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Libération - 18 08 2018 - 19 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AOÛT 2018
www.liberation.fr
ÉTÉ
BREUER WILDLIFE . BIOSPHOTO
J’ai testé
l’étiquette royale
britannique
ET AUSSI LA BD, LE P’TIT LIBÉ, SADE,
L’«HERMIONE»… CAHIER CENTRAL
LOUPS ET ÉLEVEURS
À CROCS ET À CRAN
11000 animaux tués par le prédateur en 2017: la situation
se crispe entre le monde pastoral et les défenseurs de
l’animal. Dont le statut d’espèce protégée est questionné.
Merkel-Poutine
Un sommet
pour briser
la glace
PAGES 6-7
Martin Winckler
«Le combat
de #MeToo est
à la fois intime
et collectif»
PAGES 2-5
INTERVIEW, PAGES 18-19
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MANUEL VAZQUEZ
2,70 € Première édition. No 11577
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Biodiversité
Quand le loup
ressort du bois
RÉCIT
Le «canis lupus», repéré jusque dans l’Yonne ou
le Tarn, a fait des victimes cet été parmi le bétail.
Des faits qui ravivent la colère des éleveurs contre
le plafond d’abattages instauré pour permettre
le retour de cet animal sauvage dans l’Hexagone.
La population française
de loups reste inférieure
à 500 individus. PHOTO
MANUEL COHEN. AURIMAGES
Par
AURÉLIE DELMAS
et CORALIE SCHAUB
L
oup, y es-tu? Oui, il y est. Dans
nos massifs montagneux, depuis plus de vingt-cinq ans.
Mais aussi, de plus en plus, dans nos
plaines. La préfecture de l’Yonne l’a
confirmé mardi, analyses ADN à
l’appui: c’est bien canis lupus qui a
attaqué en juin un troupeau d’ovins
(14 brebis sont mortes) à Arthonnay,
à la limite de l’Aube et de la Côte-d’Or. Alors qu’on ne l’avait pas vu
dans le département depuis cent
trente ans. De son côté, début août,
la préfecture du Tarn a signalé la
présence du loup gris à la limite entre le Tarn et l’Hérault, l’Office national de chasse et de la faune sauvage (ONCFS) concluant que le
canidé «figure parmi les prédateurs
ayant pu commettre» l’attaque fin
juin de plusieurs brebis d’un éleveur
de Murat-sur-Vèbre (Tarn). Le loup,
en expansion rapide sur le territoire
national, a aussi été aperçu plusieurs fois dans la Somme fin 2017.
D’après les chiffres publiés en juin
par l’ONCFS, la France compte environ 430 loups en liberté, répartis
en 57 meutes et 74 zones de présence dite «permanente» (au moins
deux hivers consécutifs). Communs
en région alpine, ils se sentent aussi
désormais chez eux dans le Massif
Central, les Pyrénées, le massif des
Vosges et en Lorraine. Et depuis leur
retour en France en 1992 après
soixante années d’absence, quand
deux individus de souche italienne
ont été observés dans le Mercantour
(sud des Alpes), leur population
croît de près de 20 % par an. D’où,
forcément, de plus en plus de tensions avec Homo Sapiens. Et ce alors
même que la population des loups
français n’a pas encore atteint le
seuil de 500 individus, au-delà duquel elle sera considérée comme
«viable».
Si, à l’heure de la sixième extinction
de masse, le retour d’une espèce
sauvage protégée est une bonne
nouvelle, cela ne va pas sans poser
un certain nombre de problèmes.
Ce prédateur discret, furtif, qui se
nourrit essentiellement de cerfs, de
chevreuils, de sangliers ou de lièvres, attaque aussi le bétail qui a la
chance de profiter des grands espaces à la belle saison. Et en Aveyron
ou en Lozère, chez les éleveurs qui
retrouvent leurs bêtes égorgées, la
colère et le sentiment d’impuissance grandissent (lire pages 4-5).
D’autant que certains accusent les
tueurs de leurs bêtes d’être majoritairement des loups hybridés avec
des chiens (et donc non protégés),
une polémique alimentée en 2017
par l’eurodéputé José Bové, grand
pourfendeur du loup, mais réfutée
par l’ONCFS (qui évoque un phénomène inférieur à 10 %).
Randonneurs
Pour les éleveurs français, garants
d’un pastoralisme qui maintient
des milieux ouverts et leur biodiversité spécifique, le retour du loup
engendre de réelles contraintes administratives, techniques et économiques. Le prédateur aurait tué
plus de 11 000 animaux domestiques en 2017, en grande majorité des
ovins dont le cheptel est estimé
autour de 7 millions de bêtes. Les
indemnisations versées ont atteint
3,2 millions d’euros en 2016. Et
21 millions d’euros ont été consacrés par l’Etat au financement des
mesures de protection. Clôtures,
chiens, renforcement de la présence
humaine sont financés à hauteur
de 80% dans les zones de présence
permanente. Et si les éleveurs qui
subissent des attaques n’ont pas
protégé leurs troupeaux, conformément à une règle communautaire.
Sans compter que ces mesures, si elles limitent la prédation, n’empêchent pas toutes les attaques et peuvent gêner les randonneurs et
autres usagers de la nature…
Depuis 2004, le gouvernement
tente donc de gérer la cohabitation
via des «plans loups» quinquennaux déterminant les règles de protection des troupeaux et d’abattage
des canidés sauvages. Le dernier,
entré en vigueur en février, a été
porté à la fois par le ministère de la
Transition écologique et par celui
de l’Agriculture, dont les visions di-
vergent un poil. Pour Nicolas Hulot,
«on ne peut exiger des pays africains
qu’ils protègent leurs lions si nousmêmes en France, on n’est pas capable de cohabiter avec le loup et
l’ours». Mais son homologue, Stéphane Travert, qui avait, dans un
lapsus, assuré être «pour le zéro
loup, non, zéro attaque», incite les
agriculteurs à «se défendre», même
«au-delà du quota» (de 43 loups
maximum abattus pour 2018) fixé
par le plan qu’il a signé et qui, promet-il, sera réévalué sous peu.
Dérogation
La France est signataire de la convention de Berne, qui a fait de la
faune et la flore sauvage «un patrimoine naturel […] qu’il importe de
préserver et de transmettre aux générations futures» et du canis lupus
un animal «strictement protégé». Résultat, seul un certain nombre
d’abattages de loups est permis par
dérogation : on parle de «prélèvements» (des tirs sans attaques préalables) et de tirs de défense, qui eux
sont destinés à protéger un trou-
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
«
est d’essayer de circonscrire des endroits réservés. Et surtout, nous devrions tous échanger les
informations sur la présence du loup, sur son observation. Les éleveurs comme les écologistes,
mais aussi les pouvoirs publics. Le loup est imprévisible et insaisissable: la plupart des meutes
sont sédentaires, mais certaines sont nomades.
Même les meutes sédentaires ne cessent de se
déplacer sur le territoire qui est le leur. C’est un
prédateur supérieur, comme l’homme, il
s’adapte constamment. Je le définirais comme
un animal social, voyageur et tueur.
Vous comparez souvent le loup à l’homme…
Certaines thèses anthropologiques parlent
d’ailleurs du loup comme un singe-homme.
Hommes et loups ont une dynamique collective
et prédatrice. Le loup a toutes les caractéristiques du prédateur supérieur, comme les requins, les ours ou les lions, il n’est pas spécialisé
sur une proie et il va réguler lui-même sa population. C’est ainsi qu’il vit dans une double
agressivité : face à ses congénères, et face à
l’homme qui est un concurrent. La guerre entre
l’homme et le loup est très ancienne.
Vous côtoyez vous-même le loup dans
les Cévennes…
Je vis à côté d’une meute de cinq loups, elle s’est
probablement constituée en 2003 ou 2004. Mais
les premiers problèmes ne sont arrivés qu’en
novembre 2016. Avant ? Ils nous observaient.
Il y a peu, dans mon village, une vieille vache a
été attaquée juste après avoir vêlé. Il savait que
cette vache n’était plus en état de se défendre.
Il l’a choisie parmi un troupeau de dix-sept. Et
il l’a préférée à des agneaux qui étaient gardés
par plusieurs chiens et un berger. Une fois qu’ils
ont commencé à attaquer et que cela a marché,
ils ne cessent jamais. Pour le loup, c’est l’éleveur
qui vit sur son territoire, pas l’inverse. On se focalise souvent sur une fragilité du loup, on veut
le protéger, lutter contre sa disparition, sans
prendre en compte son immense adaptabilité.
Quand le loup attaque-t-il les élevages ?
Le loup préfère manger des animaux sauvages.
Quand il attaque ou quand il «sort du bois», c’est
souvent le résultat de mois ou même d’années
d’observation. Mais comme nous avons perdu
notre culture lupine, nous ignorons que lorsque
le loup s’attaque aux troupeaux, c’est qu’il n’y
a plus rien à manger, plus de gibier. Or, c’est
aussi de mauvais augure pour l’homme. Dans
le passé, c’était le début de la pauvreté, voire des
disettes. C’est dans ce contexte qu’il attaquait
le bétail, mais aussi les humains affaiblis. Nous
avons suivi un modèle de régulation suédois qui
préconise la chasse quand le loup attaque. Mais
il faut intervenir avant. Il y a parfois une dizaine
d’années entre l’arrivée du loup et les premières
attaques. Et quand il attaque, il est déjà trop
tard. Surtout, l’élevage intensif extensif, un
maximum de bêtes pour un minimum de présence humaine, favorise les attaques de loups.
Or, les bergers sont le seul rempart entre les
loups et les moutons. Mais les éleveurs ont des
problèmes économiques bien plus importants
que les loups: la plupart des élevages ne dégagent que 300 euros de bénéfices par an…
Vous êtes aussi pisteur aux Etats-Unis ?
Le travail de pisteur est ce qui m’intéresse le
naissance à son sujet. La transmisplus. Les Américains attrapent
sion des savoirs s’est interrompue
jusqu’à 150 loups par an. C’est très
à un moment donné. On s’est coupé
utile, un loup capturé n’attaquera
de l’expérience des anciens. Les
plus jamais les troupeaux. Et sa
traces d’une présence passée du
meute va fonctionner de façon
loup sont pourtant partout. Mais elanalogue une fois qu’il la rejoint,
les n’ont plus de sens pour les
donc le gain est double. Je recomcontemporains. Le loup est inscrit
mande l’usage de la capture dedans nos cadastres: c’est ce qu’on
puis 2004. Ne laissons pas les éleINTERVIEW veurs seuls. L’Etat leur doit au
appelle les loubières, c’était à la fois
la tanière du loup et, par extension,
moins la protection. Le loup est
les lieux où ils évoluaient. La toponymie nous un marqueur du sauvage dans des milieux où
indique clairement où étaient les loups: La Col- il n’y a plus de sauvage.
le-sur-Loup, Louvières… Le loup a un territoire
Recueilli par
très étendu: près de 200 kilomètres carrés. Et il
CATHERINE CALVET
n’y a qu’une seule meute de loups par territoire.
Si on ne peut plus les éradiquer, le plus simple (1) Ed. Arthaud, mars 2018.
«Pour cet animal, c’est
l’éleveur qui vit sur son
territoire et non l’inverse»
Selon Antoine Nochy, chasseur,
éleveur et pisteur, le loup est un
prédateur supérieur, doté d’une
grande faculté d’adaptation,
comparable à l’homme.
A
ntoine Nochy vit dans les Cévennes, il
est éleveur, chasseur et surtout pisteur.
Il raconte son expérience dans plusieurs
pays d’Europe et aux Etats-Unis dans la Bête qui
mangeait le monde(1). Et il propose des «pistes»
pour une coexistence entre les deux prédateurs
supérieurs que sont le loup et l’homme.
Le débat sur les loups en France est tendu…
Le débat est surtout incomplet, il manque un
personnage crucial: le loup. Il y a une mécon-
DR
peau en particulier. Ils sont autorisés «à condition qu’il n’existe pas
d’autres solutions satisfaisantes et
que les opérations ne nuisent pas au
maintien du bon état de conservation de la population de loups».
Chaque année, le plafond, fixé à environ 10 % de la population totale,
fait l’objet d’âpres négociations et
de dérogations préfectorales. Les
associations de défense de la nature
– dont celle de Brigitte Bardot, qui
pique régulièrement de mémorables colères sur le sujet – estiment
qu’aucun tir ne devrait être autorisé. Ils sont «inutiles», selon l’association Ferus («ce qui est sauvage»
en latin), qui a déployé des bénévoles dans le sud de la France cet été
pour promouvoir la cohabitation.
«Pour permettre une cohabitation
entre la biodiversité faunistique et
le pastoralisme, un changement
profond des pratiques d’élevage et du
système de subventionnement et
d’indemnisation français –qui n’incite actuellement pas suffisamment
aux bonnes pratiques de certains
éleveurs – est néces- Suite page 4
u 3
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4 u
ÉVÉNEMENT
saire», défend l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).
Suite de la page 3
Le loup «déclassé» ?
UNE MAUVAISE
RÉPUTATION
Domestiqué par l’homme il y a
quinze mille ans pour devenir son
«meilleur ami» (le chien), le loup
est dans le bestiaire européen un
être cruel, aux sens aiguisés, qui
recourt à la ruse pour s’attaquer
aux plus faibles. Cette image très
négative repose sur des faits
historiques : des pertes sévères
infligées au bétail, mais aussi à
l’homme en période de famine.
Le plus emblématique des récits
d’attaque reste celui de la bête du
Gévaudan qui a sévi au
XVIIIe siècle en Lozère. A l’époque,
le territoire national compte 15 000
à 20 000 loups et la «chose» aurait
fait plus d’une centaine de victimes
en trois ans. De quoi étoffer les
figures du grand méchant loup ou
du loup-garou. Pourtant, l’image
du loup n’a pas toujours été
négative. C’est par exemple la
louve, symbole de fécondité et de
protection, qui a nourri Romulus
et Rémus, ou le loup Ysengrin que
le Roman de Renart a tourné en
dérision à la fin du XIIe siècle.
En Amérique, il est même noble.
Respecté voire vénéré par les
Amérindiens, il devient dans CrocBlanc de Jack London un chienloup confronté à la bêtise des
hommes. Et dans le Livre de la
jungle de Rudyard Kipling, c’est
une famille de loups qui (en Inde)
recueille et élève Mowgli.
A.De.
«Je suis entré dans une colère
folle en euthanasiant une brebis»
Reportage en Lozère auprès
d’éleveurs aussi inquiets que
désabusés face à une politique
ressentie comme méprisante
et ignorante du monde pastoral.
L
a carcasse de brebis pourrissante
grouille de vers et pue la mort. Victime
de l’une des dernières attaques attribuées au loup ou à un animal hybridé avec des
chiens sur le mont Lozère. Au moins quinze
bêtes ont succombé (sans compter les disparues) au cours de quatre attaques depuis le début de la transhumance à plus de 1600 mètres
d’altitude, le 7 juillet. A quelques mètres de la
dépouille, un peu moins de 2 500 brebis et
agnelles de race blanche du Massif central
paissent tranquillement, gourmandes de trèfle
alpin au goût de réglisse et cherchant l’herbe
tendre sous les boqueteaux de résineux.
En 2011, ce paysage emblématique de l’agropastoralisme méditerranéen des Causses et
des Cévennes a été inscrit par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité. On s’y perd
dans les étendues de myrtilles, dans les tourbières où le pied s’enfonce et dans les herbes
folles couvrant de grosses pierres. «J’espère
que l’on va perdre cette reconnaissance. Car
au lieu de protéger ceux qui sont à l’origine de
ces paysages, nous, les éleveurs, les pouvoirs
publics ont transformé notre métier en une activité mortifère en protégeant le loup», cingle
Olivier Maurin, 43 ans, qui élève plus de
1200 brebis à Prévenchères (Lozère). Paradoxalement, «cette question porte sur la coexistence difficile de deux enjeux de conservation
relevant de la même directive européenne, les
habitats agropastoraux et le loup», analyse
Claudie Houssard, écologue, dans Terres pastorales, diversité et valeurs des milieux ouverts
méditerranéens (1).
Le loup n’est pas seulement l’ennemi d’Olivier
Maurin et de ses confrères rencontrés sur le
mont Lozère. Il est sa hantise depuis
qu’en 2012 il a retrouvé une brebis agonisante,
«debout sur ses quatre pattes, la gorge et la
panse ouvertes. Je suis entré dans une colère
folle en l’euthanasiant, mais j’aurais dû la porter sur mon dos pour aller la déposer à la préfecture à Mende», raconte-t-il au pic de Finiels, point culminant du mont Lozère, battu
par les vents, au carrefour des climats océanique, continental et méditerranéen. Ici, il fait
rarement plus d’une vingtaine de degrés l’été,
mais le thermomètre peut descendre à -30°C
l’hiver sous la neige. La vue est époustouflante sur la montagne du Liron et le mont
Aigoual. A vol d’oiseau, Montpellier est
à 93 kilomètres, Nîmes à 82, mais à plusieurs
heures par les routes sinueuses.
le 10 juillet, un éleveur était tombé nez à nez l’herbe fraîche en altitude durant deux mois
avec le loup, à 30 mètres à peine de distance. quand la canicule grille les plateaux. La trans«C’était un grand loup, il n’était pas effrayé, ni humance participe également de l’image de
par mon fils ni par son chien. On a senti une qualité de l’agneau de Lozère, qui bénéficie
peur atavique monter en nous», raconte le d’une indication géographique protégée (IGP)
père du témoin, qui se trouvait à 500 mètres et que l’on retrouve sur les tables étoilées
de la scène.
comme dans la cuisine de terroir.
Le loup avait disparu depuis plus de
Les éleveurs ont fait cette ansoixante-dix ans de Lozère avant
née de l’arrivée de leurs trouHAUTEL
LOIRE
TA
de faire officiellement son repeaux au mont Lozère tout
N
CA
tour en 2012. Mais c’est
un symbole en annonçant
comme s’il n’avait jamais
officiellement la création de
LOZÈRE
ARDÈCHE
cessé de hanter les terres
la Fédération nationale de
de la bête du Gévaudan
défense du pastoralisme, qui
Mende
qui, au XVIIIe siècle, fut à
entend regrouper bergers,
l’origine de plusieurs attascientifiques ou encore élus
Mont Lozère
ques contre l’homme (lire cides massifs de France, avec
RD
A
G
contre). Dans son Voyage avec
un message sans appel: «La coun âne dans les Cévennes, Louis
habitation entre le loup et l’éle10 km
Stevenson en parle «comme le Navage est impossible en France.» «L’obpoléon Bonaparte des loups». La bête
jectif de la fédération est de rassembler et
n’avait pas attaqué depuis 2014 sur le de soutenir les éleveurs victimes d’attaques des
mont Lozère, mais dès les premiers pas de la loups et des ours afin d’avoir plus de poids face
transhumance en juillet, il était dans toutes au gouvernement», a expliqué Mélanie Brules conversations des éleveurs accompagnant net, coprésidente de cette nouvelle fédérale troupeau sur vingt-cinq kilomètres parmi tion. L’association veut également sensibiliser
les landes et les bois. Un temps, la transhu- les «citadins aux ravages des politiques publimance s’est enfoncée dans le maquis des sou- ques» de réintroduction des grands prédavenirs en Lozère. La grande sécheresse teurs qui «condamnent» l’élevage de plein air.
de 1976 a convaincu les éleveurs de renouer Les adversaires du loup répètent que les faits
avec cette migration qui fournit aux bêtes de leur donnent raison. En dépit de la présence
N
RO
EY
AV
Les syndicats d’agriculteurs, eux, ne
sont pas du tout du même avis. Fin
juillet, la FNSEA, les chambres d’agriculture et les associations d’éleveurs
ont demandé à l’Etat d’autoriser un
renforcement des mesures contre les
attaques de loups. «Force est de constater que les tirs de défense simple accordés aux éleveurs ne permettent pas d’assurer une protection satisfaisante des
troupeaux», affirment-ils dans une lettre adressée au préfet coordonnateur,
avant de demander l’autorisation «que
les tirs de défense renforcée soient accordés aux éleveurs dès la première attaque de leur troupeau». Fait rare, la Confédération paysanne est sur la même
longueur d’ondes que la FNSEA sur ce
sujet, et estime que «le nombre de prélèvements maximum est largement insuffisant».
Aussi, une partie des opposants voudrait faire sortir le loup de la convention de Berne sur les espèces protégées,
ou au minimum le «déclasser». Les voisins helvètes viennent de faire un pas
en ce sens. Jeudi, l’Office fédéral de
l’environnement (Ofev) suisse a déposé
une demande pour faire passer le loup
de «strictement protégé» à seulement
«protégé» dans le cadre de la convention de Berne. En 2015, le gouvernement français avait aussi demandé le
déclassement du loup auprès de la convention de Berne et de l’Union européenne. Des élus de montagne, dont
José Bové, sont revenus à la charge
cette année. En vain pour l’instant. •
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
PARTOUT MAIS INVISIBLE
Le soir vient dans le bruit des sonnailles des
brebis, le soleil rasant dore l’herbe jaunie où
le ventre des brebis s’est arrondi au fil de leur
broutage. «Quand elles ont bien mangé, on dit
qu’elles sont sadoules», sourit Olivier Maurin.
L’instant d’après, il se renferme, scrutant
les 800 hectares d’estive. Le loup y est partout
dans les esprits, mais invisible aujourd’hui.
Rusé, solitaire, imprévisible. Quand on le
cherche, on ne le trouve pas. La semaine
du 6 août, la brigade spéciale loups, qui dépend de l’Office national de la chasse et de la
faune sauvage (ONCFS), a planqué le prédateur sur le mont Lozère. En vain. Pourtant,
En juin, durant la transhumance sur le mont Lozère. PHOTO OLIVIER METZGER
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
u 5
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d’un couple de bergers à demeure sur le
mont Lozère, le troupeau, il est vrai réparti sur
un territoire immense, a été attaqué. «Je suis
sûr qu’il nous observe, affirme Olivier Maurin
en scrutant la lisière des bois. Il s’adapte à tout.
Il a compris qu’il ne pouvait pas attaquer la nuit
les bêtes enfermées dans le parc clôturé près de
la cabane des bergers. Il préfère chercher les brebis égarées dans les fourrés et sévir par temps
de brouillard, après l’orage et la pluie.»
Aujourd’hui, les bergers font relâche. Olivier
et quatre autres éleveurs vont suivre le troupeau. Ils sont armés de fusils et de carabines
au cas où… Théoriquement, seul le lieutenant
de louveterie qui les accompagne est autorisé
à porter une arme. Ce bénévole assermenté est
l’héritier des louvetiers créés en 812 par Charlemagne pour protéger les populations et leurs
élevages contre les loups. «A l’heure qu’il est,
je devrais être en train de moissonner et de couper le regain. Economiquement, ce n’est pas tenable», maugrée Olivier Maurin. Il ne croit à
aucune des mesures de protection contre les
attaques subventionnées par l’Etat. «Les filets
électrifiés ne protègent pas. Quant aux patous
[chiens élevés avec les moutons pour les défendre, ndlr], c’est un surcroît de travail pour
les éduquer et ça cause des problèmes avec les
randonneurs.» Il reste aussi de marbre quand
on évoque la proposition de Ferus, l’association de défense des loups, de mettre des bénévoles à disposition des éleveurs pour renforcer
la garde de leurs troupeaux. Selon Mélanie
Brunet, «les mesures de protection contre les attaques que l’Etat subventionne fortement ont
montré leurs limites puisque depuis 2006, année où elles ont été déployées, le nombre de victimes des loups a été multiplié par quatre pour
atteindre 12000 en 2017, et 92% des troupeaux
attaqués disposaient d’au moins deux mesures
de protection».
LE TROUPEAU PARQUÉ
La méfiance est telle parmi les éleveurs
qu’elle complique le dialogue avec les pouvoirs publics. Au point qu’ils s’en remettent
à un laboratoire allemand pour faire analyser
les traces génétiques des prédateurs sur leurs
brebis tuées, plutôt qu’au laboratoire missionné par l’Etat. La présence d’un loup balte
en Lozère, reconnue en juin par l’ONCFS, attise encore le débat. Alors que les loups de la
lignée italo-alpine sont revenus il y a un quart
de siècle dans le sud-est de la France, l’Office
national de la chasse a reconnu que l’animal
originaire du nord de l’Europe avait très peu
de chances d’être arrivé naturellement dans
le secteur de la Margeride. Le 23 juillet, des
éleveurs lozériens ont voulu récupérer des
échantillons d’ADN prélevés par l’ONFCS sur
des spécimens du parc scientifique des Loups
du Gévaudan d’où plusieurs animaux
s’étaient échappés en mars 2016. «Nous voulons savoir si nos brebis ont pu être attaquées
par un loup issu du parc.»
Autour du 15 août, le mont Lozère hésite entre
le rose et le violet de ses bruyères en fleurs.
«Tous les hivers, on les brûle, ainsi que les genêts, afin que les plantes soient plus tendres
quand les brebis viennent paître», raconte Olivier Maurin. Il observe les bêtes qui boitent,
celles qui ont pris froid les jours et les nuits de
pluie. Il les redescendra dans sa remorque à
la bergerie pour les soigner. On peut ne pas
partager l’hostilité intraitable de l’éleveur
contre le loup, mais son empathie pour son
troupeau est évidente. Olivier Maurin élève
des brebis et des agneaux pour une filière reconnue sur la qualité de sa viande. Pas pour
être indemnisé par l’Etat quand elles sont croquées par le loup. Il a touché 700 euros après
la mort d’une brebis «pleine» (enceinte), meneuse du troupeau. «Mais on n’achètera pas
mon silence à coups d’indemnités.»
A l’heure du casse-croûte de midi, le troupeau
est parqué entre des clôtures électriques.
Le mont Lozère a été inscrit en 2011 par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité. PHOTO OLIVIER METZGER
«C’est la seule façon pour nous d’être tranquilles pendant que l’on mange. Avant les attaques, jamais on n’aurait fait cela.» Encore une
fois, la conversation roule sur l’impossible cohabitation entre le loup et l’agneau. Entre les
sandwichs au saucisson et à la confiture, les
hommes racontent leurs solitudes. Celle, assumée, de vivre avec leurs bêtes sur des terri-
«Je suis sûr qu’il nous
observe. Il s’adapte
à tout.»
Olivier Maurin éleveur de plus
de 1 200 brebis à Prévenchères
toires immenses. Mais aussi celle qu’ils estiment subir face au reste du monde.
«Incompréhension des citadins qui n’ont jamais mis les pieds au milieu des troupeaux :
ils nous prennent pour des fous furieux alors
que l’on vit avec la nature vingt-quatre heures
sur vingt-quatre.»
Vendredi 17 août à l’aube, les troupeaux devaient redescendre du mont Lozère avec quinze
jours d’avance en raison des attaques. La peur
du loup ne disparaît pas pour autant. «Si demain elles sont attaquées sur mes pâturages,
je fais quoi? s’insurge Olivier Maurin. Je les entasse dans la bergerie et j’achète du maïs pour
les nourrir ? Au fond, le loup menace notre
agriculture dans ce qu’elle a de plus extensive
et nous pousse vers des pratiques intensives.»
Après un rendez-vous avec Gérard Larcher,
président du Sénat, les éleveurs espèrent que
le débat sur le loup sera porté à l’ordre du jour
de la Haute Assemblée à l’automne. «Olivier
Maurin a le courage de porter la question du
loup en Lozère sur la place publique quand
d’autres préféreraient le régler discrètement
à coups de fusil au fond des bois», analyse un
agriculteur. Cela dit, il n’est pas impensable
qu’un jour un tueur de loup revendiqué sorte
du bois. Il serait passible de deux ans de prison et de 150000 euros d’amende.
JACKY DURAND
Envoyé spécial au mont Lozère
(1)Ouvrage collectif piloté par le Conservatoire d’espaces naturels Languedoc-Roussillon, éditions
Le Rouergue, 2017.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Par
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
I
ls se connaissent très bien et ne se font pas
confiance. Ils s’estiment autant qu’ils se
craignent. Mais ils ont besoin l’un de
l’autre. Comme toujours, la rencontre entre
la chancelière allemande, Angela Merkel, et
le président russe, Vladimir Poutine, samedi
soir au château de Meseberg dans le Brandebourg, promet de charrier son lot de paradoxes et d’incertitudes. Au menu des discussions, trois sujets de haute importance :
la situation en Syrie, celle en Ukraine et le
projet de gazoduc Nord Stream 2. Vendredi,
lors d’une conférence de presse, la chancelière n’a pas caché les difficultés : «Il y aura
des controverses et, bien sûr, des points sur lesquels nous pourrons réfléchir à la manière
d’améliorer notre coopération». Et d’ajouter:
«Le nombre de problèmes qui nous préoccupent […] est si grand qu’il est justifié d’être en
dialogue permanent.»
Après une visite de Merkel en mai à Sotchi,
c’est la première fois que les deux leaders se
voient depuis les attaques inattendues de
Donald Trump à l’égard de la chancelière,
lors du sommet de l’Otan en juillet. Dans une
tirade hostile dont il est désormais coutumier dès qu’il évoque l’Allemagne, le président américain accusait le pays d’être «complètement contrôlé par la Russie», utilisant
même le terme de «prisonnier». L’Allemagne,
estimait-il, «paie des milliards de dollars à la
Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela ? Ce
n’est pas juste».»
«PROMESSES»
Une allusion claire au projet Nord Stream 2,
gazoduc qui reliera dès 2019 la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique (lire ci-contre). Il
prévoit d’acheminer 55 milliards de mètres
cubes de gaz russe vers l’Europe par an –soit
plus du double de ce qu’achemine déjà Nord
Stream 1, inauguré en 2011. Une fois ce projet
parachevé, l’Europe sera définitivement dépendante de la Russie.
«Trump n’a pas tort lorsqu’il dit que l’Allemagne se contredit en se rendant à ce point énergétiquement dépendante de la Russie tout en
appelant à sécuriser l’Europe contre les agressions russes, concède Kristine Berzina, spécialiste de l’Otan, des relations transatlantiques
et des questions énergétiques au German
Marshall Fund à Bruxelles. Cette question de
pipeline était au départ purement économique, mais elle fait désormais l’objet de grandes
tensions géopolitiques.» La Commission européenne estime également que le projet nuit
à l’indépendance énergétique de l’UE.
