close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Libération - 28 07 2018 - 29 07 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUILLET 2018
2,70 € Première édition. No 11560
www.liberation.fr
PASCAL BASTIEN
ÉTÉ
«ON NE VEUT
PAS VOIR
QUE LE
RACISME
EXISTE
VRAIMENT»
J’ai testé :
modèle nu
n Joe Dalton,
infâme fatal
n
ET AUSSI DES SÉRIES ET DES JEUX,
«LE P’TIT LIBÉ» ET LA BD…
20 PAGES CENTRALES
Interview exclusive
de Lilian Thuram.
n Enquête sur le quasilynchage de joueurs
noirs lors d’un match
amateur en Alsace.
n
Affaire Benalla
La nouvelle
vidéo
qui accuse
PAGES 2-7
PAGES 12-13
PUBLICITÉ
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 3,40 €, Andorre 3,40 €, Autriche 3,90 €, Belgique 2,80 €, Canada 6,20 $, Danemark 36 Kr, DOM 3,50 €, Espagne 3,40 €, Etats-Unis 6,00 $, Finlande 3,80 €, Grande-Bretagne 2,80 £,
Grèce 3,80 €, Irlande 3,50 €, Israël 27 ILS, Italie 3,40 €, Luxembourg 2,80 €, Maroc 30 Dh, Norvège 36 Kr, Pays-Bas 3,40 €, Portugal (cont.) 3,60 €, Slovénie 3,80 €, Suède 34 Kr, Suisse 4,40 FS, TOM 560 CFP, Tunisie 4,90 DT, Zone CFA 2 900 CFA.
Lilian Thuram en 2015. PHOTO CHRISTOPHE KETELS . REPORTERS-REA
FOOT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
Quel rapport entre une victoire
des Bleus en Coupe du monde et
une rencontre du dimanche
après-midi en troisième division
de district amateur ? Le racisme.
Malheureusement, l’épopée
victorieuse de l’équipe de France
a charrié son lot de réflexions
déplacées sur l’origine et la couleur de peau de certains Bleus.
Heureusement, ces saillies
faisandées ont été étouffées par
l’enthousiasme populaire suscité
par la victoire, et par les réactions
des joueurs eux-mêmes. Mais
elles ont bel et bien existé et
partiellement terni la fête.
L’enquête que nous publions
aujourd’hui sur le quasi-lynchage
de joueurs noirs par des membres de l’équipe adverse – et
certains de leurs supporteurs –
lors d’une rencontre de district
en Alsace prouve que ce fléau du
racisme n’épargne pas les footballeurs amateurs du dimanche.
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Fête ternie
Comment en serait-il autrement,
d’ailleurs, alors qu’un parti xénophobe est arrivé au second tour
de la dernière présidentielle, et
que la question de l’identité
occupe depuis des années une
place trop importante dans le
débat politique ? Comme on le dit
de l’école, le sport et le football en
particulier ne sont pas des sanctuaires à l’abri des tensions qui
traversent la société. Notamment
communautaires. Celles qui
traversent l’Alsace ont sans doute
leur spécificité. Mais qui peut
nier que les insultes ou menaces
à caractère raciste fusent chaque
week-end sur les pelouses ou
dans les tribunes de nombreux
villages ou villes françaises ? Bien
sûr, ces dérapages, incidents,
restent largement minoritaires.
Et les actes extrêmement violents, tels ceux de ce triste dimanche 6 mai sur le terrain de
Mackenheim, très rares.
Mais est-ce une raison pour les
mettre sous le tapis, comme ce
fut le cas en Alsace par les «autorités» footballistiques locales,
sous le tapis ? Au contraire. Lilian
Thuram le dit bien dans l’entretien qu’il nous a accordé : nier ce
racisme est la meilleure manière
de «le faire perdurer». Comme les
profs à l’école, les éducateurs,
entraîneurs ou dirigeants de
clubs et d’instances sportives
sont en première ligne
de ce combat. •
Racisme
Terrain
brûlant
Malgré le sentiment de cohésion nationale
qui a accompagné les Bleus durant le Mondial,
les commentaires racistes et essentialistes,
en France et à l’étranger, se sont multipliés après
leur sacre. La xénophobie sévit toujours, jusque
sur les pelouses des championnats amateurs.
Par
SABRINA CHAMPENOIS
Photo PASCAL BASTIEN
«E
pris d’équipe», titrait Libération en une, la veille
de la finale de la Coupe
du monde. C’est qu’une tendresse inhabituelle soude les Bleus de 2018, et
que l’Hexagone s’est pris d’affection
pour ces petits jeunes si efficaces et
sympas et pour leur coach inoxydable. Pour preuve, la liesse qui a gagné le pays dès la demi-finale et la
frustration générée par l’avancée
rapide du bus des champions du
monde sur les Champs-Elysées.
Mais aussitôt la coupe décrochée,
l’équipe de France a été la cible
d’aigreurs à échos racistes. Elles
provenaient notamment de l’Italie,
où les réseaux sociaux ont charrié
des phrases comme «c’est l’Afrique
qui a gagné», ou qui assimilaient les
joueurs à «des singes avec un ballon», ou les rebaptisaient «champions du tiers monde». Raccord, Ernesto Sica, conseiller municipal du
parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a posté sur Facebook (avant de
l’effacer): «Pour la première fois, une
équipe africaine remporte la Coupe
du monde de football.» Le président
du Venezuela, Nicolás Maduro, a dit
la même chose, mais avec une in-
tention différente: «L’Afrique a tant
été méprisée et dans ce Mondial, la
France gagne grâce aux joueurs africains ou fils d’Africains. Je souhaite
que la France et l’Europe réalisent
que nous, ceux du Sud, les Africains,
les Latino-Américains, nous avons
aussi de la valeur et du pouvoir.»
«Identité»
Aux Etats-Unis, Trevor Noah, le
présentateur sud-africain du satirique Daily Show, qui s’était exclamé
«l’Afrique a gagné la Coupe du
monde 2018 !», a expliqué qu’il ne
«retire pas leur identité française
aux champions du monde mais il ne
faut pas non plus leur retirer leur
identité africaine qui est aussi la
mienne». La polémique a fait réagir
jusqu’à Barack Obama, de Johannesburg où on célébrait le centenaire de la naissance de Nelson
Mandela : «Tous ces gars ne
ressemblent pas, selon moi, à des
Gaulois. Mais, ils sont français, ils
sont français!»
Côté Bleus, Benjamin Mendy a torpillé le tweet de l’agence de communication Sporf, qui avait posé à côté
de chaque joueur un drapeau de ses
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
bonne franquette. Quand le village se retrouve le dimanche au match, assis sur des
chaises en plastique dépareillées, à prendre
des nouvelles des voisins, de la famille, du
boulot. Kerfalla Sissoko, joueur amateur de
l’équipe de Benfeld, a failli y laisser sa peau
début mai. Sa peau noire, sur le terrain de
Mackenheim, village alsacien de 800 habitants, qui a placé Marine Le Pen en tête au second tour de la présidentielle avec 54 % des
suffrages. C’est l’histoire d’un racisme ordinaire, d’une violence extraordinaire. Un racisme qui se murmure, qui se banalise, qui
s’institutionnalise. Kerfalla Sissoko a été
coursé avec un couteau de cuisine, roué de
coups… puis suspendu par les instances du
football.
COUPS DE CRAMPONS
origines, en remettant partout un
drapeau tricolore. Le basketteur international français et joueur de la
NBA à Orlando Evan Fournier est
aussi entré dans la mêlée : «Est-ce
que l’Afrique gagne quand les EtatsUnis gagnent des médailles d’or aux
Jeux olympiques? L’Europe gagne-telle lorsque l’Afrique du Sud gagne
au rugby ? Et on peut continuer.
Nous sommes tous français, il faut
faire avec.» Idem pour son collègue
Nicolas Batum: «Oui, j’ai un père et
un nom camerounais, mais nous
tous, on se bat et on joue pour la
France, car nous sommes nés ici,
avons grandi ici, avons appris notre
sport en France, avons la fierté
d’avoir la nationalité française.»
Cris de singe
Alors, on peut conclure: racisme de
pisse-vinaigre, mauvais perdants,
jaloux minables. Sauf que le racisme
dans le foot n’est pas conjoncturel,
ne se produit pas que tous les quatre ans. Et les joueurs français n’ont
pas besoin de jouer à l’étranger pour
en faire les frais. Les Noirs, surtout.
Cris de singe, envois de bananes, insultes («sale nègre», «sale singe»),
chants racistes, la chronique sportive charrie des incidents à travers
le territoire, de Marseille à Bastia, de
Metz à Grenoble. Ils peuvent aussi
bien être le fait de supporteurs que
de joueurs ou de leur encadrement.
Le 6 mai, Kerfalla Sissoko, 25 ans, l’a
vécu en version ultraviolente (lire
ci-dessous). Il joue pourtant en amateur, en D3 du District d’Alsace. Zéro
enjeu donc, juste le fun, le foot des
champs. Sauf que Kerfalla Sissoko
a été passé à tabac. Il en garde des
séquelles, psychologiques et physiques, va devoir être opéré de la
tempe et du tympan. Libération
a enquêté sur ce cas de racisme
ordinaire qui vire au quasi-lynchage. Sans provoquer plus de
remous que ça. •
Des joueurs noirs
du club de Benfeld
(ici lors d’un match
contre Hipsheim,
le 3 juin) s’étaient
fait agresser durant
une rencontre
à Mackenheim
en mai.
En Alsace,
le football amateur
en flagrant déni
Victime de graves violences
pendant un match, le joueur
d’origine africaine Kerfalla Sissoko
a pourtant été suspendu par une
commission qui dément tout acte
raciste. «Libération» a enquêté.
«S
i Kerfalla était mort, ils auraient
donné son nom à un tournoi.» Cette
phrase, terrible, est de l’entraîneur
de Kerfalla Sissoko. A mesure qu’on s’immergeait dans le contexte, elle devenait une ritournelle lancinante. Le contexte? Sympathique, a priori : le foot des patelins, le foot à la
Fin mai, sur le parvis du District de football
d’Alsace à Strasbourg, Kerfalla Sissoko, 25 ans,
est silencieux. Il est convoqué en commission
de discipline. Lui et son coéquipier Moudi
Laouali, aussi victime de coups et d’injures racistes, ont été suspendus à titre conservatoire.
A leurs côtés, les membres de leur club, l’AS
Benfeld, petite ville de 6000 habitants située
à 30 kilomètres au sud de Strasbourg, sont
plutôt confiants. Là, ils vont avoir
l’opportunité de refaire ce match chaotique à
tête reposée. En attendant leur tour, ils nous
livrent le récit de ce dimanche 6 mai.
Le match oppose deux équipes de D3, la plus
basse division en football amateur. L’enjeu
pour Benfeld est quasi nul. Tout ce qu’ils peuvent décrocher, c’est le titre du fair-play: ils
n’ont reçu aucun carton rouge de la saison.
Dès le coup d’envoi, la tension est palpable.
«Nos trois joueurs d’origine africaine sont tout
de suite pris pour cible par l’équipe adverse, qui
les avait repérés au match aller, et leur a réservé un traitement de faveur au retour»,
raconte l’entraîneur Gérald Cimolaï. Sur le terrain, les contacts sont de plus en plus violents,
assortis d’insultes et de menaces chuchotées:
«On en a encore pour toi», «ça ne fait que commencer». L’autorité de l’arbitre est continuellement mise à l’épreuve. «Ça pouvait dégénérer
à tout moment. Et il a suffi d’une toute petite
étincelle», ajoute le coach. Elle se produit à la
43e minute. Alors que Mackenheim mène
1 à 0, Kerfalla Sissoko, milieu défensif, est sifflé. Faute, carton jaune. Le jeu reprend jusqu’au choc entre Moudi Laouali et un joueur
de Mackenheim. Immédiatement, les supporteurs descendent des gradins, envahissent le
terrain pour se ruer sur les joueurs noirs. Kerfalla Sissoko et Loïc Huinan, le troisième
joueur d’origine africaine, dégagent Moudi,
qui s’en sort avec des blessures superficielles.
Ils essuient des coups, s’échappent en courant. Tentant de fuir vers les vestiaires, au pied
de la tribune, Kerfalla Sissoko se retrouve nez
à nez avec un grand couteau de cuisine. Le
supporteur armé le prend en chasse, ainsi que
Moudi Laouali qui parviendra finalement à se
réfugier au vestiaire. Kerfalla Sissoko, lui, fait
demi-tour, traverse le terrain dans l’autre sens.
Mais un autre groupe l’attend, mêlant joueurs
et supporteurs. Là aussi, il y a un couteau.
Traqué, piégé, Sissoko retourne au centre. Il
est frappé au visage. Il s’effondre et reçoit encore des coups de crampons dans le dos et les
côtes. «Ils sont à quatre ou cinq sur lui», se souvient le coach, qui se précipite à son secours
avec le capitaine, Guillaume Paris. Sissoko
convulse. Paris plonge ses mains dans la bouche du joueur qui est en train d’avaler sa langue. Il le met en position latérale de sécurité.
C’est «le seul moment» où il s’est «senti en danger», «parce qu’agenouillé à côté de Kerfalla»,
dit-il. L’arbitre distribue les cartons, deux pour
Benfeld, deux pour Mackenheim. Sissoko, inconscient, reçoit le premier carton rouge de
sa vie de footballeur. A la 45e minute, la fin du
match est sifflée. «Les gars en
Suite page 4
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
face enlevaient leurs
maillots pour ne pas être reconnus», se souvient Gérald Cimolaï, qui les fait reculer en dégainant son portable pour filmer.
Le président du club, Jean-Michel Dietrich,
accourt sur le rond central, demande que
quelqu’un appelle les secours. Personne ne
bouge au club-house. C’est la secrétaire de
l’AS Benfeld, venue assister à la rencontre, qui
passera l’appel depuis son portable. Quand
les secours arrivent, «les supporteurs s’évaporent dans la nature tandis que le staff de
Mackenheim discute avec l’arbitre», observe
le coach, aussitôt entraîné à l’écart par trois
hommes. Encerclé, il doit montrer son
téléphone. «J’ai dû effacer toutes les vidéos
devant eux, sinon je ne repartais pas», dit-il.
Les gendarmes, arrivés avec les pompiers,
n’embarquent personne. Kerfalla Sissoko est
évacué en urgence. Il a une fracture ouverte
de la tempe, trois autres au niveau de la pommette, un traumatisme crânien, la mâchoire
déplacée, des hématomes dans le dos, sur les
côtés… Le lendemain, le président de
l’AS Benfeld publie sur son compte Facebook
une lettre adressée au District d’Alsace de
football, «pour le mettre face à ses responsabilités». Les médias relaient. Kerfalla Sissoko et
ses deux coéquipiers noirs ont déposé plainte
à la gendarmerie de Marckolsheim pour
violences et injures racistes.
Le dimanche suivant, Jean-Michel Dietrich
est convoqué à la gendarmerie. Pour témoigner, pense-t-il. Il emmène son fils, cela ne
devrait pas être long. Finalement, il y passera
la matinée. Le club de Mackenheim, qui n’a
jamais formulé d’excuses ni pris des nouvelles
des joueurs blessés, l’attaque pour diffamation. En cause, une menace de mort. Pas sur
le terrain de foot. Non, dans un commentaire
sur Facebook. Jean-Michel Dietrich doit
retirer le texte, se plier au relevé d’empreintes,
aux photos. Pendant qu’il est fiché, un
gendarme promène le fils, histoire de faire diversion. «Je me suis senti humilié», dit-il. Il a
«honte», envie de tout arrêter.
Suite de la page 3
Sissoko à la sortie de la commission de discipline, le 24 mai à Strasbourg.
«RESTE DANS TA BROUSSE»
A Strasbourg, le jour décline. Une petite agitation sur le parvis du siège du District indique
que notre présence dérange. Kerfalla Sissoko,
convoqué par la commission de discipline, est
appelé à se présenter. Le groupe s’engouffre
dans le bâtiment. Nous nous sommes procuré
un enregistrement sonore de l’audience. Le
président ouvre la séance en affirmant que le
dossier est vide, qu’il n’y a aucun élément concret. L’avocate de Sissoko produit les plaintes,
les certificats médicaux, les dix jours d’ITT. Le
capitaine de l’équipe de Mackenheim, récidiviste, déjà suspendu pour violences, reconnaît
avoir porté des coups mais parle de légitime
défense et nie les propos racistes. Comment
pourraient-ils être racistes puisqu’eux-mêmes
ont des joueurs d’origine étrangère? Les membres du district se penchent sur la liste de
noms, ils n’ont pas que des consonances alsaciennes, effectivement. L’argument semble
convaincre. L’arbitre a vu le couteau de cuisine
dans la main d’un homme à capuche. Mackenheim ne sait pas de qui il s’agit. Mais sait
que ce n’est pas un licencié. Sissoko tente d’expliquer sa version des faits. On lui coupe la parole. Idem pour le témoignage de la secrétaire
du club qui a entendu une dame marteler :
«Mettez les Noirs dehors, ils n’ont rien à faire
sur le terrain.»
Du racisme, l’arbitre n’a rien entendu. Kerfalla Sissoko explique que ce sont des insultes
qui fusent dans un contact ou quand l’arbitre
tourne le dos. «Reste dans ta brousse, c’est chez
toi», lui lance-t-on, par exemple, alors qu’il va
chercher un ballon sorti du terrain. Sissoko
aurait dû aller se plaindre à l’arbitre, lui
dit-on. Il objecte que s’il allait se plaindre à
chaque fois, il ne toucherait plus le ballon…
Parce que «c’est tout le temps». Et puis, seul le
capitaine est en droit de s’adresser à l’arbitre
et le capitaine de Benfeld est gardien de but…
Qu’importe. Kerfalla Sissoko est sommé de
s’expliquer. Parce que les insultes, finalement, il n’y a «que lui qui les a entendues»,
résume le président de la commission de discipline, qui balance: «Le racisme est devenu
accessoire dans cette affaire.» A la sortie, une
heure plus tard, les membres de l’AS Benfeld
sont sidérés par tant de «légèreté». «Ce sont
des juges qui décident de tout, même de ce
qu’ils veulent entendre, s’étrangle Gérald Cimolaï. Et c’est à nous de prouver le racisme. Si
on ne peut pas, c’est que cela n’existe pas.»
C’est alors que l’entraîneur prononce cette
phrase terrible, mais plausible : «Si Kerfalla
était mort, ils auraient donné son nom à un
tournoi.» Kerfalla Sissoko, lui, paraît hagard,
sonné par ce «racisme accessoire». «Comme
«Dans le foot pro,
il y a un peu plus
de réactions, parce qu’il
y a beaucoup d’argent
en jeu. Si un club est
connoté raciste, il vendra
moins de maillots.
Nous, on peut crever.»
Un entraîneur
d’un club alsacien
si le racisme, on pouvait le porter sur soi, l’enlever, selon les jours…» se désole-t-il.
On le retrouve début juin, au bord du terrain,
à Benfeld (ses copains disputent le ballon aux
joueurs d’Hipsheim). L’équipe est convalescente. Kerfalla Sissoko ne les regarde pas vraiment. Il explique être sans cesse assailli par les
images de son agression, ce moment où il s’est
vu mourir. Il n’arrive pas à rechausser les
crampons. De toute façon, il a interdiction de
jouer. Le District vient de rendre son verdict.
Kerfalla Sissoko a été sanctionné, comme son
coéquipier Moudi Laouali, comme les deux
joueurs de Mackenheim. Même tarif, pour
tous: dix matchs de suspension, pour le banal
motif de «brutalité à l’égard d’un joueur». Tout
le monde au piquet, en somme comme pour
une chamaillerie de cour d’école. Le club de
Mackenheim a été condamné pour l’envahissement du terrain: «menace avec arme de la
part d’un spectateur». Il devra payer une
amende de 60 euros. Jean-Marie Dietrich a
fait appel, pour «sortir du déni de racisme»,
pour réhabiliter ses joueurs. Peine perdue.
Le 5 juillet, le District a maintenu les sanctions
contre eux, se fondant sur «les conclusions de
l’instructeur», un membre du District, envoyé
enquêter sur place. Elles «permettent d’écarter
la notion de comportement collectif systématique à caractère raciste ou discriminatoire de
la part du club de l’AS Mackenheim», et si «des
propos de cette nature ont pu être tenus, ils
l’ont été par des personnes isolées», indique le
PV de la commission. Quant à «l’agression subie par le Kerfalla Sissoko», elle trouve «son explication dans le comportement violent de ce
dernier qui asséné le premier un coup-de-
poing». Mot pour mot les arguments de
l’AS Mackenheim, inlassablement démentis
par l’AS Benfeld. Le traumatisme crânien, les
multiples fractures au visage ne sont que les
séquelles d’une légitime défense. Affaire classée. Circulez, il n’y a rien à voir. Seul changement, pour manquement à la sécurité,
l’AS Mackenheim est suspendue de terrain
pour quatre matchs, son amende relevée à
100 euros… «Ils ne veulent pas parler de racisme de peur que cela les salisse», estime JeanMichel Dietrich. L’essentiel des débats s’est
d’ailleurs concentré sur lui, le District
estimant «particulièrement regrettable» qu’il
«se permette de dénoncer médiatiquement» les
faits. Assigné en justice pour diffamation, le
président de l’AS Benfeld passera en
correctionnelle le 31 juillet.
«Le foot c’est un système féodal, c’est de la politique, des discours, des réunions organisées
par des carriéristes avides de pouvoir qui
nous ridiculisent, méprisent la réalité, déplore Jean-Michel Dietrich. Ce sport doit se
poser des questions, avoir le courage de sanctionner une équipe pour son comportement,
même si elle gagne.» Pour Gérald Cimolaï, il
y a deux poids, deux mesures, entre foot des
villes et foot des champs: «Ils crachent sur les
clubs des quartiers, mais dans les villages,
rien n’est grave.»
Le «foot des champs», c’est pourtant là que
se concentrent désormais les problèmes, assure un ancien arbitre. «Longtemps, les clubs
des quartiers faisaient peur quand ils venaient jouer dans les patelins. Maintenant,
c’est l’inverse. Ce sont ces clubs qui ont peur
d’aller à la campagne, parce qu’ils vont être
provoqués, poussés à bout, jusqu’au basculement dans la violence.» Du coup, «les noms de
villages chauds circulent», ceux où l’ambiance autour des matchs est connue pour
être raciste, indique un entraîneur d’origine
africaine. «Des villages où soit tu te bats, soit
tu pleures», résume un joueur. Zone urbaine
ou rurale, le racisme est partout, d’après
Jean-Marie Dietrich. Mais il a différents visages : «En ville, le foot est un prétexte pour un
affrontement entre communautés. On se
mesure, on se fait peur. A l’écart, c’est la xénophobie, la peur de l’autre qui s’exprime. Le
foot des campagnes, c’est la guerre des
clochers. Ne pas être du village, c’est déjà
compliqué…»
ÉQUIPES MONOCHROMES
Outre le contexte de chaque village, sa coloration plus ou moins frontiste, pourquoi
l’ambiance sur les terrains est-elle devenue si
délétère ces dernières années? «Les joueurs
qui posent problème dans les grands clubs
saturés des villes sont virés. Ils échouent dans
les basses divisions qu’ils gangrènent», explique le président du FC Hipsheim, Nicolas
Smargiassi. Malgré leur comportement
agressif, comme ils ont plutôt un bon niveau
et la peau plutôt claire, ils atterrissent là où on
veut bien d’eux, là où on est même parfois prêt
à les rémunérer, souvent dans les petits villages qui peinent à trouver suffisamment de jeunes pour constituer une équipe. Des clubs ruraux qui ne sont pas trop regardants, puisqu’il
en va de leur survie même. D’autres clubs,
pourtant confrontés au même déficit de jeunes, ont une autre réponse: ils fusionnent avec
le club voisin, choisissent la mixité… A la campagne, il y a donc les équipes monochromes,
et les autres. Quand elles se rencontrent, ce ne
sont pas seulement des profils de joueurs différents qui se font face, mais deux visions du
foot qui s’affrontent.
A Benfeld, «le ménage a été fait», affirment
plusieurs dirigeants de club du même groupe
(G de la troisième division). Quand Jean-Michel Dietrich a repris le club voilà deux ans,
il avait mauvaise réputation. «Un petit groupe
de jeunes du coin se l’accaparait, les autres ne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
pouvaient pas évoluer», assure-t-il. Il monte
alors un nouveau projet, qui prône la diversité, l’acceptation de l’autre, va chercher des
joueurs de toutes origines, crée une équipe
féminine. Ceux qui ne voulaient pas se
mélanger ont été invités à prendre une licence
ailleurs. Voilà pourquoi Kerfalla Sissoko, technicien d’usinage à Strasbourg, est prêt à
quitter le quartier populaire de Cronenbourg,
où il vit avec ses parents, et à faire trente
minutes de voiture pour venir s’entraîner le
soir. A Benfeld, il s’est senti «bien accueilli».
Aujourd’hui, le club fait corps autour de lui,
monte au créneau pour le défendre.
Dans les clubs urbains, saturés, les places sont
plus chères. «En ville, ça devient le business»,
confirme un autre joueur noir. A la campagne,
ce n’est pourtant pas toujours la panacée. Certains clubs de village ont des équipes colorées
mais cela résulte davantage d’une mixité
concédée, non encouragée. «Mal classées, les
équipes sont boudées par les jeunes blancs du
village qui préfèrent jouer ailleurs, alors elles
prennent des joueurs noirs par défaut. Ils ont
besoin de nous pour constituer une équipe
mais, en même temps, on les dérange», remarque un entraîneur.
Seul joueur noir dans un club rural, Francis
Mante dit des autres joueurs et des habitants
du village qu’il «croyai[t] qu’ils [l]’aimaient».
Jusqu’au jour où, ayant changé de formation,
il est revenu dans le village disputer un match
sous d’autres couleurs : «A chaque coin du
terrain, des supporteurs sifflaient et m’insultaient…» Dans sa nouvelle équipe, il est de
nouveau le seul noir. Un coéquipier l’a traité
de «sale singe» lors d’un match, devant l’entraîneur et le président. Francis Mante a
déposé plainte, le club lui a demandé de la
retirer, sans quoi ils ne pouvaient pas le
garder. «Je l’ai retirée et je me suis fait jeter»,
assure-t-il. Il a arrêté le foot.
Aujourd’hui, la parole des joueurs, entraîneurs, arbitres noirs se libère si on garantit
leur anonymat. Autour et sur le terrain, «sale
nègre» et sa variante «sale noir», demeurent
des grands classiques avec «sale bougnoule».
On entend parfois des «Elsass frei» («Alsace
libre», slogan autonomiste régulièrement
repris par l’extrême droite identitaire), ou
«retournez chez vous, ici c’est le FN». Un
joueur d’un club de la banlieue de Strasbourg
raconte qu’un jour, son équipe a été accueillie
par «la musique de Hitler», le Horst Wessel
Lied, l’hymne officiel nazi. C’était il y a
dix ans. Aucun des joueurs de cette équipe
métissée n’a oublié.
«Le racisme, c’est courant», soupire un arbitre
d’origine somalienne, habitant de Strasbourg,
qui a officié sur des matchs amateurs dans
tout le Bas-Rhin pendant sept ans. L’histoire
de Kerfalla Sissoko l’épouvante. Lui-même
craint de se retrouver face à un semblable
déchaînement de violences, sans personne
pour le défendre, sans vestiaire pour se
replier… L’arbitre est seul. Et quand il est
noir, il se retrouve souvent soupçonné
d’incompétence : «C’est la première fois que
vous arbitrez?» «Vous êtes sûr que vous en êtes
capable?» entend-t-il souvent. Ou, venant des
supporteurs: «Vous êtes chez nous», quand ce
n’est pas juste des «bananes» qui fusent. Il a
fini par raccrocher, «par lassitude».
Même son fils ne fait plus de foot. Sa mère l’a
inscrit au karaté, «là où on apprend le respect»,
a-t-elle dit.
Raccrocher les crampons, Francis Mante
aussi l’a fait, voilà deux ans. Devenu arbitre,
il s’est fait alpaguer à la fin d’un match début
mai par une dame lui reprochant d’avoir mal
sifflé. Le mari de celle-ci surenchérit et
balance «va manger ta banane». L’arbitre lui
demande de répéter. L’homme blanc le fait,
devant tout le monde. Francis Mante le gifle.
Deux joueurs s’en mêlent, l’insultent et lui
donnent un coup. «C’est la première fois que
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
j’en venais aux mains… Hélas, mais il faut un
acte, sinon c’est parole contre parole, improuvable.» Francis Mante apprendra plus tard
que l’homme giflé s’avère être le président
du club, qui avait appelé le District d’Alsace
pour demander qu’on ne lui envoie plus d’arbitres noirs. Après l’incident, il porte plainte
contre Francis Mante, qui est suspendu. Devant la commission de discipline, l’homme
tutoie Francis Mante (le PV l’atteste), reconnaît ses propos mais ne voit pas le problème.
«Je rigolais», a-t-il déclaré, faisait «de l’humour». La Commission l’a suspendu
dix mois de ses fonctions. Les joueurs qui
s’en sont pris à Francis ont, eux, été privés de
quelques matchs.
VENT DE RÉVOLTE
Un dimanche de juin, on a rendez-vous pour
une rencontre dans un patelin figurant sur
la fameuse «liste des villages chauds». L’entraîneur est noir, une bonne partie de
l’équipe aussi. Il les a «briefés» toute la
semaine. Il leur a répété de «faire profil bas»,
quoi qu’il arrive. L’entraîneur de l’équipe
adverse les avait traités de «négros» au match
aller. Ambiance. Alors ils ont rempli des
voitures de supporteurs. Les gens du village
sont venus encourager leurs joueurs et empêcher tout dérapage. Du système D, qui fonctionne. «Des délégués représentant le district
assistent parfois aux matchs, explique le
coach, mais ils ne réagissent jamais aux insultes racistes. Ils s’assurent juste que les arbitres
sont payés, les cotisations à jour. Dans le foot
pro, il y a un peu plus de réactions, parce qu’il
y a beaucoup d’argent en jeu. Si un club est
connoté raciste, il vendra moins de maillots.
Nous, on peut crever.»
DES CHIFFRES PEU CRÉDIBLES
A en croire les chiffres de la Fédération française de football (FFF), le racisme sur
le terrain est un épiphénomène. Depuis 2006, l’Observatoire national de la
délinquance et des réponses pénales (ONDRP) publie une étude annuelle sur les
incivilités et violences dans le football. Elle est alimentée par l’Observatoire des
comportements, outil informatique mis en place par la FFF pour collecter les
dérapages sur les terrains amateurs. Le nombre de matchs émaillés d’au moins un
incident est en baisse constante : 10 309 rencontres ont été concernées
en 2016-2017, soit 6 % de moins par rapport à la saison précédente, et les matchs
à incidents ne représentent que 1,6 % de l’ensemble des matchs disputés.
Le racisme ? Il concerne 0,7 % des matchs à incidents… soit, en tout et pour tout,
74 rencontres. Principalement des injures (67 %), les agressions physiques
comptant pour 18 %. Les cibles sont d’abord les arbitres (53 % des actes racistes
commis à leur encontre). Mais les chiffres reposent sur le bon vouloir des
instances régionales du football. Et l’ONDRP note, à regret, qu’elles sont de moins
en moins nombreuses à faire remonter les dérapages. A charge aussi aux ligues
et aux districts d’apprécier le caractère discriminatoire ou non d’un incident.
Un vent de révolte souffle contre le district.
«On va prendre les mesures qui s’imposent
puisqu’ils ne font rien», lâche le président
du FC Hipsheim, Nicolas Smargiassi. Plusieurs clubs du groupe ont décidé de boycotter Mackenheim. Ils lui donneront leurs
points, mais n’iront plus. Les joueurs
d’Hipsheim ne veulent plus y mettre les
pieds de toute façon, tant le match aller fut
houleux : insultes et crachats. Le président
a écrit au district pour dénoncer le climat
d’insécurité. Lettre morte. Pour son match
retour face à Mackenheim, le club de Duppigheim n’a pas hésité à payer deux juges de
touche supplémentaires, pour protéger ses
joueurs. Plusieurs dirigeants de club s’indignent : «Le District aurait dû rayer Mackenheim de la carte.»
Le numéro 11 Loïc Huinan (ici le 3 juin à Benfeld) avait aussi été pris à partie.
Kerfalla Sissoko avec l’un de ses coéquipiers.
Le président du District d’Alsace, René
Marbach, le plus grand de France avec
80 000 licenciés, est bien embêté avec cette
affaire: «Cela défraye la chronique parce que
c’est croustillant. Mais cela fout en l’air tout
le travail !» Ce qui l’ennuie surtout, c’est «le
buzz». Alors qu’il y a «2 000 matchs chaque
week-end en Alsace, et [que] tout va bien»,
même si «ce printemps a été le plus chaud
qu’[il] ait connu», admet-il. «Il n’y a pas que
des blessés physiques dans cette affaire. Il faut
penser aussi à tous ces blessés moraux, ces
milliers de bénévoles, d’éducateurs, qui
œuvrent et se battent pour des valeurs», poursuit-il, dépité. Rayer des clubs de la carte
semble impensable alors que le foot amateur
est en voie d’extinction dans les campagnes.
René Marbach pronostique «la disparition
de 200 clubs sur les 600 que compte l’Alsace d’ici cinq ans». «Voilà le vrai problème»,
d’après lui.
Concernant les incidents du 6 mai, «les sanctions n’ont été prononcées que pour les choses
avérées», insiste René Marbach. Le racisme
n’en fait pas partie. De son côté, la gendarmerie de Marckolsheim, chargée de l’enquête
préliminaire suite aux plaintes des joueurs
noirs, renvoie vers la compagnie de Sélestat,
qui gère la communication pour le secteur.
Au bout du fil, un gendarme soupire.
L’enquête sera bientôt bouclée. Les principaux intéressés, les joueurs, n’ont toujours
pas été entendus. Le gendarme nous prévient
que «quand tout sera fini, va falloir débriefer
avec les journalistes, parce qu’il y a eu de l’emballement». Quand l’avocate de Kerfalla
Sissoko a tenté d’obtenir des nouvelles, le son
de cloche a été similaire : «Ça se dégonfle
comme un soufflé cette affaire», aurait lâché
un gendarme. Me Caroline Bolla s’inquiète
que l’enquête de la gendarmerie, comme
l’instruction conduite par le district, repose
entièrement sur le rapport d’arbitrage, rédigé
par l’arbitre, «un ancien gendarme», préciset-elle, sous-entendant que puisqu’il s’agit
d’un ex-collègue, qui dit n’avoir rien entendu,
sa parole pourrait ne pas être mise en doute.
Une insinuation qui irrite l’avocat du club de
Mackenheim, Me Grégoire Mehl, qui rétorque : «L’arbitre est la seule personne neutre
dans l’histoire.» D’autant que «c’est déjà
monté quand même très haut, à partir d’éléments non avérés», insiste-t-il.
Le président du club de Mackenheim, qui n’a
pas voulu répondre à nos questions, a reçu
fin mai une lettre de Frédéric Potier, le
délégué interministériel à la lutte contre le
racisme. Il le prie de préciser son point de vue
sur les faits et les mesures qu’il compte
prendre. Du côté de Kerfalla Sissoko, ça ne va
pas fort. Il va devoir être opéré de la tempe et
du tympan.
NOÉMIE ROUSSEAU
Correspondante à Strasbourg
Photos PASCAL BASTIEN
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
ÉVÉNEMENT
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Lilian Thuram
«Pour ne pas gâcher
le jeu, on donne
l’impression que
tout va bien»
Recueilli par
NOÉMIE ROUSSEAU
Photo ROBERTO FRANKENBERG
L
ilian Thuram a grandi en Guadeloupe jusqu’en 1981, année de son
arrivée en région parisienne, où il
est élevé par sa mère femme de ménage.
Là, il fait l’expérience du racisme, elle
fondera ses engagements futurs. Le baccalauréat en poche, il débute sa carrière
de footballeur professionnel avec
l’AS Monaco, passera ensuite l’essentiel
de sa carrière à la Juventus de Turin. Le
défenseur tricolore, champion du monde
en 1998 et d’Europe en 2000, raccrochera
les crampons en 2008. Un temps membre du conseil fédéral de la Fédération
française de football (FFF) et du Haut
Conseil à l’intégration, il crée sa fondation, Lilian Thuram-Education contre le
racisme.
Les Bleus sont la cible à l’étranger de
commentaires sur leurs origines…
C’est surtout une hypocrisie totale de dire
qu’il ne faut pas parler des origines des
joueurs. Parce qu’avec ceux qui ne jouent
pas en équipe de France, on se l’autorise.
Ceux-là sont sans cesse désignés comme
des jeunes issus de la deuxième ou troisième génération, sans cesse renvoyés
à leurs origines. Cette victoire est un
cadeau extraordinaire fait à tous ces
enfants qui ont du mal à se considérer
comme français. Avec elle, ils pourraient
franchir le pas. Mais on ne devrait pas
attendre une Coupe du monde pour leur
donner le sentiment d’être légitimes, ce
devrait être un discours porté par nos
politiques et notre société. En fait, parler
des origines de quelqu’un n’est pas un
problème, tant qu’on ne l’enferme pas
dedans. Jusqu’à preuve du contraire, chacun de nous en a, alors pourquoi ne pas
aborder le sujet ? Parce que ce sont toujours les mêmes qu’on renvoie à leurs origines. Parce qu’on ne parle pas de celles
de Lloris, Griezmann, Hernandez,
Pavard. Parce qu’en fait, c’est de couleur
de peau dont il s’agit. Ce n’est pas anodin
que certains pays désignent les joueurs
d’origine africaine. Le message est simple: on ne peut pas être noir et européen,
puisque les Noirs sont africains. Et il y
aurait trop de Noirs dans l’équipe de
Pour le champion
du monde 1998,
le racisme sur les terrains,
reflet de l’inconscient
profond du pays,
est minimisé par les
instances dirigeantes
majoritairement blanches.
Il dénonce les préjugés
tenaces contre les Noirs,
renvoyés à leur physique
et traités de paranoïaques
lorsqu’ils dénoncent
les agressions
dont ils font l’objet.
France. A ce discours-là, la FFF oppose
que tous les joueurs sont français. Bien
sûr, évidemment, sinon ils ne pourraient
pas jouer en équipe de France ! Ne faudrait-il pas dire, assumer, que la force de
notre pays, de notre football, tient à ce
que nous avons tous des origines, des
couleurs, des religions différentes… Dire
que là est notre fierté, que nous sommes
fiers de cela. Et voilà pourquoi nous
sommes champions du monde.
Comment expliquer que les joueurs
noirs du club amateur de l’AS Benfeld, qui ont essuyé des coups et des
injures racistes (lire pages 3-5), ont le
sentiment de n’avoir pas été entendus
par les instances du football ?
On sait bien que les Noirs racontent des
bêtises… Le racisme est présent dès la lecture d’une situation. La parole d’un Noir
ou de trois Noirs ne vaut pas la parole
d’un Blanc. La victime n’est pas en
mesure de dénoncer quoi que ce soit
puisqu’on ne va pas la croire. La parole est
d’emblée illégitime, c’est caractéristique
du traitement du racisme. Ce qu’on ne
veut pas voir dans le racisme, c’est que
cela existe vraiment. On croit toujours
que les personnes exagèrent, que ceux-là
voient du racisme partout. On leur fait
comprendre qu’ils sont paranoïaques. Car
prendre en considération les paroles des
victimes de racisme, c’est prendre acte du
fait qu’il y a du racisme, donc aller à l’encontre du système, affirmer qu’il faut le
changer au lieu de laisser faire. Je prends
toujours l’exemple du bus de Rosa Parks:
il ne faut jamais oublier que dans le racisme, il y a des gens qui sont avantagés.
L’engouement populaire pour les
Bleus victorieux signifie-t-il que le
football français s’est défait de tout
racisme ?
Après cette victoire, il n’y aura peut-être
plus de questionnements sur la légitimité
d’être noir et français. A condition de rappeler les débats qui ont agité la FFF. Il
faut dire aux gens: vous qui êtes heureux
de la victoire de l’équipe de France, souvenez-vous qu’en 2011, des personnes ont
voulu mettre en place des quotas pour les
binationaux. Avec ces quotas, nous
n’aurions pas cette équipe-là. Ce projet a
été empêché grâce au courage d’un
lanceur d’alerte, Mohamed Belkacemi.
Dans le cas du match Benfeld-Mackenheim, le District d’Alsace de football a condamné à égalité tous les protagonistes, dix matchs de suspension
pour tous.
C’est une décision extrêmement lâche,
cela revient à ne pas sanctionner. Il n’y a
ni victime ni bourreau. En ne prenant pas
la mesure de la gravité de la situation, ils
permettent au racisme de perdurer. Ils
participent au mauvais traitement des
Noirs par la société, ils l’autorisent à les
violenter, les sous-estimer, les mépriser.
Si les agresseurs et les victimes avaient la
même couleur de peau, ils n’auraient pas
tous eu la même peine. On ne condamne
pas de manière identique victimes et
agresseurs. Mais dans ce cas-là, on les
met sur le même plan, au même niveau,
pour ne pas traiter de la question raciste.
L’essentiel, c’est de ne pas faire de vague,
pour ne pas être taxé de district raciste.
Je doute que ces dirigeants aient pensé
au ressenti de ces footballeurs noirs, à la
manière dont ils vivraient cette affaire et
leur sanction.
Autrement dit, la couleur de peau
conditionnerait la lecture de la situation ?
C’est la réalité. Si au District d’Alsace de
football la majorité des personnes étaient
noires, est-ce qu’il y aurait eu cette sanction ? Les décisions prises dans les
affaires de racisme émanent souvent
d’une classe dirigeante majoritairement
blanche qui ne subit pas le racisme, qui
Lilian Thuram boulevard Saint-Germain, à Paris, le 20 juillet.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
est éduquée à ne pas le voir ou à refuser de
le voir. Si le racisme existe encore dans nos
sociétés, c’est qu’il y a encore beaucoup de
personnes qui trouvent ce comportement
tout à fait normal, se retrouvent dans cette
façon de penser. Demandez aux joueurs,
aux supporteurs, aux gens du District, s’ils
aimeraient être traités de la même façon
que la société traite les personnes de couleur noire. A chaque fois que je pose la
question dans les écoles, les enfants répondent non. Eux-mêmes savent. Ils savent qu’on ne se comporte pas pareil avec
les Noirs.
Quand on décortique la réflexion autour
du racisme, on en arrive à une remarque
dangereuse: les gens ne se perçoivent pas
blancs. Dans l’absolu, c’est une bonne
chose. Mais comme ils n’ont pas
conscience d’être blancs, ne se nomment
pas blancs, ils ne se rendent pas compte
combien leur couleur de peau influence
leur perception des personnes noires,
leurs actes envers elles. Moi, je sais que je
suis noir parce qu’on me l’a tellement
répété. Je suis devenu noir à 9 ans, en arrivant en région parisienne. Les autres
enfants, qui me disaient noir, ne se disaient pas blancs. Les gens blancs sont
capables de parler d’un physique noir,
d’une pensée noire, mais ils ne parlent
jamais d’eux. Sauf qu’ils se pensent tout le
contraire. Si les Noirs courent vite, sont
forts, cela sous-entend que les Blancs sont
plus intelligents, intellectuels. Dans les
années à venir, il faudra questionner cette
structure de pensée: pourquoi les Blancs
font cela? Aujourd’hui, c’est compliqué de
rappeler aux Blancs qu’ils sont blancs, cela
entraîne souvent des blocages, c’est vécu
comme une agression.
Quel discours éducatif contre le
racisme portez-vous ?
J’essaie d’être le plus simple possible.
De démontrer que le racisme n’est pas
quelque chose de naturel, mais résulte
d’une éducation. Je dis aux enfants que
selon leur couleur de peau, leur sexe, leur
orientation sexuelle, ils ne vivent pas la
société de la même façon. Je leur dis de
faire attention, qu’ils sont éduqués de
manière inconsciente à se penser mieux
que les autres, plus légitimes ou au
contraire moins bien. Il s’agit de leur faire
prendre conscience des stéréotypes que
la société ancre en eux, pour déjouer les
mécanismes de domination. Et pour
l’heure, le racisme, quand il ne fait pas
l’objet d’un déni, est traité de manière
superficielle… Dans l’affaire Weinstein, on
aurait pu s’en tenir à l’acte d’un gros
dégueulasse, s’arrêter là. Mais ce cas a permis de mettre au jour le système qui le
sous-tend, qui a permis à Weinstein de
perpétrer ses violences avec un sentiment
d’impunité : la domination des hommes
sur les femmes. Or, quand il s’agit d’un
acte de racisme, on ne se pose jamais la
question. Si dans un stade, des supporteurs font le bruit du singe parce que je
touche un ballon, parce que je suis noir, on
se contente de dire qu’il s’agit de gens stupides. Mais cela raconte autre chose, cela
dit quelque chose de la relation à l’autre
selon la couleur de peau, d’une idée de
supériorité. En chaque personne blanche,
il peut y avoir des séquelles de cette façon
de penser. Cela ne veut pas dire qu’il y en
a forcément, mais on doit au moins se
poser la question. Le documentaire de
Raoul Peck sur James Baldwin, I Am Not
Your Negro, l’explique très bien: il faut que
les personnes blanches se demandent
pourquoi ils ont besoin des Noirs. Parce
que le racisme, ce n’est pas le problème des
Noirs. Comme le sexisme n’est pas le problème des femmes, ou l’homophobie le
problème des homosexuels. Ce n’est pas
eux qui peuvent résoudre le problème. Et
très souvent, c’est aux victimes qu’on
demande de le résoudre.
Pourquoi n’y a-t-il pas plus de voix qui
s’élèvent contre le racisme dans le
football ?
Quand j’étais joueur de foot, c’était déjà
difficile de dénoncer les actes de racisme,
même quand cela me touchait en plein
cœur. Il ne fallait pas parler de ce qui est
scandaleux. Parce qu’il ne faut pas gâcher
le jeu, mais donner une bonne image, l’impression que tout va bien… Dans le foot
professionnel, aucun arbitre n’a jamais
arrêté un match à la suite d’actes de
racisme. Même à ce niveau-là, les joueurs
qui se plaignent de racisme sur le terrain
finissent parfois avec un carton. Alors
même que la visibilité est forte, rien n’est
fait. Autant dire que dans le foot amateur,
et encore plus en zone rurale, c’est pire.
Voilà pourquoi il faut parler, et ce d’autant
plus lorsque vous êtes un joueur médiatisé, car cette position est plus facile, et
que vous êtes plus audible. Dans le foot
amateur, dénoncer du racisme, cela peut
même se retourner contre vous. Les clubs,
en général, demandent aux joueurs de
laisser tomber, de ne rien dire. Les personnes qui ont une visibilité ont aussi une responsabilité: s’opposer aux injustices, pour
en finir avec cette hypocrisie qui consiste
à fermer les yeux. Il faut une libération de
la parole, faire comprendre aux gens que
par leur inaction et leur silence, ils entretiennent le racisme. •
vion
Marie Sau
une bonne tasse d’été
09 : 00 - 10
Retrouvez
tous les lundis
un journaliste de
: 00
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Par
CÉLIAN MACÉ
Envoyé spécial à Bamako
S
ur le passage des camions recouverts des affiches des candidats, les enfants de Bamako
coassent en sautillant de joie. Ils ne
voteront pas dimanche, au premier
tour de l’élection présidentielle malienne, mais ces bandes de grenouilles en short disent tout l’enjeu
du scrutin. «Boua ka bla», crient-ils
à longueur de journée: «Le “Vieux”
doit laisser [le pouvoir].» «Boua ta
bla» («le “Vieux” doit rester»)
répondent en écho d’autres gamins
dans le sillage des véhicules de
campagne d’Ibrahim Boubacar
Keïta. Comme il est souvent
d’usage pour un président sortant,
le vote tourne au référendum :
pour ou contre «IBK», 71 ans,
premier chef d’Etat malien élu
depuis le putsch de mars 2012, l’occupation jihadiste du nord du pays,
et l’intervention française de
janvier 2013.
«Poulet bicyclette»
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
PRÉSIDENTIELLE AU MALI
Faire du
neuf avec
le «Vieux»?
Même ses adversaires le reconnaissent: Ibrahim Boubacar Keïta a hérité d’un pays en ruine. Cinq ans
plus tard, le bilan de cet homme
soyeux et affable, réputé lettré, qui
défila au bras de François Hollande
boulevard Voltaire, à Paris, lors de
la marche républicaine du 11 janvier 2015, est aussi rachitique qu’un
«poulet bicyclette», ricane un vendeur de recharges téléphoniques
du quartier de Niarela: «Il n’y a rien
à se mettre sous la dent.» Son mandat a même laissé quelques os en
travers de la gorge des Maliens, renchérit son voisin : «Il est allé une
seule fois à Kidal [dans le Nord] en
cinq ans, pour la campagne
[le 19 juillet], et il a été sécurisé par
les rebelles [les groupes armés
signataires de l’accord de paix,
ndlr]! On l’a même vu à côté du drapeau des indépendantistes de
l’Azawad. Quelle humiliation pour
le Mali, j’avais envie de pleurer en
voyant les images.»
Depuis l’indépendance du pays, le
Sud, nationaliste et ultra-majoritaire sur le plan démographique, terrain par la force», estime un obconsidère d’un mauvais œil les servateur indépendant.
habitants des régions du Nord, en Trois ans après la signature de l’acparticulier les Touaregs avec leurs cord, le retour de l’armée malienne
soulèvements incessants. Cette dans le Nord reste une chimère.
hostilité complique politiquement Pire, les violences se sont
toute tentative de réconciliation. désormais déplacées dans le centre
C’est pourtant bien sous la prési- du pays. Au-delà des attaques
dence d’IBK qu’a été signé l’accord terroristes, les affrontements ont
de paix d’Alger, en
pris une tournure ethniAL
2015, qui a officielque, opposant Dogons
GÉ
RI
E
lement mis fin à
(rassemblés dans
l’insurrection
des confréries de
MALI
séparatiste et sert
c h a s s e u r s
Kidal
MAURITANIE
aujourd’hui de
traditionnels) et
er
Nig
feuille de route à
Peuls (assimilés
Gao
Mopti
la paix. Mais son
aux jihadistes, qui
NIGER
Bamako Djenné
application a pris
recrutent prioriBURKINA FASO
un retard considétairement dans
rable, en grande parcette communauté).
200 km
tie à cause du même
Habitations brûlées,
Ibrahim Boubacar Keïta.
exécutions sommaires,
«Bamako a signé l’accord d’Alger déplacements forcés… Depuis le
sous pression de la communauté in- début de l’année, la région de Mopti
ternationale, mais est persuadé qu’il est entrée dans un dangereux cycle
peut désormais tirer son épingle du d’attaques et de représailles, ciblant
jeu en traînant des pieds, en parfois des villages entiers.
manœuvrant et en regagnant du Les tonitruantes annonces de Sou-
REPORTAGE
Après cinq ans au pouvoir, Ibrahim
Boubacar Keïta, premier chef d’Etat élu
depuis le putsch de 2012, n’a pas réussi
à endiguer les violences dans son pays.
Et pourrait ne pas gagner aussi
largement qu’il l’espérait l’élection dont
le premier tour se tient dimanche.
meylou Boubeye Maïga (le cinquième Premier ministre du mandat d’IBK), qui avait promis en
février de redéployer l’armée et
l’administration dans la zone, n’y
ont rien changé.
Mots mâchouillés
Dans ses discours de campagne, le
chef de l’Etat, vêtu de son éternel
boubou blanc, évoque le moins possible ce bilan sécuritaire calamiteux.
En français, sa diction est reconnaissable entre toutes: un langage
précieux et ampoulé, mais des mots
mâchouillés qui deviennent parfois
inaudibles quand son débit s’accélère. Ses allocutions de campagne,
elles, se font en bambara : IBK insiste sur ses réalisations agricoles
(1300 tracteurs subventionnés distribués) et ses efforts en faveur de la
paix – l’histoire du verre à moitié
plein. Il sait que son image bonhomme, tout en rondeur, joue pour
lui dans un pays avide de stabilité.
Surtout, sa machine électorale, renforcée par les moyens de l’adminis-
tration publique, est parfaitement
rodée. Ibrahim Boubacar Keïta a
déjà remporté le concours du nombre d’affiches géantes placardées au
Mali. Faute de panneaux publicitaires, de murs et de camions suffisants, les portraits d’IBK avec
ses lunettes d’intellectuel à grosse
monture s’étalent sur des montants
en bois disposés aux carrefours.
Son parti, le Rassemblement
pour le Mali (RPM), est bien im-
Dans ses discours
de campagne,
le chef de l’Etat,
vêtu de son éternel
boubou blanc,
évoque le moins
possible ce bilan
sécuritaire
calamiteux.
planté dans tout le pays et ratisse
inlassablement les zones rurales. Si
les habitants des grandes villes,
plus politisés et mobilisés, critiquent ouvertement le Président, les
campagnes semblent lui rester acquises. Or 60 % des Maliens y vivent, et y votent.
Les rares sondages publiés donnent
unanimement IBK en tête à l’issue
du premier tour. Mais sous la barre
des 50% –le «coup du KO» qu’il visait encore il y a trois mois et qui lui
permettrait d’échapper à un second
round. Dans cette configuration, et
à moins que le «Vieux» n’ait des
atouts cachés dans les manches,
ses principaux adversaires ont
toutes les chances de s’unir pour lui
faire barrage (lire ci-contre).
En 2013, il avait obtenu 39,8 %
des voix au premier tour, 77,6 %
au second. Cette fois-ci, ses réserves
sont jugées plus faibles. Pour
passer, IBK doit donc frapper très
fort dès dimanche. Les premiers résultats du vote sont attendus mardi
ou mercredi. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Ibrahim Boubacar Keïta,
en visite dans une base
militaire à Bamako, le 11 juillet.
PHOTO MICHELE CATTANI. AFP
u 9
ministre des Finances, président de
la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine)
est ailleurs. Dans le statut de leader
de l’opposition qu’il s’est forgé en
devenant la figure de proue de la résistance au projet de révision constitutionnelle, l’an dernier, auquel
l’exécutif a dû renoncer. Dans le
soutien qu’il a reçu de l’activiste
contestataire Ras Bath, très influent
auprès de la jeunesse. Dans la puissance de sa campagne, la seule à rivaliser financièrement avec celle du
président sortant Ibrahim Boubacar
Keïta. Les deux hommes, qui se connaissent parfaitement, s’étaient déjà
affrontés au second tour de 2013.
Soumi avait été battu à plate couture. «Cette fois-ci, j’ai un bon pressentiment», dit-il en souriant.
La campagne présidentielle, qui a
duré seulement trois semaines, a
été intense. Les 24 prétendants ont
dû sprinter à travers tout le pays
pour toucher le maximum d’électeurs –avec un taux d’électrification
de seulement 27%, rien ne remplace
une visite du candidat en chair et en
os. En province, quand deux caravanes se croisent (les routes ne sont
pas nombreuses), les équipes
échangent des plaisanteries et jaugent l’apparence des convois respectifs. Rien de méchant. Dans la
capitale, la fièvre est plus élevée. «Si
IBK passe au premier tour, on va
tout casser», clament ouvertement
des supporteurs de Cissé.
Depuis dix jours, ce dernier met en
garde contre des risques de fraude
à grande échelle en dénonçant un
fichier électoral vérolé (il serait
bourré d’électeurs et de bureaux de
vote fantômes). Les autorités ont reconnu une erreur dans la mise en ligne de la base de données, mais jurent que le bon fichier a bien été
utilisé pour l’impression des listes
et pour la future compilation des résultats. Des négociations et des vérifications étaient encore en cours,
quarante-huit heures avant le vote.
Nasa. A Mopti, dans le lobby de
«Si IBK passe au premier tour,
on va tout casser»
Malgré la corruption,
les opposants Soumaïla
Cissé et Cheick Modibo
Diarra espèrent
empêcher une victoire
facile du sortant.
L
e silence s’est fait dans la salle
sans fenêtre où sont assis sur
des nattes tous les grands marabouts de Djenné, l’un des centres
névralgiques de l’islam malien.
Leurs visages sont tendus vers le petit homme aux lunettes brillantes,
immobile dans un fauteuil face à
eux. Celui qui est venu respectueusement demander le soutien de ces
«grands électeurs», selon son expression, est le candidat Soumaïla
Cissé, 68 ans, l’opposant le plus en
vue de la présidentielle malienne.
La prière une fois récitée, ses gardes
du corps en armes tirent les lourdes
portes. La clameur de la foule rassemblée depuis des heures sous le
soleil pénètre brusquement dans le
sanctuaire des marabouts. «Soumi»
est aspiré au dehors, les militaires
repoussent les enfants qui se battent
pour toucher ses habits, les calebasses de cadeaux s’accumulent, des
danseurs peinturlurés tourbillonnent dans la poussière, les griots
hurlent des louanges, les notables
transpirent sous leurs boubous.
Sur la place principale de Djenné, ce
jeudi, on applaudit le folklore et la
visite du candidat, mais une autre
actualité occupe les esprits. «C’est
l’insécurité qui nous tourmente», dit
un homme en gilet vert dans le public. Le matin même, des Peuls du
village de Somena, à 15 kilomètres,
ont été «égorgés et jetés dans un
puits». Un acte de vengeance après
l’explosion meurtrière, la veille,
d’une mine artisanale.
Routier. Le meeting a duré quarante-cinq minutes, la voiture de
Soumaïla Cissé se fraye un chemin
vers la sortie de la ville historique.
Sur le toit de son véhicule, le président de l’Union pour la république
et la démocratie (URD) sourit et
agite gentiment les mains. Puis se
laisse retomber dans l’habitacle climatisé du 4×4, passant sans transition de la harangue à l’entretien en
tête à tête. A-t-il évoqué les violences intererthniques dans son discours ? «Il faut faire très attention
avec ces choses-là, c’est un exercice
de corde raide, avoue le candidat.
En parler publiquement dans un
rassemblement comme celui-là, c’est
risquer de souffler sur les braises, de
blesser une communauté.»
Soumaïla Cissé, ingénieur-informaticien de formation, sans grand charisme, est plus à l’aise pour disserter
développement et économie. Il a des
accents de libéral quand il parle de
«raccourcir les délais de création»
d’une entreprise à cinq jours. Mais
son programme, banal, compte finalement pour peu dans ses chances
de succès. La force de ce vieux routier de la politique malienne (il a été
son hôtel sur les bords du fleuve Niger, Cheick Modibo Diarra, 66 ans,
explique qu’il suffirait d’enregistrer
les citoyens maliens automatiquement à leur majorité et de mettre en
place un système de vote électronique pour empêcher toute manipulation. Cet ancien employé de la
Nasa, qui fut président de Microsoft
Afrique pendant cinq ans avant de
diriger le gouvernement de transition après le putsch militaire de
mars 2012, est également un poids
lourd de la présidentielle. Certains
sondages le donnent comme le troisième homme de l’élection. Le candidat termine régulièrement ses
discours en tentant de convaincre
les électeurs qu’ils ne sont pas «liés
par les billets qu’on leur distribue
pendant la campagne». Les valises
font partie des tournées électorales,
symboles de la corruption ordinaire
du système politique malien. «C’est
une partie de l’argent public qu’on
redistribue tous les cinq ans! répète
Diarra. Prenez l’argent qu’ils vous
donnent, il vous appartient, mais
votez en votre âme et conscience.»
C.Mc.
(à Djenné et Mopti)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10 u
MONDE
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
LIBÉ.FR
Suède Sur la ligne de front du
réchauffement dans l’Arctique,
les éleveurs de rennes font leurs
comptes : après un rude hiver, la sécheresse historique et les feux de forêt qui frappent la Suède
plongent la minorité samie dans le désarroi. «Nos
pâtures d’hiver brûlent», se désole Jonas Kraik, un
éleveur de 54 ans installé à Handölsdalen, où il
possède quelque 8 000 têtes. PHOTO AFP
Mati avec les pompiers. En
dehors du groupe des 26, on
a trouvé d’autres corps, mais
aucun survivant. Le paysage
était lunaire avec ces maisons
et ces arbres calcinés.
Solidarité. «C’était une
Les incendies ont ravagé les sentiers de la station balnéaire de Mati.
banlieue balnéaire très populaire, avec 300 à 400 résidents permanents, mais plus
de 4000 personnes sur place
pendant la période estivale. Il
y avait beaucoup de personnes âgées accompagnées
d’enfants: le genre d’endroit
où les parents athéniens,
ceux qui ne sont pas encore
en congés, envoient leurs enfants avec les grands-parents
pour les vacances. Ces «papous et yiayias» [grands-pères
et grands-mères, en grec, ndlr]
avec leurs petits-enfants sont
les principales victimes de
cette tragédie. Reste qu’il y a
encore beaucoup de gens qui
n’ont pas été retrouvés, ni
dans les morgues ni dans les
hôpitaux. Alors jusqu’à dimanche, on va continuer méthodiquement à fouiller chaque sentier, maison par
maison, à raison de trois
équipes qui se relaient
24 heures sur 24.
Aujourd’hui, on entend beaucoup de critiques: les secours
ont été déclenchés trop tard,
les autorités n’ont pas pris
conscience à temps de l’ampleur de l’incendie, etc. C’est
possible. Mais c’est facile ce
genre d’indignation a posteriori. En réalité, Mati n’avait
jamais été touché par les feux,
res heures de notre interven- on est si près de la plage! Sauf
tion, comme nous ne pou- qu’avec ces vents infernaux,
vions même pas entrer dans en moins de deux heures les
Mati –ni les pompiers ni moi gens se sont retrouvés piégés.
avec mes deux équipes, dix Moi, ce que je vois surtout,
hommes au total –, on s’est c’est la formidable solidarité
d’abord repliés sur le port de qui s’est immédiatement déRafina tout proche.
clenchée. Des
BULGARIE
On a organisé une
tas de gens sont
rotation de barvenus spontaMAC.
ques pour évanément propoGRÈCE
cuer au moins
ser leurs serviMati
Mer
les gens coinces dans les
Égée
cés sur la plage.
centres de preAthènes
Cyclades
Ils étaient dans
miers secours.
Mer
Crète
Méditerranée
un sale état,
On a ouvert un
100 km
beaucoup de vieux
compte bancaire
en état de choc, des
pour aider ceux qui ont
gens partiellement brûlés ou tout perdu, et déjà les monsouffrant de problèmes respi- tants dépassent nos espéranratoires. Quand les barques ces. C’est une tragédie natioont accosté à Rafina, il y a eu nale, les incendies les plus
ce silence. C’était impression- mortels que la Grèce ait
nant. Personne ne pleurait, connu, mais les victimes ne
personne ne criait, les gens doivent pas être abandonsemblaient tétanisés. Plus nées. Désormais l’important
tard dans la nuit, on a com- c’est de faire tout ce qu’on
mencé enfin à pénétrer dans peut pour les aider.» •
MARIA MALAGARDIS
Photos
ALEXIA TSAGKARI
P
rès d’une semaine
après le déclenchement des incendies les
plus mortels de son histoire
récente, avec un bilan d’au
moins 82 morts, la Grèce
panse ses plaies alors que les
secours recherchent toujours
les corps de ceux dont
on reste sans nouvelles.
Comme ces jumelles de 9 ans
en vacances avec leurs
grands-parents à Mati,
à 40 kilomètres d’Athènes.
Les photos de cette zone,
la plus touchée, ont tourné
en boucle dans les médias
grecs. A la tête des sauveteurs de première urgence de
la Croix-Rouge, Giannis
Makris a été l’un des premiers à pénétrer au cœur de
l’enfer. Il revient pour
Libération sur cette semaine
tragique.
Silence. «On s’attendait à
voir des choses horribles. On
avait trop tardé à pénétrer
derrière ce rideau de feu.
Lundi soir, dans les premiè-
BA
N
AL
plage. Dans cette zone résidentielle, on y arrive par de
petits sentiers. Mais l’intensité du feu, la hausse de la
température, qui a fait fondre
jusqu’aux jantes des roues, a
transformé leur fuite en enfer. J’ai eu les larmes aux yeux
en découvrant tous ces corps
recroquevillés, c’était terrible.
En principe, je suis habitué
aux incendies, il y en a quasiment tous les ans en Grèce,
j’étais là en 2007 quand le Péloponnèse a brûlé, faisant
près de 70 morts. C’était un
record à l’époque. Mais cette
vision, tous ces corps enlacés,
je n’avais jamais vu ça. Et j’ai
beau être formé à ne pas me
laisser submerger par l’émotion, le choc a été très fort.
r
Me nne
ie
Ion
Recueilli par
«De toutes les horreurs que
j’ai vues depuis lundi fin
d’après-midi, au moment où
nous avons été appelés pour
intervenir en urgence, il y en
a une en particulier qui restera à jamais ancrée dans ma
mémoire. Dans la nuit de
lundi à mardi, nous avons enfin pu pénétrer dans la zone
la plus touchée par les incendies, la station balnéaire de
Mati. On les a vus là, soudain,
au cœur de la nuit, sur un petit sentier qui mène à la
plage : 26 corps carbonisés,
souvent serrés les uns contre
les autres. On voyait bien que
les parents avaient dû chercher à protéger leurs enfants
jusqu’au bout en les recouvrant de leurs corps. Mais ils
n’avaient aucune chance de
survivre, entourés par les
flammes qui se propageaient
à une vitesse folle à cause de
ces vents démentiels. Ils ont
dû chercher à atteindre la
IE
RQU
TU
Après des feux
meurtriers dans
le pays, «Libé»
a recueilli le
témoignage d’un
des sauveteurs
intervenus à Mati,
théâtre d’un drame
hors-norme.
IE
Incendies en Grèce: «Ils n’avaient
aucune chance de survivre»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
Diaporama L’Europe
transpire : de Londres à
Rotterdam et de Paris à
Magdebourg, retrouvez la sélection d’images du service photo de Libération sur la vague de canicule qui frappe l’Europe, entraînant feux de forêt, déssèchement de la
végétation et poussant les habitants et touristes à se rafraîchir. PHOTO JERRY LAMPEN. AFP
«Il y a vingt ans, le changement climatique était une notion abstraite que l’on visualisait dans les projections
scientifiques. Il est incroyable
aujourd’hui de voir la vague
de chaleur en Europe porter
l’empreinte de ce réchauffement du climat», déclare
Geert Jan van Oldenborgh,
chercheur à l’Institut météorologique royal des Pays-Bas.
Avec plusieurs climatologues
du réseau international
World Weather Attribution, il
a publié vendredi une étude
attribuant la vague de chaleur extrême que connaît depuis mai l’Europe, de la Scandinavie à la Grèce, au
réchauffement mondial dû
aux activités humaines.
C’est un exercice complexe
qu’ont accompli ces chercheurs. A partir de relevés
météorologiques dans sept
stations à travers l’Europe
(Irlande, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Suède et
deux en Finlande), ils ont pu
établir notamment que le
changement climatique a
multiplié la probabilité d’extrêmes caloriques par 2 à Dublin en Irlande, par 3,3 à
De Bilt aux Pays-Bas, et
même par 5 à Copenhague.
«Les modèles de projection
En Suède, le 15 juillet. PHOTO MATS ANDERSSON. TT. AFP
scientifiques correspondent
aux observations faites sur le
terrain», explique Friederike
Otto, directrice adjointe de
l’Institut sur les changements environnementaux
de l’université d’Oxford,
au Royaume-Uni, qui a aussi
participé à cette étude. En
Europe centrale, on observe
même une hausse des
températures plus rapide que
prévu. «Avec ce rapport, nous
voulons montrer que le
réchauffement du climat n’est
pas seulement une moyenne
mondiale, mais qu’il existe
d’importantes disparités
dans ce que vivent les
humains, même au sein de
l’Europe», reprend la chercheuse. En ce qui concerne la
vague de chaleur que connaît
la Scandinavie depuis
deux mois, les scientifiques
du World Weather Attribution estiment que le changement climatique d’origine
humaine augmente les probabilités de tels extrêmes
dans la région, sans pouvoir
établir à quel point. La variabilité des phénomènes météorologiques atmosphériques est trop aléatoire pour
définir un chiffre précis. Selon l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA) américaine,
l’Europe a vécu son
deuxième mois de juin le
plus chaud enregistré, juste
derrière celui de la canicule
de 2003. Certains pays,
comme le Royaume-Uni et le
Danemark, ont même
changé de couleur, passant
du vert au jaune, comme le
montrent les images satellites de l’Agence spaciale européenne.
Le continent européen n’est
pas le seul touché. 41,1 °C à
Kumagaya, au nord-ouest de
Tokyo. 51,3 °C à Ouargla en
Algérie. 48,9°C à Chino, dans
la banlieue de Los Angeles. 36,6°C dans l’agglomération de Montréal. 42,7 °C à
Bakou en Azerbaïdjan. 40,5 °C à Tbilissi, en
Géorgie. 32,5°C à Kvikkjokk,
en Suède, près du cercle polaire. Autant de records de
chaleur (depuis le début des
relevés) atteints pendant le
seul mois de juillet. Ces extrêmes provoquent sécheresses,
incendies et pics de consommation d’électricité à travers
le monde. En Californie, le
parc Yosemite vient de déclarer son ordre d’évacuation le
plus étendu depuis trente ans
alors que l’incendie appelé
Ferguson continue de ravager
ce site emblématique américain. Au Japon, 22 000 personnes ont été hospitalisées
la semaine dernière à cause
de la chaleur étouffante.
AUDE MASSIOT
«Je ne savais
RIEN de
la rencontre
[d’une avocate
Russe]
avec mon fils
Don Jr.»
DONALD TRUMP
président des
Etats-Unis, vendredi
sur Twitter
AP
Une étude confirme le lien entre le réchauffement
climatique et la vague de chaleur actuelle
Dans un nouveau tweet rageur, Donald Trump a démenti
vendredi avoir eu connaissance, avant sa tenue
le 9 juin 2016, d’une réunion pendant la campagne présidentielle entre son fils Don Jr et une avocate soupçonnée
d’être proche des services de renseignement russes et offrant des informations compromettantes sur Hillary Clinton. Selon des sources citées un peu plus tôt par CNN, Michael Cohen, l’ancien avocat et homme de confiance du
milliardaire, aurait été présent quand son client a été informé de l’offre de rencontre avec l’avocate russe, et en
aurait approuvé la tenue. Des sources ont indiqué à CNN
que Cohen ne disposerait pas d’enregistrement audio pour
étayer ses dires. Le Président l’a accusé «d’inventer des histoires» pour se tirer d’une «sale affaire qui n’a rien à voir».
Des réfugiés d’Afghanistan rejetés
partout en Europe
Laos La colère des villageois monte
après la rupture d’un barrage
Alors qu’une centaine de personnes étaient encore portées
disparues vendredi, quatre jours après la rupture lundi d’un
barrage en construction, qui a noyé six villages dans la boue,
les autorités du Laos ont annoncé la mort de 27 personnes.
Des villageois mettent en doute ce bilan et critiquent la gestion de la crise par le pouvoir communiste et la lenteur des
secours. Après l’affaissement de la digue et une brèche dans
la structure dimanche, les gestionnaires avaient tenté de
réparer malgré de fortes pluies. PHOTO REUTERS
«Je ne m’assieds pas tant qu’il
n’est pas sorti.» La vidéo a fait
le tour du monde. Elin
Ersson, une jeune militante
suédoise, a réussi à empêcher l’expulsion d’un réfugié
afghan en retardant le décollage de l’avion qui devait
l’emmener en Turquie, avant
de s’envoler à nouveau pour
l’Afghanistan. La jeune
femme a plus tard expliqué
son geste à Deutsche Welle :
«L’Afghanistan est une terre
en guerre, mais les pays européens continuent d’expulser
les gens vers un endroit où ils
ne peuvent pas être sûrs de
vivre un jour de plus… Je
crois fermement que personne ne devrait être expulsé
vers un pays en guerre.» Ce
geste interpelle, mais la situation n’est pas nouvelle.
Deux semaines plus tôt,
Amnesty International
dénonçait déjà les «renvois
illégaux» vers l’Afghanistan
depuis l’Europe.
En 2016, l’UE a signé un accord avec l’Afghanistan pour
faciliter le renvoi des réfugiés afghans. Depuis, de
nombreux pays, y compris la
Suède, considérée jusque-là
comme un pays ouvert, ont
resserré la vis. En 2017, 60%
des demandes d’asile déposées en première instance en
Suède ont été refusées.
La Suède considère l’Afghanistan comme un pays «sûr»
pour ces réfugiés, tout en déconseillant à ses ressortis-
sants de s’y rendre. L’ONU y
a recensé plus de 10 000 civils morts ou blessés la
même année. Une aberration
pour les organisations humanitaires. «C’est une dynamique qui ne répond pas à la
menace sécuritaire, mais à
des enjeux stratégiques, dénonce la responsable des
questions européennes à
l’association la Cimade, Marine De Haas. Avec les pays
scandinaves, l’Allemagne et
l’Autriche sont les pays qui
expulsent le plus de réfugiés
afghans. La France fait figure d’exception et a arrêté
depuis quelques mois les expulsions», se félicite-t-elle.
Mais le problème n’est pas
résolu pour autant. La Ci-
made pointe du doigt les
«renvois par ricochets» effectués par la France sous
couvert du règlement de Dublin : les Afghans déboutés
du droit d’asile sont «transférés» vers leur premier pays
d’accueil dans l’UE «où ils
courent à nouveau le risque
d’être expulsés vers l’Afghanistan».
La Cimade a récemment
réussi à faire annuler le
transfert de l’un d’eux vers la
Suède, en démontrant les risques que cela aurait fait peser sur sa vie. Les Afghans
sont la troisième nationalité
la plus importante à demander l’asile en Europe, derrière
les Syriens et les Irakiens.
CAROLINE VINET
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
FRANCE
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Le 1er Mai, trois heures avant l’épisode de la place de
la Contrescarpe, des manifestants essayant de quitter
le défilé en passant par le jardin des Plantes ont croisé
Vincent Crase, brassard «police» au bras, Alexandre
Benalla et le major Philippe Mizerski, chargé de
les encadrer. CAPTURE D’ÉCRAN VIDÉO. DOCUMENT LIBÉRATION
ER
1 MAI
L’autre
interpellation
de Benalla
et Crase
Dans une vidéo révélée par «Libération»,
on voit les deux hommes intervenir contre
des manifestants au jardin des Plantes,
trois heures avant les événements de la
place de la Contrescarpe. L’un d’eux, placé
en garde à vue, a porté plainte jeudi
avec la militante qui filmait.
Par
tions, deux nouvelles plaintes ont été adressées jeudi au parquet de Paris, pour «violences
volontaires par personnes dépositaires de
l’autorité publique en réunion», «usurpation
ors de la manifestation du 1er Mai, de signes réservés à l’autorité publique aggravé
Alexandre Benalla et Vincent Crase se par le fait qu’ils facilitent la commission d’un
sont comportés comme des policiers délit», «usurpation de fonctions», «atteinte à
bien avant la scène désormais célèbre de la la liberté», «dégradation de biens», et «introplace de la Contrescarpe (au sujet de laquelle duction frauduleuse dans un système de traile premier répète, vendredi soir sur TF1, ne pas tement de données». Déposées contre X, ces
avoir porté de coups). De nouveaux témoigna- plaintes ciblent néanmoins Vincent Crase,
ges ainsi qu’une vidéo, révélée vendredi par Alexandre Benalla et Philippe Mizerski, le
Libération, permettent de découvrir que trois major de la préfecture qui était chargé, théoriheures avant, et à un autre endroit de la mani- quement, de les encadrer.
festation, Alexandre Benalla, alors adjoint au La séquence en cause est extraite d’une vidéo
chef de cabinet d’Emmanuel Macron, et Vin- de six minutes, et se termine brusquement au
cent Crase, salarié de La République en mar- moment de l’interpellation. Quand les images
che, sont impliqués dans l’interpellacommencent, un petit groupe de mation d’un autre manifestant. Celui-ci,
RÉCIT nifestants est rassemblé près de poliarrêté et placé en garde à vue pour
ciers en tenue dans le jardin des Plan«violences contre personnes dépositaires de tes. L’un des manifestants est contrôlé puis
l’autorité publique avec arme», sera finalement relâché. Noémie (1), 24 ans, fonctionnaire au
relâché après quarante-huit heures, sans pour- ministère de la Justice et militante commusuite judiciaire. Quant à Vincent Crase, sa pré- niste, dit avoir commencé à filmer «parce
sence n’a pour l’instant pas été expliquée qu’un policier a bousculé un manifestant». Les
autrement que par sa proximité avec Benalla. forces de l’ordre sont nombreuses, se mettent
Des images de cette scène, capturée par le té- en ligne, et repoussent les quelques militants,
léphone d’une amie de l’interpellé, ont été contraints de suivre la direction indiquée.
supprimées au moment de l’arrestation par «Les gens essayaient de partir par tous les
un fonctionnaire menaçant. La vidéo a été ré- moyens. Il y avait beaucoup de gaz lacrymocupérée sur la carte mémoire du téléphone gène, on voulait traverser le parc pour partir
grâce à un logiciel dédié. Selon nos informa- à l’opposé de la manifestation», raconte
WILLY LE DEVIN
et ISMAËL HALISSAT
L
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 13
L’interlocuteur de
Noémie la menace
pour récupérer la vidéo,
assure-t-elle: «Donnemoi ton téléphone,
sinon on t’embarque.»
Il examine les photos
et les vidéos, et en
supprime plusieurs.
alors distinctement : «Eteins [la vidéo] !
Eteins !» Quelqu’un lui demande ensuite sa
carte d’identité, s’éloigne de 10 à 15 mètres et
la regarde longuement. «Je me souviens qu’à
côté, un manifestant avait mal, il saignait,
mais on m’a dit “regarde ailleurs”, raconte
Noémie, encore très choquée. Ce n’est
d’ailleurs qu’à ce moment-là que je réalise que
Romain aussi est interpellé.»
«T’AS QU’À ALLER
AU VENEZUELA»
aujourd’hui Romain, 23 ans, étudiant en
sciences politiques à l’université Paris-I. Sur
la vidéo, Noémie s’inquiète alors de la tension
ambiante: «Ils nous suivent encore [les policiers, ndlr], je n’ose pas éteindre ma caméra.»
Portable à la main, elle continue de filmer,
tandis que la ligne de policiers avance dans
leur dos. L’un d’eux leur indique une nouvelle
fois la direction à suivre pour sortir. C’est alors
que les manifestants empruntent un petit
chemin, et tombent une minute plus tard nez
à nez avec Alexandre Benalla, Vincent Crase
et le major Mizerski. Noémie filme toujours et
explique à Libération: «A ce moment-là, j’ai le
téléphone dans la main au niveau de mon
torse.» Au premier plan, Vincent Crase, arborant un brassard «police», ordonne aux militants de quitter le jardin des Plantes par une
sortie. Juste derrière lui, figurent Benalla et le
major Mizerski. L’instant est fugace et ne permet pas de voir si Benalla est lui aussi porteur
d’un brassard à cet instant. «On vient de nous
dire qu’il fallait qu’on sorte rue Buffon», «faut
se mettre d’accord», lancent les manifestants,
pensant être face à des policiers de la BAC.
«ELLE A LE DROIT DE FILMER»
De façon autoritaire, Vincent Crase rétorque:
«Vous allez là-bas.» Au même moment, à
l’arrière-plan, on entend : «Elle filme, elle
filme.» L’un des manifestants répond tout de
suite : «Elle a le droit de filmer.» Puis les
images deviennent floues. La jeune femme
hurle, la séquence se coupe. Romain, qui
commençait à s’éloigner, réagit: «Je vois que
Noémie est ceinturée d’une façon très violente.
Je ne sais pas quoi faire, je vais vers eux, je pose
mes bras sur la personne qui ceinture Noémie
et quelqu’un derrière moi me fait une balayette
et me menotte.» Sous le choc, Romain ne se
souvient plus qui le met au sol : «J’avais la
face contre le sable, je n’ai pas vu la suite.»
Noémie poursuit : «Je me suis fait plaquer
contre l’arbre le plus proche avec le téléphone
dans la main. J’ai les deux bras écartés et mon
corps tape l’arbre.» La jeune femme, elle aussi
en état de choc, n’est pas en mesure d’identifier la personne qui la plaque. Un peu en retrait, Elias, 22 ans, surveillant dans un lycée
parisien et militant communiste lui aussi, est
témoin de la scène. Il dit se souvenir très bien
que «la personne qui saute sur Noémie avait
les cheveux rasés». Une description qui pourrait donc correspondre à Vincent Crase.
La scène se poursuit et, manifestement, l’existence de la vidéo inquiète leurs interlocuteurs. Noémie se souvient qu’on lui hurle
Celui qui est parti avec la carte d’identité est
de retour. Un nouvel échange vif débute: «On
n’a pas le droit de manifester en France le
1er Mai?» s’insurge Noémie. Réponse de son
interlocuteur selon son récit: «Non, t’as qu’à
aller au Venezuela ou à Cuba.» La jeune
femme, «terrorisée», garde les mains en l’air
depuis de longues minutes. Son interlocuteur
la menace pour récupérer la vidéo, assure-telle: «Donne-moi ton téléphone, sinon on t’embarque.» Noémie, hors d’elle, répond: «Vous
n’avez pas le droit de faire ça.» Selon la militante, l’homme examine alors les photos et les
vidéos, et en supprime plusieurs. Puis lui
rend l’appareil et leur ordonne de «dégager».
«Est-ce que je peux savoir votre numéro de matricule ?» s’énerve Noémie. Toujours selon
elle, l’homme répond «007». Le soir, Noémie
parvient à récupérer la vidéo effacée.
Contactés par Libération, les avocats des deux
plaignants s’indignent. Nadja Diaz, conseil de
Romain, condamne «la garde à vue éprouvante de [son] client pour des faits particulièrement graves qu’il n’a pas commis. Il attend
que la lumière soit faite sur le rôle joué par
ceux, désormais bien connus, qui n’avaient
manifestement pas autorité pour intervenir
d’une quelconque manière dans son arrestation». Quant à l’avocat de Noémie, Grégory
Saint Michel, il pointe la responsabilité directe des autorités: «La préfecture de police,
le ministère de l’Intérieur, la présidence de la
République savaient que ce jour-là, messieurs
Benalla, Crase, et Mizerski avaient commis
des exactions. Ont-ils poussé leurs investigations plus loin pour connaître leur folle journée? Ont-ils préféré se cantonner aux faits dénoncés de la Contrescarpe pour se contenter
d’une petite mise à pied, non appliquée au demeurant?» Vincent Crase et l’avocat d’Alexandre Benalla n’ont de leur côté pas répondu à
nos sollicitations. •
(1) Tous les prénoms ont été modifiés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Cinq étoiles Le duo de chefs étoilés
Frédéric Anton et Thierry Marx, allié à
Sodexo, a été choisi pour diriger la restauration de la tour Eiffel, a annoncé vendredi la direction du monument. Le groupement a remporté l’appel d’offres, délogeant
Alain Ducasse, présent depuis 2008 avec Elior. La future
concession, de dix ans, débutera en septembre 2019 et
concerne le restaurant gastronomique «le Jules-Verne»,
la brasserie «le 58 Tour Eiffel» et la vente à emporter.
LIBÉ.FR
n’y aura pas de solution», a
précisé le directeur de la
maintenance chez RTE, le
gestionnaire du réseau électrique, Patrick Bortoli. Ses
équipes tentaient d’établir
des solutions alternatives
pour l’alimentation du réseau
SNCF, car la réparation du
poste principal prendra
«quelques semaines». Pour
essayer de faire passer le message, la SNCF a placardé dans
la gare des panneaux contenant une photo de l’incendie
et ses fumées immenses. «J’ai
appris ça sur Twitter en arrivant», raconte Matthieu, qui
doit filer à Biarritz avec deux
amis. Alors qu’ils se plaignent
de ne «pas avoir les bonnes infos», l’écran au dessus indique que leur train va partir
de la gare d’Austerlitz. Dehors, malgré l’affrètement
d’une navette dédiée, les
voyageurs s’entassent et font
la queue pour rejoindre leur
gare de substitution. A Austerlitz, c’est la cohue dès la
sortie du métro. Des policiers
municipaux sont obligés de
réguler les accès aux quais.
Une fois dans le Ouigo de
15 h 15 pour Bordeaux, une
annonce: «Un arbre vient de
tomber sur la voie un peu plus
loin devant nous, le train reste
à quai.» Maudit orage.
Gare Montparnasse, vendredi, pendant l’interruption de trafic.
Un transformateur flambe,
Montparnasse en surchauffe
Après un incendie,
le trafic de la gare
parisienne était
fortement perturbé
vendredi en fin de
matinée, jour de
grande chaleur et
de grands départs.
Par ULYSSE BELLIER
Photos STÉPHANE
LAGOUTTE. MYOP
E
ncore la faute à pas de
chance. Vendredi en
fin de matinée, l’incendie d’un poste électrique
au sud de Paris a coupé l’alimentation du réseau SNCF
dans le secteur de la gare
Montparnasse, perturbant
très fortement le trafic ferroviaire. Dans le hall surchauffé, les palettes de bouteilles d’eau s’écoulent à
toute vitesse. Marc partait
pour les fêtes de Bayonne
avec le TGV de 14 h 48. «J’ai
appris le problème dans la
presse, elle est plus efficace
que la SNCF pour informer»,
se lamente-t-il. L’an passé,
pour le même week-end de
croisement, la gare parisienne était paralysée.
Privée de la majeure partie de
son alimentation électrique,
la SNCF a décidé de dérouter
les trains à l’arrivée et au départ du Sud-Ouest –principalement Bordeaux – vers la
gare d’Austerlitz. Ceux partant et arrivant de Bretagne et
des pays de la Loire sont
maintenus à Montparnasse,
mais seulement trois trains
par heure peuvent y circuler
grâce à une alimentation secondaire près de Versailles.
Marteau-piqueur. Certains trains de banlieue sont
maintenus, d’autres ont un
terminus provisoire en aval
de la gare. Dans une gare en
chantier où le bruit du marteau-piqueur concurrence les
annonces par haut-parleur,
l’information n’est pas si
claire pour tout le monde.
Marion débarque devant le
quai 18 avec son gros sac à
dos, pensant y voir son TER
pour Chartres. Mais c’est un
TGV pour la Bretagne qui
quitte la torpeur parisienne.
Peu optimiste, elle s’éloigne
du quai en soufflant, à la recherche d’informations. Sur
les écrans, pas un train n’est
indiqué à l’heure, la voix précisant que «les retards affichés sont des estimations». La
compagnie ferroviaire «incite
fortement» les usagers à reporter leur voyage et annonce
ne «pas pouvoir» rétablir plus
de 60 à 70% du trafic pour ce
samedi.
Car la SNCF n’y est pour rien
dans cette affaire, contrairement au bug informatique
qui a immobilisé la gare
Montparnasse en août et en
décembre. Le poste EDF qui
a pris feu vers 11 h 30 à
Issy-les-Moulineaux est l’un
des douze transformateurs
majeurs de la couronne parisienne. Alors que le feu, spectaculaire, était maîtrisé dans
l’après-midi, les experts se
sont rendus sur place pour
évaluer la situation. «Tant
qu’il n’y a pas de diagnostic, il
La SNCF n’est pour rien dans
cette affaire. Le poste EDF qui a
pris feu vers 11h30 à Issy-lesMoulineaux est l’un des douze
transformateurs majeurs de la
couronne parisienne.
Foule. A Montparnasse,
gare de béton, les réserves de
bouteilles d’eau ont fondu
comme neige au soleil. Les
gens attendent par terre, assis sur leur valise ou debout
devant les écrans. De nombreux gilets rouges essayent
d’aider les voyageurs désorientés. Voie 7, une sonnerie
retentit alors qu’un train est
annoncé comme sur le point
de partir. Devant le quai,
fermé par un portillon et
gardé par un agent de la sûreté ferroviaire, se masse une
foule espérant décrocher un
siège. Frédéric, Christelle et
leur fille de 4 ans cherchent
à rejoindre Morlaix via Rennes. «C’est n’importe quoi
depuis plus de deux heures.
Dès qu’il y a un TGV, ils le
blindent, se plaint Frédéric.
Même les agents n’en savent
pas plus.» «C’est la première
fois qu’on prend le train pour
rejoindre la famille en Bretagne, on voulait s’éviter la fatigue du trajet. Mais bon,
c’est le bordel», lâche Christelle. «C’est encore un coup
de Benalla», ironise son
compagnon. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
u 15
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
30000
C’est le nombre de policiers et gendarmes
qui seront mobilisés sur les routes pour les
deux prochains week-ends pour cause de
croisement entre juillettistes et aoûtiens.
Une mobilisation destinée «à lutter contre les excès de vitesse», «à prévenir les pertes d’attention au volant», à veiller
«au port de la ceinture de sécurité à l’avant comme à l’arrière» ou encore «au respect des règles de priorité et de distance» rappelle la Place Beauvau.
Evolution du PIB
Michel Butel: un autre journalisme était possible
S’il obtint le prix Médi- furent des collaborateurs récis 1977 pour l’Autre Amour, guliers. Un éditorial de Mivingt ans avant de publier chel Butel était aussi comme
l’Autre Livre, Michel Butel, aucun autre. Pour annoncer
qui vient de mourir à 77 ans, en 1986 le changement de
fut surtout journaliste. Et pas rythme de parution : «Hebtant journaliste qu’«autre» domadaires? Nous ne faisons
journaliste. Il se voulait «in- rien que bouger à peine, juste
venteur» de journaux et sa un pas de côté. Il ne faut pas
plus grande
prendre cela
réussite fut
DISPARITION trop au sél’Autre Jourrieux. Quelnal, créé en 1984, qui parut que chose comme une pouscomme mensuel en 1985, sière dispersée dans les
puis comme hebdomadaire poumons nous gênait, nous
à partir de 1986, puis s’inter- cherchons simplement de
rompit, redevint mensuel et l’air. Nos phrases et nos penmourut durant l’hiver 1992. sées, cette respiration contraL’Autre Journal fut un maga- riée les affectait. Nous opézine comme aucun autre, rons un léger déplacement,
parlant poésie et politique, peut-être que la situation gépolitiquement de la poésie, nérale s’en trouvera plus heupoétiquement de la politi- reuse.»
que. Marguerite Duras, Gilles C’est dans cet Autre Journal
Deleuze et Hervé Guibert en que paraissent en 1986 les
En 2011. PHOTO B. CHAROY
entretiens que Marguerite
Duras eut avec François Mitterrand entre juillet 1985 et
avril 1986. Celui du
12 mars 1986 débute ainsi,
dans la bouche de l’écrivain:
«Il y a un petit scandale en ce
moment à Paris : c’est le service d’enlèvement d’autos, les
fourrières.»
Né à Tarbes le 19 septembre 1940, Michel Butel avait
passé deux ans, de 12 à
Le ventilo, c’est plus clim
Par trimestre
+0,8%
14 ans, à la clinique psychopédagogique de Saint-Maximin (Oise). «J’étais vraiment
fou», dit-il à Libération qui
fait son portrait le 31 janvier 2011. Il participera
autour de Félix Guattari à la
création de la clinique de
La Borde, tentera de lancer
avec Bernard-Henri Lévy
l’Imprévu en 1975, mais le
quotidien n’aura que quelques parutions et les deux
hommes ne s’entendront
pas. En 2011, il tâche de faire
paraître un nouveau périodique qui s’arrêtera en 2013 à
cause de la santé de son créateur, qui aura toujours souffert d’un asthme sévère. Il
expliqua à Libération pourquoi il l’avait appelé l’Impossible : parce que «tout ce qui
est possible se consume».
MATHIEU LINDON
+0,7%
+0,7%
+0,2%
T2
2015
T2
2018
-0,2%
Source : Insee
L’ACTU
EXPLIQ
UÉE AU
X
S
YO
UT UBEUR
DES JEU
X, DES BD
ET DES
QUIZ
M ÉTÉO
S
S
LE
FA
K
ENFAN
TS AVEC
S
LA
E NE
W
ET AUSS
MORTE I...
LLE
ADÈL
PLANÈT E, LA
E FOOT
,
DES PA
GE
PHILO. S
..
Et surtout, rester hydraté. PHOTO RONALD ZAK. AP
quelques conseils. Avant tout, sure l’Ademe. Si vous y tenez
dès que la lumière du soleil vraiment, les étiquettes Enerpénètre à l’intérieur, fermez gie permettent de choisir l’aples volets, voire les fenêtres si pareil le moins consommala température extérieure est teur. Il en existe qui
plus élevée. Evitez ensuite de fonctionnent à l’énergie solaisser tourner des
laire mais ils coûTERRE
appareils électritent encore cher.
ques (four, ordi- D’ACTIONS En tout cas,
nateur, télé…): ils
veillez à barricaréchauffent l’air ambiant. Si der le bâtiment pour que l’air
cela ne suffit pas, mieux vaut climatisé ne s’échappe pas.
investir dans un ventilateur Attention : établir plus de 5
de plafond que dans une à 7 degrés de différence entre
clim. Ils consomment en l’intérieur et l’extérieur peut
moyenne vingt fois moins être dangereux pour la santé.
d’énergie et permettent de Cela augmente les risques de
brasser l’air. «La climatisation chocs thermiques. Sinon, une
est une solution pour des per- bonne serviette humide ou le
sonnes très sensibles à la cha- traditionnel éventail restent
leur (personnes âgées…) et très efficaces pour rafraîchir
pour des logements situés (sans réchauffer le climat).
dans des zones bruyantes», asAUDE MASSIOT
La croissance s’enlise. Selon
l’Insee, qui a livré vendredi
son estimation pour le
deuxième trimestre, le PIB
(produit intérieur brut) n’a
progressé que de 0,2 % par
rapport aux trois premiers
mois de l’année. Un chiffre
souffreteux et identique à celui mesuré au premier trimestre, après le rebond
de 0,7 % enregistré entre octobre et décembre 2017. En
cause? La hausse du prix du
carburant et celle de la CSG
ont freiné l’envie de consommer des ménages et la trop
légère baisse du chômage.
Après une progression du PIB
de 2,2% en 2017, le gouvernement misait sur 2% en 2018.
Ce n’est plus jouable, et cela
compromet son objectif de
réduction du déficit.
COQUILLAGES ET P’TIT LIBÉ
LE
Avec ses pics à 32°C, 34°C
ou 38°C, la météo donne envie de plonger dans une baignoire de glaçons. Ou de
pousser au maximum la
clim, quitte à risquer la bronchite. Seulement, cette invention –qui a permis de réduire fortement le nombre de
morts et de maladies liées à
la canicule – est aussi très
énergivore et dégage de l’air
chaud à l’extérieur des bâtiments qu’elle refroidit. Une
climatisation consomme en
cinq cents heures de fonctionnement plus qu’un réfrigérateur branché toute l’année. Elle participe donc au
réchauffement climatique
qu’elle essaye de compenser.
Ce cercle vicieux va s’accentuer dans les prochaines décennies. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE),
le nombre de climatiseurs
dans le monde devrait passer
de 1,6 milliard aujourd’hui
à 5,6 milliards à la moitié du
siècle. D’ici à 2050, ils pourraient consommer à eux
seuls la même quantité
d’électricité que la Chine
avale aujourd’hui.
Alors comment empêcher le
serpent de se mordre la
queue? L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de
l’énergie (Ademe) donne
PIB La croissance
a des ratés
4,90 €
Le petit journal
des gra
ndes v
acance
HORS-S
ÉRIE LI
BÉRATI
ON - ÉT
É 2018
s
www.le
ptitlibe.
fr
Un hors-série pour les enfants disponible
en kiosque ou sur boutique.libération.fr
Et l’info expliquée toute l’année sur leptitlibe.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
SPORTS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Julien Vermote, coureur de l’équipe Dimension Data, s’est fait bénir à la grotte de Massabielle avant l’étape de vendredi. PHOTO JEFF PACHOUD. AFP
SUR LA SELLE
COMME AU CIEL
Vendredi, lors de la 19e étape du Tour, Quintana, Froome et
les autres se sont élancés au milieu des soutanes et des pèlerins
à Lourdes. Mêlant l’eau profane du sponsor Vittel à celle, bénite,
que l’on boit dans des vierges en plastique.
Par
PIERRE CARREY
et RAMSÈS KEFI
Envoyés spéciaux à Lourdes
V
endredi matin, la caravane publicitaire a paradé dans les rues de Lourdes (Hautes-Pyrénées) comme on cuisinerait en slip dans un bungalow: le Tour de
France avait les clés de la ville et de ses lieux
saints. On parle d’un spectacle et d’un boucan
à refoutre en l’air la vie d’un miraculé :
la 19e étape a démarré de la grotte de Massabielle, où la Vierge Marie serait apparue à Bernadette Soubirous dix-huit fois en 1858. Un
char Vittel passe boulevard de la Grotte, au
milieu d’hôtels qui récitent le bréviaire (SaintSébastien, Saint-Etienne et Saint-Charles…)
et devant le Palais du Rosaire, un supermarché climatisé d’objets pieux. Le speaker Vittel
danse en ondulant son fessier comme à Ibiza.
Dans l’euphorie, il oublie tout et blasphème
en toute décontraction au microphone. Il propose aux commerçants d’échanger son eau
minérale contre la leur, estampillée bénite,
qu’il est possible de boire dans des vierges en
plastique (l’auréole sert de bouchon) : «On
peut faire un transfert de bidon !»
NONNES AU KÄRCHER
Le cortège des marques a duré plus d’un quart
d’heure, le temps pour les gâteaux Saint-Michel de faire défiler une voiture en forme de
(Marie) madeleine et pour une hôtesse de la
Française des jeux de hurler que «chaque jour
était une chance», comme dans un sermon du
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
20 e étape du Tour de France
Contre-la-montre individuel
21 e étape du Tour de France
Espelette
SouraïdeXurxurieta
144 m
Saint-Pée-sur-Nivelle
Ustaritz
113 m
38 m
S
Ustaritz
92 m
Hergaray
146 m
Paris Champs-Elysées
dimanche 29 juillet
samedi 28 juillet
21 m
u 17
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Souraïde
116 m
Houilles
45 m
75 m
Col de
Pinodieta
172 m
Paris Porte Maillot
38 m
Souraïde
92 m
6e passage
sur la ligne
d'arrivée
38 m
1er passage
sur la ligne
d'arrivée
38 m
Saint-Germainen-Laye
80 m
Rennemoulin
92 m
Chavenay
Saint-Cloud
77 m
103 m
Haut
des Champs-Élysées
53 m
31 km
Source : ASO
4
9
10,2
dimanche. En mini-short. Des commerçants
installent leurs marchandises, Jésus en hologramme et chaussettes «morbidissimo», «antidérapantes, en molleton douillet, pour soirées
tendres et câlines». Des passants applaudissent, des pèlerins font des yeux énormes (et
des photos), comme si le Tour et la grotte, provisoirement mariés, avaient oublié toute pudeur. Résultat, des nonnes sont arrosées au
Kärcher par un autre camion Vittel.
Vingt mètres plus loin, la sono est plus calme.
Le départ officiel de la 19e étape du Tour se déroule dans un lieu saint, le sanctuaire de Lourdes. Les bus des équipes sont garés sur l’esplanade du Calvaire des Bretons, devant les deux
églises qui casent une double flopée de
croyants, la moitié au rez-de-chaussée, l’autre
à l’étage. Les hommes de foi, en soutane cintrée, ont vécu la vie de rêve. Un prêtre, à un
autre, en face des barrières contenant la foule:
«Les gens ne veulent plus prendre de selfies avec
les coureurs, mais avec moi, si…» Tel unfrère
Froome? Devant des centaines de personnes,
ils se congratulent mutuellement. Au vrai, il
y eut des scènes d’idolâtrie. Alors qu’il roulait
paisiblement, Nairo Quintana, le grimpeur colombien (Movistar), fut pris en chasse par trois
de ses compatriotes presque en transe, drapeau à la main, lesquels ont labouré la pelouse
(un peu sainte aussi) du sanctuaire en cavalant comme des damnés.
Le reste? L’ordinaire. Le village du Tour accueille les sponsors, les équipes et les coureurs
avant le grand départ et des croyants qui s’agenouillent dans l’attente d’un monde meilleur
ou d’une guérison miraculeuse pour les plus
malades. C’est la quatrième fois que le Tour
autorise un départ d’étape (après 1948, 1990
et 1994), non pas au bourg des Pyrénées,
14000 habitants, mais depuis sa zone privatisée par l’Eglise, 6 millions de visiteurs annuels. Il y a vingt-quatre ans, le père Bordes,
recteur de Lourdes, y avait rassemblé coureurs
et handicapés. Il décrivait «un geste qui n’est
nullement un geste d’exhibition, mais qui rappelle la nécessité de marcher ensemble, tous ensemble, sur la route de la vie».
Le temple (l’Eglise) et les marchands (Amaury
Sport Organisation –ASO–, organisateur du
Tour) ont un pan de destin commun, liés par
le déclin de la foi. Le premier doit remplir ses
paroisses, le second convaincre le public de
croire au maillot jaune. L’étape du jour, pardelà les cols d’Aspin, du Tourmalet et de
l’Aubisque, fut marquée, comme depuis le début de l’épreuve, par un fort taux d’absentéisme au bord des routes. Qui a besoin le plus
de l’autre? Lourdes du Tour, ou l’inverse? Un
séminariste, en polo bleu, sur la connexion Jésus-Christ et ASO: «Ça ne dure qu’une matinée
de toute façon…» Sur l’étalage des marques en
contradiction avec la sainte parole, comme la
Française des Jeux, autorisée à propager le
vice du jeu de hasard dans Lourdes: «Il ne faut
pas se leurrer: l’Eglise a besoin d’argent pour
survivre. La Bible ne réprime pas le commerce.
18
22
25,5
116 km
28
9,5
Simplement, il ne doit pas être une fin pour
nous, mais un moyen.»
PERSONNE NE HUE
Jeudi soir, la grotte de Massabielle a été
ouverte aux vélos. Alors, des cathos cyclistes
en ont profité pour dormir sur place, là où
d’ordinaire, tout est interdit: les bécanes, les
chiens… Le lendemain matin, quelques cyclistes du Tour sont venus jusqu’à la grotte al-
26,5
33
45
54 61,5
lumer un cierge. Deux coureurs italiens furent
escortés jusqu’à la cavité comme un magot par
les hommes en soutane, en face de croyants
assis sur des fauteuils roulants ou à genoux.
Ils ont chuchoté ensemble et les cyclistes sont
repartis sous les applaudissements. A Lourdes, personne ne hue. Un jeune prêtre, à l’accent italien: «On a demandé aux responsables
d’équipes de passer le message. Le sanctuaire
leur est ouvert, quelles que soient leurs croyan-
76
95,5
ces.» Et : «Un coureur m’a dit que sa grandmère avait guéri ici même.» Des scouts d’Europe ont participé au service d’ordre. Des prêtres ont traversé le décor avec des sacs McCain
(les frites) sous le bras. L’organisation du Tour
avait tout prévu pour être raccord au lieu: un
jeune homme en chasuble, chargé d’orienter
les voitures vers le bon parking, avait les cheveux longs, une barbe innocente, une silhouette fine, comme le Messie. •
Avec Tom Dumoulin,
le cyclisme à l’ère anatomique
N
e jamais regarder Tom
Dumoulin si vous êtes à
table, il coupe l’appétit… Le méconnu deuxième du
classement général, coincé
2’05” Geraint Thomas et 19”
derrière Primoz Roglic (qui a
enlevé l’étape vendredi sortant
Froome du podium), a trop tendance à relâcher ses tripes.
Vendredi, c’était pour la beauté
de son sport : le Néerlandais
du Team Sunweb s’est ouvert
les entrailles dans la 19e étape
dans les Pyrénées, attaquant
ses rivaux à 33 km de l’arrivée,
sans les distancer pourtant.
L’an passé, le coup des tripes
était à prendre au premier degré: Dumoulin était filmé sur le
Giro les bretelles dégrafées et
accroupi dans un champ,
dans une épreuve qui virait
soudain scato. Ce jour-là, le
coureur s’était énervé: «J’ai fait
de la merde.» Une partie de la
presse a préféré traduire: «J’ai
fait caca.»
Fourrés. Les articles étaient
plus chastes du temps de Greg
LeMond ou de Jan Ullrich qui,
malades, remplissaient des petites casquettes à l’intérieur de
leur cuissard et jetaient ensuite
le colis dans les fourrés – loin
des supporteurs. Autre époque:
les témoins faisaient semblant
de regarder ailleurs. Mais puisque Dumoulin en parle allégrement… Finalement triomphateur de ce Tour d’Italie 2017, il a
écrit lui-même sa légende: «Je
ne veux pas entrer dans l’his-
Deuxième à l’amorce des dernières étapes,
le leader de Sunweb s’est rendu célèbre
par ses démêlés avec ses tripes.
Aucun lien, a priori, entre cet
accident et l’épisode des intestins baladeurs cinq ans plus
tard. «J’ai fait des tests, les médecins m’ont dit que je ne supportais pas le fructose et le lactose»,
pense-t-il. Le Néerlandais
donne ainsi son corps aux journalistes comme une boîte de jeu
Docteur Maboule. Il répète qu’il
n’a «rien à cacher». En 2015, il
publie ses données physiologiques après sa sixième place au
Tour d’Espagne. Rien de suspect à relever. Quant à ses progrès, son passage de coureur de
contre-la-montre à grimpeur
«qui caresse les pédales» (compliment de Lance Armstrong
lui-même), il faut imaginer,
comme d’hab, une histoire de
perte de poids.
Peigné. Dumoulin l’ouvre en
Tom Dumoulin jeudi. PHOTO MARCO BERTORELLO. AFP
toire du Giro comme celui qui a
fait caca dans un pré.»
Tom Dumoulin est né en 1990 à
Maastricht, d’une mère fonctionnaire dans la commune voisine de Heerlen et d’un père
biologiste, spécialisé dans la fécondation in vitro. Il voulait
s’inscrire en fac de médecine
mais s’est fait recaler, non pas
sur dossier mais au tirage au
sort. Il s’est abandonné au vélo.
La famille a fait les gros yeux,
craignant que ce ne soit pas un
vrai métier et que Tom se re-
trouve chômeur à 25 ans.
En 2012, Tom Dumoulin est, à
22 ans, le plus jeune participant
du Tour d’Espagne. Il tombe en
Andorre dans la huitième étape.
Un de ses proches raconte à
Libé: «Les gens ont cru qu’il était
mort. Un soigneur s’est approché. Il a vu que son ventre était
ouvert. On voyait les boyaux, on
aurait dit qu’ils étaient en train
de sortir. C’était absolument
abominable. Le soigneur a failli
vomir.» Dumoulin s’en tire avec
des points de suture.
grand sur le dopage. Il s’est bouché le nez devant les ordonnances suspectes de Wiggins
en 2016: «Ça sent mauvais!» Il a
aussi écorché Froome, qui l’a
battu sur le Giro en mai, sans
être encore blanchi de son
contrôle «anormal» au salbutamol: «A sa place, je ne serais pas
venu.» Le beau Dumoulin,
grimpeur le mieux peigné du
peloton, sulfate un peu moins
sur ce Tour, qu’il devrait achever sur le podium et sur lequel
il peut espérer une victoire
d’étape samedi dans le contrela-montre au Pays basque. Tom
Dumoulin a appris à se retenir.
P. C. à Laruns
(Pyrénées-Atlantiques)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
IDÉES/
LÉA MORMIN-CHAUVAC
Illustration
GÉRALDINE POLÈS
D
e la pornographie militante
aux documentaires féministes, Ovidie a réalisé de
nombreux films –le dernier en date,
Là où les putains n’existent pas, a
reçu le prix Amnesty International
au festival de Thessalonique
(Grèce). Elle y dénonce l’acharnement de l’Etat suédois dans la lutte
contre la prostitution. Ovidie a un
temps promu l’empowerment des
femmes par le sexe. Elle en est «un
peu revenue», a écrit des livres, dont
le pionnier Porno Manifesto (Flammarion, 2002), dans lequel elle défendait, face aux conceptions rétrogrades, un cinéma pornographique
militant et émancipateur.
Prolifique, elle décortique méthodiquement le processus de construction de nos fantasmes, notamment
dans une bande dessinée (Libres !
Delcourt, 2017) ou alerte les parents
des dangers qu’encourent leurs enfants, soumis de plus en plus jeunes
à la vision de contenus hard sur le
Net (A un clic du pire, Anne Carrière, 2018). Lucide, elle constate: le
patriarcat ne va pas «cramer de [son]
vivant» tout en se félicitant des
avancées qu’a permis #MeToo et en
poursuivant la lutte, en bonne
combattante libertaire. Si Ovidie
s’intéresse au sexe, c’est essentiellement pour ce qu’il nous dit d’une
société dont elle dénonce la misogynie structurelle.
Huit mois après le début des
mouvements #MeToo et #Balance ton porc, vivons-nous une
nouvelle civilité dans les rapports amoureux ?
J’ai l’impression que ça dépasse le
rapport amoureux. On est dans une
redéfinition des rôles de chacun
dans l’ensemble de la société. Ce qui
était avant #MeToo fait partie de
l’ancien monde, un monde révolu.
Toutes les situations fondées sur un
rapport de dominant et de dominé
ont été redéfinies, parce que ce qui
a été au cœur des débats, c’est le
consentement. C’est surtout ça qui
a changé.
Cette recherche constante du
consentement risque-t-elle
d’être un frein à l’érotisme,
comme certains le craignent ?
C’est une idée qui revient assez souvent de la part de générations qui
idéalisent une soi-disant époque de
liberté sexuelle, qui n’a jamais existé
à mon avis. C’était par exemple le
sens de la tribune sur le droit d’importuner (1). Peut-être que dans
certains milieux intellos, où on se
branlait en lisant Bataille, on a vécu
quelque chose d’intéressant, je ne le
L’affaire Weinstein et la vague #MeToo ont bouleversé les relations de séduction.
Sommes-nous en train de vivre une civilité plus égalitaire dans les rapports
amoureux et sexuels ?Ou perdons-nous le goût et la liberté de la chair en
formatant sans cesse les codes séductifs ? Philosophe, historienne, réalisatrice,
médecin esquissent jusqu’à fin août la carte de Tendre du XXIe siècle.
conteste pas. Mais je ne crois absolument pas que la génération de ma
mère se soit vraiment éclatée au
pieu, encore moins celle de ma
grand-mère. Des «sachantes» ont
sorti cette carte de la «liberté
sexuelle» pour alarmer contre le
retour du puritanisme: c’est un argument classique de la part de personnes qui ne veulent pas céder
leurs prérogatives.
On parle beaucoup du puritanisme du modèle anglo-saxon,
mais jamais du courant du féminisme prosexe, qui vient lui
aussi des Etats-Unis. Pourquoi?
Cette histoire de galanterie à la française – qu’on aime opposer au puritanisme américain – et de rapports de domination soi-disant
indispensables à la jouissance, est
ancrée dans notre culture, vraiment, depuis qu’on a réédité les
textes de Sade [Juliette a été republié en 1945, ndlr], qu’ensuite Pauline Réage est arrivée avec Histoire
d’O (1954), puis Bataille, de plus en
plus lu dans les années 50. Toute
cette période où l’on commence à
s’astiquer sur la jouissance de la
transgression et durant laquelle apparaît l’idée, même dans la psychanalyse, que «toute jouissance est
une jouissance de la transgression».
Ce qui est vite devenu: «Toute jouissance est forcément une jouissance
de la domination.» Une partie de
l’élite intellectuelle s’est alors amusée à jouer à «fouette-fouette».
Grand bien leur fasse, je n’ai pas de
problème avec les rapports sadomasochistes. Mais ils ont été survalorisés, intellectualisés, comme s’il
s’agissait du plaisir le plus raffiné,
du stade ultime de la sexualité.
L’idée que les femmes se révèlent
grâce à un homme est encore très
présente : le succès de 50 Nuances
de Grey en atteste. La révélation
sexuelle d’une femme passe par les
bras d’un homme, a fortiori d’un
homme dominant. On ne veut pas
rn démordre. Or, le discours des féministes prosexe, ça n’était pas ça
du tout. Il portait une forme de
jouissance joyeuse, dans l’ouverture
totale à l’autre… Et fondée sur le
consentement! C’était quand même
ça, le deal du féminisme prosexe :
on peut aller loin, se fister, s’attacher, mais la base de tout c’est la
bienveillance et le respect de l’autre.
Ce discours a longtemps été peu
audible à cause des conservateurs.
Et plus on a évolué vers une forme
d’hyperérotisation de la société,
plus on a reproduit la domination
masculine, sauf que cette fois-ci elle
était hyper-érotisée. C’est la raison
pour laquelle le discours féministe
prosexe n’a jamais été complètement audible : il participait d’un
mouvement de libération et tout
mouvement de libération est destiné à être étouffé, ou récupéré par
le spectacle et dénaturé.
En Suède, la loi considère désormais que tout acte sexuel sans
accord explicite est un viol. Que
pensez-vous de la contractualisation du consentement, notamment via des applications ?
J’ai passé beaucoup de temps en
Suède, et le coup des applications
Ovidie
«On a intégré
l’idée que la
jouissance ne peut
se faire que dans
la domination»
AFP
Recueilli par
DÉSIR À MORT OU MORT DU DÉSIR? (2/6)
La réalisatrice de pornos,
écrivaine et militante évoque
l’impact de #MeToo dans
le milieu du X et revient sur
la notion de consentement.
Elle appelle aussi à
l’indulgence envers soi-même
et envers les autres dans une
sexualité assumée.
dont tout le monde a parlé, je ne l’ai
pas remarqué. Je ne dis pas que ça
n’existe pas, mais la plupart des Suédois et des Suédoises n’en utilisent
pas. Je ne crois absolument pas à la
contractualisation, sauf quand on
est dans des rapports très codifiés,
dans des relations SM assez poussées pour lesquelles il faut
déterminer un safe word [mot
convenu à l’avance pour indiquer
que l’un des partenaires veut arrêter]… Là, oui, une forme de contractualisation, verbale ou écrite, pourquoi pas. Mais dans la plupart des
rapports, il n’y a pas besoin de ça!
L’autre jour, j’avais une conversation
avec une personne avec qui j’ai des
rapports intimes et je lui disais qu’il
y avait quelque chose dont j’avais
envie et qu’on ne faisait pas. Ce serait juste, régulièrement, de se demander si ça va. «T’es ok? Ça va si je
te fais ça?» Ça fait partie des petites
choses qu’on pourrait introduire
sans que ça devienne contractuel et
chiant. Je pense que ça peut progressivement rentrer dans notre
culture ou dans nos pratiques. C’est
ce qui va être compliqué: on va tous
devoir s’habituer à ces petites
choses, jusqu’à ce qu’elles deviennent des automatismes et qu’on n’y
pense plus. Ce sont toutes ces pratiques autour de la notion de consentement qu’on pourrait intégrer, sans
avoir besoin de contractualiser ou
de faire des applis.
Quel a été l’impact de #MeToo
dans le milieu du porno ?
Il y a eu une forme de «proto-#MeToo» avec l’actrice Stoya [qui a
dénoncé un viol commis par son partenaire James Deen, également acteur, ndlr]. Nikki Benz a aussi dénoncé un viol sur un tournage [de la
société de production] Brazzers aux
Etats-Unis. C’est quelque chose de
nouveau. Avant, le viol sur les plateaux, personne n’en parlait. C’est
très compliqué car c’est une industrie qui fonctionne essentiellement
sur le fantasme de la contrainte ou
de la domination. La plupart des
productions se basent là dessus. Et
si on n’arrête pas de rabâcher qu’on
jouit dans la domination, que c’est
ce dont fantasment la plupart des
gens, il sera bien plus compliqué
d’avancer sur la représentation des
fantasmes. Ce qui est affreux c’est
que même au sein du milieu porno
militant, prosexe, queer, tout ce que
vous voulez, j’ai entendu aussi, au
cours de tables rondes et de débats
avec le public, des organisateurs de
festival ou des militants dire : «En
fait ce qu’on diffuse, ce qu’on projette, ce n’est pas forcément ce qui
nous excite.» Comme si, plus c’était
éthique et respectueux, moins
c’était excitant. C’est frappant de
voir à quel point on a intégré l’idée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
que la jouissance ne peut pas se
faire dans l’ouverture à l’autre mais
forcément dans la contrainte, dans
la fermeture.
Comment la prise de conscience
qu’a engendré #MeToo modifie
la façon dont on désire, ou dont
on perçoit nos désirs ?
Je ne suis pas sûre qu’on puisse percevoir ces modifications maintenant, tout de suite. C’est trop tôt
pour le dire. Nos désirs et nos
fantasmes ne se construisent pas ex
nihilo. Ils sont le fruit de notre environnement culturel et on ne peut
pas les déconstruire en un claquement de doigts. On ne peut que supposer un impact sur le long terme
sur nos fantasmes et nos désirs.
«Plus on avancera,
plus il y aura
des masculinistes,
plus l’IVG sera
remise en question,
plus le porno
deviendra violent.»
Chacun d’entre nous peut être tout
à fait conscient d’avoir intégré une
forme de misogynie sur certains
points. Est-ce que ça veut dire qu’il
faut s’imposer de s’en affranchir dès
maintenant ? Je ne crois pas.
Qu’est-ce qu’on en fait, alors ?
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Déjà, il ne faut pas culpabiliser.
C’est contre-productif. Et il ne faut
pas non plus avoir la prétention de
s’en libérer comme ça. Sans compter que parfois, ce sont des
constructions un peu bancales qui
peuvent nous convenir à un moment et nous amener à prendre du
plaisir pendant un temps. On ne
peut pas s’interdire de prendre du
plaisir de cette façon-là, sous prétexte que d’un point de vue idéologique ou féministe ça ne tient pas la
route. La question, c’est : «Est-ce
que ça m’apporte vraiment du plaisir? Ou est-ce que je le fais parce que
j’imagine que c’est ce qui va plaire
à l’autre?» #MeToo, c’est ça: une interrogation sur la notion de consen-
tement dans son intégralité. Dans
ma bande dessinée Libres ! il y a
aussi un appel à l’indulgence, envers soi-même et envers les autres.
A ne pas juger la sexualité des
autres, mais à ne pas juger la sienne
et ses propres fantasmes aussi. Plus
d’indulgence, plus de sororité.
Craignez-vous un retour de bâton, comme l’avait théorisé la
journaliste Susan Faludi dans
son essai féministe Backlash?
Il y aura des résistances. Plus on
avancera, plus il y aura des masculinistes, plus l’IVG sera remise en
question, plus le porno deviendra
violent aussi. C’est intéressant de
voir que lorsqu’on arrive à s’émanciper sur certains points, on est tou-
u 19
jours rattrapées sur d’autres. La
libération des femmes, c’est le
mythe de Sisyphe. On pousse notre
pierre, on a l’impression d’arriver
tout en haut de la montagne, et
patatras ! Elle retombe. C’est un
éternel recommencement. La
domination masculine a plusieurs
visages. On nous disait d’être la parfaite fée du logis, maintenant il faut
être la reine de la fellation. C’est la
même idée. •
(1) Parue peu après le début du mouvement #MeToo dans le Monde, cette
tribune signée notamment par Catherine
Deneuve, Peggy Sastre et Catherine Millet
défendait une «liberté d’importuner», indispensable à la «liberté sexuelle».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Répertoire
Entre-nous
repertoire-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
entrenous-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
legales-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 00
DÉMÉNAGEURS
MESSAGES
PERSONNELS
Libération est officiellement habilité pour
l’année 2018 pour la publication des annonces
légales et judiciaires par arrêté de chaque
préfet concerné dans les départements :
75 (5,50 €) - 92 (5,50 €) - 93 (5,50 €) tarifs HT
à la ligne définis par l’arrêté du ministère de
la Culture et la Communication de
décembre 2017
Comme le délai des
suprises de la vie : 9 mois.
Ce que l’on en a fait, Pia.
Nous. Bacarra. La danse.
La magie. La trame
encore de l’étoffe qui
s’agrandit Apprendre et
avancer. Ensemble.
Thomas.
«DÉMÉNAGEMENT
URGENT»
MICHEL TRANSPORT
DEVIS GRATUIT.
PRIX TRÈS
INTÉRESSANT.
TÉL. 01.47.99.00.20
MICHELTRANSPORT@
WANADOO.FR
75 PARIS
CONSTITUTION
DE SOCIÉTÉ
Avis est donné de la constitution de la société présentant les caractéristiques suivantes :
Dénomination :
Immobilier
Forme : Société Civile
Capital : 848.200 E,
- Apport en numéraire : 200 E,
- Apport en nature : 1.600 actions de la SAS
FINANCIERE FOISNET (441 941 184 RCS
LAVAL) évaluées à 848.000 E,
Siège social : 16 rue Francoeur, 75018
PARIS,
Objet social :
- La prise de toutes participations dans
toutes sociétés, immobilières ou non, l’acquisition ou la réception en apport ou plus
généralement la détention de toutes participations sous forme d’actions, de parts et,
d’une manière générale, de toutes valeurs
mobilières et droits sociaux dans toutes sociétés, quelles que soient leurs activités, la
gestion de ces participations, leur négociation et plus généralement la participation à
ce titre à la vie des entreprises dont elle détient une partie du capital;
- la gestion de portefeuille de valeurs mobilières etd’une manière générale de tous
placements y compris d’instruments financiers à terme, de contrats de capitalisation,
instruments financiers à terme et opérations assimilées,
- la gestion, l’administration et l’exploitation
sous toutes formes, par bail, location ou autrement, avec ou sans promesse de vente,
quelque soit leur mode d’acquisition (achat,
apport, échange, construction ou autrement),
ou de financement (emprunt, crédit-bail),
de tous terrains, immeubles,ou droits immobiliers, de biens meubles et de droits relatifs à ces biens et le cas échéant, la mise
à disposition gratuite au profit d’un ou plusieurs associés,
Gérant :
Jean-François FOISNET, 29 rue de Bellefond,
75009 PARIS,
Durée : 99 ans
R.C.S. : PARIS.
Le gérant.
immo-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
tableaux
anciens
VILLÉGIATURE
LOCATION MAISON
XIXe et Moderne
avant 1960
Tous sujets, école de Barbizon,
orientaliste, vue de Venise,
marine, chasse, peintures de
genre, peintres français &
étrangers (russe, grec,
américains...), ancien atelier
de peintre décédé, bronzes...
PROCHE VAISON (84)
Bastide provençale
location du
11 au 18 août. Pied du
Mont
Ventoux, piscine, 5
chambres.
tempsdesvacances@
gmail.com
Estimation gratuite
EXPERT MEMBRE DE LA CECOA
V.MARILLIER@WANADOO.FR
06 07 03 23 16
est
habilité pour toutes
vos annonces légales
sur les départements
75 92 93
La reproduction de
nos petites annonces
est interdite
de 9h à 18h au 01 87 39 84 00
ou par mail
legales-libe@teamedia.fr
SAMEDI 28
Un système dépressionnaire se positionne
sur les îles britanniques. La situation
devient plus perturbée sur les trois quarts
du pays. Des averses se produisent ici et là
et localement sous forme orageuse à l'est.
L’APRÈS-MIDI Les orages peuvent toujours se
développer dans une atmosphère lourde sur
la façade est du territoire. La situation
s'améliore par l'Atlantique au fil des heures.
DIMANCHE 29
Une perturbation aborde la Bretagne. Les
nuages sont nombreux au nord de la Seine.
Ailleurs, en descendant vers le sud, le soleil
domine.
L’APRÈS-MIDI La perturbation venant de
l'ouest s'étend aux côtes de la Manche et
aux Pays de la Loire. L'ensoleillement est
généreux sur le reste de l'hexagone et les
fortes chaleurs persistent dans le sud-est.
Lille
1 m/20º
Lille
0,6 m/19º
0,3 m/19º
0,6 m/18º
Caen
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
Paris
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
ABONNEMENTS
abonnements.liberation.fr
sceabo@liberation.fr
tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
PUBLICITÉ
Libération Medias
2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
ON
GRILLE
S’EN
ĥ
ĢUNE?
1
2
3
IP 04 91 27 01 16
IP
1 m/20º
1 m/19º
Bordeaux
7
8
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
VERTICALEMENT
1. Grand Søren chez Petite Sirène 2. Il n’y a personne après eux ; Fis en
sorte que l’arbre ne cachât plus la forêt 3. Grande ville entre montagne et
océan ; Conte philosophique 4. Au cas où vous auriez besoin de ronds,
cadeau ; Prénom italien ; Poisson pourpre 5. Un peu d’or ; Enseignants
6. Sans faim ; Elle change de sexe quand elle croise le faire 7. Il fait le vide ;
Fis de la place pour mes amis 8. Restes au fond ; Inactif 9. Avec peine
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. VARAPPANT. II. ÈRE. VIDER. III. STUC. EMMA.
IV. SISAL. OEN. V. EF. POGNES. VI. DICIBLE. VII. ÉCOTEUSES.
VIII. LIGUE. TNT. IX. ŒIL. RENO. X. ULTÉRIEUR. XI. PSORIASIS.
Verticalement 1. VESSE-DE-LOUP. 2. ARTIFICIELS. 3. REUS. COGITO.
4. CAPITULER. 5. PV. LOBÉE. RI. 6. PIE. GLU. RIA. 7. ADMONESTÉES.
8. NÉMÉE. ENNUI 9. TRANSISTORS.
libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3730 MOYEN
1,5 m/22º
Nice
Marseille
Toulouse
Origine du papier : France
Montpellier
6/10°
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Nice
Marseille
0,6 m/23º
11/15°
16/20°
21/25°
26/30°
31/35°
36/40°
8
2 8
Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
Neige
Faible
15
FRANCE
MIN
Lille
Caen
19
16
MAX
FRANCE
MIN
29 Lyon
23 Bordeaux
20
20
MAX
MONDE
33 Alger
30 Berlin
MIN
MAX
27
23
32
32
3
3
6
6
4 8
6
3 9
1
1
2 7
6
8
8
8 6
9
3 7
5
SUDOKU 3729 DIFFICILE
1
3
2
4
5
6
7
9
8
5
6
4
9
1
7
3
2
8
4
5
8
2
7
9
1
3
6
7
8
3
4
5
2
6
9
1
9
6
7
8
1
3
2
4
5
9
1
2
6
8
3
4
5
7
5
9
6
3
4
7
8
1
2
8
3
1
2
6
9
5
7
4
7
4
1
9
2
8
6
5
3
2
5
6
7
4
8
9
1
3
8
2
3
5
6
1
9
7
4
4
7
9
1
3
5
8
6
2
2
1
5
7
8
4
3
6
9
3
9
7
5
2
4
1
8
6
6
8
9
1
3
5
4
2
7
6
2
8
3
9
1
7
4
5
3
7
4
6
9
2
5
8
1
1
4
5
8
7
6
2
3
9
Solutions des
grilles d’hier
1
1
5
6
8 5
6 1
2
8
2
6
3 8
6
9
7 1
7
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
7
5
1 7
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
◗ SUDOKU 3730 DIFFICILE
1
6 2
Bordeaux
Montpellier
3 4
SUDOKU 3729 MOYEN
Soleil
(030/
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Il est ko II. Fin de grêle,
près du gros ; Opposition
sous Tonton III. La solution
quand il faut fermer la fenêtre ; Vis Mbappé marquer le
quatrième but IV. Qui a vu
les Uruguayens gagner une
Coupe du monde ; Séparation
entre deux adversaires
V. Couvre-chef de chef ; Contrat de confiance VI. Un miroir à droite et elle apparaît ;
Etat non membre de l’ONU
VII. Maudit drôle ; Il permet
de garder la tête sur les épaules VIII. Chef des janissaires ;
Pays voisin dans une langue
étrangère IX. Réglasse des
comptes X. Contracterait
XI. Pomme et poire
9
II
Lyon
0,6 m/22º
1/5°
6
Grille n°974
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
Dijon
Nantes
Lyon
-10/0°
5
I
6
Toulouse
4
Par
1BS GAËTAN
("²5"/
Orléans
Dijon
Nantes
1 m/23º
GRAVAGNA
Trait aux Noirs. Giri trouve un coup tout simple pour prendre
l’avantage sur Nisipeanu.
Solution de la semaine dernière : TxCç3, Txç3 ; Txe4 suivi de FxC +
gagne une pièce et la belle Stavroùla peut abandonner.
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Strasbourg
Brest
Orléans
Principal actionnaire
SFR Presse
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
REGAIN
Par PIERRE
Le National, qui réunit l’élite française à Nîmes du 18 au
26 août, est relevé cette année. Outre la participation du
multiple champion de France Etienne Bacrot, seul joueur
à émarger à plus de 2700 Elo, viendront sept joueurs
proches des 2600, voire des 2650: Laurent Fressinet
(2649), Christian Bauer (2642), Romain Edouard (2634),
Sébastien Mazé (2622), Tigran Gharamian (2614),
Yannick Gozzoli (2601), Matthieu Cornette (2597). Le
National féminin sera disputé par Sophie Millet (2397),
Pauline Guichard (2308), Silvia Collas (2266), Natacha
Benmesbah (2264), Andréa Bollengier (2250), Maria
Leconte (2208), Cécile Hussernot (2178), AndreeaCristiana Navrotescu (2171), Cyrielle Monpeut (2166) et
Anaëlle Afraoui (2067). Quant à l’Accession, trois grands
maîtres sont inscrits:
Maxime Lagarde (2615),
Jean-Noël Riff (2519) et
Paul Velten (2465).
A noter la victoire de Ian
Nepomniachtchi à
Dortmund qui s’approche
du Top 10 mondial. Avantdernier en Allemagne,
Vladimir Kramnik, s’en
éloigne.
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
<J3><O>6269691</O><J>28/07/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000189284</B><M></M><R></R></J3>@
ANTIQUITÉS/
BROCANTES
Achète
CARNET D’ÉCHECS
Annonces légales
7
4
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Bel été
dans la galaxie
SCIENCE & VIE
Le mensuel le plus lu
en France !
12 numéros + 4 hors-séries
+ 2 numéros spéciaux par an
LE QUESTIONS RÉPONSES
DE SCIENCE & VIE
Les questions de la vie,
les réponses de la science.
4 numéros par an
LES CAHIERS DE
SCIENCE & VIE
La référence
en histoire des
civilisations.
GUERRES & HISTOIRE
Le leader
de l’histoire militaire.
6 numéros
+ 2 hors-séries par an
8 numéros par an
SCIENCE & VIE JUNIOR
Le mensuel préféré des ados.
12 numéros + 6 hors-séries par an
EN KIOSQUE
UN CADEAU
Ta toupieeuse !
magnétique & lumin
EN KIOSQUE
UN CADEAU
Actuellement en vente
chez votre marchand de journaux ou en ligne sur
SCIENCE & VIE DÉCOUVERTES
Le magazine des 7-12 ans
pour apprendre en s’amusant.
12 numéros + 4 hors-séries par an
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
A gauche, Hitler à Paris, le 23 juin 1940.
Ci-dessous, en 1929 dans l’atelier
de Heinrich Hoffmann, en costume de SA.
A droite, vers 1935 avec une fillette.
PHOTOS BAYERISCHE STAATSBIBLIOTHEK, MÜNCHEN.
Hitler,
au nom du pire
A Montpellier, une exposition rassemble quelque
200 clichés signés Heinrich Hoffmann, le portraitiste
officiel du dictateur, des années 20 à sa chute en 1945.
Une déconstruction instructive du mythe totalitaire.
Par
GILLES RENAULT
Envoyé spécial à Montpellier
T
out le monde connaît la sinistre histoire du «petit caporal allemand,
d’origine autrichienne, un peu fêlé»
(Pierre Desproges). Ce qui ne justifierait en
aucun cas de zapper le déploiement visuel
sans précédent dont il fait l’objet cet été à
Montpellier, où le Pavillon populaire – espace majeur, à l’échelle nationale, dévolu à
la photographie – prend le contre-pied
crâne d’une frivolité censément liée à la saison des vacances.
Exhibant Adolf Hitler des prémices de l’ascension détraquée à l’hallali au fond de son
bunker berlinois, «Un dictateur en images»
réunit quelque 200 clichés du Führer, signés
Heinrich Hoffmann. Appartenant au domaine public et stocké à la bibliothèque de
Bavière, le «worst of» ainsi constitué n’avait
jusqu’alors été montré qu’à Munich. Visible à vingt minutes des plages, l’ensemble
apporte un témoignage édifiant sur le rôle,
au fond déjà très moderne, que va tenir
l’image, façonnée de la sorte, dans l’élaboration d’une stratégie de communication
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
son, mais il n’en fera que trois, et la
confiscation de tous ses biens dont, après
appel, il parviendra à récupérer 20 %)… Et
une bonne dose de cynisme quand, pour
solde de tout compte, il met en scène, en
mai 1945, un jeune homme occupé à déchirer en deux un portrait du tyran suicidé
quelques jours auparavant.
POSES THÉÂTRALISÉES
propagandiste destinée à endoctriner les
foules, avant de les conforter dans l’illusion
d’un sauveur providentiel.
BUSINESS FLORISSANT
Une initiative qui veille à revêtir un caractère «pédagogique», sur lequel insiste
d’ailleurs la direction du musée (lire ci-contre). Au point que, afin de dissiper toute
équivoque –comme si quiconque sain d’esprit pouvait soupçonner le moindre dessein
élogieux, voire simplement ambigu… –, a
été adjoint à «ce corpus bien particulier», un
deuxième ensemble de moindre envergure,
«Regards sur les ghettos», compilation de
photographies (prises
par les bourreaux
comme par les opprimés) extraites d’une
exposition présentée
par le Mémorial de la
Shoah en 2013.
Paysagiste de pacotille, Adolf Hitler ne
vouait guère de sympathie à la photo,
dont il se méfiait.
Tournant dans un
premier temps le dos
à l’objectif, celui qui
n’est encore que le
nouveau leader du
Parti national-socialiste des travailleurs
allemands –dont l’idéologie funeste se propagera sous le terme de nazisme – décide
vite, cependant, de juguler toute représentation le concernant en choisissant un portraitiste officiel. Formé à Londres, le patriote précocement inféodé Heinrich
Hoffmann devient l’homme de la situation.
Membre du parti, ce fils de photographe a
fondé son studio –où, dit-on, se croiseront
pour la première fois Hitler et Eva Braun.
Exclusivement dédié à sa cause monomaniaque, deux décennies durant, le thuriféraire ne manquera pas d’en faire un florissant business pathogène (2,5 millions
d’images prises, selon ses dires, quelques
dizaines de milliers plus probablement): organe officiel du parti (l’Illustrierter Beobachter, hebdomadaire publié de 1926
à 1945), cartes postales, affiches, timbres, albums illustrés… Hitler suscite un tel engouement en Allemagne que sa maison
d’édition comptera jusqu’à 300 employés!
Poivrot notoire et partouzard à ses heures,
l’apologiste Hoffmann sortira des décombres de la défaite avec de simples égratignures (une condamnation à dix années de pri-
u 23
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Pour en arriver à un tel dénouement, «Un
dictateur en images» suit précautionneusement un parcours chronologique destiné à
éclairer par chapitres la déconstruction du
mythe totalitaire. Prises dans l’atelier de
Hoffmann en août 1927, une série de photos
montre Hitler en plein training, surjouant
poings serrés ou bras croisés des poses théâtralisées sous forte influence expressionniste. Très vite, tout ce qui sort du cadre –au
sens figuré, tant celui-ci se fige, inversement, au sens propre– porte la mention «ne
pas publier». Exit les culottes de peau, lunettes ou haut-de-forme, comme la moindre
aménité dans le regard. L’approximation
n’est pas de mise quand il s’agit de marteler
par l’image qu’Adolf Hitler est bien un bâtisseur infatigable, un harangueur martial, un
guide héroïque ou un
tacticien perspicace,
réservant les marques d’affection à des
gosses qu’il décore de
la Croix de guerre. Ou
à sa chienne. Seul le
premier degré importe et si, a posteriori, l’aspect risible
de quelques situations transparaît, nul
doute que le message
initial se voulait
autrement univoque,
à l’exemple de cette
scène où le despote se
ratatine devant les
deux statues géantes
d’un couple à poil glorifiant la race aryenne.
Volontairement facile à déchiffrer, l’iconographie de Hitler telle qu’autopsiée à Montpellier est néanmoins perturbée par une intrusion, au moment où l’on s’apprête à
remonter à la surface : il s’agit de six portraits verticaux qui sèment le trouble. Le
premier, de Hoffmann, polit l’archétype,
mèche et moustache comprises. Les cinq
autres, en revanche, ont été commandés à
un maquilleur, en juin 1944, par les renseignements américains, qui se demandaient
quelle pourrait être la physionomie du
Führer s’il tentait de s’évanouir dans la nature. Un demi-siècle avant Photoshop, tour
à tour rasée de près, la boule à zéro ou portant des lunettes rondes, l’effigie suprême
de la barbarie redevient un simple quidam
dont nul ne soupçonnerait qu’il enfanta le
pire cataclysme concentrationnaire. •
Exit les culottes
de peau, lunettes
ou haut-de-forme.
L’approximation n’est
pas de mise quand
il s’agit de marteler
par l’image qu’Adolf
Hitler est bien un
bâtisseur infatigable,
un harangueur martial,
un guide héroïque.
UN DICTATEUR EN IMAGES
et REGARDS SUR LES GHETTOS
Pavillon populaire, esplanade Charles-deGaulle, Montpellier (34). Entrée libre.
jusqu’au 23 septembre.
«
CULTURE/
«La nature même
du sujet disqualifie
toute appréciation
esthétique
éventuelle»
le choix des images clés, par exemple l’affiche.
Les chaînes de télé montrent régulièrement
des documentaires sur le nazisme sans que
cela pose problème. Mais la perception n’est
certainement pas la même dans un lieu d’exposition: autant de portraits réunis au même
endroit peut avoir quelque chose d’inquiétant, voire dérangeant.
Le directeur artistique que vous êtes parvient-il à porter un regard «artistique»,
irecteur artistique du Pavillon popu- précisément, sur le travail de Hoffmann?
laire, Gilles Mora explique les raisons La nature même du sujet disqualifie toute appour lesquelles il lui a semblé oppor- préciation esthétique éventuelle. D’autant
tun de monter une exposition centrée sur la que Hoffmann avait abdiqué lui-même toute
figure d’Adolf Hitler.
ambition de cet ordre, bien qu’ayant été formé
Comment aborde-t-on un personnage par Emil Otto Hoppé, qui était un très bon
comme Hitler ?
portraitiste. Lui, en pâle exécuCette exposition s’inscrit dans le
tant, se bornait à mettre en place
cadre d’une saison où je souhaiune signalétique iconique imtais questionner le rapport entre
placable. D’ailleurs, il est intéresphotographie documentaire et
sant d’observer, au passage, la
histoire. Le thème peut ne pas
manière dont le pouvoir annexe
sembler rock’n’roll, il n’en reste
ici le médium à des fins de propas moins passionnant. Le prepagande, comme le feront l’exmier volet portait sur l’Aurès vu
URSS avec le constructivisme,
par Thérèse Rivière et Germaine
promu art officiel de la révoluINTERVIEW tion russe, ou la Farm Security
Tillion en 1935: l’activité photographique de cette dernière est
Administration recrutant des
méconnue et, pourtant, nous avons accueilli photographes sous Roosevelt.
40 000 visiteurs. Le troisième, en octobre, Hitler n’a-t-il pas un côté «précurseur»
sera consacré à la couverture, notamment par dans cette volonté acharnée de contrôler
les journaux locaux, de la lutte pour les droits son image ?
civiques dans le sud des Etats-Unis des an- Effectivement, la construction d’un mythe
nées 60 et 70. Avec Hitler, je voulais aborder sur mesure par l’image est quelque chose
la relation du nazisme à l’image et j’en ai con- qu’on retrouvera plus tard chez tous les dictafié le commissariat à Alain Sayag, qui est teurs, jusqu’à Kim Jong-un, mais qui, près
pointu sur la question. On n’y a jamais trop d’un siècle auparavant, n’allait pas de soi.
prêté attention, mais presque toutes les ima- Vous insistez beaucoup sur la dimension
ges connues d’Adolf Hitler, à commencer par pédagogique de l’exposition.
celles des manuels d’histoire, sont signées Oui, c’est d’ailleurs une composante majeure
Heinrich Hoffmann –y compris celles prises de mon boulot en général. La photo est devepar des sbires à lui–, sans qu’il y ait de copy- nue un médium éminemment populaire
right. Après le procès de Nuremberg, il avait dont on connaît peut-être de moins en moins
été déchu de ses droits, la plupart des négatifs l’histoire. Aussi, je pars du principe qu’une
étaient devenus la propriété de l’ex-Allema- très grande majorité des visiteurs ignorent
gne de l’Ouest, une partie était aussi allée à la les tenants et aboutissants de n’importe
librairie du Congrès de Washington.
quelle expo et qu’il faut leur fournir des expliPensez-vous qu’une telle exposition cations, sans quoi on risque de plonger
puisse aujourd’hui prêter à controverse? dans la grande comédie de l’esbroufe de l’art.
Le thème induit une dimension «éruptive» Ce qui, compte tenu du sujet, serait terriblequi nous oblige à un maximum de précau- ment problématique.
tions dans la contextualisation, la médiation,
Recueilli par G.R.
Instigateur d’une thématique
sur les rapports entre photo
documentaire et histoire,
Gilles Mora, directeur
artistique du Pavillon
populaire, pointe la nécessité
d’une dimension pédagogique.
D
P. GUYOT. AFP
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Tree Celebration,
de Lois Weinberger.
PHOTO L. WEINBERGER.
SALLE PRINCIPALE, PARIS
Au Frac FrancheComté, une
rétrospective
consacrée à l’artiste
paysan autrichien
présente photos,
installations
et peintures.
Un regard engagé
sur les liens
entre l’homme
et la nature.
V
enir à la rencontre de
Lois Weinberger, artiste paysan invité
par le Frac Franche-Comté,
c’est se rendre attentif à tous
les petits signes d’une nature
farouche sur le trajet: aux taches rouges des coquelicots
le long des voies de chemin
de fer qui mènent à Besançon, aux mauvaises herbes
qui parsèment le talus devant
la Cité des arts ainsi qu’à la
structure en bois de son architecture, dessinée par
Kengo Kuma. Cela tombe
bien (ou mal), il vient de
pleuvoir et le toit du Frac
fuit : la perméabilité aux variations extérieures, théorisée par l’architecte japonais,
est ici plus que visible grâce
aux seaux qui parsèment le
hall d’entrée. Rien de plus explicite – et de plus involontaire de la part du Frac– pour
introduire une exposition sur
les affinités entre l’homme et
la nature…
Lois Weinberger,
consolateur d’herbes folles
Mixité. C’est en ces termes
que «l’Envers du paysage»
commence, à l’étage : «Vous
n’avez jamais vu de jardins/
juste leurs pauvres restes en
surface/ les merveilleux jardins, ils sont en profondeur…» La phrase, signée
Lois Weinberger, est inscrite
sur un panneau dans la première salle. Et elle contient
en substance toute la poésie
et les questionnements de
l’artiste autrichien : dans
cette expo en forme de petite
rétrospective, la terre et les
plantes sont les matières à
penser du plasticien. A travers textes, vidéos, photos,
installations, dessins, peintures, l’artiste agriculteur élabore un manifeste pour les
mauvaises herbes. Ces plantes qui envahissent nos jardins et saccagent nos platesbandes, ces végétaux qu’on
s’acharne à éradiquer, Lois
Weinberger leur donne une
place. Et fait germer une pensée politique.
Lois Weinberger est né à
Stams, dans le Tyrol autrichien, en 1947. Sa famille, des
éleveurs métayers, y cultive
à l’époque sept hectares
d’une abbaye cistercienne,
lieu de pèlerinage vers SaintJacques-de-Compostelle.
Son père tenait un herbier.
Son frère est encore
aujourd’hui fermier à Stams.
Autodidacte, l’artiste, taiseux, a toujours dessiné et
aime se définir en «homme de
terrain». Pour lui, grandir à
la ferme réunit les meilleures
conditions pour devenir un
artiste: «Etre élevé avec des livres savants peut constituer
un obstacle à la curiosité. Le
manque de connaissance a
été pour moi un puissant moteur.» Dans la première salle,
des photographies (Baum
Fest, 1977) montrent une de
ses premières actions : inspiré par la décrue d’un fleuve
qui laissait aux rivages son
lot de saletés, Lois Weinberger accroche des sacs en plastique à un arbre telles des décorations de Noël, dans la
ferme de ses parents. Si les
voisins, à l’époque, ont été
très moyennement convaincus par cette installation in
situ, elle nous évoque
aujourd’hui un très beau film
de Philippe Parreno, de
vingt ans postérieur. Au mur,
Weinberger a dessiné des
chemins rouges : il s’est inspiré des insectes xylophages
qui grignotent les écorces.
Etrangement, ces dessins
ressemblent à des tiges, à des
bourgeons et tissent des
correspondances visuelles
entre monde animal et
monde végétal.
A la Documenta X de Kassel,
en 1997, c’est un parallèle en-
tre les plantes et les hommes
que Weinberger a tissé, puisqu’il a volontairement semé
sur des rails désaffectés des
graines du sud de l’Europe.
Dans la cité du nord de l’Allemagne, l’artiste a fait pousser
une œuvre pour la mixité.
Ces plantations sur des rails,
d’une grande force symbolique, évoquent implicitement
la Shoah, la génération de
Weinberger ayant dû vivre
avec celle de parents qui
avaient soutenu le Reich allemand. Dans l’expo, une
photo rappelle cette puissante installation, cousine de
celle réalisée à Salzbourg, où
l’artiste creuse carrément
l’asphalte pour faire pousser
des plantes endémiques.
Pour Weinberger, la manière
dont une société traite ses
plantes est un miroir: «Notre
société catégorise les végétaux
en fonction de leur supposée
valeur, notamment économique, sans connaître leurs réelles propriétés», déplore-t-il.
«Rudéral» (qui pousse dans
les décombres) est un de ses
mots fétiches.
Momie. A Besançon, on retrouve cette œuvre magnifique, Debris Field, déjà montrée à la Documenta 14 à
Athènes en 2017. Alors que la
ferme familiale est en rénovation, Weinberger découvre
des objets enfouis dans les
sous-sols. En archéologue,
l’artiste excave alors des centaines de débris – pour la
plupart des déchets sans valeur, jusqu’à une chaussette
datant de la guerre de
Trente Ans et une planche
sur laquelle ses ancêtres
étaient transportés au cimetière (les cercueils étaient interdits). On observe ces trésors dans des petites boîtes,
sous vitrine, comme un jardin secret enseveli. Une momie de chat a même été retrouvée dans les fouilles: on
les tuait lors de rites, en offrande aux maisons. Et il y a
aussi ces chaussures d’enfants noircies par le temps.
En souvenir des morts, on
n’en gardait toujours qu’une
seule, afin que les défunts ne
reviennent pas hanter les
maisons.
Plus étonnant, c’est un Lois
Weinberger plein de superstitions que l’on découvre à
Besançon. Des photographies évoquent le vaudou,
dont cette série où l’artiste arrose d’eau bénite un pauvre
bonhomme de neige (il exorcise la bigoterie de sa mère)
et celle où il éternue au-dessus d’un champignon en fumée. Juste à côté pendouille
un gri-gri paysan, une drôle
de patate piquée de plumes,
semblable à celle que ses
grands-parents avaient audessus de leur lit. «Ce qui
m’intéresse, c’est le syncrétisme, les passerelles, les
points communs entre les religions, ce qui les lie: le vaudou
en fait partie. Et ce qui se passait au grenier à la ferme s’en
approche», confie-t-il.
Sorte de jardin aux herbes
folles et à la terre craquelée,
l’œuvre protéiforme de
l’Autrichien oppose à l’ordre,
à l’Eglise, aux hiérarchies de
toutes sortes, un lopin de
terre ouvert aux rebuts, aux
croyances, à la végétation
spontanée. Accueillant le
sauvage, elle n’est pas pour
autant écologiste, l’artiste
s’avouant aussi destructeur
pour l’environnement que les
autres. Mais il milite pour la
biodiversité. Devant le Frac,
Wild Cube, une immense
cage en acier, accueillera la
croissance des végétaux qui
voudront bien s’y loger, sans
aucune intervention humaine. Rendez-vous dans
plusieurs années pour voir si
ces plantes, libres et insoumises, s’y sont adaptées ou
l’ont défoncée.
CLÉMENTINE MERCIER
Envoyée spéciale
à Besançon
LOIS WEINBERGER
L’ENVERS DU PAYSAGE
Frac Franche-Comté,
Besançon (25).
Jusqu’au 30 septembre.
Rens.: www.frac-franchecomte.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
u 25
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
CULTURE/
Capilotractées, avec Sanja Kosonen et Elice Abonce Muhonen. D. MICHELON
Paris l’été, nouvelles
variations saisonnières
Avec une programmation
séduisante et souvent
pertinente où se mêlent
théâtre, danse, cirque,
musique et magie,
le festival francilien réserve
quelques sacrées surprises.
E
n début de semaine, on a vu un
spectacle intégralement raté.
Ce sont des choses qui arrivent.
Mais la foirade avait ceci d’inopiné
qu’elle s’inscrivait dans le cadre du festival Paris l’été, dont les états de service
plaident en faveur d’une confiance, sinon aveugle (la preuve), du moins extrême. Aussi, plutôt que s’acharner sur
la Promenade à Sully de la chorégraphe
Ambra Senatore, qui errait comme une
âme en peine dans le jardin de l’hôtel
du même nom, au milieu d’un public
déboussolé, mieux vaut s’épancher sur
l’achalandage inversement séduisant
de l’édition 2018.
Rappelons que Paris l’été est né Paris
quartier d’été. Porté sur les fonts baptismaux par Jack Lang, alors ministre de
la Culture, l’événement interdisciplinaire a pour vocation d’essaimer dans
divers lieux, y compris au-delà du
périph, afin de compenser une offre
culturelle raréfiée à cette période de
l’année (ce qui est moins vrai
aujourd’hui, même si la plupart des
théâtres et des salles de concert restent
fermés). De 1990, année de sa création,
à 2016, Patrice Martinet en a été le directeur. Un rôle tenu depuis l’an dernier par Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, communément
reconnus pour l’excellence de leur travail au Monfort, qu’ils prolongent ici,
d’une certaine manière, en continuant
à défendre «des mondes qui créent des
lignes de fuite, des perspectives et des
ouvertures, par les corps et par les mots.
Des mondes qui explorent la chute, la
verticalité, le point d’équilibre ou de
déséquilibre».
Imprimant sa marque au festival, qu’il
a souhaité renommer sans brusquerie,
le tandem a trouvé un nouveau QG, le
lycée Jacques-Decour, aux abords de
Pigalle, depuis lequel il rayonne et où
l’on peut se sédentariser (food truck,
expo photo…). Souvent en plein air – et
parfois gratuites –, les propositions
s’adaptent au cadre… et aux contraintes
liées à des dispositifs de sécurité renforcés, objet de palabres avec la préfecture de police. Mais la persévérance des
organisateurs est récompensée quand,
par exemple, la fil-de-fériste TatianaMosio Bongonga – accompagnée par les
musiciens de l’Orchestre de chambre
de Paris – contemplait, le week-end dernier à Montmartre, la foule amassée
35 mètres en contebas.
D’autres climax sont révolus, à l’instar
des reprises de Ça ira (1) Fin de Louis,
de Joël Pommerat, ou Tragédie
d’Olivier Dubois. De même, il est inutile de se casser le nez au Paradoxe
de Georges, nouvelle prouesse du
magicien surdoué Yann Frisch, dont
chaque représentation dans le camionthéâtre conçu à cet effet (bœuf) affiche
irrémédiablement complet (lire Libération du 4 mai).
Mais Paris l’été a gardé des munitions :
samedi et dimanche, dans le cadre
prestigieux du jardin du musée Picasso,
les Finlandaises Sanja Kosonen et Elice
Abonce Muhonen reprennent, trois ans
après le Monfort, un impressionnant
numéro de cirque contemporain,
stricto sensu tiré par les cheveux. Le
collectif 49 701 parachève au lycée sa
relecture feuilletonesque, en six heures, des Trois Mousquetaires. Et chaque
jour, les nageurs de la piscine EdouardPailleron font leurs longueurs sous une
lune de sept mètres de diamètre éclairée de l’intérieur, conçue par le plasticien britannique Luke Jerram.
Hors programme officiel, s’est également invité un énigmatique projet, «la
Grande Galerie», qu’il serait indélicat
de spoiler, on précisera juste que la
bande annonce (visible sur le site du
festival) a le gabarit d’un blockbuster
hollywoodien. Et que, pour 5 euros, les
candidats-spectateurs à l’aventure en
auront bien plus que pour leur argent.
GILLES RENAULT
FESTIVAL PARIS L’ÉTÉ
Jusqu’au 4 août.
Rens. : www.parislete.fr
L’utopie
communautaire
fait l’objet d’une
exposition aux
Rencontres d’Arles.
I
l n’y a aujourd’hui guère
plus de 2000 habitants à
Auroville. C’est à la fois
peu et néanmoins suffisant
pour que l’utopie perdure, un
demi-siècle après sa création.
«Lieu de vie communautaire
universelle» implanté en
Inde à côté de Pondichéry, la
ville expérimentale se téléporte aux Rencontres d’Arles.
De bric et de broc (photos, archives, entretiens filmés,
pierres, végétaux et artefacts
glanés sur place, cadre reconstitué), l’ensemble conçu
par Christoph Draeger et Hei-
C. DRAEGER ET HEIDRUN HOLZFEIND.
Auroville, place de la concorde
drun Holzfeind compense
une portée artistique limitée
par l’envie de restituer le plus
fidèlement possible les
convictions, engagements
mais aussi interrogations
d’un microcosme si réfrac-
taire aux conventions qu’on
en reste baba.
G.R. (à Arles)
LE PROJET AUROVILLE
Ground Control, Arles (13).
Jusqu’au 23 septembre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
VOYAGES/
BIZARRE, VOUS AVEZ
DIT BIZARRE? (3/7)
Voyage cosmique dans le désert
californien, bars vikings à Caen
ou nuit dans un intestin à Anvers…
Pendant tout l’été, Libération décline
quelques voyages et séjours déjantés.
selon ce que chacun trouve dans son sac
pour contenter les esprits environnants. Ils
feront le bonheur de la faune du massif: petits rongeurs, souris, écureuils et autres ragondins. Puis une file indienne se forme
pour rejoindre le lieu de culte révélé
quelques jours plus tôt à la chamane par ces
mêmes esprits de la forêt. Dans leur grande
magnanimité, ces derniers ont opté pour un
endroit accessible à tous en train de
banlieue, via un sentier historique, balisé en
bleu. Tandis que le groupe progresse lentement sur un tapis d’humus en décomposition, chacun est encouragé à libérer ses humeurs, chanter ou fredonner selon ses
capacités.
A mi-parcours, la troupe se dissout et chacun
part s’isoler sous la pluie, pendant qu’un des
participants, tel un Comanche sur le sentier
de la guerre, entame un rythme hypnotique au tambour dans le sous-bois mouillé
noyé de brume.
Chaos. Arrivée près du lieu de culte, notre
Dans la forêt de Fontainebleau, le 22 juillet.
Fontainebleau
piqûre de mystique
Les 25 000 hectares du massif francilien accueillent
régulièrement des cérémonies chamaniques, lors desquelles
la forêt devient le réceptacle de délires spirituels en tout genre.
Par
MARINE DUMEURGER
Envoyée spéciale à Fontainebleau
Photos PAUL ROUSTEAU
M
assif le plus fréquenté de
France, au sud-est de Paris, la forêt de Fontainebleau et ses 25000 hectares n’accueillent pas que des randonneurs du
dimanche ou des férus d’escalade. Ses rochers
et sous-bois attirent aussi les adeptes de cérémonies païennes; druides, néochamans et
autres adorateurs des esprits de la forêt. Plongée dans un Fontainebleau mystique.
Pour célébrer le début de la saison estivale et
le passage de l’ombre à la lumière, le petit
groupe de participants inscrit à cette réunion
chamanique via Internet s’est donné rendezvous à 10 heures sur un parking de la forêt. Au
point de ralliement, il pleut comme un mois
d’octobre à Brocéliande. Cela ne décourage
pas notre chamane «de tradition feu», la trentaine, de style Quechua de la tête au pied (référence à la marque de sport plus qu’à la tribu
indigène).
Après avoir reçu le matériel de base, tambour
et hochet chamaniques, et s’être allégée de
80 euros de participation par personne, l’assemblée se met en marche. Elle réunit une di-
zaine d’individus, tous âges confondus, et
n’affiche aucun signe extérieur de chamanisme. De loin, on pourrait nous confondre
avec un quelconque club de randonnée, tenue passe-partout renforcée par les ponchos
de pluie transcendés du dicton breton : «En
Bretagne, il ne pleut que sur les cons».
Transferts. Dès la lisière de la forêt, alors
que la végétation est en pleine explosion,
fougères, mousses, chênes et pins sylvestres,
la chamane invite les participants à remercier la nature. Dans un silence religieux, rondelles de bananes déshydratées, raisins secs,
graines de courges sont déposés sur le sol,
guide spirituelle indique une pierre énorme
constellée de trous, à la forme étrange
d’éponge marine, réputée pour ses qualités
énergétiques. Ce sera le lieu de la célébration. Toujours plongé dans le silence, le
groupe en fait plusieurs fois le tour, certains
caressant intensément le gros caillou, les
yeux fermés, pour faciliter les transferts
énergétiques. Parmi les nombreux rochers
mythiques de Fontainebleau, étranges chaos
dans lesquels on devine parfois des formes
d’animaux, la pierre éponge et ses creux emplis de mousses a toujours fasciné. Haut lieu
de Fontainebleau, on essaya même de la déplacer et, jusqu’en 1940, on y installa une buvette. Tandis que la pluie redouble d’intensité, l’assemblée se réfugie dans une grotte
pour faire état de ses humeurs.
Dans l’ambiance souterraine, parmi les effluves de terre et de champignons, les langues
se délient et, rapidement, la cérémonie prend
des allures de stage de développement personnel, chacun confiant ses difficultés à être
soi, à s’affirmer ou à communiquer avec les
autres. La chamane fait brûler quelques racines et tous se signent à tour de rôle, en inspirant des bouffées au passage. Puis, alors que
la grotte s’emplit peu à peu de fumée, elle
conseille à ses adeptes d’invoquer leurs animaux alliés, livrant quelques conseils aux
néophytes: ressentir beaucoup de gratitude
envers lui, choisir une espèce qui ne flatte pas
son ego (exit le lion ou l’aigle) et qui n’est pas
nuisible non plus (ni frelon ni tique). Avant
d’orienter les plus intéressés vers un voyage
chamanique et une séance de coaching individuelle payante.
La journée touche à sa fin. Le groupe arpente
les sentiers alentour, hochet et tambour à la
main, et débouche sur une voie goudronnée
où évolue une Citroën Berlingo de l’Office
national des forêts, reconnaissable à sa couleur vert sapin. A l’avant, deux agents, visiblement peu touchés par notre défilé mystique, nous lancent un regard sceptique. Puis,
après avoir croisé quelques promeneurs
interloqués par une scène de danse
improvisée, la chamane réunit ses adeptes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 27
VOYAGE EN TERRE
INDIGÈNE
Amérindiens du Québec, Kabyles
d’Algérie, Touaregs, Peuls ou
Pygmées… Ces peuples parlent
notre langue et partagent une partie
de notre histoire. Aujourd’hui, ils se
battent pour gagner leur place et
leur liberté. Tout l’été, France Inter
part à la rencontre de ces oubliés de
la francophonie.
«Pourquoi écrire
dans la langue du
colonisateur, alors que
c’est la langue qui
a mangé la nôtre?»
pour clore la cérémonie. A l’écart du sentier,
une série de pierres et de chaos de grès forme
un plateau intimiste où bataillent les mousses et les arbustes. Ondulant aux branchages,
une multitude de bouquets et tissus colorés
laissent imaginer d’anciennes cérémonies
vaudou et prières païennes. C’est ici que le
groupe se réunit pour un dernier bilan. Certains racontent les énergies positives recueillies au fil de la journée, tandis que les
moins chanceux espèrent bientôt être touchés par la grâce.
Tous ensemble et trempés jusqu’à l’os, on retourne au parking originel où la chamane
remballe son attirail. La plupart de ses activités sont complètes jusqu’à la fin de l’année.
Les esprits de Fontainebleau ont encore de
beaux jours devant eux. •
Marcher, planer
Sentiers
Un réseau dense
de sentiers permet
de découvrir
la forêt. Parmi eux,
dix-sept, balisés
en bleu, ont été
imaginés
au XVIIIe siècle
par un autre
fantôme illustre
de Fontainebleau,
Claude François
Denecourt,
vétéran de l’armée
napoléonienne,
mis au vert et
tombé amoureux
du massif.
à autorisation
de l’Office national
des forêts.
Rens. : Onf.fr
Rassemblements
Les manifestations
et rassemblements
sportifs
ou associatifs
sont possibles
en forêt de
Fontainebleau
mais sont
soumis
Trip
Plusieurs
chamans
proposent des
stages sur
Internet.
Ils sont
confidentiels :
à vous d’en trouver
la voie.
Pour ces peuples, le français est un
héritage colonial. Dans ces territoires
lointains, la langue a un autre
rythme, une autre couleur et une
saveur particulière. Ils s’en servent
pour se réinventer. Au Québec, les
Hurons-Wendats ont perdu leur
langue au contact du colonisateur au
XVIIIe siècle. Mais aujourd’hui, c’est
grâce aux archives des missionnaires
français que la communauté
réapprend sa langue et retrouve son
identité. Louis-Karl Picard-Sioui,
écrivain et poète, navigue entre ces
deux langues, ces deux cultures.
«Ma langue maternelle, celle que ma
mère m’a enseignée, c’est le français.
Moi, j’ai fait le choix à l’âge de 16 ans
de reconquérir ma langue ancestrale
parce que je me suis intéressé à la
spiritualité amérindienne et je me
suis rendu compte que dans la
maison longue, notre lieu de
cérémonie, nous récitions quelques
prières mais sans en comprendre le
sens. Alors j’ai commencé à faire des
recherches.» Pourtant, redonner vie
à une langue oubliée est un travail de
longue haleine. Il ajoute : «Ça fait
vingt ans que j’y travaille […] mais à
mon garçon de 3 ans, je ne lui ai
jamais dit “bonne nuit” ou “je t’aime”
en français, je le lui dis en wendat […].
Pourquoi écrire encore dans la
langue du colonisateur alors que c’est
la langue qui a mangé la nôtre ? Je
vous répondrai que c’est celle que je
maîtrise le mieux mais, par contre,
mon écriture a beaucoup évolué
grâce à la langue wendat
et à sa construction.»
Dans la communauté, aujourd’hui, la
langue est de nouveau enseignée aux
enfants, les adultes suivent des cours
du soir, des linguistes travaillent à
une grammaire et créent des
néologismes car certains mots
n’existaient pas à l’époque, comme le
téléphone qui peut se traduire par
«celui qui porte la voix» ou
l’ordinateur «celui qui enregistre la
mémoire». Louis-Karl Picard-Sioui
écrit toujours en français mais pense
en wendat. Ainsi, «si je veux parler
des étoiles, je pense au mot “fraise”».
Une langue poétique et inventive.
ANNE PASTOR et BAPTISTE ARTRU
Voyage en terre
indigène,
le vendredi
à 17 heures sur
France Inter et
à réécouter sur
www.franceinter.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Le chemin
de la fortune
Moha La Squale Passé ado par la case prison, le Parisien
a remonté la pente en s’essayant à la comédie et désormais
au rap, où il remporte un succès fulgurant.
I
l fut un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas
connaître, où aucune carrière musicale ne se concevait
sans être préalablement passée sous les fourches caudines
des maisons de disques qui, en retoquant l’écrasante majorité
des candidats, faisaient la pluie et le beau temps. Mais Internet a irrévocablement ouvert les vannes, permettant désormais au vulgum pecus de rêver de félicité
sans examen probatoire –et inversant par
ricochet le rapport de force entre une industrie débordée et ces mavericks des années connectées. Ainsi, à la fois sésame, balise Argos et miroir
aux alouettes, le réseau informatique révèle-t-il à coups de
millions de vues quelques contes fabuleux dans lesquels on
mord d’autant plus volontiers à pleines dents que la date de
péremption en devient plus aléatoire que jamais.
Jusqu’en 2017, personne, à l’exception notable des services
de police et de la justice, n’avait entendu parler de Mohamed
Bellahmed… que l’on retrouve sur une terrasse du XXe arrondissement où, toutes les cinq minutes, des passants –mères
de famille avec cabas, bambins métissés en centre de loisirs,
triplette de petits Noirs intimidés… – lui adressent un salut
complice, voire, pour les plus hardis, quémandent le selfie de
rigueur, toujours concédé de bonne grâce.
Ce lundi de juillet n’est pas un jour anodin pour Moha
La Squale qui, après deux rendez-vous plantés, répond enfin
présent, dans un cadre promotionnel que
son label, stratégie oblige, a souhaité jusqu’à présent parcimonieux. Un an, jour
pour jour, après la sortie de son premier
freestyle, posté sur Facebook un dimanche «à 1h30 du mat,
dédié à zéro abonné» et titré non sans autodérision Tout seul
(d’autres suivront, à raison d’un par semaine jusqu’à la fin de
l’année), le néophyte voit son premier album, Bendero, certifié
disque d’or (50000 ventes). «Un truc de ouf» qui élargit encore
le sourire généreux du rappeur urbain, sinon courtois, qui,
silhouette fuselée, cheveux longs attachés et lèvre duvetée,
arrive en bermuda et chemise Lacoste, casque audio rouge
sur la tête et sac noir de shopping siglé Saint Laurent à la main
LE PORTRAIT
– «une veste qu’on m’a offerte, un truc de ouf» (bis).
Moha La Squale vit aujourd’hui dans un tourbillon, dont il se
gargarise sans barguigner. Couv des Inrocks, invitation chez
Trapenard sur Inter, concerts huppés (festivals We Love
Green, Montreux Jazz…). Aux marqueurs de la branchitude,
manifestement sensible au magnétisme de «l’enfant sauvage»,
vont s’ajouter une trentaine de dates d’ici à décembre, y compris un Olympia automnal. «Il faut bien se reposer et manger,
car physiquement, c’est plus dur que je ne l’imaginais»,
concède la révélation, sur le point de décrocher quinze jours
en Espagne, avec Luna, sa copine à laquelle il consacre une
des chansons de l’album. Si «le p’tit jeune, auteur-interprète»
qui clame sa soif de vivre, a la banane, ça n’est pas qu’en référence au nom du quartier du nord de Paris –arpenté dans tous
ses clips, un bédo à la main – où il a grandi et fait les
400 coups. «J’ai la dalle», énonce-t-il en préambule, trop ravi
de transposer au sens figuré une phrase qui n’appelait naguère
aucune interprétation autre que littérale.
«Après tout ce que j’ai déjà vécu, c’est Disney chaque jour!» s’extasie encore le rejeton qui aura mis longtemps à assimiler un
précepte maternel fondé sur la méritocratie: «Si tu veux être
respecté, il faut travailler dur.» Mais, en bonne «tête brûlée»,
le dealer précoce –donc, en herbe– ne l’entend pas de cette
oreille, lui qui, à force d’empiler les gardes à vue, se retrouve à passer par la case pri24 février 1995
son, une première fois, puis
Naissance à Créteil.
une deuxième, à une semaine
2013 Prison
d’intervalle! Devenu artiste,
à Fleury-Mérogis.
le garçon refuse toutefois de
2015 La Graine,
se suspendre aux grosses ficourt métrage.
celles du gangsta rap, tendant
2016 Cours Florent.
à rouler des mécaniques sur
Mai 2018 Album
fond d’embrouilles validées
Bendero (Elektra).
par l’épaisseur du casier judi17 octobre Concert
ciaire. «J’ai toujours eu le
à l’Olympia.
strict minimum. Les problèmes d’argent étaient notre
quotidien, et la notion de plaisir n’existait pas. Nous mangions
des crevettes, un de mes plats préférés, deux fois par an, car
c’était trop cher. Aussi, si je déteste l’idée de glorifier les bêtises
que j’ai commises, je me dois de les replacer dans leur contexte
et de les assumer.» Comme d’en tirer les conséquences. «Si la
France te donne encore une chance, saisis-la!» lui disent les
juges, qui élargissent le contrevenant, avec obligation de porter
un bracelet électronique. «Moi qui n’ai jamais redoublé avant
d’arrêter l’école en seconde, je voyais depuis ma cellule les jeunes
de mon âge passer le bac et là, je comprends que je me suis très
éloigné de la vie que je voulais. J’étais inconscient et devais m’attendre quelque part à en arriver là. Mais c’est également ce qui
m’a construit. Si je ne m’étais pas fait prendre, j’aurais continué,
jusqu’à peut-être devenir quelqu’un d’encore pire.»
De retour à l’air libre, Moha –qui pique son pseudo au film un
peu culte des cités, la Squale– saisit au vol l’opportunité du
tournage à Bruxelles d’un court métrage, la Graine, signé Barney Frydman, dans lequel il tient le rôle, désormais fictif,
d’un… petit délinquant. Le virus artistique contracté, il réunit
in extremis les 400 euros nécessaires pour intégrer le Cours
Florent, où son charisme de poulbot s’épanouit. «En sortant
des cours d’art dramatique, j’allais taffer [un job de livreur,
ndlr] et j’étais impatient de rentrer chez moi pour écrire ce que
j’avais sur le cœur», resitue celui qui va se débattre avec Bourdieu, Shakespeare et Marivaux, mû par «la volonté d’arriver
à comprendre ce qu’[il] lisai[t]».
Bande-son de sa génération, le rap n’est pas l’ADN de Moha
La Squale, qui grandit plutôt sur fond de «musique kabyle, Brel
à l’ancienne et Jean-Claude François» (sic) qu’on écoute dans
l’appartement où vivent un père évanoui à 8 ans –et qu’il ne
consent à évoquer qu’en rappant (J’me rappelle papa)–, une
mère non voyante et femme au foyer, deux sœurs cadettes en
«bonnes copines» et un frère aîné qui sert de modèle, avant de
mal tourner. La politique et la religion? «Rien à foutre de tout
ça!» balaye celui qui, disant «mon pays» à propos de la France
comme de l’Algérie, pense déceler «une société plus unie
qu’il y a vingt ans», tout en préférant ne se «lâcher complètement» qu’en musique. Le seul domaine où il entend suivre sa
bonne étoile. Celui, en tout cas, qui lui permet maintenant
de «commander à manger». Une option qu’après les vaches
maigres, il perçoit comme une forme d’accomplissement. •
Par GILLES RENAULT
Photo CAMILLE MCOUAT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ
Et aussi n quatre pages
BD n de la photo
n le premier chapitre
d’un roman de la
rentrée n une
invention loufoque
n des jeux…
J’AI TESTÉ
MODÈLE NU
PASCAL BASTIEN
Samedi 28
et dimanche 29 juillet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Par
NOÉMIE ROUSSEAU
Photos PASCAL BASTIEN
E
t donc la journaliste sera nue. Depuis
longtemps je veux écrire sur la
pratique du nu en art. Depuis le nu.
Jamais caler un sujet n’aura été si difficile. Début juin, les écoles d’art entrent en
période d’examens. Il faut vite trouver un créneau. Et convaincre. «C’est un métier, cela ne
s’improvise pas», me répond-on souvent. J’appelle l’école d’architecture de Strasbourg,
déballe tout, du standard à la direction des
études. Banco. Reste à avoir le feu vert de
l’enseignante, Chantal Tose-Fontaine. Elle est
réticente, me prévient-on, elle ne travaille
qu’avec des modèles professionnels.
C’est un petit milieu, ils passent des auditions
dans les écoles, deviennent vacataires, rémunérés entre 16 et 20 euros de l’heure. Les
mêmes tournent dans les ateliers privés des
artistes, les numéros circulent par le bouche
à oreille. Au téléphone, je parle à Chantal
Tose-Fontaine du corps féminin comme d’un
champ de bataille, j’évoque l’article que j’ai
écrit, «Balance ton corps». Voilà, j’allais balancer le mien, et il ne serait pas un support pour
vendre des voitures ou des sacs à main. Juste
un corps, celui qui m’appartient. Je lui raconte aussi mes cours du soir aux Arts déco,
et cette curiosité pour l’autre côté du chevalet
qui ne m’a jamais lâchée.
Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais
aimé représenter des paysages. Mais j’ai dû
attendre l’université pour mes premiers corps
en chair et en os. Je quittais l’école de journalisme en trombe, le carton sous le bras. Dans
la salle, toujours poussiéreuse, je m’affairais,
déplaçais le chevalet, choisissais le papier,
taillais les fusains. Quand je relevais la tête, le
nu était installé. Je le voyais rarement entrer.
Je me jetais alors dessus. Il y avait urgence. Le
couperet tomberait, le prof dirait, fatalement:
«On change de pose.» Je ne le sentais jamais
venir. Pourtant, les intervalles devaient être
réguliers. Je prenais goût à l’éphémère, à l’inachevé. J’entassais mes esquisses, ne les retravaillais jamais, n’ayant d’autre ambition que
le plaisir de vivre deux heures dans un monde
qui s’arrête de tourner. A force, en un coup
d’œil, je repérais le détail de ce corps qui en dirait long, le résumerait presque. Une clavicule
saillante, un port de tête, un ventre, un bassin
large. Qu’est-ce que j’ai aimé les bourrelets, les
poitrines en poire ou minuscules, les dos voûtés, les bras épais, les fesses tombantes! A bien
y réfléchir, c’est là que j’ai découvert le corps
des femmes. J’ai adoré dessiner tout ce qu’on
ne verrait jamais sur papier glacé. Je prenais
comme un privilège qu’on me donne à voir,
sous toutes les coutures, ce qui dehors se
nomme «imperfections». Parfois, il y avait
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
des filles qui ressemblaient à celles des magazines. Lisses. D’un ennui mortel. Je n’aimais
pas les modèles vêtus, ceux qui étaient mal à
l’aise et, globalement, les hommes.
Au début, j’avais des scrupules à les décapiter.
Puis je m’en suis fichue. Je n’avais envie que
d’un morceau. J’assumais ma fascination pour
le sein. Rendre sa texture, la manière dont il
s’accroche au torse, retombe, bouge. Toujours
unique. Je priais intérieurement pour que le
modèle que je voyais parfois fléchir tienne encore. J’avoue, parfois aussi, je le maudissais un
peu. Quand il repartait, je saluais vaguement.
Je détournais les yeux. Le vêtement était un
indice d’une vie dont j’étais curieuse mais
à laquelle je n’avais pas à avoir accès. Habillés,
je les reconnaissais à peine.
Au téléphone, l’enseignante me demande si
j’ai déjà posé nue, craignant sans doute que je
lui claque entre les doigts à la dernière minute.
Me revient soudain cette fois-là où, oui, c’est
arrivé. Devant un objectif. C’était il y a
trois ans. En voiture, revenant de reportage,
mon collègue Pascal m’avait raconté qu’à l’occasion d’une visite familiale chez sa grandmère, elle leur avait dit de prendre un tableau
au mur, n’importe lequel. Le soir, en changeant le cadre vieillot de la petite gravure, ils
Pudeur
et
tremblements
Les cours du soir aux Arts déco m’avaient permis de travailler avec des modèles vivants nus et
d’être confrontée à la réalité des corps. Lorsqu’il fallut passer de l’autre côté du chevalet et poser
lors d’un «marathon» de six heures, devant trois publics différents, l’appréhension était totale.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
u III
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Quelle idée de se pencher
en arrière, appuyée sur les
poignets ! Ma pudeur n’est plus
le sujet, je ne suis obsédée
que par une chose : tenir.
fendre, celui qui fume trop, que j’oublie et qui
alors se rappelle à moi, me prenant par surprise, de douleur, de plaisir? En fait, un seul,
tous ceux-là à la fois. Celui que je n’ai pas
choisi, qui m’incombe, avec lequel je compose et que je dois traîner partout, comme
tout le monde. Je me regarde dans la glace. Je
m’aperçois que je n’ai pas de miroir en pied
dans mon appartement. Le service photo de
Libé m’appelle. Ah oui, j’avais éludé cet aspect-là. Mon corps tout cru, donc. Et photographié par mon collègue Pascal qui, pour le
coup, n’est pas un inconnu. Un brin gênant.
Rapidement, j’imagine que ça pourrait être
pire : ça pourrait ne pas être lui ! Ne pas être
mon ami. Quelqu’un d’autre. Inconcevable.
Il s’arrange pour être disponible.
J - 4 : COMMENT FAIRE ?
avaient découvert la vieille dame immortalisée sur un cliché, jeune et nue. J’avais envie
moi aussi d’être cette mamie qui réserve
des surprises à sa descendance. Alors j’ai
fait quelques photos toutes simples, pour un
photographe spécialiste, ambiance dimanche
à la maison.
Rassurée, Chantal Tose-Fontaine a fini par me
dire: «Je n’ai pas de corps pour demain matin.»
Et moi de m’entendre répondre : «Pas cette
semaine, j’ai mes règles.» Reste le mardi 5 juin
de 8 heures à 9 heures. Je prends. En contactant d’anciens professeurs, je dégote deux
autres créneaux. Le 5 juin aussi. Hasard. Je
m’étais organisé un marathon. Je m’en rendrai
compte plus tard.
J - 7 : QUE VAIS-JE MONTRER ?
Un compte à rebours s’enclenche dans ma
tête. Que le 5 juin soit un matin où j’ai envie
de danser nue en écoutant Nina Simone ou
un de ceux où décidément rien ne va à ce
corps trop ceci ou pas assez cela, il faudra
quand même y aller. L’aplomb affiché pour
convaincre commence à se fissurer. Qu’est-ce
que je vais montrer ? Le corps que j’aime
sentir puissant quand il nage ? Celui qui a
porté les enfants, celui qu’il a fallu parfois dé-
L’inquiétude se déplace. Et si je ne savais pas
quoi faire de mon corps? Une potiche les bras
ballants, aussi expressive qu’un morceau de
viande sur un étal. C’était pas tout d’être nue,
il allait falloir poser, être dans une proposition
artistique. Déjà, parvenir à être là, bien incarnée jusqu’au bout des ongles. Comment faire?
Je vais boire un café avec Macha, 32 ans.
Chantal Tose-Fontaine m’a parlé d’elle :
dès qu’elle la voit, elle a envie de la dessiner.
C’est Macha que je remplace pour une heure
à l’école d’architecture, elle fera les trois
heures suivantes.
Plus je l’écoute, moins je me sens à la hauteur.
Elle est danseuse et comédienne. Danser,
jouer, poser : ces pratiques se nourrissent
l’une l’autre. Sa première fois, à 25 ans, c’était
«par curiosité», pour «se désinhiber» aussi. Ce
jour-là, elle était enrhumée, devait se moucher tous les quarts d’heure. Elle a un physique classique, lui a-t-on dit, alors elle fait
des poses inspirées de la peinture classique.
Elle s’est mise à aimer son visage. En sept ans,
Macha a eu trois expériences compliquées :
des commentaires déplacés, voire méchants,
et un photographe qui lui a touché les fesses.
Elle a «appris à connaître ses limites».
C’est-à-dire? «Six heures dans une journée.»
Je me sens faiblir. Six heures, c’est mon 5 juin.
«C’est normal que tu aies un peu le trac», me
dit-elle, bienveillante. Un instant, elle est de
profil, passe sa main dans ses cheveux pour
refaire son chignon. Je l’ai déjà dessinée. En
rentrant, je plonge sous mon lit, étale mes
croquis et peintures sur le sol de ma chambre.
J’ai retrouvé Macha. Je regarde les corps
crayonnés comme un catalogue de poses.
J - 1 : ON S’ENTRAÎNE ?
Sentant mon stress, l’homme qui enveloppe
ma nudité d’un regard amoureux me propose
qu’on s’entraîne. Je poserais, il dessinerait.
Comme dans le temps, lors de ses études
d’art. Je décline, préférant demeurer l’objet
de son désir plutôt que son objet d’étude.
JOUR J : «AI-JE L’AIR
D’UNE NATURE MORTE ?»
Mardi 5 juin. J’ai dormi comme un bébé : je
me suis réveillée toutes les heures. Je bois
mon café, songe aux conseils de Macha, bâcle
quelques étirements en écoutant la radio.
30°C dans l’Est, le reste de la France est sous
les orages. Je n’aurai pas froid. Une douche,
une robe, ni bijou ni maquillage, pas de soutien-gorge histoire d’éviter les marques. J’ai
déjà les cuisses bicolores, mon dimanche de
reportage m’a laissé les traces du short. Je traverse Strasbourg à vélo. Dans mon sac, des
compotes et des lingettes piquées à ma fille.
A l’école, l’homme de l’accueil me demande
mon autorisation officielle. Je n’ai rien,
j’explique que c’est la première fois. «Vous êtes
le modèle vivant ?» interroge-t-il en m’indiquant l’ascenseur. Je me regarde dans la
glace. Ai-je l’air d’une nature morte ?
POSE 1 : «ÇA VA ?»
Je suis nue avec un homme que je connais depuis dix minutes et pourtant, tout semble aller de soi.
Les étudiants arrivent au compte-gouttes,
rangent les maquettes, s’installent. Chantal
Tose-Fontaine me fait approcher, elle leur dit
que je suis journaliste à Libé, que j’écris, que
je vais poser nue. Tous les regards se braquent
sur moi. Je suis droite comme un «i», sac vissé
à l’épaule. Ils sont en première année. Des natifs des années 2000. C’est très très jeune. Je
poserai avec Jean-Jacques, modèle professionnel et danseur. Avant de venir, il a distribué les DNA puis 20 Minutes, et fait une heure
de sport. Il installe des cubes en béton sur l’estrade, les recouvre de tissus puis me montre
le paravent. Je me faufile, ôte ma robe. Il se
déshabille, crème sa peau noire pour qu’elle
prenne mieux la lumière. Je suis nue avec un
homme que je connais depuis dix minutes et
pourtant, tout semble aller de soi. Je noue
mon kimono, nous bavardons, il est joyeux,
m’explique combien c’est épuisant d’être un
modèle homme. Il faut bander les muscles
pour les montrer. Au creux de mon oreille, il
fait résonner son bol tibétain pour que je me
concentre. D’un pas mal assuré, je le suis.
Au centre, je laisse glisser le kimono à mes
pieds. Je suis nue. Je ne sais pas quoi faire.
Jean-Jacques propose que je m’asseye dos
à lui. Il me chuchote un «Ça va?», me fait remarquer le ronronnement de son ventilo,
comme le bruit de la mer. Par- Suite page IV
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
«Il y a toujours ce fantasme de
l’artiste qui se tape son modèle,
ou alors c’est le modèle qui
est exhibitionniste», m’explique
le peintre Christophe Wehrung.
soir il me répétait: «Dessine le corps comme tu
le vois, pas comme tu le penses.» Je découvre
pour la première fois ses créations, ses nus,
le trait appuyé, rond, les couleurs vives. Un
escalier étroit nous mène à l’étage, la pièce est
lumineuse. Il y a une musique douce, des cerises et du thé pour le goûter. La séance commence. «On dirait que tu as fait ça toute ta
vie», dit Franck. Un peintre dit que j’ai «un air
de madone». Je ne pose plus seulement nue,
je pose aussi des questions. Pascal fait des
photos. Puis s’assoit, et me dessine. Lui aussi
est un ancien élève de Franck.
J’ai chaud, je sens les gouttes de sueur rouler
sur ma peau. Preuve que le modèle est vivant.
Les poses viennent toutes seules, s’imposent:
déplier une jambe restée coincée, tirer un bras
pour chasser les fourmillements, dégager une
fesse écrasée. Posture et contre-posture,
comme au yoga. Et acceptation. Quoi qu’il
arrive, au bout de quelques minutes, n’importe quelle position devient inconfortable.
Allongée, je regarde les branches par la
fenêtre, ferme les yeux, m’assoupis par moments. Je suis surprise, ils aimeraient que je
revienne poser.
POSE 3 : «VOUS SAVEZ
COMMENT SONT LES GENS…»
fois, il entre en transe
quand il pose, s’échappe très loin. La classe est
silencieuse, nos bras se touchent. Nous sommes une composition, pensé-je. Je vois la trentaine d’élèves brandir en même temps leur
crayon en direction de mon corps, fermant un
œil, pour appréhender mes proportions. Le
corps, l’échelle de ce qu’ils bâtiront plus tard.
Je les parcours des yeux. Je surprends les
leurs se promener sur mes seins, mes cuisses.
Ils fuient plutôt mon regard. Je suis prise de
tremblements dans les jambes et les bras. Les
muscles, contractés, réclament de se détendre. Quelle idée de se pencher en arrière, appuyée sur les poignets… La pose devait durer
vingt minutes, «une pose courte». Chantal a
sûrement oublié l’heure. Puis elle s’adresse
aux élèves : «Plus que dix minutes.» Je n’en
Suite de la page III
reviens pas. C’est infernal. Interminable. Ma
pudeur n’est plus le sujet, je ne suis obsédée
que par une chose : tenir.
A la fin, Jean-Jacques m’encourage à me dégourdir. Pourquoi ai-je bâclé l’échauffement?
Il réorganise la scène, nous changeons de
côté, il me surplombe et, me voyant plantée,
immobile, il me glisse doucement: «Fais juste
une pose de femme.» Ce qui n’arrange rien,
bien au contraire. Me voilà en proie à des
questionnements sur les attitudes attendues
de la féminité. Je m’allonge à demi. Pas terrible. A la fin de l’heure, remontant avec un
café, les étudiants me sourient, me disent
que c’était bien pour une première, que je n’ai
pas bougé. Place à Jean-Jacques et Macha.
Elle est debout trente minutes, lui fait face.
J’admire la performance. Chantal a raison, je
voudrais les dessiner. Je circule sur la pointe
des pieds, me penche au-dessus de l’épaule
des élèves. Certains se raidissent. C’est moi
qui entre dans leur intimité. Je m’éclipse.
POSE 2 : «UN AIR DE MADONE»
Il faut reprendre des forces, je mange, m’allonge un peu et file chez mon ancien professeur Franck Helmlinger. Dans l’allée en gravillons, un homme à chapeau, carton à dessin
à l’épaule, me demande si je suis le modèle.
Je dois commencer à y ressembler. La porte
s’ouvre. Franck a pris sa retraite. Trois aprèsmidi par semaine, il réunit dans son atelier
des amis artistes autour d’un nu. Il me demande si je le trouve vieilli. Nous ne nous
sommes jamais revus depuis cette époque où
je m’exerçais au journalisme le jour et où le
18 heures. Je termine la journée dans l’atelier
du peintre Christophe Wehrung, à deux pas de
la cathédrale. Avec lui, j’ai appris la couleur,
l’acrylique. Je m’étire en marchant, presse le
pas. Je me sens bien. Je pose debout, puis dans
un fauteuil, un peu tordue. Christophe fait remarquer ma hanche qui se décale par rapport
à mon épaule. Les élèves veulent savoir comment s’est passée ma journée. Je raconte.
Christophe sent l’époque devenir puritaine,
un retour à «un corps qui ne sert qu’à procréer,
qu’on doit cacher, qu’on surveille, qu’on interdit aux plaisirs». L’évêché a refusé son interprétation de la résurrection. Il me la montre.
Sublime. Une rousse, allongée nue, un phénix
tatoué sur le dos. «Vous savez comment sont
les gens…» lui a dit le curé. Une autre fois, ce
sont les dizaines de nus, les siens et ceux de
ses élèves, qu’il a décrochés de colère. La galeriste attendait quelque chose dans «l’esprit de
joie de Noël», se permettant des «remarques
dégueulasses» sur les corps, «tristes», «moches». «Bigoterie et inculture, dit-il. Ils ne
voient que l’image dans la peinture. On ne regarde pas un Rembrandt comme un site de cul.
Le nu, c’est la nature, c’est l’intemporel. Cela
dit quelque chose de l’autre, de la perception
de l’autre.» C’est le regard du spectateur qui
est «devenu tordu». Les gens le questionnent
sans cesse sur les rapports qu’il a avec ces
filles payées pour rester nues plusieurs heures
durant. «Il y a toujours ce fantasme de l’artiste
qui se tape son modèle, ou alors c’est le modèle
qui est exhibitionniste, qui a forcément un
problème», m’explique-t-il.
Je n’ai pas vu les deux heures passer. Les élèves semblent contents. A la porte, Christophe
dit que mon corps raconte quelque chose. Je
vais boire un verre en terrasse. Avec de l’alcool. Je me sens différente. Dix jours plus
tard, à la bibliothèque, un homme me regarde, hésite, revient vers moi. «Vous êtes Noémie?» L’homme au chapeau qui m’a dessinée
chez Franck. Il me demande si je suis disponible pour poser. •
LUNDI J’AI TESTÉ UN CONCERT DE LORIE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
SÉRIES /
ÉTÉ
u V
DÉJEUNER
SUR
L’HERBE
On va au marché (1/12)
«Libé» cuisine les produits
de l’été. Aujourd’hui,
des herbes de Provence
en pagaille et deux
recettes: une marinade
et une surprise.
M
Tirage extrait d’une exposition à l’occasion des 100 ans de la mort de Daguerre, le 12 juin 1951. PHOTO RUE DES ARCHIVES. AGIP
Fusil photographique,
le petit oiseau va sortir
Drôle d’idée (1/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, un
appareil pour analyser
les mécanismes du vol.
U
n jour de mai 1882,
deux étranges zoziaux
sont aperçus au Parc des
princes. Le premier, un
petit homme très brun, est assis
sur un pliant et épaule une carabine. Il vise une pie qui s’agite
dans un arbre. Aucune détonation, seulement un crépitement.
L’autre homme, blond et assez
grand, retire du fusil la cartouche
mince comme une pelure
d’oignon et recharge l’arme. Puis
il la repasse au petit homme brun.
Dans son édition du 10 mai 1882,
le Siècle élucide: «Le petit homme
noir était M. Marey, de l’Institut
[du même nom], qui prenait
douze fois en une seconde, avec son
fusil photographique, la silhouette
d’une pie; et le grand blond n’était
autre que son mécanicien favori,
le Norvégien Otto Lund, qui ne
travaille que pour lui, qui loge
avec lui et qui l’accompagne partout, à Paris, à Naples et en Bourgogne, ses trois résidences.» C’est
au cours de son séjour d’hiver à
Naples qu’Etienne-Jules Marey
avait fait part à ses collègues
d’une arme nouvelle de son invention. «C’est un fusil avec lequel
on vise les oiseaux au vol. On
tire… mais on ne tue pas d’oiseau.
On tire une épreuve de son vol, et
voilà tout», décrit le Constitutionnel (15 mars 1882).
«Gâchette». L’inventeur et médecin l’a baptisé «fusil photographique». Depuis des années,
Marey est passionné par les études sur la locomotion animale. Il
s’est beaucoup intéressé aux photographies de Muybridge, qui a
réussi à décomposer les différentes allures du cheval au pas, au
trot et au galop, et à reproduire,
d’après nature, les mouvements
alternatifs des quatre membres.
Il a rencontré l’artiste britannique
en 1881 et lui a demandé de faire
de même avec des oiseaux. Braquant son appareil sur une volée
de pigeons, l’artiste américain n’a
jamais pu obtenir qu’une seule
image. Marey a alors décidé de
créer lui-même un dispositif. Il
s’est inspiré de la méthode employée par Jules Janssen avec son
revolver astronomique pour l’observation du passage de Vénus.
Après mille difficultés, il a
construit ce fusil photographique
qui permet d’obtenir douze images par seconde pour arriver ainsi
à bien détailler le mécanisme
complet du vol. C’est ainsi que le
scientifique l’a présenté à l’Académie des sciences en avril 1882,
selon le Petit Marseillais: «Il faut
se représenter d’abord un gros canon séparé de la crosse par une
boîte qui n’est, au fond, qu’un véritable appareil photographique.
On introduit une plaque sensibilisée dans l’appareil, on vise
l’oiseau, on presse la gâchette, la
plaque tourne, se présente devant
l’objectif et s’arrête le temps suffisant pour être impressionnée. On
suit l’oiseau de l’œil, et en pressant
de nouveau la gâchette, on peut
prendre jusqu’à douze positions de
vol.» La mise au point se fait en
allongeant ou en raccourcissant
le canon à la manière d’une lon-
gue-vue. Le procédé au gélatinobromure d’argent permet des
images assez nettes avec un
temps de pose très court.
Battement. Marey a d’abord
porté son dévolu sur la mouette,
au vol assez rapide. «Les épreuves
recueillies par le fusil photographique lui ont montré que cet
oiseau donne trois coups d’ailes
par seconde; que les ailes, d’abord
élevées au maximum, passent régulièrement de cette position à
l’abaissement; que l’aile subit en
même temps des changements
d’inclinaison de son plan ; que le
corps de l’oiseau se porte en avant
pendant l’abaissement de l’aile et
en arrière pendant l’élévation»,
rapporte le Français (11 mai 1882).
Chaque image isolée donne,
comme pour l’allure du cheval,
les battements d’ailes dans une
série de mouvements décomposés. Marey avait inventé la chronophotographie.
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec
RetroNews, le site de presse de la
Bibliothèque nationale de France.
ine de rien, c’est un trésor aussi bien caché que
la fameuse Chouette d’or.
Les «vraies» herbes de
Provence sont rares en France, importées de Chine ou d’Europe de l’Est
neuf fois sur dix. Récoltées dans des
parcelles industrialisées et non dans
des garrigues sauvages (on situe le
berceau autour de la montagne de
Lure, dans le Luberon). Quant au mélange, c’est une vraie pagaille : on y
trouve du romarin, de l’origan, de la
sarriette et du thym, mais certains préparateurs glissent aussi du cerfeuil, de
la sauge et toute autre plante qui embaume la Provence.
Si l’odeur vous cueille à vif, c’est bon
signe, vous pouvez vous laisser tenter,
même si le sachet n’est pas made in
France. Ces herbes magiques ont la
particularité d’être aussi bonnes
sèches que fraîches – contrairement
au basilic en poudre, qui perd son goût
d’origine. On peut forcer la dose.
C’est bon et ça permet de moins saler
les plats.
On attaque avec une marinade
(trouvée dans Sauces, chutneys et marinades de Thomas Feller et Aline Princet, Hachette). Dans une casserole, faites chauffer 5 minutes une gousse
d’ail, un piment rouge émincé, dix
cuillères à soupe d’huile d’olive et une
cuillère à café d’herbes de Provence.
Ajoutez une poignée de persil et continuez la cuisson une minute. Laisser
refroidir au moins 30 minutes. Cette
marinade sera parfaite pour des morceaux de courgette ou des cubes de fromage de chèvre.
Et la surprise : un pressé de pommes aux herbes de Provence. Non, pas
des pommes de terre mais des pommes tout court (variété Ariane, qui
nous fournit cette recette, ou leur cousine, la golden). Coupez cinq pommes
en tranches épaisses. Faites caraméliser à la poêle avec beurre, huile
d’olive, deux cuillères à café de sucre
et autant en herbes de Provence. Disposez dans des moules hauts (emporte-pièce) et cuisez au four 15 minutes
à 180 °C. Ces pressés accompagnent
un plat salé ou deviennent dessert si
on place une belle boule de glace vanille au sommet.
PIERRE CARREY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / PHOTO
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
MAX PINCKERS. NEUTRAL GREY
VI u
Sous le faux des projecteurs
Séance tenante/ Héros
Dans sa série «Margins
of Excess», Max Pinckers
dresse le portrait de six
destinées qui ont
marqué les Etats-Unis
par leur caractère
affabulatoire. Une
réflexion sur la fiction
et le mensonge.
MAX PINCKERS
Né en 1988,
vit et travaille à Bruxelles.
«T
u travailles sur toutes
sortes de profils. Mais
souviens-toi d’une
chose: la vérité est plus
étrange que la fiction», concluait le
détective américain Jay J. Armes
le 30 novembre 2016, à l’issue de
son entretien avec Max Pinckers, un
photographe belge de 28 ans. Il faut
dire que l’histoire de Jay est invraisemblable, comme celle des six personnages de la série «Margins of Excess», réalisée par Pinckers.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Privé, à l’âge de 11 ans, après une explosion de pétards, de ses deux
mains remplacées par deux crochets, dont l’un est équipé d’un revolver (photo ci-contre), Jay J.Armes est devenu – ce qu’il affirme
crânement – le détective le plus
cher au monde. Il a aujourd’hui
85 ans et vit à El Paso, au Texas. Les
cinq autres personnages de la série,
tous américains, ont un rapport
plus ou moins clair avec la vérité :
leur histoire personnelle, même si
elle les a rendus célèbres, a toujours
à faire avec le mensonge. Ou avec
une situation qui a sacrément
mal tourné. Qu’importe. Souvenons-nous de la conclusion de
Jay J. Armes.
Darius McCollum (page de gauche)
est devenu populaire après avoir été
arrêté trente fois pour conduite illégale de trains et de bus à New York.
Richard Heene a déclaré avoir laissé
son fils s’envoler dans un ballon à
hélium qu’il avait construit (ci-dessus). Quant à l’activiste Rachel
Dolezal, elle soutient être noire
alors que ses parents disent le contraire. On découvre aussi un ancien
prisonnier d’Abou Ghraib qui a
déclaré figurer sur l’une des photos
représentant des scènes de torture
(en haut à gauche) et ayant rendu
tristement célèbre cette prison. Ou
encore Herman Rosenblat qui racontait avoir retrouvé et épousé la
femme qui lui jetait une pomme
(page de gauche) chaque jour
lorsqu’il était enfermé au camp de
Buchenwald durant la Seconde
Guerre mondiale.
Pour réaliser ce travail, devenu un
livre (1), Max Pinckers a documenté
l’histoire de chacun, recueilli les
différents articles de presse parus
(dans le New Tork Times, Vanity
Fair, etc.) et les interviews
accordées à des émissions, comme
Good Morning America. Il a
rencontré les protagonistes, s’est
entretenu avec eux –sauf Herman
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Rosenblat, mort en 2015. Puis il a
fait leur portrait et photographié
des scènes lui évoquant l’histoire
de chacun, parvenant parfois à rétablir une part de vérité. Beau et
passionnant, ce livre nous fait
découvrir des vies improbables
et terriblement romanesques.
Aujourd’hui, Max Pinckers termine
son doctorat de recherche en arts à
la Royal Academy of Fine Arts de
Gand (Belgique).
LAURE TROUSSIÈRE
(1) Editions Self, 352 pp., 50 €.
u VII
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VIII u
ÉTÉ / FEUILLETON
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Joe
Dalton
le frère
mal-aîné
Pervers textuels (3/7) Tous les samedis,
«Libération» part à la rencontre de
grands tordus de la littérature. Cette semaine,
exploration de la personnalité du plus petit
des frères bagnards créés par Morris et Goscinny,
dont l’obsession et la haine pour Lucky Luke
n’ont pas de limite.
Par
MATHIEU LINDON
J
oe Dassin chantait que les
Dalton «se livrèrent eux-mêmes pour toucher la prime
car ils étaient encore plus bêtes que méchants». Au début de
leurs aventures, ils n’auraient pas
fait fortune avec le capital que leur
aurait valu leur stupidité. Dans les
Cousins Dalton, le premier Lucky
Luke de Morris et Goscinny où ils
apparaissent, ils ne sont en effet
que les cousins des immondes Bob,
Grat, Bill et Emmet disparus, déjà à
cause de cet «infâme» héros qu’est
Lucky Luke: Joe est bien recherché,
mais la récompense n’est que de
5 dollars, le double de ce que vaut
son frère William, «un objet d’art
plâtre véritable» reviendra à qui
capturera Jack, et Averell est «not
wanted». Les prix vont vite grimper,
mais cette inflation a un coût psychologique.
Il serait trop facile de condamner
Joe sans rappeler d’où il vient.
Quand il était petit, sa maman lui
préférait Averell, «le chouchou»,
comme savent tous les lecteurs de
Ma Dalton. Et, petit, Joe l’est resté.
Si la taille des quatre frères est échelonnée de sorte que seul Averell a à
peu près celle de Lucky Luke, Joe
n’a pu que souffrir d’être celui qui
doit garder la tête sous l’eau parce
qu’il n’a pas pied quand tous sont
forcés de se cacher dans une rivière
en pleine évasion. En outre, il a en
cette circonstance un boulet à porter aux sens propre et figuré, puis-
Si la taille des quatre frères est échelonnée, Joe n’a pu que souffrir d’être celui qui doit garder la tête sous l’eau
que ce crétin d’Averell s’est fait voler
à la prison la lime qui aurait pu l’en
délivrer, de sorte que son exaspération lui fait toucher le fond également aux sens propre et figuré.
MONTAGNE DE RIDICULE
La haine, celle de Lucky Luke, est ce
qui guide Joe Dalton, et on sait
d’une part comme ce sentiment est
mauvais conseiller et, d’autre part,
comme il favorise peu l’éclosion de
la personnalité. Mais peut-on reprocher à une famille d’être unie et à un
cousin de vouloir venger ses cousins? Ajoutons que quand tout peut
basculer, quand Joe rencontre
l’amour, dans Dalton City, cela
l’éveille à la pureté et fait naître en
lui comme chez tout un chacun des
sensations quasi neuves : «Je suis
ému comme le jour où j’ai volé ma
première vache…» Lucky Luke
s’ingénie pourtant, avec autant de
sournoiserie que de succès, à faire
de cet épisode un misérable fiasco
qui ne peut qu’accroître les
complexes, la rancœur et la méchanceté de l’amoureux transi.
C’était déjà comme ça chez les prestigieux cousins des quatre imbéciles: dans la famille Dalton, plus on
est petit et plus on est mauvais. La
haine est plus dense quand elle est
concentrée.
Surtout, puisqu’expliquer n’est pas
forcément excuser, il faut pointer la
responsabilité de Morris et Goscinny dans la psychologie détraquée du petit Joe. Pas seulement en
tant que créateurs, la censure aurait
certes trop de grain à moudre si les
auteurs étaient comptables de la
moindre action de leurs personnages. Mais sur le principe même de
cette création particulière. On connaît des gens qui sont méchants
pour rire. Joe Dalton, lui, est méchant pour faire rire : c’est un tout
autre degré de cruauté, et c’est lui
qui en est la victime, à l’instar de
l’ignoble grand vizir Iznogoud (dans
l’existence duquel la responsabilité
de René Goscinny est également
engagée) qui voudrait devenir calife
à la place du calife mais n’obtient le
rôle principal qu’en tant que personnage comique et moqué.
Joe Dalton veut tuer tout le monde.
Au début, seulement Lucky Luke,
mais, quand il est franchement
agacé, il peut tirer sur tout ce qui se
présente, au risque de distendre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Un vicieux
qui n’arrive pas
à satisfaire son vice
qu’il assume,
un pervers qui
ne parvient pas
à atteindre sa
perversion qu’il
revendique:
Joe n’a pas tant
un problème avec
la morale qu’avec
l’efficacité.
bir la haine comme une compagne
intérieure qui le ronge, il faut encore
qu’elle lui sabote les doigts et jusqu’à ses revolvers dont ce sont les
balles plus que la cible qui s’éparpillent aux quatre vents. Joe Dalton
aussi tire plus vite que son ombre,
du moins plus souvent que son adversaire, mais ce déluge de balles n’a
d’autre effet que de le laisser chaque
fois plus découragé. Un vicieux qui
n’arrive pas à satisfaire son vice qu’il
assume, un pervers qui ne parvient
pas à atteindre sa perversion qu’il
revendique: le plus petit des Dalton
n’a pas tant un problème avec la
morale qu’avec l’efficacité.
parce qu’il n’a pas pied quand tous sont forcés de se cacher dans une rivière en pleine évasion PHOTO DR
dangereusement les liens familiaux
lorsque ses frères ne doivent qu’à
son incompétence d’échapper à la
mort. Et, à la fin, immanquablement, si lui-même reste vivant, c’est
en vertu du contestable adage prétendant que le ridicule est un piètre
assassin. Tel est le supplice que lui
ont préparé ses créateurs : il peut
être enfoui sous une montagne de
ridicule, il n’étouffera quand même
pas. Il y aura toujours la place pour
une petite pelletée supplémentaire.
On prend Joe pour un tortionnaire
alors qu’il est le torturé. La preuve
à chaque fois qu’il capture Lucky
Luke : il veut l’humilier en en faisant sa boniche ou on ne sait quoi,
le résultat est que le prisonnier se
retrouve avec une meilleure vie que
ses gardiens (cette constatation est
à même de heurter la morale des
plus fragiles : peut-être faut-il un
minimum d’intelligence pour faire
un bon bourreau). «Ne cherchons
pas à comprendre… J’ai l’impression
d’avoir perdu le fil de ce récit à un
moment donné…» dit Jolly Jumper,
qui a la tête sur l’encolure, quand le
cheval en captivité se retrouve traité
comme le client d’un palace.
IDÉE FIXE
Dans sa famille, on fait crédit à Joe
d’être «le pire de tous», le plus mauvais d’entre nous, en particulier en
raison de son imagination, sa capacité à raisonner ou déraisonner jusqu’à être défini comme «un intellectuel». «Le cerveau de la famille» a
pourtant une cervelle toute remplie
par une idée aussi inaccessible que
fixe: sa haine pour Lucky Luke qui
lui fait perdre toute lucidité à chaque fois qu’il serait en position de
l’étancher. Il faut dire que l’expérience montre qu’il y a autant d’imbéciles parmi les intellectuels que
parmi les manuels, et le malheureux
Joe, au comble perpétuel de la rage,
se trouve dans la triste situation de
cumuler: en plus de ses plans imbéciles, lui qui vise normalement si
bien tire n’importe où quand il s’agit
d’en finir avec le cow-boy solitaire
qu’il voudrait expédier encore beaucoup plus loin de son foyer qu’il
n’est déjà. Mais pour éparpiller le
chanceux héros façon puzzle et
abattoir, même la dynamite ne suffit pas quand une détestation hors
du commun vous fait perdre vos
moyens. Joe n’a pas seulement à su-
DESTIN
Lucky Luke a l’occasion de définir
les quatre frères dans Les Dalton se
rachètent quand, pour tester un
projet de loi, on propose de remettre
des bandits en liberté pour une période de probation afin de déterminer s’ils sont réinsérables: «Ils sont
bêtes et méchants, irrécupérables
pour la société et sans l’ombre d’un
sentiment humain…» Mais le cowboy parle ainsi parce que, malgré sa
solitude autoproclamée, il est luimême merveilleusement intégré,
ainsi que le prouve sa convocation
à la Cour suprême pour donner son
opinion sur les quatre salopards
idiots. Joe Dalton n’a pas cette ambition. La sienne est autrement élevée puisqu’il s’agit de mettre à bas
les fondements de cette société qu’il
hait d’autant plus qu’elle honore
Lucky Luke (d’où sa volonté perpé-
u IX
tuelle non seulement de tuer mais
aussi de rabaisser celui-ci).
L’album place les Dalton dans une
situation particulière : ils doivent
faire semblant d’être honnêtes durant un mois, or l’honnêteté leur
est si peu familière qu’ils ne savent
même pas comment on fait semblant. Quand ils s’installent
comme banquiers, ils ont une consommation excessive de coffrefort, «marchandise qui ne s’use pas
vite, habituellement» se réjouit celui qui leur en vend à la pelle, Averell ignorant qu’on peut les ouvrir
autrement qu’avec des explosifs. Et
lorsque Lucky Luke, pour leur
faciliter la vie, les fait passer chez
le shérif afin qu’ils en deviennent
adjoints, Joe n’a qu’une phrase à
dire quand il est contraint d’épingler cet insigne sur son éternel
costume rayé jaune et noir de bagnard : «Ces étoiles déshonorent
l’uniforme que nous portons!» Aussi
bien, c’est une profession de foi. On
ne peut pas en faire un pervers
juste parce que, comme Gustave
Flaubert, ce rebelle estime que «les
honneurs déshonorent, le titre
dégrade, la fonction abrutit».
D’autant que, question abrutis, il
en connaît dans sa chair et son intellect un rayon plus large que ses
éternels contempteurs.
Pour sa défense, Joe Dalton pourrait aussi arguer que Morris et Goscinny ont poussé le vice un peu
loin. Qu’il soit le dernier ou le premier des cons, pourquoi pas si tel
est son destin. Mais, normalement,
entre crétins, on se comprend. Et
voilà qu’on lui flanque Rantanplan
dans les pattes. Le chien idiot se
met en tête que ce petit bonhomme
en costume à rayures l’adore et entreprend de lui sauter dans les bras,
tâche naturellement au-delà des capacités d’un tel animal. Joe, qui a la
haine et l’exaspération si faciles et
si farouches, n’aurait rien contre
martyriser un chien capable de
confondre Lucky Luke avec Jerry
Spring et un susucre avec une
pierre. Ç’aurait été si facile que le
petit bagnard disgracié ait un véritable ami sur cette planète inhospitalière. Mais non : le meilleur ami
du bagnard, le malheureux bagnard
est ainsi fait qu’à lui aussi il voue
une haine impuissante. •
LE WEEK-END PROCHAIN
LA MARQUISE DE MERTEUIL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
X u
ÉTÉ / LE P’TIT LIBÉ
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Pourquoi y a-t-il
beaucoup
de moustiques
l’été ?
Jeu n°1
Tous aux abris !
Lequel de ces animaux peut-on croiser
en été comme en hiver ?
la
to r
tue
la grenouille
la souris
DR
le moustique
a posé cette question au
P’tit Libé. Cet été, elle part
en Grèce en famille.
la chauvesouris
l’ours brun
nir nous enquiquiner ? «Pendant
l’hiver, les moustiques sont au repos, comme les marmottes. Les
grands se cachent dans des petits
coins dans les caves. Les bébés
moustiques, sous forme de larves,
restent dans l’eau, explique Gérard
Duvallet, entomologiste (c’est un
spécialiste des insectes) à Montpellier. Les moustiques commencent
à se réveiller doucement quand il
fait 15 degrés. Dès qu’il fait plus
de 20 degrés, ils sont en pleine
forme !» détaille-t-il.
IRIS,
8 ANS,
VANVES
(HAUTS-DESEINE)
T
ous les étés, c’est la même
chose: les moustiques font
leur grand retour. Ils nous
empêchent de dormir, nous
piquent et nous laissent des boutons qui nous démangent. Mais
pourquoi ces petites bestioles attendent-elles toujours l’été pour ve-
la marmotte
Pique et pique et gratte
Seules les femelles moustiques
nous piquent. Les mâles se nourrissent dans les plantes, mais les fe-
16
Réponse : la souris, tous les autres hibernent en hiver.
15
14
Jeu n°2
12
5
Points à relier
Relie les points
dans l’ordre
de 1 à 47
et découvre
le dessin caché.
17
13
4
3
46
1
47
6
11
7
2
45
44
18
25
19
8
43
42
41
9
20
22
10
23
21
28
29
24
26
27
30
40
39
31
32
33
38
34
37
36
35
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
melles ont besoin du sang qu’elles
aspirent en nous piquant pour
développer leurs œufs. «Après
chaque repas de sang, les femelles
moustiques pondent», raconte Gérard Duvallet. Les femelles moustiques sont malignes. Lorsqu’elles
nous piquent, elles nous injectent
un peu de leur salive. Cette salive
contient deux produits. Le premier
permet au sang de rester liquide,
pour qu’il soit plus facile à aspirer.
Le second endort notre peau pour
qu’on ne ressente pas la douleur, et
qu’on n’écrase pas tout de suite le
moustique. C’est la salive des moustiques qui nous fait des boutons.
La guerre contre les moustiques
Pour éloigner ces petites bêtes, il
existe quelques produits efficaces.
Mais beaucoup de nos astuces sont
en réalité peu utiles. Par exemple,
les parents recommandent souvent
d’éteindre les lampes. Certains
moustiques sont effectivement attirés par la lumière, mais pas tous. Gérard Duvallet explique que ce qui les
attire vraiment, c’est «la chaleur du
corps humain et les odeurs qu’il dégage». Le parfum fort de l’huile essentielle de citronnelle peut les masquer «mais ne sera pas efficace plus
de vingt minutes», prévient le spécialiste des insectes. Il alerte aussi
sur «toutes les choses vendues contre les moustiques qui ne marchent
u XI
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
pas, comme les bracelets ou les applications sur téléphone».
Il faut savoir aussi qu’il existe des
moustiques capables de transmettre de graves maladies comme le
paludisme, notamment dans certains pays d’Afrique. Les scientifiques et les médecins essayent de
trouver des solutions pour les affaiblir et protéger les humains. Cette
guerre contre les moustiques concerne surtout les plus dangereux.
Mais ceux qui ne font pas de mal ne
doivent pas être attaqués. «Les
moustiques sont aussi utiles !» insiste Gérard Duvallet. En effet,
beaucoup d’animaux, comme les
grenouilles, se régalent en mangeant des moustiques. Si ces insectes n’existaient plus, les grenouilles
risqueraient de mourir de faim et de
disparaître aussi. Il pourrait ensuite
y avoir de graves conséquences sur
les animaux qui mangent les grenouilles, et ainsi de suite. A méditer,
la prochaine fois qu’un moustique
nous empêche de dormir…
Jeu n°3
Aïe !
Quel moustique assoiffé de sang a piqué
P’tit Libé ? Démêle les fils pour le savoir.
a.
b.
c.
JULIETTE DELAGE
Jeux et illustrations CÉDRIC AUDINOT
Suis l’actu toute l’année
sur Leptitlibe.fr
et retrouve notre
magazine spécial été
chez ton marchand
de journaux ou
commande-le sur
Boutique.liberation.fr.
MA PIRE SEMAINE DE VACANCES
de NADIA COSTE (Castelmore, 9,90 €).
A partir de 9 ans.
Léa, qui se fait dévorer par n’importe quel moustique qui passe,
et Stéphane, ado apprenti journaliste, se lancent dans une
grande enquête pour découvrir pourquoi le monde animal est
soudainement détraqué. Un roman drôle et plein de suspense.
CONCOURS
POUR LES 6-14 ANS
Dessine la couverture du livre dont tu rêves
d’être l’auteur, avec ton nom, le titre du livre et
le nom de la maison d’édition. Sur une autre
feuille, écris un résumé de l’histoire (entre 5 et
10 lignes). Envoie ton œuvre, avec une autorisation de tes parents, avant le 29 septembre 2018
(23 h 59) par mail à leptitlibe@liberation.fr ou
par courrier : Le P’tit Libé, 2 rue du GénéralAlain-de-Boissieu, 75015 Paris. A gagner : des
abonnements au P’tit Libé, des sacs, des affiches
et des livres. Concours en partenariat avec le
Centre national du livre dans le cadre de l’événement
«Partir en livre». Règlement à lire sur http://bit.ly/LPLete18.
S
P’T ITE
LES
ZÉ ES
BR ON
Réponse : C
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
XII u
ÉTÉ / ZAKOUSKIS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
FOTOTECA. LEEMAGE
LES SAINTS
QUI
TOMBENT
SANS
CHEMISE,
SANS
PANTALON
1er août
Saint
Alphonse
Attention,
histoire lugubre mais fort
édifiante moralement pour
attaquer le mois d’août : celle
d’Alphonse, avocat de noble famille
napolitaine et promis à un brillant
avenir au XVIIIe siècle (eh oui, tous
les saints ne datent pas de l’Antiquité, regarde Bernadette). Dans sa
jeunesse, le Dupond-Moretti de son
époque (le gars ne perdait aucun
procès) menait une vie insouciante,
réunions mondaines, soirées de gala
avec musique, sorties au resto, etc.,
quand la douce voix de Dieu finit
par l’attraper alors qu’il était parti
pour conquérir le monde matériel.
Après avoir perdu un procès,
pourtant juste, contre des vilains
puissants pétés de thune –qui dirigent déjà le monde–, Alphonse lâche
l’affaire, démissionne et décide de se
consacrer aux pauvres des basfonds. Le voici au pied des statues de
la Vierge Marie, à fréquenter malades incurables et condamnés à mort.
Son nouveau combat ? Les damnés
de la Terre, la bataille contre le rigorisme et la fondation de la congrégation des rédemptoristes sous le patronage de saint François de Sales.
Tout ça l’occupe quelques décennies. Il devint prêtre puis évêque,
avant de revenir mourir parmi
les siens. A plus de 90 ans, quand
même.
EMMANUÈLE PEYRET
HISSEZ LES
COULEURS
Le jaune, terni par l’or
Pauvre jaune ! On pourrait croire
qu’il est la joie, le soleil, les tournesols et les cheveux de Johnny. Mais
il a une face cachée ou plutôt absorbée par l’or, qui en aspire toutes les
valeurs positives. Il est, depuis le
Moyen Age, éteint, triste, nuance de
l’automne et du déclin, vite transformé en symbole de la trahison, de
la tromperie, du mensonge. Le jaune
de l’étoile de 1942, le jaune cocu, les
traîtres vêtus de jaune en plus d’être
roux et gauchers. Seul le vin jaune a
bonne presse, semble-t-il.
E.P.
Tous à toiles !
Le Mercure de Jean de Bologne (1529-1608). PHOTO T. OLLIVIER. RMN-GP. MUSÉE DU LOUVRE
LES CULS CULTES DU LOUVRE
Mercure volant
de Jean de Bologne
Dans la galerie Michel-Ange du
musée du Louvre, des esclaves
de pierre n’en finissent plus
de mourir et un type s’envole
depuis 1574. Debout du bout
du pied gauche sur un nuage
soufflé par une grosse tête, la
jambe droite vers l’arrière et
le bras tendu vers le ciel, Mercure dessine un grand Y dans
l’espace.
Cette fusée légère saisie au moment de son décollage tient son
équilibre de sa paire de fesses,
cœur de réacteur ferme et musclé. Le reste est en mouvement.
LE POLAR
DU SAMEDI
Une nuit, au cœur d’une forêt de l’Etat de Géorgie, une
jeune femme apeurée
échappe in extremis à un
meurtre sauvage. Mue par
un instinct de survie, elle se
réfugie sur le territoire d’un
vieux fou qui vit en solitaire,
avec pour seule compagnie
un mannequin en chiffon incarnant son épouse disparue. L’homme s’attache à
Maya, que ses agresseurs
n’ont pas renoncé à poursuivre. Au fil des heures, il va
comprendre que la jeune
femme fait partie d’un vaste
Ce n’est plus un dieu qui vole,
c’est un jeune homme qui
danse en apesanteur.
La sculpture a ceci de supérieur
à la peinture qu’on peut en faire
le tour. Le Mercure de Jean Bologne (1529-1608) invite à une
balade autour de lui, histoire
d’en saisir toutes les courbes,
toutes les perspectives (dont
l’alignement des planètes du
côté droit : cuisse, fesse, dos,
bras, main jusqu’à l’index), tous
les jeux de reflets sur son corps
de bronze.
Dans son livre sur les Plus Belles fesses du Louvre (éditions
Séguier, 2013), le guide-conférencier Bruno de Baecque est
encore plus précis dans la promenade sur l’orbite de Mercure,
qu’il conseille aux curieux :
«Entre la fenêtre et l’œuvre, en
s’installant dans un des deux
coins, il est possible de jouer
visuellement avec la courbe des
fesses, du dos, et de la voûte de
la galerie, en exécutant un vaet-vient entre les deux premières
à l’aller et la troisième au retour.» Un parcours un peu compliqué d’apparence mais qui
permet à la chorégraphie astrale du Mercure de contaminer jusqu’aux murs, pourtant
bien épais, entre lesquels il est
conservé.
GUILLAUME LECAPLAIN
réseau de prostitution et
qu’elle a eu la malchance de
devenir la favorite du maire,
un homme tordu et corrompu dont elle connaît désormais tous les secrets ; c’est
pour cette raison qu’elle est
condamnée à mort. Le territoire du vieil homme va devenir un camp retranché où
tous les coups sont permis,
puis un champ de désolation
baigné de poudre et de sang.
Le vieux, pas si fou qu’il en a
l’air, est prêt à renoncer à
tout, y compris à la vie, pour
sauver Maya.
Ce polar haletant, écrit dans
la plus pure tradition américaine, mêle nature et sentiments sauvages, il met
en scène ce que l’Amérique
a de pire et de meilleur.
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
PETER FARRIS
LE DIABLE EN
PERSONNE
Gallmeister,
272 pp., 20,50 €.
Palais de Tokyo, le 5 mai. Et l’expo,
ça parlait de quoi ? Aucune idée. Ce
jour-là, ce sont les 161 visiteurs tout
nus face aux œuvres et aux installations qui font le buzz. On ne contrevient pas à l’article 222.32 du code
pénal – exhibition à la vue d’autrui
passible d’un an de prison et
15 000 euros d’amende –, la séance
se déroulait de 10 heures à midi,
hors des horaires publics. «C’était
marrant, l’organisation, se rappelle
Cédric Amato, président de l’Association pour le développement du
naturisme en France. Il y a eu rencontre, parce que nous cherchions un
lieu culturel pour monter un événement et le Palais de Tokyo nous a
contactés à ce moment-là. C’est un
lieu phare de la capitale. Il y a eu une
expo naturiste à Vienne et une autre
en Australie, mais avec beaucoup
moins d’écho.» Des hauts lieux culturels qui avaient dit non aux propositions avant le Palais de Tokyo changent aujourd’hui d’avis (comme de
chemise) : surprises àpoilistes prévues d’ici 2019. Voire avant.
E.P.
MOTS
À MOTS
«Voili voilou»
Il est aussi gonflant que le
«kikouuuu» pour dire bonjour ou le
cœur avec les doigts de «mon plus
beau rôle c’est maman». Déjà, posons-nous la question avec cet internaute : «Voili voilou ca s’écri [sic] attaché ou séparé ?» Je dirais plutôt
«séparé» mais bon, je suis pas linguiste depuis très longtemps. C’est
donc l’expression qui n’a aucun
sens : à la limite, on peut comprendre le «voilà» devenu «voili» : c’est
désopilant et ça témoigne d’une
grande maîtrise du détournement.
Mais le doubler d’un «voilou», pourquoi ? Hein, pourquoi ? Peut-on lui
trouver une origine un peu littéraire
avec le Coucou me revoilou de Polnareff ? Bon, enfin, écoutons cet autre
internaute qui conseille le linguiste
qui se demandait comment ça
s’écrit : «Si tu penses que ça existe
pour de vrai, cherche ds le dico.
A mon avis, tu seras dessus encore
demain.» Voili voilou.
E.P.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
SUMMER OF LOVERS /
ÉTÉ
u XIII
John Travolta
cramant le
dancefloor dans
la Fièvre du samedi
soir (1977). PHOTO
PARAMOUNT PICTURES
M
ais non, tu ne peux
pas avoir oublié Travolta avec sa chemise à
col rouge, bouffant une
pizza sur fond du cultissime «a-aa-a stay in euneu laiiiiiiiiiiive» des
Bee Gees qui, eux aussi, donnent
leur maximum.
La Fièvre du samedi soir, du réalisateur britannique John Badham,
va enflammer l’année 1977 –l’année
de l’explosion du punk, aussi –,
consacrer le disco, les Bee Gees, ainsi
qu’une certaine idée de l’élégance, et
pousser des millions d’innocents
dans le monde à rejouer l’improbable choré de Tony Manero.
Slop noir. Il faut revoir ce teaser
délicieux où Travolta retouche son
brushing, l’air inspiré comme s’il
lisait Schopenhauer en coréen,
chaussures rouges et pattes d’eph, se
trimbalant un pot de peinture, matant tous les culs qui passent, abordant comme un gros relou (à notre
époque, il se serait vite fait #MeTooisé), se remontant les couilles à pleines mains ou imitant Bruce Lee en
slop noir devant sa glace : rien que
ça, ça remonte le moral. Et l’impensable tenue pantalon moule-truc et
chemise imprimée vomi, hein? Et ce
déhanché de demi-dieu du disco,
dansant en boîte devant la foule en
délire, doigt pointé jusqu’au ciel hollywoodien et regard de loup ?
Quand on pense que ce phénomène
mondial repose sur un malentendu
ET TRAVOLTA
VIREVOLTA
En 1977, cheveu bouffant et déhanché foudroyant,
le cultissime ringard parvient, avec «la Fièvre
du samedi soir», à sublimer le disco
et à s’inscrire dans la légende.
et un article bidonné, c’est encore
mieux. Rappel des faits : en 1975,
le New York Magazine publie «Tribal
Rites of the New Saturday Night»
sous la plume du journaliste Nik
Cohn, qui évoque une nouvelle
mode transformant les jeunes des
classes popu en seigneurs des boîtes
de nuit chaque week-end – absolument n’importe quoi, en fait, reconnaîtra l’auteur plus tard. On peut
donc en déduire que la Fièvre du samedi soir n’a rien de sociologique à
l’origine, mais deviendra un phénomène social réel ensuite, la génération flinguée par la guerre du Vietnam «se reconnaissant dans ce kéké
de banlieue qui devient un héros», et
a réussi à sublimer le disco, comme
le dit le docu consacré au coco et diffusé sur Arte (lire ci-contre).
Rien que sur le tournage, c’est l’enfer, des milliers de fans envahissent
chaque jour les lieux, la production
balance de fausses infos pour les in-
duire en erreur et commence à tourner dès 5 heures du matin pour avoir
la paix. N’oublions pas aussi que la
profondeur du personnage est sans
doute due à la tragédie que vit Travolta pendant le tournage, à savoir
la mort de sa compagne, Diana Hyland, des suites d’un cancer fulgurant à 41 ans (il en a 23), qui l’a pas
mal ravagé. Détail plus rigolo cependant: on peut apercevoir sa mère et
sa sœur dans le film.
Fossettes. L’histoire commence
aussi avec les trois frères Gibb
(Barry, Robin et Maurice) – les Bee
Gees, épaulés par David Shire : ils
sont installés au château d’Hérouville (Val-d’Oise) pour travailler,
quand Robert Stigwood, le producteur australien qui est tombé sur
l’article de Cohn et lui a racheté les
droits pour un film, leur demande
de composer cinq chansons sans
avoir jamais lu le script: ce sera l’al-
bum Saturday Night Fever, récompensé par six Grammys et resté
vingt-quatre semaines en tête des
hits avec trois singles numéro 1 consécutifs. La BO la plus célèbre du
monde, mythique, qu’on connaît par
cœur et qui fait encore guincher les
quinquas en fin de soirée –et surtout
qui crève les ventes, avec 40 millions
d’exemplaires vendus.
Sachant que John Badham est totalement inexpérimenté et ne connaît
rien à New York (c’est Travolta qui
l’emmène se promener à travers
Brooklyn), le film est un miracle,
tout comme John Travolta est un
miraculé d’Hollywood, avec une longue traversée du désert et un comeback fulgurant: on le reverra dans les
années 90 avec l’oubliable Allô maman, ici bébé d’Amy Heckerling
(1989) et surtout Pulp Fiction
de Quentin Tarantino (1994). Un personnage à facettes et fossettes, ce
«Johnny», comme l’appelle sa famille, un poster de chambre d’ado en
costume blanc, qui est sorti de sa
banlieue new-yorkaise et a bouleversé la pop culture en un film, «le
prince des ringards», comme dit le
documentaire, mais aussi le prince
de la danse apprise grâce à sa mère
(Michael Jackson l’admirait et Truffaut en dit grand bien), scientologue
certes, mais reconnu par Fred Astaire comme son héritier, un personnage archétypal. Allez, stayin’
aliiiiiiiiiive cet été, hein.
EMMANUÈLE PEYRET
A VOIR
SUR ARTE
Passez un bel été sur Arte
avec Libération.
n Dimanche,
à partir de 20 h 50
Retrouvez deux films,
Love Is All You
Need (2012), une comédie
romantique de Susanne
Bier avec Pierce Brosnan,
suivi de la Fièvre du
samedi soir, avec
John Travolta.
n Sur arte.tv
En replay, la soirée John
Travolta avec le documentaire John Travolta,
le miraculé d’Hollywood,
de Clélia Cohen et
Antoine Coursat (2015),
et Briseurs de cœurs,
le documentaire d’André
Schäffer (2018).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
XIV u
ÉTÉ / PREMIER CHAPITRE
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
Chaque week-end, les premières pages d’un roman de la rentrée
«Les moments
où notre
existence tout
entière vibre»
Commençons par le commencement :
nous sommes dans Vesturbær,
le quartier Ouest de Reykjavík, au
début des années 50 du siècle dernier,
je vous expose l’origine du prénom
d’Ásta. Puis je ne maîtrise plus rien.
H
elga et Sigvaldi, les parents d’Ásta,
ont choisi son prénom avant sa
naissance, persuadés qu’ils auraient
une fille, ils l’ont trouvé dans Gens
indépendants, un livre de Halldór Laxness,
paru en 1934-1935. Ils ont lu ce roman pendant qu’Ásta grandissait et se développait
dans le ventre de sa mère, et la fin les a fait
pleurer. Même Sigvaldi a versé des larmes, lui
qui ne l’avait pas fait depuis l’enfance, et qui
s’en croyait désormais incapable. Tous deux
ont pleuré quand Bjartur, le père d’Ásta, la
prend dans ses bras, épuisée et presque
morte, pour continuer à monter avec elle sur
la lande impitoyable: «Cramponne-toi à mon
cou, ma petite fleur», dit Bjartur. «Oui, mur-
mure-t-elle. Toujours – jusqu’à mon dernier
souffle. Je suis ta fleur unique. La fleur de ta
vie. Et je ne vais pas mourir tout de suite.»
Bien sûr qu’ils ont pleuré. Ces lignes, la fin de
ce livre, auraient le pouvoir de faire pleurer
les pierres. On serait toutefois tenté de se demander si ce n’est pas par… insolence… qu’ils
lui ont donné le prénom d’un personnage de
roman certes très séduisant, mais qui a vécu
et péri dans l’ombre de son père où peu de
choses prospéraient en dehors de l’obstination, du malheur et de la cruauté qu’engendre
parfois l’incapacité qu’ont certains êtres de se
mettre à la place d’autrui. Je te baptise Ásta
parce qu’une autre Ásta a péri sur une lande
glaciale, en crachant du sang, sacrifiée sur
l’autel de son père.
La proposition venait de Sigvaldi. Helga a
d’abord hésité puis s’est rendu compte qu’en
retirant la dernière lettre du prénom, il reste
le mot ást qui signifie amour en islandais, et
elle a accepté. Leur choix n’était pas uniquement un hommage à la fascination qu’exerçait ce merveilleux livre et aux émotions puissantes qu’ils avaient ressenties en le lisant,
mais également, et sans doute tout autant, en
tout cas dans l’esprit de Helga, il était censé
Tellement excité qu’il ne
prend pas le temps d’ôter
son pantalon. Il s’est
contenté de le baisser à
mi-cuisses et il descend
dès qu’il se met à bouger,
quand il s’avance un peu
pour caler ses coudes sur
la table, leurs lèvres se
séparent, il respire fort,
il accélère, son pantalon
descend et Helga a cessé
de glousser. Elle soupire,
elle halète, elle ouvre
plus grand ses cuisses
pour mieux le sentir, elle
murmure, mon amour…
leur rappeler et signaler au monde à quel
point l’amour est toujours à portée de main.
La vie d’Ásta était née de l’amour et elle grandirait entourée d’amour.
Helga n’a pas encore 19 ans au moment où
Ásta est conçue, Sigvaldi est son aîné d’une
bonne dizaine d’années. La différence d’âge
n’est pas si importante, elle s’atténuera au fil
des ans. Au bout d’un certain temps, peu importe qu’on ait deux, dix, quinze voire
vingt ans de différence avec son conjoint. Cela
dit, une jeune femme d’à peine 19 ans n’est
pas au même stade de l’existence qu’un
homme qui en a 30.
Déjà parents d’une petite fille de sept mois,
ils occupent un logement en sous-sol tout à
fait confortable dans le quartier ouest de
Reykjavík. Ils espèrent avoir les moyens de
s’offrir un appartement au rez-de-chaussée
d’ici deux à quatre ans. Depuis quelques années, Sigvaldi travaille comme peintre en bâ-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
ÁSTA
JÓN KALMAN
STEFÁNSSON
Traduit de l’islandais par Eric Boury,
Grasset, 496 pp., 23 €.
«Il est impossible de raconter une histoire
sans s’égarer», écrit Stefánsson, l’auteur de
timent, c’est là une grande chance, il voudrait
exercer cette profession à temps plein, mais
il devra sans doute attendre le printemps
avant de pouvoir acheter les pinceaux, les
outils et les seaux nécessaires. L’Islande est
un pays encore archaïque, à strictement parler, elle est entrée dans le XXe siècle il y a tout
juste dix ans, la société n’a pas encore les
moyens de faire vivre une kyrielle de peintres
en bâtiment à longueur d’année, mais d’ici
peu, Sigvaldi pourra se consacrer exclusivement à cette activité. Jusque-là, il a dû également travailler en mer, gagner sa vie dans le
froid et l’humidité, une tâche éreintante. Courageux et robuste, c’est un ouvrier convoité.
Mais aucun bateau ne sort en ces premières
semaines de janvier où le hasard nous a jetés.
Les marins sont en grève. Une grève acharnée
qui dure depuis dix jours au moment où
Helga s’allonge sur la table de la cuisine
qu’elle vient de débarrasser des restes du dîner, en gloussant comme une gamine, sa jupe
remontée, sa culotte par terre, elle sent
Sigvaldi bouger en elle.
Tellement excité qu’il ne prend pas le temps
d’ôter son pantalon. Il s’est contenté de le
baisser à mi-cuisses et il descend dès qu’il se
met à bouger, quand il s’avance un peu pour
caler ses coudes sur la table, leurs lèvres se séparent, il respire fort, il accélère, son pantalon
descend et Helga a cessé de glousser. Elle soupire, elle halète, elle ouvre plus grand ses cuisses pour mieux le sentir, elle murmure, mon
amour, mon amour… regarde son mari, ses
dents blanches, puis se cabre sur la table et lui
chuchote à l’oreille d’une voix rauque,
prends-moi, sois grossier. Elle sait que ça l’excite, elle sait que ça le rend fou, sois grossier…
et la table de la cuisine tremble quand il commence à s’enflammer, évacuant la torpeur des
jours passés.
L’oisiveté ne lui a jamais réussi. Des mains qui
manquent d’occupation sont évidemment
inutiles, autant les mettre à la poubelle.
C’est une grève acharnée. Les marins réclament de meilleurs salaires, les socialistes organisent une assemblée générale d’ici une
heure dans la salle de réunion de la Coopérative laitière située au numéro 162, rue Laugavegur – Sigvaldi prend sa femme avec une
telle fougue, une telle brutalité, que la table
menace de se disloquer. Cette table massive
et solide qu’il a fabriquée il y a deux ans au
moment où ils ont emménagé.
Helga parvient à libérer sa poitrine généreuse
et gorgée de lait, elle lui attrape la main droite
et la mord, la mord vigoureusement, il se penche sur elle en murmurant constamment les
mêmes mots qu’elle ne comprend qu’après
qu’il les a prononcés au moins cinq fois :
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds
(Gallimard, 2015), qui slalome entre
les époques pour notre perdition.
Sigvaldi et sa femme Helga conçoivent leur
seconde fille, Ásta, et au même instant,
trente ans plus tard, Sigvaldi tombé de
l’échelle voit sa vie défiler, comme il est
d’usage en pareille circonstance. Mais
l’écrivain islandais, en matière d’usages, et de
t’aime t’aime t’aime t’aime t’aime. Et ça la surprend car ces mots-là, il ne les dit jamais, il
n’est pas comme ça, on dirait qu’ils lui font
peur ou qu’ils l’intimident, elle est tellement
surprise que les larmes lui montent aux yeux,
elle plaque la tête de son mari tout contre sa
poitrine et se détourne pour qu’il ne voie pas
ses yeux embués, elle regarde ailleurs, par la
fenêtre de la cuisine, plonge ses yeux dans le
noir de la nuit, dans cet univers où quelqu’un
répète le discours qu’il prononcera d’ici une
heure dans la salle de réunion de la Coopérative laitière.
A n’en pas douter, des propos très durs seront
tenus à l’égard du gouvernement et du
capital.
Sigvaldi se débarrasse de son pantalon en un
coup de pied, sans sortir de Helga. Il avait
pensé aller à cette assemblée, mais la passion
qui l’anime toujours dans ce domaine, dans
cette grève, dans cette bataille contre le capital, n’a désormais plus aucune importance :
il agrippe Helga, la soulève et l’emmène jusqu’à la chambre. Elle lui ceint la taille de ses
jambes graciles. Sigvaldi a perdu sa chaussette droite en ôtant son pantalon, le sol glacé
lui saisit la plante du pied. Dehors, il gèle à
pierre fendre, aussi bien entre les maisons de
Reykjavík que dans le vaste monde où le froid
qui s’est installé entre les Etats-Unis et
l’Union soviétique fige la vie de millions de
gens. Sigvaldi allonge doucement sa femme
sur le lit, si doucement qu’on pourrait croire
qu’elle est en porcelaine, son membre glisse
à l’extérieur, mais elle se dépêche de le guider
pour qu’il entre à nouveau en elle, les lèvres
se cherchent dans la pénombre, les langues
s’entremêlent et Sigvaldi se remet à bouger en
elle, il bouge doucement, il ne veut pas jouir
tout de suite. Bien sûr qu’il doit bouger doucement afin de prolonger son séjour au sein de
ces délices car la vie de l’homme est si courte,
en soi, elle n’est pas plus longue que l’espace
qui sépare le jour de la nuit. Voilà pourquoi
nous devons faire durer pleinement et entièrement les moments où notre existence tout
entière vibre. Où elle s’approfondit au point,
parfois, de devenir bonheur.
Pas beaucoup plus longue que l’espace qui sépare le jour de la nuit.
u XV
circonstances, procède comme personne :
son imagination est en soi une bourrasque.
Des enfants s’aiment dans une ferme où une
vieille dame bat la campagne. Une mère
abandonne ses petits. Il est question de
poésie et de livres comme du pain quotidien.
L’amour et le sexe mènent le monde,
et notamment la vie d’Ásta. Pour le bonheur,
on court toujours. Cl.D.
Comment a-t-il pu
tomber, quelle
maladresse! Il faut qu’il
se remette debout,
ces fenêtres ne vont pas
se peindre toutes seules.
Je vais d’abord me
reposer un peu,
marmonne-t-il. Il ferme
les yeux puis les rouvre
l’instant d’après. Mieux
vaut les garder ouverts,
la situation est suspecte.
D’ailleurs, c’est assez étrange. Quand on désire puissamment quelque chose, l’attente
jusqu’au lendemain, jusqu’à la semaine ou au
mois suivants est interminable, au point que
la vie semble presque immobile, tel un dinosaure qui bat à grand-peine des paupières.
Sigvaldi ralentit. Il goûte ce moment dans le
ventre de Helga, il aime l’entendre soupirer,
suffoquer, gémir. Il aime retirer lentement
son membre, le retirer presque entièrement
puis entrer à nouveau, doucement, il aime
sentir cette douceur avec laquelle il la
pénètre, et Helga soupire. Helga, la femme
qu’il aime, celle qui est si belle si belle si belle
– quelle raison aurait-il donc de se presser ?
Car c’est inéluctable. Aucune religion ne
saurait l’empêcher, les prières les plus ferventes seraient inutiles –le dinosaure bat des
paupières.
Et trente ans plus tard, Sigvaldi tend un peu
trop loin le bras avec son pinceau sur son
échelle, il perd l’équilibre et en quelques secondes, son corps s’abat sur le trottoir.
Pourquoi faut-il que ce soit si bon
– puis le téléphone sonne.
Ce trottoir est dur et froid, là-haut, il y a le ciel,
aussi insouciant et débordant d’été que l’instant d’avant, le ciel qui semble indifférent au
sort de Sigvaldi allongé, désemparé, comme
s’il n’avait à ses yeux aucune importance bien
qu’ils voyagent ensemble depuis plus de
soixante ans. Il pourrait au moins l’aider à se
relever, car la chute qu’il vient de faire est impressionnante, l’échelle atteint le premier
étage de ce bâtiment où il repeignait les fenê-
tres sous un soleil radieux. Comment a-t-il pu
tomber, quelle maladresse! Il faut qu’il se remette debout, ces fenêtres ne vont pas se
peindre toutes seules. Je vais d’abord me reposer un peu, marmonne-t-il. Il ferme les
yeux puis les rouvre l’instant d’après. Mieux
vaut les garder ouverts, la situation est suspecte, le ciel semble manigancer quelque
chose, mieux vaut se méfier. Pourtant, Sigvaldi ferme à nouveau les yeux, il ne peut s’en
empêcher. Il ferme les yeux et tout à coup, le
revoilà petit garçon, il dévale à toutes jambes
la rue Vesturgata à Reykjavík avec deux copains. Il est incapable de se rappeler pourquoi
ils courent si vite, mais il se souvient de la joie
de vivre intense, de cette déferlante qui les
porte. Tous trois rient aux éclats. Sigvaldi
ouvre les yeux, il sourit au ciel d’un bleu lointain. Ses paupières se ferment.
Et son père se met à gémir.
Nuit à Reykjavík, un demi-siècle plus tôt.
Les gémissements et les cris de douleur les
maintiennent éveillés toute la nuit: Sigvaldi,
sa mère et ses deux sœurs. Seul son frère cadet âgé de 6 ou 7 ans parvient à trouver le
sommeil, mais seulement après avoir rejoint
Sigvaldi dans son lit où, apeuré et en larmes,
il s’est blotti contre son grand frère.
Qui pose son bras gauche autour de son
épaule, murmure quelques mots rassurants,
chantonne quelques berceuses à mi-voix,
apaisant graduellement ses sanglots. Le petit
s’endort, épuisé, le visage collé au cou de Sigvaldi. Mon pauvre petit, mon chéri, murmuret-il, tellement heureux de sentir ce petit corps,
sa chaleur, les battements de son cœur, qu’il
en a les larmes aux yeux et qu’il le serre contre
lui un peu plus fort encore. C’est telle- ment
bon de sentir la vie quand la mort est si proche. La nuit passe. Sigvaldi serre son frère endormi tandis que leur père hurle de douleur,
la morphine a cessé de le soulager, sa mère et
sa sœur sont assises, désemparées, épuisées
auprès de cet homme mourant… qui hurle
jusqu’au matin, hurle jusqu’à ce que la mort
le prenne en pitié et vienne le délivrer. •
LE WEEK-END PROCHAIN
LE GUETTEUR de CHRISTOPHE BOLTANSKI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
XVI u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u XVII
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
XVIII u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u XIX
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
XX u
Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Juillet 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
C’est pas du gâteau
Par MARGAUX LACROUX
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération, version
papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER AU…
Monopoly Tout acheter
et rester en prison
A priori, plus
personne ne
joue encore à
ce jeu vu et
revu, mais,
sait-on jamais.
Au bout
du troisième
jour de pluie
en vacances à Quiberon, il est possible
qu’un pervers ait cette idée saugrenue : «Si on faisait une partie de Monopoly ?» Pour éviter que ça ne dure des
heures, il faut partir vite et fort. Achetez tout ce que vous pouvez, même si,
de prime abord, cela n’est pas intéres-
sant. De préférence, il faut privilégier
les cases orange, rouges et vertes qui
sont les plus fréquentées, et essayer
d’avoir les trois d’une même couleur
pour pouvoir construire des hôtels.
Soyez durs avec vos adversaires au
moment des échanges et n’hésitez pas
à bloquer les transactions, quitte à
passer pour le gros lourd.
Une fois que tout a été vendu, passez le
plus de temps possible en prison, c’est
l’endroit le plus sûr. La triche, évidemment, est une bonne option, même si,
pour moi, elle est compliquée. Je n’ai
plus le droit de tenir la banque depuis
que mon frère a décrété que j’étais
«plus malhonnête qu’un trader de
Goldman Sachs». Calomnie.
QUENTIN GIRARD
2
Le Paris-Brest, pâte à chou
fourrée à la crème pralinée,
a été créé à Paris pour…
A L’inauguration du chemin de fer
Paris-Brest.
B La course cycliste Paris-Brest-Paris.
C Le mariage du pâtissier avec
une Brestoise.
D La finale de la Coupe de France 1910.
3
A qui doit-on
la pêche Melba, dessert
créé en 1894 ?
A A un natif de Melbourne, de retour
d’un voyage en Chine, pays de la pêche.
B A un pâtissier français admirateur
de la cantatrice australienne Nellie Melba.
C A un McDo de la ville de Melba,
dans l’Etat de l’Idaho aux Etats-Unis.
D A Melba Moore, chanteuse soul
américaine, qui fut pâtissière à ses débuts.
4
Nous devons le baba au rhum
au beau-père de Louis XV,
Stanislas Leszczynski. Trouvant
le kougelhopf un peu sec, il l’imbiba
d’alcool. Mais d’où vient le terme
«baba»?
A De «B.a.-ba», car il avait l’habitude
de tout tremper dans l’alcool.
B De «Baba», le surnom de Béatrice,
sa fille aînée.
C D’Ali Baba car il était en train de lire
les Contes des Mille et Une Nuits.
5
Comment s’appelait l’éclair
avant 1850, pâte à choux
en forme de doigt?
A Pain long.
B Pain des amantes.
C Pain à la duchesse.
D Pain effilé.
6
Le saint-honoré a été inventé
à Paris par le pâtissier Chiboust
et tient son nom de…
A Sa pâtisserie était rue Saint-Honoré.
B Le pâtissier était originaire du village
de Saint-Honoré, en Isère.
C Sa boutique était en face de l’église
Saint-Honoré-d’Eylau à Paris.
D La recette est dédiée à saint Honoré,
patron des boulangers.
7
Pour qui la charlotte, boudoirs
et crème bavaroise, a-t-elle été
inventée vers 1800?
A Pour la reine Charlotte (épouse de
George III), reine d’Angleterre.
B En hommage à Charlotte Corday,
l’assassin de Marat.
C Pour Sophie-Charlotte en Bavière,
sœur de Sissi.
8
Quelle est l’origine
du financier, biscuit
en pâte d’amande?
A La recette a été mise au point par un
financier reconverti en pâtissier.
B Un pâtissier avait remplacé la farine
par de la poudre d’amande (moins chère
à l’époque).
C Un boulanger installé près de la Bourse
a inventé un gâteau pour que les financiers
ne se salissent pas les doigts.
Réponses :
1.A; 2.B; 3.B; 4.C; 5.B; 6.A ; 7.A; 8.C.
1
La pavlova, meringue surmontée de
crème et de fruits, a été créée pour
Anna Pavlova dans les années 20.
Quel était son métier ?
A Ballerine.
B Cantatrice.
C Actrice.
D Acrobate.
LES 7
ÉCARTS
Redécouvrez une archive
2017-2018 de Willem et
retrouvez les différences
SOLUTION D’HIER
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
0
Размер файла
26 161 Кб
Теги
liberation, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа