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Libération - 31 07 2018

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MARDI 31 JUILLET 2018
ET AUSSI NOS SÉRIES, DES JEUX
ET DE LA BD. CAHIER CENTRAL
www.liberation.fr
Bolloré
Autolib
jeté par
dessus
bornes
Musique
classique
Symphonies
en dope
majeure
PAGES 10-11
PAGES 20-21
Emmanuel Macron et Edouard Philippe en janvier. PHOTO DENIS ALLARD . REA
ÉTÉ
J’ai testé
«Valeurs
actuelles»
DENIS ALLARD
2,00 € Première édition. No 11562
AFFAIRE
BENALLA
Les motions de censure mises
au vote à l’Assemblée
ponctuent une séquence
néfaste pour Macron et pour
le bilan de sa première année.
PAGES 2-5
QU’ILS VIENNENT
ME CENSURER !
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Etranges institutions… Il est très
frappant que la première vraie
crise politique du quinquennat,
née à l’Elysée, mal gérée par
l’Elysée et dont les principales
conséquences concerneront
l’Elysée, se soldera politiquement –et temporairement avec
la trêve estivale– à l’Assemblée
nationale. Le chef de l’Etat peut
clamer un mardi soir à la Maison
de l’Amérique latine qu’il est «le
seul responsable» de l’affaire
Benalla, le mardi suivant, c’est le
Premier ministre qui est en première ligne pour répondre aux
deux motions de censure déposer par les oppositions de droite
et de gauches. Ainsi va la Ve République… Le résultat de ce vote
est évidemment acquis
d’avance: les Français se
réveilleront mercredi matin avec
Libération Mardi 31 Juillet 2018
ÉDITORIAL
Par
PAUL QUINIO
Climat
le même Premier ministre et le
même gouvernement. Mais la
politique n’est pas qu’une question d’arithmétique. Minimiser
l’événement serait une erreur.
Ni jour de gloire ni quart d’heure
warholien des oppositions, ce
mardi 31 juillet acte un changement de climat. En huit jours,
l’affaire Benalla a davantage fragilisé la majorité qu’une année
de débats intenses dans l’hémicycle sur ses réformes. Les errements d’un chargé de missions
à l’Elysée ont davantage fragilisé
le chef de l’Etat que des grèves
ou des manifestations à répétition. Les dix jours qui viennent
de s’écouler auront aussi démontré la fragilité du dispositif
politique autour d’Emmanuel
Macron. Comme lors des premiers couacs –affaire Bayrou,
affaire Ferrand– ni le parti
LREM, ni l’armée de députés,
ni les poids lourds du gouvernement n’ont joué leur rôle. Face
à des oppositions dans les
choux, c’était tenable. Maintenant qu’elles sont requinquées,
avec la rentrée en perspective
et des élections européennes
en juin, cela devient très
inquiétant pour le Président. •
Affaire Benalla
L’exécutif
saisi par
les motions
Présentées ce mardi à la tribune de l’hémicycle
par LFI, le PCF et le PS d’une part,
et par LR d’autre part, les deux motions
de censure viennent sanctionner le gouvernement
protégé par sa large majorité.
Par
JONATHAN BOUCHETPETERSEN et LAURE EQUY
M
ettre au vote la responsabilité du Premier ministre
et donc du gouvernement,
à défaut de pouvoir ébranler celle
du chef de l’Etat, cet intouchable.
Ce mardi, à la tribune de l’Assemblée nationale, Christian Jacob au
nom du groupe LR, et André Chassaigne au nom des insoumis, des
socialistes et des communistes,
défendront chacun leur motion de
censure. Un moment jamais anodin
et qui intervient après une folle
semaine où l’Elysée, pour avoir géré
avec ses pieds l’affaire Benalla (ce
fait divers pas si banal que ça), s’est
retrouvée confrontée à la pire crise
politique depuis le début du quinquennat. Certes les résultats des
votes de mardi seront sans
suspense au regard du rapport de
force politique: les groupes d’oppo-
sition rassemblent 219 voix sur 577.
Mais pour la droite et les gauches
comme pour le pouvoir, l’épisode,
épilogue d’une séquence parlementaire enfiévrée, n’a rien d’une formalité tant la tension est montée de
part et d’autre. Pour Edouard Philippe – concerné de très loin – ce
sera l’occasion de répondre présent
au côté du Président (lire page 3).
L’Assemblée baissera ensuite le
rideau mercredi pour une reprise
tout début septembre.
«Le Premier ministre ne veut pas
répondre [à la commission d’enquête], nous le contraignons par les
institutions, explique Jacob. Il y a
eu une vraie dérive au plus haut niveau de l’Etat et le gouvernement a
laissé faire alors qu’il était de sa responsabilité de stopper les choses.»
Deux motions de censure faute
d’une audition, en somme, les députés de gauche pointant aussi
«l’obstruction [des députés LREM]
au bon fonctionnement de la commission». Sur ce front, la vie de la
commission d’enquête de l’Assemblée, qui s’est constituée à chaud au
soir des premières révélations, aura
connu une tournure funeste dans la
foulée du show Macron, mardi à la
Maison de l’Amérique latine.
REFUS
Regonflés à bloc, les députés LREM
de la commission des lois, avec leur
présidente Yaël Braun-Pivet en tête,
ont sifflé la fin des auditions élyséennes. Tempête au Palais-Bourbon, où LR a joué la rupture
tapageuse avec la démission du
corapporteur Guillaume Larrivé
comme rampe de lancement de la
motion de censure déjà annoncée.
Et Gabriel Attal, zélé député macronien de crier à «l’instrumentalisation politique» et au «cirque» de
partis «sortis des radars», dénonçant cette «tentative de faire tomber
un gouvernement parce qu’un
chargé de mission a dérapé». Cette
autre députée LREM croisée vendredi verse, elle, dans la morgue :
«Vous avez vu la motion de censure
de LR ? C’est bourré de fautes d’orthographe, on dirait un mauvais PV
de gendarmerie.»
L’histoire retiendra le refus de la majorité présidentielle de convoquer le
secrétaire général de l’Elysée. Et ce
week-end dans le JDD, Yaël BraunPivet a de nouveau justifié cette dé-
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
u 3
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dans les détails. Au total, en
deux semaines, il aura répondu
à 17 questions parlementaires sur
l’affaire Benalla, selon le décompte
de Matignon. «Le Premier ministre
a été irréprochable», explique-t-on
dans l’entourage du chef de l’Etat à
la veille du grand oral d’Edouard
Philippe devant l’Assemblée. Même
l’agacement présidentiel naissant
face à la cote d’amour d’Edouard
Philippe chez les maires LR semble
dissipé. En réalité, même si le Premier ministre a été de toutes les
réunions de crise du premier weekend, cette affaire atteint le premier
cercle macroniste. Ces «Mormons»
qui ont fait la campagne avec Macron dont Philippe n’a jamais fait
partie. Il s’est prudemment tenu à
l’écart sur le fond, s’échappant
même vers les routes du Tour de
France pour réaliser «un rêve d’enfant». Son déplacement n’était pas
sur commande présidentielle et
Matignon a même pensé à l’annuler
vu la tourmente. «Mais on a décidé
que la vie des Français devait continuer et que lui avait été assez “enfermé” rue de Varenne», entre les
évaluations des ministres et les arbitrages budgétaires, explique un
de ses conseillers.
Tétanie. De fait, la mitraille poli-
A l’Assemblée
nationale,
le 24 juillet.
PHOTO
FRÉDÉRIC
STUCIN
cision en affirmant que l’audition
d’Alexis Kohler jeudi n’avait rien apporté de nouveau. Comme si ça
n’était pas justement lors de sa
deuxième audition, au Sénat, que le
directeur de cabinet de Macron, Patrick Strzoda, déjà interrogé à l’Assemblée, avait fini par dire que
Benalla avait été payé pendant sa
«suspension». Au sein de la Chambre
haute, où la commission d’enquête
est présidée par Philippe Bas (LR),
aussi placide que pointu, et où la
droite est majoritaire donc maîtresse
du jeu, les auditions vont continuer.
Et ça pourrait durer. Le Palais du
Luxembourg s’est en effet offert la
possibilité d’œuvrer six mois durant,
quand l’Assemblée a d’emblée borné
son travail à un mois. Alors que Christophe Castaner sera auditionné
mardi en tant que patron d’En marche (lire pages 4 et 5), Philippe Bas
n’exclut plus d’auditionner Benalla
lui-même, possibleSuite page 4
Philippe au front,
Macron en toile de fond
Depuis
le déclenchement
de l’affaire Benalla,
le Premier ministre
a répondu
à 17 questions
au Parlement,
jouant
parfaitement
son rôle
de bouclier.
S
ur toutes les images, Edouard
Philippe se marre. Cela fait
partie du personnage, mais
Emmanuel Macron est en plein
stand-up devant la majorité réunie
à la Maison de l’Amérique latine
mardi dernier, et le Premier ministre
goûte apparemment au discours
présidentiel, aussi guerrier soit-il.
«Les valeurs qui nous ont conduits
là, ce n’est pas la République des fusibles, ce n’est pas la République de la
haine, celle qui fait trinquer un fonctionnaire ici, un collaborateur là»,
vitupère le chef de l’Etat. Pas de
«République des fusibles». Soit, en filigrane, un satisfecit présidentiel
implicite et un renouvellement de
bail explicite après une année dense
en polémiques se terminant par le
feu d’artifice Benalla.
