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Libération - 20 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11605
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
www.liberation.fr
Manuel Valls
A Barcelone,
un parachutage
qui se précise
et qui agace
Livres
Les littératures
américaines
s’installent
à Vincennes
LE 9E FESTIVAL «AMERICA», PAGES 20-25
BREXIT
DEMAIN, UNE SEULE
Presque un siècle après leur
séparation, l’Eire et l’Ulster
pourraient-elles se rapprocher?
La perspective d’une frontière
physique, ressuscitée par
le départ britannique de l’UE,
pousse les deux camps
à envisager des retrouvailles.
PAGES 2-5
IRLANDE?
YANN RABANIER
PHOTOMONTAGE LIBÉRATION D’APRÈS PHOTO GETTY IMAGES
PAGES 6-7
Marceline
Loridan-Ivens
Une vie
pour survivre
LA DISPARITION DE L’AUTEURE ET CINÉASTE,
RESCAPÉE DES CAMPS, PAGES 26-27
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par LAURENT
JOFFRIN
Absurdité
Le Brexit a été voté. Brexit
il y aura. A moins d’un invraisemblable coup de
théâtre – un référendum
convoqué par les autorités
britanniques pour revenir
sur le premier vote–, la
Grande-Bretagne quittera
bien l’Union européenne à
l’échéance prévue. Voilà
qui réduit à néant la fable
colportée jusqu’à plus soif
par les souverainistes, selon laquelle l’Europe serait
une prison des peuples.
Etrange prison dont on
peut sortir quand on veut…
Sauf que la chose n’est pas
simple et met en lumière
les insondables contradictions des anti-européens.
Au fil des ans, les Irlandais
du Nord se sont rapprochés des Irlandais du Sud.
Mais la Grande-Bretagne
sort de l’Europe : il faut
donc rétablir une frontière
dans l’île, entre l’Irlande
européenne (au sud) et l’Irlande anglaise (au nord).
Perspective totalement
contraire au processus
hautement bénéfique enclenché par les accords de
paix signés il y a des lustres. Alors même qu’ils
sont à près de 70 % favorables au maintien dans l’UE,
il faut imposer aux habitants de l’Ulster une séparation physique avec leurs
frères du Sud. Absurde,
archaïque, dangereux.
Depuis qu’il a dit «Brexit
means Brexit», le gouvernement de Londres tourne
autour de ce problème
comme une mouche dans
un bocal. Rétablir la frontière, c’est risquer de rallumer des feux mal éteints.
Ne pas le faire, c’est contredire frontalement les clauses obligatoires du Brexit,
puisqu’il faut bien une
frontière entre GrandeBretagne et Europe. On
propose de repousser la
frontière dans la mer,
autour de l’Ulster : c’est
créer cette fois une frontière interne au RoyaumeUni. Tout aussi absurde.
Alors qu’il était si simple,
on le voit tous les jours, de
rester dans l’Union…
Reste une solution, qui est
comme l’œuf de Colomb :
réunifier enfin l’île, qui serait tout entière membre de
l’Union européenne. Solution pacifique, efficace et
simple. Mais les nationalistes anglais ou pro-anglais
s’y opposeront… •
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
Le Brexit ravive
la flamme
entre les deux
Irlandes
Vingt ans après l’accord de paix, les velléités d’union
entre Dublin et Belfast se réveillent et seront au menu
du sommet européen de Salzbourg qui a débuté
mercredi. Si une partie de la jeunesse a dépolitisé
l’idée de réunification, le passé pèse encore lourd.
Par
SONIA DELESALLESTOLPER
Envoyée spéciale à Belfast
Photos GEORGE VORONOV
E
t si le Brexit accélérait la
réunification de l’Irlande ?
Quatre-vingt-seize ans après
la partition de l’île, vingt ans après
l’accord de paix qui a mis un terme
à trente ans de violences qui ont fait
3600 victimes, la question se pose
ouvertement. Dans les rues de Belfast, le rattachement éventuel des
six comtés du Nord aux 26 du Sud
est de plus en plus évoqué. On en
parle aussi à Dublin, où le sénateur
irlandais Mark Daly a compilé un
rapport sur le sujet (lire page 5).
La réunification irlandaise avait été
mise au repos par l’accord de paix,
dit de Belfast ou du Vendredi Saint,
signé le 10 avril 1998, qui partageait
le pouvoir entre les communautés
au sein d’une assemblée semi-autonome à Stormont, près de Belfast.
Bon an mal an, protestants unionistes (pour le maintien de l’Irlande du
Nord au sein du Royaume-Uni) et
catholiques nationalistes (pour un
rattachement à l’Irlande) ont appris
à cohabiter et gérer la région. Même
si, depuis janvier 2017, l’assemblée
est de fait suspendue: les deux principaux partis, le Democratic Unionist Party (DUP) et le Sinn Féin nationaliste, ne s’entendent plus.
«COUPLE MIXTE»
«Le sujet de la réunification avait été
dépolitisé par l’accord de paix mais,
avec le Brexit, tout a basculé», explique Katy Hayward, professeure en
sociologie à l’université Queen’s de
Belfast. La perspective de quitter
l’Union européenne, qui a lourdement investi dans le processus de
paix, et l’angoisse du retour d’une
frontière physique sur l’île ont réveillé la vieille idée. Plusieurs sondages ont récemment montré une
majorité en faveur d’une réunification. Et l’inquiétude est palpable
alors que les négociations du Brexit
bloquent sur la manière de contrôler
le flux des biens, des services et des
personnes entre l’UE et l’Irlande du
Nord, seule frontière terrestre entre
l’UE et le Royaume-Uni.
La possibilité d’un référendum «sur
la frontière» est inscrite dans l’accord de paix. Le ministre britannique à l’Irlande du Nord devrait l’or-
ganiser s’il devenait incontestable
qu’une majorité dans les deux Irlandes penchait pour la fin de la partition. Si, en juin 2016, le RoyaumeUni a voté en faveur du Brexit, l’Irlande du Nord avait choisi à 55,8%
de rester au sein de l’UE. Les protestants unionistes avaient voté à 60%
pour le Brexit mais les catholiques
nationalistes s’étaient prononcés à
85% pour rester. Selon une étude du
centre de recherche universitaire
UK in a Changing Europe, si un référendum avait lieu aujourd’hui,
les Nord-Irlandais voteraient à 69%
pour le maintien dans l’UE.
«Et moi, je voterais sans hésiter pour
une Irlande unifiée.» Niall McElkearney, 27 ans, travaille dans un hôtel branché, havre des hipsters de
Belfast. «Le problème de l’unification est lié à l’économie, plus vraiment à la politique», analyse-t-il. Il
s’inquiète de l’impact du Brexit sur
le tourisme, crucial en Irlande du
Nord, où la longue tradition industrielle des chantiers maritimes a disparu. Avec Jamie, son compagnon,
ils forment un «couple mixte»: Niall
est catholique, Jamie protestant.
«Mais il vient de prendre son passeport irlandais et il voterait aussi
pour la réunification.» Quiconque
né sur l’île, au Nord comme au Sud,
peut demander un passeport irlandais. Depuis le vote du Brexit, les demandes ont explosé. «Les jeunes
sont moins politisés, moins marqués
par leurs communautés qu’avant.
Leurs préoccupations sont différentes, plus cosmopolites», souligne le
démographe Paul Nolan. «47% des
Nord-Irlandais et 55 % des jeunes
ne se disent ni nationalistes ni unionistes, ce qui est en soi l’un des succès
de l’accord de paix, ajoute Katy
Hayward. Or ce sont eux qui détiendraient la clé d’un éventuel référendum sur la réunification.»
«UN COIN RÉTROGRADE»
Tara Connolly a 20 ans –«je suis un
bébé du cessez-le-feu!»– et se dit «catholique nationaliste engagée, même
si la majorité de [s]es amis sont protestants». Avant de s’attabler dans ce
bar de Belfast, elle défendait, dans
une émission télévisée, sa campagne pour un référendum sous la
bannière d’un groupe de jeunes activistes, Northern Ireland, Our Future, Our Choice (NIOFOC, «Irlande
du Nord, notre avenir, notre choix»).
L’étudiante en droit et politique ne
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
u 3
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Mardi à Belfast.
A gauche, une plaque
commémorative
du camp nationaliste.
A droite, une fresque
loyaliste.
Etats membres à «faire un effort»,
c’est exactement ce qu’elle leur demande: «Depuis deux ans, les Britanniques nous proposent des solutions qui sont incompatibles avec
nos règles», s’agace un haut fonctionnaire. Pour l’UE, il est hors
de question de saucissonner le
marché intérieur en acceptant une
libre circulation des marchandises,
des services et des capitaux, mais
pas des personnes.
Pas de cadeau. De même, il
décolère pas. «Le premier vote de ma
vie, ça a été le référendum sur l’UE et
quand j’ai vu le résultat, j’ai paniqué.» La jeune fille, qui a voté contre
le Brexit, a grandi dans une famille
«très impliquée en politique». Dans
les années 70, sa mère, alors âgée
de 7 ans, avait dû fuir en pleine nuit
sa maison incendiée par des paramilitaires loyalistes (les plus extrémistes des unionistes). «Si je souhaite de tout mon cœur la
réunification de l’Irlande, la priorité, pour moi, c’est de rester dans
l’UE.» Et puis, ajoute-t-elle, «c’est
embarrassant de vivre dans un coin
aussi rétrograde!»
Alors que la croissance nord-irlandaise est nulle depuis deux ans,
bien des jeunes envient l’Irlande,
son dynamisme et ses récentes
avancées sociales. Le référendum
en faveur du mariage pour tous et,
plus récemment, celui autorisant
l’avortement ont marqué les esprits.
Au Nord, l’avortement reste interdit,
sauf dans des cas extrêmes. «Londres et Dublin sont en désaccord sur
la frontière, l’assemblée de Stormont
ne fonctionne pas. Alors le sujet de
la réunification revient sur le tapis
dans un contexte Suite page 4
L’UE et Londres, le risque
d’un divorce à l’arrache
Le temps se réduit
drastiquement pour
mettre au point la sortie
concrète du RoyaumeUni de l’UE, mais
un déblocage des
négociations à
Salzbourg semble
très hypothétique.
L
e 29 mars 2019 à 23 heures,
heure de Londres, le Royaume-Uni sortira de l’Union
européenne. Voilà la seule chose
certaine que l’on sait à propos du
Brexit, puisqu’il figure dans une loi
très difficile à modifier. Pour le
reste, c’est toujours la confusion
du côté britannique, deux ans
et demi après le référendum du
23 juin 2016, et un an et demi après
le début officiel des négociations.
«Même si les droits des citoyens
ou le règlement de la facture du
départ ont été décidés, on en est
toujours au point de départ pour
le reste, explique un diplomate
d’un grand pays. Les questions centrales du marché intérieur et de la
frontière entre les deux Irlandes
ne sont toujours pas réglées et un
“no deal” par accident est de plus
en plus possible, ce qui serait catastrophique pour le Royaume-Uni et
une mauvaise chose pour l’UE»,
puisque toutes les relations seraient interrompues d’une seconde à l’autre. Et, sauf surprise,
aucun progrès n’est attendu au
cours du sommet de Salzbourg qui
a démarré mercredi.
Règle du jeu. Or l’horloge tourne
de plus en plus vite: «S’il n’y a pas
d’accord d’ici au 15 novembre, le
gouvernement nous a expliqué qu’il
ne serait pas prêt dans les temps,
vu le nombre de lois qu’il doit faire
adopter avant le 29 mars», poursuit
le diplomate. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déjà
prévu un sommet extraordinaire
début novembre afin d’essayer de
parvenir à un accord à l’arraché. Le
problème de fond est que le Royaume-Uni n’a toujours pas compris ou
admis que c’est lui qui part. «Depuis le début de cette affaire, on a
l’impression que c’est l’UE qui quitte
Londres», s’amuse un diplomate
français. Dès le départ, les VingtSept ont pourtant établi la règle
du jeu: il n’est pas question que le
Royaume-Uni se retrouve dans la
même situation qu’avant le Brexit
ou qu’il bénéficie des avantages du
marché unique et de l’union douanière sans en supporter les contraintes. Or, quand la Première ministre, Theresa May, appelle les
n’est pas envisageable qu’un accès
total au marché intérieur des
marchandises puisse se faire sans
respecter l’ensemble des normes
réglementaires de l’UE, ce que
souhaite pourtant Londres. Même
chose pour l’union douanière puisque le Royaume-Uni propose d’y
rester, afin de résoudre le problème
de la frontière irlandaise, mais
veut négocier librement des accords commerciaux avec les pays
tiers. En fait, «les propositions britanniques reviennent toujours à
leur donner un avantage par rapport à leur situation actuelle», résume un diplomate.
Le problème pour May est que, si
les Vingt-Sept sont divisés sur à
peu près tous les sujets, ils sont
unis sur le Brexit. Personne ne veut
lui faire le moindre cadeau, à la fois
pour décourager ceux qui pourraient être tentés par un «exit» finalement pas si catastrophique,
mais aussi pour éviter de donner
au Royaume-Uni un avantage compétitif. «Il y avait deux solutions
simples, écartées d’emblée par le
gouvernement britannique, explique un diplomate. Soit le modèle
norvégien, c’est-à-dire l’accès total
au marché intérieur en respectant
l’ensemble de nos règles, soit l’accord de libre-échange classique.»
C’est pour cela que les négociations sont dans une impasse dont
on ne voit pas l’issue. La France,
prudemment, va demander une loi
d’habilitation au Parlement pour
promulguer les ordonnances pour
limiter les effets d’une rupture brutale en cas de «no deal». De fait, du
jour au lendemain, les entreprises
britanniques ne pourront plus
exercer leur activité au sein de
l’UE, les avions britanniques
n’auront plus accès au ciel unique
européen, les contrôles aux frontières seront rétablis… Un précipice vers lequel le Royaume-Uni
fonce tout droit.
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
d’anxiété générale»,
poursuit Katy Hayward. «L’histoire de
la frontière, ce sont des douaniers attaqués par des paramilitaires républicains [les plus extrémistes des nationalistes, ndlr]. Pour eux ils représentaient
l’Etat, l’ennemi, alors l’idée d’en réintroduire…»
Suite de la page 3
SYMBOLE DOULOUREUX
Début septembre, le chef de la police
nord-irlandaise, George Hamilton, s’est
emporté: «Il existe le sentiment qu’en ce
qui concerne le conflit, tout est réglé en
Irlande du Nord et que nous n’avons pas
besoin de nous inquiéter, alors qu’en
réalité, nous travaillons 24 heures
sur 24 pour éviter la violence !» L’histoire n’est jamais loin à Belfast et elle
court sur le «mur de la paix» qui, dans
l’ouest de la ville, sépare le quartier catholique de Falls Road de celui, protestant, de Shankill. Il reste le symbole
douloureux d’une société où, en dépit
d’énormes progrès, la ségrégation persiste. Les jardins des modestes maisons
mitoyennes adossées au mur sont toujours bouchés par des grillages. «On a
essayé de les enlever, mais les pierres
continuaient à valser depuis l’autre côté
du mur, alors on les a remis», raconte
Jacky, chauffeur de taxi qui promène
les touristes sur les traces des Troubles.
Les initiatives intercommunautés sont
légions, souvent financées par des
fonds européens. Il existe des écoles
dites «intégrées», qui accueillent des
enfants de toute confession, mais elles
restent en minorité. En attendant, les
dessins sur les murs à la gloire des
paramilitaires de milices loyalistes ou
de Bobby Sands, député du Sinn Féin
et membre de l’IRA, mort des suites
d’une grève de la faim en 1981, sont
toujours bien visibles.
Lors de la partition en 1921, les Britanniques souhaitaient une région où les
protestants unionistes seraient majoritaires. C’est toujours le cas, mais plus
pour longtemps. En 2011, lors du dernier recensement, 48,4% de la population était protestante, contre 45,1% de
catholiques. La prochaine enquête aura
lieu en 2021 et tout porte à croire que les
catholiques seront majoritaires. «C’est
le cas depuis 2000 dans les écoles. Chez
les personnes en âge de travailler, de 16 à
60 ans, la population protestante stagne alors que la catholique augmente,
explique le démographe Paul Nolan. Le
problème en Irlande du Nord a toujours
été les minorités. Or la question est de
savoir avec quelle intensité ces minorités
lutteraient contre la majorité. Les protestants unionistes modérés ne seraient
pas forcément contre la réunification
mais les loyalistes pourraient poser de
très sérieux problèmes d’ordre public.»
Début 2013, le conseil municipal de
Belfast, dominé par le Sinn Féin, avait
ordonné que le drapeau du RoyaumeUni ne flotte plus tous les jours au-dessus de l’hôtel de ville. Cette décision
avait provoqué la fureur des loyalistes.
Pendant des semaines, des manifestations, parfois violentes, avaient agité
l’Irlande du Nord. Pour un drapeau.
Difficile d’imaginer l’ampleur de la
réaction loyaliste en cas de réunification. «Je serais heureux d’avoir une
Irlande unifiée, mais seulement si c’est
une Irlande pacifiée, affirme Paul Nolan. Pour cela, il faudrait une majorité
écrasante en sa faveur. Nous n’en sommes pas encore là, mais le génie est sorti
de sa bouteille.» •
Chris McCaffrey sur la rive du Lough MacNean, côté Irlande, dimanche. G. VORONOV
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
taient les installations et le lundi, tout était
ouvert.» Au total, la frontière entre l’Irlande du
Nord et l’Irlande court sur 500 kilomètres et
chaque jour, 30000 personnes environ la franchissent sur une des quelque 200 routes.
Au milieu du vieux pont de pierre qui enjambe
le Lough MacNean et relie les villages de Belcoo et Blacklion, la vue est magnifique. Au
nord, on est à Belcoo, en Irlande du Nord. Au
sud, à Blacklion, en Irlande. Au milieu se
trouve une frontière. Invisible. Rien n’indique
le passage d’un pays à l’autre si ce n’est un panneau qui prévient que les vitesses seront désormais indiquées en kilomètres et plus en miles.
Chris McCaffrey : «On a essayé de placer un
panneau souhaitant la bienvenue en Irlande
du Nord, il a été immédiatement démonté.» Un
peu plus loin, au détour d’une courbe, à un
autre point de frontière, un panneau jaune fluo
interpelle: «Ecoutez notre voix, respectez notre vote, pas de frontière avec l’UE en Irlande!»
Le même message jaillit régulièrement du
dense feuillage des bords de route, comme un
rappel constant que, vraiment, «ce Brexit est
une mauvaise idée».
Fièvre aphteuse. Le comté de Fermanagh
vit du tourisme et de l’agriculture, essentiellement de l’élevage. Dans la famille de Chris, on
est fermier de père en fils. «Je suis le premier
de la famille à être allé à l’université»: Chris y
a étudié la littérature et la langue irlandaise
qu’il parle couramment. Son père, Seamus McCaffrey, s’occupe de la ferme familiale, 200 bovins qu’il engraisse avant de les revendre pour
leur viande. «Il en achète beaucoup dans le Sud
et en revend aussi. Il passe la frontière quatre
à cinq fois par semaine, pour aller sur les marchés à bestiaux, en fonction du cours du bétail
ou du taux de change entre la livre sterling et
l’euro.» L’idée de rajouter encore «de la paperasse, alors qu’il croule déjà dessous, l’inquiète». Au point de songer, à 56 ans, «à abandonner son activité. C’est déjà difficile pour les
fermiers, même avec les subventions européennes, alors après le Brexit !»
Pendant la période des Troubles, il y avait un
poste douanier permanent des deux côtés du
pont. «Mes parents, Seamus et Lorraine, se souviennent avoir été bloqués, contrôlés régulièrePont-frontière de Belcoo, entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, PHOTO GEORGE VORONOV
ment, lorsqu’ils essayaient de se voir et qu’ils
vivaient chacun des deux côtés de la frontière.»
Depuis vingt ans et l’accord de paix, on circule
librement sur ce pont. Chris est né en 1995, il
ne se souvient pas de la période des Troubles.
Mais il se rappelle l’épidémie de fièvre aphteuse
dans le bétail britannique en 2001, le blocage
des exportations, les bûchers de carcasses de
bovins et ovins brûlés dans les champs et les
contrôles sanitaires aux frontières. «C’était déjà
très invasif à l’époque.» Le désespoir pointe
On est dans le comté frontalier de Fermanagh, parfois dans sa voix. «En vingt ans, les progrès
le moins peuplé d’Irlande du Nord, l’un des ont été extraordinaires, Belfast, Derry [ou Lonplus sauvages aussi. Ici, les lacs, les rivières et donderry pour les unionistes] sont désormais
petits cours d’eau baignent les vallons et fo- des villes modernes, vibrantes. L’UE a eu un imrêts. Les vues sont souvent spectaculaires et pact formidablement positif en Irlande du
les villes absentes –il n’y en a qu’une, la capi- Nord.» La population avait le sentiment de
tale Enniskillen avec ses 13000
«profiter des deux mondes, du système
habitants. Oscar Wilde et Sade santé gratuit en Irlande du
muel Beckett y sont allés
Nord [il est payant en Irlande] et
quelques années à l’école.
des facilités de l’Union euroIRLANDE
DU NORD
Les routes, étroites, serpenpéenne. La paix était revenue
(ROYAUMEComté de
ord, Sud, Nord, Sud. Un petit pont, un tent au gré des dénivelés du
et, jusqu’à présent, on s’en
UNI)
Fermanagh
virage à gauche, une courbe, un autre paysage.
sortait plutôt bien, mais là,
Océan
pont caché entre les arbres. En moins C’est ici que l’on trouve le Atlantique
c’est l’angoisse.»
Dublin
de dix minutes, on a passé quatre fois la fron- plus de points frontaliers d’IrAlors, forcément, on reparle
IRLANDE
Mer
tière entre l’Irlande du Nord et la République lande du Nord. Quelque
de la réunification de l’île,
d’Irlande
d’Irlande. «Je fais ça au moins trois fois par 80 routes ou chemins permetcomme d’un moyen ultime
jour, rien que pour aller à mon boulot, je tent de passer du Nord au Sud.
pour rester au sein de l’Union
50 km
traverse la frontière deux fois», explique «Pendant les Troubles [entre 1968
européenne. «Même Ian Paisley Jr,
Chris McCaffrey. Pourtant, le jeune homme et 1998, ndlr], la plupart étaient fermés, pour- député DUP [Democratic Unionist Party] en fade 23 ans vit et travaille en Irlande du Nord. Il suit Chris McCaffrey. Ici, dans un rayon de huit veur du Brexit, a demandé un passeport irlanest guide dans les grottes de Marble Arch, un kilomètres, on a six points de passage. La police dais et appelé tous les Nord-Irlandais à en faire
site exceptionnel classé à l’Unesco, 11 kilomè- britannique en fermait quatre, parce qu’elle de même! Quelle hypocrisie!» Chris «adorerait
tres de galeries souterraines creusées par trois n’avait pas les moyens de tous les contrôler. Le voir une Irlande unifiée, mais mon principal
rivières.
week-end, les communautés locales démon- objectif, c’est d’empêcher un Brexit dur». Et
A Belcoo, une vie
de saute-frontières
Dans le comté de Fermanagh,
on compte près de 80 points
de passage, qui se
franchissent aisément. L’idée
de rajouter une barrière avec
l’UE réveille des souvenirs
douloureux et «angoisse».
N
«
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pour cela, il milite pour un second référendum, «pour qu’on nous donne le choix en toute
connaissance de cause». A ce jour, le gouvernement de Theresa May a exclu un nouveau
vote (lire page 3).
Contrebande de vaches. Chris nous emmène en bordure de Belcoo, dans la ferme de
son grand-père décédé il y a cinq ans. C’est là
qu’il vit, dans une petite maison blanche, posée au bord du lac. Dans les champs, quelques
vaches nous observent benoîtement. «A une
époque, dans la nuit, mon grand-père faisait
passer des vaches en contrebande, il les faisait
nager d’une rive à l’autre.» Aujourd’hui, la
contrebande concerne plus les cigarettes ou
le carburant. «Si le Brexit a vraiment lieu, la
seule solution, ce sont des contrôles sur la mer
d’Irlande, on ne peut pas couper en deux l’Irlande.» Chris raconte comment son père,
alors âgé de 16 ans, était allé à Belfast pour assister aux funérailles de Bobby Sands. Membre de l’IRA, il avait été élu député de Fermanagh sous la bannière du Sinn Féin, juste
avant de mourir lors d’une grève de la faim le
5 mai 1981. L’anecdote fait un peu partie du
folklore familial. Chris travaille aussi en Irlande, dans un pub de Blacklion, The Dugout.
Les conversations «n’y tournent qu’autour de
la frontière. Les plus âgés s’inquiètent du retour aux “jours sombres” du passé».
«J’ai plein d’amis unionistes, alors oui, on a
des débats un peu intenses ces derniers temps,
mais on se parle. Le gouvernement britannique risque de provoquer un bordel pas possible et c’est nous qui resterons sur le carreau, à
la frontière.»
SONIA DELESALLE-STOLPER
Envoyée spéciale à Belcoo
(comté de Fermanagh)
u 5
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«Ce n’est plus une question de si,
mais de quand»
l’Union européenne. Vous ne pouvez pas
avoir de situation meilleure qu’au sein de
l’UE et l’Irlande du Nord va être la plus touchée. Le second facteur, c’est la démographie
dans le Nord. D’ici à 2026, la majorité des personnes en âge de voter seront catholiques et
ouverture vert vif, le rapport est posé nationalistes. Si vous combinez le Brexit et
en évidence dans ce bureau de Leins- la démographie, s’il n’y a pas de solution à la
ter House, le Parlement irlandais à frontière, dans moins de dix ans, nous aurons
Dublin. Deux kilos de papier, 1232 pages d’un une réunification. L’Irlande du Nord n’a pas
rapport parlementaire sur «Le Brexit et l’ave- voté pour le Brexit, elle est déstabilisée et la
nir de l’Irlande: unifier l’Irlande et ses habi- situation a accéléré le débat. En Irlande non
tants dans la paix et la prospérité». Le séna- plus, avant le Brexit, on ne parlait plus de la
teur irlandais Mark Daly, membre du parti fin de la partition.
Fianna Fàil (centre droit), en est l’auteur.
Comment avez-vous compilé ce rapPourquoi un tel rapport ?
port ?
Il s’agit du premier rapport dans l’histoire de Nous avons interrogé des spécialistes de tous
l’Etat irlandais sur la réunification de l’île. Il les horizons, y compris sur la situation du
est la conséquence directe du Brexit. Pour Québec au Canada, sur la réunification allemoi, il ne fait aucun doute que celui-ci si- mande, sur Chypre, les deux Corées, nous
gnera la fin de la présence briavons consulté les Nations
INTERVIEW unies, écouté un maximum de
tannique sur l’île. L’idée est de
nous y préparer. Ce n’est plus
personnes. Nous avons évalué
une question de si, mais de quand. Même les l’impact économique d’une réunification.
unionistes nord-irlandais, comme l’ex-chef Nous voulons être préparés. Pour résoudre
du Democratic Unionist Party Peter Robin- un problème, vous devez le comprendre. La
son, ont récemment admis qu’il fallait se pré- leçon du Brexit est celle-ci: vous n’organisez
parer à la réunification. Jusqu’à il y a peu, il pas un référendum avant d’expliquer aux
n’existait pas une énorme majorité au sein gens ce qui va arriver. Vous leur expliquez
des catholiques nationalistes du Nord pour d’abord et ensuite vous organisez le référenla fin de la partition. Le Brexit a tout changé dum. Sur l’Irlande du Nord, le gouverneet, aujourd’hui, la motivation pour la réunifi- ment britannique s’est montré ignorant et
cation, c’est de pouvoir rester au sein de arrogant. Il n’a prêté qu’une attention limitée
Auteur d’un rapport sur la
réunification, le sénateur
irlandais Mark Daly décrypte
les revirements de l’opinion
sur la question.
C
à la question et maintenant, il se retrouve
dans la situation de la fin de la chanson Hotel California des Eagles: «Vous pouvez régler
votre note quand vous voulez, mais vous ne
pouvez jamais partir !» Plus le Brexit sera
dur, plus vraisemblable sera la réunification
irlandaise.
En cas de référendum, le nord et le sud
de l’île voteront. Etes-vous certain d’une
majorité sur la question en Irlande ?
Oui. Les sondages donnent entre 65% et 82%
de réponses positives. Mais vous savez,
la réunification ne pourra se faire que si
nous rassemblons toutes les communautés,
si nous prêtons attention à tous les symboles,
les détails, drapeaux, hymnes, langues, traditions. J’ai eu des entretiens avec des loyalistes (les plus extrémistes des unionistes, en
faveur du maintien au sein du RoyaumeUni), d’anciens paramilitaires ou encore des
membres du clergé protestant. Ils m’ont fait
part de leurs préoccupations, la crainte d’un
retour à la violence, le maintien des droits de
propriété sur le sol, la protection de l’identité
britannique. La réunification nécessitera de
l’imagination et de la générosité. Nous sommes l’endroit du monde où la partition a duré
le plus longtemps, mais le Brexit en signera
la fin. Je suis certain de cela.
Recueilli par S.D.-S. (à Belfast)
Lire également sur Libération.fr notre article
sur «près d’un siècle de partition irlandaise».
© Jérôme Witz © Todd Cole © Marc Surridge *MUSIQUE POP & CHANSONS D’AMOUR
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
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MONDE
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
Par
FRANÇOIS MUSSEAU
Correspondant à Madrid
R
arement une candidature
putative aura provoqué
autant de remous, obligeant
forces et personnalités locales à se
repositionner. Alors que Manuel
Valls n’a toujours pas confirmé officiellement qu’il souhaitait briguer
la mairie de Barcelone en mai 2019,
la politique catalane est perturbée
par cette perspective de plus en plus
crédible, qui pourrait influer sensiblement sur le conflit entre séparatistes et unionistes. Car à Barcelone,
locomotive économique du pays,
les pro-Espagne sont faiblement représentés et dépourvus de tout leader charismatique. Manuel Valls,
grand pourfendeur des indépendantistes, aurait donc une autoroute devant lui. «Sa grande force,
notait récemment le quotidien catalan El Periodico de Catalunya dans
un éditorial, c’est sa renommée, son
aura, son expérience passée aux
commandes du pays voisin. Ce cocktail peut redonner du lustre à une
ville qui, ces derniers temps, avec le
défi sécessionniste, a vu décliner sa
projection internationale.»
A l’échelle de la communauté autonome, les unionistes, qui sont favorables au maintien dans le giron
espagnol sans aucune concession
aux nationalistes, disposent d’une
force montante : les centristes de
Ciudadanos («Citoyens»), quatrième mouvement à l’échelle espagnole, vainqueurs des législatives
régionales en décembre dernier. Par
le jeu des alliances pourtant, les sécessionnistes tiennent le Parlement
et l’exécutif autonomes. Proche de
Podemos, le parti de gauche radicale dirigé par Pablo Iglesias, et issue du mouvement contre les expulsions immobilières, la maire
actuelle de Barcelone, Ada Colau,
se dit pour sa part prudemment
équidistante sur la question –«ni sécessionniste ni immobiliste» –,
même si elle soutient la tenue d’un
référendum d’autodétermination,
comme environ deux tiers des
7,5 millions de Catalans.
«CHERCHER DES CÉLÉBRITÉS»
L’intention de l’ancien Premier ministre français est assez limpide :
jouer sur son expérience pour susciter la mobilisation d’un électorat
non indépendantiste et désireux
que Barcelone renoue avec sa stature internationale obtenue dans
le sillage des Jeux olympiques
de 1992. Un an après le début d’un
conflit musclé entre les gouvernements de Madrid et de Barcelone,
la plupart des dirigeants sécessionnistes sont accusés de «rébellion»,
au mieux de «malversations», incarcérés ou séjournant à l’étranger
pour éviter la justice espagnole.
Sur le plan économique, en particulier à Barcelone et dans ses banlieues, c’est une catastrophe. Depuis le mois de janvier, plus de
2000 entreprises ont transféré leur
siège social hors de Catalogne,
principale région industrielle du
pays. C’est cette dynamique que
Manuel Valls veut enrayer, répétant
qu’une «bonne partie de la solution
Manuel Valls loin de
faire l’unité à Barcelone
Pas encore officiel, le débarquement de l’ex-Premier ministre français
dans la campagne de 2019 agace en Catalogne. Sur le modèle de
Macron en 2017, il espère faire émerger la société civile et dépasser le
clivage gauche-droite pour réunir les partisans d’une Espagne unie.
à la dérive séparatiste passe par
Barcelone».
Né ici en 1962, Manuel Valls a choisi
la nationalité française à 20 ans. Son
père, peintre renommé, a quitté
l’Espagne pour fuir le franquisme et
l’un de ses grands cousins a composé la musique de l’hymne du
Barça. Mais l’ancien maire d’Evry,
membre du Parti socialiste français
pendant près de quarante ans et
toujours officiellement député de
l’Essonne –ce qui commence à faire
grincer des dents jusque dans la
majorité macroniste à Paris– n’a pas
d’autre vécu dans la ville que les étés
de sa jeunesse.
AGACEMENT
D’où l’agacement, également, des
dirigeants locaux, comme Ada Colau, qui ne cache pas sa défiance à
l’égard du nouvel arrivant. «Il est
surprenant de le voir arriver soudainement, alors qu’il n’a jamais
parlé de Barcelone auparavant. […]
Il n’habite pas ici : on ne peut pas
vraiment dire que ce soit la
meilleure situation pour quelqu’un
qui prétend devenir maire. Il semble
que dans un certain camp [les espagnolistes, ndlr], ils soient désespérés
au point d’aller chercher des célébrités», a-t-elle déclaré à la presse locale la semaine dernière.
En mai, Ian Brossat, adjoint communiste d’Anne Hidalgo, a rendu
visite à Ada Colau. Au menu, des
questions sur l’encadrement des
loyers. Mais à la fin de l’entretien, la
maire espagnole a posé une dernière question : «Il est comment,
Manuel Valls?» Réponse de Brossat:
«Tu vois l’encadrement des loyers ?
C’est lui qui l’a foutu en l’air.»
Dans le camp indépendantiste,
Manuel Valls est considéré avec désinvolture, voire avec mépris. Alfred
Bosch, porte-parole municipal et
candidat d’Esquerra, formation séparatiste de centre gauche, balaie le
sujet d’un revers de main : «Barcelone n’est pas une piste d’atterrissage
pour des parachutés.» Annoncé depuis le mois d’avril, cet atterrissage
provoque autant d’attentes que de
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
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Susana Gallardo,
crème de la crème
catalane
En couple avec
Manuel Valls
depuis cet été,
cette riche héritière
est un atout
pour sa candidature
à la mairie
de Barcelone.
M
perplexité. D’autant que la stratégie
de celui qui fut candidat à la primaire présidentielle du PS ne passe
visiblement pas par l’adoubement
d’un parti existant, malgré d’évidentes sympathies avec Ciudadanos. Valls 2019, des faux airs de Macron 2017 : s’afficher au-dessus du
clivage gauche-droite et se profiler
comme un candidat certes clairement unioniste mais indépendant
et transversal. Désireux de faire
de Barcelone «de nouveau une capitale ouverte et dynamique». «Le
catalanisme est l’ouverture. Le nationalisme crée des frontières, des
tranchées, désigne des ennemis. […]
Le pire du nationalisme est qu’il fait
souffrir la région ou le pays dans
lequel il prospère», a-t-il expliqué
début septembre à Barcelone lors
de la présentation d’un livre sur
la crise indépendantiste dont il a
signé la préface.
RASSEMBLEUR
Du côté de Ciudadanos, jeune parti
libéral-centriste en manque de
cadres et de personnalités reconnues, cette arrivée est plutôt une
bonne nouvelle. «Voici un homme
qui naît à Barcelone, part en
France, y devient Premier ministre,
pour revenir dans sa ville natale
afin de l’améliorer et y résoudre de
terribles tensions : quel meilleur
exemple européiste pourrait-on
avoir ?» s’enthousiasme Ines Arrimadas, leader régionale de Ciudadanos, cheffe de l’opposition au
Parlement de Catalogne. En coulisses, toutefois, le fait que Manuel
Valls prône une pleine ouverture à
la société civile ne plaît pas à tout le
monde. Dans sa pré-campagne, qui
s’est intensifiée depuis le milieu de
l’été, l’apprenti candidat a rencontré des figures régionales comme
l’architecte Oscar Tusquets, l’écrivain Javier Cercas ou l’éditeur Jorge
Herralde.
Accusé d’avoir fracturé son parti
voire la gauche en France, Valls se
veut donc un rassembleur sans étiquette de l’autre côté des Pyrénées.
Il a annoncé son intention de devenir professeur dans l’école de
commerce barcelonaise Esade, et
a établi d’étroites relations avec le
monde de l’entreprise, préoccupé
par les velléités sécessionnistes, ou
encore la Societat Civil Catalana, association unioniste influente. «Valls
entend construire une plateforme
hétéroclite rassemblant hommes
d’affaires, notables, intellectuels et,
sur l’échiquier, une sorte de coalition
allant des socialistes à la droite unioniste, analyse un bon connaisseur
de la Catalogne. Forcément, cela irrite les leaders en place.»
Au sein de la gauche non indépendantiste, l’ancien Premier ministre
français n’est pas vu d’un bon œil
non plus. Tous stigmatisent la sortie
de l’intéressé, qui a lancé cet été: «Il
est très important de parler avec les
élites.» Une phrase arrogante pour
certains, preuve, selon d’autres, de
son inclination à frayer avec les
puissants. «Je n’oublie pas qu’il incarne un des échecs les plus patentés
de la politique française récente :
celle d’une gauche soumise aux injonctions des pouvoirs financiers»,
tacle le philosophe Josep Ramoneda pour qui «Valls est un des fossoyeurs de la social-démocratie». •
A gauche,
Manuel
Valls à
Barcelone
au début
du mois.
A droite,
Susana
Gallardo
au côté
de son
ex-mari,
Alberto
Palatchi,
en 2015.
PHOTOS
LLUIS GENE.
AFP ; MIQUEL
BENITEZ.
GETTY
IMAGES
anuel Valls aurait
difficilement pu
mieux
tomber
amoureux. Depuis cet été,
l’ancien Premier ministre
–qui avait annoncé sa séparation en avril – partage la vie
de Susana Gallardo, inconnue
du côté tricolore des Pyrénées
mais membre éminente de la
haute bourgeoisie, des milieux d’affaires et de la scène
culturelle de Catalogne. Tout
à la fois. Divorcée il y a
deux ans d’un richissime industriel – Alberto Palatchi,
dont la fortune fut estimée
en 2017 par la revue Forbes à
900 millions d’euros –, Susana Gallardo est l’héritière
des laboratoires pharmaceutiques Almirall, fondés en
1943, au début de l’ère franquiste. A 53 ans, elle appartient à ces hautes sphères espagnoles qui, de manière
générale, blindent leur intimité, observent le silence
dans les moments critiques et
n’accordent jamais d’interviews. La révélation de sa
liaison avec Manuel Valls par
le magazine people Hola !
avec une flopée de photos de
leurs vacances à Marbella, ne
l’a pas fait dévier de cet axe:
pas un mot. Même quand certains qualifient leur histoire
d’amour de «braguetazo»,
l’équivalent hispanique de la
«promotion canapé».
«Femme complète». Entrepreneuse, philanthrope et
mère de trois enfants –issus
de son mariage avec Alberto
Palatchi–, Susanna Gallardo
est «une femme complète»,
dit-on d’elle en privé. Lorsque
Palatchi était à la tête de Pronovias, l’empire des robes de
mariées, elle en était la viceprésidente. Richissime dès sa
naissance, elle a tenu à faire
des études solides: diplôme
à Sciences-Po et passages par
l’université d’Oxford et la très
réputée école espagnole de
commerce, l’Iese, avant des
expériences dans la banque
et la finance… Elle a fait partie des conseils d’administration de multinationales, dont
le groupe autoroutier Abertis,
Banc of California ou la puissante banque Caixa, où elle
siège toujours.
Catalane de naissance, Susanna Gallardo a certainement l’un des meilleurs carnets d’adresses du pays. Elle
possède une magnifique résidence aux Baléares où gravite le gratin politique d’Espagne et d’ailleurs. Elle
coche toutes les cases de la
jet-set catalane : un pied
dans les affaires, un autre
dans le culturel et le caritatif.
Elle préside une fondation
logeant des familles d’enfants cancéreux, prise l’architecture de Minorque (elle
s’en fait d’ailleurs la guide
auprès de nombreuses
personnalités), se délecte
d’opéra et collectionne les
œuvres d’art.
Mais ce qui la distingue dans
son biotope ultra favorisé,
c’est un goût prononcé pour
la politique et la féroce certitude que la Catalogne doit
pleinement demeurer sous
l’égide espagnole. Deux convictions qu’elle partage avec
son nouveau compagnon
de 56 ans, qui ambitionne de
devenir maire de Barcelone
(lire ci-contre).
Polémique. Susana Gallardo vit le défi sécessionniste comme un drame.
Le 1er octobre 2017, lors du référendum d’autodétermination interdit à Barcelone, elle
avait réalisé une vidéo polémique dans laquelle elle tentait de mettre en évidence les
irrégularités de ce vote. «Ils
ne sont pas la seule réalité catalane, nous sommes nombreux, nous, leurs opposants,
et nous ne voulons plus nous
cacher», déclamait Susana
Gallardo. Drapée dans un
étendard espagnol.
F.M. (à Madrid)
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MONDE
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Sciences Un décodeur
permettant de détecter
l’humeur d’un patient à
partir de son activité cérébrale pourrait être
la base de nouveaux traitements contre la
dépression. L’équipe de chercheurs américains qui a publié ces travaux dans la revue
Nature Biotechnology préconise une stimulation cérébrale. PHOTO GETTY
C’est alors que la polémique
enfle autour de Maassen, révélant de nouveau les faiblesses de la coalition au pouvoir.
Les sociaux-démocrates
du SPD, révulsés par ces propos, réclament sa tête; tandis
qu’en face, le très agité ministre de l’Intérieur Seehofer lui
renouvelle sa «confiance».
Angela Merkel se retrouve en
position d’arbitre, forcée
d’élaborer un énième compromis politique, mis au
point mardi soir.
Comme souvent chez la
chancelière, le coup est habile. En déplaçant Maassen,
elle obtient malgré tout son
limogeage et accède à la demande du SPD. En le promouvant, elle évite une nouvelle sédition de Seehofer. En
le casant chez son allié bavarois, elle cache le problème
sous le tapis. Cependant elle
montre qu’elle est à la merci
de son ministre de l’Intérieur.
Couleuvre. Alors, depuis
Le 12 septembre à Berlin. En tant que secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur, Hans-Georg Maassen sera mieux payé. PHOTO M. SOHN. AP
Après Chemnitz, la grande coalition
tiraillée par une sanction-promotion
En Allemagne, le
Parti socialdémocrate est sous
tension après le
«faux limogeage»
du patron du
renseignement
intérieur, qui avait
mis en doute la
réalité des violences
racistes survenues
dans la Saxe.
Par
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
«L
a fonction de président de l’Office de
protection de la
Constitution va être réattribuée. Monsieur Maassen sera
à l’avenir secrétaire d’Etat au
ministère de l’Intérieur.» C’est
avec ce sobre communiqué
que le gouvernement alle- ment» qu’un limogeage. Un
mand a tenté de mettre fin, «limogeage-promotion» si
mardi soir, à l’énième polémi- l’on veut, avec augmentation
que mettant en péril la coali- de salaire à la clé.
tion gouvernementale. L’objet des tensions étant, cette Tapis. Pourtant, depuis son
fois, le sort du patron du ren- arrivée à ce poste en 2012,
seignement intérieur, Hans- Hans-Georg Maassen a été à
Georg Maassen,
plusieurs repriL'HISTOIRE ses l’objet de cricritiqué depuis
ses propos sur
tiques. Ses serDU JOUR
les violences ravices ont été
cistes survenues à Chemnitz blâmés pour négligence
fin août.
après l’attentat du marché de
Le chef de l’Office fédéral de Noël à Berlin en 2016. En
protection de la Constitution, outre, depuis juillet, un livre
55 ans, a ainsi été exfiltré de et une enquête télévisée ont
son poste… pour rejoindre les fait état de ses discussions
ors du ministère de l’Inté- avec des membres de l’exrieur, où il sera secrétaire trême droite –notamment un
d’Etat, sous la tutelle de son député du parti AfD, à qui il
soutien, l’ultraconservateur aurait transmis des informaministre Horst Seehofer tions confidentielles. Mais
(CSU, l’allié bavarois des chré- c’est finalement pour ses protiens-démocrates). C’est, de pos sur Chemnitz que Maasl’avis de nombreux observa- sen quitte son poste. Après
teurs, davantage un «déplace- les événements racistes sur-
venus dans cette ville de
Saxe, Maassen a mis en doute
la réalité des chasses aux
étrangers qui s’y sont déroulées – en dépit de récits de
journalistes et de témoins, de
vidéos et de plaintes déposées par plusieurs personnes
pour violences. Et, au sujet
d’une vidéo sur les réseaux
sociaux, dont l’authenticité a
été avérée, il a ajouté : «Il y a
de bonnes raisons de penser
qu’il s’agit d’une fausse information à des fins délibérées
dans le but de détourner l’attention du meurtre commis à
Chemnitz.» Ces propos un
brin complotistes ont jeté un
trouble puisqu’ils n’étaient
étayés par aucune preuve.
Cette version a été contredite
quelques jours plus tard : le
rapport de police relatant la
soirée du 27 août, celle où
eurent lieu plusieurs saluts
hitlériens et l’attaque d’un
restaurant juif, fut dévoilé par
la chaîne publique ZDF. Et il
évoque bien des hommes cagoulés se mettant en quête
«d’étrangers». En vertu de sa
fonction, Maassen aurait pu
consulter ce rapport. Difficile
de ne pas voir dans ce déni un
a priori idéologique: mettre
en doute les récits des violences de Chemnitz est une antienne de l’extrême droite.
«Le SPD doit
se poser cette
question
cruciale:
“Pourquoi
devrions-nous
rester?”»
Kevin Kühnert chef des
Jeunes sociaux-démocrates
mardi soir, le SPD gronde. Le
très volubile patron des Jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert, ancienne figure
de proue des opposants à
cette «Groko» (grande coalition), a qualifié cette décision
de «coup en plein visage».
«Mon seuil de tolérance est atteint», a-t-il commenté.
Avant d’ajouter: «Si la base de
travail de cette coalition se
fait uniquement en fonction
de la CSU, alors le SPD doit se
poser clairement cette question cruciale : “pourquoi devrions-nous rester ?”»
Ce n’est pas la première fois
que des sociaux-démocrates
agitent la menace d’un départ. Mais Maassen semble
être la couleuvre de trop à
avaler. De son côté, la viceprésidente du parti, Natacha
Kohnen, a demandé la démission de Seehofer.
Une Merkel aphone, un Seehofer outrancier et omnipotent, un SPD en crise d’apoplexie… Combien de temps la
grande coalition peut-elle tenir ? D’autant que tous les
partis au pouvoir payent
dans les sondages le prix de
cette alliance. A sa naissance,
en mars, on la surnommait
déjà «la coalition des perdants». Six mois plus tard, le
mot est toujours là, prononcé
par le chef des Libéraux,
Christian Lindner: «La coalition n’a pas de ligne», déclarait-il mardi. Et à la fin, «il n’y
a que des perdants». •
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LIBÉ.FR
Lombrics Est-il vrai
que les vers de terre représentent 80 % de la biomasse terrestre ? Non. Ce chiffre que l’on
croise parfois ne s’applique que sous des
conditions bien définies et ne concerne que
la biomasse strictement animale. Plus d’explications et d’infographies sur le sujet sur
CheckNews. PHOTO F. HECKER. PICTURE ALLIANCE
Japon Le géant de l’énergie Marubeni
renonce au charbon
L’énergéticien japonais Marubeni a annoncé sa volonté
de se retirer (quasi entièrement) des activités de production d’électricité par les centrales à charbon, une des énergies les plus sales. «Marubeni reconnaît que le changement
climatique est un enjeu majeur partagé par toute l’humanité, écrit l’entreprise dans un communiqué. C’est un problème qui menace la coexistence entre l’environnement et
la société, un problème qui a un énorme effet sur les affaires
de Marubeni et ses actionnaires, et un problème auquel il
faut se confronter rapidement.» L’entreprise détaille aussi
les mesures qu’elle va mettre en place pour limiter son empreinte carbone. «D’ici 2030, Marubeni va réduire sa capacité de génération nette au charbon, actuellement de 3 gigawatts, de moitié, est-il précisé dans le communiqué.
Marubeni ne va plus participer à de nouvelles affaires liées
à la production d’électricité par le charbon.» Et de nuancer: «Cependant, Marubeni pourrait envisager de poursuivre des projets qui adoptent les “meilleures technologies
disponibles” et qui sont conformes aux politiques du gouvernement japonais et du pays où le projet est entrepris.»
En parallèle, le conglomérat promet d’étendre la part
d’énergies renouvelables dans son mix de production
de 10 à 20 % d’ici 2023. L’entreprise est déjà en train de
construire un projet d’énergie solaire de 1,17 gigawatt, un
des plus grands et des moins chers au monde.
Venezuela
Le festin turc de
Maduro passe mal
Le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a fait escale
lundi soir en Turquie où, de
son propre aveu, il a été reçu
«comme un sultan». Le lendemain, ses compatriotes n’en
ont pas cru leurs oreilles
quand, en direct à la télévision, il a décrit dans des termes dithyrambiques son expérience gastronomique :
reçu avec sa femme Cilia Flores dans l’un des restaurants
les plus cotés de la ville, il
s’extasie de la qualité de la
viande et de l’accueil du chef
vedette Nusret Gökçe, star
d’Instagram. Des images du
couple présidentiel lors de ce
dîner, partagées sur les réseaux, ont créé la polémique
alors que le pays connaît une
grave pénurie alimentaire.
Lire sur liberation.fr
Climat: le patronat européen
veut «minimiser» le sujet
Pierre Gattaz en octobre 2017. PHOTO LAURENT TROUDE
Le document est explicite. Le
site d’informations Euractiv
a publié, mercredi, un mémo
interne du groupe de lobbying Business Europe visant
à fournir des éléments de langage à ses membres pour
contrer les arguments favorables à un plus grand effort en
matière de réduction des
émissions de gaz à effet de
serre. Présidé par Pierre Gattaz (ancien patron du Medef),
Business Europe, qui représente le patronat, est le lobby
le plus influent au niveau
européen. Le texte d’une
page détaille les pistes de
stratégie de communication
que Business Europe propose
aux patrons de mettre en
œuvre dans les discussions,
menées dans les prochaines
semaines à Bruxelles. Voici
les «bases de discussion» exposées dans le mémo: «Etre
plutôt positif tant qu’il s’agit
d’une déclaration politique
qui n’a pas d’implications
pour la législation européenne en vue de 2030», «s’opposer à l’augmentation des
ambitions, en utilisant les arguments habituels que nous
ne pouvons agir seuls dans un
marché mondialisé et qu’on ne
peut pas compenser pour les
autres, etc.», «remettre en
question le processus de décision en demandant plus de
transparence dans les calculs,
la réalisation d’une étude
d’impact, le risque de créer de
l’instabilité». Enfin, le groupe
recommande de «minimiser
le sujet en argumentant que la
formalisation d’une ambition
supplémentaire […] n’est pas
ce qui compte le plus».
«La note de Business Europe
est l’expression du plus grand
conservatisme alors même
que les investissements dans
la transition écologique sont
de véritables opportunités
économiques», regrette Neil
Makaroff, du Réseau action
climat Europe. De leur côté,
la Commission européenne
et une partie des Etats membres semblent prêts à se
montrer plus ambitieux pour
lutter contre le dérèglement
du climat. En juin, les différentes instances de l’UE se
sont accordées pour rehausser leurs objectifs d’énergies
renouvelables à 32% du mix
énergétique pour 2030. Cela
permettrait à l’UE de dépasser ses objectifs de réduction
de gaz à effet de serre de 40%
pour 2030.
AUDE MASSIOT
«[Séoul et Pyongyang
ont décidé] de coopérer
en vue d’une candidature
commune pour accueillir
ensemble les JO d’été
de 2032.»
MOON JAE-IN et KIM JONG-UN
Dirigeants sud et nord-coréen, après
leur rencontre mercredi à Pyongyang.
Le leader nord-coréen, Kim
Jong-un, et le président sudcoréen, Moon Jae-in, ont
annoncé mercredi à Pyongyang une série de projets
destinés à approfondir les
relations sur la péninsule.
Après le sommet, troisième
rencontre en cinq mois des
deux hommes, le dirigeant
nord-coréen a fait savoir
qu’il «visiterait Séoul dans
un avenir proche». L’événement pourrait se produire
cette année, a précisé son
homologue du Sud, le président Moon. Une visite dans
la capitale sud-coréenne
d’un leader nord-coréen serait une première depuis la
fin de la guerre de Corée,
en 1953. Ce conflit s’est
achevé sur un armistice plutôt qu’un traité de paix, si
bien que les deux pays sont
toujours techniquement en
guerre. Les ministères de la
Défense des deux pays ont
signé un pacte visant à réduire les tensions et décidé
d’établir une zone tampon
en mer Jaune, frontière maritime disputée. Un projet de
connexion des réseaux ferrés et routiers est également
au programme. Enfin, les
deux pays veulent prolonger
la trêve olympique des Jeux
d’hiver de février, à PyeongChang en Corée du Sud,
en formant des délégations
conjointes aux événements
sportifs internationaux et en
déposant une candidature
commune en vue d’organiser les Jeux d’été 2032.
LESSECRETS
NOIRS SECRETS
LES NOIRS
DUL’ÉGLISE
PSY DE L’ÉGLISE
P. 53
P. 58
DU PSY DE
LA FRANCE RACONTÉE PAR SES IMMIGRÉS
Exclusif
BIRKIN
BIRKIN
INTIME
INTIME
P. 24
P. 24
EN VENTE CHEZ VOTRE
MARCHAND DE JOURNAUX
P. 64
AVEC
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10 u
FRANCE
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
CHÔMAGE
Les «permittents» dans
le viseur de l’exécutif
Par
AMANDINE CAILHOL
C’
est la nouvelle bête noire
de ceux qui veulent faire
fondre la dette de l’Unédic. Après les intermittents du
spectacle, longtemps accusés de
plomber le budget de l’assurance
chômage, place aux «permittents»,
nouvelle étiquette pour pointer
une autre catégorie de chômeurs :
ceux qui sont à la fois en emploi
et au Pôle Emploi. Les mêmes que
l’on retrouve dans les catégories B
(demandeurs d’emploi ayant travaillé moins de 78 heures dans le
mois) et C (plus de 78 heures) des
chiffres, désormais trimestriels,
du Pôle Emploi.
Ils sont au total 1,7 million dans
cette situation, en «activité
réduite», selon le jargon de
l’agence. Dans le lot, 865000 bénéficient de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), tout en percevant un salaire. Parmi eux,
280 000 sont en contrat de moins
d’un mois. Des nantis ? Pas vraiment. En moyenne, leur rémunération, une fois l’addition faite,
atteint 1320 euros. Mais le gouvernement a demandé aux partenaires
sociaux de revoir les règles de calcul de leur d’indemnisation. Objectif : «Faire en sorte que l’accès
à l’emploi durable soit toujours plus
intéressant pour tous.» Et bien sûr,
«réduire substantiellement l’endettement du régime». Invités, vendredi, à une réunion au ministère
du Travail, syndicats et organisations patronales vont, dans la
foulée, se voir remettre une lettre
de cadrage, afin de borner leur
négociation.
Qu’est-ce que
l’activité réduite ?
D’abord mis en place de manière
dérogatoire en 1962, avant d’être
généralisé dans les années 80, le
dispositif de l’activité réduite autorise les demandeurs d’emploi à reprendre une activité salariée tout
en bénéficiant d’une partie de leurs
allocations, et en reportant les
droits non consommés dans le
Pour diminuer le déficit
de l’Unédic, le gouvernement
veut revoir les règles
d’indemnisation des personnes
en «activité réduite», cumulant
emploi et allocation. Il a invité
syndicats et patrons, ce vendredi
au ministère du Travail, pour
cadrer les futures négociations.
Le nouveau patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, le 30 août à
temps. L’idée est de permettre aux
chômeurs de garder un pied dans
le monde du travail, en les incitant
à reprendre une activité même si
celle-ci est moins bien rémunérée
que la précédente. De quoi faire,
aussi, baisser la courbe du chômage, du moins celle, très commentée, de la catégorie A, celle des
chômeurs sans aucune activité.
Concrètement, quel que soit le nouveau contrat qu’il signe (CDD,
CDI…), un chômeur continue de
percevoir une partie de son allocation, déterminée par un calcul
spécifique.
Seule condition, le cumul ne doit
pas dépasser sa rémunération passée. C’est le cas de Laurence, dont
la situation est détaillée sur le site
de l’Unédic. Avant d’être au
chômage, elle percevait tous les
mois un salaire brut de 2100 euros.
Elle a donc droit à une allocation
mensuelle de 1 135 euros. Quand
elle reprend une activité, quelques
jours par semaine, pour un salaire
de 950 euros brut par mois, le Pôle
Emploi fait ses petits calculs et ne
lui verse plus que 469 euros. Elle
perçoit donc 1 403 euros au total.
En parallèle, elle reporte 18 jours
de droits au chômage, soit la part
non versée de son allocation
mensuelle.
Qui sont les
«permittents» ?
Entre 2012 et 2017, le nombre des
chômeurs en activité réduite a augmenté de 60 %. En 2017, l’institut
statistique du ministère du Travail,
la Dares, s’est intéressé à eux. Selon
Pauline Gonthier et Klara Vinceneux, les deux auteures de cette
étude, ils sont 8% à s’inscrire durablement dans une activité réduite.
Parmi eux: surtout des femmes en
couple, avec enfants, qui perçoivent
une faible rémunération. Ou encore
des seniors. Selon l’Unédic, en 2014,
ces allocataires indemnisés et relevant du régime général (hors intermittents du spectacle, donc) étaient
en grande partie issus du secteur
des services à la personne et à la
collectivité, du commerce, de la
vente et de la grande distribution,
et en troisième place, des métiers de
service aux entreprises. Et étaient,
pour 75 % d’entre eux environ,
titulaires d’un bac ou d’un niveau
de formation inférieur.
Quel est l’effet de l’activité
réduite sur l’emploi ?
Le bilan est mitigé, notent Pauline
Gonthier et Klara Vinceneux. Les
deux auteures de la Dares évoquent
des «effets ambigus de l’activité
réduite sur le retour à l’emploi».
Explication : «Si la pratique d’une
activité réduite paraît améliorer en
moyenne la vitesse de retour à l’emploi, elle enfermerait également certains individus dans des activités
précaires ou sous qualifiées.» Il y
a donc pour certains un risque
d’«installation dans l’activité
réduite qui semble plus subie que
choisie». Et de rappeler les résultats
d’une enquête de l’Unédic réalisée
en 2012 : 51,4 % des allocataires en
activité réduite depuis huit mois
déclaraient alors vouloir changer
de situation.
Pourquoi a-t-elle explosé?
C’est un peu le serpent qui se mord
la queue. Certes, l’activité réduite est
un dispositif créé pour répondre à
une transformation du marché du
travail et au développement des
contrats courts. Mais pour certaines
économistes, à l’instar de Pierre
Cahuc et Corinne Prost, la multiplication de ces contrats précaires a pu,
aussi, être favorisée par les règles de
l’assurance chômage sur la «permittence». En 2015, les deux auteurs ont
tiré la sonnette d’alarme dans une
note du Conseil d’analyse économique. Ils y pointent l’explosion de
l’emploi de courte durée. Ainsi, notent-ils, entre 1980 et 2011, la durée
moyenne d’un CDD a été divisée par
trois pour atteindre cinq semaines.
«Il s’agit d’une transformation profonde, les CDD longs étant remplacés
par de multiples CDD courts», poursuivent-ils. Plus grave encore :
«En 2011, plus de 70 % des embauches en CDD sont des réembauches
chez un ancien employeur.» Parmi
les facteurs ayant pu favoriser ce développement: la création, en 1990,
des CDD d’usage, des contrats reconductibles autorisés dans plus
d’une vingtaine de secteurs et représentant 60% des contrats courts.
Depuis, les choses ont empiré :
en 2017, 30 % des CDD ne durent
qu’une seule journée.
L’étude de la Dares pointe les mêmes mécanismes, tout en restant
prudente : «Il est possible que certaines entreprises utilisent l’activité
réduite de façon stratégique comme
une subvention publique aux emplois de très courte durée ou comme
une forme de chômage partiel intégralement financé par l’assurance
chômage.» Pour d’autres, les règles
d’indemnisation de l’activité réduite
feraient la joie de quelques chômeurs suspectés d’adopter des comportements opportunistes. En résumé, ces derniers pourraient gérer
leur droit à être indemnisé comme
un stock qu’il s’agirait d’optimiser.
«Les demandeurs d’emploi en acti-
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
règles de calcul de l’allocation qui,
selon la Dares, favorisaient les chômeurs réalisant des contrats courts,
ont déjà été modifiées en 2017 afin
de remettre de l’équité.
Quelles sont les
évolutions possibles ?
Matignon. PHOTO MARC CHAUMEIL
vité réduite ne sont pas des profiteurs
de la permittence. Ce sont les employeurs qui abusent des contrats
courts», tranche Denis Gravouil, de
la CGT. «Difficile de mettre l’opprobre sur ces chômeurs, alors qu’on ne
leur offre que cela», note aussi JeanFrançois Foucard, du syndicat CGC,
même s’il n’est pas opposé à une réflexion sur le sujet. «Beaucoup de
gens préfèrent garder leurs CDD et
refusent de signer un CDI», assure,
côté patronal, Jean-Michel Pottier,
de la CPME. Et de nuancer: «Parfois,
c’est un intérêt partagé entre salarié
et employeur.» Deux lectures que
l’on retrouve dans le double discours de l’exécutif, tapant à la fois
sur les doigts des entreprises et des
salariés.
Combien coûte-t-elle ?
Les masses financières en jeu pour
indemniser les personnes en activité réduite sont «modérées», selon
l’Unédic, soit 5,4 milliards d’euros.
C’est-à-dire 15% de l’ensemble des
dépenses annuelles d’allocation de
l’assurance chômage (36 milliards
d’euros). Ces dépenses devraient
diminuer en 2018, puisque les
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, l’a promis: «Personne n’imagine supprimer» le cumul salaire et
chômage. Mais les règles de calcul
vont à nouveau être revues. La
locataire de la rue de Grenelle a
d’ailleurs fait ajouter cette possibilité dans son projet de loi parcours
professionnel, se réservant le droit
de «modifier les mesures d’application relatives […] à l’activité réduite»
par décret, si jamais les propositions des partenaires sociaux lui
apparaissaient décevantes. Une disposition que la CFDT avait essayé,
sans succès, de faire sauter, jugeant
les règles de l’activité réduite «indispensables» alors que «la reprise de
l’activité ne se traduit pas encore en
emplois de qualité».
Le flou demeure toutefois sur les
modalités privilégiées par l’exécutif.
Les paramètres de calcul pourraient
par exemple être changés pour réduire le montant de l’indemnité.
«Mais rien n’est fait. En 2017, on a
changé les règles pour que cela soit
équitable. Si on va plus loin, on va
créer une pénalité sur la permittence», pointe le représentant de la
CPME, qui s’étonne qu’un nouveau
paramétrage soit sur la table, alors
«que l’on manque encore de recul»
sur les dernières modifications.
Autre option : comme ce fut le cas
par le passé, le cumul pourrait être
limité dans le temps. De quoi inquiéter les syndicats, soucieux
de ne pas voir certains chômeurs
tomber plus encore dans la précarité. D’autres redoutent qu’en rendant moins incitatif le cumul, des
chômeurs préfèrent ne pas travailler et refusent les «petits boulots». Quant au bonus-malus, c’està-dire la modulation des cotisations
patronales évoquée par le gouvernement afin de pénaliser les entreprises qui abusent des contrats
courts, il a la faveur des syndicats.
Mais pas du patronat, qui menace
de ne pas négocier si le sujet n’est
pas écarté. •
NATHALIE, 53 ANS, SERVEUSE EN CDD À NICE ET ALLOCATAIRE DU PÔLE EMPLOI
«SI LES EMPLOYEURS NOUS PAYAIENT MIEUX, ON N’AURAIT PAS
BESOIN DU PÔLE EMPLOI»
«O
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
n ne m’a jamais proposé de CDI. Cela et le Pôle Emploi le quart restant. Au total, je
fait dix-huit ans que j’enchaîne les gagne environ 1 600 euros.
CDD de chef de rang ou maître d’hô- «Chaque contrat me permet de “recharger” mes
tel, souvent d’une journée. J’ai une quinzaine droits à l’assurance chômage. Dire que les gens
d’employeurs, surtout des traiteurs, parfois des ne sont pas incités à bosser, c’est faux, car si on
boîtes d’intérim, qui m’emploient pour des reste chez soi, à la fin, on n’a plus de droits ! Et
congrès, des banquets… Ce sont plus ou moins puis, si les employeurs nous payaient mieux, on
toujours les mêmes. Ils ne peuvent pas m’offrir n’aurait pas besoin du Pôle Emploi. Or en ce mode CDI. J’imagine que dans
ment, les salaires sont plutôt tirés
d’autres secteurs, des boîtes abuTÉMOIGNAGE vers le bas. Cette vie professionsent des CDD. Mais, dans notre
nelle me convient car j’aime boumétier, l’activité est vraiment au coup par coup. ger, et elle ne m’a jamais pénalisée. J’ai pu, par
Je peux travailler de 50 à 200 heures par mois. exemple, obtenir un prêt immobilier, même si
Cette semaine, ce sera deux jours. La suivante, cela n’a pas été facile. Après, il y a de la paperasse:
six. Quand je bosse beaucoup, je ne perçois pas chaque mois, il faut envoyer toutes les feuilles de
d’allocation chômage. Sinon, en général, les sa- paie au Pôle Emploi, il y a des erreurs de calcul,
laires représentent trois quarts de mes revenus, on doit aller en agence pour débloquer la situa-
tion… Cela prend du temps. Ce qui m’inquiète,
c’est que, depuis quatre ans, mon indemnisation
a beaucoup baissé à la suite des modifications
successives des formules de calculs du Pôle
Emploi. Mes revenus ont diminué d’environ
500 euros par mois. Parfois, j’ai peur de ne plus
avoir de boulot les mois suivants. Du jour au lendemain, pour une broutille, mes employeurs peuvent ne plus m’appeler. Ça m’est déjà arrivé de devoir tout recommencer à zéro. Alors je me dis
qu’un emploi à l’année serait plus simple,
d’autant que j’ai plus de 50 ans. Et que mon métier est pénible : porter les plats, bosser douze
heures par jour, finir parfois à 2 heures pour reprendre à 8 heures… Je postule régulièrement à
des offres. Mais je ne suis jamais prise.»
Recueilli par A.Ca
Carnet
DÉCÈS
Manuela HESSE, sa fille,
Didier BOYER, son gendre,
Sarah et Lou,
ses petites-filles chéries,
Parents et amis
ont la douleur de vous faire
part du décès de
Christine ASTIER
survenu le 16 septembre 2018.
Ses obsèques ont eu lieu en
l’église des Carmes au PUY
EN VELAY le mardi 18
septembre 2018 à 14H30.
L’inhumation aura lieu au
cimetière du Père Lachaise
à PARIS le vendredi 21
septembre 2018 à 14H30.
P.F. didier bay
Chambre funéraire de
Taulhac
LE PUY EN VELAY
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12 u
FRANCE
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
Par
SYLVAIN MOUILLARD
Photos CYRIL ZANNETTACCI
D
eux gamins d’une douzaine
d’années marchent dans la
rue, tout en se roulant un
joint. Ils croisent une vieille dame
voilée, qui les interpelle en arabe.
Le plus petit, Malik (1), 1,50 mètre
sous la toise, se retourne illico, prêt
à en découdre. Une main se pose
sur son épaule et l’invite à poursuivre son chemin. Fin de l’altercation.
«Voilà, c’est emblématique de ces
gosses. Normalement, tu ne touches
pas aux mamans. Pas eux. Ils n’ont
aucune limite.» Chansia Euphrosine
est directrice du pôle La Clairière du
Casp (Centre d’action sociale protestant), une association missionnée pour intervenir auprès des enfants marocains de la Goutte-d’Or,
dans le XVIIIe arrondissement de
Paris. Cela fait «quinze jours» qu’elle
s’efforce de convaincre Malik de
venir prendre une douche dans
le local voisin. «Trop défoncé»,
l’adolescent avait jusqu’alors refusé.
Ce lundi après-midi, il s’est enfin
décidé.
Depuis l’hiver 2016-2017, ils sont
plusieurs centaines, comme Malik,
à être passés dans ce quartier populaire du nord de Paris. Parfois très
jeunes (10 ans), sans attaches familiales en France, polytoxicomanes,
sans-abri et ultra violents, ils ont
bouleversé le quotidien des habitants. Les vols à l’arraché sont devenus monnaie courante, les agressions également.
«L’ÉCUME AUX LÈVRES»
«La drogue, les trafics, il y en a toujours eu ici, remarque un commerçant. Mais aujourd’hui, tu peux te
prendre un coup de couteau à tout
moment.» Un habitant: «Rien ne les
arrête. Ils volent les petites vieilles.
Un jour, ils ont essayé de piquer le téléphone de ma nana, qui était pourtant avec sa poussette et notre môme
d’1 an.» Chansia Euphrosine ne peut
que partager le diagnostic. Ses équipes interviennent auprès des mineurs marocains depuis décembre 2017 : «C’est le boulot le plus
intense, le plus dur que j’ai pu faire.
On pense à l’horizon d’une journée,
d’une semaine, guère plus.» Des scènes marquent davantage que
d’autres. Notamment cette fois où
trois jeunes, «complètement défoncés, titubant dans la rue, l’écume aux
lèvres», ont glacé d’effroi une classe
de maternelle en sortie, ainsi que
leurs deux institutrices. «On a dû
faire une chaîne humaine pour permettre à la classe de continuer son
chemin, se souvient la directrice.
Soudain, un des mineurs marocains
s’est mis à hurler qu’il allait se tuer.
Il a foncé vers un bus, mais il était
tellement en mauvais état qu’il n’a
pas réussi à se coucher sous les
roues.» La scène devient encore plus
surréaliste quand les vendeurs à la
sauvette de Barbès, excédés par ces
intrus qui menacent leur business,
se ruent vers lui pour le lyncher. Le
gosse est exfiltré in extremis.
«Quand on travaille dans la rue, la
mort fait partie de notre univers,
souffle Chansia Euphrosine. Mais
là, elle est présente tout le lll
Dans le quartier de la Goutte-d’Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, lundi et mardi. Entre 30 et 45 mineurs isolés marocains, et
Du Maroc à Paris,
les vies brisées des
enfants de la Goutte-d’Or
Hors de contrôle, violents et
polytoxicomanes, des dizaines
de mineurs sans parents
vagabondent dans le nord de
la capitale. Le Conseil de Paris
devrait voter une rallonge
pour l’association missionnée,
dépassée par la situation.
lll temps dans nos têtes.» Le pire
a jusqu’à présent été évité, sans que
personne ne comprenne comment.
Mais la prise en charge des enfants
perdus de Barbès reste en chantier.
Hypermobiles et refusant toute aide
des autorités, ils bénéficient également de la désorganisation des multiples acteurs impliqués dans le
dossier. Leur profil est pourtant
mieux connu qu’il y a quelques
mois. Missionnée par la mairie de
Paris, l’association Trajectoires a
rendu un rapport en avril sur le
profil de ces ados. Majoritairement
originaires de quartiers périphériques des villes de Fès, Casablanca
et Tanger, ils ne sont pas des «enfants des rues». «Mais ces mineurs
ont souvent été négligés ou délaissés
par leurs familles», écrivent les
auteurs. Les perspectives économiques médiocres ont fini de les persuader de «tenter le riski», comme
ils disent. Comprendre : rejoindre
l’Europe, planqués dans un camion,
voire entassés sur une patera, la
barque qui sert à franchir le détroit
de Gibraltar. Certains meurent en
route. Les autres, arrivés en Espagne, s’y installent parfois. Mais le
plus souvent, ils continuent à circuler: France, Belgique, Pays-Bas,
Allemagne… Au gré des législations
locales et de leurs failles, des liens
qu’ils tissent ici et là, ils se déplacent, compliquant d’autant leur
suivi.
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
u 13
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
autant de jeunes adultes, y vivent dans la rue.
A Barbès, ils veulent «faire de l’argent», selon des témoignages recueillis par l’association Trajectoires. Vols à l’arraché, cambriolages,
puis revente du butin au sein de
l’économie parallèle de la Goutte-d’Or: les plus «doués» peuvent se
faire plusieurs milliers d’euros par
mois. Mais l’argent s’évapore vite. A
la rue, les vols sont quotidiens.
Faute d’hygiène suffisante, les jeunes doivent souvent se racheter une
garde-robe complète. Pochettes Armani, fringues de marque, chaussures siglées, ils mettent le paquet sur
les signes extérieurs de richesse, se
photographient dans les rues de Paris avant de poster les images sur les
réseaux sociaux. «Ils ne font que
montrer à leurs potes restés au Maroc qu’ils ont eu raison de partir, relève Chansia Euphrosine. Même s’ils
connaissent leur réalité, ils ne peuvent pas revenir en arrière. Ça serait
la honte.»
La réalité, derrière les coupes de
cheveux dernier cri et les selfies crâneurs, c’est une vie de misère et de
violence. «On est face à des tox en
voie de clochardisation», dit Julien,
un habitant. Les maux sont multiples. Ils ont souvent commencé par
sniffer de la colle au Maroc. A Paris,
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VOUS
ils enchaînent avec le Rivotril, un
anxiolytique «qu’ils avalent par plaquettes entières, comme des Smarties», selon Chansia Euphrosine. Insensibilisés, ils se scarifient et se
lacèrent lors de bagarres à coups de
tessons de bouteille. Certains
basculent vers l’ecstasy, voire la
cocaïne. La gale est courante, et
rares sont les gamins qui n’arborent
pas plusieurs cicatrices, voire
balafres. Cet été, ils se sont repliés
vers l’église Saint-Bernard. Entre
eux, ils parlent en darija, l’arabe marocain, se débrouillent aussi en
espagnol.
AUTORITÉS IMPUISSANTES
Après neuf mois de terrain, les éducateurs du Casp sont parvenus à tisser des liens. Ténus, mais qui ont le
«mérite d’exister», dit Chansia Euphrosine. Elle poursuit: «Ces gamins
sont attachants. Ils méritent d’avoir
des adultes bienveillants dans leurs
vies. On tente de répondre à leurs besoins primaires.» Un pansement à
refaire, un médicament contre une
infection dentaire, du collyre pour
cet œil rouge à pleurer…
Ils seraient actuellement entre 30 et
45 mineurs isolés marocains dans le
nord de Paris, et autant de jeunes
adultes. Autant dire trop pour la
quinzaine d’éducateurs du Casp, qui
n’ont que 10 lits à leur proposer chaque nuit. Ces quelques heures de répit sont en général réservées aux
plus cassés. Qui restent des enfants.
Abdel, surnommé «le Président» par
Chansia Euphrosine, a récemment
porté la revendication du groupe:
dormir plus tard le matin et échapper au réveil à 8 heures. Refusé.
Dans la rue, tout est sur un fil. Un regard, une parole peuvent déclencher une bagarre au sein de la
bande. Quelques minutes plus tard,
sous l’effet de la drogue, l’incident
peut être oublié. Selon un récent article de Mediapart, les jeunes Marocains de Barbès ont déclenché
813 gardes à vue l’an passé. Cet été,
quatre policiers du royaume chérifien sont même venus assister leurs
collègues du XVIIIe arrondissement,
aidant ainsi à identifier 52 personnes, dont 40 majeurs, lesquels peuvent entrer dans les «circuits classiques» (pénalement ou en matière
d’éloignement), selon le ministère
de l’Intérieur. Mais de manière générale, les autorités restent impuissantes. Les placements sous contrainte sont impossibles pour les
mineurs. Quant à l’enfermement en
établissement pénitentiaire ou en
centre éducatif fermé, il n’est possible qu’à partir de 13 ans. La multiplication des alias complexifie encore
la tâche. Enfin, quand un jeune est
placé, il fugue très rapidement.
Deux des gamins de la Goutte-d’Or
ont même réussi à s’échapper du palais de justice de Paris, en plein milieu de leur audience. Quant à la
coopération entre la mairie de Paris
et l’Etat, elle est médiocre.
«PAROLE RACISTE»
Le 17 juillet, Anne Hidalgo a écrit au
Premier ministre pour lui demander une plus grande implication.
Deux mois plus tard, la réponse de
Matignon est toujours «en cours de
rédaction». Le Conseil de Paris doit
annoncer, ce jeudi, le vote la semaine prochaine d’une rallonge à la
subvention accordée au Casp :
473000 euros pour maintenir une
présence de septembre à décembre.
«C’est ramer tout seul au milieu de
l’Atlantique», soupire un restaurateur de la Goutte-d’Or. Qui redoute
l’arrivée prochaine de l’hiver. «Il va
faire nuit à 17 heures et les gamins
vont chercher des endroits où s’abriter. Des porches, des halls d’immeubles…» L’an passé, ils fracturaient les
Autolib pour y dormir la nuit.