Les relations germano-américaines s’étant
considérablement détériorées ces derniers
mois, Berlin a plus que jamais besoin de ce
partenariat particulier avec Moscou. Mais
comment négocier avec les Russes sans affaiblir les Ukrainiens? En établissant une communication directe entre la Russie et l’Allemagne, le Nord Stream 2 priverait en effet
l’Ukraine de précieux droits de transit versés
par le groupe russe Gazprom, ce qui pourrait
léser davantage ce pays que l’Europe est censée soutenir politiquement. La chancelière
devrait donc tenter de négocier avec Vladimir
Poutine la préservation de ces droits de transit. «Il est vrai que le président russe n’a pas exclu cette option, explique Kristine Berzina. Et
il ne souhaite évidemment pas mettre en péril
le projet. Seulement, je suis sceptique quant
aux effets de ces discussions sur le long terme.
Angela Merkel peut bien lui arracher des promesses samedi, mais elle ne peut pas assurer
qu’elles seront bel et bien tenues une fois le
Nord Stream 2 achevé.»
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Merkel
et Poutine,
partenaires
particuliers
Visés par les critiques ou les menaces
de Donald Trump, les deux leaders, aux
relations ambivalentes mais pragmatiques,
ont tout intérêt à s’entendre, notamment
au sujet de la Syrie et du gaz russe,
lors de leur rencontre de samedi soir.
ANALYSE
Sanctionnée notamment par Berlin pour son
annexion de la Crimée et menacée de représailles économiques par Washington après
l’empoisonnement de l’ancien agent russe
Sergueï Skripal et de sa fille au Royaume-Uni,
la Russie a de son côté tout intérêt à discuter
avec l’Allemagne. «Poutine a besoin de montrer qu’il est de retour, analyse Stefan Meister,
expert de la Russie et de l’Europe de l’Est à
la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik, think tank spécialisé dans l’étude des
relations internationales. Il souhaite être vu
comme un interlocuteur incontournable, que
ce soit au sujet de la Syrie, de l’Iran ou de la
Turquie. Et l’Allemagne a toujours été, de toute
manière, un partenaire important.»
«STYLE KGB»
Sur la situation en Syrie, Merkel «devrait demander à Poutine de faire pression sur Bachar al-Assad pour reprendre des réfugiés»,
estime Stefan Meister. La Russie, elle, veut
convaincre l’Allemagne comme la France de
participer à la reconstruction du pays en offrant une aide humanitaire aux déplacés et
réfugiés de retour chez eux. Quant au dossier ukrainien, qui a tant contribué ces dernières années à la détérioration des relations
germano-russes, «ce n’est plus le sujet principal des discussions», affirme Stefan Meister.
Toutefois, «la chancelière devrait évoquer la
question de l’envoi de Casques bleus dans la
région du Donbass», commente Kristine Berzina.
Les relations entre Angela Merkel et Vladimir
Poutine sont pour le moins ambivalentes.
Tous deux sont des vétérans sur la scène internationale: près de vingt ans pour le président
russe, treize pour la chancelière allemande.
Tous deux ont entamé au printemps leur quatrième mandat et ont également en commun
d’avoir bien connu l’Allemagne de l’Est. Poutine parle l’allemand couramment, bien mieux
qu’il ne parle l’anglais, et Merkel le russe. Et les
gazettes se plaisent à raconter que la chancelière envoie de temps à autre au président
russe des caisses de Radeberger, une bière
brassée à Dresde dont Poutine était friand lors
de ses jeunes années au KGB, en poste en RDA.
Mais leurs relations sont aussi faites de bras
Angela Merkel et Vladimir Poutine, à
de fer. Le style de Poutine, macho et brutal,
tranche nettement avec celui de la chancelière. Une anecdote ancienne en dit long sur
leurs relations. En 2007, lors de pourparlers
russo-allemands à Sotchi, il avait fait venir
dans la salle son chien, lequel s’était précipité
vers la chancelière. Or Angela Merkel est particulièrement effrayée par les chiens et s’était
trouvée très mal à l’aise devant cette grossière
manœuvre d’intimidation. «On dira que c’est
son style KGB, commente Stefan Meister. Poutine a des dossiers sur tout le monde, connaît
leurs faiblesses et s’en sert.»
Mais contre toute attente, cet incident canin
avait profité politiquement à la chancelière.
«Elle sait se défendre, dit Stefan Meister. Et
Poutine a compris au fil des ans qu’on ne se
joue pas facilement de Merkel. Il respecte sa
force. C’est avant tout une relation pragmatique, stratégique, dénuée d’affect, entre deux
acteurs de la scène internationale qui savent
qu’ils ont du pouvoir.» La rencontre de samedi
promet donc de ressembler à un curieux mariage de raison, sous l’égide invisible du président Trump. •
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
«
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Hambourg, le 7 juillet 2017, lors du sommet du G 20. Tous deux ont entamé au printemps leur quatrième mandat. PHOTO ODD ANDERSEN. AFP
«Berlin entend garantir sa sécurité énergétique»
L
es échanges commerciaux
font partie des discussions
entre Angela Merkel et Vladimir Poutine qui se déroulent ce
samedi. Economiste et spécialiste
des relations européennes à l’Institut de relations internationales et
stratégiques (Iris), Rémi Bourgeot
analyse les enjeux économiques de
cette rencontre.
Quelle est l’importance accordée
au projet Nord Stream 2 dans ces
discussions ?
La question du gazoduc est cen-
trale. Avec Nord Stream 1, qui existe
déjà, il représentera plus de 110 milliards de mètres cubes de gaz par an
expédiés par la Russie. C’est un pari
allemand et un choix stratégique
lourd sur le long terme.
Berlin entend garantir
ainsi sa sécurité énergétique. Merkel et Poutine
évoqueront aussi la
question des réexportations de gaz depuis l’Allemagne. Nord Stream 2
est décrié en Europe
centrale, de même
qu’aux Etats-Unis, qui désirent augmenter leurs exportations de gaz liquide en Europe. L’Allemagne a bâti
une grande capacité de stockage gazier qui dépasse même ses besoins
de consommation. Avec ce projet,
elle se positionne comme un hub de
redistribution en Europe.
Que représentent les échanges
commerciaux entre l’Allemagne
et la Russie ?
Les entreprises allemandes sont toujours à
la recherche d’objectifs
d’exportation et cherchent à sécuriser leurs
investissements actuels.
Entre les deux pays, les
échanges commerciaux
sont en augmentation,
mais on est encore loin
du niveau de 2012. Il y a eu une
grosse détérioration en 2013, au moment de la révolution de Maïdan en
Ukraine, mais les lobbys industriels
allemands se sont mobilisés pour
préserver leurs intérêts en Russie.
DR
L’Allemagne et la Russie
cherchent à maintenir les
échanges commerciaux
à un haut niveau, explique
l’économiste Rémi
Bourgeot.
En Allemagne, la politique suit les
intérêts économiques. En 2017, les
montants des échanges bilatéraux
sont estimés à 25,9 milliards d’euros
d’exportations allemandes vers la
Russie, soit 20% de plus qu’en 2016.
Ces échanges concernent majoritairement des machines et des automobiles. Les exportations russes
vers l’Allemagne ont augmenté
de 19 % en 2017 par rapport à 2016.
Elles représentent 31,4 milliards
d’euros et se concentrent dans le
secteur du gaz et du pétrole. Cette
stratégie bilatérale au niveau du gaz
a des répercussions fortes pour
toute l’UE.
Quelle est la stratégie prônée par
l’Union européenne au niveau
de l’acheminement du gaz ?
La Russie est la principale source
d’approvisionnement de gaz en Europe. La stratégie européenne s’est
calquée sur celle de l’Allemagne, qui
favorise la route du nord. Il y a
dix ans, l’UE appelait à plus de diversification et voulait développer
un «corridor sud», une route du gaz
qui devait relier l’Azerbaïdjan à
l’Europe en passant par la Turquie.
On imaginait même une expansion
vers l’Irak, mais l’idée a été abandonnée pour des soucis de sécurité.
Aujourd’hui, cette route ne survit
que sous la forme d’un ensemble de
projets segmentés. Dès lors, l’importation de gaz depuis la Russie en
passant par la mer Baltique n’a
cessé de s’intensifier, en prenant
bien soin de contourner l’Ukraine.
Recueilli par
CHARLES DELOUCHE
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MONDE
8 u
Par
CHECKNEWS.FR
D
epuis un an, Libération
met à disposition de ses
lecteurs un site,
CheckNews.fr, où les internautes
sont invités à poser leurs questions sur l’actualité à une équipe
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
de journalistes. Notre promesse:
«Vous demandez, nous vérifions.»
A ce jour, l’équipe de CheckNews
a déjà répondu à plus
de 1 900 questions, anecdotiques
ou graves, sur des sujets concernant la politique, l’environnement, l’économie ou le sport.
L’accueil de l’Aquarius par Malte,
et la répartition entre différents
pays européens des 141 migrants
secourus en mer a suscité plusieurs interrogations. Voici nos
réponses.
L’intégralité de vos demandes
et de nos réponses sont
à retrouver sur
www.CheckNews.fr. •
Tout ce que vous
avez voulu
savoir sur
l’«Aquarius»
Attitude de Tunis sur l’accueil des migrants, prise
en charge par la France de personnes secourues,
financement de SOS Méditerranée… CheckNews
répond à vos questions sur le navire humanitaire.
A bord de l’Aquarius, mardi. Le navire affrété par SOS
La Tunisie refuse-t-elle l’accueil
dans ses ports aux navires
humanitaires ?
Alors que Malte a finalement décidé d’accueillir l’Aquarius et les 141 migrants à son
bord mardi, la droite et l’extrême droite française avaient fait valoir que le navire aurait
dû accoster en Tunisie. A en croire une dépêche Reuters, la Tunisie, ainsi que l’Italie
et l’Espagne auraient «refusé d’accueillir
dans un de ses ports le navire humanitaire».
Interrogée par CheckNews, SOS Méditerranée, qui affrète le navire, ne confirme pas
cette information. Le 10 août, jour du sauvetage, l’Aquarius a envoyé un mail au centre
de coordination des secours libyens, avec
copie aux centres italien, maltais mais aussi
tunisien. Le message visait à informer les
centres que le navire humanitaire procédait
à un sauvetage. «Il ne s’agit pas à ce stade de
demander un lieu où accoster. Ce type de
message permet de trouver un centre qui
coordonne le sauvetage», explique l’ONG.
C’est le centre conjoint de coordination des
secours (JRCC) de Tripoli qui a répondu et
qui a pris en charge la coordination du sauvetage. En théorie, le JRCC de Tripoli était
censé ensuite assigner à l’Aquarius un port
sûr pour débarquer. «La Libye étant dans
l’incapacité de le faire, l’Aquarius a donc
contacté les centres maltais et italien, puisque le navire était dans la zone maltaise à ce
moment.» Ainsi la Tunisie n’a pas refusé que
le navire accoste, n’ayant pas reçu de demande en ce sens de l’ONG.
Il est toutefois indéniable que Tunis – pas
plus que les Etats européens – ne se presse
pas pour accueillir les bateaux de migrants,
même si le pays y a été contraint il y a peu.
Début août, la Tunisie a accueilli, dans le
port de Zarzis, dans le sud-est du pays, un
navire de commerce battant pavillon tunisien et ayant recueilli 40 migrants. Selon
plusieurs ONG tunisiennes, les gardes-côtes
d’Italie, de France et de Malte avaient «refusé d’accueillir les migrants, prétextant que
les ports les plus proches étaient situés en
Tunisie». Les migrants avaient ensuite été
pris en charge par un navire de commerce
qui avait fait route vers la Tunisie. Après
deux semaines de blocage, et devant les
risques sanitaires à bord et la pression des
ONG tunisiennes, les autorités ont finalement cédé. «Pour des raisons humanitaires,
nous allons accueillir les 40 migrants», avait
annoncé le chef du gouvernement, Youssef
Chahed. Le même avait justifié le refus
préalable de laisser accoster le navire par
le souci de «décourager d’autres navires,
chargés de migrants, de venir accoster
en Tunisie».
Au-delà de ces accostages ponctuels,
l’Union européenne souhaiterait faire de la
Tunisie un lieu de débarquement. Tunis fait
partie des pays cités (avec le Maroc ou l’Albanie) comme possible localisation des «plateformes de débarquement hors de l’Eu-
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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u 9
Comment la France va-t-elle
choisir les 60 migrants qu’elle
s’est engagée à accueillir ?
Afin de mettre un terme à l’errance de
l’Aquarius, le navire affrété par SOS Méditerranée, plusieurs pays européens
sont parvenus à un accord mercredi: en
échange de l’accueil de l’Aquarius à
Malte, ils se sont engagés à prendre en
charge un certain nombre de migrants
débarqués sur l’île. L’Espagne s’est engagée à accueillir 60 des 255 personnes secourues ces derniers jours par l’Aquarius
et un navire maltais, l’Allemagne 50, le
Portugal 30, et le Luxembourg 5. L’Elysée
a annoncé de son côté que la France accueillerait 60 migrants, les 50 derniers
restants à Malte.
Y a-t-il un tri entre les personnes secourues ? Directeur général de l’Office français des réfugiés et apatrides (Ofpra),
Pascal Brice préfère parler d’«identification». Le seul critère retenu pour être accueilli est de relever du droit d’asile. Une
dizaine d’officiers de l’Ofpra sont arrivés
jeudi à Malte pour entendre les personnes concernées. Elles devront raconter
leur parcours, afin de «faire valoir le dan-
ger» qui les a poussées à partir. «Ce sont
des entretiens tout à fait comparables
avec ceux qui se font en France», précise
Pascal Brice. Avec, en plus, «les précautions qui conviennent» pour un public
particulièrement bouleversé après le sauvetage. Une fois les 60 personnes «identifiées», elles seront accueillies en France,
avec la garantie de recevoir une protection en tant que réfugié (ou une protection subsidiaire), et un titre de séjour.
«Même si, administrativement, ils devront
repasser en préfecture, la décision de
l’Ofpra est acquise» puisque l’instruction
aura déjà été «faite sur place», explique
Pascal Brice. Interrogé sur le nombre de
personnes potentiellement recevable,
Pascal Brice est confiant : «Tout montre
que nous n’aurons pas de problème à
trouver les 60 personnes», notamment en
raison de leur nationalité, majoritairement érythréenne et somalienne. Il s’agit
de la cinquième opération de ce type menée par l’Ofpra depuis juin.
EMMA DONADA
Est-il vrai que des médias
financent SOS Méditerranée ?
Méditerranée a secouru, le 10 août, 141 personnes. PHOTO GUGLIELMO MANGIAPANE. REUTERS
rope», choisis par les pays membres lors
d’un Conseil européen à Bruxelles, fin juin.
Il s’agit de lieux où les migrants seraient débarqués et où leur situation serait examinée
de manière à distinguer les personnes éligibles à la protection (et qui pourraient donc
entrer en Europe) et les autres. Tunis a immédiatement fait part de son refus de jouer
un tel rôle. «A la différence de la Libye, la Tunisie pourrait être un pays sûr, explique François Gemenne, spécialiste des flux migratoires et chercheur à l’université de Liège et à
Sciences-Po Paris. Mais il n’y a pas en l’état
de volonté politique du pays, parce que le
gouvernement tunisien refuse d’être un simple exécutant des Etats européens.»
A noter que les ONG ne considèrent pas encore la Tunisie comme un pays «sûr» pour
accueillir les migrants. Pour être considéré
comme tel, un pays doit offrir des garanties
aux personnes en matière de procédure de
demande d’asile, mais aussi répondre à leurs
besoins fondamentaux tout en les mettant
à l’abri des mauvais traitements. Selon nos
informations, des «évaluations» de la situation tunisienne sont en cours: SOS Méditerranée et Médecins sans frontières auraient
dépêché des missions d’observation dans le
pays pour vérifier ces points.
Mais la réticence des ONG à faire débarquer
des migrants en Tunisie est également politique. Les associations craignent d’aller dans
le sens de certains pays européens qui souhaitent l’externalisation totale de la demande d’asile en dehors de l’Europe, avec
pour objectif qu’aucune demande ne soit
plus instruite sur le continent.
CÉDRIC MATHIOT
Ces derniers jours, plusieurs sites d’extrême droite se sont indignés des
dons que des médias auraient versés à
SOS Méditerranée, l’association de sauvetage en mer. En d’autres termes, de
grands médias participeraient au financement de l’ONG.
Il s’agit en fait d’un raccourci: dans le rapport d’activité 2017 de SOS Méditerranée,
on peut retrouver, dans le détail de «l’origine des fonds», une liste de médias sous
l’étiquette «Médias (grande cause nationale)» où l’on trouve TF1, France 2, Radio
France, RMC, Canal +, M6, Radio Nova,
BFM Business ou encore Europe 1.
Contactée par CheckNews, SOS Méditerranée explique que ces «dons en nature
des médias» ont en fait eu pour cadre
l’obtention par l’ONG du label «grande
cause» en 2017, au côté d’une autre association de sauvetage: la Société nationale
de sauvetage en mer (SNSM).
Chaque année, le Premier ministre décerne ce label à une ou plusieurs associations différentes pour honorer une cause
et leur offre ainsi l’opportunité d’augmenter leur visibilité grâce à des campagnes
publicitaires sur les chaînes publiques,
et certaines chaînes privées, pendant un
an. En 2018, par exemple, le label a été attribué à la Fédération nationale solidarité
femmes (FNSF), qui lutte contre les violences sexuelles et sexistes. L’association
bénéficiera d’une campagne gratuite
dans les médias et pourra en profiter
pour faire des appels aux dons.
C’est le service d’information du gouvernement (SIG), chargé de la gestion du
label, qui organise la diffusion des campagnes. Les associations, elles, n’interviennent pas dans le processus de négociation avec les chaînes, assure SOS
Méditerranée. L’obtention du label permet d’abord de bénéficier du financement de campagnes publicitaires dites
«payantes» sur les chaînes de l’audiovisuel public. Ces dernières diffusent des
spots et sont payées en retour grâce au
fonds de 100 000 euros attribué avec le
label. Pour SOS Méditerranée, ce fonds
géré par le SIG s’est réparti de la façon
suivante : 70 000 euros pour les campagnes télévisuelles et 30 000 euros pour
les campagnes à la radio.
Dans le même temps, et toujours dans le
cadre du label, les chaînes publiques et
les chaînes privées offrent des campagnes publicitaires à titre gracieux, c’est-àdire sans que le coût de la diffusion ne
soit facturé au SIG ou à l’ONG.
Selon le bilan du SIG donné à l’association, SOS Méditerranée a ainsi bénéficié
de diffusions gracieuses dont le coût a
été estimé à 197 099 euros brut pour les
passages radio et à 343 729 euros brut
pour les passages télé. Soit un total
de 540 828 euros (en plus, donc, des
100 000 euros du label).
Les montants évoqués par les internautes
correspondent à ce qui, en théorie, aurait
dû être payé si les campagnes n’avaient
pas été offertes. Cet argent n’a donc pas
été perçu par l’association, contrairement
à ce qui a pu être dit sur les réseaux
sociaux.
Par ailleurs, ces dons en nature s’intègrent dans le dispositif global (et ponctuel) du label «grande cause» décidé par
Matignon. Ils ne correspondent donc pas
à un engagement militant de chacun des
médias impliqués, comme l’ont dénoncé
certains commentateurs, affirmant que
ce financement était la preuve de la partialité des médias dominants dans le traitement de la question migratoire.
En dehors des opérations menées dans
le cadre du label, l’association assure
qu’aucun média n’a donné d’argent.
Créée en 2015, l’ONG SOS Méditerranée
France tire ses ressources en 2017
à 75 % des dons de particuliers (2,7 millions d’euros), 18 % de fonds privés
(650 000 euros) et à 7 % de subventions
institutionnelles et concours publics
(250 000 euros).
E.Da.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10 u
MONDE
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Rohingyas : Washington sanctionne des commandants militaires birmans
Les Etats-Unis ont annoncé vendredi des sanctions
contre quatre commandants et deux unités militaires de Birmanie, en les accusant d’implication
dans le «nettoyage ethnique» des musulmans rohingyas. «Les forces de sécurité birmanes sont impliquées dans de violentes campagnes contre des minorités ethniques à travers la Birmanie, y compris
du nettoyage ethnique, des massacres, des agressions sexuelles, des exécutions extrajudiciaires et
autres graves violations de droits de l’homme», a déclaré le secrétariat américain au Trésor dans un
communiqué, en annonçant les sanctions contre
«des unités et des dirigeants supervisant ce comportement atroce». PHOTO AP
tite, on écoutait souvent les
disques des sermons [du père
d’Aretha Franklin] à la maison. Et dans ses sermons, c’est
comme s’il chantait, c’était
du rock’n’roll ! Aretha s’est
beaucoup occupée de lui à la
fin de sa vie.»
Ils sont nombreux à saluer la
générosité et l’engagement
de la chanteuse. Aretha
Franklin avait, par exemple,
offert des nuits d’hôtel et des
repas aux habitants de Flint,
une ville du coin en pleine
crise sanitaire après la
contamination au plomb de
son eau potable.
«Riri». Un petit groupe de
Devant la New Bethel Baptist Church de Detroit, jeudi. PHOTO TIMOTHY A. CLARY. AFP
Detroit: «Ici, Aretha était bien plus
qu’une chanteuse»
Par
ISABELLE HANNE
Envoyée spéciale à Detroit
U
ne voiture fait le
tour du pâté de maisons, Respect à fond
s’échappant des vitres baissées. Avec des amplis installés à l’arrière de son vélo, un
type à casquette pédale doucement et fait profiter à tous
de I Say a Little Prayer. A la
nuit tombée, deux jeunes
sœurs entonnent Natural
Woman. C’est devant la New les investisseurs dans le cenBethel Baptist Church, tre-ville après des années de
l’église du père d’Aretha crise et une municipalité
Franklin où la
en faillite, sous tutelle
chanteuse a
de l’Etat fédéral.
CA
NA
fait ses déEntre plusieurs
DA
buts, que des
blocs de maifans, des voisons abandonMICHIGAN
sins et des
nées, un parproches ont
king et une
Detroit
décidé jeudi
station-serLansing
soir de rendre
vice, la New
un hommage
Bethel Baptist
100 km
spontané à la «Queen
Church, pour laquelle
of Soul», quelques heures C.L. Franklin officia de
après sa mort d’un cancer du 1946 à 1979, fut l’épicentre du
pancréas, à 76 ans.
mouvement des droits civiques à Detroit. Martin Luther
Epicentre. L’église, un cube King, James Meredith et
beige à la façade décorée Jesse Jackson y défilèrent au
d’une grande croix marron, micro. Y furent célébrées
se situe dans le nord-ouest de les funérailles de Dinah
Detroit, en bordure du quar- Washington, de la fondatrice
tier de LaSalle Gardens, où a de The Supremes, Florence
grandi Aretha Franklin. Ce- Ballard, ou du chanteur de
lui-ci ne semble pas encore The Temptations, David Rufavoir bénéficié de la récente fin. L’église, installée dans ce
renaissance qui a vu revenir bâtiment depuis 1964, est à
WISCONSIN
Devant l’église
du père d’Aretha
Franklin, où
l’artiste a fait
ses débuts, fans,
voisins et proches
sont venus jeudi
soir lui rendre
un hommage
spontané.
deux rues de la Motown, la
légendaire maison de disques qui déménagea dans les
années 70 à Los Angeles.
Une jeune fille s’avance vers
le mémorial improvisé, quelques roses à la main. Chloé,
New-Yorkaise de 29 ans, est
à Detroit pour un mariage ce
week-end. Elle se devait de
«rendre hommage à cette héroïne, celle de tous les AfroAméricains, et même, je suppose, de tous les Américains»,
précise la jeune femme, «bercée par les chansons
d’Aretha» qu’écoutait son
père. Elle installe ses fleurs
entre des ballons, des bouquets, des pancartes qui célèbrent la «reine». «Notre
reine ! lance Brenda en appuyant sur le possessif. Une
fille de chez nous. Quand elle
venait ici, à l’église, elle n’en
faisait pas tout un foin.»
Cette enseignante a également apporté un bouquet,
qu’elle dépose les larmes aux
yeux. «Aretha était bien plus
qu’une chanteuse, avec son
intégrité, et cette capacité à
traverser, à dépasser la question sociale, raciale, de genres, de générations. Moi, je
fais toujours découvrir Respect à mes élèves.»
Née à Memphis, dans le Tennessee, Aretha Franklin avait
déménagé enfant à Detroit.
Elle était depuis restée fidèle à cette ville aujourd’hui
à 83% afro-américaine, qui a
souffert d’une désindustrialisation brutale. Même s’il a
baissé ces dernières années,
le taux de pauvreté y est toujours de 35,7 %, le plus élevé
des vingt premières villes
américaines. «Aretha, elle est
l’histoire de Detroit, elle est
Detroit ! affirme Phyllis,
49 ans, ingénieure qui a
grandi à LaSalle Gardens.
Mon père fréquentait cette
église, et quand j’étais pe-
femmes s’est formé devant
les portes de l’église. Ici, il
n’est pas question de la reine
Aretha en manteau de vison,
de la diva chantant pour la
première investiture de Barack Obama sur les marches
du Capitole, mais de «Riri»,
ainsi qu’elles l’appellent.
«Anciennes toxicomanes»,
explique l’une d’elles, Robin,
elles font désormais du bénévolat. Notamment des distributions de repas une fois
par mois à l’église, auxquelles participait la chanteuse.
«On la voyait régulièrement,
assure sa voisine. C’était
quelqu’un de très sociable, de
très facile. Elle ne venait pas
avec ses gardes du corps et
tout le tralala !»
Le révérend Charles W. Turner, un des pasteurs,
confirme : «Tous les mois,
pour la distribution des repas
aux plus démunis, il y a une
file d’attente qui va jusqu’au
croisement, là-bas ! dit-il en
montrant du doigt le bout
de la rue. Aretha Franklin
venait souvent aider, superviser l’organisation, discuter
avec les gens… Elle a aidé financièrement beaucoup de
monde. Et n’a jamais oublié
qui elle était. Et quand elle
portait des habits luxueux et
clinquants, c’était aussi une
façon de dire : “Je me fous de
ce que vous pensez.” C’était
un geste politique : n’oubliez
pas que quand Aretha était
petite, les Noirs aux EtatsUnis ne portaient certainement pas des manteaux de
fourrure…» Sur la façade
de la New Bethel Baptist
Church sont gravés plusieurs
noms. En dessous de celui de
son père, le nom d’Aretha
Franklin est seulement accompagné de cette épithète:
«Mécène.» •
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
u 11
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LIBÉ.FR
Des facs américaines
servent de banc d’essai à
l’assistant vocal d’Amazon
Une université du Missouri vient d’équiper
ses 2 300 chambres d’étudiants de l’enceinte
connectée Echo Dot, configurée pour répondre
aux questions liées à leur scolarité. Depuis un an,
la multinationale travaille à prendre pied
dans l’enseignement supérieur. PHOTO REUTERS
Allemagne: une ex-esclave de
l’EI aurait croisé son bourreau
Inondations Au moins 324 morts
dans le sud-ouest de l’Inde
Les inondations ont fait au moins 324 morts au Kerala, Etat
indien , selon un nouveau bilan annoncé vendredi par le chef
du gouvernement local. L’exécutif de cet Etat du sud-ouest
du pays a présenté la crise comme «extrêmement grave». Des
opérations étaient en cours vendredi pour secourir les personnes prises au piège par les inondations. Des milliers ont déjà
été secourues, mais 6000 restent piégées. Une trentaine d’hélicoptères de l’armée et 320 embarcations sont impliquées
dans ces opérations de secours dans la région qui affronte ses
pires inondations depuis un siècle. PHOTO AFP
Diplomatie Pas de défilé à Washington,
alors Trump ira à Paris le 11 novembre
Visiblement irrité de devoir renoncer au grand défilé militaire
qu’il souhaitait organiser à Washington, Donald Trump a annoncé vendredi qu’il se rendrait finalement à Paris en novembre pour les commémorations de la fin de la Première Guerre
mondiale, en fustigeant les autorités de la capitale américaine.
Jeudi, le Pentagone a annoncé que le défilé prévu le 10 novembre 2018 avait finalement été repoussé, possiblement à 2019.
La question de son coût avait suscité interrogations et critiques sur l’utilisation de l’argent public. Selon un responsable
américain, le budget estimé pour organiser un tel événement
dépassait les 90 millions de dollars, soit plus de trois fois le
montant initialement envisagé.
Une jeune yézidie, Ashwaq
Haji, affirme avoir rencontré
en février son bourreau dans
un supermarché allemand.
Traumatisée, cette Irakienne est retournée dans
son pays qu’elle avait pourtant fui après s’être échappée de la maison du jihadiste qui l’avait réduite à
l’état d’esclave sexuelle.
Enlevée le 3 août 2014,
Ashwaq Haji est parvenue à
s’enfuir de la maison d’un
jihadiste irakien qui se faisait appeler Abou Houmam.
Cet homme l’avait achetée
«pour 100 dollars», racontet-elle à l’AFP.
La mère et le petit frère
d’Ashwaq ont eux aussi
été captifs. Mais en 2015,
tous les trois se sont exilés à
Schwäbisch Gmünd, une
bourgade à 50 km de Stuttgart. Le père est resté en
Irak. Ashwaq suivait des
cours d’allemand et voulait
trouver un travail. Le 21 février, elle aurait aperçu,
dans un supermarché, un
homme descendre d’une
voiture et l’appeler par son
nom avant de s’adresser à
elle en allemand. «Il m’a dit
qu’il était Abou Houmam, je
lui ai dit que je ne le connais-
sais pas et il s’est mis à me
parler en arabe», dit-elle. «Il
m’a dit: “Ne me mens pas, je
sais qui tu es et que tu vis en
Allemagne”, il m’a même
donné mon adresse et
d’autres détails de notre
vie.» Aussitôt, la jeune fille
contacte la police. «Ils m’ont
dit que c’était un réfugié
comme moi en Allemagne et
m’ont donné un numéro à
appeler si jamais il s’en prenait à moi.» La police judiciaire du Bade-Wurtemberg
a indiqué avoir «ouvert une
enquête le 13 mars», ajoutant toutefois qu’elle ne
pouvait «se poursuivre pour
le moment, la témoin [Ashwaq, ndlr] n’étant pas
joignable pour répondre aux
questions».
