrations exercent une pression à la
baisse sur les salaires et que les
employeurs acceptent voire encouragent l’arrivée de migrants à
seule fin de faire obstacle aux revendications des salariés.
Au-delà de l’effet simple de l’augmentation de «l’offre de travail»
provoquée par les migrations, les
migrants peuvent être amenés, bon
gré mal gré, à accepter des salaires
ou des conditions de travail moins
avantageuses que les autochtones,
contribuant ainsi à la dégradation
de la situation de tous les travailleurs. Certains groupes de salariés,
en concurrence directe avec les
nouveaux arrivants, pourraient
RÉ/JOUISSANCES
Par
LUC LE VAILLANT
Macron: pourquoi personne
ne l’aime déjà plus…
Ayant perdu Hulot, le jeune président, qui ne marche pas
à l’affectif, suscite la défiance des gaulois grogneurs et
goguenards pas disposés à se laisser réformer à la baguette.
D
ommage, je rentre un peu tard pour
célébrer les mérites d’Asia Argento
qui vient de faire beaucoup pour
l’égalité entre les sexes en démontrant que
les femmes aussi peuvent avoir envie de
boulotter de la chair fraîche.
En attendant d’y revenir, je vais plutôt crier
haro sur le baudet Macron, à l’unisson d’un
vieux monde qui rebique et se rebiffe, qui est
de la repousse et de la repasse, et qui se délecte des faux pas du Jupiter détonnant.
Contre le berger bellâtre et brutal, je vais hurler avec ces pauvres loups, qui ont détesté
qu’on les prenne pour des brebis bêlantes.
Le séducteur non-affectif. J’ai l’impression que la France n’aime pas Macron, qu’elle
ne l’a jamais aimé. Que, d’ailleurs, ce n’est pas
le sujet, que cela ne l’a jamais été. Elle l’a salué bien bas autant qu’il l’a impressionnée.
Elle l’a admiré autant qu’il l’a fascinée. Cette
survenue d’une supernova, étoilant un ciel
vide, était une histoire rutilante qui permettait d’éclairer le terne et le gris de la petite politique anémique. Macron 2017 était une promesse de jeunesse éternelle, de nouveauté
inaltérable, de recomposition sans componction. Mais l’affection n’était pas la question.
Le pays midinet et ses foules sentimentales
ont fini par s’apitoyer sur le sort du pauvre
Chirac, vieille baderne couturée des coups
donnés et reçus. La France ricaneuse s’est
émue du cœur d’artichaut de Sarko, de ses
foucades à gifler, de ses passades à pleurer.
ainsi voir leur situation se détériorer alors que d’autres groupes, préservés de la concurrence par leurs
qualifications par exemple, pourraient voir la leur s’améliorer grâce
aux changements dans l’économie
induits par l’arrivée des migrants.
Il existe une littérature empirique
très abondante sur les conséquences des migrations sur les salaires
ou l’emploi. Les réponses apportées à la question «les migrations
conduisent-elles à une baisse des
salaires pour telle ou telle catégorie de salariés ?» sont nécessairement diverses, compte tenu de ce
qui précède. Au-delà des variations
des méthodes d’estimation des effets, les différences dans les données utilisées traduisent aussi la
diversité des contextes géographiques et historiques, que ce soit relativement aux migrations ellesmêmes ou aux différences dans les
institutions de ce qu’on a coutume
d’appeler le «marché du travail».
Comme l’indique un document récent (1), les effets des migrations
dépendent des réponses aux questions où, quand, comment et qui.
La migration de réfugiés afghans
par centaines de milliers n’aura
pas le même type d’impact que
l’arrivée de quelques milliers d’ingénieurs indiens ou quelques centaines d’infirmières boliviennes.
Il ne faut donc pas s’étonner que
les études empiriques qui traitent
de cas historiques ou nationaux
variés donnent des résultats différents. Une étude (2) portant sur
Et l’humour dévasté avec lequel Hollande
affrontait les avanies en escadrille a fini par
vaniller une perception exagérément méprisante. Je ne sais si, quinquennat effectué,
Macron aura droit à son revenez-y, à son
heure de compassion, s’il sortira sous les
hourras, un peu à la manière de Hulot quand
il a mis le hola. En attendant, après un an de
grâce libéral pendant lequel il a mené à bien
tout ce qu’il a tenté (code du travail, suppression de l’ISF, réforme de la SNCF…), le Macron de l’été 2018 atteint ses limites. L’opinion versatile découvre qu’elle s’est jetée à
la tête d’un séducteur de vieux qui a le cœur
sec et l’âme tranchante, et dont la bienveillance autoproclamée n’est que jactance.
Le «délivreur» dégoupilleur. Assez Jospin dans le propos, Macron affirme qu’il a
dit ce qu’il ferait et qu’il fait ce qu’il a dit. Ce
n’est vrai qu’à demi, son «en même temps»
étant hémiplégique côté gauche. Mais on
sent chez l’ancien banquier frotté d’ail entrepreneurial ce souci de livrer à heure dite, de
«délivrer» comme disent les anglolâtres. Il
a une approche interventionniste et transformatrice, on pourrait même dire idéologique. Ce qui change des accommodements
auxquels se sont résignés avec plus ou moins
de gourmandise Mitterrand et Hollande,
Chirac et Sarkozy.
Bien moins angelot que sa frimousse ne
pourrait le laisser supposer, le mac plus ultra ne se résout pas à atermoyer. Il caresse
peu dans le sens du poil, se fiche assez de
flatter les bas instincts d’une population très
variable dans ses ajustements et semble se
contrefoutre de susciter sympathie et adhésion. Il sermonne l’ado moqueur et joue les
l’impact de l’immigration aux
Etats-Unis montre par exemple
que l’impact (négatif) sur les salaires est moindre dans les Etats américains où il y a un salaire minimum que dans les autres.
Même si la plupart des études concluent à un impact relativement
modéré des migrations sur les salaires, il faut garder certaines choses à l’esprit. L’arrivée massive de
migrants, comme ce fut le cas en
Allemagne en 2015-2016, peut servir de prétexte à une libéralisation
du marché du travail, avec des
conséquences négatives pour le niveau des salaires. Les conservateurs allemands ont ainsi tenté,
sans succès, de diminuer le salaire
minimum, introduit de fraîche
date, pour, selon eux, favoriser l’insertion des migrants. Ensuite, un
impact négatif «modéré» en pourcentage peut avoir des conséquences non négligeables pour des salariés pauvres. Toujours pour le cas
allemand, ce n’est sans doute pas
totalement un hasard si l’hostilité
aux migrants s’exprime, parfois de
façon violente, plus dans les régions à forte proportion de salariés
pauvres (dans l’Est) qu’ailleurs. •
1) M. Clemens…, «Migration is what you
make it. Center for Global Development
Note», mai 2018.
2) A. Edo et H. Rapoport, «Minimum Wages
and the Labor Market Effects of
Immigration», Document de travail
du Cepii, 2017.
Cette chronique est assurée en alternance
par Anne-Laure Delatte, Ioana Marinescu,
Bruno Amable et Pierre-Yves Geoffard.
fiers à bras à l’heure Benalla, au risque d’être
perçu comme un freluquet à baffer. Il brise
menu sa courbe de popularité, moins par
stratégie de prise à revers que par conviction
qu’il importe de faire le «bien» ultralibéral,
même si ça fait mal.
Le Jules César giscardien. La comparaison avec Giscard est pertinente. Dans les années 70, Giscard aussi a volé le match au
gaullisme faisandé. Il a imposé son jeunisme
en culottes courtes qui cachait une technocratie en accordéon. Macron a la même prétention au dépassement des clivages, au rassemblement de deux Français sur trois. Il
s’agit également d’imposer un réformisme
sans réplique, à l’anachronisme tout aussi
chuintant que chevrotant. La houpette
blonde et le sourire farceur en plus, Macron
est un crâne d’œuf, dur à écaler, tout juste un
peu plus littéraire que celui de Giscard. La
modernité du jeunot est trop peu participative et son autorité trop verticale pour ne pas
risquer le procès en suffisance.
Les gaulois réfractaires peuvent reconnaître
l’intelligence et la vista de Jules César. Mais
il faudrait aussi qu’ils se sentent en symbiose affective avec celui à qui tout réussit
trop aisément pour accepter de passer sous
les fourches caudines de l’orthodoxie budgétaire européenne et pour se réjouir d’une
pax romana qui ne serait qu’une pax germanica nécessaire au financement des retraites
allemandes. D’apparence aimable, le paltoquet de l’Olympe se prépare des jours difficiles s’il traite comme quantité négligeable
cette osmose inverse entre son assurance
(in)faillible et la goguenardise des Vercingétorix qui ne s’avouent pas (con)vaincus. •
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22 u
Libération Mardi 4 Septembre 2018
IDÉES/
Gelbe music with
sunflower, 2016.
PHOTO COURTESY ELINA
BROTHERUS. GB AGENCY
Rencontres photo d’Arles:
où sont les femmes?
Par
DES PERSONNALITÉS
DU MONDE
DE LA PHOTO
Douze grandes expositions
masculines contre trois
féminines: pour
son édition 2018,
la manifestation a encore
une vision androcentrée de
l’art. 50% de femmes pour
le 50e anniversaire en 2019?
S
am Stourdzé,
Depuis quatre ans, vous dirigez les
Rencontres de la photographie d’Arles. Créé en 1970, ce festival affiche clairement sa vocation de faire connaître le patrimoine photographique mondial et
d’être le creuset de la création contemporaine.
En quarante-neuf ans, 47 éditions ont été
confiées à des directeurs artistiques mas-
culins qui ont sélectionné à chaque fois
une grande majorité d’hommes. A Arles, ce
qu’on appelle le plafond de verre est très
bas pour les femmes: il dépasse rarement
20%. Cette année, votre choix pour les
grandes expositions monographiques (1)
s’est porté sur 12 hommes et 3 femmes,
dont l’une a exclusivement photographié le
travail d’un autre artiste, un homme.
