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Libération - 26 09 2018

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MERCREDI 26 SEPTEMBRE 2018
2,00 € Première édition. No 11610
www.liberation.fr
BIOÉTHIQUE
LUISA RICCIARINI . LEEMAGE
ÇA BOUGE
Parcoursup
Et à la fin,
il en reste
955 sans
affectation
Courbet
«L’Origine
du monde»
a retrouvé
son visage
PAGES 14-15
PAGE 26
DALLE . APRF
Oui à la PMA pour toutes, à la fin de l’anonymat des dons de sperme,
à la recherche sur les embryons… L’avis du Conseil national d’éthique
ouvre enfin de nombreuses portes. La loi suivra-t-elle? PAGES 2-5
De Dylan à
Joan Baez,
les racines
affectives
du folk
PAGES 24-25
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par LAURENT
JOFFRIN
Progrès
On peut faire toutes sortes
de critiques à Emmanuel
Macron – elles ne manquent pas ces temps-ci –
sauf une : celle de ne pas
appliquer son programme.
C’est ainsi que, selon le
calendrier confirmé mardi,
l’ouverture de la PMA sera
examinée par le Parlement
avant la fin de l’année. Le
gouvernement attendait
l’avis du Comité national
d’éthique. Il est favorable,
et sans ambages. Après
avoir largement consulté,
les membres du comité ont
rejeté clairement les objections formulées par les
Eglises et par les animateurs de la Manif pour tous.
L’intérêt de l’enfant ? Rien
ne montre qu’il soit mis en
cause dans le cas où l’enfant est élevé par deux mères au lieu d’une mère et
d’un père. La supériorité
«naturelle» des familles
traditionnelles ? Elle n’a
plus grand sens à partir du
moment où les modèles de
famille sont déjà multiples.
La norme «anthropologique» qui privilégierait les
couples hétérosexuels ?
Elle ressort de la croyance
religieuse ou du préjugé
traditionnel, et non de faits
avérés par l’expérience.
«L’engrenage» qui mènerait de la PMA pour toutes
à la gestation pour autrui ?
Il n’a rien d’automatique,
puisque le comité se prononce contre la légalisation de la GPA en rejetant
toute perspective de «marchandisation du corps» et
qu’il sera à coup sûr suivi
par le législateur. La question se posera à terme ?
Certes, mais c’est un autre
débat. Le comité fait fond
sur la responsabilité individuelle et estime que la réforme obéit à un principe
d’égalité des droits à la fois
juste et nécessaire. C’est
donc un indéniable progrès que le comité défend
et que le gouvernement se
dispose à mettre en œuvre.
Cette justification solide ne
désarmera pas les opposants, qui rêvent de réitérer
la mobilisation de 2013
– laquelle avait néanmoins
échoué. Mais au moins
l’avis publié mardi démontre qu’ils agissent, non en
vertu d’un souci de civilisation, mais par simple
préjugé. •
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Bioéthique
Macron
récupère
le bébé
Dans son avis rendu mardi, le Comité
consultatif national d’éthique préconise
la PMA pour toutes et la levée de l’anonymat
des dons de sperme, mais aussi
d’autres avancées significatives…
Au gouvernement, maintenant, d’embrayer.
Par
ALAIN AUFFRAY, ÉRIC FAVEREAU
et CATHERINE MALLAVAL
Photo STÉPHANE LAGOUTTE. MYOP
E
t c’est un grand oui. Oui à l’ouverture de la
procréation médicalement assistée (PMA)
à toutes, en couple ou célibataires, hétéros
ou homos. Oui à la possibilité pour les femmes
de retarder le couperet de leur horloge biologique
en faisant congeler leurs ovocytes, oui à la levée
de l’anonymat des dons de sperme, oui aux dons
d’embryons post mortem, oui aux recherches sur
l’embryon, oui aux tests génétiques, etc. L’avis 129
du Comité d’éthique, rendu public mardi matin
et intitulé «Contribution du Comité consultatif
national d’éthique à la révision de la loi de bioéthique 2018-2019», pourrait marquer une rupture
dans l’histoire de la bioéthique à la française, jusque-là surtout jalonnée d’interdits. Avec cet avis,
se dessine une bioéthique plus ouverte, et au bout
du compte une société plus «moderne» (notamment au regard des législations plus clémentes
de certains de nos voisins européens), plus égalitaire, en offrant les mêmes possibilités de devenir
mères aux hétéros et aux lesbiennes, aux femmes
en couple et aux femmes seules. On dépoussière,
on ouvre des portes qui sont longtemps restées
verrouillées. Telles celles de la PMA, figée dans
un cadre strictement centré sur l’infertilité médicale, établi il y a… vingt-quatre ans. «Cet avis,
nous le voulons marqué du sceau de la confiance,
explique le professeur Jean-François Delfraissy,
président du comité. Nous avons connu des progrès scientifiques extraordinaires, nous ne sommes
plus dans la même société qu’il y a vingt ans. Nous
avons voulu adopter une attitude de confiance
dans l’individu et dans les choix faits collectivement.» Il y a aussi ces mots, en guise d’introduction au texte, long de plus de 170 pages: «Le présent avis –et la réflexion qu’il contient– est avant
tout une table d’orientation, sur le contexte, les repères, les principaux sujets, les perspectives d’avenir. Il est conçu à la fois pour la société civile qui
s’était fortement mobilisée dans le débat public,
mais aussi pour les acteurs publics qui s’apprêtent
à construire, à proposer puis voter la nouvelle loi
de bioéthique 2018-2019.» De cet avis tant attendu, on va bien sûr retenir un point saillant: sur
la plupart des questions autour de la PMA, le comité recommande une attitude d’ouverture, dont
toutes les femmes devraient sortir gagnantes (lire
ci-contre).
PARLEMENT
Mais il n’y a pas que la PMA. Cet avis couvre aussi
tous les champs débattus lors des états généraux
de la bioéthique qui se sont déroulés entre janvier
et avril 2018. Sur la plupart des domaines abordés, comme le big data, la recherche sur l’embryon, les tests génétiques, l’attitude est la même.
Le comité se montre plutôt ouvert (lire pages 4-5).
Il n’y a finalement que sur la fin de Suite page 4
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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u 3
l’objet du soin et de l’éducation. Il
faut continuer à distinguer strictement ces ordres.»
Bien. Mais comme le soulignent
aussi les membres du comité, «la
question de l’origine ou des origines
fait partie des questions essentielles
que tout enfant aborde au cours de
son développement psychique, avec
la découverte de son identité sexuée,
sa progression vers l’autonomie et la
prise de conscience de la relation
familiale dans laquelle il s’inscrit.»
Dans cet esprit-là (lire aussi
page 23), le comité invite à mettre
fin au modèle du «ni vu ni connu»
privant les enfants d’une partie de
leur histoire. Un modèle de toute façon intenable pour les couples de
femmes ou les célibataires. Des associations comme Procréation médicalement anonyme, qui militent
depuis des années pour l’accès aux
origines, avaient cru avoir gain de
cause lors de la précédente révision
des lois de bioéthique en 2011. En
vain. Quelque 70000 Français nés
grâce à un don de gamètes restent
à ce jour privés d’une partie de leurs
origines.
Congélation. Enfin, et ce n’est
Rassemblement
pro-PMA devant le siège
du CCNE à Paris, mardi
en fin de journée.
PMA, congélation des ovocytes…
le CCNE ouvre grand les portes
Le Comité d’éthique,
qui s’était déjà prononcé
pour l’extension de la
procréation assistée
il y a un an, persiste
et anticipe les
répercussions.
J
uin 2017. Après quatre années
d’attente, émaillées de slogans
de la Manif pour tous aussi peu
gracieux que «Après les légumes
OGM, les enfants à un seul parent?»,
le Comité consultatif national
d’éthique (CCNE) rend (enfin) son
avis «sur les demandes sociétales de
recours à l’assistance médicale à la
procréation». Et son avis est… positif. Oui, les couples de femmes, et
aussi les femmes célibataires, devraient pouvoir bénéficier d’une
PMA (concrètement : d’un don de
sperme) lorsqu’elles ont un projet
d’enfant.
Septembre 2018. Dans son avis
général rendu public mardi, le
CCNE persiste et signe, et recommande de permettre à toutes les
femmes de bénéficier d’un don.
Que leur difficulté à concevoir soit
d’ordre médical ou sociétal. Qu’elles
aient choisi le couple comme modèle de parenté ou pas. L’objectif ?
Répondre aussi à la «souffrance induite par une infécondité résultant
d’orientations personnelles».
Si cet avis devient loi (ce qu’espèrent
bien celles et ceux qui regrettent
amèrement que cette fameuse PMA
n’ait pas figuré dans la loi de 2013
ouvrant le mariage et l’adoption à
tous), c’en sera fini des «bébés Thalys», allusion à toutes ces femmes
qui se rendent en douce en Belgique
(mais aussi en Espagne, au Danemark…) pour bénéficier d’une PMA
réservée depuis 1994 aux seuls couples hétéros. Avec, comme toujours,
des contournements possibles pour
les «personnes les plus aisées et bénéficiant d’une grande mobilité»,
comme l’écrit le comité. En clair :
une inégalité économique et sociale.
«Solidarité». Pragmatique, le
CCNE recommande d’anticiper
d’ores et déjà les conséquences de
l’ouverture de la PMA sur la capacité des centres d’étude et de
conservation du sperme humain (Cecos) «à répondre à cette
nouvelle demande en matière de
don». Y en aura-t-il pour tout le
monde? La question n’a rien d’anodin quand, cette année encore,
l’Agence de la biomédecine a signalé une situation «à flux tendu».
Mais que faire ? Faut-il envoyer
valser les deux principes fondamentaux qui régissent les dons de
gamètes (calqués sur le don de sang
et d’organes), à savoir la gratuité et
l’anonymat? «Il ne saurait être question de remettre en cause la solidarité nationale et la gratuité des
dons», insiste le comité, qui ouvre
dans le même temps une énorme
porte et recommande la levée de
l’anonymat «des futurs donneurs de
sperme», sous réserve qu’ils soient
d’accord. Petit rappel du comité :
«L’anonymat du don a été conçu
pour préserver la distinction de différents ordres: le biologique qui fait
l’objet du don ; la filiation qui fait
l’objet de l’intention et la reconnaissance juridique; le parental qui fait
pas la moindre des avancées souhaitées par le CCNE : la possibilité
pour les femmes de faire congeler
leurs ovocytes lorsqu’elles sont en
pleine fertilité (qui chute
après 35 ans) pour mieux les retrouver plus tard. Il s’y était opposé
en juin, le voilà désormais favorable
à la «proposer, sans l’encourager»,
après avis médical (avec pour seules
restrictions des limites d’âge minimale et maximale). L’enjeu est de
taille, puisqu’il ne s’agit rien moins
que de permettre aux femmes de se
donner du temps alors que leur horloge biologique joue la montre.
Le temps de faire carrière? C’est l’argument fétiche des opposants à
l’«autoconservation ovocytaire»,
alors que la tendance de fond de nos
sociétés consiste à faire des enfants
plus tard (notamment pour avoir le
temps d’étudier), et que toutes les
enquêtes conduites auprès de celles
qui ont déjà pris cette précaution
dans des pays l’autorisant (telle l’Espagne) montrent qu’elles se languissent de trouver le «bon» partenaire qui tarde, qui tarde… «Dans ce
contexte, la possibilité d’une autoconservation apparaîtrait comme
un espace dans lequel la liberté des
femmes pourrait s’exercer sans qu’elles compromettent leur maternité
future», écrit le comité. Tout en prévenant qu’il ne s’agit pas d’une «solution magique», les grossesses
après décongélation puis fécondation in vitro n’étant pas garanties.
Signalons aussi que dans le souci de
vraiment faire le tour des questions
que pose la PMA, le comité se dit
favorable au transfert in utero d’un
embryon «cryoconservé» après le
décès de l’homme, sous réserve
d’un accompagnement médical et
psychologique de la conjointe.
A l’arrivée, seule la gestation pour
autrui reste frappée d’interdiction.
Pas de débat, pas de concession,
alors que le comité «s’inquiète particulièrement de l’augmentation du
nombre de GPA».
CATHERINE MALLAVAL
4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 2 vie que le CCNE se montre
ouvertement hésitant, se retranchant derrière le
fait que la dernière loi est trop récente (elle date
de 2016) pour être déjà remise en cause. Tout en
notant que… «l’on meurt mal en France».
Après l’éthique, le politique. Cet avis du comité
qui fait figure de bond en avant est destiné à servir de base à toute une série de modifications législatives à apporter à l’actuelle loi de bioéthique,
qui date du 7 juillet 2011. Il appartient donc
maintenant au gouvernement de présenter un
texte qui devrait être mis sur la table avant la fin
de l’année. Et débattu par le Parlement début 2019. Si le calendrier promis est respecté.
On entend déjà gronder la Manif pour tous, qui
tenait son université ce week-end (lire page 5),
tandis que la Conférence des évêques de France
a déjà publié la semaine dernière un texte résolument hostile à l’extension de la PMA à toutes les
femmes au nom de «la dignité de la procréation».
La «PMA pour toutes» au Parlement dès le début
de l’année prochaine? La majorité a de bonnes
raisons de craindre ce débat, qu’Emmanuel Macron voudrait «apaisé» et «respectueux». En
pleine campagne pour les élections européennes
de mai, alors que devront être lancées, par
ailleurs, les discussions sur les très sensibles réformes des retraites et de la Constitution, l’entreprise n’est pas sans risque. Des amis de Laurent
Wauquiez à ceux de Marine Le Pen, les oppositions de droite et d’extrême droite ne se priveront pas de souffler sur les braises, loin d’être
éteintes, de la Manif pour tous. Dans le cadre de
la consultation citoyenne censée préparer la révision de la loi bioéthique, les défenseurs de la
famille traditionnelle ont démontré, ces derniers
mois, qu’ils n’avaient pas perdu de leur ardeur
militante.
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Des A
avancées
tous
azimuts
et un gros
statu quo
l’exception notable de la fin
de vie, c’est un vaste dépoussiérage de la situation actuelle que recommande le Comité
consultatif national d’éthique
(CCNE), avec la volonté de rappeler
de grands principes, de fixer un cadre en vue de modifications législatives, et non plus s’enfermer dans
une attitude plutôt frileuse, faite
d’interdits et de réglementations
étouffantes. Outre la PMA (lire
page 3), revue des autres domaines
en voie d’évolution.
Recherche sur l’embryon
Un cadre plus libéral
Tout en préconisant des garde-fous,
le Comité d’éthique rompt avec
la frilosité qui prévalait jusqu’ici sur
la recherche sur l’embryon,
le diagnostic génétique, les données
numériques… Mais s’en tient à la loi
actuelle sur la fin de vie.
Longtemps, la France est restée timide dans ce domaine. La recherche était interdite mais avec des exceptions. Puis on l’a autorisée, un
peu, mais avec des interdits. Un modèle plus libéral se profile maintenant. Dans son avis, le comité développe longuement ce thème, signe
d’une priorité à venir. En préambule, il considère comme pleinement «justifiée l’autorisation de la
recherche sur les embryons surnuméraires (embryons préimplantatoires issus des procédures de FIV et
dont les projets parentaux ont été
abandonnés), y compris avec des modifications génétiques, à condition
du non-transfert de l’embryon». Si le
comité rappelle l’interdiction de la
création d’embryons à des fins de
Diagnostic génétique
La grande ouverture
Là aussi, c’est le choix de l’ouverture
qui est fait. «Le diagnostic génétique
préconceptionnel doit pouvoir être
proposé à toutes les personnes en âge
de procréer qui le souhaitent après
une consultation spécialisée.» En
clair, il ne faudrait plus circonscrire
à des cas précis ce diagnostic de maladies génétiques chez les futurs parents. Il serait alors pris en charge
par l’assurance maladie. Preuve de
cette banalisation souhaitée, le comité se propose d’examiner de façon plus approfondie les possibilités de l’extension du dépistage
génétique à la population générale.
RANGS TRADITIONALISTES
Emmanuel Macron l’a bien compris. Sans rien
renier de sa promesse de campagne –extension
à toutes de la PMA – il a multiplié, depuis son
élection, les signes d’attention pour l’électorat
catholique. Lequel est loin de lui être acquis: au
premier tour de la présidentielle, seuls 20% des
pratiquants ont voté pour lui quand 46% lui ont
préféré François Fillon. Depuis, le chef de l’Etat
ne manque pas une occasion de saluer l’Eglise
et le message qu’elle porte dans la vie de la cité.
En février, dans l’Obs, Macron disait sa volonté
de parler à une France qui fut, selon lui, «humiliée» sous François Hollande lors du débat sur le
mariage pour tous. Le 9 avril, devant les évêques
réunis au collège des Bernardins, le Président
avait surpris et séduit jusque dans les rangs traditionalistes en affirmant que le lien entre l’Eglise
et l’Etat était «abîmé» et qu’il convenait de le «réparer». Les enquêtes avaient alors enregistré une
hausse sensible de la popularité d’Emmanuel
Macron auprès des catholiques. Elle est, depuis,
lourdement retombée.
Pour Jérôme Fourquet (Ifop), le pari du débat
apaisé sur la PMA est encore loin d’être gagné.
Certes, les Français sont très majoritairement favorables à ce que toutes les femmes puissent devenir mères. Mais selon un sondage Ifop commandé par la Manif pour tous, ils seraient, en
même temps, une écrasante majorité à considérer
que l’Etat devrait «garantir aux enfants nés par
PMA le droit d’avoir un père et une mère». De surcroît, 61% des Français estiment, dans le même
sondage, que l’instauration de la PMA pour toutes
«risque de susciter des manifestations d’opposition
très importantes parce qu’on toucherait aux droits
de l’enfant». Difficile, dans ces conditions, d’exclure toute nouvelle poussée de fièvre. •
A lire sur Libé.fr, l’interview de la juriste Laurence Brunet. Spécialiste
de droit de la famille, elle analyse les préconisations formulées par le CCNE, qu’elle juge
malgré quelques bémols «enracinées dans
l’évolution de la famille contemporaine».
recherche, il propose de «ne plus
soumettre la recherche sur l’embryon
et celle sur les lignées de cellules souches embryonnaires au même régime
juridique». Les enjeux éthiques associés à ces deux types de recherche
s’avèrent, il est vrai, différents.
Plus généralement, le CCNE demande que certaines recherches
soient clarifiées, comme la création
d’embryons transgéniques, c’est-àdire la possibilité de modifier le génome d’un embryon pendant le
temps de l’expérimentation, mais
aussi celle qui impliquerait une variation du patrimoine génétique
chez la descendance dans un but
thérapeutique. Il s’interroge sur la
création d’embryons dits «chimériques», c’est-à-dire l’insertion dans
un embryon animal de quelques
cellules souches pluripotentes (capables de se différencier en de nombreux types cellulaires différents)
humaines. «Sans l’interdire, un encadrement est toutefois nécessaire si
les embryons sont transférés chez des
femelles et donnent naissance à des
animaux chimériques».
Enfin, manifestement soucieux de
garde-fous, le CCNE suggère qu’«un
cadre plus général pourrait garantir
le principe du respect de l’embryon,
sans brider la recherche».
Dons d’organes
Faciliter toujours plus
LIBÉ.FR
Paillettes de spermatozoïdes au Cecos du CHU de Bordeaux. PHOTO BURGER. PHANIE
Comment faire face à la pénurie
d’organes? Comment en faciliter le
don sans brusquer le consentement? De révisions en révisions, depuis trente ans, la question de la législation des dons d’organes s’est
peu à peu assouplie. C’est un pas
supplémentaire que propose le comité, rappelant «les fortes inégalités
régionales actuelles», liées à des différences de pratique.
Sur deux points, les recommandations se font insistantes, en particulier pour le prélèvement sur les patients en arrêt de traitement. Avec
un garde-fou: «Il est essentiel d’apporter de la clarté aux familles à
propos des décisions d’arrêt des
soins, afin de leur garantir qu’elles
ne sont pas motivées par l’opportunité d’un prélèvement d’organes.»
Sur la question des donneurs vivants, le CCNE juge souhaitable
«une évolution de la législation
concernant les dons de reins croisés».
On le sait, un proche peut donner
son rein, mais si celui-ci n’est pas
compatible, que faire de ce don
éventuel ? L’idée est de construire
une sorte de chaîne de donneurs
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
u 5
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successifs qui permettrait d’élargir
le nombre de greffons.
Non sans raison, le CCNE propose
la création d’un «statut» du donneur. Il revient sur des détails pratiques, par exemple les délais de remboursement des frais avancés par le
donneur vivant, «afin qu’il ne soit
pas amené à supporter les conséquences financières de ce geste généreux», ce qui est souvent le cas.
Neurosciences
A surveiller
Sur ce volet, le comité se montre
sceptique, voire réservé, en particulier sur l’usage de ce que l’on appelle
l’IRM fonctionnelle. Cet examen
permet de visualiser l’activation de
zones du cerveau lors de l’exécution
de certaines tâches, motrices, sensorielles, cognitives, voire émotionnelles. «Elle permet ainsi une sorte
d’intrusion dans l’intimité même du
fonctionnement cérébral de la personne», note le comité, qui précise:
«Lors des tâches effectuées, des images sont obtenues dont le risque est
d’exercer un pouvoir de fascination
et de simplification.» C’est le cas de
l’utilisation de l’IRM comme «détecteur de mensonges» pour statuer sur
la culpabilité d’une personne.
D’où ces recommandations fermes:
son usage est «fortement déconseillé» dans le domaine judiciaire,
de même que dans les applications
«sociétales» telles que le neuromarketing, la sélection à l’embauche ou
des pratiques assurantielles.
Big data
Réguler et superviser
Ils sont là. Les objets connectés qui
collectent des renseignements en
continu sur notre santé s’imposent.
C’est un progrès évident, comme la
formation de grandes banques de
données. Mais comment préserver
les droits de chacun, sans empêcher
la révolution du numérique en
santé ? Le comité adopte là aussi
une position ouverte, se prononçant «contre une législation bloquante». Avec un rôle de supervision générale qui pourrait être
dévolu à la Haute Autorité de santé.
Il s’agit en somme de réguler plutôt
que de figer. Le comité propose,
comme garde-fou, que soit inscrit
au niveau législatif le principe fondamental d’une «garantie d’une supervision humaine de toute utilisation du numérique en santé».
Fin de vie
Le statu quo
«Durant les états généraux, il s’est
dégagé un très large consensus pour
estimer que l’on meurt mal en
France, a rappelé le président du
CCNE, Jean-François Delfraissy. De
nombreux progrès devraient être
réalisés rapidement, notamment
pour parvenir à une réelle égalité
territoriale et sociale dans l’offre
d’accompagnement de la fin de la
vie». Pour autant, on ne change pas.
