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Libération - 11 08 2018 - 12 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 AOÛT 2018
2,70 € Première édition. No 11572
Etats-Unis
Les jeunes
anti-armes
en marche
PAGES 8-9
ÉTÉ
www.liberation.fr
J’ai testé
le chemin de
Compostelle
ET AUSSI UNE BD, DES JEUX,
UN BATEAU… CAHIER CENTRAL
NEYMAR
ET MBAPPÉ
PSG-Bordeaux, en septembre 2017. BENJAMIN CREMEL. DDPI. AFP
LE VRAI
MATCH
La Ligue 1 reprend
ce week-end avec un PSG
a priori ultradominateur,
fort de deux des plus
grandes stars planétaires.
Qui prendra le dessus?
PAGES 2-7
PUBLICITÉ
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 3,40 €, Andorre 3,40 €, Autriche 3,90 €, Belgique 2,80 €, Canada 6,20 $, Danemark 36 Kr, DOM 3,50 €, Espagne 3,40 €, Etats-Unis 6,00 $, Finlande 3,80 €, Grande-Bretagne 2,80 £,
Grèce 3,80 €, Irlande 3,50 €, Israël 27 ILS, Italie 3,40 €, Luxembourg 2,80 €, Maroc 30 Dh, Norvège 36 Kr, Pays-Bas 3,40 €, Portugal (cont.) 3,60 €, Slovénie 3,80 €, Suède 34 Kr, Suisse 4,40 FS, TOM 560 CFP, Tunisie 4,90 DT, Zone CFA 2 900 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
Mbappé et Neymar
à l’entraînement.
PHOTO BERTRAND
GUAY. AFP.
Neymar-Mbappé
Un équipier devant l’autre
La reprise des matchs de Ligue 1 augure de nouveaux combats, mais
entre coéquipiers. Sur leur moitié de terrain et loin des pelouses,
les deux joueurs incarnent les nouveaux enjeux du foot.
Par
GRÉGORY SCHNEIDER
L
es matchs? Quels matchs? La
saison 2018-2019, qui s’ouvre
ce week-end, offre bien mieux
qu’une rencontre de football : un
choc cosmique, pour peu que l’on
prête au ballon rond le pouvoir de
faire trembler le pays –26,1 millions
de téléspectateurs (1) devant la finale du Mondial russe, autrement
œcuménique que la Ligue 1, il est
vrai. Le sport ayant plié l’échine devant les différences stratosphériques de budget prévisionnel entre
les divers protagonistes et le ParisSaint-Germain (560 millions
d’euros pour l’année, estimé par nos
soins) s’avançant dès dimanche soir
face au Stade Malherbe de Caen
– 35 millions pour les Normands –
vers un sixième titre de champions
de France en sept ans, il faudra faire
un effort conceptuel. Envisager le
football autrement.
C’est-à-dire comme une extension
de la vie d’entreprise en (très) haute
altitude : la concurrence est non
plus externe –face à l’adversaire, au
marché, au match – mais interne,
avec son voisin de bureau ou de vestiaire qui guigne votre place. Les
lauriers sont acquis. Reste à les partager. Sur la gauche du terrain: l’attaquant brésilien Neymar, arraché
voilà un an pile pour un peu plus
qu’un Cézanne (222 millions d’euros
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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u 3
Thomas Tuchel, sorti du chapeau
qatari pour arbitrer le duel parisien
D’abord surprenante, l’arrivée de
l’entraîneur s’incrit dans la volonté
de l’émirat de donner son identité
au PSG. Les joueurs doivent encore
faire connaissance avec un coach
réputé «control freak».
D
eux cracks de la dimension de Kylian
Mbappé et Neymar sur le même pâturage:
ça pose forcément la question du berger,
l’entraîneur allemand Thomas Tuchel, venu cet été
sur les brisées des deux saisons manquées (double
élimination en 8e de finale de la Ligue des champions, perte du titre domestique en 2017) effectuées
par le Basque Unai Emery, lequel a expliqué avec
honnêteté avoir manqué de poids –comprendre,
de crédibilité aux yeux des joueurs– pour faire passer ses idées. Emery, c’était trois Ligues Europa (la
Coupe d’Europe de seconde zone) remportées avec
le FC Séville avant de se poser à Paris.
Deuxième point commun: contrairement à un José
Mourinho (Manchester United) ou un Antonio
Conte (sans club), Emery et Tuchel ne pèsent pas,
ou très à la marge, sur le recrutement des joueurs.
Manière pour Doha de maîtriser un secteur où l’évasion fiscale et les rétrocommissions sont la norme
et où on a tôt fait de se retrouver mouillé dans les
Football Leaks à venir, l’image de l’Etat gazier étant
engagée à chaque soubresaut touchant le Paris-SG.
Troisième point: Emery et Tuchel sont des entraîneurs qui suscitent des choses nouvelles et qui
bousculent les habitudes prises par les joueurs.
Deux types qui rêvent de voir leur équipe évoluer
comme si toutes ses composantes avaient les doigts
dans une prise électrique. Le Paris-SG est un club
Tuchel (44 ans), c’est encore moins que l’Espagnol:
une Coupe d’Allemagne en 2017 avec le Borussia
Dortmund. D’où il est parti fâché avec les dirigeants,
comme avec la direction de son club précédent, le
FSV Mayence. Mais quelle mouche a bien pu piquer
l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, qui
décida de l’arrivée du natif de Krumbach (Bavière)
dans le dos de la direction parisienne du club? Faute
de pouvoir interroger Al-Thani sur le sujet, on en est
réduit aux conjectures, c’est-à-dire à chercher les
points d’intersection entre la trajectoire de Tuchel
et celle d’Emery. Et on en trouve. Doha ne veut pas
d’un coach installé qui hisserait le club vers la victoire en Ligue des champions tant désirée: les Qataris souhaitent grandir au même rythme que leur entraîneur, manière aussi de faire passer l’idée d’un
nouveau souffle et d’une identité propre.
pour sortir le joueur du FC Barcelone, 191 millions versés, à l’époque,
par le Musée d’art moderne de Doha
en 2012 pour les Joueurs de cartes).
Comme si la L1 mettait un pied sur
une autre planète, celle où évoluent
(enfin) les plus grands joueurs du
monde jusqu’ici circonscrits à l’Espagne ou l’Angleterre.
Sur la droite du terrain, du moins s’il
renonce à occuper un poste d’avantcentre où il pense être plus à même
de faire parler un talent qu’il est
bien le premier à savoir sans limite,
Kylian Mbappé. Seul champion du
monde tricolore titulaire à évoluer
dans l’Hexagone; enfant roi, se permettant de tirer la tronche après le
sacre tricolore parce qu’il se serait
bien vu mettre deux buts de plus
quand ses coéquipiers, eux, avaient
coupé les gaz à la fin de la finale
(4-2) face aux Croates.
VITRINE
Qui prendra le dessus sur l’autre ?
C’est bien la seule question qui demeure en suspens si l’on s’en tient
à la vie des sommets. Neymar est
venu dans la capitale l’été dernier
pour doubler son salaire et sortir de
l’ombre de Messi, omniprésente en
Catalogne. Depuis, son étoile a pâli.
Le monde entier l’a vu passer sa
Coupe du monde ratée sur les fes-
ses, implorant l’arbitre du regard,
jusqu’à élimination en quart de finale face aux Belges, 1-2.
Et à Paris ? Un reflet inversé de la
trace du Suédois Zlatan Ibrahimovic, arrivé en 2012 dans le giron du
PSG qatari. Lui, c’était : je prends
tout (les lauriers, le salaire, l’influence, le poste d’avant-centre, les
ballons) et je redistribue ensuite. En
despote éclairé, Ibrahimovic a fini
par donner son avis sur la configuration des futurs vestiaires, signe
qu’il était concerné.
Neymar, ce fut : je donne tout (126
puis 118 ballons touchés lors de ses
deux premiers matchs en France,
indiquant la générosité dans l’effort, beaucoup moins ensuite) puis
je reprends petit à petit; l’attaquant
uruguayen Edinson Cavani sevré de
ballons, Julian Draxler au séchoir,
l’omniprésence du père et agent
Neymar Senior (donc du business)
dans l’environnement du club et le
défenseur belge Thomas Meunier
qui finit par s’étonner tout haut de
ne jamais entendre un «bonjour» de
la part d’un Neymar qui, en un an,
n’a pas appris un mot de français.
Et ses matchs ? Dix-neuf buts
et treize passes décisives en
vingt matchs de Ligue 1 la saison
passée avant sa blessure au pied
droit en février: exceptionnel. Mais
ça ne compte pas. La Ligue1 est gagnée, avec ou sans lui. Ne reste que
l’image, la vitrine : de Canal + aux
propriétaires qataris, tous les actionnaires qui ont marqué l’histoire
du club ont envisagé le club parisien ainsi. Et, en vitrine, Mbappé est
presque parfait.
VÉRITÉ
Corporate : une première saison à
refiler tous les ballons à Neymar
pour faire reluire la tête de pont
marketing du club (et de Nike, leur
équipementier commun) et, accessoirement, s’en faire un ami. Un seul
écart médiatique, difficile à lui reprocher d’ailleurs: il a expliqué devant les micros qu’un clásico face à
l’OM était loin derrière la Ligue des
champions dans l’échelle des priorités des Qataris, ce qui revenait à dire
la vérité. L’empreinte médiatique de
Neymar est plus dure, à contre-courant. Pour lui, ça n’a jamais été facile : son premier club, Santos, lui
avait mis un professeur d’orthophonie personnel à disposition quand
il était adolescent. En France, on se
souvient de ses larmes du 10 novembre 2017 à Lille après un match
du Brésil face au Japon, parce que la
presse lui reprochait de battre froid
Cavani – c’était vrai mais Neymar
pouvait estimer être dans son bon
SÉBASTIEN BOUÉ. L’ÉQUIPE PRESSE SPORTS
Doigts dans la prise
neuf, qui ne s’impose pas à des joueurs ayant patrouillé dans des institutions comme le Milan AC,
Manchester United ou le FC Barcelone : c’est au
staff technique d’asseoir cette forme d’autorité, jusqu’au control freak dans le cas de Tuchel. Selon
France Football, l’Allemand a entrepris depuis deux
mois le tour des boîtes de nuit de la capitale, histoire de se faire rencarder sur ses joueurs dans le
futur. Il a complètement redessiné l’espace médical
et la zone de préparation physique du camp d’entraînement de Saint-Germain-en-Laye, repensant
également les bureaux à l’étage et auditant l’hôtel
quatre étoiles de Rueil-Malmaison où l’équipe se
met au vert les veilles ou les jours de match.
Petites claques
La véritable marotte de celui que son président,
Nasser al-Khelaïfi, a déjà qualifié de «gros caractère», est cependant ailleurs: la nutrition. Végétarien, ennemi de l’absorption de glucides, il met au
point des régimes individualisés pour chaque
joueur, suivant leur âge ou leur état de forme. Jusqu’ici, l’équipe a vu un séducteur souriant et farceur, mettant des petites claques sur le crâne de
Neymar à l’issue du Trophée des champions remporté 4-0, face à l’AS Monaco samedi à Shenzhen
(Chine) et acceptant dans la foulée en bonne part
la douche au champagne que lui ont infligée ses
hommes en conférence de presse.
Ça ne durera pas : Tuchel laisse un souvenir très
tranché aux joueurs qu’il croise, dans un sens ou
dans l’autre. Un jour, l’un d’eux, mécontent de son
faible temps de jeu, s’était épanché dans la presse.
Le lendemain, il s’était vu remettre par l’entraîneur
une liste de noms de certains coéquipiers, sans
comprendre pourquoi. Alors, Tuchel l’a éclairé :
«C’est la liste de tous les joueurs du club qui ont
moins joué que toi mais qui, pour autant, ne sont
pas allés baver dans la presse pour le raconter.»
G.S.
droit. Et en janvier à Rennes, où il a
coupé une polémique naissante
–une main tendue à un adversaire
puis retirée– en expliquant le foot
comme un jeu de cour d’école, un
peu blagueur, léger.
Loin, si loin de la froide maîtrise du
Mbappé mondialiste ; capable de
passer devant la presse en exprimant le fond de sa pensée (Pogba
n’est pas un patron, il y a des alternatives à la méthode Deschamps)
sans jamais l’expliciter, en laissant
un parfum d’ivresse satellisant l’assemblée – ce gosse adore le foot,
nous aussi. Neymar l’a quelque peu
raccourci récemment: «C’est un gamin pour lequel j’ai beaucoup d’affection, et à qui je tente de transmettre mon expérience afin de l’aider à
être encore meilleur», manière de regarder son coéquipier de haut.
Mbappé avait parlé le premier dans
France Football: «Notre relation est
basée sur le respect et l’admiration
réciproques.» Epaule contre épaule
donc, Mbappé s’incluant avec Neymar dans les postulants au ballon
d’or 2018. Au Mondial, tout le
monde a compris que le natif de
Bondy n’avait pas 19 ans, mais bien
plus. Il maîtrise le foot, la manière
d’en parler, les coulisses. A l’Elysée,
tout y était: la déférence, la malice,
la gaieté et il n’a pas pour autant lâché un pouce de terrain.
Sur la pelouse, c’est plus simple :
«Kylian est un joueur qui va vite
avec ou sans le ballon», a synthétisé
son sélectionneur, Didier Deschamps, en Russie. Dans ses grands
soirs, Neymar est autrement globalisant. Une onde de plaisir qu’il diffuse à ses partenaires, puis jusque
dans le salon de ceux qui le voient
à la télé. Le terrain est encore de son
côté. Mais le PSG en Ligue 1, c’est
autre chose que le ballon. •
(1) Source Médiamétrie
LE PARIS-SG SANS MBAPPÉ
Celui-ci est toujours en vacances, Mondial oblige. Mais Neymar
devrait être de revue dimanche au Parc face à Caen.
La 1re journée de L1. Vendredi: Marseille-Toulouse, n.p. Samedi,
17h: Nantes-Monaco. 20h: Lille-Rennes, Saint-Etienne-Guingamp,
Nice-Reims, Montpellier-Dijon, Angers-Nîmes. Dimanche, 15h:
Lyon-Amiens. 17h: Bordeaux-Strasbourg. 20h: Paris-SG-Caen.
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
«C’est en France que les clubs sont
les plus abordables financièrement»
L
es investisseurs étrangers n’ont jamais
été aussi présents en L1: chinois (Nice,
Lyon), qatari (Paris-SG), américains
(Marseille en attendant Bordeaux), russe
(AS Monaco) ou luxembourgeois (Lille). Un
mouvement de fond, démontrant l’attractivité d’une compétition qui verra ses droits
télé exploser à l’horizon 2020. A l’opposé du
spectre: l’En avant Guingamp, 12e de Ligue1
l’an passé, premier club français à sauter le
pas de l’actionnariat des supporteurs, les Kalon («cœur», «courage» en breton) – les 6 %
qu’ils détiennent font de leur collectif le premier actionnaire. Le président du club, Bertrand Desplat, explique ce positionnement
unique… et tout ce qu’il implique.
Pourquoi intégrer les supporteurs dans
l’actionnariat du club ?
Le postulat de départ: l’En avant Guingamp
n’est confisqué par personne, il appartient à
tous. Une singularité au regard de l’environne-
ment du foot: la norme en Ligue1, c’est un actionnaire unique, de référence, puissant. Les
fonds souverains qataris pour le Paris-SG, un
milliardaire [François Pinault, ndlr] à Rennes… Avant de faire entrer les supporteurs
dans le capital, nous avions pris le soin de
construire un modèle de partage entre les forces vives de l’économie locale, qui s’apparente
à une coopérative d’entrepreneurs régionaux.
Avant les Kalon, il y avait déjà 144 actionnaires. Des artisans, des TPE, des PME, comme
la caisse régionale du Crédit agricole, le groupe
Le Graët [industries agroalimentaires], ou encore Servagroupe, un groupe costarmoricain
de travail temporaire et sponsor maillot du
club… Quand j’arrive en 2011, je vois un grand
oublié: le supporteur. Or, le fait de ne pas être
entrepreneur ne doit pas exclure. Quand je dis
que le club n’est confisqué par personne, c’est
concret: tous les entraînements sont ouverts
[alors que les huis-clos sont devenus la norme
en L1] et les sorties d’entraînements ou de
matchs des joueurs pour rejoindre leur parking s’effectuent au milieu du public. Le phénomène des Kalon est la concrétisation dans
le capital du club de cette politique. On a créé
une association support et lancé un achat de
parts nouvelles à 40 euros sur deux mois [de
février à avril 2017]: 15206 parts sont parties,
pour 6% du capital du club.
Les Kalon ont droit à quoi ?
On ne leur a rien promis. Même pas une re- de mon bilan envers les actionnaires –145 vomise à la boutique du club: on propose juste tants qui nomment 18 administrateurs, lesà un anonyme d’être enfin reconnu, à travers quels élisent un président. Une sixième saiun statut officiel qui lui est accordé. C’est une son de suite en Ligue 1, des comptes dans le
affaire de cohésion, et de partage. De lien. vert, plus de 20 millions d’investissements
Avec une manifestation concrète: sa plaque sur les cinq dernières années pour le dévelopde Kalon avec son nom et son numéro d’ac- pement de nos infrastructures: voilà ce que
tion sur le mur du stade du Rouje peux présenter.
dourou, la réplique de cette plaDes fonds américains qui se
que chez soi. Nicolas Adam, un
disent prêt à racheter les Girestaurateur de Saint-Brieuc, l’a
rondins pour 100 millions,
affichée à l’entrée de son établisvous comprenez ?
sement, à côté de ses étoiles MiOh oui. Si vous prenez le top5 des
chelin. C’est vous dire comme
championnats européens [Angleces symboles tiennent au cœur
terre, Allemagne, Espagne,
de notre public.
France et Italie], c’est encore en
En quoi l’EAG était-il prédisFrance que les clubs sont les plus
INTERVIEW abordables financièrement. Le
posé à cet actionnariat populaire ?
Milan AC vaut 500 millions, tous
D’autres clubs en ont beaucoup parlé… et on les clubs anglais sont valorisés à plusieurs
a été les seuls à le faire. Si vous voulez con- centaines de millions, parfois au-dessus
vaincre 144 actionnaires d’en accepter du milliard… La Ligue 1 est aujourd’hui un
un 145e via une augmentation de capital et un championnat challenger, mais à fort potentiel
achat de parts nouvelles, c’est facile. Si devez de croissance. C’est ce qui attire les investisen convaincre deux ou trois, c’est plus sensi- seurs, à juste titre. Avec deux des quatre plus
ble. Un actionnariat restreint, c’est inévitable- grands joueurs du monde [Neymar et Kylian
ment les luttes de pouvoir, deux contre un, Mbappé] dans son sein et des perspectives de
quatre contre deux… Nous, nous ne sommes droits télés –représentant les deux tiers des
pas OPAbles! Mon rôle, c’est de fédérer, et de recettes des clubs – qui vont augmenter
porter un véritable projet d’entreprise de 60% à l’horizon 2020. L’Olympique de Marpour l’EAG. Je n’en suis pas moins comptable seille n’a ni Neymar, ni Mbappé. Mais ils ont
AFP
«
Président du club de
Guingamp, Bertrand Desplat
se félicite d’en avoir préservé
l’ancrage populaire. Il défend
un championnat rééquilibré
vers les clubs de «cœur de
Ligue1», qui vont profiter d’une
redistribution des droits télé.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u 5
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Dans les gradins du stade
du Roudourou en 2014,
lors d’un match
de Ligue Europa.
PHOTO JEAN-SÉBASTIEN
EVRARD. AFP
fait revenir en France Florian Thauvin, Dimitri Payet, Steve Mandanda et Adil Rami: à son
niveau, l’OM contribue à l’essor du produit L1.
Et Guingamp ?
Les clubs du cœur de la Ligue 1 participent
eux aussi à la valorisation du produit Ligue1.
La saison passée, la pelouse du Roudourou a
été élue la meilleure de France: une pierre à
l’édifice. Deux gamins de 20 ans [Marcus Thuram et Félix Eboa Eboa] et un de 19 [Ludovic
Blas] au coup d’envoi du match sur le terrain
du Paris-SG [2-2, le 29 avril]: une autre pierre
à l’édifice. Une dernière illustration, fondamentale: pour nourrir le storytelling du petit
poucet, du club populaire et rural, émanation
d’une commune de 7000 habitants, qui rencontre les plus grandes métropoles françaises
et leurs grands clubs, encore faut-il savoir les
battre. Et régulièrement. C’est au Roudourou
que Monaco chute du podium fin avril (3-1),
au Roudourou encore que l’OM dit adieu à
la Ligue des champions [3-3 le 11 mai,
37e journée] au terme d’un match au scénario
complètement fou. La clé est sportive. L’EAG
n’est pas un faire-valoir. Il est en Ligue1 pour
gagner des matchs. Quel que soit le profil de
l’adversaire.
Comment sensibilisez-vous les joueurs?
Voilà quelques années, j’ai commandé une
étude sociologique sur l’EAG à une dame qui
cumulait les fonctions d’écrivain public et de
psychologue du travail. Elle a fait le tour de
l’environnement guingampais, au sens large:
des jeunes et des anciens, des hommes et des
femmes, ceux qui aimaient le foot et ceux qui
ne l’aimaient pas, un tour d’horizon complet…
L’objectif : mettre des mots sur le club, pour
le caractériser, savoir qui on est, comment
nous sommes perçus, les valeurs que nous dégageons. Tous ont utilisé les mêmes mots.
J’en ai encore des frissons quand je me remémore le moment où j’ai découvert tout ça: la
perception des gens tournait unanimement
autour des notions d’humilité, de combat,
d’exigence et de solidarité. Les quatre valeurs
cardinales de l’En avant. Ça, ce n’est pas du
perlimpinpin marketing. Cette étude n’a rien
créé: elle a juste permis de révéler les choses
au grand jour et nous a incités à les faire sortir
de l’ombre. Désormais, quand un nouveau
joueur arrive, je lui explique que son engagement contractuel [salaire, durée du contrat…]
n’a pas de valeur pour nous, que ce n’est que
de la paperasse. En revanche, je lui remets officiellement un petit carnet rouge –titré l’Engagement– que l’on contresigne tous les deux
et où ces quatre valeurs sont longuement détaillées et illustrées. Elles sont aussi inscrites
sur les murs de nos différentes installations.
Dans le couloir qui mène au terrain, il y a de
grandes photos des visages de nos vrais supporteurs. Nos joueurs vivent sous leur regard
et leur bienveillante protection.
Beaucoup d’autres clubs évoquent ces valeurs de combat, d’exigence…
D’accord. Mais est-ce que ces clubs les formalisent ?
Rarement.
Voilà.
L’En avant Guingamp se targue d’être un
club «familial». Concrètement ?
Quand un joueur m’appelle parce que son
épouse est sur le quai de la gare pour reprendre le train dans l’autre sens parce que les
murs de sa cuisine ne sont pas de la couleur
convenue, c’est moi qui envoie l’artisan. Ou
qui saute un repas dominical pour aller chercher un joueur à la gendarmerie, ou qui contacte le cabinet du préfet pour un passeport
d’urgence parce que celui d’un de ses enfants
est périmé alors qu’il part en vacances.
En janvier, vous avez attiré Clément Grenier, un «gros» joueur à votre échelle, en
difficulté depuis plusieurs saisons, pour
qu’il se refasse une santé. On le convainc
comment ?
En lui expliquant d’abord que si sa carrière
avait suivi une trajectoire normale [compte
tenu de son niveau], on ne serait pas là en
train de discuter avec lui. On s’est engagés à
le relancer. On a été patients : il a mis plusieurs semaines à reprendre le rythme de la
Ligue 1 mais il a toujours été aligné par le
coach. Ça faisait partie du deal: je lui ai expliqué que chez nous, il partait avec 100 % de
confiance, pas 80% avec 20% à aller chercher.
On lui a aussi vendu un environnement sain
et protecteur, sans les coups bas qu’il avait dû
vivre dans ses expériences précédentes [fréquents à Lyon, où Grenier a évolué entre 2012
et 2018 et où on faisait courir des rumeurs le
concernant] : chez nous, tu penses uniquement foot. Et tu prends du plaisir. Puis, on lui
a quand même expliqué qu’il fallait qu’il divise son salaire par quatre ou cinq (rires).
Vous en pensez quoi, des joueurs ?
Qu’on les diabolise. Ils ont tous un point commun: une force de caractère exceptionnelle,
qu’ils ne partagent avec personne d’autre. Et
si cette force de caractère peut être couplée
avec des valeurs humanistes, compte tenu de
leur attractivité auprès du public et de la force
de projection qu’ils suscitent chez les jeunes,
alors un joueur peut changer le monde. Didier
Drogba [à Guingamp entre 2002 et 2003] a
changé le monde à sa manière [en contribuant
à arrêter la guerre civile en Côte d’Ivoire]. On
ne parle pas que de la carrière du joueur : ça
va bien au-delà. Les grands joueurs sont des
héros des temps modernes.
Vous avez eu de bonnes surprises ?
Beaucoup. On vous raconte qu’untel est caractériel, que ça s’est mal passé partout. Puis
vous le rencontrez et vous comprenez ses
fractures humaines, les épreuves difficiles
dès l’enfance… Si on ne s’y intéresse pas, bien
sûr que l’on ne voit pas le même homme.
Après… Quand j’ai vu arriver Ludovic Blas ou
Marcus Thuram avec les cheveux décolorés,
je leur ai expliqué gentiment que ça pouvait
se faire une fois qu’ils auraient quitté le club.
La coiffure en frites de Neymar, c’est pas pour
nous [sourire] ! Guingamp, ce n’est pas
New York. Dans un territoire rural comme le
nôtre, l’excentricité peut être mal comprise.
Depuis 2016, vous avez fédéré les clubs
dits de «cœur de Ligue1» (Montpellier, Dijon, Reims, Angers…) pour rééquilibrer
les rapports de force. Pour quel résultat?
Avant, la répartition des droits télé entre le 1er
et le 20e de L1 allait de 1 à 4,1. Aujourd’hui, elle
est de 1 à 3,2. Et à partir de la saison 2020-2021,
elle sera de 1 à 2,5. Il nous a effectivement fallu
renverser le rapport de force, trop favorable
historiquement aux grands clubs, et je me suis
attelé à fédérer une majorité jusque-là silencieuse de clubs du cœur de notre championnat, pour que leurs intérêts soient préservés.
Pour que notre L1 garde de l’attrait dans le
temps, il est en effet fondamental que la compétition reste équilibrée, en évitant les trop
grandes disparités économiques. Cela a été
le sens de notre démarche, tout en reconnaissant aussi le rôle majeur joué par nos locomotives (PSG, Marseille, Monaco, Lyon…). Tout
est toujours question d’équilibre.
Mais la Ligue 1 est un championnat de
plus en plus déséquilibré, où l’incertitude
sportive recule chaque saison…
Ecoutez : si les droits du foot ont explosé en
janvier pour atteindre 1,2 milliard par saison,
c’est quand même bien principalement grâce
à la venue de Neymar, non? Il fallait un coup
de canon, le renfort de capitaux extérieurs
pour permettre l’arrivée de stars dans le
Championnat de France, que les ressources
organiques de la Ligue1 ne nous autorisaient
pas jusqu’alors à espérer. Donc, on doit tous
remercier les clubs qui permettent la venue
des Neymar et autres stars, c’est-à-dire les valoriser, les protéger. L’attitude de certains menant des combats d’arrière-garde contre les
investisseurs étrangers ou la fiscalité monégasque est incompréhensible, sauf à penser
qu’ils souhaitent ainsi essayer de préserver
leur petit pré carré. Aujourd’hui, la concurrence est internationale : c’est la Ligue des
champions, le Barça, le Real, la Juve ou Manchester City. Et vous ne pouvez pas vous comporter dans un monde ouvert comme si vous
étiez dans un monde fermé. Faute de quoi,
vous devenez le championnat des Pays-Bas.
Quels effets attendez-vous de l’augmentation des droits télés ?
Le danger, c’est une inflation sur les joueurs
moyens, que les présidents devront juguler.
Ensuite, il faudra améliorer «l’expérience
spectateur», pour reprendre un terme à la
mode : quand Claude Michy [président de
Clermont, L2] organise son Grand Prix de
France moto, les gens arrivent trois jours
avant et partent le lendemain ; c’est une
grande fête populaire, une kermesse –on doit
tous nous en inspirer pour la Ligue1, imaginer
des événements autour du match, un barbecue géant, des concerts, des jeux, des arts de
rue… Enfin, et c’est là le principal, l’augmentation des droits télé amènera de nouvelles
stars. Et quand on aime le foot…
Recueilli par GRÉGORY SCHNEIDER
Envoyé spécial à Guingamp
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
AMIENS SC
BUDGET: 36 M€
ANGERS SCO
BUDGET: 30 M€
AS MONACO
BUDGET: 200 M€
AS SAINT-ETIENNE
BUDGET: 75 M€
CAEN SM
BUDGET: 35 M€
Le coach
Christophe Pélissier
L’imbroglio Luzenac (injustement empêché de monter
en L2 par la Ligue en 2014)
sur le CV l’a transformé en
héros, mais il a eu peur de
monter d’un cran (Toulouse
sur le rang) en juin.
L’équipe On a fini par
comprendre le (facile) maintien du
club picard l’an
passé : une adéquation miraculeuse entre l’équipe et
l’ethos de la Ligue 1 – la puissance et la dureté défensive,
qui relèguent le reste (vitesse,
technique, talent) à l’arrièreplan. Amiens, c’est l’origine.
Le pronostic entre 11e et 15e.
Le coach
Stéphane Moulin
Huitième saison en Anjou
pour cet homme discret,
qui semble prendre un peu
plus d’assurance chaque
année dans un contexte où
il est ultrasécurisé.
L’équipe Comme tous
les ans, le club
n’avait pas les
moyens de conserver son homme providentiel,
Karl Toko-Ekambi (17 buts
en L1 la saison passée) : la dureté abrasive et la rigueur,
c’est bien, peut-être même
beau, mais arrivera le moment où il faudra mettre des
buts. Et là…
Le pronostic entre 11e et 15e.
Le coach
Leonardo Jardim
Des centaines de millions
de plus-value de joueurs
réalisés sur le marché des
transferts comme une œuvre,
puisqu’il les a fait progresser.