Alors de quelle création, de quel patrimoine est-il question ? Cette vision de l’art
androcentrée pose plusieurs problèmes
que vous avez le pouvoir de résoudre. Les
artistes de sexe féminin sont très nombreuses et font partie intégrante de l’histoire photographie comme de la scène
contemporaine. Formées dans les meilleures écoles d’art où elles constituent plus
de 60 % des diplômé·e·s, elles sont moins
aidées, moins payées, moins récompensées et représentent à peine 20 % des artistes exposé·e·s en France.
Les raisons de cette évaporation sont
nombreuses, mais l’une d’elle, majeure,
est le manque de conscience et d’engagement d’institutions et de responsables de
festivals, qui laissent les femmes dans les
marges.
Pour lever cet obstacle, il n’y a pas besoin
d’observatoire ou de prix spécial femmes :
les nombreux rapports, les initiatives en ce
sens qui se sont multipliées depuis des années n’ont pas ou peu entraîné d’avancées
concrètes. Il est temps de passer aux actes.
Et agir, c’est les exposer tout simplement.
Les femmes ne réclament pas d’exception
mais juste leur part et leur part juste. Y
compris au sein des Rencontres d’Arles.
Cette manifestation, rappelons-le, reçoit des
financements publics. Il faut avoir le courage
de reconnaître que l’argent des contribuables
bénéficie ici, comme à Avignon et dans de trop
nombreux festivals, avant tout aux hommes.
En 2018, ce n’est plus tenable.
Vous nous dites que les choses se feront
progressivement. Les artistes femmes
n’ont pas plus de temps à perdre que leurs
confrères. Comme eux, elles ont besoin de
moyens, de visibilité, de reconnaissance,
et ce, dès à présent. C’est maintenant et
pas demain que vous devez leur accorder
la place qui leur revient et le faire savoir.
Le succès des Rencontres d’Arles, soyez-en
sûr, n’en pâtira pas. Souvenez-vous de ces
deux immenses succès qu’ont été
elles@centrepompidou en 2009 et Qui a
peur des femmes photographes aux musées
d’Orsay et de l’Orangerie en 2015. Le public
des expositions artistiques en France apprécie la nouveauté et la qualité. Un festival paritaire comblera ces attentes : à la clé,
des visions et des pratiques plus variées,
nourries par une plus grande diversité
d’expériences et de sensibilités.
Une œuvre interpelle sur notre condition
humaine. De quelle condition s’agit-il lorsqu’une part définie de la population se réserve majoritairement le droit de l’exposer
et d’en parler ? On le voit, les enjeux dont il
est question ne se limitent pas à la sphère
artistique et aux carrières de ses acteurs et
actrices. Il a une portée plus globale et, disons-le, politique.
Revenons à Arles. Le prix découverte proposé par des galeries internationales dont
vous reconnaissez le rôle de «têtes chercheuses» est paritaire. Il suscite l’intérêt du
public, qui vote et récompense régulièrement des femmes. Cette année, le prix du
livre photo proposé par des éditeurs a lui
aussi une nouvelle fois été décerné à une
femme. Pourquoi, une fois le terrain défriché, ne retrouve-t-on pas ces proportions
dans le festival? La direction artistique
d’un tel événement représente une responsabilité vis-à-vis des artistes, des publics,
de l’histoire de l’art, du marché. Continuer
à maintenir les femmes dans les marges,
c’est ancrer dans les esprits qu’un photographe, en 2018, c’est un homme occidental. Or c’est une idée fausse, que vous pouvez contribuer à remettre en cause.
Les photographes femmes sont là, avec
des travaux de qualité, le public est prêt, le
marché suivra. Il suffit que vous le décidiez et le disiez publiquement : «Les Rencontres d’Arles deviennent paritaires dès
2019, année de leur cinquantième édition.
Les grands lieux d’exposition, les moyens
mis en œuvre, en termes de financement,
production, de communication, seront
équitablement répartis entre les artistes sélectionnés, femmes et hommes, de tous âges
et toutes origines.» Vous, et vous seul, pouvez jouer ce rôle déclencheur. En 2019,
pour la 50e édition d’Arles, et les suivantes,
exposez 50 % de femmes. Osez ! •
(1) Sur l’ensemble de la programmation, on
compte 31 hommes et 16 femmes, soit un tiers
(34 %) de femmes exposées, précise la direction
du festival.
Premiers signataires : Marie Docher photographe,
Elina Brotherus photographe, Karen Knorr photographe, Marjorie Allthorpe Guyton présidente
AICA International, Sharon Harper artiste, professeure à Harvard University, Wilfrid Estève directeur
du collectif Hans Lucas, Bernard Demenge photographe, Valérie Jouve photographe, Arno Rafael
Minkkinen photographe, Florence Chevallier photographe, professeure à l’Ensa Bourges, Christine
Ollier historienne, commissaire d’exposition, Zineb
Sedira photographe.
Suite des signatures :
https://visuellesart.wordpress.com/signatairesarles2019/
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
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MARDI 4
MERCREDI 5
Le temps reste majoritairement dégradé au
nord, avec surtout des nuages mais aussi
parfois quelques ondées.
L’APRÈS-MIDI Quelques orages éclatent au
sud de la Garonne où le temps est très lourd,
ainsi que dans les Alpes du Sud et sur la
montagne corse, où encore vers les
Ardennes. Le temps reste gris et un peu
humide près de la Manche.
Lille
0,6 m/19º
0,3 m/18º
0,6 m/18º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
Dijon
IP 04 91 27 01 16
IP
0,6 m/19º
0,6 m/18º
Bordeaux
1/5°
Soleil
Bordeaux
1 m/21º
Nice
Montpellier
Marseille
6/10°
Éclaircies
Peu agitée
6
7
8
HORIZONTALEMENT
I. Met un peu partout II. Problème d’ado ; Il n’y a pas
de lézard ? Si si III. Il est audessus dans le milieu ; Compte
faire rapidement le point
IV. Il s’envoile ou à vapeur ;
Celui qui le fait est dans le
coup V. Interpellation ; Repoussa l’arbitre VI. Il lui arrive
de critiquer l’arbitre ; Vous le
voyez en double avant le III.
VII. Des toiles filant, il passe
très vite dans le ciel VIII. La
seule sous-préfecture corse
IX. Comme il ne faut jamais
dire jamais, ici un synonyme ;
Petite pour putain X. Au même
endroit ; On y entendait
encore l’an dernier : «Mamère
est mon maire» XI. Choquante
9
Principal actionnaire
SFR Presse
VII
III
V
VI
VIII
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
IX
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Rédacteurs en chef
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(édition),
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(technique),
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(société),
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adjoints
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Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
X
Grille n°1005
VERTICALEMENT
1. Ordonnances périmées 2. Mit à l’écart des petits ; On l’entend par séries
de trois en cas de succès ; Chaîne américaine 3. Besoin de l’essentiel ; Il va
bientôt aller puiser à la source 4. Eclaircit une forêt ; Brunes ou initiales
d’une belle blonde, toujours en chanson 5. Avoir en tête ; Mettre de côté en
cuisine ou en salle 6. Grand nombre ; Partisans d’une union 7. Qui frise ;
Bardot mais pas Brigitte ici 8. Qui font se consumer 9. Elle fait consommer
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. MILK-SHAKE. II. AGI. VIEUX. III. SPARADRAP.
IV. ROSÉOLE. V. END. TU. AR. VI. RO. TIRELI. VII. CLARK. HUM.
VIII. LILIAN. ME. IX. ASIE. ESPN. X. SANS-ATOUT. XI. STE. USURE.
Verticalement 1. MASTERCLASS. 2. IGP. NOLISÂT. 3. LIARD. ALINE.
4. RO. TRIÉS. 5. SVASTIKA. AU. 6. HIDEUR. NETS. 7. AÉRO. EH. SOU.
8. KUALA LUMPUR. 9. EXPÉRIMENTE.
libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3761 MOYEN
9
7 6 1
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1 6
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3 9
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7
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5 3 8
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5 9
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7 9 2
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SUDOKU 3760 MOYEN
4
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8
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◗ SUDOKU 3761 DIFFICILE
6
4 5 3
6
Toulouse
8
6 5
2 5
8
Solutions des
grilles d’hier
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2
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parisien, avec de la grisaille et aussi parfois
quelques pluies éparses.
L’APRÈS-MIDI Le ciel reste majoritairement
nuageux sur l'extrême nord même si des
éclaircies sont aussi présentes par endroits.
Le soleil est de plus en plus généreux en
allant vers l'Ouest et le Sud, avec un temps
souvent sec, à l'exception des Pyrénées.
1
I
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24 u
Par
JUDICAËL LAVRADOR
Envoyé spécial à Hyères et à Toulon (Var)
D
evant la photographie de Charles et
Marie-Laure de Noailles, placée au
seuil de la Villa édifiée à Hyères (Var)
par le couple dans l’entre-deux-guerres et où
se déroule, cette année encore, le festival international de design, Jean-Pierre Blanc, son
créateur, confie qu’«à chaque fois, qu’on fait
une expo à la Villa Noailles, je me demande ce
que ces personnages à la vie digne d’un roman
en auraient pensé». On en déduit le credo de
Design Parade, auquel cette 13e édition ne déroge pas : un esprit défricheur (les Noailles
ayant été des mécènes poussant les jeunes
créateurs, nommés à l’époque Jacques Lipschitz, Charlotte Perriand, Salvador Dalí ou
René Crevel) qui met à l’honneur les «alumni», ceux donc pour qui la marche de la carrière professionnelle est encore haute à franchir après le diplôme.
Un autre challenge de Jean-Pierre Blanc est
de favoriser ces domaines que l’art tient à ses
marges: le design d’objet et, cette année pour
la troisième fois, l’architecture d’intérieur, qui
fait l’objet d’un concours à Toulon, entre les
murs de l’ancien évêché, aujourd’hui en friche. Enfin, toujours lointainement inspiré par
les Noailles, l’idée est d’impulser des collaborations entre les créateurs eux-mêmes, mais
aussi entre eux et les artisans de la région, verriers, spécialistes du rotin (il n’en reste
d’ailleurs plus qu’un) ou fabricants de liège.
