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Libération - 09 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
JEUDI 9 AOÛT 2018
www.liberation.fr
LE PACTE
2,00 € Première édition. No 11570
Cinéma
«Under the
Silver Lake»,
L.A. démentiel
FRANCE TÉLÉCOM
«ILS ONT JOUÉ
AVEC NOS VIES»
Huit ans après l’ouverture de l’enquête
sur les suicides, les juges ont décidé
de renvoyer devant la justice l’entreprise
et les dirigeants de l’époque pour
«harcèlement moral». Une première.
«Libération» a rencontré des familles
de victimes.
PAGES2-5
Huit bonnes
raisons
de sécher
les vacances
PAGES 10-11
ÉTÉ
J’ai testé le
véganisme
ET AUSSI UNE BD, DES JEUX,
UN CHÂTEAU, DES RECETTES
CAHIER CENTRAL
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
ÉDOUARD CAUPEIL
MONALYN GRACIA. FANCY. PHOTONONSTOP
PAGES 20-21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
On ne parlera jamais assez de ce
qui s’est passé à France Télécom ces années-là, à la fin de la
première décennie de ce siècle.
Le secteur est alors en pleine
mutation, les opérateurs se tirent la bourre, ils savent qu’il
n’y en aura pas pour tout le
monde, celui qui cassera le plus
les prix aura les plus grandes
chances de s’implanter durablement sur le marché. Il faut
donc réduire les coûts salariaux. A tout prix. Le résultat,
on le connaît : une soixantaine
de suicides en trois ans, à cause
d’une direction bête et disciplinée qui a confondu des hommes et des femmes avec des lignes de chiffres. Pas une once
d’humanité, de simples soustractions. «A partir de combien
Libération Jeudi 9 Août 2018
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
A tout prix
de gens en souffrance le forfait
de téléphone à 19,99 euros est-il
acceptable ? C’est quand même
plusieurs dizaines de personnes
qui sont mortes pour que France
Télécom puisse offrir des forfaits
moins chers et satisfaire ses actionnaires», nous affirmait dans
ces colonnes, le 7 juillet 2016,
un ancien sociologue de France
Télécom devenu écrivain, Ma-
L’affaire
des employés
morts par suicide
il y a dix ans est
renvoyée devant
les tribunaux
en 2019.
Trois cadres
poursuivis pour
«harcèlement
moral», dont l’exPDG, vont devoir
s’expliquer.
rin Ledun, auteur du formidable les Visages écrasés (Le Seuil,
2011), un polar qui raconte comment une entreprise peut écraser ses salariés pour parvenir
à ses fins.
On ne parlera jamais assez de ce
qui s’est passé à France
Télécom ces années-là, car la
tentation de réduire les coûts
pour satisfaire les actionnaires,
ou de pousser au départ les éléments les plus anciens ou les
plus fragiles pour injecter du
sang frais ou neuf, existe partout. Il faut donc se réjouir que
la justice s’empare du dossier et
le remette à la une de l’actualité.
En parler permet d’essayer de
comprendre comment des dirigeants ont pu en arriver à un tel
degré de déshumanisation, et
surtout de faire en sorte que
cela ne se reproduise plus. A
l’heure où l’entreprise est remise au centre du jeu et les patrons considérés comme des
premiers de cordée, il est important de faire de l’affaire
France Télécom un emblème,
celui d’une organisation du travail qui, en cassant l’individu,
finit par casser le collectif. •
France Télécom
Justice pour
des vies brisées
Par
CHLOÉ PILORGET-REZZOUK
L
a décision est sans précédent. En juin, les
juges d’instruction ont décidé de renvoyer pour «harcèlement moral» l’entreprise France Télécom (devenue Orange) comme
personne morale, son PDG de l’époque, Didier
Lombard, et ses deux ex-bras droits, LouisPierre Wenès (directeur exécutif adjoint) et Olivier Barberot (DRH). Ces derniers ont piloté
dès 2006, la mise en œuvre des plans Next et
Act visant «à déstabiliser les salariés et à créer
un climat professionnel anxiogène» pour les
pousser vers la sortie. En trois ans, la direction
comptait sur 22000 départs. «Le bon, la brute
[Wenes] et le truand [Barberot]», comme le PDG
d’alors les avait désignés, comparaîtront devant
le tribunal correctionnel de Paris. Contactés par
Libération, les avocats de l’ex-patron et de son
ancien numéro 2 n’ont pas souhaité réagir.
«LE MESSAGE EST TRÈS FORT»
Seront également renvoyés, du chef de «complicité de harcèlement moral», quatre cadres
«parfaitement informés», selon les magistrats,
«au vu de leur place dans l’organisation». Une
décision conforme aux réquisitions du parquet, formulées il y a deux ans. «C’est une première que des gens de ce niveau-là soient poursuivis dans une entreprise de cette taille. Le
message est très fort, affirme Michel Ledoux,
un des avocats de la partie civile. On se de-
mande comment ces hauts responsables ont pu
ne pas voir qu’ils allaient droit dans le mur avec
cette politique d’entreprise, véritable caricature
de management. Sous prétexte de l’urgence économique, on a marché sur la tête des gens.»
Huit ans après le début de l’enquête lancée en
avril 2010, les magistrats ont rendu leur colossale ordonnance de renvoi le 12 juin: 673 pages,
des dizaines de salariés et de proches auditionnés, des milliers de documents épluchés
pour 39 cas individuels examinés en détail,
dont 19 suicides. Tout l’enjeu du travail était
de déterminer si «les dirigeants d’une grande
entreprise pouvaient se voir reprocher des faits
de harcèlement moral résultant, non pas de
leurs relations individuelles avec leurs salariés,
mais de la politique d’entreprise qu’ils avaient
conçue et mise en œuvre», notent les magistrats
dans l’ordonnance que Libération a pu consulter. Le délit de harcèlement moral est défini
comme «le fait de harceler autrui par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet
une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale
ou de compromettre son avenir professionnel».
Pour étayer leur décision, les juges listent les
mobilités géographiques ou fonctionnelles
«forcées», «l’isolement» des fonctionnaires, les
missions «dévalorisantes» ou encore les «incitations répétées au départ»… Les magistrats
n’hésitent pas non plus à pointer le langage
utilisé par Lombard et son équipe. Un registre
qualifié de «très véhément», ne souffrant
«d’aucune ambiguïté» et une «liberté de ton qui
révèle crûment leurs intentions». A l’époque,
Lombard avait évoqué «la mode des suicides»
ou affirmé: «Je ferai les départs d’une façon ou
d’une autre, par la fenêtre ou par la porte.»
Néanmoins, s’ils taclent le comportement des
hauts responsables de France Télécom, les
juges précisent: «Les personnes mises en examen ne sont pas responsables des décès, des
tentatives de suicide et des graves dépressions
des salariés dont nous allons examiner la
situation.»
AVOCATS «RETORS»
Pour certaines parties civiles, la qualification
retenue est d’ailleurs «scandaleuse», plaide
Frédéric Benoist, conseil d’une mère dont la
fille, ingénieure de 42 ans, s’est suicidée
en 2009. Autre déception: «Ceux qui ont exécuté ce management spécial sur le terrain sont
toujours en place. Que sont-ils devenus? Ont-ils
pris conscience?» s’inquiète Anne Dumas, avocate d’une partie civile. «Une majorité des
cadres ont adhéré à ces méthodes qui renvoient
à l’idéologie de la lâcheté collective», estime la
spécialiste de la souffrance au travail Marie
Pezé. Le procès devrait se tenir au deuxième
semestre 2019. Déjà, le syndicat SUD PTT, à
l’origine de la première plainte et partie civile,
réfléchit «à préparer l’audience le mieux possible» et à «présenter des témoins» face à des avocats de la défense «redoutables» et «retors». •
Hélène Louvradoux a perdu son mari
«
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Libération Jeudi 9 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
On appuie
sur ce que
vous avez
de plus
sensible»
Mari immolé par le feu,
frère étranglé avec un
câble… des proches
de victimes et un exinformaticien poussé à
bout témoignent de la
violence de l’entreprise.
C’
était il y a dix ans. Les premiers suicides de salariés
de France Télécom survenaient, mettant au jour une organisation du travail pathogène. Rien
qu’en 2008 et 2009, 35 suicides seront recensés. Une soixantaine en
trois ans. Des salariés poussés à
bout par des méthodes managériales brutales, mises en place par une
direction voulant voir une personne sur cinq quitter l’entreprise.
Coûte que coûte. Huit ans après
l’ouverture de l’instruction, les juges ont décidé, en juin, de renvoyer
en correctionnelle pour harcèlement moral ou complicité l’entreprise comme personne morale, son
PDG de l’époque, Didier Lombard,
et six autres cadres dirigeants.
Une décision que les victimes ou
leurs familles attendaient depuis
longtemps. Pour tenir dans ce marathon judiciaire, elles ont accumulé mails et courriers, et parfois
même créé des «alertes Google» sur
la souffrance au travail ou Didier
Lombard… Les écouter permet de
saisir le hiatus entre le temps de la
justice et celui de l’émotion. L’importance des mots aussi et les blessures qu’ils creusent parfois : «Ne
dis pas “vague de suicides”, ce n’est
pas du surf !» a-t-on entendu une
mère reprendre sa fille. Libération
a rencontré un ancien fonctionnaire et deux familles de victimes,
parties civiles dans ce dossier.
«Je voulais qu’il arrête
de travailler, il ne voulait
pas abandonner»
en 2011. L’entreprise a reconnu ce suicide comme un accident imputable au service. PHOTO MARION PARENT
«Je ne sais plus pleurer», dit Hélène
Louvradoux. Plus une larme depuis
le 26 avril 2011. Ce jour-là, son mari
s’est immolé par le feu sur son lieu
de travail à Mérignac (Gironde).
«Mon père a voulu envoyer un message fort», affirme son aîné, Raphaël. Dans un courrier envoyé
en 2009 à la direction de France Télécom et resté sans réponse, Rémy
Louvradoux écrivait: «Cette situation est endémique du fait que rien
n’est fait pour y faire face: le suicide
reste comme étant LA SOLUTION!»
Une lettre que ses proches ont découverte dans la presse –«un double choc»– et où le fonctionnaire racontait sa «mise à la poubelle» après
trente-trois ans de carrière.
Ce père de quatre enfants a commencé agent de lignes avant de
grimper cadre, de concours interne
en concours interne. Du haut de
ses 57 ans, Rémy Louvradoux était
pile dans le viseur du «crash programme». Sa veuve synthétise :
«Une grosse machine s’est mise en
route et a balayé tous ceux qui
n’avaient pas suffisamment envie
de détruire les autres pour rester.»
En 2006, son poste est supprimé.
Il ne connaîtra plus qu’une succession de changements de sites et de
missions. «C’était le grand n’importe quoi», résume-t-elle. Des
doubles écoutes qu’il exècre –«pas
son genre de fliquer les autres»– au
renfort ventes – «il n’aimait pas
cette démarche de placement de
produits». Le cadre se sent «de
trop», postule partout : dans la
fonction publique et même à l’armée. Mais Rémy Louvradoux n’a
jamais de retour. Son dossier n’est
pas transmis. «Une vexation supplémentaire.» En 2010, il finit par
obtenir un poste de préventeur
chargé des conditions de travail :
«Mon père s’est retrouvé isolé dans
un bureau sans armoire ni téléphone», rapporte Raphaël, 29 ans.
«Toute la journée, vous recevez des
piques. On appuie sur ce que vous
avez de plus sensible, répétitivement
et sans en avoir l’air. Le soir, vous
rentrez, vous n’avez plus d’estime de
vous-même», analyse Hélène Louvradoux. Son époux encaisse, grossit, ne dort plus. Dans le couple, les
échanges se durcissent: «Je voulais
qu’il arrête de travailler, il ne voulait pas abandonner.» Aux repas, le
père de famille ne supporte plus le
bruit. Happé par une intranquillité
permanente, «Rémy s’est peu à peu
détaché de nous. Je me disais :
“Comment ça va finir ?”»
L’entreprise a reconnu ce suicide
comme un accident imputable au
service. Non sans avoir tenté de
jouer au préalable la Suite page 4
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 9 Août 2018
Vincent Grenoville avec une photo de son frère Nicolas, qui s’est suicidé avec un câble France Télécom, à 28 ans en 2009. PHOTO FÉLIX LEDRU
Suite de la page 3 carte privée :
«Ils ont commencé par dire qu’on
était en plein divorce», se souvient
l’épouse avec amertume.
Aujourd’hui, la famille doit encore
batailler pour toucher les aides du
comité d’entreprise. Après le décès,
des travailleurs anonymes ont envoyé leur prime. D’autres des mots
de soutien. D’autres encore, de
France Télécom ou d’ailleurs, ont
appelé pour dire leur détresse à eux
aussi. Puis le temps a fait son affaire et avec lui, «le sentiment
d’abandon». En vrac, la mère et ses
enfants évoquent cette fragilité
supposée à laquelle on les renvoie,
ceux qui jugent sans savoir, ce
corps qui parle dans de perpétuels
«
«petits soucis». Maux de gorge, de
ventre : «Tout ce qui serre», mime
Hélène Louvradoux. Au moindre
«bouleversement émotionnel», une
de ses filles «gonfle comme un poisson» –comprendre œdème. Il faut
peu de choses pour que l’abîme se
rouvre, et le calendrier judiciaire
joue parfois les torpilleurs de rémission. A l’annonce du renvoi en
correctionnelle, elle s’est sentie au
«36e dessous», tous les souvenirs
sont remontés. Sans compter la déconvenue à l’issue de l’interminable attente : «Je suis très déçu que
l’homicide involontaire et la mise en
danger d’autrui ne soient pas retenus. Il y a un véritable décalage avec
la gravité des faits, s’agace Raphaël.
C’est comme si on avait intériorisé
le fait que c’est compliqué de mettre
en examen des gens comme ça.»
«On exploite les gens
au max, tous les jours,
ça finit par faire mal»
C’était un mardi. Le 11 août 2009.
Vincent Grenoville reçoit un coup
de fil matinal de sa mère, prend en
urgence le volant direction Besançon. Avant de décrocher le câble
France Télécom avec lequel son petit frère, Nicolas, en chemise de travail, s’est pendu durant la nuit dans
son garage. «C’était un gamin», dit
l’homme de 39 ans, la photo sur la
table d’un beau brun au regard
tracassé. Nicolas Grenoville ou
le 20e suicide de l’entreprise. Dans
une ultime lettre versée au dossier,
le salarié de 28 ans écrit: «Mon job
me fait souffrir. […] Je ne supporte
pas ce job et France Télécom s’en
fout. […] Aujourd’hui, on m’a méprisé, insulté, engueulé. J’ai appelé
au secours. Les gens s’en foutent. […]
Je suis en colère contre l’entreprise.»
Quatre ans auparavant, Nicolas
avait débuté en tant que technicien
réseau. Un travail sur le terrain
dont ce garçon «sérieux et besogneux» était «super content», se
souvient son aîné. Mais en septembre 2008, son poste est supprimé
– désormais sous-traité – comme
l’exige la nouvelle politique de la
société. C’est la démission ou la
mutation en interne. A l’annonce
de la nouvelle, Nicolas fait un malaise. En janvier 2009, le voilà affecté d’office à la maintenance chez
les particuliers. «Un boulot moins
valorisant», que le jeune homme
«vit très mal». Trop peu formé, Nicolas n’est pas à l’aise au contact du
client –parfois difficile. Faute d’astreinte de nuit, son salaire baisse,
lui qui vient juste d’acquérir un appartement. Il alerte sur des rapports problématiques avec son binôme d’intervention, craint de
perdre son emploi. Soumis à des
quotas de facturation et des cadences intenables, Nicolas fait l’impasse sur sa pause-déjeuner et cumule les heures sup. Le jeune
«Beaucoup voient encore la santé
au travail comme un coût»
Pour l’universitaire Tarik
Chakor, la tendance est
au renforcement de
la réglementation depuis
une quinzaine d’années.
S
elon le code du travail, tout employeur
doit assurer la sécurité et protéger la
santé des salariés. Y compris mentale.
Dans la pratique, si le sujet s’est imposé dans
les sphères politique et médiatique, l’engagement des entreprises reste inégal, selon Tarik
Chakor, maître de conférences en sciences de
gestion à l’université Savoie-Mont-Blanc et
membre de la chaire Management et santé au
travail de l’université Grenoble-Alpes.
Comment a évolué la réglementation
en matière de santé au travail ?
Dans un premier temps, il était question de la
santé physique des travailleurs. En 2002, a été
introduite la notion de santé mentale. Globa-
lement, la tendance est au renforcement de
la réglementation, même si en 2015, il y a eu
un infléchissement par la jurisprudence :
d’une obligation de résultat des employeurs
en matière de sécurité, on est passé à une
obligation de moyens renforcée.
Les suicides ont-ils changé quelque chose
chez France Télécom ?
Avec France Télécom, petit à petit, la santé au
travail est devenue un sujet politique. Mais il
y avait alors peu de communication. En 2009,
le ministre du Travail, Xavier Darcos, a présenté un plan de lutte contre le stress au
travail qui consistait à publier un classement
des entreprises plus ou moins vertueuses,
dans une logique de name and shame. Ça a
duré moins de vingt-quatre heures! On voit
toute la tension autour de la question de la responsabilité des entreprises.
Quelle est la tendance aujourd’hui ?
Sur le plan législatif, il y a peu d’évolutions. On
a du mal à agir autour de la santé au travail. Un
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Libération Jeudi 9 Août 2018
homme maigrit, bascule dans un
état dépressif. Un mois avant son
suicide, un inspecteur du travail
note qu’il dépasse le seuil autorisé.
«On exploite les gens au max. A force
d’appuyer tous les jours, ça finit par
faire mal», lâche avec rancœur le
grand frère. Auprès des enquêteurs,
Didier Lombard, lui, invoque le
perfectionnisme de l’employé.
A force d’allers-retours à Besançon
après le décès, Vincent Grenoville
a perdu son CDI de vendeur de cuisines. Aujourd’hui, restent les cauchemars et les angoisses. L’homme
a de larges épaules, un peu tombantes, comme fatiguées d’avoir
trop porté. Il est venu à notre rencontre muni d’une grosse mallette
chargée de documents: dix ans de
précieuse paperasse pour un procès
en ligne de mire. A l’issue d’un âpre
combat, leur mère était parvenue
à faire reconnaître la mort de Nicolas comme une «maladie professionnelle» auprès de la Sécurité sociale. Disparue récemment, elle ne
verra jamais le procès des dirigeants de l’entreprise. «C’était une
bataille importante pour elle», regrette Vincent Grenoville. Père depuis peu, cet habitant de la banlieue lyonnaise dit la culpabilité de
«faire vivre ça aux autres». Peur «de
l’étiquette “France Télécom”», de la
compassion. Cette mort, il en parle
peu : «Je ne veux pas qu’on nous
plaigne.» «Pragmatique», il n’attend «pas grand-chose» de cette justice qui «ne fera pas revenir [son]
frère». Il a longtemps hésité à nous
parler. Avant de se raviser : «Je ne
veux pas qu’on oublie.»
«On vous fait perdre
confiance, et en plus vous
vous sentez responsable»
Yves Minguy parle avec célérité,
comme pour éviter que son émotion ne pointe au-delà de ses moustaches bien dessinées. On est venue
l’entendre, c’est lui qui prend des
notes. Face à ces dossiers, l’ex-fonctionnaire répète: «Ce qu’il faut savoir» ou «faut bien comprendre ce
qu’il se passe». Bac en poche, il est
entré chez France Télécom dans les
années 70, époque «où les PTT [société qui regroupait jadis la poste et
les télécoms, ndlr] recrutaient à
tour de bras.» Très vite, il monte en
grade. Il sera «l’homme Minitel» de
la région Nord, dirigera une équipe
u 5
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de 22 informaticiens. Mais «le paquebot» où il travaille à Lens est
progressivement vidé de ses employés. «On vous enlève ça, puis ça,
puis ça… Petit à petit, vous vous retrouvez sans rien faire. Dans des bureaux vidés physiquement avec un
métier vidé de son utilité, se remémore l’homme de 66 ans. A quel
motif ? On ne vous dit rien.»
Après des mois d’isolement, Yves
Minguy est contraint d’accepter
une mutation. Mais il se motive,
suit des formations en parallèle,
participe à un projet national directement suivi par Didier Lombard.
A l’été 2008 alors qu’il rentre de vacances, on lui annonce brutalement: «La semaine prochaine, tu te
mets à la vigie.» Autrement dit, la
surveillance du personnel sur le
call-center. «T’as vu ton mec, il n’est
pas rentré des WC! C’est très valorisant, ironise l’ex-fonctionnaire.
Quand vous avez un niveau cadre et
qu’on vous fait faire ça, c’est pire
qu’une punition.» La mission dure
trois mois. L’ambiance est délétère.
