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Libération - 10 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L’ISCI consiste à injecter un seul spermatozoïde dans l’ovocyte. PHOTO ZEPHYR. SPL. COSMOS
Mali Entre
Peuls, Dogons
et jihadistes,
un cocktail
explosif
Gay Games
à Paris :
les jeux
des
différences
REPORTAGE, PAGES 6-7
TÉMOIGNAGES, PAGES 14-15
ÉTÉ
www.liberation.fr
J’ai testé :
supporteur de l’OM
ET AUSSI DES JEUX, UNE BD… CAHIER CENTRAL
PROCRÉATION
LA FIV
À PLEINS
TUBES
Quarante ans après la
naissance du premier bébééprouvette, la fécondation
in vitro s’est imposée en
France, alors que la fertilité
se détériore. Mais la PMA
n’est pas encore accessible
à toutes.
PAGES 2-4
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
STÉPHANE REMAEL
VENDREDI 10 AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11571
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Libres
C’est quand la science et
les mœurs reculent que
l’on savoure leurs avancées
à leur juste valeur. Au moment où Libé se préparait
à célébrer les 40 ans de
Louise Brown, premier
bébé fécondé in vitro,
le Sénat argentin retoquait
la légalisation de l’avortement, menaçant la vie de
milliers de femmes
contraintes d’avorter de façon illégale et souvent dangereuse (lire aussi page 8).
Drôle de croisement des
actualités. Que le droit à
l’avortement redevienne
aujourd’hui un sujet de
débat dans de nombreux
pays fait froid dans le dos.
En 2018, les femmes devraient être libres de choisir d’avoir ou de ne pas
avoir un enfant. Et toutes
les femmes, sur tous les
continents, hétéro comme
homosexuelles, il n’y a
aucune raison que certaines bénéficient de cette liberté et d’autres non.
On ne dira jamais assez à
quel point la FIV a bouleversé la vie des femmes et
plus généralement des couples privés de la possibilité
d’avoir des enfants pour
des raisons médicales ou,
dans certains pays, de
genre. On a beau chercher,
on ne voit aucun effet négatif de cette avancée-là. Et
que l’on n’aille pas nous
dire que c’est une solution
de facilité: la FIV est un véritable chemin de croix
pour les femmes qui y ont
recours, il faut l’avoir fait
une fois pour s’en convaincre. Et l’avortement est encore moins une facilité,
c’est un véritable traumatisme que beaucoup préféreraient éviter. La facilité,
ce serait plutôt d’opposer
des arguments irrationnels,
et notamment religieux, à
des avancées médicales qui
permettent d’alléger considérablement la vie des femmes mais aussi des hommes de plus en plus
touchés par l’infertilité.
Louise Brown est à son
tour devenue mère (de façon naturelle), il n’y a pas
eu mort d’homme, la vie
continue sans drame
comme elle devrait continuer pour toutes celles qui
ont choisi de ne pas être
esclave d’un homme ou
d’un corps. •
Libération Vendredi 10 Août 2018
PROCRÉATION
La FIV
à l’éprouvette
du temps
Louise Brown, le premier bébé né d’une fécondation
in vitro, vient de fêter ses 40 ans.
Depuis sa naissance, les techniques ont beaucoup
évolué, les débats aussi.
Par
CATHERINE MALLAVAL
et ANAÏS MORAN
E
lle a commencé sa vie dans
une éprouvette en verre où
fut organisée la féconde rencontre d’un ovule de sa mère, Lesley
Brown, et des spermatozoïdes de
son père, John Brown, avant de se
développer dans le ventre de sa
mère. Elle a poussé son premier cri
le 25 juillet 1978 à 23h30 au Oldham
District and General Hospital, près
de Manchester en Angleterre. Son
nom, Louise Brown, ou plus précisément Louise Joy (comme joie)
Brown, restera inscrit dans l’histoire de la médecine à la rubrique
«pionnière». Elle est en effet le premier bébé-éprouvette à avoir vu le
jour dans le monde; une promesse
(tenue) pour tous les couples souffrant d’infertilité dont on avait jusqu’alors fait peu de cas. Sa mère,
dont les trompes étaient bouchées,
avait été décrétée «stérile». Enfant
de la science, cette Anglaise est née
des travaux de Patrick Steptoe, chef
du service gynécologique du Oldham Hospital et du biologiste Robert Edwards (prix Nobel en 2010)
grands gagnants de la course aux recherches sur la fécondation in vitro
(FIV) engagée dans le monde entier
depuis 1959 et une tentative réussie
aux Etats-Unis avec les gamètes
d’un lapin et d’une lapine.
Cet été Louise Brown, devenue
mère d’un petit Cameron en 2006,
a fêté ses 40 ans. Depuis sa naissance, quelque six millions d’enfants ont vu le jour grâce à une fécondation in vitro, technique phare
dans toute la gamme de la procréation médicalement assistée (PMA)
au côté de l’insémination artificielle
avec donneur (prosaïquement une
injection d’un don de sperme dans
l’appareil génital de la femme). La
France, elle aussi entrée dans la
danse de la FIV le 24 février 1982
avec la naissance d’une petite
Amandine, n’est pas en reste. Depuis les années 80, la proportion
d’enfants conçus grâce à cette technique ne cesse de progresser de manière constante de +0,5 % tous les
sept ans. Et l’on connaît tous
aujourd’hui un enfant né grâce à
une PMA. En quarante ans, la technique a bien sûr grandement évolué, même si la grossesse n’est pas
toujours au rendez-vous: selon les
statistiques de l’Agence de biomédecine, une FIV a 20 à 24% de succès par cycle. La vision de la stérilité
aussi s’est élargie: oui, les hommes
aussi peuvent rencontrer des difficultés, a-t-on fini par envisager, explorer et réparer…
Enfin, le contour des débats qui depuis le début ne manquent pas d’accompagner le développement de la
procréation médicalement assistée
a aussi changé. Le match entre les
encenseurs de «bébés miracles» et
les délateurs de «Frankenbaby» se
concentre aujourd’hui en France
sur : faut-il réserver les aides à la
procréation aux seuls couples hétérosexuels comme l’a décidé la loi ?
L’extension de ces techniques aux
couples de lesbiennes et aux femmes seules a été débattue dans le
cadre des Etats généraux de la bioéthique, qui doivent aider le gouvernement à rédiger un projet de loi de
bioéthique qui devrait être présenté
en Conseil des ministres fin 2018
(lire page 4). En attendant, retour
sur cette technique qui, à 40 ans cet
été, fête son statut de… tube.
LA TECHNIQUE DU MIRACLE
À L’HIBERNATION
«La fécondation in vitro 2018 n’a
plus rien à voir avec celle de la naissance de Louise Brown en 1978, annonce d’emblée la gynécologue
Joëlle Belaïsch-Allart (ex-membre
du Comité consultatif national
d’éthique). Nous sommes passés de
Suite page 4
la première gros-
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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u 3
Depuis la naissance de Louise Brown, premier «bébé-éprouvette», six millions d’enfants sont nés de fécondations in vitro. PHOTO BRIAN BOULD. ASSOCIATE. REX. SIPA
L’infertilité met hommes et femmes à égalité
Age de la première grossesse
repoussé mais aussi baisse de
la qualité des spermatozoïdes
expliquent le recours fréquent
à l’assistance à la procréation.
I
l y a d’abord les chiffres, révélateurs.
Aujourd’hui, l’âge de la première maternité se situe à 28 ans et cinq mois contre
24 ans dans les années 70 –sachant que le pic
de fertilité est à 22 ans et que celle-ci baisse
drastiquement à partir de 35 ans. Et en
cinquante ans, la concentration moyenne de
spermatozoïdes dans un éjaculat a diminué
de moitié. Chez un homme de 35 ans, leur
nombre est passé de 113 millions/ml
à 49,9 millions/ml en moyenne. En France,
un couple sur six consulte pour des problèmes de fécondité durant sa vie, contre un
couple sur sept il y a six ans. Et 24 % d’entre
eux ne parviennent pas à concevoir après un
an sans contraception (8% au bout de vingtquatre mois). D’où cette question: sommesnous en train de devenir une génération
d’infertiles ?
Chute libre. «La détérioration de la santé
reproductive masculine est très probable en
France. En revanche, on ne dispose malheureusement pas d’études d’ampleur qui permettraient de savoir précisément s’il y a une détérioration de la santé reproductive féminine
[mesure de la réserve ovocytaire et des marqueurs hormonaux par exemple, ndlr] et de
la fertilité des couples au cours du temps»,
avance Rémy Slama, épidémiologiste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). «L’ampleur de la dégradation
de la santé reproductive masculine n’est pas
suffisante à elle seule pour faire aujourd’hui
baisser la fécondité en France [qui est de l’or-
dre de deux enfants par couple]. En revanche,
elle pourrait être suffisante pour avoir entraîné une augmentation du nombre de couples ayant recours à l’assistance médicale à la
procréation.»
Si la chute libre de la fertilité n’est donc pas
totalement confirmée, certaines causes de
l’infertilité sont, elles, déjà actées. «On a identifié plusieurs facteurs pouvant influencer la
santé reproductive masculine, féminine ou
celle du couple à partir d’études chez l’animal
et l’humain.» Lesquelles? «Des facteurs généraux, tels que le surpoids et l’obésité, qui sont
de plus en plus présents dans notre société, développe le chercheur, également président du
conseil scientifique du Programme national
de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE). La consommation de tabac et
d’alcool. Et puis il y a aussi des facteurs liés à
l’environnement. Les perturbateurs endocriniens en particulier. Il y a très peu de chances
qu’un unique facteur soit à l’origine de cette
détérioration probable.»
Double cause. Ces changements n’épargnent personne. Ni les femmes ni les hommes. Une enquête réalisée par Patrick Thonneau – alors responsable de l’équipe
Epidémiologie de la fertilité à l’Inserm– montre d’ailleurs que l’inaptitude biologique à procréer semble «équitablement répartie entre les
hommes et les femmes». Dans ces travaux, une
altération de la fertilité féminine a été constatée pour plus de sept couples inféconds sur dix
et une altération de la fertilité masculine pour
près de six couples sur dix. Pour quatre couples inféconds sur dix, une double cause –féminine et masculine– est diagnostiquée. Une
«coresponsabilité loin des clichés» selon Elise
de la Rochebrochard, directrice de recherche
à l’Institut national d’études démographiques.
A.Mo.
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4 u
ÉVÉNEMENT
sesse miracle
(un succès sur des centaines d’essais)
à une véritable thérapeutique de
l’infertilité avec en moyenne un accouchement pour cinq tentatives.»
Une moyenne qui varie selon l’âge
de la femme: les chances de succès
étant de 10 % seulement après
40 ans, mais près de 50% chez une
femme jeune. A en croire cette spécialiste, tout a changé grâce à un
procédé mis au point en 1992 : il
s’agit de l’ICSI (Intracytoplasmic
Sperm Injection, qui signifie injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) : un seul spermatozoïde
est choisi pour son aspect et sa mobilité avant d’être micro-injecté directement dans l’ovocyte. Une fois
fécondé, l’ovule se transforme en
pré-embryon et celui-ci est transféré
dans l’utérus afin qu’il y poursuive
son développement. Le premier
bébé français né d’une ICSI a vu le
jour en 1994 et s’appelle Audrey.
Autre amélioration, la culture
prolongée jusqu’au cinquième jour
de cet ovule fécondé (au lieu de
deux à trois jours) qui permet de sélectionner des embryons ayant davantage de chances de s’implanter.
Avantage: un meilleur taux de grossesse et surtout moins de transferts
d’embryons. Si au début de la FIV,
les médecins transféraient souvent
quatre embryons ou plus à la fois
(39% des cas en France en 1988), ils
ont ensuite opté pour trois (environ
40% des cas en 1997) puis deux (environ 60 % des cas en 2009).
Autre révolution technique: la possibilité d’offrir aux embryons surnuméraires une «hibernation médicale». Soit une congélation dans
l’azote liquide à - 196° C. Depuis la
naissance de Zoe en 1984 en Australie, des centaines de milliers d’enfants issus d’embryons congelés
sont nés à travers le monde.
Libération Vendredi 10 Août 2018
Suite de la page 2
LE DÉVELOPPEMENT
TOUJOURS PLUS
En 2018, un enfant sur trente
devrait être conçu en France grâce
à une assistance médicale à la procréation. Soit 3,4% des naissances.
Parmi ces nouveaux bébés, la
grande majorité (70 %) est issue
d’une fécondation in vitro, selon les
dernières conclusions de l’Institut
national d’étude démographie
(Ined). Depuis la mise au monde
historique d’Amandine, la technique de la FIV s’est largement impo-
Louise Brown, le 23 juillet, à Londres, deux jours avant ses 40 ans. PHOTO LEON NEAL. GETTY. AFP
«La stérilité
masculine est
vécue comme une
impuissance. »
Laurence Tain
professeure de sociologie
sée dans le paysage médical français, d’autant que les problèmes
d’infertilité, eux, ont tendance à se
multiplier (lire ci-dessous). Entre 1982 et 2014, la FIV a permis la
naissance de 300000 nouveau-nés.
Fin 2019, ils devraient être plus
de 400000 «bébés éprouvettes» en
France. Oui, mais voilà: la fécondation in vitro, c’est bien, mais accessible à toutes et tous, c’est mieux.
Aujourd’hui, seuls les couples hétéros y ont accès. Et encore… Certains
couples peuvent attendre des années un don (inespéré) d’ovocytes
qui n’arrive finalement jamais (il y
a une grosse pénurie des donneurs
dans le pays). Et puis, la législation
française exclut les femmes hétéros
ayant fêté leur 43e anniversaire: jugées trop âgées pour être mères, celles-ci ne sont pas remboursées par
la Sécurité sociale (on parle de milliers d’euros pour une seule tentative). Autres exclues : les femmes
célibataires et les couples de femmes à la recherche d’un don de
spermatozoïdes, toujours interdites
d’accès à la procréation médicalement assistée.
LA FERTILITÉ AUSSI
UNE HISTOIRE D’HOMMES
A l’origine, la fécondation in vitro a
été conçue pour répondre aux infertilités féminines d’origine tubaire
(trompes altérées ou bouchées). Qui
pour s’en étonner? Ce sont les femmes qui portent l’enfant, ce sont
forcément elles qui ont un problème de stérilité… «Il a fallu plus
de temps aux hommes pour admettre qu’ils peuvent être, eux aussi, en
cause. Tout cela ne tient pas un instant d’un point de vue médical, c’est
juste une construction sociale, virile
et patriarcale, développe Laurence
Tain, professeure émérite de sociologie, spécialiste des techniques de
reproduction et du genre. La stérilité masculine est vécue comme une
impuissance. Inacceptable, tabou!
Lorsque j’écrivais ma thèse en 1998,
j’ai vu des hommes à l’hôpital qui
refusaient de se faire examiner…
J’ai également entendu des médecins
reconnaître qu’ils examinaient
d’abord la femme, imaginant que
c’était forcément elle qui avait un
problème.»
Il faut attendre dix ans après la première FIV made in France pour voir
apparaître l’injection intracytoplasmique de spermatozoïde, qui permet de sélectionner un spermatozoïde (le plus vaillant) et de
l’introduire directement dans l’ovocyte à l’aide d’une aiguille microscopique. Et admettre que la FIV est
aussi (un peu) une affaire d’hommes. Selon la démographe Elise de
la Rochebrochard, directrice de recherche à l’Ined et spécialiste en
biométrie de la reproduction humaine, deux fécondations in vitro
sur trois sont désormais réalisées
avec la méthode de l’ICSI. «Mais
c’est toujours le corps des femmes qui
subit une intervention chirurgicale
même en cas de stérilité masculine.
On peut rêver d’autres solutions,
souligne Laurence Tain. Pourquoi
ne pas mobiliser aussi le corps des
hommes? Pour le moment, ça paraît
complètement fou, mais si on ne
commence pas à s’intéresser à la
question, c’est sûr qu’on ne trouvera
jamais de nouvelles techniques.»
LA FRANCE RETARDS
ET PERFORMANCES
«Je ne suis pas totalement d’accord
avec ceux qui dénigrent les résultats
français en matière de PMA, lance la
Dr Joëlle Belaïsch-Allart. Stop à ces
fausses informations: nous sommes
dans la moyenne mondiale.» Soit.
Mais pourquoi brandit-on souvent
les meilleurs taux de réussite aux
Etats-Unis? «C’est vrai, les résultats
sont meilleurs. Mais tout est payant;
le nombre d’embryons transférés est
plus élevé ; et les labos sont mieux
équipés alors que les moyens alloués
à la PMA en France sont limités.
Mais en France, dans le public, tout
est gratuit pour quatre essais.» A
chaque système ses avantages.
Mais nombre de médecins français
s’accordent pour dire que la législation empêche d’avoir de meilleurs
résultats : «Nous savons que près
de 80% des embryons issus de femmes de 40 ans et plus sont anormaux, ne vont pas s’implanter ou entraîner une fausse couche. Mais nous
n’avons pas le droit de trier ces embryons. Nous pouvons seulement
transférer trois embryons, si on a la
chance de les avoir obtenus et espérer
que l’un d’eux sera normal.» De fait,
le diagnostic préimplantatoire (DPI)
de l’embryon que l’on va transférer
dans le ventre de la femme est réservé aux couples qui risquent de
transmettre une maladie d’une particulière gravité. Or, comme l’a souvent dénoncé le «père» scientifique
d’Amandine, le professeur René
Frydman(1), «aujourd’hui, 60 à 70%
des embryons que l’on implante ne
vont pas donner de bébés, soit à
cause d’irrégularités génétiques graves, soit parce qu’ils sont non viables
sur le plan métabolique».
Pour René Frydman, un diagnostic
préimplantatoire (autorisé dans de
nombreux pays voisins) permettrait de limiter échecs et déceptions. Et qu’on se rassure, il ne s’agit
pas de sélectionner un futur bébé
aux yeux bleus (un caractère secondaire), mais de débusquer de vraies
anomalies. Telle la trisomie 21, que
la loi permet de dépister mais seulement une fois la grossesse en
route : étonnant paradoxe. Autre
barrière légale à une amélioration
des résultats : l’impossibilité pour
les Françaises de faire congeler
leurs ovocytes lorsqu’elles sont au
pic de leur fertilité (avant 35 ans) et
n’ont pas encore rencontré leur
prince charmant. •
(1) Le Droit de choisir, manifeste des
médecins et biologistes de la procréation
médicale assistée (Seuil) et Libération
du 24 janvier 2017.
A la loi de progresser à son tour
Congélation d’ovocytes,
PMA pour les couples lesbiens
et les femmes célibataires…
après les états généraux
de la bioéthique, le Parlement
devrait trancher en 2019.
L
es Françaises pourront-elles un jour
préserver leur fertilité en faisant congeler leurs ovocytes (1) lorsqu’elles
sont jeunes comme le font – entre autres –
les Espagnoles ? Pas sûr que cela soit pour
demain. Les Françaises, lesbiennes ou célibataires, vont-elles enfin pouvoir fonder
une famille en bénéficiant d’un don de
sperme, comme les Belges ? Ça se précise.
Cette question amplement abordée lors des
cinq mois de débats de bioéthique qui ont
invité les citoyens à réfléchir sur la procréation médicalement assistée (et aussi la fin
de vie, les big data en santé, etc.) devrait
connaître un épilogue que l’on espère heureux en… 2019.
Après avoir remis un rapport en juin, le Comité national d’éthique devrait rendre à la miseptembre un avis sur les sujets abordés lors
des débats. Le gouvernement devra ensuite
présenter avant la fin de l’année un projet de
loi sur les questions de bioéthique. Dont la
très, très attendue PMA pour toutes (promise
et remballée sous le quinquennat de Fran-
çoise Hollande). Objectif: un débat au Parlement l’an prochain. Le calendrier sera-t-il
tenu ? La promesse du candidat Macron de
faire sauter le verrou qui réserve pour l’instant la PMA aux couples hétérosexuels sera-telle vraiment réalisée ?