Grand oral. Depuis le début de
l’affaire, Philippe a tout du paratonnerre. Dès le lendemain de la parution de l’enquête du Monde et alors
que les ministres ont reçu la
consigne de l’Elysée de ne faire
aucun commentaire, c’est le Premier ministre qui se coltine la
colère de l’opposition, au Sénat.
«Cette affaire est aux mains de la
justice et c’est très bien ainsi», déclare-t-il posément, refusant d’entrer
tique est venue d’un trio de macronistes pur jus, de Castaner à Griveaux en passant par Schiappa, les
poids lourds de l’équipe gouvernementale restant à l’écart. «Cela donnait le sentiment que le petit clan de
la campagne présidentielle se refermait sur lui-même, analyse à froid
un conseiller ministériel. Il aurait
fallu faire tout l’inverse: monter une
stratégie de com avec tout le monde.
Mais pour sortir dans les médias, il
faut avoir quelque chose à dire. Et
là, on n’avait rien.» Ce qui n’incite
pas à partir au feu, même pour
essayer de l’éteindre. L’interview de
Bayrou appelant au calme a
d’ailleurs souligné, en creux, cette
absence de cador en première ligne,
une faiblesse du macronisme.
Entre le Président et le Premier ministre, même si Emmanuel Macron
a mis les bouchées doubles passée
la tétanie initiale, on est loin de l’incongruité de l’époque SarkozyFillon, où le premier occupait tout
l’espace et le second se planquait.
Pour le sénateur marcheur François
Patriat, «il y a d’un côté le respect de
Macron pour son Premier ministre
et de l’autre l’élégance de Philippe
qui reste dans son rôle». D’où des
cotes sondagières totalement liées,
clouées au plancher pour l’instant:
les 80 km/h ont fait reculer Philippe
au printemps, Macron accuse le
coup au creux de l’été avec l’affaire
Benalla. Sans l’esquiver, le Premier
ministre, qui a bossé son discours
ce week-end au Havre, a l’intention
de «replacer l’église au cœur du village» mardi, une des expressions fétiches de la majorité pour dire qu’il
faut recentrer le débat sur les vraies
priorités. «Il veut remettre l’affaire
à sa juste mesure, se confronter aux
oppositions et parler du boulot effectué depuis un an, fait valoir un de
ses proches. En vrai, c’est une occasion en or qui nous est présentée.»
LAURE BRETTON
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4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 3
ment à la rentrée. S’il craignait au départ un télescopage avec le calendrier judiciaire,
le riche calendrier médiatique de l’intéressé a changé la donne. La commission de l’Assemblée devrait, elle,
conclure ses travaux avortés par un
rapport de sa seule présidente LREM.
Mais depuis ce week-end, tous les esprits sont maintenant tournés vers
cette journée de mardi, où deux motions de censure sont soumises au
vote des députés. Ce n’est pas si courant et même une première depuis
plus de quarante ans. Une preuve,
une de plus, de la fin du bipartisme
parlementaire.
CONTRE-ATTAQUE
Pour les gauches, réussir à se mettre
d’accord et déposer une motion commune n’a pas été chose aisée, même
si sans union, personne n’aurait eu
les troupes nécessaires pour agir
seul. Mélenchon y a illico vu, peutêtre un peu vite, l’acte fondateur
d’une nouvelle union de la gauche
derrière lui, quand les socialistes
martèlent qu’il s’agit d’un acte circonstancié. Les gauches ont surtout
évité une désunion qui aurait
conduit au seul vote de la motion
portée par LR. «La motion de censure
a une vertu, celle de rappeler que le
groupe LR est seul à pouvoir la déposer sans le renfort d’autres groupes»,
fanfaronne un député de droite,
avant de reconnaître volontiers :
«Elle a une limite… C’est qu’on ne va
pas gagner !»
Alors que la majorité En marche est
en mode contre-attaque –après avoir
subi pendant les premiers jours de
l’affaire Benalla–, un arc LR-socialistes-LFI-communistes aurait été une
cible facile : une opposition tutti
frutti aisément caricaturable en alliance politicienne de circonstance
dont le seul projet commun serait
d’empêcher Macron. A LREM, les éléments de langage étaient déjà partis
pour dénoncer ces «séditieux». Reste
que la majorité se retrouve prise en
tenaille entre LR et un bloc de gauche
Libération Mardi 31 Juillet 2018
rassemblé –le Rassemblement national (ex-FN) a annoncé qu’il votera les
deux motions, histoire de se revendiquer, comme LREM, au-delà du si
vieux clivage gauche-droite…
Sur le terrain de l’opinion, où se joue
une partie de la capacité de l’exécutif à réformer, les premières études
portant sur le mois de juillet ne
montrent pas de décrochage spectaculaire pour Macron. Chacun glosant, en fonction de son bord, sur
deux points de hausse ou un point
de baisse. Il est trop tôt pour mesurer l’impact durable de l’affaire
Benalla sur la popularité mais surtout l’image d’Emmanuel Macron.
Ce qui est notable, au moins dans
l’étude de Harris Interactive publiée
vendredi, c’est le net décrochage à
droite. Dans l’équation politique de
Macron, ce n’est pas rien. Jusqu’à
présent, c’est sur ce champ de l’échiquier que le Président a assis sa popularité et une bonne part de son
crédit réformateur, quand beaucoup
des électeurs de gauche ayant voté
pour lui ont déjà pris leur distance.
Au gré des orientations économiques du «président des riches» et
même des «très riches» selon le mot
cruel de François Hollande, mais
aussi face à la très rigide politique
de Collomb à l’égard des migrants.
Pour Macron, le vrai test sera à la
rentrée. Quand il s’agira d’ouvrir
pour de bon le dossier explosif des
retraites et quand la réforme constitutionnelle, dont l’examen a été
reporté au début de la tempête
Benalla, fera son retour à l’Assemblée. Sans parler des lois agriculture
et Pacte. Dans l’opinion publique,
comme dans les oppositions parlementaires, que restera-t-il de cette
folle semaine au sortir du mois
d’août ? Car chacun l’imagine et
beaucoup l’espèrent, l’intensité politico-médiatique du feuilleton va,
sauf nouvelle révélation massue, aller decrescendo.
RÉVÉLATEUR
Quel sera l’impact politique de ce qui
n’est ni un simple fait divers ni l’affaire des affaires, mais un révélateur
de la gouvernance Macron, comme
l’a souligné Julien Dray lundi dans
Libération? S’il s’agit d’une «tempête
dans un verre d’eau», comme l’a affirmé Macron, elle a quand même
fait de sacrés remous et conduit pas
mal d’acteurs à tenter de surfer sur la
vague. On peut surtout se demander
si, comme l’espèrent les oppositions,
le sentiment d’un deux poids deux
mesures au profit de Benalla puis la
gestion à la petite semaine du scandale, va altérer la présidentialité du
chef de l’Etat et limiter sa capacité à
demander des efforts aux Français.
A fortiori dans une conjoncture économique où le miracle Macron ne
saute pas aux yeux, d’autant plus que
la scène européenne, otage des égoïsmes nationaux, ne lui permet pas
de briller davantage.
Quant aux oppositions, difficile de
dire si elles ont marqué des points.
Légitime pugnacité ou navrante obstruction ? Autant de questions auxquelles les enquêtes du moment ne
peuvent répondre. En l’état, la première force du macronisme reste en
tout cas la faiblesse de ses adversaires. Avis aux oppositions. •
UNE NOUVELLE VIDÉO ACCABLANTE
C’est un nouvel élément à charge dans les investigations qui visent
Alexandre Benalla et Vincent Crase. Sur des images révélées par
Mediapart et France Info, tournées dans le Jardin des plantes
le 1er Mai, le duo isole un homme en entravant ses bras. Libé avait
révélé que les deux compères étaient déjà actifs à ce moment-là
de la manifestation. CAPTUTRE D’ÉCRAN MEDIAPART-FRANCE INFO
Vincent Crase, la sécurité corps et arme
Le parcours de l’acolyte
d’Alexandre Benalla lors
des manifestations du 1er mai
comporte des zones d’ombre.
C
e 1er Mai, il est environ 14 heures lorsqu’une luxueuse berline noire entre
dans la cour de la préfecture de police
de Paris, sur l’île de la Cité. Le véhicule de la
flotte de l’Elysée franchit sans encombre le
poste de contrôle. Au volant, Alexandre
Benalla, alors adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron. Sur le siège passager, son
compère Vincent Crase, agent de sécurité d’En
marche. Les deux hommes sont accueillis par
le major Philippe Mizerski, un habitué des manifestations, qui va leur servir de poisson-pilote toute la journée. Le rendez-vous a été convenu quelques jours plus tôt avec le seul
Benalla. Intrigué, le major l’interroge donc sur
la présence de Vincent Crase. Un simple «collaborateur», le rassure Benalla. Sans chercher
à en savoir davantage, le gradé les accompagne à la salle de commandement, au sous-sol
du bâtiment, d’où est pilotée toute l’opération
de maintien de l’ordre. Dans la foulée, Benalla
et Crase sont conduits au cœur du dispositif
policier, au plus près des affrontements.