Yves Minguy finit par retrouver son
poste d’informaticien. Mais à
l’été 2009, rebelote : «La semaine
prochaine, t’es sur un plateau téléphonique.» L’échange dure «quinze
secondes». Il claque la porte, puis va
frapper à celle du médecin du travail. Il est mis en arrêt. Il ne reviendra jamais. «Fallait qu’on me vire,
fallait faire “du moins”», dit le sexagénaire, triturant son stylo. Encore
fragile, il raconte sa mort sociale :
«Quand ma femme me présente,
qu’est-ce que je dis ? Je n’étais plus
rien.» En arrêt maladie, des années
durant. Il a été soulagé quand la
commission de réforme de l’entreprise a enfin reconnu son état
comme accident de service. Il avait
lancé une association, les Blessés
de Next (du nom du plan de «modernisation» de France Télécom
mis en place par l’équipe Lombard),
qui a périclité depuis: «On est tous
isolés, c’est difficile…»
Si l’ex-informaticien va mieux depuis peu, il a longtemps eu du mal
à mener un projet à terme. Peur de
faire les choses, difficulté à les
achever. Il explique : «Non seulement on vous fait perdre confiance,
mais en plus vous vous sentez responsable!» Il se réveille toujours en
pleine nuit, s’est souvent gratté les
bras jusqu’au sang. «Et des années
de psy», dont France Télécom a vite
arrêté de rembourser les séances.
Il y a aussi «les petits frémissements» de l’affaire, les journalistes
«qui débarquent» et puis «plus
rien». Il poursuit : «Tout ce qui est
judiciaire, nous, les lambda, on n’y
comprend rien. Les fausses joies, ça
m’a bien ruiné.» Il a lu et annoté «le
truc du juge», hallucine devant «le
cynisme» de Lombard et ses acoly-
serait plus là. Surtout, l’ex-informaticien regrette que «l’on ne descende
pas aux niveaux hiérarchiques inférieurs». Son épouse, elle, aimerait
que le procès «le délivre de cette
forme de culpabilité latente qui le
mine chaque jour.» Sur le chemin
de la gare, le retraité nous glisse :
«Ce qui me tue le plus, c’est de ne
pas avoir achevé ma carrière.»
CHLOÉ PILORGET-REZZOUK
Yves Minguy, ex-informaticien, a cessé de travailler en 2009. PHOTO RICHARD BARON. LIGHT MOTIV
exemple récent : le rendu du rapport de la les réalités sociales sont quasiment les
députée LREM Charlotte Lecocq sur le sujet mêmes.
annoncé fin mars 2018, à été repoussé à plu- Que font les entreprises pour prévenir
sieurs reprises et se fait encore attendre…
les risques ?
A l’époque on parlait de stress, Il y a trois types de prévention. La primaire
aujourd’hui, de bonheur au
est axée sur l’organisation du
travail…
travail. Il peut s’agir de repenser
Dans les années 1998-2000, le
la répartition des tâches ou la
terme de «harcèlement moral»
charge de travail. C’est la «vraie»
a émergé. Le «stress» est venu
prévention. La secondaire vise le
après, entre 2000 et 2007. Puis
renforcement des salariés, à mion a parlé de «risques psychochemin entre le collectif et l’insociaux», pouvant réduire le
dividuel. On y retrouve les outils
sujet à un phénomène individe gestion du stress. En résumé,
dualisé, à la marge, issu de la
c’est faire au mieux avec l’actiINTERVIEW vité de travail telle qu’elle est.
sphère privée. Aujourd’hui, on
utilise «qualité de vie au travail»
Enfin, la tertiaire peut-être défiet il y a des responsables du bonheur. Ce sont nie comme de la prévention curative. Un pur
des effets de mode, mais aussi des stratégies, oxymore! C’est un soin qui arrive a posteriori,
avec, parfois, une logique d’affichage. Mais une séance de relaxation ou une cellule psyDR
tes. Que l’ex-PDG ait été nommé à
la tête de la commission «Innovation 2030» en 2013 lui a fait
«très mal» – «une telle marque de
confiance, c’est dégueulasse.»
Maintenant? «Il va falloir assumer
le procès.» Il tarde à Yves Minguy de
pouvoir «leur dire dans les yeux
qu’ils ont joué avec nos vies.» Celui
qui a perdu cinq collègues le glisse
pudiquement: sans Monique, il ne
chologique. C’est bien dans des situations
d’urgence ou à court terme. Mais, cela ne peut
remplacer le reste. Or, dans les faits, les entreprises se bornent surtout à faire de la
prévention secondaire et tertiaire, et peu de
primaire.
Pourquoi ?
Il y a un enjeu stratégique d’imputation des
responsabilités. Opter pour des solutions
individualisées, c’est indirectement dire que
la source du mal, c’est le salarié. Si l’on s’intéresse à l’organisation du travail, on présuppose qu’on décale la responsabilité au niveau
collectif, de l’entreprise. Il y a un rapport de
force, avec des jeux d’acteurs. La santé au travail est l’objet d’une lutte favorisée par le flou
autour de la notion de stress.
Quelles sont les plus engagées ?
Le niveau d’action dépend des moyens. Sur
ce point, les grandes entreprises ont un avan-
tage. Mais des PME tentent de se fédérer pour
agir. Ce qui pèse vraiment, c’est le profil du
dirigeant et son niveau de conviction.
Certains sont conscients que performances
économique et sociale sont liées et que l’amélioration du bien-être des salariés peut
réduire l’absentéisme ou les accidents de
travail.
La pédagogie, est-ce suffisant ?
Les entreprises ont une approche généralement légaliste, que l’on peut résumer ainsi: «je
fais juste ce que m’impose la loi». Celles du
secteur industriel ont des normes de sécurité
importantes et sont plus attentives au sujet,
en tout cas sur le plan de la sécurité physique.
On voit là le poids du cadre législatif. Les mentalités évoluent mais beaucoup voient encore
la santé au travail comme un coût, et non
comme une source de performance.
Recueilli par AMANDINE CAILHOL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Jeudi 9 Août 2018
RDC «S’il y a
des élections,
on remerciera
surtout Dieu»
REPORTAGE
Depuis décembre 2016, l’Eglise catholique était
en première ligne contre le maintien au pouvoir
illégal du président Kabila. Ce dernier a annoncé
mercredi qu’il ne briguerait pas un troisième mandat.
Par
lever, pour dire à ceux qui nous dirigent qu’ils doivent le faire selon les
Envoyée spéciale à Kinshasa
valeurs chrétiennes que nous défendons, dans l’intérêt de tout le monde,
abbé Aimé Lusambo est sur pas seulement de quelques puissants
ses gardes. Les cloches son- devenus insolemment riches.»
nent à la sortie de la messe, Les prêtres congolais sont nomdes fidèles bavardent. Encore vêtu breux à assumer leur dissidence.
de sa robe blanche, après quelques L’Eglise catholique est devenue un
poignées de mains, il rejoint direc- acteur de premier plan dans les
tement l’annexe située derrière mouvements citoyens et s’implique
l’église Saint-François-de-Sales, pour tenter de dénouer la crise
dans un quartier populaire de Kins- politique que traverse le pays.
hasa, la capitale de la république Le 19 décembre 2016, le deuxième
démocratique du Congo. Ici, –et dernier selon la Constitution–
le 21 janvier, des paroissiens armés mandat du président Joseph Kabila
de chapelets, de crus’est officiellement achevé
cifix et de bibles
sans que de nouvelles
SO
DU UD
s’étaient rassemélections soient orgaA
S
CENTRAFRIQUE
UD N
blés et se prépanisées. La colère
raient à marcher
monte, des jeunes
RÉP. DÉM.
pour «libérer
descendent dans
DU CONGO
GABON
l’avenir» du pays,
la rue aux cris de
Kinshasa
selon le mot d’or«Kabila, dégage!»
dre. La police a
Les manifestions
Matadi
ouvert le feu. Une
sont violemment
Lubumbashi
ANGOLA
femme de 24 ans est
réprimées par les
tombée, une balle
forces de sécurité. Le
300 km
dans le cœur, selon des
blocage est total.
témoins. «Elle a été tuée juste
Forte de son autorité morale,
devant l’église, raconte le prêtre. la Conférence épiscopale nationale
Nous avons voulu nous exprimer, et du Congo (Cenco) se pose en dernier
le sang d’innocents a coulé.»
rempart de la population et endosse
L’abbé dit avoir reçu des menaces et le rôle de médiateur. Les évêques ne
être «surveillé», mais sa position ménagent pas leurs efforts pour tenreste ferme. «On ne peut pas étouffer ter d’obtenir un compromis auquel
un peuple pendant longtemps, dit-il, ils sont peut-être les seuls à croire.
en haussant la voix. C’est le rôle de A l’issue de pourparlers de la derl’Eglise d’encourager ses fidèles à se nière chance particulièrement ten-
PATRICIA HUON
e
iqu
ant
Atl
E
TAN
ZAN
I
éan
Oc
CONGO
L’
dus, notamment le soir de la SaintSylvestre, ils arrachent la signature
d’un accord qui prévoit des élections générales, dont la présidentielle, en 2017, avec l’assurance que
Joseph Kabila ne sera pas candidat
à sa succession et d’autres garanties,
parmi lesquelles la libération des
prisonniers politiques et le retour
des opposants contraints à l’exil.
Telles les bonnes résolutions de la
nouvelle année, les engagements
sont éphémères. Le gouvernement
avance des problèmes logistiques,
le scrutin est finalement repoussé
au 23 décembre 2018.
Relais
«Nous avons un peu le sentiment
d’avoir été utilisés par le pouvoir qui
voulait gagner du temps», dit l’abbé
Jean-Marie Bomengola, secrétaire
de la Cenco. Il fait part de ses doutes
sur la volonté des autorités d’organiser un scrutin crédible : «S’il y a
des élections, on remerciera surtout
Dieu, dit-t-il. Mais nous n’allons pas
abandonner pour autant.»
L’Eglise catholique est influente, et
omniprésente. Près de 40 millions
de Congolais –la moitié de la population – lui sont fidèles. «Son implantation, à travers un réseau de
diocèses qui couvrent tout le pays,
remonte à la colonisation belge.
Mais elle a pris un rôle encore plus
important après l’indépendance, dit
le sénateur Florentin Mokonda
Bonza, ex-directeur de cabinet du
Lors de la manifestation contre Kabila
organisée par l’Eglise, à Kinshasa le
21 janvier. PHOTO KENNY KATOMBE. REUTERS
président Mobutu. Chaque semaine,
dans les paroisses, ont lieu des réunions lors desquelles sont discutés
des thèmes suggérés par les évêques.
Les messages passent.»
Dans les zones rurales reculées,
où les villageois sont livrés à euxmêmes, les prêtres, nonnes et employés de l’organisation caritative
catholique Caritas sont souvent les
seuls à offrir un minimum de services dans les écoles ou les dispensaires. Les institutions religieuses
prennent le relais d’un Etat défaillant. L’Eglise catholique congolaise est aussi un grand propriétaire
de terres. Elle a créé des coopératives d’épargne et de microcrédit,
soutient des projets agricoles…
«Certains reprochent à l’Eglise catholique de s’impliquer en politique.
Mais elle est présente, depuis longtemps, dans tous les secteurs de la
vie publique», constate l’historien
Isidore Ndaywel, rappelant qu’elle
a aussi formé bon nombre des élites
du pays. Parfois accusée d’avoir été
l’un des piliers de la colonisation,
menacée par la montée en puissance des Eglises de réveil, elle veut
prouver que ce sont les intérêts du
peuple qui la guident. «Et elle
est suffisamment implantée pour
pouvoir se permettre d’aller à la
confrontation», dit le professeur
à l’université de Kinshasa, qui a participé à la première «marche des
chrétiens», le 16 février 1992.
Ce jour-là, à l’appel d’un groupe de
prêtres kinois et du Comité laïc de
coordination (CLC) qui bat le rappel, des dizaines de milliers de
personnes manifestent pour réclamer des avancées démocratiques au
régime du maréchal Mobutu Sese
Seko, au pouvoir depuis près de
trois décennies. Les forces de sécurité tirent sur la foule. C’est un carnage. La police emmène les corps,
le nombre de victimes ne sera
jamais connu. L’opposition parle
d’une centaine de morts. A l’époque, la hiérarchie du clergé ne
s’était pas prononcée en faveur de
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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u 7
UN SCRUTIN
SANS KABILA
TRÈS OUVERT
n Le suspense a été maintenu
jusqu’au bout. Joseph Kabila,
président de la république
démocratique du Congo, ne sera
pas candidat à l’élection
du 23 décembre. D’une part,
la Constitution lui interdisait de
briguer un troisième mandat.
D’autre part, les pressions se
faisaient de plus en plus fortes.
L’obstination du Président,
depuis la fin de son deuxième
mandat en décembre 2016, avait
en effet déclenché des
manifestations, violemment
réprimées, à travers le pays.
Quelques heures avant la clôture
du dépôt des candidatures,
mercredi, le chef de l’Etat a
finalement désigné un dauphin:
Emmanuel Ramazani Shadary,
secrétaire permanent du Parti du
peuple pour la reconstruction et
la démocratie et ex-ministre de
l’Intérieur. Un proche de Joseph
Kabila frappé depuis 2017
par des sanctions de l’UE.
n Le dauphin de Kabila fera
face à quelques poids lourds de
l’opposition : Félix Tshisekedi,
fils de l’opposant historique
Etienne Tshisekedi et président
du parti UDPS ; Jean-Pierre
Bemba, ex-vice-président et
ancien chef rebelle acquitté par
la Cour pénale internationale en
juin ; ou encore Vital Kamerhe,
ancien président de
l’Assemblée nationale. Un autre
opposant, Moïse Katumbi, a été
empêché par les autorités de
rentrer au pays pour déposer
sa candidature. Une passation
de pouvoir démocratique serait
une première en RDC, où les
transitions ont toujours été
marquées de violences.
Mais Joseph Kabila n’a peut-être
pas dévoilé l’ensemble de ses
cartes. Une ultime ruse pour
garder la main sur le pouvoir
n’est pas à exclure. P.H.
cette action de défiance. Nouveau
souverain pontife, nouvelle ère.
L’année dernière, alors que le gouvernement ignore les critiques, les
évêques appellent clairement les citoyens à se mobiliser. Ils n’hésitent
pas à parler d’alternance démocratique lors de leurs sermons. «La crise
sociale, la misère, l’obstination des
dirigeants, crée une impatience», dit
Isidore Ndaywel. Avec d’autres intellectuels catholiques, il est l’un
des initiateurs de la réactivation
du CLC, qui coordonne l’organisation des marches. Ils jouissent du
soutien sans ambiguïté de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, l’archevêque de Kinshasa.
Clandestinité
A 78 ans, ce conseiller du pape François et poids lourd de l’Eglise catholique est respecté en RDC autant
qu’au Vatican, parfois comparé
à l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, Nobel de la paix et
héros de la lutte anti-apartheid.
«Que les médiocres dégagent, et que
règnent la paix, la justice en RDC»,
écrit le prélat congolais début janvier. Des mots sans compromis, perçus comme une attaque frontale
contre Joseph Kabila. Les membres
du clergé n’ont pas tous des positions aussi tranchées que celles du
cardinal vis-à-vis du chef de l’Etat,
mais ils le suivent pour l’instant.
A l’appel des évêques, des milliers
de Congolais marchent pour réclamer l’organisation d’élections et
une meilleure gouvernance. Alors
que les groupes de jeunes activistes
ou les partis d’opposition, affaiblis
par leurs divisions, luttent pour
rassembler, l’Eglise catholique y
parvient et s’affirme comme la première force de contestation du
pays. Dès lors, elle pose problème
aux autorités, qui remettent en
question sa légitimité dans le débat
politique. «L’Eglise doit rester au
milieu du village et ne pas s’engager
d’un côté ou d’un autre, dit Barnabé
Kikaya Bin Karubi, conseiller di-
plomatique du Président. Nous
pensons que certains hommes politiques se cachent derrière l’Eglise
catholique pour commettre des actes répréhensibles. Le gouvernement ne peut pas rester inerte face
à des situations qui peuvent mettre
en péril la vie paisible des citoyens.
Donc nous intervenons.» Les méthodes pour rétablir l’ordre ont peu
changé depuis Mobutu : au moins
17 personnes ont été tuées lors de
trois grandes marches de protestation pacifique, entre décembre et
février.
Les membres du Comité laïc font
l’objet d’un mandat d’arrêt et vivent
dans la clandestinité. Des prêtres
évoquent aussi des intimidations
venues des «bérets rouges», des
jeunes du parti au pouvoir, le Parti
du peuple pour la reconstruction et
la démocratie (PPRD). Leurs accointances avec les Imbonerakure
burundais inquiètent. Ces derniers,
qualifiés de milices par les Nations
unies, sont accusés d’avoir participé
à la répression des opposants
pendant la contestation contre le
troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza, en 2015.
Les similarités existent: au début de
l’année, avant une marche des chrétiens, un des leaders du PPRD a
lancé un avertissement: «Ceux qui
manifestent habillés en soutane sont
des imposteurs», peut-on l’entendre
dire dans une vidéo diffusée sur les
réseaux sociaux.
Coulisses
«Il y a énormément de pressions
à Kinshasa et au Vatican. Le pape a
dû rappeler son nonce apostolique
en RDC. L’Eglise ne veut pas se trouver dans une position où elle appelle
à la rébellion contre un Etat. Elle ne
veut pas non plus être responsable
des morts dans la rue, dit Jason
Stearns, directeur du Groupe
d’étude sur le Congo. Mais je pense
qu’il ne faut pas voir cela comme un
mouvement centralisé. Des membres
de l’Eglise ont haussé le ton, souvent
de manière spontanée, face au
ras-le-bol de la population et au nonrespect de l’accord de la Saint-Sylvestre. Désormais, même les kibanguistes ou les musulmans sont plus
fermes avec le pouvoir. Ils ne sont pas
en tête des manifestations mais ils ne
les condamnent plus.»
Depuis quelques mois, l’Eglise a
cependant levé le pied et, certainement à l’issue de négociations
en coulisses avec le pouvoir, a
déclaré une trêve. Mais le silence
des autorités ces dernières semaines
et le fait qu’elles aient attendu le
dernier jour du dépôt des candidatures pour la présidentielle a ravivé
les inquiétudes (lire ci-dessus). Et
ajouté aux nombreuses inconnues
qui demeurent quant à la tenue d’un
scrutin crédible le 23 décembre. Le
CLC masque de plus en plus difficilement les divergences en son sein,
entre les modérés et ceux qui, face
à l’échec des marches pacifiques,
craignent que celles-ci ne deviennent impopulaires. •
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8 u
MONDE
Libération Jeudi 9 Août 2018
LIBÉ.FR
Championnats d’Europe de natation
L’équipe de France a remporté le relais
4×100 m nage libre mixte, mercredi soir à Glasgow. Jérémy Stravius, Mehdy Metella, Marie Wattel et Charlotte
Bonnet ont décroché la 4e médaille d’or de la compétition pour
la France (après le 4×100 féminin, le 4×100 quatre nages pour
Fantine Lesaffre et le 200 libre pour Charlotte Bonnet). Troisième
du 100 libre un peu plus tôt, Bonnet a conquis sa 4e médaille des
championnats.
bres. Enfin, toute décision judiciaire américaine fondée
sur ces sanctions sera privée
d’effet sur le territoire européen. Mais ce dispositif, qui
semble dissuasif à première
lecture, n’a en réalité aucune
chance de s’appliquer, faute
de volonté politique des Etats
membres et des institutions
de l’UE, car il suppose d’entrer dans une véritable guerre
contre les Etats-Unis.
Brutalité. Déjà, on a pu tou-
L’usine Renault à Téhéran, en avril 2016. PHOTO FARHAD BABAEI. LAIF-REA
Iran: l’UE a les mains liées face aux
sanctions économiques américaines
Si l’Europe
martèle sa volonté
de sauver l’accord
sur le nucléaire,
elle n’a pas de
quoi s’opposer
aux «zig-zags»
américains
dénoncés
mercredi par
Téhéran.
Par
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
D
onald Trump fait la
démonstration, jour
après jour, que les
Etats-Unis restent la seule
hyperpuissance en ce début
de XXIe siècle. Le monde
multipolaire que certains ont
cru voir émerger après les
fiascos afghan et irakien et
la montée en puissance de
l’Union européenne, de la
Chine, de l’Inde ou du Brésil,
se révèle pour ce qu’il est : un
mirage. C’est même l’élection
d’un président isolationniste
à la Maison Blanche qui
montre, de façon contre-intuitive, que l’Amérique reste,
et restera pour longtemps, la
puissance autour de laquelle
le monde s’ordonne. La dénonciation, en mai, de l’accord sur le nucléaire iranien
de 2015 et l’entrée en vigueur,
mardi, d’une première salve
de sanctions américaines –la
seconde, touchant le pétrole
et le gaz, suivra en novembre– contre Téhéran en fournit la démonstration.