Ou alors aux marges. Sur ce point
pourtant très attendu, le comité a
décidé de ne pas avancer. Il se retranche, comme la ministre la
Santé, sur le fait que la dernière loi
votée ne date que de deux ans, et
qu’elle doit de ce fait être appliquée
avant d’être modifiée. Attitude un
A l’«université d’été» de la Manif pour tous, à Etiolles (Essonne), le 22 septembre. PHOTO STÉPHANE LAGOUTTE. MYOP
rien frileuse. Et comme à chaque
fois qu’un rapport est publié sur ce
sujet, nos «sages» souhaitent en
contrepartie «qu’un nouveau plan
gouvernemental de développement
des soins palliatifs soit financé».
Pourquoi pas ? Cela ne sera que le
17e plan… Il devra viser à réduire les
inégalités territoriales et permettre
«la valorisation de l’acte qui peut
conduire à des décisions justes en fin
de vie pour éviter les actes médicaux
inutiles, ou disproportionnés au regard de la situation des patients».
Certes. «La loi Claeys-Leonneti, si
elle était bien appliquée, permettrait de résoudre 95% des cas», a encore expliqué Jean-François Delfraissy, qui pointe «un certain
blocage de certaines équipes médicales pour l’appliquer». Ajoutant :
«Seuls les résultats de travaux de
recherche rigoureux seront de nature à nourrir utilement un débat
qui est souvent passionné et idéologique sur les questions relatives à la
fin de vie.»
Par ailleurs, le comité souhaite que
soit réalisé «un travail de recherche
sur les situations exceptionnelles
auxquelles la loi actuelle ne permet
pas de répondre et qui pourraient
éventuellement faire évoluer la législation». En clair, il pense à la maladie de Charcot, maladie neurodégénérative à l’évolution connue et
mortelle. Que faire quand le malade
veut que cela s’arrête, et non plus attendre une mort par étouffement?
On se souvient de l’histoire d’Anne
Bert : atteinte de cette pathologie
inéluctable, l’écrivaine française
voulait qu’on l’aide médicalement
à mourir. Elle a dû partir en Belgique, où elle a pu le faire sereinement, le 2 octobre 2017.
ÉRIC FAVEREAU
La Manif pour tous
chauffe ses troupes
Le mouvement né dans
l’opposition au mariage
pour tous tenait samedi
son «université d’été».
Et se prépare à une
nouvelle mobilisation.
lon sont censés incarner la nouvelle génération préoccupée par
l’avenir de la famille traditionnelle.
«Vache». Sweat vert foncé floqué
Manif pour tous et bonnet rose
flashy, Florence, une sympathisante d’une quarantaine d’années,
souhaite que «l’on passe vite à autre
année prochaine sera chose» quant à l’éventuelle ouverriche en émotions et en ture d’une PMA pour toutes les
mobilisations si cer- femmes: «Laissons faire la nature.»
tains souhaitent passer en force.» Elle s’appuie sur l’agriculture :
On est samedi, au chic country «C’est comme dans l’élevage: on sait
club d’Etiolles (Essonne). De- qu’une vache qui se fait inséminer
vant 200 militants armés de dra- souffre beaucoup des traitements.
peaux bleus et roses de la Manif Eh bien une femme, c’est pareil.» La
pour tous qui figurent une famille dame est cordialement écartée par
avec un père, une
l’attachée de presse,
mère et deux enfants,
REPORTAGE dans un sourire gêné.
le vice-président du
Ce que l’on souhaite
collectif d’associations, Albéric Du- promouvoir à la Manif pour tous,
mont, ouvre l’«université d’été». c’est avant tout «l’intérêt supérieur
Ces deux jours consacrés à «la for- de l’enfant». Sa présidente, Ludomation, l’information et la mobili- vine de la Rochère, le martèle à
sation» ont attiré plus de 400 per- tout bout de champ. Elle insiste :
sonnes venues écouter le gratin des «A aucun moment [la position anti«anti» parler bioéthique et politi- PMA de la Manif pour tous] n’est un
que. Soit, notamment, le journa- manque de respect à l’égard des
liste du Figaro Ivan Rioufol, la jour- femmes homosexuelles ou des femnaliste de Valeurs actuelles mes célibataires.» Mais des disCharlotte d’Ornellas, le président cours bien différents sont pronondes Associations familiales catholi- cés sur scène. Après Ivan Rioufol
ques (AFC), Jean-Marie Andrès, le venu dénoncer les dérives de
philosophe Pierre Manent ou l’écri- «l’homme-dieu», Jean-Marie Anvain et conseiller politique Patrick drès s’enflamme: «L’homosexualité
Buisson. Tous sont acclamés par est une question posée à l’humaun public déjà largement conquis nité.» Le président des AFC enet surtout âgé. Au fond du chapi- gueule l’auditoire pour sa «passiteau, quelques jeunes en cardigan vité durant la FIV [fécondation in
et chemise rentrée dans le panta- vitro, ndlr]» qui aurait, selon lui,
«L’
«préparé la PMA pour toutes». Il
provoque, fiérot: «Notre problème,
c’est pas que les pédés.» Andrès met
aussi en cause les divorces, la
contraception, la pornographie et
les «filles-mères, ces filles plaquées
par leurs mecs». Applaudissements
d’une foule surchauffée. Une recommandation est donnée: «Développer une argumentation à destination de l’entourage de proximité,
voisins et famille».
Sondage. Deux salles, deux ambiances. A la conférence de presse
de fin d’après-midi, Ludovine de la
Rochère est bien plus modérée.
Elle tient entre ses mains le nouveau document sur lequel elle entend s’appuyer: un sondage commandé à l’Ifop et mené en janvier
auprès de 1000 personnes, qui indique que 82% des gens interrogés
estiment que l’Etat doit garantir
aux enfants nés par PMA le droit
d’avoir un père et une mère. Etonnant quand on sait que depuis des
mois les sondages donnent une
large majorité de Français favorables à l’ouverture de la PMA à toutes. Une façon de poser les questions peut-être…
Ludovine de la Rochère avertit :
«Emmanuel Macron a toujours
rappelé qu’il n’avancerait que sur
la base d’un large consensus. S’il
fait volte-face, il y aura une mobilisation immense, parce que toucher
aux droits de l’enfant serait immensément risqué pour lui.»
LYSIANE LARBANI
6 u
MONDE
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
En Allemagne, les cathos
au bord du chaos
Par
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
Dévoilée mardi, une étude menée par un consortium
de chercheurs recense au moins 3677 cas d’enfants
abusés par des prêtres en près de soixante-dix ans.
Pourtant, ces chiffres d’actes de pédophilie sont
certainement en deçà de la réalité.
RÉCIT
L’évêque Stephan
Ackermann (au premier
plan), vendredi dans la
cathédrale de Fulda (Hesse).
Il affirme que le clergé
catholique allemand est
«accablé et honteux».
PHOTO ARNE DEDERT. DPA. AFP
C’
était en 2002, en plein
scandale «Spotlight».
On apprenait alors que
cinq prêtres de l’archidiocèse de
Boston étaient poursuivis en justice
pour violences sexuelles sur
mineurs. De témoignage en témoignage, l’affaire fit boule de neige,
gagna tout le pays et terrifia le
monde entier.
Cette année-là, l’hebdomadaire
Der Spiegel interroge Karl
Lehmann, président de la conférence épiscopale allemande et
archevêque de Mayence (mort
en 2018). Classé parmi les
«réformateurs», il est alors une
figure religieuse de premier plan
dans le pays. Face aux interrogations du Spiegel, il répond, serein
et péremptoire : «Il n’y a pas de
vague de scandales en Allemagne
comme il en existe aux Etats-Unis.»
Comme si la pédocriminalité dans
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
l’Eglise, tout comme le nuage
de Tchernobyl, avait le pouvoir de
s’arrêter aux frontières. «Pourquoi
devrais-je porter le chapeau américain?» insiste Lehmann. Il finit par
évoquer des chiffres, très bas: «Dans
mon diocèse de Mayence, il y a eu
peut-être trois ou quatre cas en dixneuf ans.» Ajoutant : «Une vue
d’ensemble nationale n’existe pas.»
«PAS D’ACCÈS DIRECT»
Seize ans après les propos rassurants du cardinal Lehmann, cette
vue d’ensemble existe désormais.
Une étude, dévoilée mardi lors
de la conférence épiscopale
allemande à Fulda (Hesse), a fuité
quelques semaines plus tôt dans
la presse. Elle estime qu’au
moins 3 677 enfants, en majorité
des garçons âgés de moins
de 13 ans, ont été victimes
entre 1946 et 2014 d’abus sexuels
commis par 1 670 membres
du clergé. Face au scandale, l’Eglise
a été tenue de faire très rapidement
son mea culpa. «Nous sommes
conscients de l’ampleur des abus
sexuels qui ont été démontrés dans
les résultats de l’étude. Nous sommes
accablés et honteux», a déclaré
l’évêque Stephan Ackermann, au
nom de l’épiscopat allemand.
Mardi, le cardinal Marx, président
u 7
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«Le manque de transparence
est flagrant. Nous demandons que
l’Eglise ouvre ses archives pour
qu’une commission indépendante
et gérée par l’Etat fasse ce travail.»
Matthias Katsch cofondateur
de l’association de victimes Eckiger Tisch
de la conférence, a présenté les excuses officielles du clergé : «Trop
longtemps l’Eglise a nié, détourné les
yeux ou couvert les abus», a-t-il déclaré, ajoutant que ce rapport est
«un tournant dans l’histoire» du
catholicisme.
Pourtant, ces chiffres sont d’autant
plus troublants que l’étude est incomplète et que sa méthodologie interroge. «Non seulement elle ne
prend pas en compte les internats catholiques, où des prêtres officient
aussi, mais elle ne s’est pas non plus
penchée sur les orphelinats tenus par
des nonnes. En outre, elle ne livre
aucun témoignage de victime», commente Matthias Katsch, cofondateur
d’Eckiger Tisch, une association de
victimes de violences sexuelles au
sein des institutions jésuites.
Ensuite, le consortium de chercheurs à l’origine du rapport n’a pas
eu d’accès direct aux archives
des 27 diocèses allemands, mais a
examiné 38000 dossiers et manuscrits sélectionnés et transmis… par
l’Eglise elle-même. Laquelle,
raconte d’ailleurs le rapport, a «détruit ou manipulé» de nombreux documents relatifs à des suspects et
«minimisé» sciemment la gravité
et l’ampleur des faits. En tout, seul
un tiers des personnes soupçonnées
a fait face à des procédures en vertu
du droit canonique – mais les
sanctions étaient minimes voire
inexistantes.
«ACCABLÉ ET HONTEUX»
Dans une interview au Spiegel,
l’ancien directeur de l’Institut de
recherche en criminologie de
Basse-Saxe Christian Pfeiffer, qui
décèle dans l’étude de Fulda «de
grandes faiblesses», explique qu’il a
participé à ce travail collectif, mais
qu’il a interrompu sa collaboration
en 2013. Dans l’entretien du Spiegel,
il incrimine plusieurs figures catholiques allemandes, notamment
l’évêque de Ratisbonne, Gerhard
Ludwig Müller, qui souhaitait changer le texte «jusqu’à la censure».
L’évêque Stephan Ackermann
–lui qui affirme aujourd’hui que le
clergé catholique allemand est «accablé et honteux» – disait, en 2013,
au sujet de Christian Pfeiffer : «La
relation de confiance entre le directeur de l’Institut de criminologie de
Basse-Saxe et les évêques allemands
est anéantie. La manière qu’avait le
professeur Pfeiffer de communiquer
avec les responsables de l’Eglise a
malheureusement ôté toute
confiance dans la possibilité de
poursuivre un travail constructif.»
En face, ce dernier expliquait que
les évêques allemands lui avaient
demandé de soumettre toutes ses
recherches «pour approbation»
avant publication.
«Pendant des années, il n’y a rien eu,
car les évêques allemands ne voulaient tout simplement pas collecter
et transmettre les informations. Le
manque de transparence est flagrant, pointe Matthias Katsch. Nous
demandons que l’Eglise ouvre ses
archives pour qu’une commission in-
dépendante et gérée par l’Etat fasse
ce travail. Ces choses devraient relever du ministère de l’Intérieur, pas
de l’Eglise, qui non seulement a majoritairement couvert ces actes, mais
ne prend aucunement en charge les
victimes. Les rares fois où elle
leur propose une compensation
financière, cela ne dépasse jamais
3000 euros… alors que l’Eglise allemande est l’une des plus riches au
monde. N’oublions pas qu’en Allemagne, on paye un impôt lorsqu’on
déclare sa religion.»
«TRAVAIL DE MÉMOIRE»
Ce n’est pas la première fois que
le pays est secoué par des affaires
de ce type. L’une des plus récentes
concerne le chœur catholique
de Ratisbonne où, selon un rapport
de juillet 2017, au moins 547 enfants
ont subi des sévices physiques
et des abus sexuels allant jusqu’au viol, entre 1945 et 1992.
Mgr Georg Ratzinger, le frère de l’ancien pape, qui a dirigé de 1964 à 1994
ce chœur millénaire de petits chanteurs, a assuré n’avoir rien su. «Il est
grand temps que l’Allemagne commence un travail de mémoire sur ce
sujet, plaide Matthias Katsch. Déterminer qui sont les auteurs de ces actes, qui les a couverts ensuite. Et surtout, enfin, écouter les victimes.» •
De Boston à Berlin, l’Eglise
toujours en proie à ses démons
Accusée depuis des décennies
de scandales sexuels commis
par des prêtres, l’institution
catholique fait face, en 2018,
à sa plus grave crise.
Et les zones d’ombre restent
nombreuses.
L
e moral des catholiques est au plus bas.
Leur Eglise est-elle capable de se remettre de la violente vague de scandales de
pédophilie qui la frappe dans une grande partie du monde occidental ? Mis en cause luimême pour des manquements graves, le pape
François est à la recherche d’une issue. Le
pontife a convoqué, à Rome en février, un
sommet inédit de trois jours des présidents
des conférences épiscopales pour traiter de
ce dossier explosif. En voyage en Estonie ce
mardi, le pape a évoqué la crise : les jeunes
«sont indignés par les scandales sexuels et
économiques, face auxquels ils ne voient pas
une nette condamnation». Un service très
minimum.
«Spotlight». Jamais la tempête n’a soufflé
aussi fort depuis le début de cette calamiteuse
année 2018. Au fil des mois, les rapports tombent les uns après les autres, confirmant une
crise systémique des instances catholiques en
matière de pédophilie. Ce qui marque
désormais les esprits, c’est l’ampleur du phénomène, qui n’avait pas encore été mise au
jour. C’est ce qu’a fait le rapport publié mi-août
par la justice américaine en Pennsylvanie,
mettant en cause 300 prêtres.
Pourtant, le scandale des abus sexuels sur les
enfants est déjà une vieille affaire dans les
Eglises chrétiennes. Les premières révélations ont eu lieu dès les années 80 dans le
monde anglo-saxon. Au Canada, l’un des premiers pays à faire éclater un scandale, les faits
sont liés aux violences et à la maltraitance
infligées aux enfants amérindiens, placés
de force dans des pensionnats qui leur étaient
réservés. Ceux-ci étaient gérés par des
communautés religieuses, anglicanes et
catholiques.
Aux Etats-Unis, la pionnière de la lutte contre
la pédophilie au sein de l’Eglise, Barbara
Blaine, elle-même victime d’abus sexuels
dans son enfance, crée le Réseau de survivants abusés par des prêtres (SNAP) en 1989.
Très combative, l’association joue un rôle clé
dans la révélation des affaires de pédophilie
dans le milieu catholique américain. Au début des années 2000, le scandale prend une
tout autre ampleur. En janvier 2002, le quotidien The Boston Globe révèle que cinq prêtres
du diocèse sont poursuivis par la justice et
qu’ils ont été protégés par leur hiérarchie.
«L’aspect systémique de la crise de la pédophilie dans l’Eglise catholique est apparu avec
l’affaire de Boston», souligne l’historien
Anthony Favier, spécialiste du catholicisme
contemporain. Le scandale (raconté dans le
film Spotlight, qui a connu un grand succès
en 2015) entraîne une série de révélations
à travers les Etats-Unis. A la tête du diocèse
de Boston, le cardinal Bernard Law, figure
éminente de l’Eglise, est contraint à la démission et finit ses jours au Vatican.
En 2009, un séisme secoue l’Irlande, pays très
marqué par le catholicisme: le rapport Ryan
et le rapport Murphy (consacré au seul diocèse de Dublin), fruits de plusieurs années
d’enquête, vont révéler l’ampleur du problème. Il comporte deux aspects : les nom-
breux cas d’abus sexuels commis par des
clercs catholiques et la manière dont l’institution a cherché à étouffer les affaires.
«Brebis galeuse». En France, l’alerte a été
très forte au début des années 2000. En septembre 2001, la justice française condamne
à trois mois de prison avec sursis l’évêque de
Bayeux, Pierre Pican, pour non-dénonciation
d’agressions sexuelles sur mineurs. Le responsable catholique avait couvert les agissements
pédophiles d’un prêtre de son diocèse, René
Bissey, condamné lui-même à quinze ans de
prison. C’était une première mondiale.
A l’époque, en France, la hiérarchie catholique avait édicté un certain nombre de règles,
notamment l’obligation de signaler aux autorités judiciaires les cas de pédophilie.
En 2016, l’affaire Preynat, dans le diocèse de
Lyon, a révélé que les mesures édictées une
dizaine d’années plus tôt n’avaient pas été appliquées partout avec la même sévérité.
«L’épiscopat français est resté sur la théorie
de la brebis galeuse», explique Anthony Favier. En clair, il n’y a pas un problème global
mais seulement des cas isolés. Dans les
milieux catholiques français, des voix commencent à s’élever pour réclamer la mise
en place d’une commission indépendante
pour faire toute la lumière sur les affaires
de pédophilie.
La crise, dans l’Eglise catholique, comporte
manifestement d’importantes zones d’ombre.
La loi du silence n’a pas été encore levée
dans des pays comme l’Italie et l’Espagne, où
le rôle du catholicisme est considérable, notamment dans les structures éducatives. Et
la question de la pédophilie demeure très taboue en Afrique et en Asie.
BERNADETTE SAUVAGET
8 u
MONDE
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Elevage de dindes en Iowa. Quelque 18 000 volatiles sont répartis dans trois hangars en fonction de leur stade de croissance.
ÉLEVAGE INDUSTRIEL
«Nous vivons
un divorce total
avec la nature»
RENCONTRE
Le photographe américain George Steinmetz
a parcouru des sites de production géants et
souvent tenus à l’abri des regards. Son reportage révèle
l’ampleur d’une activité aux conséquences désastreuses
pour les animaux comme pour l’environnement.
Usine laitière à Bengbu, en Chine.
Par
MARIA MALAGARDIS
Photos GEORGE STEINMETZ.
COSMOS
P
our certains, c’est une «véritable guerre» qui s’est imposée,
peu à peu, depuis les années 70.
Une guerre menée «contre tous les
animaux que nous mangeons», affirmait déjà en 2010 l’écrivain américain
Jonathan Safran Foer, dans un
ouvrage remarqué décrivant l’univers
cauchemardesque de l’élevage industriel (1), où des dizaines de milliards
d’animaux sont envoyés chaque année à l’abattoir pour nourrir des carnivores toujours plus nombreux. Safran
Foer n’est pourtant pas vraiment un
militant, ni même formellement végétarien. Même chose pour le photoreporter américain George Steinmetz,
«ni végan ni avocat d’une cause», confie-t-il d’emblée. Mais lui aussi, bien
que plus récemment, a été sidéré par
ce qu’il a découvert: ce processus moderne de transformation des animaux
en nourriture, digne de Frankenstein.
Sans anesthésie
Pendant un an, il a sillonné le monde
pour donner à voir le nouveau visage
d’une industrie encore mal connue.
En se concentrant plus particulièrement sur trois pays, les Etats-Unis, le
Brésil et la Chine. Le résultat de cette
enquête photographique, présentée
cette année au festival Visa pour
l’image à Perpignan, est aussi spectaculaire qu’effrayant. Des milliers de
veaux, tous conçus par insémination
artificielle, confinés dans des niches,
loin des verts pâturages qu’ils lll
Au Festival international de
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Les 39 000 vaches holstein y sont inséminées avec du sperme importé du Canada.
lll ne verront jamais. Des poules
entassées dans des hangars géants et
gavées d’antibiotiques. Des porcs
découpés dans des usines chinoises
où des milliers d’ouvriers s’activent
«telle l’armée de soldats de terre cuite
de Xi’an», dit-il. On découvre également dans une «ferme» brésilienne
une truie, l’œil hagard, badigeonnée
de désinfectant bleu avant d’être inséminée artificiellement. Car on n’attend plus le cycle des saisons, des périodes d’accouplement, pour des
animaux réduits à leur unique fonction utilitaire.
«Le maître-mot, c’est l’efficacité. Tout
est d’ailleurs rentabilisé: après que le
porc a été tué, ses pieds seront expédiés
en Ukraine ou au Nigeria, son museau
en Italie pour faire du salami, ses
dents broyées pour la fabrication des
farines animales», explique le photographe, qui avoue son trouble lorsqu’il a visité, dans un abattoir, «des
pièces remplies de museaux, d’autres
d’oreilles ou de pattes. On ne peut
s’empêcher de penser au musée
d’Auschwitz». La comparaison peut
heurter. Pourtant, d’innombrables
rapports et enquêtes ont mentionné
la courte et douloureuse existence des
poules au bec cassé, enfermées dans
des cages de la taille d’une feuille A4,
la pratique systématique de la castration à vif des porcs, auxquels on
coupe parfois également la queue et
les dents sans anesthésie, l’inflammation récurrente des pis des vaches.
Sans mentionner le sort des poussins
mâles. Jugés d’emblée inutiles, ils
sont systématiquement broyés, étouffés ou aspirés vers une plaque électrique. En France, des associations militantes dénoncent régulièrement des
cas ciblés de maltraitance d’animaux
destinés à l’élevage industriel. Ce qui
n’a pas empêché les députés de s’opposer en majorité, fin mai, à l’interdiction de broyer vivants les poussins
mâles, de castrer à vif les porcelets ou
d’installer systématiquement des caméras de surveillance dans les abattoirs. Or, l’élevage industriel est devenu la règle dans certaines parties
du monde.
On estime qu’entre 60 et 142 milliards
d’animaux terrestres, selon les espèces prises en compte, sont tués chaque année au sein de ces immenses
usines qui nourrissent la planète. Aux
Etats-Unis, 99% de la viande consommée proviendrait de l’élevage industriel. En France, 95% du porc résulte
de cette industrialisation intensive.
Laquelle est également nocive pour
l’environnement et dévastatrice dans
la lutte contre le changement climatique. Outre la déforestation massive
pour permettre la culture du soja destiné à nourrir ces animaux, l’élevage
industriel est désormais la principale
source d’émissions de CO2, devant les
transports, avec 15% des émissions à
effet de serre. «Bien sûr, il existe un
défi réel: comment nourrir 7 milliards
d’individus sur la planète? s’interroge
George Steinmetz. D’autant que certaines régions du monde, comme la
Chine, ont changé leurs habitudes alimentaires après l’émergence d’une
classe moyenne qui consomme de plus
en plus de viande.»