Place de la Contrescarpe, Crase, facilement reconnaissable à son crâne rasé, prend une part
active à l’interpellation qui va mettre le feu à
l’Elysée. C’est lui qui se charge de conduire
derrière la ligne de CRS le jeune homme qui
recevra plusieurs coups portés par Benalla.
Après avoir tiré le manifestant par le col, Crase
le menace d’un coup à hauteur du visage, puis
le traîne sur les pavés. Comme l’a révélé Libé,
le quadragénaire est aussi impliqué dans une
autre interpellation, trois heures plus tôt, dans
le jardin des Plantes, qui a donné lieu, lundi,
à l’ouverture d’une nouvelle enquête. Equipé
cette fois d’un brassard «police» autour du
bras, Crase donne des ordres à un groupe de
manifestants. Quelques secondes plus tard,
on aperçoit Benalla pointer du doigt la jeune
femme qui filme la scène. Puis tout devient
flou. La manifestante hurle tandis que son ami
est violemment plaqué au sol. Il sera interpellé
et placé deux jours en garde à vue avant d’être
relâché sans la moindre poursuite. Lundi soir,
Mediapart et France Info ont publié une nouvelle vidéo prise au Jardin des plantes, dans
laquelle on voit Crase et Benalla, portant l’un
comme l’autre un brassard «police» et interpellant un autre manifestant (lire ci-dessus).
Directement impliqué dans ces trois interpellations, Crase est jusque-là resté très discret.
Depuis sa mise en examen le 22 juillet, notamment pour «violences en réunion» et «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique»,
il ne s’est pas exprimé publiquement. Ni lui ni
son avocate n’ont souhaité répondre à nos
questions. Pas plus que la direction d’En marche et son président, Christophe Castaner, qui
doit être auditionné ce mardi au Sénat.
«Se mettre au vert»
Officier de réserve de gendarmerie pendant
des années, Crase a aussi baroudé dans la sécurité privée. Selon nos informations, il a décroché en 2013 une première carte professionnelle de détective privé auprès du Conseil
national des activités privées de sécurité (Cnaps), l’organisme qui délivre les autori-
sations. L’année suivante, il obtient une nouvelle carte de «protection physique des
personnes» qui lui permet cette fois d’exercer
comme garde du corps. Cette dernière casquette lui vaudra d’être recruté en 2016 par En
marche aux côtés de son ami Benalla. Les
deux hommes, qui fondent la même année
une éphémère Fédération française de la sécurité privée, ne se quitteront plus jusqu’aux événements du 1er mai. Le soir même, la vidéo circule sur les réseaux sociaux. «Regarde, c’est
Alex et Vincent!» s’exclame-t-on dans les couloirs d’En marche. Mais aucune sanction n’est
prise. On demande simplement au salarié de
«se mettre au vert» quelque temps.
Du côté du commandement militaire de l’Elysée, en revanche, la sanction est immédiate.
Comme il l’a fait savoir devant la commission
d’enquête de l’Assemblée, le général Eric BioFarina décide d’exclure «quasi immédiatement» Vincent Crase, qui a rejoint en novembre 2017 la garde républicaine de l’Elysée en
tant que réserviste. Etait-il pour autant autorisé à participer comme observateur aux opérations de maintien de l’ordre? «Absolument
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Des auditions à la chaîne
Le Sénat a continué
d’entendre des personnes
toute la journée de lundi,
et doit poursuivre ce mardi
avec Castaner.
P
resque deux semaines après l’éclatement de l’affaire Benalla, les points les
plus épineux commencent à être circonscrits. Conséquence, les auditions devant
les commissions d’enquête, surtout au Sénat
après le naufrage à l’Assemblée nationale,
avancent à petits pas et se concentrent sur ces
angles morts. Les gros poissons ayant été
entendus dans les premiers jours, ce sont désormais aux numéros 2 ou 3 de chaque institution d’apporter un éclairage, qui ne diffère
guère de la parole des grands chefs.
Sur la relation entre le chargé de mission de
l’Elysée, Alexandre Benalla, et le ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, par exemple :
quelle était leur proximité? Collomb avait assuré le connaître mais sans plus. Sa version a
été confirmée lundi matin. «Il le connaissait
de vue, il ne connaissait ni son nom, ni son prénom, ni ses fonctions», a déclaré sous serment
le chef de cabinet du ministre de l’Intérieur
après avoir été celui du maire de Lyon, et
ancien directeur de campagne de Macron,
Jean-Marie Girier. Un microépisode fait
l’objet de nombreuses spéculations : le soir
du 1er Mai, jour où Benalla a molesté un manifestant, Gérard Collomb lui a-t-il fait une accolade lorsqu’il l’a vu à la préfecture de police?
pas […]. Il a agi de son propre chef», a précisé
Bio-Farina. Lorsque l’affaire éclate, mi-juillet,
les images choquent d’autant plus que Crase
apparaît armé sur les nombreuses photos et
vidéos qui circulent. Pourtant, comme l’avait
révélé Libé, le salarié de LREM n’a aucune
autorisation de port d’armes, ce qui lui vaut
d’être aussi mis en examen pour «port prohibé
d’arme de catégorie B» (armes à feu). Dans son
rapport, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) précise qu’il bénéficiait d’une
autorisation dans le cadre de la campagne présidentielle, mais que celle-ci est «caduque»
depuis juin 2017. «Aucune demande de prolongation n’a été sollicitée», précise le rapport.
Stand de tir
Avant d’être reconnu publiquement, Crase a
retrouvé le petit bureau de la sécurité d’En
marche. Selon un proche, il a effectué quelques sorties «en protection de Christophe Castaner, avec son arme à la ceinture.Il avait un
vrai sentiment d’impunité». Avec un autre
agent de la petite équipe «sécu» dirigée par
Pierre-Yves Baratier, ex-militaire reconverti
dans la sécurité, Crase s’entraîne depuis quelques mois dans un stand de tir privé à Paris,
Tir 1 000, dans le XIIIe. Quel était le statut
exact de Crase à En marche? Selon nos informations, l’ex-officier de gendarmerie ne dis-
pose d’aucune habilitation de dirigeant de société de sécurité privée. La seule entreprise
qu’il a fondée, spécialisée dans le conseil, ne
lui permet aucunement d’intervenir sur l’opérationnel: il peut être salarié comme agent de
sécurité, mais n’est absolument pas autorisé
à sous-traiter ses services comme prestataire.
C’est pourtant bien ce qu’il semble avoir fait
lors de la campagne, selon deux factures
adressées à En marche et contenues dans les
MacronLeaks. Selon ces documents datés
de février et mars 2017, la nature des prestations de Crase pour le parti, payés 12289 euros,
ne souffre guère d’ambiguïté: «gestion du dispositif de sécurité», «sécurisation du QG», «sécurisation des déplacements». En juin 2018,
Crase a bien adressé une demande d’agrément
dirigeant au Cnaps, refusée en raison d’un
dossier incomplet. Benalla, qui a fait la demande au même moment, a de son côté obtenu son agrément en juillet, quelques jours
avant que l’affaire n’éclate. Existe-t-il un lien
entre cette demande et le projet de réforme de
la sécurité présidentielle, dans les tuyaux depuis quelques mois? Avant les événements
du 1er mai, Crase se targuait auprès de ses proches de rejoindre «l’Elysée à la rentrée». Un
projet désormais contrarié.
EMMANUEL FANSTEN
et ISMAËL HALISSAT
Oui selon le Canard enchaîné, qui cite une
note de la préfecture. Non, selon Collomb et
son chef de cabinet, qui l’a dit lundi devant les
sénateurs. De même, le ministre de l’Intérieur
a affirmé qu’il ignorait les fonctions exactes
du chargé de mission.
Autre nœud identifié par les parlementaires:
l’arme de Benalla. Tandis que les responsables
policiers se relaient pour certifier qu’il n’avait
aucun rôle dans la protection opérationnelle
du chef de l’Etat –sa mission étant de «coordonner» différents services lors de ses déplacements– pourquoi disposait-il d’une autorisation de port d’arme, délivrée par la
préfecture au titre d’une «mission de police»?
Le chef du Groupe de sécurité de la présidence
de la République (GSPR), n’a pas su l’expliquer, répétant, gêné : «Je n’ai jamais vu
Benalla avec une arme dans les déplacements
du président de la République, qu’ils soient officiels ou non.» Le chargé de mission a dit le
contraire dans son interview sur TF1: «J’ai été
armé sur des déplacements privés du Président.» Son arme, un «glock 43», n’est pas en
dotation au GSPR, a précisé le gradé Lionel Lavergne, renvoyant aux déclarations de Benalla
dans la presse, dans lesquelles il affirme l’avoir
achetée sur ses deniers. Le chef du GSPR a
aussi contredit les syndicats de police et
Benalla à propos des relations tendues entre
le chargé de mission et l’équipe placée sous ses
ordres: «J’ai toujours entretenu d’excellentes
relations avec Benalla. Il était dévoué, réactif,
opérationnel.» Ce mardi à 8 heures, les
sénateurs entendront le délégué général
d’En marche, Christophe Castaner. P.Al.
L’été,
le monde
continue
de tourner.
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Alexandra Schwartzbrod
de Libération à 8h56
pour le Cahier d’été «J’ai testé»
Mercredi, jeudi, vendredi
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MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Julie
Gacon
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L’esprit
d’ouverture.
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MONDE
6 u
Libération Mardi 31 Juillet 2018
A 70 kilomètres au nord
d’Abéché, en 2016, une
femme tient dans ses bras
son enfant malnutri.
PHOTO FRÉDÉRIC NOY.
COSMOS
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Lac
Tchad OUADDAÏ
NIGERIA
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SOUDAN
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200 km
TCHAD
«La malnutrition dit tous
les maux de notre société»
Dans le Ouaddaï, région de l’Est épargnée par les conflits,
des dizaines de milliers d’habitants souffrent de la faim, que
les ONG limitent avec la distribution d’une pâte énergétique,
la Plumpy’Nut. Mais ce produit est en partie détourné pour
approvisionner le marché noir et satisfaire des superstitions.
Par
CÉLIAN MACÉ
Envoyé spécial au Tchad
U
ne fillette a creusé un trou dans
le sable humide de l’oued. Il a
plu au Soudan, en amont, et la
rivière a coulé la veille. La petite paysanne sait qu’il reste de l’eau cachée
sous la surface. Elle remplit un bol en
inox et boit à petites gorgées, accroupie.
Pendant la saison du labour, beaucoup
de familles campent à côté de leurs
champs. Loin des forages d’eau potable,
souvent loin des puits, aussi. Autour de
l’enfant solitaire, des collines de pierre,
du sable, des acacias et des éperviers.
Les terres du Ouaddaï, dans l’est du
Tchad, ont l’aridité caractéristique du
Sahel. La saison des pluies est une bénédiction pour les champs et les pâturages. Mais elle est en même temps, en attendant la récolte, la période la plus
dure. Celle où la faim tue. Parfois directement, plus généralement en épuisant
les organismes jusqu’à les rendre vulnérables aux maladies, aux fièvres, aux infections.
Trente kilomètres au nord de l’oued, un
centre de santé a été construit sur un rocher, petit cube de béton de deux pièces
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
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Plumpy’Nut, une pâte énergétique à
haute valeur nutritionnelle utilisée depuis plus de vingt ans dans la lutte contre la malnutrition, partout dans le
monde. Sa consommation est aisée et ne
nécessite pas d’hospitalisation, permettant d’augmenter considérablement le
nombre d’enfants traités. L’Unicef fournit le centre de santé d’Abouglène. Cette
semaine-là, le stock est presque vide: on
distribue des demi-rations aux familles.
Abdel Fata Ibrahim a repris 500 grammes en un mois, atteignant 6,1 kilos. Son
«poids cible», celui à partir duquel il
pourra sortir du programme, est
de 6,9 kilos, indique sa fiche d’admission. Mais avec cette rupture de Plumpy’Nut, il ne «va pas progresser», constate un aide-soignant, en regardant la
forme de l’enfant endormi sous le voile
rouge de sa mère. Cinquante kilomètres
plus au sud, Félix Djembonnoudi Koualao, 32 ans, est responsable du centre de
santé d’Arkoum, auquel sont «rattachés»
25 villages. Cela fait un mois que cet infirmier est à court de Plumpy’Nut, alors
que 61 enfants étaient inscrits au programme de nutrition. «Les mères ne
viennent plus car elles savent que je ne
peux rien leur donner», dit-il d’une voix
fatiguée – dans la nuit, une jeune fille
de 17 ans a accouché de triplés dans la
pièce d’à côté.
Depuis un an qu’il a été envoyé dans
cette bourgade isolée du Ouaddaï, à
six heures de route d’une voie asphaltée,
Félix Djembonnoudi Koualao s’est retrouvé à trois reprises en rupture de
Plumpy’Nut. «Parfois, cela dure plusieurs mois. Parfois aussi, je reçois des
cartons qui devraient contenir 150 sachets et qui en contiennent 130.» La pâte
magique est la victime d’une absurde réputation. «Elle est très convoitée car on
lui prête le pouvoir de faire durer au lit,
explique très sérieusement la cheffe de
mission de l’ONG Première urgence internationale au Tchad, Fabienne Mially.
Scientifiquement, la légende n’a aucun
fondement. Mais des cas de détournement de Plumpy’Nut ont été signalés
dans plusieurs régions, et c’est un cassetête de contrôler l’approvisionnement.»
A Abéché, la grande ville de l’Est tchadien, les sachets sont revendus au marsans eau ni électricité posé en surplomb ché noir à 200 ou 250 francs CFA pièce,
du village d’Abouglène. Une dizaine de soit 35 centimes d’euros. Une semaine
femmes sont assises à l’ombre d’un de ration équivaut à 5 euros, le salaire
auvent en tôle. Abdel Fata Ibrahim, d’une bonne ou d’un ouvrier agricole.
9 mois, cheveux bouclés, a une réglette «Les mères de famille donnent parfois le
souple autour du bras. Le ruban indique Plumpy’Nut à leur mari plutôt qu’à leur
10,9cm. Le bébé souffre de malnutrition enfant. Quand c’est la seule ressource de
aiguë sévère, sa vie est conla famille, en pleine famine,
sidérée comme menacée.
REPORTAGE elles peuvent être aussi ten«C’est ma quatrième visite,
tées de partager la dose,
explique sa mère, Aloua. Il avait la diar- comme le veut notre tradition, ce qui est
rhée, il pleurait la nuit, il avait mal au contre-productif, se désespère Félix. La
ventre, alors je suis venue. Il faut mainte- malnutrition n’est pas toujours considénant être ici chaque mardi, c’est le jour rée comme une maladie ici, mais comme
du suivi.»
un mal mystique.» Depuis que l’infirmier est en poste, deux enfants qu’il sui«Poids cible»
vait sont morts. «Cela coûte cher de faire
Elle a fait le trajet jusqu’au centre de la route jusqu’à Adré, où se trouve l’hôpisanté avec son âne. Abdel Fata Ibrahim tal le plus proche. Certaines familles
est son septième enfant, il prend encore n’ont pas les moyens.» L’Etat tchadien
le sein et Aloua dit compléter son ali- non plus. Les rares structures de santé,
mentation avec de la bouillie. Elle ne sous-dimensionnées, sont exsangues,
connaît pas son âge à elle. «De toute fa- leurs armoires de médicaments à moitié
çon, la pauvreté nous rend toutes vieilles, vides, le personnel peu formé, mal payé
rit-elle en désignant les autres mères. Je et débordé. Le budget de la santé publin’ai plus de mil car les crickets ont tout que a fondu de moitié entre 2013 et 2017.
dévasté l’an dernier. Nous avons vendu Les ONG tentent de pallier les insuffile bétail. Il nous reste des arachides mais sances du système national.
c’est la fin car nous allons planter les der- Arrivé au Tchad il y a quinze ans pour
nières ces prochains jours.» Aloua va re- travailler dans les camps de réfugiés
partir du centre avec sept sachets de fuyant la guerre du Darfour, Première
urgence internationale estime que la
priorité est désormais de soutenir le secteur médical tchadien. Paradoxalement,
grâce aux programmes des agences onusiennes et de leurs partenaires humanitaires, les sites qui accueillent les réfugiés soudanais sont aujourd’hui mieux
dotés que les centres de santé régionaux. L’hôpital d’Abéché est l’un des
meilleurs du pays. Il ressemble à un gros
entrepôt. Khadija Chaib, seize ans de
service, dirige le département de pédiatrie. Avec son cure-dent entre les lèvres,
elle fait le tour des patients et commente
les pathologies d’une voix sèche. Ce matin-là, 40 enfants mal nourris sont hospitalisés. «On arrive à l’époque du pic
annuel, pendant la période de soudure,
dit-elle, en crachant dans la cour intérieure du service. Nous avons ici les cas
les plus graves, ou avec des complications, qui nécessitent un traitement spécial.» Les familles des malades se pressent contre la grille du département.
Une employée racle le sol du patio. En
son centre, les eaux sales ne s’écoulent
plus, le tuyau d’évacuation est bouché.
Jachère abandonnée
Djiwérié Babikir a 2 ans, ses orbites sont
anormalement creuses. Elle dort avec la
main sur sa joue, des plaies boursouflent
ses lèvres –«une candidose», commente
Khadija. Sa maigreur est telle qu’on n’ose
l’effleurer. Elle ne prend pas le sein, ne
peut plus manger et la perfusion est trop
délicate. Les infirmières ont tenté de
l’alimenter par une sonde ce matin, mais
Djiwérié a une nouvelle fois vomi. Elle
est là depuis cinq jours. Sa mère, Madiné
Mahamat, vêtue et voilée de drap blanc,
a d’épais sourcils et un visage fin. Elle a
perdu son mari il y a quatre mois. «Il a
été tué par des coupeurs de route qui lui
ont pris sa moto, dit-elle dans un souffle
de voix, sans détacher les yeux de sa fille.