A cette fin, la Villa s’est dotée d’un lll
Libération Mardi 4 Septembre 2018
DESIGN PARADE
Adroit
dans le décor
De Hyères à Toulon, deux événements
organisés par la Villa Noailles poursuivent
l’esprit défricheur des anciens maîtres des
lieux en promouvant la création d’objets et
de mobilier d’intérieur et la collaboration
avec les artisans locaux. Panorama.
lll
site de production comprenant un
atelier bois et tissu, niché dans une villa voisine, aux allures de drôle de châtelet néogothique, qui semble avoir levé la malédiction
qui la frappait (à peine rénovée, elle avait de
nouveau brûlé), puisqu’elle sera inaugurée à
l’automne prochain.
Enfin, Jean-Pierre Blanc, lui qui, bien qu’il en
connaisse un rayon, aime à se dire spécialiste
en rien («ni en design, ni en architecture, ni en
mode»), annonce la création d’un lieu pour les
chercheurs. La Villa romaine, sise à quelques
encablures, entourée d’un jardin extravagant
dont d’immenses miroirs amplifient la luxuriance et l’ambiance décadente, sera,
vers 2020, un lieu de résidence et d’exposition
des collections de la Villa Noailles, notamment celle des scrapbooks, sortes de carnets
de bord de la création tenue par Marie-Laure.
En attendant, de Hyères à Toulon, à travers
le foisonnement d’expositions personnelles
et collectives, tour d’horizon de celles que l’on
a retenues, sans se fier au palmarès.
Pierre Yovanovitch
La table à manger d’un rouge sang-de-bœuf
qui s’allonge dans la première salle, bordée de
lourds rideaux teintés de cette même couleur,
a «refusé de se lever». C’est ce qu’on peut lire
dans le script de ce décor pour «une pièce en
un acte» intitulée par Pierre Yovanovitch
l’Erotomanie de Melle Oops. Entre les murs de
l’ancien évêché de Toulon, le spectateur met
ses pas dans ceux de ce personnage fantomatique, à la recherche de l’évêque qui l’avait invité à dîner, mais qui, lassé d’attendre son
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
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De g. à dr. : chambre à coucher de Pierre
Yovanovitch ; ordinateur d’Alex Sizemore
et Hank Beyer ; espace de méditation de
Bérengère Botti et Stéphanie Genestoux ;
fontaine de table d’Arthur Hoffner.
PHOTOS LOTHAIRE HUCKI. VILLA NOAILLES
CULTURE/
ses fontaines de table dont la conception
composite, tant dans les couleurs que dans les
matériaux utilisés, intègre ce fait et ce drame:
à notre époque, l’eau ne coule plus tout à fait
de source. Ce qui ne fait pas de ces objets des
objets secs. Ils versent bel et bien un mince
filet d’eau sonore et limpide qu’égaye une palette pop pastel, combinant des éléments
jeune citron, rose tendre, jade et bleu turquoise. La véritable trouvaille d’Arthur Hoffner réside dans l’association de choses hétéroclites qui viennent s’empiler et trempent
chacun d’ordinaire dans un milieu (aquatique, technique) différent: un bout de tuyauterie, un bloc de marbre (comme arraché aux
antiques bassins, théâtre de jets d’eau aériens), un entonnoir (en céramique), une
fausse éponge naturelle, une sangle (de celle
avec laquelle un plombier ficellerait hâtivement un réseau de tubes menaçant de céder)… Autant de matières et de formes dont
la solidarité bancale opère certes de manière
fiable, mais noie son usage (de l’eau à table…)
sous une vertu décorative et méditative. Ces
«ustensiles d’apparat», ainsi que préfère les
nommer leur créateur, assemblages postmodernes (qui surfent sur la vague Memphis)
amalgamant savoir-faire artisanal et industriel, érigent finalement une sculpture mécanique, une machine célibataire, déroulant
son ballet d’eau.
Alex Sizemore
et Hank Beyer
hôte, avait déserté ses propres appartements.
De salle en salle, l’architecte d’intérieur se
charge de distiller une atmosphère feutrée,
vaguement inquiétante, à la fois nue et sophistiquée, de quoi faire affleurer le souvenir
d’un surréalisme qui prêtait des yeux et des
bras aux murs. La chambre, notamment, est
placée sous le regard cyclopéen d’un immense
œil brodé sur bois et fixé au-dessus du lit. Ici,
on veille et contemple, sidéré, le sang qui a
coulé sur le miroir dressé en face, en surplomb
d’un petit escalier. L’œuvre, signée Michelangelo Pistoletto, est une de celles empruntées
par Yovanovitch qui équipe aussi son appartement témoin d’une toile de Camille Henrot,
d’une large vasque de Valentin Caron ou d’un
néon de Claude Lévêque faisant tanguer
d’une écriture crispée et maladroite le mot
«bateau» (dans la salle de bains…). Ce geste total d’ameublement aboutit donc à quelque
chose qui tient de l’exposition ultra scénographiée où les œuvres d’art participent à un scénario qui leur échappe et se voient contraintes
de disputer le premier rôle aux mobiliers et au
fond du décor (peinture murale, rideau, lumière, tapis…). L’exercice, prenant jusqu’au
dénouement – ce sas où deux femmes, dépeintes par Claire Tabouret comme si elles
n’en faisaient qu’une, s’embrassent –, est
pourtant de plus en plus couru dans l’art contemporain où curateurs et artistes finissent
par se lasser des murs blancs et du credo
moderniste de l’autonomie de l’œuvre.
Bérengère Botti
et Stéphanie Genestoux
Une ligne d’étroites arcades au sommet arrondi s’étend en biais au fond de la pièce,
ouvrant sur un espace impénétrable, vert
foncé, où se dresse la silhouette totémique
d’un tronc noueux. Dans la double salle aménagée par les deux jeunes designeuses Bérengère Botti Stéphanie Genestoux, à peine trentenaires et diplômées de l’Ecole nationale
d’architecture de Lyon, tout semble mettre
sur pied l’imaginaire trouble de la peinture
métaphysique de Giorgio De Chirico. Les arcades reportent leur ombre illusoire sur ce sol
couvert de petits carreaux d’émail blanc. Leur
alignement trace un quadrillage, un dessin
géométrique dont les lignes fuient à toute vitesse vers les multiples recoins de cette pièce
biscornue. Pièce sur l’usage de laquelle un divan posé dans un coin, adossé à une petite bibliothèque, fournit un indice: cet espace serait voué à l’introspection et au repos, à la
réflexion et au recueillement solitaire. Dès
lors, ce jeu d’ombre, ce contraste entre intérieur et extérieur (au-delà des arcades), cette
manière de coincer la géométrie dans les
coins, de préférer basculer le plan en diagonale (de même que Mondrian préféra basculer ses toiles en losange) alimentent la sensation de se tenir dans un espace mental.
Arthur Hoffner
Lauréat du prix du public l’an passé, Arthur
Hoffner revient au générique cette année
pour une exposition personnelle. Il y montre
Fidèle au credo du festival de favoriser l’usage
des matériaux vernaculaires et des techniques locales, le projet d’Alex Sizemore et
Hank Beyer, deux designers diplômés cette
année de l’université de Cincinnati, a commencé par un voyage d’une année à travers
quatre Etats américains afin d’en découvrir
les ressources et les traditions artisanales. De
là, ils les ont appliquées ou adaptées à un seul
objet: l’ordinateur. Résultat, des coques, des
souris et des claviers en savon, en cire
d’abeille, en argile, en charbon, en glace, en
plante verte ou en grès. On dirait du Michel
Blazy, à cette différence près que les ordinateurs sont censés fonctionner. Pas sûr toutefois qu’ils soient déclinés en version portable… •
DESIGN PARADE :
13E FESTIVAL INTERNATIONAL
DE DESIGN à la Villa Noailles, Hyères (83).
Rens. : www.villanoailles-hyeres.com
3E FESTIVAL INTERNATIONAL
D’ARCHITECTURE INTÉRIEURE
à l’ancien évêché, Toulon (83).
Jusqu’au 30 septembre.
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LE 7/9 DE FR ANCE MUSIQUE, DU LUNDI
AU VENDREDI
Retrouvez chaque mercredi à 8h50 la chronique C’est mioche de Guillaume Tion de
francemusique.fr
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26 u
Libération Mardi 4 Septembre 2018
Vue de l’exposition
«Regards sur les cadres».
PHOTO ANTOINE MONGODIN.
MUSÉE DU LOUVRE
A l’occasion
d’un inventaire
de ses collections,
le musée propose
un panorama
historique de l’art
de l’encadrement
et pointe son rôle
dans la mise en
valeur des toiles.
D
ans un coin de l’aile
Sully, au Louvre, les
tableaux ont disparu.
Sur les murs habituellement
ornés de vies de saints ou de
nobles portraits, il ne reste
que des cadres. Difficile de ne
pas penser aux photographies de la Grande Galerie
durant la Seconde Guerre
mondiale. Des tableaux évacués vers des lieux plus sûrs
en province ne demeuraient
que les cadres et leur grande
mélancolie. Ici, pourtant, il
n’est pas question de manque
ou d’absence. Il y a même
une certaine jubilation à voir
se dresser, fiers, face à nous,
ces cadres que l’on regarde
habituellement sans les voir
vraiment.
Cachez ces coins que je ne
saurais voir. Longtemps
négligées, les «bordures»,
comme on les appelait aux
XVIIe et XVIIIe siècles, font
en ce moment l’objet d’un
grand inventaire au Louvre.
La collection, exceptionnelle,
compte environ 9000 cadres
anciens dont 3000 vides qui
composent la réserve. Fruit
de la longue et riche histoire
du Louvre et de ses collections, celle-ci s’est constituée
au fil des réencadrements
successifs mais aussi d’une
politique d’acquisition très
active menée dans la seconde
moitié du XXe siècle sous
l’égide de l’illustre conservateur et passionné de cadres
Germain Bazin. Responsable
des dépôts au nord de la ligne
de démarcation pendant la
guerre, c’est lui qui décide le
premier inventaire des cadres restés dans le musée.
Christiane Aulanier, bénévole, inspecte alors le revers
de 2 000 cadres recensant
leurs marques, étiquettes, estampilles ou inscriptions manuscrites. Un travail précieux
tant les archives sont peu
disertes sur le sujet. On sait
en effet très rarement comment les tableaux étaient encadrés sous l’Ancien Régime.