D’autres s’installaient dans les tambours de machines à laver des laveries du secteur. «Certains vont passer leur troisième hiver ici… L’autre
truc inquiétant, c’est qu’on voit de
nouveaux visages: ça veut dire que le
circuit fonctionne encore.» Il ajoute:
«L’éponge a absorbé, absorbé, mais
elle ne peut plus. Une parole raciste
commence à se libérer.»
C’est ce qu’a aussi constaté Chansia
Euphrosine: «La Goutte-d’Or a une
tradition d’accueil. Mais un jour, un
monsieur d’origine marocaine m’a
dit qu’il fallait les disperser à l’acide.
Il était très sérieux.» Julien a récemment vu une cinquantaine de jeunes du quartier voisin de ChâteauRouge «descendre» dans la Goutte-d’Or : «Ils ont massacré les ados
marocains, sûrement après un vol.»
Lan Anh, habitante du quartier,
confirme que les réponses se musclent: «Les mineurs marocains me
font un peu penser à des chiens errants. Certains habitants ont établi
un rapport de force. Ils les frappent.
Eux se laissent faire, ne répondent
pas, comme des poupées de chiffon.
Et on commence à s’habituer à ça.
C’est terrible.» •
(1) Les prénoms ont été modifiés.
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FRANCE
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Traverser la rue
Après la restauration
mardi, les chauffeurs routiers mercredi, poursuite de notre série lancée après les propos d’Emmanuel Macron,
sur les secteurs dits «en tension» où les offres
d’emploi se trouveraient «de l’autre côté de la
rue». Ce jeudi, Libération s’intéresse au secteur du bâtiment. PHOTO AFP
L’ancien adjoint au
cabinet de l’Elysée
a fait amende
honorable mercredi
face aux sénateurs
sans dissiper les
nombreuses zones
d’ombre sur ses
attributions réelles.
Par
EMMANUEL FANSTEN
et ISMAËL HALISSAT
Photo
ALBERT FACELLY
A
près avoir menacé de
sécher sa convocation
devant la commission
d’enquête du Sénat, Alexandre Benalla s’est montré particulièrement volubile. Sans
pour autant lever toutes les
contradictions apparues depuis le début de l’affaire.
Après un quart d’heure de retard, qui a laissé craindre une
désertion de dernière minute,
il est arrivé mercredi matin
au pas de charge, costumecravate bleu nuit et barbe parfaitement taillée. Son entrée
dans la salle Clemenceau provoque une cohue parmi les
photographes et journalistes
présents, dont certains font le
pied de grue devant le palais
du Luxembourg depuis
l’aube. En préambule, le président de la commission, Philippe Bas, commence par poser les limites de l’audition:
«Comme nous le faisons avec
toute personne mise en examen, il n’y aura pas de question sur des décisions qui relèveraient de la justice. En
revanche, nous avons à auditionner monsieur Benalla sur
ses missions et les façons dont
il les a exercées.»
Parfaitement préparé, l’ancien chargé de mission tient
d’abord à exprimer son «profond regret» après les propos
tenus contre la commission,
et son rapporteur, qualifié de
«petit marquis»: «J’ai un profond respect pour le Sénat et
les sénateurs.»
Souriant dans cet exercice
périlleux et aidé de quelques
notes, Alexandre Benalla répond méthodiquement à
chaque question. Pourtant, à
l’issue de son audition, une
zone d’ombre majeure subsiste sur ses attributions réelles. L’ancien chargé de mission continue d’affirmer qu’il
n’assurait aucune mission de
sécurité pour le chef de
Alexandre Benalla devant la commission d’enquête sénatoriale, mercredi. Il a assuré qu’il avait un simple rôle d’«interface» et de «facilitateur».
Benalla au Sénat: «Je n’étais pas le
garde du corps d’Emmanuel Macron»
l’Etat: «Je n’étais pas le garde
du corps d’Emmanuel Macron et je ne l’ai jamais été.»
Sauf que de très nombreuses
photos le montrent collé au
chef de l’Etat, à la place réservée habituellement aux policiers d’élite du Groupe de sécurité de la présidence de la
République (GSPR).
Alexandre Benalla assure qu’il
avait un simple rôle d’«interface» et de «facilitateur».
Cette position a bien causé
quelques frictions avec les policiers d’élite, mais ceux-ci se
seraient «adaptés» et il n’y
aurait jamais eu le moindre
«incident» avec ses «camarades». «Si les policiers d’élite du
GSPR et les gendarmes d’élite
me craignaient, je serais assez
inquiet pour la sécurité du
Président», a-t-il ajouté, démentant aussi les rumeurs se-
lon lesquelles il aurait eu accès aux fréquences radios
protégées des policiers.
Glock 43. Autre incohérence évidente sur son statut:
l’épineuse question de son
port d’arme. Sur ce point, les
propos tenus sous serment
par Benalla sont en contradiction flagrante avec les termes de son autorisation, délivrée par la préfecture de
police de Paris. Cette dernière
mentionne les «missions de
police» de l’ancien adjoint au
chef de cabinet. Or, Benalla
assure au contraire avoir fait
cette demande «à titre personnel», en raison de «menaces» dont il aurait été victime.
Après deux refus du ministre
de l’Intérieur, il obtient finalement l’aval de la préfecture.
S’il disposait d’un Glock 43,
explique-t-il d’abord, c’était
uniquement pour les déplacements de son domicile à
l’Elysée.
Mais après plusieurs relances
du corapporteur, Benalla finit
par admettre avoir aussi
porté cette arme à plusieurs
reprises à l’intérieur du Palais
et lors de déplacements officiels ou privés du président
de la République, précisant
qu’il ne l’aurait jamais sortie
si Emmanuel Macron avait
été attaqué. Avant de répéter
une nouvelle fois: «Mon arme
n’était pas liée à la sécurité du
président de la République
mais à ma sécurité personnelle.» Une version de nouveau contredite quelques
heures plus tard, devant la
même commission, par Yann
Drouet, ex-chef de cabinet du
préfet de police. «Ce n’est pas
pour sa sécurité personnelle
que le port d’arme lui a été octroyé, c’est dans le cadre de ses
missions, de sa fonction», a indiqué le haut fonctionnaire,
précisant qu’en deux ans et
demi passés auprès du préfet,
il n’avait jamais reçu une
autre demande de port
d’arme de la part de la présidence de la République.
«Pré carré». Dernière
grosse interrogation abordée
par les sénateurs: le rôle présumé d’Alexandre Benalla
dans le projet de réforme de
la sécurité présidentielle.
L’ex-chargé de mission a reconnu avoir participé à un
groupe de travail sur le sujet
aux côtés des chefs du commandement militaire et du
GSPR. Mais le projet d’un
nouveau service, défendu par
Benalla, se serait heurté aux
réticences de Beauvau. C’est
en tout cas ce qu’avait expliqué l’ancien garde du corps
au JDD, parlant d’une «opposition nette» du ministère de
l’Intérieur. Face aux sénateurs, il a fourni des précisions sur cet événement. «Dès
que le projet s’est ébruité, deux
personnes ont défendu leur
pré carré», a-t-il avancé, ciblant deux hauts fonctionnaires soucieux de «protéger
leur périmètre», qui se seraient opposés au projet pour
des «raisons corporatistes».
Après plus de deux heures sur
le gril, Benalla est sorti «soulagé» de son audition. Mis en
examen notamment pour
«violences volontaires», l’ancien adjoint au chef de cabinet doit désormais être entendu par la justice. •
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
u 15
Européennes
Alors que le PS tenait
mardi l’une de ses dernières réunions rue de Solférino, son nouveau patron, Olivier Faure, a présenté mercredi, lors d’une conférence de presse, les
grandes lignes du projet européen des socialistes. Il sera soumis au vote en octobre.
PHOTO DENIS ALLARD
Guérilla judiciaire pour Génération identitaire
En avril, les militants de Génération identitaire (GI) se
donnaient rendez-vous au
col de l’Echelle, dans les
Hautes-Alpes, pour une opération médiatique d’ampleur.
Dans le cadre de leur campagne «Defend Europe», ils prétendaient faire obstacle, le
temps d’un week-end, aux
exilés risquant la traversée de
l’Italie à la France. GI ne s’est
pas arrêté là. Madjid Messaoudene, élu de Saint-Denis,
a reçu une assignation en justice du groupuscule pour «injure publique». En question:
un tweet qualifiant les militants de GI (sans les nommer)
de «nazis».
L’élu municipal va comparaître ce jeudi devant le tribunal
correctionnel de Paris en
même temps que Thomas
Portes, un responsable du
Parti communiste dans le
Tarn-et-Garonne qui avait
qualifié l’action au col de
l’Echelle d’«opération aux relents nauséabonds». Militant
antiraciste, Messaoudene est
de longue date dans le viseur
de ces milieux. «L’uniforme,
la propagande, oui, ça m’a
fait penser à un autre temps»,
assume-t-il. L’élu fustige la
«passivité complice» du ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, ainsi que le manque de condamnation unanime. «Je me suis senti acculé. J’étais obligé de réagir.»
Il reçoit l’assignation en
juillet, lors d’une réunion à la
mairie. «Je les ai trouvés assez
culottés. Parce que moi, ce
«Le groupe partage
la frustration de
ses clients qui n’ont
pas pu voir le match
via l’application
RMC Sport dans
des conditions
satisfaisantes.»
ALTICE FRANCE
dans un communiqué
La première soirée en Ligue des champions du groupe
Altice, désormais détenteur exclusif des droits de diffusion
de la compétition avec SFR via son bouquet RMC Sport,
s’est terminée mardi par un long communiqué piteux.
«Pendant la diffusion des premiers matchs de la Ligue des
champions [mardi] soir sur RMC Sport, des dysfonctionnements sont apparus sur l’application RMC Sport», écrit
l’entreprise du milliardaire Patrick Drahi (également propriétaire de Libération) qui présente ses excuses à ses
clients. Et promet le remboursement du premier mois
d’abonnement à ceux qui ont été affectés. Mardi soir, il
était en effet quasi impossible de suivre Liverpool-PSG
(3-2) ou Monaco-Atlético (1-2) sur le site ou l’application
de la chaîne, un afflux de connexions simultanées ayant
fait sauter la plateforme technique. Au lendemain de cette
soirée délicate, le PDG de SFR, Alain Weill, a annoncé le
lancement prochain d’un bouquet pour les amateurs de
football regroupant Canal+, BeIn et RMC Sport à «moins
de 40 euros par mois».
que je trouvais injurieux,
c’était d’aller chasser des migrants dans les montagnes»,
s’indigne-t-il.
Sur Twitter, Thomas Portes
avait dénoncé une «opération
raciste et dégueulasse». Ce
qui lui vaut les foudres de GI,
qui a déjà mené «un nombre
non négligeable» d’attaques
judiciaires depuis sa création. «A Génération identitaire, ils se présentent comme
des gens qui pallient les carences de l’Etat, comme de
bons citoyens. Ils jouent la
carte de la respectabilité»,
souligne le politologue JeanYves Camus.
Parmi les membres du comité de soutien à Madjid
Messaoudene figurent les députés de Seine-Saint-Denis
Stéphane Peu (PCF) et Eric
Coquerel (FI) ou encore l’ancien porte-parole du NPA
Olivier Besancenot. Un autre
comité de soutien s’est constitué en faveur de Thomas
Portes. «C’est hallucinant que
des gens qui se moquent des
lois, en bloquant une frontière alors que c’est une prérogative de l’Etat, fassent appel
à la justice!» souligne l’eurodéputée Marie-Christine
Vergiat (Gauche unitaire
européenne). Evoquant les
«gardes à vue de Cédric Herrou», Madjid Messaoudene
questionne : «La France
de 2018 c’est ça ? Ce qui vous
protège, c’est d’aider son prochain, ou de chasser les
étrangers ?»
MAÏA COURTOIS
Justice L’Azerbaïdjan débouté de
sa plainte contre «Cash Investigation»
L’Azerbaïdjan a perdu son procès en appel contre l’émission
Cash Investigation, à qui cet Etat du Caucase reprochait de
l’avoir qualifié de «dictature». La cour d’appel de Versailles
a confirmé mercredi la décision de première instance, estimant qu’un Etat ne peut pas engager de poursuites en diffamation, d’après la loi relative à la liberté de la presse de 1881.
Lors de l’audience de septembre 2017, dont nous avions
rendu compte, la productrice et animatrice Elise Lucet avait
parlé de risque d’«engrenage»: «La Corée du Nord pourra
déposer plainte en diffamation 47 fois par mois envers des
journalistes parce qu’elle aura été qualifiée de dictature.»
Parents L’adoption plénière validée pour
l’époux du père d’enfants nés par GPA
Une première en France. La cour d’appel de Paris a fait droit
mardi à la demande d’adoption plénière, et non simple,
par l’époux du père biologique de jumelles nées en 2011
d’une GPA au Canada, où celle-ci est légale, a annoncé
l’avocate du couple, Caroline Mecary. La cour a notamment
considéré que la demande d’adoption, qui consacre les
«liens filiaux» entre cet homme et les fillettes, était «conforme» à l’intérêt des enfants.
Jean Piat, le lion du théâtre repose
A
vec soixante-dix ans
d’une carrière déployée entre scène, télévision et doublage, Jean
Piat a marqué tous les médias. Pour les spectateurs
de l’ORTF des années 70, il
était Robert d’Artois, tout de
rouge vêtu dans la série les
Rois maudits adaptée de
Maurice Druon et réalisée par
Claude Barma. Pour les
disneyphiles des années 90,
il a donné voix au personnage
de Scar, l’oncle du Roi lion.
Dans le Seigneur des anneaux,
la voix de Gandalf, c’était encore lui. Et le caractère juvénile et emporté de son Cyrano
des années 60 a marqué les
esprits. L’immense comédien
Jean Piat est mort mardi à
l’âge de 93 ans.
Né en 1924 à Lannoy (Nord),
le jeune Piat éprouve son
premier émoi scénique
à 4 ans. Ses études «n’ont pas
été soignées», comme il l’expliquait sur France Musique.
Viré de Janson-de-Sailly (où
il côtoyait Alain Decaux), il
affronte à 17 ans un drame
familial: la mort de sa mère.
«J’ai toujours eu le sentiment
que ma mère me guidait.
Qu’elle m’a fait peut-être entrer dans la carrière sans que
je le veuille», se souvenait-il
pour un portrait télévisé
sur KTO. Son père le veut
prof. Il se laisse porter vers le
Dans les Rois maudits (1972). PVDE. RUE DES ARCHIVES
métier de comédien. Il est
viré du Conservatoire pour
avoir cachetonné sans autorisation au cinéma. La Comédie-Française le repêche.
En 1947, il réussit son audition sur la tirade de la Calomnie du Barbier de Séville,
il est engagé. «Papa était ras-
suré : je devenais fonctionnaire.»
Au Français, son interprétation de Don Cesar dans Ruy
Blas lui ouvre les portes de
Cyrano de Bergerac. De 1964
à 1972, il incarne Cyrano plus
de 400 fois. «C’est pas tellement, c’est pardonnable»,
souriait-il. Une vie entière à
sculpter ce nez fantasque et
mélancolique, à jouer la tragédie de l’amour en différé.
«Le personnage est comme un
copain avec lequel vous avez
habité et qui reste en vous»,
disait-il. Piat réside vingtcinq ans salle Richelieu, dans
la peau de copains comme
Alceste (le Misanthrope) ou
Don Quichotte. Il quitte la
troupe en 1973, en devient sociétaire honoraire.
Il entame alors une nouvelle
vie dans le théâtre privé,
marquée par sa collaboration
avec la dramaturge Françoise
Dorin, qui devient sa compagne et avec qui il a deux filles.
Avec l’une d’elles, il adaptera
la Maison du lac (2008) et
l’Affrontement, dans lequel
Piat, chrétien fervent, joue le
rôle d’un prêtre. Sur le petit
écran, ce sportif accompli
passe de Lagardère aux Rois
maudits, de Montherlant à
Guitry, à qui il a consacré un
livre en 2002. Car Jean Piat
est aussi l’auteur d’une dizaine d’ouvrages. Dans les
hommages qui se sont succédé sur les réseaux sociaux,
un adjectif revient: élégance.
Il en faudrait d’autres pour
décrire le mystère d’un acteur et la profondeur tranquille de sa voix à la technique irréprochable.
A lire en intégralité sur libe.fr
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16 u
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
IDÉES/
JoanScott
oules dessous du mythe républicain
Par
CÉCILE DAUMAS
Photo AMY LOMBARD
E
lle adore la France, son esprit révolutionnaire et ses croissants mais ne supporte pas la moindre entorse à sa devise républicaine. «“Liberté, égalité,
fraternité” sont des principes qui m’attirent
énormément mais quand je vois qu’ils ne sont
pas appliqués, je critique.» Dans un café parisien près de la statue de la place de la République, allégorie féminine de ces beaux principes, Joan Scott, la plus française des
historiennes américaines, se montre aussi affable que sa volonté d’interroger les a priori
historiques est implacable. Pourquoi la «patrie des droits de l’homme» a-t-elle si longtemps exclu les femmes de la citoyenneté ?
Pourquoi l’identité française est-elle liée à des
règles de galanterie d’un autre âge, masquant
des inégalités de pouvoir? Pourquoi la patrie
de Voltaire est-elle aujourd’hui obsédée par
le voile musulman ?
Pas de chance pour la République tricolore
fière de sa laïcité, jalouse de ses règles de séduction, cette spécialiste internationalement reconnue de la théorie féministe et du
genre, professeure émérite à Princeton University, a pour terrain de recherches la
France et son républicanisme chevillé au
corps. Dans son dernier livre, qui vient de
paraître chez Flammarion, elle s’attaque au
cœur même du dispositif: la laïcité. Qui, selon elle, est devenue, «la religion de la laïcité», titre du livre. Provocation ? Elle assume. Coupe courte, cheveux blancs, deux
fines créoles argentées aux oreilles, l’historienne de 77 ans –qui ne les fait pas– dégage
la vivacité de ceux qui transgressent avec intelligence. «La laïcité est devenue une idéologie pure et dure, bien loin de l’esprit démocratique de 1905», dit-elle. Son constat part d’un
énervement: après les attentats de 2015, elle
est stupéfaite d’entendre des politiques, de
Manuel Valls à Nicolas Sarkozy, affirmer que
l’égalité de genre est une «valeur primordiale
de la démocratie au moins depuis la Révolution française». Elle, qui a travaillé sur les féministes françaises, sait que la patrie les a
souvent persécutées : la révolutionnaire
Olympe de Gouges a fini sur l’échafaud, la
suffragette du début du XXe siècle Hubertine
Auclert fut déclarée hystérique, et sa con-
La plus française des historiennes
américaines démontre dans un livre choc
que la laïcité n’a pas toujours rimé
avec égalité entre les sexes. Portrait d’une
théoricienne du féminisme, reconnue pour
son travail pionnier sur le genre.
temporaine, la radicale Madeleine Pelletier,
enfermée dans un asile. Dans une pirouette
théorique, dont elle seule a le secret, Joan
Scott soutient ce qui est rarement mentionné : c’est l’inégalité des sexes, et non
l’égalité, qui est au fondement de la laïcité !
UNE LAÏCITÉ
QUI EXCLUT
On pourrait vite la classer énième figure du
féminisme américain nourri au multiculturalisme local, démocrate défendant l’intérêt individuel, oubliant le poids des institutions.
Par son parcours intellectuel et son travail
pionnier sur le genre dans le champ historique, elle déjoue la caricature facile. Ce qui
l’intéresse, c’est de démontrer l’historicité de
la laïcité, son utilisation évolutive, opportuniste et de circonstance. Dès la Révolution
de 1789, dit-elle, la citoyenneté s’établit en excluant les femmes, une façon de résoudre le
problème de la «troublante présence de la différence des sexes». Et sur les fonds baptismaux
de la loi de 1905, la laïcité se fonde sur cette
naturalisation de la différence des sexes, renvoyant les femmes à l’espace privé et, comble
du sort, à la religion !
«L’inégalité de genre a été fondamentale pour
la formulation de la séparation de l’Eglise et
de l’Etat, entre public et privé, qui inaugure
la modernité occidentale», affirme Joan Scott
dans son essai. De 1905 à 2005, le Conseil
d’Etat, garant de la bonne application de la
loi, ne lie pas la définition de la laïcité à l’égalité des sexes. Ce n’est qu’avec les premiers cas
de voile à l’école, à la fin des années 80, que
le principe d’égalité de genre commence à
être invoqué comme garantie de liberté. Pour
mieux renvoyer l’islam à l’oppression? C’est
l’analyse la plus polémique du dernier essai
de Joan Scott. «Cette assertion historiquement
fausse est utilisée pour justifier les prétentions
de supériorité raciale et religieuse des Blancs
de l’Occident et du christianisme», écrit l’historienne. Et quitte à choquer plus d’un républicain sincère, elle poursuit impitoyablement: «Il y a un problème d’islamophobie en
France. Un racisme non avoué qui date des années coloniales, de la mission civilisatrice à laquelle la France a participé et qui, à la fin, exclut pour des raisons racialisées les personnes
qui doivent être des citoyens de la République.
Ils sont des citoyens à mi-temps, comme les
Noirs américains chez nous. Avec la question
de l’immigration, il y a eu une crispation de la
France. Comment intégrer des personnes qui
sont un défi à une nation homogène? Au lieu
de travailler avec la différence de ces nouveaux
citoyens, on les relègue, on les exclut.»
SONDER LA PSYCHÉ
DE LA RÉPUBLIQUE
Toute l’originalité du travail de Joan Scott est
«de retourner le regard», explique le sociologue Eric Fassin, américaniste spécialiste des
questions sexuelles (1). C’est la laïcité dans ses
principes et ses discours que Joan Scott interroge, pas l’islam dont elle n’a pas spécialiste
–elle le précise bien dans son essai. Telle une
psychanalyste de la nation, elle sonde la psyché de la République, mettant à jour contradictions et manquements de l’universalisme
français. «Dans ce pays, dit-elle, l’histoire du
républicanisme est liée à une conception tellement affirmée de l’universalité de l’individu
abstrait que la question des différences y est
toujours difficile à soulever.»
Au moment de l’affaire du Sofitel en 2011, elle
se met à dos certaines intellectuelles françaises, comme l’historienne Mona Ozouf ou la
spécialiste de la littérature Claude Habib, qui
défendent DSK au nom d’une exception galante. Dans un article cinglant, elle leur reproche de sous-estimer les structures inégalitaires de la galanterie: la séduction comme trait
d’identité nationale française est un mythe,
leur renvoie-t-elle. «Joan Scott met à mal les
mythologies contemporaines de l’universalisme français», observe l’historienne Clyde
Plumauzille.
D’une certaine façon, elle est l’amie la plus intransigeante et aimante de la République.
Jeune Américaine lisant le français dans les
années 50, elle développe un intérêt –singulier pour ce pays– pour Louis Blanc et la révolution de 1848 auxquels elle consacre un mémoire de fac. «J’ai appris le français car il était
impensable dans une famille juive des années 50 de faire de l’allemand», raconte-t-elle.
DE TOUTES
LES AVANT-GARDES
Elle vit à Brooklyn, «bébé aux couches rouges», comme on dénomme les enfants dont
les parents sont engagés à gauche. Son père
et sa mère sont professeurs d’histoire, famille
laïque juive, originaire de Pologne et de Russie. «En 1953, mon père, victime du maccarthysme, a été renvoyé du lycée.» C’est l’acte
fondateur de son engagement. A la fac, elle
étudie et milite. Sur une photo en noir et
blanc datant de 1963, on la voit seule à une
tribune, poings sur les hanches, s’adresser
aux étudiants de l’université du Wisconsin
mobilisés contre la guerre au Vietnam. Elle
est de toutes les avant-gardes théoriques.
L’histoire sociale devient un nouveau champ
de recherches, elle s’y engouffre pour sa
thèse qu’elle consacre aux verriers de Carmaux. En 1967, elle passe neuf mois à Albi à
fouiller les greniers des familles de syndicalistes à la recherche d’archives inédites. Elle
aime Paris aussi… «Mon fils Tony parlait
français avec l’accent d’Albi, je le vois encore
jouer au parc du Luxembourg !» La révolte
pointe son nez, mais elle est obligée de quitter la capitale à la veille de Mai. «Cela a été
terrible de louper un tel moment de l’histoire
française !»
Pionnière, Joan Scott l’est aussi quand elle est
nommée au début de sa carrière en 1972 à
Northwest University. «J’étais la première
femme professeure au département d’histoire !» Le féminisme est alors dans la rue et
fait trembler les universités et leurs académismes. Joan Scott n’est pas militante féministe mais les étudiantes demandent de produire une histoire des femmes. «On disait
“her story”, se souvient-elle. Trop heureux de
ne pas s’y coller, mes collègues masculins m’ont
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Joan Scott,
le 12 septembre,
à l’université
de New York.
poussée à entreprendre ce travail.»
Avec l’historienne Louise Tilly, elle entame
une nouvelle historiographie autour d’un sujet alors peu documenté dans le monde
ouvrier, celui des femmes et du travail féminin. Très vite, la grille de lecture marxiste lui
apparaît limitée pour comprendre la continuité historique des inégalités hommes-femmes. Et plus encore pour saisir l’incroyable in-
sistance des différences naturelles,
biologiques et culturelles. Raconter des faits
historiques ne lui suffit plus.
LE GENRE, UNE RÉVÉLATION
C’est à la prestigieuse Brown University, où
elle enseigne, au début des années 80, l’histoire de la France et celle des femmes, qu’elle
s’attaque à un sommet théorique: Qu’est-ce
que la différence des sexes? Là, elle collabore
avec des chercheuses féministes rompues au
post-structuralisme de Barthes, Foucault et
Derrida, ou au féminisme français
d’Hélène Cixous et Julia Kristeva. Joan Scott
est la seule historienne du groupe. «Ce fut
une révélation. La discipline même de l’histoire a sa propre histoire, ce qui implique de
changer les concepts, et d’interroger les caté-
u 17
gories qui semblaient jusque-là naturelles.»
D’historienne classique, elle devient intellectuelle critique, théoricienne du féminisme.
Homme, femme, citoyenneté, République,
hétérosexualité, Noir, Blanc: pour craquer ces
évidences dans la production du récit historique, elle fabrique des concepts et des méthodes. «Cela a été un moment difficile, avoue-telle, j’ai eu peur de ne pas avoir la capacité de
tenir un tel chantier conceptuel.» En 1986, elle
publie un article intitulé «Genre: une catégorie utile d’analyse historique», qui fera date,
liant deux champs qui
s’ignorent jusque-là.
Avec Joan Scott, l’histoire rencontre le
genre. «Le genre, ditelle, n’est pas un problème qui a trait à la
simple présence ou absence des femmes mais
bien plus une façon de
JOAN W. SCOTT
montrer comment la
LA RELIGION
différence des sexes est
DE LA LAÏCITÉ
utilisée pour signifier
Flammarion, 320pp., toutes sortes d’autres
23,90 €.
différences (raciales,
religieuses, impériales
ou civilisationnelles) et pour établir des hiérarchies en elles et entre elles.» Son objet est de
bien comprendre, via Foucault, Derrida et,
plus tardivement, la psychanalyse, comment
s’opère la différence des sexes pour produire
ces inégalités. Elle aimait l’histoire, cela devient une passion. Pour ses compatriotes, elle
devient «une féministe à la française».
Dans un ouvrage remarquable, la Citoyenne
paradoxale, publié en France en 1998, elle
met à jour l’ontologique contradiction qui
fonde le féminisme: les femmes sont obligées
de revendiquer en tant que femmes, justement pour ne plus être traitées comme telles,
mais des êtres égaux. «Le genre pour Joan
Scott est une question, pas une réponse, analyse Bruno Perreau, professeur au Massachusetts Institute of Technology (2). Elle est même
critique par rapport aux études qui sont trop
peu réflexives.»
Historienne critique du temps présent, chercheuse protéiforme et libre, Joan Scott a
formé des générations d’historiens, rappelle
Bruno Perreau. En retraite depuis 2014, elle
habite toujours Princeton et continue de travailler à l’université où elle a, à sa disposition,
bureau et bibliothèque. Sa vie en somme. Elle
vient de recevoir, en septembre, le prix international Edgar-de-Picciotto qui récompense
«une personnalité universitaire de renommée
internationale ayant contribué à une
meilleure compréhension des défis mondiaux
et dont les travaux ont influencé les décideurs
politiques». Avant elle, il y eut Paul Krugman
ou Amartya Sen, économistes nobélisés. «Au
fond, dit-elle modestement, ma question a
toujours été celle des rapports de force asymétriques. Et l’inégalité entre les sexes en est la
matrice.» •
(1) Auteur de: Populisme, le grand ressentiment, Textuel, 2017.
(2) Auteur de : Qui a peur de la théorie queer ?, les
Presses de Sciences Po, 2018.
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18 u
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
IDÉES/
POLITIQUES
Par
ALAIN DUHAMEL
Emmanuel Macron et
la bataille de l’Europe
Le Président a beau s’engager pour l’Union,
il est isolé sur ce terrain-là. Pour les européennes,
il devra traiter ses possibles alliés avec
considération et ouverture d’esprit.
Bref, réussir à Strasbourg ce qui a été raté à Paris.
L'ŒIL DE WILLEM
E
mmanuel Macron est depuis
Valéry Giscard d’Estaing le
premier président français
à avoir fait campagne en brandissant haut et fort les couleurs européennes. Il n’est, certes, pas le seul
chef de l’Etat à s’engager franchement en faveur de l’Europe: François Mitterrand fut un grand européen, chacun le sait, et si Jacques
Chirac n’était ni très motivé ni très
inspiré par le sujet, en revanche,
Nicolas Sarkozy et François Hollande ont œuvré de leur mieux
pour défendre l’Europe face aux
crises qui l’assaillaient, qu’elles
soient bancaires, financières, monétaires ou britanniques.
La particularité de la situation de
Macron tient cependant à ce qu’il
s’engage personnellement, bien
plus que ses prédécesseurs dans la
campagne des élections européennes et qu’il le fait à un moment où
il manque cruellement d’alliés au
sein de l’Union, le tout en période
de montée des nationalismes. Emmanuel Macron va donc se battre
assez seul pour l’Europe face à des
adversaires de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants.
C’est un juste combat, c’est une bataille difficile. Elle aura lieu à la
fois au sein de l’Union tout entière
et sur la scène nationale.
A l’échelle des Vingt-Huit, la crise
politique n’a jamais été aussi aiguë
et s’est rarement présentée aussi
mal. Certes, face au Brexit, la solidarité de tous les Etats membres
reste pour l’instant étonnamment
solide, y compris s’agissant des
gouvernements eurosceptiques ou
néonationalistes. Sans doute comprennent-ils tout de même que
face à l’ascension continue de la
Chine et à la politique vindicative
de Donald Trump, l’Europe est la
seule sauvegarde. Il n’empêche
que la marée sans cesse grossissante des nationalismes traverse
toute l’Europe et la fait vaciller.
Varsovie, Budapest, Prague et
maintenant Rome défient ouvertement qui les valeurs démocratiques de l’Union, qui ses engagements économiques majeurs.
Le Parlement européen a bien voté
à une large majorité des sanctions
théoriques contre la Hongrie
(même les conservateurs autrichiens l’ont fait) mais chacun sait
qu’au Conseil européen la règle fatidique de l’unanimité bloquera
toute décision. De toute façon,
qu’on en soit arrivé là pour la première fois prouve à quel point la
crise est profonde et les solutions
difficiles à atteindre.
Or, si Macron tente, dans la logique
de ses discours d’Athènes, de la
Sorbonne et de Strasbourg, de proposer au contraire d’avancer au
sein de la zone euro et de pousser
les feux d’une politique de défense, ses alliés ne se précipitent
pas à ses côtés. En réalité, pour devenir simplement audible, il existe
un préalable : démontrer à tous
que l’Europe peut être aujourd’hui
un bouclier robuste face aux agressions commerciales, aux risques
militaires (les gesticulations croissantes de Vladimir Poutine) et au
flux migratoire: c’est sur ce dernier
terrain que les peuples s’affolent,
que les gouvernements se cabrent
et que la cacophonie s’installe.
A Emmanuel Macron de proposer
une politique de l’immigration et
de l’accueil des demandeurs
d’asile, avec les moyens matériels
et humains nécessaires. Il ne peut
d’ailleurs convaincre en matière
commerciale monétaire ou militaire qu’à condition de proposer
d’abord un plan d’urgence concer-
Le Président ne
peut convaincre
qu’à condition de
proposer un plan
d’urgence pour
l’immigration avec
un programme
d’aide au
développement
de l’Afrique et
un renforcement
immédiat
de Frontex.
Sans rassurer,
il ne peut avancer.
nant l’immigration économique et
les demandeurs d’asile avec un
vaste plan d’aide au développement des pays africains et un
renforcement immédiat de Frontex. Sans rassurer, il ne peut avancer.
Or, la bataille de l’Europe sera plus
âpre que jamais depuis que l’on élit
le Parlement européen au suffrage
universel direct. Pour peser à
Strasbourg, la liste Macron aura
besoin d’alliés chez les libéraux,
les écologistes, les sociaux-démocrates et les conservateurs modérés. Vaste programme, car une recomposition au Parlement de
Strasbourg se heurtera à des clivages bien installés, à des situations
acquises et à de vieilles querelles
byzantines. Pour les bousculer, il
faudrait un élan et une dynamique
sans précédent. Autre préalable
évident: que la liste Macron arrive
en tête au plan national. Elle connaît déjà son adversaire principal
en mai prochain : ce sera Marine
Le Pen et son nationalisme, les
sondages le confirment.
En face, La République en marche
est nue. Elle n’existe pas à Strasbourg, elle a tout à créer et à organiser. Seule, elle est faible. Si les
amis d’Alain Juppé, les centristes
de toutes obédiences, les républicains modérés pro-européens, des
écologistes et des sociaux-démocrates la rejoignaient, la partie serait en revanche gagnable. A condition, cela va de soi, de traiter ses
alliés avec considération et ouverture d’esprit. Bref, de réussir à
Strasbourg ce qui a été raté à Paris,
un rassemblement européen ne
pouvant être qu’une entente cordiale, pas un pacte de fer. •
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
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HISTORIQUES
EVENEMENT
Week-end consacré à la Veggie Pride
Les 21, 22 et 23 septembre à Paris, 18e édition du festival
antispéciste, gratuit et militant. Trois jours pour donner
de la voix aux animaux et sensibiliser le grand public sur
leur exploitation, alors que se déroulait cette semaine le
procès de l’abattoir de Mauléon-Licharre, suite aux vidéos
capturées par l’association L214. Vendredi à 19h30 soirée
d’ouverture avec deux conférences sur la question animale.
Samedi, de 10heures à 18heures, rassemblement des militants pour une manifestation dans les rues de Paris; rencontre avec des acteurs du monde végan (associations, militants, commerçants, artisans) dans un village de
50 exposants place de la République ; et de 19 heures à
23heures, soirée au Gibus Club avec DJ et tombola aux lots
100% végans. Dimanche, de 12heures à 18heures, partage
d’horizons avec un cycle de conférences sur la question
animale et la convergence des luttes.
http://www.veggiepride.org/
RENCONTRE
L’Institut du monde arabe rend
hommage à Mahmoud Darwich
Rencontres, musique, cinéma, lectures, performances…
L’Institut du monde consacre du 19 au 23 septembre un
temps fort au poète Mahmoud Darwich à l’occasion des
dix ans de sa disparition. Surnommé «le poète de la Palestine», il disait pourtant: «Je n’ai nullement cherché à devenir, ou à rester, un symbole de quoi que ce soit. J’aimerais
au contraire qu’on me libère de cette charge très lourde.»
Voix majeure de la littérature arabe et palestinienne, il incarne, par son œuvre et sa vie, l’histoire de la Palestine moderne. Mais aussi la liberté toujours à conquérir. Dans ses
derniers recueils, il épouse le mouvement d’une errance
planétaire, qui le mène à jamais vers l’étranger, le nomade
et l’homme de passage…
«Les exils de Mahmoud Darwich», dans le cadre des «débats de
l’IMA» : jeudi 20 septembre à 19 heures. www.imarabe.org/fr
BLOG
Géographies des assemblées
«Même à la micro-échelle d’une assemblée parlementaire,
la politique se nourrit depuis longtemps d’espace.» Le géographe Manouk Borzakian s’interroge sur l’influence de
l’architecture des lieux de délibération sur les débats qui
s’y tiennent sur le blog hébergé par Libération, Géographies en mouvement. «Pédagogues, amateurs de musique
et piliers de bar ne le contrediront pas.» En France, la division gauche-droite de l’Assemblée date de 1789. Et «la métaphore géographique ne s’arrêtait pas là. Dans les hauteurs, à gauche, on trouvait les “montagnards”, les plus
farouchement républicains, parmi lesquels Danton, Marat
ou Robespierre. Pendant qu’un groupe hétérogène de modérés, majoritaire, occupe la “Plaine” ou, péjorativement, patauge le “Marais”.» L’auteur cite l’assemblée législative vaudoise qui a emménagé dans un Parlement neuf en
décembre 2017: ses membres constatent un durcissement
des débats; une allée centrale trop large, qui sépare droite
et gauche, serait la cause de cette crispation nouvelle.
Extrait du billet de blog de Manouk Borzakian coauteur de “Géographies en mouvement” sur Libération.fr
Par LAURE MURAT Professeure au département
d’études françaises et francophones et directrice du
Centre d’études européennes et russes à UCLA
Lincoln et Spartacus
sont dans un bateau
Les instrumentalisations de l’histoire
par des politiciens sont fréquentes.
Celles de Trump sont certainement les plus originales.
Surtout quand il se prend pour Abraham Lincoln…
L
es politiques ont toujours instrumentalisé l’histoire. Pour
s’inscrire dans le sillage de glorieux prédécesseurs, pour asseoir une
continuité idéologique, pour se démarquer de périodes noires ou d’erreurs du passé. Avec Donald Trump,
l’usage des faits historiques prend un
tour, disons, original.
L’année dernière, il évoquait son héros Andrew Jackson, le 7e président
des Etats-Unis, affirmant qu’il s’était
élevé contre les désastres de la guerre
de Sécession. Le problème, c’est que
Jackson, lui-même esclavagiste, est
mort en 1845, seize ans avant le début
de la guerre civile. Un détail, voire encore une de ces «fake news» colportées par des médias bidons.
Le 6 septembre, en tournée à Billings,
dans le Montana, Donald Trump a fait
un retour à la guerre de Sécession,
pour se comparer cette fois à… Abraham Lincoln en personne, en faisant
référence au fameux discours de Gettysburg, prononcé après la bataille du
même nom, en 1863. Ce discours, que
d’innombrables écoliers américains
connaissent par cœur, rendait hommage aux morts et appelait à l’union
du peuple américain pour rester une
nation libre et que «le gouvernement
du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne soit pas effacé de cette terre».
Dans la langue de Trump, dont il convient de respecter l’oralité et la syntaxe qui va avec, voici ce que cela
donne, verbatim.
«Vous savez, quand Abraham Lincoln
a fait son discours de Gettysburg, le
grand discours, vous savez qu’il a été
ridiculisé ? Il a été ridiculisé. Il est
parti de la Maison Blanche en voiture
à cheval, il l’a écrit en partie dans la
voiture et en partie au bureau de la
chambre de Lincoln, qui est incroyable
d’ailleurs, à la Maison Blanche.
«Et puis, il est monté à Gettysburg, et
il a donné son discours, le discours de
Gettysburg. Et il a été condamné par
les médias bidons. Ils avaient des médias bidons à l’époque. Il a été condamné.
«Ils ont dit que c’était un discours terrible, terrible. Ils ont dit que c’était
beaucoup trop court. C’est pas long.
Beaucoup d’entre nous le connaissent
par cœur. C’était beaucoup trop court,
et c’était trop fleuri. C’était trop fleuri,
“four score and seven years ago”
[locution pour dire “il y a quatrevingt-sept ans”, soit 1776, année de
l’indépendance], hein? Trop fleuri. Et
il est mort.
«Cinquante après sa mort, ils ont dit
que c’était peut-être le plus grand discours jamais fait en Amérique. J’ai
l’impression que c’est ce qui va nous
arriver. De façon différente, c’est ce qui
va nous arriver.»
Que Lincoln ait en réalité pris le train
et non une voiture à cheval n’a pas
grande importance. Sans doute
Trump voulait-il faire plus fleuri avec
la carriole. Mais que les journalistes
de l’époque aient rapporté l’événement de façon plutôt favorable voire
élogieuse, en revanche, a aussitôt été
signalé par les fameux médias bidons,
tandis que Twitter s’en donnait à
Twitter s’en donnait
à cœur joie, comme
en témoigne cette
flèche: «N’oubliez
pas qu’Abraham
Lincoln a dit
que Trump était
le meilleur président
de tous les temps,
avec les scores
les plus hauts.»
u 19
cœur joie, comme en témoigne cette
flèche : «N’oubliez pas qu’Abraham
Lincoln a dit que Trump était le
meilleur président de tous les temps,
avec les scores les plus hauts.»
Sans préjuger de ce que dira la postérité du mandat de Donald Trump,
il y a au moins une bonne nouvelle: le
Président, qui passe son temps à bomber le torse, prend conscience et admet qu’il est ridiculisé. On n’y a pas
pris garde, mais c’est une manière de
progrès.
Le même jour, un autre homme politique prenait lui aussi le risque d’être
ridiculisé, avec un tout autre recours
à l’histoire. Le sénateur démocrate
Cory Booker, lors des audiences pour
la confirmation du juge Kavanaugh à
la Cour suprême, menaçait de dévoiler des documents secrets, décision
qui aurait provoqué de facto son expulsion du Sénat. Et commentait son
geste en disant: «Jamais je ne me suis
senti plus près d’un moment: “Je suis
Spartacus”», du nom de l’esclave rebelle qui souleva des armées contre
Rome – précisons que le sénateur
Booker est noir. On apprendra assez
vite, qu’en réalité, les documents
avaient été déclassifiés le matin
même et que le sénateur ne risquait
pas grand-chose… Embarrassant.
Le fait que les audiences du Sénat
soient filmées et très regardées aux
Etats-Unis encourage ce type de
saillies grandiloquentes, destinées à
«faire le buzz». Les candidats potentiels à la présidentielle de 2020, dont
fait partie le sénateur Booker, ont pris
l’habitude de se servir de ses audiences pour augmenter leur visibilité personnelle. Mieux inspirée, la sénatrice
de Californie Kamala Harris, candidate également pressentie pour 2020,
a préféré user de sa grande expérience
de procureure pour mettre sur le grill,
avec une courtoisie et une fermeté
exemplaires, le juge Kavanaugh, dont
on sait l’hostilité à l’avortement.
L’échange, regardé par près de 2 millions de personnes, a culminé avec
cette question: «Pouvez-vous penser
à une seule loi qui donne au gouvernement le pouvoir de prendre des décisions sur le corps des hommes ?»
Hébété, le juge a bafouillé, avant que
la sénatrice formule à nouveau sa
question, pour obtenir cette réponse:
«Je ne… Je n’en ai aucune en tête à
l’instant, sénatrice.» Plutôt que de se
référer abusivement aux mâles héros
de l’histoire, Kamala Harris, en rendant palpable la menace très réelle
qui pèse désormais sur l’avortement
aux Etats-Unis, pointait plus gravement que l’histoire se fait tous les
jours dans les lieux du pouvoir. Et
qu’elle peut aussi se défaire. •
Cette chronique est assurée en alternance par
Serge Gruzinski, Sophie Wahnich, Johann
Chapoutot et Laure Murat.
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20 u
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
LIVRES/
Recueilli par
SABRINA CHAMPENOIS
L
aura Kasischke est une magicienne ascendant sorcière.
Ses romans comme ses nouvelles ou encore ses poèmes sont
des sortilèges qui prennent possession du lecteur en breuvage suave
mais redoutable, puissant sans
coups d’éclat particuliers, plutôt diffuseur d’une étrangeté hypnotique,
mélancolique, toxique. L’auteure du
Michigan, 56 ans, chronique la vie
américaine, de suburbs coquettes en
FESTIVAL
AMERICA
malls surabondants, mais les couples rongés par le désamour, les familles nécrosées sous le vernis, les
amitiés viciées, les solitudes peuplées de rêves remisés, parlent à
tout le monde.
Cette universalité douce-amère, on
la retrouve dans Eden Springs,
pourtant passablement surréaliste,
quoique basé sur des faits historiques. Soit l’histoire de la House of
David, une secte religieuse fondée
en 1903 à Benton Harbor, dans le
Michigan, et qui a perduré jusque
dans les années 20. L’initiateur et
Les littératures d’Amérique du Nord se retrouvent ce jeudi à Vincennes à la 9e édition d’America. Sont attendus des auteurs venus du Mexique, de Cuba, de Haïti, des Etats-Unis et une forte
délégation de Canadiens (Patrick deWitt, Omar
El Akkad, Emma Hooper, David Goudreault, Lise
Tremblay, Julie Mazzieri…). Ce sera l’occasion de
gourou était Benjamin Purnell, prédicateur autoproclamé messager de
Dieu et venu avec sa femme du Kentucky dans le but de créer une communauté façon paradis. L’idée : se
préparer au «second avènement»
post-fin du monde. Le mode de vie:
du travail (principalement agricole),
du sport, de la musique, pas de sexe,
d’alcool, de viande, de tabac… Ni
rasage ni coupe des cheveux. Et tout
le monde habillé en blanc.
La House of David a compté plusieurs centaines de membres venus
du monde entier (dont certains de
«Les ruines
et l’histoire
de cette
secte m’ont
jeté un sort»
Dans «Eden Springs», Laura Kasischke
relate la vie de Benjamin Purnell et de
sa secte, fondée en 1903 dans le Michigan.
Un récit qui mêle jeunesse éternelle,
emprise religieuse, initiative économique,
scandale sexuel et base-ball.
célébrer John Irving, de rendre hommage à Philip Roth et James Baldwin, et d’accueillir les lauréats du Pulitzer, Michael Chabon, Jeffrey Eugenides, Richard Russo et Colson Whitehead.
Jusqu’à dimanche, les auteurs débattront de
grands espaces, d’histoires de familles, de société corrompue… www.festival-america.org
France), s’est développée sur
400 hectares, avec sa propre centrale électrique, ses vergers, ses
commerces, une fameuse équipe de
base-ball, deux fanfares et trois orchestres renommés, un zoo et
même un parc d’attractions, Eden
Springs – Walt Disney s’en serait
inspiré pour créer le sien. Et la
population de Benton Harbor a
intégré sans problème ces gentils illuminés, travailleurs, polis, et vecteurs de développement économique. Tout allait bien en somme.
Jusqu’à ce qu’une dizaine des (systématiquement ravissantes) jeunes
femmes de la House of David révèlent que Purnell couchait avec tous
les membres féminins de la secte,
y compris mineurs, et que la justice
s’en mêle.
Le gourou jouisseur de son harem
d’adoratrices est une figure classique, voire un cliché. Mais Laura Kasischke se joue de l’obstacle. Si Purnell est la pierre angulaire du livre,
et le fonctionnement de la House of
David omniprésent, Eden Springs
n’est pas le portrait attendu d’un
type autant charismatique que
tordu. C’est la vie d’un gynécée sous
influence qui surgit de cette arborescence entre récit chronologique,
extraits de journaux, témoignages
de filles fondues en un «nous», saynètes dans la secte. Purnell aux
mains soignées est un prédateur
charmant, que «[ses] filles», ses
«beautés», ses «mignonnes-mirifiques» s’arrachent, auquel elles succombent volontiers –«Nous attendions ce moment depuis longtemps.»
Toutes veulent croire qu’elles sont
l’élue, bientôt épousée, du «roi
Ben». La vérité en rend plus d’une
folle, les autres acceptent un mari
désigné pour cacher l’identité du
géniteur des enfants qu’elles portent. Qu’est-il arrivé à Elsie Hoover,
16 ans, enterrée les yeux ouverts,
que le fossoyeur exhume dans les
toutes premières pages ?
On pense à #MeToo, alors qu’Eden
Springs qui paraît en France ces
jours-ci date de 2010. Purnell a tout
du «porc», raffiné. Mais la subtile
Kasischke ne dit pas ça, ne le suggère même pas. Dans son sillage, on
est plutôt dans la «zone grise», l’ambiguïté, la codépendance, les névroses partagées. Ça donne des phrases
vénéneuses : «Alors il passait un
bras autour de notre taille et laissait
sa main filer sur nos hanches comme
une pensée.»
Mention spéciale au personnage de
Cora Moon, l’enseignante corsetée
qui tombe sous le charme du jeune
Benjamin et devient la gardienne
du temple. «La vieille» Cora est redoutée mais moquée aussi, au
royaume de l’éternelle jeunesse. Et
La secte de Benjamin Purnell est
Cora vacille. «Sa vue qui baissait et
ses mains qui tremblaient lui faisaient sans doute peur aussi. La
peau flasque de son cou. Les poils au
menton qu’elle ne voyait pas assez
pour être épilés.» Laura Kasischke
est une observatrice compassionnelle mais implacable, notamment
de la féminité. Dans l’épilogue, une
des anciennes adeptes dit: «Moi je
veux porter des robes noires, et
m’avaler un gros steak saignant chaque soir.» Cette fois, on pense à
la Servante écarlate, la fameuse
dystopie avec ses esclaves sexuelles
vêtues, elles, de rouge. Contre toute
vraisemblance, on les imagine à
leur tour affranchies, avec des plaisirs basiques de rescapées.
Quelques jours avant de rallier Paris
pour le festival America, Laura Kasischke nous a répondu par mail.
L’histoire de la House of David
est-elle très connue aux Etats-
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restée dans les mémoires américaines pour son excellente équipe de base-ball. PHOTO UNDERWOOD ARCHIVES. GETTY
Unis, ou dans le Michigan ?
En fait non, même pas dans le Michigan. Ce qui est resté dans les mémoires et qui est parfois évoqué,
c’est son excellente équipe de baseball. C’était très inédit, au début des
années 1900, de voir des joueurs de
base-ball à cheveux et barbes très
longs pratiquer ce sport, qui plus est
avec un remarquable niveau. Ils
avaient beaucoup de fans et,
comme la nostalgie et les souvenirs
sportifs prévalent sur la culture aux
Etats-Unis, il y a toujours des gens
qui parlent de cette équipe, qui collectionnent des cartes, des posters
et des flyers à sa gloire.
J’ai découvert l’existence de la
House of David par des membres de
ma famille qui habitent tout près
des ruines du parc d’attractions (actuellement en cours de réhabilitation, j’ai entendu dire que le petit
train refonctionnait déjà). Mon père
et ma belle-mère et d’autres proches
ont beaucoup de souvenirs de moments passés là, quand ils étaient
enfants. D’ailleurs je n’ai appris que
tardivement que ce parc avait été
géré par des membres d’une secte.
Une secte avec un dieu. Une secte
qui a été très importante à un moment donné et constitué la majorité
de la population d’une petite ville.
Tout ça est assez difficile à imaginer: qu’à cette époque, à cet endroit,
une secte de chevelus a été acceptée
par la communauté. Ils étaient adorés, en fait, pour avoir apporté le
parc d’attractions, construit de magnifiques maisons. Et puis, bien sûr,
le scandale sexuel a éclaté et a tout
changé, même si la secte n’a pas
complètement disparu (il reste des
membres de la House of David qui
vivent encore au même endroit).
Dès que j’ai découvert les ruines du
parc d’attractions, elles m’ont han-
tée, un brin obsédée. L’endroit et
toute cette histoire ainsi que son
point de départ ont jeté un sort.
Ce livre découle d’une recherche
historique très précise.
Oui, il est totalement différent de
mes autres livres. Il existe des centaines de témoignages juridiques,
et beaucoup se contredisent. Donc
je ne sais pas où se situe la vérité,
mais tout ce qui est dit dans le livre
a été raconté par quelqu’un. Je n’ai
rien embelli.
Les gens du cru semblent nostalgiques de la House of David.
Tous les articles de journaux sur la
secte sont positifs et enthousiastes.
Il est clair que le parc d’attractions
était devenu le cœur de la vie de la
ville. Considérant qu’il s’agissait
d’une petite ville, à la population
majoritairement issue de l’immigration allemande, de confession
très différente (luthérienne, princi-
palement), un tel accueil paraît extraordinaire. Les membres de la
secte ont manifestement fait de
gros efforts pour ça, par leur politesse notamment, et le fait qu’ils
contribuent au développement économique a clairement joué. Mais
tout de même, je me demande bien
quel accueil susciterait aujourd’hui
l’arrivée d’un tel groupe dans une
petite ville américaine.
Diriez-vous que l’histoire de la
House of David est très américaine ?
Ça m’est difficile de répondre, je n’ai
jamais vécu dans un autre pays et
ne suis ni historienne ni sociologue.
Toujours est-il que bizarrement,
l’Etat du Michigan où je vis a accueilli plusieurs sectes et rassemblements, religieux et politiques, et
je suis sûre que c’est encore le cas.
Peut-être avez-vous entendu parler
de la Michigan Militia [une milice à
u 21
caractère paramilitaire, ndlr]. C’est
aussi ici, à Battle Creek, qu’a été fondée Kellogg’s, la secte basée sur la
santé [son gourou était le docteur
John Kellogg qui préconisait végétarisme, sport, lavages de l’intestin].
Elle a inspiré à T.C. Boyle son roman
Aux bons soins du docteur Kellogg.
Et elle a également été entachée par
un scandale sexuel. Mais Kellogg a
aussi inventé les corn-flakes. Je
pense qu’il y a une corrélation ici,
entre l’élan religieux et l’élan capitaliste. Et bien sûr, l’Amérique est
l’endroit où se sont réfugiés beaucoup de gens dont les fortes convictions religieuses étaient réprimées
dans leurs pays d’origine.
La jeunesse était le graal de la
House of David. Rester jeune demeure une injonction.
La promesse de la secte était
qu’après la mort, les membres reviendraient dans leurs corps originels, jeunes et beaux. Et de fait, je
crois que la façon dont les médias
nous martèlent comment rester
jeune, l’avalanche de cosmétiques
fabriqués et vendus par ce qui est
devenu une véritable industrie, a
quelque chose d’une sorte de religion, proche du culte de la jeunesse
de la House of David. Non seulement on veut vivre éternellement
(une offre que font beaucoup de religions) mais on veut vivre éternellement beaux et jeunes. C’était la
promesse toute particulière de la
House of David, et c’est la religion
du botox, et des rayons sans fin de
crèmes, de teintures, de gels, de
rouges à lèvres…
Les femmes de la secte sont-elles
victimes de Benjamin Purnell,
ou consentantes ? On pense au
mouvement #MeToo.
La vérité sur Benjamin Purnell n’a
pas été vraiment établie. Etait-il le
prédateur mis en cause par beaucoup ? Ou un homme dynamique
dont femmes comme hommes tombaient follement amoureux? Je suis
convaincue qu’il était incroyablement charismatique et probablement l’objet de beaucoup de passions. En a-t-il profité ? Il semble
que oui. Est-ce ce qui arrive aux
gens qui, forts du pouvoir d’être
aimés et d’inspirer la confiance de
façon inconditionnelle, s’autorisent
à l’exploiter? Ou tirent-ils leur pouvoir d’un tempérament égotiste et
immoral qui leur a fait rechercher
des positions sociales qui leur permettraient d’exploiter autrui ? •
LAURA KASISCHKE
EDEN SPRINGS
Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par Céline Leroy,
préface de Lola Lafon.
Page à Page, 172 pp., 18 €.
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22 u
LIVRES/
ROMANS
DAVID CHARIANDY
33 TOURS Traduit de
l’anglais par Christine
Raguet. Zoé, 176 pp., 19 €.
A l’aune du rêve, tout le
monde perd à Scarborough,
banlieue métissée de Toronto, sauf Aisha. Elle aussi
est «une bâtarde noire»,
constate le narrateur, Michael, mais quand elle revient dans le quartier,
dix ans après le désastre peu
à peu révélé par le livre,
Aisha est riche de diplômes,
de voyages, de liberté. Les
autres sont restés coincés là.
Michael raconte le naufrage
de leur foyer, de son frère, et
de leur mère, native de Trinidad, qui a dû abandonner ses
études d’infirmière pour les
élever, une fois le père parti.
Elle s’échine en vain, la violence ambiante est plus
forte. Seule la danse et la musique allègent les cœurs, hiphop pour les jeunes, Nina Simone pour les aînés. Ce
deuxième roman de Chariandy (né en 1969), après
Soucougnant, est un portrait
de Scarborough, dit «Scarlem» ou «Scarbistan», avec
ses échoppes sri-lankaises,
philippines, antillaises, qui
vendent des glaces «au goût
du pays». Cl.D.
HEATHER O’NEILL
LES ENFANTS DE CŒUR
Traduit de l’anglais (Canada)
par Dominique Fortier.
Seuil, 480 pp., 21,50 €.
Le roman commence comme
un conte cruel : il suit deux
enfants abandonnés dans le
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FESTIVAL
AMERICA
même orphelinat à Montréal
tenu par des nonnes rosses et
fouettardes. La petite Rose,
pleine de créativité, l’âme
rebelle et comédienne, se retrouve la plus châtiée des
filles. Quant à Pierrot, le petit
garçon généreux, musicien et
acrobate, il devient la proie
sexuelle d’une religieuse,
sœur Eloïse, après qu’elle l’a
pris en flagrant délit de masturbation. Les deux enfants
tombent amoureux l’un de
l’autre mais vont rapidement
être séparés, gardant en eux
le désir viscéral de se retrouver. La vie se révèle semée
d’embûches, de rencontres
imprévisibles, de violence
et d’addictions toxiques. Les
deux orphelins se retrouveront à se produire en spectacle ensemble pendant
les années folles. C’est un
beau texte, gai et sombre,
plein d’histoires enfantines
et d’images fortes, avec des
héros lumineux, Rose étant
la plus déterminée des deux.
La Canadienne Heather
O’Neill a passé sa prime enfance sans sa mère, élevée
par son père dans un quartier
difficile de Montréal. F.Rl.
LENI ZUMAS
LES HEURES ROUGES
Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par Anne
Rabinovitch. Presses de
la Cité, 408 pp., 21 €.
«USA, 2011», photo de Kyle Thompson issue de la série «I Wonder». KYLE THOMPSON. AGENCE VU
Souvenirs en eaux troubles
Dans «Une douce lueur de
malveillance», Dan Chaon
mélange deux séries de
meurtres à trente ans
d’intervalle et démontre
qu’il ne faut pas se fier
aux apparences.
«Elle a l’esprit floconneux»
à cause des médicaments
qu’elle absorbe pour donner
un coup de pouce à sa fertilité. Elle espère faire un bébé
toute seule par l’intermédiaire d’un donneur anonyme dans une Amérique
imaginaire dont les 50 Etats
interdisent l’avortement. La
PMA le sera aussi bientôt aux
femmes seules. Roberta, professeure d’université dans
l’Oregon, est l’une des trois
femmes de ce roman qui en
présente quatre et se situe
dans le sillage de la Servante
écarlate de Margaret lll
S
es parents, son oncle et sa
tante ont été assassinés une
nuit de juin 1983 dans l’ouest
du Nebraska, tandis que ses deux
cousines jumelles, 17 ans, et lui, âgé
de 13 ans, dormaient dans un camping-car. Près de trente ans après,
Dustin, devenu psychologue, se
trouve dans une étrange configuration. Son frère aîné adoptif, Rusty,
reconnu coupable du quadruple
meurtre, vient de sortir de prison.
Sa femme, Jill, se meurt d’un cancer et ses deux fils semblent s’éloigner de lui. Un patient, jeune flic en
arrêt de travail, lui fait partager ses
obsessions sur une série de dispari-
tions d’étudiants à des dates précises et retrouvés noyés à chaque
fois. Ces deux séries de crimes, une
dans le passé et une au présent,
s’entrecroisent dans le quotidien de
Dustin. Le roman alterne le récit
des deux périodes. Dans des flashback jusqu’en 1983, on comprend la
nature des relations entre Dustin et
Rusty qui passait son temps à terroriser le premier, évoquer des projets
de meurtre et des pratiques rituelles. Ce comportement a convaincu
le cadet de sa culpabilité, conviction qu’il partage avec sa cousine
Kate. «On a dit qu’il aimait beaucoup le death metal, qu’il avait dessiné des pentagrammes sur ses cahiers, et son procès tourna autour
du satanisme pour masquer le manque de preuve des autorités.»
Au printemps 2012, on suit Dustin
mener l’enquête avec le flic en rupture de ban sur un lien criminel entre les étudiants noyés. Cet entrelacement, renforcé par la prise de
parole des différents protagonistes,
crée un trouble croissant. Rusty
est-il bien l’auteur des quatre meurtres? Pourquoi la cellule familiale a
priori parfaite de Dustin vrille-t-elle
autant? Comment ne voit-il pas que
son fils cadet s’enfonce dans la toxicomanie? Dan Chaon utilise des
blancs typographiques et même des
tableaux pour montrer le suspens
des pensées et leur dissociation.
Une douce lueur de malveillance
porte sur le psychisme, la distinction entre ce qui tient des souvenirs
ou de l’imagination. Leur confusion peut devenir infernale, et la
réussite du roman est de parvenir
à persuader le lecteur lui-même
de la duplicité de la réalité.
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
DAN CHAON UNE DOUCE LUEUR
DE MALVEILLANCE Traduit de
l’anglais (Etats-Unis) par Hélène
Fournier. Albin Michel, coll. «Terres
d’Amérique», 544 pp. 24,50 €.
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u 23
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
TADZIO KOELB
MADE IN TRENTON
Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par Marguerite
Capelle. Buchet-Chastel,
256 pp., 19 €.
Le plus saisissant, dans ce
premier roman, ce ne sont
pas les efforts du personnage
principal pour se bander la
poitrine, faire croire qu’il
se rase, casser sa voix, et
abattre un travail d’homme.
On s’habitue même à l’idée
qu’il ait tué et découpé son
mari, dans une vie antérieure, du temps qu’il était
une femme. Ce qui glace,
c’est de finir par comprendre
qu’Abe Kunstler a un plan.
Un quart de siècle plus tard,
dans la deuxième partie
du livre, en pleine guerre
du Vietnam, Abe Kunstler
devient dangereusement
paranoïaque quand il croit
que son plan s’est retourné
contre lui. Cl.D.
FATIMA FARHEEN MIRZA
CETTE MAISON
EST LA TIENNE
Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par Nathalie Bru.
Calmann-Lévy, 464pp.,
21,90€.
t-il échoué? «A l’école, on appréciait Amar pour des qualités que chez lui on considérait comme des défauts.
Là-bas, il n’était pas insolent,
il était drôle […] Pour autant
qu’il sache, aucun de ses camarades ne savait ce que
c’était de rentrer le soir dans
une maison aussi silencieuse
que la sienne, où tout leur
était interdit.» V.B.-L.
L’ouverture tient de celle
d’un opéra: aucun dialogue,
des gestes posés, une atmosphère solennelle s’installe,
un événement se prépare
mais des fissures se dessinent. La bombe qui pourrait
exploser s’appelle Amar. Il
est le frère d’une femme au
cœur de toutes les attentions
ce jour-là, Hadia: cette jeune
chiite d’origine indienne
épouse Tariq, un sunnite
d’origine pakistanaise. Un
mariage d’amour: un exploit.
C’est en Californie que
l’union est célébrée. Les instants qui précèdent la cérémonie sont un ballet, la réussite d’une romancière de
27 ans née aux Etats-Unis et
dont c’est le premier roman.
Fatima Farheen Mirza a suivi
l’atelier d’écriture de l’Iowa.
Son éditrice est plus célèbre
qu’elle puisqu’il s’agit de l’actrice de Sex and the City Sarah Jessica Parker. Elle inaugure avec Cette maison est la
tienne la collection qu’elle dirige désormais chez l’éditeur
Random House. Hadia est
médecin. Elle s’émerveille de
ne pas avoir cédé à la coutume du mariage arrangé.
Mais un autre événement
occulte celui-ci, et l’explique : le retour d’Amar que
personne n’a revu depuis
trois ans. Amar, un rebelle
depuis l’enfance. Hadia se
réjouit de sa présence. Pour
le père, c’est moins évident.
Après la majestueuse scène
initiale, Fatima Farheen
Mirza entame une série de
zooms sur le passé et sur
Amar. Elle raconte les heurts
et les crises avec délicatesse.
Comment Hadia a-t-elle pu
s’émanciper des traditions
sans rompre avec ses parents? Pourquoi Amar, lui, a-
/ photographie : Vincent Bourdon ©
RÉCIT
VIVIAN GORNICK
LA FEMME À PART
Traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par
Laetitia Devaux.
Rivages, 200 pp., 17,80 €.
design :
lll
Atwood, par son
étrangeté notamment. Cependant, ce roman sur la
solitude parle du temps présent. Les étapes d’une insémination artificielle sont
détaillées et le concept
d’«éthique» sert d’étalon pour
juger les unes et les autres.
Parmi les élèves de Roberta se
trouve Mattie. Trop jeune
pour devenir mère selon elle,
Mattie aimerait se débarrasser de l’enfant. Comme sa
professeure mais dans un but
opposé, elle consulte une
guérisseuse. Ennuis en cascade : celle-ci est accusée
d’un crime qu’elle n’a pas
commis. Dernière participante de cette ronde de femmes prises en étau dans les
difficultés, Susan a deux enfants qui ne lui rendent pas la
vie belle. Que les Heures rouges se passe à côté de Salem,
ville des sorcières, accroît
l’inquiétude qui s’en dégage.
La quadragénaire Leni Zumas, primée pour ce livre,
est l’auteure de nouvelles et
d’un autre roman. V.B.-L.
«Il est gay, je suis la femme à
part.» L’essayiste et critique
littéraire new-yorkaise Vivian Gornick est fière de sa
liberté, et ne cache pas son
orgueil lorsqu’elle discute
avec son ami Leonard. La
femme à part est une mouche du coche, qui n’a pas
besoin de s’accoler à un
homme pour profiter des
miettes de son pouvoir. Vivian Gornick est une forte
femme. Les lecteurs français
l’ont découverte grâce à son
autobiographie, Attachement féroce. Elle raconte ici,
à 83 ans, outre ses rendezvous avec Leonard, son quotidien à Manhattan qu’elle
arpente et dont elle rend
sensible l’atmosphère: il faut
se battre pour y survivre et
Gornick croise beaucoup de
clochards. Au cours des promenades remonte le passé :
un amant qui tentait de la
soumettre à ses désirs, sa
mère qui la rabrouait, la lecture de Henry James et de
Walter Benjamin. Parmi
les «génies littéraires du
XIXe siècle» qui écrivirent sur
les femmes des temps modernes, Gornick préfère le
Britannique George Gissing,
auteur de Femmes à part,
traduit aussi par Femmes en
trop. V.B.-L.
Débats, café des libraires, salon
du livre, expositions, projections,
concerts... RENDEZ-VOUS À
VINCENNES pour quatre jours de
rencontres avec 70 écrivains venus
d’Amérique du Nord.
ANAÏS BARBEAULAVALETTE
JONATHAN DEE
DICKNER
MICHAEL CHABON
PATRICK DEWITT
JEFFREY EUGENIDES
NAOMI FONTAINE
GUAYPOLIQUIN
LAUREN GROFF
JEAN HEGLAND
LAURA KASISCHKE
YANICK LAHENS
NICOLAS
EMIL FERRIS
CHRISTIAN
JOHN IRVING
DANY LAFERRIÈRE
IVY POCHODA RICHARD POWERS
RICHARD RUSSO
VANDERHAEGHE
GABRIEL TALLENT
GUY
COLSON WHITEHEAD
JACQUELINE WOODSON…
festival-america.com
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24 u
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
LIBÉ WEEK-END
LIVRES/
Chaque samedi, dans Libération, retrouvez huit
pages spéciales consacrées à l’actualité littéraire. Cette semaine, Zadie Smith parle de la célébrité, du métissage, de l’exploitation, de
l’usage de la première personne dans la fiction,
de George Eliot et des nouveautés à propos de
Swing Time (Gallimard),
son cinquième roman.
Dans son style toujours
aussi métaphorique et
brillant, Richard
Powers dépeint le
parcours de neuf
personnages dont les
destins vont se lier
autour d’un combat
essentiel de la cause
environnementale.
se parle à elle-même et s’organise
sans avoir recours à la raison; comment les forêts s’organisent par le
biais de vastes réseaux de communication; comment les arbres «imaginent» leur propre destin quand ils
font s’étendre leurs branches vers le
ciel et le futur.
Défiance. Opérant d’incessants
«D
ans le jardin, tout
autour de la maison, les
créatures qu’ils ont
plantées créent du sens, créent l’important, aussi aisément qu’elles produisent du sucre et du bois à partir
de rien, de l’air, du soleil et de la
pluie. Mais les humains sont
sourds.» C’est l’histoire d’une prise
de conscience, dont ceux qui ont
fait l’expérience ont vu leur existence déviée brutalement de sa
marche et s’interrogent chaque jour
sur les raisons qui font que la majorité de l’humanité ait pu y échapper.
Un récit d’arbres et d’humanité, qui
aurait eu la fâcheuse tendance à
faire ricaner la plupart des curieux
qui demandaient à Richard Powers
le sujet de son prochain roman ces
cinq dernières années. «Un roman
sur les arbres ? Vraiment ?» Sans
doute ceux-là n’avaient pas eu vent
du succès de la Vie secrète des arbres, best-seller mondial de l’ingénieur forestier allemand Peter
Wohlleben. Pour le lecteur qui découvre l’Arbre-monde en cette rentrée 2018, le douzième roman de
l’Américain s’inscrit en tout cas
dans une tendance sensible au sein
du monde des idées contemporain,
portée par autant d’anthropologues
(Eduardo Kohn) que de sociologues
(Bruno Latour) et de scientifiques
(Ernst Zürcher) tous devenus, par la
force des choses, militants : le domaine des arbres est parmi les plus
méconnus du vivant, et l’homme ne
se sauvera pas sans se préoccuper
de ses forêts.
Epidémie. Powers, qui a largement consacré sa prose précise et
lyrique aux arcanes de la vie sous
toutes ses formes dans Orfeo ou The
Gold Bug Variations (son grand roman de 1991, inédit en français),
n’avait mystérieusement jamais
consacré de livre à la cause environnementale et à ceux qui la défendent. Investi de sa propre épiphanie, l’Arbre-monde est en quelque
sorte le roman de sa conversion, au
moins autant qu’une oraison pour
sa nouvelle passion : voilà un tiers
de siècle qu’il use de la littérature la
plus pure pour transmettre les
idées les plus complexes sur l’art,
l’hérédité, la technologie, l’esprit et
FESTIVAL
AMERICA
Richard Powers décrit la façon dont la nature pense et s’organise. ANDERS BUNDGAARD. GETTY
«L’Arbre-monde»,
le désarroi des forêts
l’humain et, à son niveau d’écrivain, changer le monde un lecteur
à la fois. A l’image de cette définition du livre idéal défendu par le
plus écrivain des personnages de ce
nouveau roman: «Un impossible triplé [combinant] optimisme, utilité
et vérité.»
Choral et audacieusement construit
en quatre parties hautement métaphoriques («racines», «tronc»,
«cime» et «graines»), le récit entreprend d’évoquer les destins lâchement liés de neuf protagonistes et
des circonstances qui ont mené
chacun à l’action. La première partie, très dense, se dissémine en neuf
longues nouvelles dont chacune
aurait pu aboutir à un roman en soi,
vertigineux de détails et de conséquences: celui de Nicholas, artiste
dépressif dont la famille, avant de
disparaître brutalement, avait
réussi à maintenir en vie l’un des
derniers châtaigniers d’Amérique,
espèce éradiquée au début du
XXe siècle suite à une épidémie
cryptogamique; celui de Neelay, fils
d’immigrants indiens devenu paraplégique suite à la chute d’un arbre,
qui devient un génie des jeux vidéo
et l’auteur d’un jeu inspiré par le débordement du vivant; ceux encore
de Douglas, vétéran de guerre et de
l’expérience de Stanford, d’Olivia,
étudiante revenue d’entre les morts
qui pense communiquer directement avec la nature, ou de Patricia,
sourde, garde-forestière et dendrologiste, auteure d’une thèse révolutionnaire sur la manière dont les végétaux communiquent. Tous
ceux-là (et quelques autres) se retrouveront autour d’actions inspirées par le «Redwood Summer»
de 1990, événement central des
«Timber Wars» qui virent s’opposer
éco-guerriers et exploitants forestiers d’Amérique du Nord à un
moment charnière de la transformation de la sylviculture en exploitation intensive, cette «économie
suicidaire». Avec eux, Powers s’instruit, donc, et nous enseigne en
même temps une leçon qui tient
autant de la science que de la philosophie: comment la nature pense,
va-et-vient entre ses personnages et
la nature qu’ils observent, l’Américain s’émerveille et se fascine, encore et encore, et écrit, des manifestes pour le vivant tel qu’il n’en finit
plus de féconder des prodiges à
l’insu du regard de l’humanité, et
quelques-unes des plus luxuriantes
phrases qu’il ait jamais rédigées (ce
qui, pour ceux qui l’admirent, en dit
long sur leur intensité). A cet égard,
on se dit souvent que la rencontre
de ce grand écrivain du réseau et de
l’attention avec l’interconnexion au
cœur de la nature végétale tenait de
l’évidence. A l’instar de l’Américaine Lydia Millet, Powers aurait pu
se passionner pour la cause des animaux, mais l’arbre était sans doute
plus discret, et mieux adapté à son
art de la métaphore. Car l’Américain
parle encore et toujours de littérature, et à de nombreux égards cette
fable sur la découverte du monde
sous le monde (le titre original, The
Overstory, était intraduisible en soi
mais idéalement choisi) réfléchit
autant à son langage et à notre soif
d’histoires qu’à la catastrophe qu’il
décrit.
Pour la première fois, pourtant, il
oppose une défiance au génie humain et à la littérature qui serait
l’une de ses plus essentielles créations. Puisque la vie ne doit rien à la
raison, «le sens lui-même est une
chose bien trop jeune pour l’influencer» – et le langage lui-même n’est
pas loin d’être réduit à une trivialité
face aux arbres éternels, ordinateurs avant l’heure, livres entrouverts, multiplicités irréductibles.
Sans adopter la misanthropie profonde de ses personnages, l’Arbremonde n’a de cesse de présenter
l’humain comme «le plus problématique des grands mammifères», qui
pense tout de travers y compris les
moyens de sa propre survie. Il constitue ainsi le premier des romans de
cet humaniste à exclure l’homme de
son combat, ou tout du moins à
considérer le paradoxe qu’il y a à
faire littérature d’un monde qui ne
souffrirait sans doute pas qu’il ne
soit plus là.
OLIVIER LAMM
RICHARD POWERS
L’ARBRE-MONDE
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Serge Chauvin.
Le Cherche midi, 484 pp., 22 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Signature Déjà auteur, voici trente ans, d’une
petite anthologie des pensées les plus lucides
d’Amiel, Du journal intime (Complexe), Roland
Jacquart (photo) se substitue cette fois au diariste
suisse pour raconter son agonie. Il présente
les Derniers Jours d’Henri-Frédéric Amiel (Serge
Safran éditeur) à l’Ecume des pages le 21 septembre à 19 heures. PHOTO RAPHAËL GAILLARDE
L’Ecume des pages, 174, bd Saint-Germain, 75006.
u 25
Festival Les rencontres de Chaminadour, qui se tiennent à Guéret (Creuse) jusqu’au 23 septembre, rendent
hommage à Mathieu Riboulet (photo), disparu au mois
de février. Sous le titre «Mathieu Riboulet sur les
grands chemins de Jean Genet», les deux écrivains
sont associés au cours des débats. Leïla Shahid, exambassadeure de Palestine, évoque son amitié avec
Jean Genet. PHOTO LAURENT TROUDE. DIVERGENCE
Rens.: www.chaminadour.com
Brad Watson et les fuites en avant de «Miss Jane»
Pour son second roman, l’auteur s’est inspiré
d’une grand-tante atteinte de malformation
génitale doublée d’incontinence urinaire.
D
ans un livre, il y a ce qui
est écrit, mais aussi tout
ce qui ne l’est pas. Le second roman de l’Américain Brad
Watson, Miss Jane (après le Paradis perdu de Mercury, Editions
des Deux Terres, 2005) brille par
ce qu’il choisit de taire, comme si
l’auteur avait tourné sept fois sa
plume à chaque phrase, par
crainte de peut-être blesser son
héroïne éponyme, par délicatesse
envers elle. Miss Jane, c’est
d’abord «la petite Jane», née avec
une malformation urogénitale «à
une époque et en un lieu, en 1915,
sur ces terres arrachées aux forêts
de résineux et de feuillus au centre-est du Mississippi, où rien ne
pouvait être fait pour lui venir en
aide, où il n’existait aucun protocole médical pour corriger son infirmité». Le lecteur, à l’image de
l’époque, n’en sait pas tellement
plus, sinon les balbutiements du
médecin de campagne : «Tout ce
que je peux vous dire, […] c’est que
c’est une fille qui ne s’est pas complètement développée».
Là où le narrateur hermaphrodite
du Middlesex de Jeffrey Eugenides (L’Olivier, 2003) décrivait
avec force détails son entrejambe, en commençant par
l’éclosion d’un «genre de crocus»
au printemps de l’adolescence,
Miss Jane donne le sentiment de
lever le miroir à hauteur de regard, attendu qu’il n’y aurait en
bas de racontable que l’absence.
A 22 ans, Jane se verra offrir par
le même brave docteur une brochure illustrée de l’anatomie féminine «quand elle ne présente
aucune complication» et, sur un
bout de papier, un croquis fait
main évoquant la sienne, à titre
de comparaison. Pour nous, ni
planche ni coupe frontale, seulement mots retenus et dialogues
en pointillés.
Sur son site, Brad Watson revient
sur la genèse du projet et les
nombreuses moutures qu’il a
fallu faire (une trentaine) pour
réussir à cerner le personnage et
sa condition particulière. Il expli-
que qu’il lui a été inspiré par sa
grand-tante Mary Ellis «Jane»
Clay, laquelle souffrit d’incontinence urinaire sa vie durant ; elle
ne pouvait pas avoir d’enfants et
resta célibataire jusqu’à sa mort à
87 ans, en 1975, sept ans avant la
première intervention chirurgicale pratiquée avec succès sur
un cas de «cloaque persistant»,
diagnostic finalement posé par
Watson sur la parente après enquête auprès de la famille et du
corps médical. Beaucoup de silences entouraient cette femme.
Ce sont les mêmes qu’on retrouve
dans le roman. Prenons ceux de
l’homme invité un jour à dîner
par Grace, la sœur de Jane, alors
qu’elles se sont installées ensemble en ville. Il louche, ses oreilles
sont tordues. «Néanmoins, il
avait de jolies manières et ne par-
lait pas trop fort.» La soirée
avance et Jane prend conscience
du traquenard : sa sœur cherche à
la caser avec lui. Ainsi, que faitelle lorsqu’elle sent qu’un accident va se produire ? Se précipitet-elle à l’étage, comme à son habitude ? Va-t-elle changer la combinaison sous sa robe et se reparfumer ? Non, elle ne bouge pas de
table, et l’odeur monte, faisant
fuir le prétendant et enrager
l’entremetteuse. C’est une libération, un renoncement, un pied de
nez, un défi. C’est quelqu’un qui
se pisse dessus et un monument
de dignité.
THOMAS STÉLANDRE
BRAD WATSON MISS JANE
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Marc Amfreville.
Grasset, 384 pp., 22 €.
Au Québec, deux disparitions
d’enfants provoquent la
rencontre de ceux qui les
cherchent. Avec «Rivière
tremblante», Andrée A.
Michaud retourne les cœurs.
L’
an dernier, au festival Quais du polar
de Lyon, Andrée A. Michaud citait
Marguerite Duras comme influence
déterminante et expliquait: «Duras pour moi,
c’est cette espèce de langueur du texte, cette
réflexion lancinante, et la présence de la
mer… Il y a toujours de l’eau dans mes livres,
pas forcément la mer mais des lacs, des rivières, mon premier cycle que je dis “ophélique”
tournait autour de femmes noyées.» On venait
de découvrir cette auteure québécoise déjà
bien capée par Bondrée, flash-back sur le vacillement d’une communauté idyllique des
années 60 après le meurtre d’une jeune fille.
Un roman comme un nuage, une menace
vaporeuse.
La nature est toujours belle, fascinante et
dangereuse, dans Rivière tremblante. On est
à l’orée des années 80 dans le village (imaginaire) de Rivière-aux-Trembles où une
femme vient se recueillir sur la tombe de son
père. Elle a grandi là, a fui il y a des années.
Pour échapper à l’opprobre, sinon la culpabilité. Car Marnie avait 11 ans quand son
meilleur ami Michael a disparu sous ses yeux,
alors que les deux inséparables étaient partis
rejoindre leur «endroit secret», le «bassin magique» comme disait Michael, «là où la rivière
forme une cuvette». Michael, son héros, son
Superman, soudain catatonique, livide,
étrange, s’est rué dans la forêt, s’est volatilisé.
Marnie n’a pu rien expliquer à la famille fou-
droyée, ni aux policiers qui l’interrogeaient
sans relâche. Et Marnie s’en est toujours
voulu, croit toujours entendre Michael, se rejoue la scène de la disparition, ou invente un
futur où rien n’est arrivé. «Dans ces scénarios,
Michael est vivant et il a une barbe, un
pick-up rouge, une collection de pierres volcaniques et deux ou trois cents CD de musique
country.» Michael le hibou a emporté Marnie
l’écureuil avec lui.
De l’autre côté, en alternance avec Marnie, il
y a Bill. Bill a lui échoué à Rivière-aux-Trembles par hasard, hagard. Bill essaie de ne pas
sombrer dans la folie. Bill a perdu son adorée
Billie, sa petite fille disparue entre l’école et
son cours de danse, dans son manteau rose
à capuchon. Les flics l’ont soupçonné. Sa
femme l’a rejeté, folle de douleur, lui reprochant bientôt de ne pas avoir été là, à la sortie
de l’école, pour emmener Billie à la danse. Bill
au regard «cerné d’ombres malades» est hanté
par Billie, pense, mange, dort, vit Billie, crève
de l’imaginer brutalisée, abusée, morte. «J’ai
continué à traquer les petits manteaux roses
pendant trois ans, même en été, même au plus
fort des chaleurs de juillet, mais aucune Billie
ne se cachait derrière ces éclairs de couleur
fendant la grisaille.» Et un jour, un enfant disparaît de nouveau à Rivière-aux-Trembles.
Marnie et Bill, ces cabossés, ces inconsolables, vont se croiser sur fond de soupçons. Sur
le thème de l’enfance sacrifiée qui lui est cher,
à l’évidence, Andrée A. Michaud retourne les
cœurs et les tripes sans sacrifier au pathos, en
conteuse funambule.
SABRINA CHAMPENOIS
ANDRÉE A. MICHAUD
RIVIÈRE TREMBLANTE
Rivages Noir, 366 pp., 21 €.
Photo F. Mantovani © Gallimard
Et au milieu tremble une rivière
« Maylis de Kerangal ouvre grand les yeux sur l’art de la peinture, en accord parfait avec son écriture visuelle, flamboyante et
assurée jusque dans ses tâtonnements, au plus près de la matière. »
Marine Landrot, Télérama
« Vivante, la phrase de Maylis de Kerangal l’est intensément, qui
embrasse la technique et le poétique, le sensible et l’intellectuel. »
Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres
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26 u
Libération Jeudi 20 Septembre 2018
Une histoire de vent (1988) de Joris Ivens et Marceline Loridan. N. PHILIBERT. CAPI FILMS
La Petite Prairie aux bouleaux (2003) avec Anouk Aimée. R. GRANT. MARY EVANS. SIPA
MARCELINE LORIDAN-IVENS
La vie après la mort
Par
CLAIRE DEVARRIEUX
O
n ne peut pas imaginer deux femmes
plus différentes que Marceline
Loridan-Ivens et Simone Veil, l’une
gitane gouailleuse à la crinière rousse, l’autre
beauté respectable en tailleur Chanel. L’une
a fait du cinéma, l’autre de la politique. Elles
n’étaient pas du même bord. Et pourtant, leur
amitié avait quelque chose d’absolu, du fait
de s’être nouée en 1944 dans les camps de
concentration, où elles avaient été déportées.
Marceline Loridan, alors Rozenberg, née le
mars 1928, venait d’avoir 16 ans. Simone Veil
était son aînée de quelques mois. Lorsque celle-ci, décédée à Paris en 2017, est entrée au
Panthéon, le 1er juillet 2018, Marceline Loridan a eu ces mots, rapportés par Annick Cojean dans le Monde: «Une fille de Birkenau entre dans la maison la plus illustre de France.
Elle nous honore toutes!» Comment ne pas
être heureux que Marceline Loridan ait eu le
temps de voir ça, avant de suivre dans la mort,
le 18 septembre, sa «camarade de camp»?
«J’AURAIS DÛ ÊTRE MORTE»
Deux livres –outre Ma Vie Balagan chez Laffont en 2008– ont considérablement élargi
le cercle déjà conséquent des admirateurs de
Marceline Loridan : Et tu n’es pas revenu,
en 2015, puis l’Amour après, trois ans plus
tard, écrits avec Judith Perrignon pour les
éditions Grasset (lire ci-contre). La jeune
Marceline, 15 ans, avait été arrêtée en même
temps que son père, l’hiver 1944. Elle avait
passé son enfance à Nancy, où son père était
négociant. Ils s’étaient réfugiés en zone sud,
et c’est dans leur maison de Bollène (Vaucluse), que des miliciens français sont venus
les chercher à la suite d’une dénonciation.
Ils ont été transférés à Drancy, et déportés
par le convoi 71. Schloïme Rozenberg n’est
Rescapée des camps de concentration,
cette femme au franc-parler, cinéaste
du réel et auteure au succès tardif,
s’est éteinte à l’âge de 90 ans.
pas revenu d’Auschwitz. Il avait réussi à faire connaître Marceline Loridan a compris que
passer un message à Marceline, quelques l’enfer des camps n’était pas un monde absphrases dont elle n’a jamais réussi à se souve- trait, une communauté indifférenciée où
nir mais dont elle n’a pas
l’individu, nié par le système
oublié qu’elles commençaient
DISPARITION concentrationnaire, perdait
par «Ma chère petite fille»: «Je
son identité. Bien au contraire,
sais tout l’amour qu’elles contenaient, je l’ai Marceline insistait sur les sentiments qui
cherché toute ma vie ensuite.»
perduraient, sur les personnalités qui se
La disparition du père a entraîné la disloca- manifestaient, et sur la manière dont elle
tion de la famille. Mal accueillie par sa mère avait été, gamine minuscule, protégée par
à son retour de déportation, Marceline Lori- ses compagnes.
dan –du nom d’un ingénieur épousé au lendemain de la guerre– part à la dérive, mais
«LA MAUVAISE VOIX EN MOI»
reprend pied dans les années 50 à Saint-Ger- On la trouvait dure, parfois, cette petite
main-des-Prés «alors plein de gens qui cher- femme d’acier. Elle explique dans l’Amour
chaient à se désaxer, à dévier, à devenir autre après à quel point il lui fut difficile d’apprenchose qu’un commerçant, un employé, autre dre à s’abandonner, elle qui avait dû sa survie
chose que de bons pères ou mères de famille. au refus de se laisser abattre. Elle dit aussi :
La différence, c’est qu’ils avaient un scénario «Il m’a fallu faire taire la mauvaise voix en
à fuir, moi non, pour moi rien n’était écrit moi, celle qui parle la langue du camp, qui est
d’avance, j’aurais dû être morte», dit-elle dans chargée de son inhumanité, qui nous dédoul’Amour après. Dans ce livre, elle raconte sans ble sans cesse, moi et bien d’autres qui ont
fausse pudeur (pas son genre) la difficulté connu le même sort.»
qu’elle a eue à «rassembler la jeune fille et la Ne refermons pas l’Amour après sans citer la
survivante» pour «devenir une femme». Elle rencontre qui va tout changer. Joris Ivens,
évoque quelques amoureux malheureux, documentariste néerlandais et militant indont Georges Perec. Et se remémore, une der- ternational, a planté sa caméra partout où se
nière fois, sa rencontre avec «Simone, si belle, fomentait une révolution. On est en 1961.
une déesse, la mieux roulée d’entre nous avec Sort dans les salles le film d’Edgar Morin et
Sonia dans les douches du camp où les kapos Jean Rouch, Chronique d’un été, parfait
nous hurlèrent de nous déshabiller».
échantillon de cinéma-vérité où s’expriment,
Elle ajoute: «Nous désobéissions comme des sur le bonheur, des Français. Marceline, dans
écolières.» Des écolières ? A Birkenau ? Et un long monologue, s’adresse à son père dispourquoi pas? Quiconque a eu la chance de paru à Auschwitz. «En voyant Chronique
d’un été, dira Joris Ivens en 1978, je tombe
amoureux de Marceline Loridan, et je le suis
encore. C’est aussi le mariage du son et de
l’image, entre nous.» Ainsi devient-elle Marceline Loridan-Ivens. Il a trente ans de plus
qu’elle. Mais le vieux sage et la flamme folle
sont bien assortis. Il l’apaise. De son côté, elle
le guérit de quelques illusions, sans toutefois
venir à bout de l’idéalisme impénitent qui
anime le cinéaste.
A partir de 1968, jusqu’à 1988 (Une histoire de
vent), ils travaillent ensemble. Ils tournent au
Vietnam le 17e Parallèle, et entreprennent en
Chine un film fleuve, Comment Yukong déplaça les montagnes, douze heures sur la vie
quotidienne après la révolution culturelle.
Passion pour le peuple chinois ou propagande
maoïste? La manière de regarder ce feuilleton
documentaire change au fil du temps. Il demeure aujourd’hui un témoignage extraordinaire sur la Chine des années 70. Marceline
Loridan-Ivens n’avait peut-être pas la même
empathie que son mari, mais c’est elle qui menait les entretiens, posait les questions, essayait d’aller plus loin que l’apparence, et manifestait en maintes occasions un féminisme
bien trempé qui ne l’a jamais quittée.
Après la mort de Joris Ivens, en 1989, Marceline Loridan s’est occupée à faire vivre leur
œuvre commune, et ses films à lui. Mais il lui
restait à réaliser le projet qu’elle portait en
elle depuis plusieurs décennies: traiter par
la fiction son expérience d’Auschwitz-Birkenau. Ce sera, en 2003, la Petite Prairie aux
bouleaux. Une femme, interprétée par Anouk
Aimée, revient en Pologne sur les lieux de sa
déportation. Par la suite, c’est Marceline
Loridan-Ivens elle-même qu’on verra parfois
sur les écrans, entamant sur le tard une carrière d’actrice épatante chez Cédric Klapisch
ou Marion Vernoux. Elle avait la vie devant elle. Elle est devenue une auteure de
best-seller à l’âge de 87 ans. •
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
u 27
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CULTURE/
«Elle s’est fait
le témoin
de sa propre
histoire»
Christophe Bataille, éditeur chez
Grasset, racontre cette voisine
de Saint-Germain-des-Prés dont
il a publié les deux derniers livres.
S
Marceline Loridan-Ivens,
en janvier 2015.
PHOTO YANN RABANIER
es deux derniers livres, coécrits avec la journaliste Judith Perrignon, avaient contribué à
remettre Marceline Loridan-Ivens dans la
lumière : Et tu n’es pas revenu (2015) puis l’Amour
après (2018), publiés tous les deux chez Grasset sous
la direction de l’écrivain et éditeur Christophe
Bataille. «Je me souviens de la première fois où je l’ai
contactée, nous a confié celui-ci mardi soir. J’étais
effrayé par la montée de l’antisémitisme et l’oubli progressif de la Shoah, et je pensais que c’était important
de continuer à raconter, mais elle a d’abord refusé.»
Chez Grasset, on connaît bien «cette petite femme
rousse à longue jupe avec la crinière rouge, pétaradante», comme le note Bataille. Marceline
Loridan-Ivens vivait en effet depuis quarante ans
au 6e étage du 61, rue des Saint-Pères, à Paris, dans
le même immeuble que la maison Grasset qui en
occupe les étages inférieurs. Ce lieu de ses amours
avec le documentariste Joris Ivens, elle ne l’a jamais quitté.
«Plus tard, j’ai reçu une photo où on la voyait avec le
cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh [rescapé des
camps des Khmers rouges, avec qui Bataille a coécrit
l’Elimination en 2012, ndlr], ils étaient ensemble à un
festival. Et Rithy avait joint un petit mot qui disait:
“Il faut que tu recontactes Marceline”.» Elle avait
changé d’avis et acceptait le projet proposé par Bataille. «Ne pas y revenir était impossible, mais y revenir était difficile», explique l’éditeur. Il la met aussitôt
en contact avec Judith Perrignon. De cette rencontre
est né Et tu n’es pas revenu, longue lettre au père de
Marceline, Schloïme Rozenberg, mort pendant sa
déportation. Puis l’Amour après, un récit courageux
sur l’amour après les camps. «Elle passait assez peu
chez Grasset. Un jour, elle est venue pour fêter avec
nous le succès d’un de ses livres. Je la revois s’avançant
seule face à une trentaine de membres de la maison
d’édition, pour la plupart assez jeunes, et je me suis
dit que tous ces gens auront vu, au moins une fois dans
leur vie, une femme qui, à 15 ans, était internée dans
les camps, se souvient Bataille. Ce que je trouve très
beau chez des personnes comme Rithy Panh et Marceline Loridan-Ivens, c’est que, non seulement ils ont
survécu, mais en plus ils se sont faits les témoins de
leur propre histoire, et ils ont trouvé des formes de récit différentes pour le faire.»
Marceline Loridan-Ivens ne voulait pas pour autant
qu’on l’enferme dans le rôle de la rescapée. Elle
aimait la vie, les hommes, la compagnie des jeunes
et Saint-Germain-des-Prés. Elle est morte, ironie
de l’histoire, le soir de Kippour, la fête juive du
grand pardon.
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
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La seule
Anna Karina La comédienne, pour la sortie restaurée
de «la Religieuse» de Rivette, dit deux ou trois choses
qu’elle sait d’elle, de son père, de l’amour et… de Godard.
E
t plouf, on tombe dans un puits. On dégringole jusqu’à
la fin des années 50. Impossible de s’extraire, on est aspiré. Anna Karina est devant nous, elle porte un trench
coquelicot et une petite marinière assortie, ses yeux bleu pervenche –allons-y pour les métaphores florales– sont cachés
par des lunettes glaïeul noir. Qu’elle enlève parfois. Ouf, son
regard n’est pas emprisonné de khôl, les larmes, qui affleurent
sans transition après un éclat de rire à
l’évocation de ses années de jeunesse, sont
translucides.
Anna Karina passe de l’élan à l’abattement, comme si les très hauts et les très bas qu’elle avait connus jeune femme venaient tout juste d’avoir lieu. L’actrice est
mariée depuis près de quarante ans avec le même homme,
le cinéaste Dennis Berry –lequel avait épousé dix ans plus tôt
Jean Seberg. Elle a tourné avec Cukor, Visconti, Fassbinder,
Delvaux et, bien sûr, Jacques Rivette, dont est ressorti mercredi Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot. Serge Gainsbourg lui a écrit la comédie musicale Anna, Philippe Katerine
lui a offert Une histoire d’amour sous forme de chansons en
2000. Elle a publié des romans, dont l’un postfacé par Patrick
Modiano. Elle a réalisé un long métrage, Vivre ensemble, en
1973. Mais rien n’y fait. La poignée de chefs-d’œuvre qu’elle
a tournés sous la direction de Jean-Luc Godard, au tout début
des années 60, pulvérise tout le reste.
Anna revient en boucle sur ces quelques années qui l’ont forgée, quand, à l’orée de sa vie d’adulte, elle débarque du Danemark à Paris avec «10000 francs», sans parler un mot de français, et que le miracle a lieu: elle naît une
deuxième fois devant la caméra de Godard. Ce n’est pas de la nostalgie, qui supposerait une distance. Mais une adhésion
totale à la jeune fille amoureuse qu’elle fut. Comme si à force
d’agrandir un détail, quelque chose allait ressusciter, on nagerait pour de vrai dans l’eau du port de Pierrot le fou. On sait
très bien qu’elle connaît toutes les répliques de ses débuts par
cœur. Mais on aimerait lui en faire dire d’autres. Qu’elle quitte
les rails. On se souvient alors qu’elle a joué en 1973 dans une
adaptation télévisée de l’Invention de Morel, ce roman de
Bioy Casares où des personnages refont chaque jour exactement les mêmes gestes sans que le narrateur ne saisisse quel
sort les emprisonne et s’il fait partie de la mise en scène.
LE PORTRAIT
D’ailleurs n’est-on pas complice? La veille, c’est Vivre sa vie
qu’on a revu. Dans cette splendeur de film, Jean-Luc Godard
lit en voix off le Portrait ovale d’Edgar Poe, cette nouvelle où
un peintre dévitalise son modèle tandis que le tableau prend
vie. Partons de Suzanne, la religieuse de Diderot, interdit à
sa sortie en 1966 par le pouvoir gaulliste. Anna Karina
éprouve encore un choc. Pour l’actrice, la surprise est d’autant
plus grande que l’adaptation au théâtre du texte de Diderot
qu’elle a joué début 1963 n’a posé aucun problème. Le passage
à la scène est une consécration. «J’ai appris le français en
jouant cette pièce, grâce à Diderot, et aussi, parce que JeanLuc me donnait des cours de français. Il m’a tout appris.» On
y revient donc.
En 1963, la comédienne a déjà connu la censure. Son premier
long métrage, le Petit Soldat, qui est le second de Godard, a
été interdit. «Comme le film parlait de la guerre d’Algérie, on
recevait des menaces de mort. On était obligés de vivre dans
des lieux secrets.» Avant de rencontrer une première fois Godard en 1959, qui l’a repérée dans une pub Monsavon, Anna
–qui s’appelle Hanne Karin Bayer– a cependant une vie. Le
cinéaste lui propose un minuscule rôle déshabillé dans A bout
de souffle, qu’elle décline en da22 septembre 1940
nois. Dire non est sa force, même
Naissance à Soljberg
si ça ne lui saute pas aux yeux.
(Danemark).
Depuis sa naissance, la jeune fille
1960 Le Petit Soldat.
n’a cessé de s’opposer. Elle refuse
1962 Vivre sa vie.
de retourner en cours à 14 ans
1965 Pierrot le fou.
après avoir été «injustement» acSeptembre 2018
cusée de tricherie. Elle comCopie restaurée
mence alors à travailler, est fille
de la Religieuse
d’ascenseur dans un grand magade Jacques Rivette.
sin, fait «la fille gaie, la fille triste»
En salle et en DVD.
pour un illustrateur, l’aide à coloriser ses dessins, est choisie pour
jouer dans un court métrage, chante. Ne cesse de fuguer pour
échapper à un beau-père qui la bat et retrouver son grandpère, ouvrier sur le port de Copenhague, qui l’a élevée pendant
la guerre durant ses quatre premières années.
Son père était capitaine au long cours. Anna l’a rencontré
trois fois. «La première fois, j’avais 4 ans, il m’a donné une banane, j’ai croqué et craché, car je ne savais pas qu’il fallait retirer la peau. La deuxième fois, j’étais encore mineure, le rendezvous était dans une gare à Londres, j’étais avec Jean-Luc, et
lorsqu’il m’a vue, mon père m’a dit: “Tu manques un bouton”
(sic). J’ai hurlé en danois qu’il n’était pas plus mon père que
n’importe quel type dans la gare. Et la troisième fois, c’était
en 1963 à Barcelone, je tournais le Voleur de Tibidabo de Maurice Ronet. On déjeune ensemble pendant vingt minutes, il était
avec l’un de ses fils, Soren – elle épelle le prénom – de 8 ans,
c’était très sympathique, on parle de tout et de l’Afrique. J’ai
enfin fait sa connaissance et je suis joyeuse. Il me promet de
m’écrire. Et depuis j’attends, j’attends, j’attends. J’attends toujours la carte postale.»
Elle rit. De Godard, aussi, elle dit qu’elle l’a beaucoup attendu.
«Il descendait une seconde acheter quelque chose, et disparaissait sans prévenir pendant trois semaines.» De sa voix rauque
et chantante : «Il était parti carrément aux Etats-Unis pour
voir Faulkner, en Suède pour voir Bergman, ou en Italie pour
voir Rossellini. Je devinais toujours d’après ses cadeaux de quel
pays il revenait. Les vêtements un peu militaires que je porte
dans Pierrot le fou ont été achetés dans un surplus suédois par
exemple.» On lui demande pourquoi elle se maria quatre fois.
Elle dit que c’est une bonne question car elle en ignore la réponse. «La première fois, réfléchit-elle, Jean-Luc m’a proposé
le mariage parce que j’étais enceinte.» Silence. «Et peut-être
aussi parce qu’il m’aimait.» Elle est mal traitée à l’hôpital, qui
la laisse avec un embryon mort plusieurs mois et l’impossibilité définitive d’être mère. «Ça reste très bouleversant pour
moi», dit-elle en pleurant. La quatrième fois, c’est avec Dennis
Berry. Il lui demande sa main sur un coup de tête un dimanche à Las Vegas – si bien que les bijouteries pour la bague
étaient fermées s’amuse-t-elle. On lui fait remarquer qu’il n’a
pas épousé Anna Karina, mais Anna Karina-l’Amoureuse-deGodard. Il y a vingt ans, le cinéaste suisse lui a envoyé une
lettre de six pages, quand elle jouait Après la répétition,
d’après Bergman. Elle n’a pas eu de nouvelles depuis. «Il dit
que je suis une histoire ancienne, mais pour moi, il est toujours
dans mon cœur, et le restera pour la vie.» •
Par ANNE DIATKINE
Photo FRÉDÉRIC STUCIN
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L’E S S E N T I EL
COMMUNIQUÉ DU JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
SPÉCIAL EXPROPRIATION & PRÉEMPTION
L’expropriation, une procédure lourde et complexe
faire l’économie de cette procédure et enfin si, selon la théorie
dite du “bilan coût-avantages”,
les différents inconvénients que
comporte cette opération n’apparaissent pas excessifs par rapport
à l’intérêt qu’elle peut présenter.
impartie aux termes de la DUP,
l’ancien propriétaire (ou ses
héritiers) peuvent, et ce pendant trente ans à compter de la
date du transfert, demander à
recouvrer la propriété du bien
dont ils ont été privés du fait de
l’expropriation. Présenté très
généralement comme la contrepartie du pouvoir exorbitant
dont dispose l’administration, ce
droit est assorti de nombreuses
restrictions qui donnent à penser
qu’il s’agit là le plus souvent d’un
“trompe l’œil”.
QUELLES RÈGLES
ENTOURENT LA
RÉTROCESSION, CE
DROIT POUR L’ANCIEN
PROPRIÉTAIRE DE
RÉCUPÉRER SON TERRAIN ?
Le code de l’expropriation dispose que si le bien exproprié
n’a pas l’affectation qui lui était
QUELLES ONT ÉTÉ LES
GRANDES ÉVOLUTIONS DU
DROIT DE L’EXPROPRIATION
ET QUEL RÔLE PARTICULIER
A JOUÉ LA CEDH DANS
CELLES-CI ?
En ce qu’elle a pour mission de
veiller au respect du “droit à un
procès équitable” ainsi qu’au
TROUVANT SES ORIGINES DANS UNE LOI DE L’ÉPOQUE NAPOLÉONIENNE, LA PROCÉDURE
D’EXPROPRIATION FAIT INTERVENIR L’ADMINISTRATION DE L’ETAT, SEULE HABILITÉE À
PRENDRE LA DÉCLARATION D’UTILITÉ PUBLIQUE ET L’ARRÊTÉ DE CESSIBILITÉ, PUIS
FAUTE D’ACCORD LE JUGE DE L’EXPROPRIATION. RENÉ HOSTIOU*, PROFESSEUR
ÉMÉRITE DE L’UNIVERSITÉ DE NANTES, RÉPOND À NOS QUESTIONS.
QUELLES MODALITÉS
DOIT SUIVRE L’ENQUÊTE
PUBLIQUE ET QUELS SONT
LES CRITÈRES DE L’UTILITÉ
PUBLIQUE PRÉSIDANT À UNE
EXPROPRIATION ?
D’une durée de quinze à trente
jours selon les cas, l’enquête
publique a pour objet de dispenser un certain nombre d’informations sur le projet en question
et de permettre aux intéressés
de faire connaître au commissaire-enquêteur – chargé de donner, à l’issue de l’enquête, un avis
– leurs observations à ce sujet.
C’est à l’administration (le plus
souvent au préfet) qu’il revient
d’affirmer le caractère d’utilité
publique de l’opération, mais
ce sous le contrôle de la juridiction administrative qui, en cas
de recours contentieux à l’encontre de la déclaration d’utilité
publique (DUP), est habilitée à
se prononcer sur le bien-fondé
de cette affirmation. A cet effet,
le juge administratif vérifie successivement si l’opération en
cause répond à une finalité d’intérêt général, si l’expropriation
est véritablement nécessaire au
cas où l’expropriant disposerait
de biens qui lui permettraient de
Ce qu’il faut savoir
sur la procédure
d’expropriation
L
sécuriser le dossier en amont peut donc
constituer une réelle plus-value pour l’autorité expropriante.
QUELS RISQUES L’ANNULATION D’UNE
DUP PRÉSENTE-T-ELLE POUR LA
COLLECTIVITÉ LOCALE CONCERNÉE ?
Ils sont considérables aussi bien en termes
d’image, qu’en termes opérationnel,
puisque le projet envisagé ne pourra être
mis en œuvre dans les délais initialement
prévus. L’intervention d’un avocat afin de
ET QU’EN EST-IL DE LA PROCÉDURE
DE FIXATION JUDICIAIRE DU PRIX ?
Cette procédure, encadrée par le Code
de l’expropriation, est technique et comporte de nombreux pièges. L’autorité
expropriante sera soumise à un certain
nombre de règles dont elle ne pourra se
départir, sauf à encourir une irrégularité de procédure. Au global, longtemps
considéré comme un contentieux déséquilibré, la fixation judiciaire du prix
a connu des évolutions notables allant
dans le sens d’une plus grande protection
des intérêts des expropriés. Il s’agit donc
d’une procédure qui doit être anticipée
par la collectivité ! Q
* Co-auteur (avec J.-F. Struillou)
de Expropriation et préemption.
Aménagement. Environnement.
Urbanisme, LexisNexis, 5e édition
2016.
“Les bases de données maîtrisées,
une chance d’indemnisation juste”
EXPERT HONORAIRE EN ESTIMATION IMMOBILIÈRE PRÈS LA COUR D’APPEL
DE PARIS, HENRI HEUGAS-DARRASPEN RÉPOND À NOS QUESTIONS SUR
LA PLACE DES EXPERTISES DANS LES PROCÉDURES D’EXPROPRIATION.
Me JULIETTE DELGORGUE, AVOCAT AU BARREAU DE
LILLE, SPÉCIALISTE EN DROIT PUBLIC AVEC LES
DEPUIS LE
DÉCRET DE 2005,
QUALIFICATIONS SPÉCIFIQUES “URBANISME ET
LE JUGE DE
EXPROPRIATION”, DÉTAILLE LES PRINCIPES QUI
L’EXPROPRIATION
PEUT
DILIGENTER
RÉGISSENT LA PROCÉDURE.
a procédure d’expropriation débute
par le montage d’un dossier, une
première phase complexe qui va nécessiter la mise en place d’un bon nombre
de documents. Une fois la Déclaration
d’Utilité Publique prise par le préfet,
l’autorité expropriante devra faire face
à d’éventuels recours des expropriés lesquels ont la possibilité de contester devant
le Tribunal administratif, le bien-fondé de
l’opération.
droit pour chacun au “respect
de ses biens”, la Cour européenne des droits de l’homme a,
par sa jurisprudence, conduit à
un certain nombre d’évolutions
du droit de l’expropriation. En
2002, la condamnation de la
France dans l’affaire Motais de
Narbonne a incité les collectivités locales à faire montre de
davantage de prudence dans
la gestion de réserves foncières
acquises par voie d’expropriation et la condamnation en 2003,
dans l’affaire Yvon, a contribué à
modifier, dans le sens d’une plus
grande transparence, les conditions dans lesquelles est déterminé le montant de l’indemnité
en cas de saisine du juge. Q
UNE EXPERTISE. COMMENT CELLE-CI
A-T-ELLE MODIFIÉ LE CONTENTIEUX
EN MATIÈRE D’EXPROPRIATION ?
Cette expertise, diligentée par ce juge,
judiciaire, régie par le code de procédure civile, se distingue de l’évaluation
obligatoire en valeur vénale des biens
expropriés, établie par l’Administration.
En réalité, le décret du 13 mai 2005 a
eu pour objet de rééquilibrer l’instance,
suite à un arrêt de la Cour européenne
des droits de l’homme de 2004, notamment pour les termes de comparaison
de l’évaluation de l’Administration
soumis au contradictoire. Si l’expertise
judiciaire est au service du juge comme
recours en cas de difficulté particulière
d’évaluation, elle l’est comme épée de
Damoclès au service de ce principe, dont
l’effectivité dépend de bases de données
et de leur accès.
DANS QUELLE MESURE LE
DÉVELOPPEMENT DES BASES DE
DONNÉES EST-ELLE UNE CHANCE
POUR LES EXPROPRIÉS ?
Favorisant une recherche de termes de
comparaison “intrinsèquement similaires”, les bases de données algorithmiques maîtrisées sur les caractéristiques
des types de biens sont une chance d’indemnisation juste des expropriés.
COMMENT AMÉLIORER LA
COORDINATION DU TRAVAIL ENTRE
L’EXPERT ET LES AVOCATS ?
Le code de l’expropriation laisse au juge
le choix de la méthode lui paraissant la
plus appropriée. Il retient l’évaluation par
comparaison de manière quasi exclusive,
au lieu de celle par le revenu préconisée
par la charte de l’expertise en évaluation immobilière, pour l’évaluation d’immeubles de “rapport” (décision du 14 mars
2013). C’est ainsi au juge de retenir cette
méthode, sur argumentation éventuelle
coordonnée des experts et des avocats. Q
L’Essentiel est édité par la SARL Execopress, RCS Paris 512 042 706 – 39, avenue d’Iena – 75 016 Paris • Tél. : +33 (0)1 75 43 58 72 • E-mail : contact@execopress.fr
Chargés de mission : Nathaniel Ayache et Grégory Comte. La Rédaction de Libération n’a pas participé à la réalisation de ce dossier.
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II L’E SSE NTI EL
SPÉCIAL EXPROPRIATION & PRÉEMPTION – JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
Le droit de préemption :
Comment réussir son passage
une alternative à l’expropriation ? devant le Juge de l’expropriation ?
POUR LES PERSONNES EXPROPRIÉES, LE JUGE DE L’EXPROPRIATION EST UN
PASSAGE QUASI-OBLIGÉ. AFIN DE RÉUSSIR CELUI-CI, DIVERS OBSTACLES SONT
À CONTOURNER. MAÎTRE FRÉDÉRIC DALIBARD, ASSOCIÉ DU CABINET WALTER &
GARANCE AVOCATS AU BARREAU DE TOURS, NOUS DIT LESQUELS.
Par Jean-François Struillou
Directeur de recherche au CNRS et coauteur de l’ouvrage Expropriation et préemption.
Aménagement. Urbanisme. Environnement (LexisNexis, 5e éd., 2016).
la différence de l’expropriation, le
droit de préemption ne peut intervenir que lorsque le propriétaire a manifesté
l’intention de vendre le bien qu’il possède.
Son succès tient aux nombreux atouts qu’il
présente par rapport à l’expropriation.
Moins attentatoire au droit de propriété,
beaucoup plus facile d’utilisation dans la
mesure où il ne nécessite pas la mise en
œuvre d’une procédure longue et coûteuse,
le droit de préemption présente en outre
l’avantage d’avoir été décentralisé et, ainsi,
de pouvoir être exercé par les autorités
locales sans aucune intervention du préfet.
À
La faculté offerte à ces autorités de saisir
le juge en vue de la fixation judiciaire du
prix du bien leur confère enfin un pouvoir
de surveillance, voire même d’infléchissement du marché immobilier qui, à l’usage,
apparaît redoutable pour le vendeur.
Ce droit est pourtant loin d’avoir atteint
le point d’équilibre que connaît l’expro-
priation. Le renforcement systématique
de cette technique à chaque réforme du
droit de l’urbanisme, tout comme l’utilisation qui en est faite, demeurent sujet à
controverse.
La loi a ainsi davantage contribué à doter
les préempteurs de prérogatives redoutables
qu’à mettre en place une procédure conférant des garanties sérieuses au vendeur et à
l’acquéreur évincé. Le droit de préemption
est par ailleurs victime des dévoiements
dont il fait l’objet, celui-ci étant parfois
détourné de ses finalités légales et mis au
service de politiques inavouables visant,
comme par exemple, à faire obstacle à la
construction de lieux de culte.
Ce droit ne doit-il pas dès lors faire l’objet
d’un nouveau compromis pour aboutir à
une procédure plus équilibrée à laquelle,
comme on le sait, la Cour européenne des
droits de l’homme est particulièrement
attachée ? Q
constater le nombre réduit de déclarations d’utilité publique annulées
par la juridiction administrative, il est
aisé de deviner que l’enjeu pratique du
contentieux de l’expropriation se débat
essentiellement devant le Juge de l’expropriation : c’est en effet lui qui a vocation
à fixer le montant de l’indemnité d’expropriation.
A
Pour cause, sauf accord amiable entre les
parties, sa décision est un passage obligatoire puisque la prise de possession des
lieux par l’expropriant impose, au sens
de l’article 17 de la déclaration des droits
de l’homme et du citoyen, la “préalable”
indemnisation de l’exproprié.
SON EFFICACITÉ EST CEPENDANT
CONDITIONNÉE À LA PURGE DE
MULTIPLES OBSTACLES.
Psychologique d’abord : on ne compte en
effet plus ces expropriés qui, prétendu-
ment menacés d’expropriation, préfèrent
accepter, sans autre analyse objective
pourtant indispensable, l’offre de l’expropriant.
Technique ensuite : il faut à cet égard
conserver à l’esprit que la fixation du
montant dû dépend certes de l’environnement du bien, mais encore de son classement (dont la maîtrise originelle repose
sur… l’administration) qui mérite une
connaissance pointilleuse des “règles du
jeu juridique”.
Pratique enfin puisque la valorisation
économique du bien impose l’accès à des
“termes de comparaison équivalents”, qui
oblige le recours à des professionnels de
la matière.
Elle nécessite également que soit approfondi le chiffrage de tous préjudices accessoires le cas échéant subis par l’exproprié. Q
“S’arranger à l’amiable Expropriation :
avec l’administration ? les bons réflexes !
Un mauvais calcul”
IMPLANTÉ À LYON ET NARBONNE, LE CABINET ITINÉRAIRES AVOCATS CADOZ-LACROIX-REYVERNE, APPORTE SON EXPERTISE EN EXPROPRIATION SUR TOUT LE TERRITOIRE NATIONAL.
S’OPPOSER À L’EXPROPRIATION OU À UNE PRÉEMPTION N’EST PAS VOUÉ À L’ÉCHEC, BIEN AU CONTESTER LA DUP, QUEL INTÉRÊT ? devant le juge est souvent supérieur à
Vincent Lacroix, avocat associé : La celui proposé par l’expropriant.
CONTRAIRE. ME RAMDENIE, DU CABINET GMR AVOCATS, NOUS DIT POURQUOI.
S’OPPOSER À L’EXPROPRIATION OU À
UNE PRÉEMPTION, N’EST-CE PAS UN
COMBAT PERDU D’AVANCE ?
Contrairement à l’opinion répandue,
les annulations d’expropriation et de
préemption ne sont pas rares ; ce n’est
pas toujours la fable du “pot de fer et du
pot de terre”. En effet, même les grands
projets peuvent être censurés par le juge
administratif. Ainsi, le cabinet GMR
Avocats a obtenu du Conseil d’Etat,
le 15 avril 2016, l’annulation du projet de TGV Poitiers-Limoges. A fortiori
les annulations de projets urbains sont
encore plus nombreuses. Ces annulations
s’expliquent par les nombreuses formalités à suivre et les méandres des législations applicables, méconnues même des
administrations. L’argument des villes
est souvent celui des logements sociaux
ou de la résorption de l’insalubrité. Ces
projets cachent quelquefois des opérations
immobilières très rentables pour des pro-
moteurs. Le Juge vérifie donc si l’administration a des besoins réels et si elle ne
dispose pas de solutions alternatives.
POUR ÊTRE CORRECTEMENT
INDEMNISÉ EN CAS
D’EXPROPRIATION, NE VAUT-IL PAS
MIEUX S’ARRANGER À L’AMIABLE
AVEC L’ADMINISTRATION ?
C’est malheureusement un mauvais
calcul car les municipalités rognent allégrement sur les indemnités en se basant
sur des avis des Domaines au plus bas.
L’administration est très convaincante
pour décourager les expropriés de faire
des recours et d’accepter les prix qu’elle
propose en leur expliquant qu’ils ne pourront jamais avoir plus. Or, l’expérience
prouve que le juge de l’expropriation fixe
systématiquement des indemnités plus élevées que celles que l’administration avait
proposé à l’amiable. Comme quoi l’attaque est parfois la meilleure défense ! Q
première phase de la procédure est la
Déclaration d’Utilité Publique, où l’administration constate l’intérêt général de
l’opération. Cette décision du préfet peut
être attaquée devant le juge administratif,
sous un délai de 2 mois. Il faut agir vite !
Une fois l’expropriation prononcée, il
sera trop tard. C’est le seul moment pour
contester l’expropriation elle-même.
COMMENT OBTENIR LA MEILLEURE
INDEMNISATION ?
Jean-Baptiste Ollier, avocat spécialiste
en droit public : Tenter d’obtenir une
indemnisation optimale nécessite un bon
accompagnement. Les règles d’évaluation
des biens sont spécifiques et complexes.
Par exemple, pour des terrains nus, il faut
souvent “se battre” pour obtenir la qualification de “terrain à bâtir”. Et existent
de nombreux types de préjudices accessoires : indemnité de remploi, dépréciation du surplus, clôture, perte d’accès,
transfert d’entreprise… encore faut-il
les avoir demandés ! Le montant obtenu
QUELLE EST LA SPÉCIFICITÉ DE
VOTRE CABINET ?
Le Cabinet Itinéraires Avocats présente
la spécificité d’intervenir non seulement
du côté des expropriés (particuliers ou
entreprises), mais aussi des collectivités
publiques, et maîtrise parfaitement toutes
les arcanes du droit de l’expropriation et
de son contentieux, devant les juridictions
administratives et judiciaires. Remettre en
cause l’expropriation même, est souvent
difficile, mais obtenir une juste indemnisation devant le juge est un combat qui
porte souvent ses fruits. Q
www.itineraires-avocats.fr
contact@itineraires-avocats.com
87, rue de Sèze – 69006 Lyon
7, place des Jacobins – 11100 Narbonne
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L’E SSE NT IE L III
SPÉCIAL EXPROPRIATION & PRÉEMPTION – JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
L’entreprise face au défi de l’expropriation :
4 règles d’or à retenir
L’EXPROPRIATION PEUT SIGNIFIER LA DISPARITION PURE ET SIMPLE DE L’ENTREPRISE. MAIS BIEN NÉGOCIÉE, ELLE PEUT AU CONTRAIRE
ÊTRE L’OCCASION D’UNE NOUVELLE DYNAMIQUE. POUR MAÎTRE MICHAËL BENOIT, AVOCAT AU BARREAU DE PARIS, QUI PRATIQUE
QUOTIDIENNEMENT LA MATIÈRE, IL EXISTE QUATRE RÈGLES D’OR POUR NÉGOCIER AU MIEUX CE VIRAGE CRITIQUE.
NE PAS RÉPONDRE SEUL AUX
DEMANDES DE L’AUTORITÉ
EXPROPRIANTE
Les autorités expropriantes
tentent généralement d’obtenir
des entreprises des informations
(visite des locaux, communication de bilans, discussions informelles) qu’elles n’hésitent pas à
utiliser contre elles dans la suite
de la procédure.
Mieux vaut donc s’abstenir de
toute communication ou rencontre
avant d’avoir choisi son avocat.
SE FAIRE ASSISTER
RAPIDEMENT PAR UN
AVOCAT EN DROIT DE
L’EXPROPRIATION
Le droit de l’expropriation
constitue un domaine autonome
soumis à des règles dérogatoires
au droit commun des affaires.
Les autorités expropriantes sont treprise, sa transfor mation, commerciales et d’exploitation,
des interlocuteurs singuliers pour ses éventuelles possibilités de licenciements, campagne de
l’entreprise peu habituée à ses transfert, et les délais prévi- communication…).
modes spécifiques de fonctionne- sibles. Selon le scénario retenu, Il s’agira enfin de définir avec les
dirigeants la stratégie adément, de communication
quate (avec une approche
ou de prise de décision.
En situation d'expropriation,
amiable, ou à défaut judiL’entreprise a donc intéciaire) pour atteindre les
rêt à solliciter, le plus l'entreprise a intérêt à solliciter,
tôt possible, un avocat
le plus tôt possible, un avocat dont objectifs fixés.
dont le droit de l’expropriation constitue le le droit de l’expropriation constitue EVALUER
L’OPPORTUNITÉ DU
domaine de compétence.
le domaine de compétence."
CONCOURS D’UN
Après avoir visité les
EXPERT
locaux, appréhendé les
caractéristiques de l’activité et il s’agit alors d’envisager les Le rôle d’un expert est d’apl’impact de la future expropria- conséquences de l’expropriation porter, dans certains cas, des
tion, l’avocat effectue l’audit du et de déterminer tous les préju- éléments d’évaluation complédossier pour identifier et traiter dices subis (perte de la totalité mentaires. Son intervention
les risques pouvant potentielle- du fonds, ou transfert de l’ac- n’est donc pas systématique et
ment réduire les droits à indem- tivité dans un temps contraint dépend de l’évolution et des
moyennant des transformations besoins de chaque dossier. Dans
nisation.
Une seconde phase per met généralement coûteuses, perte ces cas, Maître Michaël Benoit
d’envisager l’avenir de l’en- partielle de clientèle, pertes peut proposer le concours du
cabinet de Patrick Colomer,
expert près la Cour d’Appel de
Paris et agréé par la Cour de
Cassation.
GARDER LE CAP
Un risque majeur pour les dirigeants est la démobilisation des
collaborateurs de l’entreprise et
de ses fournisseurs, ou le départ
des clients, face à la perspective
de l’expropriation. Pendant cette
période délicate, il est nécessaire
pour le chef d’entreprise d’élaborer les stratégies favorables
au maintien d’un bon niveau
d’activité, ceci pour ne pas obérer les capacités de transfert de
l’entreprise ou diminuer ses
droits à indemnisation en partie
proportionnels aux résultats et
au chiffre d’affaires. En un mot :
gardez le cap ! Q
Expropriation : quelle stratégie “Contester l’utilité publique,
un moyen de pression”
pour optimiser le montant
de l’indemnité ?
AVOCAT INSCRIT AU BARREAU DE PARIS ET SPÉCIALISTE DU DROIT
DE L’EXPROPRIATION, MAÎTRE CLAUDINE COUTADEUR RÉPOND À
NOS QUESTIONS SUR CE SUJET COMPLEXE.
LES INDEMNITÉS D’EXPROPRIATION PROPOSÉES PAR
L’ADMINISTRATION SONT SOUVENT BASSES. ME JACQUESALEXANDRE BOUBOUTOU, AVOCAT À LA COUR, VOUS DONNE
QUELLES SONT LES RÈGLES DE
LES CLÉS POUR OPTIMISER LEUR MONTANT.
L’EXPROPRIATION ?
COMMENT S’ORGANISE LA
PROCÉDURE DE FIXATION DES
INDEMNITÉS D’EXPROPRIATION ?
L’exproprié n’est plus propriétaire de son
bien, mais il en conserve la jouissance
jusqu’au paiement (ou consignation) de
l’indemnité. Il reçoit une offre généralement basse établie d’après l’estimation
du Service des Domaines. A défaut d’accord sur cette offre, le juge de l’expropriation fixe le montant de l’indemnité.
EN QUOI LE RECOURS À UN AVOCAT
EST-IL PERTINENT POUR AUGMENTER
LE MONTANT DE CETTE INDEMNITÉ ?
Il est primordial de contacter l’avocat
très en amont pour que celui-ci négocie à la hausse, en toute confidentialité, l’offre de l’expropriant. En cas de
contentieux, il vous accompagne devant
le juge de l’expropriation en versant au
dossier les jurisprudences les plus favorables pour maximiser le montant de
l’indemnité.
QUELS ÉLÉMENTS L’EXPROPRIÉ
PEUT-IL FAIRE VALOIR EN VUE
D’UNE RÉÉVALUATION DU MONTANT
PROPOSÉ ?
L’indemnité dépend de différents paramètres (constructibilité, qualités du terrain, autres indemnités accordées dans
le périmètre, etc.). L’exproprié a intérêt
à produire une estimation par un professionnel insistant sur les atouts du terrain,
ainsi que des données sur les ventes des
cinq dernières années, sans négliger les
indemnités accessoires (frais de rachat
d’un bien équivalent, allongement de parcours, etc.). Q
L’expropriation doit être justifiée par
l’utilité publique préalablement constatée par le Préfet après enquête publique.
Une enquête parcellaire détermine les
biens et les propriétaires.
L’expropriant est propriétaire par
voie d’ordonnance d’expropriation au
terme d’une procédure unilatéralement
menée par l’expropriant. En aucun cas,
il ne peut prendre possession d’un bien
avant paiement des indemnités dues
aux expropriés.
QUELS SONT LES MOYENS D’ACTION
DES EXPROPRIÉS ?
Dès l’ouverture de l’enquête publique,
il faut prendre connaissance du dossier,
faire des observations sur le registre
d’enquête et rencontrer le Commissaire
Enquêteur. L’utilité publique peut faire
l’objet d’un recours devant le tribunal
administratif dans le délai de deux mois
de la publication de la déclaration d’utilité publique ou de la notification de
l’arrêté de cessibilité. C’est un moyen
de pression.
Le propriétaire exproprié a, par ailleurs,
à défaut d’accord amiable, intérêt à faire
arbitrer son indemnité par le juge de l’expropriation qui, souvent, augmente le
prix offert par l’administration dans des
proportions non négligeables ; le préjudice moral n’est pas indemnisé.
POURQUOI FAIRE APPEL À UN
AVOCAT ?
L’expropriation est une procédure
contraignante subie par l’exproprié. En
faisant appel à un avocat dès l’enquête
publique, vous vous donnez des chances
de rétablir un rapport de force équilibré
avec l’expropriant. Q
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Libération
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1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
GORON
HORIZONTALEMENT
I. La même chose en plus petit ;
D’aucuns y voient un chefd’œuvre, d’autres un roman
immonde II. Après un peu ou
je veux apparaît le mien ; Prise
électrique III. D’une seule
traite ; Lettres à France IV. @nglais ; Etat d’esprit V. Ville
tout en longueur entre deux
eaux ; Il est soufflé au ciné
VI. Elle tourne rond devant
le premier XI. ; Chapeau en
argot VII. Chapeau également
VIII. Cannes, Berlin, Venise, il
a gagné partout IX. Immortel
a un féminin, c’est à elle
qu’on le doit X. Est négligent ;
Colère contre la machine, le
système XI. Lauréate du Nobel
de la paix ; Dernières pierres
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Grille n°1019
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Le Soleil est leur père ; Réserve de moustiques et d’alligators 2. Sa fin
correspond à celle de Moïse 3. Bouts de ver ; Luth à conserver précieusement 4. Agile ; On les mène à la baguette 5. Un verbe qui a du sens ; Lieu
public où se bécoter 6. On la connaît bien 7. Seul ou avec le premier I.,
toujours au même endroit ; Le N d’un parti qui, au son, la sème 8. Opération
d’entretien d’une scie 9. Ils sont paradoxalement nécessaires au théâtre
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CHAMALLOW. II. HARO. ROUE. III. ASSAUTS.
IV. PACSÉ. ART. V. AD HOMINEM. VI. ROI. ATÉMI. VII. DATE. AN.
VIII. ÉDEN. RUNS. IX. UR. CLÉ. CT. X. RETRANCHE. XI. SÉBESTIER.
Verticalement 1. CHAPARDEURS. 2. HA. ADO. DRÉE. 3. ARACHIDE. TB.
4. MOSSO. ANCRE. 5. SEMÂT. LAS. 6. LRA. ITÈRENT. 7. LOUANE. CI.
8. OUTRE-MANCHE. 9. WESTMINSTER. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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Libération Jeudi 20 Septembre 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Document : LIB_18_09_20_OM_FERRARI.pdf;Date : 17. Sep 2018 - 16:54:05
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
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nos petites annonces
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