«Menottes aux poignets»
Mais quelles seront les conséquences
de cette industrialisation excessive?
Celle qui conduit également à faire
pousser des tomates ou des laitues dites «hypotoniques», cultivées hors sol
et gorgées d’eau? Ou encore à vider les
océans de leurs ressources de manière
accélérée? «Nous sommes en train de
vivre un divorce total avec la nature»,
reconnaît George Steinmetz, pour qui
le vrai problème est cependant
ailleurs: «Les techniques pour répondre à cette consommation croissante
à moindre coût sont dissimulées au
grand public. Aux Etats-Unis et en
Europe, il est quasi impossible d’avoir
accès à ces unités géantes d’élevage industriel. Au Brésil et en Chine, en revanche, c’est encore nouveau, et les responsables de ces usines en sont fiers. Ils
m’ont laissé entrer, mais malgré tout
il ne fallait pas avoir l’air trop curieux», constate le photographe. C’est
d’ailleurs en passant sans le savoir de
l’autre côté du miroir qu’il s’est luimême intéressé à l’élevage industriel.
A la suite d’un curieux incident :
«En 2013, je survolais un parc d’engraissement de bovins au Kansas pour
un reportage destiné au magazine National Geographic, quand on m’a soudain ordonné d’atterrir. J’ai été arrêté
par le shérif local qui m’a passé les menottes aux poignets et m’a jeté en prison pendant quatre heures. En trentecinq ans de carrière, j’ai été interpellé
en Arabie Saoudite ou en Iran, et pourtant jamais jeté en prison. Et c’est dans
mon pays, aux Etats-Unis, que cela
s’est produit!» Steinmetz venait à son
insu de découvrir les zones interdites
de l’élevage industriel.
S’il y a une «guerre» contre les animaux, elle reste donc cachée: «Nous
avons trop peu d’informations sur ce
qui se passe dans ces lieux fermés au
public. Or on doit pouvoir faire des
choix sur notre façon de nous nourrir», souligne Steinmetz, qui n’a
qu’un seul message à délivrer: «Si tu
n’aimes pas ce que tu vois sur mes photos, alors il va falloir changer tes habitudes alimentaires.» •
(1) Faut-il manger les animaux ?
Editions de l’Olivier, 2011.
CLIMAT : L’ONU S’ALARME
ET RÉCOMPENSE MACRON
l’écrevisse à Xuyi, dans la province chinoise du Jiangsu.
Les efforts pour limiter bien en deçà de + 2° C le réchauffement climatique, «menace directe pour notre existence», sont encore insuffisants,
a dénoncé mardi António Guterres, le secrétaire général de l’ONU,
à l’occasion de son Assemblée générale, à New York. Ce sera le leitmotiv d’Emmanuel Macron qui tiendra, en marge du raout ce mercredi,
une modeste deuxième édition du «One Planet Summit» lancé l’an
passé à Paris et qui réunira des chefs d’Etat et de gouvernement ainsi
qu’une poignée de leaders économiques. Le locataire de l’Elysée sera
pour l’occasion sacré «Champion of the Earth» bien que son engagement environnemental, loin des discours autour de son «Make Our
Planet Great Again», soit sous le feu roulant des critiques en France.
10 u
MONDE
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
LIBÉ.FR
L’acteur Bill Cosby condamné
La star du Cosby Show a été condamnée
mardi par un juge de Pennsylvanie à une
peine de dix ans d’emprisonnement, dont trois incompressibles, pour une agression sexuelle commise en 2004. Au prononcé de la peine, qui devra être exécutée à l’isolement, le
comédien de 81 ans, reconnu coupable par un jury en avril
au terme de près de trois semaines de procès, n’a pas réagi.
Son avocat a indiqué qu’il allait faire appel. PHOTO AP
au Parlement britannique
qu’il reviendrait de formuler
la question posée aux électeurs.
Parallèlement,
le Labour a clairement laissé
entendre qu’il
était fort probable qu’il appelle
ses députés à
voter contre
l’accord – s’il y
en a un – que
Theresa May ramènera à l’issue
des négociations
ave c
l’Union européenne. Une telle décision
provoquerait sans doute un
vote de défiance contre Theresa May et la possibilité de la
chute du gouvernement. Le
Labour, exclu du pouvoir depuis 2010, veut se retrouver
au plus vite en situation de
gouverner. Avec l’objectif
d’une victoire lors d’encore
hypothétiques élections anticipées, Emily Thornberry, en
charge des affaires étrangères au sein du cabinet fantôme, a préconisé l’extension
de l’article 50 pour permettre
de gagner du temps.
Au congrès du parti,
qui s’achève ce
mercredi, la motion
prévoyant un
nouveau vote sur
la sortie de l’UE a
finalement été très
largement adoptée
à main levée.
Seule une poignée
de travaillistes
ont voté contre.
Pour Jeremy
Corbyn,
l’urgence
est de gagner
des élections
pour pouvoir
appliquer
son programme
de réformes
radicales.
Par
SONIA DELESALLESTOLPER
Envoyée spéciale à Liverpool
Ç
a a commencé comme
un bruissement, au
fond de l’immense
halle d’expositions
posée au bord des docks
de Liverpool. Puis la rumeur
a enflé, les applaudissements
ont crépité et, soudain, c’est
toute la salle qui s’est levée
pour acclamer Keir Starmer,
monsieur Brexit au sein du
cabinet fantôme de l’opposition travailliste de Jeremy
Corbyn. Il n’en était alors
qu’au milieu de son discours,
a tenté de reprendre le cours
de son propos, mais a dû s’interrompre, l’air interdit, sous
les acclamations.
«Personne n’exclura l’option
de rester» dans l’Union européenne, venait-il de dire. Celui qui serait chargé des négociations avec l’UE – si
Jeremy Corbyn devenait Premier ministre– venait de détailler la motion largement
adoptée mardi par son parti.
Celle-ci prévoit la possibilité
d’organiser un second référendum sur le Brexit.
Keir Starmer, avocat de
56 ans, n’est pas le plus charismatique des membres de
l’équipe dirigeante du Labour et ses discours peuvent
être soporifiques. D’où sa
surprise face à l’enthousiasme de la foule. Pourtant,
un récent sondage YouGov,
qui affirme que 86 % des
membres du Labour sont
en faveur d’un nouveau
référendum sur le Brexit,
aurait dû lui mettre la puce
à l’oreille.
Accouchement. Les délégués présents au congrès
annuel du Labour n’applaudissaient pas au nom de l’ensemble des 540 000 membres du parti, mais l’accueil
positif de la motion donne
«Adultes». L’article 50
Au congrès du Labour, mardi à Liverpool. PHOTO PHIL NOBLE. REUTERS
Brexit: le Labour opte pour
un nouveau référendum
tout de même une indication essayer de satisfaire chaque
sur l’humeur dominante en courant du parti. Et, même
son sein. Pour la première une fois adopté, le texte
fois depuis deux ans et demi continue de diviser. La
et le vote en faveur de la sor- version finale prévoit que
tie de l’Union européenne, le «si nous ne pouvons pas obteLabour semble
nir des élections
L'HISTOIRE générales, le Laprendre une position claire sur
bour doit souteDU JOUR
le Brexit.
nir toutes les
Pourtant, l’accouchement options qui restent sur la
de cette motion s’est fait dans table, y compris une campala douleur. Plus de six heures gne pour un vote du public»,
de réunion ont été nécessai- à savoir un nouveau référes pour peser chaque mot, rendum.
Mais pour Jeremy Corbyn et
son équipe, l’urgence est de
gagner des élections afin de
pouvoir appliquer leur programme de réformes radicales, dont la renationalisation
du rail et de l’énergie. Le
Brexit vient ensuite. Pour
certains des très proches de
Jeremy Corbyn, comme John
McDonnell, en charge de
l’économie, ou Len McCluskey, chef de Unite, le plus
puissant syndicat au sein du
Labour, un second référen-
dum sur le Brexit n’impliquerait pas forcément d’offrir
aux électeurs l’option de rester au sein de l’Union européenne.
Tous deux veulent ménager
les quelque 35 % d’électeurs
travaillistes qui avaient voté
pour «leave» le 23 juin 2016.
Après un léger cafouillage,
Keir Starmer a finalement
tranché en affirmant que
toutes les options restaient
possibles. Reste qu’en cas de
nouveau référendum, ce sera
du traité européen est celui
de la sortie de l’Union. Il a été
enclenché par Theresa May
le 30 mars 2017, ce qui a automatiquement fixé la date de
départ du Royaume-Uni au
29 mars 2019. Or cet article
peut être prolongé si le
pays qui l’a enclenché en
fait la demande et si les
27 membres de l’UE acceptent cette extension à l’unanimité. «Cela nous permettrait de dire à l’Europe: “Les
adultes sont finalement en
place, asseyons-nous et parlons”», a expliqué Emily
Thornberry.
Alors que son congrès annuel
se clôt ce mercredi avec un
discours de Jeremy Corbyn,
le Labour est sans doute un
peu moins divisé qu’il y a
deux ans et demi, au lendemain du référendum. Mais
les antagonismes restent très
présents. Keir Starmer l’a
souligné en rappelant que,
quoi qu’il arrive dans les prochains mois, il faudra tenir
compte des «millions [d’électeurs] qui ont voté en faveur
du Brexit et envoyé un immense message sur l’état du
Royaume-Uni». •
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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LIBÉ.FR
u 11
L’ex-Premier ministre
israélien Ehud Barak se
lance dans le cannabis
médical L’une des plus importantes firmes
biomédicales israéliennes a annoncé la nomination du travailliste, qui n’a pas renoncé à la politique, à sa tête. Une reconversion qui illustre
l’avance prise par Israël dans la recherche et la
légitimation du cannabis médical. PHOTO AFP
A l’ONU, Trump glorifie le «patriotisme»
Suède Le Premier ministre, Stefan
Löfven, démis par le Parlement
Pour Trump, quel qu’en soit
le lieu, tout discours est avant
tout l’occasion de parler à
sa base électorale. Le locataire de la Maison Blanche
a entamé mardi son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU par une séquence d’autosatisfaction,
soulignant la bonne santé
de l’économie américaine,
les records atteints par les
marchés financiers ou l’ampleur de sa réforme fiscale
adoptée fin 2017. «En moins
de deux ans, mon administration a accompli davantage que presque toute administration dans l’histoire
de notre pays», s’est vanté
le milliardaire, déclenchant
des premiers rires moqueurs
dans l’assemblée habituellement feutrée de chefs d’Etat,
Les partis de centre droit
et l’extrême droite en
Suède ont uni leurs voix
mardi pour démettre le
Premier ministre socialdémocrate, Stefan Löfven,
affaibli après les élections
législatives du 9 septembre qui n’ont pas permis
de dégager de majorité.
Sur 349 parlementaires,
204 ont voté contre la
motion de confiance, soit la totalité des élus de l’Alliance
(conservateurs, libéraux, centristes et chrétiens démocrates) et de l’extrême droite, moins une voix. «La Suède
a besoin d’un nouveau gouvernement qui recherche un large
soutien politique pour mener les réformes», avait plaidé
le dirigeant conservateur Ulf Kristersson avant le vote.
Pour former une majorité, il a besoin du soutien soit
du centre gauche soit de l’extrême droite, avec laquelle
il refuse pour l’instant toute alliance. Le président du
Parlement, le conservateur Andreas Norlén, doit désormais convier les représentants des partis pour former
un gouvernement. PHOTO AFP
CARLOS CONDE
chercheur à Human
Rights Watch Asie
DR
«L’arrestation
de Trillanes sert
à faire peur
aux opposants
au régime
de Duterte.»
Il vivait reclus au Sénat depuis que le président philippin,
Rodrigo Duterte, avait ordonné son arrestation début septembre. Mardi, Antonio Trillanes a finalement accepté de
suivre les policiers venus le chercher avec un mandat
d’arrêt. Ancien candidat à la vice-présidence en 2016,
il est poursuivi pour rébellion pour avoir participé en 2003
et 2007 à des tentatives de coup d’Etat. Duterte a invalidé
l’amnistie accordée au sénateur par son prédécesseur au
prétexte qu’il n’en avait pas fait la demande officielle,
reconnaissant sa culpabilité. Surtout, Rodrigo Duterte
se débarrasse de son principal opposant : en septembre 2017, Antonio Trillanes l’avait accusé d’être «un sociopathe» avec «l’état d’esprit d’un tueur à gages» dans sa
sanguinaire guerre antidrogue.
de l’accord sur le nucléaire.
«Les dirigeants de l’Iran sèment le chaos, la mort et la
destruction. Ils ne respectent
ni leurs voisins, ni les frontières, ni la souveraineté des
nations», a martelé Trump,
exhortant la communauté internationale à «isoler le régime iranien», qualifié de
«dictature corrompue», pour
l’empêcher de «faire avancer
son agenda sanglant».
Dans ce discours d’une trentaine de minutes, lu sur
prompteur d’une voix grave
et calme, le président américain a fait un éloge appuyé
de la souveraineté et critiqué
le multilatéralisme. «Nous
rejetons l’idéologie de la mondialisation et nous embrassons la doctrine du patriotisme», a-t-il déclaré. Une
Facebook
Les cofondateurs
d’Instagram
claquent la porte
Les cofondateurs et dirigeants
d’Instagram, appli détenue
par Facebook, ont annoncé
leur démission en raison, selon la presse, d’une mésentente avec leur maison mère,
en pleine tourmente. Kevin
Systrom, 34 ans, et Mike
Krieger, 32 ans, ont créé l’appli
en 2010 alors qu’ils étaient
étudiants à Stanford.
En juin, Instagram a annoncé
avoir franchi la barre du milliard d’utilisateurs, profitant
d’une popularité croissante
chez les jeunes, tandis que
Facebook souffre d’une érosion nette d’audience parmi
la même population. Depuis
son rachat par Facebook
en 2012, Instagram a largement monétisé son audience,
ajoutant publicités et autres
contenus sponsorisés: Facebook, qui tire la quasi-totalité
de ses revenus de la publicité,
a besoin de nouvelles plateformes pour y placer des contenus publicitaires. Selon le
Wall Street Journal, Krieger
et Systrom «étaient en conflit
à propos de l’autonomie d’Instagram» notamment parce
que «les dirigeants de Facebook, y compris Mark Zuckerberg, poussaient Instagram à
élargir rapidement son nombre d’utilisateurs».
phrase probablement rédigée par le très droitier Stephen Miller, son conseiller
politique. Pêle-mêle, Donald
Trump s’en est pris également à la Chine (dont l’excédent commercial avec
Washington «ne peut être toléré»), aux pays de l’Opep
(qui doivent «cesser de faire
monter les prix» du pétrole),
au régime vénézuélien (responsable d’une «tragédie
humaine») et à la Cour pénale internationale (qui n’a
«aucune légitimité et aucune
autorité»). Pas de quoi rassurer le secrétaire général de
l’ONU, António Guterres,
qui, le matin même, dans un
discours extrêmement sombre, avait dépeint un monde
«de plus en plus chaotique».
FRÉDÉRIC AUTRAN
AFFAIRES
SENSIBLES
FABRICE DROUELLE
15H/16H
L’affaire du jour :
la lutte contre la centrale
de Creys-Malville et le
drame du 31 juillet 1977
avec &KULVWRSKHb$OL[
de
© photo : Christophe Abramowitz
ministres et diplomates.
«Tellement vrai», a insisté
Trump, provoquant cette fois
l’hilarité générale. Avant de
passer en revue son agenda
international.
Cette fois, c’est l’Iran qui s’est
retrouvé au cœur de son discours. L’an dernier, il avait
menacé de «détruire totalement» la Corée du Nord.
Mais depuis, il a rencontré
le leader nord-coréen, Kim
Jong-un, qu’il a qualifié lundi
de «formidable», confirmant
qu’un second sommet était
envisagé. Conséquence de ce
rapprochement avec Pyongyang, aux bienfaits encore inconnus, Téhéran fait désormais figure aux yeux de la
Maison Blanche de champion de l’«Axe du mal», justifiant la sortie des Etats-Unis
ABONNEZ-VOUS AU PODCAST
DE L’ÉMISSION
12 u
FRANCE
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
LOI PACTE
La gauche
cherche
les points
d’impact
Alors que l’Assemblée examine
les propositions de Bruno
Le Maire pour les entreprises,
quatre mesures devraient animer
les échanges entre l’exécutif et
les députés de toutes les gauches.
Par
LILIAN ALEMAGNA
S
on texte, il le tient enfin.
Durant deux semaines, Bruno
Le Maire va défendre à l’Assemblée nationale son «plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises» (Pacte).
«Il y a quelque chose de bloqué dans
notre économie et les Français le
paient depuis des années», a lancé le
ministre de l’Economie et des Finances, mardi devant les députés,
en guise de coup d’envoi d’un projet
de loi qui a mis plus d’un an à être
présenté au Parlement… et a failli
ne jamais voir le jour.
A Bercy, on souligne que ce texte
n’est ni une «loi Macron II» ni une
«loi Le Maire». Face à la mondialisation, il s’agit en toute simplicité
d’apporter une «nouvelle prospérité
française pour tous les Français».
Autrement dit: pas seulement pour
les chefs d’entreprise, pourtant premiers concernés par ce projet de loi.
Simplifications en tout genre, financements en fonds propres pour
«faire grandir» les PME, aides à l’innovation… L’opposition critique un
projet de loi «fourre-tout». Le Maire
leur répond «cohérence». Mais c’est
aussi, selon lui, un texte qui apporte
plus de «justice». Si les élus LR se
sont dits prêts à soutenir la majorité
lors du vote de la loi Pacte, les députés de gauche sont loin d’être sur
cette ligne. «Nous ne défendons pas
nécessairement le même modèle économique mais […] je suis certain
que, dans la discussion qui s’ouvre,
nous pourrons trouver des points
d’accord», leur a lancé Le Maire
mardi. Passage en revue des quatre points du texte qui devraient
particulièrement attirer l’attention
à gauche de l’hémicycle. •
RESPONSABILITÉ SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE:
CHANGEMENT COSMÉTIQUE OU CULTUREL?
Ce que propose le gouvernement
Ce qu’on en dit à gauche
«La société est gérée dans son intérêt social
et en prenant en considération les enjeux
sociaux et environnementaux de son activité.» En inscrivant cette phrase dans le code
civil et en consacrant la «raison d’être» des
entreprises, le gouvernement espère offrir
à ce «Pacte» une coloration moins pro-Medef
et CPME: de fait, les deux organisations patronales sont vent debout contre une telle
inscription de cette «responsabilité», par
crainte d’une multiplication des attaques
juridiques venant des associations écolo.
«Les entreprises doivent faire du profit mais
elles ne peuvent pas faire que du profit», a
plaidé Le Maire mardi devant les députés,
appelant à un changement «culturel». «Elles
ont un rôle à jouer dans la société. Elles doivent faire du profit au nom de quelque chose,
au nom d’un projet qui dépasse ces entreprises», a-t-il ajouté. Pour Bruno Le Maire, il est
aujourd’hui «dans l’intérêt des entrepreneurs» de «reconnaître la part sociale et environnementale des entreprises» si la France
veut renouer avec une «croissance durable».
«Formule ambivalente», pour les socialistes,
«pétition de principe» pour les communistes
ou encore «de la poudre aux yeux» pour les
insoumis : la réécriture du code civil ne va
pas assez loin pour la gauche parlementaire.
Chef de file des députés PS sur ce texte, Dominique Potier propose une formulation plus
contraignante, obligeant les sociétés à «tenir
compte des conséquences sociales et environnementales» de leur action. «Il faut des
règles, donner plus de pouvoirs aux salariés»,
abonde son homologue PCF, Pierre Dharréville. Les socialistes veulent plus de salariés
dans les conseils d’administration. Le gouvernement accepte seulement un deuxième
administrateur salarié dans les grandes entreprises dès qu’il y a huit non-salariés (contre douze aujourd’hui). «La majorité des entreprises les considèrent encore comme un
luxe et un danger, fait valoir Adrien Quatennens (LFI). En Allemagne, les salariés ont
droit à la moitié des administrateurs : le modèle allemand a toujours bon dos pour flexibiliser, jamais pour partager le pouvoir.»
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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u 13
SUPPRESSION ET GEL DE SEUILS:
«DÉBLOCAGE» OU «RECUL SOCIAL»?
Ce que propose
le gouvernement
Ce qu’on en dit
à gauche
Le patronat en avait rêvé, la
majorité le fait: le projet de loi
«Pacte» met fin à plusieurs
seuils d’entreprises et les
patrons auront désormais
cinq ans, lorsqu’ils franchissent l’un d’entre eux, pour se
mettre en règle. «Dans quel
autre pays existe-t-il 199 obligations liées à ces seuils ?
Dans quel autre pays y a-t-il
autant de règles qui, chacune
prise séparément, ont du sens,
mais qui, lorsqu’on en fait la
somme, deviennent kafkaïennes pour les entreprises ?»
a affirmé Le Maire mardi. Le
gouvernement propose de ne
retenir que les seuils de 11,
50 et 250 salariés. Et de «réduire de manière substantielle» celui à 20 salariés. Par
exemple, pour qu’une entreprise se dote d’un règlement
intérieur, ce ne sera plus à partir de 20 salariés, mais de 50.
Pour un local syndical, c’était
200 salariés jusqu’ici. Selon la
version de la commission spéciale, ce serait, demain, 250.
Mais pour l’exécutif, cette
«mesure emblématique» doit
aider les PME à «grandir».
Selon eux, l’exécutif termine
ici le boulot commencé avec
les ordonnances travail. «C’est
une dérégulation à outrance,
fustige le communiste Pierre
Dharréville. Le gouvernement
est toujours dans cette
croyance que les droits sociaux et les libertés syndicales
affaiblissent l’économie.»
«A l’avenir, il faudra attendre
d’être 50 (et non plus 20)
cinq ans après, pour avoir droit
à un local de restauration,
donne en exemple Adrien
Quatennens (LFI). En attendant, ils feront quoi ? Ils iront
manger sur le parking ?» «Ce
gel est une forme d’hypocrisie:
on supprime les seuils sans le
dire», abonde Dominique
Potier (PS). Néanmoins, sur le
modèle de ce qu’avait imaginé
l’ex-ministre du Travail de Hollande, François Rebsamen, les
députés socialistes sont prêts
à accepter un gel de «trois
ans», à condition de définir, «à
l’intérieur de chaque seuil, des
droits et devoirs pour les partenaires sociaux» et de lutter
contre le «salariat camouflé»
chez les autoentrepreneurs.
PRIVATISATIONS: INVESTISSEMENT
OU VENTE DES «BIJOUX DE FAMILLE»?
Ce que propose
le gouvernement
INTÉRESSEMENT, PARTICIPATION, ÉPARGNE RETRAITE…
DES SALARIÉS AUSSI GAGNANTS?
A l’Assemblée
nationale,
le 18 septembre.
