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Libération - 28 02 2018

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2,00 € Première édition. No 11433
MERCREDI 28 FÉVRIER 2018
www.liberation.fr
Actrices, cinéastes, humoristes, productrices…
Elles s’engagent contre les violences sexuelles
«On a subi. On s’est tues.
Maintenant on agit»
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 28 Février 2018
Césars
Un ruban de
stars contre les
violences faites
aux femmes
A trois jours de la cérémonie, plus d’une centaine de femmes
du cinéma français ont mis leur célébrité au service de la cause
des victimes d’agressions sexuelles et de viols. Elles appellent
aux dons afin que celles-ci puissent engager des avocats
et enfin obtenir justice.
Par
CATHERINE MALLAVAL
et ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
P
as de dress code, pas de noir
comme à la cérémonie des
Golden Globes en janvier ou à
celle des British Academy Film
Awards (BAFA) en février. En ce
mois de mars, plus de 130 actrices,
réalisatrices, productrices ou humoristes françaises ont décidé de
mouiller les paillettes et de s’associer
à l’appel de la Fondation des femmes
à agir contre les violences faites aux
femmes (lire ci-contre). Et d’arborer
vendredi soir à la cérémonie des césars, en signe de solidarité, un ruban
blanc (comme celui, rouge, du combat contre le sida).
Cet étendard de lutte a été imaginé
par la Fondation des femmes, qui récolte des subsides auprès des institutions privées et des particuliers
pour les redistribuer aux associations défendant les femmes. Objectif : appeler à des dons pour soutenir
celles qui, au-delà de la libération de
la parole, entendent traduire les
malfaisants devant les tribunaux.
Par solidarité ou «sororité», comme
disent les féministes. «L’idée n’est
pas de rester focalisé sur le cinéma
français, mais de profiter de la visibilité qu’ont les actrices et réalisatrices
pour aider des femmes dans tous les
secteurs de la société», explique
Anne-Cécile Mailfert, ex-porte-parole d’Osez le féminisme devenue
présidente de la fondation.
«Suivi». Julie Gayet, Tonie Marshall, Sara Forestier, Emmanuelle
Devos, Sophia Aram… Impossible
de citer toutes celles qui, au côté de
la Fondation et en partenariat avec
Libération, veulent aujourd’hui agir
et dire «j’en suis». Pour notre site et
notre journal, elles ont pris la pose
pendant trois séances de shooting
dans un studio parisien et manifesté
leur engagement. «Le pire, c’est que
l’on ne sait pas ce qui se passe dans
les milieux moins visibles que le cinéma. Comment sont les relations
hommes-femmes dans le supermarché en bas de chez moi ? A-t-on le
droit de mal parler à un employé ?
Non. C’est tout un rapport au pouvoir qui va changer. J’ai hâte de voir
l’après. Cela va partir des femmes et
aller bien au-delà», nous a ainsi affirmé Emmanuelle Devos.
Les dons «iront à quatre associations qui sont sur la thématique du
droit, du suivi judiciaire», explique
Anne-Cécile Mailfert. Ces structures qui peuvent aller jusqu’à se
constituer partie civile sont: le Collectif féministe contre le viol (lire
page 5), l’Association européenne
contre les violences faites aux
femmes au travail (AVFT), ainsi que
Prendre le droit à Rennes et l’Espace femmes de Haute-Savoie.
«Il y a urgence», assure Anne-Cécile
Mailfert. La déflagration Weinstein
et #balancetonporc s’est traduite
par une hausse des plaintes. Un
bilan statistique («Insécurité et délinquance en 2017») du ministère
de l’Intérieur, publié fin janvier,
montre une «nette hausse» des viols
et autres agressions sexuelles rapportés l’année dernière aux forces
de l’ordre : respectivement + 12 %
et + 10 %. Cette hausse est «très
nette» à la fin de l’année: +31,5% de
plaintes pour agressions sexuelles
(autres que les viols) ont été enregistrées par rapport au quatrième
trimestre 2016.
Créneau. L’idée est d’encourager
les femmes à porter plainte. Car
«Twitter ne saurait être un tribunal», souligne Anne-Cécile Mailfert.
«Après la prise de conscience historique de ces derniers mois, nous voulons continuer à dire “allez-y, portez
plainte”. Mais il faut que, derrière,
nous ayons les capacités d’aider celles
qui en ont besoin.» Problème, certaines associations, comme l’AVFT,
seule sur son créneau, «sont sous
l’eau». «En France, une femme sur
cinq est victime de harcèlement au
travail, or il n’y a que cinq juristes
spécialisés sur ces questions dans
tout le pays! L’association a donc dû
fermer son standard.» Afin que #MeToo et #balancetonporc «ne soient
pas un coup d’épée dans l’eau», la
Fondation des femmes compte sur
les actrices pour donner de la voix et
convaincre de «sortir le chéquier».
Le projet Time’s Up («c’est fini»),
lancé aux Etats-Unis lors des Golden
Globes par plus de 300 personnalités avec, en tête, Reese Witherspoon, Cate Blanchett, Natalie Portman et Meryl Streep, a déjà permis
de récolter plus de 20 millions de
dollars pour mieux aider celles qui
n’ont pas les moyens de traduire en
justice leurs agresseurs. Au Royaume-Uni, lors des British Awards,
l’actrice britannique Emma Watson
(Hermione dans la série Harry Potter), grande seigneure, a fait un don
record de 1,13 million d’euros au
Fonds pour la justice et l’égalité, dédié à la cause.
La Fondation des femmes a aussi
conclu un partenariat avec le barreau de Paris pour une opération
baptisée «L’égalité, c’est toute l’année», qui verra 365 avocats prendre
en charge 365 femmes à partir
du 8 mars. Elle mise au total sur un
million d’euros. Jouable? Anne-Cécile Mailfert y croit: «C’est une vraie
mobilisation. Bien plus qu’une petite
signature en bas d’une tribune.» •
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉDITORIAL
Isild Le Besco, Lolita Chammah,
Fatima N’Doye, Camille Chamoux,
Anne-Elisabeth Blateau, Sabrina
Ouazani, Léa Castel, Baya Kasmi.
Par
LAURENT JOFFRIN
Engagées
La parole est libérée. Mais l’action ?
Ce sont des actrices, dans l’affaire
Weinstein, qui ont donné le signal
de la grande dénonciation du machisme
et de la violence faite aux femmes.
D’autres actrices, aujourd’hui en France,
demandent des actes. Actrices et action,
les mots sont cousins. Avec la Fondation
des femmes, elles ont choisi Libération
pour relayer leur mouvement, sur notre
site et dans le journal. Elles manifesteront
vendredi, discrètes mais déterminées,
lors de la cérémonie des césars. Depuis
la diffusion mondiale des hashtags
#balancetonporc et #MeToo,
les associations de défense des femmes
sont assaillies de demandes : entre un tiers
et la moitié des femmes interrogées dans
les enquêtes d’opinion déclarent avoir
subi le harcèlement, l’agression ou parfois
le viol. On imagine l’encombrement
que peut provoquer une soudaine prise
de conscience, une volonté de ne plus
se taire et de demander réparation.
Pour répondre aux appels, ces associations
manquent de moyens. Il faut écouter,
conseiller, recevoir, aiguiller, financer
des frais de justice. Pour que la parole
ne reste pas vaine, un petit groupe de
comédiennes, de productrices et de réalisatrices, notamment Tonie Marshall et
Julie Gayet, ont décidé de faire appel à la
solidarité avec la Fondation des femmes,
qui réunit une pléiade d’associations
d’aide aux victimes de violences. Leur
notoriété, elles la mettent au service de ces
bénévoles qui entendent les appels de détresse et prennent en charge les victimes.
C’est le sens du texte que nous publions,
en lever de rideau de la cérémonie des
césars, où elles manifesteront toutes leur
engagement en portant un ruban blanc.
Parler, c’est le premier pas, la condition
du changement. Vient le temps d’agir. •
«Maintenant on agit»
On a subi. Quels que soient nos lieux de vie,
nos métiers, nos origines, nous avons subi ou
en avons été les témoins de sexisme ou de
violences.
On a enduré. Nous sommes passées outre.
Nous avons essayé de faire comme si de rien
n’était. Nous avons ravalé notre indignation
pour avancer.
On s’est tues. Souvent, nous n’avons rien
dit. Par crainte. Par habitude. Pour oublier. Ou
parce que nous espérions être l’exception plutôt que la règle.
On a crié. Alors que certaines parlaient
depuis longtemps sans être entendues, il y a
quelques mois, des actrices ont percé le mur
du silence.
On a balancé. Elles ont ouvert la voie. A
travers le monde, des millions de femmes leur
ont fait écho. Grâce aux réseaux sociaux, elles
ont mis en commun leur vécu.
On a dénoncé. De nombreuses femmes ont
alors pour la première fois trouvé le courage
de porter plainte. On a rassemblé. Parce que
nous sommes convaincues que demain ne Maintenant on agit. Nous sommes diffédoit pas ressembler à hier ou à aujourd’hui. rentes mais avons une même envie d’agir.
On a polémiqué. Nous vivons toutes Nous voulons créer un présent plus doux pour
le sexisme mais nous ne sommes
qui souffrent aujourd’hui, et un
APPEL celles
pas toutes d’accord sur la façon d’y
avenir apaisé pour nos filles et nos fils.
répondre. Parce que nous ne vivons pas les Les femmes victimes de violences méritent
agressions de la même manière.
que les associations qui les accompagnent
Signataires: Mona Achache, Mouloud Achour, Oulaya Amamra, Josza Anjembe,
Sophia Aram, Pascale Arbillot, Laurence Arné, Chloé Astor, Aure Atika, Naidra
Ayadi, Lisa Azuelos, Alka Balbir, Jeanne Balibar, Stéphanie Bataille, Lauren Bastide,
Nadège Beausson-Diagne, Houda Benyamina, Julie Bertuccelli, Andréa Bescond,
Lola Bessis, Anne-Sophie Bion, Anne-Elisabeth Blateau, Claire Bodechon, Sandrine Bonnaire, Valérie Bonneton, Sigrid Bouaziz, Sandrine Brauer, Zabou Breitman, Nicole Calfan, Fabienne Carat, Aurélie Cardin, Isabelle Carré, Stéphanie
Carreras, Lolita Chammah, Camille Chamoux, Christine and The Queens, Camille
Cottin, Florence Darel-Dusapin, Joséphine de La Baume, Anaïs Demoustier, Emmanuelle Devos, Audrey Diwan, Lola Doillon, Valérie Donzelli, Lætitia Dosch, Mélanie
Doutey, Joséphine Draï, Eden Ducourant, Julia Ducournau, Roxane Duran, Virginie
Efira, Princess Erika, Daniela Elstner, Séverine Ferrer, Laurence Ferrari, Andréa
Ferréol, Hélène Fillières, Audrey Fleurot, Sara Forestier, Mata Gabin, Charlotte
Gabris, Charlotte Gaccio, Amandine Gay, Julie Gayet, Anne Georget, Marie-Agnès
aient les moyens de le faire dignement. Nous
sommes inquiètes : mal accompagnées, les
femmes sont vulnérables face à la justice. Il
est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles
et ceux qui œuvrent concrètement pour
qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo.
Donnons.
Gillot, Sara Giraudeau, Adèle Haenel, Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui, Camélia
Jordana, Rachel Khan, Cédric Klapisch, Bérengère Krief, Diane Kruger, Noémie
de Lattre, Axelle Laffont, Maria Larrea, Laurence Lascary, Viktor Lazlo, Gabrielle
Lazure, Isild Le Besco, Elsa Lepoivre, Manon Loizeau, Déborah Lukumuena, Marina Hands, Barka Hjij, Agnès Hurstel, Aïssa Maïga, Garance Marillier, Anne Marivin, Audrey Marnay, Tonie Marshall, Sara Martins, Chiara Mastroianni, Shanti
Masud, Delphine Meillet, Nine Moati, Inna Modja, Anna Mouglalis, Fatima N’Doye,
Helena Noguerra, Océanerosemarie, Sarah Ourahmoune, Marie-Philomène Nga,
Sabrina Ouazani, Vanessa Paradis, Joana Preiss, Clemence Poésy, Maëlle Poésy,
Alice Pol, Audrey Pulvar, Firmine Richard, Muriel Robin, Karole Rocher, Sonia
Rolland, Sandrine Rousseau, Coralie Russier, Aurélie Saada, Céline Sallette, Céline
Sciamma, Colombe Schneck, Fabienne Servan-Schreiber, Elisa Servier, Leïla
Slimani, Soko, Shirley Souagnon, Sarah Stern, Doria Tillier, Léa Todorov, Sylvie
Verheyde, Bérénice Vincent, Kee-Yoon, Rebecca Zlotowski, HollySiz.
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 28 Février 2018
Aller au procès, une
montagne financière
pour les victimes
Le coût total d’une procédure
tourne facilement autour
de 10000 euros. Or l’aide
juridictionnelle est plafonnée
et ne fonctionne pas pour
les agressions sexuelles.
«C’
est simple, j’ai vidé mon PEL»:
jusqu’à ce qu’elle porte plainte
pour viol il y a bientôt
deux ans, Camille (1) n’avait pas vraiment
conscience des conséquences financières de
sa démarche. Trouver la force de parler de
son agression, surmonter sa peur du regard
des autres –ses proches, les policiers, les avocats–, se lancer dans une procédure aux retombées sociales et psychologiques: tout ça
avait pesé lourd avant de franchir la porte
d’un commissariat. Mais depuis qu’elle a surmonté ces obstacles, Camille compte chacun
de ses euros pour mener à bien sa quête de
justice. Son avocat est une connaissance et
lui a fait un prix. «Vous êtes jeune, vous n’avez
pas beaucoup de revenus, on va s’arranger»,
lui a-t-il dit en acceptant de la défendre.
Oubliés les honoraires à 300 euros de l’heure,
voire plus, qui auraient pu faire culminer la
note finale aux alentours de 10000 euros,
une somme insurmontable pour la jeune
adulte qui a un petit job à côté de ses études.
Pour l’instant, la facture de Camille est bloquée à 2 000 euros. Elle pioche dans son
épargne personnelle en croisant les doigts
pour que l’addition ne gonfle pas plus.
Sociologue et enseignante à l’université de
Strasbourg ayant participé à de nombreuses
recherches sur les violences sexuelles, Alice
Debauche a épluché les archives du Collectif
féministe contre le viol (CFCV) de 1986
à 2006. Pour l’universitaire, «le coût financier
ne dissuade pas forcément les victimes en
amont, ce n’est pas l’obstacle auquel elles pensent en premier. Mais une fois qu’elles trouvent la force de lancer les démarches, les frais
financiers peuvent les amener à abandonner
la procédure». Car dans les affaires d’agressions sexuelles et de viols, d’autres coûts
viennent s’ajouter aux honoraires d’avocat:
consultations médicales, suivi psychologique, arrêts de travail et frais de déplacement
en cas de procès. La douloureuse au carré.
Exonération. Elles-mêmes sous pression
budgétaire, les associations ne peuvent faire
face à la recrudescence des demandes d’assistance financière des plaignantes. Reste
le recours à l’aide juridictionnelle. Depuis
la loi du 9 septembre 2002, les victimes de
viol peuvent en bénéficier sans condition de
ressources. En revanche, les victimes
d’agression sexuelle ne sont pas soumises
à cette exonération et le plafond de ressources pour avoir droit à l’aide juridictionnelle (AJ) est très bas. Pour bénéficier d’une
prise en charge totale en 2018, la moyenne
mensuelle des revenus du foyer en 2017 doit
être inférieure ou égale à 1017 euros. Et pour
obtenir une aide de l’Etat qui couvre entre
55% et 25% du montant des frais engagés,
le demandeur doit disposer de ressources
comprises entre 1 017 euros et 1 525 euros.
Le hic, c’est que de nombreux avocats ne
veulent pas entendre parler de dossiers rele-
vant de l’AJ: c’est plus de démarches administratives, une rémunération très faible et
versée a posteriori. En plus, instruction et
procès aux assises compris, un avocat touche en aide juridictionnelle quasiment le
double pour un homme mis en cause
que pour une victime de viol. En 2017,
l’assistance d’une partie civile culminait
à 1728 euros, contre 3200 pour un agresseur
présumé. Sans compter que les frais engagés
avant la demande d’aide juridictionnelle ne
sont pas remboursés. Or c’est souvent dans
les premiers rendez-vous que tout se joue,
pour préparer le dépôt d’une plainte la plus
solide possible. «Ce travail en amont est crucial et il prend du temps, explique l’avocate
spécialiste des violences sexuelles Lorraine
Questiaux. Là on peut vraiment dire que l’argent fait obstacle: l’aide juridictionnelle ne
joue pas et les victimes doivent débourser de
l’argent avant même de déposer plainte.»
«Entrave». Victime d’un viol en 2011, Hélène (1) se casse la tête pour financer sa démarche avant de franchir la porte d’un commissariat. Créer une cagnotte, un appel aux
dons, une association de soutien? Elle ne sait
pas encore. L’avocat qu’elle a trouvé ne lui a
pas encore facturé les premiers rendez-vous
de préparation. Mais il a déjà chiffré le coût
total de la procédure à environ 10000 euros.
«Je préfère savoir, je ne veux pas naviguer à
vue pendant l’instruction et le procès», souligne Hélène. Avocate et militante féministe,
Lorraine Questiaux raconte avoir «toujours
très peur de donner le prix d’une procédure
à une victime» lors de la prise de contact. «Je
sais que cela peut les amener à abandonner,
qu’il y a un très grand risque que je ne la revoie pas pour un deuxième rendez-vous. Du
coup on fait du pro bono», ajoute celle pour
qui l’argent est une «entrave exceptionnelle»
pour les femmes les plus précaires.
Quand la montagne financière est trop haute
à gravir, certaines victimes font le choix de
se rabattre sur une simple main courante,
parfois sur l’insistance des policiers qui mettent en avant une procédure longue et chère
en cas de plainte. Leur histoire ne débouchera pas sur un procès, mais elles l’ont
consignée devant un représentant de l’Etat,
s’autorisant en quelque sorte à tourner la
page. D’autres se disent qu’il vaut mieux accepter de voir son viol requalifié en agression
sexuelle car un procès aux assises durera
plus de temps que devant un tribunal correctionnel. Ce qui est à la fois faux et vrai. Selon
les chiffres du ministère de la Justice, les durées d’instruction pour un crime ou un délit
étaient quasiment égales en 2016: environ
deux ans et demi (28,2 mois contre
29,6 mois). C’est au niveau du procès que le
temps rallonge: contrairement aux tribunaux correctionnels, une cour d’assises n’est
pas une juridiction permanente. Elle se réunit généralement tous les trois mois pour
une quinzaine de jours, ce qui joue sur le calendrier. Du coup, «correctionnaliser» son
viol pour que ça aille plus vite, et donc que
cela coûte moins cher, Camille y pense déjà.
Mais, dit-elle, «cela veut dire que mon agresseur ne sera jamais jugé pour viol par la société et ça, c’est dur à encaisser».
LAURE BRETTON et SOIZIC ROUSSEAU
(1) Les prénoms ont été changés.
Un numéro vert
dans le rouge
La ligne de «Viols Femmes
Informations» a été appelée au
moins 8000 fois en 2017. A l’autre
bout du fil, une petite permanence
dans une tour du XIIIe, à Paris.
C’
est une petite pièce en apparence paisible, où l’on
entre sur la pointe des
pieds. Les voix, toutes féminines,
sont calmes, douces, apaisantes.
Malgré l’apparente quiétude, le téléphone, dans cet appartement logé
dans une tour du XIIIe arrondissement de Paris, connaît peu de répit:
un léger «bip» retentit à chaque
nouvel appel passé à «Viols Femmes
Informations». En 2017, la ligne a
bipé pas moins de 8000 fois. Tenu
par le Collectif féministe contre le
viol (CFCV), ce numéro vert, anonyme et gratuit (1), renvoie vers six
écoutantes employées par l’association. A chaque fois, le même rituel
s’impose: prendre le temps d’écouter, de conseiller, puis rédiger une fiche récapitulative, la plus précise
possible, pour éviter à la victime ou
à ses proches de devoir répéter des
détails douloureux en cas de nouvel
appel. En guise de code: un simple
prénom et un numéro de département. Ce jour-là, à l’heure du déjeuner, c’est une jeune femme en larmes qui se trouve au bout du fil: son
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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Océanerosemarie, Anne-Cécile Mailfert,
HollySiz, Laurence Arné, Valérie Bonneton,
Shirley Souagnon, Rebecca Zlotowski,
Valérie Donzelli, Joséphine de La Baume,
Karole Rocher, Sylvie Verheyde et MariePhilomène Nga. PHOTO FRÉDÉRIC STUCIN
amie âgée de 22 ans lui a récemment
confié avoir été victime d’un viol
sous la menace d’une arme blanche
il y a deux ans. La jeune appelante
voudrait l’aider, sans trop savoir
comment. «J’entends qu’il y a beaucoup d’émotion dans votre voix, et
c’est bien normal. Je suis avec vous»,
entame Lucie Sabau, chargée de
mission écoutante.
le verrou du secret. Et qu’on peut
l’aider, quand elle se sentira prête, à
son rythme. C’est notre métier, depuis plus de trente ans», déroule posément Lucie Sabau. Pendant une
vingtaine de minutes, et malgré le
standard agité, elle prendra le temps
de se focaliser sur cette histoire, et
celle-là seulement. «On ne peut pas
passer notre temps à nous désoler
sur les appels qu’on ne peut pas
«Verrou du secret». Face à elle, prendre», appuie-t-elle. Et cela vaut
au mur, sont punaisées une flopée mieux, car dans le sillage de l’affaire
de fiches pense-bêtes : carte de Weinstein, les mouvements #MeFrance, coordonnées d’autres asso- Too et #balancetonporc ont enciations, lois en matière de violen- traîné une hausse très nette du
ces sexuelles. Lucie Sanombre d’appels. Un
bau commence par
REPORTAGE phénomène également
présenter calmement
observé dans d’autres
le collectif et son fonctionnement, structures, comme l’Association
puis donne des outils à son interlo- européenne contre les violences faicutrice pour accompagner son tes aux femmes au travail (AVFT),
amie. «Il y a des phrases qui font tou- contrainte de fermer son standard
jours du bien, comme “je te crois”, ou téléphonique début février. «Nos
“quelles que soient les circonstances, permanences n’ont pas la même natu n’y es pour rien”», lui souffle-t- ture. Fermer le nôtre reviendrait à
elle. Et de poursuivre: «Il ne faut pas perdre notre raison d’être», analyse
hésiter à lui dire qu’elle a été extrê- Gabriela Bravo, coordinatrice admimement courageuse de faire sauter nistrative du CFCV. Mais il n’empê-
che: tous les appels ne peuvent être
pris en charge par le CFCV. «En octobre, ils étaient 37% plus nombreux
que le mois précédent, soit au total
400 appels environ», détaille Gabriela Bravo, pour qui «il y a des actualités qui réveillent beaucoup de
choses chez les victimes. C’était déjà
le cas pour l’affaire DSK.»