«Il n’y a pas le début d’un commencement d’un
mollissement du gouvernement sur cette question», a assuré en juillet le porte-parole du
gouvernement, Benjamin Griveaux, avant
d’ajouter : «Je comprends l’empressement,
mais nous souhaitons pouvoir le faire de la
manière la plus sérieuse et en cohérence avec
les autres sujets bioéthiques qui sont traités
dans le cadre des états généraux, et ne pas
l’isoler des autres sujets.» Et de conclure par
cette phrase magique: «Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation»… Dont acte. le calendrier semble fixé. Reste une question loin
d’être subsidiaire: les couples de lesbiennes
et les femmes célibataires auront-ils aussi
droit à la même prise en charge financière par
la Sécurité sociale que les hétéros? A en croire
la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, il est
«peu probable» que le gouvernement aille
à l’encontre de la position adoptée par
La République en marche (LREM) qui s’est
clairement prononcée pour un remboursement total.
CATHERINE MALLAVAL
(1) L’autoconservation ovocytaire n’est pour l’instant
autorisée que sur indication médicale (cancers, etc.).
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u 5
Libération Vendredi 10 Août 2018
ÉDITOS/
Le couple Al-Assad
à l’hôpital
comme à la guerre
Par
HALA
KODMANI
Journaliste
au service Monde
@HalaKodmani
L’annonce officielle mercredi
après-midi par la présidence
syrienne qu’Asma al-Assad,
l’épouse du dictateur syrien,
«entamait un traitement
pour un cancer malin du sein»
a surpris. Les loyalistes s’en
sont émus, pendant que les
adversaires du régime ont
loué «la punition divine».
Mais très vite, la transparence
inhabituelle de cette communication a soulevé bien des interrogations. La photo diffusée sur les réseaux sociaux est
une campagne de relations
publiques. Bachar et Asma alAssad, assis côte à côte dans
une chambre d’hôpital, se
sourient les yeux dans les
yeux. Lui en polo marine et
pantalon clair, elle en jeans et
baskets, est plus maigre encore que d’habitude, avec une
perfusion reliée à son poignet
gauche. L’image du couple
présidentiel moderne qui,
avant la guerre civile de 2011,
avait séduit les magazines
people, est de retour, jouant
l’union dans le courage face à
une nouvelle épreuve.
«Je suis comme ce peuple qui a
appris au monde la résistance
et la force pour affronter les
difficultés. Ma détermination
est inspirée de la vôtre au
cours des dernières années.»
Le message d’Asma al-Assad
est diffusé le soir même sur le
compte Twitter de la présidence syrienne. «Votre résistance est celle de la Syrie, de
son peuple et de son armée.
Vous vaincrez la maladie
comme la Syrie a vaincu
ses ennemis», lui répond
un internaute cité par le site
pro-Kremlin Russia Today
en arabe, qui a consacré
un article aux «réactions
de sympathie et de solidarité
avec l’épouse Al-Assad». Le travail de réhabilitation du régime de Damas entrepris par
la Russie fait feu de tout bois.
La mise en scène de la maladie de la première dame s’inscrit dans la même logique.
Attirer la sympathie des
Syriens d’abord, et peut-être
au-delà. Redonner un visage
«acceptable» au couple Al-Assad. Pièce maîtresse du dispositif mis en place par des sociétés de relations publiques
de Londres où elle a grandi,
Asma al-Assad, surnommée
«la rose de Damas» par le
magazine Vogue en 2011, avait
conquis l’opinion occidentale.
Au côté de Carla BruniSarkozy lors d’un dîner à
l’Elysée ou s’inclinant devant
la reine Elizabeth II, la figure
d’Asma al-Assad a largement
profité à son mari. En profitera-t-il encore aujourd’hui ? •
Combien de morts
y avait-il eu lors
de la canicule en 2003 ?
Combien de sénatrices
se sont prononcées sur
la loi sur l’avortement
en Argentine ?
Que risque un témoin
qui a menti sous serment
pendant une enquête
parlementaire ?
Comment Benalla a-t-il
obtenu son grade
de lieutenant-colonel?
vous demandez
nous vérifions
CheckNews.fr
Les Al-Assad mercredi. Photo issue du Facebook de la présidence syrienne. AFP
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6 u
MONDE
Par
CÉLIAN MACÉ
Envoyé spécial à Mopti (Mali)
L
e territoire du Mali a une
forme de papillon. En son
centre exact, entre les
deux ailes asymétriques, là où la
carte se rétrécit, se trouve Mopti, à
la confluence des fleuves Niger et
Bani. Le soir venu, des dizaines de
pinasses en croissant de lune s’alignent perpendiculairement à la
rive. Mopti, qu’on dit fondée par les
Bozos, le peuple de l’eau, était il y a
dix ans une des villes les plus visitées du pays. L’odeur de poisson séché demeure, mais les petits hôtels
du port et les restaurants pour touristes ont fermé. Cette année, la région est devenue l’épicentre des
violences qui déchirent le Mali. Des
centaines d’habitants y ont perdu
la vie dans des attentats, des assassinats ciblés, des exécutions sommaires ou des règlements de comptes intercommunautaires.
L’accord de paix signé à Alger
en 2015 entre le gouvernement et les
ex-rebelles du Nord-Mali ne concerne pas le centre du pays. Ici, pas
de groupes séparatistes, ni de forces
militaires organisées. Aucun soldat
français de l’opération Barkhane, et
très peu de Casques bleus. On retrouve cependant deux points communs avec les terres du septentrion:
l’absence de l’Etat et la présence de
cellules jihadistes actives (les deux
étant liées). Depuis plusieurs années, les salles de classe sont fermées dans la plupart des villages.
Les enseignants, les juges, et les
fonctionnaires ont fui la région.
Dans le même temps, des bandes se
réclamant du jihad et obéissant au
prêcheur local Amadou Koufa (qui
a prêté allégeance au leader touareg
Iyad ag-Ghaly et à Al-Qaeda) se sont
implantées dans la brousse.
Libération Vendredi 10 Août 2018
MALI «Les Dogons
nous accusent
d’être complices
des jihadistes»
REPORTAGE
Dans la région de Mopti, désertée par le pouvoir
central, des groupes islamistes occupent le terrain
en creusant un fossé entre deux ethnies. En
réponse, l’armée malienne se livre à des exactions
contre les Peuls, au risque de pousser certains à
basculer du côté des fondamentalistes.
A Bamako, le 10 juillet, des membres
«Menaces»
«Ils ont commencé par sensibiliser
les bergers. On savait qu’il se passait
quelque chose, ils rôdaient autour
du village, lançaient des menaces. Et
puis un jour, en septembre, ils sont
arrivés à une quinzaine après la
prière du crépuscule, avec des armes. Ils nous ont dit de rester dans la
mosquée et ils ont fermé les portes»,
raconte Gourro Diallo, 43 ans. Depuis les berges de Mopti, on aperçoit les premières maisons jaunes
de son village, Nantaka, de l’autre
côté du fleuve Niger. Gourro Diallo
en est le chef depuis 2001. Il avait
26 ans quand il a «reçu le pouvoir»
après son père, son grand-père et
son arrière-grand-père.
«Les jihadistes ont dit que la musique, la radio la nuit étaient interdites. Ils ont dit que les femmes ne pouvaient pas aller seules au fleuve. Ils
ont menacé toute personne qui se
mettrait entre eux et l’armée malienne. Ils ont fait ça vite, vite, et ils
sont partis, poursuit-il. Personne n’a
osé parler contre eux ce soir-là. Mais
beaucoup de villageois ont compris
que ça allait mal tourner.» Gourro
Diallo aspire son thé dans son petit
appartement de Mopti, face à un
ventilateur sur pied pivotant. L’une
de ses femmes, à la bouche tatouée
caractéristique des Peules, est assise au bord du lit. Le chef ne dort
même plus dans son propre village,
L’OPPOSITION
DÉNONCE LA FRAUDE
Soumaïla Cissé, principal opposant à IBK, à Mopti fin juillet. PHOTO M. ROSIER. HANS LUCAS
Le premier tour de l’élection présidentielle au Mali a donné une large
avance au président sortant, Ibrahim
Boubacar Keïta, avec 41,7 % des voix
devant son rival, Soumaïla Cissé
(17.78 %). Le scrutin a été marqué par
des irrégularités. Selon le ministère
de l’Administration territoriale et de
la Décentralisation, plus de
245 000 électeurs répartis dans
871 bureaux de vote n’ont pas pu exercer leur droit. Parmi eux, beaucoup
viennent de la région de Mopti, une
zone où Soumaïla Cissé entendait réaliser son meilleur score. Les recours
de l’opposition pour annuler les résultats ont été rejetés par la Cour constitutionnelle. Le second tour de l’élection est prévu pour dimanche.
de peur d’être pris pour cible par les
jihadistes. Chaque jour, il traverse
le fleuve dans les deux sens.
Car à Nantaka, personne ne peut le
protéger. Le poste de gendarmerie
a été attaqué et incendié l’an dernier. Les assaillants se sont emparés
des motos, les gendarmes se sont
échappés en pinasse. Ils ne sont jamais revenus. «Les jihadistes circulent librement. Ils se rassemblent en
brousse dans un campement, qu’ils
appellent “markaz”, à 8 kilomètres
du village. On voit parfois des rassemblements de 30 ou 40 hommes.
Ils passent à Nantaka par petits
groupes, pour faire réparer leurs
motos, décrit Gourro Diallo. Il y a
parmi eux beaucoup de Peuls nomades. Avant, ils étaient persécutés
partout où ils passaient. Maintenant, on les laisse tranquilles. Deux
jeunes de Nantaka les ont rejoints.
L’un a été frappé et maudit publiquement par sa famille.»
L’installation de cet avant-poste jihadiste à seulement trois kilomètres
de Mopti a fini par agacer l’armée
malienne. Elle a violemment réagi,
le 13 juin, de la pire des façons.
«Neuf véhicules des Fama [Forces armées maliennes] ont traversé le
fleuve avec le bac à 17 heures. Dès
qu’ils ont débarqué, ils ont com-
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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u 7
cultivateurs) ; et «la prolifération
des armes légères» – un fusil-mitrailleur se monnaye à 300 euros au
marché noir de Mopti. L’étincelle a
été l’arrivée des jihadistes, qui ont
miné le système de justice traditionnelle permettant jusque-là de
désamorcer les conflits intercommunautaires.
«Les Peuls ont toujours été en retrait
de l’Etat, victimes de racket, méprisés, poursuit l’analyste. Il est dur
pour eux d’accepter la soi-disant
neutralité de l’administration.» Les
exactions répétées de l’armée malienne renforcent leur méfiance à
l’égard de l’Etat, et poussent une
partie de la jeunesse à se tourner
vers la «katiba Macina» d’Amadou
Koufa. «Les Dozos, eux, voient dans
l’action milicienne un retour valorisant au rôle de défenseur de la patrie
ou de l’ethnie, qui était celui des
chasseurs traditionnels.» Au pays
dogon, ils ont formé un mouvement
politico-militaire, Dan Na Ambassagou. Leur président est David
Tembiné. Le leader dogon, souriant, reçoit à la table de l’un de ses
restaurants à Sévaré. Il jure ses
grands dieux que les Dozos ne sont
pas belliqueux. «Nous n’attaquons
jamais, nous ne faisons que nous défendre, depuis des siècles, dit-il. L’ennemi, ce n’est pas le Peul, c’est le jihadiste qui a créé le conflit entre
nous. Dans les villages dogons, ils
viennent nous agresser, ils assassinent.» Pourtant, il ne lui faut pas
plus de quelques minutes de
conversation pour ajouter: «Ce sont
les Peuls qui dénoncent des gens
pour régler des comptes. Ils sont
pris en otage par les jihadistes, et
certains jouent double jeu… Les
Peuls, ça a toujours été comme ça,
ils créent des problèmes avec tout le
monde.»
de «Save The Mopti Region», issus de la société civile, manifestent contre l’insécurité sévissant dans cette zone. PHOTO M. ROSIER. HANS LUCAS
mencé à rafler. Avant même d’arri- nous manque une seule chose: aller
ver au village, ils avaient pris 15 per- sur place pour observer les fosses.
sonnes, relate Gourro Diallo. Ils sont Constituent-elles ou non un charaussi rentrés dans les maisons et ont nier? Dans ce cas, il y aurait volonté
arrêté les hommes. Quand je suis allé de dissimulation, et le massacre est
plaider devant les militaires, avec susceptible d’être qualifié de crime
le chef du village voisin
grave.» Qu’attendent ses enquêde Kobaka, on a
teurs pour traverser le
AL
constaté que des
fleuve? «C’est une zone
GÉ
RI
gens avaient été
infestée de jihadistes,
E
libérés, mais
non sécurisée. L’arDésert du Sahara
qu’ils gardaient
mée malienne nous
MALI
MAURITANIE
tous les Peuls. On
dit que ce n’est pas
les a cherchés
possible de transMopti
partout. Leurs
porter nos homNIGER
corps ont été remes pour le moBamako
BURKINA
trouvés le lendement.» La tuerie de
FASO
main, en brousse. Ils
Nantaka et Kobaka
étaient 23. Certains
est loin d’être une ba200 km
avaient les yeux bandés, ils
vure isolée. Des membres
ont été tués d’une balle à l’oreille.»
des forces de sécurité maliennes
Le 19 juin, le gouvernement malien ont été mises en cause dans 58 vioa reconnu «l’existence de fosses com- lations des droits de l’homme entre
munes impliquant certains person- avril et juin, selon l’ONU. «Le dannels Fama dans des violations graves ger, c’est que la population considère
ayant entraîné mort d’hommes». les jihadistes comme leurs protecGourro Diallo a reçu un appel du teurs», déplore Guillaume Ngefa.
ministre de la Défense. Une enquête A l’hôpital de Sévaré, la ville-sœur
a été ouverte. L’ONU a également de Mopti qui a poussé autour de
lancé une investigation. «Le dossier l’aéroport, à 10 kilomètres du fleuve,
est quasiment bouclé, affirme quatre habitants peuls du village de
Guillaume Ngefa, directeur de la di- Bombou sont soignés depuis
vision droits de l’homme de la Mis- trois semaines. Ils ont été blessés à
sion des Nations unies au Mali. Il la suite d’un affrontement avec un
groupe d’autodéfense dogon. «Les
Dogons avaient commencé par boycotter les Peuls au marché. Ils ne
nous achetaient rien, ne nous vendaient rien, explique Ahmad Barry,
éleveur longiligne aux yeux creusés
et au regard inquiet. Des villages
voisins avaient été attaqués, car les
Dogons nous accusent d’être complices des jihadistes. Alors, les hommes
de Bombou se sont armés pour se défendre. Les Dogons sont arrivés habillés en Dozos [la tenue des chasseurs traditionnels, ndlr] mais ils
avaient des kalachnikovs. Les combats ont commencé en brousse et ont
fini dans le village. Quatorze Peuls
ont été tués, dont deux vieilles femmes. Certains ont été égorgés.» Bombou a été déserté.
«Nous vivions heureux»
Le village se trouve dans le cercle de
Koro, entre Mopti et la frontière du
Burkina Faso. Cette zone, où les
communautés peules et dogons
sont imbriquées «depuis toujours»,
est entrée dans un cycle d’attaquesreprésailles que nul ne semble pouvoir arrêter. «Nous vivions heureux
ensemble», dit le frêle Abderrahmane Barry, 40 ans. De son boubou
bleu usé émerge une petite tête fripée. Il est assis à l’arrière d’un 4x4.
Des soldats maliens en faction devant le seul hôtel sécurisé de Sévaré
lui en ont refusé l’accès. Trop peul,
donc suspect. Abderrahmane Barry
vient du village de Samani. Une
localité mixte, avec un quartier peul
et un quartier dogon. «Aujourd’hui,
là-bas, même les arbres n’ont plus de
feuille. Des Dozos nous ont attaqués.
Il n’y a pas eu de résistance. Ils ont
brûlé le village, le mil aussi. Mon fils
de 25 ans a été tué.» Trois autres
personnes sont mortes. Son enfant
a été enterré en présence du gouverneur. Les Peuls de Samani ont tous
fui. «Depuis, nous vivons en brousse,
avec presque rien. Ils ont pris nos
moutons, nos chameaux, nos
meubles, la télé… Jusqu’à ma mort,
je retrouverai plus tout ça.» Des
dizaines de villages du cercle de
Koro ont connu le même sort ces
derniers mois.
Pessimiste, un observateur européen installé à Sévaré estime que
«la situation va empirer». Pour lui,
trois facteurs souterrains ont
contribué à l’explosion de la région.
«Le réchauffement climatique», qui
a perturbé les circuits de transhumance (les Peuls sont majoritairement éleveurs); «la démographie»,
qui a accentué la pression sur la
terre (les Dogons sont souvent des
«Assassinats ciblés»
Dan Na Ambassagou s’est engagé à
respecter un cessez-le-feu début
juillet. «L’Etat nous a promis qu’il
reviendrait dans les villages. Au
pays dogon, tous les préfets et les
sous-préfets sont revenus à leur
poste. Si l’autorité et l’armée sont là,
on n’a pas besoin des Dozos», assure
David Tembiné. Mais un groupe
dissident, refusant l’arrêt des combats, s’est immédiatement formé. Et
les tueries ont continué. «Dans la
région de Mopti, tous les jours, on
nous rapporte des cas de maisons
brûlées, de bétail pillé, d’assassinats
ciblés, explique un défenseur des
droits de l’homme à Bamako. Les
militaires assimilent la passivité de
la population à de la collaboration…
Mais les villageois n’ont souvent pas
le choix s’ils veulent rester chez eux!
Leur territoire est administré par les
jihadistes.» Le 29 juillet à l’aube,
Gourro Diallo a traversé le fleuve
pour aller voter à Nantaka au premier de tour de l’élection présidentielle. A 11 heures, il a reçu un appel
d’un village voisin : le bureau de
vote avait été attaqué, les motos des
assesseurs et le matériel volés.
«Tout le monde a pris la fuite. On a
mis les urnes dans les pinasses et on
s’est sauvés.» Malgré la tuerie du
13 juin, il aimerait que l’armée traverse le fleuve pour sécuriser le second tour à Nantaka. •
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8 u
MONDE
LIBÉ.FR
Libération Vendredi 10 Août 2018
«A la Maison Blanche, on pense que le Congrès
saborde la politique de Trump»
Mercredi, le Congrès américain a voté de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, qu’il juge responsable de l’empoisonnement au Novitchok de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal et de sa
fille, en mars au Royaume-Uni. De quoi embarrasser Donald Trump, partisan
d’un rapprochement avec Vladimir Poutine, auquel les élus républicains sont
fermement opposés, analyse Martin Quencez, chercheur au German Marshall Fund à Paris, dans une interview à Libération.
et expositions scientifiques
ont fait changer d’avis la société. Tous les sondages montrent qu’elle est aujourd’hui
majoritairement favorable
à une légalisation.
«Dinosaures». Le projet de
Une militante désespérée après le rejet des sénateurs de la légalisation de l’avortement, à Buenos Aires. PHOTO EITAN ABRAMOVICH POUR AFP
IVG en Argentine: «Jamais nous
n’avions été si près du but»
Après cinq mois de
mobilisation et plus
de seize heures de
débat, les sénateurs
ont rejeté mercredi
soir, sous la pression
de l’Eglise, le projet
de loi légalisant
l’avortement.
Il pourrait cependant
être représenté
l’année prochaine.
Par
MATHILDE
GUILLAUME
Correspondante
à Buenos Aires
«I
ls nous laissent dans
la même situation
d’abandon de l’Etat
qu’avant tous ces débats, explose Laura, militante féministe de 22 ans. Des femmes
meurent d’avortements
clandestins, les sénateurs
l’ont reconnu et ont fermé la
porte pour ne pas voir. Ils ne
nous ont proposé aucune alternative pour lutter contre
cette situation terrible.»
L’issue du vote était attendue
et la très longue session parlementaire (seize heures
trente de débats), s’est déroulée sans suspense, les sénateurs ayant anticipé leur vote
depuis plusieurs jours. La
nouvelle est néanmoins tombée comme un couperet
à 2 h 40 du matin, dans la
nuit glaciale et pluvieuse de
l’hiver austral, brisant l’élan
festif des centaines de milliers de manifestants au foulard vert (le symbole de la
lutte pour la légalisation de
l’avortement). Encore plus
nombreux que lors du vote
des députés, la nuit du 13
au 14 juin, ils ont été 2 millions selon les organisatrices
à déferler sur la place du
Congrès et déborder toutes
ses rues adjacentes.
