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Libération - 03 10 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MERCREDI 3 OCTOBRE 2018
2,00 € Première édition. No 11616
www.liberation.fr
Gérard Collomb face à Edouard Philippe, à Lille le 23 février. PHOTO ALBERT FACELLY
GÉRARD COLLOMB
LE GAG
DU
LYONNAIS
Malgré un premier refus de Macron,
le ministre de l’Intérieur a maintenu
mardi sa démission pour se consacrer
aux municipales de Lyon. Un nouveau coup dur pour l’exécutif.
Mode
Fashion
Week, bilan
classieux
PAGE 12
PAGES 18-19
PYRAMIDE
Benalla
L’étrange
entrevue
avec Djouhri
PAGES 2 À 4
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Cinéma
Entretien avec
Emmanuelle Devos,
lumière d’«Amin»
ET TOUTES LES SORTIES, PAGES 24-29
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par LAURENT
JOFFRIN
Tournis
Cette fois, on passe d’Aznavour à Brel. «Que c’est triste
Beauvau, au temps des
amours mortes», dit Collomb. «Ne me quitte pas, il
faut oublier, tout peut
s’oublier», répond Macron.
Référence un peu frivole
mais légitime :
la valse-hésitation invraisemblable qui se déroule
depuis quelques jours au
sein de l’exécutif à propos
du poste éminent de premier flic de France tient
plus du music-hall que de
la politique gouvernementale. Valse à mille temps ?
Valse à trois temps, en tout
cas. Premier mouvement :
Collomb exprime ses états
d’âme – attention à l’hubris
présidentiel, dit-il – et
annonce son intention de
se représenter à la mairie
de Lyon. Deuxième mouvement : il présente sa démission, aussitôt refusée par
le Président. Troisième
mouvement : il annonce
au Figaro que sa démission
est maintenue, et contraint
le chef de l’Etat à entériner
quelques heures plus tard
une «situation» conduisant
son ministre à quitter
le gouvernement.
Ce pas de trois est inédit
dans l’histoire de la Ve République. En passant par
pertes et profits l’injonction présidentielle deux
jours après qu’elle a été rendue publique, Collomb sait
fort bien qu’il met à mal
une autorité qui se voulait
jupitérienne. Il sait tout
autant qu’on ne peut être
dedans et dehors, à l’Intérieur tout en affirmant
hautement sa préférence
pour l’extérieur. C’est la
Place Beauvau tout entière
qui a le tournis. Gérard Collomb fut le principal soutien du futur président.
Deux ans plus tard, il est
le savonneur de planche
en chef. Quelle faille s’est
creusée entre lui et son
jeune pupille parvenu au
sommet ? L’affaire Benalla,
sans doute, où il fut le dindon de la farce. Mais il y a
peut-être plus gênant : si
ce fidèle des fidèles décide
de prendre du champ, c’est
aussi parce qu’il porte sur
l’avenir de l’équipée Macron un diagnostic moins
optimiste qu’à son entrée
dans le gouvernement.
Signe alarmant. •
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
Le jour où
Collomb
s’est
expulsé
lui-même
Extorquée au Président,
la démission du ministre
de l’Intérieur pour retrouver
son fauteuil de maire à Lyon
a surpris jusqu’au gouvernement.
Par DOMINIQUE ALBERTINI,
LAURE BRETTON
et NATHALIE RAULIN
E
lement du chef de l’Etat. Résultat
des courses : un poids lourd de
moins au gouvernement, un souci
de plus pour Emmanuel Macron, et
une rentrée décidément infernale
pour la majorité.
Gérard Collomb vendredi à Lille. PHOTO AIMÉE THIRION
silence du Premier ministre est couvert par les rires étouffés des convives. Edouard Philippe veut s’en tenir aux sujets du jour: le budget ou
la taxe carbone, pas commenter les
petits arrangements entre le chef de
l’Etat et son ministre –dont il n’est
d’ailleurs tenu informé qu’en dernier ressort, pour la forme…
«Ça le préoccupait quand même
puisqu’il a regardé avec attention le
bandeau de BFM TV annonçant la
vraie-fausse démission de Collomb»,
relève un participant. Il y a urgence:
Collomb est devenu une cible. Les
syndicats, à l’approche des élections professionnelles de décembre,
n’épargnent plus un ministre affaibli (lire page 4). L’opposition dénonce ses atermoiements et cartonne le Président sur la sécurité.
Soutien de Macron, Daniel CohnBendit avait le premier sonné l’hallali lundi, appelant Collomb, 71 ans,
à faire valoir son «droit à la retraite» : «Qu’il aille s’occuper de ses
petits-enfants, des pâquerettes.»
xit Collomb. Le départ du ministre de l’Intérieur ne faisait
plus de doute mardi soir, à
l’issue d’un invraisemblable pas de 8 heures à Matignon
deux avec le chef de l’Etat. Alors que «Est-ce que Gérard Collomb est là
celui-ci lui avait refusé, la veille, son pour longtemps?» Lors du petit-débon de sortie, le premier flic de jeuner hebdomadaire de la majorité,
France a confirmé dans le Figaro à Matignon, le président de l’Assemson souhait de démissionner. Can- blée, Richard Ferrand, met les pieds
didat déclaré à un quatrième man- dans le plat. Lundi soir, Macron a redat à la mairie de Lyon, le numéro 2 fusé la démission du ministre de 10 heures à l’Assemblée
du gouvernement multipliait ces l’Intérieur. Le 18 septembre, Col- La droite sent le climax approcher.
dernières semaines les allusions à lomb avait expliqué à l’Express son Lors de la réunion de groupe des déson avenir municipal, mais aussi les désir de retourner à Lyon et donc de putés LR, Laurent Wauquiez picommentaires inquiets sur l’«arroquitter l’exécutif après les euro- lonne: «Le ministre de l’Intérieur est
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gance» du camp macroniste et l’iso- péennes de 2019. Ce mardi matin, le en survie artificielle.» Les critiques
déferlent sur les réseaux sociaux.
«Le ministre de l’Intérieur est cramé:
son administration s’éloigne de lui
depuis son annonce de départ, idem
les syndicats. […] Tenir huit mois
sera long», réagit le député LR Philippe Gosselin sur Twitter.
13 heures à l’Elysée
Au sommet de l’Etat, la situation
«surréaliste» délie les langues: «Ce
n’est pas parce qu’on refuse une démission qu’elle n’est pas inéluctable»,
souffle un lieutenant du chef de
l’Etat. Plusieurs responsables de la
majorité s’inquiètent de ce «désordre». S’agissant de l’Intérieur, le flou
est intenable pour le pouvoir: Macron risque de payer cher en popularité et en autorité le temps passé
à trouver un remplaçant. «Collomb
a le corps criblé de balles, souligne
un proche du ministre de l’Intérieur. Le pire, c’est que c’est lui qui a
tiré le premier. On a un ministre
d’Etat dont les décisions ont été prises au regard d’enjeux locaux.»
En coulisse, on spécule déjà sur son
successeur. Christophe Castaner
rêve du job mais le patron de LREM
a déjà fort à faire avec les prochaines
élections européennes et municipales. Même si Macron l’apprécie, le
ministre du Budget, Gérard Darma-
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
u 3
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L’Elysée touché
dans son
fort Intérieur
Le départ de Gérard
Collomb vient
parasiter la séquence
de reprise en main
que Macron avait
entamée aux Antilles.
Q
ui imagine le général de
Gaulle bousculé publiquement par son propre
ministre de l’Intérieur? Cette
question, Emmanuel Macron et
sa plume n’auront pas manqué
de se la poser, ces dernières heures en pleins préparatifs du discours qu’il prononcera jeudi, au
Conseil constitutionnel pour célébrer le 60e anniversaire de la
Ve République (lire pages 30-31).
Le chef de l’Etat n’a-t-il pas revendiqué, depuis son élection, sa
conception «gaullo-mitterrandienne» du pouvoir ? C’est peu
dire que la «verticalité» présidentielle, si souvent célébrée en
a pris un sacré
coup…
Alors qu’il espérait avoir enfin
tourné la page
de cette «rentrée
compliquée»
– doux euphémisme récemment formulé par son Premier
ministre –, le chef de l’Etat replonge dans une crise politique
un mois après la démission de
Nicolas Hulot.
ment» à l’été 2014 avant d’être
promptement viré.
Mi-septembre, déjà, Collomb
avait fait sensation en laissant
échapper déception et mauvaise
humeur au micro de RMC :
«Quand vous devenez trop sûr de
vous, vous pensez que vous allez
tout emporter», avait-il noté, regrettant le «manque d’humilité»
au sommet de l’Etat. Cela résonnait comme un contrecoup de
l’affaire Benalla. Dépassé par ce
gros dysfonctionnement à l’Elysée, le ministre de l’Intérieur
était sorti meurtri de sa piteuse
prestation devant la commission
d’enquête parlementaire fin
juillet.
«Régénéré !» Le feuilleton
Collomb fait le bonheur des oppositions, de droite comme de
gauche, qui y voient les prémisses d’un effondrement. Il
vient surtout
parasiter la séquence de reprise en main
que Macron estimait avoir
bien entamée à
l’occasion de sa
longue tournée
dans les Antilles
françaises dont
il est rentré ce week-end. «Je suis
régénéré!» confiait-il dimanche
soir au Monde, dans l’avion qui
le ramenait de Pointe-à-Pitre.
Pendant quatre jours, de la Martinique jusqu’à l’île de SaintMartin, le chef de l’Etat avait
passé des heures au contact des
populations, s’attachant à écouter leurs problèmes, détaillant
ses solutions avec force détails.
De quoi démentir la description
de son ministre, un président
coupé des réalités.
Cette séquence «retour sur le terrain» doit se prolonger, début
novembre, par un exercice inédit : pendant une semaine, du
4 au 11 novembre, centenaire de
l’armistice, le président de la République a prévu de visiter tous
les départements du Grand-Est
et des Hauts-de-France meurtris
par la Grande Guerre. A l’occasion de cette «itinérance commémorative» loin de Paris, Macron
entend aller au chevet de territoires touchés par le chômage et
la désindustrialisation. Le gros
coup de blues du ministre d’Etat
menaçait de gêner cette entreprise. Ce qui explique sans doute
que le Président ait tenté, audelà du raisonnable, de retenir
son ancien disciple.
ALAIN AUFFRAY
Avec son coup
d’éclat, Gérard
Collomb
replonge ses
camarades
dans le bain de
l’ancien monde.
nin, est toujours pénalisé par son
passé sarkozyste. «Il faut à la fois
quelqu’un de confiance et l’autorité,
la crédibilité et la séniorité nécessaires, fait valoir un lieutenant du Président. Autour de Macron, il n’y en
a qu’un, c’est Jean-Yves Le Drian. En
plus, il est adoré des armées, qui forment une partie des effectifs de la
Place Beauvau…»
15 heures
au Palais Bourbon
Gérard Collomb sèche la séance de
questions au gouvernement. Officiellement, le ministre de l’Intérieur
est retenu à Beauvau pour les séminaires de deux services de police. «Il
est où Gérard ?» entonne la droite.
Eric Ciotti dénonce «un ministre de
l’Intérieur qui est déjà à l’extérieur».
Pour Edouard Philippe, «ce qui
compte, c’est ce que nous faisons
pour assurer la sécurité des Français, ce que nous faisons en augmentant les moyens humains et matériels du ministère». En gros, peu
importe qui occupe le poste… Sans
prononcer le nom de Collomb, le
chef du gouvernement souligne sobrement que «chaque ministre doit
se consacrer pleinement à sa tâche».
Une (nouvelle) interview du ministre de l’Intérieur au Figaro – «Je
maintiens ma proposition de démission» – plus tard, le ton est moins
badin, Philippe cingle: «J’aurai l’occasion de proposer au Président les
décisions qui s’imposent.»
16 heures dans
les ministères
puté LREM: «Les séjours de Collomb
à Lyon l’ont fait flipper. Il a vu que le
lien avec la population s’effilochait,
que sa victoire là-bas n’était pas acquise. Il veut donc sortir du gouvernement en rock star et reprendre la
main au plus vite.» Sans attendre les
élections: resté conseiller de Lyon,
l’ex-édile va se voir réélire par le
conseil municipal, a confirmé le
maire actuel, Georges Képénékian.
La nouvelle provocation de Collomb se propage de smartphone en
smartphone. Silence radio à Matignon, où l’on a découvert l’interview en même temps que tout le 17 h 01 dans
monde. Silence aussi autour de Col- le bureau de Macron
lomb où, ces derniers jours, on Contraint et forcé, le Président acn’épargnait pas sa peine pour ven- cepte cette énième demande de dédre un ministre «pleinement à sa tâ- mission de Collomb et fait savoir
che» et en plein accord avec Ma- qu’il «attend que le Premier ministre
cron. Un conseiller ministériel, lui fasse des propositions» pour le
ébahi: «C’est incompréhensible. Se remplacer. L’entourage présidentiel
laisser retenir puis remettre une juge «regrettable que Gérard Colpièce dans la machine, c’est carré- lomb se soit mis dans la situation le
ment cruel. Quand on présente sa conduisant à devoir démissionner».
démission, on part et puis c’est Indigeste, la formule vient souligner
tout!» «Un ministre, ça démissionne en creux le manque de grands serviou ça ferme sa gueule», avait dit teurs de l’Etat dont souffre la macroen 1983 Jean-Pierre Chevènement, nie. Dans la soirée, le Président requi avait pourtant mis plus d’un çoit les députés de la majorité de la
mois à claquer la porte du gouver- commission des affaires sociales.
nement Mauroy. «Mon sentiment, Pas un mot, à 19h30, sur la crise en
c’est que les choses sont compliquées cours et le remaniement à venir. «On
à Lyon et qu’il doit vouloir s’y consa- parle protection sociale du XXIe siècrer aussi vite que possible», confie
cle, rapporte un participant. Pas de
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un ministre. Même analyse d’un dé- Collomb: c’est trop XXe siècle.» •
Coup d’éclat. Mais cette fois,
il le doit à un grognard de la macronie, Gérard Collomb, fidèle
d’entre les fidèles. Le coup est
d’autant plus rude qu’il touche
précisément à ce qui était censé
faire la force et l’originalité de
cet exécutif. «Chez nous, au
moins, il y a une vraie solidarité
gouvernementale», a-t-on coutume de souligner à l’Elysée
comme à Matignon. Une loyauté
sans faille au chef de l’Etat, sans
les coups bas et les petites perfidies qui viennent nourrir les pages du Canard enchaîné. C’était
l’une des caractéristiques de ce
nouveau monde. Tout le contraire du désolant festival de
couacs que fut, selon les leaders
de la majorité, le quinquennat
Hollande. Avec son coup d’éclat,
Collomb replonge ses camarades dans le bain de l’ancien
monde. On n’est plus très loin de
la provocation d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, proposant d’envoyer à l’Elysée «une bonne
bouteille de la cuvée du redresse-
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
A Beauvau, ça part à vau-l’eau
Avec un profil atypique
et une série de gaffes,
Gérard Collomb n’aura
jamais réussi à endosser
pleinement l’habit de
ministre de l’Intérieur.
G
érard Collomb maîtrise-t-il
à merveille l’art du contrepied ou du sabotage ? Miseptembre, alors que le ministre de
l’Intérieur doit lancer officiellement
la réforme de «la police de sécurité
du quotidien», projet le plus important du quinquennat en matière de
sécurité publique, il surprend tout
le monde. Dans une interview publiée par l’Express le 18 septembre,
Gérard Collomb annonce tranquillement qu’il prévoit de démissionner
dans quelques mois pour candidater
à Lyon à l’occasion des élections
municipales prévues en 2020. Du jamais vu. «On a senti une déconnexion très forte entre ses ambitions
personnelles et ses dossiers au ministère, commente aujourd’hui un haut
fonctionnaire de la Place Beauvau.
C’est une espèce de lente agonie, un
peu pénible, poursuit-il. Depuis quelques semaines, face aux inquiétudes
sur son implication, on nous a pourtant assuré plusieurs fois qu’il était
à fond.» Un discours qui rassurait un
peu, sans vraiment convaincre.
«Feuilleton». Puis Collomb a réitéré mardi sa volonté de quitter l’Intérieur, alors même que le président
de la République l’avait confirmé à
son poste la veille. «Avoir un ministre qui tient absolument à démissionner au plus vite, c’est compliqué,
commente Philippe Capon, secrétaire général du syndicat policier
Unsa depuis 2009. Je n’ai jamais vu
une situation pareille, il transforme
son départ en véritable feuilleton.»
Place Beauvau, le haut fonctionnaire cité précédemment s’inquiète
aussi d’un «ministre fragile», car
«dans l’administration centrale son
poids est capital, les dossiers n’avancent pas de la même façon». Autrement dit, comment mener une réforme qui pourrait constituer un
véritable bouleversement du métier
de policier sans être pleinement
consacré à la tâche? «C’est d’un côté
un ministère qui nécessite un suivi
sur le temps long, mais c’est aussi un
ministère de l’imprévu et de la catastrophe. Donc s’il veut partir, je ne
vois pas pourquoi le Président le retient», abonde Capon.
Dès le début du quinquennat, Collomb détonne et enchaîne les bourdes. Alors que la Grande-Bretagne
est frappée par un attentat terroriste
à Manchester, en mai 2017, l’exmaire de Lyon, installé Place Beauvau depuis quelques jours, révèle
lors d’une déclaration les premiers
éléments de l’enquête, au grand
dam des autorités britanniques.
Autre attentat, autre bourde. Prenant le risque de s’exprimer très tôt
devant les caméras des chaînes
d’info en continu, quelques heures
après l’attaque de Redouane Lakdim
dans l’Aude, le ministre de l’Intérieur présente le suspect comme un
dealer qui a brusquement basculé
dans le terrorisme. Il sera immédiatement contredit: le terroriste était
en réalité fiché depuis plusieurs
années et avait même fait l’objet de
filatures de l’antiterrorisme.
Le profil de Gérard Collomb pouvait
déjà surprendre ceux qui ont vu passer de nombreux ministres de l’Intérieur. L’ancien maire de Lyon ne
rentrait pas dans la case du ministre
qui se sert de Beauvau comme tremplin vers Matignon ou l’Elysée. Ni
dans celle du soldat historiquement
fidèle à un grand chef auquel il doit
toute sa carrière. Au Parlement, Collomb endosse deux réformes vivement contestées par la gauche, notamment le Parti socialiste, où le
ministre a fait toute sa carrière
avant de rejoindre En marche à sa
création. La loi antiterroriste
d’abord, qui transpose dans le droit
commun une grande partie des dispositions administratives prévues
par l’état d’urgence. Avant de défendre fermement la loi asile et immigration, contestée par la quasi-totalité des associations de défense des
droits de l’homme. Le ministre de
l’Intérieur devait ensuite s’attaquer
à la «réforme de l’islam de France»,
mais l’Elysée a déjà repris la main.
Absurde. Son obsession pour la
Gérard Collomb, le 6 septembre, au ministère de l’Intérieur. PHOTO ALBERT FACELLY
ville de Lyon lui a aussi été parfois
reprochée Place Beauvau. Collomb
y a effectué de très nombreux déplacements officiels. Parfois sans
rapport avec ses attributions de ministre de l’Intérieur. Dans ses discours et en réponse aux questions
des journalistes, Gérard Collomb,
usait quasi systématiquement
d’exemples relatifs à sa ville de
cœur et à son expérience de maire.
Jusqu’à l’absurde.
Puis vint l’affaire Benalla (lire aussi
page 12). Très vite auditionné devant les commissions d’enquête parlementaires, Collomb assure qu’il ne
connaissait pas l’ex-adjoint au chef
de cabinet du président de la République. Qu’il pensait même qu’il
était policier. Ou encore qu’il s’était
contenté de transmettre les informations, sans chercher à en savoir
davantage. Sans convaincre. Un
commissaire, qui commentait froidement cet été: «C’est évidemment
honteux, comment faire respecter
quelque règle que ce soit à nos effectifs après de telles déclarations?»
ISMAËL HALISSAT
A l’Assemblée, sourires crispés et mines affligées
Alors que les élus de la
majorité activaient le mode
«no comment», l’opposition
tirait mardi la sonnette
d’alarme.
C
e devait être les adieux de Manuel
Valls, ce sera la (nouvelle) démission
de Gérard Collomb. La séance des
questions au gouvernement touche à sa fin
lorsque l’alerte du Figaro fait vibrer les téléphones sur les pupitres des députés. «On a
senti le flottement dans la majorité et même au
gouvernement: ils ont eu l’air d’apprendre la
nouvelle en direct», raconte un parlementaire. ches qui frisent. Les députés affectent une
Après l’affaire Benalla et la démission de Ni- mine grave. «Je ne me frotte même pas les
colas Hulot, les élus de la majorité forcent leur mains, je suis plutôt atterré, affligé, assure
sourire sans s’attarder. «Quelle crise?» «Non, Philippe Gosselin (Les Républicains). Dixnon, non, pas d’embarras», bafouillent et ca- sept mois après la présidentielle, on est déjà
fouillent les marcheurs. «Pour nous, la situa- dans une ambiance de fin de règne. Le pouvoir
tion est parfaitement sous contrôle. Il n’y a pas est vide.» Adrien Quatennens (La France inlieu de surréagir ni de s’alarmer», répète Gilles soumise) évoque, lui, «une situation inquiéLe Gendre en détachant chaque syllabe. Le tante» : «Toute la chaîne de commandement
nouveau patron du groupe La République en militaire et policière est impactée, c’est délémarche veut s’en tenir au «respect scrupuleux tère.» Le premier secrétaire du PS, Olivier
de la séparation des pouvoirs» et refuse de Faure, parle carrément de «débandade». «Gécommenter «ce qui relève de la responsabilité» rard Collomb, l’un des premiers de cordée
de l’exécutif. C’est bien
pratique.
d’Emmanuel Macron, celui qui a le plus cru en
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Dans l’opposition, on évite d’avoir les mousta- lui, n’y croit plus et considère que la politique
conduite est un boulet pour conquérir sa ville»,
assène-t-il. Boris Vallaud, son collègue socialiste, se fait lyrique: «C’est une grande farce,
Molière n’aurait pas fait mieux.» Radical de
gauche, Olivier Falorni a les mêmes lectures
et voit en Collomb «un ministre malgré lui»,
ce qui n’est pas tenable à l’Intérieur. En off, un
député LREM soupire : «Collomb se fout du
monde. Désaccord ou pas, il y a quelque chose
qui se nomme l’intérêt supérieur de l’Etat. Là,
il nous met dans la merde. Il y en a un qui se
barre toutes les trois semaines, et le jeu de
chaises musicales va continuer. Il faudrait
peut-être qu’on se remette au travail…»
LAURE EQUY
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CHAQUE MERCREDI
À PARTIR DU 10 OCTOBRE
DeBonneville-Orlandini
© Photo Jérôme Dominé / Abacapress
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6 u
MONDE
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
DIVORCE
À LA
TUNISIENNE
L’éclatement de
la coalition entre le
parti du Président,
Nidaa Tounes, et la
formation islamiste
Ennahdha ébranle
le «consensus
démocratique»,
au moment
où l’Assemblée
reprend
ses travaux.
