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Libération - 05 10 2018

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VENDREDI 5 OCTOBRE 2018
Mondial
de l’auto
«La voiture est
un huis-clos
existentiel»
Jair Bolsonaro, à São Paulo, le 9 août. PHOTO FERNANDO BIZERRA JR . EFE . SIPA
PAGES 18-19 ET 22-23
SIMON GOSSELIN
2,00 € Première édition. No 11618
www.liberation.fr
Théâtre
L’esclavage
africain
dans un miroir
japonais
Salariés Etre
actionnaire de
sa boîte, pas
toujours une
bonne idée
PAGES 26-27
PAGES 12-13
RACISTE
HOMOPHOBE
MISOGYNE
PRO-DICTATURE
ET POURTANT
IL SÉDUIT
LE BRÉSIL
Jair Bolsonaro, le candidat
d’extrême droite, se présente
en favori au premier tour de la
présidentielle, ce week-end.
PAGES 2-6
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
BRÉSIL
L’ombre
brune des
grands
propriétaires
sur les urnes
Le candidat d’extrême droite
Jair Bolsonaro est favori de la
présidentielle. Dans la région de
Ribeirão Preto, les sans-terre
tremblent, les nantis se félicitent.
REPORTAGE
Par CHANTAL RAYES
Envoyée spéciale à Ribeirão Preto
et Guariba
Photos VICTOR MORIYAMA
A
l’échelle du Brésil, Bruno
Rangel est un agriculteur
«moyen». Il récolte annuellement 35000 tonnes de canne à su-
cre, culture dominante dans la région de Ribeirão Preto, dite
«capitale de l’agrobusiness». Dans
sa propriété de Guariba, à 60 kilomètres de là, la plante ondule au soleil, prête à être coupée. La quarantaine taciturne, le fazendeiro (grand
propriétaire) jette un œil satisfait
sur son domaine de 640 hectares. Il
Dans la ville de Ribeirão Preto, un camp habité par des membres du mouvement des sans-terre, en septembre.
n’en cultive «que» les deux tiers. «Le
reste, c’est de la conservation. Les
écologistes ne devraient pas voir en
nous des ennemis.» La clôture est
haute et coiffée de barbelés, pour
éviter les «invasions», dit-il, du
Mouvement des travailleurs ruraux
sans terre (MST), qui revendique
une réforme agraire toujours en
souffrance, malgré les treize ans de
pouvoir du Parti des travailleurs
(PT), avec l’ancien président Lula
puis sa dauphine Dilma Rousseff,
destituée en 2016. «Ils entrent, détruisent tout et ne produisent rien»,
lâche l’homme, qui voit où on veut
en venir. S’il est favorable à la facilitation du port d’armes, défendue
par le candidat d’extrême droite Jair
Bolsonaro, favori de la présidentielle du 7 octobre, ce n’est pas pour
tirer sur les sans-terre. «Les hold-up
sont de plus en plus fréquents dans
les campagnes, justifie-t-il. Les ban-
didos savent que nous sommes sans
défense.» Dimanche, Bruno Rangel
votera donc pour le candidat Bolsonaro, du Parti social libéral : «Ce
n’est pas le mieux préparé, mais il est
l’homme qu’il faut pour remettre de
l’ordre dans le pays.»
LA BOURSE S’ENVOLE
Depuis son ascension politique, il y
a deux ans, Jair Bolsonaro passe
pour le candidat de l’agrobusiness.
Mardi 2 octobre, la toute puissante bancada ruralista, principal
lobby du Congrès brésilien, regroupant 227 députés et 27 sénateurs
(45 % des parlementaires), l’a officiellement adoubé. «Sa candidature
doit être appréhendée comme le premier projet politique d’un groupe
d’intérêt en pleine ascension», analyse le politologue Mathias Alencastro. Pour vaincre la méfiance des
marchés, le député de Rio et ancien
militaire a misé sur cette filière
pourvoyeuse de devises et qui
compte pour le quart du PIB d’un
pays grand comme 16 fois la France.
Mais aussi sur son conseiller économique, l’ultralibéral Paulo Guedes,
qui promet de privatiser à tour de
bras pour résorber les déficits…
Mission accomplie. La Bourse de
São Paulo s’envole à chaque sondage, confirmant son avance sur
son adversaire direct, Fernando
Haddad (PT), tandis que le real, qui
s’était déprécié face au dollar avec
la crise économique installée dans
la durée, reprend du poil de la bête.
Pour conquérir les ruralistas, Jair
Bolsonaro leur a promis encore plus
de pouvoir. «Il a compris nos besoins, reprend Bruno Rangel. Avec
lui, les règles seront claires.»
Les peuples autochtones, dont les
droits territoriaux sont consacrés
par la Constitution? Bolsonaro les a
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
u 3
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Population 2016
one
Amaz
U
RO
PÉ
2 056
milliards
de $
PA
R
.
ARGENTINE
São
Paulo
Salvador
Ribeirão
Preto
Rio de
Janeiro
500 km
URUGUAY
0,901
1
8
km 51
2 5
77
0
BOL.
Brasilia
Guariba
PIB 2015
(en $ courants)
F
5 RA
km 49 NC
2 0
87 E
Fortaleza
BRÉSIL
FRANCE
2 465
milliards
de $
Océan
Atlantique
VEN.
FRANCE
66 859 768
207 652 865
excellent
IDH 2017
70
100
France
0,759
très propre
Brésil
exécrable
0
37
très corrompu
0
Perception de la corruption 2017
21,87
0
Superficie
31,2
bonne situation
situation très grave
100
Liberté de la presse 2018
Sources : Banque mondiale, FMI, Pnud, Transparency international, RSF
Le char d’assaut
Bolsonaro
Le favori, qui promet
carte blanche aux
forces de l’ordre contre
la délinquance, a fait
imploser les repères
au sein de l’électorat.
«L
mis en garde: «Pas un centimètre de
plus pour les Indiens ni pour ces bons
à rien de quilombolas», des communautés de descendants d’esclaves en
fuite, qui vivent sur les territoires où
s’étaient réfugiés leurs ancêtres.
Quant aux «voyous» du MST, lâchet-il à nouveau, «bras armé du PT»,
«nous allons donner des fusils aux
producteurs ruraux, ce sera leur
carte de visite pour les envahisseurs». Les conflits agraires ont déjà
entraîné la mort de 71 personnes l’an
passé, un chiffre au plus haut depuis
quatorze ans, selon la Commission
pastorale de la terre, sentinelle des
droits de l’homme dans les campagnes. Et avec 57 meurtres en 2017,
rappelle l’ONG Global Witness, le
Brésil détient le triste record planétaire de défenseurs des droits à la
terre et de l’environnement tués…
Pour le journaliste Alceu Castilho,
de l’Observatoire de l’agrobusiness,
site internet spécialisée, la bancada
ruralista a radicalisé son discours
à mesure que s’est renforcé son pouvoir, sous le président sortant Michel Temer. Il prête à ce lobby un
«projet d’expansion territoriale au
biais suprémaciste». Il l’assure :
«L’agrobusiness avance sur les frontières agricoles du Brésil et des pays
voisins, au détriment des biomes
[ensembles d’écosystèmes caractéristiques d’une aire biogéographique, ndlr] et des communautés locales, menacées dans leur mode de vie,
voire expulsées.» «L’agro est pop,
l’agro est tech», martèlent pourtant
les spots télé que le secteur se paie
en prime-time sur TV Globo, première chaîne du pays.
FAR WEST AMAZONIEN
D’un côté de l’autoroute, le désert
vert de la canne à sucre. De l’autre,
Ribeirão Preto, prospère aggloméra-
tion pauliste connue pour la qualité
de ses terres. A la tête de l’Association brésilienne de l’agrobusiness
(Abag), Monika Bergamaschi met
en garde contre les «généralisations». «Dans le centre et le sud du
pays, la grande majorité des exploitations est en règle», assure cette ingénieure agronome. Elle ne répond
pas du reste, et notamment du
Far West amazonien. Ex-secrétaire
à l’Agriculture de Geraldo Alckmin,
qui gouverna pendant quatre mandats l’Etat de São Paulo, elle assiste
à la déroute de celui qui passait
pour le candidat de l’establishment.
Avec seulement 9% des intentions
de vote, le très conciliateur président du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) n’arrive plus
à incarner le rejet du PT, dont l’agrobusiness voudrait éviter le retour
aux affaires. «Le Parti des travailleurs a précipité Suite page 4
es Portugais ne mettaient même pas les
pieds en Afrique. C’était
les Noirs eux-mêmes qui livraient
les esclaves.» L’homme qui a tenu
ces propos, le 30 juillet sur l’antenne de la chaîne TV Cultura, est
peut-être le prochain président
d’un pays de plus de 200 millions
d’habitants. Cette énormité négationniste et raciste n’est qu’une des
nombreuses provocations d’un
personnage qu’on a vu apparaître
dans le paysage politique brésilien
sans le prendre trop au sérieux,
avant d’assister avec effarement à
son irrésistible ascension.
Au fil de ses désatreuses prestations publiques, ce nostalgique de
la dictature militaire (qu’il rebaptise «révolution de 1964») a séduit
une part grandissante de l’électorat. La campagne pleine de rebondissements (Lula emprisonné puis
invalidé, Bolsonaro poignardé) a
ressemblé à une série menée sur
un rythme frénétique par un scénariste diaboliquement créatif.
Mais la conclusion possible n’est
pas de la fiction: certains analystes n’excluent pas une élection de
Jair Bolsonaro, 63 ans, dès le premier tour, dimanche soir.
Nordeste. Face à lui, Fernando
Haddad, le candidat du Parti des
travailleurs (PT) adoubé par l’ancien président Lula, est distancé
mais semble assuré (sauf surprise
majuscule) de disputer le
deuxième tour. Lors duquel, toujours d’après les enquêtes d’opinion des derniers jours, il serait
battu. La gauche, et notamment
les femmes, se sont mobilisées en
masse samedi contre les menaces
que fait peser l’ex-capitaine de l’armée sur les conquêtes des années
Lula (lire page 5). Pourtant les enquêtes réalisées dans la foulée
montrent une progression de Bolsonaro, et une stagnation de Haddad. Pire: ce mysogine proclamé
arrive désormais en tête dans
l’électorat féminin. Il obtient en
outre la majorité relative des intentions de vote dans le Nordeste,
région d’origine de Lula et fief
du PT. La géographie et la sociologie politiques du Brésil semblent
sur le point d’imploser.
«Masque». Rien ne semble pouvoir arrêter le char d’assaut Bolsonaro. Ses adversaires misaient sur
la cartede l’ultime débat télévisé,
dans la nuit de jeudi à vendredi.
Mais l’ex-militaire, qui a quitté
l’hôpital samedi, trois semaines
après l’attentat qui l’a visé, a produit un certificat médical pour se
dérober. «Tu mens et je vais arracher ton masque», s’est emporté
Ciro Gomes, le candidat du Parti
démocratique travailliste (centre
gauche), troisième dans les sondages avec 11% des intentions.
Le discours musclé de Bolsonaro,
qui promet carte blanche à la police et à l’armée pour tirer sur les
présumés délinquants, à la manière du Philippin Rodrigo Duterte, convainc les classes moyennes ou pauvres excédées par
l’insécurité subie au quotidien. Et
les plus riches ont soif de revanche
contre le PT. Mercredi, la marche
triomphale de l’ultra-libéral Bolsonaro a provoqué l’euphorie de la
Bourse de São Paulo, dont l’indice
a gagné près de 4 %. Avec deux
jours d’avance, les milieux d’affaires ont déjà voté.
FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
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4 u
ÉVÉNEMENT
le pays dans la
crise, flingue Monika Bergamaschi. Quand on lit son programme, on
se demande sur quelle planète ces
gens vivent. Fernando Haddad veut
revenir sur la réforme du code du
travail, qui nous a facilité la vie en
autorisant la sous-traitance et le travail temporaire.» Jair Bolsonaro, lui,
avait voté pour. Non qu’elle adhère
à ses idées. Quoique…
Le Brésil s’est engagé, lors de l’accord de Paris sur le climat, à réduire
Suite de la page 3
ses émissions de gaz à effet de serre
de 37% d’ici à 2025 par rapport aux
niveaux de 2005, dont l’agrobusiness est le plus gros émetteur? Il ne
serait pas absurde, au fond, d’emboîter le pas à Donald Trump et de
quitter ce deal planétaire, assure-telle. «A la COP 21, Dilma Rousseff
s’était engagée à nous faire faire de
la reforestation, mais sans aucun
soutien financier. Et la rémunération des services environnementaux ?» Quant aux près de
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
900000 Indiens (305 peuples), qui
disposent de 13,8% du territoire national, ce serait bien trop de terres
pour si peu de monde, la vieille rengaine ruralista. Sans parler des
500 000 familles paysannes des
sans-terre. «A une époque, c’était romantique, une telenovela en parlait,
poursuit la responsable de l’Abag.
Depuis, le mouvement a perdu de son
charme», après avoir, selon elle,
«saccagé des plantations» pour protester contre les OGM. Pour elle, le
bilan de trente ans de réforme
agraire, dans un pays où moins
de 2 % des propriétés occupent la
moitié de l’espace rural, est peu probant. «On s’est contenté de distribuer
des lopins, sans donner aux gens les
moyens de les cultiver. C’est la logique économique, et non pas l’agronégoce conquérant, qui chasse les petits
producteurs». Voire…
La fazenda Galo Bravo s’étend à
perte de vue. Ses installations désaffectées se détachent sur le ciel lim-
pide, au milieu des herbes folles.
C’est en 2015 que le MST a occupé
les lieux. «Une première, puis une
deuxième fois, pour ne pas être
oubliés, précise Francisco Merly, de
la direction du mouvement. Le gardien est devenu un copain.» Au bout
de treize jours, le propriétaire a obtenu un mandat d’évacuation. En
attendant un dénouement, les
130 familles se sont repliées en lisière de la ville, dans des taudis en
bois. «En principe, c’est au gouvernement d’identifier les biens-fonds passibles d’expropriation, martèle Luciano Botelho, activiste. Comme il ne
fait pas son travail, nous le faisons à
sa place, en occupant ces propriétés.»
Ici, le nom de Bolsonaro fait frémir.
En juillet, il s’était rendu à Eldorado
de Carajás (Etat du Pará), où 19 militants sans terre avaient été exécutés
par des policiers, le 17 avril 1996. Il
avait osé dire que les assassins
avaient agi en légitime défense… Et
promis de se montrer intransigeant
face aux occupations, des «actes terroristes». «Nous ne sommes pas des
terroristes mais des pères de famille,
se défend un sans-terre. On veut travailler, produire.»
HUILE SUR LE FEU
A Ribeirão Preto, Atilio Magalhães de Oliveira, 49 ans, du mouvement des sans-terre, prépare son jardin bio. PHOTO VICTOR MORIYAMA
Exploitation de canne à sucre dans la région de Ribeirão Preto, en septembre. PHOTO VICTOR MORIYAMA
Le conflit agraire a déjà fait au
moins 1900 victimes depuis 1985.
Avec l’alignement inconditionnel de
Michel Temer, «les ruralistas ont les
coudées franches pour faire ce qu’ils
veulent», accuse le père Paulo Santos, de la Commission pastorale de
la terre. Une victoire de l’extrême
droite ne ferait que jeter de l’huile
sur le feu. «Beaucoup de fazendeiros
ont déjà des armes, renchérit Luciano Botelho. Ils attendent juste un
feu vert pour tirer.» La propriété adjacente, une ancienne usine de sucre et d’éthanol, biocarburant tiré de
la canne, avait été expropriée par
l’ex-président Lula, pour délit environnemental. Chaque famille a obtenu un hectare, mais la terre reste
au nom de l’Etat brésilien. «Sinon,
les gens vendraient, dit Francisco
Merly. L’agrobusiness et la spéculation immobilière les convoitent
déjà.»
Des paysans travaillent la terre sous
un soleil cuisant. La colonie Mario
Lago est un champ d’expérimentation de l’agroécologie. «Mais la production reste faible, par manque de
débouchés, déplore le dirigeant du
MST. Il y a des préjugés contre nous.»
Le jovial Zaqueu pousse sa brouette.
«Ici, je gagne le cinquième de ce que
je gagnais en ville mais ça me suffit,
raconte cet ex-chauffeur de bus. J’ai
changé de style de vie.» «Hélas», ses
fils ne veulent pas travailler la terre.
Dans l’Etat de São Paulo, les héritiers des bénéficiaires de la réforme
agraire ont désormais eux aussi
l’usufruit des lopins. Le gouverneur
Alckmin avait pris cette loi inédite
en 2016, dans le cadre d’un accord
avec le MST que ne lui ont pas pardonné ses anciens alliés de l’agrobusiness… Chez les sans-terre, on
vote pour Fernando Haddad
comme un seul homme. «Le PT n’a
pas tenu toutes ses promesses, mais
il a fait mieux que les autres, plaide
Zaqueu. On ne s’attend plus à une
révolution, mais au moins, avec la
gauche, on est entendus.» •
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«Lui non», le combat des Brésiliennes
En plus de s’en prendre aux
Noirs et aux homosexuels,
le candidat d’extrême droite
multiplie depuis des décennies
les sorties contre les femmes.
L
es femmes, rempart contre l’extrême
droite au Brésil? La mobilisation féminine contre Jair Bolsonaro, favori de la
présidentielle de dimanche (32% des intentions de vote), s’est imposée comme le fait
nouveau de la campagne. Né sur les réseaux
sociaux, le mouvement Ele Não («Lui non») a
même dépassé les frontières, ralliant des stars
du show-biz, en tête desquelles Madonna. Majoritaires dans l’électorat, les Brésiliennes détiennent-elles la clé du scrutin ? La moitié
d’entre elles affirment ne voter sous aucun
prétexte pour le capitaine de réserve de l’armée de terre, qui peine à se débarrasser de son
image de grossier personnage phallocrate.
«Jair Bolsonaro incarne le retour de la masculinité, une réaction à la percée féministe observée dans le pays depuis 2015», observe l’anthropologue Rosana Pinheiro-Machado, de
l’Université fédérale de Santa Maria.
Rejet. En vingt-sept ans au Parlement, ce député de Rio s’est fait davantage remarquer par
ses propos insultants contre les femmes, mais
aussi les Noirs, les homosexuels et les pauvres, que par sa piètre activité parlementaire.
«Je ne te viole pas parce que tu ne le mérites
pas», a-t-il lâché, par deux fois, en 2003 puis
en 2014, à la députée de gauche Maria do
Rosário. «Trop laide», expliqua ensuite l’ancien militaire…
Sur les écarts de salaires, qu’il alla jusqu’à justifier (après tout, les femmes ont «un droit en
plus», le congé maternité), le candidat du
Parti social libéral estime qu’il «n’appartient
pas à l’exécutif d’intervenir». Face au rejet
qu’il inspire parmi les femmes, il a récem-
ment publié une vidéo où, larmoyant, il «remercie Dieu et son épouse» de lui avoir donné
une fille, après quatre fils. Las.
La résistance s’est organisée un matin d’août,
à Salvador de Bahia. Ludimilla Teixeira, Noire
de 36 ans, crée alors sur Facebook le groupe
«Femmes unies contre Bolsonaro».
Aujourd’hui, la jeune femme, qui se dit «menacée», n’ose plus sortir seule le soir, mais savoure sa victoire. En quelques semaines,
son groupe a rallié 3,8 millions de membres
et convoqué les plus grandes manifestations
depuis 2016. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, dans tout
le Brésil, le 29 septembre, parfois pour la première fois, pour crier «Lui non». «J’ai peur
pour tous les groupes sociaux qu’insulte Bolsonaro, peur pour la démocratie», soufflait
Patricia, une manifestante de 50 ans, sidérée
d’une telle «régression». Domestique venue
des faubourgs, Edilane l’accuse, elle, de vouloir «combattre la violence par la violence».
Face à l’insécurité (63880 assassinats en 2017,
7 homicides par heure, un record), le capitaine
de réserve de l’armée de terre préconise le
port d’armes, véritable marqueur pour le vote
féminin. «L’idée d’armer la population est perçue par certaines comme un gage de protection
mais elle terrorise les plus démunies, qui sont
plus exposées à la violence domestique, urbaine et policière», explique Rosana Pinheiro-
«Jair Bolsonaro incarne
le retour de la
masculinité, une
réaction à la percée
féministe observée dans
le pays depuis 2015.»
Rosana Pinheiro-Machado
anthropologue
Une manif anti-Bolsonaro, le 29 septembre à São Paulo. V. MORIYAMA. GETTY IMAGES
Machado. Jusqu’ici, pourtant, ce que la chercheuse présente comme un «mouvement inédit au Brésil de politisation des femmes» prêche surtout des converties.
«Misogynes». Selon un sondage Datafolha
publié le 2 octobre, Jair Bolsonaro a gagné
six points en une semaine dans l’électorat féminin, où il devance Fernando Haddad (Parti
des travailleurs, PT), en seconde place
avec 21% des intentions de vote. Le candidat
d’extrême droite recueille désormais 27 %
chez les femmes, sept points de plus que son
adversaire de gauche… Il reste cependant
beaucoup plus populaire chez les hommes
(38%), un découplage inédit dans un pays où
les épouses ont coutume de voter comme
leurs maris. «Pour ses électrices, hermétiques
à ses saillies misogynes, Jair Bolsonaro est au
contraire celui qui protège le mieux les femmes, en prônant la castration chimique des délinquants sexuels, reprend Rosana Pinheiro
Machado. Sa défense des valeurs de la famille
leur plaît également. Enfin, le féminisme est
parfois perçu comme l’antithèse de la beauté,
de la féminité.»
Mais il y a plus. Le scrutin prend des allures
de plébiscite sur le retour au pouvoir du PT,
qui a gouverné treize années durant, avec
Lula puis Dilma Rousseff, destituée en 2016.
Face au piètre score des trois candidats de la
droite modérée, les femmes conservatrices
encore indécises sont incitées à surmonter
leur aversion pour Jair Bolsonaro, au nom du
«vote utile». «Il est le seul capable d’éloigner la
peste du PT, alerte un groupe de femmes sur
WhatsApp. Réveillez-vous !»
CHANTAL RAYES (à São Paulo)
LES CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE
Cet ancien militaire évangélique,
nostalgique de la dictature (19641985), a multiplié les sorties racistes, misogynes et homophobes.