Sorcières. «La révolution
des jeunes filles», comme on
appelle ici ces très jeunes militantes formées au féminisme après le mouvement
Ni Una Menos («Pas une de
moins», initié il y a trois ans
contre les violences faites aux
femmes), et dont la voix a
grandement contribué à imposer le débat dans la société
et à porter le projet de loi
aussi loin, a occupé le pavé
jusqu’au moment fatidique.
Maquillées de vert, grimées
en sorcières, elles chantaient
au milieu des fumigènes :
«Nous sommes les petites filles
des sorcières qu’ils n’ont pas
pu brûler.»
Juste après le résultat, les larmes faisaient dégouliner le
maquillage vert à paillettes
sur les joues de Laura, alors
qu’elle s’époumonait encore:
«Opus Dei, quel facho tu es!»,
l’un des chants des militantes féministes. «C’est la
sexualité libre des femmes,
c’est leur jouissance que les
antichoix, que l’Eglise ne supporte pas et veut punir ! reprend avec colère Laura.
L’avortement est légal seulement en cas de viol [ou de
péril pour la vie de la mère,
ndlr], ils ne considèrent la
LIBÉ.FR
Voir aussi notre
diaporama sur
les mobilisations
des pro-IVG
femme qu’en tant que victime,
pas en sujet libre de disposer
son corps. “Si tu as eu du plaisir, alors tant pis pour toi”,
ont-ils argumenté durant
tout le débat. “Tu aurais dû
serrer les cuisses.”»
Le poids de l’Eglise catholique a indéniablement pesé
lourd dans la balance et a fait
émerger le prochain combat
des pro-légalisation: la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Les militants antichoix, eux,
jubilaient à l’annonce du résultat. Agitant leurs banderoles bleu ciel, de la couleur du
drapeau argentin, ils scandaient leur slogan: «Sauvons
les deux vies» (celles de la
femme et celle du fœtus).
Ces cinq mois de mobilisation ne sont pas entièrement
perdus: le mot «avortement»
n’est aujourd’hui plus un tabou et les nombreux débats
loi pourra quant à lui être représenté l’année prochaine.
Il est en effet nécessaire
qu’une partie du Parlement
soit renouvelée pour ce faire,
et des élections législatives
auront lieu en octobre, en
même temps que les présidentielles. «Et s’il ne passe
pas l’année prochaine, alors
nous le représenterons l’année
d’après, scande au mégaphone sur la place qui se vide
Julia Mendez, militante
féministe. C’est la septième
fois que nous le présentons,
jamais nous n’avions été si
près du but.»
Les plus optimistes pensent
que la question de l’avortement peut être un des enjeux
clés pour ces prochaines
élections: comme beaucoup
de militantes, Julia Mendez
prévient: «Il est hors de question que je vote à nouveau
pour la moindre liste comportant un des législateurs qui a
voté contre la liberté à disposer de nos corps. Il faut que ces
dinosaures s’en aillent !»
En Argentine, le vote est
autorisé à partir de 16 ans, et
toutes ces jeunes filles au
foulard vert, qui ont vécu ce
premier combat politique
avec tant de passion et d’engagement, représentent une
poche de voix non négligeables. «Demain, nous serons
toujours le mouvement populaire et transversal le plus
fort du pays, clame Señorita
Bimbo, humoriste et référente féministe. Demain,
nous sécherons nos larmes
et nous continuerons d’avancer. Il n’y aura pas un pas en
arrière.»
Sauf qu’en miroir de la mobilisation des féministes, les
partisans antichoix se sont
eux aussi organisés et ne
comptent pas lâcher un
pouce de terrain après leur
victoire. En année électorale,
comme le sera 2019, dans un
contexte de crise économique très forte, imposer à nouveau ce débat sera difficile.
Au petit matin, la place s’est
vidée et le centre-ville se
réveillera bientôt orné d’affiches qui paraissent déjà anachroniques : «Avortement
légal, à l’hôpital !» •
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Libération Vendredi 10 Août 2018
u 9
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LIBÉ.FR
Y a-t-il vraiment un «génocide»
des fermiers blancs en Afrique du Sud ?
Un fil Twitter très partagé affirme que de nombreux
fermiers blancs d’Afrique du Sud sont tués. Alors que le pays connaît
un vif débat sur la propriété des terres agricoles, le problème est réel
mais d’une ampleur bien moindre, si l’on se fie aux statistiques
disponibles. L’organisation AgriSA, qui représente des agriculteurs
sud-africains, a dénombré 47 meurtres entre le 1er avril 2017 et le
31 mars 2018, le plus bas niveau depuis vingt ans. PHOTO AFP
Séisme: Lombok secoué par une violente
réplique, le bilan monte à 319 morts
CÔTE-D’IVOIRE
GAZA
Le Parti démocratique de
Côte d’Ivoire (PDCI) a annoncé jeudi mettre fin à son
alliance avec le Rassemblement des Républicains
(RDR) du président Alassane Ouattara, les deux
partis gouvernant le pays ensemble depuis 2010. Le PDCI
«se retire du processus de mise
en place d’un Parti unifié» et
«présentera des candidats
pour les élections municipales
et régionales sous [sa] bannière», selon le communiqué
diffusé au lendemain d’une
rencontre entre Ouattara et le
président du PDCI Henri
Konan Bédié. Le parti unifié
RHDP, créé par le président
Ouattara à la mi-juillet, visait
à unir le RDR et le PDCI dans
un même mouvement. Les
deux partis étaient alliés
depuis 2005 dans une coalition électorale qui a permis
l’élection de Ouattara à la
présidence en 2010 et sa réélection en 2015. Les élections
locales sont prévues le 13 octobre, et la prochaine présidentielle en 2020.
L’armée israélienne a lourdement frappé les positions
du Hamas à Gaza en représailles à une pluie de roquettes, des hostilités ayant
notamment coûté la vie à
une Palestinienne enceinte
et son bébé de 18 mois et faisant craindre l’échec des efforts pour empêcher un nouveau conflit. Le territoire
israélien a essuyé entre mercredi soir et jeudi matin plus
de 180 tirs de roquettes et de
mortiers en provenance de la
bande de Gaza, auxquels
l’aviation israélienne a riposté en frappant plus de
150 sites militaires du Hamas
selon des chiffres fournis par
l’armée israélienne. Un troisième Palestinien tué dans les
raids israéliens a été identifié
par le Hamas comme appartenant à la branche armée du
mouvement. Douze autres
Palestiniens ont été blessés.
Côté israélien, la plupart des
projectiles sont tombés dans
des zones inhabitées et le système de défense anti-aérien a
intercepté plus de 30 engins.
EN IMAGE
Le bilan du séisme sur l’île indonésienne de Lombok, secouée par une violente réplique jeudi, ne
cesse de s’alourdir: il s’élève désormais à 319 morts. Plus d’un millier d’habitants ont été gravement
blessés et quelque 270000 personnes ont été déplacées, a indiqué jeudi un porte-parole de l’Agence
nationale de gestion des catastrophes. Des zones dévastées restent encore hors d’accès des secours.
«Nous étions bloqués dans le trafic au moment d’apporter de l’aide aux sinistrés, et subitement c’est
comme si notre voiture avait été percutée par l’arrière, c’était fort», raconte l’un des témoins. Depuis
le tremblement de terre de magnitude 6,9 dimanche, dont l’épicentre se situait dans le nord de l’île
volcanique, c’est la plus violente des 355 répliques. Elle a été ressentie jusque sur l’île voisine de
Bali, la plus touristique de l’archipel d’Asie du Sud-Est. PHOTO SONNY TUMBELAKA. AFP
Répertoire
«On doit faire quelque chose pour que nos
enfants n’aient pas honte d’être roumains»
Yémen Au moins
repertoire-libe@teamedia.fr 01 87
84 80
2939enfants
tués
dans
une
DÉMÉNAGEURS
ANTIQUITÉS/
attaque contre
BROCANTES
«DÉMÉNAGEMENT
un
bus
A Nagylak, sous le soleil brûlant de la plaine hongroise,
la procession de voitures
n’en finit plus. Toutes
attendent de passer le postefrontière de Nadlac et de
rejoindre la Roumanie. Le
lieu est d’habitude pris d’assaut par les Roumains expatriés qui convergent pour
l’Assomption, le 15 août.
Mais cette année, le flux a
quelques jours d’avance et a
gonflé de façon spectaculaire. La raison? La mobilisation de la diaspora pour un
vaste rassemblement, ce
vendredi à Bucarest. Pas
moins d’un million de personnes sont attendues pour
dénoncer les coups de butoir
contre l’Etat de droit du
Parti social-démocrate
(PSD), au pouvoir depuis pour le pays, pour que nos
décembre 2016. Cette mani- enfants n’aient pas honte
festation s’annonce comme d’être roumains», confie
la plus importante depuis Constantin venu du Royaujanvier 2017 et le début du me-Uni avec sa famille.
bras de fer entre une grande Comme lui, 120000 véhicupartie de la société civile et les ont transité par Nadlac en
un gouvernement engagé 48 heures. Pour éviter une
contre ceux qui
forte mobilidénoncent la
sation, les
VU DE
corruption. JusBUCAREST autorités ont
qu’à révoquer
multiplié les
le 9 juillet par décret prési- intimidations. Des vidéos
dentiel la procureure en chef des passagers bloqués sur le
du parquet anticorruption, tarmac de l’aéroport de Bubête noire d’une partie de la carest ou des messages anclasse politique.
nonçant la fermeture tempo«On est déjà venus à Pâques raire de Nadlac ont été
et on pensait revenir à Noël. diffusés sur Internet. Quant
Mais quand on a vu les ap- à la mairie de Bucarest, aux
pels à la mobilisation sur Fa- mains du PSD, elle a d’abord
cebook, on a fait nos valises. interdit la manifestation,
On doit faire quelque chose avant de rétropédaler face à
Achète
la virulence des réactions. Le
Parti social-démocrate, héritier du parti communiste de
l’ère Ceausescu, ferraille plus
que jamais contre la diaspora, qu’il accuse de financer l’opposition de droite.
Alors que les Roumains de
e et Moderne
XIXenvoient
l’étranger
chaque
année plus
de 3,5 milliards
avant
1960
d’euros de fonds au pays,
Tous
école
de Barbizon,
soit 2%
dusujets,
PIB, le
gouverneorientaliste,
vue
de Venise,
ment a durci les conditions
marine,
chasse, peintures
de ces
transferts
et aug- de
peintres
français &
menté genre,
les taxes
les concernant… Ilétrangers
est vrai que
ce ven(russe,
grec,
dredi américains...),
le Parti libéral,
ancienson
atelier
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des convois dans tout le pays
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Comité
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TRÈS
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la Croix-Rouge
(CICR)
aINTÉRESSANT.
annoncé jeudi la mort
TÉL.
01.47.99.00.20
de
29 enfants
dans une
MICHELTRANSPORT@
attaque
contre un bus
WANADOO.FR
dans
le nord du Yémen, la
coalition
sous commanAnnonces
légales
dement saoudien affirlegales-libe@teamedia.fr
mant avoir mené une
01 87 39 84 00
opération militaire «légi time» dans
le secteur.
Appel
d’offres Un
hôpital de la province de
Saada soutenu par le
CICR «a reçu les corps de
29 enfants de moins
de 15 ans et 48 blessés,
dont 30 enfants», selon
souhaite inviter les compagnies
l’organisation,
qui n’ad’assurance
pas
qualifiées à participer au contrat d’assurance
donné
delesdétails
la tramaladie pour
employés dusur
ministère
vaillant dans
missions à l’étranger
nature
delesl’attaque.
Il ne avec
leurs familles.
s’agirait que d’un bilan
Les candidats potentiellement intéressés par
provisoire.
cet appel d’offres sont priés de contacter le
<J3><O>6278805</O><J>10/08/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000433326</B><M></M><R></R></J3>@
LE MINISTÈRE DES
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
DE LA RÉPUBLIQUE
D’IRAK
ministère à l’adresse électronique suivante :
(hindep@mofa.gov.iq), afin de recevoir les cahiers de charge relatives à cet appel d’offres.
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10 u
FRANCE
Par
RENAUD LECADRE
E
t de deux. Après de nouvelles révélations de
Mediapart, l’association Anticor a redéposé
mercredi une plainte contre Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influences. Dans cette nouvelle affaire
qui embarrasse la macronie, c’est sa proximité avec
l’armateur italo-suisse Mediterranean Shipping
Company (MSC, numéro 2 mondial) qui est en cause.
Elle est à la fois familiale, sa mère étant une cousine
de son principal dirigeant, et professionnelle: Kohler
en a exercé la tutelle en tant que haut fonctionnaire
avant d’y pantoufler brièvement comme directeur
financier. Désormais saisie, la justice pénale dira s’il
a franchi la ligne jaune et mélangé les genres. Mais,
d’ores et déjà, l’opacité qui entoure ce dossier, les
semi-vérités distillées ici ou là font mauvais genre.
2010-2012 : LE NŒUD DU PROBLÈME
A cette époque, Alexis Kohler est haut fonctionnaire
à Bercy, au sein de l’Agence des participations de
l’Etat (APE). A ce titre, il siège au conseil d’administration de STX, le chantier naval de Saint-Nazaire
(dont l’Etat possède un tiers du capital) qui a MSC
pour principal –et parfois unique– client. Mais aussi
au conseil de surveillance du port du Havre (GPMH),
dont MSC est l’un des principaux utilisateurs et le
fer de lance de l’extension baptisée Port 2000. Ses
collègues autour de la table ignorent ses liens familiaux, qui ne seront mis en lumière qu’en mai dernier par Mediapart. Kohler jugera cependant utile,
en février 2012, de se couvrir d’une instruction du
ministre de l’Economie, François Baroin, lorsqu’il
s’agira de voter en faveur d’une commande de navires de MSC à STX enrobée de coups de pouce finan-
Libération Vendredi 10 Août 2018
ciers des pouvoirs publics à l’acheteur –une pratique
fréquente dans ce secteur. En revanche, il n’a jamais
recherché de parapluie pour ses prises de position
au sein du GPMH. Ainsi, en septembre 2010, Kohler
vote en faveur du rachat d’anciens outillages de
MSC, tout en reconnaissant sur procès-verbal que
le port se comporte ainsi «en banquier des opérateurs», qui devraient normalement investir «à leurs
risques et périls». Comme le relève l’avocat d’Anticor,
Jean-Baptiste Soufron, «il s’y exprime librement,
sans entrave ni couverture ministérielle, d’après les
documents portés à notre connaissance».
janvier 2016, avec une promesse d’embauche
comme directeur financier. Sept mois plus tard, Macron ayant quitté le gouvernement, il saute le pas,
avec cette fois la bénédiction de la Commission de
déontologie, ses liens avec MSC noués aux temps de
l’APE remontant désormais à plus de trois ans. Pour
plus de sécurité, son ministre démissionnaire s’était
fendu d’une attestation selon laquelle Kohler «n’a
pas eu à connaître de dossiers relatifs à MSC».
MARS 2017 : LE RETOUR
Son embauche chez MSC fera sourire plus d’un
«marcheur», Alexis Kohler, officiellement salarié à
2012-2016 : DE BERCY À GENÈVE
Genève, étant très impliqué dans la campagne
En juin 2012, Alexis Kohler devient chef adjoint de d’Emmanuel Macron à Paris. Mais fin mars 2017, il
cabinet de Pierre Moscovici, ministre de l’Economie mouille le maillot pour son employeur en se rendant
et des Finances. Lequel, averti de ses liens familiaux, à Bercy en tant que directeur financier. Il s’agit alors
prendra soin de l’écarter de tout dossier relatif à pour MSC de contester le rachat du français STX par
MSC. Emmanuel Macron, qui en fera
son concurrent italien Fincantieri.
ensuite son directeur de cabinet lors
DÉCRYPTAGE Christophe Sirugue, alors secrétaire
de son passage à Bercy (d’août 2014 à
d’Etat à l’Industrie, dira sa surprise de
août 2016), agira de même. Mais si ses deux ministres le revoir à une réunion à Bercy consacrée à cet épide tutelle sont parfaitement informés, tel ne semble neux dossier. La Commission de déontologie avait
pas être le cas de la Commission de déontologie de pourtant assorti son feu vert d’une «réserve», usuelle
la fonction publique. Dès juin 2014, à l’approche de pour les anciens membres de cabinets ministériels:
la nomination de Moscovici à Bruxelles, Kohler interdiction pendant trois ans de rencontrer leurs
songe déjà à une reconversion dans le privé, chez… ex-collègues à titre professionnel. Or, dans celui de
MSC. Veto de la dite Commission, qui lui rappelle ce Sirugue figurent deux anciens du cabinet Macron,
principe de base: il est interdit à tout fonctionnaire le même directeur adjoint ayant été reconduit. Bercy
d’exercer une activité dans une entreprise dont il dit avoir alors sondé la Commission de déontologie,
aurait eu la tutelle ou la surveillance –quand bien laquelle rétorque que le respect de ses «réserves» remême cela se résumerait à donner un simple «avis». lève de Bercy…
Du moins pendant un délai de décence, réduit
en 2007 de cinq à trois ans. Il lui en manque donc un.
QUID DU PÉNAL ?
Qu’a cela ne tienne, Kohler rempile alors au cabinet Dans sa plainte, Anticor distingue deux délits, tous
Macron, dont il devient l’un des plus fidèles collabo- deux passibles de cinq ans de prison: la prise illégale
rateurs. Mais le démon MSC le saisit à nouveau dès d’intérêts, qui vise la période 2010-2012, et le trafic
d’influence, qui vise le rendez-vous de mars 2017,
laissant seulement planer le doute sur l’intervalle.
Le Parquet national financier (PNF), ayant promptement ouvert une enquête préliminaire début juin
(avec perquisition à Bercy dans la foulée), évoque
plus sobrement une «vérification si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont
bien été respectées», sans plus s’avancer pénalement
à ce stade. Pour Me Soufron, «le conflit d’intérêts est
parfaitement établi», quand bien même Alexis
Kohler aurait été couvert par sa tutelle ministérielle
ou n’en aurait tiré aucun avantage personnel immédiat. Mais reste à requalifier ce «conflit» (terme général) en «prise illégale» (terme pénal) d’intérêts…
A l’Elysée, qui proclame que son actuel secrétaire
général aurait «toujours informé sa hiérarchie de ses
liens personnels», Anticor rétorque dans sa plainte
que sa «situation familiale a toujours été dissimulée»
au reste de la planète. Me Soufron dénonce ces «demi-vérités, demi-mensonges, d’affaire Benalla en affaire Kohler, qui relèvent tout simplement du mensonge d’Etat, dès lors qu’ils engagent les
représentants les plus élevés de la fonction publique».
Pour toute réplique, la macronie dit s’en remettre
désormais à la justice.
Alexis Kohler
Huit ans de liens
ambigus,
deux plaintes
Le secrétaire général de l’Elysée fait l’objet depuis
mercredi d’une plainte d’Anticor pour «prise
illégale d’intérêts» et «trafic d’influence». En cause
notamment, ses liens familiaux avec l’armateur
MSC, gros client des chantiers navals STX, au
sein desquels il représentait l’Etat actionnaire.
DES TROUS DANS LA RAQUETTE
En janvier, la Commission des lois de l’Assemblée
publiait un rapport sur «la déontologie des fonctionnaires et l’encadrement des conflits d’intérêts». Entendu à cette occasion, le président de la Commission de déontologie, Roland Peylet, admettait que
son instance «n’a pas les moyens de vérifier le respect
de ses réserves», qui truffent pourtant plus de la moitié de ses feux verts au passage dans le privé: «C’est
à l’administration de le faire et de prononcer des
sanctions disciplinaires si nécessaire.» On songe immanquablement à la réunion fin mars 2017 à Bercy…
Le rapport, adopté à l’unanimité, recommandait de
renforcer les effectifs de cette Commission de déontologie, de la rendre indépendante, et surtout d’instaurer un «contrôle annuel du respect des réserves».
En juin, son corapporteur, le député d’Eure-et-Loir
Olivier Marleix (LR), interpellait le gouvernement
à propos d’Alexis Kohler : «Depuis notre rapport,
vous freinez des quatre fers. Comptez-vous enfin vous
engager à mieux encadrer les conflits d’intérêts pour
éviter toute collusion entre la haute fonction publique
et le monde des affaires ?» •
Alexis Kohler, au palais de
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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u 11
Avec Benalla,
mauvais karma
sur l’Elysée
Alexis Kohler est
décrit comme un
homme «solide et
brillant». Les
réactions de
l’opposition montent
en puissance contre
la gouvernance de
Macron, dont il est un
rouage essentiel.