Au Louvre, les cadres
enfin supérieurs
Au mieux trouvait-on dans
les inventaires des collections royales cette indication : «bordure dorée.»
Monumentalité. Pourtant,
«le cadre n’est pas seulement
un objet muséographique
permettant d’accrocher le
tableau, il possède aussi une
valeur artistique qui lui est
propre», soutient Charlotte
Chastel-Rousseau, conservatrice responsable de la
collection de cadres au département des peintures et
commissaire de cette exposition qui célèbre l’art du menuisier, du sculpteur ornemaniste, de l’ébéniste et du
doreur. Rivalisant de virtuosité, les pièces réunies permettent d’appréhender différentes époques et traditions.
Il y a bien sûr les Italiens,
qui sont les premiers à avoir
développé l’art du cadre,
mais aussi l’Ecole du Nord,
caractérisée par une certaine
innovation dans les techniques, avec l’emploi de
nouvelles matières (ébène,
écaille…), notamment à partir du XVIIe siècle. Quant aux
cadres français, si leur style
varie évidemment selon les
époques, ils ont pour particularité une grande qualité de
dorure, «un art très particulier du doreur à partir de
la fin du XVIIe mais surtout
au XVIIIe siècle».
«Alors, sans s’arrêter, les yeux
emplis de l’or des cadres, ils
suivirent l’enfilade des petits
salons, regardant passer
les images, trop nombreuses
pour être bien vues», écrit
Zola dans l’Assommoir. Bien
loin de la noce de Gervaise au
Louvre, l’exposition permet,
elle, de s’arrêter pour penser
toute la complexité du rapport du tableau et du cadre.
Car ce dernier modifie profondément la perception de
«l’image» qu’il protège, délimite, sanctuarise. Charlotte
Chastel-Rousseau explique
«Le cadre n’est pas seulement
un objet muséographique
permettant d’accrocher
le tableau, il possède
aussi une valeur artistique
qui lui est propre.»
Charlotte Chastel-Rousseau
conservatrice
ainsi qu’un cadre brun austère pour une Nature morte
de Lubin Baugin renforcera
l’idée de sobriété, de pureté,
de silence, quand un cadre
plus exubérant en or moulu
soulignera tout autre chose.
De même, si le cadre peut
donner assise et monumentalité à un petit format, il
peut parfois aussi desservir
la toile. La Vierge à l’enfant
de Ludovic Carrache présentée dans cette exposition
donne un bel exemple de la
manière dont une toile parvient à résister à un cadre
puissant, dont la profusion
d’ornements aurait facilement pu écraser le travail
d’un autre peintre.
Humilité. «Il y a au Louvre
très peu de cadres d’origine»,
explique Charlotte ChastelRousseau qui, avec cette exposition, met en évidence la
dimension historique de la
présentation des tableaux. Et
si beaucoup de musées dans
le monde suivent une politique de réencadrement, le
Louvre fait le choix de conserver les mariages atypiques, qui racontent à leur
manière l’histoire de l’œuvre.
Ainsi un exubérant cadre rocaille allié à la sobriété d’une
peinture flamande témoignera par exemple du passage du tableau chez un collectionneur dont les choix en
matière d’encadrement peuvent tout aussi bien être guidés par la volonté de souligner un aspect particulier de
la toile que par le goût du jour
ou, plus prosaïquement, le
fait de pouvoir s’accorder
avec sa décoration intérieure.
Au sein de l’institution (dotée
d’un atelier encadrement-dorure où travaillent quatre doreurs et deux menuisiers) le
choix d’un cadre est toujours
réfléchi avec humilité et prudence. Classé trésor national
en 2008, c’est avec un cadre
florentin tapageur que le Reniement de saint Pierre de
Mathieu Le Nain entre dans
les collections du Louvre. Le
collège des conservateurs
choisit alors de privilégier
plutôt un cadre français à
l’élégance plus retenue, stylistiquement plus proche. «Le
cadre italien nous aurait
poussés vers l’Italie et le Caravage mais ce n’était pas le propos du circuit des peintures
françaises», explique la conservatrice.
Ainsi donc, le cadre agit. Il
n’est pas un accessoire mais
un parergon. C’est-à-dire ce
qui n’est «ni œuvre, ni hors
d’œuvre, ni dedans, ni dehors,
ni dessus ni dessous, il déconcerte toute opposition mais
ne reste pas indéterminé et
donne lieu à l’œuvre», ainsi
que l’écrivait Derrida dans la
Vérité en peinture en 1978. Et
même si le philosophe s’éloigne du cadre concret et tangible tel qu’on l’entend ici, on
voit bien combien celui-ci est
un puissant moteur de réflexion. Et mérite à ce titre un
peu plus d’attention.
DIANE LISARELLI
REGARDS
SUR LES CADRES
Le Louvre, aile Sully,
département des peintures.
Jusqu’au 5 novembre.
A signaler : conférence de
Charlotte Chastel-Rousseau
à l’Auditorium, le 4 octobre
à 12 h 30
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Libération Mardi 4 Septembre 2018
u 27
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CULTURE/
ARTS
Ghada Amer, le féminisme de fils en épines
A Tours, la plasticienne
présente une vaste
installation composée
de cactus et une série
de toiles brodées à
travers lesquelles elle
dénonce la mainmise
masculine dans l’art.
E
t donc ce visiteur qui ne
doute de rien, au milieu de
l’expo, explique bruyamment à la médiatrice que les hommes empêchent les femmes de parler. Fatigant. Mais peut-être
tombe-t-il à pic pour souligner la
pertinence du travail résolument
féministe de Ghada Amer. Au Centre de création contemporaine
(CCC) Olivier-Debré à Tours, l’artiste née au Caire en 1963 et passée
par Paris et Nice (à la Villa Arson)
avant de s’installer au Etats-Unis
présente notamment une immense
«peinture» végétale, Cactus Painting, composée de 16 000 cactus,
qui se lit comme une critique de la
mainmise des hommes sur l’art.
Tout comme la vingtaine de toiles
brodées visibles dans un espace
mitoyen.
Phallus piquants. Le point commun à toutes ses œuvres, insiste-telle dans une vidéo, c’est de «questionner la non-présence des femmes
dans la peinture» et souligner qu’el-
les en ont été «écartées, oubliées,
effacées». C’est fait avec beaucoup
d’humour dans Cactus Painting,
immense tapisserie végétale qui
emprunte, dans son dessin géométrique, les codes du minimalisme
américain et la composition de
l’Hommage au carré de Josef Albers.
Les tonalités vertes et rouges des
plantes, assemblées sur le mode répétition/variation, ont une magnifique harmonie et une texture enchanteresse. Mais si l’ensemble est
réjouissant, c’est d’abord qu’il semble composé de minuscules phallus
piquants qui sont autant de majeurs
levés, dont l’espèce la plus modeste
est naturellement la plus amusante
–toutes ces petites boules tournées
en ridicule. Il y a des années déjà,
l’artiste confiait son sentiment que
la peinture, au XXe siècle, était devenue «l’expression majeure de la masculinité, en particulier à travers
l’abstraction».
C’est pour s’approprier ce territoire
qu’en 1991, Ghada Amer s’est lancée
dans la broderie sur toile, préférant
à la gouache ou à l’huile un artisanat traditionnellement féminin.
Ces toiles brodées sont devenues le
versant le plus connu de son travail,
très prisé par le marché, et dans la
deuxième partie du parcours, intitulée «Dark Continent», on en retrouve une vingtaine, datées des dix
dernières années. Y sont cousues
des silhouettes féminines dans des
trique (la belle grille en noir et blanc
de Through the Garden Gate) quand
ils ne s’emmêlent pas avec une
incroyable énergie (le furieux Red
Bang, qui semble passé par un accélérateur de particules).
Laiton chromé. Tout cela est une
bonne introduction, mais n’exhibe
sans doute rien de très nouveau
pour qui connaît déjà le travail de
Ghada Amer. L’ensemble est un peu
systématique, ce qui pourrait être,
au choix, le reflet d’une absence
de commissariat ou celui d’un travail devenu répétitif sur demande
du marché.
Quant à ces petites sculptures de lapins et fleurs en laiton chromé, ils
commencent par laisser songeur,
car voilà bien une imagerie et un
bestiaire dignes de Koons, qui sent
la commande de galeriste. A y revenir, elles ont un twist bien trouvé :
leur apparence leur donne l’air
d’être en papier alu, matériau qui
fleure l’humble et le domestique.
Passage grinçant par la case cuisine.
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
Envoyée spéciale à Tours
Cactus Painting, 2018. PHOTO F. FERNANDEZ. GHADA AMER. CCC OD TOURS
postures suggestives empruntées à
l’imagerie porno. Si l’on peine parfois à les voir, c’est que Ghada Amer
a laissé pendre les fils au lieu de les
couper. D’autres formes naissent de
leur tombé, évoquant parfois les
drips des expressionnistes abstraits,
ces démonstrations de puissance
masculine (Color Misbehavior), ou
la linéarité de l’abstraction géomé-
GHADA AMER
CACTUS PAINTING
et DARK CONTINENT
Centre de création contemporaine
Olivier-Debré, Tours (37).
Jusqu’au 4 novembre.
Rens. : www.cccod.fr
MARIE QUÉAU
«Handbook», l’ode machinique
de Marie Quéau
Avec son corps arqué, l’homme semble
ici bêtement coincé, visage aux trois
quarts écrasé par l’aile droite de son
avion miniature. Si la tête est on ne
peut plus à terre, les idées, elles, et l’esprit lui, volent déjà haut, slalomant
dans le ciel entre les cumulo-nimbus.
Nous sommes ici à un meeting d’aéromodélisme au club de Sarrebourg (Moselle) en 2014, et la jeune photographe
Marie Quéau a décidé de fixer sous son
objectif l’étrange pose de cet homme
qui effectue probablement quelques
derniers réglages sur son modèle réduit
de planeur.
