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Le Figaro - 08 10 2018

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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 064 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
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lefigaro.fr
LAURENT WAUQUIEZ
PATIENCE, ÉCOUTE… LA STRATÉGIE
DE RECONQUÊTE DU PATRON
DES RÉPUBLICAINS PAGE 8
Miro, le poète qui
peignait les rêves
BIG BANG SANTÉ
DU « FIGARO »
PAGES 29 À 32
SUÈDE
Un entretien avec
le roi Carl Gustaf
et la reine Silvia
PAGE 9
Journaliste
saoudien disparu :
Erdogan veut
des explications
de Riyad PAGE 10
CHAMPS
LIBRES
La résistance par
les livres d’un
libraire pékinois
Quel avenir pour
le statut des
réfugiés
palestiniens ?
Les tribunes de
Loris Chavanette
et d’un collectif
de 340 médecins
La chronique de
Nicolas Baverez
L’analyse
d’Eugénie Bastié
n
n
n
n
n
© IMAGE COPYRIGHT © THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART / ART RESOURCE
TURQUIE
FIGARO SANTÉ
QUAND LES HOMMES
S’INTERROGENT SUR LEUR
MASCULINITÉ PAGES 15 À 18
Populismes :
l’inquiétante
campagne
européenne de
Steve Bannon
Le stratège électoral qui a aidé Trump à conquérir la
Maison-Blanche veut fédérer les partis eurosceptiques
dans la bataille des élections du printemps 2019.
Invité d’honneur du congrès du
Front national, à Lille, en mars
dernier, Steve Bannon a rendu
visite au premier ministre hongrois, Viktor Orban, et multiplié les rencontres en Italie,
Réponses à la question
de samedi :
La mode du veganisme
vous conduit-elle à
modifier vos habitudes
alimentaires ?
OUI
11 %
NON
89 %
TOTAL DE VOTANTS : 39 581
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Emmanuel Macron doit-il
poursuivre la même
politique après le
remaniement
gouvernemental ?
THIERRY ZOCCOLAN/AFP LUDOVIC MARIN/AFP
PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 6
PAGES 20 À 23
FIGARO OUI
FIGARO NON
un entretien au Figaro, le stratège américain affirme vouloir
redonner la parole « aux gens
simples » et se défend de vouloir
« casser l’Europe ».
Vers un large remaniement
pour engager une nouvelle
étape du quinquennat
Tandis que Picasso l’Andalou triomphe au Musée d’Orsay,
le Grand Palais rend hommage à l’artiste qui incarne
la Catalogne. En près de 150 œuvres, la rétrospective épouse
ses évolutions entre cubisme et surréalisme, la liberté du
peintre jusqu’à ses constellations cosmiques. PAGES 38 ET 39
@
pays qu’il voit comme un modèle depuis qu’il est dirigé par le
Mouvement 5 étoiles et la Ligue.
Pour fédérer les formations populistes, il a créé son club, le
Mouvement, à Bruxelles. Dans
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
I
l en irait de la conquête
du pouvoir comme du
jean et de l’iPhone. Selon la règle qui veut que
ce qui a marché outreAtlantique fonctionne quelques années plus tard sur le
Vieux Continent, Steve Bannon a changé de rive. Et voilà
l’ancien gourou de Trump à la
tête d’une « Internationale
populiste » européenne.
De fait, on a parfois l’impression qu’une vague mondiale
est en train de se former,
La nouvelle Internationale
quand elle n’a pas déjà déferlé. Des États-Unis aux Philippines, du Brésil à l’Italie, des
mouvements dits « populistes » semblent tout balayer.
Et l’on finit par voir des
Trump tropicaux ou continentaux un peu partout… Les
situations sont plus diverses
qu’il n’y paraît, mais il y a des
points communs : un sentiment de trahison des élites,
d’insécurité culturelle, de
décrochage
des
classes
moyennes, une peur des dé-
gâts collatéraux de la mondialisation, de l’immigration
massive et du non-contrôle
des frontières.
Ces convergences, Steve
Bannon veut les exploiter, les
fédérer. En se concentrant
sur la « défense de la civilisation judéo-chrétienne ». Il y a
des limites, toutefois, à cette
agrégation des révoltés. Les
mouvements, d’abord, ne
sont pas tous du même bois.
Et par essence, ils défendent
des intérêts circonscrits, qui
diffèrent et peuvent même
s’opposer. Qui plus est, les
« antisystème » se sont souvent montrés bons démolisseurs mais moins doués bâtisseurs.
Leur
discours
simplificateur résiste rarement à la réalité et leurs
outrances, souvent, les discréditent.
L’arrivée de Steve Bannon
sur le théâtre européen vat-elle changer la donne ? Pas
radicalement, peut-on penser. Salvini ne l’a pas attendu
pour conquérir Rome, ni Orban pour prendre la tête de la
fronde européenne. Mais
pour les partis traditionnels,
c’est un avertissement de
plus.
Pour eux, la meilleure réponse aux prêches d’un Bannon
est de retrouver le chemin de
l’efficacité. S’ils continuent à
traiter avec désinvolture les
inquiétudes des électeurs, ils
seront à coup sûr débordés.
Avec ou sans agitateur professionnel à la manœuvre. ■
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1
ISSN 0182.5852
A
M 00108 - 1008 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@a@k@s@a";
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Je veux
remercier
Steve Bannon
pour ses services.
Il a rejoint
la campagne
pendant ma
candidature contre
Hillary Clinton
la crapule. Ça a été
formidable ! Merci
»
NICHOLAS KAMM/AFP
DONALD TRUMP, EN AOÛT 2017
Steve Bannon
n’a rien à voir
avec moi ou ma
présidence. Quand
il a été limogé, il n’a
pas seulement
perdu son travail,
il a perdu la raison.
Steve n’a eu qu’un
rôle très limité
dans notre victoire
historique
»
DONALD TRUMP, EN JANVIER 2018
L’ADVERSAIRE
DES ÉLITES
A
À 62 ans, en 2016, Steve
Bannon a repris en main
la campagne présidentielle
à la dérive de Donald Trump
et a réussi à conduire
le candidat républicain
jusqu’à la victoire. Il est alors
au faîte de son pouvoir
et de la renommée, et est
nommé à la Maison-Blanche
« conseiller stratégique »
du 45e président des ÉtatsUnis. Mais les confidences
que le conseiller livre sur
son patron dans une interview
à Vanity Fair et dans le livre
de Michael Wolff Fire and Fury
signent son limogeage
en août 2017. Bannon estimait
que l’intellect du président
était celui d’un enfant
de 11 ans et s’en était pris
au gendre de Trump,
Jared Kushner, « la tête de
ligne de toutes les mauvaises
décisions ». Depuis, l’ancien
banquier chez Goldman Sachs,
ex-producteur de films
et de la série Seinfeld,
laquelle a fait de lui un homme
riche, et ancien journaliste
fondateur du site Breitbart
s’est réinventé une nouvelle
vie. Issu d’une famille
ouvrière de catholiques
irlandais de Virginie, Steve
Bannon a connu bien des
métamorphoses. Seules ses
convictions conservatrices
et antiestablishment, qui
l’ont conduit à se rapprocher
du mouvement Tea Party,
n’ont guère changé.
Steve Bannon se pose en gou
L’ancien conseiller stratégique de Donald Trump a créé le Mouvement, un club des
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
ENVOYÉE SPÉCIALE À ROME
IL FAIT DOUX ce samedi, il y a deux
semaines, sur les bords du Tibre, dont
les eaux scintillent paisiblement sous le
soleil de septembre, mais l’humeur politique, elle, est révolutionnaire. Comme Lénine il y a cent ans appelait les
« prolétaires de tous les pays à s’unir »,
le « soldat Bannon » appelle ce jour-là
les populistes d’Europe à faire de
même, debout sur une estrade érigée
sur la petite île de Tibérine, à deux pas
du mont Palatin, en plein cœur de
Rome. Cela fait une drôle d’impression
de retrouver cet ancien directeur de
campagne de Donald Trump - Virginien de Richmond aux manières
« popu » et au visage buriné encadré
d’épais cheveux gris, habitué aux meetings trumpiens des grandes plaines
d’Amérique - haranguer quelques centaines de militants italiens du petit parti souverainiste d’extrême droite Fratelli D’Italia.
Réunis le temps d’un week-end
pour parler de l’Europe, à l’approche
des
élections
européennes
de
mai 2019, les Frères d’Italie ont invité,
tradition italienne oblige, des politiciens de tous bords, y compris le président du Parlement européen, Antonio Tajani, qui voit en Bannon « un
danger ». Mais des panneaux affichent
clairement la sensibilité de la rencontre, intitulée « Europe contre Europe,
Peuple contre élite, Souveraineté
contre technocratie ».
D’emblée, Bannon s’en prend « au
parti de Davos », expression qui veut
désigner l’élite politique et financière
qui a, selon lui, profité de la globalisation, en laissant les classes populaires
sur le bord de la route. « Vous n’êtes
pas seuls ! Le Brexit, Trump, et votre
vote en mars 2018 (pour Salvini et le
Mouvement 5 étoiles, NDLR), tous ces
éléments font partie d’une même chaîne.
Ils expriment le rejet du statu quo créé
par les élites, qui vous traitent d’europhobes et de nativistes mais ont été à
l’origine de la crise de 2008 qui a décimé
l’Italie comme les États-Unis. Elles vous
appellent “déplorables” mais ont-elles
payé pour leurs crimes économiques ? »,
“
Les élites disent
que la démocratie
est en panne simplement
parce que le peuple
ne vote plus pour elles !
STEVE BANNON
”
lance Steve Bannon, vêtu comme à son
habitude d’une chemise noire.
« Aujourd’hui, les gens simples n’ont
plus aucune perspective. Ils sont cloués à
des emplois précaires, comme des serfs
russes du XXIe siècle, même s’ils ont des
iPhone », ajoute l’ancien conseiller
stratégique de Trump. Et d’ajouter que
« les élites ont un culot monstre ». « Elles disent que la démocratie est en panne
simplement parce que le peuple ne vote
plus pour elles ! », poursuit le tribun
venu d’Amérique.
Dans la salle, le public l’applaudit
chaudement. Giorgia Meloni, la blonde
patronne des Frères d’Italie, lui apporte
un soutien sans détour. « Nous voulons
participer à ce Mouvement, déclare-telle au Figaro, affirmant qu’il est intéressant que différents partis aient des relations pour échanger des idées sur la
défense des frontières européennes, de
l’identité européenne et de la famille. »
« Cela ne veut pas dire que nous allons
demander aux Américains ce que nous
devons faire », poursuit-elle.
C’est la deuxième fois en trois semaines que Steve Bannon est en Italie, pays
qu’il considère comme « l’épicentre
décisif » de la révolte qui secoue l’Europe, en raison de l’arrivée au pouvoir
d’une coalition anti-establishment
formée de la Ligue de Matteo Salvini et
du mouvement de gauche 5 Étoiles.
Depuis qu’il a annoncé fin juillet la
création à Bruxelles du « Mouvement », club dont le but sera de fédérer
les populismes européens, questions,
rumeurs inquiètes et grincements de
dents vont bon train sur les raisons qui
poussent l’ancien stratège de Donald
Trump à traverser soudain l’Atlantique. S’agit-il d’un grand projet de déstabilisation américain destiné à faire
Steve Bannon au côté de Giorgia Meloni, la présidente de Fratelli d’Italia, lors d’un rassemblement du parti souverainiste d’extrême droite,
exploser l’Union européenne pour
mieux contrôler le continent, comme
on le craint à Bruxelles ?
Cela fait rire Bannon quand on lui
pose la question. « C’est ridicule ! Nous
ne sommes pas un empire. Nous voulons
des partenaires forts, pas des colonies. »
Et d’ajouter qu’il agit « de sa propre initiative », certainement pas en sousmarin du gouvernement de Washington. Nous le retrouvons sur une terrasse
de l’hôtel de Russie, à Rome, en surplomb de la magnifique place du Peuple. Avoir accès à Bannon n’est pas
chose facile. La curiosité est telle que
des centaines de demandes de presse
s’empilent depuis qu’il a lancé son
think-tank européen, affirme son entourage débordé.
Bannon aime la Cité éternelle. Cela
fait longtemps qu’il y a ses entrées depuis qu’il y a installé un bureau du
groupe Breitbart. En 2014, il était venu
y rencontrer le cardinal Burke, chef de
file de l’aile conservatrice du Vatican rencontre qui a suscité mille et une
supputations sur l’existence d’une
possible alliance visant à écarter le
pape François. Le stratège américain
dément absolument un tel projet, mais
ne cache pas sa volonté de défendre
« les valeurs de la civilisation judéochrétienne ». « Jérusalem, Rome, Athènes, Budapest… et même Moscou et
Saint-Pétersbourg. C’est le même monde à défendre », dit-il.
Pour comprendre la démarche du
personnage, il faut remonter à son engagement au côté du mouvement
conservateur anti-Wall Street et antiélite Tea Party, né en réaction à la crise
financière de 2008. Bannon, un fils de
col bleu, qui dit avoir vu son père
« pleurer » après qu’il a perdu toutes
ses économies, a été dégoûté par
« l’avidité » de Wall Street où il a tra-
Marine Le Pen et Steve Bannon, en mars dernier à Lille lors du congrès
du Rassemblement national. ALAIN GUILHOT
vaillé dix ans. Cet ancien militaire passé par Goldman Sachs a alors pris la direction du groupe de presse antiestablishment Breitbart, avant de
s’occuper de la campagne de Trump
en 2016. « On était des amateurs ! et on
a gagné contre une machine, les Clinton, de 2 milliards de dollars », dit-il.
Bannon a ensuite été nommé
conseiller stratégique du président à la
Maison-Blanche, avant d’être sacrifié
en août 2017, notamment après le
scandale déclenché par une manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville. Mais il maintient un soutien
indéfectible à son ancien patron, dont
il dit soutenir « en bloc » toute l’action. Dans sa démarche, le combat
contre le « politiquement correct » qui
a régné en arbitre des élégances et des
valeurs sociétales jusqu’à l’apparition
du « boomerang trumpien » tient également une place centrale, comme
Steve Bannon avec le Britannique Benjamin Harnwell,
Burke et directeur d’un Institut de la dignité humaine.
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LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
rou des « populistes » européens
équipe de fidèles inconnus du grand
public et soudain projetés en pleine lumière. C’est le cas de Modrikamen, un
politicien jusqu’ici marginal, qui jongle aujourd’hui entre sa campagne aux
élections locales belges et ses responsabilités de directeur exécutif du Mouvement. « Je croule sous les interviews ! », confie-t-il… Très présent
aussi, se profile le Britannique Benjamin Harnwell, ex-attaché parlementaire du député européen Nirj Deva,
avec lequel il mena la bataille pour faire inscrire les racines chrétiennes de
l’Europe dans le préambule de la
Constitution européenne - « projet qui
fut bloqué par les francs-maçons, et notamment le veto de Jacques Chirac et de
Guy Verhofstadt », nous déclare-t-il.
Harnwell, traditionaliste proche de la
ligne du cardinal Burke, est le direc-
“
Si les partis non
populistes continuent de
refuser avec désinvolture
de se saisir de la question
de la frontière,
ces mouvements finiront
par tout emporter
”
DOMINIQUE REYNIÉ, DIRECTEUR
DE LA FONDATION POUR L’INNOVATION POLITIQUE
le 22 septembre dernier à Rome.
VINCENZO LIVIERI /LA PRESSE/ABACA
chez Trump. Bannon pense que la politesse des « gentlemen » du Parti républicain les a empêchés de s’opposer
à la domination culturelle de la gauche. Depuis dix ans, ce passionné
d’Histoire peaufine donc ses thèmes
de prédilection sur la trahison des élites globalistes, le peuple abandonné et
la catastrophe de la politique des identités qui sonne selon lui le glas de
l’américanisme. Les libéraux américains voient en lui un raciste irresponsable. Il dément absolument, se présentant comme un nationaliste et
« populiste économique ».
L’idée de créer un Mouvement en
Europe lui est venue au printemps,
pendant sa participation au congrès du
Front national français. « J’ai vu les
connexions. C’étaient les mêmes gens,
les mêmes inquiétudes. » Lors d’un
passage à Londres, Nigel Farage, ami
de Trump et l’un des architectes du
traditionaliste proche de la ligne du cardinal
ADN.COM
Brexit, lui présente Mischaël Modrikamen, président du Parti populaire, une
petite formation souverainiste belge
« de droite décomplexée », qui a déjà
créé sur le papier un institut dédié à
établir des liens entre partis populistes.
“
Nous avons besoin
de la Russie pour combattre
notre ennemi commun,
le fondamentalisme
islamiste
”
GIORGIA MELONI, PRÉSIDENTE DU PARTI
SOUVERAINISTE D’EXTRÊME DROITE
FRATELLI D’ITALIA
« On s’est rencontrés à Londres et on
s’est rendu compte que chacun pouvait
finir les phrases de l’autre… », raconte
Modrikamen. Un mois plus tard, il reçoit une proposition de Bannon pour
lancer le Mouvement sur la base de son
institut.
Il y a encore quelques années, un tel
projet européen aurait semblé totalement fou et politiquement « radioactif ». Mais depuis le Brexit, l’Europe
semble glisser dans une situation prérévolutionnaire, au fur et à mesure que
des révoltes populaires réclament un
changement de cap drastique en matière d’immigration et un retour en
grâce de l’État-nation. Les vieux modèles politiques volent en éclats. Les
peuples se cherchent de nouvelles
boussoles. Les extrêmes droites gagnent du terrain. Dans ce moment de
désarroi, l’Europe ressemble de plus en
plus à un ventre mou où bouillonnent
maintes forces nouvelles, aventuriers
et projets idéologiques.
Le côté révolutionnaire de l’initiative Bannon se manifeste dans sa dimension artisanale, avec sa petite
Steve Bannon avec Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur, et Mischaël
Modrikamen, président du Parti populaire, une formation souverainiste belge.
TWITPIC
teur d’un Institut de la dignité humaine installé dans un gigantesque monastère de la campagne romaine, où il
est en train de créer une académie
destinée à « aider les politiciens chrétiens à défendre leurs valeurs dans l’espace publique ». Il évoque aussi « un
projet plus bannonien d’académie du
monde judéo-chrétien ». Sans Bannon,
l’Institut de la dignité humaine serait
sans doute resté « dans l’anonymat,
comme des milliers d’autres fondations
traditionalistes », remarque l’expert
du Vatican Marco Politi. « Bannon est
un génie de la politique. Je l’ai compris
tout de suite quand je l’ai rencontré en
2014. Son arrivée dans la bataille des
européennes va changer la donne »,
prédit Harnwell.
Mais un tel attelage peut-il entraîner à sa suite des partis aussi divers
que ceux qui structurent l’extrême
droite européenne et le nouveau populisme ? La petite équipe a déjà fait
tomber dans son escarcelle la Ligue de
Salvini, les Frères d’Italie et le Rassemblement national de Marine Le
Pen. Bannon, Modrikamen et Harnwell ont également fait un voyage
exploratoire à Prague, où ils ont rencontré le président populiste Milos Zeman et le fils de l’ancien président Vaclav Klaus. Impossible de confirmer
l’état des discussions avec Viktor Orban, même si Bannon s’est rendu à
Budapest. Modrikamen se dit favorable à Orban, affirmant « se méfier »
des accusations d’autoritarisme qui
pèsent sur la Hongrie. « Je ne suis pas
spécialiste mais vu la manière dont est
critiqué Trump et dont mon propre parti
a été présenté, je me méfie », dit-il. Il
précise que son équipe veut rencontrer chaque mouvement potentiellement intéressé par le Mouvement mais
qu’ils excluent tout contact avec « les
racistes et les antisémites ». « Pour
l’instant, le temps nous manque. Steve
repart s’engager dans la bataille des
élections de mi-mandat en Amérique, et
moi je dois m’occuper des élections locales belges, nous y verrons plus clair
fin décembre. »
Le directeur de la Fondation pour
l’innovation politique, Dominique Reynié, qui étudie à la loupe le phénomène
populiste, estime que le projet de l’ancien patron de Breitbart pourrait servir
« d’agrégateur de forces disparates qui
souffrent pour l’instant de ne pas être
coagulées, en créant une sorte de doctrine empirique qui n’existe pas aujourd’hui ». « Si les partis non populistes
continuent de refuser avec désinvolture
de se saisir de la question de la frontière,
ces mouvements finiront par tout emporter », avertit-il. Reynié pense toutefois
que la percée pourrait être limitée en
mai, en raison de l’absentéisme traditionnel des populistes lors des scrutins
européens. Il juge aussi que les efforts
de Bannon pourraient être entravés par
« les divergences entre partis ».
« Croyez-vous par exemple que les Démocrates suédois ou les populistes danois
verront d’un bon œil la tentation de Salvini de faire exploser la Banque centrale
européenne ? », s’interroge-t-il. Quant
à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD),
elle paraît divisée sur le sujet, la figure
montante Alice Weidel ayant jugé « le
projet ambitieux » alors que le président
du parti Alexander Gaulant exprime sa
réserve.
Beaucoup de réticences s’expliquent
par la nationalité américaine de Bannon, explique-t-on à Rome. « Notre
pays a 2 000 ans d’histoire, il ne peut accepter des leçons d’un pays qui en a à
peine 300 », assène par exemple Francesco di Giuseppe, vice-président de
l’organisation de jeunesse Gioventu
Nazionale. Le journaliste du Corriere
della Sera Francesco Verderami note
que « l’entrée de Salvini et de la Ligue
dans le mouvement de Bannon est un plus
énorme pour l’Américain », car « c’est
Salvini qui a les troupes populistes et
donc le vrai pouvoir ». Mais il ajoute que
le très populaire ministre italien de
l’Intérieur n’a nulle envie de s’afficher
avec l’Américain.
De plus, Bannon fait irruption sur un
terrain politique européen, le populisme, qui a été déjà largement labouré
par le président Poutine, ce dernier
faisant de l’établissement de relations
privilégiées avec l’extrême droite et
les souverainistes européens une priorité. Des Frères d’Italie à la Ligue, tous
les partis nationalistes et d’extrême
droite ont pris le chemin de Moscou,
poursuivant une tendance déjà amorcée par Berlusconi. « Nous avons besoin de la Russie pour combattre notre
ennemi commun, le fondamentalisme
islamiste », résume Giorgia Meloni.
Une réalité qui laisse penser que Moscou pourrait prendre ombrage du
« projet américain » - concurrent ? de Bannon.
«La Russie a mené un travail océanographique impressionnant pour travailler au corps les petits partis populistes et Salvini se targue d’une relation
privilégiée avec Moscou », confirme
Alessandro Politi, analyste politique
romain. « Ce n’est pas nouveau dans
l’histoire italienne, souvenez-vous que
le PCI italien était financé par Moscou. » Politi juge néanmoins « sans
précédent la méfiance cachée » que la
nouvelle équipe gouvernementale
nourrit vis-à-vis de l’Otan. « La relation entre Trump et Poutine permet à ce
gouvernement d’être prorusse », explique Alessandro Politi, notant que Salvini voit ces deux hommes comme les
deux étoiles polaires de sa politique
étrangère et se pose en revanche en
opposant à Bruxelles avec son slogan
de « l’Italie d’abord ».
Le journaliste Francesco Verderami
s’inquiète beaucoup de cette dérive
mais il insiste sur « les responsabilités » des élites européennes. « L’Europe n’est plus inspirée par aucun idéal.
Cela a commencé quand les leaders
européens ont refusé d’admettre ses racines chrétiennes », dit-il, dénonçant
« une Union désincarnée », avec « une
Constitution qui n’est qu’un code d’intérêts économiques ». « Si les Pères
fondateurs – Gasperi, Adenauer ou
Mitterrand - revenaient, ils ne reconnaîtraient pas cette Europe », insiste
Verderami, qui parle d’une « occupation économique de la Grèce par l’Allemagne ». « À quoi peuvent rêver les
Grecs, s’ils en sont à discuter la vente de
l’Acropole ? », ajoute-t-il, appelant à
revenir au rêve initial européen.
« Nous sommes à la frontière de l’ancien monde qui s’effondre et d’une nouvelle ère. Si nous ne proposons pas un
retour aux sources, qui sait où l’électrochoc populiste nous emmènera »,
s’inquiète l’éditorialiste.
Modrikamen, Bannon et Harnwell
répliquent que leur but n’est pas le
chaos mais une révision des règles.
« Quand on a une Cocotte-minute qui
menace d’exploser, on fait sortir la vapeur », dit Harnwell. « On n’est pas là
pour détruire, mais pour en finir avec
l’Union telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Je suis sensible à l’idée qu’il ne faut
pas jeter le bébé avec l’eau du bain mais
toucher à l’identité des nations, en leur
déniant le droit de décider qui va s’installer sur leur territoire, n’est pas acceptable », renchérit Modrikamen. Persuadé
qu’il chevauche une vague historique,
Bannon promet « de passer 80 % de son
temps » en Europe après les élections
américaines de mi-mandat. « Je vais
être là souvent », dit-il en embrassant
du regard Rome qui flamboie sous le soleil automnal. ■
A
tiné à rassembler tous les partis antisystème du Vieux Continent et à les conduire eux aussi à la victoire.
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Steve Bannon :
« Mon but est de
donner la parole
aux gens simples »
Pour l’ancien stratège électoral de Donald Trump,
les exclus du système, laminés par la globalisation,
sont les mêmes en Europe qu’aux États-Unis.
STEVE BANNON se défend de vouloir
« casser l’Europe » avec les partis
eurosceptiques qu’il entend promouvoir dans la perspective des prochaines
élections du Parlement de Strasbourg.
LE FIGARO.- Vous avez aidé Donald
Trump à conquérir la Maison-Blanche.
Et maintenant vous voulez aider
les « partis populistes » à conquérir
l’Europe. Quelle est votre motivation ?
Steve BANNON. - Cette bataille est très
personnelle. Elle a commencé il y a
neuf ans avec le Tea Party. La raison est
simple : ma famille est une famille de
simples ouvriers américains. J’ai toujours été persuadé que les classes populaires américaines étaient la colonne
vertébrale de notre société : ceux qui
coachent les équipes de sport, entretiennent nos églises, vont au travail
tous les jours, envoient leurs enfants
dans l’armée et sont la colle du pays.
Mais il est devenu clair après la crise de
2008 que ces gens-là n’ont pas de voix.
Ayant eu la chance de passer par Georgetown et Harvard, mon but est donc
simple : donner une voix aux gens simples. Ce sont les mêmes en Europe
qu’aux États-Unis.
A
Quel est votre but ? Contribuer
à redéfinir la globalisation
ou faire exploser l’Union européenne,
comme beaucoup le craignent ici ?
Nous n’avons aucune intention de faire
exploser l’UE et nous n’avons pas parlé
à un seul mouvement qui ait ce projet.
Les partis qui parlent avec nous sont
des partis eurosceptiques, mais cela ne
veut pas dire qu’ils veulent casser l’UE.
Marine Le Pen a bien résumé l’opposition actuelle. Ceux qui pensent que la
nation doit être dépassée et l’autre
camp qui pense que la nation doit rester la base du système, le joyau à protéger et à polir. Tous les gens à qui nous
parlons sont en faveur d’un rejet total
du projet Macron, qui voit l’Europe
comme une continuation du projet de
Jean Monnet, et prône une intégration
politique, commerciale et financière
croissante. L’autre projet est celui de
Matteo Salvini et Viktor Orban qui rejettent l’idée d’États-Unis d’Europe et
d’une France transformée en Caroline
du Nord. Ils veulent des États-nations
indépendants souverains au sein d’une
Confédération. L’idée que l’on veuille
faire exploser l’Union est un argument
des globalistes pour faire peur. Ils ne
veulent pas d’un débat. C’est comme la
théologie au Moyen Âge : si on parle de
modifier les règles, on est un fasciste et
on vous envoie à la figure la Première
et la Seconde Guerre mondiale. On
vous dit qu’on ne peut faire confiance
aux classes populaires, que ce sont des
barbares, des racistes, qui vont se
choisir des dictateurs. Mais les gens
sont plus intelligents et plus décents
que cela.
Quand on écarte les pouvoirs
intermédiaires, gare à celui
qui récupère la mise…
C’est un danger théorique. Mais regardez les dégâts concrets causés par les
globalistes. Ils ont permis une immigration sans limites, qu’aucun système
social d’Europe ne peut plus absorber.
Il est trop facile de dire que nous allons
mettre le système par terre après ce
qu’ils ont fait avec le krach financier de
2008. Les banques ont été sauvées,
mais les gens simples se sont retrouvés
lessivés. Même les millennials souffrent. Le nombre de naissances a chuté
de 18 % depuis 2008 en Italie car il n’y a
pas de sécurité économique. Les salaires ont baissé et on laisse entrer une
main-d’œuvre bon marché étrangère
qui fait concurrence aux Italiens. C’est
cela la réalité et pas des dangers théoriques sur l’éventuelle émergence de
dictateurs. La mèche de l’explosion populiste à laquelle nous assistons a été
allumée il y a dix ans par le parti de Davos, pendant la crise financière à
Washington DC et à Wall Street. Qui a
payé pour la dévastation ?
Vous dites que vous êtes un nationaliste
économique et que vous voulez sauver
le monde judéo-chrétien. Mais
vous êtes accusé d’être un raciste…
Les gens que je combats ne veulent pas
répondre sur la situation que je décris et
qui est le cœur du sujet. Du coup, ils
nous accusent d’être des fascistes, des
nativistes, des antisémites… Venant
d’eux, ces accusations sont comme une
décoration car elles ne sont étayées par
rien. Je veux d’ailleurs souligner la crise
pour la population juive en Europe et la
montée de l’antisémitisme, un résultat
de l’offensive des mouvements islamistes radicaux qui poussent leur idéologie
du djihad avec la complicité de la gauche. Regardez Jeremy Corbyn ! Cela
n’est pas acceptable.
Des articles évoquent vos liens
avec l’aile conservatrice de l’Église,
et tout particulièrement votre amitié
avec le cardinal Burke. Vous
comploteriez ensemble contre le Pape…
J’ai dit publiquement la semaine dernière, quand on m’a interrogé sur les
propos du cardinal Vigano appelant à la
démission du Pape, que j’y étais absolument opposé. Le Pape est le vicaire de
Dieu sur terre. Dans le dogme de l’Église, il est infaillible, on ne peut décréter
son départ. Cela ne veut pas dire qu’il
“
Il n’y a pas la moindre
chance que Donald Trump
soit destitué
STEVE BANNON
”
est infaillible dans son interprétation
politique. L’Église a tenu une conférence à Rome qui a déclaré le national-populisme comme la force la plus satanique du monde ! Le Pape dit que puisque
l’Europe se vide, les migrants prendront leur place. Je préférerais qu’on
s’occupe des taux de natalité et donc de
la situation des classes populaires. Nous
devons redonner aux gens simples une
perspective, sinon ce sera la révolution.
Un dixième d’un pourcent de l’élite
mondiale contrôle plus de richesses que
90 % de la population globale !
Les élections de mi-mandat
sont dans quelques semaines.
Vous avez dit que si Trump
perd la Chambre, les démocrates
feront tout pour le destituer.
Laissez-moi être plus abrupt encore. S’il
perd la Chambre le 6 novembre, il y
aura une procédure d’impeachment.
Cela ne veut pas dire qu’il perdra le
pouvoir. La destitution est une procédure en deux temps. La Chambre lance
l’impeachment, puis le Sénat tranche et
rend son verdict, et il faut les deux tiers
des sénateurs pour qu’une destitution se
produise. Il n’y a donc pas la moindre
chance que Donald Trump soit destitué.
Si les républicains gardent la Chambre,
ils remercieront le procureur Mueller et
cela s’arrêtera là. Mais si les démocrates
gagnent, ils formeront un comité de démocrates « tueurs » et de républicains
modérés pour lancer l’impeachment.
Vous avez dit dans une interview
qu’organiser une réunion comme
celle du 9 juin 2016 avec des Russes
était un acte de trahison.
J’ai depuis précisé que j’avais en tête
Steve
Bannon,
le 13 juillet
à Londres.
REX/SHUTTERSTOCK/SIPA
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
Paul Manafort, pas du tout Donald Junior ni la famille Trump. Qu’un professionnel comme Manafort ait organisé
un tel meeting était une terrible erreur
de jugement. Mais il n’y avait rien derrière, aucune preuve de collusion, à
moins que le procureur Mueller n’ait
quelque chose que nous ne savons pas.
La seule chose dont on parle aujourd’hui, c’est d’une possible obstruction
de justice. Mais c’est totalement politique. Si les républicains gagnent, c’est
fini. Si les démocrates gagnent, ils
pousseront leur avantage. Depuis le
jour où il a été élu, les démocrates ont
agi pour faire annuler l’élection de
Trump. Les Clinton et leurs amis de
Wall Street ont bien du mal à accepter
leur défaite. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre les élections
de mi-mandat. Comme le montre la
bataille autour du juge Kavanaugh, les
démocrates vont essayer de bloquer
toute la présidence de Trump et son
agenda législatif.
Pour revenir à votre projet, n’êtes-vous
pas en concurrence avec Vladimir
Poutine, qui a des relations privilégiées
avec les populistes européens ?
N’a-t-on pas à nouveau une bataille
russo-américaine pour le contrôle
des « cœurs » populistes ?
On surestime le rôle des Américains et
celui des Russes. Ce que vous voyez ici
est un mouvement local. Les milieux de
Bruxelles n’arrivent pas à comprendre
que l’ouvrier européen ne les aime pas.
C’est la vieille aristocratie qui ne peut
comprendre la colère des paysans.
Alors ils disent que c’est la faute des
Russes et des Américains, de la nouvelle
guerre froide. La raison pour laquelle
“
La Russie est un danger
bien pâle en comparaison
de la Chine
STEVE BANNON
”
les libéraux détestent les Russes est
qu’ils sont nationalistes et qu’ils croient
à la civilisation judéo-chrétienne. J’ai
toujours pensé que le régime kleptocratique de Poutine était dangereux. Mais
la Russie est un danger bien pâle en
comparaison de la Chine. Son économie
a la taille de celle de l’État de New York.
Quelle est votre conception
de la menace chinoise ?
Les Chinois sont la plus grande menace
pour l’ordre international. Ils ont un ré-
gime totalitaire et un modèle financier
qui va nous mener à une nouvelle débâcle bien pire que 2008. Ils ont été soutenus par les élites occidentales qui ont
fait beaucoup d’argent en acceptant
leur montée en puissance, qui n’avait
rien d’inexorable et a mené à la désindustrialisation de l’Occident. Notez que
les mêmes gens qui, dans les années
1970, annonçaient le déclin américain
et l’avènement de la supériorité soviétique, annoncent l’irrésistibilité montée
en puissance de la Chine. L’homme qui
a fait le pitch de ces deux concepts est le
même : Henry Kissinger. Mais quand
Ronald Reagan est arrivé au pouvoir,
l’un des moments clés a été celui où Bill
Casey, l’un de ses conseillers, a suggéré
de réévaluer la puissance de l’URSS. Il a
révélé que l’économie soviétique était la
moitié de ce que l’on pensait ! Cela voulait dire que les Soviétiques dépensaient
44 centimes en dépenses militaires pour
chaque dollar produit, un modèle économiquement non viable. Alors que
l’on pensait qu’on aurait besoin de quarante ans pour venir à bout de l’URSS, il
en a fallu huit, grâce au projet de guerre
des étoiles !
Dites-vous que Trump
mène avec la Chine une guerre
économique qu’il peut gagner ?
La Chine est en guerre économique avec
nous depuis vingt-cinq ans. Trump n’a
fait que dire : réveillez-vous Wall Street,
réveillez-vous Washington DC. Les
Chinois ont utilisé toute la force de leur
État pour détruire l’économie des ÉtatsUnis. Aujourd’hui, ils sont effrayés par
les tarifs douaniers de Trump car ils ne
peuvent contre-attaquer vu qu’ils
n’importent pas de biens manufacturiers. Les taxes douanières que nous
sommes en train d’installer sont à un
niveau jamais atteint jusqu’ici. Trump
est à 500 milliards ! Quand on désindustrialise, on prive nos ouvriers de leur
raison d’être. C’est pour cela que Trump
essaie de ramener les emplois manufacturiers. Ce que les Chinois ont fait est
beaucoup plus insidieux que de voler les
droits de propriété intellectuels. Ils ont
réalisé des transferts forcés de technologie qui ont représenté 3 500 milliards
de dollars en dix ans ! L’innovation est
le cœur de l’économie occidentale
(40 %), ce que nous avons de plus précieux. Mais les Chinois nous forcent à
transférer ces technologies. Leur slogan
Made in China 2025 vise à dominer les
secteurs de l’intelligence artificielle, de
la robotique, de l’ingénierie…Trump va
s’y opposer. ■
LES DOUTES
DE MARION
MARÉCHAL
Marion Maréchal qui, plus tôt
que d’autres responsables
politiques européens, à la fin
2016, a engagé le dialogue
avec Steve Bannon, lequel
avait qualifié d’« étoile
montante » de l’extrême
droite la petite-fille de JeanMarie Le Pen, a également été
parmi les premières à douter
qu’une union de tous
les mouvements populistes et
nationalistes puisse se réaliser
sur le Vieux Continent.
« J’ai du mal à discerner
les contours de son projet »,
déclarait au printemps dernier
Marion Maréchal. « J’imagine
qu’il s’agit d’agréger des forces
de différents pays. Mais
le souverainisme n’est pas
une idéologie hors-sol.
C’est une pratique enracinée
de la politique. ».
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS À ROME PAR
Nous
adhérerons
très certainement
à son projet
»,
A DÉCLARÉ EN SEPTEMBRE
AU NOM DU RASSEMBLEMENT
NATIONAL LOUIS ALIOT, LE
COMPAGNON DE MARINE LE PEN.
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Remaniement : l’exécutif confronté
à la faiblesse de son « vivier politique »
Édouard Philippe
devrait présenter
la démission de
son gouvernement
pour repartir
avec une équipe
plus cohérente.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
MAJORITÉ « L’avenir d’un ministre,
c’est d’être ancien ministre. » À peine
cette formule était-elle publiée sur
Twitter, dimanche, par Jacques Attali,
qu’elle recevait une mention « J’aime »
de la part de Françoise Nyssen. Comme
si la ministre de la Culture ne se faisait
plus guère d’illusions sur la fin de son
CDD Rue de Valois, et son remplacement possible par Bruno Julliard. Et elle
n’est pas la seule au gouvernement à
sentir que l’heure des cartons a sonné.
Désireux dans un premier temps de remanier à froid cet hiver, Emmanuel Macron a dû accélérer sous la pression des
événements, ce qu’il déteste.
« Il faut un nouveau souffle », annonce
désormais le président de l’Assemblée
nationale, Richard Ferrand, au JDD. « Il y
a eu l’an I du quinquennat » qui « s’est
déroulé à un rythme très soutenu […] nous
allons désormais entamer l’an II du quinquennat, celui de la République contractuelle ». En clair : la macronie veut
convertir les difficultés en nouvelle impulsion. Signe des temps : le grognard Richard Ferrand, qui fut la tour de contrôle
de la campagne avant d’être affaibli par
ses démêlés judiciaires, revient au centre
du jeu. « Le président s’est bien rendu
compte au moment de l’affaire Benalla qu’il
n’avait plus personne pour monter au front,
à part Ferrand et quelques rares autres,
note un ami du chef de l’État. C’était le
vide intersidéral. Il lui manque une armée.
Il est trop seul en première ligne. »
Où débusquer les futurs renforts ?
Pour succéder à Gérard Collomb, un
« Blanquer de l’Intérieur » serait idéal,
avance Richard Ferrand. Après la démission fracassante de Gérard Collomb,
la société civile peut former l’ossature du
futur gouvernement. « Elle doit peser davantage que les politiques dans l’équipe, le
nouveau monde, ça doit être cela », argumente un macroniste historique. D’où
les noms qui ont circulé avec insistance
ces derniers jours pour la Place Beauvau
(Jean Castex, François Molins, Frédéric
Péchenard, Mireille Ballestrazzi…).
« L’avantage d’aller puiser dans la technostructure est que cela ne colore pas le
remaniement, analyse un ancien parlementaire socialiste. Cela permet à Emmanuel Macron de continuer à dire qu’il
ne change pas de politique. »
Si la réflexion sur les équipes prend tant
de temps, c’est que le vivier est aussi limité du côté des politiques. Certes, il paraît
acté que les alliés du MoDem auront une
représentation plus importante qu’avant,
Édouard Philippe
quitte l’Élysée,
le 3 octobre.
LUDOVIC MARIN/AFP
avec l’entrée possible du président du
groupe centriste à l’Assemblée nationale,
Marc Fesneau, mais, au-delà, notamment
à droite, l’équation se complique. « C’est
un électorat qu’il avait su séduire, puis qu’il
a reperdu », souligne le politologue et
président de Pollingvox Jérôme SainteMarie. La macronie attire moins une
droite modérée, désormais attentiste.
Nouveaux axes
Emmanuel Macron peut toutefois compter sur la scénographie de ce nouveau
départ. L’hypothèse d’une démission du
gouvernement Philippe 2 se renforçant,
le premier ministre pourrait alors être
renommé dans la foulée. Son nouveau
collectif serait solennellement annoncé
sur le perron de l’Élysée. Édouard Philippe, qui plaidait dès ce printemps auprès
du président pour un remaniement large,
prononcerait alors son deuxième discours de politique générale, après celui
du 4 juillet 2017, et solliciterait un vote de
confiance de l’Assemblée nationale. Avec
de nouveaux axes : plus de concertation,
moins de distance avec les territoires et
des mesures sociales. À la mi-novembre,
le plan de croissance de l’économie sociale et solidaire doit ainsi être dévoilé. Il
sera présenté comme le « second étage de
la fusée du Plan pauvreté ».
En attendant, Édouard Philippe
continue à jouer les pompiers de service.
Si aucun remaniement n’est annoncé
dans la journée, il sera bien présent lundi soir à Lyon, avec sa casquette de ministre de l’Intérieur par intérim, pour le
G6 qui réunit les ministres de l’Intérieur
des six plus grands pays de l’UE. Dans le
cas contraire, il s’agira d’un baptême du
feu - et pas des moindres - pour le futur
locataire de la Place Beauvau. ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Changement d’équipe, changement de ligne ?
S
ous le feuilleton du
remaniement, la question
du positionnement. C’est sur
la redéfinition de son action
qu’Emmanuel Macron va pouvoir,
ou non, rebondir. En remaniant
a minima après la démission de
Nicolas Hulot, le chef de l’État
signifiait qu’un départ individuel
ne remettait en rien en cause
son action. En rebattant les cartes
de manière ostensible après
la démission de Gérard Collomb,
il veut montrer qu’il en profite
pour tirer sérieusement les leçons
des turbulences récentes
et du divorce croissant d’avec
les Français. Après le « même pas
mal » de septembre, voici le
« je vous ai compris » d’octobre.
En engageant ensuite, pour
la deuxième fois, la responsabilité
de son gouvernement devant
l’Assemblée nationale, Édouard
Philippe lancera ainsi la deuxième
étape de la contre-attaque. Et si
remanier est compliqué, remettre
l’action sur les rails n’est pas plus
simple. Car l’exécutif a le choix
entre deux solutions : l’accélération
des réformes - pardon, de la
« transformation » du pays -, au
risque d’être accusé d’entêtement ;
ou, à l’inverse, la reconnaissance
des erreurs, au risque d’être
contraint au renoncement.
Dans le JDD, le président
de l’Assemblée nationale,
Richard Ferrand, invite le chef
de l’État à passer du « consulat »
- comparaison flatteuse à la « République contractuelle »,
autrement dit au dialogue avec
tous ceux qui se sont sentis ignorés,
contournés ou méprisés depuis
dix-huit mois : les collectivités
territoriales et les partenaires
sociaux par exemple. Le dialogue,
la concertation, l’écoute sont
certes toujours des vertus.
Et, en la matière, la marge
de progression est importante.
Mais lorsque de telles évolutions
sont promises ou exigées en réponse
à un décrochage de l’opinion, elles
sont synonymes de mea culpa ou
de coup d’arrêt, souvent définitif,
à l’action. Chirac, Sarkozy et
Hollande sont tous passés par là.
Ils ont promis du social après du
libéral, des réformes « gratifiantes »
après des réformes « exigeantes »,
de la « redistribution » après le
« redressement ». Et l’on appelle ça
un acte II du quinquennat. Formule
séduisante qui signifie que l’acte I
a échoué ou n’a pas été compris.
Mais l’apparence de la contrition
Issus des forces de la sécurité et de la défense ou de la société civile,
des femmes et des hommes de terrain, des responsables
de haut niveau, des acteurs européens échangeront sur la question :
LE COURAGE
A-T-IL UN PRIX ?
A
C’est pour témoigner aux forces de la communauté
sécurité-défense une reconnaissance à la hauteur
de leur engagement qu’Unéo, la MGP et GMF, réunies
au sein d’UNÉOPÔLE, lancent ce cycle de débats.
sert souvent de paravent
à la réalité d’un abandon.
Or le propre du macronisme est
d’avoir théorisé, non sans courage,
la nécessité de bousculer des acquis
et des habitudes de fonctionnement
économiques, sociales, éducatives,
territoriales. Donc l’obligation
de bousculer ou de contourner
certains corps intermédiaires.
Le problème de Macron est de
se les être mis à dos tout en perdant
l’opinion. Ce qui lui fait donc défaut
aujourd’hui, c’est ce levier populaire
du changement. Si le souci
de la concertation devenait le
mantra de Philippe III, si la volonté
d’apaisement devenait une fin en
soi, et plus uniquement un moyen,
ce serait l’enterrement du projet
macronien initial. Mais au vu
de la situation où il s’est lui-même
placé, a-t-il d’autres choix ? ■
Mardi 9 octobre 2018
de 16h45 à 19h30
Suivez les débats en direct !
@mutuelleUneo
#LeCourageCest #LDSD
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018
POLITIQUE
7
Rugy déplore
la « démarche »
égoïste de Collomb
Invité du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI »,
le ministre écologiste a exhorté le futur
gouvernement à poursuivre le travail engagé.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
EXÉCUTIF Désormais, ce n’est plus
qu’une question d’heures. Alors que le
remaniement gouvernemental devrait
intervenir d’ici à mardi soir au plus tard
(lire page 6), François de Rugy était l’invité du « Grand Jury RTL-Le FigaroLCI » dimanche.
Nommé ministre de la Transition écologique et solidaire il y a à peine plus d’un
mois, en remplacement du démissionnaire Nicolas Hulot, l’ancien président
de l’Assemblée nationale a refusé de
« préjuger de ce qui va être annoncé » par
Emmanuel Macron et Édouard Philippe.
Mais il s’est montré confiant sur ses
chances d’être reconduit à l’Hôtel de Roquelaure. « Cela me paraîtrait logique ! Si
on change au bout de quatre semaines, ce
serait un problème », a-t-il considéré.
« Moi, j’ai dit au président “je ne suis pas
là pour un an” », a-t-il ensuite ajouté,
disant vouloir « agir dans la durée ».
Remonté contre ceux qui « se dérobent
devant leurs responsabilités », François
de Rugy a refusé de cibler nommément
Nicolas Hulot… Mais il n’a pas épargné
Gérard Collomb. « Si, quand il a accepté
d’être ministre de l’Intérieur et numéro
deux du gouvernement, en mai 2017, il
avait l’idée de partir au bout d’un peu plus
d’un an, ça aurait été bien qu’il le dise à ce
moment-là… Parce que c’est un peu gênant quand même », a-t-il regretté.
Dénonçant une « démarche » égoïste
qui répond à des « préoccupations
personnelles » - la candidature à la mairie de Lyon -, l’écologiste a estimé qu’il
était « dommage » de venir « perturber
la démarche globale du gouvernement ».
« Il ne faut pas commencer à être obsédé
par les élections municipales qui auront
François de Rugy, dimanche sur le plateau
du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
lieu en mars 2020 », a-t-il exhorté. « On
pourra peut-être penser à qui se présente
où dans un peu plus d’un an », a-t-il ensuite tranché.
“
Il y a aujourd’hui
une équipe de ministres
qui sont au travail
et qui n’ont pas démérité
FRANÇOIS DE RUGY
”
À ses yeux, il n’est donc pas question de
profiter du remaniement à venir pour offrir une porte de sortie aux ministres qui
envisagent de se présenter aux municipales, comme Benjamin Griveaux à Paris par
exemple. Au contraire. « Il y a aujourd’hui
une équipe de ministres qui sont au travail
et qui n’ont pas démérité », a-t-il salué.
« S’il y a des personnalités nouvelles qui
viennent renforcer l’équipe, (ça sera) très
bien », a-t-il toutefois concédé.
Et pour cause, l’exécutif envisagerait
un remaniement de grande ampleur,
avec démission (et reconduction immédiate) du premier ministre. Si tel était le
cas, Édouard Philippe devra prononcer
un discours de politique générale devant
l’Assemblée nationale, puis se soumettre
à un vote de confiance des députés. Un
exercice qui sera scruté par le président
du Palais Bourbon, Richard Ferrand, qui
appelle à rompre avec la trop « grande
verticalité » de « l’an I du quinquennat »,
et réclame que le remaniement soit synonyme de « nouveau souffle ». « Il est dans
son rôle. Moi je ne suis pas là pour commenter un remaniement qui n’a pas encore
eu lieu », lui a sèchement répondu son
prédécesseur au perchoir, avec qui les
relations n’ont jamais été très bonnes.
« C’est bien gentil de commenter les com-
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
LE FIGARO
mentaires (mais) je préfère que l’on parle
d’action concrète », a martelé François de
Rugy, balayant « ces histoires d’“an I”,
“an II”, “an III” ou je ne sais quoi » : « Moi
je ne suis pas en train d’écrire le scénario
d’une série télé », a-t-il soufflé.
Quels que soient les membres du futur
gouvernement, François de Rugy espère
que la nouvelle équipe poursuivra et
prolongera le travail engagé par la précédente. « La politique menée depuis un
peu plus d’un an par Emmanuel Macron et
le gouvernement d’Édouard Philippe est
une politique de transformation et de réformes profondes. […] Il ne faut surtout
pas changer d’objectif en la matière. […]
S’arrêter serait la pire des erreurs », a-til exhorté. Et ce malgré les « difficultés »
et le « mécontentement » des Français ?
« Notre ambition n’est pas d’être impopulaires », a-t-il répondu. Reste à inverser
la courbe. ■
Nucléaire : le gouvernement détaillera fin
octobre le plan de fermeture des centrales
Le planning de fermeture d’une série
de centrales nucléaires autres que
Fessenheim sera dévoilé « période
par période » fin octobre, a confirmé
le nouveau ministre de la Transition
écologique. Il sera inclus dans
la programmation pluriannuelle
de l’énergie (PPE), un texte détaillant
la transition énergétique d’ici à 2028.
Ce plan donnera sans doute lieu à des
négociations difficiles avec EDF, qui
n’entend pas lancer les fermetures
de centrale avant 2029. François de
Rugy s’est, par ailleurs, dit favorable
à une nouvelle prime de 1 000
à 2 000 euros pour l’achat d’une
voiture hybride (moteur thermique
et électrique) rechargeable.
A. BOH
PCF : la direction
désavouée par la base
Dans un vote organisé samedi dernier, les militants
communistes ont mis Pierre Laurent en minorité.
GAUCHE Les jours de Pierre Laurent à la
tête du Parti communiste sont-ils comptés ?
Symboles des grandes heures de son parti, la
faucille et le marteau se sont abattus ce
week-end sur ce qu’il en reste : le marteau
pour l’assommer et la faucille pour le scinder en deux. Samedi, les résultats d’un vote
interne sur quatre orientations, organisé en
vue de leur congrès extraordinaire de fin
novembre, ont provoqué un véritable séisme interne. Le texte de la direction porté par
Pierre Laurent, la « base commune », a été
battu de plus de quatre points par un texte
alternatif, celui du député PCF du Puy-deDôme et président du groupe communiste à
l’Assemblée, André Chassaigne, mais aussi
du député du Nord Fabien Roussel.
Les opposants à la ligne de la direction,
qui affirment incarner une ligne plus identitaire, un PCF plus « fort », ont obtenu
42,15 % des voix, contre 37,99 % pour la
base commune. Le tout dans le cadre d’une
participation importante puisque 62,65 %
des adhérents ont voté, soit plus de 30 000
personnes. Un troisième texte, qui prônait
le rapprochement avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, est arrivé loin
derrière, à 11,95 %, quatre points derrière
les plus « orthodoxes » (7,9 %). Le vote est
historique dans l’histoire centenaire du
parti. Jamais une direction n’avait été battue. Plus encore, les « bases communes »
ont toujours obtenu la majorité absolue…
La direction assure que désormais les tenants des deux textes vont travailler à les
fusionner – lors d’un conseil national du
PCF, ce 13 octobre, en particulier - pour
n’en proposer qu’un seul aux délégués présents au congrès, du 23 au 25 novembre à
Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Laurent a « pris acte » du résultat – un
« formidable signal d’espoir » pour Chassai-
gne - et tous assurent vouloir préserver
leur parti. Mais la situation tendue de ces
dernières semaines de campagne, fruit des
tensions accumulées depuis des années que
les résultats sont catastrophiques, pourrait
provoquer la chute de l’actuelle direction.
