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Libération - 27 07 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11559
VENDREDI 27 JUILLET 2018
www.liberation.fr
RÉALISATION LIBÉRATION
Seule une grosse moitié des élèves
inscrits sur la plateforme d’accès à
l’enseignement supérieur savent où ils
iront en septembre. Résultat,
les candidats angoissent et
les profs naviguent à vue.
PAGES 2-4
n Le chargé de mission étrille
la police n Macron prend l’air
à la montagne n Derrière
les portes du 11, quai Branly
PAGES 10-13
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
REUTERS
ET AUSSI UNE ESPIONNE DE LA
DGSE, DES HISTOIRES DE
GLAÇONS, LA BD, LE QUIZ…
8 PAGES CENTRALES
SIMON BAILLY
ÉTÉ
AFFAIRE
BENALLA
J’ai testé
le jeûne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
Que Parcoursup patine n’est
guère surprenant. C’est un
système compliqué, mis en
place à la hâte pour pallier les
déficiences – nombreuses –
d’APB, le logiciel précédent.
N’oublions pas que, il y a un
an à cette heure-ci, APB était
voué aux gémonies, accusé de
laisser des milliers d’étudiants
en devenir sur le carreau,
totalement désemparés.
Si le ministère de l’Enseignement supérieur était parvenu,
en quelques mois, à bâtir un
système génial qui donne
satisfaction à chacun, étudiant, professeur ou doyen
d’université, cela aurait relevé
du miracle.
Ce qui est dramatique en revanche, c’est que tout semble
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
Parcours du combattant
fait pour dissuader les élèves
d’entrer à l’université. D’étudier. C’est devenu un tel parcours du combattant, un tel
stress que beaucoup renoncent avant même d’avoir essayé. D’autant que Parcoursup, contrairement à APB,
ne permet pas aux étudiants
d’établir leurs priorités. Ils
sont nombreux à obtenir une
formation qu’ils avaient
placée là pour augmenter
leurs chances d’obtenir
quelque chose, nombreux
donc à s’engager à reculons
dans un créneau qu’ils
risquent d’abandonner à
la première occasion.
Ceux dont les parents ont les
moyens se rabattent sur des
filières privées, plus ou moins
fiables. Les autres galèrent,
perdent confiance en eux-mêmes et, pire encore, en l’avenir. On peut toujours essayer
de se rassurer avec cette
phrase d’Anatole France (Prix
Nobel de littérature en 1921) :
«Alors, comme je n’étudiais
rien, j’apprenais beaucoup.»
Pas sûr qu’elle constitue
un projet de long terme
pour un élève aujourd’hui.
Que l’accès au savoir soit bridé
par des contraintes techniques fait, reconnaissons-le,
mal au cœur. Il y a là un réel
défi à relever pour l’Education
nationale et l’Enseignement
supérieur. Car le plus gros risque est là : que l’université ne
fasse plus rêver, que les études
ne soient plus un horizon. •
Des grains de sable
dans la machine
PARCOURSUP
Avec la nouvelle plateforme, les inscriptions à l’université ont
pris du retard. Près de 130000 élèves dont un vœu a été validé
gardent sous le coude au moins une autre proposition,
grippant le système. Explications.
DÉCRYPTAGE
Avec des répercussions en cascade. A tous
les niveaux, de l’université jusqu’aux classes
prépas les plus élitistes, la plupart des promos ne sont toujours pas constituées (lire nos
témoignages page 4). Les inscriptions administratives ont pris du retard par rapport à
l’année dernière, annonçant une rentrée de
septembre rock’n’roll. Mais qui sont donc
ces élèves en attente qui gripperaient le système ? Revue des possibles.
L’hypothèse du vœu de secours
et la prime à l’attente
Par
MARIE PIQUEMAL
U
n petit changement, pour la forme.
Le tableau de bord permettant de suivre, jour après jour, l’application de
la réforme d’accès au supérieur a changé.
La colonne «candidats n’ayant pas encore
reçu de proposition» s’appelle désormais
«candidats qui souhaitent s’inscrire dans
l’enseignement supérieur via Parcoursup».
Interdit de sourire. Le ministère de l’Enseignement supérieur en a plein le dos de ces
articles de presse «qui relèvent du commen-
taire politique alors qu’objectivement, le nouveau système Parcoursup fonctionne très
bien, conforme aux prévisions». Tout de
même. La machine semble grippée. Peut-être
encore davantage que du temps de l’ancien
système Admission post-bac (APB, lire encadré ci-contre).
Sur les 812000 élèves inscrits lors du démarrage sur la plateforme, seule une grosse
moitié (467 000) a validé définitivement
une proposition et sait donc où aller en septembre. Pour les autres, à des degrés divers,
c’est encore le flou. 145 000 candidats ont
pris la poudre d’escampette : ils ont aban-
donné la procédure (on était dans le même
ordre de grandeur sous APB). Ensuite, 55000
ne donnent plus signe de vie: pas un seul clic.
Ces «candidats fantômes» inquiètent en haut
lieu. Enfin, il y a cette catégorie qui n’existait
pas du temps d’APB et qui fait aussi
aujourd’hui tourner en bourrique les services
du ministère (quoi qu’ils en disent) : il s’agit
de ceux qui ont une proposition mais conservent, sous le coude, un ou plusieurs vœux en
attente au cas où une place viendrait à se
libérer. Jeudi, ils étaient 127 263 dans cette
situation et «ce stock» d’élèves diminue
lentement…
Première possibilité, ces quelque 130000 élèves ont accepté une place dans une formation
où ils ne veulent pas aller. Et attendraient
donc fébrilement qu’une place se libère
ailleurs… Ce qui voudrait dire qu’ils ont formulé en amont un vœu qu’ils ne voulaient pas
du tout ? Est-ce crédible ? Oui, car cet hiver,
beaucoup de profs de lycée, inquiets du nouveau système, ont insisté pour que leurs élèves formulent au moins «un vœu de secours»
dans une filière peu demandée, pour ne pas
se retrouver «sans rien» en septembre.
Problème: tous les élèves ne peuvent pas se
permettre d’attendre. C’est ce qui chiffonne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u 3
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Sur le campus de
Villejean, à Rennes,
le 17 avril, jour de
blocage de l’université
pour protester contre
Parcoursup.
PHOTO THIERRY PASQUET.
SIGNATURES
Un stress
de niveau
supérieur
Le dispositif Parcoursup
maintient élèves comme
enseignants sous pression
pendant tout l’été,
même la nuit.
«H
le plus Simon, prof de maths dans une prépa
de l’est de la France: «Quand l’élève doit trouver un logement par exemple : toutes les familles n’ont pas les moyens financiers pour s’y
prendre au dernier moment et payer le prix
fort. Qui a le choix d’attendre jusqu’au bout?
Les plus aisés, c’est une évidence.» D’autant
plus avantagés, estime-t-il, qu’ils bénéficieront d’un «effet d’aubaine». A la fin de
la procédure, parie Simon, les élèves qui
auront pu attendre, et même ceux en bas
des classements, pourraient remonter en
flèche et décrocher une place dans une formation prisée.
La théorie
du collectionneur
C’est une hypothèse qui circule, notamment
dans les couloirs du ministère. «La fameuse
théorie du collectionneur, ça ne vous dit rien?»
UNE COMPARAISON DIFFICILE AVEC APB
Peut-on comparer Parcoursup avec APB ? Pas simple. D’abord, parce que
l’algorithme d’affectation APB moulinait seulement trois fois, et affectait les places
d’office en fonction de l’ordre de préférence pré-établi par les élèves. A l’inverse,
Parcoursup tourne toutes les nuits et laisse à chaque fois le choix aux candidats.
La procédure d’affectation prend forcément plus de temps. Si l’on s’en tient aux
candidats n’ayant aucune proposition et toujours «actifs sur la plateforme»
(montrant des signes de vie), mercredi, ils étaient 17 999, contre 7 811 deux ans
plus tôt. Pour l’année 2017, cet indicateur n’a pas été rendu public : le ministère
préférant en pleine polémique sur APB communiquer sur le chiffre mêlant les
candidats actifs et inactifs, plus touffu. Même à la fin de la procédure, il restera
compliqué de comparer les deux systèmes : on ne pourra pas évaluer le niveau
de satisfaction des élèves par exemple, vu que cette année les vœux ne sont
pas classés. Comment savoir s’ils sont là où ils voulaient vraiment aller ?
commence un prof de prépa du lycée Kerichen à Brest. A l’en croire, ces élèves qui se
gardent un vœu sous le coude auraient en
réalité un choix déjà arrêté dans leur tête. «Ils
savent où ils iront à la rentrée mais conservent
des vœux en attente “pour voir”. Et pour
s’enorgueillir ensuite: “Si j’avais voulu, j’aurais
pu aller là”.» Cette hypothèse serait d’autant
plus plausible, dit-il, chez les élèves de milieux favorisés: «Ils s’autocensurent moins que
les autres et osent des choix assez audacieux
qu’ils maintiennent.» Yann Garandel, enseignant-chercheur en anglais à Paris XIII et qui
a une «parcoursupienne» à la maison, a une
hypothèse un peu similaire: «Pour moi, certains jeunes se gardent un vœu un peu comme
un ticket de loto. Pour laisser une petite place
au hasard ou aux rencontres de l’été.»
L’autoblocage et la tentative
de déstabilisation
C’était le jeudi 12 juillet, en pleine Coupe
du monde. Claire Mathieu, une pointure en
algorithmes (directrice de recherches au
CNRS et chargée de mission auprès du ministère depuis novembre sur Parcoursup), se met
Suite page 4
à écrire sur Twitter : «Si le
ier, Parcoursup s’est mis à
jour vers 3 h 40 du matin. Je
ne peux pas dormir avant
d’avoir vu mon classement bouger, ça me
pourrit la vie. Le jour, j’en paie les conséquences, ça en devient invivable. Là encore,
il est 2 h 12 et j’actualise toutes les dix minutes pour vérifier, mais rien.» Pauline,
20 ans, postait ce message sur les réseaux
sociaux la semaine dernière, au bout du
rouleau. Soulagement depuis, elle a enfin
une proposition en fac pour septembre :
«C’était l’horreur. Chaque nuit, je prenais
mon ordinateur dans le lit, et j’actualisais
toutes les dix minutes. Le pire, c’était les
fois où je n’avançais d’aucune place sur les
listes d’attente. Je n’avais même pas moyen
de le savoir, croyant que l’actualisation
était en retard. Je veillais jusqu’à 6 heures
du matin. C’est stupide, je sais, mais j’avais
tellement peur de ne rien avoir.»
A la différence d’APB, le nouvel algorithme mouline chaque nuit. A chaque
fois, les dés sont relancés: des places se libèrent, de nouvelles propositions sont faites, les listes d’attente sont censées rétrécir. «Dans un souci de transparence» et
parce qu’il «doit se prononcer dès qu’une
proposition lui est faite», l’élève est invité
à se connecter quotidiennement à son «tableau de bord».
A vrai dire, il n’est pas le seul. On trouve
aussi des parents angoissés, qui rafraîchissent frénétiquement l’appli Parcoursup la
nuit. Des profs de lycée qui, bien qu’officiellement en vacances, ne se voient pas
lâcher les élèves qu’ils ont accompagnés
toute l’année. Ils textotent ou leur envoient un mail quand une réponse tombe,
de trouille qu’ils ne répondent pas dans les
délais de plus en plus courts. En ce moment, en cas de non-réponse dans un délai
de trois jours, l’élève perd sa place.
Dans la liste des «connectés de Parcoursup», on trouve aussi les profs d’université,
ne pouvant pas s’empêcher de regarder
comment avance «le remplissage» de leurs
promos. Les proviseurs de lycées proposant des prépas et des BTS, inquiets pour
l’organisation de la rentrée. Et on en oublie
certainement… Le droit à la déconnexion,
inscrit dans le code du travail, ne s’applique visiblement pas à Parcoursup.
M.Pi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
candidat A a accepté un
vœu d’une formation F1 en maintenant son
vœu pour F2 en attente, et que le candidat B
a accepté un vœu d’une formation F2 en maintenant son vœu pour F1 en attente, il ne se passera rien de plus.» Dit autrement: Jean-Paul
a une place dans la formation dont rêve JeanJacques qui, lui, est accepté là où Jean-Paul
a toujours voulu aller. Auto-blocage, c’est
ballot. Fin de l’histoire. «Les formations F1
et F2 ont fini de recruter. Elles ont fini mais elles ne savent pas qu’elles ont fini», écrit la
chercheuse. Est-ce pour faire bouger les
lignes que le ministère a publié le «taux de
remplissage» ?
Ce 12 juillet, quelques heures avant, les élèves
avaient découvert sur la plateforme ce nouvel indicateur: le taux de remplissage de chacune des formations, défini comme le «pourcentage de candidats ayant accepté la
proposition»… Oscillant entre 95 % et 100 %
à chaque fois. Voyant ça, une partie des élèves ont abandonné leurs vœux en attente,
croyant n’avoir plus aucune chance d’être
pris… Avant d’apprendre via le compte officiel de Parcoursup sur Twitter : «Bonjour,
cette info correspond au pourcentage de candidats qui ont accepté définitivement la for-
Suite de la page 3
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
mation ou qui l’ont acceptée en maintenant
des vœux en attente.» Un indicateur qui ne
donne que peu d’informations, donc… Accusé d’avoir voulu déstabiliser les élèves, le
ministère se défend: «On est dans la transparence depuis le début, on avait annoncé en
amont qu’on publierait les taux de remplissage après les résultats du bac. C’est ce que
nous avons fait.» Et comment expliquer cette
augmentation subite des capacités d’accueil
dans une partie des facs? «Il y a toujours 10%
environ d’absents à la rentrée, c’est simplement pour anticiper cela qu’on augmente artificiellement le nombre de places. D’habitude, on le fait en septembre, là on s’y prend
plus tôt», répond le ministère, qui répète avec
assurance que «tout se passe comme prévu».
En classes prépas,
l’attente qui fait fuir
Il n’y a pas que les élèves qui sont dans l’attente. «La grande nouveauté, par rapport
à APB, c’est que désormais tout le monde est
dans l’attente, même nous, le corps enseignant.» François Boisson est pourtant professeur dans un établissement parisien très
prisé, au lycée Charlemagne. La nouvelle
promo maths sup MPSI n’est pas encore cons-
tituée : seuls 54 élèves sur 96 ont validé définitivement, les autres ont dit oui sans confirmer. Qu’attendent-ils? Une place à Henri IV
ou Louis-le-Grand, les prépas les plus prestigieuses ? C’est une hypothèse.
Vérification faite auprès de Roger Mansuy,
qui exerçait jusqu’ici à
Louis-le-Grand, «dans
nos prépas aussi, nous
avons des élèves qui
n’ont toujours pas confirmé leur venue». Il
poursuit : «Je ne doute
pas que l’effectif sera au
complet à la rentrée,
mais cette situation
pose malgré tout des
problèmes, notamment
une désorganisation
dans le travail du secrétariat, qui va devoir gérer les inscriptions administratives au dernier moment.» Sur le
papier pourtant, le nouveau système Parcoursup ne changeait rien dans le recrutement des
filières sélectives (prépas, BTS ou IUT). Mais
dans la pratique, il a des répercussions non
anticipées. Les classes prépas des villes
moyennes patinent dans la semoule. La semaine dernière, l’association des profs de prépas économiques et commerciales alertait
dans un bref communiqué: «Les prépas dites
de proximité sont loin de faire le plein.»
Mickaël Prost, de l’association des professeurs
de prépas scientifiques,
raconte que seuls 50 %
des élèves acceptés en
prépa ont confirmé leur
choix. Pourquoi ? Plusieurs hypothèses là
aussi, mais dans le lot,
une qui stresse pour
de bon les profs de
prépa: que des élèves se
soient découragés. «Audelà des hypothèses de
blocage, nous n’avons
qu’une peur, c’est qu’avec
la publication des rangs
de classement, des élèves
aient abandonné leur projet d’aller en prépa,
craignant ne pas être à la hauteur…» A Chambéry (Savoie), la semaine dernière, un prof de
prépa, inquiet de se retrouver devant une
classe à moitié vide, a lancé un appel sur
Twitter… pour trouver des volontaires. •
Mickaël Prost,
de l’association des
professeurs de
prépas scientifiques,
raconte que seuls
50% des élèves
acceptés en prépa
ont confirmé
leur choix.
Le casse-tête de la rentrée
«L
DR
e nouvel algorithme
Parcoursup traduit les
objectifs du Plan étudiant
du gouvernement. Mais dans
les faits, je pense que
certains d’entre eux seront
inapplicables à la rentrée !
Ma faculté a par exemple
choisi de ne pas assurer
les modules de remise à
niveau cette année («Oui
si» sur la plateforme).
L’idée est intéressante.
Mais elle représente
parfaitement la dérive des pouvoirs
publics depuis une quarantaine
d’années en matière d’enseignement
supérieur : on nous demande d’en
faire plus sans nous accorder
davantage de moyens. Et Parcoursup
n’est que l’arbre qui cache la forêt…
Le problème est bien plus
profond : il est notamment
difficile de comprendre
que l’Etat consacre autant
de moyens pour les élèves
de grandes écoles, alors
que les subventions
accordées aux universités
stagnent. C’est un souci
dans une société qui se
veut républicaine et égalitariste.
Malheureusement donc, à SaintEtienne, certains de nos futurs
étudiants ne profiteront pas de la
remise à niveau dont ils ont pourtant
besoin. Et ils continueront sans
doute d’être en échec. C’est une
situation regrettable, que seule une
refonte globale de l’enseignement
supérieur pourrait améliorer.
Etablissons une fois pour toutes que
BTS et IUT sont la suite logique des
bacs technologiques et
professionnels. Quant à l’université,
elle correspond davantage aux
titulaires d’un baccalauréat général.
Bref, permettons aux uns, aux autres,
de se réaliser dans le domaine qui
leur correspond.»
Recueilli par ARTHUR LE DENN
PHILIPPE PUJAS, DIRECTEUR DE L’IUT DE BÉZIERS
«IL Y A UN RISQUE RÉEL DE NE PAS REMPLIR LES CLASSES EN SEPTEMBRE»
«A
DR
u départ, Parcoursup
ne devait pas changer
grand-chose pour nous,
les filières sélectives. En réalité, si.
On navigue à vue depuis le départ.
D’abord, parce qu’on s’est
retrouvé avec une
augmentation très
importante du nombre de
candidatures, les élèves
ayant la possibilité de
formuler un vœu pour un
même DUT dans
plusieurs villes. Du temps
d’APB, jamais je n’ai vu un
jeune de Béthune postuler à notre
IUT de Béziers. Avec Parcoursup, si.
Au-delà du tri des dossiers, le vrai
problème s’est posé au moment
d’appeler les candidats. Nous
n’avions aucune donnée statistique
ou de modélisation sur lesquelles
s’appuyer pour avoir une idée de la
façon dont ces candidatures allaient
se répartir.
«Fallait-il appeler
beaucoup plus de
candidats que notre
nombre de places pour
être sûrs de remplir nos
effectifs ? Comment savoir
où arrêter la liste d’attente ?
Cela ne sert à rien de
laisser croire à des élèves
qu’ils peuvent éventuellement être
appelés sur liste d’attente s’ils n’ont
aucune chance d’être pris. Ce ne
serait pas responsable. Nous avons
donc posé une limite. Sauf que là, on
se retrouve dans l’incertitude, avec
un réel risque de ne pas remplir les
classes en septembre. Dans le DUT
“tech de co”, pourtant très prisé, il y
a 20 places (sur 90) occupées par
des élèves qui n’ont toujours pas
confirmé leur choix. Imaginons
qu’ils ne viennent pas : et ceux sur
liste d’attente ont très certainement
été affectés ailleurs. Qui va donc
venir chez nous ? Et puis, je ne cesse
de m’interroger sur ces élèves qui
gardent un vœu en attente.
Qu’espèrent-ils ? Quelles sont leurs
chances d’obtenir “mieux” en
septembre ? Et on ne peut même pas
les contacter pour savoir.»
Recueilli par MARIE PIQUEMAL
FRANÇOIS-XAVIER ROUX-DEMARE,
DOYEN DE LA FAC DE DROIT,
ÉCONOMIE, GESTION ET AES
DE L’UNIVERSITÉ DE BRETAGNE
OCCIDENTALE À BREST
«IL EST DIFFICILE DE SE
PROJETER POUR PRÉPARER
LA RENTRÉE»
«Q
uel amphithéâtre attribuer à quelle
promotion ? Combien de chargés
de TD faudra-t-il trouver ?
Aujourd’hui, je n’en ai aucune idée. Je ne sais
toujours pas quel sera le nombre définitif
d’étudiants dans ma faculté à la rentrée.
Avec Parcoursup, les lycéens
ont beaucoup plus de temps
pour confirmer
leur affectation.
Au moment des résultats
du baccalauréat, nous étions
encore dans l’incertitude
pour 25 % des effectifs.
C’était moins du temps
d’APB, où l’on avait une
meilleure visibilité. A l’heure actuelle, on a encore
une cinquantaine de “Oui – en attente” sur une
capacité de 200 étudiants.
«Autre difficulté : les remises à niveau.
La réforme prévoit de proposer des modules
d’accompagnement aux élèves qui n’auraient pas
le niveau nécessaire. En pratique, vu que nous
n’avons pas encore la liste définitive des
promotions, nous ne pouvons pas savoir
combien auront besoin de ces modules. Il y a fort
à parier qu’ils seront plus nombreux que prévu.
De toute façon, ma faculté est fermée pour l’été.
On gérera les problèmes restants à la rentrée.