Candidat du Parti social libéral
(PSL, extrême droite), il tire sa
force d’un discours antisystème
après des années de scandales de
corruption. Poignardé début septembre par un militant d’extrême gauche, il continue à
réclamer l’assouplissement du port d’armes. Et caracole
en tête des sondages : 32 % des voix selon le dernier.
Il est entré en campagne le 11 septembre, à quatre semaines du premier
tour, quand la justice a invalidé l’exprésident Lula, dont il était le colistier.
Ancien maire de São Paulo, ministre
de l’Education pendant sept ans, il
s’est lancé à la reconquête de l’électorat traditionnel du PT (gauche) en proposant la relance des dépenses publiques et une mutation de la politique antidrogue, du
sécuritaire à la dépénalisation. Le ticket qu’il forme avec la
communiste Manuela d’Avila est estimé à 21 % des voix.
La seule femme parmi les principaux candidats et unique écologiste est investie par Rede (Réseau
durable), parti qu’elle a créé en
2015. Issue des rangs du PT, elle a
été cinq ans ministre de l’Environnement de Lula, avant de claquer
la porte, dégoutée par les concessions à l’agrobusiness. Favorable
au mariage égalitaire et à un référendum sur l’avortement
malgré sa foi évangélique affichée, elle refuse de s’allier
aux grands partis pour se tenir loin du clientélisme.
CIRO GOMES
NORDESTIN DE CENTRE GAUCHE
GERALDO ALCKMIN
CONSERVATEUR ET LIBÉRAL
ET AUSSI…
SOUS LA BARRE DES 5%
Le troisième dans les sondages
(11%) est un vieux routier de la politique. Ministre de l’Intégration nationale de Lula puis de Dilma Rousseff entre 2003 et 2016, il a changé
sept fois de parti dans sa carrière,
tout en conservant un positionnement au centre gauche. Député du
Céara, un Etat pauvre du Nordeste,
il porte aujourd’hui les couleurs du Parti démocratique
travailliste (PDT) et cherche à séduire les classes populaires en promettant de ne pas toucher aux acquis sociaux.
L’ancien gouverneur de São Paulo est
un conservateur catholique au programme économique libéral qui prévoit réforme des retraites et résorption
de la dette en deux ans à coup de privatisations. Un moment tenté par la
surenchère droitière de Bolsonaro, il
se campe maintenant en défenseur de
la démocratie face à ses accents autoritaires. Handicapé par la participation de son parti, le MDB,
au gouvernement Temer, et par les scandales de corruption
qui touchent sa formation, il n’obtiendrait que 8% des voix.
Henrique Meirelles, du Mouvement démocratique brésilien (MDB), parti du président Michel Temer, plafonne
à 2% des voix, plombé par la mauvaise image du gouvernement, auquel il a participé comme ministre des Finances. Parmi les sept autres candidats en lice, tous sous la
barre des 5% d’après les sondages, on trouve Álvaro Dias,
du parti centriste Podemos, au programme économique
libéral, et une trotskiste, Vera Lúcia, du Parti socialiste
des travailleurs unifiés (PSTU). En contrepoint à la candidature de Jair Bolsonaro se présente João Goulart Filho,
le fils du président destitué en 1964 par le coup d’Etat à
l’origine de la dictature militaire.
AFP
AFP
AFP
MARINA SILVA
LA VOIX DE L’ENVIRONNEMENT
AFP
FERNANDO HADDAD
LE SUBSTITUT DE LULA
REUTERS
JAIR BOLSONARO
L’EX-MILITAIRE ANTISYSTÈME
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6 u
ÉVÉNEMENT
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
ÉDITORIAL
Par
CHRISTIAN LOSSON
Menace
«
Bolsonaro, en mai,à São Paulo. PHOTO PAULO LOPES. ZUMA PRESS. REA
«Avec Bolsonaro, il y a la menace
d’une militarisation de la société»
F
rédéric Louault, professeur en
science politique à l’Université libre de Bruxelles et membre de l’Observatoire politique de
l’Amérique latine et des Caraïbes
(Opalc), décrypte les enjeux de cette
élection déconcertante.
Deux candidats se détachent
dans les sondages. Une surprise
est-elle encore possible ?
On ne peut rien exclure. En 2014,
Aécio Nèves du PSDB (centre droit)
est parvenu au second tour alors que
les sondages promettaient un duel
entre Dilma Rousseff et Marina Silva.
A la fin de cette campagne, courte et
mouvementée, on n’est pas à l’abri
d’un événement violent, même si la
sécurité des candidats est désormais
mieux assurée. Ou d’un scandale de
dernière minute contre une personnalité ou l’autre. L’avance de Bolsonaro et Haddad sur leurs poursuivants se creuse, mais n’oublions pas
qu’un grand nombre d’électeurs se disent indécis ou décidés à voter blanc.
Cette élection marque-t-elle une
rupture avec les précédentes présidentielles ?
Certainement, puisque c’est la première fois qu’un candidat d’extrême
droite est en mesure de disputer le
second tour. Certes, en 1989, Lula même si l’affaire Lava Jato dépasse
présentait un profil d’extrême gau- par son ampleur tous les précédents.
che, avec un discours de rupture La différence, c’est que la justice a
avec le FMI et Washington. Mais il des moyens accrus pour enquêter,
avait face à lui Fernando Collor, issu grâce aux réformes portées par la
de l’élite traditionnelle.
gauche. Plus que les scandales, c’est
La tentation de l’extrême droite la procédure de destitution de Dilma
est-elle nouvelle dans l’histoire Rousseff qui a donné une tribune à
du Brésil ?
l’extrême droite. Bolsonaro a eu un
Non, mais elle s’est manifestée de fa- impact fort sur l’opinion quand il a
çon très différente. On la retrouve dédié son vote de destitution de la
dans l’entre-deux-guerres ou après présidente «à la mémoire du colonel
le suicide du président populiste Brilhante Ustra», un tortionnaire de
Getúlio Vargas, en 1954.
la dictature.
Mais elle n’a jamais affiVoter Bolsonaro, c’est
ché le mépris des règles
une forme de vendémocratiques dont
geance contre les pofait preuve Bolsonaro.
litiques de gauche du
On a l’impression
PT ?
que Bolsonaro tombe
Bien avant, la revanche
du ciel…
a été le moteur du MouLes idées extrêmes sont
vement démocratique
présentes de longue
brésilien (MDB) quand
INTERVIEW il a lancé l’offensive
date dans le débat politique de façon diffuse.
contre Rousseff. Mais
Certains députés ou sénateurs, affi- son successeur, Michel Temer, ne
liés à divers partis de droite, portent peut présenter qu’un bilan négatif,
un discours sécuritaire ou sociétal permettant aux électeurs de se tourtrès à droite. Et plusieurs groupes ner vers une option plus radicale. Le
très actifs occupent l’espace public: MDB pensait que mettre hors course
le Mouvement Brésil libre, Revolta- Rousseff puis Lula suffirait pour gardos on Line ou Vem pra Rua («Viens der le pouvoir. C’est une erreur stradans la rue»), qui a orchestré les tégique majeure.
grands défilés anti-Rousseff. Toutes L’image de «Trump tropical» que
ces forces convergent vers Bolsonaro. certains donnent de Bolsonaro
Les scandales financiers qui ont vous semble-t-elle justifiée ?
éclaboussé toute la classe politi- Son modèle serait plutôt le Philippin
que expliquent-ils la montée de Rodrigo Duterte même si, comme le
Bolsonaro ?
président des Etats-Unis, il simplifie
Ces scandales ont toujours existé, à l’extrême les enjeux et joue sur la
DR
Pour le politologue
Frédéric Louault,
l’élection brésilienne
de 2018 marque un
tournant par rapport
aux précédents scrutins.
provocation. Mais Donald Trump
n’affiche pas le mépris de la démocratie qui caractérise Bolsonaro.
La mobilisation des femmes estelle un réveil de la société civile?
La gauche est entrée en résistance
dès la destitution de Rousseff. Mais
la mobilisation des femmes est marquante, car le Brésil est le champion
du monde du féminicide et que le
discours patriarcal de Bolsonaro signifie la fin des acquis fragiles des
Brésiliennes. D’autres groupes sociaux vont se manifester entre les
deux tours contre la menace d’une
militarisation de la société et de reculs sur les droits des minorités.
Haddad peut-il rassembler l’électorat populaire de Lula?
C’est son point faible. Il est avocat,
prof d’université, c’est un homme intelligent, très bien formé. Il risque
d’être moins bien compris que Lula
par les travailleurs et les paysans pauvres. Ce n’était d’ailleurs pas le choix
numéro 1 de Lula. Mais il a trouvé sa
place dans la campagne, en se faisant
connaître sans être artificiel.
Que peut-il arriver le soir du
deuxième tour ?
On peut redouter un refus du résultat de la part du camp battu. Bolsonaro a déjà annoncé qu’il ne reconnaîtra pas un autre résultat que la
victoire. Côté PT, les militants ont le
sentiment d’avoir été spoliés par
l’éviction de Dilma Rousseff, puis
par la condamnation et l’emprisonnement de Lula.
Recueilli par F.-X.G.
#EleNao : «Pas lui». C’est
sous ce hashtag que des
millions de femmes ont
battu le pavé le week-end
dernier. C’est pourtant
«lui», Jair Bolsonaro, que
les sondages placent largement en tête du premier
tour de la présidentielle au
Brésil, huitième puissance
économique et sixième par
sa population. C’est ce politicien d’extrême droite,
aux saillies racistes, misogynes, homophobes, qui
pourrait remporter l’élection la plus polarisée de
l’histoire du pays, face à
Fernando Haddad, l’exmaire de São Paulo. L’ancien capitaine d’infanterie
loue l’héritage des dictatures chilienne et brésilienne, milite pour les exécutions extrajudiciaires
des dealers et kidnappeurs
et menace désormais de
faire vaciller la plus grande
démocratie du continent
sud-américain. Un «Trump
tropical» ? Pas tout à fait. Le
locataire de la Maison
Blanche respecte encore
les institutions. Successeur
lointain de la dictature des
années brunes, Bolsonaro
entre en guerre contre les
droits récents des minorités, surfe sur l’antipetisme
(la haine du PT de Lula). Il
incarne à la fois la droite
ultralibérale, qui dénonce
«l’assistanat», les retraites,
qui veut privatiser les
141 firmes publiques, et la
droite autoritaire, identitaire, qui prône la violence
armée contre la délinquance endémique qui
mine la société brésilienne. Une partie de la
classe moyenne se sent
abandonnée et s’apprête à
céder à ce militaire national-populiste. Les 10 % des
Brésiliens qui s’accaparent
plus de la moitié des richesses du pays, également. Et c’est parmi les
très pauvres vivant avec
moins d’un dollar par jour,
qui ont doublé depuis l’arrivée d’un pantin au pouvoir, Michel Temer, que se
recrutent le plus grand
nombre d’abstentionnistes. Faire de Bolsonaro un
épouvantail ? Un peu
court. Mais combattre
la contre-révolution qu’il
annonce, ces dangereux
relents de dictature militaire : c’est la tâche de
tous les démocrates
brésiliens. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Par
PIERRE ALONSO
et LUC MATHIEU
C
inq capitales occidentales,
l’Union européenne, l’Otan.
Jeudi, le service de renseignement militaire russe (GRU) a été
ciblé de toute part. Dans une
contre-offensive massive et coordonnée, le Royaume-Uni, l’Australie, mais aussi le Canada et les PaysBas l’ont formellement accusé
d’avoir mené d’importantes cyberattaques ces dernières années. Les
Etats-Unis sont allés plus loin, annonçant avoir inculpé sept agents
russes pour certains de ces piratages. L’Alliance atlantique, dont les
ministres de la défense se réunissaient jeudi à Bruxelles, a sommé
Moscou de «cesser son comportement irresponsable».
«Ce ne sont pas les actions d’une
grande puissance, mais les actions
d’un Etat paria», a ajouté le ministre britannique de la Défense, Gavin
Williamson. Face aux attaques,
Moscou s’est contenté d’ironiser sur
«l’espionnite aiguë» des Occidentaux. Déjà pointé du doigt par
Washington pour les ingérences
dans la dernière campagne présidentielle et par Londres pour l’empoisonnement de Sergueï Skripal,
le GRU se retrouve à nouveau au
cœur des tensions entre Russes et
Occidentaux. Les révélations les
plus spectaculaires ont été livrées
jeudi par les Pays-Bas. Elles montrent comment quatre agents
du GRU ont tenté de pirater le siège
de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à
La Haye et l’un de ses laboratoires
en Suisse. Elles mettent en lumière
aussi une forme étonnante d’amateurisme.
«Pas là en vacances»
Le 10 avril, quatre ressortissants
russes atterrissent à Amsterdam. Ils
ont des passeports diplomatiques,
dont deux aux numéros qui se suivent. Le lendemain, ils louent une
Citroën C3, tournent autour du
siège de l’OIAC avant de se garer sur
le parking de l’hôtel Marriott, situé
juste à côté. Des agents du contreespionnage néerlandais les surveillent. Le 13, ils les interpellent.
Les Russes ont nettoyé leur chambre d’hôtel et emporté leurs téléphones mobiles, une dizaine au total. Ils ont aussi beaucoup d’argent
liquide: 20000 euros et 20000 dollars. Dans le coffre de leur Citroën,
les enquêteurs trouvent du matériel
informatique, des antennes wi-fi,
un transformateur et une batterie.
L’un des espions a imprudemment
gardé une note de taxi qui montre
qu’il est parti d’une rue adjacente à
des bâtiments connus pour abriter
le siège du GRU à Moscou avant de
rejoindre l’aéroport.
«Ils n’étaient clairement pas là en
vacances», a déclaré le chef des services de renseignement militaire
néerlandais Onno Eichelsheim lors
d’une conférence de presse. Selon
lui, les quatre hommes sont des espions du GRU. Deux sont des experts en informatique, Alexei Morenetz et Yevgeny Serebriakov, les
deux autres, Oleg Sotnikov et Alexei
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Cyberattaques
Levée
de boucliers
contre la Russie
Sommation de l’Otan, inculpations d’agents
par les Etats-Unis… Le GRU, service de
renseignement militaire russe, a été ciblé jeudi
par les Occidentauxpour avoir tenté de pirater en
avril le siège de l’Organisation pour l’interdiction
des armes chimiques, situé à La Haye.
Les 4 agents du GRU soupçonnés et
Minin, étaient chargés de la logistique. Ils voulaient récupérer identifiants et mots de passe d’employés
de l’OIAC en se connectant au réseau wi-fi. Ils ont été arrêtés et expulsés vers la Russie, alors qu’ils
comptaient se rendre à Spiez, en
Suisse, où l’organisation a un laboratoire.
Faux-nez
Moscou, en guerre ouverte contre
l’OIAC, attaque régulièrement l’organisation. L’OIAC, à laquelle siègent 192 pays, est en première ligne
sur deux dossiers dans lesquels la
Russie est impliquée : les bombardements chimiques en Syrie et l’affaire de l’empoisonnement de l’exagent double russe Sergueï Skripal
et de sa fille Ioulia, le 4 mars à Salisbury, en Angleterre. En Syrie, ce
sont des enquêteurs de l’OIAC et de
l’ONU qui ont conclu à la responsabilité du régime de Bachar al-Assad,
soutenu par Moscou, dans plusieurs
attaques chimiques au sarin et au
chlore. La Russie ne s’est pas contenté de distribuer des contre-narratifs, affirmant au choix –et parfois
en même temps– que les attaques
n’avaient pas eu lieu ou qu’elles
avaient été commises par des groupes rebelles. Elle a aussi bloqué le
renouvellement du mandat de la
mission conjointe de l’OIAC et de
l’ONU en novembre dernier. Elle n’a
en revanche pas réussi à empêcher
que l’organisation change de statut
et puisse désormais attribuer la responsabilité des attaques, et pas uniquement à déterminer si elles sont
chimiques ou non. Le 7 avril, trois
jours avant l’arrivée à Amsterdam
des quatre ressortissants russes,
une soixantaine de personnes avait
été tuées à Douma, dans la banlieue
de Damas. Les victimes présentaient les symptômes d’un bombardement chimique.
C’est aussi l’OIAC qui a déterminé
qu’un agent innervant, le Novit-
chok, avait été employé pour tenter
de tuer Sergueï Skripal et sa fille.
Ses résultats ont confirmé les
conclusions du gouvernement
britannique. Le rapport de l’OIAC a
été publié le 12 avril, veille de l’interpellation des agents du GRU à
Amsterdam.
En plus de cette opération sur le sol
néerlandais, les Occidentaux ont
pointé la responsabilité du service
derrière de nombreuses cyberattaques récentes. Ainsi, selon le Centre national de cybersécurité britannique, les renseignements
militaires russes se cachent
derrière le piratage du parti démocrate américain ou encore de
TV5 Monde. La chaîne française
n’avait pas émis pendant vingt-quatre heures au printemps 2015.
Un mystérieux «CyberCaliphate»
avait revendiqué l’opération. Rien
d’autre qu’un faux-nez du GRU, affirme haut et fort l’administration
britannique. D’autres groupes sont
également associés, avec «une quasi-certitude», au renseignement
russe : «BlackEnergy Actors», qui
avaient ciblé des centrales électriques ukrainiennes, ou encore
«Pawn Storm», soupçonné d’avoir
visé la campagne d’En Marche et
l’Agence mondiale antidopage
(AMA). Le Canada, où est situé le
siège de l’AMA, a confirmé jeudi
que le GRU était «fort probablement
responsable» du piratage de
l’agence et de son équivalent national, le Centre pour l’éthique dans
le sport.
Tentatives de pénétration
C’est dans ce dernier dossier que le
département de la Justice américain a annoncé avoir inculpé sept
agents russes: les quatre identifiés
par les Pays-Bas et trois autres, qui
l’étaient déjà dans le cadre de l’enquête du procureur spécial Robert
Mueller sur l’ingérence dans la
campagne présidentielle. Accusés
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 9
leurs téléphones (en haut), l’OIAC et 2 des membres du groupe devant leur hôtel situé en face, à La Haye (en bas). PHOTOS MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NÉERLANDAISE. REUTERS ET REUTERS
d’avoir visé plusieurs instances
sportives en plus de l’AMA et d’avoir
dérobé des informations médicales
privées sur 250 athlètes de 30 pays,
les agents russes sont poursuivis
pour piratage, mais aussi blanchiment d’argent et fraude bancaire.
Parmi leurs cibles figure aussi le
groupe américain Westinghouse,
qui fournit du combustible nucléaire aux centrales ukrainiennes.
Pour ce dernier, John Demers, le
ministre adjoint de la Justice pour
la sécurité nationale, a refusé de
dire si les tentatives de pénétration
avaient abouti.
Toutes ces accusations sont portées
par de proches alliés des Etats-Unis,
membres des Five Eyes ou de
l’Otan. Jeudi, le ministre américain
de la Défense, James Mattis, a déclaré qu’ils mettaient à disposition
de l’Alliance atlantique ses capacités en matière de cyberdéfense pour
faire face aux attaques en provenance de Russie. •
GRU, l’agence «sous
stéroïdes» de Poutine
Connue pour ses méthodes
risquées, cette agence
de renseignement se démarque
par des actions de plus en plus
visibles depuis la détérioration
des relations Russie-Occident.
L
a plus opaque, mais aussi la plus puissante et tentaculaire des agences d’espionnage russes, la Direction générale des
renseignements de l’état-major des forces armées (GRU), a été créée en 1918. Rival historique
du FSB (ex-KGB) depuis la période soviétique,
le GRU est dirigé depuis 2016 par le général Igor
Korobov, sous sanctions américaines en tant
que «proche de Vladimir Poutine». Et continue
de tenir tête au FSB dans ce que l’on appelle «la
guerre des tours» au Kremlin, c’est-à-dire les
luttes d’influences. En matière de géopolitique,
le GRU, comme le ministère de la Défense russe
dont il relève, est partisan d’une ligne dure dans
les relations avec l’Occident, et donc de
confrontation avec l’Otan. Plus étendu que ses
homologues occidentaux, le GRU dispose d’un
vaste réseau d’agents à l’étranger mais aussi
d’unités militaires d’élite –les Spetznaz– et d’un
département de renseignement d’origine
électromagnétique – l’équivalent de la NSA
américaine.
«Une agence de renseignement militaire gonflée
aux stéroïdes, résume le spécialiste des services
de sécurité russes Mark Galeotti. Le GRU se
considère comme un outil de guerre. Ses agents
comme des soldats, pour lesquels seul le résultat
compte. Les risques et les coûts ne sont pas très
importants. Ils prennent donc plus de risques
que les autres espions, et ont plus de chances de
se faire attraper.»
Actif dans les guerres de Tchétchénie (1994-1996
et 1999-2006), pendant le conflit en Géorgie
(2008), dans le Donbass et en Syrie plus récemment, le GRU est devenu le nouveau visage de
la vilainie des Russes sur la scène internationale.
Depuis 2014, à mesure que les relations entre
la Russie et l’Occident se sont détériorées, ses
opérations se sont multipliées, ou du moins sont
devenues plus visibles. «Le Kremlin a lâché la
bride, se considérant dans une guerre ouverte»,
d’après Galeotti. Soupçonné d’être derrière une
constellation de groupes de hackers ayant mené
des cyberattaques contre l’Agence mondiale antidopage et des médias, le GRU est accusé par les
Américains d’avoir piraté les ordinateurs du
Parti démocrate et influencé la présidentielle
en 2016. Les Britanniques assurent que deux de
ses agents ont empoisonné Sergeï Skripal.
«L’effet d’accumulation vient du fait que les opérations interceptées sont rendues publiques, car
les Occidentaux sont lassés par les excursions incessantes des Russes», conclut Galeotti.