Le parquet fédéral s’est
«penché sur le sujet»,
confirme à l’AFP un porteparole. «Mais nous n’avons
pas pu identifier avec
certitude l’auteur présumé.»
Le parquet allemand a
ouvert de nombreuses enquêtes pour terrorisme,
crime contre l’humanité ou
crime de guerre contre des
réfugiés ou des demandeurs
d’asile soupçonnés d’être
impliqués dans des exac-
Chez Google, le projet chinois réveille
des tensions internes
Un parfum de crise flotte à
Mountain View, le siège californien de Google. Environ
1400 salariés de l’entreprise
ont signé ces derniers jours
une lettre appelant leur
direction à créer une «structure d’évaluation des enjeux
éthiques». En cause, le projet
du groupe, jusqu’alors très
discret, de faire son retour en
Chine avec une version «filtrée» de ses services.
Révélée par The Intercept
le 1er août, l’info ne cesse de
faire réagir. Et pour cause :
fruit d’une collaboration
entre Google et une entreprise chinoise encore inconnue, le moteur de recherche
s’adapterait aux très restrictives lois locales. Comme il
l’avait fait entre 2006 et 2010
(seule période où Google était
présent en Chine), il est ainsi
prévu que le réseau social
censure automatiquement
tous les sites déjà bloqués par
la célèbre «grande muraille
électronique» mise en place
par le gouvernement chinois:
Facebook, Wikipédia et de
nombreux médias occidentaux. Si le projet était lancé
depuis plusieurs mois, seuls
quelques centaines d’employés (sur 88000) avaient été
mis au courant. Certains ont
donc rédigé une lettre dans
laquelle ils réclament «plus de
transparence», «un siège à la
table [de négociations]» et «un
engagement en faveur de processus clairs et ouverts».
A défaut d’être transparente,
la direction de Google s’est
voulue rassurante. «Si nous
devons accomplir correctement notre mission, nous
devons sérieusement penser à
la façon dont nous pouvons en
faire plus en Chine. Ceci étant
dit, nous ne sommes pas près
d’y lancer un moteur de recherche», a temporisé jeudi le
PDG, Sundar Pichai. Censément privée, la rencontre
était en fait live-tweetée par
une journaliste du New York
Times grâce à une taupe en
interne. Lorsque la salle s’en
est rendu compte, l’atmosphère s’est tendue, et les dirigeants présents ont alors
cessé de répondre aux questions sur leurs ambitions chi-
noises. «Le fait que quelqu’un
au sein de Google partage des
informations en temps réel en
a visiblement mis en colère
quelques-uns», témoigne un
anonyme à Business Insider.
La scène témoigne d’un
malaise plus profond au sein
d’une entreprise habituée à
une certaine fidélité de ses salariés. Et ce dans un contexte
où la direction privilégie
une stratégie agressive de
conquête de nouveaux marchés, sans consulter sa base.
En avril, elle avait déjà dû
abandonner sous la pression
de ses salariés un programme
avec le Pentagone visant à doter des armes militaires d’intelligence artificielle.
PABLO MAILLÉ
tions commises par des
jihadistes. Ashwaq affirme à
l’AFP avoir visionné les
images de vidéosurveillance
du supermarché, et dit être
prête à communiquer ses
coordonnées mais qu’elle
ne se rendra plus en Allemagne.
En Irak, elle vit dans la peur
car Abou Houmam aurait de
la famille à Bagdad. Depuis
le camp de déplacés où il est
installé dans le Kurdistan
irakien, son père avoue avoir
eu du mal à laisser son
épouse et ses enfants
rentrer, après trois années
de règne jihadiste, en Irak:
«Quand sa mère m’a dit
qu’elle avait vu ce jihadiste
[…], je leur ai dit de revenir,
l’Allemagne n’étant visiblement plus un lieu sûr.» Mais
la vie n’est toujours pas simple pour Ashwaq, comme
pour les 3315 yézidis qui ont
réussi à s’échapper de l’emprise des jihadistes. Et ils
sont tout aussi nombreux à
être captifs ou portés disparus, selon les chiffres officiels. La psychologue Sara
Samouqi, qui suit nombre
de yézidis, prévient: «Tous
les survivants ont des volcans
en eux, prêts à exploser.»
Pakistan Un
ancien champion
de cricket
Premier ministre
L’ancien champion de
cricket Imran Khan a
été élu vendredi Premier
ministre du Pakistan, lors
d’un vote de l’Assemblée
nationale issue des
élections législatives
du 25 juillet, contestées
par l’opposition et que
son parti avait largement remportées. Imran
Khan, 65 ans, partait
grand favori face à son
unique rival en lice, Shehbaz Sharif, frère de l’ancien Premier ministre
Nawaz Sharif. L’ex-sportif
a obtenu 176 voix, selon le
président de l’Assemblée
nationale, Asad Qaiser.
Il lui en fallait 172 pour
être élu. L’ex-play-boy
international, au profil
populiste, chante désormais les vertus de la
charia… PHOTO AFP
100 MILLIONS
de dollars (87,6 millions d’euros), c’est la
contribution que l’Arabie Saoudite a annoncée, vendredi, pour des projets de la coalition
internationale conduite par les Etats-Unis. Le
but est de stabiliser le nord-est de la Syrie
autrefois occupé par l’Etat islamique (EI),
désormais aux mains des forces arabo-kurdes. Le
régime du président syrien, Bachar al-Assad, qui
a perdu le contrôle sur ces régions, a qualifié cette
contribution «d’inacceptable moralement», selon
l’agence de presse officielle Sana. Le régime reproche à l’Arabie Saoudite d’avoir encouragé des mouvements «terroristes en Syrie», dans la guerre qui
ravage le pays depuis plus de sept ans.
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FRANCE
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Arbres
en bord
de route :
la Corrèze
ratiboise
Invoquant le futur passage
de la fibre optique et la protection
des routes, le département a invité
les propriétaires à élaguer les bois
qui surplombent la voirie.
Des associations dénoncent
un «massacre» écologique.
REPORTAGE
AURORE COULAUD
Envoyée spéciale à Aubazine (Corrèze)
Photos
MARC CHAUMEIL
D
RD
DO
NE
OG
épartementale 940, en Corrèze. Déjà
une heure qu’on navigue à bord d’un
pick-up sur les routes du Limousin.
Sous nos yeux, un paysage un peu défraîchi
jonché de souches, d’arbres difformes et parfois de troncs entassés. Selon certains médias, 10000 arbres auraient été coupés dans
la région en l’espace de quelques mois. En réalité, il n’existe pas de chiffres officiels. Dans
ce département qui fut jadis le fief de Jacques
Chirac, lieu d’ordinaire paisible et bucolique,
se trame une affaire qui agite la population
depuis près d’un an.
Tout est parti d’un premier courrier du département adressé aux 28000 propriétaires
de parcelles jouxtant la voirie. Y est stipulé
que, pour notamment «assurer la longévité» interventions respectueuses et raisonnées
du réseau routier mais aussi en vue de la (Agirr) qui a engagé un bras de fer avec le dé«préparation des travaux de déploiement du partement. Une situation dénoncée aussi par
projet 100% fibre 2021», il est impératif d’en- une pétition en ligne du Collectif de défense
gager des travaux d’«élagage et
de l’environnement arboré de nos routes lid’abattage» des bois empiémousines, qui a récolté aujourd’hui
tant ou surplombant le doplus de 29 000 signatures.
CREUSE
maine public sous peine de
HAUTEVIENNE
«mise en demeure». Autre«BLESSURE»
ment dit, le département
«Les arbres de bord de route
exécutera d’office les trasont sains, il faut les conserCORRÈZE
vaux et les frais engagés sever. Car ils sont habitués à
ront à la charge des propriéprendre le vent, contraireTulle
CANTAL
taires. Là où le bât blesse,
ment aux autres qui pousAubazine
c’est que certains, inquiétés
sent derrière et risquent de
par le ton de la missive et par
tomber plus facilement», préLOT
les coûts potentiels, auraient précise Sébastien Birou. Sur place,
10 km
féré couper leurs arbres plutôt que
difficile toutefois de se faire une
de les tailler, sabotant le décor et éliminant
idée de l’étendue des dégâts. Depuis sep«les corridors biologiques pour les animaux», tembre 2017, la repousse est entamée, le bois
si l’on en croit Sébastien Birou, membre du coupé probablement enlevé, et puis nous
Collectif des arboristes grimpeurs pour des nous sommes seulement cantonnés au pourD9
40
Par
Il n’est pas rare de tomber sur des arbres amputés de leurs branches côté route et touffus de l’autre.
tour de la commune d’Aubazine, à dix-huit
kilomètres à l’est de Brive-la-Gaillarde. Ce qui
saute aux yeux sur le moment, ce sont ces arbres amputés de leurs branches côté route et
toujours touffus de l’autre. Comme une reproduction manquée de la Route bordée d’arbres de Pierre-Auguste Renoir. Un décor totalement surnaturel.
Pour le collectif Agirr, «les premières préconisations d’élagage ainsi que les schémas transmis initialement aux propriétaires ne sont pas
corrects, sans parler des soi-disant professionnels embauchés qui font mal leur boulot». Une
branche mal coupée va faire pourrir tout le
système aérien et racinaire, et fragiliser l’arbre. «Là, vous voyez? Il y a un chêne qui va se
casser la gueule dans cinq ans.» La «blessure»
peut aussi engendrer la pousse de multiples
branches et des taillis monstrueux, une vraie
tare à entretenir. «C’est comme faire un building sans architecte», dit de façon imagée celui qui s’est rendu en vélo à Paris pour remet-
«
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«C’est une absurdité
juridique»
contradiction pour pouvoir avancer
de façon productive.
Que dit le code de l’environnement sur la protection des arbres ?
Il s’impose d’abord au conseil départemental. D’ailleurs, l’Etat lui a rappelé ses obligations en la matière. La
ntoine Gatet, juriste en droit grande majorité des arbres sont sous
de l’environnement chez la responsabilité de la Corrèze, pas
France Nature Environne- des riverains. Le département se
ment (FNE), a suivi de près le dossier doit de respecter les sites naturels
polémique de l’élagage des arbres en sensibles, la protection de la biodiCorrèze. Il pointe les erreurs du versité, les arbres d’alignement, les
conseil départemental tout en dé- forêts riveraines d’un cours
nonçant le manque de dialogue.
d’eau, etc. Parce qu’aujourd’hui,
Le département de la
dans certains enCorrèze s’abrite derdroits, les boisements
rière le code civil pour
de bords de routes
demander aux prosont les principaux
priétaires d’élaguer
corridors écologiques
leurs arbres. Est-ce
pour les espèces. Les
conforme aux textes
particuliers doivent
de loi ?
aussi respecter les exiC’est une absurdité jurigences environnedique qui relève d’un
mentales, notamment
INTERVIEW
manque de compétence
au travers des disposiévident. Le code civil
tions des plans locaux
s’exerce seulement entre particuliers. d’urbanisme : les espaces boisés
En revanche, la relation entre parti- classés, les haies, certains aligneculiers et domaine public routier est ments d’arbres, des arbres isolés
régie par le code de la voirie routière avec de la valeur patrimoniale…
qui, lui, rassemble toutes les règles Dans ce dossier, il est aussi quesqui s’appliquent au domaine public tion de l’installation de la fibre
routier (routes nationales, départe- optique… Quel code s’applique
mentales, communales, autorou- dans ce cas ?
tes…). C’est le cas ici.
Celui des postes et des télécommuniQue pensez-vous de l’information cations. Cette fois, ce n’est pas le dédu conseil départemental dispen- partement qui est responsable de la
sée aux propriétaires terriens ?
mise en œuvre et de l’installation de
L’idée du département de la Corrèze la fibre, mais bien les communes. Si
d’élaborer un guide à destination des on décide d’installer des nouvelles lipropriétaires concernés par les élaga- gnes et que des plantations privées
ges est bonne. Mais on ne fait pas posent problème, on peut imposer
porter à des particuliers des obliga- des servitudes aux propriétaires pour
tions qui ne sont pas les leurs. Les as- les besoins de la collectivité. C’est
sociations telles que la nôtre ont une alors à chaque commune de régler le
cellule juridique agréée par le minis- litige et d’indemniser les propriétaitère de la Justice et nous sommes to- res concernés. Mais en aucun cas le
talement disposés à travailler avec le département ne peut, sous prétexte
conseil départemental. Encore faut-il d’entretien des routes, imposer des
qu’il soit ouvert à la discussion. Le travaux pour faciliter l’installation de
comité de pilotage mis en place pour la fibre. A chacun sa compétence.
ce dossier est censé être ouvert à la
Recueilli par A.Co.
Antoine Gatet, de France
Nature Environnement,
estime que les coupes
d’arbres sont
de la responsabilité
du département.
DR
A
Selon certains médias, 10 000 arbres auraient été coupés dans la région en l’espace de quelques mois.
tre une lettre au cabinet du ministre de la
Transition écologique et solidaire, Nicolas
Hulot, afin de l’informer du «massacre».
SANS APPEL
Une vision que réfute le département. «Il y a
ceux qui instrumentalisent les choses et il y a
la réalité du terrain», entonne Pascal Coste,
le président (LR) du conseil départemental
de la Corrèze, qui rappelle que le but premier
de ce chantier reste la sécurité du réseau routier, laissé trop longtemps en jachère par ses
prédécesseurs. S’il admet une possible mauvaise interprétation des courriers envoyés
aux propriétaires, il refuse de cautionner
l’abattage et la mauvaise coupe des arbres.
Souvent taxé d’anti-écolo «à cause», dit-il, de
son statut «d’ancien de la FNSEA [le syndicat
majoritaire dans l’agriculture, ndlr]», il balaie: «Trente ans que je fais de l’agro-écologie!
J’ai planté des dizaines d’hectares d’arbres.»
Il assure: «Brive est la 31e commune en France
à avoir un “agenda 21” [un projet territorial
de développement durable], et la Corrèze le
premier département à développer l’hydrogène. […] On a aussi des panneaux photovoltaïques…» Il coupe court: «De toute façon, on
dérange quand on remet les choses à leur
place!» Lui estime avoir fait son devoir d’élu.
Premièrement, en informant les riverains
concernés. Deuxièmement, en élaborant un
dossier avec les services de l’Etat, les forestiers… et même Agirr, qui a participé à quelques réunions pour tenter de faire bouger les
choses. Troisièmement, en proposant une démarche collective de regroupement des travaux aux propriétaires.
Mais juridiquement parlant, est ce que tout
ça tient la route? Est-ce bien aux propriétaires de faire ces élagages près de la voirie ?
Pour Antoine Gatet (lire ci-dessu), juriste en
droit de l’environnement chez France Nature
Environnement, le constat est sans appel :
c’est le conseil départemental qui est respon-
sable des voies routières départementales. Il
explique : «Contrairement à ce que dit le département, le code civil régit les problèmes de
terrain entre voisins, mais ne s’applique pas
au domaine routier. Lui est régi par le code de
la voirie routière qui impose au département
de s’occuper des arbres de la voirie.» Et c’est
le plan d’alignement, plus précis que le cadastre, qui permet de définir la limite entre
le domaine public routier et la propriété privée. Mais bien souvent les propriétaires ne
le savent pas et beaucoup de ces plans n’ont
pas été faits.
ENJEUX
Comme nous l’a rapporté Pascal Coste luimême, le plan d’alignement n’est pas systématique. Et puis il y a aussi le code de l’environnement, qui protège explicitement les alignements de bord de route depuis la loi
biodiversité de 2016, et plus particulièrement
les arbres anciens. Pour Sébastien Birou
d’Agirr, le flou est entretenu sciemment car
les enjeux seraient autres. Cette rapide mise
en pratique des travaux serait liée à l’installation prochaine entre Viam et Bugeat, au nord
de Tulle, d’une usine à granulés de bois torréfiés. Sous-entendu, les arbres élagués ou coupés pourraient servir à alimenter l’usine. Ce
que dément le président du conseil départemental: «Ça fait trois ans qu’on travaille sur
ce projet et à l’époque il n’était pas question
d’élagage. Sans parler du fait que l’entreprise
utilise des rémanents [des résidus de coupe
laissés sur place par les bûcherons ou les agriculteurs], soit la moitié des 0,5% de ce que l’exploitant forestier laisse sur une parcelle.
Autrement dit, rien.»
Une fierté entrepreneuriale assumée par l’élu
d’un département rattaché depuis la réforme
territoriale de 2015 à la Nouvelle Aquitaine,
où la trop grande hégémonie de Bordeaux ne
cesse d’étouffer, selon lui, les laissés-pourcompte de la ruralité. •
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FRANCE
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
LIBÉ.FR
Le député Valls de plus en plus
candidat à Barcelone Plus l’été avance,
plus Manuel Valls, député apparenté LREM,
caresse l’idée de représenter le centre droit aux élections
municipales de mai 2019 à Barcelone. Après avoir déclaré jeudi
au Monde qu’il «prendrait sa décision en septembre», l’ex-Premier
ministre socialiste a commencé à poster vendredi des messages
en catalan sur son compte Twitter pour «célébrer la mémoire
des victimes des attentats de Barcelone et Cambrils». PHOTO AFP
Poursuites après la fatale course-poursuite
Après la mise en
examen du policier
suspecté d’avoir tué
par balle un
automobiliste
dans des conditions
rocambolesques,
mardi soir à Paris,
«Libération»
revient sur les
principales
interrogations
soulevées par
cette affaire.
vement». Il s’agirait d’une
pratique reconnue par la jurisprudence, d’après un juriste cité par l’AFP. En ce
sens, le policier était dans
son droit, mais le scootériste
aurait pu refuser.
Dans quelles
conditions les
policiers peuvent-ils
engager une
course-poursuite
en cas de refus
d’obtempérer ?
Par
CLARISSE MARTIN
L
e policier suspecté
d’avoir mortellement
touché un automobiliste au terme d’une coursepoursuite mardi soir à Paris a
été mis en examen pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention
de la donner», a annoncé
le parquet de Paris. Les
magistrats ont retenu la circonstance aggravante selon
laquelle les faits auraient été
commis par une personne
dépositaire de l’autorité publique dans l’exercice de ses
fonctions. Son contrôle judiciaire lui interdit de travailler
et de détenir ou porter une
arme. Selon les enquêteurs,
mardi, peu avant 23 heures, il
avait pris en chasse le
jeune automobiliste qui avait
refusé de se soumettre à un
contrôle dans le Ier arrondissement de Paris. Monté à l’arrière du scooter d’un particulier auquel il a demandé
d’engager une course-poursuite, le policier l’a poursuivi
jusque dans le IXe arrondissement. Bloqué par un autre
véhicule rue Condorcet,
l’automobiliste fuyard aurait
enclenché la marche arrière
et percuté le deux-roues.
L’agent, positionné du côté
passager de la voiture, aurait
alors ouvert le feu, atteignant
mortellement le conducteur
de 26 ans au thorax.
Un policier peut-il
«réquisitionner»
un véhicule ?
Dans leurs missions, les
forces de l’ordre ne sont pas
Jeudi, à Paris. Des fleurs déposées en hommage à l’homme tué. PHOTO DENIS ALLARD
toujours motorisées. C’était
le cas du policier mis en
cause, qui effectuait mardi
une patrouille à pied dans le
centre de la capitale. Pour
rattraper l’automobiliste
récalcitrant, l’agent est
monté à l’arrière du scooter
d’un particulier.
Si le terme «réquisition» est
impropre juridiquement, la
pratique a depuis été légitimée par plusieurs policiers.
Jeudi sur RTL, le secrétaire
national du syndicat Al-
liance (classé à droite), Loïc
Lecouplier, a ainsi justifié
l’action en expliquant qu’«il
n’y [avait] rien de choquant
à ça. C’est prévu, cela peut
être fait, il [le policier] a vu
ça comme étant une solution
permettant d’intercepter le
véhicule».
Juridiquement, la réponse
est plus nuancée. S’il existe
des réquisitions prévues par
l’article 60 du code de procédure pénale, elles ne s’appliquent pas aux véhicules.
«L’officier de police judiciaire
a recours à toutes personnes
qualifiées», dispose la loi, visant les personnes qui disposent d’une expertise particulière. Dans le cas présent,
cela concernait une personne, mais surtout son
scooter, donc un bien. Selon
une source policière contactée par Libération, ce n’était
pas une réquisition mais une
«sollicitation, […] à laquelle
le particulier n’est pas du
tout tenu de répondre positi-
La pratique des coursespoursuites n’est pas privilégiée par les forces de l’ordre.
«Il n’y a aucun automatisme,
c’est toute la difficulté, explique une source policière à Libération. Il existe une notion
de discernement, qui permet de choisir le comportement le plus adapté à la situation. Par exemple, on ne
va pas engager une coursepoursuite pour un vol de téléphone portable. Il faut une situation grave, comme la présence d’un individu armé ou
la mise en danger de la vie
d’autrui», poursuit la source.
Dans certaines situations,
c’est le renoncement qui sera
adopté.
La notion de discernement,
«c’est le fait de se dire, “est-ce
que ça ne va pas envenimer
les choses ?”» abonde cette
même source, qui pointe
les nombreuses situations
de «cas par cas, qui font
la difficulté du métier».
Auprès de l’AFP, une autre
source policière étaie ces
propos en expliquant qu’il
«vaut parfois mieux relever
la plaque d’immatriculation
et le signalement de la
personne que de risquer
qu’elle n’en blesse d’autres
[en engageant une poursuite]».
Selon plusieurs médias, la
salle de commandement de
la préfecture de police aurait
intimé au policier auteur du
tir mortel d’interrompre la
poursuite. Interrogée par
Libération, cette dernière n’a
pas souhaité confirmer ou
infirmer cette information.
D’après France Info, le
policier aurait déclaré au
cours de sa garde à vue ne
pas avoir entendu cet ordre
dans sa radio.
Le policier a-t-il agi
en situation de
légitime défense ?
Les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre
peuvent faire usage de leur
arme de service sont définies
par le code de la sécurité intérieure. Le texte évoque un
usage d’«absolue nécessité»,
de manière «strictement proportionnée». Parmi les situations énumérées: l’immobilisation «des véhicules […]
dont les conducteurs n’obtempèrent pas à l’ordre d’arrêt et
dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans
leur fuite, des atteintes à leur
vie ou à leur intégrité physique et à celles d’autrui».
Pour l’avocat du policier,
Laurent-Franck Liénard, la
légitime défense est incontestable. Sur France Info,
vendredi, il a revendiqué
le bien-fondé du tir. «Le
conducteur du scooter dit
bien que s’il ne s’était pas extrait du scooter au moment
du tir, il aurait été écrasé, affirme Me Liénard. Le tir était
donc totalement légitime.» En
l’espèce, l’avocat convoque
la thèse de la légitime défense au bénéfice d’autrui (le
conducteur du scooter).
Contacté, par Libération, ce
dernier n’a pas donné suite.
Selon les témoignages que
nous avons recueillis, le gardien de la paix ne se trouvait
plus sur le scooter mais à
côté de la voiture, au niveau
de la portière conducteur,
lorsque ce dernier a reculé et
embouti le deux-roues.
C’est après cette manœuvre
que le policier aurait tiré.
Pour l’avocat Michel Konitz,
qui avait obtenu en appel l’an
dernier la condamnation
d’un policier ayant tué un
fugitif d’une balle dans le dos
lors d’une course-poursuite
en 2012, «la légitime défense
n’est pas caractérisée» dans
l’affaire de la rue Condorcet.
«Pour qu’elle soit caractérisée,
il faut réagir à un péril actuel,
réel, et que la riposte soit proportionnée. Si elle était évidente, le policier n’aurait pas
été mis en examen», analyse
l’avocat. Les faits pour lesquels le policier est mis en
examen sont passibles de
vingt ans de réclusion. •
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u 15
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LIBÉ.FR
Tribune Un collectif du Média parmi
lequel figure sa nouvelle présidente,
Aude Lancelin (photo), publie «Il faut que
la saison 2 puisse commencer», un texte qui appelle à ce que
le Média ne reste pas «enfermé dans des querelles intestines
qui sont sans issue» après un mois d’août marqué par
«l’exposition sur la place publique de très vifs différends
entre un certain nombre de ceux qui avaient été les principaux
acteurs» de la première saison. PHOTO CAPTURE LÀ-BAS
Budget de rentrée: la guerre des chiffres
La qualification de Bordeaux en
barrages de la Ligue Europa (3-1;2-1)
contre Marioupol jeudi soir promettait une conférence de presse
d’après-match sereine de la part de
Gustavo Poyet. Moins de vingt-quatre heures plus tard, le technicien
uruguayen se retrouve mis à pied
une semaine par son club. Inconcevable à première vue. Sauf que
l’exercice de questions-réponses avec les journalistes présents à l’issue du match, parfois si soporifique, n’a cette fois
rien eu de banal. «Je ne suis pas content aujourd’hui. C’est
mon plus mauvais jour dans ce club.» Les deux premières
salves lâchées d’entrée par le coach des Girondins laissaient entendre que quelque chose couvait dans le vestiaire
bordelais. La raison du coup de gueule? Le transfert de l’attaquant Gaëtan Laborde à Montpellier, apparemment sans
que son entraîneur n’ait été mis au courant par sa direction.
Un manque de communication et de concertation qui a
rendu furieux Poyet, pas novice des sorties à la sulfateuse.
Les dirigeants du FCGB l’ont écarté du staff au moins jusqu’au week-end prochain. Le préparateur physique du
club, Eric Bedouet, pourrait assurer l’intérim. Une fonction
qu’il avait déjà assumée en 2005, 2011 et 2018.
La rentrée en sixième coûte
aux familles 191,73 euros en
moyenne, soit une augmentation de 1,05% par rapport à
l’an passé. C’est la conclusion
d’une étude de l’association
Familles de France, parue
le 10 août, pour la 34e année
consécutive. Basée sur plus
de 200 enquêtes et autant de
familles mobilisées, elle
s’appuie sur des relevés dans
des enseignes de près
de 30 départements.
Les articles de sport, représentant 25% des fournitures
achetées en sixième, pèsent
lourd dans la balance. Pour la
deuxième année consécutive, leur coût pour les familles est en hausse : 4,5 %
en 2018 (après une hausse
de 3% en 2017). Dans les magasins spécialisés, le prix de
AFP
Foot Poyet mis à pied par Bordeaux
après sa sortie en conf de presse
«On peut parler
d’un crime motivé,
possiblement, par
trois caractéristiques
de la victime :
meurtre transphobe,
putophobe
et raciste.»
AFP
CLÉMENCE
ZAMORA-CRUZ
porte-parole
de l’Inter-LGBT
Une travailleuse du sexe a été
mortellement blessée dans la
nuit de jeudi à vendredi dans
le bois de Boulogne à Paris
alors qu’elle tentait d’empêcher des voleurs de
dépouiller leurs victimes,
rapporte l’AFP. Selon le Parisien, l’autopsie a révélé vendredi que la victime, âgée
de 36 ans et retrouvée avec
une plaie au thorax, a été
tuée par balles. La presse a
d’abord évoqué de sources
policières «un prostitué travesti». De façon erronée: sur
Facebook, Giovanna Rincon,
la directrice d’Acceptess-T,
une association qui accompagne des personnes trans et
travailleuses du sexe, affirme
qu’il s’agit de Vanessa Campos, une «femme trans péruvienne» arrivée en France il y
a deux ans. Elle appelle à «dénoncer, témoigner» pour de-
mander justice. «Cette jeune
femme était trans, migrante et travailleuse du sexe,
confirme auprès de Libération Clémence Zamora-Cruz,
porte-parole et militante
trans de l’Inter-LGBT. Elle
fréquentait l’association Pari-T [une autre association
d’accompagnement des
personnes trans et de lutte
contre le sida].» «Il y a un
groupe de “roulottiers” qui
écume le bois et détrousse les
clients et les prostitués», a
expliqué à l’AFP une autre
source policière. La victime
est intervenue et a été molestée par «sept à huit personnes» avant d’être blessée mortellement, selon cette même
source. Les agresseurs ont
pris la fuite et la brigade criminelle de la police judiciaire
est saisie de l’enquête.
Pour Clémence Zamora-Cruz
ce meurtre serait motivé par
trois caractéristiques de la
victime: «Ce n’est pas un phénomène nouveau: les femmes
trans, travailleuses du sexe
et migrantes se font attaquer
parce que vulnérables, on l’a
déjà vu avec la “brigade antitrans”. Souvent ces attaques
commencent par le racket des
victimes.» Depuis 2016, au
moins deux autres femmes
transgenres et travailleuses
du sexe sont mortes dans
l’Hexagone en raison de leur
identité de genre.
FLORIAN BARDOU
vente de ces articles s’envole
de plus de 12 %, là où les
grandes surfaces connaissent
une légère hausse de 2 %.
L’étude souligne que l’achat
de fournitures exclusivement
sur Internet ne revient pas
moins cher qu’en magasin.
Au contraire: le coût moyen
s’élève à 204,82 euros, soit
une dizaine d’euros supplémentaires. «C’est une surprise ! explique le président
de Familles de France, Charly
Hee. Les prix sont plus chers
que dans les commerces de
proximité, alors que ce sont les
mêmes produits.» Toujours à
rebours des idées reçues, l’enquête fait un point sur les
fournitures écologiques.
«Dans le panel des produits
mis en rayon, on constate de
plus en plus de fournitures la-
bellisées», relève Charly Hee.
Et les crayons «FSC» ou les
cahiers «NF environnement»
ne sont pas forcément plus
chers que les autres.
Une seconde enquête, parue
jeudi, réalisée par la Confédération syndicale des familles (CSF), contredit celle
de Familles de France en indiquant que le budget de la
rentrée au collège est en
baisse de 2,6%. Avec un peu
moins de 130 familles participantes, une méthodologie
variable (l’étude porte sur
tous les niveaux scolaires et
pas seulement sur la sixième)
explique cette différence. La
CSF conclut à une baisse du
coût global de la rentrée, de
la primaire au lycée,
de 2,91 %. En revanche, le
budget de la rentrée en CP ac-
ABONNEZ
cuse une hausse très importante : plus de 10,64 % par
rapport à l’an passé, l’enquête
note qu’il atteint désormais
165,70 euros en moyenne.
L’allocation de rentrée devrait, selon Familles de
France, être mieux adaptée
aux étapes de la scolarité. «La
première tranche, avant
la sixième, est surcalibrée»,
commente Hee. Elle s’élève à
367 euros net (après déduction de la contribution à la réduction de la dette sociale).
