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Libération - 14 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11574
MARDI 14 ET MERCREDI 15 AOÛT 2018
www.liberation.fr
HYPERCONNEXION
DÉCLARONS
FORFAIT
Face à des écrans de plus
en plus envahissants, le besoin
de déconnecter se fait sentir
et les cures de détox
numérique font florès.
Un mouvement dont
s’emparent
même les Gafa.
EMILE LOREAUX. HANS LUCAS
PAGES 2-5
ET AUSSI DE LA BD, DES JEUX, UN BATEAU
CÉLÈBRE… CAHIER CENTRAL
EFE. SIPA
ÉTÉ
J’ai testé
les bains russes
Café Gijón
Le club
du réel
Madrid
Turquie
C’est
monnaie
coulante
PAGES 18-19
PAGES 6-7
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Faire le tri
Il est loin le temps où SaintExupéry faisait dire au Petit
Prince «moi, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout
doucement vers une fontaine…» Admettons que
vous ayez cinquante-trois
minutes de libres et que
vous les consacriez à marcher tout doucement vers
une fontaine, il n’est pas
impossible que, en cours de
route, l’envie vous prenne
d’immortaliser ce moment
sur Instagram ou de le partager sur Twitter, voire de
consulter un site de voyages en ligne, car cette fontaine vous aura furieusement donné envie d’aller à
Rome (voir la fontaine de
Trevi). Voilà où nous en
sommes, pour la plupart,
incapables de déconnecter
même dans les moments
les plus intimes. Plus
qu’une mode, c’est devenu
un mode de vie. Faut-il s’en
inquiéter? Oui et non. Oui,
ces réunions sont insupportables, où 90% des participants ont le nez sur leur
portable. Oui, ces wagons
de métro sont sinistres, où
personne ne se regarde.
Oui, ces enfants sont flippants, capables de jouer à
un jeu vidéo tout en conversant en réseau sur Whatsapp. Mais non, on ne s’appauvrit pas, on n’a jamais
été autant informés et liés
au reste du monde, et on n’a
jamais autant lu. Certes du
bon et du moins bon, voire
du mauvais parfois, mais le
cerveau finit par faire le tri.
Au fil des scandales –du
type Cambridge Analytica
qui a entaché Facebook accusé d’avoir divulgué les
données personnelles de
dizaines de millions d’utilisateurs en vue d’influencer
des intentions de vote–, on
finit par savoir ce qu’il ne
faut pas révéler. Ne nous
faisons pas avoir par les
géants du Web qui, craignant l’inéluctable retour
de bâton, prennent les devants en proposant des programmes et applis de déconnexion à haut prix, pas
besoin d’eux pour déconnecter au cœur du mois
d’août. Lâchez vos écrans,
respirez un grand coup et
marchez vers la fontaine…
vous vous reconnecterez
avec d’autant plus de plaisir
après. •
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
Déconnexion
Si la cure
vous en dit…
Afin d’éviter toute régulation imposée, les géants
du Web se saisissent de la problématique
du «temps bien passé» et mettent en place
compteurs ou rapports hebdomadaires.
RÉCIT
Par
CHRISTOPHE ALIX
Photos ÉMILE LOREAUX.
HANS LUCAS
C’
est une petite musique qui
monte chez les géants du
numérique d’ordinaire rivés sur le «toujours plus» et les
bonds exponentiels: de connexions,
d’usages, de services, de bénéfices, etc. Alors qu’environ 26 % des
adultes américains déclaraient récemment être «presque constamment» sur Internet contre 21% il y a
trois ans selon une récente étude du
Pew Research Center, les Gafam
– Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft– ne rechignent plus
à s’emparer du thème très en vogue
de la modération numérique. Pour
mieux le reprendre à leur compte et
désamorcer les critiques de ceux
qui dénoncent cette nouvelle économie dont l’attention constitue la
première rareté et la principale
source de valeur, comme l’a analysé
le sociologue Yves Citton.
Alors que les promesses de digital
detox (lire ci-contre) et autres bonnes résolutions de déconnexion re-
fleurissent avec l’été, les géants
d’Internet, dont les usagers se
comptabilisent désormais en milliards d’individus, n’hésitent plus à
mettre en avant les initiatives visant
à permettre à «Homo numericus» de
mieux maîtriser sa consommation
de contenus et services numériques.
AUTORÉGULATION
Début juin, le fabricant de l’iPhone
a ainsi présenté une nouvelle version de son système d’exploitation,
iOS12, incluant des options permettant de «limiter les distractions, de
mieux se concentrer et de comprendre comment vous passez votre
temps sur votre téléphone», a expliqué Craig Federighi, vice-président
de l’ingénierie logicielle chez Apple.
En septembre, Apple permettra à
chaque utilisateur de fixer une limite d’utilisation pour chaque application au-delà de laquelle il ne
sera plus possible d’y accéder. On
pourra également recevoir un rapport hebdomadaire sur le temps
passé sur chaque application, la
quantité de notifications et le nombre de prises en main de l’appareil.
A la différence de Facebook ou Goo-
gle, qui tirent tous deux l’immense
majorité de leurs revenus de la commercialisation des données de leurs
utilisateurs, Apple peut aisément se
le permettre: son modèle économique reste basé sur la vente de matériel, en premier lieu l’iPhone, qui
représente plus de 60% de son activité et n’est en rien dépendant de la
publicité. Mais l’entreprise de Cupertino, en Californie, qui aime se
distinguer en insistant sur la protection de la vie privée, entend aussi
répondre aux craintes émises par
certains de ses actionnaires. Deux
d’entre eux avaient fait pression cet
hiver sur sa direction afin qu’elle
prenne en compte l’effet des smartphones sur la santé mentale des
adolescents.
Apple a réagi d’autant plus rapidement que Google l’avait devancé de
quelques semaines sur ce terrain de
l’autorégulation. Son PDG, Sundar
Pichai, avait dévoilé une série d’options dans la nouvelle version de
son système d’exploitation Android
– 85 % des smartphones dans le
monde en sont équipés – afin,
avait-il dit, «d’améliorer le bien-être
numérique» des uti- Suite page 4
Le retour à la terre, antidote naturel
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
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u 3
«Digital detox»:
le business ne
décroche pas
Hôtels et chambres
d’hôtes proposent
des forfaits sans
écran ni Internet.
Une formule
magique pour
séduire une
clientèle d’affaires
sujette au stress et
peu regardante sur
les tarifs.
A
vec l’hyperconnexion
des Français, s’est
aussi développé le juteux business des cures de
désintox. Appelées digital
detox par ceux qui les proposent, elles sont arrivées des
Etats-Unis en France ces dernières années. Avec cette
particularité : ce ne sont pas
des médecins qui les encadrent, mais le plus souvent
des «coachs» censés apprendre à des personnes surmenées à se priver de téléphone
et d’écran. Pour les établissements de tourisme, la cure
est devenue une aubaine.
A commencer par les hôtels,
premiers témoins de l’hyperconnexion quotidienne,
voire de l’addiction, de leurs
clients. Dans sa brochure,
l’hôtel de luxe Vichy Spa cible le chaland «surmené,
stressé, débordé» avec ce
message: «Déconnectez-vous
temporairement d’Internet
pour préserver votre santé.»
Le message est accompagné
de la photo d’un homme se
massant les tempes. La formule existe depuis 2014 et
suggère au client de déposer
ses «outils numériques au
coffre-fort» dès son arrivée.
Autre initiative: la télévision
de la chambre est remplacée
par une minichaîne, avec
«une musique zen pour un
sommeil réparateur». L’offre
associe un coaching et des
soins relaxants, pour un prix
total de 1 008 euros les
trois nuits.
Massage au miel
à l’hyperconnexion ? C’est ce que prétendent de nombreux établissements de tourisme.
A Paris, le luxueux Westin offre lui aussi de se cloîtrer sans
écran dans une chambre de
haut standing, cette fois
pour 448 euros par nuit. Au
programme : massage au
miel et lecture de magazines
«réels, pas numériques».
Avec, là encore, la possibilité
de laisser téléphones et tablettes au coffre-fort de l’hôtel. Pour ces lieux, le pari est
simple: faire venir en cure les
chefs d’entreprise surmenés
qu’ils avaient accueillis auparavant en voyage d’affaires.
Les maisons d’hôtes ont
aussi intégré des digital detox à leur brochure, avec un
autre argument : le cadre
naturel dans lequel elles
sont installées. Au château
La Gravière, maison d’hôtes
installée au milieu du Médoc
calme et verdoyant, les propriétaires proposent une
formule adaptée aux internautes surmenés. Pour les
accros, deux entretiens
d’évaluation sont prévus,
ainsi qu’un accompagnement personnalisé. Le tout
pour 210 euros la journée,
auxquels il faut ajouter les
frais d’hébergement et de
repas.
En Bretagne, l’organisme Relax Océane offre la possibilité à des petits groupes de
partir pour plusieurs jours
sur une île du golfe du Morbihan (dans le sud de la
région), sans téléphone ni ordinateur. L’idée, selon l’organisatrice, est d’aider les participants «à déconnecter par
le yoga et la méditation».
Avec cette nuance : «On ne
peut pas forcer les participants à déconnecter. Un jour,
j’ai eu une femme à fond dans
son boulot, je n’ai pas pu l’empêcher de consulter ses mails.
Mais il faut que ça se fasse en
accord avec le groupe.»
Mobile sans Internet
Start-up et agences de voyages se sont spécialisées dans
ce nouveau marché de la digital detox. L’agence Into the
tribe organise par exemple
des séjours et séminaires
pour les entreprises axées
autour de la consommation
d’écrans. Quand Certideal,
une entreprise de vente de téléphones reconditionnés, va
jusqu’à proposer à ses clients
de confisquer leur téléphone
le temps des vacances en
échange… d’un autre sans Internet (Nokia 3310, Sony
Ericsson). Au retour de vacances, deux solutions: récupérer son smartphone ou
poursuivre l’expérience et
conserver le mobile prêté.
«Dans le dernier cas, Certideal vous soumettra une offre
de rachat de votre smartphone», assure l’entreprise
sur son site. Le business de la
déconnexion a encore de
beaux jours devant lui.
GURVAN
KRISTANADJAJA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 2 lisateurs. «Nos
études montrent que les gens se sentent enchaînés à leur téléphone […].
Nous voulons permettre de passer de
la peur de manquer quelque chose en
ligne [“fear of missing out”, ou
“fomo”, ndlr] à la joie de manquer
quelque chose [“jomo”]», avait-t-il
expliqué. Dans la nouvelle version
d’Android, un tableau de bord détaille là aussi le temps passé sur
chaque application, le nombre de
déverrouillages quotidiens et de notifications reçues, et donne la possibilité de définir à l’avance ses paramètres de consommation.
Une promesse de «gagner du temps»
en évitant la dispersion également
au cœur du nouveau discours de
Mark Zuckerberg, qui tente de redorer le blason de Facebook terni par
l’affaire Cambridge Analytica. «Le
temps passé n’est pas un objectif en
soi, déclarait-il récemment. Ce vers
quoi nous voulons aller, c’est le
temps bien passé.» Le réseau social,
qui met en avant ses actions de sensibilisation avec différentes associations en France va, lui, introduire
des fonctionnalités en ce sens.
Sa filiale Instagram ne l’a pas attendu pour prendre les devants.
Le 2 juillet, cette application qui
vient de rejoindre le club très
fermé des réseaux dépassant le
milliard d’utilisateurs mensuels,
s’est à son tour mise au «temps
bien passé» avec des fonctionnalités censées aider ses utilisateurs à
faire preuve de plus de discernement. «Vous avez vu tous les posts
de ces deux derniers jours. Peut-être
devriez-vous cesser de faire défiler
les posts sans réfléchir», prévient
désormais une bannière d’avertissement à l’adresse des plus assidus
des «instagrameurs». Instagram
travaille également à une nouvelle
fonctionnalité appelée «usage
insights» selon le site spécialisé
Techcrunch: un compteur permet-
tant d’obtenir des informations sur
le nombre d’heures passées sur
l’application. «Tout moment passé
sur Instagram devrait être positif
et intentionnel», a récemment indiqué sur Twitter Kevin Systrom,
son PDG.
CIGARETTIERS
Ces initiatives peuvent-elles conduire à une utilisation plus raisonnée des réseaux sociaux? Pour Nikos
Smyrnaios, enseignant-chercheur
en sciences sociales à l’université de
Toulouse-III et qui a publié un essai
intitulé les Gafam contre l’Internet:
une économie politique du numérique (INA, mai 2017), cette stratégie
de digital washing rappelle celle des
cigarettiers confrontés à la lutte antitabac: «Ils ont répondu avec les cigarettes légères, mais n’ont rien
changé sur le fond, souligne-t-il. Les
grands acteurs d’Internet qui abhorrent toute idée de régulation font la
même chose pour absolument éviter
qu’on ne leur impose un cadre légal
plus contraignant.»
Le sociologue Francis Jauréguiberry, qui compte parmi les rares
chercheurs à avoir enquêté sur le
terrain sur la déconnexion volontaire, auprès de cadres, de voyageurs
et d’universitaires, estime «qu’en
moins de vingt-cinq ans, nous sommes passés d’un plaisir récent de connexion à un désir latent de déconnexion.» Mais au terme de son
enquête publiée en 2014, il estimait
que «si ces pratiques existent bien,
elles sont bien moins importantes
que leur représentation : on parle
plus de déconnexion que l’on se déconnecte. Il y a un hiatus entre le discours sur la déconnexion et sa réalité.» Tout à leur maîtrise du temps
numérique, reste à savoir si les Gafam, qui évitent d’employer ce
terme synonyme de mort pour leurs
activités, s’en sortiront à si peu de
frais. •
GUY BIRENBAUM, JOURNALISTE
«J’ÉTAIS CONNECTÉ DE 5 HEURES
DU MATIN À MINUIT»
«Je n’ai jamais cru qu’on pouvait
tomber malade parce que l’on
passe trop de temps connecté
sur Internet. En 2014, je l’étais
de 5 heures du matin à minuit, avec
les écrans, les réseaux sociaux, les
notifications… plus le boulot, plus
des périodes compliquées au travail, plus la violence intrinsèque
aux réseaux sociaux, aux blogs…
Pour moi, ça a commencé par des
signes chimiques, mal au ventre,
mal au dos, etc., jusqu’à une incapacité totale, un écroulement massif. Je n’arrivais même plus à décrocher quand des amis m’appelaient.
«J’ai été pris en main par un psychiatre et un psychanalyste que je
vois toujours. S’ensuit une thérapie
assez classique avec prises de médicaments. Je me suis retrouvé en
arrêt de travail pendant un mois et
demi ou deux mois, ce qui n’est pas
si long finalement. J’avais vraiment
besoin de comprendre ce qui n’allait pas. J’ai dû quitter tout ce qui
concerne le numérique pendant
deux mois pleins, puis j’ai fait dis-
paraître tout ce qui est notification.
Je suis réapparu trois mois plus
tard environ sur les réseaux sociaux et suis passé en moyenne de
100 tweets par jour à 5 ou 6 tweets,
et encore c’est beaucoup. Je reste
hypervigilant et je ne considère
pas que je suis à l’abri de craquer
encore d’une manière ou d’une
autre. Si je voyais que je me remettais à perdre trop de temps avec
des activités de ce genre, je saurais
maintenant que cela veut dire qu’il
y a un problème. C’est un signal
d’alerte. Le concept que l’on nous
a vendu, la sérenpidité, qui consistait à dire qu’Internet est génial
parce qu’en cherchant un truc
vous en trouvez un autre, puis un
autre… eh bien je pense que c’est
une saloperie, car ça nous amène
de liens en liens, de clics en clics,
à des distances phénoménales de
ce que l’on cherchait. On reste
deux heures sur Internet alors que
l’on avait mieux à faire.»
Recueilli par
RÉMY DESCOUS-CESARI
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
«Supprimer
le portable, c’est la
punition suprême»
La famille Malka, à Marseille, a tenté de résister
aux smartphones, avant de l’autoriser aux ados
en imposant des règles au départ strictes
et assez vite assouplies. Mais pour les parents,
les dépendances peuvent aider à se faire obéir.
L
es messages d’alerte se succèdent sur l’écran. Whatsapp,
Gaëtane ? «C’est mes copines,
on discute», évacue l’adolescente qui
y prête à peine attention. C’est une
règle d’or chez les Malka: quand il y a
du monde dans l’appartement, on
laisse son téléphone de côté. Ce
soir-là d’ailleurs, toute la famille
marseillaise a sagement abandonné
son portable sur la table pour bavarder autour d’un paquet de chips. Attention, illusion d’optique, relativise
Mumu, la mère de Gaëtane, 14 ans, et
d’Ayrton, 18 ans : ses enfants ont
beau être du genre raisonnable et
poli, ici comme ailleurs, le tarif est le
même, le portable des deux ados,
c’est un peu leur troisième main,
qu’ils dégainent au moindre temps
de cerveau disponible.
Tout avait pourtant bien commencé.
Les Malka avaient plutôt bien résisté
à la jurisprudence qui s’impose désormais dans les familles: «si t’as pas
ton portable quand tu rentres en
sixième, c’est que t’as raté ta vie».
Ayrton, l’aîné, a eu son premier
smartphone pour son treizième anniversaire, en cinquième. «Mes copains
l’avaient déjà tous, certains depuis le
CM2, confirme le jeune homme. Mais
j’avais trouvé plein de moyens pour
faire passer le téléphone aux oubliettes. J’utilisais l’ordinateur de maman,
la tablette, la console… Du coup, je ne
ressentais qu’une légère frustration.»
Mode avion. C’était il y a cinq ans
déjà. Facebook était au sommet de
son expansion, et de toute façon,
Ayrton n’y avait pas droit. Depuis,
Facebook est devenu un truc de senior et il y a eu l’inflation d’applica-
tions, des jeux aux réseaux sociaux,
l’avènement des forfaits illimités, les
selfies… Autant de mines posées
dans le champ des règles parentales.
«Les règles, il y en a: pas de portable
pendant les repas et plus d’écran
après 21 heures, pour que l’esprit se
pose», énumère Mumu. Voilà pour la
théorie… «Parce qu’en pratique, on a
lâché, confesse Gilbert, le père, un
brin désespéré. Ils ont voulu se servir
du portable comme réveil. J’ai accepté, mais en mode avion, pour limiter les ondes. Du coup, après, le ver
était dans le fruit…»
Quitte à céder, autant faire pratique:
dans leur chambre, les deux ados, qui
dorment dans un lit superposé, ont
chacun une prise à hauteur d’oreiller,
où pendouille en journée leur chargeur. En bas, pour Ayrton. En haut,
pour Gaëtane. La petite sœur a, elle
aussi, eu droit à son téléphone le jour
de ses 13 ans. Un an plus tard, elle
avoue une petite addiction à l’engin,
option réseaux sociaux: «J’ai Snap,
Insta, je vais aussi beaucoup regarder
des tutos sur YouTube», confie-t-elle.
Sur la table, l’écran de son téléphone
débite un message à la seconde. C’est
son groupe Whatsapp, «les coupines», qui tente de se mettre d’accord
sur un rendez-vous. Des messages
anodins qui pourtant, un jour, ont
fait des histoires. «C’était l’an dernier, raconte Gaëtane. Une fille que je
n’aimais pas est venue sonner chez
moi. J’ai regardé par la fenêtre et j’ai
pris une photo au moment où elle trébuchait. J’ai envoyé ça à une copine…
et elle l’a montrée à tout le monde !»
L’ado photographiée a porté plainte
et les parents de Gaëtane ont été convoqués au commissariat. «Ça lui a
LAURENT KARILA, PSYCHIATRE
«UNE ENVIE IRRÉPRESSIBLE
DE CONSULTER»
ÉMILE LOREAUX. HANS LUCAS
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«La pratique des écrans s’est étendue. Pour les jeunes, ce sont
surtout des parents que j’accueille en consultation. Ils s’inquiètent et viennent demander des conseils. Globalement, on constate de multiples comportements liés aux écrans. Ce n’est pas
comme une addiction aux drogues, mais davantage un comportement addictif: une envie irrépressible de consulter… Un sex
addict va par exemple utiliser seulement son téléphone pour
consulter les sites pornos. Quelqu’un qui est accro aux jeux d’argent va passer son temps à jouer sur un écran… Ça provoque
chez eux trois choses: une perte de contrôle, une perte de temps
avec des conséquences telles que l’altération du sommeil ou des
problèmes de scolarité. Dans le cadre d’une forte consommation
d’écrans, on peut constater l’apparition d’autres troubles comme
la nomophobie (la peur de perdre son portable, de ne plus avoir
de batterie…) et les vibrations fantômes (le fait d’avoir constamment l’impression que son téléphone vibre dans sa poche).»
Recueilli par G.K.
servi de leçon, maintenant elle fait attention à ce qu’elle envoie, assure
Mumu. Et elle a été privée de réseaux
sociaux pendant neuf mois.»