L
equel a quitté l’autre? Le couple improbable que formaient les deux
vieux cheikhs de la politique tunisienne a officiellement rompu, le 25 septembre, sur le plateau de la chaîne El Hiwar
Ettounsi. «Nous avons décidé de nous séparer, à la demande d’Ennahdha [le parti
d’inspiration islamiste, ndlr]», a annoncé
le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Sans préciser s’il s’agit là d’un divorce
définitif ou d’une tempête passagère. L’alliance entre le chef de l’Etat nonagénaire,
incarnation de la tradition bourguibiste
(Habib Bourguiba, président de 1957
à 1987), et Rached Ghannouchi, le dirigeant
d’Ennahdha, avait été scellée à la surprise
générale il y a quatre ans, au moment où
l’intensité de la confrontation entre les
camps «islamiste» et «moderniste» menaçait de faire dérailler la transition démocratique. Cette politique dite du consensus, saluée comme un moyen de préserver le
processus issu de la révolution de 2011, a
pourtant paralysé l’action du gouvernement, ballotté entre des forces contraires
depuis trois ans. La séparation était donc
prévisible. D’abord car un double scrutin
(présidentiel et législatif) est programmé
en 2019 et qu’à chaque échéance électorale,
les deux pôles de la vie politique nationale
ont tendance à rejouer la bataille du modèle-de-société-pour-la-Tunise afin de remobiliser leurs bases respectives. Une opposition difficile à mettre en scène quand les
deux protagonistes cogèrent le pays… «La
séquence de la semaine dernière donne le
coup d’envoi de la précampagne électorale»,
note le politologue Larbi Chouikha.
RACHED GHANNOUCHI
En 2014, Ennahdha, contesté dans la rue,
affaibli dans les urnes et tétanisé par la déLE SPHINX
bâcle des Frères musulmans égyptiens,
avait choisi de ne pas présenter de candidat
l est le principal gagnant de la nouvelle
à la présidentielle. Rached Ghannouchi,
configuration politique. Sans avoir eu à
77 ans, pourrait à nouveau faire profil bas,
s’exposer, son parti, Ennahdha, est
même si le parti musulman conservateur
passé du statut d’allié pestiféré mais indisa plutôt bien résisté lors des élections locapensable à celui de formation centrale qui
les du printemps. Quant à la formation
décide avec qui elle veut gouverner. Il est
d’Essebsi, Nidaa Tounes, elle est une coaliloin le temps des sarcasmes quand, au lention hétérogène «dont le seul projet est l’opdemain du 10e congrès d’Ennahdha, en
position aux islamistes», relève Selim Kharmai 2016, on raillait l’expression «musulrat, de l’observatoire politique Al-Bawsala.
man-démocrate» que Rached Ghannouchi
Le parti présidentiel ne cesse de s’effriter:
tentait d’imposer pour qualifier sa formaune quarantaine de ses députés ont déjà
tion politique en lieu et place du mot «islamigré vers le groupe parlementaire du Premiste». Fini aussi le temps des moqueries
mier ministre, Youssef Chahed, baptisé
sur le port de la cravate, débarquée dans
Coalition nationale. La rentrée de l’Assemson vestiaire personnel un soir d’août 2017
blée des représentants du peuple, mardi,
lors d’une émission télévisée, pour faire
est marquée par la recomposition de la maplus occidentalo-compatible.
jorité: exit donc le partenariat entre EnnaL’ancien prisonnier condamné pour terrohdha, premier parti en nombre d’élus, et Nirisme sous Bourguiba impose sa ligne de
daa Tounes. Ennahdha devrait désormais
«consensus large de longue durée». Après
privilégier l’alliance avec la Coalition natiole discours du président de la République
nale. Le jeune chef du gouvernement a été
officialisant la fin de l’alliance entre Nidaa
au cœur de la dispute entre Ghannouchi et
Tounes et Ennahdha, Ghannouchi n’a pas
Essebsi (lire ci-contre). Le premier le souvoulu prendre le contrôle du gouvernement,
tient, tandis que le second voit en lui un
bien qu’il dispose du groupe le plus imporconcurrent indésirable au sein du camp
tant à l’Assemblée. Il se refuse à risquer une
moderniste. Un président face à un Premier
seconde «troïka», la période de 2011 à 2014
ministre soutenu par l’opposition: la Tunimarquée par la montée du fondamentalisme
sie entre dans une nouvelle phase de son
et les assassinats politiques alors qu’Ennahexpérience démocratique.
Celle de la cohadha était au pouvoir. Le militant, formé dans
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bitation. •
la clandestinité, préfère la soviétique «tacti-
I
ZOUBEIR SOUISSI. REUTERS
Par CÉLIAN MACÉ
que du salami» –diviser pour mieux régner–
en soutenant la Coalition nationale, bloc
parlementaire formé autour du Premier ministre, Youssef Chahed, qui cherche à
s’émanciper de son ancien parti, Nidaa Tounes. «La Tunisie est encore dans une phase
de transition démocratique, détaille un proche du cheikh. Aucun parti ne peut gouverner seul. Pendant encore cinq ou dix ans,
nous devrons passer par des alliances.» Des
alliances où Ennahdha n’aurait pas à s’exposer plus que nécessaire.
Selon son entourage, Ghannouchi n’aurait
pas le désir de se présenter à la présidentielle. Plus encore –sauf situation politique exceptionnelle –, il ne souhaite pas
qu’Ennahdha propose de candidat. Pour
s’en assurer, il a fait inscrire dans les statuts
du parti que le président, c’est-à-dire lui, soit
le candidat préférentiel le cas échéant, évitant ainsi toute concurrence inopportune.
«Il y a toujours eu un courant très religieux
et un autre plus modéré au sein d’Ennahdha,
explique Hatem M’rad, président de l’Association tunisienne d’études politiques. Par
son charisme, Rached Ghannouchi réussit
à maintenir l’unité. Mais, à son départ, le
parti pourrait se diviser.» D’où la nécessité de
faire sien le credo mitterrandien : «Laisser
du temps au temps.»
MATHIEU GALTIER (à Tunis)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
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u 7
A
bientôt 92 ans, le plus vieux chef
d’Etat élu au monde n’a plus de
temps à perdre. Alors que l’élection
présidentielle prévue fin 2019 devrait mettre fin à sa longue carrière politique –même
s’il n’a pas exclu de se représenter –, Béji
Caïd Essebsi veut «partir par la grande
porte, laisser une trace dans l’histoire», explique-t-on dans son entourage. Sauf qu’à
l’heure actuelle, le compte n’y est pas. Son
héritage politique est au point mort: Nidaa
Tounes, le parti qu’il a créé et qui l’a mené
à la victoire présidentielle de 2014, est réduit à peau de chagrin, «en bonne partie à
cause du manque de leardership de son fils,
Hafedh Caïd Essebsi, dont l’élection contestée à la tête de Nidaa Tounes en 2016 a été
très mal perçue par les cadres, qui ont pour
la plupart démissionné», explique Chokri
Bahria, analyste au sein du think tank
Joussour.
Le parti présidentiel est relégué au rang de
troisième groupe parlementaire et s’apprête
peut-être à vivre le reste de la législature
dans l’opposition. Une déliquescence due
à l’un de ses rares mauvais calculs politiques : l’ancien ministre de Bourguiba était
persuadé que, in fine, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, se soumettrait à la
volonté de son fils de le voir quitter son
poste. Or le Premier ministre a tenu bon.
Sur le plan des réformes, sa mandature,
marquée par de sanglants attentats terroristes, est mitigée. Sa main tendue à Ennahdha, au lendemain de son élection, a été vécue comme une trahison par le courant
moderniste, mais a été saluée comme le début de la pacification politique par d’autres.
Dans un contexte de grave crise financière,
«BCE», ainsi qu’il est surnommé, a poussé
une loi de réconciliation économique assimilée à une amnistie des responsables de
l’ancien régime par la société civile.
Alors que la fenêtre d’action se rétrécit, le
Président a encore quelques atouts à faire
valoir, notamment son projet de loi pour
l’égalité entre hommes et femmes devant
l’héritage (lire Libération du 13 août). Une
avancée sociétale que son mentor, Habib
Bourguiba, n’avait pas osée en son temps.
«Ce texte est de nature à rompre l’alliance
entre Ennahdha et la Coalition nationale [le
groupe parlementaire derrière Youssef Chahed, ndlr] et même à révéler les dissensions
idéologiques au sein même de ce dernier»,
analyse Chokri Bahria. Une bombe à fragmentation qui pourrait cependant lui exploser dans les mains si l’ambitieux projet de
loi était rejeté. La place de Béji Caïd Essebsi
dans les livres d’histoire pourrait finalement
dépendre d’une Assemblée qu’il ne contrôle
plus. M.G. (à Tunis)
FETHI BELAÏD. AFP
BÉJI CAÏD ESSEBSI
LE ROI AU CRÉPUSCULE
YOUSSEF CHAHED
LE JEUNE AFFRANCHI
D
IMAGO. STUDIO X
epuis que ce quasi-inconnu a été
nommé à la tête du gouvernement,
à l’été 2016, la presse le dit régulièrement «sur la sellette», «assis sur un siège
éjectable». Déjouant tous les pronostics,
Youssef Chahed a battu le record de longévité d’un Premier ministre depuis la chute
de Ben Ali. A 42 ans, cet agronome de formation est même devenu un pivot incontournable de la vie politique tunisienne. Au
point d’être (en partie) responsable du divorce entre Ennahdha et Nidaa Tounes.
«Youssef Chahed est une création de Béji
Caïd Essebsi qui a fini par lui échapper», explique le politologue Larbi Chouikha, professeur à l’université de la Manouba, dans
la banlieue de Tunis. «Sa confrontation avec
le fils du Président, Hafedh Caïd Essebsi, qui
a pris le contrôle de Nidaa Tounes, l’a beaucoup servi en termes d’image. Par défaut,
Youssef Chahed incarne une alternative à
cette transmission dynastique.»
Jusqu’à présent, Ennahdha le défend, à
condition qu’il ne se présente pas à la présidentielle – la formation islamiste veut s’assurer d’un gouvernement non partisan aux
manettes pour l’organisation des élections.
Le Premier ministre a également pour lui le
soutien de la communauté internationale,
notamment du FMI. «C’est un bon communicant et il n’a pas de passé politique com-
«Y en a certains, au lieu de foutre le bordel,
ils feraient mieux de s’abonner à Chez Pol.»
EMMANUEL M., 40 ANS, LE TOUQUET
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promettant», note Labri Chouikha. De quoi
résister aux assauts de ses adversaires, sans
pour autant ouvrir une «troisième voie» qui
sortirait la vie politique tunisienne de sa bipolarisation. «Pour l’instant, son émancipation de Nidaa Tounes est une rupture de
personnes, pas de projet, explique le politologue Selim Kharrat. La Coalition nationale,
son groupe parlementaire, n’a pas de ligne
politique claire qui la rendrait solide et durable. Elle reste fragile.»
L’an dernier, Youssef Chahed avait fait de la
lutte anticorruption l’une de ses grandes
priorités. Un combat populaire en Tunisie.
Mais en dépit de quelques procès spectaculaires de figures de l’ancien régime, les résultats de sa campagne sont jugés très insuffisants. Surtout, le Premier ministre n’est
pas parvenu à sortir le pays de l’ornière économique. Ses mesures d’austérité lui valent
l’hostilité ouverte de la puissante Union générale tunisienne du travail (UGTT) et
avaient provoqué, en début d’année 2017,
un vaste mouvement de contestation sociale. Le gouvernement Chahed est attendu
au tournant sur la prochaine loi de finances
–celle de l’an dernier avait été à l’origine de
la fronde. Pour le 24 octobre, jour de sa discussion au Parlement, l’UGTT a déjà annoncé une grève de l’ensemble de la fonction publique. C.Mc.
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8 u
MONDE
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
LIBÉ.FR
Une «Mascot» en direct de l’astéroïde Ryugu
Rien de tel pour étudier un corps céleste que d’en ramener
quelques grammes sur Terre. Pour la deuxième fois, la Jaxa
(l’agence spatiale japonaise) a expédié une sonde vers un astéroïde avec
l’objectif d’en rapporter des échantillons. Hayabusa 2 est arrivé cet été aux
environs de Ryugu, un caillou long de 880 mètres, après trois ans et demi de
voyage. La collecte commencera fin octobre. En attendant, la sonde s’approche
de la surface depuis mardi et jusqu’à ce mercredi pour faire atterrir un robot
nommé Mascot. Et Libé suit l’avancement des opérations. PHOTO CNES
responsable d’une petite
association locale. «Cette
arrivée a tout changé», racontait-il à La Repubblica
en 2016. A son initiative, le
village de 1 800 âmes va
rapidement accueillir plusieurs dizaines d’Afghans,
d’Erythréens ou d’Irakiens
qui vont repeupler les rues,
rouvrir des ateliers d’artisanat local et relancer, grâce à
leurs enfants, l’activité
scolaire.
Désobéissance. En 2010,
Domenico Lucano à Riace, en novembre 2013. PHOTO MAX ROSSI. REUTERS
Migrants en Italie: Domenico Lucano,
le maire qui défie l’extrême droite
ÉRIC JOZSEF
Correspondant à Rome
«L
e maire de Riace
n’est rien, c’est un
zéro», avait lancé
début juin dans un message
vidéo Matteo Salvini, le tout
nouveau ministre de l’Intérieur et l’homme fort du gouvernement populiste de
Giuseppe Conte, alors qu’il
se trouvait en déplacement
tants et des migrants de
Riace. «Lucano est uniquement coupable d’avoir sauvé
des vies humaines, des vies de
migrants», a réagi l’écrivain
Roberto Saviano, pour qui
«l’utilisation politique de l’enquête judiciaire» en cours
«constitue le premier pas vers
un Etat autoritaire».
vrir cet endroit si reculé du cela dans des bourgs où, demonde…» avait souri le puis longtemps, les plus jeumaire, élu pour la première nes ont pris la route du nord
fois en 2004 sur une liste de de l’Europe ou de la péningauche, et toujours recon- sule. «Moi aussi, j’ai été un
firmé depuis. Car comme émigré, à Turin et à Rome,
plusieurs petites villes du rappelle souvent Lucano,
Mezzogiorno,
professeur de
L'HOMME
Riace a su, sous
chimie dans le
l’impulsion de
secondaire. ReDU JOUR
son édile, faire
venir en Calabre
«Monde meilleur». Il y a le pari de l’intégration et de a été la décision la plus diffiencore quelques mois, Do- la relance de l’activité écono- cile de ma vie, […] mais la vomenico Lucano, aujourd’hui mique et sociale à travers lonté de rentrer était trop
âgé de 60 ans, était très lar- l’accueil des étrangers. Et forte. En tant que militant
gement considéré comme un
des mouvements étudiants, je
modèle, y compris par le mapensais pouvoir participer à
gazine américain Fortune
la construction d’un monde
qui, en 2016, l’avait placé
meilleur.»
parmi les 50 personnalités
Durant l’été 1998, un navire
Milan
les plus influentes du monde
avec à bord plus de 800 perITALIE
pour son engagement sur le
sonnes, dont des femmes et
Rome
terrain de l’immigration – il
des enfants, accoste sur la
Riace
était le seul Italien de la liste.
côte ionienne. C’est l’un
Mer
Tyrrhénienne
«Je me demande bien comdes premiers grands débarment
les journalistes de Forquements dans le sud de la
SICILE
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100 km
tune sont parvenus à découpéninsule. Lucano est alors
Io M
ni e
en r
ne
Par
en Calabre. Aux yeux du leader de la Ligue d’extrême
droite, l’élu local Domenico
«Mimmo» Lucano avait le
tort d’accueillir dans sa petite commune dépeuplée de
la pointe de la «Botte» des
migrants pour revitaliser le
bourg et témoigner de sa solidarité avec les plus démunis. Depuis lundi matin, Lucano est en état d’arrestation
car suspecté d’aide à l’immigration clandestine.
Le parquet de Locri lui reproche d’avoir organisé des mariages de convenance entre
des habitants de son village
et des femmes étrangères
afin de leur permettre d’obtenir un titre de séjour. Il est
aussi soupçonné d’irrégularités dans l’octroi de financements pour le ramassage des
ordures au profit de deux
coopératives créées pour
donner du travail à des habi-
FRANCE
Arrêté lundi, l’édile
du village de Riace
est suspecté d’avoir
organisé des
mariages de
convenance pour
aider les réfugiés,
au grand dam
de Matteo Salvini.
Wim Wenders consacre un
court-métrage à l’expérience
de Riace. Et plus récemment
la Rai, la chaîne publique italienne, avait elle aussi prévu
de diffuser une fiction autour
des nouveaux citoyens du
bourg calabrais. Mais les enquêtes judiciaires sont arrivées, suivies du changement
de gouvernement et de l’accession de l’extrême droite au
pouvoir. La nouvelle coalition composée de la Ligue et
du Mouvement Cinq Etoiles
a immédiatement annoncé
que les subventions pour
Riace seraient coupées.
Quant au film de la Rai, il est
provisoirement interdit de
diffusion.
Concrètement, la justice ne
soupçonne pas Lucano d’enrichissement ou prise illégale
d’intérêt. Dans des relevés
d’écoutes téléphoniques,
l’édile suggère à une jeune
femme nigériane de se marier pour pouvoir rester dans
le pays. Dans une autre
écoute, il revendique une
forme de désobéissance
civile : «Je vais vous faire la
carte d’identité, je suis horsla-loi car pour faire la carte
d’identité, je devrais avoir un
permis de séjour encore valable. […] J’assume la responsabilité et je vous dis que ça
va», annonce-t-il ainsi à une
femme étrangère.
«Que vont dire maintenant
Saviano et tous les bienpensants qui voudraient
remplir l’Italie d’immigrés?»
a ironisé, lundi, le ministre
de l’Intérieur, Matteo Salvini,
rejoint par son secrétaire
d’Etat et responsable du
Mouvement Cinq Etoiles
Carlo Sibilia, qui annonce
«la guerre au business
de l’immigration» et va
jusqu’à faire un parallèle
entre les ennuis judiciaires
de «Mimmo» Lucano et
l’exploitation financière des
migrants par la mafia. •
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LIBÉ.FR
u 9
En froid avec Israël, Moscou
renforce les défenses antiaériennes syriennes Depuis la des-
truction en vol d’un Iliouchine II-20 avec quinze soldats russes
à son bord au large de la Syrie mi-septembre, rien ne va plus
entre Moscou et Tel-Aviv. En représailles, le Kremlin, qui
en impute la responsabilité aux Israéliens, dit avoir commencé
à livrer des batteries S-300 aux forces syriennes. Une décision
«irresponsable», selon Benyamin Nétanyahou. PHOTO REUTERS
Indonésie: plus de 1200 morts et un
«accès très difficile» à certaines zones
Des convois d’aide alimentaire attaqués, un entrepôt
mis à sac, une foule énervée
attendant une évacuation à
l’aéroport de Palu, des enfants mendiant au bord de la
route… Quatre jours après le
séisme suivi d’un tsunami
qui a ravagé une partie de
l’île des Célèbes, en Indonésie, la faim, la soif, la peur
des répliques et le désespoir
se muent en colère.
Mardi, le gouvernement a
donné un nouveau bilan :
1234 morts et 62000 déplacés. «Il y a toujours des
zones que le gouvernement
n’a pas pu atteindre, explique depuis Jakarta Helen
Vanwell, directrice de
l’ONG Care Indonésie. Tout
Sur l’île des Célèbes, mardi. PHOTO
le monde est touché, les fonctionnaires s’occupent de
leurs proches et n’ont pas repris leur poste. L’accès est
toujours très difficile. Mais
BORIS
JOHNSON
ex-ministre
des Affaires
étrangères
REUTERS
«Il faut balancer Chequers
[l’accord avec l’UE sur le Brexit
défendu par Theresa May]
à la poubelle!»
Les conservateurs brexiters les plus virulents étaient
présents en masse, mardi, au congrès annuel des tories
à Birmingham, pour le show de Boris Johnson. Cette
année, son discours avait un relief particulier: Johnson
a démissionné en juillet de son poste de ministre des
Affaires étrangères et mène depuis une guerre sans
merci contre la Première ministre, Theresa May, et son
«plan de Chequers» sur les relations économiques avec
l’UE après le Brexit. Plan qu’il a qualifié mardi de «tricherie» par rapport au «retour à la liberté», loin des
«chaînes de […] Bruxelles» promis par le Brexit. Si Johnson ne cache pas son ambition de remplacer May, il s’est
toutefois résigné à la «soutenir»: un sondage récent la
donne mieux placée que lui pour battre l’opposition travailliste en cas de nouvelles élections.
JEWEL SAMAD. AFP
la solidarité s’organise et
l’armée travaille dur pour
récupérer les cadavres disparus en mer ou coincés
dans les décombres.»
Ricine
Au moins deux colis
postés à destination
du Pentagone et suspectés de contenir de
la ricine, poison connu
pour être le plus violent
du règne végétal, ont été
interceptés lundi dans
un centre de tri, a annoncé mardi un responsable. Ces paquets
étaient destinés à une
personne travaillant au
quartier général de la
Défense américaine.
L’affaire a été transmise
au FBI.
Les forces gouvernementales, encore mobilisées sur le
tremblement de terre qui a
fait 500 morts sur l’île de
Lombok en août, ne suffisent visiblement pas à faire
face à la gravité de cette catastrophe. Le Président, qui
voulait éviter d’avoir à demander de l’aide étrangère,
a finalement donné un premier feu vert lundi, permettant aux ONG présentes sur
place de travailler sur le lieu
du séisme sans passer par
un partenaire indonésien.
Mais mardi, leurs avions
n’avaient toujours pas reçu
l’autorisation d’atterrir
à Palu.
LAURENCE
DEFRANOUX
Québec Election de François Legault,
Premier ministre à tendance trumpiste
Le multimillionnaire François
Legault (photo), qui a fait fortune avec la compagnie Air
Transat, avait promis aux électeurs de «réduire de plus
de 20 % le nombre d’immigrants admis au Québec
chaque année», une meilleure
gestion des comptes en
dégraissant l’Etat, des jobs
pour la classe moyenne, et
surtout de ne plus réclamer
l’indépendance du Québec.