Enveloppe renégociée. Alors,
face à cet afflux de témoignages, le
collectif n’a d’autre choix que de
«bricoler», faute de budget suffisant
pour embaucher. En tout cas, pour
l’instant : principalement financé
par le secrétariat chargé de l’Egalité
entre les femmes et les hommes, à
hauteur de 312 500 euros, le CFCV
est actuellement en train de renégocier cette enveloppe pour les années
à venir. «Idéalement, on aimerait
pouvoir employer deux écoutantes
supplémentaires», espère modestement Gabriela Bravo. Soit une rallonge d’environ 48000 euros, après
dix ans d’un budget stable, malgré
l’augmentation constante d’activité.
«Il faut être en accord avec ce qu’on
«Il y a des phrases
qui font toujours
du bien, comme “je
te crois” ou “quelles
que soient les
circonstances, tu
n’y es pour rien”.»
Lucie Sabau
chargée de mission écoutante,
à l’amie d’une victime
veut: nous faisons des campagnes de
sensibilisation sur les violences faites aux femmes, le gouvernement
aussi… Soyons à la hauteur du courage des victimes», renchérit sa collègue. En attendant, le collectif
compte sur l’aide de bénévoles, notamment pour avancer dans les tâches administratives, compose avec
des «économies de bouts de ficelle».
«Diversifier les sources de financement, c’est le meilleur moyen de sécu-
riser la défense des droits des femmes», argue la coordinatrice
administrative. La Fondation des
femmes, la région Ile-de-France, ou
encore la mairie de Paris mettent
aussi la main au pot. Tout comme
les particuliers, qui peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt. Ce jour-là,
850 euros viennent d’être versés par
l’un d’entre eux, via la plateforme
Helloasso. De quoi financer l’accompagnement des victimes lors des
procédures judiciaires (déplacement et hébergement des bénévoles, repas, etc.), une autre casquette
du collectif. «Elles peuvent se sentir
assez isolées, notamment quand les
prévenus comparaissent libres, observe Lucie Sabau. Etre présentes
permet de faire barrière autour d’elles, de les aider à gérer leur angoisse.» Et pour cela, il suffit parfois
d’un «café solidaire»: une boisson
chaude, en groupe, soudées, à la machine à café du tribunal. Soit un don
de 5 à 10 euros.
VIRGINIE BALLET
(1) 0800 05 95 95, du lundi au vendredi,
de 10 heures à 19 heures.
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6 u
ÉVÉNEMENT
«
Libération Mercredi 28 Février 2018
«Aucune de nous ne mérite
de vivre dans la peur»
Première actrice à avoir accusé
Harvey Weinstein de l’avoir
violée, l’Américaine Rose
McGowan veut s’attaquer
partout dans le monde
à un système de pensée néfaste.
R
évélée dans les années 90 par le film
Scream, l’Américaine Rose McGowan
a été la première actrice, bien avant que
l’affaire Weinstein n’éclate, à révéler qu’elle
avait été violée par le producteur hollywoodien, sans le nommer dans un premier temps.
Elle vient de publier un livre, Brave, qui se
veut un manifeste pour aider les femmes à reprendre le contrôle de leur vie et de leur carrière. De passage à Paris, elle s’est adressée à
Sandra Muller, la créatrice de #balanceton-
porc, qui l’a orientée vers la Fondation des
femmes. C’est ainsi qu’elle s’est impliquée
dans la campagne «Maintenant on agit». Dans
le studio de prises de vues mis à la disposition
des actrices par Libé, elle va de l’une à l’autre,
cheveux ras, enveloppée dans un peignoir ironiquement siglé «Comme des garçons».
Vous imaginiez l’ampleur du mouvement
de libération de la parole des femmes ?
Cela fait des années que j’y pense, que je me
demande comment couper la tête du diable
[elle ne prononce jamais le nom de Weinstein,
ndlr]. Il y a un an, j’ai commencé à travailler
avec Ronan Farrow sur les articles dénonçant
le traitement des femmes à Hollywood. J’écrivais Brave en même temps, mais je voulais
que les articles sortent avant le livre, sinon
personne n’aurait compris mon message.
Aucune de nous ne mérite de vivre dans la
peur. Les femmes doivent savoir que leur voix
compte. Durant ces années où je réfléchissais
à ce qui m’était arrivé, je me disais que si je
pouvais augmenter la prise de conscience des
femmes, ne serait-ce que de 10%, j’aurais rempli mon objectif. Je suis une #MeToo, je ne suis
pas #MeToo. #MeToo est chacune d’entre
nous, dans un club où nous n’avons pas mérité
de figurer. J’ai déclaré la guerre à un système
de pensée qui fait beaucoup de mal au monde.
Qu’avez-vous pensé de cette tribune qui
a fait polémique, signée par cent femmes,
dont Catherine Deneuve ?
Que les femmes peuvent subir le même lavage
de cerveau que les hommes. Si elles regardaient leur vie et réalisaient à quel point elles
ont été utilisées et abusées, elles deviendraient
dingues. Ces femmes-là ont peur de la réalité.
Mon but est justement de changer la façon de
penser des plus âgées. Les jeunes sont acquises
à la lutte contre les agressions. Si je pouvais
pousser leurs aînées à se regrouper… Mais je
ne désespère pas, des femmes de 85 ans ont
posté des photos d’elles avec mon livre!
Vous allez rencontrer des femmes ou des
hommes politiques en France ?
Je veux parler à Emmanuel Macron. Je voudrais qu’avec sa merveilleuse femme, ils s’investissent sur ces sujets, qu’ils fassent avancer
cette cause. Macron doit protéger sa population, qui paie des impôts pour l’être! Ce serait
une marque de grandeur et cela lui permettrait de laisser une trace forte dans l’histoire.
Il faut qu’il pousse la justice à bouger. Je ne
m’adresserai pas à lui avec colère, je serai
constructive. Je veux qu’il soit formidable, pas
seulement bon.
Et Trump ? Vous en attendez quoi ?
Je pense que la bravoure, le courage sont de
très grandes qualités, c’est le message que je
veux porter un peu partout, et l’Amérique
de Trump ne peut plus en faire preuve. C’est
pourquoi j’ai quitté les Etats-Unis, j’hésite encore à m’installer à Paris ou Berlin. Les EtatsUnis sont dans une spirale négative, bien trop
dangereuse.
Recueilli par
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
«
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 7
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#MeToo:
«Il faut désexualiser
la séquence pour
la politiser»
La porte-parole du
nouveau collectif 5050
pour 2020, Bérénice
Vincent, estime
que le cinéma français
doit s’organiser autour
de mesures concrètes
en faveur de l’égalité.
mie. Elle montre par exemple que
sur les 42 éditions de la cérémonie, pour les catégories non
genrées, 81% des nommés étaient
des hommes. Pour le césar du
meilleur film, seuls 13 % des
producteurs en lice sont des productrices. Pour le césar de la
meilleure réalisation, 10 % des
nommés sont des femmes. Et
xportatrice de films et co- l’APC – l’association qui régit
fondatrice de l’association l’Académie –, compte seuleféministe le Deuxième Re- ment 20 % de femmes parmi ses
gard, Bérénice Vincent est porte- membres. Les disparités salaparole du nouveau collectif mixte riales sont tout aussi criantes :
5050 pour 2020 qui milite pour la excepté les postes de scriptes et
parité, l’égalité et la diversité dans de cascadeuses, tous les autres
le cinéma français. Rassemblant métiers connaissent des écarts
déjà près de 300 professionnels salariaux, le plus grand étant cede l’industrie représentant toute lui entre les réalisateurs et les réala chaîne, parmi lesquels Robin lisatrices (- 42 %). Ces inégalités
Campillo, Céline Sciamma, Jac- s’expliquent par le fait que les
ques Audiard, Virginie Despentes, femmes ont des budgets inféRebecca Zlotowski, Houda Benya- rieurs à ceux des hommes: -36%
mina ou Virginie Efira, l’initiative en moyenne sur les dix dernières
se veut concrète et politique.
années. Cette bataille des chiffres
Comment est né ce collectif ?
est primordiale pour agir sur les
Malgré l’onde de choc #MeToo, le représentations et créer une véricinéma français n’a pas vraiment table expertise sur le sujet, sans
été ébranlé par l’affaire Weinstein, laquelle aucun débat sérieux n’est
et rien de concret n’en est sorti. Il possible. On ne peut pas analyy a eu une prise de
ser les violences
conscience des inésexuelles indépengalités, mais les atdamment de la rétentes sont fortes
partition du pouvoir,
pour aller plus loin et
ce sont des dynamijoindre les actes aux
ques croisées. Il faut
discours. Des rendésexualiser la sécontres ont été iniquence pour la potiées à travers diffélitiser et élargir la
rents cercles que
réflexion.
INTERVIEW Quelles initiatives
nous avons fait grandir en fédérant tous
allez-vous porter?
les secteurs de la profession, aussi Plusieurs pistes sont à l’étude.
bien dans la création que dans Dans les prochains mois, le débat
l’industrie. L’idée est de s’emparer va s’organiser autour d’ateliers
de ce moment de manière positive rassemblant des professionnels
pour structurer la réflexion autour du secteur afin d’identifier les ende la question des inégalités et de jeux, poser un diagnostic clair et
la répartition du pouvoir. Nous proposer des solutions concrètes.
fonctionnons comme un «action Nous mènerons de nouvelles
tank», dont l’objectif est de créer études chiffrées spécifiques au cides outils de pensée, mais aussi de néma afin d’accélérer la prise de
faire pression sur les institutions conscience, et nous réfléchissons
publiques et le secteur privé afin à une charte de l’égalité et de la dide modifier structurellement les versité à appliquer sur nos tourchoses. Cette volonté dépasse la nages. Nous ne sommes pas du
simple sphère du militantisme, côté de la stigmatisation ou de la
elle vise la profession dans son sanction, mais dans une logique
ensemble et a vocation à durer, de challenge. Tout le monde doit
pas seulement à s’inscrire dans un être concerné, les institutions pumoment.
bliques, mais aussi les festivals,
Concrètement, sur quoi basez- les jurys, les écoles de cinéma, les
vous votre action ?
chaînes de télévision. Le changeD’abord sur des chiffres. Nous ve- ment passe par une véritable éganons de mettre en ligne un site lité salariale dans toute la chaîne
[www.5050x2020.fr, ndlr] destiné de production, qui amènera une
à analyser toutes les données modification profonde des reprédisponibles sur le cinéma fran- sentations. Et toutes celles et ceux
çais, afin de favoriser la prise de qui veulent se fédérer autour de ce
conscience collective et de quan- moment de rupture optimiste
tifier les évolutions. A la veille des sont invités à nous rejoindre.
césars, une première étude est
Recueilli par
publiée sur les chiffres de l’AcadéEMMANUEL FANSTEN
De gauche à droite : Claire Bodechon, Clémence Poésy (en bas),
Shanti Masud (en haut), Stéphanie Bataille, Maria Larrea,
Charlotte Gaccio, Séverine Ferrer, Maëlle Poésy, Coralie Russier
(en bas), Chloé Astor, Agnès Hurstel, Charlotte Gabris,
Delphine Meillet, Rachel Kahn, Barka Hjij, Alka Balbir,
Stéphanie Carreras. PHOTO FRÉDÉRIC STUCIN
Césars: silence, on récompense
Si des appels sont lancés au sein
du cinéma français contre les
violences sexuelles, aucune figure
n’a été mise en accusation à ce jour.
O
n n’y était pas, mais on nous souffle que ça s’est
peu ou prou passé comme ça: à quelques semaines de la soirée des césars qui se tiendra
vendredi à la salle Pleyel à Paris, une réunion interne
au diffuseur historique de la cérémonie, Canal+, sortait
soudain de sa torpeur routinière quand l’une des huiles
de la chaîne fut percutée par cette hypothèse cernée
de peur panique contagieuse: et si l’une des intervenantes venait gâcher la fête, «balançant son porc» en
direct et devant des millions de téléspectateurs plus
ou moins cinéphiles s’étranglant dans leurs chips? Le
risque existe, comme celui d’une invasion intempestive d’intermittents pouvait planer sur les cérémonies
passées, et suscite l’élaboration de scénarios de crise
et de parades de réalisation afin de conserver «la maîtrise de l’antenne» exigée de la chaîne par le CSA. Mais
comment? Il y aurait donc des «porcs» à balancer dans
le cinéma français? Pourtant, depuis l’affaire Weinstein
et ses déflagrations d’un scandale systémique, organisant les chutes en cascade de personnalités outre-Atlantique, les rangs sont demeurés serrés en France, si
bien qu’aucun nom d’acteur, réalisateur, ou producteur
abusif n’aura été dénoncé. Postulons donc que: soit le
cinéma français est véritablement le secteur le plus vertueux, égalitaire et clean de la galaxie (rires enregistrés), soit la presse ne fait pas son travail (comment
osez-vous?), soit l’industrie d’ici, en biotope autarcique
et limite aristo, rétive à faire preuve de transparence
sur ses rouages les moins honorables, s’autorégule dans
le sens d’une omerta bien tempérée, laissant aux journalistes le soin de fouiller le panier à linge sale.
Sans pour autant citer de nom et concrétiser les pires
cauchemars du sympathique garant de la chouette
ambiance Manu Payet, il y aura certainement un quart
d’heure #MeToo ménagé vendredi soir dans le
conducteur interminable de l’émission, bien encadré
et censé canaliser les velléités vindicatives. Mais
attention aux ralliés de la dernière heure prévoyant
d’en profiter pour se racheter une conduite: aux EtatsUnis, ils sont quelques-uns à avoir exagérément exhibé
leurs accès de bonne conscience sur tapis rouge, pour
se trouver aussitôt mis en accusation à leur tour.
JULIEN GESTER et DIDIER PÉRON
DR
E
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8 u
MONDE
Libération Mercredi 28 Février 2018
NAPLES
«Comme si
nous sortions
d’une guerre»
ÉRIC JOZSEF
Envoyé spécial à Naples
Photos ROBERTO SALOMONE
I
ls s’apprêtent à quitter Naples. Alessandro
part au Portugal pour terminer ses études
de psychologie et compte s’y installer
définitivement. Marco, petites lunettes et boucle d’oreille, pense s’envoler pour Londres. Angela, cheveux courts et blouson de cuir, est de
passage pour boire un pot avec ses amis piazza
Bellini, dans le cœur historique de la ville,
mais elle travaille déjà depuis plusieurs années
à Tenerife. Ils ont entre 21 et 35 ans et n’envisagent leur futur que loin d’une ville qu’ils chérissent pourtant avec passion. «Naples est sublime mais je n’ai plus de perspectives d’avenir
ici», tranche Angela. Comme elle, ce sont des
dizaines de milliers d’Italiens méridionaux
(100000 selon les statistiques) qui émigrent
chaque année, principalement à l’étranger.
Et il ne s’agit plus seulement, comme aprèsguerre, de travailleurs fournissant de la
main-d’œuvre bon marché dans les usines
du Nord. Ce sont ceux qui ont le plus de
possibilités de trouver un emploi qui partent.
«Dans les cinq dernières années, environ
r
Me anée
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dite
Mé
Par
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ni er
en
ne
REPORTAGE
les diplômés qui partaient et puis les étudiants
ont, eux aussi, commencé à faire leurs valises.
A présent, on voit des familles envoyer leurs enfants dans le Nord dès le lycée.»
Le vieillissement de la population est le pendant de cette émigration. En 2030, le sud de
l’Italie sera ainsi la zone la plus âgée du pays.
Déjà, dans les rues de Naples, les enfants sont
plus rares qu’autrefois, de même que les adolescents déboulant à Vespa dans les quartiers
populaires. «Le taux de nata«PRESSION FISCALE»
lité s’est écroulé, il est plus
ALL.
Car si la crise économique et
bas que dans le Nord et,
AUT.
SE
financière de 2008 a frappé
faute de travail, la plupart
IS
SU
l’Italie en profondeur, elle
des immigrés ne s’arrêtent
CR
OA BO
a touché principalement
pas
dans le Sud», constate
S
ITALIE M TIE NI
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er
les zones les plus fragiles,
Adriano Giannola, présiAd
ria
à savoir le Mezzogiorno.
dent de Svimez, l’associatiq
ue
Rome
Naples
Et cela alors que dans la
tion pour le développeALB.
campagne électorale pour
ment industriel du
MEZZOGIORNO
les législatives qui se tienMezzogiorno.
«On va se
Mer
Tyrrhénienne
dront dimanche, ce que l’on
trouver face à une populaappelait autrefois «la question
tion vieillissante qui devra être
SICILE
100 km
méridionale» et les politiques à
prise en charge. Le Mezzogiorno
mettre en œuvre pour réduire l’écart
va être encore plus dépendant de la
historique entre le nord et le sud du pays
solidarité du Nord. C’est un problème énorme
sont pratiquement absents du débat. Pourtant, car les régions septentrionales acceptent de
cette partie de la Botte qui représente environ moins en moins la pression fiscale et les transun tiers de la population vit une terrible muta- ferts vers le Sud. A terme, le système risque
tion depuis quelques années. «Le sud du pays de ne pas tenir.»
est en train de se vider, et le symbole, c’est Na- L’écart entre les deux Italie n’a cessé de s’acples. Pour la première fois, la ville est passée croître depuis la crise. «C’est comme si nous
sous le million d’habitants», constate Marco sortions d’une guerre, juge l’ancien maire
Demarco, ancien directeur du Corriere del (de gauche) de Naples, Antonio Bassolino. La
Mezzogiorno. Et d’ajouter: «Au début, c’étaient crise a accentué tant les inégalités sociales que
FRANCE
Budgets asséchés, faibles salaires,
émigration des étudiants… Entre le sud
et le nord de l’Italie, les écarts se creusent.
Une situation qui pourrait favoriser, dans
le Mezzogiorno, le Mouvement Cinq
Etoiles aux élections législatives
de dimanche.
200000 diplômés de l’université ont émigré»,
déplore le recteur de la prestigieuse université
napolitaine Federico-II, Gaetano Manfredi.
«Au moins dix de mes camarades sont à
l’étranger aujourd’hui, calcule Alessandro. Je
pense en particulier à une amie qui était la
meilleure étudiante de la faculté de lettres. Sa
famille n’avait plus d’argent pour l’envoyer à
l’université, alors elle est partie trouver un job
en Angleterre.»
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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Dans le quartier de la
Sanità, mardi à Naples.
riés, a perdu 7000 fonctionnaires. Le remplacement des départs est quasiment interdit.
«L’âge moyen des employés est de 61 ans,
63 ans et demi pour le personnel chargé des
égouts, détaille le maire. Entre conseillers municipaux de la troisième ville d’Italie, on se cotise pour acheter de l’encre pour les photocopieuses ou du papier hygiénique. Le seul
élément positif, c’est que cette situation de
crise a entraîné des initiatives associatives.
Les gens s’entraident. Dans le quartier de la
Sanità, par exemple, des médecins volontaires
assurent des visites gratuites.»
Les jeunes de cette zone à haute densité camorriste se sont aussi organisés autour du
prêtre-ouvrier Antonio Loffredo pour restaurer les catacombes de la majestueuse église
San Gaudioso et participer ainsi au boom touristique de Naples, qui permet à la ville de respirer un peu. Quant à l’orchestre des jeunes
de la Fondation San Gennaro, il arrache les
adolescents à la délinquance dont témoignent
les impacts de balles dans les vitrines des boutiques adjacentes. Depuis des mois, Naples est
notamment victime de «baby gangs» qui terrorisent les passants. «C’est l’illustration qu’à
Naples, il n’y a plus vraiment de pouvoirs. Plus
personne ne commande, et pas seulement au
niveau politique. Les baby gangs naissent
du vide laissé par la Camorra, victime d’un
énorme turn-over : environ dix à vingt nouveaux clans apparaissent chaque année», analyse le journaliste Marco Demarco, qui
s’inquiète d’un renoncement plus général :
«La situation est devenue si dramatique que
certains regrettent la période des Bourbons,
c’est-à-dire avant l’unité italienne, avec aussi
l’idée que l’écart entre le Nord et le Sud ne sera
plus jamais comblé et qu’il vaut donc mieux
profiter de la vie au jour le jour.»
populaires du vieux quartier de la Sanità. Sa
nièce Anna, vernis à ongles vert et bracelets
dorés, ne travaille pas et n’étudie plus : «De
toute façon, il n’y a pas de boulot.» «J’ai travaillé pendant trente-cinq ans dans une entreprise de signalisation et, maintenant, je
touche 900 euros de retraite par mois, poursuit Cirio. Et c’est de plus en plus dur. On nous
coupe les services. Malgré nos protestations,
ils ont fermé le San Gennaro, l’hôpital du
quartier, il y a un an et demi.»
«BABY GANGS»
La crise a été d’autant plus fatale pour la municipalité de Naples que celle-ci est endettée
depuis des décennies. Le gouvernement a
exigé des coupes radicales pour toutes les
collectivités locales, avec de lourdes conséquences. Près de 75 % des communes du
Mezzogiorno sont aujourd’hui au bord de la
faillite ou déclarées en faillite.
Les caisses de la cité parthénopéenne ont, elles, été bloquées. «Mon budget a été divisé par
six en dix ans», souligne Ivo Poggiani, le jeune
maire (gauche radicale) du IIIe arrondissement de Naples qui englobe notamment les
30 000 habitants du quartier de la Sanità.