VERONIKA DORMAN
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10 u
MONDE
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
LIBÉ.FR
La foire du trône
Elle hypnotise, fascine,
est parfois raillée et souvent (mal) imitée. Toujours gantée, la main
d’Elizabeth II vaut toutes les couronnes du
monde. Et si la main royale n’était pas celle
que l’on croit ? Des étudiants australiens
ont offert à la reine une main mécanique
censée reproduire son salut. PHOTO AP
Le désarmement? Pour Bassem Naïm, haut dirigeant du
Hamas, c’est une «question
imaginaire». Le dialogue avec
l’Autorité? «Rompu. Nous ne
parlons pas à ceux qui affament les Palestiniens.» Au
centre de Gaza-City, un grand
panneau reprend cette
phrase, illustrée par un portrait du raïs la bouche dégoulinant de sang. Un récent rapport de la Banque mondiale a
dressé un tableau apocalyptique des conditions de vie de
l’enclave, en situation économique «critique». Car les mesures de l’Autorité se font durement sentir à Gaza, déjà
très affectée par les coupes
américaines dans l’UNRWA,
l’omniprésente agence onusienne dont une dizaine de
cadres ont dû être évacués
face à la colère des locaux. Le
ressentiment monte: le porte-parole du Fatah, le parti
d’Abbas, a été tabassé en
pleine rue la semaine passée.
«Tapis». Politologue à l’uni-
A Gaza, jeudi. Les proches du Palestinien de 15 ans, Ahmed Abu Habel, tué par les forces israéliennes. PHOTO SAID KHATIB. AFP
Le Hamas «ne veut plus d’autres
guerres» mais s’y prépare
Jeudi, le leader de
l’organisation au
pouvoir à Gaza est
allé jusqu’à prôner
la fin des hostilités
vis-à-vis d’Israël.
Façon de courtcircuiter le blocage
des négociations
provoqué par
l’Autorité
palestinienne.
Par
GUILLAUMEGENDRON
Envoyé spécial à Gaza
«J
e ne veux plus
d’autres guerres, […]
la guerre ne mène à
rien.» Extraits d’un entretien
à paraître ce vendredi dans le
quotidien israélien Yedioth
Ahronoth, les mots de Yahya pers israéliens (180 morts),
Sinwar, le chef du Hamas, ces rassemblements, dont le
font grand bruit. A la tête du Hamas contrôle l’intensité,
mouvement islamiste de- ont poussé Gaza «au bord du
puis 2017, Sinwar a d’abord précipice», selon l’envoyé
été
craint
onusien dans la
L'HISTOIRE région, Nikolaï
comme l’émanation la plus radiMladenov. JusDU JOUR
cale de la faction
qu’à la possibipalestinienne. Un absolutiste lité d’une trêve de longue duviolent, emprisonné vingt- rée, discutée fin août sous
deux ans en Israël. Mais ces l’égide du Caire, au moment
derniers mois, c’est le profil où l’interview en question a
d’un pragmatique roublard été réalisée.
doublé d’un fin tacticien qui
a émergé. L’ex-chef de guerre Equation. Ces propos sont
a redéfini les règles du jeu le donc à prendre avec recul. Le
long des barbelés délimitant Hamas a déjà commencé à en
l’enclave sous blocus, en dé- renier les extraits publiés en
tournant le mouvement po- avant-première. Moins pour
pulaire de la «Marche du re- le fond que sur ce que symtour» pour mettre la pression bolise le fait que leur leader
sur Israël, inventant une s’adresse à un tabloïd israéforme de militarisation de la lien. Le cabinet de Sinwar
résistance pacifique. Très du- jure avoir été dupé. Allégarement réprimés par les sni- tion douteuse : la première
question porte sur sa volonté
de parler directement aux Israéliens. Surtout, à Gaza, la
situation s’est encore dégradée entre-temps et ce frémissement optimiste apparaît
déjà comme un lointain souvenir. Le coupable des tensions actuelles? Pour tous, ou
presque: Mahmoud Abbas, le
président palestinien, ulcéré
d’être tenu à l’écart de négociations dont l’issue aurait
acté à ses yeux la séparation
de Gaza d’un putatif Etat palestinien. «Il a saboté le processus, affirme l’analyste gazaoui Mkhaimar Abusada. En
cas d’accord, Abbas a menacé
de couper la totalité des versements de l’Autorité vers Gaza,
[soit les 96 millions de dollars
(83,4 millions d’euros) de
budget épargnés par les sanctions imposées depuis plus
d’un an, ndlr]. Le Hamas et
l’Egypte ont sous-estimé son
pouvoir de veto.»
L’équation semble insoluble.
Sinwar propose «le calme»
contre la levée inconditionnelle du «siège» israélien et un
échange de prisonniers. Impensable, alors qu’une année
électorale s’ouvre en Israël et
que les rivaux droitiers du
Premier ministre israélien
Benyamin Nétanyahou, rivalisent de rodomontades. Visà-vis du Hamas, Abbas veut
achever toutes affaires cessantes le processus de «réconciliation», relancé il y a un an
et qui n’en a que le nom. Ce
que réclame le raïs, c’est ni
plus ni moins que le Hamas
cède son arsenal militaire à
l’Autorité. Une reddition justifiée devant l’Assemblée générale de l’ONU par le mantra
suivant: «Une seule autorité,
une seule loi, une seule arme.»
versité de l’Ummah de Gaza,
Adnan Abou Amer dépeint à
coups de métaphores l’inextricable: «Abbas trouve qu’il a
été trop patient, que le Hamas
l’a pris longtemps pour un distributeur de billets. Une
guerre ferait ses affaires: il se
dit que s’il n’arrive pas à désarmer le Hamas, Israël s’en
chargera. Et le Hamas, ruiné
financièrement et politiquement, se voit au casino face à
Israël. En relançant la Marche
du retour, il joue tapis: il détourne la colère mais peut tout
perdre si la guerre éclate.»
Les rassemblements à la frontière ont repris mi-septembre,
à une fréquence quasi quotidienne et au déroulement de
plus en plus anarchique et
violent. Vendredi dernier,
sept Palestiniens, le plus
jeune âgé de 11 ans, ont été
tués. La plus sanglante journée depuis le déménagement
de l’Ambassade américaine à
Jérusalem. Jeudi, Nétanyahou a accusé Abbas «de compliquer la situation en étranglant financièrement» Gaza.
A partir de là, «si le Hamas
pense que la solution à cette
détresse est de nous attaquer,
il fait une grosse erreur.» La
fébrilité gagne tous les acteurs: jeudi, Tsahal a annoncé
le renfort des contingents
dans le Sud et l’activation des
batteries antimissiles, avant
un nouveau rassemblement
de masse ce vendredi. •
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
u 11
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LIBÉ.FR
Des oiseaux capables
d’apprendre des chansons
Une expérience faite sur l’île de
Kent, dans le Nouveau-Brunswick (Canada), et publiée jeudi dans la revue Current Biology montre
que des passereaux sauvages sont capables de retenir et d’apprendre à chanter des mélodies diffusées par des haut-parleurs. A lire sur Libération.fr
PHOTO DR
Le rapport expédié du FBI
fait les affaires de Kavanaugh
ARABIE SAOUDITE
ROUMANIE
Riyad a nié jeudi avoir un
lien avec la disparition à Istanbul de Jamal Khashoggi,
un journaliste saoudien critique envers les autorités.
Celle-ci a été déclarée par sa
fiancée turque après qu’il est
entré mardi au consulat
saoudien. Il n’a pas été revu
depuis. Un porte-parole turc
a affirmé, mercredi, qu’il se
trouvait toujours au consulat,
alors que des responsables
américains ont indiqué suivre le dossier de ce journaliste
exilé aux Etats-Unis. L’ambassadeur saoudien a été
reçu mercredi au ministère
turc des Affaires étrangères.
Les électeurs roumains
sont appelés à voter samedi
et dimanche sur une initiative soutenue par l’Eglise orthodoxe visant à modifier la
Constitution pour définir le
mariage comme «l’union entre un homme et une femme»
et non plus entre «époux». Le
oui au référendum est donné
largement vainqueur, mais
rien ne changera, puisque la
législation roumaine n’autorise pas le mariage entre personnes de même sexe. Mais
une interdiction explicite
rendra plus difficile, voire
impossible, tout changement
futur.
«Il n’y a rien» dans le rapport du FBI sur le juge Brett
Kavanaugh qui confirme
les accusations d’agressions sexuelles portées
contre lui, a assuré jeudi le
président républicain de la
commission judiciaire du
Sénat, Chuck Grassley,
dont les équipes ont épluché le rapport finalisé mercredi soir et transmis aux
sénateurs dans la nuit.
«Le FBI n’a pas trouvé de
tiers qui puisse confirmer
les allégations, il n’y a pas
non plus de preuves. Cette
enquête n’a trouvé aucune
trace de comportement
inapproprié» de la part du
candidat de Donald Trump
à la Cour suprême, a ajouté
Grassley, confirmant son
intention de voter en faveur du juge Kavanaugh,
un conservateur de 53 ans,
et a appelé ses collègues à
«essuyer la boue» déversée
sur lui pour considérer sa
candidature avec «un regard neuf».
Un premier vote de procédure est prévu ce vendredi
en séance plénière, avant
un vote final ce week-end.
«C’est un moment très important pour notre pays. Le
respect des règles, le sens de
la justice et le bon sens sont
en jeu», a tweeté le président Trump. Pour l’opposition démocrate, ce rapport
n’a servi qu’à «enterrer»
l’affaire, a dit le sénateur
Ed Markey, regrettant le
faible nombre de personnes interrogées par la police fédérale, qui n’a même
pas entendu le juge et sa
principale accusatrice.
Christine Blasey Ford, une
universitaire de 51 ans, assure que Kavanaugh a tenté
de la violer en 1982, ce que
ce dernier conteste. «Nous
demandons que les directives transmises au FBI par la
Maison Blanche […] soient
rendues publiques, parce
que nous pensons qu’elles
ont fortement restreint l’enquête», a accusé l’élue démocrate Dianne Feinstein.
Deal Pas de procès
pour le roi des
casinos africains
Michel Tomi, qui a fait fortune en bâtissant un empire
du jeu en Afrique, était soupçonné d’avoir corrompu des
chefs d’Etat ou des hauts
fonctionnaires africains (au
Mali, au Gabon, au Cameroun) pour obtenir des contrats publics. Au terme de
cinq ans d’enquête de la justice française, l’homme d’affaires corse de 71 ans va pouvoir souffler un grand coup.
Selon l’Obs, le juge d’instruction Serge Tournaire a donné
son accord pour conclure la
procédure par une «comparution sur reconnaissance
préalable de culpabilité»
(CRPC), qui devrait lui permettre, en échange d’une
peine allégée, d’échapper à
un procès public.
GIORNATE DEGLI AUTORI
FESTIVAL DE VENISE
2018
UN PORTRAIT IRONIQUE DU BRÉSIL
AU LENDEMAIN DE L’ÉLECTION DE LULA.
APRÈS CASA GRANDE
ET GABRIEL ET LA MONTAGNE
UN FILM DE
CLARA LINHART ET FELLIPE BARBOSA
SORTIE LE 10 OCTOBRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
FRANCE
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Sur le site d’Alstom,
au Creusot (Saône-etLoire), en 2014. Les
salariés du groupe ont
bénéficié de 30 actions
gratuites en septembre.
PHOTO HAMILTON
DE OLIVEIRA. RÉA
Plébiscité en France,
le dispositif, qui
associe les salariés
aux résultats
de l’entreprise, va
être favorisé par un
article de la loi Pacte
qui devait être voté
jeudi soir
à l’Assemblée.
Problème: des gains
pas toujours
au rendez-vous
et le risque d’une
modération salariale
en contrepartie.
Actionnariat
salarié : mirage
ou miracle ?
Par
AMANDINE CAILHOL
T
rente actions gratuites. C’est ce
qu’ont reçu, fin septembre,
25 000 employés de chez Alstom,
dans le cadre de son plan d’actionnariat
salarié mis en place en 2016. Gain de l’opération: 1200 euros brut par tête. Quelques
jours plus tôt, le groupe Michelin, lui, mettait 600000 actions sur la table, bradées
à –20% pour ses salariés. Et Veolia se félicitait du succès de son opération interne,
dont le taux de souscription global dépasse les 33%. Sur le seul premier semestre 2018, selon Eres, cabinet spécialisé en
«partage de la valeur», près d’une trentaine d’opérations d’ouverture du capital
aux salariés ont été recensées dans les
120 plus grosses sociétés cotées à la Bourse
de Paris (le SBF 120, dans le jargon financier). C’est 37 % de plus par rapport à la
même période l’an passé. En 2017, le montant total de ces opérations avait atteint
2,7 milliards d’euros dans l’Hexagone, un
niveau record. La France est déjà championne européenne en la matière: la part
du capital des sociétés cotées détenue par
les «collaborateurs» y est de 4 %, contre
1,6% pour la moyenne européenne, pointe
Eres. Et l’année 2018 devrait donc être «un
grand cru» pour l’actionnariat salarié français, selon ce même cabinet.
Poussé dans les années 60 par le général
de Gaulle qui y voyait un moyen de
concilier les intérêts du capital et du travail, le dispositif a depuis gagné le cœur du
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aujourd’hui «très prudente». «Nous n’avons
pas d’allergie idéologique, mais on ne défend pas l’actionnariat salarié: lorsque l’on
place son argent, il ne faut pas mettre ses
œufs dans le même panier. Or en choisissant un tel placement non diversifié, le salarié expose son épargne et son travail au
même risque», explique Alexis Masse secrétaire confédéral de la CFDT.
De son côté, le cabinet Eres assure pourtant que financièrement, ces opérations
font des heureux : entre 2006 et 2012 les
salariés ont été gagnants dans 95% des cas
lorsque l’entreprise avait consenti un coup
de pouce en abondant leur investissement
à hauteur de 100%, dans 80% lorsqu’il n’y
avait pas d’abondement. Mais les contreexemples sont nombreux et peuvent refroidir les ardeurs de certains. «On déconseille aux salariés d’acheter des actions. Il
y a quelques années, l’action a dégringolé
de 120 à 20 euros, sous l’effet d’une mauvaise gestion de l’entreprise. Certains y ont
laissé des plumes», raconte Christophe
Gandilhon, de FO Veolia.
Chez Areva, le dispositif n’a pas non plus
fait que des heureux : en 2015, deux ans
après avoir acheté des actions, les salariés
ont vu leur valeur fondre de près de la moitié. Plusieurs d’entre eux ont déposé
plainte pour «délit de fausse information»,
estimant que leur direction leur avait caché les mauvais résultats de l’entreprise
pour les inciter à acheter des actions.
Au sein du groupe Orange, qui a mis en
place un dispositif d’actionnariat salarié
dès 1997, lors de la privatisation de l’entreprise (à l’époque France Telecom), l’aventure n’a guère été plus reluisante. «Le cours
d’introduction, à l’époque, était de 28 euros.
Là, on tourne entre 14 et 15 euros», note
Sébastien Crozier de la CFE-CGC. Conclusion: «Les salariés ne sont pas devenus milliardaires, mais personne n’a vraiment
perdu de l’argent car, en parallèle, l’entreprise a tout de même offert des bonifications
ou des actions gratuites… En fin de compte,
cela équivaut à peu près à un placement sur
un livret A.» Pas la fortune, donc.
patronat. Pour le Medef, il s’agit d’un
«puissant levier» permettant d’«améliorer
la compétitivité des entreprises» et de
«renforcer le dialogue social». Mieux encore, il permet d’avoir «une meilleure croissance, une meilleure productivité et une politique salariale plus généreuse», assure
Patrice Bégay, le directeur exécutif de la
Banque publique d’investissement. Quant
aux salariés, ils sont séduits –du moins en
partie – puisqu’ils sont, selon Eres, plus
d’un tiers à souscrire à ces dispositifs, que
ce soit dans une logique collective, au travers des fonds commun de placement
d’entreprise, ou individuelle. Au total, ils
seraient 3,5 millions à avoir franchi le pas
en France, précise la Fédération d’associations d’actionnaires salariés et anciens salariés. Voilà donc une affaire qui roule?
«PLUMES»
Eh bien pas vraiment à écouter les syndicats qui, eux, se montrent méfiants. Seule
la CFE-CGC, le syndicat des cadres, et
la CFTC signent les yeux fermés. Pour la
première, les mesures de la loi Pacte visant
à stimuler l’actionnariat salarié (lire cicontre) vont d’ailleurs «dans le bon sens».
Celui d’un «modèle d’entreprise équilibré»
alliant «gouvernance responsable» et lutte
contre la fuite des dividendes vers les
fonds d’investissement étrangers. Un argument que Nicole Notat, l’ancienne secrétaire générale de la CFDT, avait tenté de
mettre sur la table dans les années 90 pour
convaincre son syndicat de s’ouvrir au dispositif. Sans succès. Car la centrale reste
u 13
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«LEUR PROPRE BOURREAU»
Fabrice Angéï, de la CGT, est bien plus critique : «L’actionnariat salarié n’améliore
en rien les rémunérations. Pire: il s’accompagne toujours d’une modération salariale.» Sébastien Crozier, pourtant favorable au dispositif, ne nie pas que chez
Orange, son développement est allé de
pair, un temps, avec une montée en puissance de la variabilisation des rémunérations. «Mais depuis les choses sont plus
équilibrées», jure-t-il. Autre danger, pointé
par la CGT : une dégradation des conditions de travail. «Les salariés scient la
branche sur laquelle ils sont assis. C’est un
dispositif tourné vers des objectifs financiers. La logique managériale derrière, c’est
de leur faire tout accepter.» Incités à être
plus productifs, «les salariés deviennent
leur propre bourreau», note Angéï.
Dans le langage patronal, on évoque plutôt
l’effet sur la motivation. Selon Eres, dans
les entreprises à forte culture d’actionnariat salarié, le taux moyen des départs volontaires entre 2012 et 2017 était de 6,7%,
contre 9,6% pour les autres. La CFDT, elle,
n’y croit pas. «En quoi c’est un ressort de la
capacité de travail d’un secrétaire? s’agace
Alexis Masse. L’effet sur la productivité est
totalement faux. C’est une croyance. Pour
les employeurs cela permet surtout de transformer une charge d’entreprise en fonds
propres, au lieu de mettre en place d’autres
dispositifs sur la rémunération qui coûtent
tout de suite. C’est une politique sociale
à moindres frais.» Et qui ne concerne pas
tout le monde: dans 66% des cas, les entreprises ciblent seulement une partie des salariés, souvent les dirigeants et cadres.
«CANDIDAT FANTOCHE»
Reste un avantage que ne démentent pas
les syndicats : la possibilité pour les employés, grâce au dispositif, d’avoir (un peu)
voix au chapitre. Dans certaines entreprises, les salariés actionnaires pèsent lourd:
quasiment 20 % du capital chez Eiffage.
Chez Bouygues, c’est 17 %. De plus, dans
les sociétés cotées, à partir de 3% du capital détenu par des salariés, la présence
d’au moins un administrateur les représentant est obligatoire. Mais dans les faits,
la démocratie n’est pas toujours au rendezvous. «Il arrive souvent que le représentant
soit un candidat fantoche, plus ou moins
choisi par la direction», dénonce Alexis
Masse, de la CFDT. Proxinvest, cabinet
spécialisé en gestion des affaires, dénonce
aussi le «contrôle des dirigeants sur le vote
des actionnaires salariés».
Mais la situation peut évoluer, veut croire
Sébastien Crozier de la CFE-CGC. «Chez
Orange, après un bras de fer terrible, on a
fait sortir la direction du conseil de surveillance du fonds d’actions détenu par les
salariés», raconte-t-il. Selon lui, les salariés actionnaires, qui détiennent 5,5% du
capital et presque 10% des droits de vote,
jouent «un rôle de bascule lorsqu’il y a des
désaccords entre la direction et les investisseurs» et ont pu infléchir des décisions. En
réclamant notamment une baisse des dividendes des actionnaires (eux compris
donc) pour privilégier l’investissement. •
Ce que la loi Pacte
va changer
Face aux quelques
mesures proposées
par Bercy
pour stimuler
l’actionnariat
salarié, la gauche
reste perplexe.
E
n présentant son projet de loi Pacte («Plan
d’action pour la croissance et transformation des
entreprises») aux députés,
Bruno Le Maire s’est gardé de
mettre en avant la réforme de
l’actionnariat salarié. L’article 59 de son texte, qui devait
être adopté jeudi soir, prévoit
pourtant de le «simplifier»
pour le «stimuler».
d’épargne entreprise et
n’aura plus à attendre que le
salarié verse quelque chose.
Enfin, les conditions d’entrée
des salariés seront «simplifiées». Plus de «maximum»
requis (149 salariés actionnaires) pour distribuer des
actions, ni de «ticket minimal
d’entrée» (100 000 euros).
«Aujourd’hui l’actionnariat
salarié représente entre 4 et
6% des entreprises, l’objectif
est de passer à 10 %», explique la députée LREM Olivia
Grégoire.
Qu’en dit la gauche ?
En ligne avec la CGT, les députés PCF mettent en garde
contre «un effet pervers de
substitution au salaire». Les
insoumis s’y opposent aussi.
Les socialistes n’y sont «pas
hostiles», dit le député Dominique Potier, mais regrettent
«l’absence de réflexion» sur le
sujet avec «le monde syndical» et proposent une alternative : le toilettage de la
Société anonyme à participation ouvrière (Sapo), créée
en 1917. «Le gouvernement l’a
accepté comme option, souligne Potier. Nous voulons en
faire une référence: le capital
versé aux salariés ne serait
pas individualisé mais mutualisé.»
L.A. et A.C.
Qu’est ce que
l’actionnariat salarié ?
Il permet aux employés d’acquérir une partie du capital
de leur entreprise. De diverses manières: offre réservée,
plan d’attribution gratuite
d’actions… Des conditions
préférentielles peuvent être
décidées par l’employeur: rabais (décote par rapport au
prix du marché) ou encore
versement d’un complément
(abondement de l’investissement du salarié). Les actions
sont conservées dans des
comptes nominatifs ou des
fonds communs de placement d’entreprise, notamment lorsqu’elles sont financées par l’épargne salariale.
Demain
matin,
le monde
aura
changé.
7H
-9H
Avec la
chronique de
Jacky Durand
"Les
mitonnages"
Quels changements
ont été proposés ?