La deuxième, de 388 euros
pour les enfants de 11 à 14 ans,
lui semble «bien adaptée».
Mais la dernière, jusqu’à 18 ans, pose problème :
401 euros. «Là, elle est souscalibrée. Les besoins sont parfois largement supérieurs.»
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«
16 u
SPORTS
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
A Clairefontaine,
le 18 mai 2011, lors de
l’épreuve de sélection
de Kylian Mbappé,
alors âgé de 12 ans.
PHOTO LAURENT TROUDE
«Dans le foot
amateur,
on apprend
fondamentaux
et solidarité»
Laurent Mommeja,
coauteur de «Je veux
devenir footballeur
professionnel»,
explique le rôle
indispensable
des clubs amateurs
dans la formation des
joueurs professionnels.
Il revient sur les
trajectoires de Mbappé,
Pogba… et précise les
liens financiers entre
foot amateur et pro.
Recueilli par
DAMIEN DOLE
INTERVIEW
H
ellemmes (Nord), Suresnes
(Hauts-de-Seine), Fontenaysous-Bois (Val-de-Marne), Mâcon (Saône-et-Loire)… C’est dans ces
clubs que Raphaël Varane, N’Golo
Kanté, Blaise Matuidi et Antoine Griezmann, tous titulaires lors de la finale du
Mondial 2018, ont chaussé leurs premiers crampons. On parle souvent des
équipes dans lesquelles les stars évoluent aujourd’hui, expliquant ce que tel
entraîneur leur a apporté, ou comment
ils ont progressé depuis le début de leur
carrière pro. Mais avant les ors de la
Coupe du monde et de la Ligue des
champions, ils ont connu les terrains de
leur village ou de leur quartier, les ballons cabossés, les parents des copains
qui prennent trois ou quatre athlètes en
herbe afin de les emmener à l’entraînement le mercredi après-midi. C’est là
que le joueur se construit, et dès l’âge
de 12 ou 13 ans, on peut déceler celui qui
a le potentiel de devenir pro un jour.
Pour la concrétisation, en revanche, l’affaire est plus aléatoire.
Coauteur avec Matthieu Bideau, formateur à Nantes, d’une bible sur le sujet, Je
veux devenir footballeur professionnel,
Laurent Mommeja a posté à quelques
jours de la finale un tableau montrant
les trajectoires des 23 Bleus futurs
champions du monde, d’un club amateur à une grosse écurie européenne, en
passant par un centre de formation. Le
fondateur du site de référence sur la formation dans le ballon rond Espoirs du
football revient sur ce que le foot d’en
haut doit au foot d’en bas et montre la
porosité entre les deux.
Les champions du monde «sont les
enfants d’un service public du
sport», déclare la Fédération sportive et gymnique du travail, et selon
l’Association française du football
amateur «il n’y aurait pas d’équipe
de France sans les petits clubs, premier échelon de la formation». Vous
souscrivez ?
Même si la plupart des jeunes intègrent
des centres de formation à l’âge de
13 ans, ce sont les clubs amateurs qui
sont à l’origine de la préformation des
joueurs pros. Sans eux, il n’y aurait donc
pas, en effet, de France championne du
monde.
Qu’est-ce qu’un joueur apprend en
amateur ?
Dans ces clubs, c’est de la découverte et
du premier perfectionnement. Mbappé
a fait dix ans à Bondy, trois ans et demi
à Monaco. Pogba a fait sept ans à Roissyen-Brie, un an à Torcy, et après il a basculé au Havre, qui ne l’a eu que de 13 à
16 ans. Donc on ne peut pas dire que cela
soit forcément à Monaco ou au Havre
qu’ils aient appris les bases du foot : à
14 ou 15 ans, on ne peut plus totalement
transformer des joueurs. S’ils en sont là,
c’est qu’il y a déjà une matière première
très performante.
Tous les clubs amateurs ont-ils les
mêmes objectifs ?
Les clubs amateurs n’ont pas tous de
grandes installations sportives mais
sont plutôt dans une logique d’apprentissage et de loisir. S’ils ont un joueur qui
devient pro, c’est un exploit. Ceux de Giroud (Froges, dans l’Isère) ou de Pavard
(Jeumont, dans le Nord) n’ont jamais dû
en avoir avant eux, par exemple.
D’autres clubs sont plus structurés et
ont comme objectif d’envoyer des jeunes en centre de formation. Ils sont entre le foot amateur et pro, parce qu’ils vivent des indemnités de formation qu’ils
récupèrent sur leurs anciens joueurs qui
passent professionnels. C’est le cas par
exemple d’Evreux, qui a formé Ousmane Dembélé et Steve Mandanda.
Quels autres liens financiers entre
foot amateur et pro ?
Les clubs amateurs vivent souvent des
contributions indirectes du foot pro. Par
les mécanismes de reversement de crédits (droits télé, sponsoring maillot, victoire de l’équipe nationale) et sur la formation. Il y a aussi de la spéculation: si
tu veux devenir un club amateur d’élite,
l’objectif, c’est d’arriver à développer les
meilleurs jeunes de la région afin de les
envoyer en centre de formation en espé-
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
rant qu’ils deviennent pros. Les subventions de la région, du département ou de
la ville ne suffisent pas.
Quelles influences garde un joueur
professionnel de son club amateur?
Dans le foot amateur, le joueur apprend
les fondamentaux tactiques et techniques, comme faire une bonne passe ou
bien se positionner sur le terrain. Mais
aussi et surtout la solidarité. Les éducateurs apprennent aux joueurs, notamment ceux qui sont au-dessus du lot
à 9 ou 10 ans, que rien ne peut se faire
sans les autres coéquipiers autour de lui.
Une fois qu’il devient pro, il peut perfectionner l’aspect tactique et technique,
mais la solidarité et le groupe, il l’apprend dans le foot amateur. Les éducateurs veulent un foot qui ne soit pas un
centre aéré où on dépose ses enfants. Ils
veulent transmettre des valeurs. Même
si dans quelques clubs des éducateurs se
prennent pour Marcelo Bielsa et veulent
donner de grandes leçons tactiques à
tout le monde, la plupart des clubs savent que si un joueur est bon, il jouera la
plupart du temps au maximum au niveau régional et pas au niveau professionnel.
Quel est l’impact de la fin des contrats aidés dans le football ?
Les clubs amateurs utilisaient beaucoup
ce dispositif car il leur permettait de
faire signer un footballeur dans l’équipe
u 17
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première et de lui donner un salaire fixe.
Beaucoup de clubs de National 2 ou 3
(équivalents des 4e et 5e divisions) ont
des joueurs qui sortent de centre de formation. Ils étaient payés 2000 euros par
mois, se retrouvent sans club et basculent dans ces clubs amateurs, qui n’ont
pas forcément les ressources pour les
payer. Donc, pour les attirer, ils leur
donnent parfois des emplois aidés en
tant qu’éducateur par exemple, s’ils sont
dans l’optique de passer leur diplôme.
Les baisses de budget et la suppression
des contrats aidés vont avoir des conséquences désastreuses pour les clubs
amateurs parce qu’il n’y a aucune alternative.
Cela peut avoir un impact sur la formation des jeunes ?
Quand la France a été championne du
monde en 1998, l’Institut national du
foot, les structures d’élite, les superformateurs étaient mis en avant. Sous prétexte de l’échec en 2010 à Knysna, tout
a été remis en cause. On a pourtant des
super résultats chez les jeunes, on est le
premier pays européen exportateur de
joueurs. Quand on se compare avec nos
voisins, on est loin d’être à la ramasse.
Pouvez-vous expliquer les modes de
détection ?
On est dans un système où, il y a trente
ou quarante ans, des joueurs comme
Platini ou Larqué quittaient leur club
entre 16 et 19 ans. Ils étaient souvent formés dans leur club amateur jusqu’à 17 ou 18 ans et basculaient ensuite
dans le club pro. Tous les délais ont été
raccourcis. Un joueur qui n’a pas signé
un accord de non-sollicitation à 13 ans
[qui oblige un club à lui faire signer un
contrat aspirant à 15 ans, ndlr], je ne
vais pas dire qu’il a raté sa carrière, mais
quasiment. Et pour le récupérer, le club
doit du coup l’avoir repéré à 11 ans.
Normalement, un agent de joueur n’a
pas le droit d’être rémunéré par un athlète mineur. Mais il sait que quand le
joueur va devenir pro, il pourrait toucher le pactole. Dans la réalité, on a d’un
côté des conseillers de jeunes, souvent
des proches ou des éducateurs, et de
l’autre, il y a les «scouts» (éclaireurs qui
travaillent pour un club), qui prospectent surtout en région parisienne et en
Rhône-Alpes, un peu vers Marseille, et
les recruteurs.
Dans quelle ambiance ?
Sans dire qu’il n’y a que des pourris, on
est dans une course de plus en plus effrénée pour récupérer des joueurs. Sur
certains terrains, il y a parfois
quinze agents pour observer un joueur,
donc pour le récupérer l’éthique a tendance à sauter. Par exemple, un joueur
peut donner un accord le samedi à un
scout parce qu’il lui a dit «je peux t’envoyer dans tel club à l’essai», et deux
jours après un autre club va faire de la
surenchère. La famille de Mbappé est
forte, ils savent comment marchent les
contrats, ils savaient repousser les avances. Mais d’autres, même dans les milieux aisés, ne sont pas préparés.
Quelles sont les relations entre clubs
pros et clubs amateurs ?
Un très bon joueur comme Mbappé, tout
le monde le repère. Mais le bon scout,
lui, va repérer un joueur qui n’était pas
sur toutes les tablettes. Auxerre, par
exemple, est partenaire direct avec Brétigny-sur-Orge (Essonne). Il n’y a pas de
contrats d’exclusivité, mais des rapports
privilégiés, avec des tournois de détection. Marseille essaie de son côté de
mailler son territoire et a signé des partenariats avec pas mal de clubs, ils accueillent les éducateurs en formation
chez eux, il y a un peu de social derrière.
Après, il y a soixante joueurs par centre
de formation répartis en trois classes
d’âge. Donc des clubs moins structurés
doivent avoir hyperconfiance dans leurs
scouts.
Quid des écuries Red Bull, de la Premier League ou Monaco, qui ont des
attitudes plus agressives ? Est-ce
nouveau et est-ce que ça dérégule encore un foot déjà pas mal dérégulé?
Les clubs de l’écurie Red Bull (1) expliquent au joueur qu’il n’est pas dans un
championnat très coté [surtout Salzbourg, en Autriche, ndlr] mais qu’ils
vont l’exposer à l’Europe. Il y a un vrai
projet sportif, contestable ou pas, qu’il
ne faut pas résumer à l’argent que
pourra toucher le joueur. Salzbourg a
compris qu’il y a des failles dans le système, notamment en France, et ils en
profitent. Red Bull est un ovni dans le
foot, mais la logique agressive des clubs
de Premier League ou de Monaco est la
même: recruter des joueurs de plus en
plus jeunes et donner des salaires de
plus en plus élevés. Le joueur n’a pas le
droit avant 16 ans de quitter la France.
Les clubs étrangers repèrent donc les
joueurs vers 13 ou 14 ans pour les attaquer à 16 ans. Il y a quatre ou cinq ans,
les clubs étrangers proposaient 20000 à
30000 euros par mois. Aujourd’hui, les
Français proposent 10 000 euros au
joueur, qui reçoit une proposition à
50 000 ou 60 000 de l’étranger.
Vu la concurrence entre eux, comment les clubs riches parviennent à
convaincre les joueurs ?
Cela va au-delà des salaires. Quand un
gros club anglais veut séduire un joueur,
ce dernier arrive en jet, assiste à un
match de l’équipe pro en loge, etc. Ils savent mettre en avant leurs arguments,
contrairement aux
clubs français qui font
certes face à des
moyens colossaux
mais qui travaillent
aussi à l’ancienne. Et
maintenant, les clubs
étrangers ou Monaco
paient des indemnités
de transfert pour des
joueurs qui ne sont
même pas encore pros.
Willem Geubbels,
17 ans, a signé en juin
sur le Rocher pour
20 millions, ce qui assure le budget de fonctionnement du centre
de formation lyonnais
pendant quatre ans. Et payer des gros salaires et des indemnités de transfert, ce
n’est plus forcément un mauvais plan:
on n’achète plus seulement la qualité,
mais aussi le potentiel de revente. C’est
une logique de business et de spéculation. Mais le club vendeur en France est
bien content de récolter de l’argent. Il est
aussi un acteur de cette logique. Il ne
faut pas présenter les clubs français,
amateurs ou pros, uniquement comme
des victimes. Ils profitent de la spéculation en cours dans le foot actuel. •
«Sur certains
terrains, il y a
parfois quinze
agents pour
observer un joueur
[de club amateur],
donc pour le
récupérer l’éthique
a tendance
à sauter.»
(1) Propriétaire des clubs de Salzbourg depuis
2005 et de Leipzig (2009), la marque de boisson a pour stratégie d’y faire signer des jeunes
prometteurs et de faire des plus-values en les
revendant.
vion
Marie Sau
une bonne tasse d’été
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18 u
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
IDÉES/
NOÉMIE ROUSSEAU
Dessin
FANNY MICHAËLIS
D
éfendre le corps des femmes, c’est le cheval de bataille de l’essayiste et romancier Martin Winckler. Derrière
ce pseudonyme, un médecin français: Marc Zaffran. Généraliste dans
la Sarthe, passé par l’hôpital et le
Planning familial, il dénonce dans
le Chœur des femmes (P.O.L, 2009)
les maltraitances gynécologiques
produites par une médecine rongée
par le sexisme et le paternalisme (les
Brutes en blanc, Flammarion, 2016).
Parti exercer au Canada en 2009, ce
médecin militant féministe est
aujourd’hui retraité mais continue
de répondre aux questions des internautes et des patients par le biais
de son site internet.
Comment interprétez-vous le
mouvement #MeToo ?
C’est un mouvement de révolte et
de colère, l’équivalent de Rosa Parks
qui refuse de s’asseoir au fond du
bus. Un acte symbolique, qui marque un début important. #MeToo
attire l’attention sur ce que certains
considèrent comme normal mais
ne devrait pas l’être : les abus de
pouvoir contre les femmes. C’est au
niveau de la sexualité une dénonciation de la définition des rapports. Il s’agit d’en finir avec l’idée
selon laquelle ce sont les hommes
qui définissent la sexualité des femmes et à quel rôle elle est vouée :
porter et donner des enfants, ou
servir leurs besoins sexuels. Quand
les femmes disent que leur sexualité leur appartient, c’est un refus
du rapport de force, un appel au
respect et à l’égalité. C’est une étape
de plus dans un long processus. Le
racisme n’a pas disparu avec Rosa
Parks, le sexisme n’a pas disparu
avec la libération sexuelle. Il subsiste car il est ancré dans des processus de pensée anciens et répétés
par la société française, archaïque,
pyramidale, hiérarchisée.
#MeToo est un processus enclenché d’abord dans les pays
anglo-saxons, protestants, qui
sont déjà soucieux d’autonomie
individuelle, ce qui n’est pas le
cas de la France observez-vous…
La France c’est deux mille ans de catholicisme, de féodalité, d’ancien
régime. On est encore dans une
pensée dogmatique : les élites savent, le vulgum pecus ne sait pas.
Par exemple, en Amérique du Nord
ou en Angleterre, la stérilisation volontaire est légalisée depuis plus de
L’affaire Weinstein et la vague #MeToo ont bouleversé les relations de séduction.
Sommes-nous en train de vivre une civilité plus égalitaire dans les rapports
amoureux et sexuels ? Ou perdons-nous le goût et la liberté de la chair en ne cessant
de formater les codes séductifs ? Philosophe, historienne, réalisatrice, médecin
esquissent chaque samedi jusqu’à fin août la carte de Tendre du XXIe siècle.
quarante ans. En France, il a fallu
attendre le début des années 2000
et les gynécos obstétriciens continuent encore de dire aux femmes
qui veulent une ligature des trompes (ou aux hommes qui veulent
une vasectomie), qu’elles ne savent
pas ce qu’elles font. C’est le symptôme de cette mentalité française
très paternaliste: moi qui ai un statut, je sais mieux que vous et je décide pour vous. Les rapports sont
beaucoup plus horizontaux dans les
pays ayant une culture protestante:
il n’y a pas de vérité révélée, imposable par l’élite. Chacun est responsable de soi, trouve son éthique
dans ses actes, et ne va pas la chercher à l’église dans la parole du
Pape. En France, toute personne en
position d’autorité peut décider à la
place d’une autre personne qui ne
l’est pas. Et cela se retrouve au ni-
veau du couple : les hommes sont
plus investis d’autorité que les femmes et décident pour elles. Au Québec, énormément de femmes vivent
seules, n’ont pas d’enfant et cela ne
gêne personne. En France, une
femme célibataire ou qui ne veut
pas d’enfant n’est pas considérée
comme une personne autonome
mais comme une anomalie. Et tant
que nous serons dans un environnement où la drague et le harcèlement sont «normaux», il sera plus
difficile d’en discuter.
#Metoo menace-t-il le désir, la
séduction ?
Penser cela revient à confondre
peur, autorité et respect. C’est
comme ces médecins qui me disent
que s’ils expliquent tout aux femmes, elles ne les respecteront plus.
C’est tout le contraire ! Le respect
c’est réciproque, mutuel. Quand on
demande aux gens de se déshabiller, il ne faut pas que ce soit une
obligation pour eux mais qu’ils se
sentent libres de dire non. Un médecin n’a pas à considérer qu’il peut
disposer du corps de l’autre sous
prétexte qu’il le lui confie pour le
soigner. C’est le même changement
de paradigme qui doit se produire
dans l’intimité d’une relation
amoureuse. Je n’entre pas sans
frapper dans la chambre fermée où
se trouve la personne avec qui je vis:
son intimité ne m’appartient pas. Et
cela n’empêche pas les uns et les
autres de jouer en faisant comme si
le corps de l’autre nous appartenait,
à tour de rôle – ce qui relève alors
d’une entente explicite, aujourd’hui
oui et demain non. C’est cela le respect. La séduction au masculin
n’est pas nécessairement la force.
Un homme peut être séduisant sans
Martin Winckler
«Le refus des
rapports de force
n’empêchera
nullement le désir
de s’exprimer»
MICHEL GILET
Par
DÉSIR À MORT OU MORT DU DÉSIR? (5/6)
Pour le médecin et
militant, il n’y a pas
d’«absolu» du plaisir
(féminin ou masculin).
Il faut refuser les normes
de féminité ou de
masculinité imposées par
les autres. Le combat est
à la fois intime et collectif.
être autoritaire ou brutal. Beaucoup
de femmes préfèrent les hommes
gentils; elles ne les trouvent pas faibles mais très attirants. L’attraction
ne dépend pas de la personne qui se
pense attirante mais de la perception de l’autre. Les modifications du
tissu social et des rapports entre individus ne modifieront pas le désir
qui est une pulsion inhérente à tout
être sexué. C’est individuel, certains
ont beaucoup de désir, d’autres peu
ou pas du tout. Le refus des rapports
de force n’empêchera nullement le
désir de s’exprimer. Il empêchera
des désirs autoritaires de s’imposer
à celles et ceux qui n’en veulent pas.
Charge à chacun d’inventer ses
propres règles du jeu…
Ce sont les normes sociales imposées aux individus qui posent problème. On peut espérer remplacer
ces valeurs soi-disant collectives, en
réalité imposées par l’«élite», par
des valeurs individuelles qui se vaudraient toutes, respectables mais
non imposables aux autres. Que celui qui veut draguer soit libre de
rencontrer des femmes qui ont envie d’être draguées, dans des lieux
appropriés; qu’il n’aille pas harceler
les femmes dans la rue qui ne demandent rien ! La norme devrait
être ce que chacun choisit de faire
de son propre corps. Et pas ce que la
société dominée par les hommes
considère comme faisable ou non.
Est-ce la fin de la domination
masculine ?
C’est un processus qui prendra du
temps. Quand je parle dans un amphi, je ne cherche pas à «convertir»
des médecins paternalistes, j’espère
encourager et stimuler les gens qui
ne le sont pas et ne veulent pas
l’être. Ce qu’on peut espérer avec
#MeToo c’est de renforcer les personnes qui ne veulent pas des rapports de force, qu’elles ne les acceptent plus, et recherchent des
relations dans lesquelles il n’y en a
pas, ou le moins possible. Evidemment, pour qui considère le corps
des autres comme des proies, ce refus d’être une proie est embêtant
car ils ne pourront plus être prédateurs. Ce changement de paradigme
fait craindre à ces gens-là d’être annihilés. Comme la brute dans la
cour d’école qui n’a jamais appris
qu’elle pouvait exister autrement
qu’en maltraitant ses camarades et
qui s’est structurée ainsi, dans ce
comportement.
Baignons-nous collectivement
dans un érotisme masculin ?
Les publicitaires sont majoritairement des hommes. Ils expriment,
prescrivent les normes qui se re-
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
trouvent sur les affiches : les femmes doivent être comme ceci ou
cela pour plaire aux hommes. Ils
renforcent des comportements inconscients, excitent ce que, en psychologie évolutionniste, on nomme
les conflits intrasexuels, et qui relève de mécanismes psychologiques archaïques inconscients.
Beaucoup d’hommes se battent entre eux comme des gorilles ; beaucoup de femmes rivalisent d’apparence entre elles. C’est de la
compétition entre individus du
même sexe : avoir la plus grosse
montre ou la plus grosse voiture ;
apparaître la «plus belle» pour signifier qu’on a le partenaire le plus
puissant, riche, influent – bref, le
mâle alpha. Beaucoup de femmes
et d’hommes ne veulent plus de ça.
Je me suis demandé pourquoi, lorsque je marchais dans la rue en Amérique du Nord, je me sentais plus
détendu. J’ai compris ce qui m’an-
Beaucoup
d’hommes qui se
disent menacés par
#MeToo expriment
leur incapacité
à faire autrement
que de dominer
des femmes
pour exister.
goissait en retournant à Paris, où j’ai
été frappé par le nombre de femmes
nues que je voyais sur les murs.
Cette érotisation des figures féminines est une culture imposée. Alors
que l’érotisme n’est ni féminin ni
masculin, il est individuel. Il varie
selon l’âge, les partenaires, les milieux. Il est contextuel, relatif, varia-
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ble : on peut être hétérosexuel et
avoir du désir pour quelqu’un du
même sexe. Mais pas de n’importe
qui, de cette personne-là.
Est-ce à dire qu’il faudrait davantage faire place socialement
au désir féminin ?
Il n’y a pas «d’absolu» du désir (féminin ou masculin). Le combat est
à la fois intime et collectif. Chaque
femme est en droit d’affirmer son
propre désir. Et quand beaucoup de
femmes s’affirment, c’est autant de
modèles féminins qui apparaissent.
Quand on accepte que tous les modèles d’affirmation féminine sont
respectables, on accepte la diversité
des manières de s’assumer comme
femme hétéro, lesbienne butch,
musulmane portant un hijab, etc. Il
faut refuser des «normes» de féminité imposées par les autres – y
compris par des femmes, en général
alliées des hommes blancs dominateurs. Encourageons les particulari-
tés de chacune à s’exprimer et soutenons-les. Cela permettra aussi
aux particularités masculines qui
ne sont pas celles de la norme imposée, de s’exprimer.
On entend un malaise chez les
hommes…
Ceux que #MeToo ne gêne pas n’ont
pas besoin de l’ouvrir. Ceux qu’on
entend, qui crient le plus, ce sont
ceux qui se sentent menacés. Et
cette crainte ne sort pas du néant. Le
sexisme existe dans toutes les classes sociales mais il est parfois le seul
moyen d’avoir un statut. Le type qui
balaie dans le métro n’a pas de statut
à son travail, ou dans la société en
général alors s’il veut dominer, qui
dominera-t-il sinon les femmes de
son milieu ? Le sexisme est la première forme de domination. Plus la
société est hiérarchisée, capitaliste,
avec des gens qui gagnent des millions de dollars en une seconde et
d’autres qui s’épuisent pour un sa-
u 19
laire de misère, plus vous entretenez
des rapports de force. Beaucoup
d’hommes qui se disent menacés
par #MeToo expriment leur incapacité à faire autrement que de dominer des femmes pour exister.
Mais vous entendez aussi des
malaises chez les femmes…
Ce que j’entends le plus souvent,
c’est : «Comment ai-je pu ne pas me
rendre compte et contribuer moimême à ma propre oppression ?»
C’est la colère de comprendre qu’on
a été utilisée, et qu’on peut le refuser; et la confusion qui en résulte :
«Comment est-ce que je fais maintenant, comment faire autrement ?»
Ce malaise, c’est celui qu’on éprouve
quand on est libre. Les normes sont
pesantes mais au moins, elles structurent. Quand on rejette les normes
imposées, il faut définir ses propres
normes et c’est vertigineux. Mais
avoir le vertige ne signifie pas qu’on
est en train de tomber. •
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20 u
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Par ANNE DIATKINE
«O
n s’approche plutôt de Rabbi Jacob, non?» «Tu crois? Ça fait un
moment que je soupçonne Jeanne
de faire en douce un remake de Massacre à la
tronçonneuse. Ça devient franchement inquiétant.» Entre deux prises, à mi-parcours
du tournage de Merveilles à Montfermeil, le
premier film réalisé par Jeanne Balibar, cinéaste, les comédiens Marlène Saldana et Mathieu Amalric hésitent sur les références. Où
sommes-nous? A la mairie, le jour de l’investiture de madame la maire, Emmanuelle Joly,
jouée par Emmanuelle Béart en pleine forme
et robe écarlate, qui signe son retour au cinéma après quelques années dédiées à la
scène. Florence Loiret-Caille n’est pas dans
le champ, on le déplore pour les futurs spectateurs qui ne découvriront jamais le nuancier
des grimaces horrifiées qu’elle lance à sa partenaire, obligée de retenir un fou rire alors
qu’elle entame son discours. L’heure est
sérieuse. Il s’agit de rendre immédiates les
premières mesures de son programme, notamment celle qui consiste à multiplier les
jours fériés tout en rebaptisant ceux qui existent déjà. Qu’on ne s’affole pas, Noël demeure
mais devient également la journée de
la presse (écrite), qui a bien besoin de croire
au messie. Emmanuelle Joly-Béart s’emmêle
dans celle du kilt, d’abord promulguée
le 8 mars, avant de décréter la journée
du ki…mono, en étirant le plus possible les
syllabes, prise dans une sorte de transe, devant la centaine d’administrés, tous Montfermeillois et Clichois.
Ses propos prennent de l’ampleur, se poétisent, elle évoque Jean Valjean, qui, nous
l’ignorions, rencontra Cosette partie chercher
de l’eau dans la source du buisson à Montfermeil tandis que, on n’en croit pas nos yeux,
Jeanne Balibar en short déambule parmi les
figurants, comme si de rien n’était. D’une voix
langoureuse et persuasive, elle intime à
l’auditoire de respirer profondément, prendre
«la météo du jour», «se sentir comme une
grande herbe avec des racines très profondes
dans le sol», «ouvrir les fenêtres», c’est-à-dire
mettre ses bras à l’horizontale, ce qui décongestionne les omoplates, au risque de donner
des baffes à son voisin. Et chacun d’exécuter
peu ou prou les exercices de relaxation, les
hommes nous semblant plus rétifs aux injonctions de la cinéaste que les femmes, pendant que l’élue municipale fictive continue
de s’emballer. On s’y mettrait volontiers, et
d’ailleurs l’ensemble de la tribune, hors
champ, encourage l’assistance, par de puissants mouvements de liane avec leur buste,
captée par cette séance d’hypnose collective.
TRAÎTRES ET TRAÎTRESSES
Jeanne Balibar s’essaie-t-elle pour sa première réalisation à un nouveau type de direction d’acteurs ? Libérer un tournage de tout
stress, inviter à la détente, est certainement
utile, surtout lorsqu’on tournera trois nuits de
suite, en pleine forêt à Bondy, la «fête de la
brioche». Ou bien, peut-être, la comédienne
incarne-t-elle dans son propre film une praticienne du bien-être ? C’est une hypothèse.
A ses côtés, Emmanuelle Parrenin, musico-
En tournage avec Jeanne Balibar
«C’est trop beau pour
être vrai, non ?»
Visite guidée sur le plateau où l’actrice fantasque réalise son
premier film, «Merveilles à Montfermeil», avec une centaine de
figurants venus d’ateliers installés dans la ville et à Clichy.
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Jeanne Balibar dirige
la foule de figurants.
PHOTO MATTHIEU PONCHEL
il y a aussi Ramzy Bédia, premier adjoint au
pôle «temps urbain». Le film entend tenir sur
un équilibre délicat: franchement loufoque
et vraiment politique. Ou comment concevoir
une comédie sans jamais que le rire ne vire au
détriment de l’utopie sociale. Etrangement,
aucun des Montfermeillois interrogés, n’accepte de considérer sérieusement le programme de madame la maire. «C’est trop beau
pour être vrai, non ?» Ils sauveraient bien
quelques mesures… puis finalement toutes.
DE L’IMPORTANCE DE NE PAS
ENLEVER SES STILETTOS
Pause déjeuner. La démocratie locale vantée
par madame la maire ne s’interrompt pas à
la cantine. Les acteurs professionnels, qui
ont eu la mauvaise idée de se grouper à une
table à l’extrémité des cuisines, sont logiquement servis après la centaine de figurants,
qui se sont mieux disposés dans l’espace. Si
être une star ne donne même plus accès à des
privilèges, où va-t-on? Marre de l’égalité! On
ne dénoncera pas celui qui pousse ce cri du
cœur. En attendant de se nourrir, Mathieu
Amalric explique : «Jeanne n’a rien inventé.
L’international School of Languages dont s’occupe mon personnage, est inspirée d’une école
à Oxford. Mais c’est à elle qu’il faut poser ces
questions…»
Judicieux conseil, mais où est-elle ? Dans
quelle forme est-on lorsqu’on tourne un premier film dans lequel on joue, qu’on dirige
une centaine de figurants et une dizaine d’acteurs professionnels, et que le budget ultraserré –essentiellement l’avance sur recettes–
ne laisse aucun temps pour le doute? Eh bien
excellente. Pas de cri, pas de stress. Elle semble faire très attention à ce que tout le monde
thérapeute dont les inventions parsèment la soit détendu. Rien ne se passe comme sur un
séquence tournée, donne le la, elle aussi dans autre tournage. Par exemple la cinéaste acla foule des Montfermeillois et Clichois parés cueille tous les matins les figurants, et elle les
pour l’occasion de leurs plus belles tenues. appelle par leur prénom quand elle leur
«On révoque le museau qu’on n’a plus. Très peu donne une indication. Elle explique: «Les had’humains menacent avec le nez. Allez tout le bitants de Montfermeil et Clichy sont au centre
monde menace. On travaille sur des fixités to- du film, il ne fallait surtout pas qu’ils appatales.» La praticienne se prend au jeu, oublie raissent plantés dans le décor, mais que chala caméra qui n’est de toute manière pas cen- cun puisse jouer devant la caméra. J’ai donc,
sée la filmer, les encourage avec moult chuin- l’année 2012-2013, animé avec Emmanuelle
tantes et sifflantes à écouter leurs souffles. Parrenin, musicothérapeute et chanteuse, et
Philippe Katerine, en retard forcément, du Jérôme Bel, danseur et chorégraphe, cinq atemoins son personnage, devrait surgir à tout liers bimensuels, le jeudi soir, le vendredi, et
instant. Jeanne Balibar lui a donné le rôle du deux le samedi à Montfermeil.» L’un de ces
traître, dont madame la mairesse est folle ateliers a été la matrice de Gala, ce spectacle
amoureuse, la traîtresse étant
de Jérôme Bel où huit à dix amaincarnée par cette sainte-nitouREPORTAGE teurs présentent chacun un pas
che de Valérie Dreville interpréde danse que réinterprètent des
tant une certaine Virginie Jaffret, coiffée d’un danseurs professionnels et qui n’a cessé de
lourd chignon et affublée de quelques ran- tourner depuis.
gées de perles. Il y a aussi un troisième traître, Des liens se sont donc créés entre l’actrice-cijoué par François Chattot. Car il en faut bien, néaste, les associations et les premiers partides traîtres, dans cette utopie politique qui cipants. Lesquels ont tout de même été sursinon roulerait trop à l’aise : Merveilles à pris d’être rappelés cinq ans plus tard pour le
Montfermeil, la ville où il fait bon vivre ! En film. Croisée à la cantine, Françoise, présente
effet: la sieste pour tous est instituée; un ser- dès le départ: «Ce qui m’épate, c’est qu’à la previce d’assistance à la satisfaction sexuelle à mière rencontre en 2012, Jeanne nous avait
domicile y est ouvert même la nuit, la «Mont- promis qu’on participerait à son film. Et bien,
fermeil International School of Languages», cinq ans plus tard, elle est revenue nous cheroù sont enseignées toutes les langues parlées cher, un à un !» Elle insiste : «C’est une perdans la ville, divise par deux la journée de tra- sonne de parole.» Houda, qui comme l’ensemvail ; Delphine Souriceau, alias Bulle Ogier, ble des figurants n’avait jamais entendu le
conseillère écolo, chaussée de lourds godillots nom de l’actrice avant de travailler avec elle,
de jardinier, élève des poules sur les toits; et renchérit: «Elle ne prend pas les gens de haut.
u 21
CULTURE/
Quand on l’a revue, elle se souvenait très bien
de nous, elle a pris des nouvelles de chacun, j’ai
trouvé ça étonnant.» Pourquoi tant d’années
entre les premiers ateliers et le tournage ?
Jeanne Balibar : «Parce que tout d’un coup,
c’était le moment. En ayant cette équipe, ces
acteurs déments, l’énergie des habitants de
Montfermeil et de Clichy, il m’a semblé inutile
d’attendre des financements qui de toute manière ne viendraient jamais! J’ai donc repris
les ateliers quelques mois avant le tournage
avec d’autres personnes. On a fait un casting
mais c’était un casting d’accueil et non de sélection. Qui voulait être dans le film a été pris.»
Les acteurs professionnels et non professionnels sont payés pareil, au tarif syndical.
Retour sur le plateau. Une jeune fille rapetisse
et grandit selon les prises. Entre deux, elle se
débarrasse discrètement de ses stilettos. Ce
qui n’échappe pas à Andréa, une étudiante
qui s’occupe des figurants depuis 2012. La
jeune fille négocie, explique qu’avec la chaleur qui a monté, elle n’entre plus dans ses
souliers. Andréa est intraitable. Un jeune
homme doit absolument partir alors que la
journée n’est pas terminée. Impossible de le
retenir, il ne peut pas se permettre de rega-
gner en retard sa cellule de prison. Qu’est-ce
qu’on fait maintenant? Et bien on commence
par éteindre les portables, comme le rappelle
l’assistant. Jeanne Balibar le contredit gentiment : «Ah mais qu’est-ce que c’était bien, ce
téléphone qui a sonné au milieu de la prise.
J’ai adoré… Je n’en suis toujours pas revenue.»
Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Florence
Loiret-Caille: «Et bien, on se balibarise!» Emmanuelle Béart, très en verve: «Non, mais tu
crois que je sais ce que je fais ? Elle nous met
dans un état pour jouer…» Florence LoiretCaille questionne sa camarade : «Elle nous
drogue, non? On tourne des trucs qui ne sont
pas du tout écrits dans le scénario! Comme de
faire une course en étant accroupies en canard
pour ne pas être vues à travers la fenêtre parce
qu’on est à moitié nues, et le pire c’est qu’elle
s’arrange pour qu’on le fasse. Tout d’un coup,
on a cinq ans et on veut la gagner, cette
course!» Fin de journée de tournage. La Balibar se retrouve au bout de ce libre travail créatif et collectif allongée dans l’herbe au milieu
du chemin avec deux autres comédiennes,
dans la pose des jeunes filles d’un tableau de
Renoir. Restent-elles dormir à MerveilleMontfermeil ? •
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22 u
Reprise en salles
du trip déglingué
et rédempteur
de Harvey Keitel,
film charnière
pour Abel Ferrara.
«Q
uand j’ai donné
le script à Harvey [Keitel] la
première fois, il a lu à peu
près cinq pages et il l’a jeté à
la poubelle», racontait en rigolant Abel Ferrara à propos
des coulisses préparatoires
de ce qui allait devenir un de
ses films les plus fameux,
Bad Lieutenant. Keitel, dans
une autre interview, devait
confirmer que pour lui, en effet, «il n’était pas question de
faire ce film». Il s’était ensuite
ravisé, jugeant notamment
qu’on ne lui proposait pas si
souvent des premiers rôles et
qu’il pouvait peut-être tirer
quelque chose de ce personnage de flic junkie et parieur
fou lancé sur les chemins
d’une ultime perdition rédemptrice.
Il avait vu juste puisqu’en 1992, Keitel, qui a
alors 53 ans et une carrière
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
toujours prolifique mais en
mal de coup d’éclat, sera
deux fois au Festival de Cannes, à la fois hors compétition avec Reservoir Dogs de
Tarantino et donc Bad Lieutenant (présenté à Un certain
regard). L’année suivante, il
tient le rôle masculin principal dans le film qui rafle la
palme d’or, la Leçon de piano
de Jane Campion, au côté de
Holly Hunter.
Pour Ferrera aussi, ce long
métrage christique et faustien aura un effet propulsif
puisqu’il enchaîne avec son
seul projet vraiment hollywoodien (le remake de l’Invasion des profanateurs de sépultures), suivi bientôt de
quelques films aussi importants que The Addiction ou
The Blackout. Entre tous, le
même thème filé d’une vie
sous emprise (alcool, drogue
et angoisse de la déréliction)
conduit à des films aussi fébriles qu’épuisés.
Dans Bad Lieutenant, l’enquête sur le viol d’une jeune
nonne dans une église ouvre
les déambulations défoncées
du flic à une dimension de
supplice éclairant: plus il s’enfonce dans l’erreur, plus il
Harvey Keitel, héros sous héroïne. PHOTO COLLECTION CHRISTOPHEL
«Bad Lieutenant» fait son coke back
s’approche de la vérité, quelque chose qui n’est pas une
dialectique de récit, ni complétement une affaire de morale, plutôt un battement intérieur aux séquences, une série
de déséquilibres dans la lumière, la gestuelle ou le son,
qui transfigure le polar attendu en une ballade hagarde
sur le caractère fondamentalement intolérable de la vie
ici-bas. «Les vampires ont de
la chance, ils se nourrissent
des autres. Nous devons nous
nourrir de nous-même. On
doit se manger les jambes pour
avoir la force de marcher. Il
faut décharger pour se recharger, il faut se sucer à fond, se
manger jusqu’à ce qu’il ne reste
plus rien de nous sinon la
faim», dit la coscénariste du
film, Zoë Lund, dans une
scène où elle administre très
doucement un shoot au «lieutenant», comme si au cœur du
film on voyait l’initiatrice du
«Désenchantée», en effet
Le retour de Matt
Groening sur Netflix
déçoit par son défaut
d’inspiration et son
incapacité à se renouveler
après «les Simpson»
et «Futurama».
C’
est un peu triste, mais
Matt Groening fait partie
des meubles. Sans que
personne n’en attende encore
quelque chose, ses Simpson répondent présents année après
année depuis 29 saisons, au point
que le dessin animé qui a révolutionné le monde du cartoon par
sa peinture caustique des travers
américains est devenu la plus
vieille série en activité. Au tournant du siècle, Groening avait su
trouver un second souffle en lançant le formidable Futurama qui,
malgré un parcours tumultueux
(déprogrammé par la Fox, converti en films, puis relancé en série par Comedy Central), reste le
pinacle de sa carrière en termes
d’écriture. Et puis, depuis
cinq ans, rien de neuf hormis la
monotonie des Simpson.
Au point qu’on avait presque enfoui Matt Groening au fond de
nos mémoires lorsqu’a été annoncée la création de Désenchantée,
nouveau projet destiné à Netflix.
Après avoir scruté l’Amérique
contemporaine et le futur, Groening se penche ici sur un passé de
pacotille, nourri aux mythologies
de fantasy. On y suit les aventures
de Bean, princesse alcoolo et
flemmasse, à la veille de son mariage arrangé censé assurer la stabilité du royaume de Dreamland.
Vite rejointe par Elfo, lutin en exil
qui troque un monde de bonbons
et de chants joyeux pour une vie
d’amertume et de déconvenues,
et par un démon nommé Luci,
venu répandre le chaos.
Archétype. Taillée pour une
diffusion en streaming, Désenchantée rompt avec les mensurations habituelles des productions
Groening: seulement dix épisodes (contre une vingtaine en
moyenne par saison pour ses précédents shows) et surtout une
personnage lui insuffler les
éléments de sa paralysie et de
son désespoir. Le remake en
forme de farce que devait livrer Werner Herzog en 2009
(avec un Nicolas Cage huileux) ferait passer les outrances de l’original, avec Keitel
rampant en direction de Jésus
ou tirant à bout portant dans
son autoradio parce que le résultat du match de base-ball le
contrarie, pour des pics de
modération centristes. La
d’user l’archétype du fauteur de
troubles façon Bart Simpson ou
Bender –sans jamais parvenir à
soutirer le moindre sourire– tandis qu’Elfo louche sur le modèle
du gentil crétin (Homer, Fry).
Pire, Groening semble à l’étroit
dans cet univers fantasy déjà archi-visité. S’il expédie très vite le
clin d’œil à Game of Thrones que
tout le monde attend, c’est pour
mieux se prendre au piège de ses
propres références: Princess Bride, Jabberwocky ou le Sacré
Graal des Monty Python. Passé quelques sourires
aux deux premiers épisodes
(formidable couple de paysans
qui explique être trop modeste pour mériter un nom),
on s’ennuie franchement devant une enfilade de scènes
à base de chevaliers crétins.
narration au long cours qui tranche avec l’amnésie dont ont toujours été frappées ses séries, où
chaque épisode fonctionnait en
vase clos –l’absence de continuité
stricte assurant une formidable
liberté comique. La promesse de
construction d’une narration offerte par Désenchantée offrait à
Groening l’opportunité de
repenser son écriture.
Sauf qu’il ne semble pas savoir quoi
faire de ce récit
d’aventures,
dont on attend
toujours le démarrage à mi-saison.
En vérité, cette troisième série ne surprend
jamais. Si l’on ne s’attendait pas à voir le desBlagounettes. En s’entourant
sin rondouillard
d’une équipe déjà rodée – de
de l’Américain reJosh Weinstein (aucun lien) en
mis en cause, les
showrunner à David X. Cohen
schémas de ses
en passant par une doupersonnages
zaine d’autres scénasentent le réBean, héroïne
ristes, tous ont goûté
chauffé. Le
alcoolique.
aux Simpson ou à
démon finit
PHOTO NETFLIX
Futurama –, Groe-
conversion de Ferrara à l’eau
pétillante et au bouddhisme a
aussi radicalement transformé son cinéma, sans
pour autant lui retirer, de
4h44 Dernier jour sur Terre à
Pasolini, l’inaltérable et énergique tenebroso de l’idéaliste
qui ne s’estime jamais vaincu.
DIDIER PÉRON
BAD LIEUTENANT d’ABEL
FERRARA avec Harvey
Keitel, Zoë Lund… 1 h 35
ning tombe dans la redite : des
blagounettes dans chaque coin
de l’écran, des parodies de contes
ou figures connues… On jurerait
avoir déjà vu dans un «spécial
Halloween» des Simpson cette
version maléfique de Hansel et
Gretel à gros accent allemand…
L’effet est d’autant plus violent
qu’en quelques années le paysage
des dessins animés à destination
des adultes (en quelque sorte
fondé par les Simpson) s’est
considérablement enrichi et diversifié. A la course au trash lancée par South Park il y a
vingt ans, ont succédé les hallucinations tagada d’Adventure Time,
le cynisme neurasthénique de
Bojack Horseman ou les crétineries d’Archer ou Rick&Morty. On
se souvient qu’il avait fallu quelques épisodes à Groening pour
trouver ses marques dans Futurama et peut-être un sauvetage
est-il encore possible. Mais au regard des cinq épisodes diffusés à
la presse, le chemin à parcourir
semble immense.
MARIUS CHAPUIS
DÉSENCHANTÉE
de MATT GROENING
10 × 25 minutes, sur Netflix.
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
u 23
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CULTURE/
«Pose»,
au sommet
de la vogue
En route pour une
deuxième saison,
la nouvelle série
du créateur de
«Nip/Tuck» et
«Glee» rend un
hommage élégant
à la scène voguing,
creuset créatif des
minorités newyorkaises au milieu
des années 80.
P
ose, la dernière création de Ryan Murphy
diffusée cet été de part
et d’autre de l’Atlantique, est
un pari réussi à plus d’un titre. D’abord parce qu’en prenant pour trame la scène voguing du New York des
années 80, il fallait convaincre la grande chaîne américaine FX qu’une culture
minoritaire, celle des populations les plus marginalisées
de l’époque (afro-latino gay
et trans) réunies autour de la
danse, pouvait séduire audelà des initiés. Ensuite,
parce qu’en intégrant au casting cinq actrices transgenres
aux talents méconnus du
grand public – un record
pour une production télévisuelle –, le désir d’authenticité des scénaristes, semblable à la recherche de realness
dans les bals de ces communautés, sublime la fiction au
lieu de la policer.
Mouise. Le scénario, lui, ne
fait preuve d’aucune extravagance, contrairement aux
personnages dont les costumes de bal s’efforcent de refléter le style, la créativité et
la singularité, mais ce n’est
pas bien grave. Se découvrant
séropositive, Blanca (MJ Rodriguez), une jeune femme
trans latina, part à la poursuite de ses rêves, à savoir
s’émanciper de sa mère de
substitution autoritaire,
Elektra Abundance (Dominique Jackson), qui l’a sortie de
la mouise, afin de fonder sa
propre maison, la «house»
Evangelista, et devenir ainsi
une figure légendaire de la
communauté. Nous sommes
en 1987, le New York afroqueer précarisé – celui capturé par le documentaire de
Jennie Livingston Paris Is
Burning en 1991– est décimé
par la drogue et le sida; dans
le sud de Manhattan, ces
concours de danse et de
mode sont un refuge pour
dépasser le stigmate qui colle
à la peau des «âmes perdues»
de la jetée de Christopher
street. A mi-hauteur de
l’échelle sociale, Stan (Evan
Peters), employé ambitieux
de l’empire Trump, se fracasse lui sur l’idéal d’American Way of Life des classes
moyennes blanches en tombant amoureux d’une des
prostituées de la jetée, Angel
(époustouflante
Indya
Moore), recueillie par Blanca
comme Damon, un ado gay
promis à une carrière de danseur, ou Lil Papi, très jeune
dealer de shit portoricain.
Découpée en huit épisodes de
presque une heure, cette
microfresque sociale se montre par ailleurs aussi flamboyante que percutante dans
sa construction. Les scènes,
tantôt teintées d’humour
camp, tantôt sublimes de tragique, sont amplifiées par les
morceaux d’époque disco,
pop et house précautionneusement choisis pour reconstituer les circonvolutions émotionnelles (Running Up That
Hill, de Kate Bush, pour l’espoir par exemple; Love Is the
Message de MSFB pour la
nostalgie) nées du stigmate,
que ce soit l’homophobie, la
transphobie, le racisme ou le
sida. Chaque séquence se révèle qui plus est l’occasion
pour Ryan Murphy et ses coscénaristes, à l’instar de l’écri-
Angel (Indya Moore) sur scène dans le premier épisode de Pose. PHOTO JOJO WHILDEN. 2018 FX PRODUCTIONS, LLC.
vaine transgenre Janet Mock,
de célébrer avidement l’esprit
de combativité –on dit ici la
fierceness, la férocité –, l’inventivité de bric et de broc et
le slang (l’argot) très particulier de la ballroom scene
aujourd’hui popularisés, entre autres, par le concours télévisé de drag-queens à
grande audience RuPaul’s
drag race. Une façon pour le
producteur-réalisateur de
Nip/Tuck, Glee et American
Horror Story de rendre hommage à une culture avantgardiste qui, bien qu’ayant irradié la musique, la mode et
la danse, avait jusqu’à récemment été rayée de l’histoire
officielle du mouvement LGBT. C’est en tout cas
ce qu’en dit Ryan Murphy
dans les interviews données
depuis à la presse américaine.
Mantras. Mais Pose ne saurait être réduite à son militantisme et à sa pédagogie.
Bien qu’elle rende également
les honneurs à l’activisme
antisida naissant en distillant les mantras actupiens
de l’époque («Savoir, c’est
pouvoir», reprend à son
compte un personnage pour
pousser au dépistage du VIH
la fratrie Evangelista), la série
est avant tout une succession
de questionnements tout
aussi subjectifs qu’universels : qui est ma famille ?
Comment être authentique?
Faut-il se résigner? Ou alors,
croire en ses rêves, comme
dans Flashdance, une source
d’inspiration ici pour Murphy? Et ce n’est pas parce que
ces interrogations paraissent
simples qu’elles sont niaises
et à jeter à la poubelle.
Bien au contraire, en narrant
les joies, les espérances, les
incertitudes ou les peines de
populations à l’intersection
des discriminations, Pose explique formidablement ce
que veut dire résister au jour
le jour, notamment quand on
n’a plus grand-chose à perdre
– y compris sa propre vie.
L’idée même au cœur des
bals voguing, espaces magiques d’empowerment pour
les laissés pour compte de
l’ère Reagan où danser et défiler voulait surtout dire survivre. «La peur, elle nous fait
rien, elle nous glisse dessus»,
résume à ce propos Blanca,
incarnation fictive parfaite
de ces milliers de combattants et combattantes fiers et
intrépides, parce qu’ils ou elles revenaient de loin, qui ont
conduit la cause homo, trans
ou noire là où elle en est
aujourd’hui aux Etats-Unis.
Des héros ou héroïnes jadis
cantonnés à l’ombre, dont la
fiction n’avait qu’à se saisir
pour qu’elles s’en trouvent
magnifiées. C’est chose faite.
FLORIAN BARDOU
POSE, SAISON 1
8 × 55 minutes, sur Canal+
Séries et à la demande.
théâtre de rue
pays de quimperlé
lesrias.com
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24 u
BIZARRE,
VOUS AVEZ DIT
BIZARRE ? (6/7)
Bars vikings à Caen, rencontre
galactique dans l’Oise ou nuit dans
un intestin à Anvers… Pendant tout
l’été, Libération décline quelques
voyages et séjours déjantés.
Nés dans les années 60, ces géants kitsch
veillent sur le bord des routes américaines.
Les collectionneurs se les arrachent, mais
attention aux contrefaçons. «Libération»
est parti sur leurs traces en Californie.
I
NA
Colosses
de roads
son avis sur la blague: taiseux, notre homme
est un Muffler Man en fibre de verre de 7 mèPhotos
tres de haut. «Muffler» pour «pot d’échappeKATIE CALLAN
ment» : comme ses collègues, il était au départ, entre les années 60 et 70, destiné à
l en est arrivé une belle à Big Josh, attirer l’œil, et par ricochet ouvrir le porteen mai. Abandonné aux éléments feuille, des automobilistes qui croiseraient
devant un garage pouilleux vers la Sal- son regard atone de marketing cow-boy deton Sea, dans le sud-est de la Californie, vant un garage dont il faisait la publicité.
il pensait avoir fait le plus dur. Racheté et La péripétie potache de Big Josh a permis de
amoureusement restauré par Glen et Steve, remettre brièvement en lumière, et avec quelle
Big Josh fut érigé en grande pompe
torche, l’aventure des Muffler
devant leur boutique branchée
Men, dont au moins 150
OREGON
The Station, à Joshua Tree, Caà 200 ont échappé à la deslifornie. Seulement voilà, Big
truction et trônent touJosh s’est réveillé un matin
jours dans un état de délaNEVADA
Sacramento
avec un drôle d’objet en
brement
plus ou moins
UTAH
San
main : un sexe masculin
avancé au bord de routes,
Francisco
long comme plusieurs
devant des garages, ou
CALIFORNIE
jours sans pain, en papier
chez des particuliers un
Los Angeles
Océan
mâché, dont la toison pupeu partout aux Etats-Unis.
Pacifique
bienne frisait le sublime et
Envie
d’aller en voir quelJoshua Tree
les attributs annexes un ulques-uns façon road-trip ?
MEXIQUE
traréalisme fabuleusement déVoici quelques indices pour se
200 km
goûtant. Impossible de recueillir
lancer sur les traces de ces géants
SÉBASTIEN CARAYOL
IZO
Muffler Men
Par
AR
VOYAGES/
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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A gauche : devant un garage
de Los Angeles.
A droite : «Big Josh», une statue de
Muffler Man en fibre de verre
rénovée par les propriétaires de la
boutique The Station, à Joshua Tree,
en Californie. Il est désormais
une attraction sur la route 62
qui traverse le désert Mojave.
cheron Paul Bunyan, indien, cow-boy, pirate
ou comique de la bande : le Happy Halfwit,
représentant un freluquet à canotier et dent
manquante. Détail capital : le vrai Muffler
Man est aussi un macho man (cet avorton de
Happy Halfwit excepté, donc) : la mâchoire
doit être carrée, le regard d’acier, l’épaule
musclée, la manche de chemisette très courte
afin d’exhiber la saillance du biceps veineux.
La paume de la main droite doit pointer vers
le haut, la gauche vers le bas –comment astiquer décemment un pot d’échappement
sinon ?
3 La Californie du Sud
Outre Big Josh à Joshua Tree, la région
de Los Angeles compte moins d’une demidouzaine de Muffler Men encore vivants, prétexte à découvrir des endroits où l’on flâne
plutôt peu habituellement : il y a Kevin, devant un garage de Van Nuys, dont la barbe fut
un jour noire mais est aujourd’hui entièrement décolorée. Trente minutes au sud, un
modèle rhabillé en pilote, fière acquisition
d’un concessionnaire de voitures de sport allemandes. En remontant vers la ville, East
Los Angeles ne présente pas moins de deux
géants de fibre de verre : Tony, passant un
sourcil suspicieux au-dessus d’une grille de
garage auto à Boyle Heights et Sergio,
à Downtown, regard borgne et chemisette
seyante à damiers, devant la carrosserie
Orozco. A une heure et demie de route vers
l’Est, le dernier est chez un particulier, et il
mérite un chapitre à lui tout seul…
4 L’antre de Captain Pete
impavides. Preuve par l’exemple entre Los Angeles et ses environs.
1 L’histoire
Un beau jour de 1962, la petite boîte
Prewitt Fiberglass, qui cherche à meubler le
vide entre deux commandes de bateau, livre
à PB Cafe, au bord de la route 66, un géant de
fibre de verre à l’effigie du bûcheron Paul Bunyan, une figure de la mythologie folk américaine. Quelques ventes plus tard, ce même
modèle, placé devant une station d’essence
American Oil de Las Vegas, double son chiffre
d’affaires. C’est la ruée dans le petit monde de
la réparation auto. Alors Fiberglass International fonce, créant divers modèles de Muffler
Men d’après cette figure de l’alpha-mâle
géant. A l’âge d’or, il en aurait existé plus d’un
millier, partout aux Etats-Unis. Mais en 1976,
dixit l’un de ses derniers propriétaires Steve
Dashew, les derniers moules sont détruits à
la vente de la boîte. Fin de la fabrication mais
début du mythe… Tenté d’en ramener un en
France ? Ils se négocieraient entre 12 000
et 15 000 euros. Plus l’excédent bagages.
2 Le bon et le mauvais
Attention, tout ce qui est de fibre de
verre n’est pas Muffler Man: devant le succès,
des centaines de copies se sont mises à fleurir
dans les années 70 (surfeurs, mineurs, prospecteurs, poulets, etc.). D’abord, le vrai Muffler Man mesure entre 4 mètres et 8 mètres de
haut. Ensuite, il n’en existe que de quelques
styles : classique (que l’on peut peindre en
pompiste, golfeur ou hamburger man), bû-
Capitaine retraité de yachts privés,
«Captain Pete», 70 ans, s’est construit un fantastique royaume de brocanteur dans le petit
bled vintage de Mentone, entre Los Angeles
et Palm Springs. La caverne d’Ali Baba de cet
homme malicieux à barbe et longue chevelure blanches comprend environ 300 millions
d’objets fous – de la carcasse d’un bimoteur
utilisée dans le film 1941 posée sur le toit de
sa piaule à des vaisseaux spatiaux explosés,
en passant un van-lupanar ou une tête de statue de la liberté. Le tout dans un dédale-écrin
d’arbres et de recoins où il fait bon déambuler
et où le Captain sait mettre le visiteur bienvenu à l’aise : «Une bière fraîche ? Un joint ?»
Bien évidemment, un Muffler Man garde l’entrée des lieux tel Sven Marquardt celle du club
berlinois Berghain. Un Paul Bunyan lui aussi.
Celui de Captain Pete fut acquis pour une
somme modique en 1983.
Triomphant à côté d’un poulet de fibre de
verre, ce Bunyan conclut le périple à la recherche des Muffler Men du coin sur une note
aigre-douce. Car si lui est aujourd’hui une
star, plus loin dans le monde parallèle de Peter, vision d’horreur: un autre colosse gît en
pièces au sol. Le capitaine n’a pour l’instant
retrouvé que des jambes, un torse dépareillé
et un demi-visage. C’est là le sort le plus commun pour ce patrimoine folk de bord de
route, qui pourrait finir par lentement disparaître… Sauf si, bien sûr, des farceurs de
Joshua Tree prennent les choses en main. •
Design et donuts
Dormir
NoMad Hotel : le
nouveau venu dans le
cercle des boutiqueshôtels renouvelant
downtown L.A. : design
par le Français Jacques
Garcia.
649 S. Olive Street,
Los Angeles.
Tél : (213) 358 0000.
Manger
Randy’s Donuts :
pas un Muffler Man,
mais un donut géant en
fibre de verre sur le toit
de cette boutique
historique.
805 W. Manchester Blvd,
Inglewood. Rens. :
www.randysdonuts.com
Tél : (310) 645-4707.
Guerilla Tacos :
pas loin des deux
Muffler Men situés
à East L.A. en plein
quartier latino,
l’un des tout meilleurs
taco spots
de Los Angeles.
2 000 E. 7th St,
Los Angeles.
Rens. :
www.guerrillatacos.com.
Tél : (213) 358-7070.
u 25
VOYAGE EN TERRE
INDIGÈNE
Amérindiens du Québec, Kabyles
d’Algérie, Touaregs, Peuls ou
Pygmées… Ces peuples parlent
notre langue et partagent une
partie de notre histoire. Aujourd’hui
ils se battent pour gagner leur
place et leur liberté. Tout l’été,
France Inter part à la rencontre de
ces oubliés de la francophonie.
«Une femme
autochtone qui n’a pas
vécu de violences,
c’est une exception»
Au Québec, les Amérindiennes sont
les grandes oubliées de la société
canadienne. Elles ne jouissent pas
des mêmes droits et ont cinq fois plus
de risques d’être victimes
d’agressions sexuelles que les autres
femmes. Pendant des années, elles
ont souffert en silence, mais certaines
ont enfin pris la parole et ont révélé
des milliers de cas de disparitions,
d’assassinats ou d’abus sexuels
chez les femmes autochtones.
Depuis 2015, une commission
d’enquête nationale leur offre l’espoir
de connaître la vérité. Fanny Wylde
est la première femme autochtone
avocate. Elle est membre de cette
commission. Elle raconte: «Enfant,
je n’ai pas échappé au sort de
nombreuses femmes autochtones.
Ma mère était victime de violences de
son conjoint, qui m’a agressée
sexuellement dès l’âge de 4 ans
jusqu’à l’âge de 12 ans, de façon quasi
quotidienne. Cette violence vient du
colonialisme, avec la création des
pensionnats indiens et de toutes ces
blessures de l’histoire […] C’est
pourquoi j’ai toujours eu une soif de
justice. J’ai compris l’iniquité et j’ai
rêvé très tôt de devenir avocate.»
A ce jour, elle a rencontré plus de
cinquante familles et à chaque fois
elle pense «à toutes celles qu’on a
perdues dans cette tragédie
nationale. L’émotion me submerge
souvent mais je veux pouvoir
regarder ma fille dans les yeux et lui
dire que moi, en tant que femme et
autochtone, j’ai fait mon possible pour
lui donner un avenir meilleur». Et de
poursuivre: «Quand j’ai accepté ce
mandat, je savais que je tisserai des
amitiés pour la vie. Pour la première
fois, je ne suis pas que l’avocate mais
aussi la femme, avec son empathie, sa
compassion, même, envers les
accusés […].»
Aujourd’hui, la commission d’enquête
vient d’être prolongée de six mois,
plus de 800 témoins ont été entendus.
Fanny Wylde souhaiterait que l’on
puisse dire un jour que «ce n’est pas
parce qu’on est autochtone et qu’on
est femme qu’on est plus enclin à vivre
la violence, qu’on est plus enclin à être
tuée et à disparaître».
ANNE PASTOR et DAVID ROCHIER
Voyage en terre
indigène,
le vendredi
à 17 heures
sur France Inter
et à réécouter sur
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26 u
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MON PETIT ROYAUME (6/7)
Aimer César
A défaut d’être Napoléon, l’avocat monarchiste Frank
Samson, longtemps sosie officiel de l’empereur,
s’est inventé son propre royaume.
L’
affaire est passée inaperçue. Et pourtant: c’est la dernière fois que la France a été envahie. Le 11 août 2008,
très exactement, à bord d’une frêle embarcation, les
armées de l’empire de la Basse Chesnaie ont débarqué sur l’archipel des Glénan, dans le Finistère. L’empereur et ses généraux n’ont laissé aucune chance aux autorités locales et ont
planté fièrement sur la plage leur drapeau, marqué d’un grand
«F» noir sur fond doré. Les gendarmes,
terrorisés, n’ont pas osé sortir de leur caserne. Même si la rumeur dit aussi qu’ils
n’avaient aucune envie de mettre le nez
dehors pour trois olibrius : il pleuvait. La Bretagne.
Grâce à ce coup d’éclat, l’empire de la Basse Chesnaie, créé
en 1996, a considérablement agrandi son territoire, qui n’était
jusque-là qu’une grande maison dans l’Ille-et-Vilaine, à un
jet de pierre du village de Saint-Thual. Dans son bureau de
l’avenue Kléber, pas loin de l’Arc de triomphe, entre des figurines de hussards napoléoniens et des tanks de la Seconde
Guerre mondiale, l’avocat Frank Samson, 51 ans, nous raconte
joyeusement cette épopée. Il n’a pas encore enlevé sa chemise
pour nous montrer son grand signe «F» tatoué dans le dos,
pour Frank-Marc Ier, lui-même, mais ça ne saurait tarder. Tout
est sérieux avec le trublion. Ou rien ne l’est. Il peut être hilare
ou faire une tête de cochon, en un instant. Lorsqu’il nous parle
de sa voix partant dans les aigus, il a toujours un petit ton satisfait, comme s’il était devant un juge pour sa plaidoirie, abusant de rhétorique. D’emblée, il nous met dans l’ambiance.
On est à peine assis que notre empereur nous explique que
l’histoire s’est arrêtée pour lui en 1875, date de l’amendement
Wallon, marquant la rupture définitive de
la République avec la monarchie. Il se reprend: «Enfin, ce n’est évidemment pas définitif.» «Aussi loin que je m’en souvienne,
je suis monarchiste», explique-t-il. Et de répéter sa citation
préférée: «Le bien du peuple n’est pas dans le cri de la masse,
mais dans le cœur du prince.»
Un jour, le féru d’histoire, plutôt option Lorànt Deutsch que
Patrick Boucheron, s’est dit «et pourquoi pas moi», décidant
de transformer ses opinions minoritaires en une fantaisie intellectuelle. Il crée son micro-Etat, la Basse Chesnaie, du lieudit où est sa maison. 340 «citoyens» en sont aujourd’hui membres (on peut adhérer en un clic sur Internet), avec constitution et attribution de ministères dédiés à «la Diplomatie et [à]
Ma main dans ta gueule» ou à la «Justice et [aux] Décisions
LE PORTRAIT
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
arbitraires». Sa famille s’est prise au jeu. Tous ont un «F» tatoué sur le poignet. Sa femme, Delphine, mère au foyer, est
impératrice. Ses fils, Victor Frank Marc Louis Napoléon,
22 ans, et Octave Frank Edouard Louis Aragorn, 18 ans, se partageront l’empire à sa mort même si Frank-MarcIer, prenant
l’exemple de Charlemagne, sait que c’est une erreur.
Cette passion monarchique est un hasard. Ses parents, électricien, mère secrétaire, «des petits commerçants», ne l’ont en
aucun cas poussé. L’enfance est heureuse à Beaugency, près
d’Orléans, «l’une des rares villes qui restaient à Charles VII
en 1427», clame fièrement l’avocat qui jeûne, chaque 21 janvier,
jour de l’exécution de Louis XVI, parce qu’il a honte d’être
français. «On jouait au roi avec mon meilleur copain, à 10 ans.
J’étais le roi et il m’appelait “sire”», se souvient-il. Il marque
une pause, puis ajoute, dans un soupir de contentement renvoyant quarante ans en arrière: «Et ça me plaisait.» Peu avare
en anecdotes, l’histrion continue : «J’aimais porter les vêtements de ma grand-mère, mettre ses gros bijoux. Mes parents
avaient peur que je sois homosexuel, mais pour moi, c’était très
clair dans ma tête, je m’habillais en roi.» Ce goût du déguisement, il l’a gardé, organisant régulièrement des soirées costumées quand il ne part pas faire de la plongée sous-marine.
Officiellement, Frank Samson soutient Louis de Bourbon, prétendant légitimiste
Militants politiques
au trône de France, et apprétrès sérieux,
cie aussi Jean-Christophe
poètes manuels,
Napoléon, l’aspirant bonaactivistes rêveurs
partiste. Il ne s’intéresse pas
ou mégalomanes
à la vraie politique, ne vote
frustrés, Libé
pas. Ou alors, «pour les pires,
s’intéresse cet été
Besancenot ou Le Pen», souaux dirigeants de
haitant que leur élection enmicronations, ces
traîne la chute de la démoétats reconnus par
cratie. L’empereur ne lit pas
(presque) personne.
les journaux, ne regarde pas
la télé, mais ne peut s’empêcher de digresser sur la soirée de l’artiste militant LGBT Kiddy
Smile à l’Elysée pendant la fête de la musique, pestant contre
«ce spectacle de la cage aux folles». «Ce président de la République qui se déhanche avec une plume dans le cul, ce n’est pas
respectable.» Il ne comprend pas que l’on puisse ne pas être
d’accord. En bon avocat, Franck Samson fait attention à ses
mots : vous ne lui ferez pas dire qu’il n’aime pas les homosexuels, tout comme vous ne lui ferez pas dire qu’il n’aime pas
les musulmans. C’est plus habile: il préfère parler de son opposition à la laïcité qui «permet à l’islam de croître». Lui, en
bon catholique romain, voudrait qu’on grave dans le marbre
les racines chrétiennes de la France.
La démocratie, la loi, les règles, l’autorité, ce n’est pas sa tasse
de thé. Frank Samson en a fait son métier. Enervé à 18 ans de
s’être fait verbaliser à peine son permis obtenu, et «très rancunier», il s’oriente lors de ses études de droit vers la défense des
automobilistes. D’un tiroir, il sort un épais dossier, toutes ses
propres amendes de conducteur, qu’il a toujours refusé de régler. «Il doit y en avoir pour 8000 ou 9000 balles. Je préfère me
couper une main plutôt que de donner de l’argent à l’Etat républicain.» Pendant des années, les affaires marchent très bien,
il gagne sa vie «de manière indécente» et roule en Ferrari. Puis
un contentieux avec un associé à la fin des années 2000 le ramène à des revenus plus modestes (mais toujours confortables). Dans la profession, il a peu d’amis: «C’est à 95% des connards. Ils sont formatés, chiants, pédants, prétentieux.» On lui
fait remarquer que, vu le pourcentage, il est probablement un
connard, lui aussi. «Allez savoir? C’est bien possible», reconnaît-il avec bonhomie. Franck Samson ne s’attarde pas sur son
travail. Outre son empire, il préfère parler de sa grande passion : Napoléon, dont il est «profondément amoureux».
L’homme est intarissable. En 2005, on lui propose de participer
à une reconstitution historique au casino de Dinard. La place
est vacante, il devient le sosie officiel de Bonaparte, pendant
dix ans, jusqu’au bicentenaire de Waterloo, apprenant le corse,
à monter à cheval et s’aspergeant de son eau de Cologne, Farina 1709, pour pousser le plus loin possible la ressemblance.
Il s’en amuse: «Je suis mégalomane, certainement, mais ça ne
me dérange pas pour vivre.» Et, dans un dernier chaloupé: «Il
faut toujours que mon interlocuteur se dise: “Mais? C’est du
lard ou du cochon?” Si vous avez un doute, alors j’ai gagné.» •
Par QUENTIN GIRARD
Photo THIERRY PASQUET. SIGNATURES
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SAMEDI 18
Avec le regonflement de l'anticyclone
atlantique, il peut y avoir un peu de grisaille
par endroits, particulièrement près de la
Manche.
L’APRÈS-MIDI Le ciel reste assez nuageux sur
les régions proches de la Manche, dans une
ambiance assez fraîche. Partout ailleurs, soleil
et chaleur s'imposent. Des orages orographiques peuvent éclater des Alpes à la Corse.
DIMANCHE 19
Hormis près de la Manche, le soleil s'installe
dès la matinée, avec des températures déjà
élevées sur le pourtour méditerranéen où
continuent de souffler mistral et tramontane.
L’APRÈS-MIDI Les conditions sont estivales
sur la majeure partie du pays, avec jusqu'à
30 °C au Nord et 33 °C dans le Sud. Seules
les côtes de la Manche conservent un air
plus frais, avec seulement 21 à 23 °C.
Lille
0,3 m/18º
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
Dijon
IP
0,6 m/19º
0,6 m/18º
Bordeaux
1
2
3
4
5
6
7
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Agitée
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
GORON
(030/
VERTICALEMENT
1. Progresse seul (s’) 2. Marque du diable ; Vieux fou 3. Lettres dans le
marbre ; Il met des lettres dans le marbre 4. Modèles suédois ; On y trouve
un beau palais 5. Il assure des prestations de haut vol ; Religions aux multiples courants 6. Ni moi ni surmoi ; Exalta ; Femme de Jacob 7. Vingt
millions d’Indiens le parlent ; Avant un coup de feu 8. Groupe gaulliste ;
Requins de l’Atlantique 9. Où seul est autorisé le mouvement en marche
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. OBLITÉRER. II. RIA. ÉLAVÉ. III. ADIPEUSES.
IV. NONO. SENT. V. GNEISS. TY. VI. SN. EARL. VII. UG. TD. CEE.
VIII. TRAMERA. IX. AUTORADIO. X. NARRATION. XI. GUET-APENS.
Verticalement 1. ORANG-OUTANG. 2. BIDON. GRUAU. 3. LAINES. ÂTRE.
4. POINT MORT. 5. TEE. DERAA. 6. ÉLUSSE. RATP. 7. RASE. ACADIE.
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I. Réveil douloureux II. Canton
est au centre de la Suisse ; On
trouve Blanc-Sec en ses pages
III. Ce président a décroché
une étoile ; Courroux IV. Qui
a un coup dans le nez à
cheval sur le second VI. ; Il
coupe pluie et vent V. But
d’un sportif ; Il provoque la
mort d’un Maure VI. Un coup
dans le nez ; Parti d’opposition
VII. Un peu pour ceux qui ont
très peu ; Odeur de mort VIII. Il
a avec vous une convergence
de vue ; Macron a acté sa
disparition IX. Qui n’ont pas
de premier VIII. X. Si vous
oubliez qui vous êtes, elle
peut vous être utile XI. Misse
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La ville de Saint-Louis (Missouri), possède sans doute le plus
beau club d’échecs de la planète. Le Chess Club and
Scholastic Center est un établissement de 550 m2. Il a coûté
près de 880000 euros et est considéré comme le plus grand
des Etats-Unis.
C’est Rex Sinquefield, retraité de la finance, actif dans le
domaine politique et sensibles aux causes philanthropiques,
qui l’a financé. C’est aussi une association à but non lucratif,
qui entend «maintenir un programme officiel de
l’enseignement du jeu d’échecs»: «Il s’agit de promouvoir et
de soutenir un programme éducatif par la sensibilisation
de la communauté et des
partenariats locaux et
nationaux visant à accroître la
prise de conscience de la valeur
éducative du jeu d’échecs.»
En août 2010, Rex Sinquefield
a également fourni les fonds
pour déplacer à Saint-Louis
le World Chess Hall Of Fame,
une structure originale qui
associe un musée, des cours,
des compétitions, des conférences, etc. Le World Chess Hall
Of Fame s’intéresse également aux connexions entre le jeu
d’échecs, les arts et l’histoire. •
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
L’ÉTIQUETTE
ROYALE
Et aussi n quatre
pages BD n le P’tit Libé
n le premier chapitre
d’un roman de la
rentrée n des jeux…
MANUEL VAZQUEZ
Samedi 18
et dimanche 19 août
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Né dans une famille de la classe moyenne, William Hanson ne porte pas de titre de noblesse : «Terrible accident.»
Etiquette royale,
l’or et la manière
L
a panique nous saisit. Notre reportage n’a pas encore commencé que
déjà, on sent le roussi. On sait bien
que le métier de correspondante à
l’étranger, surtout au Royaume-Uni, implique
une prise de risques occasionnelle. On se souvient en frémissant de notre équipée nocturne à ramper dans la campagne anglaise en
compagnie de militants pour la protection
des blaireaux. On nous avait expliqué combien il était indispensable de ne pas s’écarter
des autres, sous peine d’être prise pour cible
par les snipers, des vétérans de la guerre en
Yougoslavie dissimulés dans les fourrés (pour
une sombre histoire de régulation de la population des blaireaux). Jusque-là, on n’avait jamais réalisé que notre silhouette avait quoi
que ce soit à voir avec celle d’un blaireau.
Cette fois, la mission nous semble encore plus
délicate. Il n’est même pas midi et, déjà, nos
Grâce à William Hanson, coach en tartinage de scones
et remuage de tea, nous voilà fin prête en cas d’invitation
de la reine Elizabeth II pour le goûter. On s’est s’entraînée
quelques heures sous les dorures du Ritz à Londres.
Par SONIA DELESALLE-STOLPER Correspondante à Londres
Photos MANUEL VAZQUEZ
pieds crient grâce. Perchée sur nos talons
aiguilles, on a essayé de marcher élégamment
vers l’entrée du Ritz à Londres, glorieusement
dressé sur Picadilly, à deux pas de Green Park.
On a sans doute lamentablement échoué
mais les Anglais sont trop polis pour ricaner
dans la rue. Des escarpins Louboutin nous
auraient sûrement aidée à marcher plus
droit. Mais, pour des raisons qui nous échappent, Libération nous a refusé le budget gar-
de-robe qu’on lui réclamait. Outre les talons,
un chapeau délicat (c’est ce qu’a dit la vendeuse) est perché sur notre tête et notre cou
alourdi par plusieurs rangs de perles, très
fausses, mais supposées apporter l’ultime
touche de classe à notre tenue de combat. On
aurait aimé commander un couvre-chef chez
Philip Treacy, le chapelier des royaux et des
bien-nés, mais, là encore, notre budget était
un peu serré.
Justement, William nous dévisage, visiblement dubitatif. Il fixe avec insistance notre
fameux chapeau. William Hanson, maître-expert de l’étiquette royale britannique, s’apprête à nous donner une leçon sur le sujet.
Tiré à quatre épingles, dans un costume probablement coupé sur mesure (nous n’avons
pas le même budget), ses cheveux blonds plaqués en arrière, William Hanson s’exprime
avec un accent haut perché renversant et…
nous serre la main. Nous voilà un peu déçue,
on espérait le baisemain.
COUVRE-CHEF
«Ce que j’enseigne, c’est la confiance, le fait de
savoir que vous pouvez aller au Ritz ou n’importe où et savoir comment vous comporter»,
nous rassure William. Avant d’ajouter, sans
transition: «Donc, le chapeau pour un after-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
noon tea, c’est non.» Premier faux pas, ça commence bien. Exit le couvre-chef. Le chapeau,
c’est pour les mariages et les courses hippiques à Ascot. Au mois de juin, tous les jours
à midi, on croise dans les gares et le métro de
Londres des hordes de femmes en talons
aiguilles et chapeau assorti à leur robe, accompagnées de messieurs en jaquette et haut
de forme. Ils se rendent aux courses d’Ascot,
l’un des grands moments de la saison d’été
londonienne. Le soir, on croise les mêmes à
l’heure de pointe, les femmes sont alors souvent en tongs, leur chapeau a glissé le long du
chignon écroulé et leur démarche est vacillante. Les pique-niques aux courses sont
accompagnés d’un nombre incalculable de
verres de mauvais prosecco.
Il est 11 h 30 et nous voici fin prête (sans le
chapeau) pour la cérémonie de l’afternoon
tea dans le somptueux décor du salon Palm
Tree du Ritz. Des palmiers en pot accueillent
le visiteur qui s’installe sur une des petites tables rondes nappées de blanc. Le reste du décor est or et sable et rien, mais alors rien n’a
été négligé pour impressionner le touriste.
Verrière au plafond, chandeliers dorés, marbre et miroirs, énormes bouquets dégoulinants, sans oublier bien sûr le piano à queue
sur lequel le pianiste-résident, en habit
queue-de-pie, va jouer tout l’après-midi. On
se sent un peu guindée. Pour détendre l’atmosphère, on remarque que 11 h 30 est une
heure un peu précoce pour un afternoon tea,
un thé de l’après-midi, mais William ne relève
pas. Notre tentative d’humour royal tombe
à plat. Deuxième faux pas en cinq minutes,
ça promet.
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On commence par le début et la serviette
qu’on déplie entièrement et qu’on pose avec
le pli perpendiculaire aux jambes. Cette serviette ne servira qu’à tamponner délicatement les lèvres et certainement pas à s’essuyer vigoureusement. «En même temps, si
vous vous retrouvez après un afternoon tea
avec de la nourriture tout autour de la bouche,
c’est qu’il y a un gros problème», explique
William, pince-sans-rire.
L’afternoon tea peut s’accompagner de… thé,
mais aussi d’un verre de champagne. Comme
il est un peu tôt et que nous sommes en mission, on s’abstiendra à regret et on choisira un
thé fumé. Si l’on y verse du lait, on s’abstiendra de remuer en rond la petite cuillère, mais
dans un mouvement vertical de balancier,
«pour éviter d’en mettre partout». La tension
monte, on décide de zapper le lait. Vient enfin
le moment de vérité, doit-on soulever le petit
doigt au moment d’empoigner notre tasse ?
«Oh non, cette histoire de petit doigt est ridicule et d’abord, on n’empoigne pas sa tasse, on
en pince l’anse, avec tous les doigts.» Mais on
croyait que le petit doigt levé était le signe ultime de la haute société? «Pas du tout, c’est un
mythe qui n’a pas de sens. On pense qu’il remonte à la cour de Louis XIV et qu’il s’agissait
en fait d’un signal lorsqu’on envisageait de flirter pour indiquer qu’on était atteint de syphilis
et que le flirt serait donc platonique», nous explique William. On sent la moutarde nous
monter au nez : pour William comme pour
tout Britannique bon teint, le coupable idéal
est forcément un Français, le Roi-Soleil de
surcroît. William ne dément pas et reconnaît
qu’il n’a pas la preuve absolue de ce qu’il
avance. On respire. L’autre explication serait
que les bourgeois, en voulant imiter l’aristocratie, en aient fait un peu trop.
COUTEAU
Voilà qu’arrive le plateau à trois étages. En
bas, une série de sandwichs au pain de mie,
dont la croûte a été ôtée, nous tendent les
bras. Il y en a aux œufs hachés à la mayon-
u III
naise, au cheddar, au saumon fumé, au jambon et, bien entendu, au concombre. Le plateau du milieu est vide, il attend les scones
qui arriveront tout chauds, à peine sortis du
four. En haut est posée une série de pâtisseries délicates. On s’apprête à couper nos petits
sandwichs proprement au couteau et à la
fourchette mais William nous arrête. «Les
sandwichs se mangent avec les doigts!» Décidément, on ne comprend rien à la logique de
l’exercice. On commence avec un sandwich
à la fois, «sinon on a l’air vorace», mais on
peut se resservir aussi souvent que l’on veut,
«en même temps, au bout d’un moment, ça fait
avide», jette William avec un regard entendu
vers notre main qui s’apprêtait à attraper un
troisième sandwich (celui au saumon).
Décontenancée, on renonce.
Pour essayer d’oublier le sandwich et éviter
de se jeter sur les pâtisseries (on a sauté le petit-déjeuner en prévision de l’événement), on
demande à William de nous dire ce qu’il
pense de notre apparence. Suite page IV
COLLATION
L’origine de l’afternoon tea est relativement
récente. Elle date de 1840 lorsque la duchesse
de Bedford, en visite au château de Belvoir
pour rencontrer le duc de Rutland, se sentit
soudain défaillir. La coutume était alors de
servir un dîner tardif et peu de choses au déjeuner. Pour se remettre, la duchesse réclama
du pain, du thé et de la confiture. Cette collation lui sembla si agréable qu’elle décida de
la renouveler le jour suivant, jusqu’à en faire
un rituel, peu à peu accompagné d’amis. Le
château de Belvoir, où cette tradition est née,
a récemment été le théâtre d’un réel épisode
de l’Amant de Lady Chatterley. La duchesse
de Rutland, mariée au duc, est tombée amoureuse de l’intendant du domaine, On réclame
des détails croustillants à William Hanson,
qui refuse catégoriquement. Dommage.
Aujourd’hui, l’afternoon tea ne se prend plus
que lors d’occasions spéciales, pour un anniversaire ou avant le théâtre, ou encore dans
les hôtels de luxe, par les touristes ou les reporters intrépides. Mais la reine Elizabeth II
continue à prendre son thé chaque aprèsmidi, à 17 heures. «Attention, elle prend son thé
dans un de ses palais, Buckingham, Windsor,
Sandringham ou Balmoral, souligne William,
en toute intimité.» Si on exclut le petit personnel, gouvernantes, femmes de chambre, valets
de pied et autres. Ce qui «implique des sandwichs, des pâtisseries et des scones posés sur des
assiettes différentes, pas sur des plateaux à
étage, lesquels sont l’apanage des hôtels pour
un gain de place sur les tables». Le plateau à
étages chez soi, c’est vraiment «très nouveau
riche», explique Wiliam, lèvres pincées.
Pour savoir si on doit mettre la fraise sur la crème, ou l’inverse, il suffit de connaître l’origine géographique de ladite crème…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV u
Est-ce qu’on passerait
inaperçue lors d’un afternoon tea avec la
reine, par exemple? William Hanson est extrêmement bien élevé, c’est son métier, il répond donc avec délicatesse. Mais, en gros, on
a tout faux. «J’aime beaucoup le coordonné entre la couleur du vernis des mains et pieds et
de la robe mais, normalement, les membres de
la famille royale ne portent pas de vernis coloré, trop voyant, un ton pêche ou légèrement
rosé est indiqué.» On avait pourtant choisi un
orangé assez classique, même pas un bleu ou
vert fluo. Quand à nos orteils, ils sont bien
trop visibles. «En fait, vous devriez porter des
souliers fermés, on ne montre pas ses orteils
et, en principe, une vraie lady porte des bas
ou des collants.» Même par 30 degrés au soleil ? «Oui», la réponse est sans appel.
Suite de la page III
CRAVATE
L’Américaine Meghan Markle, jeune épouse
du prince Harry, en sait quelque chose. Elle
avait été vertement critiquée pour avoir affi-
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
ché lors de ses fiançailles ses magnifiques
gambettes fuselées et bronzées dans toute la
splendeur de leur nudité. Shocking! Pour sa
première apparition officielle postmariage,
elle portait des bas couleur chair et les tabloïds britanniques s’étaient réjouis : elle
semblait enfin se «royaliser correctement».
On note que, pour notre part, la route est encore longue.
L’opinion de William sur Meghan est plutôt
positive. Le fond d’écran de son téléphone
portable est la photo du mariage le 19 mai.
«Qui sait? Meghan pourrait bien déchirer le
livre des règles d’étiquette», dit-il avec un mélange d’anxiété et d’excitation. Il note que le
jeune couple Harry et Meghan est bien plus
tactile que celui de Catherine et William, héritier du trône. «Ce n’est pas très britannique de
toucher, du moins les autres êtres humains.
Normalement, les Britanniques ne sont tactiles qu’avec les chiens et les chevaux, a fortiori
la famille royale. J’ai bien peur que les choses
doivent changer lorsque certaines “inévitabili-
tés” de la vie se produiront.» On le regarde, interloquée, avant de comprendre qu’il évoque
le décès, tabou mais inévitable, d’Elizabeth II,
92 ans.
Mais comment lui-même, à 28 ans, en est-il
venu à avoir l’air si… voilà que le vocabulaire
nous manque. «Si vieux jeu ? complète-t-il,
l’œil ironique. J’ai été élevé de manière très
traditionnelle par des parents qui étaient tout
à fait classe moyenne. Le fait que je ne porte
pas de titre aristocratique est un terrible accident de l’histoire», ajoute-t-il, presque sérieux.
Sa grand-mère était très attachée aux bonnes
manières: pour ses 12 ans, à Noël, elle lui a offert un livre sur l’étiquette. «J’ai commencé à
le lire et j’ai trouvé ça fascinant.» A l’école, à
Bristol, dans l’ouest de l’Angleterre, l’uniforme impliquait le port d’une cravate «abominable, en polyester, je détestais». Alors, en
cachette, il commande une cravate aux couleurs de l’école, mais en soie. «C’était probablement un peu bizarre, mais j’étais content.»
Il a un frère de trois ans plus âgé. «Nous sommes très très différents, ce n’est pas un voyou
mais… on ne se ressemble pas beaucoup. Disons qu’il aime le football.» Lorsque William
avait 16 ans, un professeur lui demanda s’il
pouvait enseigner aux élèves de 12 ans comment dresser une table correctement. Sa carrière est lancée. «Je suis devenu expert en étiquette, de toute façon, je n’ai aucun autre
talent.» Les magazines de papier glacé se jettent sur son savoir, puis les télévisions.
Aujourd’hui, il enseigne l’étiquette dans des
entreprises et à des particuliers, en Chine, en
Russie ou au Moyen-Orient. Mais le retour en
grâce de l’étiquette est récent. «Il y a eu un
temps où parler d’étiquette était presque un
gros mot.»
CONFITURE
Lever le petit doigt ? Surtout pas ! Une légende des Français.
En 2010, le mariage de Catherine Middleton
et du prince William, puis la série Downton
Abbey, redonnent du lustre aux bonnes manières. Les Britanniques restent la référence
en étiquette à cause de la famille royale (sorry,
Nadine de Rothschild), mais «attention, l’étiquette n’a pas été inventée pour vous ennuyer»,
explique-t-il alors qu’on est très tentée de le
contredire sur ce point. «L’étiquette existe
pour que la société fonctionne mieux, si tout
le monde connaît les règles sur comment se
comporter, c’est plus facile.» Et si justement,
on ne connaît pas bien les règles? «Ce n’est pas
grave, dans ce cas il n’y a qu’une seule règle,
c’est imiter son hôte, observer et copier ce qu’il
fait.»
On est interrompus par l’arrivée en fanfare
des scones, ces petites brioches anglaises.
William nous explique en premier lieu que
«scones» se prononce avec un «o» ouvert et
non fermé, voilà que le cours d’étiquette se
transforme en cours de linguistique. La reine
dit «scooones» – «d’ailleurs, elle ne les aime
pas et les donne à ses chiens corgis». On en empoigne un pour le trancher en deux avec le petit couteau à dessert en argent quand William
arrête délicatement notre geste. «Non, jamais
on ne tranche un scone au couteau.» Il s’agit
de l’ouvrir délicatement en deux, horizontalement, avec la main. On s’exécute. Arrive ensuite le plus grand dilemme britannique
après la décision du Brexit. Doit-on tartiner
d’abord le scone de clotted cream (une crème
fraîche si épaisse qu’on peut à peine marcher
L’afternoon, le champagne est
autorisé… mais on préfère le thé.
ensuite) puis de confiture de fraises (attention: de fraises, pas d’abricot ou de myrtille)
ou le contraire ? Notre bras est suspendu en
l’air, de peur, une fois de plus, de commettre
une bévue.
William prend un air patient, un peu comme
celui de mon professeur de mathématiques
en seconde quand il essayait de m’expliquer
pour la énième fois la beauté d’une intégrale.
«Si on vous sert de la crème venue de Cornouailles, on commence par la confiture, puis
ensuite la crème. Si la crème vient du Devon,
vous pouvez envisager de poser d’abord la
crème puis de mettre la confiture au-dessus»,
précise-t-il. Ça y est, on commence à hyperventiler. On se jette sur le menu et on lit: «Cornish Clotted Cream», donc ce sera la crème
après la confiture. L’épuisement nous guette.
Il reste pourtant une montagne de petites pâtisseries. On suggère de demander une boîte
pour emporter. William soupire et réplique:
«Ça ne se fait pas.» On s’en doutait un peu. Il
nous précise un détail d’importance. Si
d’aventure on était invitée à dîner avec la
reine, ou à prendre le thé –on peut rêver– la
règle est simple: «On s’arrête de manger lorsque la souveraine s’arrête», et tant pis si on a
encore faim. Deux heures qu’on prend le thé
et on est épuisée. On s’éclipserait bien aux toilettes mais comment dit-on «j’ai envie de faire
pipi» en langage royal? «I am going to freshen
up in the powder rooms» («je vais aller me rafraîchir dans les salons»), répond William. Ce
n’est pourtant pas compliqué.
«Rafraîchie», on remercie William avant de
lui confier notre épuisement. Il sourit. «C’est
comme apprendre à conduire: au début, c’est
très stressant puis, avec un peu de pratique,
on n’y pense même plus, on prend confiance,
on discute et on allume même la radio.» Il nous
rassure, affirme qu’on s’est parfaitement bien
sortie de l’exercice, qu’on a été absolument
«délicieuse». La «délicieuse» sort alors en titubant du Ritz et file au parc où elle s’écroule sur
la pelouse pour enfiler ses tongs. •
LUNDI JAI TESTÉ
LE CIMETIÈRE DES CHIENS
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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SÉRIES /
Q
uel insupportable rejeton
de la gauche caviar ! A
18 ans, Marie-Joseph Paul
Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, jeune
capitaine en garnison à Metz qui
vient d’épouser une Noailles, s’entiche des idées nouvelles de droits de
l’homme et de liberté des peuples.