«Nous sommes au bout du rouleau. Sans mesure exceptionnelle, nous ne pourrons pas sortir de l’impasse. Nous avons coupé partout,
dans les dépenses pour l’entretien des rues,
nous avons dû fermer des crèches, réduire
l’aide aux handicapés…»
En sept ans, la mairie de Naples, qui était le
plus gros employeur au Sud avec 15000 sala-
DÉPRÉDATION
D’où la movida napolitaine bien réelle dans
le centre historique. «L’actuel gouvernement
a promis 1,5 milliard d’investissements dans
le Sud. C’est essentiel, l’Italie ne peut pas redémarrer si l’une de ses deux jambes boite», note
le syndicaliste Walter Schiavella, qui veut
croire à la possibilité de relancer le Mezzogiorno. A Naples notamment, où Apple et
Cisco ont récemment décidé d’implanter
Ivo Poggiani maire (gauche radicale)
du IIIe arrondissement de Naples
deux centres d’études. «Ils ont reconnu notre
qualité de formation, mais l’étape suivante,
c’est d’accueillir des unités productives pour
ne pas laisser filer les talents», insiste le recteur Manfredi. «On constate une reprise économique dans le Mezzogiorno au cours des derniers mois, se félicite le président du patronat
local, Ambrogio Prezioso. Mais il nous manque encore 200 000 emplois pour revenir au
niveau d’avant la crise.»
Au rythme de croissance des deux dernières
années, l’écart entre le Nord et Sud ne sera
comblé qu’en 2143. Un horizon trop lointain
pour nombre de méridionaux, notamment
parmi les jeunes, qui pourraient, selon les derniers sondages, plébisciter dimanche le Mouvement Cinq Etoiles. «Il est clair que notre
proposition de revenu de citoyenneté a plus
d’attrait dans le Sud», admet le Napolitain Roberto Fico, l’une des figures de proue du parti,
qui explique le retard du Mezzogiorno par une
sorte de déprédation à l’actif du Nord: «Il y a
eu de la part d’un bloc social la volonté de concentrer l’activité économique au Nord. Le
Banco di Napoli a par exemple été bradé
au Sanpaolo de Turin.» Un discours qui fait
mouche auprès des jeunes de la piazza Bellini,
qui ne cachent pas leur sympathie pour le
Mouvement Cinq Etoiles, notamment parce
que ses principaux dirigeants, de Roberto Fico
à Luigi Di Maio, sont… des méridionaux. •
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Photo non contractuelle
territoriales.» Entre 2008 et 2014, le centrenord de la péninsule a subi une chute du PIB
de 7,2%, près du double dans le Mezzogiorno.
A présent, un Napolitain gagne en moyenne
14 000 euros par an, contre 37 000 pour un
habitant de Bolzano (Haut-Adige). «Nous retrouvons les écarts de revenus des années 50»,
analyse Adriano Giannola. Le président de
Svimez rappelle qu’en réalité, c’est depuis le
début des années 90 que l’écart entre les deux
pôles –qui se réduisait depuis l’après-guerre,
notamment grâce à une politique d’industrialisation volontariste– a recommencé à se creuser: «En 1992, à la suite d’une première crise
financière, le Trésor italien a coupé le robinet
du crédit. Dans le Sud, 15000 entreprises ont
fait faillite, ainsi que le Banco di Napoli, qui
était le grand établissement du Mezzogiorno.
La crise de 2008 a été dramatique pour tout le
pays, mais pour le Sud les coupes dans les investissements publics ont été catastrophiques.»
Avec de multiples répercussions sociales :
«Dans le Mezzogiorno, le chômage touche environ 20 % de la population active et près
d’un jeune sur deux», indique Walter Schiavella, représentant local du syndicat CGIL.
Quatre millions de personnes vivent sous le
seuil de pauvreté. «Dans les banlieues de Naples, environ 20% des enfants sèchent l’école»,
constate le recteur Gaetano Manfredi. Quant
à l’espérance de vie d’un Napolitain, elle est
de quatre ans inférieure à celle d’un Florentin. «Aujourd’hui, beaucoup de gens renoncent à se soigner», assure Cirio, venu en famille chez Oliva, l’une des pizzerias
«L’âge moyen
des employés de la
mairie est de 61 ans. […]
Entre conseillers
municipaux de la
troisième ville d’Italie,
on doit se cotiser pour
acheter de l’encre pour
les photocopieuses ou
du papier hygiénique.»
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MONDE
Libération Mercredi 28 Février 2018
LIBÉ.FR
Sous le désert d’Atacama, l’espoir
de la vie sur Mars Il ne pleut qu’une fois par
décennie dans le désert d’Atacama, entre le
Chili et le Pérou, mais de minuscules bactéries et micro-organismes parviennent à y survivre, laissant entrevoir la possibilité de
découvrir des formes de vie similaires sur Mars. Une équipe de
chercheurs a identifié plusieurs types de vie microbienne qui ont
sommeillé pendant des années avant de se réactiver pour se
reproduire une fois la pluie tombée. PHOTO AP
res vendues par les Eglises à
des sociétés immobilières
privées. Pour les autorités religieuses, ce projet «rendrait
possible l’expropriation [de
leurs terres]». En coulisse, elles craignent surtout que la
mesure dissuade les potentiels acheteurs dont elles dépendent pour régler leurs
problèmes de trésorerie.
«Discriminatoire». Ces
Devant l’entrée du Saint-Sépulcre, qui abrite le tombeau du Christ, à Jérusalem, lundi. PHOTO THOMAS COEX. AFP
Nétanyahou cède devant les portes
closes du Saint-Sépulcre
Le Premier ministre
israélien a
suspendu mardi
les nouvelles taxes
locales ayant
conduit les Eglises
à fermer depuis
dimanche le lieu
le plus saint du
christianisme,
à Jérusalem.
Par
GUILLAUME
GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
A
Jérusalem, les Eglises
ont gagné la première
manche. Mardi, quarante-huit heures après la
fermeture des lourdes portes
du Saint-Sépulcre en protestation contre les initiatives
fiscales et législatives israé-
liennes, le Premier ministre,
Benyamin Nétanyahou, et le
maire de Jérusalem, Nir Barkat, ont cédé. Au moins temporairement. Nétanyahou a
annoncé le gel immédiat du
prélèvement des taxes sur
les biens «non cultuels» des
Eglises, ainsi que la mise en
place d’un comité ministériel
pour trouver une issue à la
crise. Il y avait urgence. En
décidant dimanche d’interdire jusqu’à nouvel ordre l’accès à la basilique où, selon la
tradition, le Christ fut inhumé avant sa résurrection,
les treize Eglises de Terre
sainte avaient pris une mesure drastique et rarissime. A
l’entrée du Saint-Sépulcre,
une affiche avait été déployée: «Trop c’est trop. Stop
à la persécution des Eglises.»
C’est le patriarche grec orthodoxe, Théophile III, encadré
de son homologue apostolique arménien, Nourhan Ma-
nougian, et du custode de
Terre sainte, le catholique
franciscain Francesco Patton, qui a énoncé les raisons
du courroux des chrétiens
envers les autorités. En
premier lieu, les ecclésiastiques s’indignent des impôts
municipaux, l’arnona, que
veut leur imposer rétroactivement le maire, Nir Barkat,
affilié au Likoud (droite), le
parti de Nétanyahou.
Statu quo. Jamais, que ce
soit sous l’Empire ottoman,
le mandat britannique ou le
régime jordanien, les Eglises
n’ont été soumises à de tels
prélèvements, insistent les
religieux. La mairie répond
qu’elle entend taxer uniquement les propriétés non cultuelles (hospices, magasins
de souvenirs, auberges, écoles…) du patrimoine mirifique des Eglises, et notamment celui du patriarcat
grec orthodoxe, devenu, à y prélever sa taxe, à hauteur
après 1948, le deuxième plus de 20 millions de shekels
gros propriétaire terrien d’Is- (4,65 millions d’euros). Barraël. La Knesset, par exem- kat estime que les habitants
ple, a été construite sur un de Jérusalem – dont seuleterrain loué au patriarcat.
ment un tiers a des revenus
Le 4 février, par communi- suffisants pour contribuer à
qué, la mairie a ainsi réclamé l’impôt– ne peuvent suppor152 millions
ter seuls la dette
d’euros d’arriéVU D’ISRAËL de la ville. Les
rés de paiement
prélats alertent
pour les sept dernières an- sur les conséquences sociales
nées. «Pendant des siècles, d’un tel bouleversement, rapl’Eglise a été exemptée d’im- pelant qu’à Jérusalem les
pôts sur le principe tacite centaines d’institutions chréqu’elle pourvoit aux services tiennes emploient 70 % des
sociaux que la ville ne peut Arabes chrétiens de la ville et
couvrir, argumente Farid Ju- offrent des centaines de logebran, conseiller juridique des ment à des familles chrétienfranciscains. Soudainement, nes défavorisées.
les Israéliens mettent fin au L’autre cause de l’ire des préstatu quo. On peut négocier lats est un projet de loi
des aménagements, mais ce poussé à la Knesset par la déne sont pas des manières de putée Rachel Azaria, du parti
faire !» Dans la foulée, le Koulanou (centre droit, dans
maire a ordonné le gel des la coalition au pouvoir). Ce
comptes bancaires de certai- texte entend autoriser la
nes Eglises pour commencer préemption par l’Etat des ter-
dernières années, le patriarcat orthodoxe grec s’est renfloué en vendant une cinquantaine d’hectares de
terrain à Jérusalem-Ouest et
des propriétés dans la Vieille
Ville, dans des conditions
controversées. Ces ventes ont
provoqué la colère des Palestiniens qui craignent de voir
des Juifs s’installer dans les
quartiers chrétiens de la
Vieille Ville. Rachel Azaria
assure vouloir seulement
protéger les habitants face au
risque de spéculation et d’expulsion. Les Eglises dénoncent un projet «discriminatoire». «Pourquoi les Eglises
chrétiennes seraient-elles les
seules à avoir des limitations
sur la façon dont elles gèrent
leur patrimoine ?» s’indigne
Farid Jubran.
Pour les autorités palestiniennes, ces mesures s’inscrivent dans un projet plus
large de «judéisation» de la
partie est de Jérusalem, que
les Israéliens rêvent «indivisible». Une crainte renforcée
depuis la reconnaissance de
la ville «trois fois sainte»
comme capitale de l’Etat hébreu par les Américains.
Lundi, Nir Barkat semblait ne
rien vouloir lâcher: «La dette
s’est accumulée sur des années. S’ils ne sont pas contents, l’Eglise n’a qu’à nous
traîner en justice.» Après la
trêve annoncée par le Premier ministre, et alors que les
chrétiens de Vieille Ville célébraient leur victoire sur le
parvis, il s’est dit déterminé à
«faire régler les dettes passées
et les futurs paiements d’impôts municipaux, conformément à la loi, au nom des résidents de Jérusalem». Selon les
médias israéliens, le ministère des Affaires étrangères
aurait désavoué sa brutalité,
sensible à l’écho international propagée par les images
des pèlerins éplorés, le visage
collé aux portes fermées.
Pour de nombreux croyants,
la visite du Saint-Sépulcre est
le voyage d’une vie. •
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LIBÉ.FR
u 11
La pêche européenne interdite
dans les eaux du Sahara-Occidental
C’est la conclusion d’un match juridique
entamé il y a des années. La Cour de justice de l’Union européenne a tranché : l’accord de pêche signé entre l’Europe et
le Maroc il y a plus de dix ans, qui prévoit un abaissement des
barrières douanières sur les poissons marocains ainsi que des
possibilités de pêche pour les navires européens, ne s’applique
pas aux poissons sahraouis. PHOTO AFP
Argentine L’avortement sans conditions
bientôt en débat au Parlement
Un feu vert inattendu. Le président conservateur-libéral argentin, Mauricio Macri, qui a déclaré à maintes reprises son opposition à l’IVG, a créé la surprise lundi en autorisant un débat
parlementaire sur un texte de loi d’une coalition d’associations
visant à légaliser l’IVG sans conditions. A l’heure actuelle,
l’avortement n’est autorisé en Argentine qu’en cas de viol ou
de risque pour la santé de la mère. Or, selon la Campagne nationale pour le droit à l’avortement sûr, légal et gratuit, une centaine de femmes meurent chaque année d’IVG clandestines,
auxquelles ont recours au moins 500000 d’entre elles par an.
Arabie Saoudite Le roi fait tomber les
têtes de l’armée après l’échec au Yémen
Le roi d’Arabie Saoudite a remplacé les chefs de l’armée de l’air
et de l’armée de terre, ainsi que des fonctionnaires civils, dont
plusieurs sous-ministres, via une série de décrets royaux pris
lundi soir. Aucune explication officielle n’a été donnée à ces
changements, qui surviennent alors que le royaume intervient
militairement au Yémen depuis près de trois ans aux côtés des
forces gouvernementales contre les rebelles houthis soutenus
par l’Iran. Et au lendemain de l’annonce d’une «bavure» de
l’aviation saoudienne qui aurait bombardé par erreur une base
de l’armée yéménite, son alliée, tuant au moins six personnes.
Egypte Six mois ferme pour une blague
Un tribunal du Caire a condamné mardi la chanteuse de pop
égyptienne Sherine Abdel Wahab à six mois de prison pour
avoir plaisanté sur la qualité de l’eau du Nil. L’artiste à succès,
qui avait suggéré sur les réseaux sociaux que s’en abreuver
pouvait donner des vers, est accusée d’avoir «diffusé de fausses
informations» et «troublé l’ordre public». Le fleuve, seul cours
d’eau permanent du pays, est un sujet sensible en Egypte, où
l’on craint que la construction du grand barrage d’Ethiopie
ne menace les ressources hydriques. La chanteuse a fait appel
de sa décision. Elle restera libre jusqu’à ce que son recours soit
examiné, mais le syndicat des musiciens a fait savoir qu’il lui
interdirait de se produire sur scène dans le pays.
En Syrie, les combats
reprennent malgré la trêve
Même s’ils ont nettement diminué d’intensité, les bombardements du régime syrien sur la Ghouta orientale
assiégée se sont poursuivis
mardi, tandis que des tirs rebelles étaient signalés dans
les quartiers de Damas. Un
enfant a été tué selon l’Observatoire syrien des droits
de l’homme (OSDH). Au total selon l’OSDH, le régime
syrien a lancé neuf frappes
sur la Ghouta, dont six obus
d’artillerie, deux barils d’explosifs et un raid aérien. Et
ce, seulement trois jours
après le vote unanime du
cessez-le-feu, âprement négocié au Conseil de sécurité,
et dont les conditions continuent d’être discutées.
Prévue «sans délai» et sur la
totalité du territoire syrien,
selon la résolution onusienne, la trêve est unilatéralement redéfinie depuis
lundi par Moscou. «Sur ordre du président russe et
dans le but d’éviter les pertes
parmi les civils de la Ghouta
orientale, une trêve humanitaire quotidienne sera instaurée à partir du 27 février
de 9 heures à 14 heures», a
déclaré le ministre de la Défense russe. Mardi, le
La Ghouta vue de Damas, mardi. PHOTO AFP
Kremlin a lié l’avenir de la
trêve humanitaire quotidienne de cinq heures annoncée par Vladimir Poutine à l’attitude des rebelles
accusés de «provocations»:
des roquettes auraient été tirées mardi sur Damas depuis leur enclave.
Le chef de la diplomatie
russe, Sergueï Lavrov, a indiqué qu’il fallait «vérifier
dans la pratique à quel point
les assurances des groupes
armés quant au respect de la
résolution de l’ONU correspondent à leurs intentions».
Il s’exprimait lors d’une conférence de presse commune
avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian, en
Pour RSF, le meurtre d’un journaliste
slovaque «vient couronner une série noire»
Jan Kuciak, un journaliste
slovaque de 27 ans qui enquêtait sur des affaires de
corruption, et sa compagne
ont été retrouvés assassinés,
dimanche. L’éclairage de
Pauline Adès-Mével, responsable de la zone UE-Balkans à Reporters sans frontières (RSF).
Comment réagissez-vous
à ce meurtre ?
Même si la thèse d’une commande de la mafia italienne
paraît privilégiée, nous restons très prudents sur les
causes de cet assassinat. Il
est cependant une nouvelle
preuve que le journalisme
d’investigation est terriblement menacé en Slovaquie.
Plus globalement, il témoi-
gne des difficultés croissantes de toute une génération
de jeunes journalistes indépendants du pouvoir [Aktuality.sk, pour lequel travaillait
Jan Kuciak, est détenu par
des capitaux suisses et allemands, ndlr] qui enquêtent,
contre vents et marées, sur
les réseaux mafieux internationaux.
Quelles sont les menaces
en Slovaquie ?
En l’absence d’institutions
solides pour les protéger, les
journalistes sont exposés à
toutes sortes d’intimidations
et de pressions, et de plus en
plus malmenés. En promulguant un nouveau «Press
Act» en 2007, le gouvernement a instauré par exemple
un droit de réponse automatique pour toute personne
qui s’estimerait diffamée ou
insultée. Les peines peuvent
aller jusqu’à huit ans de prison. L’autre menace, plus
grave encore, est l’extrême
concentration des médias.
Depuis une dizaine d’années, avec la complicité du
pouvoir, des grands industriels rachètent les journaux
slovaques en contournant la
loi. Puis bâillonnent les journalistes, encouragent l’autocensure, bannissent certains
thèmes, et surtout coupent
les moyens de l’investigation, leur bête noire.
Cette dégradation est-elle
limitée à la Slovaquie ?
Pas du tout. Il y a eu l’assas-
sinat à Malte d’une journaliste en octobre, les multiples violations de la liberté
de la presse en Pologne, les
menaces de mort contre des
journalistes en Bulgarie, la
situation épouvantable en
Hongrie… Cet assassinat
vient couronner une série
noire qui signe un déclin des
démocraties en Europe. Cela
fait plusieurs décennies
qu’on n’avait pas vu ça.
Même en France cette dégradation se fait sentir: violences policières à l’encontre
des journalistes, concentration oligarchique des médias, stigmatisation par certains politiciens etc.
Recueilli par
EMILE BOUTELIER
visite à Moscou. Le ministre
français des Affaires étrangères a estimé de son côté
que les cinq heures quotidiennes de trêve, «ce n’est
pas assez». «Il faut profiter
de cette trêve pour reprendre
le dialogue sous l’égide des
Nations unies», a-t-il ajouté.
La diplomatie française, qui
s’active depuis une dizaine
de jours sur la dernière crise
syrienne, veut croire à une
évolution des positions de la
Russie qui n’a pas mis son
veto à la résolution de
l’ONU. Mais «le régime de
Damas ne veut rien entendre, même pas des Russes»,
assure-t-on à Paris, où l’on
note que «les Russes ne re-
connaissent pas participer
aux bombardements» de la
Ghouta. Les indices éventuels d’une distanciation entre Moscou et son allié de
Damas sont guettés au plus
près alors que la Russie
s’emploie à défendre le régime syrien et à accuser les
groupes rebelles de la reprise des violences.
Pendant ce temps, les organisations humanitaires
(ONU et Comité international de la Croix-Rouge en
tête) attendent l’aide et des
conditions de sécurité leur
permettant d’intervenir
dans la Ghouta orientale.
Refusant de se prononcer
sur la proposition russe, le
porte-parole de l’aide humanitaire de l’ONU, Jens Laerke, a appelé toutes les
parties à respecter «un cessez-le-feu total pendant
trente jours comme l’exige le
Conseil de sécurité». «C’est
une question de vie ou de
mort», a-t-il insisté, soulignant que «la situation actuelle sur le terrain ne permet clairement pas l’entrée
de convois humanitaires ou
les évacuations de civils pour
raison médicale».
HALA KODMANI
«On a connu l’avidité impériale,
la peur du pouvoir autoritaire,
et cent ans plus tard,
rien n’a changé.»
UN INTERNAUTE CHINOIS
mardi sur la plateforme
FreeWeibo
Dévoilé dimanche par le Parti communiste chinois, le projet
de modification constitutionnelle qui permettrait à Xi Jinping
de se maintenir indéfiniment au pouvoir suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux. En dépit d’une censure prompte
à supprimer les messages négatifs, nombre d’internautes
continuaient mardi d’exprimer leur colère : «Pathétique !
1,3 milliard d’habitants, et aucun ne résiste», déplorait l’un
d’eux. «Longue vie au dirigeant Mao!» ironisait un autre post,
supprimé mais visible sur le site FreeWeibo. Alors que l’appareil de propagande étatique tournait à plein régime pour défendre cette «nouvelle ère» du socialisme, le journaliste dissident Li Datong a partagé sur la messagerie WeChat un appel
aux législateurs: «Supprimer cette limitation des mandats va
faire de nous la risée des nations civilisées et sèmera en Chine
les graines du chaos.»
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12 u
FRANCE
Libération Mercredi 28 Février 2018
SNCF
L’intersyndicale a reporté au 15 mars la décision d’appeler à
la grève contre le projet présenté par Edouard Philippe, qui
prévoit notamment de mettre fin au statut des cheminots.
Mais la colère monte contre l’exécutif, qui a promis
d’en passer par des ordonnances, alors que cette réforme
ferroviaire n’était pas au programme du candidat Macron.
Un bras de fer
qui fait son chemin
Par
ALAIN AUFFRAY
Photos DENIS ALLARD.REA
S
ouvent brandie, toujours
écartée, la menace d’un conflit social majeur se précise.
Révoltés par ce qui leur paraît être
un «passage en force», les syndicats
de la SNCF, unanimes, ont fixé au
15 mars leur décision sur une éven-
tuelle grève contre le projet présenté la veille par Edouard Philippe.
«Avant l’été», la réforme de la SNCF
devra avoir acté l’abandon du statut
de cheminot. Selon le Premier ministre, la situation de la société publique serait à ce point dégradée
(même si elle a doublé son bénéfice
net, à 1,33 milliard d’euros en 2017),
que le recours aux ordonnances
s’impose. Véritable chiffon rouge,
cette procédure d’urgence est violemment rejetée, tant par l’opposition parlementaire que par les syndicats, qui y voient un déni de
démocratie. Ils ne sont pas rassurés,
bien au contraire, quand le gouvernement explique que le périmètre
de ces ordonnances pourra être
revu à la baisse à mesure que progressera la concertation… Une
forme de chantage à leurs yeux.