De baisser de moitié le forfait
social dans les entreprises de
plus de 50 salariés. Lorsqu’un
salarié voudra «investir»
dans son entreprise, l’employeur ne paiera plus que
10% d’impôts sur le montant
versé. En outre, un patron
pourra «abonder unilatéralement» en actions un plan
LES
MATINS
DU SAMEDI
Caroline
Broue
© Radio France/Ch. Abramowitz
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
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14 u
FRANCE
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
«A la mairie,
ils disent qu’on
n’a pas le droit
d’aller à l’école»
A Chilly-Mazarin, dans l’Essonne, des enfants
hébergés par le Samu social se sont vu refuser
une inscription dans les établissements de la ville.
Depuis la rentrée, les familles se battent
pour leur scolarisation.
REPORTAGE
Par
pour les enfants de l’hôtel ici, on va
transmettre votre dossier. Une école
Photos
d’une ville voisine vous recontacCORENTIN FOHLEN
tera.» Les semaines passent. «Les
baskets, le cartable, j’ai tout acheté
l a retrouvé de l’assurance. «En comme il faut.» La rentrée des clasFrance, les enfants vont à l’école. ses arrive, mais toujours pas de
Chilly-Mazarin, c’est la France réponse. Douze millions d’élèves
ou c’est pas la France ?» Joseph, reprennent le chemin de l’école, eux
45 ans, se tient droit, les bras croisés. passent leurs journées à l’hôtel,
Il a fui son pays –il était membre ac- trépignent et questionnent. «Tous
tif de l’opposition politique en répu- les jours, ils me demandaient. Ils me
blique démocratique du
lâchaient pas.
Congo et électricien
“Pourquoi on n’y
PARIS
de métier. Demanva pas ? PourVAL-DEYVELINES
MARNE
deur d’asile, il est
quoi papa?”» Le
logé dans une
père ne répond
Chilly-Mazarin
chambre d’hôtel
pas. «Pour leur
prise en charge
dire quoi? Qu’on
Evry
par le Samu sone veut pas d’eux
cial dans l’Esparce qu’on vit
ESSONNE
sonne, à Chillyici, à l’hôtel ? Ce
E- NE
IN R
Mazarin. Il dort
n’est pas intéresSE MA
avec ses trois ensant de leur dire.» Il
ET
LOIRET
fants : Herik, 10 ans,
retourne faire la
10 km
Souverain, 9 ans et Angéqueue à la mairie. «Votre
lique, 7 ans. «Je suis papa et maman dossier est toujours en attente.
à la fois», résume-t-il.
Patientez.»
Cet été, il se rend à la mairie avec Dans la chambre voisine, Makanda
son attestation de logement pour est aussi dans la panade avec son
inscrire ses enfants à l’école. Et s’en- fils Patrice, 7 ans, qui tourne en
tend répondre: «Il n’y a pas de place rond. Elle avait quand même réussi
MARIE PIQUEMAL
I
par avoir le nom d’une école à
Ballainvilliers, à «55 minutes de
bus». Quand elle arrive dans le bureau de la directrice pour son inscription, celle-ci demande : «Mais
comment vous allez faire pour l’amener et le chercher, avec tout ce
trajet ?» Makanda raconte cela,
assise sur le lit superposé de l’hôtel,
son bébé de 5 mois assoupi à ses
côtés. Elle fait non de la tête. «Tout
cette route, avec le bébé. En hiver,
c’est sûr, je vais pas tenir.»
Makanda et son plus jeune fils (en bas) à l’hôtel de Chilly-Mazarin, où ils
RE IR
EU -LO
ET
BRAS DE FER
Laurent Ott, d’Intermèdes Robinson, une association qui aide les
personnes en grande difficulté,
enrage : «A Chilly-Mazarin, on a
malheureusement l’habitude. Chaque année, on doit se battre pour que
les enfants soient inscrits à l’école, la
mairie invente tout un tas de choses
pour les en empêcher.» Comme la
cantine, facturée au tarif extérieur,
parce que «résident à l’hôtel» ne
veut pas dire «domicilié» à ChillyMazarin. Pour ces familles, sans le
sou par définition, le repas du midi
est facturé 7 euros par enfant (c’est
5,80 euros fourchette haute pour les
Chiroquois). Le maire LR, Jean-Paul
Beneytou, justifie: «C’est comme ça
depuis toujours pour tous les enfants
venant de l’extérieur de la ville.
Pourquoi leur appliquerait-on une
règle différente? Il n’y a pas de raison. De toute façon, très peu d’entre
eux mangent à la cantine.» Le plus
souvent, les parents viennent en
effet les chercher le temps du repas,
et les font manger comme ils peuvent, les hôtels étant rarement équipés de cuisine.
Autre coup classique, selon l’association: les refus de scolarisation en
maternelle, au motif que l’école
n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans.
«A chaque fois, on se bat. Parfois, il
faut en appeler au Défenseur des
droits. Il faut recommencer sans
cesse», témoigne Béatrice Michel,
membre de l’association.
Cette rentrée, le bras de fer a pris
une autre tournure. Au printemps,
le maire de Chilly-Mazarin a alerté
la préfecture. «Nos écoles sont saturées, nous n’avons déjà quasi plus
de place pour les enfants des
Chiroquois. C’est bien de vouloir accueillir tous ces gens en difficulté
mais les villes se retrouvent à gérer
seules. Cette situation, on ne l’a pas
voulue.» L’édile explique qu’au dé-
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naître l’identité des responsables légaux et de les contacter.» Joseph
raconte avoir été reçu par l’inspectrice. «Elle m’a dit avoir trouvé une
école pour eux à Massy [une ville
voisine]. Qu’ils ne pouvaient pas rester là, car c’était la loi à Chilly-Mazarin. Comment payer les cartes de
transport ? Pas de réponse.»
sont hébergés (en haut).
Joseph, accompagné de deux de ses enfants, Herik et Souverain, dans leur chambre.
but de son mandat, en 2014, il y
avait trois enfants scolarisés venant des hôtels. «Puis les demandes
n’ont cessé d’augmenter, on s’est retrouvé avec 37 enfants, vous imaginez ?» Il marque un temps, puis
ajoute : «C’est facile de montrer du
doigt en disant “le vilain maire”.
Mais l’Etat devrait aller au bout de
sa démarche.» A l’issue d’une réunion tripartite (académie, préfecture, mairie), il est décidé de «répartir les enfants» dans les
communes voisines, sans que la
question de la prise en charge des
tickets de transport ou des frais de
cantine ne semble avoir été
évoquée. En fin de semaine dernière, 16 dossiers (donc 16 enfants)
étaient toujours en attente. Sans
proposition de scolarisation donc,
reconnaissait la mairie. «C’est une
façon de décourager les familles,
comment voulez-vous qu’ils fassent ?» s’indigne Laurent Ott.
«HISTOIRES D’ADULTES»
Encouragés par l’association et
ragaillardis, Joseph et Makanda
tentent un coup. C’était il y a quinze jours. Un matin, ils déposent
leurs enfants devant les grilles de
l’école Pasteur à Chilly-Mazarin,
près de leur hôtel. «Ils étaient là,
avec leurs cartables, prêts à apprendre. Ils ont bien parlé à la directrice», raconte Joseph, esquissant
un sourire de fierté. La directrice :
«J’ai fait ce que je devais faire. J’ai
procédé à l’admission provisoire, je
les ai répartis dans les classes. Puis
j’ai prévenu la hiérarchie, ainsi que
la mairie.» La suite de l’histoire est
à peine croyable. L’inspectrice a
déboulé dans l’école «demandant de
lui montrer les enfants du doigt. J’ai
évidemment refusé, ils n’ont pas à
être mêlés à ces histoires d’adultes»,
confiait-elle un peu sonnée au lendemain de l’affaire, et insistant pour
que l’on précise qu’elle a de très
bons rapports avec la direction académique de l’Essonne. «Elle m’a
demandé de faire une information
préoccupante [procédure pour les
enfants en danger, ndlr] et d’appeler
le commissariat afin que la police
vienne sortir les enfants de l’école.
J’ai refusé.»
Sollicité à plusieurs reprises, le rectorat apporte, mardi, quelques précisions, par communiqué : «Selon
notre conseil, l’inspection s’est rendue dans l’école pour tenter de con-
MOQUETTE ET DORURES
En attendant, ses enfants et le fils
de la voisine continuent d’aller à
l’école Pasteur. On les rencontre
dans leur chambre, à l’hôtel,
le 26 septembre. Le bâtiment, avec
ses colonnes grecques, a un drôle
de look. Il est situé à la sortie de la
ville, sur le parking de deux boîtes
de nuit. A l’intérieur, moquette
bleue à fleurs et dorures sur les
rampes d’escalier. Herik, le fils aîné
de Joseph, dit qu’ici, c’est «un palace». Il n’y a que des familles hébergées par le 115 dans cet hôtel
d’une centaine de chambres. Cet
après-midi, Intermèdes Robinson
toque à toutes les portes, un atelier
jeux est organisé au rez-de-chaussée. Des enfants sortent de toutes
les chambres, joyeusement. Combien sont-ils à aller à l’école? Difficile de savoir. «Quand tu demandes
aux parents, souvent ils répondent
que oui, pour ne pas perdre la face,
explique Abdelnasser Pochet, éducateur spécialisé dans l’association
depuis dix ans. Souvent, ils vont
dans des écoles loin d’ici. Les parents tiennent bon, puis finissent
par abandonner. Parfois aussi, ils
demandent aux grands de garder
les petits pendant qu’ils font des petits boulots. Le problème de la nonscolarisation est beaucoup plus
étendu que ce qu’on imagine et que
l’on veut bien voir.» Le 17 septembre, dans les colonnes de Libération, un collectif d’associations en
appelait solennellement au président de la République pour «combler le fossé entre les textes [qui garantissent le droit à la scolarisation
de tout enfant] et leur application
effective». Il demandait la mise en
place d’un observatoire pour «mettre des chiffres et des visages sur
cette réalité méconnue».
Dans la salle de jeux éphémère,
Herik parle de son maître génial qui
fait des blagues du type : «Ça va,
beau gosse ?» L’enfant s’esclaffe. Il
veut être footballeur professionnel,
«c’est pour ça que je dois absolument
aller à l’école». Pour info, son frère
Souverain, plus intimidé, sera aussi
footballeur. Et Angélique, danseuse. Elle nous regarde dans les
yeux et sans sourire : «A la mairie,
ils disent qu’on n’a pas le droit d’aller
à l’école parce qu’on vient de l’hôtel.
Mais tous les enfants doivent y aller,
pas vrai papa ?» Un peu plus tôt,
leur père avait fait sonner son téléphone, pour qu’on écoute sa nouvelle sonnerie: «Papa, je t’aime. T’es
le meilleur papa du monde.» Un enregistrement de la petite fait au pied
levé, le soir de la première journée
de classe. •
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FRANCE
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
LIBÉ.FR
La bataille de Paris
LREM entre «in» et «off»
au théâtre de l’Alhambra.
Mercredi soir, Benjamin Griveaux, Mounir
Mahjoubi et Marlène Schiappa, les trois
membres du gouvernement mobilisés pour
le coup d’envoi de «Paris et moi», ont fait abstraction du remaniement en cours. PHOTO ALBERT FACELLY
Pour Macron, Collomb blues à Colombey
Sur les terres
gaullistes, le
Président a célébré,
jeudi, l’anniversaire
de la Constitution.
Il a tenté de balayer
les spéculations
sur le remaniement
à venir et les doutes
au sein de son
entourage.
Par
ALAIN AUFFRAY
et DOMINIQUE
ALBERTINI
Photo
ALBERT FACELLY
V
ive la Ve ! Alors que
les foucades de Gérard Collomb mettent à jour des failles insoupçonnées au sommet de l’Etat,
Emmanuel Macron célébrait
jeudi le soixantième anniversaire de la Constitution. «La
force de cette Constitution»,
c’est qu’elle permet de surmonter «la tyrannie de l’immédiateté, qui est une absurdité contemporaine», a
expliqué le chef de l’Etat, en
pèlerinage à Colombey-lesdeux-Eglises. La «tyrannie»
en question l’a d’ailleurs rattrapé sur place : du bain de
foule qu’il s’est offert dans le
village du Général de Gaulle,
il ne restera que cette réponse à une retraitée mécontente : «Le Français ne voit
que ce qu’on lui enlève» et le
pays se porterait mieux si les
gens «se plaignaient moins»…
«Verticalité». Comme la
veille déjà, il a qualifié de
«péripéties du quotidien» la
défection de son ministre de
l’Intérieur. Les sondages désastreux ? Si on les regarde
tous les jours, «on n’avance
plus, on ne fait plus rien», at-il poursuivi. Evoquer la salutaire «stabilité» de la Ve,
après avoir subi le départ de
deux ministres d’Etat en
quelques semaines pourra
paraître audacieux. Ce n’était
peut-être pas non plus le
meilleur moment pour se féliciter de la «verticalité» de
nos institutions, alors que
l’autorité du chef de l’Etat
semble ébranlée et sa
A Colombey-les-Deux-Eglises, jeudi, pour le soixantième anniversaire de la Ve République.
communication parfois dou- Spectateur satisfait de cet
teuse.
imbroglio, François Hollande
Pour Emmanuel Macron, cet demande qu’on lui reconanniversaire devait être l’oc- naisse ce bon point dans son
casion de confirmer la re- bilan: il n’a pas, lui, commis
lance, en janvier, de la ré- l’erreur d’offrir à Collomb un
forme constitutionnelle dont portefeuille ministériel…
l’examen avait été suspendu, Dans les rangs de la majorité,
en juillet, à cause du scandale l’inquiétude n’a jamais été
Benalla. Difficile, pourtant, aussi forte : «On avait un
de contester que la démis- énorme capital politique jussion de Collomb
qu’à cet été. On a
plonge l’exécutif
L'HISTOIRE l’impression que
dans une grave
tout s’effondre
DU JOUR
crise politique.
comme un châAu gouvernement comme teau de cartes», se désole une
dans la majorité parlemen- source ministérielle qui
taire, de nombreux «mar- constate que les maillons faicheurs» en reconnaissent la bles se recrutent parmi «les
gravité. Les mots sont très fidèles de la première heure»:
durs contre l’ex et futur maire «Castaner n’est pas au nide Lyon, accusé de se mon- veau. Quant à Griveaux et ses
trer aussi déloyal avec Ma- concurrents, il est invraisemcron aujourd’hui qu’il le fut blable qu’on les laisse se lanjadis avec les dirigeants so- cer, dix-huit mois avant
cialistes. «Tout ça venant l’échéance, dans la course à la
d’un vieux baron qui aura mairie de Paris.»
80 ans à la fin de son quatriè- Alors qu’ils se sont toujours
me mandat. Lamentable !» interdit la moindre critique
s’emporte un député LREM. envers l’Elysée, certains élus
s’inquiètent de «l’amateurisme» et de «l’inexpérience»
de l’équipe qui entoure le
chef de l’Etat. «Ils ne protègent pas le Président, lequel
pour ne rien arranger, passe
son temps à se mettre en danger», résume l’un d’eux. Dans
la majorité, on s’accorde à
considérer qu’un simple remplacement de Collomb ne
suffira pas. C’est «un vrai
changement», «un profond
remaniement» qui est
attendu.
«Adolescence». Tout indique d’ailleurs que c’est ce que
préparent Emmanuel Macron et Edouard Philippe. «Si
le Président prend son temps,
c’est que le remaniement sera
large», confirme un ministre
à Libération. Sur France 2,
l’ex-Premier ministre JeanPierre Raffarin en appelle à
«une architecture nouvelle»
pour structurer la majorité
présidentielle dont «le noyau
dur est toujours en phase
d’adolescence» : «Il est clair
que le président de la République n’a pas les leviers humains nécessaires.»
Le commissaire européen
socialiste Pierre Moscovici livre au Monde un avertissement du même ordre, interprété par certains comme
une offre de service : «Après
la phase Macron 1, il devrait
y avoir un Macron 2, plus
équilibré, entre verticalité et
horizontalité. Plus à l’écoute
des forces sociales et plus sensible au besoin de résorber les
inégalités.»
«On a
l’impression que
tout s’effondre
comme
un château
de cartes.»
Une source ministérielle
C’est en surplomb de ces «péripéties» que le chef de l’Etat
a voulu se tenir, jeudi soir,
dans un discours au Conseil
constitutionnel. L’occasion
de saluer l’œuvre des constituants de 1958, adaptée selon
lui à un monde aussi «imprévisible» aujourd’hui qu’il
l’était alors. Mais qu’il ne
s’agit pas de conserver «sous
cloche»: «Ce que les citoyens
attendent de nos institutions,
ce sont des résultats», a jugé le
Président, désolé des «mauvaises habitudes» qui s’y opposeraient désormais. C’est
pour y remédier que la réforme constitutionnelle «reviendra devant l’Assemblée en
janvier»: charge au gouvernement de «trouver le dialogue
avec l’Assemblée et le Sénat le
moyen de faire intelligemment cheminer cette réforme».
Que la chose semble possible
pour un exécutif à bout de
souffle, c’est le genre de petit
miracle que permet encore
notre Constitution. •
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
u 17
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Saute-scrutin Européennes
et municipales : le PS préfère voir
loin. Si Olivier Faure martèle
l’importance des européennes
du printemps prochain, ce sont bien les municipales,
dans un an et demi, qui seront le juge de paix pour un
PS toujours pas remis des claques de 2017. Le parti dirigé par Olivier Faure doit-il, dès lors, faire l’impasse
sur les européennes ? PHOTO DENIS ALLARD
Les députés de la majorité
ont autorisé, jeudi, l’Etat à
privatiser Aéroports de Paris
(ADP), la Française des Jeux
(FDJ), et à descendre sous le
seuil des 33 % de ses parts
dans le capital d’Engie (exGDF Suez), ouvrant la voie à
un désengagement de l’Etat.
Sous les critiques des oppositions dénonçant une braderie du patrimoine national.
Pyrénées Rugy
défend ses ours
Alors qu’une
ourse capturée en Slovénie a été relâchée jeudi
matin dans
les Pyrénées-Atlantiques, le
ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a
dénoncé sur France Info les
menaces de certains opposants à la réintroduction des
ours dans le sud de la France.
«Je ne donnerai pas plus de
détails» sur la date de réintroduction du deuxième
plantigrade, car «il y a des
personnes qui se croient autorisées à faire des barrages sur
les routes, à me menacer avec
des fusils», a-t-il dénoncé.
PHOTO REUTERS
groupe, avait été écarté en
amont de l’Euro 2016 par la
faute d’un contrôle antidopage positif, pour lequel il
fut ensuite blanchi. Mais
hors délai pour un Deschamps qui avait déjà officialisé sa liste des joueurs
retenus pour l’Euro organisé dans l’Hexagone, ce qui
laisse depuis planer un
sentiment d’injustice sur
la trajectoire (brisée) du
joueur.
D’autant que sa carrière
avait tourné vinaigre, entre
blacklistage express par le
coach de Liverpool, Jürgen
Klopp, et blessures l’empêchant de jouer en continu à
Crystal Palace.
D’ici à ce que Deschamps ait
voulu tendre la main à un
joueur historiquement cru-
Croissance: Darmanin
risque d’être déçu
Il avait l’air convaincu,
Gérald Darmanin, de sa
prévision de croissance
pour 2018. «Quoi qu’il arrive», avait lancé le ministre de l’Action et des Comptes publics devant les
députés début août, elle
«ne serait pas inférieure
à 1,8%» du PIB. Raté: selon
l’Insee, la croissance annuelle cette année atteindra péniblement 1,6 %. Le
statisticien tablait jusqu’ici
sur 0,1 point de plus. Au
printemps, dans les documents transmis à la Commission européenne, le
gouvernement pariait
même sur 2 % de croissance, après 2,3% en 2017…
Ce mauvais cru est dû, selon l’Insee, à un premier semestre au ralenti: «La consommation des ménages a
pâti des grèves dans les
transports, de moindres besoins en énergie du fait d’un
printemps précoce, mais
aussi sans doute de la baisse
du pouvoir d’achat enregistrée au trimestre précédent», explique l’institut
dans une note rendue publique ce jeudi.
Après un retard pris sur le
reste de la zone euro au premier semestre, la France
comblerait cependant cet
écart dans la deuxième partie de l’année : «Beaucoup
d’ingrédients semblent en
effet réunis pour contribuer
à un retour à meilleure fortune au troisième trimestre,
écrit l’Insee. Aux pertes sèches essuyées par les services
de transports avec les grèves, succéderait un contrecoup avec le retour à la normale de l’activité.» La
croissance du PIB serait
bien plus dynamique aux
troisième (+0,5 %) et quatrième trimestres (+0,4 %)
qu’aux deux premiers
(+0,2 % à chaque fois).
Certes, l’Insee insiste sur
une consommation des
ménages en progrès «tirée
[…] par la vive progression
du pouvoir d’achat attendue sous l’effet des baisses
de cotisations salariales et
de la réduction de la taxe
d’habitation». Ce que le
gouvernement ne manquera pas de souligner
dans les débats actuels
autour du pouvoir d’achat
des Français dans un contexte d’examen, dès la semaine prochaine à l’Assemblée nationale, du
budget 2019.
LILIAN ALEMAGNA
Images
cial dans l’histoire récente
des Bleus – Sakho fut en
novembre 2013 le double
buteur du barrage retour
face à l’Ukraine (3-0, 0-2 à
l’aller) qui conditionna tout
le reste – du maintien de
Deschamps à son poste au
titre de 2018–, il n’y a qu’un
pas, que le sélectionneur a
refusé de franchir.
«Il a un vécu international
très important avec 28 sélections en équipe de France.
Après, ce n’est pas lui tendre
la main ou le récompenser que de le prendre
aujourd’hui. Je rappelle
qu’il figurait sur la liste des
suppléants appelés à nous
rejoindre en cas de blessures
de l’un des 23 partants pour
la Russie.»
GRÉGORY SCHNEIDER
MUSIQUE
LIVRES
VOYAGES
FOOD
Libération Samedi 6 et Dimanche 7 Octobre 2018
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u 27
Libération Samedi 6 et Dimanche 7 Octobre 2018
Page 30 : Plein cadre/ Antony Cairns, avalement de façades
Page 32 : Série/ «Maniac» a belle hallu’
Pages 33 : BD/ Catherine Meurisse se met au vert
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Page 38 : Cinq sur cinq / Le vivier hollywoodien
Page 39 : On y croit / Dominique A
Page 40 : Casques t’écoutes / Thomas Thouroude
u 35
MUSIQUE/
Sérigraphie,
magie moire
La vie en sourde oreille
PAUL ROUSTEAU
Etat Privatisation
en vue pour ADP,
Engie et FDJ
C’est ce néologisme
–alliage d’information
et d’intoxication– qui
a finalement été retenu pour traduire en
français l’expression
«fake news», a statué
jeudi la Commission
d’enrichissement de la
langue française. Il doit
être utilisé «lorsqu’il
s’agit de désigner une information mensongère ou
délibérément biaisée».
