close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Libération - 22 08 2018

код для вставкиСкачать
MERCREDI 22 AOÛT 2018
A l’hôpital Yanhee de Bangkok. PHOTO PASCAL MEUNIER. COSMOS
MAURICE WEISS
2,00 € Première édition. No 11580
ÉTÉ
J’ai testé le
naturisme à
l’allemande
CAHIER CENTRAL
www.liberation.fr
Cinéma
Spike Lee
infiltre le
Ku Klux Klan
Le Média
Guerre de
clans sur
fond d’argent
PAGES 20-23
PAGES 14-15
TOURISME MÉDICAL
BLOC-TROTTERS
Prothèses
de hanches
en Thaïlande,
implants
capillaires
en Turquie
ou chirurgie
esthétique en
Roumanie… Les
soins sont devenus
un business
mondialisé.
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 22 Août 2018
Tourisme
médical
Des opérations
très rentables
ENQUÊTE
Thaïlande, Roumanie, Afrique du Sud… Le marché
des soins à l’étranger, ultracompétitif, explose.
Et l’offre se diversifie au-delà de la simple chirurgie
esthétique: transplantations rénales ou traitements
anticancer sont ainsi proposés, notamment en Inde.
Par
NELLY DIDELOT
D
e la greffe de barbe à
Istanbul, avec logement
en hôtel 4 étoiles (lire pages 4-5), à la transplantation rénale
en Inde, en passant par les implants
dentaires en Hongrie, le tourisme
médical est en plein boom. Et c’est
parti pour durer. Le secteur, qui
pesait déjà 60 milliards d’euros
en 2016 (pour 14 millions de patients), devrait continuer à croître
de 25% par an pendant la décennie
à venir, dopé par le vieillissement
de la population, des transports
toujours plus accessibles et une diversification des soins proposés.
«De nombreux pays, notamment
asiatiques, ont commencé par offrir
des prestations de confort avant de
se diversifier, avec des soins plus sophistiqués, destinés à répondre à des
problématiques médicales plus graves, comme les transplantations rénales ou la chirurgie cardiaque», explique la maîtresse de conférences
à l’université Lyon-III Virginie
Chasles, spécialiste de la géographie de la santé. Si les soins proposés sont de plus en plus variés, les
principales raisons qui poussent à
voyager pour sa santé sont toujours
les mêmes: la réduction des temps
d’attente, et surtout la quête de prix
plus bas. Rien d’étonnant donc à ce
que tout ait commencé avec la chirurgie esthétique, rarement remboursée par la Sécurité sociale, et se
prêtant parfaitement à la marchandisation des soins.
AGENCES SPÉCIALISÉES
Depuis les débuts de cette mobilité
dans les années 90, l’Asie est au
cœur des flux venus de pays développés, notamment l’Inde ou la
Thaïlande, où l’accueil de patients
étrangers est un business à part entière. Dans cette dernière, premier
Etat pour le tourisme médical, le
secteur représente près de 1 %
du PIB. La Thaïlande attire depuis
longtemps les malades avec des prix
très attractifs (environ 70% moins
élevés qu’aux Etats-Unis) et des
soins de grande qualité. Pour
une prothèse de hanche, il faut
par exemple compter environ
42000 euros aux Etats-Unis, contre
moins de 10 000 en Thaïlande.
En 2002, l’hôpital Bumrungrad de
Bangkok a été le premier en Asie à
recevoir la principale accréditation
internationale garantissant la qualité des soins. Aujourd’hui, plus de
la moitié de son chiffre d’affaires
provient des patients étrangers.
L’Inde a, elle, mis en place un visa
médical depuis 2005, délivré à plus
de 230 000 personnes en 2015, venues pour de la chirurgie orthopédique comme pour des traitements
anticancer. «Ces pays ont mis en
place un véritable système d’exportation de soins de santé destiné à
faire rentrer des devises», analyse
le professeur à l’Edhec Loick Menvielle. Ce système fait également les
affaires d’agences spécialisées dans
la programmation des séjours médicaux. La plupart des patients y
font appel pour choisir le pays de
soins, la clinique, et organiser tout
leur parcours sur place, de l’accueil
à l’aéroport jusqu’au suivi postopératoire, en passant par un rendezvous préalable sur Skype avec le
médecin.
«SCALPELS SAFARIS»
Le basculement d’une mobilité
de mieux-être vers le traitement de
pathologies lourdes rend l’aspect
«tourisme» du voyage de plus en
plus anecdotique. Le terme «tourisme médical» a d’ailleurs toujours
été quelque peu abusif. «La motivation première de ces mobilités, c’est
recourir à un soin auquel on n’a pas
accès aussi facilement là où l’on
vit. L’aspect distraction est très secondaire, quand il est présent»,
confirme Virginie Chasles. Certains
pays continuent à miser sur la combinaison des deux, comme l’Afrique
du Sud, qui propose depuis les années 90 des «scalpels safaris», alliant en général opération de chirurgie esthétique, séjour dans un
hôtel de luxe et un modeste safari,
aménagé pour les convalescents.
Une orientation luxe destinée à dédramatiser les soins, mais loin
d’être représentative du profil de
tous ceux qui voyagent pour leur
santé.
Beaucoup ne viennent pas d’Etats
riches et cherchent à l’étranger des
soins inexistants ou inaccessibles
«La motivation
première, c’est
recourir à un soin
auquel on n’a pas
accès aussi
facilement là où
l’on vit. L’aspect
distraction est
très secondaire.»
Virginie Chasles spécialiste
de la géographie de la santé
Libération Mercredi 22 Août 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
Tentation
Une femme subit une
opération de chirurgie
esthétique à Budapest,
en 2012. PHOTO BERNADETT
SZABO. REUTERS
dans leur pays: 80% des étrangers
qui se rendent en Inde pour se faire
soigner viennent du Sud. Parmi
eux beaucoup d’Africains, mais
aussi des patients venus d’Irak ou
d’Afghanistan, où les services
de santé ont été ravagés par les
guerres. «Mais il ne faut pas se leurrer, de telles pratiques ne sont accessibles qu’aux classes les plus aisées»,
tempère Virginie Chasles.
«ACTES PROFITABLES»
Aux Etats-Unis aussi, ils sont nombreux à partir se soigner à l’étranger,
confrontés à des problèmes d’assurance santé. «Cela touche les classes
moyennes, pas les plus pauvres,
mais pas les plus riches non plus. Ce
sont des gens qui s’endettent, qui hypothèquent leur maison pour aller
se faire soigner à l’étranger parce
que ça reste moins cher que chez
eux», explique Loick Menvielle de
l’Edhec.
Pour autant, «le tourisme médical
demeure une mobilité socialement
différenciée, pas un remède aux dé-
faillances de systèmes de santé nationaux», rappelle Virginie Chasles.
Il aurait même plutôt tendance à accroître les inégalités et à laisser de
côté les populations locales les plus
démunies, qui continuent à souffrir
d’un faible accès à la santé publique. L’Inde des cliniques privées, où
tout est prévu pour l’accueil des patients étrangers, est aussi le pays
qui consacre seulement 1,4% de son
PIB à la santé, et où les habitants
paient de leur poche près de 70% de
leurs frais médicaux. Et là-bas
comme ailleurs, les meilleurs praticiens se dirigent souvent vers le
privé, aggravant la pénurie de personnels dans les établissements publics. «Ce système est délétère, il
amène les hôpitaux à se concentrer
sur les actes profitables au détriment des autres, s’alarme Loick
Menvielle. L’accueil de patients
étrangers pourrait contribuer à une
amélioration générale des systèmes
de santé, mais pour cela il faudrait
que ce soit régulé par l’Etat et pas
par le secteur privé.» •
Si vous êtes tenté(e) par le tourisme médical,
lisez des polars, l’envie vous en passera très
vite. Entre l’Indienne Kishwar Desai qui,
avec les Origines de l’amour (2014, éditions
de l’Aube), raconte l’industrie souterraine et
les trafics en tous genres générés par le boom
de la gestation pour autrui (GPA) en Inde,
et l’ex-correspondante de l’AFP en République tchèque Sophie Pons qui, dans les Immortelles de Prague (2017, éditions Lemieux),
dévoile les arrière-cours d’une clinique
de chirurgie esthétique praguoise pour riches
étrangères, il y a de quoi avoir des sueurs froides et y penser à deux fois avant de prendre
un billet d’avion pour une clinique inconnue.
Mais on aurait tort de traiter par le mépris cet
engouement pour le coup de bistouri sous les
cocotiers (ou la chapka). Il correspond à une
vraie évolution de la société entre vieillissement de la population, démocratisation des
transports et essor d’une classe moyenne relativement aisée dans bon nombre de pays.
Au fond, tout le monde est censé trouver son
compte dans cette affaire: le pays hôte, souvent pauvre, qui voit là un moyen de développer son économie (le tourisme médical représente pas moins de 1% du PIB de la
Thaïlande!) et le patient qui peut espérer
avoir accès à un acte chirurgical qu’il ne pourrait pas s’offrir dans son propre pays. Si les
conditions sociales et sanitaires sont respectées et si les patients ne sont pas pris pour des
gogos, pourquoi pas? Le problème, c’est que
l’émergence d’activités lucratives entraîne
souvent l’apparition de profiteurs en tous
genres, et surtout que les prix bas sont rendus
possibles grâce à une pression très forte sur
les salaires et, parfois, sur la qualité des soins
ou des produits utilisés. Attention à prendre
en compte toutes ces données avant de réserver votre bloc. Sans quoi vous risquez de vous
retrouver, non dans un polar, mais dans un
film d’horreur. •
Le prix de quelques interventions
113 000
23 000
En dollars
1 000
PONTAGE
CORONARIEN
REMPLACEMENT
PROTHÈSE
VALVE
DE HANCHE
CARDIAQUE
BY-PASS
GASTRIQUE
MASTECTOMIE
IMPLANTS
MAMMAIRES
IMPLANTS
DENTAIRES
ETATS-UNIS
INDE
THAÏLANDE
SINGAPOUR
MEXIQUE
POLOGNE
ROYAUME-UNI
FRANCE
Source : France Stratégie, mars 2015.
Données OCDE et ATIH (Agence
technique de l’information sur
l’hospitalisation) pour la France
4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 22 Août 2018
Ristourne et
bistouri roumains
«J’
ai payé le voyage à ma
mère jusqu’à Bucarest
pour qu’elle se fasse un
petit rajeunissement», dit d’emblée Marion, jeune cadre française installée en Roumanie.
Avant de faire venir sa mère pour
un peeling et une opération des
paupières, elle a testé les actes
esthétiques «made in Romania».
«Juste quelques injections pour
corriger les rides», assure la trentenaire, conquise.
Avec ses chirurgiens formés à
l’étranger et ses cliniques privées
haut de gamme, la Roumanie est
en passe de devenir la destination
européenne numéro 1 de la chirurgie esthétique. Le pays compte
plus de cliniques que ses voisins
et «tous les chirurgiens avec lesquels nous travaillons sont agréés
par l’ordre des médecins américains. Ils effectuent le même travail que s’ils exerçaient en Occident, où ils ont été formés»,
assure-t-on à l’Association roumaine de tourisme médical. Ils
sont donc de plus en plus nombreux à venir chaque année du
Royaume-Uni, de France, mais
aussi de Suisse, de Suède ou des
pays du Golfe pour un rajeunissement express ou une correction
des petits défauts.
INJECTIONS
CHEZ LE COIFFEUR
L’association l’assure : en 2017,
près de 13000 patients sont passés par son intermédiaire. S’ils
restent majoritairement attirés
par les soins dentaires, 20 %
d’entre eux sont venus pour de la
chirurgie plastique. Mais beaucoup de patients atterrissent à
Bucarest via le bouche à oreille,
sans passer par des agences. Pour
autant, l’essor du tourisme médical n’explique pas à lui seul un tel
boom. Les Roumains ont eux
aussi développé depuis une
dizaine d’années un appétit
pour les opérations esthétiques.
«La demande locale est très forte,
même chez les hommes», explique
Dragos Zamfirescu, de la clinique
Zetta, une des plus importantes
de Bucarest. Président de la Société des chirurgiens plastiques
de Roumanie, il a dressé une
carte des praticiens spécialisés
dans le pays. Sur les 420 exerçant
en Roumanie, 240 pratiquent
dans les 11 hôpitaux publics et la
quarantaine de cliniques privées
de la capitale. «On est dans la
moyenne haute en Europe, l’intervention la plus courante étant
l’augmentation mammaire, dit-il.
Mais on est loin des Etats-Unis ou
de l’Amérique latine.»
Avec la démocratisation des prestations esthétiques, les prix ont
Les actes de chirurgie
esthétique bon marché
profitent aux touristes,
ainsi qu’à un public
local de plus
en plus jeune.
Malgré des praticiens
expérimentés, le risque
de dérives persiste.
chuté. Et beaucoup franchissent
le pas, de plus en plus jeunes.
A 23 ans, Ella a déjà effectué une
dizaine d’interventions. «Au début, je voulais des jambes plus
fines, mais quand on m’a dit que
la graisse pouvait resservir, j’ai
aussi fait les fesses, les pommettes
et les cernes, dit-elle. J’ai été
tellement ravie du résultat
qu’après, j’ai fait les seins, les lèvres et des injections au niveau du
visage.» Avant de tenter de se rassurer : «Attention, ça reste naturel. Si tu n’es pas médecin, tu ne le
vois pas.»
Les dérives ont tendance à se multiplier, telles des injections chez le
dentiste ou le coiffeur. Un phénomène que déplore Dragos Zamfirescu: «Les injections sont trop répandues, souffle-t-il. On est sans
doute champions d’Europe en la
matière. Il faut lutter contre ces
pratiques.» En commençant par
convaincre les patients d’être modérés et responsables. «Les aberrations esthétiques se multiplient.
Prenez la lèvre supérieure: elle est
naturellement plus fine. Mais
beaucoup de patientes, influencées
par les magazines ou la pub, sont
persuadées du contraire.»
Pionnière de la chirurgie esthétique dans le pays, Dana Jianu
ne dit pas autre chose : «Tout le
monde a le droit d’optimiser son
corps, mais attention : les opérations esthétiques à répétition
peuvent entraîner des répercussions psychologiques.» Après s’être
spécialisée à Hambourg, Dana
Jianu a ouvert la clinique Pro Estetica dès 1994, une première en
Roumanie. Depuis, cette spécia-
«Les injections
sont trop
répandues.
On est sans doute
champions
d’Europe
en la matière.»
Dragos Zamfirescu
président de la Société
des chirurgiens plastiques
de Roumanie
liste du rajeunissement «Plasma
riche en plaquettes» (PRP), dit
aussi «lifting du vampire» car il
consiste à injecter son propre
sang dans le visage, connaît un
succès qui va bien au-delà des
frontières roumaines. Mais elle
s’alarme de l’uniformisation des
visages et des corps. «La chirurgie
marketing crée des pseudo-poupées et vulgarise les femmes en les
transformant en objets de
consommation. La chirurgie esthétique, elle, est noble.» Elle s’inquiète aussi des pressions des
patients. «Pour aller plus vite et
leur faire plaisir, on peut brûler
les étapes et cela n’est pas sans
conséquences.» Pas moins de trois
à quatre semaines sont nécessaires, rappelle-t-elle, pour pouvoir
parler de succès dans les interventions complexes, comme l’abdominoplastie. «La chirurgie esthétique demande un suivi
postopératoire très particulier. Le
problème se pose vraiment lorsqu’on parle de tourisme médical.»
S’ACCEPTER
AVANT DE RENTRER
C’est d’ailleurs une des préoccupations de l’Association internationale des chirurgiens plastiques
et esthétiques, dont Dana Jianu
est secrétaire nationale: «Il y a des
risques d’embolie si le patient reprend l’avion. Et que fait-il après?
Qui aller voir en cas de complications ? Il importe de prendre en
compte un temps incompressible
après toute opération. Ou à défaut,
mettre en place un suivi avec un
spécialiste dans le pays d’origine si
le patient repart trop vite après
l’intervention.» Une pratique malheureusement peu courante dans
le tourisme médical.
«J’ai fait une rhinoplastie et une
abdominoplastie. J’ai passé deux
mois sur place et j’en ai profité
pour découvrir un peu la Roumanie», raconte Yaelle. Cette Israélienne de 32 ans a préféré prendre
son temps, désireuse «aussi d’accepter ce nouveau corps avant de
rentrer». Un choix responsable
qui permet un suivi postopératoire de qualité vers lequel
s’orientent d’ailleurs de plus en
plus de candidats, dit-on à l’Association de tourisme médical. Qui
veut croire que la chirurgie esthétique roumaine a de beaux jours
devant elle : «C’est un marché
mondial en constante progression.
En Roumanie en particulier,
puisque les tarifs sont entre 40 % et 70 % moins chers
qu’ailleurs et les matériaux utilisés sont les mêmes que dans le
reste de l’Union européenne.»
IRÈNE COSTELIAN
Correspondante à Bucarest
Istanbul,
le bon implant
Grâce à des prestations
avantageuses, les
transplantations
capillaires rapportent
plus d’un milliard d’euros
à l’économie turque.
C
e ne sont pas les chauves-souris, mais les chauves-touristes
d’Istanbul. On en croise inévitablement dans les parages des nombreux hôtels et restaurants des petites
rues adjacentes à la place Taksim. Un
bandeau de gaze blanc autour de la
tête remplace souvent leur chèche
habituel. Leur crâne est encore piqué
de points rouge sang, parfois violacé
par un hématome. Le haut du visage
– les yeux inclus – est plus ou moins
tuméfié. On les distingue par leur dialecte en arabe : Irakiens, Saoudiens,
Marocains ou autre. Ils ont entre 35 et 55 ans. La plupart du temps,
on les voit attablés ou se promenant
dans les rues avec femme et enfants.
Car ils viennent souvent en famille
afin de prolonger par un séjour touristique l’objet principal de leur
voyage : la lutte contre la calvitie.
Follicules
Les opérations de transplantation
capillaire attirent tous les ans plus
de 100000 hommes, en grande majorité venus de pays arabes, vers les
rives du Bosphore. Parmi lesquels
30000 Saoudiens qui auraient fait le
voyage en 2016. Khaled, 36 ans, est
l’un d’entre eux. Il avait suivi l’exem-
Libération Mercredi 22 Août 2018
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«Plus de la
moitié de la
clientèle est
française»
La Hongrie est la première
destination des Français
pour les soins dentaires,
onéreux et mal remboursés
dans l’Hexagone.
«J
ple et les conseils de son frère aîné et
de deux de ses collègues d’une banque de Jeddah, où il habite. «Cette décision, que j’ai prise après beaucoup
d’hésitations, est l’une des meilleures
de ma vie», assure le Saoudien. «Je
suis soulagé tous les jours en me regardant dans la glace. Avant, le haut de
mon crâne chauve me vieillissait d’au
moins une dizaine d’années. Je sortais
très rarement tête nue», dit celui qui
portait le plus souvent le keffieh
traditionnel, comme la plupart des
hommes du royaume wahhabite.
Visiblement satisfait des résultats de
l’intervention sur sa coiffure, il vante
aussi les conditions d’accueil et de
prise en charge médicale de la
clinique d’Istanbul où il a été opéré.
Sur leur page en arabe, les établissements turcs spécialisés dans
l’implantation capillaire rivalisent
dans la promotion de leurs compétences médicales. Mais aussi de l’offre
de services d’accompagnement à
leurs clients du Moyen-Orient, ainsi
que des assurances et garanties
postopératoires qu’ils proposent. Ils
mettent en avant leur longue expé-
rience, les bons résultats confirmés
par les photos avant-après, les témoignages de ceux qui «leur ont fait
confiance».
Effet d’entraînement
Les forfaits de trois à cinq jours incluent parfois l’hôtel. Le plus souvent, un accueil à l’aéroport et un
chauffeur pour les allers-retours le
jour de l’opération sont également
compris. Sans parler de la visite de
contrôle vingt-quatre à quarantehuit heures plus tard. Les techniques
de l’implantation sont détaillées,
illustrées sur les sites web. Sous anesthésie locale et moyennant une vingtaine d’injections dans le crâne,
il faut compter entre quatre et
sept heures d’intervention, selon
l’importance de la calvitie. On prélève
d’abord les follicules dans les zones
chevelues, souvent à l’arrière de la
tête. Puis on les implante sur le crâne
lisse. «La douleur est négligeable et il
suffit d’un simple analgésique pendant les deux jours suivants pour ne
pas la sentir», vante-t-on dans les
brochures publicitaires.
Le coût varie de 1 000 à 2 500 euros,
en fonction de la clinique et de l’importance de l’opération. «J’ai payé le
tiers de ce qu’on me demandait à Jeddah pour la même intervention, raconte Khaled. Même en comptant le
voyage et le séjour à l’hôtel, je reste gagnant.»
Les prix avantageux des vols en provenance des différentes villes arabes
vers Istanbul, ajoutés au fait que la
plupart des ressortissants de ces pays
n’ont pas besoin de visa d’entrée en
Turquie, contribuent à l’essor sans
précédent des cliniques turques. On
en compte près de 400 rien qu’à Istanbul.