Emmanuel Macron et son Premier
ministre peuvent-ils prendre le risque de déclencher une grève dure
qui pourrait, si elle s’éternise, exaspérer l’opinion? Une enquête Harris
interactive pour RMC donnait
mardi un premier élément de réponse, indiquant que 69 % des
Français seraient favorables à
l’abandon du statut de cheminot. Ils
seraient 54% à soutenir les ordon-
nances, et presque autant à faire
confiance au gouvernement.
«CAMPAGNE MENSONGÈRE»
Le patron de la CGT, Philippe Martinez, ne veut voir dans ces chiffres
que les conséquences d’une «campagne mensongère» sur le statut des
cheminots : «Des salariés qui touchent moins de 2 000 euros par
mois, qui travaillent souvent la nuit,
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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Les syndicats
réformistes en phase
de consternation
Echaudée par
la tentative de
passage en force
du gouvernement
sur la formation
professionnelle,
la CFDT menace de
se montrer moins
accommodante.
F
le week-end, est-ce que c’est ça être
privilégié?» Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, veut,
lui, croire que les usagers de la
SNCF sont «tout à fait conscients»
que la SNCF est «une entreprise à
sauver». «Beaucoup se souviennent
de 1995, je crois qu’on n’est pas du
tout dans la même ambiance», a-t-il
ajouté sur RTL, en référence aux
trois semaines de grève qui avaient
fait reculer l’ancien Premier ministre Alain Juppé.
Même s’il se confirme que l’opinion
soutient aujourd’hui la réforme de
la SNCF, les récentes enquêtes devraient inciter le gouvernement à la
prudence. Selon un sondage Odoxa
publié mardi par l’Express, le couple
exécutif a durement chuté en
janvier pour atteindre, avec 43 %
d’opinions favorables, son plus bas
niveau depuis la présidentielle.
Sanction de promesses non encore
tenues sur le pouvoir d’achat, cette
dégringolade laisse de marbre le
porte-parole du gouvernement,
Benjamin Griveaux: «Nous n’avons
pas commenté la hausse de décembre. Je ne vais pas épiloguer sur la
baisse de janvier.» Tout juste consent-il à y voir l’expression d’un «besoin d’explication» face au changement qui, par nature, inquiète.
Signe que le dossier est explosif,
quelques heures avant la réunion
intersyndicale de mardi soir, plusieurs ministres sont montés au créneau pour contester toute velléité de
provoquer une épreuve de force.
«Nous avons la volonté d’aller vite
parce qu’on ne peut pas attendre. […]
Cela fait trente ans qu’on recule devant la transformation nécessaire,
trente ans qu’on voit les lignes se dégrader», assurait Bruno Le Maire,
mardi sur France 2. La veille, sur la
même chaîne, Edouard Philippe
avait donné le ton: «Je ne vais pas au
conflit. Moi, je ne me situe absolument pas dans une logique de guerre,
de bras de fer. Je dis simplement que
nous devons avancer.» Le même argument avait été avancé, avec succès, quand ont été imposées en urgence d’autres réformes réputées
conflictuelles, telles celles du droit
du travail, du bac ou de l’accès à
l’université. Une différence de taille,
toutefois, s’agissant de la SNCF :
cette réforme-là n’était pas au programme du candidat Macron. «Tous
les sujets ne peuvent évidemment pas
être détaillés dans un programme. Et
l’an dernier, nous n’avions pas encore
le rapport Spinetta, qui a démontré
à quel point il était urgent d’agir», se
défend Benjamin Griveaux.
CHANTIER
Au patron de la CFDT, Laurent Berger, qui dénonce dans les Echos un
passage en force, le porte-parole réplique que l’arbitrage de l’exécutif
a été précédé de deux rapports, celui de Philippe Duron pour le Conseil d’orientation des infrastructures, et celui que Jean-Cyril Spinetta
vient de remettre au Premier ministre, le tout précédé de deux mois de
débat dans le cadre des Assises de
la mobilité. La même méthode serait à l’œuvre sur le chantier de la
formation professionnelle : après
«trois mois de discussion», le gouvernement reconnaît volontiers que
l’accord trouvé par les partenaires
sociaux «va dans le bon sens». «Mais
sur l’architecture globale du système
de formation, le Président n’a jamais
caché qu’il souhaitait aller beaucoup plus loin», ajoute le porte-parole. Griveaux feint de s’étonner que
les partenaires sociaux s’en émeuvent. Il risque cette explication, furieusement jupitérienne: «Les syndicats ont peut-être perdu l’habitude
de voir l’Etat fixer le cap.» •
Eric Mayer
(SUD Rail)
et Didier
Aubert
(CFDT),
mardi
à Paris, à
l’occasion
de la
réunion des
syndicats
de la SNCF.
ront syndical commun
sur le dossier ferroviaire. Si, pour l’heure,
les organisations de la SNCF
ont choisi de faire baisser
la température en renvoyant,
mardi, l’annonce d’une éventuelle grève au 15 mars,
l’unité syndicale sur ce dossier est symptomatique d’une
prise de distance des plus
réformistes avec le gouvernement.
Seul contre tous, la marque
du nouveau monde? En tout
cas, la conduite à marche forcée des réformes, sans vraie
concertation, pourrait surtout faire renaître l’ancien
monde, un univers binaire où
«ça passe ou ça casse». Et où
ça finit généralement par
casser.
Goût amer. Macron joue en
effet un jeu dangereux avec
les corps intermédiaires, en
particulier avec les partenaires sociaux. La réforme, cet
été, du code du travail, avait
laissé un goût amer à plus
d’un réformiste. Instrumentalisée par le pouvoir, FO
avait fini la séquence dans la
tourmente. Et la CFDT, après
avoir joué le jeu de la concertation, avait modérément
apprécié de découvrir une
partie du texte le jour même
de sa présentation. Il s’en
était fallu de peu pour que la
principale centrale syndicale
entre dans la danse de la
contestation.
Ces derniers jours, c’est sur
la formation professionnelle
que le pouvoir a montré son
mépris pour les centrales
les plus réformistes. A peine
tombés d’accord entre eux,
dans la nuit de mercredi à
jeudi, syndicats et patronat
apprenaient, quelques heures plus tard, que leur texte
était jugé très en dessous des
prétentions du Président. Et
qu’ils allaient se voir imposer, dans les prochains jours,
un «big bang» sur la formation, selon les termes de la
ministre du Travail, Muriel
Pénicaud. Un «big bang» fort
peu diplomatique, finalement repoussé au dernier
moment au 5 mars. Le lendemain, les partenaires sociaux
s’entendaient sur l’assurance
chômage. Mais échaudés par
la réaction de Pénicaud, ils
conditionnaient cette fois-ci
– fait rarissime – leur signature au respect de leur texte
par le gouvernement.
Etrange séquence, où Emmanuel Macron demande ainsi
aux partenaires sociaux de se
mettre d’accord, dans le cadre d’une feuille de route prédéfinie par l’exécutif, avant
de les envoyer paître. Difficile à avaler, pour ceux qui se
sont engagés dans l’exercice
de la réforme.
«Dans toute négociation
interprofessionnelle, on a un
échange informel avec l’exécutif, pour savoir si on est
dans les clous de ce qu’il attend, confie un négociateur.
Là, on nous dit “on transmet
au Président, c’est lui qui
«A quoi bon
négocier
dans ces
conditions?»
Un négociateur
tranchera”! Mais à quoi bon
négocier dans ces conditions ?»
«Mécontentement». Pour
la numéro 2 de la CFDT,
Véronique Descacq, «c’est
comme si on était trois autour
de la table, mais que l’un des
trois ne montrait jamais ses
cartes. C’est extrêmement désagréable». Au point que
dans les Echos de mardi, le
responsable de la centrale réformiste, Laurent Berger,
s’est fait menaçant : «Il y a
dans ce pays des corps intermédiaires attachés à l’intérêt
général qui méritent d’être
écoutés, considérés ! Au sein
de la CFDT, le mécontentement commence à monter. Et
la façon dont l’exécutif va réagir aux deux accords de la semaine dernière sera déterminante.»
Avec le risque, pour Macron,
en braquant les réformistes,
de remettre en selle l’autre
frange, bien plus contestataire, de l’échiquier syndical.
«C’est peut-être ce qu’il cherche à faire, pour mettre en
scène son intransigeance à
réformer», glisse un dirigeant
confédéral. Quitte à finir par
dérailler.
LUC PEILLON
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du lundi au jeudi a 20h05 sur
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14 u
FRANCE MÉDIAS
Libération Mercredi 28 Février 2018
Au dépôt de la Société d’agences et de diffusion, filiale de Presstalis, à Vénissieux, le 22 février. Les salariés constatent une «baisse des ventes plus sensible sur les quotidiens».
En manque de canards,
Presstalis perd des plumes
Plombé par la diminution des tirages et des points de vente, le principal distributeur
de journaux et magazines devrait perdre 200 emplois. Au dépôt lyonnais de sa
filiale SAD, les syndicalistes préconisent une fusion avec le concurrent MLP.
REPORTAGE
Par
JERÔME LEFILLIÂTRE
Envoyé spécial à Vénissieux
Photos HUGO RIBES.
ITEM
L
es salariés nous ont prévenus.
Les premières heures du
service de nuit, qui démarre
à 20 h 15 et se termine à 5 heures,
sont plutôt tranquilles. Le «coup de
feu» retentit vers minuit et demi, au
moment où les quotidiens fraîchement imprimés commencent à être
livrés au dépôt lyonnais de la So-
ciété d’agences et de diffusion
(SAD), où sont triés les journaux et
magazines que l’entreprise a la
charge de renvoyer vers les diffuseurs, marchands de presse et kiosquiers de la zone Auvergne-RhôneAlpes. La SAD est la principale filiale
du groupe Presstalis, premier distributeur de la presse française, qui a
bouclé l’année 2017 avec un trou
d’exploitation de plus de 20 millions
d’euros, qui le met au bord de la
faillite. Un plan de sauvetage est
dans les tuyaux, Presstalis étant très
affecté par la baisse des ventes de
journaux (lire l’encadré).
Dans le dépôt lyonnais, à l’heure
fatidique, on voit d’abord débarquer
le Parisien-Aujourd’hui en France,
puis la Croix, Libé, l’Huma et les
autres. On s’attend à se retrouver face
à des montagnes de «papier», comme
disent les employés de la SAD. Mais
les exemplaires du Figaro, le quotidien national généraliste le plus
vendu de France, tiennent ce soir-là
sur trois malheureuses palettes. Le
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Libération Mercredi 28 Février 2018
«On rigole quand
on ouvre “le Figaro”
et qu’on lit le soidisant niveau de
nos salaires.»
Guillaume Dumoulin
délégué syndical à la SAD
Dans le local syndical SGLCE-CGT et une salle de pause, à la SAD.
chauffeur qui les a apportés fait le
compte : il y a 259 paquets de
40 journaux, soit 10 360 journaux.
Pour la deuxième région de France.
«La baisse des ventes est plus sensible
sur les quotidiens, commente
Guillaume Dumoulin, délégué syndical central de la SAD, estampillé SGLCE-CGT (Syndicat général du livre et
de la communication écrite), l’organisation surreprésentée dans l’entreprise (80% des employés hors cadres
à Lyon). Il y a quelques années, on recevait huit ou neuf palettes du Figaro.
C’est sûr, on n’est plus obligés de courir. Sauf quand une machine casse!»
Une vingtaine de souches
La crise de la presse écrite, la diminution des tirages et la baisse du
nombre de points de vente à servir
ont adouci le rythme de travail, dont
les mauvaises langues disent qu’il
n’a jamais été effréné. Désormais, en
deux heures de boulot, contre
deux fois plus de temps il y a quelques années, on termine une «souche». Le mot désigne l’espèce de
grande étagère où un opérateur
répartit les publications dans des
casiers, chaque casier correspondant
à un diffuseur.
On compte une vingtaine de souches
alignées dans le vaste entrepôt de
Vénissieux, en banlieue lyonnaise,
dont le sol couleur béton reflète les
lumières hurlées par les néons au
plafond. La moitié d’entre elles res-
u 15
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tent vides chaque soir. Près de l’une,
en début de soirée, alors que les journaux à tirer se font rares, Hugues
Bufferne, 33 ans dont dix passés à la
SAD, nous a fourni l’illustration
expliquant la décrue d’activité :
«J ’ouvre l’Equipe, Libé et
Aujourd’hui quand ils arrivent. Mais
dans la boîte, je suis l’un des seuls à
lire les journaux.» Et pourtant, ici,
les canards sont gratuits… Mais dans
les salles de pause, on le voit, les employés, comme partout ailleurs de
nos jours, sont plus attirés par leurs
smartphones. Et pas sûr que ce soit
pour «lire les nouvelles»…
Pour Presstalis, la chute des volumes
de distribution est un énorme problème économique. Il a moins de
«papier» à trier, donc moins de chiffre d’affaires sur lequel prendre sa
commission. Mais, que les remorques soient pleines ou à moitié vides, il a toujours autant de camions
à faire partir pour livrer les marchands. Les recettes baissent, les
coûts restent fixes. Et à la fin, on est
dans le rouge. Il faut intervenir dans
la structure. Mais où ? Dans le petit
monde de la presse, un mythe tenace renvoie la faute sur les employés de Presstalis. Grassement
payés, et à rien foutre, tout le temps
en vacances ou en grève, ils plomberaient la boîte, et avec elle tout le
secteur de la presse. «Il y a beaucoup
de légendes. On rigole quand on
ouvre le Figaro et qu’on lit le soi-di-
sant niveau de nos salaires. Ça donne
envie d’aller voir la direction pour
dire qu’il manque un bout sur nos
fiches de paye», répond calmement
Guillaume Dumoulin. Dans le local
syndical, couvert d’affiches et de
drapeaux à l’effigie du Che (mais
aussi de Jean Ferrat et de François
Ruffin) et dont la bibliothèque renferme les Mémoires de Jacques Duclos et plusieurs codes du travail, le
délégué CGT, manutentionnaire de
métier, dégaine son bulletin de
salaire d’avril 2015: 1846 euros net.
Rien de fou, surtout pour un travail
de nuit, même si on est bien au-delà
du smic (1149 euros net pour 35 heures). Les autres salariés interrogés
disent gagner à peu près la même
chose. Les anciens bénéficient d’une
grille salariale plus favorable, antérieure à 2006: Jean-Jacques Chabot,
délégué du personnel et trentehuit années passées à la SAD, touche
ainsi 2 300 euros net par mois. En
réalité, les rémunérations les plus
élevées – autour de 3 600 euros net
par mois à temps plein, d’après nos
calculs–, on les trouve au siège parisien de Presstalis, peuplé de cadres,
et au dépôt de Bobigny (Seine-SaintDenis), où sont désormais concentrés les célèbres «ouvriers du livre»,
liés de très près à la CGT et au Parti
communiste.
Turbiner à la SAD présente néanmoins quelques avantages : quatre jours de travail par semaine,
trois jours de repos compensatoire
par an pour ceux qui font les nuits,
sept semaines de congés payés et,
surtout, quatorze mois de rémunération. A la «souche», Hugues Bufferne, à l’unisson de la plupart des
employés, le reconnaît: «Les conditions sociales sont bonnes. Il n’y a pas
trop de stress ni trop de travail. Rien
à voir avec Amazon, où c’est de l’esclavage.» Comme dans les entrepôts
du géant américain du commerce en
ligne, on appelle «picking» le travail
de manutention à la chaîne réalisé
dans celui de la SAD. Mais, sur les
deux lignes mécanisées où l’on remplit de magazines les bacs destinés
aux points de vente, le tempo est
beaucoup plus lent que dans d’autres
usines, où l’abattage est mesuré à la
seconde. «On défend une qualité de
travail», assume Guillaume Dumoulin. Dans une interview récente sur
Europe 1, la nouvelle patronne de
Presstalis, Michèle Benbunan, a
laissé entendre qu’il fallait évoluer.
«La productivité, c’est aussi une
affaire d’organisation du travail, a-telle glissé. Et là, pour le coup, il y a
beaucoup de choses à dire.»
Peut-être, en prononçant cette
phrase, avait-elle en tête le recours
important à l’intérim au sein de l’entreprise. «C’est ce qui coûte vraiment
cher», souffle un administrateur de
Presstalis qui ne veut pas être cité.
Vingt intérimaires sont appelés en
renfort chaque semaine à Vénissieux, pour compenser les absences
des titulaires. Des intérimaires quasi
permanents. Loïs Fortune, 24 ans,
est l’un d’eux. Il travaille à la SAD
quatre soirs par semaine depuis quatre ans. Tous les six mois, la direction
l’arrête deux mois, pour être dans les
clous légaux, puis le fait reprendre.
«On ne fait pas quatre ans d’intérim
par choix, lance le jeune homme, qui
gagne 1500 à 1600 euros par mois. Je
sais que je n’ai pas grand-chose à attendre ici, vu la situation de l’entreprise.» Le plan de sauvetage de Presstalis ne devrait pas épargner les
personnes dans sa situation.
Carnet
SOUVENIRS
Adrien
Si près de nous encore,
Ta famille qui ne cessera
jamais de t’aimer.
«Service public»
«On n’est pas d’accord avec ce plan»,
conteste Guillaume Dumoulin, qui
propose une autre solution que la réduction des coûts au sein de l’entreprise. Pour le délégué syndical, il
faut revoir le système de distribution
de la presse, régi par la loi Bichet
de 1947. Et surtout mettre fin à la
concurrence entre Presstalis et son
rival, MLP (Messageries lyonnaises
de presse), par une fusion entre les
deux entreprises. «Deux messageries
aujourd’hui, c’est une hérésie, plaidet-il devant des piles inutiles de bacs
à magazines, rangés dans un coin de
l’entrepôt. Au lieu d’avoir deux camions presque vides qui vont livrer
les points de vente, il faut n’en faire
qu’un, et rempli. Il faut mettre tous
les œufs dans le même panier. Le réseau doit être commun et la concurrence se faire entre les éditeurs: le lecteur achète Libé, le Figaro ou Picsou
Magazine… Mais la distribution n’est
qu’un outil au service de cette concurrence.» Un instrument auquel il voudrait associer les groupes de presse
quotidienne régionale, qui disposent
actuellement de leurs propres circuits d’acheminement, et qu’il verrait bien devenir un «service public»
regroupant diverses aides de l’Etat,
aujourd’hui dispersées. Nationaliser
Presstalis ? Ce n’est pas gagné. •
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Forfait 10 lignes :
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abonnée et associations : - 10 %
UN PLAN DE SAUVEGARDE DOULOUREUX
Déjà sauvé de la faillite fin 2012, Presstalis a ensuite réduit
de moitié ses effectifs. Mais le groupe est toujours en difficulté
du fait de la baisse continue des ventes de journaux.
La direction tente donc en ce moment de boucler un énième plan
de sauvetage de l’entreprise. D’un montant total de 140 millions
d’euros, il passe par une surtaxation des éditeurs de presse, des
cessions d’actifs, un prêt de l’Etat et environ 200 suppressions
d’emplois, dont une petite centaine à la Société d’agences et de
diffusion. La SAD regroupe près de la moitié des 1 200 salariés
de Presstalis. Le site de Lyon ne devrait pas être touché par ce
«plan de sauvegarde de l’emploi», qui concernera d’abord les neuf
«dépôts» locaux, lesquels doivent être vendus. J.Le.
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16 u
FRANCE
Libération Mercredi 28 Février 2018
LIBÉ.FR
Salon de l’agriculture :
où sont les fanes ?
Si les Français ont tendance
à manger moins de viande, elle est toujours la
reine Porte de Versailles. Reportage par deux
journalistes issus de la section végétarienne de
Libération, qui ont cherché au milieu des bêtes
à steak ce que le salon avait à leur proposer.
PHOTO REUTERS
Au Salon de
l’agriculture,
le froid ne décorne
pas les bœufs
Où l’on découvre
que les vaches
n’aiment pas les
courants d’air
mais tiennent bien
mieux le froid
que les agents
de sécurité.
bondé, la température grimpe
de 10 degrés. Le soir, comme ce
n’est pas chauffé, elle retombe
assez vite.» Avec son extinction de voix et son nez qui
coule, il a l’air d’être plus sensible à la température que ses
vaches. Il en convient : c’est
ici qu’il a attrapé ce rhume.
Au fil de nos investigations,
on découvre qu’au Salon de
Par
l’agriculture les animaux sont
NICOLAS MASSOL
bien mieux protégés du froid
que les humains. François est
es animaux du Salon de venu à Paris pour donner un
l’agriculture ont-ils coup de main à son ami Miaussi froid que les Pari- chel, qui élève des vaches de
siens ? C’est la question brû- race salers. Il montre les bêtes
lante que s’est posée Libéra- alignées: certaines ont le poil
tion, au moment où la bise abondant, d’autres plus ras.
venue de Sibérie déferle sur la «C’est comme ça qu’elles réguFrance. Mardi matin, Porte de lent la température. C’est
Versailles, flotte comme une comme nous : quand il fait
atmosphère de sports d’hiver. chaud, on tombe le pull.» SaD’ailleurs, il neige. Thomas et lers, aubrac, des races montasa fille Valentine viennent gnardes qui ne craignent pas
d’arriver : «On s’est habillés le petit -2°C parisien. «En ce
comme pour aller au ski. Col- moment, il fait -18 en Auverlants sous le pantalon, polaire gne, explique Michel, éleveur
et doudoune : les
de race aubrac.
L’HISTOIRE Mon fils élève des
trois couches», explique-t-il. Au saaubracs dans le
DU JOUR
lon, les visiteurs
Wisconsin, où il
sont le plus souvent en va- fait jusqu’à -40 l’hiver, et les
cances, en famille, alors ce vaches sont dehors.»
n’est pas la météo qui va leur Bon, les vaches ne craignent
gâcher la journée.
pas le gel. Y a-t-il un animal
frileux dans le salon? Pas les
«Choc thermique». Mais moutons, quand même, on a
les bêtes, qui n’ont pas les beau être citadin, on voit bien
trois couches, comment font- la laine qu’ils ont sur le dos.
elles ? Face à cette inquié- Pavillon 5, élevages du
tude, un éleveur de montbé- monde, stands la Réunion,
liardes esquisse un sourire en Maroc, pays chauds avec, au
coin : «Les vaches ne crai- fond, des bosses de chagnent pas le froid. Quand on meaux et de dromadaires. Ça
les lave, la veille du concours, a froid, un chameau, par ce
on ne les laisse pas trop de- temps? Marion, qui s’occupe
hors. Il faut juste éviter les des animaux, fait une mise au
courants d’air. Pour le reste, point: «Les dromadaires vienelles mangent un peu plus, nent d’Asie centrale, ils sont
et c’est tout.» Plus loin, habitués aux températures
Guillaume, éleveur de extrêmes ; quant aux chaprim’holstein en Bretagne, meaux, ils connaissent le déabonde: «C’est plutôt le choc sert, où il fait 40 degrés la
thermique qu’elles craignent. journée et -10 la nuit!»