PHOTO DENIS
ALLARD
Ce que propose le gouvernement
Ce qu’on en dit à gauche
Le «Pacte» proposé par Le Maire vise, selon
le texte, à «mieux associer» les salariés aux
«fruits de la croissance» en revoyant les dispositifs de participation, d’intéressement,
d’épargne salariale et d’actionnariat salarié.
Ainsi, dans les entreprises de moins de
250 salariés, le texte prévoit de supprimer
le «forfait social» (aujourd’hui de 20 %) sur
les primes d’intéressement et de participation versées par les employeurs. Ou encore
de réduire ce versement à 10% lorsqu’un patron décide d’abonder un fonds d’actionnariat salarié. «Quand une entreprise réussit,
elle le doit d’abord à ses salariés, a insisté
Le Maire mardi à l’Assemblée. Il n’est que justice que ce soient les salariés [qui] bénéficie[nt] les premiers des succès de leur entreprise.» Autre réforme prosalariés affichée
par l’exécutif: celle de l’épargne-retraite. Des
dispositifs «intégralement portables», a rappelé le ministre, «ouverts à l’achat d’une
résidence principale», «chaque épargnant
[étant] libre à la fin de sa carrière de décider
s’il veut sortir en capital ou en rente».
Gare à la fin du «salaire»! «Ce sont des solutions pour empêcher l’augmentation des salaires, critique l’insoumis du Nord Adrien
Quatennens. Il y aura un manque à gagner
pour la Sécu avec la suppression du forfait
social et, avec l’épargne-retraite, on prépare
la sortie des hauts revenus de notre système
par répartition.» «C’est une nouvelle manière
d’organiser le contournement des salaires,
de la protection sociale et les revendications
collectives», dénonce également le communiste Pierre Dharréville. Les socialistes n’ont,
eux, «pas d’opposition de principe» à ces
transformations, explique Dominique Potier,
mais à condition que «le pacte salarial soit
équilibré»: «Si cela doit se faire au détriment
du salaire, nous y serons opposés.» Le
député PS se dit néanmoins favorable à deux
évolutions: «Une nouvelle base de calcul de
la participation pour tenir compte du vrai résultat de l’entreprise» et un intéressement
plutôt réservé aux salaires situés au-dessus
du revenu médian «pour éviter de tirer
davantage vers le bas les petits salaires».
C’était une promesse d’Emmanuel Macron : créer un
«fonds pour l’industrie et l’innovation» doté de 10 milliards
d’euros. Pour le financer,
Bercy veut vendre «des actions d’entreprises possédées
de manière minoritaire par
l’Etat». Finalement, les sommes proviendront pour l’essentiel de la vente de deux
entreprises où l’Etat est majoritaire, Aéroports de Paris
(ADP) et la Française des jeux,
et d’une autre où il dispose
d’une minorité de blocage,
Engie. «L’Etat a un rôle plus
important à jouer comme investisseur plutôt que comme
porteur de dividendes, a argumenté Le Maire. Son argent
est mieux placé lorsqu’il n’est
pas bloqué pour gérer des hôtels ou des boutiques de luxe.»
Placés sur les marchés,
les 10 milliards de ce fonds
sont censés rapporter chaque
année 200 à 300 millions
«sûrs et stables». Pour parer
aux critiques, le ministre
promet de garantir la sécurité
des aéroports et plus de «régulation» pour lutter contre
l’addiction aux jeux.
Ce qu’on en dit à gauche
Toutes les chapelles sont
contre cette vente des «bijoux
de famille». «Avec ADP et
Engie, le gouvernement va
priver l’Etat d’outils stratégiques: à la fois dans le domaine
des transports mais aussi de
la transition énergétique à
l’heure où il faut transformer
notre modèle», s’insurge le
communiste Pierre Dharéville.
«Cela prouve qu’ils n’ont absolument tiré aucune leçon du
départ de Nicolas Hulot, déplore l’insoumis Adrien Quatennens. Il aurait été bien plus
logique que l’Etat conserve
ces entreprises et investisse
ces dividendes dans l’innovation !» «C’est un mauvais calcul budgétaire, abonde le socialiste Dominique Potier. Les
dividendes actuels de ces entreprises apportent bien plus
que le futur placement de ces
privatisations.» «Avec la FDJ,
on est face à un scandale du
même ordre que celui de la
privatisation des autoroutes
en 2005», défend Dharéville.
«Et que dire d’ADP ? ajoute
Quatennens. On est dans une
situation, de fait, de monopole ! En quoi privatiser sera
bénéfique ?»
14 u
FRANCE
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Frédérique Vidal,
ministre de
l’Enseignement
supérieur, à Orsay
(Essonne), mardi.
PARCOURSUP
Un léger lifting pour
effacer les cicatrices
A l’heure du premier bilan
mardi, la ministre de
l’Enseignement supérieur,
Frédérique Vidal,
a annoncé des petites
modifications ,
notamment de calendrier,
pour la nouvelle
plateforme d’orientation,
qui a connu des ratés.
Vendredi, 955 bacheliers
n’avaient toujours pas
d’affectation.
une, soit près de 90 % des candidats»,
s’est félicitée Frédérique Vidal. En
réalité, ces chiffres sont difficilement
comparables avec ceux de l’an passé,
les deux systèmes APB et Parcoursup
étant radicalement différents. Comment évaluer le taux de satisfaction
des candidats par exemple, les vœux
n’étant plus hiérarchisés? «Je m’étais
engagée à ce que chaque candidat ait
une proposition au plus près de ses
vœux. Cet engagement a été tenu», a affirmé la ministre. En moyenne, trois
propositions ont été faites à chaque
candidat. Elle a vanté le travail effectué par les fameuses commissions rectorales pour aider les jeunes sans proposition: à la clôture de la procédure,
vendredi, ils étaient 955 bacheliers
(des bacs pro en grande majorité) à être
toujours «accompagnés» (comprendre
sans affectation). Dans le tableau rose
de la ministre, il manque (au moins)
une donnée: le nombre de candidats
qui ont abandonné la procédure Parcoursup en cours de route. «Ils sont un
peu moins qu’avec APB même si le chiffre est sensiblement identique», précise
son entourage. Début septembre, on
avoisinait les 180 000 désinscrits.
Bouton. «A la fin du mois de juillet,
Par
MARIE PIQUEMAL
Photo ALBERT FACELLY
I
l flottait un air de voyage scolaire.
Le ministère de l’Enseignement supérieur a organisé mardi matin un
départ en bus pour embarquer les journalistes prêts à tout pour… avoir un bilan chiffré de Parcoursup, le nouveau
système d’affectation des bacheliers
dans le supérieur. La ministre Frédérique Vidal a choisi de tenir sa conférence de presse de rentrée à Orsay, sur
le site de Paris-Sud, «une université qui
rayonne». Les mauvaises langues
diront que la délocalisation est un
moyen habile pour écourter le temps
de questions laissé aux journalistes (le
bus n’attendant pas la Saint-Glinglin).
Tableau rose. Petite autosatisfaction : «Parcoursup a pleinement
fonctionné. Plus de 2,4 millions de propositions ont été faites ; près de
730 000 jeunes en ont reçu au moins
«
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
près de 97% des candidats avaient déjà
accepté la proposition qu’ils allaient
conserver jusqu’à la fin de la procédure.» Ce qui veut donc dire que les
élèves qui conservaient des vœux en
attente se sont finalement retrouvés
dans la première option qu’ils avaient
acceptée. Cela ne peut-il pas, du coup,
être interprété comme une affectation
par dépit ? Pour la ministre, pas du
tout. Au contraire. «Nous savons donc
désormais que Parcoursup peut aller
plus vite : l’année prochaine, la première phase de la procédure sera donc
achevée au plus tard fin juillet», au lieu
de début septembre.
Autre idée, celle du «répondeur automatique». L’idée est de permettre au
candidat de mettre une option «automatique» sur un vœu (ou plusieurs?)
en attente, de sorte que s’il remonte sur
la file d’attente, son vœu soit automatiquement accepté sans avoir à appuyer
sur le bouton. «On veut ainsi répondre
au stress de la connexion», précise l’entourage de la ministre. Une sorte, donc,
de hiérarchisation des vœux a posteriori, une fois les propositions faites
aux candidats? Gaffe, le mot «hiérarchisation» fait bondir Frédérique Vidal: «Il n’y aura pas de retour à la hiérarchisation des vœux. J’assume ce
choix, qui est un choix politique.»
L’éventuelle anonymisation des dossiers fait également débat. «Les légendes urbaines les plus extravagantes ont
circulé : la plateforme discriminerait
les territoires. […] Aucune de ces affirmations n’est confirmée par les chiffres:
c’est même le contraire», assure la
ministre, qui aligne les chiffres au
bazooka. «697 candidats boursiers ont
accepté une proposition en prépa à
Paris, soit + 28 %.» Puis : «Mais si ces
jeunes pensent que l’Etat les abandonne à cause de leur nom ou de leur
lieu d’habitation, alors il faut travailler là-dessus.» La ministre propose
d’anonymiser les dossiers dans Parcoursup. Question : qu’en sera-t-il du
lycée d’origine? Sera-t-il lui aussi anonymisé? C’est l’une des questions à laquelle la ministre devra répondre pour
la prochaine mouture. •
u 15
«Il faut travailler
en amont sur les
aspirations des élèves»
formation et conseils en orientation en classe de
première et autant en terminale. Soit 108 heures
d’accompagnement. Les responsables politiques
peuvent toujours dire que la réforme du lycée a été
engagée «en même temps». En réalité, elle va se
déployer d’ici trois ans. En attendant, c’est toute
une génération qui paie le prix maximal de l’absence d’information. Le pire de tout: on a culpabilisé ces jeunes tout l’été en disant qu’ils ne choisissaient pas assez vite, et donc ralentissaient le
a ministre de l’Enseignement supérieur, Fré- système… On a fait comme si ces élèves étaient
dérique Vidal, a dressé mardi «son» bilan de des consommateurs devant choisir entre cinq pots
la première année d’application de Parcour- de yaourt.
sup. Cette réforme, menée à toute vitesse, a suscité Et les universités qui ont classé les candiinterrogations et inquiétudes pour les usagers. datures ?
Tous ont découvert les nouvelles règles du jeu On a dit aux universitaires qu’ils allaient enfin
au fil de l’eau. Les chiffres définitifs ne permettent choisir leurs élèves, ce dont beaucoup rêvent depas à eux seuls de tirer un bilan. Aux données ob- puis longtemps. Ils se sont engagés dans un travail
jectives viennent s’entremêler le ressenti des élè- collectif pour ordonner les candidatures. Mais une
ves, des enseignants et les histoires particulières fois ce travail accompli, le ministère a fait tourner
des uns et des autres… Le sociologue Jules Donze- l’algorithme… Et le classement final n’avait plus
lot, qui travaille sur les politiques d’égalité des rien à voir avec celui fait initialement par les équichances éducatives, apporte quelques clés pour pes. Beaucoup l’ont vécu comme un déni des heumieux cerner ce qui s’est joué cette année.
res de travail passées. Ils ont eu le sentiment
Quel regard portez-vous sur cette première an- d’autant plus subir qu’on les avait laissés croire en
née Parcoursup?
une liberté.
C’est assez simple. On est passé d’une attribution L’algorithme que vous évoquez a introduit des
arbitraire des places avec APB à un système de li- quotas, réservant des places aux élèves bourbre choix. Sauf que le candidat n’avait souvent siers ou hors de leur secteur académique. Cela
qu’un nombre très réduit de possibilités, voire va dans le bon sens, non ?
aucune.
Cette mesure est intéressante mais elle ne chanQuand on dresse le bilan, tout dépend des chiffres gera pas la donne de l’inégalité des chances. Ces
que l’on regarde. Il y en a un dont on parle peu: c’est quotas ont été calculés à un instant donné, à partir
le nombre d’inscrits au départ dans Parcoursup et des demandes d’inscription. Encore une fois, on
qui ont quitté le système en cours de route. Tout au prend le problème à l’envers! On mathématise les
long de la procédure, on a focalisé l’attention sur aspirations des jeunes, comme si c’était aussi simceux qui se sont accrochés, s’en remettant à Par- ple… Mettre en place des quotas ne permet pas de
coursup pour avoir une place quelque part. Mais modifier les comportements des candidats, puisil y a aussi ceux qui, constatant les dysfonctionne- qu’ils n’agissent qu’après coup, au moment de la
ments ou les anticipant, ont abandonné la plate- distribution des places. Si on veut vraiment aider
forme, certains payant une école
les jeunes défavorisés, alors il faut agir
privée pour s’épargner l’attente et le
beaucoup plus en amont et travailler
stress du nouveau système.
sur les aspirations des élèves. Et les
Il y a aussi ceux que j’appelle les
aider à accéder là où ils veulent.
«desperate candidates», ces élèves
Y a-t-il des pays qui ont des systèpassifs qui sont restés jusqu’au bout
mes performants en la matière ?
inscrits sur la plateforme, sans donL’Angleterre. Je sais, cela peut surprenner signe de vie. Ceux que le minisdre, car le système éducatif anglais est
tère appelle les «inactifs». Ces dontrès inégalitaire, notamment avec le
nées-là sont aussi des indicateurs à
INTERVIEW coût de l’enseignement. Mais en maprendre en compte pour dresser le
tière d’accompagnement en orientabilan de Parcoursup. Au-delà des chiffres, le fonc- tion, c’est un modèle du genre. Les Anglais partionnement de Parcoursup était, me semble-t-il, viennent, sans quotas, à ce que tous les élèves,
de nature à poser problème dès le début. Les effets même venant de milieu défavorisé, accèdent aux
pervers étaient prévisibles.
études qu’ils veulent. Et leur taux d’échec en liPourquoi dites-vous que c’était «prévisible»? cence est sensiblement le même, quelle que soit
Théoriquement, la réforme Parcoursup aurait dû l’origine sociale des étudiants.
être introduite après les réformes du lycée et de Comment font les Anglais ?
l’orientation, et non pas avant! La donne aurait été Ils mènent un travail culturel sur l’orientation…
complètement différente, mais le calendrier a obéi Là où, en France, le processus d’orientation est enà des logiques d’agenda politique seulement. Du core perçu comme quelque chose de purement
coup, forcément, Parcoursup n’a pas les effets es- scolaire. C’est tout le problème de Parcoursup. En
comptés.
Angleterre, les universités dépensent 300 millions
A vous entendre, une génération a été sacri- d’euros pour financer des interventions dans les
fiée pour des raisons politiques…
lycées, collèges et même dès l’école primaire. Ils
Oui, c’est ce que je pense. Parcoursup a donné à vont à la rencontre des élèves, ils inventent toute
quelque 800000 jeunes une liberté de choix à un sorte de dispositifs pour leur parler, leur présenter
instant donné sans leur donner les moyens de les métiers, via des stages d’immersion et d’autres.
construire cette liberté… Ce système Parcoursup Ils font en sorte qu’ils puissent faire un choix
suppose en amont un travail de pédagogie sur d’orientation éclairé, parce qu’ils ont compris
l’orientation, pour qu’au moment de choisir les qu’un jeune qui fait ce qu’il lui plaît a plus de
élèves aient les clés pour se décider. C’est ce que chance de réussir.
prévoit la réforme du lycée avec ses 54 heures d’inRecueilli par M.Pi.
Le sociologue Jules Donzelot
regrette que la réforme
Parcoursup soit intervenue
avant celle du lycée et de
l’orientation. Faisant payer
«le prix maximal à toute
une génération».
L
DR
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
16 u
FRANCE
700 mil ions
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
C’est, en euros, l’excédent que la Sécurité sociale devrait dégager
en 2019 selon le budget présenté mardi par le gouvernement. Une première depuis 2001, obtenue grâce à une maîtrise des dépenses de l’assurance maladie et au prix d’un coup de rabot sur les pensions de retraite
et les allocations familiales. «Non seulement l’Etat-providence est financé, mais l’expérience prouve qu’une action continue de réforme (des
dépenses santé, des retraites, de la fiscalité) permet de pérenniser le système», analyse Laurent Joffrin dans sa «Lettre politique» quotidienne.
Lors du blocus des
ouvriers d’Ascoval,
le 30 janvier.
PHOTO MARIE ROUGE
ment : «C’est au profit de
l’Iran, alors on baisse les bras.
C’est bien la peine de montrer
les pectoraux face à Trump,
pour ensuite éviter de le
fâcher.»
Silence radio. Alors ne
Le gouvernement féraille
pour la reprise d’Ascoval
L’exécutif se donne
cinq semaines pour
sécuriser l’offre de
reprise de l’acierie
placée en
redressement
judiciaire. Mais rien
n’est encore gagné.
Par
STÉPHANIE
MAURICE
Correspondante à Lille
L
e revirement est spectaculaire. On pensait la
partie perdue pour Ascoval et ses 270 salariés. Mais
mardi, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a
annoncé le soutien de l’Etat à
l’unique solution de reprise
émanant du groupe francobelge Altifort. Et ce au grand
soulagement de l’intersyndicale, qui se bat depuis plusieurs mois pour la survie de
l’aciérie basée à Saint-Saulve,
près de Valenciennes (Nord).
«Nous devons mettre toutes
notre énergie pour assurer
la pérennité d’Ascoval», a affirmé Bruno Le Maire après
avoir reçu les représentants
syndicaux de l’entreprise à
Bercy. Mais la tâche s’annonce difficile.
Il va notamment falloir
convaincre le fabricant de tubes en acier Vallourec, propriétaire d’Ascoval, de
remettre la main au portefeuille pour appuyer le plan
de continuation présenté par
Altifort. Le ministre se donne
cinq semaines pour y parvenir. Le tribunal de commerce
de Strasbourg, qui doit trancher ce mercredi le sort de
l’aciérie, devrait accepter ce
délai de grâce.
Pression. Ce nouveau sursis a surpris tout le monde.
Lundi encore, le porte-parole
de l’intersyndicale, Bruno
Kopczynski (CFDT), craignait triel d’Altifort, qui est chiffré
le pire: une liquidation judi- à 140 millions d’euros.
ciaire et la fermeture défini- Pour Ascoval, les ennuis détive de l’aciérie. Le président butent en 2015 quand Vallou(ex-LR) du conseil régional rec, en difficulté, commence
des Hauts-de-France, Xavier à se désengager en cherchant
Bertrand, respire
un partenaire
aussi et se félicite
pour achede voir «Bruno
ter la proBE
Le Maire
duction de
LG
IQ
prendre le
son aciérie
UE
PAS- Lille
DE-CALAIS
contre-pied
de Saintde Vallourec
Saulve.
AsSaint-Saulve
NORD
et de Jeancometal
Pierre Floris
reprend
SOMME
AISNE
[le monsieur
alors 60 % de
industrie du
l’usine, avec la
20 km
gouvernement,
bénédiction du
ndlr]» qui voulaient
ministre de l’Economie
liquider le site. Il espère que de l’époque, Emmanuel Mal’Etat va mettre la pression cron. Mais, en novembre 2017,
pour que Vallourec main- Ascometal est placé en retienne le volume de ses com- dressement judiciaire. Le
mandes d’aciers spéciaux à groupe suisse Schomlz+BicAscoval à un nivau de prix kenbach emporte la mise
acceptable. Selon Xavier Ber- mais ne veut pas de l’aciérie
trand, la région est prête à de Saint-Saulve. Ses unités de
mettre jusqu’à 14 millions fabrication en Allemagne lui
d’euros dans le projet indus- suffisent. Les ouvriers d’Asco-
val se mobilisent et obtiennent un premier sursis: seul
actionnaire à bord désormais,
Vallourec leur promet de s’approvisionner chez eux à un
tarif préférentiel, le temps de
trouver une solution.
Deux repreneurs se présentent. Un intermédiaire agissant pour le compte de l’Iran
se dit prêt à racheter cash
l’usine : il a besoin de 5 millions de tonnes d’acier pour
construire un gazoduc au
Moyen-Orient. Bruno Kopczynski en a encore les yeux
qui brillent : «Cela voulait
dire sept à huit ans de boulot,
à feux continus, avec la réembauche de personnel, on passerait de 270 à 500 salariés.»
«Ils arrivaient avec les
billets», soupire le délégué
syndical CFDT. Mais «cette
offre-là coince diplomatiquement» devant les menaces de
sanctions américaines. Xavier Bertrand ne prend pas de
gants vis-à-vis du gouverne-
reste plus qu’Altifort, un nouvel acteur franco-belge dans
le monde sidérurgique. Il
veut racheter Ascoval pour
produire du fil d’acier, qui
sert à fabriquer des pièces
utiles dans la mécanique.
«Avec Alstom, Bombardier et
Toyota dans le coin, on crée
presque une filière directe
pour l’industrie régionale.
Nos clients sont sur place»,
note Bruno Kopczynski. Mais
Altifort a besoin de temps
pour construire son train à
fil, là où l’acier sera transformé, à côté d’Ascoval. Le
candidat à la reprise voudrait
donc que Vallourec reste
client de l’aciérie pendant
dix-huit mois supplémentaires et lui assure une production de 200 000 tonnes au
tarif préférentiel de 248 euros
la tonne, aujourd’hui appliqué.
Lundi, Vallourec opposait
une fin de non-recevoir à
cette demande: «Nous avons
analysé l’offre d’Altifort et
nous estimons que les garanties d’un projet crédible, solide
et entièrement financé ne sont
pas là. Nous avons exclu de
participer à ce projet.»
Le soutien réaffirmé par
Bruno Le Maire à la solution
de la dernière chance que
représente Altifort va-t-il
changer la donne ? Depuis
la déclaration ministérielle,
c’est silence radio du côté de
Vallourec. Bruno Kopczinsky
savoure : «Bruno Le Maire a
rappelé que l’Etat est actionnaire de Vallourec à hauteur
de 16 %. Il est en droit de
lui demander de s’asseoir
autour de la table.» Sans le
soutien du groupe dirigé
par Philippe Crouzet, Altifort
jettera l’éponge. Mais Vallourec a d’autres soucis : au
premier semestre 2018, le
spécialiste des tubes sans
soudures a encore accusé
une perte de 307 millions
d’euros. Le gouvernement va
devoir se montrer très persuasif. •
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Le plus gros des lanceurs européens décollera pour la centième fois ce mardi
soir à Kourou, emportant deux satellites de
communication. Retour sur quelques souvenirs marquants.
LA LISTE
Ariane 5
en 5 vols
(sur 100)
u 17
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Vol 88: un bug historique Le 4 juin 1996,
Ariane 5 décolle pour
son premier vol (le
88e des fusées Ariane).
Après 40 secondes,
elle perd ses boosters
latéraux et explose.
Un bug informatique.
Vol 119: la première
mission scientifique
Ariane embarque pour
l’Agence spatiale européenne le 10 décembre 1999 un télescope
à rayons X qui observera Saturne, Mars, Jupiter, des trous noirs…
Vol 158 : mission Rosetta Ariane 5 se paie
le 2 mars 2004 un aller
simple vers la comète
Tchouri. Enfin, pas la
fusée, mais la sonde
Rosetta, logée dans sa
coiffe, partie pour
dix ans de voyage.