«Aujourd’hui on a marqué
l’histoire, aujourd’hui il y a beaucoup de Québécois qui ont mis
de côté un débat qui nous a divisés pendant cinquante ans»,
a lancé Legault, dont le parti, la Coalition Avenir Québec, a
remporté lundi la majorité absolue à l’Assemblée québécoise,
tournant la page de près de quinze ans de gouvernement quasi
ininterrompu des libéraux: le parti de Philippe Couillard, le
Premier ministre sortant de la province. Mais aussi celle du
Premier ministre fédéral, Justin Trudeau. Lequel se voit, à un
an des législatives, de plus en plus menacé par cette vague
nationaliste et conservatrice. PHOTO REUTERS
En Allemagne, un accord
poussif sur les vieux diesels
Après de longues heures de
discussions, le gouvernement
Merkel a dévoilé mardi un accord très attendu sur le sort
des vieux diesels en Allemagne. Comment impliquer les
constructeurs ? Comment
éviter que les consommateurs ne paient toute la facture? Comment purifier l’air
des villes allemandes sans
avoir recours aux interdictions de circulation? Autant
de questions qui restent en
suspens trois ans après le
«Dieselgate», lors duquel on
a appris que le groupe Volkswagen avait équipé près de
11 millions de véhicules d’un
logiciel capable de fausser le
résultat des tests antipollution, dissimulant des émissions dépassant jusqu’à
40 fois les normes autorisées.
L’accord repose largement sur
la bonne volonté des constructeurs. Les propriétaires
de véhicules aux anciennes
normes Euro 4 et Euro 5 pourront solliciter une adaptation
technique aux frais du constructeur, par exemple en installant un filtre à particules
ou en achetant une voiture
plus récente grâce à une
prime à la reprise. Mais ces
mesures sont limitées aux
14 villes présentant les plus
forts taux d’oxyde d’azote
(NOx), parmi lesquelles ne figure pas Berlin.
Surtout, côté industriels, seul
Volkswagen accepte pour
l’instant de financer d’éventuelles adaptations techniques. Les autres brandissent
le spectre de lourdes conséquences sur les emplois, ar-
«Non, je ne veux pas faire passer une loi rendant
l’enseignement de Chez Pol obligatoire à l’école.»
MARLÈNE S., 35 ANS, PARIS
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gument de poids en Allemagne, où le secteur de
l’automobile compte environ
800 000 salariés. En revanche, ils sont majoritairement
favorables à une prime à la
reprise. Comme le résume
Benjamin Stephan, chargé
des transports au sein de
Greenpeace, les constructeurs «cherchent plus que jamais à transformer leur
fraude en matière d’émissions
en bonus à la vente pour leurs
nouveaux modèles». Et pour
Jürgen Resch, le «Robin des
Bois» du diesel, «la montagne
a accouché d’une souris».
Selon lui, l’accord ne règle
pas la question de la qualité
de l’air et n’empêchera pas
d’avoir recours à des interdictions de circulation.
J. Lu. (à Berlin)
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10 u
FRANCE
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
Emmanuel Macron au Mont-Valérien, le 18 juin pour le 78e anniversaire de l’appel du 18 Juin, lancé par le général de Gaulle depuis Londres. PHOTO ALBERT FACELLY
eV RÉPUBLIQUE
60 ans, le premier
jour du reste de sa vie
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ANALYSE
Malgré des critiques
en provenance
de plusieurs formations
politiques, le régime,
célébré jeudi par
Emmanuel Macron,
est défendu avec force
par l’exécutif.
Mis en suspens
lors de l’affaire Benalla,
le projet de loi
constitutionnelle
ne devrait rien
chambouler.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
et LAURE EQUY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
Diagnostic
Que l’alliage de la Constitution, du scrutin
majoritaire et du quinquennat présidentiel
représente une sorte d’optimum, Emmanuel
Macron s’en est convaincu avant d’arriver au
pouvoir. En juillet 2015, encore ministre de
l’Economie, il dissertait dans un entretien à
l’hebdomadaire le 1 sur «la figure du roi», opportunément réinvestie par le présidentialisme gaullien: «Ce qu’on attend du président
de la République, c’est qu’il occupe cette fonction», concluait-il un an avant de s’y déclarer
candidat. L’exercice du pouvoir n’a rien
changé à ce diagnostic. Les institutions ont
permis à l’exécutif de faire passer, en un an,
un nombre important de réformes politiquement délicates. Et d’envisager sereinement
la suite : «Moi, je n’ai pas d’élections de mimandat, s’est félicité le chef de l’Etat dans le
JDD, dimanche, comparant sa situation à
celle de Donald Trump. [Aux Etats-Unis], il y
a des élections à la Chambre des représentants,
au Sénat, qui peuvent affecter la capacité de
l’exécutif à faire. Ce n’est pas le cas en France.»
Quand la coalition allemande s’effrite, quand
les législatives italiennes débouchent sur une
douteuse alliance entre extrême droite et
populistes, l’Elysée insiste volontiers sur la
stabilité enviable des majorités françaises.
«En regardant ce qu’il se passe ailleurs en Europe, les Français se rendent compte que notre
pays ne connaît pas de vacance du pouvoir, insistait Edouard Philippe en juin, devant la
Fondation Charles de Gaulle. Une fois les élections gagnées ou perdues, les choses sont claires
et les majorités cohérentes.»
Les défenseurs de la Ve République ne seront
pourtant pas les seuls à marquer le coup jeudi.
Partisan parmi les plus acharnés d’un changement de régime, Jean-Luc Mélenchon donnera dans la soirée à l’Assemblée nationale une
conférence sur l’avenir des institutions. L’occasion pour le patron de La France insoumise de
plaider pour l’élection d’une assemblée constituante, matrice de son programme et condition du passage à un régime parlementaire.
Une préoccupation partagée par d’autres forces. Sans appeler ouvertement à une VIe République, le Rassemblement national plaide
pour un recours régulier au référendum et le
scrutin proportionnel aux législatives. A gauche, Benoît Hamon et Europe Ecologie-les
Verts sont, eux aussi, critiques des institutions: «La Ve est un système très costaud, mais
qui me semble obsolète, explique le politologue
Bastien François, membre d’EE-LV. Est-ce que
ce leadership solitaire, concentré, vertical, qui
pense tout vers le haut et que Macron pousse à
son paroxysme, nous permet d’inventer un nouveau modèle de société?»
C’est une retouche des institutions plutôt
qu’un bouleversement que propose le chef de
l’Etat, dans le cadre d’une réforme comprenant des mesures constitutionnelles et
d’autres relevant de la loi organique. Présenté
en mai, le volet constitutionnel serait, s’il est
«Est-ce que ce
leadership solitaire
[…] nous permet
d’inventer un modèle
de société?»
Bastien François politologue
adopté, la vingt-cinquième réforme du texte
depuis 1958. Mais son avenir est aujourd’hui
bien incertain, certains éléments de la réforme étant inacceptables aux yeux de la
droite, comme la baisse du nombre de parlementaires ou l’introduction d’une dose de
proportionnelle aux législatives. Entamé cet
été à l’Assemblée, l’examen du texte s’est en
outre vu percuter par l’affaire Benalla, et renvoyé à plus tard par le gouvernement. Il attend, depuis, de trouver une nouvelle place
dans un agenda législatif surchargé. S’il est
«
de nouveau examiné cet hiver, comme l’a
laissé entendre Edouard Philippe, le projet de
loi constitutionnelle devra ensuite être discuté au Sénat, recueillir un avis conforme des
deux Chambres, puis obtenir les trois cinquièmes des suffrages auprès des sénateurs et des
députés réunis en Congrès. Un parcours du
combattant qui obligerait l’exécutif à négocier
sa réforme avec la droite sénatoriale. Au sein
de la majorité, on n’exclut plus de renoncer
au volet constitutionnel de la réforme, les
principales promesses du candidat Macron
relevant d’une simple loi organique.
Rares morceaux de pouvoir
Cette vertu-là de la Constitution plaira peutêtre moins à l’exécutif: c’est lorsqu’il s’agit de
réformer la Constitution que le texte accorde
aux oppositions un de leurs rares morceaux de
pouvoir. Les fondateurs de la Ve République,
le «grand Charles» et son garde des Sceaux et
futur Premier ministre, Michel Debré, avaient
pensé à tout –même aux verrous. •
Une partie d’échecs que de Gaulle
a jouée d’une main de maître»
L’historienne
Georgette Elgey
explique comment
l’insatisfaction née
d’une IVe République
marquée par
l’instabilité a été
utilisée par le Général
pour faire accepter
sa Constitution.
C’
est véritablement le
travail d’une vie. Il
aura fallu près de cinquante ans à Georgette Elgey
pour achever, en 2012, sa monumentale Histoire de la IVe République, récemment republiée
aux éditions Robert Laffont. En
journaliste et en historienne,
l’auteure y fait revivre un régime souvent décrit comme
instable et impuissant.
Cette «légende noire» de la IVe
(1946-1958) a légitimé le changement de régime et représente
encore, pour les tenants de
la Ve, un argument contre tout
retour au parlementarisme. Injuste ?
Soixante ans après sa disparition, la IVe fait toujours
office d’épouvantail. A juste
titre ?
Il est évident que le système
constitutionnel de la IVe n’a pas
fonctionné. Sa création avait
été effroyablement difficile. rappeler que de Gaulle, avec des
Après leur retrait du gouverne- pouvoirs et une autorité morale
ment en 1947, les communistes très supérieurs, mettra encore
rentrent dans une opposition quatre ans à régler le problème.
inconditionnelle au régime, Disons que, dans un cadre institout comme celle des députés tutionnel effroyable, les dirigaullistes. Les autres grands geants de la IVe ont fait ce qu’ils
partis échouent à s’entendre et ont pu.
il devient dès lors impossible Fallait-il noircir la IVe Répude former des majorités sta- blique pour mieux installer
bles. La durée de vie moyenne la Ve ?
d’un gouvernement de la IVe Il ne faut pas occulter qu’à l’éposera de sept mois : vu de la Ve, que déjà, le régime n’était pas
c’est un échec évident.
très aimé. C’est son paradoxe :
Mais la «légende noire» de la IVe beaucoup de Français ont vu
consiste aussi à dire que ce ré- leur niveau de vie augmenter
gime n’a rien fait:
considérableça, c’est absolument durant ces
ment faux. Les
années, mais
hommes de la IVe
vivaient mal
ont hérité d’un
l’instabilité chropays en ruines et
nique du gouverdivisé moralenement. Le soment.
En
cialiste Félix
douze ans, ils ont
Gouin, qui avait
fait beaucoup de
succédé
à
choses : entre
de Gaulle à la tête
INTERVIEW
autres, ils ont redu gouverneconstruit et modernisé la ment provisoire en 1946, consFrance avec le Plan, et ils ont tatait avec inquiétude que perlancé la construction euro- sonne ne semblait prêt à se
péenne quatre ans après la lever pour défendre le régime.
guerre, ce qui réclamait un cou- Les rapports de préfets soulirage extraordinaire.
gnent tous son impopularité. A
Il est évident qu’ils n’ont pas part Pierre Mendès France, tous
compris le problème de la déco- les hommes politiques de la IVe
lonisation, et la guerre d’Algérie que j’ai rencontrés sont extraora précipité la fin du régime. La dinairement sévères sur le récritique est facile, mais il faut se gime disparu.
«Est-ce qu’il existe une version catalane
de Chez Pol ?»
MANUEL V., 56 ANS, BARCELONE
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H.ASSOULINE.OPALE.LEEMAGE
S
a première mission, selon la Constitution, est de «veiller au respect» de celle-ci. Jeudi, Emmanuel Macron fera
mieux: c’est un véritable éloge de la Ve République que devrait prononcer le chef de l’Etat
pour les 60 ans de la la loi fondamentale, promulguée le 4 octobre 1958. Le septième successeur de Charles de Gaulle s’exprimera en
fin d’après-midi devant le Conseil constitutionnel. Il se sera auparavant recueilli sur la
tombe du Général, fondateur du second régime le plus durable qu’ait connu la France
depuis 1791 –après une IIIe République morte
septuagénaire. Il n’est pas dit que l’événement
suscite un débordement d’émotion chez des
Français dont les trois quarts n’ont connu que
la Ve République. Pour la première fois, tel est
aussi le cas des deux têtes de l’exécutif, Emmanuel Macron étant né en 1977 et son Premier ministre, Edouard Philippe, en 1970. Les
deux hommes ne peuvent que se féliciter d’un
régime qui, quel que soit leur niveau d’impopularité, réduit à peu de chose l’aléa parlementaire, corsète les oppositions et leur assure presque de conserver les mains libres
pour le reste du quinquennat. Un tableau que
ne devrait pas bouleverser la future réforme
institutionnelle, dont le calendrier et le
contenu exact restent toutefois incertains.
u 11
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Pour de Gaulle, s’agissait-il
de légitimer son arrivée au
pouvoir, parfois qualifiée de
«coup de force» ?
Pour moi, il ne s’agit pas d’un
coup de force, mais d’une partie
d’échecs qu’il a jouée d’une
main de maître. De Gaulle a bénéficié du mécontentement général, mais ne l’a pas provoqué.
Il a empêché le coup d’Etat militaire que préparaient ses amis,
et utilisé cette menace pour rétablir –à son profit– la démocratie. Tout au long de cette période, il ne s’est pas compromis,
n’employant que des phrases à
double sens. Par exemple, alors
que le général André Petit le
pressait de revenir, il répond que
«les partis ne le permettront pas,
et qu’il faudrait pour cela un climat révolutionnaire». Il ne dit
rien, mais laisse tout entendre.
Sans la guerre d’Algérie,
la IVe aurait-elle pu durer ?
Peut-être, tant bien que mal.
Mais toujours avec de nombreuses critiques. C’est le paradoxe
de la IVe : un couple de communistes dont le niveau de vie se serait prodigieusement élevé dans
ces années n’en serait pas moins
resté adversaire du régime.
De Gaulle résumait d’un mot,
qui me semble toujours actuel:
«Toute politique qui ne donne
pas à rêver est condamnée.»
Recueilli par D.Al.
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FRANCE
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
LIBÉ.FR
13 Novembre : une femme en procès pour «escroquerie» et «faux
témoignage» Alexandra D., qui avait
affirmé être une victime des attentats dès le lendemain des
événements, le 13 novembre 2015, comparaissait mardi
au tribunal pour «escroquerie» et «faux témoignage». Soupçonnée d’avoir empoché 20 000 euros d’indemnisation du
fonds de garantie, elle a avoué avoir menti sur sa présence
à la terrasse du Carillon. Jugement le 16 octobre. PHOTO AP
A Londres, la mystérieuse rencontre entre
Alexandre Benalla et Alexandre Djouhri
L’ancien chargé
de mission
auprès de Macron
se serait entretenu
avec le sulfureux
homme d’affaires
dans la capitale
britannique
le 5 septembre.
L’un comme l’autre
démentent.
Par
EMMANUEL
FANSTEN
L’
entrevue devait rester
confidentielle. Selon
nos informations,
Alexandre Benalla a rencontré Alexandre Djouhri
le 5 septembre dans un grand
hôtel londonien. Ce rendezvous entre l’ancien proche collaINFO
borateur d’Emmanuel Macron et l’homme
d’affaires le plus sulfureux de
la sarkozie a été organisé par
une connaissance commune,
un certain Lucas P., 26 ans,
dont la mère partage des
bureaux en Suisse avec
Alexandre Djouhri.
L’apparition de ce jeune
homme au côté d’Alexandre
Benalla dans une gare de
Londres a fait l’objet d’un
compte rendu de la police de
l’air et des frontières. Comme
l’a révélé le Canard enchaîné,
les deux hommes ont été
aperçus peu avant 19 heures
en gare de Saint-Pancras,
avant de prendre l’Eurostar
ensemble. Selon la note citée
par nos confrères, «leurs attitudes laissent entendre qu’ils
se connaissent. Ils discutent
ensemble». Le renseignement
serait alors remonté immédiatement Place Beauvau
puis à l’Elysée, en raison du
profil de Lucas P., fiché S
selon le Canard.
Voisin.
Selon
nos
informations, le signalement
de Lucas P. serait lié à ses
connexions avec un marchand d’armes nigérien,
Aboubakar H., qui se trouve
également être son voisin
à Paris. Le jeune homme a été
contrôlé il y a quelques mois
au Niger avec 50 000 euros
en espèces, somme qu’il
devait rapatrier en France
pour le compte de l’homme
d’affaires. Entendu à son
retour par la Direction nationale du renseignement et des
enquêtes douanières, Lucas P. aurait été fiché à cette
occasion. Mais le 5 septembre, lorsqu’il fait l’aller-retour
à Londres avec Benalla, sa
fiche ne fait l’objet d’un
signalement qu’au retour, et
pas à l’aller.
Passion commune. Quel
était l’objectif de cette rencontre au sommet entre les
deux Alexandre? S’agissait-il
d’un simple rendez-vous
d’affaires, comme le laisse
entendre un proche ?
Les deux hommes
LIBÉ ont une passion
commune pour
l’Afrique. Considéré comme
un «frère» par de nombreux
chefs d’Etat africains,
Alexandre Djouhri, 59 ans,
a tissé des réseaux politiques
et industriels aux ramifications multiples, du Gabon
au Congo-Brazzaville, de
l’Algérie à la Guinée-Equatoriale. Benalla, qui pointe
officiellement à Pôle Emploi,
ne demanderait qu’à se reconvertir.
Ou bien faut-il voir derrière
ce rendez-vous secret une
tentative de Djouhri visant
à trouver des appuis dans la
macronie à la veille d’une
confrontation délicate avec la
justice française? Personnage
clé de la droite depuis
trois décennies, «Monsieur
Alexandre» est devenu au fil
des affaires une bombe à retardement. Depuis 2016, il
était recherché par la justice
dans le cadre de l’affaire du financement libyen présumé
de la campagne présidentielle
de Nicolas Sarkozy. Après des
mois de «cavale» dans les plus
grands palaces, Djouhri a
finalement été interpellé
le 7 janvier à l’aéroport de
Londres-Heathrow, en vertu
d’un mandat d’arrêt européen
Alexandre Benalla, le 19 septembre. ALAIN JOCARD. AFP
Alexandre Djouhri, le 22 février. PETER SUMMERS. REUTERS
émis pour «blanchiment vers le Niger, avec l’aide de
d’argent», «détournement de l’ex-patron du renseignement
fonds publics» et «corrup- intérieur Bernard Squarcini,
tion». La justice s’intéresse autre intime de Sarkozy.
notamment aux conditions
dans lesquelles il a vendu une Privé de visa. Libéré après
villa de Mougins (Alpes-Mari- avoir versé une caution de
times) à un prix largement 1 million de livres (1,13 million
surestimé à une filiale du d’euros), Djouhri doit être
fonds souverain libyen dirigé
alors par Béchir Saleh, considéré comme le banquier du
régime de Kadhafi. En
mai 2012, alors que ce même
Béchir Saleh était recherché
par la justice française,
Djouhri
aurait participé à son
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exfiltration secrète de Paris
prochainement entendu par
les juges français. «Le Parquet
national financier est incapable d’apporter la moindre
preuve à la justice anglaise»,
s’est-il insurgé dans un communiqué transmis vendredi
à l’AFP. La bataille procédurale ne fait que commencer.
Personnage clé de la droite
depuis trois décennies, Djouhri
est devenu au fil des affaires
une bombe à retardement.
En attendant, contactés
par Libération, Alexandre
Benalla et Alexandre Djouhri
démentent tous deux l’existence de la rencontre londonienne. L’ex-collaborateur
d’Emmanuel Macron affirme
s’être rendu dans la capitale
britannique pour rencontrer
le propriétaire du club de
Chelsea, le milliardaire russe
Roman Abramovitch. Problème: selon l’hebdomadaire
américain Bloomberg Businessweek, l’oligarque, privé
de visa, n’aurait pas été vu
à Londres depuis plusieurs
mois. •
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
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LIBÉ.FR
Le doigt de la discorde Depuis
Saint-Martin, il a suffi d’une photo
d’Emmanuel Macron au côté d’un jeune
homme faisant un doigt d’honneur pour déchaîner les droites lepéniste et wauquieziste. Tandis que
le Président a pointé le caractère raciste de ces attaques,
la personne concernée a expliqué que son geste
s’adressait à «tous les gars qui n’aiment pas nous voir
avec le Président». PHOTO TWITTER
Des féministes condamnés
à Paris pour avoir accusé
une maire de racisme
Quatre militants du collectif républicain, avait demandé
8 Mars pour tou·te·s que l’invitation soit annulée.
– aujourd’hui dissous – ont Le collectif 8 Mars, dans un
été condamnés mardi pour texte publié en ligne, avait
diffamation à l’encontre de la alors réagi alors en affirmant
maire PS du XXe arrondisse- que l’édile était raciste.
ment, Frédérique Calandra. Henri Braun, l’avocat d’une
Ils devront verser 2000 euros partie des prévenus, expde frais de justice et lique: «Ce qui est intéressant,
2 000 euros de
c’est que le fait de
DROIT
dommages et indire que Calandra
térêts. Le tribunal
DE SUITE a commis un acte
les a en outre
de censure n’est
condamnés à 500 euros pas diffamatoire. Le tribunal
d’amende avec sursis, cha- a simplement considéré que le
cun. Les militants ont fait fait qu’elle ait des propos et
appel, tandis que la sociolo- attitudes racistes n’était pas
gue Sylvie Tissot et la journa- prouvé.» Pour Cecil Lhuillier,
liste Rokhaya Diallo, aussi vi- l’un des militants, «on a été
sées, ont été relaxées.
condamnés uniquement pour
Les faits remontent à 2015. un passage de notre texte,
Rokhaya Diallo avait été invi- alors que Calandra nous attatée par une adjointe de la quait sur plusieurs. On a fait
maire à des débats sur l’éga- appel, parce que devoir verser
lité femmes-hommes. Frédé- 4 000 euros, ça fait quand
rique Calandra, membre même cher le mot !»
fondateur du Printemps
KIM HULLOT-GUIOT
Nicolas Bay, le 10 mars au Zénith de Lille. PHOTO DENIS ALLARD
Avant les européennes, la droite
se découvre une fibre écolo
Idem du côté du Rassemblement national, en retard sur
ces questions. Nicolas Bay,
aspirant tête de liste, déclare : «On peut naturellement relier les inquiétudes
environnementales et sanitaires à nos critiques sur l’UE
qui ne protège pas les citoyens français: prenez le cas
du glyphosate, par exemple.»
Education Nouvelle démission au Conseil
des programmes: la vice-présidente
d’ATD-Quart monde claque la porte
Troisième départ en un an. MarieAleth Grard (photo), vice-présidente
d’ATD-Quart monde, quitte
à son tour le Conseil supérieur
des programmes (CSP), chargé
de rédiger les programmes scolaires. Cette démission intervient après
celle de son président, Michel Lussault, et celle de sa vice-présidente,
Sylvie Plane.
«On ne peut plus discuter au CSP.
Nous étions un lieu où on écoutait
la parole des autres. Ce n’est plus
le cas», justifie Marie-Aleth Grard
dans un entretien au Café pédagogique, un média spécialisé dans l’éducation. Elle estime que le Conseil supérieur des programmes
ne défend plus les intérêts des élèves issus de familles
défavorisées. «On n’est pas proches du tout des parents
en général, et encore moins des parents pauvres»,
assène-t-elle. M.Pi. PHOTO AFP
A Debout la France, on veut
prendre le train écolo en
marche. Pas facile alors que
Dupont-Aignan est, entre
autres, farouchement opposé aux éoliennes. Mais le
porte-parole Damien Lempereur l’assure : «On va se
servir de son expérience à
Yerres où il a mis en place les
circuits courts dans les canti-
nes, développé les énergies
renouvelables, etc.»