Dans sa toute nouvelle édition, Handbook, impression offset numérique,
l’artiste s’intéresse de près aux divers
gestes de bricolages, procédés de fabrication, objets, machines et mannequins qui permettent les expérimentations au cœur de lieux comme les
centres d’exploration robotique, d’in-
vestigations neurocognitives et neurophysiologies, ou encore les unités de
simulations pédagogiques dans les facultés de médecine.
Ces espaces d’expériences sérieuses
sont tout à la fois comme des musées
de l’étrange, emplis de corps de plastique manipulés dans tous les sens, de
villes miniatures ou de machines
aux apparences abstraites et quasi
futuristes. Emergent alors souvent
des situations louches, burlesques,
ou sans queue ni tête, que Marie Quéau
ne manque pas d’attraper au vol,
comme cet homme qui semble avoir
été mis au tapis par l’atterrissage forcé
de son bébé planeur.
J.Pi.
MARIE QUÉAU HANDBOOK
Editions September Books,
sous la direction de François Santerre
et Pauline Hisbacq, 28 pp. 12 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 4 Septembre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Tir
aux
pigeons
Thierry Coste Partie de chasse en forêt en compagnie
du lobbyiste tous azimuts, «tombeur» de Nicolas Hulot
et conseil bien introduit dans les cercles de pouvoir.
«E
st-ce que tu veux tuer aujourd’hui, Thierry? — Oui,
j’ai envie de tuer! — Hulot, ça t’a pas suffi? — Ah!
non! C’est pas parce que je me le suis fait qu’il faut
penser que je peux m’en contenter !» On est à la chasse avec
Thierry Coste, discutant avec l’un de ses partenaires, quelques
jours après la démission de Nicolas Hulot. Thierry Coste, qui
est lobbyiste, entre autres pour la Fédération nationale des
chasseurs, y serait pour quelque chose. En
tout cas, c’est ce qu’a laissé entendre l’exanimateur télé. La présence (imprévue?)
de Coste dans une réunion aurait été la
goutte d’eau. L’homme en rigole en enfilant sa tenue de camouflage : «Le Hulot est un être sensible.»
Promenade dans les bois à Marly-le-Roi. Thierry Coste avance
à pas de loup, sort ses jumelles pour voir si un brocard, un chevreuil mâle, n’aurait pas la mauvaise idée de pointer sa tronche. On est loin de la chasse à la papy avec le rouge qui tache
et le lâcher de galinettes. Marly, ex-chasse présidentielle, est
devenu un centre de formation pour permis. Cela grouille de
bestioles habituées aux hommes. Dégustation de vin jaune
avant de chouffer l’animal, rapport au fait que Coste vient du
Jura, déballage du matos haut de gamme comme on sort l’appareil génital: tu veux voir mon fusil? On commence à comprendre l’intérêt diplomatique de la chasse, emmener les
chefs d’Etats étrangers faire joujou en forêt, et pourquoi Macron en parle si souvent, alors qu’il ne pratique pas. On réalise
que Coste n’est pas étranger à l’affaire, et aussi que les chasseurs pèsent un million de voix.
Le lobbyiste porte à l’épaule une carabine
avec une lunette archi-précise. Avec ça, le
chevreuil n’a aucune chance. On imagine
Coste le pied sur le poitrail d’une bête
morte, comme un fils Trump après un safari meurtrier, Walter
Palmer, le dentiste qu’a butté le lion Cecil, ou Poutine, que
Coste adore, torse nu. Ça n’arrivera pas. Thierry Coste chasse
à l’approche, ce qui en dit long. Il s’agit d’une démarche solitaire. On tire peu, mais «si j’appuie sur la détente, c’est pour
tuer». Cela nécessite d’être le plus près possible et là, pan! «C’est
une école, ça m’est très utile. Je suis un Indien, j’ai tous les sens
en éveil. Je suis en territoire hostile. Dans mon métier, c’est pareil. Je me parachute toujours derrière les lignes ennemies.»
Soudain, l’homme met en joue un chevreuil. La bête broute,
LE PORTRAIT
30 mètres plus loin. Thierry Coste l’observe une bonne minute,
rien ne se passe. Pourquoi, bon sang? «Femelle. On ne tue pas
les femelles. Ni les petits. Ça n’a pas de sens.» Il ne tire que sur
les vieux mâles, ou les mâles vulnérables. Tiens donc? Le reste
ne l’intéresse pas. Quand ce père de deux enfants, marié deux
fois, dit «tuer Bambi, sa mère et sa sœur n’est pas forcément gênant», c’est de la provoc. Paraît-il. Chasseur sensible? Chasseur
«écolo». «J’ai toujours été très environnementaliste, je suis un
passionné de nature, d’agriculture, de ruralité. J’ai tellement
besoin de campagne que je rentre tous les week-ends chez moi
dans le Var. J’ai une application avec les chants des oiseaux sur
mon téléphone. Hulot n’a rien à m’apprendre, je suis d’ailleurs
bien plus écolo que lui, je le connais depuis vingt ans. Avant, il
était lobbyiste, lui aussi.» Depuis des mois, la Fédération nationale des chasseurs reprend la terminologie des défenseurs de
la cause animale pour se racheter une vertu. En ce moment,
elle diffuse une pub sur «les chasseurs, premiers écologistes de
France», et Coste est en train de nous la faire à l’envers. Le truc
à ne jamais oublier avec lui: c’est un lobbyiste, un vrai.
Ce qu’on nous avait dit avant: «Ce type est un hâbleur. Il te vendrait ta mère deux fois dans la même journée, et, à la fin, c’est
toi qui lui filerais le pourliche.» Ou encore: «Il n’a aucun scrupule.» Un journaliste de Libé, qui l’a interviewé au sujet des
silencieux sur les fusils de
chasse, raconte comment
l’homme lui a retourné le cer1955 Naissance
veau en moins de deux. A la
à Poligny (Jura).
fin de l’entretien, le journa1994 Création de
liste était prêt à courir s’achesa société, Lobbying
ter un flingue. On exagère à
et Stratégies.
peine. «Ses arguments étaient
2014 Rencontre avec
béton : il parlait de “réducEmmanuel Macron.
teurs de son” et non de “silen28 août 2018
cieux”, et de “confort” parce
Démission de
que tous les chasseurs ont eu
Nicolas Hulot.
des traumatismes ORL.
Quant à la question de la sécurité, il disait “de toute façon, quand t’entends le coup de feu,
il est déjà trop tard”.» Un autre l’ayant côtoyé à l’époque où
il était directeur de campagne de Jean Saint-Josse, le candidat
de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), se souvient
d’un homme agréable, «qui rigole à tes blagues et te fait plein
de compliments». «Je pouvais passer des moments sympas avec
lui, d’autant que c’est un bon informateur. Cynique comme il
faut. Mais je m’en suis toujours méfié comme de la peste. Derrière son large sourire, il y a ces yeux bleus perçants.»
Tout est vrai. Passer deux heures en tête-à-tête avec Coste,
comme on l’a fait, et on ressort lessivé comme jamais, tant
l’homme est loquace, bouge beaucoup, rit fort, coupe la parole. Négociez avec lui, il vous fera croire que c’est vous qui
avez gagné, mais jamais ça n’arrive. «Avant, j’étais un vrai
bourrin…» Et il déroule son passé d’éleveur, de syndicaliste
et/ou de «trotskiste», qui menait des actions coups de poing
en balançant du purin devant les préfectures. A-t-il déjà fait
pleurer quelqu’un? «On me fait venir pour taper. Ça arrive que
les technocrates quittent le bureau. Ce n’est pas un problème.
Je hais les technocrates, et beaucoup me détestent.»
Dans un monde nouveau où les députés passent leur vie sur
Twitter, où le Président préside grâce aux hashtags en vogue,
Coste est comme un poisson dans l’eau. «On écrit des propositions d’amendement, on fournit aussi l’argumentaire. Le parlementaire, bien souvent, il est pas capable de rédiger des amendements. Et donc, il utilise beaucoup les lobbys.» Et encore :
«Je rentre comme je veux au ministère de l’Intérieur, à l’Elysée
pareil. Au Parlement européen, des gens comme moi, il y en a
15 000. Macron, il aime bien les lobbys, il assume.»
Le type qui parle fait ce métier depuis vingt-cinq ans et réalise
un million de chiffre d’affaires. Il a bossé pour Beretta, le fabricant d’armes, en Russie, en Mauritanie ou encore au Tchad
pour Idriss Déby. Son père était militaire, son frère colonel
dans la Légion. Avant Macron, il a conseillé «à titre personnel»
Sarko, puis Hollande. Il a voté pour les trois, tous ont été élus,
donc mieux vaut l’avoir dans son camp. L’homme sait où il
penche mais n’a aucun problème à parler avec tout le monde,
selon le sens du vent. «Je connais bien Marine Le Pen, et encore
mieux Marion. Je n’ai aucun état d’âme, j’essaye de rencontrer
des gens influents.» «Mon métier, c’est aussi de comprendre»,
résume-t-il. Et pour ceux qui se sentent trahis ? «C’est qu’ils
sont du côté des perdants.» •
Par TRISTAN BERTELOOT
Photo SAMUEL KIRSZENBAUM
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In collaboration with
INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, SEPTEMBER 4, 2018
Copyright © 2018 The New York Times
The Dawn of the Night Owl
Early risers get
ahead. That
could change.
I have heard this all my life:
Society likes morning people.
Early risers are more punctual,
get better grades in school and
climb up the corporate ladder.
These so-called
larks are celebrated as the
high achievers
and the chief executives.
ESSAY
But what if
they are wrong?
What if night owls (like me) are
actually the unsung geniuses?
What if we are the ultimate
disrupters and rule changers,
the ones who are better suited
to a modern, postindustrial society ruled by late-night coders,
digital nomads and freelance
moguls?
“Why We Sleep,” a book by
Matthew Walker, the director
of the Center for Human Sleep
Science at the University of
California at Berkeley, details
how every human runs on a
24-hour circadian rhythm, an
internal clock, which coordinates a drop in body temperature as it prepares for slumber
and cranks back up when it
is time to wake. According to
Dr. Walker, about 40 percent
of the population are morning
people, 30 percent are evening
people, and the remainder are
in between.
“Night owls are not owls by
choice,” he writes. “They are
bound to a delayed schedule by
unavoidable DNA hard wiring.