Vol 181: objectif ISS
Le 9 mars 2008, Ariane
décolle pour amener à
la Station spatiale internationale un cargo
de ravitaillement fabriqué en Europe. Seuls
les Russes et les Américains l’avaient fait.
Vol 241: silence radio
Le 25 janvier 2018, les
deux boosters latéraux
se séparent du premier
étage d’Ariane et tous
trois tombent dans l’atmosphère. Le reste de
la fusée continue… sur
un mauvais trajet.
Enquête sur le selfie de Benalla
Nouveau front judiciaire
pour Alexandre Benalla. Le
parquet de Poitiers a annoncé mardi l’ouverture
d’une enquête préliminaire
à la suite de la publication
par Mediapart d’un selfie de
l’ancien adjoint au chef de
cabinet du président de la
République, une arme à la
main, avec la serveuse d’un
restaurant. Cette procédure
est distincte de l’instruction
parisienne qui le vise pour
des violences contre des manifestants le 1er Mai.
Selon Mediapart, le cliché
est daté du 29 avril 2017,
dans l’entre-deux-tours de
la présidentielle. Alexandre
Benalla, alors responsable
de la sécurité du candidat
Macron, l’accompagne lors
d’un déplacement à Poitiers.
Problème: à cette époque, il
disposait seulement d’un
permis de port d’arme valable au QG de campagne du
candidat, à Paris. Benalla ne
pouvait donc pas être armé
lors de déplacements. Interrogé cet été par le Monde sur
le fait d’avoir porté une arme
pendant la campagne sans
port d’arme, l’ancien chargé
de mission avait affirmé
qu’il fallait être «maboul»
pour faire ça, en raison du
«risque pour la réputation
du candidat».
Manuel Valls candidat à Barcelone
«Je veux être le prochain maire de Barcelone» le 26 mai, a dit
et répété Manuel Valls mardi soir. Le voilà désormais candidat
de centre droit face à une maire sortante de gauche. «La première fois que j’ai dit je t’aime, c’était en catalan», a-t-il confié
avant de dérouler son programme et d’annoncer «démissionner
de toutes ses responsabilités en France». PHOTO GUILLEM VALLE
Source : ONCFS
174
163
145
Victimes
dont tués
146143
155
115
114
179
143
131
Les accidents de chasse
34
21 16 14 10 18 13
15 22 19 18
2007-08
2017-18
Du 1er juin 2017 au 31 mai 2018, 113 accidents ont émaillé la saison de la chasse. Ils ont fait 115 victimes, dont 13 sont mortes.
Parmi ces personnes tuées, trois étaient des non-chasseurs.
L’Office national de la chasse et de la faune sauvage observe
que «la très grande majorité des accidents mortels restent liés
à un manquement aux règles élémentaires de sécurité».
quand
vous refermez
u n j o u r n a l,
une nouvelle vie
s ’ o u v r e à l u i.
A lire en intégralité sur Libération.fr
___________________________________
«Il va de soi que la solidarité
européenne devra s’exercer avec
Malte [où a débarqué l’“Aquarius”].»
EN TRIANT VOS JOURNAUX,
MAGAZINES, CARNETS, ENVELOPPES,
P RO S P E C T U S E T TO U S V O S AU T R E S
PA P I E R S , VO U S AG I S S E Z P O U R U N M O N D E
PLU S D UR ABL E. D ONNON S E NSE MBLE
UNE NOUVELLE VIE À NOS PRODUITS.
AFP
CONSIGNESDETRI.FR
GÉRARD COLLOMB
ministre de l’Intérieur
mardi
La France, qui a refusé d’accueillir l’Aquarius chargé de 58 migrants, a promis que la solidarité européenne allait s’exercer
avec Malte, où les passagers du navire vont débarquer. Ils seront répartis entre la France, l’Espagne le Portugal et l’Allemagne. Selon le «droit de la mer, “les navires ayant recueilli des
naufragés […] doivent les débarquer dans le port sûr le plus proche”», a défendu Gérard Collomb face à la bronca de la gauche.
La Cimade, Amnesty International, Médecins du monde et le
Secours catholique ont appelé Emmanuel Macron à faire pression pour que le Panamá «rétablisse son pavillon» à l’Aquarius
et, à défaut, lui octroie «un pavillon français».
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Le nouveau nom d’Eco-Emballages et Ecofolio
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Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Annonces légales
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Libération est officiellement habilité pour l’année 2018 pour la publication des annonces légales
et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) - 92 (5,50
€) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
75 PARIS
Document : LIB_18_09_26_PUBLILEGAL_040_6284887-.pdf;Date
: 21. Sep 2018 - 14:48:40
AVIS DIVERS
Direction de l'urbanisme
­ AVIS ­
CONSEIL DE PARIS ­ CONSEIL MUNICIPAL
APPROBATION DE LA DECLARATION
DE PROJET EMPORTANT MISE EN
COMPATIBILITE DU PLU, DE LA CREATION,
DE LA REALISATION ET DU PROGRAMME
DES EQUIPEMENTS PUBLICS DE LA ZAC
BERCY CHARENTON
À PARIS 12ème ARRONDISSEMENT
Par délibérations du Conseil de Paris n°2018 DU 71 1°, 2° et 3°
en date des 2, 3, 4 et 5 juillet 2018 ont été approuvés la déclaration de
projet emportant mise en compatibilité du PLU, les dossiers de création
et de réalisation ainsi que le programme des équipements publics
de la ZAC Bercy­Charenton. L’approbation du dossier de création
emporte création de la ZAC. Ce dossier comporte une étude d’impact
environnemental.
Ces délibérations sont affichées pendant 1 mois à la mairie du
12ème arrondissement et à l’Hôtel de Ville de Paris.
Un dossier comportant ces délibérations, accompagnées de leurs
annexes, est tenu à la disposition du public à la Mairie de Paris,
Direction de l'Urbanisme – PASU (Pôle Accueil et Service à l’Usager) –
6 promenade Claude Lévi­Strauss, Paris 13ème – 1er étage – aux jours
et horaires suivants : du lundi au vendredi, de 9h à 12h15 et de 13h30
à 16h45 (sauf le mercredi où la fermeture méridienne est de 12h à 14h).
Le dossier ainsi tenu à la disposition du public contient en outre :
­ La déclaration prévue par l’article L.122­9 du code de l’environnement
- Les informations relatives au processus de participation du public.
Ce dossier est également intégralement mis en ligne sur le site
internet : http://www.paris.fr et une copie peut en être obtenue par toute
personne, à ses frais, en formulant une demande en ce sens à l’adresse
suivante : Ville de Paris – Direction de l’Urbanisme – 121 avenue de
France – CS 51388 – 75639 Paris cedex 13.
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XIXe et Moderne
avant 1960
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Tous sujets, école de Barbizon,
orientaliste, vue de Venise,
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Libération Mercredi 26 Septembre 2018
ĥ
Ģ
ON S’EN GRILLE UNE?
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Esprits criminels.
Série. Souillure. Souffle coupé.
Derek. 23h25. Blacklist. Série.
Le groupe Kilgannon (N°48).
Ian Garvey (N°13). Alaska.
20h55. Michou d’Auber.
Comédie dramatique. Avec
Gérard Depardieu, Nathalie
Baye. 23h00. Cher Trésor.
Théâtre.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. Yasmina.
22h50. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm.
FRANCE 2
FRANCE 5
21h05. Les impatientes.
Téléfilm. Épisodes 1, 2 & 3.
Avec Noémie Lvovsky, Roxane
Potereau. 23h35. Débat :
femmes en prison, la double
peine ?. 00h35. Détenues.
Documentaire.
20h50. La grande librairie.
Magazine. Présenté par
François Busnel. 22h25.
C dans l’air. Magazine.
FRANCE 3
21h00. Des racines &
des ailes. Magazine. Le
Morbihan, entre terre et
océan. 23h05. Soir 3.
23h35. Culture, dans votre
région. Magazine.
21h00. Football : PSG / Reims.
Sport. Ligue 1 Conforama 7e journée. 22h55.
Jour de foot. Magazine.
ARTE
20h55. Les combattants.
Comédie. Avec Adèle Haenel,
Kévin Azaïs. 22h30. Blaise
Cendrars. Documentaire.
Comme un roman.
M6
21h00. Le meilleur pâtissier.
Jeu. Voyage dans le temps.
23h30. Le meilleur pâtissier :
À vos fourneaux !. Magazine.
Voyage dans le temps.
CSTAR
PARIS PREMIÈRE
21h00. Section de
recherches. Série. Cyrano.
Balle à blanc. 22h50. Section
de recherches. Série.
6TER
21h00. Burger Quiz. Jeu.
3 épisodes. Présenté par Alain
Chabat. 23h45. 90’ Enquêtes.
Magazine.
21h00. Storage Wars :
enchères surprises. Divertissement. 4 épisodes. 22h30.
Storage Wars : enchères
surprises. Divertissement.
W9
CHÉRIE 25
21h00. Enquêtes criminelles.
Magazine. Affaire Daval :
un pacte familial ?. 23h10.
Enquêtes criminelles.
Magazine.
20h55. Les enquêtes de
l’inspecteur Wallander.
Téléfilm. Avant le gel. 22h50.
Ligne de mire. Téléfilm.
NRJ12
JEUDI 27
Un soleil présent dès le début de matinée.
L’APRÈS-MIDI Situation toujours estivale
grâce à des conditions anticycloniques qui
se maintiennent et des températures qui
progressent encore un peu par rapport à la
veille.
Lille
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Orléans
Dijon
Nantes
0,6 m/17º
1 m/17º
Bordeaux
Toulouse
Bordeaux
1 m/18º
Nice
Montpellier
Marseille
Toulouse
Marseille
1 m/18º
-10/0°
1/5°
6/10°
11/15°
4
5
6
7
8
HORIZONTALEMENT
I. Chez lui, pas de séparation
du fond et de la forme
II. Du solide dans du liquide ;
Picola III. Cette plante devient
Gaulois devant IX ; Comme
comme IV. Blessure au
cœur ; Une grande dame de la
philosophie V. Guerrier kurde
VI. Cri d’indigné ; Quand il y
a plein de lieus en un lieu
VII. Un lieu après le premier
6. ; Fis mon trou VIII. Qui a
perdu de l’épaisseur IX. Ce
fleuve fend l’Allemagne de
Dresde à Hambourg ; Son
nom, après un nom, est un
juron X. Attrapée par les
deux bouts ; Séants malséants
XI. Ségeste surveillait ses
faits et gestes
9
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
Grille n°1024
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. GUILLERMO. II. ARE. OGIER. III. PAPARAZZI.
IV. EN. BELIZE. V. NÎMES. CON. VI. CUIT. VOGT. VII. AM. ITALIA.
VIII. PEUGEOT. IX. SPA. TI. RI. X. EUROS. ONO. XI. SAUCISSON.
Verticalement 1. GAPENÇAISES. 2. URANIUM. PUA. 3. IEP. MI. PARU.
4. ABÊTIE. OC. 5. LORES. TUTSI. 6. ÉGAL. VAGI. 7. RIZICOLE. OS.
8. MEZZOGIORNO. 9. ORIENTATION.
libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
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Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
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tél. : 01 87 25 85 00
◗ SUDOKU 3780 MOYEN
◗ SUDOKU 3780 DIFFICILE
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3
3 4 8
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9 2
SUDOKU 3779 MOYEN
3 8 4 6
4 9
SUDOKU 3779 DIFFICILE
Solutions des
grilles d’hier
3
2
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1
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RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
BOUTIQUE.LIBERATION.FR
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100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Neige
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FRANCE
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Caen
Brest
Nantes
Paris
Strasbourg
Dijon
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FRANCE
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Toulouse
Montpellier
Marseille
Nice
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MIN
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27
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MONDE
MIN
MAX
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
Alger
Berlin
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Madrid
New York
23
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9
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journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
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de la rédaction
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Christophe Israël,
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1
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(030/
Par GAËTAN
VERTICALEMENT
1. Maudites 2. Quand un couvreur a du pain sur la planche, c’est cette
planche ; Passée en revue 3. Partie d’un concert de jazz ; Strontium ;
Victime d’un fratricide 4. Petite boutique 5. Construction qui, en Manche,
flanche ; Un miroir en bas, elle apparaît ; Quarante-cinq ans d’extrême
droite 6. IIIxXVII ; On l’écoute sur la toile 7. Quand il se passe des choses
des deux côtés 8. Faisaient voir tout en noir 9. Telle promesse non tenue
Petites annonces. Carnet
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au Sud, avec du soleil sur les trois quarts du
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20 u
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
IDÉES/
Les études de genre,
un savoir en danger?
En Hongrie,
deux universités ont
perdu leur accréditation
pour des programmes
concernant le sujet. De
la Pologne à la Turquie,
des Etats-Unis à la France,
les chercheurs subissent
pertes de financement,
mais aussi tentatives
d’intimidation. Pourquoi
le «genre» préoccupe-t-il
tant les projets populistes
et les extrémistes actuels ?
Par
DR
DAVID PATERNOTTE
Sociologue à l’Université libre
de Bruxelles, codirecteur de
«Campagnes antigenre en Europe :
des mobilisations contre l’égalité»,
(Presses universitaires de Lyon,
à paraître en octobre).
E
n août, le gouvernement Orbán a annoncé la révocation de l’accréditation
accordée aux programmes de maîtrise en études de genre. Ces formations
sont actuellement offertes par deux institutions : la Central European University
(CEU), liée au milliardaire George Soros, et
l’université publique Eötvös Loránd
(ELTE). Si cette décision ne met pas fin aux
recherches sur le genre, elle risque de porter un coup fatal au développement de ce
domaine d’études et menace de manière
directe la transmission de ces savoirs. Elle
constitue une ingérence directe du gouvernement dans l’organisation des études
supérieures, sans consultation des autorités académiques. A ce titre, il s’agit d’un
précédent dangereux en Europe.
Pour ces différentes raisons, de nombreux
acteurs ont écrit aux autorités hongroises
pour manifester leur inquiétude et leur
indignation : ministres, recteurs et autorités académiques, associations professionnelles, programmes d’études et chercheur·e·s en études de genre et en sciences
humaines, plusieurs à l’invitation de l’Internationale du genre, un réseau nouvellement créé pour résister aux attaques
contre ce domaine d’études. Sans dévoiler
ses plans pour le futur ni justifier ce
silence, le gouvernement hongrois n’a toujours pas pris de décision alors que celle-ci
était annoncée comme imminente et que
l’année académique vient de commencer.
Cette annonce ne constitue pas la première
attaque contre la liberté académique et
l’autonomie des universités en Hongrie.
Au cours des dernières années, le gouvernement n’a cessé de multiplier les attaques
contre CEU, un combat couronné par
l’adoption de la Lex CEU remettant en
cause l’implantation de cette université
en Hongrie. Les chercheur·e·s sur les questions migratoires ont également été
inquiété·e·s, et CEU a dû mettre fin aux
programmes à destination des réfugiés et
demandeurs d’asile. Les médias proches du
régime ont orchestré plusieurs attaques
contre des collègues et des listes de chercheur·e·s travaillant sur des sujets sensibles
ont été publiées dans la presse. Enfin, le
financement et l’indépendance de l’Académie hongroise des sciences sont menacés.
La Hongrie n’est pas un cas isolé et, si le
projet hongrois est adopté, il fera tache
d’huile. La liberté académique et la légitimité des savoirs universitaires sont en effet menacées dans de nombreuses parties
du monde, en particulier, en sciences
humaines. Partout, comme l’a montré le
colloque Perilous Knowledge. Gender and
Sexuality Scholars at Risk in Europe, les
études de genre payent un tribut élevé.
Ainsi, les programmes d’enseignement sur
le genre ont quasiment disparu en Pologne
ou en Russie et n’ont jamais véritablement
existé en Italie. Le gouvernement polonais
a demandé aux universités de produire des
listes de chercheur·e·s. Des militant·e·s
d’extrême droite menacent la tenue d’événements scientifiques, harcèlent voire menacent l’intégrité physique de collègues.
Internet est devenu un lieu dangereux pour
les chercheur·e·s ; l’effigie de la philosophe
Judith Butler a même été brûlée en place
publique à São Paulo. Les revues en études
de genre peuvent être retirées des classements qui conditionnent les carrières
scientifiques et, à l’instar de ce qui s’est
passé en région Ile-de-France, des programmes de recherche sont définancés.
Enfin, des campagnes médiatiques et politiques ont été observées dans de nombreux
pays et certains régimes comme la Turquie
Des militants d’extrême
droite menacent
la tenue d’événements
scientifiques, harcèlent
voire menacent l’intégrité
physique de collègues;
l’effigie de la philosophe
Judith Butler a même été
brûlée en place publique
à São Paulo.
CHEZ POL
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persécutent activement, poursuivent voire
emprisonnent des chercheur·e·s, dont
beaucoup travaillent sur le genre.
En France, les partisan·e·s de la Manif pour
tous n’ont cessé d’attaquer la soi-disant
«théorie du genre». Cette «théorie» constituerait la matrice intellectuelle des réformes éthiques qu’ils combattent, ainsi qu’un
complot sournois ourdi par les féministes,
les militant·e·s LGBTI et les chercheur·e·s
en études de genre. Dans ce cadre, les études de genre sont dénoncées comme une
entreprise idéologique totalitaire, un projet
politique, une tentative de prise de pouvoir
de la part de minorités malfaisantes et le
projet insidieux d’élites dépravées.
De telles mobilisations se retrouvent
aujourd’hui dans toute l’Europe, ainsi que
dans d’autres parties du monde comme l’Amérique latine. Il s’agit historiquement d’un projet catholique, né au milieu des années 90,
pour contrer les avancées des conférences
onusiennes du Caire et de Pékin. Inspiré par
les théories gramsciennes de l’hégémonie, il
vise à subvertir le sens de certaines notions en
se les réappropriant et accorde une place importante aux idées et à la construction des savoirs. En témoignent tant les propos du pape
François dénonçant le genre comme une entreprise de «colonisation idéologique» que les
tentatives de Marion Maréchal – Le Pen ou
Steve Bannon de créer des institutions d’enseignement supérieur alternatives.
Si ce projet est né au Vatican, il séduit
aujourd’hui une multitude d’acteurs, du
Kremlin à la Maison Blanche en passant par
les évangélistes latino-américains, l’extrême droite brésilienne ou allemande et
les Eglises orthodoxes russe, bulgare ou
roumaine. Ce constat pose une question
fondamentale : pourquoi le «genre» occupe-t-il une place si importante dans les projets populistes et extrémistes actuels ?
D’une part, il s’agit d’un signifiant vide qui
peut s’inscrire dans des projets politiques et
idéologiques variés et s’alimente de peurs
qui varient selon les contextes. Cette plasticité constitue sa principale force et la raison
pour laquelle, comme l’ont développé
Andrea Peto, Eszter Kovats et Weronika
Grzebalska, il permet des alliances entre
des acteurs hétérogènes. D’autre part, dans
un monde pluriel et mouvant, l’ordre supposé des sexes et des sexualités est devenu,
comme la nation, un symbole de stabilité.
Coexistant souvent avec des attaques
contre la «pensée 68», le cosmopolitisme
européen ou l’islam, l’opposition au
«genre» témoigne de la recherche de vérités
absolues et de la nostalgie d’un monde
perdu. Des certitudes que les études de
genre contribuent à ébranler… •
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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u 21
Des manifestants contre
la nomination de Brett
Kavanaugh à la Cour
suprême, à Washington,
le 24 septembre.
PHOTO DREW ANGERER.
GETTY IMAGES. AFP
De #MeToo à #WhyIDidntReport,
ce que dit l’affaire Kavanaugh
A
lors qu’une ex-camarade
d’université, Deborah
Ramirez, impute à son
tour à Brett Kavanaugh, le candidat de Donald Trump à la Cour
suprême, une agression sexuelle
lors d’une soirée étudiante,
Christine Blasey Ford, qui l’accuse de tentative de viol pendant
leurs années de lycée, pourrait
être auditionnée par la commission juridique du Sénat cette
semaine. Cette audition promet
d’être difficile pour la professeure de l’université Palo Alto. La
semaine dernière, Trump s’est
lui-même étonné, dans un tweet,
qu’aucune poursuite n’ait été entamée alors, si les faits sont réels.
Ce tweet en a immédiatement
déclenché des dizaines de milliers d’autres, accompagnés du
hashtag #WhyIDidntReport,
expliquant ce que les spécialistes
décrivent: la peur, la honte, la
culpabilité, la volonté d’oubli
poussent la grande majorité des
victimes à se taire. Bob Woodward, dans son livre Fear, rapporte ce conseil que Donald
Trump donne à l’un de ses proches accusé de violences sexuelles: «Il faut nier, nier, nier, et faire
reculer ces femmes. Si tu admets la
moindre chose, la moindre culpabilité, tu es un homme mort!»
Cet affrontement via Twitter
illustre la lecture qui doit être donnée à l’affaire Kavanaugh : celle de
la cristallisation du face-à-face entre une Amérique qui entend la voix
des femmes et une Amérique qui y
résiste. Depuis les Women’s March
de janvier 2017 et ses «pussy hats»
jusqu’à #MeToo et l’affaire Weinstein il y a un an, une dynamique
s’est enclenchée. Outre les mobili-
sations de rue et sur les réseaux sociaux, elle a donné lieu à un nombre
record de candidates aux élections
de mi-mandat du 6 novembre et
même si une partie ne passera pas
les primaires, même si beaucoup ne
sont pas en position éligible, les
femmes investissent, cette année,
massivement la sphère politique et
poussent l’agenda vers la gauche.
De l’autre côté, les dénégations
de Kavanaugh et de ses partisans
concernant l’accusation de Ford
sont aussi, et surtout, le déni
d’une réalité : aux Etats-Unis,
l’impunité pour des faits de violences contre les femmes, et en
particulier de violences sexuelles, ne passe plus. C’est ce déni
qui risque de coûter cher aux
républicains. Dès le 6 novembre
si Kavanaugh est confirmé d’ici là
par le Sénat, pour les élections de
2020 s’ils passent en force pendant la session dite lame duck
(«canard boiteux») qui qualifie la
période entre les Midterms et la
prise de fonction des nouveaux
congressistes en janvier, si le
Sénat bascule côté démocrate.
C’est pourquoi le refus des soutiens de Kavanaugh de lier cette
affaire au contexte de #MeToo est
une erreur d’appréciation. N’y
voir qu’une récupération des
démocrates pour bloquer la
nomination d’un juge conservateur à la Cour suprême s’apparente à un aveuglement. Le message envoyé aux femmes pourrait
être vu comme insultant et mobiliser un «vote féminin» contre les
candidats républicains.
L’establishment républicain et le
président Trump choisiront-ils
l’électorat droitier? Les ultras estiment que la non-confirmation de
Kavanaugh occasionnerait une démobilisation de leurs sympathiPar
MARIE-CÉCILE
NAVES
DR
Avec le nouveau
hashtag «pourquoi
je n’ai pas porté
plainte», des victimes
d’abus sexuels
témoignent des
raisons de leur
silence. C’est ainsi
que Christine Blasey
Ford n’attaque
qu’aujourd’hui
le candidat de Trump
à la Cour suprême.