Même si toutes les parties engagées dans l’accord iranien,
l’UE, la Russie et la Chine, affirment leur volonté de le
sauver et leur «détermination
à protéger les opérateurs économiques européens engagés
dans des affaires légitimes
avec l’Iran», selon les mots
d’un communiqué européen,
en réalité, tout le monde s’apprête à se plier à l’embargo
décidé par Trump, faute
d’avoir les moyens de se couper du marché américain. En
dépit des exhortations iraniennes contre Washington.
violerait l’embargo sera sanctionné par la justice américaine, comme BNP-Paribas
en a fait la douloureuse expérience. Comme l’a rappelé
Trump, mardi, dans l’un
de ses fameux tweets, «quiconque fait des affaires avec
l’Iran ne fera PAS d’affaires
avec les Etats-Unis». Tout
aussi direct, l’ambassadeur
américain à Berlin a enjoint
les entreprises allemandes de
ne plus commercer avec
«Blocage». «L’Amérique a l’Iran puisque «M. Trump en
constamment zigzagué, per- a ainsi décidé».
sonne ne peut lui faire con- Bref, sauf à se retirer des
fiance», a déclaré mercredi le Etats-Unis, qui restent la
ministre iranien
première puisdes Affaires étranANALYSE sance économigères, Mohammad
que, financière,
Javad Zarif. Les Etats-Unis diplomatique du monde, les
imposent leur droit au reste entreprises étrangères n’ont
de la planète sans que celle-ci d’autre choix que de se retirer
puisse y faire grand-chose : d’Iran, ce qu’ont déjà fait Sietoute entreprise, tout Etat qui mens, Daimler, Airbus, Total,
PSA, Renault ou Maersk. Il en
ira de même pour les banques
qui ne pourront plus assurer
des transactions avec l’Iran
en dollars, même s’il s’agit
d’entreprises n’ayant pas
d’intérêts aux Etats-Unis.
En riposte à cet unilatéralisme illégal au regard du
droit international, l’UE a certes réactivé mardi son règlement dit de «blocage» de 1996
qui n’a, jusqu’à présent, jamais servi. En substance, il
interdit aux entreprises européennes, sauf dérogation de
la Commission, de se plier à
l’embargo américain sous
peine de sanctions «dissuasives et proportionnées». Il
leur ouvre aussi un droit à indemnisation : si elles sont
sanctionnées aux Etats-Unis,
elles pourront poursuivre le
gouvernement américain devant la justice des Etats mem-
cher du doigt la détermination de l’Europe sur le
front commercial ouvert par
Trump. S’il a tenu bon sur
l’acier et l’aluminium, imposant des mesures de rétorsion
sur une série de produits
américains, le bloc européen
a explosé lorsque Trump a
menacé de taxer les importations d’automobiles européennes : aussitôt, JeanClaude Juncker, le président
de la Commission, accompagné de son fidèle second, l’Allemand Martin Selmayr, s’est
rendu à Washington pour
faire droit aux revendications
américaines. L’UE va donc
s’engager dans une négociation commerciale sur les sujets qui intéressent les Américains sans avoir obtenu la
suspension des droits de
douane sur l’acier et l’aluminium et sans assurance que
les automobiles échapperont
à des surtaxes si les négociations n’aboutissent pas au résultat espéré par Trump.
C’est ce qui s’appelle négocier
avec un pistolet sur la tempe,
ce que les Européens avaient
«fermement» écarté dans un
premier temps.
Face à la brutalité américaine, l’UE n’est pas seule à
capituler: la Russie a beau inciter «la communauté internationale» à ne pas «accepter
que des réussites importantes
d’une diplomatie multilatérale soient sacrifiées par la
volonté américaine de régler
ses comptes avec l’Iran», elle
pliera elle aussi devant
Washington, comme le montre le retrait annoncé d’Iran
du russe Lukoil… La Chine
elle-même ne remplacera pas
les Européens ou les Russes,
de peur de se voir privée
de son principal marché à
l’exportation. L’UE, qui a cru,
après l’élection de Donald
Trump, qu’elle pourrait devenir avec la Chine l’ancre d’un
nouvel ordre mondial, doit
déchanter. •
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Libération Jeudi 9 Août 2018
u 9
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LIBÉ.FR
Le droit à l’IVG rejeté en Argentine ?
Le droit à l’avortement peut-il s’imposer en Argentine, pays du pape François ? Approuvé de justesse
par les députés, le projet de loi qui légalise l’IVG lors des 14 premières
semaines de grossesse était soumis mercredi au vote des sénateurs,
qui devaient se prononcer vers minuit heure française. Selon plusieurs
médias argentins, la balance pencherait vers un rejet du texte, sous la
pression de l’Eglise. Et ce malgré la mobilisation massive de militantes
en sa faveur depuis plusieurs mois.
Russie Une Pussy
Riot empêchée
de quitter le
territoire
Soixante-et-un caractères.
C’est tout ce qu’il aura fallu
à Elon Musk pour affoler
une nouvelle fois Wall
Street. Le fondateur du
constructeur de voitures
électriques Tesla a en effet
tweeté son intention «de retirer Tesla de la Bourse à
420 dollars. Financement
assuré», écrit-il.
Aussitôt, le cours de l’action
de l’entreprise a bondi,
avant de fluctuer et d’être
ensuite suspendu. Reprenant un quart d’heure avant
la fermeture de la Bourse, il
a finalement clôturé en
hausse de 11%. Habitué des
actes de com loufoques,
Elon Musk s’est, un peu plus
tard, expliqué. Dans un mail
envoyé à tous les employés
de Tesla et rendu public, il
dit vouloir éviter des «fluctuations fulgurantes» du
cours de l’entreprise. Ce que
permettrait le retrait de
Tesla du système boursier.
«Le fait d’être public [coté en
bourse] signifie que de nombreuses personnes sont incitées à attaquer notre compagnie», dit-il. Sa proposition
devra toutefois être validée
par un vote positif d’au
moins 51% des actionnaires.
«Si le processus aboutit, la
sortie de cote de Tesla sera finalement une énorme opportunité pour tous», assure son
PDG.
L’annonce intervient dans
un contexte financier délicat
pour Tesla, qui a perdu plus
de 742 millions de dollars au
deuxième trimestre. En mai,
Musk avait assuré qu’il
comptait inverser la tendance d’ici la fin de l’année.
Mais certains investisseurs
doutent de sa capacité à devenir rentable. Or pour être
sécurisée, une «sortie de cotation» nécessite des financements préalables. Et malgré un apport récent du
fonds souverain saoudien
Public Investment Fund,
l’annonce de Musk arrive
brutalement. Trop, sans
doute, pour les actionnaires
ayant vendu des actions de
Climat: «On ne peut pas attendre
que la Terre se stabilise toute seule»
canismes planétaires qui am- Selon moi, le plus urgent et
plifieraient ces dérèglements dangereux est la fonte des caque les humains ont provo- lottes glaciaires, qui pourrait
qués. Et s’il existait un point devenir irrévocable et particritique à partir
cipe à la hausse
duquel la pladu niveau des
nète irait toute
océans. Un
seule vers un
autre élément
état de chaleur
inquiétant est le
extrême, qu’on
ralentissement
appelle dans
de la circulation
l’étude «la trade retournejectoire maison
ment
de
chaude», qui
l ’A t l a n t i q u e
INTERVIEW Nord [souvent
rendrait les conditions de vie
confondu avec le
très difficiles, voire impossi- Gulf Stream, ndlr]. Ces phébles pour l’homme.
nomènes peuvent basculer
Avez-vous été surpris par rapidement et des milliards
les conclusions alarman- de personnes en dépendent.
tes de l’étude ?
Dans l’étude, il est écrit
Que l’on déclenche, dans un que les décisions des dix à
futur proche, un effet do- vingt prochaines années
mino mondial incontrôlable vont déterminer la trajecme paraît peu probable. Mais toire du monde pour les
on ne peut pas éliminer cette 10000 années suivantes…
éventualité. Si on veut garder C’est la caractéristique de
la Terre dans un état de fonc- l’époque extraordinaire dans
tionnement similaire aux laquelle nous vivons. Les acmilliers d’années précéden- tions des hommes dans les
tes, nous devons agir rapide- prochaines années vont défiment et radicalement. On ne nir les vies de nombreuses
peut pas attendre que la pla- générations et le monde dans
nète se stabilise toute seule. lequel elles vont vivre.
Quels sont les mécanismes
Recueilli par
physiques qui pourraient
AUDE MASSIOT
atteindre un point critique A lire en intégralité sur Libé.fr.
et qu’on doit surveiller ?
Lire également page 18.
L’été,
le monde
continue
de tourner.
DR
La planète pourrait se transformer en cocotte-minute
plus vite que les climatologues ne le prédisaient. C’est
la conclusion d’une inquiétante étude, «Trajectoires du
système Terre dans l’anthropocène», publiée lundi. Spécialiste du fonctionnement
des systèmes biologiques
planétaires, Tim Lenton est
coauteur de l’étude.
Qu’est-ce que l’anthropocène ?
C’est le nom donné par des
scientifiques à notre époque
géologique, marquée par les
conséquences mondiales des
activités humaines. Notre ère
géologique est appelée holocène mais devrait porter le
nom d’anthropocène, car depuis les années 50 et l’utilisation des armes nucléaires,
l’homme a laissé des traces
de ses activités dans les roches. Des géologues ou des
aliens d’un futur lointain
pourraient voir facilement
les marques des changements humains sur la constitution de la Terre.
Quel était le but de votre
étude ?
Nous voulions examiner si
changer le climat tel que l’humanité est en train de le faire
pourrait déclencher des mé-
Tesla avant le tweet de
Musk, qui pourraient théoriquement le poursuivre. «Si
Musk n’a pas, de fait, de quoi
financer son projet, son tweet
pourra mener l’entreprise à
des problèmes juridiques»,
note le juriste John Coffee Jr
dans Wired. En cas de poursuite, les avocats des plaignants pourraient alors
accéder aux communications entre Tesla et ses investisseurs supposés. Dans
le cas où elles seraient inabouties, voire inexistantes à
l’heure de son tweet, Musk
pourrait être jugé responsable de manipulation illégale
de marché…
PABLO MAILLÉ
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
RÉMY ARTIGES
Elon Musk évoque une sortie de
Bourse de Tesla et affole Wall Street
Une membre du groupe contestataire russe Pussy Riot,
Maria Alekhina, a affirmé
mercredi avoir été empêchée
par les garde-frontières d’un
aéroport moscovite de quitter la Russie alors qu’elle se
rendait à un festival en
Ecosse. «Après-demain [vendredi, ndlr], le premier spectacle mis en scène d’après mon
livre Riot Days aura lieu à
Edimbourg. Mais les gars du
service des garde-frontières
du FSB m’ont dit qu’il m’était
interdit de quitter le pays», a
écrit sur son compte Twitter
Maria Alekhina, qui participe
à de nombreux événements
culturels à l’étranger depuis
son emprisonnement entre 2011 et 2013 pour une
«prière punk» anti-Poutine.
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
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10 u
FRANCE
Libération Jeudi 9 Août 2018
Partir, comme le chante Voulzy, c’est
accepter que vienne «la fin de l’été sur
la plage, […] il faut alors se quitter, peut-être
pour toujours, oublier cette plage, et nos
baisers». Autant ne pas partir, non ?
PHOTO PETER MARLOW. MAGNUM PHOTOS
Travailler l’été, c’est le pied !
C’est décidé, on ne part pas en vacances! Comme un tiers des Français, d’ailleurs,
soit 22 millions de personnes. Et c’est peut-être la meilleure décision de l’année,
comme le prouve cet article, garanti (bien sûr) 100% sans mauvaise foi.
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Par
VIRGINIE BALLET
U
n sur trois. C’est la proportion de Français qui ne partent pas en vacances
cette année (1) Soit 22 millions de démunis du soleil, de privés de sable, de séquestrés au travail. Non qu’on soit aigris d’en faire
partie, loin de là. D’autant que beaucoup n’ont
pas le choix. Alors autant essayer de voir le
verre à moitié plein: force est de constater que
les congés sont le meilleur moyen de se coltiner méduses, moustiques, scutigères véloces,
mioches capricieux, GO survoltés et autres réjouissances. C’est vrai, qui a envie de se cogner des mois de prospection pour dégoter le
meilleur rapport qualité-prix sur les bungalows de Valras-Plage? Tout ça pour, au final,
se taper la vaisselle en moule-burnes dans le
bloc sanitaire du camping, PQ en bandoulière
pour économiser ses déplacements? Le tout,
bien sûr, après un énième clash entre végans
et viandards autour de la possibilité d’un barbecue. Sans parler des expéditions commissions à n’en plus finir pour toute une smala
d’ingrats qui trouveront toujours les chips
trop salées et le soda trop tiède. Chaleur, promiscuité, interminables trajets sur l’autoroute
au son des chansons de Henri Dès? Très peu
pour nous. Cet été, c’est décidé, on fait mieux
de travailler. La preuve en huit points.
C’est meilleur
pour la planète
A en croire un classement réalisé en décembre
par la plateforme de location Airbnb, en 2018
les Français plébiscitent Cardiff (pays-de-Galles), Bilbao (Espagne) et l’Aveyron pour s’évader. Sans réaliser l’impact de tels choix sur la
planète: à en croire le calculateur d’empreinte
carbone mis en ligne par GoodPlanet, la facture fait mal au séant. Par personne, un allerretour à Cardiff en avion équivaut à 0,43 tonne
de CO2, et jusqu’à 1,21 tonne pour Bilbao, «soit
0,67 fois ce que la Terre peut supporter par personne et par an pour stopper l’accroissement
de l’effet de serre», dixit l’ONG. Enfin, sachant
que l’Hexagone compte environ 31 millions
de véhicules immatriculés, ceux qui envisageraient de se rendre dans l’Aveyron en voiture
doivent avoir en tête qu’un aller-retour
Paris-Rodez dégage l’équivalent de 0,23 tonne
de CO2 dans l’atmosphère. Et en train? Zéro
tonne de CO2. Admettons. Mais c’est plus
long.
On est protégés
du soleil
Sans vouloir être alarmiste (qui a dit
«pisse-froid» ?), permettons-nous de citer
Santé publique France. Mi-juillet, la très
sérieuse Agence de santé publique, placée
sous la tutelle du ministère de la Santé, s’inquiétait que les «principaux conseils de prévention des risques solaires soient connus, mais
très peu appliqués» ces vingt dernières années. Ainsi, 9 personnes sur 10 sont conscientes que l’exposition au soleil est une cause probable de cancer de la peau, sans pour autant
se tartiner toutes les deux heures (seuls 40%
des interrogés le font). Pis, ils ne sont même
pas un tiers (31 %) à éviter de s’exposer aux
heures les plus ensoleillées, et près de 50% à
penser –à tort– que les coups de soleil dont
souffrent les bambins sont sans conséquence
à l’âge adulte. Bon, soyons honnêtes, le même
u 11
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Les Français
préfèrent investir
dans leurs vacances
(4,6% du budget
des ménages) que
dans leur santé
(3,8%). Soit plus
que l’habillement
(3,9%) ou les
communications
(2,3%).
communiqué alertait aussi sur les risques liés
au travail : plus d’1 actif sur 5 dit devoir travailler souvent, voire systématiquement au
soleil. Raison de plus pour ne pas s’exposer à
dessein pendant les vacances. Et toc!
de prévention pour rappeler que la première
chose à glisser cet été, c’est bien un préservatif – dans sa valise (bande de cochons).
On peut visiter
sa propre ville
Les anglophones parlent de staycation,
contraction de stay («rester») et vacation («vacances»). Ce néologisme, né aux Etats-Unis
dans le sillage de la crise des subprimes
en 2007-2008, ne désigne plus seulement la
nécessité de rester dans son secteur habituel
faute de budget, mais bien une tendance
choisie. Pourquoi ne pas profiter de son
temps libre pour jouer les touristes dans les
monuments du coin ?
On reste ami
On évite de couler avec son banquier
Au cours du seul mois de juin 2018, pas moins
de 552 personnes ont été victimes de noyade,
contre 332 en juin 2017. 121 d’entre elles n’ont
pas survécu cette année, contre 147 l’année
dernière, toujours selon Santé publique
France, toujours prompte à doucher les
enthousiasmes les plus féroces. Certes, la
plupart du temps, il s’agissait d’accidents.
Mais 34 des noyades de juin 2018 étaient
«intentionnelles». Comprendre: tentative de
suicide, suicide ou agression… Et 16 d’entre
elles ont abouti à la mort. Sur le nombre total
de noyades, 261 font encore l’objet d’investigations. Querelle de barbecue ?
A choisir, ne vaut-il pas mieux pas faire soigner ce satané chicot plutôt que de pomper
dans le livret A du petit Archibald pour s’évader en Bretagne ? Le dilemme peut sembler
saugrenu. Et pourtant: les Français préfèrent
investir dans leurs vacances que dans leur
santé, selon des travaux publiés en 2016 par
le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, tandis que les
dépenses de santé représentent en moyenne
3,8 % du budget des ménages, les vacances,
elles, pèsent 4,6%. Soit plus que l’habillement
(3,9%) ou encore les communications (2,3%).
En moyenne, une personne seule claque
650 euros pour un séjour de quatre jours loin
de chez elle (transports, loisirs et hébergement compris), quand la douloureuse culmine à 1400 euros pour un couple avec deux
enfants en bas âge, et jusqu’à 1 700 pour un
couple avec trois enfants, dont un au-dessus
de 14 ans; ce qui est tout de même cher pour
entendre grommeler un adolescent mal luné
du matin au soir, même si c’est face à la mer.
Fini le blues
de la rentrée
Partir, se laisser caresser par le soleil, la brise,
et peut-être par son voisin de tente (excès
d’imagination), c’est aussi accepter que
vienne «la fin de l’été sur la plage», comme le
chantait Laurent Voulzy en 2006. «Il faut
alors se quitter, peut-être pour toujours,
oublier cette plage, et nos baisers»… Sans
parler de la rentrée, des jours qui raccourcissent, du retour de stress comme un boomerang en pleine trogne… Autant suspendre la
corde d’emblée. Ne pas partir, c’est finalement s’épargner. Et pour les plus chanceux,
profiter de bureaux climatisés (merci patron).
Alors, on n’est pas bien là ? A la fraîche ? Détendus du gland ? Et on décollera quand on
aura envie de décoller. •
(1) Selon une étude Ifop menée au printemps
pour la Fédération «Jeunesse au plein air».
On reste à distance
des mycoses
On entend déjà les montagnards fanfaronner,
trop content de se croire à l’abri du danger,
à crapahuter dans le massif de la Vanoise entre
marmottes et bouquetins. Mais pour eux
aussi, la fête est finie. Un fléau des plus déplaisants les guette, familièrement appelé «pied
d’athlète». Fissures entre les orteils, aspect
blanchâtre, chute de lambeaux de peau, odeur
nauséabonde sont autant d’indices d’une mycose des pieds. Aucun âge n’est épargné, et
contrairement au surnom flatteur qu’on leur
donne, elles n’ont rien à voir avec l’endurance
ou l’effort physique, mais surviennent en cas
de chaleur ou de macération dans les chaussures. Elles peuvent aussi se transmettre d’une
personne à l’autre, d’où l’intérêt d’une bonne
paire de tongs, meilleure camarade dans les
sanitaires communs. Mais pas de panique:
«Les mycoses superficielles sont banales», nous
rassurent les spécialistes du CHU de Nice sur
leur site internet. Et bon appétit bien sûr!
Ouste, les IST!
L’amour à la plage? Ça fait peut-être de belles
chansons à entonner au karaoké, mais surtout
des cocktails d’infections sexuellement transmissibles (IST). Selon l’Agence nationale de
sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, le nombre d’IST a
carrément triplé entre 2011 et 2016. Il y a
deux ans, 267097 personnes avaient attrapé
une chlamydia, soit tout de même pas loin de
l’équivalent d’une ville comme Orléans. A tel
point que ces joyeux lurons de Santé publique
France ont lancé cet été une vaste campagne
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• Simon Bailly
Libération Jeudi 9 Août 2018
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12 u
FRANCE
LIBÉ.FR
Libération Jeudi 9 Août 2018
Tu mitonnes
Chaque semaine,
passage en cuisine
et réveil des papilles. Ce jeudi, des
recettes rafraîchissantes en plein
coup de feu climatique, avec au
menu : «Pastèque et feta, pesto à la
menthe et pistaches» et «jus de pastèque glacé».
Selon la Banque
de France, le PIB
devrait progresser
de 0,4% au
troisième trimestre,
soit 0,1 point de
moins que l’an
dernier à la même
époque. L’exécutif
va devoir s’ajuster.
tembre, lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2019. Mi-juillet, à
l’occasion du débat d’orientation des finances publiques
au Parlement, les rapporteurs généraux du budget au
Sénat et à l’Assemblée ont
pointé, dans le sillage de la
Cour des comptes, le caractère «optimiste» des prévisions de l’exécutif pour 2018
(+ 2 %) et 2019 (+ 1,9 %).
