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Libération - 30 08 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
JEUDI 30 AOÛT 2018
2,00 € Première édition. No 11587
Ouïghours
Les camps de
la terreur du
régime de Pékin
JEUDI
IDÉES ET
ESSAIS
Lou Reed,
le voisin
du 8e étage
www.liberation.fr
PAGES 26-29
Le polar,
à l’avant-garde
du féminisme
PAGES 20-25
RÉCIT ET TÉMOIGNAGES, PAGES 6-9
Dans les Côtes-d’Armor, le 20 juin. PHOTO ALBERT FACELLY
MACRON
AUX MAINS
DES LOBBYS ?
Les groupes d’influence ont-ils l’oreille
du pouvoir politique? Décryptage de
l’accusation lancée par Nicolas Hulot
lors de sa démission.
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 30 Août 2018
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Influences
Evitons le complotisme:
non, il n’existe pas de gouvernement invisible qui
tirerait dans l’ombre les
ficelles de la politique gouvernementale au profit des
puissances occultes de la
finance et de l’industrie.
Oui, chaque profession,
chaque branche, chaque
intérêt particulier a le droit
de faire valoir ses arguments auprès de la puissance publique, à qui il revient d’en prendre et d’en
laisser, selon l’idée qu’elle
se fait de l’intérêt général.
Pourtant, les accusations
portées par Nicolas Hulot
–ou par Yannick Jadot et
Delphine Batho– contre la
puissance des lobbys hostiles à l’écologie méritent
réflexion. Dans la compétition des influences, les lobbys économiques, en comparaison des syndicats ou
des ONG, disposent de
moyens très supérieurs à
ceux de leurs concurrents.
Professionnels chevronnés,
communicants dédiés,
stratégies subreptices,
osmose avec le petit monde
des ministères, experts
juridiques capables de rédiger eux-mêmes les projets
de loi, cabinets d’avocats
agressifs et surpayés:
l’arsenal et les sommes déployées par certains groupes pour orienter l’action
publique font froid dans le
dos. Les exemples que nous
détaillons montrent que
leur efficacité est redoutable. A cela s’ajoute un
paradoxe pernicieux.
En s’ouvrant à la société
civile, intention d’apparence louable, le macronisme s’expose à un effet
pervers. Il pourrait bien,
au bout du compte, être
plus perméable à ladite société qu’un gouvernement
d’hommes et de femmes
politiques classiques. Chaque ministre «technicien»
apporte avec lui les préjugés, les habitudes, les
égoïsmes aussi de son
milieu professionnel d’origine. Parfois cela permet
de mieux en déjouer les
pièges. Mais souvent cela
implique une solidarité
spontanée, une certaine
complicité avec les groupes
d’intérêts. C’est cela aussi
que Nicolas Hulot a voulu
dénoncer. A-t-il forcément
tort? •
LOBBYS
Franches
connexions
Au moment d’annoncer sa démission mardi, le ministre Nicolas Hulot a
regretté la présence de représentants d’intérêts privés auprès de l’exécutif,
renforçant les critiques faites à Emmanuel Macron, qui a introduit un
nombre important de personnalités issues de la société civile.
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Libération Jeudi 30 Août 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Six victoires des intérêts
économiques sous Macron
Depuis l’élection du candidat
En marche, les lobbys ont
réussi au moins six fois
à infléchir les plans
gouvernementaux.
Dernier exemple,
révélé par «Libération»:
la loi hydrocarbure.
L’
élaboration de la loi est devenue un
sport de combat, qui mobilise en coulisses des bataillons d’avocats au service d’intérêts privés pour influencer le travail des députés. Ils gagnent parfois. Mais
heureusement pas toujours. Cet activisme
n’est d’ailleurs pas propre à l’ère Macron. Il a
existé avant. Il existera encore demain malgré
la timide tentative d’encadrement des activités des lobbys (lire page 5). Six exemples de
leurs victoires en ce début de quinquennat.
1 Sur les hydrocarbures
A Bordeaux, le 29 mai 2016.
Emmanuel Macron, avec (à
gauche) Audrey Bourolleau,
ex-lobbyiste dans le vin et
conseillère du chef de l’Etat
sur les questions agricoles.
PHOTO THIBAUD MORITZ. IP3
Par
DOMINIQUE ALBERTINI,
LILIAN ALEMAGNA
et ALAIN AUFFRAY
«Q
ui a le pouvoir ? Qui
gouverne?» Pour justifier son spectaculaire
retrait, Nicolas Hulot a dénoncé «la
présence des lobbys dans les cercles
du pouvoir». Il avait encore pu le
vérifier la veille, retrouvant le lobbyiste pro-chasse Thierry Coste
dans le bureau du chef de l’Etat.
Pour l’ancien numéro 3 du gouvernement, il était temps de «poser sur
la table» ce sujet qui constitue, selon
lui, «un problème de démocratie».
Nicolas Hulot n’est pas le premier à
pointer les adversaires occultes qui
auraient entravé son action, et précipité son départ. Après son éviction
du ministère de l’Ecologie –déjà–
en juillet 2013, la socialiste Delphine
Batho avait elle aussi dénoncé ces
«forces» qui «ne se sont pas cachées
de vouloir [sa] tête», n’acceptant pas
«le niveau d’ambition qu’[elle fixait]
pour la transition énergétique». Ré-
«Nous avons voté la fin de l’exploitation
des hydrocarbures dès le début du mandat»,
répètent dans les médias le porte-parole de
l’exécutif, Benjamin Griveaux, ou son homologue du groupe LREM à l’Assemblée, Aurore
Bergé, pour défendre le très maigre bilan
écologique du gouvernement. Sauf que c’est
faux. Car loin de «mettre fin aux énergies fossiles», comme le promettait Macron lors de
sa campagne, la loi Hulot sur les hydrocarbures, votée en décembre 2017, a été très largement vidée de sa substance. Ce texte «ne
permet plus d’octroyer de nouveaux permis
d’exploration. Par contre, tous les permis qui
existaient déjà peuvent être prolongés puis
donner lieu à une concession d’exploitation.
Et les concessions existantes peuvent être prolongées jusqu’en 2040 ou même au-delà», décrypte Juliette Renaud, des Amis de la Terre.
Résultat, depuis que la loi est passée, l’ONG
recense près d’une vingtaine de permis et
concessions prolongés. La première version
férence à un lobby énergétique particulièrement actif contre la perspective d’une sortie du nucléaire,
et pour l’exploitation du gaz de
schiste. Ministre du Logement au
même moment, Cécile Duflot avait,
elle, dénoncé les lobbys immobiliers
qui tentaient alors de torpiller sa future loi Alur et, en particulier, sa
mesure d’encadrement des loyers.
PRO-BUSINESS
A la fin du quinquennat Hollande,
nombre de collaborateurs ministériels ont été immédiatement débauchés par le secteur privé: «La moitié
d’entre nous a été approchée par Philip Morris», témoigne l’un d’eux
auprès de Libération. Ces profils intéressent les grandes entreprises
pour leur connaissance de la mécanique parlementaire, et des moyens
d’agir sur elle. Sherpa de François
Hollande sur les questions économiques et financières, Laurence Boone
est par exemple repartie en 2016 vers
Axa. Le conseiller industrie, Julien
Pouget, est allé vers Total. De quoi
donner un peu plus de crédit à la
du projet de loi préparée par le cabinet de
Hulot était pourtant relativement ambitieuse. Mais l’essentiel de ce qui y figurait
a été retoqué par le Conseil d’Etat, et le gouvernement a modifié son texte en fonction
de cet avis, rendu le 1er septembre 2017. Intrigués, les Amis de la Terre ont demandé au
Conseil d’Etat de leur communiquer les
éventuelles «contributions extérieures» reçues sur la loi Hulot. Le 19 juillet, la plus
haute juridiction administrative a adressé
à l’ONG des extraits des contributions du
Medef, de l’Union française des industries
pétrolières (Ufip) et d’un cabinet d’avocats
au nom de la société pétrolière canadienne
Vermilion –le Conseil d’Etat refuse par contre de communiquer les «argumentations
purement juridiques». Dans ces documents,
que Libération a pu consulter, figurent plusieurs éléments clés repris ensuite par le
Conseil d’Etat dans son avis. Alors que la
première version du projet de loi Hulot prévoyait d’interdire la prolongation des concessions d’exploitation, le Medef insiste sur
le fait que «le texte interrompt brutalement
des activités de production pour des concessions à renouveler avant 2040». Et Vermilion
s’émeut de «la violation» de ses «espérances
légitimes de se voir octroyer les prolongations» de concession. Des arguments repris
dans l’avis du Conseil d’Etat, pour qui la notion de «biens» inclut, selon la Cour européenne des droits de l’homme, l’«espérance
légitime d’obtenir la jouissance effective d’un
droit de propriété».
Conséquence : après le passage au Conseil
d’Etat, le projet de loi prévoyait une prolongation des concessions possible jusqu’en 2040.
Dans sa requête, le Medef demande aussi de
ne pas différencier le grisou (qui doit absolument être capturé car il est dangereux) du gaz
de couche (que l’on trouve dans des couches
de charbon non exploitées et qui intéresse
une entreprise australienne dénommée la
Française de l’énergie, qui recherche depuis
2004 ce type de gaz en Lorraine). Sur ce
perméabilité entre décideurs publics et intérêts privés.
Le sujet n’épargne pas le «nouveau
monde» macronien avec un couple
exécutif furieusement pro-business. Parmi leurs nombreux collaborateurs passés par le secteur privé
– à l’Elysée, c’est le cas d’une vingtaine d’entre eux – se trouvent
d’authentiques ex-lobbyistes. A
l’image d’Audrey Bourolleau, qui dirigea Vin et Société, un organisme
d’influence du monde viticole,
avant de conseiller le chef de l’Etat
sur les questions agricoles. Autre
exemple : la conseillère diplomatique Moyen-Orient, Ahlem Gharbi,
vient directement de Total, où elle
était directrice déléguée pour les affaires internationales, déjà chargée
«Macron, il aime
bien les lobbys,
il assume.»
Thierry Coste
lobbyste chasseur
point, le Medef n’a pas obtenu gain de cause
via l’avis du Conseil d’Etat, mais via un amendement du gouvernement qui a exempté le
gaz de couche d’interdiction.
2 Sur le nucléaire
«Je profite du fait que [Macron et Philippe] savent que je suis sur la corde raide
pour essayer de cranter des choses, par exemple sur la PPE [programmation pluriannuelle
de l’énergie, un texte majeur qui doit mettre
en musique les objectifs de la loi de transition énergétique de 2015, ndlr]», nous confiait Nicolas Hulot début août. Après avoir
été obligé, en novembre, d’annoncer que
la France ne ramènerait pas la part de nucléaire dans le mix électrique (75 %
aujourd’hui) à 50% en 2025, comme le prévoit pourtant la loi de 2015, le ministre était
en train de négocier pied à pied sur le texte,
attendu pour cet automne. «Si je reste, on
nommera les réacteurs nucléaires à fermer.
Et on fera un calendrier», nous disait-il. Face
à lui, sur ce dossier, son collègue de l’Economie et des Finances, le Premier ministre (ancien responsable des affaires publiques pour
Orano, ex-Areva)… et son propre secrétaire
d’Etat, Sébastien Lecornu. Sans compter l’influence très forte, à l’Elysée, de Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF. Or l’électricien l’a
dit et répété : il ne veut fermer aucun autre
réacteur –de plus que les deux de la centrale
de Fessenheim – d’ici à 2029, et demande
même la construction de nouveaux EPR…
3 Sur l’industrie
pharmaceutique
Tempo parfait. Le 9 juillet, le Président a reçu
à l’Elysée les représentants du très discret
Dolder Group, une structure terriblement
opaque qui regroupe le gotha de la pharmacie mondiale venue à Paris pour un forum
privé, dont les échanges restent secrets. Le
lendemain, se tenait le Conseil stratégique
des industries de santé sous la présidence de
son Premier ministre. Au pro- Suite page 4
de l’Afrique et du Moyen-Orient. Total qui est d’ailleurs à ses aises à
l’Elysée, car le conseiller énergie de
Macron, Thibaud Normand, a fait
ses armes dans une filiale qatarie du
groupe pétrolier français.
Durant la campagne, déjà, le candidat Macron avait dû se séparer de
l’un de ses conseillers santé, le cardiologue Jean-Jacques Mourad,
auteur de nombreuses prestations
auprès des laboratoires Servier. Et
en juillet 2017, le Canard enchaîné
avait révélé le savoureux message
que Mathieu Laine, proche de Macron et dirigeant du cabinet de conseil Altermind, adressait à plusieurs
de ses clients pour leur confirmer
que l’ISF serait supprimé sans délai:
«J’ai bataillé comme un fou […], je
viens de recevoir un message d’Emmanuel me confirmant que le programme sera appliqué à la lettre.
[…] On a gagné ! Il est génial !»
Au lendemain du départ de Nicolas
Hulot, sa bête noire Thierry Coste
ne fait rien, au contraire, pour dissiper le soupçon de collusion. «Macron, il aime bien les lobbys, il
assume», claironne auprès de Libération l’avocat des chasseurs,
se prévalant de sa «complicité amicale» avec le Président : «On plaisante, c’est cool. Nous voir comme
ça, je pense que ça a déstabilisé
Hulot. Etait-il jaloux? Peut-être.» Et
de poursuivre: «Moi, ça me choque
pas de fournir des amendements clés
en main aux députés. Parce que le
parlementaire, bien souvent, il n’a
pas une forte capacité d’expertise.»
GRANDS PATRONS
A l’Elysée, on conteste formellement agir sous influence. «Pour
éclairer la décision du gouvernement
sur le nucléaire, on parle aussi bien
avec Areva qu’avec les associations
anti-nucléaire», explique la conseillère presse de Macron, Sibeth
Ndiaye, qui se souvient d’avoir vu
passer de grands patrons, venus
faire valoir leur point de vue à
Arnaud Montebourg, ministre du
Redressement productif auprès de
qui elle officiait à l’époque. «L’important, c’est que l’arbitrage se fasse
au nom de l’intérêt général.» •
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 30 Août 2018
Suite de la page 3 gramme: les enjeux économiques liés aux médicaments de demain.
Avec une demande récurrente des industriels : accélérer la mise sur le marché des
nouvelles molécules. Ce qui n’est pas sans
danger pour les patients sur lesquels les effets secondaires peuvent apparaître tardivement. Concrètement, les industriels du médicament ont dans le collimateur ce que l’on
appelle l’«autorisation temporaire d’utilisation» (ATU). Par ailleurs, quand les laboratoires ont prouvé que leurs molécules sont susceptibles de soigner, il leur faut attendre un
délai, parfois long, pour en élargir la commercialisation. Les industriels réclament
«un retour sur investissement plus rapide».
Demande claire, la réponse le fut tout autant.
Dès le 10 juillet, le Premier ministre annonce
des mesures pour simplifier les délais
administratifs pour autoriser de nouveaux
médicaments, initiative qui fut logiquement
saluée par le syndicat de l’industrie pharmaceutique, LEEM. Est-ce pour autant une
bonne nouvelle ? «C’est surtout un cadeau,
notait alors Alain Astier, pharmacologue
dans un entretien à France Info. La France
était déjà l’un des pays dans lequel l’accès aux
nouveaux médicaments est plus facile.» Un
peu plus d’un an auparavant, le 1er octobre 2016, le patron d’En marche, pas encore
officiellement candidat à la présidentielle,
mais en recherche de financements pour sa
campagne, avait fait le déplacement à Chamonix au (petit) Davos français des labos
pharmaceutiques pour déclarer que notre
«système [de soins] existant est surcontraint»
qu’il faut le rendre «plus souple, plus adaptable, pour mieux intégrer l’innovation dans
notre paysage».
4 Sur l’alimentation
Les lobbys se sont mis grassement à la
table des débats autour de la loi alimentation, adoptée le 30 mai. Cocktails, invitations
à dîner, mails intensifs… Apogée du feuilleton: la fuite de l’amendement de la députée
socialiste Delphine Batho proposant l’interdiction du glyphosate sous trois ans. Le
22 mars, la députée des Deux-Sèvres le dépose sur la base interne de l’Assemblée nationale, confidentielle. Cinq jours plus tard,
un lanceur d’alerte lui transmet un mail de
Dow Chemical, géant mondial des produits
chimiques. La multinationale y cite un argumentaire de l’UIPP, lobby des industriels des
pesticides (Monsanto, Bayer, Syngenta…)
faisant référence à l’amendement. Un accès
au texte «plus de quatre-vingt-dix heures»
avant les députés eux-mêmes.
La France s’en est tenue à la norme européenne d’une interdiction dans cinq ans du
glyphosate, après le rejet de tous les amendements visant l’horizon 2021. De quoi satisfaire la Fédération nationale des syndicats
d’exploitants agricoles (FNSEA) menant ses
frondes, à Paris et à Bruxelles, aux côtés des
lobbys des pesticides. Lors de l’examen de
la loi alimentation, l’organisation a rédigé
une quarantaine d’amendements, dont certains ont été copiés-collés par des dizaines
de députés. Faciles à repérer : des amendements revenaient plusieurs fois, rédigés de
manière identique par des députés parfois
de camps opposés… L’un d’eux, autorisant
l’épandage de pesticides par drones sur les
vignes en pente, a été déposé une vingtaine
de fois. «Je ne reçois jamais les lobbys […] et
je n’ai aucun intérêt avec eux», s’est défendu
Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture,
face aux accusations des ONG.
5 Sur l’alcool
C’était le cheval de bataille prioritaire
de la ministre de la Santé: la santé publique,
et en particulier la lutte contre le tabagisme,
la mauvaise l’alimentation mais aussi l’al-
Le lobbyiste Thierry Coste au Congrès des maires, le 22 novembre 2017. Il était présent, lundi, lors de la réunion sur la chasse avec
coolisme, qui est à l’origine, faut-il le rappeler, de près de 50000 morts par an. Bizarrement sur ce denier volet, c’est le statu quo.
Les raisons de cet immobilisme? «Allez chercher à l’Elysée», répète-t-on de façon insistante dans le milieu de la santé publique.
Assurément, il y a des indices troublants.
D’abord, dès son arrivée à l’Elysée, Emmanuel Macron a nommé Audrey Bourolleau
au poste de conseillère agriculture d’Emmanuel Macron : sur son CV, le poste de déléguée générale de Vin et Société, une instance
de lobbying du vin. Bizarre… D’autant que
sur ce sujet, Macron s’est toujours montré
constant, d’abord quand il était à Bercy où
il a porté des amendements pour permettre
plus de publicité sur l’alcool, ensuite à l’Elysée où il ne s’est pas caché de sa position.
«Tant que je serai président, il n’y aura pas
d’amendement pour durcir la loi Evin», a
ainsi lâché le chef de l’Etat le 22 février, en
marge du Salon de l’agriculture. «Moi, je bois
du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à
la formule de Pompidou : “N’emmerdez pas
les Français !» Certes… Autre exemple et
autre sournoiserie, le 27 juin à l’Elysée, le
lobby de l’alcool a proposé d’apporter pour
la première fois son obole à un plan de santé
publique en finançant la prévention de
l’alcoolisme. Les producteurs et négociants
de vins, spiritueux et bières offrant ainsi
près de 5 millions d’euros pour aider pendant quatre ans des actions de prévention
contre la dépendance à l’alcool. «Allons donc,
c’est une escroquerie. Leur objectif est d’empêcher toute politique de prévention efficace,
a réagi un collectif de spécialiste en addiction. On attend toujours un vrai plan contre
l’alcoolisme.»
6 Sur le «secret des affaires»
François Ruffin, député de La France
insoumise, a mis les pieds dans le plat en
mars : «L’idée vient de la Trade Secrets and
Innovation Coalition», syndicat patronal regroupant des multinationales américaines
(Dupont de Nemours, General Electric…)
mais aussi des cadors du CAC 40 bien de
chez nous (Air Liquide, Michelin…). Il s’agissait alors d’inscrire dans la loi française la
notion de «secret des affaires», aux contours
les plus flous et potentiellement liberticide.
Un vieux dada, supposé lutter contre l’espionnage économique, élargissant un peu
plus l’omertà sur la vie des affaires: sera désormais considérée comme «secrète» toute
information «peu aisément accessible» ayant
une «valeur commerciale effective ou potentielle». Un spectre tellement large qu’il a suscité l’indignation unanime des médias,
ONG, syndicats et autres lanceurs d’alerte.
Sans pour autant empêcher la majorité parlementaire LREM de l’adopter sans barguigner. Le lobby initial à Bruxelles, ayant
abouti à une directive européenne en 2016,
aura manifestement persévéré à Paris.
Un an plus tôt, un jeune ministre français de
l’Economie, Emmanuel Macron, entendait
déjà légiférer sur le sujet, jurant ses grands
dieux qu’il ne serait «pas question de réduire
en quoi que ce soit la liberté de la presse, mais
de protéger nos entreprises contre l’espionnage économique». A l’époque, Richard
Ferrand, encore député PS, avait orchestré le
retrait du texte, «vu l’émoi suscité». Sans cesse
remettre le métier sur l’ouvrage, c’est l’essence du lobbying, quitte à changer de cheval
en cours de route. En 2018, ce n’est plus le
gouvernement au pouvoir qui endossera la
responsabilité de la sacralisation du «secret
des affaires», mais un dévoué député LREM.
MAÏA COURTOIS, ÉRIC FAVEREAU,
RENAUD LECADRE
et CORALIE SCHAUB
«
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u 5
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«Pour éviter les dérives,
il faut une traçabilité»
Marc-André Feffer,
numéro 1 de Transparency
International France,
regrette que la loi n’impose
pas aux lobbyistes de dire
précisément quels élus
ils rencontrent
et à quels sujets.
toute hypothèse, il est nécessaire de
renforcer la transparence du lobbying.
La loi Sapin 2 de 2016 se targue de
réglementer la profession, mais la
Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP),
chargée de son application, se
plaint que les décrets se traduisent
par une «restriction excessive» des
informations à fournir…
arc-André Feffer, ancien La loi fixe des principes généraux,
dirigeant de Canal + et de oblige les représentants d’intérêts à
la Poste, est président de la fournir un rapport annuel encore plus
branche française de l’ONG Transpa- général : quel type de décideurs renrency International, très mobilisée contrés, quel type d’actions menées,
sur la problématique du lobbying quel type de dossiers évoqués, sans
économique.
plus de détails. Ils ne sont pas conJean-Jacques Rousseau disait que traints de dire : «J’ai vu tel député sur
«rien n’est plus dangereux que l’in- tel sujet.» Nous militons pour que les
fluence des intérêts prilobbyistes indiquent prévés dans la sphère pucisément qui ils renconblique». Allez-vous
trent. Cette demande n’est
aussi loin ?
pas satisfaite à ce jour.
Nous ne sommes pas choLors de sa campagne
qués que des élus ou déciprésidentielle, Emmadeurs publics reçoivent
nuel Macron avait prodes représentants d’intémis un «encadrement
rêts. Transparency Interdu lobbying», avec insnational est lui-même un
INTERVIEW cription sur un «regislobby, qui doit nécessaitre des représentants
rement donner l’exemple. Mais l’équité d’intérêts». Simple suivisme de la
exige que les décideurs publics consul- loi Sapin ?
tent de manière équilibrée les diffé- Le quinquennat Macron s’est ouvert
rents groupes d’intérêts concernés. Le par une loi sur la moralisation de la vie
lobbying n’est pas en soi contestable, publique. Nous ne pouvons cacher une
à condition que la décision législative certaine déception car le soufflet semou réglementaire se déroule en toute ble retomber. En matière de lobbying,
transparence. Pour éviter les dérives, il s’agirait désormais d’aller bien plus
il faut une traçabilité du processus: les loin, avec un reporting trimestriel, non
citoyens doivent pouvoir savoir com- plus annuel, que les représentants d’inment leurs représentants fondent leurs térêts disent réellement qui ils rencondécisions en leur nom.
trent, en dévoilant le contenu de leurs
Est-ce que l’actuel pouvoir est plus argumentaires.
sensible aux sirènes du lobbying Sous la présidence Macron, l’applique ses prédécesseurs ?
cation de la loi sur le lobbying
Je n’ai pas d’élément qui me permette aux élus locaux a été reportée de
d’en juger de façon générale. Mais en trois ans, à échéance 2021…
DR
M
Evidemment, Transparency International aurait préféré s’en tenir à la date
initialement prévue. Mais c’est la HATVP, compte tenu de sa charge de travail, qui a demandé un sursis, en accord avec le gouvernement. Mais, à ce
jour, en dehors de l’Assemblée nationale et du Sénat, il n’existe guère de
règles dans les autres lieux de décision
publique.
«Trop d’information tue l’information», avait osé un député socialiste
pour mieux freiner l’encadrement
du lobbying…
Remarque intéressante. A l’entendre,
le citoyen ne s’y retrouverait pas, entre
le trop et le trop peu. Mais, en l’état, le
citoyen ne dispose pas des informations suffisantes pour savoir comment
tel ou tel lobby serait intervenu. Nous
militons pour que les parlementaires
publient leurs agendas. Mais je constate que ce terrain-là est encore un peu
lourd, il va nous falloir insister…
Emmanuel Macron avait aussi
promis d’instaurer «un horaire et
un lieu précis» pour ce genre de
contacts. Faudrait-il légiférer à
nouveau sur ce point ?
Pas forcément, mais Transparency
entend revenir sur le sujet dans les prochains mois. Les eurodéputés écologistes ont déjà commencé à rendre
publics leurs rendez-vous avec des représentants d’intérêts, avec un logiciel
dédié consultable par tous. La maire de
Paris s’y est mise également, tout un
symbole. Cela a le mérite de supprimer
les procès d’intention. La suite appartient aux citoyens, avec la mise en place
d’open data, d’applications, pour donner du sens aux infos brutes: au-delà de
l’aspect législatif ou réglementaire, c’est
le travail des ONG, des journalistes et de
la société civile en général.
Recueilli par
RENAUD LECADRE
Nicolas Hulot. PHOTO YANN CASTANIER. HANS LUCAS
Au Royaume-Uni, les lobbys offensifs sur le Brexit
Profitant d’une
réglementation laxiste,
les sphères d’influence
bataillent plus
que jamais autour
de la sortie de l’UE.
«N
ous savons tous comment cela fonctionne.
Les déjeuners, les invitations, le mot discret glissé à votre
oreille, les ex-ministres et conseillers
louant leurs services pour aider les
entreprises à bien négocier leurs intérêts…» C’était en février 2010. Le
chef du parti conservateur britannique, David Cameron, dénonçait le
lobbyisme qui «salit depuis trop
longtemps notre politique». Quatre
mois plus tard, il devenait Premier
ministre et promettait de réguler le
trafic d’influence. Une loi a été vo-
tée en ce sens en 2013, mais son
contenu est resté timide. Les ministères publient chaque trimestre une
liste des rencontres entre ministres,
conseillers et groupes d’influence.
«Ces registres sont souvent incomplets ou vagues et il n’en existe aucun
définitif, explique Steve Goodrich,
de Transparency International UK
(TI UK). Le lobbyisme n’est pas forcément négatif quand il s’exerce dans
l’intérêt du public, mais le manque
de transparence fait souvent craindre des prises de décision pour des
intérêts privés avant tout.»
Les grands principes de Cameron,
qui avait promis de mener le gouvernement le plus écologiste «de
l’histoire», ont ainsi vite fondu à
l’épreuve du pouvoir et des lobbys.
En 2013, il avait demandé à ses
conseillers de «virer tous les bidules
verts» de sa politique, dont les incitations fiscales pour une énergie
plus propre. En mars, il a prononcé
un discours aux Etats-Unis, devant
des producteurs américains de carburant et pétrochimie. Il y a vanté
les mérites du gaz de schiste et rappelé avoir mis en place toute la législation possible pour en faciliter
l’exploration, mais regretté que «les
mouvements environnementaux»
rendent tout progrès «lent et frustrant». Depuis qu’il a quitté Downing Street, Cameron prononce
ainsi ça et là des discours grassement rémunérés.
Plusieurs scandales ont secoué le
monde politique britannique ces
dernières années. En 2011, l’actuel
ministre au Commerce international, Liam Fox, avait démissionné de
son poste de ministre de la Défense
après la révélation qu’il avait donné
un accès sans précédent à son ministère à un ami très proche, lobbyiste et payé par un groupe de pres-
sion. Fin juillet, un rapport de TI UK
révélait «une culture d’impunité»
parmi les députés britanniques invités par des Etats aux régimes politiques douteux. Une semaine plus tôt,
le député nord-irlandais Ian Paisley
Jr., membre du petit parti unioniste
du DUP, avait été suspendu trois
mois. Il avait omis de déclarer des
«vacances en famille» payées
55 400 euros par le Sri Lanka. Or,
peu de temps après ces vacances,
en 2014, le député avait écrit à Ca-
Fin juillet,
un rapport de
TI UK révélait «une
culture d’impunité»
parmi les députés
britanniques.
meron pour lui demander de ne pas
soutenir une résolution de l’ONU
sur des abus des droits de l’homme
au Sri Lanka.
Le Brexit pourrait bien se révéler
l’âge d’or des lobbyistes, estime Tahiru Liedong, professeur à l’université de Bath. La sortie de l’UE, et de
certaines de ses régulations, fait
craindre une multiplication des
sphères d’influences souhaitant récupérer un morceau du gâteau.
«Beaucoup de lobbyistes présents à
Bruxelles vont basculer vers le
Royaume-Uni, avec des intérêts parfois diamétralement opposés», assure le chercheur. Des PME vont
chercher à «diminuer la compétition
et donc pousser pour un Brexit dur»,
et des milieux de la finance ou les
multinationales «poussent pour un
Brexit le plus souple possible».
SONIA DELESALLE-STOLPER
Correspondante à Londres
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6 u
MONDE
Libération Jeudi 30 Août 2018
Ouïghours
Les camps
secrets du régime
chinois
Depuis de nombreux mois, des centaines de milliers
de personnes de l’ethnie musulmane de la région
du Xinjiang sont enfermées par les autorités.
Les témoignages, rares, font état de sévices
corporels et séances de propagande, plongeant
la population comme la diaspora dans la terreur.
Vues satellitaires des camps de «rééducation» des Ouïghours, dans la
ENQUÊTE
Par
LAURENCE DEFRANOUX
«O
n se lève à 5 heures pour
assister au lever de drapeau dans la cellule et
entonner l’hymne chinois. Puis, à
genoux sur le sol en béton, on chante
des slogans ou des poèmes à la gloire
du Parti. Ceux qui ne font pas assez
de progrès ou se montrent trop fervents dans leur foi sont punis.»
Omurbek Eli, que Libération a pu
interroger au téléphone, a passé
vingt jours en novembre dans un
«centre de transformation par l’éducation». Comme lui, ces derniers
mois, des centaines de milliers
de musulmans chinois ont été enfermés au Xinjiang, une région de
l’ouest de la Chine. Dans ces bâtiments surpeuplés entourés de
barbelés et aux vitres bouchées, installés dans d’anciennes écoles ou
construits à grands frais, les prison-
niers doivent réciter par cœur la
pensée du président Xi Jinping, regarder des vidéos de propagande,
critiquer la religion, apprendre
des idéogrammes chinois. Leur détention est prolongée s’ils échouent
aux examens organisés dans les
camps.
MONDE À PART
En pratique, qui en sort vraiment?
Omurbek Eli décrit sa cellule où
s’entassaient une quarantaine de
détenus, tous musulmans, les deux
caméras de surveillance, le sommeil
à tour de rôle, l’unique douche mensuelle, les heures passées alignés en
rangs, les punitions corporelles et
les tentatives de suicide. Il est l’un
des très rares témoins directs et n’a
dû sa libération qu’à sa nationalité
kazakhe. Depuis qu’il a parlé à des
journalistes, sa famille a été à son
tour internée, et il a fui l’Asie. A
cause de la censure, de l’absence de
presse libre en Chine et des menaces qui pèsent sur les habitants s’ils
parlent à quiconque, il est très difficile d’obtenir des renseignements,
mais l’ampleur du phénomène ne
fait aucun doute.
Dès janvier, Human Rights Watch
évoquait le chiffre de 800000 personnes internées au Xinjiang (sur
10 millions d’habitants musulmans, majoritairement d’ethnie
ouïghoure). Fin juillet, lors d’une
audition devant le Congrès américain, l’ambassadrice des Etats-Unis
auprès du Conseil économique et
social des Nations unies, Kelley Currie, a mentionné «un large éventail
de preuves» montrant qu’«au moins
plusieurs centaines de milliers, voire
des millions» de Ouïghours sont détenus. La région a été transformée
«en ce qui se ressemble à un camp
d’internement géant», a dénoncé
le 10 août Gay McDougall, la viceprésidente du Comité des Nations
unies pour l’élimination de la haine
raciale, face à une délégation chinoise qui a démenti.
Inlassablement, Radio Free Asia, un
site d’informations américain qui
possède une antenne en ouïghour,
recueille des témoignages par des
voies détournées. Ces dernières
semaines, des stars, comme Ablajan
Awut (le «Justin Bieber ouïghour»)
et Erfan Hezim, footballeur professionnel, ont disparu à leur tour.
Mais Pékin et ses diplomates continuent de nier en bloc, la presse
officielle se contentant d’évoquer
des «programmes de formation
professionnelle» pour «éradiquer la
pauvreté» et «améliorer la stabilité
sociale» dans la région.
Le Xinjiang, ou Turkestan oriental,
une région grande comme trois fois
la France, parsemée d’oasis et bordée de montagnes majestueuses,
a longtemps été un monde à part
exempté de la politique de l’enfant
unique, où se pratiquait un islam
ancien et modéré à 3000 kilomètres
de Pékin. Le ouïghour, langue apparentée au turc et qui s’écrit en caractères arabes, était pratiqué partout,
le mandarin ne s’apprenait qu’au
collège deux heures par semaine.
Les fonctionnaires chinois d’ethnie
han étaient rares et discrets. «Mais
après la révolte de 1989 et la chute de
l’URSS, le Parti communiste chinois
a craint que le Turkestan oriental ne
fasse sécession. Il a entamé une politique dite d’assimilation, qui est en
fait une destruction de notre culture,
de notre langue, de notre identité religieuse», explique le juriste Mehmet
Tohti, cofondateur de l’association
Congrès mondial ouïghour.
PEUR ENRACINÉE
Une colonisation intérieure massive de l’ethnie des Hans a été menée, le patrimoine architectural détruit au bulldozer et des lois lll
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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de la bière et manger du cochon.
Lors de son dernier séjour au
Xinjiang, en 2016, Axel Jumahong, joaillier parisien d’origine
ouïghoure, a été choqué par la transformation imposée à la société. Harcelé par la police malgré sa citoyenneté française, il a dû se soumettre
à une prise de sang pour qu’on lui
prélève son ADN : «J’avais connu
le paradis, c’est devenu l’enfer.
Aujourd’hui, il faut boire, être
joueur, faire tout ce que les musulmans détestent. De Hotan à Kashgar,
il y a partout des bordels et des salons
de massage chinois où l’on attrape le
sida. La cocaïne, l’héroïne, le crack,
l’ice sont en vente libre, même pour
les lycéens.» Selon les chiffres du Comité gouvernemental pour la santé,
la prévalence du VIH a explosé depuis 2009 dans la région.
«NE REVIENS JAMAIS»
région du Xinjiang. PHOTOS DR
discriminatoires instaurées
contre les musulmans ouïghours ou
issus des minorités hui et kazakhes.
Les émeutes de 2009 et une série
d’attentats qui ont fait plus d’une
centaine de victimes, et l’enrôlement de dizaines de Ouïghours
dans les rangs de l’Etat islamique
en Syrie ont renforcé la répression.
«La communauté est maintenant
en infériorité numérique, mais elle
est devenue très hostile. Avant, la
revendication ouïghoure était séculière. Aujourd’hui, les islamistes
ont pris le dessus. Cyniquement, ça
arrange Pékin car qui soutient les
islamistes? Mais à long terme, cette
politique est dangereuse et contreproductive car elle radicalise encore
plus», analyse le chercheur JeanPierre Cabestan (1).
Avec l’arrivée, en août 2016, du
nouveau secrétaire régional du Parti
communiste, Chen Quanguo, un
nouveau tour d’écrou a été donné.
lll
RUSSIE
XINJIANG
CHINE
Pékin
KAZAKHSTAN
MONGOLIE
1000 km
Urumqi
Bayingol
KIRGHIZISTAN
Kashgar
TADJ.
XINJIANG
Désert du Taklamakan
AFG.
GANSU
Hotan
C HINE
PAKISTAN
INDE
QINGHAI
TIBET
300 km
Celui qui avait instauré le quadrillage policier au Tibet a déployé
un arsenal sécuritaire high-tech
sous prétexte de «lutte antiterroriste». La peur s’est enracinée dans
les foyers. Selon des statistiques officielles, en 2017, une arrestation policière sur cinq en Chine a eu lieu au
Xinjiang, qui ne représente pourtant
que 1,5% de la population du pays
–et ces chiffres ne prennent pas en
compte les envois en «rééducation».
Aux détentions s’ajoutent les campagnes «Visiter le peuple» ou «Devenir famille» pendant lesquelles un
million de fonctionnaires du Parti
s’installent pendant plusieurs jours
dans des familles musulmanes. Sur
des photos de propagande, on les
voit partager la couette et les repas de la maisonnée. Parfois, les
femmes sont seules car leur mari a
été arrêté. Pour ne pas être cataloguées à leur tour comme «extrémistes», elles doivent sourire, boire
Comme Jumahong, les autres
Ouïghours de l’étranger n’ont plus
de nouvelles de leur famille depuis
des mois. Les appels venant de
l’étranger sont bloqués ou tracés
grâce à la reconnaissance vocale.
Leurs proches, harcelés par les
autorités, les supplient de ne plus
chercher à les joindre. La dernière
fois qu’Aynur, animatrice en produits de beauté à Paris, a parlé à
sa mère, c’était l’hiver dernier. Malgré les larmes et la peur, la jeune
femme, née il y a trente-trois ans
au Xinjiang, tient à expliquer comment, le 13 octobre, deux oncles ont
été arrêtés à Shanghai et déportés
dans un camp au Xinjiang. Puis son
oncle paternel. Puis sa voisine Margoba, qui avait étudié en France et
travaillé pour L’Oréal. Lorsque sa
cousine de 27 ans a disparu à son
tour, les autorités ont dit à ses
parents qu’elle resterait «enfermée
neuf ans parce qu’elle avait fait ses
études en Egypte».
Tout contact avec l’étranger est
devenu suspect, y compris avec le
Pakistan tout proche. Un homme
politique pakistanais confie à Libération que sa femme ouïghoure est
internée depuis trois mois. Selon
des sources locales, au moins une
soixantaine d’épouses sont retenues de force en Chine et les enfants séparés de leurs parents.
Le harcèlement du Parti communiste chinois s’étend jusqu’en
France (lire pages 8-9). Plusieurs jeunes Ouïghours ont reçu l’ordre de
prendre un selfie avec leur carte
d’étudiant et un journal du jour
devant la tour Eiffel pour prouver
qu’ils ont des bonnes raisons de
rester en France. Aynur a reçu deux
appels de la police du Xinjiang lui
demandant de «venir se faire enregistrer comme Chinoise à l’étranger».
Par deux fois elle a dû envoyer son
contrat de travail et toute une liste
de documents pour justifier son refus. «Ne reviens jamais», l’a suppliée
sa mère.
Car le voyage peut être sans retour.
Selon plusieurs témoignages, l’ambassade de Chine à Paris, qui n’a pas
répondu à nos demandes d’informations, ne peut plus renouveler les
passeports des Ouïghours vivant
en France, ni même leur éditer d’extraits de naissance –contrairement
aux citoyens chinois Suite page 8
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8 u
MONDE
Libération Jeudi 30 Août 2018
En janvierfévrier 2017.
Le camp
d’entraînement
de Shuleilin
dure trois mois.
CAPTURE DR
Suite de la page 7 issus d’autres
régions. On leur propose un document de voyage provisoire pour aller
faire les démarches au Xinjiang. S’ils
résistent, d’autres moyens sont utilisés. «Ma mère, qui vivait à Paris, a
reçu un appel de son ancien patron
en décembre. Il lui a dit que pour toucher sa retraite, elle devait venir en
Chine signer des papiers, raconte Patigul (2), Française de 26 ans d’origine ouïghoure. Dans le bureau
de son patron, des policiers lui ont
confisqué son passeport chinois.
Après des mois sans nouvelles, l’ambassade de France a appris qu’elle
avait été internée dans un camp de
rééducation le 9 juin 2017.» Un autre,
en déplacement à Shanghai pour
une chaîne de magasins de sport, a
été arrêté, transféré à Urumqi, et n’a
été libéré que grâce à l’intervention
de son employeur.
Partout, la diaspora s’épie et se méfie.«Aux Etats-Unis et au Canada,
Parfois, les femmes sont seules
car leur mari a été arrêté. Pour
ne pas être cataloguées à leur tour
comme «extrémistes», elles doivent
boire de la bière, manger du cochon.
les Ouïghours sont sous pression de
la police chinoise, leur ordinateur
est piraté, leurs données volées, explique Mehmet Tohti, qui vit à Toronto. On leur demande d’espionner
les autres. S’ils tardent à répondre,
ils reçoivent un appel disant: “Votre
famille est en danger.”» Par messagerie, le journaliste américain Shohret Hoshur nous dresse la liste
de ses 11 frères, sœur, conjoints,
nièces et neveux emprisonnés.
Et des 14 enfants restés seuls. Le
destin des enfants séparés de force
de leurs parents, parfois retirés à
leurs grands-parents, empêchés
d’aller à l’école et parqués dans
des orphelinats, inquiète de plus
en plus.
«ETHNOCIDE»
Selon Emily Feng, journaliste du
Financial Times qui revient d’un
reportage au Xinjiang, «dans un
seul canton de Kashgar, 18 nouveaux centres pour enfants ont été
construits en 2017». Si l’on en croit
les appels d’offres lancés pour la
construction ou l’agrandissement
des camps, la «campagne antiterro-
riste» est loin d’être finie. Les travaux effectués pour la construction
de crématoriums, alors que la tradition musulmane s’oppose à l’incinération des morts, fait craindre
aux familles que les corps de leurs
proches morts en détention ne leur
soient jamais rendus, empêchant
d’effectuer les rites funéraires. Et
de constater d’éventuelles preuves
de torture.
Des Ouïghours de la diaspora ont
manifesté ces dernières semaines à
Bruxelles, Ottawa et Paris contre
ce qu’ils appellent un «ethnocide».
Une démarche courageuse destinée
à alerter la communauté internationale, mais qui n’a pour l’instant eu
comme conséquence que de faire redoubler les menaces sur leurs têtes.
Dans une lettre envoyée en juillet
à un citoyen français ouïghour que
Libération a pu lire, un diplomate
français fait part de la «grande préoccupation de la France» face au
«Fais ce que le monsieur te demande,
sinon, c’est comme si on était morts»
M
Une Ouïghoure de 24 ans venue étudier
en France témoigne du harcèlement
téléphonique qu’elle subit nuit et jour
de la part d’agents chinois qui la pressent
d’espionner les personnes de son ethnie
installées comme elle à l’étranger.
Et menacent sa famille restée
dans le Xinjiang.
ariam (1), 24 ans,
Chinoise d’ethnie
ouïghoure, est étudiante en France. Elle raconte comment des agents
de Pékin la harcèlent nuit
et jour au téléphone pour
qu’elle mène des activités
d’espionnage en France.
«Je voulais faire des études
de management, mais en
tant que Ouïghoure, c’était
impossible. Alors mon père a
vendu sa maison pour payer
mon visa, et je suis partie étudier à l’université en France.
La dernière fois que je suis
rentrée au Xinjiang, des gens
«recours massif à ces lieux de détention». Mais rien ne bouge.
Aucun gouvernement n’a encore
évoqué publiquement la possibilité
de sanctions internationales envers
les officiels chinois responsables de
ces agissements, qui rappellent les
pires heures de la «révolution culturelle» lancée par Mao en 1966. «Tout
le monde est un peu pieds et poings
liés avec l’argent chinois, déplore la
sinologue Marie Holzman. Depuis
la mort en prison du Prix Nobel de
la paix Liu Xiaobo l’été dernier,
le pouvoir chinois semble décomplexé. On est réellement face à une
démarche de type génocidaire. Le
Parlement européen fait des résolutions musclées, mais qui s’en préoccupe ? Nos gouvernements en profitent pour se taire.» •
(1) Auteur de la Chine demain, démocratie
ou dictature ? (Gallimard, 2018).
(2) Le prénom a été changé.
du gouvernement sont venus
nous rendre visite, ils m’ont
demandé comment se passait mon séjour. Ils étaient
très aimables. La semaine
suivante, ils sont revenus
avec des cadeaux pour mon
père et une liste de tous les
étudiants ouïghours en
France. Ils m’ont demandé si
je connaissais X ou Y. Mon
père m’a dit : “Réponds ce
qu’ils veulent, sinon tu seras
en danger.”
«Le jour où je devais repartir
en France, une voiture noire
m’attendait dans la rue, ils
m’ont demandé de monter
à l’arrière entre deux personnes. “On a besoin de toi.
Tu dois nous donner des informations sur les réunions que
le gouvernement français fait
avec les Ouïghours, ce que disent et pensent les Français.”
J’ai répondu que ce n’était
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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Dans les centres de détention, «pas de limite de durée»
Grâce aux appels d’offres pour
des travaux dans des camps,
un étudiant à l’université
canadienne de ColombieBritannique en localise
certains et tente d’évaluer
le nombre de prisonniers.
S
hawn Zhang est étudiant en droit à
l’université canadienne de ColombieBritannique. Il traque sur Internet documents et photos prouvant l’existence des
«centres de rééducation politique» ciblant les
musulmans du Xinjiang, principalement
les jeunes hommes et les intellectuels, mais
aussi les gens ayant des liens avec l’étranger.
Les minorités ethniques musulmanes représentent environ la moitié des 22 millions
d’habitants de cette province chinoise.
pas possible, que je n’avais
pas un niveau suffisant de
français. J’ai voulu sortir de la
voiture, mais j’ai senti un objet dur dans mon dos, comme
un revolver. J’ai crié, ils m’ont
fermé la bouche. Ils m’ont
dit: “Laisse-nous être gentils
avec toi. Si tu as besoin d’argent, on te donnera une
bourse. Il faudra aussi que tu
nous donnes des informations
sur les associations ouïghoures, on va t’aider à y entrer.”
En rentrant en France, j’ai
changé de numéro de téléphone et je me suis tenue à
l’écart.
«Et puis cet hiver, j’ai eu besoin d’un acte de naissance.
Je savais que l’ambassade ne
me le donnerait jamais [selon
de nombreux témoignages, les
Ouïghours vivant à l’étranger
ne peuvent plus renouveler
leurs papiers depuis fin 2016,
ndlr]. Mon frère a trouvé un
moyen de me l’envoyer depuis la Chine. Juste après, il
a disparu. Comme sa femme
était en camp de rééducation
depuis un an, mon père a recueilli leur fille, qui est toute
petite. Ensuite, je n’ai plus eu
aucune nouvelle. Mes amis,
mes voisins ne me répondent
plus car ils ont des problèmes
avec la police s’ils sont en
contact avec l’étranger.
«Et puis il y a deux semaines
[mi-juillet], j’ai reçu un appel
d’un numéro inconnu, c’était
la voix de mon père, j’étais
si heureuse. Mais il m’a dit :
“Des gens sont à la maison.
Un homme qui travaille
au bureau des Etrangers te
demande de communiquer
avec lui.” J’ai demandé à mon
père qu’il m’envoie une photo
de lui, je l’ai reçue tout de
suite, il avait l’air seul, maigre
et malheureux.
«Puis l’homme m’a parlé. Depuis, il m’appelle nuit et jour,
me pose des questions sur
mon travail, mes études, me
demande de lui envoyer des
photos pour lui montrer où je
Shawn Zhang a répondu par mail à nos
questions.
Pékin niant l’existence de ces centres de
détention, à partir de quels documents
travaillez-vous?
Un fournisseur fait de la publicité sur un
contrat qu’il a obtenu, une fonctionnaire
note ses responsabilités sur son CV en ligne
ou la presse locale mentionne une épidémie
de tuberculose «qui a touché 558 pensionnaires d’un camp de rééducation». Mais la
plupart des informations proviennent d’appels d’offres pour des travaux. Ils indiquent
l’emplacement des camps, souvent situés
en banlieue et près d’une prison. Si c’est un
grand complexe, je le repère facilement sur
les images satellites grâce aux miradors et
aux barbelés à lames coupantes. Les camps
sont souvent désignés comme «centres de
formation et d’éducation professionnelle»
mais ils dépendent du département de la Jus-
suis et ce que je fais. Il a toujours un ton gentil, comme
un ami qui prendrait de mes
nouvelles. Je fais très attention à la manière dont je
réponds pour ne pas mettre
ma famille en danger.
Comme j’ai répété que je
n’étais au courant de rien, il
a insisté: “On sait que tu as de
bonnes relations avec Z [qui a
participé à une manifestation]. Les Ouïghours qui
vivent à l’extérieur sont dangereux, ils mènent des activités contre la Chine. Quoi
que tu fasses, n’oublie jamais
que tu es une enfant du
communisme.”
«J’ai une cousine, cadre dans
une multinationale, qui s’est
rendue en Chine cet hiver
pour son travail. Bien qu’elle
soit citoyenne française, elle
a disparu dès qu’elle est arrivée à l’aéroport de Pékin.
Sa société a réussi à la faire
libérer au bout de deux semaines. En revenant, elle
m’a dit: “Tu dois trouver une
solution pour survivre en
France. Si tu rentres, ils vont
t’envoyer en rééducation.”
Une de mes amies, qui recevait des pressions de Chine,
a répondu qu’elle allait se
plaindre aux autorités françaises, et ils l’ont laissée
tranquille. J’ai confiance
dans la France et dans le
peuple français, je voudrais
demander l’asile politique.
Mais j’ai peur que la Chine
l’apprenne.
«Hier, j’ai reçu un message de
mon père: “Si tu aimes ta famille, fais ce que le monsieur
te demande, ne cherche pas à
rester en France. Sinon, c’est
comme si on était morts.” Je
viens d’apprendre que les parents de ma cousine, qui
ont plus de 70 ans, viennent
d’être envoyés en camp eux
aussi. Je suis piégée. Si mon
père est arrêté, que va devenir ma nièce ?»
Recueilli par L.D.
(1) Le prénom a été changé.
tice. Et on sait que la plupart des écoles
professionnelles du sud du Xinjiang ont été
réquisitionnées.
Avez-vous eu des informations sur le
contenu de ces «formations»?
Un document émis par les autorités de Kargilik pour 2018 nous livre beaucoup de détails.
Il y a quatre parties. La «formation militaire»,
qui consiste à rester debout en rangs ou à
marcher au pas, au moins six à huit heures par
jour. Les «cours de chinois», où les détenus
doivent maîtriser une liste de vocabulaire. «La
politique et le droit», soit surtout les pensées
du Président, Xi Jinping. Enfin, les «compétences professionnelles», comme la cuisine,
la soudure et la couture. La formation de base
dure trois mois. Les cours de chinois et de politique sont sanctionnés par des examens. Si
à l’issue des trois mois, le niveau des prisonniers n’est pas jugé suffisant, ils doivent rester
et recommencer. Sans limite de durée.
D’après vos observations, combien de
camps existent aujourd’hui au Xinjiang?
C’est difficile d’estimer le nombre total, mais
on a quelques indications grâce à leur nom,
par exemple «camp de rééducation numéro 5
du canton d’Artux» [environ 200000 habitants, ndlr]. Et leur capacité est variable. Un
rapport officiel mentionne un camp prévu
pour accueillir 8640 personnes (y compris
peut-être les employés et les gardes)
dans 95674m2. En suivant ce ratio, j’ai identifié des centres pouvant accueillir 2 500,
6 000 ou 8 000 personnes. Dans certains
villages, les camps sont très petits, et les infrastructures ne sont pas suffisantes pour loger les
prisonniers, qui doivent dormir ailleurs et
revenir chaque matin. La construction des
camps a commencé en 2016, mais la plupart
ont été réalisés en 2017. Et il y a toujours beaucoup d’appels d’offres émis pour 2018.
Recueilli par L.D.
VENDREDI 31 AOÛT
LE LIBÉ
DES OCÉANS
NUMÉRO SPÉCIAL
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10 u
MONDE
Libération Jeudi 30 Août 2018
LIBÉ.FR
Antarctique,
continent bavard
Depuis les carottages
menés par l’équipe de Claude Lorius, l’Antarctique parle de la planète. Mais aussi de
bien d’autres lubies humaines qui donnent
à ce continent un destin unique dans l’Histoire. A lire sur le blog «Géographies en
mouvement».
Maroc: le discret marché du trafic de fossiles
Dans l’est du pays,
des pièces
paléontologiques
sont extraites,
vendues et
exportées de façon
informelle, grâce
à une filière bien
huilée qui joue sur
l’absence de
législation claire.
Par
THÉA OLLIVIER
Envoyée spéciale à Erfoud
A
bdelaziz se hisse avec
peine d’un trou de
dix mètres creusé
dans le désert de caillasses
à côté d’Erfoud, petite ville
de l’est du Maroc. Après
vingt jours de labeur sous
le soleil, le ramasseur de
fossiles de 40 ans a sorti,
de ses mains abîmées par
quinze ans dans les carrières
improvisées, deux grandes
pierres rouges contenant
des crinoïdes, animaux
marins fossilisés. «Je les ai
vendues 3500 dirhams [environ 318 euros, ndlr]. Parfois, Les fossiles d’Erfoud sont généralement revendus à des touristes ou envoyés à l’étranger. PHOTO SEBASTIAN CASTELIER. SIPA
je ne trouve rien pendant
plusieurs mois», explique-t-il. Paris, et qui a depuis été res- pièces rares et de vertébrés. sion 3D. «Je préfère vendre caine. Ce n’est ni légal, ni pièces n’a jamais été bloquée.
Ses découvertes parviennent titué au Maroc.
Ils constituent la majorité de aux musées internationaux illégal», reconnaît Jnoun. «Il n’y a pas de législation
à faire vivre sa femme et ses
la clientèle de Serge Xerri, où mes squelettes seront étu- D’autres trafiquants sortent spécifique à l’export du patritrois enfants.
Orthocères. Abdelaziz est marchand de fossiles sur- diés. D’ailleurs, la plupart de les squelettes en plusieurs moine géologique», regrette
«Erfoud est réputé dans le au bout de la chaîne de ce nommé «Jnoun» («esprit», en leurs objets marocains vien- fois, cachés dans des voitures Youssef Ennadifi, président
monde entier pour le com- marché des fossiles. Comme dialecte marocain). Depuis nent du souk car les cher- sous forme de tas de pierres de l’APPGM. Il estime que la
merce de fossiles», explique des milliers d’extracteurs trente ans au Maroc, ce Fran- cheurs n’ont pas le temps ni et d’os, profitant de l’absence base juridique n’est pas assez
Hasnaa Chennaoui, de l’As- sans licence, il vend ses trou- çais de 54 ans aux cheveux les moyens de fouiller sur le de formation des douaniers. solide et la nomenclature pas
sociation pour la protection vailles à des grossistes lo- poivre et sel qui se définit lui- terrain», assure le commerassez précise.
du patrimoine géologique du caux. Elles sont distribuées même comme «trafiquant» çant. Quand il parle du Collection. «Un arrêté mi- Un projet de loi «est en cours
Maroc (APPGM). «A la char- aux bazaristes marocains qui estime gagner 100 000 dol- «souk», Serge Xerri évoque nistériel de 1994 fixe la liste de conception», indique Ahnière des futurs continents les revendent dix fois leur lars par an (85 500 euros) le marché où des dizaines des marchandises faisant med Benlakhdim, afin de réaméricain et africain, le Ma- prix aux touristes, ou les ex- dans ce commerce.
d’exportateurs jouent avec l’objet de restrictions à l’ex- glementer l’extraction, la
roc a vu une preportent. Des car- «Je repère des gisements ou l’absence de loi. «Je détaille portation, comme ceux pré- commercialisation et l’exporL'HISTOIRE tons sont empi- traces d’os dans des livres du le contenu de mes colis rem- sentant un intérêt paléon- tation, d’interdire celle des
mière ouverture
d’océan avortée,
lés dans le petit protectorat puis je vais sur plis d’os au ministère des tologique», précise Ahmed spécimens rares et d’ériger
DU JOUR
avant celle de
atelier de Yous- place et creuse avec les lo- Mines qui donne son appro- Benlakhdim, en charge de une collection nationale.
l’Atlantique. Les vies ani- sef situé dans la «zone indus- caux», raconte le paléonto- bation à celui du Commerce la direction de la géologie Serge Xerri est impatient car
males et végétales qui ont subi trielle» d’Erfoud, où des logue amateur, qui a déjà extérieur», détaille-t-il, sous- auprès du ministère des le flou législatif inquiète ses
des extinctions massives ont ouvriers, dans une poussière vendu des centaines de entendant qu’il n’indique Mines. Ainsi, il «ne peut don- clients et fait baisser ses
laissé de nombreux restes qui blanche et sous une toile squelettes à travers le monde, pas que s’y
ner un avis favorable affaires. «Je construis un nousont retrouvés aujourd’hui de plastique noir déchirée, dont 48 basilosaures (des an- trouve un
à la sortie de spé- veau laboratoire où je vais asPORTUGAL
ESPAGNE
sous forme de fossiles», pour- transforment en assiettes des cêtres de la baleine) à un seul squelette
cimens rares, sembler des dinosaures venus
suit la professeure en géolo- pierres remplies de fossiles particulier étranger. Après les entier, prêt
dont les osse- légalement des Etats-Unis»,
Rabat
gie à l’université Hassan II de d’orthocères –un genre éteint avoir extirpées du sol, Serge à être asments et explique le commerçant, qui
Océan
Erfoud
Atlantique
Casablanca. Ce musée à ciel de mollusques céphalopodes. Xerri emporte les pierres s e m b l é .
traces de n’alimente plus son stock
ouvert attire un trafic infor- «Ces cartons vont partir en remplies de fossiles dans son « T o u t e s
r e p t i l e s , de squelettes marocains. La
MAROC
mel et a permis la sortie de Allemagne sans autorisation atelier de campagne près de mes pièces
d’oiseaux et régulation programmée de
ALGÉRIE
pièces de valeur, comme un ni rien», avoue le marchand. Rabat. Une dizaine d’ouvriers p a r t e n t
de mammi- la filière a commencé à asséSAHARA
squelette de plésiosaure (un Le business le plus juteux les nettoient et les assem- avec des facfères».
Pour- cher le marché. Abdelaziz,
E
I
OCC.
AN
IT
reptile marin) qui a ressurgi se fait avec les collection- blent en un squelette entier, tures de ma
tant, Serge lui, est devenu boulanger
MALI
R
AU
M
en 2017 lors d’une vente aux neurs, musées et universités quitte à refaire des pièces société maroXerri assure pour assurer des revenus
200 km
enchères à l’hôtel Drouot, à étrangers à la recherche de en plâtre ou en impres- caine ou amériqu’aucune de ses réguliers. •
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Libération Jeudi 30 Août 2018
u 11
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Bataille navale Jets de pierre, insultes
et manœuvres dangereuses en haute mer :
la guerre de la coquille Saint-Jacques a repris mardi au large de la Normandie entre Français et Britanniques, soumis à des réglementations différentes pour pêcher le
précieux mollusque. Les altercations se sont produites mardi
entre pêcheurs normands et britanniques au large de la baie
de Seine, à plus de 12 miles nautiques des côtes françaises.
LIBÉ.FR
PHOTO CAPTURE D’ÉCRAN FRANCE 3
BIRMANIE
Le bilan officiel de l’ouragan Maria de 2017 sur l’île
de Porto Rico fait désormais état de 2 975 morts,
selon le chiffre d’une étude
indépendante entériné
mardi par le gouvernement
de ce territoire américain.
Le bilan tragiquement sousestimé à 64 morts, qui fut
un temps avancé par les
autorités locales, est désormais officiellement abandonné, après un an de controverse, tandis que la
méthode pour comptabiliser les décès causés directement et indirectement
par les catastrophes naturelles est appelée à évoluer.
C’est le gouverneur qui avait
lui-même demandé à des
chercheurs de l’université
George-Washington de parvenir à un bilan réaliste, face
à la controverse. Il a fait
son mea culpa mardi. Une
autre étude indépendante
de chercheurs de Harvard,
non commandée par le gouvernement portoricain et
publiée en mai, avait conclu
à environ 4 600 morts en
trois mois.
La Birmanie rejette les
conclusions de l’ONU accusant son armée de «génocide» contre les Rohingyas.
En 2017, plus de 700000 musulmans rohingyas ont fui au
Bangladesh après une offensive de l’armée birmane en
représailles d’attaques menées par des rebelles rohingyas. Cette répression a été
qualifiée par l’ONU de «nettoyage ethnique», une accusation rejetée par les autorités
birmanes. La Mission d’établissement des faits (MEF) du
Conseil des droits de
l’homme de l’ONU sur la Birmanie a estimé lundi que «les
principaux généraux de Birmanie, y compris le commandant en chef Min Aung
Hlaing, doivent faire l’objet
d’enquêtes et de poursuites
pour génocide dans le nord de
l’Etat Rakhine […].» Un porte-parole du gouvernement
birman a réagi dans des propos publiés mercredi: «Nous
n’avons pas autorisé la MEF
à entrer en Birmanie, c’est
pourquoi nous n’acceptons
aucune résolution du Conseil
des droits de l’homme.»
Un soldat brésilien au poste de Pacaraima, le 19 août.PHOTO NACHO DOCE. REUTERS
Le Brésil militarise la frontière
face à l’afflux de Vénézuéliens
Le président du Brésil, Michel Temer, a ordonné le déploiement de l’armée pour
«garantir la sécurité» à sa
frontière avec le Venezuela,
d’où affluent depuis des
mois des réfugiés, et déplore
une crise qui «affecte toute
l’Amérique latine». «Je décrète l’envoi des forces armées
pour garantir la loi et l’ordre
dans l’Etat de Roraima […]
du 29 août au 12 septembre,
a annoncé mardi à la télévi-
sion le chef de l’Etat, afin de
garantir la sécurité des citoyens brésiliens mais aussi
des immigrants qui fuient
leur pays.» La décision intervient dix jours après une explosion de xénophobie contre les migrants dans la
localité frontalière de Pacaraima, où une foule d’habitants a chassé 1 200 Vénézuéliens et brûlé leurs biens,
prenant prétexte de l’agression d’un commerçant.
Procrastination: c’est pas moi, c’est mon cerveau
«Pas le courage aujourd’hui,
je le ferai demain!» Au travail
comme à domicile, la procrastination est un art prisé.
Une équipe de chercheurs
allemands a voulu comprendre pourquoi certaines personnes y semblaient plus
enclines que d’autres. Leurs
résultats, publiés dans la revue Psychological Science,
montrent que deux zones
du cerveau sont impliquées
dans la capacité ou non à agir
en temps et en heure.
L’amygdale et le cortex cingulaire antérieur sont connus
pour être impliqués dans la
prise de décision et la réalisation ou non d’une action.
Les chercheurs ont donc examiné ces zones chez 264 volontaires. Ces derniers ont
d’abord rempli un question-
naire afin de mesurer si elles tination. De plus, chez ces
étaient plutôt du genre à tout mêmes personnes, la conremettre à plus tard ou à se nexion entre l’amygdale et
lancer dans les tâches dès le cortex cingulaire antérieur
qu’elles se présentaient. En- était plus faible, c’est-à-dire
suite, leur cerveau a été ob- que l’activité entre les deux
servé par imagerie à réso- zones était moins impornance magnétique (IRM). tante. Le rôle de l’amygdale
Pour que leur anaest principalement
lyse soit complète,
L’ÉTUDE de nous avertir des
les chercheurs ont
conséquences négaaussi fait passer aux volon- tives de différentes actions.
taires une IRM fonctionnelle Le cortex cingulaire antéqui permet d’observer l’acti- rieur utilise ces informations
vité cérébrale. Le but étant pour sélectionner les actions
de comprendre si la ten- à réaliser. Il s’assure que cette
dance à la procrastination action sera bien menée à
peut s’expliquer anatomi- terme en supprimant les
quement.
actions concurrentes et les
Grâce à leurs observations, émotions qui pourraient
les chercheurs ont constaté nous submerger. «L’amygdale
que l’amygdale était plus des procrastinateurs étant
grosse chez les personnes plus grosse et donc plus déveayant tendance à la procras- loppée, ils vont plus avoir
tendance à voir les conséquences négatives de leurs
actions», expliquent les
auteurs de la publication.
Avant d’ajouter : «De plus,
comme leur connexion entre
l’amygdale et le cortex cingulaire antérieur est plus
faible, le cortex a plus de mal
à sélectionner les actions à
réaliser et à supprimer les
actions ou les émotions concurrentes».
La procrastination semble
donc pouvoir s’expliquer
anatomiquement et fonctionnellement. D’autres études sont désormais nécessaires afin de savoir s’il est
possible de diminuer cette
tendance, à l’aide par exemple de la stimulation cérébrale.
DONOVAN THIEBAUD
Temer a jugé que la situation
migratoire «menace l’harmonie de quasiment tout le continent: ce n’est pas seulement
le Brésil qui endure ses conséquences, mais le Pérou,
l’Equateur, la Colombie et
d’autres pays». Il a appelé «la
communauté internationale
à adopter des mesures diplomatiques» contre l’exode de
Vénézuéliens fuyant la crise
politique et économique, et
la pénurie de produits de
Caracas
VENEZUELA
COLOMBIE
BRÉSIL
200 km
«J’espère que nos partenaires
occidentaux ne vont pas
favoriser des provocations,
ne vont pas entraver
l’opération antiterroriste.»
SERGUEÏ LAVROV
Ministre russe des
Affaires étrangères
AP
PORTO RICO
première nécessité. «Le Brésil respecte la souveraineté
des Etats mais nous devons
nous souvenir que seul est
souverain un pays qui respecte son peuple et en prend
soin», a lancé Michel Temer,
mal placé pour donner des
leçons de démocratie à son
homologue Nicolás Maduro
ou à quiconque: il a été porté
au pouvoir après la destitution de la présidente élue
Dilma Rousseff, coup de
force contre les institutions.
Le Brésil a reçu à ce jour
quelque 60 000 réfugiés
du Venezuela. Le Pérou, qui
s’attend à en recevoir un demi-million, vient de restreindre l’accès à son territoire.
L’Equateur a décidé d’exiger
des Vénézuéliens un visa, décision qu’un juge de Quito a
annulée. Et la Colombie a accueilli depuis deux ans un
million de ressortissants,
dont de nombreuses femmes
enceintes souhaitant accoucher dans des conditions sanitaires décentes.
F.-X. G.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré
mercredi espérer que les pays occidentaux n’allaient pas
«entraver l’opération antiterroriste» à Idlib, dernière région
syrienne échappant au contrôle des forces gouvernementales. «J’espère que nos partenaires occidentaux ne vont pas
favoriser des provocations, ne vont pas entraver l’opération
antiterroriste» à Idlib, a-t-il déclaré lors d’une conférence
de presse avec son homologue saoudien. Une offensive du
régime contre la province d’Idlib pourrait faire jusqu’à 800000 déplacés parmi les civils, qui vivent déjà dans
des conditions précaires, a mis en garde l’ONU mercredi.
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12 u
FRANCE
Libération Jeudi 30 Août 2018
SEINE
A Paris,
les bistrots
arrimés
à quai
Depuis la piétionnisation des voies
sur berges il y a deux ans, bars
et restaurants se multiplient.
Sélectionnées pour leur «utilité sociale»,
ces enseignes appliquent pourtant
des tarifs élevés. De quoi attirer
les touristes, mais pas les Franciliens
qui préfèrent profiter des bords
du fleuve à l’écart des commerces.
Par
DELPHINE BERNARD-BRULS
Photos
FRED KIHN
REPORTAGE
Au parc des Rives de Seine à Paris, mi-août. Selon Mathieu Taugourdeau du groupe SOS,
S
anté! Paris a élargi son champ d’action
dans le domaine de l’apéritif: les berges
de Seine, dont une partie a été piétonnisée à l’automne 2016, ont troqué les moteurs
pétaradants contre une activité sensiblement
moins bruyante. Stands de restauration et
buvettes animent depuis plus d’un an et demi
les 3,3 kilomètres de promenade le long de
l’eau, permettant à chacun de déguster une
bière fraîche ou un snack. Une fois attablé, la
réalité est moins rose que le vin que l’on s’apprêtait à commander : les budgets serrés ne
sont pas tout à fait conviés sur la promenade.
Dans son parc Rives de Seine, la Ville a mis
l’accent sur la politique sociale, pas sur l’accessibilité des prix. «Je n’aurais pas les moyens
de venir consommer ici régulièrement», regrette Lila, une jeune agente immobilière
venue boire un soda pour la deuxième fois cet
été sur les bancs d’une nouvelle buvette de la
promenade, en face du Louvre.
Si Lila reconnaît que «c’est plus sympa qu’une
terrasse en bordure de boulevard, où l’on est
collés aux tables des voisins et où l’on se fait
presque effleurer par les voitures», son amie
Amina, 23 ans, abonde : «Ça reste un soda à
plus de 3 euros, et ça m’énerve. Moi j’ai l’habitude des canettes à 1 euro à l’épicerie», grincet-elle dans un rire jaune.
Bonne affaire
Au moment de la disparition des véhicules,
la maire Anne Hidalgo se donnait pour défi
«la reconquête et l’embellissement» des berges.
Le propriétaire du restaurant-triporteur Tartines en Seine près du pont d’Arcole, JeanPaul Dufour, atteste du regain d’activité et
comprend l’intérêt des petits nouveaux. Installé il y a cinq ans, «à l’époque des voitures»,
le patron témoigne d’une «nette différence
dans [ses] revenus depuis la piétonnisation».
Entre la redevance (l’équivalent d’un loyer
pour un établissement public), les cotisations
et son salaire, ce Lillois peinait à joindre les
deux bouts pendant les trois premières années d’exploitation de son petit commerce de
hot-dogs et crêpes aux produits du terroir.