Le samedi, quand le salon est Pavillon 4, basse-cour et
L
ferme pédagogique: pigeons,
poules et lapins. Ce n’est pas
le froid qui inquiète cet éleveur de lapins dans l’Orne :
«Le problème, c’est le stress,
tout ce monde qui défile devant les bêtes alors qu’elles
n’ont jamais connu que leur
pré. Mes lapins, qui pèsent entre 4 et 5kilos, peuvent perdre
jusqu’à 700 grammes le temps
du salon!»
Chasubles. Hors des hangars, les agents d’accueil ont
l’air, eux, transis de froid.
Bonnets enfoncés jusqu’aux
sourcils et cache-cols qui dépassent des grosses parkas.
Marius, du service d’ordre, est
dehors toute la journée. «J’ai
beau être arrivé de Martinique en 1977, je ne me suis toujours pas habitué au froid»,
renifle-t-il. A l’entrée du
hall 1, des agents en chasubles jaunes se tiennent à côté
des portes, qu’ils referment
derrière les visiteurs dès que
le flot se tarit un peu. Posté en
plein courant d’air de 7 heures à 17 heures (avec pausedéjeuner), Benjamin fait face:
«On se réchauffe en buvant»,
rigole-t-il. «Il y a dix jours
j’étais en mission au salon
Texworld, au Bourget. J’étais
dehors devant la gare, avec le
froid et les bourrasques, ressentis fois dix. Donc ici, je suis
plutôt au chaud.»
Au terme d’une enquête édifiante, Libération révèle que
les animaux n’ont pas souffert de la vague de froid tardive qui a soufflé sur la capitale. Et note que les éleveurs,
à qui on a demandé s’ils
avaient des radiateurs dans
leurs étables, sont compréhensifs. Comme le dit François, «on sait bien, quand on
vient au salon qu’on est là
pour partager avec des gens
qui n’y connaissent rien. Si on
n’aime pas partager, on ne
vient pas». •
Porte de Versailles, samedi, des vaches les pattes au chaud. PHOTOS GÉRARD JULIEN. AFP
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 17
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LIBÉ.FR
Chronique «Classe action»
Dans le rendez-vous quinzomadaire
des profs qui débordent d’idées,
cette semaine Philippe Cosentino, enseignant de SVT
à Toulon, qui transforme ses élèves de terminale en
une équipe d’ingénieurs et de scientifiques. Il a créé
un escape game (jeu d’évasion) qui les emmène dans
une base de climatologie au Groenland.
ILLUSTRATION CHRISTELLE CAUSSE
2 mil iards
HLM: les architectes bétonnent leur riposte
Macron pour lui demander de
«maintenir les règles actuelles
de la commande publique».
Un mois plus tard, et faute de
réponse gouvernementale,
d’autres architectes ont enfoncé le clou avec une tribune
qui a réuni 3200 signataires
en quelques semaines.
Ce qui a entraîné une réaction aussi forte, c’est surtout
le fait que «les architectes
n’ont été consultés à aucun
moment», explique Brigitte
Métra, coauteure de la tribune. «Cette attaque se fait
sans les concernés, dit aussi
Denis Dessus, le président de
l’ordre. En contrepartie du
milliard et demi que le gouvernement a pris aux
bailleurs avec les APL, il leur
donne toutes les compensations, même celles qu’ils n’ont
pas demandées…»
Et d’ailleurs, le protocole «n’a
pas été signé par tous les
bailleurs sociaux», souligne
Brigitte Métra. Ainsi, Serge
Contat, directeur général de
la Régie immobilière de la
Ville de Paris (RIVP), défend
les concours: «Depuis dix ans
que je dirige la RIVP, j’ai présidé tous les concours et je
trouve cela assez fructueux.»
Au ministère de la Cohésion
des territoires, on se défend
de vouloir zapper les architectes. «La procédure de recours à l’architecte va évoluer
pour raccourcir les délais.» La
future loi «évolution du logement et aménagement numérique», qui sera présentée en
Conseil des ministres en
mars, permettra de voir comment les deux impératifs se
conjuguent ou pas. S.V.
PHOTO ARTEDIA. LEEMAGE
Mélenchon allume les
médias pour faire contre-feu
C’est une stratégie politique muns de la démocratie.» «Le
maintes fois éprouvée : vous pouvoir médiatique est d’esêtes l’objet d’une polémi- sence complotiste», ajoute
que ? Créez-en une autre, Mélenchon, pour qui «la
bien plus grosse, pour chas- haine des médias et de ceux
ser la première. Et
qui les animent est
visez de préférence
BILLET juste et saine».
les médias, le conTweets, articles
tre-feu n’en sera que plus ef- web, dépêche AFP… Et hop!
ficace. C’est exactement ce La grande lessiveuse des réqu’a fait Jean-Luc Mélen- seaux fait oublier son hischon dans son dernier post toire de comptes de campade blog. Dénonçant un «coup gne.
monté du “service public”» et En fin de semaine – avant
se lançant dans une défense son post de blog donc–, il n’a
inédite de Laurent Wau- pourtant pas donné de réquiez, le député des Bou- ponses à certaines questions
ches-du-Rhône riposte au qui se posent. Pourquoi une
«parti médiatique». Quelle partie de son staff est restée
«leçon» Mélenchon a-t-il ti- salariée d’une association loi
rée de l’«affaire» qui a tou- 1901 (l’Ere du peuple) et non
ché le nouveau patron de LR de son association de finanla semaine dernière? «Doré- cement de campagne une
navant, on ne peut plus nulle fois celle-ci mise sur pied ?
part parler librement. La «Parce qu’on avait autre
presse est ainsi la première chose à foutre qu’à écrire des
ennemie de la liberté d’ex- contrats et des machins!» Un
pression», écrit-il. Le «service peu juste comme explicaenquête de Radio France» ? tion. Pourquoi avoir payé
«Une sorte de CIA médiati- d’autres membres du staff
que vouée à propager les via le statut d’autoentrepredénonciations […] et à orga- neur? «Parce qu’on ne savait
niser des “coups” déstabilisa- même pas si la campagne
teurs.» Les médias en géné- irait au bout! Et on ne savait
ral ? «Le dernier pouvoir pas si on serait remboursés!
absolu du pays […], une pure […] On n’allait pas leur decaste hors des droits com- mander de démissionner de
C’est le montant, en euros, du plan d’investissement annoncé par The Walt Disney Company pour l’expansion de son parc Disneyland
Paris, situé à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). Le
groupe américain prévoit la création de trois zones
thématiques, ainsi que de nouvelles attractions,
dont les premières verront le jour en 2021. L’annonce survient après une rencontre entre Emmanuel Macron et le PDG du groupe, Robert A. Iger.
Depuis 1989, près de 8,2 milliards d’euros ont été
investis autour du parc à thèmes, dont 781millions
de deniers publics. Première destination touristique européenne, le complexe aurait généré
56000 emplois en France, selon un rapport de 2016.
leur emploi pour faire un
autre contrat. On a donc
choisi ce statut-là.» Un peu
juste là aussi : les sondages
n’ont jamais donné le candidat insoumis sous les 5% et
lui-même n’a jamais pensé
se retirer. L’ex-socialiste assure aussi que les chiffres
donnés par Radio France
– des «prestations intellectuelles» payées très cher –
sont «faux». A confirmer
lorsque les factures seront à
la disposition des journalistes dans les bureaux de la
Commission nationale des
comptes de campagne et des
financements politiques
(CNCCFP).
En attendant, Mélenchon
pourra toujours se rassurer
en constatant que sa stratégie du conflit avec le «parti
médiatique» fonctionne :
dans le baromètre Odoxa
pour l’Express, France Inter
et la presse régionale, il
prend quatre points (troisième personnalité préférée
avec 30% des personnes interrogées qui le «soutiennent» ou «éprouvent de la
sympathie» pour lui). Dont
trois points issus… des sympathisants de droite.
L.A.
«Si les sondages et surtout les
adhérents […] considèrent que,
à un moment donné, quelqu’un
d’autre que moi est mieux placé
pour faire gagner nos idées,
ça ne me pose aucun problème.
[…] Je n’entends pas rester
accrochée à mon siège
jusqu’à je ne sais pas quel âge
vénérable.»
Sans-abri Des élus
passent une nuit
dans la rue
Une cinquantaine d’élus
d’Ile-de-France doit passer la
nuit de mercredi à jeudi dans
les rues de Paris, en pleine vague de froid, pour réclamer
une meilleure prise en charge
des sans-abri. L’événement
rassemblera «des élus locaux
[…] de tous partis confondus»,
a expliqué à l’AFP son initiatrice, Mama Sy, adjointe LR à
la mairie d’Etampes (Essonne). Ils doivent se retrouver à 21 heures gare d’Austerlitz, avec un duvet. Charge
ensuite à chacun de passer la
nuit dans les rues alentour.
Ces élus réclament au gouvernement «la réquisition des
locaux vides», mais aussi «des
moyens pérennes» pour tenir
la «promesse républicaine du
droit au logement pour tous».
Au moins 3 000 personnes
sans abri ont été comptabilisées la nuit à Paris lors du récent recensement organisé
par la mairie.
L’opération ne fait pas l’unanimité. «La responsabilité
d’un élu de la République n’est
pas d’aller dormir dans la rue
pour faire “plus vrai”, mais de
trouver des solutions pour sortir ceux qui y sont», a réagi le
groupe PPCI (Parisiens progressistes, constructifs et indépendants, pro-Macron et
ex-LR) du Conseil de Paris.
REUTERS
C’est une petite phrase, sans
conditionnel. «La suppression de l’obligation de concours d’architecture sur les
programmes d’une taille à déterminer, ainsi que l’assouplissement de la loi Maîtrise
d’ouvrage publique (MOP) par
les bailleurs sociaux locatifs,
seront notamment étudiés.»
Elle figure dans le protocole
que le gouvernement a signé
début décembre avec les entreprises sociales pour l’habitat (ESH) et ressemble bien à
une monnaie d’échange. En
contrepartie de la baisse des
APL, les bailleurs sociaux se
verraient débarrassés de la
formalité du concours.
C’est en tout cas comme cela
que l’ont compris les architectes. Début février, le Conseil
national de l’ordre des architectes a écrit à Emmanuel
MARINE
LE PEN
présidente du
FN, mardi matin
sur France Inter
Ne pas avoir l’air de s’accrocher pour mieux rester. Organiser le vide autour de soi, tout en semblant flatter sa rivale.
C’est à cet exercice que s’est livrée mardi sur France Inter
Marine Le Pen. Présidente du FN depuis 2011, elle sera la
seule candidate à sa propre succession pour un troisième
mandat à la tête du parti, lors du congrès des 10 et 11 mars
à Lille. Marine Le Pen continuera donc de s’imposer en
cheffe naturelle de sa formation. Fragilisée par son débat
télé calamiteux face à Emmanuel Macron, elle n’a fait
œuvre d’autocritique que pour mieux humaniser son
image. Et pris soin de louer les qualités de Marion Maréchal-Le Pen, après la prestation réactionnaire de cette dernière en franglais à Washington. Elle «a sûrement beaucoup
plus de choses que moi. Elle a d’abord la jeunesse que je n’ai
presque plus», a-t-elle feint de concéder. Avant de cantonner sa nièce, qui travaille à un projet d’«académie de sciences politiques» au «champ de la formation». Très loin du
«champ électoral» qui est le sien. M.É
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Libération Mercredi 28 Février 2018
PHOBIE
ADMINISTRATIVE
Petits tracas,
grands fracas
Alors que l’excuse avancée par Thomas Thévenoud,
ex-secrétaire d’Etat condamné pour «fraude fiscale»,
continue de faire sourire, d’autres reprennent
cette expression à leur compte et racontent
comment cette angoisse leur gâche la vie.
TÉMOIGNAGES
Par
CLAIRE THOIZET
Illustration TOFDRU
L
eur boîte aux lettres est leur
pire ennemie et remplir un
formulaire relève presque de
l’exploit pour les «phobiques administratifs». Si l’éphémère secrétaire
d’Etat au Commerce extérieur du
gouvernement Valls, Thomas Thévenoud, en a popularisé l’expression en 2014 pour justifier ses démêlés avec la justice – l’ex-ministre a
même déposé la marque «phobie
administrative» (lire l’encadré)–, il
est loin d’être le seul concerné. Cela
va de l’abonnement que l’on n’a pas
encore résilié, des feuilles de soins
qui s’entassent sur la table basse et
qui ne seront finalement jamais
remboursées à des saisies sur salaire, voire au passage devant le
juge, comme Elsa (1), 34 ans. Pendant deux ans, elle a remis chaque
jour au lendemain son remboursement à la caisse d’allocations familiales, qui lui avait versé un surplus.
Résultat : relances, majoration.
Quand elle apprend qu’elle va être
saisie sur son salaire, Elsa se décide
à payer pour éviter que son employeur ne l’apprenne. Trop tard: la
convocation est déjà dans la boîte
aux lettres. «Je ne l’ai même pas dit
à mon conjoint, confesse-t-elle.
A chaque fois qu’on parle de
paperasse, ça se termine toujours en
engueulade.» De manière générale,
ces phobiques restent discrets sur
leur peur, persuadés que leur entourage ne peut pas les comprendre.
«C’est considéré comme de la fainéantise, regrette Leila (1), 22 ans.
On me dit toujours “il faut juste te
bouger”, mais pour moi, ce n’est pas
aussi simple, ça m’angoisse vraiment.»
STRATÉGIES
D’ÉVITEMENT
Et pourtant, aux yeux des psychologues, la phobie administrative
n’existe pas vraiment. «Ça n’a jamais été contextualisé, explique
Bernard Martel, psychologue à Paris. Aucun psychologue n’y croit, c’est
une arnaque. Ce qui existe et qui est
répertorié, c’est la phobie. Certaines
personnes ont une structure phobique, c’est-à-dire qu’elles ont une
angoisse ineffable, qu’on ne comprend pas. Ils mettent ensuite un objet dessus, comme le travail ou les
araignées, mais la contextualisation
même de la phobie est sans objet.»
Sébastien Garnero, docteur en psychologie, préfère parler de «pseudophobie», du fait que celle-ci ne soit
pas référencée, contrairement à
l’agoraphobie ou à la claustrophobie par exemple. «Des symptômes
d’anxiété se manifestent lorsque la
personne est face à l’objet de son angoisse ou en préméditation. C’est irrationnel et il y a autant de phobies
que d’objets», indique-t-il. Les personnes vont alors mettre en place
des stratégies d’évitement, comme
la procrastination ou même des
oublis.
Leila avait prévu de s’inscrire en alternance en graphisme cette année:
«J’avais tous les papiers en main
mais je craignais qu’on me dise que
mon dossier était incomplet et de
devoir recommencer, alors lll
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 21
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lll
je n’ai jamais rien envoyé.
Devoir m’en occuper une seconde
fois, c’est deux fois plus d’angoisse.»
Depuis qu’elle vit seule, elle slalome
entre les tâches ingrates et ne s’est
toujours pas acquittée de sa taxe
d’habitation. Résultat : elle a reçu
une majoration de 10%. De la radinerie plutôt qu’une peur? «Ce n’est
pas une question d’argent, j’ai envie
de la payer comme n’importe quelle
autre citoyenne, se défend-elle. Je
le ferai un jour ou l’autre.»
D’autant que la phobie administrative, ce n’est pas seulement
boycotter les factures et les impôts.
Ni Leila ni Elsa n’envoient leurs
feuilles de soins pour se faire rembourser. Tout comme Shéhérazade (1), 30 ans, qui estime perdre
2 000 euros par an à cause de sa
crainte de la bureaucratie, car en
plus de l’accumulation des majorations, les phobiques renoncent souvent à des aides financières auxquelles ils ont droit. Elle n’a pas touché le
RSA pendant deux ans alors même
que son dossier était prêt à être envoyé. Pourtant, lorsqu’elle travaillait,
cette mère de famille remplissait des
formulaires chaque jour, et cela
n’était jamais un problème: «C’est
uniquement quand cela me concerne
directement que ça me stresse.»
Vanessa (1), infirmière pendant
vingt-cinq ans, va jusqu’à dire qu’au
boulot, elle est «la reine de l’administration». Chez elle, c’est une
autre histoire et elle a déjà été saisie
sur son salaire en raison de retards
de paiements. «Je l’ai vécu presque
comme un soulagement, au moins,
c’était fait et je n’avais plus à m’en
occuper.» Tant pis pour la majoration. A 44 ans, elle parle d’une vraie
maladie qui lui gâche la vie. «J’ai
déjà eu des ruptures amoureuses à
cause de ça. L’idée que des huissiers
puissent débarquer à tout moment,
ça peut faire peur à certains», avoue
Vanessa. Elle en est persuadée, sa
crainte vient d’un traumatisme :
«Le père de mon fils est parti en me
laissant une situation économique
difficile, c’est là que ça a commencé.»
La phobie peut souvent être liée à
un événement du passé, comme le
confirme Sébastien Garnero : «Un
décès ou un divorce, par exemple,
peuvent provoquer un traumatisme
psychique. Certaines personnes peuvent avoir du mal à signer de leur
nom après un choc familial.»
EN PLEINE TOURMENTE, THOMAS
THÉVENOUD DÉPOSAIT SA MARQUE…
La «phobie administrative» est désormais une marque, apprenait-on sur M6
le 8 février. Thomas Thévenoud, l’éphémère secrétaire d’Etat au Commerce
extérieur du gouvernement Valls, qui avait popularisé le concept pour justifier
ses démêlés avec l’administration fiscale, l’a déposée auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi) le 12 septembre 2014. Alors que l’affaire
le concernant battait son plein, l’ancien député PS s’était assuré que sa formule
n’enrichirait personne d’autre que lui. Il peut en faire usage pour des activités
publicitaires, de conseil ou de services juridiques. Accusé, avec son épouse,
Sandra, de fraude fiscale pour ne pas avoir déclaré leurs revenus, Thomas Thévenoud a été condamné en appel, le 31 janvier, à un an de prison avec sursis
ainsi qu’à trois ans d’inéligibilité. L’ancien secrétaire d’Etat a repris ses études
de droit dans le but de devenir avocat.
ble, elles ouvrent le courrier et y répondent. «A chaque fois qu’elle vient,
je me dis que c’est vraiment simple en
fait, et que je vais m’y mettre seule.
Mais dès qu’elle part, ma bonne volonté s’en va aussi», admet Shéhérazade. «Un objet ou une personne de
confiance peut nous rassurer et nous
aider à surmonter la peur, c’est ce
qu’on appelle un objet contraphobique», explique Sébastien Garnero.
S’occuper des autres peut aussi
aider et, parfois, l’idée que leur angoisse puisse affecter leur entourage encourage ces phobiques à
prendre les choses en main. «Il est
hors de question que cela gêne mon
fils. Je suis en retard sur mes démarches, mais tout ce qui le concerne est
réglé, ses vaccins sont à jour et il a sa
place en crèche», fait savoir Elsa.
«Autant ils parviennent très bien à
s’occuper des autres, autant ils
n’arrivent pas à s’occuper d’eux-mêmes car cela touche leur propre
identité», déchiffre Sébastien Garnero. Si on ne
soigne pas une
phobie, il est possible d’apprendre
à la surmonter,
comme l’explique
le psychologue,
avec des thérapie s
brève s
comme une expoVanessa
sition progressive
à l’objet de l’angoisse, d’abord en l’évoquant,
puis en s’y confrontant. •
«J’ai déjà eu
des ruptures
amoureuses à
cause de ça. L’idée
que des huissiers
puissent débarquer
à tout moment,
ça peut faire peur.»
(1) Les prénoms ont été modifiés.
Histoires
dites
Fabrice Drou
elle
affaires sensibles
15 : 00 - 16
: 00
«OBJET
CONTRAPHOBIQUE»
Chaque jour, Estelle Guillerm, assistante administrative pour particuliers et fondatrice de la société
FamilyZen, se rend chez ses clients,
ouvre leurs lettres et entame les démarches pour eux. «On a un monsieur qui pleurait à chaque fois qu’on
ouvrait son courrier au début», raconte-t-elle. Le soutien de FamilyZen leur permet de relâcher et de ne
plus avoir à se préoccuper de la paperasse. Avoir quelqu’un à ses côtés
permet de dédramatiser, estime Estelle Guillerm: «Une de mes clientes
est incapable de se rendre seule à la
préfecture, ça la fait pleurer. Alors
que, accompagnée, elle se sent armée.» Shéhérazade compte, elle, sur
une amie qui vient lui donner un
coup de main à l’occasion. Ensem-
L’affaire du jour :
Syrie, «la ligne rouge» les crimes de Bachar Al Assad
invité : Hala Kodmani
FI_drouelle 122x219 V5.indd 17
27/02/2018 11:23
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22 u
Libération Mercredi 28 Février 2018
IDÉES/
La mémoire vive d’Angelo,
de la prison à la violence policière
L
a vie d’Angelo Garand
ne s’est pas arrêtée
le 30 mars 2017 lorsqu’un
commando d’une antenne tourangelle du GIGN, le Groupe d’intervention de la gendarmerie
nationale, a fait feu sur lui à bout
portant en le découvrant caché
dans une remise de la ferme où
vivent ses parents. Sa vie s’était
arrêtée quinze ans plus tôt lorsque, pour une conduite sans permis et une rixe, il avait été interpellé, puis jugé et incarcéré.
Il avait 22 ans. C’était le début
d’une longue suite, presque ininterrompue, de séjours en prison.