C’est difficile de se projeter. Au printemps, déjà,
nous avons été contraints de recourir au
“surbooking” en appelant plus d’élèves
qu’il n’y a de places. Pendant un moment,
nous avons eu peur de ne pas remplir tous
les amphithéâtres.»
Recueilli par A.L.D.
DR
AURÉLIEN ANTOINE, VICE-DOYEN DE LA FAC DE DROIT
DE L’UNIVERSITÉ JEAN-MONNET À SAINT-ÉTIENNE
«CERTAINS DE NOS ÉTUDIANTS N’AURONT PAS ACCÈS À LA REMISE À NIVEAU»
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u 5
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ÉDITOS/
Macron et Benalla,
à chacun ses «bêtises»
Par
JONATHAN BOUCHET-PETERSEN
Chef de service France @bouchetpetersen
Face à Trump, Juncker
roule pour les Allemands
Par
JEAN QUATREMER
Correspondant à Bruxelles @quatremer
«C’est un grand jour pour l’Europe», s’est
rengorgé Alexander Winterstein, l’un des
porte-parole de la Commission européenne.
Pour lui, l’affaire est entendue: Jean-Claude
Juncker, le président de l’exécutif européen,
a réussi, mercredi lors de sa rencontre
à Washington avec Donald Trump (lire aussi
page 9), à convaincre le président américain
de ne pas taxer les importations de voitures
européennes. Il serait ainsi parvenu à éviter
une guerre commerciale totale et ce, au prix
de concessions mineures. Un revirement
pour le moins étonnant de la part d’un
homme, Trump, qui rangeait l’Union au
rang des ennemis des Etats-Unis il y a quelques jours encore. Tellement étonnant que
l’on peut se demander ce qui s’est réellement passé à Washington: pour éviter une
guerre, Juncker n’aurait-il pas cédé beaucoup sans aucune garantie en retour ?
Jusque-là, l’Union européenne s’était montrée unie face aux coups de menton de
Trump, n’hésitant pas à déclencher des
mesures de rétorsion après l’imposition de
droits de douane élevés sur l’acier (25 %)
et l’aluminium (10%) européens. Mais le président américain, en menaçant de s’attaquer
aux importations automobiles, a touché une
corde sensible en Allemagne. En effet, pour
l’essentiel, les importations européennes
aux Etats-Unis sont des importations allemandes. D’ailleurs, à Paris, on s’inquiétait
depuis plusieurs semaines de la détermination de Berlin à résister à Trump…
Or l’accord obtenu par Juncker (négocié par
l’Allemand Martin Selmayr, son chef de cabinet, secrétaire général et sherpa, proche
de la CDU, et l’Américain Lawrence Kudlow)
ressemble davantage à une capitulation qu’à
une négociation d’égal à égal. En effet, les
tarifs frappant l’acier et l’aluminium européen ne sont pas levés, l’administration
américaine se contentant de promettre
qu’elle ne frappera pas les automobiles d’un
droit de douane de 25 % tant que les négociations se poursuivront. Des négociations
qui vont porter sur l’élimination des obstacles tarifaires et non tarifaires (les normes)
aux échanges de biens industriels. La Commission s’est aussi engagée à ce que l’Europe achète «massivement», selon Trump,
du soja et du gaz de schiste aux Américains.
Un engagement pour le moins curieux puisque ce n’est ni de la compétence de la Commission ni de celles des Etats d’imposer de
tels achats aux entreprises…
Le soulagement, côté allemand, a été immédiat. A Paris, en revanche, on se montre
beaucoup plus circonspect: «Une bonne discussion commerciale […] ne peut se faire sous
la pression», a réagi Bruno Le Maire, le ministre des Finances. Ce qui n’est pas précisément le cas, puisque Juncker donne le sentiment de valider la «méthode Trump»,
comme le note un diplomate: «On a un revolver sur la tempe, puisque les tarifs sur
l’automobile peuvent être déclenchés à tout
moment si on arrête de négocier ou si Trump
n’est pas satisfait.» De même, Bruno
Le Maire s’interroge sur la «réciprocité» :
dans l’accord négocié par Juncker – alors
même que celui-ci n’avait aucun mandat
des Etats pour signer un texte écrit, ce qui
pose un sérieux problème démocratique–,
il n’est fait nulle part mention des sujets
européens, notamment celui de l’accès aux
marchés publics américains protégés par le
«Buy American Act». Pire: les normes européennes (environnementales, sanitaires,
techniques, etc.) semblent faire partie de
la négociation… Bref, beaucoup se demandent à quel jeu joue la Commission, si ce
n’est celui des constructeurs automobiles
allemands. •
Lire également pages 10-13.
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• Simon Bailly
Jean-Claude Juncker et Donald Trump à Washington, mercredi. J. ROBERTS. REUTERS
«Je fais rien que des bêtises, quand t’es pas
là.» Le refrain entêtant de Sabine Paturel
est connu, le simple fait de le lire ou de
l’entendre suffit à le garder en tête un
bon moment… N’est-ce pas ? «Bêtise»,
ce mot simple, presque enfantin, on l’a
retrouvé ces derniers jours dans la bouche
de deux personnalités qui font en ce moment la une de l’actualité pour la même
affaire : Emmanuel Macron et Alexandre
Benalla.
Pour tacler le travail du «pouvoir médiatique» sur l’affaire Benalla – ce qu’il fait dès
qu’il en a l’occasion depuis mardi soir et
son show devant sa majorité –, Emmanuel Macron a affirmé que les journalistes
avaient raconté beaucoup de «bêtises».
Autrement appelées «fadaises» dans la
langue un peu surannée dont le chef de
l’Etat use aussi naturellement que la
novlangue managériale d’anglicismes.
On notera que, parmi les «bêtises» que la
presse aurait diffusées ces derniers jours
– Macron prenant un malin plaisir à mélanger fake news virales et articles journalistiques –, bien des informations auraient
été plus précises si l’Elysée avait
réellement privilégié la transparence
à l’opacité.
Chez Alexandre Benalla, le terme «bêtise»
vient euphémiser, dans l’interview fleuve
qu’il a accordée au Monde, ses actes du
1er Mai. Dans ce cas-là, bêtise signifie «action ou parole sotte ou maladroite», quand
Macron convoque, lui, une autre définition : un «manque d’intelligence et de jugement». Dans les deux cas, le terme est
inapproprié. Excessif chez Macron,
insuffisant chez Benalla. •
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6 u
MONDE
Par
ARNAUD VAULERIN
L
a comparaison est animale
pour désigner un survivant
au Cambodge. Reptile, chat,
tigre et même crocodile, tous sont
connus pour leurs capacités à ruser,
dominer, éliminer. Et tous représentent le Premier ministre
Hun Sen, le patron, le maître du
royaume de 15 millions d’habitants,
le satrape de Phnom Penh au pouvoir depuis trente-trois ans. Un
quasi-record planétaire. Dans les
commentaires, ces bêtes sont
convoquées en ce moment pour
illustrer la longévité au pouvoir de
l’inoxydable Hun Sen, 65 ans, et
éclairer le moment très particulier
que s’apprête à vivre le Cambodge
le 29 juillet.
Vingt-cinq ans après les premières
élections libres, les Cambodgiens
sont appelés aux urnes pour un
scrutin législatif conçu pour consacrer l’hégémonie du Premier ministre et de son parti-bulldozer, le Parti
du peuple cambodgien (l’ancien PC
provietnamien). Ces législatives
fleurent bon le «déni de démocratie.
Celle-ci agonise. Hun Sen ne veut
plus jouer le jeu des élections car il
est sûr de perdre», diagnostique
Sam Rainsy, ancienne figure de
proue de l’opposition que Libération a rencontré à Paris où il vit en
exil pour échapper à des poursuites
judiciaires. Exilée, arrêtée, poursuivie en justice, l’opposition n’est plus
qu’une coquille vide sans force, ni
tête. A l’automne dernier, Hun Sen
a obtenu la dissolution du Parti du
sauvetage national du Cambodge
(CNRP), l’organe de Sam Rainsy
et de Kem Sokha. Pacifiste et militant des droits de l’homme, ce dernier avait été arrêté en septembre
pour de prétendues accusations
de «trahison et espionnage». Depuis, 118 membres du CNRP ont été
bannis et interdits de se présenter
à des élections durant cinq ans.
«Le paysage politique est devenu
lunaire», résume un expatrié de
longue date au Cambodge.
L’état de la presse indépendante
n’est guère plus reluisant. Une trentaine de radios locales indépendantes, le bureau de Radio Free Asia, le
quotidien anglophone Cambodia
Daily, ont dû mettre la clé sous la
porte en 2017. Dernière voix anglophone encore indépendante, le
Phnom Penh Post a été repris en
main par un ancien proche de
Hun Sen au printemps. «Toute la
presse libre a été bouclée il y a un an,
constate un observateur à Phnom
Penh, qui souhaite rester anonyme
pour éviter les ennuis. Les autres
médias sont aux ordres du patron
qui se prend, avec sa femme, pour les
deux fondateurs du Cambodge. Il
dira ce qu’il voudra, il reste un ancien Khmer rouge qui n’a pas hésité
à faire usage de la force quand
c’était nécessaire.»
Parlementaires, étudiants qui
s’expriment sur Facebook, militants contre la spoliation des terres,
défenseurs des droits de l’homme,
journalistes, syndicalistes, moines,
nombreux sont ceux à être dans le
viseur des nervis casqués et d’une
justice aux ordres. Certains ne s’en
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
L’homme fort
de Phnom Penh
enterre la
démocratie
Les Cambodgiens consacreront ce dimanche
l’hégémonie de leur Premier ministre, Hun Sen,
au pouvoir depuis trente-trois ans. L’ancien
Khmer rouge, issu d’un milieu pauvre et rural,
impose une politique autoritaire et népotique
dans un pays miné par la corruption et la censure.
relèvent pas. En 2016, le populaire
commentateur politique Kem Ley
a été exécuté de deux balles dans
un café. Quelques jours plus tôt,
il avait exposé le rapport de
Global Witness sur la corruption
et la prédation en vigueur au sein
du clan Hun Sen : 21 membres de
la famille du chef de gouvernement avaient des participations
dans plus de 100 entreprises du
pays pour une valeur dépassant
180 millions d’euros.
«PAS LA TERREUR
MAIS LA PEUR»
Les voix indépendantes –fonctionnaires, experts et expatriés– réfléchissent à deux fois avant de
s’exprimer ouvertement. Ceux que
Libération a contactés ont préféré
ne pas apparaître nommément.
«Les conséquences peuvent être
fâcheuses, assure un enseignant.
Ce n’est pas la terreur, mais bien
la peur qui est diffuse.» Et l’environnement régional conforte le tigre
Hun Sen dans ses choix : du Vietnam à la Thaïlande, de la Birmanie
à la Chine, du Laos aux Philippines,
les régimes autoritaires et les dictatures d’Asie se portent bien et répriment à tout va, en ligne et dans
la rue.
Dans une rare interview à la Far
Eastern Economic Review, en 2001,
Hun Sen avait déjà théorisé sa pratique du pouvoir. «Pour être un dirigeant, il faut être fort et ferme. Personne ne peut rester au pouvoir
longtemps s’il n’est pas ferme.» Hun
Sen est donc resté «fort et ferme».
Jusqu’à ôter aux élections le dernier
vernis démocratique. Depuis son
accession au pouvoir en 1985, il a
«construit pas à pas son hégémonie,
assure un diplomate français. C’est
un dirigeant méthodique et peu empressé qui a appris à composer avec
l’opposition, à commencer par
l’appareil du parti. Il est arrivé
jeune au pouvoir.»
Il a 27 ans quand il est nommé ministre des Affaires étrangères d’un
Cambodge exsangue au sortir de
l’enfer khmer rouge, qui a anéanti
environ 1,7 million de personnes.
Nous sommes en 1979 et le jeune
ministre a déjà vécu plusieurs vies.
Benjamin d’une famille pauvre de
la campagne de Peam Koh Snar (où
il est né en août 1952), il n’a pas encore fini le lycée quand il rejoint la
résistance communiste, en 1970,
contre le gouvernement pro-américain de Lon Nol qui vient de déposer le roi Norodom Sihanouk.
Sept ans durant, il va vivre en
maquisard dans la jungle, comme
il l’a raconté à Harish C. et Julie B.
Mehta dans Hun Sen: Strongman of
Cambodia. Et nul doute que cette
longue expérience des combats au
cours de laquelle il perdra son œil
gauche va forger le tempérament
d’un lutteur «obsédé par les questions de sécurité et méfiant à l’égard
des élites et du monde des villes»,
précise le diplomate. Commandant
d’une région militaire des Khmers
rouges, il déserte les rangs de
Pol Pot en juin 1977 et gagne le
Vietnam. A peine deux ans plus
tard, il revient dans les valises des
Vietnamiens quand ceux-ci sifflent
la fin du génocide des Khmers rouges. «Il est alors l’homme de Hanoï,
raconte un historien, qui a placé
des centaines de conseillers du sommet de l’Etat jusqu’au village.»
«ANIMAL POLITIQUE»
Après les Affaires étrangères,
Hun Sen se fait désigner Premier
ministre en 1985. La petite république populaire du Kampuchéa est
alors le théâtre de grands affrontements est-ouest qui trouveront un
terme lors des accords de paix de
Paris en 1991. Après les premières
élections post-conflit, Hun Sen
verrouille sa conquête du pouvoir,
forçant la main au parti royaliste et
s’imposant comme un deuxième
Premier ministre, avant d’évincer
son concurrent. «Vrai animal politique», selon un ambassadeur,
l’homme est charismatique, comme
l’a été d’une autre manière le roi
Norodom Sihanouk, l’un des inspirateurs de l’homme fort de Phnom
Penh. Hun Sen est également
travailleur, sur la brèche, expéditif
quand il faut l’être. «Si vous vous
mettez en travers de son chemin, il
vous écrase, analyse Sam Rainsy,
qui a échappé de peu à la mort
en 1997 lors d’un bras de fer avec
Hun Sen. Il est violent et déterminé.
Il fera tout pour ne pas donner la
moindre occasion à ses rivaux de le
renverser. Car il a peur du complot
de l’opposition.»
Puis, malgré une corruption éhontée et une colossale économie de
prédation des ressources naturelles,
il se pose également en père de la
croissance et de la stabilité. Il a été
l’un des premiers à saisir que les
Cambodgiens aspiraient d’abord
à la paix et à un travail pour se nourrir. «Peu à peu, il s’est construit un
appareil d’Etat à sa main, une élite
au service de son pouvoir, sans
jamais chercher à purger le parti,
note le diplomate. Il a toujours su
globalement s’entourer de bons
conseillers. Les idéologues des débuts
ont été progressivement remplacés
par des techniciens réputés. Comme
beaucoup de dictateurs qui durent,
il a une forte intuition des gens
qui peuvent tenir la boutique. Et il
laboure le terrain en permanence
pour créer un réseau d’influence
et d’allégeance.»
Inaugurations d’écoles Hun Sen,
cérémonies bouddhiques, discours
aux forces armées… Il a cherché à
développer une légitimité rurale en
opposition avec le monde urbain.
Car la ville n’a jamais goûté ses
manières d’homme fort, non
diplômé et pas doué pour les
langues, jadis grand fumeur et
discoureur, qui vit en grande périphérie de Phnom Penh dans une
villa-bunker. «Il ne cherche pas à
être adoubé par la communauté
internationale, poursuit le diplomate occidental. Hun Sen a appris
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u 7
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THAÏLANDE
M
ék LAOS
on
g
CAMBODGE
Phnom Penh
VIETNAM
Golfe de
Thaïlande
41 466 $
FRANCE
M
ék
on
g
75 km
CAMBODGE
3 744 $
PIB par habitant en parité de
pouvoir d’achat en 2016 (en $)
66,9
millions
15,8
millions
Population 2016
Source : Banque mondiale
qu’il faut en permanence ajuster
les alliances avec les voisins de la
région, à commencer par la Chine et
le Vietnam.»
Passé par les rangs des Khmers
rouges et du PC vietnamien, Hun
Sen a appris à manœuvrer en permanence. On l’aura compris, les
principes pèsent peu face aux intérêts à défendre et aux rapports de
puissance à gagner. «Il est doué
d’une formidable intelligence reptilienne. C’est un joueur d’échecs qui
prend des décisions vite», poursuit
Sam Rainsy. Le chef de l’opposition
s’alarme du «virage totalitaire», qui
s’est «accompagné d’une présence
plus marquée de la Chine, qui
n’investit pas au Cambodge mais
investit le Cambodge. Mon pays
est devenu un condominium sinovietnamien. Hun Sen veut plaire à
ses deux patrons.»
«IL A TUÉ LA
DÉMOCRATIE»
Hun Sen et son épouse Bun
Rany lors de festivités à
Phnom Penh, le 15 juillet.
PHOTO SAMRANG PRING. REUTERS
Avec Sam Rainsy, Hun Sen a joué au
chat et à la souris. Les deux hommes
se sont rapprochés, singeant une
improbable culture du dialogue
avec sourires khmers en pacification de façade. «En avril 2015, nous
nous sommes vus en Malaisie par hasard, raconte le chef de l’opposition
cambodgienne. Hun Sen m’a dit :
“En supposant que vous deveniez
Premier ministre, j’espère que vous
ne me chercherez pas des histoires,
j’ai des forces pour me défendre.”» Le
message a été entendu.
Mais la «lune de miel» est révolue
pour de bon. Sam Rainsy ne reviendra pas à la période des courbettes
et des risettes, assure-t-il. «Cette
fois, Hun Sen a franchi la ligne
rouge. Il a tué la démocratie.» Le
diplomate conclut : «Finalement,
le principal danger de Hun Sen,
c’est lui-même.» L’homme fort de
Phnom Penh se voit encore au
moins dix ans à la tête du gouvernement. Le temps de préparer le
terrain à son fils Hun Manet, récemment promu à de hautes fonctions
militaires? Le Cambodge s’initierait
à la dynastie politique. Comme chez
les Kim en Corée du Nord. •
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MONDE
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
LIBÉ.FR
Le cannabis thérapeutique
autorisé au Royaume-uni
Le cannabis thérapeutique va être autorisé
au Royaume-Uni, sur prescription, à partir de l’automne,
a annoncé jeudi le ministre britannique de l’Intérieur, Sajid
Javid. «Cela aidera les patients avec des besoins médicaux
spécifiques mais cela ne constitue en aucun cas un premier
pas vers la légalisation du cannabis à usage récréatif», a
prévenu le ministre conservateur. PHOTO AP
Premier ministre, s’était payé
cinq appartements luxueux
à Londres dans les années 70.
Sharif est destitué, puis emprisonné. Le clan Sharif tremble mais ne tombe pas. Le
frère, Shahbaz, prend la tête
du parti, tandis que le fils devient gouverneur du Pendjab.
Le culot de la famille irrite les
Pakistanais, qui projettent
sur Imran Khan leur rêve de
changement. Le Parti du peuple pakistanais (PPP), formation historique de centre gauche conduit par Bilawal
Bhutto Zardari, fils d’une ancienne Première ministre assassinée, qui arrive bon troisième, fait aussi les frais du
«dégagisme» des dynasties.
Tape-à-l’œil. Pourtant,
Imran Khan, mercredi à Islamabad. PHOTO AAMIR QURESHI
Imran Khan: un champion
populiste prend la tête du Pakistan
Malgré les
contestations des
autres partis en lice,
qui dénoncent
des fraudes,
l’ex-play-boy
du cricket
a revendiqué
sa victoire
aux législatives,
jeudi.
Par
LAURENCE
DEFRANOUX
C’
est un peu comme
si Cristiano Ronaldo devenait
Premier ministre. Vingtsix ans après avoir offert au
Pakistan sa seule victoire en
Coupe du monde de cricket,
Imran Khan a remporté mercredi les élections générales.
Et enfilé pour la seconde fois
son costume préféré, celui de
héros national. Le Pakistan,
deuxième pays musulman au
monde avec 207 millions
d’habitants, se retrouve donc
avec un ancien play-boy
international à sa tête.
A 65 ans, les excès ont eu raison de ses traits ravageurs.
Les nuits en boîte avec Mick
Jagger ne sont plus qu’un
souvenir, comme son mariage avec une héritière britannique d’origine juive qui
faisait les délices de la presse
people. L’homme chante désormais les vertus de la charia et vient de se marier pour
la troisième fois avec une
voyante qui porte le voile.
Attentat. Le succès du
centre anticancéreux qu’il a
fondé, et qui soigne gratuitement les pauvres, a touché
les cœurs. Mais c’est surtout
sa croisade anticorruption
qui lui a permis de rallier les
votes des jeunes et des villes.
Comme celui de Yasir Hussain, 30 ans, qui étudie les
relations internationales à
Islamabad. «Imran Khan
s’est battu seul contre la corruption pendant plus de
vingt ans. C’est un homme
honnête et dévoué, avec une
vision pour notre pays, s’enthousiasme le jeune homme,
contacté par messagerie.
Il prend le changement climatique au sérieux et ne cache
pas son admiration pour la
méritocratie et l’Etat de droit.
Mais l’attente est grande et les
problèmes immenses.»
D’abord marquée par un
attentat sanglant près d’un
bureau de vote à Quetta, la
journée électorale de mercredi s’est éternisée à cause
d’énormes retards dans le décompte des voix. Ce qui n’a
pas empêché les soutiens du
Mouvement du Pakistan
pour la justice (PTI) de danser dans la rue le soir même.
Triche. Avant la tombée des
premiers résultats, le chef de
la puissante Ligue musulmane (PML-N), Shahbaz Sharif, dénonçait «des fraudes si
flagrantes que tout le monde
s’est mis à pleurer», et a annoncé qu’il rejetait les résultats. Jeudi, Imran Khan a
revendiqué la victoire, sans
qu’on sache si le PTI sera
majoritaire ou aura besoin
de former une coalition pour
gouverner.