Cette petite chirurgie masculine, devenue une industrie, rapporte plus
d’1 milliard d’euros à l’économie turque. Elle a aussi un effet d’entraînement pour d’autres interventions esthétiques. Les femmes arabes
accompagnant leur mari pour une
implantation capillaire à Istanbul se
laissent ainsi de plus en plus tenter
par une liposuccion des hanches. Ou
une réduction du nez.
HALA KODMANI
En 2013,
la Turquie
accueillait
270 000
touristes
médicaux.
PHOTO MURAD
SEZER. REUTERS
e ne vois aucune prise de risque à
aller au Maroc où les techniques
sont bien rodées, et en plus je ne vois
aucune plus-value d’ordre économique à rester
en France. Le choix est vite fait.» Après une
augmentation mammaire effectuée en France
en 2011, Marie (1) a fait le choix du Maroc pour
une intervention chirurgicale destinée à
corriger l’asymétrie de sa poitrine. Là-bas,
les prestations sont jusqu’à 30 % moins
chères. L’opération qu’elle doit subir coûte 5000 euros à Paris. Tarif auquel s’ajoutent
notamment les frais d’anesthésiste. «Au Maroc, je peux avoir le package comprenant le
voyage, le séjour vacances et l’intervention
pour à peu près 3500 euros», explique Marie,
qui planifie son déplacement directement via
le site web de la clinique. Elle affirme «ne pas
redouter» son suivi postopératoire, qui sera
assuré par des spécialistes français, mais aussi
à distance par sa clinique marocaine.
Comme elle, de nombreux Français recourent
chaque année au tourisme médical. La Hongrie est devenue leur première destination,
tous types d’interventions confondus. Le pays
d’Europe centrale a su tirer son épingle du jeu
en proposant notamment des soins dentaires,
très coûteux dans l’Hexagone, à des tarifs défiant toute concurrence. «Que ce soit pour se
faire poser des couronnes ou des implants, les
Français viennent chez nous pour économiser.
Ils représentent plus de la moitié de notre
clientèle aujourd’hui», explique le directeur
de l’agence Tourisme médical Hongrie, István
Herczeg, spécialement créée à destination du
public francophone.
Difficile de chiffrer précisément le nombre
de Français ayant recours à ces soins. Sur la
seule année 2015, ils auraient été près
de 25000 à se faire soigner les dents dans un
autre pays européen. Selon István Herczeg,
ils sont en effet «des centaines à défiler dans
les cliniques dentaires de Budapest tous les
mois, à une cadence quasi industrielle». Il faut
dire que le voyage est attrayant. Le rapport
qualité-prix serait de prime abord meilleur,
et la Sécurité sociale rembourse les interventions sur les mêmes critères que celles réalisées en France.
Dans l’Union européenne, la prise en charge
est d’autant plus rapide si le patient détient
la carte européenne d’assurance maladie.
En 2015, la croissance du secteur était déjà
de 8 % grâce à ces conditions avantageuses
et ne cesse d’augmenter depuis. Et la pratique
devrait continuer de se développer grâce
au bouche à oreille en France. D’après un
sondage mené en 2014 par l’institut LH2 pour
le compte du Collectif interassociatif sur la
santé (Ciss), un Français sur dix se dit prêt
à franchir le pas. «Le recours à des soins à
l’étranger ne pouvant constituer une réponse
sanitaire satisfaisante, cela rappelle l’urgence
d’une remise à plat des tarifs pratiqués par les
chirurgiens dentistes en France», alertait alors
le Ciss.
ARTHUR LE DENN
(1) Le prénom a été modifié.
6 u
MONDE
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
BIODIVERSITÉ
L’arbre Cespedesia
spathulata ou paco, dans
la région du Pacifique
colombien, le 29 juillet.
Après les
Farc, la paix
de la forêt
Depuis la fin de la guérilla, la Colombie
redécouvre ses territoires inaccessibles. Une
expédition franco-colombienne est partie en
quête de nouvelles espèces dans ce pays à la
flore la plus riche au monde après le Brésil.
REPORTAGE
Texte et photos
ANNE PROENZA
Correspondante en Colombie
U
n sentier grimpe en s’enfonçant dans les verts éclatants
et sombres de la forêt tropicale luxuriante du Choco. La botaniste regarde sa boussole et note sur
son carnet de voyage les coordonnées exactes : N 03º50’36.5’’
et W 076º47’34.5’’, 216 mètres d’altitude, lieu-dit Sistero, rivière Pericos. Nous sommes dans le sudouest de la Colombie, l’un des endroits les plus humides de la planète. Il pleut. L’expédition se met en
marche. Quelques dizaines de mètres plus loin, les exclamations fusent déjà: «Magnifique», «incroyable». Parmi les participants: Lauren
Raz, botaniste de l’Université nationale de Bogotá, fascinée par les
ignames (famille des dioscoréacées)
et leurs feuilles en forme de cœur;
Julio Betancur, du même établissement, passionné de bromélias et
d’héliconias ; Alejandro Zuluaga,
curateur de l’herbier de l’Université
du Valle, spécialiste des anthuriums
et autres aracées; enfin, Vanessa Invernón du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, spécialiste
de la flore méditerranéenne, qui fait
donc sa première immersion en forêt tropicale.
Cette expédition franco-colombienne est partie pendant cinq jours
sur les traces de José Jerónimo
Triana (1828-1890), l’un des plus célèbres botanistes colombiens qui,
entre 1850 et 1856, participa à la
Commission chorographique de la
Nouvelle-Grenade puis mourut à…
Paris. Envoyé en France à la fin
du XIXe siècle par le gouvernement
colombien, il y élabora avec son
confrère français Jules Emile Planchon la première flore de Colombie.
Plus de cent cinquante ans plus
tard, les deux pays collaborent donc
à nouveau pour enrichir le très célèbre herbier Triana, qu’ils conservent tous deux.
EXTASE
L’expédition 2018 est motivée par
l’ère post-conflit dans laquelle est
entrée la Colombie, après l’accord
de paix signé le 24 novembre 2016 entre le gouvernement et
l’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires colombiennes
(Farc). Elle fait partie des 20 expéditions scientifiques montées depuis deux ans par le gouvernement
colombien pour explorer des territoires jusque-là inaccessibles.
Les expéditions du XIXe siècle se faisaient à dos de mule (voire à dos
d’homme) et duraient des semaines.
En 2018, les scientifiques voyagent
en jeep, collectent sur les bords des
chemins ou s’enfoncent à pied dans
la jungle pour des excursions de
quelques heures. L’itinéraire Triana s’exclame Alejandro Zuluaga en
les mène du port de Buenaventura, conduisant sur la vieille route en
sur la côte pacifique colombienne pierre qui traverse de rares villages,
jusqu’à Cali, troisième ville du pays. par où est passé José Triana autreLes routes sont plus ou moins caho- fois. La population, longtemps déteuses et passent par la réserve
placée par le conflit, retourne
naturelle de forêt hupeu à peu sur ses terres. Il
s
r de
mide de Pericos, une
n’y a pas de barrages
Me aïbes
Car
enclave de forêt sèsur les routes, ni
che au-dessus de
militaires ni de la
VENEZUELA
PANAMA
Dagua. Puis, de
guérilla. DésorBuenaventura
nouveau, une fomais, les seules
Bogotá
rêt humide priautorisations à
Océan
Pacifique
maire très bien
demander sont
Cali
conservée dans
celles pour colCOLOMBIE
BRÉSIL
la région d’Anlecter des planÉQUATEUR
chicaya, à l’intétes. Auprès des
PÉROU
rieur du parc natuautorités lorsrel Los Farallones de
qu’il s’agit d’un
200 km
Cali, du nom de ces imparc naturel, ou
menses falaises rocheuses qui cul- des communautés afro-descendanminent à près de 4000 mètres. Sur tes ou indiennes quand on pénètre
tous ces chemins, la paix a repris sur leurs terres.
peu à peu ses droits. «Il y a plus de A la sortie de Buenaventura, dès le
maisons qu’il y a quelques années», deuxième jour, Lauren Raz, ravie,
u 7
Libération Mercredi 22 Août 2018
Carnet
DÉCÈS
L’Institut International de la
Marionnette et son Ecole
Nationale Supérieure des
Arts de la Marionnette ont la
grande tristesse de vous faire
part du décès de
Margareta
NICULESCU
et s’associent à la douleur de
sa famille.
L’inhumation aura lieu le
jeudi 23 août à 14h au
Cimetière du Grand Rulut à
Charleville-Mézières. S’en
suivra un verre de l’amitié à
l’Institut International de la
Marionnette, 7, place
Winston Churchill, à
Charleville-Mézières.
Xiphidium caeruleum, ou «main de Dieu».
Bromélias en fleurs et anthurium.
En Colombie, tout n’est pas rose
Malgré la découverte de
centaines d’espèces depuis
l’accord de paix avec les Farc
fin 2016, la déforestation
menace un fragile équilibre.
L
a Colombie, avec ses plus
de 56330 espèces de plantes et d’animaux, est le deuxième pays le plus riche au monde en biodiversité après le Brésil. Traversé par trois cordillères andines,
bordé de deux océans, le pays comprend
plus de 300 écosystèmes différents, des
sommets enneigés à la forêt tropicale humide en passant par la forêt tropicale sèche,
les déserts et les fameux paramos, cette végétation qui pousse au-dessus de 3000 mètres d’altitude à la hauteur des tropiques. La
Colombie compte aussi le plus d’espèces
est tombée sur ce qu’elle voulait: un
dioscorea, non répertorié jusqu’alors, qui pourrait être une nouvelle espèce d’igname. Elle en avait
trouvé la trace dans une des collections de l’herbier de l’Université de
Valle, un spécimen collecté il y a
trente-cinq ans mais pas encore
identifié. Elle décrit avec passion ces
feuilles si différentes, munies de
cristal de calcium qui, dit-elle, sont
hors du commun…
Au troisième jour, Julio Betancur,
lui, n’a pas hésité à s’enfoncer dans
la jungle pour décrocher, avec un
long coupe-branche, plusieurs
exemplaires d’une fleur épiphyte
rose pâle qui pourrait être aussi une
espèce de bromelia guzmania très
rare. Ou nouvelle. Vanessa Invernón, elle, admire une fougère aux
curieux reflets bleutés. Alejandro
Zuluaga disparaît derrière un anthurium géant. Dans cette forêt
luxuriante, et malgré la pluie conti-
d’orchidées et d’oiseaux au monde. On mesure donc ce qu’il reste à explorer.
Le long et cruel conflit avec la guérilla des
Farc –reconverties en parti politique– qui
a fait en soixante ans 260 000 morts,
60000 disparus et plus de 8 millions de déplacés, a paradoxalement contribué à préserver la biodiversité d’immenses parties
du pays en les rendant inaccessibles. Le
gouvernement a lancé en 2016 le programme Colombia Bio, destiné à explorer
ces «nouveaux territoires». Selon Henry Alterio, gérant de ce programme, «19 expéditions sur les 20 programmées depuis fin 2016
ont permis de découvrir 163 nouvelles espèces de faunes et flores, d’identifier 133 espèces endémiques et 211 qui sont menacées».
Parmi les nouvelles espèces, on compte par
exemple un poisson aveugle évoluant dans
un écosystème caverneux au nord du pays,
nue, les botanistes ne sont pas loin
de l’extase à chaque fleur découverte. Le scientifique retourne la
feuille, ouvre le fruit, soulève les pétales. Il renifle le parfum, étudie la
composition de la plante, reconnaît
les nervures, palpe pour sentir les
textures. Puis, à l’aide de son sécateur (qui, avec le GPS, la loupe, le
carnet et le stylo, fait partie de
l’équipement indispensable), cueille
la plante convoitée, si possible avec
la racine, et toujours avec une fleur
ou un fruit afin de pouvoir la décrire
le plus complètement possible.
TRAVAIL DE FOURMI
Parfois, on tombe sur un trésor.
Comme cette plante qui a survécu
au temps des dinosaures, une gymnosperme qu’on ne trouve que très
rarement à l’état sauvage dans la nature et qui vaut bien quelques milliers d’euros. Ou ce cactus en boule
avec ses deux jolies fleurs roses que
un scarabée sans aile qui vit dans une zone
réduite d’une forêt très conservée ou une
jolie fleur poussant à 2 500 mètres d’altitude, baptisée Elaeagia pascisnascis, en
hommage à la «paix naissante».
Si la plus récente expédition botanique s’est
déroulée en paix, la violence n’a cependant
pas cessé sur l’ensemble du territoire colombien. Non loin, plusieurs groupes armés
se disputent encore le contrôle des routes
des trafics en tout genre –drogue, or–, n’hésitant pas à prendre pour cible les défenseurs de l’environnement. Sans compter la
déforestation qui avance à grands pas avec
le développement de l’agriculture intensive, de l’élevage et des exploitations minières, illégales ou légales. Un monde nouveau
à explorer, mais qui a surtout besoin,
comme l’ancien, d’être protégé…
A. P. (en Colombie)
les cactophiles s’arracheraient…
Mais ici, les plantes récoltées ont
une vocation scientifique: les collections permettent de faire une sorte
d’inventaire botanique de la planète
à plusieurs époques et, ce faisant, de
mesurer la disparition des espèces
ou leur évolution, l’impact du bouleversement climatique. Et d’étudier
ensuite leurs propriétés.
En cinq jours, l’expédition a ainsi
collecté 300 plantes différentes,
multipliées par 3 ou 4 exemplaires
afin de pouvoir les conserver à la fois
dans les herbiers de Paris, de Bogotá
et de Cali. Parmi celles-ci, il y a vraisemblablement quatre nouvelles espèces: une igname, une broméliacée, une aracée et une gesnériacée.
Les scientifiques devront recouper
leurs informations pour s’assurer
que ces espèces n’ont jamais été
identifiées, et les nommer.
Pour cela, il faut encore réaliser un
travail de fourmi. Tous les soirs, les
quatre botanistes s’assoient à même
le sol pour organiser la collecte du
jour. Chaque exemplaire, bien
découpé et nettoyé de mousses ou
de saletés, est disposé sur une
feuille de papier journal. Les plis de
journaux sont ensuite numérotés,
empilés et pressés, puis conservés
dans de l’alcool à cause de l’humidité. Il faut aussi réserver des
échantillons dans de petits sachets
remplis de silice afin de pouvoir en
prélever l’ADN.
L’expédition terminée, reste encore
à faire sécher les piles de spécimens
pressés dans le papier journal dans
des fours, puis enfin les monter en
herbier: chaque plante est cousue
ou collée, numérotée officiellement,
avec une étiquette décrivant le lieu
de la collecte, le taxonomiste, la
date. C’est à ce seul moment que les
spécialistes pourront déterminer
quelles sont les nouvelles espèces
découvertes. •
Vous organisez
un colloque,
un séminaire,
une conférence...
Contactez-nous
Réservations
et insertions
la veille de 9h à 11h
pour une parution
le lendemain
Tarifs : 16,30 e TTC la ligne
Forfait 10 lignes :
153 e TTC pour une parution
15,30 e TTC la ligne suppl.
abonnée et associations : - 10 %
Tél. 01 87 39 84 00
Vous pouvez nous faire
parvenir vos textes
par e-mail :
carnet-libe@teamedia.fr
La reproduction
01 87 39 84 00
carnet-libe@teamedia.fr
La reproduction de nos petites
annonces est interdite
8 u
MONDE
Libération Mercredi 22 Août 2018
LIBÉ.FR
Trump craint d’être accusé de parjure
Dans un entretien publié lundi par Reuters,
Donald Trump dit craindre que son témoignage soit
comparé à ceux d’autres témoins s’il répondait aux questions du procureur
Mueller qui enquête sur l’ingérence russe dans sa campagne de 2016. «Si je
dis quelque chose et que Comey [l’ex-patron du FBI limogé par Trump, ndlr]
dit quelque chose, c’est ma parole contre la sienne, et il est le meilleur ami
de Mueller. Donc Mueller pourrait dire : “Bon, je crois Comey.” Et même si
je dis la vérité, ça fait de moi un menteur.» PHOTO LAURENT TROUDE
PepsiCo rachète
Sodastream,
Israël se fait mousser
Benyamin
Nétanyahou
s’est félicité
de l’acquisition
pour 3,2 milliards
de dollars par
l’américain de
l’entreprise établie
dans le sud du pays
qui propose à ses
clients de fabriquer
leurs boissons
gazeuses.
Par
GUILLAUME
GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
L
e triomphe du technoDavid israélien sur les
Goliath mondialisés et
les appels au boycott. C’est le
genre d’histoire dont raffole
le Premier ministre israélien,
Benyamin Nétanyahou, toujours prompt à rappeler que
les tomates cerises dans nos
sandwichs sont le fruit du génie hébreu, tout comme l’appli Waze qui guide beaucoup
de trajets en voiture. Après le
récent rachat de Mobileye
par Intel pour 15,3 milliards
de dollars (14,33 milliards
d’euros), un record en Israël,
dernier épisode en date dans
la saga de la «start-up nation»
autoproclamée lundi. PepsiCo, géant américain de
l’agroalimentaire (option
junkfood, des sodas aux
chips), s’est offert la société
israélienne Sodastream pour
3,2 milliards de dollars
(2,8 milliards d’euros). Soit la
sixième plus grosse acquisition de la multinationale.
«Low-tech». En rachetant
au prix fort (32% de plus que
sa capitalisation boursière) le
fabricant de machines à gazéifier l’eau («de plate à pétillante en trente secondes!»),
PepsiCo tente d’investir le
marché des produits sains et
écolos, ou présentés comme
tels. Un changement de cap
dicté par Indra Nooyi, patronne sur le départ.
L’ironie est double: il fut un
temps pas si lointain où
Sodastream tentait, telle la
grenouille gonflant ses joues,
de se faire passer pour un rival des titans du soda, les
attaquant dans des pubs si
rentre-dedans qu’elles furent
censurées par les diffuseurs
américains (un spot trappé
lors du Superbowl de 2014 se
concluait sur «désolé Coca
et Pepsi…»). Aujourd’hui,
Sodastream se présente
comme l’alternative aux
boissons riches en sucre, avec
son eau gazeuse et aromatisée
faite maison, qui permet de
«sauver la planète» en se passant de bouteilles en plastique. Et c’est ce qui intéresse
PepsiCo, à la recherche d’une
nouvelle image.
«Cette histoire, ce n’est pas un
succès technologique, c’est un
triomphe marketing, analyse
Shmuel Ben Arie, chef des investissements israéliens pour
le fonds d’investissement
Pioneer Wealth, auteur d’un
rapport sur Sodastream.
Sodastream est une compagnie “low-tech” : elle a pris
un produit séculaire et l’a
rendu branché.» L’invention
des machines à cartouches
de gaz carbonique remonte
à 1903, bien loin du ProcheOrient. Une création de la famille Gilbey, distillateurs britanniques, qui avaient perçu
l’attrait universel du gin tonic. Les machines, déjà baptisées Sodastream et réservées à l’élite (dont la famille
royale), connaissent un pic
de popularité dans les an-
nées 70-80 avant de tomber
en désuétude. La société
passe de main en main jusqu’à son rachat par son distributeur israélien en 1998. La
production est alors rapatriée en Israël, ou plutôt en
Cisjordanie occupée, où est
construite sa principale usine
dans la colonie de Maale
Adumim.
Au bord de la faillite en 2006,
Sodastream est sauvée par
des fonds israéliens et l’arrivée aux manettes de Daniel
Birnbaum, son PDG actuel. Ce
transfuge de Nike insuffle les
revirements stratégiques et la
com agressive tout en chutzpah (culot censément typiquement juif) pour laquelle
Sodastream est aujourd’hui
reconnue. La compagnie regagne des couleurs, notamment en Allemagne et en
Scandinavie, mais se heurte
au mouvement propalestinien Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS).
Renaissance. Pour ces activistes appelant au boycott
des produits israéliens,
Sodastream est une cible de
choix car implantée dans les
Territoires occupés. En 2014,
une campagne de BDS force
l’ambassadrice de la marque,
l’actrice Scarlett Johansson, à
quitter l’ONG Oxfam. L’action
en Bourse de l’entreprise s’effondre, le BDS crie victoire.
«Sodastream était très mal,
rappelle Shmuel Ben Arie. Le
seul marché qu’il leur restait
était l’Allemagne. Birnbaum
a alors compris que ce que les
gens achetaient, ce n’était pas
des bulles, mais un narratif.»
Pragmatique, le PDG israélien
En 1998, la production est
rapatriée en Israël, ou plutôt
en Cisjordanie occupée,
où est construite sa principale
usine, dans la colonie
de Maale Adumim.
Un Palestinien employé dans une usine Sodastream (désormais fermée) dans la
colonie de Maale Adumim, près de la Cisjordanie, en janvier 2014. M. KAHANA. AFP
ferme l’usine de Maale Adumim («un nid à emmerdes»,
dit-il), quitte à licencier,
comme il le soulignera, 500
de ses employés palestiniens.