L’homme le plus rentable
du foot international.
L’équipe La saison passée,
des joueurs importants étaient partis et
ceux qui sont restés
furent à peu près tous endeçà de leur véritable niveau
(sauf Rony Lopes) et Monaco
avait fini 2e de L1 quand
même. Ça vaut toutes les démonstrations de force.
Le pronostic entre 1e et 5e.
Le coach
Jean-Louis Gasset
Puisque Laurent Blanc n’a pas
retrouvé de boulot, Gasset, son
éternel adjoint, continue d’avancer à découvert dans le Forez.
Pas un théoricien, mais les théories et le foot, hein…
L’équipe Un petit côté expendables, avec des types habitués au très haut niveau englués dans les
transferts les plus foireux qui
soient (Mathieu Debuchy, Wahbi
Khazri, Yann M’vila, Timothée
Kolodziejczak) et qui reviennent
se faire une santé chez les Verts.
Le pronostic entre 1er et 5e.
Le coach
Alain Mercadal
Un 8e de L2 (la saison passée,
avec le Paris FC) à qui on
offre un baquet de Ligue 1 :
l’opportunité d’une vie.
L’équipe L’été aura vu partir
le meilleur attaquant, le meilleur
défenseur, le directeur sportif, l’entraîneur depuis 2012 et le président. En
attendant l’illustration de la
théorie de la destruction
créatrice, on ne peut que
constater, froidement, qu’ils
ont pris des risques insensés.
Le pronostic entre 16e et 20e.
Côté coachs L
Après une saison de profils internationaux et innovants,
la Ligue1 revient à ses vieux pots. Le coach 2018-2019
est plutôt français et travaille à l’ancienne.
a saison passée, la Ligue 1 s’était
ouverte aux entraîneurs étrangers.
L’Argentin Marcelo Bielsa à Lille, l’Espagnol Oscar Garcia à Saint-Etienne, le vénérable Italien Claudio Ranieri à Nantes et
même le Basque Unai Emery, confirmé à Paris malgré la perte du titre de champion de
France et une défaite catastrophique (4-0, 1-6
face au FC Barcelone) en huitièmes de finale
de la Ligue des champions alors que son pré-
décesseur, Laurent Blanc, avait été viré juste
après un titre et un quart de finale dans la
compétition-reine: un vent exotique soufflait
sur ce bon vieux championnat domestique
et deux présidents de clubs nous expliquaient
en off qu’ils n’étaient plus à la veille de confier ce poste-clé à des Français, réputés rapides à jouer la politique du pire (du genre «je
n’ai pas de solution pour redresser l’équipe,
donnez-moi le solde de mon contrat et je
MONTPELLIER HSC
BUDGET: 70 M€
NÎMES OLYMPIQUE
BUDGET: 20 M€
OLYM. LYONNAIS
BUDGET: 280 M€
OLYM. DE MARSEILLE
BUDGET: 150 M€
OGC NICE
BUDGET: 50M€
Le coach
Michel Der Zakarian
Aussi compliqué de lui arracher un mot que de battre
les équipes qu’il coache.
Cet homme a forcément un
secret. Mais lequel ?
L’équipe La saison passée,
Monaco, Marseille,
l’Olympique lyonnais et le Paris-SG
se sont tous fait serrer à un
moment par ces gars-là, à
grands coup de replacements défensifs. Montpellier,
c’est la prédominance du
sport sur le spectacle, c’est-àdire la véritable démocratie
de la Ligue 1.
Le pronostic entre 6e et 10e.
Le coach
Bernard Blaquart
Le frère de l’évêque d’Orléans, ce qui n’explique pas le
prodige de la montée réussie
la saison passée par cet ancien formateur et pompier de
service monté en grade.
L’équipe Quelle télé n’a pas
encore tourné son sujet avec le buteur,
Umut Bozok
(24 pions en L2 la saison dernière), faisant courir ses
doigts sur son piano ? Trop
tard : Bozok fait désormais
grise mine en attendant une
revalorisation salariale. Et les
autres ont déjà fait grève
pour une histoire de primes.
Le pronostic entre 16e et 20e.
Le coach
Bruno Genesio
Homme du club (ancien
joueur, patron de la formation) élevé juqu’à l’équipe
première, Genesio vient
de prendre un agent pour
mieux se vendre. L’émancipation guette.
L’équipe En absorbant la
saison passée sans
secousse (la Ligue
des champions a été
atteinte) une palanquée de
solistes devant (Depay,
Mariano) et de gamins au milieu (Aouar, Ndombélé), l’OL
a déjà fait le plus dur : l’heure
de la récolte est venue.
Le pronostic entre 1er et 5e.
Le coach
Rudi Garcia
La troisième année, seuil critique du coaching au sein d’un
projet aussi lourd : Garcia y arrive et doit construire un happy
end qui serve (aussi) sa sortie et
ses intérêts à lui. Passionnant.
L’équipe En attendant Mario Balotelli, Olivier Giroud
ou un autre, le club dégage une étrange impression de surplace : la Ligue
Europa comme la saison passée,
Dimitri Payet et Florian Thauvin
toujours aux manettes, Pamela
Anderson encore au bras d’Adil
Rami à écumer les épiceries
bios… Dans l’ombre, les proprios
américains serrent les vis.
Le pronostic entre 1er et 5e.
Le coach
Patrick Vieira
«Le Long» revient des Amériques où il a appris le job
de coach dans la couveuse
émirati (New York City, Manchester City…), couveuse
dont il a décidé de s’affranchir. Ces mêmes Emirati n’ont
rien compris à son choix.
L’équipe L’entraîneur Lucien
Favre parti et l’attaquant Mario Balotelli
(18 buts en L1 l’an
passé, pas un match gagné
sans lui avant mars) sur le
départ, il y a un je-ne-sais
quoi d’aventureux et de flou
dans cette histoire.
Le pronostic entre 6e et 10e.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u 7
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DIJON FCO
BUDGET: 35 M€
E.A. GUINGAMP
BUDGET: 26 M€
FC NANTES
BUDGET: 60 M€
GIR. DE BORDEAUX
BUDGET: 75 M€
LILLE OSC
BUDGET: 90 M€
Le coach
Olivier Dall’Oglio
Un entraîneur avec des
convictions à contre-courant
(jeu au sol, prise de risque,
joueurs plus fins qu’ils
ne sont costauds) dans la
froide lumière de la L1
contemporaine.
L’équipe Après avoir tenté
(sans succès) de
retaper l’ex-international Marvin
Martin, les Dijonnais ont
franchi trois échelons dans
la réparation des fracassés
du foot hexagonal : Yoann
Gourcuff ! Dijon, creuset de
tous les idéalismes.
Le pronostic entre 11e et 15e.
Le coach
Antoine Kombouaré
Dans le genre chef de clan,
l’ancien défenseur central
féru de golf est indépassable.
Rien que de s’imaginer en
tête à tête avec lui dans son
bureau pour une remontée
de pendule, on frissonne.
L’équipe «Si tu n’a pas envie
d’aller au mastic, tu n’existes
pas.» (Kombouaré). De la vitesse, des
courses, de l’intensité : le jeu
de football pensé comme une
attitude, consistant à donner
sans compter.
Le pronostic entre 6e et 10e.
Le coach
Miguel Cardoso
Le versant intello du poste :
cursus universitaire (comme
pour beaucoup d’entraîneurs
lusitaniens), longue expérience des équipes de jeunes
(jusqu’à Donetsk, Ukraine) et
prodiges réussis avec la modeste équipe de Rio Ave : le
Portugais est attendu.
L’équipe Six Brésiliens dans
l’effectif, un Slovène, un Congolais,
un Ghanéen… Lentement mais sûrement, la direction désarrime le club de
son substrat hexagonal. Mais
le foot est un esperanto.
Le pronostic entre 6e et 10e.
Le coach
Gustavo Poyet
Il s’est amusé à mettre
un demi offensif (Younousse
Sankharé) au poste d’avantcentre en Ligue Europa
le 26 août : courage ou
provocation pour se faire
virer avec indemnités ?
L’équipe Les joueurs sortent
du placard ou y entrent d’une saison
sur l’autre selon une
logique cosmique, peut-être
indexée sur quelques cycles
solaires. Une malédiction qui
n’empêche pas des investisseurs américains d’être sur le
point de lâcher 100 millions
pour le club,
Le pronostic entre 11e et 15e.
Le coach
Christophe Galtier
Le vrai patron du club, le
«conseiller du président» Luis
Campos, vient de lui expédier
trois nouveaux adjoints dans les
gencives sans qu’il ait son mot à
dire. Mauvais vent.
L’équipe 90 millions d’euros à
récupérer sur le marché
des transferts avec des
joueurs qui ont fini le
dernier exercice à la 17e place
(sur 20) pour complaire au gendarme financier de la Ligue : il
va falloir de la magie. Ou du réseau. Ou les deux. En admettant : ceux qui resteront ne sont
pas rendus…
Le pronostic entre 16e et 20e.
pars») et disposant de réseaux médiatiques
éprouvés depuis longtemps.
Cette bourrasque a vécu: seize des vingt entraîneurs de L1 (contre treize la saison passée)
sont français et s’il est malhonnête intellectuellement de comparer la situation d’un Rudi
Garcia, parti se construire en Italie une crédibilité internationale, d’un Patrick Vieira (eximmense joueur, à l’aube de sa carrière de
coach), ou encore d’un formateur monté en
grade comme Bruno Genesio, il est aisé de définir un portrait-type. L’entraîneur de L1 est un
type expérimenté, souvent passé par les équipes de jeunes (le coach portugais de Nantes,
Miguel Cardoso, y a passé l’essentiel de son
cursus), parce que les clubs hexagonaux vivent –ou espèrent vivre– des transferts et que
la marge entre un joueur acheté et vendu est
indexée sur sa progression réelle ou espérée.
Un profil bottom up, du bas vers le haut: la se-
maine dernière, le coach nîmois Bernard Blaquart s’est même montré solidaire de ses
joueurs en grève pour obtenir de leur direction
une augmentation de leurs primes à venir. A
Saint-Etienne, le très madré Jean-Louis Gasset à la place d’un Oscar Garcia plus théoricien
(le FC Barcelone, le jeu sans avant-centre) :
tout un symbole. Et ce symbole parle: ceinture
et bretelles, qui a fait refera, la Ligue1 n’est pas
une terre d’aventures mais une routine dont
il faut maîtriser les arcanes. Raison de plus
pour apprécier les quelques prises de risques
qui traînent encore dans le paysage, Patrick
Vieira à Nice (dans un contexte très sécurisé
il est vrai, tant la politique du club est nette et
lisible), Fabien Mercadal à Caen. Et Thomas
Tuchel au Paris-SG. Mais là, c’est la Ligue des
champions qui parlera. Pas la Ligue1.
GRÉGORY SCHNEIDER
Illustrations TERREUR GRAPHIQUE
PARIS-SG
BUDGET: 560 M€
RC STRASBOURG
BUDGET: 35 M€
STADE DE REIMS
BUDGET: 40 M€
STADE RENNAIS
BUDGET: 70 M€
TOULOUSE FC
BUDGET: 35 M€
Le coach
Thomas Tuchel
Tout charme, pour l’heure.
Mais c’est quand le coach
allemand demandera à ses
barons du vestiaire (Thiago
Silva, Dani Alves…) de courir
plus que les choses sérieuses
commenceront.
L’équipe Di Maria et Draxler
s’accrochent à leurs
contrats malgré
des perspectives
de temps de jeu réduites,
Lass Diarra revient en
majesté dans le onze-type :
le foot, c’est la contradiction
au cœur des actions des
hommes.
Le pronostic Entre 1er et 5e.
Le coach
Thierry Laurey
Sa vie de coach qui dit tout
ce qu’il pense – un sport en
soi, et risqué – se dessine
pour l’heure entre bas de L1
et sommet de Ligue 2, c’est-àdire à l’aune de la fragilité des
choses : un geste manqué et
la saison bascule. Un charme.
L’équipe Eternel combat
d’un club vivant sa
deuxième saison
en L1 : apporter du
liant et de la facilité dans le
jeu sans perdre l’agressivité
crève-la-faim du petit. Un
peu la quadrature du cercle
quand même…
Le pronostic entre 16e et 20e.
Le coach
David Guion
Encore un formateur promu
chez les pros pour accompagner des jeunes devant rapidement être vendus avec
plus-value : le métier d’entraîneur envisagé comme un
porte-avions.
L’équipe Beaucoup de mouvements dans l’effectif de ce promu,
cachant une intuition : les joueurs capables
de faire monter un club en L1
ne sont pas les mêmes que
ceux qui peuvent ensuite
l’y maintenir.
Le pronostic entre 11e et 15e.
Le coach
Sabri Lamouchi
L’une de ses premières décisions à son arrivée en novembre : changer le traiteur du
club, manière de dire que le
foot est une affaire de détails.
Quand même, où va se nicher
le haut niveau, parfois…
L’équipe Du talent inégalement réparti : pas
mal du tout devant,
énormément de
classe au milieu (Grenier,
Bourigeaud, Lea Siliki) mais
trop court derrière. En théorie, cette configuration promet des buts et du spectacle.
Le pronostic entre 6e et 10e.
Le coach
Alain Casanova
Viré du club en 2015 faute de
résultats mais aussi de vibes,
réinstallé cette saison après un
échec sur deux saisons à Lens :
le retour d’Alain Casanova symbolise les vertues (supposées)
d’une sorte de pédagogie par
l’échec.
L’équipe Les deux cadors défensifs formés au club
(Lafont, Diop) sont
partis sans se retourner
mais il reste une palanquée
de gamins à édifier et de
fracassés (Sanogo, Cahuzac)
à éclairer : on a de la tendresse,
forcément.
Le pronostic entre 16e et 20e.
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8 u
MONDE
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
ÉTATS-UNIS
Envoyée
à Morristown
(New Jersey)
sillage de la tuerie du lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland (Floride) en
février, ont fait étape jeudi à Morristown, dans le New Jersey, et vendredi à
New York. Ils seront dimanche à Newtown (lire ci-contre), point d’orgue de
leur circuit «Road to Change» («Sur la
route du changement»).
RABATTU LE CAQUET
Pendant deux mois, les jeunes de
Parkland, rejoints par d’autres néo-activistes, ont sillonné les Etats-Unis. En
tout, cinquante étapes dans vingt Etats,
de la Floride à la Californie en passant
par la Caroline du Sud ou le Texas. Des
ue
L
e gros bus gris métallisé, aux allures de camion de tournée pour
groupe de rock à succès, vient
à peine de se garer. Déjà, la foule
s’amasse en lisière du parc, laissant un
instant derrière elle l’ambiance de
banlieue américaine un jour de congé:
grillades de porcs sur les barbecues,
paquets de chips éventrés, terrain de
basket et musique plein pot. Les portes
s’ouvrent. Une dizaine de jeunes sortent
sous les applaudissements nourris. Les
leaders de «March for Our Lives» («Marche pour nos vies»), cette mobilisation
en faveur de législations plus strictes sur
le contrôle des armes à feu, née dans le
nti
q
ISABELLE
HANNE
At
la
Par
town halls, ces réunions publiques typi- avait rabattu le caquet à tous les politiques de la politique américaine, des ques du pays lors d’un discours mémopique-niques, des marches, rassemblant rable au lendemain de la fusillade de
de quelques centaines à quelques mil- Parkland, paraît minuscule face à un
liers de participants à chaque fois. Les type immense et recouvert de badges
organisateurs estiment qu’en tout, «Facts matter» («Les faits comptent»),
50 000 personnes ont participé à ces qui vient la remercier. Une quinquagéévénements. Les lieux n’ont pas été naire s’approche: «Je peux vous prendre
choisis au hasard : quartiers affectés dans mes bras ?» avant de se mettre
par la violence armée, villes symboles de à pleurer. «Cette fille est incroyable, elle
la lutte pour les droits civiques, ou bas- incarne tout ce qu’une partie du pays détions de la National Rifle
teste : c’est une femme, elle est
Association (NRA),
d’origine cubaine et elle est
NEW YORK
puissant lobby des
bisexuelle, sourit JeanNew
armes et principal facMarie Embler quelques
York
Long
teur de blocage dans
minutes plus tard. Et
Island
Morristown
toute tentative de
elle dit : “Je vous emréforme.
merde, et on va changer
Trenton
PENNSYLVANIE
Cheveux gominés et lules choses.” Dès que je
nettes de soleil, David
l’ai entendue, je me suis
NEW
JERSEY
Hogg, l’une des figures
dit qu’il fallait que je
MA
RY
du mouvement, est sousorte de ma zone de
LA
ND DELAWARE
riant mais ferme: «No press»,
confort»,
raconte la libraire,
30 km
lance-t-il, dès sa sortie du bus.
qui s’est depuis engagée dans
Un ballon dans les mains, il fonce sur
l’organisation «Moms Demand Action
le terrain de basket avec ses camarades. for Gun Sense in America». Emma Gon«C’est génial de les voir faire quelque zalez répond à tous les sourires, accepte
chose qu’ils sont censés faire, du sport, tous les hugs, tous les selfies… Mais ne
plutôt que de passer leur été à militer donnera aucune interview, elle non plus.
pour un sujet aussi grave», se réjouit Ju- «On veut laisser à tous les jeunes du bus
lie, une activiste venue avec ses deux l’occasion de s’exprimer dans les médias»,
adolescents. Crâne rasé sous une cas- justifie son attaché de presse. Parmi eux,
quette jaune, chemise à carreaux nouée Alex King, 18 ans, qui s’excuse d’être
autour de la taille, Emma Gonzalez, qui «tout transpirant» après le match de
éa
n
En réaction à la fusillade de Parkland qui avait
tué 17 lycéens en février, des jeunes ont
traversé le pays pendant deux mois pour
inciter les 18-35 ans à s’inscrire sur les listes
électorales en vue des élections de mi-mandat.
Rencontre dans le New Jersey, avant leur
arrivée à Newtown ce dimanche.
Emma Gonzalez et d’autres militants de «March for Our Lives» au départ de leur
Oc
A Morristown,
les anti-armes
tiennent la route
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u 9
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Le Connecticut en pointe
Depuis la tuerie de
l’école de Sandy Hook
en 2012, l’Etat du
nord-est du pays a
renforcé son arsenal
législatif et ses
programmes
de prévention.
D
e S a n dy H o o k à
Parkland, deux des
pires fusillades en
milieu scolaire de l’histoire
américaine, les militants de
«March for Our Lives» («Marche pour nos vies») bouclent la
boucle. Pour la dernière étape
de leur «Road to Change» de
deux mois à travers le pays, ils
ont choisi Newtown, dans le
Connecticut. C’est dans cette
ville, endeuillée en 2012 par
une tuerie de masse dans
l’école primaire de Sandy
Hook, qu’ils organisent leur
dernier rassemblement, ce dimanche. Comme celle de
Parkland en février (17 morts),
la fusillade de Newtown
(26 morts, dont 20 enfants),
avait bouleversé l’Amérique.
Noté A-. Depuis, le sénateur
du Connecticut Chris Murphy,
devenu l’une des principales
voix au Congrès pour un plus
ferme contrôle des armes, a
tenté de faire bouger les
choses. En 2016, après la fusillade d’Orlando, il s’est illustré par l’un des plus longs
«filibusters» (une technique
d’obstruction parlementaire)
de l’histoire américaine.
Quinze heures non-stop à tenir le micro, pour pousser les
sénateurs à voter une réforme
des contrôles d’antécédents
des acquéreurs d’armes à feu
et la mise en place d’un fichier
national. En vain.
Etat démocrate de 3,5 millions
d’habitants, le Connecticut a
toutefois poursuivi ses projets.
Depuis Sandy Hook en 2012,
il a renforcé son arsenal législatif et s’est imposé comme un
laboratoire pour plusieurs lois
et programmes de prévention.
L’une des principales organisations contre la violence armée, le Giffords Law Center,
lui attribue la note de A-: il est
le troisième dans le classement des Etats américains dotés des législations les plus
strictes en matière d’arme à
feu, après la Californie et le
New Jersey (le Mississipi a
un F). Son taux de morts par
arme à feu est l’un des plus faibles du pays.
Outre des contrôles d’antécédents très stricts, même pour
la revente d’armes entre particuliers (vide juridique dans
plusieurs Etats) et l’interdiction des fusils d’assaut, le Connecticut a été le premier à mettre en place une mesure assez
radicale: la saisie d’armes à feu
chez des individus jugés, par
leurs proches, dangereux pour
eux-mêmes ou pour les autres,
sur décision du tribunal. Cette
«red flag law» a ensuite été
adoptée par la Californie,
l’Indiana ou l’Oregon. Après la
fusillade de Parkland, dont le
tireur avait été signalé plusieurs fois aux autorités pour
des menaces et un comportement violent, la Floride leur a
emboîté le pas en mars.
«Puzzle». «La difficulté, c’est
l’inversion totale des valeurs
dans le rapport aux armes,
quand on compare aux autres
pays développés où posséder
une arme est une exception,
avance Jeffrey Swanson, sociologue à l’université Duke
(Caroline du Nord) qui a étudié les effets des politiques du
Connecticut. Aux Etats-Unis,
la possession d’armes à feu est
un droit constitutionnel et les
interdictions sont, elles, les exceptions, qu’il faut encadrer
par de nouvelles lois.»
La corrélation est pourtant
établie, insiste-t-il : plus les
lois sont strictes et le stock
d’armes disponibles bas, plus
le taux de mortalité par armes
à feu est faible. «La prévention
sur les armes, c’est un puzzle
avec plein de pièces, et la red
flag law en est une, comme les
contrôles d’antécédents, ou
l’accompagnement psychologique, détaille Jeffrey Swanson.
Mais voter une nouvelle loi
n’est pas suffisant : les armes
font tellement partie de la culture d’une partie du pays, de
l’iconographie nationale… Ce
dont on a besoin, c’est d’un
changement complet de norme
sociale.»
I.H. (à Morristown)
tournée, à Chicago le 15 juin. PHOTO JIM YOUNG. AFP
basket improvisé. Ce jeune militant de
Chicago a rejoint le mouvement en mars.
«Mon neveu a été tué par balles il y a
quelques mois. Dans ma ville, la violence
armée, c’est un problème quotidien»,
rappelle-t-il. Chicago, troisième ville du
pays, connaît le plus grand nombre d’homicides par armes à feu chaque année.
A la rentrée, Alex commence ses études
de théâtre et de communication. «Mais
surtout, je vais voter pour la première
fois!»
La stratégie de la tournée Road to
Change est claire : après la manifestation monstre de Washington, fin mars,
continuer à faire vivre le sujet dans le
débat national. Mais surtout, inciter les
jeunes à s’inscrire sur les listes électorales et à voter aux élections de mi-mandat en faveur de candidats poussant
pour des lois plus strictes en matière
d’armes à feu – et à dégager les autres.
«Les jeunes sont les moins susceptibles
d’aller voter, regrette Sarah Emily Baum,
18 ans, l’organisatrice de cette étape
dans le New Jersey. Ils n’ont aucune confiance en la politique: il faut les motiver,
leur rappeler que leur voix compte.» Aux
Etats-Unis, les millenials (18-35 ans)
sont aujourd’hui une force politique
équivalente aux baby-boomers : ces
deux groupes représentent chacun environ 31% de l’électorat total, selon une
étude réalisée en mars par le Pew Re-
search Center. Mais à chaque élection,
les millenials continuent d’avoir le plus
faible taux de participation. Les leaders
de Parkland ont décidé de faire de la
mobilisation électorale de ces jeunes
Américains leur nouveau cheval de
bataille pour les midterms, en vue de voter pour des candidats favorables à un
contrôle des armes, et, si possible, de
changer ce Congrès paralysé depuis si
longtemps sur la question.
«GÉNÉRATION INTELLIGENTE»
Des stands pour s’inscrire sur les listes
électorales ont été installés dans le
Lidgerwood Park de Morristown. Des volontaires circulent, formulaires en main,
pour informer de la procédure. Beaucoup arborent un tee-shirt représentant
un drapeau des Etats-Unis avec QR code
intégré, qui permet, en étant lu par un
smartphone, de faire les premières
démarches d’inscription en ligne. «Notre
objectif, c’est de créer une force électorale
jeune et éduquée, insiste Matt Deitsch,
20 ans, autre meneur de Parkland, dont
le petit frère a survécu à la fusillade. Je
crois qu’avec cette génération intelligente,
consciente, politisée, le pays va changer
radicalement. Sinon, les gens continueront à mourir sous les balles, et d’autres
continueront d’en tirer profit.» Matt était
à bord du bus pendant les deux mois :
«Une expérience épuisante, mais aussi
l’un des meilleurs moments de ma vie: on
a permis à des gens de se rencontrer, à des
jeunes leaders d’émerger un peu partout,
avance-t-il. En un été, on a fait plus
de town halls que n’importe quel élu américain en toute sa carrière !» lance-t-il
fièrement.
«La question des armes n’est pas clivante:
on veut tous vivre en sécurité, sans avoir
peur d’aller à l’école ou à l’église. C’est le
Congrès qui est polarisé, pas le pays.» Et
de rappeler que «depuis Parkland, 55 lois
permettant un plus strict contrôle des
armes ont été votées au niveau des Etats».
Mais toujours rien en vue au niveau fédéral, comme l’ont rappelé deux élus
présents, le gouverneur du New Jersey,
Phil Murphy, et le sénateur Cory Booker,
tous deux démocrates, dans un Etat jugé
bon élève en matière de législation sur
les armes. «80% des armes impliquées
dans la criminalité ici proviennent
d’autres Etats», insiste Murphy, le visage
rouge sous le soleil de midi, rappelant au
micro «l’absolue nécessité d’une législation nationale».
La parenthèse politique est de courte
durée : les jeunes militants se lancent
dans une bataille d’eau, puis dansent
devant un improbable canard gonflable
géant, doté d’une reconnaissable mèche
blonde et présidentielle. «Full of hot air!»
(«Il brasse du vent!») proclame la pancarte à côté. •
vion
Marie Sau
une bonne tasse d’été
09 : 00 - 10
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tous les lundis
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10 u
MONDE
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
LIBÉ.FR
Polémique sur la
pub de Gap montrant une petite fille
voilée Postée le 31 juillet, une photo de la
nouvelle campagne de pub de la marque
américaine, où deux enfants posent, dont
une petite fille avec un voile bleu, a provoqué l’ire d’internautes francophones, appelant au boycott de Gap. CAPTURE GAP
Photo d’Oleg Sentsov diffusée jeudi par les services du haut-commissaire russe aux droits de l’homme. PHOTO AFP
Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov
dans un état critique
En grève de la faim
depuis trois mois,
le réalisateur
opposé à l’annexion
russe de la Crimée
croupit en Sibérie.
Malgré l’entretien
téléphonique entre
Macron et Poutine,
l’espoir n’est plus
de mise.
Par
CHARLES
DELOUCHE
T
rois mois sans manger. Pour le réalisateur
ukrainien Oleg Sentsov, la situation est proche du
point de non-retour. Sa grève
de la faim atteint ce samedi
chel Eltchaninoff, qui milite
pour sa libération via son association les Nouveaux Dissidents : «Depuis fin juillet,
on était sans nouvelle de
Sentsov. Les communiqués de
l’avocat étaient d’ordinaire
très mesurés, l’objectif était
de faire taire les rumeurs selon lesquelles Sentsov était
nourri de force avec une
sonde ou même qu’il serait
mort. Mais le message parvenu mercredi a changé la
donne. Il est très alarmant.»
Les visites en prison sont rares dans le grand nord russe.
Les conditions y sont telles
que le réalisateur a refusé
des visites de sa propre famille, par peur de sombrer,
lui comme ses proches, dans
une terrible dépression.
«Sentsov continuera jusqu’au
bout sa grève de la faim, mais
c’est la première fois qu’il sent
la mort approcher. Il entre
dans une phase critique, regrette le philosophe. En
France, il y avait beaucoup
d’espoir dans l’appel téléphonique prévu entre les deux
présidents.»
Ce n’est pas la première fois
que Macron plaide en faveur
du cinéaste ukrainien. En
mai, lors d’une rencontre officielle à Saint-Pétersbourg,
il avait mentionné son cas
devant le président russe
avant de lui adresser un
courrier pour lui faire part de
sa «vive préoccupation sur
l’état de santé du cinéaste et
lui demander de réagir rapidement».
«Irréversible». Pour Marie
son 90e jour et son état de transmis une lettre, via son
santé est devenu extrême- avocat. Il ne peut plus se lement alarmant. Condamné ver. Il écrit que la fin est prole 25 août 2015 à vingt ans de che et il ne parle pas de sa licamp pour «terrorisme» et bération.» A la mi-juin, le
«trafic d’armes» à l’issue d’un cinéaste a été victime d’un
procès qualifié
accident cardiaL'HOMME
de «stalinien»
que. Empripar Amnesty Insonné dans la
DU JOUR
ternational, le
colonie de Labycinéaste engagé dans le mou- tnangi, en Sibérie, l’homme
vement ukrainien Euro- de 42 ans est plus faible que
maïdan a débuté sa grève de jamais : il a un rythme carla faim le 14 mai. Il exige la li- diaque de 40 pulsations par
bération des 70 prisonniers minute, il a perdu 30 kilos
ukrainiens détenus en Russie depuis mai et son taux d’héet a toujours refusé de recon- moglobine dans le sang est
naître l’invasion et l’an- au plus bas. Il y a deux senexion russes de la Crimée en maines, il a accepté de prenmars 2014.
dre deux à trois cuillères
«La situation n’est pas sim- quotidiennes de substitut
plement mauvaise, elle est alimentaire. Et chaque jour,
catastrophique, a déclaré le cinéaste boit 3,5 litres
mercredi sur Facebook Na- d’eau et se fait injecter du
talia Kaplan, la cousine glucose, des acides aminés
d’Oleg Sentsov. Oleg m’a et des vitamines via un
goutte-à-goutte, selon son
avocat Dmitri Dinzé.
En vacances à Brégançon,
Emmanuel Macron s’est entretenu vendredi par téléphone avec Vladimir Poutine. Selon le communiqué
succinct publié par l’Elysée
vendredi, le président Français a fait plusieurs propositions à son homologue russe
afin de «trouver de façon urgente une solution humanitaire» pour Sentsov. Poutine
s’est engagé apporter des réponses à ces demandes et à
diffuser rapidement des éléments sur l’état de santé du
cinéaste.