A
vec l’affaire Kohler, l’entourage direct du chef de
l’Etat est de nouveau exposé au soupçon judiciaire et
aux attaques politiques. C’est
même la clé de voûte du système
Macron qui se retrouve sous les
projecteurs, à la suite des nouveaux éléments fournis mardi
par Mediapart sur un possible
conflit d’intérêts du secrétaire
général de l’Elysée, dans le cadre
de ses précédentes fonctions à
Bercy (lire ci-contre). Car Alexis
Kohler est le centre névralgique
du dispositif extrêmement centralisé voulu par le Président.
Rien ne lui échappe. En symbiose avec un Macron souvent
en déplacement à l’étranger, le
secrétaire général de l’Elysée
avalise tous les arbitrages techniques rendus à Matignon, assiste en observateur aux brainstormings politiques du Château,
tout en gérant la boutique au
quotidien. Sur le pont en permanence ou presque, les lumières
de son bureau étant souvent les
dernières à s’éteindre et les premières à s’allumer. Au risque de
l’épuisement selon plusieurs de
ses collaborateurs.
Allers-retours. «Kohler est un
l’Elysée, le 5 juin. Le secrétaire général de la présidence gère la boutique au quotidien. PHOTO ALBERT FACELLY
homme solide et brillant», apprécie un interlocuteur du Président qui, sans se prononcer sur
le fond du dossier, en redoute
toutefois le contrecoup : «Je
pense qu’il le vit mal. Ça ne le fragilise en rien vis-à-vis de l’opinion, qui ne le connaît pas, mais
dans l’exercice de son travail,
c’est délicat. Kohler n’est pas un
politique. Il n’est pas blindé face
à ce genre de choses. On entre
dans une zone de fragilité qui atteindrait la structure du pouvoir
s’il était mis en cause». Avis partagé par un autre soutien de Macron: «Même s’il n’y avait rien de
répréhensible en droit, une mise
en cause affaiblit psychologiquement dans le regard de ses interlocuteurs. Quand on n’y est pas
préparé, cela ébranle forcément.
Mais seul Kohler est en mesure de
dire à quel point, et s’il lui faut en
tirer les conséquences».
Redoute-t-on, chez LREM,
d’achever l’été comme il avait
commencé, sous la menace
d’une nouvelle affaire ? «Alexis
Kohler incarne au mieux l’intégrité et la droiture, balaye le député macroniste Laurent SaintMartin. Macron l’a choisi pour
ça : c’est quelqu’un d’extrêmement soucieux des procédures,
qui ne joue pas avec les règles.
Nous avons une confiance absolue dans l’homme. La question
que cela pose est plus large, c’est
celle des allers-retours entre public et privé.»
Doute. Alors que les premières
révélations de Mediapart remontent à début mai, l’opposition est pour l’heure restée relativement discrète sur l’affaire
Kohler. Mais le dossier Benalla
pourrait l’inciter à muscler son
jeu. C’est que le peu de contrôle
que semblait exercer la hiérarchie de l’Elysée sur certains proches collaborateurs du Président
et la minimisation initiale des
fautes commises ont semé le
doute dans l’opinion sur la vigilance, voire sur la probité des
promoteurs de la «République
exemplaire». «En un an au pouvoir, le macronisme a déjà toutes
les tares de la Ve République»,
juge le député LFI Alexis Corbière, dénonçant«barbouzerie»
et «consanguinité oligarchique»,
et qualifiant Alexis Kohler de
«Benalla des milieux d’affaires».
«Cela commence à faire beaucoup: “la République irréprochable” prend l’eau de toute part»,
renchérit le patron des députés
Les Républicains Christian Jacob. Jugeant qu’on «n’en est qu’au
début» de l’affaire, l’élu dit attendre de «voir comment évoluera ce
qui relève de la justice». Mais
n’écarte pas de demander «une
seconde commission d’enquête à
la rentrée».
Le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, n’est pas moins sévère: «Tout est fascinant avec ce
clan qui dirige la France et se protège de manière systématique par
le mensonge. Cette affaire ne peut
pas être une question secondaire,
d’autant moins si le débat constitutionnel, et l’affaiblissement des
contre-pouvoirs qu’il implique,
revient à la rentrée.» Mais le socialiste reconnaît que «ce combat
n’est pas le plus évident à court
terme pour les Français, plutôt
préoccupés par d’autres sujets, ce
sur quoi joue le pouvoir».
DOMINIQUE ALBERTINI
et NATHALIE RAULIN
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12 u
SPORTS
Libération Vendredi 10 Août 2018
LIBÉ.FR
Jeux vidéo : «Red Dead Redemption 2»,
une grosse envie de Far West
Depuis la première annonce du studio Rockstar
fin 2016, on sait que Red Dead Redemption 2, suite du chef-d’œuvre sorti
en 2010, marquera 2018. Depuis jeudi, nous savons enfin à quoi ressemblera le jeu, dont la sortie est prévue le 26 octobre. Il suffit de quelques
secondes de visionnage pour passer de l’état d’esprit d’un spectateur à celui d’un futur joueur qui n’attend qu’une seule chose : pouvoir enfin arpenter les contrées du Far West la manette à la main. PHOTO ROCKSTAR GAMES
Athlétisme: Rénelle
Lamote, taille patronne
gagné par une certaine Caster Semenya en 1’54’’60, record du meeting au passage.
Pour situer le niveau de la
course, derrière l’intouchable
Sud-Africaine, sept athlètes
avaient établi leur record personnel ou le record national
de leur pays. Lamote avait
pris la neuvième place
en 1’58’’83, son meilleur
chrono de la saison, le
meilleur temps européen de
la saison (qui le reste encore
aujourd’hui) à 82 centièmes
de son record personnel (1’58’’01, 2016).
Malgré cette performance,
Rénelle Lamote a cherché
à se rassurer en courant sa
demi-finale de façon autoritaire : «Avec son coach, ils
avaient décidé qu’il fallait
s’imposer. C’est pour montrer
aux adversaires que tu assumes ton rôle de favorite; mais
c’est aussi pour montrer à soimême qu’on est présent, que
tous les voyants sont au vert,
qu’on peut le faire», confie
Garcia. Voilà pourquoi elle
n’a pas attendu le sprint des
derniers 200 m pour régler
l’affaire.
«Sans me crisper». Le
Lamote au départ de la demi-finale du 800 mètres, mercredi. PHOTO T. SCHWARZ. AFP
Après sa victoire
écrasante en demie,
la Française
de 24 ans est la
favorite de la finale
du 800 mètres
des championnats
d’Europe,
ce vendredi soir
à Berlin.
d’Europe d’athlétisme, à Berlin. Mercredi soir, en
demi-finale, Lamote a donné
une leçon à ses adversaires.
En tête du premier au dernier
mètre, terminant avec l’excellent chrono de 1’59’’44, la
pensionnaire du pôle espoir
de Fontainebleau a joué
cartes sur table, montrant qui
est la vraie patronne de la
discipline au niveau européen cette année.
Par
LUCA ENDRIZZI
«Crescendo». Pourtant, la
Envoyé spécial à Berlin
route qui a amené à Berlin
Rénelle Lamote n’a pas été un
long fleuve tranquille. C’est
plutôt le contraire. «Ses dernières courses en championnat remontent à 2016 aux JO
de Rio, où malheureusement
elle n’avait pas atteint la finale, analyse Gilles Garcia,
responsable national du
demi-fond à la Fédération
L
e jour de vérité (et
de gloire ?) est arrivé
pour Rénelle Lamote.
Ce vendredi soir, la demifondeuse francilienne coachée par Thierry Choffin
partira avec le statut de
grande favorite dans la finale
du 800 m des championnats
française d’athlétisme. Elle
avait convaincu le staff fédéral de l’amener au Brésil
à seulement 22 ans, avec des
beaux chronos et une médaille
d’argent aux championnats
d’Europe à Amsterdam un
mois avant les JO.»
Ensuite, une brochette de pépins physiques l’a empêchée
de développer son talent l’année dernière: «Déjà à Rio, elle
n’était pas au top niveau
santé. Puis les problèmes ont
pris de l’ampleur et, en 2017,
Rénelle a vécu une saison
presque blanche. Au début de
la saison estivale 2018, j’espérais juste qu’elle puisse descendre sous le 2’00’’, mais elle m’a
surpris. Ses résultats sont allés
crescendo. Et elle a très bien
couru à Monaco dans une
compétition très relevée.»
Sur la piste du stade Louis-II,
le 20 juillet, le 800 m avait été
destin de la finale du 800 m
femmes est dans les mains
(les jambes et surtout la tête)
de la demi-fondeuse tricolore. Qui, sur le papier, doit
gagner, et qui, pour cette raison, a tout à perdre. Pourtant
sur 800 m, rien n’est décidé
à l’avance : «Rénelle aime les
courses rapides. Si la finale
ne démarre pas assez vite,
comme c’est possible vu le niveau des autres filles, je crois
qu’elle devra prendre la tête
de la course, pas trop tôt,
mais pas trop tard non plus.
Sur ce point, je suis sûr qu’elle
va décider d’une stratégie
avec son entraîneur.»
Histoire de répéter ce vendredi soir ce qu’elle avait dit
après sa demi-finale : «J’ai
bien géré du début à la fin,
sans me crisper. Je pense que
mes concurrentes n’ont pas dû
trop aimer me voir courir
comme ça. Mon coach m’avait
demandé de me comporter en
patronne.» •
NATATION
100 m papillon Metella complète sa
collection de médailles à Glasgow
Trois médailles, une de chaque métal, aux championnats
d’Europe de natation, c’est certes moins bien que le bilan
de Charlotte Bonnet (lire ci-dessous), mais c’est quand
même pas mal. C’est le bilan du Français Mehdy Metella.
Après l’or sur le relais 4×100m nage libre, le bronze sur le
100 m, Metella a remporté l’argent jeudi sur le 100 m
papillon au terme d’une finale qui a vu les 8e et 7e temps
des demi-finales terminer sur le podium, la victoire revenant à l’Italien Piero Codia et le bronze au Britannique
James Guy. PHOTO AFP
Charlotte Bonnet
à l’or aux rendez-vous
Une médaille d’or sur 200m
nage libre (première Française championne d’Europe
sur la distance). Deux médailles d’or en relais
4×100 m nage libre (femme
et mixte). Une médaille de
bronze sur 100m nage libre.
Aucune Française n’avait
fait mieux depuis… Laure
Manaudou en 2006 (4 titres
individuels) ! Ça situe une
performance. Aux championnats d’Europe, à Glasgow, Charlotte Bonnet a un
bilan exceptionnel. Mais
pas surprenant.
«Sur ces championnats, je
vise un titre sur le 200 m et
un podium sur le 100m. En
relais, je pense qu’on peut
faire de très belles perfs
parce qu’on a une équipe de
dingue», disait-elle avant le
début de la compétition. Un
sans-faute au concours de
pronostic. Et au bout de son
200 m nage libre, qu’elle a
dominé de bout en bout
(1’77 d’avance sur la Néerlandaise Femke Heemskerk), son attitude témoignait surtout de la
satisfaction du devoir accompli: une joie contenue,
un poing serré en direction
de son entraîneur Fabrice
Pellerin, qui répond sobre-
ment d’un pouce levé. Tout
se passe comme prévu depuis sa naissance en fait.
Charlotte Bonnet a 6 mois
quand ses parents, maîtres
nageurs, lui font découvrir
l’eau. A 3 ans, elle nage déjà.
A 6, elle intègre le Cercle
nautique brestois, où elle
reste jusqu’à l’adolescence.
Son entraîneur de l’époque:
«Déjà, elle n’aimait pas
prendre de claque.»
En 2010, les bassins de Brest
s’avèrent trop exigus pour
son talent. Elle traverse la
France pour se poser à
l’Olympic Nice Natation.
Là, elle progresse encore et
rencontre Camille Muffat,
qui devient une amie proche. En 2015, quand Muffat
décède dans un accident
lors du tournage de l’émission de télé-réalité Dropped, c’est un choc. Qu’elle
surmonte. Comme elle digère son échec aux mondiaux l’an dernier: dernière
de la finale du 200m libre.
Après ses superbes championnats d’Europe, le statut
de Bonnet a changé. Objectif les JO de Tokyo en 2020?
«C’est dans un coin de ma
tête, bien sûr, mais je fais
étape par étape.»
RYAD MAOUCHE
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FRANCE
u 13
Est-il vrai que l’ONG DisinfoLab s’est rendue coupable sur
Twitter de fichage politique ?
LIBÉ.FR
Dans le cadre d’une étude sur les tweets portant sur
l’affaire Benalla, l’ONG belge a publié sur Twitter des
fichiers de données donnant des éléments sur la sensibilité politique de milliers de comptes. La Commission
nationale de l’informatique et des libertés a dit avoir été
saisie par de nombreux internautes.
C’est le nombre de migrants que la France va
accueillir parmi les 87 débarqués jeudi en
Espagne du bateau Open Arms, qui les avait
secourus le 2 août au large de Libye. Il s’agit
pour la plupart de Soudanais de la région du
Darfour qui avaient passé une cinquantaine d’heures sans eau sur un pneumatique. C’est la quatrième fois que la France fait preuve «d’esprit de
solidarité européenne», s’auto-congratule l’Elysée
dans un communiqué, après ceux débarqués à Valence, Malte et Pozzallo (Sicile). Une décision qui
«correspond à l’esprit des conclusions du Conseil
européen de juin, préconisant des solutions concertées et coopératives» entre les Etats membres.
REUTERS
20
«Oui, j’ai bien reçu une proposition
du PS français, avec un certain
étonnement je l’avoue, car ils me
proposent la première place sur
leur liste européenne, pas moins.»
PAUL
MAGNETTE
maire de Charleroi
et figure du PS
belge.
Ce n’est pas un canular mais une «hypothèse», selon Solférino.
Paul Magnette, ancien ministre-président de la Wallonie
et valeur montante du PS belge, a bien été sollicité – à sa
grande surprise– par les socialistes français pour être leur tête
de liste aux élections européennes de mai prochain. «Paul
Magnette est aujourd’hui l’une des figures européennes qui
peut incarner cette Europe qui ne se plie pas aux dogmes libéraux», a déclaré la direction du PS à l’AFP. Tout en rappelant
que cette candidature, qui le cas échéant ferait partie d’un
vaste mercato piloté par le Parti socialiste européen, n’est
qu’une hypothèse parmi d’autres.
Justice Tariq Ramadan maintenu
en détention provisoire
La cour d’appel de Paris a confirmé mercredi le rejet d’une
deuxième demande de mise en liberté du prédicateur musulman Tariq Ramadan, en détention provisoire depuis
six mois pour des accusations de viols qu’il conteste vigoureusement, selon l’AFP. Tariq Ramadan, 55 ans, est incarcéré depuis sa mise en examen le 2 février pour le viol
présumé de deux femmes. Ses avocats ont invoqué en vain
son état de santé incompatible avec son incarcération
à Fresnes et les «incohérences» et «invraisemblances» des
plaignantes. PHOTO BORIS ALLIN. HANS LUCAS
Alors que la machine formations concernées
Parcoursup continue d’avan- par une rentrée début sepcer au ralenti – mercredi, tembre (BTS, CPGE, IUT,
66 661 candidats (1) étaient écoles d’ingénieurs, de comencore sans proposition –, merce et certaines licences)
l’inquiétude de certains à avancer la date limite
responsables de formations d’inscription.
a été entendue. La lenteur de Cette info était restée jusla validation des vœux et du que-là assez confidentielle et
remplissage de certaines n’est encore aujourd’hui
filières compliindiquée ni sur
DROIT
que la préparale site de Partion de la rentrée
coursup ni sur
DE SUITE
dans un certain
celui du minisnombre de formations. Les tère. «Les formations inscriclasses préparatoires aux vent elles-mêmes leur date
grandes écoles (CPGE) se butoir. Nous avons établi
voient ainsi d’autant plus qu’elle ne pourrait pas être
affectées qu’elles organisent antérieure au 27 août. La plutraditionnellement leur ren- part ont donc retenu ce jour
trée tout début septembre. comme date limite», confirme
«J’avais vu Jean Bastianelli le ministère à Libération.
[président de l’association L’enjeu est de permettre aux
des proviseurs de lycées formations «d’avoir le temps
à CPGE] au mois de juin et il d’organiser sereinement la
s’interrogeait sur la faisabi- rentrée se déroulant dès
lité d’une rentrée dans les le 3 septembre».
temps», note Alain Joyeux, «Si le système est clôturé
qui préside de son côté l’asso- avant la rentrée, c’est une
ciation des professeurs des amélioration significative, se
classes prépas économiques félicite Alain Joyeux. On était
et commerciales.
très inquiet que le processus se
A la suite d’une concertation poursuive au-delà, de faire
avec les acteurs concernés une rentrée avec des effectifs
début juillet, le ministère de totalement instables. Les étul’Enseignement supérieur a diants arrivant plus tard
corrigé le tir et autorisé les n’auraient pas suivi les
premiers cours, qui sont souvent des mises au point méthodologiques.» Cette nouvelle donnée devrait, selon
lui, accélérer le mouvement:
«On espère que ça encourage
les bacheliers à se décider
maintenant assez vite. C’est
dans leur intérêt.»
La date butoir est indiquée
aux candidats dans le module
«inscription» de l’établissement, accessible après avoir
accepté un vœu. Le ministère
assure que les candidats ont
été prévenus après les résultats du premier groupe au
bac : «Les modifications ont
été portées à la connaissance
de ceux qui avaient déjà des
vœux acceptés. Tout le monde
a reçu un message les invitant
à s’inscrire et à regarder cette
date limite. On renouvellera
cette information.»
Les candidats participant à la
phase complémentaire, qui
se termine le 21 septembre,
pourront eux s’inscrire après
la rentrée si des places sont
vacantes. «Je n’ose pas imaginer la situation de ceux qui
débarqueront après la rentrée», regrette Alain Joyeux.
MARLÈNE THOMAS
(1) Chiffres incluant les «inactifs»
et «ceux qui souhaitent s’inscrire».
graphisme Sébastien Marchal / photo Joël Lumien
Parcoursup: inquiétude
à l’approche de la rentrée
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14 u
VOUS
Libération Vendredi 10 Août 2018
Gay Games
L’homophobie
au tapis
Pour la première fois, la compétition sportive LGBT
se tient à Paris. Une manifestation taxée de
communautarisme, mais qui répond comme elle
peut, pour ses participants, à une situation d’omerta.
Par
ARTHUR LE DENN
et ROMAIN MÉTAIRIE
Photos ALBERT FACELLY
«M
ais pourquoi les LGBT ont-ils besoin de
créer leurs propres Jeux olympiques ?»
lancent, railleurs, de nombreux internautes, depuis l’ouverture samedi dernier de la
dixième édition des Gay Games, à Paris. Une compétition sportive où 10317 athlètes venus de 91 pays peuplent les stades de foot, pistes d’athlétisme ou centres
aquatiques. La critique ruisselle. Indéniablement,
l’intitulé de cet événement sportif laisse transparaître
un certain communautarisme. Oui, mais un communautarisme non souhaité à l’origine.
Le sport reste en effet à la traîne dans le combat contre
les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Si des
athlètes professionnels commencent à sortir du placard dans les pays anglo-saxons, l’homosexualité est
encore un sujet tabou dans le sport français. Selon un
sondage de l’institut Ifop publié en juin, environ 20%
des athlètes LGBT auraient déjà été victimes de discrimination en club… De la même façon, voilà des années que l’association SOS Homophobie pointe dans
son rapport annuel «le dénigrement et le rejet» auxquels les personnes LGBT sont confrontées dans les
différents clubs et compétitions «standards».
Pour échapper à cela, on a vu éclore ces dernières an-
nées une cinquantaine d’associations sportives «gay
friendly» placées sous l’égide de la Fédération sportive
gaie et lesbienne (FSGL). C’est aussi pour contrer l’homophobie ambiante qu’ont été créés les Gay Games,
en 1982. Ils offrent depuis un environnement sécurisant à celles et ceux qui aiment le sport. Sans pour
autant écarter les hétérosexuels, qui peuvent aussi
participer. «Certaines de mes coéquipières ont vécu des
situations sous les douches où ça se passait mal. La plupart du temps, leurs anciennes coéquipières, très majoritairement hétéros, se sentaient observées… à tort»,
raconte Apolline Honorat, volleyeuse dans le club
LGBT du Contrepied (lire ci-contre). Mais dans les
sports d’équipe, c’est plus souvent le football qui est
pointé du doigt. Un rapport commandé par le ministère des Sports en 2014 révélait notamment que dans
les centres de formation, les insultes telles que «pédé»
ou «tapette» font florès.