La fin d’une époque ?
Politologue, auteure de «Trump,
la revanche de l’homme blanc»
(Textuel, 2018).
sants le 6 novembre, avec comme
perspective la perte du Sénat et celle
de voir s’envoler tout espoir qu’un
des leurs soit nommé à la Cour
suprême pendant plusieurs années.
De fait, l’enjeu est énorme pour
les conservateurs: s’il est
confirmé à la plus haute juridiction du pays, Kavanaugh, âgé
de 53 ans, y siégera à vie. Après la
nomination de Neil Gorsuch
en 2017, la Cour disposera d’une
majorité conservatrice, et ce sont
les droits des femmes, des LGBT
mais aussi des minorités ethniques qui sont menacés. Or, que
Kavanaugh ait été choisi par des
lobbys ultra-conservateurs afin de
limiter les droits des femmes pose
particulièrement question au vu
des accusations dont il fait l’objet.
La première réaction des partisans de Kavanaugh a été de mettre en cause la parole de Ford.
Ont suivi des arguments selon
lesquels les agressions sexuelles
font partie d’une certaine culture
(potache), ce qui en minimiserait
la portée. Après que la ministre
de l’Education, Betsy DeVos, a
annoncé vouloir mettre un terme
aux procédures visant à protéger
les victimes présumées de violences sexuelles sur les campus,
que Barack Obama avait mises en
place, la suspicion vis-à-vis des
victimes et le principe d’impunité des agresseurs apparaissent
comme la ligne de la Maison
Blanche et du Grand Old Party.
Or, l’affaire Ford-Kavanaugh a un
précédent : celui du juge
Clarence Thomas, accusé en 1991
par une ex-collègue, Anita Hill,
de harcèlement sexuel. Anita Hill
avait été auditionnée par le Sénat
et soumise à des questions difficiles et intrusives, et Clarence
Thomas avait été confirmé à la
Cour suprême, où il est toujours
en fonction. Mais, comme l’a
montré Eric Fassin, les affaires
sexuelles ont, depuis, quitté la
sphère de l’intime et ont trouvé
une nouvelle grille de lecture
dans l’espace public : elles sont
devenues politiques. Le témoignage de Hill et la nomination de
Thomas avaient conduit à l’arrivée d’un nombre record de femmes au Congrès lors des élections
de 1992. L’histoire se répétera-telle le 6 novembre ?
Alors que l’électorat féminin
démocrate blanc et diplômé du
supérieur est déjà mobilisé contre
Trump, est-ce que l’affaire Kavanaugh amplifiera cette tendance
avec d’autres catégories sociologiques d’électrices? Le fossé,
immense, entre les votes féminin
et masculin pour ou contre
Trump, pourrait encore se creuser. Avec la présidentielle de 2020
en ligne de mire. •
22 u
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
IDÉES/
LA CITÉ DES LIVRES
Par
LAURENT JOFFRIN
Les dangereux affects
de Chantal Mouffe
tut central dans l’analyse des rapports de force entre dominants et
dominés. S’inspirant des réflexions de Gramsci, le dirigeant
communiste italien hétérodoxe
emprisonné par Mussolini, elle
pense que le changement politique
et social suppose la conquête préalable d’une «hégémonie» intellectuelle et culturelle, à travers une
lutte autonome qui n’est pas la
e livre est un manuel: celui simple dérivée des rapports de
du parfait petit Mélenchon. production. Rejetant «l’éconoSous une forme résumée et misme» de la pensée marxiste trapédagogique, on y trouve le raison- ditionnelle, elle se concentre sur la
nement théorique et pratique qui lutte idéologique et politique, qui
sous-tend la stratégie de La France forme un champ largement indéinsoumise (LFI). Philosophe poli- pendant des antagonismes de
tique, professeure à l’Université de classe. Il ne s’agit plus de mobiliser
Westminster à Londres, Chantal les seules classes exploitées, mais
Mouffe est la principale théori- de «construire un peuple» autour
cienne du «populisme de gauche». d’une «radicalisation» de la démoAvec son compagnon Ernesto La- cratie. Ce peuple divers, issu de
clau, universitaire post-marxiste conflits hétérogènes, trouve son
argentin (aujourd’hui décédé), elle unité dans la désignation d’un ada longuement étudié les mouve- versaire commun, la mince élite
ments populistes d’Amérique la- du savoir et de l’argent, qu’on aptine, le péronisme notamment. pelle «l’oligarchie», qui organise à
Leur livre commun, Hégémonie et son profit le processus de mondiastratégie socialiste, a servi de base lisation libérale contre laquelle se
théorique au mouvement espagnol dressent les autres citoyens. On
Podemos, dont La France insou- débouche ainsi sur un «populisme
mise s’est largement inspirée.
de gauche», qui se reconnaît dans
Se dégageant du marxisme, elle es- des mots d’ordre simples de rejet
time que le mouvement socialiste du pouvoir en place – le «dégane peut plus se fonder principale- gisme»– et place sa confiance dans
ment sur la traduction politique un leader charismatique dont le
des intérêts «objectifs» de la classe discours mobilise, plus que les raiouvrière, position qu’elle juge «es- sonnements moraux ou l’exigence
sentialiste». D’abord
d’une société plus
parce que la consjuste, les affects des
cience politique des
classes populaires.
exploités ne dérive
D’où le soutien de Lapas mécaniquement
clau au péronisme,
de leur position de
type même du popuclasse ; ensuite parce
lisme latino-amérique les nouveaux
cain, ou celui de
«mouvements soChantal Mouffe à Paciaux» apparus dans
blo Iglesias en Espales années 60 et si
gne ou Jean-Luc Méprésents aujourd’hui,
lenchon en France.
lutte des femmes, des
Contrairement aux
homosexuels, luttes
CHANTAL MOUFFE
thèses défendues par
écologiques, etc. ne
POUR
Rawls ou Habermas,
sont pas le produit,
UN POPULISME
l’action démocratique
même indirect, de la
DE GAUCHE
ne consiste pas à troulutte des classes, qui
Albin Michel,
ver la «bonne poliperd de ce fait son sta136 pp., 14 €.
tique» par la délibéra-
La philosophe prône
un populisme
de gauche, fondé
sur la conquête de
l’hégémonie culturelle
et la construction d’un
peuple. Une idéologie
qui frôle la démagogie ?
C
tion rationnelle et publique, mais
à jouer sur l’antagonisme irréductible qui préside à toute politique, tel
qu’il a été défini par Carl Schmitt,
penseur allemand pour qui toute
vie publique se caractérise par la
définition d’une frontière entre
amis et ennemis. L’ennemi
d’aujourd’hui est ainsi incarné par
les «un pour cent» de la population
qui dominent le processus de mondialisation, et les «amis» par tous
ceux qui, à des titres divers, sont
les victimes du même processus et
se reconnaissent comme alliés au
fil du combat politique.
Les esprits chagrins remarqueront
que Schmitt fut un des principaux
théoriciens du régime hitlérien, et
que l’ennemi de l’époque, étaient
ceux que les nazis désignaient
comme les responsables des malheurs du peuple allemand, au premier rang desquels ils plaçaient la
communauté juive. Léger problème d’image, que Mouffe
contourne en précisant bien
qu’elle conçoit le combat politique
dans le cadre institutionnel des démocraties libérales, dont elle ne
souhaite en rien s’affranchir. Elle
remplace seulement «l’antagonisme» entre amis et ennemis de
Schmitt, qui conduit à la violence,
par «l’agonistique», qui sépare
deux adversaires civilisés, qui
acceptent le socle des libertés
publiques et du régime représenta-
tif propre aux démocraties.
Ce qui laisse entiers deux problèmes. Mouffe rejette d’abord,
comme Mélenchon ou Iglesias, la
gauche réformiste et institutionnelle, à qui elle reproche son ralliement, réel ou supposé, au néolibéralisme. Mais elle fait néanmoins
l’éloge de la social-démocratie
européenne pour son action réformatrice au moment des Trente
Glorieuses ou bien sous la présidence de François Mitterrand.
Toujours ce retard à l’allumage de
la gauche radicale, qui dénonce le
«réformisme» de la gauche démocratique quand elle gouverne, mais
s’aperçoit, vingt plus tard, que les
réformes qu’elle a mises en œuvre
sont précieuses aux classes populaires. Jaurès, Blum, Mendès, Mitterrand, Jospin ont tour à tour été
soumis à ce régime contradictoire,
cloués au pilori par la «vraie gauche» pendant qu’ils agissent, changés en icônes quand ils ont disparu
de la scène.
La mobilisation des «affects» populaires, ensuite, débouche sur
une configuration dangereuse. En
mettant au rancart la délibération
rationnelle, l’examen honnête des
contraintes du gouvernement,
l’éthique minimale du combat politique issu des Lumières, le populisme, serait-il de gauche, frôle
sans cesse la démagogie pure et
simple. On met en avant des mesu-
L'ŒIL DE WILLEM
res économiques qui ignorent
volontairement toute limite financière, tout souci de l’équilibre monétaire : c’est ainsi que le chavisme, ce populisme vénézuélien,
a conduit son pays à l’abîme. On
désigne comme ennemie l’Union
européenne et on s’aperçoit au
plus fort de la crise que l’Europe
est finalement un moindre mal en
regard de la dureté des marchés financiers: c’est ainsi qu’Aléxis Tsípras fait voter un référendum hostile à l’Union pour se rallier en
vingt-quatre heures à un compromis avec la même Union, à l’inverse exact du souhait exprimé par
son peuple. Les «affects», en effet,
ne sont pas toujours progressistes.
S’ils se tournent, comme
aujourd’hui en Europe, contre les
migrants ou contre la minorité
musulmane, faut-il les suivre ?
Jean-Luc Mélenchon en éprouve
aujourd’hui les contradictions
quand il veut prendre en compte
l’inquiétude des classes populaires
face à l’immigration: il est aussitôt
mis au banc des accusés par une
partie de la gauche. Au bout du
compte, dans la locution «populisme de gauche», le populisme
tend souvent à l’emporter sur la
gauche. Au nom des «affects», du
«charisme», et du «dégagisme»,
on fait sortir le djinn de la lampe.
On ne sait plus, ensuite, comment
l’y faire rentrer. •
D
ans son avis rendu mardi, le
Comité consultatif national
d’éthique se prononce en faveur de l’ouverture de la PMA aux
couples de femmes et aux femmes
seules (lire pages 2 à 5). Le législateur doit-il suivre cet avis? Oui. Depuis la loi de 2013 qui permet le mariage et l’adoption aux couples de
même sexe, la tendance va dans le
sens d’un accès à la PMA aux couples de femmes homosexuelles. L’argumentaire est fondé sur la constatation qu’avoir deux parents,
fussent-ils de même sexe, constitue
une sécurité pour l’enfant, notamment en cas de divorce ou de disparition d’une des deux mères.
Psychanalyste et juriste souvent
consultées sur ce point, nous
avons depuis longtemps abondé
dans ce sens. Nous étions plus réticentes sur l’accès à la PMA pour
les femmes célibataires. Mais
tant la clinique analytique que
l’évolution de la société nous ont
amenées à modifier notre position. On remarque en particulier
que nombre de femmes seules
recourent à la PMA parce qu’elles
n’ont pas trouvé «à temps» (l’horloge biologique tourne vite) le
«bon compagnon» susceptible à
leurs yeux d’être le père de leur
enfant. C’est donc souvent par
défaut que ces nouvelles mères
célibataires choisissent la PMA
avec des dons de gamètes. Une
constatation étayée par des études sociologiques récentes ; la clinique fournit par ailleurs de
nombreux exemples de ces récentes familles recomposées.
Dans son avis rendu mardi, le Comité consultatif national d’éthique se prononce en faveur de la
levée de l’anonymat des futurs
donneurs de sperme, pour les enfants issus de ces dons. Le législateur doit-il suivre cet avis? Oui.
Un recul de vingt-cinq ans permet
de constater qu’avoir été conçu
sans père par PMA avec un don de
sperme est une «atypie de conception» qui figure parmi bien
d’autres atypies que l’on rencontre de nos jours. Et tant l’expé-
rience clinique que les études
étrangères montrent clairement
que cette particularité ne préjuge
en rien de l’avenir psychique des
enfants conçus ainsi. En forçant
un peu le trait on pourrait même
avancer –dans le cas des couples
de femmes– que l’absence de
père par défaut n’est ni de
meilleur ni de pire augure que
l’absence de père en raison de la
volonté clairement exprimée de
certains couples lesbiens de se
passer d’un homme.
Ainsi le «nerf de la guerre» du
recours à la PMA pour tous ne
vient nullement du choix d’objet
sexuel des parents, qu’ils soient
célibataires ou en couple, hétéro
ou homosexuels. Le principe de
réalité renvoie au fait qu’un être
humain est toujours conçu par un
homme et une femme, fût-ce par
leurs seuls gamètes dans le cas de
la PMA où la circulation de ces
gamètes entre sujets est organisée
par la médecine dans le cadre
d’un eugénisme tranquille.
Gamètes que –pour ce faire– la
loi a rendus anonymes, détachés
des personnes qui en ont fait don.
Persévérer dans cette pratique
sans traiter du statut des personnes conçues ainsi aboutirait à
répéter, générations après géné-
Ce serait
une impasse
qu’emprunterait
le Parlement
s’il votait une demimesure consistant
à ouvrir la PMA
aux couples
de femmes tout
en maintenant
le prétendu
«principe éthique»
du don anonyme.
rations, les souffrances inutiles
d’adultes –pères et mères de famille souvent– liées au refus que
l’institution oppose depuis des
décennies à leur demande de
connaître leur part d’hérédité du
côté paternel. Interdire à une personne majeure qui a été conçue
par don de gamètes –sous la houlette de la médecine et grâce à
elle!– d’accéder à la connaissance
de celui qui a contribué à sa conception relève d’une vue à très
court terme; et d’une absence totale d’empathie, particulièrement
pénible pour les sujets concernés.
Un aménagement possible de la
loi est souvent mal compris par
nos concitoyens : il ne s’agit aucunement de supprimer l’anonymat entre donneurs et receveurs
lors de la conception (contresens,
savamment entretenu par certains). Le véritable enjeu consiste
en réalité à compléter le système
légal actuel en permettant aux
adultes conçus par dons de connaître la totalité de leur histoire.
Narration propre à chacun qui
inclut, par définition même, un
tiers, le donneur de gamètes, protagoniste lui aussi de cette nouvelle façon de faire famille et qui
doit être situé à sa juste place
dans l’arbre de la transmission.
Il s’agit alors d’indiquer à ce dernier (ainsi qu’à sa compagne si
c’est le cas) qu’en faisant don de
ses gamètes, il s’engage à ce que
l’enfant conçu grâce à lui puisse
éventuellement connaître son
identité à partir de sa majorité.
Nul n’est au demeurant obligé de
faire ce type de don qui implique
toute une descendance, à la différence du don de sang ou d’un don
d’organe.
Cette désinvolture institutionnelle, reconduite décennie après
décennie et combinée à une absence de pédagogie s’avère finalement contre-productive. Car
pour contrer l’argument utilitariste fréquemment avancé selon
lequel toute brèche dans l’anonymat entraînerait une baisse du
nombre de donneurs, il suffit de
se référer à l’expérience des nombreux pays – dont la Grande-Bretagne – qui ont montré qu’une
meilleure compréhension de la
dynamique du don et du contredon permet d’augmenter le nombre de donneurs et de mieux
satisfaire ainsi à la fois l’offre et
la demande.
Ce serait une impasse qu’emprunterait le Parlement s’il votait
une demi-mesure consistant à
ouvrir la PMA aux couples de
femmes tout en maintenant le
prétendu «principe éthique» du
don anonyme. A l’occasion de la
révision de la loi, nous demandons instamment, tant comme
juriste que comme psychanalyste, que dans tous les cas de
PMA avec dons (et quel que soit
l’individu receveur, marié ou
célibataire, hétéro ou homosexuel, femme ou homme), le
donneur de gamètes fasse un don
«ouvert». C’est-à-dire qu’il soit
traité comme un sujet humain
qui a posé un geste motivé par
des raisons personnelles, au-delà
de la seule générosité. Et non
comme un simple pourvoyeur
d’un matériel biologique.
Ce prérequis n’a rien à voir avec
ce qu’on nomme «double guichet» (vocable administratif peu
engageant… qui prévoit que les
parents receveurs choisissent à la
conception de leur enfant ce
qu’ils pensent être le mieux pour
son avenir et celui de sa descendance !). Rien à voir non plus avec
une possible transmission de
renseignements seulement
médicaux à l’enfant devenu
majeur, ce qui ne correspond
guère à ce que demandent ces
jeunes.
Deux «fausses bonnes idées» qui
risquent cependant de se retrouver dans la loi à venir. Est-il trop
tard pour dissiper ces malentendus tant auprès des décideurs
que des sujets concernés?
Souhaitons que ce ne soit pas
le cas. •
Par
GENEVIÈVE
DELAISI DE
PARSEVAL
Psychanalyste
VALÉRIE
DEPADT Maître de
et
conférences en droit privé.
Auteures du rapport Terra Nova
«Accès à la parenté», 2009.
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
DR
Ouvrir la PMA à tous,
en toute transparence
Après l’avis rendu mardi par le Comité
d’éthique, le véritable enjeu de la révision
des lois de bioéthique est de permettre aux
adultes conçus par dons de gamètes d’accéder
à la connaissance de celui qui a contribué
à sa conception. Au Parlement de suivre…
u 23
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DR
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
24 u
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
CULTURE/
NEWYORK1960
Protest songs
et dents longues
Passionnant et
riche en anecdotes,
«Positively 4th Street»,
de David Hajdu,
détaille l’amitié
teintée de rivalité
entre Bob Dylan
et Richard Fariña,
figures montantes
de la scène folk des
années 60. Et leurs
amours intéressées
avec les sœurs
Mimi et Joan Baez.
Par
PHILIPPE GARNIER
P
Bob Dylan et Joan Baez à Londres, en avril 1965. PHOTO12
ositively 4th Street est ce miracle de livre
qui parvient à être frais et surprenant
sur un sujet rebattu : la scène folk à
New York au début des années 60. Non seulement David Hajdu offre un parfait travail de
synthèse vivant et détaillé, mais il privilégie
très vite un quatuor improbable, ciblant la rivalité entre deux artistes amis, Richard Fariña
et Bob Dylan –leurs ambitions dévorantes et
leurs vues prédatrices sur la dynastie régnante du folk, Mimi et Joan Baez.
Pour Dylan, Fariña incarnait tout ce qu’il
n’était pas encore: beau, charmeur, sûr de lui.
Il était l’Ecrivain, copain de Pynchon, étudiant à Cornell quand Nabokov y enseignait.
Cocktail génétique imparable (cubano-irlandais), Fariña était à la fois charmant et irritant. Encore plus pique-assiette que Dylan,
il réussissait toujours à se faire inviter dans
des appartements plus enviables que ceux
que Dylan évoque de façon si précise dans
Chronicles, Vol. 1, premier volet de son autobiographie. Les cheveux en bataille et l’air
perpétuellement tombé du lit, Fariña sera un
modèle, plus tard, quand Dylan abandonnera
le jean et le blouson pour se dandyfier. Mais
quand les deux se rencontrent sur une plage
en 1961, la première chose dont ils discutent,
c’est de Buddy Holly. Et Fariña de remarquer
que ce qu’il manque à toute cette musique
folk, c’est «the beat», et qu’il aspire plus à une
sorte de «boogie music». Dylan n’est pas encore prêt à mettre ces idées à profit, mais
quand il le fera, le monde changera avec lui.
Pour autant, tout en remaniant ad nauseam
son roman, le bien nommé Been Down so
Long It Looks Like Up to Me, Fariña lorgnait
du côté de la musique, qu’il voyait comme
plus immédiatement gratifiante. Ou du
moins la notoriété qu’elle apportait. Car c’est
cela qu’il recherchait désespérément. Et tout
comme Dylan s’est servi de Joan Baez pour
s’ouvrir le circuit des concerts, Fariña n’a pas
mis longtemps à mettre son plan en œuvre.
D’abord, il emballe la belle Carolyn Hester, la
chanteuse texane pour qui tout le monde en
pince dans le Village, et première chanteuse
folk signée par Columbia (Dylan joue de l’harmonica sur trois morceaux et devra attendre
pour que John Hammond lui donne sa
chance). En épousant cette égérie, Fariña s’assure ses entrées dans le show-business. Il
commence à manager sa femme, puis à lui
disputer les projecteurs.
TABLEAU DE CHASSE
David Hajdu raconte cet épisode fou, la première visite de Dylan à Londres en privé, où
il écume les temples du folk comme le Troubadour ou Dobell’s pour récolter des chansons traditionnelles. Il se fait rembarrer par
toute la clique londonienne. Au même moment, Fariña et Eric von Schmidt se la jouent
dans une superbe maison de millionnaire
écossais (avec majordome invisible), et non
seulement se produisent au Troubadour,
mais enregistrent aussi dans le sous-sol de
Dobell’s pour le label confidentiel Folklore.
Fariña, qui sait à peine jouer de quoi que ce
soit, jette son dévolu sur le dulcimer, le plus
facile à apprendre, mais il s’en sert vite
comme d’un instrument de percussion. Lorsqu’il termine son court set en matraquant Oh,
Boy de Buddy Holly en tenant son dulcimer
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u 25
Richard Fariña,
Joan Baez et sa
sœur cadette, Mimi,
épouse du chanteur,
au Newport Folk
Festival (Rhode
Island), en juillet 1965.
PHOTO DAVID GAHR.
GETTY IMAGES
comme une guitare, les Anglais ne savent plus
s’ils doivent rire ou huer. Mais c’est une vraie
déclaration d’intention: «All my life I’ve been
a-waitin’», «You don’t know what you’ve been
a-missin’…» Plus piquant encore, Dylan
jouera de l’harmonica sur le disque de Fariña
et Von Schmidt, même si plus tard Albert
Grossman leur interdira de divulguer son
nom sur la pochette.
L’ambition et le cynisme de Fariña sont bientôt si patents que Carolyn Hester s’envole vite
au Mexique s’acheter un divorce express.
D’autant que son mari courtise déjà avec dévotion la sœur cadette de Joan Baez, Mimi,
jusqu’ici couvée par sa famille à Paris, et à distance par Joan. Les parents voient bien son
petit jeu, mais Fariña se révèle irrésistible, et
malgré l’opposition de la grande sœur, en
août 1963 Richard épouse l’à peine nubile
Mimi (qu’il épelle de façon révélatrice
«MeMe» dans ses lettres aux copains pour annoncer le tableau de chasse). Pynchon sera
son témoin.