Il délocalise la production
dans le Néguev, dans le sud
d’Israël, où un tiers des
ouvriers sont aujourd’hui
d’origine arabe bédouine. Birnbaum recentre l’image de la
marque, avec notamment des
arômes plus fruités et «sains»
que ceux proposés jusqu’alors. Début de la renais-
sance. En 2017, les appareils
Sodastream sont distribués
dans 45 pays, pour un chiffre
d’affaires relativement modeste de 534 millions de dollars. «Ce qui intéresse PepsiCo,
c’est leur savoir-faire, les machines bon marché [vendues
environ 60 euros en France,
ndlr], ajoute Ben Arie. Coca a
investi 1 milliard de dollars
pour développer ses propres
machines, mais le produit final lui coûtait le double.» Nétanyahou s’est félicité de «la
décision importante de garder l’entreprise en Israël».
PepsiCo a en effet promis le
maintien des usines dans le
pays pour quinze ans. «On
peut en douter, relativise Ben
Arie. Clairement, le but est de
massifier la production pour
le marché américain et européen, ce qui paraît difficile
à faire d’Israël. On peut s’attendre à ce que la production
locale diminue, d’autant que
le cœur de la compagnie ne
sera plus ici.» •
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
u 9
Facebook Messenger dans le
viseur de la justice américaine
Comme un air de déjà-vu. Deux ans
après la bataille très médiatisée d’Apple contre le FBI autour
du chiffrement (ou «cryptage») des smartphones, c’est
désormais Facebook qui est dans le viseur du département
américain de la Justice, lequel veut pouvoir mettre
sur écoute des conversations vocales passées
avec l’application Messenger.
L’enquête du New York Times
a fait l’effet d’une bombe :
dans un article publié dimanche, le quotidien américain
faisait état d’un accord financier conclu en avril entre l’actrice Asia Argento et Jimmy
Bennett, jeune comédien et
musicien américain qui l’accusait d’agression sexuelle
en 2013. Jusque-là silencieuse, la figure de proue du
mouvement #MeToo a pris la
parole par le biais d’un communiqué mardi pour nier
«toute relation sexuelle» avec
ce jeune homme de vingt ans
son cadet qu’elle avait connu
en 2004 lors du tournage de
l’un de ses films, le Livre de
Jérémie, dans lequel Jimmy
Bennett incarnait son fils.
Asia Argento, qui fut parmi
les premières à dénoncer les
violences sexuelles commises
par le producteur américain
Harvey Weinstein en octobre,
dit dans ce texte rejeter «le
contenu de l’article publié par
le New York Times qui circule
dans les médias internationaux» et dénonce des «persécutions». «Je suis profondément choquée et frappée en
lisant des informations absolument fausses», poursuit
l’actrice, qui précise «ne pas
avoir d’autre choix que celui
de s’opposer à tous les mensonges et de se protéger de toutes
les manières». L’actrice et réalisatrice ne nie pas avoir versé
de l’argent à Jimmy Bennett,
mais elle assure l’avoir fait
pour l’aider financièrement à
un moment où il en avait besoin. Dans son enquête, le
journal américain précise
ROBERTO FRANKENBERG
Agression sexuelle: Asia Argento réfute
avoir reçu un certain nombre
de documents via un mail
crypté envoyé par une source
anonyme. Parmi eux figure
l’accord qui aurait été conclu
en avril entre Asia Argento et
Jimmy Bennett.
L’acteur, âgé de 22 ans, assure
avoir été agressé sexuellement par la comédienne un
jour de mai 2013, dans une
chambre d’hôtel de Los Angeles où ils avaient un rendezvous professionnel.
Dans l’Etat de Californie, tout
rapport sexuel avec un mineur (la majorité y est fixée
à 18 ans) est considéré comme
illégal si les protagonistes ne
sont pas mariés. En novembre, les avocats de Bennett
auraient, selon le New York
Times, signifié leur intention
d’engager des poursuites, réclamant à l’actrice 3,5 millions de dollars (3 millions
d’euros) de dommages et intérêts. Le deal qui aurait été
conclu portait sur le versement de 380000 dollars et la
non-divulgation d’une photo
prise ce jour-là. En revanche,
aucune clause de confidentialité n’y figurait.
VIRGINIE BALLET
Lâchage Sans le Salvador, Taiwan
de plus en plus isolé face à la Chine
Avec la nouvelle perte d’un allié diplomatique, Taiwan voit
sa représentation internationale se réduire comme peau
de chagrin. Mardi, le Salvador a officiellement établi des
relations avec la Chine, devenant depuis l’élection de la présidente autonomiste taïwanaise, Tsai Ing-wen, en janvier 2016, le cinquième Etat à faire défection. La reconnaissance de la Chine populaire par le Salvador met fin à
cinquante-huit ans d’alliance entre le pays d’Amérique centrale et Taipei, où les nationalistes de Tchang Kaï-chek se
sont repliés en 1949 après avoir perdu face aux communistes de Mao Zedong. Si l’île n’a jamais formellement demandé l’indépendance, elle se gère d’une façon autonome
et bénéficie de tous les attributs d’une démocratie.
Comme elle le fait à chaque défection, la présidente Tsai
Ing-wen a regretté mardi la fin des relations avec le Salvador. En froid avec les autorités chinoises qui cherchent à
réintégrer l’île dans son giron, Tsai Ing-wen a dénoncé les
«pressions» répétées de Pékin, qu’elle accuse d’être une
«menace pour la paix dans le détroit» et la cause d’une
«grave instabilité mondiale. […] La force de l’offensive de
la Chine contre la souveraineté de Taiwan est sans précédent». Fin juin déjà, elle avait raconté à l’AFP comment son
pays faisait face à des «pressions énormes» de la part de la
Chine, appelant la communauté internationale à «contenir» les ambitions de Pékin. A.Va.
S. CALVET
«L’Odyssée
moderne que notre
pays a traversée
depuis 2010
a pris fin.»
ALÉXIS TSÍPRAS
Premier ministre grec,
mardi sur l’île d’Ithaque
C’est depuis l’île d’Ithaque qu’Aléxis Tsípras a déclaré mardi
que son pays avait enfin «repris en main son destin et son avenir». Le Premier ministre s’est rendu sur l’île d’Ulysse, où celui-ci revient après son long et difficile voyage, selon le poème
d’Homère (VIIIe siècle av. J.-C.) pour illustrer le premier jour
de «la nouvelle ère» d’une Grèce débarrassée des plans d’aide
internationaux consentis par la «troïka» (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) en échange de réformes aux forceps, à coups de
baisses des salaires et des retraites, de hausses d’impôt et de
privatisations en rafales. «Un nouveau jour s’est levé […], celui
de la fin des politiques d’austérité et de la récession», a affirmé
Tsípras en chemise blanche devant les caméras de la télévision publique, alors que son pays reste «sous surveillance» rapprochée de ses créanciers. Un exercice risqué pour l’ex-jeune
leader de Syriza (gauche radicale), fort impopulaire pour avoir
dû imposer tant de douloureux sacrifices à son peuple afin
de garder son pays au sein de l’UE et la zone euro.
Inondations: au moins 410 morts en Inde
En Inde, des pluies torrentielles ont causé la mort de
plus de 410 personnes et
poussé plus d’un million
d’autres à se réfugier dans
des camps humanitaires au
Kerala, un Etat du sud du
pays. La décrue progressive
des eaux, due à l’affaiblissement de la pluie, révèle peu
à peu les destructions massives dans cette région luxuriante prisée des touristes en
saison sèche. La facture des
dégâts est évaluée à 2,6 milliards d’euros par les autorités locales, un montant appelé à gonfler à mesure que
la décrue dévoile l’ampleur
des ravages.
«Sous l’influence du changement climatique, les moussons devraient devenir plus
intenses et plus longues,
assure le chercheur à l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique Jacob Schewe. Etant
donné qu’elles se nourrissent
de la chaleur dégagée par
les océans, avec le réchauffement mondial, elles pourront
se maintenir plus longtemps
sur les régions concernées.»
La hausse des températures
devrait aussi provoquer
un renforcement des vents
qui mènent les pluies sur
les terres. PHOTO RAKESH
NAIR. THE TIMES OF INDIA
10 u
FRANCE
RENTRÉE DU GOUVERNEMENT
Sortez vos agendas !
Libération Mercredi 22 Août 2018
Après un
mois de juillet
mouvementé
avec l’affaire
Benalla, Macron
veut reprendre
la main
dès le Conseil
des ministres
de ce mercredi.
Plusieurs
dossiers
sociaux
attendent le
gouvernement
d’ici à la fin
septembre.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
D
Dans la cour de
l’Elysée, le 25 juillet.
PHOTO KAMIL ZIHNIOGLU
urement éprouvée en juillet,
la machine gouvernementale amorce ce mercredi un
redémarrage voulu pétaradant. Revenu la veille du fort de Brégançon,
Emmanuel Macron présidera dans
la matinée le Conseil des ministres
de rentrée, avec pour objectif de
«verrouiller les réformes», résume
Matignon : «Notre seul sujet, c’est
comment on déroule notre calendrier de travail. Les jeux politiciens
des uns ou des autres n’entrent pas
en compte.» Une assurance que voudra démentir l’opposition, chauffée
à blanc par l’affaire Benalla et ce
premier scalp arraché à l’exécutif :
le déraillement de l’examen du projet de révision constitutionnelle
à l’Assemblée, le mois dernier.
Le Conseil des ministres sera suivi
ce mercredi par une réunion budgétaire à l’Elyseé rassemblant le chef
de l’Etat, son Premier ministre
Edouard Philippe et les ministres
Bruno Le Maire (Economie), Gérald
Darmanin (Comptes publics), Agnès
Buzyn (Solidarités) et Muriel Pénicaud (Travail). Le colloque doit accoucher des derniers arbitrages
avant la présentation du projet de
budget pour 2019 fin septembre.
Déjà exigeante, l’équation s’est encore compliquée pour le gouvernement en raison d’une croissance ralentie, et donc de moindres rentrées
fiscales. Cet imprévu devrait le
contraindre à des économies supplémentaires s’il maintient son objectif de 2,3% de déficit pour l’année
prochaine (Libé de lundi). L’exécutif
est, en la matière, sous la double
pression de la Cour des comptes et
Assurance chômage
Celui-ci sera aussi dominé par les
sujets sociaux : entre le 29 août et
début septembre, une série de rencontres bilatérales réuniront Philippe, les syndicats et le patronat,
pour baliser les prochaines réformes sociales, et en particulier celle
de l’assurance chômage, un chantier inopinément rouvert par le chef
de l’Etat mi-juillet. L’exécutif souhaite modérer le recours aux
contrats courts, encourager le retour à l’emploi et réduire le chômage de longue durée. En les associant à la réforme, il espère aussi
apaiser les relations avec des partenaires sociaux parfois bousculés
dans la première année du quinquennat. Syndicats et patronat se
verront remettre fin septembre une
lettre de cadrage fixant les principes
de la réforme, dont ils sont invités
à négocier les modalités d’ici au
printemps. Le gouvernement envisage notamment de faire financer
par les employeurs une partie des
indemnités journalières versées aux
salariés en arrêt maladie.
Plan pauvreté
La présentation du «plan pauvreté»,
d’abord attendue au printemps puis
repoussée à la mi-septembre, sera
une autre occasion de faire valoir la
fibre sociale du macronisme. C’est
du moins ce qu’en attend le gouvernement, qui a déjà fait connaître
plusieurs de ses mesures : versement unifié des allocations, petitdéjeuner gratuit à l’école dans les
zones défavorisées, scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, «plan crèches»…
Moins claires sont les intentions de
l’exécutif s’agissant des aides sociales, que le ministre des Comptes publics juge trop nombreuses et le ministre de l’Economie trop chères.
Plan hôpital
C’est aussi mi-septembre que devrait être dévoilé le «plan hôpital»,
a annoncé mardi Agnès Buzyn.
Censé soulager des hôpitaux en surcharge, celui-ci doit permettre «aux
médecins de ville d’être plus présents
sur les périodes de garde, parce que,
effectivement, tous nos services d’urgences réceptionnent énormément
de malades», a expliqué la ministre
sur France Info.
«
Réforme constitutionnelle
Il faudra, en revanche, attendre la
fin du mois pour connaître l’agenda
du Parlement. Et le sort réservé à la
réforme constitutionnelle (lire cicontre) dont l’examen en juillet s’est
vu torpiller par le charivari consécutif à l’affaire Benalla. L’exécutif
doit décider s’il donne la priorité à
ce texte, quitte à offrir un nouveau
point de fixation aux oppositions,
ou s’il lui préfère la plus consensuelle loi Pacte censée encourager
la croissance des entreprises ainsi
que l’intéressement des salariés.
Europe(ennes)
La rentrée verra enfin le chef de
l’Etat poursuivre son plaidoyer pour
la convergence européenne, notam-
ment en matière migratoire. Il se
rendra, entre le 28 et le 30 août, au
Danemark et en Finlande. Septembre le verra rencontrer la chancelière
allemande, Angela Merkel, et se déplacer au Luxembourg et en Autriche, Vienne assurant ce semestre la
présidence du Conseil de l’UE.
Autant de chantiers à mener sous le
feu des oppositions, qui tiendront
en parallèle leurs rassemblements
estivaux. «Ce sera une phase extrêmement dure politiquement, juge un
important député LREM. Une partie de l’opposition a le sentiment
d’être dans un jeu de vie ou de mort,
et se comporte comme tel. Ce sera
donc sans merci.» Avec, en ligne de
mire, le verdict électoral des européennes en mai. •
Révision constitutionnelle:
«Elle est clairement mal engagée»
Risque d’inconstitutionnalité,
opposition revigorée avec
l’affaire Benalla… Autant de
raisons qui pourraient amener
l’exécutif à renoncer à son projet
de réforme, selon le professeur
de droit public Benjamin Morel.
L
a révision constitutionnelle, suspendue le 23 juillet pour cause d’affaire
Benalla, sera-t-elle une «priorité de la
rentrée» comme l’a affirmé le 3 août le porteparole du gouvernement, Benjamin Griveaux? Rien n’est moins sûr de l’avis de Benjamin Morel. Pour ce normalien, enseignant
de droit public à la Sorbonne, ce serait risqué
pour l’exécutif.
Le président de l’Assemblée nationale,
François de Rugy, envisage une reprise de
l’examen de la révision constitutionnelle
en «septembre ou octobre». Vous y croyez?
Ce serait prendre un gros risque politique.
Il est probable qu’à la rentrée, l’opposition
continue de surfer sur l’affaire Benalla pour
bloquer les débats. Elle disposera en effet
d’un motif, la révision constitutionnelle
concentrant un peu plus les pouvoirs dans les
mains de l’exécutif alors qu’il est précisément
à l’origine du problème Benalla. En outre, l’opposition peut faire durer le plaisir: les instruments à disposition du gouvernement pour
limiter l’obstruction parlementaire sont
émoussés lors de l’examen d’un texte constitutionnel… L’automne étant accaparé par l’examen du budget, le calendrier parlementaire
est étroit. Le gouvernement va devoir choisir
s’il met en débat le projet de loi Pacte [le Plan
d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, du ministre de l’Economie,
ndlr] ou la révision constitutionnelle…
Des ténors de la majorité disent que cette
révision vise à renforcer le Parlement…
C’est une contrevérité. Il n’y a aucune disposition dans ce projet qui renforce les pouvoirs
du Parlement. Premièrement, le texte prévoit
de réduire l’examen des textes à une lecture
par Chambre : en clair, on réduit le temps
donné aux parlementaires pour discuter et
prendre de l’indépendance vis-à-vis du gouvernement. Deuxièmement, on limite le droit
d’amendement en accordant une sorte de
veto discrétionnaire aux ministres sur tous les
amendements jugés «sans lien direct» avec le
texte, formule sujette à libre interprétation.
Une telle limitation du droit d’amendement
est sans précédent et aurait été inenvisageable même en 1958. Troisièmement, on décide
de réduire les délais d’examen des textes, et
notamment du budget de la nation. C’est là
renforcer mécaniquement le pouvoir de
Bercy. Si cette révision renforce un pouvoir,
c’est celui de l’administration qui, en amont,
écrit les textes de loi !
En cas de blocage de la révision par le
Sénat, l’Elysée entend faire adopter devient une France en miniature. Celui qui
malgré tout par l’Assemblée deux lois, or- gagne les élections nationales a donc toutes
ganique et ordinaire, sur la baisse du les chances d’arriver en tête dans les circonsnombre de parlementaires, le non-cumul criptions. On risque d’avoir une aggravation
des mandats dans le temps et l’introduc- du phénomène lié à notre mode de scrutin
tion d’une dose de proportionnelle aux majoritaire à deux tours, c’est-à-dire une amlégislatives. Est ce possible ?
plification des majorités et un bonus aux parIl y a deux gros risques de censure du Conseil tis centristes. La dose de proportionnelle reteconstitutionnel. Les «sages» peuvent considé- nue ne permet de corriger ce travers qu’à la
rer que la baisse du nombre de parlementaires marge. Au bout du compte, les petits partis
n’étant pas la même en valeur absolue dans les pourraient être encore moins bien représendeux Chambres, la loi organique traite diffé- tés au Parlement qu’aujourd’hui…
remment le Sénat. Si c’est le cas, elle ne peut L’opinion semble approuver la baisse du
pas être votée sans l’accord des sénateurs. Le nombre de parlementaires et l’introducdeuxième risque de censure porte sur la taille tion d’une dose de proportionnelle. L’exédes circonscriptions. Avec la baisse du nombre cutif peut-il jouer le référendum ?
de parlementaire, elles vont être agrandies, ce J’ai tendance à penser qu’il ne le fera pas. La
qui risque d’entraîner une distorvolonté de Macron de tenir ses
sion de la représentation. Si votre
engagements pèse dans la babulletin de vote pèse quatre fois
lance. Mais il a un problème de
plus en Lozère qu’en Ile-detiming. Le référendum tombeFrance, il y a une rupture d’égarait en plein dans la campagne
lité devant le vote. La jurisprudes européennes. Or ces élecdence du Conseil constitutionnel
tions sont extrêmement imporlaisse augurer qu’il pourrait alors
tantes pour le chef de l’Etat.
y avoir une censure de la future
L’Europe est son ADN idéologiINTERVIEW
carte électorale.
que, sa colonne vertébrale poliCes dispositions permettique. Jouer sur deux tableaux
tront-elles, comme le prétend le gouver- en même temps peut se retourner contre lui.
nement, d’améliorer la «représentativité Cette réforme peut-elle aller au bout ?
du Parlement» ?
Avant l’affaire Benalla, les sénateurs, majoriJe ne pense pas. La baisse du nombre de par- tairement Les Républicains, semblaient prêts
lementaires et l’introduction d’une dose de à composer pour préserver leur institution,
proportionnelle vont dans le sens d’une aug- quand bien même l’idée de faire le cadeau
mentation de la taille des circonscriptions, d’un Congrès à Macron ne les enchantait pas.
mais toujours dans le cadre départemental Aujourd’hui, l’opposition dispose d’argugaranti par la jurisprudence du Conseil cons- ments qui lui permettent de contrer l’exécutif
titutionnel. Cela induit une double distor- sans démériter aux yeux de l’opinion. Si la
sion: une distorsion de la représentation, on réforme n’est pas morte, elle est clairement
l’a vu, mais aussi une distorsion politique. mal engagée.
Plus une circonscription est grande, plus elle
Recueilli par NATHALIE RAULIN
VOUS SOUHAITEZ
NOUS SOUTENIR ?
ABONNEZ-VOUS
DÈS MAINTENANT
SUR LE SITE
www.charliehebdo.fr
version numérique offerte avec votre abonnement
Photo non contractuelle
de la droite: l’une et l’autre ont critiqué, ces dernières semaines, l’imprécision de ses projets d’économie
et l’optimisme de ses prévisions
pour la suite du quinquennat.
Economiser est précisément l’un
des buts du plan «Action publique 2022», vaste programme de réforme de l’administration dont Philippe doit continuer d’égrainer les
mesures cet automne, ministère par
ministère. Après l’Education, les
services publics territoriaux et le
service public de l’emploi (traités
avant les congés), le sport et les réseaux diplomatiques devraient être
les prochains concernés, indique
Matignon. Le Premier ministre devrait aussi évoquer les grandes lignes du futur budget le 31 août, à
l’issue d’un «séminaire» réunissant
l’ensemble du gouvernement à l’Elysée: l’exercice, devenu habituel, vise
à caler l’agenda des mois à venir.
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
DR
Libération Mercredi 22 Août 2018
12 u
FRANCE
Libération Mercredi 22 Août 2018
LIBÉ.FR
Quels plastiques peut-on
vraiment mettre dans la
poubelle de tri ? Quels logos
suivre? Faut-il laver ou pas les emballages? Pas toujours
facile de s’y retrouver. Un exemple: les bouteilles
et les flacons en plastique doivent être glissés dans le bac
de tri. Attention en revanche à ne pas y jeter les pots
de yaourt ou les barquettes de cookies et de nourriture
à emporter. PHOTO DENIS ALLARD
Hôtellerie-restauration:
les patrons tablent sur les exilés
Les syndicats
patronaux,
qui disent avoir
100000 postes
à pourvoir, pressent
le gouvernement
de faciliter l’accès
au travail des
demandeurs d’asile
et des réfugiés.
Par
MAÏA COURTOIS
P
our pallier la difficulté
de recruter à laquelle
fait face l’hôtellerierestauration depuis plusieurs
années, les professionnels
du secteur ont déclaré, lors
du conseil interministériel
du tourisme le 19 juillet,
qu’ils souhaitaient embaucher des demandeurs d’asile.
