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Libération - 30 07 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 30 JUILLET 2018
www.liberation.fr
CLIMAT
DES LENDEMAINS
QUI BRÛLENT
De la Californie au Japon en passant
par la Suède ou la France, les vagues
de chaleur extrême se multiplient,
avec des conséquences directes et
de plus en plus dramatiques sur
l’environnement et la santé.
PAGES 2-5
ÉTÉ
MARGUERITE BORNHAUSER
En Californie, vendredi. L’Etat est en proie à de gigantesques incendies qui ont déja fait six morts. PHOTO HECTOR AMEZCUA. THE SACRAMENTO BEE. AP
2,00 € Première édition. No 11561
J’ai testé
un concert
de Lorie
en 2018
ET AUSSI NOS SÉRIES, LA BD,
DES JEUX... 8 PAGES CENTRALES
Julien Dray
Benalla ou
«les dérives
viriles»
du pouvoir
macronien
Tour de
France
La Grande
Boucle
en fin
de cycle ?
INTERVIEW ET DÉCRYPTAGE, PAGES 10-12
PAGES 14-16
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Un pic historique de 52,9°C a été
enregistré le 24 juillet dans la
vallée de la Mort, dans cette
Californie qui lutte depuis une
semaine contre des incendies
dévastateurs. Au Japon, où Kyoto
a connu un record de chaleur
à 39,8°C le 19 juillet, les habitants
étaient presque heureux ce weekend de voir arriver un typhon
pour faire baisser le thermomètre. Au même moment, la température nocturne n’est pas descendue sous 25,2°C au bord de la
mer de Barents, du jamais vu en
Scandinavie, elle aussi en train
de se battre contre les flammes.
Canicule française la semaine
dernière. La verte Albion qui
attend désespérément la pluie
depuis fin mai. Des incendies
meurtriers en Grèce. On continue ? Pas la peine pour assurer
sans prendre beaucoup de risque
Libération Lundi 30 Juillet 2018
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Urgence
que 2018 montera probablement
sur le podium des années les plus
chaudes, et confirmera que changement climatique rime bien
avec réchauffement de la
planète. Rien de nouveau sous le
soleil, donc ? Si : la mort. Les pics
de chaleur enregistrés à travers la
planète ces dernières semaines
ont coûté la vie à des dizaines de
personnes au Japon, à des centaines en Inde. Au Sahel, des tempé-
ratures létales ont été enregistrées au printemps. Un rapport
vient d’établir qu’il pourrait
y avoir 7 000 morts par an
au Royaume-Uni à cause de la
chaleur d’ici 2050. Comment
mieux résumer que l’homme est
en train de scier la branche de vie
sur laquelle il est assis ? Comment mieux pointer l’urgence à
tout mettre en œuvre pour, non
pas inverser la tendance, plus
personne n’y croit, mais limiter le
réchauffement climatique ? La
conférence de Paris en 2015 avait
donné le sentiment, enfin, d’une
vraie prise de conscience. L’arrivée de Donald Trump à la Maison
Blanche a malheureusement
douché cet espoir. Il est à craindre que les incendies qui sévissent en Californie n’ouvrent pas
les yeux du président américain.
Et c’est désespérant. •
La vie dans
un monde
trop chaud
Par
Plus fréquentes et
intenses, les vagues
de canicule font
sentir leur impact
sur la santé et
l’environnement.
Cette année, c’est
tout l’hémisphère
Nord qui passe
un été hors-norme,
entraînant décès
et hospitalisations.
AURORE COULAUD
et AUDE MASSIOT
A
Qurayyat, ville aride du sultanat
d’Oman, la température n’est pas descendue en dessous de 42,6°C entre
le 25 et le 26 juin. Sur toute une journée,
aucun point de la planète n’a jamais connu
une telle température. Cet épisode extrême
n’est que la pointe émergée de l’iceberg de records de chaleur observés à travers le monde
depuis le début de l’année. Ils ont causé plus
de 70 morts au Canada et encore davantage
au Japon (lire page 3). En Californie, des incendies gigantesques dus à la sécheresse intense font rage et ont tué six personnes depuis le début du mois.
«Il y a une très grande cohérence entre les prédictions de l’évolution du changement climatique et les observations de terrain, affirme
Robert Vautard, climatologue au Laboratoire
des sciences du climat et de l’environnement
du CNRS. En Europe, le réchauffement est
Kineta, près d’Athènes, le 24 juillet. PHOTO VALÉRIE GACHE. AFP
Vague de chaleur à Karachi, au Pakistan, le 29 mai. PHOTO RIZWAN
même plus rapide que prévu. Dans les prochaines décennies, les vagues de chaleur vont se
multiplier et s’intensifier partout sur la planète.» Les années 2016, 2015, 2017 et 2014 ont
été, dans cet ordre, les plus chaudes jamais
enregistrées. 2018 pourrait bientôt se placer
en haut de la liste, selon l’Organisation météorologique mondiale.
Face à ce scénario, les pouvoirs publics commencent à s’inquiéter des impacts sur la santé
humaine, alors que de nombreux pays ne
sont pas armés pour protéger leur population. Le 26 juillet, des parlementaires britanniques ont alerté, dans un rapport, que la
chaleur pourrait causer 7 000 morts par an
d’ici 2050 si le gouvernement n’adaptait pas
les infrastructures du pays. Dans le Sahel, la
saison sèche (au printemps) a vu les températures atteindre des niveaux presque mortels.
Le chercheur-climatologue François-Marie
Bréon précise que «la durée est aussi importante que la température elle-même» car elle
favorise le risque de mortalité pour les personnes vulnérables.
Une étude scientifique publiée en 2017 dans
la revue Nature concluait qu’actuellement,
près de 30% de la population mondiale est exposée, au moins 20 jours par an, à des températures et de l’humidité au-delà du seuil létal.
Pour 2100, ce pourcentage s’élèverait à environ 48% si on réduit drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES), et à 74% si
ces dernières continuent d’augmenter (ce qui
est en train d’arriver). Sous l’effet conjugué
d’une forte humidité et d’une température de
plus de 35°C, le corps humain ne peut plus se
refroidir par la transpiration.
CHIKUNGUNYA
«La chaleur affecte aussi la qualité et la quantité d’eau et de nourriture disponible pour les
communautés qui vivent dans ces circonstances climatiques extrêmes pendant très longtemps, décrit Shubhayu Saha, professeur à
l’université Emory à Atlanta, spécialiste des
impacts du changement climatique sur la
santé publique. La sécheresse provoque des
incendies qui dégagent des Suite page 4
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
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Korskrogen, dans le centre de la Suède, le 25 juillet. PHOTO JONATHAN NACKSTRAND. AFP
u 3
canicule a presque fait taire les cigales dont
le chant puissant engloutit la ville en cette
saison. Le 119, le numéro d’urgence, n’a jamais
autant retenti. «Nous avons reçu plus de
300 appels par jour contre 230 en moyenne,
détaille Shoichi Katsuda. Nous totalisons
993 interventions depuis janvier, soit déjà plus
que toute l’année dernière (730)! Kyoto ne déplore toutefois qu’une seule victime, une femme
de 70 ans retrouvée morte à son domicile.» Un
bilan modéré par rapport à Tokyo ou Osaka,
où les décès se comptent par dizaines.
L’ancienne capitale impériale était peut-être
mieux préparée à affronter cette touffeur. Entourée de montagnes, située dans une cuvette
qu’aucun vent ne vient balayer, elle a toujours
été réputée pour ses étés brûlants. «Avec le
fort taux d’humidité, les peaux dégoulinent en
permanence mais les corps ne transpirent pas,
ce qui les empêche de se rafraîchir. A température égale, la chaleur ressentie y est supérieure
à celle des autres villes», souligne Yoshihiro
Yamahata. L’air conditionné est partout, dans
les lieux publics, les transports, les maisons.
«Mais les personnes âgées rechignent à l’utiliser, reprend Shoichi Katsuda. Pour faire des
économies ou parce qu’elles n’aiment pas les
courants d’air froid, elles préfèrent le ventilateur.» Résultat : la majeure partie des interventions concerne les plus de 65 ans.
Aux urgences, le calme est de mise. Les caprices du mercure n’auront pas raison du sens de
l’ordre nippon. Mais une discussion avec les
médecins laisse entendre l’exceptionnel. «J’ai
reçu six patients la semaine dernière à cause
de la chaleur, raconte Yoshihiro Yamahata.
Deux manœuvres travaillant en extérieur qui
ont fait de l’hyperthermie, deux lycéens faisant
du sport après l’école, avec maux de tête, nausée et évanouissement, et deux touristes japonais qui ont beaucoup marché et étaient déshydratés. Tous sont repartis, seule une
personne âgée, qui n’avait pas mis l’air conditionné, est encore dans un état très grave.»
L’urgentiste souffle, refuse d’en dire plus.
Incendie. En 2020, les Jeux olympiques de
Tokyo auront lieu à cette période. Les organisateurs des épreuves, prévues du 24 juillet
au 9 août, en ont conscience et planchent sur
la question. Le marathon débutera par exemple dès 7 heures et devrait bénéficier de
brumisateurs mobiles le long du parcours. Le
Premier ministre, Shinzo Abe, a même évoqué vendredi l’idée de mettre en place une
«heure d’été» durant les Jeux pour s’adapter
aux chaleurs extrêmes.
Les touristes étrangers, très nombreux à Kyoto,
se laissent aussi surprendre. Un vacancier
TABASSUM. AFP
Lors des inondations en pleine canicule à Kurashiki, au Japon, le 14 juillet. PHOTO ISSEI KATO. REUTERS
français d’une soixantaine d’années, qui voyageait en couple, a vu ses jours mis en danger
à cause d’un coup de chaleur. «Les médeJapon vient de subir une vacins m’ont d’abord dit qu’il ne passeRUSSIE
gue de chaleur sans précérait pas l’heure, raconte l’îlotier
dent, qui a fait plus de
Jean-Jacques Truchot, qui les
80 morts et entraîné
a aidés à communiquer. Il
22000 hospitalisations. Il a
devrait finalement pouvoir
CORÉE
fallu attendre que le tyrentrer chez lui.»
DU NORD
JAPON
phon numéro 12 traverse le
Pompiers, ambulanciers
CORÉE
pays ce week-end pour que
et urgentistes avouent une
DU SUD Kyoto
Tokyo
les températures baissent.
légère fatigue, car les ca«Nous n’avions pas vu cela
tastrophes
naturelles s’enOsaka
depuis les premiers relevés,
chaînent depuis juin. Un fort
Océan
Pacifique
en 1881», dit Shoichi Katsuda,
tremblement de terre, des
250
km
au QG des catastrophes naturelles
pluies diluviennes, une vague de
de Kyoto. Le capitaine des pompiers
chaleur… Samedi soir, au milieu des
dévoile ses chiffres. Une douzaine de jours à maisons traditionnelles en bois de Kyoto, une
plus de 38°C et un record à 39,8°C le 19 juillet. quarantaine de camions de pompiers et des
A l’échelle de l’Archipel, le score est de 41,1°C à hélicoptères ont été mobilisés plusieurs heuKumagaya, au nord de Tokyo.
res. Un violent incendie a fait un mort et emester
dehors
est
pénible.
Un
soleil
de
porté une douzaine de bâtisses. Les habitants
La chaleur record dans
plomb écrase les corps, l’air semble Touffeur. «Il fait d’habitude 32°C environ et de Kyoto attendaient le souffle et l’averse d’un
l’Archipel y a tué plus
manquer. Les femmes sont munies les nuits sont plus fraîches, ce qui permet de se typhon, c’est un nouvel épisode brûlant qui
de 80 personnes. A Kyoto, d’ombrelles et de longs gants noirs, les hom- reposer», ajoute le médecin urgentiste Yoshi- les a surpris dans la nuit.
plus habitué à la canicule, les mes s’enroulent une serviette autour du cou hiro Yamahata, de l’hôpital universitaire de
RAFAËLE BRILLAUD
secours ont aussi été éprouvés. avec laquelle ils s’épongent régulièrement. Le la préfecture de Kyoto. Signe révélateur, cette
Correspondante à Kyoto
Au Japon,
un typhon pour
tout répit face
à la canicule
R
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4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 2 fumées toxiques pour
l’homme et les animaux.»
Le dérèglement climatique a aussi des effets
de long terme sur la santé, mais qui restent
encore peu étudiés. Selon l’Association américaine de psychiatrie (APA), l’exposition à
de hautes températures est associée à un
accroissement de la consommation d’alcool
pour lutter contre le stress et à une hausse
des admissions dans les hôpitaux et aux
urgences des personnes souffrant de troubles
mentaux et psychiatriques, ainsi que du nombre de suicides. «On a découvert un lien entre
les événements météorologiques extrêmes et
une augmentation des comportements agressifs et de la violence domestique», décrit l’APA.
«Le désagrément causé par une température
trop chaude ou trop froide touche notre système immunitaire, lui-même lié au mental»,
rappelle le Pr Emmanuel Rusch, médecin de
santé publique au CHU de Tours.
Autre conséquence : la transformation des
possibilités de transmission des maladies infectieuses. «Les écosystèmes changent, la répartition des insectes aussi, souligne le spécialiste. Il y a dix ans, en Indre-et-Loire, il n’était
pas possible d’imaginer la transmission de
maladies infectieuses comme le chikungunya
véhiculé par le moustique tigre. Aujourd’hui,
c’est différent.» Marie Carrega, adjointe au
secrétaire général de l’Observatoire national
sur les effets du réchauffement climatique
(Onerc), confirme: «On s’attend à une remontée des maladies qu’on n’avait plus l’habitude
de voir en Europe.» C’est aussi ce que prédit
une étude de la revue scientifique britannique Scientific Reports parue l’an dernier et
selon laquelle plus de 63% de 157 agents pathogènes ou maladies (concernant l’homme
et l’animal) sont liées au moins à un facteur
climatique et pourraient donc évoluer sous
l’effet du réchauffement.
Chaleur est aussi synonyme de pollution de
l’air. De la frontière nord de la France à la vallée du Rhône en passant par Paris, l’épisode
de canicule de la semaine dernière s’est accompagné d’une hausse des concentrations
en polluants atmosphériques. «La pollution
à l’ozone [qui prend la forme du smog, ndlr]
se produit de manière concomitante avec la
hausse des températures, affirme Robert Vautard. L’air chaud circule lentement et s’alimente en pollution à son passage au-dessus des
régions industrielles et au fort trafic routier.»
Respirer beaucoup d’ozone peut provoquer
crises d’asthme, encombrements des bronches et irritations oculaires.
Est-on prêt à faire face à ces menaces ?
«En France, il a fallu attendre la canicule
de 2003 pour développer un plan de prévention et d’adaptation efficace, souligne le chercheur. Il n’est basé que sur les observations,
pas sur les prévisions climatiques établies
par les scientifiques.» Aux Etats-Unis, plus
de 130 groupes de protection des travailleurs
ont déposé, le 17 juillet, une requête auprès de
l’administration Trump pour l’élaboration
d’un plan pour les personnes travaillant en
extérieur. La série de canicules de cet été a
déjà provoqué la mort de plusieurs personnes, notamment des agriculteurs.
«Il y a dix ans,
en Indre-et-Loire, il n’était
pas possible d’imaginer
la transmission de
maladies comme le
chikungunya. C’est
différent aujourd’hui.»
Emmanuel Rusch
Médecin au CHU de Tours
Libération Lundi 30 Juillet 2018
Les records de température entre le 1 er et le 24 juillet 2018
-3
-1
40,5° Tbilissi
36,6° Montréal
-2
4 juillet
2 juillet
Mc Tavish
CANADA
+2
GEORGIE
0
52,9° Furnace Creek
-2
24 juillet
AFGHANISTAN
ALGÉRIE
Vallée de la Mort Californie
AZERBAÏDJAN
ARMÉNIE
E.A.U.
OMAN
42,4° Erevan
+1
48,9° Chino
12 juillet
6 juillet
51,3° Ouargla
0
Record
de température
pour l’agglomération
de Los Angeles.
5 juillet
-1
-2
0
Record de
température
pour l’Afrique.
Précédent record
50,6°
à In Salah
en 2002.
0
+1
+2
0
-1
+2 +3
-3
Selon l’Organisation internationale du travail,
les chaleurs extrêmes pourraient conduire à
des pertes de productivité au travail équivalentes à 2000 milliards de dollars à l’échelle
mondiale. Car «notre activité économique tout
comme notre bien-être dépendent du climat»,
rappelle François-Marie Bréon. En France, le
code du travail, par exemple, prévoit pour les
travailleurs du BTP la mise à disposition de
lieux de repos, mais aussi «de l’eau potable et
fraîche, à raison de trois litres au moins par
jour et par travailleur» et même «l’arrêt du
travail en cas d’intempéries». Mais on est
encore loin des bons réflexes de l’Espagne
et du Portugal, qui décalent leurs horaires
à cause de la chaleur.
OCÉAN SATURÉ DE CHALEUR
Les hommes ne sont pas les seuls touchés.
Animaux et végétaux sont aussi bouleversés
par la fournaise. En France, certains oiseaux
et arbres ont débuté leur ascension vers des
altitudes plus fraîches, mais risquent d’être
coincés par les hauteurs dans les prochaines
décennies. Plus alarmant encore: les océans
captent 93% de la chaleur liée aux émissions
de GES. «Ce réchauffement des eaux entraîne
la fonte des glaces aux niveaux des pôles et la
montée du niveau des mers, développe Françoise Gaill, coordinatrice du conseil scientifique de la plateforme Océan et Climat. Il participe à leur acidification, ce qui a de graves
impacts sur certaines espèces marines, notamment les mollusques et les coraux.» Des populations de poissons ont déjà commencé à migrer vers le nord pour éviter de cuire. «Nous
savons que l’océan a une limite de chaleur qu’il
peut capturer, mais nous ne la connaissons pas
encore, reprend la chercheuse. Atteindre
ce seuil de saturation aura des conséquences
dramatiques pour tous les écosystèmes, les
humains y compris.» •
-2
-2
-1
La Suède
dans l’œil de
l’anticyclone
Entre les incendies et
la sécheresse, le pays
scandinave est confronté
à une crise inédite sous
ces latitudes et lourde
de conséquences
économiques.
«L
e risque d’incendie va atteindre des niveaux extrêmes cette
semaine, alertait le 23 juillet le
MSB, l’agence suédoise chargée de la
protection civile. La situation est très
grave. Si vous causez un feu, vous pourrez
être tenu responsable.» Le pays de Scandinavie se bat depuis plusieurs semaines
contre de gigantesques feux de forêt que
les autorités peinent à contrôler et à
éteindre. Le 17 juillet, le gouvernement,
dépassé par la situation, a même appelé
le continent à l’aide. La Commission
européenne a immédiatement réagi
et s’est félicitée, cinq jours plus tard,
d’avoir «acheminé un niveau record de
soutien pour aider la Suède». Malgré
cela, l’embrasement se poursuit. Dans
la région d’Alvdalen, dans le centre du
pays, un incendie dure depuis quatorze
jours et se développe dans une zone
d’entraînement militaire où se trouvent
des obus actifs. Mercredi, l’armée a tenté
le tout pour le tout en bombardant
une autre partie de la zone pour que
le souffle de l’explosion affaiblisse les
flammes. Le 23 juillet, 25 000 hectares
avaient brûlé dans ce pays qui n’avait
pas vu de telles destructions depuis quarante-cinq ans.
La Suède n’est pas le seul pays concerné.
Cette sécheresse historique touche toute
la Scandinavie où elle provoque des incendies. Depuis le mois de mai, un anticyclone de blocage stagne sur la zone
et repousse toutes les précipitations
atlantiques vers le nord et le sud.
«Tous les phénomènes météorologiques
extrêmes que connaît l’Europe depuis le
printemps, comme les orages en France,
les incendies en Grèce et la sécheresse
au Royaume-Uni, sont liés à cet anticyclone», assure Robert Vautard,
climatologue au CNRS. Entre le 30 juin
et le 19 juillet, le Danemark a changé
de couleur, passant du vert au jaune,
0
«
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42,7° Bakou 39,7° Wonsan
1 juillet
40,5° Kaboul
+9
22 juillet
+8
+2
+7
+6
22 juillet
N
CORÉE
DU NORD
+5
+4
JAPON
+3
42,6° Qurayyat
41,1° Kumagaya
+2
23 juillet
+1
Précédent record 41° à
Shimanto
en 2013.
Valeur minimale
sur 24 h
0
-1
-2
25 au 26 juin
-3
51,4° Saih al Salem
-4
11 juillet
-5
-6
-1
Record mondial ex-æquo
54° Furnace Creek
30 juin 2013
54°
-7
-8
Mitribag
-9
21 juillet 2016
-10
comme le montrent les images satellites
de l’Agence spatiale européenne. «Pour
l’instant, difficile de dire si cet épisode est
une conséquence du changement climatique, dit Erik Kjellström, climatologue
au Bureau météorologique suédois. Il est
sûr cependant que la probabilité de tels
événements va augmenter dans les prochaines années, sous l’influence du réchauffement planétaire.» La Scandinavie vivra ainsi des étés plus secs et
des hivers plus chauds. Dans la nuit
du 18 au 19 juillet, la température n’est
pas descendue sous 25,2°C au phare de
Makkaur, au bord de la mer de Barents.
Il s’agit de la nuit la plus chaude jamais
observée dans le nord de la Scandinavie.
«Une telle sécheresse dans nos régions est
nouvelle pour la science, décrit Rolf
Anker Ims, chercheur à l’université norvégienne de l’Arctique. Elle provoque
une forte mortalité pour les végétaux
et les animaux qui en dépendent pour
se nourrir.»
Les vagues de chaleur ont aussi des conséquences catastrophiques pour les agriculteurs. «On est proches du désastre,
interpelle Lennart Nilssen, éleveur de
la Fédération des agriculteurs suédois.
Pour les céréales, certaines exploitations ont des baisses jusqu’à 70% de leurs
récoltes.» L’organisation a évalué les
pertes pour les agriculteurs à 10 milliards
de couronnes suédoises (970 millions
d’euros). «C’est dix fois plus que les pertes
causées par les feux, dont on parle pourtant beaucoup plus, poursuit l’agriculteur. Nous attendons énormément du
gouvernement, mais nous n’avons pour
l’instant entendu aucune promesse
d’aides financières.»
A.Mt.
Ecarts de
température
mesurés par
rapport aux
moyennes
relevées
entre 1981
et 2010
(source
Météo
France).
INFOGRAPHIE
CHRISTOPHE
PINTO
«La lutte pour le climat
est contraire aux libertés
individuelles»
Pour le
climatologue
François-Marie
Bréon, atténuer le
réchauffement
impose des choix
drastiques, coûteux
et impopulaires.
F
rançois-Marie Bréon,
chercheur en climatologie et directeur adjoint du laboratoire des
sciences du climat et de
l’environnement (LSCE)
du CNRS, énonce les mesures radicales à mettre en
œuvre dans la lutte contre le
réchauffement climatique
ayant pour conséquence la
multiplication des vagues de
chaleur dans le monde.
Sans faire de «fiction climatique», à quel scénario
doit-on se préparer dans
les années qui viennent ?
La fréquence des vagues de
chaleur va s’accroître. L’amplitude de la canicule actuelle n’est pas exceptionnelle. Celle qu’a connue
l’Europe en 2003 était beaucoup plus intense. Les simulations climatiques indiquent que, dans le s
années 2050, on subira une
année sur deux en moyenne
un épisode du type de 2003.
Ce réchauffement climatique est-il irréversible ?
Nous ne pourrons jamais revenir à des températures dites normales, sauf si on divise la population par dix,
ce qui aura forcément pour
effet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
Moins d’avions, moins de
logements chauffés, etc.
Aujourd’hui, il faudrait diviser nos émissions par quatre
pour stabiliser le climat à
un réchauffement limité
à 2°C [le niveau que recommande l’accord de Paris sur
le climat signé en 2015 à
la COP 21, ndlr]. Même la
France, pourtant sensible à
la question, a augmenté l’année dernière ses émissions
de 2 %.
Quelles mesures faudrait-il adopter ?
Il faut décourager les gens de
prendre l’avion et la voiture.
On sait que la baisse de la vitesse sur les routes permet de
diminuer les gaz à effet de
serre. Il faudrait également
augmenter le prix du gaz, de
l’essence mais aussi multi-
plier celui des billets d’avion Pourtant on sait que cerpar trois, améliorer l’isola- tains rejettent des fluides
tion des bâtiments existants. responsables de l’augmenMais toutes ces mesures ne tation des gaz à effet de
seraient pas bonnes pour serre…
l’économie et seraient claire- La climatisation utilise surment impopulaires. La lutte tout beaucoup d’énergie qui
contre le chanelle-même émet
gement climatides gaz à effet
que est incomde serre. En
patible avec le
France, cet
tourisme interusage n’est pas
national et de
vraiment un
nombreux
gros problème
secteurs éconoécologique, car
miques. Les
notre électricité
mesures qu’il
est décarbonée,
INTERVIEW c’est-à-dire que
faudrait prendre seront diffisa production
cilement acceptées. On peut n’émet pas de CO2 ou très peu.
dire que la lutte contre le Le problème vient des énerchangement climatique est gies fossiles, comme en Allecontraire aux libertés indivi- magne où l’électricité est maduelles et donc sans doute joritairement produite par des
avec la démocratie.
centrales à charbon ou au gaz.
Les climatiseurs connais- Selon vous, les centrales
sent un regain d’intérêt. nucléaires seraient donc
DR
+10
er
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
nécessaires dans la lutte
contre le changement climatique, malgré les risques qu’elles représentent ?
Il ne faut pas fermer les centrales que l’Autorité de sûreté
nucléaire (ASN) a considérées comme «sûres». La lutte
contre le changement climatique doit se concentrer, en
France, sur les transports et
le chauffage qui sont de gros
émetteurs de dioxyde de carbone. Non sur l’électricité.
Et l’énergie solaire dans
tout ça ?
C’est de l’argent jeté par les
fenêtres. Les panneaux photovoltaïques fournissent peu
d’électricité en hiver lorsque
la consommation est maximale, et beaucoup en été
lorsque la consommation est
minimale.
Recueilli par
AURORE COULAUD
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• Simon Bailly
Libération Lundi 30 Juillet 2018
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6 u
MONDE
Libération Lundi 30 Juillet 2018
Vendredi, à la gare de Bihac dans le nord-ouest du pays. Chaque jour, une cinquantaine de réfugiés arrivent en bus dans cette ville de 60 000 habitants. PHOTOS KAMILA STEPIEN. RÉA
MIGRANTS
En Bosnie, la peur
de «devenir Calais»
De plus en plus de réfugiés
pakistanais, afghans et syriens
tentent de rejoindre l’Europe
en passant par la frontière bosnocroate. Alors que les structures
d’accueil manquent, cet afflux ravive
des tensions dans un pays divisé
en deux sur des bases ethniques.
Par
MERSIHA NEZIC
Envoyée spéciale à Izacic
L
e soir tombé, ils sont des dizaines à arriver par bus ou
taxi. Samir Alicic, le tenancier
du café Cazablanka à Izacic, un petit
village situé à la frontière entre la
Bosnie et la Croatie, les observe depuis trois mois faire et refaire des
tentatives pour passer côté croate
dans l’espoir de rejoindre l’Europe
de l’Ouest. En 2017, ces voyageurs
clandestins en provenance du Pakistan, de la Syrie et de l’Afghanistan étaient seulement 755 en Bos-
nie-Herzégovine, selon les chiffres
officiels. Ils sont plus de 8 000 à la
mi-juillet 2018 et leur nombre va
sans doute exploser : d’après les
autorités, ils pourraient être plus
de 50000 à tenter de transiter par le
pays dans les prochains mois.
Depuis le début de l’année, un nouvel itinéraire les a menés en Bosnie,
un pays pauvre au relief accidenté
qu’ils évitaient jusqu’ici et qui
ne dispose que de deux centres
d’accueil officiels, saturés, près de
Sarajevo et de Mostar. Désormais,
ils arrivent – chose inédite – par
l’Albanie et le Monténégro. La route
des Balkans par laquelle plus d’un
million de migrants sont passés
en 2015 et 2016 est fermée depuis
mars 2016. Et les frontières entre la
Serbie et la Hongrie et la Serbie et
la Croatie sont devenues infranchissables.
CATASTROPHE
HUMANITAIRE
Le nouvel itinéraire est ardu.
D’abord, il faudrait franchir la frontière bosno-croate. Elle s’étale sur
plus de 1000 kilomètres, mais on y
est facilement repérable. Plusieurs
centaines de migrants auraient été
renvoyés de Croatie vers la Bosnie
sans même avoir pu déposer une
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A contre-courant,
Sarajevo affiche sa solidarité
u 7
demande d’asile. «On les voit revenir
le visage tuméfié. Ils nous racontent
qu’ils ont été tabassés et volés par les
flics croates», raconte Alija Halilagic, un paysan dont la maison se
trouve à quelques encablures de la
frontière. Ici, ils essaient de passer
par les champs, la forêt, la rivière ou
même par une ancienne douane
éloignée seulement d’une cinquanpeu de dignité humaine, de chaleur. «Les Sara- cette situation inédite ne leur fournissait rien.
Quelque 600 migrants parmi
taine de mètres de l’actuelle. Pour
jéviens n’ont pas oublié que certains ont été eux- «Dès que nous avons vu venir des familles, nous
les 8000 entrés dans le pays
qu’ils ne tombent pas sur les
mêmes des réfugiés pendant la guerre en Bosnie nous sommes organisés. Des gens ont proposé des
depuis le début de l’année
champs de mines, encore nom[1992-1995, ndlr]. Les pouvoirs publics ont mis chambres chez eux, ont payé des locations», rasont actuellement en transit
breux en Bosnie, la Croix-Rouge
du temps à réagir face à l’arrivée des migrants, conte une bénévole de Pomozi.ba, la plus imdans la capitale.
leur distribue un plan.
contrairement aux habitants de Sarajevo qui portante association humanitaire de Sarajevo.
Entre la Croatie et la Slovénie, la
ont d’emblée affiché une solidarité fantas- L’organisation, qui ne vit que des dons des
frontière est une bande étroite : la
a scène est devenue familière. Sur le par- tique. Grâce à eux, une crise humanitaire a particuliers en argent ou en nature, sert actuelfranchir sans être repéré est quasi
king de la gare de Sarajevo, ils sont envi- été évitée au printemps», affirme Neven Crven- lement un millier de repas par jour dans la capiimpossible. Ce qui fait le jeu des
ron 300 à former une longue file en cette kovic, porte-parole pour l’Europe du Sud-Est tale bosnienne et distribue vêtements et coupasseurs qui demandent jussoirée chaude de juillet. S’y garera bientôt une du Haut Commissariat des Nations unies vertures. Lors du ramadan en mai, 700 dîners
qu’à 5 000 euros pour faire l’itinécamionnette blanche d’où jailliront des por- pour les réfugiés.
avaient été servis. Des nappes blanches avaient
raire depuis la Bosnie, selon des
tions des incontournables cevapcici bosniens, En avril, 250 migrants avaient mis en place un été disposées sur le bitume du parking de la
sources rencontrées à Sarajevo.
quelques rouleaux de viande grillée servis dans campement de fortune, quelques dizaines de gare de Sarajevo.
Parmi ces migrants bloqués en Bosdu pain rond, accompagnés d’un yaourt. tentes, dans un parc du centre touristique de Non loin de la gare, un petit restaurant de
nie, seuls 684 ont demandé l’asile
Une poignée de femmes et quelques enfants se Sarajevo. L’Etat qui paraissait démuni face à grillades, «le Broadway», est tenu par Mirsad
politique depuis le début de l’année.
mêlent à ces jeunes hommes, venus de Syrie,
Suceska. Bientôt la soixantaine, cet homme disLes Etats balkaniques restent perd’Irak, du Pakistan ou d’Afghanistan et de pascret apporte souvent des repas aux migrants.
çus comme des pays de transit.
sage en Bosnie sur la route vers l’Europe de
Ses clients leur en offrent aussi. Il y a quelques
La majorité s’est massée dans le
l’Ouest. Environ 600 des 8000 migrants entrés
semaines, ils étaient quelques-uns à camper
nord-ouest du pays. Surtout à Bidans le pays depuis le début de l’année sont acdevant son établissement. Un groupe d’habihac, une ville de 60 000 habitants
tuellement en transit dans la capitale. La majotués, des cadres qui travaillent dans le quartier,
à une dizaine de kilomètres d’Izarité est bloquée dans le nord-ouest, en tentant
en sont restés sidérés. L’un d’eux a demandé
cic, où sont concentrés 4 000 mide passer en Croatie.
à Mirsad de donner aux migrants toute la nourgrants. Ils sont rejoints par une cin«Ici, l’accueil est différent de tous les pays par lesriture qui restait dans sa cuisine. «Quand je
quantaine de nouveaux arrivants
quels nous sommes passés. Les gens nous aident.
les vois, je pense aux nôtres qui sont passés par
chaque jour.
Ils essaient de nous trouver un endroit où prenlà et je prends soin de ne pas les heurter, les blesSur les hauteurs de la ville, ce
dre une douche, dormir. Les flics sont corrects
ser en lançant une remarque maladroite ou
jour-là à 13 heures passées, des cenaussi. Ils ne nous tabassent pas», raconte un Syun mauvais regard», explique Mirsad. Dans le
Neven Crvenkovic
taines de personnes patientent sous
rien sur les routes depuis un an. Plus qu’ailleurs,
reste du pays, la population réserve un accueil
porte-parole pour l’Europe du Sud-Est
un soleil de plomb. La distribution
dans la capitale bosnienne, les habitants tenplus mitigé à ces voyageurs.
du Haut Commissariat des Nations unies
du repas durera deux heures et
tent de redonner à ces voyageurs clandestins un
M.N. (à Sarajevo)
pour les réfugiés.
demie. Ils sont plus d’un millier à
être hébergés dans cet ancien internat sans toit ni fenêtre. Le sol cueil qui serait monté dans la ré- gne le maire de la ville, Suhret Faz- plusieurs maisons, appartenant champs de maïs, de pommes de
boueux, jonché de détritus, est gion. Mais aucune ville des alen- lic. L’élu local estime que les insti- souvent à des émigrés bosniens ins- terre, de haricots quand ils les trainondé par endroits par l’eau tours n’en veut pour l’instant.
tutions centrales sont trop faibles tallés en Allemagne ou en Autriche. versent à trente ou à cinquante. On
de pluie. Le bâtiment désaf- L’afflux de migrants, souvent en pour faire face à l’afflux de mi- Ils y auraient pris des douches et en a besoin pour vivre. Ma mère
fecté sent l’urine. Enprovenance de pays musulmans, grants. En outre, le gouvernement, volé des vêtements. Quelques di- âgée de 76 ans, elle les a plantés, ces
tre 15 et 40 personnes dorravive des tensions. De- via son ministère de la Sécurité, «se zaines d’hommes se sont organisés légumes», se désole Alija Halilagic,
ment dans chaque
puis la fin de la guerre, défausse sur les autorités locales. Et pour patrouiller la nuit. Des mi- attablé au Cazablanka. Certains haCROATIE
pièce, sur des matela Bosnie est divisée les laisse tous venir à Bihac en espé- grants auraient également menacé bitants, comme Samir Alicic, aimeIzacic
las, des couvertusur des bases eth- rant qu’ils vont réussir à passer en les chauffeurs de taxi qui les raient voir leurs voisins relativiser.
res, quelques lits
niques en deux Croatie. Nous avons peur de devenir conduisaient jusqu’au village et ta- «Les années précédentes, les récoltes
Bihac
superposés. De
entités: la Répu- Calais, d’être submergés».
bassé un groupe qui descendait du étaient détruites par la sécheresse et
BOSNIEgrandes tentes
blique serbe de A Izacic, les esprits sont échauffés. bus, la semaine dernière. «Moi, ils la grêle. A qui pourrait-on le faire
HERZÉGOVINE
sont installées
Bosnie (la Repu- On reproche à des migrants de ne m’embêtent pas. Mais ce qui me payer?» fait mine de s’interroger le
Sarajevo
CROATIE
dans un champ
blika Srpska, s’être introduits par effraction dans dérange, c’est qu’ils détruisent nos patron du bar. •
boisé, à côté du
RS) et la Fédérabâtiment. «Cet
tion croato-muMer
endroit n’est pas
sulmane. Elle est
Adriatique
safe la nuit, racomposée de trois
30 km
conte un migrant
peuples constituants: les
kurde. Il y a des baBosniaques musulmans (50%
garres, des couteaux qui circulent. de la population), les Serbes orthoLa police refuse d’intervenir.» Une doxes (30%) et les Croates catholicentaine d’enfants et une cin- ques (15%). Des migrants, le présiquantaine de femmes sont hébergés dent de l’entité serbe, qui parle
ici. Le lendemain, huit familles se- d’«invasion», n’en veut pas. «En
ront relogées dans un hôtel de la ré- Republika Srpska, nous n’avons
gion.
pas d’espace pour créer des centres
«Nous manquons de tout : de vête- pour les migrants. Mais nous somments, de chaussures, de couvertu- mes obligés de subir leur transit.
res, de sacs de couchage, de tentes, Nos organes de sécurité font leur
de lits de camp. Chaque jour, nous travail de surveillance», a déclaré
courons pour aller chercher et ren- Milorad Dodik dans une interdre aux pompiers de la ville le ca- view au journal de référence serbe,
mion qu’ils nous prêtent pour qu’on Politika.
puisse livrer les repas», raconte le
responsable de la Croix-Rouge loVOLS
cale, Selam Midzic. Les ONG craiPAR EFFRACTION
gnent que le prochain hiver ne «La police de la République serbe
tourne à la catastrophe humani- expulse vers la Fédération tous ces
taire. Pour tenter de l’éviter, le bâti- gens dès qu’ils arrivent. Il y a des vilment devrait être rénové à les de la RS qui sont aussi frontalièl’automne. Les migrants pourraient res avec la Croatie. Et pourtant,
être déplacés vers un centre d’ac- tout le monde vient à Bihac», s’indiA Bihac, près du bâtiment où sont hébergés plus d’un millier de réfugiés.
L
«Les Sarajéviens n’ont
pas oublié que certains
ont été eux-mêmes
des réfugiés pendant
la guerre en Bosnie
[1992-1995].»
M
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TE
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EG
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RB
SE
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8 u
MONDE
Libération Lundi 30 Juillet 2018
LIBÉ.FR
Le mystère de la disparition de manchots
royaux Des chercheurs
français ont récemment découvert, grâce
à des images satellites haute résolution,
que la plus grande colonie de l’espèce, installée
sur l’île aux Cochons, a perdu 88 % de sa population en trente-cinq ans. Sans pouvoir en déterminer réellement la cause. PHOTO AFP
encore moins de savoir quel
pourcentage d’entre eux
seraient prêts à basculer du
côté de l’opposition, par rage
ou par dépit.
«La faction vaincue a tenté
d’instiller une fausse narration d’instabilité, estime Derek Matyszak, analyste pour
l’Institut des études de sécurité en Afrique du Sud. Ce
parti [le Front patriotique national, ndlr] vaguement associé à Mugabe ne récoltera pas
plus de 1 ou 2 % des voix. La
plupart des anciens du G40
sont sans doute encore plus
enclins à montrer ostensiblement leur soutien à Emmerson Mnangagwa. Ils voudront être du côté de celui qui
gagne pour continuer à bénéficier des privilèges offerts par
le parti.»
L’autocrate déchu
Robert Mugabe
a sous-entendu qu’il
voterait lundi
pour le leader
de l’opposition.
Un pied de nez
au candidat de
son ancien parti
qui bénéficie de la
machine d’Etat.
Par
PATRICIA HUON
Envoyée spéciale à Harare
«J
e ne peux pas voter
pour ceux qui m’ont
maltraité. Je ne
peux pas voter pour la Zanu-PF. Alors qui reste-t-il ?
Chamisa.» A la veille de
l’élection générale qui se
tient ce lundi au Zimbabwe,
le président déchu, Robert
Mugabe, s’est offert un baroud d’honneur au goût de
revanche.
Assis dans un grand fauteuil
en cuir, un coussin à motif
rayures de tigre calé derrière
le dos, à l’ombre d’une pagode dans le vaste jardin de
sa résidence de la capitale
Harare, il fait face à la presse
internationale qu’il a invitée,
l’air satisfait de la présence
de cette audience attentive.
Le message est clair. Le
«vieux lion» (94 ans) vient,
implicitement, de donner sa
consigne de vote : le leader
de l’opposition, Nelson Chamisa. Tout plutôt que le parti
qui l’a rejeté, qu’Emmerson
Mnangagwa, son ancien bras
droit devenu président à l’issue du coup de force, mené
avec l’appui de l’armée, qui
l’a renversé en novembre.
«Patronage». «C’était un
coup d’Etat», affirme Robert
Mugabe. Elégant dans un
costume gris anthracite, cravate rouge et pochette assortie, lunettes de soleil sur le
nez, l’ancien chef de l’Etat
parle pendant plus de deux
heures, sans notes, et se pose,
ironiquement, en défenseur
de la démocratie. Sa voix est
basse, ses mots posés, ponctués tantôt d’un trait d’humour, tantôt d’une attaque
au vitriol.
L’homme qui répond aux
questions des journalistes
n’a pas grand-chose en commun avec le vieillard confus
qui mélangeait les feuillets
Des partisans de l’opposant Nelson Chamisa, samedi à Harare. PHOTO MIKE HUTCHINGS. REUTERS
Au Zimbabwe,
une élection sous influence
écrits pour lui d’une lettre lyste zimbabwéen et proche
de démission qu’on lui avait de l’opposition. Il ne faut
imposée. L’ancien héros de pas oublier que dans les prol’indépendance devenu des- vinces historiquement fidèles
pote, qui a gouverné le Zim- à la Zanu-PF, Mugabe jouit
babwe d’une main de fer toujours de sympathies
pendant plus de
auprès des chefs
trente ans, tente
L'HISTOIRE traditionnels. La
de regagner sa
foule est descenDU JOUR
dignité.
Et
due dans la rue à
d’abattre ceux qui l’ont fait Harare pour fêter sa chute
tomber.
mais la capitale est acquise à
De quelle influence jouit-il l’opposition. Dans les villages,
encore? Pourrait-il être le fai- il n’y a pas eu de célébraseur de roi de cette élection? tions.»
Les avis divergent. «Robert Certains militants et responMugabe a tissé un réseau de sables de la Zanu-PF, le parti
patronage bien huilé, rap- au pouvoir, n’ont pas digéré
pelle Pedzisai Ruhanya, ana- le coup de poignard dans
le dos asséné à celui qu’ils
avaient soutenu pendant
trois décennies. D’autres ont
aussi le sentiment qu’une
faction du parti leur a imposé
ses méthodes et ses décisions. Au mois de mars, une
nouvelle formation politique,
le Front patriotique national,
a été créée par des partisans
de l’ancien autocrate. Et la
majorité des membres du
G40 –ceux qui, au sein de la
Zanu-PF, soutenaient la Première dame, Grace Mugabe,
accusée de manipuler son
époux afin de s’emparer du
pouvoir – se trouvent toujours au Zimbabwe. Ces dissi-
dents ont peu fait entendre
leur voix, par crainte de
représailles. Impossible d’estimer leur nombre réel,
Certains
militants et
responsables
de la Zanu-PF
n’ont pas digéré
le coup de
poignard dans
le dos asséné
à Mugabe.
Coude à coude. Pendant
sa campagne, le jeune candidat de l’opposition a prôné
l’unité et s’est gardé d’attaquer directement Robert
Mugabe. «Nous accueillons
tous les votes. Nous voulons un
nouveau départ», a déclaré
Nelson Chamisa, 40 ans, qui
avait eu, il y a dix ans, le crâne
fracturé par des partisans de
la Zanu-PF. Il a néanmoins
démenti vivement les rumeurs d’un accord. «Il n’y a
pas de place pour Grace Mugabe dans mon gouvernement», a-t-il répété lors d’une
conférence de presse dimanche à Harare.
Il y a huit mois, Robert Mugabe est tombé sans effusion
de sang. Mais le Zimbabwe
n’a pas encore écrit la suite de
son histoire: il est à un tournant, alors que les électeurs
doivent choisir celui qui lui
succédera à la tête du pays.
Selon les derniers sondages,
Emmerson Mnangagwa et
Nelson Chamisa sont coude
à coude. Mais face à la machine dont bénéficie le chef
de l’Etat, Chamisa ne peut
se permettre de refuser le
soutien de Robert Mugabe,
quelles que soient les
intentions qui le guident.
Il sait que ses chances
de l’emporter sont faibles,
qu’il lui faudrait une large
victoire, incontestable. C’est
peu probable. Malgré les
garanties données par les
autorités zimbabwéennes
pour rassurer la communauté internationale, les
doutes subsistent sur leur
volonté d’organiser un scrutin crédible. •
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LIBÉ.FR
u 9
Législatives au Cambodge
Le parti du Premier ministre,
Hun Sen, a revendiqué dimanche
sa victoire écrasante aux législatives de dimanche
(82% de participation), un scrutin très controversé
en l’absence de la principale force d’opposition dissoute
en 2017. «Nous espérons gagner plus de 100 sièges»
sur 125, a déclaré le porte-parole du Parti du peuple
cambodgien. PHOTO AFP
Présidentielle au Mali:
après la pluie, les votants
INDE
INDONÉSIE
Les violentes pluies de
mousson touchant le nord
de l’Inde ont fait au moins
49 morts depuis jeudi, selon
les autorités. Certaines victimes ont été tuées lors d’effondrements de bâtiments,
d’autres sont mortes noyées,
électrocutées ou dans des accidents de la route. L’Agence
météorologique indienne a
mis en garde sur de nouvelles
intempéries à venir. Les pouvoirs publics de l’Uttar
Pradesh (nord), qui compte
près de 220 millions d’habitants, ont appelé à évacuer
les bâtiments à risque.
Au moins 13 personnes ont
trouvé la mort dans un
séisme de magnitude 6,4
sur l’île de Lombok (sud-est
de l’Indonésie) dimanche. On compte aussi des
centaines de blessés. Ce puissant tremblement de terre a
provoqué des scènes de panique, des habitants fuyant
leurs maisons et des occupants d’hôtels se précipitant
à l’extérieur. Le séisme, dont
l’épicentre était situé à une
faible profondeur (7 kilomètres), a eu lieu à 6 h 47 heure
locale. Il a été suivi par plus
de 120 répliques.
Il a plu dans la nuit, comme
pour laver la ville avant le
scrutin présidentiel. Ce dimanche à Dialakorodji, sur
les hauteurs de la grande
banlieue de Bamako, des retraités silencieux sont arrivés avant même l’ouverture
des bureaux de vote. Adossée à une falaise rougeâtre,
l’école de cet ancien village
absorbé par l’extension de la
capitale voit défiler les électeurs dans le calme. Deux
militaires baillent à tour de
rôle, assis sur un banc dans
la cour. Ici, sécuriser le scrutin n’est pas un problème.
Mais parmi les 23 041 bureaux de vote du Mali, combien resteront fermés ?
La Palestinienne Ahed Tamimi
revient en héroïne
La Palestinienne Ahed Tamimi a été libérée dimanche. Cette ado devenue
icône de la résistance
contre l’occupation israélienne a passé huit mois
en prison. Elle avait été arrêtée en décembre, quelques jours après avoir été
filmée dans une vidéo devenue virale : on la voyait
insulter deux soldats israéliens qui avaient pris position dans la cour de sa
maison pour déloger des
lanceurs de pierres, avant
de taper du pied puis de gifler l’un d’entre eux. Le
tout devant le smartphone
de sa mère qui diffusait
l’altercation en direct sur
le Web.
La jeune fille de 17 ans et sa
mère, également condamnée à la suite de l’incident,
ont été libérées trois semaines en avance pour
cause de surpopulation
carcérale en Israël. Les
autorités de l’Etat hébreu
ont tenté de limiter la médiatisation autour de leur
libération, notamment en
diffusant des informations
contradictoires sur l’endroit par lequel elles
étaient censées rentrer.
Raté. Les deux femmes ont
Ahed Tamimi, dimanche. ABBAS MOMANI. AFP
été accueillies dans leur
village de Nabi Saleh, en
Cisjordanie occupée, par
une foule de proches, de
partisans et de journalistes. «La résistance continue
jusqu’à ce que l’occupation
prenne fin», a-t-elle clamé,
sa voix recouverte par les
cris de ses soutiens, face
à un mur de caméras, les
épaules couvertes d’un keffieh, symbole de la résistance. Elle a remercié «tous
ceux qui l’ont soutenue et
qui soutiennent tous les
prisonniers».
La jeune femme a embrassé en larmes sa famille
et ceux et celles venus l’accueillir, sur un petit chemin menant à la bourgade.
Puis son père les a raccompagnées jusqu’à leur maison. Sa fille qu’il a élevée
pour être une «freedom fighter», et que les Israéliens
raillent comme une «provocatrice» voire une «actrice» a ensuite rendu visite
à des proches dont l’un
des leurs a été tué en juin
lors d’affrontements avec
des soldats israéliens.
Puis elle a déposé des
fleurs sur la tombe de
Yasser Arafat, à Ramallah
avant de se rendre au siège
de l’Autorité palestinienne,
où elle a rencontré Mahmoud Abbas. Lequel a
salué en elle «un modèle»
de «résistance populaire
pacifique».
Le ministère de la Sécurité a ses de la capitale, le centre
annoncé le déploiement de vote de l’école du Soleil lede 30 000 policiers et mili- vant est un dédale de tôles.
taires à l’occasion du pre- Dans chaque bureau s’entasmier tour. Cette année, c’est sent un président, deux asla région de Mopti, dans le sesseurs, des délégués des
centre, qui est
partis, un rel’objet de touREPORTAGE présentant de
tes les inquiéla Commission
tudes. Les violences s’y sont électorale indépendante.
multipliées, et la tenue du «J’ai voté Soumaïla Cissé [le
scrutin pourrait être pertur- principal candidat de l’oppobée dans les villages isolés, sition], susurre Baba Temsous la pression des groupes bele, 61 ans, vêtu d’un éclajihadistes implantés locale- tant bazin fushia. Car au lieu
ment. Or, à la différence du de faire avancer le Mali, IBK
Nord, peu peuplé, la région [Ibrahim Boubacar Keïta, le
de Mopti représente près président sortant] l’a poussé
de 13% de l’électorat.
dans le trou.»
Dans le quartier populaire de Sur la passerelle en bois qui
Banconi, l’un des plus den- surplombe le caniveau pour
34
C’est le nombre d’athlètes nord-coréens qui
sont arrivés dimanche
au Sud pour des entraînements communs,
dans l’optique des prochains Jeux asiatiques.
Les deux Corées ont décidé le mois dernier
d’aligner une équipe
commune dans trois disciplines (le canoë, l’aviron et le basket féminin)
pour la compétition qui
aura lieu du 18 août
au 2 septembre en Indonésie. C’est la première
fois que des Coréens du
Nord et du Sud disputent
ensemble les Jeux continentaux. Ils avaient déjà
présenté une équipe unifiée en hockey sur glace
féminin lors des derniers
JO d’hiver, en février
à Pyeongchang.
accéder à l’école, un homme
s’agite pour expliquer le contraire. «Je veux qu’IBK reste
encore cinq ans. Il a lancé
des projets, il faut qu’il les
termine, argumente-t-il. Regardez cette route, avec la
pluie, elle est boueuse, crevassée, les taxis ne veulent
plus venir ici ! Or IBK a dit
qu’elle allait être goudronnée.» Dans son bilan, le président sortant ne manque
jamais de rappeler qu’il a
«684 kilomètres de routes
construites et bitumées»
à son actif. Reste à pouvoir
les emprunter en toute
sécurité.
CÉLIAN MACÉ
Envoyé spécial à Bamako
Comores Référendum constitutionnel
sous haute tension
Les Comoriens sont appelés ce lundi à se prononcer sur une
réforme qui permettrait au président Azali Assoumani (élu
en 2016) de prolonger son règne. La principale disposition
modifierait le régime de la présidence tournante. Le chef de
l’Etat pourrait effectuer deux mandats de cinq ans consécutifs. Le projet prévoit aussi la suppression des trois postes de
vice-présidents, la fin de la Cour constitutionnelle et l’instauration de l’islam en religion d’Etat. Son initiative a suscité la
colère de ses adversaires face à la dérive autoritaire, selon eux,
du gouvernement. Samedi, l’opposition a demandé à une
écrasante majorité «l’arrêt sans condition et sans délai du
processus arbitraire et illégal de ce référendum». Il y a une semaine, le vice-président, Abdou Moustoidrane, a échappé à
un attentat. Sa voiture a été criblée de balles.
Russie 78e jour de grève de la faim
pour le cinéaste Oleg Sentsov
Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, emprisonné pour
vingt ans en Sibérie, accusé de terrorisme pour s’être opposé
à l’annexion de la Crimée par
la Russie en 2014, est en train
de mourir de faim dans une
prison russe. Il en est à
son 78e jour de grève de la
faim. Le 24 juillet, la Cour
européenne des droits de
l’homme, en guise de mesure
provisoire d’urgence appliquée «en cas de risque imminent de dommages irréparables», a appelé Sentsov
à rompre son jeûne et «à accepter tous les soins vitaux
qui seraient proposés», tout en demandant à la Russie de lui
administrer «des soins appropriés». Ce lundi, un rassemblement de soutien est prévu devant la mairie du IVe arrondissement de Paris, qui va apposer un portrait du cinéaste sur
sa façade. V.D. PHOTO AP
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10 u
FRANCE
Libération Lundi 30 Juillet 2018
INTERVIEW
Habitué de l’Elysée sous Mitterrand et sous Hollande,
l’ex-député de l’Essonne et baron du PS garde un œil sur
la politique nationale et analyse la présidence d’Emmanuel
Macron à l’aune de la victoire des Bleus et de l’affaire Benalla.
«
Jul«L’affaire
ien Benalla
Dray
est un révélateur de
l’exercice du pouvoir»
Recueilli par
GRÉGOIRE BISEAU
et RACHID LAÏRECHE
Photo ROBERTO FRANKENBERG
J
ulien Dray ne change pas ses habitudes:
il donne rendez-vous dans un café à Bastille, pas trop tôt le matin et il n’arrive pas
trop en retard. Le socialiste s’excuse, commande un café allongé et se lance. Il invite
tous les sujets. L’ivresse du pays après la victoire au Mondial de foot, le PS, la gauche, sa
vie, notamment son petit rôle au cinéma dans
le film de son ami Djamel Bensalah, Neuilly
sa mère 2, où figurera aussi Arnaud Montebourg. On l’a aussi interrogé sur l’homme
dont le nom occupe les ondes, les écrans et
jusqu’à la une du Journal du dimanche :
Alexandre Benalla (lire aussi page suivante).
Comment analysez-vous cette affaire
Benalla ?
Au départ, c’est une faute individuelle, celle
d’un garçon qui finit par se croire tout permis.
Je reste prudent car je n’aime pas les curées
médiatiques mais, car il y a un mais, sans être
Nestor Burma je m’interroge tout de même
sur cette panique du gouvernement, cette accumulation de versions, les mensonges. Je
n’arrive pas à croire à l’amateurisme des protagonistes. En fait, on en vient à se dire que
cette histoire est avant tout un révélateur de
l’exercice du pouvoir et ses dérives viriles. Or,
la virilité n’est pas synonyme de vérité…
«Tempête dans un verre d’eau», «ça n’intéresse pas les Français», Emmanuel Macron a raison ?
J’aurais, comme beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens, préféré me concentrer sur l’euphorie de l’après-Coupe du
monde. Pour autant, cette panique institutionnelle, qui est à l’origine du déferlement
médiatique, pose un gros problème à cette
verticalité jupitérienne. Car, comme toujours,
l’exercice du pouvoir produit, à un moment
ou un autre, ses effets pervers: «J’ai toujours
raison, je suis le plus fort, le plus beau.» Eh
bien non. Après quelques succès on est rattrapé par l’autoritarisme et la verticalité qui
isole et expose. Un conseil d’ancien: le collectif, c’est mieux que la solitude.
Comment vous jugez le rapport au pouvoir de Macron ?
Je pense qu’il y a un côté juvénile, qui n’est
pas négatif, mais imaginez-vous: il est ministre en 2014, et trois ans après, il a le monde à
ses pieds, il y a une forme d’ivresse logique.
Le problème, c’est la construction de son entourage, qui doit être une digue, et en ce moment on voit bien que ce n’est pas solide
autour de lui. La seule digue que je perçois de
l’extérieur, c’est son épouse Brigitte Macron
qui, elle, a les pieds sur terre.
Drôle de rempart pour une République…
Non, mais on a un type qui a à peine 40 ans.
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
u 11
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Julien Dray,
le 20 juillet
à Paris.
Juste par rapport à l’accueil des Bleus à l’Elysée, les joueurs sont quasiment de sa génération: il a dû leur montrer son bureau, le petit
bouton nucléaire, le téléphone avec lequel il
parle à Trump… Mais personne ne lui a dit
«attention, il y a des milliers de personnes dehors qui veulent aussi jouer avec l’équipe de
France, ce n’est pas que pour toi». (Il réfléchit)
Chez lui, il y a le danger de penser : «Je suis
plus intelligent que vous.» C’est paradoxal
parce que lorsqu’il était ministre, il échangeait avec son cabinet, même durant les débats à l’Assemblée sur la loi Macron il discutait beaucoup avec les députés, d’ailleurs ils
étaient surpris…
Cette affaire Benalla met également en lumière des tensions entre l’Elysée et le
GSPR (en charge de la sécurité du Président), c’est nouveau? Vous avez déjà vu ça
sous Hollande et Mitterrand ou pendant
la cohabitation Chirac-Jospin ?
Tous les présidents veulent, et c’est naturel,
un jardin secret, une intimité. Ils vivent à
juste titre cette présence permanente des officiers de sécurité comme une agression. Cette
fois, visiblement, Emmanuel Macron a voulu
contourner ce problème et ces structures
n’aiment pas cela.
Au-delà de la faute individuelle de
Benalla, trouvez-vous que Macron a bien
géré la crise ?
Quand un événement de cette nature occupe
l’espace jusqu’à saturation, ma réponse ne
peut être que négative. Et ça m’étonne car il
y a autour de lui quelques experts en gestion
de crise, d’où encore une fois la question :
pourquoi tant d’erreurs ? Et la réponse ne
peut pas être de dire que c’est la faute aux
médias…
Si on revient sur vous, on remarque que
depuis le congrès du PS et la victoire
d’Olivier Faure, vous êtes très discret…
Je voyais bien l’état de notre famille, j’ai
pensé qu’une personne d’expérience pourrait
être utile, mais j’ai vu que je n’arrivais pas
faire consensus, que je n’arrivais pas à créer
une dynamique… Bon, ça ne s’est pas fait.
Une direction s’est mise en place et je n’ai
aucun intérêt à lui savonner la planche. On
ne va pas très bien et je ne vais pas en rajouter. En plus, Olivier Faure est un garçon avec
qui j’ai déjà travaillé dans une bonne ambiance. Mais force est de constater que, pour
l’instant, on n’a pas sorti la tête de l’eau, la
tâche est difficile mais on ne peut pas continuer sur un rythme lent. La situation poli-
tique ouvre des exigences nouvelles : une
grande partie des socialistes qui a voté pour
Macron au premier tour est en déshérence et
elle n’est pas attirée par le positionnement
politique de Mélenchon. Cet électorat attend
quelque chose.
Quand vous dites «on ne peut pas continuer sur un rythme lent», ça veut dire
quoi ?
On est encore traumatisé par la défaite, ça se
voit dans nos attitudes, nos mots et il faut un
choc. La thérapie, ce n’est pas l’introspection,
c’est une erreur. Aujourd’hui, il faut mettre la
machine en mouvement. Il y a un triptyque:
s’opposer, proposer, rassembler. Aujourd’hui,
seul le PS est capable de faire la synthèse à
gauche, avec toute la gauche.
C’est qui toute la gauche ?
Celle qui se retrouve autour de la motion
de censure, notre main tendue est généreuse,
la gauche, c’est toujours l’unité, le rassemblement.
Donc la motion de censure à l’Assemblée
nationale avec La France insoumise et
le PCF, c’est une bonne nouvelle pour la
gauche ?
Cette histoire n’est pas une péripétie! Bravo
à tous les protagonistes d’avoir surmonté les
querelles, une mention spéciale au groupe socialiste et à sa présidente de groupe, Valérie
Rabault. Je suis convaincu que c’est un bon
début pour la gauche à quelques mois des
élections européennes.
Tout à l’heure, vous avez fait le lien entre
l’affaire Benalla et la victoire en Coupe du
monde qui a mis le pays en joie, mais qui
a été éclipsée…
Il ne faut pas faire dire à un événement sportif plus qu’il ne dit, mais on est obligé d’observer qu’il s’est passé quelque chose dans le
pays qui dépasse le cadre sportif. Toute une
génération s’est drapée dans le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise, dans une
vraie rupture avec 1998 : nous ne sommes
pas dans le black-blanc-beur, nous sommes
dans la République française. D’ailleurs les
joueurs sont beaucoup plus politiques que
leurs aînés. C’est une défaite pour les identitaires. Alors qu’on pense que nous sommes
dans une communautarisation de la société
française, il y a un sursaut sain, patriote au
sens noble du terme, ni chauvin ni caricatural. La question qui se pose, c’est: est-ce que
le pouvoir politique va être capable de répondre à ce défi, ou bien comme d’habitude passer à côté ?
Comment y répondre ?
Il y a des défis qui sont posés sur la place du
sport, de l’éducation physique qui a été toujours l’enfant méprisé des gouvernements. Je
vais prendre un exemple simple, quand Laura
Flessel, aujourd’hui ministre, remporte sa
première médaille d’or olympique, le président de la Fédération française d’escrime se
rend compte qu’il y a des milliers de gosses
qui souhaitent s’inscrire, notamment dans
les quartiers. Il a les éducateurs pour les encadrer mais il n’a jamais eu l’argent pour répondre à la demande. J’espère que cette fois ça
ne se passera pas comme ça. Il faut un véritable effort en ne perdant pas de vue les Jeux
olympiques à Paris en 2024. On ne peut pas
laisser les éducateurs et les associations se débrouiller. Le sport est un moment structurant,
dans les quartiers difficiles les professeurs
et éducateurs sportifs sont toujours respectés.
Et lorsqu’il y a un problème, c’est souvent à
eux qu’on fait appel. Puisque l’on parle des
rythmes scolaires, on pourrait arrêter avec
ce truc dingue d’enseigner des maths et de
la physique à 16 heures et on met le sport, la
musique…
Sur la nature de la joie, si on compare
à 1998, vingt ans plus tard elle avait l’air
plus folle, plus libératrice…
Oui il y a eu un moment de bonheur, une
sorte de libération, une envie de faire la fête.
Pour le pouvoir en place, sa mission n’est pas
de récupérer l’événement pour passer au
20 heures mais de capter cette énergie positive. C’est une réponse différée et positive
après les chocs que le pays a subis ces dernières années. Quand Macron dit aux joueurs,
dans la cour de l’Elysée, «n’oubliez pas d’où
vous venez», la question c’est comment on
fait pour aider les clubs, comment on met en
place une nouvelle génération d’éducateurs.
C’est très important. On met toujours des
figures symboliques autour du sport mais
jamais le budget adéquat. On devrait repenser l’éducation sportive, vous verrez tout
le potentiel, toute la puissance du sport qui
est méprisé par notre système éducatif. •
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12 u
FRANCE
Libération Lundi 30 Juillet 2018
LIBÉ.FR
Salles de sport de la République : le drôle de choix
de Benalla Adepte de la muscu
et parfois du cardio, Alexandre Benalla affirme avoir
demandé un «badge H» à l’Assemblée pour pouvoir
profiter de la salle de sport du Palais-Bourbon.
Or cette dernière est exiguë et lugubre, alors que celle
de l’Elysée est plus moderne et mieux équipée.
Mais le top c’est Matignon, selon notre enquête.
Affaire Benalla: com’ si de rien n’était
insiste-t-il. Interrogé sur la vi- fasse des recommandations».
déo et les nouveaux témoi- Il revient notamment sur
gnages révélés vendredi par l’épisode des Bleus à Roissy,
Libération, qui montrent son au cours duquel il aurait été
implication dans une autre jugé un peu trop directif par
interpellation
certains hauts
L’HISTOIRE gradés. «J’ai fait
musclée plus tôt
dans la journée,
remarquer au
DU JOUR
il dément là aussi
colonel de gentout acte illégal. «J’étais der- darmerie que ses hommes
rière les policiers en tant étaient trop près de la piste
qu’observateur. On peut le voir – ils voulaient prendre des
distinctement [sur les images photos ! – c’était le bordel,
filmées]. Je n’ai ni casque, ni précise Benalla. Il m’a dit
brassard, ni radio. Aucune in- qu’il n’avait pas à m’obéir.
tervention de ma part à ce C’est lui qui m’a pris de haut.
Par
moment-là», affirme-t-il, qua- Le résultat, c’est que c’est à
EMMANUEL
lifiant de plaintes d’«opportu- cause de ça que les joueurs
FANSTEN
nité» les deux nouvelles ont pris du retard.» Les panopération déminage actions judiciaires engagées dores apprécieront.
se poursuit pour contre lui. Sur la vidéo, A l’Elysée, un autre sujet
Alexandre Benalla. Alexandre Benalla apparaît sensible symbolise le poids
Après un entretien fleuve pourtant clairement en pre- pris par l’ex-garde du corps
dans le Monde et un 20 heu- mière ligne, avec son com- auprès de Macron : le projet
res sur TF1, l’ancien chargé père Vincent Crase, devant de réforme de la sécurité
de mission d’Emmanuel Ma- les CRS lorsque les manifes- présidentielle. En première
cron se confie longuement tants arrivent face à eux.
ligne lors des déplacements,
dans les colonnes du JDD.
Benalla explique avoir perçu
Licencié par l’Elysée et mis Victime
«des incohérences dans le sysen examen notamment pour d’un complot ?
tème qu’il fallait corriger».
«violence en réunion» après L’hypothèse plane tout au Un «comité de pilotage» est
la diffusion d’une vidéo le long de l’entretien: «Dans la mis en place. Alors que la
montrant en train de moles- haute hiérarchie policière, il protection du chef de l’Etat
ter des manifestants lors du y a des gens qui gèrent leurs relève aujourd’hui du comdéfilé parisien du 1er Mai, intérêts, leur carrière, et que mandement militaire de
Benalla, qui se dit prêt à être j’ai dérangés. Par ma faute, je l’Elysée et du GSPR, Benalla
entendu devant une commis- leur ai donné une occasion ; plaide pour un nouveau sersion d’enquête parlemen- ils ont sauté dessus pour vice autonome, affranchi de
taire, estime avoir été «le m’écarter.» Selon Benalla, il la tutelle de Beauvau. «Mais
maillon faible qu’on utilise faudrait d’abord lire ses més- il y a eu une opposition nette
pour s’en prendre au Prési- aventures à l’aune de son as- au ministère de l’Intérieur.
dent».
cension vertigineuse à l’Ely- Dès qu’il a fallu discuter avec
sée. «Certains m’ont jugé eux, tout s’est bloqué.» De
A-t-il commis
illégitime à cause de mon quoi provoquer sa chute ?
un délit ?
parcours. Dans le monde du Auditionné lundi par la comEn aucun cas selon lui. Si pouvoir, on aime les gens bien mission d’enquête sénatoAlexandre Benalla reconnaît formatés et qui la ferment. riale, le chef de cabinet et le
à nouveau avoir commis une Moi, j’ai toujours eu tendance directeur de cabinet de Gé«faute» lors de l’interpellation à l’ouvrir, on me l’a fait rard Collomb devraient perplace de la Contrescarpe, il payer», affirme l’ex-garde du mettre d’éclairer ces rivalimaintient n’avoir fait que son corps, qui dit avoir «souvent tés.
devoir et dément toute infrac- vu des officiers ou des hauts
tion pénale. «Je suis impulsif, fonctionnaires ne pas sup- L’Elysée menacé ?
mais je ne suis pas violent», porter qu’un jeune Rebeu leur C’est l’affaire dans l’affaire.
Le soir de sa mise en cause,
Benalla est alerté par un ami
policier qu’une autre vidéo
de la scène semble le disculPour Harris Interactive, le Président est en hausse
per. Peu après, une source à
de 2 points sur un mois, à 42 %, quand pour l’Ifop il
la préfecture de police de Paperd 1 point et se retrouve à son plus bas historique
ris lui remet un CD en mains
(39 %). Il est surtout trop tôt pour mesurer le vrai «effet
propres. Les images étant exBenalla», il faudra attendre la rentrée, avec le chantier
traites de la vidéosurdes retraites et le retour de la réforme constitutionnelle. veillance installée place de la
On verra alors si cette folle semaine a amoindri la
Contrescarpe, l’enquête judicapacité du chef de l’Etat à demander des efforts
ciaire a été étendue depuis à
aux Français ou à faire preuve d’autorité.
des faits de «détournement
A lire en intégralité sur Libération.fr.
et recel d’images issues d’un
Dans un long
entretien au «JDD»,
l’ex-collaborateur
de Macron persiste
sur sa ligne de
défense: il assure
n’avoir commis
aucune infraction
pénale et entretient
l’hypothèse
d’un complot.
L’
QUEL IMPACT À LA RENTRÉE ?
Alexandre Benalla sur le plateau du 20 heures de TF1, vendredi. PHOTO F. STUCIN
système de vidéoprotection»,
entraînant la mise en examen de trois policiers. Mais
d’autres protagonistes pourraient être entendus, notamment à l’Elysée. Comme l’a
révélé Mediapart, les vidéos
transmises illégalement à
Benalla ont en effet circulé le
soir même sur Twitter, relayées par des sympathisants
LREM. Au JDD, Benalla assure avoir pensé qu’il s’agissait «d’images récupérées sur
les réseaux sociaux». «Je ne
les ai même pas visionnées, les
ordinateurs de l’Elysée n’ont
pas de lecteur», assure-t-il,
tout en précisant avoir confié
le disque à un «conseiller en
communication» dont il refuse de donner le nom. Seule
certitude confirmée par
l’Elysée : la vidéo est passée
entre les mains d’Ismaël
Emelien, le conseiller spécial
du Président. A défaut d’être
auditionné devant une des
commissions d’enquête,
comme le réclament certains
parlementaires, ce dernier ne
devrait pas échapper à une
convocation judiciaire. •
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LIBÉ.FR
u 13
Le Sénat aux
avant-postes
A chaque réforme,
chaque élection, la question revient :
à quoi sert le Sénat ? Sans adrénaline
ni majorité LREM, la Chambre Haute
du Parlement s’est distinguée lors des
auditions de sa commission d’enquête
sur l’affaire Benalla. PHOTO AFP
«Je sais que quand je parle
de Neymar, chaque mot peut être
interprété. […] C’est toujours
un défi de rebondir et je vais
l’aider à y arriver. [Mais] quand
je parle de lui, quand je parle
avec lui, ça reste secret.»
AFP
THOMAS
TUCHEL
entraîneur
du PSG
Le nouvel entraîneur du Paris-Saint-Germain, Thomas Tuchel, a veillé dimanche à prendre ses précautions au sujet de
sa star et a promis que les conversations qu’il aura avec Neymar se dérouleront à «huis clos». L’élimination de la Seleção
par la Belgique en quart de finale du Mondial russe? Les moqueries que le joueur le plus cher de l’histoire du foot a subies
pour sa tendance à surjouer la douleur et à simuler? Le coach
allemand de 44 ans a refusé de dire s’il allait en parler avec
le numéro 10 du PSG. «Je suis certain d’avoir un lien avec lui
et je suis certain d’avoir besoin de créer des liens avec ce genre
de joueurs», a malgré tout précisé Thomas Tuchel. A Singapour pour disputer l’International Champions Cup, le club
parisien attend le retour de Neymar et des internationaux qui
ont disputé la Coupe du monde, comme Thiago Silva, Kylian
Mbappé ou Edison Cavani. Parmi les joueurs majeurs de l’effectif du PSG, seuls Gianluigi Buffon, Adrien Rabiot, Giovani
Lo Celso et Lassana Diarra ont participé à la défaite (5-1) contre
Arsenal samedi. Ce lundi (13h35), les Rouge et Bleu joueront
leur dernier match amical face à l’Atlético Madrid avant de
disputer le Trophée des champions samedi contre Monaco,
à Shenzen, dans le sud de la Chine. Le championnat français
reprend quant à lui le 10 août avec Marseille-Toulouse. D.Do.
100
C’est, en millions d’euros,
le montant estimé de la
vente des Girondins de
Bordeaux par M6 au
fonds d’investissement
GACP. Le groupe audiovisuel a cédé vendredi le
club, après dix-neuf ans passés à sa tête. Selon Nicolas
de Tavernost, patron de M6,
les propriétaires américains
se sont engagés «à investir
80 millions d’euros dans les
trois prochaines années».
Montparnasse: pressé par la SNCF, RTE
assure que le courant sera rétabli mardi
A priori, c’est la faute à pas
de chance. Le Réseau de
transport d’électricité (RTE)
a écarté un acte volontaire
pour expliquer l’incendie du
poste électrique d’Issy-lesMoulineaux (Hauts-deSeine) à l’origine de la paralysie gigantesque de la gare
Montparnasse depuis vendredi. Tandis que des milliers de voyageurs sont sur le
carreau, la SNCF et la filiale
d’EDF se livrent à un bras de
fer médiatique et financier.
La première a mis en demeure la seconde de trouver
une solution au plus vite
pour rétablir le flux, et ce,
avant la date du 2 août qui
avait été annoncée. L’ampleur de la panne a poussé le
gouvernement à ouvrir une
«mission d’enquête». Dimanche, le président de RTE,
François Brottes, a finalement annoncé que l’alimentation électrique serait rétablie mardi en fin de journée
au plus tard, voire dès lundi
après-midi.
Il était 11h30, vendredi, lorsque le transformateur électrique de RTE a pris feu,
réduisant à néant l’alimentation des stations électriques
de la SNCF en gare Montpar-
Vendredi à la gare Montparnasse. S. LAGOUTTE. MYOP
nasse. Inutile de lorgner vers
celles de secours, elles ont
brûlé aussi. Résultat : ces
scènes de capharnaüm ferroviaire saboteur de vacances. Ce lundi, soit trois jours
après l’incident ayant détruit
les câbles d’alimentation
de 63000 volts, la situation
devrait toujours être calamiteuse : un train sur deux
assuré, prévoit la SNCF.
L’atelier de maintenance
TGV près de Montparnasse
n’est plus alimenté en haute
tension, il est donc impossible de sortir les rames. RTE
met en exergue l’ampleur
des dégâts sur le poste électrique pour justifier d’importants délais de réparation.
Avant l’annonce de dimanche, Xavier Piechaczyk,
membre du directoire, avait
expliqué qu’«en travaillant
jour et nuit», la solution consistant à «installer des câbles
provisoires qui contournent
le lieu de l’incendie» pour
rétablir l’alimentation à
pleine puissance ne pourra
pas être mise en place avant
jeudi. Un délai qui a donc
été ramené à mardi, sous
la pression de la SNCF qui a
sommé RTE «d’agir en urgence pour trouver une solution rapide pour que [les]
clients puissent voyager», par
la voix de la directrice générale de Voyages SNCF.
Après la panne de signalisation il y a un an et le bug
informatique du système
d’aiguillage en décembre,
qui ont provoqué des jours
de grande pagaille et l’arrêt
du trafic à la gare Montparnasse, cette fois la SNCF n’y
est pour rien. Et n’hésite pas
à rejeter la responsabilité
sur son fournisseur d’énergie. «Vu la situation névralgique de la gare, nous avons
bâti trois circuits d’alimentation indépendants –alors
qu’un seul suffit. Il se trouve
que, plus loin, RTE a branché
ces trois circuits à une seule
et même installation, celle
qui a brûlé», a dénoncé
dimanche dans le Journal
du dimanche le directeur
général délégué SNCF Réseau. Le groupe, qui chiffre
ses pertes en «millions
d’euros», s’est dit décidé à
réclamer une compensation
à RTE. Une pression qui a
visiblement payé.
JULIE BRAFMAN
Essonne A Epinay-sous-Sénart, une
marche pour un mort en prison
Colombes: de l’huile sur le couvre-feu
Quelque 400 personnes se sont réunies à Epinay-sousSénart samedi après-midi pour rendre hommage à
Lucas Harel, 21 ans, mort le 21 juillet dans la maison
d’arrêt de Fleury-Mérogis. Un suicide, selon le parquet
d’Evry. Ses proches, eux, n’y croient pas. «Lucas était
quelqu’un d’attachant, de souriant et de joyeux, il nous a
quittés dans des circonstances douteuses et nous
n’aurons de cesse de le rappeler jusqu’à ce que justice soit
faite pour notre frère», a déclaré un organisateur de la
marche, cité par le Parisien.
Une place du quartier tre 22 heures et 6 heures
de l’Europe, à Colombes, pourra être conduit au
dans les Hauts-de-Seine. poste par la police, d’où
Le 26 avril, un règlement de ses parents seront contaccomptes pour le contrôle du tés.
trafic de drogue a fait trois Dans le dédale des immeublessés par balles, tous mi- bles du quartier de l’Europe,
neurs. Cet événement tra- les habitants n’ont pas eu
gique a motivé la maire, vent de la mesure, entrée
Nicole Goueta (LR) à mettre en vigueur le 24 juillet.
en place une mesure excep- «La mairie promettait des
tionnelle : un couvre-feu mesures pour sécuriser le
pour les plus jeunes, et quartier. Mais à aucun moce malgré un
ment l’évenpremier essai
REPORTAGE tualité d’un
avorté par le
couvre-feu n’a
tribunal administratif de été évoquée», s’étonne une
Cergy-Pontoise en 2016. femme. Si la décision trouve
Dans les faits, toute per- de nombreux soutiens, lassonne de moins de 17 ans sés des conflits perpétuels
non accompagnée d’un dans les cités, elle a ses démajeur et se trouvant dans tracteurs. «C’est dingue
les quartiers de l’Europe, qu’on apprenne par la presse
des Fossés-Jean ou que de telles mesures ont été
du Petit-Colombes en- décidées sans nous consul-
Hautes-Alpes Trois morts
dans des accidents de montagne
Un Italien qui pratiquait l’escalade et deux alpinistes
françaises ont trouvé la mort, dimanche, dans les Hautes-Alpes, dans deux accidents distincts, a-t-on appris
auprès de sources concordantes. Le premier de ces drames a coûté la vie, dimanche, vers 6h30, à un Milanais
de 40 ans qui progressait à 3000 mètres d’altitude dans
le massif des Ecrins, après avoir dévissé sur une
centaine de mètres, ont précisé les gendarmes. L’autre
accident a causé la mort de deux femmes de 48 et 54 ans,
sur une voie des Enfetchores.
ter», déplore Abdelkrim
Mesbahi, administrateur
des Maisons des jeunes et de
la culture de la ville.
D’autres s’inquiètent de la
connotation même de «couvre-feu», terme très associé
aux zones de conflits. Fatou,
27 ans, n’y voit qu’une «surenchère, qui ne soulagera le
problème que temporairement».
Depuis mardi, la police municipale assure avoir fait
des rondes pour veiller à ce
que le couvre-feu soit appliqué. Pourtant, les Colombiens ne voient pas de différence flagrante. Certains se
demandent s’il ne s’agit pas
d’une vulgaire opération
de communication de la
mairie.
ARTHUR LE DENN
Lire notre reportage sur Libé.fr.
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14 u
SPORTS
Libération Lundi 30 Juillet 2018
Le Tour
de France
tourne
en rond
RÉCIT
Le Gallois du Team Sky
Geraint Thomas a remporté
l’édition 2018. Entre scénario
pré-écrit, soupçons de
dopage et désamour du
public, l’épreuve est surtout
empoisonnée par l’argent.
Les spectateurs hollandais attendent le passage des coureurs au virage n°7 près de l’Alpe d’Huez, le 19 juillet, lors de
Par
PIERRE
CARREY
Envoyé spécial
sur le Tour
L
e Tour de France 2018 s’est
achevé dimanche à Paris comme
il avait commencé, dans la colère
désabusée des fans (trois semaines de
huées) ou une indifférence glaciale
(chute des audiences télé et de l’affluence des spectateurs). Le succès sur
la dernière étape du Norvégien Alexander Kristoff (UAE-Team Emirates), au
sprint sur les Champs-Elysées, et le
triomphe au classement général du
Gallois Geraint Thomas (Sky), l’ancien
équipier devenu maillot jaune à 32 ans,
épousent un scénario écrit d’avance.
Celui d’un Team Sky ennuyeux et
suspect par sa domination, qui a remporté le Tour pour la sixième fois en
sept éditions.
Au «mieux», l’épreuve a mal
commencé avant même la première
étape le 7 juillet en Vendée : Chris
Froome, vainqueur sortant, était recalé
par les organisateurs à cause de son
contrôle «anormal» au salbutamol
remontant à septembre 2017, et subitement innocenté par l’Union cycliste
internationale (UCI) à cinq jours du
départ. Le Britannique termine sur la
troisième marche du podium derrière
Geraint Thomas et le Néerlandais Tom
Dumoulin (Sunweb). Au «pire»,
l’épreuve n’a jamais vraiment démarré.
Eclipsée par le Mondial de foot jusqu’à
la finale du 15 juillet puis par l’affaire
Benalla qui éclate trois jours plus tard.
Cache-misère
Ce 105e Tour de France se termine
moins dans le soufre que celui de 1988,
gâché par le cas Pedro Delgado, le
maillot jaune contrôlé positif à un stimulant. Moins dans la crainte que le
Tour trépasse, comme en 1998 avec l’affaire Festina. Moins dans la suspicion
qui s’est installée ensuite, lorsque les
vainqueurs étaient sommés de justifier
leur supériorité : la conférence de
presse de Thomas et Froome samedi
soir au Pays basque avait, au contraire,
l’odeur de cannelle d’un salon de thé.
Il faut dire que, si la Sky règne en
maître, sa vitesse dans les cols est plus
faible que dans les années fastes de
l’EPO (1991-2008).
Pourtant, ce Tour laisse un profond
sentiment de lassitude. Partagé par
«Je ne sais pas s’il y
a de la déception
ou bien simplement
de la lucidité face
à cette fatalité d’une
édition sans relief.»
Un grimpeur du Tour
la plupart des suiveurs, spectateurs
et coureurs. Comme s’il payait pour
l’accumulation de scandales depuis
vingt ans. Confidence à Libé d’un des
grimpeurs hachés menu par Sky :
«Cette course devient de plus en plus
étrange. Je ne sais même pas s’il y a de
la déception ou bien simplement de
la lucidité face à cette fatalité d’une édition sans relief.»
Les coureurs : et si on les écoutait enfin ? L’UCI a manifestement échoué
dans son calendrier et sa communication sur le traitement du dossier
Froome. Les organisateurs du Tour
ont quant à eux failli à dynamiser
l’épreuve (les pavés du Nord ou la miniétape de 65 km dans les Pyrénées ont
causé peu d’effets ; la diminution du
nombre de concurrents par équipe n’a
pas évité les chutes ni renforcé le spectacle) et à rassurer les coureurs (sommés tout à la fois de ne pas se doper et
de garantir ce fameux spectacle). Les
premiers acteurs de ce sport savent que
ces changements de formule ne sont
que des cache-misère. Ils ont d’autres
idées à proposer.
Répartition du butin
Novembre 2012 : la commission des
athlètes de l’UCI se réunissait à Aigle
(Suisse). Autour de la table, la championne Marianne Vos, le coureur Bernhard Eisel et l’intendant de Sky, Dario
Cioni. A priori, pas des marxistes pur
jus. Ils concluaient cependant à la nécessité de mieux partager les richesses
du vélo avec, par exemple, la création
d’un plafond des salaires («salary
cap»). Dans le même temps, les
groupes pros réclamaient que le Tour
leur reverse une part de son bénéfice
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toise le quadruple vainqueur faire le dos rond
au sens propre. Le vieil homme: «Imagine s’il
se retourne.»
Six jours avant le grand départ en Vendée, les
organisateurs du Tour ont déclaré le tenant
du titre indésirable. Ce qui revient à annoncer
l’arrivée de la lèpre dans la ville pour les
vacances et arroser le peuple d’un message
forcément suspect : excepté un cas problématique, tout va bien pour le reste. Les symptômes d’une épidémie transparaissaient le
soir même de la présentation des coureurs.
A la Roche-sur-Yon, le troisième événement
sportif mondial a suscité autant de boucan
qu’une bonne kermesse –si l’on met de côté
les sifflets réservés à Froome. C’est comme si
le public avait été posé là pour un spectacle
qu’il n’avait pas choisi. Ou bien, c’était à cause
du ciel gros.
CRÉDIT
A Arras, un sexagénaire montre du doigt l’endroit exceptionnel (la citadelle du XVIIe siècle)
d’où partent les coureurs pour rallier Roubaix
(la 9e étape). II s’était imaginé une matinée
fruitée: discuter avec des coureurs, croiser des
vieilles gloires et récupérer des bidons à refiler
aux petits-enfants. Comme avant. Mais la sécurité lui a demandé de se tenir à l’écart: sans
les autorisations, il doit regarder ça de loin.
Il dit: «On vient aux courses et on ne sait plus
qui monte à vélo. Ils passent devant nous à une
vitesse tellement folle, je ne saurais plus les
décrire.» Et : «Le vélo a bien changé : ce n’est
plus du tout le même sport.»
Il n’y a guère que l’imprévu qui dispose de la
machine à remonter le temps. En route vers
Fougères (7e étape), le bus de l’équipe Cofidis
tombe en panne sur l’autoroute et offre une
séquence d’autrefois aux habitants de la commune bretonne. D’abord : les coureurs arrivent en voiture (comme ils le faisaient jusque
dans les années 90) et se changent dans la
rue. Ensuite : en l’absence du car (quartier
général roulant), la formation française (coureurs, staff) a investi le salon des Dauguet
pour la causerie d’avant-course. La famille
gagnera un bidon et de chauds remerciements. Ironie, quand même: c’est rarissime
que Cofidis, société de crédit à la consommation, ait une dette envers le peuple –en général, c’est l’inverse.
BÉLIER
la douzième étape du Tour. PHOTO JULIEN FAURE
net, estimé à 30 millions d’euros annuels. Et les dirigeants d’équipes formatrices demandaient à ces groupes
de leur donner des «droits de formation» pour chaque jeune talent façonné…
Six ans plus tard, la répartition du butin
a empiré. Les écarts de moyens ont explosé entre les équipes: les Français de
Fortuneo-Samsic avaient 3,5 millions
d’euros en 2017, Sky au moins dix fois
plus. Les salaires des stars ont flambé:
Chris Froome émarge à six millions par
an. Les actionnaires du Tour (la famille
Amaury) refusent de lâcher un centime. Un dirigeant d’équipe française
souhaite, sans le crier trop fort, la tenue
«d’états généraux sur l’organisation du
vélo». Un autre exhume le principe du
«salary cap» comme solution d’avenir:
«Si Sky ne peut plus se payer les plus
forts équipiers du monde, Froome est
plus isolé en montagne. Imaginez-les
avec seulement deux hommes dans le
dernier col, au lieu de quatre ou cinq.
Ça change tout!» En résumé: «Le problème actuel du vélo, ce n’est plus le dopage. C’est l’argent.» •
Les chiens aboient,
la caravane passe
Des promesses de «grabuge»,
un gendarme à côté de la
plaque, des regrets… Retour
dans le tourbillon du Tour 2018.
C
ette année, le Tour de France a dû
composer avec une concurrence féroce: la Coupe du monde (au début),
l’affaire Alexandre Benalla (à partir du milieu)
et l’intérêt de Jean-François Copé pour la
mairie de Paris (à la fin). Rien ne lui a donc été
épargné. Pour ceux qui ont lâché, on vous le
résume en cartes postales.
LÈPRE
Chris Froome pédale en face du bus de son
équipe, le Team Sky, après la 8e étape Dreux-
Amiens –le décrassage, sur un vélo statique,
pour ne pas subitement couper l’effort. Cet
après-midi-là, ses collègues et lui tournent le
dos au public – une centaine de personnes.
Certains y voient un doigt d’honneur grand
et large comme un casse-croûte: soupçonné
de dopage (déclaré «anormal» en septembre
au salbutamol, puis innocenté), le Britannique serait donc insolent de surcroît. Quelques
bonshommes ont hué, d’autres se sont chargés des chœurs – «tricheur», «menteur»,
«dopé». Une jeune fille, lycéenne, confesse
être là par voyeurisme : «On m’a dit qu’il y
aurait du grabuge.» Un pétage de plombs de
Froome, qui sortirait un opinel de ses crampons? Un vieil homme confie son inquiétude
à un autre : «Je crois qu’il comprend le français…» Le reste de la foule rit, chuchote et
A Roubaix, un cameraman, sur la ligne d’arrivée, prend un taquet d’un agent de sécurité:
une grosse poussette de sommation, juste
assez appuyée pour le faire reculer et réfléchir. Il a foncé avec son objectif dans l’essaim
de confrères, sans regarder les rétroviseurs
– caméra bélier. Tous se jettent sur le vainqueur: l’Allemand John Degenkolb (Trek-Segafredo), le vainqueur, est encerclé par les
télévisions et des membres de son staff. Son
vélo se plie, il manque de tomber à la renverse. A 10 mètres, on aperçoit un pied par ci,
un poignet par-là: il venait de bouffer 21,5 km
de chemins pavés. Des coureurs arrivent par
petits groupes. Il y a ceux qui s’écroulent
(cette étape fut une lessiveuse) et d’autres qui
se faufilent entre les journalistes et les invités.
Ils disent «pardon», comme on zigzague avec
son chariot à Lidl. Ou «allez, pousse-toi de là»
la trombine pleine de suie.
PROHIBITION
Les suiveurs du Tour sont passés dans les
grands cols en maudissant le taux d’absentéisme du public. Parfois, ce sont des vieux
briscards du bord de route qui déroulent
le diagnostic : il manque du peuple. C’est
comme causer du repeuplement d’un village:
comment le Tour peut-il remettre de la vie
dans les espaces désertés ? A l’Alpe d’Huez
(12e étape), c’était comme regarder la faillite
droit dans les yeux, les aisSuite page 16
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SPORTS
Libération Lundi 30 Juillet 2018
selles collées par le
stress. Il y a des bras et des mains, comme
avant, mais plus assez pour fabriquer l’adrénaline qui faisait fantasmer les coureurs et
les téléspectateurs – on aurait dit une répétition. Là-bas, le maire de Bourg-d’Oisans a
interdit l’alcool par peur des débordements.
Et Geraint Thomas a conforté son maillot
jaune et sa position de meilleur grimpeur du
Tour. Il le gardera jusqu’aux Champs-Elysées.
Il est le nouveau roi.
Suite de la page 15
pour disperser les paysans. Il a fallu s’arrêter.
Dans la descente du Portet (18e étape),
Froome est plaqué au sol par un gendarme
qui ne l’a pas reconnu. Un gradé viendra s’excuser le lendemain. Chris Froome, avant de
filer, lui glissera un «fuck you». Le Tour est un
tourbillon, dans lequel la loi fait des saltos. On
a vu un directeur sportif, qui pilotait la voiture suiveuse comme un chauffard, freiner à
la hauteur d’une gendarme en moto pour lui
proposer une bouteille de Vittel ou une canette de coca. Elle a pris l’eau.
CIRQUE
A Carcassonne, Sky a organisé une conférence
de presse dans un Campanile le 23 juillet, jour
de repos. Le temps que son manager général
termine sa prestation, Chris Froome, second
au classement général, est scruté par des quidams et des journalistes. Que diable y a-t-il
dans la tête d’un type qui a dans les pattes
deux semaines de huées et de tentatives
d’agression (à l’Alpe d’Huez, il a manqué d’être
frappé par un spectateur) ? Le Britannique
d’origine kényane s’assoit ensuite près de Geraint Thomas, le maillot jaune gallois, et prend
les journalistes en photo, avec un sourire de
garnement en coin: quitte à être l’attraction
du cirque, autant immortaliser le moment.
Froome répondra comme il peut. En substance : dès lors que son équipe remporte le
Tour, son sort importe peu –soit l’adaptation
cycliste de «l’important, c’est les trois points»
footballistique. C’était tout ou rien de toute façon: ou les deux Britanniques racontaient les
coulisses (la stratégie, les grands secrets), ou
ils se contentaient de tuer le temps (l’esquive)
en y mettant plus ou moins de formes.
Un employé des pneus Continental, préposé
à la logistique sur le Tour, nous avait alpagué
l’avant-veille: «Froome n’est pas le problème.
Moi, je n’ai aucun lien avec lui. Pourtant je suis
passé dans des endroits où je me suis fait siffler, où l’on m’a balancé des trucs. C’est général: on dirait que les gens, dans certains coins,
en ont marre de tout.»
QATAR
A la Mongie, la veille du passage de la
19e étape qui traverse la station de ski: un «citoyen engagé» (il se présente ainsi), ex-coureur
amateur et ex-cadre bénévole du vélo breton,
soupire. Il dit: «Le Tour partira un jour du Qatar. Et pourquoi pas ?»
Il décrit une situation à déchiqueter les adducteurs: d’un côté, la professionnalisation
à outrance des cyclistes et de leur staff qui induit une mise à distance, et de l’autre, la persistance d’un discours officiel basé sur la
proximité. «On ne peut pas être à deux endroits différents en même temps. A gauche, à
droite. Il faut en choisir un, sinon le public se
lasse.» Une heure plus tard, Emmanuel Macron débarque (très en retard) à la Mongie. Le
Tour est peut-être aussi En marche: à gauche,
à droite, au milieu… Un blond vêtu d’une tenue cycliste fera part de ses regrets à tous ses
voisins après son échange avec le Président:
«Je lui ai dit que la pente à la Mongie était très
dure…» Mais dans l’euphorie, il a oublié la fin
de son message: «J’aurais voulu lui dire que
la politique était comme le vélo: parfois, il y a
des pentes. Mais ce n’est pas grave, non, ce n’est
pas grave…»
A Espelettes, Tom Dumoulin (Sunweb) s’est
retrouvé, après le contre-la-montre (dernière
étape), debout en face d’une voiture, sur une
route désertée par les journalistes et les camions de gendarmerie. Certains n’y ont pas
cru: que fabrique le dauphin de Thomas, en
face d’un champ où un mouton à la patte abîmée pisse partout? Il a pris une photo de bon
cœur avec un jeune compatriote néerlandais.
A l’ancienne.
RAMSÈS KEFI
POLICE
La 16e étape (Carcassonne-Bagnères-de-Luchon) est interrompue par une manifestation
d’agriculteurs. Des coureurs ont respiré le gaz
lacrymogène utilisé par les forces de l’ordre
Dimanche, arrivée aux Champs-Elysées. A droite, Alexander Kristoff, le gagnant de l’étape. PHILIPPE WOJAZER. REUTERS
Mystère et boule de Froome
En trois semaines sur
le Tour d’Espagne 2011,
le coureur a explosé ses
performances. «Libé»
révèle une réunion où
même les cadres de la
Sky s’en sont étonné.
L
e dernier mystère de Chris
Froome est le premier. Plus
encore qu’un faisceau de lumière qu’il faudrait plaquer sur ses
prestations du Tour de France de
2012 à 2017 ou du Tour d’Italie 2018,
plus que la soif de savoir enfin s’il a
pioché dans l’arsenal interdit que
lui prêtent la rumeur et des indices
parsemés, comme l’utilisation d’un
vélo à moteur, le Britannique de
33 ans, troisième du Tour cet été et
figure centrale de l’épreuve. Malmené et donnant l’impression de ne
pas détester ça. Innocenté après son
contrôle au salbutamol par les instances mais hué par une partie du
public. Il faudrait comprendre d’où
il sort. Le leader du Team Sky, qui a
laissé cette année le maillot jaune à
son équipier Geraint Thomas, est
l’athlète de grands tours qui a comblé le plus gros déficit de résultats
dans sa carrière. Et en un temps record. Passé de «toquard» présumé
(83e de son premier Tour en 2008
avec plus de 2 h 22 de retard) à
«champion» révéré.
Texto saignant. Une métamorphose accomplie en quelques jours
en 2011. Froome a 26 ans. Le 6 août,
il termine péniblement 85e du Tour
de Pologne et va picoler de la vodka.
Son manager, Dave Brailsford, envisage de le transférer chez RadioShack, ex-maison de Lance
Armstrong. Il envoie un texto saignant à l’agent du coureur, Alex Carrera: «Qu’est-ce que Chris a fait cette
saison? Rien du tout!» Puis Froome
est appelé en catastrophe sur le Tour
d’Espagne qui débute le 20 août,
pour remplacer un coureur malade.
Trois semaines plus tard, le 11 septembre, il explose les pronos en terminant deuxième. Treize secondes
derrière l’Espagnol Juan José Cobo
et 1’26’’ devant son collègue Bradley
Wiggins.
Cette ascension de missile sol-air
n’a pas seulement secoué le public
mais aussi la Sky, selon les informations recoupées par Libé. L’équipe
regroupe alors ses hommes de confiance pour une réunion spéciale.
La question : «On fait quoi avec
Froome?» La direction s’alarme que
son coureur puisse être surmédicalisé, voire dopé. Car avant de devenir la formation la plus suspecte du
peloton, Sky s’attache à être vue
comme la plus propre. Une source
indique : «On ne savait pas du tout
comment travaillait Froome.» Tout
le contraire de Wiggins, que le staff
programme à devenir un coureur
du Tour depuis 2008. Brailsford
pressent aussi que la cohabitation
entre les deux hommes peut virer
au conflit, ce qui se sera le cas dans
le Tour 2012: plus fort que Wiggins
en montagne, Froome est prié de le
laisser gagner.
A Madrid, au terme du Tour d’Espagne, des témoins voient Froome et
son agent dans une discothèque,
parlant affaires avec le patron de
l’équipe Saxo Bank, Bjarne Riis. Mais
les sponsors de Sky insistent pour
que Brailsford conserve ce talent. Ce
dernier signe donc un nouveau contrat, avec un montant multiplié par
douze, autour de 1,2 million d’euros.
Dès lors, la Sky va assurer la préparation de son nouveau héros. Et sa
communication.
Bilharziose. Pour expliquer la
croissance asymptotique de ses performances, Froome avance une première explication : il aurait contracté fin 2010 un parasite qui
s’attaque aux globules rouges, la bilharziose, en nageant dans un lac au
Kenya, son pays de naissance, et il
aurait guéri juste à temps pour le
Tour d’Espagne 2011. Ces informa-
tions sont en partie contredites par
le Daily Mail en 2014. Froome vient
alors de recevoir une autorisation
par l’Union cycliste internationale
d’utiliser un corticoïde en spray nasal. Le quotidien indique que le coureur souffre d’asthme –ce qui pourrait justifier le spray– et d’urticaire,
ainsi que d’une autre affection tropicale, la blastocystose, qui provoque des douleurs gastriques.
Quant aux troubles de la bilharziose, ils auraient été enrayés
en 2013 et non pas en 2011. Et ce au
moyen de cinq traitements au praziquantel, qui s’administre parfois
en une seule cure. Cet antiparasite
peut être dangereux pour l’organisme, au point qu’on le complète
parfois par des corticoïdes, ces médicaments bien connus pour leur
pouvoir dopant. Froome a-t-il couru
malade entre 2011 et 2013? A-t-il usé
de «corticos» ? Le Britannique ne
donne pas plus de précisions sur
son livret de santé.
PIERRE CARREY
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GORON
HORIZONTALEMENT
I. Trump a annexé sa reconnaissance à son agenda politique II. Province indonésienne ; Fit le tour de la grande
boucle III. Et la musique fût
IV. Imper familier V. Etoffe
de soi ; Ce qui nous reste en
temps une fois dispensés
de cours de sport ; Poinçon
avant boisson de cette grille
VI. Oiseau d’Australie, le mâle
construit un nid douillet pour
la reproduction VII. Fait de
passer du temps dans un nid
douillet VIII. Exercice du
pouvoir IX. Lettres du mot
Staatssicherheit ; De vie, elle
réveillerait un mort X. Changements de cellules sonnant
comme un ordre XI. Marque
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Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
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Grille n°975
VERTICALEMENT
1. Pierre fine ; La fève est à l’intérieur 2. Chef d’écurie ; Frais ; Novembre en
chansons 3. Il aide à changer de voie ; On y fait des courses 4. Ici en ascension, il tourne en rond en montagne ; Avec Arthaud à la barre ; Commun
en Méditerranée 5. Son trajet : espace, Terre, terre 6. Lait, œuf, muscles,
plasma, elle est partout ; Albert de Monaco 7. Pays avec un drapeau bleu
blanc et rouge ; Il fait passer des messages 8. Greffant 9. Avec moustiques
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. KILOOCTET. II. ILÉON. RPR. III. ESC. CRIAI.
IV. ÂGÉE. VS. V. KÉPI. PRÊT. VI. EL. NIUE. VII. GAZON. COU.
VIII. AGA. SPAIN. IX. AUDITASSE. X. RAIDIRAIT. XI. DIGESTIFS.
Verticalement 1. KIERKEGAARD. 2. ILS. ÉLAGUAI. 3. LE CAP. ZADIG.
4. OO. GINO. IDE. 5. ONCE. INSTIS. 6. REPU. PART. 7. TRI. RECASAI.
8. ÉPAVE. OISIF. 9. TRISTOUNETS. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
LUNDI 30
Le temps est très nuageux sur le nord avec
quelques gouttes de pluie faibles. Partout
ailleurs le temps sera plus ensoleillé avec
de la douceur vers la Méditerranée.
L’APRÈS-MIDI Les averses gagnent du terrain
vers le Centre et les Hauts-de-France avec
un temps plus incertain et de la douceur.
Au sud, le soleil se maintient.
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le pays basque.
L’APRÈS-MIDI Des averses circulent en bord
de Manche. Il fait beau ailleurs
avec très fortes chaleurs
caniculaires au sud-est.
Lille
0,6 m/19º
Rédacteurs en chef
adjoints
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RETROUVEZ AUSSI LE P’TIT LIBÉ
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18 u
Libération Lundi 30 Juillet 2018
IDÉES/
Les voyages organisés
ne datent pas d’hier.
Au Moyen Age,
les périples collectifs
étaient fréquents,
pour s’assurer
un pèlerinage
dans les meilleures
conditions.
Par PAULINE
GUÉNA
et L’EQUIPE
DU BLOG
«ACTUEL
MOYEN AGE»
Ç
drie et on leur montre des places
de choix dans la cale, côte à côte…
car les pèlerins dormiront allongés en rang d’oignons, avec leur
pot de chambre à leurs pieds.
Dans ces conditions, mieux vaut
être entouré d’amis…
Après mûre réflexion, le groupe
d’Allemands opte pour la plus
grande des deux galères. Ils vont
y passer plusieurs semaines, la
nuit à fond de cale, le jour sur le
pont, à écouter la messe dite à
côté du mât et à manger la nourriture servie par le cuisinier du navire. Ils auront l’occasion de se divertir en jouant aux cartes, en
lisant ou en faisant de la musique.
Mais ils devront aussi souffrir de
la puanteur ambiante, patienter
pour faire leurs besoins le matin
dans les deux espaces aménagés à
la proue du navire, accepter
d’épouiller la barbe de leur voisin
pour ne pas hériter de ses puces la
nuit d’après, et bien sûr prier les
saints à la moindre tempête. Bref,
tout a beau être très organisé,
c’est tout de même l’aventure.
Alors, pour réduire l’incertitude,
les Allemands concluent, avec le
patron de la galère, un contrat.
Il y a des clauses centrales. Par
exemple, une fois arrivés à Jaffa,
grand port de la Terre sainte, le
patron doit payer pour eux tous
les frais aux mamelouks qui vont
les emmener en âne jusqu’à Jérusalem. Et, là-bas, il ne doit pas les
presser. Felix Faber insiste dessus, lui qui, dans un voyage précédent, n’a pu voir Bethléem
«qu’une seule fois, et de nuit !».
Et puis le contrat des Allemands
comporte aussi des clauses plus
sympathiques. Par exemple, le
patron est tenu d’offrir, avant le
repas du matin, un petit verre de
vin, «comme c’est la coutume sur
les navires». Les bons patrons le
font de leur plein gré, mais lorsque l’on voyage en groupe, on
n’est jamais trop prudent…
Avant les garanties des tour-opérateurs, les pèlerins ont donc
compris qu’ils ont tout intérêt à
voyager en groupe. Pensons-y
demain dans le train, si notre
voisin nous demande d’épouiller
sa barbe… •
a y est, vous êtes prêt pour
les vacances ? Vous avez
pris votre billet, réservé
votre hôtel, vérifié les
horaires d’ouverture des musées ? Félicitations, vous êtes
l’heureux bénéficiaire de la massification du tourisme engagée
depuis le XIXe siècle. Parmi vous,
des milliers ont choisi une formule qui est, en réalité, bien plus
ancienne : celle du «voyage
organisé».
Dès le Moyen Age, des hommes
et des femmes voyagent. La plupart ne le font pas pour le plaisir,
car voyager est dangereux. Néanmoins, les marchands sillonnent
les routes pour le commerce, les
étudiants courent les professeurs
célèbres d’une université à
l’autre, et les pèlerins parcourent
le monde pour l’amour de Dieu.
Tous se plaignent des aléas de la
route, tout en s’émerveillant
volontiers devant les merveilles
rencontrées. Avant la grande
époque du tourisme, il y a déjà
chez certains un goût de la route.
Face à ces flux de voyageurs, il y a
de l’argent à gagner. Par l’aménagement de routes, la création de
péages, le développement de services, une petite infrastructure
apparaît dans certains endroits :
on n’est pas loin de la définition
du tourisme. Ces voyageurs ne se
lancent pas vers l’inconnu, bâton
à la main et besace à l’épaule.
La plupart du temps, les pèlerins,
notamment, sont extrêmement
organisés pour voyager en
groupe, si possible des groupes
qui parlent la même langue. Cela
leur permet de se défendre sur la
route, de négocier des contrats
dans les auberges, éventuellement de prendre soin des malades, ou même de l’héritage des
morts quand il y en a… et
il y en a souvent.
Pour découvrir le plus vieux des
tour-opérateurs, suivons le pèlerin Felix Faber, qui va d’Allemagne jusqu’à Jérusalem vers 1480.
Il passe par Venise, port d’embarquement de pratiquement tous
les pèlerins occidentaux. Il loge
dans l’auberge Saint-Georges,
connue pour n’accueillir que des
Allemands, ce qui l’arrange bien
«car il est fort pénible de vivre
En 2002, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. PHOTO LISSAC. GODONG. LEEMAGE
Tour-opérateurs: une
invention médiévale?
avec des gens avec lesquels il n’est
pas possible de tenir une conversation». D’ailleurs, le chien de
l’auberge s’occupe de faire régner
l’ordre : il ne fait bon accueil
qu’aux Allemands, et attaque
tous les autres : Italiens, Lombards, Français, Espagnols, etc.
Il se jette sur eux avec des aboiements terribles, ce qui montre
bien, selon Felix, que les Allemands et les Italiens ne pourront
jamais s’entendre…
Les Allemands de l’auberge se
mettent d’accord pour voyager
en groupe. Ils se rendent place
Saint-Marc pour trouver un
patron de navire avec lequel faire
affaire. Mais cette année, face à
l’affluence, deux patrons proposent leurs services aux pèlerins.
Devant la basilique, il y a donc
deux drapeaux blancs à grande
croix rouge, sous lesquels des
racoleurs vantent les mérites de
leur propre patron et dénoncent
la mesquinerie de l’autre. De véritables rabatteurs professionnels,
comme on peut encore en croiser
aujourd’hui autour des gares et
des aéroports de nombreux pays…
Comment choisir? Le groupe s’apprête à se disputer, mais Felix
prend les choses en main. Il les
emmène voir directement les patrons de navire, à bord de leurs galères. Là, ils sont accueillis à bras
ouverts, on leur offre du vin de
Grèce et des confiseries d’Alexan-
http://actuelmoyenage.wordpress.com
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Le monde (trop) merveilleux
des touristes
Deux livres à glisser dans la valise
analysent l’organisation des lieux
«typiques» où nous aimons passer
nos vacances et se demandent comment
Airbnb et Tripadvisor transforment
nos façons de voyager.
D
u Club Med pieds dans l’eau
au lodge écofriendly avec
vue sur la savane en passant
par la station de ski façon les Bronzés, on pourrait croire les espaces
du tourisme désormais bien
connus. Mais avec 1,8 milliard de
voyages internationaux annoncés
en 2030 par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) contre 1,2
aujourd’hui, la géographie de nos
vacances ne cesse de changer.
Deux ouvrages –compatibles avec
la plage ou le hamac – tentent de
cerner ces évolutions.
Membres de l’Equipe interdisciplinaire d’études sur le tourisme, les
géographes Maria Gravari-Barbas
et Sébastien Jacquot signent, chez
Autrement, Atlas mondial du tourisme et des loisirs (mai). Cette
petite somme richement illustrée
L'ŒIL DE WILLEM
(quoique certaines cartes soient un
peu trop simplifiées) aborde les
classiques de la question, avec une
partie historique –qui rappelle que
les premiers «touristes» furent les
jeunes nobles européens accomplissant un grand tour de
l’Europe pour parfaire leur éducation – et une approche continentale qui distingue une Europe «mature», captant 47 % du tourisme
international, et une Afrique à
l’écart, où le tourisme se concentre
sur quelques espaces, comme
l’Afrique du Sud, la région des
Grands Lacs ou certaines zones littorales du Maghreb.
Thomas Daum et Eudes Girard,
professeurs agrégés de géographie,
s’intéressent dans Du voyage rêvé
au tourisme de masse (CNRS, juin)
à la question désormais classique
du télescopage entre le voyageur
solitaire en quête d’authenticité
que nous voudrions être et le
touriste que nous sommes en réalité, pris au piège de territoires fabriqués pour répondre à ses attentes. On découvre notamment
comment le marché de Noël de
Strasbourg a développé
le tourisme hivernal en
Alsace, et comment il
tente de garder une
image d’authenticité
malgré la vente de produits standardisés. On
apprend aussi comment une entreprise de salaisons auvergnate réussit à vendre des saucissons aux
touristes sur les marchés «traditionnels» en jouant sur l’image
idéale des porcs élevés en plein
air… dans une région où la tradition est plutôt à l’élevage bovin.
Ensemble, les deux livres permettent de cerner les évolutions les
plus récentes du tourisme. L’Atlas
mondial du tourisme… propose une
carte localisant tous les établissements commentés sur le site Tripadvisor, qui se superpose assez
bien à une carte «classique» des
grandes destinations touristiques
dans le monde. Elle manifeste l’importance que les touristes accordent désormais à l’avis de leurs
pairs pour programmer leurs itinéraires et choisir leurs points de
chute, quand ils se fiaient auparavant à l’avis éclairé des guides
touristiques.
Le phénomène Airbnb est analysé
à travers la question de la surfréquentation des quartiers touristiques des grandes villes et de la
«tourismophobie» qui en découle.
En cartographiant le centre touristique de Barcelone, Maria GravariBarbas et Sébastien Jacquot constatent que plus on s’approche des
Ramblas, où la fréquentation touristique est maximale, plus la municipalité est sévère sur l’interdiction d’ouvrir de nouveaux hôtels.
Dans la capitale catalane toujours,
Thomas Daum et Eudes
Girard constatent que
les rues considérées
comme les plus «normales» aux yeux des Barcelonais se situent dans les
quartiers de bureaux ou
près des petits squares plus éloignés du centre. Ils concluent : «Le
touriste est venu découvrir un théâtre social que la périphérie ne peut
pas lui offrir.»
Au gré de tous ces changements,
difficile de dessiner la carte postale
idéale des vacances du futur. Elle
repose en grande partie sur les
choix des classes moyennes des
pays émergents, qui voyagent de
plus en plus, mais aussi des
préoccupations écologiques qui
auront peut-être des conséquences
sur la bétonnisation des littoraux
ou l’évolution du transport aérien.
Seules certitudes : le nombre de
touristes va continuer à augmenter,
et le tourisme se résumera de
moins en moins à la grande
migration estivale des juillettistes
et des aoûtiens. Avec la multiplication des séjours courts, réservés en dernière minute, ou l’achat
de résidences secondaires, les
pratiques touristiques entrent
dans une nouvelle ère, celle du
post-tourisme.
THIBAUT SARDIER
MARIA GRAVARI-BARBAS
ET SÉBASTIEN JACQUOT
ATLAS MONDIAL DU
TOURISME ET DES LOISIRS
Autrement, 96 pp., 24 €.
THOMAS DAUM
ET EUDES GIRARD
DU
V O YA G E
RÊVÉ
AU TOURISME DE MASSE
CNRS, 288 pp., 22 €,
EN HAUT
DE LA PILE
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20 u
Libération Lundi 30 Juillet 2018
DAVID WOJNAROWICZ
la saine virulence de l’art
Poète, photographe, musicien, peintre, écrivain: le New-Yorkais,
proche de Nan Goldin et de Keith Haring, fut un fervent activiste
gay anti-sida, jusqu’à sa mort en 1992. Au Whitney Museum,
une grande rétrospective rend hommage à son œuvre militante.
Par
CHARLOTTE OBERTI
Correspondance à New York
D
ans les années 70, David Wojnarowicz
errait le long de la rivière Hudson que
l’on aperçoit à travers des stores tirés
du Whitney Museum, dans le quartier de
Meatpacking, à New York. Sur les jetées aban-
données, le jeune artiste américain se droguait, écrivait, se prostituait pour une vingtaine de dollars, cherchait un endroit au
chaud où passer la nuit. Il contemplait sûrement, de l’autre côté de l’eau, son New Jersey
natal. A deux pas de là, aujourd’hui, plus de
vingt-cinq ans après sa disparition, on contemple ses œuvres que le musée d’art contemporain expose jusqu’au 30 septembre dans le
cadre de la plus grande rétrospective jamais
consacrée à cet artiste depuis 1999.
CONDENSÉS DE VIE
Dès le début de l’exposition, de petits clichés
en noir et blanc nous emmènent dans les
lieux très new-yorkais où traînait Wojnarowicz. Coney Island, les diners, restaurants
ouverts jour et nuit, le métro, Times Square
où, ado, il s’est prostitué pour survivre. Des
lieux où il faisait poser des amis, affublés d’un
masque à l’effigie du poète français Arthur
Rimbaud, lequel, comme lui, avait été abandonné, enfant, par un père marin abusif. Ces
clichés constituent le premier travail reconnu
de l’artiste mais ils ne préparent pas à l’explosion de couleurs, de formes, de supports artistiques divers qui surgissent dès la deuxième
salle et qui feraient presque penser qu’il s’agit
d’une autre exposition. Sur un tableau, trois
silhouettes érotiques d’hommes nus sont encerclées par des mains agrippées à des barreaux de prison. De la musique s’échappe de
haut-parleurs – celle-là même que Wojnarowicz jouait avec son groupe 3 Teens Kill 4
(«3 ados en tuent 4») au début des années 80.
Et une série d’étranges têtes d’hommes,
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
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Ci-contre : Untitled (Green Head), 1982.
Ci-dessous à gauche. : Americans Can’t Deal
with Death, 1990. COURTESY OF THE ESTATE OF
D. WOJNAROWICZ AND P.P.O.W., NEW YORK.
A droite : Self-Portrait of David
Wojnarowicz, 1983-1984, réalisé avec Tom
Warren. PHOTO RON AMSTUTZ
sculptures confectionnées à partir du même
moule, nous regardent, bouches ouvertes et
yeux globuleux.
David Wojnarowicz, artiste «outsider» comme
il aimait se définir, était initialement poète.
Au cours de sa fulgurante carrière, il aura
aussi été photographe, vidéaste, musicien,
peintre membre de la scène expressionniste
new-yorkaise, théoricien et écrivain. Jusqu’à
sa mort à l’âge de 37 ans, en 1992, des suites
du sida. L’œuvre de ce touche-à-tout autodidacte, proche de Nan Goldin et de Keith Haring, est méconnue en France et applaudie
aux Etats-Unis, bien qu’elle soit, ici aussi,
dans une certaine mesure, imparfaitement
connue. «David Wojnarowicz a une réputation très fragmentée. Beaucoup de personnes
connaissent seulement un aspect de son travail, explique à Libération David Breslin, un
des curateurs de l’exposition au Whitney Museum. Quand j’étais à l’université, je le connaissais pour ses textes. Plus tard, j’ai rencontré des personnes qui le connaissaient
uniquement pour ses photos ou pour ses peintures.» Parmi ces différentes facettes, l’une
prédomine: celle d’artiste activiste anti-sida.
«Il est vénéré au sein de la communauté
LGBT», explique David Breslin.
DÉNONCIATION INLASSABLE
L’artiste nous transporte en effet dans un
New York gangrené à toute allure par le virus,
un univers où amis et voisins disparaissent
les uns après les autres en silence et où l’on
guette ses propres symptômes pour savoir si
on sera le prochain sur la liste. En 1992, pour
la seule ville de New York, près de 38000 cas
de contamination par le virus du sida avaient
été rapportés aux Centers for Disease Control
and Prevention. Dans ce contexte de panique
où la mort rôde et emporte des gens jeunes
«Je me réveille
chaque matin dans
cette machine à
tuer qu’on appelle
l’Amérique,
portant en moi
la rage comme
un œuf plein
de sang.»
u 21
CULTURE/
qui n’ont aucun moyen de
phier son ami, bref amant
se soigner, certaines
et éternel mentor, Peter Huœuvres sont de véritables
jar, sur son lit de mort,
condensés de vie, comme la
après que ce dernier eut
série de tableaux dédiée
succombé au virus à l’âge
aux quatre éléments –terre,
de 53 ans. Les clichés du viair, feu, eau. Ces peintures,
sage, des mains et des pieds
qu’il a créées dans l’ansans vie de Hujar ont été
goisse d’un diagnostic méincorporés à un tableau redical, sont une tentative
couvert d’un texte dénonémouvante de la part de
çant l’homophobie systéDavid Wojnarowicz de se
matique et la complicité du
souvenir de tout ce qu’il a
gouvernement. Un an plus
appris lors de son passage
tard, Wojnarowicz découDavid Wojnarowicz
sur Terre. «Il était une
vrait sa propre séropositidans son autobiographie
éponge, ajoute David Bresvité. Dans son œuvre, la filin. Il voulait dévorer le
gure du gay séropositif
monde. C’est comme s’il recrachait à sa façon pourrait être remplacée par n’importe quelle
tout ce qu’il absorbait.»
minorité. «Nous naissons dans un monde préMais le tableau Das Reingold : New York fabriqué au sein d’un pays peuplé de zombies,
Schism (1987) semble, lui, davantage critiquer et derrière l’illusion d’une nation monoclanil’inaction des pouvoirs publics face à l’épidé- que se cachent plusieurs clans», écrivait-il
mie: au premier plan, deux visages malades en 1991 dans son autobiographie, Close to the
se décomposent tandis qu’au second plan, la Knives, Memoir of a Disintegration (traduit au
vie urbaine continue son cours, indifférente. Serpent à plumes sous le titre Au bord du goufA l’époque, rares étaient ceux, dans l’Amérique fre), parue un an avant sa mort. Ou encore: «Je
homophobe de Ronald Reagan, qui se sou- me réveille chaque matin dans cette machine
ciaient de l’hécatombe causée par le VIH, cer- à tuer qu’on appelle l’Amérique, portant en moi
tains estimant même que cette maladie tou- la rage comme un œuf plein de sang.»
chait uniquement ceux qui vivaient dans le
péché. David Wojnarowicz notait méthodiqueFRONTIÈRES TERRESTRES
ment les horreurs qu’il entendait ici et là: la Que penserait Wojnarowicz de l’Amérique
phrase du gouverneur du Texas de l’époque, d’aujourd’hui? Celle où, en 2010, son œuvre
lancée à la radio en plaisantant –«Si vous vou- A Fire in My Belly, un film comportant notamlez stopper le sida, dégommez les homos»–, ou ment une séquence de onze secondes dans lales invectives des fidèles de la cathédrale quelle des fourmis marchent sur un crucifix,
Saint-Patrick, à Manhattan, à l’encontre des a été retirée d’une exposition à la National Pormembres d’une parade gay –«Vous ne serez trait Gallery de Washington après des manifespas là l’année prochaine! Vous allez choper le tations. Que penserait-il du sort des minorités
sida et mourir!» Un travail de dénonciation in- qui font les gros titres? Les réponses sont toulassable qui l’a conduit, en 1987, à photogra- tes là. Dans ces bouts de cartes du monde qu’il
se plaisait à insérer partout –jusque sur son visage et son cou dans un autoportrait –, ce
monde dont il ne comprenait ni les frontières
terrestres ni l’industrialisation galopante. Dans
ses prises de position, toujours aux côtés des
laissés-pour-compte, les SDF, les prostitué(e)s,
les Noirs, mais aussi les animaux –en témoignent notamment ce dessin représentant un
singe de cirque, en costume et à la démarche
résignée, et cette photo d’un tigre en captivité
aux pattes attachées. «David Wojnarowicz
avait développé cette idée que l’on vivait dans
un “monde préfabriqué”, explique David Breslin, un monde de consommation, d’industrie et
de technologie. Il savait bien qu’on ne pourrait
pas faire marche arrière mais il voulait pousser
chacun à essayer d’améliorer la situation.»
En nous faisant déambuler dans un New York
d’avant la gentrification et qui appartient désormais à un lointain passé, David Wojnarowicz réussit cependant à nous parler d’une
société qui existe encore. Il parvient surtout,
envers et contre tout, à faire jaillir de la beauté
de ces pièces ouvertement politiques, et souvent choquantes. C’est le cas d’une série de
grands tableaux de fleurs assez classiques qui,
une fois le premier abord naïf passé, se révèlent porteurs de subtiles images de guerre
ainsi que de textes crus sur la prostitution. «Il
voulait essayer de conserver un équilibre entre
la beauté d’une œuvre et des messages chocs,
explique David Breslin. Pouvoir reproduire de
la beauté, c’est aussi une forme d’activisme. On
espère que cet équilibre sera une inspiration
pour les artistes d’aujourd’hui.» •
DAVID WOJNAROWICZ
HISTORY KEEPS ME AWAKE AT NIGHT
Whitney Museum of American Art,
New York. Jusqu’au 30 septembre.
Rens. : Whitney. org
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22 u
Libération Lundi 30 Juillet 2018
CULTURE/
ARTS
de Venise de 2015 voisine ici avec
celle réalisée en 2007, à Rennes,
dans la villa qui abritait le centre
d’art 40mcube –structure productrice de cette expo aux Champs libres. A être ainsi accolée, partageant le même caisson, les modèles
réduits du Pavillon récursif et de
Psycho font ressortir un des leitmotivs de Benoît-Marie Moriceau: intervenir sur les édifices jusqu’à ce
qu’ils se volatilisent et se soustraient à la vue des passants. La
maison de 40mcube fut entièrement peinte d’un intense noir qui se
confondait à la nuit tombée avec les
ténèbres. Dans la journée, la demeure trouait l’espace urbain d’un
trou noir – de manière éphémère
seulement, puisque la villa était
vouée à être détruite. A Venise, le
pavillon français aurait dû disparaître derrière une forêt de colonnades
qui, en se démultipliant, finissait
par en obstruer l’entrée.
Signaux lumineux. Furtif plus
Une des maquettes de l’exposition de Benoît-Marie Moriceau aux Champs libres, à Rennes. PHOTO ANDRÉ MORIN. B.-M. MORICEAU. ADAGP PARIS
Benoît-Marie Moriceau,
l’imaginaire mis en boîtes
Aux Champs libres, à Rennes, le plasticien
présente sous forme de maquettes enchâssées
ses interventions artistiques, achevées ou restées
à l’état de projets, pour divers édifices urbains.
C’
est une proposition recalée après un appel à projets perdu en 2012 par
Benoît-Marie Moriceau qui sert de
toile de fond à son exposition aux
Champs libres, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Cette peinture orangée s’élevant par nappes vaporeuses vers
des nuances de bleu indigo aurait
pu orner les murs d’un centre de
stockage de ciment en bordure de
périphérique parisien si le commanditaire ne lui avait préféré la
pièce d’un collègue. Ce type
d’œuvres mort-nées, tous les artistes en ont plein leurs tiroirs. BenoîtMarie Moriceau en a autant que ses
confrères, mais il se distingue en
trouvant dans cette matière froide
de quoi nourrir une exposition qui
tient de la rétrospective idéale.
Plans vectoriels. Celle-ci présente en effet un corpus d’œuvres
qui n’ont pas trouvé preneur, mais
qui hantent l’artiste tel un membre
fantôme. Qu’aux côtés de ses projets
soient également présentés des travaux qui ont déjà pris forme dans le
passé indique d’ailleurs combien
Benoît-Marie Moriceau ne fait pas
de différence entre les uns et les
autres. Ce qui a été fait pour de vrai
ou juste en rêve, couché sur papier
avant d’être barré par une commission d’évaluation, est placé au
même niveau, à la même échelle :
celle de la maquette.
«The Relative Size of Things and the
Vertigo of the Infinite» est une exposition (et une revanche) de poche. Un format inhabituel pour
Benoît-Marie Moriceau, qui intervient plus souvent à l’échelle de l’espace public, installant des tentes de
camping sur la façade d’une Cité radieuse, un conteneur éclairé de l’intérieur par une veilleuse spectrale,
ou faisant battre au sommet d’un
ancien centre de télécommunication les lueurs phosphorescentes
d’un réseau de boules de verre. Des
interventions qui recourent le plus
souvent à l’imaginaire de la sciencefiction et opèrent par glissements,
de la réalité au virtuel, de l’espace
public à l’espace mental.
A Rennes, Benoît-Marie Moriceau
réduit la voilure, rétrécissant ses
pièces à la taille de maquettes et les
mettant en scène dans des boîtes de
la taille d’une armoire normande,
mais d’une facture minimale. Les
pièces y brillent sous le halo fluo de
néons et semblent léviter sous l’effet des lignes géométriques qu’il y
a tendues afin de rappeler les zones
virtuelles, ces grilles orthonormées
ou plans vectoriels sur lesquels les
projets, quels qu’ils soient, s’esquissent. Les quatre sas disséminés
dans l’expo font tout à la fois office
de congélateur, de caisson de réanimation, de journal de bord et de dispositif panoramique où, comme sur
une table d’orientation, des travaux
de l’artiste fort éloignés géographiquement se retrouvent mitoyens.
Ainsi, l’intervention imaginée pour
le pavillon français de la Biennale
que spectaculaire, spatial plus que
monumental (il se laisse traverser
par les courants d’air et se tapit volontiers dans l’ombre, les recoins
urbains, les non-lieux), l’art de Moriceau aux Champs libres donne paradoxalement, en miniature, sa
pleine mesure. Mais il faut se rendre
à l’étage du bâtiment, dans la bibliothèque aux larges parois vitrées,
pour en avoir le cœur net. Au départ, on ne voit rien et on s’impatiente tandis que l’artiste, assis à
côté, regarde droit devant lui. Puis,
effectivement, une lumière blanc
acier se met à scintiller depuis l’une
des fenêtres d’un des bâtiments voisins. Une autre surgit beaucoup
plus loin, aussi fugace. Et c’est alors
une mélodie de signaux étincelant
dans toute la ville. Sans qu’il y ait eu
besoin de soumettre un quelconque
dossier pour obtenir la moindre
autorisation (l’œuvre battant seulement la journée, elle ne pollue pas
la nuit), les «projecteurs» (en fait
des télescopes bricolés) ont été installés aux fenêtres des habitants qui
ont répondu à un appel à participation lancé par l’artiste dans la presse
locale. L’artiste endossant en quelque sorte la casquette du commanditaire. Avec pour objet une fenêtre
dans la ville avec vue sur le lieu de
son exposition.
JUDICAËL LAVRADOR
Envoyé spécial à Rennes
BENOÎT-MARIE MORICEAU
THE RELATIVE SIZE OF THINGS
AND THE VERTIGO
OF THE INFINITE
Les Champs libres,
10, cours des Alliés, Rennes (35).
Jusqu’au 4 novembre.
Rens. : www.leschampslibres.fr
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
u 23
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Extrait de la vidéo
The Seaman, 2012.
PHOTO BOUCHRA
KHALILI. ADAGP PARIS
Bouchra Khalili,
riposte aux frontières
Au Jeu de paume, les
films, vidéos, photos
et sérigraphies de la
plasticienne francomarocaine fustigent
la brutalité du monde
moderne.
R
ien de tel, par ces temps de
grosse chaleur, que d’aller
voir un film dans une pièce
sombre et climatisée. Cela tombe
bien, l’exposition de Bouchra Khalili en propose plus d’une dizaine,
ce qui laisse amplement le temps de
se rafraîchir le corps – et les idées.
Les tonalités froides, les prises de
vues distanciées et l’orchestration
millimétrée de l’artiste franco-marocaine (née à Casablanca en 1975 et
élevée entre le Maroc et la France)
contribuent à la sensation de douche froide qui plane dans l’exposition. Au premier étage du Jeu de
paume, photographies, vidéos,
films et sérigraphies de Bouchra
Khalili se déploient comme un
éventail de lames de cutter avec des
sujets aussi épineux que le racisme,
les migrations, l’injustice, le capitalisme mondialisé. «Pourquoi devons-nous avoir les jobs les plus sales
pour les salaires les plus bas?» s’interroge un exilé vivant à Paris dans
la vidéo Speeches ?
Cartographies. Sur un mode tragique, corseté dans une raideur et
une rigueur formelle, l’œuvre de
Bouchra Khalili entremêle récits individuels et histoire collective pour
tisser une géographie propre qui
trouve sa plus belle acuité dans des
formes inattendues. Par exemple,
l’ensemble de huit sérigraphies intitulé The Constellations Series frappe
fort: sur fond bleu, des trajectoires
de migrants ébauchent des cartographies abstraites. Dans ces dessins, les frontières, les pays et les
mers ont disparu. Il ne reste sur le
papier que des points reliés entre
eux qui ressemblent aux cartes célestes peuplées de figures mythologiques. «J’ai commencé par une
question simple, écrit Bouchra Khalili. Comment traduire cette géographie subjective qui conteste les frontières et les conceptions restrictives
de l’Etat-nation ?» Elle y réussit
merveilleusement, en nous faisant
rêver avec des noms de villes et des
lignes en pointillés retraçant les
voyages de migrants (Tunis-NaplesMarseille ou Mogadiscio-KoufraBenghazi-Bari) : belles et terribles
images que ces cartes utopiques…
Ces sérigraphies rappellent en dessin ce que The Mapping Journey développe en huit projections vidéo.
Là, des migrants, feutre à la main,
dessinent leur périple sur des cartes. Les récits détaillés et les peines
endurées sont hallucinants, comme
celui de ce Bangladais qui a mis
cinq ans à rallier l’Italie en passant
par les geôles. Ces odyssées nous
bercent de pas moins de 25 langues
dans cette expo-monde. Parmi
elles, il y a celle de The Seaman, un
jeune marin philippin. Embarqué
dix mois de l’année sur des cargos,
basé en Allemagne loin de sa fa-
mille, il nous raconte sa vie quotidienne en voix off tandis que l’artiste filme le port de Hambourg la
nuit. S’imbriquent ainsi froidement
la vie d’un homme déraciné et celle
de la pieuvre du commerce, une illustration glaçante de la mondialisation économique.
Vide. Reprocher à Bouchra Khalili
sa cérébralité, l’austérité de ses mises en scène et son besoin de références (Pasolini, Godard, Edouard
Glissant…), serait comme passer à
côté de Twenty-Two Hours, son dernier film. Il raconte le cocasse
voyage de Jean Genet aux EtatsUnis, entré illégalement sur le territoire après une invitation des Black
Panthers. Khalili a retrouvé photos
et documents d’époque montrant
l’alliance du poète vagabond et des
militants noirs, dont un membre organisateur de l’époque vient témoigner, près de cinquante ans après:
«La brutalité qui préside à la domination des Blancs sur les Noirs dans
le capitalisme avancé n’est pas près
de changer», constate-t-il en substance, pessimiste. Tous ces témoignages mis bout à bout, il n’en demeure pas moins une sensation de
vide. Vide que l’on retrouve dans
ces photographies d’Alger qui fut,
dans les années 60, «La Mecque des
révolutionnaires». Un temps révolu,
des voix éteintes, un tableau noir,
en somme.
CLÉMENTINE MERCIER
BOUCHRA KHALILI
BLACKBOARD
Jeu de Paume Concorde, 75001.
Jusqu’au 23 septembre.
Armen Eloyan, le dessous des cartoons
Au Frac des Pays de la Loire, les toiles
colorées de l’artiste arménien révèlent
avec humour le côté sombre de
personnages de dessins animés
ou de contes pour enfants.
A
rmen Eloyan a accroché le portrait
loin de l’entrée de la
grande salle carrée du Frac
des Pays de la Loire. Mais il
est pile en ligne de mire et
c’est bien cette toile qui allume la mèche d’un show
où les peintures douchent
à gros jet les personnages
qu’elles mettent en scène.
Portrait, 1 figure un bonhomme avec une grosse
tête jaune hydrocéphale
barrée, du front au menton, d’une cicatrice noire
qui épargne son pif en
trompette. Sa mini-bouche
souriante lui donne l’air de
préparer un mauvais coup.
Ce qu’il semble nier d’un
haussement d’épaules. De
toutes les créatures cartoonesques présentées dans
l’expo, ce frangin scarifié
de Pacman – copain des
Joueurs de skat, cette triplette de vétérans infirmes
dépeints par Otto Dix
en 1920 – apparaît le plus
épargné : Armen Eloyan le
laisse se détacher, intact,
d’un fond bleu nuit. Ses
acolytes, en revanche, verront les traits de couleurs
les dépasser, les balafrer et
les engloutir sous un déluge furieusement multicolore. Si bien qu’on peine
à les reconnaître.
Le peintre arménien né
en 1966 semble, de son
côté, ne plus y retrouver
ses petits, intitulant l’une
des toiles Snow White or
Alice in Wonderland. L’une
ou l’autre (peu importe
donc) perd patience et son
innocence. Livre sur les genoux, la frêle fillette lève
les yeux au ciel, sourire
crispé, comme navrée de
l’histoire qu’elle vient de
découvrir et dont des illustrations, des signes ésotériques et diaboliques, apparaissent agrandies dans
une frise, au bas du tableau. A côté duquel Mickey, en compagnie d’une
souris qui ressemble à Minnie, est en train de barboter
dans une espèce de cendrier plein de mégots. Et,
comme les autres, loups
barbus ou Titi débraillé,
ils aiment ça. Hilares, ils
gesticulent.
La peinture d’Armen
Eloyan est ainsi le lieu où
Six toiles sans titre d’Armen Eloyan. FANNY TRICHET
Cette clique bigarrée,
dégoulinante et si peu
présentable, renoue avec
une tradition de la peinture cradingue qui, régulièrement dans l’histoire
de l’art, éclabousse le bon
goût. De la période vache
de Magritte aux Mickey
échevelés et noirs de suie
dépeints par l’Américaine
Joyce Pensato, en passant
par les personnages incapables de se lever le matin,
couchés sur toile par
Philip Guston, la cohorte
des sales gosses ramène
la peinture à son côté
primitif. A une forme de
régression.
J.La.
Envoyé spécial à Carquefou
les héros des enfants deviennent des crapules à la
silhouette et aux intentions insaisissables. Elle
est l’arrière-salle obscure
ARMEN ELOYAN
Frac Pays de la Loire,
Carquefou (44).
Jusqu’au 7 octobre.
Fracdespaysdelaloire.com
où ceux-là peuvent se permettre d’exorciser leur
stupide innocence. Les
bonnes mœurs, ils s’en
pourlèchent le pinceau…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 30 Juillet 2018
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Jouer la carte vermeil
Paul Cauuet Le dessinateur toulousain, auteur des
«Vieux Fourneaux», se délecte des aventures dessinées
de ses trois fripouilles, adaptées au cinéma.
«F
aire chier le système le plus longtemps possible, vu
qu’à nos âges, il n’y a plus guère que lui que l’on peut
encore besogner.» Faute de changer le monde, Pierrot, Emile et Antoine, les héros de la BD les Vieux Fourneaux,
deux cent cinquante piges au compteur à eux trois, profitent
de leur vieillesse pour emboucaner au maximum le grand capital et ses sbires. Tatoués, fumeurs de Gitanes, perclus d’arthrose, le trio se moque de la morale. Soudés par une commune
aversion envers l’autorité, ils dégomment
à tout-va les réacs, les bien-pensants, les
bobos, les cons, les nuisibles, les actionnaires et autres patrons de labo pharmaceutique. Vivifiant. On se dit qu’on aimerait bien vieillir comme
eux. Signe des temps: vendus à un million et demi d’exemplaires, les quatre albums de la série se trouvent aussi bien dans
les rayons des supermarchés que sur les étagères du Taslu, la
bibliothèque de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
On rencontre Paul Cauuet, 38 ans, le dessinateur des Vieux
Fourneaux à la Mine, l’atelier collectif logé sous les toits d’un
immeuble toulousain proche de la place du Capitole.
Il y marne sept heures par jour, après avoir déposé à vélo sa
gamine à l’école. Ce matin, il a les traits tirés du type qui a «la
tête dans le guidon et le guidon sous l’eau». En ce moment, «ça
carbure à mort», dit-il en souriant. Il reste cool malgré le film
adapté de la BD avec Pierre Richard, Eddy Mitchell et Roland
Giraud, qui sort le 22 août, et les planches du cinquième album à livrer. Au boulot, il a toujours le temps de saluer ses
collègues d’atelier et de répondre au téléphone à sa compagne, qui enseigne l’art floral japonais, en quête des clés du
garage. Il sert aussi le café avant d’embrayer sur la genèse des
Vieux fourneaux: «Avec Wilfrid Lupano,
le scénariste, on en avait marre du jeunisme dans la BD, avec des personnages
beaux et forts ayant tout compris de la vie.
On aimait les vieux de Groland, le grand-père Simpson, tout
ce côté “négatif” et en même temps super marrant de la
vieillesse. On a imaginé une histoire se passant aujourd’hui
avec des personnages de l’âge de nos grands-parents. Quand
ils sont nés, on labourait encore les champs avec les bœufs.
Aujourd’hui, ils s’échangent des textos. Cette génération a
connu un bond technologique incroyable, sans imaginer son
impact sur l’environnement. Ils ont un vécu que n’ont pas des
personnages de 25 ans», explique Paul Cauuet.
Pour lier la sauce, les deux auteurs y mettent une louche
LE PORTRAIT
d’histoires personnelles. «On a situé le premier tome chez
nous, dans le Sud-Ouest. J’ai dessiné la maison de mes grandsparents près de Moissac, sur les coteaux dans le Tarn-et-Garonne. Wilfrid a grandi à Pau où ses parents tenaient un bar.
On a fait infuser tout ça.»
Le succès a suivi dans des «proportions de dingues». «On a tapé
juste car c’est une histoire qui fait du bien aux gens. Ils aiment
ces personnages. Ils ont envie de les retrouver. C’est une comédie
sociale. L’époque actuelle est plutôt anxiogène et pas très funky.
On est loin d’Euro Disney, poursuit-il. Rien qu’en France, c’est
assez terrible avec les milices qui reviennent contre les migrants
dans les Alpes, les CRS partout dans les facs et dans les ZAD.
Ce côté un peu intouchable de la vieillesse permet aux Vieux
Fourneaux d’utiliser le temps qu’il leur reste pour retarder la
Machine ou du moins pour la gripper. Ils sont subversifs. Ils
font chier tout le monde, sans peur des conséquences.»
Jamais encarté dans un parti, Paul Cauuet regrette «amèrement» d’avoir voté Macron «pour faire barrage au Front national» dès le premier tour de la présidentielle, avant de rallier
La France insoumise aux législatives. «Tout va dans le
mauvais sens: l’écologie, l’éducation nationale, le traitement
des migrants», soupire-t-il.
Financièrement,
après
treize années de vaches mai11 juin 1980
gres, le jackpot des Vieux
Naissance.
Fourneaux lui permet de
Avril 2014
«gagner très bien sa vie».
Premier tome des
Sans donner le montant de
Vieux Fourneaux.
ses droits d’auteur, il précise
22 août 2018 Sortie
être «très content de payer
du film tiré de la BD.
beaucoup d’impôts». Côté
boulot, il ne crache pas dans
la soupe. «Franchement, j’ai de la chance, estime-t-il. J’ai commencé en faisant de la BD et j’en fais toujours. Nous sommes
1500 auteurs de BD en France. Ce n’est pas un milieu de stressés
comme peut l’être le cinéma.»
Né à Toulouse, ce père d’une fille de 6 ans et d’un garçon
de 2 ans se souvient d’une enfance heureuse. Les vacances et
les week-ends à la campagne dans la maison du grand-père
maternel, agriculteur près de Moissac. A l’écoute, ses parents
l’ont laissé suivre sa voie. «Tous les enfants dessinent. La plupart finissent par arrêter. A l’école, j’étais celui qui dessinait
bien au fond de la classe. J’ai continué au lycée. A la maison,
il y avait un terreau. Mon père avait vécu de sa peinture à un
moment, et ma mère était assez balèze aussi. Après le bac, mon
père m’a dit de continuer là-dedans. Je me suis inscrit en arts
appliqués à la faculté du Mirail. J’ai eu mes vrais premiers cours
de dessin à ce moment. J’ai compris comment faire une ébauche,
choper une attitude, un mouvement. A 22 ans, j’ai signé mon
premier contrat chez Delcourt. Il y a des gens qui ont une vie de
merde. Moi, je n’ai pas l’impression d’avoir galéré.»
L’an dernier, en septembre, il s’est pointé sur le tournage du
film tiré des Vieux Fourneaux. «Il s’agissait d’une scène de manif dans les années 70 à Villemur-sur-Tarn, sur le site des anciennes usines Molex. Les CRS étaient en tenue d’époque, et
il y avait d’anciens ouvriers parmi les figurants. Les décorateurs avaient fait un travail énorme sur les détails. C’était super», s’extasie-t-il. «En plus d’être un auteur, Paul est quelqu’un
de simple. Dès le départ, nous nous sommes bien entendus. Il
m’a accueilli chez lui, à Moissac, comme si j’étais de la famille»,
dit de lui Christophe Duthuron, le réalisateur de l’adaptation.
«Paul, c’est un instinctif. Il a beaucoup évolué dans son travail,
ajoute Wilfrid Lupano, de retour d’un séjour de trois jours sur
la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il est assez atypique dans
sa façon de bosser. Si ce n’est pas pour raconter une histoire, il
ne dessine pas.»
Les week-ends, Paul Cauuet se régale en se baladant sur les
marchés: «Il y a de plus en plus de vieux. Ils sont faciles à dessiner. C’est comme les vaches, ils ne bougent pas vite. Quand je
vais du côté de Moissac, j’ai l’impression d’être au parc d’attractions.» Malgré la longueur de la file dans les séances de dédicaces, il aime toujours autant le contact avec le public: «Les gens
nous disent: “Ça ne nous fait plus peur de vieillir” ou “J’aimerais bien être comme ça plus tard !” Beaucoup nous disent
aussi: “Lui, on dirait tellement mon père ou mon mari.” Ils retrouvent un aspect de quelqu’un qu’ils connaissent. Ça fait vraiment plaisir.» Avant de le laisser travailler, on lui demande
comment il se voit vieillir. Il répond: «Vieillir tout simplement.
C’est déjà beaucoup !» •
Par JEAN-MANUEL ESCARNOT
Photo PHILIPPE GUIONIE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉTÉ
J’AI TESTÉ
UN CONCERT
DE LORIE
EN 2018
Et aussi n deux pages
BD n de la photo n une
invention loufoque
n deux recettes n des
jeux…
PHOTO MARGUERITE BORNHAUSER
Lundi
30 juillet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Par
CAMILLE PAIX
Photos MARGUERITE
BORNHAUSER
U
n soir de mai, au détour
d’un escalier du métro parisien, je revois son visage
familier. Et mon cœur qui
s’emballe, comme elle dirait. Le
rose, les paillettes, les diadèmes et
les jeans pattes d’eph, c’est fini : le
look est différent mais elle reste Lorie. Avec un nom de famille accolé
au prénom – enfin au surnom, puisqu’elle s’appelle Laure. L’affiche
m’apprend donc que Lorie Pester
s’apprête à monter sur scène à
l’Olympia.
Dans mon cahier «mes meilleurs
amis» Diddl, l’indispensable de mes
années pré-ado, sous la case «Chanteur ou chanteuse préféré», j’avais
écrit «Lorie, Renaud et Brassens».
Chansons préférées : «A 20 ans,
Morgane de toi, Ensorcelée, Gastibelza» (mal écrit mais c’était pas facile). Nous étions en 2002, j’étais
en CM1, et la cour de récré et moi
brûlions d’une même passion: Lorie. Elle avait conquis les primaires
en faisant rimer «musique» avec
«fantastique» et nous nous échangions avec délice les derniers ragots
sur son couple avec Billy Crawford.
A moins que vous n’imaginiez que
la Positive Attitude est une chanson
de Raffarin, vous n’avez pas dû y
échapper non plus.
En 2001, à la sortie de son premier
album, Près de toi, j’avais 7 ans. Un
pur bébé Lorie. Dans ma chambre
repeinte en violet, j’accrochais tous
les posters dénichés dans Fan 2 ou
Star Club. Je collectionnais les photos Panini qui la montraient caressant des dauphins, j’avais des classeurs et des livres roses et bleus
appelés Mes Secrets ou Ma Tournée
dans lesquels elle racontait sa vie…
Bref, j’étais à fond. A mon père, patient mais un rien désespéré, qui me
disait «ça te passera», j’avais crié :
«C’est pas vrai, je l’aimerai toujours!» Et puis je suis entrée au collège et j’ai tout oublié.
Internet m’apprend que Lorie n’a
pas disparu depuis quatorze ans que
j’ai tourné la page. Je me souviens
vaguement de sa période tecktonik
(comment oublier la mode éphémère et énervante des kékés dan-
Libération Lundi 30 Juillet 2018
seurs!) mais j’avais zappé sa participation à Danse avec les stars et aux
Enfoirés. Pareil pour son album de
reprises, de Niagara à Claude François en passant par Dalida ou les Négresses vertes. En étudiant sa bio, je
découvre qu’elle joue depuis 2017
dans la «saga policière» Demain
nous appartient, diffusée sur TF1. Et
surtout qu’elle vient de sortir un album, les Choses de la vie. Ce qui explique ce concert à l’Olympia.
L’affiche du métro a chamboulé
ce monde, le mien, dans lequel
Lorie n’existait plus. Il m’a suffi de
réécouter ses vieux albums pour
réaliser que je connaissais toujours
ses chansons par cœur. «Que ce soit
elle ou bien toi/ Les uns et les autres,
ou même moi / Nous avons tous
pleuré au moins une fois.» C’est
complètement moi, ça : j’ai déjà
pleuré une fois. Allez, c’est décidé,
j’y vais.
«ON A GRANDI AVEC ELLE»
Dans mon entourage, c’est la stupéfaction : qui va donc voir Lorie sur
scène en 2018 ? Et surtout, qui est
prêt à payer 70 euros pour ça ? Des
anciens fans ? Des fans actuels ?
Ont-ils 12 ou 70 ans ? Des petites
filles découpent-elles encore des
photos de Lorie dans des tenues
improbables? Ce concert va me permettre de le découvrir.
«A 20 ans, on est invincible / A
20 ans, rien n’est impossible», chantait Lorie. Et à 36 ? Au moins une
chose semble impossible: remplir
l’Olympia avec des places à 70 euros
alors qu’elle est sortie des radars depuis dix ans. Après 18 promotions
différentes, dont une pour la fête
des mères, la salle n’est pas remplie
le soir du concert. Mais là où je m’attendais à trouver d’anciens bébés
Lorie venus pour rigoler ou se prouver entre meilleures amies qu’elles
sont «toujours la même, un peu bohème», j’ai rencontré de vrais fans.
Au premier rang, une dizaine de
personnes s’agitent. Venus de Normandie, de Picardie, de la Drôme,
de Soissons, ils se sont rencontrés
devant l’Olympia où ils ont passé la
journée. Dix ans qu’ils attendent
ce concert et ils ne l’auraient raté
pour rien au monde. Alyson, 27 ans,
avait 11 ans quand elle a acheté par
hasard un CD 2 titres de Lorie. Une
vraie révélation. Quand la lll
Fan depuis l'enfance, Kevin, 22 ans, a Lorie dans la peau.
Elle est restée
ma meilleure amie
En 2001, Lorie était la reine des cours d’école et on jurait de l’aimer toujours.
Dix-sept ans plus tard, on a renoué avec l’idole des jeunes, entre gêne
et nostalgie, lors d’un improbable concert à l’Olympia devant un public
loyal et survolté.
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
u III
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On a ressorti notre
parure de pré-ado
pour honorer notre
ancienne chanteuse
préférée (ci-contre, le
31 mai à l’Olympia).
lll
chanteuse dédicaçait son
dernier album, elle est allée la voir
dans quatre villes différentes. Delphine, 51 ans, raconte qu’en suivant
la chanteuse dans ses concerts, lors
de ses dédicaces ou pour voir ses
pièces de théâtre, elle a «vu des enfants grandir». Alyson renchérit :
«On a grandi avec elle et on vieillit
avec elle.»
Kevin a 22 ans, des piercings symétriques aux deux coins de la lèvre
inférieure et des arcades sourcilières, un anneau dans le nez et des tatouages un peu partout, des étoiles
dans le cou et surtout, sur le haut de
son bras, un visage qui sourit de
toutes ses dents et un nom écrit assez maladroitement : Lorie. Il est
venu avec sa copine Natacha, une
brune menue et timide. Kevin ne
ressemble pas au stéréotype du fan
de Lorie mais on ne trouvera personne de plus à fond que lui ce soir.
Il a prévu 120 euros de budget qu’il
compte bien claquer à la boutique
(mais de boutique il n’y a pas, déception) et il a posé sur la scène un
doudou blanc, marqué d’un cœur et
d’un «I love you», avec lequel il a
glissé une lettre et une photo de son
tatouage.
L’AMOUR QUI BRISE
Kevin aime Lorie depuis qu’il a
7 ans,se targue d’une collection longue comme le bras de CD en deux
ou trois exemplaires (certains qu’il
ne touche pas, en vrai collectionneur, d’autres qu’il écoute), de posters et de produits dérivés. Il a une
housse de couette Lorie, qu’il a fait
fabriquer sur Internet, un pull que
sa mère lui a tricoté, une serviette
de bain… Et il a prévu de se faire tatouer une deuxième fois le visage de
son idole. Il l’a vue au théâtre, lors
de dédicaces, mais c’est la première
fois qu’il assiste à un concert.
Alyson, Kevin et les autres sont surexcités. En 2013, ils avaient cru à
un premier retour sur scène, mais
Lorie avait dû annuler sa tournée
faute de réservations suffisantes.
Pour cette date unique, Kevin avait
très «peur qu’elle annule». Il commence tout juste à être rassuré.
La salle se remplit peu à peu. Soudain, un attroupement se forme,
des téléphones crépitent, je me précipite, priorité au direct: peut-être
est-elle là, la star, venue saluer ses
Alyson, Kevin et
les autres sont
surexcités. En 2013,
ils avaient cru à un
premier retour sur
scène, mais Lorie
avait dû annuler sa
tournée, faute de
réservations
suffisantes.
fans. Ce n’est qu’un des acteurs de
Demain nous appartient, dont personne ne connaît le nom mais avec
qui tout le monde veut un selfie. Déçue, je retourne m’asseoir. Quand
enfin la lumière s’éteint, le public
ne tient plus en place. La choriste de
Lorie qui assure la première partie
est accueillie avec plus d’enthousiasme qu’une rockstar. Elle égrène
chansons contre la faim dans le
monde et ballades sur l’amour qui
brise.
A l’entracte, je me dis que ça ne
commencera jamais, je suis coincée
là pour l’éternité. Et puis… Dans un
faisceau de lumière une blonde en
noir avance sur la scène. Une petite
fille hurle dans mes oreilles, et la
foule avec elle: «Lo-rie! Lo-rie! Lorie !» Notre idole essuie une larme
d’un geste emphatique et entame
une chanson que je ne connais pas.
Nouvelle standing ovation. La
fillette râle: «Je vois pas son visage.»
A ma gauche, deux filles se filment
et chantent à tue-tête: «Ils disaient
méfie-toi/ Le mieux est l’ennemi du
bien / Je réponds depuis toi / Que le
bien mieux n’est l’ennemi de rien.»
Les mélodies s’enchaînent et je ne
reconnais absolument rien. Elle attaque une chanson qui se veut engagée sur la jalousie: «Une fille à la
fraise, qui a chaud à la bouche/ Un
ou deux mots de braise et les garçons
se couchent / Ça me donne du chagrin, des envies un peu louches / Je
tuerai de mes mains la prochaine
qui te touche.» A la fin, elle s’adresse
au public, complice : «Vous avez
compris, si vous voyez un grand
brun au fond, touchez pas, c’est le
mien.» Tout le monde rigole mais
mon malaise est total. Je dois être
dans une réalité parallèle.
MEDLEY FADE
Devant moi, un trentenaire barbu
s’époumone: lui connaît toutes les
paroles par cœur. A côté, sa copine
danse un peu mais n’ouvre pas la
bouche. Sur scène, Lorie minaude.
Elle s’est installée à côté du piano,
chante «juste à tes côtéééés, juste à
t’écouteeeeer, comme une simplicitéééééé», et la salle unanime reprend sa chanson dès qu’elle lui
tend le micro. Mon bonheur viendra
sous la forme d’un medley pourtant
fade de Près de toi, A 20 ans et Toute
Seule, arrangées pour guitare, voix
et choriste.
Je l’avoue: ce n’est pas mon premier
concert de Lorie. La fois précédente,
c’était en 2002, un cadeau d’anniversaire qui m’avait permis d’inviter ma meilleure amie («Je serai
làààà…»). Devant le palais Nikaïa
de Nice, mon père avait trouvé un
compagnon d’infortune en la personne d’un autre père de famille. Il
s’était confié à lui, décomposé: «Elle
joue à guichets fermés, vous vous
rendez compte ? La semaine dernière, il y avait Hubert-Félix Thiéfaine et c’était même pas complet.»
A l’Olympia, dans sa tenue de scène
assez sobre, Lorie n’a plus grandchose à voir avec la popstar pour
pré-ados qu’elle était alors. «C’est
doux et calme, décrit Audrey,
30 ans. Ce n’est pas la folie des années 2000, quand on avait 12 ans.»
Dans la salle, tout le monde s’est
levé. Ça sent la fin. Pour la quatrième fois depuis le début du
concert, un garçon assis près de la
scène hurle: «On t’aime Lorie!» Au
balcon, un vieux monsieur marque
le rythme de la tête, un enfant en
chemisette se déhanche doigt en
avant et une femme, corset et minijupe en cuir, danse devant la caméra de son copain. Je me demande comment on me décrirait :
je viens de filmer l’intégralité de Je
serai (ta meilleure amie) et je commence à me dire que Sur un air
latino irait bien sur ma playlist de
soirée. Depuis ce soir-là, je me réveille chaque jour avec une chanson
de Lorie en tête. •
MARDI J’AI TESTÉ
«VALEURS ACTUELLES»
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IV u
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Lundi 30 Juillet 2018
MELON
MAIS
SI
On va au marché (2/12)
Libé cuisine les produits
de l’été. Aujourd’hui,
l’art de bien choisir son
fruit et de le préparer
sucré-salé.
L’
La malle Brazza réalisée par Vuitton pour l’explorateur Savorgnan de Brazza, vers 1868. COLL LOUIS VUITTON. ANTOINE JARRIER
La malle-lit, bonne
à coucher dehors
Drôle d’idée (2/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, une valise
transformable en lit
de camp.
L
es malles jouent leur plus
grand rôle quand arrive
l’été, que ce soit pour
migrer vers les villes
d’eaux ou en revenir. Elles rivalisent d’ingéniosité. «Tiroirs, casiers pour chapeaux, étendeurs
pour robes, que sais-je ? écrit un
certain Santillane dans le quotidien Gil Blas (30 août 1901). Il y a
maintenant des malles qui se
transforment en portemanteaux,
sans parler des malles-lits, des
malles-cantines pour selles, etc.»
Il est loin le temps où les peuples
primitifs enveloppaient leurs objets précieux dans de larges
feuilles, dans des peaux d’animaux closes à l’aide d’épines ou
de liens d’osier frais. Louis Vuitton fils, président de la Chambre
syndicale des malletiers, rappelle
dans son livre le Voyage combien
le transport de bagages a évolué.
Le dernier cri dans ce domaine,
c’est alors la malle-lit, qui peut se
transformer en lit de camp. Une
fois qu’elle est ouverte, les quatre
côtés se rabattent extérieurement
au moyen d’un système de charnières ; huit pieds, dont quatre sont fixés dans la malle, un
sommier et un matelas composent l’ensemble. Un geste suffit
pour replier le tout. «Le voyageur
peut ainsi, s’il est permis d’employer cette expression, veiller en
dormant sur son bagage. Il est en
même temps à l’abri de l’humidité
du sol. Le poids et le volume de la
malle-lit ne dépassent guère ceux
d’une malle ordinaire», vante
le Guetteur de Saint-Quentin et de
l’Aisne (14 mai 1869).
Cloué dessus. On a vu au
moins un autre type de malle-lit
exposé au Bazar du voyage
d’Alexis Godillot, le roi de la
chaussure, qui intéresse ceux qui
voyagent au loin, là où les hôtels
et les auberges sont inconnus…
«Voici en quoi consiste cette invention ; au moyen de deux malles
très légères, on peut établir un ex-
cellent lit en moins d’une minute,
et cela très facilement», constate
le Figaro (13 juin 1877). Pourtant
ce modèle-ci n’est pas près de rivaliser avec celui de Louis Vuitton breveté en 1868, qui doit sa
célébrité à Pierre Savorgnan de
Brazza. Avant de partir en mission au Congo, l’explorateur français d’origine italienne a passé
commande à l’usine d’Asnières
d’une série de malles, dont deux
malles-lits, une pour lui et une
pour sa femme, adaptées à leur
taille. C’est même assis sur l’une
d’elles qu’en septembre 1880, le
fondateur du futur Brazzaville
a convaincu le roi des Batékés
d’accepter le protectorat français
sur tous ses Etats. Lors de son
séjour à Brazzaville en août 1905,
l’explorateur est resté cloué
dessus par une crise de
paludisme, avant de mourir,
le 14 septembre, à Dakar.
La «malle Brazza» fait aussi le
bonheur des militaires. Plusieurs
officiers du camp de Châlons l’ont
adoptée. Dans le catalogue général de l’exposition universelle
de 1889, la publicité de la maison
Vuitton incite galonnés et aventu-
riers à s’en équiper: «Nous sollicitons de la part de MM. les officiers
et de MM. les explorateurs un
examen sérieux de notre lit de
campement qui peut être monté
ou démonté en moins de trois minutes.»
Uniforme de zouave. Un officier supérieur en poste à Madagascar a fait part de sa satisfaction : il est le seul du régiment à
avoir encore un lit où dormir,
après dix mois de campagne.
Mais la concurrence est rude.
Les Anglais se lancent agressivement sur le marché de la malle,
au point que Georges Vuitton
(fils de Louis) décide d’ouvrir
au cœur de Londres, en 1885,
un magasin Vuitton. Le jour de
l’inauguration, dans la vitrine, il
place sur une malle-lit dépliée un
mannequin habillé d’un uniforme de zouave, non loin d’un
drapeau français. Succès bravache chez nos pires ennemis.
FRÉDERIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec
RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
anecdote ravira les royalistes. Si l’on en croit un livre
anonyme du XIXe siècle,
Marie-Antoinette aurait demandé à manger un bon melon lorsqu’elle était en prison, dans l’attente de
son procès. Le marchand aurait refusé
d’être payé et aurait affirmé que beaucoup de gens regrettaient déjà la reine
déchue. A voir. Mais qu’est-ce qu’un
bon melon ?
Au marché de Lectoure (Gers), Cavaillon (Vaucluse) ou en Charente,
grandes régions productrices, il y a
autant de variétés (cantaloup charentais, charentais brodé, vert olive,
Galia…) que de techniques pour choisir. Le poids? Plus c’est lourd, meilleur
c’est. L’odeur ? Préférez un fruit parfumé. Le toucher ? L’écorce doit être
souple mais pas trop molle. Les motifs
sur l’écorce? Plus il y en a et mieux c’est
(idéalement, il en faut neuf). Si le pédoncule se détache, le melon est à
point. Si une goutte de miellat perle à
cet endroit, il faut se précipiter, fermement. Mais sans bousculade. Nous
sommes au marché, tout de même, un
espace encore civilisé.
On vous propose un classique : le
melon au porto, avec une recette du
multi-étoilé Alain Ducasse. Dans une
casserole, réduisez en sirop 20 cl de
porto et deux pincées de piment d’Espelette. Coupez le melon en cubes de
3 cm et mettez au frigo. Taillez un morceau de gingembre en bâtonnets. Hachez des herbes fraîches (persil, menthe, basilic, cerfeuil), mélangez avec de
l’huile d’olive, jus de citron et fleur de
sel. Quand le sirop est prêt, laissez refroidir et versez sur les cubes de melon.
Parsemez les herbes sur votre plat. Un
hors-d’œuvre populaire comme le fruit
mais une préparation royale comme
Marie-Antoinette.
Plus osé, on va cuire ce bon boulard
de Cavaillon (ou de Lectoure, ou de
Charente, ou d’ailleurs). Poêlez des
tranches trois minutes pour servir
d’accompagnement à un morceau de
viande ou poisson (esprit sucré-salé).
Ou bien faites une compote : quinze
minutes à feu couvert, avec en bonus
des épices (cannelle, clou de girofle) ou
zestes de citron ou gingembre, ou une
feuille de basilic, au dernier moment.
PIERRE CARREY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 30 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
PHOTO /
Toujours
gagas de
Gagarine
Séance tenante/ Héros Fasciné par la
Russie, Jean-Luc Bertini y a traqué le
fantôme du premier homme dans l’espace,
souvent là où on ne l’attendait pas.
JEAN-LUC BERTINI
Né en 1969
Vit à Ivry-sur-Seine
«Looking for Youri», 2017.
E
xiste-t-il meilleure
incarnation de la
figure du héros que
celle de Youri Gagarine? Cent huit minutes d’exploit cosmique et toute une
vie à vendre le rêve soviétique, sourire éclatant et costume bardé de décorations
prestigieuses, la reine de toutes en tête : la médaille de
l’ordre de Lénine.
Youri continue-t-il de faire
rêver ? C’est la question
que se sont posée deux journalistes de France Culture
dans un documentaire
sonore diffusé à l’été 2017,
les Années Youri. Dans leurs
valises, ils emportent JeanLuc Bertini, un photographe
épris de Russie. Et le doute
qui l’agite : comment représenter l’intangible, quand ce
qui convient à la radio ne
convient pas à la photo?
«L’idée de poursuivre une
sorte de fantôme m’a aussitôt
plu, nous a-t-il raconté. Youri
Gagarine fait partie de ces héros qui vieillissent bien. Son
étoffe de demi-dieu national
n’a pas pris un pli. Mais, à ce
que je sache, nul n’est à l’abri
d’une bourrasque contraire.»
Alors plutôt que de réperto-
rier les nombreux monuments, fresques et avenues à
la gloire du premier homme
dans l’espace, Jean-Luc Bertini rêvasse sous une fusée en
argent au musée de l’Astronautique et saisit des visages
dans les nombreuses «cités
Gagarine» russes.
Un jour, alors qu’il parvient à
la forteresse de Saint-Pétersbourg, il reconnaît une babouchka, rencontrée une dizaine d’années auparavant
alors qu’elle se baignait au
même endroit dans la Neva
gelée. Ravi, il la photographie
pendant qu’elle étire vers le
ciel ses 80 ans bien passés.
Les fantômes que l’on chasse
ne sont pas toujours ceux que
l’on trouve.
TESS RAIMBEAU
ÉTÉ
u V
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ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
Libération Lundi 30 Juillet 2018
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Libération Lundi 30 Juillet 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
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VIII u
Libération Lundi 30 Juillet 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Séances politique
Par KIM HULLOT-GUIOT
1
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération,
version papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À…
DR
Loups-Garous Ouvrez
les yeux la nuit
Les règles du
jeu de débat
Loups-garous
de Thiercelieux, créé par
Philippe des
Pallières et
Hervé Marly,
animent des milliers de soirées depuis 2001. Nul besoin d’acheter la boîte,
ça se joue parfaitement avec des bouts de
papier ou des cartes normales.
Autour d’une table, guidés par un maître
du jeu, des joueurs «villageois» et
d’autres «loups-garous» s’affrontent, les
seconds devant «manger» les premiers
sans se faire prendre. A chaque tour, un
vote à main levée entraîne l’élimination
d’un joueur (on perçoit vite les limites de
la démocratie).
Si vous êtes «loups-garous», ne votez pas
tous ensemble au début, pour éviter de
vous faire repérer. Si vous êtes «villageois», ouvrez les yeux pendant la nuit,
même si vous n’êtes pas la «petite fille»,
pour tricher. Maintenez la même attitude. Soit vous argumentez tout le
temps, soit jamais, le changement
risquant d’être mal interprété. Le plus
drôle est d’être maître du jeu et de ne
mettre que des cartes «villageois» pour
que les gens s’accusent comme des chiffonniers devant vous sans comprendre
qu’il n’y a pas d’ennemis…
QUENTIN GIRARD
6
2
Dans ce même film, Emma
Thompson incarnait l’épouse du
candidat. Cinq ans plus tard,
elle jouait à nouveau une proche de
politique. Mais qui ?
A La mère du chancelier allemand.
B La cousine de la ministre guatémaltèque
de la Justice.
C La femme du président sénégalais.
D La sœur du Premier ministre
britannique.
3
Lequel de ces acteurs n’a jamais
prêté ses traits
à un président ?
A Denis Podalydès.
B Jean-François Balmer.
C Michel Cordes.
D Philippe Magnan.
Borgen suit le quotidien d’une
responsable politique danoise.
De quel parti ?
A Le Parti écologiste libertaire.
B Le Parti travailliste.
C Les Nouveaux Démocrates.
D Le Parti centriste.
Les Marches du pouvoir met en
scène des conseillers de campagne.
Qui a réalisé ce film ?
A George Clooney.
B Patty Jenkins.
C Ava Duvernay.
D Steven Spielberg.
4
Quel personnage, dans l’épilogue
d’une série fameuse, entre à la
Chambre des représentants ?
A Carla Espinosa (Scrubs).
B Miranda Hobbes (Sex and The City).
C Bree Van De Kamp
(Desperate Housewives).
D Phoebe Buffay (Friends).
5
Dans Primary Colors (1998),
John Travolta jouait un candidat
à la présidentielle qui tombait sur
un os. A quelle affaire ce film fait
référence ?
A L’affaire Lewinsky.
B Le Watergate.
C La liaison entre Bill Clinton
et Gennifer Flowers.
D L’affaire Pechiney.
7
8
Nathalie Baye incarne une
candidate à la présidentielle
dans les Hommes de l’ombre.
Quel est son secret ?
A Elle n’aime pas le vin.
B Elle n’a jamais déclaré ses impôts.
C Elle n’a pas voté en 2002.
D Elle a été l’amante de l’ex-président.
9
En 1961, Jean Gabin donnait
la réplique à un futur président
du Conseil, joué par…
A Henri Crémieux.
B Francis Blanche.
C Bernard Blier.
D Lino Ventura.
Réponses: 1. D; 2. D; 3. A; 4. C, à la Chambre du Kentucky.
Cynthia Nixon (Miranda Hobbes) est vraiment candidate
au poste de gouverneur de New York; 5. C; 6. D, dans Love
Actually; 7. C. Podalydès a incarné Sarkozy, Balmer, Pompidou, et Magnan, Mitterrand, à deux reprises ; 8. D ; 9. C.
En 2008, Sean Penn incarnait
un conseiller municipal qui se
battait pour…
A Le droit à l’avortement.
B L’accès à l’éducation pour tous.
C L’environnement.
D Les droits des homosexuels.
LES 7
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