Quand il s’agit de trouver un label pour leur
duo (Mimi et Richard Fariña, vite changé en
Richard et Mimi), Richard pense aussitôt à
CBS, et à Grossman comme manager. Joan
Baez, qui a déjà perdu une bataille, ordonne
à Mimi d’enregistrer chez Vanguard, son label, et de laisser les négociations à son propre
manager. Mais pour ses proches, il n’y a
Les cheveux en bataille
et l’air perpétuellement
tombé du lit, Fariña
sera un modèle,
plus tard, quand
Dylan abandonnera
le jean et le blouson
pour se dandyfier.
– prose-poèmes et bribes qu’on retrouvera
sur des dos de pochettes ou, bien plus tard,
dans son Tarantula. Parce que, bien sûr,
Bobby a battu son copain Dick sur la ligne en
signant un contrat d’édition avant lui –même
s’il ne publiera ce livre bien inférieur que
bien plus tard, et après lui. Note amusante :
il propose au directeur de collection chez
Macmillan d’appeler ça Side One, comme
quarante ans plus tard il nous donnera ses
Chronicles, Vol. 1 (bonjour pour le second
tome, toujours attendu.)
aucun doute quant à savoir qui porte la culotte : Fariña ouvre le courrier de sa jeune
épouse, et y répond le plus souvent.
Joan, pour sa part, a laissé sa méfiance au
vestiaire et ouvert son cœur et sa maison de
Carmel à Dylan, l’affabulateur congénital
qu’elle trouvait impossible, voire ridicule,
quand elle le voyait traîner dans les clubs du
Village ou de Boston. Là encore, les parallèles
sont frappants: alors que Fariña s’impose en
se montrant très créatif musicalement, Dylan
est en rupture de ban avec un mouvement
qui l’assomme – fini les chansons qui montrent du doigt : «Je n’ai que cinq doigts»,
raille-t-il maintenant. Durant les six mois
qu’il passe chez Joan Baez en Californie, il ne
fait pratiquement qu’écrire «sérieusement»
Sur près de 400 pages passionnantes et incroyablement informées, Hajdu couvre toutes les bases, certaines connues (le mythe du
rejet à Newport des trois chansons jouées par
Dylan avec un groupe de rock électrique),
d’autres encore inédites. Dylan lui-même admettra s’être mal conduit envers Baez. Il y a
eu intérêt mutuel, certes : avant Dylan, la
«reine du folk» n’était qu’une chanteuse de
chansons traditionnelles sans coloration ni
intérêt politiques. Dylan redonne du jus à son
répertoire. En échange de quoi elle lui fournit
une exposition inespérée (encore que mal accueillie) en concert. Et Hajdu ne gomme pas
non plus une histoire d’amour qui a réellement existé. C’est la lente et longue rupture
qui fait plus désordre. De son propre aveu,
LENTE RUPTURE
elle n’aurait jamais dû accepter le long calvaire de la tournée anglaise de 1966, celle du
film Don’t Look Back. Elle croyait encore au
renvoi d’ascenseur. Hajdu cite Robert Van
Dyke, qui faisait le son pour le réalisateur,
D.A. Pennebaker: «Dylan lui criait dessus et
l’insultait si fort qu’il crachait presque sur elle.
Je devais couvrir le micro pour le protéger des
postillons.»
Le 30 avril 1966, alors que Dylan visite le chateau de Hamlet au Danemark durant sa tournée électrique avec le Band, Richard Fariña
meurt à 29 ans d’un accident de moto, après
une signature à Carmel pour son roman tout
juste publié, et le jour des 21 ans de Mimi.
L’épisode est un roman en soi, formidablement raconté par Hajdu, et vaut à lui seul
l’achat du livre – qui, avec son récit fluide et
ses sources inédites (l’édition américaine date
de 1996), vaut beaucoup plus encore. En fait,
il répare un peu les aléas du destin : juste
avant de mourir, Fariña avait décrit à Random
House ce que serait son prochain livre. Des
mémoires de son expérience avec Mimi, Joan
Baez et Bob Dylan. •
POSITIVELY 4TH STREET
de DAVID HAJDU
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Paul Simon Bouffartigue,
Sonatine Editions, 448 pp., 23 €.
26 u
LIBÉ.FR
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Polémique La BD Petit Paul de Bastien Vivès, publiée chez
CULTURE/
Glénat dans une nouvelle collection cul, a été retirée des ventes par certains libraires sur fond d’accusations de pédopornographie. «Présenté comme un livre humoristique, mais se voulant excitant car
basé sur ses fantasmes, Petit Paul montre les péripéties d’un enfant de 10 ans avec
un énorme pénis que vont utiliser bon gré mal gré les femmes de son entourage»,
dénonce une pétition. «Aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer,
cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineur de quelque manière que ce soit», répond Glénat.
La femme à l’origine
du monde
La modèle du
tableau de Courbet
a été identifiée dans
la correspondance
entre George Sand
et Dumas fils.
O
Constance Quéniaux par Nadar, vers 1860. PHOTO NADAR.BNF
ui, la vulve la plus
célèbre de l’histoire
de l’art aurait enfin
un nom et un visage. La directrice du département des
estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, Sylvie
Aubenas, qui signe la postface du livre révélant l’identité de la belle, exposée depuis 1995 au musée d’Orsay
de Paris, emploie même le
présent de l’indicatif: «Nous
avons la certitude à 99% que
le modèle de Courbet était
bien Constance Quéniaux.»
Qui, 110 ans après son décès,
sort donc des limbes.
A l’origine de l’Origine du
monde, illustrissime toile de
Gustave Courbet, dévoilée à
la face ébahie du Tout-Paris
en 1866 et restée très longtemps à l’abri des regards, se
trouve donc une danseuse
de l’opéra qui, à 34 ans (l’âge
auquel elle pose), a raccroché les chaussons depuis
sept ans. Elle est devenue
une des maîtresses du diplomate ottoman –et grand collectionneur d’art – KhalilBey, dont on sait qu’il fut le
commanditaire de la petite
huile sur toile (46×55cm) appelée à faire couler tant
d’encre et de salive.
«Emue et convulsée».
L’Origine du monde, peint en 1866 par Gustave Courbet. PHOTO JOSSE.LEEMAGE
Le tableau, connu pour
avoir aussi appartenu à Jacques Lacan, représente le
sexe à la pilosité fournie
d’une femme «émue et convulsée», selon les mots de
l’écrivain Maxime Du Camp,
matant l’œuvre dans les toilettes du premier propriétaire. Allongée sur un lit,
elle a bien les cuisses grandes ouvertes. On distingue
aussi son ventre et son sein
droit, le gauche étant recouvert par un drap blanc. Mais
quid du visage qu’on attribuait, au gré des spécula-
tions, à Joanna Hiffernan,
modèle irlandais et dulcinée
du peintre, ou Jeanne de
Tourbey, autre conquête de
Khalil-Bey? Hypothèses réfutées par les spécialistes,
jugeant la première trop
rousse pour avoir des poils
aussi sombres, et la seconde, comtesse de Loynes,
un peu trop exposée (son salon littéraire et politique est
très couru), si l’on peut dire,
pour se hasarder à poser de
la sorte.
Or, voici que l’écrivain
Claude Schopp révèle dans
son nouvel ouvrage, l’Origine du monde, vie du modèle (Phébus), en librairie
le 4 octobre, le nom de
Constance Quéniaux. Spécialiste de l’œuvre d’Alexandre Dumas père et fils, lauréat du Goncourt de la
biographie en 2017, Claude
Schopp n’a pas la réputation
d’un bonimenteur. Epluchant la correspondance
entre Dumas fils et George
Sand, l’auteur tombe sur
la transcription dactylographiée d’une lettre de
juin 1871 dans laquelle le
premier critique le communard Courbet: «On ne peint
pas de son pinceau le plus
délicat et le plus sonore l’interview de Mlle Queniault de
l’Opéra, pour le Turc qui s’y
hébergeait de tems en tems,
le tout de grandeur naturelle
et de grandeur naturelle
aussi deux femmes se passant d’hommes.» Schopp
achoppe sur le mot «interview» et file investiguer à la
Bibliothèque nationale où
«le folio 295 du manuscrit
24812» lui révèle qu’il fallait
lire «l’intérieur» (mot souligné qui plus est) et non
«l’interview».
Autre pièce à conviction, révélée par le livre, on découvrira après la mort du modèle inconnu, en 1908, un
tableau de Courbet qui lui
avait été offert soit par le
peintre soit par Khalil-Bey.
Fleurs (1863), la toile en
question, représente un
bouquet avec, au centre,
une plante grasse qui tend
une corolle rouge épanouie
pouvant rappeler l’Origine
du monde. Or, nous précise
Claude Schopp, «il n’y avait
absolument aucune raison
que cette collectionneuse de
croûtes de la fin du XIXe possède un Courbet».
Claude Schopp situe sa découverte à «environ un an,
un an et demi»: «J’étais éberlué d’avoir trouvé sans chercher et me suis senti dans la
position de l’Avare de Molière redoutant qu’on lui vole
sa cassette. J’ai alors vécu
dans l’angoisse car, avant de
révéler mon secret, il me fallait reconstituer le parcours
de cette personne dont on
avait perdu la trace.»
«S’élever par la grâce».
Partie de rien –sa mère illettrée avait signé d’une croix
l’acte de naissance–, Constance Quéniaux gravira les
échelons grâce à la prostitution, avant de se commuer
en philanthrope. Quand sa
carrière, sans grand relief,
de danseuse tourne court,
elle vend ses charmes, mais
devient ensuite une femme
de bien qui côtoie les comédiennes, les danseuses ou
les chanteuses et s’investit
dans l’association l’Orphelinat des arts, qui soutient les
enfants délaissés par leurs
parents artistes.
Séduit, Schopp, qui est remonté jusqu’à sa villa richement meublée de Cabourg,
en Normandie, salue la mémoire d’une femme qui a
réussi «à crever le plafond de
verre des classes sociales en
usant de ses charmes, comme
beaucoup le faisaient à l’époque, avant, à l’inverse de la
Nana perdue de Zola, de
s’élever par la grâce et l’intelligence».
Un bonheur en cachant parfois un autre, on pourra voir
à partir du 16 octobre le visage de Constance Quéniaux dans le cadre de l’exposition photographique
que la Bibliothèque nationale de France va consacrer
aux Nadar, puisque celle-ci
posa aussi, vers 1860, pour
Félix Nadar. Mais habillée.
GILLES RENAULT
CHAQUE MERCREDI
À PARTIR DU 10 OCTOBRE
DeBonneville-Orlandini
© Photo Jérôme Dominé / Abacapress
PARVIENDRONT-ILS À LES RETROUVER ?
DISPONIBLE SUR LE CANAL 24
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Libération Mercredi 26 Septembre 2018
Dans le rôle de Louis XVI, Laurent Laffite est assez fascinant d’ambiguïté. PHOTO JÉRÔME PRÉBOIS
«Un peuple et son roi»,
sans corps ni tête
Après «l’Exercice de l’Etat», Pierre Schoeller a passé sept ans
à se documenter pour mener à bien son grand projet
sur la Révolution française. Son film échoue cependant
à transcender son ambition didactique.
Par
OLIVIER LAMM
L’
histoire est toujours un peu plus compliquée que dans nos souvenirs. Surtout les pans les plus commentés et
discutés par les chercheurs, puis lus et entendus par nous. Fatalement, celui qui s’y plonge
–historien, amateur ou artiste– prend le risque de se trouver «sous l’eau, noyé, épuisé, fou,
schizophrène», des mots choisis par Pierre
Schoeller pour décrire son travail de recherche et d’écriture sur Un peuple et son roi
en 2015, dans un entretien à Libération à propos des «restes» politiques de la Révolution
française. Et le moins que l’on puisse dire est
que le film, sur lequel le cinéaste a travaillé à
tête reposée pendant sept ans, capture absolument cette confusion d’un cinéaste face à
un sujet qui non seulement le passionne, mais
surtout neutralise sa capacité à faire du cinéma. Le projet d’une mise en regard de la Révolution avec notre propre époque en crise
d’insurrection n’était pourtant pas sans lien
avec les films précédents de Schoeller, Versailles (2008) et l’Exercice de l’Etat (2011).
JOYEUX BAGOUT
Sur le papier, Un peuple et son roi dévide les
faits de la première phase de la Révolution,
entre le Jeudi Saint du 9 avril 1789 –quelques
semaines avant la prise de la Bastille – et
l’exécution de Louis XVI (une deuxième partie, théoriquement, devrait se concentrer sur
la Terreur). Le récit régurgité par Schoeller
après compulsation de nombreuses sources
(notamment les ouvrages de Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau ou Arlette Farge)
adopte la forme d’une mosaïque d’anecdotes
«réelles» ou exemplaires de l’histoire telle
qu’elle s’est déroulée, vécue par les membres
d’une communauté de révolutionnaires des
faubourgs (l’oncle verrier, joué par Olivier
Gourmet, et sa femme, jouée par Noémie
Lvovsky, la lavandière Françoise, campée par
Adèle Haenel, et son amant Basile, voleur de
poules incarné par Gaspard Ulliel…), subie
par le roi et débattue dans les rangs de l’Assemblée nationale naissante (dont les rangs
sont squattés par un who’s who du cinéma
français, de Louis Garrel en Robespierre à
Denis Lavant en Marat). Tous agissent et veulent exister à la faveur de saynètes censées
capter l’air du temps et les atermoiements
des forces en mouvement qui ont décidé,
jour après jour, du destin de la Révolution :
les habitants de la ruelle de la Bastille accueillent le soleil sur leur peau et leurs pavés
après que les révolutionnaires ont abattu les
premiers donjons de la prison; Louis XVI reçoit en rêve la visite de ses augustes ancêtres,
Louis XI et Henri IV, venus le gronder; Marat,
une fourrure autour du cou, agite un pistolet
en discourant.
Pourtant malgré la volonté affirmée par
Schoeller de raconter «une révolution à hauteur d’hommes, loins des débats idéologiques», le film n’arrive jamais à décoller de la
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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CINÉMA/
frise entrecoupée de démonstratives éphémérides («1791 : l’insurrection qui vient»),
chaque scène désespérément détachée des
autres et condamnée à l’illustration, à l’édification, ou les deux mêlées. Les acteurs ne
semblent pas en cause, parmi lesquels certains s’emparent même avec un joyeux bagout de leur partition très documentée, à
l’instar de Laurent Lafitte en Louis XVI, assez fascinant d’ambiguïté. Les choix de mise
en scène non plus, qui se refusent obstinément à faire un festin visuel du travail de reconstitution maniaque et jouent en permanence des plans serrés et du hors-champ.
Mais le récit du film, sa construction même,
semblent contraints par la volonté de bien
faire de Schoeller, qui semble tétanisé à
l’idée de déployer l’histoire en une fiction
qui pourrait faire voler en éclats la vérité au
cœur de ses subtilités. Où fabriquer sa fiction précisément, puisqu’on est au cinéma,
et en principe supposé porter cette matière
au-delà de l’enchaînement de chromos pédagos, d’une story Instagram dispendieuse,
d’une bande-annonce à rallonge pour une
série de télévision ?
IMAGES MALADROITES
Toute l’étrangeté d’Un peuple et son roi provient du fait que le film, malgré ses inventions, n’en contient aucune, pas plus qu’il
n’abrite le moindre personnage, la moindre
interaction qui soit plausible, la moindre incarnation. On comprend bien la volonté de
Schoeller de remettre à plat la Révolution, de
la repolitiser en quelque sorte en opposant
les grands mots et les symboles face à la réalité –de quelles libertés, égalités, fraternités
la période 1789-1793 fut elle effectivement le
terreau ? Mais comment expliquer alors
l’étroitesse à l’écran de son petit théâtre
d’idées, brouhaha de commentaires sur l’action politique qui n’aboutit à rien d’autre qu’à
du trépignement ? De la maladresse de ces
images incapables d’aboutir à un quelconque
énoncé ou, pire encore, à celui inverse de celui escompté, telle cette éclaboussure de sang
du roi décapité finissant dans les mains d’un
enfant ? Le ratage de Pierre Schoeller est
d’autant plus déroutant qu’en échouant à apporter un souffle vivant à son projet, il
échoue à faire honneur à sa passion au moins
autant qu’à celles de ses héros, qu’il finit par
abandonner à leur destin quand ils proclament «la liberté ou la mort». •
UN PEUPLE ET SON ROI
de PIERRE SCHOELLER
avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel,
Olivier Gourmet… 2h01.
Ingmar Bergman, l’âme aiguisée
lors d’un show à la télévision
suédoise en 1971, l’autre tournée
peu de temps avant sa mort.
Outre les reprises
en salles de ses films
et la rétrospective
à la Cinémathèque,
un docu dresse le
portrait du Suédois
par le prisme de 1957,
année prolifique.
Parole. Le documentaire ex-
L
ongtemps, Ingmar Bergman fut affublé d’un don
pour saisir l’énigme du
féminin au prétexte que beaucoup de ses films, de Monika à
Persona, de Cris et Chuchotements à Sonate d’automne, sont
des portraits de femme. C’était
l’époque où l’idéologie dominante était essentialiste, et où
l’on aimait penser le grand
maître perché en altitude sur
ses héroïnes mises à nu grâce à
une caméra-microscope qui
saisit «l’âme humaine» que
l’œil seul ne saurait voir – ce
dont Bergman était persuadé.
Par une rétrospective, la Cinémathèque française donne
l’occasion de valider cette théorie ou plutôt de découvrir
autrement les films du génie
suédois, qui aurait eu 100 ans
le 14 juillet.
Non seulement on observe
comment les films résistent au
temps, mais aussi comment ils
se modifient en fonction des
prérequis d’une époque. Persona (1966), qui montre la relation ambiguë et en miroir entre
une actrice saisie de mutisme et
son infirmière, reste intemporel
par la richesse de ses inventions
formelles qui offrent une entrée
directe dans le cerveau des personnages. Il est possible qu’il
n’en soit pas de même pour Sonate d’automne, qui montre la
rivalité entre une mère concertiste écrasante et égoïste et sa
misérable fille sacrifiée, tout
comme Cris et Chuchotements
et sa scène de mutilation
sexuelle –un personnage fémi-
)250$7,21 &217,18(
ŠFROH 6XSªULHXUH GH 5ªDOLVDWLRQ $XGLRYLVXHOOH &OTFJHOFNFOU 4VQÊSJFVS 5FDIOJRVF 1SJWÊ
Ingmar Bergman (à g.) en 1945, sur le toit d’un autobus
lors du tournage de Crise. AB SVENSK FILMINDUSTRI
nin s’introduit du verre dans le
vagin bien avant le personnage
d’Isabelle Huppert dans la Pianiste de Michael Haneke.
Ulcères. L’un des intérêts de
Bergman, une année dans une
vie, le documentaire de Jane
Magnusson, est de montrer que
les figures féminines de Silence
ou de Persona sont d’autant
plus percutantes qu’elles sont
des fragments d’autoportrait,
quoique la concertiste de Sonate d’automne soit elle aussi
une projection du cinéaste
qu’on voit se maudire d’avoir
délaissé ses enfants – «Je ne
peux formuler de regret car il est
inexcusable de faire souffrir à ce
point-là sa famille», dit-il en
substance. Le docu, tenu par
une voix off, se centre sur l’année 1957 où Bergman fut particulièrement prolifique – deux
films, le Septième Sceau et les
Fraises sauvages, un téléfilm,
quatre pièces de théâtre, une
vie privée inextricable, «toutes
les femmes autour de Bergman
sont cette année-là soit en train
d’avorter, soit enceintes, soit en
train d’accoucher», relate la
voix off.
L’année 1957 est choisie comme
le cœur d’une centrale hyperproductive qui permet autant
les retours sur l’enfance et la
formation que les anticipations.
Jane Magnusson pénètre dans
l’intimité de cette centrale on
ne peut plus directement en
ouvrant son film sur l’estomac
du cinéaste dont les brûlures le
ravagent et l’empêchent de dormir après 4h30 tandis que l’angoisse explose. Insomnie, peur
du noir, claustrophobie, jalousie : «J’étais maigre, voûté,
comme une rayure sur un négatif», se souvient le cinéaste. Il
soigne ses ulcères par un régime alimentaire de biscuits
secs –les légumes étant perçus
comme «une menace».
La documentariste a eu accès à
un lot d’archives impressionnant –photos, lettres. Elle organise son film entre entretiens
avec les principaux collaborateurs et comédiennes, les membres de sa famille, les archives,
extraits de film, et deux grandes
interviews du cinéaste, l’une
plore un maximum de facettes
de cette vie, y compris les
moins avouables, montrant
Bergman tyrannique sur les
tournages, terrorisant son
équipe et ses acteurs. Et questionne ses sympathies pour le
régime nazi lorsque, jeune
homme, il est envoyé pour un
séjour scolaire et linguistique
dans l’Allemagne du IIIe Reich.
Bergman, qui ne cache pas cet
épisode, le modifie cependant
dans son autobiographie Laterna Magica, en se rajeunissant de quelques années. Jane
Magnusson montre combien ce
récit ne serait d’ailleurs pas fiable, Bergman s’attribuant entre
autre la place de l’enfant continuellement battu, qui était celle
de son grand frère.
Le montage est particulièrement soigné, la réalisatrice fait
coïncider ses propres questionnements avec des extraits de
films et des documents, et les
entrechoque de manière qu’ils
se contredisent, ou que la parole
d’Ingmar Bergman surgisse
comme la vérité d’un moment
toujours susceptible d’être réajustée.
Qu’est-ce qui cloche, cependant,
dans ce documentaire dense?
La musique accompagnant les
images comme au restaurant ou
dans l’ascenseur. Et l’inutilité
du dernier chapitre consacré à
l’éloge du grand homme –élégie
que le documentaire avait réussi
à éviter jusque-là.
ANNE DIATKINE
Rétrospective à la Cinémathèque
française (75012) jusqu’au 11 novembre, et 20 films repris en salles.
BERGMAN, UNE ANNÉE
DANS UNE VIE
de JANE MAGNUSSON (2 h).
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Libération Mercredi 26 Septembre 2018
CINÉMA/
«Donbass»,
bribes de guerre
Avec une mécanique
implacable, Serguei
Loznitsa enchaîne
les vignettes dans
une région d’Ukraine
déchirée par la violence.
A
travers ses documentaires
et ses fictions, l’infatigable
Ukrainien Sergei Loznitsa
dresse un portrait de la déliquescence de la Russie post-soviétique.
Après Une femme douce l’an dernier
(fiction sur l’épouse d’un prisonnier, confrontée à une bureaucratie
carcérale kafkaïenne) et le documentaire Victory Day (sur des Russes venant célébrer à Berlin la victoire de l’URSS sur l’Allemagne
nazie) présenté cette année à la
Berlinale, voici Donbass. Le titre de
ce quatrième long métrage de fiction désigne la région orientale de
l’Ukraine, déchirée depuis 2014 par
un conflit entre forces gouvernementales et séparatistes pro-russes
soutenus par Poutine. Loznitsa
dit s’être basé sur des événements
et anecdotes du cru, entre 2014
et 2015, pour construire cette série
de vignettes, façon le Fantôme de la
liberté de Buñuel, pour dépeindre
la catastrophe.