Le 8 août 1775, lors d’un dîner d’apparat, il entend le duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre, parler
de la cause des insurgents américains en révolte contre la monarchie anglaise. Aussitôt, quoique
membre de la plus haute aristocratie et au désespoir de sa famille, il
décide d’embrasser cette cause
républicaine.
La Fayette est un grand jeune
homme réservé au visage d’enfant,
fidèle aux valeurs d’honneur enseignées dans la noblesse, néanmoins
rétif à l’autorité, doté d’une énergie
inépuisable et d’une imagination
fiévreuse. Tireur de plans sur la comète, idéaliste entreprenant, il décide de partir en Amérique aux côtés des colons américains qui
veulent secouer le joug de la métropole. Le ralliement d’un jeune officier rêveur à cette cause lointaine
serait anecdotique si La Fayette
n’était pas doué d’un entregent hors
du commun et d’une fortune héritée
qui en fait l’un des hommes les plus
riches de France. Fréquentant les
salons philosophiques, bientôt initié à la franc-maçonnerie, doté d’un
redoutable réseau de relations à la
cour, reçu par les ministres et par le
roi, il remue ciel et terre pour convaincre la France de soutenir les
rebelles. Les conservateurs du
royaume y sont hostiles. Pour Malouet, «il est inconséquent et dangereux pour une monarchie absolue de
se mettre à la tête d’une révolution
démocratique». Mais c’est le propre
de la gauche caviar, dont on dit tant
de mal, que de plaider pour le progrès contre les intérêts de sa classe.
Diplomate. La Fayette a embrassé
les idées libérales qu’il défendra
toute sa vie. Il veut la souveraineté
du peuple, une constitution, la liberté, l’abolition de l’esclavage.
Dans sa campagne de persuasion, il
rencontre les raisonnements plus
cyniques des excellences du gouvernement, De Broglie, Sartine ou Vergennes, qui voient dans le soutien
aux insurgents américains un bon
moyen d’affaiblir l’Angleterre.
Même s’il est frotté aux idées nouvelles, Louis XVI hésite à déclencher
une guerre en contradiction avec les
récents traités. Il laisse les initiatives
privées prendre en charge l’opération. Les moyens en sont d’autant
limités. Qu’à cela ne tienne :
La Fayette finance lui-même l’achat
d’un vaisseau et part pour l’Amérique. Quoiqu’idéaliste, c’est un bon
ÉTÉ
u V
Fait citoyen américain par le Congrès, membre fondateur de l’ordre
de Cincinnatus, ami de Washington
qui préside la jeune république,
La Fayette est sacré «héros des deux
mondes» et rentre en France sous les
acclamations du public et de la cour.
Paradoxe: la monarchie applaudit
l’homme dont les idées la renverseront dix ans plus tard. Une longue
carrière politique attend La Fayette,
brillante et controversée. Mais pour
l’histoire, il restera toujours le jeune
combattant sans frontières qui mit
sa fortune et sa vie au service de la
démocratie américaine naissante.
Selon la légende erronée, mais largement répandue, en 1917, quand le
général Pershing débarque à la tête
d’un corps expéditionnaire américain pour épauler l’armée française,
il lâche ces trois mots qui disent
tout: «La Fayette, nous voilà!»
De retour en France, l’Hermione repart aussitôt avec un convoi destiné
à renforcer l’escadre de Suffren qui
combat les Anglais sur les côtes de
l’Inde. La paix revenue, elle rentre
à Rochefort. Elle est de nouveau
mobilisée pendant la Révolution
pour affronter les Vendéens dans
l’estuaire de la Loire. Le 20 septembre 1793, un pilote maladroit la jette
sur les rochers de la baie du Croisic
et elle coule bas après douze années
de service.
Labeur. Deux siècles plus tard, à
L’Hermione lors de la bataille de Louisbourg, en 1781..PHOTO MUSÉE DE LA MARINE. GAMMA
L’«Hermione» et La Fayette
en toute indépendance
Bateaux phares (6/6) Histoires de navires célèbres que l’on peut
encore visiter. Aujourd’hui, la frégate du marquis idéaliste qui navigua
entre aristocratie française et démocratie américaine.
militaire et quoique militaire, c’est
un excellent diplomate. Il combat
avec succès les troupes anglaises entre New York et Philadelphie et assure la liaison entre les chefs insurgents et la France. Il gagne le respect
du Congrès américain et l’amitié de
George Washington, qui le voit bientôt comme son fils adoptif.
Au bout d’un an de lutte, il retourne
en France plaider de nouveau la
cause insurgente. Louis XVI se décide : un corps expéditionnaire
commandé par Rochambeau par-
tira pour l’Amérique, appuyé par
une escadre sous les ordres de l’amiral de Grasse. La Fayette affrète un
deuxième navire: c’est l’Hermione,
une frégate légère de 26 canons, élégante et rapide, construite dans les
chantiers de Colbert à Rochefort,
commandée par Latouche-Tréville,
qui sera l’amiral de la flotte française sous Napoléon. Elle touche
Boston pendant l’été 1780, permettant à La Fayette d’annoncer à
Washington l’arrivée prochaine du
corps de Rochambeau. Elle guerroie
sur les côtes américaines et participe à la victoire de Louisbourg au
côté de l’Astrée commandée par
La Pérouse. Renforcés par Rochambeau, La Fayette et Washington
concentrent leurs troupes autour de
la baie de Chesapeake, que l’amiral
De Grasse interdit à la flotte anglaise. Encerclée dans Yorktown,
l’armée britannique se rend aux
troupes franco-américaines. Les insurgents ont gagné la guerre d’indépendance: une nouvelle puissance
est née sous le signe de la liberté.
Rochefort, un groupe de passionnés
par l’histoire et la marine s’embarque dans une entreprise folle : reconstruire à l’identique l’Hermione,
sur les lieux mêmes où elle avait été
lancée, dans un méandre de la Charente, près de la Corderie royale, à
deux pas du pont transbordeur qui
servit de décor à la première scène
des Demoiselles de Rochefort.
Comme aucun sponsor ne veut financer le chantier, ces passionnés
inventifs créent un musée permanent où le public pourra suivre pas
à pas la construction du navire.
Ainsi ressuscite un trois-mâts de
44 mètres à la coque jaune et bleue
relevée à la poupe, fine et puissante,
qui file à 14 nœuds quand il porte
toute la toile, et qu’on peut visiter
aujourd’hui dans la darse de Rochefort. Il faut treize ans de labeur pour
arriver à bout de la construction.
Le 7 septembre 2014, l’Hermione
sort du chantier et embouque la
Charente pour une escale à La Rochelle. Elle se lance ensuite dans
l’Atlantique pour refaire le voyage
de La Fayette, reçue à New York par
une myriade de bateaux qui l’escortent jusqu’à Manhattan en passant
au pied de la statue de la Liberté.
Elle vient saluer l’hyperpuissance
mondiale qui a vu le jour grâce à un
petit marquis aux grandes espérances. La Fayette, la voilà…
LAURENT JOFFRIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VI u
ÉTÉ / PHOTO
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Têtes de scènes
Séance tenante Héros Depuis deux ans,
Christopher Smith diffuse sur Instagram
les autoportraits léchés et multiréférencés qu’il
a commencé à prendre dans sa chambre d’ado.
CHRISTOPHER SMITH
Né en 1994.
Vit à Port Elizabeth
(Afrique du Sud).
«L’
Equipée sauvage ! Marlon
Brando!» Nos collègues ont
pris la requête très au sérieux : qui se cache derrière
la centaine de personnages incarnés par
Christopher Smith et postés sur son
compte Instagram, vertigineux défilé
d’autoportraits multiréférencés? On scrute
les détails d’une photo du splendide minot,
yeux baissés, clope au bec, blouson et casquette en cuir sur fond jaune. Le flic des
Village People ? Il manque la moustache,
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
le costume est plus subtil. Brando, donc,
chef de bande des «rebelles noirs» sur leurs
Triumph rugissantes ? Plus convaincant,
mais Marlon ne fume pas. Finalement, c’est
en scrollant parmi l’averse de commentaires qu’on pense trouver la solution: Scorpio Rising, obscur court métrage expérimental de 1964 célébrant les icônes
rebelles. C’est l’affiche, tout y est. De toute
façon, aucune certitude, l’auteur prolifique
ne donnera pas la clé: «Je ne parle pas des
photos individuellement. Je préfère que les
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
gens y projettent ce qu’ils veulent.» OK, c’est
le jeu.
Christopher Smith n’a que 15 ans quand il
commence ses mises en scène, sur son téléphone portable, dans sa chambre d’ado de
Port Elizabeth. «Je sais que ça a l’air ridicule
maintenant, les selfies sont partout, mais à
ce moment-là, j’étais vraiment excité à l’idée
de m’exprimer et de me voir comme jamais
auparavant, sexy, glamour…» A 16 ans, il se
munit d’un petit appareil Samsung, avec lequel il shoote toujours. Caméra posée sur
un tripode, retardateur de dix secondes: le
fond est le mur de sa chambre ou un drap
qu’il a tendu, la lumière, naturelle, ou celle
de sa lampe de bureau. «J’essaie de masquer
au mieux le fait que je n’ai pas beaucoup
d’espace, donc dans la plupart des images,
je pose tout en étant assis par terre.» Aucune
trace d’un tel bricolage dans ces images léchées aux ambiances hétéroclites.
Le caméléon boulimique de cinéma, de
magazines de mode ou de clips ne partage
cette multitude de versions de lui-même
u VII
que depuis 2016, l’année de son coming out.
«Les photos sont personnelles et je pense que
chacune révèle une vérité sous-jacente de
moi-même, et avant d’avoir fait mon coming
out à ma famille et mes amis, je n’étais pas
à l’aise à l’idée que les autres puissent voir
ces aspects de ma personnalité, raconte le
photographe. Mes fantasmes, peurs, désirs
et évidemment ma sexualité font partie de
ces images. C’était comme un lieu sûr, et ça
l’est toujours.»
TESS RAIMBEAU
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VIII u
ÉTÉ / FEUILLETON
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Justine
Et le
vice
versa
Pervers textuels (6/7) Tous les samedis,
«Libé» part à la rencontre de grands tordus
de la littérature. Cette semaine, Justine, héroïne
imaginée par le marquis de Sade. Soumise
à la débauche, la mijaurée idéale déprava
jusqu’au masochisme même.
Par
MATHIEU LINDON
A
utant sa sœur Juliette aspire explicitement, et avec
succès, à être une bonne
salope à tous les sens du
terme, autant la pauvre petite Justine n’aurait que la vertu en ligne de
mire dont elle ne va cependant pas
cesser de représenter «les infortunes» puis «les malheurs». Et c’est
l’honnête Juliette qui serait la perverse, et l’hypocrite Justine qui
symboliserait le bien ? Pourtant,
de 1787 à 1799, ses aventures livresques prospèrent comme un vice: les
Infortunes de la vertu est un simple
épisode qui ouvre sur Justine ou les
Malheurs de la vertu et s’achève sur
la Nouvelle Justine, le texte passant
d’une longue nouvelle à un très
gros roman et annonçant Histoire
de Juliette, sa sœur, en 1801 (qui fut
un temps sous-titré les Prospérités
du vice). Le livre croît et se multiplie : il faut bien qu’il y en ait pour
tout le monde. Michel Delon, éditeur du texte en Pléiade, remarque
en outre comme, en passant d’«Infortunes» à «Malheurs», Sade fait en
sorte que le titre même «efface la
nuance d’injustice et de scandale».
PUCELAGE
Au point que si Justine n’a en définitive que ce qu’elle mérite, certains
estiment que c’est trop bien pour
elle. Jean Paulhan, à propos de cet
«étrange secret de Justine», lequel
tient son nom «de ce bon romancier
autrichien, qui vint au monde
cent ans après Sade, dont les héroïnes cruelles étaient vêtues d’une cravache, et parfois d’un manteau de vison» : «Exactement, elle est la seule
manie que l’on ne puisse châtier sans
lui venir en aide, ni punir sans la récompenser.» Le masochisme de Justine n’est certes pas en soi un vice
épouvantable, mais la manière dont
elle en use va lui faciliter l’entrée
dans le dispositif de la perversion.
La bêtise est un droit mais ce n’est
pas un devoir. Justine, parfois, dépasse les bornes à répéter les mêmes prétendues erreurs et horreurs
en tombant sans cesse entre les
mains de ceux qui rivalisent d’imagination pour utiliser avec obscé-
nité son corps perpétuellement magnifique et intact. On sait que Sade
se veut philosophe, ami de la vérité,
d’où la publicité faite au sort de «la
vertueuse Justine». «Il est essentiel
que les sots cessent d’encenser cette
ridicule idole de la vertu, qui ne les
a jusqu’ici payés que d’ingratitude,
et que les gens d’esprit, communément livrés par principe aux écarts
délicieux du vice et de la débauche,
se rassurent en voyant les exemples
frappants de bonheur et de prospérité qui les accompagnent presque
inévitablement dans la route débordée qu’ils choisissent.» Et Justine
aura beau pleurnicher –on imagine
que c’est le synonyme pour Sade et
pour elle d’appeler à la rescousse
Dieu ainsi que tous les prétendus
beaux sentiments humains–, il faut
toujours qu’elle y passe même si ça
ne passe pas vraiment car la taille
de l’instrument ou l’énergie de la
fermeture lui permettent de garder
sa virginité plus qu’il n’est vraisemblable à qui subit tant de forfaits.
La voici livrée aux méchants: «Dès
que je fus comme il désirait, m’ayant
fait mettre les bras à terre, ce qui me
faisait ressembler à une bête, la Dubois apaisa ses feux en approchant
une espèce de monstre positivement
aux péristyles de l’un et l’autre autel
de la nature, en telle sorte qu’à chaque secousse elle dût fortement frapper ces parties de sa main pleine,
comme le bélier jadis aux portes des
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
u IX
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Illustrations de
la Nouvelle Justine,
1797. PHOTO FOTOTECA.
LEEMAGE
contrainte de le faire, eh bien, ma
foi, il faut le faire, et du mieux
qu’elle peut. Ce n’est pas juste contenter ainsi son propre masochisme, c’est assurer au sadique
qu’il n’y aura pas un grain de sable
dans l’inexistante capote, un inattendu qu’il abhorre pour tout gâcher.
PARADOXE
villes assiégées.» Mais Justine préfère souffrir que s’ouvrir, c’est la devise des femmes comme elle, «à sa
place j’aimerais mieux livrer les portes que de les voir ébranlées ainsi»
prétend Cœur de Fer qui finit par
capituler «sur les brèches molestées
sans être entrouvertes». La jeune
fille fait de nécessité vertu: c’est justement parce que son pucelage ne
lui appartient pas (ni à Dieu, soyons
clair, quoique les divers prêtres
qu’elle rencontre estiment y avoir
droit) qu’il lui est si important de le
conserver au maximum. Justine
outragée, Justine brisée, Justine
martyrisée et jamais vraiment libérée est en fait d’une générosité telle
qu’il n’est pas pire perversion. Elle
ne cesse de céder aux immondes
hommes et femmes qui l’abusent
perpétuellement parce que, au
fond, elle ne peut pas s’empêcher de
vouloir faire plaisir, surtout quand
on le lui demande avec une telle
brutalité et une telle obscénité. Elle
est sans cesse humiliée, violée, violentée et finit indéfiniment par y céder malgré ses réticences. En fait,
c’est une force plus qu’une faiblesse. Pour parodier des mots beckettiens, elle n’est bonne qu’à ça.
Mais, à ça, elle est vraiment très
bonne.
Justine est de la chair à fantasmes.
«Je vis bien que l’obéissance était
mon dernier lot» : c’est une phrase
que, en ces termes ou en d’autres,
elle a à répéter souvent au cours de
ses aventures. C’est le cœur de son
identité car Sade est un maniaque
de l’ordre et ses mises en scène les
plus extravagantes et les plus rigoureuses perdraient manifestement
tout pouvoir d’excitation si une victime se mettait en tête de les déranger. Il faut certes user de force, de
chantage, d’un extrême pouvoir de
conviction pourrait-on dire pour
résumer jusqu’aux dominations les
plus brutales, toujours est-il que le
point primordial est que Justine, en
définitive, doit absolument être
consentante, même et surtout pleurant et se lamentant et suppliant.
Plus que tout au monde, elle voudrait ne pas le faire. Mais, si elle est
Mais ce n’est pas tout. Justine doit
en permanence s’atteler à un double travail. Elle est de la chair à fantasmes non seulement à l’intérieur
du texte mais aussi à l’extérieur. Sa
tâche est gigantesque mais elle n’y
rechigne pas : elle doit satisfaire
non seulement les personnages du
roman mais ses lecteurs. Ce n’est
pas à la portée de la première venue, certaines abandonneraient
d’emblée devant l’ampleur du travail. Mais Justine est une ambitieuse, il ne sera pas écrit qu’elle ait
renoncé, que des violeurs particulièrement sadiques ou nombreux
aient eu raison de sa soumission. Et
c’est aussi pourquoi son prétendu
pucelage est tellement important:
il faut qu’elle puisse le perdre à chaque page selon le goût de l’instant
de ses persécuteurs, qu’ils soient
personnages ou lecteurs. Dialogue
en pleine action entre son ami et
Saint-Florent : «Oui, parbleu ! son
derrière est sublime, dit le robin qui
le baisait pour lors : j’ai fort peu vu
de reins moulés comme ceux-là; c’est
que c’est dur, c’est que c’est frais !…
comment cela s’arrange-t-il avec
une vie si débordée ?
—Mais c’est qu’elle ne s’est jamais livrée d’elle-même ; je te l’ai dit, rien
de plaisant comme les aventures de
cette fille! On ne l’a jamais eue qu’en
la violant.»
Tel est le paradoxe propre à Justine
et à sa position fantasmatique: les
viols eux-mêmes participent de sa
virginité. «Elle ne voulait pas, alors
ça ne compte pas.» Et c’est aussi
pourquoi son corps ne cesse de
guérir miraculeusement après chaque avanie: pour qu’on puisse le redétériorer à loisir à chaque épisode.
Il est indispensable qu’elle soit immanquablement pucelle et innocente à tous les coups, ce serait
beaucoup moins excitant si elle
avait pris le goût et l’habitude du
sexe et attendait désormais chaque
coït avec impatience. Il faudrait
alors qu’elle se trouve d’autres lecteurs, ceux qui préfèrent les histoires de sa sœur devant qui elle ne ferait certes pas le poids. Juliette
jouit d’être en accord avec ellemême, Justine fait jouir d’y être en
désaccord apparent, en phase seulement avec les pulsions de ses
bourreaux et lecteurs. Elle est
Justine est de la
chair à fantasmes
non seulement
à l’intérieur du
texte mais aussi
à l’extérieur.
Sa tâche est
gigantesque mais
elle n’y rechigne
pas: elle doit
satisfaire non
seulement
les personnages
du roman mais
ses lecteurs.
comme le meunier de La Fontaine,
à prétendre contenter tout le
monde et son père (plutôt sa sœur,
en l’occurrence). Mais, elle, il faut
qu’elle s’y tienne et n’en fasse surtout pas à sa tête.
«PLAISIR»
Dans les différentes incarnations de
Justine qu’il rédige au fil des années, Sade n’a pas besoin de dispositifs textuels élaborés ou on ne sait
quelles mises en abyme pour faire
intervenir le fameux lecteur. L’écrivain sait au contraire pouvoir compter sur la complaisance de celui-ci,
sa bonne volonté. Ce n’est pas un
hypocrite lecteur mais plus ouvertement un semblable, un frère. Il est
avec la vraisemblance comme avec
le ciel des accommodements. Si Justine est dissimulatrice, c’est envers
ce lecteur : elle est tenue de faire
semblant d’être malheureuse, sinon
personne ne voudrait plus de cette
idiote. Tandis qu’en hurlant à la
mort à chaque instant avant de céder (comment faire autrement ?),
elle accomplit son devoir. Alain
Robbe-Grillet: «Puisque le sadien ne
recherche jamais la participation,
mais seulement le viol, le plaisir ne
peut qu’être imposé à l’autre au
même titre que la souffrance. La victime doit être enchaînée, même –et
surtout– pour recevoir des caresses.»
Justine est d’une certaine façon perverse à l’insu de son plein gré, par
délicatesse, par générosité. Ce
qu’elle fait, elle ne le fait pas pour
elle (ni contre) : elle est toujours
prête à se dévouer pour assurer le
plaisir du lecteur. •
LE WEEK-END PROCHAIN
LE COMTE DE MONTE-CRISTO
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X u
Jeu n°1
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Pourquoi l’été on
est heureux alors
que l’hiver
on est triste ?
Dessinez,
c’est l’été !
Toi aussi tu veux dessiner P’tit Libé et l’équiper pour l’été?
Suis ces différentes étapes et n’hésite pas à nous envoyer
ton chef-d’œuvre, ça nous fera plaisir (Le P’tit Libé
2, rue du Général-Alain-de-Boissieu 75015 Paris
ou leptitlibe@liberation.fr).
DR
JEANNE,
9 ANS,
LILLE
(NORD)
tu peux t’amuser
à changer les formes
Cet été, elle part avec
sa famille en Thaïlande,
un pays situé en Asie.
A cette période, il risque
d’y avoir beaucoup
de pluie là-bas, mais il fait
très chaud.
Q
uand l’été arrive, on peut
se sentir mieux dans notre
corps et dans notre tête.
Mais pourquoi sommesnous plus heureux pendant cette
saison ? Déjà,«il fait plus chaud et
Jeu n°2
Message
mystère
Tiens, tiens, P’tit
Libé a le sourire
jusqu’aux oreilles.
Sais-tu pourquoi ?
Décode son
message pour le
découvrir.
A
B C
D
G
H I
J
E
K
L
M
N
O
S
T
U V W X
Y
Z
P
F
Q R
plus beau en été, ce qui va avoir des
conséquences sur notre humeur.
On est plus contents», explique
Gilles Vandewalle, chercheur
en neurosciences (les études du
cerveau) à l’université de Liège, en
Belgique.
En été, on voit la lumière du soleil
plus longtemps car les jours sont
plus longs. Elle est très bonne pour
notre santé car elle rend les os plus
forts. On sera donc plus en forme
en été qu’en hiver. Et puis cette lumière nous aide à mieux dormir.
Le manège des hormones
Mais il faut aller à l’intérieur du cerveau pour comprendre pourquoi
nous sommes plus heureux en été,
car il s’y passe beaucoup de choses.
Tout d’abord, il faut savoir que le
Réponse : la lumière
du soleil nous rend
heureux.
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
est aussi plus souvent couvert. On
voit moins les rayons du soleil et notre cerveau a donc plus de mal à fabriquer l’hormone de l’énergie.
Jeu n°3
Coup de mou
Mais attention, tout le monde n’est
pas triste entre décembre et mars,
et heureusement. En fait, «dans le
monde, 1 à 3% de la population a le
blues pendant l’hiver», indique
Gilles Vandewalle. Ça veut dire que
ces gens se sentent moins joyeux et
plus fatigués. Pourquoi ça concerne certaines personnes seulement ? Parce qu’elles ont «des gènes [éléments du corps qui font
qu’on a telle ou telle couleur de cheveux ou d’yeux] qui sont un peu
moins adaptés à l’hiver», ajoute le
chercheur belge. Si tu as un coup
de mou cet hiver, concentre-toi sur
ce qu’il y a de sympa : boire du chocolat chaud et admirer les décorations de Noël !
Mots croisés
Trouve le mot qui correspond
à chaque définition.
1
2
3
4
5
Par AUDREY MORARD
Jeux et illustrations CÉDRIC AUDINOT
6
7
Suis l’actu toute l’année
sur Leptitlibe.fr
et retrouve notre
magazine spécial été
chez ton marchand
de journaux ou
commande-le sur
Boutique.liberation.fr.
8
1. Ensemble de petits éléments qui circulent
dans le corps à travers le sang
LES QUESTIONS DES PETITS
SUR LES ÉMOTIONS de MARIE AUBINAIS
(Bayard Jeunesse, 14,90 €). A partir de 5 ans.
Y a-t-il des gens qui ne sont jamais tristes ? Est-ce que
c’est normal d’avoir peur quand on est tout seul ? Ce petit
livre répond aux questions sur les émotions qu’on peut se
poser quand on est enfant grâce à des BD et des contes.
2. Son métier est d’utiliser la lumière pour
que les gens se sentent mieux
3. Le cerveau la fabrique pour nous endormir
4. L’hormone qui nous donne la patate
5. Saison pendant laquelle on peut être
plus triste
CONCOURS
POUR LES 6-14 ANS
6. En été, ils sont plus longs qu’en hiver
7. Sciences qui étudient le cerveau
Dessine la couverture du livre dont tu rêves
d’être l’auteur, avec ton nom, le titre du livre et
le nom de la maison d’édition. Sur une autre
feuille, écris un résumé de l’histoire (entre 5 et
10 lignes). Envoie ton œuvre, avec une autorisation de tes parents, avant le 29 septembre 2018
(23 h 59) par mail à leptitlibe@liberation.fr ou
par courrier : Le P’tit Libé, 2 rue du GénéralAlain-de-Boissieu, 75015 Paris. A gagner : des
abonnements au P’tit Libé, des sacs, des affiches
et des livres. Concours en partenariat avec le
Centre national du livre dans le cadre de l’événement
«Partir en livre». Règlement à lire sur http://bit.ly/LPLete18.
S
P’T ITE
LES
ZÉ ES
BR ON
8. Eléments du corps qui font qu’on a telle
ou telle couleur de cheveux ou d'yeux
Réponses :
1. hormone
2. luminothérapeute
3. mélatonine
4. sérotonine
5. hiver
6. jours
7. neurosciences
8. gènes
cerveau ne fonctionne pas de la
même manière le jour et la nuit.
Pendant la journée, il fabrique une
hormone (des petits éléments qui
circulent dans le corps à travers le
sang) qui nous donne la pêche, ou
la patate (ça dépend si on préfère
les fruits ou les légumes). Cette hormone s’appelle la sérotonine. C’est
grâce à elle que, quand il fait jour,
notre corps se sent plus en forme.
Quand la nuit commence à arriver,
le cerveau fabrique une autre hormone qui s’appelle la mélatonine.
Elle est très différente car «elle agit
comme un médicament qui nous
aide à nous endormir», explique
Gérard Pons. Il est luminothérapeute, c’est-à-dire que son métier
consiste à soigner les personnes
très tristes en les exposant plus souvent à la lumière.
En été, les jours sont plus longs. A
la fin du mois de juin et au début du
mois de juillet, par exemple, il fait
nuit vers 22 heures en France. C’est
très tard par rapport au reste de
l’année. Si les jours sont plus longs,
l’hormone de l’énergie est fabriquée plus longtemps. Ça fait donc
du bien à notre moral.
En hiver, les jours sont plus courts
et la nuit arrive plus vite, par exemple vers 17 heures au mois de décembre. L’hormone du sommeil a
donc plus de temps pour se développer et on peut se sentir moins
joyeux pendant la journée. Le ciel
u XI
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XII u
ÉTÉ / ZAKOUSKIS
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
SANS
CHEMISE,
SANS
PANTALON
BIANCHETTI. LEEMAGE
20 août Saint Bernard
Notre ami du
jour est né en
1090 dans une
famille aisée
(père chevalier, mère
bonne chrétienne et de
haute lignée)
et a comme particularité d’avoir un
frère saint (Gérard), une sœur sainte
(Ombeline) et quatre autres frères
moines, ce qui commence à faire
beaucoup. Je te dis pas la rigolade le
soir à la maison. Et aussi d’avoir
choisi, à 23 ans, la vie monastique au
lieu de continuer peinardement les
chasses, les conquêtes féminines,
les guerres, etc. Certes, il devient
père abbé de la magnifique abbaye
qu’il a fondé à Clairvaux, (à sa mort,
il y a 500 abbayes cisterciennes)
mais il passe le plus clair de son
temps sur les routes d’Europe, à prêcher la parole de l’Eglise sur un ton
très conservateur, jugeant entre
autres l’ordre des bénédictins un
peu trop cool. Du reste, il est très pénitent, prône un ascétisme et un dépouillement ultrarude (pas une
goutte d’alcool, par exemple), s’inflige des trucs atroces qui ruinent sa
santé autant que ses voyages à dos
de mule. Oui, une mule. Alors pourquoi le saint-bernard et son tonnelet
de gnôle (lui qui ne buvait pas) porte-t-il son nom ? Un mystère ecclésiastique de plus…
EMMANUÈLE PEYRET
HISSEZ LES
COULEURS
De bons coups de rouge
Il y a le rouge Ferrari et le rouge baiser, le carton rouge et l’Affiche rouge,
la robe de mariée rouge jusqu’à la fin
du XIXe siècle. C’est une couleur
forte, et c’est la préférée des enfants.
Celle aussi du feu, du sang, de la vie,
de la mort, de la violence, de l’interdit et de la passion. Et surtout d’une
incroyable richesse de nuances :
amarante, coquelicot, géranium,
pourpré, purpurin et autres purpuracés. Et encore, écarlate, rubescent,
rubicond ou vermeil. Et de toutes les
révolutions ou presque : la Vierge
rouge, l’Armée rouge, le drapeau
rouge, l’Orchestre rouge, les Khmers
rouges et les Brigades rouges : bref,
le péril rouge.
E.P.
HERITAGE-IMAGES / CM DIXON / AKG-IMAGES
LES SAINTS
QUI
TOMBENT
Le bowling sans effets
LES CULS CULTES DU LOUVRE
Hermaphrodite
endormi
D
ans la catégorie des
fesses-et-attrapes du
Louvre, on tient ici
les plus célèbres.
Voici un corps de pierre alangui comme un serpent, tout en
courbes, allongé sur un matelas. Le drap est tombé sur les
mollets, la nuit est chaude ou
peut-être agitée. On voit cette
femme de dos. Elle est joliment fessue et son postérieur
en forme de S vient souligner
le galbe de ses hanches. De ce
côté, on a l’érotisme doux, cul
nocturne offert à la contemplation.
