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Libération - 26 02 2018

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LUNDI 26 FÉVRIER 2018
Edouard
Philippe doit
annoncer
ce lundi une
réforme de la
SNCF menée au
pas de charge.
Et pourrait
recourir aux
ordonnances,
au risque d’un
conflit dur.
www.liberation.fr
LA NOUVELLE
BATAILLE
DU RAIL
PAGES 2-5
Alzheimer
Cinéma
Des poupons Vent d’Est sur
en question
la Berlinale
Pour apaiser certains patients, des Ehpad leur proposent de faux bébés pour réactiver chez eux empathie et souvenirs. Si cette méthode est parfois suivie
d’effets, le leurre sur lequel elle repose soulève des
problèmes éthiques. PAGES 14 À 17
L’ours d’or à un premier film de la Roumaine
Adina Pintilie et le grand prix du jury à la Polonaise Malgorzata Szumowska: les jurés ont surpris leur monde. Mais c’est plutôt la sélection
hors compétition qui a ébloui. PAGES 26-27
YOCHO PROJECT PARTNERS
Le Premier ministre, Edouard Philippe, en gare de Dijon le 5 septembre 2017. PHOTO MARC CHAUMEIL
2,00 € Première édition. No 11431
ORANGE
ENTRETIEN
AVEC STÉPHANE
RICHARD
Déploiement haut débit, couverture mobile dans
les zones rurales, diversification des contenus,
salaires des patrons, ISF… Tout juste reconduit
pour quatre ans, le PDG de l’opérateur répond.
PAGES 10-11
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 26 Février 2018
SNCF
Une réforme
à fond
de train
ANALYSE
Dix jours après la remise du rapport Spinetta
sur le ferroviaire, le Premier ministre doit annoncer
ce lundi le calendrier des mesures retenues.
Il n’exclut pas d’avoir recours aux ordonnances
pour couper l’herbe sous le pied de la contestation.
Par
FRANCK BOUAZIZ
L
e rapport Spinetta sur l’avenir
du transport ferroviaire ne finira pas oublié dans un tiroir
de Matignon comme tant d’autres.
Moins de dix jours après la publication du document aux propositions
décoiffantes, le Premier ministre a
envoyé, durant la semaine écoulée,
des signaux de nature à montrer
qu’il s’est saisi de ce sujet sensible à
bras-le-corps. Ce lundi, il doit annoncer la méthode et le calendrier
des réformes de la SNCF. Une date
qui n’est pas due au hasard, le lendemain, la SNCF doit annoncer ses résultats financiers et ils devraient être
encore meilleurs que les 567 millions d’euros de bénéfices enregistrés en 2016. Difficile de lancer des
réformes audibles après la publication de tels chiffres. Sur la méthode,
la rapidité d’exécution semble avoir
la préférence de Matignon. Le recours aux ordonnances aurait été
choisi de manière à aller plus vite
qu’un texte de loi examiné et voté
par l’Assemblée nationale et le Sénat. Cette possibilité évoquée par le
ministre en charge des Relations
avec le Parlement, Christophe Castaner, a déjà fait sortir de ses gonds le
président du Sénat, Gérard Larcher.
Il n’admet pas que pour un texte où
il sera notamment question de revoir la pertinence des lignes les
moins fréquentées, et donc la desserte de villes petites ou moyennes,
il soit envisagé de contourner les
parlementaires (lire aussi page 4).
«BON CLIENT»
Le calendrier devrait être extrêmement serré. On prête au chef du gouvernement l’ambition d’en avoir terminé avant la trêve estivale. Une
manière non dite d’éviter, pour l’exécutif, de se retrouver avec une
grande grève sur les bras, notamment au moment des départs en vacances d’été. Le syndrome de 1995 et
de la France bloquée durant les fêtes
de fin d’année (Alain Juppé avait dû
reculer sur la réforme des retraites)
continue de planer sur chaque grand
projet de réforme. Les échéances
européennes fournissent en outre
un excellent alibi pour mettre les
bouchées doubles. Le quatrième
«paquet ferroviaire», qui prévoit l’arrivée de la concurrence sur le rail
français, devra être transcrit dans le
droit national avant le 25 décembre.
Visiblement, Edouard Philippe a
choisi de jouer cavalier seul. Les dirigeants de la SNCF ont été fermement appelés à observer une cure de
silence. Guillaume Pepy, pourtant
considéré comme «un bon client»
par les médias écrits ou audiovisuels
tant il est réactif, a effectué la semaine dernière en tout et pour tout
deux sorties dans les matinales des
radios, histoire d’assurer le service
après-vente minimum du rapport
Spinetta et de calmer ses troupes en
se déclarant «persuadé que l’écoute
et la concertation permettraient
d’éviter une grande grève». Pour le
reste, les dirigeants de l’entreprise
ferroviaire contactés par Libération
ont poliment respecté la consigne de
Matignon: no comment.
LEST
Pour autant, leur silence ne vaut pas
assurance pour le gouvernement de
gérer sans encombre la réforme de
la SNCF. La méthode des ordonnances choisie pour la loi travail
avait été annoncée par le candidat
Macron. Il n’en a jamais été question
pour le rail français. Sans compter
que cette fois-ci, l’exécutif va devoir
affronter 150000 cheminots dotés
du pouvoir de bloquer des trains
dans tout le pays. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF –CGT,
SUD Rail, Unsa et CFDT– ont prévenu d’une seule voix: leur réaction
sera «forte et déterminée» (lire
page 5). «Si le gouvernent persiste, on
va mettre le feu», a dit à Libération le
secrétaire national de SUD Rail, Erik
Meyer. Afin de déminer le terrain, le
Premier ministre aurait, dit-on du
côté de la SNCF et des élus locaux,
commencé à lâcher préventivement
du lest. Une des propositions les plus
contestées du rapport Spinetta, la
fermeture potentielle de 9000km de
lignes dites «secondaires», serait revue à la baisse. Le gouvernement ne
peut se fâcher à la fois avec les cheminots et les présidents de région.
Mais cette concession sera-t-elle suffisante, alors que les autres propositions du rapport –la suppression du
statut des cheminots pour les nouveaux entrants, la réforme du statut
juridique de l’entreprise– nourrissent une opposition qui ne demande
qu’à se mobiliser? •
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Libération Lundi 26 Février 2018
u 3
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ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Trop vite
Edouard Philippe,
le 5 septembre
à la gare de Dijon.
PHOTO MARC
CHAUMEIL
«Nos garanties sociales ne sont pas
des privilèges, je n’ai pas à en rougir»
Statut des cheminots, ouverture
à la concurrence, fermeture
de lignes… «Libération» a recueilli
des réactions d’agents de la SNCF
sur les propositions du rapport
Spinetta.
L
ors de sa visite au Salon de l’agriculture,
Emmanuel Macron a été interpellé par un
agent de la SNCF inquiet des réformes à venir. «Je ne peux pas avoir d’un côté des agriculteurs
qui n’ont pas de retraite et de l’autre avoir un statut
cheminot et ne pas le changer», lui a répondu le
Président. Libération a fait réagir des salariés de
l’entreprise aux mesures préconisées par le rapport Spinetta. Ils travaillent en Ile-de-France
comme dans d’autres régions, sont syndiqués et
non syndiqués, ouvriers et cadres.
La fin du statut de cheminot
pour les nouveaux embauchés
«C’est une manière de se mettre l’opinion dans la
poche. Je travaille de 8 heures à 16h23 sur des semaines de 39 heures avec 18 jours de RTT. Les ateliers tournent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Je
peux être d’astreinte le week-end. Et, contrairement à ce que certains croient, les jours de grève
ne sont pas payés. Si le gouvernement met en
œuvre le rapport Spinetta, nous pouvons faire
mieux que lors des grèves de 1995.» (Malik, ouvrier
dans l’atelier de maintenance de Saint-Denis)
«Le mouvement est enclenché. Il y a déjà plus
d’embauches de contractuels qu’au statut. Quant
au fameux glissement vieillesse technicité (GVT)
[la progression mécanique des salaires en raison
de l’ancienneté, ndlr], l’avancement n’est plus aussi
automatique que ça. Il y a de plus en plus de notation au mérite et d’éléments de rémunération individualisés. Pour ce qui est de ma retraite, elle sera
de 75% de mon salaire net des six derniers mois
d’activité, mais pour la toucher à taux plein, je devrai travailler jusqu’à 67 ans. Nos garanties sociales
ne sont pas des privilèges et je n’ai pas à en rougir.
Nous sommes dans une situation inflammable,
avec de plus en plus de cheminots qui démissionnent et un Pôle emploi interne créé par la direction
pour recycler des cheminots de vingt ans d’ancienneté à qui on demande d’apprendre à se vendre.»
(François, vendeur au guichet dans une gare des
Bouches-du-Rhône)
Suite page 4
Un train d’enfer… Sur
le principe, il y a certainement un mérite à vouloir
agir avec célérité quand
on a été élu pour faire
des réformes. Pourtant, la
volonté du gouvernement
de transformer la SNCF
à la vitesse d’un TGV,
en rejetant les opposants
dans l’infamante catégorie
des tortillards de la politique, se heurte à une objection de fond. La SNCF n’est
pas seulement une entreprise de transport. Par son
histoire, par le rôle qu’elle
a joué dans l’unification
du territoire, par sa culture
de service public égalitaire
(même s’il est déjà mis
à mal dans la pratique),
la compagnie nationale est
aussi un pilier de la République. La réformer à la
hussarde, comme il en est
fortement question, c’est
faire bon marché de cette
dimension sociale et culturelle. Les macroniens diront qu’ils ont déjà amendé
le code du travail par la
même voie express, celle
des ordonnances. Mais
cette méthode avait été annoncée en sifflant trois fois
pendant la campagne,
chacun était prévenu. Rien
de tel pour la SNCF. Les ordonnances, si on les utilise,
sortent du chapeau –ou
du bicorne– d’un Emmanuel Macron très bonapartien. Or l’esprit du rapport
Spinetta, même s’il est
d’une qualité indiscutable,
est limpide: il s’agit bien
d’aligner purement et
simplement la société
publique sur la logique
de rentabilité en vigueur
dans beaucoup de pays
d’Europe. Avec à la clé un
programme de fermeture
des «petites lignes» qui mérite une discussion approfondie avec les élus, et une
abolition progressive du
statut des cheminots qui
rompt avec une tradition
bientôt séculaire. Implicitement, on désigne les travailleurs du train comme
des privilégiés, dont les
avantages ne sont plus de
saison. Lesquels avantages
–qu’on exagère à loisir–
sont souvent (pas toujours)
la contrepartie d’un métier
aux horaires fluctuants et
à la pénibilité notoire. Tout
cela vaut d’être débattu, et
pas seulement ordonné. •
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4 u
ÉVÉNEMENT
«Les acquis sociaux, c’est important. A la SNCF, un tiers des cadres vient des
métiers d’exécution. J’ai fait grève contre la réforme
des retraites car on changeait les règles en cours de
jeu. Mais si on les change à l’entrée, je le conçois.»
(Patrick, conducteur en Ile-de-France)
«Je ne me roulerai pas par terre si le statut est mis
en extinction. Avec le glissement vieillesse technicité, tous les ans, la masse salariale augmente
de 2 % sur une somme de 9,4 milliards d’euros.»
(Didier, cadre à SNCF Réseau en région Paca)
Suite de la page 3
Changement de statut de l’entreprise
«Nous voulons rester comme nous sommes
aujourd’hui. Le statut a été payé par les cheminots
avec leurs rémunérations modestes. Ce n’est pas
en le modifiant que ça va faire évoluer ce qui se
passe dans l’entreprise. L’étape d’après sera de nous
mettre dans des filiales et de privatiser ligne par
ligne.» (Malik, ouvrier dans l’atelier de maintenance de Saint-Denis)
Fermeture des lignes secondaires
«La pertinence du réseau, c’est le maillage du territoire. Avec la fermeture de ces lignes, on va se trouver avec des bus sur les routes. On ne peut pas se
contenter aujourd’hui de mettre des trains uniquement là où il y a du monde et pour le reste, demander à ceux qui se déplacent de prendre leur bagnole.» (François, vendeur au guichet dans une
gare des Bouches-du-Rhône)
«L’argent que la SNCF gagne en louant de plus en
plus de surfaces aux commerces dans les gares
pourrait être remis sur les petites lignes. Les Ardennes sont une région oubliée de la France. Si on
enlève le train, qu’est-ce qu’il reste?» (Patrick, conducteur en Ile-de-France)
«Est-ce que le contribuable doit payer pour une ligne empruntée par deux personnes quotidiennement alors qu’il y a des trains où l’on voyage debout tous les jours?» (Marc, cadre à SNCF Réseau
en Paca)
«La SNCF ne se pose pas la question de l’aménagement du territoire et de l’accessibilité du train. En
tant que cheminot, je rêve d’un service public
européen du ferroviaire, mais si des investisseurs
«
Libération Lundi 26 Février 2018
privés font leur apparition dans le capital de
la SNCF, ils ne viendront pas que pour aménager
le Limousin ou la Lorraine.» (François, vendeur au
guichet dans une gare des Bouches-du-Rhône)
Ouverture à la concurrence
«Je continue à penser que le mode concurrentiel
ne convient pas au transport ferroviaire. Il y a de
tels investissements nécessaires. Aujourd’hui,
quand une locomotive SNCF tombe en panne, il y
en a une autre de remplacement dans les ateliers.
Que se passera-t-il si une locomotive Veolia ou
Transdev est en défaillance et qu’il n’y en a pas une
autre en réserve?» (François, vendeur au guichet
dans une gare des Bouches-du-Rhône)
«Comment faire de la rentabilité et de la sécurité
avec un modèle coûteux. Et comment réduire les
coûts au kilomètre si l’on fait rouler plus de trains
sur des voies qu’il faudra entretenir plus souvent?»
(Patrick, conducteur en Ile-de-France)
«La concurrence est programmée depuis longtemps, mais ça ne va pas être simple sur le réseau
régional. Il va falloir transférer les personnels vers
le nouvel opérateur tout en conservant les acquis
sociaux. Il faut comprendre que le transport ferroviaire ça coûte cher et que la rentabilité est un
leurre. Aux Etats-Unis, modèle du libéralisme économique, Amtrak, l’opérateur national, est public.»
(Marc, cadre à SNCF Réseau en région Paca)
Reprise de la dette par l’Etat
«C’est quand même l’Etat qui a choisi le tout TGV
[qui a fait exploser la dette de la SNCF, ndlr] et des
lignes non rentables.» (François, ouvrier dans l’atelier de maintenance de Seine-Saint-Denis)
«Ça fait belle lurette qu’elle aurait dû être intégrée
au budget de l’Etat. De toute manière, ça va être
une obligation européenne. En revanche, il faut
que l’Etat reprenne la dette sans faire de chantage
sur le statut des cheminots.» (François, vendeur au
guichet dans une gare des Bouches-du-Rhône )
«C’est une nécessité, sinon la SNCF n’est pas viable, et puis ce n’est pas la faute des cheminots.»
(Richard, conducteur dans l’est de la France)
Recueilli par FRANCK BOUAZIZ
Le rapport Spinetta
préconise la fermeture
de 9 000 km de lignes
dites «secondaires».
PHOTO MARC CHAUMEIL
Les prénoms ont été changés
«Le train fait partie des
services publics cruciaux»
A
ncien membre du Parti socialiste, qu’il a quitté il y
a quelques années, Denis
Thuriot a été élu en 2014 maire sans
étiquette de Nevers (Nièvre) et président de la communauté d’agglomération. Il souligne l’importance
vitale des services publics, dont les
transports, pour l’attractivité des
petites et moyennes villes au moment où le rapport Spinetta sur
la SNCF met en balance le devenir
des lignes les moins fréquentées.
Les propositions du rapport
Spinetta que le gouvernement
entend mettre en œuvre ne sontelles pas en contradiction avec le
plan de revitalisation des villes
moyennes annoncé en décembre
par le Premier ministre ?
Je me félicite qu’un gouvernement s’intéresse enfin aux villes
moyennes, qui concentrent 24% de
la population française et près du
quart des emplois. D’autant que
ce sont des maires en lien avec le
ministère de la Cohésion des territoires et d’autres services de l’Etat
qui ont contribué à élaborer les
projets de développement de leurs
communes que le gouvernement
s’est engagé à financer à hauteur
de 5 milliards d’euros. Il s’agit de
propositions très concrètes, très
opérationnelles pour le développement du commerce, du logement
ou du numérique.
Mais il ne faudrait pas amenuiser
cet effort par une diminution des
dessertes en transports. Une ville
comme Nevers se trouve sur le œuvre. Des villes comme Clamecy
sillon ferroviaire Paris-Clermont- se battent déjà pour conserver leur
Ferrand. Je ne suis pas inquiet pour hôpital.
le maintien de cette ligne qui nous Le rapport Spinetta souligne
met officiellement à deux heures que les «petites lignes» coûtent
de la capitale. Mais cette durée de 1,7 milliard par an en transvoyage est toute théorique. En réa- portant «2 % des voyageurs».
lité, nous sommes confrontés à une Sous-entendu, elles ne sont
vétusté du matériel
pas viables. En tant
roulant et du réseau
qu’élu de la Nièvre,
ferré, à l’origine de requ’en dites-vous ?
tards nombreux et réJe ne nie pas la nécescurrents. De plus, les
sité pour un gouvernehoraires ne sont pas
ment de procéder partoujours adaptés aux
fois à des arbitrages
nécessités des usapour contenir les défigers. Après 19 heures,
cits publics. Je suis luil n’y a plus de trains !
cide et pragmatique.
INTERVIEW Mais encore faut-il
Nevers est la ville
centre d’une aggloméexaminer la cause de
ration de 70 000 habitants dans la certaines situations. Si des lignes
Nièvre, un département rural où sont peu empruntées, c’est parce
des lignes moins fréquentées, des- que le service rendu aux usagers
servant des petites communes, n’est pas toujours pertinent : frésont en revanche réellement mena- quence de trains insuffisante, hocées si des préconisations du rap- raires problématiques, durée du
port Spinetta étaient mises en voyage très long. Pour aller en train
DR
Le maire de Nevers,
Denis Thuriot,
défend l’importance
des «petites lignes»
pour l’attractivité
et le désenclavement
des territoires,
et déplore qu’elles
soient menacées
car trop peu rentables.
de Nevers à Dijon [capitale de la
région Bourgogne-Franche-Comté
dont fait partie la Nièvre, ndlr],
il faut deux heures et demie.
Autant de temps qu’en voiture. Le
train n’offre pas d’avantages. Pas
étonnant que les gens délaissent
certaines lignes.
Que représente la desserte ferroviaire pour des territoires et des
villes comme les vôtres ?
Le train fait partie de ces services
publics cruciaux. En janvier 2017,
j’avais accueilli à Nevers le candidat
Macron [qu’il a soutenu à l’élection
présidentielle]. Je l’avais sensibilisé
sur les enjeux des services publics:
plus on les diminue, plus on les supprime, et plus on fait monter politiquement les extrêmes car les citoyens se sentent abandonnés.
Aujourd’hui, il y a un enjeu important sur la santé, l’éducation,
les transports pour garder un
maillage pertinent du territoire entre grandes villes et zones rurales.
Les villes moyennes luttent pour
garder leurs habitants et en faire venir d’autres. Pour y arriver, nous devons être attractifs, avec des services publics attractifs. Sinon, on va
déshabiller la France, qui n’aura des
habitants que sur les zones du littoral et dans les grandes villes. Le
reste deviendrait un désert. Et ce
serait vraiment triste.
Recueilli par
TONINO SERAFINI
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Libération Lundi 26 Février 2018
u 5
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Ailleurs en Europe,
des réformes plus
ou moins réussies
Avant la France, l’Italie
et le Royaume-Uni ont
transformé leurs entreprises
ferroviaires et ouvert
l’exploitation des lignes
à la concurrence.
En Italie
Entre les syndicats, une
ligne encore à définir
Les centrales ont signé un
communiqué commun contre
le recours aux ordonnances
pour la mutation de la SNCF.
L’union n’est pas pour
autant acquise.
A
ttention, on va se fâcher. Le communiqué commun des quatre organisations syndicales représentatives de
la SNCF est explicite: «non au recours aux ordonnances». La CGT, SUD Rail, l’Unsa et
la CFDT ne sauraient accepter «une stratégie
de contournement de la part du gouvernement», écrivent-elles. «Quand tout sera mis
sur la table et que chacun pourra mesurer ce
que l’on va prendre dans la figure, alors ça va
bouger», annonce le secrétaire national de
SUD Rail, Erik Meyer. L’unité semble néanmoins s’arrêter à ce communiqué commun.
Au-delà, les stratégies et les positionnements
divergent en fonction du poids de chaque organisation dans l’entreprise et des consignes
de sa «maison mère». Ainsi, la CGT (qui a refusé de répondre aux sollicitations de Libération), première force dans l’entreprise, appelle déjà à une journée de mobilisation
nationale le 22 mars. Une manière de
contraindre les autres à se déterminer à partir de cette initiative. Pour l’heure, SUD Rail
est également partant, mais la CFDT n’en
sera peut-être pas. Gênée semble-t-il par le
fait que le 22 mars est aussi une journée nationale de mobilisation pour la fonction publique à laquelle elle ne s’est pas associée.
«Nous avons annoncé qu’en cas de recours
aux ordonnances, nous déposerions un préavis de grève reconductible, mais nous ne nous
prononçons pas sur la suite, et le 22 mars est
encore loin», estime le secrétaire national de
la CFDT Cheminots, Thomas Clavel.
Une ligne de fracture existe de fait parmi les
organisations syndicales, et elle s’est renforcée en 2014, lors de la dernière réforme de
la SNCF, qui a vu le gestionnaire des voies,
Réseau ferré de France (RFF), regagner le giron de la SNCF. D’un côté, la CGT et Sud Rail
ont mené une grève dure pendant deux semaines. De l’autre, la CFDT et l’Unsa ne s’y
sont pas associées. Aujourd’hui, cette césure
demeure et ne semble pas près de s’effacer.
D’autant que des élections professionnelles
auront lieu en novembre. L’un des enjeux
sera le maintien de l’alliance CGT-SUD audessus de la barre de 50%. Ce qui permet actuellement à ces deux organisations de peser sur les accords d’entreprise, avec le pouvoir de les signer ou de les dénoncer. De
manière plus imminente, les quatre organisations syndicales ont rendez-vous mardi
pour déterminer leur réaction après les annonces du Premier ministre la veille.