Grotesque. Un kaléidoscope où,
en vrac, un politicien se prend un
seau de merde sur la tête, un officiel
corrompu dénonce la corruption
dans un hôpital et un déserteur se
fait tabasser par ses pairs –liste non
exhaustive. Le film s’attarde sur une
histoire pour mieux la quitter en
cours de route et aller ailleurs, et ces
divers personnages, crédités au générique comme «la vieille femme à
l’arrêt du bus», «le type en chemise
blanche», «le maire du village» ou
«la grosse femme», sont en fait secondaires par rapport aux protagonistes réels de Donbass: le chaos et
la confusion. Des cartons nous rappellent que l’on est soit en Ukraine
soit en territoire occupé par les
pro-russes, mais la violence et le
grotesque y sont endémiques: on y
rumine sur la masculinité toxique
pour enchaîner sur une femme militaire humiliant les passagers d’un
bus ou on déroule l’épreuve d’un
pauvre journaliste allemand en reportage et constamment réduit à
l’ancien ennemi nazi par ses interlocuteurs.
La méthode de Loznitsa est, elle
aussi, implacable: les vignettes sont
systématiquement filmées en planséquence et mettent sur les nerfs
(dans le bon sens) le spectateur,
qui doit alors guetter l’escalade de
coups, d’insultes ou la rupture tragicomique, comme dans celle où un
petit patron venu récupérer sa voiture confisquée par l’armée se retrouve plus ou moins dans un nouveau cercle de l’enfer, celui des
téléphones portables, à ajouter à la
liste de Dante. C’est parfois, et for-
Kena (Samantha
Mugatsia) découvre
qu’une autre vie est
possible. PHOTO
MÉTÉORE FILMS
cément, répétitif, insoutenable,
comme lorsqu’un traître désigné est
attaché à un réverbère et jeté à la
longue vindicte publique, mais la
mécanique – Loznitsa a étudié
maths, ingénierie et cybernétique–
vibre d’une énergie irrésistible, impressionnante, qui est aussi celle
d’une histoire russe comme condamnée ad nauseam à copier-coller
une logique de dominant-dominé.
Propagande. Dans tout cela, Loznitsa n’oublie pas sa casquette de
documentariste, puisque ses victimes sont périodiquement filmées
par la télévision ou par des badauds
avec leur téléphone portable, faisant circuler ces images d’une vignette à une autre. Il s’interroge et
interroge avec intelligence ces situations, certes avérées mais constamment menacées par la fiction,
comme lorsque, au milieu de civils
délogés par les pro-russes et réfugiés précaires dans des caves, surgit
de façon improbable une blonde
habillée de manière très chic.
Donbass s’ouvre ainsi sur une séquence où des figurants, maquillés
dans une loge, s’apprêtent à être
filmés sur une scène de guerre
pour un reportage de propagande
pro-ukrainienne façon caméra portée. Au-delà de l’intox, il s’agit du
vieux vertige de la guerre, depuis au
moins la première guerre du Golfe,
dont on ne sait plus si elle existe en
tant que telle ou en tant que représentation. L’illustration glaciale de
l’expression militaire «théâtre des
opérations».
LÉO SOESANTO
DONBASS de SERGEI LOZNITSA
avec Boris Kamorzin,
Valeriu Andriuta… 2 h 01.
Loznitsa s’inspire d’anecdotes du cru, sans cesse menacées par la fiction. PHOTO PYRAMIDE DISTRIBUTION
«Rafiki»,
amours en péché
Décrié au Kenya,
le film de Wanuri
Kahiu dépeint une
société cruelle, prête
à mettre en pièces
un flirt de lycéennes.
A
ussitôt l’annonce faite
par Thierry Frémaux de
la présence en sélection
officielle à Cannes d’un film kenyan, Rafiki, dépeignant une
relation amoureuse entre deux
jeunes femmes, les pleins feux
furent jetés sur le long métrage
de la jeune cinéaste Wanuri Kahiu. La réaction du Kenya Film
Classification Board, qui réglemente entre autres la distribution des films, ne s’est pas fait attendre, annonçant que Rafiki ne
serait pas diffusé dans son pays
d’origine, précisément parce que
la fiction y montrerait l’homosexualité sous un jour favorable.
La réalisatrice a porté plainte
contre cette décision auprès de
la Haute Cour de Nairobi, qui a
finalement autorisé la projection
du film pendant une semaine,
lui permettant ainsi de briguer
une nomination aux Oscars.
«Enfer». La magistrate responsable de cette décision s’est montrée plus libérale que le comité
de censure audiovisuel kényan,
dont le directeur, Ezechiel Mutua, s’est insurgé en affirmant
que «cette tentative de normaliser l’homosexualité, c’est comme
mettre de l’air conditionné en
enfer». Comme une majorité de
pays africains, le Kenya juge illégales les relations LGBT, et le
vice-président, William Ruto,
aime régulièrement rappeler que
«nous ne tolérerons pas l’homosexualité dans notre société, car
cela viole nos croyances religieuses et culturelles».
On comprend que Rafiki, tout
comme Stories of Our Lives de
Jim Chuchu (dont le producteur
avait été arrêté à des fins d’intimidations) en 2014, n’ait guère
plu aux franges les plus réactionnaires du pays, car le film montre à quel point l’amour entre
deux femmes est d’abord nié,
puis collectivement mis en piè-
ces, simplement parce que cela
ne doit pas exister.
Dans un faubourg coloré de Nairobi, Kena (Samantha Mugatsia)
traîne beaucoup avec les garçons
du coin, avec qui elle alterne virées en moto et matchs de foot.
Son regard croise un jour celui
de Ziki (Sheila Munyiva), fille
d’un politicien en campagne, posant en street danseuse affranchie des vénérables codes d’une
société patriarcale qui lui promet
un avenir de femme au foyer et
mère de famille. Soudain, Kena
découvre qu’une autre vie est
peut-être possible, au gré d’un
flirt qui devient aussitôt l’histoire à suivre et à surveiller de
près, aussi bien par les commères du quartier que par les parents des deux lycéennes, qui
semblent, elles, vouloir écouter
leur désir et non la norme.
Frustration. Le film peut sembler maladroit dans la mise en
place presque enfantine du jeu
de séduction entre Kena et Ziki,
mais il se fait nettement plus
précis et cruel quand il décrit la
reprise en main du couple par
tous ceux qui ne supportent pas
qu’elles soient ensembles.
On mesure alors à quel point
cette coalition des différentes
homophobies (au nom de la religion, de la bienséance sociale,
de la crainte de la différence, des
valeurs machistes, etc.) s’alimente au feu d’un consentement commun à la frustration
et à une transmission généreuse
du malheur d’un groupe à
l’autre, d’un individu à l’autre, y
compris évidemment par amour
ou par amitié, ce qui est bien le
pire. Le film capte quelque chose
de cet air vicié de la non-reconnaissance minoritaire qui semble un antidote crucial à la majorité hétéro pour continuer de
respirer librement, et il n’est pas
si fréquent de voir cette étrange
biologie complémentaire saisie
en une courte fiction à la fausse
douceur aguicheuse.
DIDIER PÉRON
RAFIKI de WANURI KAHIU
avec Samantha Mugatsia,
Sheila Munyiva… 1 h 22.
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«I Feel Good» ne fait pas le job
O
bsédé par
l’entreprise en tant
que machine à
concasser les corps et à
aliéner les hommes, le
cinéma de Benoît Delépine
et Gustave Kervern se
devait de mettre au menu
de son jeu de massacre les
aspirations d’une start-up
nation où il suffit de
traverser la rue pour
s’extraire de sa condition
de roi fainéant dopé aux
allocs. I Feel Good laissait
même espérer un effet
défouloir, en concentrant
cette ultracontemporaine
vulgarité quotidienne sur
les épaules d’un homme :
Jacques (Jean Dujardin),
loser patenté, qui se rêve en
patron disruptif et
collectionne les photos de
Bill Gates, Bernard Tapie
ou Vincent Bolloré dans un
album Panini fait main.
Fauché au point de n’avoir
qu’un peignoir chouré à se
mettre sur le dos, le quadra
se réfugie chez sa sœur
Monique (Yolande Moreau
avec dreadlocks), à la tête
d’un Emmaüs du sud de la
France, le temps de se
refaire. La comédie doit
alors fleurir dans le fossé
qui sépare les chimères
grotesques de ce fils de
coco honteux et la vraie vie
des vrais gens qui ont les
pieds sur terre et les mains
dans le cambouis.
Sauf que I Feel Good est un
film maniaque qui répète
inlassablement le même
geste : regarder de très très
près les gueules cassées
du capitalisme – les gros,
les chauves, les édentés,
les ceusses qui ont les
cheveux huileux et des
posters de tigres dans leur
mobile-home – pour mieux
exposer l’absurde
proposition de son
personnage principal, qui
veut rendre les petites gens
beaux en leur refourguant
«Libre» et egos en droits
Le documentaire sur l’action
humanitaire de Cédric Herrou
relègue paradoxalement
les réfugiés au second plan.
L
e 16 septembre, avant la présentation
de Libre à Valence, cinq individus
ont agressé l’agriculteur militant Cédric
Herrou et tenté (en vain) d’empêcher la projection du documentaire. Ne l’ayant très probablement pas vu, ils visaient son sujet (l’aide
aux réfugiés) et le débat qu’il soulève. On peut
condamner sans appel un tel acte, sans pour
autant jouer son jeu en l’inversant, c’est-à-dire
sans défendre aveuglément le film au nom de
la sympathie que nous inspire sa cause.
Pendant trois ans, Michel Toesca a suivi l’action des habitants de la vallée de la Roya qui
ont accueilli des réfugiés lors de leur passage
de l’Italie à la France, palliant ainsi les manquements de l’Etat en termes de politique et
de structure d’accueil des migrants. Tout entier dans son admiration pour l’aplomb et le
courage de Herrou, Toesca ne prend même
Le militant Cédric Herrou. JOUR DE FÊTE
pas le recul du didactisme, qui aurait rendu
son film plus implacable. Le détail des actions
des militants, la mise au jour des illégalités
auxquelles se risque l’Etat et les confrontations avec la justice sont assez peu clairs pour
un non-initié. C’est malheureusement révélateur d’un point de vue qui relève plus
de l’autocélébration des combattants que
du film de combat. S’exprime parfois ici un
contentement de soi, une fierté d’être du bon
côté et de le dire au monde gênante et parfaitement contre-productive : ne s’y retrouveront que des convaincus tandis que d’autres,
heureux d’attraper la perche qui leur est tendue, n’y verront qu’arrogance gauchiste.
«D’une certaine manière, le film n’est par
sur eux [les réfugiés]. Il est sur la question de
leur accueil», affirme Toesca dans le dossier
de presse. Sauf que les réfugiés sont tout de
même là, et leur place réduite dans le film au
profit de celle de Herrou, leur souffrance mise
au second plan face à une action désignée
comme un «art de la vie», tout ce qui les menace comparé à l’amusement avec lequel on
discute de la perspective d’aller en prison,
frise une certaine indécence.
Seul le témoignage émouvant d’un Nigérien
ayant fui Boko Haram déborde de ce rôle de
figurant que Toesca assigne aux réfugiés, généralement montrés dans des situations infantilisantes –recevant un cours de français,
une consultation médicale, ou contredit par
le cinéaste lui-même, pour ce migrant qui a
le malheur de dire que la France a fermé ses
frontières «pour sa sécurité». Certes, tout cela
n’est qu’une affaire de montage, mais qui
prouve qu’avoir raison n’est pas suffisant.
MARCOS UZAL
LIBRE de MICHEL TOESCA (1 h 40).
Jean Dujardin en raté patenté, une fausse bonne idée. PHOTO AD VITAM
un package low-cost
de chirurgie esthétique
en Roumanie. Séduisante
de prime abord, l’idée
de confier à Jean Dujardin,
authentique produit
du terroir exporté jusqu’à
Hollywood, ce rôle de
démuni dévoré par son
illusion des grandeurs
se retourne en fait contre le
film qui, à force de
rabâcher le même gag, finit
par ressembler
à l’obscénité qu’il dénonce.
Malgré l’amour qu’on
suppose sincère des
cinéastes pour les classes
populaires, le film stupéfie
par la naïveté désarmante
de sa morale : rien ne sert
de vendre une beauté
artificielle quand il y en a
partout, même dans les
corps différents, et
pourquoi vouloir changer
des gens simples dont la
bonté ne semble connaître
aucune limite ? A peu près
aussi incisif qu’un tee-shirt
à l’effigie du Che.
MARIUS CHAPUIS
I FEEL GOOD
de BENOÎT DELÉPINE
et GUSTAVE KERVERN
avec Jean Dujardin,
Yolande Moreau,
Joseph Dahan… 1 h 43.
1957
DU "SEPTIÈME SCEAU" AUX "FRAISES SAUVAGES"
U N E P LO N G É E S A I S I S S A N T E DA N S L’ U N I V E R S D U M A Î T R E S U É D O I S
2018 BRF, SVT, SF Studios, GOTLANDS FILMFOND, FILM CAPITAL STOCKHOLM FOND, Nordvensk Filmunderhållning, Real Ventures, Motlys. Tous droits réservés.
Autour d’un
«loser» qui rêve de
monter sa start-up,
le nouveau film
du duo Delépine
et Kervern tourne
en rond et navre
par la pauvreté
de son propos.
UNE ANNÉE DANS UNE VIE
Un film de JANE MAGNUSSON
BRF PRÉSENTE
EN CO-PRODUCTION AVEC SVERIGESTELEVISION EMELIE PERSSON SF STUDIOS JENNY STJ
T ERNSTRÖMER
RÖM
Ö BJÖRK GOTLANDS
L FILMFOND & FILM CAPITAL STOCKHOLM FOND LISAW
A IDÉN NORDSVENSK FILMUNDERHÅLLNING MARIAA MÖRNER REEL VENTURES BJÖRN ODLANDE
L R MOTLYS YNGVE SAETHER
DIRECTEUR DE LAL PHOTOGRAPHIE EMIL KLAN
L G,, FSF MONTAGE HANNAA LEJONQVIST,T SFK CONSEILLÈRE KATIN
K KAKA FARAGÓ MUSIQUE JONAS BECKMAN LALRS KUMLIN DIRECTEUR DE RECHERCHE HENRIK VON SYDOW SON SHORTCUT OSLO DANIEL LINDVIK ÉTALONNAGE TERRASSEN SEBASTIAN GUEST AVEC LE SOUTIEN DE THE SWEDISH FILM INSTITUTE
COMMISSAIRE ANTONIO RUSSO MERENDATHE NORWEGIAN FILM INSTITUTE COMMISSAIRE KRISTINEANN SKA
K RET NORDISK FILM & TVV FOND CONSEILLÈRE DOCUMENTAIRE KAKROLINAA LIDIN ET AVEC L’AIDE AU DÉVELOPPEMENT DE CREATIVE EUROPE VENTES INTERNATIONALES THE MATCH FACTO
F RY PRODUIT PAR MATTIAS NOHRBORG CECILIA NESSEN FREDRIK HEINIG
RÉALISÉ PAR JANE MAGNUSSON
ACTUELLEMENT AU CINÉMA
www.carlottavod.com
Libération Mercredi 26 Septembre 2018
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Haut secours
Yves de Locht Humain et sensible, ce généraliste belge
pratique l’euthanasie et voit nombre de Français recourir
à ses derniers soins, interdits dans l’Hexagone.
P
ourquoi l’euthanasie est-elle en France un tabou dont
on ne vient jamais à bout, un gage de rien que les politiques froissent et rempochent sans se sentir morveux?
Pourquoi, quand les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique ont
légalisé ce droit à mourir, et que la Suisse propose un suicide
assisté, refuse-t-on ce choix aux patients incurables ? Alors
qu’il s’agit seulement, lorsque l’inéluctable a déjà paraphé toutes les pages, de décider jusqu’où on souhaite aller.
Pour démêler enjeux et blocages hexagonaux, il faudrait infiltrer les lobbys pharmaceutiques, prendre le pouls des religions, soupeser les ego de ces médecins mandarins qui brandissent la loi Claeys-Leonetti. Laquelle ne
s’adresse qu’aux patients à l’agonie. Outre
Quiévrain, le docteur Yves de Locht,
Bruxellois de 72 ans, prodigue ce qu’il
nomme «le dernier soin». Dans un livre témoignage, il dépeint,
avec humilité et sensibilité, son expérience de tailleur de
maux et les angoisses qui, avant cet acte ultime, rognent ses
nuits et lui rongent l’estomac.
L’homme n’a rien d’un donneur de leçons. Il est juste las. Avec
un «s»… Il est temps que l’on meure moins mal au pays de Molière. S’il ne consulte plus que quatre matinées par semaine,
s’il ne décroche plus quand il voit un + 33 s’afficher à l’écran,
les demandes lui reviennent en boomerang. Clo Pierret, une
Française, militante de l’Association pour le droit de mourir
dans la dignité (ADMD) et ex-secrétaire de direction, l’aide
en filtrant les requêtes tricolores. De celui qui risque fort de
ne jamais prendre sa retraite, elle surligne l’humanisme, le
dévouement et l’humour. «Sans cela, on ne tiendrait pas»,
ajoute-t-elle, réaliste.
Pour ses détracteurs, l’euthanasie résonne de sonorités malsaines. Pourtant, les «dérives» annoncées, cohortes de
vieillards sacrifiés, handicapés rayés d’une carte sans tendresse, n’existent pas. En grec, eu signifie «bon», thanatos la
«mort». Sous perfusion de barbituriques, l’échappée belle ne
dure qu’une poignée de secondes. Quant au professeur de
Locht, prière de prononcer de «lockt», et
non de «loche» n’en déplaise aux égrillards
de France et de Navarre, il n’est pas thanatologue. Ce n’est pas non plus un cupide,
gourmette et Rolex au poignet. Seule une chevalière, gravée
des armoiries familiales, cinq anneaux et un sanglier, orne
son auriculaire. La bague appartenait à Pierre, son frère, mort
du sida. A l’échographie, le compte en banque ne présente
aucune tumeur maligne. Des consultations à 50 euros, à 150
pour l’injection létale, une petite centaine d’interventions à
ce jour. Reste, pour les contraints à l’exil mortuaire, des frais
incompressibles: voyage, nuit d’hôpital (2500 euros), euthanasie (1500 euros), pompes funèbres et crémation (3000 euros
environ).
LE PORTRAIT
Dans les locaux de sa maison d’édition, ce libéral, qui déteste
les partis extrêmes et «ne vote pas pour les catholiques», dévide
son parcours d’une voix apaisante, presque hypnotique. Le
regard bleu glacier charrie en silence son lot de drames, la
veste en daim s’ouvre sur une chemise azur. Seul le hâle des
cernes trahit le sommeil en pointillé et le cœur un peu
rock’n’roll, extrasystoles et fibrillation. Pour assouplir inquiétudes et musculature, l’ami Ricoré, buveur de Jupiler à ses
heures, fréquente la piscine. Dès l’ouverture à 6h30, il mouline sur le dos. Trente longueurs de bassin et le voilà dans le
jacuzzi, avec ses amis. «C’est le meilleur moment de la journée.
On dit du mal des gens, on regarde les femmes qui passent»,
avoue-t-il avec l’air réjoui d’un gamin qui vient de faire une
crasse.
Deuxième d’une fratrie de six, l’agnostique aurait pu finir dans
les ordres. L’enfance est bourgeoise, très catho-tradi. Avocat,
le père mène son monde à la trique. Aux filles, il interdit le bikini et, pour fuir les pièges éternels des chairs caramel, la famille passe ses étés à la montagne, en Suisse. Le jeune Belge
y découvre la marche et les grands espaces, passions relayées
par le scoutisme. Le quotidien est plus amer. Il y a l’humiliation
déculottée de la fessée, les
heures en tête à tête avec l’assiette à terminer ou la punition dans l’effrayante cave à
28 octobre 1945
charbon. La ligne de conNaissance à Bruxelles.
duite? Se taire et obéir. En ré1972 Diplôme
sulte une grande naïveté :
de médecin.
«Longtemps, je ne connais1992 Décès
sais pas la signification des
de son frère.
mots “amant” et “divorce”.
2008 Première
J’ai épousé la première fille à
euthanasie.
qui j’ai donné la main!» Dans
13 septembre 2018
ce milieu, une paume effleuDocteur, rendez-moi
rée valait défloration.
ma liberté (aux éditions
Deux garçons sont nés de
Michel Lafon).
cette union. Jean-François,
46 ans, ingénieur du son, vit
en Belgique, Olivier, 44, bosse dans le design informatique.
La mort ne s’apprivoise jamais. Surtout lorsqu’elle joue les
chamboule-tout. Yves de Locht le sait. En 1987, une de ses
sœurs décède brutalement le jour de ses 40 ans. Quelques
mois plus tard, la mère de ses enfants meurt d’une septicémie.
Il se débrouille cahin-caha, laissant à ses rejetons une grosse
marge de manœuvre. De manière classique, ces derniers lui
reprocheront son laxisme. «Sans doute en réaction à son éducation très cadrée, notre père ne posait pas de limites, témoigne
Olivier. Mais il était sensible à nos états d’âme. Je me souviens
qu’avant le décès de ma mère, je m’étais plaint de ne le voir que
le week-end. Il m’avait embarqué pour quelques jours en
Suède.»
Dans les années 90, la macabre machinerie se réactive. Pierre,
ce frère homo dont il est si proche, est atteint par le VIH.
Aujourd’hui encore, sa silhouette cadavérique le hante. «Malgré ma peine, j’aurais simplement souhaité que ce soit plus rapide, j’espère qu’il n’a pas trop souffert», écrit-il. Fâché avec
l’inaction, membre d’une commission qui veille au respect
des droits des prisonniers, le docteur rend régulièrement
visite aux pédophiles ou aux jihadistes qui nourrissent l’actu.
Et se garde bien de les juger. Dans un sourire, il glisse: «En prison, ceux qui ont les tempes grises sont tout de suite catalogués
comme pervers. Je suis content de pouvoir ressortir…»
Sa femme est artiste. Ses gravures sur bois, inspirées par le
tsunami de 2004, dépeignent un chaos prémonitoire. Depuis
quelques années, elle souffre d’un myélome, une atteinte de
la moelle osseuse. Le mal est contenu, mais pas définitivement vaincu.
Au fusain de son pessimisme, l’autoportrait du docteur donnerait ça. Fragile, timide, angoissé et… paresseux ! Parlons
sieste. Suite à l’ingestion massive de mousse au chocolat, l’œil
papillonne sur un roman historique, récemment le Labyrinthe
des esprits de Zafón, avant de baisser le rideau. Une toute
petite demi-heure.
En 2019, il a prévu d’aller en croisière au pôle Nord. Celui qui
a déjà pris des dispositions pour sa fin de vie aura-t-il en tête
la chanson de Michel Berger le Paradis blanc «… où les manchots s’amusent dès le soleil levant / Et jouent en nous montrant / Ce que c’est que d’être vivant» ? •
Par NATHALIE ROUILLER
Photo LUDOVIC CARÈME
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