Je suis rassurée d’être ici car ils vont s’occuper d’elle, mais mon cœur est là-bas, au
village.» Les larmes dessinent un trait
foncé sur ses joues. «Chaque année, le
nombre de cas augmente», explique le directeur de l’hôpital. Le retour de l’électricité fait bourdonner la clim de son bureau. «La malnutrition dit tous les maux
de la société tchadienne. L’éducation,
l’hygiène, la démographie, l’économie, la
culture, etc.» Depuis quatre ans, son établissement ne reçoit plus aucune subvention de l’Etat. Il dépend entièrement
des dons de l’étranger, en particulier de
la France, qui a décaissé 180000 euros
l’an dernier.
Hadjer Hadid signifie «montagne de
fer». Le village, à quatre heures de route
d’Abéché, est adossé à un mamelon de
pierre noire, que les Chinois sont venus
explorer il y a quelques années. Ils ont
estimé que les quantités de minerai
étaient trop faibles. La montagne de fer
est restée. Sur une natte au pied de la
colline, Moustapha Bahit se frotte les
pieds. Il est le «petit frère du chef de canton», un notable respecté. Son téléphone sonne toutes les deux minutes.
Avec ses 15 hectares, il est peut-être le
plus gros propriétaire terrien d’Hadjer
Hadid. L’un des seuls en tout cas à louer
un tracteur pour le labour. Ses 21 enfants
mangent à leur faim et pourtant, il s’inquiète lui aussi de la progression de la
malnutrition dans le Ouaddaï. «La terre
est rare et très convoitée. Par-dessus le
marché, avec le changement climatique,
nos rendements sont de plus en plus faibles, explique l’agriculteur. Un homme
qui possède un champ doit le partager
u 7
entre ses dix enfants, qui le partageront
à nouveau entre leurs dix enfants. En
trois générations, la surface cultivable
est divisée par 100 !» La pression sur la
terre est telle que la pratique de la jachère est progressivement abandonnée,
appauvrissant encore les sols. «Il n’est
pas rare de faire cinq ou six heures de
route pour aller à son champ», explique
Moustapha Bahit. Lui a planté cette année des arachides, du sorgho, des haricots et du mil, dont certaines semences
précoces (qui poussent en deux mois au
lieu de trois ou quatre) offertes par Première urgence. «Mais
je sais que tous mes enfants ne pourront pas
être des cultivateurs
comme moi. Certains
sont à l’université. Je
veux qu’ils soient enseignants, médecins,
commerçants… Sans
l’éducation, le Ouaddaï est condamné à la
misère.» Sa région ne
connaît ni guerre, ni
terrorisme islamiste,
ni catastrophe naturelle spectaculaire.
Hors des radars médiatiques, elle attire
difficilement
les
bailleurs de fonds sus- Aloua mère de famille
ceptible d’aider l’Etat de l’Ouaddaï
tchadien ou de financer les activités des ONG. La crise alimentaire y est pourtant chronique.
«C’est le paradoxe, le Ouaddaï est dans
un entre-deux : pas assez dramatique
pour faire accourir la grosse cavalerie humanitaire en urgence, comme pour le lac
Tchad, mais pas assez stable pour initier
des projets de développement… D’autant
que ce n’est pas une région d’émigration»,
note un expert humanitaire à Paris. Plus
de 60 000 cas de malnutrition sévère
sont pourtant attendus cette année pour
cette seule région et près de 360000 sur
l’ensemble du Tchad. •
«De toute façon,
la pauvreté nous
rend toutes vieilles.
Je n’ai plus de mil
car les crickets ont
tout dévasté
l’an dernier. Nous
avons vendu
le bétail. Il nous
reste des arachides
mais c’est la fin.»
Les informés
de franceinfo
Du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
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8 u
MONDE
Libération Mardi 31 Juillet 2018
Le pape François a accepté la démission
de Mgr Philip Edward Wilson, archevêque australien condamné dans son pays à
un an de prison pour avoir couvert des actes pédophiles, a annoncé le Saint-Siège. Agé de 67 ans,
Philip Wilson, archevêque d’Adélaïde, avait été reconnu coupable d’avoir dissimulé les sévices commis dans les années 70 par Jim Fletcher, prêtre pédophile notoire. PHOTO DR
Arthur G.
Sulzberger,
un prince de
la presse face
aux invectives
de Trump
Powerful Family Behind The
New York Times, A.G. est
connu pour avoir dirigé le
«rapport d’innovation» du
New York Times. Publié
en 2014, ce document a servi
de pierre angulaire à la fructueuse stratégie numérique
du journal, et inspiré l’ensemble du secteur.
Dans une interview, Sulzberger a indiqué que l’entretien
avec Trump dans le Bureau
ovale avait été «cordial» et
qu’il avait eu l’impression que
le Président avait entendu
son argumentaire, même s’il
ne se faisait «pas d’illusion»
sur un changement radical de
son comportement. «Le Président lui a dit qu’il était satisfait qu’il ait soulevé ces questions et qu’il allait y réfléchir»,
écrit le New York Times.
Lors d’un entretien
censé rester
confidentiel,
le directeur du
«New York Times»
a averti le président
américain
des risques qu’il fait
peser sur les
journalistes en les
traitant d’«ennemis
du peuple».
Bêtes noires. Sans doute ir-
Cependant, Arthur Gregg
«A.G.» Sulzberger, le directeur de la publication, n’en
fait pas le même compte
rendu. Peu après le tweet de
Trump, le journal s’est fendu
d’un communiqué, rappelant qu’il existe une «longue
tradition de ce type de réunions», et que l’usage veut
que celles-ci restent «off the
record». Mais puisque le Président lui-même l’a rendue
publique, «A.G. a décidé de
répondre à la description
faite par le Président de leur
conversation, à partir de ses
Par
notes détaillées et de celles de
ISABELLE HANNE
James».
Correspondante à New York
Le patron du quotidien de référence, 37 ans, décrit comme
e rendez-vous, comme «mesuré» et «discret», afsouvent pour ce type firme que son «objectif prinde réunions, était cipal en acceptant cette rencensé rester confidentiel. contre était de soulever [s]es
Mais dimanche, c’est Donald inquiétudes au sujet de la rhéTrump lui-même qui a grillé torique anti-presse extrêmele «off» sur son compte Twit- ment troublante du Présiter : «J’ai eu une réunion ex- dent». «A.G.», qui a succédé
cellente et très intéressante au début de l’année à son
avec A.G. Sulzberger, le direc- père, Arthur Ochs Sulzberger,
teur de la publication du poursuit : «J’ai dit franchement au PrésiNew York TiL'HOMME
dent que je penmes, à la Maisais que son
son Blanche, réDU JOUR
discours n’était
vèle-t-il. Nous
avons passé beaucoup de pas seulement facteur de divitemps à parler des vastes sions, mais qu’il était de plus
quantités de fake news qui en plus dangereux. Je lui ai
sont publiées par les médias dit que bien que l’expression
et comment ces fake news se “fake news” soit fausse et nuisont métamorphosées en une sible, j’étais beaucoup plus
phrase, “Ennemi du peuple”. préoccupé par sa façon de caractériser les journalistes
Triste !»
La rencontre a eu lieu comme des “ennemis du peule 20 juillet et en compagnie ple”, a-t-il ajouté. Je l’ai préde James Bennet, qui dirige venu que ce langage incenles pages éditos, confirme la diaire contribuait à une
direction du New York Times. augmentation des menaces
L
A.G. Sulzberger, dans les locaux du New York Times en décembre. PHOTO D. WINTER. AP
contre les journalistes et allait
inciter à la violence.»
Le patron du New York Times
a également insisté sur le fait
que Trump était libre de critiquer la couverture de son administration. Les relations
entre les présidents et le quotidien sont rarement tendres.
Bill Clinton s’était plaint des
éditoriaux ; George W. Bush
avait, lui, convoqué les directeurs du journal pour tenter
d’empêcher (en vain) la publication d’une enquête sur
les écoutes de la National Security Agency (NSA).
«Dynastie familiale». A.G.
Sulzberger est le sixième
membre du clan Ochs-Sulzberger à diriger le journal de-
puis que le patriarche,
Adolph S. Ochs, a racheté le
journal, alors en faillite,
en 1896. «Je suis un fervent
défenseur de cette institution
et de sa mission journalistique», a-t-il déclaré lors de sa
nomination. Avant de prendre les rênes du journal, il a
été reporter au Providence
Journal et à The Oregonian,
puis a rejoint le New York Times en 2009, aux infos locales puis à la tête du bureau de
Kansas City.
Outre d’être le dernier rejeton
de la «dynastie familiale sans
doute la plus puissante de
l’Amérique du XXe siècle»,
écrivaient en 1999 Susan E.
Tifft et Alex S. Jones dans The
Trust : The Private and
«J’ai dit franchement au
Président que je pensais
que son discours n’était pas
seulement facteur
de divisions, mais qu’il était
de plus en plus dangereux.»
rité par le récit de Sulzberger,
Trump n’a pu s’empêcher
d’avoir le dernier mot. Dans
plusieurs tweets, le Président
a lancé de nouvelles attaques
contre la presse, l’accusant
d’être «antipatriotique» et de
«mettre des vies en danger, et
pas seulement celles de journalistes […] en révélant des
discussions internes de l’administration».