THIERRY CROUZET,
AUTEUR
«ON COMMENCE À SE
MÉFIER D’INTERNET»
«Planques introuvables». Pour
les parents, le portable a aussi ses
avantages. Le couple, Gilbert surtout,
a fait de l’objet un redoutable outil de
chantage. «Le supprimer, c’est la punition suprême», savoure le quinqua.
Le tarif dépend du délit: de quelques
heures pour une chamaillerie à une
semaine. «Ça me fait m’excuser plus
vite pour retrouver mon téléphone, reconnaît Ayrton. Mais je réfléchis
d’abord à ma bêtise, bien sûr…» Gilbert sourit, satisfait.
Sa technique est bien rodée: «La première chose que je fais, c’est d’éteindre
le téléphone, pour qu’ils n’essaient pas
d’appeler leur numéro pour savoir où
je le cache. Parce que j’ai deux, trois
planques introuvables…» Gaëtane rebondit: «C’est souvent dans les livres,
parce que tu sais qu’on ne va pas trop
les regarder!» Sourire résigné des parents… «C’est compliqué de les priver
de portable, avoue Gilbert. Oui, ils
jouent beaucoup trop avec et 90% des
applications, c’est de la vacuité. Mais
c’est aussi sur leur téléphone qu’ils
vont être avertis, par exemple, qu’un
cours est supprimé le lendemain, ou
qu’ils vont pouvoir se cultiver. Je ne
peux pas leur enlever leur téléphone
sans les priver de cette liberté d’accéder à ce savoir, se divertir et aussi les
laisser libres de communiquer.»
Les messages continuent à pleuvoir
sur le téléphone de Gaëtane. Ça sent
les vacances, les virées à la plage avec
les amis. Avec ou sans portable ?
«L’été dernier, on était à la montagne,
ça ne captait pas, alors je mettais des
mots sous les portes de mes copines,
c’était trop bien», renvoie Gaëtane.
Ayrton, lui, aime bien sonner chez
ses copains plutôt que de les appeler.
«Le téléphone t’enlève le contact, tu ne
vois pas la personne. Mais je sais que
je suis un peu de la vieille école…» Ce
sera peut-être plus dur pour la mère,
Mumu. «C’est vrai que j’ai ce groupe
Whatsapp avec mes amis qui me pollue», plaide-t-elle. Trop, assure Ayrton: «Elle est pire que nous! Dès le matin, au café, elle a son nez dedans. On
lui dit bonjour et elle répond à peine!
Tu sais quoi? On dirait une ado!»
STÉPHANIE HAROUNYAN
Correspondante à Marseille
«J’ai arrêté six mois. C’était en 2011.
Quand je regarde cette période, c’est
un souvenir heureux, comme si j’étais
parti en vacances, loin, très loin. Le
fait de déconnecter m’a montré que je
n’avais aucune addiction, je n’ai pas
ressenti de manque en me coupant
d’Internet, j’ai juste beaucoup dormi
pendant une semaine et, après, j’étais
en pleine forme. On prend un peu les
gens pour des couillons en leur parlant de digital detox, d’hôtels sans wifi
ni réseau et d’applications pour maîtriser sa consommation numérique.
Si problème il y a eu pour moi, c’est
que j’attendais trop d’Internet. Je
croyais à l’époque que les réseaux allaient changer le monde en promouvant une société plus horizontale et
démocratique, moins hiérarchique et
fermée. Aujourd’hui, je crois au
contraire qu’Internet n’a fait que renforcer les travers du monde d’avant les
réseaux. Ce n’est pas parce que l’on
clique et qu’on “like” qu’on interagit et
qu’on est plus maître de sa vie.
«Les géants du Net, qui étaient déjà
très puissants à l’époque, n’ont fait
qu’accroître leur emprise sur leurs milliards d’usagers. Ils ont acquis un pouvoir phénoménal et on a abouti à une
société surverticalisée et de traçabilité
permanente. On a cru qu’un outil géré
de manière décentralisé comme l’est
Internet suffirait à favoriser une société
plus décentralisée et ouverte, mais
c’était une illusion. Aujourd’hui, les
gens commencent plutôt à se méfier
d’Internet et ils ont raison. Les géants
du Net ont une puissance colossale,
dont on mesure mal encore les effets.
Autrefois, il y avait la télé qui vendait
aux annonceurs du temps de cerveau
disponible. Ça se fait différemment et
plus subtilement avec nos données
aujourd’hui, mais rien n’a changé. L’enjeu, c’est d’avoir des usages numériques qui correspondent à nos besoins
à nous et pas à leurs désirs à eux ! A
nous d’en prendre conscience et de ne
pas être des moutons de Panurge.»
Recueilli par CHRISTOPHE ALIX
Thierry Crouzet est auteur de J’ai débranché:
comment revivre sans Internet après une
overdose (Fayard, 2012).
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
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6 u
MONDE
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
Turquie
Erdogan
dans le piège
économique
Inflation, chômage, déficits
commerciaux…
La chute de la livre turque,
ces derniers jours, révèle les
faiblesses structurelles du pays
frappé par des sanctions
américaines. Le président
Erdogan dénonce une trahison
de l’administration Trump.
DÉCRYPTAGE
Par
CHRISTIAN LOSSON
L
a livre turque, qui a perdu
plus de 50 % en un
an (40 % de sa valeur depuis
le seul début d’année) face à l’euro
et au dollar, touche un plus bas sur
fond de crise diplomatique avec les
Etats-Unis et de défiance envers la
politique économique du président
Recep Tayyip Erdogan.
Pourquoi cet
effondrement ?
Loin des discours nationalistes du
chef de l’Etat sur le «miracle économique turc», la Turquie, fragile et
Sur les rives du Bosphore, à Istanbul. Le BTP est l’un des secteurs les plus touchés par la crise économique
déséquilibrée, est confrontée à
nombre de défis structurels. C’est
d’ailleurs, et de loin, le principal sujet de préoccupation des Turcs, loin
devant les questions de justice ou de
sécurité. Le pays connaît une inflation dramatique, 15,9% en rythme
annuel en juillet : cinq fois la
moyenne des pays développés. Une
inflation qui entame le pouvoir
d’achat des ménages. Le chômage
réel s’est envolé à 17%, loin des statistiques officielles (11%). Les entreprises croulent sous l’endettement,
d’autant que poussées par le régime
pour relancer la machine, elles ont
beaucoup emprunté en dollars
après le coup d’Etat raté de
juillet 2016. Résultat: elles ont accumulé une dette en devises étrangères de plus de 200 milliards de dollars, dont un tiers arrive à échéance
dans l’année. Et se retrouvent fragilisées par le pire taux de change de
l’histoire du pays. A lui seul, le BTP
a totalisé un nombre record de faillites l’an passé. Enfin, le pays connaît
un sérieux déficit de sa balance des
paiements, qui décrit les échanges
économiques entre la Turquie et les
autres pays: -5,5% du PIB en 2017.
Pour financer les 50 milliards de
dollars de déficit de son compte
courant, le pays recourt chaque jour
à 200 millions de dollars de financement extérieur. L’interventionnisme
du Président, ajouté au renforcement de sa mainmise sur l’économie
depuis sa réélection en juin, ne fait
rien pour rassurer.
En quoi la géopolitique
pèse-t-elle ?
Une des solutions ? Resserrer les
cordons de la politique monétaire
en remontant les taux d’intérêt.
Mais le chef de l’Etat fait pression
sur la Banque centrale pour qu’elle
ne le fasse pas, car il redoute que
cela ne freine la croissance (7,4 %
en 2017), point fort de l’économie.
Il a placé son gendre au poste clé de
ministre des Finances, faisant de lui
un Premier ministre officieux. Il ne
veut pas entendre parler d’un changement de politique monétaire. Et
préfère jouer la carte du complot
américain pour mieux faire vibrer
la corde nationaliste. «D’un côté,
vous êtes avec nous dans l’Otan et,
de l’autre, vous cherchez à frapper
votre partenaire stratégique dans le
dos. Une telle chose est-elle acceptable?» a-t-il encore martelé lundi. La
Turquie reproche le doublement
des taxes à l’importation sur l’acier
et l’aluminium décidé vendredi par
Donald Trump, en rétorsion à l’arrestation d’un pasteur américain
accusé «d’espionnage» et «de terrorisme». Ankara dénonce aussi le
soutien de la Maison Blanche à
Fethullah Gülen, prédicateur turc
réfugié depuis près de vingt ans sur
le sol américain et architecte, selon
Erdogan, du putsch manqué de
juillet 2016. Les autorités ne supportent plus non plus le soutien apporté par Washington en Syrie
aux YPG, les Unités de protection
du peuple kurde (branche armée du
Parti de l’union démocratique, lire
ci contre). Cette escalade diplomatique inquiète les investisseurs étrangers, dont la Turquie s’est pourtant
rendue dépendante. Ils retirent leur
argent, ce qui accentue encore la
chute de la livre, déjà fragilisée par
les faiblesses de l’économie.
Pourquoi une contagion
est-elle possible ?
Parce qu’Erdogan en rajoute dans la
surenchère plutôt que jouer l’apaisement. Ainsi, pour tenter de calmer les inquiétudes, la Banque cen-
«
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
u 7
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«Les pressions
de Trump
produisent un
effet inverse»
textiles vers ce pays.
Pour le politologue
Les personnalités de Trump
Bayram Balci, la
tactique du président et d’Erdogan contribuent-elles à la détérioration des relaaméricain risque de
tions entre les deux Etats ?
pousser la Turquie
Le président américain utilise
vers l’Iran et la Russie. tous les moyens pour faire pression sur la Turquie. Il a signé un
hercheur au Ceri, document suspendant (provisoià Sciences-Po, Bayram rement ?) la livraison de chasBalci est spécialiste de la seurs F35. Il a tenté dans le
Turquie. Il rappelle combien les même temps d’empêcher l’achat
relations turco-américaines par Ankara de missiles russes
n’ont cessé de se dégrader ces S400. Il a cherché à profiter de la
dernières années.
fragilité du pays en décidant
Quelle est la part de politique vendredi d’alourdir les taxes
et de géopolitique dans la douanières sur l’acier et l’alumicrise monétaire turque ?
nium turcs. Il pense qu’une TurEconomiquement, on est face à quie affaiblie économiquement
une crise profonde qui a de mul- serait plus docile politiquement
tiples causes. Mais celle-ci s’est ou serait plus encline à plier face
aggravée ces derniers jours par la aux demandes américaines.
montée des tensions avec les Mais Erdogan n’est pas homme
Etats-Unis. L’escalade la plus ré- qui cède aux pressions. Il les fait
cente au sujet du sort du pasteur monter au contraire, en accuAndrew Brunson, détenu en Tur- sant les Etats-Unis de déclarer la
quie, n’est qu’un
guerre économiélément de cristallique. Fragile éconosation supplémiquement, Anmentaire. De fait,
kara n’est pas
les relations turcocomplètement déaméricaines n’ont
muni et menace de
cessé de se dégrader
se rapprocher daces dernières anvantage de la Rusnées, pratiquement
sie et de l’Iran.
depuis le milieu du
Ainsi les pressions
INTERVIEW de Trump produiconflit en Syrie où
leurs visions et intésent un effet inrêts ont commencé à diverger. verse. Au lieu de la rendre plus
Les sujets de friction se sont donc fidèle à l’Occident, elles rapproaccumulés. Tout d’abord par le chent davantage le pays de l’axe
soutien de Washington aux for- Moscou-Ankara-Téhéran.
ces kurdes du PYD, branche Les Turcs sont-ils réceptifs
syrienne du PKK turc, considé- au discours d’Erdogan ?
rées comme terroristes par L’opinion turque, largement
Ankara mais jugées indispensa- antiaméricaine, répond facilebles par les Etats Unis pour la ment au réflexe de mobilisation
lutte contre l’Etat islamique. Puis nationale. Face à l’aggravation
il y a l’affaire du prédicateur de la situation économique, les
Fethullah Gülen, réfugié aux habitants sont désorientés et
Etats-Unis et qu’Erdogan tient veulent croire aux explications
pour principal responsable du du «complot» contre leur pays.
putsch manqué du 15 juillet 2016. D’autant qu’une majorité d’entre
La Turquie n’a cessé de fournir eux fait confiance à Erdogan.
en vain aux Américains les preu- Qu’en est-il des relations
ves de cette implication.
entre l’Europe et la Turquie?
Pourquoi l’escalade se pour- La réaction la plus significative
suit-elle ?
a été celle de l’Allemagne. La
Parce que la question iranienne chancelière, Angela Merkel, a
joue aussi un rôle crucial dans la déclaré que l’instabilité du pays
crise turco-américaine. Trump, n’est dans l’intérêt de personne.
qui a dénoncé l’accord sur le nu- Outre les relations commerciales
cléaire, fait pression sur Ankara très importantes entre la Turpour qu’il participe aux quie et l’UE, cette dernière n’a
sanctions contre Téhéran. Or les rien à gagner à une déstabilisaéchanges commerciaux entre la tion d’Ankara. L’Europe sera touTurquie et l’Iran, aux économies chée si le pays se retrouve en
complémentaires, sont très faillite, y compris et surtout pour
importants. Ankara veut tenir ses frontières et contenir le
notamment continuer à acheter flot de réfugiés.
du gaz iranien et exporter ses
Recueilli par
productions agro-alimentaires et
HALA KODMANI
DÉCÈS
Léo Zylberman-Nasrallah, les familles Nasrallah et Sassine, les amis ont la très grande tristesse de
vous faire part du décès de
Raja Nasrallah
Une cérémonie aura lieu à
MONTPELLIER, Grammont, le 14 août à 13 h.
lzylberm@ulb.ac.be
Michal BAT-ADAM, sa
femme, Orit MIZRAHI, sa
fille, Daniel MIZRAHI, son
fils, Hervé DERAIN,
Awena BURGESS,
leur compagnon et
compagne,
ont la très grande tristesse de
vous faire part de
la disparition de
Moshé MIZRAHI
Cinéaste
Oscar du meilleur film
étranger 1977
pour «La vie devant soi»
décédé le 3 août 2018
à Tel-Aviv à l’âge de 86 ans et
inhumé le 6 août 2018
à Kiryat Shaul
Son humanisme
et sa croyance en l’amour
nous accompagnent
CETOBAC
C
Carnet
qui frappe la Turquie. PHOTO MARIE TIHON. HANS LUCAS
trale de Turquie a assuré lundi
qu’elle fournirait toutes les liquidités dont les banques auraient besoin et prendrait les «mesures nécessaires» pour assurer la stabilité
financière. Mais la nouvelle sortie
au vitriol du chef de l’Etat sur les
Etats-Unis n’a rien fait pour rassurer. Pas plus que son désir de châtier
les internautes qui osent sur les réseaux sociaux dénoncer la politique
du gouvernement et qu’Erdogan
qualifie de «terroristes économi-
Erdogan, qui fait
pression sur la
Banque centrale
pour qu’elle ne
remonte pas les
taux, a placé son
gendre au poste-clé
de ministre des
Finances, faisant
de lui un Premier
ministre officieux.
ques». De façon plus générale, les
autorités de surveillance financière
de la zone euro redoutent que le système bancaire de l’Eurozone subisse une nouvelle période de tourmente, vu l’exposition à la Turquie
de certaines banques espagnoles,
italiennes et françaises. «Les banques turques qui ont emprunté en
euros pourraient avoir des difficultés à rembourser leurs emprunts»,
dit un analyste. La crise turque
pourrait surtout révéler les faiblesses d’autres économies de grands
pays en développement. Beaucoup
de devises d’émergents dévissent
dans le sillage de la livre turque. En
une semaine, le rand sud-africain et
le rouble russe ont perdu 8% face au
dollar; le real brésilien ou le peso argentin lâchant respectivement 4
et 6%. La montée des tensions commerciales et la hausse des taux d’intérêt américains ont renchéri le coût
de leurs financements étrangers,
qui soutiennent leur croissance. Les
investisseurs préfèrent donc placer
leur argent ailleurs. Conséquences:
les monnaies chutent, le coût des
importations augmente, l’inflation
avec. Et le spectre d’une nouvelle
crise refait surface. •
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MONDE
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
LIBÉ.FR
Blog «les 400 culs» :
créer son clone, mais pour quoi faire ?
Geminoid HI est un robot et la copie conforme de
son créateur, Hiroshi Ishiguro. Ce double dont il ne cesse d’améliorer
les performances a bien plus qu’une valeur symbolique : au-delà du fait
qu’Ishiguro s’en serve comme instrument promotionnel, il présente l’intérêt d’être une plateforme d’expérimentations. Chaque jour, de nouveaux
programmes sont élaborés pour que ses mouvements paraissent moins
faux, pour que ses regards soient plus mystérieux… PHOTO DR
sont évaporées avant l’heure
officielle. Alors que tout le
monde se disperse, Brandon,
22 ans et «sympathisant
Black Lives Matter», se réjouit: «Je me demandais si les
événements de l’an dernier
avaient galvanisé ou anéanti
le mouvement. Visiblement,
c’est la deuxième option.»
Golf. Tout en rappelant que
Jovi Val, leader du mouvement «The Modern Patriots», dimanche à Washington.
Etats-Unis: un an après Charlottesville,
les suprémacistes font chou blanc
Seule une petite
trentaine de militants
d’extrême droite
a défilé dimanche
à Washington. Et
pour cause: il y a un
an, en Virginie,
les violences et les
dérapages racistes
à visage découvert
s’étaient retournés
contre eux.
Par
ISABELLE HANNE
Envoyée spéciale
à Washington
Photo NINA BERMAN.
NOOR
I
l y a bien les hélicoptères
qui font du surplace dans
le ciel gris plombé de ce
dimanche orageux, à
Washington. Il y a quantité de
policiers. Des centaines de
contre-manifestants et des
caméras du monde entier.
Mais diable, où sont les manifestants de «Unite the Right»,
le rassemblement d’extrême
droite organisé à l’occasion
du premier anniversaire des
violences de Charlottesville,
censés être au centre de tout
ce dispositif ?
«Regarde-les ! Ils se cachent
derrière les policiers!» lance
soudain T., un quadragénaire
membre de la section locale
de Black Lives Matter, en
montrant du doigt un petit
groupe d’individus escortés.
A peine le temps de voir une
pancarte «White Lives Matter» («Les vies blanches
comptent») et deux drapeaux
des Etats-Unis que la poignée
de manifestants est déjà passée derrière des barrières en
métal et le cordon policier,
sous la pluie et les huées des
militants antiracistes. Ils sont
moins de 30 à avoir fait le dé-
placement dans la capitale fédérale pour «protester contre
les violations des droits civiques à Charlottesville», selon
les mots de son organisateur,
le suprémaciste Jason Kessler. «Pathétique», résume T.
«Cauchemars». Elle semble loin, la démonstration
de force de l’an passé.
Le 12 août 2017, un millier de
néonazis, suprémacistes ou
nationalistes blancs s’étaient
rendus à Charlottesville (Virginie) pour dénoncer le projet
de la municipalité de déboulonner la statue du général
sécessionniste Robert E. Lee.
Armés, brandissant des drapeaux confédérés ou des torches, ils avaient scandé des
messages racistes et antisémites. Une voiture bélier conduite par un suprémaciste
blanc avait foncé dans la
foule de contre-manifestants,
tuant une jeune femme, Heather Heyer, et blessant une
trentaine de personnes.
Dans sa course, il a heurté
aux genoux Constance Paige,
35 ans. Elle fait désormais
partie des organisateurs de
«DC Against Hate», la plateforme qui pilotait les contremanifestations de dimanche.
«Je ressens un mélange compliqué d’émotions, confie-telle. Je fais encore beaucoup
de cauchemars, et franchement, ce n’est pas facile d’être
ici. Mais je m’y sentais obligée. Et puis, on n’est pas là
pour donner de l’importance
aux nazis, mais pour célébrer
notre résistance. Montrer
qu’en tant que nation, on peut
être meilleurs que cette rhétorique de haine. Voir autant de
monde se mobiliser me donne
beaucoup d’énergie.»
Leaders religieux, enseignants, membres de Black Li-
ves Matter ou militants antifascistes habillés en noir et
au visage masqué: la foule se
met en marche vers Lafayette
Square, le parc qui jouxte la
Maison Blanche et où doivent se rassembler les manifestants. Pendant la longue
attente, alors que l’orage
gronde, la tension monte
entre contre-manifestants et
policiers. Dans le cortège,
beaucoup de pancartes font
écho aux fantômes de l’esclavage, de la ségrégation, du Ku
Klux Klan. «No hoods in my
hood» («Pas de capuche dans
mon quartier»), proclame
l’une d’elles.
Mais cette fois-ci, en face,
point de chants nazis ou de
défilés d’armes et de flambeaux. La manifestation
Unite the Right semble
même s’être achevée avant
d’avoir commencé: les deux
douzaines de manifestants se
les crimes haineux sont en
constante augmentation,
ceux qui surveillent les mouvements d’extrême droite
avaient anticipé la débâcle de
dimanche. A l’instar de Heidi
Beirich, du Southern Poverty
Law Center: «Les conséquences de Charlottesville ont été
extrêmement négatives pour
eux. Beaucoup sont sous le
coup de poursuites pénales ou
de procès au civil. Et ils ont
perdu leurs principaux
moyens de financement: des
plateformes comme PayPal
ont supprimé leurs comptes.