«Il y a 100000 postes à pourvoir, la moitié en CDI et
l’autre en emplois saisonniers,
principalement des postes de
commis de cuisine», indique
l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). Le syndicat patronal explique qu’il
«travaille actuellement sur un
“plan emploi”, dont cette idée
fait partie, pour répondre à la
pénurie d’employés». Du côté
du GNI-Synhorcat, on parle
de «150000 à 180000 postes
à pourvoir, de tous types :
cuisiniers, commis de cuisine,
serveurs…». Le président de
la branche «cafés-bars-brasseries» du syndicat, Pascal
Pelissier, juge que «ce n’est
pas une équation parfaite,
mais on a l’offre des emplois,
et il y a de la demande chez les
demandeurs d’asile».
«Hypocrite». Reste que
les lourdeurs administratives
compliquent l’embauche des
exilés. Aujourd’hui, ils ne
peuvent prétendre à une
autorisation de travail que
neuf mois après le dépôt de
leur demande d’asile (qu’elle
soit validée ou non). Le GNISynhorcat plaide pour «l’accélération des procédures». Pascal Pelissier fait savoir qu’une
«demande de discussions a été
Evacuation en juillet 2017 des campements de migrants installés Porte de la Chapelle à Paris. PHOTO ALBERT FACELLY
adressée, pour un rendez-vous
à la rentrée avec le gouvernement».
Le député LREM Aurélien
Taché, auteur d’un amendement voté dans le cadre de la
loi asile et immigration réduisant le délai d’autorisation
à six mois, voit cet appel
des restaurateurs comme
«une demande pertinente». Il
confirme que «des discussions
se mettent en place. Au cours
de l’été elles sont un peu ténues, mais tout cela va reprendre à la rentrée».
Mais la question de l’emploi
de demandeurs d’asile dans
ce secteur souvent précaire,
où subsistent le travail au
noir et le recours illégal à des
sans-papiers, est un sujet très
polémique. «La demande du
patronat est hypocrite. Il ne
veut pas se préoccuper des
mauvaises conditions de travail et des rémunérations trop
basses», critique le responsable de la CGT-Hôtels de
prestige et économiques
(HPE), Claude Lévy.
«Docile». Pour être régularisé par le travail, un exilé qui
n’a pas obtenu le statut de réfugié doit résider depuis au
moins cinq ans sur le territoire et prouver une ancienneté d’activité professionnelle de huit mois sur les
deux dernières années (ou
de trente sur les cinq dernières). La préfecture régularise alors au cas par cas, délivrant un titre de séjour
valable un an pour un CDI.
«Pour renouveler sa carte
d’un an, le travailleur immigré ne doit pas perdre son emploi, ajoute Claude Lévy. On
se retrouve donc avec une
main-d’œuvre docile, qui
accepte des conditions de
travail que les autres travailleurs ne veulent plus. Ce
petit jeu peut durer des années…» Son syndicat plaide
pour que «dès que l’on régula-
rise, ce soit pour un titre de
dix ans afin d’éviter cette
mainmise du patron».
Début août, douze femmes
de chambre et équipiers sans
papiers employés au Campanile de Bussy-Saint-Georges
(Seine-et-Marne) se sont mis
en grève, soutenus par la
CGT-HPE. Ils ont obtenu dès
le lendemain de leur entreprise sous-traitante qu’elle
remplisse les documents
nécessaires au dépôt de leur
dossier de titre de séjour.
«Pour la première fois, les restaurateurs demandent cette
régularisation, alors que
jusque-là, certains, peu scrupuleux, se satisfaisaient des
irrégularités : c’est positif !»
souligne Aurélien Taché.
C’est que les restaurateurs
sont de plus en plus sommés
de se mettre aux normes.
Depuis le 1er janvier, a été
prévu dans le cadre de la loi
de finances un renforcement
des effectifs de contrôleurs
fiscaux et des moyens mis à
la disposition des enquêteurs
contre le travail au noir. Cette
loi durcissant aussi les peines
à la clé pour les auteurs
de fraudes, les restaurateurs
s’exposent de plus en plus à
des contrôles de leur comptabilité et de leur personnel.
«Diplômés». «Il y a
trente ans, des populations
bengalies, sri-lankaises, indiennes sont arrivées en Europe de l’Ouest, dans nos cuisines, et cela se passe très
bien. Ce sont des métiers à ascension sociale: plongeur, ce
n’est pas une destinée, c’est un
début», tient à rappeler Pascal Pelissier, tout en affirmant l’importance de collaborer avec des associations
intervenant auprès des migrants. «En plus de l’exil, ces
personnes vivent le déclassement, alors que nombre d’entre elles sont très qualifiées»,
ajoute Aurélien Taché. Il fau-
drait, selon lui, établir «une
vraie dimension d’insertion
professionnelle dès leur arrivée dans le pays : tester leur
niveau de français pour suivre ensuite des cours, valoriser leurs compétences, leur
faire découvrir la vie d’entreprise en France».
D’autant que d’autres secteurs que l’hôtellerie-restauration sont intéressés, y
compris pour des «postes plus
qualifiés. J’ai rencontré de
nombreuses entreprises qui
recherchent ces profils de personnes migrantes, souvent diplômées, parlant plusieurs
langues», explique Aurélien
Taché, qui a remis en février
un rapport de 72 propositions
pour l’insertion des exilés.
L’objectif du député: «Que les
secteurs où on a des besoins
–la restauration, le bâtiment
et le numérique– soient pourvus et que les autres ne
passent pas à côté des profils
intéressants.» •
Libération Mercredi 22 Août 2018
u 13
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«Attention
à la mousse !»
LIBÉ.FR
Petit monument de l’Internet
français, la vidéo montrant une succession
de chutes à rollers à l’approche d’un tapis
de «mousse» vient de fêter ses 10 ans. Frédéric
Mossmann, l’informaticien de 44 ans
à qui on la doit, en raconte les coulisses.
CAPTURE YOUTUBE. FRÉDÉRIC MOSSMANN
C’est avec ce hashtag ironique que le rappeur
Booba a posté un tweet mardi. La cour d’appel
de Paris donnera jeudi sa décision sur le sort
de «B2O» et du rappeur Kaaris, incarcérés depuis
trois semaines, avant leur procès le mois prochain
pour leur bagarre le 1er août à Orly. Ces deux figures
du hip-hop, ainsi que huit de leurs proches ayant
participé à la rixe, ont contesté lundi leur placement en détention provisoire, décidé par le tribunal de Créteil (Val-de-Marne), où ils comparaîtront
le 6 septembre. Ils demandent à être placés sous
contrôle judiciaire. Ils doivent être jugés pour violences aggravées et vols en réunion avec destruction: des faits passibles d’une peine allant jusqu’à
dix ans de prison. D’où le tweet de Booba: «Quand
je serai grand, je voudrais être Benalla ou moine
pédophile. Dix ans pour une bagarre, c’est avec ou
sans le streaming ?»
Un prêtre de Valence a
lancé mardi une pétition
en ligne réclamant la démission du cardinal Philippe Barbarin, poursuivi
pour non-dénonciation
d’agressions sexuelles,
après un nouvel appel du
pape à se mobiliser contre
la pédophilie au sein de
l’Eglise catholique. «Suite
à la lettre du pape François […], je vous demande
publiquement et sans détour de donner votre démission de cardinal et d’archevêque
de Lyon dans les plus brefs délais. […] Donner votre démission serait bien sûr une mort sociale, mais quelle assomption
personnelle en retour? Vous seriez enfin à la hauteur de l’événement», écrit le père Pierre Vignon dans le texte de cette
pétition. Il invite ses «confrères» à la signer, «ainsi que tous
les membres de l’Eglise conscients de l’importance du mal
fait aux victimes d’abus». Philippe Barbarin est poursuivi
pour ne pas avoir dénoncé à la justice des agressions pédophiles dans son diocèse, en particulier celles commises par
le père Preynat. PHOTO LAURENT FERRIÈRE
Marchands de sommeil: «Une
délinquance économique»
DR
Sept personnes, dont cinq des box de garage, des
enfants, ont été grièvement cabanes de jardin… Ce sont
blessées dans l’incendie d’un des locaux dangereux. Un
immeuble d’Aubervilliers bien de très grande médio(Seine-Saint-Denis) diman- crité trouve toujours preneur,
che. La maire PCF, Meriem souvent à des prix exorbiDerkaoui, a déclaré que l’édi- tants. Les locataires sont
fice ne disposait d’aucune des personnes vulnérables,
autorisation
qui n’ont pas
d’habitation.
d’autre choix. A
L’enquête devra
Aubervilliers, il
déterminer s’il
s’agissait d’une
était aux mains
situation de
d’un marchand
mal-logement.
de sommeil.
L’enquête dira
Stéphane Peu,
s’il y avait aussi
député PCF du
une exploitadépartement,
tion financière.
INTERVIEW Qu’avez-vous
très actif sur
la question du
constaté dans
logement, plaide pour que les logements indignes
cette thématique soit décla- dans le département?
rée «grande cause nationale». L’électricité n’est pas aux
Il apparaît que de nom- normes, la peinture au plomb
breuses personnes habi- menace les enfants de sataient dans ce petit espace. turnisme, les plafonds gorgés
Est-ce courant en Seine- d’eau menacent de s’écrouler,
Saint-Denis ?
des planchers s’effondrent,
C’est l’un phénomène carac- les taux d’humidité sont dantéristique de l’habitat insa- gereux… Dans la petite coulubre. Il y a d’une part des lo- ronne et dans certains quargements vétustes et d’autre tiers populaires, on estime
part ceux qui ne sont pas des- qu’il y a jusqu’à 40% de logetinés à l’habitation mais qui ments indignes dans le parc
sont utilisés comme tels. Il privé [la Seine-Saint-Denis
y a des gens dans des caves, est le département francilien
des réserves de commerces, le plus touché, ndlr].
Qui sont les propriétaires
sans scrupule ?
Nombre d’entre eux font
des placements dans l’immobilier insalubre à forte rentabilité, souvent avec la complicité passive de l’Etat, par
exemple au cours de ventes
aux enchères judiciaires. Ils
achètent peu cher des biens
très dégradés et les louent
très cher. C’est une délinquance économique. Bien
souvent, ils se cachent derrière des sociétés. En SeineSaint-Denis, le blanchiment
de l’argent sale, de la drogue
se fait beaucoup à travers les
marchands de sommeil. Ils
ont parfois pignon sur rue.
J’ai connu le cas d’un avocat.
Récemment, un médecin a
été suspendu par l’ordre et
condamné par la justice. Il y
a aussi eu un prof d’économie
à Paris-Dauphine qui a été
radié. Il avait un immeuble
à Saint-Denis dans lequel
cinq personnes sont mortes
dans un incendie en septembre 2012. Ils profitent de la
pénurie de logements, des
12 millions de mal-logés, ainsi
que de la faiblesse de l’arsenal
juridique pour prospérer.
Recueilli par
CLARISSE MARTIN
«Il n’y aura aucune fermeture
d’un hôpital de proximité. […] Les
Français ont besoin d’une offre de
services au plus près de chez eux.»
AGNÈS BUZYN
ministre
de la Santé, mardi
sur France Info
F. STUCIN
#Uneépoqueformidable
Pétition Un prêtre réclame
la démission du cardinal Barbarin
Opération déminage pour Agnès Buzyn. La réforme de la
santé, un des prochains gros chantiers du gouvernement, ne
prévoit «aucune fermeture» d’hôpital de proximité, a tenu à
rassurer mardi la ministre de la Santé. En mars, elle avait
pourtant indiqué qu’il était «possible qu’un certain nombre
de services de proximité ne soient pas maintenus». Mais c’était
avant la grève SNCF, l’affaire Benalla, l’union de l’opposition
contre la réforme constitutionnelle… La réforme du système
de santé sera présentée «mi-septembre», selon Buzyn. Mais
le cabinet de la ministre a toutefois précisé à l’AFP que la date
«n’est pas certaine». Cette réforme doit permettre d’apporter
des réponses au malaise des soignants et au déficit chronique
des hôpitaux (lire aussi page 11).
ABONNEZ
Offre
intégrale
33€
XIZUWQ[[WQ\XT][LMLMZuL]K\QWV
XIZZIXXWZ\I]XZQ`LM^MV\MMVSQW[Y]M
VOUS
7ЄZMoL]ZuMTQJZM[IV[MVOIOMUMV\
^ITIJTMR][Y]¼I]0068
ABONNEZ-VOUS À LIBÉRATION
²LuKW]XMZM\ZMV^WaMZ[W][MV^MTWXXMIЄZIVKPQMo4QJuZI\QWV [MZ^QKMIJWVVMUMV\
2 rue du Général Alain de Boissieu 75015 PARIS7ЄZMZu[MZ^uMI]`XIZ\QK]TQMZ[
Oui,
AUTLIB16
je m’abonne à l’offre intégrale Libération. Mon abonnement intégral comprend la
livraison chaque jour de Libération et chaque samedi de Libération week-end par portage(1) + l’accès aux services
numériques payants de liberation.fr et au journal complet sur iPhone et iPad.
Nom
N°
Prénom
Rue
Code postal
Ville
E-mail
@
N° de téléphone
(obligatoire pour accéder aux services numériques de liberation.fr et à votre espace personnel sur liberation.fr)
Règlement par carte bancaire. Je serai prélevé de 33€ par mois (au lieu de 50,80 €, prix au
numéro). Je ne m’engage sur aucune durée, je peux stopper mon service à tout moment.
Carte bancaire N°
Expire le
J’inscris mon cryptogramme
mois
année
(les 3 derniers chiffres au dos de votre carte bancaire)
Signature obligatoire :
Règlement par chèque. Je paie en une seule fois par chèque de 391€ pour un an d’abonnement
(au lieu de 659,70€, prix au numéro).
Vous pouvez aussi vous abonner très simplement sur : www.liberation.fr/
abonnement/
Cette offre est valable jusqu’au 0068 en France métropolitaine. La livraison du quotidien est assurée par porteur avant 7h30 dans plus de 500 villes, les autres communes sont
livrées par voie postale. Les informations recueillies sont destinées au service de votre abonnement et, le cas échéant, à certaines publications partenaires. Si vous ne
souhaitez pas recevoir de propositions de ces publications cochez cette case.
(1)
14 u
FRANCE
Par
JÉRÔME LEFILLIÂTRE
L
a meilleure saga de l’été ne se
déroule pas sur les écrans
de TF1, mais dans les couloirs
du Média. Proche de La France insoumise, la web-télé lancée au début de l’année, avec de grandes ambitions journalistiques, a profité des
vacances pour se déchirer à la vue
de tous, sur les réseaux sociaux et
dans les journaux. Alors que la reprise de la diffusion est prévue
le 17 septembre et que la rédaction
a fait sa rentrée lundi dans ses locaux de Montreuil (Seine-Saint-Denis), la tension n’est pas retombée
entre les trois cofondateurs : d’un
côté, Sophia Chikirou, l’ex-directrice de la communication de JeanLuc Mélenchon, qui a quitté la
structure à grand fracas avec plusieurs proches ; de l’autre, le psychanalyste Gérard Miller (qui n’a
pas souhaité répondre) et le producteur Henri Poulain, qui tentent tant
bien que mal de sauver la baraque.
La crise a atteint un point
culminant depuis que ces deux derniers ont, selon nos informations,
adressé le 14 août au nom du Média,
une «mise en demeure» à leur ancienne associée.
Déclaration de guerre et moyen de
pression, le courrier exige que
Sophia Chikirou rembourse un
paiement effectué le 25 juillet par le
Média, via la société de production
qui lui est liée. D’un montant
de 64 000 euros, il a bénéficié
à Mediascop, la société personnelle
de la communicante. La mise en demeure demande également que
Chikirou renonce au règlement, non
effectué, d’une autre facture, d’un
montant de 67 000 euros, émise
le 27 juillet. Surtout, la missive est
assortie d’une menace qui révèle
l’état de la relation entre les cofondateurs: si Chikirou, redevenue une
dirigeante active de La France insoumise en vue des élections européennes de mai, ne donne pas suite
à ces requêtes d’ici le 31 août, Miller
et Poulain envisagent de déposer
une plainte contre elle pour «abus
de biens sociaux».
«MONUMENT DE SUFFISANCE»
Contactée par Libération, Sophia
Chikirou parle de «manœuvre grossière» : «Cette lettre consiste à nier
l’intervention de Mediascop entre
septembre 2017 et juillet 2018. Toutes
les pièces prouvant la mauvaise foi et
l’hypocrisie de Miller et Poulain sont
entre les mains de mon avocat. Elles
démontrent que, dès octobre 2017, un
prévisionnel réalisé par Anaïs
Feuillette [la compagne de Miller,
ndlr] prévoit une dette de
80000 euros envers Mediascop.»
Révélée par Mediapart, l’embrouille
a éclaté fin juillet, après que Chikirou, alors toujours présidente de la
société de production du Média, a
validé les deux paiements en question au profit de son entreprise personnelle. L’un des deux a été réglé
par chèque ; l’autre, sous forme de
virement, a été bloqué par la banque. Ils étaient censés rémunérer
des prestations de production, de
communication et de direction,
dont certaines assurées par
Libération Mercredi 22 Août 2018
LE MÉDIA
Sophia Chikirou
sommée de
payer la fracture
Selon nos informations, l’ex-directrice de
campagne de Mélenchon, qui vient de quitter
avec fracas l’entreprise de presse, a été «mise en
demeure» par les deux autres cofondateurs de
la web-télé. Ils l’accusent d’abus de biens sociaux.
RÉCIT
Chikirou elle-même. C’est peu dire
que la nouvelle, dans un contexte
de fragilité financière pour le jeune
Média, est mal passée. Chikirou
étant à l’émission et à la réception
des factures, le conflit d’intérêts
semble patent et motive le soupçon
d’abus de bien social aux yeux de
Miller et Poulain. Ces derniers s’interrogent sur la réalité de certains
services facturés.
Ils reprochent à leur ancienne partenaire, qui clamait selon eux travailler bénévolement, d’avoir été
mis devant le fait accompli. Faux,
rétorque Chikirou: «Tout le monde
au Média était informé de ces prestations.» Et de faire valoir que la
société de production personnelle
d’Henri Poulain, StoryCircus, a
elle-même bénéficié de contrats
avec le Média pour plus de
140000 euros. «C’est du délire complet», réagit auprès de Libération
l’intéressé, qui explique avoir facturé pour 84 000 euros (un chiffre
détaillé sur le site Arrêt sur images)
et avoir fait valider le tout par Chikirou. «Poulain parle en hors taxe dès
qu’il s’agit des factures de StoryCircus mais en TTC pour celles de
Mediascop», réagit cette dernière.
«Nous publierons dans quelques
jours des copies des livres de
comptes», réplique Poulain. Guerre
de com…
Dans le camp Chikirou, on goûte
peu que le travail fourni soit
contesté: «Regardez ce qu’elle a fait
en six mois, dit Alexis Poulin,
chroniqueur au Média. Elle a levé
plus de 2 millions d’euros, recruté
19000 socios, diffusé un journal télévisé quotidien, lancé un magazine
papier… Elle a fait un super boulot
de chef d’entreprise.» Et le contributeur occasionnel d’ajouter, façon kamikaze: «On est en train de se faire
avoir par une équipe de branques,
qui n’a aucune stratégie, aucun
plan. Leur seul discours, c’est :
Sophia a fait de la merde, à nous de
«Tout ça est un
rideau de fumée.
Sophia dresse un
storytelling pour
faire croire que la
crise est politique.»
Henri Poulain
cofondateur du Média
faire désormais.» Dans le viseur, la
journaliste Aude Lancelin, qui a pris
la tête de la rédaction, soutenue par
Miller et Poulain. «Elle a fédéré une
partie de la rédaction avec une partie des cofondateurs, qui se sont sentis dépossédés de leur influence sur
le Média, contre Sophia, peste un
journaliste proche de Chikirou, sous
couvert d’anonymat. Aude Lancelin
est un monument de suffisance, qui
a toujours pensé être au-dessus de
nous tous.» Des accusations balayées par l’intéressée, qui assure
n’avoir jamais voulu une fonction
dirigeante avant la crise.
«PRESQUE MACRONISTE»
Si l’ambiance est aussi pourrie, c’est
parce que le conflit n’est pas seulement d’argent, mais aussi d’egos,
d’idées, d’ambitions. D’un camp
à l’autre, les invectives fusent
comme rarement. Chez les antiChikirou, on ne cesse de renvoyer
au management de la communicante, qui s’est retirée après avoir
été violemment critiquée par une
partie de l’équipe lors d’un séminaire brûlant début juillet. «C’est la
solitude de Sophia qui nous a séparés, balance Henri Poulain. Elle ne
sait pas partager le pouvoir. Elle a
une manière d’être au quotidien
presque néolibérale, presque macroniste. Elle ne comprend pas qu’un
journaliste puisse avoir besoin de
trois jours pour écrire un article, elle
a un goût démesuré pour le temps
court et elle part du postulat qu’elle
aurait fait mieux. Elle est capable de
sacrifier les gens et le réel pour sa
cause. Et sa seule cause, c’est Sophia
Chikirou.» Aude Lancelin abonde:
«Au fil du temps, il y a eu des cris,
des pleurs, des portes qui claquent.
