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Libération - 27 02 2018

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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mardi 27 Février 2018
«BLACK
PANTHER»
SE TAILLE
LA PART
DU LION
Le film Marvel, qui a déja dépassé
les 700 millions de dollars
de recettes depuis sa sortie, est salué
par tous pour sa promotion
de l’«empowerment» noir.
Un triomphe populaire qui va
au-delà des prévisions
des as du marketing Disney.
ANALYSE
Par
ÈVE BEAUVALLET,
OLIVIER LAMM
et DIDIER PÉRON
O
ctobre 2014, la «phase 3»
des productions Marvel est
annoncée à Los Angeles. Au
milieu des prévisibles Captain America et autres Docteur Strange, un
titre attire à lui toute l’attention et
les commentaires. Il s’agit alors d’un
projet maintes fois repoussé par les
décideurs de l’usine à super-héros:
Black Panther. Le souverain africain
du royaume imaginaire du Wakanda
a déjà un visage, l’acteur Chadwick
Boseman, mais le nom du réalisateur n’est pas encore connu ou
révélé. Quatre ans plus tard, Black
Panther, réunissant un casting quasi
intégralement composé d’acteurs
noirs et signé d’un jeune cinéaste
afro-américain, Ryan Coogler, natif
d’Oakland – révélé en 2013 par un
film indé (Fruitvale Station) remarqué à Sundance–, est aujourd’hui
en passe de rejoindre fissa le club
des films ayant rapporté plus
d’1 milliard de dollars.
Depuis sa sortie le 16 février aux
Etats-Unis (le 14 en France), le film
a déjà dépassé les 700 millions de
dollars (environ 570 millions
d’euros) de recettes dans le monde,
et ce avant même ses sorties en
Chine, au Japon et en Russie. A
l’échelle américaine, le succès
est encore plus foudroyant, Black
Panther étant d’ores et déjà le quatrième film de l’histoire du cinéma
américain à dépasser les 100 millions de dollars (80 millions d’euros)
de recettes pour son deuxième
week-end d’exploitation, malgré sa
sortie dans une période tradition-
Lors d’une projection de Black Panther, le 14 février à Nairobi, au Kenya. PHOTO YASUYOSHI CHIBA. AFP
nellement morne. Ces performances
frappent d’autant plus qu’elles sont
singulières dans le détail: selon l’entreprise d’analyse publicitaire
Comscore, 37 % de l’audience aux
Etats-Unis est afro-américaine,
contre 15% en moyenne habituellement, 45% de femmes dans le public, contre 38% pour la moyenne
des films mettant en scène des super-héros… Un phénomène du boxoffice, donc, mais aussi un événement socioculturel à multiples ressorts et soubassements théoriques.
EXALTATION CULTURELLE
Sorti un peu plus d’un an après l’oscar du meilleur film remis à Barry
Jenkins pour Moonlight et la sortie
du très politique Get Out de Jordan
Peele, qui devrait de son côté rafler
quelques statuettes cette année,
Black Panther est le premier block-
buster réalisé par un cinéaste noir
militant. Tant pis si le personnage
du roi T’Challa n’a pas la primeur
comme super-héros noir au cinéma
(il est précédé par Blade, supervampire de Marvel interprété par
Wesley Snipes dans une trilogie très
inégale, ou Hancock, joué par Will
Smith dans le film du même nom,
réalisé par Peter Berg en 2008), le
film est déjà devenu l’objet d’une
exaltation culturelle apte à déclencher des miracles de street-marketing spontané. Avant même la sortie
du film, des campagnes de levées de
fonds ont été organisées par des
militants dans plusieurs villes des
Etats-Unis pour permettre aux
enfants les plus démunis d’aller le
voir. Sur les réseaux sociaux, les appels se sont multipliés pour inciter
à aller voir le film dès le premier
week-end de sa sortie et lui assurer
ainsi une audience maximale. Un
phénomène déjà observé avant
l’avènement d’Internet pour des
films aussi divers que Malcolm X de
Spike Lee ou Beloved, l’adaptation
du roman de Toni Morrison par
Jonathan Demme.
SIGNE DE RALLIEMENT
Autant d’indices qui assurent au
film un destin hors du commun et
un impact auquel même les responsables du marketing chez Disney
n’auraient osé rêver en de telles
proportions. Dans un article du
Hollywood Reporter daté du 21 février, Asad Ayaz, son vice-président,
évoquait une stratégie audacieuse
d’exploitation des bonnes volontés
des «cinéphiles noirs motivés, tout en
misant sur un événement cinématographique le plus rassembleur possible». Parmi les étapes planifiées de
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Libération Mardi 27 Février 2018
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u 3
«On voit au Wakanda une
société africaine qui a réussi»
A la sortie des cinémas
à Oakland et Berkeley,
en Californie, les spectateurs
saluent une œuvre
«politique» et «féministe».
Batman, et un message qui rassure. Le héros est un type bien, capable de reconnaître
les erreurs de son père. J’ai l’impression
que pour beaucoup d’Américains, qui se
sentent aujourd’hui démunis et sans espoir
face à l’administration Trump, c’est aussi
une source d’espoir.» Pour son époux,
Black Panther – un «excellent film d’aclles sont parmi les derniers specta- tion» – a aussi le mérite de ne pas être
teurs à s’extirper samedi soir aussi manichéen qu’un film de super-hédu Regal Cinemas Jack London ros classique: «Evidemment, c’est l’histoire
d’Oakland, dans la baie de San Francisco de la lutte du bien contre le mal, mais on
(Californie). Sandra, Angie, Helen et comprend aussi pourquoi les gens vrillent
Denise n’ont pas manqué une miette du côté obscur.»
des 2 h 15 de grand spectacle offert par Quelques kilomètres un peu plus au nord,
Black Panther. «C’est la deuxième fois que dans la ville de Berkeley, les avis sont tout
je viens le voir et j’ai dit à mes copines qu’il aussi dithyrambiques. Andrea et son amie
fallait rester après le générique parce que Soshana, la soixantaine, semblent s’exle film continue encore
traire de la projection
quelques instants», rad’un manifeste poliBaie
de
San
San Pablo
conte Sandra, pimtique. «Les gamins deRafael
Richmond
pante quinquagénaire
vant nous étaient en
Berkeley
afro-américaine. Angie
transe, je les ai entenest encore renversée :
dus dire qu’ils vouOakland
«J’étais au bord des larlaient être des “Black
San
Hayward
Francisco
mes à la fin. J’ai tellePanthers”», raconte la
Baie
ment hâte de voir la
première. Qui pourde San
Francisco
Fremont
suite.» Le succès du
suit : «99,9 % du temps
San Mateo
film de Ryan Coogler
au cinéma, les Noirs
Océan
Palo Alto
Pacifique
ne se dément pas, suront les rôles des métout pas dans la ville
chants. Pas dans ce
San Jose
10 km Mountain View
natale du réalisateur
film, où la majorité du
de 31 ans qui a vu naîcasting est composée
tre, il y a un demi-siècle, d’autres types de d’acteurs afro-américains.» Pour elle, le
«panthères noires». «Le film doit une personnage du «méchant», incarné par
grande partie de son succès au fait que les Michael B. Jordan, est le fruit d’une sogens de couleur y sont montrés comme des ciété américaine inégalitaire : «Nous
personnages puissants et intelligents, juge l’avons créé», juge-t-elle. Soshana, elle, a
Sandra. Souvent, ce qu’on voit de l’Afrique apprécié le rôle des personnages féminins
au cinéma est assez sombre, dépressif : la dans le blockbuster, qui apparaissent
guerre, la torture… Là, on voit au Wa- «bien moins primaires que les hommes».
kanda une société qui a réussi.» Pour elle, Un constat déjà dressé par Sandra: «Dans
pas de doute, il s’agit d’une œuvre «poli- un sens, c’est un film féministe parce qu’il
tique»: «On aperçoit les germes de la rela- montre le pouvoir des femmes, à la fois
tion entre l’Afrique et les Etats-Unis. On loyales et intelligentes.» Autant d’interprévoit aussi comment une grande partie des tations que Kelly et son compagnon, Dan,
œuvres culturelles africaines ont été volées à la sortie de la salle de Berkeley, ne sont
et se sont retrouvées dans des musées en pas loin de partager : «Ce film résonne de
Occident.»
multiples manières avec l’actualité amériNancy, 74 ans, est venue accompagnée de caine. Par exemple, quand une des héson mari, Sid. Elle tire un bilan tout aussi roïnes dit que les armes à feu sont si “pripositif: «Black Panther montre une société mitives”, on ne peut pas s’empêcher de
africaine brillante, sensible, technologi- penser à la récente fusillade en Floride.»
quement très avancée. Et puis, dans ce
ROMAIN DUCHESNE
film, il y a un peu de Superman, un peu de
Envoyé spécial à Oakland et à Berkeley
E
cette conquête, le film a bénéficié
d’une tournée mondiale d’une partie de ses acteurs et de son réalisateur avec en particulier, fait nouveau, plusieurs projections gratuites
organisées en Afrique du Sud, au Nigeria ou au Kenya, notamment à
Nairobi et à Kisumu –ville natale de
la comédienne Lupita Nyong’o.
Largement médiatisés, ces événements ne sauraient pourtant minimiser le fait que dans les villes
d’Afrique où le film est projeté,
comme à Addis-Abeba, en Ethiopie,
les salles ne désemplissent pas. Ni
la portée symbolique grandissante
de l’univers de Black Panther dans
la culture populaire.
Dimanche soir, par exemple, après
un but marqué contre l’équipe de
Chelsea, l’Anglais Jesse Lingard et
le Français Paul Pogba, tous les deux
afro-descendants et membres de
Manchester United, paradaient sur
la pelouse du stade mancunien,
l’Old Trafford, en mimant le signe
de ralliement du Wakanda, les bras
croisés sur la poitrine. La question
du succès du film et de son extraordinaire rentabilité associe dans
Le Wakanda est
un eldorado qui
a pu se développer
à l’abri des attaques
de l’Occident
(colonisation,
pillage
des ressources,
esclavage).
une même ferveur de success-story
la question de la représentation valorisante des Africains, membres de
la diaspora et Afro-descendants à
travers le monde dans une production à gros budget vouée à cartonner
dans le monde entier. Et la promesse en filigrane, de convaincre
Hollywood de l’inanité de son marketing communautaire habituel.
«ESPACE LIBRE»
Car si Black Panther marque, selon
l’expression actuellement en cours
dans la presse anglo-saxonne, un
turning point, c’est certainement
dans sa capacité à couper court aux
logiques de marchés segmentés et
à labourer au plus large, agglomérant le plus vaste éventail de publics
possibles. Au-delà de la satisfaction
de voir l’infrastructure très onéreuse d’une méga-franchise enfin
dévouée à l’élaboration en grande
pompe d’un super-héros noir et
d’un feu d’artifice afrofuturiste,
l’univers créé par Stan Lee et Jack
Kirby semblait tout trouvé pour
panser la fierté blessée de la nation
noire.
Dans la bande dessinée, le Wakanda
est un eldorado détenteur d’une matière première magique à la puissance inégalée, qui a eu tout loisir de
se développer à l’abri du monde et
surtout des attaques de l’Occident
sur le reste du continent africain
–colonisation, pillage des ressources, esclavage. Problématique à plus
d’un titre, cet isolationnisme est
pourtant le ferment essentiel, nécessaire, de la fiction qui fait du Wakanda et de son roi héroïque –souverain sage le jour, héros athlétique
la nuit– ces exutoires si puissants.
C’est le principal argument de ceux
qui entrevoient dans Black Panther
un tournant culturel, à l’instar des
personnalités médiatiques de la
communauté afro-américaine, devenues in extenso des porte-parole
de la «cause», comme la superstar
Oprah Winfrey, l’ex-Première Dame
Michelle Obama, ou la réalisatrice
Ava DuVernay: un très fort effet cathartique. C’est également la cause
défendue par la majorité de la critique américaine, assemblée dans un
embrasement d’enthousiasme unanimiste (97% d’opinions favorables
sur le site Rotten Tomatoes), lestant
son adhésion de toute l’artillerie
théorique qu’un tel film comblant
le manque d’imaginaire positif à
grande échelle dans la production
hollywoodienne est en mesure de
réactiver. Dans une longue tribune
publiée par le New York Times et
titrée «Black Panther Suite page 4
«
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ÉVÉNEMENT
is a defining
moment for Black America», Carvell
Wallace écrit : «Peu importe que la
plupart d’entre nous n’aient jamais
mis les pieds en Afrique […], c’est la
vision d’un espace libre […], la tentative par les Noirs américains de se figurer un foyer, réel ou mythique, libéré de l’omniprésence de la peur.»
Black Panther offrirait ainsi l’occasion de défier efficacement les récits racistes, au moment même où
Trump envoie en enfer tous ceux
qui ont osé protester contre les violences policières aux Etats-Unis.
Sans parler de sa façon d’appeler
à un empowerment africain et de
remettre au centre le continent
comme pourvoyeur d’esthétiques
singulières (les déclinaisons
contemporaines de l’afrofuturisme)
et d’idéaux égalitaires (au vu des
rôles prédominants joués par les
femmes). Un unanimisme intimidant, au risque de neutraliser, ou du
moins d’inhiber, toute critique un
tant soit peu nuancée sur la valeur
esthétique et politique d’un tel film.
Suite de la page 3
PÉPLUMS À PAPA
Les voix dissonantes, bien sûr, existent, dont plusieurs dénoncent le
leurre qui consisterait à voir Black
Panther comme un film sur la libération noire. Dans The Boston Review, Christopher J. Lebron, professeur de philosophie et auteur d’un
ouvrage sur le mouvement Black
Lives Matter, regrette que le personnage le plus engagé du film – et le
plus proche des Black Panthers –
soit le méchant: «Plutôt que le radical éclairé, il apparaît comme le
voyou noir de l’enfer d’Oakland se
penchant sur le meurtre pour le
plaisir de tuer. […] Comme le film
soulève le noble Africain au détriment de l’homme noir américain,
tous les principes grossiers de la politique de respectabilité noire moderne sont maintenus.»
Avec 1,7 million d’entrées en France
en deux semaines, Black Panther
est évidemment un succès, mais il
n’a pas été saisi avec la même passion de ce côté-ci de l’Atlantique. Il
convient d’ailleurs de rappeler ici
que Libération n’a pas défendu le
film à sa sortie car, pour peu qu’on
l’ausculte en dehors de ses implications communautaires, de sa
charge d’empowerment indéniable,
il n’en demeure pas moins le réceptacle de tout ce que l’Amérique
s’autorise très autoritairement dans
le régime global de la représentation : acteurs anglo-saxons simulant un accent africain relevant
d’une lubie exotique, permanence
de clichés virilistes à la vie dure digne des bons vieux péplums à papa,
sans parler bien entendu de la vocation intrinsèque de ce genre de
projet de pop culture à dominer
l’agenda mondial.
Avec Black Panther, Disney investit
momentanément et avec une autorité renforcée le champ du débat
d’idées et de légitimité sociale, tout
en réalisant une nouvelle prouesse
industrielle alors que la firme s’apprête à étendre encore son empire
en rachetant la Fox. Opérer la synthèse du minoritaire et du majoritaire, telle est l’action du jour. On
attend la suite. •
Libération Mardi 27 Février 2018
«Un super-héros qui hybride des
idées théorisées par le Black Power»
Pierre Cras, docteur en
civilisation américaine
et cinéma, revient sur la
naissance et l’évolution
d’un personnage
«révolutionnaire».
P
ierre Cras, chargé de cours
en civilisation américaine et
cinéma à l’université Sorbonne nouvelle est l’auteur d’un
article pour la revue canadienne
Histoire engagée sur les «Superhéro.ïnes africain.es de Marvel à
Comic Republic».
Dans quel contexte sociopolitique la figure de Black Panther
est-elle née ?
La première apparition, c’est dans
les aventures des Quatre Fantastiques en juillet 1966. Les années 65,
66 et 67 marquent un tournant
dans la lutte pour les droits civiques
aux Etats-Unis: assassinat de Malcolm X, émeutes de Detroit et de
Watts à Los Angeles, émergence du
Black Panther Party… 1967 marque
aussi l’intensification de la mobilisation contre la guerre du Vietnam
et donc une crise de confiance
envers la politique étrangère des
Etats-Unis. A cette époque, l’opposition entre des figures modérées et
assimilationnistes, comme Martin
Luther King, et des individualités
plus radicales et partisanes des
idées du Black Power, comme Malcolm X ou Stokely Carmichael,
est incarnée en filigrane dans
X-Men à travers la lutte entre Magneto et le professeur Xavier.
Les valeurs pacifiques du roi
T’Challa font-elles alors l’unanimité ?
Même si rétrospectivement, on
peut le voir comme une figure de
compromis, T’Challa est à l’époque
tout à fait révolutionnaire, entre
autres dans la façon qu’il a d’hybrider idées nationalistes et anti-impérialistes théorisées par certains
partisans du Black Power. Tout
comme Lothar [personnage noir de
comics né dans les années 30, ndlr],
et contrairement à tous les autres
super-héros de Marvel, il est descendant d’une lignée royale. Mais
il n’est plus subalterne, il se définit
avant tout par son africanité – en
vivant en accord avec le culte des Celle de l’auteur Ta-Nehisi Coates
ancêtres et des traditions– et lutte en comics est venue introduire le
contre la spoliation de ses biens mi- concept d’intersectionnalité –avec
niers. C’est la première fois qu’un la prédominance de ces rôles
pays africain est représenté comme féminins qui portent d’ailleurs des
ayant le contrôle de ses matières valeurs guerrières – et reflète
premières, pile au
parfaitement les fonmoment où le Black
damentaux de la penPower milite pour le
sée afroféministe, en
droit des peuples
plein essor à la fois
à disposer d’eux-mêacadémique et milimes. En outre, la ritant aux Etats-Unis
chesse du sol minier
depuis les années 90.
du Wakanda peut être
Rappelons que le
comparée à la situamouvement Black
tion géologique de
Lives Matter a été
INTERVIEW porté, créé et diffusé
certaines régions de
l’Afrique centrale et
par des femmes. Le
du Sud à l’époque, et plus particu- film de Ryan Coogler, de plus,
lièrement à la production d’ura- considère les esthétiques africaines
nium. Lors de la course à l’arme- contemporaines, comme l’afroment durant la guerre froide, la futurisme évidemment, telles qu’on
Commission de l’énergie atomique peut les voir dans les comic books
des Etats-Unis acquiert près nigérians de Comic Republic [une
de 85% de la totalité de l’uranium franchise de super-héros africains
mondial qu’elle obtient auprès de basée à Lagos et connue pour son
l’Afrique du Sud, du Niger et de la personnage de Guardian Prime]. Et
Namibie.
il y a surtout la prise de distance enComment cette fiction a-t-elle vers un certain type de militanévolué au fil de ses versions ?
tisme porté par Killmonger [le «mé-
Le roi T’Challa, alias Black Panther (Chadwick Boseman). PHOTO MARVEL STUDIOS
DR
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chant» de Black Panther], qui
affiche un mépris pour la culture et
les traditions du Wakanda.
C’est ce qui a choqué certains
éditorialistes anglo-saxons :
cette manière de disqualifier
toute radicalité. Certains voient
même une proximité entre les
revendications du mouvement
Black Lives Matter et le combat
de Killmonger…
Je ne suis pas d’accord. Black Lives
Matter ne cherche pas à instaurer
un nouveau rapport de forces,
comme Killmonger, qui revendique une forme de néo-impérialisme : armer les peuples noirs et
afro-descendants du monde entier
pour un renversement des valeurs
et du rapport de forces. Alors que
Black Lives Matter réclame de
régler des problèmes structurels
(donc dans les institutions) pour
pouvoir établir l’égalité. Celles qui
incarnent le plus l’esprit du mouvement Black Lives Matter dans le
film, c’est d’une part le personnage de la sœur, Shuri, polyvalente, guerrière, afrofuturiste, qui
sauve la vie du Blanc, et Nakia, qui
lutte pour le droit des réfugiés.
La garde rapprochée de T’Challa
correspond aux nouveaux modèles de militantisme. Moins à celui
des années 60, vertical, avec un
leader façon Luther King, mais
plus horizontal.
Recueilli par È.B.
Comics: les réacs contre-attaquent
Une fraction du lectorat
américain, blanc, masculin et
misogyne, dénonce la volonté
de Marvel de mettre en avant
les minorités et les femmes.
MICHAEL CHO · MARVEL
STUART IMMONEN · MARVEL
«L
e mâle blanc s’est imposé comme le
modèle de base d’être humain […] et
plus on se différencie de ce modèle, et
plus il devient facile de piétiner vos droits. Si les
super-héros sont censés représenter le meilleur
de nous-mêmes, ils devraient tous nous refléter,
sinon on va finir par intérioriser l’idée que
l’homme blanc hétéro est le meilleur d’entre
nous.» Il y a quatre ans, la scénariste Kelly Sue
DeConnick expliquait à Vox les raisons qui présidaient au changement de ligne éditoriale chez
Marvel et dans toute une industrie qui s’ouvrait
aux femmes (auteures comme héroïnes) et, partant, à l’autre, qu’il soit noir, gay, musulman…
Ce qui n’était au départ qu’une brèche s’est
transformé en mutation, inscrite jusque dans
la chair des héros : Thor est aujourd’hui une
femme, Hulk un ado asiatique, Iceberg aime les
hommes, tandis que la Barbie Miss Marvel a été
remplacée par une ado musulmane d’origine
pakistanaise. «All-New, All-Different Marvel»,
dit le slogan. Un renouveau qui, sans totalement
balayer les problèmes de représentation sexiste,
marquait la fin d’une ère d’exaltation viriloïde
dont l’apogée remonte aux années 90.
ESAD RIBIC · MARVEL
ting court-termistes avec lesquelles Marvel se
débat sans trouver de formule qui élargirait une
audience de plus en plus famélique, cet élan sonnait comme un retour au socle de valeurs fondamentales des comics, qui ont toujours porté en
eux la défense des minorités. Un héritage des
pères fondateurs, immigrants juifs arrivés aux
Etats-Unis dans les années 30, qui invoquaient
la protection de mythes actualisés lorsque l’humanité semblait se déliter. Un truc aussi dans
l’ADN du héros, qui en fait un bouclier derrière
lequel les faibles et les mal-aimés peuvent s’abriter. Le plus bel exemple restant les X-Men,
équipe de freaks à géométrie, géographie, genre
et sexualité variables, dans laquelle chacun peut
trouver un miroir sur lequel projeter ses inquiétudes et les dépasser: «Mutant and Proud.»
Mais le répit n’aura pas duré. En mars 2017, un
vice-président de Marvel préparait les esprits à
un reflux moral: selon divers retours, «les lecteurs ne veulent plus de diversité et de personnages féminins», ce qui expliquerait la chute des
ventes. Durant l’été, une bruyante frange de lecteurs entamait une campagne de harcèlement
contre les auteures Marvel après que certaines
ont eu l’outrecuidance de célébrer d’un selfie la
DAVID MARQUEZ · MARVEL
Freaks. Au-dessus des préoccupations marke-
Kamala Khan, néo-Miss Marvel musulmane, Sam Wilson ex-Faucon promu Captain
America, Miles Morales en Spider-Man et Thor versant femme.
mémoire de Flo Steinberg, l’une des premières
femmes à se faire une place dans le comics.
