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Libération - 25 09 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MARDI 25 SEPTEMBRE 2018
A Paris, en juillet 2017. PHOTO DENIS . REA
2,00 € Première édition. No 11609
Vincent Lambert
Dix ans après,
que faire pour
la fin de vie ?
Migrants
Dernière escale
à Marseille pour
l’«Aquarius» ?
PAGES 14-15
PAGES 6-7
www.liberation.fr
Chaque mardi, retrouvez un
supplément spécial de 4 pages avec
les meilleurs articles et éditoriaux du
«New York Times», en anglais.
VALLS À BARCELONE
TAPAS OU ÇA CASSE
Marginalisé en France, l’ancien
Premier ministre devrait annoncer
mardi soir qu’il tente sa chance aux
municipales à… Barcelone.
Un parachutage inédit.
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Réconcilier
Il l’aime et pourtant il la
quitte. Même ses anciens
camarades socialistes qui
le jugeaient trop libéral,
ses adversaires à gauche
qui le trouvaient trop
«sécuritaire» ou les
pourfendeurs de son
exigence laïque
l’admettront : il y a chez
Manuel Valls un
attachement viscéral à la
France et à la République.
Pourtant, l’ancien Premier
ministre de François
Hollande va tenter d’aller
trouver son bonheur
politique de l’autre côté
des Pyrénées en se portant
candidat à la mairie de
Barcelone… Etrange
destin que sa double
nationalité ne suffit pas à
expliquer. Les moqueurs
diront que ce parachutage
espagnol signe les échecs
d’un loser qui n’a jamais
vraiment trouvé sa place
sur l’échiquier français.
Ils n’ont pas
complètement tort même
si son parcours s’est
achevé à Matignon, ce qui
après tout n’est pas si
mal… Mais Manuel Valls
n’a pas réussi, au PS,
à rassembler. Il s’est heurté
à ces «deux gauches
irréconciliables», sans
jamais avoir tenté ni de
les réconcilier, ni de les
dynamiter. Il n’a pas
davantage réussi, depuis,
à s’imposer en macronie.
Les mêmes moqueurs
diront que son exil catalan
manque de courage. Ils se
trompent. Le pari de
Manuel Valls est osé.
Une telle candidature
transfrontière est inédite
ou presque. Dans cette
période de repli identitaire
en Europe, elle force au
moins symboliquement
le respect. Son pari est
même risqué. Il va
revendiquer son
attachement à l’unité
de l’Espagne dans un
paysage barcelonais
écartelé par les velléités
indépendantistes.
Peu connu pour ses
capacités à composer,
l’actuel député de
l’Essonne a donc
l’ambition de réconcilier
les deux Barcelone. Il y a
plus facile. Manuel Valls
ne pourra réussir qu’en
commençant par se
réconcilier avec luimême. •
Libération Mardi 25 Septembre 2018
De la France
à l’Espagne
Valls
à virage
découvert
L’ex-Premier ministre doit annoncer
ce mardi sa candidature à la mairie
de Barcelone. Une décision qui
intervient à un moment creux
de sa carrière politique.
Par
LAURE BRETTON
M
ême pas mort. A 56 ans
dont presque quarante
consacrés à la politique
française, Manuel Valls bascule
mardi dans le premier jour du reste
de sa vie, en Espagne. Après cinq
mois d’allers et retours à Barcelone,
la ville où il est né avant «d’épouser
la France à 20 ans», il a donné rendez-vous à la presse et à ses soutiens
au centre culturel contemporain
(CCCB) de la ville, à 19 heures, afin
de dévoiler sa «position» pour les
municipales de mai 2019. A Paris
comme dans la capitale de la Catalogne, plus personne ne doute de cette
candidature qui constitue une première à l’échelle du continent: l’ancien Premier ministre d’un pays partant à la conquête d’une des
principales villes d’un autre. «C’est
moderne, c’est européen, c’est Manuel Valls», s’enthousiasme Stéphane Fouks, l’ami rencontré à la fac
parisienne de Tolbiac au début des
années 80. Même si l’idée ne vient
pas de lui au départ –c’est le parti
centriste Ciudadanos et la puissante
Societat Civil Catalana qui sont allés
le tester au printemps – «Manuel
Valls est un homme d’action qui aime
le débat et le combat politique»,
abonde Yves Colmou, qui conseilla
d’abord Rocard avant de devenir l’un
des piliers de la vallsie.
MOTEUR À EXPLOSION
«Je suis le modeste ouvrier des cathédrales qui bâtit patiemment, obstinément, du concret», expliquait
Valls pendant la primaire socialiste
de 2017, paraphrasant son idole,
Clemenceau. Mal élu à l’Assemblée,
mal aimé dans la majorité (lire cicontre), en rupture de ban avec la fa-
mille socialiste, Valls veut reprendre «obstinément» le fil d’une construction politique nouvelle, quitte
à larguer les amarres avec la France,
où il a grimpé tous les échelons de
République, d’Evry à Matignon. Vivre ailleurs mais vivre encore. En
Espagne depuis un an, «on lui offre
plus de tribunes qu’en France, sa parole compte, elle est attendue même:
ça lui fait du bien», avance un de ses
proches.
Moteur à explosion de la gauche
française, Valls s’apprête à refermer
une page politique entamée en 1981.
Etudiant en histoire, il prend sa
carte au PS à 17 ans pour soutenir
Rocard contre Mitterrand. Le PS
était «plus un choix par défaut
qu’une adhésion massive à la doctrine du parti d’Epinay», dira-t-il
trente ans plus tard. Le 10 mai 1981,
il ne peut pas voter: fils du peintre
catalan Xavier Valls ayant fui le
franquisme, le jeune Manuel n’est
pas encore français. Avec Fouks et
le troisième larron du Pacte de Tolbiac, Alain Bauer, il crée les Clubs
Forum pour diffuser les idées de la
deuxième gauche, rocardienne et
minoritaire. Pendant plus de
trente ans, Valls va prendre les socialistes à rebrousse-poil, jouant
souvent l’opinion contre le parti. Sa
laïcité est «exigeante», il pense que
la «sécurité est la première des libertés» et que le PS devrait changer de
nom avant de prôner carrément sa
disparition au profit d’une «maison
des progressistes». Lionel Jospin et
la gauche plurielle enquillent les
décisions et les succès avant
le 21 avril 2002 ? Valls sera l’un des
premiers à critiquer les 35 heures
avant d’être le seul socialiste à voter
la loi interdisant le voile intégral.
Partisan du non à la Constitution
européenne en 2005, Valls votera fi-
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
u 3
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A l’Assemblée
en juillet 2017.
PHOTO ALBERT
FACELLY
Collomb sur la loi «asile et immigration» ou sur
ses sujets de prédilection, l’antiterrorisme et
la laïcité, quitte à braquer des collègues plus
nombreux à prêcher la modération. «Ses interventions tenaient de la leçon de morale, il impressionnait autant qu’il agaçait», tacle l’un
d’eux. «Il a joué le jeu, a été loyal et impeccable,
on l’écoutait», le défend un pilier du groupe,
qui a peu apprécié «la façon dont on l’a intégré
du bout des lèvres, en lui faisant sentir qu’on lui
donnait l’aumône». Avec sa voisine d’hémicycle Marie Lebec, à qui il a donné quelques conseils au départ, il a évoqué avant l’été sa candidature possible «sur le ton de la plaisanterie»:
«Je ne pensais pas vraiment que ça se concrétiserait. Je souhaite qu’il réussisse mais je perdrais un collègue agréable», dit-elle. Pour le
groupe, il reste toutefois un «électron libre»,
réglo peut-être, mais ne parlant qu’en son nom.
«Cocooné chez nous». Cela n’empêche pas
nalement oui pour éviter l’implosion du PS. Preuve qu’il y était
quand même attaché.
CROISADE MÉDIATIQUE
A la présidentielle, il soutient Ségolène Royal, puis François Hollande
cinq ans plus tard, qui le nommera
à l’Intérieur, son rêve. Les municipales catastrophiques de 2014 obligent
Hollande à remanier, le voilà à Matignon. Les attentats de 2015 placent
l’homme au cœur du dispositif. Il
tient la baraque gouvernementale et
étoffe son corpus sécuritaire, développant son idée que des «crispations identitaires» lézardent la
France. Au point de parler «d’apartheid territorial, social et ethnique».
Hollande espère ressouder le pays en
proposant la déchéance de nationalité pour les terroristes. Las, la gauche se fracture définitivement et
Valls en signe l’épi- Suite page 4
Un «électron libre»
de passage dans
la majorité LREM
Intégré au groupe des
marcheurs, Manuel Valls ne
leur laissera pas le souvenir
d’un député incontournable.
L
es adieux ne seront pas déchirants. Entre
eux et lui, persiste un respect prudent,
eu égard à ses états de service d’ex-Premier ministre, aussi marqués par ses rivalités
passées avec Emmanuel Macron. Que Manuel
Valls parte pour Barcelone n’émeut guère les
députés LREM, qui ne l’ont jamais vraiment vu
comme l’un des leurs.
«Leçon de morale». Après sa victoire à l’arrachée aux législatives de 2017, le rescapé de
l’Essonne a obtenu son intégration au groupe
majoritaire en tant que député apparenté, lors
d’un vote à main levée. Depuis, Valls a assisté
régulièrement aux réunions de groupe, n’hésitant pas à s’exprimer : pour soutenir Gérard
les députés LREM de lui trouver du courage
dans son entreprise catalane. «Il relève un défi
novateur. Je ne juge pas trop les aventures
parce que je sais qu’elles peuvent être victorieuses à la fin», salue Sacha Houlié, allusion au
pari tenté en son temps par Macron. Quant
aux quinze mois que Valls a passés au chaud
à l’Assemblée, «ce n’est peut-être pas très élégant mais c’est son sujet à lui, pas le nôtre»,
renvoie le député de la Vienne. En off, certains
se disent «pas fanas du procédé» : «Il a été cocooné chez nous, c’est maladroit et désagréable», dit l’un. Un autre déplore de le voir «courir plusieurs lièvres». Mais le même se montre
compréhensif sur le dilettantisme de Valls,
plaidant la difficulté pour un membre éminent du gouvernement de redevenir simple
député… Et de citer le cas de l’ancien ministre
Stéphane Le Foll, qui a quitté son siège de député PS pour la mairie du Mans. Sauf que la
ville briguée par Valls ne se situe pas exactement dans le périmètre de sa circonscription.
Dimanche, sur BFMTV, l’ancien président de
l’Assemblée François de Rugy s’est dépatouillé
en y voyant une «forme de citoyenneté européenne concrète».
L’opposition, elle, rappelle que le futur candidat qui poste, sur Twitter, une photo de ses
pieds sur les carreaux barcelonais n’a pas foulé
ceux du Palais-Bourbon depuis des semaines.
«On ne peut pas être élu de la République française et en même temps mener une campagne
à Barcelone», juge ainsi Valérie Rabault, patronne des députés PS. La France insoumise
(LFI), battue de peu aux législatives face à
Valls, demande qu’il lâche tous ses mandats,
y compris celui de conseiller municipal d’Evry,
et qu’une partielle ait lieu: «On lui met la pression pour une démission intégrale. Il a fait un
tour de piste à l’Assemblée, ce n’est déjà pas très
digne, il est grand temps que ça s’arrête», prévient le député Alexis Corbière.
Mais la majorité rechigne à embrayer sur ces
appels à la démission. On l’a connue plus
prompte à vanter de nouvelles pratiques et
l’idée que les politiques n’étaient pas là pour
servir leur carrière. La plupart des marcheurs
veut croire que Manuel Valls, qui a porté la loi
sur le non-cumul des mandats en 2013, abandonnera son siège de lui-même. L’un d’eux
confie aussi que, quitte à être gêné, son groupe
a déjà eu fort à faire dernièrement pour justifier la fracassante déclaration de candidature,
à Lyon pour 2020, de Gérard Collomb, le ministre ne s’étant pas gêné pour fixer lui-même le
terme de son bail place Beauvau. On ne peut
pas être partout.
LAURE EQUY
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4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 3
taphe: pour lui,
les gauches sont «irréconciables».
L’automne dernier, il mène deux batailles de front. A Barcelone, où le référendum tourne à la guerre civile,
c’est la lutte contre le sécessionnisme, une «folie» qui menacerait
«la construction européenne». En
France, c’est une croisade médiatique pour la laïcité qui le fait accuser
Mediapart de dérive communautariste. La suite le voit multiplier les
interventions de l’autre côté des Pyrénées: un livre contre l’indépendance, des cours dans une école de
commerce… Autant de galops d’essai. «Comme tous, il espère pouvoir
infléchir ce qui sera écrit sur lui à la
fin, mais lui plus que les autres voudrait qu’on puisse écrire qu’il était le
premier à avoir tenté quelque chose»,
décrypte le député PS David Habib.
«MONSIEUR 5 % UN JOUR»
Depuis son échec cuisant à la primaire face à Benoît Hamon et une
législative gagnée de 139 voix, «Manuel est inspiré par l’idée de refaire
sa vie. Cette candidature à Barcelone
serait une forme de plénitude», assure l’ex-ministre vallsiste Jean-Marie Le Guen pour qui «il aurait pu y
avoir un autre scénario si le Président avait fait le choix de s’appuyer
sur les quelques hommes d’Etat qu’il
restait sur l’échiquier». Pour incarner
le nouveau monde et faire la peau au
PS, Macron en a décidé autrement.
«Je n’ai pas fondé une maison d’hôtes», grince le futur président quand
Valls appelle à voter pour lui avant
le premier tour de la présidentielle,
provoquant un ultime schisme socialiste. «Son départ, c’est aussi le
symbole de la réduction du macronisme à ses seules bases, analyse un
proche. Quand tu n’aimes que toimême, tu te retrouves seul.»
Au début de l’été, il culminait à 5%
dans les sondages espagnols. «Monsieur 5% un jour, monsieur 5% toujours», raillait un ex-camarade, reprenant le score devenu le surnom
de Valls à la primaire de 2011. Depuis, tout le monde s’est renseigné:
entre le mode de scrutin à la proportionnelle à un tour et l’éparpillement
de la gauche locale, «c’est compliqué
mais ouvert, selon un proche. Il n’y
a pas chez Manuel de dimension masochiste excessive. Si ce n’était pas
jouable, il n’irait pas». Ses amis défendent le «combattant» et sa «cohérence». «Il ne part pas parce qu’il en
a marre de tisser des toiles d’araignée
à l’Assemblée mais parce que c’est le
sens de l’histoire et de l’Europe», assure l’un d’eux.
Au Palais-Bourbon pourtant, la présence du député de l’Essonne était
de plus en plus fantomatique ces
derniers mois (lire ci-contre). Mais
«ce qui domine chez nous c’est la
fierté d’un truc classe, loue Stéphane
Fouks. C’est un beau défi de vouloir
être utile. Il prend son risque». «Ne
pas s’endormir sur ses trois cacahuètes et faire tapis, c’est totalement lui»,
abonde Malek Boutih. En mai, l’ancien élu de l’Essonne a pris un café
avec Valls, l’encourageant à mettre
les voiles: «Les partis français sont
morts, tu ne vas pas croupir dans un
Ehpad politique.» Avant de lui rappeler que Barcelone, «c’est quand
même un aller sans retour». •
Libération Mardi 25 Septembre 2018
«Tu ferais quoi, toi, si tu avais le
choix entre Evry et Barcelone?»
Dans le fief du député de l’Essonne,
la population ne s’émeut pas à l’idée
de son prochain départ: d’après les
personnes rencontrées, il brillait
déjà par son absence.
O
n ne va pas se mentir: à Evry, la candidature
(probable) de Manuel Valls à Barcelone ne déchaîne pas les passions. Son «fief» regarde le
départ de son député de loin. Lundi matin, devant la
gare Evry-Courcouronnes, les âmes défilent à toute allure pour aller prendre leur train ou rejoindre leur lieu
de travail. Pas le temps de perdre une minute sur l’avenir de leur député. Des dizaines de «vents» et une poignée de petites déclarations. Un trentenaire blagueur:
«Vous êtes sérieux avec votre question?» Un quadra musclé: «Ce sujet intéresse seulement les journalistes.» Une
jeune femme avec un sac à dos: «J’ai déjà donné mon
avis à un journaliste la semaine dernière.»
On traverse la rue à la recherche de bavards. Postés devant la faculté, deux employés municipaux se marrent. Le premier : «Tu sais ici, Valls, c’est le député et
son copain Francis [Chouat, ndlr], c’est le maire. Et moi
je n’ai pas envie d’avoir des problèmes.» Le second: «Ça
fait longtemps que je ne l’ai pas vu à Evry et même lorsqu’il venait, il ne s’intéressait pas trop à nous, il allait
voir les vieux, ce sont eux qui votent…» Avant de reprendre le boulot, le premier nous interroge: «Et toi,
tu ferais quoi à sa place si on te laisse le choix entre Evry
et Barcelone ? Là-bas, il y a la plage, Messi, le soleil…»
Un peu plus loin, la gare d’Evry-Val-de-Seine. L’heure
de pointe est derrière nous et les voyageurs se montrent un peu plus loquaces. Sarah, une jeune femme
«vendeuse vers Opéra», fait les gros yeux. «Valls maire
de Barcelone, c’est possible?» dit-elle. On lui explique.
Elle conclut : «C’est trop bizarre, votre truc.» Hervé,
cadre dans une «boîte d’assurances», a voté pour l’ancien Premier ministre lors des législatives de 2017. Il
suit le dossier catalan de très près. «J’espère qu’il sera
candidat, c’est un truc bien, il le mérite et il a toujours
été sérieux dans son travail. Je sais que beaucoup lui
reprochent son absence mais Evry, c’est devenu un peu
trop petit pour lui», souffle-t-il calmement. En rejoignant le quai, Hervé prévient son député: il doit «démissionner pour ne pas rater sa sortie».
Christian, 51 ans, tire sur sa clope à l’entrée de la gare.
Il guette sa montre, un «copain» l’attend à Ris-Orangis
depuis une demi-heure. «Un problème de réveil», peste-t-il. Et lorsqu’on l’invite à nous livrer son sentiment
sur Manuel Valls, il rétorque avec un petit sourire :
«Vous voulez vraiment que je passe une journée de
merde!» Christian est un militant communiste «en retrait», «dégoûté» de la politique. Il se lance dans une
longue tirade: «Je n’ai jamais aimé ce type, il ne transpire pas la confiance. La preuve, en 2017, le gars qui a
planté la gauche revient à Evry, explique à tout le
monde qu’il faut voter pour lui et un an après il se
barre! Moi, ça me va bien, c’est même une bonne nouvelle mais j’imagine la tête de ses électeurs.»
En attendant la décision officielle de Manuel Valls,
l’opposition se prépare, notamment La France insoumise. La dernière élection législative, qui s’est terminée devant le Conseil constitutionnel, a laissé des traces, de la tension et un esprit de revanche. Farida
Amrani, son ex-adversaire (LFI), a lancé une pétition
afin d’exiger la démission du «député fantôme». Pour
le moment, elle a recueilli plus de 23000 signatures.
Son ancien suppléant, lui aussi LFI, Ulysse Rabaté, explique : «Manuel Valls n’a pas le choix, il doit démissionner. Notre candidature doit rassembler largement
pour porter une autre idée de la politique que celle de
Valls et Macron. Nous sommes prêts.» Le duo ne se
bande pas les yeux face à la plus grande des difficultés:
mobiliser les électeurs en cas de nouvelle élection (lire
page 3). «C’est vrai qu’avec Valls, c’est plus simple, il
clive mais on fera le travail nécessaire», souffle Rabaté.
Il peut commencer par Sarah, la jeune vendeuse croisée à la gare, qui s’étonnait: «En plus s’il démissionne
il faut voter une nouvelle fois ?»
RACHID LAÏRECHE
A pieds joints dans
la pétaudière catalane
Dirigeants politiques ou
associatifs emprisonnés
ou exilés, tensions entre
Madrid et Barcelone…
Un an après la tentative
de sécession de la région,
l’Espagne peine toujours
à régler la crise.
D
epuis un an, les rubans jaunes fleurissent à travers la
Catalogne, accrochés sur
les vêtements, dessinés sur des
pancartes ou noués dans l’espace
public, quand ils ne sont pas tagués
sur les murs. Ils symbolisent la solidarité avec les dirigeants détenus
(ou en fuite) après leur participation à la tentative de sécession de
la Catalogne, l’an dernier. En
France, on les a aperçus en nombre
sur la route du Tour de France, et le
maire LR de Perpignan en arbore
un dans ses sorties publiques.
L’omniprésence des llaços grocs
(rubans jaunes en catalan) a aussi
été le prétexte d’affrontements,
parfois avec échanges de coups,
entre poseurs et passants mécontents. A Madrid, des artistes les ont
portés sous le nez du roi et de la
reine d’Espagne, à l’Opéra. Le public a hué les trublions.
Au Parlement de Barcelone, l’assemblée législative de la région,
des rubans posés sur des sièges
vides rappellent que des élus sont
emprisonnés, pour certains depuis
onze mois. Fin octobre 2017, la
justice espagnole lançait des poursuites contre les responsables de la
proclamation unilatérale d’indépendance. Le président de la région, Carles Puigdemont (centre
droite), son vice-président, Oriol
Junqueras (gauche), et les ministres de leur gouvernement se
voyaient reprocher les délits de
sédition, rébellion (passibles de
30 ans de prison) et de malversa-
tions, pour avoir consacré des
fonds publics à promouvoir et
organiser le processus sécessionniste. Puigdemont et quatre ministres ont quitté l’Espagne pour ne
pas avoir à répondre aux questions
de la juge d’instruction Carmen Lamela, et se sont installés en Belgique. D’autres dirigeants, ministres
et deux responsables d’associations indépendantistes, ont été
emprisonnés près de Madrid. Début juillet, le juge du Tribunal suprême Pablo Llarena annonçait
qu’il n’avait plus besoin d’interroger les neuf inculpés et ordonnait
leur transfert dans des centres pénitentiaires catalans.
Geste de détente. Cette mesure
est intervenue peu après la prise de
fonctions de Pedro Sánchez, le chef
de gouvernement socialiste qui a
succédé au conservateur Mariano
Rajoy. Elle a été interprétée comme
un geste de détente, un signal en-
Manuel Valls à Evry le 11 juin 2017,
voyé au président catalan Jordi
Torra, indépendantiste comme son
prédécesseur déchu. Mais le dialogue entre Madrid et Barcelone est
suspendu aux décisions du Tribunal suprême, censé être indépendant du pouvoir politique. Le juge
Pablo Llarena n’a toujours pas fixé
de date pour le procès, même si
le déplacement des prisonniers
semble indiquer que l’instruction
touche à sa fin. La comparution des
inculpés, et leur possible condamnation, serait une caisse de résonance pour les indépendantistes,
un risque pour les élections municipales du 26 mai qui coïncideront
avec les européennes. Même si à
En Europe,
le maintien
en détention
de dirigeants
politiques et
associatifs suscite
l’incompréhension:
la proclamation
de l’indépendance
a été pacifique.
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
u 5
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se sont accentués : le port catalan s’est replié
sur lui-même et beaucoup d’entreprises ont déménagé leurs sièges sociaux. Manuel Valls peut
se prévaloir d’être un candidat européiste, favorable à davantage d’investissements, à promouvoir une ville technologique. Il est clair
qu’il lance des coups d’œil à la bourgeoisie barcelonaise, qui en a assez du conflit catalan, de
cette fracture sociale entre sécessionnistes et
unionistes. Une bourgeoisie qu’il saura sûrement séduire, notamment avec l’aide de la fortune et du carnet d’adresse de sa compagne,
aussi riche qu’influente.
Il a accumulé les échecs en France, ne risque-t-il pas d’être vu négativement ?
Bien sûr, beaucoup se rendent compte qu’on
a affaire à un homme politique un peu à la dérive dans son pays, qui tente de redorer son blason dans sa ville natale et, au passage, de relancer sa carrière politique. Mais, en même temps,
ce n’est pas quelque chose qui, pour l’essentiel
de l’électoral, importe réellement. Je dirais
même qu’il profite d’un phénomène, espagnol
et européen: l’absence de leadership. Il construit une candidature transversale, autour de
sa personne, sur le modèle d’Emmanuel Macron. Et, en Espagne, comme l’ont fait l’actuelle
maire de Barcelone, Ada Colau, ou bien la
maire de Madrid, l’ancienne juge Manuela Carmena, nettement classées à gauche mais indépendantes des structures des partis. Ce n’est
pas tout à fait l’homme ou la femme providentielle, mais ce sont des figures identifiables, définies, qui suscitent de l’adhésion. J’appelle
cela le leadership sans parti. Cela fonctionne.
Valls a là aussi une carte à jouer, d’autant qu’il
n’y a pas de bon candidat Ciudadanos [centredroit, ndlr] à Barcelone. Et puis il peut profiter
du «municipalisme», comme l’ont fait Colau
et Carmena, cette forme de réappropriation
collective et identitaire des villes.
Manuel Valls a donc de bons atouts dans
sa candidature barcelonaise ?
Il a des atouts, mais il est aussi confronté à un
échiquier local compliqué. Car, paradoxalement, sa candidature est en train de susciter,
en face, le renforcement de l’option souverainiste pro-indépendance. Avant tout, les gens
lors du second tour des législatives. Il sera finalement élu avec 139 voix d’avance. PHOTO LAURENT TROUDE
l’associent ici à ses positions contre la sécession. Or, l’indépendantiste Ernest Maragall,
une figure reconnue et populaire, frère d’un
Barcelone, la majorité des électeurs
ancien maire emblématique, pourrait fédérer
s’est jusqu’à présent prononcée
autour de lui toutes les forces anti-souverainiscontre la sécession. Un procès à
tes et faire aisément barrage à Valls. Et puis, il
l’automne 2019 arrangerait les afy a le facteur Ada Colau, une femme issue du
faires des non-indépendantistes.
Droit au logement qui a su s’imposer à Barcelone, qui n’est pas indépendantiste mais qui
Incompréhension. Garder les
défend mordicus la tenue d’un référendum,
détenus derrière les barreaux un an
comme d’ailleurs une grande majorité de Catade plus est tout aussi risqué. Dans
lans. Face à eux deux, Ada Colau et Ernest Males rangs du gouvernement sociaragall, un «étranger» comme Valls aura la parliste, plusieurs ministres (dont l’intie très difficile.
fluent Josep Borrell, chargé des
Voulez-vous dire que le parachutage de
Affaires étrangères) sont partisans
Manual Valls pourrait accroître les chande leur libération. En Europe, le
ces de victoire du camp indépendantiste?
maintien en détention de dirigne. Qu’un membre de l’Assemblée nationale C’est en tout cas une possibilité. Manuel Valls
Indépendant, ouvert à l’UE
geants politiques et associatifs
française annonce son débarquement dans des a parié fortement sur Ciudadanos, avec l’avanet aux cercles économiques…
suscite l’incompréhension : bien
barcelonaises, c’est pour le moins tage de compter sur l’appui d’un parti strucManuel Valls a une bonne carte municipales
qu’illégale du point de vue constiédifiant. Cela pose évidemment
turé, implanté. Mais c’est une forà jouer à Barcelone, selon
tutionnel, la proclamation de
des problèmes de compatibilité.
mation très identifiée à droite et
le professeur en sciences
l’indépendance a été pacifique.
Mais, globalement, cela me paraît
du côté unioniste. Il aurait par
politiques Fernando Vallespín.
Amnesty International avait déstimulant et c’est une bonne faexemple pu s’appuyer davantage
noncé l’emprisonnement des
çon de montrer que l’Europe cossur le parti socialiste, plus mo«deux Jordi», les responsables d’asepuis que l’annonce de sa candidature mopolite est une réalité politique.
déré. Ce qui est certain, c’est que
sociations séparatistes, comme
barcelonaise est un secret de polichi- Nous avons déjà un Pakistanais à
la bataille de Barcelone sera maune atteinte à leur liberté d’expresnelle, Manuel Valls suscite de nom- la tête de Londres. Je verrais d’un
thématiquement et symboliquesion.
breuses interrogations. Son arrivée en Catalo- bon œil un Turc maire de Berlin,
ment importante. Si Valls l’emUne rébellion sans violence est-elle
gne est un mini-séisme politique qui amène ou, comme effet miroir à Valls, un
alors ce sera un camouflet
INTERVIEW porte,
encore une rébellion? Non, a dit la
à s’interroger sur ses capacités à dépoussiérer Espagnol d’origine française qui
important infligé aux forces soujustice allemande, saisie en mars
l’échiquier local, analyse Fernando Vallespín, prenne les rênes de Lyon.
verainistes. S’il perd, en revanche,
d’un mandat d’arrêt européen conprofesseur de sciences politiques à l’Université Valls semble jouer la carte du leader ouvert l’indépendantisme reprendra du poil de la
tre Puigdemont. De crainte que la
autonome de Madrid.
aux cercles économiques, soucieux de bête. Quant à l’intéressé, il aura subi un nouvel
justice belge ne statue dans le
Le parachutage de Manuel Valls à Barce- faire de Barcelone une ville dynamique… échec cuisant et on le voit mal ensuite ronger
même sens, Madrid a retiré ses delone est-il un événement atypique ?
Il a là une belle carte à jouer. On est loin de la son frein dans l’opposition municipale.
mandes d’extradition des fuyards.
Je dirais même que c’est inédit. Jusqu’à pré- Barcelone olympique et ville ouverte des anRecueilli par FRANÇOIS MUSSEAU
FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
sent, rien de ce genre ne s’était produit en Espa- nées 90. Avec le défi sécessionniste, les aspects
Correspondant à Madrid
«
D
DR
«Cela montre que
l’Europe cosmopolite
est une réalité»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
Une opération de sauvetage menée par l’Aquarius dans les eaux internationales au large de la Libye, le 23 septembre. PHOTO MAUD VEITH. SOS MÉDITERRANÉE
En route vers Marseille,
l’«Aquarius» face
aux vents mauvais
Le Panama a décidé de retirer son pavillon au navire de secours
en mer. Déjà en difficulté avec les autorités libyennes,
SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui afrètent le bateau,
dénoncent des pressions du gouvernement italien.
Par
KIM HULLOT-GUIOT
C
omment, ou pendant combien de temps, l’Aquarius
va-t-il pouvoir continuer ses
opérations de sauvetage? Le navire
humanitaire, qui a permis
à 30 000 personnes d’atteindre
l’Europe en vie ces deux dernières
années, fait face à un nouveau coup
dur: le Panama a décidé de lui retirer son pavillon. C’est la deuxième
fois que cela arrive, après que Gibraltar a annulé l’immatriculation
du bateau en août.
«CIMETIÈRE
MARIN»
Lundi, lors d’une conférence de
presse, SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), les deux
associations qui afrètent le navire,
ont demandé aux autorités
panaméennes de revenir sur leur
décision. Sans quoi l’Aquarius devra rester à quai dès qu’il accostera,
alors même que la Méditerranée est
devenue la route migratoire la plus
mortelle. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), au moins
1700 personnes y ont péri depuis le
début de l’année. On considère que
plus d’un candidat au départ sur
vingt a perdu la vie en mer, soit
deux fois plus qu’en 2017.
D’après le Panama, les autorités ita-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 25 Septembre 2018
u 7
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La carte des traversées
de la Méditerranée redessinée
Les arrivées de migrants
sont en baisse et la route
Maroc-Espagne est à nouveau
privilégiée. Les dirigeants
européens comptent sur
les Etats du Maghreb pour
exercer un contrôle en amont.
C’
est un paradoxe de la politique
européenne: la question migratoire
électrise les débats entre les VingtHuit – elle a été au cœur des discussions du
sommet informel de Salzbourg, mercredi et
jeudi, et sera l’un des thèmes majeurs de la
campagne électorale européenne de 2019 –
alors que le nombre de personnes ayant traversé illégalement la mer Méditerranée est
revenu à son niveau d’avant la crise de
l’été 2015. Les arrivées avaient atteint un pic
cette année-là, avec plus d’un million de migrants débarquant en Europe, en grande majorité des réfugiés syriens fuyant la guerre. Ce
chiffre est tombé à 390 000 en 2016, puis
186 000 en 2017.
Depuis janvier, moins de 100000 personnes
sont entrées clandestinement dans l’espace
Schengen, dont 78000 en bateau –or la plupart des traversées sont tentées pendant la
période estivale où la mer est réputée plus clémente. Au total, en cinq ans, 2 millions de migrants ont rejoint clandestinement l’Europe
(soit 0,27% de la population du continent) et
plus de 13 000 sont morts en essayant.
liennes se sont plaintes du fait que
«le capitaine du navire a[vait] refusé
de renvoyer des migrants et des réfugiés pris en charge vers leur lieu
d’origine».
De son côté, SOS Méditerranée a dénoncé «la pression économique et
politique flagrante exercée par le
gouvernement italien [qui] condamne des centaines d’hommes, de
femmes et d’enfants en fuite à rejoindre le cimetière marin qu’est
devenue la Méditerranée». Dimanche, le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, avait réfuté
toute «pression».
Le même jour, une opération de
sauvetage de 47 personnes a donné
lieu à un accrochage avec les gardes-côtes libyens. «Après avoir repéré une embarcation, l’Aquarius a
tenté de contacter les autorités libyennes pendant une heure, sans
réponse, explique à Libération Has-
La carte des flux méditerranéens a été redessinée. La route Turquie-Grèce était empruntée par 85 % des migrants en 2015. C’est au
cours de ce voyage qu’Alan Kurdi, 3 ans, avait
fait naufrage : la photographie du corps de
l’enfant gisant, face contre terre, sur le rivage
d’une plage turque avait eu un retentissement
mondial, symbole de l’incapacité de l’Union
européenne à organiser une politique commune d’accueil des demandeurs d’asile.
L’an dernier, c’est la route dite de la «Méditerranée centrale» (Libye-Italie) qui concentrait
les deux tiers des arrivées. Mais les atrocités
commises par les trafiquants libyens, la dangerosité du périple maritime sur des canots
pneumatiques inadaptés à la haute mer, et
les interceptions des gardes-côtes (formés et
équipés par l’UE) ont contribué à tarir les passages. Ce lundi encore, les autorités libyennes ont annoncé avoir «secouru» dans la
nuit 235 migrants. Depuis janvier 2017,
31000 personnes ont été rapatriées dans leur
pays d’origine depuis la Libye par l’Organisation internationale des migrations.
EXPULSIONS MASSIVES
En 2018, la première porte d’entrée en Europe
est l’Espagne (via le Maroc), avec 40% des entrées illégales sur le continent. «On revient
aux circuits d’il y a dix ans, note Catherine
Teule, de l’ONG Euromed Droits. Mais avec
le renforcement des contrôles, les passages
sont de plus en plus risqués, donc de plus en
plus coûteux.» Sur cette route, les Guinéens
sont majoritaires, suivis par les Marocains
siba Hadj-Sahraoui, chargée des
opérations humanitaires de MSF.
Dans ces conditions, on a entamé
l’opération de stabilisation. Là, on
a découvert énormément d’enfants
et de femmes mal en point, en train
de vomir, donc on a commencé à en
prendre sur notre canot. C’est à ce
moment que les gardes-côtes libyens
nous ont dit d’arrêter.»
PATIENTER
EN MER
La suite, racontée par le Monde, est
chargée de tension. L es
gardes-côtes libyens finissent par
laisser l’Aquarius récupérer les passagers de l’esquif et menacent :
«Vous connaissez Tripoli ? Vous voulez venir faire une petite visite à Tripoli ? […] Vous allez avoir des gros
problèmes.»
SOS Méditerranée et Médecins sans
frontières ont toujours prévenu
eux-mêmes, puis les Maliens. Comme d’habitude, les réseaux de passeurs, incontournables, se sont adaptés. Les tarifs en vigueur, selon la police espagnole, sont de 200 à
700 euros pour traverser le détroit de Gibraltar dans une embarcation de fortune,
5 000 euros pour un scooter des mers… et
18 euros pour escalader les barrières hérissées
de barbelés qui séparent le territoire du Maroc des enclaves de Ceuta et Melilla.
«SANS VIVRES NI EAU»
«Le fait qu’il y ait davantage de passages ne
veut pas forcément dire qu’il y a plus de demandes, nuance Katharina Natter, doctorante à l’université d’Amsterdam, spécialiste
des questions migratoires au Maghreb. Le
Maroc peut aussi avoir intérêt à laisser passer
des migrants. Dans le passé, il a souvent utilisé ces passages comme un message politique
à destination de l’Europe, en faisant un
moyen de pression, voire de chantage.» Rabat
affirme avoir stoppé 54000 tentatives de passage depuis le début de l’année et démantelé
«74 réseaux criminels de traite d’êtres humains». Amnesty International a récemment
dénoncé des «raids majeurs dans des quartiers de plusieurs villes marocaines où vivent
des migrants». Selon l’ONG, cet été,
5000 personnes ont été «entassées dans des
bus et abandonnées près de la frontière algérienne ou dans le sud du pays».
Plusieurs cas d’expulsions massives par les
autorités algériennes ont également été signalés ces derniers mois. Human Rights
«La pression
économique
et politique
exercée par
le gouvernement
italien condamne
des centaines
d’hommes,
de femmes
et d’enfants en fuite
à rejoindre
le cimetière
qu’est devenue
la Méditerranée.»
SOS Méditerranée
«PAYS DE TRANSIT»
Le dossier migratoire est devenu un sujet de
discussion brûlant entre l’UE et les Etats du
Maghreb, zone tampon entre l’Europe et
l’Afrique subsaharienne. Les capitales européennes, incapables de s’entendre sur une
politique migratoire harmonisée, se font de
plus en plus insistantes pour pousser les pays
de la rive sud de la Méditerranée à faire le
«sale boulot» à leur place. «Depuis des années,
l’Europe tente de faire signer un accord aux
pays de transit pour stopper les migrants, en
échange d’un appui financier et d’une libéralisation des visas», rappelle Catherine Teule.
Un pacte similaire à celui conclu avec la Turquie en 2016. «Le Maroc et la Tunisie ne bougeront pas tant qu’ils ne verront rien sur les
visas. Or l’Europe est incapable d’aller très
loin sur cette question, explique Katharina
Natter. Quant aux plateformes de débarquement que certains pays d’Europe rêvent d’installer au Maghreb, ça ne se fera jamais. C’est
une question de souveraineté: le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont, pour une fois, tous d’accord sur ce sujet.»
CÉLIAN MACÉ
qu’elles suivraient les ordres du
centre de coordination des secours,
mais qu’elles ne remettraient aux
Libyens aucun migrant déjà pris en
charge. Or depuis juin, les secours
sont coordonnés par Tripoli et non
plus par Rome.
«Le blocage des migrants a lieu à
travers trois techniques, relève Hassiba Hadj-Sahraoui. D’abord, les
ONG sont stoppées : cela bloque les
opérations de sauvetage, mais évite
aussi d’avoir des témoins. Ensuite,
les gardes-côtes libyens ont été
formés à empêcher les départs. Enfin, une zone de secours libyenne a
été créée. Il y a d’ailleurs une confusion. Les Libyens nous disent: “Sortez de nos eaux”, mais ce sont des
eaux internationales !»
Depuis quelques mois, le bateau
fait face à une pression croissante.
L’Italie, sous l’égide de Matteo Salvini, a d’abord décidé de lui fermer
«Je veux dire à la newsletter Chez Pol
que je l’aime. Je la protégerai, je la défendrai.»
FRANÇOIS F., 64 ANS, SABLÉ-SUR-SARTHE
Watch avait averti sur les «conditions inhumaines» dans lesquelles se déroulent ces opérations : des centaines d’immigrés ont été
transportés à la frontière du Mali ou du Niger,
et contraints de marcher des dizaines de kilomètres dans le désert «sans vivres ni eau», selon les témoignages recueillis par l’organisation. Alger a officiellement démenti.
ses ports, où il désembarquait jusqu’alors. A plusieurs reprises,
l’Aquarius a donc dû patienter en
mer, avec l’équipage et toutes les
personnes secourues, qu’un pays
européen l’autorise à accoster.
PASSAGERS
DISPATCHÉS
L’Espagne, puis Malte, avaient
sauvé l’honneur en accueillant les
passagers, dispatchés ensuite dans
plusieurs pays européens, dont la
France. Outre la question du pavillon, l’Aquarius doit aussi trouver
une solution pour débarquer les
58 passagers, dont 37 Libyens, qu’il
héberge maintenant à bord. Ce
lundi, les ONG ont demandé aux
autorités françaises de permettre
le débarquement à Marseille, son
port d’attache depuis juin, vers lequel le navire fait route à présent. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
ÉTATS-UNIS-CHINE
«
Pour l’économiste Sébastien Jean,
les nouvelles taxes américaines
sur les importations chinoises
marquent un pallier dans l’escalade
entre Washington et Pékin et
pourraient, par effet de ricochet,
affecter des pays tiers et les marchés
boursiers.
Par
VITTORIO DE FILIPPIS
L
e conflit commercial entre les EtatsUnis et la Chine s’est aggravé lundi avec
l’entrée en vigueur de nouvelles taxes
douanières sur 260 milliards de dollars de
biens chinois et américains. Les Etats-Unis
ont «lancé une série de fausses accusations et
utilisé les hausses de droits de douane et
d’autres mesures d’intimidation économique
pour imposer leurs propres intérêts à la Chine
au travers de pressions extrêmes», s’est insurgé Pékin lundi. Washington s’est tourné
vers «l’unilatéralisme, le protectionnisme et
l’hégémonisme économique» depuis l’arrivée
au pouvoir de l’administration Trump et son
slogan «l’Amérique d’abord», a accusé le gouvernement chinois. Directeur du Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations
internationales), Sébastien Jean estime que
le conflit commercial entre les deux superpuissances est désormais une réalité dont les
impacts seront multiples au niveau mondial.
Donald Trump a-t-il déclenché une
guerre commerciale comme l’affirment
de plus en plus d’observateurs ?
Guerre commerciale est un terme très imagé
Des voitures importées d’Asie, dans le port de Los Angeles (Californie), la semaine
et mal défini. Mais il est clair que nous som- jamais spécifié de façon cohérente quelles
mes passés à un conflit commercial de pre- sont les concessions qu’il recherche et qu’il
mière ampleur. La dernière décision de considérerait comme suffisantes. Son obsesTrump, celle du 17 septembre, intervient sion, c’est la baisse du déficit commercial visaprès plusieurs autres mesures protectionnis- à-vis de la Chine. Mais ce déficit a une racine
tes. La première, en mars, a concerné une cin- macroéconomique : les Etats-Unis n’éparquantaine de milliards de dollars d’importa- gnent pas assez et consomment au-dessus de
tion dans l’acier et l’aluminium tous leurs moyens. Trump prétend rapatrier, grâce
exportateurs confondus, puis
à ces mesures, une part de proune autre cinquantaine de milduction industrielle aux Etatsliards d’importations en proveUnis. Et de fait, les mesures dans
nance de Chine au cours de l’été,
la sidérurgie et l’aluminium ont
soit une centaine de milliards de
provoqué une reprise d’investisdollars en tout. On pouvait alors
sement dans ce secteur. Mais, en
relativiser en considérant que ce
l’occurrence, les pertes dans
n’était finalement qu’un demid’autres secteurs risquent d’être
point de PIB des Etats-Unis.
beaucoup plus importantes que
Mais aujourd’hui, nous sommes
les gains escomptés. Plus fondaINTERVIEW mentalement, l’objectif améripassés à un ensemble d’importations surtaxées qui représente
cain est de résister à la concur300 milliards de dollars, soit 13% des importa- rence stratégique que représente désormais
tions américaines et environ 1,5% du PIB, c’est la Chine, et le fait que son économie est étroiconsidérable. La moitié des importations tement coordonnée par l’Etat et le Parti. La
américaines en provenance de Chine sont conséquence est qu’elle subventionne massisurtaxées. En guise de rétorsion, la Chine vement ces entreprises dans les secteurs priovient d’annoncer qu’elle taxerait 60 milliards ritaires, même si c’est de façon diffuse et soude dollars de produits américains, en plus des vent indirecte.
50 milliards déjà taxés cet été en réponse aux Quel sera l’impact de cette surtaxation
premières mesures américaines. Cela repré- pour l’économie américaine ?
sente plus des deux tiers des importations Il n’existe pas encore de données sur l’impact
chinoises en provenance des Etats-Unis.
de ces mesures. Mais cela aura un effet sur le
Mais quels sont les objectifs de Trump? pouvoir d’achat des ménages américains. En
C’est bien la question. Ce qui est ahurissant clair, les produits made in China de grande
dans ce conflit, c’est que Donald Trump n’a consommation vont coûter plus cher aux
CEPII
«Nous sommes
dans un conflit
commercial
de première
ampleur»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 25 Septembre 2018
dernière. PHOTO MARIO TAMA. GETTY IMAGES. AFP
Américains. Ce qui pourrait, in fine, avoir un
impact sur l’inflation américaine. Cette taxe
supplémentaire ne va pas être payée par les
Chinois, mais bien par les ménages américains. Ce n’est pas parce qu’on instaure des
surtaxes sur les importations que celles-ci
s’arrêtent du jour au lendemain. Sur les
200 milliards de surtaxes annoncées par l’administration Trump, 50 milliards concernent
des produits de grande consommation. Il y
aura aussi des retombées sur les coûts de production des entreprises américaines qui utilisent des pièces et composants chinois. Enfin,
les représailles chinoises vont faire perdre des
débouchés aux entreprises américaines. Tout
ceci va créer de l’incertitude qui pourrait se
traduire par un gel des investissements… Les
cours boursiers peuvent aussi en pâtir, et cet
impact est celui qui risque de se matérialiser
le plus immédiatement.
Et quelles conséquences pour les Chinois?
La Chine va de fait taxer une moins grande valeur d’importations, d’autant qu’elle n’est en
conflit commercial qu’avec les Etats-Unis,
alors que l’administration Trump a décidé, ou
menacé, de surtaxer d’autres partenaires.
Pour la Chine, c’est la perte de débouchés qui
représente la principale menace. Il n’est pas
exclu que cette perte engendre des surcapacités de production et des baisses de prix. Augmenter des droits de douane semble engendrer des réactions purement mécaniques sur
le plan des effets économiques… Là où la
Chine perd des débouchés, d’autres fournisseurs peuvent tenter d’y gagner des parts de
marché. Mais s’il s’agit de ventes importantes,
alors pour répondre à cette nouvelle demande
il faut que les fournisseurs alternatifs investissent. Or, tout le monde manque de visibilité, personne ne peut dire combien de temps
va durer ce conflit… Ce contexte refroidit les
projets d’investissement de pays tiers qui
voudraient prendre la place de la Chine.
Diriez-vous que l’incertitude est l’effet
central de ce conflit ?
C’est le plus évident et le plus immédiat car
il est impossible de savoir aujourd’hui si ce
conflit durera ni quelles seront les suites.
C’est un choc mais sa durée, et même son ampleur, sont inconnues.
Ce choc peut-il gripper le commerce
mondial ?
Les répercussions directes affectent en premier lieu la Chine et les Etats-Unis. Le commerce de marchandises entre ces deux puissances représentait moins de 650 milliards de
dollars en 2017, soit à peine 3,6 % du commerce mondial. Mais le commerce mondial
est une sorte de toile de relations interdépendantes. Une grande partie de ce que la Chine
exporte vers les Etats-Unis utilise des pièces
et composants qui ont été fabriqués dans
d’autres pays, asiatiques le plus souvent. Dans
l’usine Asie, la Chine joue le rôle de plateforme d’exportation. Les effets indirects sur
le Japon, la Corée, la Malaisie ou encore la
Thaïlande pourraient donc être significatifs.
En outre, si ce conflit commercial prive de débouchés certaines industries chinoises, cela
déprimera leurs prix. La crise risque alors de
se propager parce que les pays tiers et partenaires de la Chine ne voudront pas être la variable d’ajustement de la production chinoise.
Assiste-t-on déjà à cette
contagion ?
On l’a vu avec les mesures
prises par les Etats-Unis
sur l’acier et l’aluminium
et la décision de l’Union
européenne de mettre en
œuvre des mesures provisoires de sauvegarde pour
se protéger des effets indirects. L’Europe cherche
ainsi à éviter que des exportations de pays tiers,
ne trouvant pas preneur
aux Etats-Unis, ne viennent inonder son marché.
C’est une façon de prendre
acte de cette contagion,
avec d’ailleurs le risque de
l’entretenir.
Cette détérioration à
craindre du commerce mondial peut-elle
provoquer, par contagion, un effet négatif
sur les places financières ?
Effectivement, on peut craindre que les marchés boursiers passent d’une vision plutôt positive à une autre négative. Dans cette hypothèse, si l’inversion devait être de grande
ampleur alors le choc financier ne manquerait
pas d’avoir une incidence sur l’économie mondiale. D’autant plus que les niveaux de valorisation des actions aux Etats-Unis sont anormalement élevés. Elles sont donc vulnérables
aux mauvaises nouvelles. Actuellement, les
conflits commerciaux sont l’un des principaux
déterminants des valorisations boursières.
Ces surtaxes décidées par Trump, peuvent-elles accélérer une remontée des
taux d’intérêt de la banque centrale des
Etats-Unis ?
Ce conflit commercial intervient au moment
où la conduite de la politique monétaire de la
Fed [Réserve fédérale, ndlr] est particulièrement difficile. L’incertitude est grande sur les
déterminants structurels de l’économie américaine, et donc sur la bonne conduite de la
politique monétaire. Or, ces taxes pourraient
accélérer l’inflation. Si cela amenait la Fed à
accélérer le relèvement de ses taux d’intérêt,
ce ne serait pas sans conséquences sur les
marchés financiers. C’est un sujet très sensible étant donné le niveau élevé de l’endettement. En particulier, les entreprises de certains pays émergents sont exposées par leur
haut niveau d’endettement en dollars.
Hormis la surtaxation de produits américains, quelles autres mesures de rétorsion la Chine pourrait-elle adopter ?
La Chine ne pourra pas répondre proportionnellement à ce que va mettre en place Donald
Trump. Et c’est pour cette raison que ce dernier se sent en situation de force. Mais la
Chine sera peut-être plus résistante à ces
dommages, à la fois parce que les ajustements
sont plus faciles avec une croissance annuelle
de 6,5%, et parce que son régime non démocratique rend le pouvoir moins sensible à la
mauvaise humeur de son opinion publique.
Par ailleurs, la Chine met en œuvre une relance fiscale et monétaire,
pour limiter l’impact négatif de la crise commerciale. D’autres leviers de
réponse économique existent, par exemple la taxation des exportations de
terres rares ou des pressions sur les entreprises
américaines installées en
Chine, mais la politique
peut fournir des moyens
de pression plus efficaces,
par exemple au travers du
dossier nord-coréen.
Quant à utiliser l’arme de
la dépréciation ou de la
vente de bons du Trésor
américain, je n’y crois
guère, dans l’immédiat en
tout cas, cela présente trop
d’inconvénients pour la Chine.
Ceci étant, on oublie souvent que les
Etats-Unis restent très peu ouverts… Et
donc moins sensibles que d’autres pays
aux aléas des échanges mondiaux.
C’est vrai, d’ailleurs seuls le Brésil et l’Argentine ont un taux d’ouverture inférieur à celui
des Etats-Unis. Mais là n’est pas vraiment la
question. Je crois que les Etats-Unis craignent
surtout de se faire dépasser par la Chine dans
des secteurs de pointe. Ils cherchent à réagir
à cette menace tant qu’il est encore temps.
C’est une préoccupation aussi géopolitique
qu’économique, ce qui passe par la nécessité,
pour Washington, de rétablir une concurrence
équitable en obtenant de la Chine qu’elle limite ses subventions à son industrie. •
«La Chine ne pourra
pas répondre
de manière
proportionnelle
à ce que va mettre
en place
Donald Trump.
Et c’est pour cette
raison que ce
dernier se sent en
situation de force.»
«Voyez la vie du bon côté : grâce aux soucis
de Vélib’, vous pouvez lire ‘Chez Pol’ durant vos trajets
en métro #astuce.»
ANNE H., 59 ANS, PARIS
u 9
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10 u
MONDE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
LIBÉ.FR
Nouvelles accusations contre
le juge américain Kavanaugh
Une deuxième femme a accusé d’inconduite
sexuelle, au début des années 80, le juge Kavanaugh, candidat
de Donald Trump à la Cour suprême américaine, a annoncé
The New Yorker dimanche. Deborah Ramirez, 53 ans, a déclaré
que Brett Kavanaugh, lors d’une soirée arrosée à l’université Yale,
a sorti son sexe devant elle, la contraignant à le toucher alors
qu’elle le repoussait. Il a vigoureusement démenti. PHOTO REUTERS
Pour Narendra Modi et François Hollande,
les ennuis volent en Rafale
Les déclarations
de l’ancien
président français
mettent à mal la
version défendue
par le Premier
ministre indien
concernant
le contrat d’achat
de 36 chasseurs
Dassault par
New Delhi en 2015.
Par
SÉBASTIEN FARCIS
Correspondant à New Delhi
«N
arendra Modi est
un voleur et il a
déshonoré le
sang de nos soldats.» Vendredi, Rahul Gandhi, le président du Parti du Congrès (opposition de centre gauche),
n’a pas eu de termes assez
forts pour accuser le gouvernement indien de corruption
dans un contrat d’achat de
36 avions de chasse Rafale à
la France. Le même jour,
François Hollande affirmait
à Mediapart que le gouvernement français «n’a pas eu le
choix» pour les prestataires
de services indiens retenus
comme partenaire local de
Dassault. «C’est le gouvernement indien qui a proposé ce
groupe de services», assure
l’ex-président. Une déclaration qui met à mal l’une des
principales lignes de défense du gouvernement de
Narendra Modi et l’expose
aux tirs de l’opposition qui
l’accuse de favoritisme dans
ce contrat.
L’histoire remonte à
avril 2015. Narendra Modi, le
Premier ministre indien
fraîchement élu, est en visite
d’Etat à Paris. Il annonce à la
surprise générale qu’il achète
ces 36 chasseurs «sur étagères», c’est-à-dire fabriqués en
France, et renonce à un contrat signé par le gouvernement précédent –tenu par le
parti du Congrès– qui porte
sur 126 avions essentiellement fabriqués en Inde. Avec
ce nouveau marché, les fabri-
Narendra Modi et François Hollande au défilé aérien de l’Indian Air Force, à New Delhi le 26 janvier 2016. PHOTO ADNAN ABIDI. REUTERS
cants du chasseur, comme télécommunications et a créé
Dassault ou Safran, s’enga- cette filiale douze jours avant
gent à investir la moitié de la la signature.
somme payée par New Delhi Jusqu’à présent, les gouver– soit environ 4 milliards nements indiens et français
d’euros– dans le
affirmaient que
tissu industriel
L'HISTOIRE c’était le groupe
indien. Des clauDassault, et uniDU JOUR
ses de «compenquement lui, qui
sation» destinées à contribuer avait choisi Reliance plutôt
au transfert de technologies. qu’un groupe public comme
Et c’est là que les premiers partenaire pour ces investissoupçons émergent.
sements. Mais les propos récents de François Hollande
Intérêts. Dassault signe suggèrent au contraire que le
alors un contrat de partena- gouvernement indien leur a
riat avec la société Reliance forcé la main.
Defence, qui est détenue par Si l’ancien président s’exAnil Ambani, un homme prime aujourd’hui, c’est
d’affaires proche du Premier parce qu’il est également acministre Modi ayant financé cusé de conflits d’intérêts
une partie de sa campagne. dans cette affaire: sa compaSurtout, Anil Ambani n’a gne Julie Gayet a coproduit
aucune expérience dans l’in- un film, intitulé Tout là-haut,
dustrie aéronautique. Le qui a reçu un important figroupe Reliance, très en- nancement de ce même
detté, est spécialisé dans les groupe Reliance à l’époque
de la signature du contrat.
Hollande cherche ainsi à se
blanchir en assurant qu’il
n’avait pas alors la possibilité
de favoriser cette société.
Pots-de-vin. En Inde, le
scandale est devenu national : alors que le pays est à
environ sept mois des élections législatives, de nombreux autres partis, y compris celui du Congrès,
demandent la formation
d’une commission parlementaire pour examiner les
détails de ce contrat. Le gouvernement a simplement rétorqué que la Cour des
comptes se prononcera prochainement sur le tarif
d’achat des avions et pourra
le comparer avec l’offre faite
par l’exécutif précédent.
De son côté, la ministre indienne de la Défense assure
n’avoir favorisé personne et
le groupe Dassault maintient
que c’est lui qui a choisi Reliance comme partenaire.
Bharat Karnad, spécialiste de
défense au Centre for Policy
Research, à New Delhi, et ancien conseiller du gouvernement pour les acquisitions
militaires, estime que le favoritisme aurait pu être plus
subtil. «N’est-il pas possible
que le Premier ministre, après
avoir annoncé l’achat, mentionne de manière informelle
à M. Hollande, lors de leur
rencontre bilatérale, qu’il serait bien qu’il considère
Reliance Defence comme possible partenaire pour Dassault?, interroge-t-il dans un
article. Cette simple suggestion pourrait être suffisante
pour que Hollande affirme
qu’ils n’avaient pas le choix.
Car, pour l’ex-président, Narendra Modi est le gouvernement indien.» Cette polémi-
que marque d’autant plus les
esprits indiens qu’elle rappelle un énorme scandale de
corruption dévoilé après
l’achat de canons au gouvernement suédois, à la fin
des années 80 : 8,9 millions
de dollars de pots-de-vin
auraient été versés. Une affaire qui avait valu au gouvernement de l’époque, tenu par
le père de Rahul Gandhi, de
perdre les élections.
Dans tous les cas, «le contrat
est maintenu et les chasseurs
sont en route pour l’Inde»,
soutenait dimanche le ministre des Finances, Arun Jaitley. Mais à Paris, on s’inquiète
d’une possible détérioration
des relations entre les
deux pays, au moment où
Dassault s’est porté candidat
pour la vente d’autres Rafale
à l’Inde, qui est depuis
dix ans le premier importateur d’armes au monde. •
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
u 11
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LIBÉ.FR
L’accusateur d’Asia Argento donne
sa version à la télé italienne
L’acteur américain Jimmy Bennett, qui accuse Asia Argento de l’avoir agressé sexuellement en 2013, a confirmé dimanche soir, en direct, sur le plateau de la chaîne italienne La 7, avoir subi un «rapport sexuel complet» non voulu, qui
a changé sa vie. Le jeune homme et son avocat ont confirmé avoir
demandé de l’argent, 3,5 millions de dollars, à l’actrice italienne,
de 20 ans plus âgée que son accusateur. CAPTURE D’ÉCRAN LA 7
Maldives Victoire surprise du candidat
de l’opposition à la présidentielle
Le leader de l’opposition, Ibrahim Mohamed Solih, a remporté
dimanche l’élection présidentielle aux Maldives, après une
campagne controversée que des observateurs avaient qualifiée de truquée en faveur de l’homme fort de l’archipel, le président sortant Abdulla Yameen. «Les citoyens des Maldives ont
décidé de ce qu’ils souhaitent. J’ai accepté les résultats», a déclaré Yameen, qui a mené une féroce répression de toute dissidence et muselé la société civile depuis son arrivée au pouvoir
en 2013. «J’assurerai une transition en douceur», a ajouté le
président maldivien, qui quittera son poste le 17 novembre.
L’autoritarisme dont a usé Abdulla Yameen durant ses
cinq ans de pouvoir faisait craindre à l’opposition et à la communauté internationale un rejet des résultats par cet habitué
des coups de force.
Hongkong Un parti indépendantiste
interdit, une première depuis vingt ans
Hongkong a interdit lundi le Parti national, qui milite pour
l’indépendance de l’ex-colonie britannique, une première depuis le retour en 1997 du territoire dans le giron de Pékin. Aux
termes de la déclaration sino-britannique qui avait présidé
à cette rétrocession, la région autonome du Sud de la Chine
jouit de libertés inconnues dans le reste du pays. Mais nombreux sont ceux qui se disent convaincus que Pékin est en
train de durcir sa mainmise. Avec seulement une dizaine de
membres actifs, le Parti national est une formation très modeste en taille, mais qui a su se faire entendre en raison notamment de la radicalité de son discours.
3,5
C’est, en milliards de
dollars (29,7 milliards
d’euros), le montant acquitté aux Etats-Unis par
le groupe SiriusXM, leader de la radio par abonnement, pour racheter Pandora, l’un des premiers
services de streaming musical. Si les émissions de Syrius sont très prisées des
automobilistes, l’objectif est
d’entrer dans les domiciles.
Mélenchon va voir Corbyn
à Liverpool et pratique son espagnol
Dans la ville des Beatles, sur
les docks réhabilités du
grand port anglais de Liverpool, deux hommes conversent. En espagnol, évidemment. Ils évoquent les
idéaux qui ne les ont jamais
quittés et dont ils ont parfois
trouvé l’inspiration en Amérique latine, il y a plusieurs
décennies. Les parallèles
sont nombreux entre Jeremy
Corbyn, dirigeant du Labour, et Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La
France insoumise. La pratique courante de l’espagnol
n’était pas forcément le premier point commun auquel
on aurait pensé. Et pourtant,
«c’était mieux en espagnol,
parce que mon anglais… J’ai
fait la bêtise de boycotter
cette langue pendant
dix ans. A l’époque, en Amérique latine, on ne parlait
pas la langue des gringos»,
Au congrès du Labour, lundi. PHOTO PAUL ELLIS. AFP
raconte Mélenchon. Il est
venu saluer Corbyn sur ses
terres lors de la grand-messe
annuelle du congrès du Labour. Les deux sexagénaires,
67 ans pour le premier, 69
pour le second, ont échangé
durant quarante-cinq minutes lundi. «On s’est déjà vu au
moins deux fois, mais il y a
très longtemps. Il faut dire
Face aux famines, les Gafa
dégainent leurs datas
Prévenir les famines grâce
à l’intelligence artificielle
et au big data ? C’est
l’ambition d’un projet
rendu public dimanche
soir par les Nations unies
et la Banque mondiale: le
«Famine Action Mechanism» (FAM), qui embarque, outre le Comité
international de la CroixRouge, trois géants du numérique, Amazon, Google
et Microsoft. Il sera officiellement lancé mercredi. Objectif: «Analyser
les signaux précoces pour
évaluer là où le risque de
famine est le plus sévère,
combien de personnes sont
susceptibles d’être touchées, et où elles se trouvent», afin de pouvoir
«mobiliser des ressources
au plus tôt», explique à
Libération la directrice
générale de la Banque
mondiale, la Bulgare Kristalina Gueorguieva.
L’idée de mobiliser les
mastodontes de la «tech»
a germé l’an dernier,
après la famine qui a
frappé la Somalie. De quoi
tout de même, au passage, offrir à ces multinationales –déjà affairées à
investir la santé, l’éduca-
tion ou les transports– un
nouveau terrain d’intervention, et une occasion
de redorer leur blason
alors que leur modèle de
captation et de concentration des données est de
plus en plus critiqué…
«Quand il s’agit de sauver
des vies, elles ont des
capacités qui ne sont pas
encore entièrement exploitées», défend Gueorguieva. Des algorithmes
pilotes ont été développés
pour le Soudan du Sud, la
Somalie, le Niger, le Mali
et le Tchad.
AMAELLE GUITON
«Comment ? On me dit qu’il existe un ‘Pol’
dont je ne serais pas ambassadrice ?»
SÉGOLÈNE R., 65 ANS, PÔLES ARCTIQUE ET ANTARCTIQUE
qu’à l’époque, on était un peu
dépressifs. J’étais un sénateur semi-éclairé de la gauche du Parti socialiste…»
Depuis, Corbyn est devenu
le chef du parti de gauche le
plus important d’Europe,
avec 550 000 membres, et
pourrait devenir Premier
ministre en cas d’élections
anticipées. «Derrière les
mots qui peuvent être différents, les mêmes idées sont
là. Sanders, Corbyn, moi…
On dit les mêmes choses, on a
longtemps avancé à tâtons,
en balbutiant, on était un
peu dans les catacombes…
mais on a résisté», se félicite
Mélenchon.
Il refuse de s’exprimer sur le
Brexit, «un sujet de politique
intérieure», selon lui. Mais
glisse quand même qu’«il
vaut mieux en général respecter les résultats des référendums». Et qu’il ne croit
pas à une sortie sans accord
avec l’UE: «Les peuples trouvent toujours une solution à
tout.» En revanche, pas
question d’évoquer un
«Frexit»: «La France est une
grande puissance, nous sommes les fondateurs de l’Europe, et sans la France, il n’y
a pas d’Europe».
S.D.-S. (à Liverpool)
Golf Tiger Woods sort du trou
Un temps donné perdu
pour le golf, Tiger Woods
a retrouvé dimanche
à 42 ans sa place au sommet: après quatre saisons
désastreuses, plombées
par d’insupportables douleurs au dos, il a signé l’un
des plus improbables
come-back de l’histoire,
en remportant à Atlanta
le prestigieux Tour Championship, qui oppose
les 30 meilleurs joueurs
du circuit professionnel
américain (PGA).
Son 80e titre PGA en poche, à une longueur du record de son compatriote
Sam Snead, il va rapidement s’envoler pour Paris, où il sera
l’atout-maître de l’équipe des Etats-Unis pour conserver la
Ryder Cup, un exploit qui n’a plus été réalisé côté américain
depuis vingt-cinq ans. PHOTO KEVIN C. COX. AFP
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12 u
FRANCE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
Budget
Guerre
de com
sur le
pouvoir
d’achat
L’exécutif se félicite des 6 milliards
d’euros de baisses de prélevements
contenus dans son projet de loi
de finances 2019, présenté lundi.
Selon l’OFCE, le bénéfice pour
les ménages sera moitié moindre.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
Photo
DENIS ALLARD
C
e fut l’un des premiers textes
majeurs de l’ère Sarkozy.
Adoptée en août 2007, quelques mois seulement après l’élection présidentielle, la loi travail, emploi et pouvoir d’achat, ou Tepa, se
proposait de traiter les trois sujets
d’un même front, notamment par la
baisse des cotisations sociales.
Onze ans plus tard, le texte, ou son
esprit, semble faire référence pour
l’exécutif: présentant lundi le projet
de budget du gouvernement pour
2019, le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin
–un proche de l’ex-président– s’est
félicité par anticipation de «la plus
grande baisse d’impôts pour les ménages depuis la loi Tepa de 2008».
Augmenter le pouvoir d’achat des
Français: l’exécutif s’y est engagé, à
l’image d’un Darmanin promettant
l’an passé un «treizième mois» aux
Français, ou au moins à certains
d’entre eux. Une mesure à laquelle
le gouvernement n’est, pour l’instant, pas arrivé à donner corps. Se-
lon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le
gain global de pouvoir d’achat n’a
été que de 100 millions d’euros
en 2018 – autant dire «quasiment
nul», selon l’organisme. Le changement de braquet interviendra l’année prochaine, ont promis lundi
Gérald Darmanin et le ministre de
l’Economie, Bruno Le Maire, annonçant 6 milliards de baisse de
prélèvements pour les particuliers.
Mais concédant, du bout des lèvres,
que le quasi-gel de plusieurs prestations sociales en fera économiser
trois milliards à l’Etat et à la Sécurité
sociale, sur le dos des bénéficiaires.
ARTIFICE COMPTABLE
Sur les 6 milliards d’euros en question, 3,8 proviendront de la nouvelle
baisse de la taxe d’habitation pour
80% des ménages à l’automne 2019.
Ce prélèvement s’éteindra définitivement en 2020 pour les contribuables concernés, et en 2021 ou 2022
pour tous les autres, a confirmé Gérald Darmanin lundi. L’exonération
de cotisations salariales sur les heures supplémentaires, à partir de
septembre 2019, rapportera
«200 euros par an pour une personne payée au Smic qui aura travaillé douze heures supplémentaires
par mois», assure Bercy. Qui joue
aussi d’un petit artifice comptable
en intégrant, dans les 6 milliards
d’euros de baisse de prélèvements,
4,1 milliards de baisse de cotisations
salariales. Certes, c’est la première
fois en 2019 que la mesure s’appliquera sur une année complète. Mais
elle aura commencé à le faire
en 2018 : pour partie depuis
le 1er janvier, pour partie à compter
d’octobre.
L’exécutif se félicite-t-il à raison ?
Dans une étude publiée le 20 septembre, l’OFCE confirme un gain de
«Les gens ne
croient que ce qu’ils
voient, et
particulièrement
en matière de
pouvoir d’achat.»
Un député LREM
pouvoir d’achat pour les ménages
en 2019. Mais ne le chiffre
qu’à 3,5 milliards d’euros, presque
moitié moins que le gouvernement.
La différence s’explique principalement par la moindre revalorisation
de plusieurs allocations, annoncée
fin août par Edouard Philippe: normalement indexées sur l’inflation
(estimée à 1,3 % en 2019 par Bercy
après 1,6% en 2018), les pensions de
retraite, les allocations familiales et
les aides au logement n’augmenteront que de 0,3 % en 2019 et 2020.
Certains députés de la majorité ont
envisagé d’en dispenser les retraités
les plus modestes. Mais tous n’y
sont pas favorables: «Pour les petites pensions, cela ne représenterait
que quelques euros de différence, argumente la députée Amélie
de Montchalin (LREM). Créons des
services utiles, comme le reste à
charge zéro sur les soins dentaires et
auditifs, plutôt que de faire du
monétaire.»
Aux ministres et aux parlementaires de la majorité, désormais, de reprendre le refrain des «6 milliards
d’euros», l’opposition se chargeant,
elle, de monter au créneau. Côté so-
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
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u 13
Suppressions de postes:
l’objectif reste élevé
Si l’exécutif maintient son but
de supprimer 50000 emplois
de fonctionnaires d’ici à 2022,
il lui sera difficile d’épargner
le moindre ministère. Or, pour
l’heure, l’Intérieur, les Armées
et la Justice sont renforcés.
L’
affichage était de «4 500». Selon les
chiffres inscrits dans le projet de loi de
finances pour 2019, le nombre de postes de fonctionnaires supprimé l’an prochain
sera finalement de «4164 équivalents temps
plein» pour l’Etat et ses opérateurs. «Si on
ajoute les effectifs de la Banque de France, on
arrive à 4 500», précise-t-on à Bercy. «C’est
trois fois plus que l’année dernière», a insisté
lundi matin le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt, chargé de la fonction publique au ministère de l’Action et des Comptes publics.
Après 1 631 suppressions de poste en 2018
–c’est-à-dire pas grand-chose– le gouvernement enclenche donc l’an prochain la réduction des effectifs. Objectif toujours affiché
d’ici à la fin du quinquennat : 50 000 pour
l’Etat (et 70000 dans les collectivités).
Le gouvernement a encore du chemin à faire
pour ses trois prochains budgets. Edouard
Philippe a bien promis que le rythme s’accélérerait en 2020 avec 10000 postes, mais l’opposition – de droite notamment – doute
sérieusement de la capacité de ce gouvernement à tenir cette promesse de campagne
d’Emmanuel Macron quand leur candidat,
François Fillon, se disait capable de supprimer 500 000 fonctionnaires… Bercy commence d’ailleurs à expliquer que si l’exécutif
n’a «pas renoncé à l’objectif de 50000» agents
publics en moins pour l’Etat, ce nombre est
désormais «une référence», «un ordre de grandeur» qui «n’a jamais été une cible comptable».
Plus le choix. Les responsables de la majocialiste, le Premier secrétaire Olivier Faure a qualifié Emmanuel
Macron de «roi du passe-passe» :
«Ce qu’il donne d’une main, il le reprend de l’autre», a jugé le député.
Mettant en parallèle la hausse des
taxes sur le tabac et les carburants,
et les «cadeaux aux plus riches». A
droite, on dénonce aussi un «budget
anti-pouvoir d’achat», mais expliqué ici par le manque de volonté du
gouvernement de couper plus franchement dans la dépense publique.
«On a besoin d’une cure d’amaigrissement de l’Etat, de baisses des dépenses de fonctionnement, et c’est ça
qui permettra des baisses durables
d’impôts», a estimé la présidente de
la région Ile-de-France, Valérie
Pécresse (LR).
«ON SAIT FAIRE»
Des interventions qui donnent la
tonalité des débats budgétaires à
l’Assemblée, à partir du 8 octobre.
Un député LREM avertit: «Assurer
la promotion de nos mesures au moment où on les adopte, on sait faire.
Mais les gens ne croient que ce qu’ils
voient, et particulièrement en matière de pouvoir d’achat.» Une chose
est sûre : il fera bon, l’année prochaine, être une entreprise. Pour les
employeurs, la baisse de prélèvements atteint 18,8 milliards, plus de
trois fois celle des particuliers. •
Bruno
Le Maire,
ministre de
l’Economie,
et Gérald
Darmanin,
ministre de
l’Action et
des
Comptes
publics,
lundi à
Bercy.
rité défendent donc la méthode estampillée
Macron: pas de «rabot», «on met d’abord en
place les plans de transformations et nous en
tirons les conséquences en terme d’effectifs», a
répété Dussopt lundi. Sous l’appellation Action publique 2022, cette réforme de l’Etat est
censée «moderniser» les politiques publiques
«pour un service public de même qualité», dixit
Dussopt. «Bercy s’est par exemple engagé dans
une réforme de ses services de recouvrement,
met en place le prélèvement à la source ou décide de ne plus accepter d’argent liquide dans
les trésoreries, eh bien tout ça, ensuite, a des
conséquences en terme d’effectifs», décline la
députée LREM Amélie de Montchalin.
Justement, le ministère de l’Action et des
Comptes publiques est, avec 2283 postes, le
plus touché l’an prochain par les réductions
d’effectifs. Viennent ensuite l’Education nationale (1 813 équivalents temps plein en
CHEZ POL
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moins après 13 seulement en 2018), le ministère du Travail (1618) et celui de la Transition
écologique. Ce dernier doit encaisser l’an prochain la suppression de 1 078 postes après,
déjà, 1324 postes en moins l’an passé. «Cette
pente va s’accélérer dans les années qui viennent», a promis Dussopt.
Le gouvernement n’a plus le choix : s’il veut
atteindre les 50000 postes, la Cour des comptes a précisé avant l’été qu’il lui faudra supprimer «70000 emplois», «compte tenu des effectifs supplémentaires prévus pour les missions
Sécurité, Défense et Justice». Les ministères
de l’Intérieur (+ 2 278 postes), des Armées (+450) et le pouvoir judiciaire (+1300)
sont ainsi les grands gagnants du budget 2019.
Pyramide. Avant l’été, la Cour des comptes
doutait de cette méthode pour arriver aux
50 000 en 2022. Selon elle, «un tel effort ne
[peut] être concentré sur les seuls autres
ministères ne bénéficiant pas de ces créations,
qui ne représentent que 300000 emplois, soit
15 % des effectifs de l’Etat». «Cela correspondrait à une réduction de leurs effectifs [de] près
de 25 % en cinq ans», écrivaient en juin
les magistrats de la rue Cambon. Dans la
majorité, on commence à espérer que la
pyramide des âges fera l’affaire et que les
«500 000 départs à la retraite d’ici à 2022
dans le périmètre Etat» suffiront. «Le nonremplacement des départs à la retraite sur ces
autres missions serait largement insuffisant,
répondait déjà la Cour. Pour être réalisée, la
diminution de 50000 effectifs dans la fonction
publique d’Etat implique que tous les ministères soient concernés par ces diminutions.»
Pour l’instant, ce n’est pas le choix du gouvernement.
LILIAN ALEMAGNA
LE DÉFICIT TOUT
PROCHE DES 3 %
2,8 % du PIB : tel sera l’an prochain le
déficit des finances publiques. C’est
pourtant un chiffre bien inférieur que
le gouvernement veut mettre en
avant : 1,9 %. La différence entre les
deux montants est attribuée à des
«mesures exceptionnelles», en
l’occurrence la transformation du
Crédit d’impôt compétitivité emploi
(CICE) en baisses de cotisation.
Sous sa forme actuelle, ce cadeau de
Hollande aux entreprises s’applique
au chiffre d’affaires de l’année
précédente. A l’avenir, il jouera «en
temps réel». En 2019 seulement, les
deux dispositifs cumuleront leurs
effets, pour un total de 40 milliards
d’euros. Une lourde facture pour les
finances publiques.
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14 u
FRANCE
Par
ÉRIC FAVEREAU
C’
est ce mardi matin que le
Comité national d’éthique
rend son avis sur la révision des lois sur la bioéthique, et
notamment sur la fin de vie.
Comme un terrible retour à la réalité, c’était il y a dix ans, presque
jour pour jour, que commençait le
drame de Vincent Lambert, plongé
dans un état neurovégétatif. Dix ans
dans un silence sans partage.
Dix ans dans la douleur des uns
comme des autres. Dix ans durant
lesquels la médecine a sauvé un
corps. Dix ans aussi de débats sans
fin qui se sont enlisés.
C’était un 29 septembre, sur une petite route près de Châlons-enChampagne, dans la Marne. L’heure
du déjeuner. Vincent Lambert est
infirmier psychiatrique, il a 32 ans,
une femme, Rachel, elle aussi infirmière, et une petite fille qui a tout
juste 2 mois. La route? Elle est peu
fréquentée, Vincent la connaît par
cœur. C’est la routine. Le mois de
septembre 2008 sera un des mois
où la mortalité routière connaîtra la
baisse la plus forte. Vincent file à
l’hôpital pour entamer sa journée
de travail. Que se passe-t-il ? De la
Libération Mardi 25 Septembre 2018
terre sur la route peu fréquentée ?
Toujours est-il que le conducteur
d’une voiture, derrière lui, voit un
large nuage de poussière, puis
s’aperçoit que la voiture qui le précédait vient de s’écraser sur un arbre. «S’il n’y avait pas eu cette voiture qui allait faire demi-tour puis
prévenir immédiatement les secours,
et ensuite l’arrivée très rapide d’une
camionnette du Samu, raconte
François Lambert, son neveu, sûrement Vincent serait mort, en tout
cas il n’aurait pas été réanimé.»
Vincent et Rachel
ont souvent parlé
de ces patients
plongés dans un
coma sans lien avec
l’extérieur. Vincent
a toujours répété
qu’il ne voulait pas
vivre cela.
DIRECTIVES ANTICIPÉES
Ce même mois de septembre 2008,
comme en écho, Jean Leonetti, député UMP et cardiologue, est en train
d’achever une mission d’évaluation
de sa propre loi du 22 avril 2005 sur
la fin de vie médicalisée. De nombreuses voix estimaient que cette loi
n’allait pas assez loin, qu’elle était
surtout faite pour protéger les médecins et non pour aider les patients.
Le texte insistait sur le fait qu’«un
droit à la mort ne doit pas être reconnu», mais qu’il convenait «de
prendre en compte les intérêts et les
droits des malades en fin de vie», en
donnant un cadre à l’arrêt des traitements, tout en insistant que c’était
au médecin de trancher.
L’année 2008, c’est aussi l’année du
drame de Chantal Sébire, cette
femme défigurée, atteinte d’une tumeur très rare des sinus et de la cloison nasale. Cette tumeur, devenue
incurable, lui provoque des «douleurs atroces». Contre l’idée du suicide, elle demande à la justice ainsi
qu’au président de la République
française, Nicolas Sarkozy, «le droit
de mourir dans la dignité». Faute de
réponse, elle se suicide par une ingestion massive de barbituriques.
Décembre 2008, Vincent Lambert
est dans un coma profond.«Etat
neurovégétatif», disent les médecins du CHU de Reims, où il a été
transféré. «Au début, je voulais que
Bioéthique
Vincent Lambert,
dix ans de coma,
et maintenant ?
Alors que le Comité national d’éthique doit
annoncer ce mardi ses recommandations,
notamment sur la fin de vie, «Libération» retrace
le parcours de cet homme devenu malgré lui
le symbole d’un profond débat de société.
Vincent vive, c’était la seule chose
que je voulais», nous dira plus tard
Rachel, son épouse. Vincent, lui, se
tait. Il n’a pas le moindre contact
avec l’extérieur, perdu dans un
corps maintenu artificiellement en
vie. Souffre-t-il ?
Au même moment, Jean Leonetti
rend compte de sa mission, concluant au maintien de la loi, sans
modification de taille. Il évoque
néanmoins les directives anticipées
(texte que peut écrire toute personne pour expliciter ce qu’elle souhaite dans une situation où elle
n’est plus en état de l’exprimer) qui
pourraient s’imposer au médecin.
Mais on reste dans le «laisser mourir» et non dans le «faire mourir».
C’est donc le statu quo alors que,
sondage après sondage, l’opinion
semble souhaiter «un droit de mourir dans la dignité». «On meurt mal
en France», note amèrement, de son
côté, le professeur Didier Sicard,
alors président du Comité national
d’éthique. Au CHU de Reims, Rachel vient tous les jours voir son
mari, souvent accompagné de leur
petite fille. «Ce que je veux, nous dira-t-elle, c’est ce que veut Vincent.»
Tous les deux ont souvent parlé de
ces situations cliniques que vivent
des patients plongés dans un coma
sans lien avec l’extérieur. Vincent
Lambert a toujours répété qu’il ne
voulait pas vivre cela.
DANS LES MAINS DES JUGES
Décembre 2012, cela fait plus de
quatre ans. Le Dr Eric Kariger, qui
dirige le département de rééducation du CHU de Reims, est tout sauf
un acharné de l’euthanasie. Il y est
même opposé. Homme ouvert, catholique, proche de Christine
Boutin, il dit devoir se faire violence; pour lui la situation n’est plus
tenable. Or, comme la loi permet
d’arrêter les traitements s’il estime
que l’on est dans une situation
d’«obstination déraisonnable», alors
pourquoi ne pas le faire? Après des
mois d’hésitation, il lance la procédure avec une réunion collégiale à
laquelle participent d’autres médecins. Il prévient Rachel Lambert
mais pas formellement les parents,
qui sont très croyants et liés à des
milieux intégristes.
Décembre 2012 encore, le professeur Didier Sicard rend son rapport.
Il lui a été commandé par François
Hollande, qui vient d’être élu à la
présidence avec un programme qui
évoquait explicitement un droit à
une assistance médicalisée devant
la mort. Didier Sicard est sévère sur
la situation française ; il s’alarme
des carences dans la prise en
charge de la fin de vie, pointe aussi
les demandes récurrentes d’euthanasie sous des formes diverses, et
propose quelques pistes d’évolution possible de la législation. Entre
autres, il ouvre la porte à un «faire
mourir», estimant que la loi Leonetti pourrait permettre qu’une sédation terminale (administration
d’opiacés entraînant la perte de
conscience puis la mort) puisse être
administrée par les médecins aux
patients qui l’auraient demandé de
façon réitérée.
Le 10 avril 2013, la décision d’arrêter
les traitements est prise pour Vin-
Lors d’un rassemblement organisé à
cent, en arrêtant l’alimentation
mais en se contentant de réduire
son hydratation, ce qui est formellement une mauvaise pratique (l’agonie étant prolongée). De plus, les
parents ne sont pas informés. «C’est
par hasard, lors d’une visite, qu’un
des frères de Vincent découvre qu’on
ne le nourrit plus depuis seize jours»,
raconteront-ils. Réaction immédiate: les parents de Vincent Lambert mandatent aussitôt un huissier
de justice puis saisissent le juge des
référés «au nom du droit à la vie de
Vincent». Le parcours judiciaire
commence. Et surtout, les parents
vont médiatiser l’histoire de leur
fils, qui sera lancée puis fortement
relayée dans et par les milieux catholiques.
En septembre 2018, on en est toujours là. Un point immobile, comme
suspendu. Vincent est toujours enfermé sur son lit d’hôpital. Pendant
des mois sa chambre a été gardée
par des vigiles. Des visites? Il n’en a
plus beaucoup. «Comment voulezvous que cela puisse durer si longtemps», lâche son neveu, qui se bat
pour que cela s’arrête. Rachel Lambert, qui pendant des années est venue tous les jours, s’y rend moins
souvent, de peur de rencontrer ses
beaux-parents qui, les premières années, ne venaient que très rarement.
Ces derniers ont embauché un détective pour vérifier l’emploi du
temps de leur belle-fille. En fé-
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Paris, en décembre 2014, au moment de la remise du rapport Claeys et Leonetti. PHOTO VALÉRIE DUBOIS. HANSLUCAS
vrier 2016, une nouvelle loi, dite
Claeys et Leonetti, a beau avoir été
adoptée –à la quasi-unanimité du
Parlement– pour créer de nouveaux
droits (entre autres la possibilité
d’une sédation jusqu’au décès, qui
correspond pleinement à la situation de Vincent), il ne se passe rien
à Reims. Les médecins se suivent.
Tous sont d’accord pour l’arrêt des
soins. La justice aussi. Mais tout est
figé. Vincent ne peut plus rien dire.
Lui qui avait été pourtant très clair.
«Nous deux, nous en avions parlé sérieusement», avait encore expliqué
Rachel Lambert, il y a quelques années, dans un entretien au JDD. «Il
ne supportait pas l’idée d’être cloué
à un lit, dépendant. Un jour, en 2007,
Vincent veut me faire promettre que
si quelque chose lui arrive, je ferai ce
qu’il faut pour qu’il parte. Je lui dis
que c’est une promesse que je ne peux
pas lui faire.» Dix ans plus tard, qui
l’aura entendu? •
«Il y a un moment où la
pratique judiciaire devrait
se fixer une limite»
«
Pour le professeur de droit
Denis Berthiau, la justice
ne peut donner de réponse
lorsqu’elle est convoquée pour
un conflit entre des proches.
D
enis Berthiau est maître de conférence
en droit à l’université Paris Descartes.
Il est spécialiste des questions de bioéthique.
Dans l’histoire judiciaire autour de Vincent Lambert, y a-t-il déni de justice ?
Non. Il n’y a pas eu de refus de juger juridi-
quement parlant. Mais pour autant, on peut
parler d’échec de la justice.
Pourquoi ?
Parce qu’en réalité l’ensemble des procédures
qui ont été lancées l’ont été dans le but essentiel de retarder ce qui aurait dû arriver, c’est-àdire l’arrêt des traitements. Ce n’est pas en soi
une nouveauté, la justice est souvent utilisée
à cette fin, mais là, elle a été particulièrement
instrumentalisée. Et toutes les réponses
qu’elle a pu donner n’ont jamais été suivies
d’effets.
C’est-à-dire ?
A plusieurs reprises, tant sur la procédure
u 15
elle-même que sur la question de savoir si
l’on était en situation d’obstination déraisonnable, il a été noté, et cela jusqu’à la Cour
européenne, que tout s’est déroulé de façon
régulière, et selon des règles françaises
conformes aux droits de l’homme. La justice
s’est ainsi souvent prononcée mais cela n’a
jamais été suivi d’effets. La raison principale
en est la remise en cause de la procédure collégiale. Comme le veut la loi, cette procédure
peut être demandée lorsqu’il faut décider
d’arrêter ou de limiter les traitements d’un
patient qui ne peut plus s’exprimer et dont
la volonté n’est pas clairement connue. Celle-ci réunit alors les personnes en capacité
d’apprécier la situation du patient : équipe
soignante, personne de confiance, famille,
proches… Mais si la procédure est collégiale,
la décision reste médicale. Là, il y a eu un jeu
de ballet entre
cette procédure et
l’expertise judiciaire.
C’est sans fin ?
Oui. D’autant que
la justice, plutôt
que de s’en tenir à
la décision d’arrêt
issue de la dernière
INTERVIEW
procédure collégiale lancée en
septembre 2017, a décidé de relancer une expertise judiciaire, en avril dernier. On attend
encore aujourd’hui les conclusions de ces
nouveaux experts. On ne devrait pas les connaître avant la fin de l’année. C’est une sorte
d’alternance entre le temps médical et le
temps judiciaire, les deux d’ailleurs arrivant
aux mêmes conclusions: il y a obstination déraisonnable. Le problème est que personne
ne veut s’en tenir à la décision de l’autre,
même s’ils sont d’accord au bout du compte.
En attendant, le temps passe.
Que déduire de ce parcours du combattant ?
L’affaire Lambert montre que lorsque la justice est convoquée en raison de conflits entre
les proches, elle ne peut pas donner la réponse, car la loi ne lui offre pas les éléments
de réponse. Pourtant, il y a un moment où la
pratique judiciaire devrait se fixer une limite,
même si c’est compliqué pour un juge de
prendre une décision en la matière… Mais les
choses doivent s’arrêter.
Et si les médecins choisissaient de passer
outre ?
Ce n’est pas une possibilité ouverte par la loi.
Nous sommes face à un enjeu vital. Les médecins doivent suivre le temps judiciaire, le risque est trop gros pour eux, sauf s’ils font face
à une évolution de l’état de Vincent Lambert
avec une aggravation importante, alors là ils
pourraient prendre la décision.
Au final, est-ce la loi qui pose problème?
Je parle de «droit hors de lui». L’affaire met en
exergue des choses qui ne vont pas, elle
pointe des difficultés, comme la question de
l’obstination déraisonnable, celle de la procédure collégiale face à l’expertise judiciaire. Ce
n’est pas que la loi soit mauvaise, mais son application se révèle être extrêmement complexe dans un cadre conflictuel.
Recueilli par É.F.
MUSIQUE MATIN DE SASKIA DE VILLE
LE 7/9 DE FR ANCE MUSIQUE, DU LUNDI
AU VENDREDI
Retrouvez chaque mercredi à 8h50 la chronique C’est mioche de Guillaume Tion de
francemusique.fr
DR
Libération Mardi 25 Septembre 2018
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16 u
FRANCE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
Lâchez les cheveux Qu’on les
chérisse ou qu’on les haïsse, qu’ils
soient moqués ou admirés, les cheveux, c’est une sacrée affaire. Parce qu’ils contribuent
à faire de nous ce que nous sommes, Libération leur
consacre une chronique. Cette semaine, Caroline, attachée de presse de 38 ans, selon laquelle «on considère
que ceux qui ont des cheveux soignés sont plus riches
que les autres». ILLUSTRATION CLARA DEALBERTO
LIBÉ.FR
l’air, de l’eau, des sols, bruit,
congestion), aujourd’hui à la
charge de la collectivité.
Autre particularité: le transport routier de marchandises
bénéficie toujours de – très
larges – cadeaux fiscaux, en
étant exonéré des hausses de
la contribution climat énergie (taxe carbone) sur le gazole. L’ONG France Nature
Environnement (FNE) a
d’ailleurs lancé en août une
pétition pour demander au
Premier ministre l’arrêt de
ces avantages fiscaux «qui
freinent le développement
d’une mobilité plus durable»,
sachant que «la pollution de
l’air est la troisième cause de
mortalité en France». Signée
par près de 7 000 personnes, celle-ci rappelle que
«contrairement aux automobilistes, les camions à moteur
diesel ne payent pas la totalité des émissions de CO2 qu’ils
génèrent par leur consommation de carburant. En 2017, ce
cadeau fiscal s’élevait à près
de 900 millions d’euros».
Conversion. Outre la fin de
Elisabeth Borne et le nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, à Paris, le 4 septembre. PHOTO ALBERT FACELLY
Rugy prend fret et cause pour
la «vignette» poids lourds
Reprise
par le ministre
de la Transition
écologique, l’idée
de taxer les poids
lourds suscite
déjà l’ire des
transporteurs,
qui refusent
de se voir appliquer
le principe de
pollueur-payeur.
Par
CORALIE SCHAUB
C
e qu’a dit François de
Rugy dimanche sur
BFM TV n’est pas un
scoop. Quand le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire indique
que le gouvernement travaille «sur une forme de vignette» visant à taxer les
poids lourds français et mobilité.» Lancées au même
étrangers, il ne fait que répé- moment, ces dernières
ter ce que la ministre délé- étaient censées déboucher
guée aux Transports, Elisa- sur une loi d’orientation des
beth Borne, évoque depuis mobilités (LOM), dans laplus d’un an. Et que son pré- quelle il était question d’insdécesseur, Nicolas Hulot, in- taurer une taxation des poids
lourds. Mais ce
terrogé sur un
retour de l’écoL'HISTOIRE texte, annoncée
pour début 2018,
taxe camions
DU JOUR
a plusieurs fois
enterrée en 2014
après la fronde des Bonnets été repoussé depuis. Résulrouges bretons, expliquait à tat, un an plus tard, le gouLibération en septem- vernement «travaille» – et
bre 2017 : «L’écotaxe, telle procrastine – toujours.
quelle, ne reviendra pas. En «Cette vignette n’est rien de
revanche, il est normal qu’un plus qu’une piste de travail
jour, le transport routier con- qui pourrait être intégrée à la
tribue à l’effort. Encore faut-il loi mobilités, attendue a
qu’il y ait une stratégie d’en- priori pour début 2019. La
semble permettant un report seule chose qui ait changé,
modal vers le fret ferroviaire, c’est que la mesure sera désans pour autant mettre le sormais portée par François
fret routier dans une impasse. de Rugy», indique-t-on au
Avec mes collègues ministres, ministère de l’Ecologie. Avec
nous y travaillons dans le moult pincettes tant le sujet
cadre des Assises de la est sensible. Dès lundi ma-
tin, la déléguée générale
de la Fédération nationale
des transporteurs routiers
(FNTR), Florence Berthelot,
a re j e té e n b l o c s u r
France Info l’idée d’une
concertation sur la taxation
des poids lourds: «C’est simple, c’est non !»
Déloyal. En avril, déjà,
quand Elisabeth Borne
évoquait l’idée d’une «contribution» des poids lourds au
financement des infrastructures, estimant qu’une telle
redevance pourrait rapporter
«quelques centaines de millions d’euros», les fédérations
patronales du secteur, la
FNTR et TLF (Union des entreprises de transport et de
logistique de France),
avaient hurlé. Une taxation
«du seul mode de transport
routier aurait pour conséquence de handicaper la
compétitivité de nos entreprises», avaient-elles jugé.
Pourtant, aujourd’hui seul le
transport routier de marchandises «bénéficie d’une
concurrence déloyale, car il
ne paie pas de redevance
d’usage des infrastructures
qu’il utilise, contrairement
au transport fluvial et au ferroviaire», rappelle Lorelei Limousin, du Réseau action
climat (RAC). L’idée de l’écotaxe, comme de celle d’une
«contribution» ou d’une «vignette», ne vise en fait qu’à
corriger une anomalie, en
appliquant aussi à ce secteur
le principe de l’utilisateurpayeur : les routiers devraient s’acquitter d’un droit
d’usage de la route, comme
ce qui se passe pour le rail. Et
celui du pollueur-payeur: le
fret routier devrait enfin assumer ses nuisances» (émissions de CO2, pollution de
cette niche fiscale, les ONG
réclament la mise en place
d’une redevance kilométrique sur les camions de plus
de 3,5 tonnes. «Neuf pays
européens l’ont déjà fait»,
dont l’Allemagne, la Suisse
ou la Belgique, rappelle Lorelei Limousin, du RAC. Selon
elle, un tel dispositif serait
plus efficace qu’une vignette
sous forme de simple forfait,
pour une durée limitée (une
semaine, un mois ou une année), car un forfait «n’inciterait pas à optimiser les déplacements, puisque deux
transporteurs qui feraient
l’un 100 kilomètres et l’autre
1 000 kilomètres en une semaine paieraient le même
prix».
Pour l’instant, au ministère
de la Transition écologique,
on «ne confirme ni n’infirme»
l’hypothèse d’une vignette
forfaitaire plutôt que kilométrique. Peur d’un nouveau
blocage des routes ? Il y
aurait pourtant des solutions
pour éviter que les transporteurs ne voient rouge, estime
Lorelei Limousin: «Une partie des recettes pourrait les
aider à renouveler leur flotte
pour s’équiper de camions
moins polluants, un peu
comme une prime à la conversion. L’Allemagne l’a fait.
Tout est question de volonté
politique». •
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
Ariane, 100e ! Pas
de gâteau pour Ariane 5,
mais un bel autocollant
orne la fusée européenne pour son anniversaire : ce mardi soir, Ariane 5 décollera pour
la centième fois. De son explosion inaugurale
en 1996 à la concurrence de SpaceX, retour
sur 10 vols mémorables du lanceur qui se revendique le plus fiable du monde. PHOTO AFP
Contraception d’urgence: la pilule
du lendemain ne fait pas trop recette
Comme un statu quo. Le recours à la contraception
d’urgence (CU), dite «pilule
du lendemain», reste stable.
En 2016, «6,2 % des femmes
âgées de 15-49 ans exposées
à un risque de grossesse non
prévue» l’ont utilisée ces
douze derniers mois, selon
des travaux publiés mardi
par l’agence Santé publique
France. Et c’est relativement
peu, alors que ces dernières
années, avec les polémiques
sur les dangers de la pilule,
les pratiques contraceptives
ont évolué.
Qu’est-ce donc que la CU ?
De fait, il y en a deux. L’une,
à base de lévonorgestrel,
a été autorisée à la vente
sans ordonnance dès 1999, la très grande majorité des
et une seconde, à base d’uli- utilisatrices (70%) n’y ont eu
pristal acétate, offre une pé- recours qu’une seule fois
riode d’efficacité plus lon- dans l’année. C’est parmi les
gue (cent vingt heures moins de 30 ans que le
contre soixanniveau d’utiliAUX PETITS sation est le
te-douze heures). Cette derplus important
SOINS
nière n’a été
(11,5 %), et ce
introduite qu’en 2000 en taux est stable depuis 2010.
France, et jusqu’en 2015, elle Quant au nombre d’IVG,
n’était disponible que sur il ne bouge presque pas :
prescription médicale.
moins de 220 000 en 2016.
Les femmes de 15 à 19 ans L’étude montre aussi que la
sont celles qui utilisent le mise à disposition sans presplus la CU (21,4 %). Puis cription, en 2015, de la forelle décline vite avec l’âge, mule à base d’ulipristal acépassant de 9,8 % parmi tate (il est vrai, peu relayée
les 20-24 ans à 5,2 % parmi médiatiquement) ne s’est
les 30-39 ans, et à 1,5 % pas accompagnée d’une
parmi les 40-49 ans. Enfin, hausse du recours à la CU,
Polémique Benalla avec une arme sur
un selfie pris durant la présidentielle
«contrairement à ce qui
avait été observé entre 2000
et 2005 avec l’arrivée de la
CU au levonorgestrel». Les
femmes les plus jeunes, celles résidant en région parisienne et celles utilisant des
méthodes hormonales avec
prise régulière (pilule, patch,
anneau), sont celles qui
utilisent le plus la CU.
Un peu plus d’1 million de
pilules du lendemain sont
vendues chaque année depuis 2005 (chiffre en légère
baisse entre 2013 et 2015).
«La promotion de la CU […]
doit être soutenue», conclut
l’agence. C’est bien le moins.
ÉRIC FAVEREAU
A lire en intégralité sur Libé.fr.
3,9 mil iards
C’est, en euros, la fourchette haute de la somme
(3 milliards pour l’estimation basse) que le gouvernement demande aux partenaires sociaux
d’économiser en trois ans sur le budget de l’assurance chômage dans le cadre de la réforme des
règles d’indemnisation. Objectif: réduire la dette
de l’Unédic (35 milliards d’euros fin 2018). Une «logique uniquement budgétaire», ont dénoncé les principaux syndicats et organisations patronales. Si la
feuille de route que le gouvernement leur enverra
cette semaine ne leur laisse pas suffisamment de
marges de manœuvre, certains comme FO, la CGT et
même le Medef ou la CPME n’excluent pas de boycotter la négociation. A laquelle la CFDT, la CFTC et la
CGC ont fait savoir qu’ils participeront.
Défilés: Dior danse avec le «nude»
Le site Mediapart a dévoilé lundi soir un selfie où l’on aperçoit
Alexandre Benalla un revolver à la main, en présence notamment de la serveuse du restaurant où la photo a été prise après
un meeting du candidat Macron en Nouvelle-Aquitaine, dans
la nuit du 28 avril 2018. Sauf qu’à cette date, le désormais excollaborateur de l’Elysée n’était pas autorisé à porter une
arme. S’il avait «fait la demande d’acquérir et détenir des armes
dans le QG» comme il l’expliquait dans une interview au
Monde, l’autorisation finalement obtenue par la préfecture
de police était valable «dans le QG uniquement».
Homophobie Les propos de Campion
condamnés par la ministre de la Culture
Alors que la mairie de Paris a annoncé lundi réfléchir «aux
suites judiciaires» à donner aux propos homophobes de Marcel Campion révélés dimanche, et appelé le gouvernement
et le musée du Louvre à «annuler» le marché de Noël attribué
au forain, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a réagi
à la polémique dans des propos relayés lundi par le Monde.
«Les propos ignominieux tenus par Marcel Campion doivent
évidemment être condamnés, a expliqué Nyssen au quotidien.
Mais au-delà, ces mots qui tombent sous le coup de la loi nous
interrogent sur la pertinence de confier à celui qui les a proférés
l’occupation d’un espace public et d’un haut lieu de la culture.»
Mayotte Toubon dénonce des atteintes
aux droits des étrangers en préfecture
Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, s’est inquiété lundi
d’«atteintes graves aux droits des personnes» à Mayotte du fait
de la fermeture du service des étrangers de la préfecture, «à
la suite de plusieurs opérations de blocage menées par des manifestants». «Faute de pouvoir faire renouveler leur titre de séjour,
des étrangers en situation régulière ont perdu leur emploi», de
jeunes bacheliers acceptés dans des universités métropolitaines «n’ont pu quitter l’île» et «des parents d’enfants malades
voient leurs droits à l’assurance maladie interrompus», dit-il.
EN IMAGE
Comme l’affaire se passait à l’hippodrome de Longchamp, on avait fantasmé un défilé à échos
équins. En fait, on s’est retrouvé dans une grande boîte noire. Et c’est de danse qu’il a été question, comme de gros indices le donnaient à penser, ces citations à l’entrée. L’une («l’histoire
vient de l’intérieur du corps») est de la chorégraphe israélienne Sharon Eyal, qui a dirigé les
danseurs au milieu de la boîte –le défilé (prêt à porter printemps-été 2019) avait lieu autour.
Avec ce paradoxe: ils semblaient si habités sur fond de musique tribale que les filles et leur
vestiaire où dominait le «nude» en paraissaient limite apathiques. Maria Grazia Chiuri aime
à l’évidence le sport, on se souvient de son ode à l’escrime, et les bodies, leggins, grandes jupes
souples permettent le mouvement, de même que les matières arachnéennes. Mais où est l’énergie qu’elle vante, hormis dans la louable intention ? S.Ch. PHOTO MARIE ROUGE
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18 u
FRANCE
Libération Mardi 25 Septembre 2018
Dans le Val-d’Oise,
du social en beauté
EU
R
Emmaüs Habitat a rénové quatre résidences à Saint-Ouenl’Aumône, en concertation avec les habitants. Retour
sur un succès d’urbanisme qui a su maintenir le cadre de vie
des locataires sans provoquer une inflation des loyers.
E
OISE
VAL-D’OISE
Cergy
Pontoise Roissy
Saint-Ouen
l’Aumône
PARIS
YVELINES
10 km
Par
SIBYLLE VINCENDON
Photos
FLORISSE & GERMAIN
L
es histoires qui finissent bien ne font
pas l’ordinaire de la vie des journalistes.
A Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise),
Emmaüs Habitat en a écrit une. Avec une population frappée d’un taux de pauvreté
de 21%, d’un taux de chômage à 13% et même
à 30% pour les 15-24 ans, ce n’était pas gagné
d’avance. Mais même si ce bailleur social ne
changera pas le destin des gens, il peut en
tout cas améliorer leur cadre de vie. Il l’a fait
et, chose rare dans les opérations de renouvellement urbain, sans les expédier ailleurs. Il y
a dix ans, Emmaüs Habitat a entrepris la rénovation de quatre des résidences que l’organisme possède dans cette commune. Achevée
cette année, cette opération financée dans le
cadre de l’Anru, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (lire encadré), a découpé ce
patrimoine pour en faire sept immeubles.
La démolition de 282 logements, la construction de 322 nouveaux et la réhabilitation
de 402 anciens n’ont pas bénéficié qu’aux locataires: les habitants de la commune y ont
gagné l’accès au parc Le Nôtre, un jardin historique de 10 hectares, jusqu’ici caché derrière une barre HLM. Cet édifice a été démoli
et ses habitants ont été relogés de l’autre côté
de la rue, dans des bâtiments neufs eux aussi.
Le paysage a sérieusement changé. La vie des
gens aussi.
LOCATAIRES ASSOCIÉS
Né en 1954 à partir de l’appel de l’abbé Pierre,
Emmaüs Habitat a d’abord construit pour
loger les habitants des bidonvilles. Peut-être
est-ce en raison de ce passé que ce bailleur
ne procède aujourd’hui pas exactement
comme ses homologues dans d’autres opérations de renouvellement urbain. «A SaintOuen-l’Aumône, Emmaüs avait pris le parti
de reloger avant de démolir», raconte Anne
Jauvert, responsable du service de la rénovation urbaine à la mairie. Pas question de mener une de ces «opérations-tiroir» qui déplacent les locataires du «vieux» dans du «un peu
moins vieux» pendant que les constructions
neuves servent à abriter de nouvelles popula-
A Saint-Ouen-l’Aumône, le 19 septembre. Avec 322 logements créés (pour 282 détruits) et 402 réhabilités, l’opération a changé le visage du quartier face au parc Le Nôtre.
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u 19
Les plantes au pied des immeubles en zone inondable pompent un maximum d’eau.
Les locataires ont été associés dès le début au processus de réhabilitation.
tions. Anne Jauvert: «La moitié des habitants
ont été relogés dans le neuf et l’autre dans le
parc restant.» Sur place.
Dès le début, les locataires ont été associés au
processus. Y compris dans les détails. «Les
gens avaient des habitudes qu’il fallait reconduire, dit-elle encore. Ils voulaient des cuisines
fermées, avec du gaz. On l’a fait.» De plus, une
fois relogés, les habitants ne sont pas livrés à
eux-mêmes. «Nous leur faisons des visites régulières pendant six à neuf mois.» Et le déménagement ne leur tombe pas sur la tête
comme une signification d’huissier. Pendant
les années du chantier, Emmaüs Habitat a
implanté une médiation sociale, un appartement pédagogique, des ateliers sur une dizaine de thèmes liés à l’habitat. Parmi ceux-ci,
une douzaine de séances consacrées au tri sélectif, qui ne seraient d’ailleurs pas du luxe
dans la population générale.
Lors de la petite cérémonie qui marquait la
fin de la rénovation, lundi 17 septembre, la
présidente de l’Amicale, association des locataires, a souligné qu’il fallait prendre en
compte «l’expertise d’usage des locataires».
Sans doute cela a-t-il été fait car le président
d’Emmaüs Habitat, Gilbert Santel, a enchaîné
en soulignant que «parmi les prix qu’a reçus
cette opération, le plus important est le Prix
du projet citoyen, attribué [en 2015] pour la
qualité de la concertation avec les habitants».
Aujourd’hui comme hier, les locataires d’Emmaüs Habitat restent modestes et de plus, à
Saint-Ouen-l’Aumône, ils sont âgés. Un tiers
des occupants sont des retraités et 15% vivent
là depuis plus de trente-cinq ans. «76 % des
ménages ont des ressources inférieures aux
plafonds PLA intégration», lit-on dans la fiche
explicative de l’opération. En français moins
technique: les habitants ont de tout petits revenus. Or, les réhabilitations, et plus encore
les constructions neuves, ont partout pour
conséquence immédiate de faire monter les
loyers. Dans les immeubles Emmaüs de SaintOuen-l’Aumône, on trouve toutes sortes de
niveaux de prix, dont les plus bas pour les locataires les plus anciens et les plus âgés. Dans
ces cas-là, le calcul du rapport entre surface
supplémentaire et quittance plus chère requiert une précision horlogère. Une dizaine
de loyers ont ainsi été fixés sur mesure, «pour
que le reste à charge soit acceptable», dit Anne
Jauvert.
MURS BEIGE ROSÉ
Mais bien que les habitants soient sans conteste le premier composant d’un habitat, le
bâti compte aussi. A Saint-Ouen-l’Aumône,
la promenade commence à vrai dire davantage dans la verdure qu’entre les murs, sous
les frondaisons du parc Le Nôtre, «même si on
a quelques doutes sur l’intervention de Le Nôtre sur place», sourit Claire Lanly, directrice
générale d’Emmaüs Habitat. Qu’importe, le
parc est classé depuis 1942. Alain Richard, sénateur socialiste et maire de la commune jus-
qu’en septembre, raconte que «pendant la
guerre, les services du patrimoine ont classé
toutes les grandes forêts domaniales pour éviter que les Allemands ne les coupent». Réflexion d’un ancien ministre de la Défense.
Du parc, on glisse sans rupture vers la première partie du programme, un ensemble
de 1964 réhabilité par Archetude. Les constructions ne sont pas très hautes –quatre étages – avec ces façades en enduit caillouteux
qui tournent gris déprime si on ne les récure
pas. Après nettoyage, elles sont beige rosé.
«C’est un bâti de bonne qualité», souligne Robert Rice, directeur du projet Anru pour la
commune. Au pied de ces immeubles, des
parterres plantés qui forment «l’espace tampon» entre public et privé. Là encore, ce n’est
pas banal. Dans la plupart des opérations de
renouvellement urbain, ce ne sont pas des
plantes mais des grilles que l’on met au pied
des immeubles. On appelle cette façon de
faire la «résidentialisation». Il n’y a pour
autant pas de naïveté chez les responsables
d’Emmaüs : les halls ont été taillés au plus
juste «pour éviter les rassemblements», explique Robert Rice. Tandis que les caves, nids à
embrouilles, ont été condamnées.
On traverse le parc Le Nôtre et on arrive avenue de Verdun, là où deux barres pas trop
gaies se faisaient face. Les deux ont disparu.
Côté verdure, le vide est occupé par des toboggans et des balançoires. En face, trois édifices neufs, 55 logements, une architecture
–signée Tectum– plutôt chic et bien éloignée
des pastiches d’immeubles haussmanniens
qui pullulent en Ile-de-France.
Un peu plus loin, on arrive au gros morceau
du programme, la résidence Blanche de Castille. Il y avait là 190 logements des années 60.
80 ont été réhabilités, 110 démolis et 150 neufs
construits, avec 19 jardins privatifs et un jardin partagé. Qu’on nous pardonne cette ava-
lanche de chiffres mais ils témoignent que
l’opération des architectes d’Arcame et des
paysagistes de Complémentaire est bien loin
du bricolage.
RAMASSAGE QUOTIDIEN
D’ailleurs, la dernière partie, sur le boulevard
Ducher, a été construite par Semeio en zone
inondable, choix qui ne supporte pas l’amateurisme. Les immeubles, sur pilotis, surplombent des parkings ouverts pour laisser
les eaux s’écouler ainsi qu’un jardin aquatique
signé Laurence Jouhaud, dont les plantes
peuvent pomper un maximum d’eau. Les habitants passent d’un bâtiment à l’autre avec
des passerelles au-dessus des roseaux. «L’hiver dernier, tous nos équipements ont fonctionné et les parkings n’ont même pas été inondés», fait remarquer Pascal Parlier, directeur
territorial de gestion.
N’empêche, en général, partout où une passerelle surplombe le sol, et quel que soit le quartier, on trouve des cochonneries jetées en contrebas. Boulevard Ducher, rien. Comme on
s’en étonne, l’un des gestionnaires signale que
le ramassage est quotidien. Un détail qui témoigne bien qu’une opération de renouvellement urbain «n’est jamais finie», comme dit
Gilbert Santel, le président d’Emmaüs Habitat. Son succès ne se jugera que sur le soin que
les responsables –et les habitants– déploieront pour qu’elle soit durable.
Au vin d’honneur donné pour cette inauguration entre les nouveaux immeubles de Blanche de Castille, il y avait la petite foule de tous
ceux qui ont fabriqué et financé cette opération: élus, Etat, Action logement, Anru, architectes, paysagistes, services des collectivités,
habitants. «Il nous reste du social, de l’éducatif, de la tranquillité publique à accomplir»,
a conclu Alain Richard. Mais ce qui a été fait
là, c’est déjà ça. •
L’ANRU RELANCÉE APRÈS QUATRE ANS
DE VACHES MAIGRES
Créée en 2004, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) a pour
objectif de réaménager les quartiers d’habitat social par la réhabilitation et la
démolition-reconstrution d’immeubles existants. Arrivé à son terme en 2014, le
premier programme Anru avait été reconduit avec un niveau de crédits très
inférieurs. Le coup de gueule du créateur de l’agence, Jean-Louis Borloo,
dénonçant en avril 2018 une «rénovation urbaine à l’arrêt» depuis quatre ans,
n’a pas été vain. Le 22 mai, Emmanuel Macron promettait : «Les crédits seront
au rendez-vous, même si la première année nous n’étions pas au rendez-vous,
je le prends pour moi, c’est ma faute, mais nous le serons à l’avenir.» Une
convention tripartite Etat-Anru-Action logement (le collecteur du 1 % logement)
signée en juillet prévoit 10 milliards d’euros de financements pour la rénovation
urbaine sur la période 2018-2022 : Action logement apportera 7 milliards, les
organismes HLM 2 milliards et l’Etat un milliard.
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20 u
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n’est pas conçu pour
propager le cancer
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beaucoup ton
programme, Et vogue le
navire, Cap sur l’Elixir
Mes mains sur toi, mon
doigt glisse bien Huile à la
fleur d’oranger, je viens te
chercher... Terre ! L’île est
inhabitée ! Jetons l’ancre
Installons-nous ici ma
chérie Ce sera notre tipi
Tous sujets, école de Barbizon,
orientaliste, vue de Venise,
marine, chasse, peintures de
genre, peintres français &
étrangers (russe, grec,
américains...), ancien atelier
de peintre décédé, bronzes...
Pourquoi y-avait-il tant de
députés absents lors du
vote contre l’interdiction
du glyphosate ?
Est-il vrai que les vers de
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la biomasse terrestre ?
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S’EN
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ĢUNE?
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À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Good Doctor. Série.
Au millimètre près. Prise
de décision. 22h45. Grey’s
Anatomy : Station 19. Série.
2 épisodes.
20h55. La grande récré
des animaux. Documentaire.
2 épisodes. 22h35. La
grande récré des animaux.
21h00. Hancock. Aventures.
Avec Will Smith, Charlize
Theron. 22h45. Sherlock
Holmes 2 : jeu d’ombres. Film.
FRANCE 5
CSTAR
FRANCE 2
20h50. L’hôpital à leur de
peau. Documentaire. 22h00.
Le monde en face débat.
22h45. C dans l’air. Magazine.
21h00. Douanes sous haute
surveillance. Documentaire.
4 épisodes. 23h00. Douanes
sous haute surveillance.
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. Touchez pas au grisbi.
Policier. Avec Jean Gabin,
René Dary. 22h50. Midnight
Express. Film.
21h00. Un peu, beaucoup,
aveuglément. Comédie.
Avec Clovis Cornillac,
Mélanie Bernier. 22h25.
Ah ! si j’étais riche. Film.
21h00. Histoires d’une nation.
Documentaire. Épisode 1 :
1870-1927. Le pays où l’on
arrive. Épisode 2 : 1927-1954.
Des héros dans la tourmente.
22h55. Histoires d’une nation :
débat. 23h45. Infrarouge.
Documentaire. Le rêve de
Paul Duan.
21h00. La loi de Valérie Tous coupables. Téléilm.
Avec Charlotte de Turckheim.
22h35. La loi de Barbara Illégitime défense. Téléilm.
21h00. 90’ Enquêtes.
Magazine. Alcool, stups,
drames familiaux : pas de répit
pour les gendarmes de
banlieue. 22h25.
90’ Enquêtes. Magazine.
21h00. Monsieur Nounou.
Drame. Avec Matthias
Schweighöfer, Milan Peschel.
23h10. Un prof pas comme
les autres 2. Film.
W9
CHÉRIE 25
21h00. Pretty Woman.
Comédie. Avec Julia Roberts,
Richard Gere. 23h05.
Etam Live Show 2018.
20h55. Snapped : les femmes
tueuses. Magazine.
2 épisodes. 22h45. Snapped :
les femmes tueuses.
ARTE
20h50. Vitamines. Documentaire. Fantasmes et vérités.
22h20. La fabrique à bébés.
Documentaire.
M6
21h00. Recherche appartement ou maison. Magazine.
Caroline et Emmanuel / Éric /
Amandine. 22h45. Recherche
appartement ou maison.
6TER
NRJ12
RMC STORY
20h55. 3 days to kill. Action.
Avec Kevin Costner, Amber
Heard. 23h05. Négociateur.
Film.
20h55. Quand l’amour
s’emmêle. Téléilm. 22h35.
Patricia Cornwell :
trompe-l’œil. Téléilm.
C8
LCP
21h00. Podium. Comédie.
Avec Benoît Poelvoorde,
Jean-Paul Rouve. 22h50.
Bowling. Film.
20h30. Iran, la bombe à tout
prix. Documentaire. 21h30.
Droit de suite - Débat. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
MERCREDI 26
Le soleil brille après la rapide dissipation de
quelques brouillards dans les plaines et les
vallées.
L’APRÈS-MIDI Retour de conditions estivales
au Sud, avec du soleil sur les trois quarts du
pays. Les maximales s'échelonneront de
20 °C en bord de Manche jusqu'à 28 °C dans
le Sud-Ouest.
0,3 m/17º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Dijon
Nantes
0,6 m/17º
0,6 m/17º
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Marseille
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Toulouse
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11/15°
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(030/
HORIZONTALEMENT
I. William d’Espagne
II. 100m2 ; Valet de pique
III. Son objectif : cacher le sien,
montrer le sein IV. Possessif
après le deuxième 3. ; Paradis
pour yeux et impôts V. Première en 30 ; Comme notre
plus beau satellite VI. Grille ;
Un monsieur que Marx, dans
un pamphlet qui porte son
nom, accuse à raison d’être
à la solde de Napoléon III
VII. Avant le 8. dans un pays
européen autre que celui du
8. ; Pays du 8. (VO) VIII. Boxer
avec boîte à gants IX. Espace
détente ; Tête de tigre ; Quelques soldats X. Cent verts ; Proche d’un scarabée XI. Certains
l’aiment chaud (à Lyon surtout)
V
VII
X
Grille n°1023
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Elles habitent dans le cinquième 2. U tube ; Fouetta 3. Grande
école ; Il est en première ligne, en bas, quand sol est à la clé ; Disponible
à la vente 4. Abrutie ; Pays de vins 5. Folklores sans country ;
Victime d’un génocide 6. Barres parallèles ; A fait une imitation
croco (a) 7. Comme la Camargue ; Envie de boxer 8. Bottine 9. Parcoursup la déboussole
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. SAMARKAND. II. UK. GAGNÉE. III. PÈZES. ABS.
IV. ENA. POLKA. V. RÉGLOS. AS. VI. ROUER. VII. ÎLE. TRAHI.
VIII. OUBLI. SAM. IX. RI. ATTALI. X. ARTISANAL. XI. NEWCASTLE.
Verticalement 1. SUPERLIORAN. 2. AKÈNE. LUIRE. 3. ZAGREB. TW.
4. ÂGE. LO. LAÏC. 5. RASPOUTITSA. 6. KG. OSER. TAS. 7. ANAL. RASANT.
8. NEBKA. HALAL. 9. DÉSASSIMILÉ.
libemots@gmail.com
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
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26/30°
31/35°
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Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
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SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
BOUTIQUE.LIBERATION.FR
36/40°
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Neige
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Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
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Origine du papier : France
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
0,6 m/22º
-10/0°
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IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Bordeaux
Montpellier
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Dijon
Nantes
Lyon
0,6 m/18º
Strasbourg
Brest
Orléans
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Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
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0,3 m/16º
Brest
IP 04 91 27 01 16
Lille
0,3 m/17º
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1BS ("²5"/
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
MARDI 25
Lille
2
III
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Les conditions restent anticycloniques,
avec un vent qui faiblit au nord de la Loire,
tandis que plus au sud, la sensation de froid
s'en trouve accentuée.
L’APRÈS-MIDI Le soleil brille quasiment
partout mais il fait parfois frais dans les
zones ombragées, notamment au Nord, en
raison du vent qui reste sensible. Le ressenti
est plus chaud dans le Sud-Est.
0,3 m/17º
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
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Boissieu - CS 41717
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1
I
VIII
TMC
21h00. Ôtez-moi d’un doute.
Comédie dramatique. Avec
François Damiens, Cécile
de France. 22h45. Tchi tcha.
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Alain de Boissieu
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
IDÉES/
PMA: appel
pour un plan
fertilité
Traiter l’infertilité
des femmes est
un devoir médical,
des décisions
urgentes doivent
être prises, alors
que l’avis du Conseil
national d’éthique
doit être rendu ce
mardi 25 septembre.
A
lors que les annonces successives de l’ordre des médecins puis des évêques
de France promettent une nouvelle bataille pour les évolutions
des lois de bioéthique sur la procréation médicalement assistée
(PMA), il nous apparaît urgent de
nous poser les bonnes questions.
Depuis quarante ans, la PMA est
un combat permanent entre les
progrès scientifiques et les limites éthiques acceptables. Ces dernières doivent être uniquement
basées sur la non-commercialisation du corps humain, la non-utilisation de l’autre à son profit et
sur le caractère moralement délétère ou non pour les acteurs de
telles ou telles pratiques médicales. Or, actuellement, les éven-
Par
DR
RENÉ FRYDMAN
Gynécologue,
membre
des Gracques,
DR
ALAIN HOUPERT
Sénateur de la
Côte-d’Or,
médecin
radiologue
DR
ET CHRISTIAN
HERVÉ
Président de
l’Académie d’éthique, médecine
et politiques
publiques
tuelles évolutions de la loi sont
parasitées par des détracteurs qui
font bifurquer le débat de la PMA
vers celui de la gestation pour
autrui (GPA), à laquelle nous
nous opposons sans réserve pour
les raisons citées plus haut.
Notre combat est tout autre: il est
celui de la lutte contre l’infertilité.
Les arguments des opposants à la
PMA se sont déjà fait entendre
il y a plus de quarante ans, lors de
la naissance d’Amandine, le premier «bébé-éprouvette» né en
France. Or, depuis ce temps,
il n’y a eu aucune dérive dans le
domaine de la reproduction humaine puisque cette discipline
est encadrée sur le plan légal,
technique et éthique. Non, aucun
abus, mais des désirs d’enfants
venus s’incarner auprès de parents aimants. Notre objectif est
clair: lutter contre l’infertilité afin
d’offrir aux patientes de meilleurs
résultats cliniques. Nous voyons
plusieurs actions à mener dans ce
combat qui pourrait s’incarner au
niveau national dans un «plan
fertilité» que nous appelons de
nos vœux. Les nouveaux visages
de la société imposent une réflexion urgente afin que la PMA
soit en adéquation avec notre
temps. Des décisions doivent être
prises dès maintenant.
C’est aujourd’hui qu’il faut donner des moyens à une information rigoureuse et accessible sur
les causes de l’infertilité due à
l’environnement : tabac, polluants, comportements alimentaires… C’est aujourd’hui qu’il
faut médiatiser des campagnes
d’information sur l’infertilité liée
à l’âge féminin, avec une information systématique par la Sécurité sociale passé 30 ans… C’est
aujourd’hui qu’il faut donner les
moyens à la recherche sur la reproduction, alléger les procédures administratives et favoriser ce
champ d’investigation en empêchant le blocage systématique
par des lobbys idéologiques…
C’est aujourd’hui qu’il faut élargir
le recours à l’analyse génétique
de l’embryon dans toute situation problématique (âge, fausse
couche, absence d’implantation).
Envisagé comme un allié des
couples et des équipes médica-
les, cet examen permettrait une
meilleure compréhension d’une
donnée qui demeure encore mystérieuse : pourquoi 60 % des embryons ne deviendront jamais
des nouveau-nés ?
C’est aujourd’hui qu’il faut autoriser l’autoconservation des ovocytes. Aucun argument de fond
ne s’oppose à ce principe de conservation des gamètes, par
ailleurs réalisable chez l’homme
mais uniquement dans un processus de «double peine» pour la
femme : celle-ci ne peut y prétendre que si elle a un cancer ou une
autre maladie altérant sa fertilité,
ou si elle accepte un don d’ovocytes. Dans tous les autres cas, elle
est interdite. Ne faut-il pas plutôt
envisager l’autoconservation des
ovocytes comme un libre choix
des femmes de repousser la date
d’une maternité tout en conservant le meilleur de leur potentiel
de reproduction ? Les modalités
peuvent être discutées, le principe non. De plus, c’est faire abstraction d’une réalité : moyennant quelques milliers d’euros,
des Françaises passent déjà la
frontière et font conserver leurs
ovocytes en Espagne ou en Angleterre… Cette clandestinité
– tout comme les arguments des
opposants à la PMA – rappelle les
heures douloureuses d’avant la
légalisation de l’IVG, et ressemble avant tout à une atteinte aux
droits des femmes à disposer de
leurs corps et d’être maîtresses de
leurs choix de vie.
C’est aujourd’hui qu’il faut promouvoir le don de gamètes en
France en élargissant le nombre
de centres publics (trop peu nombreux) et privés (actuellement exclus de cette procédure, bien que
non commerciale) qui souhaitent
s’impliquer dans ce programme
et en autorisant une large information sur le don, actuellement
réduite à une unique campagne
annuelle. Il faut mettre un terme
à un «tourisme du bébé» lucratif à
l’étranger pour le don de gamètes
que la Sécurité sociale française
rembourse en partie, alors que
cette procédure est interdite sur
ce mode en France. Juge-t-on la
médecine française incapable de
suivre les patientes dans le cadre
habituel de tout acte médical ?
C’est surtout aujourd’hui qu’il
faut s’attaquer au problème de
l’anonymat du don, a fortiori, si le
gouvernement propose une
ouverture de la PMA aux femmes
seules, procédure qui doit être
médicalement et psychologiquement accompagnée comme le
font certains collègues à l’étranger. Arrêtons les hypocrisies et les
faux-semblants de la parentalité
dans le cadre du don anonyme
imposé. Ceci a fait son temps, la
revendication du droit aux origines et le modèle anglo-saxon doit
L'ŒIL DE WILLEM
nous faire étudier la levée de
l’anonymat dans un système où
la volonté du père, de la mère, de
l’enfant et donneur·euse serait
respectée.
Ce que nous voulons, c’est un débat serein, des lois cohérentes et
un dispositif efficace pour offrir
aux femmes les meilleures chances de concevoir. Traiter l’infertilité est un devoir médical, satisfaire les désirs tant qu’ils
n’empiètent pas sur les libertés
individuelles est un axe démocratique. Est-ce à dire qu’il y a un
«droit à l’enfant»? Non! C’est
pourquoi nous proposons –sauf
cas particuliers– une participation financière progressive de
chacun à la réalisation d’une
PMA, afin de constituer un fonds
public de recherche dédié à cet
objectif dans le cadre d’un plan
national de lutte contre l’infertilité. Le problème majeur est
d’améliorer les résultats dans
notre pays et de faire une offre de
soins la plus performante possible. Sinon, à quoi servirait une répétition ou une extension sociétale en faveur d’une procédure
qui reste en deçà des espoirs de
réussite? Se donner les meilleures
chances dans le domaine de la
reproduction humaine n’est pas
jouer aux apprentis sorciers ni
défier la nature, mais voir s’épanouir des enfants fruits d’un réel
désir de donner la vie. •
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
ÉCONOMIQUES
Par
ANNE-LAURE DELATTE CNRS
Les filiales bancaires,
pilier de l’évasion fiscale
Les banques européennes tissent un réseau dans
tous les paradis fiscaux, des Caraïbes à l’Europe,
jusqu’à l’Asie. Une étude récente dévoile
ces paradisiaques activités.
L
a banque en face de chez moi
a été taguée la nuit dernière:
«Evasion fiscale : pas de ça
avec notre argent». Il y en avait partout, en travers du distributeur et
sur toutes les vitrines de la banque.
En noir, typo brouillon, pas très
déco… mais très efficace pour les
réseaux sociaux! Or, au village global, sans prétention, les banques
ont déjà mauvaise réputation.
Deux chercheurs se sont penchés
sur l’effet qu’un scandale d’évasion
fiscale peut avoir sur la valeur boursière de grandes banques (1). Ils ont
pris le cas du leak LGT, un transfert
de fichiers clients de la banque LGT
du Liechtenstein aux autorités fiscales de différents pays par un exinformaticien, Heinrich Kieber.
Cette fuite est devenue publique
le 14 février quand la police alle-
mande a fait une perquisition et a
retenu des charges d’évasion fiscale
contre le directeur général de
Deutsche Post (happy Valentine au
fait). Il est vite devenu évident que
d’autres clients allemands de la
banque LGT allaient tomber. Les
deux chercheurs ont détecté une
chute des dépôts bancaires étrangers dans certains paradis fiscaux
suite à la fuite des fichiers clients.
Autrement dit, des fonds cachés
dans les paradis fiscaux ont été déplacés… La même année, le gouvernement américain, qui avait commencé à enquêter sur les activités
de plus de 80 banques suisses spécialisées en gestion de fortune, a
réussi à faire admettre à la majorité
d’entre elles qu’elles facilitaient
l’évasion fiscale de leurs clients.
Aussi, les deux chercheurs se sont
demandé si les fuites sur les clients
de la banque du Liechtenstein
n’avaient pas aussi affecté les mouvements boursiers des banques
suisses impliquées dans l’évasion
fiscale. C’est bien le cas: leurs estimations confirment une baisse de
rendement des actions de ces banques, juste après la fuite, toutes
choses égales par ailleurs.
Autrement dit, les investisseurs
ont anticipé une baisse des revenus à venir pour les banques facilitant l’évasion fiscale de clients fortunés, ce qui a dévalorisé le prix de
leurs actions. Pas mal ! Les banques qui opèrent dans les paradis
fiscaux ne peuvent plus le faire en
toute impunité. Ça tombe bien,
l’Union européenne est la pre-
RÉ/JOUISSANCES
Par
La marche blanche
Mais pourquoi donc les mâles français s’acharnent-ils à porter
des Stan Smith ou autres baskets blanchâtres ? Besoin de
purification, désir d’insignifiance ou envie d’accélération ?
L
Le pas de la colombe
Il est assez étonnant de voir le goudron
ébène des rues se peupler de prothèses palmées à la pâleur de colombes. Il est né le
divin chausson à l’innocence enfarinée.
Il est mort le godillot ferré qui traînait à ses
mière à exiger de ces banques une
information publique sur leur présence commerciale à l’étranger. On
peut désormais connaître le chiffre
d’affaires et les profits des grandes
banques européennes partout où
elles ont une filiale, partout et
donc dans les paradis fiscaux.
Avec deux autres chercheurs, nous
avons collecté à la main les données des plus grandes banques
européennes à partir de leurs rapports financiers annuels. Nous
avons ainsi reconstitué leur présence commerciale partout dans le
monde depuis le passage de la réglementation en 2015. En tout,
notre échantillon de 37 banques
«systémiques» sont présentes dans
138 pays dont 30 paradis fiscaux.
Alors que les paradis fiscaux représentent 1% de la population et 2%
du PIB de notre échantillon, les
banques y déclarent 18 % de leur
chiffre d’affaires et près d’un tiers
de leur profit enregistré à l’étranger. On s’est dit qu’il y avait matière
à creuser.
Certains paradis fiscaux sont de
petites îles des Caraïbes loin de
l’Europe où il y a peu de raison objective d’ouvrir une filiale (SainteLucie, Saint-Vincent les Grenadines); mais d’autres paradis comme
Singapour ou Hongkong sont de
grands hubs financiers, ou bien ils
sont au cœur de l’Europe comme
le Luxembourg. Autrement dit,
une banque peut ouvrir une filiale
dans un paradis fiscal pour d’autres raisons que pour faciliter l’évasion fiscale de ses clients. Pour en
de hiérarchie sociale cravatée ni de bleu de
travail, de friday wear ni d’obligation de se
mettre sur son trente-et-un. Il n’y a plus que
de la coolitude qui confinerait à l’hébétude,
si ce n’était ce marqueur céleste qui repeint
à la chaux tout distinguo et qui élève l’âme
très au-dessus du macadam.
L’angélisme au petit pied
LUC LE VAILLANT
es petons des générations garçonnes
se font le pied beau en chaussant des
tennis d’antan, qu’ils nomment «baskets». Surtout, ils se refont une virginité en
choisissant le blanc de blanc comme couleur
fétiche. Depuis quatre, cinq ans, ça prolifère,
et cela commence à se voir comme le gros
orteil au milieu de la figure.
Quand un mouvement de mode persévère,
on en fait vite un fait de société, de façon
parfois exagérée. Mais, je ne vais pas me gêner pour dénouer les lacets de cette mythologie quotidienne, que je connais d’autant
mieux que je n’y sacrifie jamais.
u 23
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semelles la glaise du terroir et la tourbe des
labours. Il roule sur la jante le mocassin à
gland des bourgeoisies distinguées à l’heure
où la tenue n’en a plus beaucoup. Elles sont
fracassées du bulbe les Dr Martens rockeuses et les santiags des cow-boys quand les
tribus d’Amérique et d’ailleurs sont de la nique. Même la tong du surfeur, mal climatisée, ne peut en remontrer à la tennis qui
est cour(t) et jardin, d’hiver comme d’été et
qui dispense les premiers secours aux apprentis dandys. Cette démocrate se porte
même avec costume, ce qui n’était pas la
coutume.
Les hommes d’aujourd’hui, catégorie indéfinie et engeance indéterminée, standardisent leur élégance tout en la décontractant. Ils l’idéalisent égalitaire (tu parles!) en
mettant les deux pieds dans le même sabot
qu’ils passent au Typex. Le monde de la sape
postindustrielle en témoigne : il n’y a plus
Le port de Stan Smith et autres cloneries
immaculées témoignent du désir de pureté
retrouvé du premier sexe destitué. L’angélisme masculin se démontre en mettant un
pied devant l’autre, et puis en recommençant. Dans la troupe, il n’y a pas de jambes
de bois mais des péripatéticiens, bibelots
abolis réduits à leurs dernières extrémités.
Ces hommes cochons sortis de leurs auges
se chaussent blafard pour éviter les souillures de ce bas monde, particules fines du
diesel mortel comme crottes de chiens non
ramassées par les animalistes qui tiennent
à saloper le bétonnage urbain.
L’idée de ces marcheurs sur des œufs est de
ne pas faire d’omelette. Il s’agit de ne pas
laisser d’empreinte charbonnée, de ne pas
piétiner les plates-bandes de la planète et,
surtout, de se dispenser d’écraser les ballerines non consentantes. L’ennui, c’est que
cette propreté exhibée s’avère vite très salissante. Bientôt, ces bonnes intentions javellisées ont les ongles en deuil et virent au grisâtre, au jaunâtre, au saumâtre. Un peu
comme les Repetto neigeuses de Gainsbourg
portaient vite une barbe de trois jours.
Les accélérés immobiles
Pas du tout coquelicots, ces croquenots
éthérés sont aussi les sandales ailées de
l’Hermès actuel que chacun est tenu de
tenir compte, nous avons estimé ce
que devrait être le chiffre d’affaires
de chaque banque de l’échantillon
dans chaque juridiction. Et avons
cherché les anomalies, c’est-à-dire
des juridictions où les banques
sont beaucoup plus présentes
qu’elles ne devraient l’être.
Nos résultats indiquent qu’il y a
beaucoup d’anomalies et elles sont
toutes concentrées dans les paradis
fiscaux ! En moyenne, les filiales
bancaires y enregistrent trois fois
plus de chiffre d’affaires que les
prédictions du modèle. Pas de
doute, les banques sont des piliers
de l’évasion fiscale. Mais le plus intéressant dans tout ça, c’est que
toutes les banques n’agissent pas
du tout de la même manière. Pour
en revenir sur l’effet réputation,
il y en a des bien plus fautives que
d’autres. Pour savoir lesquelles et
où elles opèrent, rendez-vous aux
figures 1 et 2 de notre papier (2). •
(1) Niels Johannesen and Tim Stolper
(2017), «The Deterrence Effect of Whistleblowing: An Event Study of Leaked Customer Information From Banks in Tax Havens», Cesifo Working Paper.
(2) Vincent Bouvatier, Gunther CapelleBlancard et Anne-Laure Delatte (2018).
«Banks Defy Gravity in Tax Havens», document de travail CEPII :
http://www.cepii.fr/BLOG/bi/post.asp?IDcommunique=610
Cette chronique est assurée en alternance
par Anne-Laure Delatte, Ioana Marinescu,
Bruno Amable et Pierre-Yves Geoffard.
devenir. Internet aidant, né-chaussé comme
va-nu-pieds, on est le messager de la seule
divinité qui vaille : soi-même. Inutile de
s’imaginer insurgé inconnu aux ailes furtives, la géolocalisation retrouvera la trace
du moindre pas de côté. Alors, pourquoi
songer au camouflage? Autant lever le pied
et afficher la couleur, celle de la reddition
et de son drapeau qui est aussi celle de
l’iPhone originel.
Vecteur d’une communication aussi
cocaïnée que lactée, le porteur de baskets
blêmes est le fils de Paul Virilio et de Zygmut
Bauman. Il est dans l’accélération immobile
quand il monte sur sa trottinette turbo-compressée ou quand, derrière son écran, il continue à surfer l’univers en battant la cadence
de son soulier caoutchouté. Et il est aussi
pointure indéterminée, au large dans ses
pompes liquéfiées, qui irait brasser à perdpied dans l’océan numérique.
Les marcheurs à l’ombre
Stan Smith était un tennisman des années 70 qui n’avait rien d’un génie colérique
à la McEnroe, d’un faux rebelle fluo à la
Agassi ou d’une irascible à la Williams.
C’était un grand type sympathique et conformiste, au talent sans excès, qui s’habillait
propre et convenu. Adidas a fait de son patronyme une marque vénérée par les rappeurs d’IAM et revampée par Pharrell
William.
Au-delà de ces appropriations à royalties
augmentées, c’est à se demander si les mâles
français, qui ont choisi de marcher à l’ombre
et de se faire une pédicure chantilly, ne regrettent pas tout simplement l’insignifiance
d’un temps où les crocodiles étaient verts et
les trois bandes bien marquées. •
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
Quand le rire devient une norme absolue et un destin commun, l’insouciance tourne vite à l’inquiétude. PHOTO MICHEL CAVALCA
Par
ÈVE BEAUVALLET
Envoyée spéciale à Lyon
«S
i vous n’arrêtez pas de rire, vous
allez en mourir !» avait pourtant
prévenu le juge DeMort dans Qui
veut la peau de Roger Rabbit (1988), de Robert
Zemeckis. En vain : sa patrouille de fouines
mercenaires ne survivra pas à l’intense surpression pulmonaire entraînée par les fous
rires. Le mécanisme physiologique aurait
également emporté, au IIIe siècle avant J.-C.,
le philosophe stoïcien Chrysippe de Soles, et
c’est aujourd’hui la fin qui semble guetter la
petite communauté de rieurs réunie par le
chorégraphe Alessandro Sciarroni sur le plateau d’Augusto. Mourir de rire, du moins au
sens métaphorique, ici. Prisonniers d’une mécanique implacable qui les fait s’esclaffer d’un
moindre mouvement de tête, les danseurs
donnent en effet l’impression funeste que
quelque chose de l’humanité finit par se perdre. On ne s’étonne donc pas, en ouvrant le
dossier de présentation de cette nouvelle
création présentée à la Biennale de la danse
de Lyon (1) avant une tournée internationale,
de trouver en illustration l’image de plusieurs
crânes humains. Les corps tout en vitalité
d’Augusto ont beau se déployer dans une
blancheur céleste et des vêtements juvéniles,
la pièce n’en reste pas moins une vanité.
STRUCTURES RÉPÉTITIVES
Evidemment, un chorégraphe qui travaille sur
le rire, ça interpelle. Sur scène, généralement,
le rire est toujours l’effet collatéral d’un discours mais rarement le discours lui-même.
Depuis quelques années cependant, il est l’objet de plusieurs traités chorégraphiques, certains aux frontières de l’anthropologie,
d’autres du pamphlet politique. Dans
Rire (2009), la performeuse Antonia Baehr interprétait seule devant son pupitre un récital
Biennale de Lyon
«Augusto» enfonce
le clown
En vogue chez les chorégraphes, le motif du rire inspire
la nouvelle création de l’Italien Alessandro Sciarroni.
Dans cette inquiétante étude métaphysique, il imagine une
communauté de danseurs prisonniers d’une hilarité générale.
de rires constitué d’une multitude de partitions, et débarrassait ainsi cette émotion de
toutes ses interprétations éthique, psychanalytique ou philosophique. Quelques années
plus tard, en 2014, la chorégraphe Lisbeth
Gruwez explorait dans Ah/Ha le langage du
corps en train de rire, ou venant juste de rire.
Avant cela déjà, Maguy Marin, reprenant à son
compte la vieille antienne du rire comme di-
vertissement (détourner l’attention), le moralisait dans Ha! Ha! en 2006: un groupe s’esclaffait en cascade pendant qu’en arrière-plan,
dans l’ombre, des corps s’effondraient au sol.
Quant à Alessandro Sciarroni, on s’attendait
à ce qu’il explore les différents faciès et corps
du rire méchant, celui qui déforme les visages
et fabrique des monstres. Pour plusieurs raisons: parce que le titre choisi par le chorégra-
phe vient du théâtre et non de la danse, pour
un précédent travail mené avec des ados sur
le rire, Frankenstein. Aussi parce que sa nouvelle création émane d’une étude sur le
clown : Sciarroni a choisi le titre Augusto en
référence à Federico Fellini qui, à l’occasion
de son film les Clowns (1970), décrivait
l’Auguste comme un clown effrontément provocateur, qui ne cesse de moquer et de désta-
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
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CULTURE/
biliser le clown blanc, hiératique et pondéré, son
exact contrepoint. Alors, non seulement on s’attendait à ce qu’il plonge dans la palette la plus
baroque du rire, mais aussi à ce qu’il nous émerveille avec. En effet, l’Italien est l’auteur de très
belles pièces (dont le sublime Chroma, créé pour
le ballet de Lyon, qu’on désespère de voir tourner
un jour) et excelle à appliquer à des objets fantasques ou pratiques populaires (danses folkloriques bavaroises, jonglage, sport) des structures
répétitives très rigides (Chroma est tout entier
sur l’action de tourner). Résultat, on était hors
sujet sur tous les plans et, partant de là, déçu.
Dans Augusto, les danseurs s’esclaffent tous de
la même façon et toujours de la même façon. Ce
qui finit par être lassant à regarder mais plutôt
intéressant au vu du projet –lequel pose moins
la question de «comment rit-on?» que «de quoi
rit-on ?».
COUR DE RÉCRÉATION
Ça commence donc joliment, à une échelle métaphysique, avec un petit système solaire qui se
forme progressivement, dans lequel courent les
danseurs autour d’orbites variées. Ils courent en
riant, comme tous les hommes du monde entier
l’ont toujours fait, mais eux sont de jeunes adultes urbains d’aujourd’hui: ils s’habillent en jeans
bleus et en sneakers blanches, selon les préceptes
des publicités Gap. Donc ils courent, sur un plateau blanc presque aveuglant, et cette cavalcade
insouciante fait ressurgir les fantômes des comédies champêtres à la Rohmer, faites de jeunes
gens en fleurs presque sidérés par leur propre
joie, se tenant les mains comme les enfants dans
une cour de récréation, pour jouer au tourniquet
– rappelons-nous : quand on tourne si vite que
le paysage autour se déforme et qu’il n’y a plus
qu’à crier en riant et en fermant les yeux. On reverrait Augusto ne serait-ce que pour ce moment
de candeur extraordinaire, déployée sur la musique électronique de Yes Sœur ! L’insouciance,
donc, et très vite l’inquiétude.
Peu à peu, en effet, le rire ici devient une norme
absolue et un destin commun. Aucune autre
émotion n’a la place d’émerger sur le plateau. Et
évidemment, quand tout fait rire, plus rien n’est
drôle. C’est là tout l’intérêt de la pièce, même si
son écriture nous a semblé trop paresseuse: lorsque sur scène un individu quitte l’unisson hilare
pour entrer dans la contemplation, la tristesse
ou la colère, le groupe est toujours là pour rattraper la brebis galeuse et la contaminer à nouveau.
Ce qui pousserait sûrement le clan des Alain Finkielkraut et Fabrice Luchini (puisqu’ils lisent à
n’en pas douter Libé, on les incite à réserver) à
interpréter Augusto comme une charge contre
le «totalitarisme» du rire, le «politiquement ricanant», drame de l’époque pour eux qui voient
dans la dérision systématique l’alpha et l’oméga
de la communication contemporaine. Ils
n’auraient pas tort, même si Augusto a l’intelligence de décoller de l’actualité pour viser le tragique, aux portes duquel on reste assis, malheureusement, un peu trop sagement. •
Maguy Marin, plat de résistances
Avec «Ligne de crête», la
chorégraphe fustige la
société de consommation
dans une écriture moins
poétique et plus directement
lisible, au risque
d’accumuler les évidences.
E
n regard de la fureur révolutionnaire qui anime de plus en plus Maguy Marin, les claps-claps entendus
dans le public à la fin de sa pièce Ligne de
crête présentée à la Biennale de la danse
de Lyon sonnaient bien mollassons. On
était loin en tout cas des batailles d’Hernani entre fans et détracteurs qui furent
souvent le lot des créations de la grande
chorégraphe française. Cette fois, juste un
peu d’embarras et pas mal de bâillements.
Justice nulle part? Pendant de longues années, Maguy Marin créait de grandes pièces politiques. Elles l’étaient moins par
leur sujet que par leur forme. Il n’y a pas si
longtemps, ses œuvres opéraient encore
dans une langue rare, qui n’était pas celle
des éditos ou des tracts militants, mais elles avaient pourtant le super-pouvoir
d’imprimer plus profondément leurs messages en nous.
Golden boys. Seulement voilà, depuis,
il y eut une déferlante de crises –crise des
subprimes, crise européenne, crise de l’accueil des réfugiés – et la citoyenne
écœurée qu’est Maguy Marin (là, on la
comprend) a bien dû faire le constat (là, on
ne comprend pas): qu’elle qu’ait été la va-
leur poétique de ses chorégraphies Description d’un combat (2009) et Umwelt (2004) –parmi les chefs-d’œuvre des
années 2000– la danse contemporaine n’a
pas réussi à enrayer la montée des populismes ou le cynisme des grands groupes industriels à la botte du néolibéralisme. La
chorégraphe a donc choisi de changer de
stratégie. Puisque les armes utilisées jusqu’ici – l’implicite, le détour métaphorique, bref la poésie– ont failli dans ce combat, le moment est venu d’envoyer le
bouzin. Pour parler de la robotisation des
corps, de la rationalisation de la vie, et des
moyens de résistance au désir marchand
– c’est l’enjeu de Ligne de crête –, on n’a
qu’à utiliser une bande-son faite de bruits
de photocopieuse, des costumes de golden
boys et girls des années 80 aliénés par la
vie d’entreprise, et des danseurs dont les
corps finissent par buguer, comme se
grippe une mécanique. Les signes sont
peut-être un peu fatigués, mais au moins
le message est plus clair.
Bien sûr, Maguy Marin ne s’est pas non
plus transformée en sous-Michael Moore
de la danse et l’on retrouve dans Ligne de
crête ses règles de grammaire qu’on aime
tant. Par exemple, un goût pour l’unité de
temps et pour l’action unique. Les danseurs, ici, n’ont qu’une seule tâche à accomplir durant l’heure du spectacle: remplir l’open space vide, divisé en plusieurs
petits box, d’objets de décoration, de consommation divers, jusqu’à ce que l’amoncellement sature l’espace et le fasse dysfonctionner. Et l’image de résistance est
belle; seulement, comme elle est parasitée
par des détails franchement littéraux,
vient l’étrange impression que le spectacle
est une sorte d’Umwelt remixé par un militant de La France insoumise. Précisément,
on n’est pas loin. Car la pièce émerge des
lectures que Maguy Marin a faites des textes du sociologue et économiste de Nuit
Debout, Frédéric Lordon, sur l’art engagé.
Art engagé qui, après avoir reçu bien des
faveurs dans la seconde moitié du XXe siècle, serait devenu une étiquette «risible»
à défendre (de notre côté, on a pourtant
l’impression que l’impact social des
œuvres est aujourd’hui la première condition de leur soutien institutionnel).
Transmission. Tout en concédant que
l’art n’a pas forcément pour finalité de véhiculer des idées, la chorégraphe déplore
donc pourtant qu’il ne mette pas davantage son pouvoir d’«affecter» au service
des «choses qui doivent être dites». On ne
déplore pas le contenu du message, simplement le choix du canal de transmission. Disons que les images plus troubles
que Maguy Marin créait jusqu’alors nous
semblaient justement bien rares, et bien
précieuses à sauvegarder à l’heure de ce
néolibéralisme qui leur laisse si peu de
place. Là était justement une «résistance»
plus effective.
E.B. (à Lyon)
LIGNE DE CRÊTE chor. MAGUY MARIN
Du 25 septembre au 6 octobre
au Théâtre des Abbesses/Théâtre de la
Ville, 75018. Puis du 12 au 14 octobre au
Théâtre Gérard-Philipe, Saint-Denis (93).
La 18e édition de la Biennale de la danse de Lyon
se déroule jusqu’au 30 septembre.
AUGUSTO
chor. ALESSANDRO SCIARRONI
Actuellement en tournée.
Du 16 au 20 avril au CentQuatre, 75019.
Dans Ligne de crête, les corps des danseurs finissent par buguer tels des machines grippées. PHOTO CHRISTIAN GANET
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
CULTURE/
SCÈNES
Sylvain Creuzevault
et le collectif d’Ores
et Déjà revisitent le
roman de Dostoïevski
pour pointer les travers
de la société actuelle.
Festif et virulent.
d’être «un non-papa» face à son fils
enrôlé dans un groupe nihiliste terroriste. Ou encore du suicide prévu
«dans deux ans» pour prouver à tous
que Dieu n’existe pas, comme ultime acte de liberté, dit Kirilova (Valérie Dréville, démente) qui dévore
énergiquement du poulet dans un
fauteuil roulant tout en terrorisant
le public. Et «ce grand suicidaire
qu’est Jésus». De quoi parlent-ils
donc? D’aujourd’hui, et de tous les
«démonillons» qui s’accumulent
dans nos corps tandis que le paysan
n’en peut plus de répandre du
glyphosate pour rembourser son
crédit. Il y a peu d’anachronisme,
cependant, car le roman de
Dostoïevski, dans sa traduction par
André Markowicz, plonge absolument dans notre présent. Sylvain
Creuzevault s’attache en particulier
au parcours de Chatov (Arthur
Igual), le plus déchiré d’entre tous,
et l’une des scènes extraordinaires
est l’accouchement sur scène de sa
femme, Maria (Amandine Pudlo)
enceinte d’un autre, et de leur réconciliation lorsque l’enfant paraît.
L’hyperréalisme est insensé. La
grossesse n’est pas mimée par un
gros ventre postiche, mais par un
fœtus accroché au ventre.
Q
uoi ? Encore une fête ? Des
acteurs qui boivent du
champagne au goulot, des
coupes et bouteilles tendues aux
spectateurs –plutôt des premières
rangées – avec l’injonction de les
«faire circuler» et de «s’amuser». Et
pourquoi pas ? Pourquoi refuserait-on le champagne au motif que
beaucoup de spectacles montés par
des «jeunes» metteurs en scène
ouvrent leur pièce par une fête en
incluant le public, faisant mine qu’il
n’y a pas de début ni de fin, que les
spectateurs entrent dans la salle in
media res, comme si la représentation de la vie était la vie même, qui
ne commence ni ne s’arrête au motif qu’on s’assoit ou qu’on se lève
d’un siège quatre heures plus tard,
applaudissements compris ?
Quoi? Encore des mises en garde?
La crainte que le public soit perdu,
des précautions d’usage, des «vous
allez voir, c’est très fluide, ça passera
mieux avec une coupe de champagne» et la distribution de feuilles
«anti-panique», au cas où l’on s’égarerait dans le labyrinthe de l’intrigue, des noms russes, et du canevas
signé en grande partie par Fédor
Dostoïevski ?
Les acteurs n’ont pas tort, cette treizième création de Sylvain Creuzevault – et première dont il assume
la mise en scène sans préciser
qu’elle est une œuvre collective –
n’est effectivement pas un long
fleuve tranquille, un récit linéaire
qu’on suivrait en rêvassant, certain
de retomber sur nos pieds si on rate
des épisodes. Ou plutôt oui: on y retombe tout le temps, sur nos pieds,
car à moins de connaître le texte de
Dostoïevski –plus de mille pages–
sur le bout des doigts, on ne peut
pas deviner quels chemins de traverse le metteur en scène et les acteurs prennent à travers la forêt du
roman, ce qu’ils élaguent, dans
quelles clairières ils s’arrêtent, quels
petits cailloux ils sèment.
Eloquence. Donc on se perd et on
les ramasse, les cailloux, on flashe
sur des fragments, des tableaux
qu’on isole, on s’accroche aux balises que sont nos propres références,
et surtout à l’incroyable force qui
traverse la scénographie et le corps
des acteurs –citons les tous, Nicolas
Bouchaud, Valérie Dréville, Vladislav Galard, Michèle Goddet, Arthur
Igual, Sava Lolov, Léo-Antonin Luti-
Glaçon. Le spectacle s’est ouvert
La pièce parle de la nécessité d’une révolution et du besoin de retrouver la foi. PHOTO DR
«Les Démons», kermesse
pour le temps présent
nier, Frédéric Noaille, Amandine
Pudlo, Blanche Ripoche, AnneLaure Tondu.
Quelques spectateurs sont installés
au côté des acteurs sur le plateau,
sur des chaises d’école. Ils sont en
vue, les néons éclairent la salle et la
scène quasi constamment. D’autres
chaises leur font face, où une
étrange femme tout en béquille et
blessure les attend, c’est Maria Lebiadkine, la sœur malade épousée
sans être aimée. Des bâches en plas-
tique tombent brusquement pour
remonter et laisser voir la profondeur d’une forêt. Bien utile, les bâches et les imperméables blancs qui
«habillent» certains acteurs, car il
pleut beaucoup dans cette pièce où
les éléments –le feu tout autant que
l’eau – ne cessent de se déchaîner,
marque de la main de l’humain et
non de Dieu.
Comme dans les précédents spectacles de Sylvain Creuzevault, les personnages défendent leur position
avec autant d’urgence que si leur vie
en dépendait –il est plus facile, prétend l’un d’eux, de couper une tête
que d’avoir une idée. Et le spectateur prend d’abord en pleine face
leur éloquence et leurs convictions
traversées de doutes. De quoi parlent-ils jusqu’à en mourir? Rien de
moins que de la nécessité d’une révolution et du besoin impérieux de
retrouver la foi, quand la croyance
en un monde nouveau s’est perdue.
De la paternité et de la sensation
sur Sympathy for the Devil des Stones. Il fait entendre aussi l’Ave Maria de Rachmaninov en son milieu.
Et durant toute la deuxième partie
de la pièce, c’est un glaçon en forme
de croix orthodoxe, suspendu au
cintre, qui dégouline. A-t-on eu besoin de se saisir des feuilles anti-panique? Non, tant on se laisse captiver par une action qui pourtant
dépasse sans cesse le spectateur
non exégète.
C’est la première fois que Sylvain
Creuzevault et le collectif d’Ores et
Déjà, qui loge aujourd’hui près du
plateau de Millevaches, dans le Limousin, s’attellent à un texte
préexistant. C’est aussi la première
fois que d’autres acteurs et pas les
moindres –Valérie Dreville, Nicolas
Bouchaud– s’adjoignent au collectif. Les répétitions ont duré moins
longtemps que d’habitude – trois
mois avec des interruptions pour
écrire et prendre du recul. Dans le
Limousin, le collectif exerce à peu
près tous les corps de métier. La
mairie lui a donné d’anciens abattoirs qu’il retape pour les transformer en théâtre.
ANNE DIATKINE
LES DÉMONS d’après le roman de
FÉDOR DOSTOÏEVSKI m.s. Sylvain
Creuzevault. Odéon-Théâtre de
l’Europe/Ateliers Berthier, 75017.
Jusqu’au 21 octobre. Dans le cadre
du festival d’Automne.
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Laurent Sauvage,
un «Père» en manques
Sobre et intense en
agriculteur ruiné,
le comédien excelle
dans la pièce mise
en scène par Julien
Gosselin et adaptée
du roman de
Stéphanie Chaillou.
C’
est une obscurité
d’autant plus rare
dans une salle de
spectacle, donc un lieu public, qu’elle se révèle totalement impénétrable. Jusqu’à
tricher, pour la bonne cause
artistique en déduit-on, avec
les consignes de sécurité
obligeant à indiquer au
moins les issues de secours.
Inexistantes, de par le fait.
Comme si la scène n’était
plus qu’un catafalque ayant
englouti celles et ceux qui
auraient eu l’imprudence ou
la témérité de s’y aventurer.
Plusieurs minutes durant,
rien d’autre n’émane de cette
fascinante opacité que la voix
nue d’un homme qui troue
les ténèbres. Dans une langue simple, d’autant plus
tranchante que dénuée de
circonlocutions, le quidam
raconte sa descente aux enfers. Petit paysan, il a senti la
terre se dérober sous ses
pieds le jour où, crucifié par
les dettes et victime collatérale de la politique agricole
commune, il n’a plus été en
mesure de subvenir à ses
besoins, même modestes.
Sentiment d’humiliation,
d’injustice, de colère, d’impuissance… «Vous continuez
de vous débattre et d’avoir
mal»… «Je voudrais que mes
enfants ne comprennent pas
de quoi je parle»… Lui, le
chargé de famille besogneux,
biberonné aux valeurs judéochrétiennes («Dieu, honnêteté, travail»), n’a plus rien.
N’est plus rien. Et le dit, sans
chercher l’esclandre, avec ce
qui lui reste de digne lucidité
pour ne pas sombrer dans
l’exhibitionnisme geignard.
Lamento. Long monologue
à la première personne, le
texte provient de l’Homme
incertain, premier roman de
Stéphanie Chaillou – ont
suivi depuis Alice ou le Choix
des armes et le Bruit du
monde. Tombé dessus par
hasard et aussitôt happé, Julien Gosselin décide d’en
faire une adaptation théâtrale, quelques mois seulement après la parution du roman, début 2015. Celle-ci,
créée au Théâtre national de
Toulouse, ne sera jouée
qu’une douzaine de fois. Puis
laissée de côté par le metteur
en scène, accaparé par la virtuosité de projets surdimensionnés qui le portent au pinacle, des onze heures du
2666 de Roberto Bolaño, aux
neuf heures de Joueurs,
Mao II et les Noms, de Don
DeLillo, présentées au dernier Festival d’Avignon.
Autant dire que les amateurs
de fresques pourront s’étonner de cette «petite» heure
solo, que Gosselin ne traite
pourtant pas avec désinvolture : lumières minutieuses
– de la lueur spectrale révélant la silhouette du mort-vivant dont on n’entendait que
le lamento, au clignotement
des tubes de néon scandant
Laurent Sauvage incarne les mots d’un paysan accablé de dettes. SIMON GOSSELIN
plus tard l’hallali –, bandeson post-rock (signée
Guillaume Bachelé) à plein
régime, mots projetés en
fond de scène, plateau ramené à un carré de verdure
peu ou prou aux dimensions
d’un ring.
«Détonateur». Et puis il y
a Laurent Sauvage, judicieusement sobre, que l’on découvre pour la première fois
seul face au public. Non qu’il
s’agisse d’un néophyte, au
contraire. Mais l’habitude
veut qu’on voie toujours celui
qui voulait «d’abord être acteur sans savoir pourquoi, ni
même ce qu’était le théâtre»,
au côté de Stanislas Nordey,
le frère d’armes, «détonateur» avec lequel il a déjà collaboré une trentaine de fois
et à qui il estime tout devoir
ou presque (ainsi qu’à sa
mère, Véronique Nordey).
Bluffé par le talent précoce
de Julien Gosselin, encore inconnu, Stanislas Nordey
avait parlé de lui à son comparse. Quelque temps plus
tard, les deux hommes se
croisent et s’entendent sur le
principe d’une collaboration.
Gosselin a déjà décollé dans
l’entrefaite avec les Particules
élémentaires. Mais l’idée fait
son chemin. «A l’inverse de
Stanislas, à qui la forme n’importe pas en premier lieu, Julien construit les choses techniquement en amont et a une
vision précise du spectacle,
observe le comédien. Mais
l’un comme l’autre rassurent,
accordent leur confiance et
privilégient une grande li-
berté dans le jeu. Le premier
jour, Julien a ainsi planté le
décor : “Va au plateau et dis
les choses comme tu les sens.”
Puis nous avons procédé aux
ajustements».
Trois ans plus tard, Laurent
Sauvage assure retrouver
avec délectation ce Père qui,
«haine, rejet et rêves mêlés»,
résume selon lui «rien moins
que nos vies, puisque nous
sommes tous passés par là».
GILLES RENAULT
LE PÈRE de STÉPHANIE
CHAILLOU m.s. Julien
Gosselin. MC93 Bobigny,
dans le cadre du festival
d’Automne à Paris.
Jusqu’au 29 septembre.
Rens. : www.mc93.com
Puis les 22 et 23 novembre à
Vandœuvre-lès-Nancy (54).
«Une maison de poupée», foyer de la révolte
Au Monfort, reprise
de la pièce d’Ibsen
librement adaptée par
Lorraine de Sagazan.
Une vision réactualisée
du couple où les rôles
sont inversés.
P
résentation PowerPoint,
trouble de la séduction homosexuelle, allusion au
mythomane criminel JeanClaude Romand… Les thèmes
abordés varient dans cet intérieur festif (normal, on est un
24 décembre, les cadeaux empaquetés et les ballons gonflés faisant foi) où les protagonistes en
baskets Adidas sablent le champagne et où l’un d’entre eux
chante et joue de la guitare électrique sur ampli Vox. Chez Henrik Ibsen aussi, les temps changent. Du moins dans la très libre
adaptation d’Une maison de poupée qu’a choisi d’en faire la metteuse en scène Lorraine de Sagazan, à partir d’un nouveau fil
conducteur : inverser les rôles de
Nora et Torvald, le couple autour
duquel tourne la réflexion aigrelette de l’auteur norvégien sur les
relations homme/femme au sein
d’une société engoncée dans les
codes et préjugés sociaux, économiques et moraux.
«Nous semblons aller vers une
égalité des droits et une possibilité
de choix de vie plus libres […]
Pourtant, la violence est latente et
le conditionnement social, culturel et psychologique menace nos
identités et notre liberté à exister.
Les rapports de domination sont
dissimulés, nous n’arrivons toujours pas à nous en départir, précise dans sa note d’intention Lorraine de Sagazan, qui entend, un
siècle et demi plus tard, réviser
«le contraste entre la morale de la
sphère domestique privée – qu’on
Une maison de poupée, d’après Ibsen. PASCAL VICTOR. ARTCOMPRESS
attache traditionnellement au
sexe féminin et qui se centre sur
les notions de responsabilité et de
soin – et la morale dite masculine
de la sphère publique, orientée
par les principes du devoir et de la
justice.»
Ainsi, de l’implosion originelle
du drame, découle-t-il une réflexion enlevée sur ces lignes de
force et de fracture plus ou moins
faussement redéfinies au
XXIe siècle. Actrice de formation,
dont la cote de metteuse en scène
a grimpé en seulement quatre ou
cinq ans (cf. sa version maligne
du Démons de Lars Norén),
Lorraine de Sagazan sait y faire.
A sa manière : distance frondeuse
prise avec l’œuvre d’origine, que
les interprètes citent pour mieux
la bazarder au seuil de l’échange,
apostrophes au public («Il est
quelle heure ?») distillant les
pointes d’ironie et de second
degré, bribes de texte projetées
sur le mur du fond, le tout dans
un dispositif tri-frontal garantissant une proximité censément
connivente. Deux ans après la
création, en octobre 2016, les
fondations de cette Maison-là
restent stables.
G.R.
UNE MAISON DE POUPÉE
d’après HENRIK IBSEN
m.s. Lorraine de Sagazan.
Le Monfort, 106, rue Brançion,
75015. Jusqu’au 6 octobre. Puis en
tournée. Rens. : www.lemonfort.fr
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Libération Mardi 25 Septembre 2018
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Moteur hybride
Marine Serre Annoncée comme le nouveau prodige
de la mode, la jeune Corrézienne présente ce mardi
son deuxième défilé en Fashion Week parisienne.
L
e succès fulgurant de l’inconnu au bataillon: l’époque
en rêve, à deux doigts d’inscrire dans son CV «devenir
célèbre» à l’onglet «priorités», de préférence accolé à «du
jour au lendemain». Et peu importe que les crashs se comptent
à la pelle, que les étoiles plus que filantes finissent aussi sec
à la rubrique «perdu de vue». Tout se zappe, la vie est un turnover, et tu n’as qu’à traverser la rue pour en changer, viens pas
te plaindre.
Marine Serre a été propulsée dans cette lessiveuse le
16 juin 2017, à 25 ans, en décrochant le très prisé Prix LVMH.
La sirène de la Barbade Rihanna l’a remis
elle-même au faon venu de Corrèze,
graine de mode poussée complètement
hors sérail, fille d’un contrôleur à la SNCF
et d’une fonctionnaire à la DDE. A la clé, une bourse de
300000 euros et une aide personnalisée au développement
de son entreprise. Aussitôt dit, aussitôt fait : en août, l’élue
alors «designer junior» chez Balenciaga pliait les gaules pour
créer sa propre boîte. Et dès février 2018, Marine Serre ouvrait
la Fashion Week parisienne. Au sortir du défilé, le buzz virait
à l’avalanche de dithyrambes: «Comme si Marine Serre avait
tout compris», «le nouvel élan de la mode» (Elle), «l’étoffe d’une
grande» (Madame Figaro), «une fantastique collection» (Vogue), «le futurisme avec une âme» (Fashion Network), «la nouvelle chérie de Paris» (New York Times), etc. N’en jetez plus.
Bilan: son défilé ce mardi, dans le XVIIIe arrondissement de
Paris où elle vit, figure parmi les inratables de la salve automnale du prêt-à-porter féminin. Confirmer le coup de foudre,
alimenter la cristallisation: l’injonction qui pèse sur Marine
Serre comme sur tout messie a des airs de boulet.
Et quoi? Ses épaules ne ploient pas. D’emblée, elle confirme
ce qu’on présupposait: il y a du bulldozer dans ce poids mouche de 1,51 m qui en rigole –«en plus, je ne
grandirai plus». On s’est rapatriées dans
un café du Sentier, épicentre de la confection parisienne, à cinq minutes de son atelier: à J-4 du défilé, l’appartement a viré à la fourmilière, ça
sonne de tous les côtés, des gens au regard mat que donne
l’hyperconcentration s’y télescopent, demain, il y a essayage,
il va falloir faire de la place, même son bureau va y passer. Ambiance les doigts dans la prise. Serre, solide: «C’est un peu la
course mais comme toujours dans ces moments-là. Le problème,
c’est plutôt qu’on est un peu serrés. Il y a onze mois, on a commencé à trois, avec ma petite sœur et mon amoureux, et main-
LE PORTRAIT
tenant, on est une vingtaine, les locaux sont devenus trop petits.
Il faut déménager, mais vu le prix des locaux dans Paris, c’est
compliqué.» Les amateurs d’envolées perchées sur la création
repasseront, Marine Serre parle «start-up», «équipe», «stabilisation». Concrète, volontaire, pragmatique. L’adepte diabolo
citron allie allure adolescente en jupe rayée, tee-shirt à motif
dragon, baskets, et autorité palpable.
Le mix, l’hybridation : la fille de la France profonde, passée
ensuite par Marseille pour un BTS de design, puis La Cambre
(Belgique) et sa fameuse école, et compagne d’un Hollandais,
en a fait son axe de réflexion. Ça donne des silhouettes profilées à écho sportif (spectaculaires combinaisons en Néoprène)
qui croisent des allures bohèmes faites de foulards de soie.
Des emprunts aux vêtements de travail (veste multipoches
de baroudeuse) et des pièces girly (jupe à volants) à couleurs
pop (rouge sang, mauve, pistache). De l’utile joint au joli (imperméable rouge sang). Du cocasse mais praticable (le ballon
détourné en sac à main). Au total, un vestiaire à son image,
féminine version tonique et pratique, technique mais compréhensible, une bourrasque maîtrisée. Et qui l’aime la suive, seules des tripes sont exigées : «La femme à qui je m’adresse n’a
pas d’âge ou de physique précis mais elle doit assumer, ne pas
avoir peur», dit celle qui soupire qu’«en tant que gérante et
jeune, ce n’est pas toujours facile, quand je vais voir un banquier, un avocat», foutu paternalisme, «alors que pour
13 décembre 1991
moi, l’égalité des salaires, des
Naissance à Brive-lapositions, le congé paternité,
Gaillarde (Corrèze).
ça va de soi». Le mouvement
2016 Diplômée de
#MeToo? «C’est bien qu’il y ait
La Cambre (Bruxelles).
débat, mais il faut se poser les
Demna Gvasalia
bonnes questions et ne pas
la prend en CDD
mettre tout le monde dans le
chez Balenciaga.
même sac… Il faudrait sur2017 1er prix du
tout qu’on soit copains, les
concours LVMH.
hommes et les femmes, plutôt
2018 Lance sa propre
que de chercher à savoir qui
marque.
est le plus fort.»
25 septembre 2e défilé
L’hybridation se loge aussi
dans
le cadre de
dans les matières. Comme
la
Fashion
Week.
beaucoup désormais, Marine
Serre les télescope, avec une
particularité qu’elle revendique comme une foi: elle recycle,
ou plus précisément «upcycle». Récupérées chez des fournisseurs de fripes, les pièces sont lavées, démontées si nécessaire,
et redeviennent matière (cuir, denim, tissu), à couper, monter,
réinventer. Bilan, des pièces quasi uniques et vertueuses sous
le glamour, antigâchis. Elle tient à préciser: «On n’est pas dans
le bio ou le greenwashing, on est cohérents, tout est fait à Paris,
nous, on ne fait pas fabriquer au Bangladesh par des ouvriers
payés une misère. Il faut être à 100% radical.» Ce mardi, elle
va annoncer quatre lignes, «green», «red», «gold», «blanche».
L’upcycling y tiendra une bonne place y compris dans la«red»,
celle des pièces qui se veulent «couture», de l’hyperluxe donc.
Elle jaillit, comme on renverse la table: «Je pose la question:
c’est quoi la haute couture aujourd’hui? Ces pièces seront fabuleuses, exclusives, auront exigé un temps de travail exceptionnel, elles sont juste issues d’une conception différente.» Elle circule en vélo, trie, tacle des procédés comme la patine créée
artificiellement, qui «gâchent des litres et litres d’eau». On conclut: écolo. «De sensibilité, oui.» Soudain diplomate, elle tait
son vote, refuse de commenter la démission de Hulot. En revanche, elle assume crânement son logo, un croissant de lune,
qui, couplé à ses femmes parfois encagoulées, lui a valu des
soupçons d’islamophilie. «La lune symbolise beaucoup de choses, parfois sans aucune symbolique religieuse. Et les femmes
voilées, moi, j’en ai croisées à Marseille ou en Belgique, ça ne
m’a jamais posé problème. Je mets en lumière une hybridité
qui est là.»
Le logo lune, Marine Serre l’a choisi juste après les attentats
à Paris et Bruxelles, où elle se trouvait dans les deux cas. «J’ai
voulu dire, “n’ayons pas peur”.» Elle, ne semble pas craindre
grand-chose. Cet engouement XXL qu’elle suscite, notamment: «La mode aujourd’hui est très rapide, et on se lasse très
vite. Du jour au lendemain, c’est tac! et puis boum! aussi. Mais
j’ai toujours fait du sport, et ça permet entre autres d’apprendre
à perdre, de rester calme.» Au tennis, Marine Serre a été classée
15 à 15 ans, pas loin du haut niveau. La fan de Serena Williams
était «plutôt dans l’attaque, avec moi, il faut que ça aille vite,
je n’aime pas les points qui s’éternisent». Evidemment. •
Par SABRINA CHAMPENOIS
Photo MARIE ROUGE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
In collaboration with
INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, SEPTEMBER 25, 2018
Copyright © 2018 The New York Times
He Excels
At Running,
And Thinks
A Lot, Too
By SCOTT CACCIOLA
BERLIN — Eliud Kipchoge, the
most decorated marathoner on the
planet, is a man of self-discipline. He
gets up at 5 a.m. to run. He splits his
time between his home in Eldoret,
Kenya, where he lives with his wife
and three children, and a training
camp 2,400 meters above sea level,
where he shares chores with teammates. Mr. Kipchoge is a wealthy man,
but he still scrubs the toilet.
Since he began to take the sport seriously, he has recorded every workout in a notebook. The thousands of
kilometers he has documented have
propelled him to the pinnacle of his
profession, a runner driven to trim
seconds from performances that already stretch comprehension.
But perhaps what is most unusual about Mr. Kipchoge, 33, is the one
thing he does not do: overextend himself in training. He estimates that he
seldom pushes himself past 80 percent of his maximum effort. Instead,
he reserves the best of himself, all
100 percent, for race day — for the
marathons he wins, for the records he
chases. “I want to run,” he said, “with
a relaxed mind.”
Mr. Kipchoge has won 10 of the 11
marathons he has entered. He is the
reigning Olympic champion. He just
obliterated the world record by more
than a minute by winning the Berlin
Marathon in 2 hours 1 minute 39 seconds. Before that race he said: “I am
just going to try to run my personal
best. If it comes as a world record, I
would appreciate it. But I would treat
it as a personal best.”
At around 1.7 meters and 52 kilograms, Mr. Kipchoge has a body engineered for peak cardiovascular performance. At the same time, crevices
on his cheeks give him the appearance
of someone older, lending him an air
of hard-earned wisdom. It is not false
Continued on Page II
HAYOUNG JEON/EPA-EFE/REX
Eliud Kipchoge broke the
marathon world record by more
than a minute. ‘‘When I run,” he
said, “I feel good.’’
PHOTOGRAPHS BY ANDREW RENNEISEN FOR THE NEW YORK TIMES
When a Sore Throat Can Kill
Untreated infections
lead to heart
problems later.
By DENISE GRADY
KIGALI, Rwanda — Neighbors
whisper that she is pregnant, a disgrace for a young, unmarried woman.
The rumors mortify her. She hates her
swollen belly.
But Florence Ndimubakunzi is
not pregnant. Her heart is failing. It
pumps so poorly that blood backs up
in her veins, bloating her liver and
spleen, and filling her abdomen with
fluid. She is only 18.
For millions like her in poorer parts
of Africa, Asia and other regions, this
devastating heart disease began insidiously. During childhood, they contracted strep throat — an infection
caused by streptococcal bacteria.
In rich countries, children with sore
throats are routinely tested for strep
and quickly cured with penicillin or
other cheap antibiotics.
But in poor countries, strep throat
often goes undiagnosed and can become a long, slow death sentence.
Without treatment, it can lead to
rheumatic fever and rheumatic heart
disease, in which the immune system
attacks the heart valves — intricate
flaps of tissue that must open and
shut properly 100,000 times a day for
Doctors visit Rwanda once a year to operate on people with hearts
damaged by untreated strep throat. Florence Ndimubakunzi, top, was
deemed too fragile for surgery.
the heart to work.
As the valves deteriorate, the heart
struggles and gradually wears out.
Patients become weak, short of breath
and unable to attend school or work.
Many die before they reach 30. Women with the illness who become pregnant can suffer severe and sometimes
fatal complications.
Worldwide, 33.4 million people had
rheumatic heart disease in 2015, and
at least 319,400 died from it, according
to estimates.
Earlier this year, hoping to beat the
odds, Florence and her mother consulted doctors from a humanitarian
group, Team Heart, that flies in from
the United States and Canada once a
year to perform valve-replacement
surgery.
About 100 people showed up to be
screened for the lifesaving operation.
The team could operate on only 16.
Lying on an examining table, Flor-
Continued on Page II
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
II
TUESDAY, SEPTEMBER 25, 2018
WORLD TRENDS
Where a Simple Sore Throat Can Later Be a Killer
Continued from Page I
ence looked impossibly fragile, her
arms thin as broomsticks. She had
wasted away to 35 kilograms.
Dr. Pat Come, a Harvard cardiologist, pressed a stethoscope to
Florence’s chest, back and neck,
and palpated her belly. A sonographer, Marilyn Riley, from Boston,
ran an ultrasound probe over Florence’s chest. “She has significant
disease of two valves,” Dr. Come
finally said. “But the operative
mortality is likely too high. Medical
therapy is the best option.”
A translator explained that Florence was too sick for surgery. Florence asked if the medicines would
cure her. No, but they could keep
her “on an even keel,” Dr. Come
said. Would her big belly go away?
Florence asked. A drug, Lasix, that
helps rid the body of excess fluid
might help, Dr. Come said.
Afterward, Florence said she’d
had to quit school because she
was too weak to get there. She was
eager to go back. She has been ill
since she was about 8. Doctors had
said only surgery could cure her.
Now, they were saying it was impossible. “It’s a disappointment,”
Florence said.
5-Year-Old Heart Patients
Experts say programs to educate people about sore throats
and strep, and to distribute penicillin widely to local clinics, could
help greatly to prevent rheumatic
heart disease in poor regions. But
even those efforts probably would
not wipe it out completely, because
not everyone with strep seeks
medical attention.
The World Heart Federation,
which works with the World
Continued from Page I
advertising. When he speaks, the
words come slowly and carefully.
He is the type of person who says
things like: “Only the disciplined
ones in life are free. If you are undisciplined, you are a slave to your
moods and your passions.” And:
“The best time to plant a tree was
25 years ago. The second-best time
to plant a tree is today.”
An avid reader, his literary
tastes range from Aristotle to
sports biographies to self-help
manuals. “The Seven Habits of
Highly Effective People,” by Ste-
Health Organization, calls rheumatic fever and the heart damage
it causes “neglected diseases of
marginalized communities.” Poverty, crowded living conditions
and lack of medical care create
breeding grounds for strep.
In 2013, the federation set a goal
of decreasing deaths from the
condition by 25 percent in people
under 25 by 2025. The group also
called for a strep vaccine.
Little is spent on studying the illness, less than $1 million globally
in 2013. From 500 to 1,000 times as
much research money is spent on
tuberculosis, malaria and H.I.V. —
which each kill three to five times
as many people as strep.
If rheumatic fever is detected
early, long-term treatment with
penicillin can prevent valve damage. “Unfortunately, the entry
point is heart failure,” said Dr. Joseph Mucumbitsi, a pediatric cardiologist at the King Faisal Hospital in Kigali, and a consultant to
Team Heart. “We have many rheumatic heart disease patients below
17. We have some as young as 5.”
He estimated that there might
be 20,000 people with advanced
disease who need surgery.
The rapid tests used in the United States to diagnose strep are too
expensive in Rwanda, and throat
cultures are not widely available.
Some doctors advocate just giving penicillin shots to all children
with sore throats. Others worry
that antibiotic resistance and penicillin allergies would result.
it. H.I.V., malaria, tuberculosis
and rotavirus have been major
priorities — not heart disease.
Rwanda has only five cardiologists and no heart surgeons or
hospitals equipped to perform
heart surgery — for a population
of 12 million.
Since 2008, Team Heart has
been traveling to Rwanda. The
group was founded by Cecilia Patton-Bolman, an intensive-care
nurse who had seen a ward full of
teenagers dying from rheumatic
heart disease when she visited
the country in 2006. Her husband,
Dr. R. Morton Bolman III, who
was the chief of cardiac surgery at
Brigham and Women’s Hospital in
Boston, is a co-founder. (He moved
to the University of Vermont, and
recently retired.)
A week before the operations
were to begin, at the King Faisal
Hospital in Kigali, Team Heart
members screened patients at
other medical centers.
The ideal candidates are sick
enough to die in a year without replacement valves, but well enough
to survive the operation. The
screeners also rule out those who
seem strong enough to wait another year. “Last year, we deferred
someone who was too early,” Dr.
Come said. “Then this year, he was
too late.”
One year, a patient was turned
down because she was pregnant,
Dr. Come said. She returned a few
days later — after an abortion. She
had surgery, and did well.
Only Five Cardiologists
A Closing Window
The genocide that killed a million people in Rwanda in 1994 also
destroyed its health care system,
and the country has had to rebuild
At another screening site,
Dr. Patrick Hohl, a cardiologist
from Maine, examined Innocent Nsabimana, 16, a quiet boy
‘Is This Sustainable?’
One surgeon who joined Team
Excelling at Running, and Thinking a Lot
phen R. Covey, is a favorite.
When Mr. Kipchoge reads, he
takes notes. He once wrote down a
formula: Motivation + Discipline
= Consistency. No marathoner
in the modern era has been more
dominant.
And recently, murmurs that Mr.
Kipchoge could be the greatest
distance runner ever have grown
into a chorus, led by people like
David Bedford, a former world-record holder for 10,000 meters.
INTERNATIONAL WEEKLY
NANCY LEE Executive editor
TOM BRADY Editor
ALAN MATTINGLY Managing editor
The New York Times International Weekly
620 Eighth Avenue, New York, NY 10018
with a shy smile. His face, legs
and chest had swelled, his eyes
had turned yellow, he had developed a cough. Sick for a year,
Innocent was taking five heart
medications.
Two of his heart valves turned
out to be severely damaged. And
his liver was slightly enlarged —
a warning sign, because the liver
helps control blood-clotting, and
liver trouble increases the risk of
hemorrhage during surgery.
Even so, Dr. Hohl thought Innocent was a good candidate.
“I’ll advocate heavily for him,”
he told Innocent’s uncle, Tuyisenge Chan Kamoso, 30, a graphic
designer.
Turning to Innocent, Dr. Hohl
said: “It’s a big surgery, but our
hope would be that you’d get much
better. Your breathing would improve, you’d get your appetite
back. We have to review your case
with our head surgeons. What do
you think about all this?”
“No problem,” Innocent said.
Later, Dr. Hohl told the team:
“This is the window. It’s closing. If
he lives till next year, it might be
too late.”
Once the screening was completed, the team of about 60 people
gathered in a hospital classroom
to select those who would get the
surgery. They had 39 good candidates — for 16 spots.
The group agonized over some
patients, particularly Gaudence, a
14-year-old girl who weighed just
30 kilograms. (Ultimately, the surgeons said no. She was too ill.)
They moved on to others. Innocent was chosen.
EDITORIAL INQUIRIES:
nytweekly@nytimes.com
SALES AND ADVERTISING INQUIRIES:
nytsyn-sales@nytimes.com
“Can he be beaten?” Mr. Bedford
asked. “No, I don’t think so.”
As a child, Mr. Kipchoge jogged
to and from school. The youngest
of four children, he grew up in Kapsisiywa, a small village. His mother worked as a teacher. His father
died when he was young.
After finishing school, Mr. Kipchoge helped support his family by
collecting milk from neighbors and
selling it at a market. He continued
to run, inspired by Patrick Sang —
a respected figure in the region.
Mr. Sang had left for the University of Texas and won an Olympic
silver medal in the steeplechase
before returning to Kapsisiywa,
where he organized sports events.
He met a 16-year-old Mr. Kipchoge
at one in 2001.
“There was this kid who would
come and ask me for a training
program,” he said. “So every two
weeks, I would give him a program to follow, and this went on
for months.”
Mr. Kipchoge eventually entered a race and won. Mr. Sang finally asked the boy’s name — and
was taken aback. “Your mother
was my kindergarten teacher,”
Mr. Sang told him. They have been
nearly inseparable ever since.
Mr. Kipchoge’s rise included a
world championship in 2003, when
he out-sprinted Hicham El Guerrouj of Morocco, a star, in the 5,000
meters at Stade de France. Mr.
Kipchoge was just 18. He would go
on to win a pair of Olympic medals in the 5,000 meters: bronze in
2004 and silver in 2008. On a rare
bad day, he finished seventh in the
5,000 at Kenya’s Olympic trials for
2012, and was left off the team.
Mr. Kipchoge decided to move to
the marathon. He won his debut in
Hamburg in the spring of 2013 running 2:05:30. He finished second in
Berlin a few months later behind
Wilson Kipsang, a fellow Kenyan
Heart for the first time, Dr. Thoralf
M. Sundt III, a specialist at Massachusetts General Hospital, had
concerns about the program.
“It raises more questions than it
answers,” he said. “We can create
problems for governments. We
create a pool of patients with big
needs. Is this sustainable?”
But Dr. Sundt also acknowledged that with Team Heart’s
program, “Lives are saved.”
Patients with mechanical heart
valves need for regular lab tests
and the blood-thinning drug warfarin. A recent study found that rural
district hospitals in Rwanda were
providing good follow-up care.
Since it began working in Rwanda, Team Heart has operated on
165 patients. An article in a medical journal earlier this year, based
on the first 149 cases, reported a
survival rate of 95 percent in the
first month after surgery.
The Bolmans said it was always
their intention not just to fly in once
a year, but also to train Rwandan
doctors and nurses, and ultimately
to build a cardiac hospital.
But in recent months, the Bolmans have reined in their ambitions. Instead of building a new
hospital, they now hope to create
a cardiac center at the King Faisal
Hospital.“We’re scaling back, but
not giving up,” he said.
An Epilogue
Innocent returned to school after
his surgery, earned high grades
and resumed playing soccer. But
he spent much of August in the hospital, with fever and chest pains
— and no clear diagnosis. “I don’t
know what to do,” his uncle said.
Florence’s health has continued
to decline.
who set a world record to outlast
him. Since then, Mr. Kipchoge has
gone undefeated, including gold at
the 2016 Olympic Games.
His mechanics are remarkably
efficient. His shoulders barely
sway — a telltale sign of fatigue for
even the finest runners in the world
— and he seems to tap the asphalt
with his forefoot on every loping
stride.
“When I run,” he said. “I feel
good. My mind feels good. I sleep in
a free way, and I enjoy life.”
Last year, on a racecar track in
Italy, Mr. Kipchoge nearly pulled
off his most audacious feat to date:
run a marathon in less than two
hours, in a project organized by
Nike called “Breaking 2.” Aided
by a rotating cast of Olympic-level
pacesetters, he finished in 2:00:25,
covering the marathon distance
faster than any human in history. His time was not ratified as a
world record. But it was extraordinary.
Mr. Sang described Mr. Kipchoge’s general approach: “Let’s
just have a beautiful race.”
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY AND INTERNATIONAL REPORT APPEAR IN THE FOLLOWING PUBLICATIONS: CLARÍN, ARGENTINA n DER STANDARD, AUSTRIA n LA
RAZÓN, BOLIVIA n THE HAMILTON SPECTATOR, TORONTO STAR AND WATERLOO REGION RECORD, CANADA n LA SEGUNDA, CHILE n LISTIN DIARIO, DOMINICAN REPUBLIC n LIBÉRATION,
FRANCE n
PRENSA LIBRE, GUATEMALA n THE ASAHI SHIMBUN, JAPAN n EL NORTE AND REFORMA, MEXICO n ISLAND TIMES, PALAU n CORREO, PERU n NEDELJNIK, SERBIA
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TUESDAY, SEPTEMBER 25, 2018
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
III
WORLD TRENDS
Chinese Abbot’s Fall Muddles the Path for Buddhism
By IAN JOHNSON
BEIJING — Over the past two
decades, religion in China has
boomed, and no faith has benefited more than Buddhism. The number of temples has tripled, monks
and abbots have become public
figures, and China has used the
faith to build ties around the world,
sending out nuns and monks on
good-will missions.
The person most closely associated with this revival is the Venerable Xuecheng, a charismatic
monk who became abbot of his
first temple at 23 and head of the
Communist Party-run Buddhist
Association of China at 49.
His use of social media and emphasis on compassion attracted
the sort of bright professionals
who once spurned traditional Chinese religions. Many rank him as
the most important Chinese Buddhist reformer in a century.
But over the summer, all of
these worldly successes vanished. Accused of lewdness toward nuns and financial misconduct, Xuecheng, 52, has been
stripped of his titles and banished
to a small temple in his home
province, Fujian. Government investigators now occupy the cleric’s main temple in Beijing, have
purged his cadre of loyal monks,
and are scouring his books for financial wrongdoing.
That makes Xuecheng the most
important national leader to be
felled in China’s small but tenacious #MeToo movement, a rare
case of a politically connected figure here falling to charges of sexual misconduct.
Many worry that his model of
a supercharged Buddhism that
embraces social trends lacks the
spirituality that drew people to the
faith in the first place.
His downfall also presents a
potential setback in the Chinese
government’s efforts to push Buddhism as a kind of national religion that can win friends abroad
and offer moral values at home.
“It’s impossible not to feel
AGENCE FRANCE-PRESSE — GETTY IMAGES; BELOW, GIULIA MARCHI FOR THE NEW YORK TIMES
The Venerable
Xuecheng, top right,
led a Buddhist revival
in China and ran
Longquan Temple, left,
near Beijing. Now the
abbot is accused of
sexual and financial
misconduct.
pained and sorrowful” at recent
developments, two monks wrote
in a 95-page report detailing accusations of sexual and financial
misdeeds against Xuecheng.
They asked the government to
act quickly or “we dare not imagine where Xuecheng will lead this
group of Buddhists!”
In 2004, Xuecheng took over a
largely ruined temple in Beijing’s
western suburbs called Longq-
uan, or Dragon Spring,
Temple. Within a few years,
Longquan Temple was one
of the most active in China.
Xuecheng tapped into a
widespread desire among
wealthy Chinese to give
something back to society, taking over a charitable foundation
and moving it into his temple. Although the Communist Party’s 90
million members are supposed to
be atheist, they lauded the temple
‘‘Everything for the
Fatherland — Adolf Hitler,’’
reads the bell’s inscription.
Swastika in a Steeple Roils a Village
By KATRIN BENNHOLD
HERXHEIM AM BERG, Germany — After she found out there
was a swastika on the church bell,
Sigrid Peters refused to continue
playing the organ during services.
Shielded from public view, high
up a rickety staircase inside the
yellow church tower, the bell is still
suspended where it was first hung
in 1934 by a Nazi mayor in Herxheim am Berg, a hilltop village of
750 people in Germany’s southwestern wine country.
It is smaller than the two other bells and is covered in pigeon
droppings. But the swastika is
clearly discernible and so is the
inscription: “Everything for the
Fatherland — Adolf Hitler.”
When Ms. Peters, a retired mu-
sic teacher, spoke up last year,
the “Hitler bell” became national
news. Jewish groups demanded it
be taken down. The local church
council banned it from ringing.
The regional church body offered
to pay to replace it.
Some two dozen other towns in
Germany discovered swastikas on
their own church bells and swiftly
got rid of them. In northern Germany, local residents took matters into their own hands, broke
into the church tower and removed
the swastika with an angle grinder. A note was nailed to the door:
“Spring clean 2018,” it read.
But the questions raised by the
bell have split this village. Ms.
Peters has been called a “traitor.”
The pizzeria has been getting or-
ders for “Nazi pizza.” Many want
to keep the bell, though Herxheim
has been called the “Nazi village.”
The mayor, Georg Welker, 72,
wants to put up a plaque on the
bell’s history. “It’s a monument
of history,” he said. “We shouldn’t
forget that history or pretend it
didn’t happen.”
History is never far from the
surface in Germany, a nation that,
under the Nazi regime, murdered
six million Jews and has long prided itself on taking on its troubled
past with unsparing honesty. But
with a far-right party now the
main opposition in Parliament,
that has become harder.
One leader of the party, Alternative for Germany, recently referred to the Nazi era as “mere
for its Communist-style selfless
sacrifice.
Stefania Travagnin, who teaches contemporary Buddhism at
Groningen University in the Netherlands, said Buddhism seemed
to have been chosen over China’s
other three legal religions — Islam, Christianity and Taoism — as
the most appropriate to represent
it abroad.
Islam and Christianity have too
many ties to other countries, she
said, while Taoism is an indigenous Chinese faith that few foreigners understand. Buddhism is
familiar because of the popularity
of Japanese versions, like Zen.
Most of those sent overseas
were nuns, who, like Xuecheng,
had taken a vow of chastity. They
were given cellphones when overseas.
Xuecheng began sending the
nuns explicit messages, according
to the monks’ report, such as asking one if she would be willing to
be caressed and have intercourse.
When she said no, he said she had
to “break through” this kind of
thinking. He started a conversation with another nun, asking
her, “Who do you belong to?” Her
answer: “The Master,” meaning
Xuecheng.
Late last year, the nuns contacted two senior monks, who took up
their cause. In their report, the
monks also assert that donations
to the temple were siphoned into
Xuecheng’s personal bank account.
In February, the monks forwarded their report to the government. In August, someone posted
it on social media. Later, the authorities confirmed he had sent
the messages.
Many of his followers think he
has been treated unfairly, and
hope he will be back.
“Xuecheng did a lot of good
things; he had great virtues,”
said one follower, a 25-year-old
who runs an inn for pilgrims near
Longquan Temple. “You can’t deny him totally, even if he did it.”
LENA MUCHA FOR THE NEW YORK TIMES
bird poop” in history. Neo-Nazis
organized one march in Herxheim
since the bell became news, calling for it to stay.
On the village square, residents
listed infrastructure created
under the Nazis: the autobahn
between Heidelberg and Mannheim, a housing estate in nearby
Freinsheim. “Should we destroy
all that?” asked Roland Pox. “It’s
absurd.”
The bell belongs to the village,
but the tower that houses the bell
belongs to the church. The pastor, Helmut Meinhardt, said he
believed the debate had become
somewhat hysterical, for example,
when Ms. Peters says she hears
“the voice of Adolf Hitler” when
the bell rings.
Still, some have changed their
minds. “I used to think we could
keep the bell and have a plaque
and annual events,” said Bettina
Heberer, a biologist and writer.
“But the victims and family of
victims of the Nazis find this bell
intolerable, and that’s enough for
me.
“The bell has to come down,” she
said.
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THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
IV
TUESDAY, SEPTEMBER 25, 2018
O P I N I O N & C O M M E N TA RY
Pope Francis has summoned
senior bishops for the first global
gathering of Roman Catholic leaders to address the crisis of clerical pedophilia. The action is long
overdue. The unending revelations of clerical sexual abuse and
cover-ups demand radical, public,
convincing systemic change.
The latest barrage of revelations and developments — including a gut-wrenching report
by a grand jury in Pennsylvania
detailing seven decades of sexual abuse of at least 1,000 children,
and probably thousands more, by
more than 300 Catholic priests
— has left no question that Pope
Francis’ legacy will be decided by
how he confronts this crisis. To be
meaningful, any further response
must include openly addressing
allegations that the pope was himself party to a cover-up.
The president of the United
States Conference of Catholic Bishops, Cardinal Daniel DiNardo, has
met with the pope to demand a full
investigation into how the former
archbishop of Washington, Theo-
E D I TOR I A LS OF T H E T I M ES
al. This is a pattern of widespread
and gross violations of the power
a man of God has over a child, and
of cover-ups stretching from every
corner of the world.
How have so many pedophiles
been allowed into the priesthood?
How could so many bishops have
so consistently looked the other
way or worse, paid off victims or
foisted predatory priests on unsuspecting parishes elsewhere?
Many explanations have been offered: the all-male priesthood and
the celibacy imposed on Catholic
priests; the elitism, careerism and
clericalism of the church hierarchy; and the lack of transparency
or accountability among bishops.
All that must be addressed by
the pope and his bishops, but not
only by them. Cardinal DiNardo
and his delegation of American
bishops intend to demand not only
a full investigation into questions
surrounding Cardinal McCarrick, but also better mechanisms
for reporting abuse by bishops.
Critically, the bishops have listed
“substantial leadership by laity”
as one of their goals.
That is essential. Pope Francis has made strides in changing
the culture of the papacy and in
making the Catholic Church more
inclusive, and he seems now to
have grasped the gravity of the
sickness afflicting the church.
But for what is sure to be a defining struggle of his papacy, he will
need to look beyond the cardinals,
prelates and priests — indeed beyond himself — for answers and
solutions. Any credible effort at
reforming the clerical culture of
the church, restoring trust and
eradicating the cancer of sexual
abuse will require the full participation of experts, prosecutors,
victims and many others outside
the clergy and the church.
The anti-European Union side
says this is hyperbole, part of a
campaign to scare voters off Brexit. To an extent, that is right: Most
people don’t believe that without
the European Union, Britons will
go hungry.
The deeper anxieties about
Brexit are more cultural than
practical. We worry that the Britain that opened up to European
tastes will start to fade away; that
we will revert to being insular,
backward, porridge people. This
explains a degree of vicious snobbery in many newspaper reports
when it comes to food. Fatter people were reportedly more likely to
vote Leave than Remain: for “fatter” read also “poorer.” Greggs,
the mass-market bakery known
for pasties and sausage rolls, has
experienced a “Brexit boost,”
while chic London restaurants are
said to be at risk of closing if they
lose European staff. The Remain
side will never forgive the Leavers
if Brexit destroys our budding culinary prowess.
One consolation is that our
appetites are today more global than European. It may not be
fashionable to be wistful about
the British Empire, but it’s certainly popular to enjoy delicacies
from former colonies, as well
as from countries Britain never even came close to invading.
If you had to define our national
dish, it would be as accurate to
say chicken tikka masala or pad
thai as fish and chips, which, by
the way, is believed to have been
introduced to Britain in the 19th
century by Jewish refugees.
Nobody is quite sure what Brexit will mean for our diets. Our taste
for world dishes may help, as we
start to forge new trade links and
wean ourselves off cheap European goods. But a food culture, much
like food itself, can perish. Much
as it pains us to admit it, we owe a
lot of our confidence to our European cousins. So will we go back to
where we once were — the laughingstock of the culinary world —
or can we prove the critics wrong?
The Church’s Unholy Stain
dore McCarrick, rose to high rank
despite a long and apparently wellknown history of sexual predation.
As if to underscore the importance
of the meeting, it coincided with an
announcement that Pope Francis
had accepted the resignation of a
bishop in West Virginia, Michael
Bransfield, and ordered an investigation into allegations that he had
sexually harassed adults.
The crisis has been further complicated by a scathing public letter
from a former Vatican envoy to the
United States, Archbishop Carlo
Maria Viganò, accusing Francis of
lifting sanctions against Cardinal
McCarrick. The accusations are
tainted by Archbishop Viganò’s
open hostility to Pope Francis, and
his bigoted view that homosexuali-
ty is at the root of the sexual abuse.
But the culture wars within the
church, the McCarrick affair and
even the Pennsylvania grand jury
report must not deflect attention
from the core of the crisis. They
are only the latest in a string of
scandals and revelations in the 16
years since The Boston Globe first
shed light in 2002 on the systematic cover-up of pedophilia among
Boston priests by the late Cardinal
Bernard Law, unleashing a torrent of similar accounts. Just this
month, Spiegel Online reported
that it had seen a report commissioned by German bishops detailing 3,677 cases of abuse by at least
1,670 clergymen from 1946 to 2014.
This is not some flaw to be
healed through spiritual renew-
INTELLIGENCE/LARA PRENDERGAST
Brexit and the Porridge People
There are few better ways to irritate the British than to suggest
that our food is revolting. These
days, we like to think of ourselves
as an island of gourmets. If anyone implies otherwise, we become
dyspeptic.
When Jacques Chirac, then the
president of France, told President Vladimir Putin of Russia at
a Group of 8 meeting in 2005 that
“we cannot trust people who have
such bad cuisine,” the comment
nettled Prime Minister Tony Blair.
The food critic Egon Ronay spoke
for many when he said, “There’s
no other country in the world
whose food has improved so greatly and more quickly in the last 15 to
20 years than this country.”
Last month, when a writer for
The New York Times suggested
that London’s palate had only fairly recently evolved beyond a taste
for porridge and boiled mutton,
his article was met with resentful
laughter across social media and
responses in The Times of London, The New Statesman and The
Guardian — to name just a few.
Did he not realize that the city’s
food has for many years been the
envy of the world?
We are so sensitive about this
because for much of the 20th
century, British food was pretty
atrocious. The diet of my grandparents was defined by postwar
rationing and vegetables and
meat that required a can opener.
For my parents, the options were
slightly more sophisticated: maybe a curry house or an “haute cuisine” joint doing an unconvincing
French impression.
In the past 30 years, things have
Lara Prendergast is an assistant
editor at The Spectator. Send
comments to
intelligence@nytimes.com.
changed. It used to be regarded
as uncouth to talk too much about
our appetites, a bit Gallic. Now
many Britons talk of little else.
An interest in food is seen as the
mark of a civilized, progressive
person, somebody who is open to
the world. Thanks to this new obsession, London and much of the
rest of Britain have tremendous
food, ranging from the fancy to the
no-frills. Sundays are no longer
for church, but food festivals and
farmers’ markets. We worship celebrity chefs and devote hours to
watching cooking shows like “The
Great British Bake-Off.” We love
nothing more than explaining to
foreigners how our food outstrips
that of New York or Paris.
But now it appears that Brexit
Some fear Britain
will return to the
culinary Dark Ages.
could put our relatively new foodie
confidence at risk. The 2016 vote
to leave the European Union has
prompted insecurity about who
we are as a nation and what we
have become. Food has not been
spared.
Even the most hardened Leave
supporter would probably admit
that British food has improved
since 1973, when we joined the
European Economic Community,
the Union’s predecessor. Once we
joined the club of Europe, we became bewitched by European eating habits, and then imitated (and
often improved) them. Easy trade
with the Continent has filled our
supermarket shelves with a rich
display of produce. Fifty years
ago, olive oil was a medicinal product most often found in a pharmacy. Nowadays, it is the country’s
best-selling cooking oil.
And so, the argument over Brexit has often turned into a fight over
food. Immediately after the vote
in June 2016, an image began to
circulate online showing a table:
On one side, German beer, French
pastries and Spanish oranges;
on the other, a solitary can of
baked beans, that classic British
store-cupboard staple. “This one
picture perfectly sums up what
Brexit could mean,” said a tabloid
newspaper.
There are practical concerns
about how Britain will eat once we
leave the European Single Market. For all of the bluster about our
brave island going it alone, it is
difficult to ignore the reality: We
can’t feed ourselves. Given that we
import 30 percent of our food from
the European Union, it is hardly surprising that on the cusp of
Brexit we are becoming nervous.
The prospect of new global trade
deals hasn’t calmed the discussion: There have been frenzied reports of how Britain will be awash
with chlorinated chicken from
America and hormone-soaked
beef from Australia.
The government hasn’t helped
quash worries that we will soon
return to a regime of canned food
and ration cards. Over the summer, the Conservatives unveiled
their plans for a “no deal” Brexit,
or leaving the European Union
without a new trade agreement
in place. If that happens, customs
confusion will disrupt the fresh
food supply. “Stockpiling” is the
sensible option, said Prime Minister Theresa May. If the situation
becomes really grim, the army
will deliver rations.
JOÃO FAZENDA
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