F.Bz
Le rachat a eu lieu début février: 2 milliards
d’euros versés par GIP, un fonds d’investissement américain, pour prendre le contrôle de
Nuovo Trasporto Viaggiatori (NTV), la première compagnie ferroviaire privée de trains
à grande vitesse en Italie et l’unique en Europe. Elle devait débarquer en Bourse, mais les
Américains ont été plus rapides, pour ne pas
laisser échapper une entreprise qui affiche depuis 2016 un bilan en excédent. En seulement
cinq ans d’activité, l’entreprise lancée au printemps 2012 sous l’égide de Luca Cordero
di Montezemolo, NTV, s’est imposée comme
la principale société privée en Europe en termes de passagers. Avec ses trente convois baptisés «Italo», la société relie notamment Rome
et Milan en moins de trois heures. «Elle était
très mal partie, avec un modèle économique de
trains de luxe. Italo a risqué de faire faillite,
analyse Marco Ponti, professeur d’économie
à l’université polytechnique de Milan. Puis les
dirigeants ont changé de business plan, pour
en faire une sorte de TGV low-cost. L’entreprise
est repartie et a commencé à faire des bénéfices.» La SNCF, qui était entrée à hauteur
de 20% dans le capital de NTV, est descendue
du train en 2015, renonçant à participer à
l’augmentation du capital. «Sur les lignes à
grande vitesse, la libéralisation a relativement
bien fonctionné», considère Marco Ponti. «Italo
a les prix les plus bas d’Europe. La concurrence
a poussé Trenitalia à baisser les siens et à augmenter la qualité», confirme Ugo Arrigo, professeur à l’université Bicocca de Milan. Ainsi,
la compagnie ferroviaire publique Trenitalia
a également gagné des passagers et présente
désormais un bilan excédentaire (près
de 800 millions de bénéfices en 2016). Le marché italien de la grande vitesse a quant à lui
doublé en sept ans, et est assuré à 65% par Trenitalia. «La libéralisation a été introduite un
peu par hasard», précise avec un peu d’ironie
Ugo Arrigo. En 1997, il était conseiller du président du Conseil Romano Prodi (centre gauche): «Nous avions envisagé de séparer les activités des Ferrovie dello Stato [FS, la société
nationale des chemins de fers italiens, ndlr] en
quatre secteurs. Mais il y a eu une réaction syndicale hostile. La réforme a avorté. Quelques
mois plus tard, les FS ont demandé l’autorisation de fixer les prix des billets en fonction des
lignes. Ils l’ont obtenue en échange de la perte
de leur monopole légal, ce qui en théorie signifie
que tout le système du transport ferroviaire italien est depuis libéralisé.»
En 2001, les Ferrovie dello Stato sont séparées
en deux entités : le réseau ferroviaire (RFI)
d’un côté, et la compagnie des trains (Trenitalia) de l’autre. Dans les faits, seul le marché
de la grande vitesse est ouvert à la concurrence. Il est devenu une sorte de «métro d’Italie», avec par exemple des trains entre Rome
et Milan presque toutes les demi-heures et
des billets qui ont en moyenne diminué
de 40 % entre 2011 et 2017. Président des FS
de 2006 à 2010, l’économiste Innocenzo Cipolletta estime que la libéralisation a été décisive, mais indirectement : «La peur de la
concurrence nous a permis de faire sauter les
blocages et de faire passer le message, notamment auprès des syndicats, que sans réforme,
nous risquions la faillite.»
Les employés des FS, qui étaient 220000 dans
les années 80, ne sont plus que 126000. Sur le
plan du réseau, l’Etat continue d’investir massivement. Mais au niveau local, les trains restent insuffisants et vétustes. «La résistance à
la mise en concurrence des trains régionaux demeure très forte», déplore Marco Ponti. Les
élus locaux, de droite comme de gauche,
continuent de confier, sans appel d’offres, le
transport régional aux FS.
ÉRIC JOZSEF (à Rome)
Au Royaume-Uni
Vingt ans après sa privatisation, le rail britannique fait l’objet de débats animés sur une
éventuelle nationalisation. Le parti de l’opposition, le Labour de Jeremy Corbyn, l’a inscrite
dans son manifeste. La privatisation complète,
entamée à la fin des années 90, a subi un premier coup d’arrêt violent avec l’accident de
Hatfield, en 2000 (4 morts, 70 blessés), dû à
l’usure d’un rail. La gestion des voies est alors
reprise en main par l’Etat, qui crée Network
Rail, une compagnie publique à but non lucratif. Des années d’énormes travaux d’infrastructures seront nécessaires pour remplacer les
rails défectueux. Aujourd’hui, vingt-cinq compagnies privées, des franchises, se partagent
le trafic passagers dans le pays. Un grand nombre d’entre elles appartiennent, en totalité ou
partiellement, à des compagnies étrangères,
notamment à l’allemande Deutsche Bahn et
la française Keolis. Elles reçoivent des subventions de l’Etat, à hauteur de 3,2 milliards de
livres (3,6 milliards d’euros) en 2016. En 20152016, le chiffre d’affaires de ces franchises s’est
élevé à 12,4 milliards de livres, subventions
comprises pour des dépenses de 12,1 milliards
de livres. En vingt ans, le trafic ferroviaire a
plus que doublé. En 2016, plus de 1,6 milliard
de passagers ont emprunté les 15 811 km
de rails, dont seulement 34% sont électrifiés
(51% en France, 76% aux Pays-Bas).
Depuis deux ans, les compagnies qui desservent Londres (50% des trajets ferroviaires au
Royaume-Uni se terminent ou commencent
dans la capitale) et le sud-est de l’Angleterre
font régulièrement l’objet de grèves en raison
de conflits sociaux et le mécontentement des
usagers est de plus en plus palpable. Ces derniers déplorent aussi les tarifs parfois prohibitifs. Les différences de prix entre un billet pris
en avance ou le jour même peuvent être vertigineuses. En janvier, l’annonce de la hausse
de 3,4 % des tarifs ferroviaires, la plus forte
depuis cinq ans, n’a rien arrangé. L’abonnement annuel entre Brighton et Londres, une
ligne très fréquentée, s’élève à 4 332 livres
(4 900 euros). Un usager britannique dépense 14% de son revenu mensuel dans les
transports (six fois plus que la moyenne d’un
usager européen). Selon un sondage réalisé en
janvier, 60 % des Britanniques seraient en
faveur d’une renationalisation du rail.
SONIA DELESALLE-STOLPER (à Londres)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Lundi 26 Février 2018
Par
GUILLAUME GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
C
erné de toutes parts par les affaires, Benyamin Nétanyahou s’est
réjoui dimanche, en ouverture
du Conseil des ministres, de l’annonce
du «déménagement» imminent de l’ambassade américaine à Jérusalem (lire cicontre). Il a aussi vanté la «croissance
impressionnante des classes moyennes
en Israël». Bref, circulez, y’a rien à voir.
Jeudi, il s’envolera pour les Etats-Unis,
à l’invitation de Donald Trump, avec
qui il partage autant la rhétorique populiste antimédias que le tintamarre
des casseroles. Mais d’ici là, selon les
médias israéliens, il devra à nouveau
répondre aux questions des enquêteurs. Quatre enquêtes actuellement
ouvertes par la police le touchent plus
ou moins directement. Au sein de
l’unité Lahav 433, le «FBI israélien»
chargé des cas de «corruption à échelle
nationale», chaque dossier a son numéro à quatre chiffres. Pour Nétanyahou, il y a d’abord eu les dossiers 1000
et 2 000, pour lesquels la police a recommandé, le 13 janvier, l’ouverture de
poursuites pour «corruption, fraude et
abus de confiance» contre le leader du
Likoud.
Le premier porte sur des «cadeaux»
d’une valeur de 240 000 euros reçus
par la famille Nétanyahou de la part
de riches hommes d’affaires en
échange de diverses faveurs. Le second
concerne une tentative de marchandage avec l’éditeur de l’influent tabloïd
Yediot Aharonot pour obtenir une
meilleure couverture médiatique. L’inculpation officielle du Premier ministre, désormais entre les mains du procureur général, Avichai Mandelblit,
devrait prendre des mois – si jamais
elle a lieu. Le magistrat, nommé à son
poste par Nétanyahou, s’est illustré récemment par des déclarations offensives. Sans doute fatigué de l’image de
pantin de «Bibi» véhiculée par les médias, il a assuré qu’il n’hésiterait pas à
mettre le Premier ministre en examen
si les preuves s’avéraient suffisantes.
ÉMINENCE GRISE
Le contrecoup de ce premier séisme à
peine digéré par un «Bibi» combatif
(«Ces dernières années, plus de quinze
enquêtes judiciaires ont été ouvertes à
mon encontre, celle-ci, comme les précédentes, ne débouchera sur rien»), trois
de ses proches se retrouvaient sous les
verrous pour leur implication dans une
nouvelle affaire, celle du dossier 4000.
D’après les détails ayant fuité dans la
presse, le Premier ministre aurait
poussé des arbitrages favorisant le
groupe de télécoms Bezeq en échange
d’un droit de regard sur les articles concernant son couple publiés par le populaire site internet Walla, propriété de
Shaul Elovitch, dirigeant de l’opérateur
israélien. Ce dernier a été placé en
garde à vue en compagnie de Nir Hefetz, l’ex-porte-parole personnel du
Premier ministre, et Shlomo Filber, directeur général au ministère de la Communication à l’époque des faits.
Eminence grise du leader israélien, Filber est présenté comme la «boîte
noire» du système Nétanyahou. Arrêté
le 18 février, il a rapidement accepté le
deal de la police : témoigner en
échange de charges réduites contre lui.
Il s’agit du second proche, après lll
Nétanyahou La justice
pousse mais ne passe pas
Des cigares, un tabloïd, des sous-marins et maintenant un
opérateur télécom. La liste des casseroles judiciaires du Premier
ministre israélien s’allonge, mais ne semble guère le fragiliser.
L’intéressé n’envisage nullement de démissionner.
ANALYSE
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Libération Lundi 26 Février 2018
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mission, élections anticipées ou implosion de la coalition, dépendent d’une
seule variable: les sondages. «Tant qu’il
peut se targuer du consentement de sa
base, il ne bougera pas. Au contraire, il
se renforcera, car il n’excelle jamais
autant que dans la position de l’homme
seul contre les élites. A ceci s’ajoute l’air
du “après moi, le déluge”, qu’il martèle
depuis longtemps.» Pour l’instant, les
leaders des autres partis de sa coalition
d’ultradroite se gardent bien d’exprimer un soutien trop prononcé. «Les alliés de Nétanyahou ont passé la semaine
en état de choc, note Pfeffer. Chaque
journée apportait sa révélation. Comme
un bombardement, sur le mode “ça y
est, c’est la fin”. Ils ont adopté une position attentiste: le climat politique reste
très volatil.»
Benyamin Nétanyahou à Jérusalem
en octobre 2015, lors des cérémonies
de commémoration de l’assassinat
de Yitzhak Rabin.
PHOTO DEBBIE HILL. POOL. AP
lll Ari Harow, ex-chef de cabinet
de Nétanyahou, à se retourner contre
le Premier ministre.
Depuis, les révélations s’enchaînent.
Ainsi, Nir Hefetz, le spin doctor en disgrâce, aurait fait miroiter en 2015 le
poste de procureur général à une juge
israélienne si cette dernière acceptait de
tuer dans l’œuf une enquête portant sur
les frais de bouche de Sara Nétanyahou.
L’épouse du Premier ministre, éternel
punching-ball de la presse qui la décrit
comme vénale, hystérique et manipulatrice… Shlomo Filber a ainsi raconté
comment, en 2003, il aurait été viré de
son poste de conseiller du Premier ministre pour avoir empêché Sara Nétanyahou de garder une montre Bulgari offerte par Silvio Berlusconi, la forçant à
la remettre aux archives nationales.
A chaque nouveau scoop, Nétanyahou
a réagi immédiatement sur les réseaux
sociaux, fustigeant «mensonges» et
«hallucinations». Quant au dossier 3 000, celui des sous-marins de
guerre allemands, le voilà qui refait
surface. L’affaire porte sur les conditions troubles de l’achat d’équipement
au constructeur ThyssenKrupp par le
ministère de la Défense. Jusqu’ici, Nétanyahou n’a pas directement été lié
aux allégations de rétrocommissions,
mais deux de ces intimes ont été désignés comme les principaux suspects
aux yeux de la police. C’est sur cette affaire, ainsi que sur le dossier 4000, que
«Bibi» pourrait être interrogé avant son
départ pour Washington.
Face à ce tableau apocalyptique, la tentation est grande d’annoncer la fin de
l’ère Nétanyahou. La presse d’opposition n’a pas manqué de lancer le
compte à rebours. Mais l’intéressé exclut toute démission. Sa formation politique, le Likoud, est toujours solidement en tête des intentions de vote, ce
qu’il relaie complaisamment sur les réseaux sociaux. «Les accusations contre
lui sont très sérieuses, opine Anshel
Pfeffer, journaliste, qui publie une biographie du Premier ministre le mois
prochain. Sur le papier, il ne devrait
pas survivre plus de quelques mois.
Mais annoncer son départ est un pronostic risqué. C’est un politicien extrêmement doué, qui a toujours défié toutes les prédictions.» Pour le politologue
Denis Charbit, tous les scénarios –dé-
«TRUANDER UN PEU»
Dans les rangs du Likoud, c’est le silence. Le chef des députés de la coalition, David Amsalem, qui d’ordinaire
n’hésite jamais à montrer les crocs pour
défendre le Premier ministre, s’est fait
discret. Seul un député Likoud a évoqué
l’idée d’une «mise en retrait» de Nétanyahou, le temps qu’il gère ses «problèmes»: le très controversé Oren Hazan.
«Le Likoud risque de payer une très
lourde addition pour toutes ces affaires», a-t-il déclaré à la radio. Mais ce
parlementaire sulfureux (début février,
ses propos misogynes et racistes lui ont
valu une exclusion de la Knesset pour
les six prochains mois) n’a aucun crédit
politique ou moral pour entraîner une
mutinerie, même s’il jure n’être pas le
seul à penser que «Bibi» est devenu un
fardeau. «Personne au Likoud ne veut
être Brutus poignardant César», analyse Daniel Ben Simon, journaliste et
ex-député travailliste. D’autant plus que
Nétanyahou a pris soin de tuer politiquement tous ses dauphins potentiels.
Ainsi, près d’un tiers de ses électeurs
sont incapables de citer un nom pour
le remplacer.
Selon un sondage, seuls 25% des Israéliens croient en l’innocence de Nétanyahou. Comment expliquer alors sa
popularité auprès de sa base? «Cela témoigne d’un glissement culturel, analyse Denis Charbit. Au fond, les pro-Nétanyahou ne sont pas convaincus que ces
faits soient répréhensibles. Dans la mentalité israélienne, il y a l’idée qu’on peut
toujours truander un peu. Il faut éviter
d’être le “freier”, le pigeon en yiddish, celui qui ne connaît pas les combines. Les
électeurs en arrivent à dire : “Bibi a
marchandé un peu pour avoir des bons
articles, mais qui ne l’aurait pas fait?”»
Depuis son arrivée au pouvoir, la presse
et l’opposition fustigent les goûts de
nouveau riche, les manières fantasques
et le mépris des normes de la famille
Nétanyahou. Laquelle semble résister
à toute injonction éthique, voire en sort
renforcée. La sobriété des figures matricielles de l’Etat hébreu, de Ben Gourion
à Golda Meir, est un lointain souvenir,
évoqué à travers la démission de
Yitzhak Rabin en 1977, pour des motifs
apparaissant terriblement désuets :
quelques milliers de dollars laissés sur
un compte en banque ouvert aux EtatsUnis au nom de sa femme alors qu’il
était ambassadeur à Washington, chose
alors interdite par la loi israélienne. Les
temps ont changé. Pour Anshel Pfeffer,
aujourd’hui, l’équation est simple: «Sa
base pense que, même corrompu, Nétanyahou est le meilleur leader qu’Israël
u 7
L’AMBASSADE AMÉRICAINE
TRANSFÉRÉE LE 14 MAI
Soucieux d’apaiser les pays arabes, Rex Tillerson, chef
de la diplomatie américaine, assurait que le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem prendrait «plusieurs années». Pourtant, Washington a annoncé samedi son transfert de Tel-Aviv vers Jérusalem
pour le 14 mai. Il s’agit de changer le statut d’un bâtiment consulaire du quartier d’Arnona, dans le sud de
Jérusalem, en attendant la construction de la nouvelle
ambassade. Le magnat Sheldon Adelson, considéré
comme le principal lobbyiste de ce déménagement,
a proposé de régler la facture. Une offre étudiée par
l’administration Trump. Pour les Palestiniens, il s’agit
d’un «acte de cruauté gratuite qui s’ajoute à l’insulte».
En effet, si le 14 mai 2018 marquera les 70 ans de la
déclaration d’indépendance de l’Etat hébreu, les Israéliens fêtent la création de leur Etat le 18 avril, en accord
avec le calendrier hébraïque. En revanche, les Palestiniens commémorent chaque 14 mai la Nakba (la «catastrophe»), jour de leur expropriation. G.G.
puisse trouver. Et si tous les politiciens
sont plus ou moins corrompus, pourquoi
Bibi payerait-il la note?»
Néanmoins, l’affaire des sous-marins
pourrait être la pichenette qui enverra
Nétanyahou dans le précipice, car elle
touche à la sécurité nationale. Si accepter du champagne, des bijoux et des cigares de la part de milliardaires apparaît tolérable, se faire de l’argent sur le
dos des soldats est un tabou absolu
pour les Israéliens. «Tout ceci est sans
précédent depuis la création de l’Etat,
affirme Daniel Ben Simon. Les gens sont
confus: ils voient un Premier ministre
défier les institutions, et même prêt à
gouverner en étant mis en examen,
d’autant que le processus de révocation
est très complexe. Nétanyahou prend
l’Etat en otage, et l’Etat ne sait pas quoi
faire.» En attendant, chaque jour charrie son nouvel épisode de ce House of
Cards hébraïque: dimanche, la police
a annoncé qu’un nouveau suspect,
dont l’identité n’a pas été révélée, avait
été entendu dans le dossier 4000. •
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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8 u
MONDE
Libération Lundi 26 Février 2018
Disparition d’une star de Bollywood
Sridevi Kapoor, considérée comme l’une des
plus grandes actrices du cinéma indien avec
plus de 300 films à son actif, est morte à Dubaï à 54 ans après une attaque cardiaque.
A l’annonce du décès, dimanche, des centaines de personnes se sont réunies autour de
son domicile à Bombay. La police locale a été
dépêchée pour contenir la foule. PHOTO DR
En Syrie, une trêve sitôt actée, sitôt rompue
Le cessez-le-feu
voté à l’ONU n’aura
duré que quelques
heures avant que
les raids aériens et
les tirs des forces
du régime ne
reprennent, dès
dimanche matin,
dans la Ghouta
orientale.
Par
HALA KODMANI
L
es habitants de la
Ghouta auront brièvement «profité» du cessez-le-feu dans la nuit de samedi à dimanche, après le
vote de la résolution du
Conseil de sécurité des Nations unies. «Deux heures
viennent de passer depuis que
la dernière bombe est tombée», signalait ainsi un activiste sur les réseaux sociaux,
dimanche à 2 heures du matin. «Les médecins, secouristes, travailleurs sociaux et les
380 000 civils vont respirer
après sept jours et nuits d’enfer. Ils vont trouver le temps
d’enterrer leurs proches, de
nettoyer leurs maisons et
leurs rues des gravats, pour se
préparer à recommencer.»
«Psychose». Mais la trêve
aura été de très courte durée.
Et ils n’auront pas eu le temps
de faire tout cela. Dès 7 heures
du matin dimanche, les tirs
aériens ont repris sur la région
rebelle tandis qu’une offensive terrestre était lancée. Des
troupes fidèles au régime de
Bachar al-Assad ont attaqué
sur trois axes autour de l’enclave assiégée. Depuis, une
confrontation violente se déroule avec les groupes armés
rebelles, qui a fait des morts
des deux côtés. Alors les raids
de l’aviation et l’artillerie se
sont déchaînés à nouveau. Ils
ont notamment visé (et totalement détruit) la plus grande
maternité, celle de l’hôpital
Al-Zahra, dans le secteur central de la Ghouta. Des secouristes ont fait état de symptômes évoquant des attaques au
phosphore blanc et au chlore
– des informations qui res-
Dimanche, dans la Ghouta. Omar, 10 ans, a été blessé lors d’un raid aérien qui a tué plusieurs membres de sa famille. PHOTO AMER ALMOHIBANY. AFP
taient encore à vérifier. Dans
la journée, une vingtaine de
civils ont été tués.
La trêve «sans délai» adoptée
samedi soir par un vote à
l’unanimité du Conseil de sécurité de l’ONU a donc vécu.
Le texte de la résolution, approuvée après trois jours de
négociations intenses à
New York dans le but d’éviter
un énième veto russe, a
perdu de sa vigueur. S’il demande la mise en place d’un
«cessez-le-feu de trente jours
en Syrie pour permettre la
distribution d’aide humanitaire et l’évacuation des blessés», le texte introduit des
restrictions sujettes à des
interprétations contradictoires. Parmi les «garanties» exigées, Moscou a obtenu que
les principaux groupes rebelles présents sur le terrain
s’engagent par écrit à «respecter le cessez-le-feu» et à ne pas
«bombarder les zones résidentielles de Damas». Les deux
principaux groupes rebelles
qui contrôlent la Ghouta
orientale, Jaich al-Islam et
Faylaq al-Rahmane, se sont
engagés à respecter une
trêve, tout en se gardant un
droit de réponse face aux attaques du régime. Le texte
prévoyait initialement des
exclusions au cessez-le-feu
pour les combats contre
divers groupes jihadistes
mais l’appréciation de ces
derniers reste subjective. Le
régime qualifie en effet de
«terroristes» tous les combattants de l’opposition.
En outre, son allié russe a
argué que les informations
sur «le drame humanitaire»
qui se joue dans la banlieue
de Damas étaient déformées
et amplifiées par l’opposition
syrienne et ses alliés.
L’ambassadeur russe auprès
des Nations unies a évoqué,
quant à lui, «une psychose de
masse» nourrie par les médias occidentaux. Après son
vote à l’ONU, la Russie continue d’être sollicitée de toutes
parts, en tant que détentrice
des clés de la guerre et de la
paix en Syrie. La France et
l’Allemagne, en particulier, se
sont investies ensemble dans
des efforts diplomatiques
soutenus auprès de Moscou.
«Pression». Dimanche matin, Emmanuel Macron et
Angela Merkel se sont entretenus par téléphone avec Vladimir Poutine. «Ils ont salué
l’adoption à l’unanimité par
le Conseil de sécurité de l’ONU
d’une résolution opérationnelle demandant une cessation des hostilités de trente
jours en Syrie. Une première
étape qui répond à une urgence humanitaire majeure,
notamment dans la Ghouta
orientale», selon le communiqué de l’Elysée. Sans mentionner précisément la reprise des bombardements, les
deux dirigeants ont «appelé
la Russie à exercer une pression maximale sur le régime
syrien, afin que les bombardements indiscriminés cessent
immédiatement et que la résolution de l’ONU soit mise en
œuvre sans délai, avec la mise
en place d’un mécanisme robuste de surveillance», poursuit l’Elysée.
Malgré la difficulté de faire
respecter une trêve qui «n’est
pas un accord de paix sur la
Syrie» mais est «purement
humanitaire», comme l’a
souligné l’ambassadeur suédois à l’ONU, Olof Skoog, initiateur avec son homologue
koweïtien de la résolution,
Paris et Berlin affichent une
ambition qui va plus loin.
Dans leur conversation avec
Poutine, Macron et Merkel
«ont souligné que la cessation
des hostilités devait permettre de réunir la communauté
internationale autour d’une
solution politique sur des bases crédibles, dans le cadre du
processus de Genève». Mais le
communiqué de l’Elysée se
garde de préciser la teneur
des réponses de Poutine.
Jean-Yves Le Drian, ministre
des Affaires étrangères, se
rendra mardi à Moscou pour
examiner avec son homologue russe, Sergueï Lavrov,
les moyens de mettre efficacement en œuvre la résolution du Conseil de sécurité et
de relancer les efforts internationaux pour parvenir à
une solution politique du
conflit. En saura-t-il plus sur
les intentions de Moscou de
faire pression sur son allié de
Damas ? En tout cas, le régime d’Al-Assad ne semble
pas le craindre. Le représentant syrien à l’ONU, Bachar
Jaafari, a réitéré la position du gouvernement,
déterminé à reprendre coûte
que coûte l’ensemble du
pays. «Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel
Alep», a-t-il martelé. •
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Libération Lundi 26 Février 2018
u 9
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LIBÉ.FR
«Le mulet, ce n’est pas
seulement une coupe,
c’est un mode de vie.»
Plus de 150 adeptes du court devant et bien long
sur la nuque (hommes, femmes, enfants) ont
participé ce week-end au Mulletfest à Kurri
Kurri (Australie) dédié à la gloire de cette coiffure so eighties et popularisé notamment par
Andre Agassi. Diaporama. PHOTO AFP
Turquie: 400 morts pour un aéroport
D’EST…
…EN OUEST
Xi Jinping en piste pour
une présidence illimitée.
Le Parti communiste chinois a fait savoir dimanche
qu’il voulait lever la limite
de deux mandats présidentiels de cinq ans dans la
Constitution, ce qui permettrait à l’homme qui dirige la
Chine d’une main de fer depuis cinq ans de se maintenir à la tête du pays autant
qu’il le voudra. Il aurait
théoriquement dû quitter le
pouvoir en 2023. Le PCC a
également proposé d’inscrire «la pensée Xi Jinping»
dans la Constitution.
Les avoirs d’un opposant au
président égyptien saisis.
Abdel Moneim Aboul Foutouh, dirigeant de l’opposition égyptienne et critique
du régime d’Abdel Fattah alSissi, avait été arrêté le 14 février après avoir lancé un appel à boycotter la présidentielle de mars, accusant le
régime d’«empêcher toute
compétition loyale». Le parquet met en avant une proximité de l’opposant avec les
Frères musulmans, et affirme
que les fonds saisis sont utilisés pour «exercer des activités
terroristes».
C’est un beau cadeau d’anniversaire que devrait s’offrir
ce lundi Recep Tayyip Erdogan. Le jour de ses 64 ans, le
président turc doit prendre
part à un vol inaugural qui
prendra fin sur la nouvelle
piste du troisième aéroport
de sa ville de cœur, Istanbul.
Un peu moins de trois ans
après le début des travaux,
80 % du gigantesque chantier seraient terminés et le
gouvernement espère ouvrir
une première partie de l’infrastructure le 29 octobre.
Mais, déjà, les chiffres dantesques du «plus grand aéroport du monde» donnent le
tournis : une superficie de
76 millions de mètres carrés
– une plaie de béton dans
l’un des derniers poumons
verts de la région–, 150 mil-
lions de passagers annuels
attendus et une promesse
de 220 000 emplois crées.
Mais le 11 février, un autre
chiffre est venu quelque
peu gâcher l’enthousiasme
d’Ankara : 400, comme
le nombre d’ouvriers qui
auraient perdu la vie depuis
le début des travaux, affirme
le quotidien d’opposition
Cumhuriyet, citant un employé du chantier. Une information difficile à vérifier
mais qui fait tache dans le
discours officiel d’Erdogan,
qui veut faire de cet aéroport
«un monument de la victoire» pour la Turquie et ses
habitants. L’exécutif turc n’a
d’ailleurs pas tardé à réagir
et, chiffres de la sécurité sociale à l’appui, a avancé un
bilan réduit à 27 morts. Et le
ministre du Travail de dénoncer une enquête «qui
trompe le public». L’accès à
l’article en ligne a été interdit mais le mal est fait :
l’opposition s’est déjà saisie
du dossier et a demandé
des comptes au gouvernement islamo-conservateur
de l’AKP.
Cependant, pour certains
des quelque 30000 salariés
du site, l’information n’a pas
de quoi surprendre. Cela ferait bien longtemps qu’on
ne chercherait même plus à
compter les morts sur le
chantier. «Il y en a tellement,
on s’habitue. Le décès d’un
ouvrier dans un accident du
travail n’est plus une nouvelle extraordinaire désormais», confie Gökhan (1),
électricien trentenaire. Le
sujet n’en reste pas moins tabou. Et une forme d’omerta
règne. «Sur le chantier, si
quelqu’un meurt à côté de toi
et que tu en parles, on met
ton nom sur une liste rouge et
tu ne peux plus travailler sur
les grands chantiers publics», avance même Mehmet, qui a travaillé plusieurs
mois sur le site.
Du côté d’IGA, le consortium de cinq entreprises turques (dont Kalyon, géant du
BTP et des médias, proche
du pouvoir) qui a remporté
l’appel d’offres pour la construction et la gestion de l’aéroport et pour la somme
de 22 milliards d’euros,
c’est pour l’instant le silence
radio.
Q.R. (à Istanbul)
(1) Les prénoms ont été modifiés.
UE: Martin Selmayr
et les comploteurs
Le «coup d’Etat» de mer- tien avec le commissaire qui
credi, qui a permis à l’in- recrute et nomination par le
connu Martin Selmayr de collège des commissaires. Si
s’emparer du pouvoir au sein la tradition veut que le préside la Commission euro- dent de la Commission ait
péenne n’en finit pas de pro- une large latitude pour nomvoquer des vagues. Alors que mer le secrétaire général, il
la poussière retombe, il appa- ne peut puiser que dans le viraît que les règles internes vier des DGA et des DG.
ont été malmenées par Sel- Avant d’être nommé secrémayr, avec la complicité d’un taire général (équivalent
groupe de comploteurs et du d’un DG), Selmayr devait
président de la Commission, donc passer par l’étape secréJean-Claude
taire général
COULISSES
Juncker.
adjoint. S’il a
En effet, SelDE BRUXELLES bien candimayr ne poudaté à ce
vait pas être directement poste fin janvier, la procénommé secrétaire général, dure, qui prend d’ordinaire
poste le plus important de plus de quinze jours, a été ral’exécutif européen : n’étant pide: mercredi, Selmayr a été
que «directeur», il n’avait pas nommé secrétaire général
le grade requis. Précisons adjoint. Puis le secrétaire géqu’il y a plusieurs fonctions néral en fonction a démisd’encadrement au sein de la sionné et a été remplacé par…
Commission : chef d’unité, Selmayr. Deux promotions en
directeur, conseiller princi- moins d’une minute, un repal, directeur général adjoint cord mondial. Le tout à la stu(DGA) et enfin directeur gé- péfaction des commissaires,
néral (DG). Or pour être qui n’avaient pas été mis dans
nommé à ces différents pos- la confidence. Mais avec une
tes, la procédure est lourde : dose de courage qui frôle le
appel d’offres public, oral, niveau zéro, nul n’a moufté.
classement par un comité Pas mal pour une Commisconsultatif des nominations, sion censée être la gardienne
examen des compétences par du respect des règles.
un consultant extérieur, reJEAN QUATREMER
tour devant le comité, entre(à Bruxelles)
L’extrême droite italienne montre ses muscles
EN IMAGE
L’Italie a été parcourue de manifestations politiques parfois tendues samedi, à une semaine
des législatives du 4 mars, avec une démonstration de force du patron de la Ligue du Nord,
Matteo Salvini, à Milan (photo) et des milliers de manifestants antifascistes à Rome. Le ministère italien de l’Intérieur a recensé 119 rassemblements de tailles diverses dans 30 provinces
et a annoncé avoir mobilisé 5 000 policiers dans tout le pays pour assurer l’ordre. De brefs
heurts ont essentiellement concerné Milan, où les forces de l’ordre se sont opposées à une
poignée de militants d’extrême gauche qui voulaient empêcher le déroulement d’un rassemblement de Fratelli d’Italia (extrême droite) le matin puis de CasaPound (néofasciste) en début
d’après-midi. Allié avec la droite de Silvio Berlusconi pour les législatives, Matteo Salvini ambitionne d’arriver premier au sein de cette coalition qui fait la course en tête dans les sondages,
afin de devenir le chef du gouvernement. PHOTO ANTONIO CALANNI. AP
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10 u
FRANCE
Libération Lundi 26 Février 2018
Stéphane Richard
«Il y a certains sujets
sur lesquels l’Etat
peut être pénible…»
Le PDG d’Orange, reconduit pour quatre ans à la tête de l’opérateur,
entend poursuivre le développement de la couverture Internet
à haut débit sur le territoire. Objets connectés, financement de
la fiction française, injonctions contradictoires de l’Etat actionnaire,
affaire Tapie ou encore ISF, il répond à «Libération».
Par
GRÉGOIRE BISEAU
et JÉRÔME LEFILLIÂTRE
Photo JÉRÔME BONNET
P
orté par les bons résultats
d’Orange, Stéphane Richard,
ancien directeur de cabinet
de Christine Lagarde à Bercy, a vu
la semaine dernière son mandat
de PDG de l’opérateur télécoms (détenu à 23% par l’Etat) renouvelé par
le conseil d’administration pour
quatre ans.
Que vous demande l’Etat pour ce
troisième mandat ?
Ce n’est pas l’Etat qui fait une liste.
J’ai discuté la feuille de route ces
dernières semaines avec le conseil
d’administration et l’Etat. Le premier objectif est d’achever le travail
sur le déploiement du très haut dé-
bit fixe en France. D’ici 2021, on
aura fait l’essentiel de la couverture
de la France, en fibre optique pour
la plus grande partie. Ça n’a l’air de
rien mais on investit plus d’un milliard d’euros par an sur cet unique
sujet en France. C’est plus qu’aucun
autre opérateur en Europe.
Où en est Orange aujourd’hui ?
Nous avons apporté le très haut débit fixe à un peu plus de 9 millions de
foyers. Les zones denses, les grandes
villes, seront terminées courant 2018. Il reste à achever d’ici 2021
les zones moyennement denses: les
villes moyennes et les périphéries de
ville. Il y a ensuite les zones rurales, 15 millions de foyers quand
même. Là, ce sont des réseaux d’initiative publique, c’est-à-dire les collectivités locales, qui organisent des
appels d’offres. Au total, en 2021, 70
à 75% de la population aura accès au de la couverture mobile dans
très haut débit fixe.
les zones rurales. Il prévoit l’instalPour une bonne partie du pays, lation d’environ 10000 sites suppléc’est renvoyé à 2025 ou 2030…
mentaires, tous opérateurs confon2030, non. Mais une partie de la dus, sachant qu’Orange en
France ne sera pas à 100 Mbits a 22 000 aujourd’hui. Cela repréen 2021, c’est sûr. C’est
sente un investissetechniquement imposment cumulé de 3 milINTERVIEW liards d’euros. Je ne dis
sible. Le plan du gouvernement nous demande
pas que la France va
qu’on lui améliore le débit. On n’ap- être couverte jusqu’au moindre reportera pas la fibre à tous les Fran- coin inhabité mais pour toutes les
çais au fin fond des campagnes. Si zones peu denses et les axes de
on regarde la photo finale, il y aura transport, l’amélioration va être très
autour de 85-90% des clients à la fi- forte. On le verra dès 2020-2021.
bre et 10-15% qui auront du très haut Des études montrent que le terdébit par d’autres moyens : ritoire «très bien» couvert est lila 4G fixe, le câble, le satellite…
mité : 60 % en voix et SMS chez
Et sur le mobile ?
Orange seulement.
Nous avons passé avec le gouverne- Quand on nous vend des fréquenment et les autres opérateurs un ces, on nous impose des obligations
accord pour améliorer la qualité de déploiement. Elles sont mesu-
rées en taux de couverture de la population, pas du territoire. On peut
trouver que ce n’est pas assez, mais
on a respecté nos obligations! Dire
que l’on va couvrir à 100 % le territoire n’a pas de sens. On ne va pas
investir dans des zones où il y a seulement un randonneur de temps en
temps! Notre objectif est d’atteindre
quasiment 100 % de la population
en 4G en 2020. Et mieux couvrir les
axes de transport et zones rurales.
Après la banque, quel est le prochain métier d’Orange ?
De fournisseur de réseaux de communication, nous devons devenir
aussi fournisseur de services dans
le monde numérique. On ne peut
pas se lamenter que les Gafa prennent des positions dominantes
dans tous les domaines et puis rester les bras croisés à construire des
tuyaux pour qu’ils y développent
leurs services.
Après la banque, l’univers qui nous
intéresse est le fonctionnement de
la maison, avec tous les objets connectés qui commencent à la remplir. Notre projet phare est notre assistant virtuel, «Djingo», qu’on
lancera à l’automne avec Deutsche
Telekom comme partenaire. C’est
une réponse européenne à Google,
Amazon et Apple, qui ont déjà investi le marché. Celui qui sera capable de conquérir cette position centrale dans les foyers aura un
avantage très important.
Dans les contenus, vous tâtonnez. Vous y allez ou pas ?
Je ne suis pas d’accord. Dès le départ, j’ai posé, dans les contenus,
une stratégie basée sur les partenariats. J’ai arrêté la chaîne de sport
qui diffusait des matchs de Ligue1
car c’était un gouffre. Un milliard
d’euros de pertes nettes au total! Je
ne pense pas qu’Orange puisse devenir lui-même un acteur important dans la production. L’intégration verticale, à la manière d’Altice
[propriétaire de Libération, ndlr], je
n’y ai jamais cru. Si vous achetez les
droits du foot – un investissement
gigantesque – vous devez ensuite
créer votre chaîne pour les vendre.
A qui? Aux abonnés Orange? C’est
impossible à rentabiliser. On n’a pas
assez de clients. La bonne illustration est Altice. Aujourd’hui, ils tapent à la porte de tous les opérateurs pour qu’ils distribuent leurs
chaînes de sport.
Vous allez distribuer le bouquet
SFR Sport la saison prochaine?
Je l’espère car nous souhaitons distribuer les meilleurs contenus à
tous nos clients. Mais il ne s’appellera ni SFR Sport ni Altice Sport. Je
connais le nom d’ailleurs, mais je ne
vous le dirai pas.
En même temps, vous vous lancez dans la production de séries,
MUSIQUE MATIN DE SASKIA DE VILLE
LE 7/9 DE FR ANCE MUSIQUE, DU LUNDI
AU VENDREDI
Retrouvez chaque mardi à 8h50 la chronique de Guillaume Tion de
+ 7 webradios sur francemusique.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 26 Février 2018
avec une adaptation du Nom de
la Rose en 2019…
J’estime que l’empreinte économique, sociale et même politique est
beaucoup plus forte dans le cinéma
et les séries que dans le sport. Investir dans la création française
comme nous le faisons, massivement, ce n’est pas la même chose
que mettre un milliard dans les
droits du foot… C’est un modèle
économique plus vertueux car ça
permet d’investir dans la durée.
Dans le sport, tous les quatre ou
cinq ans, vous avez un appel d’offres, c’est la roulette russe. Si vous
le perdez, vous perdez tout.
Altice s’est effondré en bourse en
fin d’année. Drahi, c’est fini ?
[Rires] Cela me rappelle Hervé Vilard ! Non, je ne crois pas qu’on
puisse dire cela. Le modèle de construction de l’ensemble Drahi, basé
sur une dette et un effet de levier
très importants, en peu de temps,
est sous pression. D’abord parce
qu’il y a un contexte de remontée
des taux d’intérêt. Et puis, il faut
que les actifs crachent pour rembourser tout ça. Et pour que les actifs crachent, il faut qu’ils aient une
dynamique commerciale, ce qui
n’est pas le cas de SFR jusqu’à maintenant. Mais je suis prudent, SFR
reste une belle entreprise.
D’après le patron de LVMH, Bernard Arnault, une nouvelle crise
financière nous guette…
Je ne suis pas loin de penser la
même chose. Il y a des signaux inquiétants. Une bulle de dette, liée à
la politique monétaire des dernières
années. S’il y a une remontée des
taux, cela peut déboucher sur des
problèmes majeurs. A côté de cela,
il y a une reprise en Europe, qui
aura peut-être un effet positif.
Etes-vous favorable à la privatisation complète d’Orange ?
Ce n’est pas de mon ressort. Je suis
le manager de l’entreprise et je travaille avec mes actionnaires. Pour
l’instant, j’ai l’Etat. Si l’Etat décide
demain de sortir du capital, je travaillerai avec d’autres actionnaires.
L’Etat actionnaire a de grandes qualités: il apporte une certaine stabilité, il accompagne l’entreprise…
L’Etat est-il bienveillant ?
Par rapport à l’entreprise, oui. Par
rapport au dirigeant, ça dépend. Le
problème de l’Etat est que ce n’est
pas un actionnaire comme un autre.
L’Etat est vaste, entre l’Agence des
participations, l’Elysée, Bercy, les
parlementaires… C’est compliqué.
Tout le monde voit qu’il peut y avoir
une forme d’injonctions contradictoires entre l’intérêt strict de l’entreprise et les buts de l’Etat. Et puis, il
y a certains sujets sur lesquels l’Etat
peut être pénible, comme la rémunération. Il regarde cela avec un œil
politique. Je ne demande rien de
spécial, mais je constate que je suis
le 40e salaire du CAC40. Je ne considère pas que je suis particulièrement bien payé [1,5 million d’euros
en 2016] pour ce que je fais même si
je sais bien que c’est beaucoup plus
que la moyenne des Français.
Fallait-il transformer l’impôt sur
la fortune ?
C’était important de le faire en début de mandat. Le bilan économique de cet impôt a été établi depuis
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 11
Stéphane Richard à Paris le 15 février.
longtemps. L’ISF a entraîné des fuites de patrimoine et a été négatif
pour l’attractivité du pays, dans un
contexte de concurrence fiscale et
d’ouverture des économies.
Vous qui étiez redevable de l’ISF,
qu’allez-vous faire de votre gain?
Je n’ai pas réfléchi à une utilisation
spécifique, j’attends quand même
de voir ma feuille d’impôts [rires].
Certes cela va faire une diminution
d’impôt mais je resterai dans des niveaux de prélèvement élevés. Bon,
c’est normal. Je vais économiser
quelques dizaines de milliers
d’euros. C’est beaucoup, mais cela
ne va pas changer ma vie.
Vous n’allez pas investir dans
des start-up ?
Depuis vingt ans, j’investis régulièrement dans des boîtes. Je suis
aussi un grand donateur de HEC,
dont j’ai financé la fondation à hauteur de 250 000 euros. J’essaie de
faire ma part.
Vous vous sentez macronien ?
Oui car j’ai envie qu’il réussisse.
Vous auriez dit la même chose
sous Hollande ou Sarkozy…
Bien sûr. Mais au moment où on est
aujourd’hui, c’est contre-productif
de commencer à critiquer ce qui se
fait. Fondamentalement, je souhaite que ce président réussisse à
diminuer le chômage, à redresser
les comptes, à améliorer l’attractivité du pays, à relancer l’économie
et, du coup, à dégager davantage de
moyens publics pour l’éducation,
les prisons, la santé, etc. Je n’ai pas
envie de voir Marine Le Pen ou
d’autres arriver au pouvoir.
Soutenez-vous la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle ?
Le burn-out est une réalité incontestable. Je ne vois pas pourquoi on ne
le considérerait pas comme une maladie professionnelle. Moi qui ai été
confronté à Orange au problème des
suicides, qui peuvent être une forme
de burn-out extrême, j’ai reconnu
certains cas en accidents du travail.
Mais ce que je n’aime pas dans l’idée
d’une loi c’est le côté systématique.
Vous êtes renvoyé dans l’affaire
Tapie pour «complicité d’escroquerie». Démissionnerez-vous
si vous êtes condamné ?
Le jour où il y aura un procès, je me
défendrai contre les accusations qui
sont portées contre moi et que j’estime infondées. Et le jour où il y
aura une décision de justice, je remettrai mon mandat à la disposition du conseil d’administration.
S’il estime que je ne peux pas rester,
je partirai, évidemment. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
FRANCE
Libération Lundi 26 Février 2018
LIBÉ.FR
Terre d’actions : le cassetête du shopping éthique
Les marques de vêtements «respectueuses de l’environnement» et «équitables»
se multiplient sans qu’il ne soit plus simple pour le
consommateur de déterminer ce qui tient de l’affichage marketing ou du véritable engagement.
Passage en revue des sites, boutiques, labels à
privilégier. PHOTO FASHION REVOLUTION
France Télévisions:
Takis Candilis,
tout un programme
La nomination du
nouveau numéro 2,
qui entre en
fonction ce lundi,
a été accueillie
avec hostilité.
Le producteur
de «Borgia» doit
mettre en place
une organisation
«transverse»
de la fiction.
Le nouveau numéro 2 de
France Télévisions, 63 ans,
(qui n’a pas souhaité s’exprimer auprès de Libération), est
un homme du privé. Scénariste et réalisateur au début
de sa carrière, il bascule rapidement dans la production et
se spécialise dans la fiction
audiovisuelle. En 1999, il rejoint la TF1 de Navarro et Joséphine, ange gardien, où il
est la tête pensante de la création made in Bouygues TV,
puis dirige à partir de 2006
Lagardère Studios. Outre Borgia, il lance là-bas la fabricaPar
tion de feuilletons comme
JÉRÔME
Clem, le Transporteur ou Nos
LEFILLIÂTRE
chers voisins. Qui ne sont pas
akis Candilis n’a pas exactement les Soprano ou
encore passé une jour- The Wire français. Denée complète à France puis 2016, Takis Candilis diriTélévisions comme directeur geait la fiction à Banijay,
général délégué à l’antenne le groupe audiovisuel de
et aux programmes. Mais, l’homme d’affaires Stéphane
dans le milieu culturel, les Courbit.
flingues sont déjà sortis «Tout le monde est sidéré par
contre le nouveau numéro 2 cette nomination, râle un prode l’entreprise publique, qui ducteur bien connu dans le
prend ses fonctions ce lundi. milieu culturel, sous couvert
Le ton est donné
d’anonymat. Takis
L’HOMME est un pro, il conpar Pascal Rogard,
mitrailleur en chef
DU JOUR naît bien la télé.
de la Société des
Mais il n’a pas
auteurs et compositeurs dra- brillé par une qualité de ficmatiques : «Takis Candilis, je tion extraordinaire. Il a fait
l’appelle le Grec qui parle an- des choses très formatées.» Et
glais. A cause de Borgia [série cette personnalité très reproduite par Candilis et tour- montée, qui va jusqu’à parler
née dans la langue de Sha- de «trahison», de lister les dékespeare, ndlr]. Borgia, c’est fauts du personnage: il s’entrois minutes de violence, cinq tourerait exclusivement
minutes de sexe, trois minutes d’hommes à lui, black-listede fausse politique.»
rait les producteurs qui ne lui
reviennent pas, imposerait sa
«Sanctuarisation». Plus femme (la comédienne Babfeutrée, la Société civile des sie Steger, qui a joué dans
auteurs multimédias, une Borgia notamment) au casautre société de gestion col- ting de ses séries… «C’est
lective des droits d’auteur, d’autant plus inquiétant qu’il
s’est fendue d’un communi- va avoir la main sur tous les
qué pour dire «espérer vive- programmes. On se retrouve
ment que la nomination d’une avec un guichet unique»,
personnalité qui n’a pas mené poursuit cette source.
sa carrière dans le service pu- De fait, Takis Candilis débarblic ira dans le sens de la que à France Télévisions en
sanctuarisaton et du renou- patron. La présidente, Delveau de la création française phine Ernotte, qui a renconà la télévision publique». tré cet ex-gros fournisseur de
Sous-entendu: on a un doute. programmes au début de son
T
mandat, a décidé de lui donner tous les pouvoirs sur les
contenus du groupe. Chargé
de mettre en place une organisation «transverse» de la
fiction et de superviser la
stratégie éditoriale, il aura
autorité sur les directeurs et
directrices des chaînes de
France Télévisions, qui disposaient jusque-là d’une certaine autonomie et avaient la
fâcheuse tendance à se concurrencer. Jusqu’à obliger
Delphine Ernotte à rendre en
permanence des arbitrages.
«Je suis jaloux car Takis a obtenu ce que je voulais avoir,
relève son prédécesseur à ce
poste, Xavier Couture. Cette
organisation me semble indispensable: un grand média nécessite de la clarté dans sa volonté éditoriale. Elle ne peut
pas être partagée entre mille.»
«Rayonnement». Le choix
de Takis Candilis, réputé
pour sa poigne (au minimum) dans l’exercice du management, n’est d’ailleurs pas
sans lien avec le désir de Delphine Ernotte de remettre un
peu d’ordre dans la maison,
d’où peine à émerger une
ambition commune. «C’est
un excellent choix, continue
Xavier Couture. Takis est très
calme, très stable, intellectuellement honnête et engagé.
C’est mal le connaître que de
penser qu’il n’aura pas à cœur
de défendre les intérêts du
service public.»
Au cabinet de Delphine Ernotte, on explique que la «vision européenne et internationale» du marché de la
télévision du nouveau big
Takis Candilis, sur le plateau de LCI, en octobre 2011. PHOTO IBO. SIPA
boss des programmes a
plaidé en sa faveur. «L’enjeu
du rayonnement est important pour la présidente. Surtout en fiction, où ses attentes
sont fortes», ajoute-t-on. L’expérience de Candilis à Lagar-
Il a lancé chez Lagardère
la fabrication de feuilletons
comme «le Transporteur»
ou «Nos chers voisins».
Pas vraiment «les Soprano»
ou «The Wire» français.
dère Studios, filiale qu’il a
beaucoup internationalisée,
et à Banijay, l’un des plus gros
groupes indépendants de
production au monde, est
perçue comme un atout majeur, alors que les milliards de
dollars de Netflix, Amazon
and co sont en train de terrasser le secteur audiovisuel.
Dans l’entourage de Delphine
Ernotte, la (très bonne) série
Jour polaire, production
franco-suédoise poussée par
Candilis au sein de Lagardère
Studios, est citée en exemple
des partenariats transnationaux qu’il faut nouer pour résister aux géants américains.
«Résister», c’est précisément
le mot qu’utilise un proche de
Takis Candilis pour expliquer
sa décision de rejoindre
France Télévisions. «Face aux
Américains, les services publics européens doivent regrouper leurs forces, pour
sanctuariser une création locale qui doit être une véritable
alternative, appuie cette
source. Il y a urgence. C’est le
moment et c’est une cause formidable, presque un acte militant.» Un tel discours ne devrait pas être pour déplaire
aux sommités de l’exception
culturelle française. Reste à
voir les actes. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 26 Février 2018
u 13
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Parcoursup, année
zéro. Elèves, profs,
LIBÉ.FR
conseillers d’orientation mais aussi enseignants-chercheurs…
Tous sont en première ligne face à la réforme de l’accès au supérieur, qui se met
en place à toute vitesse. Libération leur
donne la parole pour qu’ils racontent les
bouleversements en cours.
Terrorisme Deux attentats déjoués
depuis le début de l’année
DR
Seulement un mois
après son lancement,
le pure player initié par
des insoumis se sépare
de sa présentatrice,
Aude Rossigneux.
Dans une lettre adressée à la rédaction, elle
s’interroge, sans préciser les raisons de
son licenciement :
«Qu’est-ce qui me vaut
ce traitement d’une
violence et d’une brutalité qui me laissent
dans un état de sidération?» Fort d’une douzaine de journalistes et
chroniqueurs, «le Média» se veut «engagé» en faveur de causes progressistes, tout
en se défendant d’être une «télé-Mélenchon». Sa direction a
réagi en affirmant qu’il n’avait jamais été question d’un licenciement évoquant la fin de la période d’essai de sa présentatrice. Et conteste le fond et la forme de la lettre.
«Si, dans un secteur particulier
ou une zone géographique,
certains agriculteurs ne sont pas
prêts en trois ans [à abandonner
le glyphosate], on envisagera
des exceptions.»
«Depuis le 1er janvier, nous avons déjoué deux projets
d’attentats, qui n’étaient pas encore totalement finalisés», l’un visant une enceinte sportive et l’autre des militaires, a déclaré dimanche le ministre de l’Intérieur
Gérard Collomb, précisant que ces projets avaient été
empêchés «dans le Sud» et «dans l’Ouest». Selon le
ministre, l’Etat islamique tente de planifier des «attentats sur le sol occidental pour faire oublier [sa] défaite» militaire en Irak et en Syrie face à la coalition
internationale.
Bicyclettes Gobee, c’est fini
La société de vélos en libre-service Gobee.bike, qui avait
déployé 2 000 modèles vert pomme dans la capitale,
a annoncé samedi soir qu’elle arrêtait son service en
France, en raison de nombreux actes de vandalisme.
«Notre bonne volonté et nos efforts n’auront pas suffi,
déplore dans un communiqué la société basée à Hongkong. Depuis la mi-décembre, c’est un effet domino de
dégradations qui s’est abattu sur notre flotte de vélos.»
Le 9 janvier, Gobee.bike avait déjà mis un terme à son
activité dans trois autres villes européennes – Lille,
Reims et Bruxelles – pour les mêmes raisons.
AFP
«Le Média»
évince sa
présentatrice
NICOLAS
HULOT
au Journal
du dimanche
Le glyphosate n’a pas fini de faire débat dans l’agriculture et
au sein du gouvernement français. Alors qu’Emmanuel Macron a eu un très vif échange, au Salon de l’agriculture, avec
un céréalier au sujet de ce pesticide que la France veut bannir
au plus tard dans trois ans, son ministre de la Transition écologique envisage déjà des exceptions pour les agriculteurs qui
ne seraient pas prêts. «On est en train de recenser les alternatives qui existent et de leur donner les moyens de faire leurs
preuves, a-t-il déclaré au JDD. Mais je ne suis pas buté et personne ne doit être enfermé dans une impasse. […] Si on arrive
à se passer du glyphosate à 95 %, on aura réussi.»
Deux fragments d’os
relancent l’affaire Seznec
Vieille de près d’un siècle,
l’une des plus célèbres affaires criminelles françaises rebondit après la découverte,
lors de fouilles dans l’ancienne maison de la famille
Seznec, de deux fragments
d’os humains et d’un morceau de pipe. Il pourrait s’agir
de restes du corps de la victime, Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère et
associé de Guillaume Seznec.
Condamné en 1924 au bagne
à perpétuité, sans preuves et
sans aveux, Seznec sera gracié par le général de Gaulle
en 1946 pour bonne conduite
et reviendra en métropole,
à 69 ans, usé et marqué par
les épreuves, avant de mourir
quatre ans plus tard, renversé
par une camionnette.
Cadillac. La vie de Seznec,
négociant en bois à Morlaix,
bascule en 1923. La version
officielle veut que 25 mai, il
quitte Rennes avec son ami
Quémeneur, pour négocier à
Paris la vente de voitures provenant de stocks américains,
après l’armistice de 1918. Mais
la vieille Cadillac au volant de
laquelle ils partent tombe en
panne. Trois jours plus tard,
Seznec revient seul à Morlaix,
affirmant avoir quitté près de
Paris Quémeneur qui préférait terminer le voyage en
train. Mais celui-ci ne donne
plus signe de vie, hormis un
télégramme douteux. Dès le
début, l’affaire passionne
l’opinion. Le procès se déroule dans une salle archicomble. L’accusé clame son
innocence, mais empêtré
dans ses contradictions, il
a le profil du coupable.
Le 4 novembre 1924, il est
condamné aux travaux forcés
à perpétuité.
C’est pour tenter d’élucider
cette énigme judiciaire, l’une
des plus grandes du XXe siècle, qu’un ancien avocat de la
famille et auteur d’un livre
sur l’affaire, Denis Langlois,
et le passionné Bertrand Vilain ont lancé des fouilles
«privées» entamées samedi et
reprises en main par la police
et la justice dimanche. Ces
nouvelles recherches sont
motivées par la révélation,
dans un ouvrage de Denis
Langlois paru en 2015, du témoignage inédit d’un des enfants du couple Seznec, âgé
de 11 ans lors des faits. Il a été
enregistré en 1978 par l’un de
ses neveux. «Petit Guillaume»
dit avoir entendu, en ce jour
de mai 1923, sa mère repousser les avances d’un certain
«Pierre», puis avoir vu Quémeneur par terre et sa mère
debout. «Je crois qu’elle a dû
se défendre et le frapper à la
tête», racontait-t-il, selon le
récit qu’en a fait Langlois
dans Pour en finir avec l’affaire Seznec.
Candélabre. Selon «Petit
Guillaume», en dehors de ses
parents et de lui-même, seule
une domestique, Angèle, présente dans la maison lors du
drame, fut mise au courant:
«On nous a fait jurer de ne
rien dire.» Mort en 1982, «Petit Guillaume» a livré ce témoignage au soir de sa vie.
Quant à Denis Langlois, il l’a
conservé pendant plus de
trente-cinq ans. «L’hypothèse
sur laquelle nous travaillons,
c’est que Pierre Quémeneur
aurait tenté d’abuser» de
l’épouse de Seznec qui «se serait défendue en le frappant
avec un candélabre», a déclaré dimanche à l’AFP Bertrand Vilain. Si les nouvelles
fouilles corroborent le témoignage de «Petit-Guillaume»,
une procédure de révision du
procès de Seznec devrait être
mise en route. D’après AFP
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14 u
FRANCE
Maladie d’Alzheimer
Faux bébés,
vraies questions
Geneviève Fournel, 77 ans, avec son «petit pépère», à l’Ehpad de Potigny, le 2 février.
Libération Lundi 26 Février 2018
Dans un établissement
pour personnes âgées
du Calvados,
l’équipe médicale
se sert de poupées
d’enfants pour apaiser
les patients.
Une méthode qui
soulève de nombreuses
interrogations
philosophiques
et médicales.
REPORTAGE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 26 Février 2018
Par
ANAÏS MORAN
Envoyée spéciale à Potigny
(Calvados)
Photos NOLWENN BROD. VU
L
pourtant révolue. Agnès Pichard,
aide soignante, se souvient: «C’était
en 2016, un an avant le décès de
Louise. Elle a tout de suite pris la
poupée pour son vrai bébé. Elle ne le
quittait plus. A partir de ce moment-là, comme par magie, elle a
commencé à retrouver l’usage de la
parole. Ce n’était pas de longs monologues mais c’était toujours très cohérent. Personne n’avait vu notre
Louise aussi apaisée et rayonnante
que dans ses derniers mois.»
«PETITS PETONS»
A l’Ehpad du Laizon à Potigny,
où 48 résidents atteints de troubles
cognitifs sont répartis dans quatre
«cantous» (unités de vie protégées
spécifiques pour Alzheimer), le personnel médical utilise depuis 2015
six faux poupons (donnés par une
fabricante de la région). Une thérapie inhabituelle, problématique
pour certains, révolutionnaire pour
d’autres, qui émerge aujourd’hui très bien la maladie d’Alzheimer. Si
dans certains services de gérontolo- le malade pense que le bébé est un
gie et concerne un nombre croissant vrai, s’opposer à lui ne fera que le
d’Ehpad. Sa finalité: «Utiliser à bon rendre nerveux et même malheuescient» les «poupées
reux. Pourquoi vouloir aller à
d’empathie» pour
l’affrontement?» Au sein
«calmer les ande cette structure,
goisses» de ces
l’ensemble du perSEINEManche
MARITIME
personnes âgées
sonnel médical a
«perdues dans le
décidé de «rentrer
temps et l’espace»,
dans l’univers»
selon le cadre de
des résidents,
Caen
MANCHE
CALVADOS
santé de cet Ehsous l’impulsion
pad, Philippe
d’Agnès Pichard,
Roux. «Derrière
qui avait déjà créé
Potigny
ORNE
leur démence, ces réun «groupe pilote» à
10 km
sidents sont des êtres
l’hôpital Bernardin
humains avec des émotions
de Falaise. «A l’époque,
et des souvenirs qui peuvent être
nous avions remarqué que la préréactivés positivement par ce contact sence de nos enfants tranquillisait les
avec le poupon», poursuit-il. Hoche- personnes âgées atteintes de troubles
ment de tête de Ghislaine Guittery, cognitifs. Tout comme les baigneurs
agent hospitalier, qui ajoute: «Les qu’ils emmenaient avec eux. On
gens qui disent que nous entretenons voyait les malades se redresser et
le “mensonge” ne connaissent pas échanger entre eux.»
EURE
ouise Martinet* ne parlait
plus, ou alors seulement parfois, du bout des yeux. Et puis
un matin, cette dame de 88 ans,
aphasique, atteinte de la maladie
d’Alzheimer, a lâché un inespéré
«mon p’tit petiot» dans les couloirs
endormis de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées
dépendantes (Ehpad) de Potigny
(Calvados). Déambulant de bon matin dans sa chaise roulante, elle
venait de plonger son regard protecteur dans celui du baigneur «reborn» (faux, mais ultraréaliste) allongé dans un couffin posé au sol.
Elle y a vu les yeux de son fils. Son
débit de parole s’est de nouveau emballé au souvenir d’une époque
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
La prise en charge des
patients toujours dans le flou
Médicaments,
unités spécialisées…
L’efficacité
des méthodes
employées pour
lutter contre
les pathologies
de type Alzheimer
reste à démontrer.
C’
était l’année dernière.
Marisol Touraine, alors
ministre de la Santé,
refusait à la surprise générale de
dérembourser complètement les
médicaments anti-Alzheimer, et
cela alors que la commission de la
transparence venait de rendre un
avis très clair pointant l’inutilité
de ces molécules. La ministre
se justifiait en arguant qu’elle voulait savoir s’il y avait d’autres prises en charge (non médicamenteuses) avant de pouvoir rendre
une décision définitive. Un rapport sur le sujet lui a été remis
en avril.
Absurdité. Marisol Touraine annonçait alors quelques mesures
de bon sens, comme une revalorisation à 60 euros de certaines
consultations de médecine générale «visant à informer les patients
et à définir un traitement face à
une maladie neurodégénérative»,
mais aussi la possibilité donnée
aux médecins généralistes de facturer 70 euros jusqu’à trois «visites
longues» annuelles au domicile
des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. «Ces mesures,
disait-elle, visent à mieux reconnaître la place des médecins généralistes dans la prévention de la
maladie d’Alzheimer.»
Enfin, était annoncé que 20 unités
cognitivo-comportementales supplémentaires seraient ouvertes sur
le territoire national. Pour la ministre, ce n’était qu’au terme de la
mise en œuvre de ces mesures que
la question du maintien ou non du
remboursement des médicaments
anti-Alzheimer pourrait se poser.
Un an plus tard, ces médicaments
sont toujours remboursés. Cette
absurdité clinique peut être vue
comme un miroir de ce qui se fait
ou ne se fait pas en matière de
prise en charge d’Alzheimer (ou
équivalent).
Les pratiques, bien souvent, peuvent laisser perplexe. Quelques
exemples: les Ehpad continuent,
pour certains d’entre eux, de proposer des unités Alzheimer dont
l’utilité est à vérifier. Qui peut dire
que ces unités fermées où l’on
regroupe des gens souffrant
de lourds déficits cognitifs sont
une bonne idée ? Et voilà donc
que les autorités ont lancé également la création de 20 unités
cognitivo-comportementales supplémentaires. Faut-il, là encore
s’en féliciter? Dans certaines unités qui existent déjà, on hospitalise des patients sans leur consentement, sur proposition de
proches totalement débordés, et
tout cela sans le moindre cadre légal. «Même dans les hôpitaux psychiatriques, on a des garanties
Des pratiques
plus ou
moins
surprenantes
se développent
au gré des
établissements,
sans évaluation
stricte.
plus fortes», s’inquiète un gériatre.
Et ce n’est pas tout. Des pratiques
plus ou moins surprenantes
se développent aussi au gré des
établissements, sans évaluation
stricte. «Malgré les recommandations du recours aux interventions
psychosociales comme alternative
aux traitements médicamenteux,
la preuve scientifique de leur efficacité manque», note ainsi
la Haute Autorité de santé. Ces
interventions se font sur des
résidents très âgés, sans leur consentement, parfois aussi sans base
clinique, comme on le voit
avec ces faux enfants mis dans les
bras de vraies personnes (lire cicontre).
Chaleur. Certes, on peut noter
qu’il y a aussi tout un courant plus
modeste, baptisé «humanitude»,
qui est aujourd’hui présent dans
les Ehpad. Il essaye de mettre en
avant les valeurs d’humanité et de
chaleur dans la prise en charge des
très vieilles personnes. «L’humanitude est une approche des soins
fondée sur l’adaptation du
soignant au patient, qui doit
toujours être considéré comme une
personne, expliquent les formateurs. C’est aussi une philosophie
du lien, du soutien et de l’accompagnement dans laquelle chacun est
considéré comme quelqu’un d’autonome à vie, qui peut faire ses
propres choix et sait ce qui est
mieux pour lui.» En somme, traiter le malade comme n’importe
qui. En matière de troubles cognitifs, en dépit de bonnes volontés
manifestes, on en est parfois loin.
On continue de leur donner des
médicaments dont l’utilité est
contestée, et on entreprend avec
eux des expériences sociocomportementales qui restent à évaluer
pleinement.
ÉRIC FAVEREAU
u 15
Le bébé du cantou «Mineraie», situé
au premier étage de l’établissement,
a été prénommé Rose. Henri Lacourt*, 89 ans, en est raide dingue
depuis leur première rencontre. Assis dans la cuisine de son unité, béret sur la tête avec «la mioche» blottie contre son flanc, le résident
alterne les caresses sur les «petits
petons» sans chaussons et «les bécots» sur son front. «Elle est sage dis
donc. Eh là! Que tu es belle.» Parfois,
il murmure une chanson à la petite,
toujours la même, et il croit voir les
yeux et la bouche du nourrisson
s’ouvrir. Sabrine Mehmah, agent
hospitalier, le surveille d’un œil
attendri: «L’arrivée de Rose l’a canalisé. Henri passait sa journée à pousser des cris qui perturbaient l’ensemble de l’unité. On ne sait pas
vraiment s’il y a un transfert qui
s’opère entre cette poupée et ses deux
filles, mais les effets sont épatants, il
parle désormais d’une voix douce et
posée.» Dans l’unité de l’étage d’en
dessous, c’est Geneviève Fournel, 77 ans, qui ne quitte quasiment
plus son «petit pépère», plaqué sur
sa poitrine. «[Son] enfant ne pleure
jamais», et elle espère qu’il en sera
toujours ainsi, qu’il ne pleurera jamais, tant qu’elle saura s’occuper de
lui. «Lorsque Geneviève est arrivée
dans l’Ehpad, elle aimait ranger la
vaisselle propre, rendre service à la
cuisine et jouer à la belote, relate
une aide soignante. Aujourd’hui, si
on lui met devant la table des pommes et un éplucheur, elle ne sait pas
quoi en faire. Pareil pour les jeux de
société et tout le reste. Le bébé est la
dernière chose qui la fait réagir de
manière appropriée.» Ainsi au Laizon, on est heureux de voir Geneviève promener son bambin dans la
poussette et le border à la nuit tombée : ces vestiges maternels sont
perçus ici comme de doux instants
de grâce.
