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Libération - 11 09 2018

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Hausse de la CSG, non-indexation
des pensions… Depuis le début du quinquennat, les seniors sont largement mis
à contribution. De quoi irriter une population plus politisée que la moyenne, qui
avait largement voté En marche en 2017.
Les chantiers
à marche
forcée de
Pedro Sánchez
La crainte d’un
nouveau scandale
PAGES 14-15
Cinquante ans
après le crash, la
piste de la bavure
PAGES 18-19
In collaboration
Is Linked
To Surge
In Attacks
Copyright ©
2018 The New
11, 2018
York Times
A Paris, le 15 mars. PHOTO DENIS ALLARD. REA
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Chaque mardi, retrouvez notre
supplément spécial de
quatre pages avec les meilleurs
articles et éditoriaux du «New
York Times», en anglais.
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2,00 € Première édition. No 11597
2 u
Haro sur les vieux ? Pas
tout à fait, mais tout de
même… On entend l’argument du gouvernement :
quand on prend en compte
leur pension, le fait qu’ils
ont accumulé (pas tous,
mais en moyenne) un patrimoine et qu’ils n’ont plus
d’enfant à charge, le niveau
de vie moyen des retraités
est un peu supérieur à celui
des actifs. Du coup on les
met à contribution.
La hausse de la CSG et la
fin de l’indexation des
pensions sur l’inflation
rabotent leur revenu.
En échange, la somme algébrique des mesures de
pouvoir d’achat prises par
le gouvernement Philippe
procurera aux actifs un
supplément de pouvoir
d’achat. Les vieux doivent
aider les jeunes : tel est le
mot d’ordre. Mais c’est
faire bon marché de situations moins roses qu’il y
paraît. Pour les petites retraites, une amputation de
quelques centaines d’euros
par an pèse lourd. Rappelons que le montant moyen
des pensions pour les quelque 16 millions de retraités
en France s’élève à environ
1 300 euros mensuels. Difficile d’y voir «un pognon
de dingue» et de classer les
aînés, comme le suggère le
discours gouvernemental,
dans la catégorie des privilégiés… D’autant qu’ils ont,
après tout, cotisé toute leur
vie pour des montants
considérables, ce qui leur
ouvre un droit légitime à
compter sur une vieillesse
décente. Et nombre d’entre
eux feront remarquer qu’ils
aident déjà leurs enfants
ou leurs petits-enfants et
goûtent mal qu’on leur
fasse la leçon sur ce chapitre. C’est le problème de
toutes ces réformes que la
classe dirigeante réclame à
son de trompe : ce sont en
fait des sacrifices, qu’on
impose cette fois aux aînés.
On dira que ces efforts sont
de toute nécessité, en s’appuyant sur la situation difficile des finances publiques. Mais si cette
situation est si mauvaise,
pourquoi a-t-on dans la
hâte réduit la fiscalité des
plus aisés ? Les efforts ne
sont pas pour tout le
monde. On y revient
toujours… •
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Depuis le début du quinquennat,
une progression des pensions
inférieure à l’inflation et la hausse
de la CSG sont venues amputer
les revenus des aînés.
Des retraités venus défendre leur pouvoir d’achat en
a promesse aura été tenue, et
même dépassée. Le 10 décembre 2016, à Paris, le candidat Emmanuel Macron annonçait
qu’il demanderait, une fois élu, un
«effort net» aux pensionnés «les plus
aisés»: «Je leur demande pour leurs
enfants et leurs petits-enfants […] ce
petit effort de quelques dizaines
d’euros par mois, parce que nous en
avons besoin pour que le travail paie
dans notre pays.» Le futur chef de
l’Etat n’évoquait alors que la future
hausse de la CSG, intervenue en début d’année. Mais depuis l’arrivée
de Macron à l’Elysée, d’autres mesures ont mis à contribution les retraités. Poussant les oppositions de
droite et de gauche à dénoncer, à
l’instar de Les Républicains (LR),
l’«acharnement» de l’exécutif envers les aînés.
Dernier épisode en date: l’annonce,
faite fin août par Edouard Philippe,
d’une désindexation des pensions
pour les deux années à venir.
En 2019 et en 2020, les retraites
n’augmenteront que de 0,3%, plutôt
qu’en fonction d’une inflation qui
s’annonce nettement supérieure, à
environ 1,6 %. Comme pour la
hausse de la Contribution sociale
généralisée (CSG), la majorité envisage de préserver les retraités les
plus modestes. Mais elle n’a pas encore précisé comment elle comptait
s’y prendre. En 2017 déjà, l’exécutif
avait annoncé le report de la date de
revalorisation des pensions, renvoyée d’octobre 2018 à janvier 2019.
La mesure, comme aujourd’hui la
désindexation, ressemble furieusement à ces coups de rabot auquel le
gouvernement avait promis de ne
plus recourir. De quoi brouiller son
discours sur le pouvoir d’achat,
même si la majorité tente de faire
valoir des mesures plus populaires,
comme la hausse du minimum
vieillesse, la baisse de la taxe d’habitation ou le futur «reste à charge
zéro» sur certains soins.
«Notre combat, le travail»
Si elles s’indignent de ces expédients, les oppositions oublient
qu’elles ont autrefois recouru aux
mêmes recettes. En 2008, c’est une
Assemblée de droite qui avait voté
la suppression progressive de la demi-part fiscale des veufs et veuves.
Et en 2014, c’est la gauche qui avait
décidé de rendre imposable la ma-
joration de 10 % des pensions des
retraités ayant élevé trois enfants
ou plus. Par la droite, la gauche ou
l’entre-deux macroniste, voilà des
années que les retraités sont ponctionnés.
Un choix auquel la majorité s’efforce aujourd’hui de donner un sens
politique. «Notre combat, c’est le
travail sous toutes ses formes: il n’y
a pas assez d’heures de travail en
France, explique une source gouvernementale. Donc on favorise
d’abord les actifs, et un peu moins les
retraités.» Et de rappeler que les retraités n’ont pas cotisé pour leur
propre pension, mais que ce sont les
actifs d’aujourd’hui qui travaillent
pour la financer. «Et plus il y aura
de gens au travail, plus ils cotise-
Si elles s’indignent
de ces expédients,
les oppositions
oublient qu’elles
ont autrefois
recouru aux
mêmes recettes.
ront», résume le député Olivier
Véran (LREM).
Autre argument, à l’utilisation plus
délicate : les retraités vivent, dans
l’ensemble, légèrement mieux que
le reste de la population. Selon le
dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), la pension moyenne ne représente pourtant que les deux tiers du revenu
d’activité moyen de l’ensemble de
la population. Mais ces dernières
années, la première a augmenté
plus vite que le second. Et se voit
souvent complétée par d’autres revenus, tandis que certaines charges
pèsent peu, ou pas du tout, sur les
aînés – enfants ou loyers.
Même pendant la crise économique
de 2010-2015, leur niveau de vie n’a
diminué que de 0,5%, contre 2,3%
pour l’ensemble de la population.
Et le taux de pauvreté parmi eux
n’était que de 8 % en 2015, contre
plus de 14% dans le pays. Des chiffres qui éclairent les choix de l’exécutif, mais demeurent «politiquement inaudibles», regrette un
député de la majorité. «On sait que
le ressenti n’est pas celui-là»,
reconnaît l’Elysée.
La remarque n’est pas neutre.
L’Insee comptabilise environ
Libération Mardi 11 Septembre 2018 f t @libe
u 3
mon fonctionnement pour vivre avec 50% de
mon revenu d’active. En tant que cadre, je
gagnais 3400 euros net par mois. Comme retraitée, je touche 1 200 euros net de la Sécu,
auxquels s’ajoutent seulement 600 euros de
ma complémentaire de cadre, car j’ai accédé
à ce statut tardivement. Quand je suis partie
à la retraite j’avais un compagnon, ce qui rendait ma situation financière plus confortable.
Désormais, je suis seule. C’est plus compliqué,
même si je sais que je ne suis pas à plaindre
par rapport à certains.
«Durant la campagne présidentielle, en entendant Emmanuel Macron, je me suis dit
qu’il allait faire quelque chose pour notre pouvoir d’achat. Il y avait un aspect humaniste
dans son discours. Du moins, j’y ai cru. Je ne
pensais pas qu’on en serait là aujourd’hui… Il
y a d’abord eu la hausse de la CSG, il y a un an.
J’ai perdu 35 euros par mois. Ça ne semble pas
énorme, mais à la fin de l’année, ça fait quand
même une petite somme. Et maintenant, avec
cette revalorisation de seulement 0,3 % annoncée par Edouard Philippe, il va encore falloir faire des économies. Mais sur quoi? Déjà,
je fais attention pour éviter toute dépense inutile. Parfois, je me dis “pourvu que mon four
ne tombe pas en panne, parce que je ne pourrai pas sortir de quoi le changer”… J’avais déjà
commencé à prendre des petits boulots à côté,
pour me faire une cagnotte. Du repassage, de
l’administratif pour des gens plus âgés, de
quoi gagner quelques sous pour gâter mes petits-enfants… Alors oui, je suis déçue. Ce n’est
pas la vie que j’espérais à 68 ans. N’y avait-il
pas d’autres dépenses publiques à réduire
pour faire des économies? Ces mesures drastiques touchent encore une fois les plus faibles –et encore, je le répète, je suis une privilégiée. Si au moins, on avait l’impression que
ces décisions permettent de résoudre le problème du chômage. Mais elles ne profitent pas
forcément aux autres qui n’ont rien.»
Bruno, 64 ans, retraité de la fonction
publique, Lille
mars à Paris, le 15 mars, après la hausse de la CSG. PHOTO DENIS ALLARD
15 millions de Français de plus de
62 ans, retraités ou sur le point de
l’être, soit 23% de la population. Et
ce public aux effectifs croissants est
aussi le plus actif politiquement :
selon l’institut Ipsos, leur taux de
participation au second tour de la
présidentielle a été supérieur
à 80 %, contre moins de 75 % pour
l’ensemble de l’électorat. Au premier tour, quoique distancé par
Fillon chez les seniors, Macron
avait séduit plus d’un quart d’entre
eux. Puis une écrasante majorité
face à Marine Le Pen.
Mais ces derniers mois, le chef de
l’Etat a vu fondre son crédit auprès
des 65 ans et plus : alors qu’ils
étaient 48% à approuver son action
en septembre 2017, selon l’Ifop, ils
ne sont plus que 30 % un an plus
tard –résultat plus faible que dans
la plupart des autres catégories
d’âge (lire page 4). Si ce recul n’est
pas seulement imputable aux mesures fiscales de l’exécutif, il pourrait peser lourd lors des européennes de mai 2019. Un scrutin où
l’abstention, traditionnellement
forte, devrait renforcer le poids relatif des retraités. •
«Avec Macron,
c’est vraiment
le yo-yo
«Libération» a rencontré à Lille,
Marseille et Nice trois retraités
qui ont voté pour l’actuel
président en mai 2017.
Ils se disent déçus
par les mesures affectant
leur pouvoir d’achat.
Sans forcément lui retirer
tout leur soutien.
ausse de la CSG, revalorisation inférieure à l’inflation des retraites. Les
pensionnés ne sont pas à la fête. Trois
d’entre eux expliquent leur situation.
Agnès, 68 ans, retraitée du secteur
bancaire, Marseille
«Je ne suis déjà pas partie à la retraite par la
grande porte. J’ai été licenciée en 2012,
à 62 ans, alors que je souhaitais continuer à
travailler… Jeune retraitée, il m’a fallu adapter
«Je suis déçu, très déçu. J’avais pensé qu’Emmanuel Macron ferait une autre politique. J’ai
voté pour lui dès le premier tour. J’avais de la
sympathie pour Benoît Hamon, mais je ne
voyais pas où il allait trouver 350 milliards
pour financer le revenu universel, avec la dette
de la France à presque 100% du PIB. J’ai toujours voté à gauche, mais je trouvais que les
PME avaient besoin d’être aidées, elles ont trop
de charges, ce qui freine l’embauche. J’avais
envie avec Macron d’une politique nouvelle
qui mélangerait la droite et la gauche. Mais
augmenter la CSG, cela ne représente pas pour
moi une attitude libérale de gauche. J’ai une
toute petite retraite de la fonction publique:
je touche 650 euros par mois, car je n’ai pas
tous mes trimestres. J’ai été en invalidité assez
jeune, en 1994. Heureusement que ma femme
a une bonne retraite de l’Education nationale,
2 800 euros par mois. Sans elle, je n’aurais
qu’une petite chambre, je serais misérable.
Quand je travaillais, j’étais photographe professionnel pour la faculté de médecine, en
traumatologie: je prenais en photo les lésions
pour la littérature médicale.
«Compte tenu de nos deux retraites, avec la
CSG, je perds personnellement 7 à 8 euros par
mois. Là où je le vois le mieux, c’est sur les
cinq années où j’ai travaillé dans le privé :
j’avais 38 euros mensuellement, maintenant,
c’est 37 euros. Ce n’est peut-être pas beaucoup,
mais c’est une question de principe. Toutes les
prestations baissent : les 5 euros de moins
pour l’APL, c’est vraiment injuste, pour les
personnes modestes. Et en ce qui me concerne, maintenant je paye pour dormir, mon
somnifère n’est plus remboursé. Ils auraient
pu augmenter de deux points la TVA, plutôt
que de toucher aux acquis sociaux. Les petites
retraites, entre 600 et Suite page 4
4 u
Suite de la page 3
Libération Mardi 11 Septembre 2018
1 200 euros, sont vrai-
ment attaquées.»
Dominique, 62 ans, retraité de l’industrie pharmaceutique, Nice
«J’ai toujours voté à gauche. Mais là, il fallait
secouer le cocotier, alors j’ai choisi Macron. Je
trouvais qu’il amenait une nouvelle manière
de faire de la politique, plus moderne. Mais
pour le moment, on voit des feuilles qui tombent et on reçoit quelques noix de coco sur la
tête. Car Macron a fait une grave erreur: celle
de raboter les retraites. Ce n’était pas le bon
geste à faire. Mettre à contribution les retraités
au-delà de 5000 ou 6000 euros, je peux comprendre. Mais pas taper fort sur la classe
moyenne. Si on veut chercher de l’argent, on
peut en trouver chez les gens qui font des
grands profits, en Bourse, les grandes entreprises étrangères… Ce n’est pas en faisant les
poches des petits retraités qu’on va sauver les
«Je perçois un peu plus de 2250 euros net et
je vais perdre 50 euros par mois. Avec mon
épouse, on a calculé: entre la hausse de la CSG
et les pensions qui augmentent moins que
l’inflation, on nous enlève 800 euros par an.
On aura quelques jours de vacances en moins,
mais on ne se plaint pas. Je crains surtout pour
les petits retraités qui sont à 10, 15 ou 20 euros
près. Avec Macron, c’est le yo-yo émotionnel.
Je suis satisfait par l’ouverture à la concurrence de la SNCF. J’aime cette nouvelle vision
de la politique avec des gens qui viennent
d’autres horizons. Dans le même temps, je suis
déçu par la hausse de la CSG et le gel du point
d’indice des fonctionnaires. Et il a fait une
grossière erreur avec l’affaire Benalla. La seule
chose qui me satisfait complètement, c’est que
Macron soit respecté dans le monde. Quand
je vois la Pologne, la Hongrie, l’Italie… Avec ce
qu’il y avait sur la table au second tour de la
présidentielle, ça aurait pu être pire. Macron
parle bien, il présente bien. La France n’est pas
mise sur la touche. Il faut encore attendre un
peu pour avoir un jugement définitif.»
Dominique, ancien préparateur pharmaceutique, chez lui à Nice, lundi PHOTO LAURENT CARRÉ
Le pouvoir d’achat
rogné petit à petit
Après la hausse de la CSG, la
fin de l’indexation des pensions
et des prestations sociales sur
l’inflation à partir de janvier
viendra encore grignoter
les revenus des retraités.
est une addition de mesures qui a du
mal à passer. Et qui, pour une bonne
partie des 16,1 millions de retraités
devrait se traduire par une réduction du pouvoir d’achat. Après avoir augmenté, début 2018, la Contribution sociale généralisée
(CSG) pour 60% d’entre eux, le gouvernement
a annoncé fin août que les pensions de retraite
ne seraient plus indexées sur l’inflation. «Un
double coup de massue», résume Michel Salingue, de la Fédération générale des retraités de
la fonction publique. Lui, qui reçoit tous les
mois 2000 euros, a déjà fait le calcul. Toutes
mesures confondues, il estime sa perte à
«60 euros par mois, 720 euros par an.»
Première attaque au porte-monnaie des retraités: le 1er janvier, le taux de CSG applicable
aux pensions de ceux dont le revenu fiscal de
référence excède 14404 euros (22096 euros
pour un couple) est passé à 8,3% (contre 6,6%
auparavant). Soit une hausse de 1,6 point
(+ 25 %) pour près de 7 millions d’entre eux.
Sont notamment concernés les retraités célibataires de moins de 65 ans dont la pension
nette dépasse 1290 euros (1390 euros pour les
plus de 65 ans bénéficiant d’un abattement
fiscal) et qui n’ont pas d’autres revenus. Pour
un couple dont les deux ont moins de 65 ans,
le couperet tombe au-delà de 1960 euros de
pensions nettes cumulées.
«Modulation». La deuxième salve, elle, interviendra un an après. Et devrait concerner
l’ensemble des retraités. Au 1er janvier 2019,
puis en 2020, leurs pensions, jusque-là théoriquement indexées sur l’inflation, n’augmenteront que de 0,3%. Soit bien moins que l’évolution moyenne des prix (1,6% en 2018, selon
l’Insee). Cela va se traduire par une baisse de
leur pouvoir d’achat. Une mesure «injuste»
pour la CFDT retraités, d’autant qu’«elle
n’épargne même pas les basses pensions». Un
point sur lequel le gouvernement pourrait
bouger. Pour les plus modestes, Richard
Ferrand, le nouveau président de l’Assemblée,
a évoqué une possible «modulation».
Selon la Confédération française des retraités
(CFR), la mesure «va réduire de l’ordre de 6%
sur trois ans le pouvoir d’achat des retraités».
Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire,
assure pourtant que les retraités ne seront
«pas perdants»: «Leur pension de retraite sera
revalorisée moins vite, mais elle continuera à
être revalorisée». A sa rescousse, le ministre
des Comptes publics, Gérald Darmanin, met
en avant la suppression progressive de la taxe
d’habitation dont, précise-t-il, les «retraités
français vont bénéficier», avec à la clé, «une
augmentation de pouvoir d’achat». Il avait déjà
joué sur cette mesure pour couper court aux
critiques sur la hausse de la CSG.
Las, en juillet, un rapport présenté par le député Joël Giraud (LREM), a mis du plomb
dans l’aile à cet argument. Selon ce dernier,
sur les 7 millions de retraités concernés par
la hausse de la CSG, seuls 600000 seront «gagnants ou neutres» dès cet automne, au moment de payer leur taxe d’habitation, allégée,
cette année, de 30%. En moyenne, les autres,
soit une large majorité, perdront 380 euros de
pouvoir d’achat sur un an. L’explication réside
en partie dans le fait que la suppression de la
taxe d’habitation pour 80% des ménages les
moins nantis sera progressive, sur trois ans
(avant d’être supprimée pour tous en 2021).
En 2019, les retraités seront donc plus nombreux, soit 2,6 millions, à voir la hausse de la
CSG compensée par la baisse (alors de 65%)
de la taxe d’habitation. En 2020, ce chiffre
passera à 3,8 millions de retraités. Mais la mesure fera encore 3,2 millions de perdants, avec
une perte moyenne de 500 euros. Parmi eux:
les 20 % des ménages les plus nantis, alors
seuls à payer la taxe d’habitation, et ce pour
un an encore.
Loyer. Voilà pour la seule hausse de la CSG.
Ajoutez la non-indexation de leur pension, et
l’ardoise commence à être lourde pour les retraités, dont la pension moyenne, en 2016,
s’élevait à 1389 euros brut (1294 euros net), selon le ministère des Affaires sociales. Sur ce
volet, la CFDT retraités a fait des estimations,
avec une inflation estimée à 1,8%. Pour une
pension brute de 1800 euros par mois, la perte
liée à la désindexation sera de 324 euros annuelle. Et de 234 euros, pour 1300 euros.
Une hausse loin d’être neutre pour les ménages plus modestes. Notamment ceux qui sont
juste au-dessus du seuil à partir duquel s’applique la hausse de la CSG, et pour lesquels le
gouvernement a évoqué un possible geste.
Mais d’autres, pourtant trop pauvres pour
s’être vu appliquer une hausse de la CSG, ne
sont pas épargnés. C’est le cas du million de
retraités très modestes qui touchent une aide
pour leur loyer. Comme les autres, leur pension va stagner. Et la hausse de leur allocation
logement –elle aussi plafonnée à 0,3%– sera
inférieure à l’indice de révision des loyers qui
colle à la hausse des prix à la consommation.
Une double peine qui pourrait, avec une inflation forte, durer. «Si le gouvernement persiste
dans les années à venir, les manques à gagner
se cumuleront», prévient la CFDT retraités.
u 5
Libération Mardi 11 Septembre 2018
«Les retraités ont eu
le sentiment d’être
les vaches à lait
du quinquennat»
scrutin intermédiaire comme les élections
européennes, où l’abstention est traditionnellement massive, ce sont les retraités qui
font la différence. Ce fut le cas par exemple
en 2014 avec la sanction historique de la
liste PS et ses 14 % aux européennes. Si
Sarkozy a fait un très bon score au premier
tour en 2012, c’est parce que les retraités
l’ont porté. Cinq ans plus tard, François
Fillon a fini en tête dans cette catégorie, ce
qui lui a permis de sauver les meubles en
rédéric Dabi est directeur général loupant la qualification en finale de seuadjoint de l’institut de sondage Ifop. lement 260000 voix, rassemblant environ
Il juge pointe le risque de rupture un tiers des voix chez les retraités.
avec les retraités et souligne le risque poli- Et Emmanuel Macron, que leur doit-il
tique que cela représente pour Emmanuel pour sa victoire ?
Au premier tour, il a obtenu 27% chez les
Comment les retraités digèrent-ils retraités, soit 3 points de plus que sa
la hausse de la CSG et la non-revalori- moyenne et pas si loin du candidat de la
sation des pensions à hauteur de droite. En comparaison, des candidats de
l’inflation ?
gauche, comme François Mitterrand
Au-delà des seules données de popularité en 1988 ou François Hollande en 2012, ob(avec un Emmanuel Macron
tenaient chez les retraités des
qui n’est plus qu’à 31 % chez
scores plus faibles que leur
les retraités), la catégorie qui
moyenne. Cet électorat, sése vit comme la plus perduit par le diptyque renoudante depuis le début du
vellement-transformation, a
quinquennat, c’est celle des
donc joué un rôle important
retraités. Qu’on croit ou pas
dans la qualification puis la
aux sondages, deux chiffres
victoire finale de Macron, un
sont vertigineux : 95 % des
candidat dont la jeunesse
Français considèrent que les
était un atout à leurs yeux.