Charlottesville leur a coûté
très cher, dans tous les sens du
terme.»
Ces dernières semaines, plusieurs figures d’extrême
droite s’étaient désolidarisées
de la manifestation. Après
Charlottesville, où le groupe
avait, à visage découvert, livré sa parole raciste sans retenue devant les caméras, certains avaient été identifiés et
avaient perdu leur emploi.
A Washington, la plupart
avaient dissimulé leur visage.
«Beaucoup de ceux qui étaient
au rassemblement de l’an dernier ont eu peur, a justifié Jason Kessler, cité par plusieurs
médias américains. L’année
dernière, ils étaient venus exprimer leur point de vue. Ils
ont été attaqués. Et quand ils
se sont défendus, ils ont été
sanctionnés exagérément», a
argué celui qui se voit comme
l’avocat «des droits civiques de
l’homme blanc opprimé», définit Heidi Beirich.
Donald Trump, en renvoyant
dos à dos suprémacistes et
antiracistes au lendemain de
Charlottesville, avait scandalisé jusque dans son propre
camp. Dimanche, en vacances dans son club de golf du
New Jersey, il n’a pas regardé
les manifestations devant
la Maison Blanche. Mais avait
tweeté la veille: «Je condamne
toutes les formes de racisme et
les actes de violence.» Prenant
soin, une fois encore, de mettre tout le monde dans le
même sac. •
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
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LIBÉ.FR
Championnats d’Europe
d’athlétisme : le bilan
Achevés dimanche soir sur un fantastique
concours au saut à la perche, les championnats d’Europe
2018 ont révélé deux stars : la sprinteuse britannique Dina
Asher-Smith (à g.), médaillée d’or sur 100, 200 et 4 × 100 m,
et le fondeur norvégien Jakob Ingebrigtsen, vainqueur
du 1 500 m et du 5 000 m alors qu’il n’a pas encore 18 ans.
Pour la France, le bilan est mitigé. PHOTOS AFP
Rendez-vous à Pyongyang
pour les frères coréens
Retour à la case retrouvailles
à Pyongyang. A l’issue d’une
session de travail lundi à
Panmunjom au niveau de la
zone démilitarisée, les
deux Corées sont convenues
d’une 3e réunion en septembre dans la capitale du Nord.
Le 27 avril, Kim Jong-un et
Moon Jae-in s’étaient rencontrés pour la première fois
lors d’une journée historique, forte en symboles et en
déclarations. Un mois plus
tard, c’est au Nord et à la demande de Kim Jong-un que
les deux dirigeants s’étaient
retrouvés. Donald Trump
venait d’annoncer qu’il ne
participerait pas au sommet
prévu avec Kim Jong-un.
Avant de se raviser et d’aller
serrer la main de Kim à Singapour le 12 juin.
Ces troisièmes retrouvailles
coréennes en cinq mois se
tiendront à Pyongyang. La
capitale du Nord n’avait plus
accueilli un haut dirigeant
depuis 2007. La réunion
pourrait avoir lieu entre
le 15 et 30 septembre. Soit
après le 70e anniversaire de
la proclamation de la République populaire de Corée,
que le régime ne manquera
pas de célébrer.
Kim Jong-un et Moon Jae-in, à Singapour le 12 juin. KOREA SUMMIT PRESS POOL AP
Aucun détail n’a filtré sur le
menu des discussions. On
sait seulement que Pyongyang et Séoul vont passer en
revue ce qui a été entrepris
depuis leurs précédents
sommets. Ils reviendront
probablement sur les rencontres familiales Nord-Sud
qui auront lieu du 20 au
26 août dans le sud-est de la
Corée du Nord. Mais surtout
sur le développement des
échanges et la coopération
transfrontalière. Pyongyang
souhaite à la fois parvenir à
une déclaration de paix et
obtenir de Séoul le lance-
1 000
C’est, en euros, l’amende que s’est vu infliger un
touriste coupable d’avoir prélevé une bouteille
de sable sur une plage de Sardaigne. L’histoire n’est
pas anecdotique, car les autorités de l’île italienne font
la chasse aux voleurs de ce sable particulièrement fin.
Le fléau, qui constitue une atteinte à l’environnement,
dure depuis des années, et malgré les signaux d’interdiction et les patrouilles de police sur les plages, plus
d’une tonne de sable a été saisie l’an dernier dans les
bagages des touristes à l’aéroport de Cagliari. Il est
généralement transporté dans un sac ou une bouteille
plastique, étiqueté du nom de la plage dont il provient.
L’amende maximale encourue est de 3000 euros.
ment de projets économiques conjoints. Le président
du comité nord-coréen visant à la «réunification pacifique» de la péninsule a déclaré lundi qu’il était
important de lever les «obstacles» dans les relations
intercoréennes.
Selon le site nord-coréen
Uriminzokkiri, Séoul se
montre chaleureux avec le
Nord, promouvant le «dialogue et la coopération», tout
en «étant plus fidèle aux ordres de son maître [les EtatsUnis, ndlr] au sujet des sanctions et de la pression».
Contrainte par les sanctions
de l’ONU, la Corée du Sud ne
peut s’engager trop avant
dans des projets de coopération avec le Nord. Fidèle à sa
posture de médiateur-facilitateur, Moon Jae-in doit
composer avec l’imprévisible président américain. Car
ces retrouvailles de septembre interviennent au moment où le processus de dénucléarisation semble dans
l’impasse, Washington et
Pyongyang s’accusant mutuellement de renier les engagements de Singapour.
ARNAUD VAULERIN
Indonésie
Le bilan du séisme
monte à 436 morts
Le bilan du séisme sur l’île indonésienne de Lombok s’est
alourdi à 436 morts, ont indiqué lundi les autorités locales, ajoutant que les secours
continuaient de retirer des
corps des décombres. Des dizaines de milliers de maisons,
mosquées et entreprises ont
été détruites par le tremblement de terre d’une magnitude de 6,9, qui a frappé l’île
le 5 août, une semaine après
un autre séisme qui avait fait
au moins 17 morts. D’après
le bilan officiel, plus de
1300 personnes ont été blessées et près de 353000 habitants ont été déplacés. La plupart des déplacés dorment
sous des tentes ou des bâches
installées à proximité des
ruines de leurs maisons.
DU NORD
AU SUD
Le ministre norvégien de la
Pêche, Per Sandberg, a démissionné lundi après avoir
enfreint les règles de sécurité lors d’un voyage privé
en Iran avec sa compagne. Le
numéro 2 du Parti du progrès
(droite anti-immigration) a
admis s’être rendu dans la République islamique en juillet
sans avoir au préalable averti
le Premier ministre et en emportant son portable de fonction, alors que les services de
sécurité norvégiens citent régulièrement l’Iran comme
l’un des pays les plus actifs en
matière d’espionnage. L’affaire agitait les médias norvégiens depuis deux semaines,
notamment en raison de
l’identité de sa compagne. De
trente ans sa cadette, Bahareh
Letnes, ex-reine de beauté
d’origine iranienne, avait été
déboutée trois fois de sa demande d’asile en Norvège et
expulsée avant d’obtenir finalement un permis de séjour.
Favorable à une politique
d’immigration stricte, le Parti
du progrès préconise l’expulsion rapide des demandeurs
d’asile déboutés.
L’ayatollah Ali Khamenei,
guide suprême de l’Iran,
exclut aussi bien la guerre
que les négociations avec
les Etats-Unis, a-t-il écrit sur
Twitter : «Des responsables
américains parlent de nous
avec cynisme depuis quelque
temps. Outre les sanctions,
ils parlent de guerre et de
négociations. Laissez-moi
dire à ce propos quelques
mots au peuple: IL N’Y AURA
PAS DE GUERRE, NI DE
NÉGOCIATIONS AVEC LES
ÉTATS-UNIS.» Des spéculations vont bon train sur
la possibilité que l’Iran
revienne à la table des négociations, après le retrait
unilatéral de Washington
de l’accord sur le nucléaire
conclu en 2015 et le rétablissement des sanctions. Mais
l’Iran a rejeté une proposition de dialogue du président américain, Donald
Trump, soulignant que
Washington n’était plus
digne de confiance après
avoir violé ses engagements
vis-à-vis de l’accord conclu
entre Téhéran et les grandes
puissances.
Une ex-conseillère de Trump diffuse
l’enregistrement de son licenciement
«C’est une Maison Blanche
dans laquelle tout le monde
ment.» Omarosa Manigault-Newman, chargée du
Bureau des relations publiques à la Maison Blanche
jusqu’en janvier et auteure
d’un livre sur son expérience sous la présidence
Trump, a diffusé dimanche
un enregistrement classé
secret de son licenciement
par le chef de cabinet,
John Kelly.
«Ils me conduisent dans la
salle de crise, les portes sont
verrouillées, ils me disent
que je ne peux pas en partir
et ils commencent à me menacer, à me faire peur, à me
contraindre», a raconté
Omarosa Manigault New-
man dans une interview
à NBC. «Je me suis protégée», a-t-elle expliqué pour
justifier sa décision de rendre public son entretien
dans la salle de crise de la
Maison Blanche –en violation des protocoles de sécurité– et ses conversations
enregistrées avec Trump.
La «Situation Room» est en
effet ultrasécurisée et les
appareils électroniques
y sont interdits.
La présidence américaine
n’a pas apprécié la démarche. «L’idée même qu’un
membre du personnel
puisse faire entrer un appareil d’enregistrement dans
la salle de crise témoigne
d’un mépris flagrant pour
notre sécurité nationale, a
réagi la porte-parole de la
Maison Blanche, Sarah
Sanders. Et se vanter à la
télévision nationale prouve
le manque de caractère et
d’intégrité de cette ex-employée mécontente.»
L’ex-conseillère et ancienne candidate de l’émission de téléréalité The Apprentice, animée pendant
des années par Trump,
a qualifié le président de
«raciste» et affirmé qu’il
«souffre de déclin sur le
plan mental» et «n’est pas
impliqué dans certaines des
décisions les plus importantes pour le pays». «J’ai
été complice de cela, et je le
regrette», a-t-elle admis.
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10 u
FRANCE
UNE ANNÉE EN MACRONIE
Ordonnances modifiant le code du travail, dédoublement
des classes de CP dans les quartiers d’éducation
prioritaire, abandon du projet d’aéroport de Notre-Damedes-Landes, quasi-suppression de l’ISF, abaissement de
la vitesse sur les routes… Pendant l’an I de son
quinquennat, Emmanuel Macron a multiplié les
réformes, non sans essuyer des critiques et provoquer
des crispations. Libération s’est lancé dans un tour
de France pour décrypter, sur le terrain, les effets
des mesures sur le quotidien des gens.
GLYPHOSATE
Comment
le mettre
hors champs ?
Le gouvernement
s’est fixé pour
objectif de mettre
fin à l’utilisation de
l’herbicide dans
trois ans.
Le débat a repris
de l’ampleur avec
la condamnation de Monsanto,
vendredi. «Libération» est allé à la
rencontre d’agriculteurs en Bretagne.
L’un d’eux a renoncé à ce produit,
les autres ont diminué leur utilisation.
Manche
MANCHE
ILLE-ET-VILAINE
CÔTESD’ARMOR
Servonsur-Vilaine
Rennes
MAYENNE
AN
H
BI
OR
M
SaintMarc-surCouesnon
Laillé
LOIREATLANTIQUE
20 km
Par
PIERRE-HENRI ALLAIN
Correspondant à Rennes
Photos THIERRY PASQUET. SIGNATURES
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
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«Le désherbage mécanique
a l’avantage de dynamiser les sols»
Ancien utilisateur des méthodes
d’agriculture intensive, Pascal
Hervé, 63 ans, producteur de
céréales et maire de Laillé (Ille-etVilaine) a changé du tout au tout.
N
e parlez plus de glyphosate à Pascal
Hervé. Ce solide sexagénaire, maire de
Laillé, une commune de 5000 habitants
près de Rennes, considère qu’on peut très bien
se passer de l’herbicide controversé de Monsanto
grâce au désherbage mécanique. Près de son
tracteur, qui compte déjà un paquet d’arpents au
compteur, il détaille les différents outils accrochés en batterie à l’arrière de l’engin et capables
de venir à bout des mauvaises herbes les plus
persistantes.
Vaches
Il y a d’abord ce «cultivateur» aux crocs munis
d’ailettes coupantes pour trancher les racines,
puis cette double rangée de disques obliques capables de retourner la terre sur de faibles profondeurs pour enfouir les herbes, et enfin ce «rouleau
tasseur» pour aplanir le sol. Le tout surmonté
d’un semoir pour éventuellement disperser les
graines d’un engrais naturel comme le trèfle. «On
peut aujourd’hui combiner différents outils, souli-
Christian Mochet, le 3 juillet
à Servon-sur-Vilaine.
Ci-dessus : Pascal Hervé
dans son champ de seigle
sans glyphosate
à Laillé, le 6 juillet.
gne-t-il. D’autant que les fabricants de machines
agricoles ont considérablement développé ce type
de matériel.» Outre se passer du glyphosate, «le
désherbage mécanique a aussi l’avantage de dynamiser les sols en renouvelant la vie bactérienne et
microbienne». Avant d’en arriver à ce constat,
Pascal Hervé aura parcouru un long chemin.
Installé à la fin des années 70 comme producteur
laitier sur une exploitation de 80 hectares pour
une cinquantaine de vaches, il a d’abord appliqué
les règles de l’agriculture intensive, utilisant
abondamment engrais chimiques et produits
phytosanitaires pour protéger ses cultures de céréales et de maïs. «Au début des années 90, avec
une dizaine d’autres agriculteurs, on a commencé
à s’interroger. Quel métier faisions-nous pour passer nos journées à traiter nos cultures, avec le soir
les papilles irritées et les lèvres pâteuses? Le jour
où j’ai vu une dame sans protection, à cyclomoteur,
sur la route le long de laquelle je pulvérisais du glyphosate avec mon masque, ça a été un déclic.»
Avec l’aide d’une technicienne de la chambre
d’agriculture d’Ille-et-Vilaine et contre l’avis de
son comptable, Pascal Hervé a commencé à diminuer drastiquement les quantités de produits
chimiques qu’il utilisait. Résultat : une baisse
sensible des rendements. Mais, au final, de
meilleurs revenus! «Cela n’a pas été facile car on
n’est pas formé pour cela, se souvient-t-il. Mais en
diversifiant nos cultures fourragères pour fournir
un aliment plus sain et plus varié au bétail, et en
dépensant moins en produits phytosanitaires et
en produits pharmaceutiques car nos vaches
étaient en meilleure santé, notre marge brute a
augmenté.»
Rotation
Après cette première étape, Pascal Hervé était
prêt à éradiquer tout produit chimique pour se
convertir à l’agriculture biologique. «Beaucoup
d’agriculteurs continuent à utiliser du glyphosate
car il suffit d’un seul passage sur une parcelle
pour désherber, alors que le désherbage mécanique en demande deux, remarque-t-il. Mais, à un
moment donné, il faut faire un choix. Si les pesticides simplifient le travail, ils dégradent aussi les
sols et empoisonnent la vie, avec des substances
actives que l’on retrouve dans l’eau, les aliments,
les boissons que l’on consomme. On en a détecté
récemment dans de la bière!» Aujourd’hui, Pascal
Hervé, qui a revendu ses vaches laitières et se
consacre à la seule production de céréales, met
aussi en avant l’intérêt de la rotation des cultures
sur les parcelles et du recours à la prairie pour limiter les plantes indésirables. Et il est plus que
jamais convaincu que l’on peut très bien se passer des «produits pétrochimiques» et avoir une
exploitation rentable. •
«Chaque produit a des doses
maximales, c’est maîtrisé»
Pour les agriculteurs
Christian Mochet,
53 ans, et Jean-François
Vallée, 40 ans,
il est difficile
de totalement
se passer du glyphosate.
N
on loin du massif forestier
de Liffré, à Servon-sur-Vilaine (Ille-et-Vilaine), Christian Mochet, qui exploite avec deux
associés une ferme de 105 hectares
pour 90 vaches laitières, défend un
«usage raisonné» des produits phytosanitaires. Et insiste sur la réglementation rigoureuse qui encadre
leur usage. Dans le local dédié aux
produits de synthèse de son exploitation, il montre les étiquettes sur
les bidons entreposés dans une armoire en fer: «Chaque produit a des
doses maximales homologuées, avec
des dates d’utilisation avant récolte
pour être sûr qu’il n’y ait pas de résidus dans les cultures. Les pulvérisateurs sont également soumis à des
contrôles techniques tous les
cinq ans. Tout cela est maîtrisé.»
Carburant
Surtout, hormis les mauvais élèves
qui voudraient un champ de blé
«nickel-propre, sans une mauvaise
herbe qui dépasse», il juge dans l’intérêt de tous les agriculteurs, ne serait-ce que pour des raisons financières, d’en limiter l’utilisation.
Pour ce qui est du glyphosate, «trois
ou quatre litres par hectare, c’est
trop», soulignant pour sa part se limiter «à un litre». A ces doses, il y a
«peu de risques», selon lui, qu’on en
retrouve dans l’eau et aucune raison
qu’il en reste des traces dans les
produits d’origine agricole. L’éleveur insiste aussi sur les précautions pour pulvériser ses herbicides,
pour un maximum d’efficacité et en
limiter la volatilité. Hydrométrie,
force des vents, rien n’est laissé au
hasard. «Le matin ou le soir sont les
meilleures périodes de la journée
pour pulvériser ces produits. La nuit
est le moment idéal. Certains agriculteurs dorment le jour et pulvérisent la nuit, ce qui peut permettre de
diminuer les doses de moitié.»
Autre argument avancé par cet exploitant en faveur de l’herbicide: les
frais de gasoil générés, en agriculture bio, par le passage de la charrue, pour retourner la terre et enfouir les mauvaises herbes. Une
tâche très gourmande en carburant
qui va avaler plusieurs dizaines
d’euros à l’hectare, quand il n’en
coûte qu’une dizaine avec le glyphosate. Bref, selon Christian Mochet,
il y a certes des pistes à creuser,
comme la culture de «plantes compagnes» semées avec le blé ou l’orge
pour étouffer les mauvaises herbes,
mais ce n’est pas demain qu’on
pourra se passer de l’herbicide.
Couvert végétal
A quelques dizaines de kilomètres,
à Saint-Marc-sur-Couesnon, JeanFrançois Vallée, qui dirige avec son
épouse une exploitation de 120 hectares d’orge et de blé principalement, a considérablement fait évoluer ses pratiques. Mais il estime
devoir encore, même marginalement, avoir recours au glyphosate.
Sur des sols peu profonds où affleure la roche, plus question d’utiliser le moindre engin mécanique,
comme il l’a fait durant des années,
usant le soc de ses charrues comme
l’acier de ses outils à disques, tout en
favorisant l’érosion des parcelles.
«Jusqu’en 2007, tout allait mal.
J’étais dans un travail du sol intensif
et je passais mon temps à pulvériser
du désherbant sans parvenir à éliminer les herbes indésirables, tandis
que mes rendements diminuaient.
Une nuit j’ai pris conscience de mon
problème: la clé se trouvait dans la
vie du sol, qui était en train de mourir et que je devais cesser de travailler pour qu’il retrouve toute sa
matière organique.» Il a alors commencé «à faire des semis directs,
sans travailler la terre, et ça a marché très bien». Dans la foulée, l’éleveur adopte des techniques originales en multipliant la plantation de
nouvelles espèces pour accompagner la culture des céréales: tournesol, phacélie, féverole et autres plantes susceptibles d’être éliminées par
le gel en hiver. Objectif: assurer un
couvert végétal permanent qui empêche la pousse des mauvaises herbes. Mais aussi nourrir les sols, voire
servir de repoussoir pour certains
insectes. «Ces couverts végétaux protègent aussi les sols des intempéries
et ne demandent que le passage d’un
semoir dans les champs tiré par un
tracteur peu puissant, ce qui représente une importante économie
d’énergie par rapport au travail mécanique de la terre», ajoute JeanFrançois Vallée, dont la ferme s’est
quasiment vidée des engins agricoles qu’elle pouvait autrefois abriter.
Reste certaines graminées, pour lesquelles l’agriculteur, qui n’utilise
plus ni insecticides ni fongicides,
estime n’avoir d’autre solution que
le recours au glyphosate. En quantité néanmoins limitée: «Autrefois,
j’en utilisais 3 litres à l’hectare.
Aujourd’hui, j’en suis à 0,8 litre et on
n’en a jamais retrouvé trace dans les
eaux de drainage. Mais si demain,
on nous supprime ce produit, c’est
tout notre système vertueux de régénérescence et de protection des sols
qui sera remis en cause.» •
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12 u
LIBÉ.FR
FRANCE
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
Blog «Hémisphère gauche» : la météo du cerveau, ou
comment nos émotions fluctuent au gré des saisons
Pour la plupart d’entre nous, et malgré les contrariétés politiques
qui affligent certains, l’été est synonyme de bonne humeur. Cette tendance se
répercute sur les plateformes web, comme Twitter, où les mots à connotation positive
deviennent plus fréquents (Golder & Maci, 2011) tandis que les mots à connotation
négative régressent pendant la période estivale. L’analyse des changements d’humeur sur le Web suggère que même nos anxiétés s’apaisent, puisque les recherches
Wikipédia associées à différents types de maladies chutent en été.