Tous les autres partis crient
pourtant à la triche. Le processus électoral a été entaché
par la présence, mercredi
soir, dans tous les bureaux de
vote, de représentants de l’armée qui ont fait sortir les observateurs des partis au
moment du dépouillement,
au mépris de la Constitution.
Pour le chercheur Christophe
Jaffrelot, auteur du Syndrome pakistanais, l’immixtion de la très puissante
armée pakistanaise, qui a dirigé le pays jusqu’en 2008,
était prévisible : «Le but
des militaires était d’éviter
que Nawaz Sharif ait un
deuxième mandat et qu’un
pouvoir civil fort s’installe
au Pakistan. On est sorti de la
démocratie libérale pour
tomber dans une forme de
mascarade.» Imran Khan a
balayé les accusations, mises
sur le compte des «médias
indiens».
Sa première aubaine, il la doit
au Consortium international
des journalistes d’investigation. En 2016, l’opinion publique découvre au milieu des
Panama Papers que la famille
de Nawaz Sharif, alors
l’homme qui promet «un
nouveau Pakistan» n’est pas
un modèle d’intégrité. Il partage avec Donald Trump la
richesse et la célébrité, le narcissisme et l’amour des réseaux sociaux, mais aussi
l’inconstance, le populisme
et l’inexpérience politique.
Les très médiocres résultats
de son parti, qui dirige depuis 2013 la province du Khyber Pakhtunkhwa en coalition avec le parti islamique
Jamaat-i-Islami, laissent
sceptique sur sa capacité
à «vaincre la corruption et le
terrorisme en quatre-vingtdix jours», comme il l’a promis. Et ses flirts répétés avec
les extrémistes lui ont aussi
valu le surnom de «Taliban
Khan». Mais selon Jaffrelot,
l’ampleur de ces contradictions ne dérange pas ses électeurs de la classe moyenne :
«Comme lui, ils sont d’un côté
attirés par la modernité et la
liberté, et de l’autre se raccrochent à des traditions réaffirmées au nom du nationalisme
ethnoreligieux devenu un
idiome universel.»
Dans son premier discours
mis en ligne sur le Web, l’exchampion, qui vit dans une
immense propriété tapeà-l’œil avec parc et piscine
sur les hauteurs d’Islamabad,
a promis de défendre la
veuve et l’orphelin, de
redresser l’économie «tombée
dans les abîmes», de réformer
le système de santé et l’éducation. Un joli discours,
jusqu’à ce qu’il déclare au
sujet de la résidence du Premier ministre : «J’aurais
honte de vivre dans une si
grande maison. Elle sera
convertie en école.» •
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
LIBÉ.FR
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Facebook se prend la Bourse dans la face
Après des résultats inférieurs aux attentes des
marchés au deuxième trimestre et à l’avertissement
sur le fait que sa croissance allait continuer à ralentir, le réseau a vu
son action violemment décrocher à Wall Street jeudi: -24% en à peine
deux heures, soit 120 milliards de dollars de valeur boursière partis en
fumée. Et ce, malgré la progression du nombre de ses utilisateurs
quotidiens actifs (+11%), de son chiffre d’affaires (+42%), mais aussi le
succès spectaculaire de sa filiale Instagram. PHOTO REUTERS
Espagne: des centaines de migrants
réussissent à franchir la barrière de Ceuta
Climat Incendies et canicule :
l’Europe asphyxiée
Plusieurs pays d’Europe ont encore suffoqué jeudi. En
Suède, où le thermomètre devrait continuer à se maintenir
aux alentours de 30°C ce vendredi, les 23 foyers d’incendies
étaient sous contrôle dans l’attente des pluies de ce weekend. En Grèce, le bilan des feux attisés par la sécheresse et
les vents a été porté à 82 morts. Le Royaume-Uni connaît
sa pire canicule depuis des décennies: vendredi, le record
de 38,5°C enregistré en 2003 pourrait être battu. Et il n’a pas
plu dans le sud-est de l’île depuis le 29 mai. En Allemagne,
les nuits sont chaudes (jamais sous 20°C) et les jours dantesques, à 38°C. Idem en Belgique, Suisse, Pays-Bas. PHOTO AFP
Sur les images postées sur les
réseaux sociaux, des dizaines
de jeunes hommes courent
dans les rues, euphoriques,
comme s’ils célébraient un
exploit sportif. Entre 400
et 600 migrants subsahariens, selon les sources, sont
parvenus jeudi au petit matin
à franchir la série de grillages
qui sépare le Maroc de la ville-enclave espagnole de
Ceuta, l’une des deux seules
frontières terrestres entre
l’Afrique et l’Union européenne (avec Melilla, autre
enclave espagnole).
Ce passage massif n’est
pas une première. En février 2017, plus de 850 migrants avaient forcé le passage en quatre jours. Cette
fois-ci, ils ont employé des
Des migrants à Ceuta, jeudi. PHOTO FARO TV. REUTERS
moyens inédits : des bouteilles de chaux vive projetées
sur les gardes civils espagnols, ou des lance-flammes
bricolés avec un briquet fixé
sur un aérosol. Un arsenal dérisoire face à des dispositifs
qui ont coûté des centaines
de millions aux contribuables
européens. Mais qui a prouvé
son efficacité. Souvent appelés «sauteurs», ces clandestins se risquent de moins en
moins à escalader les
deux grillages hauts de 6 mètres surmontés de rouleaux
de barbelés à lames tranchantes, les «concertinas». Jeudi,
les migrants les ont cisaillés
et sont entrés à un des rares
points hors de portée des caméras de surveillance.
La plupart d’entre eux se sont
réfugiés dans un centre de la
Croix-Rouge, complètement
débordé. Leur passage intervient au moment où, en Espagne, le Premier ministre
socialiste Pedro Sánchez promet une politique d’accueil
moins stricte. Et où au Maroc, le gouvernement veut
obtenir de l’UE des gages sur
les exportations maraîchères
et les autorisations de pêche
en échange de sa coopération
à la frontière. F.-X.G.
Juncker-Trump: un accord pour
mettre fin à la guerre de l’acier
Il y a dix jours, Donald Trump mondiales, et un combat conqualifiait l’UE d’«ennemie», joint contre le terrorisme.»
l’accusant de «profiter» des Parlant d’un «grand jour»
Etats-Unis d’un «point de vue pour le libre-échange, Trump
commercial». Mardi dans le a annoncé leur ambition
Missouri, il enfonçait le clou: d’aller vers «zéro tarifs doua«Ce que nous fait l’UE est in- niers» dans leurs échanges
croyable. Ils ont l’air gentils, industriels. Il s’est aussi enmais ils sont durs.» Mercredi gagé à revoir les tarifs amérià la Maison Blanche, lors cains imposés fin juin sur
d’une conférence de presse l’acier et l’aluminium euroavec le président de la Com- péen, qui avaient provoqué
mission européenne, Jean- l’escalade. Les Etats-Unis et
Claude Juncker,
l’UE représenVU DE
le ton a été tout
tent «50 % du
autre. Les deux
NEW YORK PIB mondial, a
hommes ont anrappelé Trump.
noncé être parvenus à un Si nous faisons équipe, nous
accord, désamorçant plu- pouvons faire de la planète un
sieurs semaines de conflit endroit meilleur.» Une série
commercial, qui s’est traduit de décisions peu détaillées
par des taxes douanières portant sur l’industrie,
punitives des deux côtés de l’énergie et l’agriculture ont
l’Atlantique.
aussi été annoncées.
«Nous sommes réunis ici pour Après avoir accordé, mardi,
lancer une nouvelle phase une aide d’urgence de 12 mildans les relations entre les liards de dollars (10,24 milEtats-Unis et l’UE, a affirmé liards d’euros) aux agriculTrump après s’être entretenu teurs américains, touchés par
avec Juncker pendant plus les représailles de l’UE,
de deux heures. Une phase Trump a une nouvelle fois
d’étroite amitié, de solides voulu rassurer cette partie de
relations commerciales dans l’électorat traditionnellement
lesquelles nous serons tous républicain, à moins de quales deux gagnants, avec un tre mois des élections de mimeilleur travail commun pour mandat. L’UE va «presque imla sécurité et la prospérité médiatement» acheter «beau-
coup de soja» aux Américains,
a-t-il promis. «Ce sera fait», a
confirmé Juncker.
De son côté, le président de la
Commission avait surtout en
tête le sort des voitures européennes, dossier sensible en
Allemagne. Trump avait en
effet menacé d’imposer des
«droits de douane sur les voitures qui inondent le marché
américain». Selon une source
européenne interrogée après
la rencontre Trump-Juncker,
aucun nouveau frais de
douane ne sera imposé par les
Etats-Unis.
En guise d’avertissement
avant l’entretien, la commissaire européenne au commerce avait évoqué dans la
presse «une longue liste de
produits américains» qui
pourraient être visés par des
mesures de rétorsion douanières, pour un montant de
20 milliards de dollars. En
juin, l’UE avait déjà imposé
des taxes supplémentaires
sur une liste de produits
américains, allant du jus
d’orange au beurre de cacahuète en passant par le tabac
ou les motos.
ISABELLE HANNE
(à New York)
Lire aussi l’édito page 5
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FRANCE
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Benalla-Macron
L’un tape
à tout-va,
l’autre joue
en défense
DÉCRYPTAGE
L’ex-membre du cabinet de l’Elysée
s’est exprimé dans «le Monde», disant
sa loyauté au chef de l’Etat et chargeant
la préfecture de police. Le Président, lui,
soutient son ancien collaborateur.
Emmanuel Macron en déplacement à La Mongie (Hautes-Pyrénées) jeudi.
Par PIERRE ALONSO
et ALAIN AUFFRAY
Photo ALAIN GUILHOT
D
ans l’affaire qui porte son nom,
Alexandre Benalla n’avait pas encore
donné sa version. Il l’a fait, jeudi,
dans une interview fleuve au Monde, qui avait
révélé l’intervention violente, hors de tout
cadre légal, du chargé de mission de l’Elysée
lors des manifestations du 1er Mai. L’ancien
«garde du corps» de Macron défouraille,
non sans contradictions, met en difficulté
tant le ministre de l’Intérieur que la préfecture de police. Mais il dédouane Emmanuel
Macron. Selon lui, l’affaire serait d’abord une
manœuvre politique, «une façon d’attraper
le président de la République par le colback».
Macron défend la même thèse. L’opération
visait à «gâcher la fête et l’union nationale»
après le triomphe des Bleus, a-t-il assuré
en marge de son déplacement dans les
Hautes-Pyrénées.
MACRON ÉPARGNÉ…
Le chef de l’Etat multiplie depuis mardi les
messages d’amitié pour son ancien protégé.
Lequel, en retour, reste inébranlable dans sa
fidélité à Macron. Dans son interview, il dit
comprendre que ce dernier parle d’un «sentiment de trahison»: «Je ne vois pas quels autres
termes il aurait pu employer pour qualifier la
situation», dit-il. Pour autant, il estime avoir
toujours «la confiance» du chef de l’Etat.
Benalla résume ainsi son entretien d’embauche à l’Elysée : «On m’a dit que vous étiez un
génie de l’organisation, je vous vois bien à la
chefferie de cabinet, ça vous va ?» lui aurait
dit le directeur de cabinet du président de
la République. Benalla révèle que c’est lui
qui a eu l’idée d’organiser au Louvre la cérémonie d’intronisation de Macron. Le futur
chargé de mission était donc bien plus qu’un
simple bodyguard. Il suggère que son ascension n’a pas été du goût de tout le monde :
«Qu’un gamin de 25 ans qui n’a pas fait l’ENA»
accède à la chefferie, «évidemment, ça suscite
des rancœurs…»
…BENALLA MÉNAGÉ
Mercredi soir, à Bagnères-de-Bigorre, Macron
s’est dit «fier» d’avoir fait entrer à l’Elysée ce
jeune homme au «parcours différent». Issu
d’une famille immigrée d’un quartier populaire d’Evreux, Benalla a effectivement un
profil très inhabituel à ce niveau de responsabilité. Depuis qu’il a invité mardi ceux qui
s’interrogent sur l’affaire à venir «le chercher»,
Macron ne maque pas une occasion de faire
l’éloge de son ancien homme de confiance.
«C’est moi qui ai embauché Alexandre
Benalla. Il a fait plein de choses très bien. Il a
fait aussi une faute grave», a-t-il ainsi répondu
mercredi soir. Tout en assumant sa «responsabilité», Macron assure que cette affaire, qui
n’a rien selon lui d’un scandale d’Etat, vient
rappeler que «la République exemplaire» n’est
«pas infaillible». Devant la presse à qui il
reproche d’avoir répandu «beaucoup de fadaises», il a demandé «qu’on ne foule pas l’honneur d’un homme aux pieds sous prétexte qu’il
a fait une faute».
COLLOMB EN DIFFICULTÉ
Dans son récit de la soirée du 1er Mai, Alexandre Benalla parle de sa rencontre avec Collomb. Selon Mediapart et le Canard enchaîné,
qui cite une note de la préfecture de police,
le ministre de l’Intérieur aurait donné une
«accolade» au chargé de mission de l’Elysée,
signe évident de leur proximité. Devant la
commission d’enquête de l’Assemblée, donc
sous serment, Collomb a au contraire joué la
distance: «Je ne le connaissais pas personnellement. J’ignorais sa qualité de conseiller du
président de la République.» Relancé plus tard
sur la fameuse embrassade, il répond : «J’ai
sans doute salué cette personne comme j’ai
salué tout le monde en arrivant.» Benalla le
contredit : le ministre de l’Intérieur le «tutoie», le «vouvoie», «alterne», mais l’«identifie
visiblement» et «sait qu’[il] travaille à la présidence de la République». Pour autant, Benalla
ne charge pas l’ancien maire de Lyon, «en qui
[il a] confiance».
Pour le reste, alors même que l’ancien collaborateur de Macron devine la main de «politiques et de policiers» derrière le déclenchement de l’affaire, il précise illico ne pas
désigner Collomb, ni son chef de cabinet,
mais élude la question sur le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur.
LA PRÉFECTURE DE POLICE CIBLÉE
Alexandre Benalla étrille particulièrement
une institution, la préfecture de police. Il assure avoir été invité au 1er Mai, précisément
par Laurent Simonin, mis en examen depuis
pour avoir transmis les images de vidéosurveillance à Benalla après la révélation de l’affaire. Mais il s’en prend surtout à une autre
figure de la «PP», le directeur de l’ordre public
et de la circulation, Alain Gibelin. Celui-ci
était déjà dans la tourmente pour être revenu
sur ses déclarations de lundi devant la commission d’enquête de l’Assemblée. Réentendu
jeudi, il a dû s’expliquer sur un nouveau
point : dans ses déclarations à la presse,
Benalla assure que le directeur de la DOPC
était au courant avant de sa venue au 1er Mai.
Il parle d’un déjeuner de travail, déjà cité par
le commandant militaire de l’Elysée, au cours
duquel le 1er Mai avait été évoqué.
«A la fin de ce déjeuner, il m’a demandé si je
venais toujours et si j’avais reçu l’équipement
que je devais recevoir», affirme Benalla, accusant explicitement Gibelin de mentir. Devant
la commission d’enquête, le haut gradé de la
police a juré le contraire: certes le 1er Mai a été
abordé, comme il l’avait dit dans sa première
audition lundi, mais uniquement comme une
possibilité, pas comme un choix définitif.
Pour démêler les versions, le député Les Républicains Guillaume Larrivé, co-rapporteur
de la commission d’enquête, a demandé
l’audition d’Alexandre Benalla. Avant de démissionner bruyamment (lire ci-contre). •
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Midi, où il devait inaugurer des infrastructures.
Macron a passé une journée pittoresque
à La Mongie, station de ski où il fut
photographié avec Alexandre Benalla et
qui se mue l’été en repaire de campeurs
dingues du Tour de France. Le Président
est familier du coin, sa grand-mère est
enterrée à quelques kilomètres de là. Le
scénario de cette visite était écrit : les
agents de sécurité disent «fan zone» pour
indiquer l’espace dévolu à la foule.
Le matin, Macron avait ignoré les dizaines
de syndicalistes (CGT) à Tarbes, venus
parler de l’emploi et de service public. Il
a préféré une balade à Bagnères-de-Bigorre et un petit déjeuner avec des agriculteurs pour évoquer le cas des ours.
Pendant ce temps, des journalistes sondent des quidams, lesquels répondent de
temps à autre par des questions existentielles. Dans le désordre : «Est-ce qu’un
président peut vraiment changer quelque
chose?» «La politique, n’est-ce pas de l’imprévu?» «Où est Brigitte?» et «Y a-t-il des
snipers sur la montagne?»
Entre 11 et 12 heures, soixante minutes
d’attente. François Bayrou passe devant
les barrières, avant qu’un âne ne descende
paisiblement une pente pour se caler en
face d’une pharmacie, sous les applaudissements de la foule. «Pourquoi tout ça est
sorti? Pourquoi cette explosion de mises en
cause et d’accusations qui ne reposent pas,
c’est le moins qu’on puisse dire, sur des réalités substantielles?» se demande le maire
de Pau. Pour tuer le temps, François,
expatrié en Espagne depuis dix ans, montre à ses voisins les images de vautours qui
rôdent dans les montagnes et dévorent les
carcasses : «Ne sommes-nous pas nous
aussi des morceaux de viande?» Le quadra
en marcel moulant se met soudainement
à jouer de l’harmonica et chanter le blues:
«Wow, wow, Macron, donne des sous, wow,
wow, wow…» Avant de poser la question
en or massif: «Au fait, il est bien ou pas,
Macron? Je ne le connais pas.»
Saturation. L’agitation a repris en
milieu d’après-midi. Vers 16h30, le Président est redescendu du ciel et du déjeuner pour un second bain de foule et discuter de sujets qui vont des retraites à la
Coupe du monde. Les vrais sceptiques
fulminaient dans leurs barbes, sur des
terrasses. Ça n’a pas couvert les cris de
bonheur de la «fan zone». Un gamin sans
dents de lait est félicité par ses parents
dans un café: Macron l’aurait embrassé
sur le front. Et l’affaire Benalla? Bien sûr
que le Français moyen en parle, quand
bien même il devient tout doux devant
son Président. D’au moins deux façons:
comme si son espérance de vie s’était al- il y a ceux qui rêvent tout haut de voir des
longée. Guy, retraité normand, qui sou- têtes tomber et les autres qui arrivent à
tient la majorité: «Si l’on dit ce qu’on pense saturation parce que la télévision, en
vraiment, on peut se faire traiter de “pov plein juillet, paraît congelée par le scancon” comme l’autre par Nicolas Sarkozy. dale. Depuis une semaine, on a entendu
Ça servirait à quoi ?»
l’affaire se discuter à voix haute jusque
dans les rades minuscules du Sud-Ouest.
«Fan zone». Schizophrénie douce –la On parle d’un tube estival, qui chatouille
fascination pour le pouvoir– qui flirte par- tous les recoins de l’imagination : la
fois avec l’ésotérisme: une dame demande sexualité du Président, les barons noirs
à un gosse pourquoi il tremble après
qui tirent les ficelles dans
avoir pris en photo «Manu», dit
l’ombre et les médias qui
GERS
«Jupiter». Il est resté jusmagouillent avec le pouqu’à 12 h 15 au milieu de
voir. Sinon, l’âne est renquelques centaines de
tré sagement, avant le
Tarbes
personnes. Le temps
déjeuner. De toute façon,
HAUTEHAUTESGARONNE
pour lui de déclarer que
il n’avait pas le choix : le
PYRÉNÉES
cette affaire Benalla n’est
taulier d’un hôtel dit
pas autre chose «qu’une
qu’il appartient à un ami
Pic du midi
(2 876 m)
tempête dans un verre
du Président.
ES
PA
d’eau». Il file vers les nuages,
RAMSÈS KEFI
GN
E
10 km
en téléphérique, sur le pic du
Envoyé spécial à la Mongie
I
l est 11 heures à La Mongie. Un homme
se plaint de mille et une choses dans
la foule : la vie chère, les salaires, les
retraites, les embouteillages. 50 ans à
peine, cou de bœuf, épaules larges. Il dit
qu’il est là par hasard : comme le Président doit passer par là, il reste pour voir
ça. Mais sans conviction. «La politique,
vous savez…» Midi : Macron, très en retard, s’approche des barrières pour les câlins. Le colosse, résigné de prime abord,
bondit et se transforme en poulpe. Son
bras devient élastique et sa main passe
entre dix crânes pour toucher le chef de
l’Etat, lequel serre parfois des poignets.
Voilà le bougon au septième ciel: il sourit
AT PYR
LA ÉN
N É
TI ES
Q U
ES
Dans les Pyrénées,
le Président profite
de ses heures de col
Au pic du Midi, le Président
a pris un bain de foule et
esquivé les sujets sensibles,
du social à l’affaire Benalla.
u 11
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L’Assemblée se
déchire sur sa
commission
d’enquête
Les élus LR, PS, LFI et communistes
ont claqué la porte, dénonçant
une ingérence de l’Elysée, sur fond
de motion de censure.