Le député LREM des HautesAlpes Joël Giraud s’est donc
tourné vers le gouvernement
«pour connaître l’impact sur
la cible de déficit public d’un
éventuel fléchissement de la
croissance». Réponse faite au
rapporteur général du budget
à l’Assemblée : «Une réduction de la croissance d’un
point a un effet estimé entre
0,5 et 0,6 point à la hausse sur
le déficit public. Une révision
de la croissance de 2% à 1,7%
aurait pour effet d’augmenter
le déficit d’environ 0,2 point
du PIB et une révision de 1,9%
à 1,7% augmenterait le déficit
d’environ 0,1 point du PIB.»
Par
LILIAN ALEMAGNA
L’
exécutif va devoir se
faire une raison : la
croissance française
n’atteindra pas la barre
des 2 % cette année,
après 2,2% en 2017. «Nous réviserons les perspectives»,
avait anticipé le ministre de
l’Economie et des Finances,
Bruno Le Maire, il y a un peu
plus d’une semaine. Et après
les mauvais chiffres du commerce extérieur, ce ne sont
pas les nouvelles estimations
de la Banque de France (BDF)
sur l’activité économique qui
vont aider le gouvernement
à maintenir cette prévision
déjà jugée «un peu élevée»
par la Cour des comptes en
juillet.
Selon les estimations de la
Banque de France publiées
mercredi, le produit intérieur
brut français devrait
enregistrer une progression
de 0,4 % au troisième trimestre. Ce qui est, certes, audessus des résultats des premier et deuxième trimestres
(+0,3% à chaque fois selon la
BDF et + 0,2 % pour l’Insee)
mais en dessous de ce que la
BDF avait pu mesurer l’an
dernier à la même époque
(+0,5%), avant une forte embellie en fin d’année.
«C’est une accélération molle,
souligne Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques de Sciences-Po. Cela
confirme que l’activité devrait
être plus soutenue au second
semestre, compte tenu du calendrier des réformes fiscales
votées en 2018.» En effet, la
première partie de l’année
a été marquée par plusieurs
hausses de taxes au 1er janvier
(CSG, essence, tabac) alors
que les baisses d’impôts (cotisations sociales pour les
salariés, premier tiers de la
taxe d’habitation pour 80 %
des contribuables) ne seront
pleinement effectives qu’à
Promesses. De quoi revoir
Gérald Darmanin a promis une nouvelle prévision de croissance à la rentrée. PHOTO LAURENT HUET. AFP
Croissance: l’objectif de 2%
s’éloigne pour 2018
l’automne. Le gouvernement
compte là-dessus pour relancer la consommation des ménages, toujours atone.
Ralenti. Si la hausse du PIB
est moins importante que
l’an dernier, c’est notamment
à cause d’une diminution de
l’activité dans les secteurs
des transports, de l’hébergement et de l’intérim –un probable contrecoup des grèves
du printemps à la SNCF et à
Air France. Sur ce point,
l’Insee avait toutefois jugé
faible l’impact des mouvements sociaux sur la croissance annuelle, anticipant,
une baisse de «tout au plus»
En juin, la Banque de France avait
fixé à 1,8% sa prévision de
croissance pour 2018. Il faudrait
une fin d’été et un troisième
trimestre en forte accélération
pour atteindre ce chiffre. Peu
probable étant donné le contexte.
0,1 point, «tout en sachant
qu’un retour à la normale au
troisième trimestre 2018 entraînerait alors un contrecoup positif».
En outre, d’autres secteurs
industriels connaissent un
ralentissement, comme les
équipements électriques, la
chimie ou le bois. Par
ailleurs, s’il montre des signes de bonne santé en
juillet, le bâtiment devrait
marquer le pas au mois
d’août. A l’inverse, la pharmaceutique et la fabrication
de matériel de transports affichent de bons résultats et,
précise la BDF dans cette
même enquête de conjoncture, «les carnets de commande restent bien garnis»
dans l’ensemble de l’indus-
trie. En juin, la Banque de
France avait fixé à 1,8 % sa
prévision de croissance
pour 2018. Il faudrait une fin
d’été et un troisième trimestre en forte accélération pour
atteindre ce chiffre. Peu probable étant donné le contexte
international. L’Insee, lui, table plutôt sur 1,7 % après
deux premiers trimestres au
ralenti (+0,2% à chaque fois)
même si devant les députés,
avant de partir en vacances,
le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin, a promis une nouvelle prévision de croissance
à la rentrée «qui, quoi qu’il
arrive, ne serait pas inférieure à 1,8 %».
Le nouveau chiffre pourrait
donc être présenté fin sep-
les ambitions de l’exécutif en
matière de réduction du déficit public à 2,3 % du PIB
en 2018. Selon Giraud, «la cible de déficit public pour 2019
pourrait être relevée à 2,6 %
du PIB en cas de fléchissement
de la croissance à 1,7 %
en 2018 et 2019». Ce serait,
certes, suffisant pour rester
sous la barre fatidique des
3 % et éviter de retomber en
infraction au regard des règles européennes, mais viendrait compromettre l’objectif
annoncé d’un retour à l’équilibre des comptes publics du
pays en fin de quinquennat.
A moins que le gouvernement ne décide d’accélérer le
rythme de ses économies ou
ne renonce à certaines baisses d’impôts. Dans le premier
cas, l’exécutif s’expose aux
accusations de vouloir serrer
la vis après avoir rendu,
en 2018, près de 5 milliards
d’euros aux plus fortunés.
Dans le second, on lui reprochera de revenir sur certaines
promesses de campagne.
Les deux ministres de Bercy
seraient alors en difficulté :
poussés par leurs ex-camarades de droite, ils se sont particulièrement engagés à «faire
baisser la pression fiscale». La
construction du deuxième
budget de l’ère Macron s’annonce très compliquée. •
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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LIBÉ.FR
Checknews Que risque un té-
moin qui a menti sous serment
pendant une enquête parlementaire ? Qui engage les poursuites ? Le Monde a révélé mardi que le couple de la place de la Contrescarpe n’avait pas menti sur son identité,
contrairement à ce qu’avait déclaré sous serment
le préfet Michel Delpuech lors de son audition
le 23 juillet. Le point sur Checknews.
100000
A Calais, des associations humanitaires
dénoncent un harcèlement policier
Surveillance constante, violences physiques et verbales,
tracas administratifs et multiples contraventions : mercredi, quatre associations
d’aide aux migrants ont
rendu public un rapport qui
détaille le harcèlement policier dont elles se disent victimes à Calais. L’Auberge des
migrants, Utopia 56, Help Refugees et Refugee Infobus
ont décidé de documenter
cette pression qui, si elle n’est
pas récente, s’est visiblement
accentuée : «Ces mesures reflètent une volonté d’intimidation des bénévoles», affirment-elles.
On connaissait la pratique
des contraventions, fréquentes quand on se gare près
d’un campement de migrants
à Calais. Motif le plus courant : «Stationnement très
gênant.» S’il arrive que les
camionnettes ou les voitures personnelles aient deux
roues à cheval sur un trottoir,
c’est souvent dans des coins
plutôt isolés, terrains vagues
ou zone industrielle. «Il est
aussi arrivé que le même véhicule reçoive deux amendes
pour stationnement très gênant à quatre minutes d’intervalle», pointe le rapport,
en reproduisant les contraventions. En tout, l’Auberge
des migrants a payé à l’Etat
2719 euros pour 22 amendes,
en huit mois. S’y ajoutent
une surveillance constante
lors des distributions de
Booba-Kaaris: pourquoi
la détention provisoire?
Booba et Kaaris. PHOTOS AFP
Le 4 août lors du procès des
rappeurs Booba et Kaaris
impliqués dans une bagarre
à Orly, des cris ont retenti
au tribunal à l’annonce de
leur mise en détention provisoire jusqu’au 6 septembre, date à laquelle
l’audience a été renvoyée.
«Faites évacuer la salle !» a
alors exigé le président. Efficace. Sauf que depuis vendredi des fans et des figures
du hip-hop critiquent cette
décision sur les réseaux.
«7 ans + 100000€ pour une
bagarre… Et Benalla dans
tout ça ?» a tweeté le rappeur belge Damso à propos
de la peine et de l’amende
maximale encourues par
les deux prévenus. Tandis
que le rappeur Dosseh ou le
producteur Tefa comparent
le traitement réservé à leurs
amis à l’affaire Cahuzac.
Les communautés des fans
n’ont pas tardé à leur emboîter le pas avec des #FreeKaaris, #LibérezleDuc…
Disproportionnée, la détention? «Il y a des critères très
précis, inscrits dans la
loi 144, qui traite de la détention provisoire, rappelle
Stéphane Babonneau, avocat pénaliste. Et dans ce cas
précis, je pense que c’est le
risque de réitération qui a
poussé le tribunal à prendre
cette décision.» Dans la loi
apparaît aussi le risque de
«concertation frauduleuse». Quant aux chances
de remise en liberté des
deux artistes, réclamée par
leurs avocats, Me Babonneau n’y croit guère : «Il
faut apporter de nouveaux
éléments. Les délais sont
trop courts.»
RIAD MAOUCHE
nourriture et des contrôles
policiers en augmentation :
205 depuis le 1er novembre,
dont 66 rien qu’en mai.
La pression peut aussi passer
par des convocations au commissariat. Ainsi, deux membres de l’Auberge des migrants qui distribuaient des
tentes et des sacs de couchage ont dû comparaître lors
d’une audition libre pour
«avoir été les instigateurs
d’une installation sur une
propriété privée». Rien n’a été
finalement retenu contre eux.
Plus grave, les militants sont
régulièrement molestés, affirment-ils, lorsqu’ils sont témoins d’une expulsion d’un
campement. Le rapport recense 37 cas. Les CRS pren-
PS L’ex-président
wallon tête de liste
aux européennes
en France ?
Figure du PS belge, l’ancien
ministre-président de Wallonie Paul Magnette a été sollicitée par les socialistes français pour être leur tête de
liste aux européennes de
mai 2019, «une hypothèse» à
ce stade selon le siège parisien du PS. Bourgmestre de
Charleroi, Magnette s’est fait
connaître en 2016 en s’opposant au traité de libreéchange entre l’UE et le Canada, le Ceta, menaçant un
temps son adoption par la
Belgique.
Moselle Il s’évade
par la fenêtre du
tribunal
Un homme de 21 ans a fui
mercredi le tribunal correctionnel de Sarreguemines,
qui venait de le condamner
à trois ans de prison pour une
tentative de vol de voiture
avec violence, de manière
pour le moins insolite : «Il a
couru en direction d’une fenêtre ouverte à cause de la
chaleur et il est descendu le
long du mur», a relaté le
procureur à l’AFP. Arrivé sur
le parvis, il «est parti en courant en direction de la ville».
Le prévenu est «activement
recherché».
nent souvent mal toute tentative de les filmer. Charlotte
Head, bénévole anglaise à
Help Refugees en témoigne:
son téléphone lui a été arraché et jeté à terre. Elle va le
récupérer, le CRS lui dit de
«se casser». Elle poursuit :
«Un autre policier, placé dans
mon dos, m’a attrapée au niveau de la gorge avec son bras
et m’a jetée à terre.» De son
côté, la préfecture du Pas-deCalais rappelle que ces «accusations ne sont pas nouvelles»
et que «les rares plaintes déposées ou les signalements
auprès de l’IGPN n’ont conduit jusqu’à présent à aucune
condamnation».
STÉPHANIE MAURICE
Correspondante à Lille
Ce serait le nombre d’animaux abandonnés
chaque année selon les uns. A moins que ce
soit 60000. Face à cette incertitude, la Fondation
Stéphane Lamart demande, dans un courrier daté
du 21 juillet et adressé à tous les députés, la collecte
de statistiques fiables, via les préfectures, sur les
abandons, adoptions et euthanasies d’animaux.
Stéphane Lamart qui défend la cause animale depuis dix-huit ans, «se questionne sur le chiffre
de 100000 abandons qui reste le même d’année en
année», a-t-il dit à l’AFP. «Si la protection animale
avait des chiffres fiables, on pourrait prendre des
mesures plus efficaces pour lutter contre les abandons, comme la prise de mesures pour mieux réguler les naissances dans les élevages.»
«Il y a du ménage
à faire au sein
d’Air France. L’idée
que les dirigeants
cherchent un candidat
qui leur permette de
rester à leur place
nous dérange.»
PHILIPPE EVAIN
Président de la section
Air France du syndicat national
des pilotes de ligne (SNPL).
Un nom fait désormais
figure de favori pour la présidence du groupe Air France-KLM: celui de Benjamin
Smith, actuel directeur des
opérations de la compagnie
Air Canada. L’identité de ce
candidat a été révélée par
le Monde mercredi. La
veille, dans un tweet, le président de la section Air
France du syndicat national
des pilotes de ligne (SNPL),
Philippe Evain, avait déjà
balancé le patronyme de cet
éventuel dirigeant, tout en
s’opposant à ce choix : «Le
seul avantage serait le maintien des personnes qui ont
échoué, ce serait une grave
erreur. D’autres solutions à
portée de nous existent.»
Contacté par Libération,
Evain persiste : «Au sein
du conseil d’administration,
le comité des nominations
cherche la solution qui lui
convient le mieux à titre personnel.» Face à cette charge,
la direction d’Air France-
KLM se contente de faire
savoir que «le processus de
sélection est toujours en
cours». Un membre du
conseil d’administration,
sous couvert d’anonymat,
indique toutefois «que
le nom de Benjamin Smith
circule effectivement depuis
trois semaines, mais
qu’aucune décision n’est encore prise».
Deux facteurs expliquent
que le numéro 2 d’Air
Canada tienne la corde.
D’abord, la compagnie Delta
Airlines, actionnaire à 8,5%
d’Air France, le pousserait ouvertement, d’autant
qu’elle commence à être très
agacée par ce feuilleton qui
dure depuis plus de trois
mois. Le précédent PDG,
Jean-Marc Janaillac, a
quitté ses fonctions le 4 mai
à la suite du référendum sur
les salaires qui l’a désavoué.
Ensuite, le conseil d’administration a accepté de faire
passer la rémunération du
prochain patron de 1,2 million d’euros par an à 2,5 millions, ce qui lui permet de
susciter l’intérêt de certains
profils, déjà en fonction
dans d’autres compagnies
aériennes et… mieux payés.
D’autres pointures sont
sur les rangs. Parmi elles,
Thierry Antinori, le numéro 2 d’Emirates, qui a débuté à Air France.
FRANCK BOUAZIZ
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14 u
SPORTS
Libération Jeudi 9 Août 2018
Dylan, Olivia, Jonathan,
Jacques et Kévin Borlée
(manque plus que
Rayane), le 17 août 2013
à Bruxelles. PHOTO FRANCK
FAUGERE. PRESSE SPORTS
Athlétisme Le clan Borlée
uni par les liens du 400
Par
Trois frères aux championnats d’Europe
à Berlin, un quatrième qui pousse en
catégorie junior. Derrière, l’idée folle du
père-coach-idéaliste de cette famille belge:
courir un relais 4×400… 100% Borlée.
LUCA ENDRIZZI
Envoyé spécial à Berlin
M
ardi matin, les jumeaux belges
Kévin et Jonathan Borlée, Diables
rouges du tour de piste, se sont
qualifiés sans souci pour leur entrée en lice
aux championnats d’Europe à Berlin, chacun remportant sa série du 400 m. Même
réussite pour leur frère cadet Dylan, également vainqueur de sa course. Kévin, Jona-
than et Dylan sont les trois enfants du premier mariage de Jacques Borlée, ancien
sprinteur lui-même et surtout grand passionné du sport. Les trois frères ont déjà
composé pour trois quarts le relais 4×400m
de la Belgique. Qui pourrait bien un jour être
100 % Borlée. Car Jacques Borlée, homme
prolifique dans tous les sens, a eu lors d’un
deuxième mariage un autre garçon,
prénommé Rayane, qui vient de revêtir le
maillot de l’équipe nationale aux championnats du monde juniors dans la même
discipline. Jacques Borlée rêve d’une course
opposant ses quatre fils au reste du monde.
«Un jour, on va le mettre en place ce “relais
Borlée”, mais juste pour le fun! Je voudrais
bien l’organiser, peut-être au meeting Van
Damme de Bruxelles l’année prochaine ou
en 2020. Pour l’instant, ici à Berlin, il n’y en
aura que trois», s’enthousiasme le père
Borlée, 60 ans, le double de ses jumeaux
Kévin et Jonathan.
«HORMONE DU CŒUR»
Outre ses fils (et sa fille Olivia qui ne fait pas
de compétition cette année mais continue
à s’entraîner dans le groupe), Jacques Borlée
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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n’arrive souvent pas à communiquer avec
son athlète. Le coach, en revanche, arrive
à simplifier les choses, à connaître le mode
de fonctionnement du cerveau de son athlète.
Il prononce les bons mots au bon moment et
fait en sorte que l’individu puisse donner la
plénitude de ce qu’il est capable de réaliser
le jour J.» Le coach est donc un fin psychologue? «Oui, mais la différence c’est que dans
le sport, on travaille pour stimuler la sensation –je dis bien la sensation et non les sensations. Il faut créer de la tranquillité autour
des athlètes afin que dans les moments de
stress ils puissent rentrer dans le “flow”, que
moi j’appelle la sensation.»
Autant de concepts que Jacques Borlée a
étudié sur les bancs de la faculté de psychologie pendant trois ans et qu’il continue à
nourrir lors des échanges avec des experts.
«Je travaille toujours en équipe. Il est nécessaire que chacun, psy, physio, médecin, apporte son propre savoir. Et je m’intéresse à
des études sur le comportement de l’homme,
sur la neuroscience, les ondes alpha et bêta
[qui commandent le rythme cérébral, ndlr],
par exemple», explique celui qui a aussi entraîné dans le basket et le tennis.
coache trois autres athlètes à Berlin. Dont
la pépite Jonathan Sacoor (18 ans), tout frais
champion du monde junior. Sur 400m, bien
sûr. Avec un chrono canon de 45”03.
Quel est donc le secret de la famille Borlée?
«Dans l’histoire de ma famille, l’ocytocine,
l’hormone de l’amour, a une grande valeur.
Ce n’est pas juste avec l’amour pour ses enfants qu’on fait des résultats, mais si on mélange cela à la compétence technique, on peut
arriver à la performance. L’ocytocine est
“l’hormone du cœur”, qui joue un rôle fondamental dans la performance, embraye l’entraîneur paternel. Autre élément important:
un entraîneur doit d’abord être un coach, et
si celui-ci veut que ses athlètes arrivent à
avoir des résultats, il doit les mettre au centre
de ses préoccupations, il leur doit de l’amour
gratuit, exactement comme l’amour maternel. Vous savez, il y a 1000 entraîneurs pour
un coach. J’ai vu des excellents entraîneurs
qui n’ont aucun résultat, mais ce qui m’a
frappé, c’est que le contraire existe aussi: de
très mauvais entraîneurs qui ont des résultats
parce qu’ils sont d’excellents coachs.»
Quelle est donc la différence entre les deux?
«L’entraîneur reste dans l’analytique et
«AVALANCHE»
Comment arriver à gérer des athlètes qui
sont aussi ses enfants, et inversement ?
«C’est effectivement compliqué, mais je crois
qu’il faut faire une distinction: il y a un moment où on est père et un où on est coach.
Avec les jumeaux, ce n’est pas toujours simple: ils sont tellement différents! Je considère
tous les athlètes de mon groupe comme mes
enfants car dans mon activité, je donne
beaucoup de ma personne, j’essaye vraiment
de mettre au centre de mes préoccupations
les garçons et les filles que j’entraîne, chose
que malheureusement ne font pas les clubs,
les fédérations, les comités olympiques…»
abonde le coach belge. Qui ne se fait pas
prier pour élargir sa critique : «Aucune société européenne ne figure parmi les plus innovantes de notre planète. Parce que l’on ne
pense qu’à se protéger. Pas seulement dans
le sport. Dans la politique, c’est pareil: tout
le monde pense à se protéger, on est dans le
contrôle permanent et cela ne nous fait pas
avancer. Coluche l’avait déjà dit il y a
trente ans. Il faut changer ce système, aider
les personnes qui ont envie de faire avancer
les choses, aider les chercheurs, et non pas les
dégoûter sous une avalanche de dossiers
administratifs pervers.»