«TU ES FOLLE»
C’est l’heure du goûter au cantou de
la «Galerie». La cuillerée de compote que Lucienne Goulet, 88 ans,
donne à l’enfant coule sur le bord
des lèvres de plastique. Elle n’a pas
encore l’habitude et admet sa maladresse. Mais le petit Michaël (prénommé comme son petit-fils) «ne
pleure pas même si le body est taché». Il ne pleure jamais. «Tu ne vois
pas qu’il n’ouvre pas la bouche ton
bébé ? Tu es folle, ce n’est même pas
un vrai!» se révolte sa voisine de table, Lucie Feyrand*. «Laisse-moi
tranquille tête de con ! Qu’est-ce
qu’elle peut me faire chier celle-là»,
lui rétorque Lucienne Goulet. Voilà
le danger : parfois, certains résidents envoient valser le bébé, trop
lucides pour être bernés, et les
autres en sont souvent déstabilisés.
Agnès Pichard, l’aide-soignante: «Il
ne faut jamais mettre les poupons directement dans les bras d’un résident. Cela doit rester un choix. On ne
peut jamais totalement appréhender les évolutions de la maladie
d’Alzheimer et donc la réaction des
personnes. Certains de nos résidents
sont en capacité de reconnaître un
vrai bébé et pourraient logiquement
très mal le prendre. D’autres peuvent
changer d’une heure à l’autre de
fonctionnement
Suite page 16
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16 u
FRANCE
Suite de la page 15
et de comportement vis-à-vis des baigneurs.»
Face au personnel et à ces «petits
mensonges thérapeutiques» considérés comme «indispensables au
bien-être des malades», certaines familles protestent : faut-il accepter
de tromper sa mère, son père, son
frère ou sa sœur, et entrer dans le
jeu? Le leurre médical n’est-il pas irrespectueux, voire condamnable?
«Lorsqu’on prévient l’entourage
avant d’amorcer la démarche, cer-
Libération Lundi 26 Février 2018
tains sont choqués et refusent catégoriquement l’usage des baigneurs,
développe Philippe Roux. Des familles ne supportent pas ce qu’elles
considèrent comme un acte d’infantilisation. Généralement, ce sont des
personnes qui ont du mal à accepter
la maladie de leur proche. Nous
comprenons et acceptons parfaitement cette position, même si nous
restons persuadés que les poupons
encouragent au contraire à la responsabilisation. Dans ces cas-là, on
fait en sorte qu’ils soient toujours
hors de vue des résidents concernés.»
«RADIEUSE»
Entre les «pro» et les «anti», il
y a aussi les décontenancés. Monsieur Lecœur* est debout, adossé au
radiateur, à se prendre la tête. A
chaque visite rendue à son épouse,
c’est la même émotion: la détresse.
Sa Lili*, en survêtement rose fuchsia et chaussons usés, s’était assoupie dans le fauteuil de sa chambre,
«Chéri, je crois
qu’il n’a pas encore
été baptisé.
Nous devrions
le faire tu ne
crois pas?»
Lili résidente de l’Ehpad de
Potigny, à propos d’un poupon
qu’elle a prénommé Thomas.
enroulée sur la poupée. A son réveil,
comme à chaque fois, elle lui a présenté Thomas: «Chéri, je crois qu’il
n’a pas encore été baptisé. Nous devrions le faire tu ne crois pas ?»
Monsieur Lecœur ne sait toujours
pas qui est ce Thomas. Il y a bien «le
fiancé de la gamine de sa fille» qui
porte le même prénom, mais impossible de savoir si c’est à lui que
pense Lili. Toujours est-il que d’un
point de vue extérieur, le poupon
semble donner de vaillantes res-
ALZHEIMER : PRÈS D’UN MILLION DE PATIENTS
Selon l’Institut national de la santé et de
la recherche médicale (Inserm), environ
900 000 personnes souffrent de la maladie
d’Alzheimer en France. Compte tenu de
l’augmentation de l’espérance de vie, elles
devraient être 1,3 million en 2020. Hormis de
rares cas d’Alzheimer «précoce» (moins
Lucienne Goulet, 88 ans.
de 2 % des patients ont moins de 65 ans), la
maladie touche principalement les personnes
âgées : entre 2 et 4 % des plus de 65 ans et
jusqu’à 15 % des plus de 80 ans en sont atteints.
En 2008, la fondation Médéric évoquait le
nombre de 18 000 Ehpad disposant d’unités
spécifiques Alzheimer, les «cantous».
A l’Ehpad de Potigny, le personnel utilise les poupons depuis 2015.
«
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sources à sa femme. Le matin
même, Lili, réticente à la toilette, a
finalement accepté de commencer
sa journée après avoir eu des nouvelles du «nouveau-né». Monsieur Lecœur la sent renaître, pantois. «Vous la trouvez heureuse? Oui,
c’est vrai qu’elle paraît radieuse et
sans souci. Mais vous pensez à moi?
Moi, de la voir comme ça, avec ce
Thomas sans vie, ça me détruit.» •
* Ces noms ont été modifiés.
u 17
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«Il y a une différence entre la vérité
qui est la nôtre et celle des malades»
La fondatrice de l’antenne
en Seine-Saint-Denis de France
Alzheimer, Catherine Ollivet,
explique les avantages et
les dérives à éviter dans l’usage
des «poupées d’empathie».
M
iraculeux pour ses partisans, mais
déontologiquement incorrect voire
irrévérencieux pour ses détracteurs:
la «poupée d’empathie», nouvel outil utilisé
pour apaiser les malades atteint d’Alzheimer,
fait l’objet de débats au sein de la sphère
médicale. Catherine Ollivet, fondatrice
de l’antenne en Seine-Saint-Denis de
l’association France Alzheimer en Seine-SaintDenis et présidente de l’Espace de réflexion
éthique de la région Ile-de-France, fait le
point.
Dans quelle démarche médicale s’inscrit
l’usage des «poupées d’empathie» ?
Il s’agit avant tout de mettre en application la
notion de «prendre soin». La réponse médicale
ne peut se réduire à garantir les besoins primaires (manger, se laver, s’habiller) et accomplir des soins techniques (donner les médicaments, traiter des escarres ou installer une
perfusion d’hydratation). Les personnes malades d’Alzheimer ont eux aussi des besoins relationnels, affectifs, et ce besoin d’exister dans
le regard de l’autre, des proches aidants et des
professionnels du soin. Des «objets» peuvent
ainsi être des médiateurs de l’expression des
sentiments. C’est le cas de ces baigneurs, c’est
le cas aussi du phoque Paro, un robot mis au
point au Japon qui est déjà utilisé dans de
nombreux établissements d’accueil en France.
Bourré de capteurs, il réagit aux gestes et à la
voix des personnes malades et leur permet
d’exprimer des sentiments de tendresse, de
bavarder ensemble, même si la maladie ne
leur permet plus d’avoir un langage compréhensible.
Comment expliquer que les patients
atteints d’Alzheimer ou d’une maladie
apparentée ne se rendent pas compte
de l’artificialité de ces bébés ?
Ces personnes ne souffrent pas seulement des
troubles de la mémoire. A un stade évolué de
la maladie, c’est l’ensemble du dispositif cognitif qui est touché et donc l’ensemble des
processus intellectuels permettant habituellement de parvenir à une réponse adaptée, qui
finit par dysfonctionner. Ces personnes souffrent donc aussi d’un trouble de la reconnaissance, de la parole, de la gestuelle… Elles sont
désorientées dans la globalité de leurs raisonnements.
Quels en sont les effets positifs ?
Apaiser les souffrances d’antan. Il ne faut
jamais oublier que chez les personnes qui
souffrent des troubles de la mémoire de type
Alzheimer, le passé est devenu le présent.
Elles ne vivent donc pas dans la même temporalité que le personnel médical et les membres
de leur famille. Si la présence d’un bébé a marqué leur vie de manière positive dans le passé,
il est très probable qu’une poupée d’empathie
parvienne à réveiller des sentiments positifs,
de la sérénité, de la joie, mais aussi de la précision dans les gestes ou dans la parole. Par
exemple, une personne qui n’arrive plus à prononcer une phrase entière, ou à boutonner son
chemisier, peut de nouveau y parvenir pour
s’adresser au baigneur et l’habiller.
Cela fonctionne-t-il sur tous les patients?
Non. Une personne au début de la maladie va médiation affective ou est-ce un leurre injustibien voir que c’est un faux bébé, donc inutile fiable? Il existe une différence entre la vérité
de lui faire croire que c’est un vrai. Lorsque la pure et dure, qui est la nôtre, et la vérité des
maladie est avancée, l’usage des baigneurs malades. Ce n’est pas un mensonge, c’est une
fonctionne surtout sur les femvérité adaptée à l’expression de
mes. Les hommes de cette généleurs besoins et parfois de leurs
ration (nés dans les années 30-40)
souffrances.
n’étaient franchement pas nomCette démarche a-t-elle ses
breux à s’occuper des bébés, l’inslimites ?
tinct paternel ne se réveillera pas
Je pense que le personnel médiforcément. Cela peut aussi être
cal comme l’entourage doivent
une grave erreur si une patiente
éviter d’aller trop loin dans l’unin’a jamais eu d’enfant et en a soufvers du malade. Il ne faut pas enfert, ou si elle a subi un traumaINTERVIEW trer totalement «dans le jeu»,
tisme dans le passé en lien avec sa
c’est une question d’équilibre.
maternité, comme par exemple la mort C’est en observant finement les réactions des
précoce de son enfant. La démarche doit être personnes malades que l’on peut voir jusqu’où
extrêmement individuelle. On doit faire très elles veulent aller dans leur rencontre avec ces
attention à l’effet pervers de la généralisation. faux bébés. Par exemple, lorsqu’un malade dit
Comment l’usage des baigneurs est-il «j’attends mes enfants, ils vont bientôt
perçu dans la sphère médicale et chez les rentrer», le personnel médical n’a pas à dire
spécialistes ?
«ah oui, je les entends au bout du couloir»
Cette démarche est loin de faire l’unanimité. ou «vous allez leur préparer quoi à dîner ?».
Le débat se cristallise autour de la notion de Il peut en revanche lui demander comment
mensonge. Certains médecins défendent un s’appellent ses enfants ou à quel âge ils sont
raisonnement strict, voire absolutiste: on n’a devenus parents pour faire travailler la
pas le droit de mentir à un malade, peu impor- mémoire. Accompagner les patients dans
tent les circonstances, point. Et puis il y a leurs besoins affectifs et participer activement
l’autre «camp» qui pense que tout est affaire à la mystification, ce sont deux choses
de nuance, tant qu’il y a du respect. Est-ce différentes.
éthiquement défendable d’utiliser un outil de
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Libération Lundi 26 Février 2018
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18 u
SPORTS JO
Libération Lundi 26 Février 2018
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La perf Gloire aux rugbymen écossais vainqueurs chez eux de l’Angleterre samedi dans
le cadre de la troisième journée du Tournoi
des six nations, au terme d’un match enthousiasmant (25-13). Du coup, seule l’Irlande,
victorieuse du Pays de Galles (37-27) reste
en lice pour le Grand Chelem. Les Anglais
auront l’occasion de passer leurs nerfs sur la
France dans deux semaines. PHOTO REUTERS
discipline, en argent. Surtout, l’équipe féminine de
curling, surnommée «Team
Kim» (ses cinq joueuses portent le même patronyme), a
glissé sa pierre jusqu’en finale. La Suède les a privées
du titre, mais les «garlic
girls», originaires de la ville
d’Uiseong, connue pour sa
production d’ail, resteront
dans l’album des Jeux.
Marit Bjoergen dimanche, Martin Fourcade vendredi, Ester Ledecka le 17 février et la «Team Kim» dimanche. PHOTOS REUTERS ; AFP ; AP
Pyeongchang, la saveur des anneaux
Si ce n’est
le manque
d’ambiance,
la Corée du Sud
a réussi ses JO,
marqués par un
nouveau record
de médailles
norvégien et le
feuilleton russe.
Par
ALAIN MERCIER
Envoyé spécial
à Pyeongchang
C
lap de fin pour les
Jeux de Pyeongchang. Le rideau est
tombé dimanche sur des JO
d’hiver entrés dans l’histoire,
avec une participation record
de 2 920 athlètes représentant 92 nations (même si
l’universalité des JO d’hiver
reste très relative). Que restera-t-il de ces premiers Jeux
d’hiver en Corée du Sud ?
Quelles images conserver
d’une quinzaine olympique
où l’organisation a été d’une
saisissante précision, mais
sans pouvoir masquer le
manque d’ambiance? La réponse en cinq leçons.
LA NORVÈGE
AU SOMMET
Le drapeau rouge et bleu de
la Norvège a flotté sur les
Jeux du troisième au dernier
jour. Un premier titre décroché le 11 février en ski de
fond, dans l’épreuve du
skiathlon, par Simen Hegstad Krüger. Un dernier ramassé dans l’ultime course
des Jeux, dimanche, par Marit Bjoergen au terme
du 30 km de ski de fond.
A 37 ans, la «femme de fer»
du ski nordique s’est offert
une place dans le livre des
records. Avec 15 médailles
olympiques en six participations, elle devance ses compatriotes Ole Einar Bjoern-
dalen (13) et Bjoern
Dæhlie (12) au classement
des athlètes les plus récompensés aux Jeux d’hiver.
Forte d’une population de
seulement 5 millions d’habitants, la Norvège a empoché
39 médailles, autre record
olympique, et fait la nique à
l’Allemagne (31), le Canada
(29) et les Etats-Unis (23).
Elle devance la concurrence
au nombre des médailles
comme à celui des victoires (14). Un triomphe.
LA FRANCE
EN FAUX PROGRÈS
Denis Masseglia, le président
du Comité national olympique, avait oublié toute
prudence en évoquant, à la
veille des Jeux, un objectif
de 20 médailles pour la
France. Ambitieux. Les Bleus
en ont décroché 15, dont 5 en
or, un résultat qui égale le record établi il y a quatre ans
aux Jeux de Sotchi. Seulement voilà, le programme
s’est enrichi de six nouvelles
épreuves, en snowboard, patinage de vitesse et curling.
Les Français n’en ont pas
profité. La France se glisse au
neuvième rang du tableau
des nations, entre la Suisse et
l’Autriche. Satisfaisant, mais
un rien décevant. A lui seul,
le biathlon a ramené cinq
médailles, dont trois titres
pour Martin Fourcade. Le ski
alpin s’est montré timide (3),
le ski acrobatique (2) et le
snowboard (2) ont fait un pas
en arrière. Les sports de glace
ont apporté à l’édifice une
toute petite pierre (l’argent
pour les danseurs Papadakis
et Cizeron).
LA CORÉE
UNIFIÉE ET MÉDAILLÉE
Les Sud-Coréens ont réussi
leurs Jeux. Le défilé commun
des deux Corées à la cérémonie d’ouverture a créé un
buzz planétaire. L’équipe féminine unifiée de hockey est
entrée dans l’histoire. Les or-
ganisateurs ont juré avoir dépassé leurs objectifs de billetterie, avec plus d’un million
de places vendues (1078562),
n’en déplaise à l’impression
laissée par des tribunes souvent peu remplies. Lee Heebeon, le patron des Jeux, a
assuré dimanche que l’événement ne laisserait pas de déficit, malgré un coût de revient de 13 milliards de
dollars (10,6 milliards
d’euros). Les volontaires,
pour la plupart jeunes et anglophones, se sont révélés
d’une efficacité rarement
rencontrée. Les navettes ont
roulé à l’heure. La sécurité a
été d’une extrême discrétion,
mais sans un seul incident
relevé.
Avec 17 médailles, dont 5 en
or, la Corée du Sud pointe au
septième rang. Ses spécialistes du short-track ont laissé
échapper quelques breloques, mais les quatre bobeurs
ont offert au pays sa première
médaille de l’histoire dans la
LA RUSSIE
TOUJOURS ÉCARTÉE
A l’ouverture, la délégation
des «athlètes olympiques
de Russie» comptait
168 membres. A la clôture,
elle en recensait deux en
moins. Dans l’intervalle, le
curleur Alexander Krushelnitsky et la pilote du bob à
deux Nadezhda Sergeeva ont
été rattrapés par la brigade
antidopage. Le CIO n’a pas
apprécié. Conséquence : la
suspension du Comité olympique a été maintenue, après
un vote unanime des membres de l’institution olympique. Les Russes ont raflé
17 médailles, dont 2 en or. Dimanche, ils sont allés chercher au bout du suspense, en
prolongation, la victoire en
finale du hockey masculin
(lire ci-contre). Un titre célébré sans hymne ni drapeau.
«Mais tout le monde sait bien
que nous sommes russes», ont
claironné les joueurs.
LA TCHÉQUIE
ET SA STAR INOPINÉE
La star des Jeux ne s’était pas
fait annoncer. En s’imposant
pour un centième dans le super-G, le 17 février, malgré un
dossard élevé (26), la Tchèque Ester Ledecka a créé
l’une des plus formidables
sensations des Jeux. Puis elle
a amusé la galerie en conférence de presse, refusant de
retirer son masque, avant
d’avouer : «Je ne pensais pas
me retrouver là, je ne me suis
pas maquillée.» Huit jours
plus tard, elle a remis le couvert en snowboard, dans le
géant parallèle. A Pyeongchang, elle est devenue la
troisième athlète de l’histoire, mais la première
femme, médaillée d’or aux
Jeux d’hiver dans deux disciplines différentes. Ses prédécesseurs : les Norvégiens
Johan Groettumsbraten,
en 1928, et Thorleif Haug en
1924, titrés en ski de fond et
combiné nordique. Une autre
époque. •
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u 19
Libération Lundi 26 Février 2018
Le bide Plus grand chose ne va au Losc,
battu samedi à domicile par Angers (1-2)
dans le cadre de la 25e journée de L1. Le club,
qui trompettait viser le top 5 en début de saison, se retrouve à une 19e place avec vue
plongeante sur la Ligue 2. Le tout sur fond de
bras de fer judiciaire avec son ex-entraîneur
Marcelo Bielsa et d’inquiétudes sur les finances du club. PHOTO AFP
Le nombre d’Allemands sur le podium
de l’épreuve de bob à 4.
L’équipage de Francesco
Friedrich (déjà titré en
bob à 2) s’est imposé devant un autre bob teuton
piloté par Nicola Walther et les Sud-Coréens
ex æquo. L’Allemagne a
trusté tous les titres mis
en jeu puisqu’elle a aussi
remporté l’épreuve de
bob à 2 féminin.
MARTIN
FOURCADE
interviewé
dans l’Equipe
REUTERS
8
«Je suis persuadé que je
pourrais être champion
olympique à Pékin, mais est-ce
que j’en aurai envie?»
Le biathlète, triple médaillé d’or à Pyeongchang, participera-t-il aux prochains J0 d’hiver, dans quatre ans en Chine?
Il aura alors 33 ans. Fourcade ne dit pas non, mais pas oui
non plus. «Je vais continuer les deux prochaines années.
J’ai l’impression que mon histoire n’est pas terminée et ce
serait trop facile de s’arrêter là. On verra alors où j’en serai
et qui veut poursuivre l’aventure avec moi.» Il explique que
l’éventuelle organisation des championnats du monde de
biathlon en 2021 en France pourrait l’inciter à prolonger
sa carrière. En attendant, il veut intégrer la commission
des athlètes de la Fédération internationale de biathlon
et n’exclut pas de s’engager dans l’organisation des JO2024
à Paris: «Je n’ai jamais caché ma passion pour ce projet et
j’ai envie de participer à l’aventure.»
Hockey: un titre sans hymne
ni drapeau pour les Russes
«Est-il vrai que l’Etat
achète des hôtels
Formule 1 pour loger des
immigrés ?»
«Laurent Wauquiez est-il
rémunéré pour donner ses
cours à Lyon?»
«Nicolas Hulot défend-il la
fermeture des voies sur
berge, comme le soutient
Bruno Julliard ?»
«Combien les 1 % des plus
riches en France
possèdent-ils de la part
du PIB ?»
vous demandez
nous vérifions
Les athlètes olympiques de Russie ont tremblé mais finalement justifié leur statut de favoris du tournoi de hockey sur glace des Jeux
en remportant leur 9e titre olympique, leur
premier depuis 1992, dans une finale haletante où l’Allemagne a failli
créer une énorme surprise (4-3 a.p.).
Sans les joueurs du championnat
nord-américain, le tournoi a comme
prévu été très ouvert, mais malgré cela, personne n’attendait les Allemands en finale. Et
ceux-ci sont passés très près de l’exploit. A
55 secondes précisément. Pas du tout complexés par l’enjeu, ils menaient en effet 3-2 et
étaient même en supériorité numérique à
l’amorce de la dernière minute. Mais Gusev
s’arrachait pour égaliser, son 2e but du match,
et décrocher la prolongation. Là, les Russes
ne laissaient pas passer leur chance: profitant
d’une supériorité numérique, Kaprizov scellait la victoire à la 70e. Ce
titre n’était que le deuxième de la
délégation des athlètes olympiques
de Russie à Pyeongchang après celle
de la patineuse artistique Alina Zagitova. Et
les joueurs russes ne se sont pas privés de
chanter à tue-tête leur hymne national une
fois leur médaille autour du cou, alors qu’était
diffusé dans la patinoire l’hymne olympique.
EN IMAGE
PHOTO KIRIL KUDRYAVTSEV. AFP
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Libération Lundi 26 Février 2018
S’EN
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ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Joséphine, ange
gardien. Série. Un pour tous
(Parties 1 & 2). Avec Mimie
Mathy, Zack Groyne. 22h55.
New York unité spéciale.
Série. 3 épisodes.
20h55. Montreux Comedy
Festival 2014 : 25 ans de qui,
de quoi ?. Spectacle. 22h45.
Montreux Comedy Festival
2017. Spectacle. Game of
Drôles – Gala d’ouverture.
21h00. Appels d’urgence.
Magazine. Accidents, cambriolages et trafic de drogues
en terre Bretonne. 22h00.
Appels d’urgence. Magazine.
FRANCE 2
FRANCE 5
20h55. Rizzoli & Isles :
autopsie d’un meurtre. Série.
L’ombre d’un doute. Délire de
persécution. Juge, juré et
bourreau. 23h00. Stupéfiant !.
Magazine. 100 % sérénissime.
20h50. Cartouche, le brigand
magnifique. Téléfilm. Partie 2.
Avec Frédéric Diefenthal.
22h30. C dans l’air. Magazine.
20h55. Muriel Robin et
Chanée sur la terre des
jaguars. Documentaire.
23h00. Soir 3. 23h40.
Qui sommes-nous ?.
Documentaire.
CANAL+
ARTE
20h50. Elser, un héros
ordinaire. Film historique.
Avec Christian Friedel,
Katharina Schüttler. 22h20.
Bob le flambeur. Film.
PARIS PREMIÈRE
6TER
21h00. Kaamelott. Série.
Avec Alexandre Astier, Franck
Pitiot. 22h45. Kaamelott.
21h00. Forrest Gump.
Comédie. Avec Tom Hanks,
Gary Sinise. 23h35.
Trump : un an jour pour jour.
CHÉRIE 25
20h55. Closer, entre adultes
consentants. Comédie dramatique. Avec Julia Roberts.
22h55. Philadelphia. Film.
W9
21h00. Amour sur place
ou à emporter. Comédie.
Avec Amelle Chahbi.
22h25. Plan de table. Film.
NUMÉRO 23
20h55. Révélations. Magazine. Roms, gens du voyage :
immersion au coeur des communautés tsiganes. 22h45.
Révélations. Magazine.
LCP
C8
20h30. Le veau, la vache et le
territoire, petit précis de
biodynamie. Documentaire.
Suivi d’un débat. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
21h00. L’armé française dans
l’enfer de la jungle. Documentaire. 23h10. Légion étrangère :
de l’engagement au combat.
LUNDI 26
Début de la vague de froid avec des
températures de 7 à 9°C inférieures aux
normales. La sensation de froid est
accentuée par le vent modéré.
L’APRÈS-MIDI Les conditions très froides
s'imposent sur les 3/4 nord de la France
avec des nuages de la Normandie à l'Alsace.
En direction du sud-est, les averses de neige
se maintiennent.
MARDI 27
Il fait très froid avec des gelées généralisées.
Des nuages menaçants circulent dans
l'extrême sud-est et le nord Cotentin avec
des averses de neige. Plus de soleil ailleurs.
L’APRÈS-MIDI Il fera très froid avec un vent
très désagréable, glacial. Maintien d'un
risque de giboulées sur le Cotentin et
l'extrême sud-est. Le soleil résiste mieux
ailleurs.
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Lille
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Caen
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Strasbourg
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Orléans
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Bordeaux
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Marseille
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HORIZONTALEMENT
I. Mathématicien aux
matrices carrées II. Sous
pression III. Vieux bac ;
Marin qui pique IV. Descendit V. A eu une peau de bébé
(a) ; La goutte d’eau qui fait
déborder le vase VI. Perdit la
deuxième partie du mot deux
lignes plus bas ; La princesse
de la pop VII. Il intervient
au sol quand tout est allé à
vau-l’eau à vol haut ; Précieuse, un acronyme félin
l’a remplacée il y a deux ans
VIII. Il fait bande à part ;
Radical d’une doctrine
radicale IX. Il est semblable
en l’espèce X. Ce qui entoure
l’huile XI. Remettre la main
dessus
9
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
IX
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
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Grille n°845
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. 137 en Ukraine ; Ce qu’il faut faire quand notre pompe nous lâche 2. Le
meilleur ami de l’homme affamé ; Il est bu l’été, mangé l’automne 3. Proches ; Mailles trop grosses ? Vous pouvez vous asseoir dessus 4. Il mange
au self ; Sur le cul ; Vieux jeux 5. Ils vivent en bandes ; Fera rencontrer sa
mie 6. Prépare avec soin ; Devise américaine 7. Plus attachées que les dames du premier 3. 8. Permettre un retour au calme 9. Il prend des calottes
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. SURGREFFE. II. URINAUX. III. IRISÈRENT.
IV. NIL. ZONER. V. TAËL. BARA. VI. RUPA. AV. VII. APANAGÈRE.
VIII. ZA. CRÉPIR. IX. ALPHA. IUT. X. ROVANIEMI. XI. EXCITEUSE.
Verticalement 1. SAINT-LAZARE. 2. RIA. PALOX 3. RUILERA. PVC.
4. GRS. LUNCHAI. 5. RIEZ. PARANT. 6. ENROBAGE. IE. 7. FAENA. ÉPIEU.
8. FUNÉRARIUMS. 9. EXTRAVERTIE. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
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ABONNEMENTS
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l’Eco-label européen N°
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PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
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RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
36/40°
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Origine du papier : France
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Libération
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NRJ12
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20h55. Crimes dans le grand
Paris. Documentaire. 22h50.
Crimes au Sud de la Loire.
21h00. Thor : le monde des
ténèbres. Fantastique. Avec
Chris Hemsworth, Natalie
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Film.
1 m/9º
CSTAR
TMC
21h00. Hard sun. Série.
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L’effet Papillon. Magazine.
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20h55. Une semaine sur deux
(et la moitié des vacances
scolaires). Comédie dramatique. Avec Mathilde Seigner,
Bernard Campan. 22h45.
Fastlife. Film.
20h50. Au Revoir... et Merci !.
Spectacle. Avec Pierre Santini,
Roland Marchisio. 22h40. Les
Vamps : Ah ben les r’voilà !.
Spectacle.
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Libération Lundi 26 Février 2018
IDÉES/
Francophonie
en Haïti: brève
chronique d’une
délocalisation
L’écrivaine haïtienne Yanick Lahens
retrace le long processus de
délocalisation de la langue française
en Haïti et dépeint le paysage
linguistique et littéraire actuel,
avec une prépondérance de la langue
créole, une avancée de l’anglais et,
dans une bien moindre mesure,
de l’espagnol.
Par
REUTERS
YANICK
LAHENS
Ecrivaine.
Dernier ouvrage
paru : Douces
Déroutes,
éd. Sabine
Wespieser, 2018.
D
evançant l’âge de la mondialisation comme l’invention de
la francophonie, nous avons
en Haïti délocalisé le français et
aménagé son acclimatation à notre
façon. La marginalisation recelant
parfois de grandes vertus, nous
avons appris de cette histoire, qui a
fait de nous pendant très longtemps
un pays «hors du monde», un indéniable savoir-faire pour pouvoir tenir
hors des circuits. Pas étonnant, donc,
que le débat sur la francophonie n’ait
provoqué aucun remous sous nos
cieux.
Quand, en 1946, la France décide de
créer l’institut français de Port-auPrince, et qu’André Breton y effectue
son premier voyage, l’écrivain est surpris de trouver un pays où la création
littéraire en langue française est vivante. A la lecture du verbe, puissant
et beau dans son vertige, de
Magloire-Saint-Aude, il essaie de relier cet objet volant non identifié à ce
qu’il connaît et qualifie cette poésie
de «surréaliste» faute de mieux.
A cette même période, la culture populaire, véhiculée par la langue
créole, commence à revendiquer ses
droits à la légitimité et à la visibilité
dans la peinture et la danse. C’est un
moment clé qui éclaire le chemin
parcouru et dessine les grandes
lignes de ce qui suivra.
J’aime revenir à mes leitmotivs.
Haïti est à la fois un centre et une
matrice des relations Nord-Sud. Un
centre parce que, en dépit de ses indicateurs économiques au rouge, elle
continue, de par son existence
même, de désigner les contradictions du Nord, largement entretenues d’ailleurs par les élites locales.
La francophonie pouvait difficilement échapper à ces contradictions.
Nous n’avons pas eu l’opportunité de
goûter les bienfaits de la francophonie que nous aurions su apprécier. Et
Dieu merci, nous n’en avons pas non
plus ressenti les contrecoups nocifs.
Parce que nous avons appris depuis
deux siècles à compter sur nos propres moyens. Faibles de toute évidence, mais nôtres avant tout. Nous
avons pris l’habitude de nous en sortir localement, souvent sans l’aide
des politiques, sans celle des héritiers et, forcément, sans celle de l’international. Nous tenons depuis toujours sur une corde raide. Combien
de temps tiendrons-nous encore, je
ne saurais le dire.
Dès le XIXe siècle, des revues permettent la circulation d’idées, des regroupements littéraires dynamisent
la réflexion sur la chose littéraire, intellectuelle, et des imprimeries prennent le relais pour la diffusion de textes auprès du public. Anténor Firmin,
historien haïtien, osa d’ailleurs à
cette époque écrire son manifeste
De l’égalité des races humaines en réponse à celui de Gobineau, Essai sur
l’inégalité des races humaines. Ce
XIXe siècle haïtien demeure encore
une grande inconnue de la mémoire
francophone. Une institution littéraire s’y est lentement mise en place
et un patrimoine en langue française
a commencé à s’y constituer malgré
l’étroitesse du lectorat.
Le français a une longue histoire de
domination puisque ce sont les couches de l’élite qui en avaient jusqu’à
une époque récente la maîtrise et le
monopole. L’éducation a elle aussi été
longtemps l’affaire des religieux français, qui concevaient les programmes
scolaires en vue d’un formatage
culturel loin du pays majoritaire, qui
avait créé sa culture en langue créole,
dans la religion vaudou entre autres.
Le pari du français non contaminé
par la culture populaire était de toute
évidence intenable. Dès sa naissance,
la littérature haïtienne s’est construite en étant adossée à cette culture
populaire même quand elle prétendait la fuir.
Dans les années 50, Félix MorisseauLeroy, répondant à une provocation
de ceux qui pensaient le créole incapable de porter une parole hautement littéraire, écrit son Antigone en
créole. Un courant qui, depuis, porte
la création littéraire haïtienne avec
des auteurs comme Georges Castera
ou Frankétienne, pour ne citer que
les plus emblématiques. C’est ce
même combat qui aboutira à la rédaction de la Constitution de 1987
dans les deux langues, à la reconnaissance du créole comme langue officielle à part entière, à l’obligation
d’un enseignement en langue créole
dans les écoles au cours des premières années et à la création récente
d’une académie de la langue créole.
Jusqu’à la fin des années 70, la France
a marqué très positivement sa présence par une coopération dans l’enseignement, la recherche à l’université et dans l’appui à la création
culturelle. La francophonie institu-
tionnelle n’existait pas encore. Le retrait patent de la coopération dans
ces secteurs coïncide paradoxalement avec le moment même où se
met en place la francophonie institutionnelle, dont les effets se font encore attendre. Mais mieux, les sommes allouées à l’institut français de
Port-au-Prince, tristement dérisoires
quand on les compare à celles consenties pour la République dominicaine, pourtant hispanophone, ne
sont à la hauteur ni de la créativité
haïtienne ni de la mémoire partagée.
La politique a souvent ses raisons que
la raison ignore.
Qu’en est-il aujourd’hui en Haïti ? Le
premier constat est celui d’un regain
de vitalité de la création littéraire.
D’abord, les nouveaux écrivains sont
d’origine plus populaire et écrivent
dans les deux langues. Quoi qu’on
dise, une démocratisation de l’école
haïtienne a permis ce nouveau phénomène salutaire. Pour ce qui est de
l’institution littéraire, deux grandes
foires du livre à Port-au-Prince, de
très nombreuses associations dans
toutes les grandes villes, des petites
bibliothèques de quartier, des
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Libération Lundi 26 Février 2018
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LES MARDIS
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à Port-au-Prince,
en 2013.
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Notre littérature,
qui est en train
de s’ouvrir vers
l’anglais et l’espagnol,
nous invite
à repenser
les notions d’identité,
de patrimoine
national, de langue
nationale, non point
selon les critères
du XIXe siècle, mais
ceux qui dessinent
une certaine culture
du XXIe siècle.
revues, dont trois de belle facture,
des journées du livre dans les écoles
contribuent à son renforcement. Il
ne se passe pas une semaine sans
qu’un écrivain vivant en Haïti ne soit
sollicité pour une conférence, un
échange ou un atelier. Parce que la
plupart des écrivains savent que la
reconnaissance locale est aussi
essentielle, si ce n’est davantage, que
celle de la France ou de Paris. Notre
rapport à la France sur ce plan est celui d’un centre à un autre centre.
Pour ce qui est des librairies, elles
sont très rares mais, qu’à cela ne
tienne, les livres circulent par des
moyens non conventionnels. Car la
réponse ne consiste pas à revendiquer des librairies, comme en France
ou aux Etats-Unis, mais à s’arranger
pour que le livre circule par des circuits imaginés localement. L’impossibilité pour les livres édités en Haïti
de se vendre en France n’a fait que
nous confirmer le caractère fondamentalement inégal des échanges
entre Nord et Sud. Nous nous sommes toujours heurtés à un mur. Le
mot «mur» prenant une résonance
toute particulière aujourd’hui. Nous
n’avons pas pour autant baissé les
bras. L’édition s’est améliorée en
qualité, et les prix pratiqués permettent une plus grande accessibilité au
lecteur haïtien. Beaucoup d’écrivains
haïtiens publiés en France retiennent aussi leurs droits pour Haïti. Ce
qui fait l’affaire des éditeurs locaux
et des lecteurs.
Ceci dit, il y a indiscutablement un
recul du français dans la société au
profit de l’anglais, nouvelle langue de
domination. Recul qui a coïncidé
avec un désengagement de la France.
Il y a eu aussi, de toute évidence, un
recentrement du pays sur son ADN
premier en langue créole et sur sa position géographique. La population
qui a migré aux Etats-Unis a donné
naissance à une nouvelle génération
d’écrivains de la diaspora, qui écrit en
anglais. Dans celle qui a franchi la
frontière vers la République dominicaine pour étudier ou s’installer, de
jeunes poètes se sont essayés à l’espagnol. Tout le long de la frontière, des
élèves fréquentent des écoles dominicaines. Notre littérature, qui est en
train de s’ouvrir vers l’anglais et l’espagnol, nous invite à repenser les
notions d’identité, de patrimoine national, de langue nationale, non point
selon les critères du XIXe siècle, mais
ceux qui dessinent une certaine culture du XXIe siècle. •
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Chaque mardi,
un supplément
de quatre pages par
le «New York Times»:
les meilleurs articles
du quotidien
new-yorkais
à retrouver toutes
les semaines dans
«Libération» pour
suivre, en anglais dans
le texte, l’Amérique
de Donald Trump.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Lundi 26 Février 2018
Un soldat sudcoréen monte
la garde dans la
salle où ont lieu
les pourparlers
entre la Corée du
Nord et la Corée
du Sud,
à Panmunjom
dans la zone
demilitarisée
(DMZ), en
novembre 2017.
PHOTO LUCIEN
LUNG. RIVA-PRESS
Inquiets des menaces de
frappe américaine, Séoul et
Pyongyang ont entamé un
processus de normalisation
de leurs relations. Les
avancées symboliques des
JO et le projet d’un sommet
intercoréen pourraient
en être les prémices.
D
epuis le début de l’année, la Corée du
Nord s’emploie à se prémunir contre
l’hypothèse d’une frappe préemptive américaine. Dans cette perspective, se
rapprocher de Séoul et renouer un dialogue
intercoréen est une option précieuse. Elle
s’inscrit dans la dynamique des projets de
rapprochement et de réunification pacifique entre les Corées dont l’aboutissement
le plus poussé reste la «sunshine policy» [la
«politique du rayon de soleil», ndlr] du président sud-coréen Kim Dae-jung, entamée
dans les années 2000. Elle comporte en
outre le calcul sous-jacent d’éloigner Séoul
de Washington et de fragiliser l’alliance de
sécurité entre les Etats-Unis, la Corée du
Sud et le Japon. En dépit des déclarations
sur la solidité de la coopération stratégique
entre Washington et Séoul, les rapports restent distants entre Donald Trump et son
homologue sud-coréen. Cette option soulève plusieurs questions.
Faut-il croire à la menace de frappes
américaines contre Pyongyang ?
La multiplication des allusions américaines sur le recours à une option militaire a
introduit un élément d’incertitude dans le
jeu de Kim Jong-un. Le président Trump
semble vouloir prendre le risque de
déclencher des ripostes nord-coréennes
sur Séoul et/ou Tokyo en prenant l’initiative d’attaques ciblées. Seraient ainsi visés
des sites de lancement nord-coréens, mais
aussi les centres de pouvoir, avec des frappes de décapitation. La demande de plans
d’attaque au général McMaster, conseiller
à la sécurité nationale de Trump au Pentagone, pourrait tout autant constituer un
élément d’une campagne de désinformation et de guerre psychologique mûrement pesées. Si l’on en juge par l’intense
travail des responsables politiques chinois
et russes pour canaliser les pressions américaines avec la proposition de double moratoire – gels des tirs nord-coréens contre
gel des exercices d’entraînement majeurs
américano-sud-coréens –, l’hypothèse
d’une frappe américaine est prise très au
sérieux à Pékin et à Moscou.
Quelle est la place
de la Corée du Sud ?
On le sait, la politique d’ouverture de Séoul
vers le Nord et les relations intercoréennes
se sont toujours heurtées à un fort scepticisme américain. L’espoir de l’actuel président sud-coréen, Moon Jae-in, est de faciliter l’engagement de discussions sur le
dossier nucléaire entre les Etats-Unis et la
Corée du Nord en se servant des relations
intercoréennes et du contexte de détente
créé par les Jeux olympiques. Cet objectif
s’articule partiellement avec ceux de Kim
Jong-un. Après la campagne de tirs intensive conduite en 2017, ce dernier juge son
programme assez convaincant sur le plan
stratégique pour lui permettre de valider le
statut d’Etat nucléaire. Dans son discours
du nouvel an, il s’est employé à souligner
la crédibilité de son outil nucléaire en évoquant les conditions d’un engagement.
L’allusion au «bouton nucléaire» voulait
souligner que, au-delà des capacités technologiques, il existait une rationalité politico-militaire, avec une doctrine d’emploi
visant à protéger la souveraineté du pays.
Quels sont les calculs
de Kim Jong-un ?
La Corée du Nord ne veut pas de conflit
avec les Etats-Unis. Dans l’hypothèse d’une
crise militaire, Pyongyang sait que, s’il peut
infliger d’importants dommages aux alliés
sud-coréens et japonais des Etats-Unis, et
sans doute aux Etats-Unis eux-mêmes, finalement il sera défait par la puissance
américaine. Au-delà du coût humain, le
coût politique de la défaite serait fatal au régime nord-coréen. La participation nordcoréenne aux JO de Pyeongchang a dédramatisé la situation sur la péninsule et a permis à Kim Jong-un de jouer l’apaisement en
proposant la tenue d’un sommet intercoréen. Que Pyongyang soit prêt à s’engager
dans des échanges avec Séoul ne veut pas
dire qu’il envisage un compromis sur le
nucléaire. Mais le temps du dialogue permettra de «lisser» l’image de la Corée du
Nord et pourrait inciter l’administration
Trump à adopter une posture moins belliqueuse. Les deux Corées partagent le
même souhait de voir s’éloigner la menace
américaine d’une frappe préemptive. Mais
chacune devra composer avec Washington.
Le président Moon ne peut mettre en péril
l’alliance américano-sud-coréenne dont dépend étroitement la sécurité de son pays. Le
Quel rôle l’Europe peut-elle jouer ?
Vu d’Europe, il faut comprendre que le dilemme du président Moon est aussi le nôtre. Refuser une frappe préemptive américaine ne revient pas à accepter une Corée
du Nord nucléaire. Par ailleurs, comment
justifier le bien-fondé des sanctions décidées par la communauté internationale
dans le but d’amener la Corée du Nord à
négocier si l’un de ses membres, les EtatsUnis, décidait unilatéralement d’une action militaire ? Une telle initiative réduirait
à néant le fragile consensus obtenu au sein
du Conseil de sécurité des Nations unies
sur lesdites sanctions et rejetterait inévitablement la Chine et la Russie aux côtés de
Pyongyang. Quels que soient, de part et
d’autre, les mobiles présidant à la tenue
d’un sommet intercoréen, il faut aussi le
voir comme une des étapes du long et laborieux processus de normalisation de la
question nord-coréenne. •
Par MARIANNE
PÉRON-DOISE
DR
Deux Corées, une stratégie
du dialogue et un dilemme
sommet intercoréen pourrait donc n’être
qu’un ajustement tactique temporaire pour
le jeune dirigeant nord-coréen, décidé à
conserver la maîtrise de son programme
nucléaire. L’année 2018 est importante pour
le régime, qui entend fêter, en septembre,
les 70 ans de la création de la République
populaire démocratique de Corée. La venue
du président sud-coréen à Pyongyang dans
le cadre d’un sommet intercoréen et l’image
d’unité de la nation coréenne qu’elle renverrait ne peuvent que constituer un des
moments forts des célébrations à venir.
Chercheure, Institut de recherche
stratégique de l’Ecole militaire (Irsem)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 26 Février 2018
u 25
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IDÉES/
MÉDIATIQUES
Par DANIEL SCHNEIDERMANN
Julien Denormandie
et autres extraterrestres
Le fait que le secrétaire d’Etat auprès du ministre
de la Cohésion des territoires puisse énoncer un chiffre
indécent sur les SDF à une heure de grande écoute
sans être corrigé immédiatement est en soi inquiétant.
L'ŒIL DE WILLEM
D
onc, Julien Denormandie, jeune secrétaire
d’Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, restera comme l’un des
emblèmes de la cécité sociale
macronienne, pour avoir estimé à «une cinquantaine» le
nombre de personnes qui dorment chaque nuit dans la rue
en Ile-de-France. Rappelons
que quelques jours plus tard, au
cours d’un comptage réalisé
avec le concours de 1 700 volontaires, la mairie de Paris,
pour sa part, en a recensé
3000 pour la seule capitale, l’effectif total semblant plutôt proche de 5 000.
L’indécente estimation du ministre a été avancée le 30 janvier. Julien Denormandie est ce
matin-là l’invité de Léa Salamé
sur France Inter. On est à
l’heure de la plus grande
écoute, sur la plus grande radio
publique du pays.
Julien Denormandie est venu
répondre à un rapport très critique de la Fondation AbbéPierre sur le mal-logement. Il
s’exprime avec douceur et un
grand renfort de statistiques.
Impossible de trouver plus
compatissant que lui quand il
souligne qu’«un Français sur
cinq a froid chez lui». On le sent
prêt à partir, là, tout de suite,
avec ses statistiques palpitantes, pour réchauffer ce Français
sur cinq.
Il est modeste – «la baisse des
APL de 5 euros, c’était pas une
bonne mesure» –, plein de
bonne volonté –«on va rénover
150 000 appartements par an»,
entraînant et convaincant –«les
bailleurs sociaux feront une
baisse des loyers» –, ce qui ne
l’empêche pas de développer
une vision stratégique –«il faut
constituer des bailleurs sociaux
plus forts, capables d’accueillir
des publics plus fragiles». Quant
au bilan du gouvernement, il
est en béton: «Depuis le 1er novembre, 13 000 places ont été
ouvertes. Ces 13000 places permettent à tout homme, à toute
famille qui appelle le 115 de se
voir proposer une solution
adaptée.»
Et soudain tombe la question
fatidique de Salamé. : «Il y a
combien de personnes qui ont
dormi dehors cette nuit? Vous le
savez, ça ?» Une milliseconde
d’hésitation, et : «Les chiffres
que nous avons, c’est à peu près
une cinquantaine d’hommes
isolés en Ile-de-France, pour
être très précis.» Murmure imperceptible de Léa Salamé.