Retour à l’étiage ordinaire
pour les conférences de
presse du sélectionneur des
Bleus. La presse étrangère a
déserté celles de Didier Deschamps, qui annonçait
jeudi sa liste de joueurs
appelés à disputer les
matchs amicaux (ou presque) face à l’Islande
le 11 octobre à Guingamp et
contre l’Allemagne, le 16 à
Saint-Denis.
Retour cosmique : revoilà
Mamadou Sakho (28 ans),
désormais défenseur du
club anglais de Crystal Palace (pas terrible) et dont la
dernière visite à Clairefontaine remontait à
mars 2016.
Sakho, qui profite de la blessure de Samuel Umtiti pour
reprendre pied dans le
Libération Samedi 6 et Dimanche 7 Octobre 2018
u 41
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Pages 44-45 : Pauline
Delabroy-Allard /
Rayon flamme
Page 45 :
Nicolas Fargues /
Les néocolons
découvrent l’Afrique
Page 48 : John Rechy/
«Comment ça s’écrit»
Par
CLAIRE DEVARRIEUX
Photo ROBERTO
FRANKENBERG
D
Jón Kalman Stefánsson, le 20 septembre à Paris.
Pierre Moscovici a mis fin au suspense: «Après une réflexion
sérieuse, j’en suis arrivé à la conclusion que les conditions
d’une candidature [comme tête de liste PS aux européennes, ndlr] ne sont pas réunies», a annoncé jeudi le commissaire européen dans le Monde. Non sans pilonner l’ambiguïté du PS sur l’Europe. Son retrait est une bonne nouvelle
pour Olivier Faure, le patron du parti, qui n’est pas fan du
profil trop macron-compatible de l’intéressé et n’avait pas
osé le lui dire. Dans l’entretien, Moscovici fait d’ailleurs un
appel du pied au Président (lire page 16). Un élu socialiste:
«Les européennes, c’est la fin de la décomposition du PS.»
Infox
Bleus: revoilà Sakho
Atelier Lézard graphique à Brumath le 28 août : encre sur l’écran de sérigraphie lors de l’impression de l’affiche Jazzdor 2018. PHOTO PASCAL BASTIEN
PIERRE
MOSCOVICI
commissaire
européen,
dans le Monde
REUTERS
«Le PS n’a pas clarifié
sa position: est-il un parti
pro-européen, qui pense
que l’Europe est dans son ADN,
ou un parti euro-hésitant?»
«Ásta» de vie et de mort
Le nouveau roman de
Jón Kalman Stefánsson
e par son ampleur,
de par sa profondeur,
Ásta est un roman
exaltant. C’est le
sixième livre traduit de l’Islandais
Jón Kalman Stefánsson, l’auteur de
D’ailleurs, les poissons n’ont pas de
pieds (Gallimard, 2015) et d’A la mesure de l’univers. L’auteur de la trilogie dite «du gamin», qui a commencé avec Entre ciel et terre
en 2010 et a emporté au milieu des
bourrasques des lecteurs et des lectrices qui n’en sont pas revenus. Jón
Kalman Stefánsson, né en 1963, a en
France un partenaire hors pair en la
personne du traducteur Eric Boury,
né en 1967.
Et puisque nous en sommes à l’état
civil, déchiffrons le calendrier que
l’auteur s’est ingénié à escamoter
dans Ásta. L’héroïne, ainsi prénommée d’après un personnage de
Halldór Laxness, a 15 ans dix ans
après que celui-ci a remporté le
prix Nobel. La voici née en 1950.
A l’orée du livre, en 1980, le père
d’Ásta, Sigvaldi, peintre en bâtiment, tombe de son échelle. Il se
souvient de la conception d’Ásta. Il
avait 30 ans, il aimait avec gratitude sa femme, Helga, et ne pouvait pas savoir qu’il la haïrait bientôt. L’amour: il révèle les individus
à eux-mêmes, libère des espaces
imprévus, les grandit. Exactement
comme la littérature selon Stefánsson. Pour la plupart de ses personnages, la quête de l’amour et celle
des mots se confondent. Cette
quête résume l’intrigue de chacun
de ses livres. L’amour : Ásta rappelle à son propos qu’«un seul et
même chemin mène au bonheur et
au désespoir».
Couché sur le trottoir d’une ville
de Norvège, car il Suite page 42
C’est le
week-end
Rendez-vous chaque samedi dans
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18 u
VOUS
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Au Mondial de l’automobile, mercredi. Les SUV ont toujours la cote.
GAC Motor, le seul constructeur
Mondial de l’auto
Ambiance électrique
Le raout biennal de la voiture, qui se tient jusqu’au 14 octobre
à Paris, a été raboté cette année. Avec une durée raccourcie à onze
jours et l’absence remarquée de certains constructeurs. Les modèles
électriques, encore peu vendus en Europe, monopolisent l’attention.
Par
FRANCK BOUAZIZ
Photos STÉPHANE REMAEL
L
e million ou pas ? La question du
nombre de visiteurs va se poser tout
au long du Mondial de l’auto (du 4
au 14 octobre), Porte de Versailles à Paris. Cette
édition 2018 a été raccourcie de cinq jours,
dont un week-end. Sans compter l’absence remarquée de 16 constructeurs. Et non des
moindres: Volkswagen, Ford, Fiat… Face à ces
défections souvent motivées par des budgets
en baisse, Jean-Claude Girot, le commissaire
général du salon, se console en mettant en
avant la présence de nouveaux venus : un
constructeur chinois, un vietnamien, et surtout celle du fabriquant de voitures électriques Tesla, qui exposera sa nouvelle Model 3,
commercialisée à un prix plus accessible que
les précédents modèles.
Flottes. En ces temps où les achats en ligne
ne cessent d’augmenter, le Mondial de l’auto
demeure un déclencheur pour bon nombre
de ventes, qui se concrétiseront quelques
semaines plus tard. Voire immédiatement sur
les stands, selon Jean-Claude Girot : «Nous
enregistrons en moyenne une commande toutes
les six minutes.» Du côté des tendances,
les SUV (pour Sport Utility Vehicle), ces
4×4 urbains qui n’ont bien souvent que deux
roues motrices, devraient continuer à tirer les
ventes (2,2 millions de véhicules neufs, toutes
catégories confondues, prévus cette année en
France). Bien que leur prix moyen se situe
autour de 30 000 euros, ils représentent
aujourd’hui, 30% du marché: «Personne n’a
vu venir un tel effet de mode, et cette catégorie
continue de croître», précise l’économiste Flavien Neuvy, directeur de l’observatoire automobile Cetelem. Plus chers, plus gros et plus
gourmands en carburant, les SUV, avec leur
hauteur et leur volume imposants, apparaîtraient comme plus protecteurs pour les
conducteurs. Quoi qu’il en soit, les particuliers
sont toujours moins nombreux à acheter une
voiture, mais les flottes d’entreprises compensent: elles représentent désormais une vente
sur deux. «C’est un moyen de fidéliser les salariés et c’est devenu statutaire pour les cadres
et les commerciaux», analyse Flavien Neuvy.
Barre. Ceux qui se paient eux-mêmes leur véhicule le font à 75% avec un emprunt. Mais les
«vrais» propriétaires de leur auto sont en chute
libre : quasiment inconnue en l’an 2000, la
location avec option d’achat représente désormais 50 % des ventes. Et pour cause, la formule ne nécessite pas le recours à un prêt bancaire mais le versement d’un simple loyer. Au
bout de trois ans, l’utilisateur a le choix entre
faire un chèque de 15000 euros à son concessionnaire pour solder l’achat d’un véhicule qui
a déjà roulé ou souscrire une nouvelle location
avec option d’achat et repartir avec un modèle
neuf sans bourse délier.
Cette année encore, les voitures électriques
seront scrutées, puisque la plupart des constructeurs promettent des gammes full electric
ou hybrides rechargeables (équipées d’un moteur thermique qui prend le relais quand la
batterie est déchargée). Pour l’heure, les ventes augmentent surtout en Chine. En Europe,
à l’exception de la Norvège où le gouvernement bonifie substantiellement les achats, la
part des voitures électriques arrive tout juste
à franchir 1% de part de marché. Le prix élevé
et l’autonomie encore faible constituent les
deux principaux obstacles. A l’usage, en revanche, les coûts sont incomparables: «Pour
100km parcourus, la voiture électrique nécessite 2 euros de dépense et la voiture à moteur
thermique 16 euros», calcule Flavien Neuvy.
Ce Mondial ne sera pas encore celui de la
grande révolution électrique, mais les watts
se bousculeront bientôt sous le capot. •
Lire aussi pages 22-23.
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
chinois présent Porte de Versailles.
«Déjà extension du domicile,
la voiture va aussi devenir
un complément du bureau»
Pour le sociologue
Hervé Marchal,
l’innovation
technologique va
dans le sens d’une
complicité toujours
plus grande entre
l’usager et son véhicule.
H
ervé Marchal (1) est enseignant-chercheur en sociologie à l’université de Bourgogne, à Dijon. Il a commencé par
étudier les populations des zones
pavillonnaires avant de se pencher
sur leurs déplacements, ce qui l’a
conduit à travailler sur les usages
de la voiture. Pour mener ses recherches, il s’est installé dans les
véhicules et a longuement
observé les comportements des
conducteurs. L’industrie automobile s’est inspirée de ses travaux
pour apporter des améliorations à
certains modèles.
Comment expliquer que le
Mondial de l’automobile attire
encore autant de visiteurs ?
La voiture, outre son rôle actuel,
renvoie à des histoires nationales
l’enveloppe. D’où une sensation de Le conducteur a-t-il encore envie
confort. Dans mes recherches, la d’être le propriétaire de son
plupart des conducteurs que j’ai in- véhicule ?
terrogés me disaient: «Je m’y sens Il faut dépasser la dualité propriétébien, je suis à l’aise car tout est à location. Ce n’est pas parce que l’on
portée de main. L’ergonomie est de paie un loyer que l’on n’a pas un
mieux en mieux réfléchie donc je sentiment de propriété. Le conducvais pouvoir être disponible à ce qui teur utilise sa voiture comme s’il la
se passe à l’extérieur.» La voiture est possédait, il décide des usages qu’il
certes une bulle, mais pas seule- va en faire et des personnes qui vont
ment. Elle me permet aussi de pou- monter à bord. Cette formule de lovoir écouter la radio et être disponi- cation avec option d’achat, très en
ble pour qui se passe à l’autre bout vogue aujourd’hui, permet de posdu monde. La voiture devient alors séder un moyen de transport très
un huis-clos existentiel et crée un pratique sans les inconvénients.
rapport à soi-même.
L’entretien va se régler d’un coup de
Est-elle encore un élément de fil. On adapte l’environnement de
statut social ?
la voiture de manière à ce qu’elle
Elle n’a effectivement pas perdu soit un moyen technologique de
cette fonction. Il suffit pour s’en déplacement de plus en plus évolué,
convaincre de regarder les chiffres sans que l’on ait à s’occuper de son
de ventes de véhicules à plus de entretien. En retour, il faut s’acquit60 000 euros : on n’en a jamais ter d’un loyer.
autant vendu! Ce qui est intéressant Le prix peut-il constituer un
quand on parle de limitation de vi- frein à l’achat d’une voiture ?
tesse et d’émissions de carbone. La Quand on observe la croissance du
voiture est un porte-parole de mon marché des SUV on se rend compte
pouvoir d’achat et continue à porter que le prix n’est pas un frein
des logiques de distinction sociale. à l’achat de certaines voitures conLa voiture parle pour moi, mais fortables, à hauteur de personne,
aussi à travers toute
dans lesquelles on a la
une série d’accessoisensation d’être dans
res. Elle devient à mon
un cockpit, c’est-à-dire
image et me permet
un habitacle resserré
d’exercer ma singulaet «technologisé». Parité.
rallèlement à cette
Et pour ceux qui
tendance, il existe une
se détachent de la
demande low-cost.
voiture ?
Elle va séduire des
Se détacher de la voiclients qui ont tout à
INTERVIEW fait les moyens de routure est aussi un signe
de distinction sociale.
ler dans des véhicules
Je peux prendre de la distance avec plus onéreux mais veulent se distinelle parce que je vis sur un territoire guer de ceux qui consacrent une
bien pourvu en équipements cultu- partie importante de leur budget à
rels et en transports collectifs.
l’automobile.
Le conducteur est-il de plus en Quels changements de comporplus stigmatisé du fait des tements apportent les innovapréoccupations croissantes de tions technologiques ?
sécurité et d’environnement ?
Elles vont dans le sens d’une comIl y a une prise de conscience que la plicité toujours plus grande entre
voiture est source de nuisances éco- l’usager et la voiture. Elles vont de
logiques, c’est en tout cas ce que plus en plus autoriser le conducteur
montrent les études que j’ai pu réa- à faire autre chose que conduire et
liser. Mais le discours pèse peu face c’est ce que tout le monde attend. La
aux contraintes du quotidien et la voiture était déjà une extension du
prise de conscience s’évanouit rapi- domicile, elle va devenir un comdement. Il ne faut pas oublier, dans plément du bureau. On peut déjà
ce débat, la schizophrénie des gran- recevoir ses appels sur un écran
des villes. Elles veulent bannir les tactile à bord. L’objectif est de libévoitures des centres-villes et en rer du temps pendant les déplacemême temps lancent des chantiers ments, cumuler dans sa voiture
de rocade autoroutière, et d’immen- plusieurs états intérieurs : travail,
ses parkings pour des centres com- détente, shopping.
merciaux. Les chiffres sont, à cet La voiture high-tech met-elle en
égard, très clairs. Seuls les centres danger les libertés publiques ?
des grandes villes connaissent une La voiture va participer à «l’algobaisse des flux de circulation. En rithmisation» de nos vies. Elle
revanche, il y a une augmentation contiendra des donnés extrêmedu trafic dès lors que l’on sort des ment sensibles. Où allons-nous
centres-villes.
consommer ? Quand ? Ou traLe péage urbain serait-il une vaillons-nous ? Quels sont nos désolution ?
placements et les lieux que nous
Il faut être prudent dans son utilisa- fréquentons ? La question éthique
tion, afin de ne pas créer des sépa- par excellence sera celle des usages
rations à la fois sociales et territo- possibles ou pas de ces données.
riales. Le péage urbain réduit J’espère qu’il y aura des débats exl’accessibilité à la ville, notamment trêmement forts à ce sujet. La voide ceux qui ont moins de moyens ture étant un objet qui participe du
que les autres. Cette question est quotidien et de la vie privée, les
indissociable de ce que Henri données qui y sont afférentes sont
Lefebvre appelait le droit à la ville. l’or noir du XXIe siècle.
Comment faire en sorte que les
Recueilli par F.Bz
centres-villes soient le théâtre
d’allées et venues de personnes qui (1) Auteur d’Un Sociologue au volant,
éd. Téraèdre (2014).
n’y vivent pas ?
DR
«
u 19
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industrielles, aux évolutions technologiques de pointe, et donc, par
extension, à la réussite économique de l’individu. Posséder une
voiture coûteuse est encore pour
beaucoup synonyme de réussite
sociale et, plus encore, de ne pas
être en dehors des mouvements du
monde. L’une des raisons du succès
de se salon est de vouloir en être, de
participer à l’aventure humaine.
C’est appartenir à ceux qui
sont dans le coup, qui ne sont pas
largués.
Aujourd’hui, comment se caractérise le rapport à la voiture ?
Il y a d’un côté une population très
attachée à la voiture comme moyen
de transport et, de l’autre, des résidents en centre-ville, dans les grandes métropoles, qui ont pris leurs
distances avec ce qu’incarne la voiture. Cette opposition tient pour
beaucoup aux configurations du
territoire. Il y a un mouvement
propre aux catégories sociales qui
vivent dans les centres des grandes
villes, selon lequel on peut se passer de sa voiture et en même temps
se donner bonne conscience. Pour
une grande majorité d’individus
néanmoins, la voiture participe de
l’organisation du quotidien. Elle est
extrêmement pratique car elle permet de s’adapter, de gagner des endroits différents, plus ou moins
éloignés. Donc la voiture va être le
moyen de transport le plus adapté,
de fait, dans des villes qui ne cessent de s’étaler. Il y a là un attachement à la voiture qui se crée. La
voiture n’est pas un objet comme
un autre, elle fait partie de l’habitat
de l’individu. On est dans sa voiture
comme dans une extension de l’habitat quotidien.
Qu’entendez-vous par là, concrètement ?
La voiture est un habitat parce que
l’on peut y déposer de soi. Parce
qu’on va y faire l’expérience de
nombreux états d’être intérieurs.
On peut y être détendu, stressé,
y écouter ses musiques préférées, y
laisser aller sa colère… Je peux y exprimer plusieurs pans de ma personnalité, ce qui n’est pas toujours
possible dans mon logement, du
fait de la présence d’enfants, de la
proximité des voisins. La voiture est
extrêmement sensorielle. Elle touche corporellement l’individu et
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20 u
FRANCE
LIBÉ.FR
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Vers une redevance télé payée
par tous ? Dans un rapport remis jeudi,
la députée LREM Aurore Bergé préconise
«l’universalisation» de la contribution à l’audiovisuel public.
C’est-à-dire l’extension à chaque foyer de l’ex-redevance
(139 euros). Cette mesure, que la ministre de la Culture défend
mais que Matignon freine, rapporterait de 100 millions
à 150 millions d’euros. De quoi financer la suppression de la
pub sur France 5 et les antennes de Radio France.
Une partie
du personnel
du palace parisien
se bat depuis
le 25 septembre
pour obtenir
des hausses
de salaire et
l’arrêt de la
sous-traitance.
bruit, ça marche bien», se délecte-t-il en regardant les fenêtres des chambres de l’hôtel qui se seraient vidées
depuis le début du conflit selon lui. De quoi «ne pas
lâcher», répète Wandé.
Grillade. Sameh, au Hyatt
Par
AMANDINE CAILHOL
et GURVAN
KRISTANADJAJA
Photo FLORENCE
BROCHOIRE
D
evant le prestigieux
hôtel Park Hyatt, à
quelques mètres de la
place Vendôme à Paris, un
groupe de touristes proprets
observe la scène, mi-intrigués mi-amusés. Sous leurs
yeux, une trentaine de salariés de l’établissement s’assoient par terre pour former
une chaîne humaine. Ils
tapent sur des bidons en
plastique et crient: «On lâche
rien, on lâche rien!» Une des
grévistes leur distribue des
tracts en dansant. Siglés de la
CGT Hôtels de prestige et
économiques (CGT-HPE) :
«Hyatt ment à [ses] clients.»
«On leur fait croire que c’est
du luxe alors qu’on nous exploite», regrette l’une des Devant l’hôtel Park Hyatt, rue de la Paix à Paris, jeudi matin.
salariés sous une pancarte
«c’est la lutte des classes». Depuis le 25 septembre, une
partie du personnel en
charge du ménage, de la
plonge ou encore de l’entretien de cet hôtel cinq étoiles
est entrée dans une grève «illimitée». Chaque matin
à 7 heures, ils tapent sur leurs
instruments sous les fenêtres
des chambres. «On réveille les
clients», rigole une femme de
chambre. Avec deux revendications: que l’établissement «Grâce à leurs actions, ils ont meh. Pourtant, cet hôtel affi- pour 1500 euros net par mois plonge à l’hôtel depuis sept
n’ait plus recours à la sous- obtenu de la STN qu’elle che une rentabilité plus que au room-service. Wandé, ans. Son salaire, 1 300 euros
traitance et qu’il revalorise augmente leur salaire à correcte: «On a eu accès aux aussi syndiqué à la CGT, net par mois, n’a jamais été
les salaires.
1 900 euros net avec des comptes de l’entreprise. danse à quelques mètres des revu à la hausse. Et n’a reçu
«Après deux ans de négocia- primes supplémentaires», ex- Quand on a vu qu’ils fai- tambours de fortune. Arrivé une prime qu’une seule fois.
tion avec la direction, on a dé- plique le cégétiste.
saient 8 millions d’euros de en France en 1990, ce Malien A 63 ans, et à trois ans de la
cidé d’entrer en
Résultat: ils sont, bénéfices en 2017 mais qui s’empresse de montrer retraite, le voici embarqué
L’HISTOIRE selon lui, mieux refusaient catégoriquement son titre de séjour fait la dans sa première grève. «Le
grève, car c’est
notre dernier repayés que les sa- d’augmenter les salaires les
DU JOUR
cours», avance
lariés embauchés plus bas, ça a été le déclic»,
Sameh, délégué syndical par Park Hyatt. Lesquels fustige l’employé.
CGT. Lui est employé par réclament une augmentation
l’hôtel. A ses côtés, d’autres de 3 euros par heure de sa- Tambours. «Vous regardez
grévistes travaillent pour une laire et le remboursement les autres hôtels de luxe
société de nettoyage presta- à 100 % du ticket de trans- autour, les salariés sont tous
taire, STN. Eux en sont à leur port. «C’est le palace qui paye payés 300 euros de plus»,
Une salariée
troisième grève depuis 2013. le moins de tous», s’agace Sa- avance Sofiane, employé
en grève jeudi
Hôtel Hyatt: les femmes
de chambre aspirent
à 3 euros de l’heure en plus
«Hyatt fait croire à ses clients
que c’est du luxe,
alors qu’on nous exploite.»
depuis quatre ans, a vu passer beaucoup de monde. «Le
turnover est important, car
c’est un hôtel réputé pour être
un lieu de formation», notet-il. Ce qui explique, selon lui,
la faiblesse des salaires. Mais
aussi que la grève ne soit suivie que par environ 35 % du
personnel, selon son estimation. «Comment voulez-vous
convaincre des jeunes qui sont
là depuis un mois?» La mobilisation a surtout motivé les
plus anciens, ceux qui «ne
peuvent pas prendre le risque
de changer d’hôtel maintenant». Sans exclure que
d’autres salariés viennent
gonfler les rangs.