Des quatorze années suivantes,
il passera en effet treize ans derrière les barreaux, sanctionné
pour des infractions dont seule
l’itération peut expliquer la croissante sévérité des juges. Pour le
dernier délit qu’il avait commis, il
avait ainsi été condamné à quatre ans d’emprisonnement ferme.
Lors d’une permission de sortir, il
n’était pas rentré au centre pénitentiaire de Vivonne. Six mois
plus tard, il était abattu par les
forces de l’ordre intervenues en
nombre pour l’interpeller.
Angelo a donc connu deux morts.
Une mort sociale, d’abord: la mise
à l’écart de la société treize années
durant est une désocialisation au
sens fort du terme, c’est-à-dire
une exclusion du monde social.
Une mort physique, ensuite: en
l’abattant, les forces de l’ordre ont
transformé ce qui aurait dû être
une simple arrestation en élimination. Cependant, comme y insistent sa famille et ses proches, la
disproportion n’est pas seulement
dans la violence de l’intervention
militaire; elle est aussi dans l’accumulation des peines et les
conséquences de l’emprisonnement. Le procès qui devrait
avoir lieu, après que la juge d’instruction a mis en examen les
deux gendarmes responsables
des coups de feu pour violences
volontaires avec arme ayant
entraîné la mort sans intention de
la donner, ne devrait pas être
seulement le procès de
deux hommes. Il devrait concerner le dispositif répressif (celui
qui use de la force), l’appareil pénal (celui qui punit) et le système
carcéral (celui qui enferme) qui,
ensemble, conduisent à des tragédies, comme celle dans laquelle
Par
DIDIER FASSIN
AP
Le 23 février
s’est tenue
une réunion
publique à Blois
pour évoquer
la fin tragique
d’Angelo Garand,
tué par le GIGN
il y a près d’un an,
dans le Loir-et-Cher,
à 37 ans.
Nous publions
une version abrégée
de l’intervention
du chercheur
en sciences sociales
Didier Fassin.
Professeur de sciences sociales
à l’Institute for Advanced Study
(IAS) de Princeton et directeur
d’études à l’EHESS.
Angelo a trouvé la mort.
Mais les pouvoirs publics savent
non seulement étouffer ces affaires, mais renverser même la
charge de la faute. En la matière,
les mots sont importants. Pour
justifier les sanctions judiciaires,
on dit qu’il était «connu des services de police», et on rappelle les
dix-neuf faits de «vols aggravés»
pour lesquels il a été condamné.
Pour justifier l’intervention massive des militaires, on le décrit
comme un «fugitif», alors qu’il
résidait dans la ferme de ses
parents, et «potentiellement dangereux», alors qu’il avait bénéficié d’une permission de sortir.
Pour justifier les tirs mortels, on
décrit une agression des gendarmes avec un couteau fondant en
droit la légitime défense, alors
que sa famille affirme qu’il n’était
pas armé et alors que les autorités
ont soustrait aux regards la scène
de l’interpellation. C’est donc ce
travail de légitimation qu’il faut
déconstruire, à commencer par
les peines de prison.
La France a aujourd’hui la population carcérale la plus nombreuse de son histoire en temps
de paix. Aux personnes emprisonnées s’ajoutent les personnes
sous main de justice, dont les
effectifs ont augmenté encore
plus vite que ceux des personnes
sous écrou. Comme dans la plupart des pays où les mêmes
phénomènes ont été observés,
cette évolution est sans lien statistique avec les tendances de la
délinquance et de la criminalité,
en tout cas pour ce qui concerne
les délits les plus graves. Il n’y a
pas plus de personnes en prison
parce qu’il y a plus d’infractions,
mais parce que la justice est plus
sévère. Elle condamne à des peines d’emprisonnement plus souvent et plus longtemps, y compris pour des délits qui, il y a
quelques années, ne relevaient
pas de telles sanctions. Mais cette
sévérité est inégalement répartie.
Elle n’affecte pas tous les faits
jugés et toutes les catégories
sociales de la même façon.
Au cours des années 2000, les
condamnations pour conduite
malgré la suspension du permis
ont été multipliées par cinq tandis que les condamnations pour
infractions économiques et
financières diminuaient d’un
cinquième. Ces évolutions ne traduisaient pas des variations correspondantes de ces délits, mais
des consignes de rigueur dans un
cas et de clémence dans l’autre.
Or, les infractions économiques
et financières, telles que la corruption, les évasions fiscales ou
les abus de biens sociaux, concernent surtout des catégories
aisées, tandis que les conduites
malgré suspension du permis,
même si elles peuvent toucher
tout le monde, sont reconnues en
fonction des décisions opérées
La vie d’Angelo s’était arrêtée
quinze ans plus tôt lorsque, pour
une conduite sans permis et une rixe,
il avait été interpellé, puis jugé
et incarcéré. Il avait 22 ans.
C’était le début d’une longue suite,
presque ininterrompue, de séjours
en prison. Des quatorze années
suivantes, il passera treize ans
derrière les barreaux.
par les forces de l’ordre lorsqu’elles arrêtent des véhicules. La sélectivité des juges dépend de la
sélectivité de la police.
Probablement est-ce parce qu’il
avait l’expérience de ce que signifie être enfermé dans une cellule
souvent à deux ou trois dans un
espace prévu pour un seul, parce
qu’il savait que la prison était
bien autre chose et bien plus que
la simple privation de liberté que
prévoit la loi, parce qu’il comprenait qu’il se trouvait pris dans un
cercle vicieux dont il lui devenait
de plus en plus difficile de sortir,
parce qu’il ressentait le manque
de sa famille et des enfants qu’il
n’avait pas vu grandir et parce
qu’il éprouvait le besoin des choses banales de la vie que l’incarcération ne permet plus, qu’un
jour de septembre 2016, Angelo
avait décidé de ne pas rentrer au
centre pénitentiaire. Non pas de
s’évader, comme l’affirme le langage administratif, mais de ne
pas réintégrer la prison. C’est son
geste que l’on doit comprendre.
Un geste tellement insupportable
pour l’Etat qu’il ne pouvait
y répondre que par une violence
extrême.
A la fin de Tristes Tropiques,
Claude Lévi-Strauss observe que
les sociétés que nous qualifions
de traditionnelles auraient la
même réaction d’horreur que
nous avons devant le cannibalisme si elles découvraient «nos
coutumes judiciaires et pénitentiaires», notamment cette pratique consistant à enfermer,
à isoler, à couper du monde des
individus qui ont violé la loi.
C’est ce châtiment inefficace
(puisqu’il favorise la récidive),
injuste (puisqu’il sanctionne les
plus modestes) et indigne (puisqu’il ne respecte pas leurs droits)
qu’il nous faut interroger au
moment même où l’on nous promet plus de places de prison, plus
d’exécution des peines, plus de
sévérité dans les condamnations.
Pour que la mémoire d’Angelo ne
s’éteigne pas, c’est donc à la
société tout entière, une société
toujours plus punitive, qu’il faut
demander des comptes. •
Auteur de l’Ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale et
de Punir. Une passion contemporaine
(tous deux au Seuil).
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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LA CITÉ
DES LIVRES
Par LAURENT JOFFRIN
Trop séduisant
libéralisme
Des prisons ouvertes en Finlande
à la vente libre de cannabis
aux Etats-Unis, l’essayiste Gaspard
Kœnig livre un plaidoyer libéral
sous forme de carnet de voyage.
S
es adversaires sous-estiment souvent cette dimension: le libéralisme,
doctrine vouée aux gémonies,
est aussi séduisant. Idéologie
inégalitaire qui voit dans l’individualisme, ou l’égoïsme, le
moteur de toute chose et qui
représente souvent des intérêts de classe à peine masqués, le libéralisme perdure
aussi parce qu’il exerce une
indéniable attraction. En premier lieu par sa cohérence
philosophique et politique :
c’est une théorie de la liberté,
classée à gauche au moment
de son essor, puis passée à
droite dans la seconde partie
du XIXe siècle avec le triomphe de la bourgeoisie moderniste. En second lieu, parce
qu’il se fonde d’abord sur
l’autonomie individuelle et
rencontre pour cela les aspirations d’une grande partie de la
L'ŒIL DE WILLEM
population. Le livre de voyage
de Gaspard Kœnig en est l’illustration. Ce jeune intellectuel et publiciste, ouvert et tolérant, chroniqueur au Point,
a parcouru le vaste monde
pour étudier sur place les expériences qui lui semblent les
plus représentatives de sa
doctrine. Il en tire un carnet
de route vivant, plaisant et
souvent étonnant, quoique
contestable sur le fond.
Son étape la plus inattendue,
Kœnig l’a effectuée en Finlande, l’un des pays les plus
socialisés d’Europe, et pourtant libéral, au sein de ce
qu’on appelle là-bas des «prisons ouvertes». Dans ce système pénitentiaire, inspiré
des thèses de Beccaria, philosophe des Lumières vénéré
par Foucault, la Finlande a inventé et a mis en pratique les
prisons sans murs. Un tiers
u 23
environ des délinà la rencontre des
quants condamnés
vendeurs de canen Finlande, une
nabis dotés d’un
fois qu’ils ont déstatut légal, qui
montré dans des
écoulent leurs
établissements
produits en paiclassiques la vosibles commerlonté d’effectuer
çants. Là aussi,
leur peine selon les
l’Etat préfère la
règles de droit, sont
responsabilité à la
transférés dans des
répression, traicentres ouverts, où
tant l’addiction
les murs et les miGASPARD KŒNIG
non en délit mais
radors sont remplaVOYAGES D’UN
en problème de
cés par des piquets
PHILOSOPHE
santé publique.
rouges qui symboliAUX PAYS
Le Tintin libéral
sent le périmètre de
DES LIBERTÉS
va encore en
leur détention, sans
L’Observatoire,
Amérique latine,
barbelés, sans bar250 pp., 17 €.
où le microcrédit,
rières d’aucune
qui finance l’inisorte et pratiquement sans tiative individuelle, permet à
gardiens. Ces prisonniers des damnés de la terre entresans prison vivent par petits prenants de sortir de leur dégroupes dans des unités de vie pendance et de leur misère.
austères mais confortables, Ou encore dans les couloirs de
avec leur cuisine et leur salon, l’OMC, l’Organisation monlibres d’aller et venir comme diale du commerce, où les
bon leur semble au sein de croisés du libre-échange ont
l’enceinte délimitée par de le sentiment de participer non
simples bornes symboliques. à la mondialisation sauvage,
Certains s’évadent mais doi- mais à la prospérité naissante
vent ensuite vivre cachés, re- des pays émergents.
cherchés par la police. La Il manque bien sûr à l’ouvrage
grande majorité d’entre eux la partie critique, par exemple
choisissent d’effectuer leur les réfutations théoriques et
peine, qui est conçue non pratiques de Joseph Stiglitz,
comme une période de puni- qui a démontré que la liberté
tion, mais comme un long des marchés était loin de
stage de réhabilitation. Leurs nous conduire à l’optimum
horaires sont réglés, et ils doi- prévu par la théorie. Ou envent travailler, soit à l’inté- core, dans cet exemple du Kerieur de la «prison ouverte», rala, patrie de la tolérance resoit dans une entreprise voi- ligieuse, où la laïcité est
sine. Pour le reste, ils sont réduite à la portion congrue,
seulement astreints au genre le rappel des affrontements
de discipline qu’on rencontre communautaires souvent
dans les camps de vacances. sanglants qui opposent les exCette innovation déjà an- trémistes de l’hindouisme
cienne ne fait plus débat en aux musulmans minoritaires
Finlande, ni à droite ni à gau- dans le reste du sous-contiche. L’opinion sait que ce sys- nent indien. Gaspard Kœnig
tème, qu’on jugerait en France passe enfin un peu vite sur
irénique ou irresponsable, ré- l’équilibre entre intervention
duit de plus de 15% le taux de étatique et libre entreprise
récidive. La prison n’est plus qui caractérise l’Europe de
principalement une sanction, l’économie mixte, qui a fait
mais plutôt une rédemption, reculer les injustices du marselon la conception apparue ché tout en préservant, justeau XVIIIe siècle avec la nais- ment, la liberté individuelle.
sance des idées libérales. Gas- L’homme est un animal sopard Kœnig en tire la leçon cial. Dès la révolution indusphilosophique: plutôt que de trielle, les socialistes se sont
multiplier lois, règlements et appuyés sur cette réalité aninterdictions, la société a inté- thropologique, largement
rêt, objectivement, à faire ignorée par les libéraux, pour
fond sur l’esprit de responsa- tenter de conjuguer, au
bilité individuelle. Même mieux, liberté et égalité. C’est
chez les délinquants.
le point aveugle du discours
La même idée se retrouve à libéral, aussi séduisant soit-il:
une autre station de cette pé- la société n’est pas seulement
régrination, semblable à celle la résultante des volontés inqu’avait entreprise Guy Sor- dividuelles. Elle suppose des
man au début des années 80, valeurs collectives qui vienet qui contribue à la dissémi- nent tempérer les excès et les
nation des mêmes idées. débordements de l’individuaA Denver, Colorado, Kœnig va lisme de classe. •
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Libération Mercredi 28 Février 2018
CINÉMA/
Sa majesté
des mioches
Porté par son casting féminin et androgyne,
«les Garçons sauvages» est une splendide épopée
visuelle. Un fantasme de cinéma habité de
métamorphoses et affranchi de toute contrainte.
Par
MARCOS UZAL
I
maginez un adolescent à la fois fort cultivé et très
tourmenté par ses hormones. S’assoupissant dans
un jardin tropical, il s’engouffrerait dans un rêve
débordant d’images et de désirs où, à ses fantasmes
pubères, s’entremêlerait tout ce qu’il a vu et lu. Sur le
pont d’un bateau et des plages de sable noir s’accoupleraient Deux Ans de vacances et Querelle de Brest,
s’enfileraient quelques William (Burroughs, Shakespeare, Golding) et le centre du songe serait une île où
tout serait sexuel et voué à la métamorphose. Imaginez ce rêve et vous n’aurez qu’une petite idée de ce à
quoi ressemble les Garçons sauvages. Pour en préciser
la forme et la texture, il faudrait aller chercher du côté
des films de Kenneth Anger, James Bidgood, Raúl
Ruiz, F.J. Ossang ou Guy Maddin, mais aussi de tout
un cinéma japonais des années 60-70, érotique et délirant – les films de Shuji Terayama (Jetons les livres,
sortons dans la rue), Toshio Matsumoto (les Funérailles des roses) ou l’hallucinant Horror of Malformed
Men de Teruo Ishii.
avec pareil bonheur, par manque de distance avec ses
références ou excès d’application.
A travers mille surimpressions, trucages primitifs, effets de filtre ou de fumée, Mandico fait preuve d’une
anachronique et réjouissante croyance dans les pouvoirs fantasmagoriques du cinéma. Mais il a compris
que c’est également en se comportant en sale gosse
plutôt qu’en bon élève qu’il rendrait le meilleur hommage aux œuvres plus ou moins folles qu’il vénère. Il
assume tout ce que son geste contient de démesure,
d’indécence, de mauvais goût, et même de potacherie.
Ce film luxuriant comme une jungle tient aussi par son
humour constant, qui n’est surtout pas le rire hautain
de la parodie, mais la joie de l’artiste conscient de la
monstruosité de la création dont il accouche, parce
que ce drôle de truc est fait de tout ce qu’il aime. Ce
que les Garçons sauvages pourrait avoir de poseur ou
malin est ainsi contrebalancé par le plaisir enfantin
du bricolage et par une certaine grossièreté adolescente –il filme parfois comme on dessine des graffitis
obscènes sur les murs du lycée, tout en se prenant
pour Cocteau.
Huître. Au fait, qu’est-ce que ça raconte? Des histoiDémesure. Certes, aligner les références pour présenter un film n’est souvent pas le meilleur service à
lui rendre, mais dans ce cas précis c’est toucher à la
nature profonde du travail de Bertrand Mandico (lire
ci-contre), que l’on pourrait pompeusement qualifier
de collage postmoderne. Un film dont le référent n’est
plus la réalité mais la façon dont le cinéma, la bande
dessinée, la littérature l’ont réinventée. Un film se
nourrissant goulûment d’histoires, d’images et de
sons préexistants, pour les mâcher, les digérer et inventer des récits, des visions, tout un univers à partir
de leur mixture. Ça ne garantit en rien de faire une
belle œuvre, c’est là même une démarche très risquée,
susceptible de sombrer facilement dans la vacuité. On
connaît bien des exemples récents où une comparable
posture maniériste et antiréaliste ne fonctionne pas
res d’entre-deux: entre deux sexes, entre deux âges,
entre deux règnes. L’entre-deux des songes, de l’érotisme, de la perversité, de la métamorphose. Les acteurs sont des actrices, la mer est un studio, le studio
est une île, l’île est une huître. Les arbres ont comme
des bites, le capitaine a des espèces de seins, son chien
a une sorte de visage, même les voilures des navires
ont des poils. C’est une fausse histoire de pirates, dont
le trésor serait le film. Certes, un trésor de contrefaçons et de bijoux en toc, mais qui brillent d’un éclat
enivrant et lascif. •
LES GARÇONS SAUVAGES
de BERTRAND MANDICO
avec Vimala Pons, Elina Löwensohn,
Mathilde Warnier… 1 h 50.
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 25
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Les Garçons sauvages,
une fausse histoire
de pirates, dont
le trésor serait le film.
«
PHOTOS UFO DISTRIBUTION
UFO DISTRIBUTION
«J’attrape l’onirisme
et le réalisme magique»
INTERVIEW
D
Bertrand Mandico, réalisateur
des «Garçons sauvages»
évoque les influences
qui traversent son premier
long métrage. Et revendique
un cinéma mutant
et libéré de la linéarité.
epuis plus de vingt ans, le cinéaste Bertrand Mandico réalise des courts et moyens métrages mêlant sécrétions fantasques
et mélodrame profondément camp,
interrogeant les identités sexuelles
et genrées, comme les figures et les
genres en vigueur. Les Garçons sauvages est son premier long métrage.
Le titre du film paraît très chargé
de symboliques.
C’est le roman de Burroughs (paru
en 1971) qui est à l’origine de l’idée
première du film. De courts passages
de celui-ci m’ont guidé : une séquence où de jeunes garçons copulent avec des végétaux hypersexués,
puis une autre, encore plus lyrique,
où ils s’en vont conquérir le monde.
J’ai imaginé des boutures improbables avec des récits d’aventure à la
Jules Verne. Et le titre renvoie aussi
au sexe des interprètes…
Justement, comment avez-vous
constitué ce groupe ?
Vimala Pons, je l’ai rencontrée avant,
mais elle a passé le casting comme
tout le monde. C’était important
d’essayer le personnage. Je commençais par leur montrer mes films, voir
si elles étaient réfractaires à mon
univers, à mon approche physique
des choses, et après, je les interrogeais sur leurs parts masculine et féminine. Il fallait qu’elles aient toutes
un peu le même physique, la même
silhouette assez androgyne tout en
gardant des caractérisations très fortes. On a fait des essais plus longs, ou
il y avait trois séquences à jouer et à
chaque fois Elina [Löwensohn, ndlr]
donnait la réplique.
Elina Löwensohn est un peu votre
muse, figure principale dans vos
courts et moyens métrages.
Je trouve assez intéressant qu’Elina
arrive ici à mi-parcours. Il faut avoir
beaucoup de pouvoir pour savoir
faire ça. Elle se fait déjà désirer (rires). Ensemble – moi derrière la caméra, et elle devant– on a beaucoup
questionné le corps, la représentation de l’actrice, de la femme, de son
rapport au désir, au vieillissement.
Mon premier film réalisé avec elle,
c’était le moyen métrage Boro in the
Box (en 2011), film hommage à
Borowczyk. Elle joue à la fois la mère
du cinéaste et le cinéaste, un petit
garçon avec une tête en forme de sténopé. C’est là que je me dis : cette
femme sait vraiment tout jouer.
Vous semblez travailler à partir
d’un patchwork de références assez conséquent.
Je prépare beaucoup le tournage, je
donne des références masculines
aux actrices, des choses qu’après je
vais oublier et elles aussi… Je maîtrise tout pour ensuite trouver mon
espace de liberté, mon abandon.
C’est comme un plaisir d’adolescent,
un mur d’images, avec des citations,
clins d’œil, fait pour que ceux qui
connaissent reconnaissent, et que
ceux qui ne connaissent pas aient envie de découvrir ces univers derrière
le mien. Entre autres, il y a Querelle
de Fassbinder, un peu de Zéro de conduite de Jean Vigo, Orange mécanique au début pour une scène assez
violente avec des percussions très sèches, qui rappellent le cinéma japonais, comme Onibaba de Kaneto
Shindo. Je m’appuie sur une bonne
digestion d’images pour faire monter
à la surface mon propre langage. J’attrape l’onirisme, le réalisme magique, qui sont un peu à l’abandon de
nos jours tout en conservant le désir
de raconter des histoires autrement,
de mêler une patine ancienne à quelque chose de plus contemporain.
Comme les rétroprojections
numériques, les gifs animés ?
Déjà dans mes courts, Depressif Cop
ou Prehistoric Cabaret, j’en plaçais.
Dans les Garçons sauvages, il y a un
gif, seulement, il est trafiqué. Quand
le personnage de Tanguy court sur la
plage, autour de lui se déploie tout
un univers cosmique. C’est un gif que
j’ai filmé et que j’ai projeté derrière
un aquarium dans lequel je jetais des
paillettes. Je l’ai filmé encore et j’ai
projeté le tout derrière. J’ai vraiment
hâte que le gif influence le cinéma de
prise de vues réelles, et que les acteurs commencent eux-mêmes à
jouer des boucles.
Les Garçons sauvages est votre
premier long métrage.
Oui. Et non pas premier film, comme
je l’entends parfois. Ça fait plus de
vingt ans que je fais des films. Le scénario tel qu’il est envisagé par le cinéma d’aujourd’hui m’ennuie un
peu. On a tendance à le formater, à
le mettre dans des cases, des grilles
de lecture, pour script doctor ou festival. J’ai toujours ce besoin de raconter une histoire, en revanche.