Et ensuite ? Ensuite, rien.
Aucune contradiction. Pas
d’explosion de rire ni de colère.
Le compatissant jeune homme
repart sur ses rails statistiques.
Plus tard, dans la matinée, la vidéo mise en ligne par France
Inter n’est pas titrée sur «la cinquantaine d’hommes isolés».
Elle est titrée sur un autre chiffre (un de plus) : «On va faire
sortir 5 000 ménages de l’hébergement d’urgence.» Pas da-
vantage que Léa Salamé (élue,
l’an dernier, meilleure intervieweuse de France, rappelons-le), les journalistes chargés de la préparation de cette
vidéo n’ont tiqué sur cette
«cinquantaine». Dans les jours
suivants, devant le tollé,
Denormandie rectifiera son
chiffre : il voulait parler du
nombre quotidien d’appels au
numéro d’urgence, le 115. Sans
doute personne ne lui avait-il
dit que le 115 est, pour la plupart de ceux qui appellent, injoignable.
Après cette énormité, Denormandie devient logiquement la
cible de l’opposition. C’est légitime. Il est légitime de se demander si ce jeune homme circule parfois à Paris. Pas
forcément à pied, ne demandons pas l’impossible. Mais
même en voiture, même
conduit par un chauffeur,
même par-dessus l’épaule des
gardes du corps, même à travers des vitres teintées, il est
impossible de ne pas les voir,
ces silhouettes couchées dans
les rues, sur les bouches d’aération, dans les porches d’immeuble, partout où il est possible d’être un peu au chaud, ou
vaguement au sec. Il est impossible de ne pas le voir, ce mobilier urbain vivant. Partout.
Dans les quartiers pauvres,
comme dans les quartiers des
ministères. Partout on slalome,
partout on esquive. Partout.
Comme tous les Parisiens,
Denormandie détourne sans
doute le regard. Mais, si promptement que l’on détourne les
yeux, on a enregistré, on a vu.
La vision s’est inscrite. On ne
peut pas dire qu’on ne sait pas.
Il est donc légitime de se demander comment vit Julien
Denormandie. Mais pas seulement lui. Si Julien Denormandie peut proférer, à l’heure de la
plus grande écoute de la radio
nationale, sans être le moins du
monde contredit, une énormité
aussi énorme, n’est-ce pas parce
que tous ceux qui l’entourent à
ce moment-là, dans le studio de
France Inter, sont, eux aussi,
des extraterrestres ? •
Julien Denormandie rectifiera son
chiffre: il voulait parler du nombre
quotidien d’appels au numéro
d’urgence, le 115. Sans doute
personne ne lui avait-il dit que
le 115 est, pour la plupart
de ceux qui appellent, injoignable.
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26 u
Libération Lundi 26 Février 2018
Une Berlinale
touffue tout femme
Raccord avec l’époque, le festival a accouché
d’un palmarès très féminin en donnant notamment
l’ours d’or à «Touch Me Not», d’Adina Pintilie.
Mais c’est surtout hors compétition que se sont
distingués de superbes films, tels ceux de Jean-Paul
Civeyrac, Kiyoshi Kurosawa et Hong Sang-soo.
Par
MARCOS UZAL
Envoyé spécial à Berlin
L
e jury de la 68e Berlinale, présidé par le
réalisateur allemand Tom Tykwer, a
surpris tout le monde en attribuant
l’ours d’or à Touch Me Not d’Adina Pintilie et
le grand prix du jury à Twarz de Malgorzata
Szumowska, deux films présentés en toute fin
de festival (raison pour laquelle on n’a pu les
voir) et plutôt fraîchement accueillis par la
critique. Ils ont trois points communs qui
donnent au moins une cohérence à ce palmarès : ils ont été réalisés par des femmes, venant chacune d’un pays de l’Est –respectivement la Roumanie et la Pologne– et traitent
de manière caustique du rapport au corps
dans la société contemporaine. Twarz conte
l’histoire d’un jeune homme qui se fait greffer
un nouveau visage suite à un accident, tandis
que Touch Me Not, mêlant fiction et documentaire, est centré sur une femme ayant la
phobie du contact physique. Des visions féminines sur la perception du corps et la réinvention du désir –sans préjuger de leurs qualités, il est inévitable de voir dans ces choix
une réponse au débat mis en avant par cette
édition de la Berlinale sur la place de la
femme dans l’art et l’industrie cinématographiques suite à l’affaire Weinstein et au mouvement #MeToo.
CHOIX AUDACIEUX
Bien qu’ayant divisé, U-July 22, du Norvégien
Erik Poppe, film choc sur le massacre d’Utoya
par l’extrémiste de droite Anders Breivik, faisait pour beaucoup figure de favori. Il est reparti bredouille, ainsi que les quatre films allemands sélectionnés en compétition.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 26 Février 2018
A g., Yocho, de Kiyoshi
Kurosawa. PHOTO
YOCHO PROJECT PARTNERS
Ci-contre, Touch Me
Not, d’Adina Pintilie,
ours d’or. PHOTO
MANEKINO FILM.
ROHFILM. PINK. AGITPROP.
LES FILMS DE L’ETRANGER
Dovlatov d’Alexeï Guerman Jr (lire Libération
du 21 février), autre film très apprécié, n’aura
eu droit qu’au prix de la meilleur contribution
technique. On se réjouit en revanche de l’attribution du prix de la mise en scène à Wes Anderson pour le magnifique l’Ile aux chiens
(lire Libération du 17 février): il est assez pertinent de rappeler que la réussite d’un film
d’animation est aussi une question de mise
en scène, et non seulement de scénario et de
partis pris plastiques. C’est Bill Murray qui est
venu chercher le prix, en parodiant Kennedy
par un: «Ich bin ein Berliner Hund» («Je suis
un chien berlinois»). Autre choix audacieux:
le prix d’interprétation masculine remporté
par Anthony Bajon, le jeune et intense acteur
du film de Cédric Kahn, la Prière.
Au-delà des deux oubliés du palmarès qui
nous avaient pourtant semblé être les films
les plus ambitieux de la compétition –Transit
de l’Allemand Christian Petzold et Season of
the Devil du Philippin Lav Diaz (lire Libération du 21 février)–, c’est dans d’autres sélections que l’on a trouvé de quoi s’enthousiasmer dans la rigueur de l’hiver berlinois.
D’abord avec le bouleversant Mes Provinciales
de Jean-Paul Civeyrac (présenté au Panorama, le film sortira le 18 avril), cinéaste discret et singulier qui réalise sans doute là sa
plus belle œuvre depuis Ni d’Eve ni
d’Adam (1996), son premier film. Il se penche
ici sur un groupe de jeune gens «montés» à
Paris pour y étudier le cinéma. Amitié, cinéphilie, amour, littérature, engagement ne font
qu’un chez eux, à l’âge où l’ambition exige
d’avoir à choisir entre l’intransigeance ou le
jeu des compromis sentimentaux et sociaux.
Marqué de toute évidence par Robert Bresson
et Philippe Garrel, Civeyrac n’en trouve pas
moins un lyrisme et un romantisme qui lui
sont propres.
Autre grand moment du festival: le sidérant
Yocho (présenté au Panorama) du très productif Kiyoshi Kurosawa. Son meilleur film
depuis Shokuzai (2012), on le souligne car les
deux ont en commun d’avoir été réalisés pour
la télévision, ce qui semble obliger Kurosawa
à aller à l’essentiel en évitant la malignité
(comme dans l’excellent Creepy, 2016) ou la
poésie un peu forcée (comme dans Vers
l’autre rive, 2015). Filmé en trois semaines, le
scénario reprend l’idée de base de son Avant
que nous disparaissions (en salles le 14 mars):
des extraterrestres envahissent la planète en
volant aux Terriens les émotions et concepts
qui définissent l’humanité. Kurosawa s’essaie
ainsi à une nouvelle variation sur la fin du
monde, mais sans discours ni sentimenta-
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lisme, en s’attachant au déroulement sans
cesse surprenant de l’action, avec un très réjouissant mélange de noirceur et d’humour.
ILLUSION DE L’AMOUR
Le pessimisme et la drôlerie marquent aussi
le dernier film d’un autre cinéaste asiatique
très prolifique: Grass d’Hong Sang-soo (présenté au Forum). L’actrice Kim Min-hee, visage de la plupart de ses derniers films, y apparaît plus que jamais comme le pivot du
récit : elle y interprète une jeune femme qui
écrit des fictions dans un café peuplé de couples dont on ne sait s’ils sont ses sources
d’inspiration ou la matérialisation des personnages qu’elle invente. Leurs dialogues tristes sont traversés par une même sujet: le suicide. Lorsque le frère de la jeune femme lui
CINÉMA/
présente celle qu’il souhaite épouser, elle
s’emballe dans un discours aussi désabusé
que drôle sur l’illusion de l’amour. On devine
alors que les scènes qu’elle invente sont une
probable sublimation de son désespoir sentimental. La beauté du film tient dans sa confusion quasi permanente entre réalité et fiction,
d’une manière qui rappelle plus les derniers
films de Resnais que ceux de Rohmer (auquel
le cinéaste coréen est trop systématiquement
comparé), jusque dans cette image des herbes
qui sortent de terre comme éclosent les personnages, évoquant la métaphore des Herbes
folles du cinéaste français (2009). Grass atteint une sorte de point limite dans le cinéma
de Hong Sang-soo, une tonalité crépusculaire,
mais aussi un formalisme assez nouveau (par
exemple, lorsqu’un personnage n’est filmé
que de dos ou à travers son ombre) qui pourrait représenter un tournant dans son œuvre
faussement répétitive.
La confusion du réel et de sa traduction mentale est également le sujet de Madeline’s Madeline (présenté au Forum) de la jeune cinéaste indépendante américaine Josephine
Decker. Madeline est une adolescente qui
tente de dominer ses troubles de la personnalité à travers l’improvisation théâtrale, qu’elle
pratique avec une professeure fascinée par
son talent. Le film plonge ainsi dans les
méandres qui lient la schizophrénie au travail
de l’acteur. Malgré ses défauts (une réalisation un peu agitée et clinquante), il captive
par sa manière de traduire à l’image le désordre mental de sa protagoniste, à la fois inquiétant et exaltant. Mais Madeline’s Madeline repose surtout sur les épaules de sa
formidable jeune actrice, Helena Howard,
dont c’est le premier rôle. Elle rend absolument crédible aussi bien la folie de son personnage que son génie théâtral.
On retrouve dans le film une pratique présente dans trois titres de la compétition
–Touch Me Not, la Prière et T’inquiète pas, il
n’ira pas loin à pied de Gus Van Sant: la thérapie de groupe. Symptôme d’une époque en
quête de foi, d’échanges et de réconforts nouveaux, probablement –mais à quoi il faut espérer que ne se réduira jamais un festival de
cinéma. •
Espions bulgares, militants
congolais: le docu à l’affût
«Je vois rouge», de
Bojina Panayotova,
et «Kinshasa
Makambo», de
Dieudo Hamadi,
se sont illustrés dans
la section Panorama
du festival allemand.
P
armi la multitude de documentaires proposés
dans les sélections parallèles de la Berlinale, deux films
du Panorama ont particulièrement attiré notre attention.
Leurs réalisateurs y expérimentent des manières opposées de
se confronter à l’histoire de leur
pays.
Dans Je vois rouge, Bojina Panayotova retourne en Bulgarie,
qu’elle a quittée enfant lorsque
ses parents sont venus s’installer à Paris. Le film débute
comme un carnet de voyage assez léger, nourri de souvenirs
personnels –on craint l’exercice
Kinshasa Makambo, de Dieudo Hamadi. PHOTO KIRIPIFILMS
narcissique. Mais son enquête
mène peu à peu la réalisatrice
vers un territoire très trouble: la
possible implication de son
grand-père et peut-être même
de ses parents dans les services
secrets bulgares de l’époque
communiste. Elle découvre des
indices, émet des hypothèses,
joue elle-même à l’espionne,
jusqu’au moment où elle se voit
dépassée par sa propre démarche, qui non seulement risque
de la mettre en danger mais retourne ses parents contre elle.
La quête obstinée de la vérité se
double alors d’un questionnement sur les limites qu’un cinéaste doit s’imposer pour parvenir à ses fins. Au fond, n’y
a-t-il pas dans la volonté de dévoiler malgré eux les secrets des
autres une violence intrusive
qui pourrait rejoindre les méthodes du passé que Panayotova cherche à dénoncer ?
Dans Kinshasa Makambo, le
Congolais Dieudo Hamadi (réalisateur de Maman Colonelle,
primé au festival Cinéma du
réel en 2017) ne s’intéresse qu’à
l’histoire s’écrivant au présent.
Il s’immerge dans des groupes
d’amis militants et activistes
opposés à la candidature de Joseph Kabila à un troisième
mandat et se battant pour la tenue de véritables élections. Hamadi ne se veut ni un témoin
objectif ni un pur militant, l’important est d’être pleinement là
où les choses se passent, se décident, s’articulent, des discussions entre les différents groupes politiques –divergeant sur
les méthodes à appliquer et les
leaders à soutenir– aux violentes manifestations, en passant
par la fabrication méthodique
de masques à gaz de fortune.
Même s’il réalise du documentaire à vif, porté par les événements, Hamadi se distingue par
un art du montage et du récit
qui, sans esbroufe ni dramatisation, rend son film très clair et
très frappant.
M.U. (à Berlin)
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28 u
Par
CLÉMENTINE MERCIER
Envoyée spéciale à Sotteville-lès-Rouen
O
n se cache en général pour pleurer. A
l’abri du regard des autres. Sauf chez
Anne Collier. Ses femmes versent des
larmes de crocodile sur tirages grand format…
Exposée au Frac Normandie, la photographe
américaine, née en 1970 à Los Angeles, occupe tout l’espace pour une exposition autour
de la figure féminine. Et les filles qu’elle photographie pleurent, se prennent en photo devant des miroirs, se cachent derrière des objectifs ou posent nues au milieu de matériel
de prise de vues. Se joue, à Sotteville-lèsRouen, sous un glacis sexy, l’érotisme et la
violence de l’œil, organe amplifié par la médiatisation des appareils photographiques.
Le regard – et l’excitation qu’il suscite – est
bien le sujet central de l’artiste.
A commencer par le sien. Dès l’entrée, une
photographie de l’œil d’Anne Collier marine
dans un bain révélateur. L’artiste a photographié son œil en gros plan. Dans le bac où
trempe le tirage, le canal lacrymal coïncide
avec le bec verseur du récipient, prêt à s’écouler. De près, son œil a la paupière lourde
comme sous le poids d’une inquiétude. Juste
derrière, une autre photographie d’un œil est
tranchée en deux par un massicot –on pense
au Chien andalou de Luis Buñuel. Comme des
animaux disséqués sur une table d’opération,
ces autoportraits n’en restent pas moins énigmatiques, froids, conceptuels et mis en
abyme : la photographe photographie une
photographie d’elle-même. Dans les pupilles
se reflète un flash, micro tache indiquant l’artifice de ces natures mortes. La photographie
est une fabrication de toutes pièces semble
nous dire Anne Collier, une construction exacerbée par le consumérisme.
LE CORPS FÉMININ,
FAIRE-VALOIR
Dans Woman with Cameras #1 et #2, elle a
tout simplement ouvert les doubles pages
«shopping» de magazines en papier glacé.
Comme l’entomologiste épingle les insectes
ou le botaniste aplatit les plantes, Anne Collier photographie cliniquement ces magazines sur fond blanc. Consacrées au matériel
photo, les mises en page vantent les mérites
des appareils. Celles-ci sont visiblement destinées à une clientèle masculine, car on y voit
des engins sophistiqués avec, en arrière-plan,
les courbes de nus féminins dont les poitrines
et poils pubiens sont camouflés par les boîtiers. Caricatures publicitaires, ces pages rappellent les spots vantant les voitures (si tu
achètes l’appareil, tu auras la femme). Anne
Collier met ainsi à plat les liens entre machines optiques, quasiment phalliques, et leur
faire-valoir, le corps féminin.
Plus loin, elle a aussi photographié des couvertures de magazines photos allemands des
années 70. Les filles y miment des reporters
bimbo, bouche ouverte et croupe tendue ou
y sont complètement à poil. Le magazine
Zoom affiche une sorte de monstre séduisant:
une fille nue avec un appareil à la place de la
tête. La fille a le doigt sur le déclencheur,
prête pour le déclic.
Libération Lundi 26 Février 2018
Anne Collier
Regarde
les femmes
pleurer
La photographe expose au Frac Normandie ses portraits,
tantôt kitsch et tournant la misogynie en ridicule,
tantôt mélancoliques et lacrymaux, comme un reflet de l’artiste
et de la condition féminine.
«Je ne dirais pas de but en blanc que la photo
est sexiste, analyse Anne Collier, fine rousse
en jean et baskets, aux airs de Jessica Chastain. C’est plus compliqué que cela. Mais, à un
moment, dans la photo publicitaire, il y avait
beaucoup de photographes hommes. Ces questionnements irriguent le médium et j’essaye
juste de pointer des choses, de montrer des
comportements. Je mets en évidence des fonctionnements.» Il faut reconnaître à cet étalage
kitsch de visuels seventies qu’il est nimbé
d’une misogynie ringarde. Dans le cadre de
son exposition, Anne Collier a programmé
les Yeux de Laura Mars, un thriller de 1978
avec Faye Dunaway en photographe de mode
dans le rôle principal. Les clichés d’Helmut
Newton ont été utilisés pour le film, sorte de
conte moral contre le porno chic.
LES PLEUREUSES,
MOTIF ARTISTIQUE
Au premier étage, Anne Collier a zoomé dans
un corpus d’images surannées, prélevées sur
de vieilles pochettes de disques. Elle a isolé
des gros plans d’yeux de biches soulignés
d’eye-liner et chargés de rimmel. De ces yeux,
glissent des larmes blanchâtres qui tracent
des sillons sur les joues, comme des fleuves
sur une carte. Comment ne pas voir dans ces
pleureuses un motif finalement banal de
l’histoire de l’art? On pense à la célèbre photo
de Man Ray, les Larmes de verre, recadrage
dans une publicité pour un mascara, aux
Crying Girls de Roy Lichtenstein ou encore à
Dora Maar, la pleureuse de Picasso. «C’est assez étrange que ces femmes soient populaires
et c’est exactement le sens de mon propos, se
demande Anne Collier. J’interroge, j’essaye de
comprendre pourquoi ces femmes représentent
la mélancolie. Plus que les hommes d’ailleurs.
On ne voit pas tellement d’hommes pleurer
dans les médias…»
Ces femmes seraient-elles des avatars de la
photographe? «Elles sont toutes des sortes de
doublure. Je ne sais pas si elles traduisent ce
que je ressens; mais il y a quand même l’idée
–très intellectuelle– de doublure de moi-même
dans ces femmes. Elles sont une sorte de reflet.» On saura juste que l’artiste a perdu sa
mère alors qu’elle avait 5 ans. Son père à
25 ans. Les cendres de ses parents ont été dispersées dans la mer. «La plus belle chose que
m’ait enseignée John Baldessari est que je devais tout garder, car cela pourrait me servir
un jour ou l’autre», confie Anne Collier qui a
étudié à la CalArts et à UCLA auprès de John
Baldessari et de James Welling. Dans toutes
ses images affleure une violence contenue.
Une mélancolie sourde aussi. Admiratrice
des artistes féministes Valie Export et Jo
Spence, Anne Collier se revendique féministe
à 100%. Dans la série, Woman with Cameras,
elle s’approprie des images de femmes qui se
saisissent d’appareils photo – dont Liv Ullmann dans le film Persona. Ces femmes, forcément, lui ressemblent un peu. Dans cette
méditation intrigante sur la féminité,
se glisse en filigrane un aspect autobiographique. Comme dans un miroir à
multi-facettes. •
ANNE COLLIER Frac Normandie Rouen, 3,
place des Martyrs-de-la-Résistance, 76300
Sotteville-lès-Rouen. Tel. : 02 35 72 27 51.
Fracnormandierouen.fr Jusqu’au 25 mars.
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Deux photos de la série Crying
(2016-2017).
En bas, Woman with Camera #2
(2012) : une publicité avec comme
message subliminal «si tu achètes
l’appareil, tu auras la femme».
PHOTOS ANNE COLLIER
u 29
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CULTURE/
«
«J’aime sa façon
de photographier
la photographie»
A la tête du Frac
Normandie, Véronique
Souben explique ce qui
l’a poussée à exposer
les œuvres d’Anne
Collier et éclaire sa ligne
de programmation.
au Folkwang Museum de Essen
en 2006. Ce clin d’œil visait à montrer que, en France, en l’absence
d’école aussi influente que celle de
Düsseldorf en Allemagne, nous
avons beaucoup à apprendre de la
photo.
Même si j’ai des connaissances, je
ne me considère pas comme une
encontre avec Véronique spécialiste, alors j’ai travaillé avec
Souben, directrice du Frac des gens pointus et notamment
Normandie en poste de- avec l’historien de l’art Guillaume
puis 2011, à l’origine de cette pre- Le Gall. Je lui ai demandé de faire
mière exposition personnelle une exposition qui soit une analyse
d’Anne Collier en France et très ac- du fonds du Frac. Ce travail inaugutive dans une programmation d’ex- ral a servi de ferment pour les mopositions consacrées à la photo.
nographies qui ont suivi, pour faire
Pourquoi Anne Collier a retenu ressortir nos points forts afin d’enrivotre attention ?
chir de manière cohérente cette colJe l’ai découverte en 2012 dans l’ex- lection.
position annuelle New Photography Quel type de photos entre dans
du MoMA (Museum of Modern Art) les collections ?
à New York, vivier intéressant pour Quand je suis arrivée au Frac, je me
les nouvelles écritures. Je suis tom- suis rendu compte que la photo
bée en arrêt devant ce travail qui me était déterminante, avec 550 œusemblait très nouveau, car il mêle vres : elle fait partie de notre idenune esthétique familière, populaire, tité avec le dessin et le livre d’artiste.
avec une esthétique conceptuelle. Le fonds est très développé sur la
J’ai aimé sa façon de
photo de territoire, la
photographier la phophoto plasticienne
tographie. Jusqu’à
mais aussi la photo
maintenant, au Frac,
conceptuelle qui est
les monographies
beaucoup plus imporétaient consacrées à
tante que je ne le pendes hommes et c’était
sais. On y trouve des
important pour moi
artistes historiques
d’avoir des regards de
comme Gabriele Basifemmes sur ce mélico, John Davies, Tom
INTERVIEW Evans, Michael Kenna,
dium. J’ai programmé
Anne Collier après la
mais aussi de la photo
Française Isabelle Le Minh. Toutes conceptuelle avec Victor Burgin ou
les deux parlent du dispositif pho- Hamish Fulton, ainsi que d’autres
tographique, de la photo comme courants avec Charles Fréger, Elina
une machine et comme une méca- Brotherus, Bernard Plossu… Nous
nique. Anne Collier est dans la tra- diffusons surtout notre fonds en rédition américaine, en héritière de la gion Normandie. Avec le centre
«Pictures Generation», cette généra- photographique-Pôle image Hautetion d’artistes qui travaillent depuis Normandie, et Le Point du jour à
les années 70 sur l’imagerie – et sa Cherbourg, nous avons des approcritique– véhiculée par les médias. ches très complémentaires. Et conQuelle ligne défendez-vous au cernant l’entrée de photos d’Anne
Frac Normandie pour la photo? Collier dans le fonds, je vais faire
J’essaye de montrer des photogra- des propositions en ce sens lors du
phes avec des positionnements dif- prochain comité d’achat. En généférents et avec un parti pris fort. Je ral, j’essaie de faire en sorte que nos
suis arrivée en 2011 après avoir tra- monographies laissent une trace.
vaillé en Allemagne et, dès 2012, j’ai Ce sera au comité de voter, donc
fait une expo qui s’appelait Lear- rendez-vous en juillet…
ning Photography en réponse à TeaRecueilli par C.Me.
ching Photography, qui avait eu lieu
(à Sotteville-lès-Rouen)
R
DR
Libération Lundi 26 Février 2018
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30 u
Libération Lundi 26 Février 2018
A l’origine, en 2009,
de l’exposition
Elles à Beaubourg,
l’actuelle directrice
des collections de la
Monnaie de Paris milite
pour que l’histoire
de l’art n’ignore plus
les femmes artistes.
car ce vide rendait le travail des conservateurs difficile et décourageait de
montrer ces artistes, a constaté Camille Morineau, alors à un tournant.
J’ai été face à moi-même. Fallait-il
que je change ma vie?»
«Ténacité tranquille». Entre-
E
lle est presque déçue qu’on ne
la houspille pas un peu plus.
Camille Morineau, aujourd’hui directrice des expositions et
collections de la Monnaie de Paris,
a l’habitude de justifier ses choix.
Nommée fin 2016 à la tête de l’institution et connue pour être à l’origine
d’un accrochage des collections de
Beaubourg avec uniquement des artistes femmes, «Elles@centrepompidou» en 2009, Camille Morineau
n’est pas une nouvelle tête. Mais sa
présence dans une série de portraits
que Libé consacre aux femmes de
l’art nous paraissait une évidence,
tant elle incarne indépendance, détermination calme et défense de ses
consœurs artistes. A l’époque conservatrice au Musée national d’art
moderne, elle a dû faire face aux critiques qui l’accusaient de «ghettoïser» les talents féminins. Aujourd’hui, juste après la fermeture de
«Women House» à la Monnaie de
Paris, une exposition portant sur le
genre féminin et l’espace domestique (50000 visiteurs en trois mois),
cette orientation féministe n’a plus
l’air d’émouvoir.
Grec ancien. Dans son bureau en
nid d’aigle, avec vue sur le quai de
Conti et sur les stucs de la salle d’apparat Guillaume-Dupré, Camille
Morineau se réjouit que «Women
House» ouvre le 8 mars au National
Museum of Women in the Arts à
Washington. Car les Etats-Unis ont
radicalement changé sa trajectoire
intellectuelle, et professionnelle.
«Ma formation américaine a été un
choc philosophique : l’histoire telle
que je la concevais n’était pas objective, notamment en histoire de l’art
où la question du genre est peu abordée : qui crée, pour qui, avec quel
point de vue ? J’ai un côté historienne post-structuraliste.»
Née en 1967, élève de Normale Sup
(Ulm) en histoire, elle part enseigner
le français au Williams College aux
Etats-Unis et y découvre les gender
studies : l’historienne prend un
«grand souffle en plein visage». Elevée dans une famille de trois filles,
elle avait été prévenue: «Vous devrez
faire deux fois plus d’études que les
hommes pour prétendre aux mêmes
résultats», lui répétait sa mère. Celle
qui vécut ses premiers émois esthétiques avec le grec ancien («c’est une
Camille Morineau, le 16 février devant l’hôtel de la Monnaie à Paris. PHOTO CHARLOTTE MANO
Camille Morineau
donne des elles
aux musées
très belle langue, imagée, incarnée,
où le mot et l’objet sont confondus»)
sait très vite qu’elle veut travailler
dans un musée et intègre l’Institut
national du patrimoine.
Devenue conservatrice à Beaubourg,
Camille Morineau montre Yves
Klein, Gerhard Richter, Roy Lichtenstein mais, bille en tête, fait entrer des œuvres féministes dans les
collections et monte «Elles», cet accrochage genré des collections. Elle
s’entend dire alors: «Ah! Camille, la
féministe, tu nous emmerdes!» Cécile
Debray, ancienne conservatrice à
Beaubourg se souvient: «C’était radical, il fallait oser, car personne n’y
croyait. Et notamment pour la partie
art moderne. Pour ma part, j’ai dû
réfléchir au surréalisme et constater
la vision assez sexiste d’André Breton.» Aujourd’hui directrice de
l’Orangerie, Cécile Debray poursuit:
«Cela a été épique. Il y a eu des noms
d’oiseaux. Camille, assez isolée, affrontait les quolibets avec distance.
N’empêche qu’aujourd’hui, cette
question est rentrée dans les mœurs.»
L’équipe se serre les coudes et boit
des coups, le soir, pour débriefer. «Je
me suis rendu compte du vide théorique qui entourait les femmes artistes.
Il y avait si peu de matière. Je me suis
dit que la situation allait perdurer,
LES FEMMES, NOUVELLES TÊTES
DE L’ART (3/7)
Alors que la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, vient
d’annoncer son plan volontariste en faveur de la parité dans
la culture, rencontre chaque lundi avec des personnalités
– féminines – en coulisses et aux manettes
des institutions artistiques.
temps, elle perd son mari, se retrouve seule avec deux jeunes enfants et finit par quitter Beaubourg
pour monter des expos en freelance, dont une rétrospective Niki
de Saint-Phalle, au Grand Palais. Parallèlement, elle crée Aware, une
association qui vise à replacer les
femmes dans l’histoire de l’art. Aujourd’hui, c’est un site fouillé qui recense les femmes artistes: on les retrouve dans tous les mouvements,
à toutes les époques, et dans tous les
médiums. Elles sont surtout moins
connues : «C’était tellement criant
que les circuits de valorisation des
femmes étaient défaillants, il n’y
avait pas de critique, pas de galerie,
pas de collectionneur donc pas de
musée. Le cercle vertueux de la reconnaissance ne se faisait pas.» Avec
Aware, Camille Morineau entend
faire une démonstration par le
«nombre et la diversité». Posée,
douce, elle n’a rien d’une pasionaria
et avance intellect et rigueur.
«Est-ce parce qu’elle en a vu d’autres
qu’elle tire sa force d’une ténacité
tranquille?» se demande Cécile Debray, membre de Aware (qui est accompagnée par la Fondation Chanel et emploie trois personnes).
«L’histoire des femmes est voilée,
comme une table sous une nappe où
l’on ne voit que les pieds. Je veux rendre l’information égale entre les
hommes et les femmes», conclut Camille Morineau, qui ne croit pas à
l’efficacité des quotas sans réécriture de l’histoire. Très souvent en
déplacement aux Etats-Unis, elle y
observe, après le scandale Weinstein, un passage dans le débat public (et pas seulement médiatique)
des questions de harcèlement et de
domination masculine. Donc une
inscription dans l’histoire. C’est
pour elle «une révolution anthropologique». Son engagement, qu’elle
considère comme «politique», est
parfois «un peu lourd à porter».
A la tête de la Monnaie depuis près
d’un an, elle panachera le genre des
artistes exposés. Au printemps, on
verra le sculpteur indien Subodh
Gupta et, à l’automne, Grayson
Perry, un artiste anglais avec un
avatar féminin, appelé Claire. La
nouvelle définition de la masculinité proposée par le céramiste star
intéresse précisément Camille Morineau. Car pour elle, il n’y a pas de
redéfinition du féminin sans conséquences sur le masculin.
CLÉMENTINE MERCIER
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CULTURE/
ARTS
Dadames sculptées dans la grâce
Rebecca Warren expose
au Consortium de Dijon
ses silhouettes d’argile
ou de bronze qui oscillent
entre grotesque et élégance.
L
e strict alignement des sculptures de
Rebecca Warren au Consortium de Dijon en impose par son classicisme. Les
œuvres filent droit comme des haies de buis
dans un jardin à la française. Toutefois, elles
ne sont pas taillées à la serpette. L’art de l’Anglaise (née en 1965, et passée à un cheveu du
Turner Prize en 2006) élève la balourdise des
formes au rang de suprême élégance. A moins
que ce ne soit l’inverse et que l’élégance des
formes classiques ne vire ici au grotesque.
On penche pour la première option, dépourvue de cynisme, et pleine de tendresse. Ces
formes vaguement humaines évoquent des
ballerines: elles tiennent sur un pied, semblent faire des barres ou leurs pointes. L’une
paraît tenir un pan de sa robe qui lui fait des
ailes dans le dos, une autre pose ses bras sur
sa taille dans une position hiératique. Mais
cela reste vague – d’autres diraient que Rebecca Warren oscille entre abstraction et figuration–, la tête faisant notoirement défaut ou
se réduisant à la taille d’une noix. Disons plutôt que si elle oscille, si ces sculptures balancent, c’est plutôt entre la grâce et la grossièreté.
Les grandes assument leur côté cruche, une
espèce de hanse leur poussant quelque part
sur le côté et puis, elles ont des hanches épatantes, fort évasées. Enfin, elles sont coiffées
d’une forme de béret ou de chignon qui leur
prête des airs très dadames. Surtout, le traitement grossier des surfaces rend ses sculptures
féminines toutes boudinées.
La grâce dès lors ne serait pas pour elles? Oh
que si! Ces corps affligés de mille bourrelets,
de bosses, de grosseurs, de callosités habillent
de taches de peintures aux teintes pastel l’argile ou le bronze dont ces sculptures sont faites. Rien d’outrancier. Elles se voilent d’un
rose tendre, d’un bleu pervenche, d’un jaune
pâle, le blanc reste cependant dominant. Par
Au Consortium, à Dijon. PHOTO ANDRÉ MORIN. LE CONSORTIUM
ailleurs, Rebecca Warren les tire vers le haut:
elles vous dépassent de trois quatre têtes.
«Elles semblent tout à fait païennes», confiait
Rebecca Warren dans un entretien au magazine de la Tate Modern (puisque l’expo a
d’abord eu lieu à la Tate St Ives), «comme des
pierres dressées», des monuments mégalithiques. Enfin, ultime coquetterie, cerise sur le
pudding : le pompon. Car un pompon vient
se poser quelque part sur elle comme «les
moutons», les pelotes de poussière qui boulochent sous les lits: «Les pompons, se réjouissait l’artiste, c’est magnifique. Pourquoi s’en
passer dans son art? Placés sur d’autres matériaux, ils en déstabilisent les qualités. Ils allègent leur poids. Ils flottent, ils atterrissent. Ils
sont comme des moutons.» Ces pompons
Un portrait bleu comme neige
L
es portraits de Nicolas Party, peintre lausannois de 38 ans très
en vue (il participe à deux
expos collectives, l’une au
Frac Lorraine qui montre
ce Portrait Bleu, l’autre à la
Fondation Van Gogh en Arles), ont le génie de faire apparaître quelqu’un (ou
quelqu’une) sur la toile ou
le papier en vous laissant
l’impression qu’il n’y a personne. Ce jeune homme
inscrit plein cadre, au point
d’y paraître un peu à
l’étroit, a été dessiné au
pastel, médium volatile.
Cela doit jouer. De même
que son regard qui, perdu
dans le vague, ou qui traverse le spectateur pour vi-
ser quelque chose loin derrière. Avec sa tête de prince
florentin (la coiffure bouffante et le col de sa tunique
font de lui un avatar de tous
les Médicis), le type n’est
pas de ce siècle. D’ailleurs,
Nicolas Party n’a pas pris la
peine de le nommer, titrant
la pièce Blue Portrait.
De fait tout ou presque se
colore de bleu: le fond, les
cheveux et surtout la peau.
Ce qui a le don de figer davantage l’expression du
modèle (s’il y en a un…), de
le frigorifier achevant par le
procédé inédit de cryogénisation graphique de le
transformer en une espèce
à sang-froid ascendant
poisson (aux yeux de merlan frit) ou en mannequin
modèle. Entre les hommesmachines de Léger et les
automates articulés de Chirico, le Portrait bleu décline
un art du portrait fantoche.
Le pastel comme poudre
aux yeux.
J.La. (à Metz)
NICOLAS PARTY, BLUE
PORTRAIT (2017) au Frac
Lorraine (Metz) dans «Vous
me rappelez quelqu’un»,
jusqu’au 17 juin. Aussi dans
«la Vie simple –simplement
la vie», à la Fondation Van
Gogh (Arles), jusqu’au 2 avril.
F I L M S
REBECCA WARREN TOUT CE QUE LE CIEL
PERMET Le Consortium, 37, rue de Longvic,
à Dijon (21). Jusqu’au 20 mai.
P R É S E N T E
LA PERFORMANCE EXTRAORDINAIRE
DE DEUX ACTRICES
LES INROCKUPTIBLES
UN ÉLOGE INSOLENT DE L’APPÉTIT DE VIVRE
TÉLÉRAMA
CLÉMENCE BOISNARD
Z I TA H A N R O T
UN FILM DE
MARIE GAREL-WEISS
G R A P H I S M E : TO F D R U
Blue Portrait (2017), Nicolas Party.
E L Z É V I R
pourraient bien agir encore comme une
bonne fée qui vient se poser sur l’épaule d’un
petit malheureux dans les dessins animés, lui
rendre un peu de raisons d’espérer un avenir
meilleur. La boule de laine ici n’est pourtant
ni douce ni pimpante (pas comme chez Sheila
Hicks). C’est un pompon de gouttière, tout
ébouriffé qui se love contre des pièces, ellesmêmes hirsutes. Warren prend en quelque
sorte la sculpture et la représentation du
corps (féminin) au saut du lit, au réveil.
JUDICAËL LAVRADOR
Envoyé spécial à Dijon
Festival de Sarlat
Festival de St Jean de Luz
PRIX DU PUBLIC
DOUBLE-PRIX
D’INTERPRÉTATION FÉMININE
PRIX DU PUBLIC
DOUBLE-PRIX
D’INTERPRÉTATION FÉMININE
AU CIN ÉM A LE 2 8 F ÉVRIER
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Jouir en ligne
Olly Plum et Usul Rencontre avec la camgirl et
le youtubeur marxiste, qui subissent les foudres de
la fachosphère pour avoir tourné des vidéos pornos.
O
n ne devrait pas être là, dans cette cantine du IIIe arrondissement de Lyon, par ailleurs sympathique. Que
deux personnes, majeures, en couple, consentantes
et probablement vaccinées décident de montrer leurs parties
intimes sur Internet ne devrait pas être un sujet d’extase, ni
de répulsion. Las, un demi-siècle après Mai 68, qu’Usul tient
en haute estime, il est toujours préférable
de tortiller hypocritement du cul plutôt
que d’offrir ses fesses à la vue de tous.
«Plus de 1500 personnes sont venues regarder notre show en live la dernière fois, espérant que ça serait
dégradant. Sur le tchat, ça ne parlait que de politique… J’ai
envie de bosser et impossible…» soupire Olly Plum.
Lui, Usul, mange un bœuf bourguignon, avale un premier
demi. Il a 32 ans, un bouc et des lunettes, l’air intello, genre
prof de philo au lycée qui fume des roulées (ce qu’il fait dans
le froid poignant). Après une expérience de chroniqueur de
jeux vidéo, il est devenu youtubeur politique d’extrême gauche, aimant décrypter l’oppression capitaliste et s’en prendre,
entre autres, aux quatre «B»: le philosophe BHL, l’éditorialiste
Barbier, le laïcard Bouvet, l’industriel Bolloré.
Elle, Olly Plum, commande une assiette végétarienne et un
thé à la menthe. Elle a 23 ans, les cheveux courts, un petit
piercing au-dessus de la lèvre, des scarifications et tatouages,
nombreux, et une langue de serpent. Féministe prosexe, elle
est camgirl depuis deux ans. C’est-à-dire qu’elle se met nue
et se masturbe en direct sur des sites spécialisés, comme Chaturbate. Amatrice de cosplay (le fait de se déguiser en personnage de fiction), elle porte souvent une
perruque violette et a choisi son pseudo
pour la sonorité. Les deux préfèrent taire
leur véritable identité, mais parfois leur
parole fourche, et ils s’interpellent par leurs vrais prénoms.
Vivant à Lyon, ils se sont rencontrés sur Twitter. Ils sortent
ensemble depuis décembre, partageant la même passion vidéoludique, notamment pour Diablo. Olly Plum est d’abord
apparue dans une des chroniques d’Usul sur le consentement
et la drague. Puis, un jour, tandis qu’elle faisait son show érotique dans sa chambre, il était là, excité, à l’admirer. Il est
passé devant la caméra sans montrer sa tête, elle l’a sucé.
Voilà. C’est tout.
La fachosphère, qui déteste Usul, s’en est aperçue et a
commencé à s’exciter sur les forums de Jeuxvideo.com ou sur
le site d’Alain Soral. En résumé: «Regardez-le, qui donne des
LE PORTRAIT
leçons aux harceleurs mais qui fait du porno en payant-exploitant une faible femme sans défense. Salaud». Déferlement d’insultes et de menaces contre les deux. Presque une semaine
après, cela dure encore. Les empêche de dormir. Ils ont beau
expliquer qu’ils assument, qu’ils sont ensemble, que le X n’est
pas incompatible avec le féminisme, surtout quand, à la
marxiste, on maîtrise les moyens de production, rien n’y fait.
Pour la fachosphère, l’occasion est trop belle de faire passer
Usul de vit à trépas. «Ils pensent que c’est une guerre», ne comprend pas Olly Plum. «Tant que je ferai des vidéos politiques,
ils continueront», juge son petit ami.
L’inimitié remonte déjà à quelques années. Fin 2013, le jeune
homme a une pastille remarquée sur Jeuxvideo.com,
3615 Usul. Le format, où il analyse des productions vintage
tout en mêlant références artistiques et politiques, est très
populaire. Ayant l’impression d’avoir fait le tour, il décide de
se lancer dans le commentaire politique, notant que les nouveaux espaces d’expression sont délaissés par la gauche, au
profit d’extrémistes comme Soral. Avec son ton pédagogue,
cet ancien militant de la LCR, qui ne vote plus depuis 2005
mais apprécie Mélenchon, touche souvent juste. Désormais,
l’orateur talentueux tient une chronique hebdomadaire libre
sur la chaîne YouTube de Mediapart. Payé 1 500 euros par
mois, il est devenu, lui aussi, un genre d’éditorialiste à temps
plein. Comme ceux qu’il critique ? «La différence, c’est leur
force de frappe médiatique. Ce sont les agents parlants de la
bourgeoisie, nuance-t-il. Mais mon but est aussi que les gens
adoptent mon regard sur le monde.»
Au début, il détestait montrer sa tête. Il dit qu’il s’est adapté aux
demandes de l’époque. Le porno est une nouvelle étape, un
moyen d’accepter son physique. «Mes adversaires virilistes m’ont toujours attaqué sur
1985 Naissance d’Usul
mon corps. De me voir à traà Louviers (Eure).
vers l’œil de la caméra, je me
20 mai 1994 Naissance
sens plus sexy», note Usul. «Tu
d’Olly Plum à Lyon.
as eu pas mal de compliments
13 avril 2014 Premier
en plus», s’amuse Olly Plum.
épisode de Mes Chers
Pour elle également, l’exposiContemporains.
tion n’est pas simple. Parfois,
Décembre 2017
elle interrompt un show lorsRencontre.
qu’elle ne se sent pas à l’aise.
Février 2018
Dans l’intimité, la travail«Usulgate».
leuse du sexe préfère faire
l’amour dans le noir. S’exhiber est un moyen pour la jeune femme de reprendre le contrôle. L’enfance lyonnaise a été difficile. Son père, un libraire
alcoolique, l’abandonne. Ado, en conflit avec sa mère, femme
de ménage, elle se met à boire, part en foyer, passe par des
phases d’anorexie et de boulimie et subit des violences sexuelles. La première fois qu’elle a voulu porter plainte pour viol,
la police lui a ri au nez. Elle n’a jamais réessayé. «Les insultes
sur Internet, en ce moment, c’est dur, mais ce n’est rien comparé
aux agressions physiques que j’ai connues», relativise Olly
Plum de sa voix douce. Heureusement, Despentes existe. La
camgirl au CAP d’esthéticienne, qui veut commencer des études, s’est libérée en lisant King Kong Théorie et en découvrant
les théories du féminisme prosexe. Avec les shows X, elle gagne un peu moins d’un smic et a pu se prendre une chambre
en coloc servant aussi de studio de diffusion. Enfin une raison
de se lever le matin et ne pas passer la journée au lit avec un
verre de blanc.
Tiens, d’ailleurs, Usul reprend un demi. D’un milieu lui aussi
populaire, père ouvrier, mère secrétaire dans le médico-social,
il a grandi entre la Normandie et Orléans. A la maison, on est
socialiste sans conviction. Lui lit, à 11 ans, Germinal et a une
révélation. S’il tire son pseudo de Dune de Frank Herbert, il
dévore au fil des années des essais, Bourdieu, Lordon, etc.,
tout en commençant, après un bac L, des études (beaux-arts,
lettres, socio) qu’il ne termine jamais. Autodidacte et pas bourgeois pour un sou, Usul le reconnaît, il aura toujours un complexe d’infériorité. «Il y a des endroits où je n’arrive pas à me
sentir à l’aise, c’est comme ça», dit le youtubeur en tripotant
un portable hors d’âge. Leur histoire est encore à inventer,
peut-être dans le porno, en le pratiquant et en l’analysant,
peut-être ailleurs. Il la pousse à s’intéresser à la politique, elle
qui n’a jamais voté. Elle lui offre une forme nouvelle de liberté.
C’est, pour ces mélancoliques, la possibilité d’une île de bonheur. Contre vents haineux et marées sceptiques. •
Par QUENTIN GIRARD
Photo FÉLIX LEDRU
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