Alt-right. Les modes d’attaque, les arguments,
les revendications d’un retour à une pureté fantasmée du comics comme un truc de bonhomme font écho à ceux du «Gamergate», campagne réac, misogyne et sexiste menée quelques
mois plus tôt dans le jeu vidéo. Ou aux offensives d’insultes et de railleries contre le remake
«girl power» de Ghostbusters. Là encore un
mouvement sans structure ni leader, qui dénonce les social justice warriors (ici, les suppôts
du progressisme), prétend se contenter d’appeler au boycott et baigne dans un fond de sauce
alt-right. En octobre, la campagne de haine débordait d’Internet pour envahir une réunion organisée par Marvel, des libraires spécialisés reprochant à leur tour les mauvaises ventes à ces
bandes dessinées focalisée sur «les Noirs», «les
homos» et «ces saletés de femmes».
MARIUS CHAPUIS
ROYE OKUPE, NIGÉRIAN, 32 ANS, FONDATEUR DE YOUNEEK STUDIOS
«UNE REPRÉSENTATION POSITIVE ESSENTIELLE DE L’AFRIQUE DANS LA CULTURE MAINSTREAM»
Roye Okupe est nigérian. Installé
aux Etats-Unis depuis 2002, il a
suivi des études d’informatique et
une formation d’animateur avant
de fonder Youneek Studios, première maison d’édition de comic
books basée aux Etats-Unis dont
le panthéon de héros est intégralement africain.
«En tant que fan d’afrofuturisme,
j’ai vraiment adoré le film. J’ai
beaucoup apprécié la manière
dont il entreprend d’imaginer
une Afrique différente, telle
qu’elle aurait pu être autant qu’elle
aspire à devenir. Le royaume du
Wakanda n’existe pas, mais son
histoire, avec ses luttes intestines
et ses ressources enviées de tous,
ressemble à celle de beaucoup de
pays africains. Sa capitale surtout
n’est pas si différente de ce à quoi
pourraient ressembler des mégalopoles comme Le Cap ou Lagos
dans quelques années. Ce sont
des villes enracinées dans la technologie, la culture, l’architecture,
la mode et la gastronomie. Sans
nier les graves problèmes qui
minent les pays d’Afrique, le destin du Wakanda ne semble pas
absolument hors de portée.
«Black Panther participera à
former l’esprit de la jeunesse
d’une manière différente. Youneek Studios, la maison d’édition
de comics que j’ai créée avec mon
propre argent, existe spécifiquement pour raconter des histoires
fondées sur l’histoire, la culture
et la mythologie africaines. Depuis 2012, j’ai rencontré des dizaines de producteurs pour essayer de faire produire des films
basés sur nos personnages. En
vain. J’espère que Black Panther
participera à changer l’état d’esprit de l’industrie culturelle améri-
caine quant à la viabilité de ce
genre de personnages parce que
l’existence dans la culture mainstream de figures héroïques et influentes, et d’une représentation
positive de l’Afrique, qu’on résume
généralement à sa pauvreté et sa
corruption, est essentielle pour la
manière dont les Africains et
les Noirs à travers le monde se
perçoivent eux-mêmes. Et tant pis
si le film est produit et réalisé aux
Etats-Unis: la communauté noire
a besoin de contenus culturels
distrayants, positifs et exaltants.»
Recueilli par O.L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Mardi 27 Février 2018
BREXIT
Comment le Labour veut C
sortir un peu moins
Par
SONIA DELESALLE-STOLPER
Correspondante à Londres
DÉCRYPTAGE
Le leader travailliste Jeremy Corbyn a souhaité lundi, dans un
discours, le maintien du pays dans une «union douanière» avec
l’UE, entérinant une prise de distance avec le gouvernement May.
ertains au sein du Labour en avaient
rêvé, mais Jeremy Corbyn n’a pas appelé à oublier le Brexit ni vanté son
nouvel amour incommensurable pour le projet européen. Pourtant, le discours du chef du
parti travailliste, lundi à Coventry, dans le
cœur industriel du pays, représente un moment charnière dans l’impossible débat sur
le Brexit qui agite depuis dix-huit mois le
Royaume-Uni. Corbyn a appelé au maintien
de son pays dans «une union douanière» avec
l’Union européenne, qui permettrait des
échanges commerciaux sans tarifs d’importation ou d’exportation, une fois le RoyaumeUni sorti de l’UE. «L’Union européenne n’est
pas à la racine de tous nos problèmes et la quitter ne résoudra pas tous nos problèmes», a-t-il
franchement admis, avant d’ajouter que «de
la même manière, l’UE n’est pas la source de
toutes les lumières et la quitter ne plongera pas
nécessairement notre pays dans l’obscurité».
S’il continue à considérer que le Royaume-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 27 Février 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
nistre conservatrice, Theresa May, qui elle
aussi était du côté des remainers, a finalement décidé de plaider la cause du Brexit, disant respecter ainsi le choix démocratique
des Britanniques. Difficile pour Jeremy Corbyn de la contredire, même si le référendum
en question n’a jamais été que consultatif. Du
coup, depuis des mois, le sujet du Brexit, qui
domine toute l’activité gouvernementale et
parlementaire, n’était pratiquement jamais
abordé lors de la séance hebdomadaire des
questions à la Première ministre, en principe
un duel verbal entre la cheffe du gouvernement et le chef de l’opposition.
La semaine dernière, pour la première fois,
Jeremy Corbyn a passé la séance à parler
Brexit et à accuser Theresa May de pousser le
pays vers un abîme en prônant une sortie
dure qui pourrait profondément affecter
l’économie du pays. La Première ministre, qui
doit prononcer vendredi son troisième discours «majeur» sur sa position vis-à-vis de la
future relation entre l’UE et le Royaume-Uni,
continue de refuser de rester dans l’union
douanière ou le marché unique européen.
Son porte-parole l’a répété après le discours
de Corbyn. Elle souhaite en revanche négocier un accord sur mesure et pratiquer ce
qu’elle appelle «la divergence constructive»,
à savoir adopter les pans du marché unique
qui lui conviennent et rejeter ceux qui lui plaisent moins. Cette hypothèse, qui revient à
l’éternel «cherry picking», vouloir le beurre et
l’argent du beurre, a été a priori rejetée par
l’UE. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a expliqué que si ce plan se confirmait, cela prouverait une fois de plus que la
position du gouvernement britannique se
fonde sur une «pure illusion».
En quoi la position du Labour
de Jeremy Corbyn est-elle
désormais différente ?
Lundi, lors du discours
de Corbyn
à Coventry, cœur
industriel du
Royaume-Uni. PHOTO
DARREN STAPLES. REUTERS
Uni doit quitter l’Union, pour la première fois
depuis le référendum du 23 juin 2016, le Labour joue son rôle de parti d’opposition. Sur
le Brexit, il affiche désormais, bien qu’encore
timidement, une ligne différente de celle des
conservateurs au gouvernement.
Comment en est-on arrivé
à ce changement de discours ?
Au lendemain du référendum, remporté à
52% par les partisans du «leave» (la sortie de
l’UE), Jeremy Corbyn avait fait un constat
clair : son parti avait certes voté en majorité
pour «remain» (rester) à 65%, mais une minorité importante, 35 %, préférait tout de même
quitter l’UE. Or, ces travaillistes brexiters
étaient, en grande partie, ceux qu’il défend
depuis toujours, les plus défavorisés, souvent
issus de la classe ouvrière. Lui-même, solidement ancré à l’extrême gauche de son parti,
n’a jamais caché son euroscepticisme. Même
s’il a soutenu officiellement la campagne
du remain, la tiédeur de son engagement
n’était pas passée inaperçue. Depuis, son rôle
de chef de l’opposition était particulièrement
compliqué, dans la mesure où la Première mi-
En appelant de ses vœux une union douanière
entre l’UE et le Royaume-Uni, Jeremy Corbyn
reconnaît d’abord qu’il s’agit là d’un des seuls
moyens de préserver l’absence de frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande post-Brexit. Les récentes remises en
cause par des brexiters acharnés de l’accord
de paix de Belfast (aussi appelé accord du
Vendredi saint) signé le 10 avril 1998 et qui a
mis fin à trente ans de violences (plus de
3500 morts) n’ont pas manqué d’interpeller
le pacifiste convaincu qu’est Corbyn. Dans son
discours, il a d’ailleurs rappelé à plusieurs reprises la nécessité de maintenir la paix et la
stabilité politique en Irlande du Nord.
Par ailleurs, il a mis en avant l’extrême interconnectivité des chaînes d’approvisionnement des pièces détachées dans l’industrie,
en citant l’exemple de la célèbre voiture Mini,
dont les pièces passent et repassent les frontières dans l’UE avant d’être finalement assemblées au Royaume-Uni. Un pays nonmembre de l’UE, mais qui participe à l’union
douanière, comme la Norvège, ne peut conclure ses propres accords de libre-échange
pour les biens. En revanche, le Royaume-Uni
pourrait faire siens les accords européens à venir et conserver plus facilement ceux déjà
existants. A ce titre, Corbyn a évoqué la possibilité non d’un droit de vote, mais d’un «droit
de regard» à la table des négociations sur de
futurs accords.
Il a aussi vanté les vertus des différentes agences et programmes européens (Euratom,
Autorité européenne de sécurité des aliments,
Erasmus) et souhaité que le Royaume-Uni
continue à y participer, y compris en payant.
Détail ironique, l’organisation patronale de la
CBI (Confederation of British Industry), en général peu susceptible de sympathie pour la
politique d’extrême gauche, mais excédée par
les atermoiements du gouvernement conservateur, a salué l’annonce de Corbyn.
May prône une
«divergence
constructive». Cette
hypothèse, qui revient
au «cherry picking»,
vouloir le beurre et
l’argent du beurre, a été
a priori rejetée par l’UE.
Jeremy Corbyn serait-il devenu
europhile ?
Non. Son changement de stratégie est avant
tout tactique. Depuis des mois, plus ou moins
en coulisses, les partisans du Brexit le plus léger possible poussent le leader du Labour à
adopter une position plus tranchée par rapport à celle des conservateurs. Alors que les
tories sont toujours plus divisés et que Theresa May est terriblement impopulaire, les
sondages en cas d’élections générales donnent toujours au coude-à-coude le Labour et
les tories. Sur la question du Brexit, jusqu’à
présent, les électeurs britanniques ne
voyaient pas de grande différence entre les
deux formations politiques. Or, des élections
locales vont avoir lieu le 3 mai, et, pour ce
scrutin précis, le Labour semble bien placé.
Beaucoup de conseils municipaux sont à renouveler dans les grandes villes, dont Londres, qui ont massivement voté «remain». Pour confirmer cette tendance dans
les urnes, Jeremy Corbyn se devait de faire un
geste en faveur de ces électeurs. En outre, la
situation bouge aussi au sein du Parlement.
Parmi les 259 députés du Labour, à peine plus
u 7
de cinq soutiennent ouvertement un Brexit
dur. Dimanche, dans l’Observer, plus de
80 députés travaillistes ont signé une lettre
prévenant Jeremy Corbyn qu’une sortie du
marché unique risquait d’appauvrir le pays
et d’empêcher toute possibilité de redistribution aux plus défavorisés si le Labour arrivait
au pouvoir.
Enfin, Theresa May ne dispose d’une majorité
à la Chambre des communes que grâce aux
voix des dix députés du parti nord-irlandais
du DUP. Parmi les conservateurs, les partisans d’un départ le moins drastique possible
sont de plus en plus actifs. Un groupe d’entre
eux vient de déposer deux amendements à la
loi sur la sortie de l’UE, demandant le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière. Ce que suggère donc désormais ouvertement Jeremy Corbyn. La possibilité d’un
vote commun du Labour et de plusieurs députés conservateurs est donc réelle. Si les
amendements étaient adoptés, cela entraînerait probablement la chute de Theresa May
et obligerait le gouvernement à accepter que
le Royaume-Uni reste dans l’union douanière.
Consciente du danger, Theresa May a réussi
à repousser le vote de ce texte de plusieurs semaines. Mais, sur son aile droite, une soixantaine de députés tories, entraînés par Jacob
Rees-Mogg, ne toléreront pas un assouplissement de la position de la Première ministre
et pourraient tenter d’engager une procédure
pour la remplacer.
Le ton un peu plus assertif de Jeremy Corbyn,
qui est aussi un pari sur la faiblesse de Theresa May et des conservateurs, est lié à un
constat simple: les clés du pouvoir sont à portée de main. Et pour un parti dans l’opposition qui souhaite changer son pays, l’accès à
ces clés reste l’objectif ultime. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Libération Mardi 27 Février 2018
Sergent Trump Le président américain a affirmé
lundi qu’il n’aurait pas hésité à se précipiter dans le
lycée de Parkland (Floride) pour stopper la fusillade
qui y a fait 17 morts. «Je pense vraiment que je serais
rentré là-dedans, même sans arme, et je pense que la
plupart des gens ici auraient fait pareil», a lancé
Trump. Et de qualifier de «franchement dégoûtante»
et de «lâche» la non-intervention des agents du shérif
et du policier en poste dans le lycée. PHOTO AFP
gauche assez malheureuse,
mais elles semblent plus
conformes à ce que veut la
CDU, analyse le politologue
Marcel Dirsus. Avec la crise
des réfugiés, Merkel est devenue un chiffon rouge pour
beaucoup de gens dans le
parti.» AKK est également
plus dure que Merkel sur l’expulsion des migrants déboutés du droit d’asile. Et
cela plaît: la plupart des militants CDU rencontrés lundi
au congrès du parti semblent
se réjouir de sa désignation,
et évoquent une femme
«droite», qui sera à même de
«faire représenter les diverses
sensibilités au sein du parti».
Un parti qu’elle connaît par
cœur pour avoir grandi avec
lui : elle en a poussé la porte
en 1981, à 19 ans.
Angela Merkel et Annegret Kramp-Karrenbauer à l’issue du congrès de la CDU, lundi à Berlin. PHOTO STEPHANIE LOOS. AFP
«AKK», une «mini Merkel»
maxi réac à la tête de la CDU
Elue secrétaire
générale du parti
lundi, la ministreprésidente de la
Sarre a été choisie
par la chancelière
allemande pour
sa capacité à garder
son cap tout en
apaisant l’aile la
plus conservatrice.
Par
JOHANNA LUYSSEN
Correspondante à Berlin
S
es surnoms en disent
déjà long. Elue officiellement secrétaire générale de l’Union chrétiennedémocrate (CDU), réunie en
congrès ce lundi à Berlin, Annegret Kramp-Karrenbauer,
55 ans, est tour à tour désignée comme «la mini Mer-
kel», «la Merkel de la Sarre», reproché de ne pas mettre en
ou plus prosaïquement par place sa propre succession»,
ses initiales, «AKK». Si la analyse le politologue Marcel
ministre-présidente de la Dirsus, de l’université de Kiel.
Sarre, petit Land de l’ouest Et pour ce faire, la chancedu pays, est connue et appré- lière a adroitement choisi une
ciée au sein du parti, le grand femme qui fait consensus au
public ne la consein du parti, lui
naît guère. Et
LA FEMME ressemble par son
bien des Allestyle politique et
DU JOUR
mands ont dépeut se targuer
couvert son visage lorsqu’elle d’une éclatante victoire élecfut récemment désignée par torale : lors de législatives
la chancelière pour occuper dans la Sarre, au printemps,
ce poste crucial : numéro 2 la CDU a écrasé les sociauxd’un parti certes vainqueur démocrates du SPD. A l’épodes législatives mais affaibli que, ces derniers étaient
par un score très décevant pourtant loin d’être le navire
(32% des voix) et, surtout, ti- en perdition que nous conraillé entre son aile centriste naissons désormais. Le parti,
et son aile plus conservatrice. qui surfait alors sur «l’effet
«AKK» devient la deuxième Schulz» et culminait à plus
femme à être élue secrétaire de 30 % des intentions de
générale de la CDU. «Sa dési- vote, flirte désormais avec
gnation est indéniablement les 15 %. De fait, la Sarre est
un coup très habile de Merkel, gouvernée par une coalition
dans la mesure où il lui était avec le SPD. Une réplique à
petite échelle de ce qui attend
probablement de nouveau
les Allemands ces prochaines
années.
«Vision catholique». AKK
cultive néanmoins des différences avec la chancelière.
Beaucoup de membres de la
CDU reprochent à Merkel de
s’être égarée dans une politique trop centriste et pas
assez conservatrice (entre
autres, l’accueil des réfugiés
ou le mariage pour tous). A
ce titre, la désignation d’Annegret Kramp-Karrenbauer
peut les rassurer: elle est bien
plus traditionnelle que Merkel sur ces sujets. Catholique
pratiquante, alors que Merkel
est protestante, elle s’oppose
fermement au mariage pour
tous, mais aussi à la suppression du paragraphe 219a
du code pénal allemand, qui
réprime la publicité pour
l’avortement. «Contrairement à Merkel qui agit en tacticienne, pour elle, ce sont des
sujets politiques d’envergure
et elle tient à cette vision catholique et traditionnelle de
la famille», explique Uwe
Jun, politologue à l’université de Trèves.
Si Angela Merkel n’est pas
une idéologue, AKK l’est,
sans conteste. «Certaines de
ses idées devraient rendre la
«Certaines de
ses idées
devraient
rendre la
gauche assez
malheureuse.»
Marcel Dirsus
politologue
Récriminations. Toute la
subtilité de Kramp-Karrenbauer est là : garder un cap
merkelien, sur fond de pragmatisme politique et de
valeurs chrétiennes très affirmées (valeurs au nom desquelles elle a suivi Merkel
dans sa politique d’accueil
des réfugiés en 2015), tout en
envoyant des signaux clairs à
l’aile droite de la CDU. Il faut
dire que cette dernière multipliait les récriminations.
Beaucoup de membres du
parti sont encore chafouins
des concessions faites au SPD
lors de la rédaction du
contrat de coalition. Surtout,
ils ne se remettent pas d’avoir
vu leur échapper le ministère
des Finances. Mais les dernières annonces d’Angela
Merkel pourraient les rassurer : si la grande coalition se
fait, le ministre de la Santé
sera Jens Spahn, 37 ans, vif
opposant de la chancelière et
très bruyant représentant de
l’aile droite du parti. Le reste
des nominations est moins
surprenant, car ce sont des
merkeliens : Ursula von der
Leyen conserverait le portefeuille de la Défense, Peter
Altmaier prendrait l’Economie et l’Energie, et Julia
Klöckner, l’Agriculture.
Encore faut-il que les quelque 460 000 membres du
parti social-démocrate approuvent ce fameux contrat
de coalition afin de former
une «Groko»… L’ultime épisode de cet interminable
feuilleton, qui a débuté lors
des législatives du 24 septembre, est prévu pour ce
week-end. •
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Libération Mardi 27 Février 2018
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LIBÉ.FR
u 9
Coupe Davis : ça sent le vinaigre
pour le saladier Le plus prestigieux
des trophées de tennis masculin par
équipes va disparaître. La Fédération internationale de
tennis a annoncé ce lundi son remplacement par une
Coupe du monde annuelle. Un projet révolutionnaire, qui
enterre la Coupe Davis, jugée désuète. Libération raconte
comment les grands joueurs ont eu la peau d’une
compétition centenaire. PHOTO AP
EMMANUEL
MACRON
lors d’un entretien
téléphonique avec
le président turc
AP
«La trêve
humanitaire
s’applique
à l’ensemble du
territoire syrien,
y compris
à Afrin.»
Le Président a exprimé lundi sa «vive préoccupation» face à
«la poursuite des attaques contre les civils et les hôpitaux dans
la Ghouta orientale par le régime» syrien, a indiqué l’Elysée.
Au cours d’une discussion téléphonique avec son homologue
turc Recep Tayyip Erdogan, Macron a souligné «l’impératif
absolu que la cessation des hostilités […] soit immédiatement
et pleinement respectée», en conformité avec la résolution 2401
du Conseil de sécurité de l’ONU votée samedi. Et d’ajouter que
la trêve des combats devait aussi être mise en œuvre à Afrin,
dans le nord du pays, où la Turquie mène une offensive contre
les Kurdes. Ce lundi, le régime de Bachar al-Assad a mené de
nouveaux bombardements meurtriers dans la Ghouta orientale, même si les raids aériens, qui ont fait plus de 550 morts
depuis le 18 février, semblent avoir baissé d’intensité.
En Catalogne, les autorités locales
infligent un camouflet au roi Felipe VI
Le monde du high-tech
n’échappe pas au conflit entre une partie de la Catalogne, qui réclame l’indépendance, et le pouvoir central
espagnol, qui s’y oppose.
Le Congrès mondial de la téléphonie mobile (MWC),
grand-messe annuelle du
secteur, s’est ouvert lundi
à Barcelone par une visite du
roi Felipe VI, accompagnée
d’une polémique.
La veille, lors d’un dîner
de gala, les deux principales
autorités locales ont boycotté la réception protocolaire du monarque, même si
elles ont ensuite pris part au
repas. Ada Colau, maire de
Barcelone et réputée proche
de Podemos, était assise à la
même table que Felipe VI,
avec qui elle s’est brièvement entretenue. Ce qu’a
soigneusement évité de faire
Roger Torrent, président du
Parlement régional et élu de
la Gauche républicaine de
Catalogne (ERC), un parti
indépendantiste et antimonarchiste.
Le camouflet infligé au chef
de l’Etat est jugé assez grave
par les médias pour figurer
en une des principaux journaux lundi. Tant Torrent que
Felipe VI à Barcelone, lundi. PHOTO JOSEP LAGO. AFP
Colau ont expliqué leur boycott par le discours prononcé
par le roi le 3 octobre,
deux jours après la brutale
répression du référendum
organisé par le pouvoir régional et déclaré illégal par la
justice. Dans cette allocution, Felipe VI avait pris
à partie les autorités catalanes et leur leader, Carles Pui-
Slovaquie Meurtre
d’un journaliste
d’investigation et
de sa compagne
En Grèce, Aube dorée multiplie
les attaques violentes
Son dernier article dressait le
portrait d’un entrepreneur
slovaque controversé. Ján
Kuciak, journaliste d’investigation pour le site Aktuality.sk, et sa compagne ont
été assassinés ce week-end.
La police a déclaré lundi
qu’une enquête avait été
ouverte après la découverte
des corps dans leur maison
de Velka Maca, à environ
65 km de Bratislava.
Agé de 27 ans, le reporter
enquêtait sur les affaires
de fraude fiscale et de
corruption, tout comme la
journaliste indépendante
maltaise Daphne Caruana
Galizia, tuée au mois d’octobre dans l’explosion de sa
voiture.
Les néonazis d’Aube dorée
sont bien décidés à occuper
le terrain par la violence. Et
ce, alors que 70 députés,
élus locaux et cadres du
parti sont en procès depuis
bientôt trois ans. Dimanche, un groupe de ses affidés a ainsi perpétré une
première attaque contre le
centre social Favela dans le
port du Pirée, près d’Athènes. Cinq personnes ont été
blessées et deux, hospitalisées. Peu après, une seconde descente a eu lieu
dans un squat du centre
d’Athènes. Les néonazis
ont tenté de l’incendier,
sans y parvenir.