«Rumeurs». Après ce coup
de fil, les autorités pénitentiaires russes ont annoncé que
des membres de la commission de surveillance publique des prisons avaient
rendu visite vendredi au prisonnier qui, au cours de la
conversation, «ne s’est plaint
de rien». Oleg Sentsov a refusé un transfert dans un hôpital municipal, «expliquant
qu’il ne se considérait pas
comme un malade», selon la
Commission. Il avait déjà refusé ce transfert il y a quelques jours, au motif qu’il
craignait pour sa santé.
En juin déjà, 38 pays, dont la
France, le Royaume-Uni et
les Etats-Unis, avaient demandé au secrétaire général
de l’ONU, António Guterres,
d’évoquer auprès de Poutine
le cas de Sentsov et de dizaines d’autres prisonniers
ukrainiens, dont le syndicaliste Oleksandr Koltchenko,
l’historien Stanislav Klykh.
Le sort de Sentsov inquiète
particulièrement le philosophe et essayiste français Mi-
Mendras, spécialiste de la
Russie au CNRS, seule une
interpellation publique
pourrait changer la donne :
«Le président français s’est
rendu deux fois en Russie pour
la Coupe du monde. Il a probablement mentionné en
privé le cas Sentsov. Mais en
politique, ce qui se dit en privé
et dont on ne souhaite pas
qu’il soit public n’existe pas.»
Outre l’engagement d’intellectuels européens, on observe une mobilisation
citoyenne en Ukraine et en
Russie pour défendre Sentsov. «Mais il faut rappeler
qu’en Russie, il n’ y a pas de
porte-voix dans les grands médias, analyse Marie Mendras.
La grande majorité des téléspectateurs soit ne connaissent
pas l’affaire, soit en ont une
version fausse. Les Russes ne
vivent pas en démocratie.» •
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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Au cœur de la Mecque
des hackers La plus grosse
LIBÉ.FR
convention au monde des fondus
d’informatique, la Def Con à Las Vegas, qui a ouvert
ses portes jeudi, va notamment organiser des ateliers
pour traquer les failles des systèmes de vote et accueillir des experts en sécurité et des représentants
gouvernementaux. Reportage de notre journaliste
Amaelle Guiton. PHOTO REUTERS
CANADA
Les pilotes allemands, belges, suédois, irlandais et
néerlandais de la compagnie Ryanair sont en grève
depuis vendredi pour obtenir de meilleures conditions
de travail. Plus de 55000 passagers sont concernés par
quelque 400 annulations de
vols. Toutefois, 85% d’entre
eux devaient être assurés.
«Tout fonctionne au fouet»,
témoigne un pilote belge. Les
syndicats reprochent à la
compagnie sa politique de
l’emploi, le recours à des contrats précaires et au dumping
social. Le numéro 2 européen
du secteur aérien rejette ces
accusations, affirmant mieux
payer ses pilotes que ses concurrents, ce que les intéressés
démentent. Car Ryanair impose quand il le peut, selon
les syndicalistes, des contrats
de travail irlandais plus flexibles aux membres du personnel naviguant, même s’ils vivent ailleurs en Europe.
Revendiquant 130 millions de
clients annuels et un bénéfice
de plus de 1,25 milliard
d’euros en 2018, l’entreprise
dénonce une grève «inutile».
Quatre personnes, dont
deux policiers, ont été
tuées vendredi lors d’une
fusillade dans un quartier
résidentiel de la ville
canadienne de Fredericton
(province du NouveauBrunswick, dans l’est), et un
suspect a été interpellé. Le
quartier de Brookside a été
bouclé, a indiqué la police
sur Twitter, quelques heures
après le début de l’incident
survenu vers 7 heures du matin (vers midi, heure française) selon plusieurs témoins. La police n’a pas
apporté davantage de précisions sur les causes de la fusillade. «Nous avons un suspect en détention» et «nous
pouvons confirmer qu’il n’y a
plus de menace pour le public», a-t-elle simplement
ajouté. Le Premier ministre
canadien, Justin Trudeau, a
immédiatement réagi à cette
«terrible nouvelle». «Mes sentiments vont à tous ceux qui
ont été affectés par la fusillade ce matin. Nous suivons
la situation de très près», at-il indiqué vendredi sur
Twitter.
Les Etats-Unis ont lancé
jeudi la conquête militaire
de l’espace en annonçant la
création de la sixième branche des forces armées américaines : la «force de l’espace». «Le temps est venu
d’écrire le prochain chapitre de l’histoire de nos forces
armées, de se préparer pour
le prochain champ de bataille», a déclaré grandiloquent le vice-président des
Etats-Unis, Mike Pence, en
direct du Pentagone.
Rivaux. Cette force de
l’espace devrait être créée
d’ici à 2020, soit avant la
fin du mandat de Donald
Trump. Elle sera dotée
d’un commandement spatial pour superviser les
opérations de combat,
comme sur le modèle du
commandement central
chargé du Proche-Orient
ou de l’Afrique. Une agence
de développement spatial
devrait être créée. Coût estimé du projet: 8 milliards
de dollars sur les cinq ans.
Les Etats-Unis veulent
ainsi contrer leurs rivaux
chinois et russes, qu’ils accusent d’avoir «développé
des armes pour bloquer,
Après la mort de 29 enfants au Yémen,
les Saoudiens contraints à une enquête
Après la mort jeudi au
Yémen de 29 enfants, tués
dans des frappes aériennes
attribuées à la coalition militaire dirigée par l’Arabie
Saoudite. Cette dernière a
ouvert une enquête face aux
appels des Etats-Unis et de
l’ONU. Selon le Comité
international de la CroixRouge (CICR), les victimes,
toutes âgées de moins
de 15 ans, ont péri dans une
attaque contre leur bus sur
un marché très fréquenté de
Dahyan, une ville du nord du
pays contrôlée par les rebelles houthis. Un bilan non définitif : 48 blessés, dont
30 enfants, ont également
été admis dans un hôpital
du CICR.
Le 9 août à Saada. PHOTO NAIF RAHMA. REUTERS
Les funérailles doivent avoir
lieu «plus tard», a indiqué le
«ministère» de la Santé des
Houthis. Sans toutefois donner de date: «Il y a encore des
restes partout et nous essayons de confirmer les identités des défunts.» La coalition,
qui intervient depuis 2015 en
soutien aux forces gouvernementales contre les rebelles,
a admis avoir mené des frappes dans la zone, mais soutient qu’elle visait un bus
transportant des «combattants houthis».
aveugler et désactiver nos
satellites de navigation et
de communication via des
attaques électroniques depuis le sol», dixit Pence.
«Nos adversaires ont déjà
transformé l’espace en domaine de guerre et les
Etats-Unis ne reculeront
pas devant ce défi», a-t-il
tonitrué, relevant le
soutien enthousiaste de
Donald Trump sur Twitter:
«La force de l’espace, jusqu’au bout !»
L’effet d’annonce reste toutefois à relativiser, explique
Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de
relations internationales :
«C’est un coup de com pour
Donald Trump analyse-t-il.
L’important pour lui est de
montrer les muscles face à
la Russie et la Chine. Cela
ne va rien créer de nouveau, hormis une nouvelle
structure. Ce n’est qu’une
duplication de ce qui existait déjà au sein de l’US Air
Force.»
Pour la Maison Blanche,
cette «force de l’espace»
doit répondre aux nouveaux défis du numérique,
car les satellites sont devenus le talon d’Achille des
Etats-Unis, comme du
reste du monde. Essentiels
à la vie des Américains et à
leur armée, ils sont très
vulnérables. «Celui qui
possède des armes antisatellites peut atteindre la supériorité technologique adverse, et donc la puissance
américaine», rappelle
Jean-Pierre Maulny.
Hostilité. Faire de l’espace une nouvelle branche
armée permettra donc à
Trump et à son administration de débloquer plus de
moyens dans ce domaine.
De nombreux élus du Congrès doutent de l’intérêt du
projet et redoutent des
coûts faramineux. Et la
fronde gronde aussi au
Pentagone, où Jim Mattis,
ministre de la Défense, n’a
jamais caché son hostilité
à ce projet de nouvelle
force. Qu’il soit approuvé
ou non par le Congrès, il
est destiné à redorer le blason du Président en faisant
rêver ses électeurs: le futur
logo de la force de l’espace
sera imprimé sur les futurs
kits de campagne pour sa
réélection.
CAROLINE VINET
Gaza Deux
Palestiniens tués
Deux Palestiniens ont été
tués vendredi par des tirs
de soldats israéliens à la
frontière entre la bande
de Gaza et Israël, a indiqué le ministère de la
Santé de cette enclave. Un
homme de 55 ans, a été
tué dans le même secteur
qu’un secouriste abattu
auparavant dans le sud de
la bande de Gaza lors de
manifestations le long de
la frontière, sans que la
trêve instaurée entre le
Hamas et Israël paraisse
remise en cause. Les protestations de vendredi
étaient
considérées
comme un test des intentions du Hamas, qui dirige sans partage la zone,
après un sévère accès de
fièvre jeudi.
ONU Michelle
Bachelet aux
droits de l’homme
L’Assemblée générale des Nations unies a confirmé vendredi la nomination de l’ancienne présidente du Chili
Michelle Bachelet à la tête
du Haut Commissariat aux
droits de l’homme. Elle avait
été nommée à ce poste
mecredi par le secrétaire général de l’ONU, António Gutteres. Fille d’un général opposé au régime d’Augusto
Pinochet, elle a été détenue et
torturée par la police politique du dictateur en 1975. «En
tant que victime elle-même,
elle amène à ce rôle une perspective unique sur l’importance d’une défense vigoureuse des droits humains», se
félicite le directeur de Human Rights Watch, Kenneth
Roth. Présidente, elle a bousculé une société réputée très
conservatrice par une série de
réformes progressistes, dont
l’adoption du mariage homosexuel et la dépénalisation de
l’avortement. PHOTO AFP
«S’ils ont des dollars, nous, nous
avons notre peuple, nous avons
le droit et nous avons Allah!»
AP
EUROPE
Trump veut jouer
à la guerre des étoiles
RECEP TAYYIP
ERDOGAN
président turc
Le président turc a exhorté vendredi ses concitoyens à soutenir la livre turque, dont la chute s’est accentuée après son
appel à la «lutte nationale» contre la «guerre économique»
déclarée selon lui à la Turquie. «Si vous avez des dollars,
des euros ou de l’or, allez dans les banques pour les échanger
contre des livres turques», a lancé Erdogan dans un discours à Bayburt (Nord-Est). Pendant son intervention, la
monnaie a enfoncé le seuil de six livres pour un dollar. La
devise, dont la valeur a fondu de près de 40% face au dollar
et à l’euro depuis janvier, a enregistré une baisse spectaculaire de 19% sur la journée par rapport à la monnaie américaine, atteignant son plus-bas historique. Le même jour,
Donald Trump avait annoncé le doublement des droits de
douane sur l’acier et l’aluminium importés de Turquie.
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FRANCE
12 u
UNE ANNÉE
EN MACRONIE
ÈZ
E
Ordonnances modifiant
le code du travail,
dédoublement des classes
de CP dans les quartiers
d’éducation prioritaire,
abandon du projet
d’aéroport de Notre-Damedes-Landes, quasisuppression de l’ISF,
abaissement de la vitesse
sur les routes… Pendant
l’an I de son quinquennat,
Emmanuel Macron a
multiplié les réformes, non
sans essuyer des critiques
et provoquer des
crispations. Libération
s’est lancé dans un tour
de France pour décrypter,
sur le terrain, les effets
des mesures sur le
quotidien des gens.
C
O
RR
CANTAL
Aurillac
Entrayguessur-Truyère
LOT
AVEYRON
LOZÈRE
Rodez
TARN
20 km
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
80 km/h «Avec mon
taxi, on ne s’y est pas
encore vraiment mis…»
Un mois après la baisse de la vitesse autorisée
sur les routes secondaires, «Libé» a passé une
journée avec Myriam, chauffeure dans l’Aveyron
et le Cantal, afin d’appréhender le quotidien
de ceux qui utilisent la voiture dans le cadre
professionnel ou pour les trajets domicile-travail.
confesse-t-elle. Des points, j’en ai
perdu plein. Mais avec le temps, je
les récupère…» Justement apparaît
à droite, caché dans les fourrés, le
radar fixe qui l’a flashée la veille.
Myriam lève le pied et le fusille du
regard. «Je le connais pourtant bien,
celui-là… Mais hier je discutais, et je
l’ai oublié.» Elle ne sait pas à quelle
vitesse elle a été flashée. «Peut-être
100, ou 90… La seule certitude, c’est
que ce radar, comme les autres, a
déjà été réglé à 80 km/h.»
11 heures
Par
SARAH FINGER
Envoyée spéciale
dans l’Aveyron et le Cantal
Photos BÁLINT PÖRNECZI.
SIGNATURES
E
ntrée en vigueur le 1er juillet,
la mesure limitant la vitesse
à 80 km/h sur les routes secondaires fait grincer les dents, surtout dans les départements ruraux,
particulièrement concernés. Libération a passé une journée dans la
voiture de Myriam, 39 ans et dixhuit années de taxi au compteur.
Chaque jour, elle sillonne les routes
de l’Aveyron et du Cantal.
6 heures
Myriam quitte Entraygues-surTruyère. A cette heure-là, dans ce
coin de l’Aveyron, la vallée est encore noyée dans d’épaisses nappes
de brouillard. Mais la route vers
Aurillac grimpe sec, à flanc de coteaux, et le taxi perce bientôt ce
couvercle cotonneux pour déboucher sur une vaste étendue verte,
baignée par les premières lueurs du
jour. Lors de ses courses matinales,
Myriam aperçoit parfois des biches
ou des chevreuils. Ou, plus souvent,
des cadavres d’écureuils ou de blaireaux, écrasés durant la nuit par des
automobilistes trop pressés.
Assis à sa droite, «Fifi», un jeune retraité qu’elle connaît de longue
date, a rendez-vous à la clinique
d’Aurillac pour passer une fibroscopie. Le trajet va durer une petite
heure. Devant eux, la départementale, droite et dégagée, s’étire entre
Myriam et l’un de ses clients, à la sortie de l’hôpital de Rodez (Aveyron), le 2 août.
champs et pâturages. Myriam se
surveille mais elle sait que tôt ou
tard, elle dépassera la vitesse limite.
«Le passage à 80 km/h va changer
pas mal de choses pour nous, estime-t-elle, surtout sur les longues
distances. Ça ne paraît pas, mais
10 km/h, c’est énorme. Par exemple,
pour aller à Toulouse, il va falloir
compter au minimum une demiheure de plus.» Pourquoi parler au
futur, alors que la mesure ramenant
la vitesse limite de 90 km/h à
80 km/h sur les routes secondaires
est déjà en vigueur? Elle répond en
souriant: «Parce que, pour l’instant,
avec mon taxi, on ne s’y est pas
encore vraiment mis… Et qu’il n’y a
pas encore trop de contrôles !»
En 2006, cette femme vive et pétillante a créé sa propre entreprise;
son compagnon et six salariés travaillent à ses côtés. «Je fais environ
70000 km par an. Je n’ai jamais eu
d’accident.» Sa voiture possède à la
fois un limitateur et un régulateur
de vitesse. Elle n’utilise aucun des
deux. Ce qu’elle aime, c’est rester
aux commandes. «J’adore conduire.
Je passe entre six et sept heures par
jour au volant. Mais ces limitations
de vitesse, le permis à points, toutes
ces contraintes, ça me gonfle. Il faut
regarder tout le temps le compteur.»
7 h 15
Retour vers Entraygues-surTruyère. Toujours personne sur la
route. Les touristes envahissent les
petites routes de campagne à cette
période de l’année, mais pas à cette
heure-là. Myriam accélère un peu.
Pas trop. Du moins, à ses yeux…
«Je crois bien qu’au sein de ma boîte,
c’est moi qui roule le plus vite,
Myriam prépare son second aller-retour vers la clinique d’Aurillac, soit
déjà près de 200 km en une seule
matinée. Le tout uniquement sur
des départementales. «Depuis cette
limitation à 80 km/h, on voit de tout,
raconte la jeune femme. Certains
ont tellement peur de se faire prendre
en excès de vitesse qu’ils roulent à 70.
D’autres continuent à rouler comme
avant. Surtout les gens d’ici. Ils disent qu’ils n’arrivent pas à respecter
les 80 km. C’est vrai qu’on roule souvent vite en Aveyron. Mais il est vrai
aussi qu’à 80/h, on n’avance vraiment pas…» Elle poursuit, en dépassant prestement un camion à bestiaux: «Il y a aussi le cas des touristes.
Eux, ils ont tendance à respecter les
limitations de vitesse parce qu’ils ne
savent pas où sont les radars, ni où
les gendarmes aiment se poster…»
En tout cas, Myriam ne croit pas aux
vertus de cette mesure. «Ceux qui
roulent lentement créent de longues
files de voitures car plus personne
n’ose dépasser, de crainte de se faire
prendre. Du coup, soit on reste calé
derrière à 70 km/h, soit on double.
Dans ce cas, il faut dépasser plusieurs voitures, et franchement accélérer. C’est donc plus dangereux
qu’avant. En plus, si on se fait choper
par les gendarmes à ce moment-là,
c’est fichu.» Selon Myriam, ce cas de
figure est fréquent, d’autant que camions et camping-cars sont nombreux sur les routes. «Là encore,
pour les doubler, on se retrouve vite
à 110. Si on se fait pincer, c’est le retrait de permis immédiat. Et pour
moi, mon permis de conduire, c’est
aussi mon permis de travail.»
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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«J’adore conduire. Mais ces limitations de vitesse, le permis à points, toutes ces contraintes, ça me gonfle. Il faut regarder tout le temps le compteur.»
12 h 30
Sur le parking de la clinique
d’Aurillac, à côté des ambulances,
Myriam croise Fifi, le retraité qu’elle
a amené ici le matin même pour sa
fibroscopie. Son examen est fini.
Myriam l’interroge du regard. «Y a
rien», répond-t-il. Tous deux sourient, soulagés. A part en été, des
pèlerins épuisés par le chemin de
Saint-Jacques, tous les clients de ce
taxi sont de vieux habitués: des personnes malades et souvent âgées,
emmenées par Myriam vers un examen médical, dialyse, radiothérapie, chimiothérapie…
Là, il faut récupérer Jeanine. Cette
vieille dame atteinte d’un cancer est
soutenue jusqu’au taxi par sa fille et
son gendre. Myriam les connaît
tous. Elle sait aussi quels traitements suit Jeanine, quels examens
elle a passés, comment elle doit être
installée sur le siège avant. Durant
le trajet, elle se penche vers Jeanine,
hausse un peu la voix pour se faire
mieux entendre, s’inquiète de sa
santé fragile. Bientôt, le taxi passe
à proximité de la maison de Jeanine, puis la dépasse sans s’arrêter.
Myriam pose une main sur le bras
de la vieille dame pour la réconforter: Jeanine est en effet trop mal en
point pour retourner, seule, chez
elle… Ce soir, c’est à l’hôpital d’Espalion qu’elle dormira.
Myriam accélère, un peu, pour
abréger la course, car la malade,
rendue nauséeuse par ses médicaments, supporte mal la voiture. Dès
son arrivée, la jeune femme guide
Jeanine vers les toilettes, puis passe
près d’une demi-heure à «gérer la
paperasserie».
justifie-t-elle. Macron, les gens ne
l’aiment pas vraiment. Mais ils
n’aimaient pas davantage les autres
présidents. Ils n’ont plus confiance
en la politique.»
14 heures
Départ pour le village de Montézic.
Il faut aller chercher Raymonde
dans un centre spécialisé pour les
malades atteints d’Alzheimer. Sur
la route étroite, le taxi est calé derrière des Parisiens qui roulent
à 50 km/h. Myriam jette nerveusement un coup d’œil à sa montre :
«Ici, il faut être très carré. Le retard
n’est pas pardonné. Et puis on
n’aime pas faire attendre nos clients.
Avec les personnes âgées, il peut toujours arriver quelque chose.»
A Montézic, Raymonde est déjà
prête. Myriam l’installe à l’avant,
l’attache, règle la climatisation,
charge à l’arrière le fauteuil roulant.
Dès que la voiture démarre,
Raymonde se met à parler. Myriam
écoute patiemment ses phrases
confuses, ses mots lancés en vrac,
ses exclamations énigmatiques. Sur
la route du retour, on croise d’autres
taxis, des ambulances. Myriam les
salue de la main. Devant elle, un camion à bestiaux grimpe poussivement une côte à 30 km/h. A la première ligne droite, Myriam accélère.
En doublant, on aperçoit les vaches
entassées dans la bétaillère, suffoquant dans la chaleur écrasante.
Retour à Entraygues-sur-Truyère
par la vallée du Lot. Encore un radar
fixe. Tout le monde freine un peu
avant, accélère un peu après. Bientôt, les lacets s’enchaînent. «Les touristes, en général, tracent dans les
lignes droites, et dès que ça tourne,
ils n’avancent plus. Alors que nous,
les virages, les petites routes, on sait
ce que c’est.» A force de sillonner son
secteur, Myriam connaît chaque départementale. Sait où elle peut doubler. Ne s’en prive pas. «J’ai remarqué que certains automobilistes
détestaient se faire doubler. Surtout
par une femme !»
Peu après Espalion, le taxi roule sur
cette phrase inscrite au pochoir sur
le bitume: «Attention, un jour ça va
péter.» Des tags comme celui-ci, il
y en a un peu partout sur les routes
d’Aveyron. Ils ont fleuri en l’espace
d’une nuit, en 2013, et semblent
s’être multipliés depuis. «On dit que
ce sont des artisans mécontents qui
ont fait ça», commente Myriam, qui
reconnaît qu’en Aveyron, on
«roumègue [«ronchonne» en occitan, ndlr] facilement». «Oui, dans le
taxi, ça parle parfois politique, se
15 h 45
17 heures
Malgré son petit gabarit, Myriam
parvient à extirper Raymonde de
son taxi et à l’installer sur son fauteuil roulant. Elle part dans les couloirs de la maison de retraite pour
ramener sa cliente jusqu’à sa cham-
bre. Encore une journée de travail
sans accroc. D’autres ont eu moins
de chance. Depuis le début de l’année, en Aveyron, une centaine d’accidents a fait 131 blessés et entraîné
11 décès. Dont 8 sur le réseau routier
qui vient de passer à 80 km/h. •
FIN DES 90 KM/H DEPUIS JUILLET,
MOINS DE MORTS DEPUIS MAI
L’abaissement de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur
les routes secondaires porterait-il (déjà) ses fruits ? La Sécurité
routière a publié vendredi ses premiers chiffres relatifs à la
mortalité sur les routes depuis l’entrée en vigueur de la mesure,
le 1er juillet. Et pour le troisième mois consécutif, le nombre de
morts en France métropolitaine a diminué. En juillet, c’est une
baisse de 5,5 % qui est enregistrée, dans la continuité d’une
réduction de 9,3 % en juin et 8,4 % en mai (avant même l’entrée en
vigueur de la mesure donc). Mais le détail des chiffres en
fonction du type de route (départementales, nationales et
autoroutes…) ne sera pas connu avant le bilan annuel, présenté
en fin d’année. Avec 324 tués, le mois de juillet 2018 affiche une
baisse de 19 morts par rapport à juillet 2017. Mais un mois après
la fin des 90 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur
central, il est prématuré de relier la diminution du nombre
de morts à la nouvelle limitation. Contacté par Libé, le délégué
interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, indique
qu’il n’a pas encore d’éléments permettant «d’attribuer
catégoriquement cette baisse aux 80 km/h». Il concède qu’un
«effet performatif» a peut-être contribué à cette diminution de la
mortalité. «La simple annonce d’une mesure de baisse de vitesse
joue sur les comportements au volant avant même son entrée
en vigueur. Depuis le mois de janvier, c’est un sujet qui est très
médiatique», rappelle-t-il. Cette mesure avait suscité de vives
controverses venant d’associations d’automobilistes et de
motards, mais aussi d’élus dans les territoires ruraux. C.Mar.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
L’Elysée a-t-il vraiment
demandé à un journaliste d’Europe 1 de chercher un petit garçon qui voulait voir Macron ? Le service
presse de la présidence a bien demandé
à la presse le contact de Maxime, fan de
Macron, que plusieurs médias avait interrogé. L’un des journalistes a accepté.
PHOTO AFP
Twitter: une ONG se fiche du monde
Dans le cadre d’une
étude sur les tweets
de l’affaire Benalla,
une association
belge a publié des
fichiers classant la
sensibilité politique
de milliers de
comptes.
Par
CÉDRIC MATHIOT
L’
affaire Benalla a-telle été propulsée sur
les réseaux sociaux
par des comptes plus ou
moins proches de la Russie?
Depuis une semaine, l’hypothèse circule, relayée notamment par des proches du
pouvoir. Elle repose sur une
étude réalisée par l’ONG
belge DisinfoLab. L’organisation a comptabilisé plus
de 4,5 millions de tweets en
dix-sept jours sur le sujet, et
arrive à la conclusion
que 47% de ces tweets sont le
fait de seulement 1,34 % des
comptes. Spécialisée dans les
mécanismes de viralisation,
d’influence et de désinformation sur les réseaux sociaux, l’ONG tente de «caractériser» ces comptes
hyperactifs en fonction de
plusieurs critères: sensibilité
politique, propension à diffuser des fausses informations,
propension à relayer les
contenus émanant de médias
ayant repris Sputnik ou Russia Today.
L’étude finale a été
publiée le 8 août,
mais la diffusion de
plusieurs éléments, dans les
jours qui ont précédé, avait
suscité un gros emballement.
Les informations sur la correspondance de certains
comptes «hyperactifs» avec
des comptes dits «russophiles» ont notamment nourri le
fantasme d’une ingérence
russe visant, via des robots, à
amplifier l’écho de l’affaire
Benalla pour fragiliser Emmanuel Macron. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait appelé
à ce que «toute la transparence soit faite sur la diffusion
de ce type de messages».
Alexandre Benalla le 27 juillet sur le plateau du 20 heures de TF1. PHOTO FREDERIC STUCIN POUR LIBÉRATION
L’hypothèse d’une attaque
russe – largement moquée
sur Twitter comme une tentative de proches de Macron
de détourner l’attention du
fond de l’affaire Benalla – a
été depuis infirmée. Y compris par DisinfoLab elle-même,
qui a dénoncé des
interprétations
erronées de son étude.
Néanmoins, ce pataquès sur
le pseudo complot russe,
ayant alimenté des critiques
sur la méthodologie de
l’étude, a conduit l’ONG à publier, en guise de transparence, plusieurs fichiers de
données brutes, aujourd’hui
au cœur d’une nouvelle polémique.
L’un des fichiers consiste en
une liste de 55 000 noms de
comptes ayant tweeté sur
l’affaire Benalla. Un autre
fichier porte, lui, sur
les 3890 comptes dits «hyperactifs». Pour chacun, il est
notamment précisé le nom-
bre de tweets sur l’affaire
Benalla, mais aussi l’intérêt
pour les contenus diffusés
par Sputnik et RT, le nombre de «désinformations»
retweetées concernant l’affaire Benalla (parmi les neuf
identifiées par l’ONG), ou la
propension à relayer de la
«désinformation russe».
Classement. Plus problématique, un troisième fichier
(désormais inaccessible)
avait également été rendu
public, avant les deux premiers. Dans celui-ci, figurait
une colonne classant les
comptes twitter de 1 à 4. Chaque chiffre correspondant à
l’appartenance supposée à
une sensibilité politique.
De nombreux internautes se
sont émus de la diffusion de
ces fichiers, demandant des
comptes à l’ONG. Le coordinateur national du Parti socialiste, Rachid Temal, a
annoncé son intention de
saisir la Commission nationale de l’informatique et des
libértés (Cnil), tout comme le
député LR Eric Ciotti. JeanLuc Mélenchon, qui apparaît
dans la liste, a démenti, sur le
réseau social, être «un [robot]
russe». Le Parti communiste
a dénoncé un «fichage politique totalement illégal» et demandé des «investigations
poussées diligentées par les
autorités françaises».
«L’étude publiée repose sur une
base légale. Elle est fondée sur
l’exercice du droit à la liberté
d’information.»
La Cnil
DisinfoLab (que nous
n’avons pas réussi à joindre)
a tenté d’enrayer la polémique en niant tout fichage, et
en affirmant que la publication des données brutes avait
été faite pour répondre aux
questionnements méthodologiques. Une mise au point
qui n’a eu aucun effet. Jeudi,
la Cnil, visiblement saturée
par les plaintes individuelles, a appelé les internautes
à s’adresser directement à
DisinfoLab.
«La collecte et le traitement
de données à caractère personnel sont soumis au RGPD
[Règlement général sur la
protection des données,
ndlr], qui protège tout particulièrement les données relatives aux opinions politiques
des personnes.»
«Désolés». Contactée par
Libération au sujet d’éventuelles sanctions, la Commission ajoute : «Si des
manquements sont constatés,
la Cnil peut prononcer une
mise en demeure ou une sanction, qui peut être rendue publique et être pécuniaire ou
non pécuniaire.»
Jeudi en fin de journée,
DisinfoLab a publié un communiqué annonçant son
intention de supprimer
l’accès aux fichiers. «Un
grand nombre de personnes
se sont senties fichées. Nous
ne l’avions pas du tout anticipé en rendant ces données
publiques. Nous sommes sincèrement et profondément
désolés et nous en tirerons
toutes les leçons», lit-on dans
le communiqué. Et d’affirmer: «L’étude publiée repose
sur une base légale. Elle est
fondée sur l’exercice du droit
à la liberté d’information et
du droit du public à
l’information, ce qui constitue un intérêt légitime au regard du RGPD et ne nécessite
donc pas de recueillir le
consentement des personnes
concernées.» •
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u 15
Trois alpinistes retrouvés morts
Alors que trois Italiens étaient portés disparus dans le massif du Mont-Blanc (photo)
depuis mardi, le peloton de gendarmerie
de haute montagne (PGHM) de Chamonix
a retrouvé et identifié le corps de Luca
Lombardini. Les autres, dont la fiancée de
Luca, ont été repérés mais n’ont pu être récupérés. PHOTO AFP
«Un ours polaire
n’a rien à faire
à Antibes.»