Dans sa croisade contre la
presse et les journalistes, Donald Trump a trois bêtes noires : le New York Times, accusé d’être «défaillant», le
Washington Post, propriété
du patron d’Amazon Jeff
Bezos, et la chaîne de télévision CNN. Lors de ses meetings, le public, galvanisé par
ses diatribes, scande souvent
des messages contre la presse
et exprime son animosité envers les journalistes, accusés
de propager des «fake news».
Le New York Times occupe
cependant une place spéciale
pour le Président, quelque
part entre fascination et répulsion. C’est le journal de sa
ville natale, celle où il a fait
ses affaires, et à qui il a accordé l’une de ses premières
longues interviews juste
après son élection.
La semaine dernière, devant
des anciens combattants
dans le Missouri, Trump a
sommé le public de «ne pas
croire les conneries qu’ils disent, les fake news». Alors que
le groupe de journalistes présents se faisait huer par la
foule, il a ajouté: «Ce que vous
voyez et ce que vous lisez n’est
pas ce qu’il se passe.» •
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u 9
Le groupe jihadiste Etat islamique a enlevé
une trentaine de femmes et d’enfants de la
minorité druze en Syrie lors d’un assaut sanglant
la semaine dernière dans la province de Soueïda.
Le 25 juillet, l’EI a lancé une série d’attaques coordonnées, dont des attentats suicides, qui ont fait plus
de 250 morts, l’un des bilans les plus lourds depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
Incendies: visite de Tsípras en catimini
Le Premier ministre grec,
Aléxis Tsípras, a effectué
lundi sa première visite sur
les lieux de l’incendie ayant
fait au moins 91 morts, alimentant de nouveau les critiques de l’opposition qui a
réclamé la démission des
responsables de ce drame.
Ayant prévenu très peu de
médias, Aléxis Tsípras est
resté «environ une heure»
sur place, selon ses services,
dans les localités de Mati et
Rafina, à une quarantaine
de kilomètres à l’est d’Athènes, une semaine après l’incendie le plus meurtrier enregistré dans le pays. «J’ai
visité les lieux de la tragédie,
j’ai discuté avec des citoyens,
ingénieurs, militaires et bénévoles. La douleur est sans
précédent, mais il faut
Aléxis Tsípras à Mati, lundi. PHOTO REUTERS
respecter ceux qui ont lutté
contre les flammes et qui
maintenant se battent pour
réparer» les dégâts, a écrit
Tsípras sur Twitter.
Critiquant son absence
sur les lieux du désastre
la semaine dernière, le
parti Nouvelle Démocratie
(conservateur) et les médias
d’opposition ont qualifié
cette visite secrète de «show
médiatique» dont l’objectif
était «d’éviter la colère des
habitants». Se faisant l’écho
du reste de son parti, Yian-
nis Kefaloyannis a réclamé
«la démission» des responsables de la gestion opérationnelle du feu, voire du gouvernement.
«Les gens ont fui sur la plage
à partir de 18 heures. Pourquoi a-t-il fallu attendre
22 heures pour voir arriver le
premier bateau venu secourir les gens dans l’eau? Et ce
n’était même pas un bateau
des garde-côtes, ce sont des
pêcheurs», a déploré vendredi un des rescapés. Sur la
même ligne, les critiques
font rage sur les réseaux sociaux. «Ce qui est une tragédie nationale c’est la manière
dont on vit», écrivait le journal AthensVoice, dénonçant
le problème des constructions illégales comme celles
qui existaient à Mati.
ZIMBABWE
CAMBODGE
Les Zimbabwéens votaient
en masse et dans le calme
lundi lors des premières élections générales depuis la
chute du président Robert
Mugabe en novembre. Vingttrois candidats sont en lice
pour la présidentielle, organisée en même temps que les
législatives et les municipales. «La participation est élevée», a annoncé lundi à la mijournée la présidente de la
commission électorale. Si
personne n’obtient la majorité absolue, un second tour
sera organisé le 8 septembre.
Le Parti du peuple cambodgien (PPC) du Premier ministre Hun Sen a annoncé
avoir «remporté l’ensemble
des sièges» au Parlement au
lendemain d’élections législatives entièrement contrôlées par le régime. La porteparole de Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie
européenne, considère que le
scrutin s’est «déroulé dans un
climat politique très restrictif» avec la dissolution de la
principale force d’opposition,
le Parti du sauvetage national
du Cambodge.
MH370, un rapport
détaillé qui ne dit rien
Rien. Un avion délibérément
détourné, mais des pilotes et
des passagers au-dessus de
tout soupçon. Pas d’indice de
défaillance technique, et
aucune trace de prise de contrôle de l’appareil à distance.
Même la piste d’une fumée
toxique créée par la présence
dans la soute de fruits exotiques et de batteries au lithium a été écartée. A la lecture des conclusions du
dernier rapport publié ce
lundi sur la disparition du vol
MH370, on se sent comme
une mouche coincée sous un
verre, se cognant sans fin
contre le plus grand mystère
de l’aéronautique.
L e 8 m a r s 2 0 14 , u n
Boeing 777 de la Malaysia
Airlines, monstre volant
bourré d’électronique, s’est
volatilisé avec 239 personnes
à bord. Dans un rapport
de 449 pages résumant quatre ans et quatre mois de recherches, les enquêteurs
détaillent le demi-tour intentionnel une heure après le
décollage de Kuala Lumpur,
les défaillances de la surveillance aérienne malaisienne, la coupure volontaire
des systèmes de communication, le cap mis finalement
plein sud au-dessus de
l’océan Indien, les «ping» envoyés automatiquement durant six heures avant le silence total. Puis, les débris
retrouvés au large de l’Afrique (trois ont été formellement identifiés), l’abandon
des opérations de recherche
et l’échec de l’expédition privée lancée cet hiver.
Ces informations, on les
connaissait déjà. Et les familles des disparus ont laissé
exploser leur déception et
leur colère. Mais l’absence de
preuves prouve-t-elle que la
vérité est cachée? Certes, des
militaires protègent des secrets-défense ou des secrets
constructeurs. Mais les radars ne portent pas loin des
côtes, et les satellites n’ayant
aucune raison de photographier l’immensité de l’océan,
leurs renseignements seraient-ils utiles? L’enquête a
terriblement cafouillé au début, mais l’incompétence estelle forcément criminelle ?
«Nous avons étudié et écarté
soixante scénarios les uns
après les autres», note le patron des enquêteurs. Seule la
découverte de l’épave et de la
boîte noire libérerait les familles du poids de l’incertitude et du soupçon.
LAURENCE DEFRANOUX
De nombreux randonneurs momentanément
bloqués en Indonésie après un séisme
Un séisme de magnitude 6,4 a fait moins 16 morts et plus
de 160 blessés dimanche, à 50 km au nord-est de Mataram,
la principale ville de l’île indonésienne –et touristique– de
Lombok. Des centaines de maisons ont été détruites, leurs
habitants n’ayant que le temps de se précipiter dehors. Le
tremblement de terre, ressenti jusqu’à Bali, a aussi provoqué
des glissements de terrain sur le mont Rinjani : ce volcan
de 3726 mètres est très prisé pour ses chemins de randonnée
et ses vues magnifiques. «On aurait dit que la montagne devant moi allait s’effondrer, des gens ont été blessés par la chute
de pierres», a écrit un randonneur thaïlandais sur Facebook.
Dans la soirée, 500 randonneurs et leurs guides, dont une
trentaine de Français, restaient bloqués dans la zone du lac
Segara Anakan. En attendant de pouvoir les évacuer dans
les prochaines heures, des hélicoptères leur ont largué des
victuailles. PHOTO AHMAD SUBAIDI. ANTARA FOTO VIA REUTERS
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10 u
FRANCE
Par
GUILLAUME LECAPLAIN
Photos DENIS ALLARD
A
utolib est mort ce mardi 31 juillet 2018. Il avait un
peu moins de sept ans. Le
service rejoint le cimetière des inventions éphémères qui auront essayé d’innover en matière de déplacements urbains et laisse, selon le
dernier comptage – fin mai –
154819 abonnés éplorés. Et bien sûr
qu’Autolib va leur manquer à ces
abonnés, pense-t-on en ce lundi de
juillet plutôt moyennement ensoleillé, alors qu’on cherche à louer
une petite voiture grise pour la dernière fois. Oui le service va nous
manquer, parce que pour rouler à
Paris, c’était une très bonne alternative au métro tout en restant beaucoup moins cher qu’un taxi. L’abonnement était de 10 euros par mois,
et puis on payait à la minute. Pour
une balade habituelle de la gare à la
maison, ou de la maison à un bar,
ou du bar à Barbès, ou de Barbès à
la gare, le prix tournait entre 5 euros
et 10 euros.
La fois où je me suis trompé sur le
périphérique, embarquant sur
l’autoroute ma voiturette qui devait
ne pas en croire ses phares, c’était
plus cher : 21 euros l’heure de manège sur l’A6, ça va quand même.
