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Libération - 21 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11606
VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2018
Théâtre, danse,
opéra
Notre sélection
de rentrée
CAHIER CENTRAL, 8 PAGES
www.liberation.fr
Eric Zemmour
et les prénoms
Salut les
racistes
Corées
Encore
un peu plus
proches
L’EDITO DE LAURENT JOFFRIN, PAGE 5
PAGES 8-9
ALZHEIMER
YANN CASTANIER . HANS LUCAS
FAUT-IL PARLER
DE MALADIE ?
Au-delà de la souffrance des personnes
atteintes et de leurs proches, cette
affection divise le corps médical: pour
certains, elle est surtout un diagnostic
permettant à la société de se voiler
la face sur le vieillissement.
PAGES 2-4
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
YANN CASTANIER. HANS LUCAS
Depuis 2008, Yann Castanier
photographie ses grands-parents,
atteints, lui, par la maladie
d’Alzheimer, puis elle, en 2015, par
une démence apparentée.
Alzheimer
Querelles sur
un diagnostic
Si nul ne conteste la réalité des symptômes ou la souffrance
des patients et de leurs proches, Alzheimer continue de diviser.
Maladie ou conséquence naturelle du vieillissement?
Par
CATHERINE MALLAVAL
A
vec l’arrivée de l’automne
revient, le 21 septembre, la
Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, instituée voilà
vingt-quatre ans. Déjà. Déclarée
«maladie du siècle», objet de projections catastrophistes alors qu’elle
donne des signes de repli (lire
page 4), elle poursuit son sinistre
parcours. «Aujourd’hui, aucun traitement n’existe pour la guérir.
Pourtant, 225 000 nouveaux cas
sont diagnostiqués chaque année en
France», martèle ainsi la Fondation
de la recherche médicale.
De fait, le moment est particulier.
Jamais on n’a autant parlé de cette
maladie. Jamais dans le même
temps il n’y a eu aussi peu de réponses cliniques à apporter aux malades
(et à leurs familles éprouvées). Cette
année 2018 a été marquée par la décision de la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, de ne plus rembourser
les médicaments anti-Alzheimer apparus dans les années 80, la preuve
de leur inefficacité, voire de leur
toxicité ayant fini par être apportée,
et reconnue. Certes, plusieurs «sociétés savantes» (où se regroupent
les membres d’une discipline médicale) ont déposé devant le Conseil
d’Etat un recours Suite page 4
«
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
«Dire que cette maladie n’existe
pas est un non-sens»
L
e professeur Bruno Dubois, neurologue,
dirige le Centre des maladies cognitives
et comportementales à la Pitié-Salpêtrière, ainsi que l’Institut de la mémoire et de
la maladie d’Alzheimer (IM2A) de cet hôpital.
Il coordonne par ailleurs le Centre national
de référence des «démences rares», le centre
multisites «malades Alzheimer jeunes».
Pour lui, pas de doute, Alzheimer est une
«vraie maladie».
Aujourd’hui, on a le sentiment que toute
personne âgée qui a un peu perdu la tête
est tout de suite cataloguée «atteinte de
la maladie d’Alzheimer». N’y a-t-il pas
une dérive ?
C’est une dérive, car démence et maladie
d’Alzheimer sont deux ensembles qui ne se
recouvrent pas. Il y a des démences qui ne
sont pas liées à la maladie d’Alzheimer, il y
a en revanche des maladies d’Alzheimer
qui peuvent être diagnostiquées avant même
une démence.
Pouvez-vous être plus précis ?
A côté de la maladie d’Alzheimer, il existe
toutes sortes de démences. Certaines sont
d’origine vasculaire, d’autres liées à des
causes métaboliques, à des
causes inflammatoires ou infectieuses. Et il y a des démences
qui sont dues à des maladies
dégénératives qui ne sont pas
des maladies d’Alzheimer. Reste
que parmi toutes les causes
de démence, on considère que
70 % d’entre elles sont liés à la
maladie d’Alzheimer.
Pour vous, il n’y a pas le moindre doute:
Alzheimer est bien une maladie à part
entière, rien à voir avec le vieillissement
cérébral.
C’est une vraie maladie. Aujourd’hui, il y
a 20000 personnes âgées de moins de 65 ans
qui en souffrent, des gens qui étaient en capacité professionnelle, qui ont des conjoints, des
enfants jeunes. Dire à ces gens que cette maladie n’existe pas est pire qu’une faute, c’est un
non-sens absolu. Des gens en pleine activité
professionnelle qui sont foudroyés, et des familles qui vont vivre un drame terrible…
Existe-t-il des arguments neurologiques
pour étayer cette conviction ?
Oui, les lésions dans le cerveau sont spéci-
fiques. La distribution des lésions que l’on observe dans Alzheimer est la conjonction de
lésions neuronales qui débordent les régions
de l’hippocampe pour embraser l’ensemble
du cerveau, en même temps
qu’il y a des dépôts de substance
amyloïde. Alors qu’au cours du
grand âge, on peut observer des
dégénérescences des neurones,
mais elles restent localisées aux
régions temporales. Dans la maladie d’Alzheimer, cela embrase
tout. Enfin, il y a des formes génétiques que l’on observe, avec
un mécanisme que l’on connaît, c’est-à-dire
avec une cascade d’événements génétiques
qui vont reproduire les mêmes symptômes.
Quid des troubles de la mémoire ?
C’est le quatrième argument: les troubles de
mémoire observés dans Alzheimer sont spécifiques, différents de ceux du grand âge. C’est
notre équipe qui les a décrits. Nous avons pu
analyser ces troubles liés à Alzheimer, et les
comparer avec ceux du grand âge.
En quoi sont-ils spécifiques ?
Cela fait référence à deux processus cérébraux
différents. L’un est celui de la récupération
des informations qui dépend du lobe frontal;
celui-ci est fragilisé, altéré au cours du
vieillissement cérébral. A côté, il y a le procesDR
Pour Bruno Dubois,
neurologue à la Salpétrière,
la démence et la maladie
d’Alzheimer ont des
spécificités distinctes
et démontrées.
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
sus de stockage des informations, qui dépend
de l’hippocampe et celui-là est détruit par
la maladie d’Alzheimer. Quelqu’un atteint
d’Alzheimer ne peut pas stocker des informations. Alors qu’un sujet âgé peut les stocker
mais aura du mal à les récupérer. Nous avons
mis au point des tests qui permettent de distinguer les deux processus.
Aujourd’hui, il n’y a pas de thérapeutique
pour Alzheimer. Dans la définition
d’une maladie, l’absence de traitement
change-t-elle la donne ?
Non. L’existence ou non d’une maladie n’est
pas liée à l’existence ou non d’un traitement.
Regardez le cancer du pancréas ou la maladie
de Charcot: il n’y a pas de traitement et pourtant ce sont bien des maladies. De tout temps
la médecine a dissocié les deux: le diagnostic
et la thérapeutique. Ce qui a été déterminant,
au cours de ces dernières années, c’est l’avancée des connaissances que la médicalisation
nous a apportée. Nous avons ainsi pu isoler
le tableau clinique de la maladie et le différencier des autres maladies dégénératives et
du vieillissement. Nous avons mis au point
une signature biologique pour analyser les
anomalies liées à cette maladie. Nous avons
défini un cadre, bref nous avons médicalisé
la maladie, nous l’avons sortie de cette arrière-cuisine où l’on mettait ensemble toutes
les démences. Et c’est essentiel: aujourd’hui,
une petite fille qui naît a une espérance de vie
de 90 ans. Elle arrivera donc à un âge où l’on
estime que la maladie d’Alzheimer touche
plus de 30% des gens. Il reste à trouver pour
elle comme pour tous les malades des médicaments qui bloquent l’évolution. Nous y travaillons.
Recueilli par ÉRIC FAVEREAU
«Dans notre société, le vieillissement fait
l’objet d’un refoulé absolu»
L
e professeur Olivier SaintJean dirige le service de gériatrie de l’hôpital GeorgesPompidou. Membre de la commission de transparence de la Haute
Autorité de santé, il considère que
le déclin fait partie de la vie. Et
défend l’idée, dans un livre coécrit
avec Eric Favereau, journaliste à Libération, que la maladie d’Alzheimer ne serait pas une maladie (1).
A vous entendre et à vous lire, la
maladie d’Alzheimer serait un
leurre. Que voulez-vous dire ?
Le déclin cognitif (perte de la
mémoire, troubles du raisonnement, etc.) est une réalité clinique.
Oui, des tas de personnes souffrent
de cela. Et c’est un enjeu majeur de
santé publique. Mais est-ce dû à une
maladie autonome (Alzheimer) ou
cela relève-t-il du «simple» et «normal» vieillissement? Il y a un débat,
dans lequel intervient une tendance
de fond à médicaliser la vieillesse.
Les lésions que l’on observe dans le
cerveau lors du vieillissement ou
dans ce qu’on appelle Alzheimer
(présence de plaques amyloïdes et
dégénérescences neurofibrillaires)
sont les mêmes. Cela, on le sait depuis les années 90 et les études
scientifiques de cerveaux de personnes décédées. Alors pourquoi
évoquer une maladie? Ne peut-on
pas plutôt imaginer, admettre que
l’organe le plus complexe de notre
corps, c’est-à-dire le cerveau et
ses capacités cognitives, soit victime d’une obsolescence programmée ?
Mais il existe des
personnes de 50 ans
atteintes d’Alzheimer…
C’est exact. En outre,
certaines de ces formes «jeunes» sont
d’origine génétique.
S’agit-il d’une maladie encore mal
connue qui mime le vieillissement,
comme il en existe pour d’autres
organes? Existe-t-il des personnes
dont l’horloge du vieillissement
fonctionne en accéléré? Cela reste
largement ouvert au débat et n’élimine pas l’hypothèse que nous
venons d’évoquer.
Les troubles de ces personnes
encore plutôt jeunes sont justement ceux décrits en 1906 par
«l’inventeur» d’Alzheimer, le mé-
decin allemand Alois Alzheimer.
Oui mais en 1906, on était vieux très
jeune. Il est difficile de comparer.
Dans nos sociétés développées, le
vieillissement survient de plus
en plus tardivement, ce qu’éclaire
cette bonne nouvelle qui va à contre-courant de ceux qui font des
prévisions catastrophiques sur l’expansion de l’Alzheimer: on constate
qu’en vingt ans, le nombre de personnes atteintes de déclin cognitif
a baissé de 25 %.
Au fond, qu’est-ce
que cela change de
parler de vieillissement ou d’Alzheimer ?
Parler de vieillissement plutôt que
d’Alzheimer change
totalement la lecture
du problème dans notre société où le vieillissement fait
l’objet d’un refoulé absolu. En évoquant une maladie, on crée un patient, forcément isolé par son statut
de malade, alors que le vieillissement, lui, va concerner tout le
monde. Il faut se préparer au
vieillissement, individuellement
comme collectivement. C’est ainsi
un enjeu majeur, une question politique par essence. Ce que ne sera
jamais une maladie.
Mais beaucoup de vos confrères
DR
Olivier Saint-Jean,
chef du service de
gériatrie à Pompidou,
juge préférable de
mieux accompagner
les patients, sans
les enfermer dans
la case de la maladie.
continuent de poser ce diagnostic d’Alzheimer…
Je l’ai fait moi-même, très longtemps. Mais il faut savoir que quand
on dit «Alzheimer», les gens ont
l’impression que le ciel leur tombe
sur la tête, tant ce mot véhicule une
image épouvantable. On va même
représenter un malade atteint
d’Alzheimer comme l’assassin de
son entourage. Certes, il faut reconnaître la complexité et la charge que
constitue l’accompagnement du
déclin cognitif, mais il faut raison
garder. Je pense qu’il vaut mieux
inscrire un déficit constaté des
fonctions intellectuelles dans un
parcours de vie, certes défavorable,
mais c’est notre destin d’humain de
mourir et plus on meurt vieux, plus
on a de probabilité de subir les désagréments du vieillissement. Et on
dit à la personne qu’on va l’accompagner dans ce vieillissement. L’accompagnement, on sait faire, c’est
un des grands enjeux de la gériatrie.
Et c’est plus utile aux personnes que
de faire des IRM, des ponctions
lombaires, etc., qui ne débouchent
en général sur rien de différent
qu’un accompagnement.
Mais vous faites quand même
passer des tests aux gens ?
Oui, il faut analyser la mémoire, le
langage, toutes les fonctions de notre cerveau qui nous permettent
d’agir, de raisonner et d’être en interface harmonieuse avec le monde
extérieur. En faisant passer ces
tests, on identifie les forces et les
faiblesses. Cela permet de mettre en
place le bon accompagnement. Certains ont peu de difficultés dans la
vie courante, mais perdent la mémoire. Pour d’autres, c’est l’inverse.
C’est important aussi d’écouter ce
que les sujets peuvent exprimer
comme souhaits pour leur avenir. Si
on écoute enfin les cancéreux qui
vont mal sur les conditions de leur
fin de vie, on ne le fait jamais pour
les vieux atteints de déclin cognitif.
On les met en Ehpad sans leur
demander leur avis, au nom d’une
bientraitance dont la pertinence
n’est pas démontrée.
Que peut-on espérer ?
Deux choses essentielles. Sûrement
de la recherche scientifique sur
les processus à l’œuvre dans le déclin cognitif, intégrant la biologie la
plus high-tech aux sciences humaines et sociales. Pas pour soigner la
vieillesse, mais peut-être un jour
en ralentir les désavantages. Et un
regard nouveau sur la vieillesse, collectif comme individuel.
Recueilli par
CATHERINE MALLAVAL
(1) Dans le livre Alzheimer le grand leurre,
paru aux Editions Michalon en avril.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
contre cette décision ministérielle, mais il n’a guère
de chances d’aboutir.
Soignera-t-on un jour cette maladie
avec d’autres médicaments? Pourra-t-on a minima la ralentir ? Et
d’ailleurs, est-ce vraiment une maladie stricto sensu ou un déclin cognitif dû au vieillissement, processus inévitable ? Et par ricochet,
faut-il médicaliser la vieillesse? Le
débat est là, qui agite et divise la
communauté des médecins. En
particulier ceux qui sont en première ligne : les gérontologues.
Ainsi, pour Olivier Saint-Jean, qui
dirige le service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou
à Paris, la maladie d’Alzheimer ne
serait qu’un alias du déclin cérébral
qui vient avec l’âge. Alors que pour
le professeur Bruno Dubois, le spécialiste français de cette maladie à
l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il
n’y a aucun doute : Alzheimer est
une maladie neurodégénérative
Suite de la page 2
2018 a vu la fin
du remboursement
des médicaments
anti-Alzheimer,
leur inefficacité
ayant été prouvée
et reconnue.
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
clairement identifiable. Elle n’est
donc pas, selon lui, l’expression médicalisée de la vieillesse.
Ce débat (que nous organisons dans
ces pages) est de taille, tant il interroge la façon dont on peut prendre
en charge les milliers de personnes
atteintes de déclin cognitif et tant il
est chargé des souffrances, pour les
intéressés comme pour leurs proches. Ce n’est pas la Fondation Médéric Alzheimer qui contredira cela.
Elle qui publie à l’occasion de cette
journée un «livre plaidoyer pour
préparer la France à relever le défi
du vieillissement cognitif». Au programme, 12 défis, tels que «rester
le plus longtemps possible en bonne
santé cognitive» ou «ralentir l’évolution des déficiences et minimiser
leur impact», mais aussi «garantir
le respect des libertés et des droits
fondamentaux» des malades. Pour
contribuer à ce débat délicat, Libération a recueilli les points de vue
des professeurs Olivier Saint-Jean
et Bruno Dubois. •
Au-delà du débat sur Alzheimer s’ouvre celui de la prise en charge. PHOTO Y. CASTANIER. HANS LUCAS
Et pourtant, la démence recule
A rebours des prédictions
alarmistes sur une explosion des
cas d’Alzheimer, plusieurs études
montrent une nette baisse des
cas dans le monde.
D
es chiffres? Il y en a en pagaille, et l’air du
temps voudrait que les cas de maladie
d’Alzheimer explosent avec le vieillissement de la population. Or ce n’est pas le cas. On
assiste depuis quelques années à un déclin
d’Alzheimer et des autres démences.
Reprenons. En France, selon les chiffres officiels, 900 000 personnes en seraient atteintes,
avec 225000 nouveaux cas diagnostiqués chaque
année. «Si la maladie touche le plus souvent des
personnes âgées [près de 15% des plus de 80 ans,
ndlr], elle peut aussi survenir plus tôt. Environ 33000 personnes de moins de 60 ans sont concernées», note l’agence Santé publique France.
La maladie concerne aussi plus de femmes que
d’hommes. Sur 25 malades, «15 sont des femmes
et 10 sont des hommes. Le coût de la prise en
charge pour la collectivité est estimé à 5,3 milliards d’euros par an en France». Plus globalement, dans le monde, ce sont plus de 35 millions
de personnes qui sont touchées. Chaque année,
on comptabilise autour de 7,7 millions de nouveaux cas. Selon des projections de l’Organisation mondiale de la santé, «le nombre de malades
devrait presque doubler tous les vingt ans, pour
passer à 65,7 millions en 2030 et à 115,4 millions
en 2050». Bref, de quoi faire frémir.
Cohorte. Et pourtant, sur le front des maladies
dégénératives de la vieillesse, il y a aussi de bonnes nouvelles. Et d’autres à contre-courant. Ces
deux dernières années, plusieurs études ont été
publiées dans les plus grandes revues scientifiques, et toutes ont pointé la même tendance
dans différents pays: une diminution du nombre
de nouveaux cas. Ces données sont notamment
issues de la fameuse cohorte américaine de Framingham, dévoilée dans le New England Journal
of Medicine. Les auteurs constatent, chaque décennie depuis les années 80, une baisse moyenne
de 20% de l’incidence des démences. Ces constats ont été confirmés par les premiers résultats
d’une autre étude, également publiée dans le
New England Journal of Medicine, menée aux
Etats-Unis sur 20 000 personnes de plus
de 50 ans: la prévalence de la démence chez les
plus de 65 ans est passée entre 2000 et 2010
de 11,7 % à 9,2 %.
L’étude de Framingham, nul ne la conteste.
Démarrée en 1948 dans la ville du Massachusetts
du même nom et dont la population était très représentative, avec l’avantage scientifique de se
situer à proximité de l’université de Harvard, elle
a permis un travail efficace. Commencée
avec 5209 personnes, l’étude en est désormais à
sa troisième génération de participants. Elle s’est
d’abord penchée sur les principaux facteurs de
risque des accidents cardiovasculaires, montrant
ainsi les méfaits de l’excès de cholestérol, de l’hypertension artérielle, du diabète, ou encore du
tabagisme. Depuis quarante ans, les participants
font aussi l’objet d’examens de leurs fonctions cognitives. Les résultats qui ont été publiés ont été
obtenus à partir du suivi des volontaires de la première génération et de leurs descendants. Les
chercheurs ont ainsi scruté l’apparition d’une
maladie d’Alzheimer ou une autre forme de démence chez les plus de 60 ans, et cela pendant
quatre périodes de cinq ans, étalées de la fin des
années 70 jusqu’à la fin des années 2010. Le risque a été évalué à 3,6% (taux d’individus) lors de
la première période, 2,8% dans la deuxième, 2,2%
durant la troisième et enfin 2 % lors de la quatrième. Soit une baisse moyenne de 20% d’une
décennie à l’autre. Le recul est indéniable. Une
autre cohorte, celle dite de Rotterdam, a montré
une baisse également de 20% des démences entre 1990 et 2000. Une tendance comparable a été
décrite au Danemark, puis au Royaume-Uni.
Bac. Bref, un faisceau de solides études indique
la baisse du risque, et la chronique annoncée
d’une épidémie monstrueuse de gens atteints
d’Alzheimer perd en pertinence. Comment l’expliquer? Par la diminution de facteurs de risque
vasculaires, ces accidents cérébraux pouvant provoquer des démences? Les épidémiologistes n’en
sont pas convaincus. D’autant que cette baisse
n’est pas uniforme. Elle est statistiquement plus
significative chez les personnes avec un niveau
d’études au moins équivalent au bac. L’étude de
Framingham montre en effet que si l’évolution
favorable du nombre de démences touche toutes
les catégories d’âge, elle est spectaculaire chez les
hommes, particulièrement dans les populations
éduquées. «L’élévation du niveau d’éducation
pouvant, de ce fait, expliquer en partie le recul de
l’âge moyen de début de la démence: 80ans dans
la première période, 85 dans la dernière», avance
un des auteurs de l’étude. Le constat n’est pas
contesté: on devient vieux de plus en plus tard.
Ce recul de la grande vieillesse résulte, bien sûr,
des progrès médicaux classiques –les personnes
âgées sont mieux soignées– du mode de vie, mais
donc aussi d’une éducation plus forte de toute la
population mondiale qui favorise cette baisse.
Comme si notre cerveau arrivait à s’adapter, à
trouver des palliatifs face à un processus dégénératif manifestement inscrit dans notre vie.
É.F.
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Souffrance
On pourrait croire à une
simple querelle de mots.
Faut-il nommer Alzheimer
les troubles du comportement et de la mémoire liés
– le plus souvent – au grand
âge ? Ou bien parler seulement d’un vieillissement,
ou d’une «démence sénile», qui serait l’apanage
inévitable de ceux qui arrivent au bout du chemin ?
Etrange débat, puisque
dans les deux cas, la souffrance est la même. Celle
des «malades» – ou des
aînés – et celle des familles
confrontées au déchirant
affaiblissement de leurs
vieux parents, à cet effacement inexorable des souvenirs communs, de l’amour
passé, des moments de
peine et bonheur, de tout
ce qui faisait l’unité d’une
famille. Secret traumatisme que la société a tant
de mal à regarder en face…
Mais il y a plus que les
mots. Dire «Alzheimer»,
c’est aussi déléguer à la
médecine le soin du grand
âge, confier à une structure
extérieure l’accompagnement des dernières années,
comme pour s’en alléger
et même, diront les adversaires de cette classification, pour s’en débarrasser.
C’est aussi, dans certains
cas, se résigner à un enfermement qui n’est pas forcément nécessaire, au risque de refuser aux plus
âgés l’exercice d’une liberté
élémentaire. Critique
facile, diront beaucoup de
familles, quand le mal met
en danger la sécurité
même des personnes
concernées, quand leur
comportement devient
incontrôlable et rend le
séjour en lieu clos obligatoire. La solution ? En l’absence de traitements
convaincants, elle se résume à une chose : l’accompagnement. Dans les établissements spécialisés,
cruellement hiérarchisés
selon les moyens financiers des familles, ou chez
soi, ce qui suppose là aussi
des ressources conséquentes. Question sociale brûlante : le financement
du «quatrième âge» est
encore… dans l’enfance.
C’est un défi majeur du
siècle qui commence,
dont la collectivité n’a pas
encore pris la mesure. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉDITO/
Le niveau monte chez Thierry Ardisson. Invité de l’émission Salut les
Terriens, Eric Zemmour développe
son réquisitoire habituel contre les
familles qui donnent à leurs enfants
des prénoms de consonance étrangère. Citant de manière fautive la
législation française, Zemmour affirme que les prénoms des nouveau-nés devaient, jusqu’en 1993,
être choisis «dans le calendrier»,
c’est-à-dire, selon lui, parmi les
saints de la tradition chrétienne.
Présents sur le plateau, Natacha Polony et Gilles-William Goldnadel,
dotés d’un prénom russe pour l’une
et anglo-saxon pour l’autre, se récrient en souriant, tout comme Hapsatou Sy, également chroniqueuse
chez Ardisson. Le dialogue qui s’ensuit entre Zemmour et la jeune
femme mérite d’être cité:
Eric Zemmour : «Votre mère a eu
tort de vous appeler ainsi. Elle
aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par
exemple, ça vous irait très bien.»