Mais que la droite se rassure,
Dive et Bay utilisent presque
les mêmes termes pour tempérer ce virage: pas question
de «se transformer en bobo»
écolo de gauche pour autant.
ETIENNE BALDIT
avec Sy.C.
A lire en intégralité sur Libé.fr.
64,9
L’espérance de vie en bonne santé, c’est-àdire le nombre d’années que peut espérer
vivre une personne sans être limitée dans
ses activités quotidiennes, a progressé
en 2017 en France à 64,9 ans pour les femmes (+ 0,8 an), tandis qu’elle a légèrement
reculé à 62,6 ans pour les hommes, selon la Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des statistiques (Drees). Par ailleurs, l’espérance de vie à la naissance s’établit à 85,3 ans
pour une femme et 79,5 ans pour les hommes.
«La position finale de la France
[sur les normes d’émission de
CO2 des voitures] se fait toujours
attendre. Pour l’instant, elle est
un peu ambivalente.»
AGATHE BOUNFOUR
responsable Transports
Europe au Réseau action
climat France
DR
L’a n n é e
2017 l’a bien
montré: excepté les propositions de
Mélenchon et de Hamon,
l’écologie n’était pas le grand
sujet de la présidentielle.
Alors bienvenue en 2018: la
droite et l’extrême droite
commencent à se dire qu’il
faudrait peut-être développer ce thème. Car, premièrement, l’enjeu commence à
devenir pressant; deuxièmement, les européennes qui
approchent sont le scrutin le
plus porteur sur le sujet, et
troisièmement, l’électorat y
est de plus en plus réceptif,
ça alors, ça tombe bien.
Chez LR, la réflexion
concerne une génération de
jeunes fatigués de ne défendre que les éternels fondamentaux sécurité-immigration. Le député de l’Aisne
Julien Dive estime qu’il est
temps de s’y mettre : «On
peut vraiment développer un
discours écologique autour
de sujets concrets, comme les
modes de transport ou la sécurité alimentaire.»
Les futures normes européennes sur les émissions de CO2 des
voitures, qui s’appliqueront à l’industrie automobile pour la
période 2020-2030, seront-elles ambitieuses? Permettront-elles
aux Etats membres de respecter l’accord de Paris sur le climat
de 2015? Alors que les derniers arbitrages sont en train d’être
finalisés avant un Conseil des ministres de l’environnement
le 9 octobre, rien n’est acquis, alerte Agathe Bounfour, du Réseau action climat France, dans une interview à lire sur Libé.fr.
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14 u
FRANCE
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
CHANGEMENT
CLIMATIQUE
«Les autres
combats n’ont
aucun sens
si celui-là
est perdu»
INTERVIEW
Aurélien Barrau, astrophysicien,
a enflammé les réseaux sociaux
avec un discours lucide et saisissant
sur le réchauffement et la responsabilité
de l’humanité dans sa propre destruction.
Recueilli par
LAURE EQUY
et CORALIE SCHAUB
Photo PABLO CHIGNARD.
HANS LUCAS
D
ébut septembre, Aurélien Barrau, 45 ans, astrophysicien à
l’université Grenoble-Alpes, lançait avec l’actrice Juliette Binoche un
appel pour une action politique «ferme
et immédiate» face au changement climatique, signé par 200 personnalités et
publié en une du Monde. Quelques jours
plus tard, invité du festival Climax, à
l’Ecosystème Darwin, à Bordeaux, il enfonçait le clou, avec un discours limpide
et percutant qui a enflammé les réseaux impossible durablement, et ensuite que
sociaux – vu près de 4 millions de fois si les prédictions climatiques ont pu être
sur Facebook. Devenu malgré lui une fi- un peu aléatoires, elles sont désormais
gure médiatique, il souhaite désormais extrêmement fiables. Il est aujourd’hui
«retourner à ses recherches».
impossible d’être climatosceptique.
Vous n’êtes ni climatologue ni spé- Vous parlez de «crash du système
cialiste de la biodiversité. Qu’est-ce planétaire», d’«atrophie des espaces
qui vous a amené à sonner l’alerte de vie». Même de «fin du monde»…
sur l’écologie ?
En tant qu’astrophysicien, je peux
Je n’ai pas de compétence particulière confirmer que la Terre continuera de
dans ce domaine et je ne masque pas tourner autour du Soleil. L’expression
cette ignorance. C’est un cri d’alarme semble donc exagérée. Mais quelle est
que je pousse en tant que citoyen, en la spécificité de notre monde ? C’est
tant que vivant. Mais comme scientifi- cette richesse du vivant, cet équilibre
que je sais néanmoins deux choses : subtil et fragile gagné après des millions
d’abord qu’une croissance
exponen- d’années d’évolution. Si notre planète se
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tielle, dans un monde de taille finie, est dépeuplait de l’essentiel des vivants, en
quoi serait-elle encore miraculeuse,
merveilleuse, magique? En quoi mériterait-elle encore d’être sauvée ? Voilà
pourquoi je crois qu’on peut parler de fin
possible du monde.
Votre constat rejoint celui du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, selon lequel le monde a
deux ans pour agir contre le changement climatique sauf à affronter
des «conséquences désastreuses».
N’est-il pas déjà trop tard ?
Il est trop tard pour que rien de grave
n’ait lieu. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en
quarante ans. L’Europe a perdu,
en trente ans, plus de 400 millions
Aurélien
Barrau, le
28 septembre
à Grenoble,
où il est
astrophysicien
au Laboratoire
de physique
atomique et
de cosmologie.
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
d’oiseaux et 80 % des insectes volants.
Et au niveau humain, on commence
déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe
a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est
trop tard. Mais ça pourrait être bien
pire. Dans un système aussi complexe
que la Terre, il y a des paliers. Ce que
met en exergue l’ONU, c’est que si on ne
fait rien de drastique d’ici quelques
années, on passera un palier. Ensuite,
même si on est exemplaire, il faudra des
temps gigantesques pour inverser la
tendance.
Emmanuel Macron sacré «champion
de la Terre» à New York, ça vous inspire quoi ?
u 15
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Si cette récompense consacre une action dont le projet écologique n’est pas clair,
passée, elle est incompréhensible. L’an- assumé et absolument prioritaire.»
née 2017 a été la pire de l’histoire en ter- Ce sont des dirigeants nationaux qui
mes de rejets de CO2 et la France a été vous ont contacté ?
parmi les mauvais élèves. Nous ne som- Je ne donne pas leur nom, car cela remes pas sur la bonne voie. En revanche, lève de conversations privées. Mais je
que Macron ait reçu cette médaille ne n’ai pas eu Macron au téléphone, si c’est
me choque pas. Je la vois comme une in- votre question !
citation. Parfois, endosser le costume de Vous plaidez pour des mesures forsuper-héros peut vous donner envie de tes, quitte à ce qu’elles restreignent
vous comporter comme tel. C’est ce que nos libertés. A quoi pensez-vous ?
j’espère: il aurait l’opportunité de rester J’ai vu que cela suscite des crispations.
dans l’histoire comme celui qui a com- On ne va pas instaurer un écofascisme
mencé à sauver le monde. Ça serait pas ou un stalinisme vert! Personne ne veut
mal, quand même! A sa place, je me lais- ça. Mais il ne faut pas se mentir : si l’on
serais tenter, je crois !
consomme moins, il y aura une petite
Lui comme la plupart des dirigeants incidence sur un certain type de confort.
politiques continuent de vouloir A l’instant, trois voitures viennent de
concilier écologie et capitalisme. passer, avec une seule personne dans
Est-ce possible ?
chacune. Il ne s’agit pas de l’interdire
Quoi qu’on réponde, on est coincés. Si on mais il faut que cela devienne rare. Un
répond oui, les altermondialistes n’écou- billet d’avion coûte souvent moins cher
tent plus. Si on dit non, les plus conser- qu’un billet de train, c’est incompréhenvateurs, qui veulent faire un effort mais sible. On réplique parfois que la liberté
sans remettre en cause les fondements n’est pas négociable. C’est idiot, toute
du système, n’écoutent plus non plus. On notre vie est conditionnée par des privane peut pas se permettre de trop restrein- tions de liberté: je ne suis heureusement
dre. Tout le monde est d’accord pour dire pas libre d’agresser un passant, ni de ne
qu’on ne doit pas envoyer la vie dans le pas payer mes impôts ou de ne pas scomur. Les autres combats n’ont aucun lariser mes enfants. Des tas d’actes sont
sens si celui-là est perdu. Commençons interdits ou obligatoires, pour le bien
par l’action: effondrons les émissions commun. Ne doit-on pas considérer la
de CO2 et arrêtons d’envahir les espaces planète – la vie – comme un bien comnaturels. Et on verra bien quel système mun? Dans quelques années, des épisopermet de le faire efficacement! La vraie des caniculaires empêcheront de sortir
question est: pourrons-nous défendre de chez soi. Le corps ne peut pas rester
notre bilan dans cinquante ans? Non. longtemps à 55 °C. Le réchauffement
Même si vous êtes ultralibéral, vous ne nous privera de la liberté de sortir, ce
pourrez jamais expliquer que vous avez n’est pas rien! Il faut s’imposer de petidécidé de flinguer l’essentiel des vivants tes restrictions pour éviter une catastroparce qu’il fallait gagner deux points de phe in fine bien plus liberticide.
croissance. Cela transcende les divergen- Vous vous inquiétez aussi de la disces d’analyse économique.
parition des espaces de vie. Cela apA quoi ressemblerait un change- pelle-t-il des mesures coercitives ?
ment radical de modèle ?
C’est vrai qu’il ne faut pas parler que du
Si on reste prisonniers des indicateurs climat. Aujourd’hui, la première cause
de l’ancien monde, comme le taux de d’extinction des espèces est la disparicroissance, on aura forcément l’impres- tion des espaces de vie, les prélèvements
sion de régresser. L’inflexion drastique excessifs, la pollution. L’expansionqu’on doit engager peut être perçue, au nisme humain n’est plus possible. Je n’ai
départ, comme une perte de confort ou évidemment pas envie que des gens rede liberté. Mais c’est une illusion, ce noncent à se loger décemment. Il faudra
sont ces indicateurs sclérosés qui sont juste un peu plus de partage: on ne s’en
biaisés car issus d’un système qui est sortira pas sans une répartition des
dans l’impasse. Il faut redéfinir notre richesses, des ressources et de l’espace
rapport au vivant, à la Terre, et envisa- de vie. Par ailleurs, certains pays donger une décroissance économique qui nent des droits à des fleuves ou des fosoit une croissance intellectuelle, cultu- rêts, qui deviennent des «personnalités
relle, écologique et humaniste. Une juridiques». On pourrait donner des
amélioration de la qualité de vie, une droits à des objets naturels – parcs
ouverture de possibles, un endiguement régionaux, montagnes, populations anide la mort des espèces, un partage males– qui auraient des représentants.
apaisé des richesses devraient, avec de On donne bien des droits à des entreprimeilleurs indicateurs, apparaître ses! Ce n’est pas infaisable: quand Kencomme une authentique croissance ! nedy a dit qu’on irait sur la Lune, c’était
Même si on baisse la production de cer- fou; sept ans après, on y était. La seule
tains objets techniques.
question est de savoir si on veut le faire.
Depuis votre pétition, avez-vous été Un pays ne peut pas se transformer
contacté par des responsables politi- seul dans le cadre d’une économie
ques ?
mondialisée, dit-on…
Oui, et ces conversations m’ont ému. Ces Cet argument est irrecevable. On appersonnes m’ont dit qu’elles étaient cons- prend bien à nos enfants que l’irresponcientes du problème mais ne pouvaient sabilité des copains n’est pas une expas faire changer les choses. Je vois deux cuse… Pour être concret, l’échéance
raisons à cette impuissance. La première, importante n’est pas la remise du rapport
ce sont les lobbys, tout le monde le sait. du Giec [Groupe d’experts intergouverneNos dirigeants devront oser se fâcher, mental sur l’évolution du climat], dont les
être braves, affronter de grandes puissan- conclusions seront catastrophiques. Ni
ces. Je crois qu’il y a une autre raison, la COP24 qui ne pourra rien faire, à cause
plus subtile : aucun de nos dirigeants de Trump. Mais le prochain sommet
n’ayant été élu sur un programme écolo- européen: Macron et Merkel auront un
giste, ils ne se sentent pas légitimes pour pouvoir de décision et pourraient ouvrir
le mettre en œuvre. Il faut un sursaut ci- un gigantesque infléchissement écologitoyen. Faisons l’effort de dire, tous, de que de l’axe européano-africain. On ne
gauche, de droite, libéraux
ou
marxistes: parlerait plus d’un pays mais de deux
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«Nous ne voterons plus pour un candidat continents, ce ne serait plus anecdotique.
Même si la préoccupation écologique infuse dans l’opinion, croyezvous que celle-ci soit prête à renoncer à son mode de vie ?
Je n’en suis pas sûr… Il semble qu’on
choisisse l’effondrement. Mais je crois
encore au pari de la vie. Quand les dinosaures ont reçu la météorite, ils ne pouvaient rien y faire.
Nous, nous avons les
rênes en mains. Certains pensent qu’il y
aura, au dernier instant, un miracle technologique. Ce n’est pas
raisonnable. Et même
si on déménageait sur
Mars, il y aurait très
peu de «happy few» !
En revanche, je crois à
un miracle éthique: on
sait tous, au fond de
nous, que la situation
est insensée. On nie la
vie en elle-même.
L’inaction serait impardonnable: nous
avons toute l’information.
Votre discours au festival Climax a
eu un écho fort. Mais vous voulez retourner à vos recherches. N’avezvous pas la responsabilité de porter
la parole de cette cause ?
Ce que je vous ai dit à l’instant n’est pas
nouveau. Si je vous avais parlé astrophysique, je vous aurais appris des choses,
là je n’ai rien dit de très original. C’est
mieux que je me retire, d’abord car j’ai
une vie, un travail. Il ne faut pas «peopliser» ce sujet: peu importe que ce soit un
type aux cheveux longs avec des bracelets au poignet qui l’aborde! Des personnes bien plus compétentes travaillent
sur ces questions, elles ont des solutions
clés en main, chiffrées. C’est à elles qu’il
faut donner la parole. Pour une raison
qui me dépasse, mon message a été
écouté. Tant mieux! Je voudrais maintenant que le passage demeure, mais que
le passeur disparaisse. •
«Même si vous êtes
ultralibéral, vous
ne pourrez jamais
expliquer que vous
avez décidé de
flinguer l’essentiel
des vivants parce
qu’il fallait gagner
deux points de
croissance.»
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presente par elisabeth quin
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Piégage des oiseaux :
De Rugy fait enrager les
chasseurs. Reçus ce mardi
par le ministre de la Transition écologique, les
chasseurs ont fait part de leur colère après la décision d’abaisser les quotas des chasses traditionnelles pour la saison 2018-2019. Pour l’alouette,
on est passé de 370 000 à 106 500. Toujours trop
pour les défenseurs de la nature. PHOTO AFP
Après un coup de
filet dans un centre
religieux du Nord,
mardi, les autorités
ont annoncé avoir
gelé des avoirs
français des
renseignements
iraniens, suspectés
d’être impliqués
dans l’attentat
déjoué de Villepinte
en juin.
«[L’enquête
conclut] à la
responsabilité
du
renseignement
[iranien] dans
ce projet
d’attentat».
Une source
diplomatique à l’AFP
Par
pour ses vœux pour l’Aïd elFitr. Les propos qu’il tient
sont beaucoup plus inquiétants. Israël est la principale
cible de Yahia Gouasmi qui
reprend et alimente le vieux
mythe de la mainmise
des sionistes sur le monde.
Pour promouvoir ses causes,
il diffuse de nombreuses vidéos d’auto-interviews à
l’intention de la «population
désinformée».
STÉPHANIE
MAURICE
Correspondante à Lille
T
rois personnes ont été
placées en garde à vue
pour détention illégale de cinq armes à feu,
après l’opération antiterroriste de grande ampleur menée mardi matin à GrandeSynthe, près de Dunkerque
(Nord). L’un d’entre eux a été
déféré, les deux autres remis
en liberté en fin de journée.
Etait visé le centre religieux
Zahra, d’obédience chiite,
qui se présente sur sa page
Facebook comme un «centre
de conciliation pour la mémoire de l’homme». Les autorités le soupçonnent d’apologie de mouvements
considérés comme terroristes, à l’instar du Hamas à
Gaza ou du Hezbollah au Liban. Ces deux organisations
islamistes sont soutenues par
l’Iran, pays qui rassemble par
ailleurs la plus forte communauté chiite au monde.
Coïncidence. Officielle-
Surveillée. Yahia Gouasmi
Ce mardi, l’un des fondateurs du centre Zahra, Jamel Tahiri, dont les avoirs ont été gelés. PHOTO P. HUGUEN. AFP
Grande-Synthe: une nébuleuse
chiite dans le viseur de la police
été arrêtées cet été dans le cadre de cette enquête. «Une
fois encore, nous démentons
avec véhémence ces accusations», a réagi un porte-parole
du ministère iranien des
Affaires étrangères.
Sulfureuses. A Grande-
qu’il organise, souvent sulfureuses. Comme par exemple
l’invitation de Kémi Seba,
président du Mouvement des
damnés de l’impérialisme,
condamné plusieurs fois
pour incitation à la haine raciale, ou de son ami Dieudonné, condamné, lui, pour
Synthe, «une procédure de
fermeture de la salle de prières» a été engagée, précise le
Grandeministère de l’Intérieur. Salle
Synthe
PASde prières dont n’avait pas
DE-CALAIS
connaissance la mairie. Le
NORD
centre Zahra –dont les avoirs
et ceux de trois autres assoSOMME
AISNE
ciations liées ont aussi été gelés–
est
surtout connu dans
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20 km
la ville pour les conférences
E
IQU
LG
BE
ment, l’opération policière de
Grande-Synthe n’est pas liée
à l’enquête sur l’attentat déjoué de Villepinte, le 30 juin, pas une coïncidence, glisse
qui visait un rassemblement une source gouvernemendes Moudjahidin du peuple tale. La France a voulu en– organisation opposée à la voyer un avertissement à
République islamique – où l’Iran : elle n’acceptera pas
25000 personnes étaient at- d’ingérence sur son sol.
tendues. Mais dans la foulée «Une enquête longue, précise,
du coup de filet,
détaillée de nos
L’HISTOIRE services […] perles ministères de
l’Intérieur, des
met d’arriver à
DU JOUR
Affaires étrangèla conclusion
res et des Finances ont publié sans aucune ambiguïté de la
un communiqué commun responsabilité du ministère
annonçant le gel des avoirs [iranien] du Renseignement
français de deux ressortis- dans ce projet d’attentat», a
sants iraniens, ainsi que ceux déclaré sous couvert d’anonyde la Direction de la sécurité mat une source diplomatique
intérieure du ministère ira- française à l’Agence France
nien du Renseignement. Presse. Trois personnes, dont
Cette double offensive n’est un diplomate iranien, avaient
propos antisémites. A
l’adresse du centre est aussi
logé le Parti antisioniste,
dont Dieudonné a été le candidat pour les européennes
de 2009 et les législatives
de 2012. Ce parti n’a qu’un
seul but, comme il l’explique
sur son site web: «Témoigner,
informer et combattre ce mal
qu’est le sionisme.»
Le point commun entre ces
deux entités ? Leur fondateur, Yahia Gouasmi. Sur les
nombreuses photos du site
internet et de la page Facebook du centre Zahra, il arbore une allure de prophète,
barbe blanche et regard doux
sur fond de soleil couchant
dirige également la Fédération chiite de France et est
décrit comme proche de
l’Iran. C’est ainsi qu’en 2009,
il accompagne Dieudonné à
Téhéran, et rencontre avec lui
Mahmoud Ahmadinejad,
alors président conservateur
du pays. Alain Soral, essayiste
de l’extrême droite, qui fut
également candidat du Parti
antisioniste, avait d’ailleurs
affirmé lors d’un dîner à Nice
en mars 2013 que l’argent de
la campagne des européennes de ce mouvement venait
d’Iran, avant de se rétracter et
d’affirmer à des journalistes
de Rue 89 qu’il provenait en
fait de la communauté chiite
française, via celui «qui l’incarne», Yahia Gouasmi.
C’est dans cette étrange nébuleuse, surveillée de près
depuis des années par les services de renseignement intérieur, qu’est intervenue l’opération qui a demandé le
déploiement de 200 policiers,
mardi matin. Le siège du centre Zahra, les domiciles de ses
principaux dirigeants, mais
aussi le snack appartenant à
la famille Gouasmi ont été
perquisitionnés. De nombreux clients se rendaient
dans cet établissement sans
vraiment savoir qui était derrière. Les Gouasmi, commerçants prospères, possèdent
aussi une boucherie halal
et une boulangerie. •
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u 17
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
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18 u
MODE/
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
PRÊT-À-PORTER
FEMME
PRINTEMPS-ÉTÉ
2019
Madame
est (bien)
servie
Alors que les défilés parisiens
ont pris fin mardi soir, retour sur
neuf jours jalonnés de
propositions qui allient
sophistication et fonctionnalité.
Par
SABRINA CHAMPENOIS
et MARIE OTTAVI
Photos MARIE ROUGE
L
a classe. Oui, c’est globalement l’impression d’un millésime de très bonne tenue
que laisse la semaine de défilés qui
s’est close mardi soir avec le défilé
Vuitton (compte rendu dans Libération mercredi). Aussi diverses
soient les propositions, la plupart
ont en commun (outre la mixité généralisée) d’être au service de la
femme. De son allure mais aussi de
ses contraintes, avec des vestiaires
créatifs mais réalistes. A l’équilibre,
sans pour autant manquer de personnalité.
ÇA, C’EST PARIS
«Paris est-il toujours l’épicentre de
la mode?»: le leitmotiv a tout du serpent de mer, régulièrement évoqué,
jamais vraiment infirmé mais toujours questionné. La salve qui s’est
achevée mardi peut en tout cas prêter au cocorico. Si la Fashion Week
de Londres est notoirement un bac
révélateur de talents, celle de
New York un passage nécessaire
pour la validation et celle de Milan
un tremplin pour le business, c’est
à Paris que les arbitrages mondiaux pantalons d’inspiration militaire.
fant (avec de vraies vagues !), les
se font, historiquement. Et ils ont Dans un autre état d’esprit, bal- mannequins foulent le sable blanc
été plusieurs à réaffirmer ce postu- néaire cette fois, Chanel donne pieds nus, paires de claquettes à la
lat. Hedi Slimane, pour commencer. corps à un truc qu’on dit aussi très main, chapeautées de paille. Le paLe défilé Celine, vendredi soir aux français, la fameuse douceur de vi- rasol du carton d’invitation se reInvalides, a signé son grand retour vre. Au Grand Palais, dans un décor trouve en imprimé pimpant, l’inaux affaires, deux ans après son dé- de bord de mer comme d’hab bluf- contournable travail sur le tweed est
part de Saint Laurent. Il a pris la
boosté par les pastels, les larges
forme d’un hymne au clubbing,
manches trois-quarts et les grands
mais avec une french touch dénuée
cols aux échos seventies. L’ensemble
des échos californiens auxquels il
est très frais, fluide, enjoué.
nous avait habitués depuis son insChez Balenciaga, Demna Gvasalia
tallation à Los Angeles en 2007. «Paexplore non sans ironie le thème de
ris la nuit» se déroule sur une bandeParis, celui du tourisme de masse
son du groupe La Femme et diffuse
(les pulls souvenirs) et des vendeurs
une précision chic très française
de tours Eiffel (le monument était
(quand l’Amérique est plus cool ou
reproduit à l’infini sur des robes ou
glamour, l’Angleterre plus excentrides costumes pour homme). Les
que, l’Italie plus exubérante). On reépaules démesurées qui accentuent
part convaincu que concilier bibis à
les carrures freaky sont toujours là,
voilette et santiags est faisable, que
mais Gvasalia délaisse l’esthétique
la coupe au bol et la cravate ultrafine
Deschiens post-moderne qui a fait
peuvent seoir à un homme, et que la
sa légende chez Vetements, où il a
basket est «out».
décollé, pour une autre voie, plus soCe raffinement bien contemporain,
phistiquée et moins cynique. Et il a
luxueux mais affranchi de la dimenoffert l’un des shows les plus dantesLIBÉ.FR
sion patrimoniale, on le retrouve
ques de la semaine, porté par l’inschez Givenchy, où la frémissante
tallation immersive de l’artiste canaécrivaine-voyageuse suisse Anne- Côté coulisse. Notre photo- dien Jon Rafman.
marie Schwarzenbach inspire à
graphe Marie Rouge s’est glisAutre événement qui a confirmé
Clare Waight Keller un beau vestiaire
sée au cœur de la préparation
l’attractivité de Paris: le défilé inédit
évolutif, du glamour bien circonsdes défilés pour immortaliser
de Gucci, présenté au Palace, haut
crit, des robes de soirée spectaculailes silhouettes colorées du prêt- lieu des nuits des années 70 et 80.
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res à l’élégance minimaliste, des
à-porter printemps-été 2019.
Alessandro Michele a bouclé un cy-
cle avec cet hommage à Mai 68 à sa
façon, débridée, festive, baroque.
L’ATHLEISURE RECULE
Certes, il y a eu «Track and Field»
(«piste et terrain»), le défilé OffWhite ostensiblement inspiré du
sport et présenté dans un décor de
meeting d’athlétisme (lignes de
course, chronomètre, panneau d’affichage), avec des championnes
parmi les mannequins: les sprinteuses américaines English Gardner et
Dina Asher-Smith, l’heptathlète
belge Nafissatou Thiam (Belgique),
la coureuse de demi-fond française
Rénelle Lamote, entre autres. Et
dans le public, on trouvait des membres de l’équipe de France féminine
de foot. Cette collection, expliquait
ensuite Virgil Abloh (également patron des collections homme chez
Vuitton), découle de sa collaboration avec l’impératrice du tennis Serena Williams pour laquelle il a concocté des robes à échos de tutu. Son
vestiaire est une ode à la compète
jusque dans ses déclinaisons sophistiquées (le cuir à motif serpent).
Cet esprit-là, tonique et au plus près
du corps via des matières comme le
stretch ou le néoprène, a aussi traversé «Hardcore Couture» de Marine Serre, présenté en plein air sur
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
En haut de gauche à droite : le défilé
Off-White inspiré de l’athlétisme.
Chanel a préféré la douceur de vivre
balnéaire. Givenchy s’est inspiré de l’auteure
suisse Annemarie Schwarzenbach.
En bas à droite : les créations romanticogothiques d’Olivier Theyskens.
En bas à gauche : les digressions sur la veste
militaire chez Sacai.
fond de vrombissements de F1. Toujours est-il que, globalement, l’«athleisure» (mix entre le streetwear et
le gymwear) marque le pas. Preuve
éclatante, la placardisation quasi généralisée des «sneakers», y compris
chez Balenciaga dont les derniers
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cou et à la taille), les sur-robes en
métal et les imprimés fleuris abondent, dans un style hippie qu’on ne
connaissait pas à Julien Dossena.
Ou ces gros bracelets chez Balmain
où Olivier Rousteing s’envole toutes
dorures dehors pour l’Egypte. Ou
encore ces bracelets-boucliers portés par les belles sorcières qui allument le bûcher érigé par
Rick Owens au Trocadéro. Ou, carrément high-tech, les portables chevillés au mollet et les tablettes incrustées de Maison Margiela. Mais
tout de même, c’est l’épure qui domine, notamment côté accessoires.
Amusons-nous mais n’en rajoutons
pas, en somme. Pas de parasitage.
Dries Van Noten glisse quelques
fausses pierres précieuses aux
doigts des mannequins, des plumes
à leurs pieds ou sur leur chevelure,
des franges à sequins viennent habiller une chemise ou un manteau
d’été, mais globalement rien de trop
artificiel, on ne surjoue pas le look.
A l’hippodrome de Longchamp, la
scénographie d’Hermès est en soi
un appel au calme, entre dune de
miroirs et sol ensablé. La collection
de Nadège Vanhee-Cybulski confirme l’intuition, avec ces cavalières
modernes et femmes bien nées avides de prendre la mer. Leur garderobe est ajourée, souple (le travail
du cuir est exceptionnel), sportive
aussi, on gagne en décontraction.
A nouveau seule à la tête de sa griffe
(elle a racheté ses parts au groupe
Kering en mars), Stella McCartney
modèles (de 500 à 800 euros la pour digresser sur le plastron de présente sous les ors de l’Opéra
paire) sont pourtant des cartons. Le smoking, la veste militaire, le trench Garnier une mode tranquille qui ne
sport influence toujours la mode, qu’elle dissèque à merveille.
fait pas de simagrées: robes de patimais de façon plus diffuse, par touneuses pastel tie and dye (elle en a
ches ou détails. Même Chitose Abe,
ON SE DÉLESTE
mis partout et ses total looks en
créatrice de Sacai et précurseure de Il y a bien cette abondance chez jean teinté sont promis à un bel avecette tendance, délaisse le genre Paco Rabanne où les breloques (au nir commercial), costumes larges et
zippés, nuisettes à zips encore, portées avec des ballerines plates ou
des boots efficaces. Dans son hommage à la danse contemporaine,
Dior décline le nude et le noir, c’est
austère et plutôt automnal, mais les
lignes sont claires, nettes.
Plus poétique, ce détail du défilé romantico-gothique d’Olivier Theyskens: une branche piquée dans la
queue-de-cheval. Elle complète une
silhouette enchanteresse, délicate
et puissante à la fois. Un alliage
qu’on retrouve chez le maestro Yohji Yamamoto et sa symphonie en
rouge et noir. Mais c’est Comme
des garçons qui retourne carrément les cœurs avec une collection
que beaucoup voient comme l’une
des plus personnelles de Rei
Kawakubo, figure totémique de la
mode actuelle. Ses belles enceintes
à cheveux blancs évoquent avec
mélancolie tout ce que les femmes
portent et supportent, jusqu’à ces
chaînes qui s’échappent des manbookys-gratuit.com
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ches, hautement symboliques. •
Carnet
DÉCÈS
Marie-Noëlle PÉTILLON,
son épouse,
Jean-Marc et Claire,
Cécile et Hassimiou,
ses enfants,
Corentin, Nasser, Lilian
et Charlotte,
ses petits-enfants,
Jean et Henriette,
son frère et sa belle-sœur,
l’ensemble de la famille
ont la profonde tristesse de
vous faire part du décès de
René PÉTILLON
survenu
le 30 septembre 2018,
à l’âge de 72 ans.
La cérémonie aura lieu
le vendredi 5 octobre,
à 15 h 30, en la salle de
la Coupole du crématorium
du cimetière du PèreLachaise, Paris (20e).
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20 u
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
IDÉES/
La bataille des scénarios
sur l’immigration africaine
C’
est un bras de fer qui
se joue depuis la rentrée. Un duel par médias interposés où l’on se dispute le dernier mot.
D’un côté, Stephen Smith, professeur d’études africaines à
l’université de Duke (Etats-Unis)
et ex-journaliste, à Libération,
Reuters et RFI notamment. De
l’autre, François Héran, à la fois
anthropologue, philosophe, sociologue et démographe au Col-
Le démographe François
Héran conteste les thèses
de l’essayiste Stephen Smith
qui, dans son dernier livre,
prédit une arrivée massive
d’Africains en Europe
d’ici 2050. Projection
réaliste ou fantasme
démographique ?
lège de France. Entre ces deux
spécialistes des migrations africaines, deux scénarios démographiques radicalement opposés s’affrontent : le premier
annonce l’invasion «inéluctable» et «massive» de la vieille Europe par des millions d’Africains ; le second dénonce «une
prédiction alarmiste» ayant le
vent en poupe.
Rien d’anodin alors que les élections européennes de mai 2019
s’annoncent tendues, avec l’immigration comme thème majeur.
«Ordre des choses»
En février, Smith publie la Ruée
vers l’Europe (Grasset), un essai
brûlant sur l’immigration qui
vient troubler le débat public.
Dès la page 15, l’auteur assure
que «la jeune Afrique va se ruer
vers le Vieux Continent, cela est
inscrit dans l’ordre des choses…»
«Ce fourrier de l’extrême droite
que je ne suis pas»
était aussi un défaitiste au départ, en désespérant de son pays, et un opportuniste à l’arrivée ; qu’il était contradictoire de respecter
sa culture, sans vouloir l’obliger à s’assimiler,
et de dénier au pays d’accueil sa propre culture, sous prétexte qu’on ne saurait la définir ; qu’un travail collectif était nécessaire, de
part et d’autre, pour que l’immigré devienne
un concitoyen égal en droits et obligations,
et que ce travail était d’autant plus important
que les différences au départ étaient grandes ; que les bénéfices économiques de l’immigration africaine n’existaient qu’à condition de laisser les employeurs privatiser les
gains tirés de cette main-d’œuvre tout en socialisant les coûts de son intégration ; que
l’Europe ne pouvait pas rester indifférente
aux problèmes de l’Afrique voisine, mais
qu’il n’était pas, a priori, dans son intérêt de
faire venir un grand nombre d’Africains au
moment où son marché du travail subissait
l’impact de l’automatisation et de la robotisation ; qu’il n’y avait pas de trous démographiques à boucher, aussi du fait de la longévité accrue en Europe, et que les migrants
africains n’étaient pas de la «chair à retraite»
pour le Vieux continent mais le meilleur espoir de leurs pays d’origine.
Voilà, entre autres, ce dont il est question
dans mon livre. Il a bénéficié du fait que la
L’universitaire et ancien
journaliste à «Libération»
Stephen Smith rejette
les critiques qui l’accusent de
participer à la «lepénisation des
esprits.» Et appelle à un débat
sans manichéisme
sur l’immigration.
P
STEPHEN SMITH
CALMANN LÉVY
eut-on prévoir l’arrivée d’un très grand
nombre de migrants africains à l’horizon de 2050 – une «ruée vers l’Europe» – sans que l’extrême droite ne récupère
l’effet d’annonce ? Clairement non. On peut
seulement espérer que l’acceptation du débat par le reste de la société isole le camp du
refus catégorique de l’Autre. Mais ce cordon
sanitaire est rompu, et l’on se retrouve mis
au ban pour complicité, quand on se voit reprocher, comme vient de le faire Pierre Jacquemot, chercheur associé à l’Iris, de «faire
le lit» des adeptes de la théorie du «grand
remplacement». A ma surprise, le goudron
et les plumes sont aussi de retour au Collège
de France où François Héran m’accuse
d’avoir fourni aux «responsables politiques»
un argumentaire pour «agiter le spectre du
péril noir». Je le mets au défi de trouver dans
mon livre, ou dans les propos que j’ai tenus
depuis sa publication, une citation à l’appui
de cette imputation.
Je regrette ce qui me semble une régression.
La victoire d’Emmanuel Macron – j’entends
par là : la victoire des deux tiers de l’électorat
ayant refusé le refus de l’Autre – avait desserré le carcan autour du débat sur l’immigration. Sans être forcément accusé de promouvoir la «lepénisation des esprits», il
devenait possible de dire à la fois que, oui, le
migrant économique à la recherche de
meilleures chances de vie était héroïque en
affrontant les périls du voyage mais qu’il
France, s’étant convaincue qu’elle n’était pas
«un pays raciste», s’autorisait à regarder
l’immigration en face, dans ses contradictions. On sortait du choix manichéen entre
le Bien et le Mal pour débattre d’une politique à choisir. Ou, pour le dire avec les mots
de Philippe Muray, on cessait enfin de s’inventer des «ploucs émissaires» – chacun le
sien – qui étaient soit de belles âmes ayant
perdu le sens des réalités, soit des pauvres
d’esprit qui ne comprenaient pas tout le bien
que leur faisait l’immigration. Or, cette avancée est menacée à l’approche des élections
européennes, qui repolarisent l’opinion publique à outrance. Comme si cela pouvait
avoir un sens d’être «pour» ou «contre» l’immigration, en bloc et partout, toutes choses
inégales par ailleurs, au Royaume-Uni du
Brexit avec 14% de migrants internationaux,
de la même façon que dans la Hongrie excommuniste avec 5%.
Je reste confiant qu’un débat sans diabolisation est possible. Partout en Europe, de nouveaux espaces s’ouvrent en repoussant la
pression des extrêmes. Mon livre est paru ou
va paraître en anglais, allemand, italien et
espagnol (chez des éditeurs de gauche, s’il
faut le préciser). Il a été très bien accueilli en
France depuis sa parution en février, dans
des médias de tous bords comme par les jurys du prix Brienne de la géopolitique, de la
Revue des Deux Mondes et de l’Académie
Par
française. François Héran ne veut y voir que
«des commentateurs, qui sont rarement allés
plus loin que la couverture ou l’introduction». Encore une imputation à la place d’un
argument…
Néanmoins, je reste évidemment redevable
du contenu de mon livre et prêt à en débattre
avec lui ou qui d’autre voudra me porter la
Auteur de «La ruée vers l’Europe, La jeune
contradiction. Ce sera d’autant plus utile
Afrique en route vers le Vieux Continent»
qu’on aura remisé l’épouvantail créé de tou(Grasset), professeur
d’études africaines à
tes pièces, ce fourrier de l’extrême droite que
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Duke, ancien journaliste à Libération
je ne suis pas. •
A partir de prévisions démographiques, Smith prédit que d’ici
une trentaine d’années l’Europe
sera peuplée à 25 % d’immigrés
subsahariens, soit 200 millions
d’Afro-Européens. Dans un contexte de durcissement de l’opinion sur l’immigration, il n’en
faut pas plus pour faire frémir
l’extrême droite et la nébuleuse
identitaire. Surtout lorsqu’Emmanuel Macron reprend la thèse
de la «bombe» démographique
deux mois plus tard pour justifier sa politique migratoire restrictive. Une aubaine pour Marine Le Pen: «Le livre de Stephen
Smith évoque une africanisation
de l’Europe, et Emmanuel Macron l’a cité: cela signifie qu’il est
conscient du danger, et pourtant
il ne fait rien pour éviter cette situation!» Une récupération politique par l’extrême droite que
l’intéressé vit très mal (lire cicontre).
«Sans ironie»
Au moment de la sortie du livre
polémique, François Héran, tout
juste nommé titulaire de la
chaire «Migrations et sociétés»
du Collège de France, s’apprête
à présenter sa leçon inaugurale.
Celui qui se consacre depuis
vingt ans à l’étude des migrations et qui ne cesse de répéter
que la France n’est pas assiégée
par une masse de migrants, ne
prend pas part au débat dans
l’immédiat, préférant se laisser
le temps de la réflexion. Jusqu’au 12 septembre dernier, jour
de la sortie du dernier numéro
de Population et société, un bulletin d’information scientifique
de quatre pages publié par l’Institut national des études démographiques. Héran y consacre
un article intitulé «L’Europe et le
spectre des migrations subsahariennes», présenté comme une
réponse sans détour aux thèses
de Smith. Replaçant les migrations africaines dans le tableau
mondial des diasporas, le démographe estime que la part de
l’immigration subsaharienne
sera «cinq fois moindre» que les
estimations avancées par l’ancien journaliste. «Lorsque l’Afrique subsaharienne émigre, c’est
à 70 % dans un autre pays subsaharien et à 15 % seulement en Europe, détaille-t-il. Comparée aux
autres régions du monde lll
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
lll
– l’Amérique centrale,
l’Asie ou les Balkans –, l’Afrique
subsaharienne émigre peu en
raison même de sa pauvreté.»
Deux jours plus tard, Smith rend
coup pour coup via un entretien
sur le site du FigaroVox, la plateforme souverainiste du Figaro :
«Oui, “l’émergence” de l’Afrique
favorise la migration. Libre à
François Héran – et je dis cela
sans ironie – de faire le pari du
sous-développement persistant
de l’Afrique. Mais pourquoi rejeter comme un “fantasme” l’idée
qu’une masse critique des
2,5 milliards d’Africains en 2050
disposera des moyens nécessaires
pour migrer ?»
«Frapper l’opinion
à bon compte»
La balle est de nouveau dans le
camp de Héran, qui réplique le
18 septembre sur le site de La vie
des idées. Dans un article, «Comment se fabrique un oracle», Héran charge Smith, qu’il accuse
d’un sophisme régulièrement
invoqué par les tenants de la
théorie du «grand remplacement» : le développement de
l’Afrique ne pourrait se faire
qu’au détriment de l’Europe.
La méthode de prédiction de
Stephen Smith est aussi lourdement remise en cause. Supposant dans son livre que la prophétie de la «ruée» relève plus de
la conjecture économique que
de la prévision démographique,
Smith explore des données selon
lesquelles l’Afrique atteindrait le
même niveau de richesse que le
Mexique, entraînant un exode
massif vers le Vieux Continent.
«Or qui peut croire qu’à
l’échéance de 2050, l’Afrique subsaharienne aura brûlé les étapes
du développement pour rejoindre
la position relative actuelle du
Mexique? interroge Héran. Il ne
suffit pas de recourir à l’hypothèse d’une “masse critique”
d’habitants accédant à la prospérité pour accréditer le scénario
d’une mutation générale des
comportements dans un si bref
délai». Et il conclut : «S’il faut
craindre une “ruée”, ce n’est pas
celle des étrangers venus du Sud
pour transformer l’Europe en
“Eurafrique” mais celle qui consiste à se jeter sur la première explication venue ou à s’emparer
précipitamment de métaphores
outrancières pour frapper l’opinion à bon compte.»
Dans une tribune que nous publions ci-contre, Smith regrette
qu’on ne puisse pas «regarder
l’immigration en face, dans ses
contradictions». Et reste «confiant qu’un débat sans diabolisation est possible».
SIMON BLIN
u 21
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Tu aimeras ton prochain, issu
d’une PMA, comme toi-même
70 000 personnes en France
doivent leur vie à un don
anonyme de sperme. A ceux
qui veulent connaître leurs
origines, une plateforme
d’échange avec les donneurs
pourrait être envisagée.
Par Serge Hefez psychiatre et
psychanalyste, Erwann Binet ancien
député, Israël Nisand gynécologue
obstétricien, Muriel Flis-Trèves
psychiatre-psychanalyste, Maurice
Mimoun chef de service de chirurgie
plastique de l’hôpital Saint-Louis
L
Le Comité consultatif national d’éthique ne
s’intéresse, lui, qu’à l’avenir. S’il souhaite
que soit rendue possible la levée de l’anonymat des futurs donneurs c’est à condition,
précise-t-il, de respecter «le choix de ces derniers».
Une telle mesure, qui consacre un droit de
veto, y compris pour les futurs candidats au
don, nous paraît inadaptée. Tout d’abord,
elle créerait une inégalité de traitement entre les enfants, parfois au sein d’une même
famille. Par exemple, le frère et la sœur peuvent ne pas être issus du même donneur et il
peut se trouver que le géniteur du frère souhaite se faire connaître tandis que celui de la
sœur s’y oppose. Mais surtout, maintenant
que les tests ADN existent, on ne peut plus
garantir aux donneurs que leur anonymat
sera indéfiniment préservé.
Par respect pour eux, et afin qu’ils continuent de donner en confiance, il faut changer la règle et n’accepter, à l’avenir, que les
e comité consultatif national d’éthique vient de rendre un avis qui préconise une levée de l’anonymat des donneurs de gamètes. Si cet avis va dans le bon
sens, il est insuffisant, parce qu’il ne prévoit
rien pour les personnes déjà nées d’un don
de gamètes. Pour elles, nous préconisons la
création d’une plateforme d’échanges anonymes. A l’heure où certaines personnes en
appellent à la «dignité de la procréation», en
pointant du doigt la procréation médicalement assistée (PMA) et en prenant le risque
de stigmatiser les personnes qui en sont issues, nous demandons à tous d’ouvrir les
yeux sur une réalité : aujourd’hui,
70 000 personnes en France doivent leur vie
à un don anonyme de sperme. Ces mystérieux donneurs font, pour certaines d’entre
elles, partie de leur univers mental. Elles aspirent à en savoir un peu plus sur celui qui a
contribué à leur venue au monde.
Le gouvernement est invité par la Cour
européenne des droits de l’homme à se prononcer avant ce vendredi 5 octobre sur ses
intentions à propos du droit à la connaissance des origines des personnes issues
d’un don de gamètes, dans le cadre de la future révision de la loi de bioéthique. Cette
demande s’inscrit en réponse à une requête
dont Audrey Kermalvezen a saisi la Cour de
Strasbourg. Ce recours a pour finalité de savoir si l’Etat français a eu raison de refuser
d’interroger le donneur d’Audrey sur son
souhait de lui révéler son identité et/ou des
données non identifiantes, concernant sa
santé, sa profession, ses éventuels problèmes génétiques.
Par le biais d’une plateforme informatique
d’échanges anonymes entre le donneur et
l’enfant issu de son don (1), le donneur qui le
souhaite et le jeune adulte qui en ressent le
besoin pourraient ainsi, de manière volontaire, prendre le temps, de faire connaissance, de répondre aux questions de l’un et
de l’autre. Une fois la confiance installée (ou
pas), le donneur et sa progéniture pourraient
décider (ou non) de lever leur anonymat respectif. Cette solution informatique ménage
un juste équilibre entre le droit de l’enfant à
connaître ses origines etbookys-gratuit.com
le
droit des parents
bookys-gratuit.com
et du donneur au respect de leur vie privée.
donneurs prêts à être identifiés dix-huit ans
plus tard. C’est à cette condition et en toute
connaissance de cause, qu’ils choisiront de
donner. Tous les exemples étrangers démontrent qu’une telle réforme entraîne une
modification du profil des donneurs. Leur
nombre reste constant dans certains pays et
se révèle même être en hausse dans
d’autres. C’est ce que demandent les personnes issues de don de gamètes ainsi que certains donneurs, dans un souci de transparence et de sécurité juridique. Nos échanges
avec les protagonistes de la PMA nous ont
permis de vivre par catharsis cette aventure
humaine ô combien porteuse de solidarité.