Et de l’autre – tout est là – de
l’autre, quand on tourne autour
de la statue, on tombe sur la vision, entre ses cuisses, d’un
membre viril au-dessus d’une
paire de couilles. Et en plus, il
bande. C’est le diable sorti de sa
boîte, l’effet de manche. Face,
c’est Brigitte Bardot qui demande «et mes fesses, tu les
trouves jolies mes fesses?» Pile,
c’est «coucou, tu veux voir ma
bite ?»
La statue, romaine, daterait du
IIe siècle après J.-C. mais elle
est la copie d’un original grec
des alentours de 150 avant notre ère. C’est un petit théâtre
consacré à la surprise. Sur une
photo des années 40, on voit
une quinzaine de jeunes soldats allemands autour de l’Hermaphrodite du Louvre, hilares
et gênés. Aujourd’hui encore,
on peut en faire l’expérience :
les gens passent, voient soudain le pot aux roses, sourient,
rougissent ou détournent les
yeux. Il faut dire que si l’on continue sa balade autour de l’Hermaphrodite, on arrive vite sur
un sein.
Cette promenade met nos certitudes à mal, nous obligeant
à constater qu’il est impossible de choisir une fois pour
toute entre les genres de cette
personne. Elle est à la fois garçon et fille, bandant et attirante. C’est «l’art hellénistique
de la mise en scène», explique
doctement le Louvre. Toujours
efficace, mille huit cents ans
après.
GUILLAUME LECAPLAIN
L’oppressant huis clos pèrefille, dans leur cabane forestière de la côte nord de la Californie, est contrebalancé
par les échappées de l’enfant
farouche dans la nature
luxuriante et des rencontres
providentielles.
«Ce roman m’a pris huit ans
parce qu’au départ j’avais en
tête un livre sur le réchauffement climatique et la destruction environnementale, cette
crise humanitaire contre laquelle on ne fait rien», nous
expliquait Tallent en avril,
lors du festival lyonnais
Quais du polar. Son roman
est aussi une ode à l’enfance,
avec ce personnage bouleversant qu’est la frémissante
Turtle. Réussira-t-elle à s’affranchir ? Le suspense tient
jusqu’au bout, jusqu’à la
scène du règlement de comptes final, digne d’une baston
filmée par John Woo.
SABRINA CHAMPENOIS
Evidemment, il faut aimer le
bowling, hein, mais l’avantage du
sport cul nu, c’est que l’équipement
ne coûte rien. L’Association des naturistes de Paris (ANP) qui organise
aussi les sessions natation sans
maillot mais avec bonnet de bain
obligatoire (rapport au sébum capillaire qui bouche les filtres) a donc
rameuté les amateurs de bowling
pour une séance sans textiles, en
avril pour le troisième tournoi de
bowling avec chaussettes et chaussures.
De fait, 136 personnes (des 35-40 ans
et plutôt des hommes) avaient répondu à l’appel, début février, pour
démontrer que «nu, on peut faire
beaucoup, tout en combattant les
idéaux et casser les stéréotypes. On se
regarde moins quand on est nus
parmi des nus», explique Cédric
Amato, vice-président de l’ANP et
fervent défenseur de l’urbanisation
et de la banalisation du naturisme.
Comme les salutations au soleil sans
slip, oui.
Après tout, tous les sports peuvent
se pratiquer nu, si on réfléchit bien
(bon, peut-être pas le rugby ou le
hockey sur glace). Mais striker avec
les boules, ça a quand même de la
gueule… E.P.
MOTS
À MOTS
«J’avoue»
LE POLAR
DU SAMEDI
Une histoire d’inceste, dans
l’Amérique survivaliste : résumé comme ça, My Absolute Darling ne donne pas
envie de l’emmener à la
plage. Pourtant, la première
publication de Gabriel Tallent, Californien de 30 ans,
mérite le détour, vous ferre et
vous emporte en un tournemain. Ce portrait de Turtle,
14 ans, écartelée entre amour
et haine pour son père abusif
et mentor cultivé à la fois, est
une arborescence ambitieuse qui allie roman noir,
roman d’apprentissage, roman naturaliste et manifeste
féministe.
GABRIEL TALLENT
MY ABSOLUTE
DARLING Traduit de
l’anglais (Etats-Unis)
par Laura Derajinski.
Gallmeister,
456 pp., 24,40 €.
A se taper la tête contre les murs,
celle-là ? Fortement utilisée, de base,
chez les jeunes, l’expression a depuis quelques années contaminé le
monde merveilleux des adultes (de
moins de 35 ans, donc peut-on parler de d’adultes ?) qui concluent toutes leurs phrases – les commencent
également ou l’emploient toute
seule s’il le faut – par cet horripilant
«j’avoue».
Tant qu’elle restait coincée à Adoland, c’était encore supportable,
mais les dîners ou les apéros de
grands avec des «j’avoue» toutes les
dix secondes, c’est «juste» (je l’aime
bien celui-là aussi) pas possible.
Le «j’avoue» se ponctue fréquemment d’un ricanement type
«hinhinhin» et là on touche le fond,
donc. Mais tu avoues quoi, en fait?
Si même Jean Moulin n’a rien avoué
du tout, on peut considérer que tu
peux t’abstenir aussi, non ? E.P.
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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SUMMER OF LOVERS /
ÉTÉ
u XIII
D’origine portoricaine
et née dans le Bronx,
l’ambitieuse danseuse
est devenue actrice puis
chanteuse en 1998,
explosant box-office
et charts. Ses fesses
atomiques en feront
le prototype de la
diva américaine
des années 2000.
D
eux images : la première,
dans un clip couleur miel
de Janet Jackson en 1993.
Alors que la chanteuse fait
écouter à ses copains affalés sur des
canapés son nouveau titre That’s
the Way Love Goes, et que tous se
mettent à danser sur son beat langoureux, on remarque à peine
parmi eux une petite brunette à la
queue-de-cheval haute, mais elle
est probablement celle qui met le
plus d’entrain à mimer l’enthousiasme face au groove irrésistible du
morceau.
La seconde, cinq années plus tard:
dans un coffre de voiture, George
Clooney est enfermé avec une
agente du FBI qui cherche à le «coffrer», justement. Allongés colléserré, ils entament la conversation
sur un mode beaucoup moins
agressif que la situation ne l’exigerait, en venant même à commenter
in extenso la filmo de Faye
Dunaway. Cette scène à l’ironie sensuelle, extraite de Hors d’atteinte
(1998), reste un sommet du cinéma
laidback de Steven Soderbergh, l’alchimie entre les deux acteurs cimentant l’intrigue digressive du
film. Tant pis pour ceux qui ne reconnaissent pas la petite danseuse
vue chez Janet. C’était il y a
vingt ans pile : Jennifer Lopez a
alors 29 ans, les joues encore rebondies de restes d’adolescence, mais
le monde ne va pas tarder à s’ouvrir
devant elle.
Fulgurant. En effet, la danseuse
devenue actrice est ambitieuse (et
ultratravailleuse) : elle veut aussi
chanter. C’est bientôt chose faite
avec un contrat signé chez Sony
sous l’égide de Tommy Mottola
(mentor de Gloria Estefan, Mariah
Carey et plus tard Shakira…). La recette est pensée et efficace : ses titres emblématiques surferont entre
son devenir bling-bling et la fille
qu’elle est «vraiment», d’origine
portoricaine et née dans le Bronx. A
travers Love Don’t Cost a Thing, I’m
Real et surtout l’emblématique
Jenny From the Block, celle qu’on
désigne désormais par l’abréviation
très street cred «J-Lo» ne cessera de
crier sa fidélité à ses origines, malgré les diamants et les mirages de la
célébrité. Ghetto fabulous for ever.
JENNIFER LOPEZ,
GÉNIE FROM
THE BLOCK
A partir de là, c’est très simple: elle
règne sur le millénaire naissant. Ce
n’est peut-être pas très long mais
c’est fulgurant, et sa success-story
a une importance capitale pour la
communauté hispanique américaine. Sa carrière atteint un pic
en 2001 lorsqu’elle est la première
artiste américaine à avoir dans la
même semaine un album et un film
numéros un au box-office : son
deuxième album J-Lo et la romcom
Un mariage trop parfait.
L’année 2003 amorce (déjà) le virage
avec le bide monumental du film
Gigli tourné avec son chéri de l’époque, Ben Affleck. Mais J-Lo n’est
pas à l’abri d’un come-back aussi retentissant qu’inattendu en 2011: le
morceau On the Floor est en effet un
des singles les plus vendus de l’histoire, malgré son eurodance douteuse, son featuring avec Pitbull et
son sample de la Lambada.
Même si Jennifer Lopez est toujours
très active musicalement et sur les
écrans, elle est aujourd’hui plus une
figure de l’industrie de l’entertainment qu’une artiste dont on suit
l’évolution. On se souvient quand
même l’avoir aperçue en 2014 se
contorsionner en maillot de bain en
compagnie d’Iggy Azalea dans un
clip intitulé Booty, sorte de tentative
un peu désespérée de s’accrocher à
sa couronne de reine du popotin,
aujourd’hui détenue par Kim Kardashian.
Marketing. Car il ne faudrait pas
se méprendre: sans J-Lo et son mythique derrière, dont la rumeur a
longtemps voulu qu’il soit assuré à
des millions de dollars (ce qu’elle a
fini par démentir il y a quelques années), Kim K. n’existerait pas
aujourd’hui. Et n’aurait probablement pas épousé Kanye West dans
un mimétisme évident avec le couple que Jennifer Lopez a formé avec
P. Diddy au début des années 2000.
Les célèbres «Brangelina» n’auraient jamais été surnommés ainsi
sans leurs illustres prédécesseurs,
les délicieux «Bennifer» (Ben Affleck et Jennifer Lopez) qui défrayaient la chronique circa 2002.
Et lorsqu’en février 2000, J-Lo apparaît aux Grammy Awards dans
une robe Versace pour laquelle il
faudrait inventer un autre mot que
«décolletée», les centaines de milliers de recherches internet enregistrées aboutissent à la création de
Google Images… Bref, aussi bien
sentimentalement qu’iconiquement, elle a façonné le prototype de
la diva des années 2000.
Quoi qu’il en soit, il continue chaque jour de s’écouler comme des petits pains des parfums et produits
cosmétiques estampillés J-Lo, rêve
finalement peu cher payé pour l’illusion d’arborer le fameux «glow»
emblématique de la popstar – ce
terme, qui désigne une aura lumineuse, est aussi le nom d’un de ses
parfums. Jolie trouvaille marketing,
mais qui s’appuie sur une réalité indiscutable. Car plus que les caprices
de star, et bien plus que ses fesses
atomiques, ce qui caractérise absolument Jennifer Lopez, c’est cette
volonté de fer qui émane d’elle et
donne à sa peau caramel sa luminescence irréelle et dorée, qui irradie toujours, même vingt ans après,
même dans le noir, même depuis le
fin fond d’un coffre de voiture.
CLÉLIA COHEN
Jennifer Lopez dans
The Cell (2000),
de Tarsem Singh.
PHOTO COLL. CHRISTOPHEL
À VOIR
SUR ARTE
Passez un bel été
sur Arte avec Libération.
n Dimanche,
à partir de 20 h 50
Retrouvez Jennifer Lopez
aux côtés de George
Clooney et Ving Rhames
dans le film Hors
d’atteinte, de Steven
Soderbergh, puis
l’irrésistible Mike Myers
dans Austin Powers:
International Man of
Mystery, de Jay Roach.
n Sur arte.tv
En replay, le
documentaire Debbie
Harry – Atomic Blondie,
sur la star du groupe
mythique des années 80.
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XIV u
ÉTÉ / PREMIER CHAPITRE
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
Chaque week-end, les premières pages d’un roman de la rentrée
«Il est trop
tard pour
te demander
pardon»
«V
ous allez devoir partir seul», dit
le directeur, encore accroupi,
après avoir arrêté la vidéo, sans
lever les yeux vers l’homme qui
restait debout devant lui. «Ce sera votre
école», poursuivit-il, tandis qu’il refermait les
tiroirs et rangeait les documents dans la serviette, en évitant de regarder son collaborateur qui, en silence, prenait connaissance de
la mission. Le directeur était un homme de
bien mais que le pouvoir rendait intraitable
quand il se trouvait obligé d’agir contre son
gré. Et en l’occurrence, bien qu’elle ne contrariât pas ses convictions personnelles, la mission était en contradiction avec les statuts
dont il avait lui-même participé à la rédaction
et qui régissaient l’agence qu’il dirigeait. Il
gardait les yeux baissés pour éviter les questions qui ne devaient pas être posées. Il avait
prévu que la réunion se tienne après les heures de bureau. Il avait attendu que tout le
monde soit parti pour communiquer sa mission au Rat. Il ne restait plus qu’eux deux
dans l’immeuble, à part les agents de la sécurité et l’équipe de nettoyage qui ne comptaient pas, ce n’étaient que des ombres, ils
n’étaient pas là pour imaginer ce qui se discutait derrière les portes fermées. Il n’y avait pas
une demi-heure que la secrétaire était entrée
dans le bureau pour dire qu’elle partait, avant
qu’ils ne se mettent à visionner les vidéos,
mais c’était comme si son bureau n’avait jamais été occupé, une installation entourée
d’un cordon de sécurité dans un musée sans
visiteurs. Ce n’était pas seulement l’antichambre où se trouvait le bureau de la secrétaire; ce n’était pas seulement les bureaux adjacents et le couloir qui menait au hall des
ascenseurs du neuvième étage; ce n’était pas
non plus seulement le neuvième étage – l’immeuble entier paraissait abandonné à cette
heure-ci, bien qu’il continuât à être éclairé,
brillant au lointain, tel un phare signalant la
route au milieu de la tempête. Ce n’était plus
la majesté allégorique de la statue de la Liberté accueillant les immigrés qui dans le
Nous sommes à la veille
d’une nouvelle guerre
perdue, dans laquelle
nos soldats vont s’enliser,
comme ils se sont déjà
enlisés, vaincus par
la puissance de l’armée
de Dieu. Pendant
ce temps, vous êtes
bombardés et manipulés
par des médias
qui servent les intérêts
de la politique de
mensonge promue par
nos gouvernants. Et c’est
nous –vous et moi–
qui payons pour cela.
passé arrivaient par bateau, fuyant les guerres, la misère, l’horreur, mais au moins il était
là, toujours scintillant au milieu des autres
immeubles, visible de ceux qui arrivaient de
l’aéroport, avant de traverser l’East River.
Même quand il ne restait plus, tard dans la
nuit, qu’un unique employé, attendant une
communication urgente de quelque endroit
lointain de la planète où le jour commençait
à peine à poindre et d’où on avait besoin de
ramener quelqu’un en urgence, même quand
il n’y avait plus personne dans l’immeuble ni
plus aucune question de vie ou de mort devant être réglée de l’autre côté du monde,
après le départ de la dernière femme de ménage, au petit matin, quand les agents de la
sécurité se réfugiaient dans les cabines blindées du rez-de-chaussée et, dans un moment
de distraction, fermaient les yeux vaincus par
la fatigue, même alors, quand elles n’étaient
plus nécessaires, les lumières continuaient
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
SYMPATHIE
POUR LE DÉMON
BERNARDO
CARVALHO
Traduit du portugais (Brésil)
par Danielle Schramm.
Métailié, 220 pp., 19 €.
à briller, scintillant au loin, comme des étoiles mortes, afin que personne à l’extérieur ne
se sente désemparé dans son sommeil, pour
que jamais l’idée ne traverse la tête de quiconque qu’ils puissent s’arrêter de travailler, ne
serait-ce que quelques secondes, pour le bienêtre de l’humanité.
Cela n’avait rien à voir avec la peur. C’était un
sentiment qu’il ne connaissait pas, qu’il
n’avait jamais éprouvé et qu’il voyait pour la
première fois sur la vidéo, comme si les sentiments étaient faits pour être vus, ce qui rendait la scène encore plus sinistre et révoltante.
En vérité, ce n’était pas un sentiment. C’était
autre chose. Le jeune homme était vêtu d’une
salopette orange, comme celles que les détenus portent dans les prisons américaines et
que, par provocation et défi, les djihadistes
avaient adoptées, en réciprocité, comme uniforme pour les otages qu’ils allaient exécuter.
Le jeune homme regardait la caméra et commençait à parler. Il s’exprimait sans hésitation. N’eût été son aspect maladif, son regard
vide et la pâleur de son visage accentuée par
le contraste avec l’orange vif de son vêtement,
on aurait pu le prendre pour un homme politique discourant sur une chaîne nationale. Le
fond était noir et il était assis les bras appuyés
sur la table devant lui. A part un état d’épuisement physique évident, rien dans son expression ne trahissait ce qu’il disait. Aucune
larme, aucune contradiction, aucune hésitation, aucun message subliminal. Il disait :
«Mon pays m’a abandonné là où nous
n’aurions pas dû être, dans une guerre qui
n’est pas la nôtre. Guidé par une politique extérieure désastreuse, après s’être vu forcé
d’abandonner une guerre impossible à gagner, notre gouvernement se prépare à envoyer une armée vers une nouvelle tragédie.
Je sais ce que vous pensez. Vous pensez que
je parle sous la contrainte, que mes geôliers
me forcent à dire ce que je dis. Personne ne
me force à rien. Je n’ai personne vers qui me
tourner. J’ai été abandonné. Dans un mois je
serai décapité parce que mon pays refuse de
négocier avec ceux qui m’ont capturé, contrairement à d’autres qui ont compris que la
négociation est la seule façon de sauver ses
citoyens. Nous sommes à la veille d’une nouvelle guerre perdue, dans laquelle nos soldats
vont s’enliser, comme ils se sont déjà enlisés,
vaincus par la puissance de l’armée de Dieu.
Pendant ce temps, vous êtes bombardés et
manipulés par des médias qui servent les intérêts de la politique de mensonge promue
par nos gouvernants. Et c’est nous – vous et
moi – qui payons pour cela.»
u XV
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La confrontation par laquelle s’ouvre le livre
pourrait induire en erreur. Le personnage
principal est bien le Rat, envoyé en mission
pour sauver un otage. Employé atypique mais
chevronné, il travaille pour une agence
humanitaire internationale, qui lutte contre la
violence interethnique et religieuse. Mais il
s’agit plutôt de la rançon du diable, de
malheur, de ravage, de soumission.
Le témoignage continuait, le prisonnier y justifiait sa conversion religieuse. Le Rat
connaissait le jeune homme. Il avait travaillé
avec lui. C’était quelqu’un de digne, qui ne
croyait pas en Dieu ni ne pouvait y croire
après tout ce qu’il avait vu au cours de son
parcours de travailleur humanitaire dans des
zones de conflit. Il n’aurait jamais prononcé
un texte comme celui-là de son propre chef.
Apparemment, dans cette pièce et dans cette
vidéo, personne n’agissait de son propre chef.
Ni le directeur, ni le Rat, ni l’otage. C’était une
vidéo étrange. Celui qui parlait n’était pas le
garçon qu’il avait connu. C’était quelqu’un
d’autre. Le garçon n’était pas là. Ce n’était pas
la peur. Il n’y avait pas de rapport entre ce
qu’il avait dû vivre et ce qu’il était en train de
dire, entre l’homme et la parole. Il disait ce
qu’il ne pensait pas et ce qu’il ne ressentait
pas, parce que penser, ressentir ou dire n’avait
plus aucun sens, aucune importance. Ils
l’avaient vidé jusqu’à ce que ses mots ne
confèrent plus aucune vérité à ce qu’il disait.
Quel genre de tortures mentales et physiques
avait-il dû subir avant de se prêter à cette immonde mascarade ?
«C’est ce que vous voulez savoir, n’est-ce pas?
Où sont passés les sentiments. C’est ce qui
vous intrigue, n’est-ce pas?» demanda le directeur au Rat, accroupi à côté de lui, toujours
sans lever les yeux, cherchant sur la télécommande le bouton qui arrêterait la vidéo.
Le directeur avait insisté pour que le Rat voie
la vidéo d’une décapitation et le message que
le père du garçon avait enregistré pour l’envoyer à son fils captif, avant de lui montrer le
témoignage du fils. C’était comme s’il avait
voulu essayer en même temps de se justifier
et de le convaincre. Dans la première vidéo,
un homme que le Rat ne connaissait pas, vêtu
de la salopette orange habituelle, était agenouillé dans le désert, sous le soleil au zénith,
le regard tourné vers la caméra. Debout à ses
côtés, un homme encagoulé, tout en noir, tenait l’épaule du prisonnier d’une main et un
poignard de l’autre. C’était le modèle des exécutions enregistrées par les terroristes et disséminées sur le web. Le prisonnier disait au
revoir à sa famille, demandait pardon, disait
qu’il regrettait de n’avoir pas pu passer plus
de temps avec eux. Il semblait épuisé. Epuisé
Professionnellement, le Rat est un homme
courageux, tout à fait apte à affronter la
guerre et à se sortir de situations impossibles,
mais cette assurance masque une profonde
vulnérabilité: «Il courait moins de risques
dans la guerre que dans la vie amoureuse.»
Le risque décrit par le roman est abominable,
et du genre mortel.
Cl.D.
Pour compliquer
la situation, les
ravisseurs faisaient
partie d’un groupe
jusqu’alors inconnu, avec
lequel l’agence n’avait eu
aucune communication
préalable. Il fallait
seulement que l’argent
soit remis aux personnes
concernées.
de tortures. A peine avait-il fini de dire ce qu’il
avait à dire que l’homme encagoulé se penchait sur lui et l’égorgeait.
Le Rat ne se rendit compte qu’il avait fermé
les yeux que lorsqu’il les ouvrit et qu’il vit que
le directeur l’observait. C’était la première fois
que leurs regards se croisaient depuis qu’il
était entré dans la pièce.
Ce que disait le père du jeune homme devant
la caméra, dans la vidéo que le directeur et le
Rat regardèrent ensuite, montrait qu’il ne
croyait pas à la libération de son fils. «La famille a compris notre politique de non-négociation avec les preneurs d’otages et elle est
résignée. Cette vidéo est un adieu», expliqua
le directeur au Rat, pendant qu’ils écoutaient
le témoignage, pour qu’il comprenne ce qui
était en jeu dans cette mission. Ce que le père
disait au jeune homme dans la vidéo était une
déclaration d’amour à son fils au seuil de la
mort. «Il est trop tard pour te demander pardon. Si tu es là, c’est à cause de ton courage,
de l’homme que tu es et que j’admire, mais
aussi à cause de l’éducation que nous t’avons
donnée. Et si, d’un côté, je suis et serai toujours fier de toi, de l’autre, je me repens de
n’avoir pas fait de toi un lâche, parce que nous
t’aurions aujourd’hui auprès de nous.» A ce
moment les larmes à peine visibles jusqu’alors, en partie à cause de la mauvaise qualité de l’image et en partie du fait de l’expression impassible sur le visage du père,
commencèrent à tremper la chemise bleu
clair d’une tache qui avançait à la vitesse
d’une inondation. Le visage était toujours
aussi impavide, comme celui d’un héros devant le gibet, mais la chemise s’assombrissait,
telle une feuille de papier consumée par une
flamme invisible, tandis que l’homme pour-
suivait, faisant ses adieux à son fils qu’il ne
pouvait pas voir mais qu’il imaginait être à ce
moment-là encore vivant.
Le directeur avait ses raisons pour montrer
les vidéos au Rat. Il était embêté. Si ses fonctions l’empêchaient de dire ce qu’il pensait,
il voulait au moins qu’il soit clair qu’il était
contrarié. Les vidéos révélaient la honte de
l’opération qu’en violant les normes de
l’agence, il se disait à présent forcé de proposer au Rat. Malgré la politique par laquelle il
se justifiait, au nom de la sécurité de ses
agents et obéissant aux directives des Etats
qui finançaient l’agence, ne jamais négocier
avec les terroristes, pas même pour sauver la
vie d’individus comme le garçon qui apparaissait dans la vidéo et qui à ce moment précis devait déjà être mort, le directeur, cédant
à des instances supérieures, s’apprêtait pourtant à envoyer un agent pour payer aux terroristes la rançon pour la libération d’un otage
dont il disait ignorer l’identité. Pour des raisons exceptionnelles qui devaient rester secrètes et allaient à l’encontre des règles qui,
une fois adoptées, étaient les mêmes pour
tous, l’agence se voyait donc mêlée à une opération-excuse pour sauver un inconnu qui
pouvait être un espion ou même un criminel
de guerre. La mission du Rat – et là le directeur détourna à nouveau les yeux– se résumerait à faire en sorte que la rançon arrive dans
les mains des ravisseurs comme s’il agissait
pour son propre compte, sans impliquer
l’agence et encore moins les Etats –il les mentionnait au pluriel, de façon abstraite, pour
ne pas les compromettre– qui avaient institué
la politique de non-négociation mais dont les
intérêts, d’après ce que le directeur laissait
entendre, étaient en jeu dans cette prise
d’otage ; Etats dont, pour aussi indépendante
qu’elle fût, l’agence dépendait toujours. Pour
compliquer la situation, les ravisseurs faisaient partie d’un groupe jusqu’alors inconnu,
avec lequel l’agence n’avait eu aucune communication préalable. Il fallait seulement que
l’argent soit remis aux personnes concernées.
Le Rat n’aurait aucun contact avec l’otage. Il
ne connaîtrait pas son identité. Il ne le rencontrerait pas. «Et comment pensez-vous me
désengager de l’agence ?» demanda le Rat,
moins par provocation que par une perplexité
sincère. «Nous allons vous licencier», répondit le directeur, lui aussi perplexe, en regardant enfin son collaborateur. •
LE WEEK-END PROCHAIN
CHER AMI, DE MA VIE JE VOUS ÉCRIS
DANS VOTRE VIE de YIYUN LI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
XVI u
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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u XVII
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
XVIII u
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
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u XIX
Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
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XX u
Libération Samedi 18 et Dimanche 19 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
Demandez les journaux !
5
1
Par CLAIRE DEVARRIEUX
Quelle phrase
n’est pas extraite du
Journal des Goncourt ?
A «Le Juif parle des choses sales
d’une manière plus cochonne
que les autres races.»
B «Je n’aime pas la voix des Juifs.»
C «C’est étonnant comme on ne juge jamais
les femmes aussi bêtes qu’elles sont.»
D «L’âme de la femme, sans emploi, rabâche
et rumine.»
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris
À GAGNER : l’original du dessin, 10 séjours et 45 vols. Règlement complet
sur Libération.fr
COMMENT GAGNER À...
Long Cours
Gaffe aux
corsaires
Si vous avez rêvé
de partir sur les océans
après avoir lu le Loup
des mers de London ou
Moby Dick de Melville,
on vous souhaite
d’avoir eu la chance, en fouillant une
vieille commode, de tomber un jour
sur Long Cours, surtout si c’était une
édition des années 50 avec les navires
en métal. Ce jeu de plateau, qui n’est
hélas plus édité (mais dont on trouve
les versions les plus récentes à des
prix raisonnables sur Internet) est, à
notre connaissance, le seul jeu de so-
ciété sur la marine marchande. Le but
est d’acheter des denrées et de les revendre avec bénéfices en naviguant à
travers le monde : de l’or à Perth, de la
laine au Cap, des céréales à Valparaíso… Une formidable invitation aux
voyages. Malheureusement, vous ne
pouvez pas voguer peinard et vos adversaires peuvent vous attaquer avec
des cartes «bataille» ou mettre en jeu
un bateau corsaire qui peut vous couler définitivement… Un conseil : gardez vos cartes «tempêtes» et «déplacements directs» pour vous défendre
contre le Surcouf local. Sinon, achetez
vite le navire corsaire, soyez offensif.
Le jeu pouvant être, comme son nom
l’indique, très long ou… très court.
QUENTIN GIRARD
2
Pourquoi la moitié
du Journal de Jules Renard
a-t-elle disparu ?
A Son fils a perdu une partie du manuscrit
dans un déménagement.
B Henri Bachelin, son premier éditeur, l’a
censuré en le recopiant.
C Sa veuve a brûlé les pages qui lui
déplaisaient.
D Il en manque peut-être moins.
3
Qui est la mystérieuse «Fanny»
apparue dans le Journal
de Paul Léautaud en 1933 ?
A Une inconnue.
B Une dame de chez Gallimard qui réclama
un pseudonyme.
C Marie Dormoy, l’éditrice du Journal
et maîtresse de l’auteur, qui préféra
brouiller les pistes.
D Mme Léautaud mère.
4
Quel était le secret
de Michel Leiris,
découvert lors de l’édition
de son Journal ?
A Son psy était un comédien.
B Sa femme était née Godon,
d’où l’étude des Dogons.
C Sa belle-sœur était sa belle-mère.
D Il était brouillé à vie avec sa sœur.
Comment s’appelle le journal
«bis», et scandaleux, de Witold
Gombrowicz ?
A Moloch.
B Kronos.
C Bolos.
D Prufrock.
6
Rendez leurs plaisirs à Charles
Baudelaire, Mireille Havet,
Paul Morand et Anaïs Nin :
A «Etre violée est un désir de la femme, un
désir érotique secret.»
B «Foutre, c’est aspirer à entrer dans un
autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même.»
C «J’entre par la fenêtre après le théâtre.
Je trouve fermée la porte de sa chambre à
coucher. Elle fait l’amour avec Mme de
Segonzac. Je frappe pour me joindre à elles.
Elle n’ouvre pas. Sadisme ? Méchanceté ?»
D «L’émotion, la découverte de cette main
si intelligente, si consciente et sensuelle dans
la mienne, me bouleversent.»
7
Où vont Jean-Patrick Manchette,
Raymond Queneau, Franz Kafka
et Frank Wedekind ?
A «A une époque de ma vie, j’ai eu
l’ambition de réformer la plomberie. J’ai
voulu acheter un manuel de cette technique
au Bazar de l’Hôtel de Ville et toujours hésité
devant cette acquisition. Mais je vais
toujours au Bazar de l’Hôtel de Ville.»
B «Ces cafés devraient se procurer de
meilleurs gâteaux, c’est à peu près la seule
idée qui me vient pour améliorer Paris.»
C «Dans mon désespoir je me précipite
au magasin le Printemps pour faire
prendre mes mesures et me faire
confectionner un costume.»
D «Saut au Bon Marché où j’achète une
table mastoc, trois chaises, un banc.»
Réponses: 1. B (Woolf); 2. B, C et D; 3. C; 4. C; 5. B; 6. A Nin,
B Baudelaire, C Morand et D Havet; 7. A Queneau, B Kafka,
C Wedekind et D Manchette.
P
ZU
Z
L
E
LES 7
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