D
eux Palais, deux ambiances. Alors que la
commission des lois du Sénat s’est illustrée
jeudi matin en cuisinant, avec velouté mais
poigne, le secrétaire général de l’Elysée, Alexis
Kohler, sur les ratés de l’exécutif dans l’affaire
Benalla, rien ne va plus à l’Assemblée nationale. Le
député LR Guillaume Larrivé a claqué la porte de la
commission d’enquête sur les manifestations
du 1er mai, dont il était corapporteur. Dans la foulée,
la droite a déposé une motion de censure. «Je suis
contraint de suspendre ma participation tant que la
commission d’enquête n’aura pas retrouvé un mode
de fonctionnement permettant la manifestation de
la vérité», a annoncé Guillaume Larrivé devant les
députés de la commission des lois. Sans un regard
pour la corapporteure et présidente de commission,
Yaël Braun-Pivet. En accord avec ses collègues
LREM, celle-ci avait fait voter, la veille, une liste
d’auditions réduite au minimum. Et refusé de
convoquer d’autres conseillers de la place Beauvau
ou de l’Elysée, dont Alexis Kohler comme le réclamait l’opposition. Même le Modem, allié à LREM,
avait souhaité l’entendre. «Instruction a été donnée
aux députés LREM de bâcler la préparation d’un
vrai-faux rapport. Est-ce que l’Elysée souhaite torpiller les travaux? Je le crois, je le crains», assène le
corapporteur LR. Avec lui, les députés de son
groupe, mais aussi les insoumis, les communistes
et le Parti socialiste plantent la majorité, faisant exploser en vol la commission d’enquête. Celle-ci doit
encore auditionner demain le commandant d’unité
de la CRS 15 de Béthune. Peut-elle juridiquement
poursuivre ses travaux et accoucher d’un rapport?
«Je vais examiner la question pour connaître les règles en la matière», précise Yaël Braun-Pivet. Sous
le feu des critiques de l’opposition depuis lundi, la
députée LREM estime que «la commission a travaillé
très correctement et mené une dizaine d’auditions.
Toutes les oppositions ont pu s’exprimer mais elles ont
voulu en faire une tribune».
Au groupe UDI-Agir, pas de consigne de boycott :
«pas la peine, cette commission est morte des excès
de l’opposition et de la partialité de sa présidente»,
balance Jean-Christophe Lagarde, qui recommande
«aux Français, de suivre les travaux du Sénat pour
connaître la vérité». Tous les députés de l’opposition,
nombreux à avoir regardé l’audition de Kohler sur
Public Sénat, tressent des louanges à Philippe Bas,
président (LR) de la commission des lois, pour mieux
enfoncer son homologue du Palais-Bourbon. «Au
moins au Sénat, ils ne bloquent pas le débat. J’aurais
voulu qu’ici aussi, on cherche la vérité. LREM ne le
souhaite pas», déplore Eric Coquerel de la France insoumise. Eric Ciotti (LR) vante à son tour, «les travaux de grande qualité et conduits en toute liberté»
au Palais du Luxembourg, «alors que l’Assemblée est
contrainte par l’emprise de l’Elysée». Comme il l’avait
annoncé, le groupe LR a donc déposé sa motion de
censure, jeudi soir, dénonçant «une confusion des
pouvoirs à la tête de l’exécutif et une forme de subordination du gouvernement face à la présidence de la
République». Le débat devrait avoir lieu mardi prochain. Les insoumis comptent la voter. Et les communistes devraient suivre, «même si dans cette affaire, c’est moins le gouvernement qui est en cause que
l’Elysée». Les socialistes devaient se réunir ce jeudi
soir pour arrêter leur décision.
LAURE EQUY
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12 u
FRANCE
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Au 11, quai
Branly, dans
le «temple
du silence»
élyséen
Au palais de l’Alma, la présidence loge en toute discrétion ses
employés dans 63 appartements. C’est là qu’Alexandre Benalla
s’est vu attribuer un 80 m2 qu’il dit n’avoir jamais occupé.
Par
ULYSSE BELLIER
et LAURE BRETTON
Photo CYRIL ZANNETTACCI
L’
accoutrement n’a rien d’officiel ni de
franchement parisien. Il y a une
grosse année, il n’était pas rare de voir
passer un haut responsable du cabinet de
François Hollande, promenant son petit chihuahua dans la cour d’honneur du 11, quai
Branly à l’aube. En tongs et en short. Drapeau
tricolore battant au-dessus d’un lourd portail
noir, hauts murs crème haussmanniens, la résidence présidentielle du palais de l’Alma
abrite une soixantaine d’appartements dévolus aux collaborateurs du chef de l’Etat et au
personnel de l’Elysée. C’est dans ces anciennes écuries Napoléon III construites en 1861
que la deuxième famille de François Mitterrand –Anne et Mazarine Pingeot– a vécu
entre 1983 et 1995. C’est aussi derrière cette
façade carrée et austère, coincée entre le musée des Arts premiers de Jacques Chirac et la
cathédrale orthodoxe de Paris en bordure de
Seine, qu’Alexandre Benalla avait décroché
un logement de fonction, accordé par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick
Strzoda, en raison de ses missions au plus
près du chef de l’Etat.
Officiellement, l’adjoint au chef de cabinet
de l’Elysée chargé de coordonner la sécurité
des déplacements présidentiels n’a jamais
habité dans l’appartement B88 de l’Alma. Jusqu’à ce qu’éclate «l’affaire Benalla», l’homme
de 26 ans vivait avec sa compagne et leur nouveau-né à à Issy-les-Moulineaux (Hauts-deSeine). Dans le Monde de jeudi, il précise avoir
récupéré les clés de l’appartement «le 8 ou le
9 juillet». Taille de l’appartement (80m² selon
l’intéressé), travaux pharaoniques, création
d’un duplex : depuis une semaine, l’Elysée
s’est attaché à démentir une partie des informations – des «fantasmes» – entourant ce
logement de fonction. Visite guidée d’un
palais présidentiel où, jusqu’à il y a peu, le
pouvoir discrétionnaire et le silence d’Etat
étaient les seules règles.
A la tombée du jour, l’ombre de la tour Eiffel
s’étire jusqu’au palais de l’Alma, enclave présidentielle de 5000m² sur la rive gauche où cohabitent petites et grandes mains de l’Elysée.
Dessiné par l’architecte Grand Prix de Rome
Jacques-Martin Tétaz en 1861, le bâtiment
composé de deux carrés collés à un long rectangle a été pensé comme un mélange d’écuries, de bureaux et d’appartements de fonction. Pour 300 chevaux et 150 hommes. «De
l’extérieur, l’ensemble est massif et uniforme,
mais une fois à l’intérieur, ce qui frappe, c’est
le mélange des logements et la vétusté ambiante», raconte un ancien locataire, époque
Hollande. «Les parties rénovées sont confortables mais pas luxueuses», abonde un collaborateur de Nicolas Sarkozy. Dès 1881,
le 11, quai Branly, que tout le petit monde de
l’Elysée appelle «l’Alma», du nom du pont
éponyme, devient l’un des palais de la présidence de la République. Presque un siècle
avant le fort de Brégançon, récupéré en 1963,
ou l’Hôtel Marigny, en face de l’Elysée, propriété de la famille Rothschild racheté sous
Pompidou. Au début du XXe siècle, l’Alma accueille le bureau de la météorologie, puis le
service de la statistique et, plus tard, le Conseil
supérieur de la magistrature, aujourd’hui installé dans le IXe arrondissement de Paris. Depuis les années 70, une centaine de personnes
y travaillent au sein du service du courrier de
l’Elysée, non loin de la Galerie des cadeaux
présidentiels. Au total, l’Alma compte 63 appartements, du studio au F10.
Mobilier hétéroclite
Dans cette copropriété pas comme les autres,
il n’y a ni fête des voisins ni barbecue-pastaga.
Mais un règlement intérieur et, forcément,
des liens qui se tissent au fil des années. Ce
sont des jeux pour enfants qu’on installe dans
la petite cour de la maréchalerie. C’est
l’épouse d’un salarié de l’Elysée qui propose
des heures de baby-sitting aux autres familles
ou des enfants de militaires qui jouent avec
ceux des collaborateurs présidentiels. Costards-cravates et voitures officielles quittent
le palais par grappes le matin, direction l’Elysée à six minutes de route. Un samedi de
mars 2016, le peuple de l’Alma se masse dans
la cour d’honneur pour observer les grues poser les bulbes argentés de la future cathédrale
orthodoxe de la Sainte-Trinité. L’édifice et son
inauguration ont provoqué des envolées diplomatiques entre Paris et Moscou. Plus terre
à terre, le chantier a été l’occasion d’un rappel
constant aux règles de sécurité en matière de
conversations téléphoniques pour les membres du cabinet Hollande. «A si peu de distance, la crainte d’écoutes indétectables était
très grande», se souvient un locataire. Derrière les murs de la République respire une
caserne de luxe. Une vie officielle en vase clos.
Le piapiatage n’est pas de bon aloi mais tout
se sait. «C’est un régime de liberté surveillée où
vous croisez votre chef de service en rentrant
d’un dîner arrosé le samedi», raconte un ancien habitant d’un 2 pièces.
L’Airbnb de l’Elysée voit défiler les locataires
–parfois pour quelques mois, au gré des affectations– dans un mobilier hétéroclite. Grandes bibliothèques vierges de livres, mélange
d’argenterie de la République et d’Ikea dans
les tiroirs des cuisines équipées. Sauf dans les
plus grands appartements –près de 300m²–
répartis autour de la cour d’honneur, qui sont,
eux, décorés par le Mobilier national. Ce sont
les logements d’apparat, où «Zaza», le surnom
de Mazarine Pingeot, a grandi pendant près
de douze ans, sous la surveillance de François
de Grossouvre, ami et confident de Mitterrand
logé à l’étage au-dessus. Au rez-de-chaussée,
une équipe du GSPR, l’équipe de protection
de l’Elysée, veille sur le secret du Président.
«L’Alma, le temple du silence, le lieu de papa et
maman où le dehors n’entre pas», écrira Mazarine Pingeot en 2005 (1). Pendant douze ans,
Mitterrand passera une partie de ses nuits à
l’Alma, quittant à bord de sa R25 bleu la rue du
Faubourg-Saint-Honoré et son épouse officielle la nuit tombée, mettant policiers et gendarmes sur les dents. «Je me réjouis déjà de ton
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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«Aux yeux des Français,
ce sont des avantages
inexplicables ou
difficiles à expliquer,
mais c’est une nécessité
pour une grande partie
des gens qui travaillent
avec le Président.»
Christophe Pierrel ancien chef de
cabinet de François Hollande
Carnet
SOUVENIRS
Pierre-Frédéric
Boyé
Nous a quittés
le 27 juillet 1990.
Que ceux qui l’ont connu,
aimé, se souviennent.
la tête du cabinet de Hollande, Sylvie Hubac
s’attelle donc à un ripolinage du règlement de
l’Alma. Le 30 avril 2014, elle établit pour la
première fois un règlement définissant trois
catégories d’occupation: la nécessité absolue
de service (NAS) pour les collaborateurs mobilisables à toute heure. Soit les plus proches
et les plus stratégiques ou encore le chef des
cuisines de l’Elysée, Guillaume Gomez. Selon
ses dires, Alexandre Benalla émarge dans
cette catégorie des «NAS». Les deux autres
correspondent aux collaborateurs ayant une
astreinte de service moins importante et au
personnel n’en ayant aucune.
Flou persistant
Devant le
palais de
l’Alma, à
Paris, jeudi.
immobilité nécessaire et je me vois, avec toi, à
l’Alma, dans mon beau fauteuil Charles Eames», écrit Mitterrand l’amoureux à une Anne
convalescente le 8 juillet 1990 juste avant un
voyage officiel à Houston.
A l’Alma, les immenses appartements sont réservés aux collaborateurs les plus proches du
président : secrétaire général de l’Elysée,
sherpa ou chef de l’état-major particulier
du Président (CEMP). Claude Guéant et JeanDavid Levitte y vivent pendant les années
Sarkozy. Sous Hollande, les secrétaires généraux passeront leur tour mais le directeur adjoint du cabinet, Alain Zabulon, s’y installe,
de même que le conseiller diplomatique
Jacques Audibert. Nommé en 2010 par
Sarkozy et resté au service de Hollande, le général Benoît Puga a résidé dans le pavillon
central de l’Alma avec une partie de sa très
grande famille de 11 enfants. Parmi la soixantaine de logements, certains ont été gagnés
sous les combles –c’est là que le conseiller politique de Sarkozy Henri Guaino vivait avec
sa famille– voire au-dessus des anciens boxes
à chevaux. Pendant ses trois ans à l’Elysée, le
conseiller politique de Hollande Vincent Feltesse dormira dans un studio de 14 m² donnant sur les jardins du musée voisin. Les
moins chanceux ont leurs fenêtres sur le Quai
Branly. «Aux yeux des Français, ce sont des
avantages inexplicables ou difficiles à expliquer, mais c’est une nécessité pour une grande
partie des gens qui travaillent avec le Président, souligne l’ancien chef de cabinet de
François Hollande Christophe Pierrel, locataire de l’Alma pendant deux ans. Cela fait
partie du bon fonctionnement de la République.» Surtout pendant un quinquennat marqué par les opérations extérieures et les attentats, qui ont souvent nécessité la convocation
du cabinet présidentiel en pleine nuit.
Depuis une dizaine d’années, entre exigence
de transparence et rationalisation des finances publiques, le fonctionnement de la résidence a été remis à plat. Juste avant de quitter
Matignon en 2012, François Fillon publie un
décret révisant les conditions d’attribution
des logements de fonction. Quand elle prend
Pendant des dizaines d’années, tous les «affectataires» ne payaient rien, ni loyer ni charges, se contentant de déclarer leur logement
comme avantage en nature dans leur déclaration d’impôts. Mais depuis le règlement
de 2014, les locataires paient tous une redevance variant selon sa catégorie d’occupation.
Pour un «NAS», comptez 15% de la valeur locative, entre 30% et 85% pour les deux autres
catégories. En 2014, cette valeur locative avait
été fixée à 18 euros le mètre carré, bien en
deçà du prix du marché dans le très cossu
VIIe arrondissement. En appliquant les tarifs
2014 de l’Elysée, l’appartement de 80 m² de
Benalla lui aurait donc coûté 216 euros par
mois, hors charges. Autre recadrage à l’époque: les contrats d’occupation stipulent que
l’affectation du logement s’interrompt quand
le collaborateur quitte l’Elysée, histoire d’éviter que certains ne s’incrustent, comme l’exmajordome personnel de Chirac resté jusqu’en 2016. Embauché à l’Elysée à la fin des
années Mitterrand, José Pietroboni, lui, vit
toujours à l’Alma. Depuis mai 2017, il est le
chef du protocole de Brigitte Macron. «Les
choses ont beaucoup évolué depuis Mitterrand
où le palais de l’Alma était quasiment secret
défense», se félicite l’ex-député René Dosière,
spécialiste du budget de l’Elysée.
Pour obtenir un logement, il existe deux procédures: pour les NAS, c’est le directeur de cabinet qui propose un appartement dès qu’il y
en a un de disponible, quand le reste du petit
personnel (fleuriste, argentier ou maîtres d’hôtel) formule une demande classique. Benalla
explique dans le Monde qu’il a sollicité Patrick
Strzoda: «Il m’avait dit: “Bien sûr, vu les contraintes liées à vos fonctions, il y a un
appartement qui est en train d’être rénové, je
vous l’attribue.”» L’Elysée a précisé la semaine
dernière que cette demande datait de mars. Le
flou persiste sur la date à laquelle l’appartement lui a été accordé: avant ou après le 1er mai
et sa suspension pour avoir frappé des manifestants? Mercredi, le Canard enchaîné a reproduit un document officiel établissant au
9 juillet son changement d’adresse fiscale pour
le 11, quai Branly. Interrogé par Libération,
l’Elysée refuse de donner les noms des actuels
locataires de l’Alma, installés depuis la victoire
de Macron. Commentaire officiel et laconique:
«Nous ne transmettons aucune information
personnelle sur nos agents». •
(1) Bouche cousue, Julliard.
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14 u
FRANCE
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
LIBÉ.FR
George Bataille organisait-il
des messes noires ?
Dans la ville de Vézelay (Yonne), où se trouve
la tombe de l’écrivain, une exposition lui est consacrée. Evénement
rare dans ce village qui n’a gardé de Bataille que l’image un peu
négative d’un homme dissolu, soupçonné de sorcellerie… Agnès Giard
se demande pourquoi, sur son blog «les 400 culs». «Bataille reste la
part maudite du bourg. Il continue de le dynamiter», explique le poète
Christian Limousin, qui a monté l’expo. PHOTO E. PROUVOST
«Un alignement
du Soleil, de la
Terre, de la
Lune et de Mars
va se produire.»
Notre satellite
sera plongé
dans l’ombre
de la planète bleue
ce vendredi
à partir de 19h14
en France.
Hasard cosmique:
au même moment,
Mars sera
extrêmement
proche de nous.
Pascal Descamps
astronome
Par
MARGAUX DEULEY
N
on, la Lune ne sera
pas aussi grosse que
Mars. Mais ce vendredi, il nous sera bel et bien
possible d’assister à la plus
longue éclipse du XXIe siècle
de notre satellite. Pour rappel, cet événement se produit
lorsque la Lune rencontre
l’ombre de la Terre. Cette
dernière peut s’étendre jusqu’à 1,5 million de kilomètres
dans l’espace.
Où, quand et
comment voir
le phénomène ?
Si l’événement est rare, c’est
qu’il est visible uniquement
lorsque la Lune est éclairée et
s’aligne avec le Soleil et notre
planète. Il peut généralement
être observé depuis une
grande partie de la Terre,
celle située en dehors de la
bande d’ombre. Par ailleurs,
si l’éclipse du Soleil nécessite
le port de lunettes de protection, l’éclipse lunaire est un
spectacle qui se savoure
à l’œil nu. Selon les spécialistes, grâce au passage particulièrement centré du
satellite dans le cône d’ombre
de la Terre ce vendredi, l’assombrissement de l’astre et
sa coloration cuivrée nous
apparaîtront relativement
nets.
La durée d’une éclipse de débutera à 20 h 24, l’éclipse
Lune est variable. Au cours totale à 21 h 30, la phase
du XXe siècle, la plus longue maximale à 22 h 22 et la fin
a été observée en 2000 et a de l’éclipse totale est annonduré 106,4 minutes (une cée à 23 h 30. Pour clôturer
heure quarantele tout, la fin de
L’HISTOIRE la phase parsix). Cette fois-ci,
il faudra près de
tielle se proDU JOUR
103 minutes (une
duira à 0 h 19 et
heure quarante-trois) à notre la Lune quittera la pénombre
satellite pour traverser la part à 1 h 28.
d’ombre de la Terre. Le Par ailleurs, en renseignant
phénomène se découpera en la ville dans laquelle vous
plusieurs étapes: en France, vous trouverez ce vendredi,
la Lune s’assombrira à partir le site internet TimeAndDate
de 19 h 14, la phase partielle propose des heures plus pré-
Eclipse de «super-Lune
bleue», le 31 janvier, vue
depuis Los Angeles.
PHOTO ROBYN BECK. AFP
Eclipse: la phase
cachée de la Lune
cises encore. A noter que le
début et la fin du phénomène
seront moins spectaculaires,
dans la mesure où la Lune,
encore exposée aux rayons
du Soleil, conserve sa teinte
grisâtre.
Quels seront les
meilleurs points
d’observation ?
Ce vendredi, plus de la moitié de la planète pourra
assister au spectacle de
l’éclipse, explique à Libération Pascal Descamps,
astronome à l’Observatoire
de Paris : «Les meilleurs
points de vue se situeront
en Afrique, en particulier
en Afrique de l’Est, à Madagascar, à la Réunion, sur le
continent indien, mais aussi
sur une partie de l’Europe du Nord. A l’inverse,
l’Amérique du Nord ne profitera pas de ce spectacle
puisque la Lune se trouvera
de l’autre côté de l’horizon
dans cette partie du monde.
En France, nous ne la verrons
donc pas dans son intég-
ralité, mais dans sa seconde
moitié.»
La Corse et la Côte d’Azur ont
été identifiées comme les
régions où l’on bénéficiera
d’une meilleure vision du
phénomène. Cela n’empêchera pas d’observer
l’éclipse ailleurs en France,
surtout là où le ciel sera
dégagé.
Pourquoi la planète
Mars sera-t-elle
aussi proche ?
Non content d’assister à une
éclipse lunaire, un autre événement, plus rare, se déroulera sous nos yeux: «l’opposition» de Mars, qui se produit
tous les deux ans et quarante-neuf jours. Le fait qu’une
éclipse de Lune et ce phénomène martien surviennent
au même moment n’est,
selon Pascal Descamps,
qu’une simple coïncidence
astrale. «L’alignement du Soleil, de la Terre et de la Lune
aboutira à l’éclipse. En prolongeant cet axe, nous tombons sur la planète Mars : se
produit alors un alignement
physique dans l’espace de
ces quatre objets», explique
l’astronome. Et de préciser :
«A ce moment-là, Mars se
trouvera à l’opposé du Soleil
par rapport à la Terre. C’est
cela que l’on entend par
“opposition”.»
En outre, ce phénomène
correspond au moment où la
distance qui sépare la planète rouge et la planète bleue
est minimale. Si plusieurs
types d’oppositions existent,
et rapprochent plus ou
moins notre planète de Mars,
ce vendredi, cette dernière
sera particulièrement proche
de la nôtre : «Nous aurons
une distance d’un peu plus
de 57 millions de kilomètres,
sachant que la plus petite
distance observée est de
50 millions de kilomètres.
Il s’agit donc d’une grande
opposition, phénomène qui,
lui, survient seulement tous
les quinze ans.»
Selon l’Association française
d’astronomie, il faudra
attendre 2035 pour
retrouver des conditions
aussi favorables. Si le volume
de Mars ne sera donc pas
plus important qu’à l’ordinaire, son rapprochement
améliorera notre vision de la
planète : «Lorsque nous
observerons l’éclipse, nous
pourrons donc nettement
distinguer Mars, qui apparaîtra comme un point très
brillant et bien rouge,
légèrement à droite et en
dessous de la Lune.» •
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70710
C’est le nombre de détenus dans les prisons françaises
au 1er juillet, selon les chiffres publiés jeudi par l’administration pénitentiaire. Un nouveau record. Le précédent avait été
établi au mois de mai, avec 70633 personnes incarcérées. Si
la densité carcérale reste stable au niveau national, elle apparaît très inquiétante, voire critique dans les maisons d’arrêt
et les quartiers maisons d’arrêt (où sont détenus les prévenus),
avec 142,5 %, une des pires moyennes d’Europe.
TGV du futur : 100 rames, dix ans de travail
Le «TGV du futur» pointe enfin le bout de son nez de dauphin. Comme l’avait promis
le ministre de l’Economie,
Bruno Le Maire, la SNCF a
officialisé jeudi la méga-commande qu’attendaient les salariés d’Alstom: une centaine
de rames du TGV de nouvelle
génération pour un montant
de 3 milliards d’euros. «C’est
la plus grosse commande
de TGV jamais passée en
France», a claironné le patron de la SNCF, Guillaume
Pepy, qui a négocié dur avec
l’industriel pour baisser la
facture. De 30 millions
d’euros la rame, le prix unitaire de la rame a été ramené
à 25 millions. La première devrait être livrée en 2023. Les
suivantes jusqu’en 2033.
Pepy vante évidemment «une
énorme avancée pour les
clients»: cette cinquième version à deux étages de notre
«Concorde du rail» pourra
embarquer jusqu’à 740 passagers contre 500 pour les
actuels TGV Duplex. Mais
la SNCF promet que son train
ne sera pas une bétaillère,
même en seconde: «Le client
a été placé au cœur de la démarche de conception», avec
un accès à la rame plus facile,
un meilleur confort sonore et
lumineux, de nouveaux fauteuils plus modulables, et évi-
La vague folle du végan
pour chiens et chats
Soleil noir Le pic d’ozone se poursuit
et s’étend au-delà de l’Ile-de-France
Une grosse chaleur, un fort rayonnement et pas de vent:
le pic de pollution à l’ozone va se poursuivre vendredi en
Ile-de-France pour la cinquième journée consécutive, combinaison de la canicule et du trafic routier. A Paris et en proche banlieue, les véhicules les plus polluants ne sont pas
censés circuler mercredi et jeudi. Le seuil devrait aussi être
dépassé dans l’Eure-et-Loire et le Loiret jeudi, et dans l’est
de la Seine-Maritime. Sont aussi touchés le Nord, le Gard,
l’Hérault et la Haute-Garonne. Dans le bassin de Lyon et
les Bouches-du-Rhône, la vitesse a été réduite de 20 km/h.
COQUILLAGES ET P’TIT LIBÉ
L’ACTU
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UÉE AU
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FA
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ENFAN
TS AVEC
DES JEU
X, DES BD
ET DES
QUIZ
S
LA
LE
mal, sans lequel ils risquent
de développer des problèmes mortels.
Les chiens, eux, pourraient
potentiellement être végans,
à la condition de jongler velu
pour assurer leurs besoins
minimums. «Le chien est un
carnivore à tendance omnivore qui, au cours de ses
15000 ans de domestication,
a développé des gènes pour
s’adapter au régime
alimentaire que lui fournissaient les humains, explique
le docteur Devaux. Le chien,
contrairement au loup, est
donc parfaitement capable de
digérer l’amidon, il n’en a pas
moins un besoin en protéines
élevé, qu’il n’est pas forcément
facile de couvrir sans recourir
à des produits animaux. Mais
en étant un bon formulateur
et en utilisant des apports
synthétiques, il est possible de
réussir une alimentation
végane pour des chiens de
petit format, entiers et actifs.»
De fait, on les voit rarement
torturer un autre animal
pour se marrer, contrairement aux chats. Mais si tu
veux un animal végane,
prends un lapin ou une
tortue, non ?
EMMANUÈLE PEYRET
L’ancien président de la République
est à deux doigts d’un come-back
dans l’arène politique: il songe sérieusement à se pointer au séminaire
des élus socialistes de La Rochelle, du 23 au 25 août. Un
rendez-vous piloté par son
ami François Rebsamen, que
l’ex-chef de l’Etat a coché
dans son agenda.
demment Internet à bord.
Mais c’est surtout le transporteur qui sera gagnant : les
trains plus remplis sont toujours plus rentables. D’autant
que le nouveau TGV sera tout
bénef pour la SNCF : 20 %
moins coûteux à l’achat, il
sera aussi 20% plus économe
en énergie et toujours capable de rouler à 320 km/h.
Cette méga-commande permet de donner dix ans de travail à 4 000 salariés répartis
à Belfort pour les motrices,
La Rochelle pour les voitures,
Tarbes pour les blocs traction, Ornans (Doubs) pour les
moteurs. Soit près de la moitié de l’effectif du groupe,
dont la fusion avec l’Allemand Siemens est en cours.
JEAN-CHRISTOPHE
FÉRAUD
LE
C’est fou, ça. Alors que tu vois pour cette raison […] il faut
tes chats s’éclater des heures absolument donner au chat
avec des souris sans défense un repas de viande. Le chat ne
ou des oiseaux à peine morts, peut pas être nourri uniquedes chiens se goinfrer de no- ment avec un aliment végétal
nosse et de bidoche pour un et rester en bonne santé». Il
budget qui avoisine le PIB faut reconnaître qu’à l’état
des Etats-Unis, voilà que se sauvage, le chat bouffe raremultiplient les offres de ment du maïs et que vivant
bouffe végane, sans céréales, chez des humains (enfin, le
sans gluten, copiant les contraire plutôt), il se jette
modes absurdes des humains rarement sur la salade.
(mais c’est eux qui font les D’ailleurs, comme l’explique
courses, aussi).
la vétérinaire Charlotte
«Si on a fait le choix de ne plus Devaux, auteure du livre
manger de produits animaux, Croquettes ou pâtée? 50 idées
il est paradoxal
reçues en nude nourrir son
trition du chien
L’ÂGE BÊTES
chat ou son
et du chat, cichien avec le corps d’un autre tée par Sciences et Avenir qui
animal n’ayant pas eu la a consacré un article à cette
chance d’être choyé, explique lancinante question, «le chat
le site Vegan Pratique. Heu- est un carnivore strict qui a
reusement, aujourd’hui, sauf impérativement besoin de rerégime spécial lié à une pa- cevoir des tissus animaux
thologie, il est possible de dans son alimentation pour
nourrir chats et chiens avec obtenir les éléments qui lui
une alimentation végane sont essentiels. Le nourrir de
adaptée.»
façon végane est contraire
De nombreuses marques s’y aux impératifs biologiques de
sont mises, notamment Yar- son espèce et donc contraire
rah Bio Vega et Green Petfood à l’article L-214-1 du code
VeggieDog. Mais aussi Forza rural». Bref, les chats vé10 Every Day Bio qui prévient gans, ça n’existe pas. Effectisur son site que «cet aliment vement, les félins ont impévégétalien naturel ne contient rativement besoin de
ni taurine ni vitamine D, taurine, un acide aminé ani-
PS Hollande de retour
à La Rochelle ?
M ÉTÉO
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Une commande qui va faire travailler 4000 salariés. AFP
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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16 u
SPORTS
Lourdes
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Côte de Capvernles-Bains
1 Col d'Aspin
408 m
604 m Sarrancolin
1 490 m
631 m
4
Côte de Loucrup
S
532 m
4
HC
Col du
Tourmalet
2 115 m
Col d'Aubisque
1 709 m
40
59,5
78,5
482 m
Col des Bordères 2
1 156 m
LA 19E ÉTAPE DU TOUR DE FRANCE - VENDREDI 27 JUILLET
7
Laruns
HC
108
200,5 km
159,5
180,5
Arnaud Démare s’impose au sprint à Pau
Avant l’ultime étape de montagne ce vendredi – 200,5 km avec entre autres au
menu le Tourmalet et l’Aubisque (voir ci-contre) –, celle de jeudi, qui se terminait
à Pau, était promise aux quelques sprinters ayant réussi à passer les Alpes et
les Pyrénées. Parmi ces survivants, Arnaud Démare a profité du boulot de ses équipiers de la Française des jeux qui ont roulé pour reprendre les 5 échappés à 17 km
de l’arrivée. Et particulièrement de Jacopo Guarnieri, qui l’a emmené jusqu’à 200 m
de la ligne. Sur le podium, le Français Christophe Laporte, qui termine deuxième,
et le Norvégien Alexander Kristoff troisième. Geraint Thomas reste en jaune.
Pierre Latour: «C’est sûr que je m’arrache
la gueule sur le Tour!»
Pierre Latour durant la 16e étape du Tour de France, mardi. PHOTO JAMES STARTT. ZOOM. PRESSE SPORTS
Le meilleur jeune
du Tour de France,
grimpeur d’AG2R
La Mondiale, parle
avec humour de ses
limites physiques
et de ce qui
lui passe par la tête
quand il pédale.
Recueilli par
PIERRE CARREY
U
n coureur qui donne
l’impression de se
déplumer sur le vélo
et ne cache pas sa joie sur
le podium : Pierre Latour,
24 ans, maillot blanc du
meilleur jeune, est une espèce rare sur ce Tour 2018
frappé de dépression générale. Le grimpeur d’AG2R
La Mondiale est 14 e au
classement général, à 16’03’’
de Geraint Thomas, avant la
dernière étape de montagne
entre Lourdes et Laruns,
ce vendredi.
Le Team Sky (de Thomas et
Froome) agace beaucoup
de spectateurs. Ils trouvent sa domination ennuyeuse ou suspecte de
dopage. Vous vous posez
les mêmes questions?
Que voulez-vous qu’un coureur fasse ? On est là pour
battre nos adversaires, et
puis c’est tout. Face aux Sky,
je ne suis pas dans la révolte
mais dans l’idée qu’il faut
continuer de progresser.
En attendant, j’attends la
petite faille de leur côté, le
petit jour sans. Mercredi,
dans l’étape au col du Portet,
Chris Froome a craqué. Ça arrive même aux meilleurs !
Vous avez l’impression
de participer à la même
course qu’eux ?
Oui et non. On se croise, on
se dit bonjour et, après, on
fait notre vie. Eux, c’est la
bagarre pour le maillot jaune pas pourquoi il dit ça. Je n’ai
et moi celle pour le maillot pas gagné d’étape en plus.
blanc. J’évolue au niveau en Vous donnez l’impression
dessous. J’aurais aimé les ac- de souffrir, le visage qui
compagner plus longtemps grimace, les changements
en montagne, eux et mon de position incessants sur
leader Romain Bardet [ac- votre vélo…
tuellement 8e au classement C’est sûr que je m’arrache la
à 5’13’’ de Thomas, ndlr]. gueule! Mais c’est une quesMais je suis déjà à mon tion de style. Regardez Nairo
meilleur niveau, plus haut Quintana [vainqueur de
que l’an passé. Disons que les l’étape du Portet mercredi].
valeurs de puissance sont Lui, il a toujours la bouche
très élevées pour tout le fermée, on ne sait pas s’il
monde. Peut-être parce que souffre, s’il est joyeux ou
la première semaine du Tour contrarié. J’essaie de gaspiller
n’a pas été très dure.
moins d’énergie qu’avant
Cette chasse au maillot à bouger sur mon vélo, mais
blanc, c’est votre espace c’est plus fort que moi.
de liberté ?
Pensez-vous souffrir plus
Une façon de contenter tout que d’autres concurrents?
le monde: l’équipe, Romain, Je me force à ne pas penser
moi. En juin, on s’est dit que à mon corps.
j’avais une chance de décro- Vous vous faites siffler ?
cher le maillot blanc si je C’est très rare. Le phénomène
restais le plus possible à a toujours existé: des gens qui
l’avant, au côté de Romain. viennent voir la caravane puMardi, j’ai attablicitaire et enINTERVIEW
qué dans la presuite râlent sur
mière étape des
les coureurs. Il
Pyrénées pour consolider le y a un peu plus de huées cette
maillot mais surtout pour année autour de la Sky, mais
servir de point d’appui à Ro- je ne cherche plus à comprenmain s’il revenait de l’arrière, dre. Je fais mon boulot, je me
éventuellement pour gagner marre, je profite de l’expél’étape.
rience.
Vous vous ennuyez sur ce Il faudrait vous siffler
Tour ? Le grimpeur irlan- pour vous aider à avancer
dais Dan Martin confiait plus vite ?
dimanche qu’il trouve N’exagérons rien! Je cherche
parfois le temps long…
surtout à m’occuper la tête.
Sur les premières étapes, je Quand je ne vois rien d’extratraînais dans les dix derniers. ordinaire sur la route, je cherC’est là qu’on risque une «cas- che des visages, au cas où
sure» avec les coureurs qui je connaîtrais quelqu’un.
précèdent, mais c’est là aussi A l’Alpe d’Huez, il y avait
qu’il y a le moins de stress. un mec en rouge avec un
J’aime bien causer avec masque de Salvador Dalí,
d’autres gars. Martin est plus comme dans la série La Casa
fort que moi, s’il s’ennuie, il de Papel. J’étais plié. L’autre
peut tenter d’attaquer. Moi, je jour, la musique est partie
n’ai pas toujours les jambes toute seule dans mon cerpour ça. J’attends des jours veau, pour me distraire.
meilleurs. Il paraît que des Pas de bol, c’était Vamos
gens trouvent le Tour «en- a la Playa. Et en boucle !
nuyeux» à la télé, mais c’est J’aurais préféré avoir un peu
une question de tempo: à la plus mal aux jambes que me
vitesse où on roule, les échap- faire subir ce truc.
pées ont du mal à se former. En somme, vous vivez un
On ne force personne à regar- bon Tour de France ?
der. Par exemple, moi, c’est le Pas mal, mais ce n’est pas
tennis qui m’emmerde.
fini. J’espère garder mon
Raymond Poulidor vous maillot blanc, aider l’équipe
trouve «héroïque»…
et ensuite rentrer manger des
C’est sympa, mais je ne vois ravioles à la maison. •
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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(030/
GORON
HORIZONTALEMENT
I. S’engageant dans une voie
dangereuse II. Elle est longue
dans les deux sens ; Faire
place nette III. Chaux rococo ;
Madame Bovary IV. Port
mexicain ; Trois points en un
sens annonciateurs d’inédit
V. Chef sans chef ; Plus le
vote s’annonce serré, plus les
candidats en serrent VI. Que
l’on peut exprimer (ou au
son ce qu’un biathlète doit
faire tomber durant un
sprint) VII. Elles nettoient les
feuilles de tabac VIII. 1 pour
Montpellier, 2 pour Béziers ;
Il est dangereux dans les
deux sens IX. Point de vue ;
Jean de Léon X. Sur le tard
XI. Donneur de plaquettes
9
V
VII
X
Grille n°973
VERTICALEMENT
1. Elle fume sous pression 2. Qui n’étaient pas là avant nous 3. Cité catalane ; Base d’un système de pensée 4. Ce qu’un soldat n’a guerre envie
de faire 5. Prune amère ; Comme une feuille de chêne ; Quelques soldats
6. Elle volerait en deux sens différents ; En gui ou houx ; Entre terre et mer
7. Qui ont reçu un avertissement 8. Antre d’un lion ; Il ne fait pas envie et
tout en restant en vie on peut en mourir 9. Ils sont précieux sur les circuits
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. STUDETTES. II. OISELIÈRE. III. TRIC. BLUM.
IV. NASES. V. YSOPET. BI. VI. LIRON. MAT. VII. AS. TOPAZE.
VIII. IMPERATOR. IX. SAÏ. IN. ON. X. SURSTOCKE. XI. EXEMA. BAL.
Verticalement 1. SOT-L’Y-LAISSE. 2. TIR. SISMAUX. 3. USINOR. PIRE.
4. DÉCAPOTE. SM. 5. EL. SENORITA. 6. TIBET. PANO. 7. TELS. MAT. CB.
8. ÉRU. BAZOOKA. 9. SEMPITERNEL.
libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3729 MOYEN
2 4
9 1
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◗ SUDOKU 3729 DIFFICILE
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MIN
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17
19
16
22
20
21
MAX
FRANCE
MIN
MAX
MONDE
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Alger
à
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84 00
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19 32 Berlin
22 Toulouse
19 35 Bruxelles
ou par mail
27 Montpellier
25 36 Jérusalem
35 Marseille
25 32 Londres
33 Nice
23 29 Madrid
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Malgré la baisse des températures sur les
trois quarts de la France, le ressenti pourra
rester lourd.
L’APRÈS-MIDI Le temps sera progressivement
à l'assèchement. Les fortes chaleurs
persisteront sur le Languedoc-Roussillon et
la région PACA.
0,6 m/18º
0,3 m/20º
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VI
XI
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
V.MARILLIER@WANADOO.FR
Lille
4
III
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
0,6 m/19º
3
IV
IX
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
EXPERT MEMBRE DE LA CECOA
La situation devient plus nuageuse par
l'ouest avec quelques ondées éparses ou de
la pluie faible sur la Bretagne.
L’APRÈS-MIDI Les averses de la matinée
progressent un peu plus à l'intérieur des
terres. Elles peuvent prendre un caractère
orageux et le ressenti va rester très lourd
sous ces orages et à l'est. Sur les reliefs du
sud, la tendance devient orageuse.
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II
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Estimation gratuite
VENDREDI 27
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I
VIII
XIXe et Moderne
avant 1960
(cours, association,
enquête, casting,
déménagement, etc.)
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18 u
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
IDÉES/
Après l’amiante ou
le sang contaminé,
le scandale
du chlordécone
Un pesticide interdit depuis 1977 aux EtatsUnis a été utilisé en métropole jusqu’en
1990 et jusqu’en 1993 en Martinique et
Guadeloupe. Face à ce désastre sanitaire
et environnemental, une proposition de loi
demande l’élaboration d’un régime
d’indemnisation à la hauteur du préjudice.
D
Par
DR
OLIVIER
SERVA
Député de la Guadeloupe,
président de la Délégation
aux Outre-Mer de
l’Assemblée nationale
epuis quelques semaines,
la pollution au chlordécone
des terres de la Guadeloupe
et de la Martinique défraie la chronique de la presse nationale. Ce
soudain intérêt pour une problématique déjà ancienne place ainsi
sous le feu des projecteurs médiatiques un sujet longtemps demeuré
tabou. Une chape de plomb scellée
durant les quarante dernières années a été levée. Elle révèle aux
yeux de la nation ce pur scandale
qu’est celui du chlordécone.
La parole se libère, et la France découvre dans la torpeur et l’effroi le
cynisme du scandale du chlordécone. Cet insecticide a été breveté
aux Etats-Unis en 1952, puis a été
utilisé pour les cultures de banane,
de tabac et d’agrumes ; il a été interdit dans ce pays dès l’année 1977
suite au constat de défaillances
dans le dispositif de production et
à l’observation d’une importante
pollution à proximité de l’usine.
Nul ne saurait soutenir que les
Etats-Unis sont à l’avant-garde de
la mise en œuvre du principe de
précaution. Cependant, les effets
toxiques sur les personnes employées à sa production avaient été
identifiés et justifiaient un retrait
du produit du marché américain.
La même année 1977, le rapport
Snégaroff, publié à la suite d’une
mission de l’Inra, avait établi en
Guadeloupe «l’existence d’une pollution des sols des bananeraies et
des milieux aquatiques environnants par les organochlorés».
Pourtant, contre toutes attentes,
lorsque la question est posée une
première fois aux autorités françaises, l’autorisation de son utilisation dans les bananeraies de la
Martinique et de la Guadeloupe est
réaffirmée en 1981. L’objectif poursuivi par les autorités de l’époque
motivé par les planteurs était alors
de lutter contre un parasite : le charançon du bananier.
Ce n’est que le 1er février 1990
qu’une décision retire finalement
l’autorisation de vente du chlordécone. Fait surprenant, ce retrait a
un champ d’application territorial
limité. Il ne porte que sur le territoire hexagonal de la France. A la
demande de lobbyistes et avec le
regard bienveillant d’acteurs politiques de l’époque, la vente et l’utilisation du chlordécone ont tout de
même continué pendant deux ans,
conformément à une disposition
prévue par la loi. Puis, par une décision du 6 mars 1992, le ministre
de l’Agriculture de l’époque autorisait à titre dérogatoire un délai supplémentaire d’un an. De nombreux
témoignages évoquent une utilisation du produit au-delà de 1993,
année à laquelle s’est terminée
l’autorisation de vente du territoire. Cet usage avait pour objectif
d’écouler les stocks restés dans les
hangars des planteurs.
En 1999, une première campagne
d’analyse des cours d’eau est menée en Guadeloupe et en Martinique par la Direction de la santé et
du développement social (DSDS)
et fait état d’une importante pollution de ceux-ci par des pesticides
organochlorés interdits, dont le
chlordécone.
Entre 2002 et 2004, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), aujourd’hui Agence
nationale de sécurité sanitaire de
l’alimentation, de l’environnement
et du travail (Anses), est saisie du
sujet et publie en 2003 deux valeurs toxicologiques de référence
(VTR). Prouvant ainsi que l’exposition des populations à la molécule
est dangereuse.
Plusieurs études se sont intéressées
aux conséquences de la contamination et de l’exposition au chlordécone dans les Antilles. Elles pointent une augmentation significative
du risque de développer un cancer
de la prostate chez les hommes les
plus exposés au chlordécone (étude
Karuprostate 2004, Multigner et
al. 2010, pilotée par l’Inserm), une
diminution de la durée de gestation
avec une augmentation du risque
de malformation (étude Timoun
2005, Kadhel et al. 2014, pilotée par
l’Inserm) ou l’association d’une exposition pré et postnatale au chlordécone à des effets négatifs sur le
développement cognitif et moteur
des enfants de 7 mois (étude Timoun 2012, Dallaire et al. 2012, pilotée par l’Inserm).
Pour faire simple, le chlordécone
rend malade avant de tuer. Tous les
Antillais se savent d’ailleurs empoisonnés par la molécule. A côté de
ces effets sanitaires gravissimes, ce
sont les effets environnementaux et
économiques dont on parle encore
moins. Nos terres et nos mers polluées, nous ne pouvons ni cultiver ni
pêcher sans craindre d’augmenter
notre exposition à la molécule.
La forte contamination des produits de la mer et d’eau douce, que
l’on peut trouver dans les circuits
de commercialisation malgré les
interdictions de pêcher applicables dans certaines zones en témoigne (études Reso Martinique
2005 et Reso Guadeloupe 2006, pilotées par le Cire).
Les conclusions de l’étude Kanari
qui ont été rendues en décembre 2017 révèlent que «l’approvisionnement alimentaire dans les
circuits non contrôlés (autoproduction, dons, bords de route) peut entraîner une exposition au chlordécone supérieure à celle liée aux
modes d’approvisionnement en circuits contrôlés (grandes et moyennes
surfaces, marchés, épiceries)». Or,
ces circuits de commercialisation
informels et non contrôlés (ventes
en bords de route, dons, étals informels, marchands ambulants, autoconsommation) sont traditionnels
et spécifiques aux Antilles.
Toutefois, les préconisations et
autres recommandations de
Le chlordécone rend
malade avant de tuer.
Tous les Antillais se
savent empoisonnés.
Nos terres et nos
mers polluées,
nous ne pouvons
ni cultiver ni pêcher
sans craindre
d’augmenter notre
exposition à
la molécule.
consommation destinées à réduire
l’exposition des populations antillaises à la molécule laissent aux
populations un sentiment malheureux que les rôles sont brouillés.
Comme si, en devant conformer
leurs comportements à cette réalité pour diminuer leur exposition
et donc un risque manifeste de
maladie, ils étaient conjointement
responsables de ce phénomène.
Comme s’ils devaient accepter
chacune et chacun d’en porter le
poids de la responsabilité. Un
poids alourdi par la contamination
de produits présents également
sur les circuits de commercialisation formels qui doivent dès lors
être contrôlés.
Or, les victimes dans cette affaire, ce
sont nos concitoyens de la Guadeloupe et de la Martinique. Ils sont
les victimes du chlordécone !
L’action des pouvoirs publics ne
peut ignorer l’obligation de réparation des préjudices subis par les
victimes de ces produits et se cantonner qu’à la sensibilisation et à la
protection notamment au travers
des plans chlordécone.
C’est à ce titre qu’un régime d’indemnisation à la hauteur du préjudice subi doit être élaboré. C’est
tout l’objet de la proposition de loi
que nous soumettons au Parlement. Elle s’inscrit d’ailleurs dans
le prolongement de la feuille de
route du gouvernement en matière
de produits phytopharmaceutiques
et de pesticides. Cette proposition
de loi s’inspire des lois pour la réparation des préjudices tirés de l’exposition à l’amiante, de la contamination par le VIH causée par une
transfusion sanguine et des victimes des essais nucléaires. Parce
que l’injure faite aux Antillais est
comparable à ces scandales-là!
Ils sont les victimes du chlordécone, nous voulons le redire. Ils
sont les victimes de ce fléau qui tue
nos parents, nos enfants et nos
proches. Comme si la foudre prenait un malin plaisir à tomber plusieurs fois au même endroit.
Cette proposition de loi doit être un
vecteur d’apaisement sociétal.
C’est avant tout une proposition de
loi que nous avons voulue comme
une œuvre nécessaire de vérité à
l’égard des Guadeloupéens et des
Martiniquais. Nous voulons également en faire un témoignage d’espoir à leur égard. Voilà pourquoi,
nous y avons introduit la notion de
dépollution des sols qui doit devenir un objectif élémentaire des
politiques publiques menées en la
matière. Il faudra pour ce faire
qu’un appel à projet soit lancé pour
identifier les moyens les plus efficaces de dépolluer les sols et donc
d’encourager une réappropriation
et une revalorisation de l’environnement par ceux-ci. •
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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u 19
«Les Français privilégient une “philosophie
de la nature” à l’observation de ses détails»
E
n voyageant et en comparant
la littérature de différents
pays comme les Etats-Unis,
l’Allemagne ou la Grande-Bretagne,
l’historienne de l’environnement
Valérie Chansigaud a constaté que
la nature y occupait une place beaucoup plus importante qu’en France.
Dans son dernier ouvrage, les Français et la nature. Pourquoi si peu
d’amour ? (Actes Sud, 2018), elle
s’interroge sur les raisons de notre
indifférence. Et souligne à quel
point la nature est une question politique et citoyenne.
A quand remonte le désamour
entre les Français et la nature ?
Historiquement, l’exemple le plus
frappant est le faible nombre de
militants dans les ligues pour la
protection des oiseaux, qui sont
pourtant à l’origine des mobilisations environnementales les plus
importantes: en France, la LPO ne
compte que 43000 membres contre 1 300 000 en Grande-Bretagne
au XIXe siècle. Les écarts demeurent quelle que soit l’époque, la
Royal Society for the Protection of
Birds en compte plus d’un million.
Cela se traduit aussi politique-
L'ŒIL DE WILLEM
ment : alors que les oiseaux et certains insectes disparaissent de nos
campagnes, le thème de la biodiversité était absent de la dernière
campagne présidentielle. Il est vrai que le
bipartisme, en France
ou en Grande-Bretagne, ne permet pas une
forte présence politique des partis écologistes, contrairement aux
systèmes proportionnels d’Europe du Nord ou d’Allemagne.
Pourquoi les Anglo-Saxons sontils de meilleurs naturalistes ?
Les Américains sont avantagés
par la présence de la nature sau-
vage sur le territoire. Les Anglais,
malgré des paysages plus modestes, font preuve d’une sensibilité et
d’une qualité d’observation qui
rend le milieu des naturalistes passionnant.
Gilbert White (17201793), considéré comme
un pionnier de l’écologie, est un auteur britannique qui naît et
meurt au même endroit
à Moreton Pinkney dans
le Northamptonshire. Il passera
sa vie à observer les quelques
kilomètres autour de son jardin et
connaîtra, grâce à sa minutie et à
ses qualités littéraires, un succès
phénoménal. En France, il faudra
attendre plus d’un siècle pour connaître un auteur du même type
avec Jean-Henri Fabre. Lui aussi va
décrire les insectes et la vie de son
jardin. Tous les biographes de Fabre constatent qu’il est une anomalie dans le paysage français.
Pourquoi cette différence de
sensibilité ?
Les Français manquent d’attention
pour les phénomènes les plus concrets, les plus immédiats. Ils sont
plus généralistes voire théoriques.
Ils privilégient une «philosophie de
la nature» à l’observation des plus
petits détails qui la constituent.
Mais on trouve des morceaux de
bravoure chez des auteurs français, plutôt inattendus…
Si les naturalistes français sont
moins réputés, on trouve chez Jules
Michelet, plus connu pour son
œuvre historique, et surtout chez un
géographe aux idées libertaires
comme Elisée Reclus, une vraie
conception de la nature. Comme
Fabre, Reclus est une anomalie dans
le paysage français. D’ailleurs, est-il
vraiment français ? Il est d’une
culture universelle dans tous les
sens du terme. Il a fait une partie de
ses études en Allemagne, puis quitte
la France pour des raisons politiques. Ce n’est pas un géographe du
terroir français. Sa volonté universaliste s’appuie sur ses idéaux socialistes. Pour lui, l’humanité est un
peu plus que l’humanité: il est végétarien, militant de la cause animale.
On en fait aujourd’hui un personnage central, mais quand il meurt,
en 1905, son influence sur la géographie française est presque nulle.
Vous soulignez l’absence des
femmes dans les associations de
défense de la nature en France…
Elles sont pourtant omniprésentes
dans les sociétés de protection de la
DR
Pour l’historienne de
l’environnement Valérie
Chansigaud, progrès
écologiques et sociaux
vont de pair.
nature à l’étranger. Les Britanniques
vont très tôt être nombreuses sur ce
nouveau terrain de militantisme. Un
travail comparatif des revues féminines en France et en Grande-Bretagne au XIXe siècle a montré que si
elles ont le même contenu quand il
s’agit de gérer la maison ou d’éduquer les enfants, les revues britanniques se distinguent en consacrant
des articles aux questions sociales
qui peuvent intéresser les femmes
comme la défense de la nature.
Est-ce que vous constatez des
progrès récents en France ?
Même s’il y a eu quelques progrès
sur la défense des animaux, l’indifférence à la nature subsiste. Pourtant, les progrès dans la protection
de la nature sont intimement liés
aux progrès sociaux. Et tant qu’on
ne réfléchit pas en terme d’organisation de la société, on n’avancera
pas sur la protection de la nature.
Beaucoup de ceux qui militent
pour la défense de la nature ne
comprennent pas eux-mêmes à
quel point les progrès dans ce domaine concernent toute notre civilisation.
L’écologie est-elle de gauche ?
La défense de la nature est liée à des
notions qui ne sont pas neutres
politiquement. Le partage ou l’accès
aux ressources sont des thèmes profondément politiques. Des questions très actuelles ont déjà été
discutées il y a longtemps. Par
exemple, faut-il mettre l’invention
dans les «communs», qui ne peuvent être privatisés et doivent profiter à tous? L’intellectuel américain
Henry George pensait déjà au
XIXe siècle que l’invention ne pouvait pas être captée par un brevet
car elle est toujours une aventure
collective, l’aboutissement d’une
succession de progrès.
Recueilli par
CATHERINE CALVET
VALÉRIE CHANSIGAUD
LA FRANCE ET LA NATURE
Actes Sud, 192 pp., 20 €.
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20 u
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Affiche de Borderline
(1930), film muet
de Kenneth Macpherson,
avec Paul Robeson
dans le premier rôle.
PHOTO BEINECKE RARE BOOK
AND MANUSCRIPT LIBRARY,
YALE UNIVERSITY
Robeson chante devant les soldats de l’Abraham
Paul Robeson et sa femme, Eslanda, en 1932.
PAUL ROBESON, LA FIERTÉ
NOIRE À PLEINE VOIX
Au Quai-Branly, une
expo est consacrée
à l’acteur et musicien
afro-américain,
«héros» que le
cinéaste Steve
McQueen veut
réinscrire dans le
champ contemporain.
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u 21
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CULTURE/
Lincoln Brigade, Espagne, 1938. BEINECKE LIBRARY
mes d’une ballade élisabéthaine!» L’acteur sait
de quoi il parle: au temps du muet, il a déjà pu
mesurer les limites du genre en ayant eu le
premier rôle dans Body and Soul et Borderline,
deux films dont les bonnes intentions ne parvenaient pas à gommer certains clichés qui
collent à la peau de «l’homme noir». Le succès aidant, Paul Robeson ne manquera jamais de marquer sa différence, quitte à rompre avec le système en place au début des
années 40: dégoûté par Hollywood, il décide
de ne plus jouer ce jeu de rôle. Ce n’était pas
la première fois que cet homme hors-norme
refusait de se conformer aux modèles de
l’empire américain.
«Au fur et à mesure que j’entrais dans la vie,
une chose s’imposa à moi par-dessus tout le
reste : j’étais le fils de mon père, un Noir en
Amérique. Telle était la gageure!» Qui plus est
communiste, autre tare au pays du dollar, Paul
Robeson va néanmoins connaître un destin
extraordinaire qui narre une autre histoire
américaine. Dans le droit sillon d’un père, esclave échappé d’une plantation de Caroline du
Nord qui s’établit comme pasteur dans le New
Jersey. C’est là que naît Paul Robeson en 1898,
mais c’est à Harlem, où le jeune homme s’installe dans les années 20, qu’il va vivre sa renaissance. Véritable force de la nature, cet
Apollon magnifié par le photographe Carl
Van Vechten s’est déjà distingué en étant le
premier Noir à intégrer l’équipe des Etats-Unis
de football américain en 1917, tout en suivant
des études de droit à Columbia qui lui vaudront d’intégrer une société blanche en qualité de conseiller juridique. Là encore une première. Pourtant, il quitte son job pour la voie
artistique après avoir croisé les milieux de
l’avant-garde du mouvement New Negro et
rencontré sa future promise, Eslanda, femme
de l’ombre mais indispensable alter ego.
Premier Othello noir
A Harlem, l’heure est à la fierté noire, alors
que la ségrégation sévit. Dès le milieu des années 20, il est célébré comme chanteur, fort
d’une voix de baryton-basse qui lui permet de
parcourir un vaste champ stylistique: du répertoire lyrique aux folk songs, des chansons
engagées aux negro spirituals à l’image d’Old
Man River, un thème qu’il fera sien en le transformant en hymne pour sa communauté. Sans
oublier l’opéra et le théâtre, où il devient le
PHOTO DR
premier Othello noir du XXe siècle. «Cette
pièce porte sur le problème des minorités. Elle
concerne un Maure au teint noir qui recherche
Par
l’égalité parmi les Blancs. C’est fait pour moi»,
JACQUES DENIS
dira-t-il en 1943, au moment même où il
triomphe dans ce rôle taillé pour sa démesure.
l’heure où le rôle des Noirs au cinéma Deux cent quatre-vingt-quinze fois sur scène,
continue de faire débat, il en est un qui un record pour Broadway.
doit se retourner dans sa tombe. Pre- «C’est le premier musicien du monde, s’enmière star afro-américaine qui s’illustra no- flamme le saxophoniste Raphaël Imbert, qui
tamment dans des films comme les Milui rendit hommage en 2016 à l’occanes du roi Salomon ou Songs of RÉCIT sion des quarante ans de sa disparition.
Freedom, Paul Robeson fut dès les anCette dimension artistique plurielle est
nées 30 à la pointe de ce combat. «Hollywood frappante, tout en conservant une unité musine peut s’imaginer le nègre qu’à travers l’ima- cale et esthétique parfaitement identifiable. Et
gerie de la plantation […]. Il est absurde de re- cela rend la volonté politique de son art
courir à ce mode d’expression pour représenter d’autant plus lisible.» Car le chanteur se fait
le nègre moderne, aussi absurde qu’il le serait vite porte-parole des sans-voix. La rencontre
de présenter l’Angleterre moderne dans les ter- avec l’écrivain jamaïcain Claude McKay, de re-
A
«C’était un de nos héros
quand j’étais jeune!
Son parcours
exemplaire a permis
d’envisager notre
pleine émancipation.»
Archie Shepp qui a repris le terrible
Sylvia, un thème du répertoire de
Robeson, sur son fameux live à
San Francisco en 1966.
tour d’URSS, et sa fréquentation assidue de
Langston Hughes et de W.E.B. Du Bois, deux
maîtres à penser afro-américains engagés
dans la lutte pour les droits civiques, seront
déterminantes dans son orientation. Adhérant dès les années 20 à l’Internationale communiste, il sera de bien des combats: sur le
front de la guerre civile en Espagne comme
douze ans plus tard, en 1949, avec des ouvriers
écossais pour chanter la ballade pour Joe Hill,
le leader anarcho-syndicaliste injustement
condamné.
En 1949 encore, il est au Congrès mondial de
la paix à Paris, au côté des intellectuels d’un
monde meurtri qu’il s’agit de repenser.
En 1949 toujours, alors qu’il commémore en
URSS Pouchkine, ce descendant d’esclave devenu père de la littérature russe, Paul Robeson
improvise le chant des partisans du ghetto de
Varsovie en yiddish, afin de rappeler son soutien à Solomon Mikhoels, assassiné en 1948,
et Itzik Fefer alors emprisonné. En pleines
purges staliniennes visant les juifs, l’Américain démontre qu’il n’est pas dupe de ce régime qui se place à la pointe des combats anticolonialistes. Lui se situe résolument du côté
des humanistes, faisant écho à cette sentence
de Frantz Fanon dans Peau noire, masques
blancs: «Méfie-toi, quand on dit du mal d’un
juif, c’est de toi qu’on parle.» En résistant aux
a priori de tous bords, en débordant volontiers
l’espace dans lequel on souhaite le confiner,
le pragmatique Paul Robeson ne peut être enfermé dans telle ou telle case assignée. Oui, il
était communiste et noir. Oui, il reçut la médaille Staline en 1952. Non, il n’était pas forcément stalinien. Oui, il sera victime de procès
en sorcellerie politique: blacklisté par le maccarthysme, on lui confisque son passeport au
cours des années 50.
«Le combat de Paul Robeson n’est pas essentialiste. Il veut être africain, mais aussi ouvrier,
parler pour les Amérindiens… Il n’est finalement pas attaché à une identité. Son rapport
au monde est très ouvert», analyse Sarah
Frioux-Salgas, commissaire de l’exposition qui
lui est consacrée au musée du Quai-Branly.
Voilà pourquoi cette spécialiste des mouvements intellectuels de la diaspora africaine
(on lui doit l’exposition sur la revue Présence
africaine et celle remarquable sur «l’Atlantique noir» de Nancy Cunard) a choisi pour titre
à cette exposition «Homme du tout-monde».
Non pas seulement parce qu’il est polyglotte
(ce global griot, selon le bluesman Eric Bibb
qui fut son filleul, chantait dans tant de lan-
gues), mais surtout parce que Paul Robeson
est raccord avec la définition de l’écrivain
Edouard Glissant pour qui «la mondialité, si
elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine
aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation».
Cette complexité du personnage est la trame
de ce focus dense et court, qui éclaire les facettes d’un personnage aux mille expériences.
Parmi toutes, Londres, où il vécut douze ans
dans les années 30, demeurera une étape essentielle. C’est dans la capitale de l’empire colonial qu’il va se rapprocher des futurs leaders
indépendantistes et penseurs panafricains:
Jomo Kenyatta, Nmandi Azikiwe, Kwame
Nkrumah, C.L.R. James et George Padmore.
Sans oublier Nehru, le père des non-alignés.
«En revanche, en France, Paul Robeson reste
très peu connu. Cela s’explique par son côté inclassable, mais aussi par son engagement associé aux années de la guerre froide, désormais
mal vues», reprend Sarah Frioux-Salgas.
Réelle pauvreté
«C’était un de nos héros quand j’étais jeune !
Son parcours exemplaire a permis d’envisager
notre pleine émancipation», rappelle Archie
Shepp, qui a repris le terrible Sylvia, un thème
du répertoire de Robeson, sur son fameux live
à San Francisco en 1966. A la clé, un solo de
piano pour porter les mots dits blues. Même
si Robeson est au Panthéon de nombreux jazzmen –Cecil Taylor comme David Murray–, le
saxophoniste regrette que son nom ne soit pas
plus porté par les jeunes générations. «A la fin
de sa vie, Robeson était devenu un paria, le
gouvernement est parvenu à ses fins. La rhétorique du patriotisme a aussi fonctionné parmi
certains Afro-Américains. Ils ont été aveuglés
par ce nationalisme, qui a permis d’effacer la
plupart de nos héros. Il a fallu attendre les
black studies pour enfin réviser cette histoire.»
C’est à cette tâche que s’attelle le cinéaste
Steve McQueen : réinscrire dans le champ
contemporain cet homme, qui de son vivant
même fut relégué dans les oubliettes du passé
et mourut d’un infarctus dans un relatif isolement et une réelle pauvreté. L’homme était
alors revenu vivre à Harlem. Quarante ans
plus tard, le temps de l’oubli pourrait bien laisser place à celui de la reconnaissance pour «cet
homme de la Renaissance du XXe siècle»,
comme l’a qualifié le réalisateur britannique,
qui a découvert Robeson à 14 ans, en lisant un
article évoquant un Afro-Américain venu
chanter pour les droits des mineurs au pays
de Galles. Après avoir proposé en 2016 une
installation vidéo à partir des archives du FBI
sur Robeson au Whitney Museum de
New York, l’auteur de 12 Years a Slave prépare
activement un biopic. Sa phénoménale carrière, sa vie intime, comme ses engagements
tout-terrain, font de Paul Robeson le sujet tout
désigné pour évoquer l’épopée du XXe siècle.
Hollywood lui accordera-t-il un sauf-conduit
pour y parvenir sans les travestir ? •
PAUL ROBESON, UN HOMME
DU TOUT-MONDE installation du 26 juin
au 14 octobre, au musée du Quai-Branly,
atelier Martine Aublet.
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22 u
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
Hosono en 1975,
dans sa période exotica.
PHOTO COURTESY OF THE
MASASHI KUWAMOTO
ARCHIVES
A 70 ans, le pionnier
du rock et de la pop
synthétique, auteur
du premier album de
musiques de jeux vidéo
au monde, est un géant
dans son pays. Il était
au Barbican de Londres,
fin juin. Une incursion
européenne, alors que le
label américain Light in
the Attic publie pour la
première fois ses œuvres
en Occident.
Stax ou Buffalo Springfield. Libéré
de Happy End, Hosono y entamait
une collaboration de longue date
avec Tin Pan Alley, collectif de musiciens avec lequel il allait accompagner le gratin d’une pop japonaise
adulte, urbaine et sophistiquée. Paraiso, paru à l’orée des années new
wave, en 1978, concluait une trilogie
consacrée à l’exotica dans une version inversée, dans laquelle Hosono
reprenait avec subtilité les clichés
de l’orientalisme américain d’aprèsguerre, porté par des musiciens
comme Les Baxter ou Martin
Denny, pour mieux les retourner.
Cochin Moon, paru la même année,
est une folie électronique conçue au
retour d’un voyage en Inde avec le
plasticien pop Tadanori Yokoo, dont
les refrains fiévreux d’un Bollywood
rêvé et les blips des synthétiseurs simulent autant le futur que les bruits
de ventre de deux Japonais en crise
de tourista carabinée.