Mais je tords la narration traditionnelle, je fais des digressions,
cut-ups, etc. Avec ces Garçons sauvages, j’ai vraiment cherché à entraîner
le spectateur avec moi dans les
méandres de mon écriture organique, le prendre par la manche et ne
pas le lâcher, jusque dans des travellings qui conduisent dans l’espace
mental d’un personnage.
Le son a aussi une vraie autonomie par rapport à l’image.
Tout ce qui à trait aux images, je dois
le régler sur le tournage. Mais il n’y
a pas de prise de son directe. Ça me
ramène trop à un concret qui me
plombe, quelque chose de trivial. Je
sculpte ma bande-son plus tard. Je
postsynchronise avec les actrices
une fois le montage image fait. Avec
chacune, j’obtiens des choses que je
n’aurais pas pu obtenir sur le plateau,
des styles de voix qui n’ont pas de
rapport avec ce qu’elles font de leur
corps, plus susurrés, sous ou surjoués. Et avec la musique, ça doit former un tout organique. C’est devenu
un travers chez pas mal de cinéastes,
de se reposer sur le tube qui arrive à
un moment cool dans le film et que
t’es content d’entendre.
Y a-t-il d’autres phénomènes contemporains qui vous fascinent?
Les plateformes type Tumblr, ces
grands imagiers que les internautes
fabriquent. J’y vois des tendances
très fortes qui apparaissent. Il y a eu
une bonne période Alejandro Jodorowsky, Dario Argento, c’était fou. Je
pense qu’une bonne partie des personnes qui postent ces images ne
connaissent pas forcément la source.
Je trouve ça extraordinaire. Les images sortent de leur contexte, se parlent entre elles, fascinent. Je vais dire
un truc très égocentrique, mais une
de mes victoires, c’est quand j’ai
commencé à voir une de mes images
sur Tumblr, sans référence. Tout à
coup, ça ne m’appartenait plus. Je
me suis retrouvé là comme empaillé,
de mon vivant.
Recueilli par JÉRÉMY PIETTE
BILLET
Par
JULIEN GESTER
Epiphanies
C’est une histoire vieille
d’un demi-siècle au moins :
depuis qu’ils s’envisagent
en auteurs (soit depuis
la Nouvelle Vague et,
mettons, les Quatre Cents
Coups), les jeunes cinéastes
tendent à faire de leurs
fictions un miroir de leurs
balbutiements, redoublant
souvent leur propre passage
au long métrage de récits de
passages à l’âge adulte et
d’initiation. Fixée par Truffaut, cette inclination à se
raconter en novice aiguisant ses sens fut théorisée,
en même temps qu’il la réitérait, par le premier long
de Leos Carax, Boy Meets
Girl, où le héros et avatar du
cinéaste dressait la carte de
ses premières fois et autres
épiphanies. Les deux plus
beaux films sortis cette semaine héritent à leur façon
singulière de cette fatalité
un rien encombrante. Mais
à qui se désespère de voir
les jeunes auteurs, pourtant
supposés renouveler l’ordre
en place des représentations, se complaire dans
le canon usé du roman d’apprentissage, il faut donc opposer la réussite du tendre
Lady Bird de Greta Gerwig
(lire pages 26-27) et des
somptueux Garçons sauvages de Bertrand Mandico,
chacun campé à une extrémité de l’éventail des rapports possibles à la tradition. De ce même registre
initiatique, l’un respecte et
honore tous les codes avec
une exquise délicatesse, qui
en fait le meilleur film possible accouché par un genre
dont on croyait avoir tout
vu et épuisé (le teen-movie
indé). L’autre semble suivre
la seule loi de son désir
pour imposer les termes
propres à la flamboyance de
son envoûtement, et
repousser ainsi tous les
murs et les atavismes du
cinéma français avec une
vigueur de film fou, résolument transgenre, rarement
entrevue depuis… la Nouvelle Vague. •
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26 u
Libération Mercredi 28 Février 2018
CINÉMA/
«Lady Bird», au saut du nid
Dans une Californie provinciale, Greta Gerwig
filme par bribes le conflit universel entre les velléités
artistiques d’une adolescente rebelle et les réticences
de sa mère. Un teen-movie qui réinsuffle charme
et délicatesse aux codes balisés du genre.
Par
LUC
CHESSEL
L’
aspect le plus sympathique de Lady Bird de
Greta Gerwig est sa décision, résolument prise, de ne pas
nous raconter une histoire – ni
même plusieurs. Mais non par
un quelconque manque ou flot-
tement dans la construction de
son récit. Sur ce point, l’auteure
– par ailleurs actrice, dramaturge et scénariste– n’a pu que
savoir ce qu’elle voulait ou ce
qu’elle faisait. Au contraire, si la
vitesse de Lady Bird – son em-
pressement à accumuler les épisodes de quelques mois dans la
vie de son héroïne adolescente–
le débarrasse de tout forçage
narratif apparent, c’est pour décrire un double mouvement, un
peu contraire, commun au film
et au personnage : une fuite en
avant doublée d’un regard rétrospectif.
Ordinaire. Christine, alias
«Lady Bird», 17 ans, finit son lycée à Sacramento, dans une Californie provinciale qu’elle rêve
de quitter pour quelque capitale
culturelle où s’épanouira son
tempérament artiste, en éprouvant au jour le jour la grande
série des premières fois sentimentales, sexuelles, amicales,
sociales, le lot des lieux communs véridiques, le tout un chacun de l’apprentissage. La vie,
trop rapide et trop lente, défile
ici sous nos yeux sans autre canevas que le temps qui passe,
c’est-à-dire la forme que le
temps ne prend que plus tard,
une fois les épreuves consommées et les départs acquis –l’élément biographique, qui est un
mélange d’illusion et de souvenir, des souvenirs d’une illusion
aux illusions du souvenir.
Cet aspect sympathique, où apparaît sans doute le meilleur
qu’un tel film pouvait tirer d’une
telle entreprise, n’est pas particulièrement original : précisément, il cherche l’ordinaire absolu qui sous-tend la recherche,
à cet âge, d’une excentricité in-
Lady Bird use de tous les passages à l’acte (pseudos, cheveux roses), pour s’inventer une vie à laquelle le temps pourra plus tard donner forme. UNIVERSAL PICT. INT. FRANCE
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Libération Mercredi 28 Février 2018
u 27
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Saoirse Ronan,
le 15 février à Paris.
tense. Lady Bird, (Saoirse Ronan, lire ci-contre) est bien une
originale, usant de tous les passages à l’acte disponibles, pseudonymes, cheveux roses, désinvoltures, pour s’inventer une vie
à laquelle le temps pourra plus
tard donner forme. A ses côtés,
Lady Bird, avec son double
mouvement, cherche simplement à scruter quelque chose
comme la banalité de l’exceptionnel dans l’existence.
Réconciliation. Tout ça prend
la forme d’un défilement. Les
meilleures scènes du film (les
seules à conserver ce vieux format qu’est une «scène de film»,
étrange unité devenue désuète,
prise en étau entre le plan et la
séquence, entre l’instantané et
le simultané : soudain un peu
d’espace au milieu de la fuite du
temps) sont les scènes en voiture, où la réalité de l’unique
mode de déplacement à Sacramento se mue simultanément
en nostalgie, celle de moments
clés vécus en roulant dans la lumière californienne. Ce sont
pour la plupart des scènes avec
la mère (Laurie Metcalf), en particulier celles placées au début et
à la fin du film, encadrant toute
l’affaire pour lui donner son sens
et son vrai sujet: la relation entre
les deux femmes. Dans la première, elles sont côte à côte, une
émotion commune se change en
grave dispute en une poignée de
répliques. Dans la seconde, qui
se distribue en deux moments
séparés alors que le film touche
à sa fin, elles ne sont pas ensemble mais conduisent seules, ne
partageant plus que leur évidente ressemblance et leur future réconciliation: le long plan
où Laurie Metcalf quitte l’aéroport sans dire au revoir à sa fille;
et plus tard Christine évoquant,
à l’autre bout du pays, une image
au volant qu’elle pense avoir en
commun avec sa mère, le souvenir ému et solitaire de leur petite
ville défilant autour de l’habitacle. Ce simple trajet d’une scène
à l’autre, d’un début à un autre
début, où le film entier devient
un retour sur lui-même, aura eu
besoin du reste (le défilé rapide
de la série des vignettes biographiques) pour simplement avoir
lieu : c’était cette histoire-là,
presque une histoire, que le film
nous racontait sans le dire, pour
nous émouvoir l’air de rien. •
LADY BIRD
de GRETA GERWIG
avec Saoirse Ronan,
Laurie Metcalf, Timothée
Chalamet… 1 h 34.
Saoirse Ronan, fée miroir
L’Américano-Irlandaise
revient sur son rôle
d’alter ego de la
réalisatrice de «Lady
Bird», pour lequel elle a
reçu un Golden Globe.
C
onfidentielle sous son regard céleste, accoudée au
canapé, la sereine et
diaphane Saoirse Ronan (phonétiquement «sœur-chat», un prénom
qui signifie «liberté» en gaélique)
au crépuscule de ses 23 ans, évoque
avec limpidité pour Libération son
expérience de tournage avec l’actrice, scénariste et réalisatrice
américaine Greta Gerwig, celle-ci
passant pour la deuxième fois derrière la caméra pour réaliser le singulier teen-movie Lady Bird. En
bon double des jeunes années de la
cinéaste, l’actrice américano-irlandaise y campe une adolescente,
Christine, en pleine quête tourmentée d’identité à Sacramento,
qu’elle se verrait bien quitter pour
New York, loin de cette mère infirmière qui à la fois l’aime et l’exaspère. Mais face à nous, dans une
élégante robe à rayures blanches et
jaune dahlia, la jeune femme au
calme alcyonien n’a pourtant
(plus) rien d’une ado rebelle. «C’est
un récit semi-autobiographique qui
fait majoritairement écho à la jeunesse de Greta, pas la mienne, précise-t-elle, souriante. On s’est pourtant trouvé bien des points
communs, comme l’évolution au
sein d’une école catho, les déplacements géographiques…»
pre vie, de petites diapos de séquences où les mouvements et conflits se
règlent assez vite. Je trouve que c’est
fidèle à l’enfance qui file à toute vitesse. On tente de saisir quelque
chose… mais c’est déjà parti. Le cinéma serait d’une certaine façon un
moyen de prolonger la mienne.»
Son premier rôle remarqué, Ronan
l’obtient à 13 ans dans le film ReAventure. Saoirse Ronan est née viens-moi de Joe Wright. Puis elle
en 1994 à New York. Elle n’a que joue une jeune fille assassinée, blo3 ans lorsque ses parents (une mère quée au purgatoire dans Lovely Bonourrice, un père comédien et bar- nes de Peter Jackson, en 2010. Suiman) décident de retourner en Ir- vent Hannah, puis Brooklyn… pas
lande, d’où ils sont origide quoi rire pour la petite
naires. Là, elle grandit PROFIL
blonde au CV plutôt lesté
dans le comté de Carlow,
de films indé-guindés.
province rurale du sud-est de l’île. The Grand Budapest Hotel (2014)
Voyant cette Lady Bird qui crie, de Wes Anderson, à la limite, lui
pleure, bondit de joie, on se dit donne de quoi se dérider… Lady
qu’on a rarement vu Saoirse Ronan Bird est donc sa première aventure
comme ça, si Frances Ha : «Cette comique: «Je n’étais pas du tout à
gestuelle singulière, organique, que l’aise au départ. Le seul conseil que
Greta a elle-même acquise au fil des j’ai reçu, maintes fois répété, était
années s’est quelque peu infiltrée en de jouer comme si tout était “vrai”.
moi. Elle s’est inspirée de sa propre Pour moi, les scènes les plus dramaexpérience en tant qu’actrice pour tiques, les plus sérieuses, j’en avais
me guider, et d’autres fois, avec la l’habitude. Je sais comment déclenmême solide intuition, elle m’a lais- cher les larmes. En revanche, ça
sée tranquille, afin que j’essaye de semble peut-être évident, mais se
trouver mon propre langage.» Lady trouver au supermarché et acheter
Bird se déplie comme un album un magazine (rires)…»
photo. «Chaque séquence à sa pro- Ronan se confie. Au lycée, elle était
plutôt «suiviste» : «Mais je suis
aussi passée par ma crise de rébellion.» Puis, inquiète, se demande
de peur peut-être de finir en enfer:
«Je ne pense pas avoir été méchante ? Ça nous arrive à tous de
perdre de vue les amis, d’oublier ce
dont ils ont besoin et ce qu’on peut
leur donner. Quand on est soi-même
en train déjà d’essayer de comprendre qui l’on est, ça rend quelque peu
égoïste. Ce sont les relations humaines, comment on se retrouve et se
perd, parents, frères, sœurs, d’une
manière simple et à la fois très complexe à retranscrire, dont Greta
semble d’ailleurs détenir ce précieux secret. Ce qui fait que Lady
Bird n’est pas qu’une histoire
d’ado.» Il est vrai qu’on croirait que
l’expérience de comédienne de Gerwig et la cohorte des rôles qu’elle
a pu endosser en une douzaine
d’années de carrière semblent lui
conférer une attention et une intimité toutes particulières à chaque
figure. S’il y a bien dans son film
des seconds rôles, personne ne paraît simplement planté là pour garnir les arrière-plans. «Chaque personnage est écrit à une juste
mesure, avec la même attention
pour chacun, donnant assez d’espace pour que le spectateur comprenne qui ils sont.» Spectatrice de
Pretty in Pink, The Breakfast Club,
Seize Bougies pour Sam, la Folle
Journée de Ferris Bueller, Ronan
connaît les comédies adolescentes
des années 80 de John Hughes sur
le bout des doigts, «les plus cool en
ce qui concerne la période adolescente, car évoquant des figures téméraires, imprudentes, au plus
proche de la réalité de cet âge».
Regrets. C’est la première fois
qu’elle tient le premier rôle d’un
film réalisé par une femme –donnée qui prend forcément un tour
moins anodin dans le contexte
post-Weinstein. La jeune cinéaste,
qui a exprimé, ces dernières semaines, ses regrets d’avoir tourné avec
Woody Allen, a aussi haussé la voix
en faveur de «Time’s Up», dispositif créé sur fond de Golden Globes
(Lady Bird en a remporté deux,
dont un pour son actrice, et figure
parmi les favoris des oscars) pour
venir en aide aux femmes victimes
de violences. «C’est un instant pivot dans notre histoire sociale et politique, appuie Ronan. Soudain une
forme de communauté de solidarité
entre femmes se forme. On sent
moins de compétition, en tout cas
pour le moment. Les femmes se soutiennent, et nous n’avons plus peur
d’être chassées d’Hollywood pour
autant.»
JÉRÉMY PIETTE
Photo SAMUEL
KIRSZENBAUM
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Libération Mercredi 28 Février 2018
Céleste (Clémence
Boisnard) et Sihem
(Zita Hanrot)
à l’épreuve du sevrage.
PHOTO PYRAMIDE
«La fête est finie»,
accro et à crises
Marie Garel-Weiss suit
de façon un peu balisée
les états d’âme de deux
jeunes femmes en cure
de désintoxication.
«O
n était censé changer
les choses/ Depuis
quand les choses nous
ont changés ?» répète Orelsan
dans sa chanson La fête est finie,
titre par ailleurs de tout l’album.
Le premier long métrage de
Marie Garel-Weiss porte le même
nom mais il est plus sèchement
normatif puisque la fête, c’est la
consommation frénétique de
drogue dont il faut solder les joies
et les ravages en stoppant net les
substances, en rentrant dans le
rang de la bonne conduite sociale
et de la bienveillance à l’égard de
sa propre survie. Le thème de la
dépendance est évidemment un
grand motif de cinéma (revoir
The Addiction ou The Blackout
d’Abel Ferrara) mais Marie GarelWeiss ne veut pas l’envisager avec
le romantisme de la perdition qui
s’y rattache, peut-être pour en
avoir elle-même expérimenté les
impasses et fait les frais puisque,
dans une interview, elle raconte
qu’elle est passée par un centre
de désintoxication et qu’elle y a
noué, comme ses personnages,
une amitié déterminante.
Céleste semble n’avoir guère plus
de 20 ans et déjà un long parcours d’évasions chimiques
(MDMA, coke, herbe, méthadone, héro…). Au bout du rouleau, à moitié à la rue, elle atterrit
dans un centre de désintoxication où elle rencontre Sihem,
autre jeune fille aux nerfs à vif et
au passé traumatique. Ensemble,
elles font face aux règles peu engageantes du foyer dont les journées alternent travaux ingrats et
groupes de parole avec ce que
l’un et l’autre comportent d’obligations à se soumettre à quelque
chose qui ne fait vraiment pas
rêver. Le souvenir de la défonce
et le sentiment de la liberté perdue les renforcent dans leur duo
protecteur et claudiquant qui ne
tarde pas à retomber dans les errements.
On ne peut pas complètement
dire que le scénario de La fête est
finie soit riche de surprises.
Il énumère avec un peu trop d’application les stations obligées du
chemin contrariant de la guérison et de la réinsertion. Marie
Garel-Weiss prend garde cependant à rester sensible à la nature
bizarre de l’enjeu d’être clean,
elle examine le dilemme qui se
pose aux personnages de choisir
en définitive entre deux gâchis :
la mort à petit feu et la vie sans
élan. Ce récit de la sauvegarde cogne à un moment donné contre
les impératifs d’un réalisme dont
la grisaille doit être accueillie
comme le cadeau que l’image
peut offrir à tous ceux qui n’ont
d’autre envie que d’être n’importe où, hors du monde.
Le film est néanmoins porté
par deux actrices – Zita Hanrot
(Sihem), découverte dans Fatima
de Philippe Faucon, et Clémence
Boisnard (Céleste) – plus imprévisibles et intenses que ne peut
l’être un récit ou une mise en
scène bordurés par le didactisme.
DIDIER PÉRON
LA FÊTE EST FINIE
de MARIE GAREL-WEISS
avec Zita Hanrot,
Clémence Boisnard… 1 h 33.
«La Ch’tite Famille»: au Nord, rien de nouveau
Croulant sous les poncifs paresseux,
la comédie de Dany Boon mise tout
sur le choc des classes, abandonnant
en route toute ambition burlesque.
I
l y a un semblant de la
pièce Art de Yasmina
Reza, avec ce côté réquisitoire contre les milieux de
l’art contemporain. Il y a
aussi quelque chose du Goût
des autres, avec une «tiote»
scène d’élocution quasi pompée sur le film d’Agnès Jaoui.
Il y a surtout un côté «Annie
Ernaux en dix leçons», dans
cette façon qu’a le sixième
long métrage de l’acteur-réalisateur originaire d’Armentières Dany Boon de rejouer
l’arrachement social et la
quête des origines (le nouveau voyage expérientiel
obligé, visiblement) pour servir une entreprise humaniste
à plusieurs millions d’euros:
l’empowerment terroir. Mission dont le nouvel épisode,
qui n’est pas une suite mais
disons un dérivé, a obtenu
des contrats de distribution
dans quinze pays sur la base
suivante : Dany Boon est un
simili-Philippe Starck, archi-
tecte-designer s’apprêtant à
vernir sa rétrospective au Palais de Tokyo et produisant
un mobilier aussi frigorifique
que ce que son cœur d’ancien
Ch’ti est devenu, depuis que
la honte sociale l’a poussé à
dissimuler ses origines pour
épouser les goûts de sa compagne (Laurence Arné) et de
son infâme beau-père (François Berléand).
Transfuges. Mais un accident de voiture le plonge
dans un coma dont il se réveillera dans la peau de celui
qu’il fut à 17 ans. Même âge
mental, même famille ch’ti à
ses côtés, mêmes goûts culinaires (le snob mangeait des
asperges à la spiruline, il rêve
désormais d’une carbonade
au pâté) et, surtout, même
accent (tadaam !). Traumatisme qui provoquera chez
lui une sorte de «quinquinostalgie» que sa femme n’encourage que moyen, avant
qu’elle n’ouvre elle aussi les
yeux sur la réalité de l’amour
et du Paris extra-muros. Voici
alors le processus de réconciliation sociale enclenché: ces
pisse-froid du VIIIe arrondissement finiront par muter en
gentils bobos terroir-friendly,
adeptes des circuits courts,
du design équitable et d’upcycling façon magasin Merci.
C’est qu’entre-temps ils ont
retrouvé ce trésor que seul le
peuple biloute avait su protéger: l’authenticité, la solidarité, la vie, parce que dans le
Nord on n’a rien, mais le
cœur sur la main. Bon.
Bien sûr qu’il est facile d’ironiser. Et sur ce sujet des
transfuges de classe, on n’attendait évidemment pas du
film qu’il se mesure aux textes de Didier Eribon. On espérait justement tout l’inverse – qu’il ne s’y essaie
surtout pas ! Histoire de se
concentrer sur ce qui manque si cruellement à la comédie française en général et à
ce blockbuster en particulier:
le rire pour le rire (noble entreprise), moins de social,
plus de burlesque (la présence au casting de Pierre Ri-
Dany Boon et Laurence Arné en bobos parisiens. PATHÉ
chard pouvait en être une
promesse), sans vocation à
assaisonner perpétuellement
le récit de la lutte des classes
d’une sauce poujadiste avec
violons de pub pour assurance-vie.
Mondains. Mais non, bien
sûr, quelle naïveté. Voici évidemment une «comédie sociale» (pléonasme en
France). Et pourquoi pas
d’ailleurs, à moins qu’elle ne
pèche violemment par la
construction des archétypes,
ici coincés dans ce no man’s
land entre burlesque et réalisme qui les fait juste manquer de crédibilité. Comment
croire au personnage joué par
Valérie Bonneton, sorte de
«Zézette épouse X» du bassin
minier coiffée comme une
collectionneuse d’œufs Fabergé? A Line Renaud qui
scande le ch’timi comme des
alexandrins ?
En outre, on ne reprochera
jamais à un imitateur du dimanche soir de n’avoir pas
idée plus originale pour mimer les mondains parisiens
que de boire un thé la bouche
«en cul de poule» avec auriculaire bien levé façon Nadine de Rothschild. On
s’étonne en revanche qu’un
réalisateur disposant de tels
moyens n’ait visiblement pas
embauché un tendanceur/
sociologue pour lui indiquer
que les codes de distinction
culturelle avaient changé depuis 1983. Histoire que ces
bobos parisiens, si ces radins
consentent seulement à raquer un ticket d’entrée, puissent eux aussi se projeter et,
ce faisant, rire d’eux-mêmes.
Heureusement, il y a Laurence Arné en clown blanc
bien campé. Pour le reste,
cette comédie wannabe
«bouleversante d’humanité»,
destinée à réconcilier tous les
segments de marché, n’est ni
suffisamment choquante
pour s’indigner, ni suffisamment ciselée pour se marrer.
Pile ce qu’il faut pour s’y ennuyer.
ÈVE BEAUVALLET
LA CH’TITE FAMILLE
de DANY BOON
avec Dany Boon,
Laurence Arné, François
Berléand… 1 h 47.
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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CINÉMA/
Elio (Timothée
Chalamet) passe l’été
dans la maison familiale
en Lombardie. PHOTO
SONY PICTURES
Boulevard de clichés à Tunis
Trop simpliste et manquant
de rythme, «l’Amour
des hommes», de Mehdi
Ben Attia, dresse le portrait
d’une jeune veuve qui
s’émancipe par la photo
de charme au masculin.
O
n aurait aimé aimer l’Amour des
hommes, le troisième film de Mehdi Ben Attia après le Fil et Je ne
suis pas mort, grand prix du meilleur film
français au festival Premiers Plans d’Angers. On aurait aimé suivre, sinon avec
passion, du moins avec intérêt les tribulations d’Amel, portée par la grâce, la
force et la nonchalance de Hafsia Herzi,
cheveux longs librement détachés, démarche souple et légère dans les rues de
Tunis, à la recherche d’hommes, inconnus, qu’elle aborde dans la rue pour les
photographier. Quand le film cueille
Amel, elle vient de perdre son mari, et on
assiste à la scène. Le film, cependant, ne
s’arrête pas sur les larmes, le chagrin et
le deuil. Ce qu’il s’attache à capter, c’est
la quête de la liberté d’une jeune Tunisienne aujourd’hui, dépendante financièrement de son beau-père qui accepte
d’aider sa bru dans sa vocation d’artiste,
parce qu’il l’admire dans ses velléités
créatives, ou en mémoire de son fils disparu. L’enjeu du film n’est pas énigmatique: montrer non pas une femme captive
du désir et des yeux posés sur elle mais,
à l’inverse, désirante et regardante, ce qui
l’engage à renverser la relation de pouvoir commune entre homme et femme,
sujet et objet.
Dans le film, c’est elle qui choisit à travers
un échantillon d’hommes de toutes classes, plutôt flattés en général d’être élus, et
grâce à eux, elle visite les intérieurs misérables ou luxueux de sa propre ville, et ce
faisant dresse un genre de portrait actuel
de Tunis. Amel énonce son souhait d’entreprendre des photos «un peu érotiques»
qui, lorsque le film montre des séances, invitent à penser qu’elles sont l’exact pendant des clichés de charme analogues. Le
film est assez juste lorsqu’il montre la difficulté des modèles masculins à se confronter aux indications de la jeune femme,
et à accepter un rapport dissymétrique, où
ils sont passifs. Ils se rebellent, tentent de
l’embrasser, elle fuit. Même son beaupère, qui loue l’énergie d’Amel et lui offre
une pièce dans son appartement en guise
de studio, ne peut s’empêcher de l’entreprendre, ce qu’il regrette aussitôt.
Qu’est-ce qui cloche, donc, dans ce portrait contemporain d’une jeune Tunisienne? Certainement pas son interprète
principale, subtile et attachante, qui
réussit à apporter un peu de complexité
dans une narration qui en manque. Plutôt l’absence de rythme: les scènes se répètent, les dialogues ont le malheur de
faire dire aux personnages ce qu’ils vont
faire, et accordent aux spectateurs le
droit d’être distraits. Les rues de Tunis
apparaissent elles aussi comme des cartes postales. A-t-on le droit de remarquer,
sans être taxé de misogynie, que durant
tout le film, Hafsia Herzi porte des robes
en cotonnades fluides qui lui vont à ravir? Elles rompent la monotonie du film
et, assorties de boucles d’oreille ou de
colliers, sont un festival de couleurs chatoyantes. Sans doute la variété vestimentaire est là pour souligner l’émancipation
de l’héroïne. Si l’on s’intéresse à la complexité de la société tunisienne postrévolutionnaire au cinéma et de la place questionnée des femmes, et qu’on veut
découvrir une cinéaste, il est sans doute
encore possible, et de toute manière impératif, de voir la Belle et la Meute, le
beau film de Kaouther Ben Hania, sorti
cet automne.
ANNE DIATKINE
L’AMOUR DES HOMMES
de MEHDI BEN ATTIA avec Hafsia Herzi,
Raouf Ben Amor… 1 h 45.
L’Amour des hommes dessine un portrait actuel de Tunis. ÉPICENTRE FILMS
«Call Me by Your Name»,
l’éphèbe papillonne
Sur les amours
naissantes d’un
ado, le film de
Luca Guadagnino
regorge d’émois
implacables
à la peinture lisse
et clinquante.
L
e nouveau film de Luca
Guadagnino (responsable notamment
d’Amore ou A Bigger Splash)
a en commun avec Lady
Bird de Greta Gerwig (lire pages 26-27), en plus de leur
sortie française simultanée
(on doit ce faux hasard du calendrier à une course aux oscars commune, imminente et
dit-on prometteuse), quelques autres traits, qui sont
peut-être d’époque, que celle-ci soit ou pas la nôtre. Call
Me by Your Name se déroule
en 1983, Lady Bird en 2002 :
c’est l’occasion, pour l’un
comme l’autre, de se chercher un ton intemporel, c’està-dire assez confortable.
Deux films d’apprentissage
dont les protagonistes ont
17 ans, qui prennent la famille pour cadre et l’expérience pour objet, et où apparaît l’acteur Timothée
Chalamet (lire son portrait
dans Libération de mardi). Il
tient ici le rôle principal, celui du jeune Elio, qui passe,
avec ses parents dans leur
grande et belle maison de
Lombardie, des vacances
d’été vite troublées par l’arrivée d’Oliver (Armie Hammer), un collègue américain
de son père envers lequel il
ressent bientôt un puissant
et nouveau désir.
Call Me by Your Name se
donne comme un grand film
d’amour – cette prétention
n’est pas un problème, au
contraire: seules sa grandiloquence et sa recherche obstinée, souvent victorieuse, de
la beauté, de l’émotion et de
l’empathie le sauvent de la
mièvrerie. Le cinéaste James
Ivory signant le scénario, on
pense à ses propres adaptations d’E. M. Forster, son
Maurice (1987) pour les
amours contrariées, ses films
en Italie du Nord pour les
paysages. Mais Ivory faisait
des mélodrames marxistes
sur le sexe, à partir des
mœurs d’une classe dominante en déclin, quand Guadagnino fait un drame sentimental-libéral sur l’initiation
au bonheur en milieu aisé: la
nostalgie n’est plus ce qu’elle
était.
Reste les amours d’Elio et
Oliver, particulièrement entraînantes, singulièrement
déchirantes, à quoi chacun
pourra rêver sur son siège en
essuyant, une fois pour toutes, les sanglots de sa première jeunesse, retrouver les
genoux qui tremblent – et
plus tard se souvenir des
quelques grandes scènes,
morceaux de bravoure venant trouer çà et là un récit
implacable: ainsi une scène
de sexe avec une pêche, une
conversation exemplaire
avec le père, et ce dernier
plan qui finit d’emporter le
morceau. Tout ça ne manque
de rien: c’est peut-être ce qui
lui manque. De ce film lombard très anglophone, disons
un anglicisme : il est si plein
de lui-même qu’il finit par
épuiser notre capacité à pleurer sur son triste sort.
LUC CHESSEL
CALL ME BY YOUR NAME
de LUCA GUADAGNINO
avec Timothée Chalamet,
Armie Hammer, Amira
Casar… 2 h 11.
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30 u
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L’heur(e) du laitier
Nicolas Chabanne Le créateur des aliments
«C’est qui le patron ?!» rémunère les producteurs au juste
prix et bouscule les mœurs de la grande distribution.
I
l coche toutes les cases, comme perroquettent les communicants de saison. Vertueux socialement avec les producteurs et qualitativement pour les produits, Nicolas Chabanne a déboulé en décembre 2016 façon strike dans le
bowling de l’agroalimentaire qui fait chanceler les exploitants
de la terre, sinon mordre la poussière aux plus malheureux.
Si vous êtes l’un de ces joyeux buveurs de lait et que vous avez
la chance d’aller vous divertir dans les linéaires des supermarchés, votre regard s’est forcément posé un
jour sur des briquettes bleues frappées de
force typographies «C’est qui le patron?!»
avec le message qui suit : «Ce lait rémunère au juste prix son producteur». Simple, basique. Mais diablement efficace. «On rêvait de vendre 5 millions de briques
la première année, rappelle l’initiateur de la Marque du consommateur. On en a vendu 33 millions en douze mois!» Le tout
sans actionnaire ni banque, «car ça a cartonné tout de suite»,
sans campagne de pub, ni commerciaux pour rencontrer les
chefs de rayon. Uniquement porté par le bouche à oreille et
la viralité des réseaux sociaux. Le gourou résume: «Les consommateurs sont nos meilleurs défenseurs.» Tous les distributeurs qui vendent de la brique les ont appelés. «On n’en a dé-
marché aucun. Certains nous ont dit : “On ne nous a jamais
parlé comme ça, jamais il n’y aura ça chez moi…”» Ils ont dû
plier. Nicolas Chabanne poursuit : «Notre lait est le produit
nouveau le plus vendu depuis trente ans dans l’agroalimentaire
en tant que nouvelle marque.»
Si l’histoire s’affranchit des codes du marketing, la genèse de
C’est qui le patron?! relève pourtant du storytelling publicitaire.
«Sûr que Nicolas Chabanne est un super communicant», s’inclinent, unanimes, les acteurs du secteur.
Même si certains s’agacent du côté Rastignac de cet ancien étudiant en fac de lettres
à la Sorbonne qui a «fait quatre ans de restaurant universitaire» sans obtenir le moindre diplôme. L’intéressé raconte: «Un soir, en juin 2014, je grillais une clope au pied
du mont Ventoux, où je vis. On entendait sans cesse parler de
la crise financière des producteurs laitiers. Je me suis demandé
combien il manquait sur un litre de lait pour qu’un producteur
vive?» Partant du fait que la réponse est 8 centimes par litre et
que chaque Français boit en moyenne 50 litres chaque année,
le différentiel est de 4 euros par an. «Donc, pour cette somme
minime, des éleveurs étaient en train de crever!» Le quadra
tchatcheur venait (presque) d’accoucher de la marque C’est qui
LE PORTRAIT
Libération Mercredi 28 Février 2018
le patron?!. Restait à inventer le modèle commercial. «Le prix
de la brique s’est construit en fonction des choix des consommateurs.» In fine, 7850 internautes se sont invités dans le processus d’élaboration, c’est eux qui ont décidé de la rémunération
des agriculteurs. Un renversement de paradigme: le client crée
le produit qu’il souhaite acheter, incarnant le fameux «consomm’acteur». Désormais, outre le lait, six produits (salade,
steak haché, compote et jus de pomme, pizza et beurre) sont
en vente sous la marque C’est qui le patron?! . A suivre: fromages, pâtes, crème fraîche, sardines, farine, chocolat, soupe et…
vin. Et 5% du prix de vente va à la société. «Et les fiches de paie
des producteurs sont publiées sur Internet.» Lancée par
trois personnes, la coopérative la Société des consommateurs,
chapeautée par la société C’est qui le patron?! «pour ne pas que
l’on se fasse racheter par un gros industriel», compte désormais
huit salariés, tous basés dans une pépinière du XIe arrondissement parisien. Le salaire le plus élevé est de 5000 euros net sur
douze mois. Chabanne gagne 3000. «Je veux pouvoir ouvrir
ma gueule sans que cela ait d’incidence sur la boîte.»
C’est qui le patron?! n’est pas la première fulgurance professionnelle de Chabanne. «Ma naissance dans le boulot, c’est la
fraise de Carpentras.» Il y a tout d’abord œuvré bénévolement.
«Mes copains faisaient des fruits géniaux et travaillaient en
confrérie comme producteurs, emballeurs, transporteurs. Mais
ils ne savaient pas vendre leur savoir-faire.» Grâce aux contacts
de sa «vie d’avant», quand il bricolait dans le milieu télévisuel
en marge de ses études, il arrive à entrer à l’Elysée, époque Chirac, pour présenter ses «petits bijoux» de fraises. Avec succès.
Pour que l’agriculteur incarne sa production, il scot11 juillet 1969
che son visage sur les barNaissance.
quettes siglées «fraises de
2003 Crée le label
qualité» et vendues 30 % de
les Petits Producteurs.
plus que les autres. La mar2014 Idée de C’est
que le Petit Producteur emqui le patron ?!
brasse bientôt les paniers
Décembre 2016
d’abricots, de pêches…
Premières briques
En 2006, il visite Thierry
de lait équitables
Saint-Michel, producteur de
C’est qui le patron ?!
«sublimes» abricots dans le
Février 2018
Luberon. Il remarque que
38 millions de litres
quand un fruit présente «une
de laits vendus et
petite tache ou une forme un
six produits en rayon.
peu bizarre, Thierry le met de
côté et en fait des confitures. Sinon les distributeurs le refusaient. J’ai trouvé cela absurde». Naissance des Gueules cassées pour «les fruits et légumes moches». Sa commission: 8%
sur les ventes. Le succès est tel que «tout le monde adhère».
Son concept résonne outre-Atlantique, avant d’essaimer sur
la planète. En 2015, le New York Times salue sa marque qui
valorise des produits avec défauts. Titre de l’article: «Sauvez
la planète, mangez affreux !». Le brun ni hâbleur ni grande
gueule, juste bavard en diable, le reconnaît : «Je suis un bon
déclencheur d’histoires et fais un peu tout à l’instinct. Mais
en gestion, je suis nul à chier !»
Nicolas Chabanne est issu d’une fratrie de quatre enfants.
Il a grandi, jusqu’à ses 7 ans, à Madagascar. Son grand-père maternel y fut le premier à commercialiser le poivre vert en
France. D’abord au foyer, sa mère est devenue commerciale
dans l’immobilier. Ardéchois, son père travaillait dans la communication. Quand il est à Paris, trois jours par semaine en
moyenne, Chabanne loge dans un hôtel de Saint-Germain-desPrés où Rimbaud avait ses habitudes. Le poète de Charleville
a ses faveurs littéraires. Il le lit dans le moulin de sa compagne
à Mormoiron, dans le Vaucluse, auprès des trois enfants de
cette dernière, qui tient une station de lavage de voitures. Lui
aussi a trois grands enfants nés d’une précédente union. Et ne
possède ni bien immobilier ni voiture. «J’ai un problème avec
le fric: je suis anormalement complexé de gagner de l’argent.»
L’«ancien maigre» désormais correctement portant «aime bien
boire un coup de pinard» et ne fait pas de sport. Pas plus qu’il
ne vote: «Je n’arrive pas à me motiver. Ça me rend fou de me dire
“Ah merde! j’ai donné ma caution à ce que je vois là!”»
A quoi occupe ses nuits celui qui ne passe que quatre à
cinq heures dans sa couche ? On ne s’étonnerait pas de voir
des magasins C’est qui le patron?! sortir de terre dans le futur
pour vendre les produits maison. Histoire de maîtriser l’ensemble de la chaîne. En bon monomaniaque que Nicolas Chabanne reconnaît être. •
Par PHILIPPE BROCHEN
Photo FRED KIHN
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Libération Mercredi 28 Février 2018
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21h00. Esprits criminels.
Série. Avant la fin du monde.
La compagnie. Comme un aimant. 23h30. Blacklist. Série.
Dr. Bogdan Krilov (N°29). Le
collecteur de dettes (N°46).
20h55. Les compères.
Comédie. Avec Gérard
Depardieu, Pierre Richard.
22h20. Les rois du bêtisier.
Divertissement.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. Belle à tout
prix. 22h50. Joséphine,
ange gardien. Téléfilm.
Les anges.
FRANCE 5
CSTAR
20h50. Faut-il arrêter de
manger des animaux ?.
Documentaire. 22h00.
Le monde en face débat.
22h45. C dans l’air. Magazine.
20h55. Sous haute
protection. Téléfilm. 22h35.
Un aller pour l’enfer. Téléfilm.
PARIS PREMIÈRE
21h00. Marseille. Série. Intox.
Face à face. Liberté, égalité,
sans pitié. 23h25. Dr House.
Série. 2 épisodes.
20h55. Lebowitz contre
Lebowitz. Série. Le procès
Julien Ocelot. Où va le blanc
quand la neige fond ?. 22h50.
Lebowitz contre Lebowitz.
Série. Présumé coupable.
Le fils préféré.
FRANCE 3
20h55. Football : PSG / OM.
Sport. Coupe de France Quart de finale. Commenté par
Fabien Lévêque et Jérôme
Alonzo. 23h10. Soir 3.
23h40. Le monde de Jamy.
CANAL+
21h00. Bitcoin big bang L’épopée improbable de
Mark Karpelès. Documentaire.
22h45. Hard sun. Série.
Épisodes 3 & 4.
6TER
21h00. This Is Us. Série.
Memphis. Souvenirs. Choix
difficiles. 23h30. Rénovation
impossible. Documentaire.
TMC
21h00. 90’ Enquêtes.
Magazine. Gang de voleurs :
les commerçants contre-attaquent. 23h45. 90’ Enquêtes.
21h00. Enquêtes criminelles.
Magazine. Présenté par Nathalie Renoux. 23h05. Enquêtes
criminelles. Magazine.
ARTE
NRJ12
NUMÉRO 23
20h55. Fatima. Drame. Avec
Soria Zeroual, Zita Hanrot.
22h10. CineKino. Documentaire. 4 reportages.
20h55. Altitude. Téléfilm.
Avec Denise Richards,
Jonathan Lipnicki. 22h40.
Ransom games. Téléfilm.
20h55. Orange is the new
black. Série. Tatouages, etc..
Avis de tempête. 23h10. Les
beaux mecs. Série. 2 épisodes.
M6
C8
LCP
21h00. Top chef. Jeu.
Épisode 5. 23h25. Top Chef,
dans l’assiette des grands
chefs. Magazine. La pomme.
21h00. Pascal le grand frère.
Magazine. Anaïs, princesse
rebelle. 23h10. Pascal le grand
frère. Magazine.
20h30. Cannabis sur
ordonnance. Documentaire.
22h00. On va plus loin.
Magazine.
Sur les deux tiers nord, la vague de froid
atteint son apogée, tandis que sur un tiers
sud, le temps se dégrade.
L’APRÈS-MIDI Le temps se dégrade plus
franchement dans le Sud-Est, avec de fortes
chutes de neige du Haut-Languedoc aux
Cévennes, laissant place à des pluies
soutenues en allant vers le littoral
méditerranéen.
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Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Portent clé II. Voie passive ;
Ils passent un peu partout
III. Instrument de terreur
IV. Fais comme une personne,
mains en joues, sur un pont,
sous un ciel orange ; Gêne
après coup V. Elle préserve
des produits ; Fait sortir de
sa réserve VI. Vieux bâton
ou nom latin de l’Africain ;
Moins brillant après le second
II. VII. Ce militaire a cédé son
fauteuil au premier président
démocratiquement élu depuis
soixante ans dans son pays
VIII. Victoire en 1806 ; Effort
IX. Alliaient goût et couleurs
X. Chair en bout de voile ;
Devant derrière XI. Anneau
sur bateau ; Il faut l’éliminer
9
VI
VII
X
Grille n°847
VERTICALEMENT
1. Répare des châteaux d’eau 2. Avant l’an ; Source de minéraux ; Il en
reste des ruines en Irak 3. Leurs paroles sont suivies d’effets 4. Il en reste
des ruines en Campanie ; Patte suisse ou dépouille après un petit cube
5. But ; Vu le bruit qu’elles font, ces lettres ne risquent pas de crise de foi
6. Homme coiffé d’un chapeau 7. Appuie ; Palindrome possessif 8. Théorie
selon laquelle l’eau a formé la deuxième 2. 9. Elle a «T» (5) pour se hâter
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. ANTIGANGS. II. TROCADÉRO. III. TA. TUNGAR.
IV. SUR. RMC. V. TETS. ROME. VI. UVA. PAPAL. VII. DERMOPHIL.
VIII. INSULAIRE. IX. NT. GICLER. X. ARC. CEE. XI. LAMPASSÉE.
Verticalement 1. ATTITUDINAL. 2. NRA. ÉVENTRA. 3. TO. STARS. CM.
4. ICTUS. MUG. 5. GAUR. POLIÇA. 6. ADN. RAPACES. 7. NÉGROPHILES.
8. GRAMMAIRE. 9. SORCELLERIE.
libemots@gmail.com
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SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
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l’Eco-label européen N°
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PTot 0.009 kg/t de papier
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Pour joindre un journaliste
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Brest
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
Il neige des côtes de la Manche au Nord-Est,
avec des pluies verglaçantes possibles des
Pays de la Loire à la Bourgogne. Dans le SudEst, les précipitations sont moins soutenues.
L’APRÈS-MIDI Grande douceur dans le SudOuest, tandis que le redoux se fait
davantage désiré à mesure que l'on remonte
vers les frontières du Nord, avec des chutes
de neige dans le Grand-Est et les Alpes.
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Directeur artistique
Nicolas Valoteau
JEUDI 1er
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Cogérants
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Clément Delpirou
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
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20h55. Vérités assassines.
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Breitman, Michèle Bernier.
22h50. Vérités assassines.
Téléfilm. 2/2.
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VIII
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
CHÉRIE 25
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Edité par la SARL
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Documentaire.
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De gauche à droite : Céline Sallette, Audrey Diwan, Lætitia Dosch (devant), Firmine Richard, Aure Atika (devant), Houda Benyamina, Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra
(en haut), Deborah Lukumuena, Aïssa Maïga, Sophia Aram, Emmanuelle Devos, Anna Mouglalis, Julie Gayet, Aurélie Saada (Brigitte), Tonie Marshall, Sara Forestier,
Camille Cottin et Rose McGowan. PHOTO FRÉDÉRIC STUCIN
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