Aujourd’hui, il a l’esprit plus tranquille avec
le flux quasi ininterrompu de piétons. Les
bistrotiers ont vite flairé la bonne affaire et se
sont pressés au comptoir lors de l’appel à manifestation d’intérêt diffusé par la mairie de
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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DEUX ANS DE
BRAS DE FER
La métamorphose de la voie GeorgesPompidou remonte au mois de
septembre 2016. La maire PS de Paris,
Anne Hidalgo, réitère dès son élection
de 2014 sa volonté d’entériner sa
promesse : rendre aux Parisiens une
partie des quais de Seine. Au sortir d’un
bras de fer contre l’opposition, mais
aussi la région Ile-de-France dirigée par
Valérie Pécresse (LR), elle réserve
en septembre 2016 aux piétons
3,3 kilomètres de berges sur la rive
droite. Depuis, région et municipalité
s’écharpent sur le bilan de la mesure :
selon une étude d’Airparif
d’octobre 2017, la piétonnisation
a permis une baisse de la pollution
sur la zone concernée. Mais celle-ci
a été en partie déplacée à l’est des quais,
où s’est déportée une partie du trafic
routier. L’observatoire Bruitparif
avait, lui, tiré des conclusions plus
négatives quelques mois plus tôt,
en mars 2017, estimant que les reports
de trafic ont engendré une hausse
des nuisances sonores.
trairement à d’autres bars, par exemple
autour de Saint-Michel, on sent que les serveurs ne vont pas venir nous chasser au bout
d’une heure si l’on ne recommande pas.» En
marcel, pantacourt et tongs, il a prévu de se
dorer la pilule en terrasse une bonne partie
de ce samedi après-midi caniculaire. «Les
prix ne sont pas exactement bon marché»,
concède Mathieu Taugourdeau, qui ne veut
pas que l’on se méprenne: ce n’est pas la promesse. Il insiste d’ailleurs pour se distinguer
des cafés et bars des quais piétons des autres
lieux hypertouristiques de la capitale, épinglés à moult reprises pour leurs arnaques,
telles que celle du «double café» ou de pintes
de bière (50 cl) facturées deux fois le prix
d’un expresso ou d’un demi (25cl) à des touristes jugés naïfs par certains serveurs et patrons de bistrot. Libre à chacun de s’improviser un apéritif. Même sur les quais de Seine,
la «clientèle est composée d’environ 70 % de
touristes», précise Mathieu Taugourdeau.
Bras chargés
sur les quais, «la clientèle est composée d’environ 70 % de touristes».
Paris dès septembre 2016. Parmi les candidats
ayant reçu l’autorisation d’occupation temporaire (AOT) du domaine public, de nouveaux arrivants et des cafetiers déjà présents
à l’ère des camions, klaxons et autres queues
de poisson pour remplir l’ambitieux projet de
Paris. Rien de moins que devenir «la capitale
mondiale des économies solidaire et circulaire» grâce à des propositions «portées par
des structures d’utilité sociale», spécifie l’exposé des motifs de l’appel à projets qu’a pu
consulter Libération.
Pour animer les berges, la Ville s’est officiellement mise en quête d’entreprises candidates
capables de «propositions qui s’adressent au
plus grand nombre et [qui] garantissent l’aspect populaire». Pourtant, si elle précise que
«le prix des produits vendus figure ainsi parmi
les critères de sélection», dans les faits, elle
n’impose aucune limitation formelle des prix.
«La mairie ne nous a pas demandé de pratiquer des tarifs particulièrement bas, mais
de présenter un dossier cohérent et viable», se
défend Mathieu Taugourdeau, le directeur général délégué du groupe SOS, un réseau d’entreprises d’insertion fondé par le business-
man du social, Jean-Marc Borello, et présent
sur les berges.
«Lieu parfait»
Au fil de la balade, spécialités locales et mets
du terroir sont mis en avant aux divers
stands. Résultat, les prix grimpent en flèche,
encore plus qu’ailleurs à Paris. «Cette demande sur les prix bas avait été formulée par
la mairie pour le bar Fluctuat nec mergitur,
place de la République», indique-t-il. Dans ce
bar créé lors de la réfection de la place
en 2013, aussi géré par SOS, le café se déguste
au comptoir pour 1 euro, la pinte pour 3. A la
différence de la reprise d’un commerce traditionnel, les gérants en AOT de troquets ne
pourront revendre un quelconque fonds de
commerce au sortir de leur location (à durée
variable, selon les entreprises). Leur seul gain
sera le bénéfice qu’ils auront su dégager. Un
moyen pour la ville d’éviter tout risque de
spéculation. «C’est une rénovation et une remise aux normes qui ne vont rien coûter à la
mairie», résume Mathieu Taugourdeau. On
comprend alors beaucoup mieux pourquoi,
à la Table de Cana, entreprise d’insertion re-
nommée qui emploie et forme des personnes
en difficulté professionnelle et sociale à travers la France, il n’en coûtera pas moins
de 6,50 euros à qui voudra boire 33 centilitres
de bière –locale, certes. Au Scilicet, géré par
le groupe SOS non loin du pont au Change,
c’est une autre limonade que sur la place de
la République : installé face au Louvre,
on boira une pinte de bière – elle aussi locale, brassée à Pantin (Seine-Saint-Denis) –
pour 8 euros, soit la coquette somme
de 16 euros le litre. Idem au bar des Nautes,
à l’extrémité de la promenade.
Si Jean-Marc Borello, président du directoire
du groupe SOS, pense vendre «parmi les
bières les moins chères du coin», les clients
ont, eux, un peu de mal à trouver la carte particulièrement abordable. Mais le cadre paisible les empêche de lui en tenir rigueur. Loris,
un comptable de 31 ans venu passer
un week-end à Paris, trouve la bière «très
chère par rapport aux prix d’Angers». Il ne
s’offusque pas car, selon lui, «les tarifs sont
à peu près équivalents à ceux pratiqués dans
le reste de Paris, mais en plus, on a un lieu
parfait». Son ami Dimitri approuve : «Con-
Pour leurs sorties, Parisiens et Franciliens
se fournissent eux-mêmes. Quelques ponts
plus loin, à l’écart des buvettes, c’est une
autre population qui s’installe. Igor et quatre
de ses amis habitent l’Essonne et ont choisi
les berges de Seine pour profiter d’un été
qu’ils passent pour la majorité au travail. Ils
sont venus les bras chargés d’une douzaine
de bières aromatisées à la tequila et de gâteaux apéritifs en tous genres. A en croire le
petit groupe, même sans consommer au
bar, le spot est idéal. «Il y a tout ici», s’exclame Igor, un mécanicien de 32 ans qui recense sur ses doigts avec emphase le mobilier
urbain mis à disposition par la mairie : «Des
tables avec parasol, des chaises longues, de
l’ombre, du soleil, des brumisateurs. Bref, c’est
parfait.» Le groupe aura déboursé à peine
plus d’une vingtaine d’euros pour profiter des
quais l’après-midi. Une somme avec laquelle
ils n’auraient pu s’offrir qu’une boisson chacun à n’importe quel comptoir parisien. Le
hic: dimanche, lorsque s’achèvera l’opération
Paris Plages qui passe par la promenade, les
quais perdront de leur superbe. Il ne restera
plus que les tables et quelques transats
en bois çà et là. Et les buvettes et autres
restaurateurs seront présents, eux, jusqu’à ce
que le froid hivernal ne les pousse à plier les
gaules. •
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14 u
FRANCE
Libération Jeudi 30 Août 2018
LIBÉ.FR
Les ampoules
halogènes interdites
à la vente. A partir
du 1er septembre, les ampoules halogènes
laisseront place aux LED, moins gourmandes
en énergie et plus résistantes. Les magasins
ne pourront plus en recommander mais seront autorisés à écouler leurs stocks jusqu’à
épuisement. PHOTO AFP
Premier syndicat
reçu par Edouard
Philippe en cette
rentrée, la CGT a
déploré le manque
d’engagement
de l’exécutif, à
l’aube de nouvelles
négociations sur
les retraites
et l’assurance
chômage.
Par
AMANDINE CAILHOL
Photo
MARC CHAUMEIL
I
ls s’étaient quittés, guillerets, mi-juillet, sur le perron de l’Elysée, persuadés
que le président de la République était prêt à davantage
les écouter. Six semaines plus
tard, alors qu’ils doivent, à
tour de rôle, rencontrer le
Premier ministre, en présence des ministres du Travail et de la Santé, Muriel Pénicaud et Agnès Buzyn, pour
discuter des chantiers de la
rentrée, les partenaires sociaux font grise mine.
Lâchées dimanche dans
le JDD par le chef du gouvernement, les annonces budgétaires sur le gel de certaines
prestations sociales et des
pensions de retraite n’ont pas
aidé à réchauffer les relations
entre les syndicats et l’exécutif. «Le gouvernement n’a pas
l’air de comprendre qu’il y a
un vrai mécontentement dans
le pays», s’est agacé sur RTL
Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, premier à avoir été reçu mercredi
à Matignon. «Cela fait un an
et demi que le Président parle
de flexi-sécurité. On a vu
beaucoup de flexi, la sécurité,
on l’attend encore», a ajouté le
cégétiste. Libération passe en
revue les questions qui fâchent de cette rentrée sociale.
Quel est le but
de ces rencontres ?
Selon la lettre d’invitation de
Matignon, ces réunions «bilatérales» qui se termineront la
semaine prochaine avec la
venue de Laurent Berger, de
la CFDT, visent à «tracer les
contours du programme de
travail de l’année à venir en
matière sociale». Deux gros
dossiers devraient principalement occuper les convives:
une réforme de l’assurance
chômage et une autre sur la
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, mercredi après son entretien avec Edouard Philippe.
A Matignon, le dialogue social
reprend sur des bases tendues
santé au travail. L’exécutif
veut poursuivre sa refonte du
modèle social français. Mais
aussi répondre à la colère des
partenaires sociaux qui, au
début de l’été, réclamaient en
chœur un peu plus de place.
Bon prince, pour rompre avec
son image de fossoyeur du
paritarisme, Emmanuel Macron va donc les laisser négocier sur certains sujets. Pas
suffisant, selon le numéro 1
de la CGT. «La méthode n’a
pas changé», dénonce-t-il, regrettant que le périmètre des
échanges soit trop restreint.
Que veut mettre
l’exécutif dans
ses réformes ?
Les partenaires sociaux
n’auront pas les mains totalement libres pour négocier.
Loin de là. Et notamment sur
l’assurance chômage, dossier
rouvert par le Président début
juillet. A la surprise générale
car il était déjà au cœur du
projet de loi de la ministre du
Travail, adopté dans la foulée. Mais l’exécutif veut aller
plus loin et lutter contre deux
maux qui, selon lui, gangrènent notre système de protection contre le chômage. La
«précarité», d’une part, autrement dit le recours abusif de
certaines entreprises aux
contrats courts (qui pèsent
pour environ 40% des dépenses d’indemnisation, selon
l’Unédic). Et, d’autre part, la
«permittence», c’est-à-dire le
fait pour un demandeur
d’emploi d’alterner de courtes missions de travail et des
périodes de chômage indemnisées. Ce qui, selon l’exécutif, pourrait être un frein au
retour à l’emploi. Pour venir
à bout de ces biais, l’exécutif
envisage, au grand dam du
patronat, de mettre en place
un bonus-malus sur les cotisations des entreprises (avec,
à la clé, un surcoût pour les
moins vertueuses), mais seulement si les partenaires
sociaux ne trouvent pas de
meilleur remède. En parallèle, il souhaite revoir les règles d’indemnisation. Autant
de missions confiées aux
partenaires sociaux, et pour
lesquelles une «lettre de cadrage» leur sera remise dans
les prochains jours.
Concernant la santé au travail, pour l’heure, syndicats
et patronat n’ont pas encore
été officiellement conviés à
négocier. Là aussi, les échanges devraient être cadrés.
Mardi, la députée du Nord
Charlotte Lecocq (LREM) a
remis un rapport à Matignon
préconisant de simplifier le
système en mettant en place
un guichet unique et une
seule cotisation. Autre objectif du gouvernement : faire
baisser le nombre d’arrêts
maladie.
Quelles sont
les lignes rouges
des syndicats ?
Le rapport Lecocq a été très
fraîchement reçu par les organisations syndicales. Pour
la CGT, il ne peut être qu’un
«point de départ et non la
finalité» des réflexions à
mener sur la santé au travail.
De son côté, FO a dénoncé
une logique d’«étatisation au
risque de déresponsabiliser les
entreprises». Mais c’est sur le
volet assurance chômage que
les échanges devraient être
les plus houleux, nombre de
syndicats étant opposés
à toute baisse des droits des
allocataires. Ce que le Medef
risque de mettre sur la table…
Et celles du patronat?
De passage mardi à l’université d’été du Medef, le
Premier ministre a réussi à
dégonfler quelques inquiétudes en écartant – pour l’instant – une prise en charge
d’une partie du financement
des arrêts maladies par les
entreprises. Mais d’autres incertitudes demeurent, tel le
bonus-malus pour les entreprises ayant recours à des
contrats courts, contre lequel
le Medef s’oppose avec constance. Un entêtement qui,
déjà en 2016, avait conduit à
l’échec des négociations. •
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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LIBÉ.FR
Secrets de champions
Jouer aux jeux de société, c’est
sympa, mais se faire battre à
plates coutures un peu moins. Il est l’heure de progresser avec nos trucs et astuces en tout genre, publiés cette année dans le cahier d’été de Libération
et rassemblés dans une appli, pour tout savoir de
la stratégie gagnante au Trivial Pursuit, au Cluedo,
au Monopoly et bien d’autres.
Prélèvement à la source: l’exécutif
laisse le doute s’installer
«Madame, Monsieur, chers
contribuables, l’année prochaine, la manière dont vous
allez payer votre impôt sur le
revenu va changer. Vous paierez désormais votre impôt “à
la source”.» Dans sa lettre envoyée il y a quelques jours à
tous les contribuables, le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin, ne peut pas être plus
clair. Décalée d’un an, la réforme du prélèvement à la
source de l’impôt sur le
revenu entrera en vigueur
au 1er janvier 2019. Mais, curieusement, au moment où
commence une campagne
d’information du gouvernement avec spots télé et radio
et affichages sur les réseaux
sociaux, les deux têtes de
l’exécutif laissent s’installer
un doute sur un possible
(nouveau) report. C’est
d’abord le Premier ministre,
Edouard Philippe, qui dans le
JDD s’est dit «attentif» aux
possibles difficultés : «Nous
ferons le point sur la préparation de cette réforme dans les
prochaines semaines.» Sousentendu: s’il n’est pas prêt, le
gouvernement pourrait très
bien repousser d’un an le prélèvement à la source.
Pour ne pas laisser de flottement s’installer, Darmanin a
juré lundi sur RMC que la réforme n’était «pas repoussée»:
«Elle est complexe. Il est normal que le Premier ministre
s’assure que les choses se pas-
Rêve américain L’écrivain Philippe
Besson nommé consul à Los Angeles
Selon le Monde, l’écrivain Philippe Besson, proche d’Emmanuel
Macron, doit être nommé consul à Los Angeles. Il est notamment l’auteur d’Un personnage de roman, qui retrace la campagne du candidat. Comme le rappelle le quotidien, un décret
présenté le 3 août par le ministre des Affaires étrangères a
changé les règles de nomination de certains postes de consuls.
Elles doivent maintenant être entérinées en Conseil des ministres et ne dépendent donc plus seulement du Quai d’Orsay.
Benalla Un syndicat policier demande
l’audition d’un conseiller de l’Elysée
Un syndicat de policiers a demandé aux juges d’instruction
de l’affaire Benalla d’auditionner au plus vite le conseiller de
l’Elysée Ismaël Emelien, qui a détenu un temps les bandes de
vidéosurveillance frauduleusement transmises à Alexandre
Benalla par des policiers. En garde à vue, deux fonctionnaires
de la préfecture de Paris avaient fait des déclarations laissant
supposer que ces images avaient été remises au conseiller du
président par Benalla, selon des auditions du 21 juillet dont
l’AFP a eu connaissance. Le 26 juillet, l’Elysée avait confirmé
que le discret conseiller d’Emmanuel Macron avait eu en sa
possession le CD qui vaut à Benalla d’être mis en examen.
Patron n’en faut Manifestation contre
l’exécutif à l’université d’été du Medef
Près de 250 personnes ont manifesté mercredi à Jouy-en-Josas
devant le campus où se tient l’université d’été du Medef pour
dénoncer un exécutif qui «anticipe toutes les revendications
du patronat». Le cortège, répondant notamment à l’appel de
Solidaires et de plusieurs associations dont Attac et le DAL
(Droit au logement), est parti vers midi de la gare de Jouy-enJosas, paré de drapeaux SUD et d’une banderole demandant
la «séparation du Medef et de l’Etat». Les manifestants ont rejoint vers 13heures le campus HEC, où se réunit l’organisation
patronale, à l’issue d’un défilé aux slogans de «nous sommes
tous de la chair à patron» alternant avec «chair à Macron».
sent bien.» Fin de l’histoire?
C’était sans compter une
phrase prêtée à Emmanuel
Macron dans le Canard enchaîné cette semaine: «On se
donne jusqu’au 15 septembre
pour voir si on le fait ou pas.»
Et dans le Monde de jeudi, une
source à Matignon explique:
«On passe les jalons un à un et,
en septembre, on appuiera sur
le bouton si tout continue d’aller bien.» Mardi, à l’université
d’été du Medef, Edouard Philippe n’a pas mentionné le
prélèvement à la source
comme réforme à venir. Le
sujet concerne pourtant très
directement les patrons: selon le nouveau président du
Medef, les sociétés éditrices
de logiciel de paie facturent,
par mois, 2 à 5 euros de plus
pour chaque bulletin… «Nous
ferons l’impôt à la source au
mois de janvier car c’est une
grande réforme sociale», a
confirmé Darmanin mercredi
sur Europe1. Le ministre tient
depuis plusieurs semaines à
minimiser les difficultés rencontrées par l’administration
fiscale pour que tout se passe
bien techniquement dans
quatre mois.
Reste le danger politique :
alors que le gouvernement
s’échine à prouver qu’il «augmente» le pouvoir d’achat de
«ceux qui travaillent», les
salariés découvriront en
janvier le nouveau salaire net
de leur feuille de paie…
LILIAN ALEMAGNA
119000
permis de construire ont été délivrés ces trois
derniers mois en France, un recul de 12,1% par
rapport à la même période de 2017, selon le ministère de la Cohésion des territoires. C’est une dégradation très marquée et concentrée sur juillet :
d’avril à juin, ils n’avaient baissé que de 4,3%. En
ce qui concerne les mises en chantier, qui témoignent du niveau effectif de la construction de logements, leur baisse conserve le rythme observé depuis plusieurs mois : elles reculent de 4,9 %,
à 102700. Un mois plus tôt, le ministère avait annoncé un déclin de 4% entre avril et juin. Ce brusque déclin intervient alors que le marché français
du logement neuf marquait déjà le pas depuis début 2018, après deux ans de progression régulière.
Rentrée: «On amplifie les perspectives déjà
ouvertes l’année dernière», dit Blanquer
C’est l’exercice ministériel
incontournable à chaque
rentrée scolaire: une grande
conférence de presse quelques jours avant l’arrivée des
profs et des élèves dans les
classes. Histoire de donner
le ton de l’année. Le ministre
de l’Education, Jean-Michel
Blanquer, a débarqué mercredi dans un costume bleu
avec un sourire faussement
timide, rue de Grenelle à Paris. Devant une salle archicomble, il a attaqué gaiement : «La rentrée doit être
un moment de désir, de bonheur. Un moment heureux.»
Il a beaucoup été question
d’amour et de «confiance»,
son gimmick favori. «Un
pays qui va bien est un pays
qui aime ses professeurs, qui
leur fait confiance. Et la
France, en réalité, aime ses
professeurs.»
Dans les nouveautés de la
rentrée, une montée en
puissance des évaluations
nationales, instaurées à différents niveaux. A l’entrée
de la classe de CP comme
l’année dernière, mais aussi
en janvier ou février, «parce
qu’on sait que beaucoup de
choses se jouent dans les quatre premiers mois». Les élèves de CE1 passeront aussi
Conférence de presse de Jean-Michel Blanquer, mercredi. PHOTO ALBERT FACELLY
des tests dans les prochaines
semaines, ainsi que les sixièmes et les secondes.
Répondant à un journaliste,
le ministre a laissé entendre
qu’il n’était pas exclu que
d’autres évaluations viennent s’intercaler dans le futur. «Ce n’est pas pour le plaisir d’évaluer mais parce que
les évaluations sont un levier
incontestable pour progresser.» Une agence nationale
de l’évaluation sera mise sur
pied en janvier, venant
s’ajouter à la DEPP (Direction de l’évaluation, de la
prospective et de la performance) et au Cnesco (Conseil national d’évaluation
des politiques scolaires).
«Il faut enlever ce venin de
l’angoisse derrière les évaluations. N’essayons pas de
créer des peurs, elles ne sont
pas anxiogènes mais rassurantes, a-t-il poursuivi. C’est
bien pour soutenir que nous
les mettons en place.» Pour le
reste, le ministre n’a pas fait
d’annonces tonitruantes.
«On amplifie les perspectives
déjà ouvertes […] sereinement dans le sillon déjà
creusé l’année dernière.»
En premier lieu, la mesure
phare des classes dédoublées, avec des effectifs réduits à 12 dans les CP et
les CE1 d’éducation prioritaire (REP et REP +).
MARIE PIQUEMAL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
FRANCE
Libération Jeudi 30 Août 2018
Nuée de pyrales du buis sur les vitres d’une habitation de Sauliac-sur-Célé (Lot), le 11 août. Depuis dix ans, leur progression en France est sournoise mais régulière.
PYRALE LE VER
EST DANS LE BUIS
Les chenilles venues d’Asie,
en plus d’être une nuisance
pour l’homme, ravagent
le territoire. Elles s’apprêtent
à entrer dans leur troisième
phase de développement.
Par
SIBYLLE VINCENDON
Photo
MARC CHAUMEIL
RÉCIT
L
e cri a retenti dans le petit matin. «Mais c’est quoi, ça ??…
C’est dégueulasse !!…» Sur le
paisible GR651, morceau du chemin
de Saint-Jacques-de-Compostelle,
dans le Lot, les randonneurs viennent de rencontrer l’ennemi. Les
voilà couverts de chenilles vertes
et englués dans des fils visqueux.
Quinze jours plus tard, les chenilles
sont devenues des papillons de nuit.
Chez les riverains du GR, qui dînent
en terrasse, on entend : «Putain de
papillons, j’ai failli en gober un !…»
La caractéristique de la pyrale du
buis, c’est qu’elle contient trois nuisances en un seul animal: d’abord la
chenille (numéro 1) qui tisse de longs
fils collants (numéro 2) et se transforme en papillon à la fin (numéro 3).
Le processus prend deux semaines et
va se reproduire trois fois, en juin,
août et septembre. La durée des
vacances, en somme. En plus, les
larves supportent très bien l’hiver.
Seule consolation: la pyrale ne présente aucun danger pour l’homme,
pas même une gratouille. Récit de
l’attaque de la bestiole en six temps.
Episode 1 L’invasion
La pyrale du buis est arrivée d’Asie
en Europe dans les bagages de
la mondialisation au début des
années 2000. «Elle était dans ces
petites topiaires [buis taillés, ndlr]
à 10 euros vendues dans les supermarchés et venues de Chine», explique l’ingénieur de recherche
à l’Unité expérimentale entomologie
et forêt méditerranéenne (Inra-Paca)
Jean-Claude Martin. Comme son
nom l’indique, la pyrale s’en prend
aux buis, dont elle dévore les feuilles,
les brindilles et l’écorce. Le buxus
sempervirens –«toujours vert»– devient alors franchement beigeasse.
Certes, la bête ne se goinfre que de
buis, mais avec toutes les formes de
buis : de la topiaire sculptée en canard au XVIIIe siècle jusqu’aux individus sauvages des forêts et des causses. Depuis dix ans, sa progression a
été sournoise mais régulière. Et
maintenant, c’est l’explosion.
Episode 2 Le front
En 2008, l’envahisseur a pris patte en
Alsace dans l’indifférence générale.
En cet été 2018, il triomphe. Presque
toute la France est occupée par le lépidoptère. De son poste d’observation de l’invasion en cours, Olivier
Baubet, responsable du pôle Santé
des forêts en région Auvergne-Rhône-Alpes, résume l’état des forces sur
le front : «Dans le milieu naturel,
quand ça commence à prendre de
l’ampleur, rien n’arrête l’épidémie de
pyrales.» Tous les massifs de sa région sont atteints, et partout où l’envahisseur sévit, il laisse derrière lui
le paysage desséché de la dévastation. Les titres de la presse quotidienne régionale témoignent de l’intensité du conflit: la pyrale du buis
«attaque», «fait des ravages», «c’est
l’hécatombe en Lorraine», «attention, danger!», «le Lot face à une marée noire». Le 1er juin, le Dauphiné libéré prévenait: «Terreur du buis: le
pic d’éclosion de la pyrale arrive.» Et
c’était vrai.
Episode 3 La panique
Du coup, dans les réunions de famille
ou de bistrot, on ne parle que de ça.
Tels des touristes qui auraient loué à
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 30 Août 2018
u 17
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Carnet
HOMMAGE
Le Consistoire Central
et le Consistoire de Paris
rappellent que
la Cérémonie des
Déportés
sera célébrée le
DIMANCHE
2 SEPTEMBRE 2018
à 10 heures
dans la Grande Synagogue
44, rue de la Victoire
75009 PARIS
en présence des plus hautes
autorités civiles, religieuses,
militaires et des anciens
Déportés.
la mer l’année des méduses, les vacanciers sont accablés. Les locaux
s’interrogent sur l’avenir des buis :
«Ils ne vont jamais repousser…» Les
adeptes du buis taillé, qui ont passé
des heures cisailles en main, se ruinent dans les jardineries pour acheter le seul dispositif efficace contre la
pyrale: le bacillus thuringiensis à pulvériser (15 euros les 30 grammes), assorti du piège à phéromones pour les
papillons (40 euros avec trois mois de
munitions). Au Jardiland d’Augny
(Moselle), le responsable du rayon
déclare au Républicain lorrain qu’il
est en «rupture de stock» avec
«soixante demandes par jour» et «une
liste d’attente». Après l’invasion des
chenilles qui rongent se produit
l’éclosion des papillons qui exaspèrent. Le soir, claquemurés dans leur
maison, les habitants regardent ces
insectes grouiller en masse derrière
les vitres en bataillon menaçant attiré par la lumière. Pour lutter contre
ces envahisseurs, on échange les recettes. Le piège à phéromones fait
son travail, avec des bestioles crevées
qui s’entassent dans le réservoir. La
bassine de liquide vaisselle placée
sous une lampe marche aussi. La vidange des cadavres accumulés dans
l’un et l’autre contenants est un
grand moment des vacances…
Episode 4 La riposte
La bataille est-elle perdue? Pas sûr.
On peut protéger «les buis à enjeu patrimonial important», comme dit
Olivier Baubet, du pôle Santé des
forêts en région Auvergne-Rhône-Alpes. Le bacille, arme compatible avec
l’agriculture biologique, «est le plus
efficace. Mais il demande des applications répétées». Jean-Claude Martin,
de l’Inra-Paca, explique le mode
Olivier Baubet responsable
du pôle Santé des forêts en
région Auvergne-Rhône-Alpes
trophe? «Le buis n’a pas de valeur économique mais son impact environnemental est très fort, explique
Olivier Baubet. Cette plante de sousétage a un grand intérêt forestier car
elle retient les sols. Le point qui nous
importe, c’est que l’ensouchement demeure.» Donc, rien que pour ça, il ne
va pas être possible de rester les bras
croisés.
d’emploi: «Fin mars, on traite en pulvérisant le bacille et on installe les pièges à phéromones pour les vols de papillons qui se produiront entre
le 15 mai et le 10 juillet. Autour
du 15 juillet, si leur population est
trop forte, on retraite». Pour le milieu
naturel, en revanche, pas grandchose à faire. «Un traitement aérien
serait inefficace et, d’ailleurs, on n’en
fait plus depuis longtemps», explique
Olivier Baubet. En outre, la première
attaque, voire la deuxième, n’est pas
forcément une catastrophe. «Même
avec une défoliation totale, la plante
a la capacité de redémarrer», affirme
Baubet. Il faudra «un certain temps»,
la croissance se fera par des «rejets»
ou des «gourmands» poussés à partir
des souches. «Le buis est une espèce
très résiliente», assure-t-il. Donc, ça
repousse, mais pas comme avant. Il
y aura hélas moins de feuilles sur les
arbres mais par conséquent, moins
à déguster pour les pyrales. «Les chenilles peuvent mourir d’inanition
parce qu’elles n’ont rien à manger. On
a déjà vu des endroits tellement attaqués qu’il n’y en avait plus aucune»,
remarque Jean-Claude Martin.
Même s’il ajoute qu’«elles finissent
toujours par revenir», ça laisse un
espoir. Et quand bien même les buis
mourraient, serait-ce une catas-
Episode 5 Les mercenaires
Inconnue sous nos latitudes, la pyrale a eu la conquête facile. JeanClaude Martin raconte: «Au début,
elle n’avait pas de parasites et pas
de prédateurs. Les oiseaux ne les
connaissaient pas et ne les mangeaient pas.» Courte tranquillité. «Au
bout d’un moment, les oiseaux se sont
mis à manger les chenilles, et les chauves-souris ont gobé les papillons.»
Ces «auxiliaires» de la lutte peuvent
être d’une efficacité redoutable.
L’éleveur de gibier à plumes à Sauliac-sur-Célé (Lot) Aurélien Salomon
a fait ce constat surprenant: «Tous
nos buis sont ravagés, sauf ceux
des volières de faisans où ils sont intacts. Pas une feuille attaquée.» Dans
les 5000 mètres carrés de volière, ces
oiseaux avalent «les chenilles et les
papillons. Peut-être même les œufs».
L’éleveur admet que la densité des
volatiles est assez conséquente dans
les cages. «Ils sont plus nombreux que
dans la nature mais comme je leur
donne du grain, ils ont aussi moins
faim.» Si les faisans gloutonnent les
pyrales par gourmandise quand ils
ont le ventre plein, on peut les supposer encore plus actifs dans la nature avec le ventre vide.
Les oiseaux sont les bons soldats de
la guerre contre la pyrale. Le conseil
départemental de l’Aveyron a fourni
«Même avec une
défoliation totale, la
plante a la capacité
de redémarrer.»
aux communes 2000 nichoirs à mésanges et à chauves-souris. Un marché de 30 000 euros remporté par
Nord Aveyron Menuiserie, à Espalion, qui a construit les maisonnettes. Un gadget? Pas du tout. Les
mésanges sont redoutablement
voraces. Et en plus, elles digèrent très
bien cet insecte. «Une expérience a
été menée à L’Haÿ-les-Roses [Val-deMarne]. Les mésanges apportaient les
chenilles à leurs petits et il n’y a eu
aucune mortalité dans les nichoirs»,
dit aussi Jean-Claude Martin. Qui
souligne que les oiseaux ne sont pas
seuls à mener le combat: «On commence à voir de plus en plus de parasites de la pyrale se développer.»
Episode 6 La contre-offensive
Pour sauver la santé des buis, et la
tranquillité des humains, deux programmes ont été mis sur pied. «Save
Buxus» est surtout orienté vers la
sauvegarde du buis d’ornement,
tandis que «Biopyr» observe la pyrale
dans les milieux naturels. C’est ce second programme qu’Olivier Baubet
et Jean-Claude Martin coordonnent,
avec Elisabeth Tabone (Inra, UEFM,
Laboratoire biocontrôle Antibes). Les
travaux s’orientent sur la recherche
de parasites des œufs, sur la saturation de l’air en phéromones créant
une «confusion sexuelle» chez le papillon mâle qui ne retrouve plus la femelle. Mais ce que les chercheurs attendent le plus, c’est de voir
comment l’écosystème va gérer
l’occupant. «Tous les invasifs qu’on a
pu connaître, tout doucement, sont
rentrés dans le cycle normal, raconte Jean-Claude Martin. Pour la
pyrale, nous pensons que cela pourrait être pareil.» Et dans ce cas, l’histoire finirait bien. •
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18 u
SPORTS
Libération Jeudi 30 Août 2018
LIBÉ.FR
Macron, cyclotouriste En visite
d’Etat au Danemark, Emmanuel Macron
a annoncé mardi soir que le Tour de
France partirait du royaume nordique «dans les prochaines
années», avant de s’offrir une balade à vélo dans les rues de
Copenhague mercredi matin. La capitale danoise est candidate pour le départ du Tour pour 2020 et 2021. C’est dans
ce cadre que le directeur de l’événement, Christian Prudhomme, fait partie de la délégation française.
Par
L’équipe adverse
aura sur le râble
non seulement
quinze gaillards,
mais aussi
un public coloré
et turbulent.
GILLES RENAULT
Envoyé spécial à Perpignan
«J
e ne sais pas si nous
avons manqué au
Top 14, mais le
Top 14 nous a follement manqué.» C’est en paraphrasant
la défunte Annie Girardot,
clamant au crépuscule de sa
carrière son amour pour la
grande famille du cinéma
français, que le chef d’entreprise François Rivière, président (depuis 2013) de l’Union
sportive Arlequins Perpignan-Roussillon (Usap), a célébré le retour de ses troupes
dans l’élite du rugby national. Quatre années d’absence, à l’échelle de l’histoire
d’un club, cela peut sembler
peu, a fortiori quand les premières fondations remontent
à 1902, mais c’est aussi beaucoup lorsque celui-ci a
squatté le cénacle de l’ovalie 103 années consécutives
durant !
Dit comme ça, on comprend
mieux le désarroi local lorsqu’en mai 2014, l’Usap a vécu
comme un enfer le purgatoire de la ProD2, seulement
cinq années après avoir décroché son dernier titre de
champion de France, avec
Jacques Brunel (actuel sélectionneur du XV de France)
aux manettes et la star planétaire Dan Carter en recrue
onéreuse… et blessée peu
après son arrivée (mais dont
la culture de la gagne, disait-on alors, avait néanmoins irradié les PyrénéesOrientales).
Marmite. L’outrage a donc
été réparé au printemps. Depuis, Perpignan revit, à l’instar d’Yvette, la patronne du
restaurant le Double Y qui,
pour s’être fadé les UsapAurillac ou Usap-Vannes
en plein cœur de l’hiver
en ProD2, peut légitimement
parler de «grand soulagement». Comme elle, quelque
7 400 abonnés ont déjà
mis au pot ; ce qui, sans atteindre le record de la saison
consécutive au titre
de 2009 (11000), garantit de
belles affluences à domicile…
Dans un même temps, le prix
des loges à l’année aurait
doublé (on parle de
50 000 euros) à la faveur inflationniste de la remontée.
Retour donc par la grande
porte à Aimé-Giral, l’antre
des Sang et Or, où l’on ac-
Dans son premier match qui l’opposait au Stade français, Perpignan s’est incliné 15 à 46. PHOTO ICON SPORT
Rugby: Perpignan entre
élite et réalité
cueille le visiteur en français
(«Bienvenue») et en catalan
(«Benvinguts»), de même que
les annonces –plus ou moins
audibles– du speaker (compos des équipes, évolution
du score) sont formulées
dans les deux langues. Et où
l’Estaca, chant antifranquiste composé en 1968 par
Lluís Llach, et Els hi fotrem,
véritable charge de la brigade
pas si légère («les trois-quarts
qui ont de la fougue / passeront comme un éclair / et les
avants qui n’ont pas les doigts
précieux / écraseront leur
maul») du défunt catalan
Jordi Barre, demeurent des
hymnes aussi immarcescibles qu’inexportables.
Après quatre années en ProD2, l’Usap
est de retour dans le Top14, où le club
espère se maintenir. Une tâche ardue pour
laquelle les joueurs pourront compter sur
la ferveur catalane du public d’Aimé-Giral.
Stade de ville de 14 500 places, comme il en existe de
moins en moins, inauguré
en 1940 et retapé deux fois
(1998 et 2008), Aimé-Giral
n’est pas une enceinte
comme les autres, avec sa
plaque fatiguée, dédiée «aux
morts de la Grande Guerre»
(dont Aimé Giral, précisément, entre autres joueurs
tombés sous des balles
oblongues, plus qu’ovales) et
ses autres plaques, noires
celles-là, égrenant le palmarès du club. La plus récente,
et optimiste, entend couvrir
la période 2010-2030.
Un peu comme à La Rochelle,
300 petits partenaires aident
à faire bouillir la marmite
–faute de richissime taulier,
à la Jacky Lorenzetti au Racing, ou Mohed Altrad à
Montpellier, ou de multinationale derrière– et on y pro-
met un sale moment à
l’équipe adverse qui doit savoir qu’elle aura sur le râble
non seulement quinze
gaillards, mais aussi un public coloré et turbulent… Et la
tramontane, spécialité venteuse du cru, susceptible de
rendre chèvre le plus métronomique des buteurs. Le tout
sur une pelouse scabreuse,
indigne du haut niveau.
Saga. Moralité volontariste,
plus d’un au club martelait à
la veille de la reprise du
Top 14 l’ambition de rester
invaincu à domicile – manière d’entretenir l’espoir du
maintien, objectif fixé. Manque de bol, le vœu pieu a
tenu… quatre-vingt minutes,
samedi, avec une terrible
rouste (15-46) administrée
lors de la première journée
par le Stade Français qui, lustré par le plus gros budget du
championnat (34 millions
d’euros), a fait voler le pénultième (16 millions) en éclats.
Du coup, la saga pittoresque
a vacillé, rendant vite le public aphone, plus même
qu’acrimonieux, à mesure
que la consternation gagnait
les travées. «C’est la première
fois que je mets les pieds dans
le Top 14 et on a beau être prévenus, tant qu’on n’a pas joué,
on ne se rend pas compte à
quel point la moindre erreur
est payée cash et tout va si
vite», observe le flanker Alan
Brazo. «Nous sommes déjà
confrontés au pire et il y a de
quoi être déçu et en colère»,
analyse en écho son compère
de la troisième ligne, Karl
Chateau, se rattachant à la
conviction que «les gens dans
cette région sont connus pour
ne pas abandonner».
«Faire le dos rond, maintenir
le cap, prendre notre lot de
coups de bâton sans rien dire
et ne pas oublier qu’il reste
vingt-cinq journées», philosophe enfin le coentraîneur,
Patrick Arlettaz, à la tête d’un
effectif dont la principale attraction –et curiosité– réside
dans l’arrivée de l’ouvreur international irlandais, Paddy
Jackson, persona non grata
dans son pays suite à la
plainte pour viol déposée par
une jeune femme de 19 ans
en juin 2016, à propos de laquelle la justice l’a pourtant
déclaré non coupable en
avril, ce qui n’a pas empêché
la province de l’Ulster de le
licencier.
Ce week-end, pour la
deuxième journée, Perpignan se rend à Agen, adversaire direct pour le maintien.
En attendant, une semaine
plus tard, la réception de
Lyon à Aimé-Giral, dans la
perspective de jours ayant
déjà le mérite de ne pouvoir
être que meilleurs. •
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Libération Jeudi 30 Août 2018
IDÉES/
L’ère du
roman
policière
«Nous sommes là pour regagner notre
liberté. […] Nous sommes là pour reprendre
ce qui nous appartient. L’espace. L’air.
L’extérieur. Le soleil. La lune. La nuit.»
Louise Mey, les Ravagé(e)s
L
es auteur·e·s de polar n’ont pas attendu Harvey Weinstein pour dénoncer les violences faites aux femmes. A lire certains journaux, l’affaire qui
porte son nom aurait permis l’émergence
de polars féministes (1). Certes, les thématiques féministes se répandent et le paysage du polar évolue. Cependant, le phénomène n’est pas récent : il y a déjà
plusieurs décennies que les auteures féministes se sont emparées du genre, éminemment populaire mais trop souvent misogyne. Le roman policier est un bon
observatoire des changements sociaux : à
la fois très codifié et stéréotypé, c’est un
miroir grossissant pour les relations entre
les sexes. Longtemps peuplé d’hommes
héroïques et de femmes victimes, il accueille désormais la figure de la femme
criminelle, enquêtrice ou justicière.
Qu’est-ce qui a changé ? L’idée qu’il n’y a
pas une essence féminine éternelle mais
des normes de genre culturellement acquises a fait son chemin. On en tire les
conclusions : les femmes elles aussi peuvent être violentes. Car il ne suffit pas de
transformer l’enquêteur en enquêtrice ou
d’occulter les personnages de femmes victimes pour montrer la voie de l’émancipation. C’est bien plutôt en admirant des
femmes autonomes et qui savent se défendre que nous pouvons élargir notre horizon. Si vous êtes lassé·e·s des durs à cuire
velus débordant de testostérone, un nouvel univers s’ouvre à vous : le polar féministe. En voici quelques caractéristiques.
Ces héroïnes sont des femmes
puissantes
Depuis que les femmes ont accès aux métiers de la police et de l’armée, on trouve
de plus en plus d’enquêtrices hard-boiled
(«dures à cuire»). Mais leurs romans sont
souvent ignorés par les critiques. C’est
pourquoi, dès 1986, la romancière Sara Paretsky fonde Sisters in Crime, un groupe
de pression au sein de la prestigieuse association Mystery Writers of America, qui
définit des règles très strictes d’écriture
policière afin d’aller à l’encontre de
l’image de la femme exploitée par les
hommes. On trouve aujourd’hui de plus
en plus de ces personnages féminins au
courage hors du commun qui s’imposent
dans un monde masculin. Aux Etats-Unis,
les premières enquêtrices dures à cuire
ont été des privées (V.I. Warshawski ou
Kinsey Millhone, les héroïnes de Sara Paretsky et Sue Grafton) mais elles ont
maintenant leur place dans la police (chez
Lisa Gardner, Carol O’Connell, Leslie
Glass, Karin Slaughter, etc.). D’autres peuvent enquêter en solo dans le cadre de
leur travail, comme l’assistante sociale Bo
Bradley chez Abigail Padgett, ou en tant
que légistes, comme Kay Scarpetta chez
Patricia Cornwell et Maura Isles chez Tess
Gerritsen. En France, rares sont les détectives privées – réalisme oblige – mais les
enquêtrices sont souvent policières : la capitaine Martine Lewine ou la commissaire
Lola Jost chez Dominique Sylvain, Junko
Go chez Anne Rambach, Jeanne Debords
chez Lalie Walker, ou Rhéa Zauber, cette
Anglaise membre d’une unité d’élite ima-
PIETER TEN HOOPEN. VU
Les écrivaines de polar, genre littéraire propice
à la critique sociale, n’ont pas attendu l’affaire
Weinstein pour renverser le stéréotype de la femme
victime et dépendante des hommes.
ginée par Stéphanie Benson. Chez Fred
Vargas, l’équipe de l’inspecteur Adamsberg compte deux femmes qui prennent
une place croissante dans l’intrigue :
Froissy et Retancourt. La journaliste Sandra Khan (chez Maud Tabachnik) ou la
mathématicienne Gloria Parker-Simmons
(chez Andrea H. Japp) enquêtent de façon
indépendante. Toutes ces femmes sont
intrépides, prennent des risques, et s’imposent comme les égales des hommes.
Les victimes ripostent
Certes, on peut s’interroger sur la complaisance avec laquelle certain·e·s romancier·ère·s exposent le meurtre ou le viol
des femmes. Mais est-ce une solution d’oc-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 30 Août 2018
venge). Parfois, un collectif de femmes se
crée pour s’attaquer aux agresseurs
sexuels : c’était déjà le sujet de Folie
douce… de Patricia M. Carlson (Gérard de
Villiers, 1989) ou d’Un été pourri de Maud
Tabachnik (Viviane Hamy, 1994). Les justicières, le plus souvent, agissent dans l’illégalité, en dehors de toute institution. Mais
parfois, c’est la policière elle-même qui se
demande si l’ordre (patriarcal) vaut la
peine d’être défendu. C’est le cas d’Alex
Duesco chez Louise Mey, amenée à enquêter sur des violences exercées contre des
prédateurs sexuels (les Ravagé(e)s), Fleuve
éditions, 2016). Il lui faut choisir son camp.
C’est ce que fait l’ex-flic Véra Volkoff chez
Catherine Fradier (les Carnassières, Baleine, 1999), confrontée à des justicières radicales armées d’arcs et de flèches et se revendiquant des Amazones.
La violence n’est pas l’apanage
des hommes
Miller est l’histoire de la métamorphose
d’une victime en super-héroïne. Méthode
15-33 (Denoël, 2016) de Shannon Kirk met
en scène une jeune fille de 16 ans, enceinte, enlevée par des tortionnaires qui
cherchent à la tuer après lui avoir soustrait
son bébé. Et devinez qui sont les victimes
à la fin ? Du côté français, on assiste à la
transformation d’une mère de famille au
foyer en combattante émancipée prête à
tout pour retrouver sa fille dans la Femelle
de l’espèce d’Andrea H. Japp (Librairie des
Champs-Elysées, 1996). Ces femmes découvrent leur force : elles ne sont plus en
danger mais dangereuses. On ne compte
plus les héroïnes qui se vengent de leurs
violeurs (c’est le thème du rape and re-
On trouve en effet de plus en plus de femmes tueuses dans les polars : en France,
Nadine Monfils, Andrea H. Japp, Anne
Rambach, Dominique Sylvain par exemple, ont créé des personnages de tueuses
sans scrupules. Telle est aussi la truculente héroïne américaine d’Alissa Nutting
dans Prédatrice (Sonatine, 2014), enseignante sexy aux tendances pédophiles
(pendant féminin du Humbert Humbert
de Nabokov), prête à tout pour assouvir ses
fantasmes. Les personnages féminins qui
tuent sans mobile sont plus rares, mais ils
existent – comme les tueuses en série imaginées par Catherine Klein (Journal de la
tueuse, Zulma, 1997), Jeanne Gamonet (Périphérique blues, Gallimard, 2000) ou Sylvie Granotier (Belle à tuer, Albin Michel,
2006). On en trouve surtout dans les romans américains : chez Leslie Glass, Patricia Cornwell ou encore Chelsea Cain dont
l’héroïne, Gretchen Lowell, est une tueuse
en série dont la volonté de domination ne
connaît aucune limite. Ces héroïnes meurtrières assènent un coup fatal au mythe de
l’éternel féminin. Car ces criminelles sont
bien des «vraies femmes», voire des mères ! La romancière suédoise Johanna Nilsson a créé (sous le pseudonyme d’Amanda
Lind) le personnage de Francy, cheffe de la
mafia de Stockholm et mère de deux enfants (l’Evangile selon Francy, First édition, 2011). Francy a des aspirations multiples : c’est indéniablement une femme,
mais une femme atypique, violente, qui a
le goût du pouvoir. A nous de revoir nos
idées reçues sur ce que signifie être «une
femme» ou «un homme». Ces personnages
sont l’illustration littéraire que le genre est
une performance – comme nous le prouve
l’enquêtrice garde du corps finlandaise
Hilja Ilveskero de Leena Lehtolainen,
drag-king à ses heures.
Le polar se révèle un
outil puissant pour
dénoncer le sexisme
mais aussi pour mettre
en scène des femmes
autonomes.
«pour Superwoman, Catwoman et Dieu»
(Berlinale Blitz, Seuil, 2004). Alors que le
discours sexiste vise à ramener les femmes
à une hypothétique nature, elles sont la
preuve qu’elles peuvent être elles aussi des
super-héros comme les autres. A leur façon, elles parviennent à échapper aux rapports de sexe traditionnels. Force, action,
indépendance : n’est-ce pas là un idéal féministe ? Propice à la critique sociale, le
polar se révèle alors un outil puissant, non
seulement pour dénoncer les violences
sexistes mais aussi pour mettre en scène
des femmes agissantes et autonomes. Loin
du scénario patriarcal du mâle prédateur
et de la femme victime, il nous donne à
voir de nouveaux modèles plus adaptés à
la réalité sociale. En nous montrant des
héroïnes résilientes, victorieuses, leurs
auteur·e·s nous font passer un message
optimiste sur la force des femmes. Comme
le résume la chercheuse féministe Nicole
Décuré : «Le concept d’empowerment, fréquemment utilisé par les Américaines à
l’heure actuelle, c’est-à-dire, donner/rendre
aux femmes du pouvoir sur leur propre vie,
trouve tout son sens dans le polar féministe», (2). Alors, avis à celles et à ceux qui
voudraient sortir des sentiers (re)battus de
la littérature noire : un autre polar est possible, et il existe déjà ! •
(1) Les Inrockuptibles du 7 février annoncent «un
prix pour les polars où les femmes ne sont “ni battues, ni harcelées, ni violées”» ; Le Monde des livres du 7 juin titre : «Le polar “balance ses porcs”» ;
«Le polar fait son “Me Too”», selon une conférence
organisée lors de la dernière édition du festival
lyonnais Quais du polar en avril 2018.
(2) «Pleins feux sur les limières anglo-américaines : 30 ans de féminisme, 15 ans de polar»,
Nicole Décuré, revue les Temps modernes, n°595,
3e trimestre 1997.
Par
CAROLINE GRANIER
DR
culter les violences faites aux femmes ?
N’est-il pas plus intéressant d’en démonter
les ressorts, et surtout, de donner aux femmes les moyens d’y résister ? Car les femmes victimes de violence et de discrimination ne sont pas seulement un cliché
littéraire, elles sont aussi une réalité ! Ce
qu’il importe de déconstruire en revanche,
c’est le stéréotype de la femme soumise et
passive. C’est pourquoi de nombreux
polars présentent des femmes fortes qui,
agressées, rendent les coups, comme les
héroïnes de Helen Zahavi (Dirty Weekend, 1992) ou de Virginie Despentes (Baise-moi, 1994) – il y a déjà vingt-cinq ans.
Aux Etats-Unis, le scénario est bien rodé :
les Infâmes (Ombres noires, 2015) de Jax
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Le polar peut-il devenir source
d’empowerment ?
Ces nouvelles héroïnes puissantes et combatives bousculent nos représentations – à
l’instar de la flic lesbienne de Stéphanie
Benson, qui se prend (tout simplement)
Agrégée de lettres, enseignante en lycée,
elle est l’auteure de A armes égales : les
femmes armées dans les romans policiers
contemporains, à paraître
chez Ressouvenances.
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Libération Jeudi 30 Août 2018
IDÉES/
SONYA FAURE
Dessin
CAT O’NEIL
C’
est un changement de
paradigme inédit dans
l’histoire: depuis une quarantaine d’années, les femmes arrachent le droit de dire leur désir. Et
donc aussi de dire ce qu’elles ne
veulent pas –comme le mouvement
#MeToo l’a montré. C’est la lecture
que fait l’historienne Sylvie Steinberg, directrice d’études à l’EHESS
et spécialiste de l’époque moderne,
de cette formidable libération de la
parole qui a marqué l’année. «Tout
type de relation s’engageant sur le
terrain de la sexualité peut aussi
être envisagé comme une relation de
pouvoir», écrit-elle dans l’ouvrage
qu’elle coordonne et qui sort mercredi, Une histoire des sexualités (1).
De l’Antiquité à #Balancetonporc,
l’ouvrage retrace un nouveau récit,
à la lumière d’une historiographie
renouvelée. Car à la «révolution
sexuelle» des années 70 s’est ajoutée
une révolution dans la recherche,
qui, abandonnant l’étude des seuls
discours de savants et de curés, s’intéresse désormais aux notions de
plaisir, de désir et de la profonde
«asymétrie entre les sexes».
A vos yeux d’historienne, l’affaire Weinstein et le mouvement
#MeToo ont-ils des airs de révolution ?
C’est un mouvement inédit, c’est incontestable. Il s’inscrit dans la suite
des luttes féministes des années 70
et poursuit plus particulièrement
les combats alors menés pour la
criminalisation du viol. Pendant
des siècles, la gravité de ce dernier
avait été minimisée, souvent présenté comme un phénomène fatal,
lié à la violence inhérente de la
sexualité masculine. Mais en 1978,
le procès des campeuses, à Aix-enProvence, avait déjà marqué un
tournant: Gisèle Halimi y défendait
deux jeunes femmes belges, agressées par trois hommes dans les calanques marseillaises. L’avocate y
avait montré l’insuffisance des lois
contre le viol. Une question, notamment, y était déjà lancinante : les
femmes sont-elles complices de
leur viol si elles ont provoqué le
désir en dansant avec leur futur
agresseur ? Si elles portent une
tenue «aguicheuse» ? Depuis, la
séquence n’a fait que se poursuivre,
avec ses périodes de hauts et de
creux. Depuis quarante ans (ce qui
est très bref!), la prise de conscience
face aux inégalités de sexe et de
genre n’a pas cessé, de nombreuses
lois contre les violences ont été votées… Je ne vois aucun précédent à
un tel mouvement dans l’histoire.
L’affaire Weinstein et la vague MeToo ont bouleversé les relations de séduction.
Sommes-nous en train de vivre une civilité plus égalitaire dans les rapports
amoureux et sexuels ?Ou perdons-nous le goût et la liberté de la chair en ne
cessant de formater les codes séductifs ? Philosophe, historienne, réalisatrice,
médecin esquissent jusqu’à fin août la carte de Tendre du XXIe siècle.
Selon l’historienne Christine Bard,
une chose a changé depuis les
années 70 : à la politisation de la
sexualité sur le mode «révolutionnaire» a aujourd’hui succédé une
aspiration à une «démocratie
sexuelle», qui n’est pas uniquement
affaire de droits, mais de conditions
d’exercice de ces droits. Le mouvement de libération de la parole sur
les violences sexuelles de #MeToo
en est un bon exemple.
Est-ce que cela s’accompagne
d’une évolution tout aussi historique des rapports de séduction
entre hommes et femmes ?
On est loin de l’égalité sexuelle, bien
sûr. Mais quelque chose a fondamentalement changé: l’initiative de
la relation amoureuse ou sexuelle,
l’expression même du désir n’est
plus le seul apanage masculin. Ça
bouleverse la donne. De même,
désormais, les femmes se sont autorisées à considérer que l’expression
du désir masculin n’est pas forcément un éloge à leur beauté.
Dans cette culture qui s’est
transmise siècle après siècle, le
désir féminin était-il purement
et simplement nié ?
Ni dans la théologie, ni dans la médecine, nulle part avant le XIXe siècle, vous ne trouvez l’idée que les
femmes n’ont pas de plaisir sexuel.
Au contraire, on se demande si elles
ne sont pas capables de ressentir
plus de plaisir que les hommes,
puisqu’elles donnent et reçoivent à
la fois (physiologiquement, elles
sont un réceptacle).
Longtemps circule même la théorie
selon laquelle le plaisir est nécessaire à la procréation. Ce qui a un
corollaire ravageur: il est très difficile pour une femme tombée enceinte après un viol de prouver
qu’elle a bien été contrainte. Cette
idée est restée longtemps sousjacente dans le traitement judiciaire
du viol.
Et le désir ?
Si jusqu’au XIXe siècle le plaisir n’est
pas dénié aux femmes, l’expression
du désir, en revanche, reste complètement dissymétrique. Dès le
XIIe siècle, les théologiens, les
confesseurs, bref, tous ceux qui
agissent dans l’éducation sexuelle
des couples, expliquent bien que les
femmes mariées peuvent exprimer
leur désir de rendre le devoir conjugal. A condition qu’elle le fasse avec
discrétion et modestie. L’idée que le
désir est inégalement réparti est
déjà là – les hommes, eux, ont des
désirs impérieux. Ça ne veut pas
dire qu’il n’y a pas de rapports de
séduction. Il faut d’ailleurs remettre
en cause quelques idées préconçues
sur les sociétés anciennes.
L’âge du mariage n’a cessé de reculer
entre le Moyen Age et le début du
XVIIIe siècle, pour alors atteindre
24 ans en moyenne pour les femmes
et 26 ans pour les hommes. Pour ces
nombreuses personnes en attente
de mariage, la question est alors
d’éviter les relations sexuelles fécondantes, et donc fondées sur le
coït. Des travaux montrent que dans
les sociétés anciennes, une «culture
de la fréquentation» existe bien,
fondée sur le flirt et le désir, mais selon des rites très codifiés. Les jeunes
gens se fréquentent sous le regard
de leurs parents, de leurs amis et
Sylvie Steinberg
«Je ne vois
aucun précédent
à un tel
mouvement dans
l’histoire»
DR
Par
DÉSIR À MORT OU MORT DU DÉSIR? (6/6)
Pour l’historienne, qui
coordonne le livre «Une
histoire des sexualités»,
#Balancetonporc poursuit
le combat mené pour
la criminalisation du viol.
Et rompt avec l’interdiction
faite aux femmes depuis
le Moyen Age d’exprimer
leurs désirs.
une sexualité juvénile existe bel et
bien: on se caresse, etc. Mais dans
cette culture-là aussi, c’est toujours
le garçon qui a l’initiative.
Et la séduction est souvent évoquée sous la forme d’un combat.
La séduction est une joute.
L’homme doit conquérir ce qu’il
convoite, surmonter les obstacles et
réticences de la part des femmes.
On éduque les filles à résister aux
assauts des garçons, telles des forteresses. Le désir se dit dans un vocabulaire guerrier. Depuis le Moyen
Age jusqu’à la fin du XIXe siècle, les
cadres mentaux sont semblables. Et
cela empire au XIXe siècle, au sein
de la bourgeoisie prude qui éduque
ses «oies blanches». Les femmes qui
expriment leur désir sexuel sont immédiatement considérées, comme
on le disait au Moyen Age, comme
étant «folles de leur corps». Se
mettre aux fenêtres pour appeler les
hommes, aguicher… sont des
comportements atypiques et
contraires au code de l’honneur
féminin.
Il existe tout de même des
contre-modèles. L’amazone est
en plein essor à la Renaissance et
prouve l’attrait de cette femme
qui «prend le dessus»…
Le «nouveau monde» et la redécouverte de l’Antiquité sont alors les
supports de fantasmes sexuels sur
l’inversion des rôles entre hommes
et femmes, ou sur les relations entre
personnes du même sexe. L’amazone est très présente dans l’art de
la Renaissance, comme dans la littérature chevaleresque du XVIe siècle ou dans les récits de Christophe
Colomb. Ces images de femmes
conquérantes donnent une ouverture sur d’autres types de comportement. Ces figures nous alertent sur
des possibles non exaucés. Les
amazones (tout comme les sorcières) seront revivifiées par toutes les
générations de «féministes», dans
les écrits «philogynes» du XVIIe siècle jusqu’aujourd’hui.
Surtout, au XVIIIe siècle a lieu
une petite révolution du désir :
celle du libertinage. Certains accusent aujourd’hui le mouvement #MeToo de rigidifier la
séduction et de trahir cette tradition bien française. Mais le libertinage était-il égalitaire ?
Le libertinage peut être lu de manière très différente suivant les
sources qu’on mobilise. Beaucoup
de ceux, qui, aujourd’hui, ont cette
nostalgie du «libertinage à la française» sont de grands lecteurs des
écrits de Crébillon ou de Diderot. Ils
voient ce courant dans sa dimension libertaire, philosophique,
indissociable des Lumières. Ce qui
est alors défendu avec force, c’est
l’émancipation vis-à-vis des normes
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Libération Jeudi 30 Août 2018
corsetées, ecclésiastiques, qui empêchent les gens de se fréquenter et
la liberté sexuelle de s’exprimer.
C’est en effet une dimension importante du libertinage qui a d’ailleurs
dépassé la littérature, à Londres ou
à Paris au XVIIIe siècle, dans les milieux éclairés et peut-être même audelà. On trouve dans des archives
policières la trace de femmes qui
quittent leur mari, de jeunes filles
qui ont des partenaires multiples…
Mais le libertinage n’a pas touché
les deux sexes et toutes les couches
sociales de la même manière.
De Thérèse philosophe à l’Ecole des
filles, une série d’œuvres met en
scène des filles libertines, certes,
mais au profit du plaisir masculin.
On voit se développer au XVIIIe siècle des relations interclasses entre
l’aristocratie, ou la bourgeoisie d’affaires naissante, et des filles du
peuple: servantes, ouvrières, prostituées bien évidemment, ce qui
amorce le phénomène des courtisanes. On a tout de même l’impression que se multiplient alors les
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occasions, pour des hommes puissants, d’exploiter sexuellement des
filles du peuple qui n’ont pas beaucoup d’autres alternatives, ou qui
cherchent à s’élever socialement.
Finalement, un autre phénomène
aura un impact plus important à
long terme: l’aspiration au mariage
d’amour. C’est là un vecteur bien
plus puissant d’égalité vis-à-vis de
la sexualité et de l’expression du
désir.
C’est aussi à cette époque que se
prépare un backlash contre une
telle libéralisation du désir… qui
va se retourner contre les femmes. Pourquoi ?
A l’époque des Lumières, une critique politique s’exerce contre l’aristocratie et le clergé. Les aristocrates
auraient été gâtés par le plaisir, ils
seraient victimes d’un épuisement
sexuel, gagnés par la confusion des
sexes. Rousseau dénoncera lui aussi
cette confusion en se plaçant sur le
terrain politique.
Les femmes effémineraient les
hommes: c’est une critique qui re-
vient souvent à la fin du XVIIIe siècle. Les hommes de l’aristocratie
auraient perdu leur vigueur guerrière tandis que les femmes tiendraient salon et refuseraient de se
reproduire. Les garçons des campagnes et les filles du peuple seraient
plus vigoureux. Cette critique est
aussi une manière d’ancrer les rapports entre hommes et femmes
dans d’autres normes considérées
plus proches de la nature, et donc
plus légitimes.
Les libelles se multiplient contre
les puissants, dénonçant les
prédateurs – comme le duc de
Fronsac, qui en 1768 enlève et
viole la fille d’un marchand.
Comme aujourd’hui avec #Balancetonporc ?
L’énorme différence c’est que ce
n’est pas porté par un mouvement
féministe, bien au contraire! Il s’agit
de restaurer une virilité perdue
dans une perspective bientôt révolutionnaire. Le siècle s’achève par
un retour de balancier : un moralisme éclairé certes opposé à la
«Le libertinage
n’a pas touché
les deux sexes
et toutes les
couches sociales
de la même
manière.»
morale religieuse, mais qui exalte la
vertu conjugale.
Et le prude XIXe siècle va restreindre encore l’expression du
désir féminin…
Les médecins, qui prennent une
place de plus en plus importante,
vont naturaliser les normes jusqu’ici édictées par l’église. Fait nouveau, ils vont se mettre à contester
l’importance du plaisir féminin
dans la procréation et même dans
l’équilibre physiologique des femmes. On ne croit plus qu’elles émettent une semence, on ne voit plus
leur plaisir comme symétrique à
u 23
celui de l’homme.
Ce déni du désir et du plaisir
féminin fait-il le lit des violences
sexuelles ?
Oui, on peut le penser, mais pour
étayer cette hypothèse, on manque
cruellement d’études – celle de
Vigarello, essentielle (2), mériterait
d’être complétée. Ce qui est sûr, c’est
qu’au XIXe siècle, les rapports femmes-hommes se durcissent et sont
naturalisés. C’est la preuve aussi
qu’il n’y a pas de progrès linéaire en
matière d’égalité sexuelle, du Moyen
Age à nos jours. Il faut compter avec
les régressions et les avancées. Mais,
malgré ces fluctuations, un même
axe demeurait : une asymétrie du
désir, que seuls les hommes pouvaient exprimer. C’est cela qui est en
train de changer aujourd’hui, et
c’est fondamental. •
(1) Une histoire des sexualités, sous la direction de Sylvie Steinberg, (Puf, 2018),
sortie le 29 août.
(2) Histoire du viol XVIe-XXe siècle, Georges Vigarello (Seuil, 1998)
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24 u
Libération Jeudi 30 Août 2018
IDÉES/
POLITIQUES
Par ALAIN DUHAMEL
Europe: l’année terrible
En 2019, entre le Brexit et la montée des
populismes, Emmanuel Macron et l’Union
européenne auront à affronter une des séquences
les plus délicates de l’histoire du Vieux Continent.
L'ŒIL DE WILLEM
L’
année politique qui
commence sera pour
l’Union européenne la
plus redoutable qu’elle ait jamais dû affronter. Certes, l’histoire de l’Europe n’a été à aucun
moment un chemin semé de roses. La construction européenne, chacun le sait, n’a
avancé que de crises en crises,
par les crises et malgré les crises. Cette fois-ci, l’accumulation des menaces atteint cependant un paroxysme. Le Brexit
deviendra, sauf coup de théâtre, une réalité dans six mois.
Pour la première fois depuis le
traité de Rome en 1957, un Etat
membre choisit de quitter
l’Union. Cela préfigure de sombres perspectives pour le
Royaume-Uni (ne serait-ce
qu’avec la question irlandaise et
celle de l’Ecosse) mais cela
constitue aussi un échec théâtral pour l’Europe, amputée
brutalement d’un de ses membres majeurs, berceau de surcroît de la démocratie parlementaire et temple des libertés
individuelles.
Simultanément, la question de
l’immigration déstabilise profondément tout le Vieux Continent. Partout, une large partie
des populations se sent menacée dans son identité, dans ses
acquis sociaux, dans ses emplois ou ses logements, dans sa
culture religieuse ou nationale
par les vastes mouvements migratoires. Les classes populaires, celles qui se sentent délaissées, sacrifiées, incertaines de
leur avenir y sont particulièrement sensibles. On peut débattre à l’infini du point de savoir
s’il s’agit d’une menace croissante, d’une exagération, parfois d’un fantasme. Reste que ce
regain de xénophobie provoque
de plus en plus tensions, rejets,
voire affrontements. En tout
cas, il alimente une vague puissante, déferlante de nationalisme et de populisme. Jamais
depuis les années 30, un tel
phénomène n’avait connu pareille ampleur, pareille extension. Ce n’est plus une simple
maladie politique contagieuse,
cela devient une pandémie.
Dans ce domaine crucial,
l’Union européenne a complètement échoué à rassurer, à
protéger, a fortiori à traiter le
problème à la source, c’est-àdire en échafaudant un plan
Marshall pour combattre de
l’autre côté de la Méditerranée
la misère et la violence. Du
coup, la Pologne, la Hongrie,
l’Autriche et maintenant, hélas,
l’Italie mais aussi la République tchèque sont gouvernées
par des populistes démagogues
et xénophobes. Ailleurs, sauf
peut-être dans la péninsule
ibérique, l’exaspération populaire grossit et les mouvements
populistes se renforcent. En
France, ils ont rassemblé 40%
des voix au premier tour de
l’élection présidentielle. Dans
neuf mois, le renouvellement
des institutions européennes
(Parlement, Commission) risque d’afficher une forte poussée populiste à l’échelle du continent.
Emmanuel Macron a été l’année dernière le premier candidat à l’élection présidentielle
depuis Valéry Giscard d’Estaing
à se présenter ouvertement en
champion de l’Europe. Depuis
son élection, il a multiplié les
initiatives, prononçant des discours marquants à Athènes, à la
Sorbonne, à Strasbourg. Il a fait
de nombreuses propositions
(renforcement de la zone euro,
esquisse d’une défense européenne, investissement dans
les industries de pointes et, à
plusieurs reprises, protection
des frontières collectives et harmonisation du droit d’asile). Il
a visité en un an la moitié des
capitales européennes, comme
encore cette semaine le Danemark et la Finlande. Il tente de
transformer les élections européennes du printemps prochain en bataille politique entre progressistes et populistes.
Il cherche à le faire en France, il
s’efforce de le faire aussi à
l’échelle européenne.
Jusqu’ici ses efforts n’ont été
que très partiellement récompensés. Beaucoup d’Etats saluent certes son dynamisme et
sa créativité. Concrètement,
quelques rares avancées (travail
détaché, police des frontières,
union bancaire, défense) ont eu
lieu mais ses alliés sont peu
nombreux. Angela Merkel affaiblie n’est pas avare de bons
sentiments mais avance
comme toujours à la vitesse
d’un escargot prompt à rentrer
ses cornes. Si l’Espagne et le
Portugal sont bien disposés,
c’est le clan hostile des pays
d’Europe de l’Est qui se renforce et applaudit Rome, pendant que les Etats d’Europe du
Nord mais aussi par exemple
les Pays-Bas se montrent plus
que circonspects.
En Europe, la social-démocratie apparaît de plus en plus faible, les conservateurs, encore
dominants, durcissent leurs
positions, les populismes de
droite, d’extrême droite et d’extrême gauche se renforcent, se
parlent et parfois se marient.
Le président français aura
donc fort à faire, d’autant plus
que sa rentrée politique nationale est au moins difficile. Il a
raison de s’engager, son ambition européenne est légitime,
ses propositions sont intéressantes, surtout lorsqu’elles évitent les illusions de réformes
institutionnelles. Face aux déchirures de l’Europe, il se bat
pour empêcher l’enlisement, la
déconstruction, voire l’implosion de l’Union, pour défendre
ses valeurs et sa puissance virtuelle. Mais à l’Elysée, combien
de divisions ? •
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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CONGRÈS
HISTORIQUES
Féministes francophones,
unissez-vous !
Créé en 1996 au Québec, le Congrès international des
recherches féministes dans la francophonie (Cirff) est
accueilli à l’université Paris-Nanterre pour sa huitième
édition, depuis lundi et jusqu’à vendredi. La francophonie y apparaît comme un espace marqué par des valeurs
et des configurations sociales semblables, qui justifient
une réflexion collective sur les rapports de domination
subis et les luttes à mener. Parmi les colloques organisés
ce jeudi, l’un porte sur les violences sexistes et sexuelles
dans l’enseignement supérieur, au Québec, au Cameroun et en France. Un autre propose d’apprendre à détecter et affronter de la façon la plus appropriée les discours masculinistes.
Cirff 2018, du 27 au 31 août à l’université Paris-Nanterre.
Programme complet : https://cirff2018.parisnanterre.fr.
REVUE
Il faut rêver avec son temps
«L’histoire de l’étude savante des rêves est marquée par
la présence de toutes les formes de psychologie […]. Plus
récemment, les neurosciences ont permis aussi de mieux
comprendre l’activité neuronale et corporelle pendant
le temps du sommeil. En revanche, les sciences sociales
[…] ont brillé par leur absence.» Les mots du sociologue
Bernard Lahire résument l’ambition du très beau nouveau numéro de la revue Sensibilités, intitulé «La société des rêves». Longtemps restés l’apanage de la psychanalyse, qui les étudie en fonction de l’individu qui
les éprouve, nos songes sont aussi un objet pour les
sciences sociales, puisqu’ils sont aussi liés au contexte
social et historique dans lequel ils se tiennent. Les contributeurs nous transportent ainsi de songes autobiographiques médiévaux en rêves d’Indiens recensés par
l’administration coloniale britannique dans les années 30, sans oublier une petite histoire de la photographie des rêves.
Revue Sensibilités, numéro 4, «La société des rêves»,
éditions Anamosa, 22 €.
BLOG
Libres, mais pas blancs
L’historien Jean-Pierre Bat poursuit la série «l’Histoire
atlantique de l’Afrique» dans le blog «Africa4» sur Libération.fr. Il interroge sa consœur Jessica Pierre-Louis,
auteure d’une thèse sur les préjugés que subirent en
Martinique, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les «libres de
couleur», nom donné aux esclaves affranchis. Initialement organisés autour des catégories «libre» et «esclaves», les règlements de l’île ont peu à peu distingué les
Blancs des Noirs ou des métissés: «Le texte qui fait date
pour moi est un règlement de 1720 sur l’habillement qui
régissait les tenues vestimentaires portées par les esclaves. Un paragraphe était aussi spécialement destiné à
“tous mulâtres indiens et nègres affranchis ou libres de
naissance de tout sexe”. Une distinction de droit s’opérait
pour la première fois mais ce n’était pas la dernière.»
«Libres de couleur en Martinique (XVIIIe-XIXe siècle)», sur le blog
«Africa4» : http://libeafrica4.blogs.liberation.fr.
Par
JOHANN CHAPOUTOT
Historien, professeur d’histoire contemporaine
à Paris-Sorbonne
Notre maison brûle
et nous regardons Hulot
Nicolas Hulot a tenté d’infléchir la chute sans fin
dans laquelle l’homme s’est engagé. Il a perdu,
il part. Restent l’imbécillité morbide des
climatosceptiques et les idées faisandées des
apôtres de la fausse modernité.
U
n ministre de l’Environnement démissionne : pure
écume, pâture pour commentateurs désœuvrés? On ironise
sur la star et ses états d’âme. Et on
manque l’essentiel, cette phrase
pour laquelle Jacques Chirac est
entré dans l’histoire: «Notre maison brûle, et nous regardons
ailleurs.»
S’agit-il bien d’un incendie, ou
d’une tectonique des plaques ?
L’homme, se rend-on enfin
compte, est devenu une force géologique. L’anthropocène fait débat,
mais elle est actée par la majorité
des scientifiques de la terre et du
climat : l’holocène a pris fin il y a
deux siècles ou il y a cinquante ans, mais il a pris fin. C’est
l’homme, désormais, qui remue,
convulse et transforme, présidant
à un réchauffement climatique
qui, à terme, rend la Terre, seule
planète propre à la vie dans un
rayon de quelques milliards d’années-lumière (et encore, il n’est pas
certain qu’il y en ait d’autres), inhabitable pour le vivant: les espèces s’éteignent par dizaines chaque
mois, et le trend économique suscite un réchauffement qui, à
moyen terme, pourrait rendre la
vie impossible pour la quasi-totalité des humains.
Le vocable suranné d’«histoire naturelle» reprend ainsi toute sa
force. Bien loin d’être statique, la
nature, découvrait-on aux XVIIe et
XVIIIe siècles, était en mouvement.
Les fossiles en témoignaient, ainsi
que ces plis qui fascinaient les géologues: quelles forces formidables
avait-il fallu pour soulever à la verticale des couches de sédiments
agglomérés en roches! La planète
avait une histoire. L’homme ne fai-
sait qu’égratigner sa surface, à
l’époque, même si la révolution industrielle suscita les premières réflexions sur sa nocivité: on brûlait
tout de même beaucoup de bois et
de charbon…
Le déploiement universel, via la
colonisation notamment, de la
technique occidentale, a permis la
dévastation. «Machination», «calcul», disait Martin Heidegger dès
les années 30: en effet, c’est bien la
machine occidentale, celle du
charbon et d’une transformation
énergétique au rendement inégalé,
qui a permis de creuser, excaver et,
littéralement, déplacer des montagnes. «Obsolescence de l’homme»,
ajoutait Günther Anders, horrifié
par la bombe atomique, cet éclair
du néant qui menaçait d’éradiquer
tout être. Plus sûrement que la
«bombe», remarque Hicham-Stéphane Afeissa dans un livre passionnant (la Fin du monde et de
l’humanité, PUF, 2014), c’est bien
le réchauffement climatique qui
provoque cette obsolescence. Hannah Arendt s’effrayait que la
bombe ne fasse de l’homme un
facteur de mutations elles-mêmes
Ils se disent
progressistes, alors
qu’ils charrient
le lourd fardeau
des idées les plus
périmées, les plus
faisandées. Ils sont
le masque souriant
de la dévastation.
u 25
incontrôlables par l’homme. Les
effets d’emballement (la fonte du
pergélisol libère des gaz qui euxmêmes réchauffent, etc.), les boucles rétroactives (la disparition de
la calotte glaciaire diminue la réflexion des rayons solaires et contribue au réchauffement, etc.) rendent les mutations du système
terre incontrôlables et proprement
catastrophiques –une chute sans
fin.
Face à cela, la bêtise à front de taureau, l’imbécillité morbide des
climatosceptiques à la Donald
Trump, qui tweetent leur nihilisme avec la jouissance narcissique du cynique heureux d’insulter
l’évidence et l’avenir. Ils sont nombreux et puissants. Ils s’en foutent.
Ajoutez-y les indifférents, les enfants des «Trente Glorieuses», qui
aiment leur bagnole, leurs centres
commerciaux du samedi (pratiques, avec leurs immenses parkings), et qui chauffent fenêtres
ouvertes.
Enfin, en France notamment, les
thuriféraires béats du «nouveau
monde» : croissance, «libération
des énergies», bus à gogo, fermeture de lignes de train, étouffement de la ruralité, concentration
mégalopolitaine… Les apôtres
autoproclamés de la modernité
ont des idées, des recettes et des
astuces du siècle dernier. Tout ce
qui a échoué partout, ils veulent
l’appliquer en France –pays coupable d’avoir de bons services publics, un maillage de villes, de
bourgs et de villages équilibré, et
un patrimoine naturel et culturel
exceptionnel.
Ils se disent modernes, parce que
c’est la mode. Ils sont simplement
les derniers venus, et ils sont peutêtre les derniers des hommes. Ils se
disent progressistes, alors qu’ils
charrient le lourd fardeau des
idées les plus périmées, les plus
faisandées. Ils sont le masque souriant de la dévastation, et ils coulent au fil de l’eau, comme des
poissons morts.
Nicolas Hulot n’a pas voulu jouer
cette comédie. Il a tenté d’infléchir, il a perdu, il part. Le court
terme de la jouissance statutaire,
des motards, des gyrophares et des
huissiers, ne l’intéresse pas.
Comme son ami, le professeur Dominique Bourg (voyez son Dictionnaire de la pensée écologique et son
essai Une nouvelle Terre), il pense
le long terme. Et, pendant ce
temps, sur BFMTV et ailleurs, on
commente la crise ministérielle… •
Cette chronique est assurée en alternance
par Serge Gruzinski, Sophie Wahnich,
Johann Chapoutot et Laure Murat.
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26 u
Libération Jeudi 30 Août 2018
LIVRES/
Michael
Imperioli
dans
lespasdeLou
Connu pour son rôle dans
«les Soprano», l’acteur américain
publie «Wild Side», un roman
initiatique dont le héros,
un ado candide fraîchement
débarqué dans le Manhattan
des années 70, se lie d’amitié
avec le voisin du huitième, rock
star envapée, et son entourage.
Par
PHILIPPE GARNIER
O
n attendait tout sauf ça de
l’acteur Michael Imperioli,
le neveu à grand pif de Tony
Soprano dans le feuilleton historique, celui qui s’applique dur pour
monter en grade mais qui merde régulièrement à cause des drogues, de
sa copine chiante, ou de ses ambitions d’écrivain, justement. Dans le
divin feuilleton, c’est tout juste s’il
ne tuerait pas pour placer son fameux scénar.
On ne sait pas ce qu’il a fait pour se
faire éditer par Akachic Books. Sans
doute juste charmer son monde de
sa voix plombée des amygdales.
Parce qu’au lieu de l’histoire habituelle «mon-père-tenait-un-bardans le New Jersey» ou «mon-oncle-Fabio-était-hit-man-pour-lesBonnano», on a ici une sorte
d’Attrape-cœur revisité façon
Manhattan 1974. Ce genre de comparaison est presque toujours l’apanage des retapes d’attachés de
presse ou des critiques flemmards,
mais ici l’auteur lui-même semble
le revendiquer.
Ne pas se laisser abuser, donc, par
le titre «français», Wild Side, qui
lorgne sur le tou-tou-dou, tou-doutou-tou-dou de Vous Saurez Vite
Qui, ni par la couverture volontairement (on l’espère) mocharde que
nous infligent les gens d’Autrement,
comme s’ils préféreraient avoir affaire à une resucée de Taxi Driver
ou des mémoires d’un male prostitute sur le bitume fumant de Manhattan. Jody Foster, es-tu là ?
Ben non. Difficile de faire plus neutre que son héros, Matt, un ado bon
fils bon gars à qui il arrive des tas
d’histoires, mais qui n’est pas vraiment un foudre de révolte. De son
Queens natal, après l’abandon de
son père il se retrouve parachuté
dans un appart cossu de la 52e à
Manhattan en bordure de l’East River. Il est un peu l’étranger au paradis. L’immeuble a un concierge en
uniforme. Son voisin du huitième
est un type pas comme les autres.
Mais Matt ne la ramène jamais,
même à sa nouvelle école, qui heureusement ne joue pas un grand
rôle dans le livre. Ce roman d’initiation se cantonne principalement
dans l’immeuble de la 52e. De ma-
nière rafraîchissante, Matt n’est jamais défensif, dit peu de gros mots
– jamais de «bullshit» avec lui
(étrange pour un ado) ; il ne ment
pas, même pour se faire mousser
devant Veronica, la fille inaccessible et étrange dont il tombe vite
amoureux. Il ne ment pas plus devant le voisin du huitième, une fois
fait connaissance. Sauf qu’il ne lui
dit jamais qu’il habite dans l’immeuble lui aussi.
BESOIN D’ATTACHES
Il l’a vu plusieurs fois au restaurant
dans lequel il a pris un boulot de livreur pour se faire de l’argent de poche. En plus d’être éternellement
habillé de noir, le type est blond péroxydé et a une croix de fer dessinée
derrière la tête à la tondeuse. Il est
toujours en compagnie d’une drôle
de fille à l’air étrangère, et plus
étrange que Matt ne le croit. Matt
leur livre des trucs un soir – avec
beaucoup de pickles dit la commande. Il apprendra aussi que le locataire ne ferme jamais sa porte
quand il est à l’appart. Il fait beaucoup de bruit, des vacarmes industriels inquiétants qui sortent
d’immenses haut-parleurs, mais
personne ne se plaint. Ou du moins
la direction de l’immeuble le couvre.
C’est Lou Reed, oui, mais ne vous
sauvez pas déjà. Car la grande gageure du livre est en même temps sa
plus grande réussite. «Lou» (jamais
Reed) est plus le voisin du huitième
qu’une quelconque icône rock. Matt
n’est pas un fan, connait à peine sa
musique. Il a juste besoin d’attaches. Lou, avec toutes ses idiosyncrasies de speed freak (distrait, imprévisible, explosif, tendre), est tout
un monde pour Matt, qui ne veut
rien tant qu’être accepté par ce couple étrange. Le portrait n’en est
même pas un, et ne prétend pas
l’être. Loin d’être exploiteur, il est en
sympathie, sinon sympathique. Rachel, par exemple, qui se montre
toujours gentille avec Matt, est un
personnage attachant, encore que
flou et lointain. Matt ne s’attarde
pas sur la barbe qui pointe sous le
maquillage ni sur sa carrure étonnante. On est bien loin du portrait
que faisait d’elle Lester Bangs dans
sa fameuse interview-pancrace avec
le chanteur, publié dans Creem en
mars 1975. Bangs s’y demande tout
haut ce que celui qu’il nomme le
«Mécréant Originel» peut bien fabriquer avec cette «étrange et grande
créature avachie qui ne regarde personne et paraît perpétuellement effrayée». Et révèle avec délectation
que l’entourage du chanteur la surnomme «Thing» en secret. Un portrait si cruel que Reed avait répondu
par voie de presse et banni à vie le
journaliste, qui jusqu’ici l’amusait
plus que les autres.
La force de ce roman à l’intrigue fort
bénigne réside dans les détails apparemment inutiles et les épisodes
idiots (une visite à Salem, Massachussetts; une passe avec sa copine
dans l’appartement d’un mec glauque qui regarde du porno en sirotant du gin orange tiède, etc.) Ces
épisodes pesants finissent par constituer la glu qui fait exister tout ça.
Imperioli a ses moments. Quiconque a connu Manhattan reconnaîtra: «Tous les sons se fondaient en un
seul grand bourdonnement de bruit
blanc comme un vent régulier ou une
marée patiente.» Ou la vérité d’un
personnage secondaire comme Jeff,
un des deux portiers de l’immeuble.
Jeff est sympa avec Matt et sa mère.
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Lou Reed, en 1976
à Toronto. PHOTO
REG INNELL. TORONTO
STAR VIA GETTY IMAGES
Terry Ork (futur manager de Television, qui m’avait ramassé à la librairie Cinemabilia) était gay, ni que le
mec en cuir qu’on avait ramassé au
Max’s Kansas City était
le poète-photographe
assistant de Warhol Gerard Malanga – tous
deux, sinon célèbres,
du moins notorious.
Donc oui, l’innocence
frisant la stupidité,
bien sûr que ça existe
– et Wild Side le mal
nommé en dégouline.
C’est un drôle de roman à sortir en 2018.
Tellement pas cool qu’il finit par
l’être. Le titre américain est The Perfume Burned His Eyes, d’après une
chanson autrement apocalyptique
du maître. «Manhattan coule
comme une pierre, dans le sale Hudson quel choc/ Ils ont écrit un livre
là-dessus, que c’était comme la Rome
antique soi-disant/ Le parfum lui
brûlait les yeux à force de serrer les
cuisses de la fille/ et quelque chose a
clignoté un moment puis a disparu…»
Le livre se termine sur une coda
dont on se passerait, mais qui révèle
au moins la vraie «relation» d’Imperioli et de Lou Reed. Matt roule dans
la San Fernando Valley de Los Angeles, la radio matraque les chansons de Lou, qui vient de mourir. Il
ne l’avait revu que deux fois, sans
que le chanteur le reconnaisse. Une
fois à la première d’un film, à
New York. Et puis quinze ans plus
tard, à un concert de Reed à la Knitting Factory de L.A. Imperioli, lui,
n’a eu que cette dernière rencontre,
quand la notoriété des Soprano lui
permettait l’accès backstage. Il avait
8 ans en 1974, quand Lou Reed expérimentait pour Metal Machine
Music, le double album qui a fait
fuir les fans dont il ne voulait plus,
et qui l’a libéré de son contrat RCA.
Ce qui n’empêche pas l’acteur
d’avoir écrit un des meilleurs portraits de célébrité, égalant presque
ce que faisait Nik Cohn dans sa nouvelle de Granta (1972), «But Richard
Widmark», ou Nick Tosches quand
il écrit sur sa rencontre avec un
joueur de cartes dans un bar près de
LAX qui n’est autre que le frère jumeau d’Elvis, pas mort comme sa
mère, Gladys, l’a toujours prétendu.
Dans les deux cas –et ici aussi– certains détails font si vrai qu’on marche à fond, et pour une seule raison:
parce qu’on veut terriblement y
croire. •
Jeff, un des
deux portiers
de l’immeuble,
est sympa avec
Matt et sa mère. Il a
juste un truc pour
les ballerines.
Il a juste un truc pour les ballerines.
Il va à l’autre bout de Manhattan les
voir sortir de l’école de danse du
Lincoln Center. Juste pour les regarder rire et fumer, ou écouter
leurs propos orduriers. «Jeff prétend
que les ballerines ça dit plus de gros
mots que n’importe qui.»
Et ces détails ne font jamais plus
vrais que quand Lou est sur la page.
Plus que sa relation avec sa mère
(qui veut bien faire) ou avec Veronica (altière, volontaire, vouée au
désastre), c’est celle de Matt avec
Lou qui offre les meilleurs moments, même quand les choses
tournent au chaos. Imperioli est au
mieux de sa forme dans ces épisodes qui s’emballent, comme lorsque
le môme doit conduire un van emprunté et livrer un baffle pour le
compte de Lou. Il a beau protester
qu’il ne sait pas conduire, le voisin
dans sa vape narcotique ne veut
rien savoir, et Matt se retrouve en
pleine heure de pointe dans mid-
town Manhattan sous la pluie à livrer le lourd bazar. Ce n’est pas loin,
juste quelques rues. Et il n’y aura
pas mort d’homme. Mais Imperioli
réussit à en faire un truc paniquant,
on serre le volant pour le gamin, on
regarde par la vitre avec la même
parano que Ray Liotta dans les Affranchis.
ACCÈS BACKSTAGE
Il y a aussi une qualité surnaturelle
de vécu dans tout ça. Beaucoup er-
goteront sûrement sur l’innocence
improbable de Matt, mais pas moi.
Je sais qu’on peut frôler des expériences folles quand on est jeune et
bête, et passer carrément à côté,
comme je l’ai fait en 1970 à Manhattan la nuit où je ne cherchais qu’à
dormir dans cet appart inespéré,
alors que ces deux mecs en cuir noir
n’arrêtaient pas de parler de Judy
Garland et de Ricky Nelson. En 1971
je ne savais pas ce que cela voulait
dire. Je n’avais pas percuté que
MICHAEL IMPERIOLI
WILD SIDE
Traduit de l’anglais (Etat-Unis)
par Héloïse Esquié. Autrement,
304 pp., 20,90 €.
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28 u
Libération Jeudi 30 Août 2018
SUR LIBÉRATION.FR
Tous les samedis, dans Libération, retrouvez
huit pages spéciales consacrées à l’actualité
littéraire. Cette semaine, entretien avec
Christine Angot à propos de son nouveau roman, Un tournant dans la vie (Flammarion).
Deux hommes, une femme, un amour passé
qui revient, un amour présent menacé,
et un mauvais coup du sort.
LIVRES/
«L’Ecart», joie sans soif
Amy Liptrot raconte
avec finesse et humour
son addiction à l’alcool
à Londres et son retour
à la vie en même temps
qu’à sa terre natale,
l’archipel écossais
des Orcades.
P
ourquoi devient-on alcoolique ou junkie? Pour échapper
à soi-même, en se gonflant de
sensations? Amy Liptrot n’en a pas
manqué dans sa jeunesse, née
(en 1981) et élevée sur une île de l’archipel écossais des Orcades. En
face, à 450 kilomètres, se trouve la
Norvège, mais on ne peut en apercevoir les côtes. La mer bat sans relâche les falaises de cette île perdue,
et la terre tremble régulièrement, de
façon aussi intense qu’inexpliquée.
Les légendes peuplées de farfadets
se ramassent à la pelle; les Vikings
ont laissé des traces et des mythes.
Le ciel est «immense» : rien ni personne à l’horizon. Fille d’agriculteurs, Amy Liptrot ne manquait pas
d’expériences naturelles de l’extrême. A 18 ans, elle rejoint Londres
pour «être au cœur de l’action» et
devient alcoolique. La capitale britannique est le terrain où elle
s’abîme dix ans durant, se soûlant
au vin, à la bière et à la vodka. Mais
au début, elle s’y amuse beaucoup.
On a beau ne plus être dans les sixties mais au début des années 2000,
l’excentricité britannique maintient
sa réputation. Liptrot dépense l’argent qu’elle n’a pas dans les restaurants, et en accessoires de mauvais
goût : «J’ai également dépensé une
fortune en vêtements trop petits
pour moi –dont un slim jaune citron
déniché dans un centre commercial
de Dalston.»
L’Ecart navigue entre deux eaux : le
livre raconte la dépendance à
l’ivresse et l’isolement progressif de
l’auteure, avec Londres en toile de
fond ; puis, dans sa seconde moitié,
une résurrection permise par un retour aux Orcades après dix ans
d’exil. Liptrot ne touche plus à l’alcool depuis deux ans quand elle
écrit ce texte. Loin de l’autofiction
dramatique, l’auteure ne manque
pas d’humour pour décrire ses
«nuits d’ivresse» ou ses efforts pour
quitter l’enfer: «Je fantasme à propos d’un verre de vin comme vous
fantasmez peut-être à propos d’une
liaison: je sais qu’il ne faut pas céder
à la tentation, mais, si les conditions
s’y prêtaient et que nul n’en sache
rien, nous passerions un sacré weekend ensemble, moi et mes bouteilles.»
Scout. Changement de décor
quand elle retrouve les Orcades: le
récit, surtout pour le lecteur français, se métamorphose en une bouffée d’air revivifiant. Nous saurons
tout sur l’agnelage, sur la qualification de «mauvaise mère» que peut
recevoir une brebis si elle écrase ses
nouveau-nés de tout son poids. La
sanction tombe: elle est bannie du
troupeau par l’agriculteur car il n’y
a rien de bon à attendre d’elle.
L’Ecart nous donne aussi un cours
d’ornithologie dans ses dernières
pages, peut-être pas les plus indispensables. En revanche, le bref ex-
Une île de l’archipel écossais des Orcades en 1994. PHOTO PETER MARLOW. MAGNUM PHOTOS
posé de la législation qui s’applique
aux zones côtières est vraiment intéressant : les parents de l’auteure
récupèrent les débris d’un bateau
échoué sur leur terrain: jusqu’à quel
point leur appartiennent-ils ? Ils
font feu de tout bois, y compris
d’une substance charriée par la mer
qui ressemble à «une galette de pain
indien» et pourrait bien être de la
cire de baleine. La revendre comblerait les difficultés financières de la
famille. Mais il s’avère que cette matière proche d’un «tas de vomi» n’est
pas de la cire de baleine.
Comment Amy Liptrot en est-elle
arrivée à se faire si mal ? Son père
est maniaco-dépressif et sa fille fut
le témoin de ses crises. Il apparaît
dès la première page, puisque
l’Ecart s’ouvre comme un opéra, ou
comme Apocalypse Now, sur un
beau prologue dans lequel personne ne parle. On y voit «les pâles
vrombissantes d’un hélicoptère prêt
à s’envoler», une femme en fauteuil
roulant qui serre son nouveau-né
dans ses bras (Amy Liptrot bébé) et
«un homme également en fauteuil,
entravé dans une camisole de force,
qui arrive en sens inverse sur l’unique piste de l’aéroport». Il a subi cinquante-six traitements par électrochocs depuis son adolescence.
Courageuse de tempérament, façon
scout toujours, Liptrot refuse de lier
la mauvaise santé psychique de son
père et son propre alcoolisme. Elle
remarque cependant que «les symptômes de l’épisode maniaque ressemblent à ceux de l’ivresse: une sensation d’euphorie et d’optimisme
doublée d’une impression de célérité
intellectuelle». Lorsque son père,
fauché, lui tendait un chèque en
blanc, Amy Liptrot comprenait qu’il
allait bientôt perdre pied. Quant à
la gueule de bois, elle se présente
comme un «modèle réduit de l’épisode dépressif» qui suit la phase maniaque.
«Phoques». De retour aux Orcades, sobre, après un passage par les
Alcooliques anonymes, Amy Liptrot se met en quête d’un emploi.
Elle le trouve sur l’île de Papay, la
plus petite des Orcades. Il faut du
cran pour vivre là-bas: «six kilomètres et demi de long sur un kilomètre
et demi de large» et soixante-dix habitants. Sa mission, qu’elle accepte:
recenser le «roi caille», ou «mâle
chanteur», un oiseau menacé de
disparition.
Amy Liptrot est sereine et consciente de ce dont elle manque mais
qui reviendra avec le temps : «Personne ne m’a touchée ou enlacée depuis un bon moment.» A Londres,
elle avait un amoureux qui l’a quittée après avoir patiemment supporté plusieurs de ses cuites. En attendant le prince charmant, la
jeune femme à laquelle l’optimisme
bêta est étranger, s’intéresse à
d’autres énergumènes dont elle entend les «mugissements macabres»:
«On croirait les bruitages d’un mauvais film d’horreur. Je mets un moment à comprendre que je me suis
approchée d’une colonie de phoques
gris qui lézardent sur les rochers.»
Malgré quelques longueurs, la lecture de l’Ecart nous emporte dans
un élan et un mouvement perpétuels. Ils sont entretenus par les vagues, par les cycles –ceux de la maladie mentale, de l’ivresse ou des
saisons. Que signifie le titre,
l’Ecart? Il qualifie un terrain particulier, le plus isolé de tous en surplomb de la ferme. C’est aussi le pas
de côté qu’Amy Liptrot sait toujours
pratiquer pour ne pas recevoir les
coups de plein fouet.
VIRGINIE BLOCH-LAINÉ
AMY LIPTROT
L’ÉCART Traduit de l’anglais
par Karine Reignier-Guerre.
Globe, 336 pp., 22 €.
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Libération Jeudi 30 Août 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Prix Les quatre finalistes du prix du Roman Fnac 2018
sont exclusivement des primoromancières : Meryem
Alaoui (La vérité sort de la bouche du cheval, Gallimard),
Inès Bayard (le Malheur du bas, Albin Michel), Estelle-Sarah Bulle (Là où les chiens aboient par la queue, Liana
Levi) et Adeline Dieudonné (la Vraie Vie, L’Iconoclaste,
photo). La lauréate sera récompensée le 14 septembre,
au salon Fnac livres. PHOTO STÉPHANE REMAEL
Halle des Blancs Manteaux, 75004. Du 14 au 16 septembre.
Festival Avant le Livre sur la place à Nancy, avant les
Correspondances de Manosque, le Livre sur les quais,
à Morges (Suisse) donne le coup d’envoi des grandes rencontres littéraires de la rentrée. Du 31 août au 2 septembre,
rendez-vous avec une foule d’auteurs, parmi lesquels
Emmanuelle Bayamack-Tam, Christophe Boltanski,
Christophe Donner, Gauz, Serge Joncour (photo),
Gisèle Pineau, Boualem Sansal. J.-PH. BELTEL. FLAMMARION
Le Livre sur les quais, à Morges (Suisse).
Irvin
Yalom,
divan
en poupe
l’Ordre. Quelques jours plus tard,
Philippe le Bel décrète l’arrestation
de tous les Templiers. Robert de
L’Aigle devient le fugitif le plus recherché du royaume… Suivront
400 pages de cavalcades, chevauchées, combats et coups de théâtre
à travers la France et l’Angleterre
médiévales.
Si l’histoire en elle-même n’est pas
d’une immense originalité, elle
évite cependant tous les clichés du
genre. Car l’auteur est allé chercher
dans les archives locales, les cercles d’études et les thèses universitaires les mille et un détails qui
rendent une narration crédible.
Topographie, recettes, descriptions de lieux, expressions et prix
des repas ou des nuitées d’hôtel (à
l’esterlin près), tout sonne juste.
Psychiatre atypique,
star des médias,
l’Américain se dévoile
avec humour et
autodérision dans
ses mémoires.
L
es mémoires du célèbre
thérapeute américain Irvin
Yalom, qui a pris la plume
à 85 ans pour raconter sa vie et
ses livres, réjouiront ses très
nombreux lecteurs français,
devenus «accros» depuis la traduction du Bourreau de l’amour,
histoires de psychothérapie,
en 2005, puis de Mensonges sur le
divan en 2006, deux livres parus
aux éditions Galaade (comme
tous les suivants), qui ont fait un
tabac à l’époque. Découverte tardivement en France, l’œuvre de
Yalom était déjà traduite dans
une vingtaine de langues. Psychiatre atypique, star des médias,
couvert de prix : l’establishment
français a sans doute eu du mal à
le classer dans telle ou telle
école… Il est de fait inclassable.
Mais combien de patients et de
lecteurs ont été aidés par
Et Nietzsche a pleuré, la Méthode
Schopenhauer, ou le Problème
Spinoza (prix des lecteurs du
Livre de poche en 2014) !
Il y a bien sûr des côtés agaçants
dans cette autocélébration permanente de lui-même et de sa famille (très américain), mais son
humour le rend réellement sympathique ; en même temps que sa
capacité d’autodérision, sur son
vieillissement, la retraite, et la
proximité de la mort. Réflexions
qui ne manqueront pas d’intéresser non seulement le grand public mais aussi les patients sur le
divan, sans compter les collègues…
GENEVIÈVE DELAISI
DE PARSEVAL
IRVIN D. YALOM
COMMENT JE SUIS
DEVENU MOI-MÊME.
MÉMOIRES D’UN PSY
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Françoise Adelstain.
Albin Michel, 428 pp., 23,90 €.
u 29
Parchemin. On ne dévoilera pas
Miniature tirée des Grandes Chroniques de France avec Philippe le Bel faisant brûler
des membres de l’Ordre du Temple. PHOTO BRITISH LIBRARY BOARD. ROBANA. LEEMAGE
Les courses épiques
de Jean d’Aillon
Riche en détails
et en rebondissements,
le nouvel ouvrage
de l’universitaire suit
le parcours d’un Templier
chargé de cacher l’or et
les archives de l’Ordre.
S
elon l’état civil, Jean d’Aillon
est né le 16 avril 1948 au Gabon. Il a fait une grande partie de sa carrière à l’université puis
dans l’administration des Finances. Prolixe auteur de romans policiers historiques (plus d’une cinquantaine), il vivrait aujourd’hui à
Aix-en-Provence… On en doute.
Selon nous, l’homme a dû naître à
la fin du XIIe siècle, sous le règne
de Philippe Auguste, où, chevalier
troubadour, il a croisé la route de
Robin des Bois, Richard Cœur de
Lion et Averroès… A moins qu’il
n’ait vu le jour à la fin du règne de
Louis XIII: fils de notaire anobli, il
aurait alors mis ses talents d’enquêteur au service de Mazarin, Molière, Cyrano de Bergerac… Ou en-
core, cadet noble et exalté durant
la Révolution, on l’aurait vu combattre les Jacobins puis l’Empire
dans le sud de la France, faisant le
coup de feu avec un certain Vidocq, bagnard qui rêvait de devenir policier. Et l’on pourrait rajouter ses incursions durant le conflit
entre Armagnacs et Bourguignons
au XVe siècle ou, cent ans plus tard,
au cœur des guerres de religion.
Esterlin. De toute évidence, Jean
d’Aillon est d’ailleurs. D’un temps
passé qu’il connaît dans les moindres détails et se plaît à raconter à
travers de grandes sagas romanesques aux multiples volumes. Son
dernier voyage, la Quête du trésor
du Temple, emmène le lecteur dans
les pas d’un chevalier en fuite, selon un canevas solide que l’on retrouve dans nombre de ses romans: des événements historiques
bien documentés (la chute des
Templiers, la Fronde, la Terreur…),
des personnages célèbres (monarques, ducs et pairs ou figures
connues, tels d’Artagnan, Blaise
Pascal, Fouché…) et un héros (Guilhem d’Ussel, Olivier Hauteville,
Louis Fronsac…) qui vient se glisser dans les interstices de la grande
histoire pour une nouvelle aventure.
Celle du Trésor du Temple débute
en octobre 1307. A la demande du
grand maître Jacques de Molay, un
chevalier part dissimuler dans un
lieu secret les archives et l’or de
«L’aiguille creuse d’Etretat est
visitée tour à tour par Guilhem
d’Ussel et Philippe Auguste, puis
par Olivier Hauteville et Henri IV.»
Jean d’Aillon
la fin de l’ouvrage, mais les lecteurs
fidèles ne seront pas surpris. Car
Jean d’Aillon aime à mettre en
correspondance ses différentes sagas. A la manière des films de SF
américains, où prequels, spin-offs
et autres reboots permettent de
multiplier les aventures des héros
de Star Wars ou de l’univers Marvel, l’écrivain enrichit ses récits en
tissant des liens entre les époques
et les personnages. «Cela m’amuse
beaucoup, confirme l’universitaire.
Il m’arrive d’écrire des scènes se passant dans les mêmes lieux à deux
cents ans d’intervalle. Ainsi,
l’aiguille creuse d’Etretat est visitée
tour à tour par Guilhem d’Ussel et
Philippe Auguste, puis par Olivier
Hauteville et Henri IV.» Avant
d’être le sujet d’un volume se déroulant sous le règne de Louis XIV
(le Grand Arcane des rois de
France, Flammarion 2015). «Un clin
d’œil à Maurice Leblanc, qui soutenait que tous les rois de France y
étaient allés…»
Concernant l’or du Temple, une
(petite) partie du mystère a donc
été dévoilée lors de la parution
d’un précédent ouvrage, le Secret
de l’enclos du Temple (Flammarion,
2011). Louis de Fronsac, «l’homme
aux rubans noirs», héros récurrent
d’une douzaine de volumes se déroulant au XVIIe siècle sous la régence d’Anne d’Autriche, enquêtait
alors sur un vieux parchemin qui
allait le conduire (après moult rebondissements, bien sûr) dans la
maison en ruines d’un Templier
décédé trois siècles plus tôt. Un
certain Robert de L’Aigle.
FABRICE DROUZY
JEAN D’AILLON
LA QUÊTE DU TRÉSOR
DU TEMPLE
Presses de la Cité,
486 pp., 22,50 €.
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Libération Jeudi 30 Août 2018
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MA FASCINATION (8/9)
Humour-Haine
Pierre Desproges (1939-1988) Retour sur une adhésion
lycéenne à l’humoriste vachard, que viendra questionner
une politisation à la Bourdieu.
J’
ai un temps songé, pour écrire cet article, à me rendre
sur la tombe de Pierre Desproges au cimetière du Père
Lachaise. Devant ce petit rectangle de verdure, l’un des
endroits que j’avais tenu à voir en priorité lors de ma première
visite d’adulte à Paris, j’aurais fermé les yeux et me serais
adressé à lui avec l’espoir de capter quelque chose de la vérité de l’homme qu’il
fut. J’aurais aussi eu l’air complètement
con, sans que l’opération m’avance à quoi
que ce soit. C’est en vain que l’on convoque généralement les
morts, catégorie de l’humanité dans laquelle se range Pierre
Desproges depuis trente ans cette année.
Cela explique peut-être qu’il soit si facile de se laisser fasciner
par eux. Pour peu que l’on se croie intimement connecté à un
défunt, ainsi que j’ai cru l’être, au cours de ma vie de lycéen,
à cet «écriveur» qui a fait carrière grâce à ses talents d’humoriste, on ne risque pas d’être déçu en le voyant un jour radoter
sur le bon vieux temps chez Drucker. Voilà sans doute la principale qualité de Pierre Desproges sous sa forme crématisée: au
moins, il ne peut pas dire qu’on ne peut plus rien dire.
Au départ, il y a une rencontre fortuite avec un coffret DVD,
Pierre Desproges en image, arrivé dans le salon familial circa
Noël 2002. Du soir où j’ai regardé le disque comprenant ses
deux spectacles seul en scène ne demeure dans ma mémoire
qu’une image du salon dans la pénombre, la télévision même
pas au centre de l’image, mais Pierre Desproges dans l’écran
de la télévision tout de même. Que s’est-il produit dans ma
tête en cet instant pour qu’il se fige ainsi?
A la limite, peu importe. L’essentiel est que
cela m’a conduit à acheter à la Fnac de
Nancy le Dictionnaire superflu à l’usage de
l’élite et des biens nantis.
J’ai ouvert le livre un mercredi après-midi, place Carnot, en
attendant un bus. Ce jour-là, pour la première fois, je me suis
retrouvé à rire de manière incontrôlable en public, seul, un
peu honteux mais pas assez pour m’arrêter. Il m’avait suffi de
lire la page entière consacrée à «quadrumane»: «Qui a quatre
mains. Exemple: le rossignol n’est pas quadrumane.» Sous mes
yeux se déployait un territoire humoristique insoupçonné.
Je tombais amoureux de l’art de monter puis casser des phrases comme on assemble soigneusement un château de cartes
avant de l’aplatir d’une main rageuse. A mes yeux, ce livre ridiculisait aussi bien l’humour que l’on nous vendait aux Enfants
de la télé que la littérature que l’on nous enseignait en classe.
LE PORTRAIT
Lycéen petit-bourgeois légèrement complexé, cliché triste
mais réel, je m’étais trouvé un modèle: un homme pas particulièrement beau mais qui séduisait grâce à l’écriture et l’humour, deux choses par lesquelles je pensais moi-même pouvoir exister socialement. J’en viendrais assez vite à remplir
un blog de textes singeant le style Desproges, à apprendre des
extraits entiers, à retenir des formules parfois sans m’en rendre compte. Je m’en suis tant imprégné qu’il m’est encore impossible de lire ou d’entendre des mots comme «cohabite»
sans que cela m’évoque «le cri d’amour du crapaud», d’utiliser
des points d’exclamation sans me souvenir que leur«dessin
bital et monocouille ne peut qu’heurter la pudeur» ou de voir
un cintre sans me sentir immédiatement menacé.
J’ingérais beaucoup. Trop, peut-être, car je digérais mal. J’ai
fait du grand entretien de Pierre Desproges avec Yves Riou
et Philippe Pouchain l’équivalent d’un petit manuel de savoirêtre desprogien. J’ai cru pour de bon avoir trouvé en lui une
sorte d’alter ego en l’entendant évoquer la toxicité masculine:
«Quand j’étais gamin, c’était au point que le fait de ne pas me
sentir bien avec les footballeurs, par exemple, me donnait l’impression d’être anormal. D’ailleurs, ça a continué au service militaire. Quand je ne participais pas aux concours de pets, je me
faisais traiter de pédé.»
L’ennui, c’est que, par souci
de cohérence, je n’ai fait
Exercices de
aucun tri dans l’entretien.
fascination. A la
J’ai tout pris en vrac alors que
première personne du
Desproges lui-même, même
singulier, des
s’il s’y livre comme jamais, y
journalistes de Libé
est parfois de mauvaise foi.
détaillent leur
J’ai donc cru que je devais déenthousiasme pour
tester toute forme d’engagedes personnages
ment politique, cultiver une
disparus qui les ont
sorte de mépris apparent
émus, inspirés ou
pour le reste de l’humanité,
même déstabilisés.
ériger en mode de vie la provocation pour la provocation.
Cela me conduirait à faire, une ou deux fois, des saluts nazis
dans la cour du lycée, seulement pour prouver à des camarades que je ne connaissais aucune limite.
Où se trouve, dans cette histoire, la part de ce qui résidait réellement au fond de moi et de ce à quoi je me suis conformé, y
compris contre ce que je pourrais appeler ma «nature»? Je serais bien en peine de trancher. Toujours est-il qu’arrivé à la
faculté de lettres de Nancy, ma politisation à gauche, que je
dois à des profs bourdieusiens, est entrée en conflit avec mon
desprogisme. C’est la première qui l’a emporté, peut-être bien
le jour où, pour la première fois, j’ai frissonné dans une manifestation – ces rassemblements auxquels Desproges disait
qu’il ne participerait jamais, même pas pour ses filles. Et puis
le temps passant, la vie avançant, j’ai progressivement cessé
de le regarder, de l’entendre, de le lire. A mesure que son nom
revenait dans les médias et les discussions, je découvrais que
je n’étais pas le seul à aimer Pierre Desproges, et cela m’éloignait de lui.
Plus tard, il y a eu les réseaux sociaux, où des personnes qui
n’avaient jamais eu accès aux médias pour livrer leur avis sur
l’humour, une absence d’autant plus scandaleuse que ces personnes, femmes, noires, arabes, juives, homosexuelles, transsexuelles (la liste n’est pas exhaustive), sont précisément les
cibles prioritaires de ce que l’on ose présenter comme drôle,
ont pris la parole. Je leur dois d’avoir totalement remis à plat
ma conception de l’humour au moment où, a contrario, Desproges devenait la figure totémique qu’on leur opposait. Combien de fois a-t-on vu invoqué à tort et à travers, par des gens
se croyant intelligents, le fameux «On peut rire de tout mais
pas avec tout le monde», qui n’est pourtant pas compliqué à
comprendre (mais encore faut-il le vouloir) ? Pour tirer des
phrases de leur contexte et faire des listes de «ce qu’il ne pourrait plus dire», parfois en lui attribuant au passage des choses
qu’il n’a jamais dites, et en l’érigeant en figure ultime du beauf
franchouillard, il y a du monde dans les médias et sur Internet.
Il y en a moins pour se souvenir qu’il trouvait «monstrueux»
qu’on «béatifie un clown». Finir par avoir très envie de détester
Desproges à cause des gens qui l’aiment (mal): voilà peut-être
la chose la plus desprogienne que j’aurai gardée des quelques
années où j’ai cheminé sous son regard, une photo de lui à son
bureau punaisée au mur de ma chambre. •
Par FRANTZ DURUPT
PHOTO HANNAH ASSOULINE . OPALE . LEEMAGE
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Libération Jeudi 30 Août 2018
S’EN
ĥ
ĢUNE?
ON
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Harry Potter et les
reliques de la mort - Partie 2.
Film fantastique. Avec Daniel
Radcliffe, Emma Watson.
23h20. Les experts. Série.
3 épisodes. Avec George Eads.
20h55. La saga Jackson,
histoire d’une famille
extraordinaire. Documentaire.
22h25. M. Pokora, à cœurs
ouverts. Documentaire.
21h00. Largo Winch 2. Film
d'action. Avec Tomer Sisley.
23h05. Chroniques
criminelles. Magazine.
FRANCE 2
FRANCE 3
21h00. Disparus. Téléfilm.
Parties 1. Avec Claire Borotra,
Vincent Perez. 22h30.
Disparus. Téléfilm. Partie 2.
FRANCE 5
CANAL+
ARTE
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. Sans issue. Thriller.
Avec Henry Cavill. 22h30.
Precious cargo. Téléfilm.
Avec Bruce Willis.
21h00. Alice Nevers. Série.
2 épisodes. 22h55. Alice
Nevers. Série. 2 épisodes.
21h00. Le maître d’école.
Comédie. Avec Coluche,
Josiane Balasko. 22h45. Un
pont trop loin. Film de guerre.
21h00. Le gendarme et les
extra-terrestres. Comédie.
Avec Louis de Funès, Michel
Galabru. 22h40. Le gendarme
en balade. Comédie.
W9
CHÉRIE 25
21h00. NCIS : Los Angeles.
Série. 2 épisodes. Avec Chris
O'Donnell. 22h30. NCIS : Los
Angeles. Série. 5 épisodes.
20h55. Agents secrets. Film
d'espionnage. Avec Vincent
Cassel, Monica Bellucci.
23h00. La vie en miettes.
Téléfilm. Avec Audrey Fleurot.
NUMÉRO 23
20h55. De vrais mensonges.
Comédie. Avec Audrey Tautou. 22h55. Ensemble, c’est
tout. Comédie dramatique.
M6
21h00. Pékin Express : la
course infernale. Jeu. Épisode
8 : la demi-finale. 23h15. Pékin
Express : Itinéraire bis. Div.
20h55. Diana : tragédie
ou trahison ?. Doc. 23h20.
Portraits de criminels. Doc.
C8
LCP/AN
21h00. Le cercle rouge.
Drame. Avec Alain Delon,
André Bourvil. 23h30.
L’armée française dans l’enfer
de la jungle. Documentaire.
20h30. Je reviendrai. Doc.
21h30. Droit de suite - Débat.
Débat. 22h00. Plaquages
ou une semaine dans la vie
d’un rugbyman du LOU. Doc.
JEUDI 30
Le temps redevient calme, avec pas mal de
grisaille dans un premier temps, avant le
retour d'éclaircies en fin de matinée. Temps
plus ensoleillé dans le sud-est.
L’APRÈS-MIDI Les éclaircies se généralisent,
avec de rares ondées des Pays de la Loire au
nord de la Seine et dans le nord-est. Les
températures sont proches des valeurs de
saison.
0,3 m/18º
Caen
Strasbourg
Paris
IP 04 91 27 01 16
IP
Toulouse
Montpellier
Marseille
Lyon
Toulouse
Marseille
0,6 m/19º
-10/0°
1/5°
6/10°
11/15°
8
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Livre de poche pour ne pas
perdre son latin II. Il fait de
l’ombre à la sienne III. Langue
vivante ; Mieux vaut ne pas
trop chercher leur compagnie
IV. Ce que l’on place à côté du
capo pour retrouver la clé ;
Changeas brusquement son
train de direction V. Plante
à bulbe VI. On la trouve à
l’intérieur de la coque ; Sur
le gong VII. Doublé, ce cri
devient cru ; L’excès de
vitesse est probablement
celui qui y est le moins
apprécié VIII. Homme canon ;
Faire pareil IX. Peu enthousiaste ; Brun X. Brunissant ;
Un petit noble XI. Grands
rassemblements
9
X
Grille n°1001
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Port en mer du Japon 2. Halo ; C’est contractuel, je dois glisser ce groupe
de temps en temps :-) 3. Elle surveille s’il y a quelque chose dans l’air ;
Repose sur (me) ; Cœur de pierres 4. Fellini l’a filmée dans une fontaine ;
Fait en Hollande ou en Angleterre selon le sens 5. Bivalve en vase ; Zone
tout sauf interdite 6. Dieu sémite ; Cherchera l’amour ; Comme autour du
premier 6. 7. Niais ; Piège à oiseaux 8. Terre en guerre 9. Réserves de voix
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. PORSCHE 64. II. ÉRODA. RTL. III. UBU. DOGE.
IV. GÉSIR. ORO. V. SMART. VI. OPEP. ÉSAT. VII. TOTEMS. HI.
VIII. 3D. RIAZAN. IX. OISILLONS. X. OURALIENS. XI. 8MILE. SÉE.
Verticalement 1. PEUGEOT 3008. 2. ORBE. PODIUM. 3. ROUSSET. SRI.
4. SD. IMPÉRIAL. 5. CADRA. MILLE. 6. RESALI. 7. ERGOTS. ZOÉS.
8. 6TER. AHANNE. 9. 4L. OBTINSSE. libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3757 MOYEN
7
PUBLICITÉ
Libération Medias
2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
◗ SUDOKU 3757 DIFFICILE
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31/35°
Solutions des
grilles d’hier
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Nantes
Paris
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FRANCE
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Bordeaux
Toulouse
Montpellier
Marseille
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Ajaccio
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MONDE
Alger
Berlin
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Madrid
New York
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35
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
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5
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Origine du papier : France
Soleil
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SUDOKU 3756 DIFFICILE
0,6 m/21º
16/20°
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9
Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
7
VI
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Bordeaux
1 m/22º
Nice
6
V
IX
Dijon
0,6 m/18º
Bordeaux
1 m/22º
Strasbourg
Orléans
Lyon
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Brest
Nantes
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III
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
Dijon
0,6 m/19º
VII
Lille
Orléans
Nantes
Principal actionnaire
SFR Presse
ABONNEMENTS
abonnements.liberation.fr
sceabo@liberation.fr
tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
Caen
Paris
IV
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
0,3 m/18º
Brest
3
II
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
Une perturbation s'approche du Finistère
par l'Atlantique, tandis que de rares ondées
sont encore possibles dans le Bassin
parisien. Le temps est instable entre les
Alpes du sud et la Haute Corse.
L’APRÈS-MIDI De petites pluies sont
possibles sur l'ouest de la Bretagne. Risque
d'ondée sur les reliefs de l'est, l'est des
Pyrénées et en Haute-Corse.
0,3 m/18º
2
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
VENDREDI 31
Lille
1
I
VIII
6TER
NRJ12
20h50. Elven – La rivière
des secrets. Série. 3 épisodes.
Avec Espen Reboli Bjerke.
23h00. Moi et mon monde.
Comédie. Avec Sabine
Timoteo.
0,6 m/19º
21h00. Lady Diana, 20 ans
déjà ! Qui est-elle vraiment ?.
Documentaire. 22h45. Il était
une fois le prince Harry et
Meghan Markle. Doc.
TMC
21h00. This is Us. Série.
2 épisodes. Avec Milo
Ventimiglia, Mandy Moore.
22h20. Better Things. Série.
3 épisodes. Avec Pamela
Adlon, Mikey Madison.
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
CSTAR
20h50. Des trains pas comme
les autres. Doc. 22h35. C dans
l’air. Magazine. 23h45. Vivre
loin du monde. Documentaire.
21h00. Secrets d’histoire.
Documentaire. Marie Stuart,
reine de France et d’Écosse.
Présenté par Stéphane Bern.
23h15. Complément
d’enquête. Magazine.
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
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