Reste qu’en cet avant-dernier jour
de fonctionnement du service, pas
facile du tout de trouver une voiture. Depuis le 2 juillet et l’annonce
de la fin d’Autolib, le nombre de stations et de véhicules en service a
peu à peu diminué. Après vingt minutes de marche, on finit par arriver à BV06065, le petit nom du pot
de yaourt gris et noir qu’on nous a
quand même attribué. L’écran du
tableau de bord m’accueille d’un
chaleureux «Bonjour, Guillaume
Lecaplain» qui atténue un peu les
45 degrés qui règnent dans ma
«Bluecar» (alors que le véhicule ne
présente aucune once de bleu). La
petite télé me demande ensuite
d’évaluer l’état de la voiture, de très
sale à très propre. Je regarde autour
de moi: à terre et dans les portières
on trouve une bouteille d’eau de
marque Cristalline (entamée), des
feuilles sèches de ginkgo, un ticket
«Astro» de signe «bélier» : chance,
c’est le mien (mais il est perdant), le
reste d’un sachet de bonbons, des
kleenex (usagés) et un paquet de cigarettes «Fumer tue». J’opte pour
une note moyenne: j’ai connu pire,
j’ai connu mieux. En un coup de clé,
je démarre en silence.
QUASI-SILENCE
Tout de suite, on comprend pourquoi on adore malgré tout cette petite voiture: son moteur au bruit léger de hanneton qui vole, son
passage de vitesses automatique, et
même sa petitesse, donnent cette
impression de facilité dans la conduite. L’expérience était belle surtout la nuit, quand les rues sont vides: on ouvre les fenêtres même s’il
fait froid, la voiture glisse à toute allure (en réalité, 40 km/h) dans un
quasi-silence, les lampadaires défilent, les bâtiments les uns après les
autres, on croit qu’on ne s’arrêtera
plus, on passe au-dessus de la Seine
Libération Mardi 31 Juillet 2018
Le jour
où j’ai dit
adieu
à l’Autolib
REPORTAGE
En Île-de-France, le service
d’autopartage prend fin ce mardi.
Notre reporter raconte avec
nostalgie une balade in extremis
dans la boîte de conserve à roues.
L’emplacement pour le retour était sanctuarisé. Les 154 819 ex-abonnés,
comme un poisson argent, allons
bon, un feu rouge.
Ce jour de fin juillet, la circulation
est plus dense et on savoure surtout
la capacité de la bestiole mécanique
à se faufiler partout et à pouvoir
s’arrêter deux minutes sur une place
minuscule pour acheter une glace
italienne. Entre Balard et République, on remarque les nombreuses
stations désormais en déshérence.
Il reste encore ici ou là quelques rares «Bluecars» qui n’ont plus que
quelques heures à vivre. Mais le
nouveau monde est bien là: des vélos à assistance électrique nous dépassent. Sur le trottoir, on croise des
dizaines de personnes à trottinettes
à moteur et quelques-unes sur leurs
étranges mono-roue. Par nostalgie,
j’actionne le célèbre avertisseur sonore des Autolib, qui imite la cymbalisation des cigales et annonce
J’actionne le
célèbre avertisseur
sonore des Autolib,
qui imite
la cymbalisation
des cigales
aux voitures, les vraies, que je déboule et aux piétons que c’est l’été
(mais le bruit était le même l’hiver).
DERNIER CRÉNEAU
Il y avait aussi un bonheur propre
au service Bolloré, graal absolu
pour quiconque a déjà conduit dans
une ville un peu grande : Autolib,
souvenez-vous messieurs-dames,
c’était l’assurance de ne jamais
avoir à chercher de place pour se
garer. Avant même de sortir de chez
soi, on réservait son véhicule et son
lieu d’arrivée, où un emplacement
était aussitôt sanctuarisé. Rien que
pour cela, les 154 819 futurs exabonnés devraient lancer une souscription pour l’érection d’un monument à la gloire de la petite boîte de
conserve à roues.
En attendant, voilà dans mon viseur
la station que j’avais donc réservée.
Plus que quelques mètres. Dernier
créneau, serrage de frein. Et puis
dernière fois où il me faudra tirer
sur ce gros fil d’aspirateur qui va recharger ma voiture. Je branche. Je
passe mon badge sur la portière
pour la fermer. Aussitôt, je reçois un
texto. «Merci de laisser la voiture
BV06065 propre et de badger le véhicule avant de quitter la station.»
D’accord. Salut. Je rentre à pied. •
On savoure la capacité de la bestiole mécanique à se faufiler partout.
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la course et l’esprit du service en luimême va changer». Exit l’attribution d’un marché public à la sauce
Autolib. Désormais, ce sont des
prestataires privés qui se chargeront de l’exploitation des véhicules.
«Nous avons préféré laisser des
loueurs et constructeurs automobiles déployer leurs services sur l’espace public plutôt qu’octroyer une
nouvelle délégation de service public», détaille l’adjoint à la maire.
Dans les faits, la municipalité ne
devrait pas avoir à mettre la main
au porte-monnaie. Les nouveaux
entrants investiront pour fournir
les véhicules 100% électriques, en
assurer la maintenance ainsi que le
service après-vente. Certains rencontreront le succès commercial,
d’autres échoueront: la loi du marché reprend le flambeau.
Association. «C’est le choix que
rien que pour cela, devraient lancer une souscription pour l’érection d’un monument à la gloire d’Autolib.
En route vers
la succession
A la rentrée,
de nouveaux services,
proposant des
prestations similaires,
devraient prendre le
relais du dispositif
lancé par le groupe
Bolloré en 2011.
S
on agonie aura été longue.
C’est désormais officiel :
Autolib est mort. Lancé
en 2011 à Paris, le service d’autopartage du groupe Bolloré a accumulé au fil des ans une dette colossale de 293 millions d’euros.
L’industriel breton a demandé aux
103 communes franciliennes utilisant son service d’assumer cette
facture. Une requête à laquelle le
syndicat mixte Autolib Vélib Métropole (SAVM) n’a pas accédé. Ces
difficultés financières ont conduit
à un différend irréconciliable entre
Bolloré et la mairie de Paris, bien
que de multiples plans de sauvetage aient un temps été envisagés.
Le 21 juin, le SAVM a finalement
tranché: l’avenir de l’autopartage
francilien se fera sans Autolib.
Vague à l’âme. «Evidemment,
nous sommes attristés de l’échec de
ce projet. Mais c’était la seule solution pour préserver les finances publiques et préparer l’avenir de la
mobilité électrique», assure Emmanuel Grégoire, adjoint à la maire de
Paris chargé du budget, des finances et de la transformation des
politiques publiques. Si les
150000 abonnés au service se retrouvent momentanément sans solution équivalente, des alternatives
devraient progressivement se mettre en place à partir de la rentrée de
septembre.
Selon Emmanuel Grégoire, «de
nouveaux acteurs vont entrer dans
nous avons fait pour le lancement
de Scootlib. Il a fait ses preuves,
puisque le service s’est durablement
installé dans le mix mobilité»,
ajoute Emmanuel Grégoire. Courant septembre, les premiers prestataires commenceront leur déploiement. C’est le cas de Renault,
qui s’est associé au loueur de voitures Ada. Ensemble, ils lanceront
le service Moov’in. «100 Renault
Zoe et 20 Renault Twizy seront mises en service dans les XIe et XIIe arrondissements de Paris ainsi qu’à
Clichy dans les Hauts-de-Seine», a
annoncé l’entreprise dans un communiqué diffusé le 19 juillet. Grâce
à une application mobile, le client
sera localisé et pourra réserver le
véhicule le plus proche. Une fois
son trajet terminé, il n’aura qu’à
garer sa voiture sur une place de
stationnement, n’importe laquelle.
Le prestataire se chargera luimême de la changer d’emplacement et de la recharger. C’est ce
qu’on appelle le free-floating. Le
groupe PSA (Peugeot-Citroën) a
également annoncé son intention
de lancer un tel service dans les
prochains mois, sous la marque
Free2Move.
Quid du réseau de bornes de recharge des Bluecars de Bolloré ?
Propriété du SAVM, il sera intégralement conservé. L’adaptation
technique à un nouvel usage devrait prendre quelques mois. «Les
bornes pourront être utilisées par
les prestataires des services d’autopartage comme par les particuliers
possédant un véhicule électrique.
C’est un héritage extrêmement intéressant du fait d’un maillage exceptionnellement dense», se réjouit
Emmanuel Grégoire. La municipalité espère ainsi inciter les Parisiens à rouler propre. Parallèlement, le nombre de véhicules
proposés en autopartage par les futurs prestataires ira crescendo. Renault a d’ores et déjà annoncé que
sa flotte parisienne passera à quelque 2 000 véhicules d’ici à la fin
2019. Un nombre bien en-deça du
service Autolib et de ses 4000 véhicules. Reste à savoir à quel tarif
seront proposés ces nouveaux services. Ni Renault, ni son concurrent PSA ne s’aventurent pour
l’heure sur ce terrain.
ARTHUR LE DENN
Carnet
DÉCÈS
Ivan Butel , Giulia Levallois et leurs enfants, Sacha et
Tom,
Stephen Butel, Thaïs Gans
et leurs enfants Jude, Ella,
Noam, Sandro,
Guillaume Butel
et Karima Youcef-Khodja,
Mara Noblet-Butel
et sa mère Dorothée Noblet,
Béatrice Leca, Jeffrey
Kearney
et leur fille Valentine,
Catherine Cot, Marianne Merleau-Ponty,
Jacqueline Butel
et ses frères et soeurs,
sa famille, ses proches
et ses amis.