En interne, nombreux sont ceux qui parient sur un effacement de Pierre Laurent,
qui termine son troisième mandat. Fabien
Roussel, député dynamique de 49 ans, est
susceptible de le remplacer alors qu’André
Chassaigne a déjà dit son intention de ne
pas se présenter. « La question n’est pas encore posée », répond-il au Figaro. « Il faut
incarner ce qui est en train de se passer,
construire notre direction. Nous y travaillons
tous ensemble », glisse-t-il tout de même.
« Exaspération et colère »
Roussel ne fait pas dans la langue de bois.
« Le PCF est aujourd’hui trop effacé. Cela
suscite de l’exaspération, parfois de la colère, et tous, nous voulons du changement. »
Mais tous, et lui avec, sont tiraillés entre
« le refus de s’effacer » et « la volonté de se
rassembler ». Pour les européennes, des
discussions sont en cours avec le mouvement Génération.s de Benoît Hamon. Pour
des raisons politiques… et économiques,
puisque le PCF, sous la barre des 2 % dans
les sondages, n’a pas les moyens financiers
de mener seul sa campagne. Si tous au sein
du PCF se passionnent pour cet épisode,
ceux qui ont quitté un parti déjà atrophié il
y a quelques années sont très durs. « Les
textes présentés ne valaient pas mieux les
uns que les autres, regrette l’adjoint d’une
grande métropole. Ce sont des incantations,
des affirmations sans fondement, des slogans ressassés depuis quinze ans sans influence sur le corps social. » Sa crainte, c’est
que la victoire du camp des identitaires
« n’aide pas au rassemblement d’une gauche
de transformation ». « Elle pourrait ouvrir la
voie à une situation à l’italienne. » ■
Deux millions de personnes attendent un logement :
l’urgence est là. Processus législatif, décrets…des mots
qui ne changent rien à une situation qui dure depuis trop
longtemps. Pour tous, la loi ELAN, même si elle porte de vraies
avancées, apparait comme une promesse abstraite. Que devons-nous
faire ? Baisser les bras ? NON. Chez ALILA nous pensons que la loi
ne peut pas tout, mais nous sommes convaincus qu’elle doit servir
de déclic. Face à une situation dramatique, engageons une nouvelle
dynamique. La seule réponse à la crise c’est de CONSTRUIRE PLUS.
Aujourd’hui ALILA appelle à l’engagement réel de tous les acteurs du
secteur. Promoteurs privés, bailleurs, collectivités, Etat, prenons nos
responsabilités, et construisons des logements de qualité pour les
gens, pas pour les investisseurs. Apportons des réponses concrètes
à ceux qui ne peuvent plus attendre.
Pour construire plus. Pour le logement pour tous.
Hervé Legros
Président fondateur d’ALILA
LE LOGEMENT EST UN DROIT
A
SOPHIE DE RAVINEL £@SDRVNL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
8
POLITIQUE
Face à Macron, Wauquiez
veut « prendre le temps d’écouter »
QUENTIN REIX/PHOTOPQR/ECHO REPUBLICAIN/MAXPPP
Alors que l’exécutif connaît une rentrée difficile, le patron de LR revient sur le terrain, en Eure-et-Loir.
Avec l’objectif de construire un programme et une alternative au chef de l’État.
Laurent Wauquiez en visite chez le carrossier-constructeur TIB à Brezolles (Eure-et-Loir). Le président de LR souhaite passer deux jours dans un département français, deux fois par mois, pour se « replonger dans le réel ».
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ENVOYÉE SPÉCIALE EN EURE-ET-LOIR
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
DROITE Il veut « prendre le temps », martèle-t-il. Le temps d’écouter et d’échanger. Laurent Wauquiez n’entend plus
parler fort, mais bien, assure-t-il. C’est
l’objectif qu’il s’est fixé pour lui et « la
nouvelle droite » qu’il appelle de ses vœux,
face à Emmanuel Macron, une droite
« qui n’oublie rien de ses erreurs mais qui
essaie de repartir, avec une nouvelle génération ».
Terminé, promet-il, les déplacements à
la va-vite où le politique se retrouve entouré d’une nuée de caméras et ne finit
par parler qu’à ceux qu’il connaît déjà…
les médias. Désormais, deux fois par mois,
le président de LR compte passer deux
jours dans un département pour « se replonger dans le réel » et construire le programme LR. Une méthode qui rappelle
celle de François Fillon avant la primaire
et qui lui permet aussi de répondre aux
critiques. Certains élus LR jugeaient que le
président de LR passait trop de temps
dans sa région, au détriment du parti…
Mercredi dernier, le président de LR
s’est donc rendu 48 heures en Eure-etLoir. « Je ne suis pas en campagne », martèle-t-il à chacun de ses interlocuteurs. À
l’entendre, un boucher de Dreux que
Laurent Wauquiez salue en déambulant
dans la ville reste dubitatif, presque goguenard. « Non non, je veux prendre le
temps d’écouter », rétorque le chef de LR.
Et s’il a choisi de commencer son tour de
France en Eure-et-Loir, c’est qu’il y voit
« une France en réduction avec tous ses
atouts et tous ses problèmes ». Cette
« France qu’Emmanuel Macron n’écoute
pas », cible-t-il, et dont il entend de plus
en plus se faire le porte-voix.
“
Le gouvernement
est en train de sous-estimer
ce qui se passe
dans les campagnes
”
LAURENT WAUQUIEZ, PRÉSIDENT DE LR
À ses yeux, l’ensemble des problématiques nationales y serait d’ailleurs
condensé : territoires ruraux en marge
des métropoles, quartiers sensibles et décrochage scolaire, immigration et intégration, sécurité et pouvoir d’achat, présence de PME comme d’exploitations
agricoles. « Je dis attention : le gouvernement est en train de sous-estimer ce qui se
passe dans les campagnes. Il y a une colère
qui va exploser », prévient le président de
LR en pleine visite d’une exploitation céréalière, alors que le prix du fourrage
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s’envole et que les abattoirs de viande
sont attaqués. À ses côtés, un agriculteur
embraye : « Il a raison. On n’en peut
plus », évoquant le risque d’un « vote défouloir » aux européennes. En Eure-etLoir, Marine Le Pen était d’ailleurs arrivée
en tête du premier tour de la présidentielle avec 25 % des voix, en hausse de
4 points.
« C’est un département typique de cette
France que certains oublient et que je ne
veux pas laisser de côté », reprend Laurent
Wauquiez avec en ligne de mire le chef de
l’État avant de lâcher au Figaro :« Macron
n’est pas le renouvellement d’un système, il
en est l’aboutissement. Certains croient que
la politique c’est de la com, de l’image et
quelques selfies », condamne-t-il. Et de
relever :« La France se plaindrait moins si
le président se tenait mieux ! » Une allusion aux derniers propos d’Emmanuel
Macron. « C’est troublant d’avoir un président qui a aussi peu de capacité d’écoute et
qui, plutôt de faire le diagnostic de ses erreurs, continue à considérer que ce sont les
Français qui n’ont rien compris ! »
Après avoir installé les thématiques du
pouvoir d’achat et de la fracture des territoires dans le débat, les Républicains
comptent manifestement cibler le « manque d’écoute » du chef de l’État. « Ce qui
manque à ce président c’est qu’il n’a jamais
été confronté au suffrage universel avant la
présidentielle, il n’a jamais été maire, cette
école d’humilité où vous avez à vous occuper du trottoir qui ne va pas comme de
l’école à réparer », appuie Laurent Wauquiez. « Macron fait une grosse erreur de
ne pas entendre. Il est tellement loin de la
réalité du pays qu’il la comprend très
mal », expose-t-il, « inquiet » de voir
« qu’un gouffre s’est creusé dans notre
pays. Petit à petit, s’installe le sentiment
qu’il y a plusieurs France ».
Pour tenter de parler à tous les Français, justement, le président de LR multiplie les rendez-vous sur le terrain : chefs
d’entreprise, élus (de LR à UDI), association de quartier, agriculteurs, militants,
étudiants… Son discours se fait moins mécanique que ces derniers mois, le rire et le
ton plus naturels.
Le déplacement démarre par la visite
d’une PME à succès, le carrossierconstructeur TIB qui emploie une centaine de salariés à Brezolles. Si certains sont
là depuis trente-deux ans, avec un salaire
net de 1 900 euros, beaucoup ont été formés sur le tard par l’entreprise. « Ici on
récupère le véhicule, on le remet neuf. On
gagne sur tous les tableaux, y compris l’environnement. Et en plus, Les Allemands ne
savent pas faire », explique le président de
l’usine, Philippe Sandrin, qui défend le
modèle de l’économie circulaire. « Quand
il y a un marché public, la priorité n’est pas
donnée à nos entreprises ! L’Allemagne le
fait, alors que moi je me retrouve en
concurrence avec les Portugais », s’insur-
ge-t-il devant un président de LR
conquis. Pour Wauquiez, tout est résumé
« là ». « Il faut reconstruire notre société
autour de nous. On a complètement perdu
le bon sens, cette lucidité dans notre pays. »
Devant chaque employé, Laurent
Wauquiez s’arrête, demande l’âge, le parcours, le salaire… et le budget carburant.
« Vous avez un gros temps de trajet, juste
pour avoir une idée de votre facture essence ? », embraie-t-il, presque déçu de ne
trouver que des employés qui travaillent à
proximité. Sauf Aurore et son mari qui vivent à une demi-heure du site. Le couple
paie 140 euros d’essence par mois. « Ça
fait quand même un sacré budget », embraie le patron de LR, qui en profite pour
relancer sur les taxes, les impôts… et la
politique du gouvernement.
« Ces gens-là, ce ne sont pas des pollueurs contrairement à ce que dit le premier
ministre. S’il n’est pas au courant qu’ici il
n’y a pas le métro… », raille Wauquiez.
« Ces Français ont la décence de se lever
pour travailler alors qu’ils pourraient gagner autant en restant chez eux, en faisant
un peu de travail au noir et en bénéficiant
des prestations. La France ne peut pas
fonctionner si elle leur tourne le dos »,
commente-t-il. « Un sentiment de déconnexion s’est installé entre ce qui se passe au
niveau du gouvernement et la réalité des
Français », juge Laurent Wauquiez.
Pour se sentir connecté donc, direction
le Colbert, un petit bar brasserie à Châteauneuf-en-Thymerais. Pour être sûr
qu’il soit reconnu, Laurent Wauquiez remet sa parka rouge avant de commander
“
Il faut reconstruire notre
société autour de nous
LAURENT WAUQUIEZ, PRÉSIDENT DE LR
”
un demi-panaché au bar. « Qu’ils arrêtent
de nous emmerder ! », démarre le propriétaire en train d’essuyer des verres. Le cuisinier, à ses côtés, embraie sur les européennes. « Il va falloir secouer le cocotier et
nous mettre un bon ! » « Jusque-là, je suis
d’accord ! », sourit Wauquiez. « Pour la
tête de liste, si je mets un peu de jeunes générations, vous trouvez ça bien ? », poursuit-il. « Ah oui, les gens en ont marre de
revoir toujours les mêmes têtes ! », lâche le
patron. Wauquiez enregistre.
Le conseil fait d’ailleurs écho à celui
d’Angela Merkel, qui lui racontait fin
septembre comment elle avait reconstruit la CDU, presque vingt ans plus tôt :
« Une nouvelle génération, de nouveaux
visages. »
Laurent Wauquiez est content. Ça le
met en appétit. Devant une quinzaine de
maires ruraux réunis pour le déjeuner, la
discussion se fait à bâtons rompus. Le patron de LR prend des notes. « Je me permets de le dire, chez moi, dans ma région,
on a baissé de 12 % les dépenses, sans augmentation d’impôt. C’est possible », insiste-t-il. « Mais si on est timide, lâche, si on
fait les choses à moitié, on n’arrivera à rien
pour le réformer. Il faut rentrer dans la
motte ! », s’enflamme-t-il. Une maire interrompt : « Mais il ne faut pas que des
promesses ! » Il se redresse : « Mon obsession c’est de faire ce que je dis ! » Sa région,
il y fera plusieurs fois référence. « Je veux
que les gens se disent, “il nous dit ça mais il
l’a appliqué” : pas d’augmentation d’impôt, baisse de la dépense publique, pas de
financement de mosquée », liste-t-il devant des élus attentifs. « Mais vous serez
cassé dans les médias ! », intervient l’un
des maires. « Pour moi c’est le gros problème », lâche Wauquiez, « arriver à percer
un mur. Mais quand tu as le courage de tes
idées, elles finissent par s’imposer. Ma seule
obsession c’est comment on ne tombe pas
dans le renoncement ».
Direction la salle publique de Bû pour
« un apéritif militant ». Un peu plus de
200 sympathisants LR sont venus écouter
Laurent Wauquiez. Le public est plus hétérogène qu’il y a un an. « Je ressens un
sursaut chez nos électeurs », veut croire
Olivier Marleix, député LR d’Eure-etLoir. La discussion se prolonge. « Je ne
comprends pas que quelqu’un d’intelligent
comme vous ait pu se mettre dans une telle
situation ! », lui chuchote une petite
dame. Elle fait référence à ses propos fracassants, en février. « Une fois mais pas
deux ! », met-elle en garde. « Ne vous inquiétez pas, j’ai compris la leçon. »
On le relance sur ce point. « Il faut que
j’arrive à dire les choses sans prêter le flanc
ni à la caricature ni à la critique », reconnaît-il. « Il faut que je me situe au niveau de
la fonction que j’ai, celle d’incarner une
alternance, un espoir. C’est d’autant plus
important qu’Emmanuel Macron est en
train de fissurer la fonction. Moi je veux
rassembler », plaide-t-il.
Si les critiques restent nombreuses, la
concurrence vive entre les ténors LR et les
sondages mauvais, Wauquiez n’en démord pas. « Ne sous-estimez pas ma détermination », rétorque-t-il. « Je sais que
ça prendra du temps, que ça nécessite de la
patience, de la ténacité, de la détermination. Mais un Auvergnat, c’est une tête de
pioche que rien ne fait renoncer. » Encore
moins d’être candidat à la présidentielle,
visiblement. « Je compte sur vous en
2022 », souffle-t-il à une de ses interlocutrices, tout en rappelant qu’il n’a « jamais
perdu une élection… ».
Laurent Wauquiez a manifestement
trouvé son fil rouge… de campagne. « La
réconciliation de ces bouts de France que
Macron oppose, les retraités aux autres,
les industries aux territoires ruraux, c’est
ce je veux porter ». Face à Emmanuel
Macron, bien sûr. « La différence entre lui
et moi, c’est qu’il n’a jamais pris le temps
d’écouter. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
lundi 8 octobre 2018
9
Carl Gustaf et Silvia de Suède : « Depuis
Bernadotte, notre pays a choisi le camp de la paix »
À l’occasion
du bicentenaire
de l’accession
au trône du
maréchal d’Empire,
le couple royal
se rend ce lundi
à Pau pour visiter
la maison natale
de leur ancêtre dont
la rénovation vient
d’être achevée.
Carl Gustaf
de Suède au côté
de son épouse
Silvia, au château
de Drottningholm,
près de
Stockholm.
JONAS EKSTRÖMER/
TT/TT NYHETSBYRÅN
PROPOS RECUEILLIS PAR
STÉPHANE BERN sbern@lefigaro.fr
devenu roi en 1818. Pourquoi est-ce
si important de célébrer le fondateur
de la dynastie royale ?
Carl Gustaf de Suède. - Nous voulons
montrer tout ce qu’il a réussi en son
temps. La Suède était très pauvre à
l’époque. Notre agriculture, nos fermiers ne pouvaient même pas produire
assez de nourriture, de céréales… Grâce à ses connaissances et sa compréhension de la situation économique son expérience en tant que gouverneur
dans le nord de l’Allemagne par exemple -, il a compris l’importance de faire
redémarrer la machine. Il a favorisé un
système de prêts bancaires accessibles
LE FIGARO. - Sire, votre vœu a été
aux fermiers, initié une académie et
exaucé puisque la maison natale de Berune université de l’agriculture. Tant et
nadotte a été restaurée ?
si bien que la Suède a pu ensuite exporCarl Gustaf de Suède. - Cela fait deux
ter des produits agricoles. Il est vraicents ans que Jean-Baptiste Bernadotment le fondateur de la Suède moderte a accédé au trône de Suède. Une
ne, le point de rupture entre l’ancien
date repère, utile pour terminer les
monde et le nouveau. Après lui, ses fils
travaux de restauration de la maison et
ont continué son œuvre.
du musée, qui en avaient bien besoin.
Silvia de Suède. - Et, après toutes ces
La société Bernadotte, à Stockholm, a
guerres, il a aussi établi la paix en Suèété très généreuse lors de la levée de
de. Grâce à lui, la Suède est en paix defonds. La ville de Pau et son maire,
puis deux cents ans.
François Bayrou, ont été très coopéraCarl Gustaf de Suède. - Il savait quel
tifs. C’est un symbole historique imdésastre représentaient toutes ces
portant, pour la Suède bien sûr, mais
guerres auxquelles il avait participé.
aussi pour la France.
Devant les états généraux réunis en
novembre 1818 pour son couronneVous connaissez bien la France. Quels
ment, il a affirmé que « la paix est le
sont vos endroits préférés ?
seul but glorieux pour un gouvernement
Silvia de Suède. - Il y en a beaucoup.
sage ». Il fut plus intelligent politiqueSainte-Maxime, bien sûr (où la famille
ment que les Suédois qui, eux, vouroyale a une résidence, la villa Mirage,
laient reprendre ce qu’ils avaient perhéritée du prince Bertil de Suède, oncle du
du. Il leur a dit : « Le pays est trop
roi, NDLR).
pauvre, arrêtez,
on n’a pas les
Jean-Baptiste Bernadotte
reconsest vraiment le fondateur de la Suède moyens,
truisons le pays
moderne, le point de rupture entre
plutôt que de le détruire. » Il a vrail’ancien monde et le nouveau. Après lui,
ment donné à la
ses fils ont continué son œuvre.
Suède une nouCARL GUSTAF DE SUÈDE
velle conscience
diplomatique,
celle de se battre en faveur de la paix,
Carl Gustaf de Suède. - C’est difficile de
puis de la préserver. Et, depuis, la Suèchoisir… La France est vraiment un pays
de est un pays gardien de la paix. Elle a
riche en monuments historiques et il y a
essayé de prendre part à la pacification
tant de beaux châteaux dans la vallée de
de nombreux pays au sein des missions
la Loire… Chaque année, nous aimons
de l’ONU.
prendre la voiture et découvrir de nouveaux sites. Je lis les magazines, je
Comment expliqueriez-vous
prends des notes et ensuite nous y alà la jeune génération l’importance
lons. C’est ainsi que nous avons découde la monarchie dans la société
vert Pérouges, dans l’Ain. On a déjà
moderne ?
trouvé où aller l’an prochain, mais perCarl Gustaf de Suède. - Ma devise est :
sonne ne le sait encore.
« Pour la Suède avec son temps ». Je
travaille pour la Suède, mais j’essaie
Votre ancêtre Oscar II
aussi d’adopter ce que le public attend
a planté un magnolia dans
de moi et ce que la Constitution exige
le parc Beaumont, à Pau,
de moi pour gérer certaines situations.
et vous allez y planter un chêne…
Je veux ressentir les changements de la
Carl Gustaf de Suède. - Oui, c’est une
société et ce que le peuple suédois atvariété de chêne, mais ce n’est pas un
tend de la monarchie suédoise dans ces
chêne normal. C’est une sorte de chêne
temps modernes. Je ne veux pas dequi est censée s’adapter au climat et à
vancer, je ne veux pas être trop prol’environnement, là-bas… Planter un
gressiste, mais je ne veux pas être trop
arbre est un symbole très fort du lien
conservateur non plus.
entre deux pays et, par-dessus tout,
vous savez combien nous, Suédois,
Vous avez célébré vos 45 ans de règne.
sommes attachés aux arbres et aux foAvez-vous accompli votre devoir
rêts. Nous avons vécu des moments difcomme vous le souhaitiez ?
ficiles cet été avec les feux qui ont ravagé nos forêts.
Carl Gustaf de Suède. – J’ai essayé de
faire de mon mieux pour servir les inPendant un an, la Suède
térêts de la Suède et représenter le
a célébré les 200 ans de l’accession
peuple suédois. Mais j’espère contiau trône de Bernadotte,
nuer, et en faire plus, du mieux que je
SCANDINAVIE Carl XVI Gustaf, la reine
Silvia, la princesse héritière Victoria et
son époux le prince Daniel découvriront ce lundi, à Pau, la maison natale
de leur ancêtre, qui vient d’être restaurée. Une rénovation achevée au
moment où la Suède célèbre les
200 ans de la fondation de la dynastie
par Jean-Baptiste Bernadotte. À la
veille de cet événement, le couple
royal a reçu Le Figaro au château de
Drottningholm, près de Stockholm.
peux. J’ai l’impression qu’on aurait
pu voyager davantage, visiter encore
plus d’endroits, rencontrer encore
plus de gens… Mais ce n’est pas vraiment mon rôle, c’est plutôt celui des
responsables politiques. Parfois, je
souhaiterais être plus près de là où ça
se passe, là où se déroulent les discussions, même si ce n’est pas vraiment
le rôle du monarque en Suède…
Un roi de Suède doit-il prendre sa retraite ou régner jusqu’à son dernier
souffle ?
Carl Gustaf de Suède. – Que voulezvous insinuer ? (rires) C’est la tradition
en Suède d’être roi jusqu’à la fin. J’espère que je pourrai continuer, et quelqu’un devra me dire si je ne peux plus
remplir mes fonctions, mais normalement non…
Silvia de Suède. - En tant que mère, je
dois dire que c’est important que la
princesse héritière ait du temps avec ses
enfants sans avoir un fardeau trop lourd
à porter. Je sais ce que c’est que faire ce
métier quand vous avez de jeunes enfants, d’être tout le temps exposé publiquement et d’avoir toutes ces obligations officielles.
Comme ailleurs en Europe, les populistes ont marqué des points en Suède.
Comment ressentez-vous leur succès ?
Carl Gustaf de Suède. - Le roi est le roi
de tous les Suédois. Je dois comprendre
les aspirations de chacun et, comme un
bon diplomate, entretenir avec tous un
dialogue heureux. En toutes circonstances, on doit continuer à se parler les uns
les autres, essayer de se comprendre, et
aussi respecter la culture des autres.
C’est pour cela que la monarchie est
importante : le roi est neutre, il peut faciliter ce dialogue. ■
L’info sur
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Jamal Khashoggi :
Erdogan veut
des explications
de Riyad
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
DIPLOMATIE Jamal Khashoggi a-t-il
été assassiné dans l’enceinte du consulat
saoudien d’Istanbul ? Cinq jours après la
mystérieuse disparition du journaliste
saoudien, l’enquête policière turque
penche pour un meurtre prémédité.
« La police estime dans ses premières
conclusions que le journaliste a été tué au
consulat par une équipe venue spécialement à Istanbul et repartie dans la même
journée », indique une source proche du
gouvernement citée par l’AFP.
Resté jusqu’ici silencieux sur l’affaire, le président Erdogan a pour sa part
signifié qu’il suivait ce cas de très près.
« Je suis le sujet et quel que soit le résultat (de l’enquête, NDLR), nous le communiquerons au monde », a-t-il déclaré
dimanche en fin d’après-midi. Une façon de donner une dernière chance aux
Saoudiens d’éclaircir par eux-mêmes la
situation.
La veille, le prince héritier Mohammed Ben Salman continuait de nier toute implication, en affirmant à l’agence
Bloomberg que Khashoggi avait quitté
le bâtiment du consulat mardi 2 octobre, après y avoir effectué le même jour
des démarches administratives. « Nous
sommes prêts à permettre au gouvernement turc de venir fouiller nos locaux »,
a-t-il insisté, en se disant « très soucieux de savoir ce qui lui est arrivé », et
n’ayant « rien à cacher ».
Or la mystérieuse disparition de
Khashoggi semble avoir été finement
réfléchie. Le journaliste saoudien, qui
vivait depuis un an en exil aux ÉtatsUnis, était de passage en Turquie pour
préparer son mariage avec sa fiancée
turque, Hatice Cengiz. Selon plusieurs
témoignages, il s’était rendu une première fois au consulat vendredi 28 septembre pour y récupérer des documents prouvant son divorce avec son
ex-épouse. Quatre jours plus tard, le
2 octobre, il y était retourné pour compléter ces formalités. Cette fois-ci, il
n’en est jamais ressorti. A-t-il été victime d’un guet-apens ?
Dépecé et camouflé ?
La police turque, citée par l’agence de
presse Anadolu, évoque un commando
de 15 Saoudiens ayant fait l’aller-retour
dans la journée à Istanbul, et qui se
trouvait au consulat en même temps
que le journaliste. Pis, la rumeur enfle
sur le possible dépècement du cadavre
de Khashoggi, dont les membres
auraient été camouflés dans des boîtes
avant d’être rapidement évacués du
consulat pour ne laisser aucune trace.
Sur son compte Twitter, le chercheur
turc Selim Sazak dit tenir de source officielle turque la confirmation selon la-
EMRAH GUREL/AP
Pour la police turque, le journaliste
saoudien aurait été tué dans le consulat
d’Arabie saoudite à Istanbul.
La Yéménite et Prix Nobel de la paix 2011 Tawakkol Karman répond aux journalistes, vendredi dernier, à Istanbul, pendant une
manifestation devant le consulat d’Arabie saoudite en faveur du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, disparu depuis le 2 octobre.
quelle un « suspect » aurait été filmé
par les caméras de vidéosurveillance
« en train de transporter des boîtes jusqu’à sa voiture ». Ses sources, écrit-il,
« pensent que Khashoggi a été placé
dans le coffre de cette voiture ». Mais,
précise-t-il avec prudence, les enquêteurs continuent de recouper les différentes informations pouvant confirmer, ou non, un assassinat dans
l’enceinte du consulat.
Cette troublante affaire suscite la plus
vive inquiétude parmi les journalistes et
défenseurs des droits de l’homme. En
signe de soutien à l’homme de plume
saoudien, qui signait régulièrement des
tribunes dans le Washington Post, le
quotidien américain a sciemment laissé
un espace vide, vendredi, à la place de
sa chronique, en y apposant comme titre : « Une voix qui manque ».
L’affaire Khashoggi confirme également le durcissement patent de Riyad
depuis la montée en puissance du prince Mohammed Ben Salman. Le journaliste et chroniqueur de 59 ans était
pourtant connu pour être bien introduit
au sein de la cour. Fervent défenseur
des réformes initiées par le royaume, il
était de ceux qui défendaient les efforts
de modernisation du pays. Dans une
tribune publiée sur le site d’al-Jazeera
en anglais, l’analyste Bill Law le décrit
comme « un journaliste brillant, doté
d’un esprit farouchement indépendant
mais d’un pragmatisme suffisant pour
savoir jusqu’où il peut s’approcher des lignes rouges ». Une voix « que le prince
héritier saoudien devrait écouter »,
ajoute-t-il. Mais ses critiques farouches
envers la récente vague de répression –
qui touche, pêle-mêle dissidents, hommes d’affaires et militantes féministes lui valurent de tomber en disgrâce, et
de choisir l’exil en 2017.
Une inquiétante escalade
« Quand je parle de peur, d’intimidation,
d’arrestations et d’humiliations publiques
d’intellectuels et de dirigeants religieux et
que je vous dis que je suis d’Arabie saoudite, êtes-vous surpris ? », écrivait-il en
septembre de la même année dans les
colonnes du Washington Post.
Son meurtre, s’il est confirmé, marquerait une inquiétante escalade dans
La Chine ne se montre guère rassurante
après la disparition du président d’Interpol
Après avoir refusé de s’exprimer sur le sort de Meng Hongwei, Pékin dit qu’il est visé par une enquête.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE Le silence radio a longtemps été
absolu. Alors que la France a lancé une
enquête sur la mystérieuse disparition
du président d’Interpol, le Chinois Meng
Hongwei, et demande des explications,
Pékin n’a pas daigné faire le moindre
commentaire ce week-end. L’affaire,
qui suscite la stupéfaction de la communauté internationale, n’a pas non plus
été évoquée par la presse officielle
chinoise. Jusqu’à ce que l’office chinois
de lutte contre la corruption annonce,
tard dans la nuit dimanche, que Meng
Hongwei faisait l’objet d’une enquête
pour violations présumées de la loi.
Le sort réservé au patron de l’organisation internationale de police, qui a
son siège à Lyon, n’est pas clair pour
autant. On ne sait toujours pas où il se
trouve. D’après le South China Morning
Post, un quotidien hongkongais, Meng
Hongwei, âgé de 64 ans, a été intercepté par les autorités chinoises dès son atterrissage dans l’empire du Milieu, la
semaine dernière, pour être interrogé.
Très alarmée, sa femme a indiqué jeudi
à la police française ne pas avoir de ses
nouvelles depuis le 25 septembre.
En Chine, il n’est pas rare que de
hauts dignitaires se « volatilisent ». Ils
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
peuvent être détenus au secret pendant
des semaines, voire des mois, avant que
Pékin n’annonce qu’ils font l’objet
d’une enquête, souvent pour corruption. Cette logique semble être à nouveau à l’œuvre, bien que cette dernière
affaire risque d’avoir un retentissement
d’une tout autre ampleur à l’international, du fait de la visibilité du poste de
Meng Hongwei.
Selon l’hypothèse la plus plausible,
celui qui était également vice-ministre
du très redouté ministère de la Sécurité
publique, serait l’une des dernières victimes de la vaste campagne anticorruption lancée par le président chinois, Xi
Jinping, depuis son arrivée au pouvoir,
fin 2012. Cette croisade a entraîné le jugement de plus d’une centaine de hauts
dirigeants du Parti ; mais « l’Empereur
rouge » l’utilise aussi largement pour
écarter des rivaux.
Tombé en disgrâce
Toute la question est à présent de savoir
pourquoi Meng Hongwei serait tombé
en disgrâce, moins de deux ans après
avoir été le premier Chinois à être nommé à la tête d’Interpol. « Il pourrait
n’avoir pas été jugé suffisamment loyal à
Xi Jinping », avance Willy Lam, politologue à l’université chinoise de Hongkong. « Il y a eu des changements à la
tête du ministère de la Sécurité publique,
depuis l’automne dernier : il est possible
que le ministre, Zhao Kezhi, et le premier
vice-ministre, Wang Xiaohong, tous deux
proches de Xi Jinping, soient arrivés à la
conclusion que Meng Hongwei ne faisait
pas son maximum pour servir les intérêts
du numéro un chinois », ajoute-t-il.
Xi Jinping pourrait aussi chercher à
éliminer définitivement un clan de l’appareil sécuritaire. Meng Hongwei a obtenu son poste de vice-ministre en 2004
à une époque où le ministère était dirigé
par Zhou Yongkang, condamné en 2015
rouge » d’Interpol à la demande de Pékin, le milliardaire Guo Wengui, l’un
des fugitifs les plus recherchés de Chine,
est toujours exilé à New York. Accusé de
malversation par Pékin, cet ancien
homme d’affaires mène une guérilla
contre le régime sur les réseaux sociaux.
Bras de fer diplomatique
Meng Hongwei, le président chinois
d’Interpol, à Singapour, en juillet 2017.
ROSLAN RAHMAN/AFP
à la prison à vie pour corruption. Cet
ex-membre du comité permanent du
Parti communiste chinois (PCC) l’échelon suprême du pouvoir - était
considéré comme un ennemi politique
de Xi Jinping. Possible signe annonciateur de sa chute, Meng Hongwei avait
perdu en avril son siège au sein du comité du Parti du ministère, le véritable
organe de décision.
La nomination à la présidence d’Interpol de ce membre d’un régime autoritaire avait suscité des vives inquiétudes parmi les ONG de défense des droits
de l’homme. Ces dernières craignaient
qu’il n’abuse des pouvoirs de l’institution pour rapatrier des personnes suspectées d’avoir commis des délits financiers, ainsi que des dissidents.
« Meng Hongwei pourrait aussi être puni
pour ne pas avoir suffisamment réussi à
faire revenir en Chine des délinquants ou
des ennemis politique de Xi Jinping »,
glisse Willy Lam. Visé par une « notice
En quête de reconnaissance internationale, la Chine, accusée par les Nations
unies de détenir massivement des musulmans ouïgours dans des camps de
« rééducation », risque de ternir encore
sa réputation avec cette nouvelle disparition. Elle intervient juste après un scandale qui a touché une autre personnalité
très en vue : l’actrice Fan Bingbing. La
plus grande star chinoise, qui n’avait pas
donné signe de vie depuis plus de trois
mois, est réapparue la semaine dernière
pour présenter ses excuses et déclarer
son allégeance au Parti. Accusée de fraude fiscale, elle a été condamnée à régler
plus de 100 millions d’euros, en impôts,
pénalités et amendes. « Même si le gouvernement chinois se soucie de son image
et cherche à démontrer sa capacité à diriger des organisations internationales ;
tout cela est secondaire pour Xi Jinping, le
leader du Parti, s’il a une raison de vouloir
écarter Meng Hongwei », souligne Steve
Tsang, professeur au SOAS China Institute, à Londres.
L’affaire pourrait tourner au bras de
fer diplomatique. Le secrétaire général
d’Interpol, l’Allemand Jürgen Stock, a
demandé samedi « des clarifications de
la part des autorités chinoises ». Le ministère de l’Intérieur français « s’interroge » sur le sort du disparu et s’efforce
d’obtenir des réponses. En attendant,
les autorités françaises, se disant « préoccupées », ont placé l’épouse de Weng
Hongwei, qui affirme avoir reçu des
menaces par téléphone et via les réseaux
sociaux, sous protection policière. ■
les tentatives saoudiennes de faire taire
les voix critiques - mais aussi dans les
méthodes utilisées. « S’il est avéré que le
journaliste Jamal Khashoggi a été assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul par des agents du royaume, comme l’assure la police turque, il s’agirait
d’un crime d’État d’un autre temps »,
estime Christophe Deloire, le secrétaire
général de Reporters sans frontières. De
quoi envenimer encore plus les relations entre Ankara et Riyad. « La Turquie et l’Arabie saoudite qui étaient alliés
il n’y a pas si longtemps sur beaucoup de
sujets semblent promises à une confrontation musclée », écrit ainsi le site d’information The Middle East Eye.
« Les réactions turques ont été très fermes, et les médias turcs n’hésitent pas à
rappeler les enlèvements du passé de princes saoudiens en Suisse, en affirmant que
les autorités turques ne seront pas aussi
discrètes que l’ont été leurs homologues
suisses. » Avant d’ajouter : « À moins que
cette crise ne soit rapidement résolue, elle
risque d’être une nouvelle source de tensions entre les deux pays, avec des effets
par ricochet pour toute la région. » ■
ZOOM
Le juge Brett Kavanaugh
intronisé à la Cour suprême
Le juge Brett Kavanaugh a prêté
serment à la Cour suprême
des États-Unis samedi, quelques
heures après la confirmation
de sa nomination par le Sénat
(par 50 voix contre 48), ce qui
constitue une grande victoire
pour le président Donald Trump
à un mois d’élections
de mi-mandat cruciales.
« C’est une soirée historique »,
a lancé M. Trump lors d’un
rassemblement électoral dans le
Kansas. « Je me tiens devant vous
aujourd’hui après une formidable
victoire pour notre nation,
pour notre peuple et pour notre
Constitution », a-t-il déclaré.
Cette nomination a électrisé
la campagne pour les élections
de mi-mandat du 6 novembre.
EN BREF
Un Palestinien tue deux
Israéliens en Cisjordanie
Un Palestinien a tué par balles
deux Israéliens et a blessé une
troisième Israélienne dimanche
dans une zone industrielle
adjacente à une colonie
de Cisjordanie occupée,
un acte qualifié de « terroriste »
par l’armée israélienne.
Lettonie : les pro-Russes
remportent les législatives
Le parti pro-russe Harmonie
a remporté les élections
législatives de samedi
en Lettonie, devant les populistes
dont certains n’excluent pas
de former une coalition
gouvernementale avec lui,
mais ce pari est loin d’être gagné.
Harmonie, populaire au sein
de l’importante minorité
russophone et qui remporte son
quatrième scrutin législatif, n’a
pas pu former de gouvernement
lors des trois précédents.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
11
Pradel : « Les affaires que nous
portons nous consument »
ZOOM
Face aux accusations
de Mgr Vigano, un cardinal
canadien défend le Pape
Après avoir longuement défendu des terroristes, cet avocat rejoint l’un des leaders
français de l’arbitrage international, pour se consacrer au droit pénal des affaires.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
ENTRETIEN Martin Pradel est l’un des
ténors du barreau de Paris dans le
contentieux antiterroriste. Il revient sur
son expérience et explique pourquoi il
choisit de rejoindre un grand cabinet
d’affaires.
LE FIGARO. – Votre abandon
du contentieux terroriste est-il le signe
de sa toxicité et des limites de la
combativité pour ce type de défense ?
Martin PRADEL. – J’ai fait du droit des
affaires, du contentieux social et commercial, du droit pénal des affaires, de
l’antiterrorisme, et je n’ai jamais vu de
cause humaine ou de cause importante
qui ne soit pas corrosive pour nous, avocats. Même quand on arrive, à la fin, à
convaincre et à faire acquitter Abdurahman Ali Samatar, ce Somalien impliqué
dans l’affaire du détournement du
Ponant par des pirates, les affaires que
nous portons nous consument en quelque sorte. La difficulté supérieure en
matière de terrorisme, c’est que les personnes poursuivies n’ont pas seulement
contre elles la loi ou la morale, mais toute la société. Elles sont acculées à tout
point de vue, au point même que certains souhaitent que ces hommes et ces
femmes n’aient plus de droits du tout.
Défendre ces dossiers-là est éprouvant,
et bien sûr je n’en sors pas inchangé.
Dans le même temps, cela m’a rendu
très lucide sur la capacité de notre système à être dysfonctionnel. Il y a eu un
moment où la règle et son application
sont devenues folles, parce que la société
le devenait aussi. J’ai vécu ces dernières
années comme un moment particulier
du droit, confronté aux failles de notre
système. Sans doute aujourd’hui suis-je
plus fort comme défenseur en sachant
que des lignes peuvent être franchies, et
en sachant exactement pourquoi il faut
être intransigeant vis-à-vis des droits de
la défense et des libertés fondamentales.
Savoir exiger l’application de ces règles,
savoir quand il faut le dire, c’est une
question stratégique.
Comment percevez-vous ces terroristes
que vous avez défendus ?
Ce sont des hommes et des femmes qui
se sont laissés aller à penser que la haine
était une option. Comme défenseur, je
cherche à ce que le juge comprenne
pourquoi ils ont pu s’abandonner à ce
choix. Ce sont souvent des haines vécues
dans l’intimité. Le vernis de leur engagement est islamique mais il pourrait
porter un tout autre nom et être aussi
destructeur. Parfois ils réfléchissent,
parfois ils veulent dire quelque chose, et
parfois ils ne veulent plus rien dire et
sombrent dans la violence. J’ai rencontré des gens que l’on pourrait ramener
car le terrorisme rapporte peu ?
Au cours des cinq dernières années
d’exercice, si la lutte antiterroriste a pris
une part significative de mon temps, le
droit économique et le droit pénal des
affaires sont devenus mes activités dominantes. J’ai particulièrement développé mes activités internationales.
J’aurais pu continuer ainsi car mon
exercice individuel était économiquement cohérent. Les dossiers de lutte antiterroriste sont lourds et concernent
des personnes qui n’ont souvent pas les
moyens de leur défense. Une structure
individuelle en est plus facilement fragilisée et il a pu m’arriver de me résoudre
à des arbitrages nécessaires, pour maintenir la cohérence économique de ma
pratique. Rejoindre un grand cabinet me
permettra de donner une dimension
plus internationale encore à mon activité. Au-delà, quand on a des dossiers importants en droit pénal des affaires, et
qu’on travaille beaucoup à l’étranger,
engager une réflexion plus collective et
transdisciplinaire est un atout essentiel.
« Le combat
en faveur
des libertés
fondamentales
est dans
mon ADN
professionnel »,
explique Martin
Pradel.
“
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/ LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
lundi 8 octobre 2018
dans la discussion. Ils expriment une colère profonde qui pourrait en définitive
trouver une explication très différente
de celle qu’on retrouve dans le visage
classique du terrorisme dont les motivations sont éminemment politiques. Et
vis-à-vis de ceux qui n’ont pas commis
l’irréparable et dont la vie n’a pas
factuellement basculé dans l’abjection,
c’est-à-dire la majorité de ceux qui
comparaissent devant les tribunaux, je
ne suis pas désespéré. J’ai vu des gens
aller au bout du processus judiciaire et
revenir parmi nous, dans le monde des
vivants.
Comment passe-t-on de ces dossiers
au droit pénal des affaires ?
Ce mouvement vers un cabinet qui a la
charge d’intérêts économiques très importants peut paraître une rupture pour
l’avocat pénaliste intervenant au cœur
des problématiques de la lutte antiterroriste, dont l’activité s’opposerait au droit
pénal des affaires. Je le vis comme un
prolongement de ma pratique du droit et
de la défense. Alors que j’étais impliqué
et identifié dans la lutte antiterroriste,
j’ai continué de faire ce que je faisais
auparavant : du droit des affaires et du
droit pénal des affaires. Je suis régulièrement contacté par des chefs d’entreprise
qui ont le sentiment d’être querellés à un
niveau qu’ils n’attendaient pas. L’un
d’entre eux m’a demandé d’être son
avocat parce que je défendais ceux qui
étaient au plus fort des difficultés qu’offre la vie, et qu’il avait le sentiment de
partager la même expérience en ce qu’il
vivait la plus grande difficulté de toute sa
vie d’homme. Si ces dirigeants se
tournent vers moi, c’est parce que le lien
intuitu personae est pour eux vital,
comme il leur est vital d’avoir confiance
en leur conseil et en sa capacité à aller se
battre pour eux. Un pénaliste le fait sans
doute plus facilement qu’un avocat
d’affaires.
Est-ce un choix économique
Rejoindre un grand
cabinet me permettra
de donner une dimension
plus internationale
encore à mon activité
MARTIN PRADEL
”
Arbitrage et contentieux pénal
sont-ils compatibles ?
Le combat en faveur des libertés fondamentales est dans mon ADN professionnel. Je le poursuivrai dans le contentieux
pénal lié à l’activité économique. On
parle de plus en plus de droits de l’homme dans le droit des affaires, ce qui
n’était pas le cas il y a dix ans. De même,
la lutte contre la corruption implique de
plus en plus de problématiques pénales.
Mais mon arrivée chez Betto-Seraglini
est un défi pour nous tous : l’arbitrage
laisse une place au consensus quand le
droit pénal implique un vigoureux désaccord. Par souci de confidentialité, le
premier consiste à évincer la justice étatique alors qu’il n’y a pas plus étatique
que la justice pénale, dont la préoccupation est l’ordre public. Cependant, une
approche pénale est devenue nécessaire
aux clients de ma nouvelle structure. Ces
derniers ne le choisissent pas par hasard.
Ils choisissent un cabinet à forte réputation pour gérer un contentieux à fort enjeu réputationnel. Avec le secret des affaires, la réputation est sans doute le
bien le plus précieux pour une entreprise
ou un dirigeant. Or la problématique pénale s’attelle aussi à la problématique de
la gestion de la réputation. Il est donc
cohérent que des entreprises qui ont à
cœur d’être tout à fait impeccables dans
leur image viennent voir ce cabinet. ■
Le Vatican a publié, dimanche,
une lettre que le cardinal Marc
Ouellet, préfet de la Congrégation
pour les évêques, adresse
à Mgr Vigano. Ce dernier, nonce
apostolique à Washington
entre 2011 et 2016, avait accusé
fin août le Pape d’avoir couvert
les agissements de l’ex-cardinal
américain Theodore McCarrick,
déchu en juillet après des
accusations d’abus sexuels.
Mgr Vigano demandait
la démission du Pape. « Cher
représentant pontifical émérite,
écrit Mgr Ouellet, je te dis
franchement qu’accuser le pape
François d’avoir couvert en toute
connaissance de cause ce présumé
prédateur sexuel, et donc d’être
complice de la corruption qui sévit
dans l’Église au point d’être devenu
indigne de poursuivre sa réforme
en tant que premier pasteur
de l’Église, me semble à tous
les points de vue incroyable
et invraisemblable. […] Je trouve
aberrant que tu profites
du scandale retentissant des abus
sexuels aux États-Unis pour
infliger à l’autorité morale
de ton supérieur un coup inouï
et immérité ! » Samedi, le Pape,
qui jusqu’à présent avait gardé
le silence face aux accusations
de Mgr Vigano, a aussi annoncé
qu’une enquête approfondie allait
être menée dans les archives du
Vatican afin de faire la lumière sur
Mgr McCarrick, soulignant, en
plein synode d’évêques du monde
entier, que l’omerta ne serait plus
tolérée au sommet de l’Église.
EN BREF
Règlement de comptes
à Paris
Deux hommes, dont une figure
du grand banditisme, ont été
grièvement blessés par balle,
dimanche à l’aube, lors d’un
probable règlement de comptes
dans le quartier des ChampsÉlysées. Connu pour de multiples
braquages, Sophiane H. a été
atteint de plusieurs balles alors
qu’il se trouvait dans sa voiture
en compagnie d’un autre homme.
Entre la vie et la mort, ils ont été
transférés dans deux hôpitaux.
Collision entre deux navires
au large de la Corse
Deux bateaux sont entrés
en collision dimanche matin
au nord-ouest du cap Corse,
provoquant une brèche d’où s’est
échappée une traînée de liquide,
sans doute de l’hydrocarbure.
Une femme décède
après avoir été percutée
par un taureau
Une femme a perdu la vie
dimanche après avoir été
violemment percutée par un
taureau la veille lors d’un lâcher
de taureaux dans les arènes
d’Aigues-Mortes (Gard).
À Bordeaux, premiers effets des mesures anti-Airbnb
PAULINE BOYER £@Paulineboyer33
BORDEAUX
RÉGLEMENTATION Des propriétaires
qui louent leur logement sur la plateforme Airbnb à Bordeaux seront-ils bientôt sanctionnés ? La justice devra en
tout cas se pencher sur leur cas puisque
Bordeaux Métropole s’apprête à déposer une dizaine de dossiers problématiques. Afin de tenter de réguler le phénomène d’« airbnbisation » de ses
quartiers, la ville, comme d’autres
communes de France, a en effet instauré un cadre légal. Depuis début mars,
date à laquelle cette nouvelle réglementation est entrée en vigueur à Bordeaux,
234 personnes inscrites sur Airbnb ont
pris l’initiative de retirer leur annonce.
Et les premières amendes pourraient
bientôt tomber.
Dans la cité girondine, tous les indicateurs d’un marché de l’immobilier
sous tension sont là : les étudiants ont
toutes les peines du monde à se loger,
les prix ont flambé et les familles ne
peuvent plus prétendre à vivre en
centre-ville. Airbnb n’est pas étranger
au phénomène : Bordeaux, deuxième
ville la plus « airbnbisée » de France
après Paris, compterait aujourd’hui entre 8 000 et 11 000 annonces.
« Une dérive colossale »
Depuis le 1er mars, Bordeaux a donc mis
en place une réglementation : désormais les propriétaires doivent s’enregistrer en mairie et ne peuvent pas louer
leur résidence principale au-delà de 120
jours par an. Ceux qui proposent leur
résidence secondaire en location sur
Airbnb doivent en changer l’usage : leur
bien doit être transformé en meublé de
tourisme, avec une obligation de compensation : ils doivent créer un
logement pour la location traditionnelle, de même superficie et dans la même
zone. « Nous n’avons rien contre Airbnb », explique Elizabeth Touton, élue en
charge de l’habitat, « mais nous voulons
stopper ceux qui font d’Airbnb une activité commerciale sans en avoir les inconvénients ». Le but étant aussi selon elle
de « remettre sur le marché du locatif des
logements » et de revenir à l’esprit originel de la plateforme.
La ville de Bordeaux s’est inspirée des
mesures mises en place ailleurs, notamment à Paris. Dans la capitale, certains
élus, comme Ian Brossat, veulent aller
plus loin en interdisant ce type de location dans les quatre premiers arrondissements. À Lyon, une réglementation
du même type que celles de Paris et
Bordeaux existe aussi. L’agglomération
d’Angers a, de son côté, choisi d’instaurer une taxe de séjour de 5 % sur chaque
nuitée via Airbnb à partir du 1er janvier
prochain. Nantes et Toulouse sont aussi
en contact avec les services bordelais
pour étudier des mesures restrictives.
Si le sujet ne laisse personne indifférent, c’est qu’il y a eu « une dérive
colossale » selon Matthieu Rouveyre,
élu socialiste bordelais qui a lancé le débat localement et créé un Observatoire
Airbnb national pour fournir des données aux communes. « Les habitants se
plaignent des nuisances que cela engendre (ordures ménagères, bruit, insécurité, passage permanent…) », poursuit-il,
estimant par ailleurs que les élus s’inquiètent des enjeux en matière de « logement, mobilité, et aménagement urbain », mais aussi de société puisque
c’est le peuplement même de ces
quartiers qui est bouleversé par ce phénomène.
Travail de fourmi
Au niveau européen, quatorze grandes
villes et régions européennes (dont
Bordeaux et Paris) se sont associées
pour entamer des discussions avec la
Commission européenne sur la législation dans ce domaine, et tenter de peser
face au lobbying des plateformes de
location.À Bordeaux, la métropole a
également mis en place une cellule de
contrôle avec deux agents à temps plein
pour traquer les annonces illégales. Un
véritable travail de fourmi : « pour chaque bien, on vérifie s’il a un numéro d’enregistrement », détaille Laëtitia Lecoq,
contrôleur du changement d’usage.
« On regarde si l’activité est régulière,
les photos, les avis… Puis sur le terrain,
on note s’il y a une boîte à clés… On tente
de voir les propriétaires. »
Lorsque l’illégalité est constatée, un
courrier de mise en demeure est envoyé. Ainsi 74 ont déjà été adressés à
des hébergeurs, qui risquent jusqu’à
50 000 € d’amende au civil et 80 000 €
au pénal. Parmi eux, 22 ont déjà renoncé à louer leur logement sur Airbnb.
« On compte sur le pouvoir dissuasif de
ces mesures », commente Jérôme Passicos, chef du service droit des sols à Bordeaux Métropole. « L’idée n’est pas
d’aligner les procès-verbaux, mais de
mener une politique publique et de faire
comprendre son intérêt pour la collectivité », conclut-il. ■
A
Face à la multiplication des offres de location, la Mairie tente de réguler le marché et s’en prend aux loueurs abusifs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Sébastien Ogier accroche le rêve d’un 6e sacre mondial
Grâce à sa victoire en Grande-Bretagne, le Français est relancé dans la course au titre de champion du monde des pilotes de rallye.
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
RALLYE Revenu des enfers. Au gré d’une
saison mal fagotée - entre problèmes mécaniques, petites erreurs au volant et un
engagement technique de l’écurie Ford
décevant -, Sébastien Ogier en était presque venu à se résigner à l’idée d’abandonner son trône. 23 points de retard sur
Thierry Neuville, 10 sur Ott Tanak, qui
marchait sur l’eau avec ses trois succès
d’affilée : l’écart paraissait insurmonta-
ble, même pour un quintuple champion
du monde en titre. Sauf que le rallye n’est
pas une science exacte. Ce qu’a démontré
encore une fois le Rallye de Grande-Bretagne disputé ce week-end.
Samedi, en l’espace de deux épreuves
spéciales, la face de la saison 2018 a été
changée. L’ES 11, tout d’abord, lors de laquelle Neuville partait à la faute et perdait
pas loin d’une minute sur ses rivaux. Puis
l’ES 16, qui voyait la Toyota de Tanak
s’immobiliser en raison d’un problème
mécanique. « Quand j’ai appris l’arrêt
d’Ott, confiait Ogier, j’ai eu de la peine
pour lui car il survolait la course et c’est
forcément un moment délicat à vivre. Je le
sais pour l’avoir vécu cette année. Jusquelà, je me battais pour la 2e place lorsque la
perspective d’une victoire s’est ouverte. »
« Un week-end énorme »
Même si, à ce titre, rien n’était fait pour
le Français avec un menaçant Jari-Matti
Latvala à seulement 4’’4… Tellement
menaçant d’ailleurs que le Finlandais
n’avait besoin que de deux spéciales di-
manche matin pour prendre les commandes de la course. Mais Ogier n’avait
pas dit son dernier mot et donnait
« tout, et même plus que tout pour aller
chercher la victoire », comme il l’expliquait après son meilleur temps lors de
l’avant-dernière spéciale, synonyme de
première place retrouvée.
Débutait alors une longue attente
pour le Français, en raison d’un accident
ayant retardé le dernier acte de ce rallye. Mais celle-ci ne le perturbait guère
puisqu’il s’offrait un ultime scratch
symbolique. « Cela a été un week-end
énorme et il a fallu se battre », lâchait-il,
sitôt ce 5e succès en Grande-Bretagne –
record absolu de l’épreuve – entériné.