Petites taxes:
l’idée fisc du
gouvernement
Une vingtaine
de prélèvements
«à faible rendement»
vont être supprimés
dès le budget 2019,
qui sera discuté
à la rentrée. Pour
l’instant, Bercy ne
précise pas lesquels.
Un manque à gagner
de 200 millions
d’euros par an.
Par
LILIAN ALEMAGNA
«T
axe farine», «taxe
cuir», «taxe spectacles»… Voici
quelques exemples de contributions que le gouvernement
pourrait faire disparaître dès
cet automne. «Nous allons
supprimer 25 petites taxes,
celles qui ont moins de
150 millions d’euros de rendement, dans les deux prochains budgets», a ainsi
confirmé Gérald Darmanin,
le ministre de l’Action et des
Comptes publics, début
juillet, sans pour autant
détailler lesquelles de ces
taxes seraient concernées.
Selon lui, «une vingtaine» de
ces «taxes à faible rendement» seront supprimées dès
le projet de loi de finances
de 2019, qui doit être présenté début octobre en
Conseil des ministres. Dans
son traditionnel rapport préparatoire au débat d’orientation des finances publiques
transmis aux députés et sénateurs le mois dernier, le
gouvernement précisait qu’il
était «envisagé de consacrer
une enveloppe de l’ordre de
200 millions d’euros par an,
sur plusieurs années» pour
financer le manque à gagner
dans les caisses de l’Etat.
Sans non plus dire quelles
«taxes» ont été sélectionnées…
Cela fait en tout cas plusieurs
années que le patronat veut
leur peau. «On nous rajoute
en permanence des petites
taxes dans tous les sens», critiquait par exemple en 2014
l’ex-patron du Medef, Pierre
Gattaz, dans le Parisien. Ce
dernier avait alors eu l’oreille
du gouvernement Ayrault :
les ministres Pierre Moscovici (Economie et Finances)
et Bernard Cazeneuve (Budget) avaient commandé
en 2013 un rapport sur le sujet à l’Inspection générale des
finances (IGF). Cette dernière
s’était penchée sur les impôts
spécifiques ayant un rendement inférieur à 150 millions
d’euros. Mais contrairement
à la vingtaine qu’évoque
aujourd’hui Darmanin, l’IGF
en avait ciblé… 192. «Si, bien
souvent, ces taxes semblent
s’inscrire dans un objectif de
politique publique parfaitement légitime, leur multiplicité et leur accumulation
contribuent à l’illisibilité et
à la complexité souvent dénoncées de ce dispositif», écrivaient les rapporteurs de
l’IGF dans leur document final rendu en février 2014.
Cuir. Dans ces 148 pages, ils
proposaient d’aller beaucoup
plus loin dans les «suppressions» que le gouvernement
actuel ne l’envisage: «Sur les
192 taxes et impositions de
toute nature […] examinées,
soulignaient-ils, au moins 68
pourraient être supprimées
et 32 regroupées». Dans leur
scénario dit «de rupture», les
rapporteurs ne laissaient en
vie qu’une petite trentaine de
taxes… Coût pour le budget
de l’Etat : 800 millions
d’euros dans la version la plus
soft et plus de 3 milliards pour
le scénario le plus osé.
Parmi les contributions que
l’IGF proposait de faire disparaître, on retrouve notamment une taxe sur certaines
dépenses publicitaires, une
autre sur les céréales, sur les
médicaments pharmaceutiques vétérinaires, sur les
spectacles, un prélèvement
sur les films pornographi-
ques ou d’incitation à la violence, la taxe balayage que
récoltent les communes, une
contribution sur les remontées mécaniques, les produits cosmétiques, les appareils automatiques, les droits
de francisation et de navigation ou encore une taxe sur le
sucre et la fameuse taxe
«portant sur les quantités de
farines, semoules et gruaux
de blé en vue de la consommation humaine», dite
«farine», qui pourrait bien
être dans la liste du gouvernement. «Celle-ci, tout le
monde est d’accord pour la
supprimer», confirme le député LREM du Val-de-Marne
Laurent Saint-Martin, en
pointe à l’Assemblée sur le
sujet.
Dans ce même rapport, l’IGF
listait a contrario d’autres
taxes jugées «utiles» qu’il
convenait de maintenir.
Celles, par exemple, sur les
alcools, les jeux d’argent, les
activités polluantes et autres
contributions dites «pigouviennes» – du nom de l’économiste britannique Arthur
Pigou – censées entraîner
une modification des comportements.
Si les rapporteurs de l’IGF
pointaient alors la spécificité
française en la matière –des
taxes à faible rendement
«deux à quatre fois supérieur[es] au nombre observé
chez nos principaux partenaires européens» et une inflation de ces taxes «depuis la
fin des années 90» – ils mettaient cependant en garde les
pouvoirs publics sur la difficulté à traiter le sujet sereinement. «Les éventuelles mauvaises taxes sont toujours
Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. PHOTO A.FACELLY
celles des autres», soulignaient-ils ainsi, appelant
à une «forte impulsion politique» pour convaincre les administrations, mais aussi les
secteurs économiques qui en
bénéficient, d’accepter la disparition de ces prélèvements
sur les entreprises. Car une
bonne partie d’entre elles
servent à financer… leurs
propres filières. Cuir, maro-
En 2013, l’Inspection
générale des finances s’était
penchée sur les impôts ayant
un rendement inférieur
à 150 millions d’euros,
et en avait ciblé… 192.
quinerie, ganterie, chaussure, horlogerie, bijouterie,
joaillerie, orfèvrerie… Lorsque l’Etat prélève un impôt
particulier, c’est aussi, par
exemple, pour financer des
écoles de formation et soutenir ces différents secteurs.
Ces derniers craignent de ne
plus être, à l’avenir, soutenus
s’ils doivent compter, demain, sur des financements
issus du budget général.
«Dentelle». L’IGF estimait
dans son rapport que, dans
ces secteurs, «la légitimité à
intervenir de l’Etat apparai[ssai]t faible» et proposait
à ce dernier de «s’en désengager» pour créer des «contributions volontaires». «Il faut
faire attention, prévient Laurent Saint-Martin. C’est de la
dentelle, ça peut faire très mal
à des filières en difficulté.»
Cela pourrait aussi porter
préjudice à des institutions
de protection de l’environnement. Un exemple: l’IGF préconisait dans ce même document la fin des droits annuels
de francisation et de navigation ainsi que des droits de
passeport dont s’acquittent
les navires en France. Or, le
produit de cette «petite taxe»
représente 90 % du budget
du conservatoire du littoral…
Voilà aussi pourquoi l’exécutif a choisi d’être prudent, en
ne retenant finalement la
suppression que d’une vingtaine de prélèvements. •
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
LIBÉ.FR
u 13
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Mort de l’économiste
Samir Amin, figure
de l’altermondialisme
L’économiste franco-égyptien Samir Amin est mort dimanche à Paris à l’âge de 87 ans. Théoricien des relations
de domination Nord-Sud, du marxisme et du maoïsme, il
avait beaucoup écrit sur le droit, la société civile, le socialisme, le colonialisme et le développement, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe. PHOTO AFP
«Aquarius»: la gauche interpelle Macron
Le silence d’Emmanuel Macron face à l’appel de l’Aquarius, à la recherche d’un port
où accoster avec 141 rescapés
à son bord, provoque une vague de réactions à gauche.
Un communiqué de Génération·s «demande solennellement à Emmanuel Macron
d’ouvrir un port français,
aujourd’hui et pour ses prochaines missions». Le mouvement de Benoît Hamon
considère que le Président
«cède en réalité avec une faiblesse et une complicité coupables aux pressions de [Matteo] Salvini et de l’extrême
droite européenne et française». Le 10 juin, le ministre
de l’Intérieur italien avait
déjà fermé ses ports au navire de SOS Méditerranée,
alors que 629 personnes se
trouvaient à bord. Guillaume
Balas, coordinateur national
du mouvement Génération·s, dénonce «l’atonie
d’Emmanuel Macron, s’apparentant à une volonté de
décourager les migrations».
Un manque de réaction dans
la droite ligne, selon lui, de
l’«“Orbánisation” de l’Europe» (du nom de Viktor Orbán, Premier ministre hongrois), caractérisée par une
«politique d’exclusion et de
rejet inefficace, et qui ne fait
qu’amoindrir nos relations
futures avec l’Afrique. L’Europe ne peut pas continuer à
être dans le déni».
Rachid Temal, vice-président du groupe PS au Sénat,
a aussi appelé le président de
la République à accueillir
l’Aquarius. «On ne peut pas
aujourd’hui, au XXIe siècle,
laisser un bateau comme cela
au milieu de la Méditerranée. Je ne peux pas m’habituer à ces drames-là.» Du
côté de La France insoumise,
Clémentine Autain a également interpellé le gouvernement sur Twitter lundi :
«Il faut ouvrir un port français pour l’Aquarius. Vite.
Pas de vacances pour le
devoir de solidarité.» Le directeur du Port de Sète, l’ancien ministre communiste
Jean-Claude Gayssot, a proposé, pour sa part, d’y accueillir les migrants, «si les
autorités françaises le permettent».
Stagnant entre Malte et l’île
italienne de Lampedusa, le
navire a reçu deux réponses
négatives de la part de La Va-
lette et Rome, a fait savoir la
présidente de SOS Méditerranée, Sophie Beau. L’ONG appelle l’ensemble des Etats
européens «à prendre leurs
responsabilités pour trouver
un port sûr en Méditerranée».
Pour Sophie Beau, la situation actuelle est une nouvelle
fois «en contradiction avec le
droit maritime international,
et tout cela se fait sur le dos de
personnes en danger».
Après deux sauvetages
consécutifs vendredi au
large des côtes libyennes,
l’Aquarius compte à son bord
141 personnes exilées. La
moitié d’entre elles sont des
enfants. Un tiers sont des
femmes. Les rescapés viennent principalement de
Somalie et d’Erythrée.
MAÏA COURTOIS
77
C’est le nombre de salariés d’un McDonald’s de
Marseille venant de cesser son activité qui ont
demandé à rencontrer le président du groupe
en France. L’établissement de Saint-Barthélémy, dans
le XIVe arrondissement (quartiers Nord), est fermé depuis le 7 août. Comme lui, six fast-foods marseillais
de la marque, propriété du même franchisé, doivent
changer de mains. Les salariés soupçonnent le repreneur de celui de Saint-Barthélémy de vouloir «couler
l’entreprise, permettant à McDonald’s de se débarrasser de ce restaurant sans passer par un plan social».
L’avocat des salariés a déposé une plainte contre X au
pénal pour «tentative d’escroquerie et association de
malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie».
Les animaux
n’ont pas le code
existe et que l’Etat mette en
avant sa protection.»
Entouré d’une équipe de
spécialistes, le juriste est
à l’initiative d’un ouvrage
inédit en Europe pour les
praticiens du droit, le Code
de l’animal, qui rassemble
les différentes dispositions
juridiques qui régissent en
droit français et international l’animal.
Précurseur,
BÊTES
ce gros pavé
bleu, publié en mars et
financé par la Fondation
30 millions d’amis, aurait
été vendu à près de
1200 exemplaires depuis sa
sortie. «On ne s’attendait
pas à en vendre autant, précise Jacques Leroy. Il a au
moins eu le mérite de faire
prendre conscience qu’il y
avait un droit animalier en
France dispersé dans les
autres codes. Il serait intéressant d’aller plus loin en
reconnaissant une personnalité juridique entraînant
de fait des droits qui ne sont
pas des droits humains étendus à l’animal mais bien des
droits spécifiques.» Dans
l’Hexagone, on en est loin.
FLORIAN BARDOU
A lire en intégralité sur Libé.fr.
Belmondo Retrait
de retraite
L’acteur Jean-Paul Belmondo, en vacances en Haute-Corse, a confié lundi
à Corse Matin avoir encore
«envie de tourner», assurant
que «la passion ne [l’]a jamais
quitté». «Pour le moment, je
ne fais pas de film, ce n’est pas
encore tout à fait au point.
Je réfléchis aussi à d’autres
propositions, j’espère qu’on
m’en fera également d’intéressantes», a déclaré l’acteur
de 85 ans, interrogé par
le quotidien sur un possible
tournage avec le réalisateur
Fabien Onteniente (Camping). «J’ai envie de tourner,
en fait, la passion ne m’a jamais quitté, mais j’ai aussi
envie que les choses soient
bien faites. J’ai confiance en
l’avenir», a ajouté Jean-Paul
Belmondo, tout en indiquant
qu’il ne referait pas de théâtre. La semaine dernière,
Robert Redford, quatre ans
de moins, a quant à lui annoncé sa retraite.
graphisme Sébastien Marchal / photo Joël Lumien
Fin juillet, le gouvernement
de la Wallonie a donné son
feu vert à la création d’un
code du bien-être animal.
Mais en France, l’idée d’un
code de l’animal, comparable en portée au bon vieux
code Napoléon, n’est pas
d’actualité. En 2014, lorsqu’il s’agit de faire des animaux des «êtres vivants
doués de sensibilité» dans
L’ÂGE
le code civil,
des députés de tous bords
envisageaient de doter les
animaux non humains d’un
statut juridique particulier.
Mais leur proposition de loi,
qui ne prétendait pas faire
des bêtes des sujets de
droits et leur octroyer une
personnalité juridique, est
mort-née, les parlementaires se contentant d’aligner
l’année suivante le code
civil sur le code rural et le
code pénal. «La meilleure
solution, ce serait pourtant
de créer un code de l’animal
car le code civil est un texte
conçu pour l’homme, souligne Jacques Leroy, professeur de droit privé à l’université d’Orléans. Ce serait
une reconnaissance par le
législateur que l’animal
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14 u
VOUS
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
Jobs d’été Pour une
poignée de lignes de CV
Souvent vus comme une source
d’argent de poche, les petits boulots
sont de plus en plus un moyen pour
les jeunes d’entrer dans la vie active,
à l’heure ou Parcoursup demande
de fournir un curriculum vitæ.
TÉMOIGNAGES
Par
MARLÈNE THOMAS
A
lors que les plus chanceux
lézardent au soleil, chaque été
des milliers de jeunes décident
d’amputer tout ou partie de leur congé
estival afin de travailler. Dans son
étude «Parole aux jeunes», réalisée
en juillet 2018 auprès de plus
de 2 000 jeunes âgés de 16 à 23 ans,
le site Diplomeo dévoile ainsi
que 56% des jeunes ont décidé de travailler cet été (1). Si la perspective de
gagner un peu d’argent est un moteur
indéniable, renflouer son compte en
banque est loin d’être la seule raison
invoquée par ces apprentis travailleurs.
Dans cette même enquête, si
pour 45% des interrogés un job estival
est avant tout rémunérateur, 46 % y
voient plutôt une aventure porteuse
d’expérience. Une aubaine à l’heure où
les aspirants étudiants doivent désormais fournir un CV sur Parcoursup
(souvent bien vide en raison de leur
âge), pour espérer entrer dans l’ensei-
gnement supérieur. 88% de ces jeunes
estiment ainsi qu’un job d’été est un
plus sur un CV ou du moins l’espèrent.
A raison ?
«ENTONNOIR»
Adrien Ducluzeau, fondateur de
la Relève, un cabinet de recrutement (CDD, CDI, stages, contrats d’apprentissage) pour étudiants et jeunes
diplômés, répond par l’affirmative: «Les
jobs d’été sont très importants. Il existe
toujours une vive concurrence entre les
candidats à un futur emploi. Il est important de justifier d’une expérience
supplémentaire permettant de se démarquer. Elle montre aussi aux recruteurs que la personne maîtrise les codes
du monde professionnel, les horaires,
l’autonomie, la créativité, le respect
d’autrui, le comportement et qu’elle est
curieuse.» Il poursuit: «Quand on n’a
pas de réelle expérience professionnelle,
il faut mettre un maximum de petites infos sur lesquelles on peut ensuite débattre. Les candidats se retrouvent
avec 40 personnes qui ont à peu près le
même CV, peu d’expérience. Ce n’est
d’ailleurs pas ce qu’on leur demande, on
recherche plutôt un savoir-être, une
façon de travailler qui s’acquiert lors de
ces boulots et vont toucher le directeur,
le recruteur, le RH.»
Le constat est partagé par Benoît
Mazier, responsable d’un site de la Mission locale, une association présente
sur tout le territoire et visant à aider les
jeunes dans leur insertion professionnelle : «Quand ils multiplient les embauches en emplois courts comme les
jobs d’été, ils ont moins de difficulté à
trouver des emplois longs. Un jeune qui
a réussi à passer un premier entretien
d’embauche, qui a un CV qui tient la
route et qui s’est intégré dans une première entreprise aura nécessairement
plus de facilités par la suite. Ce n’est
qu’une marche, mais dans un parcours
c’est important.» Dans le cas où le jeune
a une idée de projet professionnel,
l’idéal pour faire mouche reste de focaliser sa recherche de boulot d’été sur un
domaine assez proche. «On leur conseille de faire une sorte de méthode d’entonnoir. Il faut qu’ils se demandent quel
est le métier idéal dans le secteur idéal
où ils ont envie de travailler. Si l’idée de
départ est de bosser dans le tourisme,
par exemple dans l’hôtellerie, et que
cela ne marche pas, il faut essayer de
trouver autre chose de proche comme
travailler dans des restaurants ou sur
des bateaux-mouches. On resserre au
maximum au départ et petit à petit, en
fonction des refus, on commence à élargir ce cercle tout en essayant de rester
au plus proche du domaine», conseille
le recruteur. Pour les professionnels,
l’intérêt est de comprendre en un coup
d’œil la cohérence du parcours lll
Plage du Touquet,
en juillet.
PHOTO AIMÉE THIRION
ANDRÉA, 17 ANS
«AVOIR UN CV VIDE N’EST PAS GRATIFIANT»
SOFIEN, 23 ANS
«MON JOB D’ÉTÉ EST DEVENU MON MÉTIER»
«Durant le mois d’août, je travaille dans une
auberge à Bar-le-Duc (Meuse) comme plongeuse. C’est mon premier job d’été. Physiquement, c’est assez fatigant, je ne m’attendais pas à ça. C’est l’aspect financier qui m’a
d’abord motivée. Je me suis également dit
que si pour une raison ou une autre, j’étais
amenée à chercher du travail, par exemple,
si ça se passe mal en prépa littéraire où je
vais étudier à la rentrée et qu’il faut que je
travaille pour finir l’année, j’aurais un CV
vide. Or avoir un CV vide n’est pas gratifiant. On a pratiquement tous les mêmes
profils, se démarquer en travaillant l’été
peut nous avantager. Le fait de devoir remplir mon CV pour Parcoursup m’a notamment fait prendre conscience de cela.
«Je bosse comme animateur dans un centre
de loisirs à Bron (Rhône) depuis six ans et
dans le périscolaire depuis trois ans. Mon
job d’été a vraiment eu un impact sur mon
avenir professionnel puisque c’est devenu
mon métier. J’ai eu mon premier boulot d’été
à 15 ans, poussé par mes parents et par l’envie de gagner un peu d’argent. J’ai nettoyé
le plastique des livres à la bibliothèque, fait
du démarchage téléphonique et travaillé un
mois dans le service de restauration d’un hôpital psychiatrique. On m’a ensuite incité à
passer mon Bafa et à travailler dans un centre aéré lorsque j’avais 17 ans. Je n’ai pas eu
la révélation tout de suite. Mais après m’être
rendu compte que le BTS MUC (management des unités commerciales), tout comme
Même si la plonge est assez éloignée de ce
que je veux faire dans la vie –j’aimerais devenir professeure des écoles ou de philo –,
c’est rassurant d’avoir une première expérience. Ce job m’apprend à être rigoureuse,
à me débrouiller par moi-même. J’essaie de
prendre des initiatives, de m’organiser, de
gérer mon temps et c’est enrichissant de
travailler en équipe. On a une quantité de
vaisselle limitée, donc les autres ont besoin
que je sois rapide. Je continuerai à travailler
durant l’été par la suite, toutefois j’aimerais
travailler avec des enfants dans un centre
aéré pour pouvoir passer mon Bafa. Ce sera
plus lié à mon objectif professionnel. Mais
comme je n’ai pas encore 18 ans, la plonge
était une des solutions les plus simples.»
les études en général, n’étaient pas faits pour
moi et que j’étais plus à l’aise avec les enfants, je me suis dit que c’était ce qu’il me fallait. En plus de m’aider à trouver ma voie, ce
job d’été m’a mis en confiance, tout comme
mes recruteurs à la DAE (Direction de l’action éducative) de Bron, puisque j’avais une
expérience assez conséquente derrière moi.