«J
e suis connu ici pour ma
musique techno. Mais
maintenant, la musique
que j’ai envie de jouer, c’est du boogie-woogie…» L’ironie n’a pas pu
échapper aux hipsters venus se
presser au Barbican de Londres ce
samedi 23 juin. Pour son 16e anniversaire, le label américain Light in
the Attic, spécialisé dans la réédition d’œuvres obscures des années 60 à 90, invitait pour la première fois en Europe Haruomi
Hosono pour un concert sous son
nom. Hosono ? Rien de moins que
«la figure la plus imposante de l’histoire de la musique japonaise moderne», selon le label, concepteur et
fondateur du Yellow Magic Orchestra (YMO), pionnier de la pop synthétique et de l’ambient, auteur
d’un des tout premiers disques électroniques au Japon, du premier album de musiques de jeux vidéo au
monde ! Un géant longtemps méconnu en Occident, auteur de graals
de la mélomanie dont les pressages
vinyles originaux, manufacturés
pour le marché japonais exclusivement, s’échangent à prix d’or depuis
une dizaine d’années, notamment
grâce aux blogs et forums qui ont
commencé à en faire connaître les
joyaux.
Or, ce soir-là à Londres, «Harry» Hosono, 70 ans et tout à fait débonnaire, n’a fait (presque) aucun effort
pour le public occidental – si ce
n’est convier sur scène Ryuichi Sakamoto et Yukihiro Takahashi, ses
compagnons au sein de YMO, en
souvenir du bon vieux temps,
quand le trio était un fleuron nippon au même titre que les Walkman
ou les appareils photo. Avant ce finale émouvant, il a surtout joué la
musique qu’il joue depuis une décennie et qu’on peut entendre sur
des albums aux titres évocateurs
(Vu Jà Dé, Flying Saucer 1947…), sur
les pochettes desquels il pose en ojisan (grand-père) ironique, un béret
de pépé vissé sur la tête.
Pépite. Devant un public composé
pour un tiers d’expatriés japonais
qui étaient sans doute les seuls à
Faste. Philarmony (1982), enregis-
Haruomi Hosono,
perle du Japon
tout à fait comprendre de quoi il en
retournait, le pionnier (re)devenu
chansonnier s’est fait plaisir en
jouant quasi exclusivement les standards qu’il a découverts à la radio
enfant, en pleine occupation américaine. Et puis, pour donner le
change malgré tout, il a repris une
pépite de ses années synth-pop
(Sports Men, enregistré en 1982)
ainsi que Radioactivity de Kraftwerk
en hommage anxieux aux victimes
passées et futures de Fukushima.
Les deux en version folk esthète, tels
des standards parmi les autres.
Ce jeu de genres en dit long sur la
complexité du gargantua Haruomi
Hosono, que la réédition groupée
–étalée de juillet à septembre– de
cinq albums parmi les plus emblématiques de son immense corpus
expose de manière éblouissante. Le
néophyte découvrira en effet au gré
de ces disques originellement publiés entre 1973 et 1989 un cousin japonais de Bob Dylan, Brian Wilson,
Phil Spector, Jean-Michel Jarre,
Trevor Horn, Brian Eno et Aphex
Twin. Sans forcer le trait. Sous son
nom, en solo, en groupe, sous les
spotlights ou dans l’ombre des rockeurs ou starlettes de télévision
pour lesquels il a composé des tubes
par dizaines, Hosono a traversé cinq
décennies de musique populaire
sans jamais cesser d’innover, d’inventer et de se réinventer. C’est
Light in the Attic qui accomplit de
nouveau le prodige de les éditer
pour l’Europe et les Etats-Unis,
quelques mois après Even a Tree
Can Shed Tears, première compilation du genre consacrée à l’émergence du folk au Japon à la fin des
années 60, où Hosono apparaissait
deux fois, au sein du groupe Happy
End et en solo (lire Libération du
20 novembre 2017).
Et le moins que l’on puisse dire est
que le spectre musical est immense.
Hosono House, l’album le plus ancien (1973), présente un folk rock intime et exotique, enregistré au sein
d’une communauté hippie mais largement en solitaire, et dont les arrangements cossus lorgnent autant
du côté de Van Dyke Parks que de
tré en solitaire entre deux tournées
de YMO, est la pépite techno pop ultime, dans laquelle le génie pop devenu laborantin électronique fait feu
de tous les genres, toutes les cultures,
dans un grand carnaval robotique.
Omni Sight Seeing (1989), enfin, est
un rêve d’electronica mondialisée et
absolument émancipée, qui se balade effectivement de la musique
traditionnelle de Hokkkaido à Duke
Ellington en passant par Tanger,
sans jamais perdre de vue le devenir
de l’art pop –cybernétique ou rien.
Quelle ligne rouge unit les cinq disques, parus à des moments si différents des années de faste économique au Japon? Outre la prescience
formelle, constante et versatile, c’est
précisément la voix du maître, qu’on
reconnaît où qu’il rêve et quoi qu’il
fasse, un riff nostalgique sur une
guitare demi-caisse ou une séquence
virtuose dans son échantillonneur.
Car tout géant qu’il soit dans son
pays depuis les années 70 et dans de
plus en plus de cœurs de mélomanes
dans le monde depuis quelques années, Hosono est surtout un créateur
profondément fantasque et original,
aux obsessions tenaces et à l’écriture
hautement reconnaissable. D’une
balade nostalgique à un exercice
ambient, l’auditeur aura tout loisir,
s’il a la chance de découvrir ces cinq
merveilles ensemble, de relier les
moments d’audace et les points de
fixation comme autant d’indices
d’un talent effectivement horsnorme, qui quitte enfin le bercail
nippono-japonais pour passionner
le monde entier.
OLIVIER LAMM
HARUOMI HOSONO ARCHIVAL
SERIES (Light in the Attic)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u 23
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CULTURE/
MUSIQUE
The Internet, message groupé
Quatrième album du collectif
fondé autour de Syd Bennett
et Matt Martians. Une étreinte
solaire et distanciée.
T
he Internet a la fibre pour calmer
son époque. Connecté à son passé
et à ses racines funk, r’n’b et soul,
le collectif fait converger l’énergie de ses
membres sur son album le plus relâché et
le plus réfléchi à la fois. Fondé il y a
huit ans autour de Syd Bennett et du producteur Matt Martians, alors tous deux
membres du collectif rap californien Odd
Future (désormais fracturé), The Internet
opérait une rupture stylistique avec ses camarades tapageurs, autant dans le fond
que la forme. Sur son précédent album,
Ego Death, en 2015, le groupe invitait Janelle Monáe, Tyler, the Creator et Kaytranada; il se recentre sur ses propres ressources sur Hive Mind («esprit de ruche»),
expression soufflée à Martians par ses lectures de comics Marvel pour désigner un
ego collectif.
Etreinte solaire, ce quatrième album est
un jam béat, poli, très distancié des premières expérimentations de la bande sur
l’album Purple Naked Ladies. L’album doit
beaucoup de son harmonie à la voix de
Syd Bennett, l’une des premières figures
ouvertement gay du hip-hop qui avait démarré ses activités de DJ dans un homestudio construit chez ses parents. Ses velléités de productrice ont été encouragées
très jeune par son oncle Mikey Bennett,
producteur de tubes reggae qui l’emmenait sous son bras en Jamaïque. Elle avait
attendu The Internet pour découvrir sa
voix, qui a gagné en bravoure depuis son
brillant essai solo Fin, sorti l’an dernier.
Ce timbre au falsetto mousseux – que
Pharrell Williams a comparé à des nuages – a un effet smooth sur les productions
les plus minimalistes de Hive Mind,
Jimi Tenor, massage
crypté
Entre évanescence et jazz-funk
pied au plancher, retour du Finlandais
déconcertant, avec «Mysteria».
M
ysteria met d’emblée le diapason :
élégant jazz funk,
étrange easy listening. En un
mot, emblématique de la carrière de Jimi Tenor. A 50 ans
bien tapés, le Finlandais demeure un mystère tant sa
discographie déconcerte.
Aucune étiquette chez le
blond ludion à grosses lunettes: depuis plus d’un quart de
siècle, il se plaît à enregistrer
comme bon lui chante, convoquant aussi bien la soul
verglacée pour Cant’ Stay
With You Baby, single qui le
révéla par chez nous au mitan des années 90, qu’évoquant Frank Zappa ou Fela.
Plus récemment, on l’a vu piloter le UMO, big band finlandais qu’il incline à décoller de la tradition, tout
comme il s’était auparavant
associé au trio ouest-africain
Kabu Kabu pour accoster sur
les terres de l’afro-funk.
Cette fois, il nous revient en
format resserré, un trio composé d’Ekow Alabi Savage et
Max Weissenfeldt, deux bat-
teurs susceptibles de débattre
en toute démesure avec lui
autour des histoires de
«groove». A ceux-là s’ajoutent
de rares invités en fonction
des besoins : une trompette
ici, un sax baryton là, des voix
aussi… Le rythme demeure
l’essence à laquelle il carbure
pour faire décoller ces ovnis,
des compositions dopées de
cuivres jazz mystiques et relevées de voix soul cosmiques, comme sur le stratosphérique My Mind Will
Travel. Jimi y enfourche le
ténor pour un solo tout à fait
raccord avec le climat de
cette pièce axiale : «Voyager
vers des mondes qui existent
uniquement dans mon esprit». Perclus de gong, habité
d’un chœur évanescent, ce
thème, le plus long et le plus
convaincant, plane à des hauteurs proches des ésotériques
modalités du Pharoah Sanders post-Impulse! Huit minutes envoûtantes, suivies
par un jazz funk plutôt pied
au plancher, Chupa Chups.
D’autres pistes flirtent avec
l’Afrique de l’Ouest, à commencer par Naomi Min Sumo
Bo, rencontre entre la palm
wine music ghanéenne et les
effluves de flûte d’un disciple
de Yusef Lateef. Bien audibles (Ekow Alibi Savage a
grandi dans ce jus et Max
Weissenfeldt est un fan déclaré du highlife made in Accra), ces influences sont
néanmoins là pour être
outrepassées dès que possible. En la manière, Jimi Tenor peut compter sur le soutien de Max Weissenfeldt, à
qui il a confié la production
de ces sessions. Connu pour
ses délires tout-terrain avec
son frère sous le nom de Whitefield comme en solitaire,
cet adepte du psychédélisme
apporte son savoir-faire arty,
des tourneries alambiquées
et légèrement obliques, «un
grain unique» dont se félicite
le Finlandais. Le son de Philophon, label esthète essentiellement dédié aux 45tours, c’est sans doute là que
réside le supplément d’âme
qui offre à ce disque ses multiples reflets oniriques.
JACQUES DENIS
JIMI TENOR ORDER
OF NOTHINGNESS
(Philophon).
The Internet, avec Syd Bennett (à gauche). PHOTO ALAN LEAR
comme sur Bravo, avec sa basse frondeuse
et sa rythmique aux sursauts industriels
étouffés. Ce titre, qui ne fera pas date, est
au moins le témoin de la grande liberté du
collectif, du désintérêt total de ses membres à se faufiler dans le moule de l’efficacité, même s’ils en sont très capables, ainsi
que le prouve le titre très Neptunes
La Di Da. Steve Lacy, guitariste de 20 ans
qui a rejoint le collectif dès le second album, excelle sur Beat Goes On, où il tente
d’évacuer la pression d’un début de relation,
ses vapeurs mimées par des synthés subliminaux. Il se sauve dans un solo de batterie,
laquelle est parfois programmée, parfois en
dur, mais chaque fois un socle au premier
plan dans le mix. Le reboot d’influences old
school se fait sans jamais rien forcer, au
point d’offrir au funk, genre qu’on a cru un
temps expiré, un retour en grâce dégraissé
de ses excès de basses et de cuivres autopastichés. Pendant que le Californien DâmFunk collabore avec Christine and The
Queens, le funk à papa se fait bien grignoter
–et régénérer– par une nouvelle génération
qui explore ses trésors culturels. Rappelons
que George Clinton s’était retrouvé invité
sur un album de Kendrick Lamar et que Syd
a collaboré avec la légende Roy Ayers. Sur le
single Roll (Burbank Funk), The Internet
donne un cadre très laid-back et distancié
de son appréciation actuelle du genre. Les
invitations à jouer les prolongations collectives sur Hive Mind, loin des egos isolés
et désolés des projets solo du r’n’b actuel,
sont un appel à la reconnexion qui donne
envie d’y répondre.
CHARLINE LECARPENTIER
THE INTERNET HIVE MIND (Columbia).
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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Prendre l’Eire
Mary Lou McDonald Du sud de l’Irlande, la nouvelle
présidente du Sinn Féin incarne le renouvellement
d’un parti de plus en plus pro-européen et populaire.
E
lle arrive, joviale, dans son bureau du Dail, le Parlement
irlandais à Dublin. On a alors la bouche pleine d’un bonbon que son assistant nous a proposé et qu’on a eu l’erreur d’accepter. Sabotage? Le truc colle terriblement aux dents,
on arrive à peine à articuler un bonjour. Elle rit, nous embrasse
comme du bon pain et nous propose un café. Mary Lou McDonald rayonne, diffuse une énergie et un enthousiasme contagieux. La dirigeante du Sinn Féin n’a rien de la gravité un peu
sévère qu’a toujours affiché son prédécesseur Gerry Adams.
Elle sourit beaucoup et parle encore plus.
Depuis février, elle a endossé le rôle que
Gerry Adams a assumé pendant trentecinq ans. Lors de son élection, sans rivaux,
certains lui glissent, légèrement condescendants: «Vous remplacez une sacrée pointure!» Elle réplique en souriant qu’elle
«arrive avec ses propres chaussures».
Le Sinn Féin était un parti d’Irlande du Nord jusqu’à la signature de l’accord de paix en avril 1998. Depuis, il est devenu l’un
des plus importants mouvements en République d’Irlande,
«avec une multiplication des membres et un vrai changement
générationnel». Il attire énormément de jeunes pour lesquels
les trente années de Troubles (comme on appelle le conflit
nord-irlandais) entre 1968 et 1998 sont une page de l’histoire.
On évoque tout de même le passé paramilitaire de certains
de ses membres. Elle balaye la question d’un classique «le terroriste de l’un est le combattant pour la liberté de l’autre, rien
n’est jamais blanc ou noir». Mais elle s’agace que certains puissent l’accuser d’ambivalence vis-à-vis de la violence. «Je hais
la guerre, les conflits et la violence.»
Elle le reconnaît volontiers, impossible d’être «plus différente
de Gerry Adams». Déjà, elle vient du sud, de la République
d’Irlande, au contraire des grandes figures
du Sinn Féin de l’époque des Troubles,
nées en Irlande du Nord. Elle a grandi
dans le sud de Dublin, dans le quartier
cossu de Rathgar. Son père avait sa propre entreprise de bâtiment, sa mère s’occupait des quatre enfants. Elle est la
deuxième, après un frère, Bernard, et suivie par des jumeaux,
Patrick et Joanne. Scolarisée dans une école privée, «de religieuses françaises», elle a grandi à distance des drames qui
noient le nord de l’île. «Gerry Adams, Martin McGuinness
étaient au cœur des Troubles, moi, j’ai eu de la chance», dit-elle
simplement. Elle naît en 1969, un an après le début des violences qui tueront plus de 3500 personnes avant l’accord de paix
LE PORTRAIT
de 1998. Elle a 9 ans lorsque ses parents se séparent. «A l’époque, on ne divorçait pas, c’était illégal! Quand on avait des parents séparés, on était marqué, on était différent.» Un jour, elle
va à la messe avec sa mère, Joan. Le curé parle alors de ces «familles brisées». «Ça a rendu folle ma mère. On n’était pas une
famille brisée, on était juste une famille bien dont les parents
étaient séparés, c’est tout !»
Elle souligne à quel point aujourd’hui «tout est différent». En
quelques années, la société irlandaise a multiplié les actes de
modernité, divorce en 1995, mariage pour tous en 2015 et, tout
récemment, autorisation de l’avortement. La religion, longtemps si dominante dans la politique irlandaise, au sud
comme au nord, est désormais remisée en arrière-plan, ou
presque. «On ne peut plus imposer des vues religieuses dans
la loi de l’Etat.» Elle discute, en apparence détendue, mais la
politique n’est jamais loin.
Sa mère mais aussi sa grand-mère Molly ont joué un rôle important dans son éveil politique. «On discutait politique à table, ma mère signait des pétitions, écrivait des lettres.» «Toutes
les familles irlandaises ont une forte tradition politique, on ne
peut pas y échapper, ma famille était très républicaine» et affiliée au Fianna Fail, parti de centre droit, où, naturellement,
Mary Lou McDonald a fait ses premiers pas en politique.
«Mais je voulais une politique
sérieuse sur les questions sociales et l’unité de l’Irlande et
1er mai 1969
j’avais le sentiment que le
Naissance à Dublin.
Fianna Fail avait complète2004-2009 Députée
ment abandonné ces objeceuropéenne.
tifs.» Alors, à 19 ans, elle re2011 Premier mandat
joint le Sinn Féin.
de députée irlandaise
Un engagement logique lorsà Dublin.
qu’elle raconte l’anecdote
10 février 2018 Elue
suivante. C’était 1981, l’année
présidente du Sinn
de la grève de la faim dans la
Féin.
prison de Maze, en Irlande
du Nord, de membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), alors bras armé du Sinn
Féin. Ils réclamaient le statut de prisonniers politiques. Pour
Margaret Thatcher, Première ministre britannique, ils étaient
de vulgaires «criminels». «Tout à coup, on voyait les images
de ces hommes qui se laissaient mourir de faim. Et ça se passait
la porte à côté.» Son anniversaire tombe le 1er mai. «Je venais
de fêter mes 12 ans et je me souviens de mon frère Bernard m’annonçant le 5 mai que Bobby Sands était mort.» Neuf autres prisonniers mourront de faim. «Je me suis dit que fondamentalement quelque chose ne tournait pas rond.»
Avant d’être élue, elle a étudié la littérature anglaise, puis les
relations industrielles sur lesquelles elle a commencé une
thèse de doctorat, jamais terminée. «Une grosse déception,
d’autant que je suis la seule des quatre enfants à ne pas avoir
de thèse, ça fait mal», dit-elle en riant. Sa thèse a pris le large
alors qu’elle obtenait son premier mandat électoral. Sa fille,
Iseult, 15 ans aujourd’hui, est née au même moment. Un fils,
Gerard, 12 ans, a suivi. Leur père et son mari, Martin, travaille
dans l’industrie du gaz. «Il connaît tout des tuyaux et du gaz,
c’est fascinant», rigole-t-elle, avant d’ajouter, comme si ça allait
de soi «je ne pourrais pas faire ce que je fais sans lui». Ils se sont
rencontrés devant un match de football. «Il était celui qui hurlait sur l’arbitre.»
Mary Lou McDonald a été la première députée européenne
du Sinn Féin, de 2004 à 2009 et, jusqu’à il y a peu, le parti s’opposait assez vivement à l’Union européenne. «Nous sommes
antifédéralistes, contre une défense européenne, l’Irlande est
une terre neutre.» Mais le Brexit «a tout changé». Le soutien
affiché des Vingt-Six à la situation singulière de l’Irlande
–seule frontière terrestre avec le Royaume-Uni et son premier
partenaire commercial – a réconcilié le pays et le parti avec
l’UE. «Beaucoup d’Irlandais étaient restés amers après la crise
financière de 2008.» Ironie absolue, avec cette décision sur
le Brexit, les Britanniques pourraient bien avoir «accéléré le
processus d’unification de l’Irlande». L’Irlande du Nord a voté
en faveur du maintien au sein de l’UE et «les gens, surtout les
jeunes, qui n’avaient jamais pensé à leur appartenance européenne, réalisent qu’on peut la leur enlever, contre leur volonté». Pour eux, la seule solution serait de se rallier au sud
de l’île. Pense-t-elle vraiment qu’elle verra l’unification de l’Irlande de son vivant? Elle ne marque pas une seconde d’hésitation : «Absolument.» •
Par SONIA DELESALLE-STOLPER
Photo GEORGE VORONOV
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
LE JEÛNE
n Et aussi deux pages
BD n une espionne
célèbre n de la
photo n des jeux…
SIMON BAILLY
Vendredi
27 juillet
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II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Le périple
jeûne
Pour cette semaine de privations, afin de ne pas éveiller
les soupçons de sa famille, de ses amis et collègues, il a fallu
se réfugier dans un coin déserté. Là où aucune
tentation culinaire et olfactive ne nous fera
dévier de notre quête introspective.
Par
aites le vide en vous»,
«concentrez-vous sur votre
respiration», «recentrez-vous
sur vous-même»… En quête
d’un coup de fouet mental pour tromper
notre blasitude existentielle, on a voulu
prendre le premier de ces standards de la
méditation au pied de la lettre: le vide, on
va le faire par… le jeûne.
C’est après avoir visionné un documentaire sur Arte que l’idée s’est instillée. On
y apprenait que le jeûne est pratiqué médicalement depuis longtemps dans les pays
de l’Est, notamment en Russie, et aussi en
Allemagne, pour traiter diverses pathologies, psychologiques ou physiques. Le
documentaire expliquait aussi l’étonnante
réaction de l’organisme pour pallier cette
privation et trouver du glucose à destination du cerveau: il va d’abord se ravitailler
dans les muscles (malédiction!) puis il va
piocher dans la graisse (à la bonne heure).
Après avoir creusé la question, on s’est
lancé. Objectif, tenir une semaine.
tiendraient. Et surtout pas la famille : on
se souvient encore des grands-parents qui
se réjouissaient autrefois de nous voir
manger, eux qui avaient subi les privations
pendant la guerre.