INTERVIEW Aujourd’hui, la rupture semretraités sont «plutôt perdants» de la politique d’Emble consommée.
manuel Macron et les retraités eux-mêmes Cette rupture s’est-elle jouée sur autre
sont 98% à le penser. J’ai rarement vu un chose que la CSG et la désindexation?
tel constat dans une catégorie sociale, L’abaissement de la vitesse maximale
même chez les fonctionnaires sous à 80km/h sur certaines routes, cumulé à
Sarkozy ou parmi les catégories les plus la hausse du prix du diesel et au sentiment
aisées au moment du «ras-le-bol fiscal» plus large de délaissement des territoires
en 2013.
ruraux et des petites villes, où vivent de
Quel a été le principal élément de rup- nombreux retraités, a aussi pesé sur l’opiture entre les retraités et Macron ?
nion. Et la hausse du minimum vieillesse
Contrairement à ce que j’ai beaucoup en- pour les plus modestes n’a rien compensé
tendu, ce n’est pas la hausse de la CSG en tandis que la suppression de la taxe d’hatant que telle qui a fait basculer les retrai- bitation n’est pas encore concrète.
tés, à la base plutôt favorables aux réfor- Les retraités votent moins pour les
mes du programme Macron et notamment partis proposant de renverser la table
à la logique de solidarité intergénération- ou trop ouvertement europhobes, cela
nelle au profit des actifs. Ce qui a davan- peut-il jouer en faveur de LREM aux
tage pesé, c’est une forme d’accumulation européennes de mai 2019 ?
avec en point d’orgue la désindexation Si les retraités se mettent à voter «normasurprise des pensions. La hausse de la lement», la sanction guette. Déjà, la liste
CSG, c’est certes un effort demandé aux re- LREM qui était créditée de 28% en novemtraités, mais le candidat Macron avait an- bre est désormais autour de 20%. Et on ennoncé la mesure, elle s’inscrit dans un dis- tend les oppositions se saisir du sujet pour
cours cohérent et en plus le chef de l’Etat retrouver du souffle. Mais vous avez raia dit merci aux retraités en avril sur TF1. son, les retraités sont plus attachés que la
Mais comme l’exécutif ne s’est pas arrêté moyenne à l’idée européenne, à l’euro, à
là, les retraités ont eu le sentiment d’être la stabilité. Une chance pour Macron, c’est
les vaches à lait du quinquennat, de payer que pour l’instant Wauquiez tient une lipour tout le monde.
gne qui segmente la droite. Mais si LR déEn quoi les retraités sont-ils un électo- signe par exemple Michel Barnier, une
rat particulièrement important ?
partie de la droite, comme on le voit déjà
Il y a environ 14 millions de retraités, soit avec les hésitations des amis d’Alain Juppé
un tiers du corps électoral. Et bien sûr, on à s’unir à Macron, aura une opportunité de
le dit souvent, c’est un électorat civique rentrer électoralement au bercail.
qui se déplace beaucoup plus que la
Recueilli par
moyenne pour voter. Dans le cadre d’un
Pour Frédéric Dabi,
de l’Ifop, l’accumulation
de mesures venant
entamer le pouvoir
d’achat des retraités
pourrait les pousser à
sanctionner Macron lors
des européennes.
La carte des attaques au
couteau par les migrants,
réalisée par l’AfD, est-elle
La France va-t-elle
importer et traiter 4 tonnes
de déchets radioactifs
venant d’Australie ?
A-t-on la preuve que
Mélenchon a traité Macron
de «xénophobe» ?
L’épouse de Bruno Le Maire
a-t-elle bénéficié d’un emploi
«douteux» à l’Assemblée?
vous demandez
nous vérifions
6 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Pedro Sánchez
et le royaume
en chantiers
Malgré sa position à la tête d’une coalition
fragile, le chef du gouvernement socialiste,
en poste depuis juin, s’est distingué par l’annonce
de cinq initiatives aussi fortes qu’inattendues.
Correspondant à Madrid
l a changé la donne espagnole.
Après avoir délogé du pouvoir
le conservateur Mariano Rajoy
début juin grâce à une motion de
censure ayant surpris tout le
monde, le chef du gouvernement,
le socialiste Pedro Sánchez, s’est
distingué par une série d’initiatives
qui agitent la péninsule.
Avec seulement 84 députés sur 350,
à la tête d’une coalition fragile réunissant les radicaux de gauche de
Podemos, les nationalistes basques
ou catalans, Pedro Sánchez est
conscient de diriger un exécutif
précaire. Il ne cache guère sa stratégie. Même s’il se sait sur la sellette,
il propose des réformes marquantes
qui renforcent l’identité d’un Parti
socialiste sans boussole et lui confèrent une stature qui pourrait l’aider
lors des prochaines élections géné-
rales, probablement à la fin du
printemps 2019. La première surprise créée par Pedro Sánchez fut
celle d’annoncer l’exécutif le plus
féminin jamais vu dans la péninsule : 11 ministres femmes sur 17.
Passage en revue de cinq chantiers
clivants que le fringuant socialiste
entend pousser jusqu’au bout. A
grand renfort de décrets-lois, si
Déplacer la dépouille du Caudillo
hors du Valle de los Caídos, ce
mausolée mégalomaniaque qui
surplombe un cirque montagneux
duquel on contemple Madrid: c’est
une volonté affichée par tous les
gouvernements progressistes depuis la mort en 1975 de Franco, qui
avait gouverné l’Espagne d’une
main de fer pendant quatre décennies. Même le conservateur Mariano Rajoy, en 2017, avait accepté
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, à Madrid le 26 juillet. PHOTO
la nécessité d’extraire «la momie»
de Franco. Mais personne n’avait
osé aller plus avant sur ce terrain
délicat. Via un décret-loi, Pedro
Sánchez a fait de cette mesure une
priorité. «D’ici décembre, le dictateur reposera dans un cimetière
privé», a-t-il promis. Il sera certainement inhumé au Pardo, à 60 kilomètres à l’ouest de Madrid, où se
trouve son panthéon familial. Quarante-trois ans après sa mort, le
Caudillo quittera donc sa crypte nichée dans le sous-sol de la basilique
du Valle de los Caídos. Même la
droite et l’Eglise, jusque-là de rudes
opposants à ce geste très symbolique, ont fait savoir qu’ils ne s’y opposeraient pas. Seule demeure une
certaine résistance de la part des
descendants, notamment le petitfils homonyme du dictateur : «Déplacer notre aïeul du lieu qu’il avait
choisi est une terrible lâcheté!» Les
Franco disposent de quelques jours
pour présenter des recours qui, de
toute façon, ne changeront rien à
l’issue finale.
Au cours des deux dernières années
du mandat de Mariano Rajoy, le leader du Parti populaire désormais retourné à la vie civile, les ponts
étaient totalement coupés entre la
Moncloa, le Matignon madrilène, et
la Generalitat, le siège de l’exécutif
de Catalogne, depuis 2012 aux
mains de leaders séparatistes. Le
dialogue n’existait pas. Aucune rencontre, aucun contact même,
n’existait entre Mariano Rajoy et
Carles Puigdemont, aujourd’hui
réfugié en Belgique, et susceptible
d’écoper de trente ans de prison s’il
foule le sol espagnol, pour «rébellion contre l’Etat» à cause du référendum illégal du 1er octobre 2017.
Pedro Sánchez, lui, a repris langue
avec les sécessionnistes, même si
la plupart des dirigeants se trouvent
soit à l’étranger soit en prison dans
l’attente de leur procès cet
automne. Le chef du gouvernement
s’est entretenu notamment avec
Quim Torra, le chef de l’exécutif catalan, fils politique de Carles Puigdemont. «La démocratie espagnole
ne peut se permettre de traiter
comme des ennemis des gens qui
pensent différemment, a dit Pedro
Sánchez. La droite avait fait du conflit catalan une affaire judiciaire,
alors que c’est une question éminemment politique.» Le chef de file
socialiste a fait un geste de bonne
volonté en acceptant la tenue en
Catalogne d’un référendum, non
sur l’autodétermination mais sur un
nouveau statut d’autonomie.
La balle est aujourd’hui dans le
camp de Quim Torra qui, pour
l’heure, semble préférer la dangereuse voie de l’indépendantisme
Libération Mardi 11 Septembre 2018
u 7 f t @libe
«La droite avait
fait du conflit
catalan une affaire
judiciaire, alors
que c’est une
Pedro Sánchez
chef socialiste du
gouvernement espagnol
ses et le marteau du déficit social
imposé par l’UE. Vis-à-vis de
Bruxelles, l’Espagne s’est engagée
à réduire son déficit de 0,4% d’ici à
la fin de l’année. Or, pour que les
aspirations sociales de Pedro Sánchez deviennent réalité, il lui faut
briser ce que les Espagnols appellent le «techo de gasto», le plafond
des dépenses. Son ambition est de
l’augmenter de 4,4%, ce qui lui permettrait de dégager quelque 5 milliards d’euros supplémentaires. S’il
n’y parvient pas, il risque de provoquer un fort désenchantement et la
colère de Podemos, allié indispensable de sa fragile coalition, qui réclame jusqu’à 15 milliards d’euros
Depuis le retour de la démocratie,
RTVE – la radiotélévision publique– a toujours été fortement politisée. A chaque changement de gouvernement, le nouveau pouvoir
s’arrangeait pour placer à sa tête
une personne sous son influence directe. Seul un chef de gouvernement avait dépolitisé la télé publique: en 2006, le socialiste José Luis
Zapatero fait voter une loi qui oblige
à ce que les membres du conseil
d’administration passent par un
concours public et que le président
soit l’objet d’un consensus très
large, avec au minimum l’approbation des deux tiers de la Chambre
des députés. Une véritable révolution. En 2012, profitant de son retour au pouvoir avec une majorité
absolue, le Parti populaire de
Mariano Rajoy réduit en miettes ce
système et impose de nouveau
un président de son choix, ultrapolémique, tout en interdisant aux
syndicats de journalistes d’avoir un
représentant au conseil d’administration.
En juin, Pedro Sánchez n’a pas tardé
à relancer la réforme de Zapatero
afin de dépolitiser RTVE, où se font
entendre depuis des années les protestations de journalistes contre
«une information biaisée, partisane,
aux ordres du parti au pouvoir».
Mais l’initiative de Pedro Sánchez
a été chaotique. Dans un premier
temps, le leader socialiste a proposé
des candidats, notamment sur pression de Podemos, ne répondant pas
aux critères de neutralité. Finalement, en juillet, une journaliste
vétéran et respectée, Rosa María
Mateo, a été nommée. La dépolitisation de la télé publique est de nouveau en route. •
Mi-juin, dans l’attente d’une décision à la suite du déferlement de
réfugiés venus d’Afrique ou d’Asie,
toute l’Europe a assisté, interloquée, au «geste» de Pedro Sánchez:
alors que le navire humanitaire
Aquarius errait sur les eaux méditerranéennes, après le refus des
ports italiens et maltais de le faire
accoster, il obtient l’autorisation de
débarquer à Valence (sud-est du
pays), avec à son bord 629 migrants,
transis de froid, de faim et de peur.
Ils avaient obtenu un titre de séjour
exceptionnel de quarantecinq jours pour faire une demande
Rebelote, le 6 août : le gouvernement socialiste ouvre la rade d’Al-
Population 2016
100 km
FRANCE 66 896 109
36 462
41 466
50 SP
5 A
FR 940 GN
km E
9 AN
7 CE
ESPAGNE 44 443 959
Source : Banque mondiale
PIB par habitant
en parité
de pouvoir d’achat
(en $) en 2016
Me ranée
gésiras, en Andalousie, à 87 réfugiés
repêchés en mer par l’ONG Open
Arms. Parallèlement, Pedro Sánchez participe activement à des
pourparlers avec d’autres dirigeants européens, dont Emmanuel
Macron, pour mettre en place un
dispositif permanent de répartition
des réfugiés entre membres de
l’Union européenne.
Officiellement favorable à un «accueil généreux, ordonné et responsable», Pedro Sánchez n’échappe
pas pour autant à des contradictions: alors même que l’arrivée d’illégaux ne cesse d’augmenter sur le
littoral espagnol (avec 22 850 arrivées au cours du premier semestre,
c’est désormais la principale route
migratoire vers l’Europe), il a récemment donné son aval à des interpellations musclées et des renvois immédiats de migrants vers le
Maroc, après que ceux-ci ont sauté
le grillage métallique de Ceuta, enclave espagnole en Afrique.
Augmenter le nombre de fonctionnaires et accroître légèrement leur
pouvoir d’achat, éviter que les retraités touchent des pensions dont
la progression est inférieure à l’inflation, accroître le budget consacré
à l’enseignement et à la santé…
Autant d’engagements pris par
Pedro Sánchez avec son électorat,
dans le but de réaffirmer l’identité
sociale du Parti socialiste qui,
depuis l’émergence vigoureuse de
Podemos (troisième force parlementaire à l’échelle nationale), se
voit grignoté sur ce terrain par son
rival. «Nous avons besoin d’asseoir
les bases d’un budget expansif qui
permette une politique sociale plus
juste et équilibrée», a déclaré la ministre du Budget María Jesús Montero. L’ennui, pour le chef du gouvernement socialiste, est qu’il est
pris entre l’enclume de ses promes-
8 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Jimmy, un vieil habitant de l’est de Detroit, le 18 janvier.
Le Dequindre Cut, ancienne ligne de chemin de fer transformée en sentier et café.
Le nombre de maisons abandonnées a été divisé par deux entre 2014 et 2017.
Rénovation d’un vieux bâtiment du centre-ville, le 24 janvier.
Près de 5,4 milliards de dollars doivent être investis dans le centre-ville d’ici à 2020.
Sur Gratiot Avenue, le 20 janvier.
DETROIT Cash-misère
Libération Mardi 11 Septembre 2018 f t @libe
L’agglomération du Michigan, déclarée
en faillite en 2013, se remet peu à peu
d’une longue crise industrielle et
financière. Mais les habitants regrettent
que les investissements se concentrent
essentiellement dans l’immobilier
en centre-ville, oubliant les quartiers
périphériques toujours délabrés.
Envoyée spéciale à Detroit
es bulldozers, des grues, des chantiers.
Des pancartes, partout, annoncent la
construction de nouveaux bureaux, de
nouvelles enseignes. Des jeunes boivent des
bières en terrasse, des gamins jouent sur des
places transformées pour l’été en plages urbaines, un groupe de filles rigolent en buvant
des margaritas glacées sur un rolling pub, ces
bars mobiles à pédales qui sillonnent les artères principales du centre-ville. Detroit, ville
phénix, ainsi que le clame sa devise, semble
bel et bien renaître de ses cendres.
La ville était devenue, depuis la fin des années 2000, l’illustration des maux de l’Amérique post-industrielle, avec ses usines fermées, ses maisons abandonnées par milliers,
ses terrains vagues, son chômage de masse…
Detroit, ancienne capitale mondiale de
l’automobile, a perdu plus de 60% de sa population entre les années 50 (1,8 million d’habitants) et aujourd’hui (environ 600 000).
Elle avait déclaré faillite en juillet 2013, la pire
de l’histoire pour une ville américaine, avec
une dette de 18,5 milliards de dollars. Fini le
ramassage d’ordures, fini l’éclairage public
dans la moitié des rues de la ville, écoles qui
ferment, services publics proches du néant.
Mais après trois années de comptes à l’équilibre, Detroit a pu se débarrasser de la tutelle de
l’Etat du Michigan au printemps. Et flâner
dans Downtown, le centre-ville, donne
aujourd’hui à voir une tout autre vitrine.
Le Lonely Planet l’a même consacrée «l’une
des villes les plus tendances au monde à visiter
en 2018». La «renaissance» de Detroit est désormais l’élément de langage de tous les businessmen et investisseurs du centre-ville. En
tête, Dan Gilbert, ce milliardaire fondateur de
Quicken Loans, société leader du prêt hypothécaire aux Etats-Unis, qui possède également des équipes de football, de hockey et de
basket. En 2010, ce natif de Detroit a fait déménager le siège de l’entreprise au cœur de
la ville. Avec 17000 salariés, c’est aujourd’hui
le premier employeur de Detroit. Via sa société de gestion immobilière Bedrock,
Dan Gilbert possède près d’une centaine de
bâtiments Downtown, ce qui vaut au quartier
le surnom de «Gilbertville». Il va débourser
encore 2,1 milliards de dollars dans quatre
nouveaux projets.
En tout, près de 5,4 milliards de dollars
doivent être investis dans le centre-ville de
Detroit d’ici à 2020 par une poignée d’investisseurs, pour des projets immobiliers
(6000 nouveaux appartements, 1200 nouvelles chambres d’hôtel et des milliers de mètres
carrés de bureaux). Les géants Google,
LinkedIn et Microsoft s’y sont récemment
De nombreuses rénovations sont également
en cours pour redonner de l’éclat au fabuleux
patrimoine industriel de Detroit, vestige des
années fastes de la ville. Dernier exemple en
date, le constructeur automobile Ford a racheté en juin le Michigan Central Depot, l’ancienne gare ferroviaire incarnant l’un des
symboles de la déliquescence de la ville. Taguée du sol au plafond, elle a servi de décor
à de nombreux films catastrophe et était devenue l’un des bâtiments les plus photographiés des amateurs de ruines urbaines. «Peutêtre le symbole le plus saisissant du grand retour de Detroit», écrit le Detroit News.
«Les mauvaises réputations ne disparaissent
pas facilement, a convenu Dan Gilbert lors
d’une grande conférence intitulée, évidemment, “la Renaissance de Detroit”, organisée
en mai pour séduire de nouveaux investisseurs. Mais il y a une solution. Voir, toucher,
sentir soi-même l’excitation, les opportunités,
la croissance et la réalité de Detroit en 2018
vous permettra de croire en une histoire dont
des chapitres beaucoup plus agréables sont en
train d’être écrits.»
Mais à dix minutes du centre-ville en voiture,
il s’agit bien d’une histoire à laquelle il faut
croire. Un conte de fées, même, qu’on oublie
une fois passés les quartiers de Dowtown et
Midtown. Detroit montre alors un tout autre
visage. Celui, très documenté ces dix dernières années, d’une ville aux allures post-apoca-
«En dehors du centre,
c’est le no man’s land.
C’est ça, le revers du
capitalisme américain.
Des autoroutes vides,
des usines vides,
des maisons vides,
des fermes urbaines
et un certain esprit
de résilience.»
Matthew Naimi
directeur de Recycle Here
u 9
lyptiques: quartiers entiers de maisons aban- treize ans. Aujourd’hui financé par la ville
données, pelouses devenues friches, arbres mais toujours géré par les habitants, c’est dequi poussent au milieu du salon, commerces venu un point de rencontre communautaire,
éventrés, incinérés, fermés depuis des lustres, artistique et festif, recouvert de fresques mufaisans et renards qui se promènent à la nuit rales des street-artists de la ville. «En dehors
tombée. Ce sont également de larges avenues du centre, c’est le no man’s land, reprend
vides, héritages d’une ville dimensionnée Naimi. Je dis toujours que le futur va ressempour 2 millions d’habitants motorisés, utopie bler à Detroit: c’est ça, le revers du capitalisme
vrombissante depuis longtemps oubliée. Et américain. Des autoroutes vides, des usines vides rues désertes et désolées où l’on croise un des, des maisons vides, des fermes urbaines et
couple attendant un bus qui semble ne jamais un certain esprit de résilience.»
arriver, là un groupe d’amis, bières dans la La ville a pourtant un bilan à faire valoir. Le
nombre de maisons abandonnées a été divisé
«Downtown ? C’est une bulle», lâche Tyson par deux, de 40000 à 20000, au cours du preGersh sans lever la tête du plant de gombo mier mandat du maire actuel, le démocrate
qu’il est en train de récolter, ni de son séca- Mike Duggan, premier édile blanc deteur qui taille à tout va. Le jeune cofondateur puis 1974, réélu l’an dernier dans un fauteuil.
de la Michigan Urban Farming Initiative, une La population de sans-abri baisse depuis
ferme urbaine de 1,5 hectare dans le quartier trois ans. L’éclairage public a été réparé à coup
de North End créée il y a sept ans, s’agace du d’investissements massifs et la criminalité est
«storytelling des politiques et des investisseurs en baisse, avec un nombre d’homicides au
du centre-ville, qui vivent dans une fiction. plus bas depuis le début des années 60. Et
Car dès qu’on sort de Downtown, il ne reste que après avoir atteint 28 % en 2009, le taux de
du drame. Le “boom” de Detroit est en grande chômage est aujourd’hui en dessous de 8%.
partie artificiel». Il concède néanmoins «Un changement de paradigme est en cours,
qu’«aujourd’hui, le ramassage des ordures est a affirmé le maire dans une récente interview.
fiable. C’est déjà ça».
Mais on part de tellement loin, qu’on a encore
Le scepticisme de Tyson semble de mise chez un long chemin devant nous.»
les habitants de Detroit, qui en ont vu d’autres.
«La destinée de cette ville, ça a toujours été les
montagnes russes, résume Joel Stone, conser- Le démographe Kurt Metzger, fondateur du
vateur à la Detroit Historical Society. On sait bureau d’analyse Data Driven Detroit et
qu’après une crise, on peut se relever, mais que aujourd’hui maire de Pleasant Ridge, dans la
derrière, tout peut s’effondrer. Et ainsi de banlieue de Detroit, se souvient très bien
suite.» L’historien, assis au sous-sol du
d’une époque pas si lointaine
musée, une reconstitution de Deoù il pouvait «marcher dans
troit au XIX siècle –apothicaila rue en plein centre-ville
res, calèches, pavés– raconte
les yeux fermés, sans
la succession d’âges d’or et
craindre de se faire rend’infortunes de la ville deverser par une voiture».
puis sa fondation par les
«Bien sûr que sur pluMICHIGAN
Français en 1701. «Si je
sieurs aspects, Detroit
compare avec le Detroit de
aujourd’hui et il y a
mon enfance, celui des andix ans, c’est le jour et la
nées 60, je dirais que les éconuit : les rénovations sont
les et les transports en comvisibles, il y a plus d’emplois,
mun sont dans un bien pire
il y a de la vie, concède-t-il.
état aujourd’hui, regrette-t-il.
Bien sûr, il fallait commencer
100 km
Qu’il est bien plus difficile, dans de
quelque part, et le cœur de la ville
nombreux quartiers, de s’approvisionner
paraît logique. Mais les développements
en nourriture. A part saluer le fait que la police en cours ne profitent pas aux autres quartiers.
et les autorités municipales sont plus diversi- Quand je les traverse en voiture, je me defiées, on n’a pas vraiment avancé sur la ques- mande toujours : “Mais quand est-ce qu’ils
tion raciale.»
vont arriver jusqu’à ces gens?” Il n’y aura jaA partir de la fin des années 60, et notamment mais assez d’argent, jamais assez de temps.»
après les émeutes de 1967, les Blancs sont Le démographe rappelle que le taux de paumassivement partis s’installer en banlieue, au vreté de Detroit est toujours l’un des plus élenord de la fameuse route 8-Mile à laquelle le vés des Etats-Unis, à 36 %. Près d’un adulte
rappeur Eminem a souvent fait référence, vé- sur deux est analphabète. Si le taux de chôritable ligne de démarcation raciale et sociale. mage a beaucoup baissé, le taux de participaLa ville est aujourd’hui à plus de 80 % afro- tion au marché du travail y reste le plus faible
américaine. «J’espère qu’on assiste à la pre- du pays, à 53,4 %. Et si les milliards investis
mière étape de quelque chose de pérenne, qui ont permis de créer des emplois, 70% des perva vraiment permettre à l’ensemble des quar- sonnes qui travaillent à Detroit vivent en detiers de Detroit de prospérer, et que ce n’est pas hors de la ville. «Les restaurants du centrequ’un épiphénomène, veut croire Joel Stone. ville qui proposent des dîners à 100 dollars
Avec la crise terrible de l’éducation publique n’ont clairement pas été conçus pour les habique connaît le district, il est difficile de stabili- tants de Detroit, déplore Kurt Metzger. Une
ser les nouveaux arrivants en ville. Que se pas- grande partie de la population ne peut pas
se-t-il quand ils ont des enfants? Ils déména- profiter de cette croissance économique, caligent en banlieue.»
brée pour des jeunes diplômés venus
A part 130 millions de dollars promis cette an- d’ailleurs.» Quant à la criminalité, la ville est
née pour d’autres quartiers, la quasi-totalité toujours dans le peloton de tête, si l’on prend
des investissements se concentre dans une le taux d’homicides (40 meurtres pour
zone de 18 kilomètres carrés, entre Downtown 100000 habitants à Detroit, devant Chicago).
et Midtown, pour une ville qui s’étend sur «Les problèmes économiques et sociaux de De370 km²… «C’est un îlot de prospérité au mi- troit sont si profonds… soupire Metzger. Mais
lieu d’un océan de misère», lance Matthew une chose est sûre: il est beaucoup plus facile
Naimi, le directeur de Recycle Here, un pro- de construire des immeubles que de tenter
gramme de recyclage des déchets créé il y a d’apporter des solutions à tout ça.» •
10 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
L’administration Trump ferme
les bureaux de l’Organisation de
libération de la Palestine à Washington
Longtemps, Washington s’est présenté comme un «courtier honnête»
au Proche-Orient. Mais sous l’administration Trump, les coups
diplomatiques sont à sens unique pendant que les coupes budgétaires
redoublent sur les Palestiniens. La mesure fait ainsi suite à une série
de décisions radicales, cimentant un peu plus la posture proisraélienne du président américain. PHOTO AP
quêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou
publicité mensongère contre
des salariés de Volkswagen
mais aussi ses marques Audi
et Porsche, ainsi que Daimler
et l’équipementier Bosch.
Décès. Aux Etats-Unis, le
Lors du premier jour de procès, lundi, à Brunswick (Basse-Saxe). PHOTO FABIAN BIMMER . REUTERS
Procès contre Volkswagen
en Allemagne: moteur!
Le constructeur,
accusé d’avoir
truqué des millions
de véhicules diesel
pour cacher la
réalité de leurs
émissions, est jugé
depuis lundi.
Correspondante à Berlin
rois ans après le «dieselgate», le premier
grand procès contre
Volkswagen s’est ouvert lundi
en Allemagne. Le géant automobile est accusé d’avoir truqué les moteurs de millions
de véhicules pour cacher la
réalité de leurs émissions de
gaz polluants. Cette procédure judiciaire d’envergure,
qui risque de durer des an-
nées, doit permettre d’établir groupe d’avoir équipé 11 milles responsabilités dans cette lions de ses voitures diesel
fraude monumentale dont d’un logiciel truqueur pers’est rendu responsable l’un mettant de fausser le résultat
des plus importants acteurs des tests antipollution et de
dissimuler des
L'HISTOIRE émissions dédu pays. Le tribunal régional
passant parfois
de Brunswick
jusqu’à 40 fois
(Basse-Saxe) doit notamment les normes autorisées. Le
déterminer si la direction de scandale secoue l’Allemagne,
Volkswagen aurait dû infor- mais aussi l’économie monmer plus tôt les marchés fi- diale. Le titre Volkswagen
nanciers de la tricherie afin s’enfonce, jusqu’à perdre
d’épargner de lourdes pertes 40 %. Ce n’est que le 22 sepà ses actionnaires. Quelque tembre que Volkswagen ad3500 d’entre eux, qui avaient mettra, devant ses actionnaivu la valeur de leurs actions res, que les moteurs en
chuter au moment où le question étaient «suspects».
scandale avait éclaté, réclament environ 9 milliards Responsabilité. Les quesd’euros d’indemnités.
tions qui seront soulevées à
Rappel des faits : le 18 sep- Brunswick –autour de 200–
tembre 2015, les autorités promettent d’être avant tout
américaines, via l’Agence de nature technique et finanaméricaine de l’environne- cière. Cependant, en apporment (EPA), accusent le tant des éclaircissements sur
la chronologie de l’affaire
(qui savait quoi, et surtout,
quand ?), le procès pourrait
permettre de dévoiler des
éléments cruciaux pour la
suite des événements. La
question ultime étant, naturellement : que savait la direction du groupe de cette
vaste tricherie ?
Selon le constructeur, cette
histoire n’aurait commencé
que le 18 septembre 2015.
Le groupe affirme que les
informations transmises à
l’époque ne permettaient pas
de rendre obligatoire une
communication aux marchés. La tricherie serait également l’œuvre d’ingénieurs
ayant agi sans en informer
leurs supérieurs. Et une fois
alertée par les autorités américaines, la direction n’aurait
pas mesuré l’ampleur de
l’affaire. Mais la justice n’est
pas forcément convaincue
par cette version de l’histoire
qui relativise la responsabilité des dirigeants de l’époque. Martin Winterkorn, l’ancien grand patron du groupe,
qui avait dû démissionner
dans la foulée du scandale,
devra notamment répondre
aux juges. Tout comme Herbert Diess, l’actuel PDG, à
l’époque responsable de la
marque VW qui, selon Der
Spiegel, aurait été informé de
l’existence du trucage deux
mois avant que le scandale
n’éclate. Le PDG d’Audi, Rupert Stadler, qui occupait
ce poste depuis 2007, est
quant à lui déjà en détention
provisoire, et est soupçonné
de «fraude» et complicité
d’«émission de faux certificats».
Ce n’est pas la seule procédure en cours contre Volkswagen. Plusieurs parquets
allemands ont ouvert des en-
groupe a déjà réglé les contentieux avec ses clients en
déboursant 14,7 milliards de
dollars. Mais le litige avec les
automobilistes allemands
et européens est loin d’être
réglé. Il est désormais possible, en Allemagne, d’avoir recours à des procédures collectives. La loi le permet,
mais seulement depuis le
printemps dernier. Cependant, explique l’avocat Florian Hitzler, «cette loi n’entre
en vigueur qu’à partir du
1er novembre. Or la prescription s’applique à partir du
31 décembre car, en vertu
du code civil, elle intervient
trois ans après que les faits
sont connus. Cela laisse donc
peu de temps aux plaignants
et risque de poser des problèmes». L’avocat poursuit :
«Selon moi, afin de protéger
l’industrie automobile, le
gouvernement a mis en place
des lois sur les recours collectifs de manière tardive, et
avec peu de droits pour les
Le dieselgate promet également d’avoir des répercussions sanitaires : une étude
de scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT), publiée en
mars 2017, estimait que les
émissions d’oxydes d’azote
(NOx) émises par les voitures
trafiquées vendues dans la
seule Allemagne – soit
2,6 millions de véhicules –
pourraient provoquer le décès prématuré de 1 200 personnes en Europe.
Comme dans d’autres métropoles européennes, les voitures diesel risquent par
ailleurs d’être bannies de
plusieurs villes allemandes
précisément à cause de leur
niveau de pollution : après
Hambourg, Francfort devrait
interdire la circulation à certains modèles dès l’année
prochaine. Une révolution
copernicienne au pays du
diesel –qui, au passage, était
une invention allemande –
à laquelle devrait survivre
Volkswagen. En 2017, l’empire aux douze marques a
encore vendu 10,7 millions
de véhicules. •
Libération Mardi 11 Septembre 2018
u 11 f t @libe
La Malaisie dit non aux énormes pipelines de Pékin
C’est un camouflet que le nouveau
Premier ministre malaisien a infligé à la Chine. Par courrier, Mahathir Mohamad, 93 ans, a signifié lundi à Pékin
l’annulation d’un méga-projet chinois : la construction de
trois pipelines destinés à transporter le pétrole et le gaz
des lieux d’extraction malaisiens jusqu’à des ports et des
raffineries. PHOTO REUTERS
Irak: la crise à Bassora
catalyse la tempête politique
Justice Accusé
d’abus sexuels, le
PDG de CBS évincé
Une deuxième série d’accusations d’abus sexuels aura eu
raison du PDG de CBS : la
chaîne américaine a annoncé
dimanche soir le départ
de Leslie Moonves, ex-acteur
de 68 ans, l’un des personnages les plus puissants de la
télé aux Etats-Unis. Dimanche après-midi, plusieurs médias avaient annoncé son départ comme imminent après
la publication par le New
Yorker des accusations de
six autres femmes. Ces nouvelles allégations sont plus
graves que celles des six premières femmes, qui l’avaient
accusé en juillet de les avoir
touchées ou embrassées de
force. Ces nouveaux témoignages incluent des accusations de fellations forcées,
donc de viols, et de violences
physiques. Certaines ont
également affirmé qu’il avait
entravé leur carrière après
qu’elles avaient repoussé ses
avances. PHOTO AFP
Le mouvement de protestation qui dure depuis plusieurs semaines contre la
corruption et la défaillance
des services publics dans
la deuxième ville d’Irak
(3 millions d’habitants) est
monté d’un cran. La colère
de la population a été exacerbée après l’hospitalisation de 30000 personnes
pour des intoxications dues
à de l’eau polluée distribuée
par les autorités. Un drame
qui survient après l’annonce de recettes pétrolières record par l’Irak, provenant majoritairement de la
province du sud qui n’en
tire aucun bénéficie.
Début juillet, le gouvernement avait annoncé le déblocage d’urgence de plusieurs milliards de dollars
pour Bassora. Mais ces décisions sont «restées lettre
morte», selon une députée
de la ville. Lundi, pour la
première fois, le Premier
ministre irakien, Haider alAbadi, est venu à Bassora
pour tenter de reprendre
les choses en main et surtout sauver sa propre peau.
Car les événements se sont
précipités depuis l’embrasement de vendredi. Outre
«C’est une étape
très importante
pour mettre fin
à l’impunité et faire
face à l’énorme
souffrance du
peuple rohingya.»
nouvelle haut commissaire
de l’ONU aux droits
de l’homme
une douzaine de manifestants tués, le siège du gouvernorat et du consulat de
l’influent voisin iranien a
été incendié tandis que la
plupart des sièges de groupes armés et de partis, dont
celui du Premier ministre,
ont été mis à sac.
Première conséquence politique des violences, «la
table s’est retournée contre
Al-Abadi», selon le site AlAlam al-Jadid. En effet, samedi, à l’issue d’une réunion de crise au Parlement,
le Premier ministre a été lâché par le leader populiste
Moqtada Sadr qui devait
former un gouvernement
avec lui. Chef du mouvement arrivé en tête des
élections de mai, Sadr a réclamé la démission du gouvernement et s’est tourné
vers la formation chiite rivale d’Al-Abadi pour en former un autre.
Le deuxième défi a été
lancé sur le terrain à Bassora par les milices qui
cherchent à prendre le relais des forces de sécurité
du gouvernement central.
Les groupes pro-iraniens
du Hach Chaabi ont fait
descendre leurs hommes
La nouvelle haut commissaire de l’ONU aux droits de
l’homme, Michelle Bachelet,
a appelé lundi à créer un organe international chargé de
réunir des «preuves» sur les
crimes commis en Birmanie
contre les Rohingyas pour
«accélérer la tenue des procès». S’adressant pour la première fois au Conseil des
droits de l’homme, l’ex-présidente du Chili a salué «les
efforts déployés par les
Etats […] pour mettre en
place un mécanisme international indépendant destiné
à recueillir, consolider, préserver et analyser des preuves
des crimes internationaux
les plus graves». Et d’exhorter
«le Conseil à adopter une résolution et à soumettre la question à l’Assemblée générale
pour qu’elle l’approuve afin
qu’un tel mécanisme puisse
être établi».
dans les rues après l’incendie de leur siège. Ils ont
multiplié menaces et intimidations envers les manifestants qui les accusent
pour leur part de l’enlèvement de jeunes et de harcèlement moral envers les
manifestantes. La brigade
rivale Al-Abbas a annoncé
l’envoi de 1 000 combattants pour des «missions
humanitaires» à Bassora.
En troisième lieu, la crise
de Bassora a réveillé la lutte
d’influence entre l’Iran
et les Etats-Unis en Irak.
Un député de Bassora et
d’autres responsables locaux proches de Téhéran
ont déclaré que «le consulat
américain et des organisations de la société civile sont
responsables» des violences, en plus des défaillances du gouvernement.
A Bassora, Al-Abadi a promis «des solutions garantissant une vie digne aux habitants». Les meneurs de la
protestation de Bassora
dont les chefs de tribu ont
donné au gouvernement
un délai pour tenir ses promesses de remettre en
route les services publics.
La Russie lance ce mardi les
plus vastes manœuvres militaires de son histoire, dénoncées par l’Otan comme
la répétition d’un «conflit
de grande ampleur». Près
de 300000 hommes, toutes
les composantes de l’armée
étant impliquées, sont mobilisés à ce déploiement massif
auquel participeront également des soldats chinois et
mongols. Ces exercices baptisés Vostok 2018 (Est-2018),
organisés pendant une semaine en Sibérie orientale et
dans l’extrême-orient russe,
interviennent dans un contexte de tensions persistantes
avec les Occidentaux, entre
crise ukrainienne, conflit en
Syrie et innombrables accusations d’ingérence dans la
politique occidentale. L’armée russe a comparé cette
démonstration de force à
Zapad-81 (Ouest-81) qui,
en 1981, avait mobilisé entre
100000 et 150000 soldats du
pacte de Varsovie en Europe
orientale, en faisant l’une
des plus grandes manœuvres
jamais organisées pendant
l’ère soviétique.
Les talibans ont tué près
de 60 policiers et soldats
dans le nord de l’Afghanistan, alors que la sécurité ne
cesse de se dégrader dans ce
pays ravagé par trentehuit ans de guerre. Des combats intenses ont eu lieu la
nuit de dimanche à lundi
dans plusieurs provinces du
nord-est du pays. Ils font suite
à la vague de violences de ces
dernières semaines qui a fait
des centaines de morts. Après
s’être emparés d’une base militaire de Sar-é Pol, les talibans menacent désormais
la capitale provinciale, ce
qui pourrait mener à un «désastre» semblable à celui de
Ghazni en août si des renforts
ne sont pas envoyés, a averti
le chef de la police de Sar-é
Pol, précisant qu’«il n’y a
aucune information sur le sort
des militaires coincés dans
la base». Les talibans avaient
lancé en août un assaut spectaculaire contre Ghazni, proche de Kaboul, l’occupant
pendant plusieurs jours. A
Sar-é Pol, 39 talibans ont été
tués et 14 blessés lors de frappes aériennes.
Après les élections législatives,
la Suède ingouvernable?
Le grand bouleversement de
l’échiquier politique suédois
n’a pas eu lieu… en tout cas
pas encore. Les résultats préliminaires des législatives de
dimanche ne permettent pas
de distinguer de vainqueur.
Malgré les appels à la démission de l’alliance de centre
droit, le Premier ministre
social-démocrate, Stefan
Löfven, garde son poste jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement, voire
pour les quatre prochaines
années s’il y parvient. Les
Démocrates de Suède (SD,
extrême droite) ne sont pas
devenus le deuxième parti du
pays, comme une majorité de
sondages le prédisaient. Ils
restent troisièmes, 11 points
derrière les sociaux-démocrates arrivés en tête. Le bloc
traditionnel de la coalition
«rouge-verte» – sociaux-démocrates, Verts et Parti de
gauche– est donc donné premier, avec une avance de
0,4 % devant l’alliance de
centre droit composée des
Modérés (conservateur), libéraux, centristes et chrétiensdémocrates. Un score très
serré d’autant plus que le décompte des votes des Suédois
de l’étranger pourrait changer la donne.
Ces élections marquent le
début d’un long processus,
probablement assez douloureux pour le pays. Idéalement, dans un système d’alliances, le bloc de partis qui
obtient la majorité des voix
forme un gouvernement.
Mais quand ce n’est pas le
cas, le bloc qui recueille le
plus de voix peut former un
gouvernement minoritaire.
Cette fois-ci cependant, non
seulement l’écart entre les
deux blocs est trop faible,
mais la performance des SD
pourrait leur donner un rôle
important. Autre point technique de taille : pour former
un gouvernement en Suède,
il n’est pas nécessaire de recevoir le soutien de la majorité au Parlement. Il suffit
que ce dernier ne vote pas
contre la proposition de gouvernement.
(à Stockholm)
12 u
Recueilli par LAURE EQUY
nvesti par ses collègues LREM avec 64%
des suffrages, Richard Ferrand, qui présidait jusqu’alors le groupe majoritaire à
l’Assemblée nationale, doit être élu mercredi pour succéder à François de Rugy au
Vous être sorti victorieux de la primaire
interne à la majorité pour la présidence
de l’Assemblée nationale. Heureux ?
Emu. J’ai toujours une émotion respectueuse
en entrant dans l’hémicycle. Je pense toujours à des gens éminemment plus glorieux
que moi qui y ont siégé. On se sent modeste
et on a envie de se hisser. On se dit que c’est
là que l’on sert notre démocratie et notre pays.
Aujourd’hui me viennent à l’esprit les joies et
les épreuves que j’ai vécues.
A quoi pensez-vous devoir votre investiture : votre bilan à la tête du groupe ou
votre proximité avec Emmanuel Macron?
D’abord je souligne que l’exercice démocratique auquel nous nous sommes livrés est inédit. Quatre députés se sont présentés, ont pu
exprimer leur projet devant nos collègues
avant le vote à bulletin secret. C’est une fierté
démocratique d’avoir démontré qu’il peut y
avoir une pluralité de candidatures, sans animosité et dans l’unité. Depuis quinze mois,
nous avons fait un travail collectif formidable.
On a appris à s’apprécier, traversé des
épreuves, et j’ai le sentiment qu’un lien de
confiance s’est noué. Ma relation avec le président de la République est connue, on a commencé l’aventure ensemble, ce n’est pas un
Comment allez-vous garantir la place des
oppositions ?
La démocratie parlementaire, c’est à la fois la
liberté totale d’expression et la nécessité d’un
certain ordre républicain respectueux de
tous. Si je suis élu président de l’Assemblée,
je reste membre de mon groupe d’origine
mais je deviens surtout le garant du strict respect des prérogatives du Parlement, dans le
respect de la séparation des pouvoirs. Le respect et la concertation sont la base d’une
bonne présidence de l’Assemblée nationale.
Une deuxième plainte sur l’affaire des
Mutuelles de Bretagne est toujours à l’instruction. Elu au perchoir, démissionneriez-vous en cas de mise en examen ?
Primo, je suis attaché à la séparation des pouvoirs. Ce serait un déséquilibre total si demain tous les parlementaires étaient mis dans
la main de la seule autorité judiciaire. De plus,
il y a une différence radicale entre une mise
en examen qui procède de réquisitions du
parquet, qui dit après enquête qu’il y a infraction à la loi, et ce qui procède simplement
d’une plainte avec constitution de partie
civile qui relève de la mécanique judiciaire.
Pour ce qui me concerne, je vous rappelle que
le parquet a classé sans suite l’intégralité des
griefs qui m’avaient été faits. Une association,
Anticor, a déposé une nouvelle plainte dont
l’instruction a été confiée au parquet de Lille.
Rien ne dit qu’elle aboutira à une mise en examen. Quoi qu’il en soit, une décision procédurale n’a pas vocation à décider de l’exercice
d’un mandat parlementaire.
Une fois au perchoir, comment comptezvous relancer la révision de la Constitution ? Avec quel calendrier ?
Mon souci est d’aboutir à une réforme qui soit
garante d’efficacité et qui renforce les droits
du Parlement. Pour reprendre le débat sur le
projet de loi constitutionnelle [interrompu en
juillet après les révélations sur l’affaire
Benalla, ndlr], il faut prévoir deux semaines
en séance publique. La fenêtre la plus propice
semble se situer début 2019.
Le texte constitutionnel prévoyait d’enca-
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Richard Ferrand
«Les députés
ne sont pas
seulement des
machines à voter
à la queue leu leu»
Sans grande surprise, l’ancien socialiste,
soutien de la première heure de Macron, a été
investi candidat LREM à la présidence de
l’Assemblée avec 64% des suffrages. Il devrait
succéder ce mercredi à François de Rugy.
drer le dépôt d’amendements. Comptezvous toujours toucher à ce droit des parlementaires ?
Il ne s’agit absolument pas de revenir sur le
droit d’amendement. Mais on observe
aujourd’hui une production incontinente
d’amendements. Les députés y voient souvent une manière de faire bonne figure dans
les classements numériques, très souvent
repris par les médias régionaux. Je souhaite
que l’Assemblée se dote d’un outil qui puisse
rendre compte de la totalité et de la diversité
du travail d’un parlementaire. Ces classements ne prennent en compte que l’activité
parisienne, le reste ne compterait pas! Il faut
que nos concitoyens puissent mesurer l’activité parlementaire et ses diverses facettes
autrement que ces outils, façon hit-parades.
Votre prédécesseur avait lancé des chantiers pour moderniser l’Assemblée. Lesquels comptez-vous reprendre ?
Beaucoup de mesures relevant de notre règlement intérieur doivent permettre de fluidifier
notre fonctionnement sans attendre la révision constitutionnelle. Je conduirai la modernisation de notre institution, que François de
Rugy avait amorcée. On doit rendre notre parole plus lisible. L’expression politique doit
prendre le pas sur des guéguerres d’amendements. Au fond, il faut que les Français puissent comprendre clairement ce que veulent
faire le gouvernement et la majorité sur un
sujet et les raisons pour lesquelles les oppositions s’y opposent. C’est une problématique
que je veux poser, il est trop tôt pour en dire
Lors de la précédente session, l’Assemblée a parfois subi un engorgement législatif. Comptez-vous remédier à ce problème ? Quitte à tenir tête à l’exécutif ?
Ce que l’on ne fait pas en début de quinquennat, on risque de ne jamais le faire. On peut
comprendre que le rythme doit être soutenu.
Cela ne doit pas devenir une habitude. A côté
de leur travail législatif, les députés doivent
avoir du temps pour leur enracinement local
et politique. Ils ne sont pas seulement des machines à voter des textes à la queue leu leu.
Mais je préfère aboutir à des résultats négociés diplomatiquement que faire des déclarations de principes aléatoires.
Qui pour vous remplacer à la tête du
groupe de La République en marche ?
Je réunis mardi matin le bureau du groupe
pour examiner les modalités de mon remplacement. Mais à compter de mercredi, je serai
tenu à une certaine réserve.
Privilégierez-vous une femme au nom de
la parité ?
Il faudra quelqu’un qui a plus de qualités que
moi et beaucoup moins de défauts. Mais
attention ! La parité doit être la règle quand
il y a pluralité de responsabilités. Quand un
seul poste est à pourvoir, ce qui est important
c’est qu’aucune candidature féminine ne soit
entravée. En tant que secrétaire général
d’En marche, j’avais imposé la parité dans les
investitures. Résultat: 47% de femmes députées. Jamais jusque-là il n’y avait eu parité à
la tête des commissions de l’Assemblée nationale. Au sein de notre groupe, la parité n’est
plus un sujet de discussion mais une évidente
et concrète réalité. Les femmes peuvent promouvoir leurs qualités et leur projet. Mais les
députés votent comme ils le souhaitent, avec
à l’esprit que l’égalité entre les femmes et les
hommes signe l’état d’avancée du progrès
dans un pays. •
Libération Mardi 11 Septembre 2018 f t @libe
u 13
Richard Ferrand,
lundi à Tours.
Une femme pour succéder au Breton perché?
Le vote en faveur
du député du Finistère
pour le perchoir ouvre
la course à la présidence
du groupe LREM
à l’Assemblée.
e jeu de dominos politique enclenché par la fracassante démission de Nicolas Hulot va
toucher à sa fin. François de Rugy
entré au gouvernement, les députés
de La République en marche sont,
lundi en ouverture de leurs journées
parlementaires à Tours, passés aux
urnes pour départager les quatre
candidatures internes pour le remplacer au perchoir. Sans surprise,
leur chef de file, Richard Ferrand,
est sorti vainqueur du scrutin dès le
premier tour. Avec 187 voix (sur
291 suffrages exprimés) contre 85
pour sa principale concurrente, la
députée ex-EE-LV Barbara Pompili,
le lieutenant historique d’Emmanuel Macron peut se targuer d’un
score confortable. Sans pour autant
donner l’impression d’un verrouillage du groupe, 26 % des élus
s’étant prononcés pour un autre
candidat. «Cette expression diverse
invalide la caricature d’une majorité
aux ordres», estime le député de la
Vienne Sacha Houlié, tout en se félicitant du caractère «incontestable»
de la victoire de Ferrand.
«Désordre». Un autre député
LREM nuance: «Je n’ai pas senti un
enthousiasme énorme de mes collègues mais la volonté de faire un
choix raisonnable et de clore la
séquence sans rajouter du désordre.»
Le ministre des Relations avec le
Parlement, Christophe Castaner,
qui s’était éclipsé durant le déroulé
du scrutin de peur de braquer des
troupes plus désireuses d’afficher
leur indépendance vis-à-vis de
l’exécutif, est réapparu pour commenter les résultats : «Les députés
ont fait le choix de la cohérence. Ils
savent ce qu’ils doivent à Richard
Ferrand.» Alors que ses compétiteurs reprochaient au député du Finistère de ne pas incarner assez le
«renouvellement», les soutiens de ce
dernier se sont relayés pour souligner son engagement de la première heure au côté d’Emmanuel
Macron. Et rappeler le boulot accompli pour structurer un groupe
pléthorique essentiellement composé de novices. La victoire de
Ferrand à cette primaire lui ouvre
mécaniquement les portes de l’hôtel de Lassay, son élection, mercredi, devant la représentation nationale réunie dans l’hémicycle
étant désormais une formalité tant
la majorité LREM est large.
Néanmoins, la macronie a encore
une bataille de casting devant elle
puisqu’il lui faut remplacer Ferrand
à la tête du groupe LREM. N’ayant
pas été fléché en amont par l’Elysée,
ce poste suscite beaucoup de convoitises: pas moins d’une quinzaine
de députés – quasi paritaires –, se
sont déjà discrètement mis sur les
rangs. Sans qu’aucun n’apparaisse
comme une évidence. Le perchoir
attribué à un homme, les candida-
tes pourraient avoir un avantage
dans cette campagne interne.
Modalités. «Richard s’imposait au
perchoir. Dès lors qu’il se présentait,
c’était normal de le porter à la présidence de l’Assemblée. Pour la présidence du groupe, comme il n’y a pas
de candidature naturelle, il faudrait
faire le jeu de la parité et partager les
responsabilités», plaide la députée
de Paris Elise Fajgeles.
Le bureau du groupe LREM doit se
réunir ce mardi matin afin d’arrêter
les modalités de ce scrutin, prévu
mardi prochain. Il rejoindra ensuite
les collègues de la majorité et le Premier ministre, Edouard Philippe,
qui a prévu de leur présenter le programme de l’an 2.
L.Eq. et N.Ra.
14 u
out médicament comporte
des risques, aucun n’est anodin. Et ceux qui touchent au
système hormonal nécessitent une
vigilance particulière. C’est ce qu’a
déjà rappelé la pilule, en particulier
celle de troisième génération, mise
en cause pour un risque accru de
phlébite et d’embolie pulmonaire
–même si les cas demeurent très rares. Le traitement hormonal substitutif (THS), prescrit au moment de
la ménopause, est, lui, suspecté par
certains d’augmenter le risque
d’AVC, de maladies thromboemboliques, de démences et de cancers du
sein, quand ses partisans soulignent
ses bénéfices pour les fonctions cognitives, la prévention cardiovasculaire, cognitive et osseuse. Depuis
Libération Mardi 11 Septembre 2018
une semaine et un communiqué de
l’Agence nationale de sécurité du
médicament et des produits de
santé (ANSM), c’est au tour de l’Androcur d’être sur la sellette.
L’acétate de cyprotérone, produit et
commercialisé par le labo Bayer depuis le début des années 80 sous le
nom d’Androcur, est un dérivé de la
progestérone aux propriétés antiandrogéniques (réduisant les effets
de la testostérone, principale hormone sexuelle mâle). Il est prescrit
chez la femme pour des maladies
hormonales provoquant de l’hyperpilosité, chez l’homme dans certaines formes du cancer de la prostate.
C’est du moins ce que prévoit son
autorisation de mise sur le marché
(AMM). Mais il est aussi beaucoup
employé hors AMM (dans des cas
d’endométriose, d’acné résistante
Un cachet
au parfum
de scandale
Une semaine après avoir révélé
une étude sur le risque de
tumeur induit par ce traitement
hormonal largement prescrit,
l’Agence du médicament pourrait
annoncer des mesures ce mardi.
aux traitements classiques et aussi,
plus rarement, de transgenrisme).
Selon l’ANSM, environ 80000 femmes étaient concernées en 2017 en
France, pays qui représente 60% du
marché européen de l’Androcur.
Or l’Androcur démultiplierait le risque de méningiome, tumeur le plus
souvent bénigne (lire ci-contre) qui
se développe à partir des membranes qui enveloppent le cerveau et la
moelle épinière (les méninges). C’est
ce qu’établit une étude de l’assurance maladie, menée en collaboration avec le service de neurochirurgie de l’hôpital Lariboisière (Paris Xe)
pendant sept ans sur 250000 femmes exposées au cyprotérone. Le
rapport a été remis le 3 septembre à
la ministre de la Santé, Agnès Buzyn,
et l’ANSM a publié un communiqué
trois jours plus tard qui a fait l’effet
d’une petite bombe.
Ce communiqué précise notamment que le «risque de méningiome
est multiplié par 7 pour les femmes
traitées par de fortes doses sur une
longue période (plus de six mois) et
par 20 après cinq années de traitement à 50mg/jour (ou après dix ans
à 25 mg/jour)». Et d’annoncer la
création d’un «comité scientifique
spécialisé temporaire (CSST) qui a
pour objectif de discuter des conditions d’utilisation et de prescription
de ces médicaments afin de limiter ce
risque». Réuni pour la première fois
en juin 2018, le CSST a proposé que
«des recommandations soient élaborées avec les professionnels de santé».
Une prochaine réunion du CSST
aura lieu le 1er octobre, qui devrait
mener à «une révision des indications, de la posologie, de la durée de
traitement et des précautions d’emploi de la spécialité ainsi que des mesures de surveillance du risque (imagerie cérébrale)». Bref, ça va bouger,
et Androcur va être recadré. Sachant
que, comme le rappelle le même
communiqué, ce médicament «fait
l’objet depuis 2009 d’une surveillance particulière suite au signal
émis par la France au niveau européen sur le risque d’apparition de
méningiome». L’étude a manifestement plus que confirmé les craintes.
Désinvolture ?
L’émoi a été immédiat, étayé par les
témoignages de victimes de méningiomes liés à l’Androcur. Et les interrogations de fuser: pourquoi ce
médicament a-t-il continué à être
prescrit largement alors qu’une première alerte a été émise dès 2009?
Quid du principe de précaution ?
Quid de la pharmacovigilance? Depuis le retrait du marché (décidé en
France en 2013 en raison du risque
thromboembolique veineux et artériel) de Diane 35, médicament
contre l’acné mais progressivement
surtout prescrit comme pilule
contraceptive, l’Androcur (bien plus
fortement dosé) a même acquis
l’aura d’une alternative magique,
combinaison hyperefficace d’antiacnéique et de contraceptif…
Les autorités françaises auraient-elles fait preuve de désinvolture? Ou
serait-ce Bayer ? Bref : est-on face
à un nouveau scandale sanitaire ?
Autant de questions qui devraient
resurgir ce mardi matin, lors du
point presse prévu par l’ANSM. •
En France, environ 80 000 femmes prenaient de l’Androcur en 2017.
u 15
«Peu de risques en deçà
de cinq ans de traitement»
L’Androcur peut susciter
des méningiomes,
mais ceux-ci sont bénins,
souligne le
Sébastien Froelich,
qui a participé à l’étude.
Je n’en ai jamais vu d’agressif. Dans la
majorité des cas, il suffit d’arrêter [le
médicament] pour que le méningiome
se stabilise ou régresse. L’intervention
chirurgicale est néanmoins parfois nécessaire, lorsque les symptômes sont
sévères et importants.
Des témoignages de patientes évoquent des séquelles importantes,
hef du service de neurochirur- notamment visuelles…
gie de l’hôpital Lariboisière à Le méningiome est une tumeur qui se
Paris, Sébastien Froelich est à développe aux dépens des enveloppes
l’origine et partie prenante de l’étude du cerveau, autour de lui donc. Elle ensur l’Androcur menée par la Caisse d’as- traîne des symptômes parce qu’elle le
surance maladie dont les résultats vien- comprime. Les méningiomes liés à
nent d’être rendus publics par l’Agence l’Androcur surviennent essentiellenationale de sécurité des médicaments ment dans les parties antérieures de la
boîte crânienne (plutôt dans les régions
et des produits de santé (ANSM).
Un petit vent de panique s’est mis frontales) et sur les parties antérieures
à circuler autour de l’Androcur. et moyennes de la base du crâne, le socle sur lequel repose le cerveau. Et,
Est-il légitime ?
L’inquiétude est légitime. Je com- dans la partie antérieure de la base du
prends que, pour une patiente qui crâne, se trouvent les nerfs optiques.
prend de l’Androcur, ces résultats Alors, de fait, un des symptômes frésoient un facteur d’anxiété. Parce que quents de ce type de méningiome est
le risque n’est pas négligeable, et qu’il des troubles de la vision liés à la comest probablement sous-estimé vu que pression du nerf optique ou du chiasma
optique (partie où les deux
nous n’avons pris en
nerfs se croisent). Mais
compte que les ménind’autres symptômes sont
giomes opérés (1). Et il y
possibles, en fonction de la
a environ 80000 femmes
localisation exacte du ou
qui prennent de l’Androdes méningiomes, qui est
cur en France.
Maintenant, ce qu’il faut
Pourquoi les hommes
savoir, c’est que le risque
ne sont-ils pas concerde méningiome augmente avec la durée de
Parce que ce traitement
traitement et selon le dosage. Par exemple, la pilule Diane 35, n’est utilisé chez les hommes que pour
qui n’est plus utilisée, contenait comme le cancer de la prostate. Son utilisation
l’Androcur de l’acétate de cyprotérone est, je crois, assez rare et sur des durées
mais seulement 2mg et, dans ma prati- plus courtes. Il ne m’est arrivé qu’une
que, je n’ai pas noté de lien entre la fois de voir un patient présentant un
prise de cette pilule et le méningiome. méningiome lié à l’Androcur.
Le risque de méningiome sous Andro- Quel est le lien entre méningiomes
cur survient à des doses plus élevées et, et hormones ?
surtout, quand il est pris sur une longue Les méningiomes sont un peu plus de
période. En clair : plus longtemps on deux fois plus fréquents chez la femme.
prend de l’Androcur à des doses impor- Ce sont des tumeurs dans lesquelles on
tantes, plus on encourt le risque de dé- trouve des récepteurs à la progestérone
velopper un ou des méningiomes. Les et, dans une moindre mesure, aux
patientes que j’ai été amené à voir en œstrogènes. Or la progestérone augconsultation après un diagnostic de mente chez les femmes pendant la
méningiome présentaient rarement deuxième phase de leur cycle mensune utilisation inférieure à cinq-six ans. truel, après l’ovulation, et au cours de
J’ai donc peu d’inquiétudes pour les la grossesse. Donc, en tant que neuropatientes qui prennent de l’acétate de chirurgiens, nous savons depuis longcyprotérone depuis deux, trois ou qua- temps que les progestatifs (hormones
tre ans. Il faudrait probablement, pour stéroïdiennes d’action similaire à la
des durées supérieures à cinq ans, faire progestérone, présentes notamment
une IRM de contrôle. Des recomman- dans les traitements substitutifs de la
dations précises seront prochainement ménopause) peuvent avoir une indiscutées au cours de la réunion orga- fluence sur la vitesse de croissance des
nisée début octobre par l’ANSM, qui méningiomes.
rassemblera des endocrinologues, gy- J’ai commencé à prendre connaissance
nécologues, neurochirurgiens, experts d’un possible lien entre méningiome
de la Caisse nationale d’assurance ma- et l’acétate de cyprotérone en 2004
alors que j’étais jeune neurochirurgien
ladie (Cnam)…
«Méningiome», «tumeur», ces ter- au CHU de Strasbourg: j’avais dû opérer en urgence une patiente avec de
mes sont anxiogènes…
Oui, et ayant lu et entendu ces jours-ci nombreux méningiomes et qui était en
des choses erronées, je tiens à préciser train de perdre la vue. Elle prenait de
ce qui suit: le méningiome n’est pas un l’acétate de cyprotérone et je lui ai fait
cancer. C’est une tumeur bénigne dans arrêter ce traitement, pour la simple
70% à 80% des cas, et dans mon expé- raison que c’est également un progesrience, les méningiomes liés à l’acétate tatif. Mais, à ce moment-là, je n’avais
de cyprotérone sont toujours bénins. pas encore pris conscience du lien fort
Libération Mardi 11 Septembre 2018
entre ce produit et les méningiomes de
cette patiente. Trois ans plus tard, j’ai
vu en consultation deux patientes avec
des méningiomes multiples similaires,
qui prenaient aussi de l’Androcur. Ça
m’a mis la puce à l’oreille. Une troisième patiente admise peu après, inopérable, a vu son méningiome diminuer à l’arrêt du traitement. C’est à
partir de là que je me suis intéressé
plus particulièrement à l’Androcur.
La France a alerté dès 2009 l’Europe
sur le risque de méningiome lié à
l’acétate de cyprotérone…
A partir de 2008, j’ai présenté nos observations dans des congrès de neurochirurgie, de médecine interne et d’endocrinologie. Les autorités sanitaires
françaises ont alors pris connaissance
du problème et alerté les autorités
européennes en 2009, qui ont fait modifier la notice du médicament par le
laboratoire Bayer –qui le produit et le
commercialise. Donc la France a réagi
rapidement et, dès 2011-2012, dans la
notice de l’Androcur, le risque de méningiome a été ajouté dans les effets indésirables et l’Androcur contre-indiqué
en cas de méningiomes ou antécédents
de méningiomes. Sachant que la
France n’allait pas décider l’interdiction de ce médicament alors que mes
observations ne se fondaient alors que
sur huit patientes.
Une étude a bien été publiée en 2011,
avec le soutien de Bayer, mais elle n’a
pas confirmé de surrisque de méningiome chez les femmes prenant de
l’acétate de cyprotérone. Et pour cause:
les patientes étudiées, anglaises,
n’étaient exposées qu’à de faibles doses.
Ça n’a pas aidé à la mise en évidence ni
à la reconnaissance de ce risque.
Neuf ans séparent l’alerte française
de l’étude dont les résultats viennent d’être rendus publics. Ça fait
A partir de 2013, avec ma nouvelle
équipe à l’hôpital Lariboisière, on a organisé un groupe de discussion autour
de l’Androcur, avec des gynécologues
et des endocrinologues. En 2015, avec
l’aide d’une patiente qui est également
médecin et qui nous a beaucoup aidés,
nous avons convaincu la Cnam de la
pertinence d’une étude nationale pour
évaluer l’ampleur du problème.
La Cnam ne dispose d’une base de données que depuis 2006, or les méningiomes liés à l’acétate de cyprotérone
n’apparaissent qu’après un certain
nombre d’années de traitement. Un recul était nécessaire pour que’on puisse
mettre en évidence un lien. Si l’étude
avait été faite avant, nous n’aurions très
probablement pas mis en évidence de
risque ou un risque faible car nous
n’aurions pas pu prendre en compte la
durée d’exposition au traitement, qui
s’avère déterminante.
Recueilli par S.Ch.
(1) L’étude a inclus 250000 femmes sous Androcur, qui ont été suivies pendant huit ans.
Seuls les cas de celles qui ont été opérées pour
méningiome ont fait l’objet d’une évaluation
comparative qui a permis de définir le risque.
16 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Blog «les 400 Culs» : le sexisme médical
peut-il tuer ? Il est courant de penser que seuls
les hommes peuvent avoir un arrêt cardiaque
ou que seules les femmes souffrent d’ostéoporose. Dans Femmes
et santé, encore une affaire d’hommes ? deux chercheuses, Catherine
Vidal et Muriel Salle, démontrent qu’en matière de santé, femmes
et hommes ne sont pas logés à la même enseigne, non seulement
pour des raisons biologiques, mais aussi pour des raisons sociales,
culturelles et économiques.
Parcoursup: des étudiants
au secours des «sans-fac»
Plusieurs collectifs
continuent la
riposte en essayant
de faire inscrire
dans leur propre
fac des candidats
restés bredouilles
ou mal orientés.
ministre des Sports
Opération déminage. La révélation, la semaine dernière,
d’un document de Matignon demandant au ministère des
Sports la suppression de 1600 emplois a ému et inquiété
le monde sportif. Nouvellement nommée, Roxana Maracineanu avait même qualifié l’annonce de «très brutale».
Reçue lundi par Edouard Philippe, la ministre a tenté
de rassurer. Si elle affirme qu’il n’y aura pas de suppressions de poste, elle a toutefois annoncé le lancement d’une
«concertation» sur l’«évolution» de la gestion des conseillers techniques sportifs, précisant qu’elle en présenterait les résultats «fin octobre».
l brillait dans les yeux
de ces bacheliers, laissés
sur le carreau par Parcoursup, comme une lueur
d’espoir, vendredi après-midi
sur les terrasses de l’université de Tolbiac (Paris-I Panthéon-Sorbonne). Une dizaine d’entre eux étaient
venus assister à une première
réunion d’information organisée à la hâte par des étudiants de la fac. L’objectif ?
Tenter d’arracher à la direction quelques inscriptions
supplémentaires pour ceux
qu’ils appellent les «sansfac». Sans surprise, l’attention se focalise sur les laisséspour-compte de la plateforme, même si d’autres étudiants, restés notamment à
la porte des masters, sont
aussi concernés.
Fachos Plaintes contre des militants
du Bastion social
De nouvelles plaintes ont été déposées contre des militants
du Bastion social après un passage à tabac dans la nuit de
samedi à dimanche à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
Quatre militants de ce mouvement d’extrême droite sont
soupçonnés d’avoir agressé quatre quadragénaires qui
revenaient du stade Marcel-Michelin après avoir assisté
à un match de rugby. L’un des supporteurs, légèrement
éméché, aurait lancé «c’est le local des fachos» à hauteur
d’un «bar associatif» du mouvement dans une ruelle du
centre historique. Une phrase qui aurait provoqué un
déchaînement de violence de la part de ces militants.
Tarmac Une voiture sur les pistes
de l’aéroport de Lyon
«Pression». Pour Enzo, étudiant à Tolbiac, c’est une suite
logique aux actions de l’an
dernier: «On a demandé aux
personnes qui le souhaitent de
constituer un dossier afin de
négocier leur inscription. Le
but n’est pas de faire les choses
à leur place, mais avec eux.»
La course contre la montre
est lancée. Enzo: «Même si les
inscriptions administratives
sont passées, ce qui sera le
plus compliqué, ce sont les inscriptions pédagogiques, dans
les cours. Elles se déroulent en
ce moment et les deadlines approchent. L’enjeu est donc que
ces gens aient un pied dans la
fac même s’ils ne peuvent pas
accéder à tous les TD. Ils
auront accès à des cours, aux
partiels, quitte à tenter de
s’inscrire pédagogiquement
ou à demander une réorientation au second semestre.
Ce sera plus facile.»
«Je tiens à réaffirmer
qu’aucun des 1600 conseillers
sportifs techniques évoqués
dans le document ne perdra
son emploi.»
A l’université Paris-X-Nanterre en avril. PHOTO MARTIN COLOMBET. HANS LUCAS
Si, à Paris-I, une initiative
d’une telle ampleur est
inédite, les «campagnes
des sans-fac» sont menées
dans d’autres universités
depuis plusieurs années,
comme à Toulouse-JeanJaurès (UT2J). «L’an dernier,
après trois semaines d’occupation des locaux de la présidence, 150 “sans-fac” ont été
inscrits. Cette année, déjà
50 personnes nous ont contactés», explique Louise, de
l’Union des étudiant·e·s de
Toulouse (UET). Rompus à
l’exercice, les étudiants de
Nanterre recensent déjà
400 dossiers.
Tolbiac, l’UT2J, Paris-VIII…
tous comptent utiliser le
même procédé: instaurer un
rapport de force. «Pour l’ins-
tant, la fac refuse de traiter
des dossiers de L1 car ce serait
à l’autorité académique de le
faire. On sait que seule la
pression qu’on exercera sur
l’administration nous fera
parvenir à nos fins. On a lancé
une pétition, organisé des rassemblements et interpellé le
président lors de réunions publiques», détaille Victor, étudiant à Nanterre.
«Espoir». Devant un public
attentif mais timide, Enzo
précise: «Rien n’est garanti. Il
va sûrement falloir aller tous
ensemble dans les bureaux de
la présidence pour taper du
poing sur la table.» Thelya (1),
18 ans, diplômée d’un bac ES,
y croit : «Je voulais faire du
droit et je me retrouve sans
rien. Cette initiative me redonne de l’espoir. Les étudiants m’ont proposé une L1
sciences sociales ou sciences
politiques. Le but est d’entrer
dans la fac à tout prix et de
me réorienter après.»
La partie n’est toutefois pas
gagnée. A peine la réunion
avait-elle été lancée que les
grilles étaient déjà refermées,
alors que des retardataires arrivaient encore. Arthur, étudiant à Tolbiac, raconte: «Au
moment où des personnes
cherchent à rentrer dans la
fac pour essayer de se faire
inscrire, on les empêche physiquement de rentrer dans l’enceinte.» Un acte plus que
symbolique aux yeux de ces
sans affectation fixe. •
(1) Le prénom a été modifié.
Un homme de 31 ans a été arrêté lundi au volant d’une voiture, «manifestement volée» selon la police, après s’être introduit sur les pistes de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry,
entraînant l’interruption du trafic pendant plusieurs
heures. Son intrusion a légèrement blessé un ouvrier qui
travaillait sur une nacelle dans l’aérogare. Le suspect n’a
aucun antécédent judiciaire et n’a pas été signalé pour radicalisation. Il est toutefois «atteint de troubles psychiatriques». Le parquet de Lyon a ouvert une enquête de flagrance, notamment «pour tentative de meurtre en bande
organisée» confiée à la police judiciaire. Le parquet antiterroriste de Paris évalue s’il doit se saisir de l’affaire.
Justice Prison avec sursis pour
Jean-Vincent Placé
L’ex-secrétaire d’Etat Jean-Vincent Placé a été condamné
lundi à Paris à trois mois de prison avec sursis et à une
amende de 1 000 euros pour violences et outrages, lors
d’une soirée alcoolisée en avril dans la capitale. L’ancien
sénateur écologiste avait été interpellé ivre à la sortie d’un
bar du VIe arrondissement parisien, dont il venait d’être
expulsé par un videur après un incident avec une cliente.
Libération Mardi 11 Septembre 2018
u 17 f t @libe
«Lâchez les cheveux»
Qu’on les chérisse ou qu’on
les haïsse, qu’ils soient moqués
ou admirés, les cheveux, c’est une sacrée affaire.
Parce qu’ils contribuent à faire de nous ce que nous
sommes, Libération leur consacre une chronique.
Brigitte, journaliste de 59 ans : «J’ai rencontré
mon amant et, inconsciemment, j’ai laissé pousser
Cash back
Retirer des espèces à la caisse du supermarché?
Cette pratique déjà répandue en Europe est désormais possible dans certains supermarchés
Casino. Les commerçants sont ainsi autorisés à fournir des espèces à leurs clients dans le cadre d’un achat
par carte bancaire (dit «cash back»). Casino précise
être le «premier distributeur à proposer ce service en
France», avec 150 magasins concernés fin septembre,
avant un déploiement progressif à l’ensemble du
parc. «Les clients ayant besoin de retirer des petites
sommes d’argent liquide [en billets de 10 et 50 euros]
peuvent le faire depuis les caisses automatiques lors
de leur passage en caisse», explique l’enseigne.
Cinq femmes jihadistes aux assises
Des juges antiterroristes ont
ordonné le renvoi aux assises du commando de cinq
femmes jihadistes démantelé en septembre 2016 après
un attentat raté à la voiture
piégée près de Notre-Dame
de Paris. Cette affaire avait
mis en lumière le passage en
première ligne des femmes
dans le jihad armé sur le territoire français. Il s’agit du
premier dossier à être renvoyé aux assises parmi la
vague d’attentats et de tentatives d’attentats islamistes
qui ont fait 246 morts en
France depuis 2015.
Ces cinq femmes, de 21 ans
à 41 ans, sont accusées
d’avoir voulu lancer des
attaques en suivant les consignes, via des messageries
cryptées, de Rachid Kassim,
propagandiste du groupe
Etat islamique également
renvoyé pour complicité,
bien que probablement tué
en Irak en 2017. Ces six accusés devront être jugés
devant une cour d’assises
spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, pour «association
de malfaiteurs terroriste criminelle».
«On va papoter»
avant de mourir
Cela commence par les ima- d’une vingtaine d’années,
ges de son propre enterre- belle et grave. Papoter, c’est
ment, avec une voix off ironi- bien ça. C’est unique et c’est
que et triste : «Je vais être magnifique de justesse. Il
dans une boîte, dans un cer- parle de lui, il écoute. Il filme
cueil, sur le dos, dans le noir. comme on se dit bonjour. «Tu
Et je vais aller au feu. C’est m’as dit que tu te demandais
tout ce que je dési tu serais aussi
AUX PETITS heureuse si tu
teste. Moi, j’aime
être sur le côté
n’avais pas été
pour dormir…»
malade», deChristophe Otzenberger, do- mande-t-il à cette jeune fille,
cumentariste, est mort. Mais qui lui répond: «En fait, ma
auparavant, atteint d’un can- maladie, c’est ma force, c’est
cer d’un poumon, il a voulu bête à dire, c’est elle qui me
entendre et filmer d’autres booste tous les jours, qui me
malades, en installant sa ca- dit “bouge-toi les fesses”. J’ai
méra dans l’hôpital où il était un copain qui le fait aussi.
traité. Il savait que cela serait Lui, il travaille. On habite deson dernier film. Il se filme puis quatre ans ensemble,
alors, et on filme ses réac- direct on s’est mis ensemble,
tions. C’est Stéphane Mercu- j’ai rencontré Guillaume chez
rio, coréalisatrice, qui a ter- des amis, c’est le coup de fouminé Petits Arrangements dre et on ne s’est plus quittés.»
avec la vie.
Otzenberger écoute, avec son
Le lieu ? Il le connaît bien. visage un peu fatigué, cette
L’établissement, spécialisé façon faussement négligée
en rééducation, est situé à d’être là. «Tu me touches proRoscoff, dans le Finistère, sur fondément, murmure-t-il. Je
un bras de la mer. Le paysage suis impressionné par ta force,
autour est magnifique. Chris- je me demande si j’en aurai
tophe Otzenberger n’arrive autant, parfois je me le depourtant pas à filmer l’en- mande.» E. F.
semble. «Il est trop laid», lâ- Petits Arrangements avec la vie,
che-t-il à un moment. Ce do- de Christophe Otzenberger et
cumentaire est tout simple. Stéphane Mercurio. Diffusé ce
«On va papoter», commence- mardi sur Arte à 23 h 30.
t-il à dire à une jeune fille A lire en intégralité sur Libé
En vente chez votre marchand de journaux
In collaboration with
Copyright © 2018 The New York Times
Is Linked
To Surge
In Attacks
A LT E N A ,
G e r m a ny
When you ask locals why Dirk
Denkhaus, a young firefighter
trainee who had been considered
neither dangerous nor political,
broke into the attic of a refugee
group house and tried to set it on
fire, they will list the familiar issues.
This small riverside town is
shrinking and its economy declining, they say, leaving young people
bored and disillusioned. Though
most here supported the mayor’s
decision to accept an extra allotment of refugees, some found the
influx disorienting. Fringe politics
are on the rise.
But they’ll often mention another factor: Facebook.
Everyone here has seen Facebook rumors portraying refugees
as a threat. They’ve encountered
racist vitriol on local pages, a jarring contrast with Altena’s public
spaces, where people wave warmly to refugee families.
Many here suspected, and prosecutors would later argue, that Mr.
Denkhaus had isolated himself in
an online world of fear and anger
that helped lead him to violence.
This may be more than speculation. Altena exemplifies a phenomenon long suspected by researchers: that Facebook makes
communities more prone to racial
violence. And, now, the town is one
of 3,000-plus data points in a study
that claims to prove it.
Karsten Müller and Carlo
Schwarz, researchers at the University of Warwick in England,
scrutinized every anti-refugee
attack in Germany, 3,335 in all,
over a two-year span. One thing
stuck out. Towns where Facebook
use was higher than average, like
Altena, reliably experienced more
attacks on refugees. That held true
in virtually any sort of community
— big city or small town; affluent
or struggling; liberal haven or
far-right stronghold — suggesting
that the link applies universally.
Their data converged on a
breathtaking statistic: Wherever per-person Facebook use rose
to one standard deviation above
the national average, attacks on
refugees increased by about 50
Nationwide, the researchers estimated in an interview, this effect
drove one-tenth of all anti-refugee
Continued on Page II
For families split at U.S.
border, an anguished
wait to be reunited.
Pablo Domingo isn’t getting much sleep
these days. He barely eats and can’t focus on work.
His thoughts turn day and night to his
8-year-old son, Byron, whom he hasn’t
seen since May. That’s when Mr. Domingo and the boy crossed into the United
States illegally from Mexico. The immigration authorities detained and separated them — deporting the father to his
home country of Guatemala and sending
the boy to a shelter in Texas.
Mr. Domingo, his wife, Fabiana, and
their 12-year-old daughter want Byron back. And Byron wants to go home.
Yet as September approached, the boy
began his fourth month in the shelter a
world away from his parents and sister,
with no resolution in sight.
“My boy is very small. He’s very sad,”
Mr. Domingo said at the family’s simple
home here in the western highlands of
“We can hug each other here,” he continued, gesturing to his wife and daughter. “But my son is there alone. Who’s
going to hug him?”
Most of the 3,000 or so families that
were separated at the border under
Top, 8-year-old Byron Domingo’s
clothes on his bed in Guatemala.
His mother, Fabiana, above, has
not seen him since May.
President Donald J. Trump’s “zero tolerance” policy, which was meant to deter
illegal immigration, have been reunited
under a court order.
But in more than 500 cases, children
are still separated from their parents, including 22 under the age of 5. Their fate
lies, to a large extent, in the hands of nonprofit groups that have stepped into the
breach left by the government to do the
hard work of finding and reconnecting
More than 300 of these cases, like
Byron’s, affect children whose parents
were deported without them. The majority of these families are from Guatemala, followed by Honduras, while a small
number are from El Salvador and several other countries.
Advocates have said in court that the
American authorities forced or induced
many parents to accept deportation and
abandon their hopes of pursuing asylum
on the promise of quick reunification
with their children.
But many parents who were deported
without their children, like Mr. Domingo, have found that instead of speeding
things up, leaving the United States has
only delayed reunification. They often
don’t understand the cumbersome legal process in which their children are
trapped, or know when they might be
with them again — uncertainty that
leaves them anguished.
“It’s been enough pain,” Mr. Domingo
said. “How much more does the government want us to suffer? It’s too much.”
The American authorities declined to
comment on individual cases involving
In August, under orders from Judge
Dana M. Sabraw of Federal District
Court in Southern California, the government submitted a strategy to reunify children with parents who had been
deported. Its details were worked out in
conference with the American Civil Liberties Union, which filed a suit against
the government over the separation policy.
The government has designated officials in various departments to steer its
efforts and is coordinating with Central
American consular officials in the United States to prepare the children’s travel
documents. The government has also
Continued on Page II
Facebook Tied to Rise in Attacks
Continued from Page I
The study bolstered a growing
body of research, they said, finding that social media scrambles
users’ perceptions of outsiders, of
reality, even of right and wrong.
Facebook declined to comment
on the study, but a spokeswoman
said in an email, “Our approach on
what is allowed on Facebook has
evolved over time and continues to
change as we learn from experts
in the field.”
The company toughened a number of restrictions on hate speech
during and after the study’s sample period. Still, experts believe
that much of the link to violence
doesn’t come through overt hate
speech, but rather through subtler
and more pervasive ways that the
platform distorts users’ picture of
reality and social norms.
An Alternate Reality
When refugees first arrived, so
many locals volunteered to help
that Anette Wesemann, who runs
Altena’s refugee integration center, couldn’t keep up. She’d find
Syrian or Afghan families attended by entourages of self-appointed
life coaches and German tutors.
“It was really moving,” she said.
But when Ms. Wesemann set
up a Facebook page to organize
food drives and volunteer events,
it filled with anti-refugee vitriol. Some posts appeared to come
from outsiders, joined by a few
locals. Over time, their anger
proved infectious, dominating the
Links between Facebook and
anti-refugee violence would be
indirect, researchers say, but begin with the algorithm that determines each user’s newsfeed.
That algorithm is built around
a core mission: promote content
that will maximize user engagement. Posts that tap into negative,
primal emotions like anger or fear
perform best and so proliferate.
That is how anti-refugee sentiment can seem unusually common
on Facebook, even in a pro-refugee town like Altena. Even if only
a minority of users express anti-refugee views, once they dominate the newsfeed, this can have
consequences for everyone else.
People instinctively conform to
their community’s social norms,
which are normally a brake on bad
Shane Thomas McMillan
contributed reporting.
behavior. Facebook scrambles that
process. It isolates people from
moderating voices or authority figures, siphons them into like-minded groups and promotes content
that engages their emotions.
“You can get this impression
that there is widespread community support for violence,” said
Betsy Paluck, a social psychologist at Princeton University in
New Jersey. “And that changes
your idea of whether, if you acted,
you wouldn’t be acting alone.”
In his office, Gerhard Pauli, a
grandfatherly local prosecutor,
flipped through printouts of social
media posts that the police had
pulled from Mr. Denkhaus’s cellphone.
Mr. Denkhaus messaged near
constantly with friends to share
articles and memes disparaging foreigners. At first they trafficked in provocations, ironically
addressing one another as “mein
Over time, they appeared to lose
sight of the line separating trolling from sincere hate, a process
referred to as “irony poisoning.”
“He said to his partner one
day, ‘And now we have to do
something,’ ” Mr. Pauli said. Mr.
Denkhaus and a friend doused the
attic of a refugee group house with
gasoline and set it on fire. No one
was hurt.
In court, his lawyer would argue
that Mr. Denkhaus had shown no
outward animus toward refugees
before that night. It was only online that he’d dabbled in hate.
Though Altena’s residents condemned Mr. Denkhaus, his was
not the last act of violence. Last
year, the mayor was stabbed by
a man said to be outraged by his
pro-refugee policies. Mr. Pauli
suspected a social media link: Local pages had filled with hateful
comments toward the mayor just
before the attack.
Distorted Social Norms
In Traunstein, a Bavarian
mountainside town, Facebook use
and anti-refugee violence rates
are both unusually high. Rolf
Wasserman, an artist, is not politically influential in any traditional
sense. Though conservative, he is
hardly extremist. But he is furiously active on Facebook.
He is what the researchers call a
He posts a steady stream of rumors, opinion columns and news
reports on crimes committed by
refugees. Though none crosses in-
NANCY LEE Executive editor
ALAN MATTINGLY Managing editor
The New York Times International Weekly
620 Eighth Avenue, New York, NY 10018
to hate speech or fake news, in the
aggregate, they portray Germany
as beset by dangerous foreigners.
“On Facebook, it’s possible to
reach people who are not highly
political, to bring information to
them,” he said. “You can build peoples’ political views.”
When casual users open Facebook, often what they see is a
world shaped by superposters.
Their exaggerated worldviews allow them to collectively dominate
Facebook’s algorithm elevates
a class of superposters like Mr.
Wasserman who, in the aggregate, give readers an impression
that social norms are more hostile
to refugees and more distrustful of
authority than they really are.
Natascha Wolff, who teaches
at a vocational school, has found
that young people often express
the most anti-refugee views. They
seem to draw, she said, on things
they saw on Facebook — and a mistaken belief that everyone agrees.
Any rumor or tidbit about
foreigners, she said, “sure gets
around fast. People feel confirmed
in their viewpoint.”
The ideological bubbles can be
radicalizing, she added: “It’s just,
‘like, like, like.’ ”
In Facebook’s Absence
The University of Warwick researchers tested their findings by
examining every sustained internet outage in their study window.
Whenever internet access went
down in an area with high Facebook use, attacks on refugees
dropped significantly. And they
dropped by the same rate at which
heavy Facebook use is thought to
boost violence.
This spring, internet services
went down for several days or
weeks, depending on the block, in
the Berlin suburb of Schmargendorf.
Esperanza Muñoz, who moved
here from Colombia in the 1980s,
found the outage relaxing. She socialized more with neighbors and
followed the news less.
“Social media, it’s an illusion,”
she said.
Ms. Muñoz said that Facebook
communities in Colombia seemed
even more prone to outrage. “It
really was as if there was only one
opinion,” she said, describing her
Facebook feed during recent Colombian elections. “We’re only informed in one direction, and that’s
really not good.”
This hints at what experts consider one of the most important
lessons of the study. If Facebook
can be linked to hundreds of attacks even in Germany, its effect
could be far more severe in countries like Colombia with weaker
institutions, weaker social media
regulations and more immediate
histories of political violence.
“People wouldn’t say these
things with their own mouths,”
Ms. Muñoz said. “But it’s easy for
them to share it online.”
Jessica Domingo, 12, Byron’s sister, on her way to school in
Guatemala. Her brother remains in detention in Texas.
Desperate Parents Wait
For Word on Children
Continued from Page I
assumed financial responsibility for repatriating the children.
But locating the parents in
their countries of origin and
identifying their children within
the bureaucracy is difficult. That
burden has fallen to a coalition of
American advocacy groups.
The advocates have been trying to call parents to explain
the legal system and connect
them with lawyers in the United States. But many of the parents are members of indigenous
groups, do not speak Spanish as
a first language and live in poor,
rural areas of Central America
with dubious telephone service.
There is no working telephone
number or contact number at
all for 56 parents. To find them,
advocacy groups have been deploying teams to Guatemala,
Honduras and elsewhere, sometimes driving to remote villages and going door to door with
scant clues in hand.
In consultation with the advocates, some parents have chosen
to have their children repatriated. Others are seeking to have
their children remain in the
United States so they can pursue
asylum claims.
And some parents who feel
they were deprived of the right
to make an asylum claim hope to
have the possibility of returning
to the United States to make another attempt, which the Trump
administration has indicated it
would strongly oppose.
Government officials and
advocates said that red tape,
including lining up travel documents, can delay a child’s departure by more than a month.
And sometimes social workers
in shelters fail to complete the
paperwork necessary to expedite release. According to the
government plan filed in August,
the children are now expected to
be allowed to leave the country
without going before a judge,
which may speed things up.
While many of the families
said they were fleeing violence
in their homeland, that was not
the case for Mr. Domingo and
his son Byron. Their motivation
was economic. “We went to give
our children a better future,”
said Mr. Domingo, who works as
a laborer on construction sites
making the equivalent of a few
dollars per day.
Mr. Domingo and Byron left
home in mid-May and, with the
help of a smuggler, crossed into
America a week later, immediately turning themselves in to
Border Patrol agents.
Mr. Domingo knew that adults
traveling with children generally had been detained but then
quickly released to await their
day in court inside the United States. But that practice
changed with the zero-tolerance
policy, which had been put into
effect days before their arrival.
While in detention, Mr. Domingo said, he was made to sign
documents. They were in English and he did not know what
they meant. “They told me that
the papers were so that he would
be in my arms instantly,” he recalled. “Well, they fooled me.”
He now thinks that he agreed
to be deported. Mr. Domingo
was sent home on June 1.
In July, Byron celebrated his
8th birthday in detention. The
only contact the family has with
Byron are brief video phone
calls three times a week that are
initiated by his social worker.
During the calls, Mr. Domingo
and his wife have had difficulty
connecting emotionally with Byron, they said. He gives clipped
answers to their questions and
constantly looks offscreen, as
if keeping an eye on someone
monitoring his conversations.
Recently, he said the place
where he was staying was “dangerous,” but he did not elaborate.
These calls have left his parents feeling desperate and helpless. They have heard of accusations of child abuse in a shelter in
Arizona and imagine worse.
“They are innocent children,
and the president is truly punishing them too much,” Mr. Domingo said of Mr. Trump. “He
has done a lot of damage.”
price has
and thieves.
the crop.
Far right,
Ninot Oclin
his farm.
Vanilla Boom Begets
Windfalls and Crime
SAMBAVA, Madagascar —
Bright moonlight reflected off
broad banana leaves, but it was
still hard to see the twine laced
through the undergrowth, a tripwire meant to send the unwary
tumbling to the ground.
“This is the way the thieves
come,” said the vanilla farmer.
Each night, Ninot Oclin, 33, patrols his land in the foothills of a
volcano in Madagascar, barefoot
with a bolt-action rifle. If he hears
someone fall, he knows yet another bandit is trying to steal his
lucrative crop of ripening vanilla.
The lush mountains in Madagascar’s northeast produce about
80 percent of the world’s vanilla.
Its price has soared, reaching
more than $600 a kilogram last
year — more than silver — compared with $50 a kilogram in 2013.
Growing Western demand for
the flavoring is partly driving the
price spike, with vanilla used in
everything from ice cream to alco-
hol to cosmetics. Supply was also
diminished by a cyclone that ravaged crops last year on the island,
which lies off the coast of southeast Africa.
With the perfect climate and soil
for growing vanilla, the Sava region of Madagascar is in the midst
of an economic boom.
So-called vanilla mansions
have sprung up above traditional thatched grass huts. Even the
humblest homes often boast solar
panels and LED lights. Gleaming
sport utility vehicles ply the broken streets of Sambava, where
bustling markets line the roadsides.
Vanilla plants need to be nurtured for three to four years before
bearing pods. The flowers bloom
once a year for 24 hours and must
be immediately pollinated. Each
season, about 40 million vanilla
plants are fertilized by hand using
a toothpick-sized wooden needle.
Once pollinated, a flower produces green beans within two
months; the vanilla fragrance is
tucked inside in thousands of little black seeds and an oily film.
The beans begin fermenting once
picked, so growers must quickly
find buyers.
“The problem is security,” Mr.
Oclin said, explaining that thieves
will attack and kill farmers for
their vanilla pods.
So not only does he patrol his
plot, he pays three men to stand
guard during the four months
before the harvest. Each night,
a vigilante group patrolling local plantations stops by with a
half-dozen men armed with clubs
and machetes.
With little public trust in a corrupt police force and judicial system, mob justice often prevails.
In April, a local militia captured
a thief. He was beaten with sticks
until he collapsed, then hacked to
death with machetes, according to
residents. It was just one of dozens
of similar “vanilla murders” over
the past two seasons.
In Sambava, Pascale Rasafindakoto, 44, a “commisionnaire,” or
middleman, waits with his peers
for lower-level sellers to arrive
with small bags of vanilla beans.
With beans spoiling so quickly,
growers have little bargaining
power. “Despite the price hike,
most farmers remain poor because they sell their crops right
away, or too early,” said Dominique Rakotoson, who represents
100 families of vanilla growers.
Tales of commissionaires swindling growers abound. “The middlemen is where the shady business goes on,” Mr. Rakotoson said.
Mr. Rasafindakoto shrugs off
talk like this. His family now has
a new house with a flat screen TV.
“With vanilla, life is sweet,” Mr.
Rasafindakoto said.
Michel Lomone presides over
his vanilla warehouse in Antalaha. While wealthy by local standards, his biggest concern is the
same as Mr. Oclin’s: theft.
“There is no security of goods
or of people,” Mr. Lomone said.
“There’s total impunity. It’s like
cocaine in Latin America. They get
the little guys, but not the head.”
Mr. Lomone said he was concerned about the boom’s effect on
local culture. “Now in Madagascar, it’s not a problem of poverty to
eat, but of social poverty,” he said.
“It’s about the competition to keep
up with others making fast money.
It’s not good. We can’t keep going
like this.”
A Russian College Is Lacking Students
— At this time of year, the halls of
the European University at Saint
Petersburg, a private liberal arts
college in Russia’s second-largest
city, would normally be filling with
students returning from break.
For the second year in a row,
however, the college’s lecture
halls are empty. The only action is
in the faculty rooms, where the underemployed professors grumble
about their forced sabbatical.
The European University has a
world-class faculty, a generous endowment and an outstanding reputation as a research institution.
What it has lacked since August
of last year, when the authorities
took away the university’s teaching license, is students.
Lately, however, things have begun to look up. President Vladimir
V. Putin’s re-election in March
led to a major reshuffling of the
Russian government. Aleksei L.
Kudrin, one of the most powerful
liberal-leaning politicians in Russia, became the head of the Audit
Chamber, with the power to send
A bastion of liberal
learning offends
his own inspectors.
Suddenly, with Mr. Kudrin’s appointment, the Russian education
regulator failed to find any violations when it surveyed the university, and a teaching license was
granted last month. It now plans
to reopen to students in October.
But the European University’s
struggles may not be over. There
have been times over the past
year when the school thought its
teaching license was about to be
restored, and each time its hopes
were dashed. The university was
caught in the battles waged in the
Russian government between nationalist forces and more progressive, outward-looking factions.
“The European University’s
problem is that it is European,”
said Vladimir Y. Gelman, a profes-
sor at the school.
The European University was
set up in 1994 by people trying to
prevent the emigration of talent.
Its aim was to bring together Russia’s leading scholars in the social
sciences and humanities in an institution modeled after Western
universities. The school was a success, with students flocking there
from around the world. In contrast
to most Russian universities, students were forced to think critically, and they were free to choose
their own areas of interest.
The Soviet educational system
had produced good mathematicians and physicists, but little else.
For Russia’s nationalists, whose
influence grew after Mr. Putin’s
rise to the presidency in 2000, the
university was an intolerable outpost of Western liberalism.
In a complaint filed in 2016,
Vyacheslav Y. Dobrokhotov, an
activist with a nationalist movement in Saint Petersburg, cited a
book by a political scientist at the
university arguing that the Soviet
social fabric was based on hypocrisy. “I realized that this organiza-
Russian conservatives attacked the European University at
Saint Petersburg, forcing it to close last year.
tion is harmful to Russia,” he said.
That and other complaints created a legal pretext for 11 official
bodies — among them the Emergency Situations Ministry, which
oversees fire inspection — to
conduct inquiries. In the end, the
Saint Petersburg government
evicted the university from the
palace, forcing it to move.
University officials say they
were never clear why the teaching
license was revoked.
“I am sure the reason we cannot
study has nothing to do with fire
safety regulations,” said Roman
V. Popov, a student of economics,
who had to transfer to another college in Saint Petersburg to receive
his degree. “It might be political,
or perhaps someone just wanted to
have our building.”
President Donald J. Trump has
never handled criticism well, but
recent events have proved especially challenging.
First came the portrait of Mr.
Trump in a new book by Bob
Woodward — a scathing account
featuring members of Mr. Trump’s
administration characterizing
him as “an idiot,” “a professional
liar,” the mayor of “Crazytown,”
and a clueless, hopeless man-child
with the comprehension of a “fifth
or sixth grader.” A day later, a second blow landed: an Op-Ed article in The New York Times, by an
anonymous senior administration
official, that recounted how members of Mr. Trump’s team have
worked to protect the nation from
his “worst inclinations.”
Mr. Trump quickly corroborated these accounts by demonstrating precisely the sort of erratic,
antidemocratic behavior that is
driving administration officials to
come forward with their concerns.
He ranted that the stories were all
lies and raved that the gutless traitors who had slandered him must
be rooted out and handed over to
the government. Finger-pointing,
name-calling, wild accusations,
cries of treason — it was an unsettling display, not simply of Mr.
to Mr. Woodward’s book, Mr.
Trump mused on Twitter, “Don’t
know why Washington politicians
don’t change libel laws?”
No one enjoys criticism. Even
so, it takes a special kind of leader
to suggest that critical coverage
should be handled by eroding the
First Amendment, as Mr. Trump
has since early in the 2016 race,
when he began vowing that, as
president, he would “open up those
libel laws” to punish media outlets
that did “hit pieces” on him. Apparently, denouncing journalists
as the “enemy of the American
people” and whipping the crowds
at his rallies into an anti-media
frenzy is not enough to soothe his
sense of chronic victimhood.
Also back in the news was Mr.
Trump’s war on the National Football League players protesting racial injustice and police brutality.
He hasn’t moved to make kneeling
during the national anthem ille-
gal. He has simply slammed the
protests as “disgraceful” and the
players as disrespectful, called on
the offending players to be fired,
suggested they maybe “shouldn’t
be in the country,” stoked public
rage against the league, and toyed
with the idea of punishing the
league via the tax code.
When Mr. Trump learned last
month that Michael Cohen, his
former lawyer and longtime fixer,
had cut a plea deal with federal
prosecutors, he threw a fit, arguing that “flipping” — that is, cooperating in criminal investigations
— “almost ought to be outlawed.”
Mr. Trump has also advocated
denying due process to immigrants seeking asylum. As he
tweeted: “We cannot allow all of
these people to invade our Country. When somebody comes in, we
must immediately, with no Judges
or Court Cases, bring them back
from where they came.”
Mr. Trump, we understand that
you consider the Constitution inconvenient at times. And we appreciate how vexing you find these
subordinates sniping at you. But if
you continue to behave as you do,
and keep proving your harshest
critics right, it’s only going to get
conversation,” she says.
She tries another tack. “If you
do this, you’ll never forgive yourself,” she says. Actually, I tell her,
I’ll never forgive myself if I don’t.
But I can’t do it. I can’t do it. I
promised, but I can’t.
“Mom,” I say finally. I don’t
want to bring this up. It’s so late,
and she’s so weak and she’s drifting in and out and why didn’t we
consider this eventuality before,
the one where I lose my nerve. But.
One thing you can do, I tell her, is
to stop eating and drinking. We’ll
make you comfortable. We’ll give
you so many drugs that you won’t
even know. It’ll be like sleeping.
About 20 minutes later, she
emerges from her drugged state.
“I’m ready,” she says clearly, “to
fall asleep and not wake up.”
The next day she wakes up. This
is how incompetent I am. “You
swore this wouldn’t happen, Sarah,” she says, her voice vibrating
with fury. “I’m so sorry, Mama,” I
say, crying as I drip more narcotics into her mouth with a syringe.
She lies in twilight for the next
few days. But sometimes her eyes
open in a panic and dart around,
full of fear. It feels as if everything
has become very primal, requiring an instinct for improvisation I
don’t have.
So I do what has always soothed
me, ever since I was old enough to
read. I pick up “Charlotte’s Web”
and read the last two chapters —
aloud, this time — the ones where
Charlotte dies after living her singular, stylish life, and three of her
chatty spider babies build little
webs in the corner of the barn so
they can stay with Wilbur the pig.
I always cried when I read this
part to my daughters, years ago
when they were small, and I cry
again as I read it to my mother.
You are not alone, I repeat.
You’ll live on, the way Charlotte
does, through your grandchildren
and their children. It’s O.K. now.
You can go.
As I put the book away, I see that
her eyes are closed, finally, and
that her breathing has evened out,
so that it is shallow but calm.
It takes one more day. There are,
it turns out, many different ways
to help someone die.
There Oughta Be a Law …
Trump’s emotional fragility and
poor impulse control, but also of
his failure to understand the nature of the office he holds, the government he leads and the democracy he has sworn to serve.
Twenty months into the job, he
has yet to grasp that the highest
law of this land is the Constitution,
not whoever occupies the Oval Office. His blind spot for the Constitution has been much on display in
other ways recently. Asked about
protests that erupted at the confirmation hearings for the Supreme
Court nominee Brett Kavanaugh,
Mr. Trump expressed dismay and
puzzlement: “I think it’s embarrassing for the country to allow
protesters. You don’t even know
what side the protesters are on.”
Someone may want to explain
to the president that the First
Amendment protects political
expression. Presidents do not get
to outlaw speech simply because
they find it distasteful.
During the 2016 campaign, he
argued that the protesters causing a ruckus at his rallies should be
“thrown into a jail” and their lives
ruined. “I hope you arrest ’em
and do whatever you have to do,”
he told a crowd in Missouri. “And
you know what? Once that starts
happening, we’re not going to have
any more protesters, folks.” No
more Constitution, either.
Three weeks after his election,
he shared his take on flag burning: “Nobody should be allowed to
burn the American flag — if they
do, there must be consequences —
perhaps loss of citizenship or year
in jail!” Such a move may strike
some people as a step toward
making America great again, but
it was ruled unconstitutional by
the Supreme Court in 1990.
Another constitutionally protected right in his cross hairs:
freedom of the press. In response
One Last Thing for Mom
I am about to kill my mother.
I am looking for a way to put this
off as long as possible, and so I start
watching an episode of the TV drama “The Americans.” Today, Keri
Russell, playing a Russian agent,
is spying on a State Department
official by posing as a nurse for his
terminally ill wife.
The agent is a stone-cold murderer, but she feels sorry for the
official, whose attempts to help
his wife kill herself with morphine
have left her in a gasping, not-dead
limbo. So Keri Russell finishes the
job by shoving a paintbrush down
the woman’s throat and holding a
plastic bag over her head.
This is not a good time to be
watching this particular scene.
Right now my mother is in bed
across the hall, in the endgame of
Stage 4 lung cancer. She is nearly
83, she has had enough, and she is
ready to die. More specifically, she
is ready to have me help her die.
I can see her point.
An unsentimental, practical
person, she has for many years
been preparing for the moment
when death would become more
alluring than life. We have talked
about it nonstop since she received
her diagnosis about three months
ago and, like Gloria Swanson
going up in a blaze of grand pronouncements, declared that she
intended to forgo chemotherapy.
“I would rather die than lose my
hair,” she said to the oncologist,
before terrorizing the physioSarah Lyall is the author of “The
Anglo Files: A Field Guide to
the British.” Send comments to
therapist by snapping: “I could be
dead in three months. Do you really think it’s going to make a difference if I get out of bed and walk
around for five minutes now?”
So she went home to die.
Gradually, the illness took hold,
the inevitable became less abstract. Mom had dreams of death
so awful that she could not bring
herself to describe them. She became too weak to leave her bed.
Her world closed in.
Lung cancer is a frightening
illness. In its final stages, it can
make you feel as though you’re
drowning, or suffocating. A for-
I am not very brave.
But I wanted to do
what she asked.
midable pharmacological stew of
medications can help to suppress
the symptoms, but no pill can take
away the pain of waking up each
day and remembering all over
again that you are about to die.
One of the stories passed down
as gospel in our tiny family is about
how my late father, a doctor, helped
his own mother — my grandmother Cecilia, whom I never met
— at the end of her life. Her cancer
was unbearable. “So he gave her
a big dose of morphine to stop the
pain,” my mother has always told
my brother and me, as if reaching
the end of a fairy tale. “It had the
side effect of stopping her heart.”
I have a big dose of morphine
right here in the house. I also have
some hefty doses of codeine, Ambien, Haldol and Ativan that I’ve
cunningly stockpiled from the hospice service. In my top drawer, are
more than 100 micrograms worth
of fentanyl patches — enough to
kill her and several passers-by.
But I am not a doctor. I am not
very brave. I’m just a person who
wants to do the most important
thing that her mother has ever
asked of her. I’m also a resident of
New York State, where assisted
suicide is illegal.
Mom has taken to drifting off
in the middle of crucial sentences. “It’s important to remember
the …” she announces. “The one
thing I need to tell you is …” But
in coherent moments she looks at
me with a clarity that shreds my
heart. “Oh, Sarah,” she says. “I’m
in so much pain.”
So it’s time. I begin counting up
the drugs. How much is the right
amount, I wonder, a morphine
bottle in my hand. What if Mom
chokes, vomits, falls into a halfdead limbo, wakes up and yells
at me? How are you supposed to
do this? I have no problem with
the idea of committing murder on
behalf of a dying person you love,
but I can’t ask anyone else for help,
since I don’t want to implicate
them in my crime.
Panicked, I go online and start
calling end-of-life organizations.
The people are endlessly compassionate, but no one will, or can, tell
me what dosage to give. I try to
talk to one of the hospice workers,
but she threatens to report me to
the police. “We are not having this
18 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Cinquante ans
après, l’ombre
d’un doute
Après avoir perdu ses parents dans le crash
de la Caravelle qui avait fait 95 morts,
Mathieu Paoli poursuit sa propre enquête.
Il reste persuadé qu’un missile français
a abattu l’avion par erreur pendant
un entraînement militaire.
l y a quelques mois, il est entré
dans un café parisien en tenant
contre lui un cartable en cuir.
Dans le cartable, il y avait des
pochettes aux couleurs guillerettes
avec des intitulés manuscrits
soigneusement tracés. Et dans la
pochette, les documents de sa vie.
Du moins ceux qu’il avait décidé
d’emporter pour le rendez-vous,
parce que le dossier, le vrai, «il est
épais comme ça», mime-t-il en
haussant le bras. Lorsque la Caravelle Ajaccio-Nice s’est abîmée en
mer, le 11 septembre 1968, Mathieu
Paoli avait 23 ans. Aujourd’hui, il en
a 74, des cheveux gris et des lunettes
carrées. Pourtant, il a conservé une
même obsession, comme préservée
de l’érosion du temps: savoir. Comment ses parents sont-ils morts ?
Est-ce une bavure française ? Un
accident? Que s’est-il passé à l’intérieur de la carlingue de cet avion qui
a précipité sa famille vers la mort?
Après des décennies de bataille
judiciaire, le juge d’instruction
chargé du dossier a demandé la
levée du secret-défense en avril. Cependant, alors que les commémorations ont lieu ce mardi, pour
les 50 ans du crash, toujours pas de
réponse. «Le cheminement a été un
peu curieux, explique Me Paul Sollacaro, avocat de Mathieu Paoli. La
requête a été adressée au Premier
ministre mais celui-ci a indiqué qu’il
n’était pas compétent, demandant
au juge de revoir sa copie. Or il
aurait pu tout simplement la faire
parvenir lui-même au ministre des
Armées pour gagner du temps. Résultat, le juge a décidé de renvoyer la
requête à tous les ministres. A ce
jour, Florence Parly et Gérard Collomb ont accusé réception.» Les documents visés doivent désormais
être recherchés afin que la Commission du secret de la défense nationale (CSDN) puisse donner son avis.
Ce 11 septembre 1968, Mathieu Paoli
s’en souvient parfaitement.
D’ailleurs, sur son téléphone portable floqué d’une tête de maure, il
conserve toujours cette voix surgie
du passé, celle du présentateur
radio qui prononce: «Nous sommes
toujours sans nouvelle de la Caravelle Ajaccio-Nice.» A l’époque, il
appelle immédiatement son frère
cadet, Louis, qui vit chez ses pa-
rents à Mantes-la-Jolie (Yvelines).
Lui non plus n’a pas d’information.
Peut-être que ces derniers ont pris
un autre vol. Ce devait être l’ultime
aller-retour en Corse d’Ange-Marie,
femme au foyer, et Toussaint, fonctionnaire au ministère des Finances. A la retraite, ils avaient prévu
de quitter définitivement la région
parisienne pour retourner sur l’île
où ils sont nés, dans le petit village
de Pastricciola. Le lendemain de
l’inquiétant message radio, les enfants du couple reçoivent une carte
postale signée des deux voyageurs
et postée depuis Marseille. Ils se
prennent à espérer à nouveau.
Après tout, les Paoli ont peut-être
pris un autre avion. Jusqu’à ce
«qu’un type avec une mallette»
frappe à la porte. «C’était un représentant d’Air France… C’était terri-
ble… Nos parents, c’était sacré,
c’était tout ce qu’on avait au
monde», souffle Mathieu Paoli. Il
saura plus tard que c’est un cousin
qui avait posté la carte postale
depuis la cité phocéenne.
Dans la famille Paoli, il reste
trois orphelins. Mathieu travaille
dans l’industrie automobile. Jacques, l’aîné, 30 ans, est spécialisé
dans les moteurs de bateau et de
train chez Suzer. Quant à Louis, il
est en stage d’ingénieur et lâche
tout. «Ce jour-là, il devait être dans
l’avion avec mes parents mais il a
changé d’avis pour rester travailler.
Dès lors, il a décidé d’arrêter les études, il se sentait coupable de ne pas
être parti avec eux. Il a déménagé
dans le Sud pour pouvoir suivre l’enquête», raconte Mathieu Paoli. L’enquête justement ne leur livre pas
Libération Mardi 11 Septembre 2018 f t @libe
u 19
Des sauveteurs chargés
de transporter les
victimes, le lendemain
de la catastrophe
aérienne, le 12 septembre
Pendant de longues années, la version officielle de l’Etat se résume à
un départ de feu dans la cabine,
sans qu’on ne sache ce qui l’a provoqué. Cigarette mal éteinte ? Défaillance technique? En 1973, la justice rend un non-lieu, refermant
définitivement le dossier. Néanmoins, Mathieu et Louis Paoli, «les
besogneux de la famille», s’embringuent dans leur propre enquête. Ils
sont convaincus que la raison d’Etat
l’a emporté, que les rumeurs qui circulent depuis la première heure
sont avérées: c’est un missile français, lancé lors d’un entraînement
militaire, qui a abattu l’avion par
erreur. La commission d’enquête
publique avait pourtant écarté cette
hypothèse considérant que l’assurance «lui a été donnée de la façon la
plus formelle par lettre du ministre
de la Défense nationale en date
du 19 novembre 1968» qu’aucun tir
d’engin n’était survenu. Michel Debré avait confirmé dans un courrier
adressé aux familles des victimes:
«Les champs de tir de la région
étaient fermés le jour de l’accident.»
Puis : «Je suis donc en mesure de
vous assurer qu’un missile français
n’a pu être à l’origine de la catastrophe.» Sauf que, depuis le début, les
deux frères peinent à y croire.
beaucoup d’éléments. Une chose est
sûre : il est 9 h 30 quand le
commandant signale qu’il «a des ennuis», puis précise quelques secondes plus tard: «On a le feu à bord.»
Dernière communication: «On va se
crasher si ça continue.» L’avion pique vers la mer et s’enfonce jusqu’à 2300 mètres de profondeur au
large du cap d’Antibes ne laissant
aucune chance aux 95 passagers
dont 6 membres d’équipage
et 13 enfants. Après avoir expertisé
les débris, la commission d’enquête
publique conclut en 1972 que «la
perte du F-BOHB a pour cause un incendie dans la cabine, incendie dont
elle n’a pu déterminer l’origine».
Mathieu Paoli brandit un bristol qui
ressemble à une fiche de révision
du baccalauréat, noircie d’une écriture au Bic noir et coloré de Stabilo.
C’est sa chronologie personnelle,
son pense-bête face au temps qui
passe et aux souvenirs qui s’évaporent. Parfois, il prononce le mot «espoir» ou «vérité» mais c’est surtout
les termes techniques qu’il manie
comme un expert. Il sort un à un
des papiers jaunis, des plans maritimes, des photocopies de
documents exhumés des archives
militaires de Fontainebleau ou du
service historique de la Défense.
Ces dernières années, il a photographié plus de 500 pièces, des archives de journaux et pléthore de courriers officiels. Inlassablement, il
reprend tout : il y a l’opération
«Poker» qui avait lieu au moment
du crash en Méditerranée et dont il
trouve trace dans un article du Provençal, qui a publié les «avis de tir»
où figure la date du mercredi
de longues années,
la version officielle
de l’Etat
se résume
à un départ de feu
dans la cabine,
sans qu’on ne sache
ce qui l’a provoqué.
11 septembre, contrairement aux
déclarations de Michel Debré. Il
sort également un Zonex, selon lui
falsifié, car la date du 11 septembre
a été transformée au stylo, ce qui
montre bien que des exercices
avaient lieu.
Depuis des années, il n’a eu de
cesse de réunir des témoignages. Il
y a celui d’Etienne Bonnet, un
ancien magistrat qui a raconté que
le jour du crash, alors qu’il se promenait avec ses jumelles sur les
rives de Cagnes-sur-Mer (AlpesMaritimes), il a vu une lumière
bleutée rentrer dans le côté gauche
de l’avion, avant que celui-ci ne
sombre. Quelques années plus tard,
le 12 mai 2011, Mathieu Paoli reçoit
une lettre de Michel Laty, ancien
dactylographe de l’armée à la préfecture maritime de Toulon.
Dans ce courrier que Libération a
pu consulter, l’homme affirme que
l’accident a bien été provoqué par
un missile désarmé tiré depuis l’île
du Levant où se trouve le Centre
d’essais de lancement de missiles
(CELM). Celui qui aurait tapé le
rapport de l’armée, classé
secret-défense, lorsqu’il travaillait
à la préfecture maritime de Toulon,
décrit «une erreur d’identification
de cible». Avant de préciser: «La Caravelle a été touchée à la hauteur de
l’un de ses réacteurs, ce qui a provoqué un incendie mais pas d’explosion car le missile n’était pas armé.»
Pour Mathieu Paoli, si cet homme
a attendu si longtemps pour parler
«c’est parce qu’il avait peur à cause
du secret-défense. C’est seulement
quand il a été atteint d’un cancer en
phase terminale qu’il a voulu se libérer». Il est mort en 2011 sans avoir
pu être entendu par la justice. Ma-
thieu Paoli s’accroche aussi au récit
d’Alain Frasquet, un preneur de son
de l’ORTF qui filmait avec son
équipe le centre de détection et de
contrôle du Mont-Agel : «Dans le
film, il entend un agent dire “on l’a
perdu, on l’a perdu…” en parlant du
missile. Et puis bizarrement les renseignements généraux ont saisi la
bande-son. Résultat, le film en question est muet.» Le documentaire
que l’on peut consulter sur le site de
l’INA montre en effet une succession d’images en noir et blanc, des
gens dans une salle de contrôle
consultant des ordinateurs ou des
plans de machines.
Les frères Paoli ont fini par créer
une association qui regroupe
aujourd’hui 38 familles. «Aucun
juge ne s’était jamais intéressé à
notre affaire. Jamais! Puis en 2015,
après notre nouvelle plainte déposée
en 2012, tout s’est enclenché», explique-t-il. A l’époque, alors que deux
précédentes procédures contre
l’Etat ont été rejetées
en 2006 et 2008, il porte plainte
avec constitution de partie civile
pour «soustraction, dissimulation,
destruction de preuves et recel» et
verse au dossier la quantité colossale de pièces recueillies.
C’est le doyen des juges d’instruction de Nice, Alain Chemama, qui
reprend l’affaire. Pour la première
fois, il reçoit les frères Paoli. Autre
signe encourageant, le 16 novembre 2017, Emmanuel Macron a répondu personnellement à l’un des
courriers de l’association et écrit :
«Il va de soi qu’il n’appartient pas
au président de la République d’influer sur le cours de la justice et de
s’immiscer dans une enquête, […] je
peux vous dire néanmoins qu’il
m’apparaît évident que tous les
moyens doivent être mis en œuvre
pour comprendre les causes de ce
drame et qu’aucun obstacle ne devra
être opposé à l’établissement de la
vérité.» Aujourd’hui, Me Paul Sollacaro s’agace: «On a quand même le
sentiment qu’ils font traîner, qu’ils
ne sont pas tranquilles.» Cinquante ans pour tenter de faire parler la grande muette. Même si, finalement, leur thèse est balayée, les
frères Paoli seront «soulagés». Ils
sauront, enfin. •
Retrouvez chaque mercredi à 8h50 la chronique C’est mioche de Guillaume Tion de
20 u
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tirez pas sur l’oiseau moqueur.
Initiatives. 22h50. New York
Unité Spéciale. Série. Le
livre d’Esther. L’homme
de Glasgow. Coup de sang.
20h55. La grande récré
des animaux. Documentaire.
2 épisodes. 22h35.
La grande récré des animaux.
21h00. Sherlock Holmes.
Policier. Avec Robert
Downey Jr, Jude Law. 23h20.
Chroniques criminelles.
21h00. Cash Investigation.
Magazine. Plastique, la grande
intox. Présenté par Élise Lucet.
23h05. Ma vie zéro déchet.
21h00. Noces rouges. Série.
Épisodes 5 & 6. Avec
Alexia Barlier, Cristiana Reali.
22h45. Soir 3. 23h20. Réseau
d’enquêtes. Magazine.
Disparitions inquiétantes,
l’attente insoutenable.
20h50. 1918-1939 : les rêves
brisés de l’entre-deux-guerres
(1 & 2). Documentaire. 22h35.
1918-1939 : les rêves brisés
de l’entre-deux-guerres (3).
20h50. Des pissenlits
par la racine. Comédie.
Avec Louis de Funès. 22h50.
Midnight Express. Film.
Principal actionnaire
SFR Presse
21h00. Les Dalton. Comédie.
Avec Éric Judor, Ramzy Bedia.
22h25. Lucky Luke. Film.
21h00. Un prof pas comme
les autres. Comédie.
Avec Elyas M'Barek.
23h05. Le Roi Arthur. Film.
20h55. Snapped : les femmes
tueuses. Magazine. 2 épisodes.
22h45. Snapped : les femmes
tueuses. Magazine.
20h55. Patricia Cornwell :
trompe-l’œil. Téléfilm. 22h35.
Patricia Cornwell : tolérance
zéro. Téléfilm.
20h55. Elektra. Aventures.
Avec Jennifer Garner, Terence
Stamp. 22h45. Suspect. Film.
21h00. Recherche appartement ou maison. Magazine.
Présenté par Stéphane Plaza.
22h45. Recherche appartement ou maison. Magazine.
21h00. Les randonneurs.
Comédie. Avec Benoît
Poelvoorde, Karin Viard.
23h00. Naturistes : vivre
heureux sans se cacher !.
20h30. Qui es-tu Sadiq Khan,
maire de Londres ?.
Documentaire. 21h30. Droit
de suite - Débat. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
1 m/18º
0,3 m/18º
0,6 m/19º
0,6 m/19º
1 m/19º
1 m/19º
0,6 m/23º
1BS ("²5"/
I. Port gardé (anagramme) par
les Russes II. Papier brillant ;
Voilà un hebdomadaire III. Un
peu d’eau ; Gagne (et, au son,
une belle main pour gagner
au black-jack) IV. Mit sur le
cul ; Bois du vin V. Apprit à
tout le monde qu’elle venait
de pondre VI. 100 % verte ;
50 % vert VII. Il est étouffant ;
Il a plus qu’un air de famille, il
a comme une image, l’image
d’un grand monsieur du
cinéma VIII. Boîte à gâteaux ;
Fît une croix dessus IX. Il
est né en Créuse ; Prénom
d’une réalisatrice qui a fait
l’Olympia X. Quand on quitte
progressivement le piano au
piano XI. Elle a trait à l’attrait
Grille n°1011
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
1. Liés à l’Etat 2. Ils peuvent être liés à l’Etat ; Elle est, en l’état, lien
3. Autour d’un demi-rat ; Entra dans le bois ; Qu’elle est lumineuse ?
Elle est au courant 4. On y trouve encore plus d’andouilles qu’ailleurs ;
Il facilite la déclaration 5. Prêtre gaulois ; Musique de film ; Deux cents
Romains 6. Non-Juif ; Petit train suisse 7. Sous les cordes ; Désordre,
toujours en Suisse 8. X. du tempo 9. C’est la fin
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Ce sera l'après-midi la plus chaude
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Documentaire. Whitney
Houston. 21h40. Hollywood
Autopsy. Documentaire.
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23h25. Tchi tcha. Magazine.
Présenté par Laurie Cholewa.
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
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Documentaire. 22h00.
Le monde en face. 22h40.
C dans l’air. Magazine.
21h00. 90’ Enquêtes.
Magazine. Insultes, noyades,
incendie : le quotidien musclé
des gendarmes du Sud.
22h20. 90’ Enquêtes.
u 21 f t @libe
22 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
La République
de la
La gestion du fiasco
Parcoursup le montre
à nouveau :
la politique de
Macron est celle
de l’indifférence.
Pourtant, s’il faut
combattre en Europe
les progrès des partis
haineux, ce sera
par le «care»,
le «souci d’autrui».
n ces temps de rentrée… et
de clôture finale de Parcoursup, il reste encore des
dizaines de milliers de bacheliers
qui imaginaient sans doute que
leur diplôme leur donnerait
accès à l’université – et qui
se retrouvent soit définitivement
sur le carreau soit sous contrainte
d’un choix négatif. «Parcoursupplice», titrait récemment
le Canard enchaîné à propos des
jeunes banlieusards désespérés,
massivement exclus des «bon-
femmes notamment). Et on attend encore du gouvernement ou
de sa majorité un mot d’intérêt
pour le sort des migrants en mer
ou aux frontières, qu’ils tiennent
pour humanité négligeable. Cette
indifférence s’est illustrée de façon tragicomique dans l’épisode
Benalla de juillet. On n’oubliera
pas de sitôt l’accumulation des
mensonges, les attaques à la
Trump contre la presse qui a dévoilé les faits, l’étouffement institutionnel de l’affaire par un petit
clan inquiétant.
Mais le plus pathologique, on
l’oublie, est la situation ellemême d’où tout a démarré : un
garde du corps du Président
allant le week-end, casqué, armé
et déguisé en flic, cogner des jeunes opposants à la politique voulue et mise en œuvre par son
patron. On oublie les violences
qui ont été exercées sur la jeunesse étudiante lorsqu’elle a contesté l’injuste loi ORE dans la rue
et les facs. Mais heureusement
pas les images vidéo de celles
perpétrées, dans divers coins
du Ve arrondissement, par l’émissaire de l’Elysée, chaperonné par
un nervi armé du service d’ordre
de LREM et par diverses autorités
administratives apeurées. Le plus
glauque étant ce moment où le
président de la République, réagissant enfin aux diverses révélations et à la panique, a réuni ses
troupes à leur sortie de l’Assemblée, a indiqué qu’il ne regrettait
rien et a carrément fait applaudir
la brute en question pour ses
bons et loyaux sé(r)vices.
Mais comment donc les députés
LREM, dont beaucoup malgré
tout se sont lancés en politique
avec des intentions bienveillantes, avec l’espoir d’apporter un
changement et un coup de jeune
dans la vie politique, ont-ils pu
agir de façon si indigne, et fêter
servilement une action violente
et illégale contre d’autres jeunes ?
Où on est ? Chacun a droit à l’erreur, Benalla et Macron y compris
et on ne va pas ressasser le grotesque incident. Ce qui est réellement immoral, outre les tentatives de dissimulation,
désinformation ou traitement
par le mépris, c’est l’attitude qui
caractérise depuis ses débuts le
Président : l’absence de tout
regret et l’usage nouveau du
«j’assume» (refrain de la macronie). «J’assume», dans cette langue politique, veut dire exactement le contraire d’assumer
– puisqu’assumer serait prendre
ses responsabilités, assumer une
erreur ou une faute. «J’assume»
signifie (comme le narcissique
«qu’ils viennent me chercher») :
«j’ai raison», ou mieux, «I don’t
Dans une telle perte du sens des
mots, il y a aussi un désastre
moral – l’incapacité de s’excuser.
Le philosophe du langage John
Langshaw Austin tenait les excuses pour être plus intéressantes
que les justifications dont les philosophes et les politiques nous
abreuvent : parce qu’elles sont la
reconnaissance que les choses
peuvent mal tourner, l’acceptation de la vulnérabilité, la sienne
comme celle des autres. Ces ricanements, ces applaudissements,
ces provocations sont tout l’inverse de la bienveillance qui semblait un instant être au premier
rang des valeurs politiques
en 2017, et qui a de fait rassemblé
une grande majorité des
citoyens, malgré leurs dissensions, contre la haine, la grossièreté et la violence.
S’il faut aujourd’hui combattre en
Europe les progrès du fascisme
–qui se répand en tache d’huile–
ce sera par le care, le «souci
d’autrui», la protection des faibles
avant les forts; par la reconnaissance de la valeur et la contribution de tous et toutes, «gagnants»
ou pas; par l’étude de dispositifs
qui donneraient à chacun.e les
moyens de vivre correctement, et
dignement. Le care –tant décrié
il y a quelques années quand
Martine Aubry avait tenté de le
mettre en avant –se révèle dans
ce contexte un vrai outil de critique politique. Sans doute parce
que s’est dévoilé, depuis, le fond
de mépris social, de déni du réel
et de sexisme qui motivait l’ironie
envers le «care-mémé»; et parce
que nous avons aujourd’hui
affaire à une politique de carelessness, de «souci minimum» (sauf
pour faire des économies sur leur
dos) des gens en difficulté, des
jeunes, des pauvres, des chômeurs. Contre le fascisme bien
réel des Orbán, Salvini ou Trump,
le sens de l’égalité et de la responsabilité collective, le respect des
droits… restent bien les premières ressources que nous pouvons mobiliser pour y résister;
pas le contentement de soi du privilégié sûr de son bon droit et
d’un pouvoir absolu.
Les mots de Nicolas Hulot lors
de sa démission du gouvernement ont justement exprimé la
dégradation morale et le «désespoir» au sens propre que suscite
une politique fondée sur le déni
du sort des autres humains et
des vivants de la planète. Quoi
qu’on pense de Hulot, il incarnait ce qui restait de bienveillance dans l’équipe d’aventuriers de la politique qui est au
pouvoir. Ne restent que la crudité des rapports de force, le déchaînement des conflits d’intérêts, les trahisons récompensées.
C’est la République de la malveillance. •
nes» facs et écoles par le génial
algorithme. Au-delà des batailles
et affichages de chiffres, c’est
une révolution conservatrice
et gestionnaire que résume cette
réforme, qui met tout simplement fin aux promesses portées
par la démocratisation de l’enseignement supérieur.
Ce qui frappe le plus toutefois est
l’indifférence radicale des gouvernants à l’égard des jeunes et
des familles mis en difficulté par
leur invention (au point qu’il
faille désormais la mobilisation
des fédérations de parents,
contraints de procurer des kits de
recours). Cela me rappelle irrésistiblement la réaction d’une nouvelle élue LRM il y a un an lors de
la décision de la (première) baisse
des APL: si vous chouinez à 18,
19 ans… pour une perte de
5 euros, «qu’est-ce que vous allez
faire de votre vie?». Cette expression crue et moralisante d’une position sociale où l’on n’a jamais à
se préoccuper ni de 5 euros en
moins ni d’une place à l’université a quelque chose de désespérant, et en réalité d’immoral.
De même, les ricanements des députés LREM quelques mois après
devant les tentatives d’opposition
aux ordonnances travail traduisaient, outre le refus du débat politique, une indifférence aux impacts des mesures votées (sur les
Professeure de philosophie
à l’université Paris-I PanthéonSorbonne et chroniqueuse
à «Libération»
Libération Mardi 11 Septembre 2018
d’économie à l’université de Pennsylvanie
Climat: à quand la taxe
Le changement climatique n’est pas une priorité
politique, ni en France ni aux Etats-Unis. La faute
en revient aux lobbys, mais aussi au manque
de mobilisation des citoyens, pour qui ses effets
semblent encore bien lointains.
e ministre de l’Environnement, le médiatique Nicolas Hulot, a récemment démissionné. Il ne pouvait plus se
mentir, et rester en poste alors que
l’action pour la défense de l’environnement fait si peu de progrès.
«On s’évertue à entretenir un mo-
dèle économique cause de tous ces
désordres climatiques […]. Nous
faisons des petits pas, et la France
en fait beaucoup plus que d’autres
pays, mais est-ce que les petits pas
suffisent… la réponse, est non !»
Pourquoi en est-on arrivé là? Parce
que le climat n’est pas une priorité
pour les citoyens des pays riches.
Bien sûr, comme le dit Nicolas Hulot, les lobbys jouent un rôle. Les
industries qui émettent beaucoup
de carbone vont bien évidemment
avoir tendance à s’opposer à une
taxe sur le carbone.
Aux Etats-Unis, les industries ont
non seulement contribué à bloquer la politique environnementale mais ont mené une campagne
de désinformation sur le changement climatique et l’implication
de l’humanité. Pourtant, dans une
démocratie, le problème est in fine
politique. Si les citoyens étaient
mobilisés massivement pour une
taxe sur le carbone, les lobbys ne
pourraient vraisemblablement pas
résister bien longtemps.
Or, les effets du changement climatique ne se font pas encore sentir de manière très nette. Le climat
reste très variable. Aux Etats-Unis,
sur les quarante dernières années
passées, les hivers sont devenus
moins froids mais les étés ne sont
pas devenus plus chauds. Les gens
peuvent donc penser que la situation climatique s’améliore. Les effets les plus négatifs se feront
sentir dans le futur, notamment
avec la montée du niveau des
Droits d’auteur:
volons nos voleurs!
Haro sur les Gafa à la pingrerie numérisée qui vampirisent
l’information raisonnée et la culture rémunérée, directive
européenne sur les «droits voisins» ou pas.
u 23 f t @libe
est un combat d’arrière-garde qui
mérite d’être livré. C’est un défi
perdu d’avance mais il est bon de
relever le gant avant que la presse écrite et
la culture à la Beaumarchais meurent de leur
belle mort. Il s’agit de défendre une corporation à laquelle j’appartiens. Ce qui garantit
ma partialité, on est bien d’accord.
Demain, les députés européens votent à
nouveau sur le droit d’auteur. En juillet,
les Gafa ont réussi à préserver leurs crocs
affûtés de renards mettant à sac le poulailler
déplumé où gémissent les pondeurs de
valeur ajoutée.
Mercredi 12 septembre, il y a match retour
entre, d’un côté, le Vieux Monde qui tient à
une information vérifiée et recoupée, qui
pense que les auteurs ont des droits et qui
estime que tout travail mérite salaire. En
face, se dressent les Gafa, prédateurs numériques faussement débonnaires qui ont
bouffé tout cru les revenus des journalistes
et qui osent hurler à l’assassinat de la liberté
d’expression quand leurs fournisseurs de
contenus réclament une misérable dîme. La
goinfrerie de ces gougnafiers, qui se dispensent de payer leurs impôts, est sans limite
et pose un problème démocratique majeur.
Le culte de la gratuité. L’ennui, c’est que
la révolution numérique génère des utopies
nocives qui structurent les pensées des digitalisés de naissance. Les générations qui ne
se sont jamais taché les doigts avec de l’encre
d’imprimerie ne voient pas pourquoi elles
devraient payer pour accéder au n’importe
océans et l’inondation des côtes.
Aujourd’hui, il ne semble pas
y avoir d’urgence à agir : tout baigne, jusqu’au jour où les immeubles des villes côtières prendront
un bain.
Si les effets bénéfiques de l’action
contre le changement climatique
sont encore lointains, les coûts
sont immédiats. Une taxe carbone,
par exemple, va augmenter le coût
de l’essence et de l’électricité. Mais
qui aujourd’hui veut se sacrifier
pour les générations futures ?
Si on veut motiver les gens à soutenir la réduction des émissions de
carbone, il faut qu’ils puissent s’y
retrouver. Pourquoi ne pas utiliser
les recettes de la taxe carbone pour
couvrir les coûts supplémentaires?
Les entreprises et les ménages
les plus affectés pourraient
recevoir une compensation financière. Ou alors, on pourrait verser
à tous les citoyens un dividende
Mais aux Etats-Unis, il n’y a pas de
taxe carbone, et le changement
climatique est devenu le centre
d’un conflit politique. En 1990,
il n’y avait pas de différence dans
l’opinion publique entre les démocrates et les républicains: environ
quoi qui leur tombe rôti dans le bec. Elles
vivent dans un monde féerique où tout
s’obtient d’un «cliquement» de doigt, sans
bourse délier. Il leur suffit de télécharger
à la cow-boy ou d’attendre que le copain
«forwarde» les liens likés. A défaut, un petit
surf permettra à chacun de faire sa cueillette,
sans régler ses emplettes. Les seuls qui engrangent encore de la monnaie sont les
livreurs de matériel (Apple), les fournisseurs
d’accès et, via la captation des annonceurs,
Google, Facebook et compagnie.
Il faut dire que les entreprises de presse
ont fait la bêtise de donner d’une main ce
qu’elles vendaient de l’autre. Elles ont oublié
que l’indépendance est délicate à préserver
quand on se met dans les griffes du marché.
Pire, elles s’imaginaient naïvement que la
publicité resterait captive alors que le monopole du support imprimé était tout chiffonné. Il est difficile de pleurer sur le lait
renversé quand on a grand ouvert les étables
à infos et permis à chaque béotien de siphonner la trayeuse à actualités. Ensuite,
le sevrage devient impossible et la monétisation, une douce illusion. La seule solution
est de verrouiller les abonnements. Mais
comment combattre l’addiction à la facilité
quand les réseaux sociaux sont des fourgues
gentillets qui jamais ne s’imagineraient
coupables de recel.
La foutaise participative. Dans leur
manœuvre pour maximiser leurs profits,
les géants du Net bénéficient de soutiens
paradoxaux. Les technolâtres et les geeks
vénèrent la mutation en cours et raffolent
de ce transbordement de fortunes qui dessoude les réputations les mieux établies.
Pire, un certain nombre de libertaires en
peau de lapin viennent au secours des ultra-
60% des Américains s’inquiétaient
du changement climatique.
Depuis, les démocrates semblent
plus alarmés que les républicains,
sans en faire une priorité pour
autant. L’insécurité soucie davantage les démocrates que le changement climatique. On en revient
ainsi au problème principal : les
gens ne pensent pas (encore) qu’il
est important de prendre des mesures comme la taxe sur le carbone.
Nicolas Hulot a démissionné parce
qu’il n’a pas eu les moyens suffisants pour lutter contre le changement climatique et la dégradation
environnementale. Aux EtatsUnis, la situation est pire. Si Nicolas Hulot a eu pour objectif la fin
de la commercialisation des véhicules à l’essence ou au diesel d’ici
à 2040, on voit mal une telle mesure passer aux Etats-Unis. Mais,
que ce soit aux Etats-Unis ou en
France, le problème fondamental
perdure: la lutte contre le changement climatique n’est pas une
priorité politique. •
Cette chronique est assurée en alternance
par Pierre-Yves Geoffard, Anne-Laure Delatte, Bruno Amable et Ioana Marinescu.
libéraux aux armures en latex. Ces doux
rêveurs ont cru dur comme fer qu’Internet
allait sauver le monde. Ils espéraient un
transfert harmonieux des savoirs et une
intensification des échanges collaboratifs.
Ils ont juste réussi à torpiller la notion de
créateur individuel sans pour autant enfanter un intellectuel collectif. Ils ont coupé
les jarrets aux médias traditionnels qu’ils
accusaient de tous les maux. Boîte de Pandore ouverte, ils se retrouvent confrontés
aux fake news et autres twittos anonymes
et haineux qui hystérisent le débat public.
Surtout, ils voulaient abaisser les couleurs
de l’argent montées haut au mat de pavillon. Et les voilà idiots utiles des Rapetou
La fin des flâneurs salariés. J’ai bien
compris que, demain, chacun sera producteur d’infos en 280 signes, roi de la paparazzade sur Instagram et auto-entrepreneur
finançant son reportage en crowdfunding.
Et pourquoi pas? Je ne sacralise pas le quotidien papier qui impose sa hiérarchie en
une chaque matin, ni le JT de 20 heures au
conducteur bien charpenté. Je sais que chacun est déjà son propre red chef. Mais je me
résigne mal à ce que les flâneurs salariés que
nous étions n’aillent plus se frotter la
couenne à la rugosité du monde, à sa misère,
à sa beauté. Gratte-papiers, nous nous retrouvons sédentarisés dans des open spaces
climatisés, réduits à tapoter mélancoliquement sur nos claviers. Et tout ça parce qu’il
faut réagir illico au dernier buzz et que le
budget reportages est épuisé à mi-année.
Alors, pour que les journalistes ne soient
pas transformés en culs de plomb à l’heure
des objets nomades, rançonnons les Gafa et
volons nos voleurs ! •
24 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Alter échos
est comme une cocaïne très étrange qui
te fait répéter les mêmes choses en boucle, encore et encore. Souvent, je peux deviner à la
tête du journaliste quelle question il
va me poser en premier. Donc je lui
demande d’en poser une autre.»
Ainsi Jason Pierce avise-t-il d’entrée
le scribouillard, pourtant en marge
d’un marathon promotionnel parisien survenu quelques semaines
avant cette interview à distance, calée au milieu de l’été. Sans se démonter, on pose tout de même la
première des questions que l’on
avait en tête: And Nothing Hurt, le
titre du huitième album sous l’appellation Spiritualized de Pierce,
qui signifie «Et plus rien ne fut douloureux» (1), est-il l’annonce optimiste de jours meilleurs où la douleur aura fait place à la félicité, ou
une projection morbide de son
auteur vers cet au-delà où il aura
cessé d’exister ? Verdict quant à
l’originalité de l’entrée en matière:
«C’est bien. Mais je dois vous demander : était-ce vraiment votre première question ? 80 % de vos collègues parisiens m’ont demandé ce que
j’avais fait ces six dernières années.»
Avouons, avant de livrer le fond de
sa réplique, qu’on se doutait que
l’Anglais n’avait pas chômé depuis
la sortie de son album précédent
en 2012, et qu’on le préfère de toute
façon aux abonnés absents que
commentateur de tout et n’importe
quoi sur Twitter comme trop de ses
pairs plus dispersés ou impudiques.
Dieu merci, quand il ne parle pas
aux journalistes, Jason Pierce réserve sa volubilité et son mauvais
esprit à ses chansons. Par exemple
en choisissant de nouveau, six ans
Après six ans de calme,
le projet solo de Jason Pierce,
l’ex-leader de Spacemen 3,
aboutit dans «And Nothing
Hurt» à un équilibre divin
entre bile et béatitude.
Un apaisement musical qui
accompagne celui de l’homme.
après Sweet Heart Sweet Light, parcourir (Here It Comes (The Road)
l’ambivalence totale entre l’espoir Let’s Go), de fautes impardonnables
béat et l’ironie pour titrer un de ses (A Perfect Miracle), de failles irrédisques. «C’est une phrase très cyni- médiables (I’m Your Man) et de
que, bien sûr. Une chanson de l’al- douleurs inconsolables (Damaged).
bum, Damaged, commence par le Qui oserait croire qu’arrivé à l’âge
mot “and”. J’aime bien comment ça canonique de 52 ans, le torturé
présuppose l’existence de tout un Pierce, échappé d’une des cités les
monde qui précède le début de la plus banales du centre de l’Anglemusique. Sinon c’est un
terre (Rugby) et d’un
disque plutôt opti- RENCONTRE des groupes les plus
miste. Ça en a même
psychotropes de la
choqué certains. Pas léger léger, création (Spacemen 3, donc) et
mais la balance penche vers quelque longtemps abonné aux excès en
chose de positif. Et puis je sais que tous genres (drogues, déprime, sindes amis très proches aiment écou- cérité totale) puisse pondre une
ter mes chansons les plus tristes chanson qui s’intitule «Un miracle
quand ils se sentent mélancoliques. parfait» sans la gorger d’acide ?
La musique triste –ou ambiguë– a «C’est une histoire à moitié sordide.
cet effet paradoxal de remonter le Un dialogue intérieur, d’ailleurs, pas
moral quand on l’écoute. Donc au fi- entre deux amants. C’est le paradoxe
nal, la musique la plus triste est la de l’amour: un prodige qui n’est posplus optimiste.»
sible que grâce au doute qui remet en
Les exégètes du corpus étiqueté Spi- question son existence.»
ritualized, inauguré par Jason
Pierce en 1990 dans la foulée de ODYSSÉES CÉLESTES
l’écroulement de son monumental Puisqu’on parle de prodige : pengroupe Spacemen 3 suite à sa dant longtemps, Spiritualized a
brouille avec Pete «Sonic Boom» subsisté aux yeux de ses admiraKember, ne manqueront pas de re- teurs comme un miracle, un groupe
marquer que l’Anglais a fait de And qui n’en était pas tout à fait un
Nothing Hurt un monument à la (Pierce est le seul maître et chanteur
dualité de son monde. Toutes les à bord), et dont la musique lumichansons sont des love stories, mais neuse, extasiée à la limite du relitoutes regorgent de bile, de sales gieux, existait malgré son géniteur
histoires de distances immenses à et ses conditions de création. A
l’instar d’un Mozart ou d’un Gram
Parsons, dont les courtes vies chaotiques ont mystérieusement abouti
à des monuments de grâce et de légèreté, Pierce, depuis le fantastique
Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space (1997), transforme ses
crises, ses trips, ses maladies (dont
un cancer en 2012 qui a failli l’emporter) et ses perplexités en autant
d’odyssées célestes, certes constellées de zones d’ombre, mais dont le
propos est toujours le ravissement
des sens et du corps – du plancher
des vaches vers l’hyperespace. Combinant et recombinant à l’infini le
même cheptel de mêmes vieilles
passions –rhythm’n blues, gospel,
Velvet Underground, Exile on Main
St., musique répétitive –, Pierce a
pourtant avancé et nous avec lui,
jusqu’à accoucher d’un disque où
l’ombre et la lumière s’expliquent
enfin l’une l’autre, le premier à assumer son cynisme et sa déprime mais
à sonner, dans sa forme et sa poétique, parfaitement apaisé. Aussi si
l’on n’en attendait rien de plus
qu’un album supplémentaire de
Spiritualized tel que Jason Pierce les
égrène depuis qu’il a décidé de faire
de ses disques des témoignages de
sa vie plutôt que des chefs-d’œuvre
soumis au panthéon du rock’n’roll,
on constate qu’il fait passer un nouveau cap à ses créations à un âge où
la plupart des artisans de la pop
s’occupent en gérant l’héritage de
leurs prodiges de jeunesse.
«Le truc bizarre du rock’n’roll, c’est
que c’est essentiellement un jeu destiné à la jeunesse, qui tire sa fougue
et sa singularité de l’arrogance et de
la stupidité des gamins qui le perpétuent en pensant réinventer la roue.
Malgré l’âge, tellement de musiciens
se contentent de raconter les mêmes
bêtises qu’ils racontaient au sortir
de l’adolescence… J’essaye d’écrire
des choses qui correspondent à
l’homme que je suis aujourd’hui, pas
au crétin que j’étais à 20 ans. Ça ne
veut pas dire d’ailleurs que je ne regrette rien de ma jeunesse. J’avais
beaucoup moins de difficultés à
écrire des chansons. L’inspiration
me venait plus naturellement, je me
sentais beaucoup plus libre à me
mouvoir dans le monde grâce à ma
faculté à refuser de me fixer des limites et à suivre mes préjugés.»
Plutôt que de capitaliser sur ses
frasques et ses folies de jeune junkie
Libération Mardi 11 Septembre 2018
u 25 f t @libe
Jason Pierce
le 5 juillet
à Paris.
