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Libération - 16 08 2018

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JEUDI 16 AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11575
www.liberation.fr
GÊNES
À QUI
LA FAUTE ?
La colère monte en Italie,
deux jours après la chute
du pont Morandi qui a causé
la mort d’au moins
42 personnes.
Brésil
L’extrême droite
aux portes
du pouvoir
Idées
La Bellevilloise,
d’idéal ouvrier
à café branché
PAGES 6-7
PAGES 18-19
ÉTÉ
O. MONGE. MYOP
A Gênes, mardi. PHOTO VALERY HACHE. AFP
PAGES 2-5
J’ai testé la chirurgie
esthétique
ET AUSSI DE LA BD, DES JEUX, UN BATEAU
CÉLÈBRE… CAHIER CENTRAL
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Angoisse
Depuis mardi nous restons
saisis d’effroi à la vue de
ce pont autoroutier qui
s’est effondré d’un coup à
Gênes, entraînant dans
le vide des dizaines de passagers prisonniers de leur
camion ou de leur voiture,
véritable scène de film catastrophe. Pourquoi? Pourquoi cette tragédie-là nous
marque-t-elle davantage
qu’une autre (tremblement
de terre, glissement de
terrain, incendie…)? Il y a
la symbolique du pont,
d’abord, qui relie des
peuples ou des lieux,
et donc synonyme de
vie, même si dans certaines
mythologies il peut représenter le passage vers la
mort. On ne peut s’empêcher de penser au magnifique roman de Maylis de
Kerangal Naissance d’un
pont (Verticales, Prix Médicis 2010), qui montrait bien
la puissance vitale dégagée
par la construction d’un tel
ouvrage, ne serait-ce que
par le nombre incroyable
de corps de métier qu’elle
mobilise, et donc le dynamisme économique qu’elle
entraîne. Cette tragédie
nous frappe aussi parce
que les ponts font partie
de notre quotidien, nous
les utilisons sans même
y penser, convaincus de
leur fiabilité, rassurés par
ces milliards de kilos de béton coulés dans la masse.
Si même le béton n’est plus
fiable alors qui l’est? Enfin,
à l’heure où les Etats européens cherchent quasi tous
à rogner les budgets pour
économiser sur tel ou tel
poste, et souvent à transférer au privé des responsabilités jusqu’alors publiques,
on ressent un frisson
d’angoisse à l’idée que 70%
des 15000 ponts italiens
aient plus de 40 ans ou
que 7% des ponts français
soient aujourd’hui à risque.
Au passage, les propos
antieuropéens de Matteo
Salvini, le ministre italien
de l’Intérieur, nous font
doucement rigoler. Le nouvel homme fort de la péninsule ferait bien de réviser
ses classiques. Longtemps
considéré comme le parent
pauvre du Vieux Continent, l’Italie ne serait sans
doute jamais parvenu à financer ses infrastructures
sans l’aide de l’Europe. •
Libération Jeudi 16 Août 2018
Gênes
L’Italie entre
indignation et
récupération
L’effondrement partiel d’un pont mardi en Ligurie,
qui a tué au moins 42 personnes dont 4 Français,
soulève nombre de questions sur la gestion des
infrastructures dans le pays. Plutôt que de jouer
l’apaisement, l’exécutif populiste rejette la faute
sur les précédents gouvernements et Bruxelles.
Le pont Morandi partiellement
Par
ÉRIC JOZSEF
Correspondant à Rome
«I
ls devront payer, payer tout
et payer cher.» Dans le
sillage du très radical
ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, le gouvernement italien demande des comptes pour la tragédie du viaduc de Gênes qui est
vécue comme une «catastrophe
nationale» dans le pays. Le ton
est ferme. Et les prises de position
vont crescendo depuis la déclaration du leader de la Ligue, parti
d’extrême droite, mardi aprèsmidi, quelques heures seulement
après l’annonce de l’écroulement:
«C’est le temps des secours, de l’intervention, de la fatigue, de la sueur
et de la prière, mais à partir de
ce soir doit commencer le temps
de l’établissement des responsabilités avec les noms et les prénoms de
ceux qui sont coupables de morts
inacceptables.»
Depuis cette intervention de Salvini
qui a au passage pris le temps
de tweeter «dans une journée aussi
triste, une nouvelle positive: le navire
Aquarius ira à Malte […] et non en
Italie», les autres ministres du gouvernement ont embrayé, fournissant
leur propre interprétation des causes de la catastrophe du pont Morandi. Et livrant même, sans attendre les conclusions de la justice, des
coupables à une opinion publique
légitimement indignée par les terribles nouvelles en provenance de Gênes. Le ministre des Transports du
Mouvement Cinq Etoiles (M5S), Danilo Toninelli, a immédiatement
pointé du doigt des problèmes de
maintenance du pont. En réponse,
la société italienne des autoroutes a
indiqué que «des travaux de consolidation étaient en cours» et que le viaduc qui s’est écroulé faisait l’objet
«d’activités constantes d’observation
et de vigilance».
«PLURI-HOMICIDE»
Selon le professeur d’ingénierie à la
faculté de Gênes Antonio Brencich
(lire aussi page 5), plus qu’un problème de maintenance le pont
aurait en fait présenté des soucis
structurels en raison de sa «mauvaise conception». Et d’ajouter :
«[L’architecte] Morandi s’est trompé
dans les calculs de la déformation,
avec le temps, des structures en ciment armé.» En 2016, l’universitaire
avait, en vain, invité les pouvoirs
publics à démonter le pont Morandi
et à en reconstruire Suite page 4
DOUZE MOIS D’ÉTAT D’URGENCE
Le bilan provisoire s’élève désormais à 42 morts, dont 3 mineurs,
a indiqué mercredi le procureur de Gênes, Francesco Cozzi.
Le Quai d’Orsay a annoncé «avec tristesse» la présence
de 4 ressortissants français parmi les victimes. Les secouristes
ont déjà évacué 16 blessés dont 12 en état grave. Pour faciliter
les opérations de déblaiement, deux grandes grues ont été
acheminées sur le site et des équipes de chiens renifleurs
s’activent pour tenter de localiser des survivants. Pas moins
de 400 pompiers professionnels sont désormais engagés dans
les recherches et, en comptant tous les personnels impliqués, les
secours ont mobilisé un millier de personnes. Le gouvernement
italien a décrété l’état d’urgence pour douze mois à Gênes.
Libération Jeudi 16 Août 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
effondré, ce mercredi à Gênes. Au cours des quatre dernières années, pas moins de huit ponts se sont écroulés en Italie. PHOTO ANTONIO CALANNI. AP
En France, une maintenance en souffrance
Un audit révélé il y a quelques
semaines sur l’état des
infrastructures montre que
l’Hexagone dépense sept fois
moins que le budget requis
pour entretenir ses ponts.
L’
Hexagone, ses 640 000 kilomètres
carrés de territoire et ses 36000 communes comptent pas moins de
42 000 kilomètres de routes et d’autoroutes
et 12 000 ponts. Après un rapport particulièrement critique du Sénat publié
le 8 mars 2017, sur l’état des infrastructures
françaises, le ministère des Transports a
lancé en septembre un audit sur «l’état du réseau routier national non concédé et la politique d’entretien de ce réseau», dont les résultats ont été connus en juillet.
Derrière la terminologie un tantinet technocratique, il faut comprendre que le gouvernement entend mesurer la qualité de ses ponts
et chaussées et l’efficacité des budgets affectés
à leur entretien. Sans réelle surprise, il ressort
dans les résultats que l’effort financier est bien
en dessous du niveau de flottaison. Et pour
cause. La somme consacrée chaque année
à la maintenance des ponts ne dépasse
par 45 millions d’euros. Conséquence, le nombre de ces ouvrages d’art nécessitant un entretien «est en augmentation», notent les deux cabinets d’experts suisses mandatés pour
réaliser l’état des lieux. Ils enfoncent le clou
en considérant que «la gestion d’urgence du
patrimoine des ouvrages d’art ne correspond
pas à une bonne pratique de maintenance».
Addition. Selon un ratio établi par l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE), le club des pays les
plus riches, il est impératif de consacrer à
l’entretien d’un pont une somme annuelle
équivalente à 1,5 % de sa valeur à neuf. La
France en est bien loin puisque le budget alloué aux ouvrages d’art ne dépasse pas 0,22%
de leur valeur. Sept fois moins que ce qui est
requis.
Pour combler son retard, la France n’aura
donc d’autres solutions que d’ouvrir grand
son carnet de chèques. Il lui faudrait dès l’année prochaine tripler, voire quadrupler, son
budget annuel d’entretien des ouvrages d’art
pour atteindre en moyenne 160 millions
d’euros par an. Une addition qui devrait ravir
le ministre de l’Action et des Comptes publics
au moment où s’achève l’élaboration du budget 2019. Dans l’hypothèse où Bercy trouve les
ressources budgétaires pour suivre les recommandations de cet audit, ses rédacteurs prennent tout de même la peine de préciser que
l’effort financier ne permettra même pas le
maintien du parc actuel. En clair, il faut se
préparer à payer cher, non pas pour conserver
en l’état les ouvrages d’art de l’Hexagone mais
pour éviter qu’ils ne se dégradent au-delà de
l’acceptable.
Visites. Au lendemain, de l’effondrement du
viaduc de Gênes, la ministre des Transports,
Elisabeth Borne, commanditaire de cet audit,
a visiblement tenu à rassurer en rappelant
qu’en France, tous les ponts font l’objet de
contrôles annuels et de visites plus détaillées
tous les trois ans. Elle doit présenter à la rentrée une loi de programmation des infrastructures «afin d’avoir une visibilité dans la durée». Déjà, le 15 mai devant le Sénat, la
ministre avait annoncé «un plan de sauvegarde des routes nationales», reconnaissant
«le sous-investissement manifeste» qui aboutit
à ce «qu’un pont sur dix soit en mauvais état».
FRANCK BOUAZIZ
4 u
ÉVÉNEMENT
un neuf. Pour
l’heure, le parquet de Gênes a simplement ouvert une enquête pour
«pluri-homicide involontaire sans
inculper quiconque». «Les responsables ont un nom et un prénom, et ce
sont Autostrade per l’Italia», a
néanmoins estimé mercredi matin
le vice-Premier ministre, Luigi
Di Maio. Le leader du M5S en a profité pour remettre en cause la privatisation du système autoroutier italien : «Pendant des années on a dit
que faire gérer les autoroutes par des
privés était mieux que par l’Etat.
Maintenant on a l’un des plus
grands concessionnaires européens
qui nous dit que ce pont était en sécurité et que rien ne laissait imaginer l’effondrement […]. Il faut retirer
les concessions et faire payer des
amendes. Si un privé n’est pas en mesure de gérer les autoroutes, l’Etat le
fera.» Matteo Salvini a immédiateSuite de la page 2
Libération Jeudi 16 Août 2018
ment embrayé: «La révocation des
concessions est un minimum.»
Mercredi après-midi, le ministre de
l’Intérieur s’est rendu sur les lieux de
la catastrophe après la visite plus tôt
de Luigi Di Maio et celle mardi du
président du Conseil, Giuseppe
Conte. Pendant ce temps, sur les
réseaux sociaux italiens, les militants se déchaînent. Les partisans
du nouvel exécutif s’en prennent
«Pas moins de 70%
des 15000 ponts
et galeries
du réseau italien
ont plus
de 40 ans.»
La Repubblica
aux gouvernements précédents accusés de ne pas avoir rendu plus
sûres les infrastructures, tandis que
les électeurs démocrates fustigent
une «sinistre récupération politique»
des populistes. Et dénoncent le fait
qu’au nom de la lutte contre les
grands chantiers, le M5S de Gênes
s’est opposé à la Gronda, une nouvelle bretelle d’autoroute qui devrait
représenter une alternative au pont
Morandi. Il y a quinze jours, le ministre Danilo Toninelli a d’ailleurs
mis la Gronda sur la liste des projets
à revoir intégralement.
«ANOMALIES»
En attendant, le président du
Conseil, Giuseppe Conte, a annoncé
un plan extraordinaire de contrôle
des infrastructures. Il y a urgence,
car l’écroulement du viaduc de
Gênes a rappelé au pays que
beaucoup d’infrastructures auto-
Pont Morandi
0
A1
ITALIE
Gênes
FRANCE
A8
Nice
routières sont vieilles, parfois
construites dans les années 50-60.
«Pas moins de 70% des 15000 ponts
et galeries du réseau italien ont plus
de 40 ans», a ainsi recensé le quotidien La Repubblica, qui rappelle
que la plupart d’entre eux, à l’instar
du pont Morandi, n’ont pas été
conçus en fonction de la circulation
50 km
actuelle, beaucoup plus intense
que par le passé, avec notamment
le transit de camions plus gros et
plus lourds.
Ainsi, au cours des quatre dernières
années, pas moins de huit ponts
se sont écroulés en Italie. Et toujours selon La Repubblica, «plus
de 300 ponts ou tunnels présente-
Pompiers et équipes de secours, mardi, à la recherche de victimes sous les décombres du pont Morandi à Gênes. PHOTO STEFANO RELLANDINI. REUTERS
Libération Jeudi 16 Août 2018
Un viaduc très vite caduc
Conçu dans un béton armé
innovant pour l’époque,
l’ouvrage a rapidement
et souvent fait l’objet
de critiques structurelles.
L
e pont Morandi, du nom de son créateur,
était à l’époque une prouesse architecturale. Inauguré en septembre 1967 par le
président de la République Giuseppe Saragat,
long de 1182m et d’une hauteur de 45m, le viaduc surplombe la rivière Polcevera et la zone
industrielle de la ville. Les Génois le surnomment rapidement «le pont de Brooklyn» pour
sa ressemblance lointaine avec l’édifice newyorkais. En mars 1964, alors que le viaduc est
en construction, le journal La Domenica del
Corriere, disparu depuis, titrait: «Gênes a résolu le problème du trafic automobile.» Le
pont avait en effet pour mission première de
désengorger la ville. Mais dès sa conception,
l’ouvrage fait l’objet de doutes structurels. Riccardo Morandi (mort en 1989), ingénieur porteétendard du rationalisme italien, avait fait du
béton armé précontraint sa spécialité. Mis au
point en 1928, il permet d’améliorer la résistance du matériau face à des sollicitations élevées. C’est en Calabre que Morandi apprend à
travailler le béton armé endommagé dans les
zones de tremblements de terre. Dans son bureau à Rome, il continue son exploration du
béton armé précontraint et fait breveter sa
technique, le Morandi M5. Il l’expérimente notamment lors de la construction d’une aile du
stade de Vérone en 1953.
Le viaduc de Gênes est quant à lui la réplique
quasi identique du pont du Général-Rafael-Urdaneta, dans l’ouest du Venezuela, également
dessiné par Morandi. L’architecte présente un
projet tout en béton et promet des coûts d’entretien moindres. Le pont de 6,7km est inau-
«
guré en 1962. Deux ans plus tard, le pétrolier
Exxon Maracaibo, chargé de 36000 tonnes de
marchandise, vient heurter deux de ses piliers.
Le tablier s’effondre, cinq personnes sont tuées.
La structure choisie par Morandi est mise en
cause, mais cela n’empêche pas le gouvernement italien de désigner l’architecte en 1963
pour construire le viaduc de Gênes.
En 2016, Antonio Brencich, prof agrégé en
structures de béton à la faculté de Gênes, tirait
déjà la sonnette d’alarme via une note sur les
faiblesses de l’ouvrage: «Le viaduc de Morandi
a immédiatement présenté plusieurs défaillances de structure, dont une erreur d’ingénierie
consistant en une évaluation incorrecte des
effets de retrait du béton ayant produit un plan
de route non horizontal, expliquait le spécialiste. Il doit être remplacé ou reconstruit.» Pour
l’ex-président de l’ordre des architectes de
Gênes Diego Zoppi, la confiance accordée au
béton est à remettre en question: «On pensait
qu’il était éternel, dit-il à l’AFP. Mais on a compris qu’il dure seulement quelques décennies. On
n’a pas tenu compte à l’époque des continuelles
vibrations du trafic car le ciment se microfissure
et laisse passer l’air, qui rejoint la structure interne en métal et la fait s’oxyder. Ce qui explique
les constantes opérations de maintenance du
pont Morandi.» Compte tenu de l’importance
de cet axe routier qui voit passer chaque année
25 millions de véhicules, l’hypothèse d’une démolition avait été étudiée en 2009. Selon
l’agence de presse économique Radiocor, la société autoroutière Atlantia avait récemment
lancé un appel d’offres de 20 millions d’euros
pour des interventions sur le viaduc. Elles prévoyaient un renforcement des câbles de certaines piles, dont la numéro 9, de 90m de haut,
qui s’est effondrée mardi.
CHARLES DELOUCHE
Le pont Morandi, en 2008, où passaient 25 millions de véhicules par an. PHOTO CC
«Les réparations sont parfois plus
dangereuses qu’autre chose»
L’ingénieur Michel
Virlogeux, concepteur
du viaduc de Millau,
estime qu’il est
possible que l’un des
haubans du pont de
Gênes, en partie rénové
en 2016, ait cédé sous
l’effet de la corrosion.
L’
ingénieur des ponts et
chaussées Michel Virlogeux, à qui l’on doit entre autres le pont de Normandie et
le viaduc de Millau en France, réagit à l’effondrement d’une partie
du pont Morandi de Gênes, en
Italie.
Le viaduc qui s’est effondré
mardi à Gênes était l’œuvre de
l’architecte italien Riccardo
Morandi (1902-1989). Que
peut-on en dire ?
Ce pont fait partie d’une série
d’ouvrages construits par Morandi au cours des années 60. Il
en a fait trois de ce type : en plus sachant que le pont avait été
du pont de Gênes, on lui doit partiellement rénové en 2016?
le pont de Maracaibo au Ve- Une hypothèse qui me paraît relanezuela [inauguré en 1962, ndlr] tivement crédible, c’est qu’un des
et celui de Wadi alhaubans ait cédé
Kuf en Libye [inausous l’effet de la
guré en 1972], qui a
corrosion. S’agissant
détenu un certain
des réparations, elles
temps le record du
sont parfois plus
monde de portée en
dangereuses qu’autre
béton. Ce sont des
chose. Il y a quelques
ponts à haubans en
exemples de ponts
béton, qui ne sont
qui se sont cassé la
pas d’une concepgueule pendant leurs
INTERVIEW réparations: c’est artion géniale en
réalité. A la même
rivé en 2007 à Minépoque, les Allemands commen- neapolis [dans le Minnesota, nord
çaient à faire des ponts en des Etats-Unis] à un moment où il
haubans beaucoup plus mo- y avait de la circulation. Cela s’est
dernes. Morandi use à Gênes aussi produit en Allemagne, sur
d’une idée très massive. Mais il a un pont de Franz Dischinger.
fait d’autres ouvrages très inté- Des témoins ont dit avoir vu
ressants, notamment des ponts comme un éclair qui frappait le
en arc.
pont…
En attendant de savoir exacte- Les ponts peuvent être touchés
ment ce qui s’est produit, quel- par la foudre. C’est arrivé sur une
les hypothèses pourraient ex- structure récente : un hauban a
pliquer un tel accident, en cassé et un deuxième s’est avachi.
FRÉDÉRIC STUCIN
raient aujourd’hui de graves anomalies». «Il y a beaucoup d’écoles,
d’hôpitaux, de chemins de fer, de
fleuves et d’autoroutes qui ont besoin
de financement», a reconnu mardi
le ministre de l’Intérieur, Matteo
Salvini. Mais dans le but de porter,
comme à son habitude, l’attaque
contre les institutions de Bruxelles.
Le leader d’extrême droite a en effet
profité de la catastrophe de Gênes
pour laisser entendre que c’est l’austérité européenne qui empêcherait
l’Italie de sécuriser ses infrastructures: «Souvent, on nous dit que l’on ne
peut pas dépenser d’argent parce
qu’il y a les paramètres européens,
les limites en termes de déficit, le
PIB, la dette, les écarts de taux d’intérêts.» Et d’avertir: «La prochaine
loi de finances devra mettre au centre la sécurité des Italiens […] et ces
paramètres devront être mis au
second plan.» •
u 5
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Mais le pont était équipé de tout
un système de surveillance :
tout a été fermé en quelques minutes, puis les haubans ont été
remplacés et tout le monde était
content.
Les catastrophes de ce genre
sont-elles courantes ?
Il faut surtout remonter au
XIXe siècle pour en trouver.
Au XXe, il y a bien sûr la célèbre affaire du pont de Tacoma [qui s’est
effondré quelques mois après son
inauguration aux Etats-Unis,
en 1940]. Il est arrivé régulièrement que des ponts soient renversés par des chocs de bateaux,
comme l’Almö Bridge en Suède,
en 1980. Pendant plusieurs dizaines de minutes, des voitures sont
tombées dans la rivière. Et puis, il
y a la corrosion. Des ponts en
haubans qui se sont effondrés, je
n’en connais pas. Mais des ponts
en béton précontraint, ça arrive
quelquefois.
Recueilli par
FRANTZ DURUPT
6 u
MONDE
Libération Jeudi 16 Août 2018
Au Brésil,
un ex-militaire
pour liquider
la démocratie
Jair Bolsonaro fait désormais figure d’outsider de
l’élection présidentielle dont la campagne officielle
s’ouvre ce jeudi. Raciste, homophobe et sexiste,
ce capitaine nostalgique de la dictature profite du
discrédit qui pèse sur la classe politique brésilienne.
PROFIL
Par
CHANTAL RAYES
Correspondante à São Paulo
I
l dresse le pouce et l’index,
comme pour tirer, et son public
exulte. C’est le geste fétiche de
Jair Messias Bolsonaro, 63 ans, populiste d’extrême droite qui figure
en deuxième place dans les sondages pour la présidentielle du 7 octobre au Brésil. «Un danger pour la démocratie», met en garde
l’hebdomadaire britannique The
Economist. Il n’y a pas si longtemps,
la simple candidature de cet ancien
capitaine de l’armée de terre aurait
été impensable. Or, c’est à lui que
profite le discrédit de la classe politique, éclaboussée par les incessantes révélations de corruption.
Député de Rio de Janeiro depuis 1991, il se pose en candidat
«antisystème». «A se demander ce
qu’il fait en politique», ironise une
éditorialiste.
SAILLIES
Partout où il passe, Bolsonaro est
reçu par une foule exaltée aux cris
de «mito» («mythe»). Pourtant, cet
obscur parlementaire est plus
connu pour ses sorties coutumières
contre les Noirs, les homosexuels et
les femmes que pour sa piètre activité législative – seulement deux
propositions de loi approuvées en
vingt-sept ans. «Je ne te viole pas
parce que tu ne le mérites pas», a-t-il
pu lâcher en 2014 à une députée qui
dénonçait les viols massifs pendant
la dictature (1964-1985). Ses propos
choquent ? Tant mieux. Pour ses
partisans, brocardés en «bolsominions», en référence aux petits personnages jaunes de Moi, moche et
méchant, leur héros parle cash,
trash. Tous ne souscrivent pas pour
autant à ses idées, préférant voir en
lui un homme de poigne capable de
redresser un pays à la dérive.
A part l’ancien président Lula, leader du Parti des travailleurs (PT),
aujourd’hui en prison (lire ci-contre), personne au Brésil ne suscite
un tel enthousiasme. Ultranationaliste, réactionnaire, «antigauchistes», Bolsonaro, a quadruplé en
deux ans ses intentions de vote,
aujourd’hui entre 19 et 24%, a construit sa fulgurante ascension sur les
réseaux sociaux. Sa page Facebook
compte 5,4 millions d’abonnés. Et
il est parti à l’assaut de la base évangélique en se convertissant à son
tour. Son électorat est plutôt aisé,
masculin et jeune. «Pour eux, le
statu quo, c’est le PT, qui a gouverné
de 2003 à 2016, observe le sociologue et politologue Rudá Ricci. Ils
n’ont quasiment rien connu d’autre.
Et s’élèvent contre un certain sectarisme, selon eux, des mouvements féministe, noir et LGBT, actifs dans les
universités.»
On compare ses saillies à celles de
Trump? Un compliment, pour lui.
Mais Bolsonaro est plutôt un Du-
terte, le président philippin qui a
lancé une guerre contre la drogue et
multiplié les appels aux meurtres
des délinquants. Face à l’insécurité
(63 880 homicides en 2017, un record), il défend la facilitation du
port d’arme, la baisse de la majorité
pénale à 16 ans et les exécutions
sommaires: «Un policier qui ne tue
pas n’est pas un policier.»
IMPRÉPARATION
En 2016, ce nostalgique de la junte
militaire avait même osé dédier «à
la mémoire» du colonel Carlos Ustra, le chef politique de l’appareil de
répression, son vote pour la destitution de Dilma Rousseff, la successeure de Lula, qui fut emprisonnée
et torturée. Bolsonaro s’est nourri
de la détestation du PT, insufflée
par ses adversaires, avant d’être rattrapés à leur tour par les affaires. S’il
aime à se faire passer pour un
homme intègre, il traîne aussi ses
casseroles.
«On est dans une sorte d’anomie, explique à Libération Renato Janine
Ribeiro, professeur de philosophie
à l’université de São Paulo et ancien
ministre de l’Education sous la présidence de Dilma Rousseff. Les règles du jeu ne sont pas respectées.
Une présidente a été chassée du pouvoir par un putsch parlementaire.
Les partis sont délégitimés par la
corruption. On ne peut même plus
faire confiance à la justice», accusée
de commettre des abus. Et d’ajou-
ter : «Il y a une perte de confiance
dans la démocratie qui favorise
l’idée d’un homme providentiel,
voire d’une intervention militaire.
Bolsonaro dispute certes une élection, mais il veut un Etat d’exception, puisque l’Etat de droit génère
corruption et récession.» Son colistier, le général à la retraite Antônio
Hamilton Mourão, avait, en 2015,
ouvertement défendu, une «intervention» de l’armée pour mettre fin
à la crise politique. A peine désigné
début août, Mourão a osé dire que
«le Brésil a hérité des Indiens son
indolence et des Africains, sa
roublardise».
«Je ne te viole pas
parce que tu ne
le mérites pas.»
Jair Messias Bolsonaro
à une députée qui dénonçait les
viols massifs sous la dictature
Pour certains, Jair Bolsonaro fait
preuve d’une totale impréparation
pour la fonction. Il n’y connaît rien
en économie et ne s’en cache pas.
Son conseiller, l’ultralibéral Paulo
Guedes, aura carte blanche, promet-il. Si l’establishment lui préfère
le candidat de droite Geraldo Alckmin, des patrons se sont ralliés à lui,
«pour mieux le manipuler», reprend
Rudá Ricci. Idem pour l’agrobusiness, séduit par le port d’armes contre les actions du Mouvement des
sans-terre envers les grands propriétaires, ou par la promesse de ne pas
reconnaître les terres ancestrales
des Indiens, convoitées par les multinationales. En revanche, l’armée,
elle, prend ses distances… Ce qu’on
appelle déjà le bolsonarisme n’est
pas un phénomène passager, écrit
pour sa part Bruno Carvalho, professeur de lettres à Harvard: «Quoiqu’il
arrive, Bolsonaro a déjà altéré le
paysage politique, en légitimant des
positions extrémistes qui ont poussé
le centre vers la droite.» •
Libération Jeudi 16 Août 2018
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Un partisan de Jair
Bolsonaro lors de son
intronisation officielle
comme candidat à Rio
de Janeiro, le 3 août.
PHOTO RICARDO MORAES.
REUTERS
encore peu connu et ne recueille que 2 à 3%
des intentions de vote. Le PT mise sur le prestige et le capital politique pour en faire profiter son remplaçant. Selon un sondage, 30%
des personnes interrogées voteraient «sûrement» pour son candidat, et 17 % affirment
qu’elles pourraient le faire. A voir. «Actuellement, Lula teste Haddad, reprend Rudá Ricci.
Mais il a toujours plus d’une corde à son arc.»
L’extrême droite risque-t-elle
d’arriver au pouvoir?
En vingt-quatre ans, seuls deux grands partis
sont parvenus à la présidence : le Parti de la
social-démocratie brésilienne (PSDB) de Fernando Henrique Cardoso (1994-2002) et le PT
de Lula (2003-2016). Cette année, ce duel
droite-gauche est incertain. Car pour la
première fois, la droite dure, radicale, et
populiste qui votait jusqu’ici PSDB, a son propre candidat, le député Jair Bolsonaro du
Parti social libéral (lire ci-contre). Cet ancien
militaire, qui surfe sur le discrédit des grands
partis, figure en deuxième place derrière Lula
dans les intentions de vote, entre 19 et 24%.
Or, quelque 20% de suffrages suffiraient pour
passer au second tour si l’abstention était à un
noveau élevé. Pour certains, le phénomène
Bolsonaro est une «bulle». Sans parti ni alliés
de poids, et avec seulement huit secondes
dans la tranche horaire qui sera dédiée, trois
fois par semaine, à partir du 31 août, à la publicité télévisée des candidats, la «vague»
pourrait retomber.
La droite classique
peut-elle gagner ?
Une élection suspendue à un
candidat fantôme nommé Lula
La présence incertaine
de l’ancien président, favori
mais incarcéré, rend cette
présidentielle inédite et
particulièrement imprévisible.
L
a campagne pour les élections
générales du 7 octobre au Brésil
commence ce jeudi 16 août. Les Brésiliens choisiront – outre les gouverneurs
d’Etat, les députés et les deux tiers des sénateurs– leur nouveau président, qui succédera
à Michel Temer, arrivé au pouvoir après la
destitution de Dilma Rousseff du Parti des
travailleurs (PT), il y a deux ans. La présidentielle s’annonce comme la plus imprévisible
depuis le retour au suffrage universel,
en 1989, après la dictature militaire (1964- vierge». «Tant que les voies de recours ne sont
1985). Sans franc favori, sinon l’ancien prési- pas épuisées, ses droits politiques restent gadent Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011), in- rantis, martèle cependant la présidente du
carcéré depuis le 7 avril, mais toujours en tête PT, Gleisi Hoffmann, convaincue qu’il sera
avec 30 à 40% des intentions de
blanchi, in fine. Lula a donc le
vote, cinq des treize candidats DÉCRYPTAGE droit d’être candidat, la jurissont en mesure de se qualifier
prudence lui est favorable.» Pour
pour un second tour. Passage en revue des in- le sociologue et politologue Rudá Ricci,
connues qui pèsent sur ce scrutin hors norme. «défendre son improbable candidature sert
surtout à renforcer son mythe en montrant
Lula pourra-t-il se présenter ?
qu’il est victime d’un acharnement judiciaire
Le PT, qui devait déposer la candidature de destiné à le mettre politiquement hors-jeu».
Lula, mercredi 15 août, promet de se battre
jusqu’au bout pour qu’elle soit validée. Sans Lula, le Parti des
Condamné en appel à douze ans et un mois travailleurs a-t-il une chance ?
de prison, malgré l’absence de preuves maté- Son colistier et ex-maire de São Paulo, Ferrielles contre lui, le leader de gauche est en nando Haddad, pressenti pour le remplacer,
principe inéligible, selon la loi dite du «casier s’il était empêché de disputer le scrutin, est
Son principal candidat, Geraldo Alckmin, exgouverneur de São Paulo et président du
PSDB, plafonne à 8 %. Il fait les frais de la
concurrence de l’extrême droite comme du
soutien du PSDB aux politiques impopulaires
de Temer (dont il n’est pas officiellement le
candidat). Mais il a du répondant: une solide
expérience, une coalition de huit partis,
six minutes de publicité télévisée et la moitié
des fonds publics destinés à financer la
campagne. De quoi lui permettre de «décoller», du moins s’il arrive à venir à bout de
Bolsonaro.
Qui sont les outsiders
de gauche ?
L’écologiste Marina Silva (Rede Sustentabilidade) et l’ancien gouverneur du Ceará, Ciro
Gomes (Parti démocratique travailliste). Tous
deux furent ministres de Lula, et c’est essentiellement sur eux que se reporterait la gauche. Sans Lula en lice, l’ex-récolteuse de latex
dans la forêt amazonienne pointerait à 15%,
à la deuxième place derrière Bolsonaro,
qu’elle battrait au second tour. Mais, outre le
manque de moyens de son parti, Marina Silva
passe pour incapable de gouverner avec des
parlementaires habitués à marchander leur
soutien. «Trop puriste», soutient sur GloboNews le politologue José Alvaro Moisés. Ciro
Gomes (10% dans les simulations sans Lula),
l’un des candidats les mieux préparés, représenterait, lui aussi, une sérieuse concurrence
au PT. Depuis sa cellule, l’ancien président a
réussi à l’isoler en dissuadant l’important
Parti socialiste brésilien de le rallier.
C.Ra. (à São Paulo)
8 u
MONDE
Libération Jeudi 16 Août 2018
Le Qatar sort son chéquier pour la Turquie L’émir
du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, en déplacement
à Ankara mercredi, a promis que son pays fournirait 15 milliards de dollars (13 milliards d’euros) d’investissements à la
Turquie, lors d’une rencontre avec Recep Tayyip Erdogan,
selon un communiqué de la présidence turque. Ce geste survient en soutien à l’économie turque, affaiblie par un effondrement de sa monnaie sur fond de crise diplomatique avec les
Etats-Unis et de sanctions réciproques. PHOTO AFP
des centres psychiatriques de
l’Eglise pour qu’ils soient
soumis à des examens.
Ces révélations font suite à
une série de scandales qui
ont éclaboussé l’Eglise aux
Etats-Unis depuis le début du
siècle : en 2002, le Boston
Globe avait mis en lumière les
poursuites pour abus sexuels
contre cinq prêtre catholiques. D’autres affaires
avaient suivi : Philadelphie
en 2005, Altoona-Johnstown
en 2016… Seulement, depuis
une vingtaine d’années, peu
de cas récents sont rapportés.
Une preuve de l’efficacité des
mesures imposées par le
clergé? Ou le temps qu’il faut
aux victimes pour réussir à
parler? «Difficile à dire, confie à Libération le père Stéphane Joulain, psychothérapeute et auteur de Combattre
l’abus sexuel des enfants. Il
faut entre vingt et trente ans
à une personne victimisée
pour porter plainte. L’Eglise
doit se réformer en profondeur, laisser plus de place aux
laïcs et aux femmes dans les
postes à décisions.»
«Omertà». Le grand jury de
Mardi, le procureur général de Pennsylvanie, Josh Shapiro, a rendu public le rapport du grand jury. PHOTO MATT ROURKE. AP
Prêtres pédophiles: un long silence
et des vies brisés en Pennsylvanie
Une enquête menée
par un grand jury
sur six diocèses
de l’Etat américain
détaille des
agressions
sexuelles sur de très
nombreux enfants
et la dissimulation
quasi systématique
par la hiérarchie
catholique.
Par
AUDE MASSIOT
«I
l y a eu d’autres rapports sur les abus
sexuels commis sur
des enfants au sein de l’Eglise
catholique. Mais aucun de
cette ampleur», assure le
grand jury qui a mené une
enquête dans six diocèses sur
huit (les autres ayant déjà fait
l’objet d’investigations) de de l’eau bénite pour le
l’Etat de Pennsylvanie, aux «purifier». Un agresseur qui
Etats-unis.
avait décidé de démissionner
Ces 1 356 pages, résultat des après plusieurs plaintes a
deux ans de recherches demandé et obtenu une lettre
dans les archives de l’Eglise de référence pour son emploi
et de recueil de témoignages suivant… au parc d’attracde victimes, d’agresseurs tions Walt Disney World.
et de représentants ecclésias- L’ampleur et l’atrocité
tiques, révèlent les noms des abus décrits par ce grand
de 300 prêtres et détaillent jury sont d’autant plus
leurs agressions sur plus flagrantes que l’enquête est
de 1000 enfants. Bien que la basée sur des documents
grande majorité des abus ecclésiastiques.
soient aujourd’hui prescrits «Toutes [ces victimes] ont été
pour la justice,
écartées dans
L'HISTOIRE tous les coins de
les membres du
grand jury ont
l’Etat, par des diDU JOUR
tenu à rendre
rigeants
de
public ce texte en l’honneur l’Eglise qui ont préféré protédes victimes.
ger les agresseurs et leur instiUn prêtre a violé une fille de tution à tout prix», décrit le
sept ans alors qu’il lui rendait texte. Grâce à l’aide d’agents
visite à l’hôpital après du FBI, les citoyens désignés
une ablation des amygdales. par la justice américaine pour
Un autre a forcé un garçon de cette enquête ont identifié
9 ans à lui faire une fellation, une «stratégie pour cacher la
puis lui a rincé la bouche avec vérité» réutilisée encore et
encore, comme un manuel
officiel. «S’il doit servir à quoi
que ce soit, ce rapport prouve
que l’incapacité à empêcher
les abus est systémique, institutionnelle», poursuit le texte.
«Sincère». S’égrènent alors
les affaires de dissimulation
des prédateurs par la hiérarchie. Dans le diocèse d’Erie,
alors qu’un prêtre a admis
avoir agressé au moins une
douzaine de jeunes garçons,
l’évêque lui a écrit pour le remercier pour «tout ce qu’il a
fait pour le peuple de Dieu…
Le Seigneur te récompensera». Un autre prêtre, qui
avait confessé le viol anal et
oral d’au moins 15 garçons, a
été désigné par l’évêque
comme «une personne honnête et sincère». Quand
l’agresseur a finalement été
écarté de la prêtrise, des
années plus tard, son supérieur a exigé que la raison de
son départ ne soit mentionnée nulle part.
Des représentants des hautes
sphères ecclésiastiques recommandaient aussi l’utilisation d’euphémismes comme
«contacts inappropriés» ou
«problèmes de promiscuité»
pour désigner un viol et envoyaient les agresseurs dans
Un agresseur
qui avait
démissionné
après plusieurs
plaintes
a obtenu
une lettre de
référence pour
Walt Disney
World.
Pennsylvanie note tout de
même des améliorations :
«L’Eglise rend compte aux forces de police plus rapidement
des dénonciations d’abus. Des
mécanismes d’enquête internes ont été créés. Les victimes
ne sont plus aussi invisibles.»
Il recommande aussi la suppression du délai de prescription pour les crimes sexuels
sur mineurs. Et appelle à l’invalidité des accords de nondivulgation dans le cadre des
poursuites pénales.
Pour le père Stéphane Joulain, la justice est aussi défaillante en France : «Nous
réagissons au coup par coup,
parce que nous ne voulons pas
voir l’ampleur de l’omertà.
Les outils juridiques existent,
mais ils ne sont pas utilisés.»
Et d’ajouter: «Il est temps que
les Etats lancent des procédures pénales contre les responsables hiérarchiques qui ont
couvert les faits et ce sont
donc rendus complices.»
Selon une étude du John Jay
College de justice criminelle,
basée sur des témoignages
recueillis entre 1950 et 2002,
4% des prêtres auraient commis des actes pédophiles,
contre, selon les estimations
du psychologue Michael Seto,
une proportion d’1% dans la
population générale. •
Libération Jeudi 16 Août 2018
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
La Coupe Davis à la veille
d’une révolution Ce jeudi,
l’assemblée générale de la
Fédération internationale de tennis, réunie à
Orlando (Floride), pourrait adopter une nouvelle
formule de la Coupe Davis (en photo, les joueurs
français autour du trophée, en février à Albertville).
La nouvelle épreuve n’aurait pas grand-chose à
voir avec l’ancienne. PHOTO AFP
Politique migratoire: Berlin englué
Royaume-Uni Le suspect de l’attentat
à Londres identifié par la presse
La presse anglaise a révélé mercredi l’identité de l’auteur
de l’attentat à la voiture bélier qui a fait trois blessés mardi
à Londres. Il s’agirait d’un Britannique de 29 ans d’origine
soudanaise, habitant à Birmingham, dans le centre du pays.
Il a été appréhendé immédiatement après avoir précipité
sa Ford Fiesta sur des cyclistes et des policiers. Le véhicule
a fini sa course contre une barrière de sécurité à proximité
du Parlement. L’homme fait l’objet d’une enquête pour
«tentative de meurtre», a annoncé la police, qui n’a pas confirmé son identité. Elle a procédé mercredi à une quatrième
perquisition à Birmingham, ainsi qu’à Nottingham. PHOTO
DANIEL LEAL-OLIVAS. AFP
Nigeria
Un journaliste
en détention
La police nigériane détient
depuis mardi un journaliste
qui refuse de dévoiler ses
sources au sujet de la prise de
contrôle temporaire du
Parlement par des agents de
sécurité et de renseignement
la semaine dernière, ont
rapporté mercredi ses
employeurs. Samuel Ogundipe travaille pour le Premium Times, qui a dénoncé
«la répression injuste et horsla-loi d’un citoyen et journaliste honnête».
Afghanistan Au
moins 48 morts
dans un attentat
Une attaque suicide a fait au
moins 48 morts et 67 blessés
dans un quartier chiite
de Kaboul, mercredi, d’après
le ministre de la Santé
afghan, cité par Reuters.
Beaucoup de victimes pourraient être des étudiants,
précise l’AFP. Par ailleurs, les
forces afghanes semblaient
mercredi avoir finalement
repoussé les talibans
assaillant depuis près d’une
semaine la ville de Ghazni
(est), où les rues s’animaient
de nouveau mais où la
crainte de nouveaux combats restait forte.
Alors que l’Allemagne s’est de nouvelles règles plus resengagée à accueillir «jus- trictives concernant le requ’à 50» des 141 migrants groupement familial ont été
sauvés par l’Aquarius, qui va mises en place le 1er août.
finalement accoster à Malte Tout a donc été fait pour ac(lire p. 13), le pays reste em- céder aux exigences du parpêtré dans les méandres de tenaire bavarois de la CDU de
sa politique migratoire, sous Merkel, la CSU.
pression de la droite conser- Car ces sourdes tensions
vatrice et de l’extrême droite. avaient éclaté en juin, le turLe sujet fut un des
bulent ministre de
VU DE
enjeux majeurs des
l’Intérieur CSU,
législatives de sepBERLIN Horst Seehofer, détembre. Et l’une des
cidant de refouler
pierres angulaires des négo- dès le 1er juillet tout demanciations entre chrétiens-dé- deur d’asile enregistré dans
mocrates et sociaux-démo- un autre pays de l’UE. Angela
crates lors de la formation Merkel, redoutant un effet
d’une coalition gouverne- domino en Europe, s’y était
mentale. Face à la pression farouchement opposée. En
de la droite ultraconserva- retour, Seehofer avait menacé
trice, un plafond annuel de de démissionner avant de
réfugiés a été fixé à environ changer d’avis. Merkel a donc
200000 personnes par an, et passé le dernier sommet
«Christine Hallquist est
simplement devenue la
première candidate trans/nonbinaire au poste de gouverneur
d’un parti politique principal
dans l’histoire américaine.»
LE VICTORY FUND,
organisation qui soutient
les candidats LGBTQ en
politique
Christine Hallquist a remporté mardi soir la primaire
démocrate au poste de gouverneur du Vermont et deviendrait, en cas de victoire en novembre, la première femme
transgenre élue gouverneure aux Etats-Unis. En 2015,
«Christine a pris la décision, après des années à le garder
en elle, d’être elle-même, une femme transgenre, devenant
le premier dirigeant [d’entreprise] dans le pays à entamer
sa transition en poste», précise une courte biographie disponible sur le site internet de sa campagne. Christine Hallquist, aujourd’hui âgée de 62 ans, était alors dirigeante
d’une entreprise. «Travailler pour s’assurer que le Vermont
reste un endroit spécial, inclusif et progressiste, est ce qui
motive Christine pour avoir l’honneur et l’opportunité de
servir les gens du Vermont en tant que prochaine gouverneure», peut-on également lire. Autre révolution, à l’occasion de ces primaires démocrates: la victoire, dans le Minnesota, d’Ilhan Omar, 36 ans, une élue somali-américaine
portant le voile, qui pourrait devenir la deuxième femme
musulmane membre de la Chambre des représentants. La
première sera certainement Rashida Tlaib, 42 ans,
gagnante de la primaire démocrate à Detroit la semaine
dernière. Sans adversaire républicain ou de parti tiers, elle
devrait entrer à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat en novembre.
européen, fin juin à Bruxelles,
à tenter de sauver son gouvernement. Elle a ainsi négocié
à la chaîne des accords bilatéraux avec d’autres pays européens afin de leur remettre
les demandeurs d’asile arrivant en Allemagne et déjà enregistrés chez eux.
Peu de temps après, elle signait un accord avec Horst
Seehofer. Celui-ci prévoit notamment la création de centres de rétention pour migrants, le temps de l’examen
de leur dossier. Le premier a
ouvert en Bavière le 1er août.
Durcissement encore: depuis
mi-juillet, le gouvernement
allemand veut inscrire l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la
Géorgie sur sa liste des pays
dits «sûrs»: cela permettrait
aux services de l’immigration
L’été,
le monde
continue
de tourner.
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
jeudi, vendredi
de rejeter de façon quasi
automatique les demandes
d’asile de leurs ressortissants.
Et samedi, Merkel a signé le
premier de ces fameux accords bilatéraux avec Pedro
Sanchez, le Premier ministre
espagnol. Désormais, les migrants déjà enregistrés en Espagne et arrivant à la frontière germano-autrichienne
pourront y être expulsés dans
les quarante-huit heures.
Mais les principales portes
d’entrée restent la Grèce et
l’Italie. Or, le ministre italien
de l’Intérieur d’extrême
droite, Matteo Salvini, a fait
savoir que Rome exigeait un
renforcement des frontières
extérieures de l’UE avant tout
accord sur les migrants déjà
présents en Europe.
JOHANNA LUYSSEN
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
10 u
FRANCE
Libération Jeudi 16 Août 2018
Des ministres en
congés sauf sinistre
Pour éviter toute vacance du pouvoir
pendant l’été, les cabinets veillent à ce que
les membres du gouvernement puissent
être alertés dès qu’une crise survient, quitte
à interrompre leurs congés sur le champ.
Par
NICOLAS MASSOL
S
i Twitter prend un malin plaisir à moquer le séjour d’Emmanuel Macron au
fort de Brégançon, force est de constater que le président de la République continue
à gérer des dossiers pendant ses vacances.
Alors qu’elle rentrait seule d’une balade à
vélo, Brigitte Macron a assuré devant les caméras de LCI que son mari avait «beaucoup
de travail». De fait, après deux jours de
négociations et d’incertitudes, Emmanuel
Macron a annoncé que la France allait accueillir 60 des 141 migrants présents à bord
du navire Aquarius (lire page 13). Une décision prise au terme de moult échanges avec
les partenaires européens, pour trouver une
issue à l’errance du navire. «Le président de
la République ou le Premier ministre ne peuvent pas se permettre de disparaître pendant
deux ou trois semaines, explique une ancienne conseillère presse du gouvernement
«
Hollande. Le cabinet s’organise donc en fonction de l’actualité, pour montrer que même
s’ils sont en vacances, le chef de l’Etat, le Premier ministre et les autres membres du gouvernement sont en situation de reprendre à tout
moment leurs activités.»
Le Groupe de sécurité du Premier ministre
(GSPM), chargé d’assurer sa sécurité, acquiert
un rôle nouveau puisque, contrairement à
son cabinet, il accompagne le chef du gouvernement sur son lieu de vacances. Il travaille
au plus près de lui et connaît ses habitudes:
«Ses membres savent que leur rôle, pendant
les vacances, consiste un peu à remplacer le
cabinet, indique une ancienne conseillère de
Matignon. Ils font le lien entre le dircab et le
Premier ministre, c’est à eux qu’on s’adresse
en priorité pour joindre le chef du gouvernement, caler un horaire, etc. L’été, ils sont un
peu les anges gardiens du cabinet.» Et ce régime de vacances en pointillé du chef de
l’Etat et du Premier ministre vaut pour tous
les membres du gouvernement qui sont cer-
tes en congé jusqu’au 22 août, mais dont les
cabinets s’organisent pour tenir la boutique.
Objectif : avancer sur les dossiers en cours,
préparer la rentrée, et surtout rester en alerte
pour prévenir les imprévus et les situations
exceptionnelles.
«ON EST AUX AGUETS»
Pour assurer cette permanence, un roulement
s’établit dans les cabinets ministériels, qui
fonctionnent en général par binômes (chaque
poste étant doublé d’un adjoint). Quand le
numéro 2 du ministre, le directeur de cabinet
part en congé par exemple, c’est son adjoint
qui le remplace. Compétent sur tous les sujets, c’est lui qui assure la liaison avec le ministre. «On le joint au moins une fois par jour
au téléphone, pour le tenir au courant de ce
qu’on fait et prendre ses instructions», explique Dimitri Lucas, conseiller à Bercy, du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.
Deux autres postes doivent toujours être assurés même dans les semaines les plus creuses
du mois d’août: celui de chef de cabinet –qui
organise notamment les déplacements du ministre– et celui en charge de la communication. «On est aux aguets, indique un ancien
membre du cabinet de Manuel Valls, car c’est
difficile de prévoir les sujets de presse, et on est
souvent seul. En août 2016, l’affaire du burkini
nous est tombée dessus tout d’un coup.» En
pleine polémique la «plume» de Manuel Valls
a dû écrire en vitesse une tribune «car il fallait que le Premier ministre réagisse». Pas possible que Matignon garde le silence sur un sulll
jet aussi sensible.
«En 2016, nous avons bénéficié
d’une mobilisation sans pareil»
L’
été 2016 a été marqué
par deux attentats.
Le 14 juillet, à Nice, un camion-bélier tuait 86 personnes,
et en blessait 458 autres. Le
26 juillet, deux terroristes égorgeaient le père Jacques Hamel,
dans son église de Saint-Etiennedu-Rouvray, et blessaient grièvement un paroissien. Secrétaire
d’Etat chargée de l’aide aux victimes à l’époque, Juliette Méadel
raconte son été tragique dans son
ministère.
«J’ai été nommée à la tête de ce
secrétariat en février 2016, après
les attaques du 13 Novembre. Un
ministère particulièrement
exposé. Le 14 juillet 2016, j’avais
prévu de partir en week-end.
Quand la nouvelle est tombée, il
a fallu immédiatement fixer le
cap. Hélas, après les attentats
contre Charlie Hebdo et
du 13 Novembre nous étions préparés aux scénarios catastrophes:
nous avions mis au point une
sorte de plan Orsec [Organisation
de la réponse de sécurité civile,
ndlr] pour mettre en mouvement
les services de l’Etat et ne pas perdre de temps. Une cellule de crise
a immédiatement été convoquée
à l’Elysée. Dans le cadre de l’aide
aux victimes, je devais mettre en
lien des administrations placées
sous l’autorité de différents ministères :
Intérieur, Santé, Affaires étrangères.
Cela a exigé beaucoup de souplesse
dans l’organisation.
Je travaillais en lien
étroit avec le préfet
des Alpes-Maritimes, mais je devais aussi faire venir de toute urgence des psychiatres, des pédopsychiatres auprès des victimes.
En plein été, il a fallu débloquer
de l’argent dans les huit jours
pour commencer à indemniser
les victimes. En juillet et août, les
équipes sont moins nombreuses
dans les administrations, mais
nous avons bénéficié d’une mobilisation sans pareil. Pendant que
le dircab du préfet annulait ses
congés, un autre membre du cabinet retardait sa mutation pour
nous prêter main forte.
J’ai pu constater combien, à tous les niveaux, le sens du service public était fort.
Nous avons pu compter sur de nombreux bénévoles. Je
me rappelle les chauffeurs de
taxis qui ont transporté des gens
gratuitement. Parallèlement,
nous avons avancé sur la réforme
de l’aide aux victimes. De moindre ampleur, l’attentat de SaintEtienne-du-Rouvray est survenu
alors que nos équipes étaient déjà
mobilisées. Il va sans dire que
pendant l’été 2016, je n’ai pas pris
de vacances.»
Recueilli par N.Ma.
AFP
L’ancienne secrétaire
d’Etat chargée de
l’aide aux victimes
des attentats, Juliette
Méadel, a affronté des
situations d’urgence.
Un membre de la sécurité
présidentielle derrière
une fenêtre de l’Elysée,
le 25 juillet. PHOTO KAMIL
ZIHNIOGLU
Libération Jeudi 16 Août 2018
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u 11
Carnet
ANNIVERSAIRES
lll Ancien chef de cabinet de Stéphane
Le Foll, ministre de l’Agriculture sous Hollande, Rémi Branco se souvient des périodes
creuses de l’été au ministère : «C’est une
ambiance particulière. Le cabinet se vide,
mais il y a toujours des choses à faire, et on sait
que tout peut changer très vite.» Août est un
mois calme en trompe-l’œil : une crise, un
drame, une catastrophe peuvent survenir à
tout moment. Comme pendant la canicule
de 2003 : le ministre de la Santé, Jean-François Mattei, s’était vu reprocher d’être resté en
vacances alors que 15000 personnes étaient
mortes à cause des fortes chaleurs. Cette année, Agnès Buzyn en a pris de la graine: la ministre est restée aux manettes de son ministère pendant l’épisode caniculaire.
Sous le quinquennat Hollande, le gouvernement a été confronté à plusieurs crises agricoles en plein été, et notamment à celle des éleveurs en 2015. Le ministre a dû renoncer à ses
vacances. «Comme chef de cabinet, se rappelle
Rémi Branco, j’ai dû organiser le déplacement
de Stéphane Le Foll à Caen, alors que la ville
était bloquée par les agriculteurs. Il s’est rendu
auprès d’eux. Dans ce genre de crise grave, il
est bien sûr hors de question que le ministre ne
soit pas aux commandes.» Stéphane Le Foll
avait donc passé l’essentiel de son mois d’août
à gérer son ministère.
GéNiale et médiévale, lectrice
et écrivaine, khâgneuse,
anglophile, chercheuse de
lunes et d’étoiles
Judith
a 18 ans
et la vie devant !
Nous l’aimons !
PaMaPiRéAnRa
DÉCÈS
Michal BAT-ADAM, sa
femme,
Orit MIZRAHI, sa fille,
Daniel MIZRAHI, son fils,
Hervé DERAIN,
Awena BURGESS,
leur compagnon et
compagne,
ont la très grande tristesse
de vous faire part de
la disparition de
«PRIÈRE DE NE PAS S’ÉLOIGNER»
La plupart des membres du gouvernement
parviennent tout de même à caser deux semaines de congés. Et lorsqu’ils arrivent sur
leurs lieux de villégiature, ils sont tenus de se
signaler à la préfecture du département. Ils
ont aussi pour consigne de ne pas trop s’éloigner de l’Hexagone, de manière à pouvoir rentrer très vite à Paris en cas de nécessité. Car
leurs congés –c’est normal– peuvent être interrompus à tout moment. En août 2012,
Thierry Repentin, alors ministre de la Formation professionnelle, est reparti le surlendemain de son arrivée en Savoie, pour assister
aux obsèques d’un chasseur alpin tué en
Afghanistan. Il y a neuf jours, c’est Florence
Parly, ministre des Armées, qui a suspendu ses
congés pour assister au centenaire de la bataille d’Amiens, le 7 août. Non prévu initialement, ce déplacement a été organisé in extremis pour éviter une bourde diplomatique.
Face à Theresa May et au prince William, qui
assistaient aux commémorations dans la
Somme, aucun membre du gouvernement
ayant rang de ministre n’assurait la représentation française. Seule la secrétaire d’Etat
Geneviève Darrieussecq figurait au programme au départ. Il a donc fallu réagir à la
dernière minute pour parer à une faute
protocolaire.
Hors crise ou événement exceptionnel, le travail dans les ministères est invisible, même
si le rythme est ralenti: «Depuis le 6 août, j’arrive à absorber tous les mails que je reçois. En
temps normal, c’est impossible», explique le
chef de cabinet du secrétaire d’Etat Olivier
Dussopt, Christophe Guérin-Linxe. Alors que
son ministre est en vacances en Toscane depuis le 3 août, lui a choisi de décaler les siennes d’une semaine. «Pendant l’année, l’urgence du matin est dépassée par l’urgence de
l’après-midi. Là, j’ai le temps de préparer la
rentrée dès maintenant: il faut caler les rendez-vous, les concertations avec les organisations syndicales en vue des négociations pour
le projet de loi de finance, etc.» Devenu secrétaire d’Etat aux Affaires européennes en
mars 2013, Thierry Repentin avait dû préparer
un sommet prévu au Luxembourg quelques
jours après son retour. Il avait donc emmené
ses dossiers dans ses valises. «On profite des
périodes de transport pour travailler.» Et de
conclure : «On n’est jamais déconnecté. De
toute façon, c’est impossible de débrancher en
deux semaines.» •
Moshé MIZRAHI
Cinéaste
Oscar du meilleur film
étranger 1977
pour «La vie devant soi»
décédé le 3 août 2018
à Tel-Aviv à l’âge de 86 ans
et inhumé le 6 août 2018
à Kiryat Shaul
Son humanisme
et sa croyance en l’amour
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12 u
FRANCE
Libération Jeudi 16 Août 2018
LIBÉ.FR
Battue, une femme reçoit
un avis d’expulsion à
cause de ses cris A La Ga-
renne-Colombes (Hauts-de-Seine), Elodie et ses
enfants font l’objet d’une procédure d’expulsion de
leur logement social en raison de «nuisances sonores» signalées par les voisins. Face à la mobilisation, le bailleur a finalement réagi, promettant de
les reloger.
Poursuite mortelle à Paris: le policier
auteur du tir en garde à vue
été alerté par des cris. «La voiture est arrêtée car une autre
bloque devant. Le policier
court à côté, il s’arrête. La voiture du jeune homme fait une
marche arrière, le policier se
trouve au niveau du conducteur. La voiture percute le
scooter, le policier tire: il est
à 45° face au mec», corrobore
Karim. Le restaurateur, qui
était de l’autre côté de la voiture, se trouvait également à
une distance qu’il évalue à
cinq ou dix mètres. «Il ouvre
la porte, fait sortir le jeune
homme, lui dit de se coucher
et le jeune homme refuse. Il le
met par terre tout en le secouant. Je fais le tour de la
voiture, je le vois l’allonger. Il
était déjà menotté avant que
je ne fasse le tour. Le policier le
maintenait, essayait de le
mettre en PLS [position latérale de sécurité, ndlr].» Karim
a entendu le gardien de la
paix, talkie-walkie en main,
indiquer sa position. Ensuite,
le fonctionnaire a parlé à la
victime, poursuit le témoin.
«Il essayait de voir s’il allait
bien. Il avait les yeux ouverts,
il haletait. Le policier a utilisé
son pied comme coussin pour
la tête du jeune homme.»
Mardi soir, un
homme de 26 ans a
été tué par balle
par un gardien
de la paix après une
course-poursuite
dans la capitale.
Deux témoins
racontent la scène à
«Libération».
Par
CLARISSE MARTIN
Q
ue s’est-il précisément passé, mardi
soir dans le IXe arrondissement de Paris ? Un
homme de 26 ans, originaire
de Draveil (Essonne), a été
mortellement blessé par le tir
d’un policier, à l’issue d’une
course-poursuite dans les
rues de la capitale. Au volant
de sa voiture, le jeune aurait
refusé de se soumettre à un
contrôle routier boulevard de
Sébastopol, préférant prendre la fuite, a confirmé à Libération la préfecture de police.
Le policier, âgé de 23 ans, serait monté à l’arrière du scooter d’un particulier et aurait
pris en chasse la voiture. Une
course-poursuite qui a mené
les deux véhicules rue
Condorcet, dans le IXe arrondissement. Bloqué par un
autre véhicule, le fuyard
aurait alors enclenché la marche arrière et percuté le deuxroues qui se trouvait juste
derrière. C’est à ce moment-là
que le policier aurait tiré.
«Torchons». Karim a en-
Extrait vidéo. Le policier qui a tiré tente de s’occuper de la victime, rue Condorcet à Paris PHOTO DR
recueillir deux récits de personnes qui ont assisté à la
a ouvert une enquête pour scène. Un témoin de 16 ans se
«violences volontaires avec trouvait dans un appartearme par personne déposi- ment de la rue Condorcet
taire de l’autorité publique avec des amis quand il a enayant entraîné la
tendu des cris. Il
mort sans intena filmé les insL’HISTOIRE tants qui ont
tion de la donner», confiée à
suivi le tir, des
DU JOUR
l’Inspection gévidéos que Libénérale de la police nationale ration a pu visionner. Sur les
et au premier district de po- images, on voit le conducteur
lice judiciaire. Placé en garde de la voiture les mains dans le
à vue dans la foulée, le poli- dos, face contre terre. Le policier était toujours interrogé cier est accroupi à côté de lui.
mercredi soir. Libération a pu «Au début on a juste entendu
Vidéos. Le parquet de Paris
des cris, raconte le témoin. Un
ami est sorti quelques secondes avant le tir. Il a vu le policier braquer son arme sur le
conducteur. Le policier se tenait à l’avant gauche de la
voiture [côté conducteur,
ndlr].»
«Ecrasé». Au moment où le
témoin est sorti de l’immeuble de la rue Condorcet, à une
distance de cinq à dix mètres
de la scène, le policier était en
train d’extraire le conducteur
de l’habitacle de la voiture.
Selon son récit, la balle tirée
par le gardien de la paix
aurait traversé la vitre de la
portière conducteur sans la
briser. C’est le policier qui
l’aurait ensuite cassée pour
ouvrir et sortir le jeune
homme de son véhicule. «Il
l’a secoué un peu contre la voiture, l’a attrapé par les épaules et l’a mis au sol, avant de le
menotter, poursuit le témoin.
Au début, il ne faisait pas attention à son état de santé. Il
l’a écrasé avec son genou, il y
avait du sang qui coulait.
L’homme a commencé à trembler et à ce moment là le flic
s’est s’occupé de lui, en lui faisant des points de compression.» Le témoin raconte que
le policier a utilisé l’écharpe
du conducteur du scooter
– qui se tenait à l’écart de la
scène– pour apporter les premiers soins à la victime. «Ça
saignait au niveau de l’épaule
gauche dans son dos. Ensuite,
d’autres policiers sont arrivés
et nous ont demandé de reculer.»
A ce témoignage s’ajoute celui de Karim, restaurateur de
la rue Condorcet qui était dehors avant le tir. Lui aussi a
suite proposé son aide, que le
policier a acceptée. Le restaurateur a plié les jambes du
jeune «pour le mettre dans
une bonne PLS». Selon lui «le
policier a fait de son mieux».
Karim est retourné dans son
établissement pour aller
«chercher des torchons propres». A son retour, des
agents arrivés en renfort ont
bouclé le périmètre. Selon
Karim, «la balle aurait transpercé le bras et perforé le
thorax». D’après l’AFP, le
jeune homme était connu de
la justice et faisait l’objet, depuis février, d’une procédure
pour «conduite malgré une
annulation de permis» et «refus d’obtempérer exposant
autrui à un risque de mort ou
d’infirmité». Mercredi, des
traces de sang étaient encore
visibles sur la chaussée de la
rue Condorcet, à l’endroit où
est mort le jeune homme. •
Libération Jeudi 16 Août 2018
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LIBÉ.FR
u 13
Tu mitonnes : Dolma
d’amour Chaque semaine,
passage en cuisine et réveil
des papilles. Aujourd’hui, une prometteuse
recette de feuilles de vignes farcies à l’aubergine, au riz «comme à Pontos», et surtout aux
sentiments, issues de Cuisine de Vefa, la bible de
la cuisine grecque. PHOTO HOBERMAN COLLECTION.
UIG. GETTY IMAGES
9,1 %
C’est le taux de chômage (au sens du Bureau international du travail) en France, selon les chiffres publiés mardi par l’Insee. Une petite diminution de 0,1 point par rapport au premier trimestre. Sur
un an, la baisse est de 0,3 point. Mieux : après une
augmentation surprise de 0,3% au premier trimestre,
le taux de chômage en France métropolitaine diminue de 0,2 point, s’établissant à 8,7% de la population
active. Soit une baisse de 48000 chômeurs: d’après
l’Insee, 2,5 millions de personnes restent sans emploi.
Voilà qui devrait (un peu) rassurer le gouvernement.
Car, cette semaine, une autre étude de l’Insee illustrait le ralentissement économique vécu par la France
au premier semestre.
Bientôt un patron pour Air France
La série économico-politique de l’été, «recherche désespérément patron pour Air
France-KLM», est sans doute
en train de vivre son dernier
épisode. Selon les informations recueillies par Libération, un conseil d’administration est programmé ce
jeudi dans l’après-midi.
A l’ordre du jour, la nomination du prochain PDG de la
compagnie. La candidature
de Benjamin Smith, dirigeant d’Air Canada, dont le
nom revient avec insistance
depuis une semaine, devrait
être entérinée.
Il semble que cette réunion
et l’annonce qui devrait
suivre aient été décidées de
manière anticipée au regard
du calendrier initialement
prévu. Tous les administra-
Handicapé en justice contre
la SNCF: délibéré à Toulouse
Soixante-trois centimètres :
c’est la largeur du fauteuil
roulant électrique de Kévin Fermine, 27 ans, dont la
plainte pour «discrimination» envers la SNCF est mise
en délibéré au Tribunal de
grande Instance (TGI) ce
jeudi à Toulouse. Atteint depuis sa naissance du syndrome de Little, une affection
neurologique l’empêchant de
conserver son équilibre, cet
étudiant en droit se déplace
en fauteuil roulant depuis
son plus jeune âge. Un handicap qu’il juge «particulièrement insurmontable» lors de
ses déplacements réguliers
en train, notamment sur la ligne TGV Toulouse-Bordeaux-Paris. Il demande
20000 euros de dommages et
intérêts à la SNCF. Et, surtout, qu’elle mette son matériel en conformité pour accueillir des handicapés.
Sa galère ferroviaire débute
dès l’arrivée sur le quai. Faute
de personnel suffisant et bien
qu’ayant systématiquement
réservé sur le site dédié, il
doit parfois se débrouiller
seul pour franchir la porte
d’accès à son train, dont les
dimensions, hormis celles
des rames les plus récentes,
l’obligent à manœuvrer au
plus serré. Dans la rame, la
largeur des couloirs l’empêche de faire demi-tour et de
se déplacer. Régulièrement,
le peu d’emplacements réservés aux handicapés fait qu’il
se retrouve «parqué» en plein
milieu d’une allée. «Les passagers sont forcés de m’enjamber. Je ne peux plus bouger du
début à la fin du voyage. Je
n’ai quasiment jamais accès à
la voiture-bar. Je suis prisonnier de ma place parfois pendant les six heures de trajet
entre Toulouse et Paris.»
Quand par chance il peut atteindre les WC, la largeur
trop exiguë de leur porte lui
interdit d’y entrer avec son
fauteuil. Un jour de 2016, lors
d’un voyage entre Montpellier et Toulouse, Kévin n’a pas
pu se retenir. «J’étais seul,
humilié devant tous les autres
passagers», se souvient-il.
Après une première plainte
classée sans suite devant le
tribunal administratif, son
avocat, Me Pascal Nakache,
en a déposé une seconde,
pour discrimination, devant
le TGI de Toulouse. La SNCF
n’a pas souhaité s’exprimer
avant le délibéré.
JEAN-MANUEL
ESCARNOT (à Toulouse)
A lire en intégralité sur Libé.fr.
teurs ne seront pas présents
autour de la table, dans
les locaux parisiens d’Air
France. Plusieurs d’entre
eux devraient participer
aux réjouissances par téléphone, compte tenu de leur
absence de Paris. Face aux
critiques récurrentes sur la
lenteur de ce
processus de reINFO
crutement, le
conseil d’administration se
serait décidé à passer à la vitesse supérieure. Les administrateurs ont également
été échaudés par un premier
loupé. Au début du mois
de juillet, un candidat retenu, mais révélé avant
sa nomination officielle
par ceux qui voulaient lui
barrer la route, a finalement
été éconduit.
Après moult auditions et
rebondissements (la compagnie est sans PDG depuis
trois mois, après le départ
inattendu de son précédent
patron, Jean-Marc Janaillac), Benjamin Smith devrait être nommé PDG d’Air
France-KLM et l’organisation de la direction renouvelée.
LIBÉ
Le nouveau boss
est en fonction chez Air Canada depuis seize ans, où il a
notamment à son actif le
lancement d’une filiale lowcost et les négociations avec
les personnels navigants.
Une expérience qui devrait
lui être utile, compte tenu
de la poudrière sociale
à laquelle ressemble
aujourd’hui Air FranceKLM. Côté français, le prin-
cipal syndical de pilotes menace d’une grève de quinze
jours si les négociations sur
la revalorisation des salaires
n’aboutissent pas rapidement. Côté néerlandais, une
menace de grève des pilotes,
plus récente, est également
parvenue à la direction.
La fiche de paie de Benjamin
Smith pourrait d’ailleurs être
une étincelle de plus au regard de la situation déjà hautement inflammable au sein
de la compagnie. Selon nos
informations, il percevrait
une rémunération globale de
l’ordre de 3,3 millions
d’euros par an, trois fois plus
élevée que celle de son prédécesseur… mais seulement
supérieure de 20 % à son
actuel salaire.
FRANCK BOUAZIZ
«Aquarius»: Macron a-t-il fait
du durable ou du précaire?
Disparition Le
rugby perd
Pierre Camou
Pierre Camou, président
de la Fédération française
entre 2008 et 2016, est
mort mercredi à 72 ans
des suites d’une longue
maladie. Le Basque avait
notamment initié la candidature française –victorieuse – pour le Mondial 2023. PHOTO AFP
Gard Le corps
du disparu
identifié
Le corps retrouvé lundi
dans l’Ardèche à proximité de la colonie de
vacances de Saint-Juliende-Peyrolas (Gard) inondée jeudi dernier est celui
d’un sexagénaire allemand disparu au cours
d’une brusque montée des
eaux. Deux responsables
de l’association allemande
propriétaire du terrain ont
été mis en examen.
Une «coopération européenne concrète». Emmanuel Macron et les responsables de la majorité se
félicitent, depuis mardi, de
la solution trouvée entre
Européens pour accueillir
255 migrants sauvés ces
jours-ci en Méditerranée.
Finalement, la France a accepté de prendre en charge
60 personnes, comme les
Espagnols. L’Allemagne en
accueillera 50 et les autres
seront réparties entre le
Portugal et le Luxembourg.
De fait, Emmanuel Macron
a bien mieux géré ce second
épisode Aquarius que le
précédent, en juin, lorsque
la France s’était refusée à
accueillir le navire après
la décision de l’Italie de
fermer ses ports. Le chef
de l’Etat s’est aussi épargné une polémique d’été :
rester à Brégançon avec sa
femme faisant du jet-ski en
Méditerranée, quand un
navire avec 141 migrants,
dont une majorité de mineurs, cherchait désespérément un port d’accueil? Dévastateur…
Pour autant, si elle en reste
à ce stade, la «coopération
européenne concrète» vantée
L’Aquarius à La Valette, mardi. G.MANGIAPANE. REUTERS
par Macron ne règle pas le
problème. Que se passerat-il lorsque de nouveaux navires chercheront un port
d’accueil et que Rome, malgré un accord signé par les
chefs d’Etat et de gouvernement en juin, leur dira non
à nouveau ? «Il existe des
conclusions du Conseil européen de juin, insiste-t-on à
l’Elysée en guise de pression
sur les Italiens et les pays de
l’est de l’Europe. Tout le
monde doit les respecter.»
C’est bien le problème: avec
un ministre de l’Intérieur
d’extrême droite, Matteo
Salvini, et une opinion publique qui le suit, l’Italie
n’est pas du tout pressée de
mettre en place les «centres
de contrôles» prévus sur son
sol et d’ouvrir ses ports.
Avec ce deuxième épisode
Aquarius, Macron a donc
voulu ôter un argument à
Rome, pour qui le reste de
l’Europe ne serait pas «solidaire» des Transalpins dans
la crise migratoire. Mais
pour augmenter la pression
sur la coalition populiste dirigée par Giuseppe Conte,
peut-être faudrait-il affirmer haut et fort que la
France ne craint pas
d’ouvrir ses propres ports en
cas de besoin. Ne pas le
faire, c’est laisser penser que
l’Italie a raison de fermer les
siens. Lilian Alemagna
14 u
VOUS
Libération Jeudi 16 Août 2018
La malbouffe
digère mal
ses 50 ans
Leur émergence en 1968 a rimé avec
innovation et libération de la femme.
Depuis, les piliers de la cuisine rapide dopés
par la publicité ont vu leur aura pâlir auprès
du grand public qui a peu à peu privilégié
une alimentation plus saine et plus naturelle.
Par
PIERRE CARREY
et CATHERINE MALLAVAL
F
antastique menu d’anniversaire : Big Mac
tout chaud dans sa boîte en carton avec les
frites, poisson surgelé, camembert Président, un verre de Banga, une tasse de café Jacques
Vabre. Et une gamelle de Royal Canin pour ne pas
oublier les chiens et chats. Ces produits et marques
de «consommation courante» fêtent chacun leurs
50 ans. Au début, on mangeait avec eux un peu de
l’esprit 68: l’aventure (des nouveaux goûts), la liberté (de la femme hors de la cuisine). On avalait
au passage une cuillère de modernité façon Trente
Glorieuses.
ROULEAU COMPRESSEUR
Et puis, ces héros de la table familiale sont peu à
peu devenus synonymes de «malbouffe», le phénomène dénoncé dès 1979 par le biologiste Joël de
Rosnay et sa femme Stella, experte en diététique,
avec «l’autogestion» alimentaire comme antidote:
«Manger différemment, c’est voter tous les jours.»
Critiques à peine audibles. Nous n’en sommes pas
encore aux scandales alimentaires de la fin des années 80, aux controverses sur l’impact sur la santé
et l’environnement mais…
A leur naissance, la «junk food» (le terme américain pour «malbouffe») et son cousin le «fast-food»
séduisent comme un rouleau compresseur. Ce duo
est porté par les nouveaux processus de fabrication
(les additifs alimentaires référencés dans un codex
en 1961) et d’emballage (Tupperware et papier alu
dans les années 60). Il est aussi dopé par la montée
en flèche dans les années 70 du congélo et du four
à micro-ondes. Ce sont les hypermarchés qui dis-
tribuent (larges parkings, tarifs plus bas et surface
trois fois plus grande qu’un «super» classique). La
nourriture industrielle a aussi une arme fatale
pour faire exploser ses ventes: la pub télé. Une famille modèle qui danse avec des boîtes de Findus,
le singe Coco qui se dandine avec une bouteille de
Banga, le clown Rony qui accueille les enfants
pour des goûters McDo mémorables… Clips riants
des années 80. Avant de remplir les gosiers, ces
marques se mangent par la rétine.
C’est aussi l’époque où le nombre de paysans s’effondre. Leur population passe de 5,3 millions d’actifs en 1954 à 2,7 millions cette année 1968. On les
appelle désormais «exploitants». Ils doivent «produire» et non plus «nourrir». Ils sont chargés de
fournir les usines de bouffe qui cartonnent déjà,
Gervais-Danone né en 1967, Président qui apparaît
en 1968 et qui deviendra le géant mondial Lactalis,
ainsi que Mars (Etats-Unis), Nestlé (Suisse) et
autres sociétés…
PREMIÈRE INDUSTRIE
Ce n’est pas un hasard si l’Association nationale des
industries agricoles ajoute l’adjectif «alimentaires»
dans sa dénomination en juillet 1968 avant de supprimer le terme «agricole». Soutenu par le ministère de l’Agriculture qui veut une France compétitive au rayon nourriture, ce lobby déclaré a pour
patron le baron Léon de Rosen, membre du bureau
du CNPF (actuel Medef) et président du Syndicat
des fabricants de sucre. Pari tenu: l’association nationale des industries alimentaires est aujourd’hui
le premier secteur industriel de l’Hexagone, pesant
plus de 400000 emplois et plus de 170 milliards
de chiffre d’affaires… Bon appétit avec cette rétrospective sur des pionniers qui ont su nous gaver de
tonnes de sucre, de sel et de gras (entre autres). •
BIG MAC
BIG CARTON
Le Big Mac a d’abord failli s’appeler The Aristocrat, mais ça ne faisait pas assez fait prolo. Ou bien
The Blue Ribbon Burger («le Cordon bleu») : pas assez crédible
pour un fin gourmet. Finalement,
c’est une secrétaire de McDo
à Chicago qui trouve un nom à ce
hamburger, né en 1967 à Pittsburgh (Pennsylvanie) et commercialisé dans tous les Etats-Unis
en 1968, puis en France dans les
années 70. L’innovation vient du
double étage, donc du double
steak haché, et de la «sauce spéciale» (huile de soja, épaississants,
sucre, conservateurs). L’inventeur
de ce sandwich, l’homme d’affaires Jim Delligatti, n’a jamais touché de royalties. Dommage… car
le Big Mac est un big carton: il s’en
écoule 29 exemplaires chaque seconde dans le monde. Avec ce record : un Américain en aurait ingéré 30 000 entre 1972 et 2008.
Aux dernières nouvelles, l’homme
serait toujours vivant.
Miam La triplette gras-salé-sucré
(plaît au cerveau).
Beurk La triplette gras-salé-sucré
(addictive) et les 18 additifs alimentaires.
Libération Jeudi 16 Août 2018
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u 15
DR
LIFE. GETT
Y IMAGES
FINDUS
IL EST GELÉ MON POISSON
Des poissons carrés pour commencer et puis des barquettes de
lasagnes (qui ne furent pas épargnées en 2013 par le scandale de
la viande de cheval)… «Heureusement il y a Findus», serinait la pub
des années 80, avant que le pape
du surgelé ne se refasse une beauté plus pure en 2012: «Naturellement, il y a Findus.» La marque est née en Suède dans le giron du fabricant de conserves de fruits, de confiture et de nutrition infantile FruktIndustrin (ce qui par contraction donnera Findus). Nestlé s’en empare
et développe une gamme de produits surgelés. Et c’est ainsi que Findus régale les premiers congélos français en 1968 avec un poisson
à la bordelaise (du colin d’Alaska). Les pommes dauphines, la paella
et les crêpes suivent en 1969. Un demi-siècle plus tard, le colin originel
reste le numéro 1 du poisson surgelé en France.
Miam Compter deux minutes de micro-ondes pour le poisson à la
bordelaise. Rapide.
Beurk Froideur n’est pas toujours synonyme de fraîcheur du goût.
DR
DR
BANGA
Y A DES FRUITS, OUI MAIS PAS TROP
Le slogan est particulièrement entêtant
et la pub télé une des plus déjantées
de l’histoire : «Dans Banga, y a des
fruits, juste ce qu’il faut… Dans
Banga, y a de l’eau, oui mais pas trop.»
Et patati et patata.
Juste ce qu’il faut, vraiment ? Zéro
bulle, de l’eau, du sucre et seulement
25% de fruits… La boisson lancée par
les jus de fruits Pampryl en 1968,
deux ans après Oasis, création de
Vittel, a grandement profité de ses
spots publicitaires. Et de ses partenariats
avec des émissions télévisées des années 80-90 (En route pour l’aventure diffusée
sur la Cinq). En 1999, Banga est repris par le
concurrent Oasis (dont la publicité fut, elle,
chantée par Carlos). Puis en 2006, par Orangina Suntory France. Il paraît que le marché
est juteux.
Miam Pas très facile à trouver. Des internautes
s’échangent les adresses.
Beurk Aucun rapport avec du frais pressé qui
(re)séduit de plus en plus.
ROYAL CANIN
CHOUETTE LA CROQUETTE
meilleure santé, plus vifs, leur pelage reprend son aspect luisant, l’eczéma disparaît…» Aujourd’hui, Royal Canin produit 2 500 tonnes de croquettes dans le
monde. Le siège est resté dans la ville d’origine de 1968, Aimargues (Gard), mais la
boîte a été rachetée 2,2 milliards d’euros par
les américains de Mars (les barres de chocolat, etc).
Miam Une façon rapide de nourrir les animaux.
Beurk Certains vétos mettent sur le compte
des croquettes les maladies des reins, diabètes et autres pathologies.
La bouffe toute prête pour chiens,
chats et bétail est l’œuvre d’un vétérinaire français, Jean Cathary,
qui entend soigner les bergers allemands et autres patients. A la
place des gamelles de riz et de
restes, il propose des mélanges
déshydratés, censés contenir les
vitamines et minéraux indispensables… «Les résultats sont incontestables, jure l’entreprise. Les chiens sont en
Moulu ou en grains, le café ? Les puristes se rangent en général à la seconde option, histoire de
saveurs et d’odeurs plus prononcées (sans parler
du côté rétro). Oui, mais le moulu, c’est quand
même plus simple. Et c’est Jacques Vabre qui
lança le premier café du genre en France, sous
vide, pour préserver les arômes. Ce fils de prof,
passionné de lettres et d’art, dut prendre la succession de son beau-père torréfacteur. Sur fond
de montée en puissance des grandes surfaces,
voilà une invention tombée à point. Surtout quand
on saura que ledit Vabre fut le premier à communiquer à la télé. Passée entre-temps sous la coupe de Philip Morris
(les cigarettes), l’entreprise appartient depuis 2015 au groupe néerlandais Jacobs Douwe Egberts. Au fait, quelqu’un a-t-il des nouvelles de
l’ancien expert mis en avant par Jacques Vabre pour garantir la qualité
des grains, le fameux El Gringo ?
Miam Pas de moulin à café.
Beurk Le café moulu est une denrée très fragile qui perd rapidement
ses arômes après ouverture.
CAMEMBERT PRÉSIDENT
VOTEZ, C’EST PASTEURISÉ
Un camembert qui se lance à contre-courant
de Mai 68? C’est l’histoire de Président qui
joue la carte des ors de la République jusque sur ses boîtes en pleine chienlit. Sérieusement, tout le monde connaît ce
symbole du frometon du lait pasteurisé,
ennemi des gastronomes. Encore plus depuis qu’il est question d’autoriser le lait thermisé dans le camembert de Normandie AOP
normalement au lait cru: «Honte, scandale, imposture», fulminent des chefs cuisiniers dans une tribune publiée par
Libération le 15 mai 2018. Le camembert Président est en tout cas l’un
des produits phares d’une entreprise familiale ouverte en 1933 par
le fromager André Besnier, à Laval (Mayenne) et qui s’est transformée
en Lactalis en 1999. Une firme internationale répartie dans plus
de 40 pays et synonyme de tous les maux: uniformisation des goûts
et des terroirs, quasi-monopole dans le secteur des produits laitiers,
faible rétribution des paysans et, enfin, de contamination de laits infantiles, une affaire qui remonte à l’hiver passé.
Miam C’est quand même une source de calcium.
Beurk Le côté pâle ersatz.
DR
DR
JACQUES VABRE
UN PETIT NOIR SOUS VIDE
16 u
Libération Jeudi 16 Août 2018
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Libération Jeudi 16 Août 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. La dream team.
Comédie. Avec Médi Sadoun,
Gérard Depardieu. 22h50.
Les experts. Série. Le virus
dans le sang. Mauvais sorts.
Chambre maudite. Un appétit
d’ogre.
20h55. Parents mode
d’emploi. Série. Avis de turbulence sur la famille Martinet.
22h40. Fais pas ci, fais pas ça.
Série. 3 épisodes.
21h00. Indian Palace - Suite
royale. Comédie dramatique.
Avec Judi Dench, Maggie
Smith. 23h15. Chroniques
criminelles. Magazine.
FRANCE 5
CSTAR
20h55. Des trains pas comme
les autres. Documentaire.
Irlande. Cuba. 22h40.
C dans l’air. Magazine.
21h00. William et Harry,
qui sont-ils vraiment ?. Documentaire. 22h30. Elizabeth II,
65 ans de règne et de secrets.
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. Les saisons du plaisir.
Comédie. Avec Stéphane
Audran, Jean-Pierre Bacri.
22h20. Les compagnons
de la marguerite. Film.
21h00. Alice Nevers. Série.
Un cas de conscience.
Les liens du cœur. 22h55.
Alice Nevers. Série.
FRANCE 2
20h55. Secrets d’histoire.
Documentaire. Agatha Christie, l’étrange reine du crime.
22h45. Secrets d’histoire.
Documentaire. Marie de Médicis ou l’obsession du pouvoir.
FRANCE 3
20h55. Origines. Série.
Les pleurs des anges. Loup
y-es-tu. Le château des
secrets. 23h45. Soir 3.
00h15. Destins secrets
d’étoiles. Documentaire.
21h00. Le gendarme se
marie. Comédie. Avec Louis
de Funès. 22h25. Le
gendarme à New York. Film.
21h00. La vie est un long
fleuve tranquille. Comédie.
Avec Hélène Vincent, André
Wilms. 22h25. Le Grand Bleu.
Film.
21h00. This is Us. Série.
Numéro trois. Thérapie familiale. Clooney. 23h05. Better
Things. Série. 2 épisodes.
20h55. La vie en miettes.
Téléfilm. Avec Audrey Fleurot.
22h45. Je t’aime à te tuer.
W9
ARTE
20h55. Main basse sur Pepys
Road. Série. Épisodes 1, 2 & 3.
Avec Toby Jones, Rachael
Stirling. 23h55. Jésus et
l’Islam. Documentaire.
20h55. Incognito. Comédie.
Avec Bénabar, Franck Dubosc.
22h25. Trésor. Film.
M6
C8
21h00. Pékin Express :
La course infernale. Jeu.
Épisode 6. 23h10. Pékin
Express : Itinéraire bis.
21h20. Le goût des
merveilles. Comédie dramatique. Avec Virginie Efira.
23h05. Gazon maudit. Film.
NUMÉRO 23
JEUDI 16
Les conditions seront toujours sèches et
ensoleillées, avec une certaine douceur
surtout vers la Méditerranée.
L’APRÈS-MIDI Le soleil s'imposera toujours
avec des conditions estivales et plus
chaudes par rapport à la veille. Par la
Manche, une nouvelle dégradation arrivera
avec des averses de plus en plus présentes.
VENDREDI 17
Lille
1 m/18º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
0,6 m/19º
0,6 m/21º
Bordeaux
Toulouse
1,5 m/24º
Nice
Marseille
Toulouse
Marseille
0,3 m/22º
-10/0°
1/5°
6/10°
11/15°
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IV
V
VI
VII
VIII
XI
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Intègre à nouveau
II. Langage codé ; Plat
de saison en Provence
III. Champion olympique
sans sa particule ; 2 ou 3 pour
51 IV. Il évite les piqûres ;
Tins éveillé à la veillée
V. Elle ouvre la porte des
cabinets ; Après vous VI. Qui
se soustrait à la division
VII. Possessif en son cœur ;
Formule qui coule de source
VIII. Elle change avec le
temps ; Indien d’Amérique
IX. Taureau dans le ciel
et cheval dans Ben-Hur
X. Tout bêtement XI. Ils
sont sûrs de rester dans les
annales
9
II
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
3
III
IX
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
2
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
X
Grille n°989
VERTICALEMENT
1. L’Etat Providence 2. Mis neuf ; Langue qui fait le bruit du ciel 3. Lama
le chante maître aussi ; Pour les avoir maintenant, il faut aller chez Pôle
4. Est détruit ; Amendé 5. Un boucher dans son jargon 6. Il unit Grèce et
Turquie ; Grande feuille ; Sans conscience, la ruine la guette 7. Participe
de la bonne humeur ; Cépage pour accompagner le second II. 8. Elle
rime avec femme fatale ; Un certain nombre 9. Quand on perd pieds
Solutions de la grille précédente
Horizontalement I. HÂBLERIES. II. YVAIN. SUT. III. PEI. SAR.
IV. ÉCOPAIT. V. REMARIENT. VI. ARC. LAI. VII. SCHLEU. RN.
VIII. PIAILLER. IX. AMUSE. RIF. X. CELLULITE. XI. EXTÉRIEUR.
Verticalement 1. HYPERESPACE. 2. AVE. CIMEX. 3. BAIE-MAHAULT.
4. LI. CARLISLE. 5. ENSORCELEUR. 6. API. UL. LI. 7. ISRAËL. ÉRIÉ.
8. EU. IÑARRITU. 9. STETTIN. FER.
libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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◗ SUDOKU 3745 MOYEN
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26/30°
31/35°
Solutions des
grilles d’hier
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Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
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Neige
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MIN
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Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
Alger
Berlin
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La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
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Origine du papier : France
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
1
I
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Clément Delpirou
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
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Montpellier
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Dijon
Nantes
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1 m/23º
Strasbourg
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0,3 m/19º
Brest
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LCP
20h30. Éva Braun épouse
d’Hitler. Documentaire.
21h30. Droit de suite - Débat.
23h35. Un caméraman dans
la résistance. Documentaire.
Des pluies orageuses se produiront dans
l'Est au passage de la perturbation arrivée
la veille par l'Atlantique.
L’APRÈS-MIDI Amélioration rapide
par l'Ouest grâce au retour de l'anticyclone
des Açores.
Lille
0,6 m/18º
IP
20h55. Ces crimes qui ont
choqué le monde. Documentaire. Rolf Harris. April Jones.
22h45. Ces crimes qui ont
choqué le monde.
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Série. La manière forte. Tout
ce qui brille. 22h35. NCIS :
Los Angeles. Série.
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6
18 u
Libération Jeudi 16 Août 2018
IDÉES/
UN CAFÉ, DES IDÉES, L’ADDITION (11/11)
Par MATHILDE LARRÈRE
Historienne
massacres d’animaux exotiques
ou fantastiques. Dans cet immeuble Art déco, planté rue
Boyer, au sommet de la rue de
Ménilmontant, les concerts et les
expos succèdent aux événements
militants, comme, cette année,
les 20 ans d’Attac ou le bicentenaire de Marx organisé par l’Humanité. Quelques-uns notent, en
façade, le bas-relief d’une faucille
L
a girafe tourne son long cou
vers une licorne qui regarde, impassible, un économiste atterré expliquer les
conséquences de l’évasion fiscale. Certains auront pu reconnaître le «SAS» de la Bellevilloise,
ses murs flanqués d’étonnants
La Bellevilloise
Du Cafe Society de New York, antichambre du mouvement pour les droits
civiques à la Bellevilloise, lieu d’une utopie sociale, en passant par le Café
Riche du Caire, des écrivains, des historiens et des géographes retracent
l’histoire de lieux où ont émergé de nouveaux courants intellectuels,
politiques ou artistiques.
et d’un marteau. Mais combien
savent que dans le «Loft», vaste
salle de conférences à l’étage,
Jaurès tint quelques meetings
avant qu’un cinéma populaire,
l’Etoile, ne s’installe dans ce qui
s’appelait alors la salle «Lénine» ?
Car si associations ou organisations de gauche aiment à organiser fêtes ou lancements de campagne dans l’immeuble de la rue
PARIS
2 km
Boyer, ce n’est pas que pour la
déco, mais aussi pour le lieu de
mémoire. En effet, ce n’était pas
rien «la Belle», au tournant
des XIXe et XXe siècles !
LE MODE COOPÉRATIF
A LE VENT EN POUPE
En 1877, alors que le Paris ouvrier
se relève difficilement de la Commune, 20 ouvriers décident de
s’associer en coopérative de consommation. L’idée est de créer ce
qu’on appellerait plutôt de nos
jours une «épicerie solidaire»,
proposant à bas prix des produits
de première nécessité dans un
des quartiers les plus populaires
de Paris. Les bénéfices qui ne
sont pas investis sont partagés
entre les sociétaires. Ce mode
coopératif, ici pour la consomma-
La Bellevilloise,
de la faucille aux bobos
En 1877, alors que le Paris populaire se relève difficilement de la Commune,
des ouvriers créent une coopérative et se lancent dans l’œuvre sociale et culturelle.
Proche du Parti communiste dans les années 20,
la Bellevilloise est désormais un café branché.
Le café de la Bellevilloise, vers 1905. PHOTO COLL. IM. KHARBINE-TAPABOR.
Libération Jeudi 16 Août 2018
tion, mais ailleurs pour la production, a alors le vent en poupe
dans un mouvement ouvrier qui
«souffle lui-même sa propre
forge» contre un modèle capitaliste qu’il dénonce et concurrence. Il ne s’agit donc pas seulement de nourrir la classe
ouvrière, mais aussi de porter un
projet émancipateur. Des coopératives, il y en a bien d’autres à
Paris ou en France, aux noms
évocateurs: l’Egalitaire, dans
le Xe arrondissement, la Libératrice, dans le XVIIIe, l’Emancipation, à Choisy-le-Roi, le Progrès
social, à Sceaux ou la Revanche
prolétarienne, à Douvrin, dans le
Pas-de-Calais. Dans le XXe arrondissement, ce sera la Bellevilloise: nettement moins engagé
comme nom, mais qu’importe.
La première semaine, l’épicerie
ouvre deux soirs au 10, de la rue
Henri-Chevreau, tenue bénévolement par les ouvriers après
leur journée de travail, qui écoulent facilement le premier stock
d’huile, vin, haricots, lentilles,
macaronis et vermicelles. Quelques semaines plus tard, ils peuvent diversifier l’offre, ouvrir un
livre de comptes, déposer des
statuts. Des sociétaires les rejoignent, aident à la vente. En
quelques années, les bénéfices
ont permis de s’étendre, d’ouvrir
une boulangerie, une meulerie,
une charcuterie, un magasin de
nouveautés. On trouve de tout à
la Bellevilloise, nourritures liquides et solides, parapluies,
matériel de jardinage, articles
ménagers. Les sociétaires sont
passés de 20 à plusieurs milliers. Et surtout, à la différence
des autres coopératives, la
«Belle» se lance dans l’œuvre sociale et culturelle.
LA «MAISON DU PEUPLE»
ET L’ÉMANCIPATION
Dans les années 10, en plus d’une
dizaine de magasins (qui désormais salarient du personnel), la
Bellevilloise compte une chorale
(la Muse Bellevilloise), un patronage pour les enfants des sociétaires, une bibliothèque riche de
plus de 5 000 titres, une université populaire (la Semaille) où enseignait entre autres l’anthropologue Marcel Mauss. On peut aussi
y suivre des cours de théâtre, de
musique, d’espéranto. Une caisse
de solidarité est créée pour fournir des secours aux accidentés du
travail, ou aux veuves et aux orphelins. En 1906, pic du nombre
de grèves du début du siècle,
10000 kilos de pain et 2000 litres
de lait sont distribués aux grévistes. L’association se préoccupe
aussi de la santé des travailleurs,
ouvre une pharmacie, offre des
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Au 19-21 de la rue Boyer, dans le XIXe arrondissement de Paris, avant 1914. PHOTO ARCHIVES DE LA BELLEVILLOISE
consultations médicales gratuites
dans son dispensaire. En 1909, la
Bellevilloise peut faire construire
une vaste Maison du peuple, aux
numéros 19-21 de la rue Boyer, soit
la Bellevilloise que nous connaissons actuellement. Le mot
«Emancipation» est gravé en façade, sur le devant de la marquise.
Les soirs de victoire électorale socialiste, la fête bat son plein dans
le café de la Maison du peuple. Le
26 avril 1914, ses locaux accueillent l’une des urnes du référendum organisé par la Ligue
pour le droit des femmes : «Pensez-vous que les femmes doivent
pouvoir voter ?». Le oui l’emporte.
Dans les années 20, la Bellevilloise gravite dans l’orbite du
Parti communiste, qui fait tomber la marquise de la façade et
son «Emancipation» pour y graver la faucille et le marteau qui
subsistent. C’est le bon résultat de
Thorez au premier tour des
législatives de 1930 que l’on fête
rue Boyer, occasionnant une intervention «musclée» –entendez
donc violente– de la police. Car
dans les années 30, le préfet de
police, Chiappe, proche de l’extrême droite, a les coopératives
ouvrières, désormais souvent
communistes, dans le collimateur. La guerre administrative
qu’il leur mène, ajoutée à une gestion maladroite et fragilisée par
des luttes intestines entre les
Dans les années 10,
la Bellevilloise
compte une
chorale,
un patronage
pour les enfants
des sociétaires,
une bibliothèque
riche de plus
de 5000 titres,
une université
populaire
(la Semaille) où
enseignait
l’anthropologue
Marcel Mauss.
administrateurs, précipite la Bellevilloise vers la chute. La faillite
de sa banque, la Banque ouvrière
et paysanne, au printemps 1936
donne le coup de grâce. Née après
la Commune, la «Belle» meurt à
l’aube du Front populaire, passerelle tristement interrompue entre ces deux grands moments du
mouvement ouvrier, page tournée d’un mouvement associatif
qui plongeait ses racines dans le
socialisme quarante-huitard et
l’héritage de Proudhon.