L’ASSOCIATION C’EST
ASSEZ dans une pétition
Raspoutine, l’ours polaire du parc animalier Marineland,
à Antibes (Alpes-Maritimes), zone dans son enclos, bave blanche aux babines. La vidéo publiée sur YouTube a été tournée
par l’association de défense des animaux C’est assez. «L’été,
dans le sud de la France les températures sont de plus en plus
caniculaires, surtout en pleine journée et sans ombre. Des pics
de chaleur avoisinant les 40°C ont été constatés l’été dernier.
Or, au-dessus de 10°C, les ours polaires souffrent d’hyperthermie», écrit-elle notamment dans une pétition pour réclamer
l’interdiction de la captivité de cette espèce en France et qui
recueille plus de 150000 signatures. De son côté, Marineland
dénonce auprès de France 3 des «attaques calomnieuses».
Le Français Pierre Le Corre,
28 ans, a remporté le titre
de champion d’Europe
de triathlon vendredi soir
à Glasgow, devenant le
quatrième Français à se
parer d’or continental sur
la distance olympique.
Jeudi, Cassandre Beaugrand,
21 ans, avait gagné le bronze
dans l’épreuve féminine. Les
deux médaillés seront réunis, avec Léonie Périault et
Dorian Coninx, ce samedi
dans l’épreuve mixte par
équipes, discipline qui sera
olympique en 2020.
Gard Camping
inondé, deux
gardes à vue
Le président et le vice-président allemands d’une association de Leverkusen, propriétaire du camping non
autorisé abritant une colonie
de vacances à Saint-Juliende-Peyrolas, ont été placés en
garde à vue: neuf enfants ont
été blessés et un Allemand
de 66 ans porté disparu lors
d’inondations. Une enquête
a été ouverte pour «blessures
involontaires, mise en danger
de la vie d’autrui, travail dissimulé et exploitation d’un
camping sans autorisation»
en zone inondable.
«Mais qu’est-ce que cette très
élégante nouvelle connerie
parisienne ?» a tweeté, hors
d’elle, Laurence Parisot, l’expatronne du Medef. Alors
que les Vélib fonctionnent
un peu mieux et que ParisPlages se déploie sur les berges de la Seine –que la droite
voulait rendre cet hiver aux
voitures– les contempteurs
d’Anne Hidalgo ont trouvé
une nouvelle source polémique : les pissotières écolos, baptisées «uritrottoirs».
L’engin est malin: il s’agit de
s’épancher debout et en toute
impudeur sur une botte de
paille coffrée dans une boîte
en inox sur laquelle est posé
un bac à fleurs en plastique.
La paille permet de faire du
compost, engrais naturel
pour les plantes. Elle filtre
aussi les mauvaises odeurs et
Un «uritrottoir», à Paris. PHOTO VILLE DE PARIS
économise l’eau des mini-camions à lance de la ville.
Depuis mars, trois ont trouvé
leur place: boulevard de Clichy (XVIIIe), place Henri-Frenay (XIIe) et au square TinoRossi (Ve). Mais l’arrivée d’un
uritrottoir quai d’Anjou, sur
l’Ile Saint-Louis (IVe) a déclenché une mini-bronca
chez les premiers de cordée
qui la peuplent. «Vous vous
rendez compte, juste sous les
fenêtres de l’hôtel de Lauzun,
l’un des plus beaux hôtels
particuliers de l’Ile», s’étrangle une commerçante dans
le Parisien. «Ils vont finir par
DÉBORDER ET PUER !» affirme un compte Twitter qui
veut «dégager» Hidalgo.
«Les riverains qui critiquent
l’esthétique de ces urinoirs,
c’est les mêmes qui se battent
pour que l’Île Saint-Louis
reste un immense parking?»
a ironisé un twitto écolo. Evidemment, le débat a fini par
glisser sur le sexisme des uritrottoirs: placés à hauteur de
phallus, ils confortent la domination masculine dans
l’espace public et ignorent
une fois de plus les femmes
et leurs besoins. Gageons
que la société nantaise Faltazi, créatrice de l’uritrottoir,
proposera bientôt une solution à ce réel problème. M.É.
Astuces pour une
rentrée scolaire écolo
La rentrée scolaire repré- ces portemines et stylossente un sacré budget. En plumes sont costauds, sans
septembre 2017, par exem- fioritures (gommes de
ple, il fallait compter en caoutchouc, règles non vermoyenne, selon la Confédé- nies, colles sans solvant).
ration syndicale des fa- Des enseignes de la grande
milles (CSF), 149,76 euros distribution proposent
pour un élève du primaire aujourd’hui de la papeterie
et 353,57 euros pour un et du matériel d’écriture en
collégien. En
matière recygrande partie
clée ou repéraTERRE
pour acheter
bles grâce à des
D’ACTIONS logos environdes fournitures
neuves, jetanementaux
bles, souvent à composants d’origine publique (l’Ecolachimiques (colle, feutres bel européen atteste d’un
odorants, effaceurs…) Cher faible impact environneet pas vraiment écolo.
mental notamment) ou
Pour éviter de gaspiller tout d’initiative privée (NF Envien économisant, il existe ronnement, PEFC, etc.) à
pourtant des alternatives. des prix identiques aux
L’Agence de l’environne- autres produits.
ment et de maîtrise de Mais attention au markel’énergie (Ademe) recom- ting vert! En guise de solumande de commencer par tion, les militants du zéro
faire le compte du matériel déchet incitent aux achats
encore (ré)utilisable pour d’occasion, et pas seulel’année à venir –en évitant ment pour les manuels
par exemple de racheter un scolaires. Depuis la dernière
cartable et une trousse tous rentrée, l’association Zero
les ans.
Waste organise, sur le moAutre réflexe: en magasin, dèle des bourses aux livres,
privilégier en premier lieu des bourses aux fournitures
les produits rechargeables. de seconde main. Elles se
«Ils sont plus économiques et tiennent dans sa Maison du
plus écologiques», rappelle zéro déchet à Paris, ainsi
l’Ademe dans un guide en qu’à Nice.
ligne. C’est encore mieux si
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• Simon Bailly
Triathlon Le Corre
champion d’Europe
Paris: les urinoirs écolos gênent les pisse-froid
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16 u
SPORTS
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
Athlétisme
Lonah
Salpeter
à fond
pour Israël
La coureuse de 10000 m d’origine
kényane a apporté mercredi soir
à l’Etat hébreu sa première
médaille d’or féminine dans
un championnat d’Europe.
Par
LUCA ENDRIZZI
Envoyé spécial à Berlin
L
e soleil chauffe à blanc la
terrasse de l’hôtel berlinois,
placé en face du Mémorial de
la résistance allemande. C’est là que
loge notamment la délégation israélienne pour les championnats d’Europe d’athlétisme, soit huit sportifs
en tout. Ce jeudi, Lonah ChemtaiSalpeter et Dan Salpeter, son coach
et mari, ne cessent de répondre aux
félicitations. Le téléphone de ce
dernier sonne sans arrêt: «La presse
israélienne est en ébullition! C’est un
moment historique pour notre sport
et notre pays», déclare celui qui, peu
de minutes après, recevra un appel
du Premier ministre israélien en
personne.
La veille, Lonah Chemtai-Salpeter
est entrée dans l’histoire du sport
israélien. En remportant le
10000 m qu’elle a mené de bout en
bout, la jeune femme d’origine kényane naturalisée par son mariage
en 2016 est devenue la première
Israélienne à remporter une médaille d’or dans un championnat
d’Europe d’athlétisme (1).
«DOULEUR BANALE»
La vie de Lonah Chemtai-Salpeter,
qui a encore du mal à se définir
comme professionnelle, a changé
en 2008 (elle avait alors 20 ans). Et
ce n’est pas dû au sport. «On m’avait
proposé d’être la nounou des enfants
de l’ambassadeur du Kenya à TelAviv. Je me suis dit: “Pourquoi pas.”
Mes parents étaient d’accord, et je
suis partie. Je suis restée quatre ans
au service de l’ambassadeur.»
Dan Salpeter a été un bon coureur
dans son pays. «Un jour, ma colocataire, qui était kinésithérapeute,
me présente Lonah, qui était venue
à la maison pour se faire soigner
une douleur à la jambe, se souvient Salpeter, aujourd’hui lll
Lonah Chemtai-Salpeter célèbre sa victoire mercredi au 10 000 mètres aux championnats d’Europe
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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lll entraîneur professionnel
auprès de la Fédération israélienne
d’athlétisme. Ce n’était pas une
blessure, car Lonah ne courait pas
quand elle travaillait en tant que
nounou, c’était juste une douleur
banale.» Tous les deux commencent à se fréquenter, et se marient
en 2014. Dan Salpeter accompagne
sa femme dans ses joggings, décèle
son potentiel et l’encourage à s’entraîner toujours plus: «Oui, mais à
l’époque, dès que j’étais fatiguée je
disais: “Stop, maintenant je ne peux
plus!” J’avais fait du sport au lycée:
un peu d’heptathlon, un peu de
course à pied et beaucoup de
football. J’aimais bien le football»,
raconte Lonah.
Ses débuts en compétition ne laissent pas envisager la suite de l’histoire : une anonyme 40e place au
semi-marathon de Berlin en 2016,
puis, la même année, un abandon
au marathon olympique à Rio. «J’en
garde un très mauvais souvenir»,
dit-elle. Lonah Chemtai-Salpeter
n’était pas taillée pour courir
un 42 km, distance qui ne peut s’improviser. «Elle n’avait pas encore le
niveau international pour pouvoir
courir un marathon, commente
Dan Salpeter. Grâce à notre agent,
on est entré en contact avec Renato
Canova, mon mentor en tant que
coach. On discute beaucoup avec lui,
il partage son énorme expérience
[Canova a 73 ans et est encore en activité, ndlr]. A la fin du mois de mai,
après la Coupe d’Europe du
10000 mètres à Londres, où Lonah
a gagné, on a décidé de se concentrer
à nouveau sur la piste pour améliorer ses records personnels, avant de
revenir plus fort sur un marathon»,
explique Dan Salpeter.
«PRIORITÉ ABSOLUE»
Dan et Lonah Salpeter ont un petit
garçon, Roy, aujourd’hui âgé
de 3 ans. Le visage de sa mère s’illumine quand elle en parle. «Il n’est
pas là : pour ma concentration ça
aurait été trop difficile de devoir
m’occuper de lui. Mon fils est ma
priorité absolue. Cette année, je l’ai
amené au Kenya dans ma famille
pendant que je m’entraînais. Je dois
apprendre à rester loin de lui
à cause de l’entraînement mais c’est
assez dur car lui il a besoin de moi,
et moi aussi j’ai besoin de lui !»
Ce dimanche, Lonah Salpeter, qui
aura 30 ans en décembre, va s’ali-
gner sur 5000 mètres à Berlin. «Ça
va être plus dur. Déjà, il faudra voir
si j’ai bien récupéré de l’effort de
mercredi soir. Il faisait très chaud et
sec, je préfère quand l’air est plus humide, on arrive mieux à respirer. De
plus, les allures sont plus rapides,
moins adaptées pour moi», confie
l’athlète, fière de porter le maillot
floqué de l’étoile de David.
«Je suis contente de cette médaille,
pas que pour moi. Pour mon pays
aussi [elle touche le drapeau imprimé sur le maillot], qui me soutient complètement dans mes efforts.
Je me trouve vraiment très bien
en Israël, les gens sont très agréables
et les paysages me permettent de
bien m’entraîner dans la nature.
A côté de chez nous, à une demiheure de Tel Aviv, il y a une petite
forêt où j’aime vraiment courir», raconte la fondeuse. «Comment une
petite forêt ! C’est une grande forêt
pour nous, corrige, en souriant, son
mari. Nos standards ne sont pas les
mêmes !» •
(1) Boycotté par de nombreux pays arabes,
Israël est sportivement rattaché à l’Europe
pour pouvoir participer à des compétitions continentales.
«Il faut créer autour des
athlètes un pôle d’experts»
«
Le Français Renaud Longuèvre, chargé
depuis peu d’organiser l’athlétisme
de haut niveau en Israël, veut créer
une structure sur laquelle les élites
sportives pourront s’appuyer.
U
laquelle peuvent s’appuyer les athlètes élites: «C’est le
cas par exemple de Hanna Minenko [au triple saut], que
je coache depuis deux semaines parce qu’elle a eu un souci
avec son entraîneur. Il faut créer autour d’elle et des
autres athlètes à fort potentiel un pôle d’experts: psychologues, nutritionnistes, biomécaniciens, médecins, afin
de soutenir leur progression.»
Longuèvre continue tout de même à entraîner deux
athlètes français, deux sauteurs en longueur: Kafétien
Gomis, 9e à Berlin, et Eloyse Lesueur, blessée après le
premier saut pendant les qualifications. «Ils viennent
de temps en temps me voir à Tel-Aviv. Et
puis, je rentre en France assez souvent. Ça
me permet de garder le contact avec mon
pays et de voir mes deux enfants», raconte
celui qui avait amené Ladji Doucouré au
titre mondial sur 110 m haies en 2005
à Helsinki.
DR
n Français au moins a été ravi par la victoire de
Lonah Chemtai-Salpeter sur le 10000 mètres:
Renaud Longuèvre arbore le sourire des beaux
jours quand on le rencontre sur la terrasse de l’hôtel
Maritim de Berlin, alors qu’il papote avec ses ex-collègues de l’équipe de France. Le technicien
breton est, depuis le début du mois de
juillet, le directeur international de la
haute performance auprès de la Fédération israélienne d’athlétisme. «Mon aventure ne pouvait pas mieux commencer,
déclare-t-il en félicitant Lonah ChemtaiSalpeter et son coach-mari, Dan Salpeter.
Il faut construire quelque chose autour de
Pied d’œuvre. «L’athlétisme en Israël
Lonah et Dan, montrer la route qui amène
se fonde sur les grands clubs, comme le
ENTRETIEN
à ces résultats fantastiques. Moi, là, je n’y
Maccabi Tel-Aviv, le Maccabi Haïfa, etc.
suis pour rien, je me suis juste déplacé une fois à Sestriè- Ensuite il y a les centres nationaux comme le stade Yossef,
res, en Italie, où Lonah et Dan ont fait un mois de prépa- où je suis basé, et le Wingate, un centre multisports
ration juste avant les championnats.»
comme l’Insep en France [l’Institut national du sport, de
l’expertise et de la performance, ndlr], ajoute Longuèvre.
«Carte blanche». Longuèvre est également ravi de C’est surtout la communauté venant des pays de l’ex-bloc
son arrivée à Tel-Aviv, il y a un peu plus d’un mois. «J’ai soviétique qui donne ses meilleurs éléments à l’équipe naété invité là-bas pour voir les structures et discuter de leur tionale. On peut rappeler Aleksandr Averbuch, d’origine
projet de performance au mois de février. On m’a proposé russe, qui a gagné deux fois, en 2002 et 2006, le titre de
le poste d’International High Performance Director. C’est champion d’Europe de saut à la perche et actuellement
un peu l’équivalent de directeur technique en France. Hanna Minenko, Ukrainienne de naissance, vice-chamMaintenant mon bureau est au stade Hadar-Yossef pionne du monde du triple saut en 2015 à Pékin et d’Euà Tel-Aviv, l’une des structures nationales où s’entraînent rope à Amsterdam en 2016. On compte aussi un bon coules athlètes, explique Longuèvre, qui a récemment été reur de 400, Donald Blair-Sanford, un Américain qui
manager général de l’équipe de France et qui a égale- a épousé une Israélienne», détaille Renaud Longuèvre,
ment été contacté par la Fédération allemande. Ils m’ont qui souhaite développer la pratique de l’athlétisme dans
proposé d’aller chez eux pour entraîner les spécialistes toutes les communautés qui habitent le pays: «Il y a une
des haies. J’ai décliné car le projet israélien est bien plus volonté de la part de la Fédération de travailler à une
vaste, de plus ils m’ont donné carte blanche.»
unité plus forte», projet vaste et ambitieux pour lequel
Dans les tâches de l’ancien coach des sauts et sprints en le technicien français est d’ores et déjà à pied d’œuvre.
équipe de France, il y a la création d’une structure sur
L.E. (à Berlin)
d’athlétisme, à Berlin. PHOTO MICHAEL SOHN. AP
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18 u
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
IDÉES/
Recueilli par
NOÉMIE ROUSSEAU
Dessin
LAURENCE KIBERLAIN
P
Camille
Froidevaux-Metterie
«Le consentement
est un langage de
désir, une rhétorique
du plaisir»
DR
arce que la femme n’est pas
une abstraction, Camille Froidevaux-Metterie veut remettre la corporéité au cœur de la pensée féministe. Comme si
l’émancipation avait fait une impasse, comme si les conquêtes dans
le champ social avaient occulté tout
ce pan de l’existence féminine. Professeure de science politique et
chargée de mission égalité-diversité
à l’université de Reims-ChampagneArdenne, elle développe une approche phénoménologique qui pense
le sujet féminin comme incarné: le
corps est une expérience, un vécu.
Auteure de la Révolution du féminin
(Gallimard, 2015) ainsi que d’un documentaire sur les femmes en politique Dans la jungle, elle est sur le
point de publier le Corps des femmes: la bataille de l’intime (Philosophie magazine éditions, 18 octobre),
dans lequel elle explore les thématiques corporelles qui désormais sont
au centre des luttes féministes.
Que dit le mouvement #MeToo
des relations entre les femmes et
les hommes ?
L’affaire Weinstein n’a pas surgi de
nulle part, elle s’inscrit dans un processus initié au tournant des années 2010 quand les féministes ont
engagé un combat destiné à libérer
ce qui est à la fois le premier et l’ultime bastion de la domination masculine: le corps féminin dans sa dimension génitale. Quoique
devenues à peu près les égales des
hommes dans le champ social, les
femmes demeuraient des êtres «à
disposition» dans la sphère privée,
sur le plan domestique mais aussi
sur le plan intime, la potentialité de
la violence masculine sur les corps
féminins ayant fait preuve d’une remarquable résistance à la dynamique d’émancipation.
Sommes-nous entrés dans une
guerre des sexes ?
Interpréter MeToo en ces termes,
comme l’ont fait les 100 signataires
de la tribune sur «une liberté d’importuner» [parue dans le Monde
le 10 janvier, ndlr], est un contresens total. Les femmes sont très capables de faire la part des choses
entre comportements importuns et
procédés de séduction, elles ne considèrent pas tout dragueur comme
un agresseur potentiel. Avec MeToo, elles mettent simplement au
jour cette évidence que les modalités de la relation sexuelle s’échelonnent par degrés, de l’acte pleinement consenti qui procure
contentement et plaisir à l’agression
qui laisse dévastée. Ce que les fem-
La question de
la jouissance,
notamment
féminine, est trop
peu discutée estime
la chercheuse.
L’égalité ne met pas
en péril l’érotisme
comme le craignent
certains, mais
permet de
le réinventer.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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DÉSIR À MORT OU MORT DU DÉSIR? (4/6)
L’affaire Weinstein et la vague #MeToo ont bouleversé les relations de séduction.
Sommes-nous en train de vivre une civilité plus égalitaire dans les rapports
amoureux et sexuels ? Ou perdons-nous le goût et la liberté de la chair en ne
cessant de formater les codes séductifs ? Philosophe, historienne, réalisatrice,
médecin esquissent jusqu’à fin août la carte de Tendre du XXIe siècle.
mes ont décidé de dire, c’est que le
temps était venu de considérer le
plus intime de leurs existences et de
réclamer, à ce sujet comme pour
tous les autres, la liberté et l’égalité
qui forment le cœur du projet féministe. Je crois qu’une majorité
d’hommes comprend et partage
cette aspiration. Quant aux autres,
qu’ils continuent de redouter la parole des femmes car c’est bien leur
sexualité irrespectueuse, malveillante et violente qui est menacée de disparition.
#MeToo menace-t-il le désir ?
C’est au contraire une réaffirmation
du désir. Comment désirer si la
distance ne précède pas la rencontre? Comment accueillir l’autre si le
contact est forcé? Comment jouir si
la stimulation est imposée? Dénoncer les contraintes et les agressions,
c’est aussi réclamer de pouvoir vivre
une sexualité épanouie, gratifiante
et égalitaire.
Ce tournant génital vaudrait
aussi pour les hommes ?
Il s’agit d’en finir avec ce vieux
schéma selon lequel l’homme est
actif –il choisit et prend– quand la
femme est passive –elle se donne et
subit. Cette double injonction est
dommageable pour les unes comme
pour les autres. En disant cela, je ne
cherche pas des excuses à la violence, mais la cohérence féministe
m’impose de repérer et de dénoncer
les stéréotypes de part et d’autre. Du
côté des hommes, l’injonction à la
performance (faire des «conquêtes»,
bander sans faillir, pénétrer avec
force pour satisfaire…) assigne et
contraint. Je pense que les comportements irrespectueux, dominants
voire violents, peuvent se nourrir de
l’angoisse de n’être pas à la hauteur.
Et que penser de ces jeunes hommes qu’elle conduit à prendre du
Viagra ? Comme si la pénétration
était le début et la fin de toute relation sexuelle. Or on sait que l’organe
du plaisir féminin est le clitoris, qui
ne se résume pas au «bouton» visible à l’extérieur mais se prolonge de
chaque côté du vagin. On en parle si
peu, comme on ne dit rien du fait
que l’éjaculation n’est pas synonyme d’orgasme masculin… La redéfinition en cours des relations
femmes-hommes passe par une
meilleure connaissance de nos propres corps et du corps de l’autre.
Il faudrait donc pouvoir parler
plus librement de l’orgasme ?
Cette question du plaisir est trop
peu discutée. On se coltine de vieux
stéréotypes, comme cette distinction entre orgasme clitoridien et orgasme vaginal qui est totalement
erronée. Quand on aura admis que
les femmes n’ont pas besoin des
hommes pour ressentir du plaisir,
on aura fait un grand pas vers une
conception égalitaire des relations
sexuelles. Les féministes de la nouvelle génération se sont saisies de
cette question du plaisir et c’est une
bonne nouvelle. Parler des organes
et de leur fonctionnement, connaître les moyens d’accéder au plaisir,
découvrir la diversité des aspirations sexuelles, c’est une autre libération de la parole qui permet elle
aussi de cheminer vers l’égalité.
Aujourd’hui, la femme propose
aussi…
C’est acquis depuis un moment! Les
femmes expriment leurs désirs et
sont actives dans la relation
sexuelle. Elles peuvent désirer et
jouir à tout âge, même si la chose
n’est pas encore socialement acceptée… C’est ce que dit le mot «cougar» qui qualifie une femme en couple avec un homme plus jeune ; il
postule la bestialité, comme si le désir des femmes ménopausées constituait une menace… Chez les plus
jeunes, on observe un phénomène
inverse révélateur lui aussi des évolutions en cours. Vers la trentaine,
certaines femmes décident de faire
une «pause sexuelle» après avoir
vécu une sexualité très libre, rendue
possible notamment par les applications dédiées. D’autres encore aspirent à une vie sans sexe ou se satisfont du plaisir en solitaire. Depuis
que la rencontre des corps est devenue un marché, on peut ne plus savoir où loger son désir et souhaiter
prendre le temps de le (re)trouver.
Par quoi remplacer cette répartition stéréotypée des rôles ?
Par un nouveau schéma au centre
duquel il y a le consentement. On l’a
beaucoup interprété au regard d’un
certain modèle anglo-saxon qui aspire à soumettre toute forme de relation amoureuse ou sexuelle à une
négociation, voire à un contrat dans
«Il faut
déconstruire par
l’éducation ce
modèle de sexualité
fondé sur
l’exaltation de
la puissance
masculine et le déni
des sexualités qui
dérogent à l’idéal
hétérosexuel.»
lequel les partenaires définiraient
en amont ce qu’ils sont prêts à faire
ou à ne pas faire…
C’est un peu tue-l’amour…
On s’inquiète de ce que le consentement empêcherait une agréable
spontanéité, voire interdirait toute
séduction. Mais c’est tout l’inverse,
et il n’y a pas pour cela nécessairement besoin de mots. Quand une
femme reçoit un regard un peu appuyé qui signifie «tu me plais», elle
peut opposer un refus à ce signal
clair en tournant la tête, en gardant
un visage impassible. Si elle consent et accepte de s’approcher, ou
amorce la discussion par le biais
d’une appli de rencontres, à nouveau, le consentement intervient.
A tout moment, elle peut ne pas
vouloir aller plus loin et le signifier.
Il en va ainsi à chaque étape de la relation, y compris dans le moment
de l’acte sexuel. On peut ne pas consentir à telle pratique ou à telle façon de faire. Un geste ou un mot
suffit alors, ou plutôt devrait suffire.
Car la logique du consentement implique que les signaux soient reconnus comme tels. S’y refuser ou prétendre ne pas les comprendre, c’est
basculer du côté de la domination
et de la violence. Entendu dans sa
dimension relationnelle et réciproque, le consentement est un langage de désir, une rhétorique du
plaisir.
L’égalité menace-t-elle l’érotisme ?
Là encore, c’est un grand fantasme
que de postuler que l’accès des femmes aux métiers et fonctions jusque-là exercés par les hommes (et
inversement) serait synonyme de
dés-érotisation. Je crois même que
c’est tout l’inverse. Reconnaître en
son ou sa partenaire un·e égal·e,
c’est reconnaître à la fois sa dignité
et son altérité, c’est-à-dire les conditions sine qua non d’un jeu sexuel
gratifiant parce que consenti.
Les femmes, qui ne sont plus assignées à la place du sexe beau,
continuent de se faire belles.
Pourquoi ?
Pendant des siècles, les femmes ont
dû se rendre désirables pour obéir
à leur destin, c’est-à-dire pour être
épousées, devenir mères et se trouver assignées au foyer. Même si cette
injonction a été levée, le poids du regard pesant sur elles demeure. Mais
il me semble que cette préoccupation quotidienne se détache des impératifs phallocentrés pour devenir
souci de soi. Le travail esthétique,
car c’en est un (parfois douloureux
ou pénible, il a un coût et demande
du temps), renvoie à une recherche
d’adéquation entre ce que l’on est et
l’image que l’on veut renvoyer. S’il
reste intensément soumis aux normes sociales, celles-ci sont bien davantage commerciales désormais
que patriarcales. Les femmes peuvent souffrir de ces diktats irréalistes, mais je crois que, de plus en
plus, elles assument et choisissent
ce qu’elles sont physiquement.
Entre la violence des mots et
celle des gestes, il y a la pornographie, dites-vous…
Tout le monde s’en indigne mais
personne ne se saisit du problème.
De nouvelles normes sexuelles apparaissent qui font de pratiques minoritaires et dégradantes des passages quasi obligés (je pense à
l’éjaculation faciale par exemple).
A l’exception de quelques initiatives isolées, ce qui est mis en place
dans les collèges et les lycées tient
davantage du cours d’hygiène que
de l’éducation à la sexualité. Les
filles et les garçons se nourrissent
alors des mises en scène pornographiques, soit des représentations
totalement irréalistes où la violence
des hommes et la soumission des
femmes déterminent à peu près
tout. Plutôt que de verbaliser le harcèlement de rue, c’est-à-dire intervenir a posteriori, il serait intéressant de réfléchir à des dispositifs
d’éducation à la sexuation. J’entends par là apprendre à connaître
et respecter son corps sexué
comme celui de l’autre. Il faut déconstruire par l’éducation ce modèle de sexualité fondé sur l’exaltation de la puissance masculine et le
déni des sexualités qui dérogent à
l’idéal hétérosexuel. Il ne faudra
pas oublier d’intégrer les nouvelles
sexualités, celles qui se vivent par
écrans interposés, grâce aux photos, vidéos et, bientôt, à la réalité
augmentée. Cet érotisme virtuel
qui débouche sur une sexualité
sans contact est tout aussi gratifiant mais peut donner lieu à des
dérives comme le cyberharcèlement ou le revenge porn. C’est donc
à peu près l’intégralité de ce que
nous pensons savoir des relations
sexuelles entre les êtres qu’il s’agit
de penser à nouveau. •
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20 u
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
L’amour de Xiao Si’r
pour Ming restera
suspendu dans le vide.
PHOTO CARLOTTA FILMS
Par
MARIUS CHAPUIS
D
es années durant, A Brighter Summer
Day est resté comme un secret de cinéphiles, seul film accessible en Occident d’Edward Yang, membre aussi éminent
que méconnu du Nouveau Cinéma taïwanais.
Jusqu’à ce que Yang s’extirpe enfin de l’ombre
écrasante de son ami Hou Hsiao-hsien avec
Yi Yi, prix de la mise en scène au Festival de
Cannes en 2000. Le film par lequel Edward
Yang accédait soudain à la lumière étant également son dernier, le cinéaste succombant
à un cancer en 2007.
Sorti en 1991 dans une version amputée d’une
heure, le chef-d’œuvre A Brighter Summer
Day retrouve le chemin des salles dans une
copie restaurée et in extenso. Le film raconte,
à travers la trajectoire tragique du jeune
Xiao Si’r, la quête d’identité du Taiwan des
années 60, entre gangs de jeunes désœuvrés
et adultes déracinés. Une fresque plus grande
que nature, tout à la fois film de voyous, histoire d’amour à sens unique, récit de la fin des
illusions nationales et exploration d’un cocon
intime et familial dans lequel le cinéaste a
glissé une grande partie de sa propre jeunesse
(le fait divers par lequel le film se conclut
étant survenu dans son lycée). Les grands
écarts entre les différentes affiches du film résument bien la difficulté qu’il y a à réduire un
objet qui change de peau aussi souvent: tandis que la version française représente un
couple niché à l’abri d’un arbre et semble promettre une bluette sur la découverte des passions adolescentes, la jaquette du DVD américain compose une quasi-scène de crime avec
un uniforme d’écolière ensanglanté et semble
annoncer un thriller.
Peut-être est-il nécessaire, afin d’embrasser
la densité (jamais étouffante) du film d’Edward Yang, de le regarder par le petit bout de
la lorgnette. A travers trois objets attachés à
trois de ses personnages principaux et au tra-
vers desquels se cristallise le Taiwan des
sixties, entre aspirations pour l’avenir, plaies
ouvertes et parano qui s’empare d’une
population chassée du continent par les
communistes.
UN MAGNÉTO POUR S’ÉVADER
Il y a d’abord ce magnétophone à bande sur
lequel le meilleur ami de Xiao Si’r reprend
d’une voix de fausset les standards d’Elvis.
Malgré la rigidité des uniformes kakis imposés aux écoliers, le rock’n’roll habite chaque
recoin du film. Les gamins jouent au baseball, au basket, se baladent en Converse.
Mieux, ils abandonnent leurs noms pour se
faire appeler «Honey», «Sly» ou «Deuce». Plus
qu’une forme d’allégeance aux valeurs du
protecteur américain (un traité de défense
mutuelle signée quelques années plus tôt entre Washington et Taipei protège l’île de la
«A Brighter Summer Day» :
Taiwan, la fresque île
L’ample chef-d’œuvre d’Edward Yang sur le Taiwan
des sixties ressort en version intégrale. Culture américaine,
guerre des gangs, amours contrariées, illusions et angoisses
politico-militaires face au voisin communiste chinois…
Une éblouissante redécouverte.
menace continentale), la musique de Presley
est présentée comme un étendard de la liberté. Le soir, les gangs de loubards (ceux «du
Parc» contre les «217») mettent leurs différends en sourdine le temps d’un concert. On
chante en anglais sans en piger un traître mot,
simplement parce que c’est la langue de tous
les possibles, de l’émancipation.
Edward Yang a pensé son film à l’image de
l’île-Etat: à la fois comme un carrefour et une
prison. «A l’époque, il y avait beaucoup de
films étrangers à la télévision. Beaucoup de GI
sont venus dans les années 60, se souvenait-il
en 1992 dans les Cahier du cinéma. On recevait des informations de partout. Les habitants eux-mêmes ne savaient plus trop où ils en
étaient. Dans l’île, qui est très fermée, comme
un endroit dont on ne peut s’échapper, on a envie de savoir ce qui se passe autre part.»
Né à Shanghai en 1947 et exilé à Taiwan
deux ans plus tard, Yang a fait de sa vie un
point de rencontre entre les cultures. Il a
passé une quinzaine d’années aux Etats-Unis,
où il a étudié le cinéma quelques semaines
avant de réaliser que la fabrique hollywoodienne ne lui convenait pas et de prendre un
travail dans l’informatique. Un plan chamboulé par la découverte du cinéma européen
des années 60-70 (Herzog, Wenders, Fassbinder), qui ancre en lui l’idée qu’il n’a besoin de
personne pour faire des films et le décide à retourner à Taiwan.
UN SABRE POUR FASCINER
A la libération des mœurs et des esprits que
fait miroiter le magnétophone de A Brighter
Summer Day, répond un sabre de samouraï.
L’objet a été trouvé par un des meilleurs amis
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u 21
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CINÉMA/
Le rock’n’roll habite chaque recoin du film. PHOTO CARLOTTA FILMS
Au désir de liberté des
enfants de la génération
d’Edward Yang, le film
ajoute la peinture d’une
ère qui correspond à
la fin des illusions pour
le million de Chinois qui
a fui le continent une
dizaine d’années plus tôt.
de Xiao Si’r dans son grenier, abandonné là
par l’envahisseur japonais parti à la hâte une
dizaine d’années plus tôt, alors que les nationalistes prenaient le pouvoir sur l’île. L’objet,
d’une élégance folle, exerce tout son pouvoir
de fascination sur des gamins qui rêvent de
justiciers de western, en même temps qu’il incarne un fantasme de protection. Profondément obscur, le film d’Edward Yang montre
aussi une île dévorée par l’angoisse. Ses ave-
nues sont parcourues sans relâche par des
chars, dont le cliquetis des chenilles envahit
tout l’espace, interrompant les discussions ou
les rêveries. Grand film parano, A Brighter
Summer Day construit un ennemi invisible.
Le danger communiste de la Chine continentale est un monstre qui rôde dans les espaces
périphériques ou hors-champ. Mais omniprésent. Lorsque Xiao Si’r compte fleurette à la
belle Ming dans un champ, c’est au son des
coups de feu du terrain d’entraînement militaire voisin. Les discussions amoureuses se
faisant elles-mêmes happer par la guerre à venir. Ainsi l’une des plus belles scènes du film,
où la jeune fille demande à Xiao Si’r pourquoi
les garçons ont peur de l’armée. Le jeune
homme répond par le geste: il se roule dans
l’herbe et joue au mort avant d’exploser de
rire. La Chine est là, dans cette blague adolescente qui n’en est pas une.
De la même façon, le besoin des gamins de se
constituer en gangs et d’affirmer leur puissance semble obéir à un besoin de protection.
Sauf qu’on ne jette pas un sabre au milieu
d’une horde qui cherche à affirmer sa virilité
sans que les conséquences ne soient désastreuses. Ainsi le film se promène-t-il toujours
sur le fil du rasoir, entre les Quatre Cents
Coups et une apocalypse à venir.
C’est qu’au désir de liberté des enfants de la
génération d’Edward Yang, le film ajoute la
peinture d’une ère qui correspond à la fin des
illusions pour le million de Chinois qui a fui
le continent une dizaine d’années plus tôt.
Sans rien appuyer, il montre l’hypocrisie de
réunions de famille où l’on se persuade qu’il
est encore possible de déloger les communistes, tandis qu’en petit comité on prépare un
avenir sur l’île, tenue d’une main de fer par
Tchang Kaï-chek et son Kuomintang. La mort
des espoirs de retour se noue autour du personnage du père de Xiao Si’r, petit fonctionnaire aux préceptes moraux solidement établis. Sur le chemin qui les ramène à la maison,
bicyclette à la main, il explique à son fils que
ses efforts et son innocence ne doivent jamais
être contrariés par l’injustice ou les esprits
étriqués des bureaucrates. «Si on s’excuse pour
une faute qu’on n’a pas commise, alors on est
capable du pire. On étudie pour chercher la vérité en laquelle croire.»
A rebours de cette leçon d’intransigeance
dans la pureté (qui résonne profondément
auprès du garçon, comme seuls le font de rares discours au fil d’une vie), le film est un
long mouvement qui conduit de l’innocence
vers la catastrophe. Tandis que le jeune
homme tente de vivre en accord avec ces
principes, l’île n’a de cesse de lui renvoyer une
désintégration des absolus. Son père sera
brisé par l’œil scrutateur de la police secrète.
Son amitié avec un fils de bonne famille, haut
placé dans les rangs du Kuomintang, se révé-
lera intenable. Et surtout, son amour sans
borne pour Ming restera suspendu dans le
vide, incompris, presque souillé.
UNE LAMPE TORCHE POUR EXPLORER
Tout au long du film, Xiao Si’r trimballe avec
lui une lampe torche qu’il a piquée sur un plateau de tournage. Un objet anodin mais qui
dit quelque chose des ambitions d’Edward
Yang. Une torche pour l’aider à se frayer un
chemin, pour extirper les choses d’une obscurité (un obscurantisme) qui semble être partout. Pour voir les choses telles qu’elles sont.
Un moyen de créer des images splendides,
aussi, comme volées aux ténèbres. Des couples qui se bécotent dans les fourrés. Ou des
explosions de violence, plus tard, comme ce
raid nocturne des gamins du Parc contre le
gang rival, où les meurtres sont arrachés à la
nuit par la lampe de poche.
Formellement splendide, le film navigue là
encore au carrefour entre la contemplation
langoureuse, l’agitation comique et la brutalité tétanisante. En son centre, il est percé par
l’apparition d’une figure quasi mythologique,
presque échappée d’un rêve. «Honey», voyou
porté disparu, revient sans crier gare. Une
sorte de Bruce Lee en costume de marin,
beauté aux traits délicats et monstre de testostérone qui se précipite tête baissée dans le
moindre duel. Une créature romanesque qui
bondit dans un film trop réel avant d’être recraché en mille morceaux par la machine à
briser les rêves. •
A BRIGHTER SUMMER DAY (1991)
de EDWARD YANG avec Chang Chen,
Lisa Yang… 3 h 56. En salles.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
CULTURE/
«Incidents de parcours», le petit singe
parti trop tôt de George Romero
vie quotidienne. Ella, la petite guenon, dont la nature simiesque aura
été modifiée par des injections contenant des cellules humaines, se révèle non seulement d’une vivacité
surprenante, palliant les déficiences
physiques d’Allan, dont elle devient
une sorte de prolongement corporel,
mais elle développe aussi des sentiments humains (la jalousie, la vengeance, l’exclusivité, la possessivité
amoureuse ), mettant l’entourage
d’Allan, sa mère envahissante, son
infirmière revèche ou sa petite amie
en danger.
S’il s’en était tenu à ce seul canevas
– un être rendu à une forme d’impuissance confronté au péril que
constitue un animal devenu incontrôlable –, Incident de parcours,
dont le titre original Monkey Shines
signifie aussi «comportements déviants», constituerait déjà un thriller
haletant. Ne serait-ce que par le suspense que le cinéaste maintient
d’un bout à l’autre, grâce à un montage d’une précision d’horloger.
Surmoi. Mais c’est en tirant ce ré-
Hallu : Ella est-elle l’élue d’Allan ? PHOTO ARCHIVES DU 7E ART. DR
Retrouvailles en DVD
avec un film du cinéaste
aux zombies, mal reçu
en son temps mais
où persistent ses riches
obsessions.
S
i Incidents de parcours n’était
réellement un petit bijou
boudé lors de sa sortie initiale
en 1988, on pourrait, une fois n’est
pas coutume, entendre dans le titre
français de ce film méconnu de
George A. Romero (qui bénéficie ces
jours-ci d’une somptueuse édition
en coffret bluray), comme l’écho
d’une prémonition malheureuse.
Non seulement parce que ce
dixième long métrage fut réalisé en
marge de la saga des morts vivants
–la Nuit des morts-vivants (1968),
Zombie (1978), le Jour des morts-vi-
vants (1985)…– à laquelle on a parfois tendance à réduire son œuvre,
mais surtout parce que son échec au
box-office allait freiner l’élan créatif
du cinéaste et amorcer une traversée
du désert qui, de projets avortés en
demi-ratages successifs (la Part des
ténèbres, Bruiser), ne prendra fin
qu’en 2005 avec Land of the Dead.
Une faille dans la success story, un
peu comme pour le héros d’Incidents de parcours: Allan, étudiant
en droit promis à une brillante carrière et sportif accompli au corps fuselé comme une statue grecque, voit
sa vie basculer lorsque victime d’un
accident, il se retrouve tétraplégique
et cloué dans un fauteuil roulant.
Capucin. S’il délaisse ici les histoires de zombies dévoreurs de chair
humaine, dont il avait inventé la figure moderne et forgé les codes cinématographiques, Romero y met
néanmoins en scène un autre type
de mort-vivant: que peut être en effet un jeune homme handicapé, réduit à l’immobilité et à l’impuissance, dans l’Amérique des années
Reagan, où il n’est de salut que par
La critique politique de cette société
consumériste, fascinée par la réussite,
n’est pas le seul ferment que le film
partage avec la saga zombie de Romero.
la «win», l’esprit battant, le culte du
corps et de la performance, sinon
un être dévitalisé condamné à une
mort sociale ?
Mais la critique politique de cette
société consumériste, fascinée par
la réussite, n’est certes pas le seul
ferment que le film partage avec sa
saga zombie. Romero y brasse
d’autres thématiques qui leur sont
communes: la limite entre l’humain
et le monstre, qui chez lui fonctionnent toujours en miroir, le rapport
de l’homme à sa part d’animalité, la
frontière entre l’instinct et la conscience, entre le réflexe et la volonté,
entre le conditionnement et le libre
arbitre. Des thèmes qu’il explore et
approfondit avec une sensibilité peu
coutumière, notamment à travers la
relation que le jeune homme entretient avec un singe capucin, dressé
pour aider les handicapés dans leur
cit, adapté d’un roman de Malcolm
Stewart, vers le fantastique et le surnaturel – la relation fusionnelle
liant Allan à son singe relevant
moins de l’amour que d’un transfert
d’identité, où l’animal peu à peu
contamine l’esprit de son maître,
pour devenir une sorte de double
maléfique, à la manière d’un Mister
Hyde prenant possession de la psyché du Docteur Jekyll– que ce film
passionnant et dérangeant porte à
son point d’incandescence le malaise, lequel culmine dans un long
climax final en forme de huis-clos
meurtrier opposant la bête et le paraplégique dans un rapport de force
physique et mental. Dans cette dialectique où l’animal accomplit et attise la haine inconsciente du jeune
homme, se faisant son bras armé,
tel un passage à l’acte sans les digues du surmoi, et déchaîne ses pulsions mauvaises, nourries par la
frustration sexuelle – thématique
qui s’inspire autant des Oiseaux
d’Hitchcock que de son Psychose–,
qui de la bête ou de l’homme est le
monstre ? On se le demande.
NATHALIE DRAY
INCIDENTS DE PARCOURS
de GEORGE A. ROMERO Coffret
blu-ray/DVD (ESC Editions)
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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concède Rachid Daif. Lui
propose un rap «accessible à
toutes les oreilles, sans avoir
forcément les codes du hiphop», selon Rachid Bentaleb. Mais la programmation
de son festival est hip-hop
dans l’acception la plus large
du terme, du jazzy Oxmo
Puccino au rap âpre, technique et radical des Toulousains de la Bastard Prod, hérauts de la manifestation,
perçus ici comme les tenanciers du hip-hop français
dans sa version la plus exigeante. Ici, on refuse d’être
catalogué rap indé: «L’appellation rap indépendant ne
veut rien dire, estime DJ Rolex. Le vrai rap français a
toujours été indépendant, il
s’est toujours fait comme on
le fait.»
«Frérot». Cette année, pour
Demi Portion à Sète, jeudi.
Demi Portion:
Sète à la maison
Le rappeur a créé
il y a deux ans un
festival de rap dans
sa ville d’origine,
où il programme
chaque année
la crème de
la discipline.
«E
t si on organisait
un festival de rap
à Sète, chez moi,
dans ma ville natale ?»
En 2016, un rassemblement
organisé par les Parisiens de
la Scred Connexion pour
leurs dix-huit ans d’existence inspire le rappeur
Demi Portion. Lui qui tourne
régulièrement dans toute la
France n’a jamais joué dans
sa ville, hormis quelques
premières parties. Il lance
l’idée sur les réseaux sociaux. Les réactions sont enthousiastes : le nombre de
participants sur la page Facebook de l’événement dépasse rapidement la population de Sète, un peu moins
de 45000 habitants.
Entouré de sa garde rapprochée, DJ, amis, rappeurs,
avec lui depuis les enregistrements sur K7 et les
premières scènes, Demi
Portion, de son vrai nom Rachid Daif, s’active. Un producteur guide et chapeaute
les organisateurs novices.
Pour boucler sa programmation, Rachid Daif contacte
personnellement les artistes
rencontrés au fil des tournées et des collaborations.
Ils acceptent presque tous
l’invitation, malgré de très
petits cachets, le «strict minimum», et leurs obligations
estivales, comme le Bordelais Sam’s, qui voulait absolument venir, «même pour
un ou deux morceaux».
«Extraterrestres». En
août 2016, pari tenu. Têtes
d’affiche et artistes plus confidentiels, la crème du rap
hexagonal, se donnent rendez-vous au Théâtre de la
Mer trois soirs d’affilée pour
la première édition du Demi
Festival. Le public est jeune,
mixte, et vient des quatre
coins du rap francophone,
selon DJ Sax, le «grand
frère», initiateur des premiers ateliers d’écriture dans
la ville : «L’an dernier, je tenais le stand de merchandising et je demandais aux gens
d’où ils venaient. De toute la
France, déjà, mais aussi de
Belgique et de Suisse», qui talonnent l’Hexagone en termes de production hip-hop.
Mais cette loyauté s’explique
aussi par «l’aura» de Demi
Portion, selon Rolex, le DJ
avec lequel le rappeur travaille depuis son premier album, Artisan du bic, en 2011.
«Toutes les valeurs du hiphop sont réunies dans un petit bonhomme accessible,
humble, simple et talentueux», résume Rachid Bentaleb, programmateur de la
radio Mouv, qui capte et retransmet une partie de l’édition 2018. «Le Demi Festival,
il aurait pu s’appeler “Demi
and Guests”, ou “Rachid et
ses invités”», affirme Mehdi,
l’attaché de presse et manager, ami d’internat du taulier
sétois.
Au Demi Festival, on rappe
«à l’ancienne»: «Deux platines, un micro, pas de musiciens… On est un peu des extraterrestres aujourd’hui, ça
ne se fait plus beaucoup»,
la première fois, le festival a
décroché une subvention en
monnaie sonnante et trébuchante. «Ces 15000 euros, on
s’est dit qu’on allait les mettre
à l’eau», rigole Rachid Daif.
Chose dite, chose faite, l’argent public sert à financer
une scène flottante, installée
sur le Canal royal et accessible gratuitement à tous. Une
sorte de consécration pour
l’équipe du Demi Festival,
qui, si elle entretient des
relations courtoises avec la
mairie, est consciente de la
frilosité des autorités en matière d’organisation d’événements en plein air, Vigipirate oblige.
«Il te félicite, le maire?» demande un des membres
d’Arsenik à Rachid Daif, de
passage dans sa loge. «C’est
lui, le maire de la ville!» tonitrue Calbo, cofondateur du
groupe. Plus tard, en clôturant la soirée, il assène sur
scène, face à un public acquis à sa cause: «Le frérot, il
œuvre pour le hip-hop. Il le
fait dans son coin, mais il le
fait sérieusement.» Aux nostalgiques, le Demi Festival
démontre que le rap n’était
pas forcément mieux avant,
sous l’œil bienveillant d’un
large graffiti de la figure tutélaire de la ville, Georges
Brassens.
LÉA MORMINCHAUVAC
Photo THÉO COMBES
Au Théâtre de la Mer, à Sète,
de 19 heures à 1 heure du matin.
Ce samedi: Demi Portion, Rémy,
3e Œil, Busta Flex…
u 23
Futuro Antico, fin de
la traversée du désert
Réédition
de deux albums
du groupe psyché
italo-burkinabé.
S
i la musique psychédélique a rapidement
– dès 1966 et le «EastWest» du Paul Butterfield
Blues Band – louché vers
l’Orient et le fantasme conjugué
du raga indien et
des opioïdes, rares
sont les tentatives
qui l’ont liée à
l’Afrique: dans les
faits, ce sont
les musiciens
psyché italiens qui, proximité
géographique oblige, ont les
premiers jeté un pont dans les
années 70, attirés par les
grandes étendues désertiques
et hallucinatoires mais aussi
parce qu’ils y retrouvaient
une netteté proche d’un minimalisme qu’ils chérissaient
tous. Si l’extraordinaire Sulle
corde di Aries de Franco Battiato est la pierre de touche du
genre, les rééditions du label
Black Sweat Records qui nous
occupent aujourd’hui pèsent
très, très lourd : les deux albums du groupe Futuro Antico, formation réunissant
deux musiciens italiens, dont
un authentique architecte
(Riccardo Sinigaglia), et le
guitariste et joueur de luth
burkinabé Gabin Dabiré.
Si le second album, Dai primitivi
a l l’el e tt r o n i c a
(1980) a le plus
souvent été exhumé par les fans
de musique protoélectronique, c’est
surtout le premier
disque du groupe, sans titre et
sorti la même année, qui fait
voyager: les longs développements s’enroulent derrière la
ligne d’horizon, minéralisant
la musique et faussant la perception – il n’est de psyché
sans illusion créée.
GRÉGORY SCHNEIDER
FUTURO ANTICO albums
chez Black Sweat Records
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
VOYAGES/
BIZARRE,
VOUS AVEZ DIT
BIZARRE? (5/7)
Voyage cosmique dans le désert
californien, bars vikings à Caen ou nuit
dans un intestin à Anvers… Cet été,
Libération décline quelques voyages et
séjours déjantés.
Texte et photos
CHRISTELLE GRANJA
ous rejoignez une expédition coloniale de l’Empire. Ressembler à un rebelle de l’Alliance serait
inutile… Et risqué !» Guidés par ces précieuses mises en garde, nous mettons le cap sur
la carrière désaffectée des Mines du Roi
nain, point de ralliement de la conquête intergalactique. Le starfighter ne nous a pas attendus ; pour nous, ce sera l’A1 et la D62, direction Laigneville, dans l’Oise. Devant
l’entrée du site rocheux, en bordure de forêt,
un officier impérial impavide contrôle notre
équipement. Notre sourire complice ne
trouve aucun écho, mais nous sommes déclarés aptes à participer . Franchissant le
seuil, on pénètre dans une vaste cavité au décor sombrement lunaire, emplie d’un air
froid et poisseux. Serions-nous sur Dagobah,
dans les entrailles de la Grotte du Mal? Quelques droïdes et guerriers affairés, portant capes, armes et armures bricolées, nous frôlent, indifférents. Un message de l’Empire
résonne. Le doute n’est plus permis : nous
sommes passés du «côté obscur». Et de fait,
on n’y voit goutte.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les Mines du
Roi nain étaient dédiées à l’extraction de la
pierre. Puis l’exploitation du calcaire a laissé
sa place à une champignonnière ;
aujourd’hui, les joueurs costumés ont remplacé ouvriers et pleurotes. Le temps d’un
long week-end, le dédale de souterrains et
tunnels abrite une rencontre un peu particulière : «GN» pour ses initiés, jeu de rôle
grandeur nature pour les profanes. Le principe est simple et ses déclinaisons infinies:
les «rôlistes» (ou joueurs), se déguisent pour
incarner un personnage dans un monde fictif. Le hobby n’est pas rare, la très sérieuse
Fédération française des jeux de rôles grandeur nature (FédéGN) compte plus
de 200 associations membres. Chaque année, des flopées d’événements, souvent placés sous le signe de la SF et de la fantasy, investissent décors naturels ou construits sur
mesure. Les plus courus attirent des milliers
de passionnés. A Laigneville, une quarantaine d’adultes consentants ont plongé dans
un huis clos claustrophobique au cœur de
l’univers de George Lucas. «Que l’Empire
soit avec vous !» encouragent les
organisateurs. Il faudra bien ça: quatre jours
et quatre nuits durant, la petite troupe va se
nourrir de rations militaires, dormir sous
tente et sous terre – les sorties à la surface
sont interdites, sauf cas d’urgence… Et
oublier ce qu’est une douche.
«V
«Planète hostile»
Mauvaise nouvelle pour les colons. Suite à
une avarie, le vaisseau n’a pas atteint sa destination. Ingénieurs, vétérans impériaux,
chasseurs de primes: pour tous, l’heure est
à la survie plutôt qu’à la conquête. «Cette
planète est vraiment hostile. Entre les attaques de créatures autochtones et les traîtres
à la cause, la mission coloniale s’annonce
périlleuse», confie l’un des aventuriers de
l’espace en se lançant dans l’exploration des
Jeux de rôle
Star Oise
Tout en armures vêtus, les fans de George
Lucas et amateurs de GN, ces aventures
ludiques «grandeur nature», ont combattu
dans une carrière désaffectée à Laigneville.
Schizophrénie et rebondissements garantis.
souterrains désaffectés. Soudain, une explosion retentit dans une des galeries, suivie
d’un impressionnant nuage de fumée. Un
médecin est dépêché: «Je vais devoir amputer !» L’expansion impériale vaut bien quelques sacrifices. Des rires fusent, rappelant
la règle qui prévaut quand même ici-bas :
s’amuser.
«Cela fait plusieurs mois que nous préparons
ce GN. Les dernières semaines ont été intenses!» expliquent Robin et Amaury, les initiateurs de l’événement. Fans inconditionnels
de Star Wars, ces trentenaires fondus de jeux
de rôle rêvaient depuis longtemps de réinventer la saga de George Lucas. Mais
attention, tout n’est pas permis dans l’espace
intergalactique. Comportements, vocabulaire et signaux visuels des rôlistes sont ultra-codifiés. «Pour tuer un personnage, il
faut le plonger dans le coma, maintenir son
arme contre lui pendant dix secondes en di-
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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Star Wars, au fin
fond d’une
champignonnière
de Laigneville :
une quarantaine
d’adultes
consentants ont
plongé dans
ce huis clos
claustrophobique
quatre jours
et quatre nuits.
u 25
VOYAGE EN TERRE
INDIGÈNE
Amérindiens du Québec, Kabyles
d’Algérie, Touaregs, Pygmées…
Ces peuples parlent notre langue et
partagent une partie de notre
histoire. Aujourd’hui, ils se battent
pour gagner leur place et leur
liberté. Tout l’été France Inter part
à la rencontre de ces oubliés de la
francophonie.
«Les écogardes nous
considèrent comme
des sous-hommes»
sant “Moi (nom du personnage), je t’achève”»,
détaillent les consignes de jeu. «On ne peut
pas retirer l’implant cyborg d’un cadavre»,
apprend-on un peu plus loin (ce que l’on
ignorait). Survivre en territoire fictionnel est
un privilège d’initié : il faut surveiller «son
score de CAC», soit le nombre de corps-àcorps, s’équiper de «boucliers déflecteurs»,
user de «tubes de bacta» ! Pour revenir au
réel, ni safeword ni pouce levé. Seule échappée possible: fermer le poing au-dessus de
l’épaule.
Déconnexion du réel
C’est dans cette posture, rarement adoptée
par les participants, que nous approchons
Mairim Resun, un chasseur de primes en
grande conversation avec une ingénieure
impériale. Bouclier, casque et armure bricolés façon steampunk, le garçon – Mathieu,
natif de Bruxelles dans la vraie vie– cherche
sa prochaine proie, «sans doute est-elle dissimulée sous un déguisement holographique».
Sous terre, l’absence de repères et l’atmosphère oppressante du site favorisent la déconnexion du réel. Le mystère de l’intrigue,
les costumes, les alias et noms de code acti-
Les GN sont partout
dans la nature
Association Les Bretteurs
En savoir plus sur le jeu de rôle
grandeur nature les Promesses de
Moric Loïca, organisé par l’association
les Bretteurs sur Gages aux Mines du
Roi nain, à Laigneville (60) :
www.bretteurs.fr/gn/promesses
Découvrir d’autres GN, toute l’année :
www.fedegn.org/calendrier-liste
vent un peu plus les imaginaires. «On peut
vivre ici d’autres histoires, d’autres mondes.
Le GN est un voyage, nous sommes des aventuriers du temps!» s’enthousiasme Sandra,
engoncée dans la peau d’un droïde quelque
peu obsolète.
Ecrire des scénarios, savoir improviser, interpréter des personnages, se costumer: les
emprunts à l’univers théâtral et cinématographique sont nombreux. «Mais le GN est
une pratique beaucoup plus libre et moins
hiérarchisée. Les personnages appartiennent à chacun, les joueurs sont co-écrivains
de l’histoire, l’aventure est collaborative»,
analyse Magali, insistant sur cette capacité
à créer collectivement un univers en dehors
de toute exigence de productivité ou de
compétition. Un rare moment de suspension du réel. La prochaine fois, promis, on
prendra notre bouclier déflecteur et un tube
de bacta. •
Au Cameroun, la forêt primaire où
vivaient les Pygmées bakas
ressemble de plus en plus à un
gruyère entre déforestation et
exploitation minière. C’est au nom de
la conservation de l’environnement
que les Pygmées ont été aussi exclus
de leur forêt, au sud-est du Cameroun
à la frontière du Congo-Brazzaville.
En 2006 avec la création de l’aire
protégée, les bakas ne peuvent plus
chasser et pratiquer leurs activités
traditionnelles au risque d’avoir à
faire à l’ONG WWF qui, au Cameroun
travaille en étroite collaboration avec
le gouvernement. Ce couple baka du
village d’Assoumindélé se souvient
encore de cette nuit du 11 mai 2016
où les écogardes du WWF ont
débarqué chez eux. Paul Bado
raconte: «En pleine nuit on a entendu
des gens cogner à notre porte. Après
mon refus d’ouvrir, les écogardes l’ont
défoncée. Puis ils ont empoigné mon
épouse et l’ont traînée en dehors de la
maison et se sont mis à la “bastonner”.
L’autre s’est jeté sur moi. Finalement,
ils nous ont conduits au centre de
Mbl’am, où ils nous ont jetés en
cellule. Nous étions accusés d’être en
possession d’éléphant». L’animal est
menacé de disparition et interdit à la
chasse. Mais il est le maître des
animaux lors des rituels bakas. C’est
lui qui permet d’appeler l’esprit de la
forêt. Ce couple assure qu’il n’était
pas en possession de viande ni de
trophée. Il ne comprend pas cette
arrestation arbitraire et cette violation
des droits de l’homme. Et d’ajouter:
«Les écogardes nous reprochent
d’être des chasseurs et tout
simplement d’être le peuple de la
forêt… Ils nous considèrent comme
des sous-hommes, pire que des
animaux à abattre.» Aujourd’hui ce
couple vit dans la peur. «Je ne veux
plus voir un écogarde sur mon
chemin, parce qu’ils nous ont laissés
à demi-mort. J’ai arrêté de chasser, je
pose juste des pièges pour avoir
quelques gibiers et nourrir ma famille
et ma femme se limite à la pêche aux
alentours du village.» Depuis, une
plainte a été déposée auprès de
l’OCDE par Survival International
contre WWF. L’affaire est toujours en
cours.
ANNE PASTOR et JEANNE
GOURDON
Voyage en Terre
Indigène, le
vendredi à
17 heures sur
France Inter et à
réécouter sur
www.franceinter.fr
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
26 u
MON PETIT ROYAUME (1/7)
Sur la plage
abandonnée
Rina Avivi Après la mort de son mari gourou, Eli, enfant de
l’Holocauste, perpétue l’existence d’Achzivland, camping
indépendantiste et fantasmé en terre d’Israël.
I
l y a trois mois, Eli Avivi, le président à vie et fondateur
d’Achzivland (une micronation qui est surtout un camping
ouvert à l’année, et vice-versa) est mort à l’âge de 88 ans.
Une pneumonie a mis fin à quarante-sept ans de règne sur
un hectare de plage à quelques encablures de la frontière libanaise. Longévité d’autocrate moyen-oriental, dont l’issue n’a,
pour l’instant, pas engendré le chaos.
C’est que le «peuple» d’Achzivland s’est
toujours limité à deux citoyens, Avivi et
sa femme, Rina. Sa Constitution est
claire : «Le président est élu démocratiquement par son seul
vote.» Une seule «élection» a eu lieu, en 1971, l’année fondatrice. Avivi trépassé, comment s’adresser à Rina? Madame la
présidente? «Oh non, répond-elle, je suis juste la femme d’Eli.
Rien d’autre.» Et de préciser, l’air mi-inquiet mi-amusé, dans
sa maisonnette si petite qu’elle fait penser à un mobile home:
«Vous savez, Achzivland, c’est pour de faux, hein ?»
En tamponnant nos passeports achzivlandais (vacance du
pouvoir ne rime pas avec fin du marketing), Rina veut parler
d’Eli. «Un type spécial, vraiment.» Elle l’emploie beaucoup cet
adjectif, désignant à la fois une marginalité douce et une cer-
taine importance. Dans la bicoque de Rina, Eli est partout en
photos. D’abord jeune et rasé de près, puis avec rouflaquettes
et fusil-mitrailleur, enfin profusément barbu et en toge, entre
le gourou New Age et le Moïse de Cecil B. DeMille. Né en Iran
et élevé en Palestine mandataire, Eli Avivi s’engage à 15 ans
dans la Palmah, la milice sioniste qui servira de colonne vertébrale à l’armée israélienne. Il fait ses armes
contre les Britanniques, puis rejoint une
unité marine durant la guerre de 1948.
Quand, en mission, son bateau longe la
côte, son regard s’accroche à un village palestinien, Az-Zeeb.
Après la guerre, en 1952, le marin s’y installe. Az-Zeeb, devenu
Achziv en hébreu, a été vidé de ses habitants, comme tant
d’autres bourgs arabes. Avivi le solitaire pose les jalons de son
royaume. Dans les ruines, il érige quelques huttes, survit en
vendant le poisson qu’il pêche. Une petite communauté
s’agrège au fil des passages de vagabonds et artistes, attirés par
la superbe plage et le magnétisme de l’ermite.
Rina débarque en 1964. Si l’histoire d’Eli Avivi est celle des
«nouveaux juifs» israéliens, musculeux et combattants, la
sienne est celle des orphelins de la Shoah. Née en Allemagne
LE PORTRAIT
d’un père qu’elle n’a jamais connu, elle est transférée en Israël
par l’Agence juive après l’internement de sa mère, rendue «folle
et muette» par l’Holocauste. Placée de kibboutz en kibboutz
(«j’étais difficile»), elle découvre Achziv à 17 ans: «J’étais avec
des voyageurs… J’avais beaucoup d’amis: j’étais très belle.» Les
clichés d’époque en témoignent: épaules de sirène (futur blason d’Achzivland), taille de guêpe et frange peroxydée. La
moue le plus souvent boudeuse, elle évoque les héroïnes de
Crumb et les Valkyries de Métal hurlant. Parce qu’elle est, justement, «spéciale» elle aussi («peinture, piano, bijoux, je savais
faire plein de choses, mais rien de spécifique»), elle devient la
compagne d’Eli Avivi.
En 1970, le gouvernement israélien décide de transformer la
zone en parc national, après avoir vendu la plage voisine au
Club Med. Les Avivi ne sont pas dupes. Comme ailleurs, l’idée
est de «raser le village pour que les Arabes ne reviennent pas»,
résume Rina. Israël est plein de ces réserves où les arbres font
de l’ombre aux fantômes de la Nakba, la «catastrophe» de l’exil
forcé des Palestiniens. Face aux bulldozers, Eli Avivi a une
idée: la sécession. «L’armée a commencé à mettre des barbelés
autour de chez nous, et on a décidé que ça serait notre pays,
raconte Rina. C’était pour faire du boucan, mais les gens ont
aimé l’idée.» Eli passe une dizaine de jours en prison, devient
une célébrité. Verdict: le chef d’inculpation de «création d’un
pays sans permission» n’existe pas dans le jeune Etat hébreu.
Si le tribunal refuse de statuer sur l’existence d’Achzivland,
il en accorde la jouissance
aux Avivi pour 99 ans.
A l’époque où l’on bétonne à
Militants politiques
marche forcée, l’entêtement
très sérieux, poètes
victorieux du couple en fait
manuels, activistes
des icônes anars.
rêveurs ou
Six mois après sa «création»,
mégalomanes
des fedayin (combattants pafrustrés, «Libé»
lestiniens) accostent à Achzis’intéresse cet été
vland pour kidnapper Eli,
aux dirigeants de
persuadés qu’il est un ponte
micronations, ces
du Mossad sous couverture.
Etats reconnus par
Rina braque l’éclaireur pales(presque) personne.
tinien cagoulé et lui fait un
café. L’armée débarque rapidement: «C’était drôle, parce que certains ont cru au début que
Tsahal était là pour nous envahir…» L’année suivante, un similiWoodstock est organisé. Avivi parade dans un char de péplum,
entouré de milliers de chevelus. Ecrivains, routards et célébrités
défilent. Paul Newman et Sophia Loren, lors du tournage de
leurs épopées sionistes (Judith, Exodus), sont des habitués. Eli
Avivi se consacre à la photo («un million de clichés», dixit Rina,
beaucoup de nus). Il transforme la bâtisse du mokhtar (chef
du village) en musée, bric-à-brac de possessions des Palestiniens délogés, d’antiquités repêchées lors de ses plongées et
de babioles ésotériques. On y trouve aussi un buste de Shimon
Pérès, autre visiteur notable. Le chef du micro-Etat n’a jamais
rechigné à frayer avec ses homologues: il aurait même initié
au maniement du Nikon Yitzhak Rabin, l’ancien Premier ministre israélien assassiné après avoir signé les accords d’Oslo.
Les Avivi, figures de la contre-culture? Rina Avivi grimace: «On
n’était pas hippies, on était libres.» Elle piétine quelques mythes: le couple n’avait aucune appétence pour les hallucinogènes, ni l’exhibitionnisme. Ils n’ont même pas réellement brûlé
leurs passeports et ont voté toute leur vie au kibboutz voisin.
Toujours à droite: «Eli adorait Menahem Begin, le fondateur
du Likoud. Il aimait beaucoup Bibi [Nétanyahou] aussi.» Si Eli
Avivi s’est battu contre la destruction du village, c’était sans
vraiment penser aux anciens habitants. Dans un documentaire, on le voit avec une Palestinienne qui visite Achziv, où
elle vécut enfant. Il ne semble pas remarquer qu’elle pleure.
«Ce village existe depuis quatre mille ans, relativise Rina. Tout
le monde est passé par ici, qui sait qui y vivra dans mille ans?»
Sans héritier (par choix), il y a peu de chances qu’Achzivland
survive à Rina, qui continue à accueillir les visiteurs, désormais
triés sur le volet (pas de jeunes, pas de gens bruyants). Ses espoirs reposent… sur le gouvernement israélien. «Des millionnaires voudraient construire un hôtel, mais cet endroit, il est
différent, il faut le conserver.» Pourquoi pas? Avec son idéalisme prométhéen à l’ombre de la tragédie, ses armes et ses
bikinis, ses bohémiens devenus likoudnik, ses contradictions
irréconciliables et son avenir flou, cette notule loufoque des
brochures touristiques reflète assez l’évolution d’Israël. •
Par GUILLAUME GENDRON
Photo JONAS OPPERSKALSKI
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u 27
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Il va y avoir du spectacle ce week-end à Saint-Louis aux
Etats-Unis ! Dans le cadre du Grand Chess Tour 2018, se
déroule un tournoi qui couple dix-huit rondes de blitz (5 mn
plus 3 s par coup) et neuf parties rapides (25 mn plus 10 s par
coup) avec dix joueurs parmi les meilleurs de la planète :
Wesley So classé 2852 en rapide, Leinier Dominguez-Perez,
2826, Viswanathan Anand 2758, Shakhriyar Mamedyarov
2754, Hikaru Nakamura 2826, Levon Aronian 2806, Maxime
Vachier-Lagrave 2798, Sergey Karjakin 2793, Alexander
Grischuk 2751 et Fabiano Caruana 2738. Le tournoi, dont les
parties seront retransmises en direct sur le site, doit débuter
ce samedi par trois parties rapides. Le blitz se jouera sur
deux jours à partir du 14. En cas d’égalité, le spectacle
reprend de plus belle ! Le départage pour la victoire se
déroule en deux parties
rapides de 10 mn chacun et un
rajout de 5 s par coup. En cas
d’égalité, deux parties blitz en
5 mn chacun et un rajout de 3 s
par coup. Si l’égalité persiste
on jouera un blitz «mort
subite» avec 5 mn pour les
blancs, 4 pour les noirs. Mais
la nulle suffit aux noirs pour
l’emporter. •
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TEL : 06.89.68.71.43
Maxime aux commandes : les blancs jouent et gagnent.
Solution de la semaine dernière : Georgiadis a pris le pion ç5, mais il
perd la Tour ç5 après Tour d8 échecs, Roi g7 forcé et Cavalier é6 échecs !
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GRILLE
UNE?
S’EN
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SAMEDI 11
DIMANCHE 12
Le temps reste majoritairement calme et
ensoleillé, avec de la douceur. Les nuages
sont plus nombreux de la Bretagne à la
Normandie et jusqu'aux Ardennes.
L’APRÈS-MIDI Le temps reste majoritairement
calme et ensoleillé, avec de la douceur. Les
nuages sont plus nombreux de la Bretagne à
la Normandie et jusqu'aux Ardennes avec un
risque de quelques gouttes.
Le soleil est majoritaire dans une ambiance
assez douce. Une faible perturbation aborde
la Bretagne en cours de matinée.
L’APRÈS-MIDI Le temps est globalement
estival avec des températures plus élevées
que la veille. Le soleil domine, néanmoins
une faible dégradation concerne les côtes
de la Manche avec quelques pluies éparses.
Lille
0,6 m/19º
Lille
0,6 m/18º
0,3 m/19º
0,3 m/18º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
Orléans
Dijon
Nantes
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II
III
IV
V
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VII
IX
X
XI
Grille n°986
VERTICALEMENT
1. Ce stratège a thébain guidé son armée 2. Morte ; Elle luit la nuit 3. Des
marches ; Avec des poils blancs sur sa robe 4. Sur le bout de la langue ;
Doc en Haïti ; Noble pour la boxe 5. Alexandre ou Nicolas ; Il est à l’état
végétal ou végétatif 6. Non reconnue ; A l’ouest de Bombay, de l’autre
côté de l’eau 7. Guérilla colombienne ; Il aime les illes 8. Petite à deux
roues ; Quand au milieu est la bulle, elle est nulle 9. Pains gratuits à l’hôtel
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. WATT-HEURE. II. AMOVIBLES. III. TOMATE. CS.
IV. ENA. PUA. V. RT. THOIRY. VI. CIBICHES. VII. LLANO. TIP.
VIII. OLFACTIVE. IX. SAR. KÖNIZ. X. ÉDAM. RATE XI. TOILETTES.
Verticalement 1. WATER-CLOSET. 2. AMONTILLADO. 3. TOMA. BAFRAI.
4. TVA. TINA. ML. 5. HITCHCOCK. 6. ÈBE. OH. TORT. 7. UL. PIÉTINÂT.
8. RÉCURSIVITÉ. 9. ESSAY. PÈZES.
libemots@gmail.com
Dijon
Nantes
◗ SUDOKU 3742 MOYEN
IP 04 91 27 01 16
0,6 m/19º
Bordeaux
1 m/23º
Toulouse
3
0,6 m/19º
Lyon
Montpellier
Marseille
1/5°
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Toulouse
Montpellier
6/10°
11/15°
Nice
Marseille
0,3 m/23º
16/20°
21/25°
26/30°
31/35°
36/40°
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
◗ SUDOKU 3742 DIFFICILE
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Origine du papier : France
0,6 m/25º
-10/0°
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Lyon
Bordeaux
0,6 m/23º
Nice
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Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
Neige
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Soleil
(030/
HORIZONTALEMENT
I. Fauteurs de troubles
II. Homophone d’un mot
des solutions ; Dans la Bible,
elle épouse son cousin
III. Rencontre colorée que
permet la concordance des
temps ; C’est celui d’Inès
de la Fressange aujourd’hui
IV. Il manque au SDF ; Drame
au loin V. Vilaine est celle
qu’elle rencontre ; Bien bel
endroit VI. N ; Champion du
monde VII. Telle terre à
Roland-Garros ; Mini-boîte
VIII. Oxyde de nickel ; Il risque fort de devenir un porc
IX. Lieu de mémoire X. Qui
impose qu’on s’occupe d’elle
XI. Mieux vaut qu’elles ne
soient pas capitales
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Solutions des
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Une merveille.
AAAAA PREMIÈRE
Splendide de beauté et d’émotion.
Passionnant.
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LES INROCKS
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ACTUELLEMENT
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
LE CHEMIN
DE COMPOSTELLE
Et aussi n quatre
pages BD n de la photo
n le premier chapitre
d’un roman de la
rentrée n un bateau
n deux recettes
n des jeux…
PASCAL AIMAR. TENDANCE FLOUE
Samedi 11
et dimanche 12 août
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
A l’aube, dans la brume et la boue sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, entre le Puy-en-Velay et Monistrol-d’Allier.
Par
VIRGINIE BALLET
Photos
PASCAL AIMAR.
TENDANCE FLOUE
J
e suis dans la purée de pois,
une brume matinale si
épaisse qu’elle empêche
d’admirer le Puy-en-Velay
(Haute-Loire) qui s’éloigne derrière
moi. J’ai à peine parcouru deux kilomètres et déjà je transpire à grosses gouttes, à tel point que j’ai dû retirer mes lunettes de vue, trop
embuées. Légèrement myope, je décide que suivre le troupeau de pèlerins en tenue fluo devrait suffire à
me repérer. D’emblée, le dénivelé
pour sortir de la ville annonce la
couleur: ce qui m’attend ne sera pas
une promenade de santé. Après un
petit passage citadin, puis le long
d’une grosse usine, me voilà catapultée en plein effort, sur un chemin boueux en montée, au beau milieu des champs.
Il a plu pendant la nuit. J’ai peur que
mes chaussures de randonnée restent engluées dans la terre volcanique. Je regrette amèrement les deux
cigarettes fumées pour me donner
Pèlerinage
de raisons
Sac sur le dos et vêtue de nos tenues de zumba, nous avons traîné
nos jambes de non-croyante entre le Puy-en-Velay et Monistrold’Allier, marché et dormi au milieu de pèlerins de tous bords,
prisonniers ou libres, jeunes ou âgés, seuls ou en famille.
du courage: je suis essoufflée. Pour
ne rien arranger, j’aurais besoin d’aller aux toilettes. L’atmosphère est si
moite que ma tignasse frisouille et,
j’en suis persuadée, je dégage déjà
des odeurs de mouflon sauvage.
Il est à peine 9 heures du matin, et
la journée s’annonce encore longue : il s’agit de rallier le village de
Saint-Privat-d’Allier, à 24 kilomè-
tres de là, point d’arrivée de cette
première étape sur les chemins de
Saint-Jacques-de-Compostelle. Pas
le choix : j’ai réservé une chambre
en gîte pour le soir même et payé
des arrhes (une semaine à l’avance,
rongée par la peur de devoir dormir
dehors faute de place, car ce mois
de juin est encore saison haute pour
les pèlerins). Qu’est-ce qui m’a pris
de me lancer de mon plein gré dans
pareil périple? De me lever à 6 heures du matin pour un petit-déjeuner
englouti à la va-vite dans un hébergement diocésain, avec des inconnus deux fois plus âgés que moi,
sous des crucifix et face à un aquarium mal entretenu ? De suivre la
centaine d’autres pèlerins à la
messe de bénédiction organisée,
comme chaque jour, à 7 heures en
la cathédrale du Puy-en-Velay ? Je
ne suis ni croyante, ni matinale. Et,
qui plus est, vêtue des tenues respirantes qui servent d’ordinaire à mes
cours de zumba.
DUO-COCON
Alors que la montée infernale
s’achève enfin, le souvenir de l’été
dernier me revient. L’une de mes
amies les plus proches, pas bigote,
ni férue de marche, s’était lancé un
défi à l’aube de son trentième anniversaire : rallier Saint-Jacques-deCompostelle depuis Paris, en plein
cagnard estival. A l’époque, ma
santé me jouait des tours. Alors
j’avais décidé, comme une revanche
sur ce corps qui me trahissait et ce
moral qui flanchait dangereusement, d’effectuer un morceau du
trajet à ses côtés : 80 kilomètres à
travers la Charente-Maritime, en
quatre jours. Pas question à ce moment-là de nous mêler aux autres:
notre duo-cocon s’accordait grasses
matinées, départs à son rythme et
nuitées confortables loin des autres
jacquets.
Dans les champs de tournesols ou
à travers de tristes zones industriel-
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u III
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Des detenus incognito «en permission», des retraités en pleine forme, des familles en quête d’authenticité… On rencontre de tout en faisant Compostelle.
les, j’avais touché du doigt l’apport
potentiel d’une telle aventure, qui
m’avait, paradoxalement, redonné
de la force. Depuis, je m’interroge:
qu’est-ce qui pousse ces centaines
de milliers de personnes à tenter de
rallier la capitale de la Galice chaque année ou, au moins, à effectuer
un tronçon du chemin ?
Au Puy-en-Velay, je fais la connaissance impromptue de détenus de la
prison de Lyon-Corbas, partis pour
une dizaine de jours. Leur objectif:
rallier Conques, à 210 kilomètres de
là. Ils sont six, tous des hommes
(choisis par un juge d’application
des peines) pour six encadrants, bénévoles habitués du chemin ou personnels en contact avec le milieu
pénitencier. Bruno Lachnitt,
l’aumônier catholique qui les encadre, cherche à tout prix à éviter d’attirer l’attention sur le groupe. C’est
la troisième année que ce diacre
chapeaute cette initiative, destinée
à permettre une «immersion dans la
nature de personnes qui en sont privées depuis longtemps». Une expédition comme un cadeau qui a ému
Romain (1), l’un d’entre eux, après
la messe du matin. «Etre ici fait remonter beaucoup de choses», me
glisse le jeune homme de 26 ans,
père de trois gamins âgés de 3 mois
à 7 ans. Séparé de sa compagne, il
dit rêver de «revivre ça avec ses enfants, un jour».
En pensant à eux, j’ai un peu honte
de la superficialité de mes préoccupations. Quelle importance si mon
sac à dos, qui doit bien peser entre
6 et 7 kilos, exerce un frottement sur
mes épaules, encore marquées par
un coup de soleil récent ? Ne devrais-je pas plutôt savourer pleinement la liberté dont je dispose ?
Vers 10 heures, le brouillard se dissipe. J’ai la certitude d’avoir parcouru au moins sept kilomètres. Déception : à peine plus de cinq, à en
juger par l’un des nombreux panneaux installés sur cette route bien
balisée, appelée Via Podiensis. Au
moins, la beauté des paysages
auvergnats m’apparaît enfin. Depuis le hameau de la Roche et ses
maisons en vieilles pierres, on surplombe le ruisseau du Dolaizon,
dont le bruit résonne en contrebas.
Je m’accorde une pause, assise sur
un rocher. La vue est vertigineuse
et verdoyante, parsemée çà et là de
quelques coquelicots et bleuets.
J’accroche deux ou trois fleurs à la
gourde isotherme que je porte
autour du cou. Le soleil entame une
franche percée, et je suis décidée à
faire de même. Le chant des grillons
m’accompagne.
COQUETTERIE
Comme une récompense, je croise
le chemin de quelques moutons.
Puis de deux octogénaires. Devant
une plaque érigée à la mémoire
d’un bénévole mort en effectuant
une reconnaissance sur le chemin,
l’un d’eux lance : «C’est une belle
mort, je voudrais partir comme ça.»
Pas moi. Bien échauffée, je commence à moins sentir la tension
dans mes jambes. Il faut dire que le
parcours est un peu plus plat. Mais
cela ne durera pas.
Au 13e kilomètre, à 1 000 mètres
d’altitude et dans une nouvelle satanée pente, je fais la connaissance de
Babeth. Il est 11 h 30 et la température a sérieusement grimpé. Appuyée sur son bourdon, elle lâche:
«Je crois que mes poumons ne sont
pas faits pour Compostelle.» A bientôt 70 ans, c’est sa toute première
marche, après «cinquante ans de
travail sans vacances» en tant qu’infirmière en Martinique. «C’est un
défi : est-ce que je suis capable de
faire autre chose que travailler ?
C’est aussi un moyen de vivre pour
moi, car j’ai toujours été tournée vers
les autres», raconte cette blonde volubile. Malgré tout, les autres (ses
deux enfants, dix petits-enfants, ses
patients), ne sont jamais loin.
L’émotion la gagne quand elle évoque «la force» d’un patient tétraplégique dont elle a longtemps pris
soin. Si elle a choisi cet itinéraire,
c’est surtout pour rassurer ses proches: «Si je tombe, il y aura toujours
quelqu’un pour me ramasser. Rien
ne me fait peur», tranche-t-elle.
Qu’est-ce qui
pousse
ces centaines
de milliers
de personnes
à tenter de rallier
la capitale de la
Galice chaque
année?
Contrairement à moi, elle ne s’est
pas entraînée du tout, et trimballe
avec elle un sac de couchage au cas
où elle n’arriverait pas jusqu’à ses
hébergements prévus. Prête à dormir dans les fourrés !
On fait un bout de chemin ensemble. Elle n’a de cesse de répéter qu’il
ne faut «pas l’attendre», qu’elle ne
veut «ralentir personne». On finit
par se perdre de vue. Bizarrement,
je me surprends à m’inquiéter du
sort de cette parfaite inconnue.
Deux kilomètres plus loin, à la sortie du hameau de Ramourouscle,
une blonde aux cheveux ondulés
fonce d’un pas décidé à travers les
herbes hautes. Kathrin, 47 ans, est
psychologue à San Francisco.
Athée, c’est son deuxième chemin.
Partie pour trente jours, cette indépendante affirmée loue «la nature,
la marche, la gastronomie française,
la solitude»… Les rencontres, c’est
seulement quand ça lui chante. Extravertie et enjouée, elle a glissé une
petite robe dans son sac à dos, «pour
le plaisir de se sentir jolie le soir. Je
vous jure que d’ordinaire, je suis propre et présentable!» plaisante-t-elle.
Soulagement: je ne suis pas seule à
redouter les odeurs Suite page IV
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
corporelles et
à m’accrocher à ma coquetterie.
Elle a prévu son pique-nique : une
quiche et un clafoutis, qu’elle propose de partager avec moi. Je décline, attendant le prochain village,
à quatre kilomètres de là, où, selon
mes documents, se trouve un
snack-bar. Je rêve de frites arrosées
de ketchup et d’un soda bien frais,
à déguster confortablement assise.
D’ici là, on marque une pause à côté
d’une chapelle. Surprise : j’y retrouve le groupe de Lyonnais. Abdel (1), colosse qui cumule quatorze ans de prison, pieds à l’air,
savoure le bruit des oiseaux : «Ça
change des cours de promenade où
ça gueule tout le temps.» Le quinquagénaire semble arrivé là par hasard. «On m’a refusé ma libération
conditionnelle il y a quelques semaines. Je ne pourrai sortir que dans un
mois, alors l’aumônier m’a proposé
de participer», sourit-il.
Pas question de m’attarder : le ciel
s’assombrit au-dessus des montagnes, et l’orage menace d’éclater à
tout moment. Mon père m’a souvent raconté la fois où il a vu la foudre tomber tout près de lui quand il
était môme. Je suis terrifiée à l’idée
de me retrouver dehors, debout,
parfait appât pour la foudre. Je
tremble et presse le pas.
J’arrive juste à temps en terre promise: le snack-bar de Montbonnet.
Suite de la page III
Il est 14 heures, et j’engloutis un croque-monsieur à la vitesse de l’éclair.
J’enchaîne avec un cône glacé et un
café bien corsé. La peste soit de
l’équilibre alimentaire: il est question de survie. Sur l’échelle de
l’aventure, c’est mon Koh-Lanta à
moi. Je reste à l’abri dans le minuscule établissement plus d’une heure
et demie, au son de chansons de variété française entêtantes. Quand
l’orage se calme enfin, j’enfile l’infâme K-Way acheté pour l’expédition, recouvre mon sac à dos d’une
protection imperméable, et entame
la dernière ligne droite de l’étape.
Elle se parcourt dans la plus grande
solitude à travers les bois (les intempéries n’ont sans doute pas arrêté
les autres pèlerins), sous la pluie, à
1200 mètres d’altitude. Des adresses de gîtes sont placardées sur plusieurs troncs. Une fois de plus, la
contrepartie ne tarde pas à arriver:
au sortir des bois, à Saint-Didier-d’Allier, une vue à couper le
souffle sur les paysages montagneux, que je prends le temps d’imprimer dans ma mémoire. Je ris bêtement de la suite de l’itinéraire :
traversée du hameau du Chier, désert mais sympathique.
Enfin, la ligne d’arrivée: Saint-Privat-d’Allier, village de 500 habitants
perché sur un éperon rocheux,
après un nouveau passage boueux
et accidenté, qui a viré au numéro
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
«Ça change
des cours
de promenade
où ça gueule
tout le temps.»
Abdel
détenu en pèlerinage
d’équilibriste. A mon arrivée, il
pleut à torrent. Je déboule au gîte
tant fantasmé. On me demande de
déposer mes godillots dans le «placard à chaussures» : une porte fermée qui laisse filtrer, malgré un système de ventilation, une odeur
pestilentielle.
«SAC À VIANDE»
Il est près de 18 heures quand je découvre ma chambre, composée de
trois lits superposés et de sanitaires
mal insonorisés. Kathrin, l’Américaine, ravie de retrouver un visage
connu, passe aussi la nuit là. Il va
falloir prendre sur moi pour parvenir à dormir dans ces conditions.
Mais ça, c’était avant le festin du
soir, servi dans de grands plats aux
tablées conviviales : salade de lentilles du Puy, saucisse, pommes de
terre et sauce à l’ail, plateau de fromage et gâteau au chocolat. Résultat: ronflements généralisés et sommeil profond dès 21 h 30, enroulée
dans un «sac à viande», sorte de sac
de couchage léger qui sert de drap
aux pèlerins.
Au deuxième jour, Dieu créa la possibilité de dormir plus que la veille,
grâce à un petit-déjeuner servi
à 7 h 30. La nuit n’a pas été bonne
pour tout le monde : des cris dans
mon sommeil ont réveillé Kathrin,
ma camarade de chambrée,
à 4 heures. La prochaine fois, elle
s’offrira un hôtel. Ça tire dans mes
jambes, dans mes fesses, et j’ai la nuque tendue. Sans doute suis-je trop
crispée en marchant. Je siffle des litres de café en pensant à la toute petite étape du jour. Objectif: Monistrol-d’Allier, à huit kilomètres de là.
Tout en multipliant les tartines
beurre-confiture, je reluque mes
voisins de table. Parmi eux, Laura
et Pascal, 26 et 59 ans. Elle est prothésiste ongulaire, et lui, maçon.
Quelque chose me touche chez ce
binôme venu de l’Aude : ils sont
père et fille. Lui, «amoureux des
choses simples», a déjà fait le chemin en 2003, en pleine canicule.
Elle a «besoin de réfléchir à son avenir professionnel». Ils semblent
complices, se taquinent, rient. La
veille, ils ont sympathisé avec Patrick et Maïlys, 67 et 30 ans, eux
aussi père et fille. Ce n’est sans
doute pas un hasard : à 30 ans,
Maïlys vient de démissionner d’un
poste dans le marketing. Elle dit
avoir besoin de «faire le vide, loin de
son confort, d’arrêter de ruminer»
sur la carrière qu’il lui faut. Elle
aussi marche, pour la première fois,
dans les pas de son père, ex-ingénieur chez EDF, originaire de Versailles et converti aux pèlerinages
sur le tard. «Etant au chômage, je lui
ai fait la surprise de lui annoncer
que je me joignais à lui», sourit la
frêle blonde.
MARGUERITE
Nous partons tous ensemble dans
une ambiance bon enfant. Je me félicite de leur présence : à peine
avons-nous parcouru deux kilomètres qu’il faut franchir un ruisseau
nourri par les pluies diluviennes de
la veille. Maïlys me prête ses bâtons
de marche, dont je comprends enfin
l’utilité, m’évitant une gamelle assurée et de nouvelles taches de boue
sur mon unique caleçon.
Notre petit groupe arrive assez vite
à la chapelle de Rochegude. Avec la
tour en vieilles pierres voisine, ce
sont les derniers vestiges d’un château construit au XIIe siècle. Difficile de quitter cet endroit, classé
monument historique, tant la vue
qu’il offre sur le val d’Allier en contrebas est apaisante. Au loin, on
aperçoit Monistrol, notre destination. Pour l’atteindre, mes articulations doivent résister à une nouvelle
descente en fort dénivelé. Les confidences avec le petit groupe me font
oublier mes genoux endoloris.
Tout en prenant des photos (sa passion), Patrick évoque le décès de sa
femme et mère de ses cinq enfants,
il y a quinze ans, des suites d’une
longue maladie. «Ai-je suffisamment fait pour l’accompagner?» se
demande-t-il parfois. La marche
nous pousse à l’introspection. Comment avancer après un deuil ?
Pour l’heure, nous franchissons le
pont, construit par Gustave Eiffel
au XIXe siècle, qui marque l’entrée
dans Monistrol-d’Allier. Il est à
peine 11 heures. Pascal et Laura entament une montée réputée difficile. Après une pause en terrasse,
Patrick, Maïlys et moi faisons de
même. Le sexagénaire encourage et
conseille sa fille dans l’effort, la
photographie une marguerite dans
les cheveux, entre vues sur les gorges de l’Allier et champs de coquelicots. Maïlys, elle, confie vouloir «se
rapprocher de son père». «Pourquoi,
on était si loin?» blague l’intéressé.
Au moment de la photo prise pour
cet article, il embrasse sa fille sur la
joue. Elle rougit. Effort ou émotion?