It is not their conscious fault,
but rather their genetic fate.”
Doctors have a name for
the condition, delayed sleep
phase syndrome, which refers
to anyone who goes to sleep
hours later than the “conventional” time. It is often boiled
down to scary-sounding initials — D.S.P.S. — like so many
life-threatening diseases.
When night owls are forced
to rise early, their prefrontal
cortex, which controls sophisticated thought processes, “remains in a disabled, or ‘offline,’
state,” Dr. Walker writes. “Like
a cold engine in an early-morning
start, it takes a long time before it
warms up.”
That might even serve an evolutionary purpose. When early
humans lived in small tribes,
staggered sleep schedules bestowed a survival advantage:
Someone was always awake to
watch for prowling leopards, according to the book.
Political
Women
Confront
Abuse
By MAGGIE ASTOR
It’s no surprise that “employees who started work earlier in
the day were rated by their supervisors as more conscientious,
and thus received higher performance ratings,” according to a
2014 study by the Foster School
of Business at the University of
Washington. It’s the old “dress
Four days before the 2016 congressional primary in her Northern California district, Erin
Schrode woke up to tens of thousands of messages. They were
everywhere: in her email, on her
cellphone, on her Facebook and
her Twitter and her Instagram.
“All would laugh with glee as
they gang raped her and then
bashed her bagel eating brains
in,” one said.
“It’d be amusing to see her take
twenty or so for 8 or 10 hours,” another said, again suggesting gangrape.
It has been two years since Ms.
Schrode, now 27, lost her Democratic primary and moved on.
But the abuse — a toxic sludge of
online trolling steeped in misogyny and anti-Semitism that also
included photoshopped images
of her face stretched into a Nazi lampshade and references to
“preheating the ovens” — never
stopped.
“She needs to stop moving her
hands around like a crackhead,”
said one tweet this year. “Another
feminazi’s plans foiled!” said another.
The 2018 United States election cycle has brought a surge
of female candidates. A record
number of women ran or are running for the Senate, the House of
Representatives and governorships, according to the Center for
American Women and Politics at
Rutgers University in New Jersey.
Many more are running for state
legislatures and local offices. And
in the process, they are finding
that harassment and threats, already common for women, can be
amplified in political races — especially if the candidate is a member of a minority group.
Last year, sexist and anti-Semitic abuse helped drive Kim
Weaver, an Iowa Democrat, out of
her race against Representative
Steve King.
Someone crept onto her property overnight and put up a “for sale”
sign. The neo-Nazi website The
Daily Stormer published an article (no longer available) titled, as
Ms. Weaver recalled it, “Meet the
Whore Who’s Running Against
Steve King,” increasing what was
already an onslaught of threats.
An acquaintance in the German
Con­­tin­­ued on Page II
Con­­tin­­ued on Page II
ALEX
WILLIAMS
DAVID COOPER
Blame It on Modernity
The rise of agriculture brought
fields to till at daybreak. The
industrial revolution brought
factories with 8 a.m. time clocks.
Night owls were forced to adapt,
and that may have taken a toll.
According to a study of chronotypes, night owls may die earlier
than morning people. Another
study, in the Journal of Psychi-
atric Research, found that night
owls are 6 percent more likely to
suffer depression.
Various studies have suggested that night owls also
drink more, smoke more and
have more sex partners. Other
research has drawn links to the
dark triad of personality disorders: Machiavellianism, psychopathy and narcissism.
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THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
II TUESDAY, SEPTEMBER 4, 2018
WORLD TRENDS
Women on Ballots
Face Harassment
Con­­tin­­ued from Page I
government even called to warn
her about a threatening conversation on an extremist message
board, and to ask if she had personal security.
“I’m normally a pretty brave
person, but when you feel like
you’re in a fishbowl and you don’t
know who it is that’s throwing
rocks at you, it’s disconcerting,”
Ms. Weaver, 53, said. “You don’t
know if it’s somebody sitting in his
mother’s basement in Florida or
if it’s a gun-happy white supremacist who hates you who lives a
block away.”
When she withdrew from the
race, Mr. King suggested she had
made up the threats. “I wanted
#KimWeaver IN the race — not
out,” he tweeted. “Democrats
drove her out of the race — not R’s.
Death threats likely didn’t happen
but a fabrication.”
Emily Ellsworth, 31, a Utah Republican, said that when she was
seeking party delegates’ support
to get on the ballot for the State
Senate this year, a male delegate
cornered her at multiple events
and messaged her around a dozen times on Facebook. Only after
she deactivated her account did
he stop.
The messages were not sexually explicit, she said, but made
her feel that “he really wanted to
push a more personal relationship
and had a hard time accepting the
boundaries I had set.”
Morgan Zegers, 21, a Republican running for State Assembly
in upstate New York, said she had
been called a “G.O.P. Stepford
wife” and often had to delete vulgar comments on her Facebook
page. Lauren Underwood, 31, a
Democratic House candidate in
Illinois, recalled that when she
was visiting a supporter, a local
Republican stopped by and was
affronted when he learned that
Ms. Underwood was challenging
his friend in Congress.
“He threw his shoulders back
and stood at his largest and
leaned into me, as if he was going to launch at me for having the
audacity to run for office,” Ms.
Underwood said, adding that her
supporter came to her defense.
Harassment is not new for women in politics, or anywhere else —
and men face it too, especially if
they are African-American or Jewish. But for women, the harassment
is ubiquitous and frequently sexualized, and it has come to the fore
this election cycle, partly because
so many women are running and
partly because more of them are
discussing their experiences.
Attendees at WomenWin, a forum in June for Democratic women running in Texas, said they had
found a sense of camaraderie in
doing so.
“Being in the room with all of
those women that are having
those same concerns as me made
me feel so much saner,” said Samantha Carrillo Fields, 31, a candidate for the Texas House, referring not only to safety but also to
other forms of misogyny on the
campaign trail. “It was really nice
having that validation.”
In a 2017 video by the Women’s
ERIKA P. RODRIGUEZ FOR THE NEW YORK TIMES
Erin Schrode, now 27, was harassed during her congressional
race in 2016. Threats continue to this day, she said.
Media Center, elected officials
described their experiences as
part of a campaign called #NameItChangeIt, which encourages
women to speak out about harassment. And women are more willing to do so than they were even a
few years ago.
When Rebecca Thompson, a
Democrat, ran for the Michigan
House in 2014, strangers followed
her home from events and drove
slowly, repeatedly, past her house.
At one point, someone broke into
her car. By the end of the campaign, she said, she was sleeping
at her partner’s house because she
was afraid to be in her own.
“I felt unsafe throughout the
entire campaign,” Ms. Thompson, 35, said. “It almost seemed
like psychological warfare, like
they were trying to psych me out.
It kept me on edge all the time,
because I just didn’t know where
I could go, anywhere in the city,
without feeling like I was being
followed.”
But she was not comfortable
speaking out then. “I told myself
I had to just suck it up,” she said.
“Had those things happened now,
I do feel like I would have been empowered to speak up about them.”
Yet even still, some candidates
interviewed said initially that they
had not been harassed — but then,
when given examples like menacing social media messages, said
yes, they had experienced those
things. Just like many in the #MeToo movement, these candidates
observed that a certain level of misogyny is so expected that it feels
unremarkable.
“It becomes so normalized, the
types of things that people say,”
said Mya Whitaker, 27, a Democrat
running for City Council in Oakland, California. “Being a black
woman and existing, in some cases, is enough to piss people off.”
A different kind of normalization happens at the other end of the
spectrum, where the harassment
is so vicious and constant that it
overwhelms the ability to react.
As an independent video game
developer in 2014, Brianna Wu
was the subject of abuse during
GamerGate, when women involved in gaming were targeted
for harassment.
Now a Democrat running for
Congress in Massachusetts,
Ms. Wu, 41, said death and rape
threats came so routinely that
she had ceased to feel much in response. Even when people threw
objects through her window.
Even when they vandalized her
husband’s car. Even when they
emailed paparazzi-like photos of
her in her own home.
“I often look at it and I’m like: ‘I
know I should be feeling something
right now. I know I should be feeling scared or angry or stressed.’
And it’s at a point where I can’t feel
anything anymore,” Ms. Wu said.
“It’s almost like fear is a muscle
that is so overtaxed, it can just do
nothing else in my body.”
Many said it was a point of principle not to be intimidated into silence. Others said their political
ideals were simply more important.
Repeatedly, Ms. Wu and others
urged prospective candidates not
to be deterred. Ms. Zegers said
that was why she deleted sexist
Facebook comments.
“A lot of women pay attention to
my page,” she said. “It’s important
to me that we show a good dialogue
about the issues and we don’t scare
women away from running.”
And some cast the harassment
as a hurdle they had to overcome
if they wanted to change the systems that fuel it.
The government is still composed mainly of men who have
never experienced sexual harassment, while “far too many women
experience these things,” Ms. Underwood said.
“I think that’s part of the opportunity in running for progress,”
she said. “It’s an opportunity to fix
this and stop it from happening in
the future.”
As Work Habits Shift, the Dawn of the Night Owl
Con­­tin­­ued from Page I
like your boss” formula for success, but with chronotypes, not
clothes.
But what if the modern workplace no longer operates under
that formula? What if being a
night owl is an asset?
Keeping Hacker Hours
“I was never a morning person,” Mark Zuckerberg, the Face-
book founder, said in 2016. He
reportedly rises around 8 a.m.,
hours later than traditional executives, but perfectly in line with
hacker hours.
“The most productive coders I
know — and writers and probably
a lot of other creatives,” said Tim
Ferriss, the life-hacking author
and tech investor, “tend to do a lot
of their best work when others are
asleep, at times that coincide with
the fewest inbound distractions.”
INTERNATIONAL WEEKLY
NANCY LEE Executive editor
TOM BRADY Editor
ALAN MATTINGLY Managing editor
The New York Times International Weekly
620 Eighth Avenue, New York, NY 10018
EDITORIAL INQUIRIES:
nytweekly@nytimes.com
SALES AND ADVERTISING INQUIRIES:
nytsyn-sales@nytimes.com
The tech titan Alexis Ohanian
of Reddit is boastful about his late
hours, saying that he usually goes
to bed around 2 a.m. and rises
around 10 a.m., or whenever his
cat wakes him.