UN BRUNCH DANS CES
MURS CHARGÉS DE
MÉMOIRE
Un temps perdue pour la gauche
(on rassembla dans les locaux de
la Bellevilloise les Juifs raflés les
16 et 17 juillet 1942 avant de les
envoyer au Vél d’Hiv, puis en déportation), vendue en 1950 à une
caisse de retraite, la Maison du
peuple de la Bellevilloise est rachetée en 2000 et transformée en
lieu de culture branché. Reste
que le prix du brunch signe plus
la gentrification du quartier que
le réveil de l’émancipation populaire, n’en déplaise aux organisations de gauche qui peuvent s’offrir ces murs chargés de mémoire
pour leurs manifestations. C’est
finalement plus au Lieu-Dit, un
café sis un peu plus bas sur la
butte de Ménilmontant, rue Sorbier, où Hossein ouvre gracieusement ses salles aux Caféministes
des Effronté·e·s, aux Causeries
des Lilas sur l’antiracisme politique, au Salon du livre politique
indépendant, aux enregistrements de Là-bas, si j’y suis de Daniel Mermet, entre autres débats
politico-militants où souvent l’on
croise Frédéric Lordon, Eric Hazan ou Laurence De Cock, que se
perpétue l’esprit émancipateur et
d’éducation populaire de la
«Belle». •
La Bellevilloise (1877-1939), ouvrage
collectif sous la direction de Jean-Jacques Meusy, Créphis, 2001.
Mathilde Larrère est spécialiste des
mouvements révolutionnaires et du
maintien de l’ordre en France au
XIXe siècle. Chroniqueuse sur les sites
Arrêt sur images et Mediapart
avec Laurence De Cock pour une chronique intitulée «les Détricoteuses».
Dernier ouvrage paru : Des intrus en
politique. Femmes et minorités : dominations et résistances, avec Aude Lorriaux, aux éditions du Détour, 2018.
20 u
Par
GILLES RENAULT
Envoyé spécial à Nice
E
n 2012, Christian Estrosi, déjà maire de
Nice, formulait le souhait de promouvoir la candidature de la ville à une inscription sur la liste du patrimoine mondial de
l’Unesco. Deux ans plus tard, le vœu pieux
connaissait son premier coup d’accélérateur,
avec le recrutement de Jean-Jacques Aillagon, ex-ministre de la Culture, président du
centre Pompidou et du domaine de Versailles,
comme président de la mission destinée à
mener la candidature.
La liste en question concerne à ce jour un peu
plus de 1000 sites à travers le monde (80% à
caractère culturel et 20% naturel). En France,
figurent parmi les 44 recensés le Mont-SaintMichel, le canal du Midi, le château de Versailles ou Besançon, via ses fortifications Vauban. Cette ville vient d’ailleurs de marquer le
coup, en célébrant début juillet ses 10 ans de
classement à travers divers événements. A
cette occasion, le maire actuel, Jean-Louis
Fousseret, rappelait : «Besançon est
le deuxième secteur sauvegardé de France
avec 238 hectares et possède quatre labels patrimoniaux […]. La Citadelle était en très
mauvais état quand la ville a fait le choix,
en 1959, de la racheter et de consacrer l’ensemble du prestigieux monument à des activités
touristiques et culturelles pour le grand public.
300 000 visiteurs y sont venus en 2017.»
Sensiblement à la même période, c’est le département du Puy-de-Dôme qui exultait en
apprenant, après deux tentatives infructueuses, que la chaîne des Puys-faille de Limagne
venait enfin d’obtenir son inscription à l’occasion de la 42e session, à Bahreïn, du comité
de l’Unesco. Un hourra contrastant avec le
«terrible échec» (si l’on en croit Midi libre) de
Nîmes, qui imaginait bien voir sanctuarisés
ses monuments antiques… et compte retenter
sa chance en 2020. Décorticage, au prisme du
cas niçois, des critères à remplir et étapes à
franchir pour espérer un jour conquérir le
graal patrimonial.
QUELS ATOUTS POUR NICE ?
Le projet initial s’en tenait à la promenade des
Anglais, l’artère emblématique –et désormais
martyre– qui, façon teasing, avait déjà été déclinée sous la forme de quatorze expositions
simultanées en 2015. Mais assez vite, l’équipe
décide d’élargir le périmètre et, sous le titre
«Nice, ville de Riviera», de raconter comment,
à travers les multiples traces architecturales
et urbanistiques, elle est devenue depuis
le milieu du XVIIIe siècle jusqu’au milieu
du XXe, une Mecque du tourisme dont elle va
accompagner l’essor et les mutations –d’une
pratique élitiste à sa démocratisation.
Cosmopolite, Nice a vu fleurir quantité d’édifices – villas, palais, immeubles de rapport,
hôtels de villégiature, pensions…– qu’il importe aujourd’hui à la fois de préserver et de
valoriser, tous styles (Belle Epoque, néo-classicisme, art déco, gothique…) et ornementations (oriels métalliques, belvédères, céramiques vernissées, bow-windows, mosaïques,
stucs…) confondus. «Il y avait 15 000 habitants en 1800, presque dix fois plus en 1900,
Libération Jeudi 16 Août 2018
Patrimoine
mondial
de l’Unesco
Nice répond
à label
Nombre de villes françaises prétendent
à l’appellation de prestige, propice
à doper l’attractivité touristique.
Passage en revue des critères à remplir
pour participer à cette course
de très longue haleine, à l’aune
de la candidature azuréenne.
précise Jean-Jacques Aillagon. Or c’est bien bureaucratique et normatif», du propre aveu
le seul tourisme qui, avec les hivernants, puis d’Olivier-Henri Sambucchi, le bras droit de
les estivants, est devenu facteur de développe- Jean-Jacques Aillagon, le processus laisse
ment dans une ville qui n’est ni
peu de place au calembour. Il
industrielle ni militaire. Notre DÉCRYPTAGE faut d’abord être inscrit sur la
candidature repose donc sur
liste indicative de la France
cette traduction patrimoniale, adaptée en per- (étape liminaire franchie par Nice en
manence aux diverses époques traversées, de mars 2017) et obtenir l’aval du comité des
la société hédoniste des temps modernes.»
biens français du patrimoine mondial – qui
dépend du ministère de la Culture– validant
QUELLES SONT LES ÉTAPES
la «valeur universelle exceptionnelle» du proD’UNE CANDIDATURE ?
jet. En juin, la ville a ensuite présenté le périCourtiser le comité de l’Unesco s’apparente mètre précis de sa candidature. L’an prochain
à une course à la fois de haies et de fond, ja- sera proposé le plan de gestion pour «étudier,
lonnée de dossiers et d’auditions. «Technique, protéger et valoriser» ce patrimoine.
Voilà pour le volet français, dont toutes les
cases doivent être cochées avant de partir à
l’assaut de l’Unesco qui, depuis 2017, a
comme directrice générale l’ex-ministre de
la Culture Audrey Azoulay… Sachant qu’il ne
faut a priori guère escompter de favoritisme
dans la mesure où la France, pays le plus visité au monde par les touristes étrangers, est
déjà richement dotée en sites protégés.
COMMENT SÉDUIRE L’UNESCO ?
Une fois la candidature officiellement déposée par le pays, l’Unesco dépêche des experts
internationaux (historiens, conservateurs du
patrimoine, architectes…) qui viennent trancher. Longtemps, l’organisation s’est focalisée
sur la qualité intrinsèque du bien. Désormais,
elle se montre plus exigeante, en cherchant
dans ledit bien la traduction d’un phénomène
historique majeur –d’où la piste «tourisme»
exploitée par Nice.
«Témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée […]» ;
«Etre directement ou matériellement associé
à des événements ou des traditions vivantes […]»… L’Unesco édicte dix critères permettant d’entériner, ou pas, la fameuse «valeur
universelle exceptionnelle» synonyme de médaille d’or. Chaque candidat doit en choisir au
moins un – Nice est parti sur trois, ce qui ne
signifie pas le triplement de ses chances pour
autant– à partir duquel il tâchera de démontrer sa spécificité. Il serait reproché à Nîmes,
ville recalée, par exemple, de ne pas se différencier suffisamment d’autres sites archéologiques romains à travers le monde, à commencer par Arles, inscrite au patrimoine
mondial depuis 1981.
Né pauvre, Nice fonde donc son argumentaire sur le concept inédit de patrimoine lié
au tourisme, qui l’a anobli. Bien d’autres stations balnéaires ou villes thermales anciennes valent naturellement le coup d’œil, telles
que Bath ou Brighton au Royaume-Uni, Acapulco au Mexique, Yalta en Crimée… Mais,
pour s’en démarquer, la préfecture des AlpesMaritimes fournit une étude comparative,
dont elle veille à sortir globalement gagnante
tous critères confondus: «ancienneté», «continuité», «climat local attractif»… Jusqu’au
«rayonnement artistique», où elle a beau jeu
de citer Nietzsche, Modiano, Matisse, Yves
Klein, etc.
QUAND PRÉVOIR
LE CHAMPAGNE?
Disons qu’il peut rester un bon moment au
frais. Carnac en sait quelque chose: dès 1996,
ses célèbres alignements ont été inscrits sur
la liste indicative française. Une antichambre
que la localité bretonne n’a pas quittée depuis! «Une anomalie», s’offusque le maire, qui
rêve désormais d’une inscription en 2021, tout
en concédant qu’avec un candidat annuel défendu par la France, la partie est loin d’être gagnée. Car Nice table aussi sur 2021 –«Ce serait
le jackpot.» Ou 2022. Ou 2023… Ou jamais ?
«Notre dossier est sérieux, original et pertinent», tranche Jean-Jacques Aillagon, sur
l’air de la force tranquille.
Quoi qu’il en soit, il faut donc s’armer de patience, et anticiper le fait que les soutiens
plus ou moins ardents (Premier ministre, mi-
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u 21
CULTURE/
Motif évident de fierté
locale –comme on
le vérifiait en 2005
pour Le Havre
ou en 2012 pour
le Bassin minier
Nord-Pas-de-Calais–,
le classement
ne rapporte pas
le moindre subside.
nistre de la Culture, maire) risquent de
changer au fil des années. Un aspect
qu’Aillagon ne juge pas capital, «dans la
mesure où l’essentiel du boulot se fait avec
les services. Il arrive néanmoins un moment où un net engagement diplomatique
devient nécessaire au niveau du gouvernement, l’idée étant que cette candidature
soit perçue comme étant l’affaire de tous,
de l’ancrage le plus local au sommet de
l’Etat».
«La longueur du chemin neutralise le caprice politique, philosophe pour sa part
Olivier-Henri Sambucchi à la Mission,
puisque, par nature, la candidature est
vouée à durer plus longtemps qu’un
mandat.»
QU’EST-CE QUE CELA COÛTE
ET RAPPORTE?
Panoramique de la promenade des Anglais #1, 2005. Issu de l’ouvrage la Promenade des Anglais. PHOTO OLIVIER MONGE. MYOP
L’investissement repose sur les salaires et
frais de fonctionnement de la Mission dévolue à cette tâche. Architecte, historien…
une demi-douzaine de personnes, installées aux Ponchettes dans des bureaux
dépourvus d’ostentation – mais face à la
Méditerranée–, fourbissent le topo. Epluchant les archives, annuaires, guides, etc.,
l’équipe souligne «un gros boulot d’inventaire, qui n’avait jamais été mené à une si
grande échelle».
Motif évident de fierté locale –comme on
le vérifiait en 2005 pour Le Havre ou
en 2012 pour le Bassin minier Nord-Pasde-Calais–, le classement ne rapporte pas
le moindre subside. Du moins en direct,
dans la mesure où, question image, c’est
tout bénef. Les tour-opérateurs, asiatiques notamment, y sont ainsi très sensibles et les bateaux de croisière sauront
y trouver un motif supplémentaire pour
accoster.
«Souvent, les collectivités locales envisagent
le patrimoine mondial comme un levier de
l’activité touristique. Toutefois, ici, ça n’est
pas l’objectif car nous n’en avons pas besoin,
précise Jean-Jacques Aillagon. Nous briguons plutôt cette reconnaissance afin de
mieux assurer la conservation de tous ces
bâtiments qui, ainsi mis en scène
sur 500 hectares, offrent en continu une
qualité urbaine et architecturale rare.
Preuve manifeste que les atouts de Nice ne
se limitent pas au bord de mer, à la vieille
ville et aux églises baroques.» •
22 u
Libération Jeudi 16 Août 2018
Liste Comme chaque année, Librest
(dix librairies de l’Est parisien) a sélectionné
dix auteurs de la rentrée. Ils seront présents
le 6 septembre sur la scène du Théâtre de la
Bastille : Michel Jullien, Samar Yazbek (photo),
Maylis de Kerangal, Elisa Shua Dusapin, Antonin
Varenne, François Vallejo, Pauline DelabroyAllard, Agnès Desarthe, Fanny Taillandier
et Estelle-Sarah Bulle. PHOTO AFP
LIVRES/
Quand la lagune faisait forte impression
L’historienne Catherine
Kikuchi montre
comment l’imprimerie
s’est développée à
Venise de 1469 à 1530,
créant des flux
migratoires propices
à l’échange des
connaissances.
Constantinople après 1453. En
pleine Renaissance, leurs compétences linguistiques sont recherchées par les imprimeurs ou leurs
commanditaires désireux d’éditer
les grands classiques de la pensée
grecque dont les textes, souvent
différents selon les manuscrits, doivent être scrupuleusement établis.
Les juifs sont également très présents et indispensables pour les impressions en hébreu, le XVIe siècle
étant une période de renouveau
pour les études du Talmud et de la
Kabbale, malgré les polémiques
antijuives soutenues par la papauté. Du fait de leur religion, les
juifs ne peuvent cependant pas être
imprimeurs et restent confinés à
un rôle d’employés, même s’ils se
convertissent.
L
e premier livre imprimé à Venise date de 1469, moins de
vingt ans après l’apparition à
Mayence des premières bibles de
Gutenberg. En une décennie, la Sérénissime devient le premier foyer
d’impression en Europe, devant Paris, Rome et les villes allemandes.
Une caractéristique de Venise est
que l’imprimerie a prospéré pendant plus d’un siècle en dehors du
système corporatif, à la différence
de Paris ou Florence. Les autorités
vénitiennes ne veulent pas d’une
corporation dont les contraintes et
les droits d’entrée auraient pu dissuader les spécialistes étrangers de
venir. Or elles veulent établir un
système éducatif efficace, capable
de fournir de bons magistrats et diplomates. L’imprimerie en tant que
vecteur de diffusion du savoir est
un atout indispensable à ce projet.
Le rôle des étrangers est en effet
crucial.
Marché oriental. Venise est par
Ateliers allemands. Catherine
Kikuchi a constitué une vaste base
de données sur tous les acteurs,
hommes et femmes, du monde du
livre vénitien et elle démontre de
façon frappante «que l’imprimerie
est une industrie et un commerce
étrangers à Venise». La technique
utilisée est germanique et ce sont
des grandes maisons de commerce
de Francfort et de Cologne qui financent les premières grandes
presses installées à Venise par des
imprimeurs comme Johann de
Spire, le premier à bénéficier d’un
privilège d’impression. Des liens
migratoires s’établissent permettant de faire venir dans les ateliers
typographiques de nombreux
membres de la famille, étendant
ainsi la présence allemande dans la
lagune.
Les imprimeurs allemands n’ont
cependant pas conservé la mainmise sur l’imprimerie vénitienne
au-delà des premières décennies.
Ils laissent le plus souvent la place
non pas à des Vénitiens mais à des
Italiens, venus en particulier de Mi-
Gravure du moine dominicain Francesco Colonna, Venise, 1497. PHOTO COSTA. LEEMAGE
lan, pour certains formés dans les
ateliers allemands. Les femmes et
les mariages jouent un rôle important dans l’installation de ces entrepreneurs étrangers. Les plus riches
d’entre eux privilégient les mariages homogames afin d’accroître,
grâce aux dots, leur capital économique. Les autres cherchent des
épouses dans d’autres milieux professionnels, souvent vénitiens, les
femmes étant ainsi des «vecteurs
d’une dynamique d’intégration» au
sein de la cité des Doges. Venise à la
fin du XVe siècle est sans doute la
ville européenne la plus riche. Elle
attire de ce fait des populations très
diverses, venues en particulier des
bordures orientales de la Méditerranée. Les Grecs sont particulièrement présents, beaucoup ayant fui
ailleurs un Etat multilingue.
N’ayant jamais imposé de langue officielle, le vénitien coexiste avec le
latin, le florentin et les multiples
langages en usage dans les territoires sous domination vénitienne, en
particulier dans les Balkans. La diversité des langues imprimées par
les presses de la lagune qu’évoque
Catherine Kikuchi donne le tournis:
outre du latin et de l’hébreu, «du
grec en alphabet grec, des textes littéraires et religieux en langue croate
en caractères latins gothiques et les
premiers livres liturgiques en croate
en caractères glagolitiques, en slavon ecclésiastique, en cyrillique
semi-onciale pour les populations
orthodoxes de langue serbe, en cyrillique bosniaque pour la population
de Bosnie». Une historienne italienne, Angela Nuovo, a même redécouvert récemment le premier
Coran imprimé en arabe, preuve du
fort intérêt vénitien pour le marché
oriental. C’est cependant un échec
commercial, explique Catherine
Kikuchi, «sans doute en raison de la
répulsion des musulmans envers
l’imprimerie jusqu’au XVIIIe siècle».
Après les années 1530, le centre de
gravité de l’Europe du livre se déplace vers le nord. C’est aussi l’époque où les imprimeurs cèdent le pas
devant les grands marchands de livres internationaux – et avec eux,
c’est un autre capitalisme, plus financier, qui s’impose.
JEAN-YVES GRENIER
CATHERINE KIKUCHI
LA VENISE DES LIVRES,
1469-1530
Champ Vallon, 356 pp., 26 €.
Libération Jeudi 16 Août 2018
u 23
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La poétesse américaine
Diane di Prima, le 28 juin 1959
à New York. PHOTO FRED
W. MCDARRAH. GETTY IMAGES
Beat Generation,
le chœur des femmes
Une anthologie
rend hommage aux
poétesses américaines
du mouvement rebelle
des années 50-60
restées dans l’ombre des
mâles figures tutélaires.
A
insi donc elles étaient
quand même là. Et la Beat
Generation n’était pas le
cénacle masculin – et macho –
que la légende a fabriqué autour
des seules figures de Kerouac,
Ginsberg et Burroughs. Dans une
nécessaire et passionnante an-
thologie, Annalisa Marí Pegrum
et Sébastien Gavignet ont réuni
et traduit des dizaines de poèmes
d’auteures inconnues qui faisaient – de très près ou d’un peu
plus loin – partie du mouvement
qui a révolutionné les lettres
américaines dans les années 60.
Qui connaît Elise Cowen,
homosexuelle rebelle suicidée
à 28 ans ? Mary Norbert Körte,
qui quitte son couvent après
avoir assisté à une conférence de
Ginsberg ? Joanne Kyger, dont
l’écriture est marquée par les expériences de prises de stupéfiants et le bouddhisme ? Diane
di Prima, arrêtée par le FBI pour
obscénité en raison de ses écrits ?
Hettie Jones, juive qui se marie
en 1958 – premier scandale –
dans un temple bouddhiste avec
– deuxième scandale – un artiste
afro-américain, LeRoi Jones ?