Reste que dans la grande majorité des sports, l’homophobie ne revêt pas une forme aussi frontale. «Je n’ai
jamais eu affaire à des insultes ou des agressions physiques, indique Cyril, participant aux Gays Games venu
de Tours. En revanche, l’omerta autour de l’homosexualité est totale.» Alors, si le terme Gay Games en
irrite certains, sur place les athlètes, eux, ont des arguments à faire valoir. Contre l’homophobie, bien sûr,
mais aussi contre le «sport genré» ou l’exclusion des
personnes handicapées… Témoignages avant la clôture des jeux ce dimanche. •
APOLLINE HONORAT, 39 ANS, VOLLEY
«JOUER ENSEMBLE POUR VIVRE ENSEMBLE»
«J’ai déjà participé aux Gay Games de Cologne en 2010. C’est
surtout un événement festif, où
l’acceptation des différences, de
l’autre est mise en avant. Cette
édition est encore plus spéciale
pour moi. En 2014, j’ai eu un accident de moto en région parisienne. J’ai été amputée d’une
partie de ma jambe. Pendant
trois ans, je ne pouvais plus jouer,
c’était compliqué. Je me sentais
déjà différente du fait de mon
orientation sexuelle. Etre handicapée en rajoute une couche. Etre
lesbienne, c’est un processus, ça
se fait petit à petit. Mon accident,
ça a été un choc brutal. Plus difficile à vivre.
«C’est l’acceptation des différences par le vivre et le jouer ensemble qui m’a fait me sentir à nouveau bien dans mon corps. Il y a
un an j’ai proposé à mes amies de
Contrepied, un club de volley
LGBT parisien, de remonter une
équipe pour participer aux Gay
Games. C’était l’objectif. C’était
important pour moi de reprendre
confiance avec mes amies. Et je
trouve que le sport est un vecteur
hyperpuissant pour cela.
«Maintenant je m’accepte totalement en tant que lesbienne et
handicapée. Sur le terrain je retrouve des sensations. Je ne
pense même plus à mon pied. Je
n’ai pas envie d’avoir la pitié des
gens, juste de vivre normalement
malgré mes différences. L’esprit
d’ouverture qui anime les Gay Games permet cela. L’idéal serait
qu’un jour il n’y ait plus besoin de
tels jeux. Mais vu les insultes et
les propos homophobes qu’on entend encore dans le sport, et plus
globalement dans la société, je
n’ai pas fini d’y participer.»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 10 Août 2018
u 15
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NICOLAS SPERANZA, 46 ANS, NATATION SYNCHRONISÉE
«IL Y A UNE PRESSION SOCIALE À NE PAS FAIRE UN SPORT DE FILLE»
«Je nage depuis mes 9 ans. La natation synchronisée, elle, est venue plus tard. Je l’ai découverte un
peu par hasard à l’âge de 30ans, après un déménagement à Paris pour le travail. Une équipe masculine s’était montée dans un des clubs LGBT de la capitale, le Paris-Aquatique, dans lequel je m’étais
inscrit. Je n’avais jamais songé à en faire avant ça.
Jamais un entraîneur de natation n’encouragera un
jeune homme à s’orienter vers cette discipline !
C’est la même chose avec la danse et la gymnastique rythmique. Les garçons qui s’initient à la nata-
tion synchronisée ont souvent une mère ou une
sœur qui en font aussi. Et la plupart d’entre eux
abandonnent du fait de la pression sociale. Sous
prétexte que certaines disciplines paraissent être
artistiques, ce seraient des “sports de fille”.
«C’est dommage que ces clichés genrés et tenaces
empêchent des jeunes hommes de se réaliser
sportivement. Justement, les Gay Games participent à un mouvement plus global d’ouverture de
chaque discipline à tous. A l’heure actuelle, c’est
encore la seule compétition dans laquelle je peux
me produire en couple non-mixte! Heureusement,
cette vision genrée du sport tend à se réduire depuis 2015. La Fédération internationale de natation
(Fina), qu’on ne peut pas vraiment qualifier de progressiste, a enfin donné l’autorisation aux grandes
compétitions de natation synchronisée d’organiser
des épreuves en duo mixte. Avant cette date, les
garçons ne pouvaient participer qu’à des compétitions mineures. Espérons que cela offre une
meilleure exposition de la discipline auprès du public masculin dans les prochaines années.»
THIERRY ZAPHA, 54 ANS,
ATHLÉTISME
«JE PARTICIPE PAR SOLIDARITÉ
ET POUR LE CÔTÉ FESTIF»
«Il y a quelques années, j’ai
rencontré un athlète homosexuel en club. Il court à la
fois dans un club “classique”
et dans un autre, plus gayfriendly. Quand je lui ai demandé s’il connaissait une
compétition organisée en
été car c’est souvent le
calme plat à cette période de
l’année, il m’a proposé de
participer à une compétition
gay d’envergure nationale.
C’était en 2016.
«Même si je suis hétérosexuel, j’y suis allé sans hésiter parce que je connais ce
milieu. Mes frères et sœurs
sont musiciens. Ils sont amenés à faire des représentations dans des soirées gayfriendly depuis plusieurs années. C’est à force de fréquenter la communauté
LGBT lors de leurs représentations que j’ai remarqué à
quel point l’ambiance y est
festive, bon enfant. Les gays
aiment la vie et savent en
profiter. La compétition de
2016 s’est tellement bien
passée que j’avais promis à
mon ami de m’inscrire pour
les Gay Games à Paris. Et je
ne regrette pas.
«Ces jeux transpirent d’humanité. Les accolades sont
spontanées, ce qu’on ne voit
pas forcément dans certaines autres compétitions. Et
puis je ne vois pas en quoi
des préférences sexuelles
différentes pourraient empêcher les gens de bien s’entendre.
«Je participe aussi par solidarité: tant qu’il y aura de
l’homophobie, il y aura une
nécessité d’exposer la communauté LGBT même s’il y
a eu de nombreuses avancées comme le mariage
pour tous. C’est ce que j’explique aux personnes qui
pourraient taxer l’événement de communautariste
ou qui sont surprises à l’idée
de savoir que j’y participe.»
CATHERINE BERDIX, 53 ANS,
BOWLING
«DANS MON SPORT, C’EST PLUTÔT
LES HOMMES D’UN CÔTÉ,
LES FEMMES DE L’AUTRE»
«Quand j’ai su que les Gay
Games auraient lieu à Paris,
on n’était qu’en 2016. Et je
me suis inscrite tout de
suite ! Il fallait que j’en sois,
quoi que ça me coûte. Je suis
une femme, je suis noire, je
suis homosexuelle : ça fait
énormément de casquettes.
Et de pouvoir les présenter
comme ça avec tellement de
fierté dans l’entrée du stade,
c’est vraiment fort. Il faut
rappeler le contexte lié à
l’apparition des Gay Games
en 1982 : à l’époque, quand
vous étiez athlète de haut niveau, vous ne pouviez pas
dire que vous étiez homosexuel(le). Vous étiez d’emblée montré(e) du doigt. Durant les derniers JO, il y a eu
des demandes en mariage,
tout ça s’est libéré mais…
Dans ma discipline, je n’ai jamais eu affaire à des actes
homophobes ou une quelconque discrimination. Mais
là où ça commence à coincer, c’est en dehors. Lorsqu’on commence à boire un
verre après les matchs et
que les amis, les conjoints de
vos coéquipières viennent.
Quand on est homosexuelle,
on se demande toujours si
on va vraiment présenter sa
compagne ou s’il faut trouver des mots flottants.
«Avant le bowling, j’ai fait
trente ans d’escrime. Et je
n’ai jamais eu l’impression
qu’il y ait eu des cases homos ou hétéros. On n’en parlait pas. Au bowling, c’est
différent. C’est beaucoup
plus masculin, et plus codifié : les hommes d’un côté,
les femmes de l’autre. On
sent des clivages, tant sur le
sexe que sur la sexualité.
Pour dépasser cela, je pense
qu’il faudrait que les sportifs
de haut niveau prennent encore plus la parole. Et fassent leur coming out.»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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Libération Vendredi 10 Août 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
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GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Chéri, épouse-moi
maintenant. Télé-réalité.
Jessica et Teddy. Présentée
par Karine Ferri. 22h20. Chéri,
épouse-moi maintenant.
Télé-réalité. Andrea et Billal.
20h55. Tom et Jerry et le
haricot magique. Animation.
21h50. Tom et Jerry et
l’anneau magique. Animation.
22h45. Tom et Jerry et
le dragon perdu.
21h00. Baby boom. Documentaire. Un enfant sur le tard.
Les bébés de l’amour. 23h15.
Baby Boom. Documentaire.
FRANCE 2
FRANCE 5
20h50. Multisports : Les
championnats européens.
Sport. Glasgow / Berlin 2018.
22h55. Cherif. Série. Reine
d’un jour. Black Jack.
Faux semblants. Injustice.
20h50. Les routes de
l’impossible. Documentaire.
Birmanie, trompe-la-peur.
Congo : le dernier train du
Katanga. 22h35. C dans l’air.
21h00. Le Zap. Divertissement. Présenté par John
Eledjam. 00h10. Freedom :
la story de George Michael.
6TER
21h00. Les Simpson. Dessins
animés. 4 épisodes. 22h40.
Les Simpson. Dessins animés.
21h00. Hercule Poirot.
Téléfilm. Le flux et le reflux.
22h50. Hercule Poirot.
Téléfilm. Cinq petits cochons.
21h00. Football : Marseille /
Toulouse. Sport. Ligue 1
Conforama - 1re journée.
22h55. Seven Sisters. Film.
CHÉRIE 25
W9
ARTE
20h55. Ma vie en vrac.
Téléfilm. Avec Claudia
Eisinger, Katja Riemann.
22h40. Les sept vies d’Elvis.
Documentaire.
M6
21h00. Bull. Série. Meurtre
sous hypnose. En pleine
tempête. Le quatrième
pouvoir. 23h35. NCIS. Série.
Honore ton père. Agent
embarqué. Retrouvailles.
C8
VENDREDI 10
Quelques averses peuvent encore traîner
entre la Nouvelle-Aquitaine et le centre-est.
Le soleil domine ailleurs avec un peu de
douceur.
L’APRÈS-MIDI Quelques averses vont pouvoir
se déclencher de façon assez éparse. Le
soleil va dominer et les températures vont
remonter, sans parler de fortes chaleurs.
20h30. Iran, la bombe
à tout prix ?. Documentaire.
22h00. Livres & vous....
Magazine.
SAMEDI 11
0,3 m/19º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Dijon
IP 04 91 27 01 16
0,6 m/19º
0,6 m/22º
Bordeaux
Toulouse
Montpellier
Marseille
Lyon
Toulouse
1/5°
6/10°
11/15°
7
8
XI
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Il évoque travail et énergie,
et au son une ressource
étrangère II. Avec liberté
de mouvement III. Quartier
rouge ; Forts boyards autour
du premier IX. IV. Trieuse
d’élites ; Refoula V. Partage
de message ; On y associe
château et zoo VI. Vieilles
clopes VII. Plaine sudaméricaine ; Vieille facilité
de paiement VIII. Cet adjectif
a du sens IX. Devant la
princesse Caroline ; Ville
voisine de la capitale suisse
X. Boule jaune entourée
d’une sphère rouge ; Elle
se dilate chez le patraque
XI. On en sort soulagé
9
X
Grille n°985
VERTICALEMENT
1. Espace intime 2. Blanc d’Espagne 3. Divisa une somme ; M’en mis
plein la panse 4. Entre cinq et vingt pour cent ; Prénom d’une grande
voix du rock ; (TripleX)L-XxL+X+XL 5. Le maître du suspense 6. Après la
marée haute en Normandie ; Bruit de surprise ; On le donne volontiers à
son adversaire 7. Cul du cul ; Laissât une empreinte 8. Elle est en boucle
9. Réflexion d’un auteur britannique ; Blés
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. SCOUTISME. II. CANCÉREUX. III. ESTAMINET.
IV. PS. YES. TE. V. TOUAREG. VI. IN. LIERAI. VII. CATIT. ADO.
VIII. IDO. ÉVIER. IX. SEUM. INPI. X. TERCETS. XI. ÉTERNISÉE.
Verticalement 1. SCEPTICISME. 2. CASSONADE. 3. ONT. TOUTE.
4. UCAYALI. MER. 5. TÉMÉRITÉ. RN. 6. IRISÉE. VICI. 7. SEN. GRAINES.
8. MUET. ADEPTE. 9. EXTÉRIORISE.
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◗ SUDOKU 3741 MOYEN
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◗ SUDOKU 3741 DIFFICILE
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Marseille
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26/30°
31/35°
SUDOKU 3740 DIFFICILE
Solutions des
grilles d’hier
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d’eutrophisation :
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16/20°
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Imprimé en France
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80064. ISSN 0335-1793.
Nice
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
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IX
Dijon
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Orléans
Nantes
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Fabrice Drouzy (spéciaux),
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Les conditions seront globalement sèches
et ensoleillées, avec un risque d'averses se
cantonnant uniquement vers les côtes de la
Manche.
L’APRÈS-MIDI Les températures seront à des
niveaux corrects pour la saison. Quelques
averses faibles pourront se maintenir en
Manche, mais elles s'atténueront rapidement.
Lille
3
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(030/
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22h50. Julie Lescaut.
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de la rédaction
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NUMÉRO 23
NRJ12
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1
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Reichmann, Julie Debazac.
22h40. À la poursuite
de l’amour. Téléfilm.
TMC
CANAL+
1 m/19º
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. La presse est
unanime. Théâtre. Avec
Isabelle Mergault. 22h40.
Parce que je la vole bien !.
20h55. Disparue. Série.
Épisodes 7 & 8. Avec FrançoisXavier Demaison, PierreFrançois Martin-Laval. 22h40.
Le jour du jugement. Téléfilm.
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IDÉES/
Libération Vendredi 10 Août 2018
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (8/11)
Zurich
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour les droits civiques,
à la Bellevilloise de Paris, lieu d’une utopie sociale, en passant par le Café Riche du
Caire, des écrivains, des historiens et des géographes retracent l’histoire de lieux
où ont émergé de nouveaux courants intellectuels, politiques ou artistiques.
Retrouvez sur Libé.fr tous les épisodes de la série.
SUISSE
Berne
100 km
Le Café Odeon a été fondé en 1911. Et a échappé à une démolition il y a un peu plus de cinquante ans, grâce à la mobilisation des riverains.
Le Café Odeon, théâtre
des avant-gardes
révolutionnaires
A Zurich, ville emblématique de la Réforme
protestante, sixième place bancaire
au monde, des révolutions, artistiques
ou politiques, se sont fomentées sous
les lustres de cristal et dans les odeurs
de tabac de ce café si viennois. Lénine y a
appris l’éclatement de la révolution de 1917,
et Joyce y a écrit «Ulysse».
Par
MANOUK BORZAKIAN
Géographe
O
n sort de la gare de Zurich
par l’accès principal, plein
sud. Droit devant,
la Bahnhofstrasse s’ouvre dans
l’ombre d’un monumental Alfred
Escher, fierté locale haute de
quelques mètres, avec autant de
piédestal. Cette gloire statufiée
n’est pas un artiste ou un philosophe, mais un notable du cru, dont
la renommée tient à deux exploits: la fondation du Crédit
suisse et l’idée de creuser une ligne de chemin de fer sous le mas-
sif du Saint-Gothard. On a les
figures tutélaires que l’on peut.
On déambule dans un ballet de
tramways à la ponctualité mondialement célèbre et un alignement d’enseignes invite à s’abandonner à l’ivresse de la
consommation compulsive. Chanel ou H&M, Prada ou Zara, Dior
ou Benetton, l’œcuménisme est
de mise, la Bahnhofstrasse s’offre
à toutes les bourses ou presque,
sans discrimination.
FAÇADE EN TRAVERTIN
Qui goûte modérément les délices
du shopping effectuera un pas de
côté, pour suivre les quais de la
Limmat. La rivière s’échappe
quelques mètres plus loin du lac,
et goélands et cygnes témoignent
de la proximité de cette étendue
d’eau en forme de banane héritée
de la dernière glaciation. Sur les
deux rives se dresse la vieille ville
avec ses clochers: à droite, l’église
Saint-Pierre au cadran de près de
PHOTOS ARCHIVES DU CAFÉ ODEON
neuf mètres de diamètre et la
Fraumünster aux vitraux peints
par Chagall, à gauche les
deux tours de la Grossmünster,
masse austère à l’intérieur réjouissant comme celui d’une grotte,
emblème d’une ville façonnée
au XVIe siècle par la Réforme.
Encore quelques pas entre les bâtisses bourgeoises des quais, un
magasin de souvenirs helvétiques
–caquelons, couteaux suisses et
bibelots à la gloire des bovins–, les
bâtiments publics aux tons gris de
la molasse du Plateau suisse, les
terrasses chauffées en hiver pour
y déguster de la fondue à l’appenzeller… et l’on aperçoit, au bord du
lac, l’opéra. Voici Bellevue, cœur
de la principale métropole suisse,
quartier parmi les plus animés et
les plus riches de la ville.
Là, depuis 1911, se dresse un bâtiment à la façade en travertin tirant
sur le rouge, dont la destruction a
été empêchée par les protestations de la population il y a un peu
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Libération Vendredi 10 Août 2018
plus de cinquante ans. Dehors, de
part et d’autre de l’angle de l’immeuble, deux fois deux rangées de
tables, avec des parasols ouverts
en été et, en hiver, des fourrures
sur les sièges, vous attendent pour
dévorer des hamburgers et siroter
du prosecco, le plus suisse des
vins italiens. Car ce n’est pas un
immeuble qu’ont sauvé les riverains, mais une institution: le
Grand Café Odeon.
Les stores et l’enseigne surplombant les deux grandes portes battantes annoncent la couleur:
rouge. La teinte cerise des banquettes et des sièges leur répond
de l’intérieur où, Art nouveau
oblige, ça brille à toute heure et en
toute saison, la lumière des lustres se reflète dans les gigantesques miroirs, des rampes en laiton
serpentent en haut et en bas du
comptoir –un comptoir: une rareté en Suisse, et celui-là se remplit chaque soir–, l’or occupe jusqu’aux crochets des
portemanteaux. La hauteur du
plafond favorise-t-elle la germination des idées? Si oui, voilà une
explication possible à la liste délirante d’écrivains, de peintres, de
penseurs politiques et de savants
dont les fesses ont reposé sur le
cuir rouge de cet Odeon à l’atmosphère comme figée plusieurs décennies en arrière.
LE «WAGON PLOMBÉ»
James Joyce, l’un des plus célèbres habitués du lieu, y aurait
passé de longues heures à rédiger
Ulysse et à discuter avec le peintre
Frank Budgen, son premier lecteur et critique. On veut croire
qu’il a aussi échangé quelques
mots avec Augusto Giacometti.
Moins célèbre que son petit-neveu Alberto, le peintre suisse
avait son atelier dans l’immeuble
et a laissé, grand prince, une
Farbstudie très kandinskienne
dans le livre d’or que tenait la propriétaire de l’époque –en 2017,
une vente aux enchères a permis
à ce condensé de souvenirs zurichois de trouver un heureux acquéreur pour la modique somme
de 42000 francs suisses.
Selon toute probabilité, Joyce
comme Giacometti ont croisé à
l’Odeon un certain Vladimir Ilitch.
En février 1916, Lénine loge avec
sa femme dans une rue voisine,
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Chose rare en Suisse, le Café Odeon est doté d’un comptoir.
après avoir fui la Galicie où les
autorités austro-hongroises, suspicieuses à l’égard des ressortissants russes, lui avaient fait durant quelques jours l’honneur de
leurs prisons.