Voilà l’un des rares avantages des
vieilles gloires de la pop en 2018 :
elles ont reçu leur éducation et commencé leur œuvre à une époque où
l’album, cet étrange objet d’art, était
aussi important pour la vie culturelle qu’un long métrage ou un roman ; aussi, elles ont tendance à y
réfléchir à deux fois avant de lâcher
un disque dans la nature. Un peu
plus angoissé encore quant à sa légitimité que la moyenne des héros de
sa génération, Pierce s’avoue presque réticent à «ajouter du boucan au
boucan». «Il ne faut jamais oublier
qu’un album est un truc magique,
qui peut changer la vie et les personnalités en profondeur, la manière
dont on aime, dont on marche, dont
on vote. Mes disques, je les veux les
plus beaux et les plus intenses possibles. Du coup, je me mets une pression énorme. J’ai énormément de
mal à justifier pourquoi je continue
à contribuer. Une fois que tu as commencé à te poser la question, tu es
dans de beaux draps.»
jusqu’au-boutiste (un seul album de
Spiritualized, Lazer Guided Melodies en 1992, perpétuait réellement
l’invention fondamentale de Spacemen 3), Pierce s’est écouté dans ses
désirs d’homme mûr et a beaucoup,
beaucoup travaillé. De la pire des
manières selon lui: avec un ordinateur portable, et beaucoup moins de
moyens que par le passé, quand il
convoquait sur Ladies and Gentle-
men… ou Let It Come Down big
band psychédélique, orchestres
symphoniques et chœurs dispendieux, mais ne renonçant en rien
aux murs du son qui le font plus que
tout fantasmer. «J’avais des visions
d’orchestrations à la Gil Evans ou à
la Ray Charles, et je ne voulais pas
réduire la voilure parce que je
n’avais pas un sou en poche. Alors
j’ai bossé presque tout seul. J’ai
acheté un ordinateur portable, en
me disant que je n’avais qu’à apprendre à m’en servir. Malheureusement,
ça a demandé 1000 fois plus de travail et de douleur. Pourquoi je m’emmerde à recréer le son d’un orchestre
philharmonique dans ma cage d’escalier? Parce que je suis têtu comme
une mule. Et parce que je pense que
mes chansons souffriraient d’être arrangées de manière minimaliste à
cause d’un manque de moyens. Il n’y
a pas de raison. A Perfect Miracle ne
pourrait pas exister autrement. C’est
évidemment dû à mon amour des
chansons “en forme de fusée”, qui ne
cessent de grossir au fur et à mesure
qu’elles avancent. Toutes les chansons du disque exploitent le nombre
maximum de pistes dans le logiciel
d’enregistrement. Mais ce sont les
chansons qui imposent ça.»
Pourquoi continuer à écrire des
chansons quand on doute de sa légitimité à le faire? L’Anglais a notoirement annoncé plusieurs fois qu’il
comptait jeter l’éponge, avant de s’en
dédire, arguant du fait qu’il ne savait
rien faire d’autre. Mais le fond de ses
raisons se trouve sans doute ailleurs,
pourquoi pas dans cette phrase de la
chanson On the Sunshine, qui dit
que «si la jeunesse est gâchée par les
jeunes, la sagesse est gâchée par les
vieux». Ou encore dans cette anecdote racontée par l’intéressé après
qu’on lui a demandé s’il prenait du
plaisir à jouer sur scènes ses vieilles
chansons, par exemple celles de Ladies and Gentlemen…, qui ont fait
l’objet de plusieurs tournées spéciales depuis 2009. «Il y a quelques
jours, j’ai eu la chance de voir Kris
Kristofferson en concert. C’était très
émouvant, notamment parce que le
public chantait avec lui chaque mot
de chacune de ses chansons. J’ai réalisé, dans un accès de stupidité, que
ces chansons ne lui appartenaient
plus, parce qu’ elles ne faisaient plus
partie de sa vie comme elles font partie de celles [des personnes] qui les
aiment. Je compose des chansons et
des albums pour cette raison. Je veux
que ma musique nourrisse des gens
et qu’on oublie que je suis celui qui l’a
composée. Parce qu’au fond, ça n’a
aucun intérêt.» •
(1) Sans doute inspiré par une fameuse
phrase d’Abattoir 5, le plus célèbre des romans de Kurt Vonnegut Jr. : «Everything
Was Beautiful and Nothing Hurt.»
HURT Fat Possum/ Bella Union
26 u
Libération Mardi 11 Septembre 2018
Country Sock, 2017.
Le désordre
de Santiago
de Paoli
La galerie Jocelyn Wolff présente
les flottements chromatiques du
jeune Argentin qui fait perdre la tête
à sa peinture.
expo de peintures
qu’accroche Santiago de Paoli suit la
courbe irrégulière d’un fil à
sécher le linge qui ploierait
sous la charge des vêtements mouillés qui y sont
épinglés. Certains tableaux, perchés en haut
des murs de la galerie Jocelyn Wolff, se regardent le
nez en l’air, tandis que
d’autres reposent au sol,
parfois de guingois sur des
billes de céramique. Ces
variations d’altitude disent
déjà comme l’artiste argentin, né en 1978, fait traverser des trous d’air à sa
peinture. Il la secoue de
haut en bas pour lui faire
perdre la tête.
Dans ce qui, si tout était en
ordre, s’apparenterait à des
natures mortes, il répète
les mêmes motifs : des
croissants de lune, des
bougies, des bougeoirs, des
lampes avec leur vaste
abat-jour et des paires de
chaussettes qui, comme le
reste, prennent leurs aises,
toute la place en venant lécher les bords du cadre du
tableau. Ce qui donne bizarrement l’impression
que tout est un peu à
l’étroit et se pousse du
coude pour figurer au premier plan. D’autant que le
trait est hâtif et les couleurs pas nettes : le pinceau
a préféré esquisser des
contours vagues et colorier
à la va-vite en alternant zones claires et zones foncées. Ces flottements chromatiques sont imputables
au choix du support, des
panneaux de feutre qui,
moins stables et uniformes
que la toile, sont aussi un
peu plus rugueux, poilus et
échevelés. D’ailleurs, ils ne
semblent pas tendus sur
châssis, et s’ils flottent,
plissent et se gondolent,
c’est encore parce que
viennent parfois se poser à
leur surface quelques objets en céramique, voire
une vraie bougie en cire,
dont la mèche noircie a
feint de laisser des traces
de suie derrière elle. Toutes
ces peintures, qui soufflent
le chaud (les bougies, les
chaussettes) et le froid (la
lune, des étoiles de mer),
cumulant dans le même
espace des objets d’intérieur et d’autres de plein
air, réunissant le jour et la
nuit, cherchent finalement
la lumière. Cette quête bordélique qui croise sur son
chemin des chaussettes
qui traînent est menée
sans inquiétude, mais
aussi en désespoir de
cause : trop de sources lumineuses se télescopent
pour ne pas finalement
Une des œuvres, intitulée
Here You Are, paraît se réjouir d’avoir trouvé – la
voie, la lumière, la manière
de faire, le sujet, l’excitation… C’est un bloc de plâtre, posé à plat, peint à la
gouache, couleur chair et
abricot, creusé du dessin
d’une paire de fesses rebondies qu’une main s’ap-
prête à caresser (ou à fesser). Ce derrière, bien
ferme (contrairement à
tous les autres motifs de
l’expo, mais pas moins saugrenu), tend une perche : la
peinture de Santiago de
Paoli est une peinture
qui sautille entre le haut
et là-bas. Qui rebondit.
Galerie Jocelyn Wolff,
78, rue Julien-Lacroix, 75020.
Jusqu’au 14 octobre.
Martha Wilson, des personnages
qui font moustache d’huile
De sa série de «boobs» des
années 70 à ses portraits
déguisés en archétypes
féminins, première expo
personnelle à Paris de
l’Américaine féministe qui y
déploie son humour et son
n forme de poire ou de pomme, de
cône ou de sphère, les nichons photographiés par Martha Wilson se ressemblent. Disposés en grille, ces joyeux
boobs sont pourtant tous différents et affichent leur personnalité sans trace de soutien-gorge : l’artiste a choisi ses modèles
parmi les élèves de la filière arts plastiques
de l’université Dalhousie de Halifax où étudie son compagnon. Breast Forms Permutated (1972), la composition de photos de seins,
est sa première œuvre. Elle contient déjà
tout le sel de l’artiste performeuse américaine née en Pennsylvanie en 1947 : humour,
impertinence, féminisme. Car si Martha Wilson empile les tétons, c’est sa façon à elle de
faire de l’art conceptuel, ou peut-être de le
railler, puisqu’il est dominant dans les années 70. Sol Lewitt permute bien les cubes
et les formes géométriques, pourquoi Martha Wilson ne permuterait-elle pas les miches ?
La galerie MFC-Michèle Didier, pour sa première expo personnelle en France, montre
sa célèbre série A Portfolio of Models de 1974.
Déguisée, elle y campe des archétypes féminins outrés: la déesse, la femme au foyer, la
travailleuse… Dans un petit texte attenant,
elle confie avoir choisi la voie artistique, sans
doute moins caricaturale et plus malléable,
que les figures féminines imposées par la société. Car si Martha Wilson a le goût des archives –elle qui a créé en 1976 la fondation
Franklin Furnace Archives, un espace de
promotion de la performance et d’archivage
de livres d’artistes –, elle a surtout celui du
travestissement. Le soir de son vernissage
à Paris, clownesque, elle accueille les visiteurs avec une moustache postiche et une
bi-coiffure : blanche et courte d’un côté,
rousse et mi-longue de l’autre.
Dès les seventies, elle se grime, se maquille
pour être la plus belle, pour être la plus moche ou pour incarner à 25 ans la femme de
50 ans qui cherche à en paraître 25. Plus
tard, elle incarnera lors de performances
ou de mises en scène photo des first ladies telles Nancy Reagan ou Barbara
Bush, et même Bill Clinton. Dernières cibles: Donald Trump et Melania, avec laquelle elle fusionne dans un morphing
vidéo. «J’ai envie de comprendre comment ils sont et pensent de l’intérieur»,
confie-t-elle. On a plutôt l’impression
qu’elle se paye littéralement leur tête. Le
clou de l’expo, un morphing mixant son
visage avec celui de Mona Lisa et la choucroute bleue de Marge Simpson. Le tirage
lenticulaire laisse deviner les moustaches de L.H.O.O.Q de Marcel Duchamp.
Grâce à ses avatars, Martha Wilson
s’amuse beaucoup dans une veine féministe potache que l’on redécouvre
aujourd’hui. Quand elle rit fort, sa fausse
moustache se décolle un peu.
JOURNALS à la galerie MFC-Michèle
Didier 75003 Paris, jusqu’au
9 novembre.
Martha Wilson mi-Mona, mi-Marge. M. WILSON
Libération Mardi 11 Septembre 2018
u 27 f t @libe
A Metz, un «Loft»
L’installation qui
invoque la mythique
soirée new-yorkaise est
le point d’orgue de
l’expo de Martin Beck,
artiste fasciné par la
dérive des utopies.
est une pièce pleine de
fantômes, plongée dans la
pénombre. Trois canapés,
deux enceintes, un rideau noir. Le
peu de lumière provient de l’écran,
où inlassablement des disques passent sur une platine au bras
chromé. La playlist reproduit, peutêtre à quelques erreurs près,
les 118 disques passés la nuit
du 2 juin 1984 au «Loft», cette soirée
alors sise dans un appartement
du 99 Prince Street à New York, qui
fut l’un des décors où le DJ David
Mancuso fomentait, depuis quatorze ans, une utopie égalitaire et
rassembleuse devenue mythique.
S’étant passé le mot pour être invités, s’y côtoyaient des amateurs
d’Isaac Hayes et de Giorgio Moroder, noirs, blancs, hispaniques, homos, hétéros, une «coalition arc-enciel» d’activistes gays, de militants
pour les droits civiques, de féministes et d’objecteurs de conscience (1)
entrés dans l’antre de Mancuso
pour danser et s’aimer: le genre de
sublime corps à corps qui fait
l’étoffe des mythes.
Plongés dans le noir, invités à s’éterniser, les visiteurs de l’expo ressentiront peut-être à l’écoute de cette
playlist, jouée le tout dernier soir du
«Loft» à Prince Street, alors que
Soho rendait les armes devant les
promoteurs immobiliers, un mélange de nostalgie et de joie – une
puissante sensation élégiaque, proportionnelle à l’enthousiasme qui
pulse dans ces sons, et que fabriquaient les danseurs entre eux.
Mais depuis, combien sont morts?
Et qu’est-ce qui est mort avec eux?
Fourmi. L’installation Last Night
se trouve dans l’expo consacrée par
le Frac Lorraine à l’Autrichien
Martin Beck, né en 1963 et vivant
entre New York et Vienne, qui s’intéresse entre autres aux utopies nordaméricaines des années 60-70. Si
Last Night évoque d’autres œuvres
d’«hantologie» musicales ou cinématographiques, qui font revivre les
passé en exhaussant ses traces, elle
ne dépend pas de l’image pour faire
advenir les fantômes, mais plutôt de
la rencontre entre la musique et le
vide –l’absence de référence à des
personnes, à une guestlist ou un décor. Par sa durée même (treize heures), par le travail de fourmi qu’elle
a nécessité (quatre ans de recherche), elle est aussi un doigt d’honneur au règne de l’optimisation et de
la rentabilisation, et vient couronner un parcours livré à l’examen des
mécanismes de prédation de la contre-culture par le système capitaliste. Des mécanismes que l’on
trouve, par exemple, dans la vidéo le
Problème (2018) au niveau inférieur.
Chalet. Diffusée par un moniteur
posé au sol, le Problème fonctionne
sur le mode du diaporama, intercalant propositions écrites et visuels
issus de banques d’images. Elle apparie deux formes particulières
d’ennui contemporain, celle du parler managérial et celle des «stocks
photos», lesquelles pourraient
pourtant, si leur traitement ne vitrifiait par leur sujet, faire vibrer quelque chose d’un peu noble chez le
spectateur (mais niet). A l’écran, la
proposition «trouver des manières
ou des moyens d’atteindre les objectifs» est ainsi suivie d’un cliché de
ciel au couchant, et une photo impersonnelle de chalet sous la neige
précède «Classer les données relatives à la situation». Les phrases semblent perdues d’avance à la novlangue corporate, mais se révèlent
tirées d’un «livre créatif de résolution de problèmes» datant de 1971,
The Universal Traveler, somme
gonzo dont on comprend que les
principes ont été digérés et remâchés en vue d’améliorer la productivité de chacun.
Un semblable revirement se lit en
filigrane dans Désirable (2010),
composé de feuilles de papier mises
à disposition des visiteurs, qui reflète les recherches de Martin Beck
sur les communautés rurales américaines des sixties. Certaines
s’étaient livrées à un examen des
comportements pouvant produire
«une attitude positive au sein d’un
groupe », et Désirable reproduit des
extraits de manuels de résolution
de conflits. Des feuilles en accès libre, peut-être est-ce pour nous encourager à recréer partout de vertueuses conditions d’échange, mais
la manière un peu cynique dont les
visiteurs contemporains seront tentés de recevoir ces propositions
La platine au bras chromé de l’installation Last Night. PHOTO COURTESY MARTIN BECK & 47 CANAL
Image tirée de la série «Flowers». PHOTO COURTESY MARTIN BECK & 47 CANAL
(«Me donne confiance en moi en me
félicitant quand cela est justifié»,
«Dit les choses de manière enthousiaste») reflète avant tout qu’elles
ont déjà été abîmées par leur moulinage dans le tambour de la machine
open space. De même, son pendant,
Irritating Behaviors (2010), autre
feuille avec des extraits plus négatifs («Jim monopolise trop souvent
la parole», «Certaines personnes
trouvent la conversation de Sally ennuyeuse») suscite d’abord l’hilarité.
Si bien intentionnée qu’aient pu
être ces communautés utopiques,
elles étaient aussi animées, ces
œuvres le révèlent, d’un désir de
maîtrise inquiétant. Le salut, hélas,
ne viendra pas de l’esthétique. Antonio Canova (2017) nous apprend
que le sculpteur italien se livrait dès
le XVIIIe siècle à l’optimisation de la
fabrication de ses merveilleux marbres, qui semblent pourtant pétris
d’amour et d’eau fraîche, et les photos de Flowers (2015), qui empruntent leurs bouquets aux natures
mortes hollandaises, déclinent des
arrangement sur un fond noir et
glacé: on s’imagine sans mal que les
bouquets ont été composés pour le
hall d’accueil d’un centre de
congrès en Arizona. C’est dire qu’on
accueille donc Last Night avec bon-
heur, à la fin de la visite, et que l’on
s’y vautre d’autant plus longtemps
et déraisonnablement qu’on a un
train à prendre, et que le temps
passé ici ne sert strictement à rien,
sinon à nous.
Envoyée spéciale à Metz
(1) Expression empruntée au journaliste
Tim Lawrence, tirée de son livre Love Saves the Day, A History of American Dance
Jusqu’au 21 octobre. 49 Nord 6 Est
Frac Lorraine à Metz (51).
Libération Mardi 11 Septembre 2018 f t @libe
Sans relâche
Michel Fau Insatiable, attachant, fou, parfois
enfantin, l’acteur et metteur en scène trouve
dans l’amour et l’opéra les raisons de vivre.
ême sous la douche, il a le goût de la mise en scène.
Michel Fau, 53 ans, assortit ses humeurs de réveil à
un opéra. Certains matins moussent mieux avec
Mozart ou Alban Berg. Sous le pommeau, ce jour, c’était la Chevauchée des Walkyries. Pour lui, les amants qui souffrent de
sentir l’autre s’éloigner devraient écouter Wagner au lieu de
commencer la journée par chialer. «Contre
la déprime, j’ai essayé le psy, les médicaments et l’alcool, rien n’a marché. Avec les
planches, c’est l’opéra qui m’a sauvé. Ça
rend vivant.» Des opéras, il en monte depuis quinze ans. Les
trois prochains sont annoncés à Toulouse, à l’Opéra-Comique
de Paris et à Lausanne. Il dit toujours avoir aimé la mise en
scène. Petit, il s’inventait des costumes en faisant des drapés
avec le dessus-de-lit de ses parents et créait des spectacles avec
ses marionnettes. «Ça peuplait mon monde, j’étais assez renfermé. Mon monde n’était pas la réalité.» Comme le roseau de
la fable, des planches, il est indéracinable.
Trente ans de lever de rideau, 92 pièces au compteur, dont un
tiers à la fois joué et mis en scène par lui-même. Il est aussi à
l’aise en Tartuffe qu’en cantatrice emperlousée. Les écarts sont
sa signature. Michel Fau aime le burlesque et l’effroi, exècre
le tiède, le raisonnable. Il ne comprend pas les journalistes qui
ne pigent toujours pas ce qui dirige son choix d’acteurs. De Michel Bouquet à Chantal Ladesou, pour lui priment la musicalité, le phrasé, la personnalité. Les critiques l’ont à la bonne,
le disent à tu et à toi avec les textes qu’il
empoigne. Ceux d’Olivier Py, de Shakespeare, de Molière, en passant par Courteline, Claudel ou encore Barillet et Gredy.
Récemment, avec ceux de Douce Amère, écrit par Jean Poiret,
avant la Cage aux folles, les journalistes se sont montrés moins
tendres envers lui. Michel Fau est de ceux que les mots ne
vexent pas mais blessent, en silence. Il vient d’exhumer FricFrac, pièce de Bourdet, dans laquelle il se met en scène avec
Régis Laspalès et Julie Depardieu, ses deux principales têtes
d’affiches. Il reçoit face à la scène, au milieu d’une rangée de
fauteuils, avant une répétition. Nous sommes au Théâtre de
Paris, à J - 4 du lever de rideau. On cherche des personnes qui
ne le portent pas aux nues pour nous parler de lui. «Ça va être
difficile…» Des amis ? «Pierre Loti disait : “Les amis, c’est
comme les chiens, ça finit toujours mal. Je me méfie beaucoup
des amis, je n’en ai pas. Des animaux non plus. Les histoires
d’amitiés qui vous claquent entre les doigts sont plus violentes
que les histoires d’amour. Je suis échevelé et maniaque, baroque
et impatient. J’ai des passions affectives. Voyez avec Julie Depardieu, on s’adore, et elle peut être dure.» De lui, l’actrice dit:
«Michel pose des cadres, il sait ce qu’il veut. Si on déborde d’un
centimètre, il est le seul à le repérer. Il faut respecter le milieu
de cette putain de chaise sur laquelle on doit s’asseoir. Je le surnomme “Psychorigidité Productions”, c’est un mini-despote,
une casserole de lait sur le feu qui bout et redescend très vite.
Il parle sans filtre, comme un enfant. Gâté peut-être? Sa sensibilité est aussi celle de quelqu’un qui a galéré, connu la dépression. J’aime son intelligence, sa rapidité, sa façon de rebondir
et il est hyper-attachant, super-marrant.»
Au cinéma, devant la caméra, il se transforme en «pâte à modeler». Il est à l’affiche du prochain film de Cédric Anger, L’amour
est une fête, qui se déroule dans le Paris de la nuit des années 80.
Guillaume Canet et Gilles Lellouche interprètent les pa- 17 décembre 1964
trons d’un peep-show. Michel Naissance à Agen
Fau campe un producteur de (Lot-et-Garonne).
films pornos, «une crapule at- 2006 Illusions comiques
tachante». Il excelle dans la d’Olivier Py. Septembre
scène où il joue au Master- 2018 Fric-Frac d’Edouard
mind, hystérique quand il Bourdet au Théâtre
paume. Cédric Anger le défi- de Paris et L’amour est
nit ainsi: «Michel a un mystère une fête de Cédric Anger
qui n’est pas dans l’économie (sortie le 19).
du geste ou de la parole mais
dans la démonstration. Dans son regard, on retrouve l’enfant
qu’il a été. C’est un vrai technicien de la comédie, il est libre,
monte ses spectacles, choisit ce qu’il veut faire au cinéma, il ne
cachetonne pas. Il me touche pour être à la frontière entre le ridicule et le génie. Et il bascule toujours du bon côté.»
Il est né à Agen et y a vécu avec sa fratrie jusqu’à 18 ans. L’école
l’ennuie, il loupe son bac. Sa mère, qu’il voit encore régulièrement, l’a ouvert à la lecture, au cinéma, au théâtre. «Je lui dois
beaucoup, elle m’autorisait tout!» Son père, horloger, crée une
entreprise de pièces détachées pour automobiles anciennes
dont il fait la collection. «Il avait du mal avec la réalité, les choses
matérielles, il était souvent absent, pourtant, j’ai son caractère.
Le côté maniaque, la précision, je les tiens de lui», dit Michel Fau.
A sa mort, les vieilles Simca, les Citroën sont vendues. «J’ai mon
permis mais peut-être par rejet, je ne conduis pas.» Deux frères
aînés, une sœur cadette.
Il est ouvreur dans un théâtre avant d’entrer au Conservatoire
d’art dramatique de Paris. Il aura Michel Bouquet pour professeur. L’autre rencontre déterminante est celle d’Olivier Py, l’actuel directeur du Festival d’Avignon. «Nous étions élèves mais
pas dans la même classe. Il disait qu’il était poète, il passait
pour un fou, et moi aussi, on s’est rapprochés. Il a changé ma
vie en m’écrivant des rôles. Ce lien fut aussi fort qu’une histoire
d’amour. Ces histoires finissent mal, et ça a mal fini. On a fait
beaucoup de spectacles ensemble, peut-être trop. Il a pris la
direction du Théâtre de l’Odéon, les institutions me font peur.
Il est devenu quelqu’un d’autre, un notable. J’ai essayé de faire
le notable, sans y parvenir.»
Michel Fau se définit ni de droite ni de gauche, pas anarchiste,
plutôt dadaïste. «Si je vote, ça ne regarde personne.» Il vit dans
le IXe à Paris, loue un vieil appartement décoré comme celui
de Jean-Claude Brialy et la loge de Sarah Bernhardt. «Je ne veux
pas m’endetter car je ne pense pas à l’avenir.» S’il devait faire
la cour à la réussite, il répond qu’il aurait besoin d’avoir un
verre dans le nez, qu’il s’y prendrait très mal. «J’ai évolué en
étant fidèle à ce que je suis profondément. Pas carriériste, plein
de contradictions, torturé, pas envieux, ni jaloux, je n’ai pas le
goût du pouvoir et n’aime pas me sentir redevable.»
Il adore les histoires d’amour platoniques mais pas que.
«Adolescent, je n’avais pas beaucoup de succès, ni avec les filles
ni avec les mecs, j’ai morflé.» Il croit en la passion mais la trouve
pénible. «J’ai été très amoureux de femmes comme d’hommes.
La sexualité, le désir, le fantasme, c’est très mystérieux, c’est
bien que ça le reste. Il y a mille façons différentes d’aimer, et je
n’ai pas qu’une façon d’aimer. Plus encore que l’opéra, je n’en
dirai pas plus, l’amour m’a sauvé.» La répétition va débuter,
il raccompagne jusqu’au dernier fauteuil de la rangée, dit avec
beaucoup de retenue : «Je vous embrasse… Ce qui est rare.»
Et vice versa. •
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