Cette victoire, la 4e de sa saison, lui permet ainsi de doubler Tanak, grand perdant du week-end, au Championnat du
monde et, surtout, de revenir à seulement 7 points du leader, le Belge Neuville. À deux épreuves de la fin – en Catalogne et en Australie -, Ogier n’a pas
dit son dernier mot. Et la pression pourrait bien avoir changé de camp… ■
L’OM stoppe la
spirale négative,
Monaco plonge
Vainqueur de Caen (2-0), Marseille espère
enclencher une nouvelle dynamique tandis
que l’ASM, battue, touche déjà le fond.
BAPTISTE DESPREZ £@BatDesprez
FOOTBALL Lille qui flambe, Marseille
brinquebalant, Monaco dans le rouge et
Nantes au bord du gouffre, le week-end
Ligue 1 n’a pas manqué de piquant.
retrouve des couleurs
u Marseille
Les semaines se suivent… et ne se res-
semblent pas du côté de l’OM. Balayés à
Lille dimanche dernier (3-0), décevants à
Limassol (2-2) en Ligue Europa, les
Olympiens ont stoppé leur spirale négative face à Caen dimanche (2-0) pour ne
pas sombrer dans la sinistrose avant la
trêve internationale. Face à de faibles
LIGUE 1 - 9E JOURNÉE
TOULOUSE (8)
LILLE (2)
AMIENS (13)
ANGERS (10)
GUINGAMP (20)
NÎMES (14)
BORDEAUX (7)
MARSEILLE (3)
MONACO (18)
PARIS-SG (1)
1-1
3-1
1-0
2-2
1-1
0-0
3-0
2-0
1-2
Hier
NICE (12)
SAINT-ÉTIENNE (5)
DIJON (16)
STRASBOURG (9)
MONTPELLIER (4)
REIMS (17)
NANTES (19)
CAEN (15)
RENNES (11)
LYON (6)
Caennais, les Marseillais se sont rendu le
match facile avec des buts rapides de
Mitroglou et Thauvin, mais aussi une
doublette Strootman-Luiz Gustavo séduisante dans l’entrejeu. Ce succès, le
cinquième cette saison, leur permet de
revenir dans des standards plus réjouissants à trois unités du dauphin lillois,
même si tout n’est pas redevenu idyllique
en trois jours. Reste aux Marseillais à enclencher une bonne série, eux qui ronronnent depuis le début de saison à l’image de certaines recrues plus que jamais en
dedans (Caleta-Car, Radonjic) et d’un
collectif branché sur courant alternatif.
u Ben Arfa coule Monaco
Le mal est très profond sur le Rocher.
Une nouvelle fois battue en championnat
(1-2) - cinquième défaite en neuf rencontres -, l’AS Monaco touche le fond. Et
rien ne semble pouvoir changer la donne
d’un groupe qui n’a plus gagné un match
depuis le… 11 août dernier. Dominés par
des Rennais eux aussi mal en point mais
sauvés par le revenant Ben Arfa auteur du
but victorieux, les Monégasques font grise mine avec une triste 18e place. Entre
une infirmerie bien garnie, un mercato
raté, des cadres décevants et des faits de
Florian Thauvin est félicité par Dimitri Payet après son but contre Caen (2-0), dimanche, au Stade Vélodrome,
jeu défavorables - logique en pareille situation -, Leonardo Jardim fait face à une
situation inédite pour lui sur la Côte
d’Azur. Très loin de ses attentes, quand
on se souvient que Monaco disputait une
demi-finale de Ligue des champions il y a
moins de deux ans. La trêve internationale s’avance à point nommé pour un
club plus que jamais à la dérive.
u Lille, c’est de la Bamba !
N’appelez plus ça un tube d’été. À
l’heure ou l’automne bat son plein, le
club nordiste empile les points et assume
avec force et confiance sa place de dauphin derrière l’intouchable Paris SG.
Convaincants devant Saint-Étienne samedi (3-1), les hommes de Christophe
Galtier sont les seuls à pouvoir tenir la cadence dans le haut de tableau, grâce à une
défense solide (2e meilleure de L1) et sur-
tout une attaque de feu magnifiée par le
trio Pépé-Ikoné-Bamba. Face à son club
formateur, ce dernier a sorti un match
XXL avec deux buts (son troisième doublé cette saison) et une passe décisive.
Avec un total de sept unités au classement des buteurs, l’ailier de 22 ans a déjà
égalé son record datant de l’exercice précédent… en seulement neuf journées.
« Ce départ est inattendu, mais l’appétit
vient en mangeant, assume le technicien
nordiste. J’ai des jeunes joueurs et quand
on est jeune on a beaucoup d’appétit. Qu’ils
gardent cet appétit sans devenir obèses, en
restant fit (en forme). »
Vahid n’a (encore)
u Nantes,
rien pu faire
Pour assister à l’effet Vahid Halilhodzic, il
faudra repasser. De retour au bercail,
cette fois dans la peau de l’entraîneur, le
Le Stade Français en conquête à l’extérieur
Vainqueur chez le champion Castres (9-14), le club parisien affiche un niveau conforme à ses ambitions.
JUSTINE SAINT-SEVIN
jsaintsevin@lefigaro.fr
RUGBY Ses nouveaux dirigeants avaient
promis une révolution : nouveau logo,
nouveau maillot, mais surtout un staff
et un groupe remaniés, avides de nouvelles ambitions. Le profond changement annoncé en grande pompe en mai
dernier porte ses fruits. Le Stade Français est dauphin de Clermont au classement du Top 14 après sept journées.
En faisant tomber pour la première
fois depuis 2009 le champion de France
castrais dans son antre (9-14) dimanche, les joueurs de Heyneke Meyer ont
remporté leur troisième victoire en
quatre déplacements. Une révolution
pour une équipe qui n’avait ramené que
deux petites victoires à l’extérieur lors
de la phase régulière des deux dernières
saisons cumulées. Pour trouver trace
d’une telle performance, il faut même
remonter à la saison 2014-2015. Sans
compter les phases finales, les soldats
roses avaient glané cinq victoires sur
les pelouses de leurs adversaires avant
de décrocher le Brennus.
Par-delà le fait d’avoir renversé le
CO, jusqu’à présent invaincu à domicile, les Parisiens ont su faire preuve de
caractère et laver l’affront du weekend dernier, après avoir laissé échapper
le derby francilien à la maison (16-17)
contre le Racing 92. Cette fois, pas de
prestation très moyenne entachée de
nombreuses maladresses et ce malgré
MICHEL GROSSIORD
REÇOIT
NICOLE
BELLOUBET
A
GARDE DES SCEAUX,
MINISTRE DE LA JUSTICE
TOP 14 - 7E JOURNÉE
LA ROCHELLE (9)
RACING 92 (7)
GRENOBLE (11)
PAU (10)
TOULOUSE (6)
CASTRES (5)
MONTPELLIER (4)
16-12
13-19
28-25
12-9
10-0
9-14
29-17
CLERMONT (1)
LYON (3)
BORDEAUX-B. (8)
PERPIGNAN (14)
AGEN (13)
SF PARIS (2)
TOULON (12)
les trombes d’eau qui ont rythmé certaines séquences du match. Jules Plisson, titulaire à l’ouverture, a laissé de
côté son attrait pour les passes et les
grandes envolées pour proposer un jeu
minimaliste et réaliste au pied (3 pénalités réussies sur 4).
Le club de la capitale a fait le break
au retour des vestiaires après un ballon
récupéré par Delbouis et prolongé au
pied pour Arias (47e). La mêlée francilienne en récupérant cinq pénalités a
fini d’enterrer des Castrais peu inspirés, à l’image de leur arrière Julien Dumora replacé à l’ouverture en l’absence du maestro maison Urdapilleta. Par
la botte de Kockott, les Castrais ont
tout de même sauvé l’essentiel en arrachant le bonus défensif en fin de
rencontre.
En fin d’après-midi, malgré le forfait
de leur ailier surpuissant Nadolo et la
perte dès la 6e minute de leur maître à
jouer Johan Goosen, les Montpelliérains, en dominant (29-17) une équipe
de Toulon profondément remodelée, se
sont hissés à la 4e position du classement devant Castres. ■
AUDITION
PUBLIQUE CE LUNDI À 19H
#AUDITIONPUBLIQUE
DIFFUSÉ EN DIRECT SUR PUBLICSENAT,
LCP-ASSEMBLÉE NATIONALE ET LEFIGARO.FR
ET EN REPLAY SUR LEURS SITES RESPECTIFS
CLAUDE PARIS/AP
Franco-Bosnien de 66 ans n’a pas connu
la réussite escomptée avec cette large défaite du FC Nantes sur la pelouse des Bordelais lors du derby de l’Atlantique dimanche (3-0). Figé au coup de sifflet
final, le regard noir, l’ancien canonnier
de la maison jaune (111 buts en 192 matchs
de 1981 à 1986), arrivé mardi au chevet du
club en remplacement de Miguel Cardoso, s’est rendu compte en 90 minutes du
chantier. En une mi-temps, la rencontre
était déjà pliée après des buts de Karamoh
(5e) et Kamano (7e), avant que ce dernier
n’alourdisse le score sur penalty (42e).
Avec une équipe amorphe, des lacunes
criantes dans chaque secteur de jeu, le
marasme se révèle total à Nantes, plus
que jamais avant-dernier. « Il nous a tout
manqué. Il faut dire la vérité », admettait,
fataliste, « coach Vahid » après la rencontre. Le décor est planté. ■
EN BREF
F1 : Lewis Hamilton proche
de son 5e titre mondial
Le Britannique a remporté
sa 9e victoire de la saison au Japon
devant Bottas (Mercedes)
et Verstappen (Red Bull). Côté
Français, Romain Grosjean (8e) et
Sebastian Ocon (9e) sont dans les
points devant Pierre Gasly (11e).
Cyclisme : le Danois
Kragh Andersen
gagne Paris-Tours
Soren Kragh Andersen (Sunweb)
s’est imposé en solitaire grâce à la
nouveauté du parcours : 12,5 km
de chemins de vigne qui ont
provoqué une énorme sélection.
Équitation : les Bleus sur
le podium en saut d’obstacles
La France (Staut, Angot, Billot,
Robert) termine 2e de la finale de
la Coupe des nations à Barcelone.
EN PARTENARIAT AVEC
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
15
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
PSYCHO
Antibiotiques
prescrits à tort
et à travers
AUTISME : DONNER
SES CHANCES
À CHAQUE ENFANT PAGE 16
LES DOUTES NOUVEAUX
DES HOMMES
PAGE 18
santé
La longévité des femmes,
un avantage encore mal expliqué
Partout dans le monde, les femmes vivent plus longtemps que les hommes.
Un atout biologique qui pourrait être lié à leur rôle essentiel dans la reproduction.
ANNE PRIGENT
INFECTIOLOGIE Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Une nouvelle vaste
étude, menée aux États-Unis, montre que
les prescriptions d’antibiotiques continuent
de se faire à tort et à travers. Des chercheurs de la Northwestern University de
Chicago, menés par le Dr Jeffrey A. Linder,
ont analysé 509 534 prescriptions d’antibiotiques destinées à 279 169 patients, délivrées par 2 413 médecins dans 514 cliniques de novembre 2015 à octobre 2017. Ce
qui représente 80 % de toutes les prescriptions d’antibiotiques hors hôpital. Ces travaux ont été présentés lors de l’Infectious
Diseases Week, à San Francisco.
Dans presque la moitié des cas (46 %), la
prescription d’antibiotiques n’est pas associée à un diagnostic de troubles bactériens.
Dans 29 % des cas, le médecin pose un diagnostic autre qu’une infection bactérienne
(comme de l’hypertension), et dans 19 %
des cas, il ne met aucun diagnostic à l’appui
de sa prescription.
Pis, une prescription sur cinq est faite
par téléphone ou via Internet sans que le
médecin ne voit le patient. Les chercheurs
soulignent qu’ils n’ont pas encore pu déterminer si ces prescriptions étaient ou non
valides et en quelle proportion. mais il s’agit
souvent de renouvellement ou de traitements au long cours.
« Mais il est assez fou de penser qu’une
fois sur deux, le médecin a une mauvaise
raison ou pas de raison du tout de prescrire
des antibiotiques », estime Jeffrey Linder.
« Nous pensons qu’il y a encore beaucoup
de prescriptions d’antibiotiques pour des
grippes, des refroidissements, ou même
simplement des personnes qui se sentent
mal. En dépit des campagnes d’information,
trop de patients sont persuadés qu’ils
n’iront pas mieux sans antibiotiques et en
réclament aux médecins. »
JEAN-LUC NOTHIAS
« La longévité est toujours du côté de celui qui s’occupe des enfants, qui les protège », explique-t-on dans le milieu médical.
de l’usure des télomères après la ménopause en raison d’une carence en
œstrogènes. « Or ce n’est pas le cas. Par
ailleurs, les travaux que nous avons menés nous orientent vers une autre hypothèse, dans laquelle la longueur de nos télomères est largement déterminée à
l’issue des premières années de vie sans
“
À 50 ans, une femme a
des télomères équivalents
à ceux d’un homme
de 42 ans
”
PR ATHANASE BÉNÉTOS, CHEF DU SERVICE
DE GÉRIATRIE AU CHRU DE NANCY
que l’on sache de quelle façon », insiste le
spécialiste français.
La longévité des femmes ne peut donc
pas se résumer à une simple question
hormonale. Elle est sans aucun doute
plus complexe. « Pour expliquer cet
écart, les chercheurs ont exploré tous les
domaines : biologiques, sociaux, comportementaux, etc. Aucun n’a permis, à
ce jour, d’expliquer le phénomène », analyse le Pr Jean-Marie Robine, démographe, qui dirige l’équipe Recherche biodémographique sur la longévité et la
vitalité à l’Inserm.
L’avantage biologique en faveur des
femmes proviendrait donc essentiellement de leur rôle dans la reproduction.
Les femmes donnent naissance aux enfants et ont dû, tout au long de l’évolution, les accompagner étroitement
durant les premières années de vie pour
leur permettre de survivre jusqu’à l’âge
adulte. « C’est d’ailleurs vrai pour toutes
les espèces animales. La longévité est
toujours du côté de celui qui s’occupe des
enfants, qui les protège », souligne le
Pr Jean-Marie Robine.
Les femmes auraient notamment un
avantage génétique grâce à leurs deux
chromosomes X : si une mutation touche l’un des gènes d’un des deux chromosomes X, l’autre permettrait une
compensation. « Vous pouvez choisir le
gène le plus robuste, ce qui n’est pas le cas
pour les garçons, qui sont XY », explique
le Pr Athanase Bénétos. De plus, la paire
de chromosomes X jouerait un rôle important contre les lésions oxydantes occasionnées par les radicaux libres. « En
assurant la réplication d’enzymes de réparation que le chromosome Y est beaucoup moins apte à remplir », note Jacques
Vallin, dans Démographie. Les déterminants de la mortalité (Ined).
La plus petite taille des femmes jouerait également en leur faveur. « Cet
avantage biologique serait d’environ
deux ans », souligne Jean-Marie Robine.
Il aurait été amplifié, pour atteindre 6 à
8 ans dans les pays comme la France et
le Japon, depuis que les femmes ont eu
accès aux progrès de la médecine (beaucoup plus rapidement que les hommes)
et qu’elles maîtrisent leur fécondité.
Aujourd’hui, s’il semble se stabiliser
voire diminuer, c’est que les hommes
bénéficient à leur tour des progrès et que
les femmes ont adopté des comportements plus à risque. Les avantages
biologiques innés se révèlent être de
bien faibles protections face au tabac, à
l’alcool ou à tout autre environnement
défavorable. ■
18 octobre 2018
9 h - 17 h 30
Paris, Maison de la Chine
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A
DURÉE DE VIE Jeanne Calment,
Emma Morano, Jessie Gallan, Susannah
Mushatt Jones, Kane Tanaka… Leur
point commun ? Avoir vécu jusqu’à
110 ans au moins. Et pour espérer faire
partie de ce club des « supercentenaires », mieux vaut être une femme. Cet
avantage de longévité du sexe dit faible
se retrouve partout dans le monde et
serait à rechercher du côté des hormones sexuelles. Plus particulièrement du
côté des œstrogènes. Déjà connus pour
protéger les femmes contre les maladies cardiovasculaires jusqu’à la ménopause, les œstrogènes préserveraient
également les télomères, selon une
étude présentée à un congrès sur la
ménopause par Elissa Epel, professeur
de psychiatrie (université de San
Francisco).
Ces séquences d’ADN qui protègent
l’extrémité de nos chromosomes
garantissent le maintien de l’intégrité
du génome au cours des divisions
cellulaires. Car à chaque fois qu’une
cellule se réplique, les chromosomes
font de même avec le risque de perdre,
au niveau des extrémités, une partie des
informations génétiques nécessaires au
fonctionnement cellulaire. Un phénomène évité grâce aux télomères.
Malheureusement, avec le temps, ces
derniers s’usent et se raccourcissent.
Lorsqu’ils ont atteint un certain seuil, la
cellule entre en sénescence, favorisant
l’apparition de maladies dégénératives
ou de cancers. On sait depuis plusieurs
années que chez les femmes ils sont
généralement plus longs que chez les
hommes. « À 50 ans, une femme a des
télomères équivalents à ceux d’un homme
de 42 ans », précise le Pr Athanase
Bénétos, chef du service de gériatrie au
CHRU de Nancy et chercheur à l’Inserm.
Selon Elissa Epel, cette caractéristique
pourrait donc s’expliquer par l’action
des œstrogènes. « Des études expérimentales suggèrent que ces hormones
augmentent l’activité de la télomérase,
l’enzyme qui peut protéger et allonger les
télomères », a ainsi souligné la chercheuse. Une hypothèse réfutée par le
Pr Bénétos. Ce dernier explique que l’on
devrait alors observer une accélération
JEAN KOBBEN/ STOCK.ADOBE.COM
PHOTOGRAPHEE.EU - STOCK.ADOBE.COM
SANTÉ
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
16
DOSSIER SANTÉ
Autisme : donner ses chances
à chaque enfant
Les deux tiers des TSA
présentent à la fois un déficit
des interactions sociales,
des stéréotypies - des gestes
répétés - et des intérêts
restreints, autocentrés.
ALDO SPERBER / HANS LUCAS
Les « troubles
du spectre de
l’autisme » (TSA)
concernent environ
1 % de la population,
avec une fille pour
quatre garçons.
MARTINE LOCHOUARN
CERVEAU Entre le blanc et le noir, il y a
l’infinie palette des gris. De même pour
l’autisme qui recouvre des réalités très
différentes, de l’enfant avec des troubles
majeurs du développement, du comportement et un grave déficit intellectuel, au
jeune adulte Asperger, au parcours parfois brillant mais qui garde un contact
aux autres un peu atypique. C’est pourquoi le terme « troubles du spectre de
l’autisme », ou TSA, supplante celui
d’autisme. Des troubles qui concernent
environ 1 % de la population, soit quelque 600 000 personnes en France. Avec
une fille pour 4 garçons.
Les parents ont parfois des inquiétudes
très tôt. « Vers un an, on peut voir si un
enfant ne suit pas une trajectoire développementale standard, ne regarde pas bien
ou perd le contact oculaire avec ses proches, ne pointe pas du doigt, ne se retourne
pas à son nom, ne développe pas un comportement de jeu… », explique le Pr Frédérique Bonnet-Brilhault, pédopsychiatre (CHU Tours). « Le profil fonctionnel de
l’enfant va être exploré en observant de façon structurée son comportement, à l’aide
d’échelles, de tests… On évalue ainsi sur
des critères observables son profil langagier, cognitif, ses compétences socio-émotionnelles… » Mais plus l’enfant est jeune,
moins certains signes sont spécifiques. Le
diagnostic de TSA est donc rarement
évoqué avant 18-24 mois. « Toutefois, dès
qu’on repère une trajectoire qui s’écarte de
Trop d’attente
pour la prise en charge
novo touchent surtout des gènes impliqués dans les synapses, ces jonctions entre neurones par lesquelles ils communiquent, ou dans le remodelage de la
chromatine lié à l’activité neuronale.
« Ces deux voies convergent vers la plasfonctionnelles sont plus marquées,
ticité synaptique indispensable à la mise
LA PRISE EN CHARGE d’un enfant
elle continue à donner accès à cette
en place et au bon fonctionnement des inavec TSA devrait commencer dès le
curiosité physiologique et peut améterconnexions cérébrales », explique le
diagnostic établi. En réalité, le délai
liorer la communication sociale. Pour
Pr Thomas Bourgeron neurogénéticien
d’attente moyen est de douze mois,
le Pr Catherine Barthelemy, pédopsymême si on essaie d’aller plus vite
(Institut Pasteur). Son équipe a découvert
pour les tout-petits. Cette prise en
plusieurs de ces gènes, dont Shank3 assochiatre (Tours), « elle est basée sur la
charge, globale, porte sur les trois dicié à un autisme rare, averbal. « Mais
compréhension neurofonctionnelle du
mensions de l’autisme : la communimême avec ce gène, rien n’est certain. Une
cerveau social de l’enfant. Or, dans les
cation, les aspects sociaux et les stémère dont j’avais vu l’enfant m’a appelé
TSA, l’enfant n’a pas établi ce réseau
réotypies, et sur les anomalies des
pour me dire qu’on lui avait trouvé la mutaindispensable pour décoder et transfonctions cognitives, de l’attention, de
tion Shank3. Or son
mettre l’information venant et allant
la motricité qu’il faut aussi prendre en
autisme ne m’avait
vers autrui. La TED n’a pas pour but de
Dès qu’on repère une trajectoire qui
compte.
pas paru si sévère. La
modifier le comportement de l’enfant,
s’écarte de l’ordinaire, on peut intervenir mère m’a expliqué
Parmi les méthodes cognitivomais de lui donner un gain fonctionnel
et sensibiliser, former les parents
comportementales éprouvées, la théqu’elle avait très tôt
pour qu’il puisse s’inscrire dans une inrapie
d’échange
et
de
développement
tout
fait
pour
stimuler
teraction synchronisée, réussie, avec
à des modalités de synchronisation
(TED). « Le thérapeute doit connaître
son enfant, qui aul’autre ».
socio-émotionnelle avec leur bébé
parfaitement ce que sont les fonctions
jourd’hui parle et va à
Une bonne formation
PR FRÉDÉRIQUE BONNET-BRILHAULT, PÉDOPSYCHIATRE AU CHU DE TOURS l’école et qu’elle se sede communication sociale au sens neudes parents
rophysiologique. Dans une pièce totalerait peut-être moins
ment nue, il va être alors capable d’enbattue si elle avait su qu’il portait Shank3. »
l’ordinaire, on peut intervenir et sensibiliLes autres méthodes sont plus comtrer en relation avec l’enfant autiste et,
Le lithium réduit aussi la sévérité des
ser, former les parents à des modalités de
plémentaires que concurrentes. La
par cette relation, de déclencher chez lui
symptômes associés à cette mutation.
synchronisation socio-émotionnelle avec
méthode Teacch est plus orientée vers
un plaisir partagé à la relation, qui va
On sait très peu de choses sur l’évoluleur bébé, leur expliquer comment ils peul’acquisition de l’autonomie de l’engénérer la motivation de cet enfant à retion des TSA. « Une étude américaine a
vent “accrocher” la relation avec lui », exfant, à l’école, chez lui…, par l’organigarder, à sourire, à interagir », explisuivi de 3 à 13 ans des enfants autistes. En
plique la pédopsychiatre.
sation, la structuration de son envique le Pr Bonnet-Brilhault. « Mais cetdix ans, 10 % d’entre eux, très sévères à 3
Ce diagnostic, qui demande une experronnement, de son emploi du temps.
ans, s’étaient beaucoup améliorés pour
tise multidisciplinaire, est purement cliCar cet enfant a besoin d’une très
te motivation ne peut émerger que si le
revenir dans la “norme” dix ans plus tard
nique, basé sur l’observation. Les deux
grande prévisibilité de tout ce qui lui
thérapeute est dans un état de complète
avec des symptômes autistiques a minitiers des TSA présentent à la fois un déficit
arrive. La méthode ABA est fondée sur
disponibilité à la relation, à l’écoute du
ma. Si on identifiait les facteurs de cette
des interactions sociales, des stéréotypies
la modification des comportements
moindre signe d’initiative de l’enfant.
amélioration, on aurait fait des progrès
- des gestes répétés - et des intérêts respar un conditionnement, pour augPar une réponse à ce petit signe, il va
considérables dans la compréhension de
treints, autocentrés. Dans un tiers des
menter les comportements adaptés et
déclencher, retrouver ce qu’on appelle
l’autisme », explique le Pr Richard DeTSA sont aussi présents un déficit intelréduire les comportements inadaptés
la “curiosité physiologique”, toujours
lectuel, parfois des troubles du langage ou
à l’aide de renforçateurs.
présente même chez l’enfant autiste. »
lorme, pédopsychiatre (hôpital Robert
des troubles moteurs de gravité variable,
Il existe beaucoup d’autres méthoLa TED ne cherche que le plaisir de
Debré, Paris). « Plus on prend en charge
une épilepsie, une hyperactivité (TDHA),
des, avec des objectifs ou des outils plus
la relation, pas du tout l’apprentissaprécocement ces symptômes, moins on a
une hyperacousie, des troubles du somspécifiques… Mais une bonne formage. Elle est optimale vers 2 ans, quand
les effets négatifs liés à l’émergence des
meil… En même temps ou à distance,
tion des parents à ces techniques est
la plasticité cérébrale est maximale.
troubles. » ■
comme la dépression, l’anxiété, fréquentout aussi indispensable pour assurer
Mais même chez l’enfant plus âgé,
tes chez l’ado avec TSA. « Il nous arrive
leur efficacité optimale. ■
voire l’adulte, quand les déviations
* Centre ressources autisme.
M. L.
même de recevoir au CRA* des adultes
adressés pour dépression résistante, alors
que leur TSA, jamais diagnostiqué, a compliqué tout leur parcours de vie. »
La composante génétique de l’autisme
est estimée à au moins 80 %. Mais il s’agit
d’une génétique complexe, multigéniLE QUATRIÈME plan autisautisme ne lance toujours pas
difficulté des spécialistes à
complètement. Les possibilités
que. On connaît des milliers de variants
me, lancé récemment, n’a
le chantier de la refonte des
s’organiser, à travailler en réd’accès aux prises en charge
communs de gènes qui confèrent chacun
pas suscité d’enthousiasme
référentiels de formation iniseau, pour que l’enfant soit
restent très hétérogènes d’une
un tout petit risque, et plus de 100 vamajeur, ni chez les représentiale des professionnels de
pris en charge par des équipes
région à l’autre, et l’immense
riants à plus haut risque pour les TSA.
tants des familles ni chez les
santé et du secteur médicocompétentes ». Le Pr Richard
majorité des enfants n’y a touCertains, retrouvés aussi dans d’autres
professionnels. D’abord pour
social. « Il n’est pas acceptable
jours pas accès. »
Delorme estime que l’un des
pathologies (épilepsie, schizophréle financement alloué : « 344
qu’on continue à diffuser des
apports importants de ce
Les adultes,
nie, etc.) font supposer un recouvrement
millions d’euros, c’est peu en
référentiels de formation obsoquatrième plan est d’ouvrir
grands oubliés
partiel. C’est le « paysage génétique » réregard des besoins, d’autant
lètes, inadaptés. 80 % des psyles mêmes dispositifs, cohésultant de l’addition et des interactions
que cette somme ne concerne
chologues ne connaissent que la
rents, à tous les enfants. « À
Les adultes restent, à noude tous ces gènes, entre eux et avec l’enpas l’ensemble des troubles
psychanalyse. Idem pour les
partir de ce dispositif, on peut
veau, les grands oubliés de ce
vironnement, qui va finalement détermineuro-développementaux, estravailleurs sociaux. Et les psydéfinir ensuite un projet de
quatrième plan. « Même leur
ner l’émergence ou non d’un TSA. La pritime Danièle Langloys, présichiatres n’ont toujours pas de
prise en charge personnalisé,
repérage fait défaut : on ne sait
se d’anti-épileptiques pendant la
dente d’Autisme France. La
formation adéquate aux trouindividualisé pour chaque enpas où ils sont physiquement.
grossesse est un facteur de risque avéré,
situation s’était un peu amébles neuro-développementaux,
fant. Autre point positif, l’insBeaucoup végètent dans des
tout comme un fœtus trop gros ou trop
liorée avec le troisième plan,
d’où le nombre d’enfants pour
tauration du forfait financier
services de long séjour en psypetit, la prématurité, l’absence de prise
surtout pour les tout-petits.
lesquels on pose encore un
pour permettre le dépistage
chiatrie. Mais il n’y a aucune
de folates au 1er trimestre…
Mais il avait démarré tard, et
diagnostic de psychose infanprécoce de tous les enfants atréflexion sur les structures
des mesures comme la mise en
tile… ! »
teints de troubles neuromédico-sociales qu’il faudrait
Dans plus de 25 % des TSA avec déficit
place d’équipes diagnostic de
Pour le Pr Catherine Bardéveloppementaux. » ■
pour les accueillir. »
intellectuel, la mutation chez l’enfant
M. L.
proximité n’ont pu se déployer
Surtout, le quatrième plan
d’un seul gène suffit. Ces mutations de
thélémy, « il y a, de plus, une
«
»
A
Quatrième plan : des réactions mitigées
La thérapie
d’échange et de
développement (TED)
n’a pas pour but
de modifier le
comportement
de l’enfant, mais
de lui donner un gain
fonctionnel pour
qu’il puisse s’inscrire
dans une interaction
synchronisée, réussie,
avec l’autre
»
PR CATHERINE BARTHELEMY
,PÉDOPSYCHIATRE (TOURS)
L’ADOLESCENCE,
UNE PÉRIODE
DIFFICILE
Neuropsychologue au CHU de
Tours, Patrice Gillet intervient
auprès d’adolescents autistes,
collégiens ou lycéens. Du fait
de leur trouble, ces jeunes
présentent des particularités
de comportement qui peuvent
dérouter et les marginaliser.
Ils ont donc besoin d’être
entraînés pour acquérir
certaines habiletés sociales.
« Ils ne vont pas comprendre
le second degré, vont avoir du
mal à décoder les intentions
des autres personnes… »
Cet apprentissage passe par
exemple par des jeux de rôle.
« Ils savent que telle attitude
de l’autre signifie quelque
chose, mais c’est le décodage
de ce signifié qui reste difficile.
D’où, pour eux, la nécessité
de dérouler une sorte de
check-list pour comprendre
chaque situation. »
Ces jeunes vont donc adopter
des stratégies de vie qui les
protège un peu. Le passage
au collège reste un moment
périlleux. « Ils se font plus
malmener, moquer, sont plus
marginalisés qu’à l’école
primaire où ils étaient plus
encadrés. C’est donc une
période où il faut être plus
vigilants car elle peut aboutir
à de véritables dépressions. »
M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
E
PROFESSEUR
CHRISTINE
ROUZIOUX
Directrice de l’EA 7327, Université Paris
Descartes. Professeur émérite,
faculté de médecine de Necker. Membre
de l’Académie nationale de pharmacie.
ngagée dans la recherche sur
le sida depuis de très nombreuses années, je suis régulièrement confrontée aux
mêmes questions : la recherche sur le sida progresse-t-elle ? Et le
vaccin, c’est pour bientôt ?
La France est certes un des pays où la
prise en charge de l’infection et l’accès
aux traitements sont les meilleurs.
Mais, alors que nous disposons de tous
les outils pour la contrôler, l’épidémie
gagne encore du terrain avec plus de
5 000 nouvelles contaminations chaque
année. Particulièrement présente en
Île-de-France, elle est concentrée dans
la communauté masculine homosexuelle et chez les personnes hétérosexuelles originaires d’Afrique subsaharienne dont près de la moitié,
contrairement aux idées reçues, s’est
infectée en France. Surtout, quelque
25 000 personnes sont séropositives
sans le savoir, soit 20 % des porteurs du
VIH. Pour enrayer l’épidémie, il faudrait donc à la fois traiter tous les sujets
infectés, développer une politique de
dépistage et augmenter les programmes
de prévention. C’est un défi majeur,
mais on peut le relever, à condition de
s’en donner les moyens.
Des progrès considérables ont été
réalisés avec le développement de médicaments puissants et bien tolérés,
sans les nombreux effets secondaires
des premiers traitements. Il est désormais recommandé que toute personne
séropositive soit traitée sans délai. Le
plus tôt est le mieux, car, en réduisant
considérablement le taux de virus dans
l’organisme, le traitement anti-VIH va
bloquer la progression de l’infection
vers la maladie sida : le sujet reste infecté, mais il n’est pas malade. Actuellement, en France, chez plus de 90 %
des patients traités, cette charge virale
est indécelable et on ne meurt quasiment plus aujourd’hui du sida.
De plus, on sait désormais que les patients sous traitement contrôlé ne sont
plus contagieux : à condition de prendre très régulièrement leurs traitements, les patients ne risquent donc pas
de transmettre le virus à leur(s) partenaire(s)… et de propager l’épidémie. À
un vrai bénéfice individuel, s’ajoute
ainsi un bénéfice collectif évident.
Un des défis est désormais de sensibiliser à l’intérêt du diagnostic les
25 000 personnes infectées qui ne se savent pas séropositives. Les campagnes
de dépistage et l’accès aux tests doivent
donc être renforcés et orientés vers les
personnes les plus exposées, sachant
qu’il faut se heurter à la crainte de la
stigmatisation, au rejet par l’entourage
et à la méconnaissance de l’efficacité
des traitements. Mais ces obstacles ne
doivent pas décourager une offre si
possible confidentielle de dépistage de
façon à prévenir l’infection ou à proposer des traitements en cas de dépistage
positif.
De plus, il est recommandé de proposer le dépistage aux partenaires de
sujets séropositifs, de façon à prévenir
leur infection, ou à leur proposer des
traitements en cas de dépistage positif.
Les tests diagnostiques sont maintenant
faciles d’accès et les tests rapides permettent d’obtenir un résultat le jour
même. Les Trod (tests rapides d’orientation diagnostique) peuvent être prati-
voie sexuelle. La Prep (pré-exposition
prophylaxie) doit être prise avant les
rapports et s’ajoute dans l’arsenal de la
prévention, incluant les préservatifs et
le dépistage. La France a été, dès 2016,
le premier pays européen à commercialiser en continu ce médicament
aujourd’hui recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs associations en font la promotion, surtout auprès des
la Prep (pré-exposition
jeunes et des personnes exposées au risque d’infection,
prophylaxie) ne permettra
Aides en particulier, avec le
d’arrêter l’épidémie
slogan : « un comprimé par
que si elle est prise par un nombre jour vous protège du VIH ».
En plus de son efficacité, ce
suffisant de personnes
traitement, pris en charge à
PROFESSEUR CHRISTINE ROUZIOUX
100 %, offre la garantie d’un
suivi car il n’est délivré
qu’après une consultation dans un hôtes rapportent encore beaucoup de diapital
ou
un
centre de dépistage, des
gnostics d’infection à VIH à un stade
tests, des prises de sang, et doit être retrop avancé de la maladie, qu’il est plus
nouvelé tous les trois mois. Mais la Prep
difficile de traiter. Ces pertes de chance
ne permettra d’arrêter l’épidémie que si
ne devraient plus exister, d’où la néceselle est prise par un nombre suffisant de
sité de développer les réseaux d’inforpersonnes.
mation, en particulier auprès des perLa majorité des jeunes aujourd’hui
sonnes exposées. Faire des tests
croient que tout se traite et se guérit,
régulièrement, c’est mieux se protéger,
parce que les progrès des traitements et
voire se soigner au plus tôt.
de la prévention ont révolutionné la
Les personnes les plus exposées au
qualité de vie de ces patients… Mais la
VIH disposent aujourd’hui d’un traitemédaille a un revers : l’obligation d’un
ment pour éviter la contamination par
traitement à vie. Il suffit de l’interrompre pour que le virus, tapi dans les cellules infectées, ressurgisse… Pour essayer d’éliminer ces cellules, de
nouvelles pistes thérapeutiques sont
actuellement explorées, soit par de
nouvelles combinaisons médicamenteuses, soit par des approches comparables à celles visant à combattre le
cancer. Sans oublier les recherches en
sciences humaines et sociales pour
mieux aider ces personnes à surmonter
les obstacles rencontrés dans nos sociétés. Ainsi, à l’image du succès du
programme « San Francisco sans
sida », les programmes « Paris sans
sida », « Bordeaux sans sida » méritent plus que jamais d’être renforcés et
soutenus. ■
qués par des personnels non médicaux
dans des structures « hors les murs »,
hors hôpitaux ou laboratoires d’analyses médicales. Par exemple, quinze associations ont ainsi été habilitées en Îlede-France à proposer des tests, à
renforcer l’information sur la prévention, voire à faciliter l’accès aux traitements en orientant vers des structures
médicalisées. Hélas, des études récen-
«
»
VEZ
RETROUOS AVIS
N
S
TOU
RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
@ sante.lefigaro.fr
+
PROFESSEUR
ANDRÉ
VACHERON
Membre de l’Académie nationale
de médecine.
PROFESSEUR
GÉRARD
DUBOIS
Membre de l’Académie nationale
de médecine.
L’
espérance de vie en France
a plus que doublé depuis
1870. Alors inférieure à
40 ans, elle atteint aujourd’hui 80 ans pour les hommes et 86 ans pour les femmes mais
tend à plafonner. La mortalité infantile
et la mortalité maternelle se sont effondrées. La mortalité par maladies infectieuses, causes principales des décès
autrefois, n’intervient plus aujourd’hui
que dans 2 % des cas. Cette extraordinaire progression de l’espérance de vie
est due aux progrès socio-économiques, à l’amélioration de l’hygiène, de
la qualité de l’eau, de l’alimentation et
des conditions de travail, à l’efficacité
des vaccinations, aux progrès de la médecine avec l’avènement des antibiotiques. Elle s’accompagne d’une transition épidémiologique avec l’émergence
et la progression des maladies chroniques dites non transmissibles (MNT).
En 2014, parmi les 540 000 décès en
France, 30 % sont dus aux cancers,
25 % aux maladies cardiovasculaires,
6 % aux maladies respiratoires chroniques et 2 % au diabète. Ces quatre
pathologies sont à l’origine de près de
2/3 des décès en France et de la moitié
dans le monde. À la suite d’un rapport
de l’OMS en 2010, les chefs d’État ont
adopté à New York en 2011, lors de la
réunion de haut niveau ONU (RHNONU), une politique internationale
coordonnée sur les MNT. L’OMS a publié un plan d’action 2013-2020, essentiellement préventif, reposant sur des
bases démontrées, ciblées sur les quatre
causes majeures de ces maladies non
transmissibles avec des objectifs quantitatifs d’ici à 2025, de - 30 % pour le
tabac, - 10 % pour l’alcool, - 30 % pour
le sel et - 10 % pour la sédentarité. Tabac, alcool, mauvaise alimentation et
obésité sont les facteurs principaux de
40 % des cancers.
Quatre cancers sur dix seraient évitables selon les études de Santé publique France et du Centre international
de recherches sur le cancer (Circ) qui
dépend de l’OMS. Ainsi, sur les 346 000
cas de cancers diagnostiqués en 2015
GARO/PHANIE, HOUIN/BSIP
Comment
mieux prévenir
les maladies
non transmissibles ?
nies. L’alcool provenant principalement du vin (59 %) loin devant les alcools forts (21 %) et la bière (19 %) est
responsable de 8 % des nouveaux cas
de cancers (28 000 cas de cancers en
2015, dont 8 000 cancers du sein).
L’alimentation déséquilibrée au détriment des fruits, des léTabac, alcool, mauvaise
gumes, des fibres alimentaires et des produits
alimentation et obésité
laitiers, au profit des
sont les facteurs principaux
viandes rouges et des
viandes
transformées,
de 40 % des cancers
est
responsable
de
18 800 nouveaux cas de cancers, le
œsophage, vessie…) frappent surtout
surpoids et l’obésité de 18 600 noules personnes défavorisées avec un risveaux cas de cancers majoritairement
que de 1,5 à 2 fois plus élevé chez les
féminins, avec surtout des cancers du
20 % des plus défavorisées, par rapport
sein et de l’endomètre. Il faut souligner
aux 20 % les plus favorisées. Santé puque le rôle de ces facteurs est aussi déléblique France souligne l’entrée massive
tère dans le développement de l’athédes femmes dans le tabagisme, dans la
rosclérose, des maladies cardiovascugénération du baby-boom née enlaires et cérébraux-vasculaires que
tre 1945 et 1965, alors que les hommes
dans la genèse des cancers. Trois d’enfument moins depuis quelques décenchez les Français de 30 ans et plus,
142 000, soit 41 %, auraient pu être évités en l’absence de ces causes. En 2015,
plus de 54 000 cas de cancers chez les
hommes et plus de 14 000 chez les femmes sont attribuables au tabac. Ces
cancers (poumons, bouche, larynx,
«
»
tre eux : tabac, alcool, aliments transformés sont des produits fabriqués et
diffusés par l’homme. Il n’y a pas que le
comportement individuel qui est en jeu,
mais aussi une responsabilité industrielle et commerciale sous le contrôle
de l’État avec des mesures législatives,
réglementaires et fiscales, pour éviter
l’exposition excessive à ces produits et
encadrer leurs promotions. Face aux
lobbys, le rôle des organismes scientifiques, de la société civile et des associations est essentiel comme cela a été le
cas pour la lutte contre le tabac. Les experts considèrent que la mobilisation
scientifique, civile et associative est très
insuffisante à l’heure actuelle. Une étude récente publiée dans le Lancet indique que les taux de mortalité due aux
MNT ont stagné ou se sont accrus durant la période 2010-2016 dans 1 pays
sur 10.
À la veille d’une troisième réunion de
haut niveau des chefs d’État à New York
sur les MNT, l’Académie nationale de
médecine (www.academie-medecine.fr) rappelle dans un communiqué
adopté le 25 septembre 2018 que la santé est une responsabilité régalienne, engageant donc la responsabilité des États
comme l’indique la Constitution de
l’OMS, et souligne le rôle primordial des
pouvoirs publics dans le contrôle des
causes majeures des maladies chroniques non transmissibles : tabac, alcool,
aliments transformés avec notamment
la teneur en sel, sédentarité. Le développement de la prévention individuelle et collective tout au long de la vie et
dès l’enfance est indispensable pour
permettre à tous les Français d’acquérir
un capital santé et de le préserver jusqu’à un âge avancé. ■
A
Comment enrayer
l’épidémie de
VIH/sida en France ?
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
18
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Les doutes nouveaux
des hommes
Après les affaires #MeToo et le culte d’un féminin puissant,
c’est le genre masculin qui s’interroge.
PASCALE SENK
MASCULINITÉ Si vous pensez que la population des hommes est seulement
composée de machos harceleurs d’un
côté et d’hommes sensibles proches des
femmes de l’autre, vous passez à côté de
toute la richesse de la psyché masculine.
Car celle-ci, bien évidemment, mérite
d’être envisagée bien au-delà des
« contre » ou « pro » femmes.
C’est ce que démontre notamment Ben
Brooks, petit génie de l’écriture britannique qui, à seulement 26 ans, diffuse
d’autres visions de la force des mâles,
comme ces formidables Histoires pour
garçons qui veulent changer le monde
(Éditions Mazarine) a priori destinées aux
ados, mais en réalité édifiantes pour tous.
En une page à chaque fois, il raconte le
destin d’un Luigi Ciotti (né en 1945), qui
défie pacifiquement la Mafia, celui de
Louis Braille (1809-1852), qui inventa un
code pour que les non-voyants comme
lui puissent lire, de Barack Obama ou du
poète Shelley… Plus d’une centaine
« d’hommes géniaux qui ont fait la différence sans tuer de dragons ». La mise en
valeur de ces atypiques, réunis pour dynamiter les clichés sur la masculinité,
tombe à point nommé.
Les hommes eux-mêmes seraient en
demande de telles inspirations. Eudes Semeria, psychologue et psychothérapeute
existentiel, auteur du Harcèlement fusionnel (Albin Michel), qualifie ceux qu’il
reçoit de « particulièrement désorientés ».
« Beaucoup manifestent un grand ras-lebol : les vidéos de clitoris en 3D sur YouTube, les “balance ton porc” revanchards, ou
les leçons de morale pour que les hommes
n’urinent plus sur les murs accablent ceux
qui ne veulent pas être pris pour de “gros
lourdingues”. »
Mal-être et culpabilité
Mais il y aurait pire. « La violente remontée du féminisme crée une perte de sens
pour la plupart d’entre eux, ajoute-t-il.
Car la vraie question qui se pose aux hommes est désormais : “qu’est-ce que la virilité?” Porter la barbe, l’un des derniers
marqueurs de celle-ci, ne leur suffit pas. Ils
sont sans cesse renvoyés à des clichés sur
leur genre. »
Cet appel à une redéfinition du masculin, le Dr Alexis Burger, psychiatre et psychothérapeute, le ressent aussi. Depuis
près de vingt ans, il organise des treks
d’hommes dans le désert : groupes de parole, bains communs, marches en silence
(surladune.ch)… Des moments privilégiés pendant lesquels il devient possible
d’aborder en profondeur les sujets qui fâchent : « Le consentement des femmes, le
respect ou l’abus qu’on leur oppose… Il ne
suffit pas aux hommes que je réunis d’être
pour ou contre, affirme Alexis Burger, qui
vient de publier Le Défi masculin (Éditions
Favre). Ils sont véritablement bousculés
par ces notions et ont besoin de les explorer
entre eux car leur définition personnelle est
encore en devenir. Ils n’ont pas trouvé de
règle commune face à ces questions. »
Les doutes concernant les relations
naissantes abondent : c’est quoi, une
«
Beaucoup sont
désorientés à cause
de leur difficulté
à s’affirmer.
Car, aujourd’hui, la vraie
dimension qui échappe
à tous, homme comme
femme, c’est : qu’est-ce
qu’être adulte ?
»
EUDES SEMERIA,
AUTEUR DU « HARCÈLEMENT FUSIONNEL »
femme qui dit un vrai oui ? Lors de la
phase séductrice, comment cela se jouet-il ? Qu’est-ce qu’un « regard appuyé »
sur celle qui vous plaît ?
Dans les groupes, certains expriment
mal-être et culpabilité concernant d’anciennes relations. Ainsi ce participant qui
réévaluait, des années après, ses comportements. Il était sorti en boîte avec une
fille, tous deux avaient beaucoup bu, sont
allés flirter dans sa voiture. Puis les préliminaires se sont intensifiés, la fille résistait un peu, mais ils étaient allés jusqu’à
faire l’amour… « En 2018, vingt ans après,
cet homme se demandait ce qu’il y avait
vraiment derrière cette histoire floue », explique le Dr Burger. « Voulait-elle vrai-
ment aller jusqu’au bout, ou a-t-elle cédé
face à son ardeur trop insistante ? L’affaire
#MeToo l’angoissait, et en même temps
cette angoisse révélait sa maturité actuelle.
Elle le questionnait, et il était prêt à en faire
quelque chose. »
Aussi, si certains hommes se satisfont
de soutenir le féminisme, d’autres souhaitent se réapproprier des manières
d’être indépendantes du regard des femmes. « Beaucoup sont désorientés à cause
de leur difficulté à s’affirmer, estime Eudes
Semeria. Car, aujourd’hui, la vraie dimension qui échappe à tous, homme comme
femme, c’est : qu’est-ce qu’être adulte ?
Chacun veut satisfaire son bon plaisir,
jouir, et chacun tient à ce que l’autre donne
du sens à sa vie, ce qui est mission impossible ! »
Dans cette incertitude qui laisse les observateurs incapables de prévoir l’avenir,
des signaux positifs émergent : des hommes plus jeunes viennent plus rapidement en thérapie et n’attendent pas
comme leurs aînés d’être au bout du rouleau pour se remettre en question : « Désormais, ayant lâché leur traditionnelle
pudeur, ils sont plus ouverts à exprimer ce
dont ils souffrent », observe Eudes Semeria . Le travail qui leur reste à faire est immense : s’arracher des cases dans lesquelles on les maintient et assumer
qu’être un homme est désormais une
aventure aux mille chemins. ■
«Ils interrogent les modèles de la virilité »
Le Dr Serge Hefez, psychiatre et
psychanalyste, est notamment
l’auteur de Dans le cœur des hommes (Fayard) et du Nouvel Ordre
sexuel (Kero).
SERGE
HEFEZ
Psychiatre
et psychanalyste
LE FIGARO. - Quelle évolution
percevez-vous dans la population
masculine ?
Serge HEFEZ. - La réflexion des
hommes sur eux-mêmes est très
récente. D’abord parce que, pendant longtemps, le masculin était
le genre universel : en philosophie, en orthographe, en médecine… Il représentait toute l’espèce.
Ce n’est que parce que les femmes
ont questionné ce pouvoir, et que
l’individualisme a percé, que les
hommes, en réaction, et dans une
certaine contrainte au départ, se
sont mis à interroger les modèles
de la virilité.
Quels étaient les plus prégnants
et contraignants ?
Devoir « assurer ». Dominer,
prouver qu’on est un « mec »… Et
si de plus en plus d’hommes se
sont mis à interroger ces options,
à faire une révolution dans l’intime, leurs relations de couple ou
leur manière de s’occuper des enfants, en revanche, l’entreprise
ou la vie sociale leur demandent
toujours d’être dans la compéti-
tion et la performance. Alors
qu’au foyer ils tendent vers la
fluidité et l’égalité avec leur compagne, dans une sorte de « repos
du guerrier domestique », dehors,
ils doivent toujours conquérir.
On dit des pères qu’ils n’ont pas
encore trouvé « leur manière
à eux » de s’occuper des enfants.
Qu’en pensez-vous ?
Même s’ils se rapprochent des enfants, cela reste difficile pour eux
de « compétiter » avec des femmes qui, en devenant mères,
s’identifient à mille générations
de mères avant elles et y trouvent
une compétence inégalable ! Avec
l’arrivée du bébé, l’égalité et la
fluidité parfois atteintes dans la
relation de couple viennent à vaciller. Cela crée des « bugs » du
côté des hommes… Car alors, qui
prend les rênes parentales, si ce
n’est la mère ? Face à cela, j’incite
les jeunes pères à se laisser aller à
leur instinct, à ce que l’enfant
suscite naturellement chez tout
adulte qui s’occupe de lui durant
ses premières semaines… Bien
sûr, cela demande un investissement de temps. Je suis donc un
ardent défenseur du projet de
congé paternel rallongé. Car la
compétence des pères se forgera
par l’expérience.
Et dans les relations hommesfemmes, pensez-vous que
le phénomène #MeToo ait
provoqué des changements ?
Beaucoup de complexité, de
questionnements en sont nés. Et
chez les hommes, le côté disparate de leur représentation de la
“
Alors qu’au foyer
ils tendent vers
la fluidité et l’égalité
avec leur compagne,
dans une sorte
de « repos du guerrier
domestique », dehors,
ils doivent toujours
conquérir
DR SERGE HEFEZ
”
virilité s’est accentué. Dans la
même rue, à quelques mètres les
uns des autres, vous avez des
hommes qui bougent et se questionnent sur leur manière de dominer ou non les femmes, tandis
que d’autres se raidissent encore
davantage dans une posture de
macho. Or, traditionnellement,
la virilité s’évalue entre hommes.
C’est de leur réunion que peut
naître une nouvelle conception
commune. Mais, ne serait-ce
qu’entre générations, les différences s’intensifient : chez les
très jeunes, les ados, le rapport de
dissymétrie avec les filles a tendance à doucement s’effacer :
elles draguent davantage, ils ne
veulent pas paraître harceleurs…
En revanche, chez les quadras, la
vision ancestrale de l’homme qui
séduit reste très codifiée. Le désir
entre hommes et femmes est ancré dans une forme de mascarade. On ne peut imaginer encore
un désir qui se libérerait de ces
mécanismes tellement inscrit
dans les corps… D’ailleurs, que
des femmes aient réclamé publiquement le « droit d’être importunées » questionne chacun.
Êtes-vous optimiste ?
Oui, de tempérament ! Je pense
que de cette complexité naîtra du
mieux ; la mixité dans les entreprises amènera les hommes à
exercer différemment le pouvoir.
Avoir une chef, l’observer dans sa
manière différente de diriger des
équipes, par exemple, fera bouger
la manière masculine de diriger.
Car, effectivement, avec leur force d’expression, ce sont les femmes qui imposeront peu à peu
leurs modèles dans la société. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Danser, cela fait du bien au cerveau
Elle qui aurait dû, tradition familiale
oblige, être sage-femme est devenue
neurobiologiste. Ce qui l’a
apparemment conduite à vouloir
devenir danseuse et à apprendre
nombre de danses de salon. Car
au-delà de l’activité physique qu’elle
procure, « la danse provoque une
conversation intime et bavarde entre
le corps et le cerveau par des moyens
invisibles et puissants qui ont le pouvoir
de changer du tout au tout notre façon
d’être ». Pas moins. Lucy Vincent,
la « chimiste de l’amour », qui s’est
elle-même mise à la danse, passe en
revue dans Faites danser votre cerveau
tous les bienfaits des danses de salon.