Du côté des employés de la
sous-traitance, le taux de
grévistes est un peu plus important, autour de 75%: «Un
jour Hyatt peut dire qu’ils
changent de prestataire, et
nous, on disparaît comme
ça», dit l’un d’eux. Cité par
l’AFP, le directeur général du
palace, Claudio Ceccherelli,
affirme que la sous-traitance
du ménage «fait partie du
modèle économique des hôtels
de la chaîne» et ne peut donc
être modifié dans ce seul établissement. Pour tenir, les
grévistes peuvent compter
sur la caisse de grève qui
circule sur le trottoir, complétée par une cagnotte en
ligne. La CGT leur a promis 42 euros par jour. Certains clients y glissent
parfois un billet. Un riche
voisin leur a même adressé
un chèque de 20 000 euros.
Au fil des jours, la mobilisation s’organise pour durer.
Jeudi, ils ont reçu le soutien
de deux cheminots et de la
députée LFI Clémentine
Autain. Le syndicat avait
prévu une grillade, devant
l’hôtel, transformée en pique-nique «car le préfet a dit
“pas de barbecue rue de la
Paix”», raconte un gréviste.
Vendredi, ils ont obtenu le
droit de manifester jusqu’au
Hyatt de la Madeleine. «Si le
patron est d’accord [avec
leurs revendications], on reprend le travail demain»,
prévient Wandé. Sinon, «on
reste là». •
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Le 30 JUIN 2018, l’Assemblée Générale
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directement
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Extraordinaire
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Demain,
un monde
sans autos ?
IDÉES/
Bouger pour s’en sortir, petite
géographie de la recherche d’emploi
Certains ont beau jeu
d’expliquer que
la mobilité suffit
à trouver un emploi et
à sortir du chômage.
Encore faut-il que
le tissu économique
de la France soit
à peu près égal
sur l’ensemble du
territoire et permette
de trouver partout
la même qualité
de service public,
et des prix locatifs
abordables.
D
u boulot, il suffirait de traverser la rue pour en trouver ou tout simplement de
se bouger, selon nos hommes
politiques. Voilà des propositions
ô combien géographiques! Il n’y a
qu’à amorcer un mouvement, un
déplacement, un déménagement
pour passer de la situation de
chômeur à celle de travailleur.
«Traverser la rue», c’est en partie
une image, pour dire changer de
métier, vers un emploi moins
qualifié que ce à quoi on peut prétendre. Quand bien même il faudrait parcourir les rues et les traverser, pour profiter des
opportunités qu’offre la ville,
notamment dans les métiers de
services ou industriels qui
demandent moins de qualifica-
tion, cette proposition tombe à
plat dans les villes qui ne sont pas
des métropoles dynamiques.
Seulement 42 % de la population
française vit dans un des 60 premiers pôles urbains français
(Insee), les autres vivent dans des
villes moyennes et petites, énormément dans le périurbain,
caractérisé par la monofonctionnalité de l’habitat, et dans le
milieu rural généralement marqué par une forte déprise économique et un retrait des services
publics. Traverser la rue, pourquoi pas, mais alors, il est préférable d’habiter dans le XVe arrondissement pour arriver plus vite à
Montparnasse, et ne pas être
coincé dans un trou où il n’y a
que des chemins.
Alors, il ne convient pas seulement de traverser à pied, mais de
prendre sa voiture pour rejoindre
la grande ville et son centre. Ne
parlons même pas ici des émissions de CO2. Les ménages les
plus modestes sont les moins
motorisés : environ 43 % des chômeurs et 46 % des ménages du
premier décile de niveau de vie,
soit les plus pauvres des Français, n’ont pas de véhicule, contre
seulement 19,1 % pour l’ensemble
des ménages. Les pauvres et les
chômeurs ont donc beaucoup
moins de capacité à se déplacer
que les inclus, ceux qui ont déjà
un travail.
Sur France Inter, le 1er octobre, un
lll
auditeur interpelle Chris-
DESSIN
ANTOINE CORBINEAU.
TALKIE WALKIE
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Il ne convient pas
seulement de
traverser à pied,
mais de prendre
sa voiture pour
rejoindre la grande
ville et son centre.
que financière, elle peut être
aussi affective et sociale et commence généralement par la destruction de ces liens.
Passons encore sur ces menus
détails de la mobilité à marche
forcée. Qu’adviendra-t-il de notre
futur travailleur qui consent à la
la dépendance au véhicule individuel tout
en assurant la possibilité de se déplacer ?
Les urbanistes Florent Hérouard et Hélène
Nessi livrent leurs analyses : le premier
déplore que l’on érige la mobilité en modèle
alors qu’elle est trop souvent subie ; la seconde
montre que les mobilités périurbaines tendent
désormais à s’effectuer sur de moins longues
distances.
mobilité vers une métropole
dynamique ? Il sera inévitablement confronté à un marché du
logement tendu – notion définie
dans la loi Alur (accès au logement et à un urbanisme rénové,
2014) – où le logement est peu
abordable que ce soit en
location ou à la vente (à Paris :
25,40 euros/m² en location et
9 300 euros/m² à la vente). Un
nouvel arrivant n’aura donc que
peu d’opportunités d’accéder au
parc privé, même modeste, sans
garantie de travail durable (ce
qu’il n’aura pas dans un premier
temps). Il pourra peut-être prétendre au parc non ordinaire
dont certains «logements» sont
accessibles sans document, mais
contre de l’argent versé d’avance,
dans le marché parallèle des marchands de sommeil. La double
peine s’abattra alors sur lui : un
logement plus cher que le marché et des conditions de vie précaires, dans des logements qui
peuvent être de véritables taudis,
comme l’a exposé à la presse la
Fondation Abbé-Pierre, le 27 septembre.
Bouger pour s’en sortir n’est pas
en soi un conseil mal à propos,
mais encore faut-il qu’il soit
mesuré, et que la mobilité ne soit
pas vécue comme une contrainte
et seul moyen d’accéder à un travail. Il est intéressant d’ailleurs
de voir qu’aujourd’hui, les plus
mobiles, ceux qui ont tout abandonné pour, entre autres, trouver
un travail, sont fustigés pour
Le rapport ambigu des
périurbains à la voiture
L’automobile reste
indispensable dans
les périphéries loin des
villes, mais la distance
domicile-travail a diminué.
A
lors que le Mondial de l’automobile
a ouvert ses portes le 4 octobre,
qu’en est-il de la dépendance des
Français à la voiture, en particulier dans les
territoires périurbains ? Dans l’Hexagone, le
taux de motorisation semble se stabiliser,
voire amorcer une légère décroissance :
83,5 % des ménages disposent d’une voiture
en France en 2010, contre 82,9 % en 2015.
Traditionnellement, le desserrement du
tissu urbain accroît les distances quotidiennes parcourues par ceux qui résident loin
des centres-villes. Or, dans certaines grandes agglomérations, comme l’Ile-deFrance, grâce au développement de pôles
d’emplois dans le périurbain, le département de résidence devient peu à peu le premier lieu de travail. Cette tendance s’accompagne d’une moindre dépendance à
Paris et se traduit par une légère baisse des
distances parcourues entre 1999 et 2008.
Les résidents des espaces périurbains ont
aujourd’hui des pratiques de mobilité quotidiennes, pour un jour ouvrable, identiques à celles observées dans les années 90.
Cette nouvelle stabilité constitue un changement tendant à montrer l’arrivée à «maturité» de certains de ces territoires, où le
développement et l’usage de ressources locales (emplois, loisirs, commerces, services) semblent contenir les mobilités quotidiennes dans un périmètre plus restreint.
Le recours à l’automobile dans le périurbain francilien accompagne la structura-
tion d’un mode de vie flexible dans ses destinations et ses horaires. La faiblesse
d’offres alternatives à l’autosolisme (le fait
de circuler seul en voiture) explique que
l’automobilité et non l’automobile soit valorisée. En d’autres termes, c’est surtout le
service rendu par le véhicule qui est valorisé, car il reste pour l’instant sans équivalent dans ces territoires peu denses.
Ce choix de mode de déplacement n’est pas
sans contrepartie. Si l’argument avancé du
coût financier peut être modéré, puisque
depuis les années 60, jusqu’au début des
années 2000, les évolutions des prix des
carburants n’ont eu qu’un impact assez
limité dans le budget des ménages (1), ce
n’est, en revanche, pas le cas de l’impact sur
l’environnement. Les plans de déplacement
urbain ont d’ailleurs pour objectif principal
de limiter les déplacements automobiles de
façon adaptée aux spécificités des territoires. Dans les faits, les politiques se concrétisent davantage dans les villes-centres à
travers des mesures de dissuasion de l’utilisation de l’automobile (limite de vitesse,
politique de stationnement), plutôt que par
la mise en place d’une offre de transports
alternatifs plus étoffés dans le périurbain
(piste cyclable, aire de covoiturage, parking
de vélo, parking relais). Si les aspects financiers, mais surtout environnementaux,
sont à souligner, pour les ménages, c’est
avant tout la pénibilité (fatigue, stress,
perte de temps) qui est décriée. Le témoignage des ménages reflète surtout un changement dans le rapport des ménages à leur
voiture : «La voiture, avant c’était un plaisir,
maintenant, c’est presque une corvée !»
Ainsi, un rapport plus ambigu à la voiture
semble s’établir, orienté vers un rapport
fonctionnel d’utilité lors de certains dépla-
cette raison même. En effet,
en France, mieux vaut être un
expat hypermobile à travers le
monde, qu’un migrant économique, tout autant hypermobile
à travers le monde. •
Par
FLORENT
HÉROUARD
DR
Jusqu’à un monde sans voitures ? Rien n’est
moins sûr : plus on s’éloigne du centre des
métropoles pour aller vers les espaces périurbains ou ruraux, moins on dispose d’alternatives crédibles à la voiture alors que
les mobilités quotidiennes, parfois subies,
s’effectuent sur des distances plus longues.
Les habitants de ces espaces sont-ils
condamnés à la voiture ? Comment limiter
Docteur en urbanisme,
enseignant-chercheur
cements liés essentiellement aux navettes
domicile-travail en petite couronne ou à
plus de trente minutes du domicile, et vers
un rapport plus affectif dans le cadre des
déplacements de loisirs et d’achats de
proximité.
Ces reproches constituent un contexte favorable à une baisse de l’usage de la voiture.
L’ancrage croissant des activités quotidiennes des habitants dans les territoires de
proximité, et notamment leur commune de
résidence, constitue aussi un élément très
favorable. Les ménages sont prêts à changer leurs activités et les lieux pratiqués
selon l’évolution des ressources du territoire, mais ne souhaitent en aucun cas
changer le niveau d’individualisation des
programmes de mobilité qu’ils ont acquis
grâce à la voiture. Celle-ci permet d’optimiser le temps dans les déplacements, mais
surtout de conserver une flexibilité dans
l’organisation du quotidien. Nous sommes
ici dans le maintien du mode par la mise en
place de mesures adaptatives, via l’évolution de la pratique automobile en tant que
telle. Ces mesures, malgré des changements de pratiques, assurent la permanence du système automobile. •
(1) S’il fallait plus de 6 heures de travail au salaire
minimum en 1960 (Smig) pour se payer le carburant pour parcourir 100 kilomètres, il n’en fallait
plus qu’une seule en 2005 (Smic).
Par
HÉLÈNE NESSI
DR
Le Mondial de l’auto, qui s’est ouvert jeudi
4 octobre (lire aussi pages 18-19), érige
comme chaque année la voiture et la mobilité comme des symboles de modernité.
Dans le même temps, au nom de l’écologie
et du cadre de vie, les villes voient se développer des alternatives à l’automobile, qu’il
s’agisse de zones piétonnes, de vélos en
libre-service ou de trottinettes électriques.
lll
tophe Castaner sur cette
pression constante à l’égard des
chômeurs pour qu’ils se bougent
afin de trouver un emploi. Le dénommé Fabien dénonce : «Il y a
une injonction assez généralisée
dans la bouche des hommes politiques, comme dans l’ensemble de la
population, sur la mobilité géographique ; il faudrait changer de
région carrément.» En réponse,
Castaner feint de ne pas comprendre que la mobilité géographique non choisie peut être une
violence pour les ménages, un
arrachement. «Les choses ont
changé aujourd’hui, dit le délégué général d’En marche, et on a
beau être nostalgique, il faut faire
face à ces changements. Il faut
accepter les mobilités professionnelles. Là, je ne suis pas d’accord
avec Fabien.»
S’installer quelque part serait
donc un anachronisme flagrant,
une vieillerie, dont il faudrait se
débarrasser au XXIe siècle. Après
la précarité professionnelle,
place à la précarité géographique ; qu’importe que Gaston
Bachelard ait loué la vertu d’une
maison enracinée, dans laquelle
on demeure, durablement, paisiblement, qu’importe que pour
Martin Heidegger «l’homme est
autant qu’il habite» et qu’il doit
être au monde, soit qu’il ait
trouvé sa place.
Habiter, c’est avoir un chez-soi,
une place dans laquelle on est
bien, où on a construit son
monde où l’on a développé des
relations. Quitter par la contrainte l’endroit où l’on réside est
une forme du déracinement. Certes, la mobilité est glorifiée, une
société qui bouge va de l’avant.
La mobilité est très positive
quand elle entre dans une stratégie professionnelle bien définie,
notamment quand on est jeune,
quand on suit une trajectoire
amoureuse et conjugale, ou une
expérience hédonique (aller vivre
au Canada, en Australie…).
Monsieur Castaner s’est-il même
interrogé sur la vie de celui qui
l’interpellait avec beaucoup
d’émotion ? Bouger peut entraîner un déséquilibre familial
important : quid des enfants qui
sont scolarisés et qui ont leurs
ami(e)s là où ils habitent ?
Doit-on se séparer de sa compagne si celle-ci décide de rester là
où elle a peut-être un travail ?
Déménager dans une autre
région induit de tirer en partie un
trait sur le substrat de sa socialisation : la famille, les amis, les
clubs sportifs ou autres, qui, on le
sait, sont très structurants et
inclusifs. La précarité n’est pas
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Architecte, urbaniste,
maîtresse de conférences à l’université
de Nanterre-La-Défense
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24 u
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
IDÉES/
Philosophie : Jean-Luc Marion primé. Les membres fondateurs des Rencontres
philosophiques de Monaco, Charlotte Casiraghi, Joseph Cohen, Robert Maggiori,
Raphael Zagury-Orly et la Fondation Prince Pierre de Monaco ont décerné, jeudi
4 octobre, le Prix de la principauté au philosophe Jean-Luc Marion, spécialiste
de Descartes. Une récompense qui salue l’ensemble d’une œuvre qui vaut à son
auteur d’être reconnu tant au niveau national qu’international. L’année dernière,
le prix avait été attribué au philosophe Jean-Claude Milner. PHOTO DR
Image issue de la série : «Some One Else», de Kyle Thompson, Etats-Unis, 2012. PHOTO KYLE THOMPSON. AGENCE VU
Macron et la «part maudite»
Le Président fait
référence à Georges
Bataille, pour qui
l’économie humaine
ne consiste pas
seulement
en la production
et consommation
de biens : il y a cette
autre part,
un supplément
imaginatif, comme
l’art et ses rêves
libres. Mais quelle
place Macron y
réserve-t-il ?
Par
DR
JEAN-PIERRE
VINCENT
Metteur en scène.
E
t si on reparlait un peu de politique
culturelle, sujet qui, ces temps-ci,
ne court pas les rues. Commençons par
un petit détour en arrière…
Dans son premier discours au Congrès,
en juillet 2017, le président Macron a fait référence à un penseur qu’apparemment plus
grand-monde ne lit, en tout cas, dans le solennel auditoire de Versailles… Mais lui, le Président, se dit savant et croit savoir. Il s’agit de
Georges Bataille et de son livre la Part maudite (1949). Je veux revenir ici sur une perversion de vocabulaire glissée au milieu du discours. Mais écoutons d’abord le Président :
«… Nous devons substituer à l’idée d’aide
sociale, à la charité publique (sic), aux dispositifs parcellaires, une vraie politique de l’inclusion pour tous. […]. Ne vous y trompez pas,
cette question est la plus profonde, la plus
sérieuse qui soit, parce que notre société est
aujourd’hui divisée entre les égoïsmes tentés
par les sirènes de la mondialisation qui voudraient faire croire qu’on peut s’en tirer à quelques-uns… Et de l’autre, les donneurs de
leçons, les tenant d’une morale sans bras qui
voudraient qu’on oublie toutes les contraintes
du réel pour s’occuper d’une partie de la
société. […]. Il faudra aussi savoir trouver,
pour ce que Georges Bataille appelait “notre
part maudite”, une place.»
Cette citation conclut un assez long développement concernant la population la plus mise
à l’écart – sur tous les plans – dans notre société, et la promesse de sa nécessaire inclu-
sion. Mais le Président prend cette «part maudite» à tort (à tors) et de travers… Comme si
cette part encombrante de la société était ce
milieu maudit que les bonnes âmes s’efforcent de ne pas voir.
Il faut savoir ce que parler veut dire. Après les
«illettrés» bretons et les non-réformables
invétérés, on a vu venir les «fainéants» et une
guirlande de noms d’oiseaux concernant les
gens de peu dans notre pays –compensés ici
et là par quelques gentils bains de foule et
autres selfies. Qu’est-ce que c’est que cette
façon de penser? Et souvent, en plus, en
voyage, loin des intéressés. Le président de
tous les Français laisse son inconscient bourgeois s’exprimer à l’endroit des gens qui «ne
sont rien».
Pourquoi, au-delà de mon irritation de
citoyen, m’entêter sur cette référence à Georges Bataille ? C’est que cela a un sens déterminant pour notre politique culturelle.
Les artistes ne sont pas
des assistants sociaux,
ni des agents du maintien
de l’ordre. Espérons qu’ils
soient et demeurent des
agents du désordre, de la
lucidité, de l’esprit critique.
Et d’abord, qu’est-ce que cette «part maudite» ? Ce livre, dit Bataille lui-même, est un
livre d’économie. L’économie humaine ne
consiste pas seulement en la production,
consommation de biens de survie, ni en accumulation de bénéfices. Il y a cette autre part,
ce supplément imaginatif et sauvage, ce luxe,
la débauche admise dit-il, et bien sûr l’art et
ses rêves libres. Sans cette part de l’économie,
l’humanité ne se ressemble plus. Le roi Lear,
privé de son ultime luxe dit à ses filles : «Ô, ne
discute pas le besoin, le dernier de nos mendiants a quelque pauvre objet en superflu.
N’accorde à la nature que ce dont la nature a
besoin, alors la vie de l’homme ne vaut pas
plus cher que celle de la bête.» La part maudite, c’est le contraire de la gestion dite
rationnelle des biens consommables et des
richesses accumulées.
Nous, artistes du théâtre public, sommes les
acteurs quotidiens de cette «part maudite».
Et nous avons eu à cœur de la brancher sur la
politique culturelle de l’après-Malraux, ce
mouvement qui avait voulu mettre le peuple
français au contact de l’art, du poème, théâtral en particulier. Le génie de Malraux (et de
ses collaborateurs) était d’avoir rêvé l’apparemment impossible : établir une politique
artistique publique qui ne créerait ni esthétique d’Etat ni soumission politique. Alors, la
création théâtrale et artistique s’est épanouie,
en tous sens, révoltée, hors des sentiers battus, contre toutes les vieilleries culturelles.
Cependant, nous avons connu des tentatives
d’anesthésie. Ce fut plutôt, de façon croissante, de la part du monde politique, du
monde des «tutelles», décentralisées ou non.
De toute part, les artistes, dans les théâtres,
scènes nationales, institutions culturelles, se
sont vus sommés avec insistance de multiplier les actions pédagogiques, les actions de
formation artistique… qu’ils pratiquent quotidiennement depuis longtemps, mais les responsables politiques semblaient l’ignorer :
il leur faut bien trouver un retour sur investissement pour des subventions qui apparaissent de plus en plus comme un fardeau coûteux, un héritage intellectuel encombrant. On
finit par singer une politique culturelle, sans
se soucier de la place active de l’art dans la
société. Un budget «maintenu à l’identique»
en dépit de l’inflation et sans contenu réel,
cela ne fait pas une politique culturelle ; pas
plus (et encore moins) la non-nomination
mystérieuse d’un·e directeur·trice général·e
de la création artistique…
Souvenons-nous tous de l’adage de Benedetto
Croce, repris par Antonio Gramsci : «L’art est
éducatif en tant qu’art, et non en tant qu’art
éducatif ; car en tant qu’art éducatif, il n’est
rien ; et le rien ne peut enseigner.» Les artistes
– qui, encore une fois, assurent un travail
sociétal considérable – ne sont pas pour
autant des assistants sociaux, ni des agents
du maintien de l’ordre. Espérons qu’ils soient
et demeurent des agents du désordre, de la
lucidité, de l’esprit critique.
Et militons pour une relance hardie des politiques publiques à partir de la création, de ses
vrais enjeux dans la société : la libération des
cerveaux. Les institutions culturelles, leurs
artistes, leurs dirigeants doivent à nouveau
avoir les moyens d’œuvres plus ambitieuses,
libérées des tâches du quotidien qui sont en
fait du ressort d’autres institutions. •
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
POLITIQUES
Par
ALAIN DUHAMEL
Laurent Wauquiez ou
le complexe d’Alcibiade
En vue des
européennes,
le président
de LR présente
la version
bourgeoise
de la colère
populaire
entretenue par
Marine Le Pen.
Mais qui
profitera de
cette campagne
très à droite ?
L’
erreur de stratégie que commet Laurent Wauquiez n’est
pas une bonne nouvelle car
elle risque de bénéficier à Marine
Le Pen. Le président de Les Républicains (LR) a en effet ostensiblement
choisi, à l’approche des élections
européennes, de camper aux confins
idéologiques du rassemblement national. Il place résolument la bataille
anti-immigré au cœur de sa campagne et il fait de la fermeture des frontières aux migrants économiques et
même aux demandeurs du droit
d’asile sa priorité. Il soutient, sans
états d’âme, la politique de Viktor Orbán et de Matteo Salvini dans ce domaine. Il vient de le démontrer à
deux reprises: d’une part, en prenant
position lors du vote du Parlement
européen de Strasbourg contre
l’adoption de sanctions à l’encontre
du Premier ministre hongrois. Il s’est
ainsi différencié du gros du Parti
populaire européen (droite modérée)
auquel appartient LR, s’ancrant délibérément à la droite de la droite. Ses
propres troupes, bien embarrassées,
se sont d’ailleurs divisées au moment du vote. Même un Brice Hortefeux n’a pas voulu s’identifier à Viktor Orbán et a donc refusé de suivre
ses instructions.