Pour la défendre, il faut faire confiance à
ceux qui ont permis, grâce à leur don, à une
famille d’exister et à ceux, ainsi conçus, qui
sont pleins de reconnaissance pour ces
âmes généreuses. •
(1) Comme le propose l’association Origines, d’Audrey
et Arthur Kermalvezen (www.associationorigines.com).
JEUDI 4 OCTOBRE
LELIBÉ DES
GÉOGRAPHES
À l’occasion du Festival international
de géographie de Saint-Dié, «Libération»
rebat les cartes de l’actualité.
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22 u
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
IDÉES/
Quelques mots
sur mon père,
Pierre Pachet
La plaque commémorative apposée sur l’immeuble
où a vécu l’écrivain, mort en 2016, a été taguée
d’une étoile jaune. Sa fille raconte comment la vie
de son père s’est construite dans la grande
Histoire et témoigne de son rapport pacifié,
presque ironique, à la notion d’identité.
Pierre Pachet, en 2003. PHOTO HANNAH ASSOULINE. OPALE. LEEMAGE
Apatchevski sont devenus, officiellement,
libre, il venait du ciel. La conscience d’être
les Pachet. Ils auraient peut-être pu émijuif, elle, n’est venue qu’après la guerre,
grer en Israël, où ils avaient de la famille,
mais elle n’a jamais résolu cette question :
mais ils sont restés en France et ils ont réaf- pourquoi être juif signifiait être en danger
firmé leur intégration à la société française
de mort. Et pourquoi être juif, aujourd’hui,
par ce changement de patronyme un peu
c’est encore une fois, courir un danger de
surprenant, quand tous leurs amis avaient
mort. L’identité juive n’explique pas l’anticonservé leurs noms d’origine, des noms
sémitisme. On peut très bien s’y connaître
qui, tels des shofars [instruments tradition- en antisémitisme et ne rien comprendre à
nels des synagogues, ndlr] balançant leurs
la mystique juive, et vice versa.
sons saccadés, sonnent juifs. Le nom de PaDu désir d’intégration de son père, mon
chet ne sonnait pas comme un shofar, mais père, Pierre Pachet, a gardé plus qu’un souil disait, à sa manière, un silence, une retevenir, plus qu’un nom: il considérait les
nue. Il prononçait le désir de s’assimiler,
questions identitaires à la fois avec respect
terme aujourd’hui tombé en désuétude,
et ironie. Il avait avec le monde qui l’entoucomme on se fond dans la foule, pour y
rait, peut-être grâce à ce nom, à sa consotrouver une place, un lieu d’être.
nance en deux syllabes bien françaises, un
Mon père est resté traumatisé toute sa vie
rapport pacifié. Sous l’inquiétude, sous la
par la guerre, il ne s’est jamais dévigilance que toute son œuvre a si
parti d’une terreur diffuse, prove- Par
bien exprimée, sous la peau de
nant moins des dangers mortels
l’exaspération, il était assez calme
que lui et sa famille avait encouet même serein: être juif ne le
rus, que des bombardements
rendait pas plus nerveux que ça.
– comme ceux de Saint-Etienne,
Il trouvait insupportable les cale 26 mai 1944, ville sur laquelle
lembredaines ethniques, le creux
440 tonnes de bombes furent lâde tout ça. Il était plein de luichées par les alliés. Le danger ne
même, mais peut-être aussi plein
venait pas seulement des Allede cette intégration voulue par
mands, ou des policiers français
son père, même si le changement
venus arrêter son père
le lendede nom allait avec une perte.
bookys-gratuit.com
bookys-gratuit.com
main de son départ pour la zone
Ecrivaine
Cette perte les avait sauvés. Ça
YAËL
PACHET
ARGOL ÉDITIONS
V
endredi 28 septembre au soir, la
plaque commémorative que mon
frère et moi avons fait apposer sur
l’immeuble où notre père a vécu une
grande partie de sa vie a été taguée. Sur la
plaque était indiqué son nom, Pierre
Pachet, et le fait qu’il a vécu dans cet immeuble de la rue Chapon, à Paris, qu’il y a
écrit, qu’il y a conçu une œuvre littéraire.
Nous avons vécu dans cet appartement,
enfance et adolescence, notre mère y est
décédée, puis notre père. L’appartement
n’est plus à notre nom, mais quelque chose
subsiste, sur la façade, de ce que fut notre
père, quelque chose qu’il est difficile de résumer en quelques mots.
A côté de son nom et son prénom, de consonance tout à fait française, un ou plusieurs individus ont eu l’idée de taguer
une étoile juive afin d’indiquer (je me permets d’interpréter leur geste) au tout-venant que Pierre Pachet était juif. L’étoile
jaune ne signifie pas seulement, lorsqu’elle est apposée, comme ça, à une plaque commémorative, qu’il s’agit d’un Juif,
elle a aussi une signification antisémite,
bien sûr, mais je m’arrête déjà à ce fait. Ce
n’était pas évident, quelques recherches
Google ont peut-être été nécessaires, mais
l’on sait que Google, en France, consacre
une grande partie de son énergie à répondre à la question qui est juif, quand il ne
passe pas son temps à répondre à l’autre
grande question des internautes, à savoir,
qui est homosexuel.
Pierre, le prénom de mon père, est le nom
d’un apôtre chrétien bien connu, souvent
représenté avec des clés à sa ceinture, ou
pleurant amèrement dans son coin. Pierre,
l’apôtre, s’appelait Simon avant que Jésus
le renomme Pierre. Est-ce parce qu’il a
changé de nom que Pierre (l’apôtre), sensible à l’interface huilée du nom, qui adhère
à la personne mais peut s’en décoller, a renié aussi facilement le nom de Jésus ? Il a
dit aux soldats qu’il ne connaissait pas Jésus, ou plus précisément, qu’il ne connaissait pas de Jésus ? Le nom est propre, c’està-dire qu’il est la propriété de quelqu’un,
mais ça n’est pas la personne. Un nom propre sert à reconnaître et même distinguer,
mais ça peut servir aussi à renier, à camoufler, à se cacher. Un même nom peut servir
aussi bien à tuer qu’à sauver la vie. C’est un
stigmate, une révélation ou une élévation.
Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Et ça,
le père de mon père l’avait très bien compris.
Le père de mon père, Simkha Apatchevski,
est arrivé d’Odessa en France au début
du XXe siècle pour faire des études de médecine et devenir chirurgien-dentiste. Il a
très vite désiré devenir français et a été naturalisé en 1924. Avec Ginda, sa femme, qui
venait de Lituanie, ils ont eu deux enfants
qu’ils ont nommé Hélène et Pierre. Sous
l’occupation, mon grand-père a eu la
bonne idée de ne pas se déclarer comme
juif auprès de la préfecture de Paris et de se
procurer des papiers sous un autre nom,
Apa, puis Pachet. Il a emmené sa famille en
zone libre et a placé ses enfants dans des
institutions religieuses catholiques. Après
la guerre, ce nom d’emprunt qui lui avait
sauvé la vie, il a voulu l’officialiser. Les
vous met quelque part, le désir d’un père.
S’il le fallait, il lisait sans difficulté la haggadah en hébreu et dirigeait avec assurance le Seder à la fête de Pessah [la Pâque
juive]. Dans l’église où nous nous sommes
rassemblés pour l’enterrement de notre
mère, il s’est excusé de nous tourner le dos,
et sortant une kippa de sa poche, il a lu le
Kaddish, tourné vers Jérusalem. C’est
peut-être la seule fois de sa vie où il a fait
un happening juif, où il a imposé quelque
chose de cet ordre-là. Et c’était sublime.
Etre juif, ça ne se résume pas à être persécuté. Et faire partie du «peuple élu», ça
n’est pas avoir gagné au loto et bénéficier à
vie d’un ticket gagnant. Faire partie du
peuple élu, pour reprendre les termes de la
Bible, c’est endosser la charge d’une responsabilité morale qui a été d’abord posée
sur les épaules du peuple juif dans l’idée
que finalement tous les êtres humains se
verraient à leur tour dépositaires de la
charge morale, cette charge morale qui
sauve et justifie notre humanité, qui est la
même pour tous, toutes religions confondues et qui se résume, comme le dit Hillel,
le grand sage juif, par cette simple
maxime : ne fais pas à autrui ce que tu ne
voudrais pas qu’on te fasse. Jésus, Mahomet et Kant ont dit la même chose, mais
dans des langues différentes.
Pendant l’une des nombreuses manifestations des zadistes l’année dernière à Nantes, j’ai vu un dessin collé sur la place
Foch : on voyait Manuel Valls à genou et
le trou de son cul était représenté par une
étoile de David. Le Hauptscharführer
Thilo, en charge de l’infirmerie du camp
d’Auschwitz (sic !), a dit qu’il se trouvait
dans l’anus du monde. Même les salauds
utilisent les symboles.
Le tétragramme ou bouclier de David,
en hébreu, a longtemps été
un signe magique de protection contre les
démons ou même simple ornement avant
d’être choisi, très tardivement, pour symboliser le judaïsme. Reinhard Heydrich,
le 1er septembre 1941, a repris cette forme
dans une adaptation moderne de la rouelle
médiévale, signe ostentatoire jaune et en
forme d’anneau, imposé aux Juifs à partir
du XIIIe siècle par une chrétienté hostile à
la judéité. En France, l’étoile jaune est apparue à Paris à partir de mai 1942. Les
Apatchevski ne l’ont pas portée pendant la
guerre, ils ont préféré l’option, très risquée,
de la dissimulation et c’est ce qui leur a
sauvé la vie (mais c’est ce qui aurait pu la
leur coûter aussi bien). Cette étoile jaune
apposée à la plaque commémorative de
Pierre Pachet vient remuer tout ça, l’histoire et la grande Histoire. Elle vient marquer, non pas une protection contre les démons, ce que le bouclier de David était à
l’origine, mais la présence même des démons. Je suis heureuse que mon père ait
pu vivre sa judéité telle qu’il l’a vécue, sans
honte, sans embarras, sans humiliation.
Le soir des attentats du 13 novembre 2015,
il était dans un café et a décidé de rentrer
chez lui, malgré les recommandations,
tranquillement. Il n’avait pas peur. Il avait
peur des bombardements, il avait peur des
excès, il avait peur de la bêtise. Il n’avait
pas peur d’être juif. •
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
LA CITÉ DES LIVRES
Par
LAURENT JOFFRIN
Jean-Claude Michéa et ses
commodes abstractions
Avec «le Loup dans la bergerie», le philosophe
livre une fois encore un réquisitoire contre
la gauche qui aurait abandonné le peuple
pour ne parler qu’aux minorités.
A
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
rehausse le smic et les minima sociaux ? Rocard qui crée la CSG ?
Jospin qui promulgue les 35 heures? Hollande qui impose le capital comme le travail ou ramène
à 60 ans l’âge de la retraite pour
les longues carrières ? Libérale,
une France où le code du travail,
même réformé, compte des milliers de pages, où la moitié du revenu national est redistribué sur
la base de principes égalitaires ?
Tout à son utopie fumeuse, Michéa ne veut pas voir qu’il y a plusieurs sortes d’économies de marché et que la gauche européenne
a sans cesse cherché à humaniser
la société, souvent avec succès,
dans un sens inverse à celui du
dogme libéral, ce qui distingue
aujourd’hui le vieux continent
du nouveau.
Il postule ensuite que libéralisme
politique et sociétal entraîne automatiquement un ralliement au
libéralisme économique. Dès lors
qu’on prêche la libéralisation des
mœurs ou le droit des minorités,
Jean-Claude
Michéa fut
communiste.
Sans doute
pense-t-il que
pour avoir révéré
Marchais et
Brejnev, il a gagné
un brevet
de lucidité.
Comme il porte
un bonnet de laine,
il se voit en héraut
du peuple.
dit-il, on avalise le catéchisme
thatchérien. Rien de plus faux.
La gauche est libérale en politique,
ou dans le domaine sociétal
mais elle est keynésienne ou sociale-démocrate dès qu’il s’agit de
questions sociales. Les écologistes
sont très libéraux en matière de
mœurs mais dirigistes dès qu’il
s’agit de lutter contre le réchauffement climatique, etc. En fait,
contrairement au faux syllogisme
de Michéa, la gauche cherche à
conjuguer droits individuels (libé-
vec des amis comme lui, conjuguant ainsi libéralisme écola gauche n’a pas besoin nomique et libéralisme culturel,
d’ennemis. Au fil des livres, qui sont des frères siamois idéoloJean-Claude Michéa ne cesse de giques. La gauche parlait aux prodénoncer l’infâme trahison des los; elle ne représente plus que les
progressistes, en les fustigeant sur bobos.
un ton de hauteur sarcastique et Pourtant ce raisonnement, qui tire
d’une volontaire cuistrerie, avec sa force de la répétition, se heurte
force citations savantes et notes à des réalités politiques que Miplus longues que le texte principal chéa, réfugié dans de commodes
(Michéa parle de «scolies», c’est abstractions, tout occupé à faire
plus chic). Comme il reproche à la des livres avec des livres sans
gauche son «libéralisme culturel» jamais daigner descendre dans
– défense des minorités, liberté l’arène des rétives réalités, évite
des mœurs, etc. –, il est devenu soigneusement de prendre en
l’idole de tous les réacs du Figaro compte et même de citer. D’abord
Magazine et de Valeurs actuelles, celle-ci: constatant le lamentable
sans jamais s’en distinguer vrai- échec des économies étatisées, la
ment, trop heureux de la notoriété gauche s’est effectivement ralliée
ainsi récoltée.
à l’économie de marché. Mais non
Michéa fut communiste. Sans au libéralisme économique, qui
doute pense-t-il que pour avoir ré- est une chose distincte. Au convéré Marchais et Brejnev, il a ga- traire, elle n’a cessé de contredire
gné un brevet de lucidité. Comme les libéraux en réalisant des réforil porte un bonnet de laine, il se mes qui soumettent l’économie de
voit en héraut du peuple. Mais marché aux correctifs des princiune fois le jargon dissipé, sa thèse pes socialistes. Certes, elle se réest banale. Depuis des lustres, fère aux droits de l’homme, mais
dit-il, la gauche socialiste et répu- c’est aussitôt pour y inclure des
blicaine a adopté «l’idéologie des droits sociaux (voir la Déclaration
droits de l’homme». Dès lors, elle de 1946, dont Michéa ne souffle
est devenue libérale et chez elle mot, pour s’en tenir à celle de 1789,
les réformes «sociéplus bourgeoise et
tales» ont remplacé
plus facile à critila question sociale.
quer).
Au lieu de défendre
Libéral, le Front poles intérêts des claspulaire qui instaure
ses populaires, ce
les congés payés,
qui supposerait la
l’Office du blé ou la
promotion de vasemaine de qualeurs collectives
rante heures ? Libé– Michéa relie celral, le gouvernement
les-ci à la «common
de 1946 qui crée la
decency» chère à
Sécurité sociale, piGeorge Orwell –
lote l’économie au
la gauche s’est concentre, par les natiocentrée sur l’antiranalisations et le
cisme, la lutte contre
Plan ? Libéral, le
les discriminations JEAN-CLAUDE MICHÉA gouvernement Maude genre, la dénonLE LOUP
roy qui instaure les
ciation des politiDANS LA BERGERIE
lois Auroux, réduit
bookys-gratuit.com
bookys-gratuit.com
ques «sécuritaires»,
Climats, 166pp., 17€.
le temps de travail,
L'ŒIL DE WILLEM
u 23
raux) et droits collectifs (socialistes).
A l’inverse, on imagine très bien
un libéralisme économique sans
droits de l’homme. La Chine est
capitaliste et bafoue les libertés
tous les jours. Les pays de l’Est
(Pologne, Hongrie) sont libéraux
en économie et conservateurs
en matière de mœurs, tout comme
l’Arabie Saoudite. Trump est ultralibéral en économie et répressif
en matière de sécurité ou d’immigration. La soi-disant continuité
absolue entre droits de l’homme et
libéralisme économique ne résiste
pas à l’examen. En un mot, la
gauche n’est pas ralliée au libéralisme et le libéralisme culturel
n’entraîne pas forcément le libéralisme économique. Au bout
du compte, le réquisitoire de JeanClaude Michéa est fondé sur
des sophismes grossiers, qui
autorisent toutes les récupérations par la droite identitaire,
dont il se distingue de moins en
moins. •
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24 u
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
«Amin», la pudeur de vivre
Après le césarisé «Fatima», Philippe Faucon esquisse un portrait
sensible de l’exil et de la solitude, dans les pas d’un ouvrier
sénégalais formidablement interprété par Moustapha Mbengue.
Par
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
«A
près Fatima, Amin», claironne
l’affiche. Et sans doute était-il
irrésistible de faire la promo de ce
celui-ci avec celui-là, le très beau Fatima couronné par le césar du meilleur film en 2016.
Même si les films de Philippe Faucon semblent de toute façon rétifs au marketing, tant
ils brillent par leur retenue. Mais l’accroche,
ici, est quoi qu’il en soit un peu trompeuse:
Amin n’est pas simplement le pendant masculin de la bouleversante Fatima, femme de
ménage marocaine s’échinant à offrir une vie
meilleure à ses filles. Là où Fatima tissait un
faisceau de relations montrant l’étendue d’un
ancrage, une forme d’enracinement accompli
à coups de sacrifices et d’entêtement, Amin
brosse le portrait d’un écartèlement géographique et mental, et d’une solitude contemporaine, ou plutôt de plusieurs –un film plus
ambitieux, sous ses dehors modestes. Y brille
le rôle-titre (interprété par Moustapha Mbengue), ouvrier dans le BTP venu du Sénégal, qui
a laissé femme et enfants au pays et fait vivre
par son travail une famille étendue.
vibrant d’un héroïsme discret, rapportant effrontément du cash dans ses chaussettes
–l’argent récolté pour l’école du village – et se
heurtant à la souffrance de sa femme (Marème N’Diaye) et de leurs trois enfants, qui se
languissent de lui. Le va-et-vient entre les
deux pays dessine un état de fait, sans pathos,
qui se résume à une absence de choix. Se dégage l’impression qu’Amin rapetisse un peu
dès lors qu’il revient ici, s’éteignant légèreOUATE
ment dans le bus ou sur les chantiers: MoustaOn le découvre, immense et charismatique, pha Mbengue a une incroyable aptitude à
plaisantant dans les couloirs du foyer d’immi- passer du rayonnant au transparent, ce
grés où il habite à Saint-Denis. Auprès de lui, qu’augmente encore la violence en sourdine
d’autres travailleurs exilés, dont les parcours des situations qu’il rencontre. Si celles-ci sont
semblent présenter en creux une variété de parfois attendues, elles sont rendues comme
possibles s’offrant àbookys-gratuit.com
Amin.
Ce dernier est en- en passant, avec précision et sobriété, évitant
bookys-gratuit.com
suite observé lors d’un retour au Sénégal, au film de tomber dans la généralité.
Sur un chantier, Amin rencontre Gabrielle, incarnée par Emmanuelle Devos (lire ci-contre),
infirmière divorcée et mère d’une ado, avec
qui il noue une liaison, non sans quelque incompréhension pour leur entourage. Union
de deux âmes esseulées, intrigue simple voire
banale, dont le rendu émouvant doit beaucoup à la manière qu’ont tous ces parcours de
résonner entre eux. Car une fois encore, Philippe Faucon se montre maître dans l’art de
donner une épaisseur à ses personnages en
faisant miroiter leurs parcours, créant des
échos dont toute la pertinence se révèle au fil
du temps. Une ouate particulière semble toujours entourer ses protagonistes, qui n’est pas
un excès de délicatesse mais une conséquence du temps donné, de l’absence de jugement, lente décantation donnant chair à des
situations qu’un cinéaste moins déterminé
rendrait caricaturales. Amin ne fait pas exception, où les plus petits des seconds rôles, souvent incarnés par des comédiens non professionnels, trouvent une raison d’être et une
justesse, composant la cartographie d’un
éclatement contemporain. Ainsi d’Abdelaziz
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
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Gabrielle (Emmanuelle Devos)
et Amin (Moustapha Mbengue),
ou la liaison de deux âmes
esseulées. PHOTO PYRAMIDE
«
CINÉMA/
«Chez Faucon, on a le plaisir
discret et la jouissance intérieure»
Que vous a-t-il répondu ?
tes car pour que Moustapha
Il m’a dit que même si j’étais une puisse mimer le cunnilingus, on
actrice reconnue, on ne verrait m’avait harnachée avec deux
pas forcément Emmanuelle De- couches Pampers au niveau du
vos à travers mon personnage. sexe. Pour ces séquences, on deQue je réussirais à me faire mande en général à l’équipe de
oublier. Et que donc je pouvais sortir du plateau. Je plaisantais:
me mêler à cette histoire. Je «Restez, on a besoin de vous, on
pense qu’il y a d’autres raisons a besoin d’être soutenus. Et puis,
lle écrit son premier scé- qu’il a tues, et notamment la bande d’hypocrites, on sait bien
nario, part la semaine rencontre entre Moustapha qu’une fois la porte fermée, vous
prochaine en tournage, Mbengue et moi, dans la mesure serez tous derrière le combo !»
alterne théâtre et cinéma, et in- où Philippe cherche aussi l’acci- Chez Philippe Faucon, on a le
carne Gabrielle, l’un des person- dent dans le jeu, la non-maîtrise, plaisir discret et la jouissance innages féminins qui entame une la maladresse. Ça peut être très térieure. Je n’avais même pas le
relation amoureuse avec Amin, déstabilisant de jouer avec un droit de soupirer.
ouvrier solitaire et mutique, partenaire qui n’a pas les codes. Qu’est-ce qui a changé dans le
dans le sixième long métrage de Qu’est-ce qui était déstabili- cinéma depuis que vous traPhilippe Faucon. Gabrielle entre sant ?
vaillez ?
comme par effraction dans C’est difficile de regarder quel- C’est plus tendu. Avant, on m’apl’existence d’Amin, qui a une vie, qu’un dans les yeux. Pendant un pelait deux mois avant pour parune femme, des enfants au Sé- champ/contrechamp, les per- ticiper à un tournage, les projets
négal, tandis qu’elle élève seule sonnes qui n’ont jamais tourné se montaient plus rapidement.
sa fille, et fait face à un ex carac- ne pensent pas à continuer de Désormais, c’est un ou deux ans
tériel. Le film est une suite d’on- jouer, quand la caméra n’est pas à l’avance qu’on me prévient. On
des où les personnages n’explici- sur eux. Moustapha Mbengue vit dit continuellement que c’est
tent jamais leur mystère, tout en à Rome, il est musiparce qu’il y a moins
émettant des signaux particuliè- cien, il parlait très INTERVIEW
d’argent, du moins
rement poignants. Rencontre peu, et très peu le
dans l’économie des
avec Emmanuelle Devos.
français, mais il rythmait parfois films que je tourne. Je ne le crois
Qu’est-ce qui vous donne en- les répliques avec ses mains, ce pas. Les financiers mentent. Il y
vie d’accepter une proposi- qui faisait sursauter l’ingénieur a toujours autant d’argent, simtion ?
du son. Je le sentais pas à l’aise plement ils sont plus frileux. SiDans le cas de Philippe Faucon, du tout, ce qui correspondait à non, c’est le même système un
j’étais à la première séance le son personnage. Quand Amin et peu ridicule : on utilise les mêjour de la sortie de son deuxième Gabrielle sont ensemble, il n’y a mes acteurs ou actrices qui vont
film, Sabine, en 1993, et je n’en ai pratiquement qu’elle qui parle. faire cinq films par an pendant
raté aucun. Ce que j’aime beau- Comment Philippe Faucon cinq ans puis disparaître. Ce que
coup dans son cinéma, c’est que vous a-t-il dirigée ?
j’ai toujours adoré, c’est le film
tous les personnages existent Il est exceptionnel. Il traque le imprévu. Remplacer quelqu’un
même lorsqu’ils sont en arrière- moindre appui de jeu. Après une au dernier moment.
plan. Dans Amin, Philippe Fau- scène, il m’a dit : «Oui, c’est très Recevez-vous toujours autant
con traite de beaucoup de sujets bien, Emmanuelle, mais… tu mi- de propositions ?
à la fois sans que ce ne soit ja- naudes un peu.» Je minaude ? Peut-être est-ce un problème de
mais appuyé ni confus. Par J’avais juste penché un peu la riche? Je n’ai pas subi un appauexemple, au début, on voit un tête pour écouter. Il y a une cer- vrissement des rôles. En revanpersonnage se faire gronder par taine raideur, il faut faire passer che, ce que je n’assume pas, c’est
sa fille, parce qu’il a travaillé toutes les émotions dans les de jouer un rôle de jeune femme.
toute sa vie au noir en France et yeux. Avec lui, on est prisonnier Je viens de lire un scénario forqu’il n’aura jamais de retraite. de son personnage, on n’a pas le midable, mais où le personnage
Elle lui parle en français, il lui ré- droit de s’aider en mettant une que je tiendrais allaite. Je ne
pond en arabe. Ce n’est rien, main dans les cheveux ou en se peux pas décemment accepter
mais ce décalage de langue fait grattant la joue. Quand on est à 54 ans des rôles de mère qui
entrevoir leur histoire alors acteur, on peut être agité de tics donne le sein ou dont l’enfant a
même qu’on ne les reverra qu’à –qui sont des balises. Avec Fau- un an, dans un milieu qui n’a pas
la fin. Ce qui m’a surprise, ce con, c’est impossible. Il a une di- les moyens de pratiquer une
n’est pas que j’accepte sa propo- rection bressonienne.
PMA en Espagne ! Ou alors on
sition, mais plutôt qu’il me pro- Les scènes de sexe sont assez change le scénario et je joue une
pose un rôle. D’habitude, il tra- crues…
grand-mère qui allaite !
vaille avec des jeunes acteurs ou C’est maintenant que je suis une Que répondez-vous à celles
des gens non professionnels. Je vieille dame qu’on me demande qui disent que les femmes de
lui ai demandé bookys-gratuit.com
pourquoi
il fai- d’en faire! Ces scènes étaient à la plus de 50 ans sont douées
bookys-gratuit.com
sait appel à moi.
fois très gênantes et très rigolo- d’invisibilité sur les écrans?
Emmanuelle Devos
évoque le tournage
d’«Amin» avec
Philippe Faucon et les
aléas d’une carrière
d’actrice en France.
E
(Noureddine Benallouche) qui, lui, a construit
une seconde vie en France et y a eu d’autres
enfants –le parallèle donnera sa mesure à la
fin du film. Ou de Sabri (Jalal Quarriwa), qui
un soir se paie les services d’une prostituée
avec qui il n’arrivera pas à coucher, autre pendant d’une misère sentimentale.
DÉCENCE
La mosaïque qui se construit patiemment
leur donne à tous une vérité, renforcée par
une direction d’acteurs très sûre, et un choix
judicieux de ce qui passe à l’image, de la manière de l’enchaîner, de le monter. Une
épouse vue nue, se douchant soigneusement
avant le retour de son mari, n’a par exemple
rien de gratuit, le plan bref charriant avec lui
l’empressement des corps qui se retrouvent
après une longue absence, et la maladresse
ou la déception qui parfois l’accompagnent.
C’est sur ce tableau nuancé que s’imprime la
relation entre Gabrielle et Amin, que d’autres
auraient été tentés de résumer à sa sociologie, alors qu’elle est dès le début marquée par
une décence de sentiments qui est une autre
forme de pudeur. Au long du film, ce lien
conserve une absence d’effusion, un mystère
qui rend hommage à la complexité des situations dépeintes. C’est ce genre d’intelligence,
de sensibilité, qui donne son inestimable
singularité au cinéma de Philippe Faucon. •
AMIN de PHILIPPE FAUCON avec
Emmanuelle Devos, Moustapha Mbengue,
Marème N’Diaye… 1 h 31.
Je vais me faire taper dessus: ça
ne me choque pas que le cinéma
préfère la jeunesse. Aux alentours de la cinquantaine, je me
suis mise à flipper à propos de
mon âge, et ça a été très utile de
parler boutique avec Sandrine
Kiberlain et Karin Viard. Je crois
qu’il faudrait surtout varier les
actrices et acteurs au lieu d’utiliser toujours les mêmes. On doit
être moins d’une dizaine à
squatter tous les rôles. Quand je
lis un scénario formidable, et
que je téléphone à Sandrine ou
Karin, elles l’ont systématiquement reçu! Je sais très bien que
dès qu’elles refusent un rôle, je
vais le récupérer.
Est-ce vous qui avez sciemment décidé de plutôt participer à des projets cinéphiles,
des films qui s’inscrivent
dans le temps ?
Non. Quand on est jeune, on ne
choisit pas. J’ignorais même le
sens du mot cinéphilie. C’est Arnaud Desplechin qui m’a montré
mon premier Bergman. Simplement, j’étais mal à l’aise avec
mon corps, je ne pouvais pas
danser nue, et il y a donc toute
une série de films qui se tournaient à l’époque, type ceux de
Zulawski, pour lesquels il était
inutile que je postule.
Le séisme Weinstein a-t-il atteint le cinéma français ?
Je suis à la fois choquée de
l’omerta et gênée d’en parler,
parce qu’il ne m’est jamais rien
arrivé. Je ne me suis jamais trouvée dans des situations extrêmes, non parce qu’elles n’ont jamais lieu, mais parce que je ne
suis pas si forte que ça, j’ai une
carapace contre tout ce qui
pourrait me faire du mal. Il y a
quelqu’un ou quelque chose qui
me protège et cette personne,
c’est moi.
Vous donnez-vous un rôle
dans votre premier film derrière la caméra ?
Non. Je n’ai aucune envie de me
diriger. Il ne faut pas s’éparpiller, c’est déjà suffisamment
compliqué de réaliser. Bon, je
me dépannerai au cas où l’une
des actrices ferait défaut pour
un second rôle.
Recueilli par
ANNE DIATKINE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
CINÉMA/
Le premier film du cinéaste Carlos López Estrada fait le constat que toute violence porte des œillères. PHOTO METROPOLITAN FILMEXPORT
«Blindspotting»,
un autre poing de vue
Dans le sillage des
meilleurs Spike Lee,
ce premier film évoque
racisme, violence
et préjugés à travers
l’histoire de jeunes
d’Oakland, creuset
de contre-cultures.
D
aveed Diggs est comédien
et rappeur (à l’origine du
groupe de hip-hop Clipping), Rafael Casal est comédien,
dramaturge, metteur en scène
et slammeur. Tous les deux se
connaissaient depuis le lycée et
étaient déjà assez reconnus aux
Etats-Unis pour leurs expériences
théâtrales, musicales et poétiques
(avec d’autres ou ensemble) lorsqu’ils écrivirent le scénario de
Blindspotting, dont ils sont aussi les
deux interprètes principaux. Un
scénario entremêlant comédie
et drame social, balades décontractées et accès de violence, où ils parlent d’une ville, Oakland, d’un milieu social et d’une culture qu’ils
connaissent intimement.
défaitisme ou d’attiser les oppositions. Blindspotting pourrait se traduire par «point aveugle», et il s’agit
bien, dans le scénario comme dans
la forme, de constater que tout
point de vue est partial, que l’on refoule en se croyant lucide et que
toute violence porte des œillères.
Les auteurs déjouent ainsi tout manichéisme politique en montrant
que celui-ci ne s’appuie pas seulement sur des faits mais aussi sur
des préjugés nocifs, conscients
ou inconscients. Ils partent de la
violence pour tenter de la transcender, comme les personnages cherchent eux-mêmes à s’en extirper.
Jusqu’à ce qu’une fusillade soit
remplacée par un slam plein de
rage et de larmes.
de dénoncer une injustice terrible
et symptomatique de ce qu’il vit au
quotidien depuis son enfance.
A travers cette histoire édifiante,
Blindspotting dessine tout d’abord
un portrait composite d’Oakland,
lieu de naissance du mouvement
Black Panther, creuset de contreMutation. Collin (Diggs) sort de culture, petit New York de la côte
prison et doit absolument éviter de Ouest saisi ici en pleine mutation.
s’attirer des ennuis pendant ses der- Une mutation pour le pire –la genniers jours de liberté condition- trification, le remplacement de la Tchatche. Blindspotting fait pennelle. Ce qui se révèle difficile pour culture populaire par la fadeur des ser aux premiers films de Spike Lee
un jeune Noir d’Oakland, surtout si modes hipster, la perpétuation de (Do the Right Thing, en particulier),
son meilleur ami Miles (Casal) est la violence sous d’autres formes – non seulement par son sujet poliun Latino sanguin et imprévisible. mais aussi, peut-être, pour du tico-social mais aussi pour la fraîEt plus encore s’il est témoin du meilleur – la remise en cause des cheur et la vitalité dont fait preuve
meurtre sans sommation d’un Noir frontières géographiques et menta- le réalisateur Carlos López Estrada,
par un policier blanc. Collin se con- les qui séparent communautés, dont c’est le premier long métrage,
fronte alors à un dilemme: rentrer sexes et classes sociales. Sans som- en intégrant les musiques, les temdans le rang sans broncher, quitte brer dans l’angélisme et sans nier la pos, le langage et les couleurs qui
à se faire complice indirectbookys-gratuit.com
d’un
noirceur du constat, le film refuse constituent la culture urbaine dont
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crime policier, ou prendre le risque effectivement de se satisfaire du les protagonistes sont pétris. Modu-
lée par les changements de ton du
scénario et les variations d’humeur
des personnages, la forme du film
est joyeusement hétérogène. On
y passe d’une esthétique de clip,
dans des scènes de rêve, à de très
longs plans laissant aux acteurs
le temps de déployer pleinement
leur art de la tchatche. Cette façon
de manier la parole, de s’approprier
la langue, d’en faire de la poésie,
de la musique est ce qu’il y a de
plus beau. Les acteurs-slammeurs
semblent inventer en direct leurs
monologues en vers, qui s’insèrent
dans l’intrigue comme les chansons
dans une comédie musicale. Entre
ses moments de grâce, Blindspotting n’est certes pas dénué de naïveté et se révèle un peu trop démonstratif dans son dénouement,
mais il est surtout très attachant
par la sincérité et la bienveillance
avec lesquelles il parvient à rendre
compte de l’atmosphère d’une ville
tout en saisissant l’air de ce drôle de
temps que traversent aujourd’hui
les Etats-Unis.
MARCOS UZAL
BLINDSPOTTING de CARLOS
LÓPEZ ESTRADA avec Daveed
Diggs, Rafael Casal… 1 h 35
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 3 Octobre 2018
TICKET
D'ENTRÉE
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FILM
SEMAINEÉCRANS
367
ENTRÉES
ENTRÉES/ÉCRAN
CUMUL
288 138
785
921 851
La Nonne
2
La Prophétie de l’horloge
1
345
216 232
627
216 232
I Feel Good
1
306
160 413
524
160 413
Libre
1
53
20 535
387
20 535
Les Déguns
3
187
70 232
376
394 227
Les Frères Sisters
2
413
150 806
365
449 588
Un peuple et son roi
1
313
109 403
350
109 403
L’Ombre d’Emily
1
289
85 242
295
85 242
En France comme presque partout ailleurs, la Nonne, épouvantable ramification de la franchise Conjuring, domine le
box-office, totalisant 330 millions de dollars de recettes dans
le monde. Exception remarquable, au Kenya, elle est supplantée par Rafiki, portrait d’un amour lesbien, premier film local
jamais sélectionné à Cannes, frappé de censure puis autorisé à
sortir sept jours, avant d’être à nouveau interdit. Ce qui lui suffit à devenir le deuxième plus gros succès de l’histoire du cinéma kényan. (SOURCE ÉCRAN TOTAL, CHIFFRES AU 30 SEPTEMBRE)
«La Saveur des ramen», soupe de bons sentiments
Autour d’un cuisinier japonais
parti à Singapour à la
recherche de ses origines,
le film d’Eric Khoo laisse
le spectateur sur sa faim.
cuisines de son oncle, joué par le truculent
Mark Lee Kok Huang, chef spécialiste du bak
kut teh, le plat national.
Amidonné. Masato est aidé dans cette en-
M
ais qu’est donc allé faire Eric Khoo
dans ce sac de nouilles? Fusion film
lisse et mécanique vantant la réconciliation des peuples par la cuisine, la Saveur
des ramen magnifie certains travers du cinéaste des merveilleux Be With Me et My Magic (ces excès de bons sentiments et de mièvrerie qui faisaient parfois tiquer dans de
bien meilleurs films) sans offrir une originalité de mise en scène qui lui sauverait la mise.
La Saveur des ramen se vit en majeure partie
comme un publireportage foodie, glissant
comme de l’huile sur le menton, et si le récit
des massacres de l’occupation japonaise, à
Singapour en 1942, et des traumatismes
qu’elle a engendrés vient pimenter un peu
l’affaire, c’est presque à contrecœur qu’on
larmoie – Eric Khoo a toujours su nous tirer
les larmes, ce n’est pas nécessairement une
qualité.
Interloqué. La mise en place de l’intrigue,
Masato (Takumi Saito) va découvrir un lourd secret familial. PHOTO KMBO. ARTHOUSE
déclinée avec le systématisme d’une recette
de cuisine, est précédée d’un générique ultraconvenu (légumes et viande détaillés en petits morceaux avant d’être passés à la casserole…) et suit les déboires de Masato (le très
joli Takumi Saito), apprenti chef de ramen
dans le resto de son père au Japon. Le père est
visiblement atteint d’une forme de saudade
locale, et meurt dans les cinq minutes, suivant ainsi la mère, elle, d’origine singapourienne, partie quelques années plus tôt. Ma-
sato en a l’air un peu interloqué (qui a dit,
déjà, que perdre deux parents ressemble à de
la négligence ?) et décide de se mettre en
quête de ses racines. A Singapour, il découvrira un lourd secret familial dans les arrière-
treprise par la non moins jolie Miki (l’idole de
J-pop eighties Seiko Matsuda), mère célibataire, donc propre à servir de réceptacle à
moult variations fantasmées autour de la figure maternelle nourricière –beaucoup de séquences embuées dépeignant une madone
angélique enfouissant des nouilles dans la
bouche de son fils font naître une pensée angoissante chez la spectatrice : est-ce que les
gnocchis à poêler en sachets suffiront à faire
office de madeleine à ses propres enfants,
plus tard? Mais il est vrai que l’utilisation de
figures hyper reconnaissables de la pop
culture et de spécialités nationales connues
destinait peut-être le film à des projections en
cours primaire sur le thème «apprenons la tolérance par la nouille». Alors que l’on s’endort
mollement devant ce tableau amidonné, et
à l’écoute de propos didactiques tel «Il est
comme les ramen, le meilleur de la culture chinoise et japonaise», l’irruption d’un beau personnage, celui d’une grand-mère traumatisée
par l’occupation japonaise (Beatrice Chien),
donne au film ce soupçon d’épaisseur qu’on
n’espérait plus.
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
LA SAVEUR DES RAMEN
d’ERIC KHOO avec Takumi Saito,
Jeanette Aw, Mark Lee… 1 h 30.
«Le Cahier noir», pauvre en diable
Projet du défunt
Raoul Ruiz repris
par Valeria Sarmiento,
ce prequel des
«Mystères de Lisbonne»
est plombé par
la légèreté de ses
moyens mais ne
manque pas de charme.
S
ix ans après les Lignes de
Wellington (2012), Valeria
Sarmiento réalise à nouveau un projet inabouti de Raoul
Ruiz, cinéaste franco-chilien
mort en 2011 et dont elle fut la
compagne et proche collaboratrice pendant plus de quarante ans. Le scénario de ce
Cahier noir, écrit pour Ruiz par
Carlos Saboga, est l’adaptation
du Livre noir du père Dinis de Camilo Castelo Branco, auteur des
Mystères de Lisbonne, que le réa-
che pas à imiter le style baroque
de Ruiz, mais se tient au
contraire dans une sorte de clarté
classique qui a ici bien moins de
souffle et de tenue que dans son
précédent film. Selon ses propres
dires, elle s’est aussi approprié
le scénario en mettant au
premier plan un personnage
féminin – la jeune servante d’un
marquis (Lou de Laâge), méprisée par celui-ci après avoir été sa
maîtresse, et à qui est confié
un orphelin aux origines mystérieuses –, là où Ruiz aurait privilégié le plus ambigu et rocambolesque prêtre qui tire les ficelles
de l’intrigue. Le film pèche par
un manque évident de moyens,
ce que Ruiz avait justement le géLou de Laâge en servante bafouée. ALFAMA FILMS
nie de savoir toujours retourner
à son avantage. Cette reconstilisateur avait admirablement
Merhar), ce qui fait de ce film une tution bricolée, ces costumes
porté à l’écran en 2010. Le père
sorte de prequel du dernier
amidonnés, ces perruques imDinis en était déjà le personnage
chef-d’œuvre de Ruiz.
probables, cette quasi-absence
pivot, on le retrouve ici plusbookys-gratuit.com
Comme avec les Lignes de
de figurants, ces toiles peintes,
bookys-gratuit.com
jeune (interprété par Stanislas
Wellington, Sarmiento ne cherce doublage hasardeux gênent
ici, alors que chez Ruiz, ces
éléments auraient participé à
l’étrangeté du film, en tant
qu’artifices assumés dans un
récit où les personnages ne
cessent de jouer des rôles, de se
déguiser, de se faire passer pour
d’autres. On le dit sans ironie :
cela a tout de même le charme
rêche d’un bon feuilleton ORTF,
avec des couleurs parfois étonnantes, comme un vieux technicolor, et des péripéties tordues
mêlant mélodrame et histoire
(la Révolution française, Napoléon…) auxquelles on peut se
livrer avec un plaisir naïf à
condition de n’en exiger ni
vraisemblance ni splendeurs
formelles.
M.U.
LE CAHIER NOIR
de VALERIA SARMIENTO
Avec Lou de Laâge,
Niels Schneider,
Stanislas Merhar… 1 h 53.
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CINÉMA/
«Upgrade», super crack de la cybertraque
En dépit d’un univers
rétrofuturiste un peu
fade, Leigh Whannell
tisse dans son second
film une intrigue
efficace et cruelle
sur fond de vengeance
et de schizophrénie.
C’
est un petit film de genre
qui commence par faire
très peur – mais pas au
sens où on l’entend habituellement
à propos de ceux produits par la
maison Blumhouse. En lieu et place
des bicoques squattées par des poupées de porcelaine maléfiques ou
des fantômes de nonnes aux dents
gâtées qui sont devenus le décor
obligé de la boîte de prod star du
film d’horreur on a budget, l’Australien Leigh Whannell a recréé le futur proche des séries B cyberpunk
de son enfance, les Freejack (1992),
Johnny Mnemonic (1995) et autres
Fortress (1992) qui faisaient la joie
toute relative des amateurs de
science-fiction entre Blade Runner
et Matrix.
Baston. Voitures relookées au papier alu, bas-fonds où l’on fait griller
ses saucisses dans des tentes igloo,
intérieurs augmentés de technologie domotique fabuleuse où l’on
peut lire ses mails sur le plateau de
Tétraplégique, Grey Trace (Logan Marshall-Green) va subir une opération radicale. UNIVERSAL PICT.
sa table basse, l’imaginaire futuriste
d’Upgrade est non seulement à des
années-lumière de Minority Report
mais en deçà de celui de Babylon A.D. de Kassovitz, monument
s’il en est d’anticipation cheap et
dépassionnée. Ou alors quelque
chose d’une ironie rétrofuturiste
nous aurait-elle échappé? Disons en
tout cas que l’intérêt du deuxième
film de Leigh Whannell, après Insidious 3, est ailleurs que dans son
très fade univers et qu’il convient
d’attendre sa première scène de
baston, formidablement rapide et
sagouine, pour entrevoir le mauvais
esprit qui l’anime. L’histoire met en
scène le falot Grey Trace («trace
grise»), réparateur de bolides vintage, technophobe sur les bords,
joué par le sosie officiel de Tom
Hardy (Logan Marshall-Green), qui
se retrouve tétraplégique après une
agression sauvage à la Robocop à laquelle ne survit pas son épouse.
Cervelet. Une amitié avec une
sommité des nouvelles technologies du nom d’Eron Keen (Harrison
Gilbertson, peroxydé) va lui donner
accès à une invention de pointe, un
petit cafard électronique du nom de
Stem qui, une fois greffé sur son
cervelet, va lui permettre de
marcher de nouveau… Et de se faire
un nouvel «ami» virtuel qui, non
content de l’augmenter dans ses
capacités physiques et cognitives,
dialogue avec lui directement dans
son esprit.
Enquêtant sur les cybermeurtriers
à la Bruce Sterling de sa chère et
tendre, Grey va se révéler un petit
assassin redoutable d’efficacité et
de cruauté, Stem un Siri étonnamment vicieux et Upgrade l’héritier
inattendu de quelques films merveilleusement crapoteux sur la schizophrénie. A l’instar du Marquis (1989) de Xhonneux et Topor,
rêverie en marionnettes dans lequel
Sade discutait littéralement avec
son pénis, ou The Hidden (1987) de
Jack Sholder, méchante satire des
années yuppie dans laquelle un ver
solitaire d’outre-espace passait de
corps en corps pour transformer ses
hôtes en criminels fétichistes des
voitures de sport. Un méchant petit
film, en somme, qui vaut bien
mieux que ce qu’en laisse deviner le
premier regard.
OLIVIER LAMM
UPGRADE
de LEIGH WHANNELL
avec Logan Marshall-Green,
Benedict Hardie… 1 h 40.
«Nos Batailles», foyer d’incidents
Récit amer d’un
père devant élever
seul ses enfants,
le film de
Guillaume Senez
perd de son charme
en flirtant avec la
fresque sociale.
P
our le scénario de son
second long métrage
(coécrit avec Raphaëlle Desplechin),
Guillaume Senez a puisé
dans sa propre expérience
de rupture avec la mère de
ses enfants. C’est ce qui explique sans doute la jolie
densité et les beaux effets
de réel de sa partie la plus
réussie : récit amer, voire
cruel, d’un père de famille
condamné à composer – et
faillir – avec ses enfants et
ses échecs après la disparition de sa femme. Les enfants (Basile Grunberger et
Lena Girard Voss) sont
bons comédiens, et la découverte tardive du trauma
qui s’épanouit souterrainement – sous une pile de
linge – assez bien amenée.
Malheureusement, Senez
complique la donne avec
un deuxième «front» de
lutte soumis à son héros,
bien plus terne et moins
maîtrisé. Bonnet de
working class hero vissé sur
la tête, Olivier (Romain Duris) s’y débat pour la cause
de ses collègues dans une
entreprise de distribution
en ligne façon Amazon, ce
qui le conduira bientôt à se
syndicaliser. Bien moins
finaud que son esquisse
de la famille à la dérive,
ce film dans le film se com-
Olivier (Romain Duris) et Betty, sa sœur (Laetitia Dosch). PHOTO HAUT ET COURT DIST.
plaît dans un manichéisme
étonnamment avec le reste
bouffon, limite intenable
de l’histoire et renvoie le
pour ceux condamnés à infilm aux calendes grecques
carner
les salauds de la dide la fiction sociale, des
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rection. Tout cela dissone
siècles avant l’invention du
thriller (Deux Jours, une
nuit des Dardenne) ou
même des dispositifs édifiants de Stéphane Brizé.
Un peu inconstant dans
son emballage – arty pour
le générique de début,
rythmé par LCD Soundsystem, franchement sentimental pour la conclusion
ensoleillée –, Nos Batailles
tient finalement, de
guingois, sur ses percées
de lumière et ses trous
d’air, telle cette parenthèse
littéralement enchantée
pendant laquelle Lætitia
Dosch, qui joue la sœur
d’Olivier, vient habiter
avec le trio, et surtout habiter le film avec ses breloques, sa weed et sa fantaisie. Nos Batailles y gagne,
mais y affiche aussi sa part
d’inanité.
O.L.
NOS BATAILLES
de GUILLAUME SENEZ
avec Romain Duris,
Lætitia Dosch… 1 h 38.
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
u 29
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Russell Core
(Jeffrey Wright),
expert en loups
un poil dépassé.
PHOTO NETFLIX
VITE VU
EN MILLE MORCEAUX
de VÉRONIQUE MÉRIADEC
(1 h 22).
Vingt-cinq ans après le drame,
une femme encore emplie de
douleur et de colère donne rendez-vous au meurtrier de son fils
tout juste sorti de prison… Entre
suspense douteux (veut-elle se
venger ou comprendre ?), flashback calamiteux, décor improbable et acteurs livrés à eux-mêmes,
ce huis-clos d’une heure vingt est
un sommet d’indécence. Sous
prétexte de livrer une réflexion
sur la justice restaurative (reconnue en France depuis 2014), le
psychodrame s’embourbe dans
une confusion intellectuelle et
morale qui serait plus que gênante si l’on y croyait une seconde. M.U.
CHRIS THE SWISS
d’ANJA KOFMEL (1 h 25).
Composé à la fois d’archives en
tout genre, d’entretiens face caméra (voire par téléphone avec le
terroriste Carlos depuis sa geôle)
et de séquences d’animations
permettant de figurer cauchemars et scènes évanouies sans
laisser d’autres traces que des
notes consignées sur des carnets,
le premier long métrage de la
Suissesse Anja Kofmel revient
sur la disparition de son cousin,
Chris, plus âgé d’une vingtaine
d’années, mort en Croatie en 1992
dans des circonstances restées
troubles, alors que celui-ci était
parti couvrir la guerre comme
journaliste avant de s’enrôler
dans une milice de mercenaires
étrangers mabouls. Le film
brasse inégalement presque
autant de natures d’images que
de pistes, histoires et personnages que l’on entrevoit comme
passionnants : du traumatisme
familial à la figure du probable
commanditaire de la mort de
Chris (un milicien bolivien, extrémiste et catho, mort en 2009
alors qu’il était soupçonné de
planifier l’assassinat d’Evo Morales), sans, hélas, jamais élire ni sa
forme ni son sujet. J.G.
«Aucun homme ni Dieu»,
pas de quoi crier au loup
Réalisé pour Netflix,
le film de Jeremy
Saulnier est trop
empesé et premier
degré pour détourner
les codes du «slasher»
enneigé.
D’
abord chef opérateur (la
belle photo de Putty Hill,
réalisé par son ami Matthew Porterfield), Jeremy Saulnier
a rapidement montré qu’il n’entendait pas s’épanouir dans le film
indé atmosphérique. Il lui fallait
un alcool plus puissant et une plus
large audience. Son premier film,
Blue Ruin (2013), raconte le bain
de sang vengeur d’un homme
voulant faire la peau à celui qui a
tué ses parents. Lui succède Green
Room (2015), où un groupe de rock
se retrouve séquestré et violemment attaqué par une escouade de
skinheads.
Doudoune. Ce double viatique
en forme de relecture fauchée
mais stylée du slasher movie des
familles lui a permis de décrocher
la réalisation de la troisième sai-
son de True Detective pour HBO.
Mais en mars Variety annonçait
que Saulnier quittait le projet
pour des raisons de «calendrier»,
ce que le principal intéressé a
confirmé d’un simple «No comment» sur Twitter. Le fait est qu’il
avait aussi signé un projet de
long métrage pour Netflix, Hold
the Dark, présenté en avant-première au festival de Toronto en
septembre et que la plateforme a
mis en ligne il y a quelques jours,
en France sous le titre Aucun
homme ni Dieu.
Sur un scénario de Macon Blair
(l’acteur principal de Blue Ruin),
adapté d’un roman de William Giraldi, on peut, dans un premier
temps, avoir l’impression que
Saulnier a changé de genre avec
cette histoire de village en Alaska
où trois enfants ont été enlevés
par des loups. Medora (Riley
Keough), la jeune mère de la dernière victime, contacte un type
qui a écrit un livre sur les loups,
avec lesquels il aurait passé un an
ou deux, sans que l’on comprenne
trop dans quel cadre il a mené
cette étude. La mère lui demande
de rappliquer, non pour ramener
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l’enfant (elle ne se fait pas d’illusions) mais pour tuer le loup responsable du rapt et de la mise à
mort. Avec une vraisemblance
très relative, Russell Core (Jeffrey
Wright) débarque tout seul à
Kelut, sous plusieurs épaisseurs
de doudoune et d’une humeur
morose. Mais il a à peine le temps
de découvrir les joies glacées du
secteur que Medora disparaît et
qu’il découvre le cadavre du gamin dans la cave de la maison.
Carnages. Entre-temps, on a vu
le père, Vernon (Alexander Skarsgard), en mission en Irak, arroser
de plomb tout ce qui bouge et
éventrer un collègue surpris en
plein viol. Au bout d’une demiheure de film, la mise en scène
empesée a beau nous suggérer
qu’il se passe un truc grave, on a
un peu de mal à se mettre au diapason de la solennité affichée par
le récit et ses protagonistes.
La suite va confirmer que Saulnier
ne s’intéresse ni au mystère ni au
hors-champ, et comme il l’avait
dit dans une interview accordée à
Indiewire, il entendait bien exploser avec ce film le compteur à
macchabées et dépasser ses anciens états de service. Par le fait,
le cœur d’Aucun homme ni Dieu
est une fusillade par un sniper
embusqué au sommet d’un chalet
qui se paye à peu près l’intégralité
de la population policière du district. Pendant ce temps, Vernon,
rentré au bercail, se livre lui aussi
à d’incessants carnages polymutilants (flingues, couteaux, flèches…). Le premier degré de Saulnier lui interdit de jouer des codes
du genre autrement qu’en postulant une richesse de contenu dont
il ignore lui-même la nature ou les
ingrédients. C’est peut-être le signe que la carte blanche que laisse
Netflix aux cinéastes qu’ils veulent s’acheter pour les avoir dans
leur giron trouve ses limites avec
un réalisateur qui, depuis le début, semble surtout pressé de faire
carrière en direction du mainstream.
DIDIER PÉRON
AUCUN HOMME NI DIEU
de JEREMY SAULNIER
Avec Jeffrey Wright, Alexander
Skarsgard, Riley Keough… 2 h 05.
Sur Netflix.
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Libération Mercredi 3 Octobre 2018
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Le bon flip
Lomepal Apaisé après une enfance tourmentée,
le jeune rappeur parisien repart en tournée et sort
un nouvel album en décembre.
O
n s’attendait à voir des plaies. D’abord parce qu’Antoine Valentinelli, rebaptisé Lomepal, chante volontiers ces meurtrissures qui font enfler l’ego. Spécial
puisque sensible, particulier puisque cabossé. Certes,
l’homme clame qu’il a «la plus grosse», concours classique,
mais sait aussi gémir ses angoisses. Il a d’ailleurs le teint qui
va avec, clair, fragile, d’où son nom. Marketing pour certains,
talent pour d’autres, qui lui accordent le mérite de jouer avec
les codes du rap, dont il s’extrait progressivement. Même qu’il
a les cheveux longs, et qu’il n’a pas hésité
à se travestir sur la pochette de Flip, l’album qui l’a fait connaître en 2017. Probablement aussi parce qu’on a tendance à associer blessures et difficile gestion du surmoi à la création.
Le récit de son enfance, qu’il délivre facilement, assis sur un
banc dans la cour de son studio d’enregistrement, nous a
d’abord donné raison. «On a vécu plusieurs années avec rien
du tout, je n’en garde pas spécialement un mauvais souvenir.
Mais l’ambiance, c’était un enfer chez moi», raconte-t-il d’une
voix languide, qui garde quelque chose de l’adolescence. De
son père, parti quand il était encore jeune, il parle peu. De sa
mère, «artiste intervenante», chez laquelle il vit encore dans
le XVIIIe arrondissement de Paris, il raconte les séjours à l’hôpital, pendant lesquels il restait seul avec sa sœur. «J’étais un
enfant perturbé et perturbateur. Je me suis toujours senti seul,
j’ai toujours eu besoin de l’attention des autres.» Sans rechigner, il poursuit sur les tourments qui ont bercé son adolescence. Les nuits, qu’il n’aime pas vivre seul, craignant d’être
rattrapé par ses peurs, la mélancolie qui le saisit quand les
fêtes se terminent ou encore les questionnements sur sa sexualité.
Des sentiments qui ont accompagné beaucoup d’autres jeunesses, mais que lui décrit comme particulièrement violents –forcément, quand c’est
soi, c’est différent. Il se raconte obsessionnel, «toqué». Explique par exemple: «Vers 19 ans, j’ai eu super peur d’être homosexuel. C’est pas grave d‘être homo, mais ça m’a perturbé complètement. Ça m’a duré un an et, je te jure, je voulais mourir
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moment-là.»
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On les tenait donc, nos petits pètes au casque, jusqu’à ce qu’il
LE PORTRAIT
nous apprenne que tout ça, les peurs, les obsessions, c’était
fini. «J’ai tellement réfléchi», a-t-il répondu à notre «comment?» étonné. On aurait pu se vexer, n’ayant pas résolu toutes
nos angoisses existentielles alors qu’on se pensait, jusqu’ici,
apte à la réflexion, s’il ne parlait avec douceur et malice. En
fait, il a lu «des trucs». Pas des forums, il précise, mais «plein
de choses sur Internet». «Et à force, j’ai compris qu’il ne fallait
pas chercher à ne pas être angoissé, juste accepter de ne pas
avoir de réponse, de ne pas contrôler.» La réponse, qu’on se
permet de juger un peu naïve, a commencé à déconstruire
l’idée qu’on s’était faite. On s’attendait à le voir vanter un esprit
torturé et tortueux, on faisait face à beaucoup de simplicité.
L’analyse qu’il fait de son parcours a continué de nous donner
tort. Pas de prétention à un talent naturel d’un coup révélé,
pas de grâce divine, comme le laissent entendre certains de
ses textes, mais du travail.
Avant le rap, il y a le skate, qu’il pratique encore et dont parle
beaucoup son dernier album. Depuis l’enfance, Lomepal roule,
sans arrêt, et aborde la musique à travers cet univers. Il pioche
ainsi du rock à la pop, avant de commencer le rap à 18 ans. «Un
pote rappait devant moi en
soirée, tout le monde écoutait.
J’avais envie qu’on m’écoute.
4 décembre 1991
Je me suis dit “c’est simple, j’ai
Naissance à Paris.
juste besoin d’un stylo, d’une
2011 Premier EP :
instru”, puis j’ai écrit pendant
20 mesures.
un an et demi.» Mal assuré, il
2017 Premier album :
se concentre sur la forme, la
Flip. 4 octobre 2018
technique. Admet aujourConcert à l’Olympia.
d’hui: «J’ai été très lent. J’ai
failli arrêter à un moment
parce que j’étais trop nul.» En 2013, après un passage en fac de
maths et deux ans dans une école de montage, il commence
finalement «à faire des trucs intéressants».
Mais il faut attendre 2017 et la sortie de Flip, qui deviendra
disque d’or, pour qu’il trouve réellement sa place. S’enchaînent les dates, les plateaux et les contrats. Des collaborations
avec Nike, Converse, Apple ou encore Ibis. Il prend ce qu’il
y a à prendre, dès lors qu’il peut garder une main sur le projet,
se justifie-t-il alors qu’on lui rappelle que quelques minutes
plus tôt, il dénonçait «le système». On saisit l’occasion pour
dériver sur la politique. «Je vote parce que je me dis que c’est
important mais je n’aime pas faire ça. C’est toujours un jeu de
séduction et de mensonges et ça m’intéresse pas.» Une réponse
qu’on connaissait déjà, pour l’avoir trop entendue chez
d’autres. On vogue ainsi, en écoutant Lomepal, entre une banalité parfois assumée et une peur de la normalité.
Plusieurs fois, il nous parle de Philippe Katerine, incarnation
de cette excentricité qu’il semble rechercher. «Il a une folie
totalement contrôlée qui en fait quelqu’un qui m’impressionne
beaucoup, me fascine. J’ai toujours aimé ces gens-là qui ne respectent rien de ce qu’on nous impose, qui sont juste des électrons
libres.» Avec ce «guide spirituel», comme il le qualifie en riant,
il a travaillé sur son prochain album, qu’il annonce plus rap
qu’il ne le présageait. «Un genre d’adieu», peut-être, expliquet-il. «J’y parle beaucoup de la folie de ma grand-mère. Je l’ai
très peu connue mais ma mère me racontait tout le temps des
histoires sur elle, un peu comme des contes. Elle a fait le tour
du monde pieds nus, a fait partie d’une secte… Dans l’intro,
je dis qu’elle m’a transmis un genre de pouvoir.»
Lomepal l’explique en souriant, certes, mais semble vraiment
sensible à une forme de mysticisme. Il se dit d’ailleurs croyant,
«déiste», précise-t-il. «C’est dans ma tête quoi, j’ai un peu l’impression de pas être tout seul là-dedans.» Et raconte de l’enfance: «J’ai vécu des trucs vraiment durs et je me disais, quand
je regardais les gens: “Putain mais t’as rien vécu.” J’étais arrogant. Je dis pas que je savais que ça allait marcher mais je me
suis toujours dit que la vie avait un peu une dette, que c’était
pas possible que je ne m’en sorte pas. J’ai toujours cru que j’étais
quelqu’un de, pas supérieur, mais que j’avais des raisons d’être
sur terre.» L’humilité exprimée plus haut était-elle alors
feinte? Quelques instants plus tard, il nous dit: «Ça veut rien
dire être un artiste. Tout à coup, tu vas sortir un truc trop bien
et c’est juste un cadeau qu’on te fait. Du jour au lendemain, tu
peux devenir inintéressant et la seule qualité que tu peux avoir,
c’est de t’en rendre compte.» Spécial ou pas tant que ça, trop
assuré ou pas assez, ultrasensible ou non, on ne sait pas vraiment ce que Lomepal pense de lui-même, et ce qu’on pense
de lui. Il est probablement un peu tout ça. Normal. •
Par CHARLOTTE BELAICH
Photo MARIE ROUGE
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S’EN
ĥ
ĢUNE?
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TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Esprits criminels.
Série. Ingérence. Le marchand
de sable. La fin d’une histoire.
23h40. Blacklist. Série.
L’informateur (N°118).
Abraham Stern (N°100).
Le cuistot (N°56).
20h55. Le seigneur des
anneaux : les deux tours.
Fantastique. Avec Elijah
Wood, Sean Astin. 23h40.
Tolkien, le seigneur des
écrivains. Documentaire.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. La fautive.
Avec Mimie Mathy. 22h50.
Joséphine, ange gardien.
Téléfilm.
FRANCE 2
21h00. Kickboxer : l’héritage.
Téléfilm. Avec Jean-Claude
Van Damme. 23h00. Kickboxer vengeance. Téléfilm.
TF1 SÉRIES FILMS
PARIS PREMIÈRE
21h00. Charles Aznavour,
l’intégrale. Documentaire.
23h05. Soir 3. 23h30.
Pièces à conviction.
Magazine. Pollution industrielle : l’enfumage continue.
CANAL+
ARTE
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Nina Hoss, Ronald Zehrfeld.
22h30. Beuys. Documentaire.
M6
21h00. Le meilleur pâtissier.
Jeu. God save the cakes.
Présenté par Julia Vignali.
23h25. Le meilleur pâtissier :
à vos fourneaux !. Jeu.
God save the cakes.
21h00. Storage Wars :
enchères surprises. Divertissement. 4 épisodes. 22h30.
Storage Wars : enchères
surprises. Divertissement.
21h00. Burger Quiz. Jeu.
3 épisodes. 23h45.
90’ Enquêtes. Magazine.
W9
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Magazine. 2 reportages.
Présenté par Nathalie Renoux.
23h10. Enquêtes criminelles.
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Téléfilm. Avec Yannis Baraban,
Ludmila Mikaël. 22h50.
Lanester. Téléfilm.
NRJ12
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Luke Goss. 22h50. Droid War.
Téléfilm.
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3 épisodes. 23h25. Magazine
ligue des champions.
C8
MERCREDI 3
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demain. Documentaire.
21h30. Droit de suite - Débat.
22h00. On va plus loin.
JEUDI 4
Le soleil s'impose pour tout le monde, sauf
en Corse ou des averses se déclenchent.
La matinée est encore un peu fraîche puis
les températures remontent par rapport
à la veille l'après-midi.
Lille
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Strasbourg
Brest
Paris
Orléans
Dijon
0,3 m/17º
0,3 m/17º
Bordeaux
1 m/17º
Toulouse
Lyon
0,6 m/17º
Nice
Marseille
Toulouse
Montpellier
0,3 m/21º
-10/0°
1/5°
6/10°
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V
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Surprises qui ne tombent
pas à plat mais après lui
II. De droite au but ; Cette
ville touche Paris III. Avec
mal dominant ; Symbole d’un
métal plus lumineux qu’il
ne le laisse entendre IV. Fait
comprendre le contraire de
ce qu’il fait entendre V. Divisionnaire asiatique ; Devise
européenne VI. Elle tombe
des cordes VII. Milieu corrompu ; Maladie des poumons
avant le deuxième 8. VIII. Ce
mot est dans les solutions ; Ni
bataille ni créneau IX. Couches non mouillées, mouillantes X. Un peu de nature
dans un endroit pas naturel
du tout XI. Du monde laïque
9
II
IX
X
Grille n°1030
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Qui peuvent remplir la grille en une minute 2. Paradis en Société ; Plus
en société, peut-être au paradis 3. Il naît quand bouge la quille 4. Aux
antipodes ; Qui convient 5. ONG qui prône le respect de l’autre ; Marché
clandestin 6. Telles amitiés au fil du temps ; Canton d’un voisin 7. Vaste
programme ; Emission (et miction) involontaire 8. Menu bétail ; Un rouge
ou un noir ; Ce que ne connaissait Jean, fils de Hardi 9. Bouillon de cultures
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
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(technique),
Sabrina Champenois
(société),
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Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. ARMÉNIENS. II. MAMMA. MUE. III. BLÊMIRAIT.
IV. AE. ÉTOCS. V. BN. SIAM. VI. STREISAND. VII. AREZZO.
VIII. DIS. RER. IX. ESTRADE. X. UT. FRUITS. XI. RÉSIDENCE.
Verticalement 1. AMBASSADEUR. 2. RÂLE. TRISTE. 3. MME. BREST.
4. EMMENEZ. RFI. 5. NAIT. IZOARD. 6. ROSSO. DUE. 7. ÉMACIA. REIN.
8. NUISANCE. TC. 9. SET. MD. RASÉ.
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Par GAËTAN
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
LCP
21h00. Strike !. Jeu. Spéciale
Années 80. 22h00. Strike !.
Jeu.
Grisaille et douceur dominent au Nord,
tandis qu'au Sud ce sont le soleil et la
fraîcheur, à l'exception du pourtour
méditerranéen.
L’APRÈS-MIDI Le ciel reste assez nuageux sur
un bon quart nord-est, tandis que sur le reste
du pays, les éclaircies et le soleil s'imposent,
avec des températures en hausse ; on peut
même parler de chaleur dans le Sud-Ouest.
IP 04 91 27 01 16
6TER
TMC
21h00. Les nouvelles
aventures de Cendrillon.
Comédie. Avec Marilou Berry,
Josiane Balasko. 22h35.
L’école buissonnière. Film.
IP
21h00. Section de
recherches. Série. Le prix du
palace. Ultime recours.
22h55. Section de recherches.
Série. 2 épisodes.
20h50. Zemmour & Naulleau.
Magazine. Présenté par Éric
Naulleau et Éric Zemmour.
23h20. Les Grosses Têtes.
Divertissement. Spéciale
Carcassonne.
FRANCE 3
0,6 m/17º
CSTAR
FRANCE 5
20h50. La grande librairie.
Magazine. Présenté par
François Busnel. 22h20.
C dans l’air. Magazine.
21h00. Nina. Série. La vie
est injuste. Ce qui nous lie.
23h00. Nina. Série.
Le lendemain de la veille.
Deuxième chance.
u 31
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4
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