Notre projet sera réalisé dans un lieu de
villégiature agréable à la vue (on aura besoin de soutien moral) et relativement
isolé des tentations culinaires: ni boulangerie, ni fromager, ni boucherie pour nous
faire de l’œil à plusieurs centaines de mètres à la ronde. L’endroit sera aussi propice
à la marche qui forme, avec l’ingurgitation
quotidienne de deux à trois litres d’eau, le
pain quotidien du jeûne.
Après avoir envisagé l’expérience tel un
défi solitaire, on se décide finalement à
convier un comparse que l’on sait curieux
de la chose, par crainte d’un malaise physique sans témoin. On a aussi un peu peur
d’être guetté par l’ennui.
A deux semaines de l’échéance, on entame
notre régime de combat : réduction progressive de l’alimentation jusqu’à, une semaine avant le jour J, ne plus manger
qu’une fois par jour: au déjeuner, pour que
les collègues ne cillent pas. Et on oublie la
grassouillerie –les salades sont de rigueur.
AVANT
PENDANT
Pour plus de sérénité, mieux vaut tenter
l’expérience loin du boulot. On va donc
prendre des vacances, un début décembre,
et les consacrer à «ne pas manger». Un
concept. A peu près comme quand, étudiant, on avait suivi une préparation militaire au lieu d’aller au ski. Un peu téméraire sans doute, on a opté pour le jeûne
version sauvage, hors de tout cadre médical, en nous basant sur nos seuls visionnages et lectures, l’idée de payer un stage
pour ne pas manger nous semblant trop
incongrue. Un jeûne de plusieurs jours
n’est toutefois pas anodin. Même en bonne
santé, l’accompagnement médical n’est
pas un luxe. On se garde ainsi d’évoquer le
projet à la cantonade, car fort peu le sou-
On décide de prendre de l’avance. Dernier
repas, le jeudi à midi, à l’avant-veille du départ vers la zone de villégiature, en bord de
mer. Cela permettra d’en sortir plus tôt,
plusieurs jours avant de reprendre le travail. Le vendredi, la faim s’avère modérée
mais l’idée de manger est forte. D’autant
qu’on ne parvient pas à refuser une invitation à une soirée, au cours de laquelle on
s’impose de ne rien consommer. Un bon
test… surtout quand un ami facétieux nous
met sous le nez un cake salé fait maison.
Le lendemain, samedi, arrivée sur les lieux
en train puis bus au début de l’après-midi.
Soit quarante-huit heures depuis le
dernier repas. On applique immédiatement le programme, c’est-à-dire plusieurs
THIERRY THIRAULT
Dessin SIMON BAILLY
«F
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
u III
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heures de marche sur la grève. Le dimanche, on achève le troisième jour de jeûne
mais la fin de l’expérience nous apparaît
encore comme un doux mirage. D’autant
que pointe la redoutée acidose : cette
phase délicate du jeûne où les toxines se
font la malle et le font sentir, de différentes façons selon les personnes. Des tiraillements aux jambes en ce qui nous
concerne, qui nous rappellent des épisodes sportifs de l’enfance, quand l’échauffement était insuffisant.
La nuit suivante n’est pas de tout repos.
Les élancements aux jambes nous
empêchent de dormir. Lundi, ça va mieux
debout. Rien d’inquiétant toutefois, ce
symptôme étant dûment recensé dans les
récits de ceux qui nous ont précédés. Tout
comme celui, plus violent, touchant notre
cojeûneur : l’expulsion de bile. Il avoue
même y avoir vu du sang, ce qui est moins
attendu. Doute et inquiétude s’invitent à
la table. On lui suggère, en cas de récidive,
de cesser le jeûne immédiatement, tout en
nous interrogeant sur la pertinence d’avoir
embarqué quelqu’un dans une aventure
aussi hasardeuse. On s’imagine, penaud,
face à un médecin nous dévisageant avant
de lever les yeux au ciel. Pour le reste,
marche et flotte.
Mardi. Deuxième nuit pénible, et ça ne
disparaît pas dans la journée. Nouvelle inquiétude, l’acidose n’est pas censée durer
si longtemps. Balade, trois litres d’eau, lecture, discussions, télé. Le temps s’étire ;
des repères ont disparu. On en profite
pour accorder un massage à ce corps allégé. En ce cinquième jour, on ne se sent
pas spécialement fatigué. L’idée de nourriture ne nous obsède pas.
La nuit suivante se passe mieux et, durant
le mercredi, les douleurs disparaissent.
Notre comparse, lui, n’a pas connu de nouvel épisode problématique. Une certaine
fierté nous envahit compte tenu du nombre de jours effectués. Mais le moment attendu, celui pour lequel nous sommes là,
ne survient pas: une phase d’euphorie censée suivre l’acidose. On se sent juste normal une fois les douleurs disparues. Le
temps de la déception. Demain peut-être?
Le dimanche,
on achève le troisième
jour de jeûne mais
la fin de l’expérience
nous apparaît encore
comme un doux
mirage. D’autant
que pointe la redoutée
acidose: cette phase
délicate du jeûne où
les toxines se font la
malle et le font sentir,
de différentes façons
selon les personnes.
En attendant il faut commencer à préparer
la sortie du tunnel. On s’en va donc acheter carottes, patates et autres poireaux, car
le régime «d’après» commence par des
bouillons de légumes. On en profite pour
nous tester en léchant la vitrine d’un traiteur. Une sorte de retour à un monde à
moitié oublié. Un curieux sentiment s’empare alors de nous. L’envie est là, mais on
ne se voit pas avaler quoi que ce soit. On
se retrouve tiraillé entre une sorte de nostalgie du «temps où on mangeait» et la
conscience que tout se passe bien finalement, et que ce serait presque dommage
d’arrêter là cette expérience.
Le jeudi à midi, nous achevons notre septième jour. Et pas plus d’allégresse à l’horizon que la veille. On décide de pousser un
jour de plus. Vu l’organisation nécessaire,
on sait qu’on ne retentera pas le jeûne de
sitôt. Et tant qu’à y être… On se resserre
donc une bonne rasade de kilométrage, de
litrons d’eau et de massage.
Vendredi. Jour de victoire, l’Odyssée
s’achève. Vers 13 heures on prépare religieusement un bouillon de légumes dont
l’odeur nous enivre. Avant même d’y toucher, à nouveau, un sentiment dual s’empare de nous : on est content d’en finir,
mais on ressent déjà une nostalgie, celle,
cette fois, du «temps où on ne mangeait
pas». Il a fallu un long chemin pour en arriver là. Mais on n’a pas le choix, car la reprise du boulot approche et il faut bien
se remettre à manger, même si nul appétit
ne nous a tiraillés depuis sept jours. On
trempe nos lèvres dans la lavasse préparée
par nos soins. Exquis.
APRÈS
Samedi. Départ. Il nous reste assez de forces pour prendre les transports sans problème. De retour chez nous, on continue
le régime bouillon. En y incorporant peu
à peu légumes et riz, archicuits. Puis, avec
le boulot, c’est la reprise des salades. A
chaque fois, on se sent un peu nauséeux.
Une situation qui durera plusieurs semaines. L’organisme ne semble pas comprendre ces choses qui lui arrivent. Comme s’il
n’en n’avait plus besoin.
Passe une semaine. Le temps qu’il fallait
pour pouvoir remanger normalement
qu’«ils» disaient. Ça tombe bien, il y a un
pot au boulot. On décide de se venger: cacahuètes, tarama, vin et on en passe. Massacre intérieur. Fièvre et tremblements.
Deux jours. Retour à la diète. Huit jours
plus tard, on se risque au resto avec deux
personnes. Elles sont sidérées par notre
teint, apparemment «éblouissant». Une
autre, ignorante de l’expérience, a déjà fait
la même remarque. Ce ne serait donc pas
une légende, ces histoires de toxines éradiquées. A défaut du choc psychologique
espéré, l’aventure a dû assainir notre organisme. C’est déjà ça.
Sauf qu’à la fin du repas, il semble qu’on
soit devenu «cireux». Pas de fièvre le
lendemain cette fois. Le système digestif
commence à accepter son sort. Et il a
intérêt s’il ne veut pas être le dindon de
Noël : on est déjà le 17 décembre. •
SAMEDI J’AI TESTÉ MODÈLE NU
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IV u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
DÉFIS
ET DES
GLAÇONS
Frais devant (6/6) Ronds,
sculptés, connectés: les
petits cubes n’en finissent
pas de se perfectionner.
L
Dominique Prieur lors de son retour en France, le 6 mai 1988. PHOTO FREDERIC REGLAIN. GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
Dominique Prieur, fausse
épouse en sous-marin
Les espionnes (6/6)
Première femme à intégrer
le «service action» de
la DGSE, elle assiste sous
couverture le commando
qui coulera le «Rainbow
Warrior» en 1985.
D
ominique Prieur, née
Maire, est plus connue
du grand public sous
le nom de Sophie
Turenge, des célèbres «fauzépoux
Turenge»; une petite main ayant
épaulé le commando de la DGSE
qui saborda le Rainbow Warrior
de Greenpeace, le 10 juillet 1985
à Auckland (Nouvelle-Zélande).
Un attentat commis par la France
dans un pays étranger (mais ami),
qui provoqua la mort d’un photographe de l’ONG écologiste,
Fernando Pereira.
Dominique Prieur n’a pas posé
les deux bombes qui ont coulé le
navire amarré au port –tâche dévolue à des «nageurs de combat»
dûment formés à cet effet. Combattante au sol, son arme était un
van de location. Son rôle consistait à livrer les explosifs (mission
amplement accomplie) puis à récupérer les divers protagonistes
du commando. Echec sur ce second point : non seulement les
poseurs de bombes ont dû s’exfiltrer seuls sur un voilier pour être
récupérés au large par un sousmarin français, mais elle s’est
fait pincer, avec son «fauzépoux»
Alain Mafart, à l’aéroport d’Auckland après avoir benoîtement
rendu le van au stand de location.
Résistance. Un fiasco? Prieur
réfute le terme. Après tout, l’ordre
venu d’en haut (instruction explicite de Charles Hernu, alors ministre de la Défense, avec le feu
vert implicite de François Mitterrand) a été exécuté. Et si elle
a finalement été arrêtée, elle
dit aujourd’hui encore sa fierté
d’avoir su cacher les équipements
des membres du commando
dans une rivière, sans que la justice néo-zélandaise n’en sache
rien, empêchant ainsi l’élargissement des poursuites à d’autres
collègues de la DGSE.
Première femme à intégrer le
«service action» du service d’espionnage, Prieur n’avait a priori
pas le profil. A la base de son en-
gagement, il y a une fibre patriotique –en 1944, cinq ans avant sa
naissance, ses grands-parents
étaient exécutés par la milice
pour faits de résistance. Mais
après des études de lettres, c’est
la pratique assidue de l’équitation
et du parachutisme qui la rapproche du fana mili. Un agent recruteur de la DGSE la drague, en tout
bien tout honneur professionnel.
Des décennies plus tard, elle
confiera à Libération avoir dû
plus d’une fois «clouer le bec à ces
mâles glorieux qui me toisaient
avec condescendance».
L’ombre lui allait si bien que l’exposition à la lumière de l’affaire
du Rainbow Warrior fut peut-être
à ses yeux la pire des sanctions :
«C’était un effondrement complet
de mon univers. J’avais passé tant
d’années à me cacher, à faire disparaître mon visage…» Comme
souvent chez les prévenus, ses
photos d’époque, planquée derrière ses lunettes, ne sont pas
toujours à son avantage. Au plan
strictement pénal, Dominique
Prieur a écopé de dix-sept années
de prison, une peine prononcée
en 1985 par la justice locale et très
vite muée – après un accord au
sommet entre la France et la
Nouvelle-Zélande– en une assignation à résidence sur l’atoll de
Hao, trou perdu du Pacifique.
Kérosène. Trois ans plus tard,
elle était rapatriée dans la mère
patrie, à la grande indignation de
la Nouvelle-Zélande. La France
sait récompenser ses moines-soldat(e)s: capitaine avant l’attentat
du Rainbow Warrior, Prieur
finira colonelle. Entre-temps, sur
Hao, elle aura pris le temps de
faire un enfant avec son mari, luimême général dans l’armée.
Quant à son «fauzépoux», Alain
Mafart, il a rompu pour de
bon avec l’armée. Reconverti
en photographe animalier («Voir
pour ne pas être vu», explique-t-il
avec un sourire), il n’a pas hésité
à critiquer son ancienne maison:
à l’entendre, quelques gouttes
distillées dans le réservoir à kérosène du Rainbow Warrior
auraient suffi à l’immobiliser.
Dominique Prieur a fini sa carrière en 2008 comme DRH des
sapeurs-pompiers de Paris. Pour
jouir, à 69 ans révolus, d’une retraite bien méritée.
RENAUD LECADRE
e glaçon questionne le monde
moderne. Pourquoi les Américains y sont-ils si accros ?
Pourquoi les métropolitains en
mettent-ils dans le ti-punch alors que
les Antillais eux-mêmes ne le font pas?
Pastis-eau-glaçon ou bien pastis-glaçon-eau? Et la glace pilée, on en parle?
Sur le sujet, les spécialistes officient
souvent derrière un comptoir. Couronnée meilleure bartender du monde
en 2016, la Française Jennifer Le Nechet confirme que la glace est «la
meilleure amie des cocktails», d’abord
pour rafraîchir leur contenu mais également pour réduire le degré alcoolique
et ouvrir les arômes. Sauf que, prévient-elle, «tous les glaçons ne se valent
pas»: «S’ils sont creux ou trop petits, ils
vont apporter trop de dilution et le
cocktail va devenir “flotteux”. En
France, les bars à cocktails travaillent
presque exclusivement avec Hoshizaki,
une marque de machine à glace japonaise de très bonne qualité.»
Si les Etats-Unis sont les rois du glaçon,
le Japon les suit de très près. Dans les
grands bars à cocktails de Tokyo, les
barmen et barmaids sont passés maîtres dans l’art de tailler un bloc de glace
afin d’en extraire une boule parfaite. Et
pas seulement pour le plaisir des yeux:
la boisson attaquant les angles en premier, une sphère fondra moins vite
et permettra de garder le cocktail au
frais avec un minimum de dilution.
Même chose pour les glaçons cristallins, formés lentement afin d’éviter que
soient emprisonnées les bulles d’air qui
les opacifient. Façonné comme un bijou, le produit devient un luxe: sur son
site, l’entreprise Gläce vend des cubes
taillés au millimètre, prévus pour résister entre quinze et quarante minutes…
à 6,50 dollars (5,5 euros) la pièce.
Le glaçon du futur est déjà parmi nous.
Il est désormais sculpté –en forme de
Godzilla, de bouddha ou de requin –
grâce à l’impression 3D. Il est même
connecté: intégrées à des cubes artificiels, des puces sont capables de prévenir le serveur qu’il doit remplir notre
verre vide ou, inversement, de nous
sermonner si nous avons trop bu. Le
glaçon devient intelligent et ce n’est
pas forcément une bonne nouvelle.
ÉRIC DELHAYE
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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PHOTO /
Mis à mâle
Séance tenante/ Erotique Dans une série
autour de François Sagat, acteur starifié
de porno gay, Jalis Vienne-Boulemsamer
joue avec le mythe de la virilité exacerbée.
JALIS VIENNE-BOULEMSAMER
Né en 1995 à Gonnesse (Val-d’Oise),
vit à Stains.
F
rançois Sagat dévore une
pizza, lèvres retroussées,
scalp tatoué, coude volontaire posé sur une
nappe de mamie, corps de taureau masqué sous une veste kaki,
et François Sagat fait bander.
C’est le prix à payer lorsque l’on
est «la Marilyn Monroe du porno
gay», et que notre image nous
échappe complètement.
Ils sont plusieurs à avoir domestiqué cette sculpture d’une «virilité aboyée, teigneuse, qui exhibe
son côté artificiel», dixit Christophe Honoré, le réalisateur qui
l’a sublimé dans Homme au bain.
Le Français aux lointaines ori-
gines slovaques débute le porno
chez Citébeur où il joue Azzedine,
passe par de grands studios
américains type Raging Stallion
(«l’étalon en furie»), devant la
caméra de réalisateurs de films
d’auteur, puis atterrit au Museum
of Arts and Design de New York,
qui lui consacre une rétrospective. La mythification de l’icône
est achevée.
Ce corps-éponge habite aussi
les projections de Jalis VienneBoulemsamer qui, à 19 ans, entame une série fictionnelle, «Ismael», le pseudo qu’il utilisait sur
des sites de rencontres gays dans
sa jeunesse en Seine-Saint-Denis.
Le physique de Sagat l’obsède,
il en fait l’essence de son premier
chapitre. «Ismael est un mélange
de ce que je suis, de mes fantasmes
ÉTÉ
u V
et des garçons que j’ai côtoyés
lors de mon adolescence. Elle démarre dans cette HLM de 30 m2,
derrière le périphérique, coincé
entre des rêves et un environnement toxique.»
L’influence du film de Honoré est
saillante, et le photographe partage cette recherche autour de la
déconstruction du masculin exacerbé. C’est le dernier combat de
Sagat, après avoir été l’objet de
tant de fantasmes. Il dit dans
Antidote: «Des personnes étaient
furieuses si je changeais de look ou
si je postais une photo qui ne correspondait pas à l’image qu’ils
avaient de moi. J’ai eu de plus en
plus l’impression d’être la poupée
d’un public invisible qu’on avait
abîmée.» Sagat, le mâle aimé.
TESS RAIMBEAU
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ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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Libération Vendredi 27 Juillet 2018
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u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa
voisine. A 56 ans,
l’Américaine Emil
Ferris signe une première BD foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
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VIII u
Libération Vendredi 27 Juillet 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
I can’t get no superstition…
Par FABRICE DROUZY
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER AU...
DR
Perudo Ne jamais voir
trop petit
C’est le jeu de
société favori
des Bleus. Encore cette année, le Perudo
a occupé les
entre -deuxmatchs du
Mondial des footballeurs tricolores. On
les sait pas trop mauvais balle au pied,
mais qu’en est-il gobelet à la main ?
Chaque joueur de Perudo y dissimule
cinq dés, sur lesquels un paco («perroquet») remplace l’as. L’objectif est d’annoncer le juste nombre de pacos, de 2,
de 3, etc. figurant sous l’ensemble des go-
belets. Tout joueur peut mettre en doute
le pronostic de son voisin. A chaque tour,
le diffamateur ou le bluffeur perd un dé,
jusqu’à épuisement. Ce jeu de probabilités, qui nous vient du XVIe siècle péruvien, est cousin du poker menteur.
Conseils du coach : sauf en cas
d’excellent jeu, ne jamais annoncer trop
petit, sinon la patate chaude vous
revient à coup sûr. Le premier joueur ne
doit pas hésiter à bluffer : il oriente la
tablée sur de mauvais rails sans prendre
de risque. De façon générale, il faut s’en
tenir à ce qu’on pense le plus probable
et, en cas de doute, annoncer des pacos.
Jouez-la plutôt en défense, à l’italienne!
Sauf en finale, où les grands joueurs savent que c’est le moment de flamber.
QUENTIN GIRARD
2
Pourquoi le
vendredi 13
porte-t-il malheur ?
A Judas est mort un vendredi 13.
B Jacques de Molay, maître des Templiers,
fut arrêté le vendredi 13 octobre 1307.
C C’est un jour maudit par les fées.
D Le treize suit le douze, cycle achevé.
3
Parmi ces traditionnels
porte-malheur, lequel
n’existe pas ?
A Casser un miroir.
B Prendre un bain après le repas.
C Se moucher de la main gauche.
D Mettre deux baguettes bien droites
dans un bol.
4
Allez, conjurons
le mauvais sort.
Repérez les porte-chance…
A Une échelle à treize barreaux.
B Une coccinelle avec sept petits points.
C Un seau rempli de foin.
D Une lune rousse.
5
Que faut-il faire en fin
d’année pour attirer
la chance ?
A Porter une culotte ou robe
d’intérieur rouge.
B Boire douze verres de liqueur.
C Allumer une chandelle rose
dans sa chambre.
D Manger douze racines.
6
Durant les mariages,
que préconise
la tradition ?
A Porter quelque chose de neuf.
B Porter quelque chose de bleu.
C Siffler en pénétrant dans l’église.
D Offrir un pain et du sel à son épouse.
7
Le théâtre a de nombreuses
superstitions. Le vert y est réputé
maléfique. Pourquoi ?
A C’était la couleur des vêtements
de Molière lors de son décès.
B Des pigments corrosifs empoisonnaient
les comédiens.
C L’incendie du théâtre de Bourgogne,
en 1658, tua plus de 200 personnes et les
loges et rideaux étaient verts.
D Non, au contraire, le vert porte bonheur.
8
«La superstition est à la religion
ce que l’astrologie est
à l’astronomie, la fille très folle
d’une mère très sage.» De qui cette
pensée ?
A Pascal.
B Diderot.
C Voltaire.
D Victor Hugo.
9
Et cette dernière : «Il ne faut
jamais passer sous
un chat noir» ?
A Alphonse Allais.
B Jean Cocteau.
C Pierre Desproges.
D Michèle Bernier.
Réponses : 1.C ; 2.B et D ; 3.C ; 4.A et B ;
5. A, C et D ; 6. A, et B ; 7. A et B ; 8.C ; 9.D.
1
Vous avez une peur panique
du chiffre 13. Vous êtes
malheureusement…
A Tredecimorphe.
B Dekatreísophage.
C Triskaïdékaphobe.
D Achluophobe.
LES 7
ÉCARTS
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