Ça a vraiment fait la différence, ils m’ont rappelé le lendemain de mon entretien en me
demandant de commencer deux jours plus
tard. Mon expérience professionnelle les intéressait bien plus que mon parcours scolaire. Les jobs d’été sont les petits trucs en
plus qui font la différence. Ils montrent qu’on
est polyvalent et je pense que dans la tête
d’un recruteur, ça peut jouer.»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
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u 15
lll d’une personne et pourquoi elle
a un attrait pour tel secteur. Toutefois,
dans un certain nombre de cas, l’enjeu
principal est plus modeste: trouver un
boulot coûte que coûte.
FINE BOUCHE
Dans un marché assez concurrentiel,
il n’est en effet pas toujours permis de
faire la fine bouche, et les jeunes n’hésitent pas à postuler dans un maximum
de jobs, plus ou moins attrayants, dans
l’espoir de décrocher un contrat. Serveur, vendeur, responsable de la
plonge, agent d’entretien, éboueur,
maître nageur, le champ des possibles
est large et les tâches demandées parfois pénibles. Mais pas d’inquiétude,
même si un jeune souhaitant s’orienter
dans l’informatique travaille à la
plonge l’été, ses efforts ne seront pas
vains. «L’intérêt du job d’été est aussi de
développer des compétences transversales, d’aller voir ailleurs. Ça peut même
révéler parfois à des personnes un métier ou un secteur auquel il n’avait pas
pensé», souligne Benoît Mazier. Avant
d’ajouter : «Il ne me semble pas fondamental de se focaliser sur le projet qu’on
vise, il y a plein de liens entre les métiers, l’expérience est valable en tant que
telle. On développe plein de compétences, par exemple en travaillant un mois
dans un restaurant, vous aurez appris
la rigueur, à être à l’heure, à gérer l’argent que vous avez gagné.»
Et quelle que soit l’expérience, le plus
important est de la valoriser. «Il faut
toujours avoir en tête en entretien
“qu’est-ce que j’ai retiré de ces expériences ? Comment j’en tire profit par rapport au job auquel je postule?”. Souvent,
des gens commencent en me disant “j’ai
travaillé dans un pub”. Dans un premier temps, je me demande l’intérêt par
rapport au poste dans la finance. Si la
personne argumente en disant “ça m’a
permis d’être autonome rapidement, de
parler anglais, d’être plus à l’aise, d’enchaîner des horaires de travail assez
considérables et de nuit”, il en tire totalement profit», explique le responsable
de cabinet. Transformer le négatif en
positif est aussi conseillé. Il peut arriver
de tomber sur des employeurs malhonnêtes et de passer un été difficile. Dans
ce cas, il est toujours possible d’en tirer
quelques leçons en apprenant par
exemple à faire valoir ses droits. •
(1) Parmi ceux qui ne bossent pas, 66 % l’expliquent par le fait qu’ils n’ont simplement pas
trouvé d’emploi.
(PUBLICATION JUDICIAIRE)
Par un jugement rendu le 29 janvier 2018, le Tribunal de Grande Instance de Beauvais a jugé que certaines clauses des Conditions Générales de Sixt, qui étaient en vigueur jusqu’en avril
2018, devaient être réputées non écrites, à savoir les clauses suivantes :
[Art. 3.1] le loueur se réserve la possibilité de subordonner la location d’un véhicule à d’autres conditions ; [Art. 6] le client ou tout conducteur autorisé est tenu en cas de détérioration d’un
ou plusieurs pneumatiques et/ou jantes pendant la location, de procéder à ses frais (…) à la réparation ou à l’échange du pneumatique et/ou de la jante détériorée ; [Art. 7] pour le transport
GH WRXWH PDWLqUH LQÀDPPDEOH H[SORVLYH « HW GDQV OHV SD\V SURKLEpV SDU OH FRQWUDW GH ORFDWLRQ >$UW @ VL OH FOLHQW RX WRXW FRQGXFWHXU DXWRULVp VRXKDLWH SURFpGHU j XQH UHVWLWXWLRQ HQ GHKRUV
des heures d’ouverture d’une agence, il le fait à ses risques et périls ; même si le véhicule est garé par le Client ou tout Conducteur autorisé sur le parking de l’agence et que les clés ont été
le cas échéant déposées dans la boîte aux lettres de l’agence, le véhicule reste sous la responsabilité du Client ou de tout Conducteur autorisé jusqu’à l’ouverture de l’agence ; [Art. 9.2] des
JDUDQWLHV FRXYUDQW OHV GRPPDJHV FRUSRUHOV GX FRQGXFWHXU HW GHV SDVVDJHUV GX YpKLFXOH « FHV JDUDQWLHV QH V¶DSSOLTXHQW SDV « SRXU OH WUDQVSRUW GH WRXWH PDWLqUH LQÀDPPDEOH H[SORVLYH
RX UDGLRDFWLYH « GDQV OHV SD\V SURKLEpV SDU OH &RQWUDW GH ORFDWLRQ >$UW @ OH FOLHQW HW WRXW FRQGXFWHXU DXWRULVp UpSRQGHQW FRQIRUPpPHQW DX[ GLVSRVLWLRQV GH O¶DUWLFOH GX FRGH
civil, de la perte et des dégradations causées au véhicule au cours de la location ; [Art. 11.1] avertir le loueur ou au plus tard dans les vingt-quatre (24) heures qui suivent la survenance ou
la découverte de l’un des sinistres ou dommages susmentionnés ; [Art. 11.3] en cas de vol ou de pertes des clés originales, le client ou tout conducteur autorisé est tenu de procéder
LPPpGLDWHPHQW j OD GpFODUDWLRQ GX YRO RX GH OD SHUWH GHV FOpV DXSUqV GX /RXHXU HW GHV DXWRULWpV FRPSpWHQWHV VRXV SHLQH GH SHUGUH OH EpQp¿FH GHV OLPLWDWLRQV GH UHVSRQVDELOLWp RSWLRQQHOOHV
YLVpHV j O¶DUWLFOH >$UW @ VDXI FRQWUHH[SHUWLVH OHV SDUWLHV FRQYLHQQHQW TXH O¶pYDOXDWLRQ GHV GRPPDJHV UpDOLVpH SDU O¶H[SHUW LQGpSHQGDQW HVW Gp¿QLWLYH HW UHFRQQDLVVHQW H[SUHVVpPHQW
que celle-ci les liera et leur sera opposable comme valant accord entre elles sur l‘équivalent monétaire des dommages ; [Art. 13.1] le client et tout conducteur autorisé sont tenus solidairement
au prix de la location ; le nombre de kilomètres parcourus pendant la durée du contrat est celui indiqué par le compteur installé dans le véhicule par le constructeur ; si le compteur est
débranché, un forfait de mille kilomètres par jour sera facturé ; les durées de location sont exprimées en jours de location et, sauf accord exprès du loueur, toute journée commencée est due ;
si le véhicule n’est pas rendu avec le même niveau de carburant, le loueur refacturera le carburant manquant à un prix intégrant le coût du service de remplissage ; tous frais encourus par le
loueur par suite d’une infraction au Code de la route, d’une mise en fourrière du véhicule ou de l’appréhension du véhicule par les services de Police, de Gendarmerie ou des Douanes ;
>$UW @ OH FOLHQW VHUD HQ RXWUH UHGHYDEOH GH SOHLQ GURLW G¶XQH LQGHPQLWp IRUIDLWDLUH SRXU IUDLV GH UHFRXYUHPHQW ¿[pH j TXLQ]H HXURV >$UW @ HQ FDV G¶DQQXODWLRQ G¶XQH UpVHUYDWLRQ
SRXU XQH /RFDWLRQ DX WDULI SUpSD\p OH SUL[ GH OD ORFDWLRQ GpMj YHUVp VHUD UHPERXUVp DSUqV GpGXFWLRQ G¶XQ GpGLW G€ DX WLWUH GH O¶DQQXODWLRQ GRQW OH PRQWDQW FRUUHVSRQG DX PD[LPXP DX SUL[
GH WURLV MRXUV GH ORFDWLRQ VL OH &OLHQW QH VH SUpVHQWH SDV SRXU VH IDLUH UHPHWWUH OH YpKLFXOH ORXp DX WDULI SUpSD\p j OD GDWH FRQYHQXH HW DX SOXV WDUG VRL[DQWH PLQXWHV DSUqV OµKRUDLUH
indiqué lors de la réservation, le prix de la location déjà versé restera acquis au Loueur dans son intégralité ; [Art. 16] dans ce cas, le client devra supporter le surcoût engendré par la
WUDQVPLVVLRQ VXU VXSSRUW SDSLHU DLQVL TXH OHV IUDLV GH SRUW >$UW @ OH ORXHXU GLVSRVH pJDOHPHQW G¶XQ ¿FKLHU UHJURXSDQW OHV © 3HUVRQQHV j ULVTXH ª OXL SHUPHWWDQW GH QH SDV DXWRULVHU OD
location aux personnes concernées ; [Art. 18] le contrat de location pourra être résilié unilatéralement et le cas échéant sans préavis, par l’une des parties en cas de manquement par l’autre
partie à tout ou partie de ses obligations résultant dudit Contrat de location ou des présentes Conditions Générales de Location.
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TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Camping paradis.
Série. Affaire de famille Parties 1 & 2. Avec Laurent
Ournac, Thierry Heckendorn.
22h50. Camping paradis.
Série. Notre belle famille Parties 1 & 2.
20h55. Les derniers jours
des dinosaures. Documentaire. 22h05. La vérité sur le
T-Rex. Documentaire. 22h55.
La grande marche des
dinosaures. Documentaire.
21h00. Premier rendez-vous
et plus si affinités. Télé-réalité.
23h40. Télé-réalité :
Que sont-ils devenus ?.
FRANCE 2
20h55. Le meilleur des
Années bonheur. Divertissement. Présenté par Patrick
Sébastien. 23h20. Les enfants
de la télé. Divertissement.
FRANCE 3
20h55. Collection
Mary Higgins Clark. Téléfilm.
Les années perdues. Avec
Sarah Adler, Anne Alvaro.
22h40. Collection
Mary Higgins Clark. Téléfilm.
Deux petites filles en bleu.
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21h00. L’atelier. Drame. Avec
Marina Foïs, Matthieu Lucci.
22h50. Tchi tcha. Magazine.
Best of.
FRANCE 5
20h55. Au bout c’est la mer.
Documentaire. Le Mékong.
21h45. Le marcheur du Nil.
Documentaire. 4 - Égypte.
22h35. C dans l’air. Magazine.
TF1 SÉRIES FILMS
PARIS PREMIÈRE
20h50. Vengeance. Téléfilm.
Avec Nicolas Cage, Don
Johnson. 22h30. Maximum
conviction. Téléfilm.
6TER
21h00. 90’ Enquêtes. Magazine. Un éte sous haute tension
pour les gendarmes du Sud.
22h25. 90’ Enquêtes.
20h55. Snapped : les femmes
tueuses. Magazine. 2 épisodes. 22h45. Snapped : les
femmes tueuses. Magazine.
NUMÉRO 23
20h55. Françoise Dolto,
le désir de vivre. Téléfilm.
22h45. Un fils. Téléfilm.
20h55. La totale. Comédie.
Avec Thierry Lhermitte, MiouMiou. 22h55. Alexandre. Film.
21h00. Audition secrète. Jeu.
Qui deviendra une star sans le
savoir ? - Épisode 4. 23h10.
Audition secrète. Jeu. La
deuxième audition - Épisode 4.
LCP
20h30. L’école est à nous !.
Documentaire. Ou comment
Jean Zay révolutionna l’éducation nationale. 21h30. Droit
de suite - Débat. 23h30. Zéro
de conduite. Documentaire.
C8
21h00. Un drôle de paroissien. Comédie. Avec Bourvil,
Jean Poiret. 22h30. Meurtre
au soleil. Film.
MARDI 14
Quelques averses sont encore possibles des
Pyrénées aux Alpes jusqu'en Corse.
Le temps est plus sec ailleurs mais encore
bien nuageux, sauf en bord de Manche.
L’APRÈS-MIDI Le risque d'averses se maintiendra des Pyrénées aux Alpes sous un ciel
parfois menaçant. Sur les autres régions, les
éclaircies s'élargissent au fil des heures
grâce au retour de l'anticyclone des Açores.
MERCREDI 15
Le soleil brillera sur l'ensemble de la France
avec des températures qui grimperont
rapidement.
L’APRÈS-MIDI Soleil et chaleur
se généraliseront à l'ensemble du pays.
À noter qu'un peu d'instabilité traînera
sur les reliefs des Alpes et corses sous forme
d'averses orageuses.
Lille
Lille
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0,3 m/18º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
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0,6 m/19º
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Toulouse
Bordeaux
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Montpellier
Marseille
Toulouse
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1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Si vous en entendez, ne les
croyez pas II. Le Chevalier au
lion ; Eut en tête III. Bâtisseur
de pyramides ; Il est aussi
commun en Méditerranée
que dans les grilles de mots
croisés IV. Luttait contre une
inondation V. Rappellent que
l’union, ça fait pleurer (de
joie) VI. En cercle est ; Vieux
poème VII. Vieil ennemi ;
Résultat d’un léger lifting à
l’extrême droite VIII. Ce que
font les oisillons IX. Devant
la bouche, il la met en appétit ;
On y va échanger poires
et marrons X. Dam dames
XI. Son contraire est ministère
9
V
VI
VII
VIII
X
Grille n°988
VERTICALEMENT
1. La quatrième dimension nous ouvre ses portes 2. Avant amen ; Punaise,
mais c’est quoi son nom scientifique ? 3. Grande ville antillaise 4. Poisson
avant le premier 8. ; Château de Guillaume II d’Angleterre 5. Il est fascinant
6. Pomme pour enfants ; Parcouru à l’envers ; IIIxXVII 7. Pays en bord de
Méditerranée ; Grand Lac 8. Place placé après le premier 4. ; Deux fois
de suite oscar du meilleur réalisateur 9. Ville sur l’Oder ; Dame ou lame
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. PRONOSTIC. II. HARO. ARCH. III. OM. ARME.
IV. BAHAÏSME. V. ÉON. CASÂT. VI. TOC. ALI. VII. ANIMOSITÉ.
VIII. SEC. UHLAN. IX. ICHOR. LIT. X. FRANCHISÉ. XI. SORCIÈRES.
Verticalement 1. PHÔ. ÉVASIFS. 2. RAMBO. NÉCRO. 3. OR. ANTICHAR.
4. NOAH. OM. ONC. 5. RACCOURCI. 6. SAMIA. SH. HE. 7. TRESSAILLIR.
8. IC. MALTAISE. 9. CHRÉTIENTÉS.
libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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36/40°
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Nuageux
Calme
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Couvert
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l’Eco-label européen N°
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Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
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Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
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(technique),
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Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
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Directeur de la publication
et de la rédaction
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Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
2
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Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Lyon
1
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Clément Delpirou
Dijon
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Stéphane Audran. 23h00.
Les experts : Manhattan.
21h00. Astérix, le Gaulois.
Film d'animation. De Ray
Goossens. 22h20. Un monstre
à Paris. Film d'animation.
20h50. Les dossiers secrets
du Vatican. Documentaire.
Épisodes 1 & 2. 22h40. Jésus
et l’islam. Documentaire.
1 m/19º
CSTAR
21h00. Douanes sous haute
surveillance. Documentaire.
Épisodes 13 à 16. 23h00.
Douanes sous haute
surveillance. Documentaire.
W9
ARTE
u 17
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Au Café Gijón
en juillet
1984.
PHOTO EFE. SIPA
Lieu chéri pour les causeries tant
prisées des Espagnols, ce café
a vu passer artistes et écrivains
célèbres comme le Tout-Madrid.
S’il joua un rôle important dans la vie
intellectuelle des années 50 et 60,
son temps a passé. Désormais, tout
se joue sur les places, et à ciel ouvert.
Derniers fantômes
au Café Gijón de Madrid
Par
PIERRE DUCROZET
un bon coup, on se signe et on pénètre
dans le temple de la vie madrilène.
Ecrivain, historien
O
En novembre 1966. PHOTO MONCAU. EFE. SIPA
n arrive à la Puerta del Sol où tous
les pas nous mènent, que l’on ait
erré aujourd’hui dans la turbulente
Chueca, l’incliné et séduisant Lavapiés, ou
nagé dans l’ivre Latina, on est là, devant
l’enseigne du chanteur en forme de bouteille de bière, et on remonte la rue d’Alcalá en direction des quartiers plus solennels, qu’on ne fréquente finalement que
rarement. On atteint, au bout de la rue, la
fastueuse fontaine de Cibeles, où l’on viendrait fêter les titres du Real Madrid si l’on
était un supporteur de ce club détestable,
puis on bifurque à gauche sur le Paseo de
Recoletos, large et ombragé. C’est l’été, il
fait une chaleur démoniaque à Madrid,
mais l’on s’y sent irrésistiblement bien,
on flâne sous les palmiers et les magnolias.
Là, au numéro 21, la belle façade en marbre et boiseries est flanquée, depuis le
15 mai 1888, du nom de Gran Café de Gijón.
De l’autre côté du trottoir, sur la promenade même, la terrasse du café. On respire
LE RITE SACRÉ
DES «TERTULIAS»
Murs en bois vernissé, tables en marbre
noir, et non gris comme dans la plupart
des bars espagnols, grande salle tenue par
des colonnes et des serveurs en veste blanche immaculée. Je m’assois là, à cette table
près de la fenêtre, avec toute la perspective
devant moi. Je commande un café solo, je
tourne la cuillère, pas de sucre pourtant
mais c’est pour le mouvement, et j’attends.
Il n’y a plus grand-chose au Café Gijón, mais
on guette les ombres.
Pas grand-chose, quelques robes, des costumes-cravates, des touristes, quelques pas
empesés, l’accent sec de Madrid. On guette
la rumeur des conversations qui ont longtemps animé le café, et qu’on appelle ici
tertulias. On y parlait de tout, par groupe,
et souvent par thème: politique, littérature, art, on s’écharpe, on échange, on invente –comme on le fait, en réalité, dans
tous les cafés de Madrid. Au Café Gijón, la
pratique millénaire s’institutionnalise et
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IDÉES/
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UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (10/11)
200 km
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour les droits civiques
à la Bellevilloise de Paris, lieu d’une utopie sociale, en passant par le Café Riche du
Caire, des écrivains, des historiens et des géographes retracent l’histoire de lieux où
ont émergé de nouveaux courants intellectuels, politiques ou artistiques.
Retrouvez tous les épisodes de la série sur Libé.fr
devient un mythe: les tertulias sont un rite
sacré, une manière d’habiter le monde, de
l’interroger, de le reformuler. Tous les écrivains, intellectuels, journalistes, artistes se
retrouvent au Gijón dans ce but. On arrête
ainsi le cours du temps un instant, et on s’y
loge. Alors je tends l’oreille. Mais
aujourd’hui, si je ne m’abuse, c’est surtout
le ronron de la machine à café qui emplit
l’air, scandé par le choc du percolateur contre le rebord. Je commande une tortilla. Le
carnet est ouvert.
Après une heure et demie d’attente, à scruter les murs, les affichettes, les tableaux,
tous les souvenirs d’un glorieux passé, j’entends finalement un bruit. Il vient du soussol. Je me lève, pousse une porte, descends
les marches et arrive dans une grande salle
en forme de sous-marin. Quel con, ils
étaient tous là. Un fantastique brouhaha
s’élève de la fumée crémeuse des cigares.
Ça crie, ça harangue, ça boit. Je commande
un whisky au comptoir, et me glisse, discrètement, sur la banquette du milieu.
Les fantômes ont dû se réfugier un jour ici,
dans cette salle obscure, où ils pouvaient
enfin se retrouver entre eux, loin du regard
inquisiteur des touristes.
«Cállate Fernando !
– Je te dis que non, c’est pas ça.
– Godard est le plus grand.
– On n’y comprend rien.
– Vous essayez tous d’imiter Machado, bande
d’incapables, alors qu’il faut inventer la poésie de demain, celle des prochains Maïakovski
et Apollinaire !
– Tournée générale !
– Allez vous faire foutre.»
LA GLORIEUSE
GÉNÉRATION DE 1898
Lentement, je commence à distinguer les
visages à travers ce rideau épais ; des cris,
des bras levés, on tance le généralissime
Franco, on s’engueule ; là-bas, dans son
coin, oublié déjà, je reconnais la barbe
fournie et les lunettes rondes du grand
Ramón María del Valle-Inclán, penché sur
son habituel menu à 4 pesetas, filet de
bœuf, œufs et frites ; derrière, attablée,
c’est toute la glorieuse génération de 1898,
Pérez Galdós, Ramón y Cajal (on le reconnaît à son veston), Canalejas et les autres ;
je m’éloigne, j’arrive vers deux visages tendus : García Lorca et Dalí scrutent l’air.
«Federico, allez, aide-moi à trouver une
mouche.
– Hé, je fais ce que je peux, mais on n’y voit
rien.»