De par, bien sûr, l’activité physique
qu’elle procure. « En fait, quand nous
restons assis, notre corps meurt de
l’intérieur », assène-t-elle. Et de
rappeler que se lever de son siège
ne serait-ce qu’une minute par heure
diminue notre risque de diabète de
type 2, de maladies cardiovasculaires…
Mais la danse fait que le corps va agir
sur le cerveau et plus directement
sur le cervelet (cerebellum, « petit
cerveau »), siège de la coordination
des mouvements et du tonus
musculaire. La danse, par l’obligation
de l’apprentissage de la coordination
de mouvements complexes,
« muscle » le cervelet et, par voie
de conséquence, d’autres aires
cérébrales. La danse agit aussi sur
notre milieu intérieur et sur nos états
cérébraux. « Vous pouvez être hautain
et fier avec le paso doble, coquin avec
le cha-cha-cha, sensuel avec la rumba,
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
romantique avec la valse. » C’est
un bon moyen pour « aider le corps
à parler au cerveau ».
« Cocktail bonheur »
C’est aussi un bon moyen
de communication avec les autres,
dans un couple ou dans un groupe.
Des études ont montré que le fait
d’exécuter des mouvements
synchrones, par exemple, renforçait
les liens entre les participants.
Une expérience a établi que le fait
de marcher au pas dans un groupe
de soldats fait rapetisser la taille
estimée de leurs adversaires, ce qui ne
se produit pas dans une marche non
synchronisée. Lucy Vincent veut nous
voir danser partout, à l’école,
au travail, chez soi… Elle a émaillé
son livre de nombreux exemples
de mouvements dansés, comme
la danse de résolution des conflits,
la danse solaire, le haka du face-àface ou la danse de l’équilibre. Elle
explique les mouvements à effectuer,
y ajoute des schémas et renvoie à des
séquences YouTube ludiques et
éducatives. S’il est mieux de pratiquer
jeune, on peut tout à fait s’y mettre sur
le tard avec de nets bénéfices pour la
santé. Toutes les formes de danse, y
compris traditionnelles, sont bonnes.
« Dès le début, l’apprentissage des pas
de danse va démarrer le remodelage de
notre cerveau », assure Lucy Vincent.
Et « l’une des qualités de la danse […]
est sa capacité à stimuler le système de
récompense par des endorphines, de la
dopamine et de l’ocytocine - soit les trois
ingrédients principaux identifiés dans le
“cocktail bonheur” ». Il a été montré
que la pratique de la danse permettait
de ralentir la maladie
d’Alzheimer.
Dansez donc !
FAITES DANSER
VOTRE CERVEAU
Lucy Vincent.
Éd. Odile Jacob.
18,90 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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deuils
En union avec
Annette Charmet (†),
son épouse,
Olivier et Brigitte,
Pascale,
Jérôme et Marie-Christine,
Marie-Noëlle et Benoit,
ses enfants,
Mathilde et Guillaume,
Pauline,
Louis et Delphine
Colombe,
Nicolas et Virginie,
Capucine et Yann,
Ladislas et Marie-Alix,
Thomas,
Charles et Linda,
Loïse et Olivier,
ses petits-enfants,
Léopoldine, Pierre, Augustin,
Baptiste, Juliette, Clémentine,
Arthur, Valentine, Paul, Pia,
Philippine, Vladimir, Margaux,
Florent,
ses arrière-petits-enfants,
Martine et Claude Cossé,
sa belle-sœur et son beau-frère,
ses neveux et nièces,
Maria, son aide fidèle,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Dominique François,
son épouse,
Jean-Baptiste et Alice,
ses enfants,
Stanislas et Nicolas,
ses petits-fils,
et toute la famille
19
Marie-Christine Kessler,
sa mère,
Jean, Charlotte, Nicolas,
Tòmas, Raphaëlle,
ses enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Jean-Claude FRANÇOIS
survenu le 6 octobre 2018,
à Saint-Germain-en-Laye.
Marianne Kessler Gourmelen,
sa sœur,
Guillaume Kessler,
son frère,
Thomas Kessler,
son demi-frère,
ses six neveux et nièces,
Emmanuelle Kessler Best,
Julie Delormeau,
les mamans de ses enfants,
les familles Barrelet, Arizzoli,
Kessler, Jeanteur, Gutton
Monique de Goncourt,
sa sœur,
Pierre et André de Goncourt,
ses frères,
ses belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont l'immense douleur
de faire part
de la disparition brutale de
vous font part
du rappel à Dieu de
survenue à l'âge de 49 ans.
Anne de GONCOURT
le 3 octobre 2018, à Versailles,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 11 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay (Yvelines).
Axel KESSLER
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine.
L'inhumation aura lieu
le lendemain dans la sépulture
familiale de Riom.
Patrice CHARMET
Saint-Mandé (Val-de-Marne).
Jean-Pierre Bédos,
son fils,
Ombeline et Maud,
ses petites-filles,
Balthazar,
son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Michel BÉDOS
le 6 octobre 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 10 octobre, à 10 h 30,
en l'église
Notre-Dame-de-Lorette,
Paris (9e),
suivie de l'inhumation
à 15 heures, au cimetière
de Port-Marly (Yvelines).
survenu le 5 octobre 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame, à Saint-Mandé,
le vendredi 12 octobre 2018,
à 10 heures.
Claudie Benamou,
son épouse,
Vanessa et Hervé Gozlan,
sa fille et son gendre,
Claire Oldak-Benamou,
sa belle-fille,
Salomé, Johan, Ari, Ava,
Nathan et Raphaël,
ses petits-enfants,
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Richard BENAMOU
qui a rejoint son fils,
Grégory
le 18 septembre 2018,
à l'âge de 81 ans.
Ses obsèques ont eu lieu
le 20 septembre 2018.
Les prières du mois se feront
le mardi 9 octobre 2018,
à 18 h 30, à la synagogue
de Charenton-le-Pont,
41, rue des Bordeaux.
La famille remercie
particulièrement le
grand rabbin David Shoushana
et tous ses nombreux amis,
pour le grand soutien
qu'ils lui ont apporté.
famille.benamou@gmail.com
Mme Henri Caillol,
née Huguette
d'Avrange du Kermont,
son épouse,
M. et Mme Michel Caillol,
Laurence Caillol,
ses enfants,
Cécile-Marie, sa petite-fille,
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Henri CAILLOL
le 4 octobre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 10 octobre,
à 9 h 45, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, 10, rue
de l'Annonciation, Paris (16e).
Paris.
Sa femme Nicole,
ses enfants et leurs conjoints,
Béryl, Claude et Vicki,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
Lucas et Lauren,
Rémy et Kathleen,
Alexandra, Nicolas et Nat,
ses arrière-petits-enfants,
Elias, Mia et Noé,
ont la douleur
de faire part du décès de
Catherine de Prémonville,
Elisabeth (†) et Roman Kamir,
Jean-Baptiste et Dominique
Corre,
Marie-Virginie et Jean-Marie
Dru,
ses enfants,
Marion, Maximilien, Johanna,
Félicie, Adrien, Noémie, Iris,
Clémence et Matthieu,
ses petits-enfants,
ainsi que
ses arrière-petits-enfants
et toute sa famille
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Josette CORRE
épouse de
Max Corre (†)
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 8 octobre, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
27, rue d'Armaillé, Paris (17e).
René GREILSAMER
évadé de France en 1942
pour rejoindre les FFL
à Londres,
survenu le 6 octobre 2018,
dans sa 95e année.
M. Jean-Louis Delmotte,
son époux,
Brigitte et Thierry
François Saint Maur,
Caroline Delmotte,
ses enfants,
Laëtitia et Arnault,
Antoine et Carla,
Nicolas et Pauline, Arthur,
ses petits-enfants,
ses 6 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Marie-Thérèse
DELMOTTE
née Maisondieu,
survenu dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi
10 octobre 2018, à 15 heures,
en l'église de Vouillé.
6, rue de Bourjolly,
86190 Vouillé.
font part du rappel à Dieu de
Mme Maxence MANTEL
née
Bernadette Farbos de Luzan,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine), le mercredi
10 octobre 2018, à 11 heures.
Raymonde Pichat,
son épouse,
Christian et Nadine Pichat,
Philippe et Anne-Catherine
Pichat,
ses fils et belles-filles,
Aurélien, Nicolas,
Alexandre et Fleur Pichat,
ses petits-enfants,
Pierre et Christiane Pichat,
son frère et sa belle-sœur,
ainsi que toute sa famille
Sa femme,
ses enfants et ses petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Louis PICHAT
survenu le 1er octobre 2018,
à l'âge de 91 ans,
à Marcoussis (Essonne).
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Martin-Saint-Laurent,
à Orsay, le mardi 9 octobre,
à 15 heures.
JACQUES DOUCELIN
Mme Bernard Texier,
son épouse,
Pascale Texier Baquet
et son époux, Philippe Baquet,
Anne Texier,
ses enfants,
Aldric et Yunie Baquet,
Geoffroy et Soïzick Baquet,
Charles Baquet,
ses petits-enfants,
Tristan, Claire et Léopold,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Le capitaine de vaisseau (h.)
Max Moulin
et son épouse Michele,
ses enfants,
Luc et Emi, Marie-Caroline,
ses petits-enfants,
Baptiste, son arrière-petit-fils,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre, à 16 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Tourgéville,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Tourgéville.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Cet avis tient lieu de faire-part.
née Chaléat,
survenu le 5 octobre 2018,
à l'âge de 67 ans.
Elle a rejoint son époux, le
contre-amiral Aimé Moulin
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame, à Versailles,
le mercredi 10 octobre 2018,
à 14 h 30.
La cérémonie religieuse
se tiendra le mardi 9 octobre,
à 10 h 45, en l'église
Saint-Pierre-du-Rondeau,
à Grenoble.
Lyon (3e).
Lambesc (Bouches-du-Rhône).
Pact (Isère).
Domfront-en-Champagne,
La Chapelle-Saint-Fray
(Sarthe).
M. et Mme Christian
Jarnouën de Villartay,
M. et Mme Gaëtan
Jarnouën de Villartay,
M. et Mme (†)
Charles Andrews,
M. et Mme Bruno
Pocard du Cosquer de Kerviler,
M. et Mme
Mark Tressilian Nicolas,
M. et Mme Christophe
Le Moniès de Sagazan,
M. et Mme Marc
Jarnouën de Villartay,
M. et Mme Luc Jaulin,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu de
Jean-Pierre et Arlette Thozet,
Marie-Laurence Thozet (†),
Frédérique et Régis
de Lambert Bréghot du Lut,
ses enfants,
Lara, Kevin, Sean,
Virginie, Magali, Pierre,
Anne-Sophie,
ses petits-enfants,
Alexandre, Cléo, Charlie, Léon,
Lazare,
Lucie, Maïssa,
ses arrière-petits-enfants,
vous font part
du rappel à Dieu de
née Bail,
Mme Robert
JARNOUËN de VILLARTAY
née Amélie Guillot,
le 4 octobre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mardi 9 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Domfront-en-Champagne.
remerciements
Jean, Marc, Christian (†), Alain,
ses fils, et leurs épouses,
ses petits-enfants
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Michel GUBLER
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
M. Bernard VÉZINET
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
Pour le treizième anniversaire
du rappel à Dieu de
Mme Marie THOZET
endormie
dans la Paix du Seigneur,
le 5 octobre 2018,
dans sa 94e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
le mardi 9 octobre, à 10 heures,
en l'église Saint-Martin
de Chasselay (Rhône),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Chasselay.
Ghislaine DHERS-MÉLOT
le 10 septembre 2005,
sa mémoire sera célébrée
au cours de l'office paroissial
du mercredi 10 octobre 2018,
jour de la saint Ghislain,
à 18 h 15, en l'église
Notre-Dame-des-Champs,
Paris (6e).
Ceux qui l'ont connue et aimée
sont priés de bien vouloir
y assister ou de s'unir
par la pensée.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir d’un être cher
dans le carnet du jour
© Gettyimages
Montserrat Caballé en septembre 2006.
Tourgéville (Calvados).
Grenoble. Paris.
survenu le 3 octobre 2018,
à Grenoble, dans sa 100e année.
Montserrat Caballé,
viva la Superba
ingénieur-docteur chimiste
de l'École supérieure de chimie
industrielle de Lyon,
fondateur du service
des molécules marquées
au Commissariat
à l'énergie atomique,
lauréat du prix
Louis Bonneau
de l'Académie des sciences,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier dans l'ordre
des Palmes académiques,
le mardi 2 octobre 2018,
à l'âge de 94 ans.
Mme Paule MOULIN
ébéniste d'art et décorateur,
disparition
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Bernard TEXIER
Les obsèques auront lieu
au cimetière du Montparnasse,
à Paris (14e),
ce lundi 8 octobre, à 15 h 45.
On se retrouvera
à l'entrée principale.
6, rue de Seine, 75006 Paris.
Vouillé (Vienne).
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
le 4 octobre 2018,
à l'âge de 92 ans, à Versailles.
M. Luc HAZARD
survenu le 2 octobre 2018,
à Paris, dans sa 99e année.
Jean et Maryvonne Mesqui,
Pierre et Agnès Debenedetti,
Dominique-Pierre Mantel,
Hubert et Christine Mantel,
ses enfants,
Orsay (Essonne).
Tél. 01 56 52 27 27 Fax. 01 56 52 20 90
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DERNIER des monstres sacrés du bel canto, Montserrat Caballé possédait tous les
attributs de la diva : intelligence, fabuleuse technique
d’émission et cette aura,
apanage des grands fauves
qui ont su dompter le public.
La gloire internationale datait d’un soir de 1965, où elle
remplaça au Met de New
York Marilyn Horne dans
Lucrèce Borgia de Donizetti,
son compositeur fétiche.
Le succès était venu trois
ans plus tôt, au Liceu de Barcelone, sa ville natale. Mais
avant les gerbes de fleurs et
les contrats mirifiques que
signait son frère Carlos, devenu son agent artistique, il
y avait eu le dur chemin de
la pauvreté et de la maladie.
La cantatrice (née en 1933) a
souvent évoqué la gêne de
son enfance durant la guerre
d’Espagne et la dette qu’elle
avait contractée envers une
famille aisée de Barcelone
qui avait guidé ses études
musicales. De ce temps elle
avait conservé simplicité, foi
ardente, sens de la famille et
un esprit de charité qui,
pour être discret, n’en était
pas moins efficace.
« Cantatrice
universelle »
Commencées au conservatoire de Barcelone, ses études
vocales s’achèvent à Milan.
Ensuite, à la fin des années
1950, elle fait l’apprentissage
de chanteuse de troupe, à
l’Opéra de Bâle, avec, chaque
soir, un rôle différent. C’est là
qu’elle a appris son métier
avec le répertoire, musclé sa
voix et parachevé sa technique. Dès lors, elle pourra tout
chanter, depuis les vocalises
vétilleuses du bel canto italien jusqu’aux Lieder romantiques allemands en passant
par la mort d’Isolde de Wagner ou la Marguerite du
Faust de Gounod. Elle
n’avait pas usurpé sa réputation de « cantatrice universelle ».
De dix ans la cadette de Maria
Callas, Montserrat Caballé a
recueilli en quelque sorte la
succession de celle qui fut la
plus grande tragédienne de
l’art lyrique, avec des
moyens vocaux très comparables, mais avec une personnalité différente. La mode
fut un temps d’opposer les
deux artistes et les deux femmes. L’on sait ce qu’il faut
penser de cette légende malveillante depuis les confidences de Caballé à Ève Ruggieri
sur les rapports d’affectueuse
amitié et d’admiration réciproque qu’entretenaient les
deux divas. Elles n’en suivirent pas moins des voies
conformes à leur nature. Jamais Caballé n’a tenté de se
faire maigrir : sa santé ne le lui
permettait pas. Ses faux
bonds, terreurs des direc-
NAYMUSHIN/REUTERS
teurs d’opéra, n’étaient pas
toujours des caprices. L’hypoglycémie provoquait parfois chez elle des évanouissements spectaculaires.
Une ligne de chant
unique
L’âge venant, elle s’accrochait à cette voix qu’elle savait invincible et qui lui permettait de tout oser et
d’abord d’ignorer superbement les metteurs en scène.
Dès qu’elle ouvrait la bouche, immobile, tendue seulement vers la beauté de son
chant, le miracle se produisait, celui qui cloue les auditeurs au fond de leur fauteuil. Et coulait, énorme et
onctueuse, une voix merveilleusement domptée, flot
charriant toutes les couleurs.
La Caballé, c’était d’abord
cela, cette fabuleuse maîtrise
du souffle et de la voix, qui
lui assurait une ligne de
chant unique. Inégalée.
C’est de cette Caballé-là
dont se souviennent les
Français en songeant à sa
Norma d’Orange, en 1974, où
sa voix se jouait des ruses du
mistral. En 1980, pour le Festival d’Aix, ce fut le duo magique de Sémiramis, de Rossini, avec sa complice Marilyn
Horne. Miracle réitéré, à Paris, au Théâtre des ChampsÉlysées. Lors de sa dernière
apparition au Palais Garnier,
dans Turandot, en 1981, elle
fut interrompue dans son air
du deuxième acte par la chute de deux poulets noirs : elle
fit trois cercles pour conjurer
le mauvais sort et le spectacle
continua.
Montserrat Caballé était
aussi connue du grand public pour ses duos. Notamment avec Freddie Mercury,
en 1987, dont le titre Barcelona devient l’hymne des JO
de 1992. En 1999, elle ouvre
la finale de la Coupe d’Europe de football, au Camp Nou
de Barcelone. Par la suite, si
les rééditions de ses enregistrements et les compilations
abondent, ses apparitions
scéniques s’espacent. Néanmoins, ambassadrice de
l’Unesco, elle chante encore
dans les opéras Henry VIII de
Saint-Saëns (2002), Cléopâtre de Massenet (2004) et La
Fille du régiment de Donizetti, à Vienne, en 2007.
Le 3 janvier 2012, c’est au
Liceu de Barcelone qu’elle
fête ses cinquante ans de
carrière. Mais la même année, elle est hospitalisée
après un accident vasculaire
cérébral. Sa dernière actualité aura été, en 2014, une
condamnation pour évasion
fiscale. En dépit de ces affaires d’argent et de ses accidents de santé, elle a continué à chanter jusqu’au bout,
grâce à la force de sa musique et à la magie de sa voix.
Une magie qu’elle nous lègue généreusement dans
une discographie qui défie
l’énumération.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Liu Suli, ancien porte-parole
du mouvement de la place Tiananmen
en 1989 - ce qui lui vaudra d’être emprisonné
pendant dix-huit mois - pose, en 2009,
dans sa librairie pékinoise.
THE NEW YORK TIMES/NYT-REDUX-REA
La résistance par les livres
d’un libraire pékinois
Cyrille Pluyette
£@CyrillePluyette
L
CORRESPONDANT À PÉKIN
orsqu’il s’est retrouvé en prison, après
la répression sanglante du mouvement de Tiananmen de 1989, Liu Suli,
qui en était l’un des leaders, a eu le
temps de méditer sur l’échec de centaines de milliers d’étudiants à changer le régime communiste chinois.
Derrière les barreaux, l’ancien professeur en science
politique s’est promis qu’il continuerait à défendre
ses convictions ; mais autrement, de façon plus réaliste. À sa libération, au bout de vingt mois, il s’est
souvenu de son rêve d’enfant de 5 ans : créer une librairie, « pour pouvoir lire des livres sans avoir à les
acheter ». Il tenait son projet.
« Je n’ai jamais abandonné l’idée de contribuer à la
cause des libertés et de la démocratie », dit aujourd’hui cet homme de 58 ans, chemise bleue et petites
lunettes rectangulaires, dont le large visage devient
grave quand il réfléchit mais s’éclaire parfois d’un
sourire franc et juvénile après un commentaire tranchant. Lancée en 1993, sa librairie, baptisée All Sages, est située au premier étage d’un immeuble à la
façade sans âme, non loin de l’Université de Pékin.
L’intérieur est un havre de culture, prisé des Chinois
en quête de nourriture spirituelle. Une partie de
l’élite de la capitale y a ses habitudes : intellectuels,
étudiants, avocats, journalistes, entrepreneurs, mais
aussi… de nombreux cadres du Parti communiste
chinois (PCC). La moitié des clients ont moins de
30 ans. Le magasin a changé plusieurs fois d’emplacement, au gré des transformations de la mégalopole
et de la flambée du marché immobilier.
« Lorsque nous avons déménagé pour la quatrième
fois, en 2012, les gens avaient peur que nous disparaissions, après beaucoup de fermetures dans le secteur.
Le jour de la réouverture, il y avait une très longue file
d’attente dehors. Ces clients sont restés fidèles », raconte le patron, dans le café de l’établissement, décoré de paravents en bois et de photographies
d’écrivains ou de penseurs occidentaux. « Le public
attend beaucoup de ce lieu, chargé d’un idéal », poursuit-il.
Au cœur de la capitale
chinoise, on trouve
chez All Sages,
tenu par un amoureux
de la liberté,
de nombreux ouvrages
corrosifs qui, aux marges
de la censure, font la joie
des intellectuels
mais aussi de membres
du Parti communiste.
3 km
Pékin
Librairie All Sages
4e périphérique
Université de Pékin
Cité interdite
Place
Tiananmen
PÉKIN
A
Des officiels ferment les yeux
Quelque 80 000 ouvrages – traitant de philosophie,
d’histoire ou de science politique – sont méticuleusement classés sur de vastes rayonnages et des tables
d’exposition. Un grand nombre d’auteurs occidentaux sont représentés. À l’heure où, sous le règne de
fer de Xi Jinping, la censure traque le moindre
contenu s’écartant du discours du PCC – et en particulier toute théorie venant de l’étranger –, on ressent dans cette librairie une rare indépendance d’esprit.
Certes, le copropriétaire des lieux prend garde à
ne pas franchir les lignes rouges qui entraîneraient la
fermeture de son commerce. Aucune chance d’y
trouver des ouvrages bannis en Chine parce qu’ils
critiquent le régime – au pouvoir depuis 1949 – ou
Mao Tsé-toung, son fondateur. Tous les livres proposés proviennent de maisons d’édition chinoises et
sont, par conséquent, déjà passés par le filtre de la
censure. Une grande partie d’entre eux, pourtant,
pourraient être perçus comme corrosifs par le pouvoir autoritaire. À condition de savoir lire entre les
lignes.
Infographie
On tombe ainsi sur des ouvrages de réflexion sur la
démocratie, écrits tout récemment par des intellectuels chinois ou par des auteurs plus anciens, tel
Tocqueville. D’autres décrivent l’apport d’Alexander Hamilton, l’un des pères de la Constitution américaine. Ou explique comment les intellectuels se
sont compromis sous Hitler ; ou encore les mécanismes d’obéissance des fonctionnaires dans une dictature. Les Origines du totalitarisme, de la philosophe
allemande Hannah Arendt, figure en bonne place.
Plus loin, des publications se montrent critiques envers Karl Marx – pourtant encensé par Xi Jinping –
ou Lénine. On peut aussi dénicher les Mémoires de
Raymond Aron, qui ne s’est pas montré tendre avec
le socialisme. Et, en pleine guerre commerciale sinoaméricaine, plusieurs volumes analysent la chute de
l’Union soviétique, cet empire qui s’est effondré
après avoir défié l’Amérique.
Cette diversité prouve, aux yeux de Liu Suli, qu’il
reste malgré tout un espace intellectuel en Chine. Les
censeurs ne sont pas en mesure de contrôler les centaines de milliers de livres qui sortent chaque année
dans le pays. Mais ce n’est pas la seule explication.
« Au sein des organes de censure, des officiels ferment
parfois les yeux. Les cadres du Parti ont été éduqués
dans une période d’ouverture au monde. Ce ne sont
plus les mêmes que sous Mao : beaucoup s’intéressent
à la géopolitique, à l’histoire », observe Liu Suli, pour
qui il existe des résistances au sein du régime.
Il n’en demeure pas moins vrai que la censure ne
cesse de se durcir. Elle vise, entre autres, les productions des intellectuels libéraux chinois et tout ce qui
concerne l’Occident (en particulier les questions
constitutionnelles et le christianisme). Et se montre
de plus en plus susceptible sur l’histoire du PCC. « Ce
contrôle s’est étendu à l’histoire moderne de la Chine et
aux époques anciennes : autrement dit, on ne peut plus
du tout critiquer ce pays, quelle que soit la période »,
constate Liu Suli. Les questions actuelles les plus
sensibles ? Les problèmes sociaux, la pauvreté, les
manifestations…
Dans ce contexte, il est devenu très compliqué de
se procurer des livres interdits. Des libraires hongkongais ont longtemps constitué une source d’approvisionnement. Ils publiaient dans l’ex-colonie
britannique retournée dans le giron chinois en 1997
des ouvrages bannis sur le continent, qu’ils parvenaient à faire passer clandestinement. Il pouvait
s’agir de Mémoires de hauts dirigeants communistes, du témoignage d’un proche de Mao sur sa vie
privée, ou d’analyses de la grande famine de 19581961. Mais ce trafic a subi un coup d’arrêt depuis les
« disparitions » de cinq libraires hongkongais, en
2015, révélatrices de l’emprise croissante de Pékin
sur ce territoire semi-autonome. Tous travaillaient
pour la maison d’édition Mighty Current, qui publiait des livres de ragots sur la vie privée des dirigeants chinois. Après s’être « volatilisés » pendant
de longs mois, ces libraires étaient réapparus dans
des geôles de Chine continentale. Depuis ces événements, il est de plus en plus difficile de diffuser à
Hongkong des livres critiques sur le régime commu-
Les cadres du Parti ont été éduqués dans
une période d’ouverture au monde. Ce ne
sont plus les mêmes que sous Mao : beaucoup
s’intéressent à la géopolitique, à l’histoire
LIU SULI
»
niste, car plus de la moitié des librairies appartiennent désormais à Sino United Publishing, une entreprise directement contrôlée par le bureau de liaison
de Pékin sur place, observent les spécialistes.
La cicatrice de Tiananmen
Malgré le renforcement de la censure, « beaucoup de
bons livres sont sortis en Chine ces dernières années »,
juge le libraire pékinois, pour qui cette tendance ne
changera pas, « sauf en cas de nouvelle Révolution
culturelle… ». Tout son talent consiste donc à repérer
les ouvrages les plus pertinents, dans un océan de
publications. Avec son équipe, il sélectionne jusqu’à
18 000 titres par an, à raison de sept à huit heures de
lecture par jour, ce qui lui laisse « très peu » de temps
pour sortir.
Avec ce comportement boulimique, il tente inlassablement de combler « la faim de livres » douloureusement éprouvée dans son enfance – en plus du
manque de nourriture –, dans la province du Heilongjiang, à l’extrême est du pays, à la frontière avec
la Russie.
Né en 1960, Liu Suli a grandi en pleine Révolution
culturelle (1966-1976). « Dans une petite ville éloignée
et dans le climat de l’époque, il était impossible de
trouver des livres, à part sur Mao ou sur l’agriculture,
dans la modeste librairie d’État locale », se souvientil. Liu Suli a aussi été privé de son père, qu’il n’a pas
vu pendant quatorze ans. Ce dernier, un cadre du
Parti, accusé sans preuve d’être contre-révolutionnaire, fut emprisonné en 1966 puis envoyé en camps
de rééducation par le travail. Mais ce sont les événements tragiques de Tiananmen – avec leurs centaines, voire leurs milliers de victimes –, qui l’ont marqué au fer rouge. Près de trente ans après, cette
période reste un « tournant » dans sa vie.
En prison, sa cellule touchait celle de Liu Xiaobo,
futur Prix Nobel de la paix, qui s’était également impliqué dans le mouvement. Les deux intellectuels
parviennent à établir un contact pendant quelques
mois, avant d’être séparés. « Nous avions chacun des
toilettes dans notre cellule. J’ai découvert que nous
pouvions nous parler par le tuyau d’arrivée d’eau, à
voix basse », confie-t-il. Dans la cour, ils réussissent
aussi pendant quelques semaines à s’envoyer des
messages attachés à des petits cailloux. Ils échangent
sur leurs camarades emprisonnés, la situation politique. Liu Xiaobo fut à nouveau emprisonné en 2009
pour avoir co-écrit un texte appelant à des réformes
démocratiques, et mourut d’un cancer en juillet 2017
sans avoir retrouvé la liberté. Sa veuve, la poétesse
Liu Xia, a pu quitter la Chine cet été pour l’Allemagne, après huit ans de résidence surveillée, à Pékin.
Clin d’œil du destin, son ami Liu Suli est l’un de ceux
qui l’ont aidée à ne pas sombrer complètement pendant cette période. Les dernières années, cette passionnée de lecture a été autorisée à venir s’approvisionner – sous bonne garde – dans sa librairie.
Les événements de 1989 sont si tabous en Chine
que la plupart des Chinois qui sont nés après Tiananmen en ignorent tout, déplore notre interlocuteur. Il n’a toutefois pas perdu espoir : selon lui, les
jeunes, choqués par plusieurs scandales, notamment alimentaires ou sanitaires, ont de plus en plus
à cœur de découvrir ce qu’on leur cache. Cette tendance ne ferait que progresser avec l’ouverture de la
Chine au monde extérieur. Il pense aussi que la classe bureaucratique a été influencée par les idées occidentales, ces dernières décennies. Pour lui, ce
phénomène a créé de forts courants de fond, invisibles à la surface, mais qui seront difficiles à arrêter.
L’ancien protestataire n’a décidément rien perdu de
son idéalisme. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
21
INTERNATIONAL
Quel avenir pour le statut
des réfugiés palestiniens ?
Thierry Oberlé
£@ThierryOBERLE
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT En suspendant son
soutien financier aux réfugiés palestiniens, qui sont passés de 750 000 en
1948 à plus de 5 millions aujourd’hui,
l’Administration américaine tente
d’ouvrir un débat sur leur statut et sur
celui de l’agence onusienne chargée de
leur venir en aide.
❙
QUI SONT LES RÉFUGIÉS
PALESTINIENS ?
Les réfugiés palestiniens ont abandonné leurs maisons et leurs terres à la fin
du mandat britannique, durant la
guerre israélo-arabe de 1948. Ils ont
fui les combats ou ont été expulsés par
l’armée israélienne. Cet exode est appelé dans la mémoire collective palestinienne la Nakba, le « désastre ». En
1967, une seconde vague de Palestiniens a pris le chemin de l’exil à l’issue
de la guerre des Six-Jours. Près d’un
million de réfugiés sont alors dispersés
en Cisjordanie, dans la bande de Gaza,
en Jordanie, au Liban et en Syrie. Ils
sont aujourd’hui plus de cinq millions.
Leur statut est unique au monde puisque la plupart d’entre eux sont pris en
charge par un organisme international
spécifique, l’Office des Nations unies
pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). Ce sont aussi les réfugiés les
plus vieux de la planète. Leurs droits
varient selon leur pays d’accueil. Ils
ont été naturalisés en Jordanie tandis
que les autres pays arabes les ont laissés apatrides.
En décembre 1948, la résolution 194
des Nations unies s’est prononcée en
faveur du droit au retour dans leurs
foyers des Palestiniens. Renouvelée
chaque année, mais non votée par les
États-Unis depuis 1994, elle reste lettre morte faute d’un accord de paix.
Israël l’a toujours rejetée, notamment
de crainte que sa mise en œuvre ne
crée un déséquilibre démographique
dans ses frontières. Les responsables
DONALD
TRUMP A-T-IL CESSÉ
❙DEPOURQUOI
FINANCER L’AGENCE
ONUSIENNE
POUR LES RÉFUGIÉS
PALESTINIENS ?
Le département d’État a annoncé le
31 août la suspension de sa contribution
financière à l’UNRWA car il considère
que le modèle économique et les pratiques budgétaires de l’agence présentent des « défauts irrémédiables ». À la
Maison-Blanche, Jared Kushner, le
gendre de Donald Trump, va même
jusqu’à qualifier dans des mails révélés
par le magazine Foreign Policy l’organisme de « corrompu », d’« inefficace »
et affirme qu’il vaut mieux le « liquider ». Ce réquisitoire sans appel constitue un revirement majeur de la politique de l’Administration américaine.
Washington était jusque-là le principal
contributeur de l’UNRWA. Avec
350 millions de dollars (300 millions
d’euros) versés en 2017, il finançait plus
du tiers de son budget.
Le 1er septembre, au lendemain de ce
que l’agence considère comme un
« coup de force », le haut-commissaire de l’UNRWA, le Suisse Pierre
Krähenbühl a dénoncé dans une lettre
ouverte « une politisation évidente de
l’aide humanitaire ». Le retrait américain est, selon lui, « lié aux tensions
entre les États-Unis et les dirigeants
palestiniens » à la suite du transfert de
l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. Chargé par son beau-père de
plancher sur un « plan de paix », Jared Kushner souhaiterait in fine une
réduction drastique du nombre de Palestiniens considérés comme des réfugiés. Il chercherait également à amener les dirigeants palestiniens à
abandonner les revendications pour le
droit de la plupart des cinq millions de
réfugiés à retourner sur les terres israéliennes.
SONT
LES CONSÉQUENCES
❙DUQUELLES
DÉSENGAGEMENT ?
Les milieux diplomatiques européens
craignent une déstabilisation des Territoires palestiniens en général et de la
bande de Gaza en particulier, une zone
touchée par un chômage endémique et
placée sous blocus par Israël mais aussi
par l’Égypte depuis de nombreuses années.
Au total, plus de 520 000 enfants palestiniens étudient dans les écoles de
l’UNRWA qui fournit aussi des soins et
un soutien social. Son budget financé
par des contributions volontaires des
États membres est en déficit chronique
en raison de la croissance démographique de la population palestinienne et
d’un élargissement de ses activités. Le
désengagement américain a, en fait,
aggravé une crise structurelle. L’agence
avait prévu, avant la crise avec les
États-Unis, de supprimer des centaines
de postes à Gaza, où elle est l’un des
principaux pourvoyeurs d’emplois du
territoire et en Cisjordanie occupée.
L’UNRWA a procédé la semaine dernière à un retrait provisoire d’une partie de son personnel étranger de Gaza
en raison de menaces de syndicalistes
dénonçant son plan social. Une paralysie de ses activités pourrait provoquer
des débordements et des réactions en
chaîne incontrôlables.
Durant l’Assemblée générale des Nations unies de septembre, l’UNRWA
est parvenue à collecter 122 millions
de dollars pour compenser la dérobade américaine. Le Koweït et l’Union
européenne ont promis les plus grosses contributions avec l’Allemagne,
l’Irlande et la Norvège. La France s’est
engagée à débloquer 20 millions
d’euros en 2019, soit près du double
de sa contribution de cette année.
« Le succès de la levée de fonds a été
retentissant. Nous sommes confiants
même s’il nous reste un bout de chemin
à parcourir », commente Maria Mohammedi, conseillère principale du
patron de l’UNRWA. L’existence de
l’agence ne semble pas remise en
question.
❙
LE STATUT
DES RÉFUGIÉS
PALESTINIENS
EST-IL CADUC ?
Israël accuse l’organisation de prolonger le conflit israélo-palestinien en
entretenant le mythe d’un retour des
réfugiés sur des territoires qu’ils ont
perdu par la guerre lors de la création
d’Israël puis lors du conflit de 1967. Le
premier ministre israélien, Benyamin
Nétanyahou, s’est réjoui de la décision
américaine de couper les vivres à
l’agence. Selon lui, l’UNRWA « perpétue la situation des réfugiés au lieu de
chercher à la résoudre ». Il s’oppose à
l’hérédité du statut de réfugié pourtant communément admise par la
communauté internationale. « Le
concept d’une transmission du statut de
réfugié de père en fils ou fille sur cinq
générations est une aberration totale »,
estime le diplomate israélien, Emmanuel Nahshon. Selon lui, l’UNRWA a
pour principal défaut de « renforcer la
victimisation des Palestiniens ». « Il
suffit de jeter un œil sur les manuels
scolaires distribués dans ses écoles pour
s’en rendre compte », dit-il. « On y enseigne l’incitation à la violence. À Gaza,
des tirs de roquettes visent Israël depuis
des sites situés à proximité des enceintes scolaires. Cela ne peut pas continuer
ainsi ». L’équipe qui gère le dossier israélo-palestinien à la Maison-Blanche, représentée à Jérusalem par
l’ambassadeur américain David Friedman, partage ces convictions.
LE VIRAGE AMORCÉ
PAR DONALD TRUMP
❙PEUT-IL
RÉGLER
1 5 340 443 réfugiés palestiniens*
PRINCIPALES RÉGIONS D’ORIGINE DES RÉFUGIÉS
PALESTINIENS DÉPLACÉS EN 1948 LORS DE LA NAKBA
Villages palestiniens vidés de leur population
et rasés par les Israéliens entre 1948 et 1967
POPULATION DES CAMPS GÉRÉS PAR L’UNRWA,
en nombre de réfugiés enregistrés en 2017**
Plus de 100 000
Ein el-Tal
T
De 50 000 à 100 000
Alep
Neirab
De 25 000 à 50 000
De 600 à 25 000
DATE DE CRÉATION
Entre 1948 et 1966
Après 1967
Camp non officiel
NOMBRE DE RÉFUGIÉS
PAR PAYS D’ACCUEIL
Lattaquié
En milliers
(en % de la population
du pays d’accueil)
*Au 1er janvier 2017.
Seuls les réfugiés palestiniens
enregistrés auprès de l’Unrwa
sont pris en compte. Ces chiffres
ne tiennent donc pas compte
de l’ensemble de la diaspora
palestinienne à travers le monde.
Ainsi l’Égypte compte entre 50 000
et 70 000 réfugiés, mais sans statut,
le pays ayant toujours refusé
la construction de camps sur
Tripoli
son territoire.
**Tous les refugiés enregistrés
n’habitent pas dans les camps.
De même, les chiffres de
la Syrie datent de 2011.
Hama
Homs
Nahr el-Barid
Beddawi
532
L
(8,6 %)
S
618
(3,4 %)
Wavel
Balbeek
Beyrouth Dbayeh
Mar Elias
Mer Méditerran ée
Aïn el-Héloué
Chatila
Borj al-Brajué
Yarmouk
Damas
Saïda
Mieh Mieh
El-Buss Borj Chemali
Tyr
Rashidieh
LA QUESTION
DES RÉFUGIÉS
PALESTINIENS ?
Khan Eshieh
Jaramana
Qabr Essit
Sbeineh
Khan Dunoun
Golan
(occupé
par Israël)
Zone tampon
de l’ONU
Haïfa
997
Deraa
(34,6 %)
L’inextricable problème des réfugiés
C
palestiniens est, avec le tracé des fronIrbid
tières et le statut de Jérusalem, revenHusn
Jénine
diqué comme capitale par les deux
parties, la principale pomme de disSouf
Nur Shams Fara
corde entre Israéliens et PalestiDjerach
Tulkarem
niens.
Jabal el-Hussein
Camp N° 1
Askar
Durant les négociations
Zarqa
Naplouse
Baqaa
  G
Balata

qui avaient suivi les
B
Marka
Tel-Aviv
accords d’Oslo, le
Amman
Deir ’Ammar Jalazone
Shati
sujet avait été reJabaliya
Ramallah
Ein el-Sultan
Amman
New Camp
légué au second
Jéricho
Amari
Gaza
Nusseirat
plan dans l’esKalandia Jérusalem Shufat
Aqbat Jabr
Talbieh
poir d’un règleBureij
Deir al-Balah
Aïda Beit Jibrin
ment a minima
Dheisheh
Bethléem
J
Khan Younès Maghazi
du conflit. Les
Arroub
Hébron
gouvernements
1 437
2 287
israéliens sucFawwar
(75,5 %)
(23,6 %)
cessifs qui se
Rafah
sont relayés au
Sources :
pouvoir n’ont jaUnwra et Passia
I
mais admis une part
10 km
Infographie
25 km
de responsabilité dans
l’exode des Palestiniens.
Yasser Arafat et son successeur,
Mahmoud Abbas, ont, pour leur part,
tenté d’obtenir des gains territoriaux
pour pouvoir ensuite revenir sur cette
question en discutant d’État à État.
Élaborée dans la discrétion, la nouvelle
stratégie américaine n’apparaît que par
NOMBRE DE RÉFUGIÉS
LES PRINCIPAUX CONTRIBUTEURS
fragments. En mai, le transfert de l’amENREGISTRÉS AUPRÈS
AU BUDGET DE L’UNRWA,
bassade des États-Unis à Jérusalem a
en millions de dollars
DE
L’UNRWA,
5
094
886
entériné la reconnaissance de la Ville
Autres
États-Unis
en milliers
réfugiés en 2015
sainte comme capitale d’Israël. En sepdont
5
000
tembre la rupture avec l’UNRWA bous409 364,3
France : 9,6
cule le tabou du statut des réfugiés pa(17e rang)
É
4 000
lestiniens. La méthode repose, au nom
1, 121
d’un pragmatisme disruptif, sur une
3 000
milliard $
modification des paramètres d’un
2 243
en 2017
2 000
conflit englué depuis soixante-dix ans.
Elle entend tenir compte des réalités du
142,5
Union
1 000
1 425
62
terrain mais n’a pas permis, pour l’inseuropéenne
914
67 76,5
Suède
tant, de dégager des ébauches de solu0
Allemagne
Royaume-Uni
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010
tions négociables. ■
2 Une population
qui ne cesse de
croître depuis
1948
3 Un système
dépendant de
la générosité
internationale
A
Le sort
de cette population
demeure l’une
des principales
pommes
de discorde
entre Israéliens
et Palestiniens.
palestiniens continuent à en défendre
le principe en dépit de son caractère
utopique. Le Hamas, qui contrôle la
bande de Gaza et refuse de reconnaître
la légitimité de l’État hébreu, en a fait
son cheval de bataille avec la « marche du retour », une mobilisation populaire lancée dans le territoire en
mars. « Les Palestiniens n’accepteront
pas de changement de leur statut tant
que les Israéliens n’auront pas fait un
pas en échange. Ils demandent la reconnaissance de la responsabilité israélienne dans leur départ forcé », explique Jalal Al Husseini, chercheur à
l’Institut français pour le ProcheOrient (IFPO).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
22
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
La sélection à l’université est conforme
aux principes de la Révolution française
DESSIN CLAIREFOND
E
n cette rentrée universitaire
2018, pour la première fois,
les universités peuvent
sélectionner les étudiants
dans les filières
« bouchées ». De même,
dans les filières « non obstruées »,
les universités ont la possibilité
d’engager les étudiants qui n’ont pas
le niveau requis à suivre une formation
spéciale et personnalisée en licence afin
de combler leurs lacunes. La réforme,
adoptée à l’initiative de Jean-Michel
Blanquer, est très critiquée au nom
de l’égalité des droits et des chances
par une partie des universitaires,
des intellectuels et des politiques.
On lit parfois qu’elle « trahit les valeurs
de la République ».
Qu’en est-il vraiment ?
« Pour qu’une République
vive longtemps, écrit Tite-Live,
il faut la ramener souvent à son
principe. » En France, c’est vers
la Révolution française et la fondation
de la République qu’il faut se tourner.
En effet, ces dernières ont été
génératrices des grandes idées
pédagogiques parvenues jusqu’à nous.
La Révolution est en partie née
de la lutte contre les différentes
espèces de privilèges. Elle a proclamé
les carrières ouvertes aux talents,
en réaction contre le privilège
de naissance.
L’article 6 de la
Déclaration des
droits de l’homme
et du citoyen
Les universités disposent désormais
du 26 août 1789
d’une marge d’appréciation face aux demandes
établit qu’il
d’inscription en première année. Voilà qui est
ne saurait y avoir
cohérent avec l’héritage de la Révolution
de distinctions
entre citoyens
en matière d’éducation, argumente l’historien*.
LORIS CHAVANETTE
de l’instruction publique de 1795.
De même, le système des concours
fut institutionnalisé, et on créa les
grandes écoles que sont Polytechnique
et l’École normale supérieure.
La chance de suivre un enseignement
supérieur était donc le produit d’une
véritable élection des élèves sur la base
de leurs mérites. Il s’agissait d’un
chemin proprement démocratique
puisque la démocratie, en même temps
que système d’appartenance au corps
social sur la base de l’égalité,
est la garantie de la liberté individuelle,
sous l’égide de la raison.
Après la Terreur, la refonte
de l’instruction publique fut même
considérée comme un « ministère de la
réconciliation
générale »,
« Pour qu’une République vive longtemps, seul capable
écrit Tite-Live, il faut la ramener souvent de terminer
la Révolution.
à son principe ». En France, c’est vers la
L’époque
Révolution et la fondation de la République
se proposait
de réhabiliter
qu’il faut se tourner
l’émulation
par le travail,
sans laquelle l’égalité ressemblerait
alors de penser l’égalité devant
au lit de Procuste qui découpait
l’éducation publique en termes
les jambes de ses victimes pour les faire
de chance, d’opportunité unique et de
entrer dans son lit minuscule.
responsabilisation des élèves, appelés
Nous sommes les héritiers
à donner le meilleur d’eux-mêmes.
de ces penseurs d’un modèle et d’un
La condition sine qua non de ce qu’on
idéal français. Sachons nous inspirer
appellerait aujourd’hui l’ascenseur
de ce généreux précédent et ne pas
social tenait dans la récompense
passer pour des enfants gâtés à côté
de « la supériorité des talents ».
de ces géants. Relisons Talleyrand :
Les révolutionnaires sont allés
« Ne donnez des chaînes à personne,
jusqu’à créer un institut national
et n’admettez que ceux qui parviendront
destiné à offrir des prix et des médailles
au but, c’est-à-dire qui seront
à ceux qui faisaient preuve
véritablement instruits ; ne leur
d’excellence dans leur domaine.
demandez pas quel temps ils ont mis
Cette attribution de lauriers a été
à se former, mais s’ils ont acquis
adoptée dans le cadre de la réforme
sinon en fonction des vertus
et des talents de chacun.
À cette fin, l’instruction publique
reconnaissait la perfectibilité
des hommes par l’étude et instaurait la
promotion des capacités et la formation
des citoyens. Dès le printemps 1792,
le philosophe Condorcet, avec d’autres
députés de l’Assemblée législative,
insistait sur la vocation sociale
de l’instruction : « L’avantage de naître
riche sera balancé par l’égalité,
par la supériorité même des lumières
que doivent naturellement obtenir ceux
qui ont un motif de plus d’en acquérir. »
L’égalité des droits visait
expressément à élever les enfants
des couches défavorisées. Il s’agissait
«
»
beaucoup de connaissance ;
ne les interrogez pas sur leur âge,
mais sur leur capacité ; non sur leur
assiduité aux leçons, mais sur le fruit
qu’ils en ont tiré. On a trop longtemps
bercé les hommes avec des paroles ;
il est temps d’obtenir des réalités. »
Valons-nous mieux
que ces valeureux ancêtres,
pour estimer que l’égalité doit être
absolue et que le tirage au sort
à l’entrée à l’université est un moindre
mal ? Certains le pensent, bercés
par l’idéal avorté de Mai 68.
Voulons-nous d’une éducation
commune, où tous les enfants
seraient arrachés à leurs parents
pour appartenir à la République ?
La Convention elle-même ne s’y osa.
L’inspiration de la réforme actuelle
correspond à l’esprit de notre socle
républicain. À ses adversaires,
rappelons le mot de Camille
Desmoulins, avant de mourir guillotiné
sous la Terreur en avril 1794 : le projet
d’une égalité parfaite entre citoyens,
à Sparte « les a rendus égaux
comme la tempête rend égaux
tous ceux qui ont fait naufrage ».
* La thèse de Loris Chavanette,
« Repenser le pouvoir après la Terreur :
répression, réparation et justice
dans la France thermidorienne
(1794-1797) », réalisée à l’École
des hautes études en sciences sociales
(EHESS), a obtenu le prix de thèse
de l’Assemblée nationale 2013. L’historien
a publié un ouvrage passionnant issu
de sa thèse, sur un épisode décisif
et méconnu de la Révolution française,
« Quatre-vingt-quinze. La Terreur
en procès » (CNRS Éditions, 2017), préfacé par l’historien Patrice Gueniffey, grand
spécialiste de la Révolution et de l’Empire.
PMA : nous, médecins, réclamons d’être
consultés par l’Ordre qui parle en notre nom
L
e 19 septembre lors d’une
audition à l’Assemblée
nationale, le docteur
Jean-Marie Faroudja,
parlant au nom de l’Ordre
des médecins, a déclaré
ne pas être hostile à l’extension de la
« procréation médicalement assistée »
(PMA) aux femmes célibataires et aux
couples de femmes. Cette position est
confirmée sur le site de l’Ordre où l’on
peut lire : « L’Ordre ne doit pas être
une instance moralisatrice face
à une demande sociétale. Si la société
veut une aide médicale à la procréation
(AMP) élargie aux femmes seules ou
homosexuelles en couple, c’est à elle de
trancher. L’Ordre ne peut s’y opposer. »
Nous, médecins signataires de cette
tribune, souhaitons nous désolidariser
de cette prise de position car elle nous
semble contraire à la vocation
de la médecine et au serment
d’Hippocrate pour quatre raisons
principales.
La PMA pour les femmes célibataires
ou pour les couples de femmes n’est pas
une indication médicale. La médecine
est par définition
un art dont les buts
exclusifs sont
de prévenir
les maladies,
Plus de 340 cosignataires* protestent contre
restaurer
la position de l’Ordre des médecins qui, auditionné
les fonctions
par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être
défaillantes
opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes de l’organisme,
réparer
seules et pour les couples de femmes.
TRIBUNE COLLECTIVE DE MÉDECINS
les malformations anatomiques.
Au-delà de ces indications, tout acte
intrusif chez une personne qu’on sait
en bonne santé sort du champ médical.
C’est le cas de l’insémination artificielle
avec sperme de donneur en dehors
de la complémentarité homme-femme.
Il est donc paradoxal pour ne pas dire
antinomique que l’Ordre des médecins
ne s’oppose pas à l’élargissement
de la PMA. Le rôle de l’Ordre est
pourtant de rappeler les limites
et les exigences de notre profession.
La « souffrance des femmes »
en désir de maternité invoquée
par le représentant de l’Ordre
des médecins lors de son audition
à l’Assemblée pour justifier le bienfondé de l’insémination des femmes
seules ou des couples de femmes n’est
pas un argument recevable. Il postule
que ces femmes souffriront moins
ou ne souffriront plus lorsqu’elles
auront un enfant. Qui peut l’affirmer ?
Aucune étude sérieuse n’a été menée
sur la question. En outre, même
si le médecin doit être à l’écoute
de son patient, la souffrance affective
n’est pas un passe-droit accordé au
médecin pour s’immiscer de manière
active dans la vie intime et privée des
personnes qui viennent le consulter.
Surtout, l’intérêt supérieur
de l’enfant doit être au centre
des préoccupations. « L’assistance
à la procréation avec donneur prive
volontairement l’enfant de la relation
structurante avec deux adultes de sexe
AU 2018
VE BRE
U EM
NORE – NOV
A
B
TO
OC
généraux de la bioéthique auxquels
l’Ordre s’est soustrait. Il ressort
des sondages effectués sur la question
que la majorité des médecins
est hostile à l’extension de la PMA.
Nous, médecins, avons l’impression
d’avoir été utilisés à des fins politiques
et idéologiques par l’institution
censée nous représenter. Cela va créer
des fractures dans notre profession.
Il est encore temps de rattraper
cette faute grave et lourde
de conséquences.
Il serait judicieux
« L’assistance à la procréation
et constructif que,
par un
avec donneur prive volontairement
communiqué
l’enfant de la relation structurante
officiel, le Conseil
avec deux adultes de sexe différent »,
national de l’ordre
comme l’a souligné l’Académie nationale désavoue dans
les jours
de médecine
qui viennent
la position
exprimée par son représentant
Qui pourra s’opposer demain
à l’Assemblée nationale et en revienne
aux demandes de couples
à un discours strictement médical. Cela
hétérosexuels qui voudront un bébé
serait salutaire pour notre profession.
parfait et se tourneront vers le corps
médical pour répondre à leur attente
* Parmi les cosignataires figurent
au nom de l’égalité ? Nous savons
notamment le docteur Raphaël Nogier,
que le marché de la procréation est
président de l’association Cosette
immense. Ouvrir la PMA non médicale
et Gavroche, ainsi que des représentants
aux femmes en bonne santé, c’est
des différents domaines de la médecine :
ouvrir le marché du corps humain.
pédiatrie, psychiatrie, gynécologie,
Nous regrettons que l’Ordre n’ait pas
chirurgie, cardiologie, pneumologie,
questionné l’ensemble de la profession
ophtalmologie, dermatologie, gériatrie,
médicale sur cette question
médecine d’urgence, médecine généralisfondamentale. Il était facile de le faire
te, etc. La liste complète des cosignataires
par informatique durant les États
peut être consultée sur FigaroVox.
différent », comme l’a souligné
le comité d’éthique de l’Académie
nationale de médecine le 2 mai 2018
lors de son audition devant le Comité
consultatif national d’éthique.
La tradition médicale nous apprend
Primum non nocere, « d’abord ne pas
nuire ». Et « fabriquer » des enfants
sans père revient à leur nuire.
En ne s’opposant pas à la PMA non
médicale, l’Ordre des médecins laisse
la porte ouverte à tous les abus.