Dans les années 50 et 60, ces
femmes ont partagé les expériences ou la vie de ceux que l’histoire littéraire a seulement retenus. Comme eux, leurs textes
sont marqués par toutes les caractéristiques de la Beat Generation : une langue hachée influencée autant par les rythmes du
jazz que par la prise de drogues
diverses, une crudité dans
la description de la sexualité,
un goût pour le voyage
et une quête spirituelle.
Mais elles ont quelque chose en
plus : rebelles, elles le sont aussi
en tant que femmes dans une société américaine encore alors très
globalement sexiste. Certes, les
écrivains connus de la Beat Generation cassent les codes littéraires et donnent à lire leurs errements et leurs fantasmes, mais il
était autrement plus révolutionnaire d’écrire au début des années 60 un poème comme «J’ai
mes règles» (Diane di Prima) ou
«Poème Dieu/Amour» (qui fut
d’ailleurs censuré pour obscénité) dans lequel Leonore Kandel
écrit en 1966 : «Ta bite s’élève et
palpite dans mes mains / une révélation / comme en vécut Aphro-
dite.» Quelle femme écrivain décrit aussi crûment le désir
féminin à la même période ?
Voilà qui explique l’absence totale de postérité de ces femmes,
relativement peu éditées à l’époque et encore moins rééditées.
«L’art restait l’apanage des hommes», écrivent Annalisa Marí Pegrum et Sébastien Gavignet, qui
prennent le soin d’accompagner
leur recueil d’une biographie
succincte de chacune des dix
poètes. «Les femmes, elles, étaient
avant tout les gardiennes
du foyer, les concubines, ou bien
les petites mains qui restaient à
l’œuvre derrière les “grands”
hommes. De façon consciente ou
inconsciente, sous les poids des attentes de la société, elles ont laissé
leur place.» Parfois elles ont été
simplement censurées. Après
la mort d’Elise Cowen en 1962,
ses proches choqués brûlent ses
poèmes. Il n’en subsiste plus
aujourd’hui qu’un carnet, publié
seulement en 2014. Extrait : «Je
voulais une chatte de plaisir
doré / plus pure que l’héroïne / A
l’intérieur de laquelle t’honorer /
Un cœur assez grand pour t’enlever / tes chaussures & étendre /
L’anatomie de l’Amour.»
GUILLAUME LECAPLAIN
SÉBASTIEN GAVIGNET
et ANNALISA MARÍ PEGRUM (dir.)
BEAT ATTITUDE,
FEMMES POÈTES
DE LA BEAT GENERATION
Editions Bruno Doucey,
208 pp., 20 €.
Opéra: le chant du nouveau départ
Ancien directeur du Festival d’art
lyrique d’Aix-en-Provence, Bernard
Foccroulle publie de riches entretiens
aux allures de bilan.
V
ous ne connaissez
pas le Festival d’art
lyrique d’Aix-en-Provence? Vous allez enfin tout
savoir ! Fondé en 1948 dans
l’élan de renaissance culturelle d’après-guerre, à l’instar
des Festivals d’Avignon et de
Cannes, il a fêté cette année
sa 70e édition et se porte
comme un charme. Il aligne
quelque six productions annuelles, passe de fréquentes
commandes à de jeunes (ou
moins jeunes) compositeurs,
et sa réputation est aussi
grande que celle d’autres festivals lyriques ayant pignon
sur rue, type Salzbourg ou
Glyndebourne. Il est dirigé
depuis douze ans par Bernard
Foccroulle, érudit organiste
belge précédemment passé
par la Monnaie de Bruxelles…
ou plutôt était dirigé depuis
douze ans par Bernard Foccroulle, car ce dernier a passé
la main cette année au met-
teur en scène Pierre Audi.
Foccroulle a quitté fin juillet
le festival sur un grand succès
participatif, Orfeo&Majnun,
et en profite pour livrer son
riche retour d’expérience à
travers deux ouvrages: Faire
vivre l’opéra et l’Opéra, miroir
du monde. Où il apparaît que
l’opéra n’a jamais été aussi
vivant ni vivace.
Le premier livre s’articule
autour de quatre entretiens
donnés par Foccroulle à différents journalistes internationaux. Chaque interview
couvre un champ particulier:
création, action participative, dialogue interculturel et
avenir de l’opéra dans notre
monde globalisé. L’intitulé
des thématiques peut paraître rasoir. La lecture ne
l’est pas. On y apprend des
éléments factuels précis
sur les productions d’opéras,
comme la mise en relation
très en amont, autour d’ateliers, des différents acteurs
d’une création (non, le compositeur ne crée plus seul
dans une maison isolée et le
chanteur ne découvre plus
la partition trois semaines
avant la première).
Le principe collaboratif
s’étend aussi dans l’action
culturelle, via la création
du réseau Passerelles, cher à
Foccroulle, qui fait se rejoindre milieux artistique et associatif. D’une manière géné-
rale, la survie de l’opéra passe
par la nécessaire réinterprétation des œuvres de répertoire, et l’ouverture au sens
large – que ce soit à la société civile, comme pour
Orfeo&Majnun, à l’enfance,
comme pour le Monstre du
labyrinthe, ou à l’international, comme le montre par
exemple le partenariat signé
entre Aix et le Beijing Music
Festival. «L’aboutissement absolu» d’un spectacle n’est plus
forcément le moment concret
de la représentation.
Enfin, le beau livre l’Opéra,
miroir du monde (sous la direction de Louis Geisler et
Alain Perroux) reprend les
productions de la mandature
Foccroulle, avec force photographies. Et laisse une place
aux participants qui y livrent
des anecdotes, du baryton
Stéphane Degout à la cheffe
Emmanuelle Haïm en passant par Delia Roubtsova, la
traductrice de Dmitri Tcherniakov. De quoi donner envie
de se ruer à la recherche des
enregistrements de productions aixoises.
GUILLAUME TION
BERNARD FOCCROULLE
FAIRE VIVRE L’OPÉRA
et L’OPÉRA, MIROIR
DU MONDE (sous la
direction de Louis Geisler
et Alain Perroux) Actes Sud,
196 et 176 pp., 20 € et 32 €.
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MON PETIT ROYAUME (4/7)
Pas réservée
Phyllis Young Cette activiste amérindienne défend à travers
la République Lakota les droits civiques de son peuple.
T
rouver une date n’a pas été une mince affaire. Ni convenir d’un lieu. «J’habite dans la réserve, à côté de la rivière», a simplement indiqué Phyllis Young, avec une
poésie elliptique qui manque aux GPS. Finalement, rendezvous est pris au Prairie Knights Casino, dans le nord de la réserve sioux Lakota de Standing Rock. On attend donc cette
militante amérindienne, figure de la lutte contre le Dakota
Access Pipeline (DAPL) et leader de l’autoproclamée République Lakota, entre des
machines à sous «bisons» et dans une
déco kitsch ambiance peaux-rouges des
plaines. Dehors, la réserve s’étend sur 9000 kilomètres carrés
à cheval sur les deux Dakotas, bordée à l’est par la rivière Missouri. Des buttes érodées comme le drapé d’une statue, des
étendues vert tendre parsemées de bottes de paille, de bisons
et de ranchs. Sur une bagnole rouillée au sommet d’une colline, on lit «NO DAPL», vestige de l’intense bataille menée par
des tribus indiennes contre le pipeline, sa destruction de sites
sacrés et ses menaces de pollution de l’eau. Les Indiens ont
perdu face à Trump: un décret présidentiel a permis la poursuite des travaux et la mise en service du DAPL.
Une petite dame finit par s’avancer d’un pas énergique, faisant
cliqueter les perles de ses bijoux traditionnels, les yeux cachés
derrière des lunettes aux verres fumés. «J’ai réservé ma journée
pour vous», assure chaleureusement Phyllis Young en nous
serrant la main. Avant d’ajouter: «Mais je dois d’abord aller parler rapidement à un groupe de jeunes chrétiens.» Le crochet par
l’église durera près de trois heures. Le soir, l’animateur d’un
pow-wow dans le village voisin de Porcupine évoquera l’«Indian time», «l’heure indienne», pour justifier ce retard. Il doit y avoir de ça.
Phyllis Young aime les longues digressions
mais finit toujours par retomber sur ses
sandales. La personnalité publique, fréquemment saluée par
des inconnus lors de notre rencontre, a été élue au conseil tribal de Standing Rock, autorité politique de la nation sioux.
Elle a reçu l’an dernier, avec d’autres militants anti-DAPL, le
«Disobedience Award» du MIT, puis une bourse de la prestigieuse institution universitaire pour développer des projets
solaires dans la réserve. C’est sa longévité qui a fait d’elle la
cheffe de facto de la République Lakota, un titre qu’elle ne revendique pas. Elle est la dernière cosignataire encore en vie
de sa proclamation d’indépendance de décembre 2007. Rédigé
par le charismatique activiste Russell Means, le texte décrète
LE PORTRAIT
la sécession de la nation lakota, le retrait unilatéral des traités
bafoués par les Etats-Unis, et la proclamation des droits de
propriété sur des milliers de kilomètres carrés. La République
Lakota n’est reconnue encore par personne. Charge donc à
Young de mettre en œuvre l’utopie politique de son mentor
Russell Means.
«Un prophète», dit-elle de celui qui, entre mille anecdotes romanesques, fut peint par Andy Warhol et joua le rôle du chef
Chingachgook dans le Dernier des Mohicans. Décédé en 2012,
il avait imaginé une confédération libertarienne et communautaire. Dix ans plus tard –Indian time?– le projet est resté
à l’état embryonnaire, même si la République a déjà délivré
une quarantaine de cartes d’identité et permis de conduire.
Pour les historiens, cette initiative tient plus du coup médiatique que d’une réelle volonté d’indépendance. Mais elle s’inscrit dans un contexte plus large de revendication d’autonomie
chez les «Premières Nations». Phyllis parle souvent des EtatsUnis comme d’un pays étranger et se sent «100% indigène».
Mais elle sait être américaine quand il s’agit de voter (démocrate) ou d’utiliser les tribunaux pour faire avancer ses combats. Les Lakotas (8000 des 170000 Sioux vivant aujourd’hui
aux Etats-Unis) ont une langue, un drapeau, une histoire, une
spiritualité (longtemps prohibée), un (tout petit) territoire.
Ils ont également leurs héros,
Militants politiques
Sitting Bull, Crazy Horse, qui
très sérieux, poètes
ont défait l’armée amérimanuels, activistes
caine. Et un trait de caracrêveurs ou
tère : «Nous sommes les plus
mégalomanes
butés, les plus querelleurs du
frustrés, «Libé»
monde», assure Young.
s’intéresse cet été
Reconstituer sa biographie,
aux dirigeants de
c’est soulever un coin du tapis
micronations, ces
miteux de l’amnésie amériétats reconnus par
caine, sous lequel l’histoire
(presque) personne.
officielle a balayé toute la violence envers les Amérindiens,
des terres spoliées à l’assimilation forcée. Phyllis Young naît
à Standing Rock «l’hiver 1949». Ses mains de jeune fille, son
visage d’argile et ses longs cheveux noirs lui donnent beaucoup
moins que ses «à peu près 70 ans». Elle grandit avec sa famille
élargie dans une «magnifique communauté autosuffisante».
A l’âge de 5 ans, dans le cadre du programme fédéral de relogement, elle quitte la réserve pour s’installer avec sa mère, infirmière, et son beau-père à Los Angeles. On lui coupe les cheveux, elle troque ses mocassins traditionnels pour des «souliers
vernis à boucle». Phyllis est ensuite envoyée dans l’un de ces
pensionnats pour faire des enfants indiens de «bons petits chrétiens américains». A même pas 20 ans, après l’obtention d’un
diplôme d’aide juridique, Young part travailler au Département
d’Etat, résultat d’un effort d’inclusion des populations amérindiennes. Avec son anglais parfait –sa famille la surnomme
«white mouth» («bouche blanche»)– et son boulot pour le gouvernement, Phyllis s’éloigne encore un peu plus de ses racines.
Sa «reconnexion» est d’autant plus radicale.
Revenue à Cleveland à la fin des années 60, elle rencontre son
premier mari, un marine. Mais aussi Russell Means, ses nattes
et son verbe haut. «Ça a changé ma vie à jamais.» Les militants
viennent de créer l’American Indian Movement. C’est le début
du Red Power, version indienne des droits civiques. Phyllis
quitte son boulot et travaille dans l’ombre de Means pendant
quarante ans, jusqu’à sa mort. «J’ai décidé de ne plus jamais
plier face au gouvernement, et de ne pas envoyer mes enfants
en pension.» Elle en a élevé huit, six qu’elle a eus de ses deux
maris, et deux neveux qu’elle a pris en charge. En 1974, elle participe à la création de Women of All Red Nations, pendant féminin de l’American Indian Movement. Elle coordonne ensuite la première conférence des Indiens d’Amérique à Genève,
puis participe activement à la déclaration des Nations unies
sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 2007. Phyllis s’investit aussi localement, dans des programmes contre
le suicide des Indiens ou d’assistance juridique, siège pendant
quinze ans au comité directeur du National Museum of the
American Indian… Discrète et hors-norme à la fois, elle en a
encore sous la pédale. Mais décidément, le temps n’est pas linéaire dans la réserve. On a à peine touché notre repas dans
le resto du Casino, à peine effleuré sa foisonnante existence,
que plus de quatre heures ont passé. Indian time. •
Par ISABELLE HANNE
Photo BENJAMIN LOYSEAU
Jeudi
16 août
Et aussi n deux
pages BD n de la photo
n un bateau n des
jeux…
J’AI TESTÉ
LA CHIRURGIE
ESTHÉTIQUE
OLIVIER MONGE. MYOP
ÉTÉ
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Jeudi 16 Août 2018
Non, non,
rien à
changer
Remisant au placard nos idéaux de jeunesse,
on est allé faire évaluer notre corps
de quadragénaire par l’œil expert d’une
chirurgienne esthétique. Même si tout ou presque
pourrait être refait, à quoi bon finalement ?
Par
MARIE OTTAVI
Photo
OLIVIER MONGE. MYOP
E
lle me regarde attentivement, me pince la joue, se
redresse et constate: «Votre
vallée des larmes me paraît
correcte. Vous avez encore quelques
années devant vous avant qu’une intervention ne s’impose.» Je note le
«encore» qui tiendra bientôt ses
promesses. La vallée des larmes
dont parle la docteure T., chirurgienne esthétique près de Marseille,
c’est cette zone, située entre le nez
et les pommettes, qui se creuse inéluctablement avec le temps. Et
quand elle tombe, ce sont les cernes
qui s’affaissent et la fatigue qui semble ne jamais vous quitter. «Ma» chirurgienne – on s’approprie vite les
spécialistes censés prendre soin de
nous – bénéficie d’une excellente
réputation, attachée à suivre ses patients, connue pour sa droiture et
son humanité. La docteure T. a accepté de me «scanner» et d’évaluer
ce qui pourrait être transformable
dans mon anatomie, en me passant
en revue de la tête aux pieds. Elle
procède ainsi exceptionnellement
mais rappelle que c’est «à chacun de
décider» et non à elle de suggérer.
La chirurgie esthétique me fascine
(chez les autres) sans m’obséder. Je
l’assimile à une architecture des
corps avec ses époques et leur style.
J’ai croisé des amateurs tombés en
esclavage et des réfractaires qui ne
mangeront jamais de ce pain-là
dont j’ai longtemps fait partie. Et
puis voilà, j’ai 40 ans, un enfant et
des idées bien arrêtées qui ont ra-
molli avec le temps comme la
bonne chair. Au point de me retrouver en ce jour de juin dans ce cabinet blanc où je joue à être mon propre cobaye. Il n’est pourtant pas
question en prenant le chemin du
sud de la France de revenir de ce reportage périlleux avec le menton
d’Igor et Grichka B., les pommettes
de Vladimir P., ou les seins de Nabilla B. Je crains trop cette propension généralisée à se créer toujours
plus de besoins. De la microchirurgie suffirait. C’est ce que je me suis
dit avant de monter dans le train sur
le quai de la gare de Lyon. Encore
fallait-il déterminer sur quelle zone
et avec quelle méthode.
ACIDE HYALURONIQUE
Mon rendez-vous débute par le
haut du visage. La docteure T. me
demande de froncer les sourcils et
de les relever. Premier constat: «On
peut atténuer les petites rides avec
de la toxine botulique. Les gens ne
verront rien et diront juste que vous
avez l’air reposée.» Coût: entre 250
et 350 euros. Une autre solution radicale est envisageable: «Le peeling
chimique profond, également appelé relissage. Il permet de contrer
le vieillissement de la peau. En cicatrisant, la peau est plus épaisse et
paraît donc plus jeune. C’est assez
violent mais très efficace. On a le visage marqué pendant environ trois
semaines avant de voir le résultat.
Je ne fais pas ce genre de traitement
mais il y a des praticiens en France
et à l’étranger. Comme tout le
champ de la chirurgie esthétique, ce
type de soin se développe dans le
tourisme médical sauf qu’en cas de
problème, si on a besoin d’un suivi,
ça peut se révéler très problématique.» Pour traiter tout le visage en
France, il vous en coûtera environ
4 000 euros.
Le fameux sillon nasogénien peut
être amoindri avec de l’acide hyaluronique, un produit de comblement
résorbable puisque cette molécule
est présente naturellement dans la
peau de tout être humain. Sauf
qu’avec l’âge, on en fabrique moins.
On procède de façon similaire avec
le pli d’amertume ou ride de la marionnette situé dans le prolonge-
ment du sillon. «Il est trop tôt pour
ça dans votre cas», assure la docteure. Bilan similaire pour mes ridules péri-orales situées au-dessus
de la bouche, aussi surnommées
«plissé soleil» car elles forment chez
certains beaucoup de petites rides
très voyantes. Elles s’accentuent potentiellement avec une exposition
régulière au soleil ou si l’on est fumeuse. «Avant [la fin des années 90], on utilisait des produits
non résorbables, pour faire gonfler
certaines parties du visage. Sauf que
le reste du visage s’affine en vieillissant mais pas la zone où le produit
a été injecté. Certaines stars [Donatella V. si tu nous lis, ndlr] y sont allées trop fort et en subissent encore
les conséquences. Elles sont figées,
boursouflées, abîmées.» C’est ce
qu’on appelle le «surgical look».
Dans le cabinet blanc, nous parlons
lifting, incontournable pour rajeunir le bas du visage. C’est l’une des
opérations les plus lourdes du
champ de la chirurgie esthétique,
avec quatre heures d’intervention
Libération Jeudi 16 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«Je ne pratique pas cette intervention, je n’aime pas travailler sur l’os,
casser la cloison avec un petit marteau.» Pour la culotte de cheval: «Il
n’y a rien à faire.» Le ventre, les
hanches et les cuisses: «Faites plutôt du sport.» Misère.
TOXINE BOTULIQUE
Diagnostic : «Ils sont un
peu plats sur le dessus.
Comme vous avez eu un
enfant, avec la montée de
lait, la peau s’est détendue.»
qui ne donnent pas vraiment envie
de retrouver l’ovale de sa vingtaine.
La peau du visage est soulevée et tirée vers les oreilles. Idem pour le
cou. Très peu pour moi, même dans
trente ans. Comptez de 6 000
à 15000 euros chez les spécialistes
qui aiment vraiment l’argent.
J’ai décrété (je sais, j’ai pris la
confiance) que la meilleure opération du monde, au sens où elle est
facile (l’affaire est réglée en une
heure, sous anesthésie locale) et à
peine perceptible, c’est celle qui
J’ai du mal à
froncer les sourcils
et je sens bien le
produit qui s’y
trouve désormais.