Je regarde ma montre: il est temps
pour moi de reprendre le train pour
Paris. Cette montre, c’était celle de
mon père. Il n’est plus là, mais peutêtre qu’à notre manière, nous aussi,
on s’est rapprochés. •
(1) Le prénom a été modifié.
«Si je tombe, il y aura toujours quelqu’un pour me ramasser. Rien ne me fait peur», les femmes seules n’hésitent pas à se lancer.
LUNDI J’AI TESTÉ
LES BAINS RUSSES
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SÉRIE /
ÉTÉ
u V
précautions d’usage, adaptant la
voilure au temps clément du mois
d’août, barrant avec prudence, dirigeant avec sûreté une manœuvre
toute simple, qui consistait à naviguer sur une eau plate et protégée,
par un temps ensoleillé, poussé par
une brise légère et sans risque. Puis,
peu à peu, la vérité se fit jour. L’architecte excipa de plusieurs lettres
comminatoires qu’il avait reçues du
roi lui-même, où Gustave-Adolphe
précisait les dimensions du navire,
la longueur de la quille, la hauteur
des francs-bords, le nombre de canons qu’il avait porté, à des fins
d’efficacité dans le tir, de 24 à 36, les
douze supplémentaires étant disposés sur le pont supérieur.
Roi responsable. A cette époque
Le Vasa renaît de ses cendres à Stockholm en 1961, 333 ans après avoir coulé. PHOTO BETTMANN ARCHIVE
«Le Vasa», histoire
d’une mise à flop
C’
est le revenant le plus
célèbre de Suède. Dans
un bain de lumière
fauve, il se dresse
comme un spectre au-dessus du
visiteur, avec sa coque noire aux
reflets argentés qui émergent de la
pénombre, sans un ornement, sans
une voile, sans une touche de
couleur: un vaisseau fantôme sauvé
des eaux, hiératique et délavé, qui
semble tout droit sorti de l’opéra de
Wagner, où il manque seulement le
zombie décharné censé tenir la
barre et condamné à l’errance
éternelle.
Il avait pourtant fière allure quand
il est sorti du port de Stockholm il y
a quatre siècles, le 10 août 1628, avec
son château sculpté, gardé par de
roses angelots, sa poupe multicolore, ses bordés écarlates, ses
sabords relevés, chacun orné d’un
écusson d’or, ses voiles hissées et
son pavillon bleu à croix jaune claquant dans la brise d’été. Il allait
rejoindre son premier mouillage
avant de rallier la flotte suédoise
engagée dans la guerre de
Trente Ans sous les ordres du roi-
Bateaux phares (1/6) Histoires de navires
célèbres que l’on peut encore visiter.
Aujourd’hui, un navire qui, tout juste sorti du
port de Stockholm, avait fait naufrage en 1628.
soldat Gustave-Adolphe. Sur les
quais, une foule admirative
contemplait le spectacle de la puissance du pays, agitant mouchoirs et
drapeaux, secouée d’ovations qui
roulaient en vagues sonores sur
l’eau calme du détroit. Puis soudain, après un mille de majestueuse
navigation, une rafale inopinée fit
pencher les mâts, les sabords
ouverts laissèrent entrer l’eau en
cataracte et le Vasa chavira d’un
coup avant de couler bas dans un
silence de mort. Du joyau de la marine suédoise, il ne restait qu’un remous à la surface du fjord et quelques dizaines de marins qui
nageaient frénétiquement vers la
rive pour sauver leur peau.
Désastre. Le scandale fut énorme.
Retenu à l’armée, Gustave-Adolphe
écrivit une lettre cinglante réclamant le châtiment des coupables.
Comment ce navire flambant neuf,
le plus moderne de son époque,
tout juste sorti du chantier, avait-il
pu s’abîmer après un voyage d’un
seul mille, sous les yeux d’un peuple effaré ? L’architecte naval fut
aussitôt emprisonné, le capitaine
interrogé, l’équipage consigné,
sommé de répondre aux questions
d’un tribunal inquisiteur et furieux.
Deux groupes se formèrent bientôt,
chacun rejetant sur l’autre la responsabilité du désastre : le capitaine et l’équipage d’un côté, qu’on
accusait de mauvaise manœuvre ;
les constructeurs de l’autre, taxés
d’incompétence dans la conception
du bâtiment.
Le Vasa était le premier d’une série
de quatre navires qui devaient renforcer la marine suédoise, malmenée par ses ennemis polonais et par
les armées catholiques d’Allemagne
qui menaçaient d’envahir le Dane-
mark et de prendre le contrôle du
détroit menant de la Baltique à la
mer du Nord, privant la monarchie
suédoise d’une position stratégique
décisive. Le chantier avait pris du
retard : le roi pressait les charpentiers d’accélérer leur travail.
Le concepteur s’appelait Arendt Hybertsson de Groot, architecte consommé qui avait en tête les principes et les mesures nécessaires à la
construction du Vasa, à une époque
où l’art maritime reposait non sur
les calculs scientifiques des ingénieurs, mais sur le savoir-faire traditionnel, transmis oralement, des
maîtres artisans des chantiers navals. Mais on ne pouvait plus interroger Hybertsson: il avait succombé
à une maladie avant l’achèvement
du navire. Son assistant, un Hollandais nommé Henrik Jacobsson,
avait pris la suite: il démontra qu’il
avait en tous points suivi les instructions de son patron et
qu’aucune faute d’exécution ne
pouvait lui être imputée. On se
tourna vers le capitaine, qui put établir sans peine qu’il avait commandé l’appareillage avec toutes les
les navires de guerre étaient conçus
pour le combat rapproché et l’abordage. Ils étaient surmontés d’une
dunette arrière très haute sur l’eau,
qui permettait de fusiller les équipages ennemis d’une position supérieure. Pour accroître la vitesse du
Vasa, le roi avait aussi demandé que
la coque soit longue et effilée. Ces
exigences, toutes issues de l’auguste
monarque, avaient dangereusement relevé le centre de gravité du
vaisseau, ce qui accroissait en
proportion la gîte, et donc le risque
de chavirer. Conscients du danger,
les charpentiers n’avaient pas osé
avertir le roi, qui aurait très mal pris
les conseils de ses artisans. Bref, il
apparut bientôt au tribunal, chargé
par le roi de trouver le coupable de
la catastrophe, que le coupable en
question n’était autre… que le roi
lui-même. L’enquête traîna dès lors
en longueur et au terme d’une interminable instruction, aucune sanction ne fut prononcée.
Au vrai, la catastrophe du Vasa fut
pour les archéologues navals une
bénédiction. Conservé à trente mètres de fond dans une eau froide qui
éloignait les tarets, ces vers à bois
responsables de la disparition des
épaves dans des mers plus chaudes,
le Vasa fut retrouvé au début des
années 60, pratiquement intact. On
remonta sa coque, on la traita, et on
l’installa dans un hangar, à l’abri
des intempéries. On remonta aussi
du fond du fjord les innombrables
objets qui étaient à bord, ainsi que
les dépouilles de 25 marins restés
prisonniers du pont inférieur pendant le naufrage. On édifia enfin un
musée à l’architecture futuriste
pour abriter le plus ancien, le plus
beau et le mieux conservé des vaisseaux de guerre du XVIIe siècle. De
tous les musées suédois, celui qui
abrite le Vasa est le plus visité. Paradoxe de la vanité nationale : d’un
désastre ridicule est sorti l’un des
grands motifs de fierté de la Suède
moderne.
LAURENT JOFFRIN
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VI u
ÉTÉ / PHOTO
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
BRIAN GRIFFIN
Né en 1948,
vit et travaille à Londres.
L
Pommes de chair
Séance tenante/ Science-fiction Marqué par
les «spud mutt», la chair à canon de la Première
Guerre mondiale, Brian Griffin a mis en scène
les ouvriers de l’usine McCain de Béthune, dont
les patates poussent là où sont tombés les soldats.
e photographe anglais
Brian Griffin fête ses 70 ans
cette année, qui marque
aussi le centenaire de la fin
de la Première Guerre mondiale.
Il raconte qu’il a grandi dans une
petite rue entourée d’usines au
cœur du Black Country, ce territoire
au centre de l’Angleterre recouvert
de noir de suie en raison des industries du charbon. S’il avait été en âge
de partir à la guerre, il n’aurait certainement pas été officier, étant
d’origine modeste, mais plutôt un
spud mutt, que l’on peut traduire
par «patate clebs», argot anglais désignant les soldats de rang inférieur,
de la «chair à canon», dirait-on.
En 2016, lorsque le Centre d’art de
Béthune l’invite en résidence, l’artiste pense aux soldats britanniques
qui étaient postés dans cette ville
et à ceux qui périrent, notamment
durant la bataille de la Somme.
En 2017, il confie à François Hébel
ses sentiments : «Cette idée que le
sang, les os, les membres étaient enfouis dans la terre m’obsédait… je
pensais au sang… au sang des soldats qui avaient été blessés ou tués.»
Quand l’artiste arrive à Béthune,
que découvre-t-il ? Une immense
usine McCain, entourée de ses
champs de pommes de terre qui
poussent dans de la terre fertilisée
du sang et des restes des soldats.
Son sujet est là.–le mot spud signifie «patate». L’artiste se fait inviter
chez McCain où il photographie une
carotte de patate (ci-dessus). On dirait une vieille patate qui fume,
mais c’est ainsi qu’on teste les pommes de terre pour savoir si elles feront de bonnes frites. Puis il fait des
photos dans le village de Richebourg, avec M. Marquez, pelleteur
placé dans le godet de sa machine,
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
qui porte sur la tête une pyramide
en titane censée avoir un effet détoxifiant intense sur l’ensemble du
corps (cela s’achète sur Internet et
se porte de cette façon). En Angleterre, il poursuit ce travail en réinterprétant certaines scènes de la
guerre. Un de ses amis, employé
dans un entrepôt de matériel électrique, pose ainsi pour lui recouvert
d’un crucifix, en référence à une
photo que l’artiste a gardée, représentant un alignement de soldats
morts avec, sur le corps, une croix
en bois sur laquelle est inscrit
leur nom.
Brian Griffin a une longue carrière
de photographe et de réalisateur.
Certains de ses portraits sont mythiques, tels ceux d’Iggy Pop
en 1979, Siouxsie, George Melly ou
Steve Davis, champion du monde
de snooker. Spud Mutt, son dernier
livre, présente ses photos de patates
mais aussi plusieurs chapitres consacrés à ses anciens travaux sur le
corps dans le cadre professionnel,
des ouvriers qui posent amoureusement avec leurs outils dans leur
chorégraphie au travail.
LAURE TROUSSIÈRE
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u VII
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VIII u
ÉTÉ / FEUILLETON
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
Par
MATHIEU LINDON
Moby Dick
Cachalot
de
turpitudes
Pervers textuels (4/7) Tous les samedis, «Libération» part à la rencontre
de grands tordus de la littérature. Cette semaine, la sanguinaire baleine
blanche du roman de Herman Melville, qui, sous couvert d’allégories
supposées, en fait voir de toutes les couleurs au pauvre capitaine Achab.
A
dmettons que le capitaine Achab
n’est pas tout blanc, lui, dans cette
affaire. Est-ce une raison pour innocenter Moby Dick, comme si le pauvre petit cachalot (qui est énorme) n’était
qu’une malheureuse victime à qui on ne pouvait pas reprocher de se défendre ? Tout est
une arme pour la baleine, jusqu’à sa couleur
spéciale. Il y a explicitement un «effet d’ensorcellement de la blancheur». Le cachalot peut-il
ensuite à bon droit s’étonner «que la chasse fût
ardente» ? On fait grief à Achab de l’aspect
prétendument exagéré de sa vengeance: trouverait-on plus normal, plus humain, qu’il
abandonne une jambe à Moby Dick et dise au
revoir et merci sans plus jamais y penser ?
C’est comme si le capitaine n’avait pas déjà assez souffert, que même après sa mort affreuse
il fallait encore entacher sa réputation.
Semble-t-il qu’au nom d’on ne sait quel animalement correct, la perversion soit un mot
réservé aux humains. Que Moby Dick soit un
«cachalot exterminateur», que semer partout
le deuil derrière soi s’avère la principale de ses
activités, qu’il y ait bien du monde sur bien
d’autres navires que le Pequod d’Achab pour
l’attester, tout ça ne paraît pas de nature à permettre le moindre argument en faveur du capitaine unijambiste ni le moindre mot autorisant à attaquer l’animal, comme si déjà, dans
la première moitié du XIXe siècle, la protection des baleines était une priorité qui s’imposait à tous. Mais Herman Melville n’a pas forcément Greenpeace en tête quand il publie
son roman en 1851. Et on ne peut pas limiter
la haine d’Achab à une simple vengeance,
quand bien même elle y a évidemment sa
part : son aventure le dépasse de beaucoup,
ainsi que le montre le retentissement du roman à travers le temps.
ARRÉTONS DE DISCULPER
LE CACHALOT
Au demeurant, les protecteurs des baleines
devraient être les premiers à savoir gré au capitaine du Pequod de ce contre quoi son équi-
page murmure : il n’est pas là pour faire un
massacre de cachalots, il en a un bien particulier en ligne de mire. Ça gronde : prend-il
autant soin de l’argent des armateurs qu’il le
devrait? On conçoit que des marins puissent
penser ça sur le bateau avec un peu de
rancœur ou d’inquiétude. Mais que des lecteurs relaient l’argument en prenant eux
aussi fait et cause pour l’investissement des
capitalistes, c’était moins évident. Tout est
manifestement bon pour éviter que le moindre reproche puisse s’abattre sur Moby Dick.
Mettre en cause la santé mentale du capitaine
est le premier élément de la chaîne censée
disculper le cachalot. Bientôt, il faudra savoir
si celui-ci l’a fait exprès, ce carnage, ou si
c’était plus fort que lui? Peut-être, comme le
scorpion qui se noie en traversant la rivière
car il ne peut s’empêcher de tuer son passager, faire des ravages est-il la nature de Moby
Dick. Remarquons toutefois que le cachalot
finit le roman vivant, contrairement au scorpion et à l’ensemble des personnages hu-
mains, Ismaël excepté – à qui son statut de
narrateur vaut son invraisemblable sauvetage. Moby Dick est sur Terre, plus précisément dans la mer, pour créer des orphelins
à foison, et ce serait Achab, dont l’ambition
est de mettre fin à ce carnage, qui serait le
méchant? Il faut croire que le raisonnement
qui arrive à semblable conclusion l’est autant
que le cachalot, pervers.
«Le symbole, le symbole», crie-t-on pour innocenter l’animal, comme on dit «le poumon,
le poumon» dans le Malade imaginaire. De
quoi Moby Dick pourrait-il être coupable
puisqu’il n’est pas Moby Dick? Comment accuser un cachalot qui n’est pas un cachalot
mais quelque chose de beaucoup plus secret
et beaucoup moins concret? C’est comme si
une chape indéfinie de symbolisme flottait
sur l’animal, le disculpant de tout au nom
d’une valeur supérieure. La remarquable édition Quarto de Moby-Dick ou le Cachalot parue ce printemps chez Gallimard (1) regroupe
de nombreux textes sur le roman.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
u IX
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BRIDGEMAN
Ce qui sauverait perpétuellement
Moby Dick, c’est de ne pas être
Moby Dick, de même sans doute
que c’est le pur génie de Melville et
non son habileté à passer à travers
les harpons (ou à les supporter)
qui lui vaut l’immortalité.
D. H. Lawrence, l’auteur de l’Amant de Lady
Chatterley, à propos de la baleine blanche :
«Evidemment, c’est un symbole. De quoi?/ Je
me demande si Melville lui-même le savait!»
Jean Giono, traducteur de Moby-Dick et
auteur de Pour saluer Melville: «Tel est le secret des vies qui parfois semblent nous être familières; souvent le secret de notre propre vie.
Le monde n’en connaît jamais rien parfois que
la fin : l’épouvantable blancheur d’un naufrage inexplicable qui fleurit soudain le ciel de
giclements et d’écume.» Jean-Paul Sartre :
«C’est pourquoi nous devons renoncer à voir
dans ses affabulations et dans les choses qu’il
décrit un univers de symboles. On prend une
idée et on lui ajuste un symbole après coup :
mais Melville n’a pas d’idée à exprimer
d’abord. Il ne connaît que les choses et il trouve
les idées au fond des choses.» Pour un peu, on
en viendrait à croire que personne n’a jamais
considéré Moby-Dick, certes dans des versions abrégées, comme un roman pour enfants. Gilles Deleuze: «Ce n’est plus une ques-
tion de Mimésis, mais de devenir : Achab
n’imite pas la baleine, il devient Moby Dick,
il passe dans la zone de voisinage où il ne peut
plus se distinguer de Moby Dick, et se frappe
lui-même en la frappant.» Edward Saïd: «C’est
en grande partie une lutte à l’intérieur des limites, et contre elles : Achab veut tuer le cachalot blanc en tant qu’incarnation de tout ce
qui l’afflige.» Et on lui jetterait la pierre ? Au
nom de l’opposition à la peine de mort? Plus
loin, Saïd poursuit : «Ce qui est beau, c’est
qu’en refermant le livre, nous prenons conscience que le cachalot dépend de l’homme tout
autant que l’homme dépend du cachalot, et
qu’ils sont l’un comme l’autre privés de rédemption et de repos.» Au fond, «qui est qui?»
et «qui fait quoi?» seraient les grandes questions du roman.
Melville à Sophia Peabody Hawthorne, après
avoir reçu une lettre (perdue) de son mari,
Nathaniel, l’auteur de la Lettre écarlate à qui
le roman est dédié «en témoignage de mon admiration pour son génie» (cette lettre est dans
l’édition Pléiade): «J’avais comme une vague
idée, en écrivant le livre, qu’il était susceptible
d’une interprétation allégorique et dans son
ensemble et par endroits –mais la spécificité
d’un grand nombre des allégories particulières
de nature subordonnée ne me fut révélée
qu’après avoir lu la lettre de M. Hawthorne
qui, sans citer aucun exemple particulier, impliquait le caractère intégralement allégorique du tout.» Ce qui sauve perpétuellement
Moby Dick, c’est de ne pas être Moby Dick, de
même sans doute que c’est le pur génie de
Melville et non son habileté à passer à travers
les harpons (ou à les supporter) qui lui vaut
l’immortalité. Mais c’est un peu fort. Il y a
quand même dans ce roman un cachalot qui
est un cachalot et qui détruit et assassine tout
ce qui passe à sa portée.
Achab dans tout ce qui lui dégringole dessus
et que la dernière syllabe du nom de Moby
Dick se réfère plus, même pour les lecteurs
anglophones, à la queue des cachalots qu’à
celle des humains? Sa jambe artificielle, qui
déjà ne doit pas l’aider au lit quand il y va, on
nous précise qu’elle avait en plus fait des
siennes avant l’appareillage du Pequod à Nantucket, quand on avait trouvé le capitaine
«une nuit gisant de tout son long sur le sol,
sans connaissance ; par un mystérieux accident, apparemment inexplicable et difficilement inimaginable, la jambe d’ivoire avait été
si violemment déplacée que, tel un épieu, elle
avait frappé l’aine, et même failli la transpercer». Voilà qui ne devrait pas aider non plus
aux performances sexuelles. Les aventures
apparemment inexplicables et difficilement
imaginables, elles tombent un peu trop souvent sur Achab pour que l’esprit le moins
laxiste ne puisse en toute justice lui pardonner à tout le moins le quart de la moitié du
commencement d’une exaspération haineuse bien sentie à l’endroit d’un cachalot à
la blancheur coupable. «Qu’y a-t-il exactement derrière cette blancheur, ce mur, ce masque ? Un dieu ? Une intention ? Rien ?» écrit
Philippe Jaworski dans son introduction à
l’édition Quarto. On comprend qu’elle agace,
en tout cas.
Ceux qui aiment Herman Melville, né en 1819,
ont un grief supplémentaire envers le cachalot : Moby-Dick marque le début de la fin de
la carrière littéraire publique de l’écrivain.
Jusqu’alors, il avait bien connu des échecs
mais aussi de grands succès avec ses récits
d’aventures, chez les cannibales, en particulier. Si Moby-Dick n’est pas un total fiasco
en 1851, Pierre ou les Ambiguïtés en est un
l’année suivante et les choses se sont détériorées à jamais. Bartleby, le scribe n’a pas
en 1853 le succès que lui assurera la fin
du XXe siècle. Après le Grand Escroc en 1857,
Melville ne publiera plus, dans l’indifférence
générale, que quelques poèmes. Quand il
meurt en 1891, on trouve sur sa table de travail
un manuscrit achevé, qui est Billy Budd, lequel ne sera édité pour la première fois
qu’en 1924, tellement Melville est alors peu
considéré. Et cette voie maudite qui a amené
l’auteur à écrire pour son malheur des
chefs-d’œuvre à foison au mépris de son succès et de sa réputation, comme si ne lui importaient plus que la littérature et ses lecteurs
futurs, qui la lui a tracée sinon le pervers cachalot blanc ? •
(1) Moby-Dick ou le Cachalot, éd. Gallimard,
ACCORDONS NOTRE PARDON
AU CAPITAINE UNIJAMBISTE
coll. Quarto, 1 024 pp. plus 146 documents, 25 €.
Est-on également censé croire qu’il n’y a
aucune atteinte à la sexualité du capitaine
LE WEEK-END PROCHAIN
JUSTINE
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X u
ÉTÉ / LE P’TIT LIBÉ
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
Pourquoi les
méduses
restent-elles au
bord de la mer ?
Jeu n°1
Vrai ou faux
Ces informations concernant les méduses
sont-elles vraies ou fausses ?
Entoure à chaque fois la bonne réponse.
1. Les méduses sont de très bonnes nageuses Vrai
Faux
2. Les méduses appartiennent à la famille
du saumon Vrai Faux
3. Les courants marins portent les méduses
malgré elles Vrai Faux
5. Les méduses se déplacent comme un ascenseur Vrai
6. Les méduses sont constituées de 98% d’eau Vrai
9. Les méduses n’ont pas d’yeux Vrai
Vrai
Faux
Faux
7. Les méduses vivent uniquement au bord de l’eau Vrai
8. Seuls les tentacules des méduses piquent
Faux
Faux
Faux
10. Les méduses se nourrissent de crevettes
et de thon Vrai Faux
11. Les méduses doivent manger
toutes les semaines Vrai Faux
12. En cas de piqûre, il faut appliquer de la crème
contre les coups de soleil pour calmer les
démangeaisons Vrai Faux
Réponses : 1. Faux 2. Faux 3. Vrai 4. Faux 5. Vrai 6. Vrai
7. Faux 8.Faux 9. Vrai 10. Faux 11. Faux 12. Vrai
Jeu n°2
Les 2 font
la paire
Toutes ces
méduses ont une
jumelle, sauf une.
Retrouve celle qui
est toute seule.
HECTOR,
12 ANS,
MONTPELLIER
(HÉRAULT).
Faux
Il passe
les vacances
en Ariège, dans la maison
de son grand-père, avec
ses parents, son petit frère
et sa grande sœur.
DR
4. Les méduses viennent au bord de la mer
parce qu’elles savent que ça nous embête Vrai
S
i les méduses sont des animaux marins si particuliers, ce n’est pas seulement à cause de leur
apparence gélatineuse ou de leurs
longs tentacules : les méduses vivent dans les mers et les océans…
sans savoir nager! Mais alors comment se déplacent-elles? «Les mé-
duses appartiennent à la famille du
plancton [animal ou végétal qui
flotte dans les milieux aquatiques]
et comme tous les membres de
cette famille, elles sont portées par
les courants marins», explique la
spécialiste des méduses Martina
Ferraris. En d’autres mots: ce sont
les mouvements de l’eau qui portent les méduses à travers les mers
et les océans.
Qui s’y frotte, s’y pique
Martina Ferraris a longtemps étudié ces animaux marins. Actuellement, elle travaille à Brest, à l’Institut français de recherche pour
l’exploitation de la mer (Ifremer), où
elle est chargée de faire connaître
aux gens le travail des chercheurs.
Elle assure que si les méduses vien-
Réponse : la jaune
à points noirs et
tentacules rouges
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
nent au bord des plages, ce n’est
pas pour embêter les humains: «Ce
n’est pas de leur faute si elles arrivent près des baigneurs. Imaginezvous à bord d’un bateau sans rames. Impossible d’aller dans une direction précise! Pour les méduses,
c’est pareil.» Elles se déplacent de
haut en bas, comme un ascenseur.
Leur corps contient 98% d’eau, elle
sont donc légères et savent très
bien flotter. Ça leur permet de chercher de quoi se nourrir près de la
surface de l’eau. Mais il ne faut pas
croire que les méduses restent seulement au bord de l’eau, elles vivent
aussi loin des côtes. Inutile, donc,
de râler contre elles.
Malgré tout, quand on se trouve sur
une plage connue pour être appréciée des méduses, il faut redoubler
de vigilance. Car qui s’y frotte, s’y
pique! Les tentacules des méduses
sont recouverts de venin qui provoque des démangeaisons plus ou
moins fortes lorsqu’on les touche.
«Les méduses utilisent leur venin
pour endormir leurs proies avant de
les manger», précise Martina Ferraris. Et comme elles n’ont pas
d’yeux, elles ne peuvent pas faire la
différence entre les minuscules crevettes et œufs de poissons dont elles se régalent et notre corps. Mais
pas d’inquiétude, notre corps est
bien trop gros pour qu’elles essayent de le manger ! Il n’y a pas
que sur leurs tentacules que les mé-
u XI
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duses ont du venin: «Dans le film le
Monde de Nemo, les personnages
sautent sur le chapeau des méduses
pour éviter de se faire piquer. En
réalité, on peut se faire mal en touchant n’importe quelle partie d’une
méduse», avertit Martina Ferraris.
Fortes et résistantes
En cas de piqûre, la spécialiste recommande d’utiliser de la crème
contre les coups de soleil et de ne
surtout pas se gratter. Les méduses
sont très fortes et résistantes. «Elles
survivent dans des eaux très polluées et peuvent rester plusieurs semaines sans rien manger», indique
Martina Ferraris. Mais beaucoup de
mystères entourent encore ces animaux marins, poursuit la scientifique : «Elles sont de plus en plus
nombreuses dans certaines régions, mais leur présence diminue
dans d’autres, et on ne sait pas vraiment expliquer pourquoi.»
Jeu n°3
Points à relier
Relie les points de 1 à 138
et découvre le dessin caché.
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Par JULIETTE DELAGE
Jeux et illustrations CÉDRIC AUDINOT
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Suis l’actu toute l’année
sur Leptitlibe.fr
et retrouve notre
magazine spécial été
chez ton marchand
de journaux ou
commande-le sur
Boutique.liberation.fr.
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JE SUIS LA MÉDUSE
de BÉATRICE FONTANEL et ALEXANDRA HUARD
(Les Fourmis rouges, 17,90 €). A partir de 6 ans.
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Ce grand album coloré nous emmène flotter avec une
superbe méduse aux longs tentacules, pour qui la vie
près des humains n’est pas toujours simple. Une belle
histoire qui mélange la méfiance et l’affection.
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Dessine la couverture du livre dont tu rêves
d’être l’auteur, avec ton nom, le titre du livre et
le nom de la maison d’édition. Sur une autre
feuille, écris un résumé de l’histoire (entre 5 et
10 lignes). Envoie ton œuvre, avec une autorisation de tes parents, avant le 29 septembre 2018
(23 h 59) par mail à leptitlibe@liberation.fr ou
par courrier : Le P’tit Libé, 2 rue du GénéralAlain-de-Boissieu, 75015 Paris. A gagner : des
abonnements au P’tit Libé, des sacs, des affiches
et des livres. Concours en partenariat avec le
Centre national du livre dans le cadre de l’événement
«Partir en livre». Règlement à lire sur http://bit.ly/LPLete18.
S
P’T ITE
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ZÉ ES
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CONCOURS
POUR LES 6-14 ANS
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XII u
ÉTÉ / ZAKOUSKIS
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
SANS
CHEMISE,
SANS
PANTALON
LES SAINTS
QUI
TOMBENT
On était obligé
de le faire celui-là, puisqu’on vient
d’en marier
un, de SaintRoch (soit le
malheureux
qui a épousé
l’auteure de ses lignes le jour de l’anniv de Johnny, mi-juin, mais c’est
une autre histoire). Donc saint Roch.
Notre homme est né le lendemain
de la fête à Marie, l’Assomption,
donc, à Montpellier en 1350, dans
une famille bourgeoise. A sa majorité, au lieu de reprendre le commerce de papa, il décide de devenir
pèlerin, part à Rome et commence à
faire des miracles à droite à gauche.
Il devient le patron des pèlerins (logique) mais aussi d’une farandole de
confréries et autres corpos sans
grand rapport avec ses compétences : chirurgiens, dermatologues,
apothicaires, paveurs de rues, fourreurs… plus des métiers genre cardeurs ou pelletiers. Et puis tiens
aussi, comme il avait cinq minutes,
protecteur des animaux (SPA, refuges pour animaux). A cause d’un
chien qui lui aurait sauvé la vie en
lui apportant à manger tous les jours
alors qu’il avait la peste. Mais c’est
une longue histoire (à la fin, il meurt
dans un cachot) et on va pas se la taper maintenant. Fait orage, là, non ?
EMMANUÈLE PEYRET
HISSEZ LES
COULEURS
Le bleu, pur azur
«A noir, E blanc, I rouge, U vert, O
bleu : voyelles/ Je dirai quelque jour
vos naissances latentes:/ A, noir corset velu des mouches éclatantes/ Qui
bombinent autour des puanteurs
cruelles…» Autant laisser faire les
poètes, ils en parlent mieux que la
plupart des humains. Tenez : «La
Terre est bleue comme une orange.»
Le bleu inspire les esprits délicats. Il
est symbole de fraîcheur et de pureté, d’invitation au rêve, à l’évasion… L’infini, l’idéal, la paix. Couleur du ciel, de l’eau, de la Terre vue
de l’espace, des veines et de la nuit.
Couleur royale, virginale, aristocratique. Et puis il y a notre équipe de
France, victorieuse de la Coupe du
monde. Bravo les Bleus ! E.P.