«
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Brexit : déliaisons dangereuses
L
e 29 mars 2019, le RoyaumeUni sortira de l’Union
européenne, sauf improbable
second référendum
qui reviendrait sur le vote
de juin 2016. Or à moins
de six mois de l’échéance, l’impasse
reste totale sur les termes d’un divorce
à l’amiable, ce qui renforce la probabilité
d’une séparation brutale.
Plus de deux ans après le vote
du Brexit et l’investiture de Theresa
May, le gouvernement britannique
n’est toujours pas parvenu à définir une
ligne et des objectifs cohérents. Le plan
de Chequers a été légitimement rejeté
à l’unanimité par les Vingt-Sept, dès lors
qu’il prétendait maintenir l’accès
au grand marché pour les biens tout en
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
refusant les autres libertés indissociables
reconnues par l’Acte unique de 1986
- au premier rang desquelles la libre
circulation des personnes. Cet échec
ne doit rien à d’hypothétiques
manœuvres françaises ou à une
supposée volonté de sanctionner
les Britanniques : il résulte logiquement
de l’application des principes qui ont été
fixés dès le début des discussions.
Si humiliation il y a, elle est venue
des rangs des « Hard Brexiters »
du Parti conservateur qui ont mis
en pièces le plan de Chequers
pour défendre un statut similaire
à celui du Canada, régi par les seules
règles de l’Organisation mondiale
du commerce. Theresa May est plus
que jamais un premier ministre en sursis.
ENTRE GUILLEMETS
8 octobre 1970 : Alexandre Soljenitsyne reçoit le prix Nobel de littérature qui lui sera remis
en 1974 à Stockholm.
« Une joumée d’Ivan Denissovitch »
RUE DES ARCHIVES/RDA
À cinq heures du matin,
comme tous les matins,
on sonna le réveil : à
coups de marteau contre
le rail devant la baraque
de l’administration»
ANALYSE
Eugénie Bastié
£@EugenieBastie
Si l’on exclut l’organisation
d’un nouveau référendum qui porterait
atteinte à la démocratie et rendrait
le pays ingouvernable, deux options
restent aujourd’hui ouvertes.
La première, qui constitue l’objectif
de Theresa May, consiste en un accord
de dernière minute. Il implique
que le Royaume-Uni accepte les
contreparties inévitables à son maintien
dans l’union douanière qui absorbe 55 %
de ses exportations ainsi que la définition
d’un statut particulier pour l’Irlande du
Nord intégrant des contrôles sur les flux
de biens et services avec l’Angleterre
- ce qui conditionne la pérennité
des accords de paix du Vendredi saint
d’avril 1998. La seconde réside
dans l’absence d’accord et la recherche
de solutions opérationnelles ponctuelles
pendant la période de transition
qui s’achèvera le 31 décembre 2020.
Dans tous les cas, les lendemains
du Brexit, loin d’un avenir radieux,
seront placés sous le signe
du désenchantement. Depuis
le référendum, le Royaume-Uni
a déjà perdu 2,5 points de croissance.
La progression de l’activité a été divisée
par deux, revenant à 1,5 % en 2018
et 1,3 % en 2019. L’inflation s’est
installée au-delà de 3 % et, conjuguée
avec la chute de plus de 20 % de la livre,
mine le pouvoir d’achat. Après
une période de déni, les délocalisations
s’accumulent dans la City sans
que l’affaiblissement de la finance profite
à l’industrie où les investissements
ont été divisés de moitié.
Selon la Banque d’Angleterre,
l’absence d’accord représenterait
pour l’économie britannique un choc
équivalent à celui du krach de 2008,
provoquant un violent trou d’air
de l’activité, une hausse du chômage
États-Unis : quand la sociologie
est au service de l’idéologie
R
«
éactions humaines
à la culture du viol et
performativité queer
au sein des parcs
à chiens de Portland,
Oregon » : voilà
le titre ubuesque d’une étude publiée par
la revue scientifique américaine Gender,
Place and Culture qui l’a classée parmi
ses douze meilleures publications dans
le domaine féministe. Problème : l’étude
était complètement fausse, inventée de
bout en bout par une journaliste, Helen
Pluckrose, et deux universitaires, James
A. Lindsay et Peter Boghossian. Les trois
compères ont monté un canular géant :
ils ont réussi à faire accepter sept articles
complètement bidon portant sur la race,
le genre ou la sexualité par des revues
extrêmement sérieuses.
« L’homo-hystérie masculine
et la transphobie à travers l’usage
de sex-toys pénétratifs » a ainsi été
qualifié de « contribution incroyablement
riche et excitante » par la revue Sexuality
and Culture. Un autre article,
retoqué mais qui a reçu de chaleureux
encouragements de la part d’experts
du jury, contenait des extraits
de Mein Kampf où le mot « Juifs »
avait été remplacé par « Blancs ».
Ce n’est pas la première fois que
ce genre de canular a lieu dans la science.
En 1996, le physicien Alan Sokal avait fait
publier dans la revue Social Text,
revue d’études culturelle postmoderne,
un article absurde sur la physique
quantique. En France, en 2015,
c’est le sociologue Michel Maffesoli
qui s’était fait piéger en laissant publier
dans sa revue Sociétés un article farfelu,
« Automobilités postmodernes :
quand l’Autolib’ fait sensation à Paris ».
Mais ici l’affaire est plus grave.
Davantage qu’un simple manque
« Ces articles complètement délirants
ont été acceptés parce qu’ils venaient
justifier des orientations idéologiques. Une
partie de la discipline est en négociation
avec le réel : elle choisit le Bien au détriment
du Vrai », analyse Gérald Bronner. Cette
dérive a des sources anciennes : dès
le début de la création de la discipline,
une frange de la sociologie a voulu
en faire une discipline autonome en
expliquant les faits sociaux par d’autres
faits sociaux. Cette idée que « tout est
construit », que tout fait culturel
est une construction organisée en vue
de discriminer, ruine la possibilité d’une
vérité universelle. « Cela aboutit à une
dissolution de l’approche scientifique »,
se désole Bronner. Ce dernier appelle
« sociologie compassionnelle » cette
approche victimaire des sciences sociales
où prévaut l’idée que la vie est un combat
entre bons et méchants,
dominants et dominés.
Un article, retoqué mais avec les
notion
encouragements du jury, contenait La
d’ « intersectionnalité »
des extraits de Mein Kampf, le mot est au cœur de ce
nouveau paradigme :
« Juifs » remplacé par « Blancs »
il s’agit de croiser
les discriminations (de genre, de race
« Je ne suis pas surpris, mais attristé,
et de classe) qui convergent vers
cela montre l’état de délabrement
la dénonciation du mâle blanc occidental.
d’une partie des studies, provoqué
Au moment où elles sont de plus
par une approche ultraconstructiviste de la
en plus contestées aux États-Unis, jusque
discipline », estime l’universitaire français
par certains représentants de la gauche
Gérald Bronner, auteur du Danger
intellectuelle elle-même (il faut noter
sociologique (PUF), essai coup de poing
le livre de Mark Lilla récemment traduit
où il dénonçait la dérive idéologique
en français sous le titre La Gauche
d’une partie des sciences sociales.
identitaire, mais aussi The Coddling
Il estime que le cas est plus grave que
of the American Mind de Greg Lukianoff
l’affaire Sokal, car les revues concernées,
et Jonathan Haidt, qui critique la culture
loin d’être confidentielles, sont visibles
victimaire régnant sur les campus),
et reconnues dans leur discipline.
les cultural studies gagnent dans
La revue Gender, Place and Culture, qui
les universités françaises. Comme
a publié l’étude citée ci-dessus, est classée
si la France prenait en retard le train
« Q1 », c’est-à-dire dans le premier
des erreurs américaines.
quantile de son champ de spécialité.
de rigueur scientifique, c’est un
dévoiement des sciences humaines
à des vues strictement idéologiques
qui est en jeu. Comme James Lindsay
l’a expliqué, « une culture émerge
dans laquelle seules certaines conclusions
sont autorisées : comme celles
qui désignent systématiquement
la blancheur de peau ou la masculinité
comme la cause du problème ». Un avis
que partage le professeur Yascha Mounk.
Il a salué l’initiative de ces universitaires
qui « avaient pour objectif de montrer
que l’idéologie règne en maître dans
ce qu’ils appellent les “études
de doléances” (grievance studies) :
des espaces académiques organisés
autour de groupes de victimes et souvent
davantage motivés par un agenda
politique que par une recherche sérieuse
de la vérité ».
«
»
jusqu’à 10 % de la population active
et une envolée du déficit public du fait
de l’effondrement des recettes fiscales. À
l’horizon de 2030, le Brexit coûterait au
Royaume-Uni 5 à 8 points de croissance
et amputerait d’un cinquième les
revenus des Britanniques. Les dommages
sont tels qu’on peut espérer que le
légendaire pragmatisme des Anglais
reprendra un jour le pas sur l’idéologie.
Le Brexit est par ailleurs indissociable
d’une évolution du modèle britannique
qui ne peut qu’amplifier la crise sociale
et politique. Quels que soient les discours
ou les engagements, la seule stratégie
possible sera la constitution d’une sorte
de Singapour ou de Hongkong aux portes
du grand marché, fondé sur la flexibilité
du travail et le recours massif
à l’immigration, le dumping fiscal
et social, la déréglementation financière
pour conforter la City, une posture de
cheval de Troie pour les investissements
des démocratures chinoise, russe
ou moyen-orientales vers l’Europe.
Le Brexit n’est pas seulement
une tragédie pour le Royaume-Uni,
dont la stratégie de redevenir une île à
l’âge de l’histoire universelle représente
un contresens historique majeur.
Il constitue aussi un échec et un grand
risque pour l’Europe. Voilà pourquoi
les Vingt-Sept doivent poursuivre
leurs efforts pour conclure un accord
avec le Royaume-Uni respectueux
de leurs principes. Mais, quels que soient
la forme ultime et les avatars du Brexit,
il reste essentiel de rappeler
la communauté de valeurs et de destin
des nations européennes qui croient
en la liberté politique. En Europe comme
dans le monde, le véritable clivage
du XXIe siècle se jouera moins en termes
d’union douanière que de défense
ou de négation de la démocratie libérale.
VOX
… QUÉBEC
« Pourquoi les médias
européens n’ont rien
compris aux élections
québécoises ». Entretien
avec le sociologue
Mathieu Bock-Côté.
… SOCIÉTÉ
« La diversité, le féminisme
et le véganisme sont
les religions athées
de notre époque ».
Grand entretien
avec le journaliste
Charles Consigny.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
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Dassault, Jean-Pierre
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 064 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
BUZZ MÉDIA
COMMENT LE NUMÉRIQUE
BOUSCULE LES SOINS
PAGES 29 À 32 : 4 PAGES SPÉCIALES
SUR LE RENDEZ-VOUS DU 18 OCTOBRE
LES DEUX CHAÎNES
PARLEMENTAIRES
PLAIDENT ENSEMBLE PAGE 36
Emmanuel Kessler (Public Sénat) et Bertrand Delais (LCP-AN)
économie
La CGT et FO peinent à
mobiliser contre l’exécutif
Malgré l’échec des précédentes journées d’action, salariés, chômeurs et retraités
sont une nouvelle fois appelés par la CGT, FO et SUD à manifester ce mardi.
Aucune réforme d’Emmanuel
Macron en particulier n’est visée.
Les syndicats contestataires CGT,
FO et SUD appellent à une journée
de mobilisation commune « contre
la politique de destruction de notre
modèle social qui est à l’œuvre, favorisant les inégalités et la casse des
droits collectifs ».
Depuis l’élection présidentielle de
mai 2017, il s’agit du douzième
appel à manifester et à faire la
grève lancé par la centrale syndicale de Philippe Martinez. Lequel
reconnaît dans Le Figaro la difficulté à mobiliser. Les grèves et les
défilés contre la réforme de la
SNCF ou la réforme du Code du
travail n’ont pas infléchi le cap du
gouvernement. Mais avec des
élections professionnelles en ligne de mire, les syndicats, en
concurrence, espèrent maintenir
la pression.
èPHILIPPE MARTINEZ : « NOTRE OBJECTIF, C’EST DE CRISTALLISER LES MÉCONTENTEMENTS » PAGE 26
L’alliance
France-Italie
dans le naval
en panne
ROSÉ MANSION, NAVAL GROUP,
Le volet militaire
du rapprochement
entre le français
Naval Group et l’italien
Fincantieri
est compliqué par
les relations tendues
entre Paris
et le gouvernement
populiste de Rome.
Mais il bute aussi
sur des questions
stratégiques. PAGE 28
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC-NOTES
L’usine à gaz
de Macron
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 34
LIBRES
ÉCHANGES
Le grand
désespoir
de la classe moyenne
occidentale
au XXIe siècle
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 34
LIVRES & IDÉES
L’automobile,
cartographie
d’un monde
en mutation
PAR EMMANUEL EGLOFF
PAGE 34
L'HISTOIRE
Le site BuzzFeed va ouvrir un magasin
« instagramable » à New York
A
lors que son chiffre d’affaires
publicitaire devient de plus
en plus instable, le site
américain d’information
et de divertissement BuzzFeed
ne cesse de chercher de nouvelles sources
de revenus. La dernière initiative en date
n’est rien de moins que l’ouverture
d’un magasin de 1 000 m2
sur la Ve Avenue
de Manhattan, révèle
le New York Post. Nom
de la boutique : Camp.
Camp proposera
un concept original
pour attirer les jeunes
consommateurs. L’avant
du magasin vendra des
jouets et des gadgets,
tandis que l’arrière
serait une « zone
expérientielle », pensée
pour que les clients
y fassent des photos
pour le réseau social
Instagram. Les décors
et la marchandise, liés
à des thèmes comme « la
plage » ou « la jungle », seront fréquemment
renouvelés pour inciter les badauds à revenir.
Si elles peuvent prêter à sourire, les « zones
expérientielles » sont devenues de véritables
business aux États-Unis, comme le Rosé
Mansion, à New York (notre photo). Ces lieux
offrent des espaces à l’esthétique très étudiée
dont le but est la réalisation de selfies flatteurs.
Le ticket d’entrée peut
atteindre 40 dollars.
Les magasins et restaurants
s’y mettent aussi. Plus un
lieu est « instagramable »,
plus les clients auront
tendance à publier une photo
sur les réseaux sociaux,
faisant ainsi la promotion de
l’endroit. BuzzFeed assume
sans complexe sa stratégie
de diversification. La société
se concentre actuellement
sur la réalisation d’émissions
pour Netflix ou Twitter. A
contrario, elle a brutalement
fermé en septembre
ses studios de production
de podcasts jugés trop peu
rentables. ■ CHLOÉ WOITIER
La succession de Tom Enders, président exécutif d’Airbus, s’accélère.
Selon nos informations, le conseil
d’administration du géant européen
de l’aéronautique doit se réunir ce
lundi 8 octobre, afin de désigner
Guillaume Faury, président d’Airbus
aviation commerciale (AAC), pour
prendre la tête du groupe au printemps prochain. Tom Enders, en
poste depuis mai 2012, sortira du
cockpit en avril 2019, à l’issue de la
prochaine assemblée des actionnaires. Joint par Le Figaro, Airbus n’a
pas souhaité commenter cette information.
Airbus a décidé d’aller vite afin de
mettre un terme aux spéculations et
de rassurer les marchés après plusieurs mois de tension intense, marqués par des départs en cascade.
Parmi ceux-ci, le dernier en date est
celui du directeur commercial d’AAC,
Eric Schulz, recruté chez RollsRoyce, qui a démissionné, mi-septembre, dix mois seulement après
son entrée en fonction. Harald Wilhem, le directeur financier, un fidèle
de Tom Enders, partira aussi au printemps. Surtout, le groupe a perdu son
numéro deux, Fabrice Brégier, qui a
décidé de quitter le groupe en février 2018, constatant que le poste du
numéro un ne lui serait pas proposé.
À 50 ans, Guillaume Faury (X-ISAE),
PDG d’Airbus Helicopters de 2013 à
février 2018, a été mis sur orbite par
Tom Enders. Celui-ci a vu en lui
l’homme de la situation et le représentant « d’une nouvelle génération
de dirigeants, plus digital et plus inclusif ». Guillaume Faury coche toutes les cases : il connaît le business
aéronautique, il a diversifié son expérience en travaillant dans l’automobile chez PSA Peugeot Citroën. Il ne
peut être rattrapé par les enquêtes
pour corruption potentielle, menées
par la justice britannique et française
depuis 2016 car elles couvrent une
période où il travaillait chez PSA.
La nomination de Guillaume Faury
devrait offrir au groupe l’opportunité
d’une ultime simplification de sa
gouvernance, qui passerait par la fusion du poste de président exécutif
(CEO) avec celui de président d’AAC.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
«UNISSONSNOSFORCES.
COMME MOI, DEVENEZ MÉCÈNE
DEL’INNOVATION CONTRELECANCER.»
Steve Burggraf
Président fondateur de Big Fernand
En devenant mécène de Gustave Roussy, vous participez
concrètement à de grandes avancées porteuses d’espoir.
FRANCINE TROCMÉ VITALI
Responsable mécénat et grands donateurs - 01 42 11 65 62
francine.trocme@gustaveroussy.fr
ANNE-SOPHIE DE BOISSARD
Responsable campagnes Fondation - 01 42 11 54 74
anne-sophie.de-boissard@gustaveroussy.fr
WWW.GUSTAVEROUSSY.FR
A
SANTÉ
AIRBUS :
GUILLAUME
FAURY NOMMÉ
PRÉSIDENT
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
La CGT et FO font leur rentrée
avec une nouvelle journée de grève
Les deux centrales contestataires appellent les Français à se mobiliser contre l’exécutif.
MARC LANDRÉ £@marclandre
SOCIAL Et de douze ! Ce mardi, la
CGT appelle les salariés, retraités et
chômeurs à la mobilisation partout
en France… pour la douzième fois
depuis l’élection d’Emmanuel
Macron en mai 2017. La centrale de
la porte de Montreuil entend, cette
fois-ci, s’élever « contre la politique
de destruction de notre modèle social
qui est à l’œuvre, favorisant les inégalités et la casse des droits collectifs », selon le mot d’ordre retenu.
Et ce après s’être opposé dans la rue
aux ordonnances Pénicaud de réforme du Code du travail à
l’automne dernier, au changement
de statut de la SNCF au printemps,
ou à la réforme à venir de la fonction publique.
Quelque 200 rassemblements
sont annoncés sur tout le territoire
et plusieurs grèves ou débrayages,
notamment dans le public, les
transports ou les écoles, devraient
DÉJÀ
11
occasionner des perturbations plus
ou moins conséquentes. L’organisation dirigée depuis février 2015
par Philippe Martinez ne se lance
pas seule et organise cette journée
d’actions et de grève avec Solidaires (syndicats SUD), les organisations de jeunesse Unef et UNL, mais
aussi FO qui fait cause commune
avec sa sœur ennemie pour la troisième fois depuis un an. « Nous
sommes en résistance », a reconnu
Pascal Pavageau, son secrétaire général, dans Le Figaro (nos éditions
du 2 octobre), assurant vouloir
prendre « date » pour l’avenir, et
notamment pour la future réforme
des retraites, seul sujet susceptible
de faire descendre dans les rues des
centaines de milliers de Français.
Car, pour l’heure, les appels à
mobilisation contre la politique du
duo Macron-Philippe n’ont pas
vraiment été concluants. Non seulement les Français ne sont jamais
descendus en masse dans les rues même la « marée humaine », pro-
2 900
personnes
ont défilé le 28 juin
à Paris, selon la
Préfecture de police.
Ce mardi, le nombre
de manifestants
dans la capitale,
entre Montparnasse
et place d’Italie,
sera calculé par le
cabinet indépendant
Occurrence auquel
un collectif de médias,
dont Le Figaro,
fait régulièrement
appel
mise fin mai par Jean-Luc Mélenchon et Philippe Martinez, a fait un
flop - mais l’exécutif n’a pas une
seule fois modifié ses plans, même
d’un iota. « Le président de la République semble toujours mépriser les
contrepoids, condamnait d’ailleurs
mardi dernier Pascal Pavageau.
Son discours reste très directif, très
jupitérien. »
Défaites successives
Plus globalement, les syndicats
n’ont plus fait reculer un gouvernement en France depuis… l’épisode fâcheux du contrat première
embauche (CPE) de Dominique de
Villepin, en 2006. Que ce soit
contre la réforme des retraites
conduite par Éric Woerth en 2010
ou la loi travail portée par Myriam
El Khomri en 2016, face aux dernières mobilisations de masse à
portée nationale qui ont duré plusieurs mois, les exécutifs sont à
chaque fois restés droits dans leurs
bottes, infligeant aux syndicats, qui
multipliaient les journées d’actions
et de grève, un cinglant échec. Des
défaites successives qui ont eu pour
effet de faire fondre à vue d’œil, au
fil des années, les cortèges des manifestations - aujourd’hui composés des seuls permanents et élus
syndicaux - et entamé un peu plus
la confiance des Français pour les
organisations représentatives de
salariés.
Avec cette nouvelle journée de
mobilisation, la CGT et FO espèrent
capitaliser sur le mécontentement
des Français remontés contre le
gouvernement, ne croyant pas à
ses promesses de hausse du pouvoir d’achat. Et aussi se positionner par rapport aux élections du
6 décembre - et 15 jours avant à la
SNCF - dans la fonction publique
où toutes deux ont beaucoup à perdre : la première place dans la
fonction publique d’État pour FO,
et la première place, public et privé
confondus, sur l’échiquier syndical
pour la CGT. ■
Cette journée
sera réussie.
Nous y allons
pour revendiquer
et protester
contre la
destruction de
notre modèle
social, et éveiller
les consciences.
[…] Nous sommes
en résistance. […]
Quoi qu’il
se passe, cette
mobilisation
aura été utile
»
PASCAL PAVAGEAU (FO),
LE 2 OCTOBRE
DANS « LE FIGARO »
16 NOVEMBRE 2017
Dernière mobilisation contre
les ordonnances Pénicaud,
à laquelle FO s’est associée,
deux mois après leur entrée
en vigueur
MOBILISATIONS
POUR RIEN
LES PRINCIPAUX APPELS
DE LA CGT À MANIFESTER DEPUIS
LA VICTOIRE D’EMMANUEL MACRON
è12/09/2017
(ordonnances)
è21/09
(ordonnances)
è10/10
(fonctionnaires)
è19/10
(ordonnances)
è16/11
(ordonnances,
avec FO)
è22/03/2018
(fonctionnaires
et cheminots)
è19/04
(convergence
des luttes)
è01/05
(Fête du travail)
è22/05
(fonctionnaires)
è26/05 (avec LFI)
è28/06 (avec FO)
26 MAI 2018
« Marée humaine »
montée par La France
insoumise (LFI) contre
la politique de Macron
à laquelle, une première,
la CGT s’est jointe
22 MARS 2018
12 SEPTEMBRE 2017
Mobilisation des
fonctionnaires contre la
politique gouvernementale,
et des cheminots contre
la réforme ferroviaire
Première mobilisation, il y a un an,
contre les ordonnances Pénicaud de réforme
du Code du travail à l’appel de la CGT
F. COURTITARAT/H. LUCAS VIA AFP, B. HORVAT/AFP, S. SORIANO/LE FIGARO, Y. CASTANIER/H. LUCAS VIA AFP
26
Philippe Martinez : « Notre objectif, c’est de cristalliser les mécontentements »
CÉCILE CROUZEL£@cccrouzel
ET MANON MALHÈRE
£@ManonMalhère
A
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, répond aux critiques sur la nouvelle journée de
mobilisation organisée ce mardi.
LE FIGARO. - Pourquoi appeler
à une nouvelle journée
de mobilisation, alors que les
réformes de l’assurance-chômage
et des retraites, que vous
dénoncez, ne sont pas lancées ?
Philippe MARTINEZ. - Nous avons
un calendrier de mobilisation
connecté aux besoins des salariés
qui n’est pas établi en réaction aux
annonces du gouvernement. Il y a
beaucoup de mécontentements,
d’inquiétudes chez les salariés et
les fonctionnaires. La situation
dans le secteur de la santé est dramatique, le personnel de l’hôpital
est en souffrance, le manque de
moyens est criant. Dans les collectivités locales, les agents payent
l’addition des mesures d’économies, avec une remise en cause du
temps de travail. Dans le privé
aussi, les salariés pâtissent d’un
manque de reconnaissance et de
bonnes conditions de travail. Je le
vois lors de mes déplacements sur
le terrain. Le 9, c’est une journée
de rentrée pour marquer le paysage de nos exigences.
Mais à quoi bon insister, après
l’échec des journées précédentes à
infléchir la politique du
gouvernement et au vu de votre
incapacité à mobiliser au-delà
des permanents syndicaux ?
Il y a déjà des actions dans les entreprises, à l’hôpital, dans les collectivités locales. Et on ne peut pas
dire que celle de la SNCF avant
l’été a été une petite mobilisation !
Notre objectif, c’est de cristalliser
ces mécontentements et ces exigences au niveau interprofessionnel. Oui, ce n’est pas facile de mobiliser. Depuis quelques décennies,
les gouvernements sont dans la
même logique de réformes structurelles et de ne rien céder. Les salariés ont donc des doutes sur leur
capacité à pouvoir peser sur l’exécutif. Et puis, le monde du travail a
changé et la hausse de la précarité
ne pousse pas à la mobilisation. Sur
une chaîne de montage dans
l’automobile, vous avez 40 % à
50 % d’intérimaires : ce n’est pas
coup
«duLe pouvoir
d’achat du
gouvernement,
c’est du
pipeau
PHILIPPE
MARTINEZ
S. SORIANO/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
»
eux qui vont protester. Mais nous
avons besoin d’une journée interprofessionnelle pour se retrouver.
Son succès ne se résumera pas aux
nombres de manifestants, il faudra
regarder toutes les actions, y compris au niveau local. Il nous faut
aussi inventer de nouvelles formes de lutte. Par exemple, les
personnels hospitaliers ne peuvent pas manifester : ils pourraient porter des blouses noires.
Ne voulez-vous pas aussi
jouer la surenchère
alors que
les élections dans
la fonction publique
approchent ?
Non, cela ne pèse
pas. Il n’y a pas de
surenchère des luttes syndicales à
l’approche
des
élections du 6 décembre. D’ailleurs,
les fonctionnaires se
sont déjà mobilisés
ces derniers mois.
Craignez-vous
de perdre votre place
historique de premier
syndicat de France,
privé et public confondu, à l’issue
des élections dans la fonction
publique ? Seulement 20 000 voix
vous séparent de la CFDT…
Évidemment, c’est important
d’être le premier syndicat. Mais le
plus important est de porter nos
projets à l’occasion de ces votes et
lors des élections comme celles à la
SNCF qui auront lieu 15 jours plus
tôt. La CGT a un retard d’implantation dans le privé : nous sommes
présents dans moins d’entreprises
que la CFDT, si bien que 500 000
salariés n’ont pas la possibilité de
voter pour nous alors qu’ils l’ont
pour la CFDT. Nous avons aussi un
retard dans certaines collectivités
locales. Nous travaillons à développer notre implantation. Cela
avance mais pas assez vite. La raison d’être du syndicat est d’être
sur le terrain, auprès des salariés. Il
y a aussi la répression syndicale comme à la SNCF ou dans les secteurs de l’énergie - qui ne donne
pas envie de se syndiquer CGT.
Pourquoi accepter d’aller
à la négociation sur l’assurancechômage, alors que vous
n’avez aucune intention,
vu votre positionnement,
de signer un éventuel accord ?
Nous y allons car nous sommes très
attachés à la négociation interprofessionnelle. Tout ne peut pas être
négocié au niveau de la branche ou
de l’entreprise. Nous y allons aussi
parce que nous avons des propositions, comme le maintien des cotisations, leur déplafonnement pour
les hauts salaires et l’imposition
d’un malus sur les cotisations patronales en vue de lutter contre les
contrats courts. Tous les privés
d’emploi devraient être indemnisés, et non un sur deux comme
aujourd’hui. Pour nous, il est hors
de question de s’enfermer dans le
cadre fixé par le gouvernement, qui
demande entre 3 et 4 milliards
d’euros d’économies sur trois ans.
Nous irons à la première séance et
verrons ensuite ce que nous ferons.
On est en train de vivre un changement fondamental de notre modèle
social créé en 1945, basé sur la solidarité. La baisse des recettes avec
les multiples exonérations de cotisations n’a pas fait baisser le chômage. Et maintenant, on nous demande de diminuer les dépenses
pour revenir à l’équilibre. Le coup
du pouvoir d’achat du gouvernement, c’est du pipeau : ce que vous
ne cotisez pas aujourd’hui, vous allez le payer un jour. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
lundi 8 octobre 2018
27
Sécu : quand une réforme de simplification fait des couacs
La nouvelle protection universelle maladie a désaffilié, à leur insu, certains ayants droit du régime général.
31
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
décembre
2019
Date à laquelle
le statut d’ayant
droit majeur de
l’Assurance-maladie
disparaîtra
SOCIAL Mauvaise surprise pour
certains assurés du régime général
de l’Assurance-maladie. Affiliés
en tant qu’ayant droit d’un
conjoint, ils se sont brusquement
retrouvés… désaffiliés sans avoir
été prévenus. C’est la mésaventure survenue à Danièle, 74 ans, qui
s’est retrouvée du jour au lendemain sans carte Vitale. « J’étais
depuis des années sur la carte Vitale
de mon mari en tant qu’ayant droit
mais, en me connectant au site
Ameli, je me suis rendu compte que
je n’apparaissais plus, explique
cette retraitée. La Sécu m’a répondu qu’il fallait que je demande désormais ma propre carte Vitale,
avec mon numéro personnel reçu
lorsque j’étais adolescente. » Au
bout de deux mois, et d’un certain
nombre de démarches (coups de
fil, envoi du formulaire d’affiliation S1110, obligation d’avoir une
adresse mail personnelle, réception d’un code par courrier, etc.),
la situation est finalement rentrée
dans l’ordre. « Heureusement que
je n’étais pas malade ! Mais j’avais
des prises de sang à faire que j’ai dû
repousser », soupire cette habitante de Montpellier, qui est loin
d’être la seule dans ce cas, comme
en témoignent des dizaines de
femmes sur les forums de discussion mais sans qu’on puisse en
chiffrer le nombre exact.
Le plus cocasse est que ces péripéties sont dues à une volonté de
simplification entérinée lors du
quinquennat Hollande ! Créée par
la loi de financement de la Sécurité
sociale de 2016, la protection universelle maladie (PUMa) vise à ce
que toute personne majeure sans
activité professionnelle ait droit à
la prise en charge de ses frais de
santé, à titre personnel, dès lors
qu’elle réside en France de manière stable et régulière. Les femmes,
qui constituent l’immense majorité des ayants droit adultes, allaient
ainsi gagner en « indépendance »
en devenant assuré de plein droit,
se félicitait alors le ministère des
Affaires sociales dirigé par Marisol
Touraine.
Surtout, la PUMa devait remplir quatre objectifs : « Simplifier
la vie des assurés, assurer la conti-
nuité des droits, réduire au strict
nécessaire les démarches administratives et garantir davantage
d’autonomie et de confidentialité à
tous les assurés. »
la PUMa est d’avoir remplacé la
CMU de base. Or pour les bénéficiaires de l’ex-CMU, l’ouverture
des droits a bel et bien été simplifiée puisqu’elle est désormais sans
limite de durée alors qu’ils devaient auparavant les renouveler
tous les ans ou tous les trois ans.
Pour ces derniers, la simplification administrative est donc réelle et se ressent dans les Caisses
primaires d’Assurance-maladie
(CPAM). La PUMa aurait ainsi,
d’après un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales
(Igas), « grandement contribué »
à désengorger les CPAM, qui ont
enregistré une diminution significative des contacts téléphoniques (- 10 %) et physiques
(- 17 %) entre 2015 et 2016. ■
Bilan globalement positif
Pour assurer cette gestion personnalisée des droits, la PUMa a prévu
la disparition du statut d’ayant
droit majeur (mais pas mineur) au
31 décembre 2019. Mais il appartient, au préalable, aux assurés sociaux de faire les démarches administratives pour effectuer leur
affiliation personnelle. Sauf que
nombre des personnes concernées
n’en ont pas été informées.
Au final, le bilan de la démarche est pourtant positif. De fait,
une des autres caractéristiques de
La taxation du numérique franchit une étape
Aiguillonnés par Paris, l’Allemagne et quatre pays d’Europe centrale veulent boucler un accord d’ici à la fin 2018.
déplacement en Slovaquie, pays de
la zone euro qui est « une vraie base
arrière de l’industrie allemande »,
rappelle au passage un diplomate.
Les deux ministres se sont entretenus pendant une heure lors d’un
authentique tête-à-tête – sans un
seul conseiller.
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
STRBSKE PLESO (SLOVAQUIE)
BRUNO LE MAIRE,
MINISTRE
DES FINANCES,
DANS LA
« SÜDDEUTSCHE
ZEÏTUNG »,
LE 1ER OCTOBRE
»
Clause d’extinction
Pour lever les réticences d’Olaf
Scholz, Bruno Le Maire a, entre
autres, proposé une clause dite
d’extinction. Il s’agit de garantir
que cette taxe européenne sur le
chiffre d’affaires disparaîtra dès
qu’une solution internationale pérenne sera en place. Aussi le ministre français était-il satisfait lorsque
vendredi soir, devant la presse,
Olaf Scholz a déclaré être « d’accord pour avoir une solution européenne cette année » en soulignant
qu’il n’est « pas acceptable que des
grandes compagnies fassent de gros
profits sans donner leur part d’impôts ».
Des points de détail sur la prise en
compte des recettes publicitaires
des géants du Web et les places de
marché comme Amazon restent à
régler. Dublin, et dans une certaine
mesure, Malte ou Luxembourg devront encore se rallier au projet de
taxation du numérique. Mais l’engagement plus marqué de Berlin et
celui des quatre de Visegrad marquent une étape sur un dossier suffisamment grand public, veut croire
Bruno Le Maire, pour montrer que
l’Europe sait avancer et protéger ses
intérêts. ■
TOMAS HALASZ/GLOBSEC
2018
«
Nos
concitoyens
ne nous
pardonneront
aucun délai
supplémentaire (sur)
la taxation
des géants
de l’Internet
EUROPE C’est au pied des montagnes des Tatras, en Slovaquie, au
bord d’un lac glaciaire, que le dossier de la « taxation des Gafa », a
franchi un pas, vendredi. « D’ici la
fin de l’année, il y aura une décision
sur la taxation du numérique », a assuré le ministre français des Finances. Bruno Le Maire participait à la
septième édition de Globsec, une
conférence inspirée du Forum de
Davos, à échelle bien plus modeste,
centrée sur les quatre pays de Visegrad : Slovaquie, République tchèque, Pologne et Hongrie.
La Commission européenne a
proposé en mars dernier de mettre
en place, sans attendre un accord
international plus vaste dans le cadre des travaux menés par l’OCDE,
une taxe intérimaire (de 3 %) sur le
chiffre d’affaires des grands groupes
du numérique (plus de 750 millions
d’euros de chiffre d’affaires mondial et 50 millions d’euros de recettes en Europe). Comme souvent
dans l’Union européenne, de l’intention affichée à la mise en œuvre,
il y a un gouffre. L’Irlande, qui a accueilli Google et Apple sur son territoire avec un régime fiscal très attractif, est hostile au projet de
taxation. Le Luxembourg aussi a
manifesté sa réticence. Mais surtout, la première économie de
l’Union, l’Allemagne, se montrait
ces derniers mois très frileuse. En
Le ministre des Finances Bruno Le Maire (à droite), vendredi à la conférence Globsec, en Slovaquie, avec ses
homologues allemand Olaf Scholz (2e en partant de la droite) et slovaque Peter Kazimir (2e en partant de la gauche).
taxant les géants américains du numérique, Berlin redoute des mesures de rétorsion sur son industrie
automobile.
L’unanimité étant requise en matière de fiscalité, autour de la table
de l’UE, pour rallier les derniers opposants à une mesure, il convient de
bâtir des coalitions. C’est ce qu’a
entrepris Bruno Le Maire. Le ministre des Finances, qui a commencé sa
carrière au Quai d’Orsay, en bon diplomate, sait que les « petits » pays
sont sensibles à l’attention qu’il leur
est porté, telle la présence à ce forum des Tatras. Autre geste pour se
concilier les pays d’Europe centrale, Paris a par exemple pesé pour
que Prague obtienne une dérogation réclamée de longue date sur
une disposition concernant la TVA.
Et c’est ainsi que les quatre de Visegrad, représentés par leurs ministres des Finances respectifs, ont signé vendredi à Strbske Pleso une
déclaration commune réclamant
« une solution européenne » sur la
taxation du numérique, aussi vite
que possible. Pour travailler son
flanc allemand, Bruno Le Maire
avait pris à témoin l’opinion publique d’outre-Rhin. Dans une interview accordée la semaine dernière à
la Süddeutsche Zeïtung, le ministre
français insistait : « Nous devons
avancer vite », car « nos concitoyens
ne nous pardonneront aucun délai
supplémentaire (notamment sur) de
la taxation des géants de l’Internet ».
Cible de cette adresse relayée par
la Süddeutsche, son homologue allemand Olaf Scholz avait aussi fait le
La banque UBS en procès à Paris pour fraude fiscale
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
6
semaines
La durée
du procès de la banque
UBS, qui prendra
fin le 15 novembre
FINANCE C’est un procès hors
norme qui s’ouvre ce lundi au tribunal correctionnel de Paris.
UBS, la première banque helvétique, comparaît pour « démarchage illicite » et « blanchiment aggravé de fraude fiscale ». Sa filiale
française est jugée pour « complicité » de ces mêmes délits. Six
hauts responsables de la banque,
en France et en Suisse, sont aussi
sur les bancs des prévenus, aux
côtés des deux sociétés.
Le géant mondial de la gestion
de fortune est soupçonné d’avoir
développé, entre 2004 et 2011,
un vaste système de démarchage
de riches clients français pour
qu’ils ouvrent un compte en
Suisse, alors qu’il n’était pas
habilité à intervenir sur le territoire français.
Pour les juges d’instruction, UBS
a mis en place « pour ses clients résidents fiscaux français une série de
services, procédés ou dispositifs
destinés à dissimuler, placer ou
convertir sciemment des fonds non
déclarés », via notamment « des
sociétés offshore, des trusts ou des
fondations ». Les montants en jeu
sont impressionnants : le parquet
national financier (PNF) les évalue
à environ 10 milliards d’euros. Des
sommes que conteste UBS.
La banque est aussi accusée
d’avoir masqué les mouvements
de capitaux illicites entre la France
et la Suisse derrière une double
comptabilité baptisée en interne
les « carnets de lait ». Un système
dénoncé par d’anciens salariés,
dont Nicolas Forissier, ex-responsable de l’audit interne d’UBS
France, mais que réfute la défense
d’UBS, qui assure qu’il s’agissait
d’un simple outil d’évaluation des
performances des banquiers. Le
procès, qui doit se tenir jusqu’au
15 novembre, est autant celui
d’UBS que celui d’une époque
combattue depuis la crise financière de 2008. Cela a d’ailleurs
abouti à l’adoption par les pays du
G20 et de l’OCDE du principe de
l’échange automatique des données entre États. Une mesure que
plus de 90 pays se sont engagés à
adopter en 2018, ce qui, sur le papier, a signé la fin du secret bancaire suisse.
Lourdes peines encourues
Ce procès est aussi l’épilogue judiciaire de six années de procédures
(regroupées dans 30 tomes) et
d’investigations. « UBS aura enfin
la possibilité de répondre aux allégations souvent infondées et fréquemment diffusées sous la forme de
fuites dans les médias, en violation
manifeste de la présomption d’inno-
cence et du secret de l’instruction »,
s’est défendue la banque helvétique, vendredi. Dans le même
temps, la défense des huit prévenus a dénoncé un « procès en
sorcellerie » et une procédure « déloyale » en violation des conventions internationales. Leurs avocats entendent présenter plusieurs
questions préalables de constitutionnalité (QPC) et toute une série
d’exceptions de nullité qui devraient occuper le tribunal pendant la première des six semaines
d’audiences prévues.
L’affaire judiciaire a connu de
nombreux rebondissements. Elle a
débuté en 2011 avec l’ouverture
d’une enquête préliminaire par le
parquet de Paris à la suite d’un
courrier anonyme envoyé au gendarme des banques (ACP) évoquant les pratiques commerciales
d’UBS en France. En 2013, l’ACP
inflige une amende record de
10 millions d’euros à la branche
française pour « laxisme » dans le
contrôle des pratiques commerciales. L’année suivante, UBS a été
placée sous contrôle judiciaire
avec l’obligation de verser une
caution de 1,1 milliard d’euros.
En 2017, la banque n’est pas parvenue à trouver un accord financier avec le parquet national financier français pour éviter un
procès. Contrairement à une filiale
suisse de HSBC, également accusée
d’avoir aidé des contribuables
français à frauder le fisc, qui a accepté de payer 300 millions
d’euros pour mettre fin aux poursuites. UBS encourt pourtant de
lourdes peines. De fait, les amendes pourraient atteindre jusqu’à la
moitié de la valeur des fonds sur
lesquels ont porté les opérations de
blanchiment présumé et donc
s’élever à plus de 4 milliards
d’euros ! ■
A
La justice soupçonne le géant suisse de la gestion de fortune d’avoir mis en place entre 2004 et 2011
un vaste système de démarchage de riches clients français. Le procès s’ouvre ce lundi à Paris.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
28
ENTREPRISES
Naval : l’alliance franco-italienne au point mort
La France ne veut pas engager Naval Group dans une fusion irréversible avec l’italien Fincantieri.
DÉFENSE Un an après avoir été annoncée, l’alliance franco-italienne
dans la construction navale est dans
l’impasse. Fincantieri n’a pas encore
pris le contrôle des Chantiers de
l’Atlantique, leader des paquebots
de croisières.
L’ex-STX France a été nationalisé
le 10 juillet dernier. L’État a racheté
les 66 % que détenait le sud-coréen
STX pour porter sa participation à
100 %. La situation est provisoire.
Fincantieri doit racheter 50 % du
capital pour 59,7 millions d’euros et
recevoir 1 % supplémentaire dans le
cadre d’un prêt de douze ans. Selon
nos informations, ce projet est suspendu au feu vert des autorités de la
concurrence française et allemande,
qui ont été jugées par l’Agence des
participations de l’État, en concertation avec Bruxelles, compétentes
pour traiter le dossier au niveau
national.
En revanche, le volet militaire qui
prévoit une alliance entre Naval
Group et Fincantieri est au point
mort. « Les relations difficiles avec le
gouvernement italien n’aident pas
mais il y a une divergence de position
qui n’est pas liée au changement de
gouvernement en mars 2018 », assure un bon connaisseur du dossier. La
France soutient une approche par
étapes, décrite dans le projet industriel présenté par Naval Group le
10 juillet dernier, avec la création
d’une joint-venture chapeautant
des activités mises en commun, de
la recherche au numérique, en passant par les achats ainsi que l’export
afin de dégager des synergies et de
gagner en compétitivité face à la
concurrence agressive des Chinois
ou des Russes. L’objectif est de faire
grandir la coentreprise dans le
temps, notamment à la faveur de
nouveaux programmes. Le modèle
est l’alliance Renault-Nissan.
Construction d’une
frégate multimission
Fremm dans l’usine
Naval Group, à Lorient.
NAVAL GROUP
t-on à Bercy. Pour le ministère des
Armées, plus nuancé, « toute la
question est de savoir où l’on place le
curseur ». La France ne veut pas
d’une fusion obligatoire. « Elle laisserait l’activité sous-marins de Naval
Group orpheline. Elle ne pourrait
prendre corps en l’absence de nouveaux programmes structurants. Elle
n’apporterait que des synergies de
volume dans les bateaux de surface
alors que l’élément de différenciation
dans le naval, c’est la technologie »,
explique un observateur averti.
pays asiatiques comme la Chine ou
la Corée, mais aussi de nouveaux
entrants comme la Turquie. Celui
qui refusera la consolidation se retrouvera au fond de l’eau !
La hausse des budgets de défense
en Europe ainsi que le lancement de
nouveaux programmes navals sont
des facteurs majeurs pour la consolidation de l’industrie. Mais en matière d’armement, la dimension
politique est très importante. Or,
l’absence de politique étrangère et
de défense commune handicape
l’Europe et freine les regroupements entre industriels. Emmanuel
Macron joue un rôle moteur pour
« faire bouger » l’Europe.
succès. Mais la consolidation ne
s’arrêtera pas là. Nous passerons de
dix à cinq puis trois ou deux acteurs. Cela prendra du temps car le
naval est une industrie lourde, dont
l’histoire est étroitement liée à celle
des pays. Nous ne sommes pas dans
le monde des start-up !
J’estime que rien ne se fera sans un
rapprochement entre la France et
l’Allemagne, qui sont les seules nations continentales à maîtriser, via
leurs champions, la technologie ultracomplexe des sous-marins. Privinvest entend jouer un rôle dans
cette consolidation.
Tentatives avec Berlin
L’Italie et, en particulier le patron de
Fincantieri, Giuseppe Bono, soutient
une autre approche : une fusion rapide sur le modèle d’Airbus. « Nous
ne voulons pas de ce projet », lâche-
Autre inquiétude, le rôle et la place
des équipementiers stratégiques - le
français Thales et l’italien Leonardo
- dans cette alliance.
Certains estiment que la France
devrait nouer une alliance avec
l’Allemagne à l’instar de celles engagées dans les blindés et l’aviation
de combat du futur. « Nous avons
essayé ces vingt dernières années. En
vain. Le gouvernement Macron est
prêt à parler naval de défense avec
l’Allemagne, mais il ne se passe rien
malgré la mauvaise forme de TKMS,
leur champion national », relève-ton à Paris.
Malgré les divergences francoitaliennes, le dialogue se poursuit
au sein des deux groupes de travail
mixtes. « Naval Group et Fincantieri sont déterminés à ne pas lâcher le
morceau. » La question de l’accompagnement actionnarial du projet
ne relève pas d’eux mais des politiques. Les deux États sont les actionnaires majoritaires des deux groupes », insiste un proche des deux
industriels. ■
V. GD
Safa : « Rien ne se fera
sans rapprochement entre
la France et l’Allemagne »
encore mieux aux exigences du ministère fédéral allemand.
PROPOS RECUEILLIS PAR
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
Dans un entretien exclusif au
Figaro, Iskandar Safa, PDG du
groupe Privinvest, qui détient les
Constructions mécaniques de
Normandie en France, estime que
la consolidation de l’industrie navale européenne passera par une
alliance entre la France et l’Allemagne.
LE FIGARO. – Via German Naval
Yard, Privinvest est sur les rangs
pour gagner un gros contrat
d’équipement de frégates
multimissions en Allemagne.
Quel est le calendrier ?
Iskandar SAFA. – Le gouvernement allemand devrait désigner le
vainqueur de la compétition début
2019. Nous ne sommes plus que
deux : German Naval Yard, qui est
le seul chantier allemand en lice
depuis l’éviction de TKMS et de
Lursen, et le néerlandais Damen. Il
s’agit de la plus importante commande passée par la marine allemande depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale. D’une valeur de
5 milliards d’euros au total, elle
comporte une première tranche de
4 milliards pour la fourniture de
quatre frégates multimissions de
classe MKS 180.
Le 3 août dernier, nous avons signé
un accord de sous-traitance avec
TKMS, dont les ingénieurs vont apporter leur expertise notamment
dans le cadre de l’intégration du
système d’armes. Dans le passé,
nous avons déjà collaboré avec
succès, et l’alliance de nos compétences nous permet de répondre
Êtes-vous intéressé par l’activité
navires de surface
de Thyssenkrupp ?
La situation est en train d’évoluer
en Allemagne, où nous employons
plus de 1 000 personnes dans trois
chantiers navals. Via TKMS, Thyssenkrupp se concentre surtout, et
cela depuis des années, sur son activité de sous-marins. Il n’a plus de
chantier de navires de surface mais
il a conservé des bureaux d’études.
Si Thyssenkrupp mettait en vente
cette activité, alors nous serions sur
les rangs pour la racheter.
Êtes-vous en concurrence frontale
avec le français Naval Group ?
Nous avons de très bonnes relations
avec Naval Group avec lequel nous
présentons des offres communes
sur certains marchés, au MoyenOrient par exemple. Nous sommes
très complémentaires. Sur certains
segments de marché, comme les
patrouilleurs hauturiers, nous sommes en concurrence avec Kership,
la société commune créée par Naval
Group et les chantiers Piriou.
Avec ses implantations
européennes, notamment
en France et en Allemagne,
Privinvest pourrait-il être une
alternative à l’alliance entre Naval
Group et l’italien Fincantieri,
qui paraît encalminée ?
La consolidation des chantiers navals européens – l’Europe compte
encore une dizaine de grands acteurs - est une certitude. Nous
n’aurons pas d’autre choix si nous
voulons faire face à la compétition
internationale des États-Unis et de
Iskandar Safa,
PDG du groupe
Privinvest, leader
mondial des navires
militaires de petits
et moyens tonnages
et des méga-yachts.
SABRINA ROUILLÉ/
PHOTOPQR/OUEST
5
milliards
d’euros
Montant du futur
contrat historique
de la Marine allemande
Faut-il privilégier l’axe francoitalien ou l’axe franco-allemand,
à l’instar de l’alliance
dans les blindés et dans l’aviation
de combat ?
Tous les scénarios sont sur la table.
J’espère que l’alliance entre Fincantieri et Naval Group sera un
Les principaux groupes de construction navale civile et militaire en Europe
EFFECTIFS, en milliers de salariés ET...
...CHIFFRES D’AFFAIRES 2017, en milliards €
5 milliards d’euros
19,5
Holding libanaise présente en Europe
avec notamment :
3,7
13,4
Constructions mécaniques
de Normandie ( 350 salariés)
German Naval Yard ( 1 000 salariés)
2
1,5
10
3,6
1,3
1
2,7
0,85
0,71*
0,62
0,13
1,6
2,3
Lurssen
Navantia
NC
Naval group
Damen
TKMS
Chantiers Privinvest
de l’Atlantique**
NC
Sources : sociétés
**ex-STX France
*estimations
1
BAE Piriou
systems
A
Fincantieri
Infographie
En France, comment se passe
la modernisation de vos chantiers
installés à Cherbourg ?
Nous modernisons les chantiers
depuis que mon groupe les a rachetés, en 1992 ! C’est un processus
continu. Nous y avons investi plus
de 100 millions d’euros depuis le
rachat afin de leur donner la flexibilité nécessaire pour évoluer sur
un marché très cyclique. Les
Constructions mécaniques de Normandie (CMN) sont tournées vers
l’exportation, qui représente 90 %
de leur activité. Les CMN appartiennent à un groupe, Privinvest,
qui est à la tête d’un carnet de commandes valorisé à 3,5 milliards
d’euros. Mais le chantier de Cherbourg, c’est aussi 350 employés à
temps plein, des sous-traitants
ainsi que des retombées importantes pour l’économie régionale.
Nous avons déjà équipé plus de quarante marines dans le monde. Les
CMN profitent de ces contrats car
nous faisons jouer les synergies au
sein du groupe. Il y a un peu plus de
deux ans, les CMN avaient été retenues par l’Arabie saoudite à l’issue
d’une compétition avec d’autres
chantiers français. Le marché, évalué à 600 millions de dollars, porte
sur la construction de 39 intercepteurs de type HSI 32. Une partie serait réalisée à Cherbourg, l’autre en
Privinvest,
holding industriel
Holding industriel créé en 1989
par Iskandar Safa, Privinvest
a investi dans les chantiers navals
et la logistique. Il emploie plus de
2 000 personnes, réalise un chiffre
d’affaires annuel de 1,5 milliard
d’euros. Il est leader mondial
des navires militaires de petits
et moyens tonnages et des mégayachts. Privinvest a livré plus
de 2 000 navires à 40 marines
dans le monde.
Dans les années 2000, Privinvest,
via sa filiale Abu Dhabi Mar, s’est
développé en aidant notamment
le Koweït à reconstruire sa marine
après la guerre contre l’Irak.
Le groupe a équipé une partie de la
flotte du Qatar et celle des Émirats
arabes unis. En Europe, il détient
trois chantiers navals en Allemagne
et a racheté en France, les
Constructions mécaniques
de Normandie (CMN). Spécialiste
des corvettes légères Combattante
et des patrouilleurs, CMN construit
aussi des trimarans militaires
et des méga-yachts. Son dernier
coup d’éclat : la construction du plus
grand yacht à voile au monde.
Avec ses 12 600 tonnes, ses 3 mâts
en composite de 100 mètres de haut
et ses 143 mètres de long, le Sailing
Yacht a fait sensation à Cannes,
où il a largué les amarres, pendant
le festival, en mai 2018.