La sensation est
désagréable mais
on ne sent plus rien
au troisième jour.
consiste à rajeunir le regard en intervenant sur les paupières du haut.
Lorsqu’elles tombent – je m’y prépare–, elles peuvent être coupées et
permettre ainsi aux yeux de s’ouvrir.
Dans la bouche de la docteure T., ça
donne : «On appelle ça une “casquette”. La cicatrice est très discrète,
dans le pli palpébral, au-dessus des
cils.» A classer dans la to-do list des
lendemains qui déchantent. Prix :
2000 euros quand même. L’opération du nez est inenvisageable pour
la chirurgienne, comme pour moi:
Vient enfin le moment tant attendu : les seins. La chirurgienne
me déshabille, prend mes mesures
et me photographie. On fait un beau
métier. Elle : «Ils sont un peu plats
sur le dessus. Comme vous avez eu
un enfant, avec la montée de lait, la
peau s’est détendue.» Faites des enfants qu’ils disaient. Si l’envie m’en
prenait, trois méthodes s’offrent à
moi, le lifting mammaire, la pose de
prothèses devant, ou derrière le
muscle, ce qui nécessite de le décoller et de le désinsérer et demande
bien du courage à l’opérée. «Le lifting mammaire, c’est trois cicatrices
et ça s’adresse aux femmes qui ont les
seins en gants de toilette. Il faut garder en tête que ce n’est pas de la magie, mais une sorte de transaction.
On s’occupe d’un défaut mais il y a
une contrepartie. Selon moi, ce n’est
pas pour vous.» Passage au test de
prothèses. J’essaie des petits modèles sous un soutien-gorge noir et un
débardeur crème pour une
meilleure visibilité des contrastes.
J’ai 255 grammes de silicone dans
chaque sein. Je viens de passer d’un
bonnet B à un petit C. Frondeuse, je
tente ensuite le stade supérieur :
320 grammes (un petit bonnet D).
Durée de vie: dix ans. Je me sens un
peu trop «kardashianisée». Et la première chose à laquelle je pense, c’est
le regard des autres. Une sorte de future charge mentale qui pèse trois
tonnes. J’opte pour la plus petite
taille. «Vous aurez des cicatrices discrètes et le galbe sera plus naturel»,
m’informe la docteure T. Mais non
Libé, même si je t’aime beaucoup, je
ne me ferai pas refaire les seins pour
ta série d’été (on s’en reparle pour
celle de 2022). Coût de l’opération:
entre 4 000 et 5 000 euros.
Mais puisqu’il faut bien donner de
sa personne et passer par la vraie
case «test», je choisis finalement de
lisser mes rides du front avec de la
toxine botulique. La docteure T. dessine au crayon blanc les dix zones où
elle va piquer. Présence dans la
peau : quatre mois. Mais les effets
seront visibles pendant six mois. La
glace permet de moins sentir la minuscule aiguille qu’elle enfonce
dans la peau. Pendant une heure, j’ai
le front boursouflé comme si j’avais
été piquée par une horde d’insectes.
La docteure ironise: «Pas d’effets secondaires, pas d’effet.» Les deux
jours suivants, j’ai l’impression que
mon front est bloqué. J’ai du mal à
froncer les sourcils et je sens bien le
produit qui s’y trouve désormais. La
u III
sensation est désagréable mais on
ne sent plus rien au troisième jour
quand le vrai résultat apparaît. Je
suis épuisée mais ça ne se voit pas et
tout le monde à mon retour me
lance: «On ne voit rien.» Sous-texte:
«C’est nul ton truc.»
Je m’apprête à quitter la chirurgienne sur le perron du bloc opératoire où je l’ai suivie au lendemain
de ses consultations. Je repense aux
patients de la veille. A cet homme
d’une quarantaine d’années dont
les yeux sont couverts de xanthélasma, de la graisse disgracieuse qui
s’installe autour des yeux ; à Madame L. qui souffre des suites opératoires visiblement douloureuses
liées au retrait de ses anciennes prothèses mammaires. Elle apprend
qu’elle sera à nouveau opérée le lendemain matin et elle en pleure. Il y
a eu aussi Monsieur L., agent de sécurité de 21 ans, handicapé par un
kyste au niveau des fesses. Venue
avec ses parents, Mademoiselle A.,
16 ans, trouvait ses petites lèvres
trop proéminentes. Elle a désormais
un vrai sexe de jeune fille. «Elle
souffrait d’inconfort, relate la spécialiste. Ce qui peut devenir, au-delà
de la gêne quotidienne, très pénible,
voire poser de vrais problèmes psychiques.» Dans un tout autre style,
Mademoiselle S. avait pris rendezvous pour se faire retirer un tatouage réalisé à peine trois mois
plus tôt ; Madame R., belle femme
de 57 ans, espérait un double lifting,
des sourcils et du bas du visage,
mais a essuyé un refus de la chirurgienne et repart, la déception gravée
sous les yeux, avec quelques injections d’acide hyaluronique.
SCALPEL ÉLECTRIQUE
Je salue la spécialiste mais de loin:
sa blouse et son masque sont tachés
de sang. En retirant l’une des prothèses mammaires d’une dame de
plus de 70 ans posée vingt ans auparavant, elle a dû découper, avec un
scalpel électrique dont la sonorité
rappelle la roulette du dentiste, une
cavité qui s’est formée autour de la
poche de silicone liquide et s’est accrochée à la graisse du sein. Aux premières loges, installée sur un escabeau qui dominait la table
d’opération, je voyais les doigts de la
chirurgienne écarter le mamelon,
trifouiller l’intérieur de la chose. En
découvrant la prothèse repliée sur
elle-même comme un vulgaire bout
de plastique, du sang a giclé en
masse à la figure de la docteure. Elle
a ri en disant: «C’est la première fois
que ça m’arrive.» Les chirurgiens
sont des êtres étranges que rien ne
semble vraiment perturber. De mon
côté, c’est décidé: je garde mes petits
seins qui tiennent dans la main. •
VENDREDI
J’AI TESTÉ LE MENSONGE
IV u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Jeudi 16 Août 2018
La mort de l’amiral Nelson
sur le HMS Victory lors
de la bataille de Trafalgar.
Tableau de Nicholas Pocock.
RUE DES ARCHIVES. TALLANDIER
couvert d’une peinture rouge pour
cacher les grandes flaques de sang
laissées par les blessés dont les bras
ou les jambes avaient été arrachés
par les boulets. On passe par l’obscurité du poste d’équipage, encombré de hamacs –un pour deux hommes– pendus comme des jambons
au pont supérieur. On frissonne devant l’attirail de scies et de coutelas
qui servaient au chirurgien pour
couper, dans la hâte, les membres
des blessés, avec pour seule anesthésie une rasade de rhum et la plaquette de cuir qu’ils devaient mordre pendant l’opération pour ne pas
hurler. On pénètre avec respect dans
la salle à manger de l’amiral, étincelante et dorée, pour s’asseoir un instant à la grande table où Nelson recevait sa «bande de frères», les
capitaines de sa flotte auxquels il
dispensait ses instructions. On se
rappelle sa dernière consigne, d’un
laconisme tout britannique: «Tout
navire qui se rangera le long d’un
navire ennemi sera sûr de ne pas
être en faute.»
Colonne. En barrant droit sur la
Nelson et «Victory», la mer
de toutes les guerres
C’
est un petit homme
maigrelet, borgne,
manchot et couturé de
cicatrices, sujet au mal
de mer et affaibli par le paludisme
contracté dans sa jeunesse. C’est
aussi l’un des plus grands marins
de l’histoire. Horatio Nelson est entré à 14 ans dans la Royal Navy. Il a
navigué et combattu sur toutes les
mers du globe, perdu son œil à
Calvi, son bras à Tenerife, la peau
de son front à Aboukir et la vie à la
bataille de Trafalgar. Manœuvrier
d’élite, stratège avisé, redoutable
meneur d’hommes, il est connu
pour ses vues hétérodoxes et sa propension à désobéir à ses supérieurs.
Au cap Saint-Vincent, au Portugal,
il quitte la ligne sans ordres pour
attaquer une escadre supérieure,
qu’il force à la reddition. A Copenhague, engagé très en avant, on le
prévient que son amiral a hissé un
pavillon lui ordonnant de faire
retraite. Il pose sa lunette sur le
bandeau qui cache son œil aveugle
et dit : «Je ne vois pas le signal.» A
Aboukir, il engage sa flotte contre
celle de Brueys au mouillage tard
Bateaux phares (4/6) Histoires de navires
célèbres que l’on peut encore visiter.
Aujourd’hui, la flotte du célèbre amiral,
vainqueur martyr de la bataille de Trafalgar.
dans l’après-midi, contre toutes les
règles, et réussit à la détruire.
Cathédrale. En 1803, on lui confie
le commandement de la principale
flotte anglaise et de son vaisseau
amiral, le Victory. Il se lance à la
poursuite de la flotte de Villeneuve,
qui doit faire diversion aux Antilles
puis revenir dans la Manche pour
protéger les flottilles de Boulogne
destinées à l’invasion de l’Angleterre par les troupes de Bonaparte.
Il la rejoint non loin du cap Trafalgar, mène une attaque de flanc contre les navires français et espagnols,
alors que les flottes de guerre se
combattaient habituellement en
deux lignes parallèles. Il isole
l’arrière-garde ennemie, gagnant la
bataille décisive qui conduira à la
chute de Napoléon et assurera pendant un siècle la domination de
l’Angleterre sur les mers. A bord du
Victory qui emmène l’une des deux
colonnes d’attaque, il est tué d’une
balle dans le dos par un fusilier
français.
A Portsmouth, on aperçoit, posé
sur un quai, un voilier noir et jaune
qui semble sorti du passé, avec ses
trois mâts tenus par des haubans
de chanvre, sa figure de proue de
bois sculpté et ses sabords ouverts,
où pointent les gueules des canons. C’est un navire de légende,
pieusement conservé par l’administration du musée naval: le HMS
Victory. Avec le USS Constitution,
il est le seul vaisseau de guerre
du XVIIIe siècle qu’on ait conservé
intact.
Tout marin, aussi amateur soit-il,
monte à bord du Victory comme un
catholique entre dans la basilique
Saint-Pierre. Flambant neuf,
quoique vieux de deux siècles, le
navire de Nelson est une cathédrale
de l’histoire maritime. Des gabiers
en costume d’époque accueillent le
visiteur, commentant chaque partie du navire avec un enthousiasme
intact. On parcourt le pont
encombré de canons luisants et de
nombreux cordages, dont chacun
porte un nom qui désigne sa fonction particulière, pour se recueillir
un instant devant une plaque.
Ici, l’amiral qui devisait avec son capitaine au milieu des boulets et des
tirs des fusiliers français, s’effondra
sans un mot, aussitôt transporté
vers les ponts inférieurs, le visage
couvert d’un mouchoir pour cacher
à l’équipage la blessure de son chef.
On lève les yeux pour contempler
les flammes rouges et blanches qui
flottaient dans le vent de Trafalgar,
on passe à la poupe pour voir le
hauban où fut envoyé le célébrissime message du Victory à la flotte
tout entière, pendant qu’elle faisait
route à trois nœuds vers la ligne ennemie : «England expects every man
to do his duty» («L’Angleterre attend
de chaque homme qu’il fasse son
devoir»). On descend ensuite dans
les ponts inférieurs au plancher
ligne française, Nelson avait fait la
différence. La plupart du temps, les
flottes adverses se bombardaient à
contre-bord en files parallèles pour
faire tirer leurs canons tous ensemble. Par une attaque perpendiculaire, Nelson dut supporter pendant
plus de vingt minutes les bordées
de ses adversaires. Mais en coupant
la ligne, il réussit à isoler les navires
de l’arrière-garde, qui furent bientôt
encerclés par les vaisseaux britanniques tandis que ceux de l’avant
peinaient à revenir contre le vent
pour les secourir. La flotte francoespagnole de l’amiral Villeneuve,
désunie par l’attaque hétérodoxe de
Nelson, fut détruite aux troisquarts. Enfin, on s’arrête quelques
minutes devant le recoin de cale où
l’amiral blessé par une balle fichée
dans sa colonne vertébrale expira
en prononçant ces derniers mots :
«Dieu merci, j’ai fait mon devoir.» La
marine britannique fut soudain dotée d’un avantage numérique
qu’elle conserva ensuite: elle se retrouva seule maîtresse de la mer
pendant plus d’un siècle. «Britannia rules the seas.»
Des centaines de milliers de Londoniens assistèrent aux funérailles de
Nelson, dont le corps avait été
transporté à Londres dans un cercueil rempli d’alcool. On décida
d’élever une colonne consacrée au
vainqueur, sur une place de Londres qu’on baptisa «Trafalgar
Square». Puritanisme oblige, le gouvernement refusa à Lady Hamilton,
la femme de l’amiral, divorcée d’un
ambassadeur, la pension que le héros lui avait réservée dans ses dernières volontés.
LAURENT JOFFRIN
Libération Jeudi 16 Août 2018
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PHOTO /
ÉTÉ
u V
Récréation du monde
Séance tenante/ Science-fiction
Joseph Gallix a supervisé au jour le jour la
naissance d’un univers chimérique imaginé
avec la complicité de jeunes patients
hospitalisés et de collégiens.
JOSEPH GALLIX
Né en 1991.
Vit et travaille à Guiscriff
(Morbihan).
«L’
ouvre monde»,
le nom de sa série, si on l’interprète «ouvreboîte du monde», alors ce serait lui : Joseph Gallix, photographe formé à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, le
coordonnateur du projet. Réalisée en banlieue lyonnaise entre octobre et décembre 2016
avec cinq jeunes patients du
service de cardiopathie congénitale de l’hôpital Louis-Pradel, à Bron, et dix-huit élèves
de la cité scolaire Elie-Vignal à
Caluire-et-Cuire, cette création
artistique est un bel exemple
d’engagement. Ensemble (avec
la collaboration de l’écrivaine
Carole Fives), ils imaginent
une cosmogonie qu’ils créent
ensuite en ateliers. La matière
évolue au gré des allers-retours
entre ce qui se réalise au ser-
vice de cardiologie et à la Cité
scolaire. L’artiste en tire jour
après jour ses étranges photographies. Leur nouveau
monde comporte trois soleils:
un bleu, un vert, un rouge,
avec pour chacun d’eux un
peuple, auquel s’ajoute celui de
la nuit. Formée par trois jeunes
filles motivées, cette dernière
communauté inquiétante est
en partie mise en scène dans la
salle de cours de l’hôpital. C’est
là que se trouve celle qui porte
un masque noir aux yeux globuleux avec son tee-shirt chaton. L’artiste a dû s’adapter aux
contraintes liées aux soins des
enfants, du lieu, du personnel
et du matériel: poche de froid,
tuyaux, inhalateur…
A l’initiative de ce projet, il y a
Stimultana, pôle de photographie de Givors, qui a édité en
juin le beau magazine Expérimentations splendides, dédié
aux œuvres collectives produites par les publics avec les
artistes.
LAURE TROUSSIÈRE
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
VI u
ÉTÉ / BD
Libération Jeudi 16 Août 2018
Libération Jeudi 16 Août 2018
u VII
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Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
VIII u
Libération Jeudi 16 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
Batterie de casseroles
P
ZU
Z
L
E
Par MARGAUX LACROUX
COMMENT GAGNER À...
Wizard
Laisser la main
Le Wizard a animé au
fil des années un
nombre incroyable de
nos soirées un peu
partout à travers le
monde. C’est le jeu de cartes idéal en
voyage tant il est léger, facile à apprendre, et qui permet à un grand
nombre de joueurs de s’amuser, tout
en étant tactique et agréable à seulement deux (ce qui est rare). Parfait
pour les rencontres dans les auberges
de jeunesse. Si, au Wizard, vous avez
dans les mains des cartes «humains»,
«nains», «elfes», «géants», au lieu des
habituelles «piques», «cœurs», «car-
reaux», «trèfles», le principe est proche de celui de l’Ascenseur (connu
aussi sous le nom de Grimpette ou
Enculette). Avec, en plus, des «sorciers» (des sortes de jokers) et des
«fous» (des excuses). Dans ce jeu de
levées, avec atout, où on a de plus en
plus de cartes dans les mains au fur et
à mesure, il faut annoncer le nombre
de plis que l’on pense réussir, en observant sa main et en anticipant celles
des autres. Pour triompher, faites
d’abord chuter l’adversaire. Coupez-le
sans vergogne ou couchez-vous pour
lui laisser faire des plis imprévus. Au
contraire du tarot, prendre la main
peut être très risqué car il sera parfois
impossible de la redonner.
QUENTIN GIRARD
1
Dans son livre-enquête
sur Jérôme Cahuzac,
Mathieu Delahousse révèle
que la femme de l’ancien ministre
du Budget condamné pour «fraude
fiscale» l’accuse d’avoir volé…
A Un bœuf.
B Un œuf.
C Un chien d’aveugle.
D Un cheval de cirque.
2
Lequel de ces membres du RPR
n’a pas été condamné dans
l’affaire des emplois fictifs
de la Mairie de Paris en 2011 ?
A Alain Juppé, ancien adjoint
aux Finances.
B Jacques Chirac, ancien maire.
C Jean de Gaulle, ancien député.
D Robert Pandraud, ancien directeur
de cabinet de Jacques Chirac.
Renvoyé en correctionnelle pour
«blanchiment de fraude fiscale
aggravée», le couple Balkany est
soupçonné d’avoir acquis des biens via
des montages financiers. En plus de la
villa de Marrakech et du moulin Cossy à
Giverny, l’enquête porte sur deux villas
de Saint-Martin, lesquelles ?
A Citron et Sidonie.
B Orange et Sophie.
C Pamplemousse et Serena.
D Clémentine et Séraphine.
3
Laquelle de ces personnalités
mise en cause dans une affaire
ne s’est pas vu retirer son
immunité parlementaire ?
A Thierry Solère, pour fraude fiscale.
B Marine Le Pen, pour publication sur
Twitter de photos des victimes de Daech.
C Jérôme Lavrilleux, dans l’affaire
Bygmalion.
D Eric Woerth (affaire Sarkozy-Kadhafi).
4
Dans combien d’affaires
différentes Nicolas Sarkozy a-t-il
été mis en examen (dont une s’est
soldée par un non-lieu) ?
A 8.
B 2.
C 12.
D 36.
5
6
7
Quel politique a donné son nom
au théorème qui veut que «quand
on est emmerdé par une affaire, il
faut susciter une affaire dans l’affaire»,
afin qu’on n’y comprenne plus rien ?
A François Fillon.
B Charles Pasqua.
C Serge Dassault.
D Bernard Tapie.
8
En guise d’épilogue, combien
d’élus de la Ve République ont été
définitivement condamnés à de
la prison ferme ?
A 16.
B 2.
C 6.
D 24.
Réponses :1. B ; 2. C ; 3. Aucune ; 4. A ; 5. C ; 6. D ; 7. B ; 8. C
(Jacques Médecin, Alain Carignon, Bernard Tapie, JeanPierre Destrade, Sylvie Andrieux et Jérôme Cahuzac).
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
Quel homme politique écologiste
a été jugé début juillet pour
«violences volontaires en état
d’ébriété», «outrage sur personne
dépositaire de l’autorité publique» et
«injures à caractère racial» ?
A Nicolas Hulot.
B Jean-Vincent Placé.
C Yannick Jadot.
D José Bové.
LES 7
ÉCARTS
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2017-2018 de Willem et
retrouvez les différences
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