Couverts et découverts
MUSÉE DU LOUVRE. KIM YOUNGTAE. LEEMAGE
DEAGOSTINI. LEEMAGE
16 août
Saint Roch
LES CULS CULTES DU LOUVRE
Les Trois Grâces
de Lucas Cranach
l’Ancien
Il y a des culs de pêches, de poires ou de pastèques : ici on a
clairement des pommes. Deux
pommes rondes à peine mûres.
Toutes petites. Si ses hanches
paraissent normalement proportionnées, les fesses de cette
jeune femme semblent en effet
réduites, contractées, comme
si elles cherchaient à se cacher.
Et d’ailleurs, elles se cachent :
ces quelques traits grisâtres
qu’on n’avait d’abord pas vus,
c’est bien un voile que la
LE POLAR
DU SAMEDI
Le Sud-Africain Deon Meyer,
60 ans, fait partie des papes
du polar contemporain.
Avec l’Année du lion, il fait un
pas de côté, mais pas si loin
que ça, d’ailleurs ce livre-là
inclut un certain nombre de
meurtres et de supputations.
Et il relaie des interrogations
qui traversent toute sa
production : le racisme et le
multiracialisme, le déterminisme, le contrat social, les
idéaux piétinés.
L’affaire prend juste un
tour particulier, celui d’une
femme de gauche et la femme
du centre du tableau se partagent au niveau du bas-ventre.
Un voile pudique, donc, mais
totalement inutile, puisqu’il
est transparent. Le cul, pas
dupe, sait qu’il est visible. Regardez bien: il en rougit. Le miracle, ici, ce n’est pas tellement
qu’un voile ironiquement
existe et ne couvre rien, c’est
qu’une paire de fesses soit visiblement timide.
Voilà quelque chose qui aurait
pu rester secret et qui est désormais offert à la vue du public.
Le petit tableau de Cranach,
peint dans le nord de l’Allemagne vers 1530, faisait partie
dystopie : on est «après la
catastrophe», les neuf dixièmes de la race humaine ont
succombé à une épidémie
venue d’Afrique. «On sait
que deux virus ont fusionné ;
un virus humain et un virus
de chauve-souris.»
Parmi les rescapés, le narrateur, Nico, 13 ans, emboîte les
pas de son père «un demi-historien, un demi-philosophe,
un quasi-scientifique». Lequel met sur pied une communauté multiraciale,
Amanzi.
Mais l’utopie a ses limites,
ses faiblesses. Elles nourrissent ce roman passionnant et
in fine solaire qui s’appuie
sur les réflexions de Yuval
d’une collection privée quand
le Louvre a décidé que non,
c’était trop injuste de laisser sa
contemplation à quelques-uns
seulement. Le propriétaire a
accepté de le vendre pour
4 millions d’euros, le musée
avait un budget de 3. Un appel
au mécénat a été lancé, premier
du genre, et le million manquant a été trouvé grâce à
5 000 donateurs sympas. Ces
trois femmes blondes sont
donc depuis 2011 toutes nues à
la vue de tous. On ne sait pas si
cela a accentué la rougeur du
séant de celle qui nous tourne
le dos.
GUILLAUME LECAPLAIN
Noah Harari, auteur du bestseller Sapiens, une brève histoire de l’humanité.
SABRINA CHAMPENOIS
DEON MEYER
L’ANNÉE DU LION
Traduit de l’afrikaans
et de l’anglais par Catherine
Du Toit et Marie-Caroline
Aubert. Seuil, 640 pp, 23 €.
Alors là, on veut bien être ouverts et
tout, parfois même pique-niquer cul
nu dans son jardin ou sur une plage
naturiste, mais au resto ? Eh oui, l’an
dernier, Mike et Stéphane Saada,
deux frères, ont ouvert le restaurant
O’Naturel, et accueillent les convives habillés (vu que ce sont les normes d’hygiène et de bienséance en
vigueur) qui passent au vestiaire
puis déboulent à poil dans la salle à
l’éclairage blanc paraît-il assez peu
flatteur (on a trouvé un testeur qui
nous a raconté l’affaire, n’ayant pas
eu le courage de donner de notre
personne sur ce coup-là). Des petits
chaussons à usage unique, des sièges recouverts de housses antipoils
dans l’assiette. Et bon appétit tout le
monde… En Espagne il y en a un
aussi, l’Innato Tenerife, où les téléphones sont confisqués à l’entrée,
c’est dire qu’on ne vient pas pour y
mater, ce n’est pas l’idée, on vient
pour être à l’aise, pour banaliser la
nudité. Mouais. On est assez d’accord avec le vice-président Yves Leclerc, de la Fédération française de
naturisme, qui confiait aux Inrocks :
«Je ne vois pas l’intérêt de traverser
tout Paris habillé, d’entrer dans un
restaurant et de se déshabiller pour
manger.» Pas mieux. E.P.
MOTS
À MOTS
«Faire un pas de côté»
Alors là, gaffe, on est sur du rebelle,
sur du politique qui s’écarte de la ligne (voire «qui les fait bouger», les
lignes, une expression qu’on aime
bien aussi, n’hésitez pas à revenir
vers moi pour qu’on en reparle). Sur
du journaliste sans concession qui
n’hésite pas à aller hors des marronniers battus. Sur des universitaires
qui vont enseigner des pratiques
nouvelles ; sur des artistes qui n’ont
pas peur de dire qu’ils font «un pas
de côté» pour sortir de leur «zone de
confort» (oui je l’aime bien, celle-là
aussi, j’ai envie de te dire). Bref, la
société et, d’une manière générale,
le monde et les autruis sont hyperconformistes, donc toi, le pas de
côté, c’est le petit malin décalé qui
ne suit pas les moutons. D’un autre
côté, comme tout le monde fait un
pas de côté, nous voilà tous sur le
côté, donc moyen rebelles… E.P.
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SUMMER OF LOVERS /
ÉTÉ
u XIII
Dans une nouvelle,
Truman Capote
évoquait son amie
actrice lors des obsèques
de sa professeure d’art
dramatique, en 1955.
Un festival de vacheries,
de souvenirs de plans
cul et de cachets arrosés
au champagne.
Excitant. Truman raconte en dialogues (d’apparence effilochés,
mais dressant un portrait en creux
d’une précision chirurgicale de l’actrice) la cérémonie avec Marilyn
pas maquillée: un bijou de drôlerie
que ces quelques pages d’une soirée de cuite assez mémorable entre
une blonde et son pote pédé, qui se
racontent leurs histoires de cul et
s’envoient des vacheries comme
seuls les vrais amis peuvent le faire.
«Où sont les chiottes ?» demande
TWENTIETH CENTURY FOX
A
lors, bon, Marilyn Monroe.
Qu’est-ce que tu veux dire
de nouveau sur cette foutue icône? Trouver un angle intelligent sur sa beauté ? Raconter qu’elle a couché avec le
Président? Joué dans des nanars et
des chefs-d’œuvre? Qu’à la fin elle
était grosse comme une vache mais
que ça la rend encore plus sympathique? Qu’elle prenait encore plus
de médocs que l’auteure de ces lignes? Que Marilyn, ça n’est pas son
vrai nom ? Qu’elle est morte à
36 ans, donc bien plus jeune que
Johnny? Que Tony Curtis disait que
l’embrasser, c’était comme embrasser Hitler (d’ailleurs qu’est-ce qu’il
en sait, il a déjà embrassé Hitler
peut-être ?) ? Qu’elle a grandi chez
des voisins de sa mamie? Que le calendrier de 1952 où elle posait nue
a fait scandale et aussi contribué à
la lancer? Qu’elle s’est mariée avec
Joe Di Maggio puis Arthur Miller ?
Qu’elle s’est tapé Montand qui était
alors avec ma Simone, qu’il a refusé
de quitter pour le mythe blond ?
Que Norman Mailer, Joyce Carol
Oates et bien d’autres ont écrit tout
ce qu’il y avait à écrire sur Marilyn?
Il reste une petite pépite qu’on avait
un peu oubliée au fond de la bibliothèque, ce recueil de nouvelles de
Truman Capote –ce monstre génial
de méchanceté–, Musique pour caméléons (1980), dans lequel il exécute Norman Mailer, justement,
mais écrit aussi un petit bijou, au
milieu de ces pages de crotalerie admirable: «Une enfant radieuse», qui
parle de Marilyn, le 28 avril 1955,
aux obsèques de Constance Collier.
Dans la chapelle avec son pote Truman (élevé à Monroeville, ça ne
s’invente pas), ils assistent aux funérailles de l’actrice britannique
pas très jolie avec qui la blonde prenait des cours de comédie.
MARILYN MONROE,
UN MYTHE À CRU
l’actrice, et l’écrivain – qui, un peu
plus tard, se plaint du fait que ses
séjours aux toilettes peuvent durer
le temps de la gestation pour un
éléphant et se demande si, cette
fois, elle est en train de prendre un
calmant ou un excitant – lui balance que oui, tu parles, c’est pour
«te taper une pilule». Puis Truman
veut aller fumer une clope, elle le
supplie de ne pas la laisser seule et
lui explique qu’il n’a qu’à fumer là,
dans la chapelle. Ben oui, dans la
chapelle.
La blonde se lamente qu’on voit ses
racines, qu’elle est moche sans maquillage, il lui envoie «tu es parfaite
pour jouer la fiancée de Frankenstein». Ensuite de quoi elle traite la
reine Elizabeth de connasse qui n’a
jamais une thune sur elle, et qui a
tout gratis contre une signature.
Mais le prince Philip est «mignon et
donne l’impression d’avoir une belle
bite. Je t’ai jamais raconté comment
j’ai vu Errol Flynn sortir sa bite et
jouer du piano avec?» Ah, tiens Errol Flynn, ça tombe à pic, vu que
Truman a couché avec, on a la petite anecdote qui va bien, puis après
avoir sobrement évoqué le gros
nœud de Milton Berle, (acteur et
auteur de chansons), la belle demande à son compère s’il n’a pas de
quoi aller acheter une roteuse. Entre parenthèses s’inscrivent les
commentaires de Capote, qui esquisse la dégaine de Marilyn avec
son infâme foulard sur la tête, les
gens qui croient la reconnaître,
mais hors son personnage, elle est
cette autre qu’il évoque avec une infinie tendresse, son «petit rire particulier, un son aussi plaisant que les
clochettes tintantes d’un traîneau de
Noël».
«Vieux tringleur». D’une phrase,
Capote cingle le drame de l’actrice,
être Norma ou Marilyn, quand elle
dit : «Je devrais peut-être toujours
m’habiller comme ça. L’anonymat
parfait.» On repart ensuite sur Elizabeth Taylor qui a des mains grasses, «mais avec des yeux comme ça,
qui regardent ses mains ?» commente Marilyn devant une vitrine
de bagues anciennes, avant de casser le film Niagara d’un «quel navet» définitif, pendant qu’ils se tor-
chent du Mumm tiède. Elle reprend
le dossier cul, en narrant son
meilleur coup: un vague parent de
Gary Cooper, vieux et salement moche dont Truman voit très bien de
qui il s’agit, vu la réputation de «ce
vieux tringleur». Lorsqu’elle retourne aux toilettes, Truman part la
chercher et c’est Marilyn qu’il retrouve devant le miroir : elle a mis
son rouge à lèvres, enlevé son foulard, et coiffe ses cheveux platine
vaporeux. Le mythe est là, dans ces
toilettes crasseuses d’un restaurant
chinois de New York. En quelques
pages, Capote a peint un portrait
absolument saisissant de la fragilité
lumineuse de Marilyn. La Collier,
celle des obsèques, disait de Marilyn qu’elle était «une enfant radieuse». Et avait le sentiment qu’elle
«ne ferait pas de vieux os». Et «s’en
irait jeune». Jeune pour l’éternité.
EMMANUÈLE PEYRET
Mémoires imaginaires de Marilyn,
de Norman Mailer (éd. Robert Laffont).
Blonde, de Joyce Carol Oates (Livre
de poche). Musique pour caméléons,
de Truman Capote (Gallimard).
A VOIR
SUR ARTE
Passez un bel été
sur Arte avec Libération.
n Dimanche,
à partir de 20 h 50
Retrouvez Marilyn
Monroe dans le film
Certains l’aiment chaud
de Billy Wilder avec Tony
Curtis et Jack Lemmon,
suivi de Marilyn, divine
et fragile, documentaire
de Kevin Burns et
Jeff Scheftel.
n Sur arte.tv
En replay, la soirée
consacrée au «King»,
avec le documentaire
les Sept Vies d’Elvis,
suivi de son concert
Elvis – Aloha From
Hawaii, de 1973.
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XIV u
ÉTÉ / PREMIER CHAPITRE
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
Chaque week-end, les premières pages d’un roman de la rentrée
«Les jours de calme,
j’aime attendre
mes avions dans
cette alcôve»
L’
immensité du monde.
Sous la voûte du Terminal 2E, je la
perçois chaque jour. A côté de moi,
un passager ouvre son PC, il doit
être en avance, il ne regarde jamais le panneau d’affichage où s’inscrivent les numéros
des vols. Flux de femmes voilées. Famille
russe en errance. Six Japonaises, cheveux
teintés roux, sortent d’un magasin Health and
Beauty, bardées de sacs Sephora, Gucci, Yves
Saint Laurent.
«Assurez-vous de ne pas oublier vos bagages,
make sure that you have all your luggage with
you.»
Peu d’enfants. Quasiment aucun groupe. L’atmosphère est au calme en ce matin de semaine. Un Noir, très élégant, pèse et repèse
son énorme valise. Il n’en revient pas du poids
qui s’affiche. Affalés sur des chaises, des
Indiens somnolent, pieds nus en appui sur
leurs bagages. Des hommes d’affaires discutent. La plupart feront l’aller-retour dans la
journée. Escaliers roulants à ma droite. J’hésite. Pour rien au monde, je ne veux rater l’arrivée des passagers de l’AF 445 en provenance
de Rio. Il vient d’atterrir, j’ai encore quelques
minutes. Face à la sortie 8, un groupe d’hôtesses China Southern passe en riant aux éclats.
Après, c’est le vide, comme si cette partie du
terminal avait été évacuée. Le dôme du toit,
immense, vient s’échouer quelques dizaines
de mètres plus loin. Coque renversée sous laquelle je marche.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent, je m’y engouffre. Capacité maximum: 26 personnes,
2000 kg. Derrière les vitres qui donnent sur
un ciel gris, un bus Sheraton traverse l’autopont qui surplombe les terminaux. Il semble
voler. J’appuie sur le bouton 0 des Arrivées,
me laisse glisser, visage collé à la vitre. L’autopont disparaît dans la descente. A l’étage inférieur, les bretelles d’accès routiers deviennent
le toit sous lequel cars de tourisme et vans privés se garent. Trois fois, je remonte, trois fois,
je redescends. Les portes s’ouvrent à nouveau.
Un vigile entre.
«Vous montez ?»
Lui, je ne l’ai jamais vu. Je file sans répondre.
Au bar de l’Expressamente, un Américain
Dans le grand hall, il ne
reste plus que moi et lui,
l’homme au foulard dont
les yeux fixent à présent
le sol. Personne n’est
venu à sa rencontre,
personne ne viendra
plus. Mains agrippées à
la barrière, il ne se résout
pas cependant à partir. Il
reste immobile, suspend
le temps. Le moindre
geste, le charme serait
rompu. Il en est beau.
Beau de cette attente
qui tend son corps
vers l’impossible.
gueule dans son portable qu’il n’a aucune intention de revenir et qu’il n’est certainement
pas prêt à… Sa voix se perd. Il a les larmes aux
yeux. Je vire à gauche vers les seize portes vitrées de la plateforme des Arrivées du 2E.
Toutes sont recouvertes d’un film opaque.
Au-dessus, six téléviseurs retransmettent les
données de chaque vol. Au centre, un écran
plasma géant branché vingt-quatre heures sur
vingt-quatre sur la chaîne LCI : inondation
dans un bidonville d’Asie, deux hommes, l’air
hagard, aident une famille à monter sur une
barque, onze policiers égyptiens tués dans un
attentat au Sinaï, un cuisinier soupçonné
d’avoir mangé un chien.
Hier, à la même heure, c’était la victoire surprise d’un tennisman dont je n’ai pu lire le
nom: une femme a détourné mon attention.
Les portes ont coulissé, elle s’est mise à courir
vers un jeune garçon. Ils se sont pris dans les
bras. Longtemps… sans jamais s’embrasser,
ce qui m’a fait dire à Vlad que c’était peut-être
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
ROISSY
TIFFANY TAVERNIER
Sabine Wespieser, 280 pp., 21 €
(en librairie le 30 août).
L’aéroport comme un «cocon» pour les
nombreux SDF qui vivent là comme dans
les entrailles d’une baleine futuriste. Pour
son fils. Vlad a secoué la tête. Il ne comprend
pas que je m’intéresse à ces choses. Elles ne
m’appartiennent pas. Mais alors rien ne nous
appartient. Une fillette épuisée s’est réveillée
en pleurant dans les bras de sa mère. Un couple brésilien l’a prise en photo. Peut-être à
cause de sa robe à smocks (ces robes, me
suis-je dit, ne doivent pas exister au Brésil).
Le couple a fini par s’éloigner, les derniers
passagers du vol à leur suite.
C’était hier cela.
Aujourd’hui, deux femmes et un garçon brandissent une pancarte : «Vive Gégé le plus
Beau !» Il y a aussi un grand-père avec son
petit-fils, quelques chauffeurs avec leurs écriteaux et puis cet homme, la cinquantaine,
foulard autour du cou, que je suis sûre d’avoir
déjà vu. Mais où ? Les portes s’ouvrent, une
première passagère débarque. Elle doit avoir
mon âge, s’avance, cherche quelqu’un du regard. Elle est bronzée, ne sourit pas. Il n’est
pas là. Voilà ce que disent ses yeux. Un flot
d’hommes d’affaires la bouscule, suivi de près
par un groupe de touristes polonais. Les hôtesses filent. Les touristes se dispersent.
«Les navettes pour reach la capitale s’il vous
plaît ?»
C’est le dernier passager, un grand blond,
vingt-huit, trente ans, poncho péruvien, sac
à dos bardé d’autocollants Save the Planet. Je
lui indique la direction du VAL. Il s’éloigne
sans prendre le temps de me remercier. Dommage, il avait plutôt bonne tête, et j’aurais eu
envie de lui poser un tas de questions : quel
temps fait-il au Brésil? L’aéroport, là-bas, il est
comment ?
Dans le grand hall, il ne reste plus que moi et
lui, l’homme au foulard dont les yeux fixent
à présent le sol. Personne n’est venu à sa rencontre, personne ne viendra plus. Mains
agrippées à la barrière, il ne se résout pas
cependant à partir. Il reste immobile, suspend
le temps. Le moindre geste, le charme serait
rompu.
Il en est beau. Beau de cette attente qui tend
son corps vers l’impossible.
Bientôt le vol d’Edimbourg, puis celui de
Santiago du Chili. Je jette un dernier coup
d’œil vers lui, espérant croiser son regard.
Mais non, il demeure comme pétrifié. Je n’ai
plus qu’à retourner aux images LCI qui passent en boucle: une fusillade a fait sept morts
dans un lycée aux USA.
Hier, tard dans la nuit, des sangliers ont traversé les pistes. Imen (badge), femme de ménage au T2D, me donne l’info en astiquant
l’énorme pot de l’espace végétal où pousse un
palmier nain. Elle me parle à présent de la
u XV
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la narratrice, Roissy est même sa «seule
mémoire», puisqu’elle ignore pourquoi elle
est là. Des filaments de cauchemar se glissent
dans la trame de ses journées, de ses nuits,
mais son savoir est limité aux règles de
sa survie. En premier lieu, il faut marcher,
se déplacer tout le temps, de préférence
en traînant une valise, et en changeant
de vêtements, afin d’échapper à la vigilance
côte sauvage du sud de l’Espagne d’où elle est
originaire, des serres artificielles qui, depuis
vingt ans, ont envahi le paysage au point de
faire penser que la terre, à cet endroit, n’est
plus qu’une immense étendue de plastique
bleu.
Elle s’éloigne à pas lents. Une voix lointaine
annonce l’embarquement du AF 54 pour
Marrakech. Je me cale dans un siège en cuir,
ferme doucement les yeux.
Les jours de calme, j’aime attendre mes avions
dans cette alcôve. Au sol, le parquet est
chaud. Sur chaque mur, un grand rectangle
de fougère. Au moindre rayon de lumière,
à travers la baie vitrée, la lumière s’engouffre
et l’illumine.
Trois passagers obèses passent en s’esclaffant. Les yeux mi-clos, je me demande si, pour
avoir assez de place, ils ne sont pas obligés de
s’acheter deux billets chacun.
Plus tard, au T2F, je croise un type de retour
du Burkina Faso où il vient de créer une association d’aide aux pêcheurs victimes des
dégâts causés par les hippopotames.
«Quand ces satanées bestioles se prennent
dans leurs filets, ils les détruisent quasi systématiquement. Or là-bas, un filet coûte près
de 400 euros, une somme astronomique pour
les pêcheurs qui, du jour au lendemain, perdent leur boulot et se retrouvent endettés jusqu’au cou! Mais allez expliquer ça à des touristes exaltés venus par cars entiers pour les
photographier !»
Je l’accompagne jusqu’à l’entrée de la gare
TGV. Il jette un œil sur ma valise.
«Et vous, vous partez où ?
— Moi? A… Shanghai. J’ai rencontré quelqu’un
là-bas. Je compte peut-être m’y installer.»
Il me serre chaleureusement la main, dévale
les escaliers en me faisant de grands gestes.
Je le regarde disparaître, le cœur battant. Je
ne sais pas pourquoi, la gentillesse des gens
me bouleverse.
Dehors, je compte pas moins de douze sillages
d’avions dans le ciel. Un équipage Japan Airlines descend d’un minibus. Tous parlent du
sale temps à Tokyo, je ne peux m’empêcher de
sourire. De retour dans le hall, je jette un œil
sur le tableau d’affichage. Mon vol décolle
dans plus d’une heure, j’ai tout mon temps.
des 1 700 policiers, et des centaines de
caméras. Choisir un départ ou une arrivée,
une profession et une raison de voyager,
échanger quelques mots avec les voyageurs :
un jeu de rôle que l’héroïne assume avec
entrain. Elle a ses amis, ses repères, ses ruses.
Et davantage de ressources pour affronter
la violence que pour résoudre l’énigme
de son identité. Cl.D.
Tout à l’heure, quand
les derniers passagers
de mon vol auront
embarqué, je prendrai
le CDGVAL. Les jours
de soleil, quand le wagon
de tête sort du tunnel,
c’est toujours le même
éblouissement. J’en
profite pour rafler un
reste de sandwich ou
de pizza que, très
souvent, des touristes
laissent sur les sièges.
Au Relay, je termine de lire la Mort d’une
héroïne rouge, pioche un nouveau roman au
hasard.
Mma Ramotswe possédait une agence de détectives en Afrique, au pied du mont Kgale.
Voici les biens dont elle disposait : une toute
petite fourgonnette blanche, deux bureaux,
deux chaises, un téléphone et une vieille machine à écrire. Il y avait en outre une théière,
dans laquelle Mma Ramotswe (seule femme
détective privée du Botswana) préparait du
thé rouge. Et aussi trois tasses: une pour elle,
une pour sa secrétaire et une pour le client…
Je souris. Celui-là aussi, je le lirai jusqu’au
bout, mais pas d’une traite. Si les vendeurs
ont l’habitude des voyageurs qui traînent, ils
finissent toujours par remarquer ceux qui
font du sur place. Je longe les rayons, parcours les titres des magazines, «A quoi pensent les animaux ?», «Et si on s’arrêtait tous
de travailler ?», «Maigrir sans avoir faim»…
Devant la caisse, un couple me demande d’où
partent les bus pour Paris. Je les regarde se tenir la main. Une fraction de seconde, je donnerais tout pour être eux.
Carte Air France
Chaque achat dessine un peu plus votre
voyage…
Dans les haut-parleurs, la voix de l’hôtesse
rappelle qu’il est interdit de fumer.
Je descends à l’étage des Arrivées, commande
à Sarah (badge) un café, ferme un instant les
yeux, m’imagine dans les rues de Shanghai.
Un brouillard épais de pollution recouvre la
ville. Des buildings gigantesques enserrent
des avenues bondées. Il fait très chaud et
moite. Je lève la tête pour happer un bout de
ciel, j’évite de justesse un cycliste surchargé.
Puis, la nuit tombe. Abrupte. Le long du
Bund, je contemple le reflet des gratte-ciel
dans les eaux noires du Huangpu: galaxie insonore et liquide où j’aimerais plonger.
Tout à l’heure, quand les derniers passagers
de mon vol auront embarqué, je prendrai
le CDGVAL. Les jours de soleil, quand le wagon de tête sort du tunnel, c’est toujours le
même éblouissement. J’en profite pour rafler
un reste de sandwich ou de pizza que, très
souvent, des touristes laissent sur les sièges.
Une fois même, une petite valise où j’ai trouvé
des vêtements d’enfants.
«Vous partez où ?»
Elle doit avoir cinquante ans, elle porte un
trench noir.
«Heu… Je… A Manille, et vous ?
— Moi, à Sydney. J’offre le voyage à ma mère.
— Un beau cadeau !»
Elle sort de sa poche son badge Air France.
«Depuis que je travaille ici, j’ai droit à quatre
voyages gratuits pour mes proches. Du coup,
ma mère n’arrête pas. L’année dernière, tenez,
elle est partie à Moscou, à New York et à
Dubaï ! Pour une femme qui n’avait jamais
mis les pieds dans un avion avant l’âge de
soixante-deux ans, pas mal, non ?»
A l’arrêt du Parking PR, deux stewards AF
montent et la saluent. Je m’éloigne un peu,
les entends évoquer les sangliers sur les pistes
cette nuit.
«Huit? Mais c’était toute une famille alors!»
Je ferme les yeux, j’imagine le troupeau traversant les pistes sous les rayons de la lune.
Leurs ombres face aux géants immobiles.
A la gare du T1, tout le monde descend. J’entends parler «mes» AF d’une réunion CGT qui
doit se tenir au sujet d’un problème de réduction de personnel. Je me dirige vers les toilettes, relâche mes cheveux. Il est temps de choisir une autre destination. Tiens, et pourquoi
pas Dakar? Il paraît qu’on y fait de bonnes affaires dans le textile et qu’il n’y a rien de plus
beau qu’un lever de soleil sur la Petite-Côte
en décembre. •
LE WEEK-END PROCHAIN
SYMPATHIE POUR LE DÉMON
de BERNARDO CARVALHO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
e
Sabrina
k
ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
XVI u
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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u XVII
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
XVIII u
Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
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u XIX
Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
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Libération Samedi 11 et Dimanche 12 Août 2018
XX u
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Plaidoyer pour l’avocat
Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
1
2
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À...
When I Dream
L’acmé des songes
«J’étais dans mon
lit et tout coup j’ai
eu une envie de gaufres, alors je me suis
levé pour aller en
skateboard dans la
cuisine où se trouvait un éléphant qui tapait sur des
corbeaux avec un tire-bouchon aux
couleurs de l’arc-en-ciel. Bizarre, non ?
Et, là, je me suis réveillé.» Dans When
I Dream (Repos Production), jeu onirique et plaisant, à mi-chemin entre le
Loup-Garou et Taboo, vous incarnez à
tour de rôle un «rêveur» qui doit, les
yeux bandés, deviner des mots puis
Quel ingrédient n’entre
JA-MAIS dans la vraie recette
mexicaine du guacamole ?
A Le citron vert.
B L’oignon.
C La tomate.
D La coriandre.
raconter son songe. Face à vous, les
autres joueurs sont des «fées», «marchands de sable» et «croque-mitaines» qui, selon le cas, vous aident ou
vous poussent à la faute en vous menant vers des pistes erronées. La victoire n’est pas l’intérêt principal d’une
partie, portée plus sur le plaisir de raconter, mais si vous voulez gagner
quand même, il faut espérer être souvent une fée, car il est plus facile
d’aider le rêveur. En étant marchand
de sable, soyez du côté des croque-mitaines au début, puis, éventuellement, rééquilibrez. Enfin, entraînez
votre mémoire pour réciter les mots à
la fin lorsque vous êtes le rêveur
(comme au Burger Quiz).
QUENTIN GIRARD
Quelle variété d’avocat
est également le nom
d’une personnalité ?
A Lula.
B Mandela.
C Trump.
D Castro.
3
Par ailleurs, quel en est
le principal producteur
au monde?
A Le Brésil.
B Le Mexique.
C Le Pérou.
D Israël.
4
Le Français est champion d’Europe
de consommation d’avocats avec,
en 2016 et par personne…
A 1,2 kg par an.
B 3 kg par an.
C 5 kg par an.
D 9 kg par an.
5
6
Quelle est la quantité
d’eau nécessaire pour
cultiver un kilo d’avocats ?
A Plus de 10 litres.
B Plus de 100 litres.
C Plus de 1 000 litres.
D Plus de 10 000 litres.
La totalité des fruits sont cueillis
verts. Comment l’industrie
agroalimentaire les fait-elle
parvenir à maturité ?
A En les exposant au soleil.
B En les aspergeant d’azote.
C En les traitant au gaz ethylène.
D Juste en attendant.
7
On dit que l’avocat est gras.
Sa teneur moyenne en lipides
(graisses) est de…
A 8 %.
B 14 %.
C 22 %.
D 33 %.
8
L’or vert flambe ! Quelle a été
la hausse du prix des avocats
aux Etats-Unis en 2017 ?
A + 50 %.
B +80 %.
C +125 %.
D +200 %.
9
Le chimiste américain
Scott Munguia assure avoir
extrait du noyau d’avocat
un principe capable de…
A …faire mûrir les fruits cueillis verts.
B …repigmenter les cheveux blancs.
C …éloigner naturellement les parasites de
l’avocatier.
D …accélerer la dégradation des matières
plastiques.
10
Réponses : 1.C ; 2.C ; 3.A ; 4.B ; 5.A ; 6.C ; 7.C ; 8.B ; 9.C ; 10.D.
Le mot avocat provient
du nahuatl (une langue indigène
du Mexique) et signifie :
A Tête d’enfant.
B Sein féminin.
C Testicule.
D Pierre sacrée.
LES 7
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