Pour lui, le contre-exemple, ce sont les EtatsUnis: «Quand mes enfants y sont allés pour
s’entraîner dans une université, j’ai vu la différence. Là-bas, on met les athlètes dans de
bonnes conditions, on leur donne les moyens
de leurs ambitions. OK, je suis européen et je
fonctionne avec les vertus de notre continent:
en matière d’humanisme par exemple, on n’a
rien à nous apprendre.» Jacques Borlée fourmille d’idées: «C’est cela qui me stimule, je
veux transmettre quelque chose de mon passage dans ce monde, et c’est pour cela que je
suis en train de monter un projet pour fonder
un centre de la haute technologie appliquée
au sport à Bruxelles. Je suis terriblement
déçu de la façon dont le sport est dirigé, alors
que si on se concentre sur ses valeurs, on peut
aider la société à mieux fonctionner. J’ai un
autre projet autour du sport et de l’éducation
mais… Non, je ne peux pas vous en parler
maintenant, c’est un peu tôt!» •
Morhad Amdouni:
après les blessures,
le titre européen
Au terme d’un sprint époustouflant, le
Français a été sacré champion d’Europe
sur 10 000 m.
LIBÉ.FR
u 15
Perche: Ninon
Guillon-Romarin
saute vers l’inconnu
Rencontre avec le nouvel
espoir de la perche française,
qui s’est qualifié facilement
mardi pour la finale des
championnats d’Europe,
après avoir remporté les Jeux
méditerranéens.
M
Le geste est moins maîtrisé parce que,
forcément, tu n’as jamais passé cette barre.
Il y a donc une composante risque qui rend
plus excitante encore notre discipline.
De plus, quand je regarde les barres que
passent les plus fortes, ça me les désacralise. Je me dis aussi : “Punaise, si je ne bats
plus mon record, je ne vais plus vivre ces
sensations !”»
Ninon Guillon-Romarin a commencé l’athlétisme en CM2, après sept ans de gymnastique: «Mes parents sont profs d’EPS, ma mère
ancienne gymnaste et mon père plutôt rugbyman. J’ai essayé pas mal de sports, mais
après la gym, on s’était dit avec mes copines
qu’on s’inscrivait à l’athlé: je crois que je suis
la seule à l’avoir fait», en rit encore la perchiste qui a vécu jusqu’à 18 ans à Bourges.
C’est grâce à l’initiation d’Agnès Livebardon,
ancienne perchiste dont le record est de
4,40 m, que la petite Ninon se passionne
pour cette discipline un brin casse-cou :
«Personne ne m’a poussée, c’est vraiment
mon projet personnel, ma passion.»
ardi après-midi, il a suffi d’un saut
(4,45m) à Ninon Guillon-Romarin
pour se qualifier pour la finale du
saut à la perche. Confirmation que la native
de Metz, à 23 ans, est l’un des plus beaux
nouveaux atouts de l’athlétisme français.
Auteure de plusieurs records de France en
salle (4,72m) et en plein air (4,75m), en cette
année 2018 la perchiste entraînée par
Sébastien Homo et Emmanuelle Chapelle
a encore faim: «Je n’aurais pas imaginé réaliser une progression aussi importante en
une saison. L’année dernière, j’étais autour
de 4,50-4,60 m, cette année je suis à 4,75,
dans un concours très relevé à Monaco. Je
termine huitième, mais quel niveau ! Je «Passer un torrent». Passion partagée
pense que la chose qui a changé cette année avec son copain, Axel Chapelle, lui aussi
en moi, c’est la régularité. Le fait d’être régu- perchiste présent à Berlin. Dans un couple
lière sur certaines
de ce type on parle
barres me donne plus
d’autre chose que des
de maîtrise et de sésauts? «Mais oui, on a
rénité en compétiune vie comme les
tion», analyse-t-elle,
autres: on fait à manaussi souriante que
ger, la vaisselle, on a
concentrée.
un chat !» raconte la
Après avoir remporté
jeune athlète. «A vrai
l’or aux Jeux médidire on a tenu un mois
terranéens à Tarraet après on a acheté un
gone au début de
lave-vaisselle, ajoutel’été et avoir pris égat-elle en s’esclaffant.
lement une belle
On se partage les tâtroisième place
ches: moi plutôt les reà Londres lors de la
pas, Axel le linge.»
Coupe du monde
Si Renaud Lavillenie,
par équipes, Ninon
le recordman du
Guillon-Romarin est
monde, s’amuse parvenue en Allemagne
fois à réaliser des
pour essayer de tisauts de dingue pour
tiller les meilleures
sortir du cadre du
spécialistes : «Je ne
concours sur une
me fais pas d’illupiste, type entre les
sions, il y a deux filles
poteaux d’un stade de
au-dessus du lot, et A Berlin, mardi. P. MILLEREAU. DPPI. AFP
rugby, Guillon-Romapuis on est sept à
rin garde du recul sur
jouer la médaille qui va rester. Technique- sa discipline: «Des fois je me dis que le saut
ment je me sens prête à monter encore un à la perche ne sert vraiment à rien dans la
peu: j’ai raté 4,80 m. Je me suis pris quelques vie pratique! Sauf peut-être à récupérer les
gamelles, mais c’est aussi grâce à ces essais clés oubliées dans ton appart ou à passer un
que je sais ce que je dois faire pour passer torrent pendant une randonnée (sourire).
cette nouvelle barre.»
Mais bon, c’est le plaisir que procurent les
sauts et l’envie de compétition qui m’aniUn brin casse-cou. Ninon Guillon-Ro- ment. Pour cette année, j’ai même mis de côté
marin se définit comme une fille terre ma vie professionnelle pour me consacrer au
à terre. Inattendu pour quelqu’un qui saute sport. Avec mon master, j’aurais pu passer
la hauteur d’une petite maison: «Je me fixe le concours pour devenir professeure des écodes objectifs qui sont atteignables, même si les. C’est le métier que je veux faire après,
j’ai de la difficulté à me projeter. Mais je fais mais pour l’instant, tant que ça marche avec
mon petit bonhomme de chemin et je trouve le sport, je souhaite continuer, vu qu’une fois
que j’arrive à garder quelque chose de positif, le poste d’enseignant obtenu, il n’y a pas
de joli.» Son carburant? L’envie de connaître d’aménagement d’horaires possible.» L’Edules sensations de l’inédit, du palier jamais cation nationale va devoir patienter un peu:
tenté: «Quand tu bats ton record, tu t’aven- quelques médailles sont en jeu.
tures dans un territoire jusque-là inconnu.
L.E. (à Berlin)
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16 u
Libération Jeudi 9 Août 2018
Au café Shahbandar, l’un des plus anciens salons de thé de la ville, en 2011. PHOTO SPENCER PLATT. GETTY IMAGES. AFP
Bagdad I
cafés
Par
HALA KODMANI
Après des années de guerre et de dictature,
les cafés raniment la capitale irakienne.
Une occasion de transmission dans une société
morcelée par le pouvoir des tribus et des milices
sectaires, et qui a presque oublié que l’Irak était
«la terre des artistes, musiciens et poètes».
Vieux habitués, cinéastes, journalistes
y croisent leurs cadets étudiants.
ls se retrouvent presque quotidiennement autour de la même
table, mais ils ne sont pas pour
autant sur la même ligne. Loin de
là. Quand l’un parle, les deux autres
grimacent ou soupirent. Quand le
plus bavard et rigolard fait son numéro, ses compagnons regardent
ailleurs. Tous trois écrivent, se lisent dans les colonnes des journaux différents où ils signent leurs
textes respectifs. Chacun a publié
en outre un roman, un essai ou un
recueil de poèmes.
Ils se suivent aussi sur les réseaux
sociaux et se critiquent généreusement. Puis ils viennent prolonger
leurs débats en fin d’après-midi au
café Ridha Alwan. Situé sur l’artère
commerciale la plus animée du
quartier de Kerrada, parallèle à la
corniche du Tigre, l’établissement
est devenu le rendez-vous incontournable des intellectuels irakiens.
Une fréquentation rendue possible
par la sécurisation récente du centre de Bagdad après des années de
guerres et d’attentats aussi réguliers
que meurtriers.
CAFÉ TURC TORRÉFIÉ
ET MOULU SUR PLACE
Brûlerie de café à sa création
en 1960, Ridha Alwan a été repéré
longtemps par les amateurs de bon
café. Il sert aujourd’hui le meilleur
expresso de Bagdad – voire le seul
buvable– sans parler de son excellent café turc torréfié et moulu sur
place qui embaume le lieu. Il a été
transformé en «café culturel» par le
petit-fils de son fondateur. Ridha junior, 40 ans, a refait la décoration
en installant des bibliothèques sur
tous les murs. La façade est peinte
en rouge, comme le logo de la maison qui se détache sur le fond blanc
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 9 Août 2018
IDÉES/
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (7/11)
zons. Certains, attablés seuls,
dégustent leur café en lisant le journal ou en travaillant sur leur ordinateur portable. D’autres se retrouvent
à plusieurs pour discuter des affaires du jour ou des questions de toujours, comme les trois compères en
désaccord.
«Ecrivain satirique», comme il se
présente, Hamed al-Hamrani tient
une chronique tous les jeudis dans
le quotidien l’Observateur irakien,
organe des milices chiites du Hezbollah irakien. Auteur de plusieurs
livres satiriques, dont Wrong Side,
le sexagénaire chétif semble luimême du mauvais côté en défendant les milices sectaires. Son optimisme convenu sur la «force des Irakiens qui ont vaincu Daech par leur
sacrifice et leur foi» contraste avec
son aspiration à «faire rire au temps
des pleurs», comme il le dit. Ses
contradictions irritent ses compagnons de table.
cours de neuf poètes exilés depuis
les années 50-60, en Israël ou en
Australie notamment, et qui ont
continué d’exprimer dans leur poésie leur nostalgie de l’Irak de leur
enfance et jeunesse.
En soirée, la clientèle de Ridha
Alwan rajeunit. Cinéastes, journalistes, musiciens trentenaires croisent leurs cadets étudiants. La nouvelle génération de Bagdadis qui
traîne à Kerrada a la même allure
que les hipsters d’ailleurs. Unis par
un rejet de leur «société traditionnelle, de son conservatisme et
de son communautarisme», résume
Haidar, étudiant aux Beaux-Arts, ils
sont assoiffés de culture.
Leur autre repaire dans le quartier
se trouve à 100 mètres de Ridha
Alwan, sur le trottoir d’en face: «Un
café, un livre». Ce nouveau concept
invite le client, après avoir commandé son café, à choisir un
ouvrage mis à disposition dans les
étagères. Au premier étage d’un immeuble ordinaire, le lieu est aménagé comme une salle de séjour
arabe traditionnelle, avec des coussins par terre et des plateaux en cui-
EN SOIRÉE, LA CLIENTÈLE
RAJEUNIT
des tasses et des paquets de café.
Ici, pas de chicha ou de dominos,
comme dans les cafés traditionnels
d’Irak et du reste du monde arabe,
fréquentés exclusivement par les
hommes. Des femmes très minoritaires, parfois même cheveux à l’air,
chose rare à Bagdad, sont présentes
parmi les écrivains, artistes, journalistes, étudiants de tous âges et hori-
u 17
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
De dix ans son cadet, Hamid
al-Mokhtar, romancier et poète, publie également ses écrits dans la
presse irakienne. Il ne partage pas
l’enthousiasme de son confrère.
«Les partis communautaires ont tué
la religion tant ils l’ont exploitée politiquement», dit-il à l’adresse de celui qui défend les milices l’employant. «Avant, j’étais partisan
d’un Etat religieux, mais maintenant je suis convaincu qu’il faut séparer la religion de l’Etat pour mettre fin à toute cette manipulation.»
Il se réjouit de voir apparaître un
puissant mouvement laïque et
même athée dans la jeunesse irakienne parce que «beaucoup de jeunes sont en train de découvrir la corruption et l’hypocrisie des leaders
religieux», assure-t-il.
Dans une société irakienne écrasée
par le pouvoir des tribus et des milices sectaires, le café Ridha Alwan
offre un rare espace d’expression
aux intellectuels progressistes qui
ne trouvent pas leur place dans le
système verrouillé. Adnan Jomaa,
le troisième régulier de la tablée, est
plus discret, mais il parle de
l’ouvrage qu’il a publié sur «les poètes juifs irakiens». Il y retrace le par-
Au café Ridha Alwan, pas de chicha
ou de dominos, comme dans les cafés
traditionnels d’Irak et du reste du monde
arabe, fréquentés exclusivement par les
hommes. Des femmes très minoritaires,
parfois même cheveux à l’air,
sont présentes parmi les écrivains,
artistes, journalistes, étudiants
de tous âges et horizons.
Bagdad
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour les droits civiques,
à la Bellevilloise de Paris, lieu d’une utopie sociale, en passant par le Café Riche du
Caire, des écrivains, des historiens et des géographes retracent l’histoire de lieux
où ont émergé de nouveaux courants intellectuels, politiques ou artistiques.
Retrouvez sur Libé.fr tous les épisodes de la série.
vre frappé de calligraphies pour poser les tasses et les boissons. Des
soirées-débats autour d’un livre ou
d’un auteur y sont régulièrement
organisées. Mais aussi des lectures
de poèmes accompagnées au luth
par un jeune musicien: «On ranime
ici l’Irak de toujours qui avait disparu ces dernières années. L’Irak,
terre des artistes, des musiciens et
des poètes.»
PAYS ARABE
OÙ L’ON LIT LE PLUS
Le vendredi, jour de repos hebdomadaire en Irak, d’autres cafés de
Bagdad s’animent, attirant les mêmes vieux intellectuels et les plus
jeunes de Kerrada qui migrent vers
la rue Al-Mutanabbi. L’artère qui
porte le nom du poète abbasside du
Xe siècle, considéré comme le plus
grand poète arabe de tous les
temps, accueille un immense marché du livre sur les trottoirs.
Avant ou après avoir fait leur marché, les lecteurs affluent vers le
grand café Shahbandar, établissement historique du vieux Bagdad.
Chacun montre à ses compagnons
L'ŒIL DE WILLEM
IRAK
200 km
et voisins ses acquisitions et
s’échange critiques et appréciations
dans le pays arabe où l’on lit le plus.
Les serveurs font des acrobaties
avec des plateaux pleins de petits
verres de thé qu’ils portent bien
haut pour éviter de les renverser sur
les clients. L’accident est évité de
justesse à chacun de leurs mouvements à travers la grande salle aux
miroirs et aux photos anciennes de
stars de cinéma des années 50 en
noir et blanc.
Serrés sur des banquettes hautes et
étroites, des rangées de jeunes filles
et garçons discutent, rient et profitent de cet îlot hebdomadaire de
convivialité et de liberté par rapport
au reste d’un pays où ils se savent
marginalisés. «Ils viennent surtout
là pour retrouver le patrimoine et
une ambiance traditionnelle irakienne» dit le patron de l’établissement. Derrière sa caisse à l’entrée,
le septuagénaire, qui a perdu
femme et enfants dans l’incendie de
leur appartement, revit «les jours
d’avant-guerres». •
Demain : le Café Odéon à Zurich.
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18 u
Libération Jeudi 9 Août 2018
IDÉES/
Sur l’archipel arctique canadien en 2017. PHOTO DAVID GOLDMAN. AP
Quand le sage montre le climat,
l’économiste regarde l’inflation
Alors qu’apporter une réponse économique à la crise
climatique relève désormais de l’urgence absolue,
les spécialistes persistent à se focaliser sur des indicateurs
à la pertinence illusoire. Et les dirigeants se murent dans
un «silence caniculaire».
«O
n entend l’arbre qui tombe
mais pas la forêt qui pousse.»
Ce proverbe africain bien
connu peut être rangé au musée. Désormais, la forêt tombe sous l’effet du changement climatique et ce sont les économistes qu’on n’entend pas. Alors que les
climatologues retiennent de plus en plus
sérieusement le troisième scénario mis
sous le tapis de l’accord de Paris d’une augmentation de 3 à 4 °C de la température de
la planète d’ici à 2025-2030, les économistes se sont plutôt passionnés en juin
pour la montée à 2 % de l’inflation en
Europe, ou pour le demi-point de croissance mondiale que pourrait coûter la
Par
DR
JEAN-JOSEPH
BOILLOT
Conseiller économique au Club du Cepii
et auteur de Chindiafrique : la Chine, l’Inde
et l’Afrique feront le monde de demain,
Odile Jacob, 2014.
guerre commerciale déclenchée par
Trump. Puis ils sont partis en vacances
comme le Président et son gouvernement
dont le seul devoir d’été est de préparer les
«grandes» réformes de la rentrée dont le
plan pauvreté et la Constitution.
Comme si la grande tâche de l’heure n’était
pas le bouleversement climatique en cours
et de se lancer dans des réformes fondamentales. Par exemple, pour inverser nos
émissions de gaz à effet de serre (GES) qui
continuent d’augmenter; ou encore pour
reculer drastiquement le fameux «jour du
dépassement» tristement fêté le 1er août
pour la planète, mais bien silencieusement
en France le 5 mai, jour d’épuisement de
notre biocapacité annuelle.
On entend les climatologues qui poussent
(des cris d’urgence), mais les économistes
continuent de tomber dans leur discrédit,
qui se mesure par exemple au millimètre
linéaire de leur rayon dans les librairies.
Et ce n’est pas surprenant. L’inflation, par
exemple ? Tant mieux, en réalité, si les prix
montent. Les Français ne sont pas des
imbéciles. Ils répondent comme tout le
monde à des incitations comme les prix ou
à des réglementations. Ce qui est vrai pour
le tabac est tout aussi vrai pour les émissions de CO2. De même pour l’alimentation aux prix maintenus artificiellement
très bas, comme pour la viande ou le lait,
grâce à des méthodes de production de
plus en plus intensives fondées sur une
agrochimie destructrice rendue possible
grâce à un système de puissants lobbys.
Ce dernier n’hésite pas à jouer du chantage
sur la faim dans le monde pour exporter
les trois quarts de la production française
alors que cela tue les agricultures des pays
en développement. En particulier en Afrique, où l’exode rural s’accélère, premier
facteur de migration bien avant les
guerres. Ce qui nous ramène au commerce
international, dont le libre-échange le plus
intégral serait censé apporter des gains de
pouvoir d’achat alors que c’est un vaste
système de dumping environnemental et
social où les prix ne reflètent surtout pas la
rareté des ressources de la planète. Tout
particulièrement parce que les lobbys du
transport maritime et aérien ont discrètement réussi à sortir de l’accord de Paris et
ne supportent aucune contrainte sur leurs
énormes émissions de CO2 ou leur pollution bien connue, qui n’ont rien à envier à
la Chine en bilan total.
A de rares exceptions près, les économistes des pays riches sont toujours obsédés
par le paradigme du progrès linéaire et
quantitatif. Leur véritable traumatisme
ces derniers mois a été le débat lancé par
l’ancien secrétaire d’Etat au Trésor américain Lawrence Summers sur la stagnation
séculaire de la productivité et donc de la
croissance, près d’un million d’occurrences sur la Toile. Or, de l’avis de tous les climatologues, seule une division par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre
permettrait au mieux d’éviter la
catastrophe. Et ne nous faisons pas d’illusions. Son impact sur le vaudou du taux de
croissance ne peut être que négatif en
effet. Le concept de décroissance – pourtant dû à un grand économiste mathématicien, Nicholas Georgescu-Roegen – n’a
toujours pas droit de cité dans les manuels
d’économie, et très rares sont les travaux
de recherche entrepris pour en comprendre les mécanismes et la mise en œuvre.
La quatrième révolution industrielle en
cours n’est vue par les économistes standards qu’au travers des points de croissance supplémentaires qu’elle pourrait
apporter pour compenser le risque de
stagnation séculaire. Elle devrait être, au
contraire, un formidable atout pour gérer
la décroissance d’une façon intelligente, et
notamment inclusive sur le plan social tant
l’explosion des inégalités ces dernières années a un lien étroit avec celle des risques
sur la planète. C’est ce que vient de montrer
une étude passionnante sur le tourisme de
masse à l’échelle mondiale qui ne fait que
reproduire le mode de vie des élites. Les
inégalités de prélèvement des ressources
de la planète sont aujourd’hui de l’ordre de
ce qu’elles étaient sous l’Ancien Régime.
Et ici, les économistes savent bien que le
seul système d’incitation par les prix
pèche en termes d’équité et qu’il n’est
d’ailleurs pas toujours le plus efficace en
présence de déficiences de marché. Il leur
faut donc imaginer des systèmes de taxation, de quotas, de réglementation et
surtout de réformes de structures qui
permettraient d’atteindre le Facteur 4
d’ici à 2030, c’est-à-dire demain.
Ce qui compte in fine n’est pas le PIB ou le
revenu national brut, mais bien le revenu
net, notamment de tous les dégâts du soidisant «progrès», surtout ceux à venir qui
constituent une dette vis-à-vis de nos enfants. C’est une révolution conceptuelle
pour les économistes. Ils ont commencé
leur mutation avec ce fameux rapport
commandé à l’ère Sarkozy sous la direction des Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen (Richesse des nations
et bien-être des individus, Odile
Jacob, 2010). Mais ils n’ont toujours pas
concrètement franchi le Rubicon dans
leurs conseils aux dirigeants. D’où leur
silence caniculaire cet été.