The traditional 9-to-5 workplace is starting to fall out of favor, especially in creative sectors
where the workday is no longer
tied to daylight hours. The new
workplace culture is less about
punctuality and more about creativity and breaking the rules.
Night owls are mavericks. Our
hall of fame includes rebels (Keith
Richards, Hunter S. Thompson)
and revolutionaries (Mao, Stalin), mad geniuses (James Joyce,
Prince) and madmen (Charles
Manson, Hitler).
This may not be a coincidence.
The very essence of our chronotype makes us oddballs, prone to
looking at life through a different
lens.
After midnight, we feel the freedom to think any thought, dream
any dream, safe from the judgment of the strait-laced world.
Is It the End of Larks?
Does that mean we are, in fact,
narcissists? Perhaps. We are at
least different. Maybe special.
At least a few scientists agree.
In a 2009 study, Satoshi Kanazawa, a provocative evolutionary
psychologist from the London
School of Economics and Political
Science, attempted to suggest
that night owls may be more intelligent than larks.
Other researchers have suggested that we are preternaturally wired to take risks. A 2014
University of Chicago study found
that night owls were “associated
with greater general risk-taking”
in matters of finance, ethics and
leisure.
Camilla Kring, a Danish busi-
ness consultant, founded B-Society, an advocacy group that is lobbying to end daylight saving time,
promote flexible work schedules
and adjust start times in schools,
“to support different human chronotypes.”
“Companies can use the knowledge about circadian rhythms as
a competitive advantage,” Ms.
Kring said.
The term “chronotype diversity” is starting to find traction, as
business managers explore concepts like team energetic asynchrony: staggered work schedules to make sure all workers are
working at peak efficiency.
Just maybe, the weirdos of
the world — who feel most alive
skulking through the darkness,
secure in the illusion that we
own the world for at least a few
precious hours every night while
everyone else slumbers — are
finally gaining respect.
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY AND INTERNATIONAL REPORT APPEAR IN THE FOLLOWING PUBLICATIONS: CLARÍN, ARGENTINA n DER STANDARD, AUSTRIA n LA
RAZÓN, BOLIVIA n THE HAMILTON SPECTATOR, TORONTO STAR AND WATERLOO REGION RECORD, CANADA n LA SEGUNDA, CHILE n LISTIN DIARIO, DOMINICAN REPUBLIC n LIBÉRATION,
FRANCE n
PRENSA LIBRE, GUATEMALA n THE ASAHI SHIMBUN, JAPAN n EL NORTE AND REFORMA, MEXICO n ISLAND TIMES, PALAU n CORREO, PERU n NEDELJNIK, SERBIA
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THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, SEPTEMBER 4, 2018
III
WORLD TRENDS
What Strongmen
Fear the Most
By MAX FISHER
PHOTOGRAPHS BY MAURICIO LIMA FOR THE NEW YORK TIMES
COPENHAGEN DISPATCH
Hide-and-Seek in a Drug Market
By ELLEN BARRY
COPENHAGEN — When a
phalanx of Danish policemen
in bulletproof vests crosses the
boundary into Freetown Christiania, the hippie commune in
the center of Copenhagen, many
things happen.
There is urgent shouting.
Lumps of hashish and bags of
marijuana disappear into black
vinyl sacks, which are then
rolled up and thrown onto roofs,
hidden under floorboards and
stuffed into camouflaged hiding
spots. The dealers themselves
scatter.
By the time the police officers
reach the open-air hash market
on Pusher Street, pistols at their
hips, the scent of hash has been
replaced by the scent of cinnamon rolls, and half the population is missing.
Within seconds of their departure, the bustling drug market
reassembles itself and business
resumes.
This dance has taken place
several times a day this summer
between the government and
Freetown Christiania, one of Europe’s longest-running utopian
experiments.
The area was an abandoned
military base in 1971 when
squatters broke down the barricades and occupied 34 hectares
of land, declaring “a self-governing society” of artists and freethinkers. Denmark has allowed
the commune to exist for nearly
half a century, in violation of
property laws, planning laws
and drug laws.
Christiania is now one of
Copenhagen’s biggest tourist attractions, the subject of
academic studies and a kind
of living monument to Danish
tolerance.
“Danish policy back then
was more gentle,” said Jiesper
Tristan Pedersen, an anthropologist and occasional resident
The marijuana and hash dealers quickly pack up and leave
during daily police raids on Pusher Street, where a hippie
commune has begun to test the limits of Danish tolerance.
of Christiania. “They were irritated, they didn’t know what to
do, but they didn’t want to use
violence.”
The mood in Denmark has
swung to law and order, though,
in recent years. Urban housing
projects have become the scene
of increasing drug offenses
and gang activity. Conservative-leaning politicians have
promised to shut down the Pusher Street drug trade.
Christiania’s full-time residents, who number around
900, have their own system of
self-regulation, including a strict
ban on violence and hard drugs
like heroin. The result is an uneasy equilibrium between drug
dealers; residents of the commune, who have the power to
expel them; and their common
adversary, the police.
One dealer rolled his eyes at
the commune’s hippie elders.
“We used to throw stones at
the police,” he said. “They tell us
to throw flowers. They give us
restraining orders. It’s messed
up, right? We say we are all
criminals, how come we have so
many rules?”
Writing on a neighborhood
wall reads “only freedom is
holy.” Tibetan prayer flags form
a tent above Pusher Street, obstructing the view of police surveillance drones. The dealers go
by street names and use elaborate evasive maneuvers.
One rigged a model train so
he could drop his drug supply
through a hatch, punch a button
and see it spirited away, said
Simon Gabriel Laugesen, a resident.
“That’s what happens when
you play hide-and-seek for 30
years — you get very good at it,”
said Mr. Laugesen.
One recent morning, when
a middle-aged woman took a
photograph of Pusher Street,
a young man confronted her
and demanded she delete the
photo. The police, he explained,
routinely scan social media for
photographs that can be used to
make arrests.
Are you at war? he was asked.
“It’s been going on since 1971,”
he cheerfully replied. “And
they’re still losing.”
Inflationary crises, like the
one looming over Turkey, are especially dangerous for a certain
subset of authoritarians: populist
strongmen.
Strongmen are
unusually prone to
NEWS
ANALYSIS
creating this sort
of crisis, unusually inhibited from fixing it and
unusually slow to recover. They
have higher rates of inflation and
more artificially undervalued
currencies. Their central banks
are less independent.
These are symptoms of weaknesses and liabilities that go
beyond monetary policy to the
core of populist strongman rule.
Before Turkey, there was Nicolás
Maduro in Venezuela and his
predecessor, Hugo Chávez, who
oversaw their country’s fall from
prosperity to ruin, partly by plowing into an inflationary crisis.
When this happens in democracies, elected leaders are
typically replaced with ones who
eventually rein in inflation. It has
happened in Nicaragua, Chile,
Peru and Argentina. Other sorts
of authoritarianism, run by a
party, military or monarchy, may
collapse, as happened in Brazil,
but often they have the will to impose reform.
Populist strongmen tend to be
different. Mr. Maduro printed
more money, worsening the crisis. A decade earlier, Robert G.
Mugabe of Zimbabwe did much
the same thing, to much the same
effect.
Whether Turkey’s president,
Recep Tayyip Erdogan, follows
the same path, he is repeating the
patterns of a ruler constrained and
guided by his system in ways not
always in the country’s interests.
Turkey’s meltdown is a microcosm of the pathologies
inherent in Mr. Erdogan’s style
of governing, and that of other
populist strongmen. Although
their system seems to be rising in
the world, it comes with special
risks that make it more likely to
collapse.
Any dictator knows that inflation — which erodes legitimacy
with the public and angers powerful elites who expect payouts
— can pose risks. Elected leaders
will merely lose office, but an authoritarian state can collapse.
In 1989, workers angered by inflation in China joined students in
protests that the government answered with a bloody crackdown
in Tiananmen Square. Vietnamese leaders, worried that a run of
inflation in the 1980s could bring
down the communist system,
shifted to a more market-based
economy.
Iran’s inflation surge, in 2013,
fed into public dissatisfaction
deep enough that the hard-line
supreme leader stood by as voters chose a relative moderate as
president.
After rising within a flawed
democracy or, in some cases, a
military or one-party regime,
strongmen will often dismantle
the old system, which they see as
a threat. As they slash away at institutions and rivals, undermining
their legitimacy, they are more
desperate for growth and more
panicky about seeing it slide.
This often inspires overspending or, in Mr. Erdogan’s case,
overborrowing. His government
encouraged firms to spend wildly on foreign currency loans,
driving tremendous economic
growth, which protected Mr.
Erdogan’s popularity even as he
restricted political rights. But the
debt set up a currency crisis.
China has had its share of boondoggle infrastructure projects
and overinvestment. But dictatorships have something that
strongmen often feel compelled
to destroy: institutions. Even if
authoritarian institutions are
hardly just, they are at least predictable and can be independent.
They are better able to manage or
forestall problems. Particularly
the central bank.
But strongmen like Mr. Erdo-
CHRIS McGRATH/GETTY IMAGES EUROPE
President Erdogan’s policies
have led to an inflationary
crisis in Turkey. A poster of
him looms over Istanbul.
gan, who installed his son-in-law
as finance minister, tend to meddle with their central banks, to
boost short-term growth and out
of a tendency to see independent
institutions as threats. Inflation
rises, a precursor of worse to
come.
Economic management tends
to be less competent, and likelier
to fuel a bubble or debt. Lower-level officials know their first
duty is to please and glorify the
leader, so are more prone to overpromising or covering up. Loyalty trumps competence.
The result is that they do not just
overspend or overborrow, they do
so unwisely, erratically and with
little sanity imposed from central
banks or other institutions.
As the lira plunges in value,
the greatest risks are borne by
Turkey’s citizens, and not only in
economic terms.
Tom Pepinsky, a political scientist at Cornell University in Ithaca, New York, joked on Twitter:
“If you are an easily scapegoatable Turkish politician or social
group, now’s the time to get out of
Dodge.”