Hapsatou Sy : «Jamais je n’ai en-
Salut les racistes
tendu quelque chose d’aussi blessant. Parce que pour moi qui aime
ma France, qui aime ce pays, que ça
vous plaise ou ça vous déplaise, je
trouve que ce que vous venez de dire
n’est pas une insulte à mon égard,
c’est une insulte à la France.»
Eric Zemmour: «C’est votre prénom
qui est une insulte à la France. La
France n’est pas une terre vierge.
C’est une terre avec une histoire,
avec un passé. Et les prénoms incarnent l’histoire de la France.»
Soucieux de ne pas encourir de
poursuites, les producteurs coupent
le dernier échange au montage. Mais
dans la polémique qui s’ensuit, alors
qu’elle est violemment attaquée sur
«les réseaux», ce pilori moderne,
Hapsatou Sy décide de le mettre en
ligne pour prouver sa bonne foi.
Rappelons que le prénom, qui est le
Par
LAURENT JOFFRIN
Directeur de «Libération»
@Laurent_Joffrin
premier attribut reçu par chacun à
sa naissance, fait partie du plus intime de l’individu, sans qu’il le choisisse lui-même (sauf à en changer).
Lâcher d’un ton glacial que ce prénom «est une insulte à la France»,
c’est bien attaquer la personne, et
non faire état d’une opinion générale, aussi contestable soit-elle. On
remarquera aussi que Zemmour établit une soigneuse hiérarchie entre
ses contradicteurs : Natacha ou
Gilles-William, dit-il, passe encore.
Mais Hapsatou «insulte la France».
Les Russes ou les Américains, on
peut admettre. Mais les Africains…
Hapsatou Sy, contrainte de se défendre d’un prénom qui lui a été donné,
fait remarquer au passage qu’elle
voue une grande affection à la
France et qu’elle l’a représentée plusieurs fois comme cheffe d’entreprise dans des manifestations internationales. Peu importe pour
Zemmour, qui refuse de s’excuser et
continue de traiter avec un mépris
affiché celle qu’il a attaquée en usant
d’une violence verbale inédite.
Au lieu de défendre sa chroniqueuse,
Ardisson, importuné dans sa grandeur par la mise en ligne de l’extrait
coupé au montage, attaque à son
tour Hapsatou Sy. Avec une élégance
rare, il déclare publiquement que la
production a avancé de l’argent à la
chroniqueuse sur ses prestations à
venir, affirmant qu’elle a du mal à
payer ses impôts et que dans ces
conditions, sous-entend-il, elle ferait
mieux de ravaler l’insulte et de
s’écraser. Ainsi parlent ceux qui ont
un portefeuille à la place du cerveau.
Au bout du compte, l’insulteur s’en
tire avec les honneurs et le fiel médiatique se répand sur l’insultée. Jolie fable moderne, qui mérite une petite morale: il faut désormais appeler
un chat un chat et Zemmour un raciste. Quant à ceux qui l’invitent en
rangs serrés pour promouvoir son livre à coups d’insanités, ils sont renvoyés à leurs responsabilités.
Enumérons pour finir quelques
citoyens ou citoyennes françaises
dont le prénom, dixit Zemmour, «est
une insulte à la France»: Zinédine
Zidane ou Nabil Fekir, footballeurs
de l’équipe de France ; Omar Sy et
Jamel Debbouze, comédiens; Rachida Dati ou Karima Delli, femmes
politiques; Leïla Slimani, prix Goncourt; Samir Bajja, soldat de l’armée
française tué au Burkina Faso; Ahmed Merabet, policier assassiné par
les jihadistes de Charlie ; et bien
d’autres encore… •
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DeBonneville-Orlandini
EUROPEAN TOUR 2019
«
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6 u
MONDE
Recueilli par
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles
L
AFP
a relocalisation obligatoire des demandeurs d’asile est un échec. Adopté
en 2015, en pleine crise des réfugiés,
sur proposition de la Commission afin de
soulager l’Italie et la Grèce –pays de la ligne
de front–, le règlement européen, dit «règlement de Dublin», s’est heurté au refus des
pays d’Europe centrale de prendre leur part
du fardeau, mais aussi des demandeurs
d’asile, peu désireux de se retrouver dans
un pays qu’ils n’avaient pas choisi. Sur
les 100000 demandeurs d’asile qui auraient
dû être relocalisés, 35000 l’ont effectivement
été après trois ans, et seuls huit pays (la Finlande, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, le
Luxembourg, Malte, le Portugal et la Suède)
ont atteint la moitié du quota qui leur était
alloué. Autant dire qu’en cas de crise, un régime permanent de relocalisation sur le pays
responsable du traitement d’une demande
d’asile a peu de chance d’être adopté. Dans
l’impasse, la gestion de l’immigration est discutée par les chefs d’Etat européens, réunis
à Salzbourg jusqu’à ce jeudi pour un sommet
informel. Patrick Weil, directeur de recherche
au CNRS, professeur invité à Yale (Etats-Unis)
et l’un des meilleurs spécialistes de l’immigration, propose, lui, de sortir du juridisme
pour réintroduire du politique dans la gestion des crises migratoires. A ses yeux, c’est
le seul moyen de rendre effective l’exigence
de solidarité.
Un certain nombre d’Etats européens
refusent par principe la relocalisation
obligatoire des demandeurs d’asile.
Comprenez-vous leur attitude ?
Même si les dispositions des traités européens
permettent un tel mécanisme obligatoire, on
pouvait régler la
crise selon les mêmes mécanismes
qu’en cas de surproduction de lait
par exemple, en
imposant des quotas. Car il y a une
dimension huINTERVIEW maine et des aspects de souveraineté nationale qu’on ne peut ignorer. La
Commission a gagné devant la Cour européenne de justice, mais les Etats n’appliquent
pas sa décision. C’est donc l’impasse. Or il
y a la possibilité de faire autre chose que la
relocalisation obligatoire, et immédiatement,
sans changer les traités, les règlements ou
le droit européen.
C’est-à-dire ?
Il faut rétablir une forme de logique dans la
gestion des réfugiés. En temps normal, le système du règlement de Dublin doit continuer
à s’appliquer sur le pays responsable du traitement d’une demande d’asile. En clair, c’est le
premier pays d’accueil qui doit instruire la demande. En cas d’afflux massif, par exemple en
Grèce, la Commission devra faire appel aux
Etats volontaires, prêts à fournir soit une aide
financière, soit des gardes-frontières et des
gardes-côtes, soit du personnel pour aider au
traitement des demandes d’asile, conformément à la Convention de Genève. Cet appel
officiel à la solidarité des Etats membres
créera un débat politique dans chacun d’entre
eux et dans les sociétés civiles. C’est seulement ensuite, si l’aide est insuffisante, que la
Commission pourra passer à l’étape de la
contrainte, celle-ci étant d’autant mieux justifiée qu’elle sera motivée par l’incapacité des
Etats à se mobiliser volontairement.
Donc la Commission, en gérant la crise
migratoire par la règle sans faire appel au
débat politique, a commis une erreur ?
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Réfugiés
«Bruxelles
aurait pu traiter
la crise sans
imposer la
contrainte»
Au moment où se clôt le Conseil
européen de Salzbourg,
le chercheur Patrick Weil affirme que
la solution à la crise migratoire devrait
reposer sur le volontariat des Etats
membres et sur un débat citoyen.
La Commission s’est trompée en oubliant
qu’avant la contrainte, elle disposait d’un
outil juridique d’appel au volontariat qui
aurait permis d’informer les citoyens européens, d’instaurer un débat politique et de
favoriser ainsi la prise de conscience collective de la situation en Grèce ou en Italie, ce
qui aurait peut-être permis de traiter la crise
sans vouloir imposer la contrainte. Si elle
avait utilisé cet outil, il y aurait eu des mobilisations dans tous les Etats, y compris en
Hongrie, pour que l’on vienne en aide aux
pays de premier accueil. Cela aurait fait
bouger les lignes.
Faut-il impliquer la communauté internationale ?
C’est ce que nous proposons en cas d’appel
à la contrainte. La crise de 2015 n’était pas
une crise européenne mais une crise humanitaire mondiale. Imaginons que la Grèce
n’ait pas été alors dans l’UE : elle aurait fait
appel à l’ONU pour qu’on lui vienne en aide
et il y aurait eu une mobilisation internationale sans passer par la contrainte. Quand il
y a eu la crise des boat-people vietnamiens,
on n’a pas laissé les voisins de ce pays gérer
seuls le problème. Dans le cas syrien, il aurait
fallu impliquer, au-delà de nos voisins immédiats, les Etats responsables de la situation
dans la région : les Etats-Unis, l’Australie,
l’Arabie Saoudite, la Russie, etc. Quand tous
les grands du monde sont réunis, chacun fai-
sant quelque chose, ils ont plus de chance
d’entraîner les Européens réticents.
Il est question de sanctionner financièrement les Etats européens qui refuseraient d’appliquer la relocalisation obligatoire des demandeurs d’asile. Est-ce
une bonne idée ?
Rentrer dans une logique de sanctions, c’est
prendre le risque de renforcer Viktor Orbán,
le Premier ministre hongrois. Il faut rétablir
le primat du politique, ce qui permettra de
mobiliser les sociétés civiles européennes, y
compris la société hongroise. Il faut aussi
qu’en cas de crise humanitaire, l’Union se
comporte en acteur majeur de la politique
internationale. Ce que nous proposons peut
être mis en application demain. Cela éviterait
de se lancer dans une réforme générale du
droit d’asile qui, à court et même moyen
terme, a peu de chance d’aboutir. Et cela
permettrait de sortir de l’impasse. •
Grèce et Autriche
Retrouvez sur notre
site deux articles
sur la situation européenne : en Grèce,
dans l’île de Lesbos, le camp réservé aux
migrants «est un monstre qui ne cesse
de s’étendre», et en Autriche, les idées
d’extrême droite continuent de percer
dans le gouvernement de Sebastian Kurz.
LIBÉ.FR
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
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qu’espéraient les promoteurs du
grand élargissement de 2004, non
seulement la greffe entre l’Est et
l’Ouest n’a pas pris, mais on constate aujourd’hui un véritable rejet:
la crise des migrants l’a mis au jour
tout comme la lente dérive vers des
régimes illibéraux.
Mais ce n’est pas la seule ligne de
fracture qui menace l’Union : la
droite radicale, l’extrême droite et
les néofascistes font partie de la
majorité dans les gouvernements
autrichien, belge, italien et danois.
Des forces xénophobes que la cohérence n’étouffe d’ailleurs pas: ainsi
l’Italie est du côté de l’Allemagne et
de la France pour réclamer la
répartition des demandeurs
d’asiles, mais du côté de la Hongrie
et de la Pologne pour refuser l’accueil des migrants sur son sol.
«L’Italie est représentative de ces
nouvelles forces politiques : on rejette l’Union tout en faisant appel à
elle, car elles savent qu’elles ne peuvent pas s’en passer en réalité», a
pointé Emmanuel Macron lors
de son discours.
Porter le fer. Plus grave encore :
Des réfugiés arrivent
sur l’île grecque de
Lesbos, au large de
la Turquie, en 2015.
PHOTO SANTI PALACIOS. AP
Est-Ouest: à Salzbourg, l’UE des blocs
Brexit, migrants,
extrême droite…
Le sommet informel
autrichien a souligné
les divisions profondes
de l’Union européenne.
V
ous ne voulez pas accueillir
de demandeurs d’asile ?
Alors vous pouvez oublier
Schengen. Vous contestez les valeurs européennes? Alors vous vous
passerez de l’argent communau-
taire! C’est, brutalement résumé, la
menace qui pèse sur les Etats d’Europe centrale et orientale, mais aussi
sur les Etats dirigés par des forces
«populistes» qui semblent avoir
oublié que l’Union européenne
donne certes des droits, mais implique aussi des devoirs.
Jeudi, en clôture du sommet informel de Salzbourg, en Autriche, qui
n’a strictement marqué aucun progrès ni sur le Brexit ni sur la politique d’immigration et d’asile,
Emmanuel Macron a brutalement
haussé le ton. Il s’en est violemment
pris à «ceux qui expliquent : “Moi,
j’aime l’Europe quand elle me donne
de l’argent, quand elle permet la
prospérité à mon peuple, quand elle
permet à mes travailleurs d’aller
mieux gagner leur vie dans des pays
voisins. Mais, chez moi, pas un seul
migrant, pas un seul réfugié”».
Durcir le ton. Pour le président
de la République, «les pays qui ne
veulent pas davantage» de contrôle
commun des frontières extérieures
CULTURE AU QUAI
LE RENDEZ-VOUS DES CURIEUX
de l’Union ou de «solidarité» dans
la gestion des flux migratoires «sortiront de Schengen» : «Les pays qui
ne veulent pas davantage d’Europe,
ils ne toucheront plus les fonds
structurels.»
La France est loin d’être la seule
à durcir le ton : l’Allemagne l’a fait
avant elle. On assiste, en réalité,
à une rupture profonde entre l’Est
(les pays baltes sont un cas à part)
et l’Ouest qui pourrait déboucher
sur une remise en cause de l’intégrité de l’Union. Contrairement à ce
les démagogues sont en train de miner le fonctionnement même de
l’Union, qui repose sur le respect du
droit et de la parole donnée. Ainsi,
les pays d’Europe de l’Est refusent
d’appliquer le règlement de 2016 sur
la répartition des demandeurs
d’asile ainsi que l’arrêt de la Cour de
justice leur donnant tort. Bruxelles
n’ayant pas de force de police, elle
est désarmée. Ces pays considèrent
aussi qu’ils ne sont pas tenus par les
engagements pris par leur chef de
gouvernement lors des Conseils
européens, ce qui les rend totalement inefficients.
Bref, il y a le feu à la maison européenne. D’où la volonté de Macron,
et de ceux qui restent attachés
au projet d’union et au modèle
démocratique libéral, de porter le
fer contre les «populistes» qui remettent en cause les valeurs et le
projet européens. La Commission
a ainsi proposé, au printemps
dernier, qu’à partir de 2021, l’octroi
des aides européennes (jusqu’à 4%
du PIB des pays d’Europe de l’Est)
soit conditionné au respect de
l’Etat de droit. Emmanuel Macron
et Angela Merkel vont encore plus
loin en demandant que la libre circulation de Schengen soit réservée
aux seuls pays qui respectent la
politique commune d’immigration
et d’asile, une politique qui pourrait
devenir une «coopération renforcée». Ce qui reviendrait de facto
à créer deux Europe. L’une solidaire, l’autre limitée à un simple
marché.
J.Q. (à Bruxelles)
SAM. 22 & DIM. 23 SEPTEMBRE
Q U A I D E L O I R E . M ° J A U R È S , PA R I S 1 9 e .
BONS PLANS - RENCONTRES - CONCERTS - ATELIERS
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11 e Édition
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MONDE
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Corées
La mise
en scène
atteint des
sommets
Kim Jong-un et Moon Jae-in
se sont quittés, jeudi, au terme
de trois jours de négociations
sur la dénucléarisation de la
péninsule. Une autre rencontre
est envisagée avec les Etats-Unis.
DÉCRYPTAGE
Par
ARNAUD VAULERIN
L
e ciel était bleu, l’horizon
dégagé et la mise en scène
parfaite pour conclure la troisième réunion intercoréenne de
l’année. Jeudi, après trois jours
d’échanges et de signatures, le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et
le président du Sud, Moon Jae-in, se
sont quittés au sommet du mont
Paektu, berceau de la dynastie des
Kim. Cette nouvelle démonstration
d’unité, après les retrouvailles historiques du 27 avril à Panmunjom,
a permis de relancer la dynamique
des discussions sur la dénucléarisation de la péninsule. La réunion des
«frères» coréens s’est achevée un an
jour pour jour après les diatribes de
Donald Trump qui, depuis la tribune de l’Assemblée générale de
l’ONU, promettait de «totalement
détruire» la Corée du Nord. Dès
mercredi, le président américain
avait salué les «progrès extraordinaires» d’un sommet qui a renouvelé des annonces et pris des engagements sans clarifier l’essentiel.
Le décorum
De part et d’autre de la zone démilitarisée, les Coréens ne sont jamais
avares en images chocs et gestes
forts. Elles alimentent le storytelling des retrouvailles et les symboles de réchauffement diplomatique
qu’elles génèrent pallient en partie
l’absence d’action concrète. Dès son
arrivée mardi, Moon Jae-in a été
accueilli au pied de son avion par
Le sommet entre Kim Jong-un et Moon Jae-in (deuxième à droite) s’est achevée jeudi au mont Paektu. PHOTO
Kim Jong-un. Ils étaient accompagnés de leur épouse, manière de
souligner la dimension familiale et
intime de ce sommet de l’unité.
Quelques minutes plus tard, Moon
s’est incliné à «90 degrés, dans un
profond salut de gratitude» envers
le peuple nord-coréen, comme l’a
analysé le quotidien Kankyoreh.
Une attitude de «loyauté» vue
comme un profond respect au Nord
et au Sud.
Parmi les lieux du pouvoir nord-coréen auxquels Moon a eu accès
pendant trois jours, le mont reste le
plus symbolique. Dans la mythologie «kimiesque», ce volcan qui
culmine à 2744 mètres à la frontière
sino-nord-coréenne est la «montagne sacrée de la révolution». C’est
là que Kim Jong-il, le père de l’actuel dirigeant, serait né au moment
où un double arc-en-ciel traversait
les cieux. La propagande du Nord
a souvent mis en scène le leader
nord-coréen se rendant au mont
avant de prendre des décisions
capitales.
En introduisant Moon dans la cosmogonie des Kim, on mesure le
cadeau que Pyongyang a fait au
président sud-coréen, désireux
depuis longtemps de fouler ce sol.
Mercredi, dans le stade de Pyongyang, Moon Jae-in a déclaré que
les Coréens avaient vécu «ensemble
pendant 5 000 ans et séparés pendant 70. Je propose que nous ne fassions plus qu’un». Jamais un prési-
dent sud-coréen ne s’était adressé
à la population du Nord.
Les annonces
A Pyongyang, Moon et Kim ont
signé la déclaration de septembre
dans laquelle ils s’engagent à débarrasser la péninsule de toutes les
armes nucléaires. Un souhait déjà
formulé le 27 avril, après une promesse remontant au 19 septembre 2005 lors des pourparlers à six
(Corées, Japon, Russie, Chine et
Etats-Unis). Visiblement soucieux
de donner des gages de dénucléarisation supplémentaires, Kim s’est
engagé mercredi à «fermer de façon
permanente» le site d’essai de missiles avec son pas de tir à Tongchang-ri. Et de le faire valider par des
experts. Mais Tongchang-ri n’est pas
le seul pas de lancement du Nord,
qui depuis deux ans a eu recours à
des sites secrets et des lanceurs
mobiles. Kim se dit prêt aussi au «démantèlement du complexe nucléaire
de Yongbyon». Mais cet engagement
est à prendre avec des pincettes.
Longtemps cœur nucléaire du Nord,
Yongbyon n’est pas resté le seul centre atomique des Kim. Surtout, le
régime annonce le démantèlement
de Yongbyon à condition que les
«Etats-Unis prennent des mesures
correspondantes». Mais la déclaration ne précise pas quelles peuvent
être ces contreparties. Pyongyang attend de Washington des garanties de
sécurité. Kim, tout comme Moon, es-
père parvenir à la fin officielle de la
guerre qui ne s’est terminée qu’avec
un fragile armistice en 1953. Le sommet n’a pas vraiment avancé sur
cette question cruciale qui, si elle
était résolue, remettrait sur le tapis
la présence des 28500 GI au Sud. En
revanche, les deux Corées se sont entendues pour relâcher la pression
sur les frontières maritime et terrestre. D’ici à décembre, elles vont retirer leurs forces de onze postes de
garde sur la DMZ (zone démilitarisée
à la frontière) appelée à devenir une
zone interdite à toute navigation aérienne. En allant à Pyongyang,
Moon a au moins réussi à débloquer
les relations entre la Corée du Nord
et les Etats-Unis.
Les rendez-vous
Face aux avancées, le secrétaire
d’Etat, Mike Pompeo, a souhaité
relancer «immédiatement des négociations» en vue d’une dénucléarisation «d’ici à 2021». Il a invité son homologue nord-coréen à le rencontrer
à New York la semaine prochaine.
Kim, lui, a remis à Moon une lettre
pour Trump. Le dictateur, qui devrait venir à Séoul avant la fin de
l’année, souhaite rencontrer à nouveau le Président. La Maison Blanche ne l’exclut pas. Mais elle ne
pourra pas se contenter de promesses non engageantes comme à Singapour en juin. Et continuer à donner l’impression que Kim reste le
maître du calendrier. •
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
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Carnet
DÉCÈS
Frank AURICOSTE
a tiré sa révérence
ce samedi 15 septembre,
le matin.
En dernière élégance.
Im Memoriam.
Sa famille, ses proches.
Cet avis tient lieu de
faire-part.
Brigitte Tijou, sa sœur,
Jacques Tijou, son père,
Ses nombreux amis et
collègues, Ont la tristesse de vous
annoncer le décès, le
08 septembre 2018,
à l’âge de 58 ans
Nathalie TIJOU
Documentaliste
à France
Télévisions
Les obsèques ont eu lieu le
jeudi 13 septembre à
la Chambre funéraire du
cimetière des Batignolles
(21 bd du Bois-le-Prêtre,
Paris 17e).
tijou.brigitte@orange.fr
18 rue Clavel 75019 Paris
PYEONGYANG PRESS CORPS . AP
En haut et en bas : à Pyongyang, mercredi. PYEONGYANG PRESS CORPS. POOL VIA REUTERS
«Le risque qu’une guerre éclate diminue»
Dans les rues de Séoul,
si des habitants
se réjouissent
du rapprochement
entre les deux Corées,
d’autres restent
sur leurs gardes.
A
près les annonces du sommet de Pyongyang, les Séoulites sont partagés entre
espoir pour la paix et défiance vis-àvis du leader nord-coréen et de la
stratégie du président sud-coréen,
Moon Jae-in. «Si l’on m’avait dit il y
a un an que Kim Jong-un viendrait
un jour à Séoul, j’aurais éclaté de
rire», s’amuse Na-yeong, qui remplit
son cabas sous une pluie intermittente au marché du quartier de Guro
de la capitale, en prévision de Chuseok, la fête des récoltes célébrée ce
week-end. A bientôt 50 ans, cette secrétaire suit assidûment le sommet:
«Mon fils effectue son service militaire en ce moment. Alors je suis
vraiment heureuse que Kim Jong-un
ait changé de ton et veuille éviter les
tirs à la frontière, le risque qu’une
guerre éclate diminue de plus en
plus», se réjouit-elle.
Mais les gestes d’affection et les
engagements pris lors de la rencon-
tre sont loin de persuader Gunhwi,
vendeur de beignets de légumes et
de saucisses frites sur un stand de
rue, pour qui «il est impossible de
faire confiance à cette ordure»: «C’est
pareil à chaque fois: des promesses,
des engagements, puis les provocations verbales et les attaques reprennent dès que nous faisons un pas
dans leur direction, peste-t-il avant
de retourner servir ses clients. Si
Kim Jong-un vient à Séoul, il faut le
jeter en prison pour tout ce que sa
famille a fait subir aux Coréens!»
Patriotisme. Hiji-man a lui aussi
du mal à se laisser convaincre de
l’intérêt, pour la Corée du Sud,
des annonces des deux dirigeants.
«Au lieu de se demander comment
nous pouvons aider les Nord-Coréens, le gouvernement devrait plutôt s’interroger sur ce qu’ils peuvent
faire pour nous», s’inquiète-t-il.