Sophia est impulsive et vient du
monde du militantisme, où compte
l’allégeance. Avec les journalistes, ça
passait mal.»
«A la fin, c’était vraiment horrible,
embraye la reporter Virginie Cresci.
Elle nous hurlait dessus, nous montait les uns contre les autres. Cela
fonctionnait comme dans un parti
politique… Et on faisait un journal
télévisé sans moyens, médiocre. On
le savait tous, personne n’était
content.» Long format imposé par
l’ex-patronne du Média, le «JT»
quotidien, qui s’apparentait plus
à de la radio filmée et consumait les
énergies, a rapidement montré ses
limites, faute de temps pour réaliser
les sujets le remplissant. Il a vite été
décrédibilisé par l’énonciation en
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 15
Gérard Miller
et Sophia Chikirou
(à droite de la photo),
lors de la premiere
émission du Média,
à Paris, le 11 octobre.
PHOTO STÉPHANE BURLOT.
HANS LUCAS
avril d’une fausse nouvelle concernant un blessé grave à Tolbiac.
«BOUCHON DE SUSPICION»
Même les partisans de Chikirou en
conviennent, à l’image d’Alexis
Poulin : «Il faut revoir le format.»
Mais c’est une erreur pour eux de le
supprimer, comme Aude Lancelin
l’a rapidement décidé. «Le JT est
notre promesse éditoriale de base
aux socios: une autre hiérarchie de
l’information tous les soirs», s’inquiète un journaliste proche de
Chikirou. Pour lui, l’arrivée de Lancelin aux commandes signe la prise
de pouvoir «des ultragauchistes tendance Julien Coupat, attirés par le
communautarisme».
Sophia Chikirou déplore que certains membres de la rédaction
émettent des revendications identitaires: «Lors du séminaire, certains
“racisés”, comme ils se définissent
eux-mêmes, ont porté des accusations de racisme contre les républicains, dont je suis.» Pour avoir tenu
un discours semblable dans la
presse, le journaliste Serge Faubert
a écopé d’un avertissement disciplinaire lundi. «Tout cela est un rideau
de fumée, s’agace Henri Poulain.
Sophia dresse un storytelling pour
faire croire que la crise est politique.» Sur ce sujet, pas facile d’y voir
clair…
Il est cependant une certitude :
quelques mois après un lancement
non dénué d’arrogance, l’effet
d’image pour le Média est terrible.
La nouvelle direction croit néanmoins à des lendemains qui chantent. Aude Lancelin promet pour
le 17 septembre de l’actualité quotidienne, mais aussi de l’investigation, de la critique des médias, de
nouvelles émissions, avec des titularisations et «trois ou quatre recrutements» dans la rédaction. «Cette
crise est l’occasion de repartir sur
des bases saines», dit-elle, donnant
rendez-vous dans six mois: «S’il n’y
a pas d’amélioration, je remettrai
mon mandat en jeu.» Quant à Henri
Poulain, il estime que «le Média va
bénéficier du départ de Sophia Chikirou. Un bouchon de suspicion disparaît.» Comprendre que l’ombre
de La France insoumise s’éloigne
avec elle, redonnant à la web-télé
des gages de crédibilité journalistique. Il n’y a plus qu’à espérer, pour
l’avenir économique du Média et
ses salariés, que la communicante
n’emmène pas trop de socios dans
son sillage… •
Les limites du «participatif»
Malgré l’image
démocratique qu’il a
voulu se donner, le
Média fonctionne sur
des statuts cadenassés.
Situation «provisoire»,
selon un cofondateur.
L
e Média, aventure démocratique ? Pas vraiment.
Contrairement au discours
«participatif» qui a entouré son
lancement, l’entreprise de presse
est verrouillée du sol au plafond.
«Ces statuts sont provisoires, tout
cela va changer bientôt avec notre
transformation en coopérative»,
assure l’un des cofondateurs,
Henri Poulain, à Libé. A voir.
Reste que jusqu’à maintenant,
l’expérience reste très «maîtrisée».
Cooptation. Première chose, les
«socios», membres de l’association Le Média qui abrite les deux
sociétés (de presse et audiovisuelle) ont une voix –limitée– au
chapitre. Certes, ils peuvent commenter les programmes, participer aux consultations internes,
voter sur le choix des invités, accéder aux émissions ou encore assister aux avant-premières. Mais impossible de participer aux
assemblées générales, où se prennent les vraies décisions, comme
la désignation d’Aude Lancelin cet
été à la tête de la société de presse
en remplacement de Sophia Chikirou. Pour ce faire, il faut «avoir
notablement contribué à la réalisation des objectifs de l’association». Et, surtout, avoir été coopté
par le collège des membres fondateurs (Miller, Chikirou et Poulain).
Sur les 19000 socios revendiqués,
seule une douzaine ont eu cette
chance, et peuvent aujourd’hui
voter lors des AG. Quasi-exclusivement des salariés ou auto-entrepreneurs liés au Media.
Faux propriétaires. Deuxième
difficulté, la question de la propriété. Officiellement, selon les
mentions légales, «les socios sont
copropriétaires du Média à travers l’association Le Média. Ils
s’acquittent d’une somme d’un minimum de 5 euros [par “titre de
propriété”, ndlr] pour obtenir la
qualité de socio et versent une cotisation annuelle (pouvant être
mensualisée) d’un minimum de
60 euros». Propriétaires? Non. Il
s’agit pour l’heure d’une association, ses membres ne sont propriétaires de rien. En cas de transformation en coopérative, leur
souscription pourra éventuellement être convertie en parts.
Mais pour l’heure, ce n’est pas le
cas.
Socios à vie. Troisième verrou,
enfin : ces faux «titres de
propriété» sont «incessibles».
Sauf transmission à ses descendants. Ces titres «que vous avez
acquis le sont à vie», précise ainsi
leur site. Socio un jour, socio
toujours.
LUC PEILLON
16 u
Libération Mercredi 22 Août 2018
Répertoire
Annonces légales
legales-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 00
repertoire-libe@teamedia.fr 01 87 39 84 80
DÉMÉNAGEURS
ANTIQUITÉS/
BROCANTES
Libération est officiellement habilité pour
l’année 2018 pour la publication des annonces
légales et judiciaires par arrêté de chaque
préfet concerné dans les départements :
75 (5,50 €) - 92 (5,50 €) - 93 (5,50 €) tarifs HT à
la ligne définis par l’arrêté du ministère de la
Culture et la Communication de
décembre 2017
«DÉMÉNAGEMENT
URGENT»
MICHEL TRANSPORT
DEVIS GRATUIT.
PRIX TRÈS
INTÉRESSANT.
TÉL. 01.47.99.00.20
MICHELTRANSPORT@
WANADOO.FR
Achète
tableaux
anciens
92 HAUTS-DE-SEINE
INSERTIONS DIVERSES
<J3><O>6280793</O><J>22/08/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000702609</B><M></M><R></R></J3>@
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
Principal actionnaire
SFR Presse
et Moderne
avant 1960
Tous sujets, école de Barbizon,
orientaliste, vue de Venise,
marine, chasse, peintures de
genre, peintres français &
étrangers (russe, grec,
américains...), ancien atelier
de peintre décédé, bronzes...
SCP CHABASSOL, BOUFFANT ET
LALOUM
Notaires associés à Tours (37000)
40 rue Emile Zola
Par testament olographe du 06 mars 2012,
déposé au rang des minutes de Maître
CHABASSOL, notaire à TOURS, suivant
procès-verbal de dépôt en date du 30 juillet 2018,
Estimation gratuite
EXPERT MEMBRE DE LA CECOA
MME BERNADETTE
LAFOLIE
V.MARILLIER@WANADOO.FR
06 07 03 23 16
en son vivant retraitée, demeurant à
CHATILLON (92320), 5 rue de Fontenay.
Née à PROVINS (77160), le 1er février 1924.
Célibataire, décédée à CHATILLON (92320),
le 11 février 2018, a institué un légataire universel. Les oppositions pourront être formées
auprès de Maître CHABASSOL, 40, rue Emile
Zola - 37000 TOURS, notaire chargé du règlement de la succession.
Pour avis et mention
Le notaire
MUSIQUE
DISQUAIRE SÉRIEUX
ACHÈTE DISQUES
VINYLES ET CD 33T/45T.
POP/ROCK/JAZZ,
CLASSIQUE...
GRANDE QUANTITÉ
PRÉFÉRÉE
DÉPLACEMENT
POSSIBLE.
TEL : 06.89.68.71.43
est
de 9h à 18h au 01 87 39 84 00
ou par mail
legales-libe@teamedia.fr
MERCREDI 22
Le soleil s'imposera sur l'ensemble de la
France avec une grande douceur au lever
du jour.
L’APRÈS-MIDI Il fera très chaud dans le Sud.
Les fortes chaleurs atteindront Paris.
En fin de journée, un risque orageux se
développera sur l'ensemble des reliefs.
JEUDI 23
La douceur et le temps ensoleillé
continueront de dominer. Quelques
brouillards pourront être présents sur les
régions centrales.
L’APRÈS-MIDI Le soleil et la chaleur
domineront sur la quasi-totalité de la
France. Les températures seront même très
élevées sur la moitié Sud, avec localement
35 °C.
Lille
0,3 m/19º
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
IP 04 91 27 01 16
IP
0,6 m/19º
0,6 m/18º
Bordeaux
Bordeaux
1 m/22º
Nice
Montpellier
Marseille
6/10°
Éclaircies
Peu agitée
8
HORIZONTALEMENT
I. Visite écourtée ; Pronom
latin II. Grive ne collait pas
avec les mots verticaux ; Paix
chère III. Joignisse les deux
bouts IV. Chapelle entre trois
pays ; Ce que l’on s’apprête
à faire quand on évolue vers
un stade V. Feuilles d’un pot ;
Ce qu’aime faire celui qui est
vêtu comme un as de pique
VI. Voie vers voix quand on
est sur une voie VII. Il est
fermé la nuit ; Quand un
Chinois mélange noir et
blanc VIII. Grise, elle pousse
en branches ; Gauche à
Bruxelles IX. D’un muscle de
l’oreille X. A au premier VII. ;
Ventile XI. Es comme un
poisson-chat dans l’eau
9
III
V
VI
VII
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
X
Grille n°994
VERTICALEMENT
1. Avoir des clients 2. Tels bassins sans eau ; Bassin italien avec eau 3. Trois
francs six sous ; Il a marché sur la Lune 4. Mouvement de foule ; Supporter
sans être fan 5. Il est paradoxal de le lire en descendant ; Base de château
au cœur du premier 8. 6. Il vous permet de sortir un peu de liquide ; Vingt
millions de Chinois le parlent 7. Stade avant tout complexe 8. En tête ; N’est
pas vache avec le prisonnier 9. Ils œuvrent pour que cycles tournent rond
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. VADEMECUM. II. AVEC. FORA. III. REGONFLAI.
IV. GUÉ. OL. NE. V. ALLUME-FEU. VI. SIE. SUE. VII. LÉSA. RÉMI.
VIII. LS. UVA. AC. IX. ORIGAMI. X. SAGE-FEMME. XI. ADMISSION.
Verticalement 1. VARGAS LLOSA. 2. AVEULIES. AD. 3. DÉGELÉS. OGM.
4. ECO. AUREI. 5. NOMS. VIFS. 6. EFFLEURAGES. 7. COL. FÉE. AMI.
8. URANE. MAMMO. 9. MAÏEUTICIEN.
libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
abonnements.liberation.fr
sceabo@liberation.fr
tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
PUBLICITÉ
Libération Medias
2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
◗ SUDOKU 3750 MOYEN
◗ SUDOKU 3750 DIFFICILE
5 9
4 6
7
8 5 6
4
6
1
5
8 4
3 2
9 1
2
1
3
8
9
6
5
4
2
7
4
1
9
5
7
2
8
6
3
2
5
3
8
4
6
7
1
9
7
8
6
3
9
1
5
4
2
8
2
7
4
5
9
1
3
6
9
4
5
6
1
3
2
7
8
3
6
1
2
8
7
9
5
4
Toulouse
7
6 9
4
9
4
6
7
3
8
7 2
9
SUDOKU 3749 DIFFICILE
Solutions des
grilles d’hier
7
3
5
6
4
8
9
1
2
8
2
1
5
9
3
6
4
7
9
4
6
7
2
1
3
8
5
6
5
4
1
7
2
8
3
9
2
9
7
8
3
4
1
5
6
3
1
8
9
6
5
2
7
4
1
6
2
3
5
7
4
9
8
4
7
3
2
8
9
5
6
1
5
8
9
4
1
6
7
2
3
RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
BOUTIQUE.LIBERATION.FR
Calme
0,3 m/25º
11/15°
Nuageux
Fort
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Nice
Marseille
16/20°
Pluie
Modéré
21/25°
Couvert
26/30°
Orage
31/35°
Pluie/neige
36/40°
Faible
15
FRANCE
MIN
Lille
Caen
17
15
MAX
FRANCE
MIN
24 Lyon
22 Bordeaux
21
20
MAX
MONDE
32 Alger
34 Berlin
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
Neige
MIN
MAX
25
18
30
29
2
3
9
1 8
Origine du papier : France
Montpellier
3 5
6
5
5 6
8 1
2 4
SUDOKU 3749 MOYEN
6
7
4
1
2
8
3
9
5
4
5
7
3
5 2 8
9
1 6
3 5
6
5
9
2
7
3
4
6
8
1
2
Lyon
0,3 m/23º
Soleil
7
Dijon
Nantes
Lyon
1/5°
6
Orléans
Dijon
Nantes
-10/0°
5
GORON
Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Strasbourg
Brest
Orléans
Agitée
Lille
0,6 m/18º
0,1 m/19º
Toulouse
4
IV
IX
vos annonces légales
0,6 m/22º
3
II
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
habilité pour toutes
sur les départements
75 92 93
La reproduction
de nos
petites annonces
est interdite
Caen
2
I
VIII
XIXe
0,3 m/19º
1
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
RETROUVEZ AUSSI LE P’TIT LIBÉ
3
CHAQUE MERCREDI
À PARTIR DU 29 AOÛT
DeBonneville-Orlandini
© Photo Maximo Gedda Quiroga
24 Français vont repousser leurs limites
le temps d’une réelle expérience de survie, inédite à la TV.
DISPONIBLE SUR LE CANAL 24
18 u
Libération Mercredi 22 Août 2018
A Jéricho, en
Cisjordanie, en 2012.
La clé symbolise le
droit au retour des
Palestiniens. PHOTO
VALENTINE VERMEIL
Vers un apartheid dans les
Territoires palestiniens
mais aussi en Israël
L’écrivain israélien revient sur la loi controversée, adoptée à la
Knesset le 9 juillet, définissant l’Etat israélien comme la «nation
du peuple juif» et déclarant l’hébreu comme seule langue
officielle. Il la juge irresponsable et surtout vide de sens.
des députés au Parlement qui,
comble d’ironie, siègent plutôt
à droite… Les Druzes parlent
l’arabe, qui, par cette loi de
l’Etat-nation, voit son statut de
langue officielle à côté de l’hébreu, réduit à une position marginale, ni claire, ni définie. Tout
cela en sus de la protestation
juste et compréhensible de la minorité palestinienne-israélienne
contre une loi dans laquelle les
mots «démocratie» et «égalité»
ne figurent pas, alors qu’ils sont
présents dans la déclaration
d’indépendance de 1948, où il est
écrit que les citoyens non juifs de
l’Etat d’Israël jouiront de l’égalité
et des droits sociaux à l’instar
des citoyens juifs.
De même, les juifs dans le
monde, qui ne sont pas citoyens
israéliens, ne comprennent pas
comment exactement on les inclut de manière globale dans la
nation juive. Est-ce qu’un juge
juif à la Cour suprême des EtatsPar
AVRAHAM B.
YEHOSHUA
DR
Q
uelle est, à mes yeux, la
motivation de la récente
loi de l’Etat-nation mettant l’accent sur le caractère juif
de l’Etat d’Israël et instaurant
l’hébreu comme langue officielle
unique, tout en confirmant de
nouveau la singularité et l’exclusivité des localités juives déjà établies et à construire ? Pourquoi
fallait-il provoquer la colère du
camp progressiste qui persiste en
Israël, non seulement parmi les
membres de l’opposition au Parlement qui se sont élevés énergiquement contre cette nouvelle loi
bizarre, mais aussi celle de nombreux universitaires qui la considèrent comme une loi nationaliste menant Israël à un
apartheid flagrant, non seulement dans les Territoires palestiniens de Cisjordanie mais au sein
même d’Israël ? Jusqu’au président de l’Etat, Reuven Rivlin,
militant du Likoud pendant de
nombreuses années, qui s’est opposé publiquement au Premier
ministre, Benyamin Nétanyahou,
et à ses ministres en demandant
de surseoir à cette législation ou,
du moins, de l’amender de manière significative.
Une protestation puissante s’est
élevée dans la communauté
druze d’Israël, communauté liée
par toutes ses fibres à l’identité
israélienne, dont les fils servent
à l’armée dans les meilleures
unités d’élite et de combat, avec
Ecrivain. Auteur de
Rétrospective, (Grasset, 2012,
prix Médicis étranger,
prix du Meilleur livre étranger)
et de la Figurante (Grasset, 2016).
Unis, dont le rôle est d’interpréter la Constitution américaine,
est, lui aussi, un membre de la
nation juive, et en quel sens cette
nationalité s’harmonise-t-elle
avec sa citoyenneté américaine ?
S’agit-il d’une convergence ou
d’une contradiction ? Et si ce juif
considère sa judéité uniquement
comme une composante culturelle ou religieuse de son identité
américaine, Benyamin Nétanyahou est-il autorisé à lui imposer
une nationalité dont il ne veut
pas, dans un rapport manifeste
avec l’Etat d’Israël ?
Certes, par essence, cette loi n’est
que déclarative, mais superflue et
cruellement attentatoire à l’identité israélienne, l’identité fondamentale des citoyens d’Israël.
Après tout, le nom du territoire
est Terre d’Israël, le nom de
l’Etat, Israël, la carte d’identité
est israélienne et non juive,
quelle signification et quel besoin d’introduire ainsi la nation
juive éligible à son propre Etat ?
Car ce sont des évidences déjà
établies par la décision des Nations unies en 1947, au lendemain
de la Seconde Guerre mondiale
pendant laquelle un tiers du peuple juif a été exterminé.
Si nous essayons de trouver la
motivation profonde à cette initiative provocatrice et inutile, il
me semble qu’il faut repérer ses
causes, non dans le passé, mais
dans l’avenir. En d’autres termes,
dans le débat sur l’avenir de la
Cisjordanie, où vivent près de
deux millions et demi de Palestiniens, dont le statut est celui de
citoyens sous occupation militaire jusqu’à ce que soit trouvée
la solution espérée de deux Etats
pour deux peuples. Et celle-ci,
plus le temps passe, plus elle
devient impraticable, surtout à
cause des quelque 400 000 Israéliens peuplant les colonies en
Cisjordanie qu’il est désormais
inenvisageable de déplacer, sinon par une guerre civile sanglante.
Le camp de la paix ne cesse d’accuser la droite de poursuivre l’entreprise de colonisation et le gel
délibéré du processus de paix,
lesquels portent une atteinte irrémédiable à l’identité juive de
l’Etat d’Israël où vivront un jour
près de 40 % de Palestiniens contre 60 % de juifs. C’est pourquoi,
afin de se défendre contre ce raisonnement, accepté théoriquement sinon politiquement par la
majorité du peuple, le gouvernement de Nétanyahou s’efforce de
se protéger par le vote expéditif
et irresponsable d’une loi nationaliste définissant l’Etat d’Israël
comme un Etat juif, perturbant
ainsi les droits démocratiques
des minorités non juives, et cela,
avec la conviction que le pouvoir
de ces mots modifie les réalités
sur le terrain. Car, que nous le
voulions ou non, l’Etat d’Israël
glisse doucement vers la binationalité, avec 60 % de citoyens juifs
et 40 % de Palestiniens, dont
deux millions détiennent la citoyenneté israélienne et deux
millions et demi de Palestiniens
privés de citoyenneté en Cisjordanie. Ces Palestiniens, tôt ou
tard, exigeront des droits civiques, et il sera impossible de leur
refuser, malgré cette loi de l’Etatnation dont les mots vides planeront au-dessus de leurs têtes. •
Traduit de l’hébreu
par Jean-Luc Allouche.
Libération Mercredi 22 Août 2018
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
IDÉES/
«Aquarius»:
le terrible silence
de Brégançon
Il y a une semaine,
après plusieurs jours
de déshérence du navire
en Méditerranée, Paris
s’est finalement engagé à
accueillir 60 des 141 réfugiés.
La politique antimigratoire
de la France et plus
généralement de l’Europe
compromet notre sécurité et
notre humanité sans jamais
régler le problème qu’elle
prétend combattre.