Par ailleurs, lors de son débat malheureusement tronqué à l’Emission
politique sur France 2, face au Premier ministre, Edouard Philippe,
il a choisi également le rejet de toute
immigration comme angle d’attaque.
A son habitude, il n’a d’ailleurs pas
résisté à la tentation de travestir
grossièrement la réalité, affirmant
sans sourciller que la France est le
pays d’Europe qui maîtrise le moins
bien sa politique migratoire et l’un
de ceux qui accueille le plus d’immigrés. Lors de l’énorme vague migratoire de 2015, elle avait pourtant
démontré exactement le contraire.
Quant à la loi Collomb sur l’asile et
sur l’immigration, il faut une mauvaise foi délibérée pour la juger
laxiste. Laurent Wauquiez est trop
intelligent pour croire à ce qu’il dit
mais suffisamment cynique pour
assumer ce qu’il sait faux. Comme
toujours, il succombe au complexe
d’Alcibiade.
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A l’instar du fameux homme politique et général athénien, il est né
comblé de dons intellectuels, doté
d’un physique avantageux, excellent
orateur, confiant en son étoile, séducteur des foules, éclipsant ses rivaux. Comme Alcibiade encore, il est
mû par une ambition insatiable, la
passion du pouvoir, le vertige de
l’autorité et, par-dessus tout, par un
cynisme et par un opportunisme qui
l’incitent à changer de cap, d’alliance
et de conviction au gré de ses intérêts. Adoubé et mis en selle à ses
débuts par un symbole, par la quintessence même de la démocratie
chrétienne (Jacques Barrot), puis
virant au sarkozysme, au fillonnisme
pour aboutir bientôt à un néosouverainisme conservateur, sans principes, valeurs ou convictions (contrairement par exemple à un Bruno
Retailleau). Aucune importance à ses
yeux: chaque prise de positions successives n’est qu’une borne provisoire sur le chemin qui doit le mener
vers le palais de l’Elysée. Tout est
bon pour y parvenir, seul compte
l’objectif. Contradictions, reniements, changements de cap? Peu importe s’il avance vers son but. Ainsi,
à propos de l’Europe : ardent européen aux côtés de Jacques Barrot,
européen réaliste comme ministre
des Affaires européennes de Nicolas
Sarkozy, puis soudain eurosceptique
déclaré avec son livre Europe: il faut
tout changer (2014), prônant une Europe noyau à une demi-douzaine,
entourée de cercles concentriques,
abandonnant Schengen, pour revenir aujourd’hui à une Europe moins
destructrice le temps de la campagne, tout en proclamant ses convergences avec Viktor Orbán en matière
d’immigration. Plutôt Angela Merkel
pour le contenant, plutôt Viktor Orbán pour le contenu. Allant vers où
souffle le vent, pourvu qu’il le rapproche de la rue du Faubourg-SaintHonoré. Adolescent, comme il a dû
aimer Lucien de Rubempré.
Tout cela ne serait que roueries et
manœuvres d’un grand ambitieux
L'ŒIL DE WILLEM
u 25
(après tout, lorsqu’il était dans l’opposition, Jacques Chirac ne s’interdisait pas non plus ces slaloms idéologiques) s’il ne risquait fort de faire
les affaires de Marine Le Pen et de
Nicolas Dupont-Aignan. La présidente du Rassemblement national et
le président de Debout la République
s’accrochent de toutes leurs forces au
puissant courant populiste souverainiste qui traverse toute l’Europe et
triomphe à Rome et à Budapest. Ils
espèrent ainsi sortir vainqueurs des
élections européennes, hypothèse
qui n’est pas absurde. Or, par ses prises de position, Laurent Wauquiez
banalise et respectabilise leurs thèses farouchement anti-immigrés,
anti-Europe avec un lourd parfum de
xénophobie et de nationalisme. Le
jeune, brillant, pugnace et avide
président de LR présente ainsi
aujourd’hui la version bourgeoise de
la colère populaire excitée et entretenue par Marine Le Pen et par Nicolas
Dupont-Aignan. Cela s’appelle jouer
avec le feu. •
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
CULTURE/
Sorte de Mahabharata subsaharien,
le texte de Révélation est presque
un livret d’opéra, empruntant autant
à la cosmogonie grecque qu’aux
folklores primitifs.
PHOTO SIMON GOSSELIN
«Révélation»,
chaînes
de vies
Pour mettre en scène le premier volet de sa trilogie
sur l’histoire de l’esclavagisme en Afrique, l’auteure
franco-camerounaise Léonora Miano a fait appel
au Japonais Satoshi Miyagi. Un décalage esthétique
incongru et bluffant qui prend à revers la polémique
sur l’appropriation culturelle.
Par
ÈVE BEAUVALLET
Q
ui pour mettre en scène Révélation?
Qui, sur le plateau de théâtre, pour
porter l’histoire mythologisée de
l’«esclavage», pour incarner ce tribunal de
dieux «africains» réunis pour juger ceux qui
ont collaboré au commerce triangulaire? Qui
donc ? Un artiste de talent, si possible ? «Attention, Léonora Miano [l’auteure du texte,
ndlr] te répondra que ce n’est pas suffisant.»
C’est grossièrement le genre d’avertissement
que des collègues du milieu culturel avaient
donné au directeur du Théâtre national de la
Colline, Wajdi Mouawad: si tu proposes à Léonora Miano de chercher avec elle un metteur
en scène pour adapter sa trilogie Red in Blue
(éd. L’Arche, 2015 – Révélation étant le premier volet), elle voudra certainement un artiste afro-descendant, plus exactement subsaharo-descendant, ou encore mieux, une
femme subsaharo-descendante. Il faudra en
tout cas un individu dont on s’assure sur la foi
de son récit familial ou de ses extraits de naissance qu’il soit bien impliqué affectivement,
voire ethniquement, dans l’histoire, et qu’il
choisisse des acteurs eux-mêmes porteurs de
la «bonne identité». Tu verras, hors de question pour elle de confier la mise en scène à un
artiste occidental. Même avec les meilleurs
intentions du monde, il serait coupable d’«appropriation culturelle» cette forme de soft colonialisme dont le sociologue Eric Fassin
vient d’expliquer, dans le Monde, qu’elle s’appliquait quand les «dominants» (ou leurs descendants) empruntent/transmettent/parlent
de la culture des «dominés» (ou leurs descendants). Bref, l’écrivaine franco-camerounaise,
notamment connue et redoutée comme impitoyable polémiste sur toutes les questions
touchant au fait colonial, ne tolérera jamais
que sa pièce, afrocentrée, ne soit pas portée
par un Noir.
GREFFE CULTURELLE
«C’est ce que certains me disaient d’elle. Si ça
avait été le cas, évidemment, j’aurais tout de
suite abandonné l’idée», confie Wajdi
Mouawad. Mais l’auteur-metteur en scène canado-libanais a préféré vérifier par lui-même.
«Je sentais, parce que j’avais lu les textes de
Léonora, les romans, les essais, parce que j’ai
un fort désir de son écriture, que sa réponse
serait plus fine que ce que j’avais entendu.»
Mouawad s’est ainsi pointé un peu tremblant
devant l’auteure qu’il admire tant, en lui expliquant son projet: en tant que directeur de
théâtre national, un métier qu’il entrevoit
comme celui d’un entremetteur entre des artistes qui n’avaient pas prévu de se rencontrer, il souhaiterait produire une adaptation
de Red in Blue et chercher un metteur en
scène suffisamment «puissant» pour le faire,
en évitant que ce choix surgisse d’un dogme.
«Elle m’a expliqué qu’elle désirait simplement
quelqu’un qui soit conscient d’à quel point
cette histoire de la souffrance “africaine”
(comme disent les Occidentaux) avait toujours
été transmise du côté des vainqueurs. Qu’elle
craignait qu’un artiste impliqué, de par son
origine, dans ces souffrances ne puisse pas sortir des antagonismes alors qu’elle cherche davantage l’apaisement que la culpabilisation
ou la déculpabilisation.» Ils décident donc de
parler. Ça dure des mois. Ils se proposent mutuellement des noms d’artistes à solliciter,
sans jamais parvenir à s’accorder, et pensent
abandonner le projet. Jusqu’à ce qu’à l’injonction «Donne-moi un nom d’artiste rêvé,
même un mort, même un nom impossible,
juste pour voir l’idée !», Léonora Miano réponde «Satoshi Miyagi.» Silence. Un rire interloqué s’échappe de la gorge de Wajdi
Mouawad. Ni un afro-descendant, ni un colon-descendant, mais un artiste d’ExtrêmeOrient ?
Aujourd’hui qu’une étonnante greffe culturelle a pris forme sur la scène du Théâtre de
la Colline, et que l’élu du projet, bien vivant,
Satoshi Miyagi, boit son café devant nous, le
même rire de stupéfaction égaye le visage du
grand metteur en scène japonais. «C’est le projet le plus étrange que j’aie jamais accepté,
confie t-il. Je ne me serais jamais penché moimême sur cette histoire, parce que la déportation transatlantique (j’évite de dire “esclavage”) est certainement le fait historique le
plus éloigné de nous, Japonais! On nous enseigne quelques dates à l’école mais ça reste très
sommaire. J’ai accepté à condition que Léonora puisse venir travailler au Japon avec
nous. Et aujourd’hui je suis infiniment reconnaissant à Wajdi et Léonora d’avoir pressenti
ce que cet éloignement culturel, cette extrême
distance, viendrait créer.»
SYMPHONIE DE VOIX
Il y aura de la familiarité, néanmoins, pour les
spectateurs japonais – qui découvriront le
spectacle à Shizuoka en janvier 2019. En effet,
la vision de la mort dans la pièce est proche
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
des représentations que les Orientaux se font
de l’au-delà, ou plutôt de ce que devient l’âme
après la mort. Le texte est une sorte de Mahabharata subsaharien, presque un livret
d’opéra, empruntant autant à la cosmogonie
grecque qu’aux folklores primitifs. On y
trouve du réalisme magique, du lyrisme incantatoire, des personnages aux noms programmatiques comme Kalunga, la «gardienne des passages entre les mondes», des
dieux qui s’expriment par sentences en une
symphonie de voix. Nous sommes dans un
espace qui rappelle l’«Afrique» du XVIIIe siècle – Léonora Miano, elle, n’emploie pas ce
mot dont elle rappelle qu’il est une construction occidentale– mais une «Afrique» en version mythologisée. Inyi, figure de la divinité
créatrice, doit faire face à une situation inédite: une grève, un véritable défi aux lois de
l’univers. En effet, les âmes des enfants à naître refusent de s’incarner en leurs corps, «tant
que les Ombres des âmes damnées n’auront pas
rendu compte de leurs méfaits». Il faudra donc
un procès pour juger ces damnés, personnages subsahariens qui ont collaboré avec les
colons et dont la parole est muselée. «Si le
texte avait été centré uniquement sur les victimes, j’aurais refusé le projet, commente
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«Je ne me serais
jamais penché
moi-même sur cette
histoire, parce
que la déportation
transatlantique
(j’évite de dire
“esclavage”)
est certainement
le fait historique
le plus éloigné de nous,
Japonais!»
Satoshi Miyagi metteur en scène
Miyagi. Après une telle tragédie, on entend davantage les victimes que les bourreaux ou leurs
alliés. Léonora décide de rendre la parole à
ceux qui l’ont rarement eue, et cette balance
des points de vue est pour moi fondamentale.»
En 2017, il y avait évidemment de la curiosité
pour les spectateurs occidentaux à voir jouer
à Avignon Antigone de Sophocle par les comédiens de Satoshi Miyagi, avec leur traitement
musical du texte (démultiplication des voix,
dissociation de la voix et du corps) et leur stylisation héritée du bunraku (le théâtre de marionnettes japonais), du kabuki et du nô. Mais
le contraste entre grande familiarité (de l’histoire) et l’hyperdistance (esthétique) crée ici
un court-circuit encore plus incongru, et franchement salutaire.
INJONCTIONS IDENTITAIRES
Car il y a mille raisons, malheureusement, de
se sentir épuisé avant même d’entrer en salle,
lorsqu’on nous invite à entendre l’histoire de
la «déportation subsaharienne» au théâtre.
Sans doute parce qu’on en a vu un peu trop,
des spectacles qui jouaient sur le même lyrisme hystérique et les mêmes performances
d’acteurs en colère pour redire à quel point la
violence, c’est vraiment violent. Ils sont rares,
sur des sujets aussi inflammables, à oser sortir des poncifs esthétiques, à choisir la science-fiction burlesque pour parler des migrants
ou la sacralité japonaise pour aborder l’héritage de la colonisation. Léonora Miano espérait, écrit-elle, que l’esthétique japonaise fasse
u 27
sortir cette histoire de la confrontation Afrique/Europe, Noir/Blanc, qui lui paraît épuisée et désormais stérile. C’est précisément ce
qui se produit. Et même si Révélation est un
beau spectacle avant d’être un baume anti-inflammatoire, on s’enthousiasme d’autant plus
de le voir présenté maintenant, c’est-à-dire
pile à l’heure où s’intensifie ce fameux débat
autour de l’appropriation culturelle.
Alors que le milieu artistique semble coincé
entre injonctions identitaires (seul un Amérindien est légitime pour jouer un Amérindien, ont entendu en substance Robert Lepage et Ariane Mnouchkine, accusés de
monter un spectacle sur l’histoire de cette minorité opprimée sans aucun acteur de la communauté) et une certaine hypocrisie universaliste (tout un chacun doit pouvoir jouer tout
le monde –dans les faits, ce n’est pas le cas en
France), cette Révélation en japonais a le
grand mérite de botter en touche tout en
montrant une troisième voie: celle de l’inventivité en matière de diversité. •
RÉVÉLATION
texte LÉONORA MIANO m.s. Satoshi Miyagi
Théâtre national de la Colline, 75020.
Jusqu’au 20 octobre. Rens. : www.colline.fr
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
CULTURE/
SCÈNES
pour se débarrasser du puissant intendant de
la comtesse, l’hypocrite puritain Malvolio.
Vous suivez? Ce jeu de miroirs et d’apparences où les désirs s’échangent pour mieux danser, finira quand les jumeaux seront réunis,
comme deux reflets peinant à se reconnaître,
sous les regards stupéfaits et repus de la petite
troupe. La morale est donnée d’un bout à
l’autre par le fou, Feste, enivré par ses renversements rhétoriques et solidement interprété
par Stéphane Varupenne. C’est lui le centre
de gravité de la pièce.
Slips kangourou. A ce jeu des sentiments
Denis Podalydès (à dr.) incarne le duc Orsino dans cette adaptation pesamment provocatrice. C. RAYNAUD DE LAGE. HANS LUCAS
«La Nuit des rois»,
mauvais rêve de singe
A la Comédie-Française,
Thomas Ostermeier signe
une mise en scène poussive
et grotesque de la pièce de
Shakespeare dont l’intrigue
amoureuse est fondée
sur le travestissement.
que ce qui est logique, du moins sur scène, et
le génie de Shakespeare est toujours là pour
nous le faire sentir. Il est malheureusement
rare qu’une mise en scène parvienne à faire
le grand écart et les soubresauts qu’il exige,
à obtenir ce libre mélange de plume et de
plomb que sa langue lie et enchante. Celle de
Thomas Ostermeier, sans rythme et pesamment provocatrice, n’y parvient pas.
L
Complot sinistre. La jeune Viola et son jumeau Sebastian, des enfants nobles, font naufrage au large des côtes d’Illyrie. Chacun croit
l’autre mort, même si certaines répliques indiquent qu’ils pourraient tout aussi bien
croire le contraire. Travestie en jeune homme,
Viola entre par le seul miracle de son désir à
la cour de la comtesse Olivia, elle-même en
deuil de son père et de son frère. Le désir est
ici, avec le hasard agité par l’auteur, le seul faiseur de miracles. Le titre anglais, Twelfth Night, fait allusion à la douzième nuit des fêtes
médiévales autour de la Nativité où les gens
pouvaient se lâcher. Elle correspondait souvent avec la fête des fous et des ânes. Dans ce
no man’s land entre raison et folie, les hommes peuvent devenir des femmes, les femmes
des hommes, les morts des vivants, les fantas-
e rideau se lève et il y a de grands singes
en Illyrie, autrement dit en Albanie, au
bord de l’Adriatique. C’est sans doute
parce que la Nuit des rois, œuvre tardive,
quelques années avant la Tempête, paraît se
dérouler sur la planète des songes. Résumer
l’entrelacs d’intrigues de ce sublime fourretout amoureux et onirique, créé peut-être
en 1602, est un défi propre à faire échouer tout
candidat au baccalauréat: nous sommes devenus trop rationnels, ou trop prétentieux,
pour nous soumettre aux charmes inévitables
des fuites de la raison. Les personnages euxmêmes en ont parfois conscience. L’un d’eux
nous prévient, mais un peu tard: «Si on jouait
ça sur une scène aujourd’hui, je condamnerais
cette improbable fiction.» Mais ce qui est improbable a toujours plus de chances d’advenir
mes des réalités, les intendants tout-puissants des aliénés au cachot, la cohérence fondre dans le langage, et donc, pourquoi pas,
des singes surgir en Illyrie. Par son sous-titre,
Tout ce que vous voulez, Shakespeare signifie
au public que lui aussi doit se lâcher: oublier
le réflexe des conventions –celles de l’époque,
celles d’aujourd’hui– pour rejoindre le sabbat
né d’une vieille tradition. Cette injonction
n’est autorisée que par la qualité du texte, ici
clairement et nerveusement traduit par Olivier Cadiot pour être dit.
Olivia, amoureuse du souvenir de son frère
mort, et comme veuve de lui, est courtisée de
loin et en vain par le mélancolique duc Orsino, dont elle refuse de recevoir les émissaires… jusqu’à ce qu’il lui envoie Viola, dont elle
tombe plus concrètement amoureuse en la
prenant pour un homme. Viola est d’autant
plus embarrassée qu’elle aime Orsino, qui finira par découvrir qu’il aime celle-ci plus qu’il
n’imaginait. Vous suivez? Parallèlement, Sebastian est sauvé de la noyade et soigné par
Antonio, un capitaine qui tombe amoureux
de lui et qui va bientôt le confondre avec sa
sœur. Vous suivez? Parallèlement, l’oncle et
les serviteurs d’Olivia, des pochards toujours
entre deux vins, montent un complot sinistre
piégés par les doubles et les corps, Denis Podalydès (Orsino) et Georgia Sciallet (Viola)
sont parfaits. L’un, avec sa sobriété opaque et
son flottement ironique, introduit tout le
poids de l’absence dans sa mélancolie.
L’autre, avec sa finesse mince et nerveuse, incarne une androgynie souffrante, entre héroïne romantique et léger Arlequin. L’ambiguïté est au cœur du génie de Shakespeare.
Dans cette pièce, elle en est à la fois le nerf et
le sujet. Les autres acteurs sont victimes de
la mise en scène, et il est temps, pour en parler, de revenir aux grands singes silencieux
qui les précèdent et les accompagnent.
Ils ne sont bien sûr pas dans Shakespeare, pas
plus que les palmiers en carton-pâte ou les
mauvais numéros de café-théâtre destinés à
critiquer Emmanuel Macron, sur le thème :
il suffit de traverser la rue pour trouver du
boulot. Faire entrer la bien-pensance de l’actualité dans cette pièce est un sport facile qui
met toujours les rieurs peu exigeants du bon
côté, mais qui, au lieu de l’emmener ailleurs,
rabaisse le public au niveau du canapé-télécacahuète. Sans doute est-ce pour mieux
nourrir les singes. Ce sont naturellement des
acteurs déguisés en singes, d’ailleurs très
bien, et on se demande parfois, tandis qu’ils
nous regardent, grimpent sur le trône, se grattent, quel sens a leur présence. S’agit-il de
nous rappeler d’où vient l’homme? D’évoquer
2001, l’Odyssée de l’espace, la Planète des singes, Greystoke? Shakespeare, rêve de singe?
Ou, pour être dans l’air du temps, de signifier
que tout monsieur un peu trop masculin est
plus proche des racines que de l’avenir de
l’humanité? La tenue des comédiens masculins, pour la plupart en slips kangourou, tendrait à l’indiquer. Le surmâle en prend un
coup où je pense, le texte de présentation rappelle doctement les nouvelles lois du genre,
mais la laideur et le ridicule dont ces hommes
sont affligés ne permet d’être touché par
aucun d’eux, cette pièce si complexe devient
incompréhensible et l’on en vient à préférer
la vanité puritaine et piégée du pauvre Malvolio. C’est le problème avec l’idéologie, aussi
progressiste soit-elle. En assommant les personnages qu’elle utilise pour nous sauver du
mal, et du mâle, elle ne nous sauve jamais de
l’ennui.
PHILIPPE LANÇON
LA NUIT DES ROIS
OU TOUT CE QUE VOUS VOULEZ
de WILLIAM SHAKESPEARE
m.s. Thomas Ostermeier. ComédieFrançaise, salle Richelieu, 75001.
Rens. : www.comedie-francaise.fr
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u 29
Les Idoles, de
Christophe Honoré.
PHOTO LOUIS
FERNANDEZ
Avec «les Idoles», Christophe
Honoré ravive ses totems
L’auteur et metteur
en scène rend hommage
à six figures qui ont
marqué sa jeunesse
dans les années 90
et sont mortes du sida.
Touchant mais trop
souvent bancal.
C’
est l’histoire de six pédés
qui se retrouvent dans
l’outre-monde. «Et toi,
t’étais la promo Freddie Mercury ?
— Nan, la promo Anthony Perkins.»