Les lieux ciblés ne doivent
rien au hasard. Aube dorée
dénonce sans cesse l’hébergement des migrants et réfugiés dans les squats.
Parmi les blessés de Favela,
il y avait une femme :
Eleftheria Tobatzoglou, qui
concentre les haines des
sbires d’Aube dorée. Elle est
l’avocate de la famille Fyssas et l’une des protagonistes du procès contre la formation d’extrême droite.
L’affaire remonte à septembre 2013 quand Pavlos
Fyssas, un jeune rappeur,
est poignardé par un cadre
du parti néonazi. L’ensemble de la direction du mouvement est alors arrêté.
Dix-huit mois plus tard, ils
sont mis en liberté surveillée. Mais la justice re-
prend son cours en
avril 2015 lorsque s’ouvre ce
que certains appellent le
«procès du siècle». Depuis,
trois affaires sont instruites: l’assassinat de Fyssas,
la tentative de meurtre de
quatre pêcheurs égyptiens
en juin 2012 et l’agression à
la batte de base-ball de
membres du syndicat communiste Pame en 2013.
Parmi les chefs d’accusation, il y a notamment celui
de l’«appartenance à une
organisation criminelle».
La question posée est donc
indirectement celle de la
légalité d’Aube dorée sur
l’échiquier politique grec.
F.P. (à Athènes)
Lire l’intégralité sur Libé.fr
gdemont, accusés de «mettre
en péril la stabilité de toute
l’Espagne». Mais il n’avait pas
prononcé un mot sur les violences policières. Le ton virulent du discours avait surpris: garant des institutions
et de l’unité du royaume, le
roi n’en est pas moins tenu
par la Constitution à une
stricte neutralité politique.
La maire de Barcelone, contrairement au président du
Parlement, n’est pas sécessionniste, mais les deux élus
appartiennent à des familles politiques favorables
à la fin de la monarchie et
au retour de la République,
instaurée en 1931 et dissoute
en 1939 par le dictateur
Franco.
Le MWC, organisé depuis 2006 à Barcelone, est
un des événements qui assurent le rayonnement international de la capitale
catalane. Le contrat avec la
ville s’achève en 2023, et ces
derniers mois Madrid a régulièrement agité le spectre
d’un départ de la manifestation en raison du tumulte
indépendantiste. La présence du roi cette année est
censée rassurer les organisateurs, deux mois après une
déconvenue: l’Agence européenne du médicament, qui
doit quitter Londres pour
cause de Brexit, a préféré
Amsterdam à Barcelone
comme prochain siège. Les
incertitudes politiques
auraient pesé dans le choix
des pays de l’UE.
FRANÇOIS-XAVIER
GOMEZ
Hongrie Une défaite de mauvais augure
pour Viktor Orbán
Le parti du très autoritaire
Premier ministre hongrois,
le Fidesz, a essuyé dimanche une défaite cuisante
lors d’une élection municipale partielle, à quelques
semaines des législatives
du 8 avril où Orbán tentera
d’obtenir un troisième
mandat consécutif. Péter
Marki-Zay, candidat indépendant mais soutenu par
tous les partis de l’opposition, a remporté l’élection
partielle dans la ville de
Hodmezövasarhely avec 57,5 % des voix contre seulement
41,5% pour Zoltan Hegedüs, candidat du Fidesz, selon un décompte portant sur 92% des bulletins. Ce résultat est une surprise dans la mesure où cette petite ville du sud de la Hongrie
est le fief d’un ministre et fidèle d’Orbán, Janos Lazar. Selon
une analyse du portail politique indépendant Index.hu, la
marge de 16 points entre les deux candidats, plus étonnante
encore que la victoire de Marki-Zay, pourrait inciter les partis
d’opposition à se rapprocher lors des législatives. PHOTO AFP
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10 u
FRANCE
Libération Mardi 27 Février 2018
Edouard Philippe au centre
des opérations ferroviaires
de la SNCF le 12 février.
PHOTO LIONEL PRÉAU. RIVA PRESS
Pressé de réformer le groupe
au risque d’un conflit social
que promettent déjà les syndicats,
le Premier ministre aborde les
négociations avec des ordonnances
sur la table. Seule concession
gouvernementale, la sauvegarde
potentielle des petites lignes.
SNCF
Le gouvernement
rentre dans le dur
Par FRANK BOUAZIZ
E
douard Philippe, commandant en chef de la réforme du
rail français. Destinataire du
rapport Spinetta sur l’avenir du
transport ferroviaire, le chef du gouvernement a tenu à présenter luimême, lundi, la méthode et le calendrier retenus pour moderniser
la SNCF. Mimant la stratégie employée par les PDG appelés au chevet d’entreprises en difficulté, il n’a
pas hésité à plomber sérieusement
le bilan actuel du transporteur ferroviaire, afin de rendre incontournable sa transformation: «La situation
est alarmante pour ne pas dire intenable. Les Français, qu’ils prennent
ou non le train, payent de plus en
plus cher pour un service public qui
marche de moins en moins bien.» Le
propos est martelé face au PDG de
la SNCF, Guillaume Pépy, assis au
premier rang en compagnie du patron de la filiale SNCF Réseau, Patrick Jeantet. Toux deux restent impavides et ne cillent pas plus quand
Philippe illustre son propos avec
une petite vacherie sur la desserte
du Limousin: «Il faut vingt-cinq minutes de plus qu’il y a quarante ans
pour aller de Limoges à Paris.» Emporté par son élan, le Premier ministre n’hésite pas à alourdir la barque
sur le coût de la SNCF pour les deniers de la nation. Là où le rapport
Spinetta chiffrait à 10 milliards
d’euros les divers apports de fonds
publics à l’entreprise, il les estime
à 14 milliards, soit 40% de plus.
Face à un tel diagnostic, le traite-
ment ne pourrait donc être que
musclé : la SNCF est promise à un
changement de statut. Elle devrait
devenir une société anonyme à capitaux publics dont les actions seront incessibles. Une manière de
rassurer ceux qui redoutent une privatisation rampante.
CLOU
Pour autant, Edouard Philippe ne
s’est pas attardé sur le casse-tête de
cette transformation juridique. Il ne
sera en effet pas possible de regrou-
per toutes les activités de la SNCF
dans une seule société. L’ouverture
prochaine à la concurrence imposera de conserver une entité distincte pour la propriété des voies et
une autre pour les gares. Manière de
garantir aux futurs concurrents de
la SNCF un accès équitable aux infrastructures pour leurs trains.
Le clou de l’intervention d’Edouard
Philippe demeure néanmoins le
passage consacré au statut des cheminots, sujet sur lequel il était le
plus attendu. Sans surprise il a annoncé la fin de ce dispositif pour les
nouveaux embauchés. «Aux nouvelles générations, aux apprentis qui
veulent s’engager dans la SNCF, nous
disons qu’ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français,
celles du code du travail.» Sans surprise il a également confirmé que le
gouvernement aurait recours à la
technique des ordonnances, qui lui
permettra de se dispenser d’un long
débat parlementaire. Avec néanmoins une nuance : pour mener à
bien cette réforme, Edouard Philippe a fixé un calendrier extrêmement court: moins de trois mois. Si
les syndicats, la direction de
la SNCF et l’Etat trouvent un terrain
d’entente dans ce délai, les ordonnances se transformeront en mesu-
«
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Libération Mardi 27 Février 2018
u 11
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«Le statut de
cheminot est un
faux problème»
Pour Eric Meyer, de
Sud Rail, les annonces
du Premier ministre
confirment une
attaque du service
public ferroviaire
et de ses agents.
riale rapportée au chiffre d’affaires est équivalente à celle d’une
grande entreprise. On est largement dans les standards de ce qui
se pratique ailleurs. Autrement
dit, le statut ne fait aucunement
exploser la masse salariale. Et ne
nous empêche en rien d’être bénéficiaire, comme nous l’avons été
près les annonces du Pre- l’an passé. Mettre en avant ce sumier ministre Edouard jet, c’est montrer les cheminots du
Philippe, lundi, sur la doigt afin d’éviter un vrai débat
SNCF, Eric Meyer, secrétaire fédé- sur le service public ferroviaire et
ral Sud Rail, confirme la participa- la continuité territoriale.
tion de son organisation à la ma- Les cheminots continuent cenifestation du 22 mars à Paris. Et pendant de pouvoir partir à la
dénonce une stigmatisation du retraite plus tôt (de 50 à 52 ans
statut de cheminot par le pouvoir, pour les roulants, de 55 à 57 ans
au détriment d’un vrai débat sur pour les sédentaires)…
Pour pouvoir partir à taux plein,
le service public ferroviaire.
Quelle est votre appréciation un cheminot doit avoir le même
sur les annonces du Premier nombre d’annuités que dans le
ministre sur la réforme à venir privé. Soit, en ce moment, près
de 41,5 à 42 ans de cotisations.
de la SNCF ?
Il n’y a pas beaucoup de surprises: Donc ces bornes d’âge dérogatoila plupart de nos craintes ont été res sont aujourd’hui très théoriconfirmées, même s’il reste en- ques. Partir à 52 ans sans avoir
toutes ses années
core des zones d’omde cotisations, c’est
bre. Cela ne nous
partir avec une relaisse pas très optitraite de misère.
mistes sur l’avenir du
D’ailleurs, l’âge
secteur ferroviaire
moyen effectif de
français.
départ à la retraite à
Les petites lignes
la SNCF ne cesse de
semblent préserprogresser et devées, au moins
vrait rejoindre l’âge
dans un premier
INTERVIEW
du privé d’ici queltemps…
ques années.
Le gouvernement a
dit qu’il ne suivrait pas les recom- Sur le plan organisationnel, le
mandations du rapport Spinetta gouvernement prévoit la réunisur ce point. Mais de fait, il va fication des différentes entités
transférer cette responsabilité de de la SNCF en une seule entreconserver ou non ces lignes aux ré- prise publique, dont l’Etat dégions. Procéder ainsi, sans parler tiendrait des «titres incessidu financement, de la question de bles». Plutôt positif ?
la dette, c’est faire fi de toute politi- L’organisation actuelle de la SNCF,
que d’aménagement du territoire. avec ses trois Epic (Etablissement
Que pensez-vous de la pro- public industriel et commercial)
messe d’Edouard Philippe de et ses 15 structures différentes,
traiter les 50 milliards d’euros multiplie d’autant les intervede dette de la SNCF «d’ici la fin nants. C’est ce qui fait que les incidents sont de plus en plus longs à
du quinquennat» ?
Quand on veut refonder une mai- régler. Donc nous allons voir ce
son, on commence par les fonda- que propose l’exécutif. Mais ce qui
tions, pas par la toiture. Par est étonnant, c’est que pendant
ailleurs, parler d’une dette de des années, on nous a dit qu’avec
la SNCF est erroné. Il s’agit d’une l’ouverture à la concurrence, il faldette d’Etat. Ces 50 milliards d’en- lait des entités séparées entre le
dettement sont le résultat de tren- réseau et le roulant. Et maintete-cinq ans de politique publique nant, du jour au lendemain, ce
des transports conduite par l’Etat. n’est plus un problème… On
Qui plus est dans le cadre, sou- attend de voir si ce n’est pas
vent, d’une politique de clienté- contraire avec ce que demande
lisme territorial. Tout le monde a l’Europe et si l’exécutif ne prévoit
un exemple de gare ou de desserte pas une séparation plus stricte
particulière construite pour ré- qu’annoncée. Cela fait partie des
pondre à la demande de tel ou tel points flous sur lesquels on attend
des précisions. Quant aux «titres
responsable politique.
Autre point qui fâche: la fin du incessibles», on a vu comment ça
statut pour les nouveaux em- s’est passé à La Poste. Deux ans
après la transformation de l’entrebauchés…
Le statut, c’est un faux problème. prise, ils ont ouvert le capital…
Recueilli par LUC PEILLON
A la SNCF, la part de la masse sala-
Carnet
NAISSANCE
Victor
Grand-Mère et Grand-Père
sont très heureux de l’arrivée
de Victor le 22 février .
L’équipage est désormais
composé de quatre
moussaillons !
Bienvenue à bord !
AFP
A
res législatives examinées par les
deux assemblées. Une nouvelle procédure a ainsi vu le jour : l’ordonnance avec ultimatum.
Ce train de mesures à venir est loin
d’avoir mis en joie les organisations
syndicales. Traditionnellement la
plus modérée, la CFDT a été une des
premières à réagir pour appeler à
une grève reconductible: «La ligne
rouge a été franchie à deux reprises.
Comment peut-on imaginer négocier
dans un tel contexte», estime Thomas Cavel, secrétaire national de
la CFDT. Sud-Rail [lire ci-contre]
et l’Unsa sont également partants
pour la grève. Quant à la CGT, elle se
dit prête à «un mois de grève» pour
«faire plier le gouvernement». Une
intersyndicale est prévue ce mardi
afin que les quatre organisations représentatives harmonisent leur calendrier et leurs positions.
FUSIBLE
En s’attaquant de front à la réforme
de la SNCF –qui plus est par ordonnances–, Edouard Philippe prend
certes un risque politique. L’opérateur ferroviaire a déjà démontré sa
capacité à bloquer l’Hexagone aussi
bien pour les voyageurs que pour les
marchandises. Conscient néanmoins du risque d’embrasement, le
Premier ministre a su se ménager
deux pare-feu. Le premier se trouve
au sein même de son gouvernement
en la personne de sa ministre des
Transports. Elisabeth Borne était à
son côté lors de l’annonce de ces mesures et a exposé le calendrier des
concertations qui se tiendront à son
ministère. Si la situation se durcit,
elle aura vocation à jouer le rôle de
fusible, comme cela est arrivé à certains de ses prédécesseurs.
Soucieux de ne pas ouvrir plusieurs
fronts en même temps, Edouard
Philippe a pris le soin de préciser
qu’il ne suivrait pas les recommandations du rapport Spinetta sur la
fermeture de 9000 kilomètres de lignes secondaires, notamment les
moins fréquentées. Histoire de rassurer les élus locaux, des contrats
Etat-région destinés à rénover ces
liaisons ont été confirmés pour un
montant de 1,5 milliard d’euros. La
réaction de soutien à cette mesure,
venue de l’association des régions
de France, ne s’est pas fait attendre.
Etonnant retournement. Après
avoir montré les dents il y a moins
de quinze jours au moment de la remise du rapport Spinetta, les présidents de région seront peut-être les
principaux artisans de la mise en
œuvre de la réforme de la SNCF. •
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12 u
FRANCE
Libération Mardi 27 Février 2018
LIBÉ.FR
Pour Macron, deux verres
de vin, ça va toujours On était
resté sur le slogan : «Un verre, ça va,
trois verres, bonjour les dégâts.» Le président de la République vient de l’enrichir d’une variante : «Deux
verres, ça va encore.» Avant l’ouverture du Salon de
l’agriculture, en effet, Emmanuel Macron s’est dit opposé à tout durcissement de la loi Evin et a désavoué
sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn. PHOTO AFP
Baclofène: pour
le Conseil d’Etat, un
verre à moitié plein?
Alors que de grands
alcooliques se
disent sauvés par
ce médicament, la
question des effets
secondaires à haute
dose inquiète les
autorités sanitaires.
Une décision est
attendue dans les
prochains jours.
dangereux, à ne pas mettre
en tout cas entre toutes les
mains. Et parfois efficace. Le
problème, comme pour bien
d’autres molécules, est son
«bon usage». «Le rapport bénéfice risque est nettement favorable à son autorisation à
hautes doses, a affirmé sans
hésiter, dans Ouest France,
Thomas Maës-Martin, dont
la femme a saisi le Conseil
d’Etat. Bien sûr, il y a des
effets secondaires au début,
d’ordre psychiatrique essenPar
tiellement, raison pour laÉRIC FAVEREAU
quelle ce médicament doit
être donné par des médecins
e baclofène est vrai- compétents. Mais cela passe
ment unique. Au point au bout de trois mois et le baque l’aventure autour clofène peut sortir des gens de
de ce médicament, hier uti- trente ans d’alcoolisme en
lisé comme myorelaxant puis quelques mois.» Et de pourmassivement détourné pour suivre: «J’ai assisté à des misoigner l’alcoolisme, se pour- racles. Mon épouse, traitée
suit depuis dix ans
depuis fin 2012, est
avec des épisodes
RÉCIT passée de deux litres
peu communs. Une
d’alcool par jour à
décision du Conseil d’Etat zéro.» Difficile de formuler la
sera rendue publique «dans moindre objection face à tel
les jours qui viennent» à fait un miracle.
savoir lundi l’institution. Elle
fait suite à la requête d’une «Casse». Quid néanmoins
patiente qui contestait l’in- de la question des effets seterdiction de le prescrire à condaires? Le professeur Mihaute dose, décrétée fin chel Reynaud, qui a superjuillet par l’Agence nationale visé une des deux grosses
de sécurité des médicaments études sur le baclofène, se
(ANSM). Cette dernière ren- montre, lui, mesuré. Regardra dans quelques mois son dons d’abord la situation: le
verdict sur ce produit en lui baclofène était au départ
accordant ou pas une autori- prescrit comme relaxant
sation de mise sur le marché. musculaire dans les cas de
De fait, on l’a oublié, mais le sclérose en plaques. Depuis
baclofène peut être aussi un dix ans, porté par le succès
vrai médicament, c’est-à-dire du livre du Dr Olivier Ameicompliqué, incertain, parfois sen, le Dernier Verre, et sous
L
«En dessous de 100mg,
les risques sont minimes.
Au-dessus, il ne faut pas
l’interdire, mais mettre en place
un encadrement précis, d’autant
que, grosso modo, il ne marche
qu’une fois sur deux.»
Michel Reynaud professeur d’addictologie
la pression de quelques médecins généralistes et surtout
de centaines de malades, le
baclofène est apparu comme
un produit miracle pour lutter contre l’alcoolisme.
Des réseaux parallèles de
distribution se sont mis en
place pour répondre à un véritable engouement. Cette
pilule marchait, non pas systématiquement, mais chez
un nombre non négligeable
de grands alcooliques qui le
prenaient à des doses importantes. Non sans réticence,
l’Agence du médicament a
alors autorisé en 2014 la prise
du baclofène, mais assorties
de restrictions et dans le cadre d’une recommandation
temporaire d’utilisation
(RTU). Avant de décider en
juillet d’abaisser la dose
maximale autorisée, à 80mg
par jour contre 300 auparavant, en s’appuyant sur une
étude conduite par l’Assurance maladie. Cette dernière conclut en effet que
le baclofène à fortes
doses (plus de 180 mg par
jour) fait plus que doubler
le risque de décès par rapport aux autres médicaments contre l’alcoolisme, et
accroît de 50 % le risque
d’hospitalisation.
C’est cette décision qui est remise en cause par certains
patients. «On ne peut pas ne
pas tenir compte de l’étude de
l’assurance maladie, explique
le professeur Michel Reynaud. Dans cette étude, il y a
des résultats alarmants. Chez
un nombre conséquent de patients qui en prennent à fortes
doses, il y a des effets secondaires graves, comme des comas, des crises d’épilepsie
voire des décès. Bref, il peut y
avoir de la casse. Ce médicament n’est pas sans risque.»
Que faire alors ? Limiter le
dosage au risque qu’il ne
perde son efficacité ? «Peutêtre que l’Agence a été trop
prudente, car il ne faut pas
oublier les ravages et le nombre de morts dus à l’alcoo-
Au départ, le baclofène est prescrit comme relaxant musculaire. GARO. PHANIE
lisme», poursuit Michel Reynaud. Mais jusqu’où, alors,
tolérer le risque? «En dessous
de 100mg, les risques sont minimes, note Michel Reynaud.
Au-dessus, il ne faut pas l’interdire, mais mettre en place
un encadrement précis,
d’autant que, grosso modo, il
ne marche qu’une fois
sur deux.»
Bizarrerie. Voilà. Le baclofène est, aujourd’hui,
dans l’entre-deux. A la ques-
tion, comment bien le prescrire, il n’existe pas de réponse simple. D’autant que
les patients ont souvent
d’autres pathologies. Outre la
décision imminente du Conseil d’Etat, l’Agence du médicament par la voix de son directeur, Dominique Martin,
a expliqué qu’il allait «renouveler l’autorisation temporaire pour un an supplémentaire», le temps que la
procédure d’instruction de
l’Autorisation de mise sur le
marché (AMM) aille à son
terme.
Enfin, faut-il rappeler cette
dernière bizarrerie : le baclofène est une… originalité
française. Il y a en France
autour de 100 000 patients
qui le prennent, selon
l’ANSM, qui précise :
«Sur 23 pays européens interrogés, seuls cinq disent avoir
connaissance de l’utilisation
du baclofène dans le cadre de
l’alcoolo-dépendance, et encore avec peu de patients.» •
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Libération Mardi 27 Février 2018
u 13
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LIBÉ.FR
Réforme de l’université :
«Ce système est plus adapté aux
étudiants plus âgés» Elèves, profs,
conseillers d’orientation mais aussi enseignants-chercheurs…
Tous sont en première ligne face à la réforme de l’accès au
supérieur, qui se met en place à toute vitesse. Libération leur
donne la parole pour qu’ils racontent les bouleversements en
cours. Aujourd’hui, Arthur, étudiant à Sciences-Po Bordeaux, qui
utilise Parcoursup pour un redoublement. ILLUSTRATION LIBÉRATION
Plainte pour «abus de faiblesse»
contre Darmanin : la plaignante témoigne
Son identité n’est toujours
pas connue. Mais on dispose
désormais de sa version des
faits. Le site d’information
Mediapart a rencontré l’habitante de Tourcoing (Nord)
ayant porté plainte contre
Gérald Darmanin, et publié
dimanche soir son témoignage. Déposée le 13 février,
cette plainte pour «abus de
faiblesse» concerne des faits
étalés entre 2015 et 2017,
alors que l’actuel ministre
de l’Action et des Comptes
publics était encore maire
de Tourcoing : selon la
jeune femme, ce dernier lui
aurait rendu divers services
en échange de faveurs
sexuelles.
C’est en septembre 2015 que
«Sarah» (le nom d’emprunt
utilisé auprès de Mediapart) pantalon et je lui ai fait une
aurait rencontré Gérald Dar- fellation mais je ne suis pas
manin, par hasard, à la mai- allée jusqu’au bout.»
rie de Tourcoing. Elle sou- La scène se serait produite
haite changer de
une deuxième
DROIT
domicile et s’en
fois, déclare Saouvre à l’élu, qui
DE SUITE rah, précisant ne
lui donne son nupas avoir été conméro de portable. S’ensui- trainte, mais s’être «sentie
vent des échanges de SMS obligée» à de telles faveurs,
(dont la plaignante a gardé la jugeant que «c’est ce qu’il attrace), avant des rencontres, tendait en échange de son
dans le bureau du maire puis aide». La plaignante évoque
au domicile de Sarah. Lors de un troisième épisode semcette visite, «il s’est retourné blable, en juin 2016 dans un
vers moi et il m’a dit qu’il était hôtel d’Ivry-sur-Seine, en récélibataire, affirme la plai- gion parisienne. En paralgnante. Il m’a aussi dit que lèle, Gérald Darmanin aurait
mon dossier logement, il al- effectivement appuyé (sans
lait s’en occuper. Il m’a pris la succès) les démarches de la
main et il l’a posée sur son jeune femme pour trouver
sexe. J’avais compris ce qu’il un logement, ainsi qu’un
voulait. J’ai déboutonné son stage. «Moi aussi j’ai des torts
dans tout ça, j’ai envoyé des
textos et tout…» reconnaît
Sarah auprès de Mediapart,
racontant avoir envoyé au
futur ministre des «messages
coquins» et des photos «dénudées». La relation s’interrompt à partir de l’entrée de
Gérald Darmanin au gouvernement, en mai 2017.