Or, les prédictions d’un autre scientifique
(Safa Motesharrei) publiées dans un papier remarqué de 2014 (1) mentionnent la
probabilité très sérieuse d’un effondrement de notre civilisation lié aux inégalités et à la surexploitation des ressources.
Elles rejoignent celles des climatologues et
des scientifiques de la nature qui envisagent de plus en plus sérieusement une
rupture systémique brutale des grands
équilibres de la planète et le scénario graduel très diplomatique de l’accord de Paris. Les économistes connaissent pourtant
ce type de phénomène. C’est celui des hyperinflations comme dans l’Allemagne des
années 30 ou au Venezuela aujourd’hui.
C’est celui des crises financières. Ils savent
que pour les arrêter, il faut une réaction
radicale des autorités monétaires. Cette
fois, la réaction doit être aussi radicale
mais dans tous les domaines de la relation
entre les ressources de la planète et nos
systèmes de production et de consommation. La France a besoin de bien autre
chose qu’un plan canicule et les économistes doivent se mobiliser pour en dessiner
les contours. Voilà une vraie grande
réforme pour la rentrée. •
(1) Safa Motesharrei, Jorge Rivas, Eugenia Kalnay :
«Methodological and Ideological Options Human
and nature dynamics (Handy) : Modeling inequality and use ofresources in the collapse or sustainability of societies», Ecological Economics 101
(2014), pp. 90-102.
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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JEUDI 9
Le passage d'une dépression sur le pays
génère des conditions très perturbées. Des
pluies et des averses localement orageuses
se produisent ici et là.
L’APRÈS-MIDI Les précipitations continuent
de se déclencher du sud-ouest aux frontières
du nord et de l'est avec localement de forts
orages pouvant occasionner d'importants
cumuls de pluie.
VENDREDI 10
0,6 m/19º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Dijon
Nantes
IP 04 91 27 01 16
1 m/19º
0,6 m/19º
Bordeaux
Toulouse
Lyon
1 m/23º
Nice
Marseille
Toulouse
Marseille
1 m/26º
-10/0°
1/5°
6/10°
11/15°
7
8
(030/
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Vieux mouvement de
jeunes II. Malin III. Débit
du Nord IV. Un député sur
vingt-trois appartient à ce
parti ; Trump est-il fou ? ;
Une défaite à la toute fin
V. Un Targui, des … VI. Dans
le programme officiel ;
Donnerai de l’épaisseur
VII. Donne du lustre ; Il
change de voix VIII. Langue
qui veut simplifier l’espéranto ; L’eau y arrive propre
et le quitte sale IX. On l’a
après une défaite à la
toute fin ; L’endroit où placer
le brevet X. Deux en un
sonnet XI. A fait durer (s’est)
9
V
VI
VII
VIII
X
Grille n°984
VERTICALEMENT
1. Hum 2. Elle est rousse et douce en bouche 3. Forme possessive ; Après
en avant dans l’eau 4. Avec Marañon donne Amazone ; Elle est encore
plus dangereuse après la Brise 5. Elle nous fait aller trop loin ; On y roule
moins vite qu’avant (et ça fait grincer des dents) 6. De toutes les couleurs ;
Annonce de la victoire d’un César 7. Pièce japonaise ; Créatrices de vie
8. Comme un vieux film ; Amateur 9. Ne garde rien pour lui
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. DÉCADENCE. II. RYAD. CIO. III. ARS. MONOD.
IV. MÉTROPOLE. V. RENAN. VI. TRACTS. BO. VII. UE. HE. LOU.
VIII. REPASSEUR. IX. GRIMPEURS. X. ÉPANDRE. XI. SPRINTEUR.
Verticalement 1. DRAMATURGES. 2. EYRE. RÉER. 3. CASTRA. PIER.
4. AD. RECHAMPI. 5. MONTESPAN. 6. ÉCOPAS. SENT. 7. NINON. LEUDE.
8. COOL. BOURRU. 9. DÉBOURSER. libemots@gmail.com
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
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L’APRÈS-MIDI Quelques averses vont pouvoir
se déclencher de façon assez éparse sur la
moitié nord. Le soleil va dominer et les
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fortes chaleurs.
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Libération Jeudi 9 Août 2018
«Under the Silver
Lake», pop fiction
Dans son troisième film, David Robert Mitchell nous entraîne
dans les arcanes rêveurs et frelatés d’un Los Angeles parano.
Par
OLIVIER LAMM
L
os Angeles, ses légendes, ses labyrinthes. Dès les premières séquences
d’Under the Silver Lake, on voit bien ce
que le cinéaste David Robert Mitchell est
venu y chercher après avoir aguerri sa caméra
dans les banlieues verticales de son Midwest
natal –voir et revoir le formidable The Myth
of the American Sleepover, tourné à Detroit.
De la lumière, de l’imagerie, des histoires du
cinéma et des anecdotes de son envers infernal, bien sûr, dans l’inquiétante lignée des
Sunset Boulevard, Mulholland Drive ou Hol-
lywood Babylone, grand livre de Kenneth Anger sur le Hollywood satanique de l’ère du
muet. Mais aussi un lieu où s’aveugler, se perdre et se réinventer, à un moment de sa
carrière délicat, puisque son film (d’horreur)
précédent, It Follows, a fait un petit tabac. Fatalement, l’Américain perd son protagoniste
unreliable – indigne de notre confiance,
comme les narrateurs des grands romans à
double-fond d’antan– dans une intrigue dérivante et décentrée qui renvoie directement
aux jalons méandreux de Raymond Chandler
(The Long Goodbye) et surtout Thomas Pynchon, dont le grand roman angelino, la Vente
à la criée du lot 49 (1965), semble fournir à
Robert Mitchell sa trame digressive et même
quelques épisodes hallucinés.
Colonie de putois
On pourrait dire pour simplifier la donne que
tout commence avec la disparition subite de
Sarah (Riley Keough), voisine «ensorcelante»
de Sam (Andrew Garfield), à la recherche de
laquelle ce dernier se décide à partir après
avoir découvert un mystérieux symbole sur le
mur de son appartement, sans doute parce
qu’ils n’ont pas eu le temps de coucher ensemble. Sauf qu’avant ce coitus interruptus, le
spectateur a déjà vu sept ou huit pistes lui passer sous les yeux, et autant de mystères à déco-
der: un graffiti sur une vitrine filmé de manière inversée, une colonie de putois, une
série de travellings trop signifiants qui nous
glissent à l’oreille que Sam, version remixée
façon Pynchon –parano au dernier degré– du
Jefferies de Fenêtre sur cour, lit le monde entier comme un réseau de points à connecter,
ou un montage de Hitchcock. Si Under the Silver Lake est une virée dans les arcanes de la
cité des Anges, qui nous balade d’un concert
de pop secret à l’antre d’un auteur de comic
book délirant, elle débute bien avant celle de
son privé déjanté, voire avant le début du film:
le dédale, nous dit plusieurs fois l’intrigue, englobe le film, la ville, le monde tout entier.
A un moment inattendu où Sam se décide à
suivre un coyote pour avancer dans son enquête –hommage involontaire ou pas à El Viaje
Misterioso de Nuestro Jomer, l’épisode le plus
psychédélique des Simpsons–, David Robert
Mitchell s’écarte ainsi des chemins qui ne mènent nulle part chers à Lynch ou Burroughs
pour tracer sa propre route vers un ailleurs plus
dur et réaliste, moins théorique, terriblement
contemporain –celui de l’apocalypse à combustion lente qu’est le monde en 2018.
Le L.A. d’Under the Silver Lake ressemble en
fait au futur en ruines d’un autre film récent
avec lequel il partage son constat sur une crise
de l’imaginaire sans doute bien plus profonde
qu’il n’y paraît, Ready Player One. Les deux
films, en effet, s’avancent comme des festins
de culture «pop», haute et basse mélangées,
dont chaque coin d’écran, chaque scène est
prétexte à renvoyer le spectateur à un faisceau
infini de références. Obsédé et en rupture de
ban, le personnage de Sam est aussi un enfant
typique de notre temps, collectionneur de
Playboy vintage qui joue sur une console de
jeux vidéo des années 80. Entre les lignes (et
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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Andrew Garfield
et Riley Keough
entre voisins.
CINÉMA/
PHOTO LE PACTE
«Le conspirationnisme
n’est plus un élément
de la contre-culture,
il est partout»
Le réalisateur David
Robert Mitchell explique
pourquoi il a choisi
de tourner dans la cité
des Anges, où il vit et voit
«des choses» depuis
des années.
Quel était le point de départ du script?
La fin, que je ne révélerai pas. Aussi quelques éléments allogènes, comme le tueur
de chiens. Surtout, un inspecteur impromptu qui se lancerait dans une enquête parce qu’il n’a rien de mieux à faire.
Ou plutôt rien qu’il n’ait envie de faire.
C’est ce qui définit le mieux le personnage
de Sam: il n’est animé par aucun désir en
eaucoup ont découvert David Ro- particulier. Encore une fois, je ne ferai pas
bert Mitchell avec It Follows, sensa- de grande déclaration sur l’état de notion du film d’horreur dont la moin- tre civilisation, mais il n’est pas le seul
dre des originalités n’était pas de se dans ce cas.
dérouler au cœur de l’Amérique déliques- Le film aurait-il pu se dérouler ailleurs
cente, à Detroit. Abstrait et symbolique à qu’à Los Angeles ?
plus d’un titre puisque la menace mortelle Absolument pas. C’est l’autre point de dédu film était une hantise transmissible par part : filmer dans ces quartiers dans lesle biais de l’intime et de la sexualité. Le quels je vis et «vois des choses» depuis des
long métrage est surtout passé en force années. Under the Silver Lake ne décrit
chez les amateurs de genre et les autres rien de «vrai» en soi, ce n’est pas un film
par sa mise en scène au corsur des choses véridiques,
deau et ses pures visions.
mais il se déroule dans un
Quelque chose d’un renoulieu très vrai. C’est un film
vellement du regard, largesur un lieu. La géographie se
ment anticipé par son predevait d’être plausible. Le
mier film, The Myth of the
film devait aussi être aussi
American Sleepover, fanvrai que possible sur… la fictasme de teen-movie fantastion qu’est Los Angeles.
magorique qu’on aurait vite
L.A. est-il toujours le lieu
fait de cataloguer générade rêves et de fiction qu’il
INTERVIEW a été par le passé ?
tionnel. Et confirmé par Under the Silver Lake, faux film
Je n’en suis pas sûr. Ou plupop qui dynamite le modèle du film noir tôt, je pense que la fiction typique de Los
délirant, revenu trop logiquement bre- Angeles va grandement changer dans les
douille de Cannes où il était présenté en années à venir. La structure d’Under the
compétition officielle. Libération a ren- Silver Lake prend cette évolution en
contré le cinéaste à Paris, au mois de juin. compte. C’est une histoire de détective où
Votre film semble suggérer que nous l’on se meut, d’un indice à l’autre, bien
vivons les derniers instants de la sûr. Mais par endroits, la chaîne est briculture populaire.
sée. Ça va plus loin, je pense, qu’une enC’est une idée intéressante sur laquelle je quête qui pédale dans la semoule et les
ne pourrais pas me prononcer précisé- méandres. J’aimerais que nous soyons
ment. Le film le suggère. Ce qui ne veut plus souvent capables, au cinéma, d’expas dire que j’y crois moi-même. J’espère plorer des manières d’altérer les récits et
en tout cas que ce n’est pas le cas. En tant les formes.
que membre agissant de la culture popu- Notre génération est-elle trop obsédée
laire qui éprouve également un amour im- par le récit classique et la continuité?
mense pour un grand nombre de ses Je ne peux que proposer des hypothèses
œuvres, je ressens un lien complexe avec quant aux raisons, mais il semble certain
elles. En même temps, je suis conscient qu’une certaine utopie de l’expérimentaqu’en les utilisant de manière explicite tion est désormais mal vue par une partie
dans une histoire, je me retrouve à com- du public. Comme si nous avions pris de
menter nos rapports avec elles, nos rela- mauvaises habitudes – je ne sais pas où
tions aux autres, ce qui est en train d’adve- exactement – qui feraient que nous exinir dans nos cultures en général.
gions de savoir à l’avance exactement où
les affiches de cinéma placardées sur les
murs), les deux films soulignent pourtant surtout la manière dont l’accumulation de références témoigne d’une crise culturelle terrible, celle d’une civilisation qui aurait le
sentiment d’avoir épuisé tous ses mythes,
toutes les histoires pour se distraire et nourrir
son humanité.
Vieillard cynique
De la même manière qu’il fallait se méfier,
dans le film de Spielberg, de l’avalanche de
symboles de la culture geek, on serait mal
avisé de prendre pour argent comptant, chez
Robert Mitchell, la reproduction d’une scène
iconique (celle de la piscine de Something’s
Got to Give, dernier film inachevé de Marilyn
Monroe) ou d’une compilation de tubes pop
joués sur un piano blanc par un vieillard cynique qui prétend tous les avoir inventés. Il
convient plutôt de se demander ce que fabrique notre génération à guetter partout des codes et des mystères dans un monde qui crève
justement de n’en offrir plus aucun. A cet
égard, la scène la plus poignante d’Under the
Silver Lake est sa plus réaliste : une soirée
d’indolence où Sam se fait entraîner par un
ami à s’immiscer dans l’intimité d’un mannequin avec un drone équipé d’une caméra,
pour finir par projeter sur un moniteur de
surveillance les images d’une jeune fille bouleversée, étreinte par les sanglots. Comme
dans ses deux films précédents, le monde dépeint par David Robert Mitchell est finalement bien moins ésotérique que tragique, et
saisissant. •
UNDER THE SILVER LAKE de DAVID
ROBERT MITCHELL avec Riley Keough,
Andrew Garfield, Topher Grace, etc. (2 h 19).
HOPPER STONE.SMPSP
B
nous mettons les pieds quand nous arrivons dans un récit de fiction, ce qui va se
passer et quand, comment ça va finir. Ça
nous dérange, comme si nous étions désormais réticents à faire de nouvelles expériences. Je dois avouer que j’ai écrit le
script d’Under the Silver Lake en ayant
l’impression de vivre un rêve fiévreux. Ça
ne m’a pris qu’un mois d’ailleurs, même si
j’écrivais du soir au matin. Sam, mon protagoniste, n’est sans doute pas au meilleur
de sa forme mentale quand on le rencontre, et sa situation ne va pas en s’améliorant dans l’histoire racontée dans le film.
La paranoïa est-elle un bon moyen de
faire déraper la narration ?
On a tendance à faire plus confiance aux
personnages de fiction qu’aux gens qui
nous entourent dans la réalité. Pourquoi?
Under the Silver Lake raconte l’histoire
d’un personnage qui cherche des réponses
partout, y compris là où il n’y a aucune réponse à trouver. Le fait est qu’il n’est pas
le seul. Aujourd’hui, le conspirationnisme
n’est plus un élément de la contre-culture
de gauche ou de droite, il est partout, sur
Internet et au-delà. Les gens croient réellement qu’ils sont en train de chercher des
choses qui n’existent pas. Jusqu’au moment où ils les trouvent. Mais bien sûr, ça
n’arrive presque pas.
Votre film est-il ironique par rapport
à ce que voit et pense son protagoniste ?
L’utilisation de travellings très voyants,
d’une musique orchestrale très mélodramatique illustrant des moments triviaux,
semble suggérer que la mise en scène ne
le suit pas complètement.
L’idée était de modeler un sentiment chez
le spectateur qui lui permette de rentrer
dans l’esprit du personnage. Quant à savoir, ensuite, si tel ou tel élément est
absolument représentatif de ce personnage ou un clin d’œil à une humeur ramenant à un passé avec lequel nous sommes
familiers par le biais du cinéma… C’est
presque séparé de ce projet. Comme une
couche supplémentaire. Le travail de la caméra dans It Follows était très froid, presque clinique par bien des aspects. Under
the Silver Lake, par son image de la mise
en scène et de la musique, est bien plus
émotionnel, émotif si j’ose dire.
Recueilli par O.L.
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22 u
Libération Jeudi 9 Août 2018
Hildegarde de Bingen,
tableau peint
au XXe siècle. AKG-IMAGES.
MICHAEL TELLER
Des martyres, des croisés, des
érudits… Léo Henry ressuscite
un Moyen Age brutal et
merveilleux. En son centre,
la figure lumineuse de l’abbesse
visionnaire de Rupertsberg,
canonisée en 2012.
D’
abord, il y a Hélendrude, «qui vit
dans un monde clos, gros comme un
poing fermé», rêveuse d’un drame à
venir. Et puis il y a Cordula, aux cheveux roux
et aux yeux bruns, qui aura le destin d’une
«pucelle éventrée» par un barbare. Et puis il y
a la blonde Ursule, fille de reine, promise au roi
des Pictes, la sainte des onze mille vierges qui
«reste sans ciller» face à la flèche qui lui transperce le cœur. Et puis, et puis, il y a Elisabeth,
entrée dans les ordres à 12 ans au monastère
de Schönau, une des visionnaires les plus réputées de la vallée du Rhin, et ses douleurs
intolérables. Ce chœur à l’aura crescendo emmène pas après pas dans un Moyen Age rhénan
brutal et magique. Léo Henry fait réentendre
des oubliées pour cheminer vers celle qu’il s’est
choisie pour son hagiographie romancée, et
c’est une femme, Hildegarde de Bingen.
Botaniste. Cette moniale bénédictine morte
à 81 ans en 1179 est une figure médiévale lumineuse, une des quatre femmes (contre
32 hommes) à être docteure de l’Eglise avec
Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Thérèse de Lisieux. Elle a sa première vision à
3 ans. A 8 ans, avec deux amies, elle entre au
couvent de Disibodenberg, où elle sera élue
abbesse à 38 ans. En 1147, elle décide de faire
sécession avec celles des nonnes qui la suivent
pour bâtir l’abbaye de Rupertsberg, à flanc de
colline entre rivière et vignoble. C’est la première fois qu’une femme fonde un couvent
sans le voisinage d’hommes. Cette prophétesse, botaniste, compositrice, canonisée
en 2012 après un procès qui durait depuis le
XIVe siècle, a régulièrement des retours en
grâce. Ainsi, ces vingt dernières années, par
sa musique et ses conseils sur les plantes médicinales et l’alimentation. A 43 ans, Hildegarde a commencé à consigner les visions
qu’elle avait depuis l’enfance dans le Scivias,
puis enchaînera sur d’autres ouvrages en supervisant l’édition de son vivant.
Loin de suivre le seul fil biographique, Léo
Henry a pris une vision large de l’époque,
l’appréhendant, en auteur habité de science-fiction, comme un petit monde en soi.
Il suit différentes pistes, engage dans plusieurs récits, le martyre des vierges, les esprits érudits du temps, le tourbillon des
croisades, la génèse et l’apocalypse, les légendes germaniques comme les Nibelungen… Dans chaque chapitre affleurent des
échos, dans une narration qui ne craint pas
l’antéchronologique. Ainsi, c’est sous la
forme de reliques qu’Hildegarde apparaît
dans le roman, entre les mains de Jean Trithème au XVe siècle. L’érudit subtilise certains de ses os et les ramène à Sponheim.
«Posé sur sa table d’étude, le bras de la
sainte fait bibelot et presse-papier. Il arrive
à Trithème, quand il cherche un mot, une
idée, de le toucher, très doucement, comme
Hildegarde de Bingen,
rêves de Rhin
on caresse les cordes d’un luth, sans réfléchir
à ce qu’on fait.» Le fascinant Trithème,
avide de textes, ambitionne d’écrire une tétralogie sur des méthodes qui enseignent
l’art de cacher du sens au-delà du sens, de
transformer les lecteurs à distance sur leur
perception du monde, d’enseigner toutes
les langues et de communiquer sans support entre un maître et ses élèves. Après lui,
le lecteur se retrouve projeté deux siècles
en arrière dans la première croisade, concomitante de la naissance d’Hildegarde, et assiste à la progression de la croisade populaire et de ses hérauts, Pierre l’Ermite ou les
abominables Tafurs, dans un théâtre épique
aux multiples références historiques.
Le texte se coule dans la subjectivité de personnages, racontés de l’enfance au trépas,
avec les secousses de l’histoire, leur rapport
à la foi, au politique et à la souffrance. La
narration passe à la première personne dans
le chapitre au cœur du livre, Vita Hildegardis, qui rassemble les témoignages de ceux
qui ont approché Hildegarde, des moines et
des nonnettes, une possédée, le pape
Eugène III, sa sœur aînée, sa mère, Volmar
son secrétaire et ami… Cette série de verbatim décrit la figure, l’autorité et les miracles
de l’abbesse, dressant un portrait en creux,
comme la totalité du roman dresse un portrait en creux de l’esprit de l’époque et de son
imaginaire religieux.
Semences. L’abbesse avait de la surface.
«Hildegarde avait une connaissance étendue
de la nature et des femmes et, pour être demeurée vierge, n’en a pas moins composé d’intéressants ouvrages sur le plaisir des épouses, la
force des semences, l’alliance fertile des chaleurs et des caractères, et les différentes étapes
de l’engendrement», rapporte l’évêque danois
Siward d’Uppsala. Hildegarde, hommage
aussi aux paysages rhénans, peut se voir
comme un fleuve qui charrie autant de
confluents qui immergent dans un Moyen Age
merveilleux. Sa génèse a dû requérir un travail
de documentation considérable, dicté par un
goût pour le détail et le souci de l’effet de réalité. On craint parfois de s’y noyer mais
l’auteur a pris garde de faire porter le texte par
une parole vivante. Ce qui y compte n’est pas
de croire aux miracles et aux visions contés
dans ce livre et dont se délecte la partie
païenne enfouie en soi –c’est le pain quotidien
de ce moment de l’histoire– mais de se laisser
séduire par la quête d’absolu de certains de ses
contemporains. Et puis… il y a Thierry d’Alsace qui a ramené exalté de Jérusalem un petit
flacon avec du sang de Jésus. N’est-ce pas
l’auteur qui parle alors? «Telle est la puissance
des histoires: cristalliser pour toujours le fragment d’une vie d’homme, la faire ressurgir de
la nuit de l’oubli, l’emprisonner dans une bouteille minuscule pour lui donner un éclat vif,
chaque fois renouvelé.»
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
LÉO HENRY HILDEGARDE
La Volte, 515 pp., 20 €.
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Libération Jeudi 9 Août 2018
u 23
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Traduction Anatèm de l’Américain Neal Stephenson
(l’Age de diamant, le Samouraï virtuel), paru aux EtatsUnis en 2008, prix Locus du meilleur roman de SF, sortira en deux tomes, le 26 septembre et le 31 octobre,
dans la nouvelle collection Albin Michel Imaginaire,
dirigée par Gilles Dumay. Le roman, traduit par Jacques
Collin, imagine un sanctuaire de philosophes et de mathématiciens, qui ne s’ouvre au monde que tous les
dix ans, menacé dans sa survie.
LIVRES/
Ruses de guerre
économique
à Cuba
De la «lutte» vantée par la propagande
d’Etat aux modes de survie face à la
précarité, une étude anthropologique
de terrain par Vincent Bloch.
F
ort d’enquêtes menées
vingt ans durant, tant
à La Havane que dans
les milieux d’exilés dans les
Amériques ou en Europe,
Vincent Bloch s’est attaché à
comprendre le sens de deux
mots: un nom, lucha («lutte»)
et un verbe, luchar («lutter»).
Ces deux mots semblent organiser la vie socio-politique
et les mœurs des Cubains. Ils
sont à la fois omniprésents
dans les discours officiels
comme dans les conversations ordinaires, mais ils sont
employés dans des sens passablement différents. Les dirigeants en appellent de façon réitérée «à lutter», contre
la dictature de Batista, «le
joug colonial» espagnol puis
nord-américain, ou enfin
pour «la conservation des acquis révolutionnaires».
Transgressions. Parallèlement, face à la précarité de
leurs conditions matérielles
et aux problèmes posés par
une économie encore largement étatisée et très inefficace, les Cubains de tous les
milieux «luttent». Mieux, le
verbe a de multiples synonymes: «inventer», «résoudre»,
«s’en sortir». Autant de verbes qui décrivent de façon
floue les multiples ruses pour
faire face aux difficultés de la
vie quotidienne en multipliant les transgressions plus
ou moins fortes avec les normes officielles.
La lutte, insiste Vincent
Bloch, n’est pas la «débrouille» ou le «système D»,
elle est, selon l’expression de
Marcel Mauss, un «fait social
total». Elle imprime sa marque dans tous les domaines
de l’activité humaine, sociale, économique et politique, et dessine un horizon de
sens commun à tous les moments de l’expérience.
Vincent Bloch nous donne
un tableau de cette expérience au quotidien de la lucha dans trois milieux sociaux. Très nuancés, ses
portraits mettent en scène
Marcelo, un enfant d’immigrés galiciens élevé dans le
monde rural, devenu chauffeur dans un ministère à
A Cuba, en 2015. PHOTO ARTHUR GAUTHIER I HANSLUCAS
l’époque de la révolution.
C’est ensuite le monde de la
famille Ochoa, d’anciens apparatchiks peu à peu relégués
à des rôles subalternes et perdant tous leurs privilèges.
Imprévisibilité. L’auteur
s’attache enfin à Juan, un délinquant de Centro Habana
qui multiplie les embrouilles
à tel point que ses pairs l’invitent plus d’une fois à en rabattre. Autant d’acteurs qui,
s’ils naviguent dans des milieux aux antipodes, n’en doivent pas moins jouer en permanence avec les normes
officielles et faire face à l’imprévisibilité du régime cubain. Vincent Bloch ne se
contente pas de nous offrir
des descriptions dignes des
meilleurs classiques de l’anthropologie urbaine. Il relie
aussi micro-événements et
ensemble social.
Ces déviances ont incontestablement un côté fonctionnel. Jamais elles ne mettent
en danger le régime, mais
elles en constituent bien au
contraire un dispositif essentiel. Elles marquent à la fois
les limites de la domination
totalitaire, sans elles le sys-
tème gripperait et se paralyserait, mais travaillent aussi
à sa perpétuation en ce qu’elles mettent de façon renouvelée et constante les acteurs
en position d’extrême vulnérabilité face à des autorités
qui jouent régulièrement soit
de purges au plus haut niveau soit de contrôles plus
routiniers.
Comme le souligne in fine
Bloch, l’option des actuels
dirigeants pour un «castrisme de marché», où le tourisme du sea, sex and sun et
les échanges avec les EtatsUnis sont amenés à jouer
chaque jour un rôle plus
grand, ne met nullement en
cause ce système. La lucha se
joue aussi dans ces nouveaux
domaines d’activités. La
seule façon d’échapper à
cette logique de contestation/perpétuation reste
l’émigration qui fait toujours
rêver un nombre considérable de Cubains.
GILLES BATAILLON
VINCENT BLOCH
LA LUTTE. CUBA
APRÈS L’EFFONDREMENT
DE L’URSS
Vendémiaire, 480 pp., 25 €.
Gestation pour autrui, autres regards
Des anthropologues
se penchent sur la GPA,
vue non à travers les
querelles idéologiques,
mais comme une
technique de parenté.
P
armi les techniques de procréation médicalement assistée, la gestation pour
autrui demeure la plus controversée. Ce livre collectif dirigé
par deux chercheurs québécois,
Isabel Côté et Kévin Lavoie, et
un Français, Jerôme Courduriès,
offre un contrepoint bienvenu
au discours monolithique,
«à charge» la plupart du temps,
que l’on trouve le plus souvent de
notre côté de l’Atlantique. Son
originalité – outre le fait que tous
les auteurs écrivent à partir d’expériences de terrain et non
d’idées fumeuses – est de se référer à un des meilleurs outils actuels de lecture de cette pratique :
l’anthropologie de la parenté.
Le cadre est posé dès l’introduction : la gestation pour autrui est
une technique de parenté qui
permet, dans un cadre donné, la
circulation des enfants. Rappelons que l’indication de la GPA
fait tout naturellement partie des
déclinaisons médicales et socia-
les liées à la PMA (elle répond au
premier chef à la stérilité utérine,
«superbement» ignorée par la loi
de bioéthique française en dépit
des chiffres impressionnants :
plusieurs milliers de cas en
France chaque année). Des anthropologues célèbres, comme
Suzanne Lallemand, Chantal
Collard et d’autres, avaient déjà
montré comment, dans certains
cas, ce processus complexe
consistait à désinscrire la génitrice comme mère de l’enfant
pour ensuite mieux pouvoir l’inscrire dans un réseau plus large de
parenté. Déjà Claude LéviStrauss avait distingué à propos
du Burkina Faso le «donneur inséminateur» de «la femme qui
loue son ventre à un autre homme
ou à un couple sans enfant».
Les expériences des femmes porteuses en tant que tierces sont
particulièrement étudiées dans
deux remarquables chapitres,
l’un de la pionnière contemporaine du sujet, l’anthropologue
médicale israélienne Elly Teman,
auteure de l’ouvrage de référence
Birthing a Mother (2010, Berkeley, University of California
Press). L’autre, Virginie Rozée,
sociologue à l’Ined en France qui
a notamment mené une étude de
terrain en Inde sur la GPA dans le
cadre du programme Marie Curie. Ces études – ainsi que celles
des autres auteurs de ce livre innovant – déboulonnent nombre
de représentations idéologiques
qui empêchent tout débat en
France depuis plus de vingt ans.
GENEVIÈVE DELAISI
DE PARSEVAL
COLLECTIF DIRIGÉ
PAR ISABEL CÔTÉ, KÉVIN
LAVOIE, JERÔME COURDURIÈS
PERSPECTIVES
INTERNATIONALES SUR
LA GESTATION POUR AUTRUI
Presses de l’Université du Québec,
323 pp., 34 €.
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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MON PREMIER AMOUR (7/8)
La fille sans blase
Dépucelage en vacances aux Baléares pour Johann Zarca
avec une inconnue magnifique et entreprenante,
chopée entre deux poubelles.
L’
été de mes 14 piges, comme chaque mois d’août,
mes darons avaient planifié des vacances de rêve :
deux semaines aux Baléares dans un club de cassos
en pension complète, «All Inclusive» et buffet à volonté, le
genre d’hôtel équipé d’une salle de sport presque pas délabrée, une piscine extérieure et une table de ping-pong, sans
compter les deux balançoires. A peine débarqué dans ce petit
paradis, je me suis vite intégré à un groupe, des mecs de Lille
avec qui j’avais sympathisé autour d’une passion commune:
fumer des clopes. Parmi cette bande de Lillois, je me rappelle
seulement d’un blond tout sec au visage
rouge d’alcolo. Des autres, je ne m’en souviens pas.
Et puis, au bord de la piscine, j’ai repéré
cette meuf. Grande de taille, brune à la coupe au carré et aux
yeux noir charbon, elle chillait sur un transat, cocktail multicolore à la main. De ganache, elle ressemblait à l’héroïne de
Scream, mon film culte de l’époque. Bref, cette belle gosse
m’avait tapé dans l’œil, et je dirais même, dans les deux yeux.
Loin de moi l’idée d’aller l’accoster –je ne voulais pas faire le
crevard– j’ai passé mes premiers jours de vacances à l’observer. Le Lillois à la tronche d’alcolo aussi, kiffait sur elle. «Elle
est bonne», disait-il. Un soir, à la cantoche du club, en compagnie de mes soces, je l’ai zieutée du coin de l’œil. Attablée avec
ses darons, elle béquetait ses spaghettis salement, perdait
ainsi deux points de mignonnerie mais partant de 20, elle descendait à 18, ce qui reste une excellente note. Puis nos radars
se sont croisés à plusieurs reprises. Clair, cette fille me jetait
des regards furtifs.
Mon cœur s’est mis à battre – j’entends par là, plus vite que
d’habitude– mais pour autant, je ne me voyais toujours pas
aborder cette meuf. Hors de question de jouer le dalleux.
En revanche, le Lillois à la tronche d’alcolo, contrairement à moi, ne s’embarrassait pas de principes et ne flippait pas de
foncer sur le champ de bataille. Sans
scrup, après le casse-dalle du soir, il a intercepté la fille du
côté de la réception, lui a lâché son baratin et l’a incrustée
dans notre team. Quand j’y repense, ce gars devait avoir une
sacrée tchatche ! La meuf s’est présentée à tout notre petit
groupe mais jusqu’à aujourd’hui, impossible de me rappeler
de son blaze. Par contre, je me souviens qu’elle avait 16 piges,
deux de plus que moi. En somme, une daronne. Une expérimentée. Quel kif j’ai ressenti, de pouvoir parler à cette fille
LE PORTRAIT
sans me faire suspecter de crevardise. Moi, dès l’instant où
la gueule d’alcolo a mâché une partie de mon taf et que la
meuf sans blase a rallié la troupe, j’ai pris la décision de mettre
en place un stratagème dans l’espoir de la conquérir.
Ma technique de séduction consistait à débiter un max de
mythos pour me rendre intéressant. Mon daron, proprio d’une
dizaine de pavtars, roulait en Ferrari et en Porsche, j’avais trois
clebs et deux chevaux, j’étais champion d’Europe – pas du
monde sinon, c’est trop cramé– de judo. Crois-le ou non, cette
méthode de chope qui ne fonctionne jamais a fonctionné. Soit
la meuf en pinçait pour les champions de judo pétés d’oseille,
soit la pitié la rendait amoureuse. Durant les jours qui ont suivi
notre rencontre, elle est restée scotchée à moi et ce, malgré
l’autre connard à la tronche de pochtron qui tournait autour
comme une mouche à merde. Presque vingt berges plus tard,
ce mec m’énerve encore.
Fusionnels, la fille sans blase et moi ne nous sommes pas
lâchés d’une semelle, nous avons tchatché des heures et des
heures, elle me parlait de ses copines du lycée et moi, de mon
dernier ippon aux championnats d’Europe. Bref, ça matchait
entre nous. Un soir, après le dîner, nous nous sommes esquivés
du groupe de Lillois pour nous retrouver seuls, dans un local
à poubelles planqué derrière
la salle de sport du club. Nous
avons ruiné mon paquet de
Au cœur de l’été,
Malbac, enchaînant clope sur
des écrivains
clope. La fille sans blase cradressent le portrait de
potait et perdait ainsi un
leur premier amour.
point de plus mais
Aujourd’hui,
avouons-le, 17/20 reste une
Johann Zarca, 34 ans,
note plus que correcte. Nous
prix de Flore 2017
avons parlé des heures sous
avec Paname
la nuit étoilée –ou nuageuse,
Underground
je ne sais plus – et petit à pe(éditions Goutte d’or).
tit, des silences se sont instalProchain roman,
lés dans notre discussion.
chez Fleuve, en 2019.
Des silences gênants. J’essayais de meubler comme je
pouvais, racontais mon prochain combat prévu au Japon mais
malgré ça, la fréquence des blancs s’intensifiait. Perso, je brûlais d’envie de lui rouler une pelle mais je craignais de me faire
rembarrer salement, qu’elle préfère préserver notre amitié.
Puis un miracle s’est produit. Je n’ai pas eu besoin de m’activer
–fort heureusement car nous y serions encore–, la fille sans
blase a pris les devants et, telle une experte, a fourré sa langue
dans ma bouche avant de la tourner dans le sens des aiguilles
d’une montre, ou l’inverse. C’était cool. Magique même.
Nous avons calté du local à poubelles et poursuivi la soirée
dans la salle de sport, accessible la nuit par une fenêtre coulissante. Nous nous sommes assis sur la moquette de la pièce,
reprenant notre séance de galoches intensive quand tout à
coup, la fille sans blase mais pas sans retenue a promené sa
main sous mon bermuda à fleurs. J’ai compris à ce moment
précis que l’ambiance n’allait pas vriller en partie de Monopoly. Elle s’est dessapée, je l’ai imitée, elle s’est allongée et je
suis monté sur elle. Etait-ce sa première baise ? Je n’en sais
rien – j’y connais pas grand-chose – mais j’ai glissé en elle
comme entre deux savonnettes. Pour moi, il s’agissait d’une
première. Je l’ai pénétrée une fois, deux fois, presque trois fois
avant de lâcher la sauce. Une expérience plutôt expéditive
mais néanmoins très sympa. Je me suis rhabillé, la meuf aussi,
et nous sommes blottis l’un contre l’autre, en extase totale.
Ça y est, je l’avais fait! Nous avons attendu l’aube pour nous
quitter sur un smack passionné, puis j’ai regagné ma piaule.
Bad trip, je venais de tomber en love! Les jours suivants mon
dépucelage, va comprendre, la fille sans blase m’a à peine calculé, a même passé son temps à m’esquiver. Que se passait-il?
Qu’avais-je bien pu faire de mal? Avait-elle rencontré un autre
mec ? Notre couple traversait-il une crise ? Paumé, déchiré,
le monde s’écroulait autour de moi.
Un mardi, la fille sans blase est repartie chez elle sans que je
puisse échanger un contact, une adresse, un numéro de téléphone. Une explication. Cette meuf m’avait retourné le cerveau, et foutu en l’air mes derniers jours de vacances. Quelle
zermi ! De temps en temps, je repense à elle mais c’est con,
impossible de me souvenir de son prénom.
Parfois, je me demande ce qu’elle est devenue et, surtout, si
je suis père d’un grand marmot de 20 ans. •
Par JOHANN ZARCA
Dessin MAÏTÉ GRANDJOUAN
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
LE VÉGANISME
Et aussi n deux pages
BD n de la photo
n un château n deux
recettes n des jeux…
ÉDOUARD CAUPEIL
Jeudi
9 août
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Jeudi 9 Août 2018
Légumes
des jours
Le temps d’une semaine, le viandard que je suis a troqué ses kebabs, ses nuggets,
son beurre au pain et ses baskets en cuir pour une vie et une alimentation sans
animaux morts ni produits issus de leur exploitation. Et j’ai survécu.
Par
GURVAN KRISTANADJAJA
Photo
ÉDOUARD CAUPEIL
U
n dimanche soir de mai, mon plateau
de sushis semble me narguer. Je
m’étais promis de commencer
aujourd’hui à tester le véganisme.
Mais le défi m’effraie: je me nourris essentiellement de nuggets, cordons bleus, burgers et kebabs. Plus jeune, mes amis m’avaient même
surnommé «père Dodu». Rien à voir avec ma
corpulence, plutôt avec les étagères de mon
frigo. Si je suis sensible à la question animale,
mes rares contacts avec des végans ne m’ont
guère rassuré. Quand une personne ne
consomme aucun produit issu de l’exploitation
animale (viande, œufs, miel et même cuir) les
discussions du repas tournent en général au
débat sur le sujet. Ce dimanche, je croque mon
sushi saumon d’élevage et assure avec flegme
à ma compagne: «De toute façon j’avais prévu
de commencer mardi.»
MARDI : NUGGETS DE TOFU
Voilà comment je me retrouve, un jour férié,
errant hagard dans la Biocoop de mon quartier.
Mon panier en plastique noir fait déjà la
gueule. Il ne contient que… des endives. Une
valeur sûre. Avec une vinaigrette maison, recette de famille transmise de génération en génération (une cuillère de moutarde forte, une
de vinaigre de vin pour trois d’huile d’olive, sel,
poivre), ça fera l’affaire. Face au rayon légumes,
je réalise l’ampleur du défi car je cuisine très
rarement. Je prends des asperges, elles iront
très bien avec ma vinaigrette, et mise sur une
valeur refuge : des nuggets au tofu. S’ouvre à
moi le monde merveilleux des similiviandes
qui permet aux 5% de Français végétariens ou
végans de vivre quasi normalement. Je découvre à cette occasion toute une liste de faux aliments: du «faux-mage» (faux fromage) préparé
à partir de lait d’amande et de noix de cajou ;
du faux jambon composé de farines végétales
et tofu; des steaks hachés de légumes… «Ce qui
pose problème avec ces aliments, ce n’est pas le
goût, qui est souvent assez proche, mais la texture», me prévient-on dans les rayons. Dans la
poêle, les nuggets sont plutôt rassurants : ils
sont panés et crépitent, tout va bien. En bouche, c’est étrange. Le goût est bien «nuggets»,
ce qui trahit le cerveau quelques secondes.
Mais la texture est l’exacte symbiose entre un
thon à la catalane et du houmous. Verdict (on
ne va pas se mentir): répugnant. Je comprends
à ce moment-là qu’il va me falloir changer
toute mon alimentation.
MERCREDI : MÜESLI ET LAIT
D’AMANDE
Mon premier petit-déjeuner végan a des airs
de sacrifice. Je l’ai compris la veille dans le magasin bio quand j’ai affirmé sans sourciller: «Je
ne change rien, ce sera du pain et du beurre.»
Le regard de ma compagne m’a vite fait déchanter. J’y lisais: «Petit naïf, le beurre sort du
pis de la vache.» Là, c’était un problème, un
vrai : me priver de beurre (demi-sel bien entendu), c’est sacrifier la plupart de mes plats
favoris : le beurre au pain, le beurre au riz, le
beurre aux pâtes, le beurre à la semoule et surtout le beurre aux crêpes avec du sucre. Quitte
à changer mes habitudes (je suis breton), et
afin de ne pas reproduire l’erreur des nuggets
au tofu, j’ai finalement opté pour une solution
différente: du lait d’amande et du müesli aux
fruits rouges. L’ensemble a un léger goût de
frangipane et me ferait presque oublier ma tartine grillée au beurre demi-sel.
Fier de moi, je me lève d’un bond du canapé
(en cuir). Au fond, ce n’est pas si difficile d’être
végan. Pour nourrir mon ambition, on m’a conseillé de visionner le documentaire choc What
the Health de Kip Andersen et Keegan Kuhn.
Dans l’Amérique des obèses et des burgers, le
journaliste enquête sur les lobbys qui nous
pourrissent la santé. Je vous la fais courte: notre alimentation nous mène tout droit au cancer. Autre info: un steak haché serait l’équivalent en eau de deux mois de douche. Alors que
je me roule en boule au fond de mon canapé,
Dans mon assiette, une
salade avec
des concombres, des
tomates et du maïs. En
dessert, une compote.
Une heure plus tard,
j’ai faim.
démoralisé, une question existentielle me taraude: tant qu’à mourir bientôt, pourquoi ne
pas reprendre la cigarette ?
JEUDI : SALADE ET CHIPS
A la cantine, la serveuse m’a regardé bizarrement. Je suis plutôt abonné au stand burger ou
pizza. Là, je faisais la queue pour une salade.
Quand je lui ai dit que je n’avais le droit ni au
fromage, ni aux œufs, elle a eu l’air déçue: «Ah
végétarien…» «Non, végan», je l’ai coupée. C’est
la première fois que je l’affirme en public, et
l’effet est plutôt plaisant. J’ai l’impression de
faire quelque chose de bien. Dans mon assiette,
une salade avec des concombres, des tomates
et du maïs. En dessert, une compote. Une
heure plus tard, j’ai faim. Je n’ai mangé que des
végétaux, ce doit être ça, et je n’ai pas l’habitude. Ou alors mon cerveau me joue un tour:
pour lui, je n’ai mangé aucun produit d’origine
animale, j’ai donc moins mangé et il me le fait
savoir. Bref, je psychote et me rends à la cafétéria, heu… la tisanerie. Rapide vérification de
l’étendue des dégâts: les gaufres contiennent
des œufs, pas bon; le Kit Kat, du lait; pas bon;
les mars, Snickers, Bounty et M&M’s aussi, pas
bon. Reste ce ridicule paquet de chips
à 80 centimes. Trois chips à l’intérieur pour me
donner soif et me retrouver avec du gras plein
les doigts, c’est cher payé. Ai-je décidé de sauver les animaux pour m’empiffrer de chips
grasses et cancérigènes? A la première chips
avalée, j’ai la réponse: oui. De retour à mon bureau, mon voisin me toise entre deux coups de
téléphone, cigarette électronique à la bouche:
«Un paquet de chips à cette heure-là, c’est pas
très raisonnable.» Il ne sait pas que c’est le
deuxième d’affilée. Et qu’après avoir vérifié la
composition, j’y ai trouvé… de la graisse animale.
VENDREDI : CHILI SIN CARNE
Soyons honnêtes, je suis épuisé. «C’est normal
quand on change d’alimentation», me rassuret-on. Je suis surtout fatigué de vérifier chaque
étiquette à la loupe. La nourriture a toujours
été un plaisir pour moi, mû par l’instinct (et
oui, même les cordons bleus). Réfléchir avant
de manger me coupe l’appétit. Je le reconnais
toutefois, ma vie est plus saine. Quand je rentre
de Libé, je m’arrête quelques arrêts de métro
avant mon domicile. Marcher m’aère l’esprit.
Le problème, c’est l’épicerie croisée en chemin
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Libération Jeudi 9 Août 2018
u III
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Une forte envie de tagliatelles
aux œufs ? On remplace par
des pâtes au blé complet
agrémentées de «tagliatelles de
courgette» pour se rassurer.
et ce foutu instinct qui me précipite sur le
sandwich triangle goût poulet mayonnaise. Je
salive avant même d’y porter la main. Dans son
paquet orange, il me nargue, j’imagine déjà le
pain moelleux coller à mes dents à la première
bouchée, et le poulet mayonnaise allumer mes
papilles. Tout ça pour acheter une bouteille
d’eau gazeuse et une pomme.
Arrivé chez moi, je raconte ces péripéties.
«Qu’est-ce qui te ferait plaisir, là, maintenant?»
m’interroge ma compagne. D’instinct (encore
lui), je réponds «un chili con carne». Nous voilà
partis pour cuisiner un «chili sin carne», le premier repas réjouissant de ma semaine. Sauf
qu’à 4 heures du matin je me retrouve en caleçon devant le frigo : j’ai faim. Un plat sans
viande se digère manifestement plus vite.
WEEK-END : BARBECUE
Oui, j’ai fauté. La pression sociale a été la plus
forte. Invité à un barbecue avec des amis, je n’ai
pas osé dire que j’étais végan. Si j’avais suivi
mon régime à la lettre de toute façon, je
n’aurais pu me nourrir que de salade. Car
même la piémontaise contient de la mayonnaise, et donc des œufs. Pas envie non plus de
remettre sur la table cet éternel débat sur les
végans. L’un de mes collègues m’a même lancé
la veille au déjeuner en guise de provocation:
«Les végans sont des gens déprimés au fond.»
Je n’ai rien dit, me suis contenté d’acquiescer
benoîtement.
La côte de bœuf avait le goût de la défaite,
n’empêche elle m’a fait du bien.
LUNDI : PÂTES AUX COURGETTES
Dans le sas pour prendre l’ascenseur, ma cheffe
m’interroge : «Alors comment ça se passe ?»
Avant d’enchaîner, inquiète : «T’as mauvaise
mine.» Deux autres collègues renchérissent :
«Déjà que t’étais pas gros…» Le doute m’assaille : ai-je perdu du poids ? Je ne pense pas.
Mais je prends conscience, la fin de l’expérience approchant, qu’avoir une alimentation
particulière est une hygiène de vie quotidienne. Et en ce dernier jour, une forte envie
de tagliatelles aux œufs. Rapidement remplacées par des pâtes au blé complet agrémentées
de fines lamelles de courgette, que l’on surnomme «tagliatelles de courgette» pour se rassurer. Toujours pas de beurre ni de fromage
râpé, seulement un trait d’huile d’olive.
MARDI : TARTINE DE BEURRE
Première joie du matin: croquer dans une tartine beurrée, ça m’avait vraiment manqué. Seconde satisfaction, l’expérience s’est plutôt
bien déroulée. Et elle m’a fait réfléchir. Je comprends un peu mieux la démarche des végans,
ce qu’ils vivent au quotidien et les débats qu’ils
provoquent aussi. Ma conscience me titille
tout de même. J’en parle à un collègue sur la
route de la cantine. Végan, je me suis empêché
de mettre des chaussures en cuir car elles sont
issues de l’agriculture animale. Du coup, j’ai
porté des baskets Nike en toile, fabriquées en
Indonésie dans des conditions de travail lamentables. Troublé, je lui demande: «Tu préfères te battre pour défendre les animaux ou les
enfants travailleurs?» Il passe devant moi en
me répondant, énigmatique: «Faut-il absolument choisir?» Sur son plateau, un burger saignant sauce béarnaise. •
VENDREDI J’AI TESTÉ SOUTENIR L’OM
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IV u
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Jeudi 9 Août 2018
ULTRA
VIOLETTES
On va au marché (11/12)
«Libé» cuisine les produits
de l’été. Aujourd’hui,
on apprend à cuisiner
autrement la reine de
la saison, l’aubergine.
L’
Aymar de Virieu a vécu enfant dans le château de Pupetières, avant d’en hériter en 2007.
Bons plants à Pupetières
La vie de château (5/6)
Toute la semaine
«Libération» baisse le
pont-levis. Aujourd’hui,
visite dans l’Isère,
où Aymar de Virieu
organise des journées
des plantes pour faire
vivre son domaine.
I
l jure, index levé vers le ciel:
«De mon vivant, ce ne sera
pas un hôtel ni un lieu de
profit, je veux garder tout ça
dans son jus», s’exclame Aymar
de Virieu, 58 ans. Ce descendant
d’une illustre lignée iséroise a hérité en 2007 du château de Pupetières, à Châbons, à une heure de
Lyon. Depuis, il se démène pour
que ce lieu «qui a encore une
âme» subsiste. «Le coût est considérable entre les taxes, les impôts,
les frais de personnel. Je me demande toujours : qu’est-ce qu’on
va pouvoir faire pour rendre cette
chose équilibrée ? J’espère que ce
le sera d’ici cinq ou six ans», explique le châtelain, qui a vécu enfant à Pupetières. Il revient y passer son temps libre quand son
travail en région parisienne le
permet. «Il faut bien gagner sa
vie», dit-il. Et la demeure ancestrale est devenue impossible à
chauffer en hiver. Seules les écuries réhabilitées sont habitées à
l’année par son père, Geoffroy
de Virieu.
Erigé par la famille au XIIIe siècle,
le château a été en grande partie
détruit à la Révolution. Il est
reconstruit entre 1860 et 1870 par
l’architecte Eugène Viollet-leDuc, à qui l’on doit la restauration de Notre-Dame-de-Paris.
Toits aux tuiles vernissées, riches
décors peints, fontaine et étang
alimentés par une source : la
bâtisse néogothique sert régulièrement de décor à des mariages.
Une partie des écuries a été aménagée pour tenir des banquets, la
grange à foin reconvertie en salle
de projection. Mais le château luimême reçoit de moins en moins
de public. L’homme prend un
plaisir évident à faire visiter son
domaine et à évoquer ses aïeux.
A côté de l’étang, quelques oies
gardent une minuscule chapelle,
transformée en four au XIXe siècle. «Wilfried de Virieu, un polytechnicien un peu fou, y faisait
des expériences», sourit son descendant. L’alchimiste a également installé un laboratoire dans
l’arche d’entrée, qui surplombe la
grille. Des flacons étiquetés sont
toujours là, emplis d’étranges liquides. Dans le château, des tapisseries ornent les murs. Au salon, l’une d’elles figure un bord
de mer chatoyant. «Quand je vois
ça, je me dis qu’il faut que je me
batte», soupire Aymar de Virieu.
Il s’avoue parfois découragé.
Dans la salle à manger, la peinture du plafond s’écaille par plaques. «C’est déprimant, ça a été
refait il y a six ou sept ans», commente-t-il. L’humidité, à Pupetières, grignote tout.
La bibliothèque est épargnée,
«Dieu soit loué». La pièce, parée
de boiseries en châtaignier, recèle
45000 ouvrages reliés et minutieusement archivés. L’été, les
chambres servent aux invités de
passage. L’une d’elles est délaissée. «Quand on la propose, les gens
ne sont pas très inspirés», s’amuse
Aymar de Virieu en allumant le
lustre. C’est la chambre du diable,
en noir et rouge, dont les motifs
–le Cornu en de multiples positions– ont été peints par l’artiste
de la famille, Stéphanie de Virieu.
A l’étage suivant, on peut trouver
rédemption dans une petite chapelle toujours consacrée. Aymar
de Virieu se signe et file derrière
l’autel pour dévoiler un confessionnal miniature.
«Ce n’est pas toujours simple de
partager sa passion», reconnaît-il,
glissant un discret hommage à
son épouse: «Il faut faire des arbitrages budgétaires, on ne va plus
en vacances au bord de la mer depuis que j’ai hérité.» Les châtelains ont planté un verger –pruniers, pommiers, cerisiers. Et ont
eu une idée : organiser, chaque
dernier week-end de septembre,
leurs Journées des plantes (1).
Près de 6 000 personnes viennent, des passionnés de jardins,
des artisans, des artistes. «Ça fait
connaître le lieu», se réjouit l’hôte.
Il tend la plaquette de l’événement: «C’est très sympa, les gens
sont charmants. Vous viendrez?»
MAÏTÉ DARNAULT
Envoyée spéciale à Châbons
Photo BRUNO AMSELLEM.
DIVERGENCE
(1) Journées des plantes
les 29 et 30 septembre 2018.
aubergine semblait roupiller
sur son transat en bord de
Méditerranée. Légume roi
d’Italie (recette au parmesan
et tomate), du Liban et de Turquie (le
caviar d’aubergine), de Provence (la ratatouille, pour ne citer qu’elle)… Mais
aussi d’Asie, avec sucre et épices.
Témoin, notre aubergine aux dattes
(Albadhinajan mae tawarikh), spécialité d’Oman, dans le golfe Persique.
Ou ces aubergines à la sichuanaise, en
Chine, manière inattendue de les faire
fondre au wok. Il faudra dans les deux
cas employer quelques ingrédients
«exotiques», qu’on trouve de plus en
plus facilement en hypermarché et,
bien sûr, des aubergines, un régal made
in France jusqu’à la fin de l’été.
Aubergine aux dattes (présenté par
le blog latendresseencuisine.com de
l’association Cuisinez pour la paix.
Pour 6 portions. Lavez 3 aubergines
moyennes. Coupez en petits dés avec
la peau. Versez dans un saladier avec
3 cuillères à soupe d’huile d’olive et mélangez bien. Etalez les dés d’aubergine
sur une plaque pour le four recouverte
de papier sulfurisé. Faites cuire 40 minutes à 200°C. Ciselez 2 oignons rouge,
que vous faites fondre ensuite dans une
poêle à feu doux avec un filet d’huile
d’olive. Dénoyautez 10 dattes, coupez
en très fins morceaux et ajoutez dans
la poêle avec l’oignon. Versez une
cuillère à soupe de sirop de rose. Incorporez l’aubergine et mélangez.
Aubergines à la sichuanaise (par
Adeline Grattard, cheffe du Yam’Tcha
à Paris, une étoile au Michelin). Lavez
puis coupez 2 aubergines en gros dés.
Faites précuire à la vapeur 4 minutes.
Chauffez le wok, versez trois cuillères
à soupe d’huile de tournesol. Baissez
le feu. Ajoutez une demi-cuillère à café
de poivre du Sichuan, une cuillère à
café de haricots de soja noir, une
cuillère à café de piment Sambal Oelek,
une cuillère à café d’ail haché et une
cuillère à café de gingembre haché fin.
Mélangez puis ajoutez les dés d’aubergine. Attention, ne laissez pas les ingrédients brûler. Faites sauter les ingrédients en plein feu. Baissez le feu et
ajoutez une cuillère à soupe de sucre.
Faites à nouveau sauter 2 minutes.
Versez une cuillère à café de sauce
à huître et faites sauter. Terminez avec
une cuillère à café de sauce soja.
PIERRE CARREY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 9 Août 2018
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PHOTO /
Objectif Mars
Séance tenante/
Science-fiction
Dans sa série
«Concrete Mirrors»,
le photographe
David de Beyter
utilise des paysages
de la conquête
spatiale et interroge
leur obsolescence.
DAVID DE BEYTER
né en 1985
travaille à Tourcoing
E
n regardant les photos
de «Concrete Mirrors»,
de David de Beyter, on
se croirait plongé dans
2001, l’Odyssée de l’espace, avec
Space Oddity en musique de
fond. Mais le photographe est
plus inspiré par Blade Runner
de Ridley Scott, ou encore Stalker, de Tarkovski, que par Stanley Kubrick. Et côté sonorisation, il invoque plutôt
Tomorrow’s Harvest des Ecossais de Boards of Canada, que
David Bowie. En littérature, il
cite volontiers la Trilogie martienne de Kim Stanley Robinson, très prospective à son goût.
David de Beyter est actuellement en résidence à la Casa de
Velásquez à Madrid. Diplômé
de l’Ecole nationale supérieure
des arts visuels de La Cambre
(Bruxelles), il a ensuite intégré
le Fresnoy, Studio national des
arts contemporains (Tourcoing), qui l’a soutenu dans la
production de «Concrete Mirrors». En 2010, année de son diplôme, il se met à travailler sur
des photos de paysages réels ou
recomposés en 3D (à partir
d’images d’archives) dans lesquelles il immortalise l’architecture utopique des années 60-70. Et sur les parallèles
existant à l’époque entre les
nouvelles formes d’habitat et la
conquête spatiale.
«Il y a une approche documentaire dans ce projet, même si on
ne le ressent pas forcément», explique-t-il. En témoignent les
photos Radomes III sur le site
de Fylingdales, une base mili-
taire anglaise rasée en 2008, ou
encore Prisme, un terril lunaire
dans le nord de la France avec
un module de Pascal Haüsermann, réalisé en 3D et réinterprété par le photographe à l’ordinateur. David de Beyter part
aussi à la recherche, comme un
archéologue, de constructions
abandonnées aux formes ovoïdes qui incarnaient toutes les
utopies de l’époque.
Dans ce corpus astral, on peut
contempler ce vestige d’une
base militaire de la guerre
froide sur le plateau d’Albion;
les restes de l’observatoire de
Grasse recouvert de neige dans
Observatory ou encore ce qui
fut le point de départ de la série:
Flying Saucer, la reconstitution
d’un sol martien du Centre national d’études spatiales à Toulouse, qui sert à tester les roues
des engins spatiaux. Avec David
de Beyter, on est déjà sur Mars.
DOMINIQUE POIRET
Exposition «¡ Viva villa !» à la Villa
Méditerranée, Marseille. Du 29 septembre au 7 octobre.
ÉTÉ
u V
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ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
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Libération Jeudi 9 Août 2018
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Libération Jeudi 9 Août 2018
u VII
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Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
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VIII u
Libération Jeudi 9 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Le droit face à la mer
1
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À...
Kingdomino Régner
pour mieux dominer
C’est l’un de nos chouchous en ce moment,
pour sa stratégie et la
brièveté des parties
qui permettent de se
remettre en selle rapidement en cas de défaite. A Kingdomino,
créé par le français Bruno Cathala,
vous êtes ce que vous avez toujours
voulu être: un roi. Pas un despote en
mode «qu’ils viennent me chercher»
enfermé dans son palais comme un
forcené, mais un vrai monarque, qui
construit son royaume dans la concorde. Avec des champs, des prairies,
des bois, de la pêche. Le rêve. La vie
serait parfaite si les roitelets voisins
(corrompus et dégénérés) ne convoitaient pas les mêmes ressources que
vous (représentées par des dominos).
Pour avoir le plus beau des territoires,
il faut privilégier les cases avec des
couronnes (évidemment) et surtout
garder une cohérence pour que vos
différentes parcelles soient reliées entre elles (ce qui multiplie vos points). Il
peut être utile parfois de faire des sacrifices: éviter de vous jeter toujours
sur le meilleur domino, en apparence.
Parfois, se rabattre sur un autre plus
faible permet de jouer en premier le
tour suivant et d’avoir un meilleur
choix dans la foulée.
QUENTIN GIRARD
Que doit-on faire si un navire de
guerre étranger s’approche à moins
de 22 km des côtes françaises ?
A Tirer douze coups de canon en guise
de semonce.
B L’envoyer par le fond illico presto.
C Rien, c’est tout à fait légal tant qu’il s’agit
d’un «passage inoffensif».
D «Envoyer la cavalerie», soit un escadron
de vedettes armées.
2
Le 3 décembre 1973, l’ONU ouvre
la troisième conférence sur le droit
de la mer. Combien de temps
va-t-elle durer?
A Neuf jours et neuf nuits.
B Neuf semaines et demie.
C Neuf mois.
D Neuf ans.
3
Depuis, 168 Etats membres ont
ratifié ce texte qui régit les droits
et devoirs en mer. A l’exception…
A …des Etats-Unis.
B …de la Chine.
C …de la France.
D …de la Suisse.
4
Le concept de «Mare liberum» a
été inventé en 1609 par le juriste
Hollandais Hugo Grotius…
A …parce qu’aucun peuple au monde ne
réclamait de droits sur la mer.
B …pour développer le commerce naval
batave autour du monde.
C …pour empêcher les Portugais de
bloquer la route des Indes.
D …parce que «l’océan n’a pas d’autres
bornes que le ciel».
5
Pour savoir à qui appartient la mer,
la convention de Montego Bay la
découpe en tranches. Lesquelles ?
A Les eaux intérieures, les eaux
territoriales, la zone économique exclusive
et la haute mer.
B La basse mer et la haute mer.
C Les eaux privées, les eaux semi-privées
et les eaux publiques.
D Les eaux territoriales et les eaux
internationales.
6
Le droit de la mer ne parle pas
en kilomètre, mais en mille
nautique. Combien représente
un mille nautique ?
A 1,999 km.
B 1,852 km.
C 1,609 km.
D 1,500 km.
7
Si les espaces appartenant
à deux ou plusieurs Etats
se chevauchent, ils…
A …tracent une ligne médiane.
B …négocient entre eux.
C …en réfèrent à la cour permanente
d’arbitrage de La Haye.
D …essaient de s’imposer par la force.
8
Quels sont les droits
sur la zone économique exclusive
qui s’étend en général jusqu’à
200 milles des côtes ?
A La souveraineté absolue sur le
sol, le sous-sol et l’espace aérien.
B La pêche, la construction,
et l’exploitation du sol et du sous-sol.
C Le droit de police et de douane.
D Aucun.
Réponses: 1.C; 2.D; 3.A; 4.B, C et D; 5.A; 6.B; 7.A,
B, C ou D selon les cas; 8.A et B (le droit de police
s’étend à 24 milles).
Par LAURENCE DEFRANOUX
LES 7
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