Il fréquente les militants socialistes réfugiés comme lui en Suisse,
lit Marx et Engels dans les bibliothèques de la ville et écrit l’Impérialisme, stade suprême du
capitalisme. Entre deux séances
de travail, il épluche à l’Odeon,
dit-on, la presse internationale
–café viennois oblige, tout est là
sauf la Pravda. Il apprend début 1917 la nouvelle de la révolution de Février en Russie, et c’est
sans doute là, derrière les immenses vitres donnant sur le Limmatquai, que prend forme l’idée de
renverser le gouvernement provisoire. Fin mars, une entrevue réunit le futur président du Conseil
des commissaires du peuple et
quelques fidèles: Radek, Zinoviev,
Sokolnikov… Un train surnommé
«le Wagon plombé» part le lendemain et mènera une poignée de
bolcheviks en Russie via l’Allemagne, la Suède et la Finlande, pour
un périple de 3200 kilomètres
dont on connaît les suites. Difficile de ne pas imaginer, perdues
dans le bruit et les volutes de la fumée chatouillant les lustres de
l’Odeon, quelques idées qui finiront dans les «Thèses d’avril» et,
surtout, pèseront pour plusieurs
décennies sur la destinée de la
Russie et du monde.
Dans la même odeur de tabac et
d’alcool, une révolution artistique
a précédé de quelques mois la politique. Car s’il a sans doute élaboré des stratégies aux conséquences incalculables, Lénine
concevait aussi à l’Odeon des
plans sur 64 cases noires et blanches: il disputait des parties
d’échecs avec un certain Tristan
Tzara, qui lui-même ignorait le
passé et encore plus l’avenir de
son partenaire de jeu.
Tzara, poète roumain d’à peine
20 ans, arrive à Zurich en 1914 et
Selon toute probabilité, Joyce et
Giacometti ont croisé à l’Odeon un
certain Vladimir Ilitch. En février 1916,
Lénine loge dans une rue voisine. Entre
deux séances de travail, il épluche
à l’Odeon, dit-on, la presse internationale.
rencontre bientôt l’auteur allemand Hugo Ball, expulsé d’Allemagne pour ses sympathies
bakouniniennes. Dans l’arrièresalle d’une auberge de la vieille
ville, ils créent le Cabaret Voltaire
et invitent d’autres artistes à des
soirées de danse, de musique et
de jeux littéraires annonçant le
surréalisme.
Ironie de la géographie, c’est donc
à deux pas de la statue de Zwingli
que, de ces réunions quotidiennes
de jeunes épris de poésie et de
peinture, va naître le mouvement
dada. D’un côté, le sévère curé
zurichois a gagné sa ville à la Réforme en 1523, avant de tenter de
l’imposer aux cantons voisins –y
compris par la force, au point qu’il
meurt au combat lors de l’une des
premières guerres de religion
suisses. De l’autre, quelques bohèmes fuyant la Première Guerre
mondiale autant que l’ennui de la
société bourgeoise créent l’un des
mouvements artistiques les plus
originaux du XXe siècle.
«LE LAC SOURIT
AIMABLEMENT»
Quand, à l’été 1916, le patron de
l’auberge congédie ses hôtes trop
bruyants au goût du voisinage,
l’Odeon, qui n’a pas d’heure de fermeture, leur offrira l’asile.
Depuis, les empires se sont effondrés, les guerres européennes sont
finies. Zurich n’accueille plus de réfugiés politiques, d’artistes et de
scientifiques venus des quatre coins
de l’Europe. Déjà, en 1938, le poète
hongrois Ödön von Horvath, fuyant
le nazisme, constatait avec amertume: «Les villas des millionnaires
sont entourées de magnifiques jardins, et le lac sourit aimablement.»
Aujourd’hui, sur les quais, le
vrombissement des Porsche, des
Jaguar et des Lamborghini rappelle la proximité de la Paradeplatz, où se dresse le siège du Cré-
L'ŒIL DE WILLEM
u 19
dit suisse et dont le sous-sol, dit la
légende, regorge de lingots
–quant à l’origine desdits lingots,
voilà un sujet qu’on aura l’élégance d’éviter d’aborder avec la
population locale.
En 1968, bien loin de la folie
dada, mais toujours dans l’ombre de Zwingli et d’Escher,
l’Odeon mettait dehors une
cliente coupable de porter une
minijupe. Le café a perdu depuis
la moitié de sa surface au profit
d’une pharmacie et ferme à minuit en semaine, à 2 heures le
week-end. On ne fume plus dans
les cafés suisses depuis 2009,
mais on peut y suivre les matchs
de la Coupe du monde.
Et qui sait : en dépit de la tranquillité apparente du «plus grand
village du monde», selon le mot
d’un habitué rencontré il y a
quelques années, un café dont le
marbre rose vous suit aux toilettes et où presque tout fut réinventé il y a un siècle peut encore
surprendre son monde. •
Lundi : l’Athénée Palace à Bucarest.
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Libération Vendredi 10 Août 2018
Locarno,
à retors
et à raisons
Documentaire sombre sur
des ultraorthodoxes israéliens,
introspection dans un petit village
turc à la recherche de l’inhabituel,
film noir à Singapour…
La 71e édition du festival tessinois
présente une variété d’expériences
tranchantes.
Par
LUC CHESSEL
Envoyé spécial à Locarno (Suisse)
L’
effort légendaire du cinéaste, arracher
un film au monde, au réel ou à la vie
même, quel que soit le nom qu’on lui
donne, cela ne semble pas suffire: il faudrait
encore qu’il l’arrache au cinéma, au grand répertoire des formes et des usages, des goûts
et des règles, et à tout ce qui fait époque. On
lui en demande beaucoup. Du festival (endroit où l’on voit beaucoup de films) comme
compétition sportive: y va-t-on pour l’amour
de l’art, pour y trouver encore du nouveau ?
Ce n’est pourtant pas le podium, ni le banc,
ni même la sélection, qui disent vraiment le
fond du match. Car celui qui venait s’asseoir
devant le meilleur de la boxe actuelle se retrouve vite dans la mêlée d’un combat de rue,
et il s’y retrouve désarmé, vulnérable: comme
une poule devant un couteau, disait une spectatrice sortant d’une salle à Locarno. C’est que
le festival, dans sa 71e édition en pleine touffeur d’été du Tessin orageux, est bon, s’il fait
croire à ses commentateurs que «le cinéma»
vit une période de transition, d’instabilité, qui
le rend méconnaissable, insaisissable, fuyant,
et lui-même désarmé, vulnérable. Comme
chaque jour depuis sa naissance. Or les films
viennent du même monde que tout le monde,
non pas celui du sport mais l’autre, celui de
la rixe et du meurtre. Ceux qui l’avouent d’emblée prennent d’entrée l’avantage: les films-
couteaux, ou «films noirs», comme on appelle
ceux qui viennent au jour dans les périodes
de transition.
EXPRESSIONNISME
L’incroyable M, de Yolande Zauberman, documentaire présenté en compétition internationale, n’a pas rien à voir avec celui de Fritz
Lang (1931), puisqu’il en est à la fois le remake
objectif et le contraire absolu. Son «M» à lui
s’appelle Menahem Lang, ça ne s’invente pas,
et ce M-là est la victime, et non le bourreau,
comme son autre. Il a pourtant des airs de Peter Lorre, homme marqué. Et il retourne sur
les lieux du crime : dans la ville ultraorthodoxe de Bnei Brak, aux portes de Tel-Aviv, où
il a grandi et où il a été violé, enfant, par plu-
sieurs hommes, sous couvert d’un silence religieux et complice. Yolande Zauberman
filme cet endroit d’accès difficile comme un
lieu de pur fantastique, où l’expressionnisme
serait dans le réel, dans l’ordre des choses,
dans les pieuses silhouettes d’ombres à chapeaux sur les murs, plutôt que dans la forme,
simplement belle, du regard porté sur eux. Le
combat de M avec cet endroit et ceux qui le
peuplent, ou son peuple, réveille bien
d’autres histoires semblables et emporte finalement tout sur son passage, charriant avec
lui toute la rage, la tendresse, en un mot toute
la vérité, aussi ambiguë et imparfaite, malaisante, qu’univoque, parce qu’intransigeante,
et libératrice, dont les hommes et les films
sont capables.
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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M, documentaire
de Yolande Zauberman,
explore la face
sombre de Bnei Brak,
ville israélienne
ultraorthodoxe.
CINÉMA/
PHOTO DR
La France
à troubles tours
Trois cinéastes traversent le miroir
imaginaire d’un pays narcissique.
S
i filmer un pays, quoi
que cela veuille dire,
c’est arpenter une
chose qui n’existe pas, une
construction imaginaire, c’est
filmer aussi ses effets dans le
réel : parcourir la réalité de
l’imaginaire. Sale ambiance
oblige, les quelques rares
films français de Locarno à
montrer «la France» (cette
chose qui se prend pour la
seule réalité) l’auront fait en
un mélange de fascination et
de trouble qui correspond à
nos temps nationalistes. Tant
de fictions environnantes
semblent avoir poussé les cinéastes français à réduire la
part de celle-ci dans leurs
œuvres, et ces trois films-essais élaborent une position
critique sur la réalité d’un
imaginaire français, ses symboles, signes ou icônes.
Symboles. L’Epoque, premier long métrage de Matthieu Bareyre, saga fragmentaire tournée la nuit à Paris
entre 2015 et 2017, filme la
jeunesse, ou une idée de la
jeunesse – sinon l’idée de la
jeunesse elle-même – au
cours d’une séquence politique obsédée par la notion de
République. La statue de celle-ci sur la place parisienne
du même nom semble fournir au film –qui cherche à aller dans toutes les directions
que notre époque propose au
flâneur – quelque chose
comme son pivot ou son centre: éclairée en tricolore, ob-
L’étrange Dead Horse Nebula, ou «la Nébuleuse du cheval mort», premier long métrage
de Tarik Aktas, vu dans la section Cinéastes
du présent, filme un petit village de Turquie
à la recherche de l’inhabituel, dont il fait son
objet principal : cherchant un point qui se
trouverait à mi-chemin exact entre le
surnaturel et l’ordinaire, qui les rendrait impossibles à distinguer. Ici l’inquiétude est
une force qui à la fois produit et défait le récit: non comme une simple métaphore politique de la Turquie actuelle (on ne lit pas un
pays dans un film, toujours plutôt l’inverse
de ce pays, ou son négatif), mais comme
quelque chose de plus poétique qu’une métaphore: de moins clair et de moins obscur. Un
cheval mort, un enfant qui a grandi, une bles-
sure, une noyade, une virée, une maladresse,
le lien non évident entre eux : s’il est peutêtre une allégorie de la malchance, donc
du mauvais sort, Dead Horse Nebula est aussi
le sort qu’il nous jette. Film impossible à
quitter des yeux dont chaque plan, ses lumières, ses matières, est fait, tout comme l’ensemble, d’un mélange de quelconque et de
prodigieux.
Le séduisant A Land Imagined de Yeo Siew
Hua (en compétition), film noir au sens plutôt
strict, quoique baigné de lumière rose, arpente le Singapour de son titre –terre imaginée, gagnée sur la mer, et composite à tous niveaux : sol, populations, langues – sur les
traces d’un ouvrier disparu après avoir fait
d’étranges rencontres. La violence sociale à
jet d’hypocrites discours,
transformée en mémorial
après un attentat, prise d’assaut par l’occupation de la
place, redécorée, escaladée.
Dans la multitude nocturne
des prises de parole, celle-ci
donnée à tous les passants
d’après un principe formel
aussi démocratique qu’ironique (un grand montage par
traction d’une parole à
l’autre, plutôt que par attraction d’une image à l’autre), se
dégagent deux personnages
forts, la DJ Soall et la vigie
Rose, qui par la musique et la
poésie nous font entendre un
autre son, et deviennent des
symboles à leur tour.
Signes. Plus maléfique sous
le calme de l’apparence, Sophia Antipolis de Virgil Vernier (après Orléans et Mercuriales, une série des noms de
lieux ou des non-lieux) est
une fiction construite
comme un traité, où chaque
élément, scène et personnage nous arrivent comme
l’exemple, ou le symptôme,
de quelque chose qui reste
difficile à dire: l’idée, l’épidémie ou la force qui les unit et
les manœuvre en douce. La
ville-technopole des AlpesMaritimes et ses alentours
urbains sont le décor d’une
série de phénomènes étranges et familiers, baignés d’un
ton de science-fiction crépusculaire, plus ou moins
liés entre eux mais tous reliés
à l’idée de catastrophe immi-
l’œuvre sur ce territoire, précisément dépeinte et analysée au fur et à mesure de
l’intrigue, fait finalement éclater le film
lui-même, qui se dissout comme sous sa pression et fuit de toutes parts, mais quand même
vers nous.
VÉRITÉS CRUELLES
Quant au nouveau film du grand et prolifique
(trois longs métrages l’an dernier !) Hong
Sang-soo, Hotel by the River, c’est le plus sombre de son auteur, mais non le meilleur :
peut-être parce que ce n’est pas le but, ou que
ce n’est plus la peine. Abandonnant la
compétition générale, avec la vie comme
avec le reste du cinéma, Hong semble s’enfuir
sur un autre terrain, où il fait résonner
nente: nous sommes dans un
monde d’obsessions, d’ordre
ésotérique et apocalyptique,
sécuritaire et préfasciste,
esthétique et plastique, envers quoi le film éprouve, et
nous fait éprouver, la dialectique de l’attraction et de la
répulsion, de l’émotion et
de la terreur. Il expose et
répète un imaginaire contemporain de la France ou de
l’Occident actuel (ici «le soleil
se lève à l’Ouest») auquel il
confère, par goût des limites
et du limite, la beauté de
l’indécidable.
Icône. Cinéaste américain
vivant en France, Benjamin
Crotty, découvert avec Fort
Buchanan en 2015, présentait
à Locarno un court métrage
lyrique et comique intitulé le
Discours d’acceptation glorieux de Nicolas Chauvin, et
mettait les pieds dans le plat:
où l’on apprend que l’historique personnage-titre, un soldat napoléonien qui a donné
son nom au «chauvinisme»,
est une création tardive du
théâtre de vaudeville, un ridicule patriote hardcore inventé comme défouloir à la
montée du nationalisme en
Europe. Geste burlesque que
le film répète, mais pour
créer une sorte de troisième
degré, tendrement pervers,
nous renvoyant à la figure les
rires de la salle devant la gauloiserie crasse d’une icône
imaginaire.
L.C.
L’ÉPOQUE de MATTHIEU
BAREYRE, 1 h 34;
LE DISCOURS
D’ACCEPTATION
GLORIEUX DE NICOLAS
CHAUVIN de BENJAMIN
CROTTY, 0 h 26 ; SOPHIA
ANTIPOLIS de VIRGIL
VERNIER, 1 h 38.
certaines vérités cruelles, rencontres manquées, relations impossibles (familiales et
amoureuses), et en leur sein quelques
émotions fugitives. Les bons films s’arrachent d’abord à eux-mêmes, c’est leur ambivalence qui les distingue, et ils semblent
avoir pour double devise une citation de
la fin de M, de mémoire : «Je suis parmi
les miens avec un couteau, pour les attaquer.
Je suis parmi les miens avec un couteau, pour
les protéger.» •
M de YOLANDE ZAUBERMAN, 1 h 45 ;
HOTEL BY THE RIVER de HONG SANGSOO, 1 h 36 ; A LAND IMAGINED de YEO
SIEW HUA ; 1 h 35 ; DEAD HORSE NEBULA
de TARIK AKTAS, 1 h 13.
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Libération Vendredi 10 Août 2018
Mercredi à la Taillade, la maison familiale de Nino Ferrer dans le Lot.
Vingt ans après sa mort, le Sud
chante à nouveau Nino Ferrer
De nombreux artistes
se réuniront lundi à Montcuq,
dans le Lot, pour rendre
hommage au chanteur,
vingt ans après sa mort.
C’
est une belle bâtisse fortifiée datant
du XVe siècle plantée sur le sommet
d’une colline du Lot, surplombant
le petit village de Saint-Cyprien. La lourde
porte en chêne massif de la demeure s’ouvre
sur une cour carrée, desservant les pièces aux
larges murs de pierres blanches. La lumière
du soleil couchant du mois d’août illumine la
façade. Autour, le parc planté de cèdres centenaires au milieu duquel trône une grande table dressée pour une vingtaine de convives.
De la grange attenante à la bastide s’échappe
le son rond comme une caresse d’un orgue
Hammond et celui des cuivres accompagnant
la voix d’une chanteuse. Quand elle se tait, on
entend le chant des cigales.
Nous sommes à la Taillade, le domaine acheté
par Nino Ferrer –né Nino Agostino Ferrari le
15 août 1934 à Gênes– avec les royalties d’un
de ses plus grands succès: le Sud, vendu à plus
d’un million d’exemplaires en 1975, date de sa
sortie en 45-tours. Un titre que Magali Pietri,
ex-choriste de Nino Ferrer, a choisi d’interpréter pour le concert organisé lundi à Montcuq
(Lot). Vingt ans jour pour jour après le suicide
du chanteur le 13 août 1998, c’est ainsi que sa
famille a voulu lui rendre hommage. Sans
fleur ni couronnes mais avec de la musique et
de la lumière : au pied de la tour cathare de
Montcuq, une smala d’artistes parmi lesquels
Eric Lareine, Matthieu Chedid et Sanseverino,
y reprendront son répertoire sur la scène en
plein air installée pour l’occasion.
Nuages. En 1977, l’auteur de Mirza, du Téléfon, des Cornichons, ou encore de Oh ! Hé !
Hein ! Bon ! décide de «s’exiler» avec sa
femme, Jacqueline Monestier, dite Kinou,
avec qui il aura deux fils, Pierre, né le 5 septembre 1973, et Arthur, né le 14 février 1979.
A la Taillade, loin de Paris et du show-business qu’il déteste, Nino mène sa barque à sa
manière, exigeant, indépendant, parfois colérique. Il élève des chevaux. Dans le studio installé dans le salon de sa forteresse, il enregistre et produit cinq albums concept, explorant
des pistes rhythm’n’blues et rock progressif,
à milles lieues de l’image de «chanteur rigolo»
qui lui colle à la peau. Il se remet aussi à la
peinture, des tableaux surréalistes peuplés de
femmes nues, de serpents et de ciels bleus
parfois traversés par des nuages radioactifs
de mauvais augure… Certains d’entre eux sont
exposés à la mairie de Montcuq. D’autres, plus
anciens, –des gouaches «redécouvertes» par
Kinou «en fouillant dans les cartons rangés
dans le grenier» – sont présentés à la galerie
du Lion d’or, dans le centre du village. Des criques du bout du monde, des souvenirs de séjours en Nouvelle-Calédonie où, diplômé d’archéologie, le jeune «capitaine Nino», tel que
l’avait dessiné Hugo Pratt dans l’une des aventures de Corto Maltese, se voyait en explorateur avant de devenir chanteur à succès. Sur
l’un des murs de la galerie, une série d’autoportraits au fusain et crayon, réalisés par Nino
quatre ans avant sa mort, révèle un visage figé
au regard perçant. «Un regard dur sur le
monde, dit Pierre, son fils aîné, décorateur de
cinéma. Son visage est très animal. On le sent
de façon très forte. Quand il peignait, il était
calme et serein. Il pouvait s’exprimer seul, de
façon plus simple et plus immédiate que dans
la musique, sans luttes quant au contrôle final
sur son travail.»
Retour dans la grange de la Taillade, transformée en studio de répétition. Des copains d’Arthur forment le groupe qui accompagne les
artistes. Eric Lareine, natte d’Indien
cheyenne et voix grave de fumeur de blondes,
a choisi d’interpréter Je voudrais être noir
pour rendre hommage à Nino: «Il a fait cette
chanson en 1966 au moment de la lutte des
Noirs pour leurs droits civiques aux EtatsUnis. Il y a de la sueur, du groove, c’est James
Brown! Il était inscrit dans son temps. C’est la
même chose pour les Cornichons, c’est les vacances mais c’est aussi la bouffe, l’accumulation de biens terrestres.» Dans un registre plus
jazzy, Magali Pietri reprend le Sud. «J’avais
16 ans lorsque j’ai rencontré Nino à la Taillade,
lors d’une visite avec ma mère et son compagnon. Je jouais de la guitare et je chantais. Il
m’a demandé de lui jouer quelque chose. J’ai repris un morceau de Crosby, Stills, Nash
and Young. Il m’a proposé de devenir sa choriste. C’était magique. Mes parents m’ont donné
leur accord et je suis partie en concerts avec lui,
puis j’ai participé à trois de ses albums. C’était
quelqu’un de généreux dans ce qu’il donnait,
de ce qu’il était et dans ce qu’il nous amenait à
donner. Par moments, il semblait relié à quelque chose de plus vaste, un endroit plus grand
que ce monde», se souvient-elle en souriant.