V. GD
transfert de technologie. Plus largement, nos succès à l’international
confirment le sérieux de notre groupe et la pertinence de sa stratégie de
développement sur le segment des
bateaux de petits et moyens tonnages (où nous avons une position de
leader mondial), ainsi que sur celui
des corvettes et des frégates. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin , directeur éditorial du Big Bang du Figaro
ÉCONOMIE 29
Chercher à comprendre
D
ans l’industrie
et les services, les
entreprises même les
mieux installées ont
la frousse de rater
une révolution technologique, de se
faire ubériser par un concurrent
innovant ou par une start-up venue
de nulle part. Le monde de la santé
ne fait pas exception. L’intelligence
artificielle et le big data ouvrent
de formidables opportunités
aux start-up et aux géants du
numérique de venir troubler
les sociétés de services
et les medtechs. Les médecins
eux-mêmes s’interrogent sur la
concurrence de ces machines et
algorithmes qui chaque jour sont
plus performants pour réaliser
des actes chirurgicaux,
diagnostiquer des maladies,
collecter des données médicales
et même faciliter la prise de rendezvous chez un professionnel…
Le robot ne remplacera pas aussi
facilement les médecins
que les chauffeurs de taxi, mais la
lundi 8 octobre 2018
révolution numérique de la santé
est en marche. Le troisième Big
Bang Santé du Figaro qui se tiendra
le 18 octobre prochain est l’occasion
de plonger dans quatre
transformations radicales.
La promesse de la médecine de
l’infiniment petit, autrement appelée
nanomédecine. Une place de choix
sera aussi consacrée à la e-santé
et la médecine à domicile. Autre big
bang au menu de cette journée :
l’intelligence artificielle. Jusqu’où
va-t-elle bouleverser l’industrie de
la santé et la pratique
de la médecine ? Quatrième temps
fort : l’homme numérique,
mi humain-mi robot.
Je cherche à comprendre… est
le titre d’un des derniers ouvrages
de Joël de Rosnay. Une invitation
à la curiosité, à l’étude, à la réflexion,
à porter un regard sur notre monde
en plein bouleversement
qui ne laisse personne indifférent.
Chercher à comprendre,
c’est pleinement l’ambition
des Big Bang du Figaro.
E-SANTÉ
Santé à domicile : les géants
du numérique à la manœuvre
L’annonce a fait le buzz lors de la
dernière conférence d’Apple en
septembre : la nouvelle montre
connectée du géant de Cupertino
sera équipée de capteurs capables
de contrôler le rythme cardiaque,
ce qui en fera, en pratique, un
électrocardiogramme qu’on portera au poignet. L’Apple Watch
pourra également détecter les
chutes et prévenir les secours.
« Le gardien intelligent de votre
santé », résume la firme à la pomme, qui a obtenu une précieuse
certification de la part de la
Food and Drug Administration
(FDA, agence américaine du
médicament) .
Voilà donc une étape de plus
franchie dans la course à l’e-santé
où s’est engagée l’industrie numérique – un eldorado au potentiel économique immense. Signe
des temps, tous les géants du Web
sont de la partie. Via sa filiale Verily, Google compte surveiller
pendant quatre ans la santé de
10 000 volontaires avec des dispositifs à distance (analyse du sommeil, des excréments, etc.) afin de
découvrir des corrélations et des
facteurs de risque de maladies.
Microsoft a présenté un plan pour
vaincre le cancer avant 2026, tandis que le patron de Facebook,
Mark Zuckerberg, veut carrément
éradiquer la totalité des maladies
avant la fin du siècle… Pour l’heu-
re, la santé à domicile a un impact
plus modeste mais tangible : elle
permet aux médecins de suivre à
distance les malades chroniques
qui n’ont plus besoin de se rendre
en permanence à l’hôpital. La téléconsultation via un ordinateur
ou un smartphone, désormais
remboursée par la Sécurité sociale, relève de ce mouvement.
L’heure est à la santé connectée,
un marché qui pèsera 4 milliards
d’euros en France d’ici deux ans
d’après le bureau d’études Xerfi.
Les futurologues voient déjà
poindre, dans les années et décennies qui viennent, des patchs
intelligents, des « cyberpilules »
et autres pancréas bioniques, voire un bracelet capable de détecter
et de détruire les cellules cancéreuses ! Mais le gros de l’offre se limite aujourd’hui à des produits
moins sophistiqués qui relèvent
plus souvent du bien-être que des
soins, à l’instar des appareils de
mesure de la qualité de l’air dans
votre domicile ou des balances qui
envoient les résultats sur votre
smartphone.
La maturation du secteur prendra du temps. « C’est un peu comme les débuts de l’Internet dans les
années 1990 : la valeur d’usage
perçue par les utilisateurs est relativement faible », concède Julien
Maldonato, spécialiste de l’innovation au cabinet Deloitte. « Les
gens achètent un bracelet connecté
mais bien souvent ils le mettent au
placard au bout de quelques semai-
nes », renchérit le docteur Laurent Alexandre, fondateur du site
Doctissimo. « Beaucoup de malades se nourrissent mal, ne respectent pas bien leur traitement et ce
n’est pas l’électronique qui va
changer leur comportement. Regardez en Amérique, les gadgets
d’e-santé cartonnent mais le taux
d’obésité n’a pas diminué », poursuit le spécialiste. Pour être efficaces, ces dispositifs devront s’inscrire dans un véritable suivi
médical avec un médecin de référence.
Les futurologues
voient déjà poindre
des patchs intelligents,
des « cyberpilules »
et autres pancréas
bioniques
Si elle ne fait pas le poids face
aux États-Unis, la France peut
s’appuyer sur des ingénieurs et
des médecins compétents et n’a
pas à rougir de ses performances.
Des sociétés comme Withings ou
Netatmo (la première fabrique des
balances, montres et capteurs de
sommeil et la seconde des bracelets connectés et autres détecteurs
de qualité de l’air) sont parvenues
à se faire un nom au-delà de leurs
frontières. Elles rencontrent un
certain succès à l’étranger, notamment lors d’événements
« tech » comme le Consumer
Electronic Show de Las Vegas.
Dans leur sillage, la start-up
Dreem a levé fin juin 35 millions
de dollars pour développer et exporter son bandeau d’assistance
au sommeil ; le groupe américain
Johnson & Johnson, numéro trois
mondial des laboratoires pharmaceutiques, a participé au tour de
table. Sanofi a quant à lui conçu
un dispositif de télémédecine pour
adapter les doses d’insuline des
diabétiques, qui a été validé par
les autorités sanitaires en 2016.
Une première en France, qui devrait en appeler d’autres. Les pouvoirs publics se mobilisent pour
soutenir le mouvement. Ainsi la
ville de Nice, qui a fait de la « silver économie » (l’économie du
troisième âge) un cheval de bataille, a installé un appartement
témoin dans lequel les entrepreneurs de la santé peuvent expérimenter leurs solutions.
Reste que les géants du numérique disposent d’une puissante
force de frappe financière, de juristes et de lobbyistes aguerris, de
serveurs et d’algorithmes capables de tirer parti des grands volumes de données captées chez les
patients. Mais la menace concurrentielle vient plus encore de
l’Est. « En Chine, où la réglementation est moins sévère, les entreprises avancent très vite et les produits
sont beaucoup plus compétitifs
qu’en Occident », relève Julien
Maldonato. Il suffit d’observer ce
qui se passe dans la domotique, où
la société Xiaomi propose un thermostat connecté à 12 euros quand
son homologue américain Nest est
dix fois plus cher, pour anticiper
une guerre des prix impitoyable
dans l’e-santé. La pépite chinoise
a d’ailleurs lancé son tensiomètre
connecté et ne compte pas s’arrêter là. « On peut imaginer qu’un
jour Xiaomi ou un autre acteur
chinois propose une douche ou une
cabine de toilette bourrée de capteurs qui analysera au quotidien
vos paramètres de santé », imagine
Julien Maldonato. Les données
collectées pourraient alors être
agrégées, anonymisées et revendues à des professionnels de santé
ou à des entreprises privées.
Les acteurs de la santé connectée ont face à eux deux défis majeurs à relever. Ils devront d’une
part concevoir des dispositifs faciles à comprendre et à utiliser, sachant que le gros du marché
concerne des malades chroniques
âgés et peu enclins aux nouvelles
technologies. Il leur faudra par
ailleurs être irréprochables sur la
sécurisation des informations, sachant que 60 % des patients craignent pour leur vie privée et la
confidentialité de leurs données
(sondage OpinionWay de mars
2018). Les piratages de dossiers
médicaux dans des hôpitaux sonnent comme des avertissements.
Sans parler d’un scénario noir,
celui d’un hacking de pompes à
morphine ou de pacemakers
connectés. ■
La nouvelle Apple
Watch Series 4 est
équipée de capteurs
capables de contrôler
le rythme cardiaque.
A
THOMAS LESTAVEL £@Lestavelt
JIM WILSON/NYT-REDUX-REA
Grâce aux objets
connectés,
les médecins
peuvent suivre
à distance l’état
de santé de leurs
patients. Les
Gafam et leurs
équivalents
chinois
investissent
lourdement
dans ce secteur
d’avenir.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
30 LE BIG BANG SANTÉ
BIG DATA
L’intelligence artificielle
peu à peu incontournable dans la santé
Elle se montre très performante dans la reconnaissance automatique d’images. Les algorithmes de séquençage
du génome ouvrent la voie à une médecine prédictive et personnalisée.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
Mille milliards de données : voilà la
quantité phénoménale d’informations que pourrait contenir votre
dossier médical vers 2030 si on en
croit les prédictions du chirurgien et
essayiste Laurent Alexandre. Chiffre
difficile à prouver, mais une chose
est sûre, le développement des objets connectés et les progrès de la génomique vont engendrer une masse
de données considérable dont vont
se délecter les algorithmes d’intelligence artificielle (IA).
La recherche de corrélations par
des machines de plus en plus puissantes permettra aux médecins de
mieux détecter les symptômes et
prévoir le déploiement des maladies, mais aussi aux chercheurs
d’anticiper les effets secondaires des
médicaments lors des essais cliniques. « L’IA va faire gagner du temps
aux professionnels de santé tout en
améliorant la qualité des soins pour
les patients », résume Isabelle Vitali,
directrice innovation chez Sanofi.
L’IA n’en est qu’à ses débuts mais
fait déjà ses preuves dans la médecine de diagnostic, à commencer par
l’imagerie médicale et la dermatologie. « La reconnaissance automatique
d’images aide l’œil du praticien à détecter les problèmes, comme l’a fait le
microscope à son époque. C’est l’ère
du médecin augmenté », explique Julien Maldonato, spécialiste en innovation au cabinet Deloitte. La technologie commence même déjà à
s’affranchir de l’homme. En avril
dernier, la Food and Drug Administration aux États-Unis a ainsi autorisé une IA à formuler un diagnostic
sans être supervisée par un médecin, en l’occurrence pour dépister la
rétinopathie diabétique. « L’université de Stanford a démontré que l’IA
était meilleure que les dermatologues
pour détecter certains mélanomes »,
ajoute Clément Goehrs, cofondateur
Examen d’un grain
de beauté suspect sur
une jeune femme. Grâce
à la reconnaissance
automatique d’images,
l’intelligence artificielle
fait déjà ses preuves
dans la médecine
de diagnostic,
à commencer
par l’imagerie médicale
et la dermatologie.
GORDANA SERMEK STOCK.ADOBE.COM
de la start-up Synapse. « Demain
vous pourrez prendre en photo un
grain de beauté suspect avec votre
smartphone et une application vous
délivrera immédiatement son analyse », prédit l’entrepreneur dont la
société a conçu un outil d’aide à la
prescription qui fait gagner du
temps aux médecins et favorise le
bon usage des médicaments.
Bien sûr les progrès ne sont pas linéaires. La technologie Watson a
d’ailleurs fait l’objet de critiques sévères de plusieurs hôpitaux américains quant à ses recommandations
incorrectes dans le traitement du
cancer. Mais cela ne change pas le
sens de l’histoire. La filiale Verily de
Google sait déjà réaliser un bilan
cardiovasculaire fiable à partir de la
photographie d’un fond d’œil. À
l’avenir, les algorithmes vont s’avérer bien utiles pour lutter contre les
épidémies. Ils seront capables de re-
pérer en quasi-temps réel la propagation d’une maladie à partir des
masses de données brassées sur le
Web : par exemple, les mots-clés
« grippe » ou « mal à la gorge » sur
les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, ou bien les articles de
presse régionale relayés sur Twitter.
Les autorités sanitaires pourraient se
servir de ces informations pour alerter les individus d’une région à risque ou distribuer des vaccins. Dans
le même esprit, Facebook a annoncé
fin 2017 le déploiement d’une IA
pour repérer les cas de risque suicidaire et prévenir les organisations
d’aide aux personnes dépressives.
Dans ce domaine prometteur
qu’est l’intelligence artificielle, la
France part avec deux atouts : la
qualité de ses médecins et ingénieurs et l’existence d’une précieuse
masse d’informations centralisée
par l’administration. Chaque hospi-
talisation donne en effet lieu à la
production d’un rapport qui résume
les pathologies et les actes techniques réalisés, à des fins de remboursement. Ces rapports nourrissent le
SNDS (Système national des données de santé) qui couvre 99 % de la
population française et contient
20 milliards de lignes de prestations.
L’hôpital se met à l’IA
Le président Emmanuel Macron
loue les vertus de ce « jacobinisme ».
« La concentration dans les mêmes
structures de toutes les informations
de santé dans un cadre régulé, protecteur des intérêts individuels est une
chance incomparable », a récemment déclaré le chef de l’État. À
preuve, un article publié au début de
l’année par la revue scientifique britannique The Lancet Public Health
démontre que l’alcoolisme double le
risque de développer la maladie
d’Alzheimer et triple le risque de démences. Or, « le résultat a été obtenu
à partir des données exhaustives des
hospitalisations en France entre 2008
et 2013 », souligne le rapport Villani
sur l’intelligence artificielle. Le personnel hospitalier français se met
d’ailleurs à l’IA. Des médecins et
chercheurs de l’AP-HP, de l’Inserm
et de l’université Paris-Descartes
ont par exemple utilisé un réseau de
neurones pour prédire les chances
des patients atteints d’un cancer colorectal de guérir grâce à la radiochimiothérapie, afin de leur éviter
une ablation inutile du rectum.
Ces initiatives sont encourageantes mais notre pays et plus généralement l’Europe ont pris du retard sur
les États-Unis et la Chine. L’empire
du Milieu investit lourdement dans
le séquençage de génome. « Les Chinois font tourner des algorithmes de
corrélation sur de grandes bases génomiques. Ils vont faire de nombreuses découvertes en génétique dans les
années qui viennent », prévient Julien Maldonato. C’est un pan très
prometteur de la science actuelle,
car l’analyse de l’ADN permettra
d’identifier des prédispositions individuelles. « Notre génome influence un grand nombre de maladies ; un
patient apprendra par exemple qu’il
est deux fois plus à risque que la
moyenne de développer un diabète, et
saura donc qu’il doit faire particulièrement attention à son alimentation », illustre Clément Goehrs.
La connaissance fine de l’ADN de
chacun pose néanmoins un problème éthique : ces informations vontelles rester confidentielles ou bien les
compagnies d’assurances y aurontelles accès, refusant alors de couvrir
les individus les plus à risque ? Clément Goehrs sonne l’alarme. « Si
l’Europe ne se bouge pas, demain la
santé sera aux mains de groupes privés comme Google qui pourront revendre nos données aux assureurs. Ce
serait une catastrophe. » ■
MEDTECH
Laurence Comte-Arassus : « Mettre une innovation
sur le marché, c’est le parcours du combattant »
Pour la présidente
de Medtronic
en France,
les innovations
médicales
nécessitent
la mise en place
de nouveaux
modèles de soin.
PROPOS RECUEILLIS PAR
KEREN LENTSCHNER£@Klentschner
ET JACQUES-OLIVIER MARTIN
£@jocjom
A
Laurence Comte-Arassus est présidente France de Medtronic, une société américaine de dispositifs médicaux qui a inventé le pacemaker
portable il y a 60 ans.
LE FIGARO. – Comment
les nouvelles technologies
transforment-elles l’univers
des dispositifs médicaux ?
Laurence COMTE-ARASSUS. – Le
plus gros changement que peut apporter la technologie en matière de
santé, c’est de redonner du temps
aux médecins auprès des patients.
La France forme les meilleurs mé-
decins au monde. Cela ne nous empêche pas de nous retrouver dans
des situations de pénurie dans certaines zones. L’intelligence artificielle va leur permettre de se consacrer à leur vrai métier. Elle ne doit
pas faire peur, elle va créer de nouveaux métiers. C’est le cas notamment avec la télémédecine. Pas besoin de se voir tout le temps. On
peut être dans la surveillance, sans
être dans le contrôle continu. Tout
en s’adaptant aux besoins de chacun : rassurer, contrôler ou simplement répondre à une question. Certes, l’e-santé transformera notre
relation à la maladie. Mais elle va
nous aider à inventer de nouveaux
modèles de soins. Nos entreprises
ont la légitimité de participer à cette
innovation organisationnelle. Elles
veulent être considérées comme des
acteurs à part entière de la santé.
La place des medtech
dans notre quotidien n’a jamais été
aussi importante…
C’est effectivement un marché très
dynamique, tiré par les besoins
forts d’accompagnement des patients. Nous sommes passés d’une
médecine du XXe à une médecine
du XXIe siècle. Nous nous situons
aujourd’hui dans le monde de la
maladie chronique avec beaucoup
plus de patients concernés. Or notre système de santé a été conçu
pour une médecine aiguë. Il va falloir travailler différemment ensemble si on veut assurer la pérennité et la solidarité du système de
Laurence
Comte-Arassus,
présidente France
de Medtronic.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
L’e-santé
« transformera
santé. Plus de technologie peut
nous y aider.
Les Gafam seront-ils
incontournables ?
Ce sont de nouveaux acteurs avec
lesquels il faut travailler. Medtronic, par exemple, collabore déjà
avec IBM dans l’intelligence artificielle sur le traitement du diabète.
Ils vont nous aider à inventer de
nouvelles solutions. Dans le management des données, on ne pourra
s’en passer compte tenu de l’avance
dont ils disposent.
Dans le secteur des dispositifs
médicaux, quels freins subsistent
en France ?
notre relation
à la maladie.
Mais elle va
nous aider
à inventer
de nouveaux
modèles
de soins
»
LAURENCE
COMTE-ARASSUS
Mettre une innovation sur le marché en France relève du parcours du
combattant. Il manque aujourd’hui
la capacité à travailler ensemble et à
se faire confiance. Dans un secteur
comme le nôtre, composé à 92 % de
TPE-PME et dont l’objectif est de
mettre l’innovation à disposition
des patients, c’est particulièrement
dommageable. Comment convaincre des clients à l’export quand vous
n’arrivez pas à lancer vos produits
sur votre propre marché ? Il nous a
fallu douze ans pour obtenir la prise
en charge du premier défibrillateur
implantable sur le marché, dix ans
pour notre capteur de glucose en
continu… Quand y parviendra-ton pour le Micra, le plus petit pacemaker du monde ? Cela fait déjà
plus de cinq ans que nous sommes
sur ce dossier. Or nous parlons de
mille personnes potentiellement
concernées en France.
Les annonces faites début juillet par
le premier ministre dans le cadre
du Conseil stratégique des industries
de la santé (CSIS), qui visent
notamment à accélérer
la commercialisation de produits
innovants, vont-elles
dans le bon sens ?
Globalement, les mesures annoncées sont bonnes. Il faudra être attentif à leur transcription dans la loi.
L’approche du gouvernement actuel va dans le bon sens. Il est beaucoup plus ouvert au dialogue. Nous
devons sortir des sentiers battus.
Dans le monde du dispositif médi-
cal, il est rare de pouvoir réaliser des
études cliniques sur 1 000 patients
avant de proposer notre thérapie.
On pourrait mettre en place des
études de vie réelle permettant de
confirmer le bénéfice de la thérapie
déjà démontré sur de plus petites
populations. Si ça ne fonctionne
pas, on arrête le produit et on rend
le financement, sans faire prendre
de risque au patient. Il faut inventer
de nouveaux mécanismes.
Y a-t-il de premiers signes
concrets de changement ?
Je pense à la mise en place en début
d’année de l’article 51 qui incite
l’ensemble des acteurs à proposer
des innovations, y compris organisationnelles. En chirurgie digestive,
dans le cas de patients obèses, cela
fera une très nette différence.
Avant, ils étaient opérés mais au
bout d’un an, on avait perdu de vue
un patient sur deux. Or les études
cliniques montrent qu’il faut les
suivre pendant sept ans. Ils ne bénéficiaient par ailleurs d’aucun suivi psychologique. Leur diététicienne n’était pas prise en charge par la
Sécurité sociale. L’article 51 nous
permettra ainsi de déposer des demandes de financement sur l’ensemble du parcours. C’est un cercle
vertueux qui nous aidera à mieux
soigner. Si l’accompagnement est
insuffisant, on prend le risque que
l’industriel renonce à mettre sur le
marché ses produits. ■
* Cet article est déjà paru dans « Le Figaro Économie », le 8 septembre 2018.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
LE BIG BANG SANTÉ
31
NANOTECHNOLOGIE
La nanomédecine
entre au cœur
des cellules
C’est pour leur potentiel diagnostic
et thérapeutique que ces techniques
suscitent le plus d’espoirs : tumeurs
inaccessibles, nouveaux vaccins…
DAMIEN MASCRET £@dmascret
Voilà déjà longtemps que la médecine est descendue à l’échelle de
l’infiniment petit. Plus exactement
depuis que l’invention du microscope « à effet tunnel », en 1981, a
permis de voir, vraiment voir, ce
qui se passait pratiquement à
l’échelle atomique. Invisible à l’œil
nu. Car le nanomètre (nm) correspond au milliardième du mètre. De
façon plus imagée, en coupant
50 000 fois un cheveu, on aboutit
au nanomètre. Quand aux nanomatériaux, que l’on sait désormais
fabriquer et manipuler, ils se situent en dessous de 100 nm. On
entre dans la cellule !
En 1995, l’Agence américaine du
médicament a autorisé le premier
nanomédicament, le Doxil, qui
correspondait à un anticancéreux
(doxorubicine) à l’échelle manométrique. Mais le plus intéressant à
cette échelle ce sont les propriétés
nouvelles qu’acquièrent les nanoobjets. Ainsi, le nanozinc intégré à
une crème solaire va-t-il mieux
absorber les UV. Le nanotitane,
ajouté au verre des vitres, va de son
côté empêcher que l’eau y adhère.
« Une autre modification des
propriétés chimiques à l’échelle
nano est l’augmentation de la capacité à interagir avec d’autres molécules à leur surface et à les adsorber
(fixation d’atomes ou de molécules
à la surface d’une nanoparticule,
NDLR) », explique le Pr Francelyne
Marano, coprésidente de la commission santé-environnement du
Haut Conseil de la santé publique
dans son livre Faut-il avoir peur des
nanos ? (Édition Buchet/Chastel,
2016). « Cette particularité est celle
qui interfère le plus avec le vivant.
Elle explique en partie la toxicité de
certaines nanoparticules, dont les
nanoparticules métalliques », ajoute-t-elle. De nombreux travaux
sur la nanotoxicité sont d’ailleurs
menés, notamment en France par
l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Qu’il s’agisse de l’aluminium ou des particules ultrafines
(en dessous de 100 nm) dues à la
pollution, les chercheurs étudient
l’impact potentiel de celles-ci.
Belles avancées
Mais c’est évidemment pour son
potentiel diagnostic et thérapeutique que la nanomédecine suscite le
plus d’espoirs, même si les résultats spectaculaires tardent. « Malheureusement, en dépit de grands
efforts et d’idées innovantes venues
de laboratoires prestigieux, l’impact
de la nanomédecine sur la santé des
patients est encore limité », écrivait
récemment la présidente de la Société française de nanomédecine,
le Dr Nathalie Mignet (Institut Galien Paris-Sud, CNRS) dans l’International Journal of Pharmaceutics.
Il n’empêche que les chercheurs
ont fait des progrès considérables
dans la connaissance des propriétés des nanoparticules. L’effervescence du domaine laisse augurer
de belles avancées.
En cancérologie, en particulier,
les nanomédicaments soulèvent
l’espoir de mieux cibler les cellules
tumorales (en particulier pour des
cancers réputés peu accessibles,
tels le cancer du pancréas ou le
cancer de l’ovaire) et de ne libèrer
les chimiothérapies qu’à ce niveau,
en réduisant ainsi la toxicité et en
améliorant la tolérance pour le patient sans réduire l’efficacité.
Autre exemple d’utilisation de
nanoparticules en thérapeutique :
l’hyperthermie. L’idée d’utiliser la
chaleur pour soigner est ancienne,
Illustration en 3D d’un
nanorobot et de son
action sur une cellule.
En cancérologie, des
chercheurs travaillent
sur ces nanorobots
qui pourront
notamment diffuser
des médicaments sur
des zones extrêmement
précises. MEDIAFORMEDIC
AL/ALAMY/VOLODYMYR
HORBOVYY
1
nanomètre
(nm)
correspond
à un milliardième
de mètre
les Grecs parlaient déjà de réchauffer le corps, mais ce qui est nouveau c’est de le faire de façon localisée, en visant une tumeur
(cancer) avec des nanoparticules
magnétiques.
En juin dernier dans le Journal of
Controlled Release, des chercheurs
français publiaient une étude, couronnée de succès, sur l’utilisation
de magnétosomes dans un modèle
animal de cancer. Les magnétosomes sont des vésicules contenant
des nanoparticules d’oxydes de fer
produites naturellement par des
bactéries
magnétotactiques.
Autrement dit, des organismes vivants microscopiques qui fabriquent des nano-aimants.
Magnétisme et lumière
« L’oxyde de fer est sans doute la
nanoparticule la plus biocompatible
parmi les molécules inorganiques,
mais ce n’est pas étonnant puisque
notre organisme est naturellement
fait pour métaboliser le fer », explique au Figaro la physicienne Claire
Wilhelm, directrice de recherche
CNRS (équipe Biother). « L’équipe
de David Pignol au CEA nous a fabriqué des magnétosomes@RGD,
c’est-à-dire des magnétosomes
couplés à des peptides RGD par manipulation génétique de bactéries
magnétotactiques », ajoute-t-elle.
Intérêt : le peptide RGD va cibler
une protéine qui est surexprimée
par les cellules tumorales ce qui assure une concentration importante
des nanoparticules dans la cellule.
Une fois les magnétosomes@RGD fixés sur la tumeur, il
faut les chauffer pour qu’ils détruisent les cellules cancéreuses. Plusieurs déclencheurs sont potentiellement utilisables. L’équipe
française écarte les radiations et les
ondes acoustiques, parfois utilisées, et opte pour deux autres méthodes: magnétisme (IRMchamps
alternatifs) et lumière (laser).
De façon inattendue, c’est la
photothérapie qui s’avère la plus
efficace. Et de loin ! « Les magnétosomes chauffent aussi bien que les
nanoparticules d’or, la référence,
quand on les active avec le laser, explique Claire Wilhelm, ce qui ouvre
la porte à leur utilisation comme
thérapeutique anticancéreuse ciblée. » D’autant que le fer est
mieux supporté que l’or par l’organisme.
La limite d’utilisation dépend de
la situation de la tumeur. Les ondes
lumineuses visibles ne traversent
pas la peau, mais les ondes infrarouges, utilisées par l’équipe française, le peuvent. « On peut aller
jusqu’à deux centimètres en profondeur à travers la peau, explique
Claire Wilhelm, et bien sûr, il y a les
voies endoscopiques . » Par exem-
ple passer par l’urètre pour diriger
le laser jusqu’à la prostate comme
le propose la société américaine
Nanospectra Bioscience, avec des
nanoparticules d’or.
Enfin, les nanoparticules ont retenu l’attention car elles sont capables de franchir un barrage naturel de l’organisme qui en temps
normal protège notre cerveau de la
plupart des molécules potentiellement toxiques qui circulent dans
le sang: la barrière hématoencéphalique. Une protection qui
devient un inconvénient en cas de
tumeur cérébrale (type gliome) ou
de métastase, car la chimiothérapie injectée dans le sang ne peut
alors aller au cerveau. Des essais
sont en cours avec des nanomédicaments.
D’autres industriels, enfin, s’efforcent de développer des vaccins
sans adjuvant grâce à des nanovecteurs à base d’amidon et de lipides. Ainsi la biotech française
Vaxinano travaille-t-elle à un vaccin contre la toxoplasmose, et
d’autres maladies parasitaires.
Si de nombreux obstacles se
dressent encore pour confirmer les
promesses des nanomédecines,
notamment une meilleure définition des patients les plus à même
d’en bénéficier, aucun ne semble
insurmontable. Encore un peu de
patience. ■
CHIRURGIE MINI-INVASIVE
Da Vinci, le robot chirurgical qui vaut 65 milliards de dollars
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
C’est un robot aux airs de pieuvre
géante qui sévit désormais dans
les blocs opératoires. Baptisé Da
Vinci, en hommage au célèbre inventeur, il est doté de trois ou
quatre bras, l’un muni d’un endoscope (caméra) et les autres de
scalpels et de bistouris. Le médecin les pilote à partir d’une console sur laquelle il voit des images 3D
de la zone à opérer. Il s’agit d’une
chirurgie mini-invasive, réalisée
par de petites incisions. Da Vinci
promet aux médecins « une
meilleure visualisation, une plus
grande dextérité, une précision accrue et un excellent confort ergonomique » adaptés à des opérations complexes.
Ce qui semblait relever d’un
scénario de science-fiction il y a
encore vingt ans est aujourd’hui
une réalité au sein de nombreux
cabinets et hôpitaux. Aux ÉtatsUnis, plus d’un quart d’entre eux
sont équipés en Da Vinci. Développée à la fin des années 1980
dans l’ancien institut de recherche de Stanford, cette technologie
est financée par les Instituts na-
tionaux de santé et par l’agence de
R&D de l’armée américaine. À
l’origine, elle devait permettre à
des médecins d’opérer à distance
sur le champ de bataille. Faute de
moyens financiers suffisants, le
projet n’a pu aboutir. Mais des ingénieurs du MIT ont racheté les
brevets. L’entreprise Intuitive
Surgical a vu le jour en 1995 à
Sunnyvale (Californie), au cœur
de la Silicon Valley, avec un objectif clair : permettre aux patients de se remettre plus facilement d’une intervention chirurgicale grâce à une technologie
moins invasive.
Cinquième génération
de robots
Intuitive Surgical a ainsi développé le premier robot de chirurgie
assistée. La première opération,
une ablation de la prostate, a été
réalisée en Allemagne en 1999.
Près de vingt ans plus tard, Da
Vinci en est à 5 millions… La cinquième génération de robots a été
mise sur le marché aux ÉtatsUnis. Aux opérations initiales de la
prostate et du rein se sont ajoutées
l’urologie, la gynécologie ou encore la chirurgie cardiothoraci-
que. Près de 4 500 robots sont
aujourd’hui déployés dans le
monde, dont 125 en France (répartis à 50-50 entre établissements publics et privés), ce qui
fait
de
l’Hexagone le
troisième
marché de Da
Vinci derrière
les États-Unis
et le Japon.
44 000 médecins ont été
formés à son utilisation
dans le monde.
La start-up californienne
est devenue une vraie pépite
de la medtech. Cotée depuis
2000, Intuitive Surgical a
une capitalisation boursière
de 65 milliards de dollars. Le
prix de Da Vinci - avec la plateforme et les logiciels associés - s’échelonne de
750 000 euros à 1,85 million
d’euros selon les modèles,
d’après nos informations. Compte tenu du
coût, un modèle plus
accessible (Da Vinci X,
autour de 1 million
d’euros) a été lancé
l’an passé pour séduire
Le robot
Da Vinci.
DA VINCI
le marché européen, où de nombreux systèmes de soin ne remboursent pas le robot. C’est le cas
notamment en France, où Da Vinci est entièrement à la charge des
établissements
qui
l’achètent. Un frein à
son développement.
Une économie
de coûts
« Si nous avions
la possibilité de
suivre les patients
opérés avec le Da
Vinci, nous pourrions en mesurer
les bénéfices et prétendre à un remboursement en fonction des résultats d’études cliniques et
médico-économiques », explique Damien Desmedt, directeur
général France. Intuitive Surgical
met en avant les économies à la
clef pour les systèmes de santé
grâce à un temps d’hospitalisation plus court (au moins divisé
par deux) et une récupération
plus rapide des patients.
La chirurgie mini-invasive
réduit, en effet, les cicatrices
et le taux de complications. En
outre, Da Vinci est de plus en plus
utilisé par les hôpitaux en ambulatoire, un mode opératoire que
souhaite promouvoir le gouvernement pour réduire les dépenses : il vise 70 % d’opérations réalisées en ambulatoire d’ici à 2022.
« Avec notre technologie, nous
participons à cet effort », ajoute
Damien Desmedt.
Si Intuitive Surgical - qui détient plus de 2 750 brevets conserve une longueur d’avance,
des concurrents pointent leur nez.
Parmi eux, des poids lourds des
medtechs comme l’américain
Johnson & Johnson ou le français
Medtech, qui planchent sur des
robots du même style. Par
ailleurs, l’entreprise a été
confrontée à plusieurs milliers de
plaintes déposées aux États-Unis à
la suite d’incidents. Ce qui l’a notamment conduite à proposer,
pour l’un de ses modèles, une
deuxième console facilitant la
transmission du savoir-faire entre
chirurgiens. Le potentiel du marché est énorme. D’ici à 2021, on
estime
qu’une
intervention
chirurgicale sur trois aux ÉtatsUnis devrait être réalisée par des
systèmes robot-assistés. ■
A
Son déploiement se poursuit en France, même si son financement reste complexe faute de remboursement.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
32 LE BIG BANG SANTÉ
Le programme du Big Bang Santé
Le 18 octobre, une trentaine de personnalités, médecins, chercheurs, entrepreneurs, mais aussi aventuriers
ou explorateurs, décrypteront les quatre enjeux au menu de cette troisième édition 2018.
Yves Coppens, paléontologue (Collège
de France).
JOURNÉE ANIMÉE
PAR GUILLAUME ROQUETTE,
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION
DU FIGARO MAGAZINE
MATIN
8.45 MOT D’ACCUEIL
Alexis Brézet, directeur
des rédactions, Groupe Figaro
9.00 OUVERTURE
L’HOMO SAPIENS EST-IL MENACÉ
À L’HEURE DE LA MODERNITÉ
Yves Coppens, paléontologue,
professeur émérite au Collège
de France, membre de l’Institut
Big Bang
de la nanomédecine
9.20 L’INFINIMENT PETIT
PEUT-IL RÉVOLUTIONNER
LA MÉDECINE ?
Laurent Lévy, PDG de Nanobiotix
9.35 DÉBAT
FAUT-IL AVOIR PEUR
DES NANOTECHNOLOGIES ?
Patrick Couvreur, professeur
de pharmacotechnie à l’Université
Paris-Saclay, membre
de l’Académie des sciences ;
Jacques Marescaux, chirurgien (Ircad).
Géraldine Le Duc (NH TherAguix).
Francelyne Marano, viceprésidente de la commission
santé-environnement du Haut
Conseil de la santé publique
(HCSP) ; Nathalie Mignet,
présidente de la Société française
de nanomédecine
10.10 PITCH START-UP
10.25 QUEL AVENIR
POUR LA CHIRURGIE ASSISTÉE
PAR ORDINATEUR ?
Jacques Marescaux, chirurgien,
fondateur de l’Ircad
11.00 EN ANTARCTIQUE,
LA SANTÉ À L’ÉPREUVE
DES CONDITIONS EXTRÊMES
Jérôme Chappellaz, directeur
de l’Institut polaire français
Paul-Émile Victor
Big Bang de la santé
à domicile
11.15 QUAND LES ROBOTS
DEVIENDRONT LES COMPAGNONS
DU GRAND ÂGE
Laurence Devillers, professeur
à l’Université Paris-Sorbonne et
chercheuse au Laboratoire Limsi
du CNRS
11.30 DÉBAT
Laurence Devillers, chercheuse
spécialiste des robots.
Alim Louis Benabid, neurochirurgien
(Clinatec).
QUELLE PLACE POUR
LA MÉDECINE À DOMICILE ?
Nathalie Collin, directrice générale
adjointe en charge du numérique
et de la communication, Groupe
La Poste ; Isabelle Vitali, directrice
innovation & business excellence,
Sanofi ; Alain Toledano,
cancérologue, président
de l’Institut Rafaël ; Laure
Guéroult-Accolas, présidente
de l’association Patients en réseau
12.05 PITCH START-UP
12.20 LA LOI DE BIOÉTHIQUE
EST-ELLE DÉTOURNÉE ?
Jean-François Mattei, professeur
émérite de génétique médicale,
ancien ministre
Nataliya Kosmyna (Braini).
PÉNÈTRE LA SANTÉ
ET LA MÉDECINE
Gilles Wainrib, maître
de conférences en informatique
appliquée à l’École normale
supérieure, fondateur d’Owkin
14.35 DÉBAT
LA FRANCE PEUT-ELLE
S’IMPOSER DANS L’INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE MÉDICALE ?
Nikos Paragios, professeur
à Centrale-Supélec, PDG
et cofondateur de TheraPanacea ;
Olivier Clatz, membre du Conseil
national du numérique, président
et cofondateur de Therapixel ;
Yves L’Epine, directeur général,
Groupe Guerbet, président
du G5 Santé
15.10 PITCH START-UP
15.45 COMMENT LE ROBOT
DA VINCI ASSISTE
LES CHIRURGIENS
Damien Desmedt, directeur
général, Intuitive Surgical France
APRÈS-MIDI
14.00 UNE PETITE HISTOIRE
DE L’INNOVATION EN MÉDECINE
Bruno Halioua, chargé de cours
d’histoire de la médecine
à l’Université Paris IV-Sorbonne
Big Bang
de l’homme numérique
Big Bang de l’intelligence
artificielle dans la santé
16.00 L’HOMME
A-T-IL ATTEINT SES LIMITES ?
Jean-François Toussaint,
14.20 COMMENT
L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Joël de Rosnay (Universcience).
Pascal Picq, paléoanthropologue
(Collège de France).
Jean-Francois-Mattei, généticien,
ancien ministre.
professeur de physiologie à Paris
Descartes, directeur de l’Irmes/
Insep
16.15 FAUT-IL AUGMENTER
L’HOMME ?
Pascal Picq, paléoanthropologue,
Collège de France
16.30 L’HYBRIDATION
DE L’HOMME EST-ELLE
UNE GRANDE UTOPIE ?
Alexandre Cadain, PDG d’Anima,
ambassadeur IBM Watson AI
XPRIZE
16.45 ET SI ON FAISAIT
REMARCHER
LES TÉTRAPLÉGIQUES ?
Alim Louis Benabid,
neurochirugien, président
du directoire de Clinatec
17.00
L’INCROYABLE HISTOIRE
D’UN VER MARIN
QUI SAUVE DES VIES
Franck Zal, PDG et fondateur
de Hemarina
17.15 CONCLUSION
À QUOI RESSEMBLERA
LE MONDE EN 2500 ?
Joël de Rosnay, conseiller
du président d’Universcience et
président de Biotics International ■
Gilles Wainrib (Owkin).
3ème édition du Big Bang Santé du Figaro :
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JEUDI 18 OCTOBRE 2018
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LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
ENTREPRISES 33
Le solaire ne tiendra pas ses objectifs en 2018
La France ne raccordera pas un gigawatt supplémentaire cette année, ce qui était l’objectif du gouvernement.
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
INDUSTRIE Plus que quelques semaines avant la publication de la
Programmation pluriannuelle de
l’énergie (PPE) – la feuille de route des pouvoirs publics sur la période 2018-2028 - et, en attendant, chaque filière dresse un état
des lieux rigoureux. Pour le solaire, la période souffle le chaud et le
froid : dans sa dernière édition,
publiée lundi, l’Observatoire de
l’énergie solaire photovoltaïque
en France – réalisé par le thinktank France Territoire solaire –
prévient d’emblée que l’objectif
d’un gigawatt (GW) supplémentaire en 2018 ne sera pas atteint.
Certes, il y a de plus en plus de
projets dans la file (c’est-à-dire
disposant d’une convention de
raccordement au réseau) mais pas
assez d’installations opérationnelles pour tenir le cap du plan
solaire décidé par le gouvernement au printemps 2018.
Selon les chiffres collectés par
l’Observatoire, le volume des
raccordements au deuxième trimestre 2018 s’établit à 217 mégawatts (MW), en baisse de 11 %
par rapport au premier trimestre.
Le bilan se révèle contrasté :
« D’un côté, les installations domestiques et les très grandes toitures reculent, de l’autre les moyennes et les grandes toitures
résistent,
souligne
Gauthier
Panneaux
photovoltaïques sur le
toit d’un immeuble de la
ZAC Cardinet-Chalabre,
à Paris, dans le XVIIe
arrondissement.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Dieny, président de France Territoire solaire. il n’y a donc pas de
vraie dynamique pour l’ensemble
du secteur. »
Pourtant, les prix du solaire
n’ont jamais été aussi compétitifs.
La semaine dernière, le Syndicat
des énergies renouvelables (SER)
est venu rappeler que les prix
moyens des derniers appels d’offres s’établissaient à 52,10 euros le
mégawattheure (MWh) pour les
centrales au sol supérieures à
5 MW. En quelques années, les
prix ont tout simplement été divisés par deux.
Autoconsommation
encore anecdotique
Selon les projections de France
Territoire solaire, la puissance
solaire installée en France devrait
s’élever à un peu plus de 8 GW à
la fin de l’année, contre 7,17 GW
en 2017. Une croissance modérée
alors que le photovoltaïque explose littéralement à l’échelle de
la planète : 99,1 GW devraient
être raccordés en 2018, le même
volume quasiment qu’en 2017.
Depuis trois ans, le solaire est la
première énergie dans le monde
en termes de nouvelles capacités
installées. « Un essor planétaire,
quoique trusté par l’Asie et les
Amériques, qui assurent 90 % de
cette croissance », commente Daniel Bour, président du syndicat
Enerplan. À titre indicatif, la
Chine devrait raccorder 53 GW
cette année. En Europe, c’est
l’Allemagne qui tire le marché,
avec environ 1,8 GW supplémentaires raccordé chaque année.
Ultime paradoxe du marché
français : l’autoconsommation,
en plein essor dans de nombreux
pays, demeure anecdotique dans
l’Hexagone, avec seulement
28 000 installations selon Enerplan. En Allemagne, près de
1,5 million de foyers sont déjà
équipés de systèmes photovoltaïques en autoconsommation,
dont 100 000 avec un outil de
stockage.
Un retard attribuable d’une
part à une incertitude fiscale sur
la soumission de ces installations
à certaines taxes, et d’autre part à
des barrières réglementaires, en
particulier sur la question de
l’autoconsommation collective (à
l’échelle d’un quartier par exemple) ou de la tarification du raccordement au réseau. Mais, selon
de nombreux sondages, l’autoconsommation fait l’unanimité
parmi les Français et certains signaux favorables commencent à
poindre : « Nous saluons notamment l’annonce faite par Enedis (la
filiale d’EDF en charge de la distribution, NDLR) de mettre à disposition des données indispensables à la bonne compréhension de
ce marché », termine Gauthier
Dieny. ■
La loi Pacte veut rendre les brevets français plus solides
Une invention pourra désormais être rejetée en amont, comme en Allemagne. La réforme inquiète des avocats.
français
devient cher,
il sera
préférable
d’aller
directement
à l’Office
européen
des
brevets
»
ASSOCIATION
FRANÇAISE POUR
LA PROTECTION
DE LA PROPRIÉTÉ
INTELLECTUELLE
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
INVENTION Le gouvernement
rêve de rendre les brevets français
aussi solides et réputés que les
brevets allemands. Des articles de
la loi Pacte, dont l’examen est en
cours à l’Assemblée nationale,
prévoient de réformer les méthodes de l’Inpi, l’Institut national de
la propriété industrielle. Un projet
qui suscite quelques inquiétudes.
« Aujourd’hui, le système est simple, rapide et peu onéreux. Demain,
il risque de devenir long et coûteux,
et de décevoir les inventeurs qui,
faute de recours suffisants, pourraient in fine préférer s’adresser
directement à l’Office européen des
brevets (OEB) plutôt que de demander un brevet français », redoute Thierry Caen, vice-président de l’Association française
pour la protection de la propriété
industrielle (Afppi), qui regroupe
des avocats, conseils en propriété
industrielle et des membres de
l’industrie.
Car aujourd’hui, l’Inpi n’a pas
le pouvoir de refuser un brevet à
ceux qui le demandent parce que
l’invention présentée n’en est pas
vraiment une. Cette institution,
rattachée au ministère de l’Économie, fait établir par le grand
spécialiste européen, l’OEB, un
rapport de recherche, qui indique
si, au regard de ce qui existe déjà
dans d’autres pays, l’invention en
est bien une. Qu’elle le soit ou pas,
peu importe, « l’inventeur obtient
son brevet, mais l’Inpi lui communique son opinion. Il sait ainsi si son
brevet est solide ou non », résume
Philippe Cadre, directeur de la
propriété industrielle à l’Inpi.
S’il ne l’est pas, c’est qu’il ne
tiendra pas la route devant un tribunal. L’inventeur se gardera
alors d’attaquer en justice un possible contrefacteur ou de demander des royalties. Le plus souvent,
d’ailleurs, il ne paiera pas les redevances annuelles qui permet-
tent de conserver son brevet. À
l’inverse, si l’Inpi l’a rassuré sur la
qualité de ce qu’il a découvert, il
sera plus sourcilleux.
Les rares cas litigieux se terminent devant les tribunaux. Aux
juges de déterminer si le brevet
protège une réelle invention ou
pas. En pratique, le nombre de
procès est très faible, assure
l’Inpi.
La loi Pacte prévoit d’inverser
le processus. Comme c’est le cas
en Allemagne ou à l’OEB, l’Inpi
pourrait refuser d’accorder le
brevet, si, après examen, elle juge
son sujet trop peu « inventif ».
« Or, un tel examen est complexe
et prend du temps, remarque
Thierry Caen. En Allemagne, il y a
800 examinateurs pour faire ce
travail, l’Inpi n’a pas les mêmes
moyens. »
Sans les nombreux échanges
épistolaires entre inventeur et
examinateur, indispensables pour
expliciter l’innovation à breveter,
les décisions de l’Inpi risquent
d’être sujettes à caution, redoute
donc l’Afppi. Et contester d’éventuelles erreurs d’appréciation
pourrait ne pas être simple. « Si
déposer un brevet français devient
cher et que l’examen n’est pas assez interactif, il sera préférable
pour les déposants d’aller directement breveter leur invention auprès
de l’OEB », estime l’association.
Recrutements à l’Inpi
Pour mener à bien sa nouvelle
mission, l’Inpi, qui aura deux ans
pour se préparer, ne pourra en effet recruter que quinze examinateurs supplémentaires. « Mais
nous avons déjà plus d’une centaine
d’ingénieurs qui travaillent sur les
demandes de brevets, puisque nous
devons déjà émettre une opinion
sur leur valeur », souligne Philippe Cadre. « En Allemagne, les
examinateurs sont plus nombreux
car les demandes de brevets y sont
trois fois supérieures à celles enregistrées en France. De plus, ils établissent eux-mêmes les rapports de
GL Events lève des fonds et mise sur le Japon
Le groupe français investit dans un pays très en retard dans l’organisation d’événements.
107
millions
d’euros
Le montant
de l’augmentation
de capital du groupe
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
INTERNATIONAL « Nous avons
perçu une opportunité sur un marché en transformation » : rasé de
frais, Christophe Cizeron, directeur général adjoint de GL Events,
était à Tokyo la semaine dernière
pour une série de rendez-vous
destinés à organiser l’ouverture du
parc international d’expositions
d’Aichi (centre du Japon), en septembre prochain.
Le français acteur mondial de
l’événement, qui ne connaissait
rien du Japon il y a un peu plus
d’un an, a décroché en décembre,
avec son partenaire local Maeda,
l’exploitation de la plus grande
surface événementielle du pays
pour une durée de quinze ans. La
raison d’un succès si rapide ? L’intrépidité de GL Events, qui avait
ouvert en 2017 un bureau en prévision de la Coupe du monde de rugby en 2019 et des Jeux olympiques
en 2020, est servie par un contexte
ultrafavorable : le Japon, troisième
économie du monde, puissance
industrielle et culturelle qui enregistre des records de croissance
touristiques depuis cinq ans, est
étonnamment mauvais dans le
tourisme d’affaires et l’organisation d’événements internationaux.
Les visiteurs étrangers ne tarissent pas de reproches sur leur médiocrité : nourriture pitoyable, bureaucratie écrasante, flexibilité
zéro… Une photo sur Twitter prise
sur le dernier Tokyo Game Show,
qui montre un panneau « Wi-fi
interdit ! », résume la situation. Le
Japon n’a même pas de surface décente pour organiser de tels événements.
Un marché
où tout est à faire
« Aux États-Unis ou en Chine, la
surface consacrée aux événements
est d’environ 5 millions de mètres
carrés. En France, de 2,5 millions ;
mais au Japon, de 400 000 m2 seulement. L’agglomération de Tokyo
dispose de 150 000 m2 quand Paris
en compte le triple », raconte un
professionnel de cette industrie.
Une aubaine pour GL Events.
« Contrairement à la Chine, qui
compte déjà beaucoup d’acteurs
étrangers, nous sommes un peu les
premiers », explique Christophe
Cizeron. GL Events est majoritaire
- une première pour un étranger
au Japon - dans la société commune d’exploitation qu’il a formée
avec son partenaire Maeda. Pour
lui, le site d’Aïchi est une feuille
blanche à partir duquel il pourra
décliner la version locale de concepts à succès éprouvés ailleurs :
son salon gastronomique SIRA de
Lyon par exemple ou son salon industriel Global Industrie. « Notre
groupe se concentrait sur l’Europe
et l’Amérique du Sud. Nous voulons
nous développer en Asie à partir de
deux pays, la Chine et le Japon. » Le
24 septembre, GL Events a lancé
une augmentation de capital de
107 millions d’euros pour financer
sa croissance en Asie. ■
recherche, délégués, chez nous, à
l’OEB », ajoute-t-il. L’Inpi promet donc de ne pas majorer le
prix des demandes de brevet dans
l’Hexagone, en effet très attractif
(environ 300 euros pour une petite entreprise) comparés à ceux
pratiqués à l’étranger.
Pour contester un brevet français, les tiers - par exemple une
entreprise qui souhaite commercialiser la même invention dans
l’Hexagone - pourront engager
une démarche administrative devant l’Inpi. Ce qui ne les empêcherait pas, en cas de désaccord
persistant, de porter l’affaire devant la cour d’appel.
Mais aujourd’hui, ce sont devant les juges allemands que les
entreprises préfèrent porter leurs
différends en matière de brevets,
car la justice y est efficace. En
France, les tribunaux sont engorgés et les juges méconnaissent les
règles de la propriété industrielle.
Et au Royaume-Uni, la justice est
trop coûteuse. ■
EN BREF
GAZ : ACCORD ENTRE
TOTAL ET SONATRACH
£ En Algérie, Total et
Sonatrach renforcent leur
coopération dans le gaz
et la pétrochimie. Ils signent
un contrat de concession
pour le champ gazier d’Erg
Issaouane, dont les réserves
s’élèveraient à 100 millions
de barils équivalent pétrole.
DETTE DE LA FRANCE:
S&P CONFIRME
LA NOTE
£ Standard and Poor’s
maintient la note de la dette
souveraine de la France (AA).
L’agence de notation financière
estime que la croissance
va se stabiliser autour de 1,6 %
jusqu’à 2021, grâce à la
consolidation budgétaire
et aux réformes structurelles.
A
« unSi déposer
brevet
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
34
CHRONIQUES
BLOC NOTES
Le grand désespoir de la classe
moyenne occidentale au XXIe siècle
L’usine à gaz
de Macron
La mondialisation et la révolution numérique exacerbent les inégalités.
Le maître des horloges décide de
beaucoup de choses, comme il le
veut, comme il l’entend. Il est
puissant. Mais pas tout-puissant
pour autant. L’épisode de la démission de Gérard Collomb a rappelé que le chef de l’État ne
contrôle pas tout. Ce qui vaut
pour la politique vaut aussi pour
l’économie. Emmanuel Macron
croyait probablement qu’il suffisait de publier un calendrier de
mesures en faveur du pouvoir
d’achat pour satisfaire les Français et doper la consommation, il
découvre aujourd’hui qu’il s’est
trompé.
Lorsque l’on promet un geste
- suppression programmée de la
taxe d’habitation, des cotisations
sociales -, mieux vaut agir immédiatement. L’attente émousse
l’envie et à la fin lorsque la mesure devrait faire son effet, donner
le sourire et pousser à dépenser…
c’est la déception. Le saucissonnage des mesures n’est pas bon
non plus. Il dilue la portée des initiatives et limite l’impact psychologique si important au moment
de décider s’il est préférable de
consommer ce surcroît de revenus ou s’il faut l’épargner.
Et puis, en entendant les ministres faire aujourd’hui la promotion des mesures de pouvoir
d’achat avec les mêmes mots et la
même énergie qu’il y a un an lors
de l’annonce du calendrier, les
Français ne vont-ils pas s’agacer ? Ne vont-ils pas penser que
l’exécutif leur vend deux fois la
même mesure ?
En voulant ménager la chèvre et
le chou, autrement dit distribuer
de l’argent sans creuser le déficit
ni réduire les dépenses publiques,
en baissant certains prélèvements et en en augmentant
d’autres, Emmanuel Macron et
ses équipes ont inventé une usine
à gaz du pouvoir d’achat. Rien de
tel pour semer le doute et la prudence. Mal joué.
LE PRIX D’UN PDG
Quelle est la valeur d’un PDG ? La
question est récurrente, plus encore lorsqu’un patron aussi emblématique qu’Elon Musk est sur
la sellette. En réalité, les grands
dirigeants ont une valeur de marché. Elle comprend une rémunération fixe, une partie variable et
la distribution d’actions. L’an
dernier, les patrons français du
CAC 40 ont empoché un peu plus
de 5 millions d’euros en moyenne
dont un peu plus de 2 millions en
salaire et rémunération variable.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
ont aussi la valeur des marchés. Il
s’agit de tout autre chose. Il
n’existe ni classement, ni de
mode de calcul en la matière. La
valeur des marchés est éphémère
et se lit dans les cours de Bourse
lors d’événements exceptionnels
de gouvernance. John Flannery a
ainsi découvert lundi dernier
qu’il valait - 10 milliards de dollars. À l’annonce de son départ de
la tête de General Electric, l’action a en effet bondi de 10 % soit
un gain de 10 milliards.
Le même jour, soulagé d’apprendre qu’Elon Musk resterait aux
commandes de Tesla, les mêmes
marchés se sont emballés. En une
séance, l’action du constructeur
des bolides électriques a grimpé
de 17 %, soit un gain de 7 milliards de dollars. Le fantasque entrepreneur a pu constater que
même à deux doigts du burn-out,
il valait très très cher !
CAISSES VIDES
Les expérimentations, en France
notamment, de magasins sans
caisse relancent le débat sur l’avenir des caissiers et des caissières.
Les études sur le sujet ne sont guère encourageantes. Les distributeurs s’en défendent, ce qui est assez naturel. Il n’est jamais bon
d’annoncer à ses employés que
leurs postes sont condamnés à
plus ou moins long terme. Ils assurent ainsi que l’avenir de la distribution va se traduire par le déploiement de plus de services dans
les magasins, du personnel d’accueil, un caviste au rayon vins… Il
est tentant d’y croire. Encore faudra-t-il convaincre les clients qui
se montrent assez schizophrènes ? Lorsqu’ils se font citoyens,
ils défendent sans hésiter l’emploi
dans la distribution. Mais une fois
derrière leur chariot, ils exigent
des prix bas indissociables d’une
forte pression sur les coûts, y
compris de personnel.
Disons que rien n’est encore
écrit. Le développement du commerce en ligne - la distribution
sans magasin ni caissière - ne se
fait pas sans employés comme on
pouvait le redouter. Pour faire
tourner son immense boutique
virtuelle, Amazon s’appuie sur
plus de 600 000 salariés totalement invisibles pour les clients,
sans compter les dizaines de milliers de CDD qui viennent chaque
année en renfort pour les fêtes de
Noël ! Le gros des troupes s’active
dans les allées d’entrepôts grands
comme 15 hypermarchés. Un
autre monde, inimaginable il y a
seulement vingt ans. ■
Le monde des start-up de la Silicon
Valley serait-il encore plus impitoyable que la finance de Wall
Street, pourtant réputée pour sa cupidité (Greed is good ! est son slogan) ? Car il ne faut pas se fier à la
simplicité des apparences, à ces
tee-shirts au ras du cou si peu
seyants que Mark Zuckerberg, le
fondateur de Facebook, s’évertue à
porter alors qu’il n’est pas Marlon
Brando. « Au sein des banques d’investissement de New York, tout le
monde a sa part du veau d’or, l’argent ruisselle, des traders jusqu’aux
secrétaires et aux coursiers. Dans les
entreprises stars de l’Internet, au
contraire, les tâches administratives
sont externalisées à des sous-traitants pour des salaires de misère, et
les startuppeurs gardent la manne
pour eux », résume cette économiste de l’OCDE qui prépare une enquête sur les inégalités.
Le dépérissement des classes
moyennes, la paupérisation des
« catégories populaires » sont devenues la crainte majeure des gouvernements. Présentant la semaine
dernière l’accord commercial signé
par son pays avec les États-Unis,
Justin Trudeau, le premier ministre
du Canada, a souligné qu’il serait
« profondément bénéfique pour l’économie, pour les familles canadiennes
et pour les classes moyennes ».
Voilà certes une notion floue que
les sociologues ont du mal à circonscrire, « une sphère dont le centre est partout et la circonférence
nulle part », diraient les philosophes. Force est donc de s’en remettre aux définitions chiffrées plus ou
moins arbitraires.
Aux États-Unis, le Pew Research
Center, le meilleur centre d’observation de la société américaine, définit la « middle class » par ses revenus, compris entre « les deux tiers et
le double du revenu médian » (lequel
répartit la population du pays en
deux parts égales). Selon cette
convention, la classe moyenne regroupait 61 % des Américains en
1971 et seulement 52 % en 2016. À
l’inverse, le groupe des « revenus
inférieurs » (moins des deux tiers du
niveau médian) a augmenté, passant
de 25 % de la population en 1971 à
29 % en 2016. Tout comme la classe
des « revenus supérieurs » (au
moins le double du revenu médian) a
grossi, de 14 % à 19 %.
En France, se fondant sur des critères similaires, le Crédoc (Centre
de recherche pour l’étude des
conditions de vie) parvient à un regroupement assez comparable :
« les classes moyennes » résistent
mieux (60 % des Français), alors
que « les catégories populaires » et
« les catégories aisées » (les termes
du Crédoc) rassemblent l’une et
l’autre 20 % de la population.
De même, la poussée des inégali-
LIVRES
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
tés reste moindre dans l’Hexagone,
comme le rappelle une étude récente de l’économiste Thomas Piketty (Global Inequality Dynamics).
Outre-Atlantique, la part des revenus primaires (avant impôts et
prestations sociales) des 50 % les
plus modestes de la population s’est
effondrée, tombant de 20 % de la
richesse nationale en 1978 à 12,5 %
aujourd’hui. En France, la moitié la
moins riche est parvenue à maintenir sa part du gâteau à 22,5 %. Et à
l’autre bout de l’échelle, les 10 % les
plus favorisés de la population américaine ont vu leurs revenus s’envoler, de 35 % à 47 %, alors que
chez nous il y a eu peu de changement (de 32 % à 33 %).
Mondialisation
et révolution numérique
La sécheresse des chiffres permet de
cerner le phénomène mais pas
d’appréhender les deux moteurs à
l’œuvre qui expliquent les difficultés de la classe moyenne : la mondialisation d’un côté et la révolution
technologique de l’autre. Or ces
deux tendances, de nature totalement différente pourtant, se conjuguent, se renforçant mutuellement
aux dépens des catégories les moins
nanties, économiquement et culturellement.
Dans son nouveau livre, No society. La fin de la classe moyenne occidentale, le géographe Christophe
Guilluy part de la révolution libérale
des années 1980. « There is no society », « il n’y a pas de société »,
proclamait Margaret Thatcher
(première ministre britannique), et
ne comptent que les forces du marché, seules sources de création des
richesses. Elles se sont déployées à
Les Français doivent comprendre
« que
« Le Grand Espoir
du XXe siècle », théorisé génialement
dès 1949 par l’économiste
Jean Fourastié, appartient hélas
au passé
»
l’échelle du globe au point qu’est en
train de se créer une « classe
moyenne planétaire » relativement
homogène de 4,9 milliards de gens
en 2030 (selon la Brookings Institution). Mais cette « économie monde » a son revers, l’éclatement des
solidarités nationales et la paupérisation des pays occidentaux. L’expression la plus visible en est le
confinement des classes populaires
dans les périphéries, les régions dévastées par la désindustrialisation,
qui ne sont plus dans le coup. En
France comme aux États-Unis.
Coïncidence du calendrier éditorial, l’économiste Daniel Cohen se
penche lui aussi sur le drame de la
classe moyenne, qui avait été la
grande gagnante de la prospérité
des Trente Glorieuses, de 1945 à
1975. Il faut dire que les temps ont
changé, le titre du livre a un accent
évangélique. Les Français doivent
comprendre que Le Grand Espoir du
XXe siècle, théorisé génialement dès
1949 par l’économiste Jean Fourastié, appartient au passé : les formidables gains de productivité des
deux premières révolutions industrielles dont tout le monde profitait
ont fait place à un autre paradigme.
L’« Homo digitalis », comme l’appelle de façon ridicule Daniel Cohen
– ignorant que digitalis signifie « de
la grosseur du doigt » en latin, il faudrait dire Homo numerus – est
confronté à deux ruptures contradictoires. D’un côté, la révolution
numérique « offre au plus grand
nombre ce qui était réservé aux gens
fortunés ». De l’autre, la nouvelle
économie « en externalisant tout ce
qui pouvait l’être - travailleurs et
fournisseurs - a anéanti les solidarités
implicites que l’ancien monde industriel, hiérarchique mais solidaire, avait
fini par construire ». La mondialisation et la transformation numérique
constituent d’incomparables outils
de libération des talents et des aspirations des individus. Mais en torpillant les liens internes des États et
des entreprises, elles condamnent au
néant la « classe moyenne » victime
de sa grisaille consubstantielle.
NATTAKORN - STOCK.ADOBE.COM
JACQUES-OLIVIER MARTIN
La classe moyenne regroupait 61 % des Américains en 1971 et seulement 52 % en 2016.
IDÉES
Emmanuel Egloff
£@eegloff
A
L’automobile, cartographie d’un monde en mutation
et « le développement du véhicule
autonome et la révolution du rapport
à l’automobile ». Des thèmes sans
surprise et que l’auteur développe
longuement car il représente une
COLL. PRIIVÉE
INDUSTRIE L’automobile subit une
profonde mutation. Le Mondial de
Paris, qui se tient actuellement (du
4 au 14 octobre), le montre bien.
Une quinzaine de marques en sont
absentes, et ce « Mondial de la mobilité » met en avant les nouvelles
formes que peuvent prendre les déplacements. Le véhicule électrique
est présent sur quasiment tous les
stands et une soixantaine de startup sont mises en avant. Un « Atlas
de l’automobile »* permet opportunément de dresser un tableau de
ces mutations. Et de leurs limites.
L’auteur, Jean-François Doulet,
est géographe et maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris. À travers une centaine de cartes
et graphiques, il pointe « la fin annoncée des voitures thermiques et
l’avènement de l’électrique », « la
remise en cause de la possession de
l’automobile en faveur de l’usage »
JEAN-FRANÇOIS DOULET
ATLAS DE L’AUTOMOBILE
Autrement
réalité de l’automobile d’aujourd’hui. Pour autant, le géographe
relativise ces révolutions. « Si ces
tendances sont utiles à comprendre
ce qui bouge, l’approche à l’échelle
mondiale oblige à être plus nuancé. »
Il existe un lien très fort entre
automobile et mondialisation. Le
géographe estime que le toyotisme,
développé dans les années 80, représente le meilleur exemple d’un
système industriel et commercial
conçu pour le monde. Plus marquant, « l’émergence des années
2000, qui a apporté à certains États
en développement la possibilité de
jouer le rôle de nouvelles puissances
économiques, pose les bases d’un renouveau de cette symbiose économique ». C’est le cas de la Chine, devenu le plus grand marché
mondial, ou de l’Inde, aujourd’hui
en très forte expansion. Cette mondialisation se retrouve aussi autour
de certains types de carrosserie,
avec la domination actuelle des
SUV, mais également via l’émergence d’industriels agissant à
l’échelle de la planète tout entière,
dont l’Alliance Renault-Nissan est
un des exemples les plus aboutis
avec sa présence forte en Europe,
Amérique du Nord, Japon, Chine ou
Russie.
Indicateur d’émergence
Au final, l’automobile se révèle
bien un indicateur d’émergence,
puisque « plus l’automobile est présente, plus le pays est avancé économiquement ». Le phénomène est
connu. Mais l’auteur va plus loin,
en décelant un lien entre automobile et civilisation. « Le phénomène
doit s’évaluer à l’aune des capacités
collectives pour intégrer l’automobile dans les dynamiques du changement social », explique Jean-Fran-
çois Doulet. Ce lien amène toutefois
vers moins d’automobile. L’objectif
devient de réduire la part modale
de l’automobile, d’avoir une régulation de plus en plus forte afin de
limiter son impact environnemental. En clair, il s’agit de toutes les
mutations qui traversent le monde
automobile et que l’on retrouve au
Mondial de Paris.
Mais qui ne concernent donc que
les pays les plus avancés dans leur
relation à l’automobile. Les autres
cherchent, d’abord, à amener
l’automobile vers le plus grand
nombre. Jean-François Doulet
constate que « la dichotomie Nord/
Sud continue de distinguer des pays
matures et émergents, en capacité
de se saisir du changement, et les
pays les moins avancés où des relations plus classiques à la voiture se
maintiennent ». ■
* Autrement, 24 euros
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 8 octobre 2018
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
André
François-Poncet
YANN LE GALES £@YannLeGales
INTERVIEW André FrançoisPoncet, président du directoire de
la société d’investissement Wendel, analyse le rôle du dirigeant.
LE FIGARO. - Comment
êtes-vous devenu dirigeant ?
André FRANÇOIS-PONCET. Cela peut paraître bizarre, mais je
n’ai jamais vraiment connu de
patron. J’ai toujours eu l’impression d’être un dirigeant.
« Tous les salariés
pourront m’évaluer »
Mais vous étiez un collaborateur
parmi d’autres
chez Morgan Stanley…
J’ai débuté chez Morgan Stanley
au début des années 1980. Par sa
croissance, la banque était l’équivalent d’un Gafa aujourd’hui. Elle
fonctionnait sous la forme d’un
partenariat. Je ne me considérais
pas comme un simple salarié mais
comme le propriétaire de ma
franchise. La banque était organisée en petites équipes qui se sentaient responsables de leurs résultats.
Est-ce un plaisir de diriger ?
C’est un plaisir et une contrainte.
Le dirigeant est toujours sur le
pont. Il doit avoir envie de se
donner aux autres.
Il est très bien rémunéré.
C’est souvent le cas. Mais le réduire à sa rémunération est un
point de vue cynique. Le dirigeant
doit avoir la vocation de servir.
Les jeunes générations
bousculent-elles
la manière de diriger ?
Les aspirations des millennials
sont telles que la partie management au sens strict est de moins
en moins importante. Aujourd’hui, il faut savoir susciter l’adhésion tout en maintenant le cap
sans inhiber. Il me semble aussi
que les considérations hiérarchiques ont laissé la place à davantage de responsabilisation. Ce qui
est une très bonne chose.
La personnalité joue-t-elle
un rôle ?
Un rôle fondamental ! La personnalité du dirigeant doit être en
symbiose avec les objectifs de
l’entreprise, sa stratégie, ses valeurs, son histoire.
Le président du directoire de Wendel
explique sa méthode pour faire
progresser chaque collaborateur.
Un dirigeant progresse-t-il ?
Je pense avoir progressé notamment parce que j’ai bénéficié de
retour d’informations pendant
toute ma carrière, parce que
d’autres personnes m’ont expliqué
quand elles appréciaient ou n’appréciaient pas ce que je faisais. Je
crois beaucoup dans les systèmes
d’évaluation à 360 degrés.
Depuis quand êtes-vous évalué ?
J’ai été évalué dès que j’ai commencé à travailler chez Morgan
Stanley. Une trentaine de personnes, comprenant celles qui
étaient sous ma responsabilité et
mes collègues, expliquaient chaque année ce que je faisais de bien
et ce que je faisais de moins bien.
Elles donnaient des exemples très
concrets.
Quel est l’intérêt
de cette méthode ?
Ces échanges sont très efficaces
quand ils sont menés avec cohérence et bienveillance sur plusieurs années. Ils permettent de
beaucoup progresser à condition
de les encadrer et de les associer à
des formations. Ce sont des outils
de développement personnel qui
améliorent la performance collective.
Avez-vous mis en place
une méthode d’évaluation
pour les cent salariés de Wendel ?
« Je crois beaucoup
dans les systèmes
d’évaluation à
360 degrés »,
explique André
François-Poncet.
HENRIKE STAHL
Nous allons utiliser pour la première fois cette année cet outil
dans le but de mieux travailler
ensemble. Le 360 ne se substitue
pas à l’évaluation de la performance de chacun mais je le vois
comme un élément de progrès
pour l’entreprise et les équipes.
CONFIDENCE
QUELLES PERSONNALITÉS VOUS INSPIRENT ?
Pour des raisons familiales, je ne place personne
sur un piédestal. L’histoire de ma famille
m’a appris que chacun fait de son mieux
selon les circonstances. En revanche, je crois
qu’il est possible de s’inspirer des bonnes idées
et des expériences de beaucoup d’autres.
POUVEZ-VOUS CITER DEUX DIRIGEANTS ?
J’admire Nitin Nohria, le doyen de la Harvard
Business School, qui n’a pas de pouvoir
hiérarchique sur les professeurs nommés à vie.
Il doit donc les convaincre par la force de son
caractère, de ses idées et de ses convictions.
J’admire aussi le général Richard Lizurey,
directeur général de la gendarmerie.
Il transforme la gendarmerie en profondeur et
a notamment réussi une révolution numérique.
Qui vous évalue ?
Chaque année, la performance du
directoire de Wendel est évaluée
par le conseil de surveillance de
Wendel en fonction de l’atteinte
d’objectifs précis. Tous les salariés du siège qui le souhaitent,
pourront participer à mon 360,
dont les résultats seront transmis
au conseil de surveillance.
Les salariés doivent-ils craindre
d’être évalués ?
Absolument pas ! Même si je comprends que cela peut être stressant la première fois. L’objectif
est au contraire de permettre à
chacun de progresser et de favoriser le travail en équipe.
Combien de temps
consacrez-vous à évaluer
vos collaborateurs ?
Je passe quinze à vingt minutes
par personne. J’évalue une trentaine de collaborateurs. Cela me
prendra un ou deux week-ends.
Les revues en groupe me prendront trois jours de plus.
Les dirigeants qui pratiquent
une évaluation 360
sont-ils nombreux ?
J’en connais peu. Je constate que
les conseils d’administration demandent de plus en plus à des
chasseurs de têtes d’évaluer les
vingt premiers dirigeants de l’entreprise. Cela leur donne un retour.
TOP
J.-F. MAUBOUSSIN, RATP
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Jean
Agulhon
Catherine
Guillouard
Christian
Galivel
â LES
Laurence
Batlle
Marie-Claude
Dupuis
Avez-vous fait appel à un coach ?
À un psychanalyste ?
Dans le passé, je suis allé voir un
psychanalyste une fois par semaine avant de commencer ma
journée de travail. Je voulais
mieux me connaître pour mieux
travailler et comprendre les
autres.
Cela vous a-t-il été utile ?
J’ai appris à mieux écouter et à
relativiser certaines situations.
Comment avez-vous compris
que vous aviez progressé ?
En écoutant plus les personnes
avec qui je travaillais. Le travail
en équipe n’en a été que plus efficace.
Conseillez-vous à des managers
de suivre une psychanalyse ?
Un manager doit absolument développer sa capacité à se remettre
en cause, à comprendre ses ressorts et l’origine de ses réactions.
À chacun de trouver le bon
moyen d’y parvenir. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Hiba
Farès
Anaïs
Lançon
Jean-Yves
Leclercq
Jérôme
Harnois
DÉCIDEURS du Groupe RATP
Les priorités stratégiques ne manquent pas
pour le groupe RATP. L’opérateur de transports publics franciliens, mais aussi international, s’apprête à relever de nombreux
challenges pour les décennies à venir, à
l’instar de la SNCF, sa turbulente sœur
jumelle. À commencer par la fin d’un mono2003
pole vieux de plus d’un siècle. Dès 2025, la
Devient déléguée
générale des
RATP devra ouvrir son réseau de bus à la
ressources humaines
concurrence, avant une ouverture totale en
d’Air France
2039. Un réseau dont la flotte de 4 700 bus
2007
Est nommée directrice aura été, d’ici là, convertie à l’énergie
financière et membre renouvelable.
du comité exécutif
De beaux défis donc, auxquels s’ajoute
d’Eutelsat
encore l’extension de quatre lignes de métro
en Ile-de-France : « La plus grande depuis
2014
Prend la direction
1930, avec 10 % d’augmentation », explique
générale déléguée
Catherine Guillouard, à la tête du tentacude Rexel
laire réseau de transport depuis 2017. Troi2017
sième femme à diriger la RATP, après ÉlisaRejoint le groupe
beth Borne, devenue ministre des
RATP comme PDG
DATES
CLÉS
Philippe
Martin
Le dirigeant cesse-il
de progresser quand il atteint
la cinquantaine ?
Chacun peut progresser à tout
âge. C’est d’autant plus facile
qu’il est possible de faire appel à
des coachs, des psychologues, des
psychanalystes ou d’autres professionnels pour progresser.
Transports, la quinquagénaire a très tôt percé le plafond de verre. Et particulièrement
en prenant les rênes financières d’Eutelsat
en 2007, après dix ans passés chez Air France
à des fonctions variées. Cinq ans plus tard,
elle rejoint le grossiste français Rexel, dont
elle deviendra directrice générale déléguée
en 2014. Aujourd’hui, avec un comité exécutif résolument paritaire, Catherine
Guillouard a su instaurer un système collégial où le dialogue domine. « Dans une telle
période de transformation, il est important de
resserrer les liens », précise l’énarque diplômée de Sciences Po, également membre du
conseil d’Engie et Airbus. Autour d’elle une
« équipe innovante et expérimentée », aux
parcours variés, tant internes qu’externes,
œuvre à la tête du groupe.
Actuel directeur des ressources humaines,
Jean Agulhon a pu se forger une solide expérience en RH tout au long de son parcours
chez Renault. Arrivé en 2016, il est aussi
directeur général adjoint gestion et innovation sociale du groupe, une casquette que
partage également l’ingénieur Christian
Galivel, en charge pour sa part des projets,
de l’ingénierie et des investissements depuis
2013, avec un parcours 100 % RATP depuis
1982. Un autre ingénieur, Philippe Martin,
DG adjoint lui aussi et fidèle du groupe, est
en charge des opérations de transports et de
la maintenance depuis 2009. Quant à Laurence Batlle, Harvard et ex-consultante
chez PwC, elle préside le directoire de RATP
Dev depuis 2017, soit dix ans après son
entrée dans l’entité. Autre visage féminin
emblématique, celui de Marie-Claude
Dupuis, directrice de la stratégie de l’innovation et du développement. La polytechnicienne fut, notamment, DG de l’Andra pendant près de dix ans, jusqu’en 2014, avant de
rejoindre la RATP. Fraîchement débarquée
dans ce comex, Hiba Farès est à la tête de
l’expérience clients, services et marketing,
après avoir dirigé les marques Mercure et
Novotel en Ile-de-France chez Accor. Fine
connaisseuse des institutions publiques,
Anaïs Lançon s’est forgé une solide expérience en communication notamment à la
Ville de Paris, en cabinet ministériel ou
encore à l’Assemblée nationale, et pilote la
com de la RATP depuis 2015. Autre prise de
Catherine Guillouard, Jean-Yves Leclercq,
directeur financier depuis avril 2018. Le
normalien multidiplômé avait au préalable
tenu les commandes de la finance, de la
stratégie et du juridique à la SNCF Voyages.
Quant au dernier membre, Jérôme Harnois,
il dirige depuis 2017 la maîtrise des risques,
la sûreté et les affaires institutionnelles,
après avoir piloté le cabinet de l’ex-PDG,
Élisabeth Borne, pendant deux ans.
A. B.
A
Quelle est votre définition
du dirigeant ?
Diriger est un exercice de partage. C’est être au service des
autres. Le dirigeant est plus un
leader qu’un manager. Son rôle
est d’entraîner les équipes dans la
direction à laquelle il croit.
35
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lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
36
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Les chaînes parlementaires se battent
pour conserver le canal 13 de la TNT
Bertrand Delais (LCP-AN) et Emmanuel Kessler (Public Sénat), invités du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Ils travaillent ensemble. Les patrons de LCP-Assemblée nationale et de Public Sénat multiplient les projets
communs mais sans fusionner.
LE FIGARO. - Les auditions
Benalla ont fait un succès
d’audience pour LCP-Assemblée
nationale et Public Sénat.
Quelles leçons en tirez-vous ?
Bertrand DELAIS. - La première
leçon est qu’un événement puissant tire très fortement l’audience. Pendant longtemps, sur LCP,
nous n’avions pas pris l’habitude
d’accompagner les événements
parlementaires. Là, nous les avons
très bien suivis. Grâce à l’entente
avec Public Sénat, nous avons pu
faire le choix d’obéir au calendrier
des auditions en cassant les grilles
et les rendez-vous pour donner la
priorité à la retransmission en direct. Cela a été un travail de grande intelligence collective.
Casser les antennes,
est-ce une nouvelle mécanique ?
Emmanuel KESSLER. - C’est une
mécanique de coopération. Nous
voulons nous y engager encore
davantage au service de nos téléspectateurs puisque nous avons
un canal commun sur la TNT.
Nous voulons avoir l’offre la plus
claire et la plus attrayante possible
tout en gardant chacun nos spécificités. Grâce aux auditions Benalla, Public Sénat a battu son record
avec 4 % de parts d’audience.
Avec 200 000 téléspectateurs,
nous étions la deuxième chaîne
parmi celles qui ont retransmis les
auditions juste derrière BFMTV.
Ces auditions ont permis aux
Français de comprendre le travail
du Sénat.
L’effet Benalla va-t-il vous
conduire à élargir votre spectre
au-delà de la politique ?
B. D. - Il faut rester sur notre ADN
de départ avec l’exigence de
« donner du sens ». Ce n’est pas
parce que les chaînes info ont fait
du Benalla que nous devons faire
de la chaîne d’info. Nous risquerions de perdre notre singularité.
Et, il faut être clair, notre budget
ne nous permet pas de concurrencer les chaînes d’info.
E. K. - L’audience n’est pas la fi-
EMMANUEL
KESSLER (à gauche)
ET BERTRAND
DELAIS
dans le studio
du Figaro.
@
SÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
nalité d’une chaîne comme la nôtre mais elle est la mesure de la
réussite de notre mission : rapprocher les Français de la politique et
expliquer comment fonctionne la
vie politique de notre pays.
Faudra-t-il attendre la prochaine
affaire pour attirer le public ?
E. K. - Pas du tout. À travers nos
différents formats, nous amenons
les téléspectateurs à mieux
connaître la chaîne. Notre notoriété est déjà de plus de 80 %. Ils
viennent sur les affaires et ensuite
nous les amenons vers d’autres
programmes, dont les documentaires qui prennent le temps d’aller au fond des sujets. Nous allons
RÉALITÉS AUGMENTÉES
même faire deux ou trois documentaires communs par an.
duit de ces économies dans des
contenus de plus en plus exclusifs.
Que vous apportent
les documentaires ?
B. D. – Il y a une bonne complémentarité entre les documentaires de LCP-AN qui passent la semaine et ceux de Public Sénat le
week-end. Ce format permet de
montrer que nous sommes indépendants des pouvoirs que nous
représentons. Ainsi, nous avons
fait un documentaire sur la vente
d’Alstom qui a déclenché une enquête parlementaire.
Pourquoi rester séparés ?
E. K. - La question de la fusion des
deux chaînes est totalement dépassée et d’arrière-garde. Nous
avons deux chambres et donc nous
avons deux chaînes : c’est l’expression du bicamérisme.
B. D. - Demain, les chaînes vont
devenir des éditeurs de contenus.
Public Sénat est une marque,
LCP-AN en est une autre. LCP-AN
vivra de ses propres contenus sur
d’autres canaux que la TNT. Nous
aurons
ponctuellement
des
convergences avec Public Sénat
mais, au fond, les deux marques
existeront en elles-mêmes. La
question de la fusion aurait pu se
poser au début de la TNT. Mais
aujourd’hui, elle est moins pertinente.
LCP représente l’Assemblée
nationale, qui est dans la majorité,
et Public Sénat représente
le Sénat, qui est dans l’opposition.
Comment gérer cela ?
E. K. – Nous appliquons la règle du
CSA, qui est celle du respect de
l’équilibre et du pluralisme de
l’expression politique à la télévision. Et en plus nous appliquons la
règle de proportionnalité de l’expression des groupes politiques du
Sénat. Nous travaillons en toute
indépendance éditoriale
Allez-vous multiplier
les projets en commun ?
B. D. – Il y a aura dans l’année
quelques rendez-vous sur des
grands événements. Sur les élections européennes nous allons
tenter d’aller plus loin que la simple soirée électorale. Nous avons
conscience que la compétition se
fait sur les contenus. Si nous restons chacun de notre côté, nos
moyens sont trop limités. À deux,
notre budget ne dépasse pas
36 millions d’euros. Nous sommes
obligés de faire des économies de
structures et de remettre le pro-
Le CSA pourrait rebattre les cartes
en regroupant sur la TNT toutes
les chaînes d’info.
Que demandez-vous ?
E. K. – Nous avons un combat très
fort pour le maintien du canal 13
pour les chaînes parlementaires.
B. D. – Le CSA peut mettre les
autres chaînes d’info à partir du
canal 14. Certes, nous sommes
une chaîne d’info, mais pas une
chaîne d’info classique !
Vous êtes une chaîne d’info quand
ça vous arrange et vous ne l’êtes
pas quand cela vous déplaît ?
E. K. – Si demain, dans l’intérêt du
téléspectateur, le CSA veut créer
un bloc avec les chaînes d’info,
cela nous convient, mais du moment qu’il nous conserve le canal 13, qui est un marqueur fort de
notre identité depuis 2005. ■
PAR ENGUÉRAND RENAULT
Qwant ou la stratégie du Calimero
Le 27 septembre, sur le plateau de
Stéphane Soumier à BFM Business,
Éric Leandri, le patron du moteur de
recherche français Qwant, a fait un
grand numéro de Calimero. Comme
le petit poussin noir, il clamait
« c’est vraiment trop inzuste ».
Qwant n’est pas reconnu à sa juste
valeur. Le jour anniversaire des
20 ans de Google, il expliquait que
Qwant est la seule alternative valable au géant américain et que, lui ,ne
pique pas les données personnelles
des internautes. Ensuite, il a piqué
un coup de sang en dénonçant l’accord signé par l’Alliance RenaultNissan-Mitsubishi avec Google pour
les futures voitures connectées.
Outré, Éric Leandri a annoncé qu’il
annulait sa participation au Mondial
de l’automobile pour « ne pas passer
pour un abruti ». En une phrase, il
s’est incrusté dans un débat où il
n’était pas invité.
L’alliance RNM est le premier
constructeur automobile mondial
avec plus de 10 millions de véhicules
par an. Elle passe un accord avec un
pair, Google, premier moteur de recherche mondial, disposant d’un
système d’exploitation Android
présent dans 80 % des smartphones
au monde, de Google Map et d’un
assistant personnel Google Assistant. En face, Qwant n’a rien de tout
cela ou c’est encore dans les cartons.
C’est un acteur qui n’existe pas au
niveau mondial, ni en Europe et à
peine en France. Stéphane Soumier
s’est ébahi du fait que Qwant disposait de 8 % de part de marché dans
la recherche en France, selon Médiamétrie. Il a confondu part de
marché et audience. Checknews, le
service de décryptage de Libération,
a enquêté. La part de marché de
Qwant en France ne serait que de
1,72 % selon les chiffres de Similarweb et même de 0,59 % selon
ceux de StatCounter. Éric Leandri
conteste et parle plutôt « d’une part
de marché entre 4 % et 5 % ». Soit.
Mais le plus embêtant est que Qwant
est absent de la recherche sur mobi-
le, qui représente aujourd’hui 70 %
du marché. La faute à Google et Apple qui bloquent l’accès du français
sur leurs téléphones mobiles. C’est
totalement inique, mais c’est la réalité ! Pire, comment l’alliance RNM
pourrait-elle contracter avec un
moteur de recherche qui n’était pas
suffisamment solide pour faire face
à un pic d’activité ? En mars, en
plein débat sur l’affaire Cambridge
Analytica Qwant a suscité une vague d’intérêt des internautes. Patatras, ses serveurs se sont brutalement effondrés.
Qwant est un bon moteur de recherche, recommandé par Cédric
Villani, le mathématicien et député
LaREM. Le moteur est pertinent car
les résultats des recherches sont en
grande partie fournis par Bing, le
moteur de Microsoft. Aujourd’hui,
Google pèse plus de 100 milliards de
dollars de chiffre d’affaires. En
2018, le français espère dépasser
10 millions de chiffre d’affaires
(10 000 fois moins) et perd 6 millions d’euros. Éric Leandri le reconnaît lui-même : « Cette année, on
table sur 18 milliards de requêtes, soit
à peine 6 jours de Google. » Sa frénétique agitation médiatique et
l’élan de sympathie pour un petit
français face à l’ogre Google ne doivent quand même pas faire oublier
la réalité ! ■
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Miro sur la planète des rêves
Paysage (Le Lièvre), Joan Miro, 1927.
Première rétrospective parisienne consacrée au Catalan depuis 1974. Une constellation magique de chefs-d’œuvre
au Grand Palais. PAGES 38 ET 39
Le petit théâtre ambulant de Ramuz et Stravinsky
CLASSIQUE Podalydès, Sandre et Vuillermoz livrent une vision sobre mais touchante de « L’Histoire du soldat ».
Thierry Hillériteau
£@thilleriteau
D
e l’œuvre de nécessité au
chef-d’œuvre, il peut n’y
avoir qu’un pas. C’est celui que Charles-Ferdinand Ramuz et Igor Stravinsky franchirent sans le savoir, en
s’attelant en 1917 à la composition de
L’Histoire du soldat. Pour les deux artistes frappés par la crise que connaissent les théâtres à la fin de la guerre, il
s’agit d’imaginer « une pièce qui puisse
se passer d’une grande salle » en reprenant « la tradition des théâtres sur tréteaux, des théâtres ambulants, des
théâtres de foire… », racontera Ramuz
quelques années plus tard. Trois personnages. Sept musiciens. Une succession de marches, danses et intermèdes
empruntant au jazz, à la fanfare mili-
JASON LLOYD EVANS ; JULIEN HANCK ; EPSON
taire, au cirque, aux musiques tziganes
ou à la tradition viennoise. La forme
est d’une extrême simplicité. Tranchant naturellement avec le faste des
Ballets russes qu’avait connu Stravinsky. Pourtant, le compositeur russe en
exil en Suisse et l’écrivain suisse à
l’âme russe mirent beaucoup d’eux
dans ce récit. Au point d’être l’un et
l’autre indissociables de ce soldat-enfant, toujours marchant, qui vend son
âme-violon au diable.
à Paris, sur l’invitation de la productrice des Concerts du dimanche matin,
Jeanine Roze… Un siècle presque jour
pour jour après la naissance de
l’ouvrage, et sur la scène qui vit sa première représentation française (six ans
après la création de Lausanne). Sans
jamais surjouer, Denis Podalydès saisit
Un plateau exceptionnel
Pour faire vivre ce récit dans toute sa
vérité, sans le truchement de la mise
en scène, il faut des interprètes totalement investis. Des musiciens acteurs.
Et des acteurs musiciens. Capables,
pour mieux la perdre, de retrouver
leur propre âme d’enfant. « Comme si
l’enfance était tombée du ciel », écrit
Christian Bobin sur Ramuz. Trois
conditions réunies ce dimanche sur la
scène du Théâtre des Champs-Élysées,
Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Didier Sandre et les musiciens dirigés par JeanChristophe Gayot, dimanche, sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, à Paris.
le soldat dans toute sa naïveté. Michel
Vuillermoz est un diable aussi séducteur dans le timbre que méphistophélique dans les intonations. Didier Sandre, familier du dialogue entre
musique et littérature, lorsqu’il ne
scande pas la marche du soldat comme
s’il dansait, est un narrateur tout en
retenue.
Mais si l’alchimie prend, ce n’est pas
qu’en raison de la présence de ces trois
membres de la Comédie-Française.
C’est aussi, surtout, grâce aux musiciens, dirigés avec une précision sans
faille par l’expert des œuvres de la modernité Jean-Christophe Gayot. Un
plateau exceptionnel, dont on retiendra en priorité le violon nerveux et
plein d’esprit d’Olivier Charlier, la clarinette envoûtante de Philippe Berrod
ou les percussions virtuoses de Gariel
Benlolo. Immortalisée en studio par
Harmonia Mundi, cette « version du
centenaire » est disponible depuis
vendredi dans les bacs. ■
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
38
L'ÉVÉNEMENT
Miro, alchimiste
du merveilleux
ARTS Sous
le souffle de la poésie, le Catalan a exploré
sa planète. Rétrospective à son image libre au Grand Palais.
M
VALÉRIE DUPONCHELLE
£VDuponchelle
iro, petite bouille
sage, sourire fermé sur une bouche mignonne comme les gentilshommes
peints au XIXe, les cheveux raides coupés
net, lissés de part et d’autre d’une raie
d’écolier, une tenue impeccable même si
la pauvreté le guette. Mais des yeux vifs
qui traversent ce doux portrait au final
trompeur. « Je sais que je suis des chemins
extrêmement dangereux et je vous avoue
que parfois je suis pris d’une panique propre au voyageur qui se retrouve sur des
chemins inexplorés », écrit le jeune Miro,
pas 30 ans, dans une lettre de 1923 à son
ami, l’architecte catalan Josep Francesc
Ràfols. Avec à propos, le catalogue de
cette exposition fluide comme une rivière met cette confession en rapport avec
le portrait saisissant de Miro par Man
Ray, à Paris vers 1930. L’inquiétude dévore son regard franc. La volonté domine la crainte. L’action est contenue dans
sa main de lanceur de couteaux qui s’appuie fortement sur le mur. Miro, c’est un
magicien de l’art et un magicien n’est
pas une petite chose.
Bien sûr, cette superbe rétrospective
qui réunit près de 150 chefs-d’œuvre du
grand artiste chauffé au soleil de Catalogne est une invitation au rêve. JeanLouis Prat, son commissaire, en a une
connaissance tellement intime qu’il dégage le chemin de la connaissance avec
une légèreté d’azur. Il a choisi de mettre
en exergue de cette promenade dans
l’art moderne une « peinture-poème »
de 1925, Photo : ceci est la couleur de mes
rêves. Une tache bleue, une écriture calligraphiée au pinceau comme dans un
cahier d’écolier, le vide vaste de la toile
en page blanche, c’est l’imaginaire tout
entier qui s’ouvre devant vous. Emblème
des « peintures de rêves », cette icône du
Met de New York marie par sa simplicité
extrême la poésie et la radicalité, la fraîcheur et l’intellect.
La Ferme (1921-1922) et Bleu II (1961), Joan Miro (de gauche à droite).
Miro, homme de nos rêves ? « Je ne
rêve jamais la nuit, mais dans mon atelier
je suis en plein rêve […]. C’est quand je
travaille quand je suis éveillé que je rêve
[…]. Le rêve est dans ma vitalité, pas dans
les marges, pas provoqué. Jamais », dit en
1977 le vieux peintre, toujours aussi net
dans ses propos et décidé face aux enjeux
de l’art. Et comme le savent les chamanes, comme l’étudie la psychanalyse de
Sigmund Freud, les rêves par leurs symboles et leurs métaphores ne sont pas
inoffensifs. La guerre ou l’idée de la catastrophe imminente peut se cacher derrière un trait noir au velouté céleste
(Nocturne, sublime huile sur carton
d’avril 1938, collection particulière).
L’échelle de Jacob ne conduit pas forcément à la réconciliation des frères, et
celle de l’évasion, si présente chez Miro,
se perd parfois dans le ciel le plus sombre
(Chien aboyant à la lune, 1926, venu du
Philadelphia Museum of Art). Les
oiseaux sont peut-être de mauvais augu-
re (Femmes entourée d’oiseaux regardant
le lever d’une étoile, 26 août 1942, Fundacion Mapfre de Madrid). Les femmes forment un cosmos étrange, des planètes à
elles seules et des espèces primitives
comme les ours et les lions gravés dans
les cavernes (Femmes devant le soleil,
5 août 1942, Fundacion Joan Miro). Les
étoiles mêmes sont des feux noirs audessous desquels l’homme est un grain
de poussière, joyeux, interrogateur, enfant (L’Oiseau migrateur, gouache et
huile sur papier de 1941, collection particulière).
« Je ne fais aucune différence
entre peinture et poésie »
« Je ne fais aucune différence entre peinture et poésie […]. Peinture et poésie se
font comme on fait l’amour ; un échange
de sang, une étreinte totale, sans aucune
prudence, sans nulle protection », dit-il,
avec ce goût farouche de la vérité, à
George Duthuit en 1936 (Où allez-vous
Miro ?, Cahiers d’art no 8-10). « Pour moi,
Miro, c’est la grande liberté. Quelque chose de plus aérien, de plus dégagé, de plus
léger que tout ce que j’avais jamais vu. En
un sens, c’était absolument parfait », écrit
le Suisse Alberto Giacometti en 1930.
« Miro ne peint jamais bleu-ciel, roseamour, ni noir-chagrin. Le registre de ses
sentiments est infiniment plus complexe.
Ce sont toujours des sentiments de grand
format poussés jusqu’à leurs extrêmes limites », analyse en artiste Hans Arp en
1933. « Violet indigo bleu vert jaune orangé rouge. / Quelle peste s’est faufilée /
dans la nuit de ses veines / pour que le
monde, insidieusement contaminé, se résolve / en cette floraison de tatouages et de
taches », écrit le merveilleux Michel Leiris dans Fissures en 1939. Tous ces mots
vont à Miro comme des gants, lui qui
empruntera des titres aux poètes.
Ce souffle sauvage de la poésie lui vient
des poètes catalans et français, à commencer par Paul Éluard, qui publia Les
L’artiste sur ses terres
BERTRAND DE SAINT VINCENT
bdesaintvincent@lefigaro.fr
« Toute mon œuvre est conçue à
Mont-roig », affirma-t-il. La Ferme fut la première grande toile de
Miro. Conçue en neuf mois, achevée en 1922, elle représente avec
un luxe de détails une partie du
mas familial. Acquise par
Hemingway qui s’en enticha, elle
est aujourd’hui exposée à la
National Gallery de Washington.
Près d’un siècle plus tard, la vision des lieux qui l’inspirèrent
s’apparente à un tableau surréaliste. À deux heures de Barcelone,
la maison blanche de Mont-roig
semble prisonnière du progrès.
Face à elle, rivière de béton,
l’autoroute A7, un pont qui la
surmonte, une ligne de chemin
de fer. Ne manque plus qu’une
piste d’atterrissage.
Le projet initial la défigurait
encore plus. Une supplique de la
fille de Miro au roi d’Espagne est
parvenue à faire déplacer de
quelques mètres le trajet sacrilè-
ge. La vie des artistes vaut souvent moins cher que leurs toiles.
C’est pourtant dans cette demeure, achetée en 1911 par ses
parents, que le jeune Joan ressentit le choc qui allait déterminer sa vocation. Ses parents le
rêvaient comptable ; il déprimait. Confronté à ce paysage, à
cette nature brute, aux paysans
qui la faisaient vivre, le Catalan
eut la certitude qu’il voulait devenir un artiste. Pendant quarante ans, résidant à Majorque ou
à Paris, il ne cessera d’y revenir,
ressentant le besoin vital de s’y
ressourcer.
« Une cellule de moine »
Léguée par ses héritiers à la
Fondation Miro, la ferme, composée d’un bâtiment principal,
d’inspiration sud-américaine et
d’une maison de métayer (immortalisée par le tableau) est
ouverte à la visite depuis le printemps dernier. Par sa fidèle simplicité, son décor, en cours de
restauration, offre une vision
précieuse de ses racines.
Passionnée par son sujet, sa
jeune directrice, Elena Juncosa
Vecchierini, en fait revivre le
moindre recoin. À tout seigneur
tout honneur, la visite commence
par l’atelier. Initiée en 1943, sa
construction s’acheva en 1948.
Son plafond en arche lui donne
l’allure d’une église, inondée de
lumière. Rien n’a bougé diraiton : le fauteuil en osier sur le dossier duquel repose une blouse
bleue, tachée de peinture, la table
de travail, avec son carton rempli
de dessins et ses pinceaux rangés
dans un pot, le chevalet contre un
mur.
L’artiste décrivait son lieu de
travail comme une « cellule de
moine ». Au-dessus de la cheminée, un cliché de Picasso ; sur une
patère, un chapeau de paille.
Après sa mort, le jour de Noël
1983, le lieu resta fermé pendant
des années : « Lorsque j’y suis entrée pour la première fois, j’ai eu
l’impression que Miro venait de
sortir et qu’il allait revenir d’un
instant à l’autre », raconte Elena.
Méthodique, discipliné, l’artiste y
A
Le peintre en Majestic
Pour célébrer son centenaire
et illustrer ses liens avec Miro,
qui venait y admirer l’œuvre
exposée dans le hall de son
mentor, le peintre catalan
Modest Urgell, l’Hôtel Majestic à
Barcelone propose à sa clientèle
deux découvertes exclusives
sur les traces de l’artiste.
La première consiste en une
visite privée de la Fondation
Joan Miro, créée par l’architecte
Josep Lluis Sert. Plus
de 200 tableaux, autant
de sculptures, d’innombrables
dessins et l’une de ses rares
tapisseries monumentales,
en cours de restauration
avec le soutien du palace,
y sont présentés.
Le second parcours est une
excursion guidée à deux heures
de route de Barcelone,
dans le mas familial de Miro,
à Mont-roig del Camp. Une
occasion privilégiée de parcourir
son atelier et de se plonger
dans le paysage qui fut, selon
ses propres dires, sa principale
source d’inspiration.
B. DE S. V.
Majestic Hotel-Spa Barcelona.
Tél. : +34 934 922 244.
reservas@hotelmajestic.es.
travaillait sur plusieurs œuvres en
même temps. Juste à côté, la petite chapelle, édifiée en 1916 par son
père, échappa de peu à la rage des
républicains pendant la guerre civile. Ses objets furent brûlés.
La maison principale est empreinte de modestie. Dans un
coin d’une salle à manger austère,
un fauteuil à bascule : « Je suis
plus heureux de porter un pull et de
boire au goulot avec les paysans de
Mont-roig que si je suis en smoking
à Paris dans les grands palais »,
proclamait l’hôte des lieux. Dans
le salon du premier étage, quelques tableaux d’ancêtres ; la table
qui servit de modèle à la Nature
morte au lapin. Dans une petite
chambre d’enfant, sur un mur
une illustration du tableau Vignes
et oliviers dont Miro eut l’inspiration en regardant par la fenêtre.
Les cuves en ciment de la cave
imitent le bois : « Venez en septembre, écrivait le Catalan à Kandinsky. Il fera moins chaud et le
raisin sera mûr. » Le maître de
l’abstraction ne vint pas. À l’extérieur, le petit jardin potager est
cultivé avec l’amour que Miro
nourrissait pour la nature. Près
d’un eucalyptus, la tonnelle devant laquelle il immortalisa une
petite fille du village. Elle avait
4 ans. Ses prunelles immenses et
songeuses éclairent les cimaises
de la Fondation de Barcelone.
Sous le caroubier, une nuée de ces
fruits séchés que l’artiste glissait
dans sa poche ou sa valise quand il
partait en voyage. D’un geste naturel, on se penche pour en ramasser un. ■
Fondation Miro, Barcelone.
Fondation Mas Miro, à Mont-roig del Camp,
province de Tarragone.
Animaux et leurs hommes, les hommes et
leurs animaux en 1920. Il irradie complètement son œuvre, la rendant à la fois
énigmatique, délicatement déchirante
derrière le premier émerveillement, et
donc toujours proche de chacun pour qui
veut bien sortir du rang et des sentiers
battus : Une étoile caresse le sein d’une
négresse, peinture-poème d’avril 1958 et
icône de la Tate à Londres, où quelques
touches de couleurs et des mots en blanc
suffisent à évoquer la mystérieuse féminité sur fond noir. « Miro a eu un langage
si particulier qu’il est resté un artiste inclassable, même s’il a traversé le surréalisme sans lui jamais appartenir », prévient l’ami de l’artiste, Jean-Louis Prat,
en ouverture de cette large composition
symphonique où les œuvres et les périodes se succèdent sans s’étouffer : de La
Ferme, huile stylisée de 1921-22 qui synthétise sa terre natale (trésor venu de la
National Gallery de Washington), à Main
à la poursuite de l’oiseau, huile de 1926
Joan Punyet : « Mon grandune force de la nature »
Installé à Majorque, dans la maison de
Miro, son petit-fils, Joan Punyet, consacre sa vie à l’héritage de son grand-père.
LE FIGARO. – Votre grand-père
est mort lorsque vous aviez 15 ans.
Quel souvenir gardez-vous de lui ?
Joan PUNYET. – En tant que grand-père, l’importance qu’il attachait à la famille. Comme artiste, l’obsession
d’échapper à la répétition. Il voulait surprendre, rester authentique. Il se moquait des marchands ou de l’opinion des
critiques. Je l’ai vraiment découvert à
10 ans, en 1978, lorsque je suis allé dans
son atelier. Il y avait une centaine de tableaux. Au milieu de l’odeur de l’acrylique, de la térébenthine, de l’essence, ce
fut une explosion gestuelle inouie. Une
claque dont je ne me suis jamais remis.
Jeune fille
s’évadant
(1967),
Joan
Miro.
Comment travaillait-il ?
C’était une force de la nature, méthodique, impressionnant. Le matin dans son
atelier, l’après-midi il faisait la sieste,
répondait au courrier. Vers 18 heures, il
lisait de la poésie, écoutait de la musique. Puis il s’asseyait sur son sofa et se
mettait à dessiner. Les mines des
crayons éclataient sous sa puissance.
Quand c’était fini, il signait au dos, datait, titrait. Il était comme un boxeur qui
avait exercé sa main au combat.
Quel est le rôle de l’Adom, Association
pour la défense de l’œuvre de Miro, dont
vous êtes le vice-président ?
Contrôler le marché, authentifier les
œuvres et lutter contre les contrefaçons.
Environ 150 pièces nous sont présentées
chaque année. 60 % d’entre elles sont
des faux.
Comment décèle-t-on un faux ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
CULTURE
lundi 8 octobre 2018
39
Folie et élégance
des marchands merciers
CHRONIQUE Le Musée Cognacq-Jay rappelle que sans cette corporation
le raffinement du XVIIIe siècle français n’aurait pas conquis l’Europe.
LES ARTS
Adrien Goetz
« AUTOPORTRAIT »
(1919)
À l’été 1919, à Mont-roig,
le peintre se représente avec
sa veste de paysan catalan ourlée
de noir. Il la décompose à gauche
en aplats anguleux tandis
qu’à droite courent les sillons
du labour. Picasso reçut
cette huile en 1921 et la conserva
toute sa vie.
« PAYSAGE
(LE LIÈVRE) » (1927)
sur fond bleu au dessin complètement
moderne, presque pop (collection particulière). Les trois grands Bleu I, II et III,
mars 1961, de Beaubourg arrivent tout
naturellement.
« La vérité de Miro n’est pas la vérité
des autres. Elle raconte la liberté totale
qu’ont prise certains artistes de raconter
ce qu’ils étaient. Chacun a sa vérité. Elles
se superposent, elles se surajoutent, elles
racontent notre époque », analyse JeanLouis Prat. La nôtre, si matérialiste, si
accrochée à la reconnaissance de l’art
par l’argent et l’écho médiatique, est-elle encore connectée à cette planète pauvre, heureuse, volontaire, libre ? Là est la
question. ■
Jusqu’au 4 février au Grand Palais,
Galeries nationales. Catalogue RMN-GP,
304 p., 45 €. À lire également :
Les Constellations de Varengeville,
d’Adrien Goetz, RMN-GP, collection
« Cartels », 112 p., 14,90 €.
Tél. : 01 44 13 17 17. www.grandpalais.fr
père était
C’est tout l’espace du rêve, avec
sa grande terre fertile ouverte
à tous les évènements, avec
ses configurations inquiétantes
mi-humaines mi-animales,
ses lignes et ses cercles
magiques en pointillé. Cette huile
si célèbre du Guggenheim
de New York garde intact
son mystère surréaliste.
« LE CARNAVAL
D’ARLEQUIN »
(1924-25)
R
«
ien ne se crée, tout se
transforme » : la formule
qui résume la célèbre loi
de Lavoisier, qui serait
inspirée par Anaxagore,
philosophe antique, ne viendrait-elle
pas plutôt, quand il publia l’exposé de
ce grand principe chimique, en 1789, de
la fréquentation que sa femme et
lui pouvaient avoir des plus fameux marchands merciers parisiens ?
Richissime, Lavoisier aimait
la dépense et les bons artistes
autant que les expériences audacieuses. Dans les creusets et les alambics
des marchands merciers, panneaux
de laques venues d’Orient, fleurs de
porcelaine de Saxe, bronzes du
faubourg Saint-Antoine se
« transformaient »,
au
prix d’opérations alchimiques qui étaient la fabrique
du « goût », en objets merveilleux ou en
petits meubles inutiles et fort chers, la
quintessence du style parisien. Dans
l’Encyclopédie, le « mercier » est dit
« marchand de tout et faiseur de rien ». Il
appartient à une corporation puissante,
connue depuis le Moyen Âge, qui a fini
par constituer peu à peu une paradoxale
aristocratie négociante, familière de la
cour et des grandes familles. En 1783,
pour expliquer ce que veut dire « enjoliver », l’Encyclopédie méthodique publiée par Panckoucke résume d’une
phrase cet étrange métier : « Il est permis aux marchands merciers d’enjoliver
toutes les marchandises qu’ils vendent,
mais non pas de les fabriquer. »
De cette contrainte naquit une virtuosité inattendue. L’exposition brille
grâce à quelques pièces époustouflantes : lanterne magique en acajou enrichie de porcelaines de Wedgwood, cage
à oiseaux garnie de fausses fleurs multicolores, pendule ornée de biscuits de
Sèvres destinée à Mme du Barry, encoignure d’ébène sertissant un panneau
japonais… Le catalogue, dû aux
meilleurs spécialistes comme Carolyn
Sargentson, Stéphane Castelluccio ou
Guillaume Glorieux, étudie l’histoire de
ces familles de marchands, leurs réseaux, leur rôle économique. Le plus
célèbre d’entre eux est sans doute Edme
François Gersaint, parce que Watteau
peignit son enseigne : un beau dessin
préparatoire, conservé dans les collections de Cognacq-Jay, évoque le célèbre tableau de Berlin. Il n’est pas là,
mais la conservatrice, Rose-Marie
Herda-Mousseaux, a eu la bonne idée
de le transformer en petit théâtre pour
les enfants, au dernier étage, sous les
combles. Les marchands merciers excellaient dans le « fleurissement ».
Lavoisier théorisait quant à lui la « végétalisation », c’est-à-dire la photosynthèse, l’année où il fut envoyé à l’échafaud. « La République n’a pas besoin de
savants » : elle croyait n’avoir pas non
plus besoin de rubans. Double aveuglement. Les marchands merciers disparurent à la Révolution, avec les autres corporations. Ils n’allaient pas tarder à
renaître : ils apparaissent aujourd’hui,
avec leur folie et leur manière élégante
de défier le goût et de faire aller ensemble ce qui pourrait paraître discordant
au profane, comme les précurseurs des
maisons de luxe modernes. ■
La Fabrique du luxe. Les marchands
merciers parisiens au XVIIIe siècle »,
jusqu’au 27 janvier au Musée
Cognacq-Jay (Paris IIIe).
Catalogue Paris Musées,
176 p., 29, 90 €.
Tél. : 01 40 27 07 21.
www.musee
cognacqjay.paris.fr
Candélabre à deux branches garni
d’un oiseau et de fleurs, d’une paire,
vers 1750. Manufacture de Meissen
et manufacture de Vincennes.
Porcelaine, bronze doré. MUSÉE
COGNACQ-JAY© MUSÉE COGNACQ-JAY /
ROGER-VIOLLET
Miro peint cette fête froide
dans son atelier de la rue Blomet,
à Paris, puisant dans les
hallucinations que lui provoque
la faim. Le chat toujours présent
dans l’atelier, le triangle noir
symbole de la tour Eiffel.
Chaque élément est dessiné
avec la minutie d’un orfèvre
et accroché dans le vide
du tableau fantastique.
En croisant un certain nombre d’éléments : l’analyse chimique des pigments, sa provenance. Nous détenons
l’historique des collections et venons
d’achever le dernier tome du catalogue
raisonné de l’œuvre de Miro.
Que se passe-t-il lorsque le comité
conclut à la contrefaçon ?
Soit le propriétaire reconnaît les faits et
on détruit l’œuvre ; soit débute une bataille d’avocats. Nous gagnons presque
JOAN PUNYET
ANTHONY HARVEY/GETTY IMAGES/AFP
”
toujours. En cas d’incertitude, s’il n’y a
pas l’unanimité au sein du comité, les
biens sont mis sous scellé et on entame
des recherches approfondies.
Pouvez-vous garantir qu’aucun faux
n’est exposé au Grand Palais ?
Je peux vous le garantir.
L’Adom a son siège à Paris.
Au-delà de la proximité de l’artiste
avec la France, y a-t-il une raison ?
Oui. La loi française protège mieux le
droit d’auteur que la loi espagnole. Mais
pour l’authentification des œuvres graphiques - dessins, lithos - le comité qui
statue a son siège à la Fondation de Barcelone.
Combien reste-t-il d’ayants droit de
l’œuvre de Miro aujourd’hui ?
Quatre. Mon frère Téo, ma nièce Iola,
ma fille Lucia et moi-même. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR B. DE S. V.
« TÊTE DE PAYSAN
CATALAN » (1925)
Une idée en série et en quelques
signes : les yeux noirs en deux
petites planètes éloignées, la barbe
du terroir en sept traits ondulants
comme le drapeau (ciel azur pour
celui-ci venu de la Tate, ciel paille
pour celui de la National Gallery
de Washington), le bonnet rouge
phrygien, la moustache bien noire
comme le tricorne de la Guardia
civil (Centre Pompidou).
STUDIOPHOTO/SUCCESSION MIRO/ADAGP,
PARIS 2018 PHOTO CENTRE POMPIDOU,
MNAM-CCI, DIST. RMN-GRAND PALAIS/
P. MIGEAT ; SUCCESSION MIRO/ADAGP, PARIS
2018 PHOTO NATIONAL GALLERY OF ART,
WASHINGTON ; SUCCESSION MIRO/ADAGP,
PARIS 2018 PHOTO RMN-GRAND PALAIS
(MUSÉE NATIONAL PICASSO-PARIS)/
M. RABEAU ; SUCCESSION MIRO/ADAGP,
PARIS 2018PHOTO THE SOLOMON R.
GUGGENHEIMFOUNDATION/ART RESOURCE,
NY, DIST. RMN-GRAND PALAIS ; SUCCESSION
MIRO/ADAGP, PARIS 2018 PHOTO ALBRIGTHKNOX ART GALLERY, BUFFALO/B. BIEGER AND
T. LOONAN ; SUCCESSION MIRO/ADAGP, PARIS,
2018PHOTO SUCCESSION MIRO ARCHIVE
A
“
Il voulait
surprendre, rester
authentique
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
40
STYLE
Les écrans sont-ils nocifs pour la peau ?
DÉCRYPTAGE Les marques de cosmétique se déchaînent sur la question de la lumière bleue,
pointée comme une nouvelle pollution cutanée. Info ou intox ?
D
ces produits, en sont à l’origine. Des
écrans solaires spécifiques, incluant
une filtration anti-lumière bleue, en
plus de la protection à large spectre
anti-UVB/UVA habituellement recommandée, commencent à voir le
jour sur le marché (Photoderm M SPF
50 + de Bioderma, Clairial CC SPF 50
de SVR, Dépiwhite M SPF 50 d’ACM).
Une bonne réponse cosmétique en
particulier pour les femmes à peau
mate, les plus touchées par le masque
de grossesse. Ce sont les pigments,
notamment les oxydes de fer de certains fonds de teint, qui assurent la
protection. « Ces écrans solaires sont
teintés. Mais n’en concluez pas que
tous les maquillages filtrent la lumière
bleue ! Ils doivent présenter une quantité suffisante de pigments. Les formules
efficaces sont d’ailleurs assez opaques », précise Thierry Passeron.
LINH PHAM
epuis quelques mois, la
presse féminine s’est emparée du sujet
« lumière bleue », en particulier celle de
nos écrans, qui nous ferait vieillir de façon accélérée. Un discours d’autant plus
plausible que la communauté scientifique a déjà prouvé ses dommages sur le
sommeil et sur la rétine. Les unes après
les autres, les marques de beauté communiquent sur le phénomène, dévoilant
dans la foulée leurs soins « boucliers ».
Selon elles, les LED des appareils électroniques (écrans d’ordinateur, tablettes, téléphones portables) favoriseraient
les taches pigmentaires, altéreraient la
fonction barrière de la peau, induiraient
un stress oxydatif et perturberaient le
cycle circadien des cellules cutanées,
accélérant le vieillissement. Vous tremblez, n’est-ce pas ? Et pourtant… « Rien
n’est démontré ! D’autant que la quantité
de lumière bleue fournie par ces appareils
est peu puissante en comparaison de la
lumière solaire. Elle en délivre environ
vingt-sept fois moins, assure le professeur de dermatologie Thierry Passeron,
chercheur à l’Inserm (Nice) et le premier à avoir décrit les effets de la lumière bleue sur la pigmentation. Nous avons
mené une étude avec un écran d’ordinateur, celui qui produit le plus d’énergie.
Pour recevoir la même quantité de lumière bleue qu’en une heure et demie d’exposition solaire en milieu de journée, il faut
être exposé à moins de trente centimètres
de l’écran sept heures par jour pendant
cinq jours. C’est dire si le risque de créer
des rides et des taches est minime avec les
appareils électroniques. »
La lumière solaire
nettement plus inquiétante
Il en va autrement de la lumière du
soleil, première source de lumière
bleue et, par conséquent, la plus examinée. « La plupart des études réalisées concernent le spectre solaire de la
lumière visible, lequel contribue à accélérer le vieillissement cutané en
créant des radicaux libres dans la
peau. En tant que partie la plus énergétique du spectre, la lumière bleue
seule (soit les longueurs d’onde courtes
du visible comprises entre 400 et
500 nm) participe donc au stress oxy-
À l’origine de quasiment
toutes les taches
Les femmes passent, en moyenne, sept heures par jour devant un écran.
datif et active, entre autres, des enzymes dégradant le tissu conjonctif »,
poursuit le Pr Passeron. L’application
quotidienne d’un antioxydant (CE
Ferulic de SkinCeuticals, Flavo-C
d’Auriga, etc.) sous la crème, afin de
prévenir l’apparition des rides (tel
qu’indiqué par les marques cosméti-
JASON LLOYD EVANS
ques), peut ainsi se révéler utile en
lumière du jour.
L’impact de la lumière bleue du spectre solaire sur la pigmentation de la peau
est encore mieux documenté. Depuis
des années, les dermatologues cherchaient à élucider le mystère de la récidive du mélasma (ou masque de gros-
sesse) au printemps, ces taches brunes
irrégulières sur le visage qui réapparaissent en dépit des écrans solaires pourtant censés limiter la stimulation des
mélanocytes par les UV.
Il est aujourd’hui prouvé que les
longueurs d’onde courtes de la lumière visible, qui ne sont pas filtrées par
Le problème du sommeil
En Europe et aux États-Unis, une
femme moderne passe en moyenne
sept heures par jour derrière un écran,
dont plusieurs le soir, avant
de s’endormir. Si l’utilisation chronique
des smartphones n’aggrave pas
directement les signes de l’âge,
son impact sur le sommeil n’est plus
à démontrer - surtout après 21 heures.
Or, on le sait, c’est la nuit que la peau,
comme l’organisme en général,
récupère. Un aspect mis en avant
par la marque Estée Lauder, qui vient
de reformuler son best-seller,
le contour des yeux Advanced Night
Repair, promettant un taux de
régénération multiplié par dix.
« L’exposition à la lumière bleue
artificielle en soirée vient courtcircuiter la diminution lumineuse
naturelle qui indique au corps le
passage à la période nocturne, souligne
le Dr Nadine Pernodet, vice-présidente
de la recherche et développement
du groupe américain. Elle désynchronise
le rythme circadien et pousse
les cellules cutanées à se comporter
comme en journée, ce qui nuit
au processus de réparation nocturne
naturel. Les dommages s’accumulent,
ce qui peut mener à des signes de
vieillissement visibles et à l’apparition
de cernes. » S’endormir avec un roman
plutôt qu’en « scrollant » : le bon
sens reste sans doute le meilleur
antidote.
ÉMILIE VEYRETOUT
La lumière visible, et ses longueurs
d’onde courtes, joue aussi un rôle
dans l’hyperpigmentation post-inflammatoire, survenant après une
blessure, un traumatisme, un acte
dermatologique trop agressif, etc. Les
mêmes écrans solaires avec une filtration de la lumière bleue sont, dans ce
cas, recommandés par les dermatologues. En revanche, aucune démonstration n’a été faite concernant l’impact de la lumière bleue sur les
lentigos actiniques, aussi appelés
« fleurs de cimetière », ces taches plus
ordinaires qui surgissent sur les zones
exposées au soleil (visage, dos des
mains, décolleté…). « Néanmoins, il
est probable que la lumière bleue soit
impliquée dans de nombreux troubles
de la pigmentation », admet le Pr Passeron. Si l’on est gêné par leur aspect
inesthétique, les écrans solaires précités peuvent vraisemblablement aider.
À l’inverse, les antioxydants glissés
dans les crèmes et brandis comme des
armes anti-lumière bleue seront inopérants, qu’on se le dise ! Par ailleurs,
il faut se méfier de la lumière bleue
utilisée dans les cabinets médicaux
pour traiter l’acné : les lampes, d’une
grande puissance, risquent d’aggraver
les lésions. Par mesure de précaution,
mieux vaut également écarter les petits appareils de beauté à usage domestique utilisant ce rayonnement. ■
Mathilde Laurent : « Par le parfum,
Cartier donne de la vie aux pierres »
INTERVIEW Si le diamant avait une odeur, il sentirait Carat, la dernière création
de la parfumeuse du joaillier de la place Vendôme.
FABIENNE REYBAUD freybaud@lefigaro.fr
Après avoir passé onze ans chez Guerlain, le nez Mathilde Laurent a été embauché, en 2005, par le joaillier pour
créer ses parfums sur mesure. Avec un
chiffre d’affaires annuel de 100 millions
d’euros, la famille des fragrances de
Cartier – soit une cinquantaine de jus –
accueille aujourd’hui Carat, un floral
très lumineux. Rencontre.
LE FIGARO. - Comment est né
cet accord ?
Mathilde LAURENT. - À mon arrivée
chez Cartier, j’ai été frappée par ces
mots que la princesse Bibesco adressa
à Jeanne Toussaint, muse et directrice
de la joaillerie de la maison entre les
deux guerres : « Qui êtes-vous, vous
qui parfumez les diamants ? » Une façon de signifier que Cartier donnait de
la vie aux pierres. J’ai toujours pensé
que le parfum est l’incarnation du vivant. J’ai voulu composer une fragrance qui rayonne, qui dispense les
mêmes feux qu’un brillant. C’était une
“
Je suis peut-être
le Frankenstein
de la parfumerie !
MATHILDE LAURENT
”
épine olfactive jusqu’au moment où
nous avons décidé d’appliquer au parfum le même phénomène optique que
l’éclat d’un diamant : la diffraction
des couleurs. Nous avons choisi sept
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
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avec
L’esprit
d’ouverture.
fleurs fraîches pour en former une
nouvelle.
Quelles sont ces fleurs ?
Chacune est associée à une couleur : il
y a la violette, pour le violet évidemment, l’iris pour l’indigo, la jacinthe
pour le bleu, l’ylang pour le vert, la
jonquille pour le jaune, le chèvrefeuille
pour l’orange et la tulipe pour le rouge.
J’ai travaillé principalement avec des
notes synthétiques qui, contrairement
aux matières premières naturelles, ne
perdent pas leur essence dans les procédés de macération ou de distillation.
Par la synthèse, nous redonnons la vie.
Je suis peut-être le Frankenstein de la
parfumerie !
Comment définiriez-vous
votre approche de ce métier ?
Par un néologisme : la parfumystique. Il
faut revenir aux sources du parfum qui,
pour moi, sont de saisir, de manière pérenne, l’odeur d’une fleur dans la nature ou l’idée que l’on s’en fait, qu’elle
soit figurative ou abstraite. Pour Carat,
l’agglomération de ces sept végétaux a
donné naissance à cette fleur imaginaire, fraîche, vivante et joyeuse. C’est un
essai de transcription olfactive de la lumière. J’espère qu’il va séduire le plus
grand nombre de femmes possible. La
chose la plus importante qu’on puisse
demander à un parfum est le plaisir
CARTIER, GÉRARD UFÉRAS/CARTIER
PROPOS RECUEILLIS PAR
Carat, la nouvelle fragrance de Cartier, composée par le nez maison Mathilde Laurent.
qu’il nous procure, qu’il surgisse de façon instinctive ou de manière plus spirituelle. Intrinsèquement, une odeur
n’a pas d’âge ni de sexe. Les parfumeurs
recherchent, dans leurs créations, une
forme d’universalité.
En quoi les parfums Cartier
se distinguent-ils ?
Ils se situent en dehors du marché, on
ne suit pas les tendances. Humblement,
nous essayons d’offrir des fragrances
qui n’existent pas mais qui resteraient
élégantes, évocatrices de quelque chose
qui sente bon. Je ne vois pas l’intérêt de
lancer des jus qui empestent le sang ou
je ne sais quelle phéromone ! Pas plus
d’ailleurs que cette vogue de « florientaux » si lourds, si sucrés, si tenaces, si
écœurants qu’ils me semblent être un
concentré de la vulgarité contemporaine. J’ai le sentiment que la parfumerie
demeure le dernier bastion machiste du
luxe. Regardez les films publicitaires
des best-sellers actuels : ils sont d’un
sexisme ahurissant et d’une bêtise
crasse ! ■
90 € les 50 ml, en parfumerie, et, du 11 octobre
au 4 novembre, dans la boutique éphémère
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
HIGH-TECH
lundi 8 octobre 2018
41
Comment imprimer à moindre coût
CONSOMMABLE
Cartouches gratuites
à vie et recharges
longue durée
rendent
plus économique
la reproduction
de documents.
opie du passeport ou
des bulletins de salaire, billets de
train, invitations et photos, attestations et formulaires divers… On a tous
besoin d’imprimer des documents à
la maison. Voire de les scanner ou de
les photocopier. Selon le Syndicat national des entreprises de solutions et
systèmes d’information et d’impression (SNESSII), les ventes d’appareils
multifonctions, à la fois imprimante,
scanner et photocopieur, ont progressé de 2,7 % entre 2016 et 2017, essentiellement auprès du grand public.
Le marché des simples imprimantes,
lui, a chuté de près de 10 % dans le
même temps.
Or, si l’imprimante en elle-même ne
coûte pas très cher (entre 40 et
70 euros pour les plus basiques), il faut
régulièrement les réapprovisionner en
cartouches d’encre (de 20 à 40 euros
l’unité en moyenne)… qui s’épuisent
rapidement et qui reviennent à la longue très cher. Cette forme d’abonnement assure de juteux revenus aux
constructeurs. Et, non seulement, les
cartouches se paient au prix fort, mais
il est indispensable de choisir les bonnes. Achetez le modèle Z301B au lieu
du Z301BX, soit la cartouche ne logera
pas dans l’emplacement dédié, soit
l’imprimante refusera de l’utiliser.
Ces mésaventures sont en passe d’appartenir au passé grâce à deux initiatives différentes menées d’une part par
Epson et d’autre part par HP. Avec son
système EcoTank, Epson propose une
véritable rupture dans le domaine : finies les cartouches à remplacer, il suffit
de remplir chaque réservoir de l’imprimante avec l’encre d’un flacon en plastique. Un procédé plus économique et
plus écologique (on ne jette plus les cartouches) qui a convaincu les consommateurs : Epson a vendu 30 millions de
ses imprimantes à réservoir d’encre depuis leur lancement en 2010. D’autres
constructeurs se sont mis de la partie,
comme Brother ou encore Canon avec
des modèles de la série Pixma G, qui reprennent le même principe.
Vingt fois moins cher
Mais cette formule a obligé les
constructeurs à repenser leur modèle
économique. Jusqu’à présent, l’imprimante était vendue à prix cassé, l’essentiel des revenus étant assuré par
l’achat régulier des cartouches d’encre.
Avec les modèles à réservoir, le princi-
Immobilier
d'entreprise
pe s’est inversé. Comme l’encre revient
moins cher, l’imprimante est vendue
plus cher. Comptez de 269 à 699 euros
pour une Epson EcoTank et autour de
200 euros pour les premiers modèles à
réservoir de Canon. Quant aux recharges d’encre, elles sont vendues une dizaine d’euros par couleur. Le jeu en
vaut-il la chandelle ?
Selon Epson, les imprimantes EcoTank réduisent les dépenses liées à
l’encre de l’ordre de 90 %. Avec un jeu
de flacons, il est possible d’imprimer
jusqu’à 5 000 pages en noir et blanc et
7 500 en couleur. À comparer aux 200
pages en moyenne que permettent
d’imprimer les cartouches traditionnelles (450 pages avec des cartouches
XL) vendues trois ou quatre fois plus
cher. Le site d’Epson propose un outil
pour calculer les économies réalisées
avec les modèles de la marque par rapport aux concurrents.
Comparons, par exemple, la Ecotank
ET-2600 (imprimante, scanner, copieur, Wi-Fi), vendue 270 euros, avec
la HP Deskjet 3636 (imprimante, scanner, copieur, Wi-Fi), un modèle équivalent mais à cartouches, vendue
80 euros. Bilan : l’impression de
500 pages coûtera 1,25 euro en noir et
Un abonnement gratuit
L’alternative imaginée par HP, numéro
un de l’imprimante à jet d’encre, n’est
pas technologique mais commerciale.
Pas question d’abandonner le principe
de la cartouche d’encre. Seulement,
celle-ci pourra être fournie gratuitement… à vie ! Cette offre fait partie d’un
programme sur abonnement, baptisé
HP Instant Ink, qui comprend aussi des
forfaits payants. Mais elle ne concerne
que les clients qui impriment une petite
quantité de documents et qui possèdent
une imprimante HP récente. « HP Instant Ink a été conçu pour éviter à nos
clients de se retrouver à court de cartouche à l’improviste, explique Albane de
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Marcillac, responsable de ce programme chez HP. Dès que le niveau d’encre
est bas, l’imprimante se connecte à Internet pour commander la cartouche
correspondante, qui sera livrée à votre
domicile. » Plus de risque, accessoirement, de se tromper de modèle de cartouche. L’aspect « écologique » du
procédé repose sur l’enveloppe de retour affranchie, destinée à renvoyer les
anciennes cartouches qui seront recyclées. En fonction de ses besoins, on
choisira parmi quatre forfaits mensuels.
Comptez 2,99 euros si vous imprimez
jusqu’à 50 pages par mois, 4,99 euros si
vous en produisez le double et
9,99 euros pour un volume de 300 pages par mois. La formule gratuite, elle,
n’est valable que pour les clients qui se
limitent à 15 pages par mois (en cas de
dépassement, HP facturera un euro par
lot de 10 pages supplémentaires). Intéressante pour satisfaire des besoins
ponctuels (copies de documents administratifs par exemple), cette solution
conviendra davantage aux particuliers
qu’aux PME ou aux étudiants qui doivent imprimer leurs devoirs. Pour un
volume supérieur, mieux vaut quand
même comparer avec la technologie
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l’imprimante d’Epson, contre 36 euros
en noir et blanc et 52 euros en couleurs
avec le modèle de HP. Soit plus de vingt
fois plus cher… En quatre ans, les dépenses générées par l’imprimante HP
dépasseront 1 300 euros alors qu’elles
s’élèveront à 280 euros pour le modèle
d’Epson. Imbattable sur le plan budgétaire, les imprimantes à réservoir d’encre seraient cependant un peu moins
convaincantes que leurs concurrentes
en termes de qualité de reproduction.
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à remplacer, il suffit de remplir chaque réservoir de l’imprimante avec l’encre d’un flacon en plastique. HP ET EPSON
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
42
TÉLÉVISION
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Scènes
de dressage
Figaro top,
Figaro flop
« Danse avec les stars »
TF1 | 21 heures | Samedi
FIGARO TOP
RMC Découverte propose
un documentaire passionnant
sur la rénovation titanesque
du porte-avions
Charles-de-Gaulle.
GALAXIE PRESSE
L
Embarquer sur le « Charles-de-Gaulle », Donald Trump vu par Frédéric Mitterrand ou l’épopée
des Verts de Saint-Étienne… Quels documentaires voir, ou pas, cette semaine à la télévision ?
« LE “CHARLES-DE-GAULLE” :
LE GRAND CHECK-UP »
RMC Découverte, jeudi 11 octobre
à 20 h 50
RMC Découverte nous a habitués aux
documentaires sur les industries XXL
ou l’histoire des grands défis technologiques. Celui-ci, consacré à la rénovation titanesque du porte-avions Charles-de-Gaulle, remplit bien ces critères.
Outre le côté grandiose de certaines
images prises sur le navire et de très
belles illustrations en 3D, on découvre
un univers que l’on ne soupçonnait
guère. Qui eût cru en effet que, dans ses
missions autour du monde, contre
l’État islamique par exemple, le navire
français recélait dans ses flancs des
technologies datant du Minitel ? Aussi
pédagogique que concis, sans s’éterniser sur de longs témoignages mais en
laissant place à l’action, le documentaire retrace les dix-huit mois de ce chantier de révision colossal. Du fond de la
cale, dans les centrales nucléaires du
bateau, jusqu’au système d’armement,
on suit le travail minutieux des deux
mille personnes qui ont œuvré jour et
nuit. Une opération fascinante à suivre.
On ressent également une certaine fierté pour ce fleuron de technologies
100 % françaises.
15/20
« TRUMP, LE PARRAIN
DE MANHATTAN »
France 3, lundi 8 octobre à 21 h 10
Un documentaire de plus sur le magnat
et hôte capricieux de la Maison-Blanche ? Pas le moins du monde. Sous la
plume et la voix de Frédéric Mitterrand
qui élève la moindre anecdote au rang
d’augure prophétique, cette enquête ne
s’intéresse pas à l’ascension politique
du « milliardaire prolo », mais à ses origines et à la construction de son empire
immobilier aux pieds d’argile. Un angle, certes freudien, mais passionnant
d’où émergent les traits impétueux de
Donald Trump. Le film, qui sera suivi
d’un débat, ne verse bien heureusement jamais dans le piège de la caricature.
14/20
« GUEULES NOIRES,
CŒURS VERTS »
L’Équipe, lundi 8 octobre à 20 h 50
Le film de 52 minutes réalisé par Alix
Maurin avec le journaliste Vincent Duluc, plonge au cœur du Saint-Étienne
de l’après-guerre. Une ville où l’ivresse
de plaisir qu’offrent les exploits sportifs
de l’ASSE contraste cruellement avec la
déprime sociale de ses habitants. Après
une période de plénitude où les mines
de charbon de la région comme les
aciéries tournaient à plein régime, les
Stéphanois ont connu le doute puis la
colère. Fermeture des gisements puis
des usines, faillites et restructurations,
les habitants ont été frappés de plein
fouet par la crise économique. Ceci
alors qu’au même moment, leur équipe
de football collectionnait les trophées.
Une immersion bouleversante dans les
années 1970 au cœur d’une ville au
double visage, « capitale du football et
de la contestation syndicale ».
dé mais ils n’ont pu être filmés pour des
raisons légales. Les paroles de celui qui
sema la mort en France au début des
années 1980 sont intégrées à un dessin
animé en noir et blanc. On voit un personnage au visage trop jeune par rapport à l’âge actuel du criminel (69 ans)
incarner Ilich Ramirez Sanchez, dit
Carlos le Chacal. Ce Vénézuélien formé
idéologiquement à Moscou s’engagea
dans le terrorisme international au côté
du Front populaire de libération de la
Palestine (FPLP). Il raconte sa vie de
tueur protégé par les pays du bloc communiste jusqu’à la chute du mur de
Berlin. Son cynisme et son autosatisfaction font frémir. Tout comme la
conclusion de Sophie Bonnet, qui reconnaît que Carlos ne lui a jamais confié
un seul mot de compassion envers ses
victimes.
12/20
« LES SECRETS DU SAINT GRAAL »
RMC Découverte, mardi 9 octobre
à 20 h 50
C’est une enquête fouillée menée à travers la France, à la recherche du saint
Graal, que propose ce documentaire de
Stéphane Cascino. Des historiens et des
archéologues se penchent sur les liens
qui unissent notre pays à ce calice utili-
HORIZONTALEMENT
1. Dégât des os. - 2. Ont désormais un aspect plus moderne.
- 3. Spéculant en Bourse. - 4.
Un maréchal qui a monté la garde.
Finit dans la bouillabaisse. - 5.
Accompagnement pour les
Macaronis. Ouvrit la bouche. - 6.
Le supplice du fouet. Paire de
chaussettes. - 7. Pièce de collection. - 8. Pronom. Du poids à
perdre. - 9. Atteint la soixantaine.
- 10. Franchit une barrière. Équipe
d’Angleterre. - 11. Satisfait un
besoin. Terme de poésie rouge
et blanc. - 12. Victime d’une
déchéance de rationalité.
« DÉNI DE GROSSESSE,
À MON CORPS DÉFENDANT »
France 5, mardi 9 octobre
à 20 h 55
En France, tomber enceinte sans le savoir n’est pas anodin. 3 000 femmes
souffrent chaque année d’un déni de
grossesse. Marion Vaqué-Marti s’est
penchée sur ce sujet en recueillant les
témoignages de jeunes mamans. Les récits de ces femmes sont bouleversants,
leurs histoires s’enchaînent pendant
plus d’une heure entrecoupées parfois
d’un commentaire apathique. Des témoignages touchants donc, mais malheureusement sans mise en perspective
ni réflexion approfondie.
GILLES BOUSSAINGAULT,
BLAISE DE CHABALIER, CONSTANCE
JAMET, DAMIEN MERCEREAU
ET VINCENT MOREL
« FACE À CARLOS LE CHACAL »
France 2, mardi 9 octobre à 23 h 10
LE BUZZ TV
C’est un huis clos fascinant, mais qui
met souvent mal à l’aise, que propose
Sophie Bonnet dans ce documentaire.
La journaliste s’appuie sur les visites
qu’elle a rendues, carnet de notes en
mains, pendant quatre années, au terroriste Carlos emprisonné à perpétuité
à la centrale de Poissy. À partir de 2014,
les face-à-face au parloir se sont succé-
Invitée : Faustine Bollaert,
VERTICALEMENT
1. Il fut pendant près de vingt ans
la crème des patrons français
(prénom et nom). - 2. Pas adepte
du pouvoir central. - 3. Reine des
troubadours. Vieux marteau. - 4.
Impassible mais pas français. Vers
l’Oubangui charrie. Mesure de
distance variable. - 5. Dès potron-minet. Donner pour preuve.
- 6. Arrêt obligatoire. Un jardin des
merveilles à Tivoli. - 7. Qu’est-il
encore en train de goupiller ?
Il ralentit quand on le double. - 8.
Place de professeur. Envoie la
monnaie.
1
1
2
3
4
5
6
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4850
HORIZONTALEMENT 1. Dentiers. - 2. Émoussée. - 3. Heurtoir. - 4.
Aréna. TP. - 5. Ni. Encre. - 6. CSA. Bien. - 7. Herbus. - 8. Relevé. - 9. Miel.
LEM. - 10. Est. Hâle. - 11. Né. Bégin. - 12. Tégument.
VERTICALEMENT 1. Déhanchement. - 2. Émerise. Isée. - 3. Noue.
Arrêt. - 4. Turne. Bel. Bu. - 5. Istanbul. Hem. - 6. ESO. Ciselage. - 7.
Reître. Vélin. - 8. Serpentement.
2
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
FIGARO FLOP France 5 livre
le témoignage de femmes
victimes de déni de grossesse.
Bien que touchant, le documentaire
manque de réflexion.
Par Vincent Labbé
8
A
8/20
13/20
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4851
sé par le Christ lors de la Cène. MarieMadeleine l’aurait-elle apporté dans le
Midi de la France ? Les Templiers
l’auraient-ils caché ? À moins que ce ne
soient les cathares ? Ce film fait le point
sur les connaissances que nous avons de
cet objet mythique de la légende arthurienne. Dommage que la voix off, au ton
sensationnaliste, nuise au récit.
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2931 :
Non négligeable
4
A65
A32
AR8762
O
N
S
E
AR876
D
R D V 10 9
V3
Contrat : Sud joue 7 Carreaux.
Entame : 7 de pour le 4 d’Est
et votre Roi. Sur la Dame de ,
Ouest fournit le 8.
ZED
17/20
es amis, il faut avoir
sacrément la tête dans le sable
pour s’installer dans son
canapé et regarder ce genre
d’émission. Il est 21 heures, samedi
soir, et rien ne va plus. Nous entrons
dans un monde inconnu, celui
de « Danse avec les stars ». Il paraît
qu’on en est à la saison 9. Il semble
qu’il n’existe pas de programme
aussi affligeant. Ah !, si, n’oublions
pas, il y a l’« Eurovision ». Avec
« Danse avec les stars », on affleure
d’une manière cha-cha-cha
la bêtise. Il y avait-là onze couples,
cherchez la vedette, c’est qu’il
ne faut pas se tromper dans
l’orthographe des noms : Héloïse
Martin et Christophe Licata,
Terence Telle et Fauve Hautot,
Pamela Anderson - ah, ça nous dit
quelque chose - et Maxime
Dereymez, Clément Remiens et
Denitsa Ikonomova, Iris Mittmaere
et Anthony Colette, Basile Boli
- enfin un homme de terrain ! - et
Katrina Patchett, Vincent Moscato
et Candice Pascal, Carla Ginola et
Jordan Mouillerac, Anouar Toubali
et Emmanuelle Berne, enfin
Jeanfi Janssen - un ancien steward
reconverti dans la guignolade - et
Marie Denigot, Lio - qui ne compte
pas pour des prunes - et Christian
Millette. Ce dernier couple nous a
exécuté un fox-trot. Dommage
que votre serviteur ait quitté,
à ce moment précis, son canapé
pour aller se soulager. Bon, on se
rattrape. Les présentateurs, Karine
Ferri et Camille Combal, un ex
de Cyril Hanouna, nous tiennent au
courant. Une jurée déclare : « C’était
magnifique. On vous sent bouleversés
et on va tous pleurer. » Ah, bon ?
Nous avons sûrement raté quelque
chose. Une autre : « Vous nous avez
donné un grand moment d’émotion. »
Le danseur Patrick Dupond,
autre juré, mets un 9 sur 10.
Dans cet hippodrome de bras cassés,
scène de dressage, on mise sur des
tocards. Il est 23 h 30. Sur France 2,
« On n’est pas couché ». Nous, si.
Et sans regret. « Bonne nuit,
les petits. » Ainsi nous berçait
Nounours.
Lundi 8 octobre
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2930 :
La carte juste
Contrat : Sud joue 6 Piques contré par Ouest, après une
ouverture de 4 en Est.
Entame : 9 de pour l’As du mort (la Dame en Est).
Indice : comment gagner avec l’As de et la Dame
d’atout quatrième en Ouest ?
Pour son contre, Ouest détient forcément l’As de et
quatre atouts. Pour lui faire rendre gorge, présentez à la
deuxième levée, la carte juste, la seule carte qui vous
permette de gagner, le Roi de !
Si Ouest prend et retourne , défaussez un de votre
main, poursuivez d’un petit pour la Dame puis jouez
le Valet de , unique maniement qui vous permette
de capturer la Dame quatrième.
Bien entendu, si Ouest refuse de prendre le Roi de ,
vous donnerez trois tours de avec impasse, défausserez la Dame de sur le Roi de et défilerez vos :
Ouest ne fera que sa Dame d’atout.
9
10
11
12
D876
A 10 8 7
95
10 7 3
A43
R642
AR
ARDV
2
V95
D V 10 8 7 6 4 2
9
R V 10 9 5
D3
3
86542
O
N
S
E
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
43
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Pélagie
Soleil : Lever 08h01 - Coucher 19h15 - Dernier croissant de Lune
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton. Avec M. Maudran.
21.00
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Série. Comédie
21.00
Série. Comédie
Documentaire. Politique
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.55
Nos chers voisins. Série.
MATIN
21.00 Appels d’urgence
7
5
1h00. Trafiquants, chauffards : gendarmes de choc sur les routes du
Nord. Dans le Nord, le département
le plus peuplé de France, la gendarmerie a déployé une nouvelle unité .
7
11
8
Fra. Saison 10. Avec Laurent Ournac, Virginie Ledieu, Benoît Michel. À
nos pères (1 et 2/2). Inédit. Un jeune
homme arrive au camping afin de
disperser les cendres de son père,
selon sa volonté.
23.05 New York, unité spéciale
Série 1.30 Chicago Police Department. Série. L’enfant maudit.
Take Two,
enquêtes en duo
EU. Saison 1. Avec Rachel Bilson,
Eddie Cibrian, Xavier de Guzman,
Aliyah O’Brien. 2 épisodes. Inédits.
Sam et Eddie reçoivent la visite de
Dylan, l’ex de Sam, acteur en vogue.
22.35 Stupéfiant ! Magazine. Invité : Fabrice Luchini 0.00 Expression
directe 0.05 Shades of Blue. Série.
Réal. : F. Mitterrand. 1h50. Inédit. Frédéric Mitterrand raconte l’ascension du
jeune Donald J. Trump dans le monde
de la promotion immobilière et de l’argent, jusqu’à la fonction de Président.
22.50 Président selon Trump. Débat 23.55 Soir/3 Journal. 0.30 Qui
sommes-nous ? Documentaire.
18.30 L’info du vrai (C) 19.55 L’info
du vrai, le mag (C) 20.45 Le JT pressé
(C) 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Deltas du monde. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.45 50 nuances de Grecs. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Film. Drame
11
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
Trump, le parrain
de Manhattan
Téléréalité
Film. Drame. Fra. 1960. NB. Réal. : D.
de La Patellière. 1h26. Avec C. Aznavour. Pendant la Seconde Guerre
mondiale, quatre Français doivent
faire sauter des dépôts d’essence.
11
13
12
9
20.55 Un taxi pour Tobrouk
10
13
9
30
10
8
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11
11
8
7
7
7
6
22.00 Appels d’urgence. Paris :
quand les chauffards prennent…
Camping Paradis
6
11
8
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10
12
11
16
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13
18
10
19
APRÈS-MIDI
22.20 Aznavour, viens voir le comédien. Doc. 23.15 C dans l’air. Mag.
18
5
18
17
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
17
20
19
21
Magazine. Société. 1h50. Au sommaire, notamment : «L’inquiétante
disparition d’Antoine» - «Le calvaire de la meurtrière».
22
20
20
22
22.45 Crimes à Angers. Mag. 0.35
Crimes dans les villages lorrains
17
20
23
20
23
20
18
22
22
24
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20
21
20.55 Crimes
dans le Pas-de-Calais
22
19
18
21
21
20
20
22
19.05 Rocky Mountain Express.
Obstacles en tous genres.
Guyane
Fra. Saison 2. Avec Olivier Rabourdin,
Mathieu Spinosi, Issaka Sawadogo,
Anne Suarez, Flora Bonfanti. 2 épisodes. Inédits. Séduit par le mode
de vie des Amérindiens, Vincent
embrasse la cause des Wayana.
22.50 Rendez-vous avec Kevin
Razy 23.15 Ôtez-moi d’un doute
Film 0.55 Gomorra. Série.
Des gens
comme les autres
L’amour est dans le pré
EU. 1980. Réal. : Robert Redford.
2h05. Avec Donald Sutherland, Mary
Tyler Moore. Une famille américaine
aisée se disloque à la suite de la mort
du fils aîné, décédé par noyade.
Prés. : K. Le Marchand. 1h05. Inédit. À mi-séjour les agriculteurs
semblent déjà prêts à exprimer leur
préférence. Leurs prétendant(e)s
peuvent donc s’attendre à ressentir
de vives palpitations.
22.55 Une seconde mère Film.
22.05 L’amour est dans le pré
Drame 0.45 Rêver sous le capitalisme. Doc. 1.45 Arte journal
24
T (en °c)
20.50 Wheeler Dealers France
<-10 à 0
Découverte. Fra. 2016. 2h00. Golf
GTI. Inédit. Gerry veut surfer sur le
succès des véhicules des années
1980-90, et en particulier celui de
la Golf GTI. - MG MGB. Inédit.
Téléréalité. Prés. : Karine Le Marchand 23.15 La robe de ma vie
19.10 Charmed. Série. Jeunesse
éternelle - Au nom du père.
19.25 Quotidien, première partie
20.10 Quotidien. Talk-show.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Expendables 3
21.00 Rambo 3
21.00 Arrête-moi si tu peux
Film. Action. EU. 2014. Réal. : Patrick
Hughes. 2h07. Avec Sylvester Stallone. Barney a décidé d’engager de
nouveaux équipiers plus jeunes et
plus calés en nouvelles technologies.
23.15 Expendables 2 : unité spéciale.
Film 1.15 90’ enquêtes. Magazine.
Film. Guerre. EU. 1988. Réal. : Peter
MacDonald. 1h37. Avec S. Stallone.
Un vétéran du Vietnam se rend en
Afghanistan, où son ancien officier
supérieur est retenu prisonnier.
22.50 Rambo 2 : la mission. Film.
Guerre. Avec S. Stallone.
Film. Comédie. EU. 2002. Réal. : Steven Spielberg. 2h21. Avec Leonardo
DiCaprio. Dans les années 1960, le
jeune Frank Abagnale Jr. est passé
maître dans l’art de l’escroquerie.
MOTS FLÉCHÉS N°2095
CARREFOURS
TRÈS
CALME
POINTES
AMÈRES
10/21
SORTE
DE
GALLINACÉ
POÈME
COMME
NEUVE
IL PASSE
LA PUB
PRISE DE
CONTRÔLE
EN
BOURSE
U
EA
V
U
O
COURSE
EN MER
ÉCOLE
ANGLAISE
PAS À EUX
MEURTRI
AU
VERGER
16/23
14/23
13/22
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14/26
18/21
17/22
LIVE 24/24 SUR
et sur
présente
Volume
18
POUR LA
TROISIÈME
FOIS
BUS
IL BAT
LA DAME
SANS
PROBLÈME
TIENNENT
EN MAIN
POISSON
PLAT
APPELA
BRUYAMMENT
SA BICHE
ASPIRÉS
COUVERTURE
À LA
FRANÇAISE
LE MOI DE
CHACUN
ÉVITE DE
METTRE
AU
COURANT
SE
MESURE
EN DEGRÉ
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
I
B
G
E M
C H A R R E T T E
N A T I O N A L I S A T I O N
P S I
D I O R
L A V E R I E
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B E S T I A L
E T A L
L A C E R
A E R E R
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L A S S E R
P R O J E T E R
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S E
T
C A F E
N A I T
D E G E L E
A T H E E
FORME
S
V
T
LE PRONOMINAL W E L T E R
ILS FONT
PARTIE DU
FOLKLORE
DÉPARTEMENT
FIGARO_sem-41.indd 1
13/23
GRIS
PARTENAIRES
UNE
CONSTELLATION
FIS UNE
GREFFE
SŒUR
D’OSIRIS
SUR LE
DRAPEAU
LIBANAIS
13/20
FRANC ET
SPONTANÉ
HALA
DE
SON CÔTÉ
CUBE
DE LARD
OPÉRA DE
PUCCINI
15/23
2,99 €/appel
N
MARIONNETTES
TRÈS
FATIGUÉ
JEUDI
11/22
par téléphone :
HARDIE
GOUVERNANTES
13/21
19/24
8/15
15/23
14/28
7/17
22/29
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SOURCILLER
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DÉLURÉ
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
12/23
10/25
22.30 Kaamelott. Série. Avec Audrey Fleurot, Alexandre Astier.
7/17
14/25
7/18
11/14
14/21
17/26
MERCREDI
11/23
9/23
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
10/23
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
FORCE 2
TENACE
ET PERSÉVÉRANT
PRÉFIXE
FATIGANTS
MARDI
21.00 Kaamelott
23.45 Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Film.
21/26
13/19
13/19
9/13
7/18
22/28
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.50 Wheeler Dealers France. 205
GTI - Combi Volkswagen.
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A
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 8 octobre 2018 LE FIGARO
44
Ohad Naharin, le retour
de Mr Gaga
Ariane Bavelier
£@arianebavelier
O
n le surnomme M. Gaga, du
nom de la technique qu’il a
mise au point. Belle voix grave
et chemise à col mao ouverte
sur un buste d’athlète, Ohad
Naharin explique : « Le gaga,
c’est une manière de se rendre
plus résistant. Pour mieux gérer
les problèmes. C’est une technique en relation avec
la physiologie, la gravité, le groove et le regard que
l’on pose sur soi. » Il en tire une force d’acier. Il est
posé, entier, centré et rallie, au seul nom de gaga,
une foule de supporteurs. En Israël, c’est une folie.
La dernière fois qu’il a donné un cours public à
Tel-Aviv, au profit d’une association de défense
des droits de l’homme, 12 000 personnes sont venues.
Dans son pays, le chorégraphe incarne une forme de contestation. « J’ai souvent pris parti, de
manière très virulente, contre le gouvernement et
récemment encore contre cette nouvelle loi qui donne
aux juifs la priorité sur les non juifs, comme s’ils
avaient la mémoire trop courte pour se souvenir
d’avoir tant souffert de ce type de discrimination »,
dit-il. La Batsheva Dance Company, institution
nationale financée par l’État, et dont il a pris la direction en 1990, ne semble pas subir de mesures de
rétorsion. « Ce n’est pas l’argent du gouvernement
israélien, c’est l’argent des gens, celui de ma grand-
BATSHEVA DANCE COMPANY
SUCCÈS Le chorégraphe ouvre la saison du Ballet
de l’Opéra de Paris tandis que sa compagnie démarre
à Chaillot une longue tournée en France.
mère, de nos cousins. Il est public, cet argent ! Ça
celui de Madrid, à l’Alvin Ailey Dance Theatre, au
nous permet aussi, de développer des programmes
Cedar Lake Contemporary Ballet… et à bien
éducatifs pour les Arabes israéliens discriminés »,
d’autres, et se réjouit de le voir dans l’écrin festif
indiquait cet été, lors d’un déjeuner organisé par le
du Palais Garnier. « Je ne crée pas pour d’autres
festival Montpellier Danse, Nina Aldor, directrice
compagnies que la mienne mais souvent je confie
exécutive de la compagnie.
Decadance. Je choisis alors les fragments que je
veux et réécris les transitions. La
Aussi n’est-ce pas pour des raisons
seule chose qui ne change pas, c’est
politiques que Naharin, 66 ans, a
la partie avec toute la compagnie en
choisi l’an passé de se retirer de la dicostume et chapeau noir », dit-il.
rection de la compagnie. « J’en reste
On pourra le constater à Chaillot,
chorégraphe résident, je créerai une
où le Bastheva Ensemble, compapièce nouvelle tous les ans et demi. Je
1952
gnie junior de Naharin, donnera
voulais prendre mes distances avec mes
Naissance à Mizra
Décalé, version courte de Decadanresponsabilités de directeur pour avoir
(Israël).
ce et Sadeh 21 de 2011, tandis que la
l’énergie de faire plus. Tous les jours,
1974
Batsheva donnera Mamootot de
c’est moi qui donne la classe de gaga.
Danseur à la Batsheva.
2003 et Venezuela, dernière-née de
Cela me permet de continuer mes reMartha Graham le repère
ses créations.
cherches sur le mouvement et le langaet l’envoie à New York,
Fils d’une danseuse et d’un coge, c’est mon meilleur investissement
où il parfait sa formation
médien devenu psychothérapeute,
pour l’avenir, la manière de continuer à
à l’American Ballet School élevé au kibboutz, passé à New
faire évoluer mon répertoire », dit-il. Il
et à la Juillard School.
York pour tenter de percer comme
en donnera la démonstration le
1980
chorégraphe, Ohad Naharin est
20 octobre à Chaillot en dirigeant un
Signe sa première
l’homme de toutes les révolutions.
cours public, mais il se rend aussi réchorégraphie.
De Decadance à Venezuela, sa dergulièrement à Paris depuis le mois de
1990
nière création, « il y a l’écart entre
juin pour l’enseigner aux danseurs de
Prend la direction
ce que j’ai été et que je suis maintel’Opéra de Paris, auxquels il vient de
de la Batsheva.
nant. Cela a beaucoup à voir avec
donner Decadance.
2015
l’évolution de mes perspectives et de
Sortie du documentaire
Un bébé, une ballerine
ma conscience ». Et d’expliquer son
de Tomer Heymann,
et un tueur
travail d’atelier. Les codes mis en
« Mr Gaga ».
jeu à l’orée de chaque création évoCréé en 2000, ce cocktail sans cesse
2017
luent. Pour Venezuela, une interrorecomposé d’extraits de ses pièces
Abandonne la direction
gation sur le sentiment d’être pris
est un tel festin de danses que toutes
de la Batsheva, en devient par une émotion exagérée comme
les compagnies le lui réclament. Il l’a
chorégraphe résident.
« lorsqu’on s’écrie waouh ! devant un
déjà donné au Ballet de Bordeaux, à
Bio
EXPRESS
coucher de soleil ». Pour Last Work, marquée par la
course immobile d’un interprète tout au long de la
pièce, il s’agissait d’imaginer ce qui pouvait se
passer entre un bébé, une ballerine et un tueur.
Pour Sadeh 21, il fallait bouger aussi vite que possible. Pour Mamootot, les danseurs devaient penser
qu’ils étaient invisibles jusqu’au moment où ils deviendraient fous à lier.
Boîte à outils
« Ces codes expliquent que chacune de mes pièces
soit si singulière. Ce sont des règles que j’établis à
chaque fois pour définir une recherche», dit-il. «Elles remplacent l’idée de l’improvisation. Lorsqu’ils
travaillent, les danseurs peuvent les casser, les
oublier mais c’est le début de processus. Ils prennent
ces règles comme des données objectives. Je ne leur
demande jamais de ressentir mais j’espère qu’ils
vont ressentir. » Naharin saisit ces instants-là, les
colle, règle les transitions, assemble, trouve un titre. Il travaille sur cette alchimie que les corps dégagent dans leur force, leur grâce, leur mouvement, leur côté explosif. C’est cela qu’il nomme la
danse. Elle émerge du centre du corps, il la saisit,
frisson sacré, qu’une forme peut épouser, jamais
enfermer. «Une des choses les plus belles dans la
danse, c’est les danseurs. Ils m’apprennent, ils
m’inspirent, il est très important pour moi de partager ma boîte à outils et mon travail avec eux. Cela a
à voir avec la curiosité de la découverte, le plaisir de
danser, la relation entre l’effort et le plaisir, la possibilité d’aller au-delà des limites, la vertu de la délicatesse. J’écoute les corps des danseurs me dire que
faire d’eux. Et ce sont les danseurs qui me font pleurer », avoue cet homme de toutes les tendresses,
taillé pour tous les combats. ■
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
DOMAINE
DE SAINT-CLOUD
24-25
NOVEMBRE 2018
Venez courir pour soutenir l’
Par Étienne de Montety
Lacérer
[la-sé-ré]
Se défaire d’une œuvre, non sans déchirement
L
’artiste Banksy a lacéré une de ses toiles pendant la vente de celle-ci chez
Sotheby’s à Londres.
Le mot vient du verbe latin lacerare, déchirer. Cette opération se faisait jadis
par décision de justice. Cette fois, l’artiste s’est fait justice, en détruisant une toile
au moyen d’une broyeuse dissimulée dans le cadre de la toile.
Fallait-il qu’il soit lassé pour lacérer ?
Aurait-il voulu la reprendre, partir subrepticement en la serrant contre lui, il aurait agi
autrement. Il a préféré la lacérer.
Lassé Banksy, mais de quoi ? D’un système : il est à rebours de bien des artistes
contemporains qui se contentent de se prélasser sur leurs lauriers. Par ce geste
iconoclaste, il a surtout voulu faire un pied de nez au marché de l’art, un univers
impitoyable où il faut sans cesse bourse délacer pour acquérir des chefs-d’œuvre ;
art et argent entrelacés.
En lacérant ainsi sa toile, Banksy nous a offert un spectacle insolite, et pour tout dire
fort délassant. Pour lui, lacérer ça veut dire : assez ! ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
A
WWW.CROSSDUFIGARO.COM
À l’invitation du sénateur du Pas-de-Calais Jean-François
Rapin, le think-tank de Xavier Bertrand, la Manufacture,
organisait vendredi soir une réunion au Sénat.
Quelque 200 personnes s’y sont retrouvées pour parler
de la dépendance, alors que la ministre de la Santé, Agnès
Buzyn, vient de lancer une consultation pour réfléchir
à « comment prendre soin de nos aînés ». Au Sénat,
en présence de Xavier Bertrand, des députés, élus locaux
et professeurs ont réfléchi à plusieurs thématiques
pour formuler des propositions concrètes : le numérique
et les innovations technologiques, le financement
de la dépendance et les alternatives aux Ehpad.
Bruno Le Maire
signe un nouveau récit
Le ministre des Finances, déjà
auteur d’essais et d’un roman,
publiera en janvier chez Gallimard
un récit, écrit pendant
ses dernières vacances d’été.
Paul, une amitié est un livre très
personnel, consacré à un ami
de Bruno Le Maire, emporté par
un cancer. L’occupant de Bercy,
normalien, dit souvent ne pas
concevoir la vie sans l’écriture.
Emmanuel Macron allège
son déplacement
dans le Caucase
Le chef de l’État a décidé d’écourter
son voyage dans le Caucase pour
s’en tenir seulement au sommet
de la francophonie, qui se tiendra
les 11 et 12 octobre dans la capitale
arménienne, Erevan.
Son déplacement en Azerbaïdjan
a été annulé, et sa visite en Arménie,
la nation voisine et ennemie, n’est
plus qu’une visite de « travail ».
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
oN CouRT
pOur
Qu’iLs GaGneNT
Au Sénat, La Manufacture de Xavier
Bertrand planche sur la dépendance
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