L’échange de punchlines, l’un des
nombreux d’une pièce qui travaille
les ruptures de style, se déroule
dans un décor industriel à même de
figurer aussi bien les sous-sols de
Beaubourg que les quais de Seine la
nuit. Sur scène, sont réunis pour un
ballet de saynètes Bernard-Marie
Koltès, Cyril Collard, Serge Daney,
Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce et
Jacques Demy, joués par Youssouf
Abi-Ayad, Harrison Arévalo, JeanCharles Clichet, Marina Foïs, Julien
Honoré et Marlène Saldana. Ils sont
vêtus des nippes années 90 avec
lesquelles ils sont disparus : nous
sommes bien aujourd’hui, mais eux
sont dans un drôle d’espace-temps,
avec nous mais aussi hier, dans un
hier éternel où l’on rêvait de «vaincre le Front national avec le sida» (ça
vous date une époque), et où la maternité entière d’un hôpital pouvait
se vider d’un coup, dès lors qu’on y
apprenait la prise en charge d’un
malade du sida.
Transmission. Ils parlent avec
leur voix (leurs livres, leurs passages radios), avec celle des acteurs,
et surtout grâce à celle, amoureuse,
de Christophe Honoré, toujours inconsolable près de trente ans après
leur disparition précoce. Cette pièce
ne se veut pas leur mausolée, mais
une évocation des quelques années
où, jeune provincial montant à Paris, «ceux que j’avais choisis comme
modèles pour ma vie, mes amours,
mes idées se rangèrent tous du côté
de la mort». On entend Honoré dire
ce texte au début de la pièce grâce
à de grandes enceintes, et il s’interroge : «Comment danse-t-on,
après ?» Les Idoles répond-elle à
cette question ? Encore faudrait-il
savoir qui est ce «on» – eux, nous,
Honoré? Ce n’est jamais clair, peutêtre est-ce l’écueil principal des Idoles, qui tente tout à la fois l’exercice
d’admiration contrariée (source des
plus beaux moments, notamment
autour de Demy), la rencontre entre
des êtres qui n’ont pas plus de raisons de se parler aujourd’hui
qu’hier, la progression de la maladie
(les six accroupis sur des seaux en
plastique), et la transmission de
leur pensée, partagée de manière
inégale selon les cas.
Ainsi Guibert a-t-il le droit de réciter sous une immense photo de Michel Foucault déroulée pour l’occasion et dans un silence recueilli un
pan d’A l’ami qui ne m’a pas sauvé la
vie, qu’aucun des spectateurs présents ne sera susceptible d’avoir
oublié s’il l’a lu, alors que Daney
tente vainement de faire entendre
ses fulgurances sur cinéma et imagerie tandis qu’en hors champ, à
l’autre bout de la scène, Koltès en
plan drague à New York est bien
plus captivant. Les saynètes (appa-
rition de Liz Taylor, rêvasseries sur
l’amant idéal…) s’enchaînent un
peu mécaniquement, parfois drôles
parfois tragiques, mais ont, pour les
meilleures d’entre elles, ce mérite
de nous faire nous demander ce
qu’aurait été le monde avec eux présents pour le penser, eux qui figurent à leur corps défendant une
éternelle jeunesse et furent «privés
du temps de décevoir».
Vamp gironde. L’époque est trop
proche pour que personne n’ait, au
moins de certains, un souvenir vif
(et que penser, alors, de cet étrange
«passez le bonjour à Christine Guibert et aux enfants» lancé par un
Guibert à l’agonie?) mais le contenu
est trop partiel pour donner envie
de s’intéresser à tous. Touchante en
revanche est l’attention portée à Cyril Collard, avec qui la postérité fut
la moins clémente, et qui nourrit
encore l’espoir que les Nuits fauves
auront poursuivi leur destin culte et
s’obstine à danser sur Despacito
quand tous ont déserté la pièce.
Mais le cœur battant des Idoles, qui
fait regretter une autre pièce, cel-
le-là entièrement consacrée à lui,
est Jacques Demy, tel qu’aimé par
Honoré, qui lui demande des comptes, et tel que joué par Marlène Saldana, souvent géniale et ici plus encore qu’ailleurs. En vamp gironde
vêtue d’un manteau léopard, parfaite de hauteur et de mensonge (à
elle-même, aux autres), pathétique
et magnifique, elle va au-delà du
simple règlement de compte (notamment avec Agnès Varda, grâce
à qui, «pendant dix-huit ans, Jacques Demy n’est pas mort du sida»)
pour nous tirer les larmes avec ses
numéros de danse. Elle en lui, lui en
elle, donnent enfin tout leur sens à
ces paroles des Demoiselles de Rochefort: «Toujours les types pressés/
Toujours des amours brèves/ Toujours au jour laissées/ Quand
l’aurore se lève/ Pourquoi ?»
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
Envoyée spéciale à Lausanne
LES IDOLES livret et m.s.
CHRISTOPHE HONORÉ
Odéon-Théâtre de l’Europe,
75006. Du 11 janvier
au 1er février 2019.
«Les Huguenots», la foi du trône
PHOTO AGATHE POUPENEY
Résurrection pénible
de l’opéra de Meyerbeer
à Bastille malgré
un excellent casting.
S
aison mirifique pour l’Opéra de
Paris, qui fête ses 350 ans, présente une commande (Bérénice,
à Garnier), accueille pléthore de stars
(Castellucci, Tcherniakov…), va fêter
les 30 ans de Bastille… et qui, pour
son mouvement inaugural, a choisi
de ressusciter les Huguenots de Giacomo Meyerbeer. C’est-à-dire un
«grand opéra», genre français du milieu du XIXe siècle aux codes précis:
sujet historique, cinq actes, choralité
massive et, à l’époque, mises en scène
sophistiquées. Cette production d’Andreas Kriegenburg, dirigée par l’Italien Michele Mariotti, prouve que,
dans le genre «grand opéra», l’adjectif
n’a rien à voir avec le qualitatif. Le
spectacle est d’abord plombé par sa
partition même, qui étale un filet de
musique entre deux scènes chorales
et laisse ses chanteurs s’empêtrer
dans des solos lents. Meyerbeer, qui a
vécu en Allemagne, en Italie et en
France, assez peu joué, est vanté
comme un compositeur panachant
les styles, à l’identité avant tout européenne. Sur les décombres du bel
canto, l’œuvre annonce clairement
Verdi mais se retrouve sans cohérence, patchwork d’influences et de
prémonitions. Le livret de Scribe et
Deschamps, après deux actes quasi
stériles, stocke une série de rebondissements pour arriver au tomber de rideau au cœur de son sujet: le massacre de la Saint-Barthélemy.
La mise en scène, en hommage aux
machineries de l’époque (1835), aligne une scénographie mastoc et ne
parvient pas à créer, dans des situations éclairées plein phare, une inti-
mité suffisante entre Raoul et Valentine, entre le huguenot et la catho.
Leur amour a priori impossible est
sanctionné précisément parce qu’il a
pu être célébré. Tourné vers le gigantisme, Kriegenburg prend aussi le
parti de montrer son chœur, transformant l’espace scénique en champ de
figurants à animer comme on le peut
(avec une ouverture figée obligatoire
à la manière d’un tableau de Delacroix). Au milieu de ce barnum frénétiquement distendu surnagent les
chanteurs. Le plateau est bon, les
voix sauvent le spectacle. La soprano
Lisette Oropesa a son petit caractère,
le ténor Yosep Kang se tire avec les
honneurs d’une défection de dernière minute de la star Bryan Hymel,
une série de Frenchies viennent exposer leur talent : Karine Deshayes,
Cyrille Dubois, Florian Sempey, Nicolas Testé… De quoi se convertir à la
mélodie française.
GUILLAUME TION
LES HUGUENOTS
de MEYERBEER m.s. Andreas
Kriegenburg, dir. mus. Michele
Mariotti. Opéra Bastille, 75012,
jusqu’au 24 octobre.
texte
Léonora Miano
mise en scène
Satoshi Miyagi
jusqu’au
20 octobre 2018
www.colline.fr
15, rue Malte-Brun, Paris 20e
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30 u
Libération Vendredi 5 Octobre 2018
Attention au crack
Jean-Baptiste Boursier Passé par des radios associatives
et des télés locales, l’animateur au parcours atypique est
la valeur montante des chaînes RMC - BFM.
L
e plus simple est de commencer par ce que l’on ne sait
pas malgré deux heures de discussions. Dans l’exercice
du portrait, Jean-Baptiste Boursier ne s’avère pas un
client très généreux. Exemple: c’est par l’un de ses ex-collègues de BFMTV (propriété du groupe Altice, comme Libération) que l’on a appris qu’il avait joué au foot à un niveau national, avec les jeunes du SCO d’Angers. Lui nous avait seulement
confié avoir beaucoup joué au ballon jusqu’à ses 17 ans. Le journaliste ne veut pas
nous dire pour qui il vote («il me semble
plutôt de gauche», pense le même ex-collègue). Ne lâche rien sur le métier de son épouse, avec qui il
loue un appartement «dans le centre de Paris». Se contente
d’un vague «plutôt athée» sur la question de la religion. Ne
concède évidemment rien sur sa rémunération («si j’étais un
élu, ça me semblerait naturel de répondre, mais là, ça n’apporte
rien»). Et qualifie son enfance, passée entre un père commercial, une mère aide-soignante et un petit frère, de… «normale».
Il faut le travailler de longues minutes pour découvrir que ce
passionné de moto, tatoué au bras, qui fume des clopes dans
son bureau, passe son temps libre dans une maison du Perche
rachetée il y a quelques années. «Je veux que ce soit la maison
du bonheur, où les amis passent, où on boit du vin et où on joue
au mölkky.» Ouf, un détail personnel.
Pudeur caractéristique d’un gamin de classe moyenne considérant la normalité comme une qualité? Sans doute. On pourrait aussi y voir le conformisme classique des jeunes premiers
de la télévision, effrayés à la simple idée d’émettre un avis
tranché, susceptible de faire vrombir les
réseaux sociaux et les blogs médias. A éviter, en début de carrière. Jean-Baptiste
Boursier ne fait rien pour saper cette hypothèse (qu’on lui soumet). Au contraire. Lorsqu’on lui demande s’il existe des causes pour lesquelles il a envie de se
battre, dans ses émissions ou ailleurs, il dit: «Je vais faire une
réponse de Miss. Je suis contre les guerres et les maladies.» Face
à notre air peiné, il poursuit tranquillement: «Peut-être que
je suis lisse. Mais je ne veux être jugé que sur mon travail. L’aspérité peut être dans la façon de questionner les gens. L’aspérité, ce n’est pas forcément un gros trait au feutre noir.»
S’il était un crayon à papier, il appartiendrait à la gamme HB,
au tracé doux, délicat, discret. Presque transparent? En cette
LE PORTRAIT
rentrée, sa carrière s’envole. Nouvelle star du groupe Altice,
il a quitté l’animation de la tranche du soir de BFMTV pour
celle de la Ligue des champions sur RMC Sport (quand ça marche). Surtout, il lance samedi, en prime-time sur la chaîne
RMC Story (ex-Numéro 23), une émission qu’il présente et produit avec sa propre société, récemment créée. Le programme
relève, selon son associé Alexandre Perez, du genre «infotainment» (mi-divertissement, mi-information) et s’appelle Talk
Show. «On ne prétend pas révolutionner la télévision, prévient
Boursier. On a envie de raconter l’époque dans laquelle on vit,
avec des invités qui seront dans toutes les actualités. Un discours de Trump à l’ONU, c’est une actu. Une sortie d’album,
c’est une actu. Les deux peuvent coexister. Avec un ton bienveillant.»
Les dirigeants du groupe Altice (dont Boursier a démissionné
afin de produire pour eux) ne l’assumeront jamais publiquement, mais ils espèrent avoir trouvé en lui leur Yann Barthès,
le type qui saura mêler rigueur et sourire, sérieux et futile.
«C’est un des meilleurs de sa génération, assure le boss de
BFMTV, Hervé Béroud. Il se distingue par sa capacité à absorber, avec beaucoup de sérénité, toutes les infos qui lui tombent
dessus. C’est rare de voir quelqu’un passer aussi facilement du
tragique au pointu, du foot à
la politique.»
A l’antenne, Jean-Baptiste
11 novembre 1982
Boursier a développé un style
Naissance à Talence
propre. Il n’est pas l’un de ces
(Gironde)
présentateurs interchangea2009 Rejoint i-Télé.
bles et impersonnels, qui se
2011 Rejoint BFM TV.
ressemblent tous de chaîne
6 octobre 2018
d’info en chaîne d’info. Et
Premier numéro
pas seulement parce qu’il a
de Talk Show sur
les cheveux plus sel que poiRMC Story.
vre ou qu’il est moins gravure
de mode qu’on s’y attendait.
A la présentation de Grand Angle sur BFM TV, il crevait l’écran
par le ton de ses interviews, relevant de la conversation et non
de l’interrogatoire, sans perdre en pertinence ni en mordant.
«C’est un bon intervieweur parce que c’est un intuitif, explique
son ancien rédacteur en chef à BFMTV, Benjamin Oulahcène.
Il n’écrit pas ses questions sur des fiches, il a juste quelques notes. En plateau, il écoute, il rentre dedans, il prend de la distance. Souvent, les présentateurs disent OK à tout. Lui demande à être convaincu du choix de tel sujet ou tel invité.» La
saison dernière, après avoir annoncé à ses patrons vouloir muter vers le talk-show, il a été courtisé par de grandes antennes
(RTL notamment). Le petit monde de l’audiovisuel n’ignore
plus le talent d’animateur du garçon. On avait pu nous-mêmes
le mesurer, il y a deux ans au Lido, lors d’un grand show organisé par son employeur à destination des annonceurs. Sur
scène, il avait transformé l’ennuyeux raout corpo en spectacle
plein de trouvailles, qu’on s’était surpris à trouver plaisant.
Cette qualité de bateleur, encore méconnue du grand public,
lui vient d’un parcours original. N’ayant pas suivi le traditionnel cursus du journaliste (hypokhâgne, Sciences-Po, école de
journalisme), il avait peu de chances d’atterrir un jour dans
une rédaction parisienne. Bac L «obtenu ric-rac» en poche,
il traîne en fac de droit et de langues à Angers. Barman à mitemps, le jeune amateur d’electro (il cite Laurent Garnier et
le label Brique Rouge) mixe ici et là. Il pense à devenir ingénieur du son mais découvre l’animation dans une radio associative du coin (Radio G), où il présente une émission musicale, Port du casque obligatoire, avec un ami. «J’ai adoré faire
ça. Quand t’ouvres la porte d’un studio radio, il y a un truc, un
lieu, une ambiance. J’ai su que c’était ma place.» Après une
école de formation aux métiers de la radio, à Paris, il enchaîne
les petits boulots d’animateur à Fun Radio, Chérie FM, France
Bleu. En poste pour Radio France à Tours, il est contacté par
une chaîne de télé locale. Le voici bientôt à l’antenne de TV
Tours, où on l’autorise à faire tout et n’importe quoi pourvu
que cela ne coûte rien : «Un jour, j’ai fait entrer des lions sur
le plateau.» Miraculeusement repéré par i-Télé (devenue
CNews), il est embauché par la chaîne d’information de
Canal+, qui le colle illico à la présentation, dans le sillage de
Julian Bugier ou Thomas Thouroude. L’intéressé n’en revient
toujours pas: «Je suis arrivé là-bas sans jamais avoir écrit un
journal.» Deux ans plus tard, il débarque sur BFM TV. Dans
l’univers ultra-formaté de la télé, le désavantage de son manque d’expérience était son plus grand atout. •
Par JÉRÔME LEFILLIÂTRE
Photo CYRIL ZANNETTACCI
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Libération Vendredi 5 Octobre 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Ninja Warrior.
Divertissement. Le parcours
des héros. 23h20. Ninja
Warrior. Divertissement.
Ninja Warrior, dans les
coulisses du parcours.
20h55. La vie au temps des
gladiateurs. Documentaire.
22h25. La vie au temps des
châteaux forts. Documentaire.
21h00. On a échangé nos
mamans. Divertissement.
Cendra vs Béatrice. 22h50.
On a échangé nos mamans.
Divertissement.
FRANCE 5
21h00. Les petits meurtres
d’Agatha Christie. Téléfilm.
Le miroir se brisa. 22h45.
Les petits meurtres
d’Agatha Christie. Téléfilm.
Un cadavre sur l’oreiller.
PARIS PREMIÈRE
21h00. Symphonique Kids
jouent pour + de vie.
Divertissement. Présenté par
Wendy Bouchard et Marine
Vignes. 23h15. Le divan
de Marc-Olivier Fogiel.
Magazine. Anny Duperey.
6TER
21h00. Les Simpson.
Dessins animés. 4 épisodes.
22h40. Les Simpson.
Dessins animés.
W9
21h00. Épouse-moi mon pote.
Comédie. Avec Tarek Boudali,
Philippe Lacheau. 22h35.
Thor : Ragnarök. Film.
21h00. Football : France /
Australie. Sport. Match amical
féminin. Commenté par Denis
Balbir et Camille Abily. 23h10.
Enquête d’action. Magazine.
ARTE
NRJ12
20h55. Un adultère. Téléfilm.
Avec Isabelle Carré, Xavier
Lemaître. 22h35. The Beatles :
le monde est à eux.
20h55. Julie Lescaut.
Téléfilm. Julie à Paris.
22h50. Julie Lescaut.
Téléfilm. Une nouvelle vie.
M6
C8
21h00. TPMP refait la
semaine. Divertissement.
Présenté par Jean-Luc
Lemoine. 23h10. Balance
ton post !. Divertissement.
VENDREDI 05
Les conditions anticycloniques perdurent et
le soleil brille sur l'ensemble du territoire
alors que des pluies parfois orageuses
concernent la Corse.
L’APRÈS-MIDI Le soleil brille généreusement
et les températures restent très agréables,
notamment du sud-ouest à la vallée de la
Loire. Risque d'averses orageuses en Corse.
RMC STORY
20h55. Poldark. Série.
Épisode 4. Avec Aidan Turner,
Eleanor Tomlinson. 22h00.
Poldark. Série. Épisode 5.
LCP
20h30. N’ayons pas peur
des mots. Magazine. Présenté
par Valérie Brochard. 22h00.
Livres & vous.... Magazine.
SAMEDI 06
Caen
Caen
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Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
0,6 m/17º
0,3 m/17º
Bordeaux
Toulouse
Bordeaux
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Nice
Montpellier
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6/10°
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6
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GORON
HORIZONTALEMENT
I. On risque de se faire
descendre quand on y monte
II. Chercher à avoir belle allure
III. Entrée en scène ; Grand
auteur américain du XXe
siècle IV. Prépara son coup ;
Compact avant le premier
trois, arabe ou romain V. Long
intervalle de temps ; Chef de
Police VI. Mouvements d’arts
martiaux chinois VII. Là
où l’on doit se mettre après
un changement ; Madame
Bovary VIII. Pomme sous
notre pomme ; Qui a belle
allure IX. A l’entendre, on
dirait qu’il se bidonne, en
réalité, il est bidon X. Dictateur roumain allié aux Nazis
XI. Briseur de coquilles
9
V
VI
VII
VIII
X
Grille n°1032
VERTICALEMENT
1. Etre de noblesse, qui, à la mode, a gagné ses lettres de noblesse 2. Privé
de liberté ; Senghor pour Macron 3. Scandium ; Comme Dada 4. Ce qu’a
un jeune déçu ; Maison mère de Bonne Maman et Mamie Nova 5. Cité
texane ; Joe chez les Dalton 6. Insulte ; Algérienne, le temps y est comme
son anagramme : clément 7. Ir ; Boîte au guidon du Tour de France 8. Type
sans type particulier ; Plus léger 9. Longue période ; Couvert de merde
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CONTINENT. II. AC. OPÉRÉE. III. RER. STARR.
IV. TAEL. STAR. V. ONCES. OCI. VI. ITEMS. VII. RIF. RITON.
VIII. AN. FICHUS. IX. PTOLÉMÉE. X. HOMELANDS. XI. EXIT. CESU.
Verticalement 1. CARTOGRAPHE. 2. OCÉAN. INTOX. 3. RÉCIF. OMI.
4. TO. LET. FLET. 5. IPS. SÉRIEL. 6. NETS. MICMAC. 7. ÉRATOSTHÈNE.
8. NÉRAC. OUEDS. 9. TERRIENS. SU.
libemots@gmail.com
ABONNEMENTS
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tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
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2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
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Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
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Orage
Pluie/neige
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100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
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La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
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Rédacteurs en chef
adjoints
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IMPRESSION
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Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Lyon
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1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
Directeur artistique
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Dijon
Nantes
Lyon
0,6 m/17º
Strasbourg
Brest
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(édition),
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Sabrina Champenois
(société),
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
0,6 m/17º
Brest
IP 04 91 27 01 16
Lille
0,3 m/17º
0,3 m/16º
IP
20h55. Week-end chez les
Toquées. Téléfilm. Week-end
en famille. 22h50. La clef
des champs. Téléfilm.
2
III
IX
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
CHÉRIE 25
1
I
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Une perturbation aborde le nord-ouest du
pays et se centre au sud de la Bretagne.
Quelques averses sont attendues au sud-est.
L’APRÈS-MIDI La dépression s'enfonce vers
la Nouvelle Aquitaine et donne de fortes
pluies sur la Bretagne et la Normandie. De
fortes rafales de vent de secteur nord
concernent la Bretagne.
Lille
0,1 m/16º
TF1 SÉRIES FILMS
21h00. Mentalist. Série. Le
prof parfait. La vie en rose.
22h40. Mentalist. Série.
2 épisodes.
21h00. Bull. Série. La mort
sous contrat. Hacker contre
hacker. La mante religieuse.
23h30. NCIS. Série.
3 épisodes.
Principal actionnaire
SFR Presse
21h00. Good Doctor. Série.
Road trip. Voler de ses propres
ailes. 22h35. Night Shift.
Série. Braver l’interdit. Un pari
risqué.
TMC
CANAL+
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
21h00. Le Zap. Divertissement. Présenté par John
Eledjam. 23h40. Enquête
très spéciale. Magazine.
20h50. Aznavour Live - Palais
des sports 2015. Concert.
22h45. Top à… Charles
Aznavour. Divertissement.
FRANCE 3
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
CSTAR
20h50. La maison France 5.
Magazine. Présenté par
Stéphane Thebaut. 22h20.
Silence, ça pousse !.
FRANCE 2
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
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