Contacté par Mediapart, Gérald Darmanin n’a pas voulu
commenter les déclarations
de la plaignante. Le ministre
a déjà fait l’objet d’une
plainte, récemment classée
sans suite, pour viol. Il était là
aussi accusé d’avoir exigé des
faveurs sexuelles contre un
service rendu. Mais l’enquête
n’a pas démontré le caractère
contraint du rapport en
question. D.Al.
47000
C’est le nombre d’étudiants en santé qui devront
faire un «service sanitaire» dès la rentrée 2018.
Ce dispositif, promesse de campagne de Macron, est
préconisé par le rapport du professeur Loïc Vaillant,
que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et la ministre de l’Enseignent supérieur, Frédérique Vidal, ont
rendu public lundi. Les futurs médecins, sages-femmes, pharmaciens, kinés ou infirmiers conduiront
des missions de prévention «obligatoires» à l’obtention de leur diplôme, pour une durée de trois mois,
dans les écoles, les Ehpad ou les prisons… A partir
de 2019, le dispositif sera étendu à l’ensemble des filières de santé (ergothérapie, orthophonie, etc.).
FRANÇOIS MOLINS
dans un entretien
au Parisien, à propos
de l’âge minimum
du consentement sexuel
AP
«13 ans, c’est l’âge à partir
duquel on est accessible
à des sanctions pénales.
Ce serait le seuil
du discernement,
en quelque sorte.»
Le procureur de la République de Paris s’est dit favorable, dans
un entretien accordé au Parisien dimanche, à ce que l’âge minimum du consentement à un acte sexuel soit fixé à 13 ans
(lire aussi la tribune page 18). «Il y aurait ainsi une cohérence
avec l’ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs», a fait
valoir François Molins. Ce point doit être tranché par un futur
projet de loi, annoncé après la polémique créée par le cas d’un
homme de 28 ans poursuivi pour «atteinte sexuelle», et non
pour «viol», car sa victime de 11 ans était considérée comme
consentante.
Interrogé par ailleurs sur les abus sexuels dans leur ensemble,
le procureur rapporte que le nombre de plaintes pour harcèlement et agression sexuelle a augmenté de 20% à 30% à Paris
cet automne, dans le sillage de la campagne #BalanceTonPorc,
avec un pic de 154 plaintes pour le seul mois d’octobre. «Mais
cet effet est en train de retomber pour revenir à la situation antérieure, soit entre 80 et 120 plaintes par mois. Quant aux viols,
les chiffres sont restés stables avec environ 700 plaintes annuelles», ajoute-t-il. Dans la foulée, François Molins a salué le mouvement de libération de la parole des victimes d’abus sexuels
qui a suivi l’affaire Weinstein. Mais tout en reconnaissant «un
droit absolu à l’information», il a mis en garde contre les dangers d’un hypothétique «tribunal médiatique»: «Si cette chape
de plomb cède enfin, c’est très bien. Mais il ne faudrait pas que
rumeur vaille condamnation.»
Une froide bise de Russie
C’est l’hiver et il fait très
beau et très froid. La surprise, c’est la bise MoscouParis, ce vent venu tout droit
venu de Sibérie et qui a débarqué lundi. Jusqu’à -10°C
ont été relevés dans l’Ain au
petit matin, avec - 18° C en
ressenti sous le vent du
Nord-Est. Comme prévu par
Météo-France, les températures ont considérablement
chuté en plaine: -9°C à l’aéroport de Bâle-Mulhouse,
-8°C à Strasbourg et Nancy,
ou encore - 3° C à Montpellier, -1°C à Marseille ou -2°C
à Brest. L’épisode n’épargne
pas la Côte d’Azur. A Nice,
de gros flocons sont tombés
sur la promenade des Anglais. Mardi et mercredi
devraient être les jours les
plus froids, surtout dans le
nord du pays.
Deux sans-abri ont été retrouvés morts, l’un diman-
che à Valence et l’autre vendredi en région parisienne.
Les autorités ont ouvert plus
de 3100 places temporaires
d’hébergement supplémentaires. Un tel froid tardif n’a
pas été enregistré depuis 2005. M.É.
PHOTO FREDERICK FLORIN. AFP
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14 u
FRANCE
Libération Mardi 27 Février 2018
CALAIS
Les
passeurs
font
la loi de
l’aprèsjungle
Le nombre de migrants
bloqués aux abords de la
ville a diminué depuis le
démantèlement de la
«jungle». Ceux qui restent
font face à une hausse
des tensions et violences
causées par les passeurs,
comme l’a montré une
fusillade, le 1er février.
REPORTAGE
Par
STÉPHANIE MAURICE
Correspondante à Lille
Photos JULIEN PITINOME
I
l est érythréen. Il a traversé l’Afrique et la Méditerranée pour se retrouver, immobile à vie, sur un lit
d’hôpital. Ce jeune homme de 22 ans
est tétraplégique depuis qu’une balle
lui a traversé la nuque à la distribution
de nourriture qui a tourné au drame à
Calais le 1er février. «Il n’a plus que ses
yeux qui bougent, il faut s’approcher de
lui pour qu’il vous voie», s’attriste Hisham Aly, délégué du Secours catholique sur le littoral. Avec lui, trois autres
hommes ont été blessés par balles.
C’est la première fois qu’une telle fusillade se produit à Calais. Que s’est-il
passé? Sans doute une aggravation des
tensions entre les passeurs et des exilés
usés par les conditions de vie et la pression policière constante. «C’est un problème de cohabitation avec ceux qui
n’ont absolument pas d’argent, le plus
souvent des Africains», estime le procureur de la République de Boulogne-surMer, Pascal Marconville. «Ils tentent
par l’effet de masse de grimper à bord
des camions. Un réseau de passeurs a
visiblement décidé de leur faire comprendre qu’il fallait arrêter de perturber le business.» Pauvres et peu discrets, ils ont tous les défauts aux yeux
des trafiquants.
Tirs en plein jour
Vincent Kasprzyk, chef de la brigade
mobile de recherche (BMR) de Calais,
à la police aux frontières, est plus circonspect : «Soit les Erythréens ont été
forcés de venir sur une zone fréquentée
par les Afghans par le fait d’un démantèlement de camp le matin même; soit
c’est une revendication de nouvelles zones de passage par les Africains; soit ce
sont les Afghans qui ont voulu montrer
leurs bras.» Une certitude: cette rixe est
liée à des questions de territoires.
A Calais, les parkings de transit des camions en partance vers l’Angleterre et
les alentours des stations-service sont
des enjeux. Un clan ou l’autre s’érige en
propriétaire de facto, en contrôle l’accès et va jusqu’à tabasser ceux qui s’y
risquent sans payer. «Nous n’avons pas
connaissance en ce moment de réseau
structuré de passeurs pour les Africains», signale Pascal Marconville. La
BMR confirme : «Les Erythréens sont
sur la zone d’activités Marcel-Doret,
mais c’est plus la communauté qui tient
le parking, au contraire des Afghans où
c’est un réseau de passeurs qui est présent à Transmarck.»
Autre hypothèse avancée par Pascal
Marconville pour expliquer cette explosion de violence : après le sommet
franco-britannique de Sandhurst et les
annonces d’Emmanuel Macron sur un
traitement accéléré des demandes
d’asile auprès des autorités anglaises,
les réseaux sociaux ont bruissé d’une
fausse rumeur, l’ouverture des frontières pendant quelques jours. Il y a eu un
afflux soudain d’environ 200 migrants,
repartis aussi vite qu’ils étaient venus:
cet afflux, déstabilisateur pour les réseaux de passeurs, a pu aviver les tensions. Le 1er février, les hommes ont
sorti leurs armes sans hésiter, après des
éclats de voix. Les bénévoles sur place
ont été frappés par cette irruption de
violence avec des tirs à courte distance,
à trois mètres des personnes touchées,
en plein jour, vers 15 h 30, lors d’une
distribution de repas près de l’hôpital
de Calais.
«En réalité, quand un passeur a un
client, il va le garder sous son aile, tenter de contrôler les zones de distribution
et vouloir écarter ceux qui ne sont pas
ses clients», explique François Guen-
noc, de l’association l’Auberge des migrants. Des migrants, qui souhaitent
rester anonymes, parlent d’une logique
identique dans les zones à majorité
africaine, avec une sélection, par exemple, sur l’accès à l’eau distribuée par
l’association la Vie active pour le
compte de l’Etat. Cette volonté de
mainmise sur ces ressources vitales est
une mauvaise nouvelle. C’est une nouveauté à Calais: dans la jungle, démantelée en octobre 2016, les gens étaient
trop nombreux, jusqu’à 10000 dans ce
qui fut le plus grand bidonville d’Europe, pour que passeurs et communautés puissent imposer leur loi.
Passage garanti
Cette volonté de contrôle a en revanche
déjà été appliquée à Grande-Synthe,
près de Dunkerque, où la population
exilée a toujours été plus restreinte.
«Un jour, une dame s’est plainte de l’eau
froide des douches, en disant “j’ai payé
cinq euros, tout de même”. C’est comme
cela qu’on a découvert qu’ils faisaient
payer», raconte Claire Millot, bénévole
à Salam. Ici, passeurs et exilés sont tous
des Kurdes irakiens, venus de la même
région des alentours d’Erbil. Il n’y a pas
d’autres nationalités : les réseaux ont
fait le tri pour ne pas être concurrencés.
«Quand un migrant arrive, il doit trouver un passeur de confiance, décrypte
François Guennoc. Parce qu’il y en a
qui prennent leur argent, et disparaissent.»
Le premier geste de l’exilé, c’est donc
d’aller voir ses compatriotes, qui parlent la même langue et partagent les
mêmes codes. Sur tout le littoral, c’est
pour cette raison que les réseaux sont
organisés par nationalité. Mais on
aurait tort de tout analyser à travers le
seul prisme ethnique. Deux jeunes
Afghans témoignent, dans un bon anglais : à leur arrivée dans la cité por-
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Libération Mardi 27 Février 2018
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u 15
Sur l’A 29, au péage
d’Abbeville,
le 13 février. La
police nationale,
la police aux
frontières
et la gendarmerie
procèdent à
une vaste opération
de contrôle des
véhicules, afin
de lutter contre
les réseaux de
passeurs.
Ci-contre, un
chauffeur routier
espagnol vérifie son
camion, pour
s’assurer qu’aucun
migrant ne s’y
cache.
«Quand un passeur a
un client, il va le
garder sous son aile,
tenter de contrôler
les zones de
distribution et
vouloir écarter ceux
qui ne sont pas ses
clients.»
François Guennoc
de l’association l’Auberge
des migrants
tuaire, ils ne savaient pas où aller. C’est
un Africain qui leur a indiqué la zone
industrielle des Dunes et le petit bois
où il est possible de dormir. Pour leur
passage en Angleterre, ils se sont
renseignés auprès d’Afghans, comme
eux. Ils les ont chaleureusement accueillis, jusqu’à ce qu’ils comprennent
qu’ils avaient épuisé tout leur pécule, 11000 euros chacun, pour arriver
jusqu’en Europe. Du même pays ou pas,
sans argent, ils sont devenus pour les
autres comme des étrangers. «Il faut
être d’un côté ou de l’autre: soit avec les
passeurs afghans, soit avec les Africains.
Si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. On reçoit des menaces tous les
jours, soupirent-ils. Et dans le centreville, ce sont des policiers qui nous arrêtent.» Ils décrivent une société parallèle
hiérarchisée, avec les passeurs en haut
de la pyramide. Les migrants africains
arrivent à s’en affranchir grâce au nombre : ils sont 400 à 500 quand les
Afghans sont une petite centaine. «Et
dans les jungles, c’est le nombre qui
compte», notent-ils. Sauf quand il est
compensé par des armes.
Les deux hommes sont bloqués depuis
plus d’un mois à Calais, à tenter la traversée «en free», gratuitement, en se
faufilant à travers la vigilance des passeurs sur des parkings plus éloignés.
«Quand on paye, on passe», s’exclament-ils. Ils ont un exemple concret,
un homme, arrivé après eux, qui a versé
l’argent exigé, et leur a ensuite téléphoné
d ’A n g l e t e r r e.
Entre 3000 et 8000 euros, c’est le tarif du
passage garanti, avec complicité du
chauffeur, qui dissimule le migrant
dans sa couchette. Les scanners et
autres détecteurs de CO2, pour la respiration, ne sont utilisés que sur la cargaison. Les passeurs, explique Pascal
Marconville, ciblent les conducteurs
des pays de l’Est, à qui ils font miroiter
une prime de 700 euros, un mois de salaire, pour un boulot présenté comme
sans grand risque. Ils leur assurent
qu’ils n’auront qu’une amende s’ils se
font attraper alors qu’ils encourent en
réalité jusqu’à trois ans de prison ferme.
Amateurs et professionnels
Surtout, le cercle s’est élargi: trop surveillés, les parkings de Calais sont de
plus en plus laissés aux plus pauvres,
qui se glissent dans la remorque à
l’insu du chauffeur et sont le plus
fréquemment arrêtés à la frontière.
Une prestation qui tourne entre 1000 et 2000 euros. Les autres sont
embarqués à bord de camionnettes, direction la Belgique ou la Normandie,
pour rejoindre des camionneurs complices sur des zones plus discrètes. Ensuite, retour à Calais pour se fondre
dans le flux du port ou du tunnel sous
la Manche. Pour mettre en place ces
navettes, les Kurdes de Calais se sont
alliés aux Afghans. «La paix des braves», ironise le procureur. On planque
aussi les migrants dans des caches
aménagées dans les camions ou les
fourgonnettes. «Parfois, les mètres cube
d’air sont si restreints que les personnes
sont embarquées juste après la frontière
belge, à 75 km de Calais, car elles ne
pourraient pas tenir plus longtemps»,
note le procureur. Une spécialité roumaine précise-t-il, avec des cachettes
qui servent aussi bien à la drogue ou
aux cigarettes qu’aux hommes. Mais
ces méthodes restent low-cost, souligne Vincent Kasprzyk, de la BMR. Un
cran au-dessus, ce sont les tentatives
avec fausses pièces d’identité. Là aussi,
on trouve de tout : la carte d’identité
bulgare grattée pour remplacer le nom,
le passeport emprunté à un membre de
sa famille en situation légale, pour la
vague ressemblance de la photo, le faux
sophistiqué, qui peut valoir jusqu’à 1000 euros, énumère Jean-Charles Hainne, brigadier-chef à la PAF
du Nord, spécialiste de ces fraudes, installé dans son laboratoire mobile à l’un
des péages de l’A28. Ensuite, il faut
trouver un conducteur. «Il y a encore
pas mal de passeurs Blablacar», note le
patron de la BMR. En toute bonne foi,
ces derniers embarquent pour l’Angleterre un exilé muni de faux papiers, via
le site internet.
L’année dernière, la BMR a démantelé 24 réseaux et arrêté 800 trafiquants sur le Calaisis, avec tous les profils : amateur abusé, opportuniste,
professionnel aguerri. «Nous sommes
la plus grosse brigade mobile de France,
avec 39 agents, mais avec aussi la problématique la plus importante de
France», souligne Vincent Kasprzyk.
Avec des réseaux toujours prêts à expérimenter des idées nouvelles : il y a
quinze jours, des passeurs anglais dont
l’embarcation était tombée en panne
ont volé au port de Boulogne le bateau
de plaisance voisin. Ils ont été arrêtés
en mer. Trois jours plus tard, c’est un
autre bateau qui est tombé en panne le
long des côtes anglaises, avec une dizaine de migrants à bord, raconte le
chef de la BMR. Autre tendance, l’avion
de tourisme, qui profite de l’important
trafic à l’aérodrome du Touquet.
Trente minutes de vol, sans risque ou
presque, c’est le top. Mais réservé à une
élite, à 10 000 livres (11 400 euros) la
traversée. Des privilégiés qui ne mettront jamais les pieds dans les jungles
de Calais. •
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Libération Mardi 27 Février 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Gone. Série. Les
enfants volés. Nous sommes
Légion. 22h40. New York
unité spéciale. Série. L’enfant
perdue. Au centre de la perdition. Victime et coupable.
Erreur judiciaire.
20h55. Transformers 3 :
la face cachée de la lune.
Science-fiction. Avec
Shia LaBeouf. 23h05.
Transformers. Film.
21h00. Dikkenek. Comédie.
Avec Jean Luc Couchard,
Dominique Pinon. 22h35.
Chroniques criminelles.
FRANCE 2
20h55. Prédateurs. Documentaire. 22h35. Cash investigation. Magazine. Pesticides :
notre santé en danger.
FRANCE 3
20h55. La stagiaire. Série.
Disparues. Maternité. Repose
en paix. 23h30. Soir 3.
00h15. In situ. Magazine.
La guerre des fleurs.
21h00. Django. Biopic. Avec
Reda Kateb, Cécile De France.
22h55. Loving. Drame. Avec
Joel Edgerton, Ruth Negga.
ARTE
20h50. Les jeux d’Hitler.
Documentaire. Berlin 1936.
22h20. La symphonie de
Leningrad. Documentaire.
La lutte d’une ville assiégée.
M6
20h50. Île de Pâques. Documentaire. L’heure des vérités.
22h20. C dans l’air. Magazine.
PARIS PREMIÈRE
6TER
21h00. Once Upon a Time.
Série. 3 épisodes. 23h15. Supernatural. Série. 4 épisodes.
20h55. Une chance sur deux.
Comédie. Avec Jean-Paul
Belmondo, Alain Delon.
23h05. Deux hommes
dans la ville. Film.
21h00. Claude François,
les derniers secrets.
Documentaire. 23h00. Daniel
Balavoine : Vivre ou survivre.
NUMÉRO 23
20h55. L’incroyable Hulk.
Fantastique. Avec Edward
Norton, Liv Tyler. 23h05.
American horror story. Série.
3 épisodes.
20h55. Blanche maupas. Téléfilm. Avec Romane Bohringer,
Thierry Frémont. 22h50.
La balade de Lucie. Téléfilm.
C8
LCP
21h00. Les nouveaux héros.
Film d'animation. 23h10. Le
grand bêtisier de la SaintValentin. Divertissement.
20h30. La prise du pouvoir
par Vladimir Poutine.
Documentaire. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
0,3 m/5º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Paris
Orléans
Dijon
0,6 m/4º
1 m/10º
Toulouse
Bordeaux
0,6 m/13º
Nice
Montpellier
Toulouse
Marseille
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6/10°
11/15°
8
HORIZONTALEMENT
I. Groupes organisés contre
groupes organisés II. Fillon
n’y a pas sourcillé III. On
le rend piquant ; Il vous
permet d’avoir un maximum
d’intensité IV. Piquant ; Station
de sports divers V. Des pots
pour dépôts d’or ; 24 heures
pour elle ? Non, davantage.
VI. Ils agissent vite sur la
peau ; Adjectif pour François
VII. Indien sur toutes les lèvres
VIII. Il vit sur son homophone
IX. Tellement avec le premier
III. ; Partir rapidement X. La
jolie forme que prend la
rencontre de deux temps ;
Ses membres ont doublé en
trente ans XI. Avec émail sur
la langue
9
V
VII
X
Grille n°846
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Personnel 2. Elle fait des dégâts avec ses armes ; Fit dégâts avec arme
3. Plat au Mali ; Elles crèvent l’écran ; Cinq pour deux pouces 4. Attaque
en portée ou qui emporte ; Chope 5. Bœuf au son saignant ; Gouverna
6. Chez lui, vous pouvez lire gattaca d’un côté ; Ils n’aiment pas les bilans
sans gain 7. Pour ces ennemis de la servitude involontaire, la traite donne
du laid 8. Condensé de règles 9. Pratiques qui tiennent de la goétie
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. HADAMARD. II. COMPRIMÉE. III. STI. AJONC.
IV. DESSOUDA. V. ROSI. TROP. VI. ÉG. SPEARS. VII. BÉA. CMU.
VIII. ARA. NIHIL. IX. CONGÉNÈRE. X. ESCORTE. XI. RESSAISIR.
Verticalement 1. CS. RELACER. 2. HOT-DOG. ROSE. 3. AMIES. BANCS.
4. DP. SISE. GOS. 5. ARAS. PANERA. 6. MIJOTE. INTI. 7. AMOURACHÉES.
8. RENDORMIR. 9. DÉCAPSULEUR.
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Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
◗ SUDOKU 3602 MOYEN
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◗ SUDOKU 3602 DIFFICILE
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SUDOKU 3601 DIFFICILE
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Solutions des
grilles d’hier
RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
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Nuageux
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Fort
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Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
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MONDE
Alger
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Londres
Madrid
New York
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-1
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Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
6 2 7
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2,5 m/13º
16/20°
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Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
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-10/0°
7
GORON
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Lyon
Bordeaux
1 m/6º
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Dijon
Nantes
Lyon
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
Strasbourg
Brest
Orléans
Nantes
IP 04 91 27 01 16
Lille
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Brest
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Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
MERCREDI 28
1 m/9º
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1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Des chutes de neige se produisent près des
Pyrénées. Le ciel se couvre à l'avant, de
l'Aquitaine à la Méditerranée. Le grand froid
sec persiste ailleurs.
L’APRÈS-MIDI Il neige dans le Sud-Ouest
jusqu'au Massif central. Le froid sec se
maintient au nord de la Loire.
Lille
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III
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
CHÉRIE 25
W9
1
I
VIII
21h00. Sissi impératrice.
Drame. Avec Romy Schneider,
Karl-Heinz Böhm.
22h55. Sissi. Film.
21h00. Shrek. Animation.
De Andrew Adamson, Vicky
Jenson. 22h50. Les sousdoués en vacances. Film.
MARDI 27
IP
Principal actionnaire
SFR Presse
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. La canonnière
du Yang-Tsé. Aventures.
Avec Steve McQueen, Candice
Bergen. 00h10. Boobs :
une obsession américaine.
Il fait très froid avec des gelées généralisées.
Des nuages menaçants circulent dans
l'extrême Sud-Est et le nord Cotentin avec
des averses de neige. Plus de soleil ailleurs.
L’APRÈS-MIDI Il fera très froid avec un vent
très désagréable, glacial. Maintien d'un
risque de giboulées sur le Cotentin et
l'extrême sud-est. Le soleil résiste mieux
ailleurs malgré quelques nuages.
1 m/3º
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
20h55. Petits meurtres
entre riches. Documentaire.
2 épisodes. 22h45. Petits
meurtres entre riches.
Documentaire. 3 épisodes.
NRJ12
21h00. Le Meilleur Pâtissier Spéciale Célébrités. Jeu.
Souvenirs d’enfance.
23h15. Le Meilleur Pâtissier Spéciale Célébrités : À Vos
Fourneaux !. Magazine.
Souvenirs d’enfance.