JEAN-FRANÇOIS
BAYART
DR
Par
Professeur à l’IHEID (Genève)
Dernier ouvrage paru: Violence et
religion en Afrique (Karthala, 2018)
I
l y a eu quelque chose d’ignoble dans ce
face-à-face méditerranéen muet entre
l’hôte du fort de Brégançon et l’Aquarius en déshérence. Après tout, le port de
Hyères est «sûr» et aurait pu accueillir ce
navire. Ou, à défaut, celui de Toulon, encore plus «sûr» avec ses bateaux de guerre !
Et Emmanuel Macron aurait pu constater
de visu, en se rendant sur le quai de débarquement, ce qu’être réfugié (et sauveteur)
veut dire. Le geste eût conféré à son mandat une grandeur dont la portée diplomatique se serait longtemps fait sentir, et
aurait mis le chef de l’Etat sur un même
pied d’humanité que le pape François.
Le Président a préféré se débarrasser du
problème au téléphone. Il n’a pas eu un
mot pour les 141 Africains, dont une moitié
de mineurs, rescapés de la mer, qui cuisaient au soleil sur le pont du bateau errant. On ne saura jamais ce qu’aurait pensé
de ce mutisme son maître supposé, Paul
Ricœur. Point besoin, de toute manière, de
grands auteurs pour savoir que les dirigeants européens s’enfoncent dans l’inhu-
manité la plus abjecte, et nous y font barboter avec eux. Jusqu’à ces Gibraltariens qui
retirent à l’Aquarius son pavillon.
Emmanuel Macron a déclaré avoir pour livre de chevet l’ouvrage de Stephen Smith
la Ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en
route pour le Vieux Continent (Grasset,
2018). Un président ne devrait pas lire que
cela. Il pourrait consulter les publications
des chercheurs qui travaillent sur le Sahel
et le Sahara. Il en tirerait une plus juste mesure du «problème» de l’immigration, qui
relève largement du fantasme statistique et
de la manipulation politique. Le Président
devrait surtout prendre connaissance des
témoignages de migrants ouest-africains
échappés de l’enfer libyen qu’a recueillis le
journaliste suisse Etienne Dubuis (1). Car
–faut-il le rappeler?– il s’agit d’abord d’enfants, de femmes, d’hommes, que les dirigeants européens ont donc décidé de renvoyer là d’où ils cherchent à fuir l’esclavage,
le viol et la mort: la Libye, avec les autorités
et les milices de laquelle ils ont signé des
accords, d’abord secrets, et maintenant officiels, de «réadmission» des fugitifs.
Certes, dira le prétendu bon sens en reprenant la formule d’un autre mentor du Président, Michel Rocard, l’Europe «ne peut pas
accueillir toute la misère du monde». Mais il
s’agit en l’occurrence d’accueillir la misère
que l’Europe a contribué à créer: en instaurant une sainte alliance antipopulaire avec
les gouvernements africains qui ont mené
leur continent dans l’impasse économique;
en imposant, à partir des années 80, des
programmes d’ajustement structurel qui
ont accru la pauvreté de la masse sans fournir d’opportunités économiques à la majorité des diplômés; en intervenant militairement en Libye pour renverser Kadhafi, sans
se préoccuper de l’onde de choc régionale ni
des migrants africains qui y travaillaient ou
y transitaient. Comme l’a rappelé Ibrahima
Thioub dans son discours de réception du
titre de docteur honoris causa à Sciences-Po,
les Etats européens et africains sont coresponsables de la réinvention contemporaine
de l’esclavage sur les rives de la Méditerranée, les uns par leur rejet d’une
main-d’œuvre que leurs économies appellent pourtant, les autres par leur iniquité.
La politique antimigratoire de l’Europe est
criminelle. Elle a provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes. De surcroît, elle compromet notre sécurité, en
même temps que notre humanité. En ef-
fet, loin de répondre au problème qu’elle
prétend régler, elle l’aggrave.
Dans la droite, la très droite ligne de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, Emmanuel Macron, notamment, confond les
prétendues menaces de l’immigration et
du terrorisme –aucun des deux phénomènes ne constitue une «menace», au sens
militaire précis du terme– et, ce faisant, il
les nourrit mutuellement. La pression sur
les Etats d’Afrique du Nord et du Sahel
pour qu’ils bloquent sur leur territoire les
migrants les déstabilisera. La France n’a
plus d’autre politique africaine que sécuritaire. Elle inféode désormais son aide publique au développement à son intervention militaire. Elle est revenue aux recettes
de la guerre d’Algérie, y compris en termes
d’exactions puisque l’Elysée cautionne les
violations des droits de l’homme auxquelles se livrent les armées malienne et camerounaise. La France appuie les dictatures
vieillissantes du Tchad et du Cameroun,
trop utiles pour être critiquées, et, au Mali,
la perpétuation électorale d’une classe dominante à bout de souffle. D’ores et déjà, la
militarisation de la lutte contre le jihadisme a eu pour résultat d’étendre le péri-
mètre de la violence à l’ensemble du bassin
du lac Tchad et au centre du Mali.
La triste réalité, c’est que l’Afrique sahélienne est en passe de s’installer dans un
«gouvernement par la violence», selon l’expression du spécialiste de la Colombie Jacobo Grajales (Gouverner dans la violence.
Le paramilitarisme en Colombie, Karthala,
2016). La responsabilité de l’Europe est accablante dans cette évolution. Sa politique
ne cesse d’en favoriser les protagonistes
sous prétexte de les combattre. La France
n’a plus d’autre politique africaine que sécuritaire, antimigratoire, antiterroriste, antinarcotique, et inféode désormais son aide
publique au développement à son intervention militaire, que doivent renforcer sur
le terrain les programmes de l’Agence française de développement. Lutte contre la
drogue, lutte contre l’immigration, lutte
contre le terrorisme: tous les ingrédients du
cocktail qui a fait basculer l’Amérique centrale dans une situation incontrôlable sont
réunis au Sahel. Vous avez aimé le Mexique? Vous adorerez l’Afrique de l’Ouest! •
(1) Les Naufragés. L’odyssée des migrants africains, Karthala, 2018.
L’été,
le monde
continue
de tourner.
> Retrouvez
Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
20 u
Libération Mercredi 22 Août 2018
SPIKE LEE
La tension monte d’un Klan
Retour en grâce du cinéaste avec
«BlacKkKlansman», une comédie
grinçante inspirée par l’infiltration
d’un flic afro-américain au sein
de suprémacistes du KKK. Sous
le décorum seventies, une charge
virulente contre l’Amérique
de Trump, primée à Cannes.
Par
JULIEN GESTER
«B
lacKkKlansman est le
film dont tout le monde
parle», à en croire le New
York Times, et ce n’est pas là la moitié d’une surprise, si l’on considère
dans quelle déconfiture végétait la
carrière de son auteur, Spike Lee,
depuis une douzaine d’années.
Confiné dans d’humiliantes sorties
directement en vidéo de derniers
films qui méritaient rarement
mieux, le cinéaste new-yorkais
– auteur, à son meilleur, de Do the
Right Thing ou la 25e Heure– n’était
pas forcément attendu cette année
en compétition au Festival de Cannes, dont il a pourtant ravi la médaille d’argent, sous la forme d’un
grand prix du jury.
Quelques mois plus tard, son BlacKkKlansman devenait un succès public au box-office américain, et en
effet le film le plus discuté de l’été
aux Etats-Unis: non pas tant à propos de ses mérites cinématographiques, qui ne font guère débat (bien
qu’on puisse le trouver inégal), que
pour sa richesse thématique indéniable, ses libertés avec «l’histoire
vraie» dont il fait son fond de sauce
(la mission d’infiltration opérée
dans les années 70 par un enquêteur noir parmi les suprémacistes
blancs du Ku Klux Klan) et son inclination à pousser dans les ultimes
retranchements de la farce tous les
curseurs des problématiques identitaires les plus résonantes et à vif
de la société américaine contemporaine, tout à la fois par des jeux d’allusion, de langage, de collages et de
masques –jusqu’à raccorder sur les
images d’actualité de paroles et violences meurtrières survenues il y a
un an, dans l’Amérique de Trump,
à Charlottesville.
PARADOXES
IDENTITAIRES
Quoiqu’il relate donc comment le
premier flic noir à intégrer en 1979
les forces policières de Colorado
Springs –un certain Ron Stallworth
(campé à merveille par John David
Washington, fils de Denzel), dont le
scénario romance les mémoires à sa
guise– réussit à s’insinuer dans les
rouages d’une organisation raciste,
en usant d’un collègue blanc (et juif,
Adam Driver) pour doublure lors
des rencontres en personne, le film
s’ouvre à mille lieues de là, sur un
prologue que l’on pourrait hâtivement ne relier à rien du corps du récit, quand en vérité il en recèle le
cœur. Passé un extrait plein cadre
d’Autant en emporte le vent, où une
Scarlett O’Hara éplorée vagit au milieu de soldats confédérés blessés
ou morts pour la cause détestable
que l’on sait, on assiste à la répétition d’un discours de haine évoquant tous les maux auxquels seraient en proie les «valeurs sacrées
blanches protestantes» à l’ère d’une
«épidémie d’intégration»: un flot
d’immondices racistes et antisémites prononcées entre deux raclements de gorge par un docteur-prêcheur de la suprématie blanche
(Alec Baldwin). Le tout sur fond
d’écran de cinéma où est projeté
Naissance d’une nation de D. W.
Griffith (1915), à la fois table de la loi
de la narration au cinéma, premier
blockbuster de l’histoire et éloge de
l’idéologie sudiste lors de la guerre
de Sécession, où les exactions violentes du Ku Klux Klan firent leur
lit.
Au visage de Baldwin éructant sa
haine se surimpressionnent les
images noires et blanches du film
de Griffith, jusqu’à ce qu’un accident de projection fasse virer le
masque de lumière au rouge sang.
Le bal costumé peut alors s’élancer.
Tout ou presque du propos de
BlacKkKlansman–où l’on entendra
nombre d’autres discours et où il
sera à nouveau question de Naissance d’une nation, mais aussi de
Tarzan ou de blaxploitation – se
tient déjà là, dans cette introduction à une intrigue où il ne s’agit
fondamentalement pas tant de l’expérience américaine (la farce n’a
que faire du souci réaliste) que de
celle de ses images, ses fictions et
ses paroles sermonnantes, ici questionnées et mises en regards sans
relâche. Ce n’est évidemment pas
un hasard si la seule des harangues
publiques accueillies par le film à
laquelle on puisse soupçonner
Spike Lee d’adhérer un peu, celle
d’un prédicateur de la cause noire,
porte ce mot d’ordre croisant exigence esthétique et politique: «C’est
à nous de définir ce qu’est la beauté
– that’s black power !»
Dans le sillage de son protagoniste,
à la fois afro-américain et flic, partisan du changement et porteur
d’un uniforme qui fait partie du
problème, victime de discriminations et néo-klansman, qui réfute
à raison que sa seule voix et son
énonciation le condamnent à être
identifié comme noir lorsqu’il bavarde gaiement au téléphone avec
l’éminence du Klan David Duke ou
ses affidés arriérés, le film se dé-
Libération Mercredi 22 Août 2018
Adam Driver et John
David Washington
incarnent les deux
faces de l’infiltré Ron
Stallworth, arme fatale
contre le KKK. PHOTO
UNIVERSAL PICTURES
joue des assignations de genres et
de voix, ondoyant entre les atours
de la comédie policière, du buddy
movie, de la satire sociale ou du thriller, avec un bonheur il est vrai
changeant. Les ruptures de ton et
le trait volontiers protéiforme, à défaut d’être fin, de Spike Lee siéent
à ravir à ce scénario initialement
destiné à Jordan Peele (l’homme
du formidable Get Out, finalement
simple producteur, faute de
temps), dont les préoccupations
pour les paradoxes identitaires et
les travers de l’assimilation s’enrobent ici sans mal des signatures
stylistiques de Lee et d’un joyeux
décorum seventies.
SENTIMENT
DE SOLITUDE
Le motif de la dualité qui innerve
tout le film, en ses langueurs coupables comme ses coupes franches,
culminera par l’emballement d’un
récit où les palabres ont souvent valeur de principale action, lors d’une
séquence climax qui suit parallèlement un raout du Klan sous haute
tension (Stallworth s’y retrouve à
jouer les gardes du corps de David
Duke) et le récit d’un vieil activiste
noir lors d’une réunion militante
(bouleversante présence de Harry
Belafonte). Les deux branches narratives se trouvent liées, ici encore,
par l’évocation de Naissance d’une
nation, que les klansmen visionnent en s’esclaffant, la bouche
pleine de pop-corn, tandis que le
vieil homme relate un lynchage inspiré par le film de Griffith, identifié
comme une révolution dans l’histoire de son art notamment pour
son usage du procédé du «montage
alterné». Soit ce principe du «en
même temps», bien dans l’air vicié
du temps, qui morcelle ici les identités feuilletées des personnages: de
celui de Driver, indifférent à sa judéité jusqu’à se trouver confronté
aux paroles antisémites, au héros,
seul Noir au milieu des flics, et seul
flic, undercover, au milieu des militants des droits des Noirs.
Ce sentiment de solitude, on gagerait qu’il n’est pas tout à fait étranger à Spike Lee, lui qui fut le premier Afro-Américain à s’asseoir à la
table des élus des oscars avec une
nomination pour le meilleur scénario original en poche. C’était
en 1989, pour Do the Right Thing.
Depuis, le temps a passé, et son inspiration connu quelques caprices.
BlacKkKlansman n’en apparaît pas
moins son film le plus enthousiasmant et tenu depuis Inside Man
–déjà une histoire d’infiltration. •
BLACKKKLANSMAN
de SPIKE LEE avec John David
Washington, Adam Driver… 2 h 16.
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
CINÉMA/
«Caniba»,
la part du
monstre
Entre fascination et rejet,
le documentaire, interdit aux
mineurs, capte la présence
dérangeante du Japonais
qui avait tué et mangé une
étudiante à Paris, en 1981.
E
trangement, l’affaire du «Japonais cannibale» Issei Sagawa a peu intéressé le
cinéma. A notre connaissance, outre
quelques documentaires sensationnalistes,
seul le court métrage Adoration (1987) d’Olivier Smolders s’était jusqu’à présent véritablement plongé dans cet enfer. Rappelons les
faits atroces et leur suite médiatique lamentable, puisque Caniba n’en dit presque rien.
A Paris, le 11 juin 1981, l’étudiant japonais Sagawa tue et mange en partie l’étudiante néerlandaise Renée Hartevelt, dont il est secrètement amoureux, il est arrêté trois jours après.
Les psychiatres concluent à son irresponsabilité pénale, il est renvoyé au Japon au bout de
deux ans, puis recouvre sa liberté un an plus
tard. Depuis, il vit cyniquement de son crime,
en écrivant et peignant sur le sujet, mais aussi
en apparaissant dans des pubs pour une
chaîne de restaurants de viande ou dans des
films érotiques – dits pinku.
Aujourd’hui, Sagawa est physiquement très
diminué par les séquelles d’un AVC. Les cinéastes Verena Paravel et Lucien CastaingTaylor ne cherchent pas à enquêter sur son
cas, mais simplement à documenter leur rencontre avec lui, en compagnie de son frère,
Jun, qui s’en occupe. Le crime et la perversion
du cannibale sont régulièrement évoqués
dans la conversation entre les deux frères, notamment lorsque Jun découvre avec colère
un manga où Issei raconte son geste dans des
dessins grotesques. Mais Jun n’est pas vraiment en reste, puisque l’on apprend qu’il est
lui-même pourvu d’un fétichisme étonnant,
pas indigne de la folie de son aîné : il adore
faire subir à son bras droit les pires coupures,
brûlures, scarifications. «Mon bras est mon organe sexuel», affirme-t-il. Et comme Issei, il
prend un malin plaisir à exhiber son penchant, en le filmant dans des vidéos d’une
éprouvante crudité.
Ces images ainsi que quelques extraits très
soft des pinku d’Issei n’expliquent pas à eux
seuls l’interdiction du film aux moins de
18 ans qui pèse aujourd’hui sur sa sortie (décision devenue rare en France). La commission
de classification se justifie en évoquant les interrogations suscitées par «le parti pris esthétique et narratif des deux coréalisateurs»,
«certains leur reprochant leur complaisance».
Le parti pris formel est effectivement fait
pour s’interroger, c’est-à-dire pour ne pas se
Photo d’archives d’Issei Sagawa et de son frère, Jun. PHOTO NORTE DIST.
maintenir dans une vision figée. Paravel et
Castaing-Taylor sont moins intéressés par le
passé du cannibale que par sa présence physique, comme si sa monstruosité suintait de sa
peau, en même temps que son humanité. Ils
tentent de nous faire éprouver cela en le filmant au plus près du corps, tout en jouant sur
les vacillations du net et du flou dans un procédé quelque peu systématique (ces gros
plans et cette absence de profondeur de
champ sont leur marque de fabrique depuis
Leviathan, sorti en 2013).
La question de la complaisance se pose effectivement, mais elle est inhérente au projet :
comment montrer que cet homme infréquen-
table est à la fois proche et infiniment loin de
nous? Les membres de la commission se posent donc les bonnes questions, mais leur
sanction morale ne saurait être la bonne réponse. Elle juge là où le film tente de suspendre tout jugement pour ne s’en tenir qu’à l’expérience sensorielle, où le dégoût n’exclut pas
l’empathie (et inversement), où le rejet côtoie
la fascination. En cela, Caniba n’est que la
trace d’un film impossible.
MARCOS UZAL
CANIBA
de VERENA PARAVEL
et LUCIEN CASTAING-TAYLOR (1 h 30).
22 u
Libération Mercredi 22 Août 2018
CINÉMA/
«The Last of Us»
a reçu en 2016 à
la Mostra de Venise
le prix du meilleur
premier film,
mais il lui a
encore fallu
attendre deux ans
pour trouver
une distribution
en salles.
tique le titre du livre de Jonas Mekas Je n’avais nulle part où aller tant
il nous communique les impressions obliques d’une liberté totale
et d’une angoisse sans fin. «Je ne
fais pas partie d’un cinéma tunisien.
[…] J’aime me qualifier de parasite
par rapport au cinéma connu et établi en Tunisie. Je veux créer autre
chose, être une sorte de tache dans
ce paysage. J’essaie d’expérimenter», dit Ala Eddine Slim dans une
interview au webzine culturel
suisse le Billet.
Incognito. Né à Sousse en 1982, il
La superbe stylisation de chaque plan paraît comme absorbée par le désir de percer la surface bavarde du présent. POTEMKINE FILMS
«The Last of Us», rêve de dérives
Pour son premier long
métrage de fiction,
le Tunisien Ala Eddine
Slim fait le pari d’un
retour au cinéma muet
pour sublimer l’errance
d’un migrant
dans des séquences
magnétiques.
S
i le personnage de The Last of
Us ne parle pas pendant l’intégralité de son périple solitaire, on finit par entendre le son de
sa voix lorsque, errant dans une forêt, il tombe brusquement dans un
piège à loup, une jambe plantée sur
un pic en bois. Il pousse un cri de
surprise puis de douleur quand à
l’image son corps est comme happé
par la terre. On ne sait pas son nom,
ni vraiment d’où il vient ni où il
veut aller. Le synopsis de ce premier long métrage du cinéaste tunisien Ala Eddine Slim évoque un
«jeune Subsaharien» parcourant le
désert nord-africain afin de traverser la mer en direction de l’Europe.
Vigilance. Ce récit et cette géographie encore explicative ne rendent
pas tout à fait compte de la volonté
du cinéaste d’accéder à une expérience de profonde solitude et de
persévérance que la figure du migrant contemporain actualise par
ses errances transfrontalières, la
perte de ses repères familiers ainsi
que de sa capacité à être entendu ou
écouté dès lors qu’il revêt l’identité
du clandestin. Parti d’une expérience documentaire en 2011,
quand, avec ses camarades Ismaël
Chebbi et Youssef Chebbi, Ala Eddine Slim se rend dans les environs
d’un poste frontière tuniso-libyen
qui voit affluer un grand nombre de
réfugiés fuyant la guerre, entre révolutionnaires et troupes loyalistes
de Khadafi (qui donnera le film Babylon en 2012), le cinéaste réinvestit
avec une inspiration complètement
renouvelée et poétique ce déplacement dans le monde et finalement
hors de lui à l’intersection du conte
et du cauchemar.
Le personnage, jeune barbu hirsute aux yeux toujours quelque
peu affolés, apparaît d’abord en
silhouette filiforme sur fond de sable brûlant, comme s’il se détachait d’un plan fameux du
Lawrence d’Arabie de David Lean.
On le voit bientôt négocier de nuit
avec des passeurs, monter dans un
pick-up puis se faire arnaquer. Il
doit fuir seul, trouver un bateau et
se lancer dans la traversée par ses
propres moyens. De l’autre côté
l’attend une plage bordée d’une
improbable forêt où il croise un
vieil ermite couvert de peaux de
bêtes et armé d’un couteau d’ogre.
Il paraît alors soudain devoir s’acclimater à une nouvelle fiction
dont il adopte le costume vaguement préhistorique, les deux hommes coexistant sans parler mais
échangeant le gibier dépecé à
même un brasier.
L’aventure et le périple ont donc pris
un tour inattendu, car il ne semble
pas qu’il y ait un au-delà territorial
à cette forêt peuplée de loups, ni de
société qui tienne, ou que l’on
puisse rejoindre à son abord. Mais
depuis le début, le voyage de
l’homme aiguise sa vigilance et sa
sensibilité aux détails de paysages
successivement routiers, industriels, marins et forestiers, à leur caractère fondamentalement opaque
et relativement inhospitalier.
Le film pourrait reprendre à l’iden-
est, après ses études, l’un des fondateurs d’Exit Productions, quand il
commence à chercher des financements indépendants pour tourner
des courts métrages. The Last of Us
date en réalité de 2016, il a été
montré cette année-là au festival de
Venise (où il reçut le prix de la
meilleure première œuvre) mais il
lui a encore fallu attendre deux
années pour trouver une distribution en salles.
Le pari d’un retour au cinéma muet
pour un premier film de fiction
constitue en soi la preuve d’un sacré
caractère (l’auteur a écrit, tourné et
monté le film lui-même). La superbe stylisation de chaque séquence paraît comme absorbée par
le désir de percer la surface bavarde
du présent, des reportages, commentaires et fictions édifiantes qui
en rendent compte, pour passer incognito dans une doublure du
monde où tout redevient élémentaire, marqué par une suite d’instants d’autant plus fatidiques qu’il
n’y a plus personne pour attendre
votre retour, instants que le cinéma
réinventé balbutie à travers l’idiome
clignotant des images secourables
et bienfaitrices.
DIDIER PÉRON
THE LAST OF US
d’ALA EDDINE SLIM
avec Jawher Soudani, Fathi
Akkari, Jihed Fourti… 1 h 34.
Libération Mercredi 22 Août 2018
u 23
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Seul Jason Statham surnage
dans cette série B indigente
à force de ratisser large.
WARNER BROS. ENTERTAINMENT
INC. AND RATPAC-DUNE
ENTERTAINMENT LLC
Trop timide, fade
et sans relief, le film
sous-emploie la veine
parodique de Jason
Statham face à un
requin préhistorique.
J
ason Statham a distribué des
coups de tatane à la Terre entière au cinéma – de Jet Li à
The Rock – et on se réjouissait de
le voir se mesurer dans En eaux
troubles à un adversaire improbable : un requin préhistorique de
23 mètres de long. Depuis presque vingt ans, le Britannique est
sans doute l’acteur le plus sousestimé du cinéma d’action. Grâce
de danseur, souplesse, clin d’œil
permanent, Statham a tout, mais
se cantonne volontairement à la
série B. Preuve que l’action mène
immanquablement au cartoon et
au burlesque (Buster Keaton forever), Statham cultive une veine
parodique – Hyper Tension, les
«En eaux troubles», calme plat
derniers Fast and Furious ou
Spy – dont En eaux troubles est le
dernier avatar.
On connaît la recette : Statham
en sauveteur traumatisé qui crie
au loup après avoir croisé pour la
première fois le «Meg» (petit
nom mignon du monstre du
film, le mégalodon, le gigarequin
préhistorique en question, beau
et idiot comme une appellation
de burger chez McDonald’s, et
titre original autrement plus
vendeur que le titre français), et
dernier recours de l’équipe d’une
station d’exploration sous-ma-
«Silent Voice», l’ado au mur
Le joli film d’animation
de Naoko Yamada dépeint
les états d’âme d’un lycéen
qui tente de se racheter
de sa cruauté envers une
élève atteinte de surdité.
L
e manga n’aime rien tant que l’effusion.
L’explosion de sentiments enflés dans
une démesure telle que la fierté, la camaraderie ou le désir de revanche se transforment en épopées débordant d’amour pour
l’humain dans ce qu’il a de too much. La règle
connaît évidemment nombre d’exceptions
mais il est indubitable qu’il y a un savoir-faire
japonais dans l’expansivité. Adaptation d’une
bande dessinée de Yoshitoki Oima, le drame
Silent Voice n’échappe pas à cette tentation.
Il y a beaucoup de piano triste, de grands sentiments et une ville qui semble perpétuellement baignée dans une lumière iridescente…
Mais le trop-plein est le cœur de ce film
consacré à un jeune homme écrasé par ses
émotions, ancien salaud étouffé par des
remords sincères qui tente de faire amende
honorable. Moins pour s’exonérer et s’en tirer
à bon compte que par bonté d’âme, pour délivrer celle qu’il a tourmentée du poids qu’il a
naguère fait peser sur elle.
Paria. L’histoire de Silent Voice se noue dès
l’école primaire. Garçon agité, Ishida ferait
n’importe quoi pour gagner la sympathie des
autres. Quand, dans sa classe, débarque une
nouvelle, elle fait vite figure d’agneau sacrificiel. D’autant que la petite Shoko est sourde.
Ishida devient donc son tourmenteur pour
amuser la galerie. Aux moqueries succèdent
les violences, de plus en plus graves. Toute la
classe suit, jusqu’à ce que les adultes s’inquiètent. Ishida devient alors le bouc émissaire,
puis la tête de Turc. Quelques années plus
tard, il vit en paria. Longeant les murs du lycée, traversant les journées sans dire un mot.
Jusqu’à ce que, en ville, il aperçoive Shoko et
se mette en tête de reprendre contact.
Solide producteur de séries animées, le studio
Kyoto Animation n’a jamais brillé au cinéma
avant ce film, confié à la jeune Naoko Yamada. Derrière des personnages à l’allure
un peu passe-partout, la cinéaste parvient
à adapter les belles idées de mise en scène du
manga d’origine et à leur donner davantage
d’ampleur. Certains effets sautent aux yeux,
comme cette façon d’anonymiser les lycéens
en barrant leurs visages d’une croix qui suggère que l’isolement dans lequel est plongé
le garçon est d’abord de son fait.
Contraires. De manière plus discrète, la cinéaste construit la neurasthénie de son personnage principal par petites touches, notamment à travers des discussions filmées en très
gros plans. Des pieds. Des mains (assez logique pour un film qui donne une large place
au langage des signes). Ou un parapluie qui
obstrue les yeux des interlocuteurs d’Ishida
pour laisser entendre qu’il n’est plus capable
de supporter le regard des autres. La beauté
de Silent Voice tient à sa façon d’assumer les
contraires, d’alterner sans hésiter entre le silence complice et gêné d’un couple qui nourrit les carpes et les épanchements passionnels
d’ados survoltés. De montrer la bonté des
gens qui entourent Ishida comme la cruauté
moutonnière d’enfants qui, en vieillissant, se
fabriquent des mécanismes de justifications.
MARIUS CHAPUIS
SILENT VOICE de NAOKO YAMADA (2 h 12).
rine (autant un buffet garni pour
squales qu’un bref échantillon
d’humanité avec son savant japonais, sa technicienne queer et
l’Afro-Américain qui ne sait pas
nager).
En eaux troubles n’en fait pas
grand-chose et, ayant aban-
donné dès les premiers plans
toute velléité de se mesurer côté
suspense aux Dents de la mer
(son requin a deux modes : là, pas
là), il entend ratisser large : chez
Abyss, dans le divertissement
presque familial, sur le marché
chinois (le film est une coproduction), la comédie et la «Stathamsploitation». Mais tout est
ici dilué, sans goût, sans relief.
La promesse d’un grand n’importe quoi lorsque le requin s’attaque à une assemblée de plagistes sur bouées multicolores,
façon bol de céréales géant,
s’épuise à force de compromis et
de timidité. Surnagent Statham
et un petit chien adepte de natation, comme vagues vestiges de
la saillie parodique attendue.
LÉO SOESANTO
EN EAUX TROUBLES
de JON TURTELTAUB
avec Jason Statham,
Bingbing Li… 1 h 54.
Une merveille.
AAAAA PREMIÈRE
Splendide de beauté et d’émotion.
Magnifique.
LES INROCKS
Majestueux.
D’une ahurissante beauté.
LA VIE
LIBÉRATION
AAAA LE PARISIEN
Bouleversant.
La merveille de l’été. AAAA
MARIANNE
L’OBS
Une fresque magnifique.
TÉLÉRAMA
Du grand cinéma. Le film de l’été.
LE MONDE
POSITIF
Poirier
Sauvage
Le
un film de
NURI BILGE CEYLAN
ACTUELLEMENT
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
MA FASCINATION (2/9)
Rien n’est dégueulasse
Jean Seberg (1938-1978) Evocation de l’actrice américaine
d’«A bout de souffle» qui mélangeait amours et militance
en une fusion libidinale désespérée.
J’
aime mes illusions aux cheveux coupés courts. Elles
font la nuque militaire aux actrices blondes qu’on prend
trop souvent pour des oisillons ébouriffés et des têtes
de linotte trépanées. Et c’est pourquoi, tout au long de ce portrait fasciné, je vais vous raconter que Jeanne Seberg était une
don Juanne jouisseuse et une revendicatrice décillée, et non
une proie frigide et déboussolée qui se laissait abuser par les
hommes avec cause. Pour la démontrer émancipée tragique,
j’exhumerai la dernière scène d’A bout de
souffle, où la délatrice à regret se caresse
les lèvres en reprenant le gimmick de son
amant qu’elle a balancé aux flics et se demande, cynique et désespérée à la fois: «Qu’est ce que c’est, dégueulasse ?» Je déviderai la pelote de mes arguments pour
prouver que la radicale chic des années 60, l’héroïne des droits
civiques, la cible du FBI avait le propos universel et la générosité peu nombriliste quand le MeToo actuel semble assigner
les Hollywoodiennes en petites robes noires à la stricte défense
de leur sexe. Au final, vous serez bien en peine de me donner
raison ou tort, la vérité d’un être résistant toujours à l’analyse
et les anachronismes décolorant les meilleurs arguments.
Loin de l’Iowa. Il y a d’où l’on vient et où l’on va. Jean Seberg
vient de Marshalltown, bourgade de l’Iowa qui sonne assez
cow-girl avec blues. Le père est pharmacien, la mère institutrice. Ils sont d’origine suédoise et d’une confession luthérienne qui n’engage pas à la gaudriole. Pour s’évader, elle
triomphe de 18 000 concurrentes lors d’un casting mis en
scène comme une télé-réalité anticipée. La voilà lancée, partie, perdue aux yeux des jours anciens. Elle passe par la Lorraine en Jeanne d’Arc sabotée. On la retrouve sous les ors ensoleillés de Saint-Tropez, personnage de Sagan au
machiavélisme adolescent et à la jupe
bouffante. Elle descend les Champs-Elysées, étudiante américaine et vendeuse du
Herald Tribune, que l’on fantasme décontractée, en jean et tee-shirt, quand elle est fascinée par les dessous chics. Elle était collégienne du Midwest? La voilà jet-setteuse entre café society et gauche caviar pas encore cafard,
entre grands studios abusifs et Nouvelle Vague française, entre starification initiale et scarification fatale. Pas du tout redneck, elle se réinvente européenne et californienne. A chaque
Thanksgiving, elle vient pourtant donner le change à Marshalltown. Elle reviendra même y exposer sa fierté, que le FBI
tente de grimer en honte. Ces braves gens des services propagent la rumeur que Seberg aurait fait un enfant avec un membre des Black Panthers, mouvement qu’elle finance. C’est faux.
LE PORTRAIT
Un meneur étudiant mexicain en est le père. Seberg veut
prouver que le FBI a menti, surtout pas que le métissage est
une infamie. Cela la met en porte-à-faux et la déséquilibre
pour longtemps. Après l’avoir exposée dans un cercueil de
verre, elle enterre sa fillette morte à 2 jours dans le cimetière
familial.
Politico-sexuelle. Je suis en strict désaccord avec cette banalité qui voudrait que les hommes cavaleurs soient admirés
et que les femmes flécheuses d’Adonis soient ravalées au rang
d’insatisfaites instables. Aujourd’hui, les premiers sont voués
aux gémonies de la prédation et les secondes vues comme
des traîtresses au féminisme quand elles affirment leur libido
pour des salauds. L’époque se permet aussi de médicaliser
le vagabondage sensuel et fait d’une attirance multipliée une
addiction à traiter. Jean Seberg est une chopeuse revendiquée. Un soir de pleine lune, la collégienne couche avec un
camarade. Ensuite, les festivités ne cessent plus, même si
elles finissent parfois en orgies tristes. Ses amants célèbrent
son allant et ses talents. Et elle le leur rend bien. Sa collection
de séductrice est une déclaration de patrimoine constitué
selon son bon plaisir, mais aussi au gré de ses convictions.
Ses élus sont romanciers et militants, créateurs et rebelles.
Sa carte du Tendre se dessine tel un tract ronéoté. Romain Gary compresse les
Exercices de
deux domaines. Il est à la fois
fascination. A la
héros de la Résistance et Prix
première personne du
Goncourt. Et tant pis si
singulier, des
l’aviateur dandy se rallie au
journalistes de Libé
gaullisme déclinant des andétaillent leur
nées 60. L’amour a ses déenthousiaste pour des
bours. Leurs liens vont résispersonnages disparus
ter à leurs liaisons diverses.
qui les ont émus,
Gary provoque même en
inspirés ou même
duel Clint Eastwood, pasdéstabilisés.
sade de tournage et pistolero
pas bien faraud, qui se débine la queue basse. Carlos Fuentes, écrivain, diplomate
mexicain et relation vite éconduite car trop convenue pour
une femme qui aime le risque, définit ainsi le mélange des
genres que pratique Jean S : «Elle croyait que l’injustice se
combat non seulement par la politique, mais aussi par le sexe,
l’amour et les abîmes du romantisme. Cela la rendait extrêmement vulnérable.» Elle paye un lourd tribut pour avoir embrassé la cause noire. Elle s’amourache d’un cousin de Malcom X, identariste racial et religieux qui la rudoie d’autant
plus qu’elle symbolise la beauté blanche et blonde, mauvaise
conscience comprise. Elle prend cher pour s’être ainsi faite
chair. Le FBI s’acharne à la perte de cette Jane Fonda, plus
frêle et plus pâle, aux attachements idéologiques qui ulcèrent
l’Amérique post-McCarthy. Se jeter au cou du FLN ne réussit
pas mieux à la francophile. Déjà bien accrochée à des substances diverses, elle passe sous tutelle d’un trafiquant brutal
qui l’introduit dans un univers où croise Bouteflika, l’actuel
président algérien.
Fin de partie. Jean Seberg est une femme d’excès, et c’est ce
qui la rend émouvante et la propulse vers la sortie. Alcool, drogues, régimes, dépression, angoisses, elle traverse tout sans
rien surmonter. Elle meurt avant 40 ans en sportive de l’extrême. Sa jeunesse incandescente a brûlé ses vaisseaux dès
le premier bûcher, les premières embûches. Croire que les fins
tragiques sont des certificats d’exaltation est une bêtise qu’on
commet souvent. Mais comment s’en dispenser ? Peut-être
en trafiquant la réalité du passé. J’enverrais bien à la fourrière
de l’histoire la R5 blanche qui stationnait dans le quartier des
ambassades, le plaid qui couvrait sa nudité de sex-symbol
failli, les dopants en surdose et l’ombre d’un crime camouflé
en suicide. Je l’obligerais à réveiller son fils lycéen à 5 heures
du matin, pour lui présenter à nouveau l’amie lesbienne d’une
nuit. Je la suivrais dans ses maraudes à la recherche de jeunes
corps de passage. Je lui demanderais ce qu’elle pense des fadaises du gros Harvey et si elle aussi aurait balancé ses
«porcs», elle qui s’entendait à les faire valser. Je l’écouterais
citer Malraux qu’elle admirait et qui voulait «faire connaître
aux hommes la grandeur qu’ils ignorent en eux». Et puis, je me
passerais le gras du pouce sur les lèvres comme elle le fait à
la fin d’A bout de souffle, certain que rien de ce qui est humain
n’est dégueulasse. •
Par LUC LE VAILLANT
Photo GEORGES DUDOGNON. ADOC-PHOTOS
ÉTÉ
Et aussi n deux pages
BD n de la photo n un
restaurant bien caché
n des jeux…
J’AI TESTÉ
LE NATURISME
À L’ALLEMANDE
MAURICE WEISS
Mercredi
22 août
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Mercredi 22 Août 2018
Les Teutons à l’air
I
l existe deux idées reçues sur
les Allemands à la belle saison:
ils préemptent les transats des
piscines d’hôtel en les couvrant de leur serviette dès le chant
du coq et ils pratiquent le naturisme. Cette dernière activité me
paraissant moins petite-bourgeoise
que l’autre, j’ai décidé de me jeter à
l’eau en enlevant le haut. Et aussi le
bas. En France, hors plages réservées et en dépit d’initiatives récentes de type «visiter le Palais de Tokyo tout nu» ou profiter de l’espace
dédié aux naturistes au bois de Vincennes, la pratique est plutôt rare.
Paris n’est pas Berlin, où il est possible de converser sans tee-shirt dans
une soirée en appartement ou dans
un club. En pleine canicule berlinoise, une femme arpentait la rue
en soutien-gorge et mon corps ruisselant l’a enviée. Se promener nu est
autorisé depuis 2014 dans certaines
portions de Munich et on peut se
baigner ainsi dans bien des lieux en
Allemagne, lacs berlinois ou plages
de la mer Baltique.
Cela dit, j’ai beau m’intégrer à ma
nouvelle vie allemande avec une rapidité surprenante – je porte des
Birkenstock et méprise les gens qui
ne traversent pas au vert au passage
piéton –, la chose m’angoisse un
peu. Je charrie des années de culture française et latine comme
d’étranges casseroles de pudeur.
Lorsque j’ai annoncé autour de moi
que j’allais poser nue pour Libération, les réactions ont été fidèles à
mes attentes. Chez les Allemands:
pas de surprise, une relative indifférence. Chez les Français : gloussements amusés, légère inquiétude,
ricanements un peu gênés. «Tu
veux vraiment que tes collègues te
voient à poil? Tu ne crois pas que ça
va te décrédibiliser ?»
Lorsque j’ai été confrontée au naturisme pour la première fois, voici
quelques années, j’avais eu exactement cette réaction. A la faveur
d’un week-end entre amis, je
m’étais retrouvée dans un camping
naturiste de l’Essonne baptisé Héliomonde. Sauf que textile j’étais,
textile je demeurai. Jusqu’au ridicule. J’étais effrayée, voire sottement hilare à l’idée de papoter sur
la météo baskets aux pieds et seins
à l’air avec, mettons, Jean-Michel
Apoual du chalet d’à côté, sandales
Néo-Berlinoise en pleine acclimatation,
on a laissé au vestiaire notre pudeur française
et on s’est jetée à l’eau dans le plus simple
appareil. Passé l’embarras du face-à-face
avec un pénis inconnu, on s’est laissée séduire
par le naturisme à l’allemande, aussi
philosophe que désexualisé.
Par
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
Photos
MAURICE WEISS
détente, buste droit, jambes écartées, bien assis sur le banc. Et moi je
reste là, le sourire contraint, le nez
luisant, incapable d’être naturelle
en naturisme. J’enchaîne des poses
grotesques. Pose 1 : le Penseur de
Rodin (mon front dégouline).
Pose 2 : jambe droite posée sur genou gauche, buste en avant, façon
«réunion de 9 h 30 à Libération».
Pose 3 : bras croisés sous les seins,
façon «j’attends le tram, c’est un peu
long et je n’ai plus de batterie sur
mon téléphone».
DISTANCE CRITIQUE
aux pieds mais surtout sexe à l’air
(que les choses soient claires: c’est
impossible de ne pas regarder).
Malgré des températures caniculaires, je m’obstinais à garder mon
short et mon tee-shirt tout le weekend. Jusqu’au dimanche, où nous
avions piqué une tête dans la piscine, naturiste elle aussi. Je me souviens très bien de mes appréhensions. Et surtout d’avoir demandé
à mon ami: «Est-ce qu’il faut porter
un bonnet de bain ?» Il m’avait regardée d’un air narquois : «Si tu as
envie de nager à poil avec un bonnet
de bain, c’est ton problème.»
TESTICULES INDOLENTS
On est plus fragile quand on est nu.
On ne se cache ni derrière des marques ni derrière un style vestimentaire. On est désespérément soi.
Une amie française racontant
son week-end sur l’île du Levant,
haut lieu naturiste dans le Var, me
disait: «On a quand même l’air con
quand on fait ses courses au Shopi à
poil.» Mais pourquoi ? Pourquoi
aurait-on l’air davantage crétin lorsqu’on choisit un melon avec le zgeg
à l’air à la supérette des «culs nus»
que lorsqu’on achète des palourdes
en bermuda bleu marine sur l’île de
Ré ?
Il fallait agir. Alors j’ai commencé
par le plus facile: le sauna. En Allemagne, c’est un loisir comme un
autre, le plus souvent mixte, que
l’on pratique volontiers en famille,
entre amis ou entre colocataires. Le
soir de la chute du mur de Berlin,
devinez ce que faisait Angela
Merkel ? Elle était au sauna avec
une amie, comme tous les jeudis.
C’est bon pour la santé. Ça libère les
toxines. Ça adoucit les mœurs. En
plus, ça se finit toujours par une
bière. Direction, donc, un très grand
sauna près de la gare centrale de
Berlin, dans un bâtiment imitant
comme il peut un spa balinais
–déco en boiseries, encens à gogo,
musique ridiculement apaisante.
Un sauna doté d’une piscine découverte, évidemment naturiste. C’est
là que j’ai compris à quel point cette
culture m’était étrangère. Les Allemands ont un rapport particulièrement décomplexé à la nudité. Ils appellent cela le «FKK», pour
FreiKörperKultur : «la culture du
corps libre». Allongés sur les transats qui jouxtent la piscine du
sauna, ils forment des grappes de
placidité humaine, nus comme si de
rien n’était. Et moi? J’enchaîne les
longueurs avec zèle, agitée comme
un diable de Tasmanie dégénéré
–hors de question de faire du naturisme flemmard. Entre deux brasses, je feins de trouver tout cela normal. Difficile. Surtout lorsque je
lève la tête et que mon regard tombe
sur une énorme paire de testicules
vautrée dans le bien-être transatier.
Une paire de testicules indolente,
une paire de testicules qui n’a rien
demandé à personne, mais une
paire de testicules tout de même. Je
passe mon chemin, un peu décontenancée. J’en profite toutefois pour
constater qu’une autre idée reçue
sur les Allemandes a fait long feu :
elles s’épilent désormais avec
autant de maniaquerie que les
autres Européennes, contrairement
au cliché des années 70 qui les
voyait naturistes et velues.
Arrivée dans le sauna, c’est encore
pire. Je suis mal à l’aise avec ce
corps pataud dont je ne sais que
faire. Tout le monde suinte la
Vexée d’être si nulle en nudité, je me
rhabille dans les vestiaires. Un tic
de langage très Alain Badiou me
vient en tête : s’agissant de mon
pays d’adoption, de quoi le naturisme est-il le nom ? Spécialiste de
l’Allemagne, Johann Chapoutot enseigne à la Sorbonne. Il explique
que cette pratique vient d’un mouvement spécifiquement allemand
appelé Lebensreform, la «réforme de
la vie»: «Il date de la fin du XIXe siècle. Il apparaît en réaction à la
modernisation urbaine accélérée,
l’industrialisation, l’explosion démographique. C’est une prise de
conscience que la vie devient aliénante. On s’interroge sur la pollution visuelle, sonore, l’alimentation,
le bio, le végétarisme voire le véganisme, les pratiques sportives, les pédagogies alternatives. Il s’agit de revenir à soi. On lève toute forme de
médiation entre soi et la nature.
Dans ce contexte, le vêtement est
considéré comme une médiation. Il
est lié à des tabous sur le corps, à la
culture judéo-chrétienne. C’est le vêtement qui crée le péché. Ainsi se développe le naturisme, qui se retrouve
désexualisé.»
Je comprends mieux comment tout
cela se fond dans la psyché allemande, singulier mélange de panthéisme et de protestantisme. Un
culte de la nature doublé d’une distance critique à l’égard des tabous
religieux: voilà qui aide à tomber le
maillot. Nous nous engageons alors
dans une discussion sur le naturisme dans l’histoire allemande.
J’imagine que les nazis y étaient
plutôt hostiles. Ils ont en effet ordonné la fermeture de nombreux
clubs jugés «indécents», mais pas
tous. Ceux qui étaient d’obédience
Ach ! Comment décrire cette
nazie ont continué d’exister. «Le
rapport du IIIe Reich au naturisme
est ambigu, affirme Johann Chapoutot. Il permet de se libérer de la
culture judéo-chrétienne, car juive,
dont on disait qu’elle asséchait la
“race”. On enjoint alors à célébrer le
corps, nu et sportif. Les références à
l’Antiquité étant omniprésentes,
c’est le gymnos, “nu” en grec ancien,
qu’on célèbre.»
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u III
Les Allemands
ont un rapport
très décomplexé
à la nudité.
Ils appellent cela
le «FKK», pour
«FreiKörperKultur»,
la culture du corps
libre. Allongés
sur les transats
qui jouxtent la
piscine du sauna,
ils forment
des grappes de
placidité humaine,
nus comme si
de rien n’était.
sensation de liberté, de vif plaisir, de volupté qui vous saisit lorsque votre corps nu nage dans l’eau fraîche d’un lac d’été ?
L’un des best-sellers de l’ère nazie,
vendu à des centaines de milliers
d’exemplaires, est un livre de photos représentant des hommes se livrant à des activités sportives naturistes : Mensch und Sonne («les
Hommes et le Soleil»). Ce livre, dont
on ne peut nier la dimension homoérotique, célébrait la prétendue
«supériorité raciale» des Allemands.
Son auteur, un officier nommé
Hans Surén, était si célèbre que
«Hitler avait une photo dédicacée de
lui», raconte l’historien allemand
du sport Arnd Krüger, spécialiste
du FKK, qui ajoute : «Il y avait
d’autres raisons pour lesquelles les
nazis ne condamnaient pas totalement le naturisme. D’abord pour des
raisons de santé publique: cela permettait de détecter plus aisément les
maladies vénériennes. Ensuite, pour
des raisons purement antisémites:
il était facile de remarquer un pénis
circoncis.»
SIRÈNE ASTHMATIQUE
C’est donc sous le IIIe Reich et pour
des raisons politiques que le FKK
est devenu officiellement un sport.
Et il l’est resté – la fédération
compte aujourd’hui 35 000 licen-
ciés. Après l’érection du Mur, le
pays s’est divisé aussi sur le rapport
au naturisme: les habitants de RDA
en étaient plus friands que ceux vivant en RFA. C’était, à l’Est, l’un des
rares loisirs offrant, à peu de frais,
un précieux sentiment de liberté. Et
puis le Mur est tombé, le pays s’est
réunifié. Aujourd’hui, le nombre officiel de naturistes a sensiblement
baissé en Allemagne, «mais c’est
aussi parce qu’on n’a pas besoin
d’avoir une carte de membre de la fédération de FKK pour aller se baigner dans un lac berlinois», précise
Arnd Krüger.
Justement, c’est mon tour. Sous une
chaleur épuisante, fragilisée par un
rhume persistant, je me mets en
route avec Maurice Weiss, le photographe chargé d’immortaliser ce
moment. Nous nous garons aux
abords du Krumme Lanke, un vaste
lac très prisé des étudiants – il est
proche de l’immense campus de
l’Université libre de Berlin. Des zones nudistes informelles s’y sont
créées. Des corps jeunes, vieux,
gros, maigres, celluliteux ou musculeux s’y baignent. On lit le journal
paisiblement. On y va seul ou à
deux, avant ou après le travail.
«C’est comme si on montrait qu’on
appartient à une tribu urbaine, cultivée, libre», observe Maurice.
En quelques secondes, j’oublie les
appréhensions, les photos, l’histoire du naturisme, les baigneurs et
les lecteurs. J’enlève mes vêtements et plonge dans l’eau fraîche,
je bats des jambes comme une sirène asthmatique, tout en souriant
péniblement devant l’objectif car le
soleil m’aveugle.
Il est impossible de décrire sans
mièvrerie cette sensation de liberté,
de vif plaisir, de volupté qui vous
saisit lorsque votre corps nu nage
dans l’eau fraîche d’un lac d’été et
que le soleil vous caresse le visage.
Disons simplement qu’elle m’a invitée à renouveler encore et toujours
cette douce et étrange expérience. •
JEUDI J’AI TESTÉ
LES INSECTICIDES BIO
IV u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Mercredi 22 Août 2018
gros cailloux du lac. Aux trois coups
de lever du rideau du service, le plat
entre sur la scène d’une assiette
creuse : la pierre chauffée y est déposée au milieu des aiguilles de sapin, puis les sarments sur lequel un
filet de féra, poisson des montagnes, est placé surmonté d’un
beurre au sapin, façon beurre maître d’hôtel. Jean Sulpice ajoute au
fond de l’assiette l’eau du lac qui devient vapeur au contact du caillou
bouillant. Il recouvre prestement
l’ensemble d’une cloche en verre
sous laquelle le poisson va cuire à
point dans une buée magique. C’est
ainsi que l’on se retrouve à déguster
les goûts du bout du monde avec la
féra dans son environnement naturel.
Mosaïque. Le chef revendique
La cuisine de Jean Sulpice se fond entre montagne, ciel et lac. PHOTO OLIVIER VOGELSANG
Jean Sulpice,
instinctif de nature
touche de cassis dans un verre de
montrachet. On se pose sur le banc
de bois du balcon. Dans le soir qui
vient, on se perd dans l’anse de la
baie. La brume caresse les montagnes. Le lac hésite entre l’émeraude,
le vert laiteux et le gris. L’eau de
ble à une mélodie de fin d’été où l’on pluie ne coule pas, elle murmure,
fermerait la maison des vacances. grelotte, lustre les feuilles des arLa pluie déboule en grosses gouttes bres, le cuivre et les tuiles de ce cafroides qui cloquent la surface du ravansérail qu’est l’Auberge du père
lac. Eclairs, tonnerre, l’orage fait son Bise. Puis revient un soleil orangé.
cirque dans la baie de Talloires.
Comme une promesse de crépusOn entre dans la chambre 11 sur la cule apaisé.
pointe des pieds car on pressent que «Le plus dur, c’est de transmettre
l’endroit est beaucoup plus qu’un tout ça», dit Jean Sulpice en monnid douillet, une thébaïde labellisée trant ses mains devant son piano.
Relais et Châteaux. Elle
Pourtant, il réusest le promontoire du
sit à mettre en
SUISSE
bout du monde, une
bouche ce bout
Lac Léman
proue où le temps
du monde peint
et le spectacle
par Paul CéGenève
des autres se
zanne en 1885.
SUISSE
AIN
HAUTEsont volatilisés.
Ce soir, sur la
SAVOIE
On s’égare une
palette du chef,
Annecy
poignée de seil y a des sarTalloires-Montmin
condes sur le fil
ments de vignes
AFP défilant sur
assemblés
l’écran de télévicomme des petits
SAVOIE
sion qui semble
radeaux, des ra10 km
aussi incongru qu’une
meaux de sapin et de
l’impression d’avoir toujours été là.
A Val-Thorens, j’étais plus dans une
logique de créer pour créer. Cela a un
sens que je me retrouve ici, dans
cette maison historique, tout en apportant la cuisine de ma propre nature. Je me sens plus apaisé, moins
foufou dans l’assiette, peut-être plus
simple», explique le créateur du plin
d’escargot, sorte de raviole où la
bête est dans son élément avec les
herbes du jardin et des montagnes.
Thébaïde. Imaginez une fin
d’après-midi sur le ponton de
l’Auberge du père Bise: l’orage menace, le ciel est gris métallique audessus d’un sommet saupoudré de
neige. Le vert tendre des forêts
court sur les pentes. Le vent qui enfle fait frissonner les plumeaux des
roseaux. On s’active pour ranger
matelas et chaises longues sur le
parquet de la terrasse. Cela ressem-
IE
Chemins de tables (3/6) Cette semaine,
«Libé» déniche des restaurants bien cachés.
Aujourd’hui, l’Auberge du père Bise, maison
historique nichée au bord du lac d’Annecy.
IT
AL
S’
il ne devait rester qu’un
bout du monde sur cette
foutue planète, ce serait celui-là : le ponton de l’Auberge du
père Bise, où l’on viendrait s’asseoir
en attendant la fin des temps. Nous
sommes dans la baie de Talloires
(Haute-Savoie), autant dire dans le
nombril de l’Eden qu’est le lac d’Annecy. Il y a le ciel, la montagne, l’eau
et la cuisine de Jean Sulpice qui a
repris la vénérable auberge avec son
épouse, Magali, en novembre 2016
et continue de tutoyer les étoiles
(deux) acquises dans son précédent
fief de Val-Thorens (Savoie).
Le chef est descendu en altitude
mais il a pris de la hauteur en s’installant aux fourneaux d’une maison
centenaire qui a vu défiler les
grands de ce monde, comme Churchill, venu déguster le gratin de
queues d’écrevisses de François
Bise, camarade d’apprentissage de
Paul Bocuse. Quand on parle de
hauteur, il ne s’agit pas tant des cimes de la consécration (Jean Sulpice a été sacré cuisinier de l’année 2018 par le Gault & Millau) que
de ce recul humble et sage que lui
inspire la baie de Talloires. «J’ai
l’instinct quand ses collègues vous
déroulent croquis et discours pour
raconter un plat. Sa cuisine n’est
pas tonitruante, elle se fond entre
montagne, ciel et lac pour les restituer à travers les cinq sens. Jean
Sulpice est toujours dans son bout
du monde, l’air de rien. Qu’il monte
sur son vélo au petit matin pour
rouler en montagne ou qu’il vous
emmène dans son jardin en fin de
journée, à quelques kilomètres de
ses fourneaux. On se promène entre les planches des herbes qui enchantent ses plats: ache des montagnes, mélisse, menthe, sauge,
estragon, myrrhe odorante. Une
conversation à bâtons rompus, de
tout, de rien. Trois heures plus tard,
au moment du dîner, on voit débarquer une drôle d’asperge cuite
dans du cassis. Elle est coupée en
trois dans le sens de la longueur. A
chaque tronçon correspond un assaisonnement de plantes : de l’hysope sur la pointe, de l’oseille en
son milieu et des fleurs de coucou
sur la base. Comment vous dire, à
ce moment-là, on se sent franchement seul au bout du monde tellement l’émotion gustative est profonde. Les vins ponctuent cette
épopée sensorielle, servis par un
griot des vignobles, Lionel Schneider qui déniche des pépites avec
Magali Sulpice. Comme ce vin
blanc de Savoie, chignin-bergeron,
cuvée Grand Zèph, d’Adrien Berlioz
servi avec la féra. «Il apporte un peu
de gras derrière l’acidité tonique face
au poisson», explique le sommelier.
En dessert, le rosé pétillant du cerdon du domaine Renardat-Fache
dans le Bugey fait chanter la mosaïque de saveurs et de textures du
chou pâtissier à la rhubarbe et à la
reine-des-prés.
Il faut ensuite s’égarer – un peu –
dans cette nuit paisible où clapote
doucement l’eau. Puis se poser encore une fois sur le ponton. Dans
l’obscurité, on devine la silhouette
du chêne qui a vu défiler le siècle de
l’Auberge du père Bise. Témoin de
ce bout du monde où l’on regrette
que le temps ne se soit pas arrêté
encore un peu plus longtemps.
JACKY DURAND
Envoyé spécial
à Talloires-Montmin
Photo OLIVIER VOGELSANG
Libération Mercredi 22 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
PHOTO /
Cow-girl
solitaire
Séance tenante/ Aventure
Partie arpenter les lieux de tournage
de célèbres westerns, Anja Niemi
se met en scène dans la peau d’une
rêveuse qui aspire à une vie plus exaltante.
ANJA NIEMI
Née en 1976 en Norvège.
Vit et travaille à Oslo.
C
haque jour, une
jeune femme se réveille dans la même
chambre, seule, et
enfile la même robe rose. La
photographie s’appelle The
Girl of Constant Sorrow («la
fille toujours en peine»). C’est
une des images de la dernière
série de la photographe Anja
Niemi, «She Could Have
Been a Cowboy». Son personnage ne rêve que d’une
chose, enfiler un costume de
ÉTÉ
u V
cow-boy et enfourcher son
cheval à la découverte des
grands espaces. «L’histoire
n’est pas tant d’être un cowboy mais plutôt de devenir
quelqu’un d’autre, explique
Anja Niemi. Nous sommes
nombreux à avoir à l’intérieur quelque chose que nous
aimerions pouvoir faire ou
être, mais pour une raison
quelconque, nous ne pouvons
pas. Elle aspire à une vie,
mais elle sait qu’elle ne l’aura
jamais.»
Anja Niemi travaille seule,
photographie, met en scène
et interprète tous les personnages. Afin de visualiser le
monde imaginaire de la fille
en rose, la photographe l’a
expérimenté sur elle-même.
Elle a voyagé seule pendant
plusieurs semaines en Utah,
sur les lieux de tournage de
westerns célèbres: «Tous mes
personnages sont très solitaires, ces vastes paysages sont la
toile de fond parfaite pour
leurs histoires. Se promener
dans ces canyons rouges et roses dans l’Utah, c’était comme
sur un plateau de tournage, si
irréel… ce qui est exactement
ce que mon travail est pour
moi, la fiction, la fantaisie et
la rupture avec tout ce qui est
ordinaire.»
FRÉDÉRIQUE RONDET
ÉTÉ / BD
Par Nick Drnaso éditions Presque Lune
Sabrina
VI u
Libération Mercredi 22 Août 2018
Libération Mercredi 22 Août 2018
u VII
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Depuis un mois,
Sabrina est portée
disparue. Transi
d’angoisse, son petit
ami cherche refuge
chez un ancien
camarade de lycée,
histoire de ne pas
craquer. S’ensuit une
cohabitation glacée.
Second album
du jeune Américain
Nick Drnaso (prix
Révélation au dernier
festival d’Angoulême),
Sabrina brosse un
drame intime en même
temps qu’il sonde
une Amérique en train
de devenir dingue.
SABRINA
de NICK DRNASO
Editions Presque Lune,
208 pp., 25 €.
A paraître le 13 septembre.
VIII u
Libération Mercredi 22 Août 2018
CONCOURS
QUIZ
Blases royaux
P
ZU
Z
L
E
Par BAPTISTE BOUTHIER?
1
Lequel des prénoms suivants a
été porté par pas moins de quatre
rois de France ?
A Thierry.
B Jean-Michel.
C Grégoire.
D Bixente.
COMMENT GAGNER À...
Small
World
Bien gérer
son déclin
Attention,
l’objet n’est
pas à mettre
dans les
mains d’un militant identitaire ou de
Renaud Camus, de toutes personnes,
en somme, obsédées et apeurées par
l’idée du grand remplacement. Ce jeu
de plateau risque de leur donner des
cauchemars. Dans Small World, créé
par le Belge Philippe Keyaerts
en 2009, vous vivez dans un monde
trop petit, comme son nom l’indique,
où différents peuples fantastiques
(géants, nains, elfes, trolls) passent
leur temps à conquérir les territoires
des uns et des autres. Impossible de
s’installer sur le long terme : il faut en
permanence anticiper les cases que
vous allez gagner et celles que vous allez perdre. Pour gagner, vous avez
neuf tours, où vous allez devoir sélectionner les meilleures combinaisons
entre peuples et des pouvoirs qui leur
sont alloués. Le but est de bien choisir
le moment où vous allez décider de
passer vos espèces en «déclin». Pas
trop tôt alors qu’il y a encore des
points à se faire, mais pas trop tard
non plus, au risque de terminer
comme l’Autriche-Hongrie en 1918,
complètement dépouillé.
QUENTIN GIRARD
2
7
3
Elle est devenue reine de France
en épousant François Ier et son
prénom aurait tout aussi bien pu
être celui d’un roi. Il s’agit de…
A George de Bretagne.
B Claude de France.
C Camille d’Aquitaine.
D Maxime de Lombardie.
4
Quel prénom n’a été porté que
par deux rois des Francs, dont
le fils de Pépin le Bref et frère de
Charlemagne ?
A Carloman.
B Charles.
C Clotaire.
D Caribert.
Louis est le prénom le plus
commun des rois de France mais
certains ont eu des épouses au nom
étrange. Celle de Louis IV s’appelait…
A Cunégonde de Souabe.
B Hedwige de Bavière.
C Alberade de Roucy.
D Gerberge de Germanie.
Pépin le Bref, fils de Charles Martel
et seul roi français à avoir jamais
porté ce prénom, a fondé une
dynastie royale. Laquelle ?
A Les Mérovingiens.
B Les Carolingiens.
C Les Capétiens.
D Les Valois.
5
Il paraît qu’avec elle, le soleil
brillait. Chunsine a été quelques
années reine des Francs, en tant
qu’épouse de…
A Clotaire Ier.
B Childebert Ier.
C Childéric Ier.
D Caribert Ier.
8
9
Bien plus près de nous, LouisPhilippe a été le dernier roi
français (en monarchie) et le seul à
s’appeler ainsi. Quelle très éphémère
dynastie royale a-t-il créée ?
A La Maison de Chartres.
B La Maison de Nemours.
C La Maison d’Orléans.
D La Maison de Toulouse.
Réponses : 1. A ; 2. C ; 3. D ; 4. B ; 5. A ; 6. C ; 7. B ; 8. A ; 9. C.
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin
de Jérémy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris
À GAGNER : l’original du dessin, 10 séjours et 45 vols. Règlement complet
sur Libération.fr
Isabeau de Bavière, dont plus
personne ne porte le nom, a été
reine de France. Qui était son mari ?
A Henri IV.
B Philippe V.
C Charles VI.
D Louis VII.
6
Arrière-petit-fils de Charlemagne,
Lothaire II est un roi particulier.
Pourquoi ?
A Il n’a été roi qu’en titre, n’ayant jamais
régné dans les faits.
B Il a tué ses trois frères pour pouvoir
régner tranquille.
C Il a donné son nom à son royaume, qui
n’en avait pas.
D Il a régné trois petits jours.
LES 7
ÉCARTS
Redécouvrez une archive
2017-2018 de Willem et
retrouvez les différences
SOLUTION D’HIER
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
0
Размер файла
14 985 Кб
Теги
liberation, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа