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Libération - 24 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 24 SEPTEMBRE 2018
2,00 € Première édition. No 11608
www.liberation.fr
MONSIEUR
BRICOLAGE
Le projet de loi de finances présenté ce lundi vise à tenir les engagements de Macron sans trop
malmener le pouvoir d’achat,
tout en composant avec une
croissance en berne.
PAGES 2-5
Brexit
Le Labour
de Corbyn
au pied
du mur
Troubles
du sommeil
Des bâtons
dans les
roupillons
PAGES 6-7
PAGES 18-19
LUDOVIC CAREME. MODDS
Le 19 juillet à Périgueux. PHOTO MARC CHAUMEIL
BUDGET2019
Cat Power
«Nous faisons
de l’art pour
nous
entraider»
INTERVIEW, PAGES 26-27
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Un budget
sans
recettes
magiques
ÉDITORIAL
Par
CHRISTOPHE ISRAËL
Addition
salée
Un vent mauvais tourbillonne autour d’Emmanuel Macron, dont la popularité chute au fil des
semaines, accompagnant
le mouvement d’une croissance régulièrement revue
à la baisse. L’OCDE ne table
plus que sur 1,6%
pour 2018, et moins d’un
Français sur trois (29% au
baromètre Ifop pour le
JDD) approuve désormais
l’action du chef de l’Etat.
Un score qui se rapproche
dangereusement de celui
du 1er tour de la présidentielle, signe que la
confiance ne lui reste acquise que dans le cercle des
fidèles. L’addition salée de
l’été Benalla et de la rentrée
Hulot, et la preuve que malgré les plans pauvreté et
santé, l’exécutif peine
à rassurer, plus encore à
convaincre. L’annonce du
budget 2019, ce lundi, ne
devrait pas inverser la tendance. Cherchant à renouer
à la fois avec la croissance
et la confiance, l’exercice
doit résoudre la classique et
subtile combinatoire d’une
équation budgétaire qui
veut d’un côté soutenir l’investissement, réduire la dépense publique pour en
maîtriser le déficit, et doit
«en même temps» respecter les engagements du
candidat Macron. L’an I du
quinquennat a largement
coché la case «président
des riches» –flat tax, réforme de l’ISF, allégement
de la fiscalité des entreprises. Les attentes se cristallisent aujourd’hui sur le pouvoir d’achat, auquel le
thermomètre de l’opinion
est le plus sensible. Alors
même que d’autres mesures draconiennes restent à
venir –la suppression d’un
nombre important de postes de fonctionnaires par
exemple–, le chef de l’Etat
demande à ceux qui subissent le plus durement ce régime, retraités en tête,
d’être patients. Hausse de
la CSG, désindexation des
pensions et prestations sociales… la promesse de voir
ces efforts finalement compensés (la suppression de la
taxe d’habitation et les heures sup défiscalisées y aideront) n’est pas sans risque.
Celui qu’à l’heure des
comptes, Jupiter en personne soit sonné. •
Libération Lundi 24 Septembre 2018
RÉCIT
Le gouvernement présente,
ce lundi, un projet de loi de
finances contraint par la baisse
de la croissance et les engagements
de campagne de Macron. L’effort
affiché en direction des ménages
reste modeste comparé
aux mesures prises en faveur
des entreprises et des plus aisés.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
et LILIAN ALEMAGNA
N
on, ils ne sont toujours pas
des «pères Noël» ; oui, ils
poursuivront en 2019 une
politique de «l’offre» et du «travail».
Le gouvernement présente ce lundi
le deuxième projet de loi de finances (PLF) de l’ère Macron. Un budget de «continuité», voire d’«accélération», explique-t-on dans la
majorité, qui sera suivi mardi par le
projet de loi de financement de la
Sécurité sociale (PLFSS).
Moins de «charges» pour les entreprises, «plus de pouvoir d’achat»
pour les actifs, de nouveaux efforts
réclamés aux retraités et à certains
ministères avec une prime aux portefeuilles régaliens: les deux textes,
qu’examinera successivement le
Parlement cet automne, vont bien
prolonger les orientations adoptées
l’année passée. «2019 est l’année du
choc keynésien, veut croire un mi-
nistre important. Si ça n’a pas d’effets sur la croissance, ça n’en aura
plus jamais !»
PREMIÈRE GLISSADE
DE L’EXÉCUTIF
Et, sur ce point, il y a urgence…
L’année 2017 s’était terminée sur
une bonne surprise: supérieure aux
prévisions, la croissance avait idéalement lancé le nouveau pouvoir,
en lui offrant des recettes fiscales
supplémentaires. Attendue à 1,7%
du PIB en 2018, cette croissance
sera inférieure aux prévisions avancées au printemps par l’exécutif. Et
si Bercy assure ces jours-ci avoir,
dès le départ, construit son budget
sur des hypothèses prudentes, le
cru 2019 est marqué par une première glissade : le gouvernement
s’était engagé auprès de Bruxelles
à ramener le déficit public à 2,3 %
du PIB, il devrait finalement se
monter à 2,8%. Plus que l’an passé
(2,7%) et très près de la ligne rouge
des 3 %.
Certes, une bonne partie de ce déficit s’explique par la transformation
du Crédit d’impôt compétitivité
emploi (CICE) en baisse «durable»
de cotisations. «Si on retire cette
bascule ponctuelle, on est à 1,9 %»,
insiste auprès de Libération le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, dont l’entourage met le doigt sur «l’inversion de
la courbe de la dépense publique».
«Que les dépenses publiques progressent un peu moins vite que l’année
dernière, ce n’est quand même pas
un exploit ! grogne le député Eric
Woerth (LR), président de la commission des finances. Le gouvernement n’a pas mis à profit la période
de croissance pour faire les économies nécessaires. Il a brûlé ses vaisseaux et se trouve aujourd’hui incapable de baisser ses dépenses.»
A gauche, la présidente du groupe
socialiste à l’Assemblée, Valérie Rabault, critique un budget «imbouclable» et s’en prend avant tout au manque à gagner provoqué par la baisse
de la fiscalité sur le capital (instauration d’une flat tax et réforme de
l’impôt sur la fortune). Pour l’exrapporteure générale du budget, le
gouvernement s’acharne en outre à
«appauvrir les retraités».
«RECOUVREMENT
DES OPPOSITIONS»
Après avoir subi la hausse de la CSG
au 1er janvier 2018, ces derniers vont
voir leurs pensions, jusqu’ici indexées sur le niveau de l’inflation
(1,6 % en 2018 selon l’Insee), augmenter d’à peine 0,3% les deux prochaines années. «Pour les huit millions concernés par cette mesure et
par la hausse de la CSG, c’est un demi-mois de moins par an, estime
Valérie Rabault. Sans parler de la
hausse des taxes sur le carburant
pour ceux qui vivent à la campagne.» Pour le député Stanislas
Guerini (LREM), «la question des retraités peut être un point de recouvrement des oppositions de droite et
de gauche. Il faudra assumer ce qui
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u 3
Deux semaines plus tard, le sondage Ifop, publié dimanche par le Journal du dimanche,
confirme que l’impatience a pris des proportions alarmantes. Le chef de l’Etat enregistre
une nouvelle chute. Avec 29% de «satisfaits»,
il bat ce mois-ci de cinq points le record d’impopularité qu’il avait enregistré au mois
d’août. Au début de son quinquennat en
juin 2017, le Président donnait satisfaction
à 64% des Français. Quinze mois plus tard, il
n’est pas loin de rivaliser en impopularité avec
François Hollande qui ne comptait plus, au
même moment de son mandat, que 23 % de
bonnes opinions.
L’heure est donc grave. Au gouvernement
comme à l’Assemblée, tous les stratèges de la
majorité sont priés de s’investir dans une
grande opération de reconquête. Il s’agit de
«montrer le cap», de rappeler «le sens et la cohérence» des réformes entreprises, sans oublier
les mesures qui ciblent prioritairement les
plus fragiles : hausse du minimum vieillesse
et de la prime d’activité, plans pauvreté et
hôpital…
C’est ce qu’a rappelé Emmanuel Macron aux
députés de la majorité, membres de la commission des finances, réunis vendredi soir au
palais présidentiel. «Le Président les a mis en
garde contre le risque de perdre le sens de notre
action quand on a le nez dans le guidon. A la
veille de la discussion du projet de loi de finances, il faut démontrer que ce qui se fait en matière budgétaire n’est que la traduction d’une
politique qui donne la priorité absolue au travail», explique-t-on à l’Elysée. Pour «donner
du sens» aux réformes et aux arbitrages budgétaires, les porte-parole de la macronie sont invités à convoquer l’Histoire avec un grand H:
le gouvernement accompagnerait le pays dans
une «grande mutation», le faisant sortir
d’un modèle hérité de l’après-guerre pour faire
face aux défis du XXIe siècle. Le tout en
préservant «nos préférences collectives pour
la solidarité et la liberté» a ajouté Macron
vendredi soir.
«Ligne droite». Présente à cette réunion, la
A Paris,
le 15 mars,
lors d’une
manifestation de
retraités. PHOTO
DENIS ALLARD
est vrai, à savoir qu’on demande un
effort à une partie des retraités,
mais ne pas céder sur les faits: à savoir que tous les retraités ne seront
pas concernés».
S’agissant en revanche de la suppression de 4 500 postes de fonctionnaires, notamment dans l’enseignement secondaire, l’élu
parisien juge qu’«on a toutes les
billes pour répondre sur le taux d’encadrement des élèves, et le ressenti
des parents sur le terrain. Les attaques sur ce sujet ne tiendront pas
deux minutes».
Sortir du guêpier de la fronde des
retraités, prouver qu’il soutient le
pouvoir d’achat de «ceux qui travaillent» en martelant le chiffre de
«6 milliards d’euros de baisse d’impôts» comme les dirigeants de la
majorité commencent à le diffuser:
il faudra beaucoup de «pédagogie»
au gouvernement pour tenter d’effacer l’étiquette de «président des riches» (lire page 4) qui colle aux basques d’Emmanuel Macron. •
Chez les macronistes,
la grande peur
de la «hollandisation»
Malgré une cote de popularité
qui se rapproche des niveaux de
son prédécesseur, le Président
peut compter sur la mobilisation
de ses soutiens qui assurent
que le plus dur est passé.
bord des instituts de sondage. «Je suis déterminé à avancer. Je demande des efforts aux
Français, j’en suis conscient. Mais je suis convaincu que ce que nous faisons permettra à la
France d’être plus forte et plus prospère», assurait le Premier ministre Edouard Philippe en
septembre sur le plateau du 20 Heures de TF1.
L’
Chute. L’impatience des Français? Non con-
inquiétude est bien là. Difficile de la
dissimuler, alors que l’opinion semble
s’être durablement retournée et que les
craquements sont de plus en plus manifestes
dans le bloc majoritaire. Comme tous les gouvernements, celui d’Emmanuel Macron jure
qu’il n’a pas les yeux rivés sur les tableaux de
tent de la comprendre, Edouard Philippe confiait qu’il la partageait, tout en misant sur «le
bon sens» qui permet de saisir qu’on ne «répare
pas quelque chose qui marche mal depuis longtemps du jour au lendemain». «Ça prend du
temps, les résultats vont se voir», avait-il conclu.
rapporteure du projet de loi de finances, Amélie de Montchalin, insiste sur «la cohérence»
des choix politiques. Elle ne veut pas laisser
dire que l’exécutif procéderait «par séquences»,
alternant virage libéral et virage social. La majorité avancerait «en ligne droite» vers «un cap»
qu’elle résume en quatre infinitifs: «éduquer,
produire, émanciper, partager». «En marche»
et sans état d’âme, la jeune députée assure ne
pas être surprise par l’impatience des Français,
«Gérald Darmanin nous avait prévenus : les
baisses d’impôt, les gens n’y croient que quand
elles sont effectives». Or, selon elle, c’est très
bientôt, en octobre, que les choses seront visibles avec les premières baisses de la taxe d’habitation pour 80% des foyers. La majorité veut
croire que le plus dur serait derrière elle. «On
a vécu les douze mois les plus durs du quinquennat avec beaucoup de textes votés. On va entrer
dans la phase où les effets commencent à se faire
sentir. A nous d’accompagner ce moment», conclut Amélie de Monchalin.
Dans l’avalanche de mauvais sondages qui
marquent cette rentrée calamiteuse, la majorité en a trouvé un qui lui donne des raisons d’y
croire. Selon une enquête Ifop publiée
le 8 septembre par le site Atlantico, 55 % des
Français se disent persuadés qu’Emmanuel
Macron va continuer à «réformer le pays en
profondeur». Certes, les mêmes Français doutent très majoritairement du succès de cette
entreprise. Comme le note le directeur de
l’Ifop, Jérôme Fourquet, ces résultats indiquent que ce président ne serait pas «en voie
de banalisation» ou, autrement dit, «en voie de
hollandisation». «C’est encourageant», confie,
sans excès d’enthousiasme, un bon soldat de
la macronie.
ALAIN AUFFRAY
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 24 Septembre 2018
Qui veut
gagner des
milliards ?
Qui doit
se serrer
la ceinture ?
LES RETRAITÉS CONDAMNÉS
À PAYER
Ce qu’ils gagnent :
Attention, terrain miné. L’exécutif sait qu’il a perdu des
points auprès de ce public stratégique, dont 40% a été
touché cette année par une hausse non compensée
de 1,7 point de CSG. Le Premier ministre a donc annoncé la semaine dernière un geste pour 300000 retraités : ceux qui sont soumis au taux réduit de CSG
(3,8 % au lieu de 8,3 % pour le taux plein) le resteront
tant que leurs revenus ne dépassent pas le seuil
de 1 331 euros par mois (2 042 euros pour un couple)
deux années de suite. Et ils seront bien plus nombreux
à bénéficier de la nouvelle baisse de la taxe d’habitation. L’exécutif a aussi promis pour 2019 une hausse
«très significative» du minimum vieillesse et tué dans
l’œuf le débat sur les droits de succession souhaité par
le patron de La République en marche, Christophe
Castaner. «Arrêtez d’emmerder les retraités», a déclaré
Emmanuel Macron à son entourage – accréditant au
passage l’idée que c’était le cas jusqu’à présent…
Ce qu’on leur demande :
L’opposition en fera son miel durant le débat budgétaire: comme les allocations familiales et les APL, les
pensions ne progresseront que de 0,3 % durant les
deux prochaines années, un taux qui s’annonce nettement inférieur à celui de l’inflation. Au sein de la majorité, certains cherchent à épargner les retraités les
plus modestes, préservés de la hausse de CSG en 2018.
Une idée que Bercy n’écarte pas : «Mais c’est technique et il faut faire attention à ne pas faire entrer des
gens dans la CSG», fait remarquer un ministre. Au sein
du gouvernement, d’autres militent pour que l’exécutif
«assume» sa position de départ: les retraités doivent
faire un effort pour aider les actifs. L.A.
LES PLUS FORTUNÉS TOUJOURS
AUTANT CHOUCHOUTÉS
ÉTAT ET COLLECTIVITÉS SOUMIS AUX RÉDUCTIONS
D’EFFECTIFS, À QUATRE EXCEPTIONS PRÈS
Ce qu’ils gagnent :
Pour les plus riches, les mesures ont
été mises en place dès l’année dernière: en réformant la fiscalité du capital (flat tax de 30%) et en réformant
l’impôt sur la fortune, l’exécutif voulait les inciter à rapatrier leurs capitaux et à investir dans l’économie nationale. Ces deux mesures sortiront
intactes du projet de loi de finances
(PLF) 2019. Lequel va aussi réformer
l’exit tax. Celle-ci s’appliquait pendant quinze ans après un départ hors
de France aux plus-values réalisées
dans le pays. Il faudra désormais attendre deux ans pour être exonéré.
Ce seuil permettra, selon le gouvernement, de «limiter les abus» et
d’«envoyer un signal» aux plus aisés.
Ce qu’ils gagnent :
L’exécutif en fait la grande vertu de son budget:
celui-ci serait construit autour de «choix». Autrement dit, certains ministères seront gagnants,
d’autres sacrifiés. Parmi les premiers, les missions
«Défense», «Justice», «Recherche et Enseignement supérieur» ou «Solidarité» voient leurs crédits augmenter nettement l’année prochaine.
Dans l’ensemble, les dépenses publiques devraient augmenter de 0,6% en 2019 (contre +1,5%
en 2017). Du côté des collectivités, «le montant
global des concours financiers de l’Etat […] ne
sera pas remis en cause», a assuré le secrétaire
d’Etat Olivier Dussopt. L’Etat souhaite cependant
qu’elles limitent leurs dépenses annuelles à
+1,2%. Quant aux 70000 suppressions de postes
attendues dans les collectivités sur le quinquennat, Dussopt leur fait «confiance pour y parvenir,
sans intervenir dans leur libre administration».
Ce qu’on leur demande :
Fort peu de chose, sauf d’«investir»
en France. Selon le ministre des
Comptes publics, Gérald Darmanin,
il est encore «trop tôt» pour mesurer
les effets des mesures adoptées
en 2018. Mais «de plus en plus de
contribuables fortunés reviennent
en France», disait-il la semaine dernière à Libération. Pour les inciter
davantage, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire,
est chargé d’installer la tuyauterie :
réforme de l’épargne retraite, nouveautés dans l’assurance-vie… Plusieurs mesures de son «plan d’action
pour la croissance et la transformation des entreprises» (Pacte) devraient être intégrées au PLF. L.A.
Ce qu’on leur demande :
Les ministères du Travail et de la Cohésion des
territoires sont les principaux perdants du budget, en raison notamment des nouvelles coupes
dans les aides au logement et les emplois aidés.
L’Etat doit par ailleurs supprimer 4 500 postes,
(dont 1 800 pour la seule Education nationale
dans le secondaire). C’est pourtant peu, compte
tenu de l’objectif de 50 000 suppressions fixé
d’ici à 2022. La Cour des comptes a mis en garde
le gouvernement : «Pour atteindre [cet] objectif,
ce seront 70000 emplois qui devront être supprimés, compte tenu des effectifs supplémentaires
prévus pour les missions sécurité, défense et justice, soit 19 500 emplois», prévenait-elle avant
l’été. Soulignant qu’«un tel effort ne [peut] être
concentré sur les seuls autres ministères, […] cela
correspondrait en effet à une réduction de leurs
effectifs de près de 25 % en cinq ans». L.A.
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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LES ENTREPRISES GAGNENT SUR
PRESQUE TOUS LES TABLEAUX
Ce qu’elles gagnent :
Les organisations patronales ont la victoire modeste
–même grognonne. Mais, comme l’an passé, les entreprises sont les principales gagnantes de ce budget.
En 2019, elles bénéficieront à la fois du versement du
crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) au titre
de 2018 et d’une baisse «durable» de cotisations patronales qui remplacera, à l’avenir, le CICE. Coût pour les
finances publiques : 20 milliards d’euros. S’y ajoute
une nouvelle baisse de l’impôt sur les sociétés :
de 33,3% à 31% pour celles qui réalisent des bénéfices
supérieurs à 500000 euros, avant un plancher de 25%
pour toutes en fin de quinquennat. Le gouvernement
a aussi prévu de supprimer 21 «petites taxes» à faible
rendement et veut stimuler les investissements
des PME en leur permettant de déduire, pendant
deux ans, jusqu’à 40 % de leurs achats robotiques et
numériques. L’Etat poursuit ainsi une politique de l’offre dont il attend des gains de compétitivité, de nouveaux investissements… et des embauches.
Ce qu’on leur demande :
D’abord, un peu de patience. Les entreprises devaient
bénéficier au 1er janvier d’une baisse de 4 points des
cotisations patronales au niveau du salaire minimum.
«L’année prochaine, on sera à zéro cotisation sur le
Smic», s’enthousiasme-t-on dans la majorité. Mais
cette ristourne à 2 milliards d’euros n’interviendra finalement qu’au 1er octobre 2019 pour tenir le budget.
Les plus grosses sociétés devront aussi accepter une
majoration de leur cinquième acompte de l’impôt sur
les sociétés. «L’Etat nous demande de lui avancer sa
trésorerie», pestait il y a quelques semaines le nouveau
patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Dans sa
revue des aides aux entreprises, le gouvernement a
aussi choisi de récupérer un milliard d’euros: certains
secteurs industriels ne bénéficieront plus du taux réduit de la taxe sur les produits énergétiques et les réductions d’impôt dont bénéficient les entreprises qui
font du mécénat pourraient être rabotées. L.A.
LE POUVOIR D’ACHAT DES
MÉNAGES AU CŒUR DE LA COM
Le ministre de l’Action
et des Comptes publics,
Gérald Darmanin,
le 12 septembre à
l’Assemblée nationale.
PHOTO DENIS ALLARD
Ce qu’ils gagnent :
Préparez-vous à entendre ce chiffre chez tous les porte-voix de la majorité: «6 milliards d’euros de baisses
d’impôts» en 2019. Après avoir raté l’an dernier sa
communication sur les «gains de pouvoir d’achat en
faveur des actifs», le gouvernement compte se rattraper cette année. La suppression des cotisations salariales chômage et maladie, faite en deux temps
en 2018, produira ses effets complets en 2019. A
l’automne, la grande majorité des Français bénéficiera
d’un deuxième tiers de baisse de taxe d’habitation. En
outre, salariés et fonctionnaires ne paieront plus de
cotisations lorsqu’ils accepteront des heures supplémentaires. Pour un salarié au Smic, cette mesure est
censée, selon le gouvernement, rapporter 200 euros
de plus par an. Enfin, comme en 2018, les travailleurs
pauvres bénéficieront d’une revalorisation de la prime
d’activité. De quoi, espère l’exécutif, clore l’insistant
procès instruit sur le pouvoir d’achat.
Ce qu’on leur demande :
Le gouvernement s’était engagé à ne pas augmenter
les impôts, ni en créer de nouveaux. Une promesse
qui a ses exceptions : la fiscalité des carburants va
–encore– progresser au 1er janvier 2019, de 7 centimes
par litre pour le diesel et 4 centimes pour l’essence,
selon la trajectoire fixée par l’ex-ministre Nicolas Hulot. Hausse aussi de la taxation du tabac, qui devrait
augmenter de 50 centimes en avril et de 50 en novembre. A la rentrée, Edouard Philippe a aussi annoncé
la fin, en 2019 et en 2020, de l’indexation sur l’inflation
des allocations familiales, des allocations logement
ainsi que des retraites (lire ci-contre). Elles ne progresseront que de 0,3 % (quand l’inflation sera, selon
l’Insee, de 1,6% en 2018). En intégrant ces «désindexations», l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) chiffre le «gain de pouvoir d’achat»
à 3,5 milliards d’euros. Près de deux fois moins que
les 6 milliards avancés par le gouvernement. L.A.
Impôt à
la source:
et soudain
vint le doute...
Le choix de modifier
le mode de paiement
fiscal a laissé
apparaître, pour
la première fois,
un flottement chez
Emmanuel Macron.
Flash-back sur une fin
d’été mouvementée.
A
Helsinki ce jeudi de fin
août, Emmanuel Macron est en mode apaisement. En visite officielle à
Copenhague la veille, le chef de
l’Etat a déclenché une petite
tornade politique en glosant
sur ces «Gaulois réfractaires»
aux réformes en général, aux
siennes en particulier. Aux côtés de son homologue finlandais vingt-quatre heures plus
tard, le Président s’englobe :
«Nous sommes un pays, et moi
le premier, qui n’aime pas les
changements et les ajustements
permanents.» Changer et ajuster, c’est pourtant ce qu’il s’apprête à faire, toujours en direct
d’Helsinki quand il réclame des
«réponses très précises» sur les
conséquences du prélèvement
de l’impôt à la source (PAS)
pour les contribuables français
avant de donner son feu vert
définitif.
Les déclarations présidentielles, quatre jours après des propos élusifs du Premier ministre
sur la réforme dans le Journal
du dimanche, laissent entrevoir
un doute au sommet. De quoi
envoyer une onde de choc au
sein de l’administration fiscale,
du gouvernement et de la majorité, qui ne sont pas habitués à
voir un Emmanuel Macron tergiverser. Un flottement inédit
depuis mai 2017.
«CHOC PSYCHOLOGIQUE»
«Il y a eu une incertitude et une
incompréhension de la volonté
présidentielle, dit avec euphémisme un membre du gouvernement. Du coup, c’était surprise et brouillard.» Même
perplexité à Bercy. «Sur le fond
«Il faut que
le Président
soit vigilant:
plus on s’expose,
plus on s’abîme.»
Une élue macroniste
et la forme, c’est nouveau pour
nous, confirme une source au
sein de l’administration fiscale.
Le faire publiquement, depuis
l’étranger… Il est plutôt connu
pour régler les soucis en cercle
restreint. Au départ, il n’y a pas
d’affolement, mais l’emballement médiatique met le doute
chez une partie des troupes.»
Preuve de l’électricité qui règne
à Bercy, le compte Twitter de la
toute puissante Direction générale des finances publiques
(DGFIP) réagit quasiment en direct aux propos d’Helsinki,
semblant même s’adresser directement au Président: «Nous
sommes confiants sur le fait que
toutes les réponses à toutes ses
questions lui seront apportées et
que le calendrier sera tenu.» Cerise sur le gâteau, le message est
accompagné du hashtag ironique #gauloispasréfractaire. Le
ministère des Comptes publics
a beau assurer qu’il s’agissait
d’une réponse destinée à un internaute lambda, le mal est fait.
«Il faut que le Président soit vigilant: plus on s’expose, plus on
s’abîme, commente alors une
élue macroniste. C’est à lui ou à
son Premier ministre de demander des comptes au ministre de
l’Action publique ?»
A l’Elysée et Matignon, on se
mure dans le silence mais, en
petit comité, Macron s’énerve.
Personne n’aurait compris ses
véritables intentions. «Je ne
veux pas de perdants dans l’affaire, c’est clair», lâche-t-il à
son retour de Finlande. Son entourage s’évertue à débusquer
les «fake news»: non, l’exécutif
ne freine pas par peur d’un
«choc psychologique négatif»
sur les contribuables qui verront leur paie ou leur pension
amputées du montant de l’impôt sur le revenu dès janvier. Ce
qui peut être contrariant pour
un chef de l’Etat qui mise sur le
pouvoir d’achat pour effacer
son étiquette de «président des
riches»… Qu’importe le message politique, «ce qui est stupéfiant avec la déclaration du Président, c’est qu’il a été
inspecteur des finances et qu’il
sait qu’à cet instant de la réforme, c’est très difficile de revenir en arrière», s’étonne encore
Vincent Drezet, secrétaire national de Solidaires finances
publiques. Libéral grand teint
ayant l’oreille du Président,
Alain Minc saisit le doute présidentiel au bond et milite par
u 5
SMS contre cette «usine à gaz».
Ce pas de deux de l’exécutif fait
des dégâts dans la majorité. Les
députés vident leur sac dans
une boucle de la messagerie
cryptée Telegram: «L’angoisse
du député, c’est une angoisse solitaire. Là, on a réfléchi à plusieurs et les députés experts envoyaient des éléments de
réponse, raconte l’un d’eux. A
une autre époque, tout le monde
aurait filé salle des Quatre Colonnes pour répéter “Je comprends pas” devant les caméras.» Certains pointent Richard
Ferrand et Christophe Castaner, accusés d’avoir fait fléchir
le Président. «Ils craignaient
l’impact psychologique de la réforme juste avant les élections
européennes et municipales»,
relate un député de la commission des finances. «C’est une
bonne réforme et je suis pour,
dément Castaner auprès de Libération. Les inquiétudes de
l’été étaient sur la mise en
œuvre, sur ce moment où le
technique peut devenir politique : c’était ça, le cœur de l’interrogation du chef de l’Etat.»
Avec une telle réforme, «on
peut brûler son capital politique», glissera d’ailleurs le chef
de l’Etat à des élus de Mayenne.
PAS DE FUMÉE BLANCHE
Le bras de fer avec Bercy se
tend. Au début de l’été, Darmanin a reçu le feu vert de Macron
pour envoyer une lettre à tous
les Français expliquant le prélèvement à la source. «C’est une
exposition susceptible de faire
des jaloux», glisse un proche du
ministre des Comptes publics.
Qui se met en scène en train de
rassurer les contribuables au
téléphone avant de mettre indirectement sa démission dans la
balance. De son côté, le patron
de la DGFIP accepte les interviews pour défendre la réforme,
de France Info à BFMTV. Actif
au point d’être soupçonné
d’avoir rédigé le tweet vengeur
#gauloispasréfractaire.
Après neuf jours de valse-hésitation, le chef de l’Etat fait le
point à l’Elysée le 4 septembre
mais toujours pas de fumée
blanche: Darmanin repart sans
savoir ce que le Premier ministre va annoncer au journal de
TF1. A 20h19, Edouard Philippe
lève enfin le doute. La réforme
est confirmée ainsi que deux
coups de pouce: l’acompte réservé aux bénéficiaires de crédit d’impôt au titre des services
à la personne (ménage, garde
d’enfants…) est porté à 60% dès
janvier 2019 (au lieu de 30%) et
élargi aux dons et investissements locatifs. L’Elysée peut
réécrire l’histoire : le chef de
l’Etat a tenu la dragée haute à
l’administration fiscale et la réforme ne fait que des gagnants.
Sauf l’Etat, qui devra assumer
un coût de trésorerie de 5 milliards d’euros.
DOMINIQUE ALBERTINI,
LILIAN ALEMAGNA
et LAURE BRETTON
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6 u
MONDE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
BREXIT
Pour le Labour,
un congrès
du concret
Les parti travailliste britannique de Jeremy Corbyn,
réuni jusqu’à mercredi à Liverpool, doit clarifier sa
position au sujet de l’Europe, alors que les négociations
entre Downing Street et les Vingt-Sept tournent
au fiasco. La grande majorité des militants plaide pour
rester au sein de l’UE en cas de nouveau référendum.
Par
SONIA
DELESALLE-STOLPER
Envoyée spéciale à Liverpool
E
t s’il s’agissait d’un tournant
dans la saga infernale du
Brexit? Le dirigeant du Labour
pourrait soutenir l’idée d’un nouveau
référendum. Alors que le congrès annuel du parti s’est ouvert dimanche à
Liverpool, Jeremy Corbyn a indiqué
qu’il respecterait la «volonté démocratique» des membres du Labour sur
cette question. Un sondage YouGov
publié le même jour dans The Observer
indique que 86% des membres de l’organisation travailliste souhaitent s’exprimer sur l’accord final du Brexit. Une
motion en ce sens devrait être présentée au vote des militants mardi. Et si
c’est le cas, elle sera probablement
adoptée. Dimanche, lors d’une manifestation à Liverpool qui a réuni des
milliers de militants, les participants
réclamaient, au milieu d’une marée de
drapeaux européens, un «vote du peuple». Hurlant : «Tu nous entends
Jeremy?»
COUDE-À-COUDE
Or si le Labour se prononce en faveur
de ce nouveau référendum, le rapport
des forces pourrait basculer au Royaume-Uni. Depuis le vote de 2016, les
travaillistes apparaissent aussi divisés
que les conservateurs sur la stratégie
à adopter et le type de Brexit souhaitable (lire ci-contre). Corbyn, qui a voté
pour le maintien dans l’UE, n’a jamais
caché son euroscepticisme. Depuis
des mois, il ménage la frange du Labour en faveur du «leave» en refusant
de soutenir un second vote et en
brouillant les cartes.
Si la gestion du Brexit par le gouvernement May est critiquée dans les sondages, le Labour ne décolle pas pour
autant dans les intentions de vote. Les
deux partis sont au coude-à-coude,
avec 35% d’intentions de vote. Or, selon YouGov, si le Parti travailliste soutenait la tenue d’un référendum, il
pourrait gagner plus d’1,5 million de
votes et remporter une soixantaine de
sièges supplémentaires en cas d’élections anticipées. Aujourd’hui, 90 %
des membres se prononceraient pour
rester au sein de l’UE en cas de nouveau référendum… si la question posée comprenait ce choix. Ce qui n’est
pas acquis. Len McCluskey, leader de
Unite, deuxième plus grand syndicat
britannique, a estimé que la question
de rester au sein de l’UE devrait être
exclue de tout second référendum. Le
scrutin pourrait appeler uniquement
à se prononcer sur le type d’accord obtenu – si un accord est conclu – par
May. «Voyons ce qui sort du congrès.
Mais bien entendu, je suis lié par la démocratie de notre parti», a déclaré
Corbyn à la BBC, avant d’ajouter que
sa préférence allait à «des élections générales». La question d’un scrutin anticipé est de nouveau d’actualité après
le fiasco du sommet européen de Salzbourg de la semaine dernière.
Les plus «brexiters» du Parti conservateur veulent se débarrasser de May,
jugée trop modérée, voire franchement incompétente. Selon le Sunday
Times, Downing Street considérerait
sérieusement des élections anticipées
en novembre pour essayer de couper
l’herbe sous le pied des anti-May. Mais
le ministre du Brexit, Dominic Raab,
a affirmé que ces rumeurs étaient
«sans fondements».
PROGRAMME
Autre hypothèse: le rejet par le Labour
de tout accord ramené par May au
Conseil européen d’octobre. Avec,
dans la foulée, le déclenchement d’un
vote de confiance contre la Première
ministre. «Nous verrons ce qui arrivera, mais nous sommes absolument
prêts», clame Corbyn, qui doit rencontrer ce lundi Jean-Luc Mélenchon à
Liverpool. Au cours du congrès, le dirigeant du Labour entend se présenter
comme un Premier ministre aux portes du pouvoir, prêt à gouverner et «à
négocier de manière plus intelligente»
avec l’UE. Et le parti va annoncer un
programme qui ressemble fort à un
manifeste électoral: renationalisation
du rail, du secteur de l’énergie et de la
poste, taxe sur les propriétés secondaires pour financer le logement des
sans-abri, obligation pour les entreprises de plus de 250 salariés de réserver
un tiers des sièges du conseil d’administration aux employés… La liste des
mesures est dense. Encore faut-il que
la polémique sur le Brexit et celle sur
l’antisémitisme –qui a empoisonné le
Labour ces derniers mois– lui laissent
un peu de place dans les débats. •
Le leader du Labour, Jeremy Corbyn, samedi à Liverpool.
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u 7
Entre le Royaume-Uni
et l’UE, une course
d’obstacles sans fin
et où elle est nette exportatrice. Ce
A six mois de la date
qui lui permettrait de pratiquer du
butoir, l’accord
du Brexit n’est toujours dumping: offrir des tarifs extrêmement bas par rapport à ceux de
pas finalisé. Les
l’UE. Et donc de se créer un avannégociations achoppent tage compétitif, jugé déloyal par
sur de nombreux
les Vingt-Sept, qui veulent préserpoints en raison des
ver leurs intérêts économiques.
exigences de l’Europe
Qu’est-ce que le «backstop»
et des revendications
pour l’Irlande du Nord ?
britanniques.
ment britannique. S’il est approuvé, après la sortie officielle
du Royaume-Uni de l’UE le
29 mars 2019, une période de
transition
s’ouvrira
jusqu’au 31 décembre 2020. Pendant
ce laps de temps, rien ne changera
et la réglementation européenne
continuera à s’appliquer.
L
Si les négociations échouent, les
Britanniques sortiront de l’Union
sans accord et les relations commerciales retomberont sur les règles de l’Organisation mondiale du
commerce, sans période de transition. Un choc économique conséquent, tant pour le Royaume-Uni
que pour l’UE, serait inévitable. Il
faudrait s’attendre à des perturbations dans les transports (longues
files d’attente aux ports, bouleversement du trafic trans-Manche, des
liaisons aériennes). Plusieurs pays,
dont la France, vont adopter des
mesures d’urgence pour essayer de
minimiser les difficultés. Le
Royaume-Uni veut stocker, par
exemple, des médicaments en cas
de rupture d’approvisionnement.
es négociations menées par
le Royaume-Uni et l’Union
européenne ont atteint un
nouveau pic de crise au sommet
européen de Salzbourg, la semaine
dernière. A quelques mois de sa
sortie de l’UE, le 29 mars, la situation de Londres devient cruciale.
Pourquoi l’impasse ?
Les représentants britanniques et
européens négocient sur deux
points. Le premier, qui relève du
passé, est l’accord de retrait de
l’UE, ou de divorce. Il sera légalement contraignant. Le second, qui
concerne l’avenir, est une déclaration politique, légalement non
contraignante. Cette déclaration
servira de base aux négociations
post-Brexit sur les relations entre
le Royaume-Uni et l’UE. L’accord
de retrait consiste à régler toutes
les questions matérielles de la sortie de l’Union, la situation des
citoyens européens outre-Manche
et celle des Britanniques dans
l’UE, le règlement financier, etc.
Environ 80% de l’accord de retrait
est réglé. Mais il reste un point
crucial: la frontière entre l’Irlande
du Nord et l’Irlande (lire Libération du 20 septembre).
Quel est le problème
de l’Irlande du Nord ?
PHOTO HANNAH MCKAY. REUTERS
Cette frontière sera la seule terrestre entre l’UE et le Royaume-Uni
post-Brexit. Tout pays tiers qui
importe ou exporte vers l’Union
est soumis, à la frontière du bloc
européen, à des tarifs douaniers,
sauf accord spécifique, et doit s’assurer que ses produits sont conformes aux normes de l’UE. Ce qui
nécessite des contrôles. La Première ministre Theresa May propose le maintien de l’Irlande du
Nord dans le marché unique (donc
sans tarifs et avec libre circulation)
pour les marchandises et d’accepter les régulations européennes.
L’UE exporte plus de biens vers le
Royaume-Uni qu’elle n’en importe.
En revanche, Londres s’autoriserait à diverger pour les services,
notamment financiers, dont dépend la majorité de son économie
Londres, Dublin et Bruxelles se
sont engagés à exclure toute frontière physique entre le nord et le
sud de l’île, abolie après l’accord de
paix de 1998. Le backstop («filet de
sécurité») est une solution sur laquelle retomber en cas d’absence
d’accord sur les relations futures.
L’Irlande du Nord resterait dans le
marché unique et l’union douanière. Quant à la frontière avec
l’UE, elle serait déplacée en mer
d’Irlande, ce que Londres juge
inacceptable. Pour lui, cela revient
à diviser le pays en deux. Pour éviter le backstop, plusieurs solutions
ont été évoquées, comme des
contrôles dans les ports ou sur les
bateaux en mer d’Irlande, mais
aucune n’a été jugée satisfaisante
par toutes les parties.
Quelle différence entre
un Brexit doux et un dur ?
Un Brexit doux maintiendrait le
Royaume-Uni au plus près de l’UE,
comme le modèle norvégien : ce
pays est membre du marché unique, participe au budget mais n’a
pas de voix sur le fonctionnement
européen. Theresa May a exclu
cette option. Un Brexit dur ressemblerait plus à un simple accord de
libre-échange, comme avec le Canada. Mais cette solution a aussi
été écartée par Londres, qui souhaite un accord hybride, spécifiquement conçu pour sa situation
qu’il juge unique et inédite. Il justifie cette demande parce qu’il est le
premier pays à quitter l’UE, l’une
des plus importantes puissances
du continent et le seul, avec la
France, à disposer d’une force de
dissuasion nucléaire.
Quel est le calendrier
à venir ?
L’ambiance est tendue et le temps
presse, mais les négociations ne
sont pas suspendues. Le prochain
Conseil européen est prévu
le 18 octobre. C’est là qu’on devrait
savoir si un accord est en vue. Si
c’est le cas, un sommet exceptionnel sera convoqué en novembre
pour l’entériner. Ensuite, l’accord
de retrait devra recevoir le consentement du Parlement européen et
être soumis à un vote du Parle-
Et si les négociations
sont rompues
ou l’accord rejeté?
Un second référendum
est-il possible ?
Oui, en principe. Selon les sondages, la majorité des Britanniques
souhaitent un autre vote. Le
Labour pourrait se prononcer en ce
sens cette semaine (lire ci-contre).
Mais rien ne dit qu’un second vote
proposerait comme option de se
maintenir au sein de l’UE, et si les
sondages laissent entendre qu’une
majorité souhaiterait aujourd’hui
rester, la marge reste très étroite.
Les Britanniques ne disposent que
de peu de temps pour organiser un
scrutin.
Des élections générales
peuvent-elles avoir lieu ?
Rien n’est exclu. Le congrès annuel
des conservateurs, qui s’ouvre
le 30 octobre, sera un test pour
Theresa May. Elle fera face aux
plus extrémistes des membres de
son parti. En imaginant qu’un
nouveau gouvernement soit
installé dans les temps, avant
le 29 mars 2019, il lui faudrait sans
doute réclamer une prolongation
de l’article 50, pour retarder le
départ de l’UE. Des élections européennes sont attendues en
mai 2019. Elles seront les premières organisées sans la participation
du Royaume-Uni. Rien ne dit que
les Vingt-Sept seraient d’accord.
S. D.-S. (à Londres)
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8 u
MONDE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
Cent ans et la santé,
le secret des
grands-mères d’Okinawa
La préfecture du sud du Japon concentre un grand nombre
de centenaires. A Ogimi, ils jouissent d’une santé de fer grâce à une
alimentation mesurée, un mode de vie simple et en communauté.
REPORTAGE
Le village d’Ogimi, à Okinawa, compte plus d’une dizaine de centenaires parmi ses 3 000 habitants. PHOTO JULIEN DANIEL. MYOP
Par
RAFAËLE BRILLAUD
Envoyée spéciale à Ogimi (Okinawa)
E
lle arrive à petits pas, le dos courbé
mais les prunelles rieuses sous ses paupières tombantes. «J’ai 100 ans, quelle
surprise! Mon esprit ne change pas, seuls mes
muscles et mon corps ne fonctionnent plus
aussi bien.» Dans la salle communale où nous
avons rendez-vous, Hatsu Miyagi affiche fièrement son âge et l’on ne décèle chez elle rien
de fripé, d’affligé ou d’affaibli. Même les rides
de son visage dessinent des courbes aussi
élégantes que ses cheveux blancs rangés sous
un coquet chapeau brun.
Hatsu Miyagi est l’une des centenaires
d’Ogimi, un hameau perdu au nord de l’archipel japonais d’Okinawa, qui s’étire entre mer
de Chine orientale et montagnes. Un village
de vieillards heureux qui a tous les signes du
miracle. Car dans l’écrin d’une végétation
subtropicale, d’un climat doux et d’une mentalité insulaire qui ne connaît pas le stress,
Ogimi est l’un des rares endroits de la planète
où l’on vit très longtemps et en bonne santé.
Sur les 3 000 personnes résidant ici, plus
d’une dizaine a franchi les 100 ans. Un record
mondial, parfois discuté, dont les habitants
s’amusent. «A 80 ans, tu es un gamin. A 90, si
la faucheuse se présente, dis-lui “Passe ton che-
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u 9
min et reviens quand j’aurai 100 ans” !» annonce une stèle à l’orée du village.
Née en 1918, Hatsu Miyagi n’a pourtant pas eu
une vie facile. Elle passe sous silence les années de guerre mais évoque le mariage, les
quatre enfants, le mari mort trop jeune et un
quotidien de survie. «J’étais si occupée, je
n’avais pas le temps d’être inquiète, je passais
juste mes journées à cultiver», dit-elle. «Ma
mère a un fort tempérament, elle refuse
d’abandonner et n’a jamais été malade, enchaîne sa fille de 80 ans qui semble plier davantage sous le poids des printemps. Sa santé
est meilleure que la mienne !»
A Ogimi, les centenaires sont des porte-bonheur que l’on fête. Trois grandes cérémonies
saluent leurs 85 ans, 97 ans, puis leur siècle
tout rond. Hatsu Miyagi vit encore chez elle
et ne se rend que deux fois par mois dans un
centre de soins car elle a été jugée en forme
par le village. «Parfois, je souffre mais je ne dis
rien à ma fille pour ne pas lui faire mal au
cœur», concède-t-elle. Quel est donc son secret de longévité? A l’écouter, il faudrait juste
rendre grâce à Dieu.
ANTIDOTES
Son emploi du temps n’a rien d’exceptionnel.
Levée à 8 heures, elle fait de la gymnastique,
puis, jusqu’à l’année dernière, cultivait son
potager toute la matinée. Elle ne regarde pas
la télévision mais écoute la radio et lit le journal local, va sur la plage pour ramasser algues
et coquillages, discute et danse avec ses amis.
Le docteur Makoto Suzuki, qui étudie la communauté d’Ogimi depuis les années 70 et aligne les best-sellers sur la région d’Okinawa,
a néanmoins décelé dans ce mode de vie des
antidotes à la vieillesse.
Eviter l’isolement permet aux habitants de vivre plus longtemps. PHOTO JULIEN DANIEL. MYOP
Le premier se résume à une existence simple
et saine, dont Misako Miyagi, 88 ans, offre un
bel exemple. Elle nous accueille dans sa mo- meilleure espérance de vie. Mais Misako tes et simples à la fois. Peu à peu sa clientèle chants. Elles vivent seules pour la plupart, il
deste maison de bois, accrochée au relief et Miyagi donne aussi à son entourage sans rajeunit. «Les jeunes reconnaissent la nourri- ne reste que deux époux. Elles ont la fraîcheur
ouverte sur les flots. Son officier de mari, réfléchir. «Décider des parts de chacun, c’est ture de leur enfance», sourit la patronne, bien- et l’enthousiasme de pipelettes adolescentes.
mort à 57 ans, trône dans un cadre sur l’autel. séparer les gens», assène-t-elle.
heureuse d’avoir réussi son pari.
Dans leur froufrou effréné, elles épuisent leur
Une coupelle chargée de shikuwasa, des agru- Le second antidote est servi sur les tables du Au restaurant comme chez eux, les habitants auditoire pourtant bien plus jeune qu’elles.
mes locaux remplis d’antioxydants, est posée restaurant Emi no mise. On le sait, bien vieillir d’Ogimi ne mangent jamais à satiété. Ils res- On oublie vite que d’autres contrées associent
sur la table basse. Vêtue d’un sobre samue passe par une alimentation équilibrée et va- pectent comme nombre de Japonais la règle la vieillesse à la décrépitude et à la tristesse.
bleu, veste et pantalon traditionnels, elle a riée. Mais Ogimi a élevé cette pratique au rang du hara hachi bu, littéralement «le ventre A Ogimi, la communauté prime. Déjà l’hospil’élégance d’un visage poudré et de cheveux d’art. Le village a ses produits frais et ses rempli à 80 %». Ils arrêtent avant de n’avoir talité incite à la bienveillance : «Ichariba
teints. «Personne ne veut vieillir, mais il ne recettes ancestrales, auxquelles la diététi- plus faim. Ils ont d’ailleurs des stratagèmes chode», dit-on. «Traite les autres comme s’ils
faut pas s’en inquiéter pour autant!» sourit- cienne Emiko Kinjo a choisi de consacrer sa pour éviter l’excès: ils répartissent la nourri- étaient tes frères, même si c’est la première fois
elle en montrant ses rides.
vie. Diplômée de l’université, elle est ture en plusieurs petites assiettes, servent que tu les vois.» Et puis, valides ou non, les
Elle aussi se lève tôt,
venue apprendre auprès des per- dans la cuisine plutôt que sur la table…
personnes âgées sont entourées. Elles se reà 7 heures. S’active dans le
sonnes âgées puis consigner
trouvent pour bavarder, jouer, faire la fête
RUSSIE
jardin dès le petit-déjeuet reproduire leurs gestes PIPELETTES ADOLESCENTES
boire un thé. Elles aiment disputer une partie
ner avalé puis y retourne
qui lentement disparais- Le troisième antidote se découvre sur une de gateball (sorte de croquet) sur l’un des
après 17 heures. Entresent de nos sociétés ac- scène improvisée. Fumiko, 72 ans, Kazue, nombreux terrains idoines. Taira perd la tête,
CORÉE DU NORD
temps, elle cuisine et va
tives et pressées.
86 ans, Katsuko, 85 ans, Kikue, 90 ans, Su- Sumiko manque d’habileté, les autres se
JAPON
CORÉE
voir ses amis, s’accorde
«Chaque légume a son ca- miko, 99 ans, et Taira, 94 ans, nous convient moquent gentiment, mais toutes veillent les
DU SUD
Tokyo
une marche dans le village
ractère», déclare-t-elle en dans une salle municipale. Ravies d’avoir du unes sur les autres avec tendresse.
Océan
d’une vingtaine de minudéposant sur la table un public, elles courent puiser dans un carton «Etre ensemble, s’entraider, c’est très imporPacifique
tes. Sa vie est ainsi organisplendide longevity lunch costumes et accessoires colorés, puis enchaî- tant», acquiesce la centenaire Hatsu Miyagi.
Okinawa
sée de manière à maintenir
set («menu déjeuner de lon- nent en musique les tours de danses et de Nous demandons à sa fille si elle compte puiune activité physique
gévité») aux mets inconnus et
ser dans la même fontaine de jouvence que
250 km
constante –ce qui ne signifie pas
colorés : «Epinards au sésame
sa mère. «Surtout pas ! Je ne veux pas vivre
faire de l’exercice. Elle fait pousser des
qui font du bien à l’estomac, tofu d’alau-delà de 90 ans», s’exclame Yamashiro Kalégumes, se déplace à pied, se baisse et se re- gues qui protège du cancer… Les centenaires
zumi, dont la principale activité est d’être au
lève une trentaine de fois par jour pour s’as- d’Ogimi prouvent que ces recettes sont bonnes
chevet de sa mère. Et l’on devine qu’elle ne
seoir sur les tatamis. «J’ai quatre enfants, pour la santé.» Mais elles exigent un luxe de
C’est une première : 1 Japonais
veut pas faire subir à sa descendance la
deux fils et deux filles, trois vivent à Tokyo et temps, lié à la patience d’une culture biolosur 5 a désormais 70 ans ou plus,
charge qu’elle assume actuellement. Notre
la quatrième dans le bourg proche de Nago, ra- gique, à l’attente des saisons comme à l’infini
vient d’annoncer le ministère
guide, lui, a choisi de quitter Ogimi: «Il n’y a
conte Misako Miyagi. Je leur envoie mes légu- dévouement de la préparation des repas. «Il
nippon de la Santé, du Travail
pas de travail ici! Comment payer l’air condimes, c’est mon ikigai, ma raison de vivre, ce qui est plus facile de se nourrir autrement, admet
et du Bien-être. Quant aux
tionné et ma voiture si je ne gagne pas
fait que je me lève chaque matin.» Alors que Emiko Kinjo. Il y a plein de konbini [supéretpersonnes de 65 ans ou plus, elles
d’argent? Et mes enfants veulent aller à l’unile départ à la retraite introduit souvent un tes ouvertes 24 heures sur 24 au Japon, ndlr],
représentent 28,1 % de la
versité.» Peu à peu, le miracle d’Ogimi s’évabrusque vide dans nos vies occidentales, les ce n’est pas cher et cela flatte les palais.»
population, soit le plus fort ratio
nouit. Surgissent de nouveaux besoins
Japonais cultivent la joie d’être toujours occu- Originaire d’un autre village d’Okinawa,
au monde. L’archipel compte aussi
qu’une vie de jardinage et de plage ne peut
pés.
Emiko Kinjo a lancé son restaurant il y a
69 785 centenaires (à 90 % des
satisfaire. Le village se vide, il perd
A Ogimi, l’ikigai peut se résumer à venir en trente ans. Le monde entier vient y goûter
femmes). Ils n’étaient que 153
en longévité pour gagner en confort. «Je reaide à autrui. Les gens ont peu de moyens et une cuisine traditionnelle ressuscitée, gorgée
en 1963. On vit au Japon plus
mercie Dieu d’être centenaire, car je ne pendoivent s’épauler. Ils font partie d’un moai, un d’aliments miracles que l’on ne trouve que
longtemps qu’ailleurs, mais le défi
sais pas dépasser les 80 ans, souffle Hatsu
groupe qui permettait jadis aux agriculteurs dans la région. Tel le fameux goya, sorte de
est inédit : les naissances sont
Miyagi avec sa jovialité habituelle. Mais
de se soutenir en cas de mauvaise récolte. La concombre amer qui contient un nombre imen berne, la population décroît,
maintenant je ne veux pas être plus vieille.»
structure informelle a subsisté et garantit un portant de vitamines et emblème de l’île. Les
la main-d’œuvre manque, les coûts
Puis elle nous quitte et s’éloigne, toujours
sentiment de sécurité, lequel favorise une assiettes sont somptueuses, les saveurs inédiliés à la retraite explosent. R.B.
à petit pas. •
L’ARCHIPEL
GRISONNANT
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10 u
MONDE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
LIBÉ.FR
A Londres, design
à fleur de peau
Pour sa seconde édition,
la Biennale de design londonienne explorait le thème de l’émotion. Une quarantaine de pays ont proposé des installations
sensorielles pour interroger le monde
d’aujourd’hui qui met à mal notre
sensibilité. PHOTO ED REEVE
Mais cette fois c’est le mode
opératoire qui donne à cette
action une autre envergure,
avec la présence de civils dans
un défilé militaire et devant
les caméras.»
«Vengeance». Les déclara-
Samedi à Ahvaz, dans la foulée de l’attentat ayant tué 29 personnes lors d’une cérémonie militaire. PHOTO MORTEZA JABERIAN. ISNA. AFP
Après l’attaque d’Ahvaz, l’Iran
accuse tous azimuts
Après l’assaut
ayant fait 24 morts
dans le sud-ouest
du pays, Téhéran
pointe l’influence de
plusieurs pays, ainsi
que d’un groupe
séparatiste arabe de
la région. C’est dans
ce contexte que
s’ouvre lundi à New
York l’assemblée
générale de l’ONU.
Par HALA KODMANI
C’
est un président
iranien remonté
contre ses ennemis,
nombreux et divers qui arrive
ce lundi à New York pour participer à l’assemblée générale
annuelle des Nations unies.
Hassan Rohani a en effet
multiplié les accusations
contre les pays qu’il juge responsables – directement et
indirectement– de l’attaque
de samedi, qui a fait 24 morts
lors d’un défilé militaire à
Ahvaz (sud-ouest).
«Nous n’avons aucun doute
sur l’identité de ceux qui ont
fait ça», a déclaré le président de la République islamique. La revendication par
l’Etat islamique de l’opération, menée par un commando de quatre hommes
abattus au cours de la fusillade, n’est pas retenue par
les autorités iraniennes. Celles-ci privilégient la piste
d’un groupe séparatiste, le
Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz, qui
a également revendiqué l’attentat. Ce mouvement extrémiste a mené ces dernières
années plusieurs opérations
armées au Khouzestan, province pétrolière à la frontière
irakienne, où vit une importante minorité arabe. «De
quel groupe s’agit-il, à qui
est-il lié? Tous ces petits pays
mercenaires que nous voyons
dans la région sont soutenus
par les Etats-Unis. Ils sont encouragés par les Américains»,
a dénoncé Rohani.
«Bataille». Accusant l’Arabie Saoudite et un autre «petit Etat du golfe» d’être derrière «l’acte terroriste», le
ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué dimanche le chargé d’affaires
des Emirats arabes unis à Téhéran. Il devait s’expliquer
sur le tweet niant le caractère
terroriste de l’opération
d’Ahvaz et émis par un professeur de sciences politi-
ques, Abdelkhaleq Abdallah.
Celui-ci est connu pour être
le conseiller du ministère de
la Défense à Abou Dhabi.
«C’est une attaque militaire et
non terroriste. Porter la bataille au cœur de l’Iran est un
objectif annoncé et qui va se
confirmer dans la prochaine
période», a écrit l’universitaire. Avant la mise en cause
des Emirats, la diplomatie
iranienne avait convoqué les
représentants du Danemark,
des Pays-Bas et du RoyaumeUni, qui abriteraient des
membres d’un autre groupe
arabe séparatiste, al-Ahvazieh, pour leur signifier son
mécontentement.
«Les accusations iraniennes
sont loin d’être infondées,
note Vincent Eiffling, chercheur au Centre d’étude des
crises et des conflits internationaux (Cecri) de l’univer-
sité catholique de Louvain.
L’Arabie Saoudite apparaît
comme le commanditaire naturel d’une telle opération. Il
existe cinq groupes différents
d’autonomistes d’Ahvaz, tous
soutenus par Riyad ou
d’autres pays arabes du
Golfe.» La minorité arabophone du Khouzestan, région iranienne pauvre et
marginalisée alors qu’elle est
riche en hydrocarbures, représente 5 à 10% de la population iranienne. «Mais à
l’instar des Kurdes, elle n’est
pas homogène et reste divisée
sur l’idée même de l’autonomie. Beaucoup se sentent profondément iraniens», précise
l’expert. «L’attaque de samedi
n’est pas la première et il y a
eu des incidents précédents de
la part de groupes séparatistes du Khouzestan, du Kurdistan ou du Baloutchistan.
tions agressives des responsables du Golfe –mais aussi des
Israéliens et des Américains–
visant à déstabiliser l’Iran de
l’intérieur expliquent les accusations de Téhéran, qui a
cité également le Mossad et
la CIA. Lors d’un rassemblement d’opposants américano-iraniens à New York, peu
après l’attaque de samedi,
Rudy Giuliani, avocat et proche conseiller de Donald
Trump, a évoqué les sanctions contre l’Iran comme
pouvant mener au «renversement du régime des mollahs».
Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, qui prônait un «changement de régime» à l’époque de la
présidence George W. Bush,
évoque lui aujourd’hui l’objectif de «changer le comportement du régime». «Les
Etats-Unis condamnent toute
attaque terroriste, n’importe
où», a toutefois déclaré dimanche l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley,
sur la chaîne CNN. «Je pense
que les Iraniens en ont assez et
c’est de là que tout ça vient», at-elle ajouté. Les responsables
américains parient désormais
surtout sur un étranglement
économique de l’Iran à travers les sanctions pour faire
fléchir le régime.
De leur côté, Mohammed
ben Salmane, le prince héritier saoudien, comme le chef
du gouvernement israélien
Benyamin Nétanyahou, ont
émis l’espoir que les tensions
économiques provoquent
une explosion sociale et des
manifestations contre le
gouvernement iranien. «Les
sanctions épuisent effectivement la population iranienne, confirme Vincent
Eiffling. Mais l’attaque terroriste de samedi pourrait
avoir un contre-effet en ressoudant la population
autour du régime.» Le président Rohani a prévenu que la
«réponse de la République islamique à la moindre menace
sera[it] terrible», les Gardiens de la révolution promettant eux une «vengeance
meurtrière et inoubliable»
aux responsables de l’attaque d’Ahvaz. •
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u 11
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LIBÉ.FR
Blog «Africa4» Le Bénin est l’un
des pays dans lequel les taxis sont en
plein développement. Mais ils ne sont
pas forcément les véhicules les plus visibles au premier
coup d’œil. Pas de code couleur comme dans d’autres
capitales d’Afrique de l’Ouest. Pas non plus d’incantation
religieuse peinte sur les pare-chocs comme à Abidjan,
Au Bénin les taxis sont reconnaissables à leurs plaques
d’immatriculation orange. PHOTO JEAN-PIERRE BAT
7
C’est le nombre
d’évêques chinois, nommés
par Pékin sans
l’aval du Vatican, qui ont été
finalement reconnus par le pape François, dans le cadre d’un accord historique signé entre le
Saint-Siège et la Chine. Le Vatican précise que le pape a
décidé de réintégrer dans son
giron ces évêques «officiels»
ainsi qu’un huitième,
aujourd’hui décédé. Le Vatican ne précise en revanche
pas si la Chine reconnaîtra les
évêques reconnus unilatéralement par le Saint-Siège. Les
chiffres du nombre d’évêques
en Chine varient selon les
sources. Selon un expert, la
Chine compterait au total 77 évêques, dont les deux
tiers étaient adoubés à la fois
par Rome et Pékin. Mais dixsept d’entre eux reconnus par
le pape n’étaient pas agréés
par le régime. L’accord ne
précise pas non plus les modalités des futures nominations d’évêques. «Le pape
François espère qu’avec ces
décisions un nouveau processus pourra commencer qui
permettra aux blessures du
passé de se refermer», ajoute
le communiqué du Vatican.
Tanzanie: le naufrage reste inexpliqué
La Tanzanie commençait
dimanche à enterrer ses
morts, trois jours après le
naufrage d’un ferry sur le
lac Victoria. Le bilan, encore
provisoire, de 218 morts dépasse largement la capacité
théorique du MV Nyerere,
qui n’était que de 101 passagers. Sans même compter
les 41 rescapés. Au cours
d'une cérémonie sur l'île
d'Ukara, au large de laquelle
le bateau a chaviré, le Premier ministre, Kassim Majaliwa, a évoqué «une grand
deuil pour la nation». Il a
annoncé que les interrogatoires de «toutes les personnes chargées de la conduite
et de la supervision» du navire avaient commencé.
Les raisons du drame restent encore floues. Des témoignages évoquent un
mouvement de passagers
ayant déséquilibré le navire.
Selon d’autres, la personne
à la barre, distraite par son
téléphone, a raté son approche et, pour se rattraper, a
effectué une manœuvre qui
a fait chavirer le ferry.
Cindy Axne, espoir
féminin démocrate
en Iowa
JOE DIVER
Etats-Unis, achève de convaincre cette mère de deux
adolescents.
Cindy Axne est l’un des milliers de visages de la vague
féminine qui caractérise ces
midterms de 2018. Le record
de femmes candidates, en
majorité démocrates, a été
battu à tous les échelons –Sénat, Chambre, gouvernorats,
assemblées locales. Conséquence à la fois de la victoire
de Trump, élu malgré sa miMilitante et candidate pour sogynie, et du phénomène
la première fois en Iowa, #MeToo.
Cindy Axne, 53 ans, incarne Le 5 juin, Cindy Axne a facilela mobilisation féminine ment remporté, face à deux
post-Trump. Ancienne fonc- hommes, la primaire démotionnaire au sein du gouver- crate dans la 3e circonscripnement de l’Iowa, militante tion de l’Iowa. Le 6 novemlocale, notamment pour bre, elle défiera le sortant
l’école maternelle publique républicain David Young.
universelle, volontaire pour Adepte des «batailles difficiplusieurs campagnes démo- les», la quinquagénaire, qui a
crates, Cindy Axne a long- dû vendre des affaires pertemps gravité
sonnelles sur
autour de la polieBay pour payer
tique. Mais c’est
les factures de
l’élection de Doson premier acnald Trump qui
couchement, a
l’a incitée à se
fait de la santé
MIDTERMS un thème majeur
présenter à une
EXPRESS
élection. «Tellede sa campagne.
ment de gens
Elle pourrait decomme moi se sont réveillés venir la première femme
le 9 novembre 2016 [lende- (en 180 ans !) à représenter
main de la présidentielle, l’Iowa à la Chambre. Tradindlr], en se demandant : tionnellement républicaine,
Qu’est-ce que je peux faire dif- la 3e circonscription est cette
féremment ? Qu’aurais-je pu fois classée indécise par les
faire pour éviter qu’on en ar- instituts de sondage. Le Parti
rive là?», disait-elle l’an der- démocrate a dépensé près
nier au magazine féminin d’un million de dollars pour
DAME. L’ampleur de la Wo- soutenir la candidature de
men’s March qui, le lende- Cindy Axne. F.A.
main de l’investiture de Jusqu’au 6 novembre, suivez la
Trump, rassemble des mil- campagne des midterms sur Libélions de femmes à travers les ration.fr
15h-16h
Partageons nos expériences
de vie avec Olivier Delacroix
Du lundi au vendredi
«
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12 u
POLITIQUE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
OlivierFaure
«Bâtir des convergences
plutôt que des
alliances artificielles»
Par
LAURE BRETTON
et RACHID LAÏRECHE
Photo
ROBERTO FRANKENBERG
B
ientôt six mois qu’Olivier Faure écope
dans un Parti socialiste à fond de cale.
Avant la bataille des européennes, au
printemps prochain, il espère pouvoir
rassembler la gauche sur des «combats communs», prélude à un éventuel rapprochement
électoral, et prône une «Europe du concret».
Juste avant de prendre les rênes du PS en
avril, vous disiez qu’il fallait prendre tous
les risques. Depuis, le PS n’est pas redevenu audible pour autant. Vous trouvez
que vous avez pris assez de risques ?
Prendre des risques, cela veut dire accepter
un examen critique de notre passé, nous revisiter complètement et faire des propositions
pour l’avenir. Et, c’est ce qu’on fait. Par exemple sur la question migratoire. Nous pourrions
rester ambigus ou, pire, gonfler notre voile
aux vents mauvais du nationalisme ou du populisme. Nous faisons au contraire le choix
de propositions qui renouvellent, en le renforçant le droit d’asile en France et en Europe.
C’est aussi le risque que prennent avec courage nos maires des grandes villes, de Paris à
Nantes, et nos élus, de Bretagne en Occitanie.
Au sein du PS, on entend beaucoup de
critiques à votre encontre. Le job de premier secrétaire est-il plus dur que prévu?
Ce qui est difficile dans cette fonction, ce sont
les comportements… Parmi nous, certains
agissent comme si nous étions toujours au
pouvoir ou dans le bipartisme. Comme si,
naturellement, un jour ou l’autre, les responsabilités allaient revenir vers nous, l’opposition. Ce temps est terminé. Je constate que
En vue des européennes
de mai 2019, le premier secrétaire
du Parti socialiste veut éviter
la catastrophe annoncée
et une division des gauches.
Il table sur des campagnes
transnationales pour mobiliser
les électeurs.
quand on arrête de mettre en scène la vie au
sein du PS, nos divisions, nos divergences,
nous sommes capables de trouver des accords
sur tous les sujets comme la semaine dernière
sur notre projet européen.
Ceux qui «théâtralisent» empêchent
la renaissance du PS ?
Je ne veux pas parler à la place de ceux qui se
livrent à ces jeux obsolètes. J’observe juste
que dans les fédérations où je tourne, cette
volonté de débattre sur le fond et de dépasser
le conflit entre frondeurs et légitimistes
existe. Ce que l’on nous demande aujourd’hui
est simple: avons-nous encore quelque chose
à raconter aux Français et aux Européens? Ma
réponse est catégoriquement oui ! Seule la
gauche peut répondre aux défis du XXIe siècle. Pense-t-on sérieusement qu’on peut
encore séparer la question environnementale
de la question économique ou sociale? Pense-
t-on qu’il n’y a pas aucun lien entre le marché
sans régulation, le libéralisme échevelé et la
destruction de la planète ?
Les menaces de sécession de l’aile gauche
du PS, c’est une défaite pour vous ?
Si chacun monte son club et qu’on se retrouve
à 25 partis se faisant concurrence à gauche
pendant que les libéraux font front ensemble,
alors on n’a rien compris ! Cela reviendrait
à dérouler le tapis rouge à nos adversaires.
A l’approche des européennes, La République
en marche est en chute libre dans les sondages, mais la gauche est tellement fragmentée que le parti d’Emmanuel Macron risque
d’apparaître comme le gagnant du scrutin. Ça
sert à quoi de crier toute la journée «Macron
ça suffit !» si c’est pour créer les conditions
de sa réélection ?
D’où votre idée de «combats communs»
avec les partis de gauche ?
Exactement. Je crois que la gauche peut de
nouveau entraîner une force, que des millions
de personnes peuvent nous rejoindre, mais
pour cela, il faut mener des combats positifs,
volontaires. J’ai proposé trois exemples qui
ne devraient pas faire débat entre nous :
l’accueil des réfugiés, l’égalité femmes-hommes et l’écologie. Sur ces sujets, nous
pouvons, en étant unis, forcer le gouvernement à avancer la prochaine présidentielle.
Vos homologues ont topé ?
Jean-Luc Mélenchon et David Cormand
m’ont dit leur volonté de me répondre et
Pierre Laurent a l’air partant. Nous ne sommes pas d’accord sur tous les sujets. Mélenchon et Faure, ce n’est pas la même chose.
Mais nous devons avoir cette capacité à faire
front commun sur des sujets d’intérêt général
comme nous avons su le faire sur la question
démocratique, en déposant ensemble une
motion de censure cet été.
Les alliances électorales sont repoussées
aux calendes grecques ?
Le but, c’est déjà de retrouver des gauches qui
réapprennent à dialoguer, à se respecter et
à en finir avec cette idée des gauches irréconciliables qui les condamne à l’impuissance. Aujourd’hui, à gauche, chaque dirigeant se présente comme la solution. En
réalité, aucun n’est en capacité de rassembler
naturellement la gauche et les écologistes.
Cela ne se fera pas derrière un individu, cela
se fera derrière une création de contenus.
Pour vous, quels sont les contours de
cette éventuelle union de la gauche? Des
écologistes jusqu’à Mélenchon ?
La porte est ouverte à tous ceux qui se sentent
concernés. Il ne s’agit pas de construire artificiellement des alliances mais plutôt de bâtir
progressivement des convergences. Pas de
déclarations d’amour, des preuves d’amour!
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Olivier Faure,
au siège du Parti
socialiste,
le 20 septembre.
Comment faire pour que la gauche
se rassemble pour les européennes ?
Je suis ouvert à toutes discussions visant
à conclure un accord sur le fond et débouchant éventuellement sur une incarnation
commune. Mais je ne vais pas courir après les
uns et les autres si cette volonté n’existe pas.
Nous, nous nous préparons…
Le PS a adopté la semaine dernière un
texte d’orientation qui marque un virage
à gauche après le quinquennat Hollande…
Nous ne sommes pas seulement un espace
entre Macron et Mélenchon. Pour créer de
l’adhésion, il faut se réidentifier. Proposer,
montrer ce que nous sommes et ce que nous
pouvons apporter.
Avec ce programme plus rouge que rose,
on ne voit pas comment Pierre Moscovici,
qui incarne une forme de social-libéralisme, pourrait être votre tête de liste…
Ni rose ni rouge : européen, social et écologique. Pierre Moscovici a-t-il la volonté de
porter ce projet ? La réponse lui appartient.
Mais je ne veux pas entrer prématurément sur
le terrain de la personnalisation. Si on commence par parler incarnation, on efface le
message collectif. Ma priorité, c’est d’en finir
avec la confusion entre droite et gauche
qu’entretient à dessein le président de la
République. Le débat se limiterait à un
affrontement entre pro et anti-Européens,
une opposition entre l’Europe telle qu’elle est
et celle qu’on défait. C’est un jeu dangereux
qui peut nous conduire à la mort de l’UE. L’alternance viendra forcément un jour: les peuples finissent toujours de se fatiguer de ceux
qui les gouvernent. Présenter les nationalistes
comme la seule force d’alternance est criminel. Les européennes doivent être un référendum pour une autre Europe. Dans ce scrutin,
le sortant c’est Emmanuel Macron, c’est son
camp politique qui dirige l’UE.
Etre «de droite et en même temps de
gauche», comme le dit Macron, nourrit
donc le populisme ?
Objectivement, Emmanuel Macron se comporte comme un agent électoral pour les populistes. Viktor Orbán ou Matteo Salvini l’ont
très bien compris. Ils se sont choisis comme
épouvantails réciproques. Nous, nous défendons une Europe de gauche et écologiste car
le libéralisme est à la racine de la crise
économique, écologique et démocratique que
nous connaissons. Qui ne voit pas les ravages
de l’austérité et la montée des inégalités? Les
libéraux ne peuvent être «en même temps» la
maladie et le remède. Nous partageons l’idée
européenne avec d’autres, mais nous ne voulons pas la même Europe. Emmanuel Macron
veut l’Europe-marché dirigée par une
u 13
technocratie. Nous défendons une Europeprovidence, démocratique, sociale et écologique. Sans Europe, pas de possibilité de
répondre aux grands défis comme le réchauffement climatique. C’est notre grand désaccord avec Jean-Luc Mélenchon.
Pour parvenir à des avancées concrètes,
peut-on en rester aux traités européens
actuels ?
Changer les traités ne doit pas être un slogan,
tout juste bon à donner de l’urticaire aux
dirigeants européens. Il faut prendre les choses dans l’autre sens, celui du concret. Si on
veut créer un géant européen de l’énergie, les
règles actuelles de l’UE en matière de concurrence nous interdisent de le faire. C’est absurde. Intégrer les investissements en faveur
de la transition énergétique dans le calcul du
déficit, c’est se condamner à ne pas répondre
à l’urgence climatique. Il faut donc modifier
les traités en énonçant des projets positifs.
Nous ne pouvons pas être les idiots utiles de
la mondialisation. Nos règles doivent être le
reflet de nos intérêts, pas des règles rigides
que nous sommes les seuls à appliquer.
Comment mobiliser les Européens ?
En menant des campagnes transnationales!
Prenez l’idée d’un salaire minimum européen: si on en reste au niveau des gouvernements, ça bloque en effet. Donc, il faut passer
par l’opinion publique du continent. Les Espagnols, les Français, les Slovaques n’ont pas
tous la même perception de l’UE mais ils ont
tous la même perception de leurs intérêts !
C’est un détail mais cela me frappe toujours
au Parlement européen que les interventions
des députés soient sous-titrées dans leur langue: dans les vidéos, un Français est sous-titré en français. Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Pour que les idées se diffusent dans
toute l’Union, il faut traduire chaque vidéo
dans toutes les langues. Le débat n’est pas
européen, c’est la juxtaposition de 27 débats
nationaux. Les Européens, ça n’existe pas
pour l’instant. Il y a simplement des gens qui
vivent dans une sorte de serpent monétaire
et juridique reliant les peuples entre eux. Il est
temps de changer cela.
Vous qui voulez incarner une «opposition
résolue et constructive», que pensez-vous
des plans «hôpital» ou «pauvreté» ?
Ce sont des plans de communication ! On
parle de 400 millions d’euros par an pour
l’hôpital alors que la seule rénovation du
CHU de Nantes c’est 1,4 milliard ! Chacun
comprend que le compte n’y est pas. Le gouvernement supprime le numerus clausus en
pensant que cela va tout régler, mais c’est une
illusion si on n’ajoute pas des profs de médecine et des moyens à l’université. Quant au
plan pauvreté, le gouvernement nous dit qu’il
va mettre 8 milliards d’euros sur quatre ans,
mais d’où vient cet argent ? La moitié vient
des masses budgétaires réallouées et le reste,
c’est le produit de la baisse des APL.
Autrement dit, c’est un plan autofinancé
par les pauvres. Les Français ne sont pas
dupes.
Cela explique la cote de popularité
de Macron au plus bas ?
Le temps où les Français se disaient
«donnons-lui du temps, faisons-lui
confiance» est terminé. Ils semblaient même
prêts à accepter que la politique menée soit
injuste si elle était efficace, ce qui était le maître mot du candidat Macron. Quinze mois
plus tard, où est l’efficacité sur la croissance?
Sur la création d’emplois ? Sur le pouvoir
d’achat? Nulle part. Les acquis du quinquennat précédent sont en train de fondre. Il y a
une crise profonde du résultat doublée d’une
trahison. En 2017, deux tiers des électeurs
d’Emmanuel Macron venaient de la gauche.
Ils pensaient voter pour le fils spirituel de
Rocard. Ils se retrouvent avec le fils caché de
Juppé et Fillon. •
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14 u
FRANCE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Coup de tonnerre
Le président de Debout la France
(DLF), Nicolas Dupont-Aignan, a annoncé dimanche son intention d’être tête de liste aux
européennes de 2019. Soucieux de réaliser derrière lui
«l’union des droites», l’ancien candidat à la présidentielle
(4,70 % des voix) a lancé un «appel solennel» aux membres et électeurs des Républicains (LR) et du Rassemblement national (RN, ex-FN). PHOTO ALBERT FACELLY
Bayrou clame sa fidélité à Macron
mais l’appelle à sortir de l’Elysée, «lieu clos»
En dépit de
l’agacement des
députés centristes
face à LREM, le
patron du Modem a
réaffirmé sa loyauté
au chef d’Etat lors
de son université de
rentrée ce weekend en Bretagne.
bataille des européennes et à
renforcer notre dynamique
autour de larges rassemblements pour les élections municipales».
Malgré cette unité affichée et
ce soutien sans faille réaffirmé par le Modem au locataire de l’Elysée, d’où vient le
dévissage de Macron dans les
sondages ? François Bayrou
a sa réponse toute faite en
poche. «Les sondages d’opinion nous montrent une morosité qui s’apparente à celle
des temps précédents. Les
Français ont besoin pas seulement de l’énoncé des réformes séquentielles mais
d’avoir la vision d’un plan
d’ensemble. Ils ne veulent pas
savoir seulement les pas qui
sont faits mais savoir où l’on
va», constate le patron du
Modem. Il exhorte le chef de
l’Etat à livrer au pays sa «vision de la France». «C’est sa
charge principale de faire que
les citoyens suivent le développement de sa pensée et de
son action», ajoute le bref ministre de la Justice, convaincu en son for intérieur
que cette vista, lui aurait su
la livrer au pays.
Par
CHRISTOPHE
FORCARI
Envoyé spécial à Guidel
(Morbihan)
Photo
FABRICE PICARD. VU
P
ile au moment où
François Bayrou entamait, dimanche en fin
de matinée, le discours de
clôture de la traditionnelle
université de rentrée du Modem, une timide éclaircie
dissipait les embruns battant
la plage de Guidel (Morbihan). «C’est un signe. Un reste
de la culture démocrate-chrétienne de certains d’entre
nous. Nous avons dû être entendus», plaisante un élu breton. Une légère embellie météo à l’image des relations
entre LREM et le parti centriste dirigé par le maire de
Pau, qui n’a cessé de réaffirmer tout au long de ce weekend sa loyauté vis-à-vis de la
majorité sortie des urnes au
printemps 2017, mais aussi sa
liberté de parole et l’indépendance du Modem au sein de
ce gouvernement.
«Deux plans». Pour les critiques et les remarques sur la
ligne politique du locataire
de l’Elysée, ceux qui doutent
au sein du Modem devront
attendre. Pour la loyauté, le
compte y était. Le leader centriste, qui se veut un partenaire indéfectible de ce nouveau gouvernement, en a
remis plusieurs louches. En
Macron, «ce jeune président
audacieux», il a salué «l’ultime recours, celui de la renaissance française comme
un appel à la vie contre la ré-
Sens charnel. Bayrou ne
François Bayrou et Christophe Castaner, à Guidel (Morbihan), vendredi.
signation». Oubliées les critiques sur le manque de dimension sociale de l’action
du chef de l’Etat, constantes
de la part du Modem depuis
décembre dernier. Pour lui,
en cette rentrée, «il y a eu
deux grandes orientations qui
sont très importantes […], des
signaux essentiels pour nous,
le plan de lutte contre la pauvreté et le plan santé. Quelque
chose s’est passé avec l’annonce de ces deux plans qui
ont été bien accueillis par
l’ensemble des acteurs de ce
secteur. Il est juste et impor-
tant que nous nous inscrivions dans le soutien de cette
action», a poursuivi le triple
candidat à l’élection présidentielle, persuadé cette fois
d’avoir été entendu. Il faut
dire qu’entre-temps, il avait
poussé un coup de gueule
contre le manque de considération dont faisaient preuve
les députés LREM à l’égard de
leurs collègues Modem, tenus
totalement à l’écart des discussions pour la présidence
du perchoir. Le score réalisé
par Marc Fesneau à l’élection
de la présidence de l’Assem-
blée nationale a résonné
comme un petit coup de semonce pour les marcheurs.
Le président du groupe Modem a doublé le score de son
groupe politique, passant de
46 députés à 86 voix avec
l’apport de nombreuses voix
de députés LREM «qui en ont
marre d’être considérés
comme des godillots», explique-t-il. Le député du Loiret-Cher a d’ailleurs été salué
par une très longue standing
ovation des 800 militants
présents tout au long de ces
trois journées.
Un manque de considération
bien volontiers reconnu par
Christophe Castaner, le ministre des Relations avec le
Parlement, qui a fait le déplacement à Guidel. «Est-ce que
tout a été parfait entre nous?
J’avais dénoncé notre arrogance. Nous aurions dû travailler plus ensemble. Aujourd’hui la première phase
du quinquennat mérite une
amélioration. Nous devons
peser ensemble sur les choix
de l’exécutif», a constaté le
patron du parti qui a appelé
«à mener collectivement la
manque pas de dispenser ses
conseils d’homme d’expérience. «Tous les pouvoirs, de
tous les temps, et singulièrement les pouvoirs exécutifs, et
plus particulièrement tous les
présidents, se sentent assiégés
à l’Elysée. Cette impression
est mauvaise conseillère.
L’Elysée est un lieu clos, trop
clos. Eh bien il y a un remède
tout simple, il suffit d’en sortir.» Ce lieu clos, François
Bayrou regrette sans doute
de n’avoir jamais pu y entrer,
mais cultive son intime
conviction que lui, au moins,
aurait su parler à la France.
L’audace d’un jeune Président ne compense pas pour
le Béarnais le manque d’expérience et moins encore le
sens charnel de la France.
Mais Bayrou s’est contenté de
le laisser entendre. Trop
content d’être revenu en
grâce. •
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
Persona non grata La mairie
du XXe arrondissement de Paris a
retiré sa subvention au Feministival, qui avait programmé la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo. Le collectif Les Effronté·es,
organisateur de la manifesation, a lancé une cagnotte
et récolté plus du double de la somme nécessaire.
Le festival aura quand même lieu, le week-end prochain, à la Bellevilloise. PHOTO AFP
3
REUTERS
«Les propos homophobes
de Marcel Campion ne méritent
aucune indulgence ni aucune
explication qui pourrait conduire
à en relativiser l’intention. Ils sont
scandaleux, un point c’est tout!»
GILLES LE GENDRE
patron des députés LREM,
dimanche sur Twitter
De nombreux élus de gauche et LREM se sont indignés dimanche après la divulgation par le Journal du dimanche d’une vidéo filmée en janvier lors d’une réunion publique dans laquelle
le forain Marcel Campion tient une série de propos homphobes
(«Moi j’ai rien contre les homos sauf qu’ils sont un peu pervers»).
Nommément visé, l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo, Bruno
Julliard, a annoncé que ces «propos abjects ainsi que leur
auteur seront poursuivis en justice». Côté LREM, il a tout de
même fallu que certains députés expliquent sur Twitter à leur
collègue Joachim Son-Forget, qui tentait de défendre Campion
en parlant de maladresse, qu’il s’agissait bien d’homophobie.
C’est désormais le nombre de titre mondiaux de la judokate française Clarisse
Agbegnenou, sacrée dimanche à Bakou
en -63kg en battant en finale la Japonaise Miku
Tashiro par ippon dans le golden score. Elle disputait la finale mondiale pour la cinquième fois
consécutive, et avait déjà décroché le titre
en 2014 et 2017. A 25 ans, Agbegnenou, vicechampionne olympique en titre, s’affirme
comme une prétendante à l’or olympique à deux
ans des Jeux de Tokyo. Elle offre au passage à
la France sa première médaille d’or de la compétition, sa deuxième au total, après le bronze conquis par Amandine Buchard en -52kg.
tes à trois et quatre étages datant des années 30, en briques, comme il y en a tant
dans le Nord. Maisons construites au temps de la prospérité industrielle. «A Lille, entre 10 et 11% du parc privé est
potentiellement indigne, ce
qui s’explique par l’ancienneté du logement, explique
Mélissa Menet. La moyenne
nationale est à 2 %.»
En 2012, un locataire alerte le
service communal d’hygiène.
Le propriétaire avait divisé
les habitations: sept studios
dans l’une, avec toilettes partagées sur les paliers, trois
petits T2 dans l’autre, loués
entre 310 et 520 euros. Les
agents constatent le mauvais
état de l’ensemble: escaliers
sans garde-corps aux marches menaçant de céder, salles de bains sans chauffage
ni VMC, pièces principales
avec radiateur électrique
mais sans double vitrage…
«Le classique de la passoire
thermique», soupire la conseillère municipale. Conséquence: une humidité chronique, avec moisissures aux
murs, impossible à résorber
sans travaux. Les locataires?
Des personnes âgées vulnérables, des familles. L’une
d’entre elles, deux adultes et
deux enfants, est logée
dans 17 m2…
A l’époque, la mairie alerte le
propriétaire, sans résultat.
Suroccupation, insalubrité…:
elle prend deux arrêtés d’«interdiction d’habiter» en 2013
et 2014, d’abord pour les rezde-chaussée, puis pour les
étages, et reloge les locataires. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Sauf que le propriétaire
décide de retenter sa chance
en relouant les logements.
Début 2017, les services municipaux s’aperçoivent que
les biens sont de nouveau occupés. Le propriétaire croit
avoir trouvé le truc : il a rassemblé les deux maisons en
un immeuble unique, créant
à chaque étage des appartements d’environ 50 m2 chacun. «Le propriétaire avait
demandé que l’APL [allocation logement, ndlr] ne soit
pas réclamée par les locataires», souligne l’élue. Il s’agissait de rester discret.
Le marchand de sommeil
possède plusieurs autres immeubles dans la métropole,
en son nom propre ou en SCI.
Il ne pourra plus étendre son
patrimoine avant cinq ans: le
tribunal le lui a interdit.
STÉPHANIE MAURICE
(Correspondante à Lille)
Le pic du Midi de Bigorre, à 2877 mètres dans le département
des Hautes-Pyrénées, a franchi samedi la durée symbolique
des cent jours sans gel, «un nouveau record historique», a indiqué samedi Météo-France. Une durée exceptionnelle qui risque de s’étendre jusqu’au début d’octobre, selon le centre Météo-France de Tarbes. Le précédent record, en 1999, était
de 77 jours sans gel. Selon Météo-France, le massif connaît une
situation exceptionnelle avec 10°C samedi à 15heures au pic
du Midi et un isotherme à 0 °C à une altitude de 4 500 m.
PHOTO F. CHAREL GAMMA-RAPHO. GETTY
TOUS LES MARDIS
Prison ferme pour un
marchand de sommeil lillois
A Lille, un propriétaire peu
scrupuleux a été condamné
vendredi à douze mois de
prison, dont six ferme, à la
grande satisfaction de la mairie. Une peine aussi lourde
est rare dans ce type de dossier: «Le sacro-saint droit de
propriété nous oblige à prendre toutes les précautions
quand on s’attaque à ce genre
d’affaires», explique Mélissa
Menet (PS), conseillère municipale chargée de la lutte
contre l’habitat indigne. Les
dossiers sont lourds à monter
et restent parfois en souffrance au niveau judiciaire.
«Depuis 2011, la mairie avait
ainsi une dizaine d’affaires en
attente d’instruction, dont
celle-ci», note l’élue. Quatre
ont été classés sans suite, la
relaxe a été prononcée dans
cinq autres. Mélissa Menet
l’assure: de la prison ferme à
Lille pour un marchand de
sommeil, c’est une première.
Il faut dire que le propriétaire
s’était assis ouvertement sur
les règles. Malgré deux
arrêtés «d’interdiction d’habiter», il avait reloué des appartements dans deux
immeubles mitoyens qu’il
possède à Lille-Sud, un quartier populaire à la périphérie
de la ville. Des maisons étroi-
Roc Le pic du Midi franchit le cap
des cent jours sans gel
accueille
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le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
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16 u
FRANCE
Libération Lundi 24 Septembre 2018
LIBÉ.FR
«La forêt est un bien
commun» Alors que
des salariés de l’Office national des forêts ont lancé il y a une semaine
une marche citoyenne à travers toute la
France pour alerter sur le devenir de cette richesse écologique, Bernard Latour, technicien forestier à l’ONF, explique le sens de
cette mobilisation. PHOTO LAURENT TROUDE
La baie d’Antibes
dépolluée pneu à pneu
En 1980, 25000
pneus avaient été
immergés dans
l’espoir de former
un récif artificiel.
Face à l’échec de ce
projet, le nettoyage
est en cours.
Fin prévue en 2020.
Par
L’Océa est un ancien thonier, désormais reconverti en bateau-grue.
MATHILDE FRÉNOIS
Envoyée spéciale en baie
d’Antibes
Photos
LAURENT CARRÉ
L
Après trente ans sous l’eau, aucune végétation ne s’est accrochée sur les pneus.
a mer d’huile glisse le
long de la proue du
Nautile. Vendredi matin, à sa sortie du port de plaisance de Golfe-Juan, ce bateau de plongeurs a mis le cap
vers le site Natura 2000 «Baie
et Cap d’Antibes–Îles de Lérins». A la barre, le capitaine
François Giliberti casse très
vite l’ambiance paradisiaque.
«Vous voyez une décharge de
pneus, bah c’est pareil», annonce-t-il. Trente mètres sous
la surface gisent 22500 pneus.
Tous devraient être repêchés
d’ici 2020. Une opération à
près d’un million d’euros,
dont un cinquième est financé par la fondation Michelin, pour rendre à la nature ses fonds marins. «C’est
unique, pointe Guillaume
Bernard, chargé de projet
auprès de l’Agence française
pour la biodiversité (AFB), qui
gère et finance le reste de la
mission. Il s’agit du seul récif
artificiel en pneus sur les côtes
françaises. Et le premier récif
à être retiré du milieu marin.»
Mérous. Avant d’être jonché
Les grappes formées sous l’eau par des plongeurs sont hissées à bord.
de caoutchouc, le sol de la
baie de Golfe-Juan était constitué de sable vaseux et d’un
tapis d’algues en décomposition. Dans les années 70, la
baie était devenue la première zone marine protégée
de la Côte d’Azur, où les pêcheurs sont à la recherche de
poissons et les poissons à la
recherche d’un abri. Forte des
recommandations du célèbre
naufragé volontaire Alain gne des touristes découvrir
Bombard, la DDE des Alpes- les fonds azuréens. Loin de la
Maritimes a planché sur un décharge de pneus. «Au dénouvel habitat. En 1980, les but, j’ai trouvé ça génial, dit
pneus sont devenus la mai- le capitaine. Mais une fois au
son des poissons. «La cons- fond de l’eau, ça ne donne pas
cience écologique n’était pas la envie d’explorer. C’est une
même qu’aujourd’hui, recon- poubelle sous-marine. Et puis
naît Guillaume Bernard. il faut voir dans quel état sont
C’était l’idée du moment avec les pneus. Ils sont intacts.
les moyens du moment.» Au Rien ne s’est accroché dessus.»
total, 25000 pneus sont entassés sur 3480 mètres carrés, Granulats. Le Nautile s’apformant des récifs et des bar- proche de l’ancien thonier
rières. «Ça a été immergé à Océa, chargé de remonter les
une époque où on n’avait pas déchets. En dessous, le scade recul. C’est comme les mé- phandrier enfile des pneus
dicaments où l’on se rend comme des perles sur un fil.
compte dix ans après qu’ils Ils sont ensuite levés par une
sont des poisons», explique le grue et enfermés dans des
président départemental du conteneurs. De sa cabine,
comité des pêches, Denis Ge- Marc Cabart supervise les
novese. Au milieu des pneus, autres plongeurs. Au rythme
les vingt pêcheurs de Golfe- des respirations du scaphanJuan ont vu apparaître des drier, il donne ses instrucsars, des mérous, des daura- tions pour mener les opérades. «Ils ne sont pas sédentai- tions sous l’eau et diriger la
res, regrette Denis Genovese. grue. «C’est une opération
Le récif artificiel a été un lieu louable. Mais il fallait réfléde passage, comme un trans- chir avant, soupire-t-il. [Les
fert d’un lieu de vie à un pneus] sont faits à partir d’hyautre.» Trente ans d’immer- drocarbures. A quel moment
sion n’ont pas permis aux on a vu des plantes pousser
pneus de remplir leur rôle. La sur une roue abandonnée au
précieuse posidonie, poumon fond d’un parking ? C’est pade la mer, ne s’y est pas instal- reil au fond de la mer.»
lée. Pas plus que le plancton Sur le bateau-grue, le conteou les coraux. Pire: résistant neur se remplit. Vendredi,
mal aux courants et à la 500 pneus y ont été entrepohoule, les pneumatiques sés. Fin septembre, plus
se sont disséminés. A terme, de 10000 auront été sortis de
les métaux lourds et autres l’eau, 10 000 autres au prinsubstances toxiques qu’ils temps 2019. Tous partiront à
contiennent pourraient Istres pour être transformés
contaminer la mer. Près en granulats combustibles
de 2500 pneus ont donc été pour alimenter des cimenteprélevés en 2015 lors d’une ries, une tonne et demie de
campagne pilote. Il en pneus produisant la même
reste 22500.
énergie qu’une tonne de péDans la cabine du Nautile, les trole. Quant au milieu marin,
souvenirs de plongée s’en- «on va le laisser reposer pour
chaînent. «C’est
que la nature reprenne
spécial, je dises droits», affirme
rais plutôt
Guillaume BerITALIE
que ça donne
nard. Et pour
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18 u
VOUS
Libération Lundi 24 Septembre 2018
TROUBLES
DU SOMMEIL
«Pour beaucoup,
ma maladie
n’en est pas
vraiment une»
Souvent négligées, les insomnies,
hypersomnies et autres narcolepsies,
qui touchent un Français sur trois,
font l’objet de toutes les attentions
au Centre du sommeil et de la vigilance
de Paris. Et d’un ouvrage drôle
et pédagogique de Matthew Walker.
Par
VIRGINIE BALLET
Photos EDOUARD CAUPEIL
C’
est un cri dans la nuit. Une
mise en garde qui, petit
à petit, rejoint les oreillers
du monde entier : on oublie que,
bien roupiller c’est la santé. C’est en
somme le message que martèle le
Dr Matthew Walker. Vingt ans déjà
que ce professeur de neurosciences
et de psychologie à l’université de
Berkeley (Californie) décortique les
mécanismes à l’œuvre quand nous
dormons. Le sommeil est même devenu pour lui une «obsession», qu’il
entend faire partager avec le plus
grand nombre. Dans Pourquoi nous
dormons - Le pouvoir du sommeil et
des rêves (1), cet aficionado du dodo
entreprend un «voyage fascinant,
ponctué de découvertes», dont il espère qu’il «transforme notre compréhension du sommeil pour que
nous cessions de le négliger».
Car c’est là le cœur de son propos: là
où d’autres enjeux de santé publique
tels que la nutrition, le tabagisme ou
l’alcool font l’objet de vastes campagnes de prévention, la nécessité de
bien dormir, elle, fait un peu figure
de parent pauvre. Alors, avec humour et pédagogie, Walker rappelle
les vertus de ce «fournisseur de santé
universel» pour le corps comme
pour l’esprit. «Aucun aspect du corps
humain n’est épargné par le mal incommodant et toxique que provoque
le manque de sommeil», alerte-t-il.
Et d’égrener les conséquences sur le
poids, le diabète, la dépression ou
encore les facultés de concentration. En France, environ une personne sur trois est concernée par
des troubles du sommeil (insomnie,
apnée du sommeil, hypersomnie,
narcolepsie…) et nos nuits ont rétréci d’une heure et demie en cinquante ans, selon l’Institut national
de la santé et de la recherche médicale. Ne serait-il pas temps de se réveiller?
«C’est assez compliqué de convaincre
les pouvoirs publics de s’attaquer
à cette problématique», déplore Da-
Au Centre du sommeil et de la vigilance, le 11 septembre à Paris. Environ 7 000 personnes consultent
mien Léger, responsable du Centre
du sommeil et de la vigilance de
l’Hôtel-Dieu. Sans se montrer alarmiste, ce spécialiste se dit lui aussi
«inquiet» : «Les villes évoluent de
telle manière que l’on voudrait que
les nuits soient désormais semblables au jour. Or cela peut avoir des
conséquences catastrophiques»,
détaille-t-il. Résultat : environ
7000 personnes consultent chaque
année au sein de cette unité spécialisée située en plein cœur de Paris.
Et 2 000 y sont hospitalisées. Pendant quarante-huit heures, leur activité, nocturne comme diurne, est
passée au crible: rythme cardiaque
et respiratoire, activité cérébrale,
mouvements des paupières…
«PROFONDE BLESSURE»
En jogging gris pâle, assise en
tailleur sur son lit, au 4e étage de
l’hôpital parisien, Houria, 39 ans,
s’excuserait presque de son accoutrement imposé. Comme ses voisins
de chambre, elle doit composer avec
des électrodes placées sur son crâne
et une forêt de fils reliés à un boîtier
situé contre sa poitrine. A cinq
reprises au cours de la journée, elle
et les autres patients sont plongés
dans des conditions favorables à la
sieste. Et, comble du luxe, disposent
d’un lit double, dans une chambre
aux murs colorés et sans téléviseur.
Depuis le poste de soins, l’équipe
analyse alors ce qui se trame, grâce
à des caméras de vidéosurveillance
et des capteurs qui donnent des
courbes en temps réel, afin de mesurer notamment en combien de
temps le patient sombre.
Houria, ex-consultante dans la
finance de marché, attend de cette
courte hospitalisation des réponses
sur ce qui la fait souffrir depuis si
longtemps. Est-elle atteinte d’insomnie, comme 16% des Français?
Son horloge biologique est-elle en
décalage avec le rythme jour-nuit?
Un trouble n’excluant pas l’autre,
souffre-t-elle d’apnée du sommeil?
«Mal dormir peut s’apparenter
à une profonde blessure», appuie
Damien Léger, pour qui ce mal peut
aussi «révéler d’autres difficultés,
relatives aux risques psychosociaux,
par exemple». «Là, je me sens
comme fracassée par dix trains. Je
n’ai qu’une envie, c’est dormir»,
souffle Houria, d’un air las. «Pourtant, pour y arriver, il me faudrait
au moins une anesthésie générale»,
ajoute-t-elle aussitôt.
Avec le recul, elle pense avoir traîné
ses problèmes de sommeil depuis
l’enfance, mais ce n’est qu’à l’âge
de 20 ans qu’elle a réellement pris
conscience de leur ampleur. Au
cours d’une visite auprès de la médecine du travail, elle évoque ses
«douleurs diffuses, migraines et
autres nausées», quand enfin, le
médecin lui pose cette simple question: est-ce que vous dormez bien?
Un déclic. «J’ai réalisé que j’avais le
sommeil très léger. J’entendais tout
ce qui se passait, j’étais sans cesse en
train de cogiter», raconte-t-elle, jusqu’à ne dormir que trois ou quatre heures par nuit. Le médecin la
juge inapte au travail, mais Houria
refuse ce constat aux airs d’«échec».
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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u 19
chaque année cette unité spécialisée de l’Assistance publique–Hôpitaux de Paris (AP-HP) dirigée par le professeur Damien Léger.
Alors, elle tient bon, tant bien que
mal. Jusqu’à 2014. «Mon corps ne
suivait plus», résume-t-elle. Et de
poursuivre: «Je ne pouvais plus travailler, j’ai dû retourner chez mes
parents, je me suis désociabilisée…
Ma maladie a eu un impact dévastateur sur ma vie. Pourtant, pour
beaucoup, ce n’est pas vraiment une
maladie», déplore-t-elle. Matthew
Walker use d’une analogie bancaire
en guise d’alerte: «Le cerveau ne récupère jamais complètement le sommeil dont il a été privé. Nous ne pouvons accumuler cette dette sans
payer d’agios.»
«MALADE IMAGINAIRE»
Dans la chambre voisine, aux murs
orangés, Sandrine, 45 ans, a elle
aussi souvent connu ce sentiment
d’être une «malade imaginaire».
Atteinte du syndrome d’EhlersDanlos, maladie génétique qui affecte la production de collagène, la
brune quadragénaire a été adressée
à l’Hôtel-Dieu par une neurologue,
sans savoir si ses nuits troublées
sont liées à cette pathologie. L’hospitalisation, une première pour
cette employée venue du Val-d’Oise,
a pour but de confirmer un soupçon
d’hypersomnie. Ce trouble méconnu, qui touche environ 5% de la
population, se traduit par un besoin
excessif de sommeil et une forte
somnolence au cours de la journée.
«On peut considérer que c’est trop à
partir de douze ou quatorze heures
de sommeil», éclaire Damien Léger.
Son service est l’un des rares centres de référence français sur le sujet. «On accueille plusieurs centaines
de personnes chaque année, trop
souvent prises pour des paresseux.
Or cette vision stigmatisante peut
entraîner un retard de diagnostic»,
avertit le médecin.
«Nous voulons avoir l’air occupés, et
l’un des moyens d’y parvenir est de
se targuer de faire des courtes
nuits», observait aussi Matthew
Walker auprès du Guardian l’année
dernière. Or les vrais «petits dormeurs» sont en réalité très rares.
Pour être bien, Sandrine, elle, aurait
«Je me sens
comme fracassée
par dix trains.
Je n’ai qu’une
envie, c’est dormir.
Pourtant, pour
y arriver, il me
faudrait au moins
une anesthésie
générale.»
Houria patiente au Centre
du sommeil et de la vigilance
besoin de neuf à dix heures de sommeil par nuit, mais elle peut aller
jusqu’à douze ou treize heures si elle
en a l’occasion, sans compter le besoin fréquent de s’allonger en journée… Autant dire, quasi-mission
impossible pour cette mère de deux
enfants. «Je me lève aussi fatiguée
qu’au coucher. Pendant longtemps,
j’ai pensé que tout le monde vivait
cela», dit-elle d’une petite voix.
CAUCHEMAR
L’épuisement, l’irritabilité et les
troubles de la concentration et de la
mémoire l’ont poussée à consulter.
«Paradoxalement, les hypersomniaques ont un sommeil nocturne de
mauvaise qualité, comme si le temps
qu’ils passent à dormir dans la journée n’était pas récupéré le soir»,
abonde Stéphane Rio, du Centre du
sommeil. Lui a déjà vu des patients
faire des nuits de dix-huit heures :
«Ça peut prêter à sourire, mais pour
eux c’est souvent un enfer.» «J’ai essayé la naturopathie, le yoga, ou encore de changer mon alimentation.
Maintenant, j’ai besoin de comprendre ce qui se passe, parce que la
situation devient réellement handicapante. J’ai peur de perdre mon
poste», insiste Sandrine, en arrêt
maladie depuis six mois.
«Je ne sais pas si les gens comprennent réellement ce qu’on vit», s’interroge quant à lui Daniel. Cet informa-
ticien de 59 ans a été licencié il y a un
an. Depuis, ce qui était jusque-là un
«sommeil léger» a viré au cauchemar: «Je peux passer des nuits entières sans dormir, à ruminer, parfois
jusqu’à 6 heures du matin.» Conséquence: en début d’après-midi, l’appel de la couette est si fort que Daniel
ne peut lui résister. C’est cette source
d’angoisse prégnante qui a conduit
l’homme en recherche d’emploi à
pousser les portes de l’Hôtel-Dieu:
«Vous m’imaginez piquer du nez
comme ça devant mon ordinateur?
C’est impossible», se désole-t-il.
Pourtant, à en croire Matthew Walker, des solutions existent, telles
que des «rythmes de travail plus
souples, adaptés à tous les chronotypes» (lève-tôt comme couche-tard),
ou encore la réhabilitation du «sommeil biphasé», qui pourrait accroître
l’espérance de vie. En d’autres termes, une bonne sieste à la mi-journée, d’une vingtaine de minutes
maximum. Bonne nuit, patron? •
(1) Editions La Découverte.
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20 u
MODE/
Libération Lundi 24 Septembre 2018
PRÊT-À-PORTER
FEMMES
PRINTEMPS-ÉTÉ
2019
Fashion Week
L’âge de
réseaux
Défié par une nouvelle génération née
avec Internet, le monde de la mode, réuni cette
semaine à Paris, n’a jamais été aussi perméable
au grand public. Passage en revue de la faune
qui évolue autour des podiums.
Par
MARIE OTTAVI
Illustration ANNA WANDA GOGUSEY
L
a Fashion Week commence ce lundi à Paris,
et c’est tout un monde très international qui
s’apprête à courir d’un défilé à un autre,
charriant avec lui des hectares d’images postées
frénétiquement sur les réseaux sociaux. Consacrée
au prêt-à-porter féminin printemps-été 2019, la
«semaine» – la plus importante de l’année –
se poursuivra neuf jours durant.
Décomplexée
Une question revient systématiquement à chaque
rentrée de septembre : Paris peut-elle toujours se
targuer d’être la capitale mondiale du secteur ?
Si l’on en croit la bonne santé des mastodontes du
luxe (LVMH, Kering et Hermès voient leurs bénéfices grimper de trimestre en trimestre), le nombre
de défilés (78, et 33 présentations), les budgets
alloués à ces défilés et la variété des créateurs, la
réponse est oui.
Oui mais, la mode parisienne parvient-elle encore
à imprimer le monde d’aujourd’hui et à discerner
celui de demain? A-t-elle encore assez d’énergie et
d’idées pour renouveler le vestiaire féminin ?
A Paris, comme à Milan, New York et Londres, ce
sont les enfants de la génération Internet qui la
poussent à évoluer. «Les millennials représentaient
autour de 30% du marché, en moyenne. En deux ou
trois ans, ce chiffre est passé à 50%, au moins pour
Gucci, Saint Laurent et Balenciaga», expliquait
récemment François-Henri Pinault, à la tête du
groupe Kering, au site Business of Fashion.
Ces jeunes consommateurs qui assistent aux défilés
depuis leurs écrans élaborent de façon décomplexée des allures faites de pièces luxe, de
sportswear (la basket Balenciaga, dont le prix oscille
entre 550 et 800 euros, s’est vendue par pelletées
notamment grâce à eux) et de vêtements bon
marché piochés chez les géants de la «fast fashion»
qui copient allègrement ce qui est produit lors des
Fashion Week.
Dégenrées
Cette nouvelle frange de consommateurs pousse les
créateurs à accélérer le rythme, à multiplier les propositions et les collaborations, à s’engager aussi
dans les mouvements de société, féministes et
raciaux notamment. Cette saison encore, on peut
entre autres prévoir que les collections seront
dégenrées, et qu’on croisera beaucoup d’hommes
sur les podiums féminins, plus de mannequins
noirs et asiatiques, et des stars, encore et toujours.
Passage en revue d’une faune de plus en plus hétéroclite qui fait et défait ce cercle fermé qui veut
s’adresser à tous. •
LES CRÉATEURS
DES ENFANTS PRODIGES
L’arrivée de Hedi Slimane chez
Celine (sans accent selon les
volontés du créateur) marquera
un tournant façon «U turn» pour
la maison du groupe LVMH. Le
styliste prend la suite de Phoebe
Philo qui avait redonné vie à la
marque en lui adossant l’image
d’une femme forte, indépendante, qui ne perd jamais la tête.
Slimane a teasé sur les réseaux
un style qu’on lui connaît bien:
du noir et blanc, de l’androgynie, une esthétique léchée, cérébrale, rock. Chargé du prêt-àporter féminin et, chose nouvelle, des parfums et de la mode
homme, Slimane a concocté un
défilé mixte. Aux antipodes, il y
a Alessandro Michele. L’Italien
présente exceptionnellement
ce lundi une collection inspirée
de Mai 68 sous les ors du Palace,
club mythique de la fin des années 70. Depuis 2015, Alessandro Michele, grand ordonna-
teur de la mode extravagante et
ultracréative, multiplie les campagnes, croise des époques et
des moods contraires. A la fois
popu façon Deschiens et aristocratique, baroque voire renaissance italienne et rock, décontracté et azimuté. Mardi, Marine
Serre, 27 ans, présentera son
deuxième défilé. Apparue
en 2017, année où elle a remporté le prix Galeries Lafayette
du Festival de Hyères et le prix
LVMH, elle est devenue l’autre
figure hexagonale à suivre, avec
Jacquemus et Natacha RamsayLevi chez Chloé. Et l’on se demande déjà à la tête de quelle
maison on la retrouvera dans le
futur. Parmi les shows, on scrutera le retour d’Olivier Theyskens, le travail de Yolanda Zobel
chez Courrèges, la collection de
Lanvin désormais sans tête, et
les propositions de Casey
Cadwallader pour Mugler.
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
u 21
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Da gauche à droite : Béatrice
Dalle, Lady Gaga, Tilda
Swinton, Catherine
Deneuve, Loïc Prigent,
Pamela Golbin, Vanessa
Friedman, Adwoa Aboah,
Hedi Slimane.
LES PEOPLE
DE BRIGITTE MACRON
À LADY GAGA
Le succès d’une griffe et son coefficient
de désirabilité se mesurent toujours au nombre
de stars présentes au premier rang. Chaque
marque a ses gens et ses icônes qu’elle glamourise et remercie en leur faisant bénéficier d’une
garde-robe de choix. Une actrice débutante
peut ainsi profiter, dans une grande maison,
d’un budget de 20 000 euros par an à piocher
dans la dernière collection. La somme se démultipliant lorsqu’une star internationale
s’affiche à un show.
Cette saison, Lady Gaga sera forcément chez
Celine ; la star de la pop a été la première
à arborer le nouveau sac de la marque bien
avant qu’il n’apparaisse dans les magasins.
Brigitte Macron reviendra peut-être au show
Dior, ou chez Nicolas Ghesquière (son
chouchou qui l’habille régulièrement) pour
assister au défilé Louis Vuitton. A moins qu’elle
ne décide (enfin !) de venir saluer Lagerfeld
chez Chanel, le 2 octobre au Grand Palais,
non loin de Kristen Stewart et Vanessa Paradis.
Anthony Vaccarello devrait recevoir Béatrice
Dalle et Catherine Deneuve.
Celui qui sera de tous les selfies,
c’est Virgil Abloh, à la tête d’Off-White (show ce
jeudi) et depuis peu, directeur artistique
des lignes masculines de Louis Vuitton.
C’est pour Abloh, ex-bras droit de son mari
Kanye West, que Kim Kardashian avait à nouveau foulé le sol parisien en juin à l’occasion
de ses débuts à la tête de la maison, deux ans
après son agression. Elle pourrait alors faire
coup double, et aller applaudir son ami
et admirateur Olivier Rousteing chez Balmain.
LES GRAMMEURS
MÊMES RÉSEAUX, NOUVELLES PRATIQUES
LES MANNEQUINS
BELLES ET GRANDES GUEULES
Il a trouvé la distance parfaite entre la chronique douce-amère d’un milieu qu’il égratigne sans le froisser tout à fait et son travail
de journaliste. Loïc Prigent manie avec brio
l’humour, dans les citations dont il se fait
écho sur Twitter et Instagram, et les sujets
qu’il consacre aux créateurs et aux petites
mains des ateliers, aux tendances et aux excentricités en tout genre. Il suit ce petit
monde depuis des lustres et c’est toute la
planète qui le follow aujourd’hui.
En matière de mode, sur les différents réseaux sociaux qu’Internet met à la disposition du quidam, les poseuses pullulent.
Outre ces légions de néomannequins qui
autoalimentent leur légende H24, ce qui
manque cruellement sur le Web «hexagonal», ce sont des influenceurs(ses) capables de mettre du sens dans leurs publications, à l’image des journalistes
Sophie Fontanel et Carine Bizet. Le support (Snapchat, Facebook, Instagram) a
longtemps fait craindre une dilution du
fond dans l’océan de superficialité que
génèrent ces plateformes. Heureusement, depuis quelque temps, de nou-
S’il est une corporation
qu’Instagram a révolutionnée, c’est le mannequinat.
Les modèles y ont trouvé
une nouvelle façon de façonner leur image, un cadre idéal pour se mettre en
valeur, affirmer leur style et
parfois… parler. De fait, une
génération de mannequins
à fort caractère électrise
les podiums. Telle Slick
Woods, 22 ans, figure
weirdo, noire aux dents
écartées, vue surtout à
New York où sa radicalité
se déploie à merveille. Elle
a en revanche peu de
chances de s’afficher
à Paris cette saison. La Californienne a défilé très enceinte pour Savage X
Rihanna il y a quelques
jours à New York, et accouché quelques heures après
son passage. Celle que l’on
veaux profils apparaissent, de différentes
classes d’âge et origines, qui mêlent esthétique pure, tendances, échos sentis
sur le business, références à l’histoire de
la mode, aux techniques, et dans le
meilleur des cas des prises de parole
bien vertébrées. En se servant des réseaux comme d’un nouvel espace de parole, en éditorialisant leur profil, quelques-un(e)s se démarquent : Sarah
Mower, critique anglaise qui œuvre pour
le Vogue Américain et dénicheuse de
jeunes talents ; les journalistes Cathy Horyn (Vogue) et Vanessa Friedman (New
York Times), toutes deux sur Twitter ;
l’historienne de la mode Pamela Golbin,
conservatrice en chef du Musée des arts
décoratifs, Tiffany Godoy, Américaine
qui se partage entre Paris et Tokyo et
produit un «Instagramazine» vidéo réjouissant ; Sophia Macks, new-yorkaise,
fondatrice de The Beyond Mag ; Elise By
Olsen, 19 ans, éditrice de Wallet, ou Simon Ungless, directeur de l’école d’art de
l’Academy of Art University de San Fransisco, qui adore ne pas mâcher ses mots.
verra (beaucoup), c’est
Adwoa Aboah, 26 ans,
Anglaise métisse au crâne
rasé, activiste de la cause
des femmes, qui reste l’une
des plus suivies et enchaîne les shows où elle
imprime son air noble.
Aboah porte aussi un mouvement pour une meilleure
représentativité des femmes de couleur qui, après
tant d’années passées en
marge, sont ces temps-ci
plus castées lors des défilés. Parmi les modèles du
moment, il y a la Dominicaine Lineisy Montero, la
Sud-Soudanaise Shanelle
Nyasiase, l’Américaine
Adesuwa Aighewi, la Kényane Shanelle Nyasiase,
la Néerlandaise Imaan
Hammam, l’Argentine
Mica Argañaraz, choisie
par Anthony Vaccarello
pour être le visage de la
dernière campagne Saint
Laurent. On a aussi repéré
un visage singulier, une
gueule étrange par ailleurs
française : Gaïa Orgeas, la
fille qui ne sourit jamais.
Avant que les vraies stars
deviennent complètement
virtuelles (Olivier Rousteing, directeur artistique
de Balmain, a présenté récemment trois nouvelles
«ambassadrices» entièrement digitales), il faudra
encore compter sur des
tops, ceux des années 90
qui reviennent – à moins
qu’elles ne soient jamais
parties –, et les autres,
adoubés par Internet :
Kendall Jenner, membre
du gang Kardashian, les
sœurs Gigi et Bella Hadid,
et Kaia Gerber, progéniture
de Cindy Crawford.
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
MATHIEU ZAZZO
IDÉES/
Dès la Renaissance,
des dizaines de milliers
de femmes ont été
massacrées. Les historiens
ont longtemps négligé
ce véritable féminicide.
Dans son dernier ouvrage,
Mona Chollet décèle
aujourd’hui des vestiges
de cette haine
irrationnelle.
Exécution de sorcières
en Angleterre (gravure ;
colorisation ultérieure)
par l’école anglaise
du XVIIe siècle, collection
privée Stapleton.
PHOTO BRIDGEMAN IMAGES
Mona Chollet
«Il est difficile de ne pas voir
les chasses aux sorcières
comme un phénomène
de haine misogyne intense»
Recueilli par
ANAÏS MORAN et CATHERINE CALVET
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
O
n utilise encore aujourd’hui l’Occident, tout un développement
le terme de «sorcières» pour sur l’intensité de la misogynie à
caricaturer des femmes de l’époque qui précède immédiatepouvoir, les femmes vieillissantes ment le début des chasses aux sorou tout simplement les femmes cières, pour malgré tout finir par aflibres. Dans son dernier essai, Sor- firmer que les chasses aux sorcières
cières. La puissance invaincue des n’ont finalement pas de rapport
femmes (Zones–La Déavec la misogynie. Le
couverte), Mona Choldéni va vraiment très
let, journaliste au
loin.
Monde diplomatique et
Cette période des chasauteure des excellents
ses aux sorcières est
Beauté fatale et
une histoire qu’on met
Chez soi, s’interroge
à distance, parce
sur ce qu’il reste
qu’elle est dure,
aujourd’hui des grandérangeante. Il est difdes chasses aux sorcièficile de pas y voir un
res, c’est-à-dire le masphénomène de haine
sacre de dizaines de
misogyne particulièremilliers de femmes en
ment intense, qui s’est
Europe entre les XVIe
MONA CHOLLET
traduit par des meuret XVIIe siècles. Elle reSORCIÈRES.
tres de masse, des tortrouve notamment la
LA PUISSANCE
tures. Heureusement,
trace de cette misogyINVAINCUE
des intellectuelles, telnie, féminité haïe veDES FEMMES
les que la philosophe
nue de ces sombres péLa Découverte, coll.
Silvia Federici ou l’hisriodes du passé, dans
Zones,, 231 pp., 18 €.
torienne américaine
le regard aujourd’hui
Anne L. Barstow, ont
porté sur les femmes célibataires et clairement affirmé que c’était un
sans enfant, sur les plus âgées. Très phénomène misogyne.
incisive dans ses tweets et sur son Quel est le profil de ces femmes
blog «la Méridienne», Mona Chollet accusées d’être «maléfiques» ?
parle de son sujet avec calme et Des femmes fortes, insolentes,
retenue. Et finit par convaincre: la indépendantes. Les veuves ou sans
sorcière est une figure plus fas- époux, échappant à toute autorité
cinante et stimulante que repous- masculine, sont surreprésentées
sante.
parmi les victimes… Certaines fois,
Dans votre livre, vous montrez un simple comportement «déviant»
les grandes chasses aux sorciè- suffisait à se faire accuser. Mal réres sous un autre jour : elles ne pondre à son mari, mal parler à son
remontent pas au Moyen Age, voisin, le spectre des comportemais à l’époque de la Renais- ments qui pouvaient attirer une acsance…
cusation était très vaste. Sans
C’est incroyable de découvrir que oublier évidemment toutes les maces événements ont eu lieu durant nipulations, comme par exemple
une période qui coïncide avec la des hommes qui accusaient des
construction de notre «société femmes de sorcellerie pour ne pas
éclairée» dont nous sommes très être eux-mêmes accusés de viol.
fiers. Ces persécutions et ces meur- Selon vous, les femmes célitres ne s’inscrivent pas dans le ca- bataires ou vieillissantes sont
dre que nous nous sommes forgé, encore aujourd’hui victimes de
dans cette espèce de récit qu’on a cette réprobation. Pourquoi ?
l’habitude de se raconter, d’une pro- Des images peu flatteuses leur colgression des ténèbres du Moyen lent encore à la peau. Les femmes
Age vers les Lumières.
finissent elles-mêmes par les intéL’histoire des sorcières a mis du rioriser. Beaucoup de célibataires
temps à être «genrée»…
ont une image dégradée d’elles-mêLongtemps, le caractère misogyne mes. C’est dur de lutter contre ces
des chasses aux sorcières n’a pas été stéréotypes, personne n’a envie
un sujet digne d’intérêt pour les his- d’être identifiée à une vieille fille à
toriens. Lorsque certains d’entre chat! Cette dissuasion sourde mais
eux ont commencé à s’intéresser à efficace basée sur de la moquerie
ces événements sous le prisme du semble en apparence inoffensive
genre, c’était avec un regard con- mais se révèle de fait assez médescendant pour les victimes. Ils chante. Un reproche d’égoïsme et
ont alimenté des préjugés très défa- de déviance assez profond.
vorables à l’égard de ces femmes, en Des femmes de pouvoir, comme
les considérant comme «folles» ou Hillary Clinton ou Marga«antipathiques»… L’historien amé- ret Thatcher, sont taxées par
ricain Erik Midelfort préconise dans certains d’être les «nouvelles»
ses travaux d’étudier pourquoi ce sorcières.
groupe de femmes «s’est placé» à Oui, elles ne sont pas attaquées en
cette époque «en situation de bouc tant que politiciennes mais en tant
émissaire».
que femmes. Des femmes vieilles de
Son confrère français Guy Bechtel surcroît. Un chroniqueur conservafait, dans son ouvrage la Sorcière et teur a dit un jour au sujet de Hillary
u 23
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Clinton : «Mais qui a envie de voir
une femme vieillir sous ses yeux jour
après jour pendant quatre ans ?»
Cette remarque est très révélatrice:
on a vu Barack Obama blanchir
sous nos yeux pendant huit ans, et
tout le monde trouvait ça très élégant, lui-même plaisantait sur ce
sujet, cela n’a jamais été un biais
pour l’attaquer.
Donald Trump revitalise-t-il ces
discours sur les sorcières ?
Il a même osé parler de chasse aux
sorcières pour défendre des hommes accusés de harcèlement sexuel,
un terrible renversement des symboles. Les forces conservatrices ont
de nouveau une grande influence
sur le pouvoir : il y a des attaques
contre les droits des femmes, le
droit à l’avortement, on essaie de
contrôler toujours plus les corps féminins. Ce débat a une forte résonance avec l’époque des chasses
aux sorcières, puisqu’elles étaient
guérisseuses mais aussi avorteuses,
et que le sabbat était considéré
comme la fête de la stérilité. Donald
Trump incarne quelque chose de
tellement archaïque qu’en face,
pour s’y opposer, les femmes reprennent des symboles tout aussi
archaïques. Comme ces militantes
qui, au pied de la Trump Tower,
font un cérémonial néopaïen antiTrump une fois par mois…
Vous prenez aussi en exemple
toutes ces femmes tuées par leur
compagnon ou leur ex…
Avant, c’était l’Etat qui punissait les
femmes trop indépendantes, même
si cela partait d’une dénonciation.
Désormais, la violence contre le
désir de liberté des femmes est en
quelque sorte privatisée. Un
homme a ligoté son ex-femme sur
une ligne de chemin de fer avant le
passage du train. Certaines femmes
sont immolées, brûlées vives: le bûcher n’est pas loin. Ces formes de
violence contre le désir de liberté
des femmes se sont en quelque
sorte privatisées, elles se font en dehors de l’Etat. Heureusement, les
réactions sont de plus en plus nombreuses. Dès qu’il y a un procès, les
sanctions trop légères ou le recours
au concept de «crime passionnel»
soulèvent l’indignation. Il commence à y avoir une lutte contre la
complaisance de toute une société
envers ces crimes de femmes. Mais
on continue de lire dans des comptes rendus de procès des erreurs de
formulations très signifiantes :
parler de la victime en disant
«sa femme» alors que le couple est
divorcé depuis longtemps, par
exemple. Comme si le mariage ne
pouvait être défait.
Vous débusquez aussi les stéréotypes de sorcières dans le domaine de la médecine.
Les sorcières étaient souvent des
guérisseuses. Elles avaient à la fois le
savoir et la charge de soigner. Plus
tard, les sages-femmes ont été chassées par les médecins. Ils ont inventé
de nouveaux outils, comme les forceps et le spéculum: ils prétendaient
ne plus avoir besoin des sages-femmes qu’ils accusaient d’être «malpropres», l’accusation d’impureté
n’étant pas loin. Ce qui est d’une
grande ironie quand on sait que les
chirurgiens se sont très tardivement
lavé les mains avant de pratiquer des
accouchements, transmettant des
infections mortelles à de nombreuses femmes. Les mandarins ont instauré une médecine quasi militaire,
une médecine de pouvoir. Notre système sépare encore ces deux aspects,
celui du savoir et celui du soin: d’un
côté, il y a les médecins et la science,
et de l’autre, les infirmiers qui sont
majoritairement des infirmières. Reconnecter la médecine avec le care,
l’établissement du diagnostic avec
les soins quotidiens, rendrait notre
médecine plus humaine.
Cette médecine bicéphale est
aussi une prise de pouvoir sur le
corps des femmes ?
Non seulement l’accouchement a
été surmédicalisé, mais les histoires
de violences gynécologiques et obstétriques commencent seulement
à se dire. Elles sont le symptôme
d’un vrai problème dans le rapport
au patient. La manifestation d’une
médecine dominatrice, conquérante et agressive, d’une médecine
profondément masculine. Le corps
de référence est encore celui de
l’homme. Les femmes sont le
«corps secondaire», le «corps problématique». Elles sont aussi suspectées d’exagérer, d’être des affabulatrices, de somatiser, leur parole
est moins prise au sérieux.
La sorcière n’est-elle pas aussi la
figure de celle qui défie le rationnel et le progrès, encore largement incarnés par les hommes?
La notion même de progrès est à interroger. Les perspectives environnementales sont le signe que nous
avons un rapport problématique au
monde qui nous entoure. Nous
sommes encore dans la domination, la maîtrise absolue. Si le
système actuel, qui est plus que
capitaliste – cette domination et
cette exploitation de la nature
préexistaient au capitalisme–, si ce
système nous mène droit dans le
mur, nous devons nous interroger
sur ce qui est vraiment rationnel.
Cette figure de la sorcière qui revient en force actuellement peut
nous permettre d’éclairer les aspects problématiques de notre histoire moderne en remettant en
question les catégories du rationnel
et de l’irrationnel. En s’intéressant
à l’histoire des sorcières, on en
vient, finalement, à une remise en
question philosophique beaucoup
plus vaste. •
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
IDÉES/
A partir de septembre 2018, Libération
lance sa newsletter Tu mitonnes le
vendredi et toutes les semaines. On
va parler produits, cuisine, chez soi ou
au resto, dans les étoiles et au comptoir. Avec du gourmand, du frais, toujours de saison, terroir des villes et terroir des champs, en France et ailleurs.
POUR DÉGUSTER,
PRENEZ UNE GRANDE
SAUTEUSE ET AJOUTEZ :
Une belle tranche de recettes
(avec ou sans viande)
Un zeste d’histoire(s) râpée(s)
Un filet d’exotique
Une grosse poignée de bons tuyaux :
restos, ingrédients,
boutiques, bouquins...
Un soupçon de photos instagrammées
(à l’appareil photo argentique)
Des épices, des herbes (fumées)
Du maturé, du tajiné, du découpé,
du désossé, de l’embroché,
du snacké, du mi-cuit et du mytho
TOUTES PAPILLES
BIENVENUES
PHOTO EMMANUEL PIERROT
Viandards, flexivores ou vegans,
becs salés ou sucrés, amateurs de vin
- nature, à prix gentil, grandes quilles –
et d’infusions verveine.
CHAUD DEVANT !
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sans engagement
Aucun algorithme,
jamais, ne pourra
défendre la démocratie
Nous avons perdu la bataille contre les
algorithmes en ce qui concerne la vie
privée. Il faut aujourd’hui se battre pour
limiter leur impact sur nos vies publiques
et notre destin collectif.
C
e texte est une contribution
à la «Déclaration sur l’information et la démocratie» que prépare Reporters sans
frontières.
Le 4 septembre, Mark Zuckerberg
a publié dans le Washington Post
une tribune intitulée «Protéger la
démocratie est une course aux
armements. Voici comment Facebook peut nous y aider».
Dix jours plus tard, c’est sur sa
plateforme qu’il annonce se «préparer pour les élections» : il liste
les risques, les biais, les détournements, les logiques d’influence
et de manipulations qui ont déjà
mis en danger l’équilibre
démocratique et l’organisation
de scrutins. Et il annonce, une
fois de plus, qu’il va essayer de
corriger tout cela. Il n’y parviendra pas. Comment avons-nous pu
nous retrouver au début du
XXIe siècle dans une situation où
Mark Zuckerberg – et quelques
autres patrons de plateformes
numériques – se fixent comme
objectif récurrent de «protéger la
démocratie», principalement à
grands coups «d’algorithmes» et
«d’intelligence artificielle» et affirment que cela sera une de leurs
principales «missions» au sein de
leur entreprise et à l’échelle du
monde ?
En 2011, deux théoriciens de l’intelligence artificielle traitant des
problèmes éthiques qu’allaient
poser les algorithmes écrivaient
que «les algorithmes de plus en
plus complexes de prise de décision sont à la fois souhaitables et
inévitables, tant qu’ils restent
transparents à l’inspection, prévisibles pour ceux qu’ils gouvernent, et robustes contre toute manipulation» (Nick Bostrom et
Eliezer Yudkowsky, «The Ethics
of Artificial Intelligence»).
Aujourd’hui, «les algorithmes»
dont nous parlons se déploient
au sein d’architectures techniques toxiques englobant des millions ou des milliards d’utilisateurs. Aujourd’hui, les
algorithmes dont nous parlons
reposent sur des jeux de données
propriétaires et donc totalement
opaques. Aujourd’hui, les algorithmes dont nous parlons sont
explicitement développés pour
se doter d’un niveau d’autonomie
(ou «d’apprentissage») qui rend
leur «comportement» et leurs décisions souvent imprévisibles
pour leurs créateurs eux-mêmes.
Cs algorithmes interagissent en
permanence avec d’autres algorithmes, d’autres jeux de données
et d’autres architectures techniques toxiques ; et ils le font à des
échelles toujours plus vastes et
dans des environnements toujours plus contraints qui augmentent encore le niveau de risque et d’incertitude.
Voilà pourquoi, pour l’ensemble
de ces raisons, il est absolument
impossible de garantir qu’ils
soient transparents à l’inspection, prévisibles pour ceux qu’ils
gouvernent et qu’ils soient, surtout, robustes contre toute manipulation. Pendant les dix dernières années, le combat
principal d’activistes, de journaPar
OLIVIER
ERTZSCHEID
DR
LA NOUVELLE NEWSLETTER
FOOD
DE LIBÉRATION
Enseignant-chercheur en
sciences de l’information
et de la communication
à l’université de Nantes
listes, de défenseurs des libertés
numériques fut celui visant à limiter l’impact de l’empreinte
algorithmique sur nos vies privées et intimes. Ce combat-là est
terminé, obsolète et, pour l’essentiel, perdu. C’est un autre
combat qu’il nous faut
aujourd’hui mener, sur un tout
autre front, avec une tout autre
urgence et à une tout autre
échelle. C’est le combat pour limiter l’impact de l’empreinte algorithmique décisionnelle sur
notre vie publique, sur nos infrastructures sociales communes
et sur notre destin collectif.
Il est urgent et impératif que
toute forme, ambition ou projet
de gouvernance algorithmique,
dès lors qu’il touche à des secteurs régaliens (transport, éducation, santé, justice, sécurité) soit,
obligatoirement et par contrainte
législative, développé sur le modèle des licences GNU GPL du logiciel libre pour garantir a minima l’auditabilité complète et
pérenne des processus à l’œuvre.
Il est urgent et impératif que le
développement d’un modèle universel de portabilité de l’ensemble de nos données (1) soit une
priorité des Etats, et qu’il soit imposé à l’ensemble des acteurs du
monde économique en lien avec
la conservation ou le dépôt de
données numériques, et ce quels
qu’en soient la nature, le volume
et l’usage. Il est urgent et impératif que les entreprises qui captent
aujourd’hui l’essentiel des données et des flux numériques (en
gros les Gafam, Natu et autres
Batx) soient taxées à la hauteur
réelle de leur volume d’affaires et
que cet impôt finance directement les actions précitées, ce
processus de redistribution devant impérativement rester hors
du contrôle desdites sociétés. Car
le processus inverse a déjà commencé, celui dans lequel quelques entreprises omnipotentes
s’arrogent le droit de défier la
puissance publique et l’intérêt
général dans la levée de l’impôt,
comme Amazon et Starbucks en
ont encore récemment fait la démonstration à Seattle.
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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MÉDIATIQUES
Par
DANIEL SCHNEIDERMANN
Il est urgent et impératif qu’un
régime de communs informationnels soit défini positivement
dans la loi et qu’il puisse inclure
les algorithmes et le code mobilisables dans le cadre de toute action publique.
Enfin, il est urgent, impératif et
vital que tout ce qui touche directement au processus démocratique (comme le vote, l’élection, le
processus de dépouillement) soit
sine die placé hors de portée de
toute forme d’assistance, de guidance ou de suppléance algorithmique (à commencer par les «machines à voter»). Le «vote
électronique» doit être considéré
pour ce qu’il est: une menace rigoureusement et définitivement
incompatible avec le respect de la
confidentialité du vote et donc de
la démocratie.
L’enjeu est de savoir si nous serons capables à très court terme
de construire une alternative qui,
après le temps numérique de la
«désintermédiation» des
vingt dernières années, sera celle
de formes de remédiations algorithmiques respectueuses du
corps social et partant de sa partie la plus fragile, la plus pauvre,
et la plus exposée. Alors peutêtre, et alors seulement, les questions de gouvernance algorithmique pourront commencer d’être
envisagées sereinement.
Hors l’ensemble de ces conditions, nous allons offrir aux générations futures un monde
dans lequel le principal problème ne sera pas que Mark Zuckerberg et quelques autres patrons d’industrie se piquent
d’être les gardiens protecteurs de
nos démocraties mais qu’ils
soient effectivement les seuls encore en position de l’être, tout en
n’ayant eux-mêmes qu’une idée
très vague et très approximative
de la manière de s’y prendre et
des chances d’y parvenir. Il ne
s’agit pas simplement de fake
news et de libre arbitre. Il ne
s’agit pas simplement de la liberté de l’information ou de la
liberté de la presse. Il ne s’agit
pas simplement d’algorithmes,
de plateformes, d’Etats et de nations. Il ne s’agit pas simplement
d’intelligences humaines et
d’autres «artificielles». Il s’agit de
la liberté des peuples. Il s’agit de
la liberté tout court. •
(1) Le projet «Solid» porté par Tim Berners-Lee pourrait en être une première
approche.
Olivier Ertzscheid est l’auteur de : l’Appétit des géants. Pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes (C & F
éditions, 2017).
Eric Zemmour
et les vraies censures
Le chroniqueur n’a été invité à aucune
émission de la télé publique cette rentrée.
Un boycott ? A l’inverse, en lui offrant leur
antenne, Ardisson, RTL et quelques autres
privent d’autres visions du monde
d’un espace d’expression.
U
n jour, Laurent Ruquier
fut traversé d’un éclair
d’honnêteté. Il convint
porter une part de responsabilité
dans la notoriété médiatique
d’Eric Zemmour. C’était en l’an
de grâce 2015. Alors accusé par
l’essayiste François de Closets
d’avoir «diabolisé» les thèses du
Front national, Laurent Ruquier
se défendit ainsi : «Je suis un de
ceux qui a donné la parole à Zemmour toutes les semaines pendant cinq ans ! [entre 2006
et 2011, ndlr]. Oui, je regrette car
je me rends compte que j’ai participé à la banalisation de ces
idées-là.»
Sans doute cet aveu était-il consenti sous le coup de la colère.
Aujourd’hui, Ruquier voudrait
qu’on arrête de l’ennuyer avec ces
vieilles histoires. Il n’y est pour
rien. Ce n’est pas lui qui a inventé
Le Pen. «On me dit souvent: “C’est
vous qui avez été une rampe de
lancement pour Zemmour”»,
s’exclama-t-il la semaine dernière, au lendemain d’une réapparition du monstre Zemmour
dans les écrans de contrôle (Zemmour avait lancé à la chroniqueuse Hapsatou Sy que son prénom était «une insulte à la
France»). «Le Pen était au second
tour en 2002, et Zemmour n’était
pas encore à l’antenne. Dans ce
pays, il y avait déjà des gens qui
pensaient comme lui ! J’assume
avoir pris Zemmour pendant
cinq ans mais qu’on arrête avec
ça! Ça fait huit ans que je ne travaille plus avec Zemmour et on
continue de me faire chier avec
lui.»
Qui aurait la méchante idée de
«faire chier» Ruquier? N’importe
quel politique, journaliste ou intellectuel normalement constitué qui publie un livre rêve de
passer chez Ruquier. Laurent Ruquier est prescripteur. Pourquoi
s’en prendrait-on à Ruquier, alors
que Zemmour lui-même forme
une cible si commode ?
Pourquoi ? Parce que sans Ruquier (et Ardisson, et RTL, et
quelques autres), Zemmour ne
serait rien. Rien qu’un ratiocineur mal informé et à l’éloquence
creuse. Son public naturel ne dépasse pas celui du Figaro. C’est
Ruquier qui l’a rendu sympathique, avec son rire enfantin et innocent, et donc acceptable aux
yeux des non-vigilants. C’est RTL
qui, depuis qu’il y officie, entretient l’impression que le discours
de Zemmour est acceptable sur
une grande radio privée. Une
idée martelée par le Figaro reste
une idée du Figaro. Une idée
martelée chez Ruquier est une
idée acceptable. C’est ce qu’on
appelle la banalisation.
Est-ce pour se faire pardonner les
années Ruquier? Il semble que la
télé publique, cette rentrée, boycotte Zemmour. Pas une seule invitation, y compris dans les émissions où il avait micro ouvert lors
de ses précédentes promos. Mais
la télé publique n’assume pas. Le
boycott n’est pas revendiqué. On
voit bien pourquoi. La télé publique tremble de se faire accuser
de censure par la fachosphère.
Ne pas traiter un livre d’Eric
Zemmour, est-ce de la censure?
Ce débat sans fin élude une question essentielle : le temps d’antenne dont disposent les émissions de radio et de télévision
n’est pas élastique. Du temps
consacré à Zemmour, c’est autant
de temps retiré à d’autres
auteurs, à d’autres essayistes.
Tiens, pour ne prendre qu’un
exemple : ce mois-ci, paraît aux
éditions de La Découverte un livre qui s’appelle Territoires vivants de la République. C’est un
recueil de témoignages d’enseignants en «quartiers difficiles»,
comme on dit. Ces témoignages
L'ŒIL DE WILLEM
u 25
prennent le contre-pied exact de
toutes les déplorations zemmouriennes, en racontant la vitalité,
l’appétit de savoir, l’exigence de
leurs élèves, en primaire, au collège ou au lycée. Tous les poncifs
habituels, ces quartiers sont des
nids à des futurs terroristes, des
repères de collégiennes voilées et
de parents fondamentalistes, on
ne peut y enseigner ni la Shoah
ni l’accent circonflexe… tous ces
poncifs sont déshabillés et pulvérisés. Oui, on peut leur apprendre
Victor Hugo, leur faire comparer
quatre versions de Dies irae, et ils
en redemandent. Et, à la différence de Zemmour, qui n’en connaît que ce qu’écrit Valeurs actuelles, les coauteurs connaissent
le terrain, puisqu’ils y enseignent.
Si les auteurs ont été invités à la
matinale de France Culture, il ne
semble pas, en revanche, qu’on
les ait aperçus, même pour réfuter leurs témoignages, même
pour les traiter de Bisounours,
chez Ardisson, ni chez Ruquier,
ni chez Calvi, ni dans aucune des
émissions des radios et télés privées qui accueillent tendrement
Zemmour. Silence radio. N’est-ce
pas une censure plus radicale,
plus efficace, que les non-invitations de Zemmour à France Télévisions ? •
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26 u
Libération Lundi 24 Septembre 2018
Au fil de sa carrière, Cat Power est passée du clair-obscur à la lumière.
Cat Power «Le futur soigne
les blessures du passé»
Figure vénérée de l’indie depuis
les années 90, Chan Marshall fait
un retour apaisé avec «Wanderer»,
un vagabondage où elle évoque
son parcours et ses convictions,
mais aussi ses souvenirs
d’addictions et sa maternité.
Par AGNÈS GAYRAUD
Photos LUDOVIC CARÊME
C
han Marshall, dite Cat
Power, est une voix iconique
venue de la pop indépendante des années 90, et qui résonne
aujourd’hui encore, autrement,
peut-être mieux. La preuve avec
Wanderer, qui nous arrive six ans
après Sun, et qui se présente en un
périple biographique où le vagabondage prend des dimensions
existentielles (lire ci-contre). Nous
avons rencontré l’Américaine à Paris, dans sa chambre d’hôtel. Assise
sur le sol, elle parle avec douceur, et la figure et a relativisé la musique
digresse avec conviction.
dans mon esprit. Sur ces entrefaites,
Vous décrivez ce nouvel album j’ai découvert que j’étais enceinte.
comme la restitution d’un péri- J’ai dû choisir ma vie, choisir la vie
ple, celui de votre vie, de vos an- de mon enfant, choisir mon chenées sur la route, avec une part min. J’ai relativisé beaucoup de
d’hommage aux chanteurs de choses, j’ai retrouvé une façon
folk des générations antérieures. d’être au monde, ma façon de m’y
Quel chemin vous y a amenée ? tenir, dans la protection, la grâce et
Pour Sun, je n’avais pas cessé de la dignité. C’est comme une protourner, jusqu’à m’en rendre ma- messe que je me suis faite à moilade, jusqu’à ce que mon système même et que j’ai le sentiment
immunitaire s’effondre.
d’avoir réussi à tenir. Je
J’ai eu envie de conti- INTERVIEW
suis une femme de panuer simplement avec
role, comme dit la
ma guitare et ma voix, en misant sur chanson Woman, la toute première
quelque chose de beaucoup plus que j’ai écrite après la naissance de
simple, où je pourrais renouer avec mon fils.
ce que j’étais vraiment. A ce mo- Wanderer s’ouvre et se termine
ment, l’ambiance en Amérique était par deux versions d’une même
extrêmement tendue, la répression mélodie, mais on part d’un
du mouvement Occupy, la violence chant presque a cappella – évomanifeste de l’Amérique envers son quant un spiritual– pour termipropre peuple, tout cela m’a sauté à ner par une version plus arran-
gée, et surtout un peu plus
haute, comme si on était monté
au fil du disque en haut d’un petit sommet. Il y a du circulaire,
mais aussi l’impression que la
vie avance.
Cette chanson, Woman, marque
aussi un cycle pour moi, le retour de
quelque chose mais d’une autre manière. La rencontre avec Lana Del
Rey y est pour beaucoup. J’ai tourné
avec elle. Un jour on a eu un moment en coulisses, juste avant
qu’elle ne monte sur scène. Elle m’a
prise dans les bras. Elle a pleuré un
peu et elle m’a dit: «Tu comptes tellement pour moi.» Cette reconnaissance m’a rappelé que je faisais partie du paysage musical. Les choses
ont beaucoup changé, beaucoup de
mes amis ont changé de vie, ont
fondé une famille, ou sont morts, la
manière dont on écoute la musique
a changé. Lana m’a refait entrer
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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CULTURE/
«Wanderer»,
extension
de voix
Poursuivant le virage
solaire entamé
en 2003 avec «You Are
Free», l’Américaine
dresse un bilan de
sa vie sur ce nouvel
album empreint de
grâce et de simplicité.
Q
dans le présent de la musique. Je
l’admire. Elle a ce fond très sombre,
neutralisé par sa féminité si élégante. Comme si le matériau sombre de sa musique était contrebalancé par sa grâce féminine.
On retrouve cette dualité dans le
disque, par exemple entre Black
et Horizon.
Black traite d’addiction. C’est l’ange
de la mort qui parle, l’ombre de la
personne qui fait un trip, en voyage
sous substances. Il est le compagnon de ce moment où tu es high
avec cette illusion de sécurité, qui
est en fait la plus morbide. L’expérience de la drogue est habituellement partagée, les gens se passent
les aiguilles, se droguent ensemble,
ils dansent ensemble, mais profondément seuls, avec le Boogeyman
[le croque-mitaine, ndlr]. Sur Horizon, je jette un regard sur mon enfance, qui a aussi sa part très sombre, mais je cueille une fleur en
hommage pour chacun, afin de les
garder dans mon cœur.
C’est le seul morceau du disque
où vous faites entendre une
transformation artificielle de
votre voix.
En effet ! C’est en fait une pédale
d’Auto-Tune pour guitare. Je l’appelle ma «Kanye». Je l’utilisais pas
mal dans Sun. Pour moi, elle sonne
comme le futur. Et c’est ce que dit la
chanson, qui parle du passé, de
mon enfance, mais qui projette un
apaisement futur. Le futur qui soigne les blessures du passé.
Il y a aussi tout un travail sur le
piano dans le disque: un jeu très
aquatique, qui peut évoquer Debussy, Ravel…
Je ne connais pas Debussy, ni Ravel. Un peu Satie. Mais à vrai dire,
je n’ai pas de références précises en
tête lorsque je joue. Je suis inspirée
simplement en m’asseyant devant
le piano. Je ne sais pas ce que je
fais, où je suis ni où je vais. Je me
retrouve à exercer un muscle que
j’ignorais posséder. Mais il y a une
recherche, c’est exact, une curiosité. C’est le sens du «périple»
aussi.
Ce qui renoue avec cette logique
du vagabond, à la recherche
d’une chose qu’il ne cherche pas
forcément à définir avant de
l’avoir trouvée.
Petite fille, j’étais toujours curieuse,
je voulais comprendre et apprendre
au-delà de ce qu’on me disait, du
monde limité qu’on me décrivait. Je
savais qu’il y avait plus que le père
Noël. C’est peut-être cette curiosité
qui m’a poussée à choisir cette vie.
Mais le voyage est aussi intérieur,
par les lectures, les tableaux de Basquiat, de Monet… Je cherche dans
les gens, dans les œuvres, une histoire collective. Parfois, tu entends
une chanson tribale africaine très
ancienne et tu ressens cette connexion, cet inconscient collectif
dont nous participons tous. Les artistes, les philosophes, apparaissent
et disparaissent, mais il y a une magie collective au-delà des individus,
qui les rassemble et c’est ce que je
continue de chercher. Quand j’ai
entendu, petite, Aretha Franklin
chantant Amazing Grace – je suis
née en Georgie, en pleine Bible
Belt– j’ai appris tout à coup qu’une
certaine communication était possible entre les êtres. Johnny Cash
qui parle des «hommes en noir»,
toutes ces histoires ont bercé mon
enfance, comme des signes d’une
vérité que je passe ma vie à déchiffrer. Quand j’avais 20 ans, quelqu’un
m’a dit que ma musique lui avait révélé quelque chose de lui-même.
C’était extrêmement marquant. En
réalité nous faisons de l’art pour
nous entraider.
On sent cette idée de connexion
dans votre goût pour les reprises, de Lou Reed, de Dylan, des
Stones ou de Bill Callahan. Sur
Wanderer, vous reprenez Stay de
Rihanna.
Tout le monde chante les chansons
des autres. Mais les reprises ne répètent pas la même chose, parce
que chacun est différent. Quand j’ai
entendu Rihanna chanter Stay, j’ai
d’abord vécu cette connexion très
forte. Cette fille de 18 ans qui parvenait à chanter une souffrance aussi
profonde, mais la tête haute. J’ai
compris que Rihanna avait souffert
du même manque que moi, et sa
version m’a émue au plus haut
point. Elle possède ce don de transmettre vraiment un sentiment. Je
n’avais pas prévu d’enregistrer une
reprise. Mais je jouais ce thème sur
le piano dans le studio, et l’ingénieur du son a commencé à m’enregistrer. Puis c’est devenu une évidence, et je l’ai fait, à ma manière
bien sûr, de ma propre perspective.
Mais j’essaie de trouver cet endroit,
que m’ont montré Aretha et Rihanna, cet espace universel qui
existe dans tant de chansons que
j’aime, cet espace que nous partageons, où on perçoit tout à coup
clarté d’esprit, liberté et justice. •
ue peut une égérie indie
des années 90 contre le
temps? Avec ses premiers
disques, de Dear Sir en 1995 (marqué par le compagnonnage de
Steve Shelley) jusqu’au premier
sommet Moon Pix en 1998, Chan
Marshall a marqué la musique indépendante par son timbre, sourd
et brisé, et par son écriture, où
hymne et complainte fusionnent
dans un lyrisme lo-fi parfait.
Toute une communauté indie, décidée alors à construire son
royaume à part –de l’industrie du
disque, du cynisme et du DJing
généralisé– a chéri Chan Marshall
et sa musique dès ses débuts, avec
une fidélité presque religieuse :
quand, en concert, elle s’interrompait, oubliait ses paroles, s’effondrait, elle conservait l’aura de
l’agneau qui chancelle mais survit
face aux loups dominants, d’une
figure pure contre la pop sûre
d’elle à gros moyens, en train de
gagner, y compris sous l’apparence de la musique indé.
Gouttelettes. En raison même
de ce rapport de vénération et de
protection qu’a suscité l’artiste
auprès de ses fans, l’histoire ultérieure de la réception de ses disques sourd de reproches. You Are
Free en 2003, dont le son s’épaissit un peu, fédère un plus large
public mais met déjà certains
«premiers fans» à distance: voilà
qu’une dose de lumière solaire
éloigne la musicienne du clairobscur indie qui lui allait si bien.
The Greatest, ouvert par la magnifique chanson éponyme, la
détourne trois ans plus tard un
peu plus d’une darkness que certains avouent regretter. En 2012,
les partis pris plus maximalistes
de Sun, avec ses traitements vocaux artificiels et son pied sur
tous les temps, sonnent comme
une trahison.
Pourtant, tout ce temps, Chan
Marshall chemine et ne s’interdit
rien. Elle ne cache pas les souffrances et les doutes qui pavent
encore son chemin tortueux. Jusqu’à ce dernier disque, à la pochette décadrée sur un bras qui
tient une guitare et le front de son
enfant. Six ans après Sun, Wanderer a des allures d’œuvre rétrospective –non sur son œuvre mais
sur son existence. La part biographique y affleure plus nettement
que jamais. La figure de Black,
ombre oppressante et douloureuse, y croise celle du «docteur»
qui confirme, paternaliste et inquiétant, que «cela va mieux»,
tandis que s’affirme une femme
tient parole («I’m a woman of my
word»). Les chansons sont presque nues, quoique finement arrangées par Chan Marshall ellemême, à l’image de ce délicat motif de piano qui ponctue de gouttelettes scintillantes le velours des
accords d’une guitare jouée aux
doigts sur In Your Face ou Me Voy.
Ronde. Dans ces moments dégagés, la voix retrouve sa place de
choix et suscite des frissons. Woman, avec son féminisme un peu
performatif, chantée avec Lana
Del Rey, est présentée comme un
single, mais Horizon, pièce centrale du disque, la dépasse de loin
en puissance évocatrice. Là encore, un motif de piano apparemment très simple la structure: il a
la perfection de ceux dont la répétition ne lasse pas mais enchante,
tandis que sont remémorés des visages familiers, qui se succèdent
en une ronde pacifiée, après tous
les drames. A la fin, la voix de
Chan Marshall est distordue sous
l’effet d’une pédale de guitare,
évoquant un son d’Auto-Tune, le
seul «effet» artificiel que s’autorise
la chanteuse sur ce disque. Bouleversante dans sa familiarité, cette
voix qui vrille est encore bien la
sienne : elle ne trahit plus rien ni
personne. Que peut une égérie indie des années 90 contre le
temps ? Changer, pour rester la
même.
A.G.
CAT POWER
WANDERER (Domino).
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28 u
Libération Lundi 24 Septembre 2018
Ni le chef-d’œuvre
annoncé par les uns,
ni l’horreur de pop
cynique dénoncée par
les autres, le deuxième
album de la Française
Héloïse Letissier frappe
par son ambition horsnorme, et touche par
son incapacité à la
réaliser tout à fait.
autant ici et à l’international, avant
ces affaires de genre pas au point et
de lutte des classes résolument maladroites – comme cette interview
sur le plateau de Clique, sur Canal+
le 9 septembre, dans laquelle elle se
déclarait fière de sa provenance du
milieu ouvrier quand elle a été élevée par un couple de profs de lettres
et d’anglais. Egalement ce qui explique, avec le plan promo épuisant,
pourquoi elle en repousse autant.
Héloïse Letissier existe presque trop
dans Chris, avec ses bizarreries, ses
souvenirs d’enfance et sa langue
élastique, et remettrait presque en
cause l’acuité de son goût en groove,
en classiques electro funk et en effets spéciaux (faut-il rappeler
qu’elle a fait elle-même la plus
grande partie des arrangements et
des compositions ?).
C’
est un disque qui commence en fanfare, avec un
enchaînement d’effets
haute définition (accélération, bris
de verre, petit cri) qui ne saurait
sonner anodin aux oreilles: de mémoire de cancre, aucun album de
pop n’avait fantasmé son ouverture
avec tant de pompe depuis Bad de
Michael Jackson. Qu’on l’écoute
dans sa version internationale, en
angliche limite, ou franco-française, en franglais hautement allitéré et gorgé de souvenirs de variété, on ne peut que reconnaître
l’envie de hauteur et de réenchantement. Avant toute chose, Chris
veut ressusciter pour le seul plaisir
de Christine and the Queens toute
une époque révolue de la pop,
quand elle était plus conquérante,
naïve et à n’en pas douter cynique,
et affichait son ambition dans le
moindre de ses sons et de ses effets.
En découdre aussi, parce qu’Héloïse Letissier a toutes les bonnes
raisons de le faire à son âge et dans
sa situation, avec cette mélancolie
qui mine un music business trop
conscient que sa corruption devient désormais indissociable de ce
qu’il est (qui n’a pas frémi de honte
pour la rappeuse Nicki Minaj cet
été, quand cette dernière s’est affichée sur les réseaux en hurlant au
sabotage parce que son nouvel album ne réalisait pas les résultats
escomptés ?).
Ecchymoses. Comment retisser
le lien, raviver la flamme, s’en sortir
dans cette mélasse qui nous rend
tous fous et ne nous rend plus heureux? La Française semble se poser
la question sans cesse dans ce second album obsédé par la réinvention de sa persona de pop star
autant que de la pop elle-même,
comment elle se propage, nous aide
et nous influence. Aussi, si les solutions qu’elle avance –telles cette fabrication de personnage de batailleuse sexy et cette production
synthétique très concernée par son
efficience– sont loin d’être idéalement réalisées, elles ont le mérite de
trancher avec les petits arrangements trop conscients et réflexifs
d’une certaine pop française con-
Bonne piste. Pourquoi cette in-
Héloïse Letissier, tête chercheuse de Christine and the Queens. PHOTO STÉPHANE RIDAR
La dernière tentation
de «Chris»
temporaine dont elle se détache
ainsi naturellement. Oui, Christine
and the Queens est un peu plus
audacieuse et mieux armée que
bien d’autres pour qu’on la confonde avec les mastodontes de la
pop internationale ; non, elle ne
s’excuse pas une seconde d’assimiler le jetable, le sucré et l’industriel
à la crudité de l’intime et de la peau,
de «prendre tout ce qui pèse pour en
faire quelque chose de dansé». Pourquoi devrait-elle le faire, puisque sa
musique la révèle nostalgique d’une
époque où l’on pouvait se gaver de
bonbons en même temps qu’on
s’émancipait ?
A la limite, le plus criant échec de
Christine and the Queens avec Chris
est de ne pas atteindre à ce mélange
d’indécence et d’absolue légèreté
qui était l’apanage des Michael
Jackson et Madonna au double pinacle de l’impunité et de l’efficacité.
Il n’est pas si grave pourtant que
personne ne soit dupe que quelque
chose cloche dans cette mutation
lourdement revendiquée en superhéros queer et artificiel qu’Héloïse
Letissier a, de manière révélatrice,
déjà bien trop commenté en louvoyant avec les assignations identitaires. La manière dont Chris se
joue de cette tension et de cette maladresse aboutit à un album rare en
son genre, qui existe simultanément tout près de nous et très loin,
bourré de rhapsodies mentales et
d’ecchymoses mais suffisamment
malin pour faire mine de les exploiter brutalement pour en faire des
hits –ou comme le New York Times
le décrit dans un portrait du 12 septembre, «construire un bulldozer».
C’est sans doute ce qui intéresse
carnation en agace tant, quand on
reproche à d’autres artistes d’avoir
si peu d’expressivité propre qu’ils en
deviennent interchangeables avec
leurs contemporains? Peut-être en
a-t-elle déjà trop dit, trop revendiqué trop maladroitement, pour que
son disque prenne son envol naturellement. Ou alors quelque chose
de sa manière d’être à la musique,
à la pop, de s’inventer quand elle
chante, saute d’autant plus fort aux
oreilles à cause de la fanfare et de
l’écrin si beau et ce quelque chose
résiste au point d’empêcher ce qui
précipite le succès de tant de musiciens – français, notamment –
en 2018, l’identification. Le rappeur
français Vald, admiratif, saluait il y
a quelque temps la capacité de
Christine and the Queens à faire du
«nqnt suprême», du ni queue ni tête
impérieux, et c’est une bonne piste
pour décortiquer Chris, un disque
qui existe aussi sous son corps pop
et ses références, épanoui le mieux
ailleurs qu’il l’imaginait.
A l’heure où l’on héroïse n’importe
qui, n’importe comment, Christine
and the Queens échoue ainsi à faire
de Chris un personnage idéal à qui
se vouer. Mais tant mieux, finalement, car la pop n’a pas besoin de
héros ni d’héroïnes. Plutôt d’artistes
débordant de suffisamment de désir et d’envie de chambardement
pour changer un peu le monde avec
eux. Chris est un beau disque un
peu foiré qui fait mieux que nous
combler : il nous rappelle qu’on
aime aussi beaucoup la pop quand
elle ploie sous le poids d’une ambition compliquée. Beaucoup de disques gagneraient à s’en souvenir
aussi.
OLIVIER LAMM
CHRISTINE AND THE QUEENS
CHRIS (Because Music).
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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CULTURE/
Mûri pendant quatre ans, Crave mêle français, anglais et arabe. PHOTO CHILL OKUBO
Les liturgies percutantes
de Léonie Pernet
Avec «Crave», son
premier album,
la musicienne allie
electro-pop
et chants éthérés.
«A
la base, je ne faisais que de la
musique instrumentale. Que la chair soit ramenée dans la musique, ça ne
me plaisait pas énormément», se souvient la Parisienne Léonie Pernet, installée en terrasse. «J’adore la
phrase “l’homme a un creux
en forme de dieu” de Pascal
dans ses Pensées», ajoute-telle en défense de son premier album comme un per-
sonnage rohmerien à l’accent
titi qui en fait juste ce qu’il
faut de trop. En anglais,
Crave indique le besoin et
son homophone français désigne la mort. InFiné, sa maison d’adoption après l’arrêt
du label Kill The DJ, a donné
pour nom de code «marche
ou crève» à ce disque mûri en
quatre ans, chanté en français, anglais et arabe.
Excès. Longtemps percussionniste pour les autres,
Léonie Pernet s’est fait un
nom avec ses élans consolateurs canalisés dans des mix
calés sur la situation sociopolitique, titrés Pour tous, Debout, et D’entre deux tours et
des soirées techno-queer largement reconnues. Mais la
passeuse de sons n’est plus la
même sur cet album très incarné, plongée solitaire nourrie par une fascination pour
la musique liturgique, des
heures sombres après des
soirées d’excès, et au bout de
la ficelle un manque qui dévore «autant dans la relation
à l’autre, que dans la drogue,
les addictions ou le manquement à soi». Sur la chansontitre, synthés et voix dans
l’émo-gothique rappellent les
vénéneuses Strawberry Switchblade, trésor perdu des années 80, alors que l’outro
vient faire une courbette à
Klaus Nomi. «Même quand
c’est un peu plus dancefloor, il
y a une profondeur. Avant, le
rapport que j’entretenais à la
musique était très fusionnel.
Désacraliser, ça a pu m’amener vers des choses différentes. Des albums ont des fonctions parfois plus légères et
c’est bien aussi, ça permet de
diversifier le rapport qu’on a
à la musique.»
Même sur Nancy, le titre le
plus electro dont pourront facilement s’emparer les DJ,
Léonie Pernet ne se sépare
pas des chœurs sentencieux.
«J’ai comparé le Requiem de
Mozart et celui de Brahms et
ça m’a marqué. Mais j’ai dû
enlever des chœurs sur certains morceaux car ça commençait à devenir un peu
chargé. Je ne suis pas très légère dans la musique et les
couleurs choisies», admet-elle
en évoquant sa musique qui
nous arrive par bulles échap-
MUSIQUES
pées d’un tuba coulé dans les
abysses. Lesquelles sont en
fait situées dans son studio à
Barbès, où elle s’est extraite
d’un mode de vie festif, délaissé peu à peu au profit de
l’avancement de l’album.
Origines. Elle réussit toutefois à glisser des titres plus
pop, comme Father ou Butterfly, ver d’oreille electrorock déjà entendu sur la BO
du film Bébé tigre de Cyprien
Vial. Last Track, ensuite, établit un dialogue entre une
rythmique qu’elle joue habituellement à la derbouka et
des nappes jamais repliées
depuis son obsession pour
les explorateurs du label
Warp, datant de son adolescence (Autechre, Boards of
Canada). Sur Auaati, son
amie d’enfance Anna Wassim
donne en arabe des accents
tragiques à ce qui aurait pu
être une bluette sortie de la
citerne pop. Pernet s’est récemment intéressée à la musique malienne et du Sahel.
Mais elle a aussi exploré ses
origines, en partie touarègue,
et lancé sur cet album une
passerelle à l’Afrique. C’est
très explicite sur le titre African Melancholia, sorti pour
annoncer l’album. Il était accompagné d’une vidéo suivant Mohammed Mostafa,
un réfugié soudanais alors
sur le point d’être expulsé.
Quelqu’un a pu intervenir et
il a eu «du répit», rassure-telle, un crave-cœur de moins
au compteur.
CHARLINE
LECARPENTIER
LÉONIE PERNET CRAVE
(InFiné). Le 28 septembre
au Temps Machine, Jouélès-Tours (37), le 17 octobre
au MaMa Festival, à Paris.
MA.JA.DE EN COPRODUCTION AVEC ARTHOUSE TRAFFIC, JBA PRODUCTION, GRANIET FILM, WILD AT ART, DIGITAL CUBE
PRÉSENTENT
Papa M, épopée mélancolique
L
a première image de sa bouille est
inscrite dans une image célébrissime
de la culture indie, la pochette de
Spiderland de Slint, sorti en 1991. David
Pajo avait alors 23 ans, à peine une ébauche de carrière dans l’underground hardcore derrière lui, et apparaissait déjà sur la
photo comme isolé, l’air effacé. Quel chemin parcouru depuis ! Quel chemin ? Des
sentiers qui bifurquent, des apparitions
éclairs dans des groupes qu’il aura tous
marqués au fer rouge (Palace, Tortoise, les
Yeah Yeah Yeahs ou Zwan, supergroupe
formé par Billy Corgan des Smashing
Pumpkins) et toujours, après l’effusion,
l’escampette en solitaire.
Comment expliquer que la musique qu’on
entend sur A Broke Moon Rises, alors que
Pajo fête cette année ses 50 ans, sonne si
limpide et optimiste ? Disons que c’est en
solitaire que ce grand voyageur entre les
projets devant l’éternel, accessoirement
dépressif chronique, s’exprime le plus pré-
cisément. Presque toujours instrumentale,
ponctuellement électronique, la musique
de Pajo sous le nom de Papa M ou Aerial M
est un concentré d’americana moderne
qui puise aux mêmes sources bucoliques
que les bâtisseurs du post-rock Terry Riley
ou Charles Ives pour produire une musique à la fois plus simple et mieux incarnée.
C’est que l’Américain, tout fêlé qu’il soit,
est un héritier très digne des transcendantalistes, qui s’isolaient dans la nature de
Nouvelle-Angleterre pour accorder leur
âme à la vibration des grands espaces et se
retrouver. Désolé et lumineux, à l’occasion
épique et hypnotique, A Broke Moon Rises
est en sus un retour aux sources, qui ne
convoque rien d’autre que des guitares, un
banjo, une dobro et quelques percussions
pour faire vibrer la corde de l’univers, et de
sa mélancolie. Et quand Pajo se replie vraiment, comme sur le minimal Spiegel Im
Spiegel de conclusion, c’est grandiose et
bouleversant comme peu de disques de
folk chantés et arrangés exagérément. La
seule chose à regretter, concernant ce disque magnifique, étant qu’il ne touchera
sans doute que ceux qui suivent Pajo depuis très longtemps.
O.L.
PAPA M A BROKE MOON RISES
(Drag City/Modulor).
UN TOURBILLON
TRANSFUGE
UNE FARCE ANTIMILITARISTE ET ANTIRUSSE
PREMIÈRE
©2018 PYRAMIDE
A 50 ans, David Pajo opère
un retour aux sources
sur «A Broke Moon Rises»,
pur concentré d’americana
moderne et désenchantée.
+++++
AU CINÉMA LE 26 SEPTEMBRE
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30 u
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Tard venu
Olivier Rabourdin Passionné par la cause amérindienne,
l’acteur de la série «Guyane» a ramé avant que son talent
froid et vénéneux soit reconnu, à 60 ans quasi.
I
l a 20 ans et il marche en biais, au ras du pavé. Déséquilibré,
il tatane son inadaptation qui lui fait la semelle béante. Il
se trouve «antipathique, violent». Il se décrit «absent à luimême». Il se croit perdu et perdant, se dit «à la dérive». Etudiant en lettres, il s’essaie au mime, découvre le théâtre par
hasard, en suivant une fille qui lui plaît. Il insiste, dépréciatif:
«Je ne comprenais rien à rien.» Et c’est
comme si, au creux du HLM de sa peau
dure, il vivait en colocation avec un parfait
inconnu, lui-même. Sur scène, on lui fait
jouer «des vieux», Créon, Alceste, jamais des jeunes premiers.
Il a 20 ans, et on pense qu’il en a déjà 60.
Il a 40 ans et il piétine encore et toujours. Jeune acteur, il était
pourtant l’un des bébés Chéreau, et ce n’était pas rien. A Nanterre, aux Amandiers, il avait comme camarades de classe de
théâtre Jean-Philippe Ecoffey, Pierre-Loup Rajot, Christine
Citti. Mais, à 40 ans, Rabourdin est sur la jante, arrêté sur la
bande d’arrêt d’urgence des jamais partis. Il voit le vide à travers les planches sur lesquelles il monte peu. Son intermittence est à plein-temps. Il monte des pièces en participation,
se coproduit avec trois francs, six sous, tire le diable par la
queue. Il enrage en vacher de sa bohème, menant par le licou
ses mugissants espoirs, tout prêt de se mettre au clou. Il a peur
de «finir à la rue», et parfois, il n’en est pas loin. Il fait déménageur, peintre, chauffeur. Il a 40 ans et ne voit pas bien ce qui
pourrait écourter sa mise en quarantaine.
Il a 60 ans, quasi, et il rayonne. Les gens ne
connaissent pas forcément son nom, mais
chacun l’a déjà vu quelque part. En parodiant Danton et en lui épargnant l’échafaud, on pourrait dire qu’il importe de montrer sa tête au peuple, car elle en vaut la peine. Son visage est marquant et
inquiétant, perturbant et séduisant. Il a le magnétisme mat
de Bruno Cremer et la placidité taurine d’un Lino Ventura
nordique. Le tout doublé de la dangerosité désinvestie de
Niels Arestrup et de la beauté vicieuse de Maurice Ronet. Ces
références sont assez datées et très françaises, ce qui est tout
à fait intentionnel. Olivier Rabourdin est un triomphant tardif,
un bourgeon étiolé, un peu comme Philippe Noiret ou Jean
Rochefort, mais en moins fantaisiste bourgeois, en plus socia-
LE PORTRAIT
Libération Lundi 24 Septembre 2018
lement indéterminé. Les connaisseurs parlent de son «intensité froide», de sa «brutalité lente». La tendresse semble avoir
reflué loin en lui, dans des grottes englouties d’où elle ne jaillirait en arc-en-ciel qu’après des forages profonds. Il dit, amusé:
«Il paraît que mon visage de vieux prend bien la lumière.»
Il ajoute: «C’est une chose d’avoir un rêve. C’en est un autre de
ne pas être déçu quand cela se réalise.» Il a la soixantaine souveraine, et c’est ce que l’on peut tous se souhaiter.
On l’a aperçu chez Desplechin, chez Marchal, chez Beauvois.
Il était impeccable chez Campillo en homo installé, fasciné
par une petite frappe de l’Est, qui transmuait sa passion masochiste en alliance distanciée. Il a émargé dans 54 films et a fréquenté 23 séries. Ces jours-ci, il tourne avec Verhoeven. Et il
est parfait dans Guyane, deuxième saison en approche ce soir
sur Canal+. Il y est proxo aventureux, orpailleur sanglant, caïd
décati bientôt démoli par des plus jeunes, des plus venimeux.
Il comprime sa sombre humanité sous une chape de dissimulation, l’enterre sous un glacis de lourdeur.
Il donne rendez-vous dans un bistrot où il a ses habitudes près
du parc de la Villette. Le quartier est bigarré et balafré. Cela
sent sa zone de transit et son éclusage mal canalisé. Il réside
à deux pas. On s’attendait à un taiseux impénétrable, on a un
prolixe assez exalté. Il tutoie aussi vite qu’il propose de monter
chez lui. Quand il a reçu ses
premiers cachets voici
quinze, vingt ans, il a acheté
3 mars 1959
un 27 mètres carrés «pour
Naissance à Paris.
52 000 euros». Il monte les
2004 Rois et Reine
étages quatre à quatre, mal(Arnaud Desplechin).
gré sa stature, sa lourdeur
2010 Des hommes
d’ossature. A peine essoufflé,
et des dieux
il concède que depuis qu’il a
(Xavier Beauvois).
arrêté de fumer, il surveille
2013 Eastern Boys
son poids. Il va déménager. Il
(Robin Campillo).
fait construire 75 mètres car24 septembre 2018
rés dans une ancienne usine
Début de la saison 2
à Ivry, avec un groupe de code Guyane (Canal +).
pains. Il aime le côté «Apaches des fortifs» réunis en société civile immobilière. S’il a une copine et s’il est père d’une
fille, chacun semble tenir à son chez soi.
Il a grandi à Paris dans le quartier République. Italienne d’origine, sa mère était coiffeuse quand elle aurait voulu être institutrice. Normand, son père était dessinateur industriel et a
fini chef du bureau d’études. Ses parents se sont séparés
quand il avait 13 ans. L’adolescent est parti en vrille. Il a fallu
la découverte de Céline et du Voyage au bout de la nuit pour
lui faire abandonner les maths. Mais les romanciers russes
n’ont pas suffi à le délester de son mal-être. Gibier de divan,
«douze ans durant», il rend grâce à la psychanalyse: «Ça m’a
sauvé.»
Cet amateur des romans-contes de Salman Rushdie se définit
comme «un homme du doute, pas de la foi». Il rappelle que «les
religions sont les meilleurs trucs qu’on ait inventés pour se foutre sur la gueule». Il n’a aucun appétit pour le transhumanisme
et déclare préférer «le néant à l’éternité». Métaphysicien moqueur, il troque la citation de Pascal sur le silence éternel des
espaces infinis contre celle plus modeste de Paul Valéry :
«Le vacarme intermittent des petits coins me rassure.»
En Guyane, Rabourdin s’est passionné pour le destin des Amérindiens. Lors du tournage très compliqué de la saison 2,
il a pesé pour que le scénario «s’enracine dans la réalité
sociale». Il est vent debout contre le projet de mine géante, la
Montagne d’or. Il dénonce cette extraction de matière surcotée
qui empoisonne les rivières, juste pour aller dormir dans les
coffres des banques.
Premier rôle, Rabourdin bénéficiait d’une grande maison. Il l’a
ouverte aux autres membres de l’équipe. Xavier Mathieu, syndicaliste CGT reconverti comédien, en dit: «C’est un vrai partageux. Avec lui, je pourrais partir à la guerre !»
En tournée dans la région, Jean-Luc Mélenchon est venu
dîner. Soutiens de La France insoumise (LFI), les deux acteurs
ont défendu la cause autochtone d’un vibrant: «Si on ne fait
rien, ils vont disparaître.» Le défenseur de la République indivisible a écouté et a concédé qu’il devait étudier la question.
En ce jour de promo, Rabourdin a tenu à porter un collier offert par un Indien kalina. Les branches désignent les quatre
points cardinaux, et puis le ciel, la terre. La dernière doit représenter cette septième vie qu’il s’est confectionnée. •
Par LUC LE VAILLANT
Photo FRÉDÉRIC STUCIN
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Libération Lundi 24 Septembre 2018
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ĢUNE?
ONS’EN
GRILLE
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TFX
21h00. Camping Paradis.
Série. Mon père, ce Breton ! Parties 1 & 2. Avec Laurent
Ournac, Thierry Heckendorn.
23h05. New York, unité
spéciale. Série. Aveux forcés.
À mauvaise école. Les vieux
démons.
20h55. Les enfants de la télé.
Divertissement. Présenté
par Laurent Ruquier. 22h25.
On va rire de tout ! Montreux
Comedy Festival. Spectacle.
21h00. Gladiator. Péplum.
Avec Russell Crowe, Joaquin
Phoenix. 23h45. Appels
d’urgence. Magazine.
FRANCE 2
21h00. Take two : enquêtes
en duo. Série. La star et le
privé. La main dans le sac.
22h40. Take two : enquêtes
en duo. Série. Recherche DJ
désespérément. Le vernis
de la mariée.
FRANCE 5
CANAL+
21h00. Guyane. Série.
Épisodes 1 & 2. Avec Olivier
Rabourdin, Mathieu Spinosi.
22h55. Crime time. Série.
6TER
21h00. Kaamelott. Série.
Avec Alexandre Astier, Franck
Pitiot. 22h30. Kaamelott.
TMC
20h50. The Best FIFA
Football Awards 2018.
Cérémonie. 22h30. Le
labyrinthe : la terre brûlée.
Film.
CHÉRIE 25
20h55. Donne-moi ta main.
Comédie. Avec Amy Adams,
Matthew Goode. 22h50.
Danse avec lui. Film.
M6
LCP/AN
20h30. En quête d’énergie
durable. Documentaire.
21h30. Droit de suite - Débat.
22h00. On va plus loin.
Magazine. Présenté par
Rébecca Fitoussi.
C8
21h00. L’amour est dans
le pré. Divertissement.
Présenté par Karine Le Marchand. 22h05. L’amour est
dans le pré. Divertissement.
21h00. Hunger Games.
Action. Avec Jennifer
Lawrence, Josh Hutcherson.
23h45. Battle Royale. Film.
LUNDI 24
Humidité résiduelle du sud-ouest au centreest avec des nuages bas et localement
quelques bruines. Ailleurs, les éclaircies
sont déjà prédominantes.
L’APRÈS-MIDI Avec le retour de l'anticyclone
des Açores, les éclaircies s'imposent
partout, sauf au pied des Pyrénées et
près des reliefs Alpins. Le Mistral et la
Tramontane soufflent jusqu'à 90 km/h.
MARDI 25
La fraîcheur est l'élément marquant du
début de matinée avec quelques gelées
blanches possibles de l'Auvergne à la
Normandie au Grand Est.
L’APRÈS-MIDI Le soleil brille quasiment
partout, excepté de la Corse au sud des
Alpes où on risque un orage isolé. Il fait
frais au nord de la Seine à cause d'un
vent de nord-est sensible.
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Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Sujet en soi(e) d’hommes
de lettres persans, uzbek
héritage II. Chez Elizabeth ;
Rejointe III. Au singulier, c’est
déjà pas mal de blé, alors là… ;
Assistant au volant IV. Bonnet
d’école ou bonne école selon
le sens ; En deux temps, vifs
mouvements V. Dignes de
confiance ; Un ou onze pour
vingt-et-un VI. Donner des
coups de main VII. Noire
avec des bulles ; Blessé au
cœur VIII. D’où sont tirés les
mots les plus compliqués ;
Oncle chez Donald IX. Donald
est l’oncle de son double ;
Résident à vie autour d’éphémères présidents X. A la main
XI. Ville du Nord-Est anglais
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V
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
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Grille n°1022
VERTICALEMENT
1. Station avec Plomb 2. Fruit sec ; Briller 3. Elle est capitale en Europe ;
Entrée sur un réseau social 4. L’avenir est incertain quand on en a un
certain ; Vous voulez une Ferrari ? Doublez-les ! ; Sans confession 5. De
la boue après le dégel en Russie 6. Cinq pour onze livres ; Verbe d’action ;
Là où on tire sans but précis 7. De derrière ; Passant près 8. Petite dune ;
Vache sacrée 9. Tel aliment après digestion
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. COPYRIGHT. II. ORS. ODEUR. III. RAAGS. CIA.
IV. RU. YACK. V. EXPO. YODS. VI. IRMA. ÊG. VII. TMC. ONCLE.
VIII. RAVAL. HUN. IX. INÉCLAIRÉ. X. CORRIGÉES. XI. ENTÉRINÉE.
Verticalement 1. CORRECTRICE. 2. ORAUX. MANON. 3. PEA. PIC-VERT.
4. GYÖR. ÂCRE. 5. ROSA. MOLLIR. 6. ID. CYAN. AGI. 7. GECKO. CHIEN.
8. HUI. DÉLURÉE. 9. TRANSGÉNÈSE. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
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volontaires : les nouveaux
citoyens. 22h35. Révélations.
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Crimes. Documentaire.
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W9
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Bates. 23h10. Wajma, une
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2000. Documentaire.
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20h50. La revue de presse.
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Des pissenlits par la racine.
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Eli Wallach. 23h10. Soir 3.
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