Ils sont tous là, dans la lumière pâle et les
éclats de rire; je tangue vers le comptoir,
commande un whisky, repars vers les ombres; il y a aussi, plus loin, ceux qui ont débarqué pendant la guerre civile ou après,
trouvant un pays en déliquescence, en état
de choc absolu, et qui vont essayer, entre
les tables en marbre et les parois lambrissées, de repenser les choses, de patiemment reposer les bases d’une société.
Le Café Gijón, dans ces terribles années 50
et 60, va jouer un rôle central dans la vie intellectuelle espagnole. C’est ici que se réinvente une certaine unité nationale, ici que
l’ancien prisonnier des geôles franquistes
partage un verre avec le putschiste entré
triomphalement dans Madrid. Tout ou
presque se joue là. Que vous soyez écrivain,
intellectuel, journaliste ou actrice, c’est ici,
au Café Gijón et nulle part ailleurs, que
vous devrez passer chercher la reconnaissance, la légitimité ou l’absolution. Tous les
écrivains de ces années-là s’y pressent, et
ils sont aujourd’hui amassés autour de la
table du fond: le hiératique Camilo José
Cela, Prix Nobel de littérature en 1989 et figure tutélaire des lettres espagnoles, Manuel Alexandre, Gabriel Celaya, Alvaro de
Luna, mais aussi Truman Capote, dont
l’œil d’aigle balaie la salle, à côté d’Ava
Gardner et d’Orson Welles, qui s’échangent
un Montecristo havanais.
DINGUES ET PAUMÉS,
POÈTES ET CHATS SAUVAGES
C’est cette porte du Café Gijón que poussa
un jour, venu de sa province, le grand
homme aux larges lunettes que j’aperçois,
debout, Francisco Umbral. Devenu l’un des
piliers de la littérature nationale, il consacrera, en 1977, un magnifique livre au café
et à la vie intellectuelle de ces années, La
Noche que llegué al Café Gijón. A côté de lui,
des écrivaillons qui tressent des alexandrins aux cous de leurs muses andalouses,
des journaleux qui se prennent pour des
Hemingway de Castille; assise, Sandra, sublime liane aux manteaux touchant terre,
traînant une vie mythologique derrière elle,
d’amants sublimes et de voyages fabuleux,
et qui règne depuis sur ce parterre bigarré;
autour d’elle un ballet constant de mannequins aux jambes comme des fuseaux fumant du tabac noir, d’agents torves, de poètes désargentés aux cheveux longs
ensorcelant leur audience à coups de vers
et d’extravagants récits, des filles de l’air
soignant leurs angines de poitrine, des
peintres ratés s’efforçant de coller au patron montmartrois; on aperçoit un peu plus
loin Luis Delgado Benavente, qui organise
des tertulias avec lui-même, soliloques déchaînés au cours desquels il s’affronte violemment à ses propres arguments; tous les
naufragés du petit matin, comme ce jeune
gars qui déclame des discours sur la Gran
Vía avant de venir s’asseoir là, devant sa
flasque qu’il lève en cadence et un exemplaire du New York Times daté du début du
siècle; les dingues et les paumés, les poètes
et les chats sauvages, les ambitieux, tout le
monde défile ici, selon l’heure, les clampins
du quartier, les zoneurs qui s’endorment
sur leur bras et que le serveur réveille gentiment, les filles à vison, les vagabonds mystiques, les intrigants, les antifranquistes, la
bourgeoisie madrilène conservatrice, les féministes, qu’on appelle «les progressistes»,
pantalons et clopes au bec, qui parlent
aussi fort que tous, il y a les graves et les légers, venus de Galice ou d’Estrémadure, il y
a les théâtreux et les fumistes, les génies et
les notables, on vient ici pour ça, le spectacle infini de la comédie madrilène, tous les
rats et les rois, les princesses déchues et les
Rastignac, toute cette faune sublime qui
s’agite et crie, se déchire et se rabiboche. Il y
a le monde entier au Café Gijón.
«Du calme les gars, on s’entend pas !
– On reverra un jour Paris, dis ?
– Il faut d’abord retrouver le corps de García
Lorca.»
Je reprends mon souffle aux toilettes, puis
repars vers l’immense charivari.
J’essaie de ne pas cligner des yeux pour
que la vision reste intacte. J’aperçois un
homme un peu enrobé seul, là-bas, dans
l’angle. Je m’approche. Son visage est penché sur une feuille.
«Bonsoir, me dit-il d’une voix grave. Vous
pourriez m’apporter un autre verre de rhum?
Je dois écrire ma greguería quotidienne et
l’envoyer au journal, et aujourd’hui je ne
trouve rien.»
Quand je reviens avec le verre, l’homme a
fini sa phrase. Il me la montre. «Le torticolis du pendu est incurable.» C’est drôle, je
lui dis. Il me dit non, c’est déplorable, mais
ça fera l’affaire.
Le génial Ramón Gómez de la Serna, qui vient
d’achever sa 8 345e greguería, ce genre qu’il
a lui-même inventé, se lève.
«Ne dites pas aux autres que je suis passé, ils
le prendraient mal, me susurre-t-il. J’ai mes
quartiers dans le café d’à côté, le Pombo, mais
je voulais simplement voir si le rhum du Gijón
pouvait me réveiller les neurones.»
Et il disparaît.
Les yeux me piquent, je me lève moi aussi.
Je remonte les étages. Là-haut, dans la salle
principale, le calme et l’air pur me lavent.
Je sors : les portes en bois sont toujours là,
le nom aussi, mais le Café Gijón n’est plus.
ESPAGNE
Madrid
Vive le Café Gijón ! La tertulia et la conversation restent les passions de Madrid, il
suffit de s’asseoir dans un bar, le plus misérable ou le plus prestigieux qui soit, et la
valse commence ; le Café Gijón n’est plus
mais Madrid n’a cessé de bruisser, la ville
est un immense comptoir ; que le mouvement des Indignés soit né ici, sur la Puerta
del Sol, est loin d’être un hasard, il a jailli
directement de cet appétit madrilène pour
la causerie, transformant le pays et ses places en un gigantesque forum à ciel ouvert.
La littérature, le cinéma, le spectacle ne se
façonnent plus dans un seul lieu, mais
partout. Le grand café porte un nom que
vous connaissez tous et il a la taille du
monde. Plus besoin de la légitimité qu’accordait le Café Gijón pour devenir écrivain
ou artiste, tout le monde peut le devenir,
ça rend peut-être fou les notables et les
gardiens du temple, mais c’est ainsi.
Je redescends l’avenue et m’élance dans
les rues encore chaudes de Madrid. Tout
s’ouvre devant moi. Les fantômes sont
sympathiques, mais j’aime encore davantage les trottoirs sales et colorés du
présent. La ville palpite devant moi.
Un cri résonne sur l’avenue. •
Jeudi : la Bellevilloise à Paris.
L’été,
le monde
continue
de tourner.
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
Elisa Carricajo, Laura Paredes,
Valeria Correa et Pilar Gamboa
dans la Flor. PHOTO EL PAMPERO CINE
Mariano Llinás
«Se remettre à
faire des films
consciemment
idiots»
Recueilli par
LUC CHESSEL
Envoyé spécial à Locarno (Suisse)
L’
enthousiasme général qui a entouré
la présentation des quelque quatorze heures de la Flor, film à épisodes
du cinéaste argentin Mariano Llinás, au festival de Locarno – qui s’est clos samedi –, au
rythme de séances matinales pendant
huit jours, n’est peut-être pas seulement dû
à son caractère extrêmement divertissant.
Jouée par les quatre mêmes actrices principales (Pilar Gamboa, Laura Paredes, Elisa Carricajo et Valeria Correa) dans divers rôles, empruntant successivement à tous les genres et
toutes les périodes (du film d’horreur, film
noir, musical, au film-essai, film d’époque,
fantastique, muet, jusqu’au cinéma primitif
ou son fantasme) pour en proposer quelque
chose comme la théorie insaisissable, cette
Fleur semblait venir répondre à un grand désir dont elle resterait l’obscur objet. Dans la
fatigue générale des formes et des contenus,
mais contre la déploration permanente de
celle-ci, réapparaissait le plaisir de la fiction
comme «anthologie» (du grec, «cueillette des
fleurs»), capable pourtant de nous rappeler
tout le réel. Après le temps des chevaliers
vient celui des Don Quichotte: mais si leur folie est un jeu, ce jeu est aussi une folie, qui
hante tous les degrés entre le sérieux et l’hu-
mour. Pour en appeler au désir du lecteur, ou
celui de son frère spectateur, voici le florilège
d’un entretien volubile accordé sur les flancs
d’une vallée suisse par ce Cervantès de la
pampa né en 1975, découvert en 2008 avec
son Historias extraordinarias, et après une
dizaine d’années de tournage, désormais ogre
botaniste d’une Flor carnivore. La sortie française du film n’est pas encore garantie, bien
que plusieurs distributeurs intéressés lui
tournent autour en se frottant le menton.
L’écriture
«La découverte que j’ai faite avec ce film, mon
apprentissage comme réalisateur, c’est l’extrême arbitraire qu’il y a à écrire les films
avant de les tourner, plutôt que l’inverse.
Pourquoi fait-on comme ça depuis si longtemps? Est-ce que Chaplin, dans sa période
muette, ou Mack Sennett écrivaient des scénarios ? Ça n’a pas de sens d’écrire sur le papier avant d’avoir les images.
Pour les dialogues, c’est autre
chose: parfois, il vaut mieux que
l’acteur sache quoi dire plutôt
que d’avoir à inventer. Pour les
passages de la Flor qui sont doublés dans d’autres langues,
c’était nécessaire. Mais pourquoi
parler d’images qui n’existent
pas encore? Il fallait donc écrire avec des images qui existent déjà: ça a été ma grande surprise. Au fur et à mesure du tournage, de
moins en moins de choses s’écrivaient, et
pour les derniers épisodes, plus rien n’était
écrit.»
L’auteur
dans son film
«Les apparitions de l’auteur ou du narrateur
sont avant tout des jeux. Elles deviennent de
plus en plus fictionnelles. J’aime l’idée du cinéma comme perversion de la théorie des
auteurs, qui est la seule manière de penser le
cinéma aujourd’hui, par exemple dans les
festivals, qui sont une grande succession
d’auteurs, de regards personnels, ce genre de
mensonges. C’est le cinéma comme défilé de
mode ou tapis rouge: pas seulement le tapis
rouge littéral, mais l’idée du cinéma comme
un catalogue de talents. Le cinéma est précisément le contraire de ça. De tous les arts, avec
la photographie, il est celui qui
inclut nécessairement de la société, d’un côté de la caméra
comme de l’autre. On ne dit pas
assez le rôle mystérieux que joue
cet appareil, qui transforme ce
DR
Avec «la Flor», qui dure quatorze heures,
l’Argentin a subjugué le public du festival
de Locarno. Sa troupe d’actrices
et ses explorations jouissives
de tous les genres font de ce film-fleuve
une œuvre hors-norme qui renoue
avec l’énergie pionnière du cinéma.
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CINÉMA/
«Tout est devenu
explication, ou
marchandise, la matière
ne peut pas exister. Et la
seule manière de résister
à cela, c’est de se refuser
à toute forme
d’explication.»
Mariano Llinás cinéaste argentin
nes qui doivent prouver qu’elles veulent être
employées. Ça me paraît une idée antérieure
à la Révolution française. Il y a eu l’affaire
Weinstein, mais le casting en général n’est pas
si éloigné de tout ça. La grande solution, c’est
la troupe. Tout imaginer pour les gens que tu
connais, et faire avec ce que tu as.»
Après Godard
qu’on voit et ce qu’on veut. Quand on parle de
cinéma aujourd’hui, on a l’impression qu’il
n’y a pas cette machine au milieu qui génère
les images, mais seulement des intentions.
Rossellini n’était pas l’auteur d’Ingrid Bergman, ni Hitchcock, pas plus qu’elle n’était
auteure d’elle-même. Le plus vraisemblable,
c’est que la caméra soit l’auteure du film, un
filtre étrange, magique et presque hypnotique.»
La fiction
«Rafael Spregelburd, un ami dramaturge de
Buenos Aires, où je vis, parle aujourd’hui
d’une “nouvelle éthique de la fiction”. Je ne
sais pas si elle est si nouvelle, ou s’il ne s’agit
pas de revenir à des choses si vieilles qu’elles
nous paraissent comme neuves. On peut penser bien sûr à Borges, à Bolaño, aux grandes
œuvres littéraires du passé comme le Roland
furieux, la volonté de recueillir à un moment
toute la fantaisie du monde. D’après moi,
cette éthique est celle d’une fiction sans moralité. Hollywood et ses versions télévisuelles
nous ont habitués au règne de la moralité, au
règne du sens. Mon père était un poète surréaliste, et quelqu’un qui a eu une éducation
surréaliste a en horreur les explications. Ce
qui est interdit, c’est d’interpréter, c’est un
sentiment presque ancestral, familial, une
question d’honneur. Sur ce point, le monde
et l’art ont perdu la bataille contre le langage:
tout est devenu explication, ou marchandise,
la matière ne peut pas exister. Et la seule manière de résister à cela, c’est de se refuser à
toute forme d’explication.»
Le plaisir
«Je fais partie d’un groupe qui s’appelle
El Pampero [société de production fondée
en 2002, ndlr]. Il y a dans ce groupe une fable
originelle, qui nous est constitutive. Avec
mon associé Alejo Moguillansky, à une époque où nous travaillions, très lentement, sur
un de nos premiers projets qui était très mal
payé, nous passions notre temps à aller manger. Un jour, Alejo arrive et me dit : “Là-bas,
au coin de la rue, ils font un gâteau au chocolat qui a tout le bon du gâteau au chocolat, et
rien du mauvais.” Vous savez que dans les gâteaux au chocolat, il y a toujours une partie
ennuyeuse, avec plus de pâte, plus farineuse.
Nous y allons, et en effet: il n’y avait absolument rien de bureaucratique dans ce gâteau,
c’était le plaisir intense du chocolat. Je crois
que ce moment de communion a influencé
notre manière de faire des films. Seulement
le bon! Seulement le chocolat! Et pas seulement dans nos films, en évitant toutes les scènes stupides de transition ou de narration au
profit de scènes divertissantes, mais aussi
dans la manière de faire, sur le tournage. Si on
a passé dix ans à faire ce film sans presque jamais s’arrêter, c’est que ça a été un plaisir permanent, qu’on a su éviter tous les moments
bureaucratiques. Ça vaut aussi pour la production. Le film s’est fait avec 250 000 ou
300 000 euros, donc avec très peu d’argent.
Il est financé de façon conventionnelle, mais
ce qui est moins conventionnel, c’est ce qu’on
a fait avec l’argent, en le dépensant seulement
pour ce qui se verrait à l’écran, pour ce qui ferait du bien au film, jamais pour des choses
superflues.»
La troupe
«Travailler en groupe est une autre manière
de faire de la fiction. Je disais que les images
devaient exister avant l’histoire, cela vaut
aussi pour les personnages. Avec les actrices,
qui forment elles-mêmes une troupe de théâtre, on cherchait ensemble ce qui pouvait arriver ensuite, au fur et à mesure. Mais les films
que nous aimons sont comme ça, n’est-ce pas?
Le Carrosse d’or de Renoir, un film de théâtre
sur le cinéma, semble dire que sans troupe il
n’y a pas de bons films possibles. Et il faut voir
ce qu’on oppose à l’idée de troupe: par exemple, le casting, une idée capitaliste, ou celle
d’un roi faisant défiler devant lui des person-
«Je crois qu’après les Histoire(s) du cinéma de
Godard [en 1991], qui sont le grand requiem
du cinéma, il est très difficile de continuer à
faire des films. J’ai l’impression que les films
qui font comme si ce requiem n’avait pas été
fait se trompent. Faire des films comme si on
était Elia Kazan ou Ingmar Bergman, c’est un
peu à côté, c’est trop tard. La seule façon de
continuer est de revenir aux premiers temps,
à un certain primitivisme, et de faire des bêtises. Retrouver un désir enfantin, recommencer à s’amuser, à filmer des chevaux au galop,
des machines, des paysages, des armes à feu,
des coups de pied au cul et des femmes qui
regardent la caméra, tout ce que le cinéma a
découvert. Aujourd’hui, les Américains sont
dans une impasse, ils ont oublié comment filmer les premières choses, les bagarres, les
coups de poing, alors qu’ils avaient découvert,
à un moment où les Européens filmaient des
inepties théâtrales, que le cinéma servait à ça:
à filmer la violence. La seule manière de recommencer à faire du cinéma, ou de la fiction, ce qui est la même chose, après les films
funèbres de Godard, c’est de se remettre à
faire des films idiots. Ou consciemment
idiots, comme le fait Godard lui-même.»
Terminer
«Personne ne voulait terminer. Personne n’a
eu l’impression que le film était terminé,
après dix ans. Et je me demande si je ne vais
pas continuer pour toujours à faire la Flor
dans les autres films que je ferai. J’ai du mal
à y penser comme à un film. Une journaliste
me demandait de le définir en trois mots, j’ai
dit: “Hay cuatro mujeres” [“Il y a quatre femmes”]. Ça ne lui a pas suffi, elle m’a répondu:
“Et alors ?” Mais c’est le résumé du film en
trois mots. Il y a quatre femmes. L’explication
du générique de fin [un plan de quarante minutes], c’est qu’il n’y a pas de fin, que personne ne voulait terminer. Et il y a des spectateurs qui restent. On a l’impression que si on
s’en va, ça peut reprendre à tout moment. Que
si on reste, le film va recommencer.» •
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
CINÉMA/
populaire puisqu’ils jouent d’intrusions de séquences glanées – vidéos YouTube, jeux vidéo, images fixes d’archives web. Poggi et Vinel se saisissent de fichiers numériques
archivés et doudous pop (bazar d’images
comme fétiches précis : des jeux vidéo GTA
à Metal Gear Solid) pour en distiller parfois
l’esthétique, d’autres fois toute la charge lyrique, le potentiel onirique, enfoui là depuis
toujours. Ils le font affleurer à la surface en
détournant les images, les faisant dévier de
leur trajet initial et de leurs circuits de diffusion attendus, c’est-à-dire hors des consoles
et des économiseurs d’écran, ainsi greffés à
leurs autres séquences d’une facture plus
naturaliste.
Créatures du futur. Yann Gonzalez,
Les Iles, de Yann
Gonzalez. PHOTO UFO
DISTRIBUTION
«Ultra Rêve», cool sentimental
Réunis pour leur sortie
en salles, trois courts
métrages du jeune cinéma
français se dégustent
ensemble, friandises gorgées
de souvenirs, d’hommages
pop et de sexualités pailletées.
T
rois rêveries vernies se tiennent le petit
doigt, comme pour mieux se frayer un
chemin dans le paysage du jeune
cinéma français. After School Knife Fight de
Caroline Poggi et Jonathan Vinel, les Iles de
Yann Gonzalez et Ultra Pulpe de Bertrand
Mandico, trois courts métrages, délicieusement radicaux, abrasifs, bavards et doux,
brillent d’une écriture particulière, néobaroque –«quand tu la regardes, on dirait que tu
veux l’apprendre par cœur». Chaque signature
est pour chacun singulière, tendrement maniérée, et forme le sceau d’une communauté
d’esprits, créant un terrain d’entente aux subtiles différences –à l’esthétique et au champ
lexical voluptueusement lyrique et nostalgique, comme une réunion d’amoureux transis
d’images, friands de citations, d’hommages
et de pactes.
On a déjà eu l’occasion de voir ces films séparément en festival (de Côté court à Pantin à la
Berlinale, en passant par la Semaine de la critique à Cannes…), mais c’est mis bout à bout
et ensemble qu’ils sortent en salles, officiellement et définitivement monstrueux, réunis
sous le titre d’Ultra Rêve pour ne former
qu’une seule et même séance où l’on voit, errants, sur les collines d’un été qui prend fin,
ou dans l’écrin d’une nuit profonde et érotique
comme dans celle d’une station balnéaire postapocalyptique, les visages et les mirages
d’âmes vives qui se disent des mots d’amitié,
d’amour et des promesses d’éternité.
Doudous pop. Le couple de cinéastes d’une
vingtaine d’années Caroline Poggi et Jonathan Vinel sont auteurs, en solo ou unis, de
films courts, dont Tant qu’il nous reste des fusils à pompe qui a remporté l’ours d’or du
court métrage à la Berlinale en 2014, ou de
Jessica Forever, premier long dont on attend
la sortie cette année. La fragilité des blafardes
peaux juvéniles se capte en plan large, aussi
subtilement que se détachent les étreintes
fraternelles au beau milieu de résidences
pavillonnaires spectrales, champs quasi vides
ou univers numériques et virtuels désertés.
Les protagonistes semblent être les derniers
survivants d’on ne sait quoi de précis : le romantisme, l’enfance, un rêve… Avec After
School Knife Fight (présenté à la Semaine de
la critique à Cannes en 2017), premier film de
la portée Ultra Rêve, Poggi et Vinel flirtent,
une fois n’est pas coutume, avec la jeunesse
et sa fin sans appel. Laëticia part faire ses études à Paris à la rentrée. Cet événement bouscule le groupe de quatre amis, groupe de musique aussi, réunis dans les collines. L’univers
des cinéastes se précise au fil de phrases lâchées sans retenue, candides, franches, et de
larges plans contemplatifs duveteux qui puisent leur inspiration autant dans le cinéma
d’auteur français que d’une ingestion
(in)consciente de clips, jeux, mangas, autrefois (ou toujours) dévorés en culottes courtes:
dans After School Knife Fight, une série d’images d’archives web de blessures aux couteaux,
accidentelles ou non, défilent, ce sont elles
qui ont donné à Laëticia l’idée du nom pour
le groupe: Knife Fight. Généralement, leurs
films sont autant d’hommages à la culture
auteur du gang bang à huis clos les Rencontres d’après minuit (premier long métrage
sorti en 2013) et du Couteau dans le cœur présenté en compétition à Cannes cette année,
sorti en salles, a réalisé entre-temps les Iles.
Bertrand Mandico, lui, à la suite de son épopée visuelle sortie cette année, les Garçons
sauvages, a libéré dans la foulée son court
métrage Ultra Pulpe, présenté à la Semaine
de la critique également, dont nous avons
parlé lors de son passage au festival Côté
court. Les deux films prennent le relais après
After School Knife Fight avec une ode aux
images tout à fait différente, visuellement
plus érotique.
Il faut dire que les deux cinéastes français
jouent avec des reliques cinématographiques
différentes : gratteurs de pellicules tous les
deux, ils savent à la fois exhumer les références horror pop et mélo (de Ken Russell à Fassbinder, Fellini, ou même Buffy, disons…) sans
les poser sous vitrine. Non, les références
sont autant de sang frais pour faire battre le
cœur et les artères de leurs nouvelles comptines, emplies de créatures du futur et de
sexualités réinventées. Que ce soient Nassim
et Simon qui se promènent près d’un bois où
de «jeunes loups» se branlent (les Iles), ou Joy
D’Amato qui revisite ses tournages passés
pour fuir un deuil d’amour et sa propre déliquescence (Ultra Pulpe), les goules sentimentales se perdent dans des décors dont on
ne saurait jamais trop dire s’ils sont naturels
ou fabriqués, réels ou fantasmés, si ce n’est
les deux. On y vit du fantasme, on y bouffe du
fantasme, et on y voit des gens qui fantasment aussi. Comme un cinéma qui se dévore
de l’intérieur pour mieux se digérer, muer,
laisser sa porte ouverte aux freaks à venir, aux
nouvelles mutations, aux circulations différentes des désirs comme des images. Ici encore, plus qu’une histoire d’amour, se raconte
à la surface de la pellicule une histoire de
films et dans ceux, courts et fragmentés, de
Mandico, Gonzalez, tout comme Poggi et
Vinel, on nous emmène vers un nouveau
monde plein de possibilités. Unis, ensemble,
film contre film, ils nous tirent voir un autre
cinéma, auquel, fort heureusement, on ne
s’attendait pas.
JÉRÉMY PIETTE
ULTRA RÊVE de YANN GONZALEZ,
BERTRAND MANDICO, CAROLINE POGGI
et JONATHAN VINEL (1 h 22).
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u 23
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Vincent Cassel
dans Le monde
est à toi de
Romain Gavras.
PHOTO STUDIOCANAL
VITE VU
CAPITAINE MORTEN
ET LA REINE DES ARAIGNÉES
de KASPAR JANCIS (1 h 20)
«Le monde est à toi», gangsters minus
Malgré son casting
efficace, le film de
Romain Gavras s’épuise
dans l’accumulation
dérisoire de clichés et
un cynisme arrogant.
S
i l’on en croit l’accueil
enthousiaste du film
Le monde est à toi dans les salles cannoises (il était sélectionné à
la Quinzaine des réalisateurs) et le
succès public qui lui fut aussitôt
promis, Romain Gavras a dû parfaitement réussir le film efficace et
roublard qu’il souhaitait faire. La
seule part sympathique, et parfois
drôle, de cette efficacité tient dans
le casting : le toujours très bon Karim Leklou, d’excellents seconds rôles (Sofian Khammes en tête), des
contre-emplois de luxe (Isabelle Ad-
jani, Vincent Cassel). Tous ces acteurs assurent parfaitement l’enchaînement de vannes et de
mini-sketchs qui constituent le scénario peu inventif de cette comédie
de gangsters, clairement marquée
par le cinéma américain (Scorsese,
Tarantino, le Scarface de De Palma)
mais à la lourdeur et à la mesquinerie bien de chez nous.
On ne dit pas grand-chose en résumant la trame de l’histoire –un petit
dealer tente un dernier gros coup
avec une bande de pieds nickelés
dans l’espoir de devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb–, qui est surtout prétexte à
une galerie de portraits et à une ribambelle de clins d’œil. En réalisateur de pubs (le parfum avec Pattinson en noir et blanc, c’est lui) et de
clips (pour M.I.A., Kanye West ou Jamie xx) à la tonne depuis longtemps,
Gavras étale complaisamment ses effets, accumulant clichés, signes et
codes de notre temps pour ne se tenir qu’à la surface la plus clinquante
de l’époque. Tout y passe: terrorisme
et prêt-à-porter, burkini et Illuminati, PNL et revival de la variété des
années 80 (Balavoine, Voulzy).
Cette accumulation aurait pu avoir
une certaine force corrosive si tout
n’était pas systématiquement mis
au même niveau dérisoire, celui
d’un fétichisme goguenard où le
présent prend déjà l’apparence accessoire du vintage. Le ricanement
hautain de cette grosse machine à
recycler du mauvais goût, peuplée
d’idiots surexcités et de clowns tristes, consiste à ne pas assumer son
adoration pour toute cette vulgarité
bling-bling dont il se moque tout en
se vautrant dans son esthétique.
Si ce film, qui ne sauve absolument
rien, allait jusqu’au bout de son dédain, de son acidité droitière, de son
arrogance de branleur friqué, on ne
diagnostiquerait dans notre agacement qu’une incompatibilité d’humour. Mais son cynisme est plus
grave lorsqu’il cherche à se draper, in
fine, d’une morale. Et une bien dégoûtante, encore. Ne se contentant
pas de prendre ses personnages pour
des cons, il finit aussi par faire le tri
entre les salauds et les autres, notamment en laissant aux enfants le soin
de dénoncer leurs parents à la police.
Tout rentre alors dans l’ordre, un ordreàlamesureduméprisducinéaste
pour ses créatures: la vie normale à
laquelle ont droit les gentils délateurs
sera forcément étriquée et triste.
MARCOS UZAL
LE MONDE EST À TOI
de ROMAIN GAVRAS (1 h 41).
«Il se passe quelque chose»,
vraiment?
Anne Alix met en scène
le voyage agréable
mais trop candide
de deux femmes
dans une France où les
origines s’entremêlent.
D
olorès (Lola Dueñas), une Espagnole, traverse la Provence
à la recherche de coins de rencontre et de drague propres à figurer
dans le guide touristique gay-friendly
auquel elle collabore. Irma (Bojena
Horackova), une Bulgare, vient de
perdre son mari ; Dolorès la sauve
lorsqu’elle tente de se suicider en
sautant dans le Rhône à Avignon,
puis elle l’emmène avec elle. Commence alors un road-movie calme et
disponible, où une amitié et un retour à la vie se construisent au
rythme des rencontres et au fil des
paysages. Les inconnus réels croisés
lors de ce voyage fictionnel ont pres-
que tous en commun d’être, comme
les deux protagonistes, des étrangers : des ouvrières asiatiques, des
saisonniers équatoriens, un pêcheur
cambodgien, des métallurgistes espagnols, des migrants d’un peu partout. Même les lieux rappellent successivement aux deux femmes leurs
pays respectifs. C’est l’idée la plus
belle du film : que la France puisse
être vue comme un entrecroisement
de cultures, jusque dans sa lumière et
ses paysages. Dans cet entrelacs de
frontières invisibles, même la cohabitation des morts et des vivants est
évoquée à travers un groupe de traqueurs de fantômes. Mais cette vision généreuse ne va pas sans une
certaine candeur, incarnée de manière irritante par Irma, avec son côté
Marie-Chantal au pays des «vraies
gens». On est gêné de voir ce personnage de fiction filer un petit coup de
main aux véritables ouvrières à la
chaîne ou nettoyer des conteneurs au
Kärcher, comme ça, en passant, le
temps d’un joli plan ou d’une jolie
photo. C’est la limite du film : à force
de délicatesse et d’effleurement, tout
et tous tendent à se confondre dans
une même distance béate esquivant
la violence et la complexité du
monde. On en arrive à une scène pénible où des étrangers se contentent
de défiler à tour de rôle devant un
drap blanc en déclinant simplement
leur nom et leur lieu d’origine,
comme dans une pub humanitariste.
Faute de relier organiquement les
différents êtres et paysages tout en
rendant pleinement compte de leur
singularité (comme l’aurait fait un
Robert Kramer, auquel on pense vaguement), la cinéaste accumule donc
une série d’esquisses, belles ou plates, touchantes ou agaçantes, dans
un film décousu et qu’on voudrait
aimer plus tant son geste est bienveillant.
M.U.
IL SE PASSE QUELQUE CHOSE
d’ANNE ALIX avec Lola Dueñas,
Bojena Horackova… (1 h 41).
L’étrange objet des Estoniens
de Nukufilm, un des plus anciens studios d’animation
européens, esquisse un récit
d’aventure maritime sur un
mode cauchemardesque. Obsédés par l’idée de passer leurs
amis dans une machine à faire
des boulettes, les personnages
passent leur temps à essayer
de se bouffer, ajoutant du
malaise à une animation stopmotion déjà inquiétante. M.C.
UNE VALSE
DANS LES ALLÉES
de THOMAS STUBER (2 h 05)
Œuvre d’un cinéaste inconnu
en France, cette Valse relate
l’éclosion au ralenti d’un flirt
entre agents d’un hypermarché géant à la vie miséreuse
sur fond de rayons saturés et
de néons blafards. Cette intrigue anémiée de court métrage
étiré à mort n’eût sans doute
pas atteint nos écrans sans la
présence bienfaisante de ses
deux délicats acteurs, dont
Sandra Hüller von Toni Erdmann, qui ne suffit hélas pas
à en doper l’attrait chétif. J.G.
Les informés
de franceinfo
Du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
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MON PETIT ROYAUME (3/7)
Laissez passer !
Georgette Bertin-Pourchet La présidente de la République
libre du Saugeais, créée dans le Doubs par ses parents
en 1947, pérpétue la tradition d’accueil.
E
lle roule si vite qu’on pourrait s’imaginer qu’elle cherche
à nous semer. Georgette Bertin-Pourchet, 84 ans, a pris
la tête du convoi qui nous mène de sa maison de Pontarlier (Doubs) au restaurant, et à voir l’aiguille s’agiter sur le
compteur de notre voiture, on devine que la présidente de la
République libre du Saugeais prend ses
aises avec les limites de vitesse. C’est qu’il
faut rattraper le retard pris ce matin –une
histoire de cerf percuté par le train précédant le nôtre– car on a fort à faire. On n’a que quelques heures
pour visiter le Saugeais et comprendre qui est la présidente
de cette république folklorique franc-comtoise.
A l’époque du mandat de sa mère, Gabrielle Pourchet, à qui
elle a succédé en 2006 à l’applaudimètre et sans concurrent,
Georgette cuisinait pour les visiteurs tandis que Gabrielle tenait salon. La devise du Saugeais peut se résumer par cette
image: faire bon accueil à quiconque. C’est écrit sur le laissezpasser à présenter aux douaniers, des retraités qui jouent bénévolement le rôle pour les touristes: la personne porteuse
«devra être accueillie avec courtoisie sinon de sévères sanctions
seront prises». Les oubliettes de l’abbaye de Montbenoît, sa
capitale, sont fermées, mais, qui sait?
Désormais, il n’y a plus personne pour tailler la bavette pendant que Georgette s’affaire en cuisine. Son mari, Léon, qui
fut militaire, a été emporté par un cancer généralisé –elle est
certaine que c’est lié aux essais nucléaires dans le Sahara auxquels il a participé. Alors, elle préfère recevoir dans un hôtelrestaurant, dans son jus, devenu une annexe de son salon. Elle a commandé à
l’avance des spécialités du cru : jambon
fumé, croûte aux champignons et morilles
–dans lesquelles elle met pour sa part du madère– et gratin
de pommes de terre.
L’élégante octogénaire, mise en plis et broche côtoyant le ruban bleu de l’ordre du mérite au revers de sa veste noire, nous
houspille de la faire parler la bouche pleine, avec un fond
d’accent franc-comtois. «Je suis passée de chauffeur à présidente!» Georgette se marre, attablée dos à l’étendue de conifères. Lorsque sa mère était encore là, Georgette la conduisait
à travers les 128km2 et onze communes du Saugeais. Devenue
présidente, elle continue à tâter du macadam et se fait parfois
flasher. Si sa mère faisait volontiers sauter les prunes de tout
le coin, Georgette Bertin-Pourchet s’y refuse et raconte avec
espièglerie comment il lui est arrivé de se retrouver à dîner
LE PORTRAIT
chez des amis face à celui qui l’avait verbalisée. Dans ses petits
souliers, la dirigeante.
Georgette et ses deux frères sont nés à côté de l’abbaye de
Montbenoît, érigée quand le Saugeais n’était que terres en friches et forêts. Au XIIe siècle, pour laver les péchés de ses aïeux,
le sire de Joux donne à l’Eglise des terres, que des chanoines
suisses et des paysans savoyards viendront faire fructifier. Le
pays saugeais croît sous la bonne garde des abbés : encore
aujourd’hui, «tout le monde est catholique dans le coin».
C’est là aussi que leur république a vu le jour il y a un peu plus
de soixante-dix ans. Gabrielle et Georges Pourchet tiennent
alors l’Auberge de l’Abbaye, depuis transformée en cabinet
d’infirmier. Georgette travaille en salle –après sa vente, elle
œuvrera dans le placement d’enfants à la Croix-Rouge– et ses
frères, recrutés aux PTT (postes et télécommunications), donnent un coup de main. Un jour de 1947 que le préfet du coin,
Louis Ottaviani, pousse la porte, Georges, «qui aimait bien
charrier», fanfaronne: «Avez-vous votre laissez-passerpour
entrer en pays saugeais ?» Le préfet s’en amuse et déclare
l’aubergiste président de la République du Saugeais. Laquelle
prend pour hymne un texte humoristique en patois de 1910.
Pendant vingt ans, Georges tient le rôle, mais c’est avec Gabrielle que l’affaire devient
sérieuse. Sous son mandat, à
la longueur digne d’une répuMilitants politiques
blique bananière, le Saugeais
très sérieux, poètes
se dote d’un blason, puis la
manuels, activistes
poste édite un timbre. On a
rêveurs ou
toutefois abandonné les
mégalomanes
billets, les autorités ne goûfrustrés, Libé
tant guère l’émission de
s’intéresse cet été aux
fausse monnaie. L’humour
dirigeants de
d’Ottaviani, tous les reprémicronations, ces
sentants de l’Etat ne l’ont pas.
états reconnus par
Dans les années 90, un sous(presque) personne.
préfet a ainsi pris la mouche
après que les douaniers lui
ont demandé son laissez-passer. Attaché au caractère indivisible de la République française, l’homme fait demi-tour. Le Canard enchaîné en fait une brève, le sous-préfet finit par s’excuser. Avant d’être muté en Corse, mais cela n’a sans doute aucun
rapport. N’était ce fâcheux, les autorités ne boudent pas cette
étrange république apolitique, même si «tout le monde ici [est]
de droite» («on n’en parle jamais», dixit Hubert, l’un des douaniers). Et non confessionnelle, bien que l’abbaye en soit un
élément central. Impossible de faire dire à Georgette BertinPourchet ce qu’elle pense de Macron; on devine qu’elle lui préférait Fillon. Le Saugeais se trouve d’ailleurs dans la seule circonscription du département où LR a résisté aux assauts de
LREM. Mais les personnalités qui ont été faites citoyens d’honneur – pas plus d’une dizaine chaque année – sont variées :
Bernadette Chirac, la socialiste Marie-Guite Dufay ou Edgar
Faure, qui en tant que sénateur, œuvra pour la notoriété de
cette micronation de 4 500 âmes.
Cette diversité fait le sel de la fonction. «Je suis invitée partout,
j’ai rencontré plein de gens que je n’aurais jamais eu l’occasion
de rencontrer sans ça», explique celle qui au départ n’était pas
très chaude pour reprendre les rênes et a depuis mille anecdotes à raconter. Exemple: il y a près de vingt-cinq ans, elle reçoit
un coup de fil de son frère, outré. Chez le buraliste où elle se
rend à sa demande, elle découvre dans New Look un reportage
sur leur mère. En une, l’animatrice de télé Sophie Favier a la
pose lascive, puis dans les pages centrales Gabrielle apparaît
(habillée) après une série de clichés d’une blonde (nue). Georgette philosophe: «Ça fait toujours de la publicité!»
Ces jours-ci, la Présidente passe le plus clair de son temps à
répondre à son courrier, jette parfois un œil à sa télé à tube
cathodique, entretient son potager, se rend aux invitations,
et on sent qu’elle ne serait pas contre passer la main. Elle peste
contre «la vieillesse» qui lui fait oublier des détails, n’a pas
d’enfants et ceux de son frère boudent la succession.
En aparté, le chauffeur officiel et homme à tout faire juge que,
pour inciter les jeunes à reprendre le flambeau, il ne serait pas
inutile de demander des subventions, car cette République
ne collecte pas d’impôt. Fidèles au principe du bon accueil
et de la convivialité, les dirigeants et bénévoles y payent tout
de leur poche. Peut-être est-ce ce qui rend la République libre
du Saugeais si unique. •
Par KIM HULLOT-GUIOT
Photo RAPHAËL HELLE. SIGNATURES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ
Mardi 14
et Mercredi 15 août
Et aussi n deux
pages BD n de la photo
n un bateau n des
jeux…
SERGEY PONOMAREV
J’AI TESTÉ
LES BAINS RUSSES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
La partie la plus
importante
de l’expérience :
se faire rosser avec
des branches
de bouleau.
A vos fouets !
A mi-chemin entre le hammam
et le sauna, la «banya»
est le bain russe par excellence.
Entre planches de bois
brûlantes et seaux d’eau
glacée, on a testé
une tradition mêlant
flagellation et convivialité.
travail. Et jamais le dimanche ou les jours de
fête, afin de ne pas rater la messe. De la petite
cabane au fond du jardin à l’imposant
immeuble de brique en milieu urbain, la
banya est omniprésente et indispensable. En
avoir une dans sa datcha (maison de campagne) n’est pas forcément un signe de richesse.
Au contraire, encore aujourd’hui, dans des
villages reculés, la banya, privée ou publique,
remplace la salle de bain inexistante.
Par
COMME UN POULET
VERONIKA DORMAN
Pour notre expérimentation, il fallait trouver
une banya dans laquelle il serait possible
d’organiser une séance photo, ce qui ne va pas
de soi. Impensable pour des raisons évidentes dans les banyas publiques : elles ne sont
plus mixtes, mais tout le monde continue de
se promener nu. Difficile dans celle de ma
belle-mère, trop exiguë. Nous avons opté
pour un complexe de banyas privatisables, à
l’orée d’une agglomération de la grande banlieue moscovite : quelques cabanes en rondins dispersées dans une odorante futaie de
pins, isolées par des palissades. La banya,
c’est plus chaleureux en bande. A notre duo
–reporter et photographe– déjà sur la route
depuis quinze jours pour raconter comment
la Russie vit son Mondial, se joignent deux
amis et collègues. C’est comme ça qu’une
journaliste de Libération, un envoyé spécial
du Monde, une correspondante de France 24
et un photographe primé Pulitzer du
New York Times se sont retrouvés en mission
et draps de bain, prenant le soleil sur la terrasse d’une jolie izba (maison traditionnelle
en bois), en attendant que le parilchtchik,
(«monsieur vapeur») prépare le terrain.
Photos
SERGEY PONOMAREV
E
n partant à Moscou pour couvrir la
Coupe du monde, début juin, j’ai décidé d’en profiter pour tester un truc
autrement plus russe –et plus essentiel – que le football : la banya, le bain de
vapeur russe. Une pratique ancestrale, à
laquelle s’adonnent jeunes et vieux, pauvres
bougres et oligarques repus, communistes,
patriotes et opposants, de Pskov à Vladivostok, de janvier à décembre, au cœur de la taïga
et à un jet de pierre du Kremlin. Même les
étrangers qui s’installent en Russie pour plusieurs années finissent par devenir accros.
Car c’est l’expérience la plus russe qui soit,
mêlant températures extrêmes, flagellation,
et convivialité. Et peut-être la seule pratique
à avoir traversé les siècles mouvementés de
cet immense pays sans subir de variations
fondamentales.
Depuis la nuit des temps, on va à la banya
comme à l’église. Religieusement. Traditionnellement, le samedi, à la fin de la semaine de
On marine dans une marmite d’eau chaude. C’est ridicule mais ça fait du bien.