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
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18 u
Libération Mardi 27 Février 2018
IDÉES/
La mission chargée
par le gouvernement
de réfléchir aux
infractions sexuelles
sur mineurs rendra
ses conclusions
ce jeudi. Fixer un âge
minimal de
consentement à un
acte sexuel serait une
fausse bonne idée.
C’
est un fait visiblement
trop souvent oublié:
notre droit permet déjà
de punir toute relation sexuelle
entre une personne majeure et un
mineur de 15 ans ou moins et ce,
même si le consentement du mineur est revendiqué ou si le nonconsentement n’est pas prouvé.
C’est l’infraction d’«atteinte
sexuelle». En l’absence de toute
violence, contrainte, menace ou
surprise, le code pénal réprime
ces relations –qu’il s’agisse de
simples attouchements ou d’actes
de pénétration sexuelle. La seule
majorité de l’un et l’état de minorité de l’autre suffisent à en permettre la répression jusqu’à
L'ŒIL DE WILLEM
cinq ans d’emprisonnement.
Si la tentative d’atteinte sexuelle
n’est pas en elle-même réprimée, le
législateur, en 2007, a incriminé les
propositions sexuelles faites à un
mineur de 15 ans via Internet.
Enfin, en cas d’agression ou de viol,
l’existence d’un rapport d’autorité
entre majeur et mineur est une circonstance aggravante, et la peine
est alors extrêmement sévère, passant de quinze ans à vingt ans de
prison. Il est difficile, quand on a
connaissance de ces textes et conscience des applications qui en sont
faites, de dire que la protection des
enfants et des adolescents face à la
sexualité des adultes serait ignorée
de notre droit.
Le gouvernement se propose,
sous la très forte pression d’associations, de modifier les infractions relatives aux relations
sexuelles avec des mineurs. Mais
le débat est très mal engagé. Les
déclarations des uns et des
autres, y compris des politiques,
sont confuses. A les lire, le citoyen ignorant des réalités judiciaires serait porté à croire que
les relations sexuelles d’un majeur avec un mineur de 15 ans ne
sont incriminées que si ce
mineur fait la preuve de ce
qu’il n’était pas consentant.
Répétons-le, et pour tout le
monde : c’est faux.
Le projet de loi à venir dans les
prochaines semaines semble
vouloir édicter une présomption
simple de non-consentement
pour toute relation sexuelle avec
un mineur de 15 ans. En effet,
une présomption irréfragable
– c’est-à-dire incontestable
devant la justice – serait problématique au plan constitutionnel.
Mais même si le législateur s’en
tient à une présomption simple,
il supprimerait, sauf preuve
contraire, la notion d’atteinte
sexuelle au profit des seules
notions d’agression sexuelle ou
de viol. Ne nous voilons pas la
face, la défense sera bien souvent
dans l’impossibilité de rapporter
une preuve contraire. Les faits
seront donc qualifiés de viol, un
crime jugé aux assises, ou bien
d’agression sexuelle. Pour un garçon de 18 ans qui aura eu une relation consentie avec un ou une
jeune ado de près de 15 ans, on
imagine les conséquences.
En appréhendant le réel avec
pour seul outil l’âge au-dessous
duquel on postulerait le non-consentement à l’acte incriminé, ce
projet prend d’importants risques – bien plus importants
encore si on retient le seuil
de 15 ans plutôt que 13.
Il va à rebours de tout ce que les
praticiens savent. Il ignore le fait
que la maturité et le temps de
l’éveil à la sexualité diffèrent
d’une psyché à l’autre. Il ignore
aussi totalement la dimension
relationnelle de la sexualité et
l’importance des écarts d’âge.
Peut-on penser sous les seules
notions d’agression et de viol, la
relation sexuelle d’un mineur âgé
de 13 ou 14 ans avec un majeur
Par
RÉGINE
BARTHÉLÉMY
DR
N’instaurons pas un âge légal
pour découvrir la sexualité
de 35 ans, de 20 ans, un mineur
de 17 ans ou de son âge ? Car ne
va-t-on pas aussi, tant qu’on y est,
appliquer le nouveau texte aux
relations entre mineurs ?
Ce projet ignore encore que les
plaintes ne seront pas toujours
déposées par des majeurs pour
des faits subis du temps de leur
minorité mais aussi par des
parents qui ne supportent pas
que leur adolescent découvre la
sexualité avec quelqu’un du
même sexe ou d’une autre couleur voire d’une autre condition
sociale, d’une autre religion.
A tout prendre, et s’il faut bouger
les lignes, on peut concevoir que
le législateur veuille porter la
peine maximale de l’infraction
d’atteinte sexuelle à dix ans d’emprisonnement (le maximum pour
les délits) en considération que
les atteintes sexuelles peuvent
causer des préjudices graves à de
jeunes mineurs. Mais qu’on laisse
le soin aux juges de trancher la
question du consentement plutôt
qu’instaurer un postulat sur l’âge
auquel on est censé pouvoir
consentir et découvrir la sexualité.
Il n’y a rien à gagner à écraser
ainsi la complexité du réel, sa
diversité, sous une présomption.
Rien à gagner à vouloir retirer
aux juges la possibilité d’énoncer
l’acte commis sous des qualifications gradées, au plus près des
faits qu’ils ont retenus. Cette
faculté de graduer les situations
est aussi de l’intérêt des victimes
qui doivent pouvoir travailler sur
la réalité qui leur est arrivée. Une
réalité sanctionnée par le droit,
plutôt qu’une fiction juridique
d’un non-consentement universel avant 15 ans.
L’infraction d’atteinte sexuelle permet de sanctionner le fait pour un
majeur d’avoir initié un mineur
de 15 ans à la sexualité. En travestissant demain ces faits sous les qualifications de «viols» ou d’«agression
sexuelle», nous risquons d’entretenir des confusions nuisibles non
seulement aux auteurs, mais aux
victimes. Et à notre société. •
Avocate, membre du Conseil
national des barreaux (CNB)
et du Syndicat des avocats
de France (SAF).
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Libération Mardi 27 Février 2018
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉCONOMIQUES
Par
BRUNO AMABLE
Professeur à l’université de Genève
La progressivité de
l’impôt, sujet secondaire
Une lutte efficace contre les inégalités croissantes
dans nos sociétés ne passe pas uniquement
par une fiscalité progressive mais aussi
par la fourniture de prestations sociales
et de services publics de qualité.
L’
augmentation des inégalités est devenue un thème
central de la réflexion des
économistes et une préoccupation
importante des populations
concernées. La question de la réduction des inégalités est souvent
posée en lien avec celle de la redistribution des revenus, que celle-ci
prenne la forme de transferts directs vers certaines catégories de
population, ou la fourniture de
services publics. Cette question est
elle-même liée à celle de la fiscalité, à la fois en ce qui concerne le
montant des recettes fiscales, qui
indique ce qu’il est possible de
redistribuer, et le profil de l’imposition, qui détermine les contribu-
tions relatives, positives ou négatives, de chacun à la redistribution
en fonction de ses revenus.
La forme particulière qu’a prise
l’augmentation des inégalités,
avec des riches devenant «super
riches» et parfois des pauvres
devenant très pauvres, a facilité
l’émergence de deux thèmes. Le
premier est celui de la progressivité de l’impôt. La hausse des inégalités a été reliée à la baisse de la
fiscalité sur les plus hauts revenus, l’imposition devenant de ce
fait moins progressive. Par conséquent, la lutte contre les inégalités
a été parfois présentée comme
dépendant d’une hausse ou d’un
rétablissement de la progressivité
de l’impôt. Le second thème est
celui de la pauvreté et de l’opportunité de la combattre spécifiquement par des transferts ciblés, qui
se feraient éventuellement aux dépens de dépenses publiques bénéficiant à une population plus
large.
Une littérature récente a examiné
ces divers éléments pour proposer
une analyse d’ensemble. Un premier fait empirique établi est que
les systèmes de protection sociale
les plus développés et les plus redistributifs se trouvent dans les
pays où la fiscalité est la moins
progressive. On peut mobiliser
plusieurs explications à cela. L’une
d’elle est qu’un système très redistributif implique des recettes
fiscales élevées pour le financer. La
nécessité de trouver des financements importants conduit à recourir à une imposition peu ou pas
progressive voire régressive: taxe
à la consommation ou CSG. Ce serait donc les limites de la taxation
progressive sur lesquelles buteraient les systèmes les plus actifs
contre les inégalités.
Ceci amène à se demander d’où
viennent les limites à la mise en
place d’une plus grande progres-
RÉ/JOUISSANCES
Par
LUC LE VAILLANT
Les bonnes raisons d’Hidalgo
de tuer la voiture à Paris
Retour sur les évolutions d’une capitale qui expulse la vitesse
et l’acier pour lui préférer la lenteur et la végétalisation mais
aussi l’impermanence et la dépossession.
L
a voiture a perdu la guerre. A Paris, la
bataille d’arrière-garde menée par les
conservateurs à quatre roues motrices
est promise à la débandade. Sur le temps
long, la messe est dite. Vu la prolifération de
particules fines, difficile de jouer au plus…
fin! Les grands guignols de la bagnole sont
mal partis pour continuer à rouler carrosse.
Du haut de leur superbe menacée, ils peuvent bien pester contre les ayatollahs verts,
leur temps mazouté est compté. Bientôt, on
ne les verra plus, solitaires et mutiques derrière leurs vitres teintées, projeter le parebuffle de leur arrogance dans le maquis des
nouvelles mobilités urbaines. Ils en sont
réduits à sortir du chapeau un argument
social pas vraiment leur genre. Sans vergo-
gne, ils rallient à leur cause les rurbains et
les exilés des cités périphériques qui seraient tenus en lisière de la capitale par la
mise à pied des véhicules polluants.
Anne Hidalgo a beau avoir quelques soucis
de circonstance, sa cause est entendue. Le
remplacement des Vélib prend du retard ?
Qu’importe! Les deux-roues demeurent les
petites reines agiles d’une mutation effectuée mollet fringant et nez au vent. Seul
bémol, j’aurais aimé que le vélo voyage en
site propre, dans des rues réservées, au lieu
de devoir cohabiter avec bus et taxis afin de
servir de cheval de Troie contre les puissances pétaradantes. Mais qui veut la fin,
accepte les moyens, chutes et angoisses
comprises.
sivité de l’impôt. Mis à part les possibilités d’évasion fiscale dont
bénéficient les hauts revenus et
patrimoines, les limites pourraient
refléter des préférences des sociétés contemporaines ; mais les enquêtes font généralement ressortir
que les individus sont favorables
à la progressivité. Cependant,
il n’y a pas de lien automatique entre le soutien à la progressivité et
celui à la lutte contre les inégalités.
Les formes que prend la redistribution influent sur les attentes individuelles. Un résultat relativement
bien établi est que l’hostilité à la
redistribution s’accroît avec le ciblage sur les ménages les plus pauvres. A l’inverse, une redistribution
moins ciblée, profitant à une large
partie de la population, sous forme
de services publics développés par
exemple, recueille un soutien social plus large. Ceci vaut également
pour le soutien à la progressivité de
la fiscalité, qui diminue avec le ciblage de la redistribution en faveur
des pauvres (1).
Un résultat récent montre que les
limites à la progressivité de l’imposition directe semblent affecter
la plupart des pays développés de
façon semblable lorsqu’on étudie
A l’image du tramway dont Delanoë, puis
Hidalgo ont cerclé Paris, le maillage du
transport collectif s’étend. Le Grand Paris
Express le prouve qui va élargir le réseau
RER. De là à ce que la banlieue se mette au
pas et fasse pousser gazon et rhododendrons
sur la Francilienne, la rocade régionale, il fumera encore du pneu sur le goudron.
Enfin, il n’est pas neutre que la guérilla actuelle se déroule sur une voie sur berges,
baptisée du nom de Georges-Pompidou, président d’une France industrieuse et sûre
d’elle, dominatrice et pétrolière, en costume
rayé et cabriolet chromé. Les opposants
d’Hidalgo, qui la surnomment «Notre-Drame-de-Paris», veulent continuer à tailler la
route. Ils honnissent le coup d’Etat écolo de
cette Cosette qu’ils voueraient bien aux châtiments éternels. Mais celle-ci ne veut pas
simplement rendre les splendides bords de
Seine aux badauds, sa vision est plus vaste.
Son projet n’est pas seulement sobre et sanitaire. Il est aussi ludique et sporadique, végétal et ralenti avec wifi. Oublions la muséification et la gentrification en cours contre
lesquelles la lutte est compliquée. Et étudions deux totems qui représentent les propositions de longue traîne d’Hidalgo.
La guinguette éphémère. Paris Plages
est la matrice d’une philosophie à même de
rassurer la société de l’après-travail. Il s’agit
de se réapproprier des endroits dévolus aux
durs transports d’avant et de les renaturaliser, tout en les coloriant de culturel et en les
adoucissant de caritatif. Le macadam devient sable festif, l’eau lourde du fleuve
s’éclabousse en piscine sans chlore, et les friches industrielles se rhabillent de tables de
la relation entre d’une part, le taux
d’imposition directe moyen et,
d’autre part, la place du contribuable dans la distribution des revenus
plutôt que son niveau de revenu (2).
Ce qui différencie les pays et leurs
systèmes de protection sociale
n’est donc pas tant la plus ou moins
grande progressivité de la fiscalité,
mais le taux global moyen d’imposition directe et indirecte. Plus celui-ci est élevé, plus les inégalités
sont réduites et plus la protection
sociale est développée. On retrouve
alors l’opposition entre des systèmes ciblés sur la lutte contre la
pauvreté par transferts directs avec
une protection sociale relativement peu développée et des systèmes où les taux d’imposition sont
élevés et où la lutte contre les inégalités passe par la fourniture de
prestations sociales et de services
publics de qualité. •
(1) Sarah Berens et Margarita Gelepithis,
«Welfare State Structure, Inequality, and
Public Attitudes Towards Progressive
Taxation». A paraître dans la Socio Economic Review.
(2) Elvire Guillaud et Michaël Zemmour,
«Does Progressive Taxation Foster or Hinder Redistribution ?».
pique-nique et de sociabilité transgénérationnelle. Il est fini le temps de la césure entre le centre et la marge, entre les beaux
quartiers préservés et les confins tagués et
dévastés. On mélange, on recycle et on régale au zinc des food trucks qui, vite, iront
déplier leurs auvents ailleurs. Car ces lieux
sont éphémères, c’est même leur raison
d’être. Ça dure le temps que s’incruste, dans
les petites têtes molles, la notion d’évolution
permanente, de flexibilité des habitudes et
des hébétudes.
La tour végétale. Histoire de faire grandir
la cité naine qui culmine aux six étages haussmanniens, Hidalgo veut des immeubles
Gulliver pour loger du bureau et attirer de la
taxe professionnelle. Sauf que les temps ont
changé et que le gaullisme immobilier façon
La Défense est aussi disqualifié que l’autotamponneuse. En 2018, année inaugurale du
féminisme triomphant, il est hors de question de se relancer dans un concours de quéquettes scintillantes, avec géants de pierre
aux érections stellaires. Il est mort le virilisme en béton, elle est saccagée la masculinité d’acier. Stop aux cornichons glabres et
aux suppositoires sadiques! Pour masquer
les volumes et estomper les hauteurs, les bâtiments vont jouer les filles de carnaval et se
déguiser en ébouriffées velues. Ils vont se
laisser pousser des cheveux d’anges et se
coiffer de longues tresses. La végétation va
dégouliner des balcons, les murs vont reverdir. Et sur les toits, coulera le miel des
abeilles repulpées tandis que, dans les potagers haut perchés, des citrouilles épargnées
par Halloween engraisseront des bébés végans, nés dans les choux bio. •
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20 u
Libération Mardi 27 Février 2018
Au conservatoire, de la musique
pour adoucir les gamers
Installé sous la Canopée des
Halles, à Paris, le Conservatoire
Mozart a inauguré il y a six mois
des cours de composition
pour jeux vidéo. Alliant
créativité et informatique,
du sound design au mixage,
cet enseignement s’inscrit
dans un marché porteur et de
plus en plus riche en débouchés.
Par
GUILLAUME TION
Dessin BRUNO MANGYOKU.
TALKIE WALKIE
L
a première fois que le petit
Mozart est passé à Paris,
en 1763, il résidait dans le Marais. Quinze ans plus tard, sa mère
est morte dans notre capitale. Ses
obsèques ont eu lieu à l’église SaintEustache et elle a été enterrée non
loin. C’est certainement pour ces
raisons que le conservatoire de musique qui se trouve sous la Canopée
des Halles, et dont le rayonnement
couvre les quatre premiers arrondissements de Paris, s’appelle le
Conservatoire Mozart. «Les Viennois ont un peu de mal à compren-
dre ça», sourit Pascal Gallois, le directeur de l’établissement. Depuis
le début de cette année scolaire, le
bassoniste-proviseur se la joue
jeune et rebelle comme Amadeus en
proposant l’enseignement d’une
nouvelle matière : la composition
pour jeu vidéo. «Il faut s’ouvrir à la
société: un million de personnes passent chaque jour sous la Canopée,
explique Gallois en désignant le
kiosque à musique près de l’entrée
du forum. Et le conservatoire doit
s’inscrire dans son temps, avec l’enseignement de nouvelles matières.»
C’est sur ce créneau que la Ville de
Paris tisse son originalité. Chaque
conservatoire a sa spécialité : jazz
dans le XIIIe, musique à l’image
dans le Xe… et musique de jeu vidéo
aux Halles. Pour une matière qu’on
peut penser peu académique, c’est
ce qu’on appelle une promotion Canopée. Son enseignement est optionnel. Pour cette première année,
il ne concerne qu’une poignée
d’étudiants, qui prennent des cours
avec Olav Lervik. Les élèves le
voient une fois par mois pour une
session individuelle de deux heures
puis travaillent chez eux et échangent avec lui via Skype sur les projets qu’ils mènent.
BOUTON DE MANCHETTE
Dans la salle du conservatoire Mozart où se déroulent les cours, un
piano droit Pleyel est poussé contre
un mur. Personne n’y joue. Sur les
tables, ni partitions, ni CD, ni stylos,
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CULTURE/
ni platines. Mais des ordinateurs
portables. Lervik et son élève sont
penchés sur les écrans. Le prof explique à Pablo, 24 ans, le maniement d’un logiciel de mixage. Ils
discutent longueur de son, cumul
d’effets, maniabilité de l’interface.
Car, oui, le mixage fait partie de la
composition. «Un programmeur de
jeu vidéo laisse plus de liberté à un
compositeur que, par exemple, un
réalisateur de films», explique Lervik. Le compositeur endosse donc
rapidement les métiers de mixeur,
d’ingénieur du son ou de sound designer.
Il n’est pas forcément question de
composition dans ces cours. «La
nature de la musique dépend de celle
du jeu, analyse Lervik. Si l’on est
dans un titre “point & click” ancien
style, chaque salle proposera une
ambiance sonore différente.» Il y a
donc des morceaux, ou des boucles
de morceaux, qui correspondent à
chacune d’elles. «Il existe aussi des
jeux avec uniquement cinq à six minutes de musique, très placées.» Par
exemple dans une scène cinématique, où le jeu disparaît au profit
d’une vidéo, la musique évoque
alors la bande originale d’un film.
Mais la plupart du temps, l’enjeu est
moins compositionnel que stratégique. «On n’est pas vraiment dans
l’apprentissage de la composition,
explique Pablo, l’élève déjà passé
par de la guitare classique, de la bat-
à la police, celle où il se rappellerait
avoir vu le bouton de manchette de
son agresseur porté par un homme
énigmatique dans un café
deux heures plus tôt, etc.
«Dans un film, on sait exactement ce
qu’on doit faire et sur quelle durée.
Dans un jeu vidéo, on ne sait pas ce
que va faire le joueur, dans quelle direction il va orienter son personnage
ou quel geste il va lui faire exécuter»,
note le professeur. D’où la musique
d’attente rehaussée d’effets ponctuels, cette «cathédrale» à construire où chaque pierre représente
un motif sonore et chaque voûte
une ambiance particulière. Lervik,
35 ans, musicien franco-norvégien,
grand gars maigre à la barbe blonde
et au ton posé, est un ancien assistant du compositeur Peter Eötvös.
Il est passé par Darmstadt, haut lieu
d’élaboration et de transmission de
la musique contemporaine depuis
la fin de la Seconde Guerre mondiale, et enseigne aussi à l’université de Zurich depuis trois ans. A
Paris, il officie au conservatoire,
donc au contact d’une population
plus variée: «Il s’adresse aussi à des
jeunes, ce ne sont pas que des étudiants de second cycle», reprend
Gallois, qui a rencontré à Vienne ce
prof au pedigree rare qui jette des
passerelles de portées entre les
terie et du trombone. Ici, il s’agit mondes.
plutôt de construire une cathédrale La mise en place du cours a été ramentale où tout peut interagir. Il pide, note le directeur, pour qui la
faut même avoir des notions de code matière représente un enjeu fondapour tout comprendre.»
mental: «Saint-Saëns a écrit pour le
cinéma. Le film 2001, l’Odyssée de
ENJEU FONDAMENTAL
l’espace a fait connaître Ligeti… Le
Prenons un jeu d’aventure qui déve- 7e art a été un vecteur de développeloppe des ambiances réagissant aux ment. La musique de jeu, aujourmouvements des joueurs. Et imagi- d’hui, lui est comparable. Or, la misnons, par exemple, Mozart pour- sion du conservatoire est d’aller vers
chassé par de mystérieuses sil- ces nouveaux vecteurs.» La musique
houettes sur le toit de la Canopée de jeu vidéo est donc pour le direcdes Halles. Le jeu fait entendre une teur «le nouveau vecteur» d’une
musique de poursuite, haletante, foule de choses. De la possibilité
un tapis d’ambiance qui, si le joueur d’apposer sa griffe sur l’établisseabandonne sa manette, durera et ment, certes. De création, évidemtournera en boucle –voire s’arrêtera ment. Mais aussi de lien socio-famiun moment et laissera
lial. L’an dernier, lors
place à des bruitages, ENQUÊTE
d’un concert gratuit de
pour éviter un effet trop
fin d’année sous la Canocyclique, avant de repartir. Soudain, pée, les orchestres de jeunes élèves
Mozart saute du toit: les trompettes ont joué des thèmes de jeux vidéo
s’emballent, les violons déman- au milieu des polkas de 1880. «Cela
chent un glissando pendant la a donné lieu à un dialogue intergéchute près des jardins du forum des nérationnel. Les parents s’intéresHalles. Voilà indéniablement un saient soudain à la musique de jeu
temps fort du chapitre «la Revanche vidéo, forcément, que jouait leur ende Salieri». Le compositeur doit fant, et donc entraient dans leur
anticiper cette possibilité de jeu, univers de loisir. Et l’enfant de son
cette musique ponctuelle de chute, côté enlevait son casque immersif
et donc l’enregistrer, la mixer, la pour faire partager sa passion, en
stocker pour éventuellement qu’elle jouant mais d’une autre manière,
serve. Tout comme il l’a fait pour la sur des instruments. Ce dialogue pamusique qui accompagnerait une rents-prof-enfant a décloisonné
agression soudaine de Mozart par beaucoup de choses, sourit le direcles silhouettes, celle où le prodige teur, l’œil bleu rêveur. De plus, on
de Salzbourg demanderait de l’aide sortait de l’image rébarbative du
«Il peut y avoir des
incompréhensions,
par exemple entre
une musique
militaire et une
musique guerrière,
Mais tout se règle
rapidement.»
Romain de Waubert
cofondateur du studio
Amplitude
conservatoire appuyant la notion
d’effort. Il faut qu’avant tout règne
le plaisir. S’il y a du plaisir, l’élève
s’implique et il y a création. C’est un
cercle vertueux.»
L’enjeu est aussi économique. Depuis les années 90, la musique de
jeux vidéo délaisse le champ de
l’electro pour être interprétée par
des orchestres. De plus en plus de
phalanges européennes franchissent le pas, voire s’en font une spécialité. C’est par exemple le London
Symphony Orchestra en Angleterre,
qui, après avoir longtemps enregistré de la musique de film (Star Wars
notamment), s’y est mis depuis cinq
ou six ans. C’est aussi le Chicago
Symphony Orchestra aux EtatsUnis, l’Orchestre de Paris en France
ou, moins chères de 30 à 40%, différentes formations des pays de l’Est.
«CARTE BLANCHE»
De la même manière que les institutions culturelles misent de plus en
plus sur les ressources provenant de
la privatisation de leurs salles, l’interprétation des musiques annexes
au symphonique est devenue un
enjeu pour les grands orchestres, un
territoire neuf qu’il faut savoir occuper, en amont lors des phases d’enregistrement, ou en aval lors des
nombreux et sans cesse croissants
concerts de «jeux vidéo symphoniques». Cet hypothétique débouché
professionnel, le conservatoire ne
peut pas ne pas le voir. «Ne serait-ce
que pour en finir avec l’image simpliste d’une fausse modernité où
dans les conservatoires on n’enseignerait que de la musique concrète
et au mieux Pierre Schaeffer!» s’emporte Gallois. «Je cherchais pour un
jeu quelqu’un qui puisse écrire un
hommage à la musique synthétique
des années 80-90. Il m’a regardé
avec des yeux ronds et m’a dit : “Je
suis un fan de Bontempi, j’en ai six
chez moi !”» raconte Romain de
Waubert, cofondateur du studio
Amplitude, au sujet de sa rencontre
avec le compositeur FlyByNo. Ce
qui débute comme un conte de fées
au royaume du 8 bit se poursuit en
une longue collaboration qui aura
épuisé de nombreux jeux et genres
– y compris le médiéval, «et sans
sonner comme Howard Shore !»
Chez Amplitude, la musique est un
poste crucial. La fabrication d’un
jeu dure entre un an et demi et
trois ans, le budget oscille de 3 à
10 millions d’euros, dont 3 à 5 %
sont dévolus à la musique. «On décrit au compositeur les différents
mondes et il a carte blanche. Il peut
y avoir des incompréhensions, par
exemple entre une musique militaire
et une musique guerrière, raconte
Romain de Waubert. Mais tout se règle rapidement.» La quantité de musique peut dépasser l’heure et demie, comme dans Endless Legend.
Pour certains jeux, FlyByNo prend
aussi en charge le design artistique
audio, il est donc responsable de
l’ambiance sonore générale, bruitages inclus – qu’il ne crée pas mais
commande et sélectionne. Tout est
fait pour renforcer le «couple artistique» entre le directeur et son compositeur, qui doit «se sentir à l’aise»,
et a donc eu droit d’enregistrer avec
l’Orchestre de Paris. «Je préfère qu’il
soit avec des musiciens qu’il connaît,
plutôt que de courir l’économie et
prendre le risque d’être déçu puis devoir tout refaire.»
Sans être porté au rang de star, le
compositeur de musique de jeu vidéo, souvent polyvalent et débrouillard, est traité avec égards.
Son rôle fait même l’objet d’une
mutualisation, à l’image des écuries
Hans Zimmer développées pour le
cinéma. «Sur les gros projets, on voit
essaimer des brigades composées de
plusieurs compositeurs, chacun
maître d’un style différent, rejoints
par des bruiteurs, explique Olav
Lervik. On ne peut pas être expert en
tout, spécialiste de la prod, de l’enregistrement… On a besoin de beaucoup de compétences pour les jeux
très lourds comme les GTA, par
exemple. Ce sont des débouchés collectifs.» Au terme de ce premier semestre d’enseignement, Pascal Gallois est ravi: «Cela va au-delà de ce
que j’espérais. Les élèves travaillent
plus, ils jouent au jeu et en même
temps ils jouent de la musique.» Gallois, s’il maîtrise Mozart et Boulez,
qui lui a dédicacé son Dialogue de
l’ombre double, s’avoue novice en logiciel de pointe. «Les avancées technologiques sont telles que, peut-être
pour la première fois, le directeur de
conservatoire ne comprend plus ce
qui est enseigné dans son établissement.» Pascal Gallois va-t-il apprendre le maniement des logiciels ?
S’enfermer avec son basson dans
son bureau? Ou se mettre à jouer à
Assassin’s Creed: Salzbourg Chronicles ? •
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22 u
Libération Mardi 27 Février 2018
CULTURE/
MUSIQUES
blicité à part entière sur les vidéos
de Boiler Room. Pour faire vivre ses
équipes (une soixantaine de permanents à Londres, environ 150
dans le monde plus ponctuellement), ils ont cédé à l’appel des
marques, comme beaucoup d’événements ou même de médias dédiés à la musique – ce soir-là, c’est
une marque de vodka à qui il revient de jouer au chat et à la souris
avec la loi Evin. «Eristoff voulait
s’associer à la techno en particulier,
pas seulement à la musique, et ça
correspondait à notre état d’esprit.
Boiler Room ne paie pas les artistes
quand ils jouent dans des soirées
non brandées car c’est vraiment un
outil promotionnel à la base», rappelle-t-il. Sébastien Bersihand,
marketing manager en charge du
projet pour l’alcoolier, expose au
détour d’une explication alambiquée, à base de rapprochement entre son logo à effigie de loup et la
meute techno, que pour eux, «rester dans les médias traditionnels serait une erreur». En choisissant cet
événement phare de l’underground, leur visibilité se fait discrètement, on ne verra leur logo dans
la salle qu’apposé au bar, aux apparitions subliminales dans la retransmission.
«Bon flyer». Habitué des Boiler
Durant le set du DJ Dave Clarke à la soirée Boiler Room, le 22 février à Bobigny.
Boiler Room, fenêtre sur club
Lancée à Londres
en 2010, l’institution
propose des DJ sets
pointus en comités
très réduits mais suivis
en ligne par les foules.
Immersion dans
la soirée donnée
la semaine dernière
à Bobigny.
I
l n’est que 17 heures quand une
file de jeunes gens suit les ordres
du GPS dans la zone industrielle
de Bobigny (Seine-Saint-Denis)
pour rejoindre une fête qui sera
streamée en direct dans le monde
entier. Ils sont environ cinq cents à
avoir obtenu leur ticket d’or pour la
Boiler Room, DJ set retransmis en
direct sur Facebook Live et YouTube, diffusé jeudi dernier entre
18 heures et 23 heures, heure de Paris. L’événement aurait généré
8000 demandes d’invitations pour
cette session parisienne gratuite
mais sur liste, à la jauge très limitée.
Boiler Room a démarré en effectifs
encore plus réduits en 2010 dans
une chaufferie de l’East London,
sur une idée du Britannique Blaise
Bellville. Une simple webcam permettait alors d’être au plus proche
de l’artiste et du public. A la différence de la plupart des clubs, celui-ci entoure dans la configuration
Boiler Room pleinement le DJ –lequel doit parfois jouer des coudes
pour garder le contrôle de ses machines. Aujourd’hui, les caméras
restent toujours discrètes mais peuvent générer plus de 400000 vues
simultanées d’un mix en direct. Ils
sont 2,5 millions de fans sur Facebook à recevoir une notification dès
que le live démarre. «Boiler Room a
toujours été porté sur la musique
britannique, le dubstep, le grime, et
très centrée sur Londres», rappelle
MPI3A, deuxième nom de la soirée
avec les Françaises de TGAF et la
sommité Dave Clarke, dont les
noms n’ont été dévoilés que vingtquatre heures avant la soirée, tout
comme le lieu. MPI3A a participé à
sa première Boiler Room en 2012.
«Tout est un peu plus poli maintenant, mais l’idée de départ est toujours la même. Boiler Room a permis
de diffuser beaucoup de nouvelle
musique en offrant au public une
plus grande immersion que les podcasts ou les émissions de radio. C’est
une grande opportunité pour ceux
qui ne sont pas en âge légal d’aller en
club par exemple ou qui n’ont pas accès à ces soirées.»
Paradoxe. Pendant le mix, on
croise quelques têtes – fracassées
par Aphex Twin et les impros sur
console Atari du Berlinois Novo
Line – qui nous disent que 19 heures, finalement «c’est peut-être un
peu tôt». Le jeune collectif de DJ
françaises TGAF n’a pas de complexe quant à l’heure du mix: «Des
gens m’ont écrit en me disant qu’ils
me regardaient en buvant de la tisane», s’amuse Pol après un set plutôt musclé. Aurore, alias Miley Serious, qui fait partie du crew,
explique : «On a l’habitude de la
foule d’un club mais Boiler Room génère un extérieur et laisse une trace.
Notre meilleur moment ce soir a été
de lire les commentaires: ni sexisme
ni haine !» se réjouit-elle.
Boiler Room convoque ce paradoxe
de jouer pour un public très réduit
sur place, souvent âgé de 20 à
23 ans, et très proche du DJ, mais en
étant vu par des millions de personnes dans leur salon. Chaque geste
du DJ peut y être scruté, révélant
ainsi ses techniques et sa manière,
et le public est une attraction à part
entière. Aurore de TGAF le dit :
«Etre en immersion avec des gens
derrière donne de l’énergie. Mais
Boiler Room, c’est aussi une épreuve,
une étape dans une vie, comme se
mettre à nu devant un jury.» Cette
Olympie peut cependant permettre
de décrocher de gros contrats,
comme ce fut le cas pour la DJ française AZF, qui a reçu une flopée de
propositions de booking au cours
d’une précédente session organisée
par l’équipe parisienne.
Depuis Londres, Tom Wiltshire
s’occupe du développement commercial. Il travaille à des partenariats juteux, car il n’y a pas de pu-
Room, Dave Clarke explique avoir
chaque fois «l’impression de jouer
dans une house party comme en Angleterre il y a bien longtemps». Au
début de son mix, c’est Michail
Stangl qui l’a présenté au micro,
rappelant qu’il était le «baron de la
techno». Il est le visage et la barbe
de Boiler Room, dodelinant de la
tête comme une approbation à chaque démarrage de mix. Originaire
de Moscou, Stangl est en charge de
Boiler Room à Berlin depuis
sept ans : «Quand on va dans un
pays qui n’a habituellement pas sa
place à la grande table de la musique électronique, on se rend compte
de l’intérêt de Boiler Room. Il y a une
décennie, l’underground désignait
l’inaccessible, il fallait vraiment
avoir le bon flyer pour y avoir accès.
Ça a complètement changé car désormais, on n’est qu’à une recherche
Google de la soirée la plus cool. Les
valeurs sociales, égalitaires sont au
cœur de l’esprit de cette culture mais
c’est aussi une certaine façon de faire
du business. On a un partenaire,
mais on s’en sert pour créer une plateforme pour la musique la plus à la
pointe, et ça va payer pour qu’on
aille en Géorgie, où l’electro est la
musique de la liberté aujourd’hui.»
CHARLINE LECARPENTIER
Photo IORGIS MATYASSY
Rens. : www.boilerroom.tv
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Libération Mardi 27 Février 2018
u 23
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Hailu Mergia,
retour marquant
à la case éthio-jazz
Relancé par le regain
d’intérêt pour ce
genre, le claviériste
septuagénaire sort
«Lala Belu», où se
côtoient thèmes
traditionnels et
compositions inédites.
I
l y a vingt ans tout juste, Francis Falceto publiait le premier
volume de la série Ethiopiques, bientôt suivi d’une vague
de rééditions, devenue tsunami
lorsque Jim Jarmush choisit
en 2005 de placer le parrain de
l’éthio-jazz Mulatu Astatke dans
la BO de son Broken Flowers. De
France comme des Etats-Unis,
des groupes sont ainsi nés, s’inspirant de ce qui est désormais
considéré comme un style à part
entière. Parallèlement, ce phénomène a permis de ressortir des
oubliettes de l’histoire des musiciens issus de ce fabuleux creuset
que fut Addis-Abeba au tournant
des années 70. Ce fut le cas de
Hailu Mergia, qui après avoir
trouvé refuge aux Etats-Unis
en 1981, dut vivoter de la musique, jouant dans les restos et les
night-clubs afro, avant de devenir
chauffeur de taxi à Washington.
Auteur de l’imparable hit Musicawi Silt, le claviériste (et accordéoniste) a été ainsi redécouvert
grâce à plusieurs rééditions du
label Awesome Tapes From
Africa dont l’album Tche Belew,
en 2014. Dès lors, il va enchaîner
les concerts, aux Etats-Unis mais
aussi en Europe, touchant un public plus large que les seuls fondus de cire noire. Joint début 2018 par Skype, une première
pour lui, l’homme s’avoue le premier surpris par ce nouvel engouement. Cette résurrection ne
serait pas tout à fait complète si,
comme bien d’autres avant lui, il
n’était pas passé de nouveau par
la case studio.
C’est chose faite avec le même label qui le réédita, et préside dé-
Hailu Mergia chez lui dans le Maryland, en juin 2013. NIKKI KAHN. THE WASHINGTON POST. GETTY IMAGES
sormais à ses nouvelles destinées. Certes, le toujours vert
septuagénaire n’a jamais vraiment arrêté de jouer, ayant même
gravé une autoproduction au début des années 2000, mais Lala
Belu peut légitimement être considéré comme le marqueur de
son retour en pistes : il en signe la
moitié du répertoire, trois titres
inédits donc, auxquels il ajoute
trois thèmes «traditionnels»,
dont le totémique Tizita en guise
d’introduction, qu’il réarrange à
sa manière. Enregistré en trois
jours à Londres en 2016, mastérisé à Washington, avec des edits
et des ajouts de sa part (synthé,
piano acoustique), l’album béné-
ficie de la présence de la paire
australienne, le génial batteur
Tony Buck et le contrebassiste
Mike Majkowski. Rompus à
l’exercice depuis qu’ils l’ont accompagné sur les scènes du
monde entier, ces deux-là apportent bien mieux qu’une assise
rythmique, digressant volontiers,
offrant une variété de tempos qui
permettent au maître de céans de
s’en donner à cœur joie : solos les
deux mains dans le bon vieux
groove par-ci par-là, un doigt romantique aussi parfois, quitte à
surjouer les clichés. Et surtout
des touches plus abstraites, décalées, lorsqu’il enfourche l’accordéon et le mélodica. La complé-
mentarité fonctionne à plein, si
bien qu’on peut s’étonner que
Hailu Mergia nous apprenne qu’il
a changé de partenaires depuis
cet enregistrement. A défaut de
renouveler le genre, largement
balisé en 2018, Lala Belu confirme les qualités de compositeur
et d’arrangeur du vétéran, toujours bien vivaces. D’ailleurs,
comme il dit avec une joie communicative : «J’ai toujours été attiré par le présent. Vous savez, le
passé, c’est déjà fait !»
JACQUES DENIS
HAILU MERGIA
LALA BELU (Awesome Tapes
From Africa).
«La Contra Ola», fleurons synthétiques d’Espagne
Une belle
compilation
retrace la
mouvance
post-punk d’une
pop électronique
ibérique passant
la Movida au
filtre de son
désenchantement.
G
râce aux activités
menées depuis une
dizaine d’années par
des labels comme Minimal
Wave, Strut ou Dark Entries,
l’internationale post-punk
électronique de la fin des
années 70 au milieu des années 80 est désormais fastement documentée – et bien
plus accessible qu’en son
temps, puisqu’à l’instar des
autres undergrounds Do It
Yourself de l’époque, la majorité de la musique produite par cet essaim de scè-
nes n’était disponible qu’en
cassettes et vinyles produits
localement en quantités limitées.
Pionniers. Maintes anthologies et rééditions étant désormais disponibles chez les
disquaires (ou en un clic sur
la plateforme de streaming
de son choix), il est devenu
très facile d’apprécier, d’ausculter et de comparer à toutes
les échelles la pléthore provoquée partout dans le
monde occidental ou presque (Italie, Grèce, Slovénie,
Suisse…) par la poignée
d’hymnes punk dystopiques
produits au Royaume-Uni
dans les home-studios de
Gary Numan et The Normal
et la démocratisation des
synthétiseurs. La scène espagnole que dévoile ces jours-ci
la Contra Ola, Synth Wave
and Post P unk From
Spain 1980-86 est à la fois
typique dans son esthétique,
ses thèmes et sa diversité, de
ce qu’on désigne désormais
par le terme «minimal wave»,
et singulière bien au-delà de
la langue utilisée. Retardataire chronique parce que
contrainte dans ses élans par
le régime franquiste, l’Espagne avait réussi à développer
des avatars de pop très dignes même dans le contexte
très empêché de la dictature.
Sur ce front synthétique elle
était absolument à l’heure,
mais semblait prendre acte
avec une étonnante mélancolie de l’inconséquence profonde de son actualité.
Ainsi «Contra Ola», le terme
déniché par Loïc Diaz Ronda
pour sa compilation, ne signifie pas «nouvelle vague»
mais tout son contraire. Une
demi-décennie après la mort
de Franco, la Nueva Ola musicale qui rythmait les nuits
de la Movida n’avait plus de
«moderna» que le nom. Gagnés par le vertige de la po-
pularité, les pionniers du
punk le plus politisé avaient
déjà cédé pour la plupart aux
sirènes commerciales et à des
formes réactionnaires (rappelons que partout en Occident, la grande affaire nostalgique de la décennie 80 qui
s’ouvrait, c’était les années 50).
Tremblements. Comme
blasés avant l’heure, la plupart des artistes présentés
dans la Contra Ola expriment
d’ores et déjà leur refus de
participer corps et âme à la
fête: et si la société qui venait
remplacer l’ancienne n’était
pas un paradis, mais un purgatoire ? Dans une joyeuse
confusion de signes et
d’orientations, la Fura dels
Baus, Diseño Corbusier et Esplendor Geométrico célèbrent ainsi simultanément la
société de consommation, le
frisson de la technologie et
leur revers, l’absurde et l’alié-
nation, et déclarent leur
flamme, grimaçants, à
l’URSS et à l’énergie nucléaire.
Pour autant, l’enfance de la
pop électronique espagnole
n’est pas lugubre, encore
moins maussade. C’est l’autre
point commun de Zombies,
Línea Vienesa ou Aviador
Dro, dont les premières expériences évoquent des référents aussi différents que
Young Marble Giants,
Liaisons dangereuses ou
Devo: on les entend jouer et
chanter ici dans l’essor de
leurs premiers tremblements, avant la cristallisation
des intentions et des soubassements.
Aussi, si l’explosion musicale
concentrée dans la Contra
Ola peut sonner par endroits
naïve, brute et incongrue,
elle pulse et vibrionne avec
une force et une qualité qui
expliquent sans doute l’engouement pour cette antho-
logie aujourd’hui: même anxieuse au plus haut point de
son devenir et de sa modernité, la scène «tecnopop» espagnole à son aurore était un
bouillon d’audace et de jeunesse dont on se bâfre dans
les clubs et salons de 2018
avec fascination et envie.
OLIVIER LAMM
LA CONTRA OLA,
SYNTH WAVE
AND POST PUNK
FROM SPAIN 1980-86
(Les Disques Bongo Joe/
l’Autre Distribution).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Mardi 27 Février 2018
A toi, Laurent
A Libération, rue Béranger, à Paris, le 21 janvier 2015. PHOTO JANY BIANCO-MULA
Pas de quartier, Laurent Troude, tu détestais faire
les choses à moitié. La photo était ton langage,
une grammaire à part, qui parlait d’elle-même sans
texte. Retour personnel sur l’un des meilleurs
photographes de «Libé», mort ce week-end.
Par
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
J
e ne pensais pas avoir un
jour à écrire sur toi dans ton
journal, dans notre journal.
Tu m’as toujours raconté qu’adolescent tu voulais entrer dans la
police ou être photographe. C’est
le deuxième métier qui l’a emporté. Tu l’as appris sur le tas
comme on dit. Comme d’autres
apprennent des passages de livres par cœur et les copient pour
aller au-delà de la carrosserie, tu
épluchais les magazines, tu
épiais les noms des photographes pour te forger une écriture
photo comme on dit chez toi,
chez eux. Tu rêvais de photojournalisme. Tu es entré à
l’Huma comme stagiaire. Pierre,
qui t’a vu arriver, a tout de suite
su que tu étais un grand. Tu les
as tous épatés et secoués avec tes
images.
Pas de quartier, Laurent Troude,
tu détestais faire les choses à
moitié, tu avais une détermination froide, tu étais prêt à en venir aux mains dans les essaims
de caméras qui te bouffaient le
champ. Et il y en eut toujours
plus, toujours plus de crève-lafaim comme tu disais, car tu
l’avais été aussi. Tu voulais arriver avant, avant tous les autres
photographes, dont une majorité étaient tes copains, trouver
le poste d’observation idéal, le
plus inattendu pour avoir un angle inédit. Ce qui te passionnait,
c’était la politique. Les hommes
politiques en situation. Les sai-
sir dans un contexte de pures lignes ou les obtenir avec la grimace la plus signifiante. Pas
pour les ridiculiser, mais parce
que tes images avaient un sens.
La photo était ton langage, une
grammaire à part, qui parlait
d’elle-même sans texte. C’est à
ça qu’on reconnaît un bon photographe et un bon journal.
Alors bien sûr, tu rêvais d’entrer
à Libé. C’était le temple de
l’image alors au début des années 90. Et putain, ce que tu
l’aimais ce canard. Tu t’es donné
à fond, tu as fait les campagnes
de Sarko (qui a le droit d’être en
photo dans tes toilettes, c’est le
seul chez toi), les reportages au
diable vauvert avec des «baveux» comme on dit chez vous.
Il y en avait avec qui tu aimais
partir, les «pros», avec d’autres
moins et alors tu pouvais être
désagréable. Parce que jusqu’au
bout tu as eu la plus haute idée
du journalisme. Et jusqu’au
bout, tu savais faire entendre
ton fichu caractère, celui des
plus forts, qui savent de quoi ils
parlent et qui critiquent avec
raison. Libé a été ta maison pendant plus de vingt ans. Elle était
moins belle que quand tu y étais
entré et plus souvent tu pestais
sur la une ou sur une image recadrée. Mais c’était comme une
religion chez toi : chaque soir,
au moment où le journal était
mis en ligne en PDF, tu faisais le
tour comme un propriétaire, et
rien n’échappait à ton regard
acéré. Ton appartement était à
ton image, un nid que tu avais
construit brindille après brindille, de photos et d’objets, de
couleur et de sons, de parfums
(ton ambre) et de succulentes,
de recoins pleins d’idées qui
germaient.
C’est dans cette maison Libé
aussi que nous nous sommes
rencontrés. A une conférence de
Mediapart, qui avait un peu mal
tourné pour moi, puis pour toi.
Il y a des choses qui foirent parfois dans ce métier… Des mois
plus tard nous nous sommes
vraiment attachés. J’ai compris
avec toi ce que c’était cette famille, les photojournalistes, à
qui je sais tu vas profondément
manquer. J’ai compris combien
c’était dur de travailler à la commande. Pas de commande, pas
d’argent pour payer son loyer et
faire vivre sa propre famille. Cela
te hantait. Tu détestais l’insécurité, tu voulais tout contrôler
pour te rassurer. Tu aurais été
aussi un bon flic, c’est certain.
Je ne t’en aurais pas moins aimé,
tu sais.
Tu aurais rêvé de faire un livre
ou une exposition. En même
temps, je sais que tu en avais
peur. Ta farouche volonté de
jouer des coudes et d’être le premier cachait aussi un manque
de confiance. Tu ne croyais pas
quand on te disait que tu étais
un cador dans le genre, mais je
sais ô combien cela te faisait
plaisir aussi. Car tu avais une
soif de vivre, une vitalité incroyable, un amour infini de tes
enfants et des autres. Nombreux sont les amis à qui tu vas
manquer. A la photo aussi. A
moi aussi qui t’ai aimé comme
j’ai pu, avec mes défauts et les
tiens, tes qualités et les miennes, bringuebalant, main dans
la main, mais on savait tous les
deux que c’était à jamais. •
Sa première présidentielle, en mars 2002.
Avec Gilles Bresson, mémorable chroniqueur
de la droite française, Laurent suit le candidat
Chirac au Mont-Saint-Michel (ci-dessus).
Distancé dans les sondages, le chef du RPR
est venu exposer ses «engagements» en matière d’«écologie humaniste». Ce Chirac
écolo, Laurent nous le montre, au coin droit
de son image, émergeant d’un petit groupe
en costume noir qui fait pendant à la silhouette noire de la célèbre abbaye. Des campagnes, Laurent en couvrira encore trois
autres, de préférence à droite, là où la politique se donne le plus crûment en spectacle.
Plusieurs cadres de l’ex-UMP nous ont dit leur
tristesse : «J’aimais beaucoup ce garçon avec
qui j’ai passé de nombreuses années», écrit
un ancien du responsable de la sécurité du
parti de droite. «Laurent était une personne
qui marquait. Il allait à l’essentiel, sans chichi
ni mauvais esprit. Il inspirait la confiance et il
avait un talent incroyable», ajoute Véronique
Waché, responsable des relations presse de
Sarkozy. Fasciné, amusé, parfois consterné
par les outrances des démagogues, Laurent
donnera encore à voir les poses théâtrales de
Wauquiez comme la ferveur des militants
énamourés. A.A.
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Libération Mardi 27 Février 2018
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La salle de la Mutualité, le 22 avril 2012, le soir du premier tour de l’élection
présidentielle. Tout Sarkozy est là. Il sait qu’il a perdu. Que sa défaite au second tour
ne fait plus aucun doute. Et pourtant, il entre sur l’estrade comme un show-man. Ne
rien laisser paraître, surtout pas. Ne rien lâcher aux photographes. C’est ce combat à
distance que Laurent aimait. G.Bs.
u 25
Hayange, le 25 novembre 2015, en pleine campagne des régionales. Marine
Le Pen tient meeting dans cette commune FN de Moselle. On rame pour relater, à
l’écrit, cette soirée sans intérêt. Laurent, lui, s’amuse de l’étrange éclairage du lieu. Il
s’approche de la scène, où Le Pen et ses amis chantent la Marseillaise. Et, en quelque clichés, transforme la troupe en inquiétants zombies. D.Al.
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26 u
Eté 2014, Paris. Il fait une chaleur accablante. Des milliers de manifestants se serrent
dans Barbès pour dénoncer les bombardements de l’aviation israélienne à Gaza. Lorsque Laurent arrive, lesté de 10 kilos de barda, la capitale ne sait pas encore qu’elle va
connaître l’une des plus violentes manifestations de la décennie. Il a suffi de trois minutes pour que Barbès explose. En mal de projectiles, des casseurs soulèvent le bitume de
la chaussée à l’aide de barres de fer, et le concassent en morceaux. Les CRS essuient
alors une véritable pluie de macadam. Seul, sans Laurent, je photographie ces scènes
avec mon smartphone. Puis, je tweete les images. En quelques secondes, certaines sont
partagées des centaines de fois. Une heure plus tard, je retrouve Laurent: «J’ai vu tes
tweets… Ce ne sert plus à rien que j’envoie des images maintenant… Enfin bon, j’ai quand
même un truc, regarde, tu vas halluciner…» Sur le petit écran de l’appareil, un dandy en
costard en train de caillasser les flics comme l’on ferait un ricochet sur un lac suisse.
Le lendemain, Libération publie l’image du «caillasseur en col blanc» sur son site. Les réseaux sociaux s’embrasent. Laurent m’écrit : «Alors champion, c’est qui le pro ?» W. L. D.
Sables-d’Olonne, le 4 mai 2012. C’est le dernier meeting de la campagne Nicolas
Sarkozy de l’entre-deux tours. L’ambiance est tendue. Les sondages l’annoncent
perdant. L’ex-Président prend à partie les journalistes présents dans la salle. Le très
secret Patrick Buisson, le conseiller maurassien de Sarkozy, est exceptionnellement
présent. Le tournant droitier de la campagne, c’est lui. Laurent est là, face à lui.
Buisson le menace de sa main. Trop tard. G.Bs.
Libération Mardi 27 Février 2018
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Libération Mardi 27 Février 2018
u 27
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Par
LAURENT JOFFRIN
Désemparés
Ce soir du 13 novembre 2015, on avait
commencé à danser, à boire. C’était la fête
annuelle de Libé. Puis la nouvelle est tombée sur les réseaux sociaux : des gens tirent
dans les rues de Paris. Non loin du journal.
Fini la fête. On file au Bataclan (ci-contre).
Toute la soirée, on cherchera à approcher au
plus près de la scène meurtrière. Sans succès. Laurent, lui, y parviendra. Grâce à ses
contacts, son expérience, il fera son métier
au milieu de l’horreur. L.P.
Fin août 2016, après la mort d’un homme
d’origine chinoise à Aubervilliers, on passe la
soirée dans la cité voisine à la Courneuve
(photo en bas à gauche). D’emblée, on prend
Laurent pour un flic de la BAC. Il en rit. Les riverains ont beaucoup de choses à dire, mais
refusent les photos. On publie finalement ses
images que l’on titre «le blues des Chinois de
Paris», dans un numéro spécial photo. G.K.
Salon de l’agriculture, samedi. Une première
pour Emmanuel Macron en tant que président.
C’est le dernier reportage de Laurent Troude.
Avec stupeur, et une grande douleur, nous avons appris dimanche la
disparition de Laurent Troude,
photographe de Libération, fidèle au
journal depuis plus de vingt ans.
Cette nouvelle nous a laissés sous le
choc, nous le sommes encore.
Libération est en deuil et pleure un
ami. Laurent a choisi de nous quitter. Il y avait chez lui une détresse,
invisible la plupart du temps, qu’il
était difficile de mesurer. Souvent
les peines de l’âme sont les plus difficiles à supporter. Toujours sur le fil
du malheur, Laurent a préféré partir,
il nous laisse désemparés.
Il était l’un des meilleurs photographes de la presse française. Il avait la
passion de l’image, bien sûr, mais
aussi celle de l’actualité. Il a porté au
plus haut cet art éphémère, ardu,
fragile, mais ô combien précieux
pour nous, qu’est le photojournalisme. Son exigence était toujours en
éveil et il cherchait inlassablement à
renouveler son style, à faire progresser son métier, à découvrir derrière
l’objectif la réalité humaine, le regard, l’instant, la vérité des hommes
et des femmes, notoires ou anonymes. Il a couvert tous les sujets, en
France surtout, parfois à l’étranger,
avec une prédilection pour la vie politique, dont il débusquait les failles
et les détours en saisissant, mieux
que tous, une situation, un geste,
une seconde.
Il a été membre de la Société des rédacteurs, puis délégué du personnel. Toujours il y montrait la plus
grande exigence pour défendre la
profession de photographe malmenée par la dureté des temps, autant
que sa conception élevée de l’art de
l’image. Né en 1968, passionné dès la
prime jeunesse par la marche du
monde, il avait commencé à l’Humanité avant de rejoindre Libération, ce journal auquel il a voué sa
vie professionnelle, dont les valeurs
morales et journalistiques étaient
les siennes et pour lesquelles il bataillait en gardien vigilant.
Le cœur serré, nous le garderons
toujours dans nos mémoires. Le
journal exprime toute sa solidarité et
toute son affection à ses proches, sa
famille, ses enfants et à sa compagne
Frédérique Roussel, journaliste au
service Livres de Libération. Dans
cette heure douloureuse, ils peuvent
être sûrs que leur chagrin est aussi le
nôtre et que notre amitié meurtrie
restera entière et fidèle. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 27 Février 2018
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Appelez-le
par son nom
Timothée Chalamet Speed-dating avec le jeune
et séduisant acteur franco-américain, à l’affiche
de deux films en lice pour les oscars.
C
omme un béguin express, électrique et félin, Timothée
Chalamet n’a pas peur de s’avachir à nos côtés sur le canapé, nous embrassant de paroles, paroles et paroles,
puis de s’en aller, frivole, aussi vite qu’il est arrivé. L’image qu’il
abandonne ainsi, vaporeuse, ne permet pas tellement de savoir
qui l’on a rencontré: une étoile filante, montante, une personne, un éclat, un climat… Un passage lumineux senteur soleil qui resterait jusqu’au
soir sur l’épiderme. Cette persistance rétinienne âgée de 22 ans –mais qui a plutôt
l’air d’en avoir 16– au visage poupin, jogging et pull à col roulé
noirs, a longtemps piétiné devant nous la moquette de ses baskets blanches immaculées avant de se décider à s’installer pour
un bref entretien. «J’ai un peu froid», lâche-t-il. Puis il se relève,
va fermer la fenêtre. On le perd encore, il revient, tout sourire,
croise les jambes, les mains, en passe une dans son désordre
de cheveux bruns, plante un pied sur la chaise en face de lui.
Il mime le son d’une explosion face à la soudaine notoriété
reçue et l’énorme promotion entamée au festival de Sundance,
il y a un an –pour Call Me by Your Name, de Luca Guadagnino.
«I’m still processing» («je digère encore») diagnostique-t-il, tel
un ordinateur surchargé de données. Le long métrage conte
une idylle estivale au pays de Dante entre un homme de 24 ans
(interprété par Armie Hammer) et Elio, le fils de 17 ans d’un
professeur spécialiste de la culture gréco-romaine… Une histoire homosexuelle et charnelle interprétée par deux acteurs
qui sont pourtant –jusqu’à nouvel ordre–
plutôt straight ; et ceci avec un soupçon
d’(in)différence d’âge qui en fera râler plus
d’un (hors considérations cinéphiles).
Frêle éphèbe au pas feutré de panthère, Chalamet y dévoile
gracilement, avec une fausse insouciance, son corps imberbe
au bord d’une piscine. L’érotisme du mini-Delon se trouve sublimé par un directeur de la photo thaï et très qualifié, qui a
notamment travaillé avec Apichatpong Weerasethakul et Miguel Gomes, démontrant que le désir est surtout affaire de
cadrage et de lumière.
Mais cette adolescence à l’écran, a-t-il eu le temps de la vivre
vraiment? «Oui, et je suis content quand on me demande ça.
Ça veut dire qu’on voit que je travaille beaucoup. Mais oui, j’ai
LE PORTRAIT
une vie sociale [Rires.]» Il restera muet sur ses amours. On lui
connaît une relation passée (2013) avec Lourdes Leon, la fille
de Madonna. Mais, lui en parler, c’est risquer de le voir fuguer.
Il préfère garder le cap sur des questions sociétales: «Depuis
2013, le mariage gay est autorisé en France, ce qui est une avancée formidable et considérable.» L’acteur ne se laisse pas seulement satisfaire par les avancées politiques: «De nombreuses
luttes demeurent pour les minorités. Ce n’est pas rien
aujourd’hui de réfléchir à des représentations positives et encourageantes au cinéma pour les générations présentes et à venir.»
Call Me by Your Name serait ainsi sa contribution, ainsi que
le salaire gagné récemment pour avoir joué dans le prochain
film de Woody Allen à l’avenir de diffusion incertain. Timothée
Chalamet l’a reversé aux fonds de lutte contre le harcèlement
sexuel «Time’s Up», ainsi qu’au centre LGBT de New York. Sur
son Instagram, il précise: «Mes obligations contractuelles m’empêchent de vous répondre plus amplement. Tout ce que je peux
dire, c’est que je ne souhaite pas
profiter de l’argent reçu grâce à
ce film.» Pas une once de préci1995 Naissance
sion supplémentaire, au risque
à Manhattan
d’encourir le clap de fin de la
(New York).
publicist qui se poste non loin,
2012 Saison 2
tout sourire tant qu’on ne parle
de Homeland.
pas de celui-dont-on-ne-doit2014 Interstellar.
pas-prononcer-le-nom.
28 février 2018
Timothée Chalamet est né à
Call Me by Your Name
Manhattan, en 1995. Sa mère,
(Luca Guadagnino)
diplômée de Yale, a dansé à
et Lady Bird
Broadway avant de devenir
(Greta Gerwig).
agent immobilier. Il parle an14 mars Hostiles
glais à toute vitesse, manie le
(Scott Cooper).
français avec plus de modestie.
La France, ses vacances d’été adolescent au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), où vit sa grand-mère, son père éditeur
originaire de Nîmes, tout cela lui rappelle ce qu’est la «nonchalaaance» (prononce-t-il en français avec accent américain)
dont il s’est inspirée pour jouer Elio. Il a 17 ans quand il termine ses études au lycée artistique de LaGuardia à New York.
Au même moment, il interprète le fils tête à claques du viceprésident américain dans la saison 2 de la série Homeland.
Cette assurance se retrouve dans Lady Bird, le film réalisé par
Greta Gerwig, qui sort en France au coude à coude avec Call
Me by Your Name –tandis qu’aux Etats-Unis, les deux films
sont bien placés dans la course aux oscars. Il y interprète un
bellâtre musicien et ombrageux.
On pourrait presque croire ce premier de la classe doté du don
d’ubiquité. «Je sais d’où je viens, les privilèges que j’ai pu avoir.»
Outre ses parents, son oncle est réalisateur, son grand-père,
scénariste, sa tante, productrice de série… Ce qui n’indique
nullement que l’acteur ne se démène pas pour autant. Pour
les besoins de Call Me by Your Name, le garçon s’est évadé
trois mois à Crema (Italie), mêlant apprentissage assidu de
l’italien, du piano, d’un peu de guitare, ne se laissant en outre
pas intimider face au CV gonflé de son partenaire d’été.
Pour le western de Scott Cooper, il monte à cheval, apprend
le maniement des armes afin de convaincre en soldat aux côtés de Christian Bale. On le retrouvera aussi cette année en
accro au meth, aidé par son père (Steve Carell) dans le film du
Belge Felix van Groeningen. «Vous vous rendez compte? Steve
Carell! Il me faisait mourir de rire dans The Office. Puis il m’a
bluffé dans Foxcatcher et The Big Short.»
Ce qui fait battre le cœur de ce jeune pur-sang, deuxième plus
jeune nommé de l’histoire aux oscars chez les acteurs? «Je suis
fasciné par les Parapluies de Cherbourg de Demy. Je l’ai découvert chez ma grand-mère. Sinon…» Pour la première fois, Chalamet se fait hésitant: «Ce n’est pas une histoire d’amour mais un
peu quand même: A nous quatre.» Dans ce film, des sœurs jumelles sont séparées dès l’enfance car leurs parents se quittent.
L’une se retrouve à Londres, l’autre, en Californie. Chacune se
pense unique jusqu’au jour où elles se rendent dans un centre
de colonie de vacances. Elles sont jouées par la même Lindsay
Lohan, âgée alors de 12 ans, enfant star de Walt Disney. La plus
belle histoire d’amour selon Chalamet serait-elle là, dans un
facétieux dédoublement comme formule magique du cinéma?
Un peu Américain, un peu Français, un peu modeste, un peu
péteux, maniant tous les instruments, vivant tous les amours,
jouant cent rôles à la fois, accueillant tous les sentiments… l’armée des Chalamet n’a pas fini de nous assiéger. •
Par JÉRÉMY PIETTE
Photo AUDOIN DESFORGES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
In collaboration with
INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, FEBRUARY 27, 2018
Copyright © 2018 The New York Times
In a United
Germany,
New Barriers
Have Arisen
By KATRIN BENNHOLD
BERLIN — Durs Grünbein was conceived two months after the Berlin Wall
was built, in the winter of 1961. “I spent
one life as a hostage and another life
free,” he said.
Early this month, the wall that once
divided Berlin, Germany and the world
passed an equinox of German unity. The
wall was gone for as long as it stood: 28
years, 2 months and 26 days.
Roughly one generation lived with the
wall. Roughly one generation has now
lived without it.
Mr. Grünbein, a poet, has written about
being one of the first East Berliners to
cross into the West. One image lingers,
he says: An empty Trabant, the standard
East German car, parked under a tree in
the West, its keys dangling from a branch.
Freedom.
Other than the traces of the wall zigzagging across Berlin, laying out the no
man’s land where 140 people died trying
to escape, there are few obvious signs
that this was once a divided city. Ber-
Still chipping away at
a wall demolished a
generation ago.
lin’s gleaming main station sits near the
former border, trains running in both
directions. The city’s trendiest neighborhoods used to be run-down districts east
of the wall. And for the past 12 years, the
country has been run by Angela Merkel,
a woman who grew up in East Germany.
But walls remain, in people’s heads.
“German unity is still a work in progress,” said Thomas Krüger, who served
as East Berlin’s last mayor.
Now head of the Federal Agency for
Civic Education, Mr. Krüger runs an
institution whose mission is to “educate
the German people about democratic
principles and prevent any moves to
re-establish a totalitarian regime.”
He worries about the fault lines that remain between East and West. The West
is still richer. The East is now more nationalist. There are more immigrants in
the West. But immigrants are viewed as
more of a problem in the East.
Eight in 10 judges and prosecutors in
the East grew up in the West, and none
of Germany’s flagship listed companies
have their headquarters in the East, Mr.
Krüger said.
But easterners increasingly control
the political discourse of a countrywide
shift to the extremes. The far-right party
Con­­tin­­ued on Page II
PHOTOGRAPHS BY SAUL MARTINEZ FOR THE NEW YORK TIMES
Mass Shooting Generation
Children born into a nation of lockdowns and drills cry out for change.
When 14 students and three staff
members were killed at a high
school in Parkland, Florida, on
February 14, vigils and protests
quickly followed.
This article is by Audra D.S. Burch,
Patricia Mazzei and Jack Healy.
PARKLAND, Florida — Delaney
Tarr, a high school senior, cannot remember a time when she did not know
about school shootings.
So when a fire alarm went off inside
Marjory Stoneman Douglas High
School and teachers began screaming
“Code red!”, Ms. Tarr, 17, knew what to
do. Run to the safest place in the classroom — in this case, a closet packed
with 19 students and their teacher.
“I’ve been told these protocols for
years,” she said. “My sister is in middle
school — she’s 12 — and in elementary
school, she had to do code red drills.”
This is life for the children of the
mass shooting generation. They were
born into a world reshaped by the 1999
attack at Columbine High School in Colorado, and grew up practicing active
shooter drills and huddling through
lockdowns. They talked about threats
and safety steps with their parents and
teachers. With friends, they wondered
darkly whether it could happen at their
own school, and who might do it.
Now, this generation is almost
grown up. And when a gunman killed
14 students and three staff members
on February 14 at Stoneman Douglas
High, the first response of many was
not to grieve in silence, but to speak
out. Their urgent voices — in television
interviews, on social media, even from
inside a locked school office as they hid
from the gunman — are rising in the
debate in America over gun violence.
While many politicians after the
shooting were focused on mental health
and safety, some students at Stoneman
Douglas High showed no reluctance in
drawing attention to gun control.
They called out politicians over
Twitter, with a student telling Senator
Marco Rubio, a Florida Republican
from nearby Miami, “YOU DON’T
UNDERSTAND.” Shortly after the
shooting, Cameron Kasky, a junior at
the school, and a few friends started a
“Never Again” campaign on Facebook
that shared stories and perspectives
from other students who survived the
rampage.
On a day when the funerals of the
shooting victims began here, more
than a dozen schools from Massachusetts to Iowa to Michigan were shut
down in response to copycat threats
and social media interpreted in the
worst light.
At other high schools across the
United States, students rallied in solidarity with Stoneman Douglas High
and staged walkouts to protest what
they called Washington’s inaction in
protecting students and teachers. A
gun control advocacy group, Moms Demand Action, said it had been so overwhelmed with requests from students
that it was setting up a parallel, student
focused advocacy group.
“People say it’s too early to talk
about it,” Mr. Kasky said. “If you ask
me, it’s way too late.”
His argument reflects the words of
other students who want action: The issue is not an abstraction to them. These
are their murdered friends, their bloodstained schools, their upended lives.
Students said they did not want to
cede the discussion over their lives to
politicians and adult activists.
“We need to take it into our hands,”
Mr. Kasky said.
David Hogg, a 17-year-old student
journalist who interviewed his classmates during the rampage in Parkland, said he had thought about the
possibility of a school shooting long
before shots from an AR-15 started to
blast through the hallways. As he huddled with fellow students, he stayed
calm and decided to try to create a record of their thoughts and views that
would live on, even if the worst happened to them.
“I recorded those videos because I
didn’t know if I was going to survive,”
Con­­tin­­ued on Page II
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, FEBRUARY 27, 2018
WORLD TRENDS
Students Call
For Change
After Another
Shooting
Con­­tin­­ued from Page I
Mr. Hogg said in an interview.
“But I knew that if those videos
survived, they would echo on and
tell the story. And that story would
be one that would change things, I
hoped. And that would be my legacy.”
It is a stark change from the moments that followed the Columbine
shooting in April 1999, said Austin
Eubanks, who survived the shooting that left 12 students and one
teacher dead. Mr. Eubanks and a
friend hid under a table when two
teenage gunmen walked into the
library and started shooting. Mr.
Eubanks was wounded. His friend,
Corey DePooter, was killed.
“There was nobody who took
an activism stance,” Mr. Eubanks
said of Columbine’s immediate aftermath.
Soon a fter A my Ca mp bell-Oates, 16, heard about the
Parkland shooting, she knew she
wanted to try to influence the national discussion on gun violence.
She and two friends organized a
protest, made posters, and rallied
with dozens of fellow students
from nearby South Broward High
School. They carried signs that
read “It Could’ve Been Us” and
“Your Silence is Killing Us.”
“We agreed that our politicians
have to do more than say thoughts
and prayers,” Ms. Campbell-Oates
said. “Some of us can’t vote yet but
we want to get to the people that
can to vote in common sense laws,
ban assault rifles and require
mental health checks before gun
purchases.”
On February 16, Tyra Hemans, a
senior at Stoneman Douglas High,
attended the funeral for Meadow
Pollack, one of the 17 people killed.
She spoke about her desire to meet
President Donald J. Trump.
“I want our politicians to stop
thinking about money and start
thinking about all these lives we
have lost,” Ms. Hemans said. “I
want to talk with him about changing these laws. Seventeen people
are dead, killed in minutes.”
Julie Turkewitz, Jennifer Medina
and Alan Blinder contributed
reporting.
NEWS ANALYSIS
America Meddles in Elections, Too
By SCOTT SHANE
Bags of cash delivered to a
Rome hotel for favored Italian
candidates. Scandalous stories
leaked to foreign newspapers to
swing an election in Nicaragua.
Millions of pamphlets printed to
defeat an incumbent in Serbia.
The long arm of Vladimir Putin? No, just a small sample of
the United States’ intervention
in foreign elections.
Earlier this month, American
intelligence chiefs warned that
Russia appears to be preparing
to repeat in the 2018 midterm
elections the same chicanery it
unleashed in 2016: hacking, leaking, social media manipulation
and possibly more. Then Robert
Mueller, the special counsel
investigating the 2016 election,
announced the indictments of
13 Russians and three companies, run by a businessman with
close Kremlin ties, laying out a
three-year scheme to use social
media to attack Hillary Clinton,
boost Donald J. Trump and sow
discord.
Most Americans are shocked
by what they view as an unprecedented attack on their political
system. But intelligence veterans have a different view.
“If you ask an intelligence officer, did the Russians break the
rules or do something bizarre,
the answer is no, not at all,” said
Steven L. Hall, who retired in
2015 after 30 years at the C.I.A.,
where he was the chief of Russian operations. The United
States “absolutely” has carried
out such election influence operations historically, he said, “and
Russia isn’t alone
in trying to steer
political outcomes.
in the 1960s. It plotted assassinations and supported brutal
anti-Communist governments in
Latin America, Africa and Asia.
But in recent decades, both Mr.
Hall and Mr. Johnson argued,
American interventions have
generally been aimed at helping
non-authoritarian candidates
challenge dictators or otherwise
promoting democracy. Russia
has more often intervened to disrupt democracy, they said.
Equating the two, Mr. Hall
says, “is like saying cops and bad
guys are the same because they
both have guns — the motivation
matters.”
This history of election meddling has largely been missing
from the reporting on the Russian intervention.
A Carnegie Mellon scholar,
Dov H. Levin, has scoured the
historical record for election
influence operations. He found
81 by the United States and 36
by the Soviet Union or Russia
between 1946 and 2000, though
the latter count is undoubtedly
incomplete.
“It was completely wrong of
Vladimir Putin to intervene in
this way,” he said. “That said, the
methods they used in this election were the digital version of
methods used both by the United
States and Russia for decades:
breaking into party headquarters, recruiting secretaries, placing informants in a party, giving
information or disinformation to
newspapers.”
Richard M. Bissell Jr., who ran
the C.I.A.’s operations in the late
1950s and early 1960s, wrote in
his autobiography of “exercising
control over a newspaper or
broadcasting station, or of securing the desired outcome in an
election.”
Over time, more American
influence operations have been
mounted openly by the State Department and its affiliates. For
the 2000 election in Serbia, the
United States funded a successful effort to defeat Slobodan Milosevic. Similar efforts were undertaken in elections in wartime
Iraq and Afghanistan, not always with success. At least once
the United States reached into a
Russian election. Fears that Boris Yeltsin would be defeated for
re-election as president in 1996
by an old-fashioned Communist
led to an effort to help him, urged
on by President Bill Clinton.
Thomas Carothers, a scholar
at the Carnegie Institute for
International Peace, recalls arguing with a State Department
official who told him at the time,
“Yeltsin is democracy in Russia,” to which he said he replied,
“That’s not what democracy
means.”
In recent decades, the most
visible American presence in
foreign politics has been taxpayer-funded groups, which do not
support candidates but teach
basic campaign skills, build
democratic institutions and
train election monitors. Most
Americans view such efforts as
benign. But Mr. Putin sees them
as hostile. One such group, the
National Endowment for Democracy, gave a $23,000 grant
in 2006 to an organization that
employed Aleksei Navalny, who
years later became Mr. Putin’s
main political nemesis.
Whatever the C.I.A. may have
done in recent years to steer foreign elections may not be known
for decades. It may be modest by
comparison with the agency’s
Cold War manipulation. But
some old-timers aren’t so sure.
“I assume they’re doing a lot of
the old stuff, because, you know,
it never changes,” said William
J. Daugherty, who worked for
the C.I.A. from 1979 to 1996. “The
technology may change, but the
objectives don’t.”
New Barriers Develop In a Once-Divided Germany
Con­­tin­­ued from Page I
Alternative for Germany came in
first in the eastern state of Saxony last year, with 27 percent of
the vote — more than twice the
national average. The Left Party
has its roots in the party that ran
the Communist East, the German
Democratic Republic, or G.D.R.
Helmut Holter, the education
Christopher F. Schuetze
contributed reporting.
INTERNATIONAL WEEKLY
NANCY LEE Executive editor
TOM BRADY Editor
ALAN MATTINGLY Managing editor
The New York Times International Weekly
620 Eighth Avenue, New York, NY 10018
I hope we keep doing it.”
Loch K. Johnson, who began
his career in the 1970s as a staff
member for a Senate committee
that investigated the C.I.A., says
Russia’s 2016 operation was simply the cyber-age version of standard United States practice for
decades. “We’ve used posters,
pamphlets, mailers, banners —
you name it. We’ve planted false
information in foreign newspapers,” said Mr. Johnson, now at
the University of Georgia.
The C.I.A. helped overthrow
elected leaders in Iran and Guatemala in the 1950s and backed
violent coups in other countries
EDITORIAL INQUIRIES:
nytweekly@nytimes.com
SALES AND ADVERTISING INQUIRIES:
nytsyn-sales@nytimes.com
minister for the eastern state of
Thuringia, recently proposed a
student exchange program between East and West — the kind
of program Germany has with
schools in other countries.
“We don’t just need student
exchange programs with Poland
and France,” Mr. Holter said, “but
between Leipzig and Stuttgart.”
Mr. Grünbein is not sure that
the young generation is the problem. His own children are “Germans, Europeans, citizens of the
world,” he said.
The bigger challenge, he said,
are those who spent most of their
lives behind the wall and inside
an authoritarian system.
“Even if you don’t like the system, it shapes you, it becomes
part of you. How could it not?”
Mr. Grünbein said. When they
marched on Mondays in 1989
against a crumbling Communist
system, many people did not want
democracy, he said, “they wanted
prosperity and authority.”
And authority is what they are
craving again today, he said.
The British historian Timothy
Garton Ash has called this “a
kind of political-psychological
post-traumatic stress disorder.”
Some are marching again. Every Monday in Dresden, supporters of an anti-immigrant movement take to the streets; most are
men, and many are over 50.
“There are now more foreigners in Germany than Germans,”
a retired mechanic, Klaus Rulow,
57, scoffed.
That is far from true. But the
idea of a takeover resonates
deeply. “The West took over the
East” is another familiar refrain.
And in some ways, it did.
The East, some say, had a complete migration experience without crossing a border. People lost
their jobs, their status and their
country. Many East German men
were quite literally left behind.
Eastern women, who were part of
the work force and with free child
care, were more emancipated
than their western sisters, and
proved to be more mobile than
their male counterparts. Some
eastern villages now have two or
three men for every woman.
When Petra Köpping was
named integration minister in Saxony, she thought she would mainly
deal with Muslim migrants. But
early on, she was heckled at a public event. “Why don’t you integrate
us first?” a German man shouted.
Antje Weiss, 54, a social worker
in East Berlin, grew up with the
Berlin Wall — in the East it was
called the “anti-fascist protection
bulwark.” Ms. Weiss has no time
for the Alternative for Germany.
But she thinks it is important to
listen to those who do.
“We have to let people speak
their mind,” she said. “Otherwise, we are just doing what the
G.D.R. did.”
THE
NEW
YORK
TIMES
INTERNATIONAL
WEEKLY
AND
INTERNATIONAL
REPORT
APPEAR
IN
THE
FOLLOWING
PUBLICATIONS:
CLARÍN,
ARGENTINA
n
DER
STANDARD,
AUSTRIA
n
LA
RAZÓN,
BOLIVIA
n
THE
HAMILTON
SPECTATOR,
TORONTO
STAR
AND
WATERLOO
REGION
RECORD,
CANADA
n
LA
SEGUNDA,
CHILE
n
LISTIN
DIARIO,
DOMINICAN
REPUBLIC n LIBÉRATION, FRANCE n
PRENSA LIBRE, GUATEMALA n ASAHI SHIMBUN, JAPAN n EL NORTE AND REFORMA, MEXICO n CORREO, PERU n NEDELJNIK, SERBIA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, FEBRUARY 27, 2018
III
WORLD TRENDS
Unseen, Oil Spill Poses
Threat to Asia’s Fisheries
By STEVEN LEE MYERS
and JAVIER C. HERNÁNDEZ
ZHOUSHAN, China — A fiery
collision that sank an Iranian
tanker in the East China Sea
over a month ago has resulted
in an environmental threat that
experts say is unlike any before:
An almost invisible type of petroleum has begun to contaminate some of the most important
fishing grounds in Asia, from
China to Japan and beyond.
The spill began on the evening
of January 6, when the Sanchi,
a Panamanian-flagged, Iranian-owned tanker, collided with
a cargo ship in waters 160 nautical miles east of Shanghai. The
Sanchi exploded and burned for
more than a week before sinking. All 32 crew members are
presumed dead.
It is the largest oil spill in decades, but the disaster has unfolded outside the glare of international attention because of its
MINISTRY OF TRANSPORT OF CHINA; JAPAN
COAST GUARD
The tanker Sanchi on fire,
and the resulting spill.
remote location on the high seas
and also the type of petroleum
involved: condensate, a toxic
liquid byproduct of natural gas
production.
Unlike crude oil, condensate
does not clump into black globules that can be easily spotted
or produce images of animals
mired in muck. Experts said
the only real solution is to let it
evaporate or dissolve. Absorbed
into the water, it will remain toxic for a time, though it will also
disperse more quickly into the
ocean than crude oil.
Experts say there has never
been so large a spill of conden-
A nearly invisible
petroleum makes
a disaster unique.
sate; up to 111,000 metric tons
has poured into the ocean. It has
almost certainly already invaded an ecosystem that includes
some of the world’s most bountiful fisheries off Zhoushan, the
archipelago that rises where
the Yangtze River flows into the
East China Sea.
The area produced five million
tons of seafood from up to four
dozen species for China alone
last year, according to Greenpeace, including crab, squid,
yellow croaker, mackerel and
a local favorite, hairtail. If projections are correct, the toxins
could soon make their way into
equally abundant Japanese fisheries.
Exposure to condensate is extremely unhealthy to humans
and possibly fatal. The effects of
eating fish contaminated with it
remain untested.
“This is an oil spill of a type we
haven’t seen before,” said Paul
Johnston, a scientist at Greenpeace Research Laboratories at
the University of Exeter in England. “Working out the impact
is actually a huge task — probably next to impossible.”
For China, the disaster has
become a test of its ambitions as
a global and regional steward
of the seas, especially at a time
when it is reinforcing its territorial claims, including disputed
territories with Japan in these
waters.
China has taken the lead in
investigating the disaster, but
it has faced some criticism for
what some see as a slow and inadequate response thus far.
Officials in Beijing announced
on February 1 that samples of
fish taken within four to five
nautical miles of the sunken ship
contained traces of petroleum
hydrocarbons; they pledged to
expand the range of testing to
about 140 kilometers, and monitor fish coming into markets.
The threat of contamination
has raised anxiety in the ports
that cling to the coastlines of
Zhoushan’s islands, though such
fears are usually expressed with
quiet resignation lest one offend
the government.
“The quality will go down
because of the oil in the water,”
said Hai Tao, a fish wholesaler at
the International Aquatic Product City in Putuo, a district on
Zhoushan’s biggest island.
Katya Popova at the National
Oceanography Center in England said a much larger operation was needed.
“It hasn’t been monitored,”
she said of the spill. “It’s a mystery.”
PHOTOGRAPHS BY SERGEY PONOMAREV FOR THE NEW YORK TIMES
Skiers Instead of Chechen Rebels
By ANDREW E. KRAMER
VEDUCHI, Russia — Sporting
a camouflage ski suit, Ramzan A.
Kadyrov, the leader of Chechnya,
pulled a gigantic ceremonial lever
to start this once war-wrecked region’s first ski lift. “God is great!”
some yelled.
High in the Caucasus Mountains, a ski resort is rising on
slopes that once teemed with
Islamist militants. The Veduchi
resort is a multimillion-dollar development featuring a hotel and
spa center, chalets and a helicopter pad. It is the centerpiece of an
effort for Russia to ski and snowboard its way out of a long-simmering insurgency.
The potential for winter sports
as a method of diplomacy came
into focus recently in South Korea,
which welcomed North Korean
athletes to the Winter Olympics
this month. But Russia has a longer-term strategy: putting winter
sports to use as a tool for economic
development and pacification in a
decades-old conflict in the Caucasus.
A state-owned company, North
Caucasus Resorts, is building a
string of ski resorts in the restive,
predominantly Muslim areas of
the Caucasus. Three have opened
so far, the most recent here in the
Argun Gorge of Chechnya.
The intention is to create jobs,
though even the developer conceded that it might be difficult to
convince winter sports enthusiasts of the merits of Chechnya,
where Russia brutally repressed
an Islamist insurgency and where
thousands of militants may be returning from Syria after fighting
for the Islamic State.
“I am confident it will become
popular not only with the Russian
population but also with foreign
countries,” Mr. Kadyrov said at
the opening last month.
Ruslan Timukayev, a spokesman for the regional government,
said the region had seen an increase in tourism as “Chechnya
became a brand.” About 100,000
The slopes near a new ski resort in Chechnya once teemed with
Islamist militants. Performers of Vainakh dance, a Caucasus
staple, at the opening ceremony of the ski resort.
Creating a tourist
destination, at least
for Russians.
tourists came to Chechnya last
year, he said, adding with a shrug,
“Some people like extremes.”
About $35 million has been
invested so far in the ski resort,
which is expected to cost $500
million. The plans call for 19 ski
lifts and 45 kilometers of trails
though the resort opened with
only one modest lift, serving just
one trail.
After pulling the lever to start
the lift, Mr. Kadyrov, who does not
ski, hopped on for a ride. The lift
stalled briefly before jerking back
into motion.
Professional skiers flown in
from St. Petersburg zigzagged
down the slope for the television
cameras, and local children were
offered free lessons.
The war in Chechnya has mostly petered out; the last insurgent
attack near Veduchi took place in
2009, and the last significant terrorist attack in Chechnya was in
2014. But rights groups have documented a staggering cost of peace
and of propping up the rule of Mr.
Kadyrov, a former rebel whose
powerful family allied with President Vladimir V. Putin in 1999.
They have cataloged continuing
abuses, including arbitrary arrests and the detention and torture last spring of about 100 gay
men.
“How is a ski resort going to
solve all that?” said Tanya Lokshina, the Russia director of Human
Rights Watch.
Khasan Timizhev, the director
of North Caucasus Resorts, said
research had shown that Russian
skiers were more concerned about
the slopes’ condition than about
lawlessness.
Whatever doubts outsiders
might harbor, the few who turned
out from nearby villages were
more enthusiastic, saying the only other living to be made was in
sheep herding.
“We think the Chinese will
come,” said Albert Rabuyev, a
school principal.
Mr. Rabuyev added that he
would even welcome gay men, because as visitors they would “rent
rooms, rent skis and then leave.”
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, FEBRUARY 27, 2018
O P I N I O N & C O M M E N TA RY
E D I TOR I A LS OF TH E TI M ES
Gaza’s Continued Misery
Gaza has dissolved into such
misery that Lieutenant General Gadi Eisenkot, chief of staff of
the Israeli Army, has warned the
cabinet that it is on the verge of collapse and there is a real threat of
another uprising.
In an agonizing picture of life
in one of the world’s most crowded enclaves, David M. Halbfinger
reported in The Times that daily
life there was “unraveling before
people’s eyes.”
The flow of basic food and supplies entering Gaza from Israel
has shrunk, jails are filling with
debtors, burglaries are rampant,
medical supplies dwindle, water is
almost undrinkable and electrici-
ty sporadic.
Israel has enforced a devastating blockade for more than a decade, since Hamas, the militant
Islamist group, came to power
there and expelled the Palestinian
Authority.
Israel, the United States and
Europe ordered sanctions against
the enclave. The border with
Egypt provided a lifeline until it
was choked off by President Abdel
Fattah el-Sisi, who saw Hamas
as an ally of the Muslim Brotherhood.
Little has been done to repair
the damage of three hugely destructive wars in the last decade.
Last year, the Palestinian
Authority, seeking to win back
control over Gaza, slashed the
salaries of thousands of workers
still on its payroll and halted payments to Israel for Gaza’s fuel and
electricity. That pushed Hamas
into a much-heralded agreement
with the Palestinian Authority in
October, but nothing has come of
it.
Most recently the Trump administration waded in with a
vindictive decision to cut funding
for the United Nations Relief and
Works Agency, which supports
Palestinian refugees, including
1.2 million in Gaza.
While the blockade and Israeli
military attacks have ruined Ga-
za, there is no defending Hamas,
which regularly fires rockets
across the border into Israel.
Money that should have gone to
hospitals and medicine has been
spent on futile confrontation with
Israel and digging tunnels that the
Israelis are now spending a small
fortune to block.
But holding two million people
hostage is not the way to fight
Hamas, and the suffering only
nurtures more rage and militancy. A majority of Gaza’s two million people are simply trying to
survive against lengthening odds
and can do little to alleviate their
plight.
If, as General Eisenkot warned,
another uprising lies in the future,
that would probably prove futile.
It would cause great suffering and
destruction again, and might not
even rouse the world to Gaza’s
plight. The Palestinians no longer
seem to be a serious concern even
for Arab nations.
Israel recently called on donor
countries to fund $1 billion in desperately needed water and energy projects in Gaza. Hamas, the
Palestinian Authority, Israel, the
United States and international
donors must quickly find ways to
meet immediate needs.
But the only real solution is
a peace deal with Israel, which
seems more unlikely every day.
INTELLIGENCE/IOAN GRILLO
In Mexico, Trump’s Bark Lacks Bite
San Jerónimo Coyula, Mexico
This ragged town at the foot of
the smoking Popocatépetl volcano is one of the communities
in Mexico with deep ties to the
United States. Since the 1980s,
thousands of its residents have
trekked to what they call El Norte,
particularly to New York City and
the Hamptons of Long Island. For
decades, migrants have mixed the
cement, laid the bricks and painted the walls of grand houses there.
Many families here depend on
the remittances sent to them by
relatives who have migrated north
to buy medicine for the old and
schoolbooks for the young. Family
members in the United States use
their earnings to help pay for a free
town festival every September.
Unsurprisingly, when I ask a
dozen people from the plaza to
the main street what they think
of President Donald J. Trump,
they all have negative opinions.
“Trump is a hypocrite; he employs Mexicans for his buildings
and then he attacks us,” said Humberto Ramos, a stocky 40-year-old
with cement stains on his overalls.
“The Mexicans are the ones that
work the hardest there. We have
helped build the country.”
But while Mr. Trump’s language angers residents here, his
first year in power did not affect
them as much as they feared. Migrants still send home money. In
fact, last year is estimated to be a
record-breaker for remittances,
with the Central Bank of Mexico
estimating that Mexicans living in
the United States sent home $26.1
billion between January and November alone. Not a single brick
has been laid to build Mr. Trump’s
promised “beautiful wall.” And
Ioan Grillo is the author of
“Gangster Warlords: Drug
Dollars, Killing Fields and the
New Politics of Latin America.”
Send comments to intelligence@
nytimes.com.
A prototype of the border wall
as seen from Tijuana, Mexico.
So far not one brick has been
laid to build the barrier.
JORGE DUENES/REUTERS
total trade between the two countries continues to grow.
“There was a lot of fear and
panic, but things haven’t really
changed for most people,” said
Eric González, a 35-year-old electrician carrying a backpack full
of tools. Mr. González labored on
Long Island for nine years, but
came home in 2009 to start a business and look after his aging parents. He still has four brothers and
a sister working in New York and
sending money back.
“The attacks have been more
psychological,” he said. “People
see stories on the news and get
scared. But you have to look at the
big picture.”
This gap between rhetoric and
reality reflects the deep-rooted
relationship between the United
States and Mexico and the confusing agenda of the Trump presidency. During his campaign, Mr.
Trump promised to hit Mexico
with a triple whammy: building
a wall and making Mexico pay for
it; deporting up to three million
migrants; and rewriting or scrapping the North American Free
Trade Agreement. The combined
effect could have thrown Mexico
into deep recession as it dealt with
millions of deportees and a diplomatic crisis with the world’s Number 1 military power.
A year into his presidency, this
apocalyptic scenario has not come
to pass. Mr. Trump continues
to bait Mexico on Twitter. “The
Wall will be paid for, directly or
indirectly, or through longer term
reimbursement, by Mexico,” he
wrote on January 18. But there
is no plan to extract that money
while he is struggling to get Congress to pay for the first cement.
Inside the United States, policies against immigrants are felt
more acutely. The removal of protection for “Dreamers,” those who
immigrated as children, has left
hundreds of thousands in fear for
their future. Customs agents have
been searching for undocumented
immigrants on Greyhound buses
and at 7-Eleven stores. Reports
about deportations breaking up
families are featured regularly on
television.
But the total number of deportations also paints a more nuanced
picture. In fiscal year 2017, the
United States sent home about
226,000 people, fewer than in
any year under President Barack
Obama. One likely explanation for
the drop is that, under Mr. Trump,
Border Patrol agents caught fewer people attempting to enter the
country. Instead, immigration
authorities focused on migrants
already living in the United
States, deporting 81,000 in 2017.
This number represents more deportations from the interior of the
country than in 2016 and 2015, but
fewer than every other year of Mr.
Obama’s presidency.
Of course, the consequences of
Mr. Trump’s stance toward Mexico and migrants may still be to
come. Negotiations over Nafta
continue, and Mr. Trump continues to vow that he will pull out of
the deal if he doesn’t get what he
likes. Immigration authorities
may conjure up new pretexts to
send home people in greater numbers. The deportation of hundreds
of thousands of young people who
have grown up in the United States
would be a humanitarian disaster.
But immigration patterns may
also change independently of what
Mr. Trump does. Mexican migration was decreasing even before
Mr. Trump kicked off his campaign. The Pew Research Center
estimated last April that the number of undocumented Mexicans
living in the United States had
dropped from 6.4 million in 2009
to 5.6 million in 2016.
Several factors, including
changing demographics in Mexico, may have combined to cause
this drop. The average number of
children per family here has been
decreasing sharply, which means
there are fewer people in the work
force and less pressure on parents
to provide.
While the electrician, Mr.
González, was one of eight siblings, he has only one child himself. He makes 250 pesos, or about
$13, a day in Mexico, less than the
$17 hourly wage he made painting
houses on Long Island. But as we
stare at the towering Popo volcano, he says he has no plans to
return north. “I am my own boss
here, I want to build my business,”
he told me. “And this is a beautiful
place to be.”
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