A tout juste 30 ans, cet ingénieur informatique craint les conséquences
directes de ce réchauffement des
relations intercoréennes pour les
citoyens sud-coréens. «Toutes les
aides sont financées par nos impôts,
la fiscalité a déjà augmenté ces dernières années, alors si la Corée
du Sud poursuit sur cette voie, cela
ne fera qu’empirer.» Tiraillé entre un
fervent patriotisme et son aspiration
à la réconciliation avec ses voisins
du Nord, il reste néanmoins optimiste sur les avancées autour de la
coopération économique entre les
deux pays. «C’est une bonne chose
que des grandes entreprises soient
venues au sommet. Si l’économie
nord-coréenne s’ouvre, il faudra être
les premiers à y faire des affaires. Et
quand nous pourrons relier nos rails
à l’Europe, la Corée du Nord nous
sera enfin utile», espère-t-il.
Les médias oscillent, eux, entre prudence face aux déclarations de Kim
et espoirs quant aux négociations
préparant un assouplissement des
sanctions économiques contre le régime (lire ci-contre). Si le quotidien
«Sans action
concrète de Kim
Jong-un vers la
dénucléarisation,
la coopération
économique
ne bougera pas.»
«The Korea Herald»
quotidien coréen
de centre gauche The Hankyoreh
note «l’accueil sans précédent offert
à Moon Jae-in, le premier événement
en direct diffusé depuis Pyongyang»,
le journal The Korea Herald rappelle
que «sans action concrète de Kim
Jong-un vers la dénucléarisation, les
sanctions onusiennes ne seront pas
levées et la coopération économique
ne bougera pas d’un pouce». La
chaîne de télé publique KBS affichait ses priorités, mercredi aprèsmidi, en bandeau de son édition
spéciale: «Plan de dénucléarisation
d’abord, visite à Séoul ensuite.»
«Effort». Soo-jong a 28 ans. Elle est
dans la capitale depuis cinq ans et
croit en la capacité de Moon à «tisser
un lien durable avec Kim pour qu’il
fasse un effort afin que les négociations reprennent avec les Etats-Unis.
J’ai suivi les images de la visite et on
voit que les deux hommes s’estiment
et se respectent». Mais pour cette
doctorante en biologie et serveuse,
l’enjeu reste la paix : «Il faut qu’ils
réussissent à mettre définitivement
fin à la guerre. Que l’on commence à
ne plus avoir peur l’un de l’autre et
qu’un jour, je puisse prendre le train
et visiter Pyongyang.»
NACIM CHIKH
Intérim à Séoul
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MONDE
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Spotify laisse les artistes indépendants se
mettre en ligne Le service de streaming musical Spotify a annoncé jeudi la mise en place d’une nouvelle fonctionnalité: Spotify for Artists donne la possibilité à des artistes indépendants de mettre en ligne eux-mêmes leur
musique sur la plateforme. Les labels pourraient souffrir
de cette fonctionnalité, qui permettra notamment aux artistes de garder leurs droits sur leurs morceaux et une
plus grosse part des revenus du streaming. PHOTO REUTERS
commission officielle, la Codesarme, avait pourtant mis
en parallèle le nombre d’armes dans le pays et les homicides. Entre 2008 et 2014,
écrit Amnesty, le Venezuela
a été le principal importateur
d’armes en Amérique latine,
devant le Brésil, sept fois plus
peuplé. Et l’appel à un désarmement des civils lancé par
la Codesarme n’a pas eu de
résultats probants.
«Langage guerrier». Face
La police de Chacao, un quartier de Caracas, en février 2016. PHOTO DANIEL VAN MOLL.LAIF. RÉA
Au Venezuela, les excès meurtriers
de la politique sécuritaire
Amnesty
International
s’alarme, dans
un rapport publié
jeudi, d’un nombre
croissant
d’exécutions
impunies, souvent
menées par les
militaires, dans
le cadre de la lutte
contre l’insécurité.
Par
FRANÇOIS-XAVIER
GOMEZ
D
ans un rapport très
étayé rendu public
jeudi, Amnesty International accuse le gouvernement socialiste du Venezuela
d’«utiliser la force meurtrière
dans l’intention de tuer les pour les morts par arme à
personnes les plus vulnérables feu, après le Salvador et deet les plus exclues». L’Etat bo- vant le Honduras.
livarien «viole leurs droits et
les traite comme des criminels «Elimination». Ces chiffres
en raison de leurs conditions sont une estimation «a mide vie, alors qu’il devrait met- nima» précise Geneviève
tre en œuvre des
Garrigos, respolitiques de
L'HISTOIRE ponsable de la
lutte contre la
région AmériDU JOUR
criminalité baques pour Amsées sur la prévention et con- nesty France, qui souligne
formes aux normes interna- que le Venezuela ne publie
tionales».
plus depuis plusieurs années
Amnesty a recensé, entre de statistiques officielles sur
2015 et juin 2017, 8 200 «exé- la criminalité, un déni du
cutions extrajudiciaires», ho- droit des citoyens à l’informicides commis par les for- mation. Pour parvenir à ce
ces de police ou l’armée hors chiffre, l’ONG, qui a un bude toute procédure de justice. reau et une équipe permaAvec un total de plus de nente sur place, a réuni des
21700 homicides pour 2016, éléments épars provenant
le Venezuela serait le troi- notamment de la justice et de
sième pays le plus violent de la médecine légale.
la planète, derrière la Syrie et Pour la responsable d’Amle Salvador. Et le deuxième nesty, la mise en cause d’une
politique d’Etat ne relève en
aucun cas d’une exagération.
«Les autopsies montrent que
la grande majorité des victimes ont reçu des balles dans
la tête, le cou ou le thorax. Il
s’agit donc d’exécutions. Le
taux d’impunité pour ces homicides est de 92%, preuve de
l’absence de volonté d’enquêter sur ces actes. Enfin, des
responsables ont publiquement justifié ces politiques
d’élimination de supposés délinquants. Ces trois éléments
convergent pour définir une
politique délibérée de l’Etat»,
affirme Garrigos.
Le Venezuela a pourtant mis
des moyens dans la lutte contre l’insécurité, qui existait
bien avant l’accession au
pouvoir de Hugo Chávez.
Entre 2000, année de l’arrivée du militaire de gauche,
et 2017, pas moins de 17 plans
de sécurité se sont succédé,
certains d’ampleur nationale,
d’autres centrés sur le grand
Caracas ou l’Etat de Carabobo. Malgré leurs intitulés
baroques («Mission tout pour
la vie», «La pègre cueillie à
l’aube»), ils n’ont pas fait
baisser la délinquance.
Une des raisons invoquées
par Amnesty: les 5,9 millions
d’armes à feu circulant illégalement dans le pays. Une
Cette approche
répressive
s’ajoute aux
pénuries, à
l’hyperinflation
et à l’exode de
la population.
à l’exaspération de la population, le régime a sorti l’artillerie lourde : les «Opérations
peuple libre». La première est
lancée en juillet 2015 contre
un quartier de Caracas passé
aux mains du crime organisé.
L’opération militaire s’est soldée par 15 morts, tous habitants du quartier, la plupart
tués à leur domicile. Le
même scénario s’est répété
dans des poches de pauvreté
de tout le pays. Dans la foulée, le gouvernement a publié
un communiqué triomphaliste : 17 000 membres des
forces de l’ordre engagés,
505 morts. De nombreuses
familles de victimes ont déposé plainte. En vain, dans la
majorité des cas. Le rapport
d’Amnesty, intitulé «C’est pas
une vie: sécurité publique et
droit à la vie au Venezuela»,
souligne qu’en vingt ans,
19 ministres différents ont
été chargés de la lutte contre
la criminalité. Onze d’entre
eux étaient issus de l’armée.
Cette approche répressive,
qui ne s’embarrasse pas de
droits humains, s’ajoute aux
pénuries de médicaments et
d’aliments, à l’hyperinflation
et à l’exode de la population
pour dresser un tableau désespéré du pays.
«Le Venezuela traverse une
des pires crises des droits humains de son histoire. La liste
des crimes de droit international commis contre la population ne cesse de croître, a
déploré Erika Guevara Rosas,
directrice du programme
Amériques d’Amnesty, en
présentant le rapport. Il est
inquiétant de constater qu’au
lieu d’appliquer des politiques
efficaces de protection de la
population et de lutte contre
l’insécurité, les autorités utilisent un langage guerrier
pour tenter de légitimer l’utilisation d’une force excessive
et, dans de nombreux cas, de
la force meurtrière avec l’intention de tuer.» •
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
En Italie, un film ravive le débat sur les
violences policières
Sur ma peau revient sur les derniers jours de
Stefano Cucchi, trentenaire décédé à Rome
en 2009 durant sa détention, dont la mort avait
bouleversé le pays. Distribué par Netflix, le filmphénomène fait l’objet, en Italie, de projections
publiques «pirates». PHOTO NETFLIX
500
Robert Venturi, mort d’un archi libre
Tensions en mer
entre Paris et Moscou
Il se sent bien isolé, le navire de la marine nationale
française qui trempe au
large de la Syrie. L’Auvergne, une frégate multimission, l’est d’autant plus que
cette zone de la Méditerranée orientale voit croiser un
nombre particulièrement
élevé de bâtiments militaires russes. Vingt-cinq précisément, selon un haut
gradé français. Officiellement, il s’agissait d’un
«exercice» mené par la défense russe du 1er au 8 septembre. Soit peu ou prou au
moment où Moscou envisageait une offensive, finalement abandonnée, sur Idblib, dernière région aux
mains des rebelles syriens.
A en croire l’état-major
français, l’«exercice» russe
s’est prolongé.
La cohabitation fragile s’est
envenimée mardi, après un
étrange imbroglio politicomilitaire. Lundi soir, un
avion de l’armée russe a été
abattu au large de la Syrie.
Moscou a d’abord réagi en
laissant entendre que la
France pourrait avoir une
part de responsabilité: «Des
moyens radars russes de
contrôle de l’espace aérien
ont enregistré des tirs de
missiles depuis la frégate
française Auvergne», lâche
le ministère de la Défense,
dans une déclaration pleine
de sous-entendus. A Paris,
l’état-major dément «toute
implication» et tout tir de la
frégate. Moscou reconnaît
finalement dans la journée
que la défense antiaérienne
syrienne est à l’origine d’un
tir ayant atteint l’avion «par
erreur» alors qu’il visait les
missiles largués au même
moment par Israël.
Cet incident est loin d’être
le premier. En avril, un
avion russe avait fait une
démonstration de force
à proximité d’une frégate
française alors positionnée
dans la région. Ambiance…
Mais pour la France, rester
dans la zone demeure crucial: «Si on y maintient un
bateau en permanence, c’est
pour savoir ce qu’il s’y passe,
pour pouvoir observer le
renforcement russe par
exemple», a détaillé l’amiral
Nicolas Vaujour, mardi lors
d’une conférence à la Sorbonne. Tout en reconnaissant que le voisinage n’était
pas toujours simple: «Sous
l’eau, il se passe beaucoup de
choses en ce moment.»
PIERRE ALONSO
Images
MUSIQUE
LIVRES
VOYAGES
FOOD
Libération Samedi 22 et Dimanche 23 Septembre 2018
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Page 38 : Cinq sur cinq / L’autoreprise
Page 39 : On y croit / Disiz la Peste
Page 40 : Casques t’écoutes ? / Grégoire Margotton
Pages 44-45 : David Diop / «Frère d’âme» et damnation
Page 45 : Laurence Cossé / «Nuit sur la neige», des liens blizzard
Page 48 : G.K. Chesterton / «Comment ça s’écrit»
Recueilli par
ÉLISABETH
FRANCK-DUMAS
C’
«Un écrivain passe
l’essentiel de sa vie
dans l’obscurité»
Rencontre
avec Zadie Smith
50 u
est une belle soirée de
juillet, tout Paris semble
s’être précipité pour voir
les joueurs de l’équipe
de France descendre les Champs-Elysées.
Mais une petite foule compacte et fébrile a fait
le choix d’élire domicile à quelques kilomètres
de là, devant la librairie Shakespeare and
Company. Vu ce qu’a duré la parade triomphale des Champs, il semble qu’ils aient fait
le bon choix, car l’écrivaine britannique Zadie
Smith, attendue ce soir-là avec son mari, Nick
Laird, pour une lecture publique, est restée
bien plus que dix-sept minutes. La taille de
l’attroupement, la présence en son sein de
l’écrivain américain en vue Dave Eggers, tout
cela disait quelque chose de la célébrité de
l’écrivaine au turban. «Oh, il y a toujours du
monde ici», nous confia-t-elle avec légèreté,
sans que l’on sache si cela disait quelque chose
de la France, ou de cette librairie en particulier. Mais depuis la parution en 2000 de son
premier roman, Sourires de loup, lorsqu’elle
avait 24 ans, et le succès retentissant de cette
plongée dans le Londres multiculturel de
l’époque, il n’est pas excessif de qualifier Zadie
Smith de star.
Depuis, l’écrivaine mi-anglaise mi-jamaïcaine
a signé d’autres bons romans –Ceux du NordOuest est à nos yeux le meilleur– et quantité
d’essais. Le couple habite désormais
New York, où Zadie Smith enseigne le creative
writing à la New York University, et s’ils sont
à Paris ce soir, c’est pour présenter deux recueils paraissant en anglais à ce moment-là
–des essais pour elle, des poèmes pour lui–,
dont la particularité est de porter le même
nom, Feel Free («sens-toi libre»). Cette homonymie leur a donné l’occasion de lever un
voile pudique sur leurs relations de couple et
de travail, avec le genre d’humour autodépréciatif que les écrivains de langue anglaise manient avec agilité. Et n’est-ce pas une chose
passionnante, la petite fabrique du métier
d’écrivain, sur quoi Zadie Smith disserte très
généreusement lorsqu’on l’interviewe? Il faut
l’avouer, Swing Time n’est peut-être pas,
d’elle, notre livre préféré, sa magistrale première partie, qui met en scène l’amitié fusionnelle de deux fillettes métisses dans le Londres des années 80, bourrée de détails
ironiques et de commentaires sociaux fulgurant tous azimuts, faisant place à une
deuxième partie un brin plus mécanique,
affaiblie par l’entrée en scène d’une pop star
ressemblant à Britney Spears. Mais quelle intelligence, toujours, chez cette écrivaine-là.
Le matin même est parue une Suite page 42
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Voyage en Metalgérie
Libération Samedi 22 et Dimanche 23 Septembre 2018
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Estany
à longueur
d’étangs
Dans les Pyrénées-Orientales à près de 2 000 mètres
d’altitude, une douzaine de lacs, comme autant
de miroirs qui reflètent le ciel, accueillent le visiteur,
transporté dans des paysages romantiques.
AUDE
ARIÈGE
La Cour de cassation turque
a ordonné jeudi la libération
d’un député d’opposition qui
avait été condamné à près de
six ans de prison en février
pour avoir transmis à la
presse une vidéo prouvant,
selon lui, qu’Ankara avait livré des armes à des combattants en Syrie. La cour a
décidé de libérer Enis Berberoglu, député du CHP (socialdémocrate), en vertu de son
immunité parlementaire.
Cela implique qu’il devra
purger sa peine à l’issue de
son mandat.
Italiens ont obtenu frauduleusement des
diplômes de l’université publique espagnole
Rey Juan Carlos qui auraient permis à certains
de s’inscrire comme avocats au barreau de Madrid.
Des masters de complaisance ont déjà forcé à la
démission la présidente conservatrice de la région
de Madrid, Cristina Cifuentes, en avril, et la ministre
socialiste de la Santé, Carmen Montón, en septembre.
L’affaire a éclaboussé le chef de l’opposition de droite,
Pablo Casado, titulaire d’un master à l’IDP, institut
dissous depuis par l’université. Une enquête sur de
possibles malversations implique son ancien directeur Enrique Alvarez Conde.
Turquie La justice
ordonne la
libération d’un élu
de Londres, la Sainsbury
Wing, en 1990), leurs écrits
eurent un impact décisif. Citons notamment l’Enseignement de Las Vegas (1972),
coécrit avec Steven Izenour
et reçu à l’époque comme
une provocation, tant il célébrait tout ce qui était perçu
comme du mauvais goût: le
style des bâtiments du Strip
de Las Vegas (casinos, églises, supermarchés…) dédié
au commerce et à la communication.
En 1991, Robert Venturi fut
récompensé seul d’un prix
Pritzker qui aurait logiquement dû échoir au couple,
conduisant Denise Scott
Brown à boycotter la cérémonie et lui à souligner l’influence «créative et critique»
cruciale de sa femme.
Soirée Paranoid Fantasy, le 5 mai, à Alger. PHOTO YOUCEF KRACHE
L’Agence mondiale antidopage (AMA) a décidé jeudi de
lever la suspension de
l’agence russe antidopage
Rusada, frappée de sanctions
pour le système de dopage
institutionnel ayant eu cours
en Russie entre 2011 et 2015.
Réuni aux Seychelles, le comité exécutif de l’AMA a décidé d’une date butoir –non
précisée – d’ici à laquelle la
Rusada devra donner accès à
l’AMA à ses échantillons et
ses données provenant de
son laboratoire de Moscou.
dérée comme
le
premier
e x e m p l e
d’architecture
postmoderniste, contrevenaient aux règles en vigueur
sur l’harmonie
des formes et des proportions. Ainsi Venturi n’hésita-t-il pas à y construire une
cheminée que d’aucuns jugeraient trop grande pour le
salon, ou une façade exhibant un toit qui semblait
coupé en son milieu.
Si les bâtiments signés
Brown et Venturi n’atteignirent sans doute pas la renommée de ceux de leurs illustres prédécesseurs (on
compte néanmoins l’extension de la National Gallery
Zadie Smith à New York en 2016. PHOTO GABRIELA HERMAN. THE NEW YORK TIMES. REDUX-REA
Sport L’agence
antidopage
réintègre la Russie
du grand Mies
van der Rohe,
«less is more»
(comprendre :
moins, c’est
mieux) en un
«less is a bore»
(moins, c’est
ennuyeux).
Concrètement, cela se traduisit par un amour du
mélange et de l’ornement,
voire de l’humour, dans
la construction, et une attention portée au contexte
et à l’environnement quotidien, ainsi qu’au développement urbain de son
époque.
Les plans de la maison qu’il
réalisa pour sa mère à Philadelphie en 1964, désormais connue sous le nom
de Vanna House et consi-
CC TODD SHERIDAN
Il avait publié en 1966 un
«manifeste doux» contre l’orthodoxie moderniste, l’un
des plus importants ouvrages théoriques de l’architecture à ce jour. L’architecte
américain Robert Venturi
s’est éteint mardi à l’âge
de 93 ans, des suites de la
maladie d’Alzheimer. Avec
sa compagne, l’urbaniste et
architecte Denise Scott
Brown, Venturi avait opéré
une révolution humaniste
au sein d’un champ alors labouré un peu trop consciencieusement par des années
de diktats.
Dans le manifeste en question, Complexity and Contradiction in Architecture, il
prônait «la richesse… plutôt
que la clarté» et eut le toupet
de ridiculiser le précepte
Lac des
Bouillouses
Perpignan
PYRÉNÉESORIENTALES
Font-Romeu
ESPAGNE
10 km
Y aller
Depuis 2000, l’accès aux
Bouillouses en véhicule
personnel est interdit durant
la saison d’été. On accède au site
en bus depuis Font-Romeu et
Mont-Louis; en télésiège depuis
la station Pyrénées 2000,
au lieu-dit la Calme sud, qui
achemine à proximité du lac
de Pradeilles (à 30 min à pied du
barrage); à pied, via les sentiers
qui partent de Formiguères
(6h30 de marche), de la vallée
d’Angoustrine (2h30 de
marche), du Col del Pam (2h30
de marche) ou du parking de la
Calme, à Font-Romeu (2 heures
de marche).
Rens.: 04 68 30 68 30.
Parcours d’orientation enfant :
composé de 14 balises et
d’une carte. Renseignements
et topo gratuit au point
info du barrage.
Y dormir
L’hôtel-restaurant des Bones
Hores est ouvert
de mai à fin octobre.
Rens. : Boneshores.com
ou 04 68 04 24 22
Le Refuge des Bouillouses
(15 places) est ouvert de juin à
septembre et sur réservation
l’hiver. Il fait aussi restaurant.
Rens. : Capcir-pyrenees.com
ou 04 68 04 93 88.
L’étang des Dougnes, entre le lac des Bouillouses et le pic du Carlit. PHOTO PIERRE MERIMEE
Par
LÉA CHARRON
Envoyée spéciale à Font-Romeu
(Pyrénées-Orientales)
S
ur les cimes haut
perchées de FontRomeu, dans les Pyrénées-Orientales, à
près de 2000 mètres d’altitude, une
douzaine d’étangs – les estany, en
catalan – dorment en silence. Le
plus important, le lac des Bouillouses, site naturel classé depuis 1976,
dans le parc naturel régional des
Pyrénées catalanes, est une grande
retenue d’eau, isolée de tout. La
pièce d’eau, artificielle, est un barrage hydraulique, cerné d’un imposant mur en granit cerdan et d’une
forêt de pins à crochets. A cette altitude, les arbres poussent dans
l’eau, dans les rocs et les éboulis; ils
sont petits et rabougris, afin de
mieux supporter, peut-être, les fortes amplitudes thermiques du climat et le vent violent de la région.
Sur la rive droite des Bouillouses,
comme un ermite sur un trône de
roches, une grande bâtisse domine
la plaine, l’hôtel-restaurant des Bones Hores. Autour, le calme absolu
et, entre les pics Péric et Carlit, au
loin, s’étend un manteau vert de
prairies, tissé de couleurs froides,
noir, mauve… On croirait arriver
au Grand Budapest Hotel de Wes
Anderson.
La bâtisse est moins pop que dans
la fiction : le chalet de montagne a
troqué les nuances de rose du film
contre du granit et du bois. Mais le
cadre n’a rien à envier à d’autres
contrées plus exotiques, plus romanesques. A l’Est, la côte méditerranéenne; au Sud, la frontière. On est
déjà un peu en Espagne, dans des
bois et des prairies arides où, il y a
cent ans, les montagnards faisaient
pousser patates et navets. Le géographe Maximilien Sorre écrivait, à
cette époque: «En Cerdagne, comme
en Capcir, à mesure que les horizons
reculent, les reliefs s’adoucissent et
perdent de leur importance relative.
Sur ce socle élevé, il semble que le
Le lac des Bouillouses, site naturel classé depuis 1976, sur le sentier qui
1 Satan et «la reine
des amours»
Une croyance, rapportée au bulletin de la Société de géographie
de Toulouse, en 1913, assure que
«Satan, excursionnant de par le
monde, franchissant les monts de
ses ailes puissantes, calcula mal son
vol et […] arriva sur le Carlit où il
trouva un superbe miroir, oublié là
par Vénus en bonne fortune. Furieux de s’y voir si laid, il le prit et le
lança vers le ciel. Le miroir retomba
brisé en dix-huit morceaux. Ces dé-
mène au Carlit. PHOTO PIERRE MERIMEE
bris formèrent les dix-huit lacs du
massif, reflet de la beauté des grâces
de la reine des amours».
Il faut atteindre les hauteurs du
Carlit, nues, rocheuses et dépourvues de végétation, pour que la
phrase prenne sens. De là, on embrasse d’un seul regard les –en réalité – douze lacs, couchés sur les
flancs de la montagne, ainsi que la
Têt, qui prend sa source sur le versant septentrional. Les grimpeurs
plus avertis peuvent gagner le sommet sans difficulté mais en prêtant
attention: les derniers 300 mètres
se grimpent avec les mains dans un
cailloutis peu stable.
sens des altitudes s’efface.» Le lac
des Bouillouses est le plus haut
auquel le marcheur puisse accéder
ici. Il est le point de départ de nombreuses randonnées, dont la fameuse ascension du mont Carlit,
plus haut sommet des PyrénéesOrientales, à 2921 mètres d’altitude.
Son massif serti de lacs, d’étangs
et de mouillères, se découvre le
long d’une boucle particulièrement
belle, à travers une succession de
plateaux.
2 Truites arc-en-ciel
Le lac de Pradeilles. PHOTO PIERRE MERIMEE
Il n’est pas rare de croiser
hommes et femmes en cuissardes,
gilets de pêche et fouet à la main.
Dans ces eaux, la traque et l’approche des poissons s’apparentent à
celles de la pêche en rivière, sportive. Ces étangs, tout comme la Têt,
sont connus pour abriter une
grande population de truites
arc-en-ciel sauvages. Originaire
d’Amérique du Nord, elle a été
introduite il y a soixante ans dans
le lac des Bouillouses, l’un des premiers lieux de son implantation
en Europe. Fait rare, elle s’y reproduit naturellement chaque printemps, en toute complémentarité
avec la truite fario. Sa grande combativité et sa robe irisée, aux couleurs vives et mouchetée de noir,
à la ligne latérale arc-en-ciel, ont
très vite fait d’elle la vedette de ces
eaux cristallines.
3 Neige de culture
et Jeux olympiques
Emmanuel Brousse, élu de la
Cerdagne, a fait construire le
barrage des Bouillouses au début
du XXe siècle. Cette réserve d’eau
devait réguler le cours supérieur de
la Têt, et permettre le fonctionnement d’usines hydroélectriques
destinées à améliorer, plus bas, l’irrigation de la plaine du Roussillon.
Mais l’homme politique avait surtout l’intention de désenclaver «les
hauts cantons» du territoire, avec
un projet un peu fou, devenu réalité : d’un flanc de montagne
ensoleillé, réaliser un site touristique prestigieux.
La retenue d’eau allait aussi alimenter la ligne électrifiée du «petit train
jaune», qui existe toujours, et qui
permit, dès les années 1910, à une
riche clientèle de voyager au milieu
des sommets, entre Villefranchede-Conflent et Bourg-Madame.
Aujourd’hui, ce lac alimente la
production de neige de culture du
domaine skiable de Font-Romeu
Pyrénées 2000. L’hôtel-restaurant
des Bones Hores a quant à lui
ouvert ses portes en 1968, non pas
pour accueillir des voyageurs mais
pour recevoir les athlètes en préparation des Jeux olympiques de
Mexico. Le lac des Bouillouses et
l’altitude se révélaient être deux
atouts pour l’entraînement des
équipes d’aviron, mais il n’y avait
pas d’hébergement sur le site. Ainsi
fut construit l’étonnant hôtel, sur
d’anciens pâturages.
4 Plantes protégées
Dans le décor canadien du
lac de Pradeilles (estany de la
Pradella), à une heure de marche
des Bouillouses, les pins à crochets nourrissent oiseaux – grand
tétras, pinsons et mésanges huppées, surtout l’hiver, quand la
végétation est rare – mais aussi
écureuils roux, loirs et lérots,
mulots et campagnols.
On y croise souvent des vaches
et des chevaux sauvages l’été et,
pour les connaisseurs, des espèces
de plantes protégées : l’isoète des
lacs, le gaillet trifide, la laîche des
tourbières et la gagée fistuleuse.
La drave des bois se trouve à l’orée
des forêts, aux alentours. Les bordures, ici, sont très peu profondes
et encombrées d’herbiers. Au bout
de l’étang, le long du GR10 : une
cabane en pierre. Le sol poudré
de cendres est signe de passages
nocturnes mais le refuge, décati,
semble avoir déjà fait son temps.
Les lacs ne sont que des lieux de
passage. •
C’est le
week-end
Rendez-vous chaque samedi dans
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12 u
FRANCE
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Baux-de-Provence
La drôle de carrière
d’Engie
dans la culture
Via sa filiale Culturespaces, l’entreprise gère depuis 2009
un ancien site d’extraction de pierres reconverti en lieu
de projection d’œuvres, après l’expulsion sous un prétexte
douteux de l’ancien exploitant. Condamnée au civil
pour «parasitisme», la société est désormais mise
en examen au pénal pour «favoritisme».
ENQUÊTE
Par
handicapés sans autorisation préalable)
pour rompre le bail de Cathédrale
d’images. Puis confier, à la suite d’un
eau et les déchets mènent à tout, appel d’offres, l’exploitation du site à
y compris à la culture, mais pro- Culturespaces, seul candidat et déjà tiduisent parfois les mêmes effets. tulaire de la gestion du château des
En l’occurrence, une mise en examen Baux-de-Provence. Depuis, l’affaire
pour «favoritisme» de Culturespaces, prend un malin plaisir à encombrer les
filiale d’Engie (ex-GDF-Suez, ex-Lyon- tribunaux français.
naise des eaux…), prononcée en juillet Au plan civil, la filiale d’Engie a été défipar le juge d’instruction Serge Tour- nitivement condamnée en janvier
naire. En cause, l’attribution du site de à 300 000 euros de dommages et intéCathédrale d’images, une ancienne rêts –au profit des anciens exploitants–
carrière de pierres reconvertie en espace pour «parasitisme», en s’étant contenté
scénique, sise aux Bauxde rebaptiser l’endroit Carrières
de-Provence (Bouchesde lumières. La justice frandu-Rhône), dont le
çaise relevait alors la
ALPESmaire Michel Fenard
«continuité absolue du
VAUCLUSE
DE-HAUTEPROVENCE
est également mis en
concept consistant à
GARD
examen. C’est un anprojeter des images sur
Les Bauxcien dirigeant du Pariles parois et à y imde-Provence
sien et de Point de vuemerger le spectateur»,
VAR
BOUCHESImages du monde, Almais aussi la «reprise
DU-RHÔNE
bert Plécy, féru de phode thèmes autour de
Marseille
tographie, qui avait eu
grands noms de la peinMer Méditerranée
l’idée en 1975 de réutiliser
ture». Tout à son souci de
10 km
ces carrières, véritables cathéfaire table rase du passé, Cultudrales gravées dans la roche, en sup- respaces avait rebaptisé la salle Albert
ports de projections grand format. Son Plécy en Dante –c’est de bonne guerre–
projet se développera vaille que vaille et, sacrilège, la salle Jean-Cocteau (prependant trente ans, jusqu’à attirer quel- mier réenchanteur du site pour y
que 200000 visiteurs par an et, in fine, avoir tourné le Testament d’Orphée) en
l’attention des professionnels du busi- Picasso.
ness culturel (lire ci-contre).
En parallèle, la commune a également
En 2008, la mairie des Baux-de-Pro- été condamnée à verser 5,8 millions
vence, propriétaire du site, use d’un d’euros de dommages et intérêts aux
prétexte fallacieux et rapidement oublié anciens exploitants. Sans même statuer
(l’installation d’une rampe d’accès pour sur le prétexte allégué pour rompre le
RENAUD LECADRE
L’
précédent contrat (l’accès handicapés),
le tribunal s’est contenté de relever que
le maire avait expulsé son locataire sans
l’avis de son conseil municipal. Un appel
est en cours sur ce point, mais le tribunal de Tarascon a néanmoins tenu à infliger à la commune une astreinte du
quart de la somme, en raison d’une
«perte irrégulière de fonds de commerce».
D’où un florilège de jérémiades sur le
thème d’une «petite commune de
400 habitants menacée de faillite», bien
qu’assise sur un tas d’or. Le maire des
Baux-de-Provence versera quand même
cet été 1,4 million (le quart des 5,8 millions), peu ou prou ce que lui rapporte
chaque année Culturespaces, qui a depuis boosté les entrées à 600 000 visiteurs annuels payants.
«DÉJÀ FICELÉ»
Place au pénal, désormais. Il n’est pas
question de corruption ou de pots-devin, plus prosaïquement de «favoritisme», des petits arrangements entre
amis. «Un délit formel sans intention délictuelle», tempère Louis-Marie de Roux,
avocat de la commune des Baux-de-Provence, qui se défend de la moindre infraction pénale : «Il ne faut pas tomber
dans le pathos, le dossier relève d’une
question de droit, pas de la morale publique.» Première curiosité, Culturespaces sera seul candidat à l’appel d’offres
lancé en 2009. Un concurrent potentiel
l’a raconté: «Ils essaient éventuellement
de faire pression, via des filiales, pour
qu’on ne soit pas en concurrence.» Un
«Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël : les géants de la
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
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mail interne à Culturespaces sème un
peu plus le trouble : «Pas de concurrence aux Baux, l’affaire est déjà ficelée
avec la commune.» Simple expression
«malheureuse» et «sans conséquence»,
réplique-t-on en défense.
Seconde curiosité, Culturespaces semblerait avoir été au courant de potentielles candidatures avant même le
dépôt officiel des dossiers. De multiples rendez-vous entre son patron,
Bruno Monnier, et le maire, Michel Fenard, en pleine procédure de ce marché
public, entretiennent ainsi la suspicion. Mais il s’agirait à les entendre
d’évoquer la gestion du château des
Baux-de-Provence, vieille concession
en cours, non pas la future attribution
des carrières. «Michel Fenard, c’est
certain, n’a pas délivré d’info» sur
le marché public en cours, martèle
Me De Roux. Mais son assistant maître
d’ouvrage, multipliant les rendez-vous
off en son nom, aurait pu le faire à sa
place : «A supposer que ce serait vrai,
être au courant d’un appel d’offres en
cours ne constitue pas un avantage concurrentiel», s’insurge derechef l’avocat
de la mairie.
«HOLD-UP CULTUREL»
Renaissance» à la Carrière des lumières. ARNOLD JEROCKI. DIVERGENCE
Anne Cobbs, fille du fondateur de
Cathédrale d’images et partie civile, est
vent debout contre ce qu’elle appelle
un «hold-up culturel prémédité». Patrick Ouart, avocat de Culturespaces
(poursuivie en tant que personne morale) et de son PDG Bruno Monnier
(poursuivi en tant que personne physique), tempère le propos : «Ce n’est pas
l’affaire du siècle, mais un litige commercial relevant des juridictions commerciales. Nous nions évidemment
toute infraction pénale. Culturespaces
est pris en otage entre la mairie et l’ancien gestionnaire.»
A la mairie, on se raccroche au fait que
l’ancien exploitant aurait endommagé
les lieux, motif officiel de son éviction.
«Michel Fenard persiste à répéter la fable
d’un saccage, affirmant avoir déposé une
plainte qui n’a jamais existé», s’insurge
Anne Cobbs. De fait, l’état des lieux signé au moment du congé ne mentionne
rien d’anormal. Mais c’est ce présumé
mauvais entretien qui aura justifié rapidement une prolongation du bail de
Culturespaces jusqu’en 2027. Un grand
classique chez les marchands de flotte:
prétexter de travaux plus ou moins justifiés ou prévus en vue de prolonger ad
nauseam les concessions.
Une dernière pour la route. Faute de
sorties de secours, les Carrières de lumières version Culturespaces fonctionnent dans la plus parfaite illégalité. Pour
cause: la seule issue possible est une
mince parcelle de terrain appartenant
à l’ex-gestionnaire, lequel campe fermement sur ce camp retranché, cette «parcelle 66» faisant office de Fort Chabrol.
En l’absence du label Etablissement recevant du public (ERP) délivré par la
préfecture, le site devrait théoriquement être interdit d’accès aux touristes.
Mais les pouvoirs publics font preuve
d’une remarquable impavidité. La préfecture des Bouches-du-Rhône nous fait
savoir que, à défaut d’ordonner la fermeture du site, elle se contente de limiter le flux des visiteurs à 500 par jour,
simple «configuration transitoire» en attendant mieux. La suite appartient aux
tribunaux français, saisis d’une mesure
d’expropriation de la «parcelle 66», au
risque de les encombrer un peu plus. •
u 13
Culturespaces,
le flou du
spectacle
Grâce à cette filiale,
qui s’étend dans toute
la France malgré les
nombreuses critiques,
Engie passe du
traitement de l’eau
ou des déchets
à l’événementiel.
«P
remier acteur culturel
privé pour la gestion
de monuments et musées.» Ainsi se définit Culturespaces, filiale d’Engie dont le patron
fondateur, Bruno Monnier, possède 15% du capital. Son métier?
«La DSP», résume-t-il, bravache,
pour «délégation de service public». Foin d’alibi culturel, il s’agit
ni plus ni moins que de privatiser
la gestion d’équipements publics
comme l’eau, les déchets, les
autoroutes ou les aéroports. C’est
donc tout naturellement que cet
ancien dirigeant de Havas s’est
logé dans le giron de l’antique
Lyonnaise des eaux. S’il réfute le
terme «divertissement», il accepte
celui de «ludique».
Concurrence. Son tableau de
chasse a de quoi impressionner,
avec la gestion des musées Jacquemart-André et Maillol à Paris,
des arènes de Nîmes, du théâtre
d’Orange, ou autrefois du Palais
des papes à Avignon : 3 millions
de visiteurs par an, mais
aussi 39 millions d’euros de chiffre
d’affaires et 723 000 euros de bénéfices. Profitabilité moyenne
mais acceptable, à condition de
sélectionner les affaires.
Ancien gestionnaire du champ de
bataille de Waterloo (reconstitutions avec soldats en costumes
d’époque), Culturespaces a sonné
la retraite en 2013: pas assez rentable. La région de Wallonie a, depuis, repris l’exploitation. Le métier consiste aussi à tempérer la
concurrence: «Sur la gestion de la
grotte Chauvet, ils nous ont fait savoir qu’ils aimeraient qu’on n’y soit
pas», témoigne un autre acteur
privé du secteur touristico-culturel. Un ancien dirigeant de la boutique, parti fâché: «Sa méthode est
très simple : on signe avant et on
«La méthode
de Culturespaces
est très simple:
on signe avant et
on discute après.»
Un ancien dirigeant
de Culturespaces
discute après, quitte à faire tout et
n’importe quoi pour y arriver.»
Théoriquement simple délégataire
de la puissance publique, Culturespaces aurait, selon ses contempteurs, la fâcheuse tendance à s’approprier le bien commun en
déposant les marques de sites dont
elle n’est théoriquement que le
temporaire gestionnaire, le temps
de sa DSP, comme la Cité de l’automobile à Mulhouse, ou le château
des Baux-de-Provence. «Quand
nous gérons un site, nous gérons
aussi la marque que nous exploitons, cela fait partie de nos missions», répond Bruno Monnier à
Libé, précisant: «A la fin du contrat, il y a toujours rétrocession de
la marque au propriétaire.»
Nonobstant, il y a aussi ce dépôt
de la technologie Amiex (pour «Art
and Music Immersive Experience»): il s’agit tout simplement
de reproduire des images sur des
murs, comme c’est le cas depuis
trente ans aux Baux-de-Provence,
bien avant l’irruption de Culturespaces. Sauf que la filiale d’Engie
entend reproduire le concept
partout en France et dans le
monde. C’est déjà le cas à Paris,
avec la récente ouverture d’un
Ateliers des lumières dans une
ancienne fonderie, qui a déjà accueilli 400000 visiteurs en trois
mois (1), et prochainement à Bordeaux, dans une ancienne base de
sous-marins intitulée Bassins des
lumières. Et demain peut-être aux
Etats-Unis, en Chine ou au MoyenOrient… «Nous ne cherchons pas à
créer un monopole, mais simplement à développer la démocratie
culturelle», se défend Monnier.
Vestiges. Culturespaces assure
sa spécificité, et donc son copyright, par «l’organisation d’expositions numériques immersives» à
l’aide d’un «dispositif sur-mesure
qui s’adapte au lieu qu’il investit».
Rien d’autre que la projection sur
grands écrans de tableaux célèbres, dans des vestiges du capitalisme industriel. «Tout le monde
peut projeter des images d’art sur
des murs, de nombreux organismes
le font partout dans le monde,
admet Monnier. Rien qu’à Paris,
cela existe aux Invalides ou sur
Notre-Dame.» Mais il se défend de
toute «exclusivité particulière»,
tout juste soucieux de «développer
simplement l’appellation “de
lumières” afin de créer une cohérence entre nos différents sites».
R.L.
(1) Lors de l’inauguration, les critiques
d’art ont tous tiqué sur le prix d’entrée:
14,50 euros. Culturespaces se défend en
vantant la gratuité de ses audioguides ou
des livrets pour enfants.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Pourquoi certains yaourts
contiennent-ils de la gélatine de bœuf ? L’ONG Food-
watch a dénoncé jeudi la présence de substances animales cachées dans des produits de consommation
courante, dont des yaourts Yoplait. La pratique concerne presque exclusivement les produits 0%: sans
crème de lait, pas d’onctuosité. Il faut donc faire illusion… avec de la gélatine, subterfuge idéal. PHOTO DR
Matignon s’embrouille sur les retraites
Edouard Philippe a
annoncé jeudi matin
vouloir «corriger» la
hausse de CSG pour
300000 foyers. Mais la
mesure ne profitera pas
vraiment à ceux qu’il
avait promis d’aider.
Par
LILIAN ALEMAGNA
L’
opération reconquête des
retraités du gouvernement
est confirmée. Après avoir
fermé la porte à toute réforme des
droits de succession la semaine dernière, l’exécutif va bien faire un
geste sur la CSG dans le prochain
budget. «300000 personnes ne paieront pas [d’]augmentation», a annoncé Edouard Philippe jeudi matin sur France Inter, précisant
l’«effort» annuel que va faire l’Etat
sur ce coup-là : «350 millions
d’euros». Problème: le chef du gouvernement s’est embrouillé dans la
technicité du sujet et risque in fine
de décevoir une partie des petits retraités, touchés cette année par
l’augmentation d’1,7 point de CSG
au 1er janvier. Ceux-là même à qui
Philippe avait promis, au printemps, de «corriger» la perte de 20
à 40 euros par mois pour les pensions les plus modestes. Décryptage
d’une mesure que la majorité devrait adopter cet automne dans le
prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
Qu’a annoncé
Edouard Philippe ?
A Paris, le 15 mars, lors de la journée d’action nationale des retraités, venus défendre leur pouvoir d’achat. PHOTO DENIS ALLARD
«On a choisi de
corriger la situation
qui nous paraissait
la plus inéquitable
et la plus
éprouvante pour
des centaines de
milliers de foyers.»
Certains députés de sa majorité
l’avaient pourtant alerté: en faisant
passer, au 1er janvier 2018, le taux
plein de CSG des retraités de 6,6 %
à 8,3 %, le gouvernement allait se
mettre à dos une grande partie des
Edouard Philippe
aînés. Et pas seulement les plus
aisés… Certes, l’exécutif n’a pas appliqué cette hausse aux pensionnés A force de répéter aux petits retraitrès modestes pour lesquels le taux tés qu’ils ne seraient pas touchés, il
de CSG est resté à 3,8 %. Mais les a oublié de préciser que ceux qui
retraités –ayant un revenu fiscal de sont en couple avec un conjoint aux
référence tout juste supérieur revenus plus importants voient leur
à 14375 euros par an pour un céliba- propre (petite) pension soumise au
taire ou 22 051 euros pour un taux plein de CSG… donc à son augcouple – ont été toumentation au 1er janchés par cette augDÉCRYPTAGE vier 2018. «Nous avimentation. En guise
ons identifié une
de compensation, le gouvernement question technique qui faisait qu’enleur a promis la suppression de la viron 100000 retraités, alors qu’ils
taxe d’habitation. Mais cette der- étaient individuellement en dessous
nière s’étale sur trois ans et sera du seuil […], passaient au-dessus du
complète en 2020.
seuil à deux et donc voyaient une
augmentation de leur CSG», a ainsi
rappelé le Premier ministre jeudi.
Pour «corriger» cette situation, Philippe a annoncé qu’«il faudra être
passé pendant deux ans en continu
au-dessus du seuil […] pour être
frappé par l’augmentation de cette
CSG.» «Il y a 300000 personnes qui
n’auront pas à payer cette augmentation de la CSG dans les années qui
viennent, a-t-il ajouté. Parce que
leurs revenus sont très variables, et
même un tout petit peu variables et
le fait de basculer un tout petit peu
au-dessus du seuil les aurait fortement pénalisés.»
Qu’a prévu en réalité
le gouvernement ?
Dans son intervention, Edouard
Philippe a mélangé beaucoup de
choses… Tout d’abord, son gouvernement ne va pas revenir sur l’augmentation d’1,7 point de CSG. Le
taux plein restera fixé à 8,3 % et le
taux réduit à 3,8 %. Il ne touchera
pas non plus au seuil fixé entre
ces deux taux: seuls les célibataires
qui touchent moins de 1 331 euros
par mois (1 439 euros s’il a plus
de 65 ans) et les couples à moins
de 2042 euros (2200 euros pour les
plus de 65 ans) auront, comme
aujourd’hui, droit au taux réduit
de CSG.
Ce qui change? Le gouvernement va
en quelque sorte «geler» pendant
deux ans le passage du taux réduit
au taux plein de CSG. «Certains retraités ont des revenus autour du
seuil qui, chaque année, connaissent
des variations infimes dues à l’évolution de revenus d’épargne ou locatifs,
précise Matignon. Pour ces gens-là,
le problème ne date pas d’hier, mais
on recevait, chaque année, des courriers d’incompréhension de l’augmentation de leur passage au taux
plein de CSG.» Selon les services du
Premier ministre, «100000 foyers»
– et non pas des «personnes»,
comme l’a dit jeudi matin Edouard
Philippe – sont concernés par ses
«allers-retours» entre les deux taux
de CSG. Les «200 000» autres sont
les foyers qui, précise Matignon,
«franchissent chaque année durablement le seuil de revenu» et auront
donc droit, désormais, à une année
de sursis. «Tous les ans, on aura
donc 300000 entrées évitées», ajoute
l’entourage d’Edouard Philippe.
Pourquoi les retraités risquent d’être déçus ?
Parce que ça ne concerne pas du
tout les cas présentés jusqu’ici par le
Premier ministre. En mars, Edouard
Philippe donnait notamment un
exemple: «Dans un couple [avec] une
petite retraite et une retraite largement au-dessus du seuil […], l’addition des deux retraites fait que vous
passez au-dessus du seuil du revenu
fiscal de référence pour un couple.»
Il fallait –déjà– «corriger» cette situation. Or, avec la solution présentée jeudi, ce couple continuera à
payer plein pot la CSG. Il n’y aura ni
retour sur l’augmentation du
1er janvier 2018 ni passage d’une des
deux pensions au taux réduit.
«On a choisi de corriger la situation
qui nous paraissait la plus inéquitable et la plus éprouvante pour des
centaines de milliers de foyers, c’està-dire les célibataires ou les couples
dont les revenus font du yoyo autour
de ce seuil», défend-on à Matignon.
«C’est une mesure qui évite les accidents, c’est positif, pointe le député
LREM du Doubs, Eric Alauzet. Mais
le problème de ceux qui sont juste
au-dessus du seuil subsiste.» •
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
u 15
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LIBÉ.FR
Racisme en ligne : le gouvernement tapera les opérateurs au portefeuille
Afin de lutter contre les discours de haine qui pullulent sur Internet dans une «relative impunité»,
Edouard Philippe a annoncé jeudi un renforcement
des sanctions financières pour les plateformes fautives face aux contenus haineux, ainsi qu’une accélération des procédures judiciaires.
0805040110
L’Agence du médicament (ANSM) a annoncé
jeudi la mise en place d’un numéro vert pour
«répondre aux interrogations» des patients
traités par Androcur, médicament qui augmente
le risque de certaines tumeurs en cas de traitement
long et à hautes doses. «Ce numéro est accessible
gratuitement du lundi au vendredi de 9 heures
à 19 heures», a indiqué l’ANSM. Elle invite
également les patients «à consulter leur médecin,
sans urgence, pour discuter de l’intérêt de la
poursuite de leur traitement». L’acétate de
cyprotérone, nom générique de l’Androcur (Bayer)
augmente le risque de développer des
méningiomes, une tumeur au cerveau le plus
souvent bénigne.
Bygmalion: nouveau répit pour Sarkozy
Tempête sous les crânes ?
La justice française est engagée dans une course de lenteur à propos des poursuites
pénales visant la campagne
présidentielle 2012 de Nicolas
Sarkozy. Mis en examen en
février 2016, puis renvoyé
en correctionnelle en février 2017 pour «financement
illégal de campagne électorale», il est encore bien loin
d’être jugé. Jeudi matin, la
chambre de l’instruction de
la cour d’appel de Paris –censée statuer sur divers recours
procéduraux déposés par la
défense de l’ancien président – a reporté sa décision
au 25 octobre.
L’audience de plaidoirie
s’était pourtant tenue en mai,
laissant aux magistrats quatre mois de réflexion. Délais
Expertise psy de Marine Le Pen:
une procédure normale
«C’est proprement HALLUCINANT. Ce régime commence VRAIMENT à faire
peur.» La personne qui a
tweeté ceci jeudi matin n’est
autre que Marine Le Pen,
présidente du Rassemblement national (ex-FN), choquée que la justice ait ordonné qu’elle fasse l’objet
d’un examen psychiatrique.
«Je croyais avoir eu droit à
tout : eh bien non ! Pour
avoir dénoncé les horreurs
de Daech par tweets, la “justice” me soumet à une expertise psychiatrique! Jusqu’où
vont-ils aller ?!»
Cette expertise est effectivement ordonnée dans le cadre de la procédure pénale
visant Le Pen pour avoir
posté, en décembre 2015,
des clichés d’exécutions
commises par l’Etat islamique sur Twitter. Elle a été
mise en examen pour «diffusion de message violent,
pornographique ou contraire à la dignité accessible
à un mineur».
L’examen vise notamment à
vérifier «si elle est en mesure
de comprendre les propos et
de répondre aux questions»
et si «l’infraction reprochée
au sujet est en relation avec
des éléments factuels ou bio-
manifestement insuffisants…
Les recours – de forme plus
que de fond, à ce stade de la
procédure – visent un premier vice : l’ordonnance de
renvoi en correctionnelle de
Nicolas Sarkozy ne fut signée
que par l’un des deux juges
d’instruction saisis, le très intransigeant Serge Tournaire,
qui a fait ses classes dans la
traque du grand banditisme
à Marseille. Symboliquement, le tout aussi emblématique Renaud Van Ruymbeke, féru de dossiers
financiers parisiens, s’était
désolidarisé.
Thierry Herzog, l’avocat de
l’ex de l’Elysée, s’est engouffré dans la brèche. Mais
comme Tournaire fut le juge
d’instruction initialement
saisi, avant ajout d’un collè-
gue vu l’ampleur du dossier,
il pourrait avoir le droit de signer seul.
Plus fondamentalement, la
défense de Nicolas Sarkozy
plaide une stricte application
du vieux principe –non bis in
idem – on ne peut être jugé
deux fois pour les mêmes
faits. En rappelant la précédente décision du Conseil
constitutionnel de 2013, annulant ses comptes de campagne pour un dépassement
symbolique de 363615 euros,
soit 2 % au-delà du plafond
autorisé de 22,5 millions, en
prenant prétexte d’une réunion publique du président
sortant –financée par le contribuable– mais déjà en campagne.
Mais dans le volet pénal Bygmalion, il est question de tout
«On voulait manger deux crêpes,
on a mangé deux tartes.»
GEORGIOS
D. l’homme molesté
par Benalla le 1er mai
Marine Le Pen, le 16 septembre. PHOTO REUTERS
graphiques de l’intéressé». A
l’Assemblée, Le Pen a claironné qu’elle ne s’y soumettrait pas: «J’attends de voir
comment le magistrat entend m’y contraindre.» En
pratique, selon une avocate
pénaliste, elle ne risquera
rien à ne pas s’y rendre.
Jean-Luc Mélenchon s’est
lui aussi élevé contre cette
procédure, y voyant une
«psychiatrisation de la décision politique». Les deux
semblent méconnaître la loi:
dans sa partie consacrée à la
procédure applicable «à la
protection des mineurs victimes», le code pénal dispose
que les «personnes poursuivies doivent être soumises à
une expertise médicale».
La procédure est-elle pour
autant pertinente ? «Nous
sommes nombreux à dénoncer la tendance lourde à la
psychiatrisation à outrance
de certaines infractions»
a tweeté une magistrate.
«Lorsqu’on ordonne cette
expertise pour un tweet
d’une personne dont on
n’a aucune raison d’imaginer qu’elle a une pathologie
psy et ne soit pas responsable
pénalement (racisme et indécence ne sont pas une pathologie pénale), figurez-vous
qu’en parallèle, on fait face
à une pénurie d’experts psychiatres» pour des justiciables qui, eux, en auraient
besoin.
FRANTZ DURUPT
Jusqu’à présent, ils s’étaient tus. Le jeune couple tabassé
le 1er mai place de la Contrescarpe à Paris par Alexandre
Benalla, alors conseiller de l’Elysée, n’avait pas donné sa
version des faits. Mercredi, alors que leur agresseur était
entendu devant la commission d’enquête du Sénat, Georgios D., 29 ans, et Chloé P., 30 ans, ont été auditionnés tour
à tour par les juges d’instruction chargés du dossier. Jeudi,
ils ont aussi accordé plusieurs entretiens aux médias. Le
premier au Monde, qui avait révélé l’affaire en juillet.
Ce 1er mai, le couple –elle est graphiste, lui cuistot– avait
décidé de fêter les 6 ans de leur «coup de foudre» à «Mouffetard», où le jeune Grec a travaillé comme serveur. Ils disent
ignorer qu’un comité d’action lycéen organise un apéro
militant rue Blainville, à deux pas de la Contrescarpe. Sur
la place, les terrasses sont pleines. «Des jeunes gens sont
assis par terre, canette à la main, l’atmosphère est calme»,
décrit la jeune femme au Monde. Un cordon de CRS barre
la rue Lacépède, ils tentent de le contourner, sont refoulés
par des CRS qui chargent la foule à coup de lacrymo après
avoir reçu des ballons de baudruche remplis de peinture.
Le jeune homme reconnaît avoir «perdu le contrôle», il jette
une carafe en direction des forces de l’ordre. Sa compagne
fait de même avec un objet –un sous-verre ou cendrier raflé
sur une table. S’ensuit leur tabassage par ce qu’ils croient
alors être un policier en civil: «M. Benalla arrive derrière
moi, m’attrape par la nuque, m’étrangle, me soulève, raconte Georgios. Je reçois un coup à l’estomac, un coup sur
le visage. Il me tient toujours.» Il croit que c’est fini. Mais
non. «Un CRS me frappe derrière les genoux avec sa matraque. Je tombe par terre. Et je reçois un coup de pied final
de M. Benalla, qui m’écrase le thorax.»
autre chose : les montants
en cause (un dépassement
record de 90%, 42,8 millions
d’euros dépensés) diffèrent
singulièrement tout comme
la machinerie financière
(avec notamment des fausses
factures en pagaille).
Dans son ordonnance de renvoi en correctionnelle, le juge
Tournaire avait répondu par
avance à l’argument de la défense : «Le Conseil constitutionnel n’a aucunement fixé,
par une décision qui aurait
autorité de la chose jugée, le
montant des dépenses électorales» du candidat Sarkozy.
Sous-entendu: les deux types
de dépassement n’auraient
rien à voir. La cour d’appel en
jugera peut-être autrement,
en prenant tout son temps.
RENAUD LECADRE
Norme L’Eglise
catholique
opposée à la PMA
Dans un texte publié jeudi
soir, les évêques catholiques
réaffirment leur opposition à
la PMA, y compris pour les
couples
hétérosexuels.
«Aucune souffrance relative
au désir d’enfant ne peut légitimer des procédés de fécondation et des modalités de
grossesse qui s’apparenteraient à une fabrication, une
marchandisation ou une instrumentalisation d’un être
humain», écrivent-ils.
Biodiversité Rugy
dit oui aux ourses
slovènes
Le nouveau ministre de la
Transition écologique, François de Rugy, a confirmé
jeudi à Pau la réintroduction
d’ici à «début octobre» de
deux ourses slovènes dans les
Pyrénées-Occidentales, provoquant la colère des opposants qui ont claqué la porte
d’une réunion sur le sujet.
PHOTO AFP
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16 u
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
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IDÉES/
L’économiste
américain
Raj Patel lit dans
le poulet les abus
et les limites
du système
capitaliste,
dont il retrace
l’histoire depuis
Christophe Colomb.
oubliant qu’ils ont les mêmes techniques et les mêmes ambitions», s’anime Raj Patel en citant Jeff Bezos ou
Elon Musk, nouveaux hérauts de la
capitalocène. Certes, il est question
de coloniser la Lune, mais surtout
de continuer à exploiter le travail
des terriens.
La lenteur de la gauche
Par
THIBAUT SARDIER
«Milliards de carcasses»
Le petit morceau de poulet gras et
pané devient un argument pour critiquer la notion d’anthropocène,
cette ère géologique marquée par
l’influence décisive de l’humanité
sur les phénomènes naturels. Plus
que le rôle de l’homme, c’est celui de
l’économie qui explique notre crise
écologique: «Certains se disent que
l’anthropocène a pour origine le plastique produit par les humains, ou la
radioactivité qu’entraînent nos essais
nucléaires. Mais ils ne pensent pas
au poulet, et aux milliards de carcasses que nous allons laisser à cause de
notre relation au monde, forgée par
le capitalisme. Wall Street est une façon d’organiser la nature», explique
Raj Patel, qui propose de parler de
«capitalocène» pour insister sur la
responsabilité écologique et sociale
du système capitaliste, «qui fait tout
pour ne pas payer ses factures».
STEPHEN WEBSTER . PLAINPICTURE
A
lors que s’ouvre ce vendredi
à Paris la Veggie Pride
– grand raout des végétariens, végétaliens et antispécistes
de tout poil– si on parlait un peu de
viande? Et même d’une bête noire
des opposants à l’exploitation animale : le «nugget ?». Non, ce n’est
pas de la provocation… à condition
de suivre le raisonnement de
Raj Patel. Spécialiste des questions
alimentaires, cet économiste américain publie avec l’historien Jason
W. Moore un essai intitulé Comment
notre monde est devenu cheap. Une
histoire inquiète de l’humanité
(Flammarion, 2018). S’il ne révolutionne pas vraiment la critique du
capitalisme, ce livre accessible et
fort d’une approche historique a le
mérite de mettre en évidence la
combinaison des phénomènes destructeurs qui font la puissance de ce
système économique, et de s’interroger sur la meilleure façon de passer à autre chose. Et pour cela, rien
de tel que des images qui frappent:
«Le nugget est devenu très habituel
dans nos vies quotidiennes. Mais
quand vous y regardez de près, c’est
une chose très bizarre», dit à Libération le chercheur charismatique,
dont les conférences, illustrées à
grands coups de photos de Donald
Trump se bâfrant de KFC, tiennent
un peu du one-man-show.
Le capitalisme tient
dans un nugget
Pour le chercheur, le capitalisme est
une façon d’organiser le rapport des
hommes avec le reste du vivant. Elle
prend la forme d’une recherche permanente du cheap –le «pas cher»–
et agit dans sept domaines que l’on
retrouve tout au long de la fabrication d’un nugget. La création d’espèces de poulets à forte poitrine
mais incapables de voler crée une
«nature cheap», élevée dans des
hangars chauffés au propane,
source «d’énergie cheap». Nourries
au soja subventionné, vendues dans
un système commercial où les aides
de l’Etat sont fréquentes, les bêtes
bénéficient d’un système de dépense publique qui vient au secours
du secteur privé : c’est «l’argent
cheap». Les ouvriers du secteur ont
moins de chance: faiblement payés,
ils forment une force de «travail
cheap» avec faible couverture sociale, symptôme d’un «care cheap».
Avec un peu de chance, il s’agira de
femmes, de pauvres, de gens de
couleur, qui sont autant de «vies
cheap», le tout pour fournir à tout le
monde de la nourriture à pas cher:
«l’alimentation cheap». «Ces sept
formes de cheap résument la façon
dont le capitalisme remet ses crises
à plus tard», résume Raj Patel, qui
rappelle que lorsque ces ressources
cheap se raréfient, on va en chercher d’autres.
La capitalocène a donc commencé
bien avant le nugget. Elle apparaît
dans l’Europe moderne, lorsque
disparaissent les communs, ces ter-
rains agricoles gérés collectivement
par les communautés villageoises,
qui se retrouvent privés de nombreuses ressources et doivent entrer
dans une logique de travail salarié
«cheapisé». C’est aussi l’époque où
la nature cheap de l’Amérique s’offre aux conquistadors, grâce au travail des esclaves. Le livre fait de
Christophe Colomb le symbole de
ce nouveau monde cheap, à rebours
de l’image d’explorateur intrépide
des livres d’histoire. «C’est un connard ! Il a démarré le commerce
triangulaire, ses écrits montrent
qu’il se désole de ne pouvoir évaluer
la valeur des ressources naturelles
qu’il découvre. Mais nous avons
aussi nos Colomb modernes, dont
nous célébrons les exploits en
Comment sortir de plus cinq cents
ans de capitalocène ? Difficile, car
son exploit est d’avoir rendu un produit architransformé comme le
nugget plus abordable qu’un chou
bio. Pour Raj Patel, l’argent cheap
des subventions à l’industrie alimentaire a fait son œuvre : «Il faut
rémunérer le travail correctement
pour avoir ces légumes bio. Or, les
gouvernements ne le subventionnent
généralement pas. C’est un problème
global: 40% de la population mondiale n’a pas les moyens de manger
cinq fruits et légumes frais par jour.»
Payer plus cher –quand on le peut–
pour soutenir les paysans serait
donc une action supplémentaire à
ajouter à nos impératifs écologiques. Mais l’économiste conteste ce
raisonnement qui se focalise sur
l’action individuelle: «On tient pour
responsables les victimes de ce système. Si vous n’avez pas les moyens
de vivre dans Paris et que vous êtes
contraint de prendre votre voiture
tous les jours, vous avez peu de liberté pour entreprendre des changements. Nous essayons donc d’éloigner le langage de cette
transformation individuelle, vers
quelque chose de plus systémique.»
Il regrette la lenteur avec laquelle la
gauche porte ce changement, là où
les initiatives citoyennes semblent
plus actives. Dans le désordre, il cite
Via Campesina, mouvement international de paysans, la Confédération paysanne, Black Lives Matter,
Native Lives Matter… autant de
mouvements dont l’action peut, domaine par domaine, combattre les
piliers du capitalisme «cheap» :
«Changement climatique, racisme,
économie, justice alimentaire… tout
cela fait partie des domaines où il
faut agir.» Réfléchir à l’articulation
entre effort individuel et action collective… avec un nugget pour étendard ? •
RAJ PATEL ET JASON W. MOORE
COMMENT NOTRE MONDE EST
DEVENU CHEAP. UNE HISTOIRE
INQUIÈTE DE L’HUMANITÉ
Flammarion, 2018, 336 pp., 21 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
u 17
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
LA NOUVELLE NEWSLETTER
FOOD
DE LIBÉRATION
Paul Virilio, l’interview
d’avant-Internet
V
Paul Virilio en novembre 2002.
PHOTO DANIEL JANIN . AFP
moins datées que les menus de
Windows 95. S’il ne nie pas le rôle
d’Internet dans la démocratisation du savoir («le citoyen du
monde se fera par l’information
mondiale»), le philosophe refuse
de fermer les yeux sur «l’origine
des technologies». C’est le département de la Défense des EtatsUnis qui a posé, au début des
années 60, les premières bases
du réseau des réseaux. Pour Virilio, à la guerre froide nucléaire
succède «une guerre de l’information» dont le Web est le champ de
bataille. Il décrit alors, de
manière troublante, la dystopie
d’Internet contemporain, avec
d’un côté la suprématie culturelle
des Gafa et de l’autre, la surveillance étatique par la NSA:
«Il faut se méfier de ce mélange :
d’un côté, un investissement
publicitaire [de Time Warner,
Microsoft, Disney] ; de l’autre, un
non-dit sur le plan du contrôle de
l’information par les puissances
militaires.»
Par
VINCENT GLAD
DR
ingt-deux ans plus tard,
c’est un vieux papier
tombé dans l’oubli qui
ressurgit sur les réseaux sociaux.
En 1996, à l’orée d’Internet grand
public, Paul Virilio donnait une
interview à Libé où il appelait à
entrer en résistance contre «la
négativité du progrès (1)». Si cette
interview connaît une seconde
vie sur Twitter à l’occasion de la
mort de l’urbaniste et philosophe, c’est qu’en dépit de son sombre pessimisme, elle apparaît
étonnamment visionnaire. Ce
n’est pas le traditionnel discours
«C’était mieux avant», auquel
nous a habitués Finkielkraut,
mais plutôt un «Ce sera pire
après». Un avant-match avec un
consultant bougon, quelques minutes avant que ne commence la
grande aventure du Web. Il faut
un certain cran en 1996 pour formuler de telles critiques, alors
que le monde découvre, ébahi,
les promesses du World Wide
Web. «Si j’ai pris le masque de
Cassandre, explique l’urbaniste
et philosophe, c’est parce que la
publicité est devenue si forte en
septembre de l’année dernière,
avec la sortie de Windows 95, que
je ne pouvais que mettre un holà à
ce délire publicitaire.»
Paul Virilio, il faut le comprendre, n’est pas contre la technologie et le progrès, mais contre «la
publicité» de celui-ci. Il refuse de
se laisser embarquer dans le mythe communicationnel, ce métarécit qui prospère alors autour
des «autoroutes de l’information». Obsédé par la vitesse et ses
conséquences fâcheuses sur
notre civilisation, Virilio ne peut
que se méfier du discours qui
prospère alors : le monde serait
amené à rapetisser au fur et à
mesure que s’accélère la vitesse
des modems. La publicité télé de
Windows 95, au son de
Start Me Up des Rolling Stones,
célébrant le nouveau village global, synthétise sans doute tout ce
qu’il exècre alors.
Les prophéties de Virilio apparaissent aujourd’hui nettement
Auteur du blog l’An 2000
sur Liberation.fr
Le grand public a découvert la
NSA en 2013 à la suite de l’affaire
Snowden, mais Virilio lance
l’alerte dès les années 90 :
«Il existe de fait un ministère de
l’information mondiale : c’est la
National Security Agency. Internet et la NSA sont liés d’une façon
ou d’une autre. Alors, jusqu’où ira
cette complicité ? Est-ce qu’Internet est le résistant de l’occupation
NSA ? […]. Tout est lié, tout est
branché dans un système de pouvoir mondial, aux mains du Pentagone, et peut-être des Européens demain.» Ce que Virilio
appelle «Internet», c’est plus
exactement le Web, c’est-à-dire
l’interface grand public pour se
connecter au réseau des réseaux.
Le philosophe voit le navigateur
web comme un appât pour attirer
le citoyen dans cette grande toile
sombre aux mains de l’appareil
d’Etat américain. «Internet est un
effet d’annonce pour légitimer
l’ouverture des futures autoroutes
de l’information. Il est de la publicité en acte, un prix de lancement,
très attrayant, et qui, par là
même, piège ceux qui auraient
quelques réserves vis-à-vis de l’information mondialisée.»
Paul Virilio ne croit pas aux promesses démocratiques d’Internet. C’est là encore une critique
de l’accélération du monde qui le
fait pester contre le réseau: «Je ne
crois absolument pas à ce que j’appelle la “démocratie automatique”. Je crois à la réflexion, pas au
réflexe. Les technologies nouvelles
sont des technologies de conditionnement et elles sont redoutables en ce sens qu’elles s’apparentent à l’audimat et au sondage.»
Cette condamnation d’une démocratie du temps réel ne manque
pas d’évoquer le rythme infernal
que Twitter impose aujourd’hui à
l’information.
Si le Virilio catastrophiste de 1996
nous apparaît aujourd’hui pertinent, c’est sans doute que quelques-uns des «accidents» d’Internet qu’il prédisait se sont
déroulés ces dernières années,
abîmant en grande partie notre
techno-optimisme. «Inventer un
objet, c’est inventer un accident.
Inventer le navire, c’est inventer le
naufrage», disait-il. On a inventé
Internet. On a aussi inventé les
scandales Cambridge Analytica
et les écoutes de la NSA. •
(1) «Virilio cyberésistant», Libération
du 10 mai 1996.
POUR DÉGUSTER,
PRENEZ UNE GRANDE
SAUTEUSE ET AJOUTEZ :
Une belle tranche de recettes
(avec ou sans viande)
Un zeste d’histoire(s) râpée(s)
Un filet d’exotique
Une grosse poignée de bons tuyaux :
restos, ingrédients,
boutiques, bouquins...
Un soupçon de photos instagrammées
(à l’appareil photo argentique)
Des épices, des herbes (fumées)
Du maturé, du tajiné, du découpé,
du désossé, de l’embroché,
du snacké, du mi-cuit et du mytho
TOUTES PAPILLES
BIENVENUES
Viandards, flexivores ou vegans,
becs salés ou sucrés, amateurs de vin
- nature, à prix gentil, grandes quilles –
et d’infusions verveine.
PHOTO EMMANUEL PIERROT
Dans un entretien publié dans «Libération»
en 1996, le philosophe et urbaniste, décédé
le 10 septembre, se montrait visionnaire sur
le devenir des «autoroutes de l’information».
Sa thèse sur les «accidents» liés à
l’accélération du monde s’est révélée
particulièrement pertinente.
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18 u
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
IDÉES/
Migrer, une condition
d’existence du vivant
Pas plus qu’il n’existe
d’espèce vivante
migrante en tant que
telle, il n’existe de
population humaine
migrante en soi.
Ce dont nous avons
peur aujourd’hui
n’est que le
mécanisme le plus
banal de l’histoire
de la planète et
de ses habitants.
Par
Gilles Clément Jardinier,
Emanuele Coccia Philosophe,
maître de conférences à l’Ecole
des hautes études en sciences
sociales (EHESS), Antoine
Kremer Généticien, directeur
de recherches à l’unité mixte
de recherches Biogeco à l’Inra
de Bordeaux, Jacques Tassin
Agronome et écologue,
chercheur au Cirad, Sébastien
Thiéry Politologue, coordinateur
des actions du Pôle d’exploration
des ressources urbaines (Perou).
B
iologistes, écologues, généticiens et paléontologues
s’accordent sur un point :
les animaux et les végétaux
répondent aux changements
environnementaux en s’adaptant
ou en ajustant la distribution spatiale de leurs populations. Un tel
ajustement, opéré par une fraction juvénile apte à la dispersion,
procède d’une migration souvent
imperceptible et continue, parfois soudaine, qui refaçonne les
cartes du vivant, en transgresse
les frontières et en brasse les
populations. Les invasions biologiques ont, en ce sens, toujours
représenté une chance pour le
maintien de la vie, face aux sédentarités mortifères. Les migrations sont une condition de
l’existence. L’évolution même est
une forme de migration du
vivant, en quête de formes et de
fonctionnalités nouvelles, mieux
ancrées à un monde qui, toujours, se recompose.
Cette vérité première vaut-elle
cependant pour les hommes ? La
biologie n’est pas la politique, et
l’analogie avec les migrations
humaines en cours est piégeuse.
Ces dernières sont rarement
déclenchées par une dégradation
progressive des habitats usuels,
mais la plupart du temps par des
catastrophes les rendant brutalement invivables. Les peuples
contraints à migrer, aspirant à
des conditions de vie tolérables,
partent non pas vers des espaces
familiers équivalents mais vers
l’ailleurs et l’inconnu de mondes
possiblement meilleurs. Rien de
tel, pour être exact, chez les bêtes
et les plantes qui, à l’instar des
grenouilles et des chênes au
cours des dernières glaciations,
ont suivi tant bien que mal le
glissement de leurs milieux.
Il y a pour autant davantage
qu’une analogie entre les déplacements opérant chez les nonhumains et les humains. Il y a
notamment la promesse d’une
richesse dans la refonte de notre
regard sur les «migrants», terme
ô combien réducteur. Pas plus
qu’il n’existe d’espèce vivante
migrante en tant que telle,
il n’existe de population humaine
migrante en soi. Toute migration
vivante n’est que l’expression
temporelle d’une contingence.
La penser comme autonome, ce
serait précisément en faire une
abstraction, voire assimiler certains peuples malmenés à des
porteurs de gilet de sauvetage.
Derrière le terme de migrant,
il n’y a rien. Derrière l’homme
que le terme désigne, il y a une
traversée du monde. Et derrière
toute jungle, quel que soit l’objet
que désigne ce terme, il y a
l’émergence même d’un monde
en devenir.
Plus que de migration, il est
affaire de milieux que l’on quitte,
d’autres que l’on découvre et
contribue à refaçonner, de
confrontation entre populations,
de postures hostiles ou
accueillantes. Il est affaire de
contextes, de nuances auxquelles
l’idée anxiogène du grand remplacement ou de l’anéantissement possible de nos socles ne
résiste pas un instant. Il est aussi
affaire de richesses nouvelles, de
recombinaisons, de forces
conjointes générant des plans de
recomposition. Il n’y a que des
devenirs, écrivait Jean Borreil
dans la Raison nomade. Ce sont
eux qu’il faut voir.
Le monde d’aujourd’hui est un
vaste jardin créole dont nous
sommes déjà les fruits. Nous
pouvons tenter d’en retarder
l’avènement, d’en dissimuler les
manifestations, de taire les souffrances qu’il recouvre. Nous pouvons aussi alimenter la sidération, fétichiser nos frontières,
nous crisper dans des identités
que contredisent nos existences
multiples, et céder aux dictatures
idéologiques contemporaines
qui, elles, menacent sérieusement d’anéantir le monde. Nous
pouvons en revanche, face à un
mouvement constitutif du vivant
et que rien ne saurait endiguer,
accompagner les transformations en cours en faveur d’un
monde vivable pour tous. Chez
les plantes et les animaux, la
migration assistée d’espèces peu
mobiles et l’enrichissement de la
diversité locale sont déjà entreprises pour faciliter l’adaptation
du vivant à un futur que le changement climatique rend incertain. Penser les migrations
humaines, c’est aussi penser l’accompagnement du vivant. Les
migrations humaines exigent un
dépassement de soi, de la part
des hommes qui s’embarquent
comme de ceux qui voient l’inconnu s’échouer sur leurs rivages. Les expériences réjouissantes dont témoignent nos
concitoyens accueillant des
«migrants» résultent aussi d’un
tel dépassement. Il n’est ni prudent ni fécond de prendre à
rebours le fil même de la vie.
Les migrations invitent à refonder notre monde au-delà de toute
indignation, et à faire commun
sans faire comme un, c’est-à-dire
sans céder à aucune hégémonie
de la peur. Ce dont nous avons
peur aujourd’hui n’est que le
mécanisme le plus banal de l’histoire de la planète et de ses habi-
L'ŒIL DE WILLEM
tants. Il importe désormais de
réintroduire du passé dans notre
futur, de même que du futur dans
notre passé. Avec le changement
climatique, le glissement des
milieux qui a opéré dans le passé
se rejoue sous nos yeux : il emportera plantes, bêtes et Homo
sapiens, sans distinction. Au bout
du compte, un même constat
s’impose : comme pour tous les
autres êtres vivants, qui ne peuvent survivre que dans un milieu
qui, d’une manière ou d’une
autre, en accepte et intègre la
présence et le devenir, l’hospitalité s’avère le seul milieu propice
au devenir de notre espèce (1). •
(1) Ce texte fait suite au colloque sur les
«Brassages planétaires» organisé par
Patrick Moquay, Véronique Mure et
Sébastien Thiéry à Cerisy du 1er au 8 août
avec les contributions de :
Sylvain Allemand, Maxime Aumon,
Serge Bahuchet, Ruedi Baur,
Martin Bombal, Raphaël Caillens,
Cécilia Claeys, Gilles Clément,
Mathilde Clément, Sarah Clément,
Emanuele Coccia, Olivier Darné,
Hélène Deléan, Nicolas Delporte, AnneMarie Fixot, Christian Grataloup,
Antoine Hennion, Olivier Filippi,
Sylvie Glissant, Emmanuelle Hellio,
Antoine Kremer, Yann Lafolie,
Camille Louis, Kendra McLaughlin,
Bulle Meignan, André Micoud, MarieJosé Mondzain, Dimitri Robert-Rimsky,
Adrien Sarels, Jacques Tassin,
Dénètem Touam Bona, Tom Troïanowski,
Bénédicte Vacquerel, Sarah Vanuxem,
et Camille Zéhenne.
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Binaires, non-unissez vous
PHILOSOPHIQUES
Par
SABINE PROKHORIS
Philosophe et psychanalyste
Une femme
des Lumières
Accusée de présenter une pièce sur la destruction
des Amérindiens sans aucun comédien
«autochtone», Ariane Mnouchkine a refusé
de céder aux intimidations. «Kanata» sera bien
montrée et la création intégrera les vifs débats
qu’elle a suscités.
C
e n’est pas par un tweet,
mais par un communiqué
dépliant une argumentation réfléchie et précise, que le
5 septembre, Ariane Mnouchkine
et le Théâtre du Soleil ont annoncé
ceci : les représentations de Kanata, création du metteur en
scène Robert Lepage interprétée
par les comédiens du Théâtre du
Soleil et prévue au Festival
d’automne, ne seront pas annulées (1). Le 21 août, un article paru
dans Télérama expliquait pourtant pourquoi la pièce serait déprogrammée : dans ce spectacle
traitant de la destruction par les
colons de la culture et des populations amérindiennes, nul interprète «autochtone» n’était distribué. Pour rappel, Robert Lepage
avait dû déjà, pour ce même motif,
annuler au Canada la pièce Slav
traitant de l’esclavage, aucun Noir
ne figurant dans la distribution.
Inacceptable «appropriation cul-
candidate, et que je rate mon audition en
tant que membre appartenant à l’une de
ces catégories, cela peut-il valoir pour discrimination sexuelle? Puis-je candidater
comme individu appartenant au groupe
«non binaire» tout en exigeant de jouer des
rôles qui correspondent quand même à
mon sexe biologique –pour poser un geste
subversif et raffiné de déconstruction dans
la déconstruction?
Par
ISABELLE BARBÉRIS
Maître de conférences habilitée à diriger
des recherches en arts de la scène à
l’université Paris-Diderot
DR
L
e 13 septembre, à 16h32, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) de Paris publie sur son
compte Facebook qu’au nom de la charte
égalité femmes-hommes «vous pouvez candidater et choisir la civilité femme, homme
ou non binaire. Vous choisirez alors si vous
souhaitez être auditionné(e) dans des rôles
féminins ou masculins». Il semblait sans
doute trop simple de faire évoluer la logique un peu datée des «emplois» afin d’offrir à tous les candidats la possibilité d’interpréter les rôles de leur choix (ce qui
a priori correspond au métier qu’ils viennent apprendre), y compris en passant par
le travestissement de genre. Une invention
on ne peut plus théâtrale qui n’a pas attendu de théorisation. Bref, se contenter du
théâtre, de ce que sait faire le théâtre. Serait-ce que le CNSAD aurait oublié que
«jouer un rôle» ne signifie pas forcément
avoir le sexe ou le non-sexe de ce rôle?
Qu’Ant-Man n’est pas plus joué par un
homme fourmi que Puck par une créature
féérique?
On pourra toujours se féliciter longuement
des efforts égalitaires, on devra en même
temps s’inquiéter de voir la question du
genre s’effondrer dans le naturalisme des
identités sexuelles, et la démultiplication
des catégories au nom du refus de ces dernières. Mais tout en se laissant éberluer par
les effets pervers d’un jeu complaisamment contradictoire, on pourra s’amuser
de tous les défis lancés à la logique binaire:
faut-il comprendre qu’au lieu d’avoir à se
présenter «en tant que femme» ou «en tant
qu’homme», tout candidat est enjoint tout
de même à s’autostigmatiser comme
«binaire» ou non, en vue de s’inscrire? Si je
DR
Pour avoir le choix
entre rôles féminins
ou masculins,
les commédien·ne·s
du Conservatoire d’art
dramatique «non binaires»
peuvent choisir cette
civilité. Mais ficher ainsi
l’indétermination sexuelle,
n’est-ce pas paradoxal ?
DAVID CHRISTOFFEL
et
Producteur radio, docteur en musicologie
de l’EHESS et compositeur d’opéras parlés
turelle», scellant «l’invisibilité»
des minorités dominées, et redoublant par là même le crime et le
déni dont elles ont été victimes.
«Nous ne sommes pas invisibles et
nous ne nous tairons pas. Nous
avons nos plumes à la main et nous
vous dirons encore et pour longtemps : je suis, NOUS SOMMES»,
lit-on dans une tribune signée par
des «autochtones» et des «soutiens» (2) –bien distingués les uns
des autres, on ne se mélange pas.
«Autochtone» : qui est issu du sol
qu’il habite, n’y est donc pas venu
par colonisation –ou par immigration. Cela établissant non seulement son droit, mais conjointement la pureté de son identité. «De
souche», donc, en termes moins
choisis.
De façon similaire, on se souvient
que Scarlett Johansson a renoncé
à interpréter le personnage d’une
femme transsexuelle (ou transgenre, comme on voudra). Quant
à vous aviser de cuisiner un couscous pour vos amis si vous n’êtes
pas un authentique «racisé», n’y
pensez pas… Michel Guerrin, dans
sa chronique culturelle du Monde (3), a excellemment commenté
ces situations que l’on voit se multiplier par les temps qui courent,
en évoquant un vertigineux roman
de Philip Roth, la Tache.
«Le Ressaisissement»: tel est le titre, résolu et lucide, du texte que,
en accord avec Robert Lepage,
Ariane Mnouchkine et sa troupe
Rejeté, par défaut, dans le «binaire», suis-je
censé me satisfaire de cette assignation
tout de même assez péjorative? Ne vaut-il
pas mieux, même si je suis «cis», m’inscrire
en tant que «non binaire» afin de métacommuniquer sur mon refus de toute assignation, en «retournant le stigmate» (ou, en
l’occurrence, le non-stigmate). Puis-je
m’autodéclarer dans une autre catégorie
que celles proposées? Par exemple, si je suis
«hyper-binaire», «trans-binaire» ou «métabinaire»? Faut-il attendre une parfaite parité, parmi les lauréats entre binaires et
non-binaires? Est-il nécessaire de maintenir une parité 50/50 si les binaires devaient
revendiquer le droit à devenir des minorités comme les autres? Doit-il y avoir compensation rétroactive des discriminations
subies par le passé par une surreprésentation? Puis-je cumuler? Par exemple, pour
bénéficier d’une discrimination positive,
en dehors de la catégorie de «femme non
binaire» qui surpasse toutes les autres par
cumul des statuts d’oppression, vaut-il
alors mieux être un homme non binaire ou
une femme binaire? Pourquoi un homme
ne pourrait-il être auditionné dans un rôle
de femme sans, au préalable, se déclarer
non binaire? Le droit à l’ambiguïté suppose
donc un devoir de fichage de son indétermination sexuelle? Femme, homme ou
non binaire. Qu’est-ce qui peut justifier que
les options soient exclusives entre elles? Si
je coche les trois, au nom de quoi la case
non binaire serait-elle plus significative que
les deux autres? Et, à l’arrivée, si je joue
Phèdre en oralité non clusive, les alexandrins auront-ils encore douze syllabes? •
Isabelle Barbéris, auteure du Nouvel Académisme anticulturel (à paraître aux PUF) et David Christoffel, auteur
de l’anthologie le Sexisme en musique (à paraître aux
éditions de la Philharmonie de Paris).
adressent, en dernière instance et
sans effet de séduction, à un public
qui est –ce que les polémiques ont
systématiquement oublié– destinataire et partenaire de l’œuvre (ici
scénique). Peut-être s’est-elle souvenue de cette parole de Brecht :
«Et la discussion est l’un des niveaux les plus élevés du plaisir de
l’art que puisse atteindre la société.» Car ce qui frappe en premier
lieu dans ce texte admirablement
articulé, c’est sa méthode, et son
ton. S’il défend, avec fermeté et
courage, une position, c’est en
ouvrant la discussion, et non en la
fermant, contrairement au manifeste des censeurs outragés, dont
la dernière phrase affirme, lettres
majuscules en guise d’argument
définitif : «NOUS SOMMES.» Fermez le ban.
Que le souci de la discussion et ses
effets, honnêtement pris en
compte, soient à l’œuvre de bout
en bout dans l’attitude de l’artiste
lumineuse, de la citoyenne, de la
femme engagée que n’a jamais
cessé d’être Ariane Mnouchkine,
preuve en est déjà la modification
du titre de la pièce, désormais
nommée : Kanata –épisode I –
la Controverse. Autrement dit, la
création intégrera les vifs débats
qu’elle a suscités.
En revanche, Mnouchkine ne cède
rien sur un point: la disqualification a priori de ses interprètes –ces
passeurs. Elle argumente sa décision en articulant, sans les confon-
dre, trois plans: juridique, moral,
artistique. Le tout construisant
une position politique, au sens le
plus profond du terme: située dans
l’agora –où l’on rejoint le sens, ancien et actuel, du théâtre dans la
Cité. Politique démocratique: condition d’un débat pluraliste.
Refusant de plier sous les intimidations moralisatrices en usage
dans le néotribunal de l’opinion,
l’artiste citoyenne appelle de ces
vœux un dialogue avec les artistes
– non les censeurs – «autochtones», et s’en remet au futur jugement, éclairé et libre, du public.
Laissons le dernier mot à un ancien Grec-pas-de-souche: «J’aimerais te rapporter les propos d’un
autre barbare. Voyant cinq masques apprêtés […], et n’apercevant
qu’un seul danseur, il se demandait
qui allait jouer les autres rôles.
Quand il apprit que le même danseur les jouerait tous : “J’ignorais
que tu eusses plusieurs âmes en un
seul corps.” Tels furent les mots du
barbare.» (Lucien de Samosate,
Eloge de la danse). •
(1) https://mobile.lemonde.fr/scenes/article/
2018/09/06/ariane-mnouchkine-et-robertlepage-presenteront-bien-kanata-a-lacartoucherie-devincennes_5351301_1654999.html
(2) Le Devoir, 14 juillet.
(3) Le Monde, 31 août.
Cette chronique est assurée en alternance
par Sandra Laugier, Michaël Fœssel,
Sabine Prokhoris et Frédéric Worms.
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20 u
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
La ministre de la Culture,
Françoise Nyssen (à gauche),
avec la réalisatrice Céline
Sciamma (au centre), lors
des Assises sur la parité
au cinéma, jeudi.
Parité
Prophétie
réalisatrice
A l’issue d’assises contre les
discriminations dans le cinéma, la ministre
de la Culture, Françoise Nyssen, a annoncé
un plan d’action proposant notamment
un bonus pour les productions paritaires.
Par
cuisinières) ou subordonnées. En clair, un
réalisateur (masculin) pourra très bien bénéficier de ce coup de pouce financier si, dans son
équipe, il choisit cinq femmes à des postes
n clôture des joyeuses Assises sur la pa- considérés comme stratégiques (direction de
rité, l’égalité et la diversité dans le ci- la photo, son, montage, déco, etc.).
néma français, organisées par le jeune Une femme cheffe contre un peu d’argent
collectif 50-50 durant trois matinées avec le supplémentaire ? Le principe, chaleureusesoutien du Centre national du cinéma et de ment applaudi dans la salle, a quelque chose
l’image animée (CNC), la ministre de la Cul- de dérangeant. «Non, récuse Céline
ture, Françoise Nyssen, a dévoilé jeudi son Sciamma, interrogée par Libération. On est
plan d’action pour provoquer une
toujours choisi pour maintes rai«révolution». Des six mesures an- ANALYSE
sons indémêlables. Mais à aptitude
noncées, la plus frappante est sans
égale, les femmes sont systématiconteste celle qui expérimente pendant l’an- quement moins recrutées dans certaines pronée 2019 l’octroi, via le fonds de soutien ci- fessions techniques que les hommes. Grâce à
néma, d’un bonus de 15 % aux productions cette incitation, les décideurs auront l’idée de
dont les huit postes principaux respecteront tourner la tête et ils découvriront qu’il y a nola parité. L’idée est d’encourager par une aide tamment toute une génération de cheffes opéfinancière les décideurs à former des équipes ratrices talentueuses! Des automatismes vont
plus équitablement mixtes, sans que les fem- être brisés.» Les cinéastes obtiendront-ils
mes soient dévolues à des fonctions tradition- également un bonus s’ils emploient un script
nellement genrées (scriptes, maquilleuses, boy? Encore aujourd’hui, en France, 96% des
ANNE DIATKINE
Photo ALBERT FACELLY
E
scriptes sont des femmes alors qu’aux EtatsUnis, ce métier est très masculin… L’idée
avait été émise.
Ce système de bonus présente l’avantage de
promettre une efficacité sans délai et la pulvérisation des stéréotypes de genre liés
aux métiers. On sait combien tous les métiers
du son restent très majoritairement masculins
(4% de femmes mixeuses). En 2010, Caroline
Champetier nous confiait: «On a longtemps
considéré la caméra comme un objet phallique.
Or une caméra, ça capte, ça reçoit. Même si de
plus en plus de femmes deviennent cheffes op,
elles restent minoritaires et on ne leur confie
pas de gros budgets. On me dit: “C’est parce que
tu choisis de travailler pour des films que tu
respectes et qui ne bénéficient pas de beaucoup
de moyens.” C’est faux! Je serais ravie d’être
moins contrainte à faire des exploits. En
France, nous sommes peu à diriger des équipes
conséquentes.»
ÉCARTS DE SALAIRES
Jeudi, en écho, Céline Sciamma, qui modérait
les débats, s’interrogeait: «Pourquoi les femmes seraient-elles destinées à travailler sur les
films d’auteur en raison de leur sensibilité ?
N’est-ce pas simplement parce qu’ils sont moins
chers?» Et livrait du coup un élément de réponse sur l’évaporation des réalisatrices après
un second film: «Donnez-moi un million et je
filmerai ma chambre. Donnez-m’en vingt, et
c’est l’espace que je filme. Si les femmes ne font
pas de troisième ou de quatrième film, c’est
aussi peut-être parce qu’elles n’ont pas envie de
continuer à filmer leur chambre.»
Les cinq autres mesures promulguées par
Nyssen peuvent sembler couler de source.
L’une consiste à «genrer» les études du CNC
pour mieux informer sur la place des femmes
et rendre obligatoires les statistiques de genre
(équipe technique et masse salariale) dans les
dossiers d’agrément des films. Cela n’a l’air
de rien et c’est un changement radical. Sans
données chiffrées fines systématiques, note
la cinéaste Rebecca Zlotowski (lire ci-contre),
membre du collectif 50-50, «on en était réduit
à évaluer au doigt mouillé la place des femmes.
On pouvait estimer que certes ça allait beaucoup mieux puisqu’on était de plus en plus
nombreuses». Cette augmentation de la cohorte des réalisatrices masque cependant une
réalité injustifiable. Un rapport du CNC met
en effet en lumière qu’entre 2009 et 2014,
l’écart moyen de salaire entre un réalisateur
et une réalisatrice était de… 42 % !
Les cheffes opératrices ne sont pas tellement
mieux loties. Et les scénaristes? Aucune étude
officielle sur les écarts de salaires
hommes-femmes n’existe. Mais un groupe de
scénaristes a mis en évidence, en étudiant tous
les scénarios tournés sur une année précise,
que les femmes étaient payées 27% de moins
que leurs collègues masculins, à budget égal.
Paradoxe: alors qu’elles sont majoritaires dans
les écoles de cinéma et les formations, elles
sont plus nombreuses à quitter la profession
faute de pouvoir en vivre. Si l’on tient à l’éga-
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CULTURE/
«
«Il n’y aura pas d’intrusion
dans le libre-arbitre»
M
lité salariale, mieux vaut être figurant: le
montant du cachet ne diffère que de 2%.
«INVISIBILITÉ»
Tessa Volkine, coprésidente d’une association d’acteurs, l’AAFA, a pris la parole pour
s’interroger sur une autre disparition: celle
de la femme de plus de 50 ans dans les fictions. «Si elles forment 51% de la population
féminine, elles ne sont que 6% à avoir été représentées par des rôles en 2016. Cette invisibilité leur dénie le droit d’exister. Le problème est tellement ancestral qu’il devient
tabou. Et il est le revers de l’enfermement de
la femme jeune comme objet sensuel.» Ap-
plaudissements. Les autres mesures annoncées sont des préconisations: «Veiller
à la mise en valeur des films du patrimoine
réalisés par des femmes. Veiller à la représentation des femmes dans la liste des films
proposés dans les dispositifs à destination
des plus jeunes.» Ce qui suppose de sensibiliser les enseignants et de travailler avec
l’Education nationale. Et la diversité? Si la
question de la représentation des minorités a fait l’objet d’une table ronde animée
par Tania de Montaigne, on ne peut que repérer son absence dans les mesures. Pour
l’instant ? Le rendez-vous de la seconde
édition des assises est fixé à 2019. •
FRÉDÉRIQUE BREDIN, PRÉSIDENTE DU CNC
«IL NE S’AGIT PAS DE QUOTAS, MAIS DE LEVIERS»
«Le CNC accordera 15% de financement supplémentaire aux productions qui observent une parité dans ces postes. […] Il ne s’agit pas de quotas, mais de leviers incroyablement incitatifs. Aujourd’hui, en Europe, deux pays sont à la pointe contre les inégalités dans le cinéma : l’Espagne et la Suède. En Suède, une aide supplémentaire
à la production est accordée pour les films réalisés par des femmes. L’Espagne a choisi
le système d’un bonus. Nous allons dans ce sens en visant les métiers où les femmes
sont le plus souvent minoritaires. Cet effort financier incitera les partenaires privés
à veiller à la composition de leurs équipes. Aujourd’hui, les écoles telles que la Fémis
forment autant de réalisatrices que de réalisateurs. Les réalisatrices ont-elles autant,
et dans les mêmes conditions, la possibilité d’exercer leur art ? Les études que nous
lançons nous permettront, je l’espère, de répondre à cette question.»
Recueilli par A.D. et J.G.
A lire en intégralité sur Libération.fr.
embre du collectif 50 / 50, Rebecca
Zlotowski réagit aux
mesures annoncées ce jeudi
par la ministre de la Culture,
Françoise Nyssen, pour contribuer à l’égalité femmes-hommes dans le cinéma français.
Que vous inspirent ces
annonces ?
On s’éloigne de la question
polémique et clivante du
«quota», qui pose problème
dès lors qu’elle est appliquée
à une sphère créative. C’est un
mot et un principe qui, s’il doit
être débattu, fait facilement
office de repoussoir. Dès lors
qu’on parle de culture et de
création, il nous semble, au
sein du collectif, qu’il est
beaucoup plus productif
d’aller vers une logique d’incitation financière qui entraîne
une modification des usages
et des conservatismes. En
cela, je trouve que le projet,
qui a été mûri en partenariat
avec le CNC, a ce mérite de déplacer cette problématique de
la politique d’inclusion sur un
terrain où il n’y aurait aucune
intrusion dans le libre-arbitre
des auteurs, des créateurs, des
commissions, des sélectionneurs, en cohérence avec la
spécificité de notre industrie.
Comment expliquez-vous
que l’on retrouve, parmi les
projets aidés par l’avance
sur recettes cette année,
beaucoup de réalisatrices
de premiers films, et presqu’aucun du côté des guichets dévolus aux cinéastes
confirmés ?
Il est d’abord nécessaire de
rappeler qu’il fait bon vivre en
France quand on fait du
cinéma tout court, et à un
degré moindre quand on en
fait en tant que femme, si l’on
considère les chiffres dans le
reste du monde où c’est catastrophique. On est dans un endroit extraordinairement protégé. Mais on est encore dans
un système inéquitable, qui et «diversité», or les mesudonne entre autres des bud- res annoncées répondent
gets plus importants aux hom- surtout à des attentes
mes, si bien que la visibilité concernant la première. La
des films réalisés par les fem- diversité, c’est le prochain
mes n’est pas la même en ter- enjeu?
mes d’entrées, de festivals, de En effet. C’est à la fois un sujet
distribution ou de réception à instruire à part, et compcritique, ce qui concoure à un lètement solidaire de ce dont
déficit de reconnaissance. Le on a parlé. Le principe
cinéma n’est pas une science d’inclusion que l’on vise,
dure, mais pour reprendre la l’équité, elle doit s’appliquer
belle phrase de Deleuze: «Pour aussi aux réalisateurs et
rencontrer une œuvre, il faut réalisatrices noirs ou arabes,
avoir une affinité de problèmes par exemple. Mais l’on n’est
avec elle.» Et il est certain que qu’au début. Il s’agit de gagner
si l’écrasante madu terrain en
jorité des déci- INTERVIEW
termes de liberté
deurs qui vont à la
de création, de
rencontre d’une œuvre se res- paradigmes de représentasemblent, il y a fort à parier tion. Et il y a fort à parier
que leurs intuitions et leur qu’une fois que l’on aura
mise sur un film demeurent bougé cette ligne-là, les récits
assez uniformes. Nous vou- et les représentations ne
lons accélérer le changement seront plus les mêmes. Ou
et il faut s’en donner les plutôt, ils s’en trouveront
moyens.
augmentés.
L’intitulé des assises menRecueilli par A.D. et J.G.
tionne «parité», «égalité» A lire en intégralité sur Libé.fr.
Demain
matin,
le monde
aura
changé.
LES
MATINS
DU SAMEDI
7H
-9H
Caroline
Broue
Avec la
chronique de
Jacky Durand
"Les
mitonnages"
© Radio France/Ch. Abramowitz
Pour la cinéaste
Rebecca Zlotowski,
l’incitation
financière à la parité
est une méthode qui
évite la contrainte.
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
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Lisieux dans les Bleues
Marine Johannès La basketteuse normande, aussi
spectaculaire sur le terrain que réservée en dehors, sera
l’une des leaders de la France à la Coupe du monde.
O
n lui ressasse souvent le même épisode: feinte à gauche, faux départ à droite, un pas en arrière pour se retrouver derrière la ligne, shoot, trois points. C’est dans
ce mouvement lumineux qu’est apparue
Marine Johannès, à l’été 2016. En face, désorientée comme un chien courant après
sa queue, Maya Moore, star du basket américain. On est en demi-finale des JO, et une longiligne Normande de 1,78 m et de 21 ans s’enflamme devant des millions
de téléspectateurs. Aujourd’hui, le souvenir reste pourtant
amer: «Je ne m’en souviens pas, le geste m’est venu sur le moment. On a perdu, j’avais autre chose à penser après.»
Entre le déjeuner et la sieste, elle répond à nos questions à mivoix dans le lobby d’un Novotel de la périphérie de Lyon. Elle
avoue avoir du mal avec l’exercice du portrait : «Les médias,
c’est vrai que ce n’est pas la partie que je préfère.» L’équipe de
France se prépare en ce début septembre pour la Coupe du
monde. Trois jours après notre rencontre, on la voit, à Paris,
recevoir des mains de Tony Parker une récompense de joueuse
du match après 16 points contre la Lettonie. Là aussi, elle sou-
rit, mal à l’aise, comme embêtée par les conséquences que provoque son plaisir de jouer. C’est ce qui frappe quand on l’observe sur un terrain. Une audace de cour de récré, qui lui fait
régulièrement tenter, et régulièrement
réussir, des passes dans le dos, des dribbles de playground ou autres shoots à
8 mètres. Ses coéquipières et adversaires
se cantonnent à l’efficacité, elle, élégante et explosive, ajoute
le beau geste. Quand on lui en parle, l’arrière de 23 ans répond
qu’elle ne pense pas prendre plus de plaisir que les autres :
«Je joue mon jeu.»
La sélectionneuse Valérie Garnier penche de notre côté: «C’est
un passage obligé. La première notion quand on pratique un
sport, c’est de prendre du plaisir sur un terrain, et le plaisir
permet de lâcher prise. Marine est toujours là-dedans. A chaque fois qu’elle prend un ballon, elle est dans le plaisir de jouer.»
C’est sa troisième campagne internationale, et Johannès doit
déjà assurer les premiers rôles. En juin 2017, la patronne des
Bleues, Céline Dumerc, a fait ses adieux après une finale perdue à l’Euro. Derrière les aînées Gruda ou Miyem, plusieurs
LE PORTRAIT
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
jeunes ont pris place dans le cinq majeur. «Même si elle n’a que
23 ans, Marine doit commencer à avoir l’expérience d’un cadre,
annonce Garnier. Et agir en conséquence en étant plus constante.»
Prescience ou simple hasard: un mois plus tôt, on s’est perdu
dans le pays d’Auge lors d’une escapade normande, à la recherche d’une cidrerie qui pourrait nous vendre une bouteille
de pommeau passé 19 heures. L’odyssée s’est terminée à Bonnebosq, un village de 700 âmes qui s’articule autour d’une
route décorée de fanions et bordée d’une église, d’une multitude de petits commerces, et de toute une série de baraques
à colombages. On s’est dit que la vie devait y être paisible et
agréable. Marine Johannès confirme, elle y a passé la moitié
de son existence. Son père travaille dans l’immobilier, sa mère,
à la Banque postale. Si certains sportifs d’élite ont été programmés pour la réussite par leurs parents, on en est loin pour
la famille Johannès. «Dès 8 ans, j’ai dit à mes parents que je
voulais devenir basketteuse professionnelle. Ils m’ont laissé
faire. Là, ils sont contents pour moi, ils viennent me voir régulièrement.»
A Bourges, où elle est installée depuis deux ans, elle vit seule,
plutôt casanière. Elle est décrite comme joyeuse, blagueuse,
«une personnalité très, très attachante», d’après sa coach. Pendant son temps libre: sorties resto
entre coéquipières, films «tirés
1995 Naissance
d’histoires vraies» (elle cite le
à Lisieux.
drame sportif The Blind Side),
2016 Signature
r’n’b et famille, encore. Récemà Bourges et demiment, elle s’est «fait plaisir» en
finale des JO de Rio.
s’offrant une Mercedes – en
Septembre 2018
France, une basketteuse internaCoupe du monde
tionale gagne entre 5 000 et
de basket féminin
8 000 euros– mais sinon, elle fait
à Tenerife (Espagne).
attention à ses finances, grâce
aux conseils de ses parents. La native de Lisieux reste aussi très
proche de sa sœur, assistante-comptable à Mondeville. Sur son
poignet gauche, «Sister» est tatoué.
Elle a longtemps rechigné à quitter le domicile familial, passage obligé et souvent prématuré dans le développement des
athlètes de haut niveau. Elle détaille sa carrière comme autant
d’étapes d’éloignement. Elle fait ses débuts à Pont-l’Evêque,
comme un autre international français avant elle, Nicolas Batum. A 12 ans, elle rejoint Mondeville, à côté de Caen. Elle y
fera ses débuts en première division à 16, signera son premier
contrat à 18. Après deux saisons de révélation, Bourges, club
phare, l’appelle. Une première année «de découverte», puis
une deuxième de la confirmation, celle qui vient de s’achever.
La suite, un jour, ce pourrait être les Etats-Unis et la WNBA,
qui se déroule l’été: «C’est un peu un rêve d’y aller, mais il faut
être appelée. Et quand il y aura un choix à faire, ce sera toujours l’équipe de France.» Passionnée de basket américain
depuis toujours, elle a passé des heures devant des DVD de
Michael Jordan, de Jason Williams, roi de la passe aveugle,
ou de Steph Curry, qui a fortement influencé son jeu. Jusqu’à
hériter du surnom de «Stéphanie Curry»: le commentateur
historique du basket, George Eddy la décrit en «copie conforme» du meneur des Warriors avec «sa rapidité, son adresse,
et cette touche de folie». «Elle a des mouvements qu’on voit plus
chez les hommes, ajoute Garnier. Dans le basket féminin, c’est
atypique d’avoir quelqu’un qui crée du jeu.» Marine Johannès
brouille, en quelque sorte, les débats entre basket féminin et
masculin, et leurs différences supposées en termes de spectacle. Elle se fait l’avocate de son sport, même si ses influences
ont plutôt été masculines: «On n’a pas souvent des dunks, mais
on propose d’autres choses, plus tactiques.» Elle a suivi les
récents débats sur les inégalités de répartition des revenus
de la WNBA par rapport à la NBA, et se désole du peu de visibilité accordée au sport féminin en général.
Beaucoup la voient comme l’étincelle qui pourrait mettre le
feu au basket féminin français et le mener vers une notoriété
nouvelle. Les réseaux sociaux s’emballent déjà en mode «alerte
incendie» dès qu’elle enquille les trois points. Le Mondial devrait confirmer la tendance, en attendant la suite. En avril, elle
a été nommée dans la commission des athlètes qui travaillera
sur l’organisation des JO de Paris 2024. Un investissement sur
le futur. Elle, prudente, comme lorsqu’on aborde le sujet politique: «On verra. Il y a plein de choses avant.» Elle joue son jeu,
advienne que pourra! •
Par ADRIEN FRANQUE
Photo BRUNO AMSELLEM.
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1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Barbara, quelle voix ! II. Il a
pris Troie ; Une question de
place III. Une réponse à la
noix avec le premier IV. ; Du
neuf à la coque IV. Rouge
avec le premier III. ; Elle a
un trône sous les fesses et
sur la tête V. Destruction
d’un espace vert VI. Mardi
prochain VII. D’aucun(e)s
l’adorent ; Contraction
préposition/article VIII. Petit
conducteur ; La soldate la
prend volontiers IX. Comme
celui qui aurait mieux fait
de cultiver son jardin ; Les
Provençaux en font un avec
les légumes du jardin X. Chef
XI. Sans chef ; Tête de nègre
9
II
IV
X
Grille n°1020
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Il meurtrit la chair 2. Classe inférieure ; E in english ; Prise d’une traite
3. Elles sont prises dans une avalanche ; Ce qui nous empêche de boire
4. Ce participe passé, synonyme pâli, sonne presque comme un
ministre présent, aux actions pâlottes ; Réalisa 5. Dernier service avant la
fin ; Il faut le marquer ; Mère des Géants 6. Qui manquent de réserve 7. Ne
fus pas dans la réserve ; Aber breton 8. A beurre, breton 9. Juste après
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
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Horizontalement I. ID. LOLITA. II. NEVEU. BEC. III. CURSIF. NC.
IV. AT. TRANSE. V. SÈTE. MAÏS. VI. RO. BITOS. VII. BORSALINO.
VIII. ANTONIONI. IX. YOURCENAR. X. OMET. RAGE. XI. UE. STÈLES.
Verticalement 1. INCAS. BAYOU. 2. DEUTÉRONOME. 3. VR. TORTUE.
4. LESTE. SORTS. 5. OUÏR. BANC. 6. FAMILIÈRE. 7. IB. NATIONAL.
8. TENSIONNAGE. 9. ACCESSOIRES.
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MESSAGE AUX TERRIENS
Je m’appelle la Terre
Et toi…Tu ne sais même pas toute ma colère
Tu tues mes arbres, mes forêts, mes abeilles
T’es qui ? t’es rien.
Tu sembles oublier que sans moi
Tu ne serais même pas né
Je ne pensais pas me réchauffer un jour
De ton manque d’amour.
Tu fais de mes ours, des ours bipolaires
Qui dérivent entre ciel et mer
Avant qu’elle ne fonde, regarde-toi dans une glace,
Terrien, regarde-toi…
Cesse de creuser dans mes entrailles
Accepte la gravité de tes trouvailles
Creuse même le ciel, et cherche-toi un espace
Avant que je ne t’efface.
Je m’appelle la Terre et l’Univers
Un jour a fait de moi ta mère.
Cesse de me punir.
Pourquoi ne veux-tu pas d’une Terre.
D’une « Terre… Happy »…
Au 30 novembre enfin !
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THÉÂTRE D'AUTOMNE
Le 14 septembre, lors d’une répétition de la pièce Infidèles tirée d’un scénario de Bergman par le collectif Tg STAN et la compagnie De Roovers. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI POUR LIBÉRATION
VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2018
La rentrée théâtrale est rythmée
par plusieurs adaptations de
l’œuvre du réalisateur suédois,
dont celles du collectif flamand
Tg STAN. «Libération»
se penche aussi sur «la Nuit des
rois» par Thomas Ostermeier et
«Sambasô» de Hiroshi Sugimoto.
Bergman,
la scène refait le film
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
THÉÂTRE D’AUTOMNE
Infidèles du collectif Tg STAN et de la compagnie De Roovers. Dans le scénario dont la pièce est tirée, le nom de Bergman est associé à un personnage de dramaturge cherchant à
La façon dont le cinéaste
suédois joue sur la
frontière entre fiction
et réalité, acteurs et
personnages, ne pouvait
qu’attirer les metteurs
en scène de théâtre. Les
collectifs belges Tg STAN
et De Roovers ainsi que
Julie Deliquet, avec la
troupe de la ComédieFrançaise, ont plongé.
Dans le puits
sans fond
bergmanien
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u III
Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Dans le cadre du Festival d’automne, le collectif flamand Tg STAN propose deux œuvres de
l’homme de Fårö: Après la répétition et Infidèle. Cette dernière, écrite par Bergman sous
la forme d’un scénario en 1997, a ensuite été
réalisée par une de ses actrices et ex-compagnes, Liv Ullmann. Bergman n’y joue pas mais
son nom est associé à un personnage de dramaturge cherchant à définir une héroïne. Sur
la scène du Théâtre Bastille, c’est ce à quoi le
spectateur assiste dès l’ouverture d’Infidèles
– car Tg STAN et la compagnie De Roovers,
avec laquelle le collectif a collaboré, ont rajouté un s au titre. Au milieu de meublants discrets (lit, canapé, pupitre) qui serviront à
habiller certaines scènes, les comédiens
s’adonnent d’abord à la construction d’un personnage, celui de Marianne (interprétée par
Ruth Becquart). Quel est son caractère? Quelles sont ses origines? Ils construisent ensuite
un environnement. Un mari. Un ami. Puis
un désir. Pour l’ami. Un inceste. Et entament
alors, portés par les caractères de ces protagonistes qui n’existaient pas il y a un instant, une
chute vertigineuse jusqu’à un point qui découragerait de s’unir à quiconque. Cela s’appelle
un divorce, une rupture, un effondrement radical des sentiments dont Bergman trie les débris au scalpel. «Il a vraiment le talent de comprendre parfaitement la nature humaine et
traduire cette connaissance en dialogues», sourit Franck Vercruyssen (l’amant).
«Cruels». Bergman lui-même ne l’écrit pas
définir une héroïne. PHOTO STEF STESSEL
Par
GUILLAUME TION
A
près le printemps Claude Debussy,
voici l’automne Ingmar Bergman.
Le dramaturge et cinéaste suédois
bénéficie pour le centenaire de sa
naissance d’une inflammation d’hommages.
L’amateur ne les trouvera pas sur les plateformes de téléchargement, des tréfonds
desquels son œuvre est quasi absente,
mais au cinéma –où une dizaine de ses films
ressortent– et, surtout, au théâtre. Du Bergman, oui, mais scénique. La vogue de présenter sur des planches ce qui était filmé sur
des plateaux n’est pas neuve (lire Libération
du 28 octobre 2016) mais elle revêt, concernant Bergman, un sens particulier tant
son travail s’interroge sur le sens et la nature
de la représentation. Comment aborder
un auteur à l’œuvre aussi enchevêtrée ?
«Avec Bergman, c’est simple : on plonge
dans un puits sans fond», entend-on. Alors
plongeons.
différemment dans son autobiographie, Laterna Magica: «J’ai le don de me représenter
la plupart des situations existant dans la vie,
je branche mon intuition, mon imagination
et les sentiments justes affluent, ça se colore,
ça s’approfondit.» Chez lui, la recherche du
bonheur insouciant ne dure jamais très longtemps, à l’inverse des blessures que cette recherche engendre. «Je suis toujours impressionné par la façon dont Bergman combine
légèreté, cruauté et autodérision. Il traite de
sujets cruels. Nous sommes cruels. Et en même
temps, on se marre», note Vercruyssen, qui
compare l’auteur à Büchner ou Tchekhov et
qui, avec Tg STAN, a déjà monté une Scène de
la vie conjugale en 2013.
Manier les extrêmes, Bergman fait aussi cela
très bien au naturel. Il se révèle sympathique
–«Dans tous les théâtres où j’ai travaillé un peu
longuement, j’ai eu droit à des cabinets personnels. Ils sont à n’en pas douter mon apport le
plus durable à l’histoire du théâtre.» Mais
aussi assassin –«La belle et géniale actrice a
perdu la mémoire et ses dents et elle est morte
à 50 ans dans un hôpital psychiatrique. Voilà
ce que ça lui a rapporté de vivre sans contraintes.» Il étale ses haines mais aussi ses faiblesses avec un jusqu’au-boutisme analytique
dont il use aussi dans ses films. Une vie de
sentiments à vif, balisée par des crises d’angoisse, d’insomnie et des problèmes de santé
chroniques. «Bergman est fascinant parce que
sa personnalité est contradictoire, complexe,
mais aussi sans fard», analyse le comédien flamand. L’auteur a la monomanie de l’infidélité:
dès qu’il est en couple, il abandonne femme
et enfants et s’enfuit avec sa maîtresse, qu’il
délaisse quelque temps plus tard pour recommencer le processus avec une autre. Il pourrait
rester célibataire et multiplier les conquêtes,
mais il cède toujours à la possibilité de vie partagée dans le cadre du mariage (à cinq reprises), qu’il sait d’expérience se terminer par un
échec. Les moments insouciants des débuts
d’histoire semblent l’aveugler.
Il en va de même avec ses protagonistes, dont
le parcours d’infidélité au théâtre Bastille est
a priori calqué sur la propre vie de Bergman
–une fuite adultère à Paris, en 1951, avec Gun,
une journaliste qui deviendra sa femme.
«C’est la difficulté: si vous voulez la vérité, ne
Le film Infidèle réalisé par Liv Ullmann. PHOTO CLASSIC / NORDISK FILM & TFOND
demandez pas à Bergman ! ai-je lu quelque
part. Son autobiographie est peut-être plus fictive que ses scénarios», explique Frank Vercruyssen. De fait, comédiens et metteurs en
scène qui s’emparent de son œuvre ne savent
jamais vraiment dans quel monde ils s’aventurent. Marianne, l’héroïne d’Infidèles, estelle un personnage original, un avatar de
Paula dans Scènes de la vie conjugale (dont
l’héroïne s’appelle Marianne) ou la transposition fictive de Gun – et si oui jusqu’à quel
point? Quant à la scène affreuse entre le mari
trompé (Robby Cleiren) et sa fille (Jolente
De Keersmaeker), a-t-elle vraiment existé ?
Et pourquoi l’amant force-t-il Marianne à lui
expliquer en détail un épisode crucial de l’histoire alors que dans son autobiographie, Bergman avoue lui-même ne rien savoir? Approcher Bergman, c’est aussi se retrouver devant
une forêt hypertextuelle débouchant sur un
dédale de souterrains sans issue. Se perdre
entre sa bio et ses pièces se révèle aussi plaisant que frustrant.
«En tant qu’acteurs, Bergman nous nourrit
parce que les œuvres sont complexes, que chaque personnage suscite de multiples voies interprétatives», poursuit Vercruyssen. Durant
le travail de répétition, le collectif se retrouve
autour d’une table et discute des intentions,
en comparant différentes traductions. Jolente
de Keersmaeker: «Cela peut dérailler très vite!
Si l’on n’y prend pas garde, on peut perdre le
spectateur, ou alors la pièce peut redevenir une
histoire toute simple. Il faut être vigilants car
nous sommes dans des registres d’émotions extrêmement fins.» Dont, sur scène, le collectif
se sort à merveille, notamment grâce à la subtilité de leur jeu d’adresse: on ne sait fréquemment pas s’ils parlent aux spectateurs, aux
autres comédiens, aux personnages joués par
les comédiens ou à tous en même temps.
Ce réseau d’apostrophes croisées rend les
Tg STAN bergmaniens par nature.
Antre. Monter Bergman, «c’est s’interroger
sur la nature des protagonistes, mais aussi sur
sa propre place», analyse Julie Deliquet, qui
mettra en scène un Fanny et Alexandre à la
Comédie-Française en février prochain. Pour
la metteure en scène, la problématique du rideau est toujours soulevée : de quel côté se
trouve-t-on ? Dans ce roman testamentaire
de Bergman, devenu série télévisée transformée en film, les parents des deux enfants
sont comédiens. Deliquet accroche son travail à cette aspérité: «Cela m’a donné envie de
montrer ce qu’est une troupe comme celle du
Français.» Mais aussi son antre, non pas le
Théâtre dramatique royal de Stockholm jadis
dirigé par Bergman, mais la salle Richelieu
à Paris: «Tout est griffé ici. On dirait qu’il y a
eu des lions en cage. Je veux mettre la scène à
nu avec des gens qu’on ne devrait pas voir. Que
fait une troupe quand on ne la voit pas?» C’est
son rapport avec la tribu théâtrale que Deliquet met en avant : son Fanny et Alexandre
se déroule à l’issue d’une représentation à laquelle les comédiens ont participé. «Ils porteront des costumes, mais on ne sait pas si ce
sont ceux de la pièce qu’ils viennent de jouer
ou si, comme dans Fanny et Alexandre, nous
sommes au début du siècle dernier.» Deliquet
fait donc elle aussi du Bergman : «Je me reconnais dans Fanny et Alexandre. Mais d’un
autre endroit.» Celui placé à l’envers. •
TG STAN INFIDÈLES (avec DE ROOVERS)
jusqu’au 28 septembre, et APRÈS
LA RÉPÉTITION du 25 octobre au
14 novembre, théâtre de la Bastille
dans le cadre du Festival d’automne à Paris.
Rens. : https://www.festival-automne.com/
FANNY ET ALEXANDRE ms Julie Deliquet,
à partir du 9 février à la Comédie-Française.
De la toile aux
planches, suite...
Que ceux qui ne savent choisir entre cinéma et théâtre se rassurent : les adaptations de films ne manqueront (toujours) pas cette rentrée. Pour Bergman,
nous avons failli oublier les Analphabètes, libre adaptation de Scènes de la
vie conjugale au TGP à Saint-Denis à
partir de février. Le Suédois adorait
Tarkovski et Fellini, qui tous deux
déambulaient dans leurs rêves ? La Comédie-Française nous réveillera avec
l’adaptation d’un scénario légendaire
jamais filmé par le maestro italien : le
Voyage de G. Mastorna, mis en scène
par Marie Rémond, à partir du 28 mars.
Au Théâtre Bastille, à Paris, c’est de Visconti et de son Désert rouge que s’inspirent Daria Deflorian et Antonio Tagliarini pour Quasi Niente, du 23 au
31 octobre (Festival d’automne). Visconti, encore et toujours, à l’honneur
d’une reprise de ses Damnés par Ivo
Van Hove à la Comédie-Française le
20 mars, avant de poursuivre une tournée internationale à Londres en juin.
Enfin, Isabelle Adjani, après une première à Namur en février, débutera
le 7 mars au Quai d’Angers la tournée
française des coproducteurs de la mise
en scène par Cyril Teste d’Opening Night de John Cassavetes. G.Ti.
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
THÉÂTRE D’AUTOMNE
Ostermeier,
la «Nuit»
où «tout
le monde
est trans»
Le directeur de la
Schaubühne à Berlin
monte avec la ComédieFrançaise la pièce de
Shakespeare «la Nuit des
rois...» qui multiplie les
jeux de rôle et de genre.
Par
ANNE DIATKINE
T
homas Ostermeier à la Comédie-Française? Une évidence,
du genre de celles qui paraissent se sceller sur un coin de
table en trois minutes. Erreur! La rencontre entre la maison de Molière et le
directeur de la Schaubühne à Berlin
n’aurait jamais eu lieu sans l’attention
prolongée d’Eric Ruf, bien avant qu’il
n’administre la maison de Molière,
pour le travail d’Ostermeier. Le metteur
en scène allemand, convoité par les
grandes scènes internationales, refuse
en effet de n’être qu’un nom sur une affiche qui agrémente une saison. Réciproquement, s’il a choisi de mettre en
scène la Nuit des rois ou Tout ce que
vous voulez, c’est, dit-il, grâce à la
troupe de la Comédie-Française. «J’y
réfléchissais depuis cinq ans, mais ce
n’est pas le type de pièce qu’on peut monter avec n’importe quelle équipe. Notamment parce que les rôles féminins
d’Olivia et de Viola, travestie sous le
nom de Césario, sont redoutables. Viola
nécessite une actrice qui projette sur son
rôle la naïveté, le courage, mais aussi
l’androgynie et l’érotisme. On doit sentir
que sa réponse à la demande amoureuse
d’Oliva ne va pas de soi et qu’elle est profondément troublée par cette femme
amoureuse qui la prend pour un jeune
homme. C’est un cadeau de jouer Viola
[ici Georgia Scalliet, ndlr], mais tant
qu’on n’a pas trouvé l’actrice idoine, on
renonce à monter la pièce.»
Redoutable, la comédie de Shakespeare, créée à Londres au théâtre du
Globe le 2 février 1602, ne l’est pas
moins. Ce n’est pas pour rien que la
première édition de la pièce, posthume, en 1623, porte la dédicace : «A
une grande variété de lecteurs». Manière d’indiquer qu’elle est autant un
casse-tête qu’une comédie grand public. Plus de 400 ans après sa création,
les interrogations littérales de la Nuit
des rois sur la construction de l’identité
sexuelle et du pouvoir percutent de
nouveau. Les jeux de rôle et de genre
où chacun joue à être l’autre, et où personne n’aime celui qu’il croit aimer,
donne le tournis à la manière de deux
miroirs qui se font face et n’en finissent pas de se refléter. Olivier Cadiot,
qui a traduit la pièce de Shakespeare (1)
pour Ostermeier : «Tout le monde est
trans dans cette pièce où rien ne se fixe
jamais, où les jeux de mots circulent
souvent sur trois niveaux, et qui a été
écrite pendant les grandes découvertes
de Galilée, quand la cosmogonie était
bouleversée.» Résumons grossièrement
le début de l’intrigue. Viola, échouée
en Illyrie après un naufrage, se déguise
en jeune homme et prend alors l’apparence de son frère jumeau Sébastien,
qu’elle suppose mort. Olivia, comtesse
du royaume, feint de porter le deuil
pour éviter d’être courtisée et ne pas
subir les avances du duc d’Orsino.
Olivia tombe éperdument amoureuse
de cet étrange jeune homme, Césario,
entré à son service pour plaider la
cause amoureuse d’Orsino. Viola est
obligée de cacher son amour pour
Orsino. Ici, le travestissement, n’est
ni un test, ni un amusement, ni une
expérience, mais un chamboulement
qui produit des effets en cascade sans
retour possible.
On se glisse pendant un cours laps de
temps salle Richelieu, où les acteurs répètent, une semaine avant la première
représentation. Il s’agit moins d’observer le travail que de capter un instantanée, tout en volant des propos à Thomas Ostermeier, Olivier Cadiot, et
Laurent Stocker, qui interprète le rôle
de Sir Toby Haut LeCœur, constamment saoul, mais maître de cette épiphanie: la Nuit des rois ou Tout ce que
vous voulez.
Union homo en Illyrie
Viola est comme nous: quand débute
la pièce, elle ignore tout du pays de son
sauvetage et ce que peut bien être l’Illyrie, figurée sur scène par un banc de sable d’une blancheur de conte de fée
–ou de photos de mode. Quelques palmiers en carton-pâte l’égaient, ainsi
qu’un magnifique néon en étoile en
guise de soleil. Un royaume en trompe-l’œil, vraiment? Ce leurre est cependant situable. L’Illyrie, qui existait
avant d’être annexée par Rome pendant l’Antiquité, recouvre à peu près
l’Albanie actuelle. Ce royaume a l’inconvénient de ne pas avoir laissé de traces écrites. On ignore tout de la langue
des Illyriens. Sur le plateau, c’est un es-
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
Denis Podalydès et
Thomas Ostermeier
lors d’une répétition
de la Nuit des rois
ou Tout ce que vous
voulez.
PHOTO JEAN-LOUIS
FERNANDEZ
titre. La nuit des rois? Qu’est-ce à dire?
La dissolution du pouvoir? Le moment
où tous les chats sont gris? On se souvient que Shakespeare présenta cette
comédie pendant les festivités de l’épiphanie, dédiées au carnaval et au travestissement. L’épiphanie, qu’on continue de fêter par le rituel de la galette
des rois, n’est pourtant pas née avec le
christianisme. «Dans la Rome antique,
dit Laurent Stocker, c’était une fête
païenne où l’on fourrait, dans une
tourte destinée aux esclaves, une fève.
Celui qui tirait la part gagnante devenait pendant un jour entier le maître
de son maître. Soit l’inversion était
tolérée, soit le chanceux était abattu
avant de vivre cette nuit des rois.»
Imprévus garantis
pace tout en frontières qui se poursuit
sous forme d’une fine passerelle légèrement au-dessus des premiers rangs.
«Ne pas blesser les spectateurs en laissant traîner à la verticale son épée»,
s’inquiète un acteur. On ne quitte pas
aisément l’Illyrie car, et «c’était connu
à l’époque de Shakespeare, la région
était infestée de corsaires et de bandits
en tout genre», remarque Laurent Stocker. Totalement occulté aujourd’hui :
dans cette région du monde, entre le
VIe et le XIVe siècle, «le mariage homosexuel catholique et orthodoxe, avec témoins» se pratiquait par un rituel sanctifié par l’Eglise, nous apprend Thomas
Ostermeier. «Les hommes passaient des
mois à la guerre ou sur un bateau et
n’avaient pas envie de se séparer par la
suite.» Le nom de ce mariage ? L’adelphopoiia. Thomas Ostermeier : «Je
pense que Shakespeare a choisi l’Illyrie
pour cette raison.»
Shakespeare a conçu la Nuit des rois à
peu près en même temps que Hamlet,
et le royaume pourri est autant celui du
prince du Danemark que celui d’Olivia,
(Adeline d’Hermy), ou celui d’Orsino
(Noam Morgensztern), remarque Thomas Ostermeier. Selon le metteur en
scène, la conception du personnage
d’Olivia ne sort pas de nulle part. «Elle
est en miroir avec Elisabeth I, qui se disait mariée avec son peuple et qui était
entouré de conseillers qui cherchent à
la contenir et à la neutraliser par des
épousailles. De même que Hamlet est
obligé d’emprunter le masque de la folie
pour survivre, de même Viola est forcée
de se déguiser pour négocier sa destinée.» Le metteur en scène a retrouvé,
dans la pièce, les trois phases théorisées par Judith Butler, à propos du sexe
social, du sexe biologique, et du sexe
dans lequel on se reconnaît. «Ici, il suffit à Viola de porter les vêtements d’un
homme pour être admis en tant que
tel.» Et le dénouement a des airs de famille avec la fin de Certains l’aiment
chaud, le film de Billy Wilder. Personne
n’est parfait.
Débordements d’épiphanie
Tout ce qu’il vous plaira, le sous-titre de
la Nuit des rois, laisse entendre une
équivalence entre les deux termes du
Pendant les répétitions, Ostermeier
avait apporté des raquettes de badminton afin que les acteurs disent leur
texte en se lançant des balles, de manière à l’oublier. Laurent Stocker: «On
ne s’est pas servi des raquettes, mais
toutes les répétitions commencent par
des échauffements et des exercices, ce
qui n’est pas forcément habituel au
Français. Thomas veut que le texte
de Shakespeare surgisse comme si on
l’improvisait.» Les exercices peuvent
être un bâton tenu en équilibre que
les acteurs passent à leur voisin tout
en disant sa partition. «La concentration sur l’équilibre permet de ne surtout
pas penser à la phrase d’après. L’obsession d’Ostermeier, c’est qu’on soit toujours en mesure de surprendre son
partenaire et que même au bout de
la 110e représentation, on évite le pilotage automatique.»
Il y aura donc des scènes improvisées
chaque soir selon l’actualité et les spectateurs. Elles ne sont pas prévues
d’avance. L’intensité, la saisie de l’instant, l’adresse au public : c’est ainsi
qu’Ostermeier relie Shakespeare au
théâtre du Globe, où la troupe, sur une
scène circulaire, était cernée, et le
texte, pas encore fixé. Lars Eidinger,
comédien star d’Ostermeier dans
Hamlet ou Richard III, sait à merveille
jouer ainsi avec l’auditoire. Ici, les moments d’imprévus reviendront essentiellement à Christophe Montenez et
Laurent Stocker, un peu inquiet, qui
sait que cela fonctionnera certains
soirs et pas d’autres. Ostermeier : «Je
me permets de mêler les époques car
selon moi, Shakespeare est l’inventeur
du sampling. Il mêle toutes sortes de
cultures, joue sur différentes strates de
compréhension. Il est postmoderne
et éclectique.» •
(1) Publié chez P.O.L.
LA NUIT DES ROIS
OU TOUT CE QUE VOUS VOULEZ
de WILLIAM SHAKESPEARE
Adaptation et mise en scène de
Thomas Ostermeier, avec la troupe
de la Comédie-Française.
Du 22 septembre au 28 février.
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
THÉÂTRE D’AUTOMNE
quelle plane l’ombre d’Amaterasu,
déesse du Soleil à l’origine de l’humanité et de la famille impériale.
Le motif de l’éclair, utilisé par Hiroshi Sugimoto pour les décors et
les costumes, souligne ces racines
religieuses, que nombre d’interprètes de nô et de kyôgen minimisent
souvent pour ne pas effrayer le public. «Ce sont des images tirées de
ma série Lightning Fields d’il y a
une dizaine d’années. Mais ce sont
des créations artificielles, réalisées
sans appareil photo, dans une
chambre noire. Je ne suis même pas
sûr qu’il s’agisse de photographie à
proprement parler, d’ailleurs. C’est
plutôt un effet spécial. Qui illustre
parfaitement l’idée que je me fais
d’une communication entre les
dieux et les hommes.»
Sambasô. PHOTO ODAWARA ART FOUNDATION
«Lumière tamisée». L’autre
Sugimoto et le kyôgen, comique cosmique
Avec «Sambasô»,
présenté à Paris,
le plasticien et
photographe japonais
tente de revenir aux
origines du théâtre
kyôgen, pendant du
nô, pour «faire du neuf
avec du plus vieux
que vieux».
P
as besoin de connaître sur
le bout des doigts l’œuvre
plastique et photographique de Hiroshi Sugimoto pour savoir que le Japonais est
obsédé par la fin du monde. Sa première grande rétrospective internationale, il y a douze ans, s’intitulait
End of Time et son exposition monographique de 2014 au Palais de
Tokyo, qui mélangeait ses collections d’objets aux vestiges de ses
grandes séries photographiques
(Dioramas, Theaters…), adoptait
le titre poétique Aujourd’hui, le
monde est mort pour imaginer la
terre après la fin de l’humanité.
Faut-il s’étonner alors que Sambasô,
l’une de ses œuvres de prédilection
au théâtre dont il a tiré l’un des
plus fameux spectacles de sa conception –programmé dans le cadre
de Japonismes 2018 et du Festival
d’automne à Paris–, raconte la création du monde ? Réponse au téléphone de l’intéressé, qui accepte
volontiers qu’on le qualifie de pessimiste fondamental, mais réfute la
contradiction: «J’ai plus de 70 ans.
J’arrive dans le dernier âge de ma
vie. Naturellement, je pense beaucoup à l’origine de l’univers et de
la civilisation.»
Relation symbiotique. Un leitmotiv de longue date, est-on tenté
d’ajouter. L’artiste ne confiait-il pas
à Libération en 2014, à propos de sa
série de Seascapes entamée en 1980:
«J’avais l’idée de montrer ce que
le premier homme ou la première
femme voyait en découvrant la
Terre»? Le choix de ces «trois morceaux rituels» qui racontent simultanément la naissance mythique
de l’Etat japonais, du théâtre et
de l’humanité, est en tout cas
significatif dans son œuvre à plus
d’un titre. «Sambasô est l’une des
plus anciennes pièces du théâtre
japonais. Elle ressemble à une tragédie antique. Mais le théâtre grec
est séparé de l’histoire moderne,
parce que la culture européenne
l’a longtemps oublié. Les Japonais
aiment à croire que leurs pièces
sont jouées sans discontinuer depuis
la création du monde et qu’elles
ont un jour été jouées par les dieux.
En réalité, la plupart des œuvres datent sans doute du XVe siècle. Mais
des croyances du néolithique se
retrouvent sans doute dans des
survivances qui en font intégralement partie, comme les danses
cérémonielles.»
Sambasô, dont Hiroshi Sugimoto
dit avoir eu le souvenir grâce à son
ami Mansai Nomura, descendant
de l’une des plus grandes dynasties
d’acteurs au Japon (à laquelle appartiennent également Mansaku et
Yûki Nomura, les deux autres interprètes du spectacle), et superstar du kyôgen. Cette forme comique du théâtre traditionnel
japonais sert en principe à détendre l’atmosphère entre deux
œuvres du nô et entretient avec ce
dernier une relation essentiellement symbiotique. «Le nô fait revenir l’esprit de la mort sur scène. Le
kyôgen est plus vivant et plus humain. Après avoir fréquenté l’esprit
de la mort, les gens ont besoin de
rire des hommes.» Pour autant, rien
de trivial dans cette œuvre sur la-
grand parti pris de mise en scène
choisi par le photographe –dont la
marge de manœuvre créative était
de toute façon limitée par une tradition qui interdit par principe
«les affirmations de soi»– est la lumière, réduite par goût et volonté
paradoxale d’innover. «Le nô et le
kyôgen sont des formes traditionnelles, mais qui n’ont pas arrêté
d’évoluer. J’essaie d’imaginer leur
esprit originel pour en présenter des
versions plus contemporaines.
Ma mise en scène ne décide aucun
des mouvements mais la manière
dont ils sont présentés. Il y a le décor, bien sûr, la forme de la scène et
surtout les éclairages. C’est l’un des
enjeux clés de mon travail avec le
théâtre. Au XIXe siècle, il n’y avait
aucune lumière artificielle. Pour
ma mise en scène, j’ai fait le choix
d’une lumière très tamisée, qui
puisse nous ramener à un état
prémoderne du théâtre. Je sais que
c’est un paradoxe. Faire du neuf
avec du plus vieux que vieux.»
D’avant-hier à demain, du commencement du monde à son achèvement, tout est affaire de boucles
dans l’imaginaire du Japonais,
plus enclin que jamais à se réinventer (sa grande exposition à venir à
Versailles, éparpillée de l’architecture à l’image, devrait en témoigner), mais aussi à se rapprocher
de la culture traditionnelle japonaise.
Rappelons qu’après presque trois
décennies à partager sa vie entre
Tokyo et les Etats-Unis, Sugimoto
passe désormais autant de temps
qu’il le peut dans son pays de naissance, notamment à Odawara,
dans la préfecture de Kanagawa, où
il a fait construire le «dernier acte»
de son œuvre –une maison-fondation au bord de la mer «juste assez
grande pour que je puisse me demander si je vais avoir le temps de
terminer de l’installer avant de
mourir».
OLIVIER LAMM
SAMBASÔ, DANSE DIVINE
jusqu’au 25 septembre à l’espace
Cardin, à Paris, dans le cadre du
Festival d’automne.
Rens. : Théâtre de la Ville.
Exposition au château de
Versailles, du 16 octobre
au 17 février.
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Libération Vendredi 21 Septembre 2018
AGENDA
MOZART HANTÉ
Oubliez Mozart, même si son fantôme est
partout présent : le compositeur Fabrizio
Cassol a adapté le Requiem inachevé à sa
sauce, réinterprété par des musiciens congolais, mais aussi belges, avec des chanteurs lyriques, des instruments amplifiés… Le résultat, superbe, est aussi porté
par une mise en scène à couper le souffle
d’Alain Platel, qui nous fait assister, en vidéo, aux derniers instants de L., une
femme en phase terminale ayant accepté
de montrer ses derniers instants. G.Ti.
sion, l’Opéra de Paris ressuscite Giacomo
Meyerbeer, et monte les Huguenots – c’està-dire du grand opéra (cinq actes, chœur
massif, sujet historique) –, un challenge
pour le metteur en scène allemand Andreas Kriegenburg. Au même moment,
à l’opposée stylistique, le compositeur britannique Michael Jarrell présente au Palais Garnier une commande de l’Opéra
de Paris : Bérénice, sur une mise en scène
de Claus Guth (va-t-il nous téléporter sur
Mars ?) avec Barbara Hannigan dans
le rôle de la future ex de Titus. G.Ti.
REQUIEM POUR L.
de FABRIZIO CASSOL et ALAIN PLATEL
A Colombes le 26 septembre, Limoges le 29
et à Paris (Chaillot) du 21 au 24 novembre.
LES HUGUENOTS de MEYERBEER
Du 25 septembre au 24 octobre à l’Opéra
Bastille. BÉRÉNICE de JARRELL du 26 septembre au 17 octobre au Palais Garnier.
TRILOGIE IRANIENNE
PROLONGATIONS À MARSEILLE
Auteur de fresques symbolistes sur la société iranienne, ce grand admirateur de
Kiarostami ou de Kamel Daoud – dont il a
adapté sur scène le Meursault, contre-enquête en 2016 – présente à Rennes sa
sublime trilogie, dont on découvrait avec
émotion le dernier volet sur l’éducation,
cet été à Avignon. E.B.
Actoral, c’est l’occasion de prolonger à
Marseille la saison des festivals d’été en
plein automne et de siroter son pastis entre la nouvelle création de Rodrigo Garcia
(Pippo y Ricardo) et la danse chamanique
de Dave St-Pierre. Bref, de grosses pointures de la scène internationale (Jan Fabre),
des tournées au long cours qui font étape
(Hate de Lætitia Dosch), de la performance et des installations (Théo Mercier), et du cinéma. A.Gu.
TIMELOSS, HEARING, SUMMERLESS
Texte et ms. AMIR REZA KOOHESTANI
Du 8 au 24 novembre au Théâtre national
de Bretagne.
ACTORAL 18e édition, du 25 septembre
au 13 octobre à Marseille.
BOUGIES À L’OPÉRA DE PARIS
09
10
11
12
18
Réservations sur :
laseinemusicale.com
auditorium
Pleins feux sur l’Opéra de Paris, qui fête
cette saison les 350 ans de l’institution et
les 30 ans de la salle Bastille. Pour l’occa-
MAUSOLÉES ANTICIPÉS
Huit personnes qui ont choisi le suicide
assisté ou l’euthanasie en Suisse imagi-
J CLASSIQUE J
Insula orchestra :
27>29.09
îlot Barock !
Patricia Petibon
Quator Face à Face
Insula orchestra :
05.10
13.10
8/9.11
îlot Zacharias
Patricia Kopatchinskaja
Liat Cohen
Insula orchestra :
15.11
02.12
7>9.12
îlot France/Allemagne
Quatuor Leonis
15.12
J JAZZ J
Carla Bley Trio
24.10
John Scofield Quartet
17.11
Monty Alexander
23.11
Jazzy Poppins
16.12
J WORLD J
Ballaké Sissoko
et Vincent Segal
04.10
Rodrigo Leão
09.10
Noa & Friends
22.11
nent chacune une «chambre de mémoire», petit mausolée anticipé pour
nous dire de quoi elles voudraient
que l’on se souvienne. Une réflexion sur
l’évolution de notre rapport à la mort superbement mise en scène par Stefan
Kaegi et Dominic Huber. E.B.
connaîtraient pas encore son travail un
peu de chair au bruit qui court. A.Gu.
NACHLASS, PIÈCES SANS PERSONNES
de RIMINI PROTOKOLL
Du 6 au 17 novembre à la MC93, Bobigny.
PITCH ÉTERNEL
RACINES DE LA TRAGÉDIE
Un atroce fait divers homophobe, en Belgique en 2012, a fourni au metteur en
scène Milo Rau et à ses comédiens la matière d’un extraordinaire spectacle.
Brillant d’économie et d’intelligence, la
Reprise, Histoire(s) du théâtre est une démonstration de tout ce que peut, et devrait faire, le théâtre, et de «l’acte fondamentalement solidaire» à quoi Milo Rau
entend l’élever. A ne pas rater. É.F.-D.
LA REPRISE, HISTOIRE(S) DU THÉÂTRE
de MILO RAU Du 22 septembre au 5 octobre à Nanterre, Théâtre des Amandiers.
DEUXIÈME CHANCE
Marion Siéfert est une rumeur lointaine.
Depuis près d’un an, on entend ici et là
son nom, mais c’est plus difficile de la
voir. Mais face à l’engouement des initiés,
le Théâtre de la Commune reprogramme
en novembre la seconde pièce de cette
jeune artiste, cette fois-ci estampillée
du bien plus visible label «Festival
d’automne», de quoi donner à ceux qui ne
LE GRAND SOMMEIL
de MARION SIÉFERT
du 7 au 17 novembre au Théâtre de la Commune à Aubervilliers (Festival d’automne).
Le nom d’Alexander Zeldin, jeune auteurmetteur en scène britannique, ne vous dit
probablement rien, mais outre-Manche, il
fait un tel carton que la BBC a passé commande pour adapter sa pièce Love en série
télé. Le pitch est éternel : l’amour qui reste
quand tout est parti. A.Gu.
LOVE d’ALEXANDER ZELDIN
Du 5 au 10 novembre au théâtre de l’Odéon
(Festival d’automne), et du 14 au 16 novembre à Valence.
EFFET DE SOUFFLE
En convoquant sur le devant de la scène
la souffleuse du Théâtre national de Lisbonne, une des dernières, Tiago Rodrigues a imaginé un chef-d’œuvre. Sopro
(souffle en français) est un voyage dans
l’histoire de ce théâtre-là et de tous les
théâtres, succession d’épisodes d’une rare
intelligence qui poussent à son paroxysme la métaphore du souffle sur
scène. L’on met au défi ses spectateurs
de sortir l’œil sec. É.F.-D.
SOPRO Texte et ms TIAGO RODRIGUES
Le 9 novembre à Chelles, du 12 novembre
au 8 décembre au Théâtre de la Bastille
(Festival d’automne).
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Angélica Liddell
Ivan Viripaev
Galin Stoev
Haruki Murakami
Yukio Ninagawa
Édouard Louis
Stanislas Nordey
D’ de Kabal
Isabelle Lafon
Joséphine Serre
photographie Alain Willaume / Tendance Floue
Alexandra Badea
Arthur H
Wajdi Mouawad
Emma Dante
2019
Valère Novarina
www.colline.fr
15, rue Malte-Brun, Paris 20e
métro Gambetta
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