Produire la vapeur est un véritable savoirfaire, qui ne s’improvise pas. Celle-ci peut
être «bonne» –légère et dispersée– ou «mauvaise», lourde et humide, caractéristiques
dont dépend directement la qualité de l’expérience. Valeri, un gars taciturne, une grosse
croix dorée scintillant sur son torse velu, est
visiblement un pro. On n’est pas là pour rigoler, mais pour tout faire pravilno («correctement»), selon les règles de l’art. La banya
n’est pas un sauna –sec et chaud– ni un hammam –tiède et humide–, mais une combinaison des deux. Dans la parilka, une pièce
lambrissée du sol au plafond, avec des bancs
de hauteurs différentes, la température varie
entre 60 et 120 degrés pour une humidité
entre 50 et 90 %. Le poêle, nourri au bois,
chauffe à blanc un tas de pierres volcaniques.
Pour aromatiser la parilka, Valeri a accroché
un bouquet de mélisse au-dessus de la porte.
Il a mis à tremper dans une bassine
deux bouquets de branches de bouleau, les
veniki, son principal outil de travail. Le rituel
peut commencer. D’abord, un premier zahod,
ou engagement. Nous nous installons sur les
planches de bois, dans la pénombre brûlante,
la lumière fuse par une minuscule lucarne.
Valeri ouvre la gueule du poêle, et jette une
dizaine de grosses louches d’eau sur les
cailloux incandescents. L’eau chuinte en
s’évaporant. En quelques secondes, l’air
s’embrase, je me sens comme un poulet saisi
au four. La sueur commence à perler.
Pour les Russes, la banya est une affaire très
sérieuse. Comme la pétanque pour les Français. Il y a des règles, des rituels, les néophytes
sont les bienvenus, à condition de rester
humbles. Une pratique régulière est un gage
de bonne santé, aussi bien physique que mentale. Et le moyen le plus accessible et populaire pour expurger les toxines, améliorer la
circulation sanguine, se débarrasser des microbes et bactéries. Faire peau neuve. Nos ancêtres les vieux Slaves, qui n’avaient pas l’eau
courante, ont commencé à pratiquer les bains
de vapeur dès le Xe siècle, pour l’hygiène, et
comme une procédure de purification du
corps et de l’âme. Quel meilleur moyen pour
se débarrasser du mauvais œil ou prévenir la
calomnie que de suer toute l’eau de son
corps ? Les proverbes sont restés : «la banya
lave de tous les péchés»; «prendre un bain de
vapeur, c’est renaître».
A la campagne, la banya était au cœur de tous
les moments de transition de la vie, une sorte
de matrice. C’était l’endroit le plus aseptisé,
où les femmes s’installaient pour accoucher,
puis se reposer avec le nourrisson. Les corps
des défunts étaient lavés et entreposés là jusqu’à l’enterrement. A la veille de son mariage,
la fiancée allait à la banya avec sa future bellemère et d’autres femmes de la famille de son
époux. Le fiancé faisait de même avec ses
amis. Après la première nuit de noces – la
couche était souvent installée dans la banya
car il y faisait frais – les jeunes mariés
prenaient leur premier bain de vapeur ensemble, pour sceller l’union. En construisant leur
propre foyer, ils commençaient par monter
la banya, dans laquelle ils vivaient en attendant de terminer la maison principale… En
ville, les banyas publiques, comme les célèbres «Sandouny» à Moscou, assorties de cuisines et de blanchisseries, étaient des lieux
d’hygiène et de détente pour le beau monde,
les dames y tenaient salon, les hommes
réglaient des questions de la plus haute
importance.
CHOC THERMIQUE
Dix-quinze minutes de cuisson, et il faut
sortir prendre l’air. En tirant sur une corde,
chacun se déverse sur la tête un seau d’eau
glacée, suspendu sous le plafond. L’hiver, on
peut se rouler dans la neige, ou s’immerger
dans un trou creusé dans la glace. A cet effet,
les banyas rurales sont construites à proxi-
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
mité d’un lac ou d’une rivière. En ville, on
plonge dans des cuves. Le choc thermique
– les Russes disent sobrement «contraste» –
est bon pour la circulation sanguine et la tonification de la peau. Ensuite, le temps de souffler, nous allons mariner dans une marmite
géante d’eau chaude, installée à l’extérieur de
l’izba –la photo ridicule de la page précédente
prend tout son sens –, qui ne correspond à
aucune tradition particulière, une coquetterie
du lieu. C’est aussi le moment de boire une
tasse de thé aux herbes, ou un verre de bière.
Jamais de vodka. On attendra la fin de la
séance, dans trois heures, pour s’attabler et
se remplir la panse.
Valeri nous invite pour le deuxième zahod.
On va passer aux choses sérieuses. Les veniki
sont prêts. Je vais me faire rosser. Littéralement. C’est la procédure ultime et absolue,
sans laquelle l’expérience reste incomplète.
Les branches de bouleau, souples et fragrantes, s’abattent avec un rythme régulier sur
mon dos, mes jambes, mes fesses. La sensation est électrifiante et indolore, exfoliante,
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Ça dure une dizaine
de minutes, à la fin
tu ressembles à un
homard heureux sorti
d’un bouillon d’herbes
rouges, des feuilles
de bouleau collées
sur la peau.
je sens chaque pore qui s’ouvre et la fatigue
s’échappe comme un mauvais génie. Ça dure
une dizaine de minutes, à la fin tu ressembles
à un homard heureux sorti d’un bouillon
d’herbes, rouge et décontracté, des feuilles de
bouleau collées sur la peau.
Pendant mes années de correspondance à
Moscou, j’avais pris l’habitude, à l’instar de
beaucoup de collègues étrangers, de fréquenter une institution de la capitale, «Krasnopresnenskie Bani», construites à la fin des
années 70 dans un quartier renommé pour ses
bains depuis le début du XIXe siècle. Au cœur
de l’hiver moscovite, quand le mercure reste
figé à moins quinze pendant plusieurs semaines, le ciel glacial coincé au niveau des sourcils, pas un rayon de soleil, on a l’impression
d’avoir les os gelés, les tripes transies de froid,
pour toujours. Et pas une bonne nouvelle à
l’horizon. La banya devient un rite salutaire.
TOUTES ÉGALES
Passé le vestiaire, les corps nus s’exhibent
avec une liberté inouïe, débarrassés du poids
des tissus et des soucis. Des différences et des
apparences. La banya est le lieu le plus démocratique de Russie, et l’a toujours été : «Pas
d’épaulettes à la banya», clame un vieux dicton. Ici, nous sommes toutes égales face à
l’eau et au feu. La blonde aux seins refaits et
arrogants, un dragon bleu enroulé autour de
la clavicule. La babouchka dont la peau est
u III
si distendue qu’on craint qu’elle ne glisse,
telle une vieille chemise, à chaque coup vigoureux d’éponge. Ce ventre rond et doux,
qui a porté tant d’enfants. Des fossettes et des
fesses, des dos, longs, courbés, potelés, des
Sylphides de Modigliani et des Grâces de Rubens… Personne ne jauge, ne juge. Dépouillée
et naturelle, chacune vaque à ses occupations. Moi, je dois l’avouer, j’ai toujours eu du
mal à ne pas zieuter, en pâmoison devant
tant de beauté suintante baignée de lumière
chaude, regrettant de ne plus savoir dessiner.
Pas d’autre hiérarchie que la hauteur de la
marche sur laquelle tu t’installes, soit le niveau de température que tu peux supporter.
«Dame vapeur», la parilchtchitsa, règne en
autocrate sur cet espace clos. Ces prêtresses,
les seules à circuler vêtues entre les salles
d’eau et l’étuve, fabriquent une vapeur magistrale et te rossent chaque fois comme si
c’était la dernière. •
JEUDI
J’AI TESTÉ LA CHIRURGIE ESTHÉTIQUE
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IV u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
anglaise, avec le protestantisme
qu’il combat farouchement, avec
l’insurrection des «Gueux de la
mer», ces Hollandais révoltés en
Flandre contre la domination catholique, Philippe II, qui règne sur
l’Espagne, le Portugal, le nord de
l’Italie, la moitié de l’Allemagne, sur
l’actuelle Belgique et la Hollande, et
encore sur l’Amérique latine et la
moitié des futurs Etats-Unis,
ameute dans ses ports la plus
grande flotte jamais vue, quelque 130 navires de guerre, que les
Anglais baptiseront après coup
– parce qu’ils l’ont vaincue – «l’Invincible Armada».
Punchline. L’armée navale de
La reine Elizabeth Ire anoblissant Francis Drake (gravure du XIXe siècle). PHOTO GRANGER, NYC. RUE DES ARCHIVES
Francis Drake, armateur
de sensations fortes
D
rake! Dans la mémoire des
marins, ce nom claque
comme une voile dans le
grand vent. A côté de
Robert Surcouf, Jean Bart, Horatio
Nelson, Fernand de Magellan, Ernest Shackleton ou Eric Tabarly, il
figure dans le panthéon imaginaire
de ceux qui vont sur l’eau.
En 1588, c’est un homme court de
48 ans, bien mis et replet, dont la
collerette souligne la barbe et la
moustache coupées en pointe à la
mode de l’époque. Son corps rond
et large est porté par des jambes
dont la minceur est accentuée par
des bas resserrés. Un nez droit, une
chevelure grisonnante, un regard
aigu teinté d’ironie composent un
visage classique comme une figure
de proue. Cette petite taille est celle
du plus grand marin vivant. Francis
Drake est un dieu anglais et un diable pour les Espagnols. Fils d’un
pasteur qui servait sur un navire de
guerre, il a passé sa vie en mer. Il a
été mousse, matelot, gabier, aspirant, découvreur, pirate, négrier,
corsaire. Pendant la guerre anglo-
Bateaux phares (3/6) Histoires de navires
célèbres que l’on peut encore visiter.
Aujourd’hui, la «Golden Hind», galion
multicolore du redoutable corsaire
qui a décimé «l’Invincible Armada» espagnole.
espagnole de 1588, il est vice-amiral. A 15 ans, il avait déjà longuement navigué en contrebande sur
les côtes de l’Afrique et dans les
Antilles. A 20 ans, il est capitaine de
navire corsaire qui pille les ports et
arraisonne les galions. A 30 ans, il
est chef d’escadre qui détruit la ville
espagnole d’Amérique Nombre de
Dios, et intercepte à Panamá le convoi de mulets qui transporte l’argent des mines du Pérou. A 37 ans,
sur la Golden Hind («la biche d’or»)
un galion multicolore et haut sur
l’eau, il fait le premier tour du
monde anglais, le deuxième après
Magellan, passant le détroit tortueux qui porte le nom du navigateur portugais.
Il remonte jusqu’à Vancouver en
longeant la côte ouest de l’Amérique, avant de mettre le cap vers
l’Asie et l’océan Indien. Les uns
après les autres, il aborde les ports
espagnols de la côte Pacifique,
volant, tuant et brûlant tout sur son
passage. Comme il remet le cap sur
l’Angleterre, la Golden Hind est
chargée de lingots et les
commanditaires du voyage
gagneront 5 000 fois leur mise.
Anobli. A son retour en 1581,
à Plymouth, la reine Elizabeth lui
rend visite à bord avec sa cour, en
présence des ambassadeurs espagnols qui ont protesté à grands cris
contre les attaques du pirate britannique. Sous l’œil satisfait des
envoyés de Philippe II, elle le fait
agenouiller et lui sert une algarade
qui présage d’un châtiment exemplaire. Puis soudain elle le relève.
A l’ébahissement de l’assistance,
elle lui annonce qu’il est anobli,
qu’on l’appellera désormais
Sir Francis, et le prend dans ses
bras. Les diplomates sont outrés.
Rapportée au roi d’Espagne, la
scène consomme la rupture.
Aujourd’hui, la Golden Hind a été
reconstruite. On la voit à Londres
au bord de la Tamise, coincée à flot
entre un grand mur et un portique
de chantier naval, ses ponts envahis par une nuée d’enfants qu’attirent des pavois rouge et or, avec ses
haubans de chanvre, sa coque noire
et sa poupe relevée qui évoquent
les navires de Pirates des Caraïbes.
Il n’y manque que le pavillon à tête
de mort. Le vaisseau est tellement
légendaire que les Anglais l’ont
reconstruit plusieurs fois, pour en
faire un musée flottant, ancré à
Southend pendant longtemps, puis
dans différents ports de GrandeBretagne. Celui qu’on visite a même
refait le tour du monde de Drake
par le même itinéraire.
L’affront d’Elizabeth à Plymouth
déclenche la réaction espagnole.
Décidé à en finir avec l’insolence
Philippe II doit entrer en force dans
la Manche, protéger le passage des
troupes espagnoles stationnées en
Flandre vers le Kent, où le duc de
Parme doit prendre pied et marcher
aussitôt sur Londres. La menace est
mortelle: la flotte espagnole semble
irrésistible et les troupes de Parme
sont plus fortes que la maigre armée
anglaise. Drake est nommé viceamiral de la flotte. Il abandonne la
Golden Hind qui devient navire de
reconnaissance, pour prendre le
commandement d’une escadre.
Quand on annonce l’arrivée de
l’Armada au large de la Cornouaille,
Drake est à Plymouth sur une
pelouse où il joue aux boules avec
ses officiers. Sa flotte est au
mouillage. Quand on le presse de
faire appareiller ses vaisseaux pour
se porter au devant des Espagnols,
il prononce une des «punchlines»
les plus célèbres de l’histoire britannique. Il sait que la marée monte et
que sa flotte doit attendre la renverse pour sortir en mer. «Nous
avons le temps de finir la partie
avant d’aller battre les Espagnols.»
Ce qui fut fait, au terme d’une
campagne navale incertaine dans la
Manche, quand l’amiral Howard envoie des brûlots sur l’Armada ancrée
devant Gravelines, où devrait se
trouver le duc de Parme. Mais ce
dernier a pris du retard.
Dispersée par les brûlots, poussée
vers le nord par les vents, la flotte
espagnole a manqué son opération.
Le duc de Medina Sidonia, son amiral, décide de rentrer en Espagne en
contournant les îles britanniques.
Mais au large de l’Irlande, les tempêtes d’automne dispersent une
nouvelle fois l’Armada, dont une
trentaine de vaisseaux sont drossés
à la côte et détruits. Les marins survivants sont exécutés par les soldats
d’Elizabeth Ire qui tiennent garnison en Irlande. Drake, qui a mené
les principales attaques, devient un
héros national. Le grand empire espagnol de Philippe II, sur lequel le
soleil ne se couche jamais, a été
vaincu par un pirate.
LAURENT JOFFRIN
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PHOTO /
Google,
de l’emploi
Séance tenante/
Comédie Installée
en Suisse depuis
2011 avec son mari
ingénieur, l’artiste
russe s’est
intéressée au
quotidien de ces
femmes contraintes
par la législation
du pays à attendre
deux ans avant de
pouvoir travailler.
OLGA BUSHKOVA
Née en Russie en 1988.
Vit à Zurich depuis 2011.
E
n 2011, le mari d’Olga
reçoit une offre d’emploi pour travailler chez
Google, à Zurich. Ni lui
ni Olga n’avaient vécu hors de
Russie. Dès leur arrivée en
Suisse, ils louent un appartement à Zwinglistrasse, situé à
dix-sept minutes à pied des bureaux de Google. Olga a reçu un
permis de séjour limité : contrairement à son mari, elle ne
peut pas travailler durant
deux ans. C’est le cas pour la
majorité des nouveaux arrivants. La législation suisse ne
leur permet pas d’obtenir un
travail avant cette période. Le
couple achète tout ce qu’il faut
pour leur nouvelle vie: rideaux,
table, verres… Olga rencontre
les nouveaux collègues de son
mari, ainsi que leurs conjoints,
«les femmes Google».
Peu à peu, elle décide de documenter des épisodes du quotidien. Olga se sert d’une télécommande à distance, si bien qu’elle
est souvent présente sur les photos. On la voit la plupart du
ÉTÉ
u V
temps avec d’autres femmes. Cafés, repas entre amis, conversations occasionnelles, enfants et
poussettes…
Rien d’apparemment exceptionnel sur les photos, très répétitives. Pourtant, en observant avec
attention les petits changements, on entre dans l’intimité
de la vie de ces «spooglers»
(terme qui désigne les conjoints
d’ingénieurs Google à Zurich).
Nouvelle langue, nouveau pays,
nouvelle communauté: ces femmes se sentent souvent seules et
doivent s’adapter à ce nouvel environnement.
A travers son travail, Olga Bushkova nous permet de mieux comprendre cet univers, de capter
cette routine et cette solitude.
Son livre, A Google Wife (éditions
Dalpine) aborde des problématiques féministes et nous interroge
notamment sur le rôle des grandes entreprises vis-à-vis du bon
équilibre entre travail et vie familiale de leurs employés, ainsi que
de leurs femmes expatriées. Son
travail est exposé dans le cadre
des Rencontres d’Arles jusqu’au
23 septembre, et concourt pour
le prix du livre d’auteur.
LILY MARTENS
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ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
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Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
u VII
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Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
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VIII u
Libération Mardi 14 et Mercredi 15 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
La tournée des châteaux
P
ZU
Z
L
E
Par DIDIER ARNAUD
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À...
Citadelles Discrétion
et conclusion
Qui n’a jamais
rêvé de se construire une petite
ville dont il serait
le maire, peinard
et éclairé ? Plutôt
ambiance Sim
City au Moyen Age avec ses différents
quartiers, nobles, religieux, marchands, militaires, parce que vous
êtes un lecteur assidu de Ken Follett.
Le rêve, non ? Malheureusement, vous
n’êtes pas seuls et vos adversaires ont
les mêmes envies… Dans le jeu de cartes Citadelles, immense succès du
Français Bruno Faidutti, vous construisez des bâtiments en piochant des
cartes et en incarnant, à chaque tour,
différents personnages qui ont des
pouvoirs (le voleur, le marchand, l’assassin, le roi, etc). Pas de tactique miracle ici. Il faut savoir bluffer, anticiper les coups des autres et ne pas
avoir les yeux plus gros que le ventre,
ni trop petits. Construire uniquement
des bâtiments pas chers ne rapporte
pas assez de points et, à l’inverse, se
concentrer sur les merveilles est trop
risqué. Choisir des personnages
moins prisés comme le prêtre ou le
condottiere peut permettre de ne pas
être tué ou volé. Evitez aussi d’être
trop vite en tête sinon les autres vont
s’allier contre vous. Soyez discret et
tentez de conclure alors que vos adversaires ne s’y attendent pas.
QUENTIN GIRARD
2
Au château de Chambord, le parc,
qui fait plus de 5 000 hectares,
abrite une faune exceptionnelle
parmi laquelle ne figure pas cet intrus :
A Le mouflon de Corse.
B La salamandre.
C Le balbuzard pêcheur.
D Le loup.
3
Ce château, agrandi au XXe siècle,
est surnommé le Versailles
charentais. Il s’agit de :
A La Mercerie.
B La Billarderie.
C La Coutellerie.
D Le Portail.
4
Les «châteaux» du Bordelais,
les exploitations viticoles,
étaient au nombre de 1 600 en 1908.
En 2000, on en comptait :
A 1 900.
B 3 000.
C 8 000.
D 12 000.
5
Selon la légende, pendant le siège
de Carcassonne par Charlemagne,
Dame Carcas aurait jeté un animal
par-dessus les murs, faisant croire ainsi
que la ville disposait de vivres. Lequel ?
A Un mouton.
B Un porcelet.
C Une poule noire.
D Un veau.
6
Plusieurs personnages célèbres
ont vécu au château de Pau, dans
le Béarn. L’un de ceux ci-dessous
n’y séjourna jamais, il s’agit de :
A Louis-Philippe.
B Henri IV.
C Marguerite de Navarre.
D Isabelle II d’Espagne.
7
Thérèse de Saint-Clar, châtelaine
un tantinet coquine, trompa son
mari. Elle fut emprisonnée à vie
dans sa chambre, puis emmurée à sa
mort. Depuis cette «Dame blanche» se
balade dans les couloirs de son château
du Périgord à…
A Saint-Martin.
B Tartarin.
C Puymartin.
D Beautarin.
8
Le château de Lunéville,
en Lorraine, a subi depuis
le XVIIe siècle pas moins de
treize incendies. En 1766, c’est la robe
de chambre du châtelain qui prend feu.
Il s’agissait de :
A Stanislas Leszczynski.
B Philippe d’Orléans.
C Nicolas Fouché.
D Le cardinal de Choiseul.
9
Le chanteur des Rolling Stones,
Mick Jagger, est le propriétaire
d’un château à Pocé-sur-Cisse
(Indre-et-Loire). Il se nomme…
A Couteaux.
B Cuillères.
C Fourchette.
D Nappe.
Réponses : 1. C ; 2. D ; 3. A ; 4. D ; 5. B ; 6. A ; 7. C ; 8. A ; 9. C.
1
Les châteaux de la Loire, comme
Chambord, Azay-le-Rideau ou
Cheverny, sont environ :
A 300.
B 1 000.
C 3 000.
D 4 000.
LES 7
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