Brise. Venu «en voisin», Jean-Jacques Lala,
chanteur d’opéra, reprend Agata, un tango:
«Nino, c’est l’icône de la région. Quand j’étais
gamin, on savait qu’il habitait là. C’était un
énorme musicien. C’est très technique. J’ai
bossé ce morceau comme un opéra sauf que je
n’ai pas la partition. J’ai travaillé à l’oreille.
J’ai pris beaucoup de plaisir à m’approprier
cette chanson. Ça représente la richesse de
Nino. C’est ce que je retiens de lui: cette bonté,
cette générosité dans son répertoire et chez les
gens qui sont là. C’est aussi ce que respire ce lieu
où il a vécu.» Dans le parc, une brise d’été accompagne la fin de journée. La nuit tombée,
le soir autour de la table, on entend des rires.
JEAN-MANUEL ESCARNOT
Correspondant à Toulouse
Photo ULRICH LEBEUF. MYOP
Concert hommage au pied de la tour de
Montcuq (Lot). Lundi 13 août à 20 h 30.
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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William Berger
et Gian Maria Volontè
dans le Dernier face
à face. PHOTO WILD SIDE
«Le Dernier Face à face»,
enfin al dente
Cinquante ans
après sa sortie,
le western
psychologique de
Sergio Sollima sort
en DVD et Blu-ray,
enfin accessible en
version originale.
D
ans le triumvirat que
forment les trois
grands Sergio du
western italien –Sergio
Leone, Sergio Corbucci et
Sergio Sollima–, l’auteur du
Dernier Face à face (1967)
est probablement le moins
connu, le plus obscur, le
plus secret. Le plus politique aussi, bien qu’il en re-
fusa toujours l’étiquette:
«Je crée des fables», disait-il.
Le fait est qu’on ne pourra
jamais prendre Sollima en
flagrant délit d’idéologie ou
de militantisme didactique.
Dans ses westerns, moins
lyriques que ceux de Leone,
moins baroques et violents
que ceux de Corbucci, il privilégiera plutôt une vision
lucide et désenchantée de
l’histoire, s’arrimant à une
subtile peinture de caractères. Aussi succincte que séminale, sa contribution au
genre (après un bref passage par le film d’espionnage façon James Bond) ne
compte que trois films,
dont deux chefs-d’œuvre
absolus réalisés la même
année (1967): Colorado,
avec un Lee Van Cleef minéral, et le Dernier Face à
face, donc, dont cette édition Blu-ray dans une copie
restaurée s’avère un petit
événement, tant le film,
lors de sa première sortie en
France, avait été charcuté à
la machette.
Les distributeurs de l’époque, qui n’avaient aucune
considération artistique
pour le genre, veillaient à ce
que les films ne dépassent
pas les quatre-vingtdix minutes
réglementaires, coupant
sans vergogne les scènes de
dialogue jugées trop en-
Dans l’ombre de Chopin
L’ardent pianiste russe
donne un récital autour
du compositeur
à La Roque-d’Anthéron.
D
ans le ciel d’août, les étoiles filent
quand sur la scène elles défilent.
Après Lukas Geniušas, Jean Rondeau
ou Bertrand Chamayou, c’est au tour de Daniil
Trifonov de séduire le public du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron
(Bouches-du-Rhône). L’instrumentiste
russe, 27 ans et une incandescence toujours
à vif, y présente dimanche soir un récital
autour de Chopin sur la lancée de son récent CD, Chopin Evocations, sorti à l’automne
dernier chez Deutsche Grammophon.
Trifonov a une façon particulière d’aborder
Chopin. S’il s’est frontalement attaqué à Liszt
avec l’album Transcendental (2016), le pianiste n’a que picoré dans la littérature de son
camarade et rival franco-polonais. Un de ses
premiers disques, Trifonov Plays Chopin
(2012, Decca), sorti dans la foulée de son prix
Tchaïkovski en 2011, aligne quelques pièces
dans un enregistrement de concert. Le petit
prodige de l’Académie Gnessine y privilégie
les mazurkas, qui ont fait son succès en 2010
au concours Chopin, où il récolta le 3e prix.
Mais autant le fougueux Trifonov aux mains
puissantes semble se confronter avec envie
aux prouesses lizstiennes et rachmaninoviennes, autant il semble presque pudique
en tournant autour des pièces boitillantes de
Chopin. Comme s’il n’osait pas lui exprimer
son amour. Aussi l’aborde-t-il de manière indirecte, comme s’il voulait aussi changer de
discours face à ce maître sur lequel tous les
jeunes pianistes se jettent.
Le programme du récital tient donc de l’hommage et de la balade musicologique : Schumann, Grieg, Mompou et même Barber, tous
influencés par Chopin, sont convoqués pour
définir le territoire harmonique de l’incontournable romantique dont on nous rebattra
les oreilles en 2019 (commémoration des
170 ans de sa mort) et 2020 (210 ans de sa naissance). Avant de finir carrément sur la Sonate n°2, la funèbre.
Cet automne, Trifonov retourne à un autre de
ses compositeurs fétiches, Rachmaninov. Il
sort en octobre un CD des célèbres 2e
et 3e Concertos, sous la direction de l’énergique Yannick Nézet-Seguin. «Dans le 2e Concerto, il est surtout proscrit de ne pas être sincère», nous expliquait Trifonov l’an dernier
en marge d’une de ses interprétations de ce
monument postromantique à la crème. On
attend sincèrement la rentrée.
GUILLAUME TION
FESTIVAL DE LA ROQUE-D’ANTHÉRON
jusqu’au 18 août.
Rens. : www.festival-piano.com
nuyeuses, privant du même
coup le film de ce qui constituait son originalité et sa
finesse. Car, comme son titre italien le laisse entendre, Faccia a faccia (qu’on
pourrait traduire par «visage contre visage»), est
l’histoire d’une double métamorphose, d’un affrontement en miroir de
deux hommes, deux rapports au monde antagonistes –Brad Fletcher (Gian
Maria Volontè), intellectuel
idéaliste et souffreteux, et
Beauregard Bennet (Tomas
Milian), bandit sans foi ni
loi en cavale–, qui au
contact l’un de l’autre vont
se contaminer et, sur l’échiquier moral, subrepticement s’interchanger. Enrôlé dans la Horde sauvage,
la bande de malfrats menée
par Beauregard, l’intellectuel fasciné par la violence
u 23
CULTURE/
et l’ivresse du pouvoir
qu’elle procure sera peu à
peu gagné par une volonté
de puissance, paranoïaque
et implacable, quand,
inversement, le péon illettré et brutal, livré au doute
au contact de l’érudit, va
s’humaniser et verra s’opérer en lui une lente prise de
conscience.
A travers eux, Sollima met
donc en scène l’évolution
éthique de deux hommes.
Et même trois si l’on
compte le personnage de
Siringo (William Berger)
qui, au début du film, incarne la figure du traître,
puis celle du mercenaire à
la solde de propriétaires
corrompus, pour in fine devenir une incarnation de la
justice qui n’hésite pas à
contourner la loi quand
celle-ci s’avère aveugle.
Sollima, qui a connu le fas-
cisme, livre ici une subtile
réflexion sur le mal, sur la
façon dont l’intelligence
mise au service d’un pouvoir sans limite peut engendrer un monstre. Lucidité politique sans lourdeur
idéologique, qui ne départit jamais le Dernier Face à
face d’une maîtrise plastique impressionnante. Par
ses cadrages, ses mouvements de caméras amples,
le film s’avère moins une
relecture ironique qu’un
hommage aux grands westerns américains –la très
fordienne scène de danse–
qui culmine dans un finale
dans le désert, magnifique
d’épure et d’émotion.
NATHALIE DRAY
LE DERNIER FACE À FACE
(1967) de SERGIO SOLLIMA
(1 h 47). En DVD et Blu-ray,
Wild Side Video.
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Libération Vendredi 10 Août 2018
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MON PREMIER AMOUR 8/8
Mon amoureuse
Au bord de la piscine, l’été en Algarve, Yann Moix, 8 ans,
devient fou d’une petite fille blonde.
J’
ai toujours, en amour, préféré l’absence à la compagnie;
car l’absence est une présence. L’autre, loin de nous,
ou peut-être mort, se multiplie, et l’amour, une fois
qu’il n’est plus jamais là, peut enfin commencer. J’avais 8 ans,
l’année 1976, lorsque nous allâmes, avec mes «parents» qui
ne méritent pas cette dénomination (ils ne sont que des reproducteurs, c’est-à-dire deux aveugles et
imbéciles biologies qui ont procréé; et pas
un jour ne passe sans que je ne souhaite
qu’ils crèvent), en Algarve.
C’était un village de vacances pour prolétaires, dont les petits
bourgeois radins (expression tautologique) pouvaient profiter
en étant malins. J’avais désigné, sans qu’elle le sût, une petite
fille blonde, mouchetée de confettis sur la joue. Elle sortait
de l’eau comme une lumière; j’eusse aimé lécher sa peau, le
chlore qui ruisselait sur sa joue. Elle était en bikini bien que,
du même âge que moi, elle ne possédât pas la moindre poitrine. Tous les enfants se valent en seins. Je l’avais baptisée
«Mon amoureuse», puisque ma timidité, ma frousse, tous les
complexes qu’avaient consolidés mes tortionnaires en moi
(mes parents ont passé le plus clair de leur temps à me marty-
riser) m’interdisaient d’exister face à elle. Elle irradiait, et
quand elle marchait, s’amusait avec d’autres que moi, un silence effaçait le monde. J’entrais dans sa vie, invisible et têtu,
et nous étions heureux. A son insu, par l’imagination, je lui
prenais la main dans le noir, plongé chaque nuit, sur mon petit
lit, dans la tristesse de son absence et la joie que me procurait
notre faramineuse histoire.
Nous étions deux, mais elle l’ignorait ;
nous étions ensemble, mais dans une spéculation solitaire qui n’appartenait qu’à
ma folie, à mon chagrin, à ma paralysie extatique et morbide.
J’étais empêché ; elle me faisait souffrir d’une souffrance
qu’elle ne provoquait pas. Tous ses gestes m’appartenaient,
et je les connaissais mieux qu’elle, qui, aussitôt qu’elle les effectuait, les oubliait; elle était dans la mécanique de l’instant,
elle vivait. Vivre signifie qu’on efface ce que nous venons de
vivre. Je collectionnais ce qui s’évapore ; je me remémorais
la trace de ses pas, encore liquides, sur le carrelage du rebord.
Et le soir, quand le soleil devenait cette boule orange qui
donne envie de vivre vieux, je plongeais là où elle avait plongé.
Mon cœur battait. C’était une histoire d’amour; on ne se quit-
LE PORTRAIT
terait plus. C’est ce qui est arrivé, puisque quarante-deux ans
après, j’écris sur ce fantôme qui, sans jamais m’avoir adressé
un seul regard, est penché sur mon épaule. Ses parents, je les
eusse volontiers épousés avec elle, dans la même nasse de
bonheur définitif. Et pour lui montrer (mais elle n’était plus
là, elle devait dormir) que j’étais le seul héros de ma génération, j’effectuais, sous l’eau, des traversées de bassin sans respirer. Cet exploit, indevinable depuis son cosmos, n’était peutêtre pas vain : je me persuadai qu’un magicien, ou quelque
esprit malin, irait lui chanter ma prouesse, l’avertissant du
même coup de ma pauvre présence sur Terre.
La nuit, je tenais mon amoureuse entre mes mains, elle tenait
dans ma paume; je la faisais rouler. Parfois, je le mettais dans
ma bouche et je la mâchais. Chaque matin, je la retrouvais ;
et j’eusse préféré me faire couper la tête que de lui montrer
le moindre signe d’intérêt si, par accident, elle avait regardé
dans ma direction. Lui plaire était exclu ; car l’approcher,
comme on voudrait caresser un arc-en-ciel, n’était possible
que pour quelqu’un qui n’eût pas été moi. J’étais baigné dans
la malédiction de l’empêchement.
Je n’ai jamais osé aborder les filles. J’ai toujours attendu, jusqu’à la tombée de toutes les nuits, prenant le risque de regarder seul mon tombeau, avec
une seule place entre les lattes : celle d’une solitude
Au cœur de l’été,
irréductible et fatiguée. Un
des écrivains
univers bleuté, en attendant,
dressent le portrait de
me servait de bonheur: nous
leur premier amour.
habitions elle et moi dans
Aujourd’hui,
cette piscine, jusqu’à la mort
Yann Moix, 50 ans.
des étoiles. Un jour, en jouant
Dernier ouvrage
avec une bouée, elle s’était
paru: Dehors
écorchée. Son petit sang
(Grasset, 2018).
s’était répandu dans le bassin, colorant l’eau comme
une joue. Je plongeai aussitôt, en vampire aquatique, pour
goûter, pour boire ce qui, chez les autres, m’eût fait m’évanouir
mais qui, chez elle, parce que provenant de son être, de son
être diaphane et miraculeux, me donnait soif. Des adultes
firent évacuer le bassin pendant quelques minutes. On ne me
laisserait pas barboter au royaume de sa griffure, dans la capitale chlorée de ses cris adorables.
Le soir, je lui écrivis un poème agrémenté d’un dessin –je n’ai
pas changé : quand les précipices se forment sous mes pas,
qu’une femme me délaisse, qu’un amour me lacère les viscères
et me broie ce qui me reste de cœur, je passe des centaines
d’heures, chez moi, entre deux sanglots morfondus, à bâtir
des cathédrales inutiles, en prose, en vers ou en croquis, pour
tenter (c’est presque toujours vain) de faire revenir vers moi
celle qui, pénétrée par un autre, jouit mêmement, avec de
similaires vagissements et des sueurs analogues. Je reste seul,
planté en moi, isolé des soleils, quand, elle, se continue et se
perpétue auprès d’un concurrent; et je deviens l’imposteur,
et je deviens le souvenir. Et le souvenir s’efface pour n’être plus
qu’un point géométrique à l’horizon.
J’attendis le lendemain, et le lendemain, elle riait ainsi que
la veille, agrémentée d’un pansement ; elle avait occulté le
drame, moi pas. Et lorsque je tentai de faire quelques pas dans
sa direction, tremblant comme un chien qui comprend que
son maître va l’agonir de coups de pieds, son père l’appela
pour le goûter. Cette intervention me coupa les jambes; sans
doute, j’eusse trouvé en chemin quelque autre prétexte pour
bifurquer et raturer ma décision d’être courageux. Le dessin,
le poème se retrouvèrent dans notre bungalow le soir même,
ridicules, nettoyés de leur contexte, privés de leur occasion,
coupés de leur aubaine; je ne pourrais jamais plus les donner
en offrande à mon amoureuse. Une de mes lectures favorites,
alors, était une histoire de Charles M. Schulz, intitulée Charlie
Brown et la petite fille rousse. C’était strictement mon aventure
qui y était relatée; si bien que je ne savais pas si l’on pouvait
parler de coïncidence, ou si, au contraire, je me servais de la
mésaventure de Charlie comme d’un canevas. Charlie n’osait
pas dire à la «petite fille rousse» que son cœur battait pour
elle ; mais à la fin, il vainquait.
Moi, je restais cloîtré dans ma cellule. J’étais condamné à
continuer à l’inventer, à lui prêter des intentions, à être le ventriloque de ses rêves. Cette mélancolie est proche de la folie
– j’avoue que j’étais fou ; et je le suis resté. •
Par YANN MOIX
Dessin MAÏTÉ GRANDJOUAN
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
SUPPORTEUR
DE L’OM
Et aussi n deux pages
BD n de la photo
n un château n deux
recettes n des jeux…
PHOTO STÉPHANE REMAEL
Vendredi
10 août
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II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Vendredi 10 Août 2018
Vélodrame
Pour la première fois de notre vie
de supporteur invétéré du Paris Saint-Germain,
on a mis notre fierté de côté et enfilé le maillot
de l’OM le temps d’un match
à Marseille, en plein Virage Sud.
Récit d’un calvaire.
Par
DAMIEN DOLE
L
es bras sont levés, les
chants sont tenus. Autour,
plusieurs milliers de fans
les yeux rivés sur la pelouse
ou vers le capo des Commandos Ultras, en charge du lancement des
animations de la partie basse du Virage Sud. Ça sent le soufre. L’Olympique de Marseille ne joue pas son
meilleur football mais on a l’impression qu’un but peut survenir à
chaque instant, peu importe les éléments, l’adversaire. Coup franc de
l’autre côté du terrain. La distance
écrase la vision. Ça s’agite dans la
surface, les filets tremblent, les
joueurs font des bonds. L’OM vient
d’ouvrir le score en demi-finale
d’Europa League ce jeudi-là. La tribune exulte, on se prend deux ou
trois gars dans le dos, les amis avec
qui on est venu se sautent dans les
bras, enlacent aussi de parfaits inconnus, dans un moment où le
maillot fait l’amitié éternelle. La joie
est partout. Problème : je suis supporteur du Paris-SG depuis ma naissance.
On a vite compris qu’on ne pourrait
pas échapper à la commande de la
direction de Libération. Idée originale ou sadisme, toujours est-il qu’il
a fallu se faire une raison. Etre dans
la peau d’un supporteur du club rival, c’est comme se rendre à un
meeting du FN quand on est un militant trotskyste ; arriver dans un
barbecue texan alors qu’on est végétarien. On est là où on ne voudrait
pas être, où on était persuadé qu’on
n’irait jamais. La haine, le dégoût,
la perte de repères, un peu tout ça à
la fois.
Soutenir Paris ou Marseille, c’est intégrer dans son être le rejet de
l’autre club. On se construit autant
avec que contre. La rivalité PSG-OM
n’est pourtant pas parmi les dix plus
intenses ou plus violentes à travers
le monde. Elle est d’ailleurs récente,
une volonté de Bernard Tapie et Michel Denisot, les dirigeants des
deux équipes au début des années 90. Certains ont beau essayer
de construire a posteriori des justifications politiques, capitale contre
province, foot business contre foot
du bas plus récemment, cela résiste
mal à une analyse historique.
GRAAL DU JOUR
On a pourtant la boule au ventre
dans le TGV qui nous emmène à
Marseille. Il est 10 heures. C’est la
deuxième fois qu’on se rend dans
cette ville longtemps honnie, fantasmée, plus par une volonté de gagner la joute verbale qu’une véritable réflexion sur l’âme d’une cité
qu’on ne connaît pas. Trois Olympiens de Libé avec nous. En revenant du wagon bar, on croise un copain, producteur de cinéma, perdu
de vue depuis quelques années. On
l’avait rencontré sur OM Planète, un
forum de supporteurs marseillais.
On a toujours aimé lire les
commentaires après les défaites de
l’OM, provoquer aussi, même si le
réel nous a rattrapé et qu’on compte
malgré tout une dizaine d’amis rencontrés sur ce site ennemi.
On sort du TGV, on suit cet ami
qu’on vient de retrouver, on se sépare de nos collègues – fans de
l’OM, mais là où on a prévu d’aller
dans le stade, on craint la couverture dévoilée à leurs côtés. On descend le boulevard d’Athènes que
des frères d’armes du virage Auteuil
(notre territoire au Parc des princes
et notre raison d’être) avaient dévalé
avant d’être repoussés par des supporteurs locaux, il y a huit ans, un
jour d’OM-PSG annulé. Les coups
avaient été durs mais la fierté moyenâgeuse d’avoir paradé dans le seul
endroit de France (avec Bastia) dans
lequel la Tifoseria parisienne ne
pouvait faire ce qu’elle voulait est
restée plus que tout –seuls d’autres
ultras peuvent nous comprendre.
On arrive sur le cours Julien. Après
un verre, on rejoint un autre ami,
comptable dans l’administration,
lui aussi rencontré sur OM Planète.
Il est 16h30, on se prépare à partir.
On ne trouve pas notre billet. On se
rend compte qu’on l’a probablement oublié au bar du coin.
L’homme derrière le comptoir, un
bon mètre 85, la trentaine, des
épaules bien plus larges que les nôtres, rassure : «Une feuille pliée en
quatre ? Je l’ai jetée, attends.» Il
cherche dans plusieurs poubelles,
la trouve, demande : «Mais c’était
quoi ?» Notre pote, serein : «Une
place pour le match de ce soir.» Le
regard du gaillard oscille entre le
rire devant la situation et la pensée
d’avoir eu à portée de main, dans sa
poubelle, le graal du jour.
Car il n’y a pas de justice dans ce
monde. Dix jours avant le match, la
billetterie devait s’ouvrir. Un dimanche matin. On était trois de
Libé à être devant notre écran. Deux
fans marseillais, et nous. Eux ont
rapidement subi le bug qui a touché
des dizaines de milliers de supporteurs. Pas nous : au bout
d’une heure, on achetait quatre places en Virage Sud, côté Commando
Ultra. Car quitte à souffrir, autant
faire les choses correctement: aller
au cœur du stade, là où on ne pourrait faire autre chose que se taire,
passer autant que faire se peut pour
un ciel et blanc et même devoir participer à certaines scénographies,
pour éviter les représailles d’ultras
échaudés par les touristes qui viennent là pour l’ambiance sans vouloir y participer.
Chez notre pote comptable, on
passe à l’acte : «File-moi un de tes
maillots et une écharpe. Mais pas
des conneries du genre Thauvin ou
Payet, hein.» Il revient, en ayant du
mal à cacher le plaisir qu’il a de
nous voir enfiler un maillot de
Lucho González et une écharpe de
Marcelo Bielsa, deux ex-stars restées idoles marseillaises, qu’on a, en
toute mauvaise foi, descendues
Virage Sud, on fait tourner les écharpes. PHOTO SACCOMANO. WALLIS.FR
comme jamais, histoire de toucher
au cœur les fans de l’OM. Lui, supporteur invétéré de l’Argentine, encore plus.
On se met en branle. On se sent
sale : arborer une tunique du club
rival, c’est réservé aux paris perdus
ou aux blagues idiotes sous le coup
de l’alcool –beaucoup d’alcool. On
part à pied du boulevard Baille
direction le stade. On passe par de
grandes artères aérées et réservées
aux bagnoles, on s’engouffre aussi
dans de petites rues. Une personne
à un balcon nous demande
à combien on a eu la place. Elle ne
sera pas la seule, la flambée des prix
au marché noir était un sujet
majeur de la journée. On n’ose
pas lui répondre qu’on l’a
payée 25 euros, le prix affiché sur le
site officiel.
Arrivés sur l’avenue du Prado, les
ciel et blanc sont partout. Quelques
chants commencent, bières et pastis
coulent à flot. L’atmosphère est frénétique. On passe le rond-point, on
arrive au bas des marches du Vélodrome. Il est 19 heures. Le vacarme,
les odeurs, les couleurs, les regards,
les désirs et les craintes, partout. On
doit se frayer un chemin parmi plu-
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Libération Vendredi 10 Août 2018
u III
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fin on a bien fait attention à rester
sur la pointe des pieds, puisque «qui
ne saute pas n’est pas marseillais».
En revanche, sur les chants sans
mot ou plus généraux, on s’est exécuté – il faut donner des gages à
l’ennemi en temps de guerre. Et ce
soir, les ennemis de mes ennemis
sont aussi mes ennemis. On s’excuse auprès de Salzbourg, les insultes étaient intenses, mais on espérait bien qu’ils gagnent le match.
Car quoi qu’il arrive, cette soirée
sera souffrance. Marseille gagne et
on va voir des dizaines de milliers
de fans se pavaner, on prend le risque de les voir gagner une Europa
League, curieusement rebaptisée
Coupe d’Europe par un glissement
sémantique mystérieux; et si Marseille perd ? Impossible d’exulter
sans qu’on serve d’exutoire.
CŒUR LIBÉRÉ
sieurs centaines de fans. La peur
succède à l’observation distanciée.
Une peur irrationnelle car personne
ne connaît notre visage, chacun est
concentré sur le match, qui commence dans deux heures, le bruit et
la tension à faire monter pour marquer les consciences. Mais on est
comme en période de guerre: derrière les lignes ennemies, découvert, on serait lynché.
POINTE DES PIEDS
On grimpe les marches. On est six,
cinq hommes et une femme ; cinq
avec le cœur qui sied à l’instant, et
un intrus: nous. On passe le tourniquet avec notre place, un regard
vers le stadier qui nous palpe. Nous
voilà dans l’un des lieux qu’on a le
plus insulté de notre vie, celui qui
nous a le plus maudit aussi.
L’arrivée en tribunes est étrange.
On y est, c’est concret. La vision se
trouble. Le réel et l’irréel s’entremêlent. On s’installe une dizaine
de rangs au-dessus du perchoir des
capos des Commandos Ultras. On
va chercher à manger. Dans la file:
«Nan mais ces pédés de Parisiens!»
Fausse alerte, deux fans éméchés
parlent de Neymar et Thiago Silva.
La peur succède
à l’observation
distanciée.
Une peur
irrationnelle
car personne
ne connaît notre
visage, chacun
est concentré
sur le match.
On regagne notre place et à chaque
bouchée de sandwich, les marches
à notre droite se remplissent. Un
regard derrière nous, les sorties de
secours sont inaccessibles. Ce n’est
pas le moment de blaguer sur l’incongruité de notre présence. Le
point de non-retour est atteint.
On a dû développer une stratégie
pour les chants et les gestuelles.
Tout ce qui est amour de Marseille,
encouragements par le verbe, on
bouge seulement les lèvres. Vu le
bruit, pas de risque. On a même mis
plusieurs fois nos bras sur les épaules de nos voisins et on a sauté. En-
Quand le premier but est venu, on
a gardé notre sang-froid. Debout sur
un siège la seconde d’avant, on s’est
jeté entre deux rangs et on a regardé
les gens nous tomber dessus, on a
tenté d’éviter les coups involontaires. Sur le second, avec deux inconnus, on a même aidé un gars à moitié inconscient à se relever. L’alcool
et les autres substances récréatives
ne sont pas les meilleurs amis de
l’homme lors des cohues.
Le match se termine: 2-0 pour Marseille. Les animations s’éternisent,
nos amis veulent profiter. Un chant
qui parle du Vieux-Port est entonné. L’ambiance était forte, mais
on n’est pas étonné : quand ça gagne à Marseille, ça fait toujours du
bruit. D’ailleurs, on a entendu deux
fois des fans se plaindre du différentiel entre le nombre de supporteurs avant et après les quarts de finale de l’Europa League. Le grand
public est ce qu’il est, souvent
fidèle mais moins motivé que les
ultras.
On part, le cœur libéré. C’est derrière nous maintenant. On fait le
chemin inverse et la tension diminue à mesure qu’on s’éloigne du Vélodrome. Les voitures sont bloquées
par des fans continuant à célébrer
bruyamment la victoire. Au rondpoint du Prado, un homme de
60 ans, alerte, se fait klaxonner par
une dame qui veut s’engager. Il assène: «Allez, rentre chez toi, va. Y a
un match et toi, t’es dans une voiture.» On s’installe au bar dans lequel on avait oublié nos places. Une
entrecôte-frites à minuit passé, une
pinte de bière. On paie notre tournée à nos amis, il s’agit de les remercier de nous avoir accepté parmi les
leurs le temps d’un match. Le temps
d’une souffrance. •
SAMEDI J’AI TESTÉ LE CHEMIN
DE COMPOSTELLE
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IV u
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Vendredi 10 Août 2018
PÊCHE
CAPITALE
On va au marché (12/12)
«Libé» cuisine les produits
de l’été. Aujourd’hui,
décortiquons un fruit
torride.
P
Choky et Yves Lecoq dans leur château de Villiers-le-Bâcle, le 24 juillet.
Maître de maisons
La vie de château (6/6)
Toute la semaine,
«Libération» baisse
le pont-levis. Cette
semaine, visite
chez Yves Lecoq et
ses quatre propriétés.
L
orsqu’on demande à Yves
Lecoq le nombre de châteaux dont il a fait l’acquisition dans sa vie,
l’imitateur doit réfléchir avant de
citer le chiffre exact: «Attendez…
sept… enfin, non, six.» Un petit
virus, en somme, contracté dans
la région nordiste du même nom
(la Somme, pas le virus) voici
maintenant plus de quarante ans
et qui ne l’a plus quitté depuis.
«C’était en 1975. A cette époque,
encore au début de ma carrière, je
cherchais une ferme à colombages, a priori en Normandie, dans
l’esprit de la maison de ma grandmère, que j’aimais tant [la maison, et la grand-mère, ndlr]. Et un
jour, alors que j’étais en tournée,
j’ai vu ce manoir de briques et de
pierres du début du XVIIIe siècle
à Hédauville. Un investissement
de 300 000 francs (environ
45000 euros), avec l’aide du crédit foncier. Je l’ai retapé, rempli
de meubles et d’objets. L’accueil
local a été sympathique et je l’ai
gardé vingt-cinq ans.»
Aujourd’hui, Yves Lecoq possède
quatre châteaux: dénichée «par
hasard dans une petite annonce»,
la bien nommée Maisonseule,
une forteresse médiévale blottie
dans les monts d’Ardèche –qui a
survécu en 2013 à un incendie
ayant ravagé le donjon et une partie de la toiture ; le manoir charentais de Chambes, érigé au
XIIIe siècle et reconstruit au
XVIe sur des terres jadis administrées par un ancêtre sénéchal ;
dans la même région, Chalais,
une «énorme bâtisse qui était en
perdition, où Talleyrand passa
une partie de son enfance» ; et
Villiers-le-Bâcle, une demeure
Louis XIII avec un parc de
40 hectares, dans l’Essonne, dont
il est en train de conclure la
vente, tout en comptant garder
«une ferme attenante du XVIIe siècle», qui lui servirait de pied à
terre, à 20 kilomètres de Paris.
L’inventaire pourrait attester une
folie des grandeurs qu’Yves
Lecoq, qui n’a ni femme, ni mari,
ni enfant, dément posément.
«Même si tout mon argent y passe,
les vraies difficultés économiques
que j’ai connues étaient liées à des
erreurs de gestion, sans aucune
mauvaise foi», précise l’animateur
qui, avec le temps, a peaufiné le
business plan: «Quitte à vouloir
acheter un château, je conseille à
tout éventuel acquéreur de le
prendre classé, les avantages fiscaux étant bien plus importants,
et de l’ouvrir au public, car les
frais de restauration du bâtiment
deviennent alors déductibles
à 100%.» Location pour des tournages (cinéma, télé, clip, pub),
chambres d’hôtes, mariages…
Yves Louis Georges LecoquierreDubois de La Vigerie vit avec son
époque, tout en chérissant le «côté
éclairé de la fin du XVIIIe siècle, où
prédominaient encore cette dimension humaine et ce rapport direct à la vie» qui s’estomperont au
gré des avancées scientifiques et
technologiques.
L’amour des «belles choses»,
comme il les nomme, remonte à
Georgette, l’aïeule antiquaire qui
vend des meubles anciens à Paris. Appartenant à la noblesse
désargentée, la famille habite
dans les combles d’un hôtel particulier du XVIIe siècle. Passé par
des études d’art à la Sorbonne, le
fils d’officier de marine (prématurément décédé) devient antiquaire, décorateur… Puis, après
passage des huissiers au magasin, imitateur vedette, dont la
carrière fructifiera entre RTL,
Antenne 2 et, à partir de 1988, Canal +, via les Guignols de l’info,
auxquels il fournira près de
200 voix –à commencer par celles des emblématiques PPD, Jacques Chirac, Monsieur Sylvestre
ou Johnny Hallyday.
De la liquidation définitive, avant
l’été, du JT satirique au lustre
terni, l’humoriste septuagénaire
assure ne concevoir aucune
amertume. Au contraire, délesté
des trois jours d’enregistrement
hebdomadaire, il espère profiter
d’une liberté de mouvement retrouvée, qui lui permettra de circuler plus facilement d’un château à l’autre, en continuant de
scruter la campagne. Des fois
qu’un autre gros tas de pierres lui
ferait à nouveau de l’œil…
GILLES RENAULT
Photo ROBERTO
FRANKENBERG
ourquoi la pêche Melba,
inventée en 1894, est-elle toujours aussi gourmande? Parce
qu’elle associe la framboise et
la pêche, deux fruits éphémères (juilletaoût). Que ce dessert est assez facile
à confectionner, contrairement aux
autres recettes conçues par le papa de
la Melba, Auguste Escoffier. La Pêche
Aiglon nécessite ainsi des violettes pralinées et… un aigle sculpté en glace. Et
puis parce qu’il y a de l’amour derrière
tout ça: Escoffier voulait rendre hommage à la cantatrice Nellie Melba, qu’il
avait vu chanter à Londres. Preuve que
la pêche est un fruit torride. Depuis les
noms de variétés plantées à Versailles
sous Louis XIV («Grosse mignonne»,
«Téton de Vénus»). Jusqu’aux émojis de
pêche dessinés par Apple, ressemblant
tellement à des fesses qu’ils ont failli
être remodelés en 2016.
Pêches Melba (par Christian Constant et Yves Camdeborde, la Cuisine
d’Auguste Escoffier, Michel Lafon).
Pour six personnes. Réalisez un sirop
avec 1 litre d’eau, 250g de sucre et une
gousse de vanille fendue en deux.
Coupez six pêches mûres en deux,
dénoyautez et pelez. Laissez pocher
deux minutes dans le sirop. Eteignez
le feu et laissez refroidir. Pendant ce
temps, mixez 400g de framboise avec
50 g de sucre. Passez cette purée au
chinois. Dressez les pêches dans des
coupes individuelles sur un lit de
glace à la vanille. Nappez de purée de
framboise.
Pêches et maïs rotis à la vinaigrette
de tamarin (de Louisa Shafia, The New
Persian Kitchen, Ten Speed Press, non
traduit). Pour quatre à six personnes.
Préchauffez le four à 220°C. Pelez trois
pêches, dénoyautez et coupez en gros
morceaux. Tranchez trois épis de maïs
doux en tronçons. Mélangez pêches et
maïs avec deux cuillères à soupe
d’huile de pépin de raisin. Salez et poivrez. Etalez sur une plaque de cuisson
et mettez au four 20 à 30 minutes en
remuant toutes les 10 minutes. Laissez
refroidir. Accompagnez les pêches et le
maïs rôtis avec quelques feuilles de laitue. Nappez d’une sauce que vous aurez
préparée une heure plus tôt: une échalote émincée, une cuillère à soupe de
vinaigre de vin blanc, une cuillère à
soupe d’huile de pépin de raison et trois
cuillères à soupe de sauce tamarin (disponible dans les épiceries orientales).
PIERRE CARREY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 10 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
PHOTO /
Maîtresse flamme
Séance tenante/ Erotique En couple avec un Japonais
plus jeune qu’elle, l’artiste chinoise Pixy Liao le met en scène
à ses côtés comme un simple élément décoratif.
Une réflexion politique sur l’intime et les codes établis.
ÉTÉ
u V
PIXY LIAO
née en 1979,
vit et travaille à New York.
D
epuis 2006, Pixy Liao se met en
scène avec Moro, son petit ami.
Comme la tradition de son pays
d’origine l’exige encore souvent, elle
s’imaginait vivre avec un homme plus mûr,
supposément protecteur et surtout chinois.
Cette rencontre en décidera autrement et
comme dans sa photographie, le couple incarne transgression et émancipation. Moro,
est non seulement plus jeune de cinq ansmais
aussi japonais. La photographe inverse les codes et les normes pour mieux les déconstruire
et mettre à mal la phallocratie et ses représentations. Sur toutes les photos où le couple apparaît, c’est elle qui est maîtresse du jeu et
quand on ne les voit pas ensemble, le pénis
est réduit à un objet décoratif ou encore broyé
contre une raquette de ping-pong, étendard
chinois par excellence. Moro se retrouve
même suspendu à un cintre comme un simple vêtement négligé. Provocation, humour,
érotisme… à la question sur le potentiel politique de son travail, Pixy répond qu’il est davantage une réflexion sur l’intimité, même s’il
devient politique quand elle l’expose en
Chine. Tout ici interroge avec moins de légèreté qu’il n’y paraît le poids des sociétés hétéronormées et les stéréotypes en tout genre.
ÉMILIE ROUY
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ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
VI u
Libération Vendredi 10 Août 2018
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Libération Vendredi 10 Août 2018
u VII
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
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VIII u
Libération Vendredi 10 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
Windsor et consorts
6
1
Par LADY DELESALLE-STOLPER
Qui n’a jamais chanté l’hymne
God Save the Queen
lors d’un concert ?
A The Beatles.
B Queen.
C The Rolling Stones.
D Jimi Hendrix.
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À…
La bataille navale
Tous les coups sont permis
Rien de tel qu’une
bataille navale
pour régler ses
comptes avec sa
sœur, sur le principe de la réponse
graduée chère à
l’armée américaine : «Tu as emprunté mes Lego, je
détruis ton porte-avions.» On plaisante, mais c’est en 1943 que le jeu a
pris son essor aux Etats-Unis où la
Milton Bradley Company (MB) publia
les premières grilles. Une époque propice aux combats navals après le traumatisme de Pearl Harbour. C’est
l’avantage de ce jeu : pouvoir y jouer
partout avec un crayon, un papier et
une trousse pour dissimuler ses
choix. Nous, on a tout de même un
petit faible pour les versions électroniques et leurs bruitages cultes du tir
des missiles mer-mer, le «tuuuuuuu»
aigu qui disparaît au fond de l’eau
sans exploser, symbole ultime de l’espoir inassouvi. Pour gagner, regarder
la feuille de son voisin est le plus simple. C’est un jeu de guerre, tous les
coups sont permis. Sinon, attaquez en
diagonale de A1 à I10 puis de A10 à I1
avant de continuer en croix au centre
(de A5 à I5 et de E1 à E10). La plupart
des joueurs placent leurs bateaux sur
ces lignes de fuite.
QUENTIN GIRARD
2
Quand est-ce que la reine
Elizabeth II a pris pour la première
fois le métro à Londres ?
A En 1939.
B En 1969.
C En 2000 à l’occasion du nouveau
millénaire.
D Jamais. Une reine ne voyage qu’en
carosse ou en Rolls-Royce à la rigueur.
3
Dans l’ordre de
succession royale,
qui est placé sixième ?
A Le prince George.
B Camilla.
C La princesse Charlotte.
D Le prince Harry.
4
Chaque année, où la reine
Elizabeth II a-t-elle
l’habitude de passer Noël ?
A A Kensington Palace.
B A Buckingham Palace.
C Au palais de Sandringham.
D Dans le château de Balmoral.
5
Quel est le mot
de code «secret»
pour évoquer le décès
de la reine Elizabeth II ?
A Westminster Bridge.
B Finally ! (Enfin)
C London Bridge.
D Tower Bridge.
Quelle était la boisson préférée de
la reine mère (Queen Mum) qui l’a
maintenue en vie jusqu’à 101 ans ?
A Le whiskey.
B Le thé, of course.
C La tisane de fleurs de tilleuls.
D Le gin tonic.
7
Quel événement célébrait
le Royaume-Uni lors de son
dernier jour férié exceptionnel ?
A Le 100e anniversaire de la fin de la
Première Guerre.
B Le 90e anniversaire de la reine.
C Le mariage du prince William et de
Kate Middleton.
D La naissance du prince George.
8
Avant de changer leur nom de
famille en «Windsor» en 1917, la
famille royale portait quel nom ?
A Smith.
B Bourbon.
C Saxe-Cobourg-Gotha.
D Tudor.
9
En 1981, qui s’est retrouvé en une
de Libé dans une situation
compromettante ?
A La princesse Margaret.
B Le prince Philip.
C Lady Diana.
10
Comment s’appelait le premier
chien corgi de la reine, reçu en
cadeau pour ses 18 ans ?
A Willow.
B Honey.
C Susan.
Réponses : 1.C; 2.A; 3.D ; 4.A; 5.C; 6.D; 7.C (le 29 avril 2011);
8.C (le nom était jugé de consonance trop allemande); 9.C
(Libé avait publié un photo-montage de Diana dénudée et
de Charles lui empoignant le sein; 10.C (les deux autres sont
tous des descendants de Susan. Willow, le dernier en date,
est mort à 14 ans en avril).
P
ZU
Z
L
E
LES 7
ÉCARTS
Redécouvrez une archive
2017-2018 de Willem et
retrouvez les différences
SOLUTION D’HIER
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