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, SEPTEMBER 4, 2018
O P I N I O N & C O M M E N TA RY
E D I TOR I A LS OF TH E TI M ES
Ignoring Lessons of the Financial Crisis
The American economy has
come a long way from the dark
days of 2008, when the collapse
of Lehman Brothers and the bailout of big banks led to worldwide
economic disaster. For much of
the past decade, the economy
has been growing and the stock
market has been rising. But this
climb is lulling bankers, lawmakers and regulators into repeating
mistakes that led to that crisis and
cost millions of people their jobs,
homes and savings.
The financial system and economy are on much firmer ground
than they were a decade ago.
Wages are barely keeping up with
inflation, but the unemployment
rate, which climbed as high as 10
percent, has fallen to 3.9 percent.
The housing market, once crippled
by foreclosures, has sprung back
to life. Banks, once dependent
on taxpayer dollars to keep their
doors open, are raking in profits.
Much of the credit for the recovery belongs to the swift response
from the Obama administration,
the Federal Reserve and Congress. Lawmakers and President
Barack Obama worked to stimulate the economy by nearly $1 trillion. The Federal Reserve pumped
life into the financial system by
lowering interest rates, buying
bonds and rescuing institutions
like the American International
Group, which had insured financially compromised banks. Congress enacted the Dodd-Frank
law, imposing tighter regulations
on financial institutions and limiting their ability to take big risks
with borrowed money. The law
helped instill confidence in banks
that had lost their credibility by
blowing billions on dubiously engineered investments that few understood and fewer could explain
in plain English. It also created the
Consumer Financial Protection
Bureau. And Congress and Mr.
Obama extended health insurance to 20 million people.
Yet the per capita gross domestic product of the United States is
about $70,000 smaller over the
average person’s lifetime than it
would have been had the economy stayed on the trajectory it had
been on before the crisis, according to an analysis published by
the Federal Reserve Bank of San
Francisco. The report’s authors
conclude that the economy is “unlikely to regain” that lost ground.
Of course, Americans have not
shared equally in the losses from
the crisis. Families of modest
means have far fewer, or in many
cases zero, assets; they may have
lost their homes and their savings.
The average family of three earning less than $42,500 a year saw its
net worth chopped nearly in half,
to $10,800 in 2016, from $18,500 in
2007, the Pew Research Center
found. Wealth of families earning
$42,500 to $127,600 fell by nearly a
third, to $110,100. Yet, the wealth
of affluent families who earn more
than $127,600 jumped nearly 10
percent, to $810,800.
The crisis and the response to it
worsened trends that have caused
wages to stagnate for most families while rewarding the richest
people with a bigger slice of the
economic pie. Obama officials and
Congress made a big mistake by
focusing more intently on saving
banks and much less on helping
families facing foreclosures and
layoffs. Later, the decision by
Republican leaders in Congress
to oppose every Obama idea prevented the government from helping people regain what they had
lost or to heat up the tepid recovery with infrastructure spending
and other stimulus measures.
Before the crisis, the share of
economic output that went to
workers had been falling since
2001, when it stood at 64 percent.
After the crisis, it hit 56 percent,
according to the Bureau of Labor
Statistics, rising only slightly in
the past few years. This is because
as workers’ incomes have stalled,
corporate profits have soared,
especially for a small number of
what some experts call “superstar
firms” like Apple, Alphabet, which
owns Google, and Facebook.
As a candidate, Donald J. Trump
spoke about getting tough on Wall
Street, fighting corporate consolidation and looking out for “forgotten men and women.” But he and
Republicans in Congress have
gone easy on Wall Street, done little about consolidation, bolstered
profits and gutted protections for
those “forgotten men and women.”
Last year, Republicans claimed
their biggest legislative victory
of the Trump era, reducing federal revenue by $1.5 trillion over 10
years by slashing taxes on corporations and wealthy families. The
legislation provides permanent
tax cuts to rich people in the investor class, including foreigners
who own stock in American firms.
Working-class families received
minor savings that are set to vanish after 2025. The law will widen
income inequality and encourage
financial excesses by overstimulating an economy that is nine
years into a recovery.
Lawmakers, the administra-
tion and the Federal Reserve are
also unraveling the rules. In May,
Congress voted to roll back parts
of the Dodd-Frank law by exempting banks with assets of up to
$250 billion, up from $50 billion,
from stricter oversight. This
would leave fewer than 10 big
banks under the kind of supervision that experts see as necessary.
The speed with which officials
are undoing regulations is stunning. “The last time we regulated in the 1930s, it took us 30 or
40 years to take off those regulations,” said Raghuram Rajan,
an economist at the University of
Chicago and former governor of
the Reserve Bank of India. “This
time we are doing it in 10 years.”
Mr. Rajan, who warned of the
last crisis, said it’s unwise to deregulate because businesses and
individuals have borrowed a lot of
money across the globe, raising
the risks of financial problems.
With investors bidding up stock
prices and pouring billions of dollars into money-losing start-ups, it
is all the more infuriating that officials have so quickly tossed aside
the lessons from the last crisis. In
making life grander for the most
comfortable Americans, the government is putting everyone’s economic prospects at greater risk.
INTELLIGENCE/IVAN KRASTEV
Steve Bannon Has Found His Next Trump
“If there’s an explosion or fire
somewhere, Steve is probably
nearby with some matches,” one
of Steve Bannon’s former Breitbart News employees once said
(admiringly). So it shouldn’t be
surprising that Mr. Bannon, who
was Donald Trump’s chief strategist, has arrived in Europe.
In late July, Mr. Bannon, the
American political operative, announced his plan to establish The
Movement, a foundation he hopes
will unite Europe’s far-right parties before the May 2019 European parliamentary elections. Will
he have the impact that he wants?
As Joshua Green writes in his
book on Mr. Bannon, “Devil’s
Bargain,” Mr. Bannon sincerely
believed that right-wing Tea Party-style populism was a global
phenomenon. What’s more, as he
said at a conference in Budapest
in May, “Brexit was a foreshadow
of the 2016 Trump victory, and the
populist nationalist revolt is about
a year ahead in Europe than in the
Ivan Krastev is the chairman of
the Center for Liberal Strategies,
a permanent fellow at the
Institute for Human Sciences in
Vienna and the author of “After
Europe.” Send comments to
intelligence@nytimes.com.
United States.”
But why Mr. Bannon has decided to pivot to Europe is less consequential than who his major ally
on the Continent is: Prime Minister Viktor Orban of Hungary. If
you’ve been following Mr. Bannon’s speeches, it is easy to conclude that it is the far-right Hungarian leader whom the American populist provocateur not only
admires but also seeks to help.
Mr. Bannon has called Mr. Orban
“Trump before Trump.” Mr. Orban, for his part, is looking to be
as transformative and disruptive
as the American president, and he
hopes that the 2019 European election will help him build a majority
in the European Parliament to, as
he puts it, “wave goodbye not only
to liberal democracy and the liberal nondemocratic system that has
been built on its foundations, but
also to the entire elite of ’68.”
Mr. Bannon’s new foundation
pledges to provide policy, polling and strategic support for euroskeptic parties across the Continent. This is what Mr. Orban has
assumed responsibility for. Since
2015, the Hungarian government
has been conducting opinion polls
in a dozen European countries,
and Mr. Orban has actively campaigned (with mixed success) for
his right-wing allies in places like
Slovenia and Macedonia.
There are many similarities
between the American consultant-turned-ideologue and the
Hungarian liberal-turned-ultraconservative. Both have a missionary mind-set; both are obsessed with what they perceive
as the spiritual crisis of the West;
neither lacks in self-confidence
and ambition.
What really brings Mr. Bannon
and Mr. Orban together is not just
that they envision the European Union as an enemy to be destroyed, but that they also believe
the populist revolt can and should
be a cultural revolution. A week
after Mr. Bannon announced his
plans for The Movement, Mr. Orban declared that voters have given him a “mandate to build a new
era” and that “an era is a special
and characteristic cultural reality.” Mr. Bannon’s mentor, the farright publisher Andrew Breitbart,
similarly insisted that “politics is
downstream from culture.”
While mutual admiration is important, it is not enough to explain
this American-Hungarian axis.
There are also purely tactical reasons. From Mr. Orban’s perspective, Mr. Bannon has a lot to offer:
First, Mr. Bannon can help Mr.
Orban convince Western European populists that there is nothing
wrong with the prime minister
of a small East European nation
becoming the informal leader of
their movement. Mr. Bannon’s
support can crown Mr. Orban as
Mr. Trump’s man in Europe.
Second, Mr. Bannon’s presence
can shield the European far right
from the suspicion that euroskeptics are simply Vladimir Putin’s
puppets and an instrument in the
Kremlin’s designs to destroy the
European Union. Isn’t it better for
the European far right to be associated with an American radical
than with the Russian president?
Third, Mr. Bannon’s experience
of waging war on the so-called
mainstream media could be very
useful. According to a recent Pew
survey, mistrust of the mainstream media is the distinctive
feature of Europe’s populist voter.
No one knows as well as Mr. Bannon how to deepen this mistrust.
Finally, Mr. Orban intends to
make the 2019 European parliamentary elections a referendum
on migration and Islam — two
topics that animate many conservative voters. But that might not
be so easy. In the past year, the
flow of migrants into Europe has
drastically declined, and most
SYLVAIN LEFEVRE/GETTY IMAGES
Steve Bannon has focused on
far-right politics in Europe.
Addressing a group of the
French National Front Party.
of the mainstream parties on the
right — and even some on the left
— have adopted a soft version of
closed-borders politics sought by
Central Europeans. So Mr. Orban
needs Mr. Bannon to tell Europeans that only the far right understands immigration.
But if Mr. Orban is staking his
future on the Bannon strategy,
he’d be well advised to remember
that Mr. Bannon doesn’t always
win. In Alabama’s 2017 special
Senate election, Mr. Bannon
backed the far-right candidate
Roy Moore — who lost one of the
safest Republican seats imaginable. And presumably Mr. Bannon understands even less the
contours of politics in Europe than
he does those in the Deep South.
Oddly enough, pro-Europeans
have good reasons to welcome Mr.
Bannon on the European continent.
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