Ont le chagrin de vous
annoncer la mort de Michel BUTEL
écrivain
le 26 juillet 2018 à Paris
à l’âge de 77 ans
L’inhumation aura lieu le
jeudi 2 août à 14 heures au
cimetière parisien de
Bagneux.
Porte principale,
45 avenue Marx Dormoy,
92120 Montrouge
M. Michel BUTEL
Le 26 juillet est mort
Michel BUTEL
Juif laïque,
écrivain,
directeur de L’Autre Journal,
Génie de la vie.
Sa bonté, son humour,
sa folie, sa colère,
ses passions ont agrandi
le monde.
Ses amis,
Ceux qui l’ont rencontré dans
les livres,
les journaux qu’il a inventés,
Ceux qui ont eu la chance
de le connaître,
Le gardent avec eux.
Béatrice Leca
et les Amis de Michel Butel
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FRANCE
LIBÉ.FR
Libération Mardi 31 Juillet 2018
Bolloré rachète Editis Retour au bercail
pour Editis. En 2008, Vivendi avait vendu à
l’espagnol Planeta le deuxième groupe d’édition français (les Presses de la Cité,Robert Laffont, Julliard, XO,
Plon et Belfond ou encore Pocket…) pour solder les comptes de
l’époque Messier. Lundi le groupe dirigé par Yannick Bolloré a annoncé être entré en «négociations exclusives» pour le lui racheter. Un investissement de 900 millions d’euros pour Vivendi, qui
possède notamment Canal +, Havas et Universal Music.
La ministre
de la Justice a
présenté lundi
les conclusions
d’un rapport sur
les ratés de
l’administration
lors de l’évasion
de Rédoine Faïd
début juillet.
Par
JULIE BRAFMAN
«J
e ne prétends pas
qu’il n’y a pas ici de
défaillance. Il y en a
peut-être une», déclarait Nicole Belloubet, la garde des
Sceaux, le 2 juillet soit le lendemain de l’évasion de Rédoine Faïd de la prison de
Réau (Seine-et-Marne). Le
«peut-être» s’est traduit par
une mission d’inspection de
la justice (lancée indépendamment de l’enquête judiciaire) afin de déterminer
comment le braqueur de
46 ans a pu se faire la belle,
sans embûche, par la voie des
airs. Que s’est-il passé exactement pendant ces dix minutes où il a quitté le parloir
pour rejoindre l’hélicoptère?
La ministre s’était engagée à
rendre publique les conclusions de ce travail. Nous y
voilà. «Cette évasion a été un
événement grave», commence-t-elle solennellement. Clin
d’œil de l’actualité : la nuit
dernière, deux détenus de la
maison d’arrêt Colmar se
sont fait la malle par les toits
(lire ci-contre). «C’est une prison très vétuste qui sera fermée bientôt, rappelle Belloubet. L’évasion de Rédoine Faïd
est d’un ordre différent.»
«Défaillance». Ce dernier
purgeait en effet une peine de
vingt-cinq ans de réclusion
criminelle pour un braquage
raté (qui a coûté la vie à une
policière) dans la prison «moderne et sécurisée» de Réau,
ouverte depuis 2011. On ne
peut pas dire que Belloubet
s’attarde sur le contenu du
rapport que lui ont remis les
trois membres de l’inspection
générale de la justice après
avoir visité l’établissement et
rencontré les personnels. Elle
se borne à un compte-rendu
éclair. Cinq minutes pour résumer 40 pages. Cinq minutes qui suffisent, malgré tout,
Le centre pénitentiaire de Réau, en septembre 2011. PHOTO LAURENT TROUDE
Evasion de Réau: Nicole Belloubet fait
le procès des failles de sécurité en prison
à transformer le «il y a peutêtre une défaillance» en «il y a
en a eu assurément plusieurs». Elles sont répertoriées sous le titre : «La conjonction de failles de sécurité
parfaitement exploitées par le
commando.» La ministre
dresse (sommairement) la
liste et explique qu’elle va y
remédier: l’absence de filins
anti-hélicoptère dans la cour
d’honneur, une porte d’intervention qui donne accès au
parloir dont la localisation
n’est apparemment pas très
astucieuse ou encore le dispositif d’appel d’urgence des
forces de l’ordre en rade. Si
Nicole Belloubet se montre
peu encline à s’étendre sur ce
cafouillage, on comprend à
demi-mots que l’alarme a
sonné dans le vide quand les
surveillants ont tenté de l’utiliser. «Disons que ça n’a pas
marché», dit-elle. De même,
on ne connaîtra pas précisé-
ment les conséquences de la
«sidération des personnels devant un événement difficilement envisageable» mais il est
certain qu’elle a «annihilé
leur capacité de réaction».
Dernier point: les émissaires
de l’inspection générale ont
souligné qu’il fallait «revoir la
doctrine de gestion des profils
à la dangerosité avérée». Cela
fait notamment référence à
un raté déjà connu : face à
l’imminence d’une évasion
de Rédoine Faïd, son transfert avait été demandé par
l’antenne d’Ile-de-France à la
direction centrale de l’administration pénitentiaire. Cette
dernière avait donné son feu
vert mais pour le mois de septembre. Trop tard. Finalement, si l’on résume : à peu
près tout a dysfonctionné, de
l’architecture de la prison en
passant par la gestion de crise
des personnels jusqu’à la
mauvaise appréciation du
«cas Faïd» par les bureaux
centraux…
Tous azimuts. C’est pourquoi Nicole Belloubet semble
soucieuse de se montrer volontariste: «Je vais modifier le
code de procédure pénale au
mois d’octobre prochain.» Il
s’agit de repenser l’affectation
des détenus selon «leur dangerosité» et non plus selon
leur statut pénal. Jusqu’à présent la règle est la suivante:
les prévenus (en attente de jugement) sont incarcérés en
maison d’arrêt et les condamnés en maison centrale. La si-
tuation de Rédoine Faïd est
particulière. Après avoir fait
appel dans le cadre de
deux dossiers, il était considéré comme prévenu. Impossible donc de l’envoyer, malgré son statut de DPS (détenu
particulièrement surveillé),
dans un établissement ultrasécuritaire comme celui de
Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Ce n’est pas tout, la ministre veut agir tous azimuts:
renforcement du «pôle criminalité organisée» du renseignement pénitentiaire avec
quinze postes supplémentaires, réorganisation de l’admi-
nistration pénitentiaire afin
de moins séparer «le doctrinal
de l’opérationnel», création
d’un «pôle d’état-major de la
sécurité» au sein de la direction de l’administration pénitentiaire. Belloubet annonce
aussi pêle-mêle un nouveau
dispositif de brouillage des
téléphones portables pour
septembre ou encore un système de lutte contre les drones. «L’objectif premier de notre système pénitentiaire est
d’assurer la sécurité de la société», conclut-elle. Rédoine
Faïd en est à son premier
mois de cavale. •
DEUX ÉVASIONS, UNE PRISE D’OTAGES
Deux trentenaires condamnés pour vols en réunion, détenus à la maison d’arrêt de
Colmar (Haut-Rhin), se sont évadés dans la nuit de dimanche à lundi après avoir
percé le plafond de leur cellule pour filer par les toits. «Le parquet a été saisi» et «un
dispositif de recherche a été mis en place», a indiqué l’administration pénitentiaire.
Lundi après-midi, une infirmière a en outre été retenue plusieurs heures en otage à
la prison de Salon-de-Provence par un détenu qui réclamait un transfert.
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Vidéosurveillance Une
jeune femme de 22 ans a
rendu publique la vidéo
de son agression après s’être procuré les images
filmées par les caméras d’un bar. Peut-on
systématiquement consulter les images de
surveillance, dès lors qu’elles nous concernent ?
La réponse dans notre rubrique «Merci de
l’avoir posée». PHOTO PATRICK GHERDOUSSI
LIBÉ.FR
La députée Aina Kuric dans le viseur de LREM
seule de la majorité dans ce
cas. Le groupe LREM va-t-il
lui appliquer sa discipline de
fer ? Vendredi, il précisait
simplement que le cas Kuric
serait «évoqué» à la réunion
hebdomadaire du mardi. De
son côté, l’intéressée n’a pas
reçu de «convocation». Son
entourage dénonce un «emballement médiatique». Matthieu Orphelin, qui s’est abstenu lors de cette deuxième
lecture, insiste lui sur la spécificité de ce texte. Depuis la
première lecture, le gouvernement a ajouté dans le projet de loi une disposition limitant le droit du sol sur le
département de Mayotte. Les
amendements soutenus par
Aina Kuric visaient à supprimer ce qui est pour elle une
«fausse solution». Pour Mat-
«Le gouvernement
prend acte de
la décision d’Yves
Lévy de retirer sa
candidature à un
renouvellement
à la présidence
de l’Inserm.»
COMMUNIQUÉ
(SOULAGÉ)
DE MATIGNON
lundi
Allait-il accomplir un second mandat de quatre ans à
la tête de l’Institut national de la santé et de la recherche
médicale (Inserm)? Le professeur Yves Lévy avait demandé sa reconduction, mais bon nombre d’observateurs s’étonnaient que le mari de la ministre la Santé,
Agnès Buzyn, puisse continuer à ce poste-clé, vu le nombre important de dossiers dépendant de la santé, donc
de sa femme. Il a finalement décidé de jeter l’éponge:
«Dans la situation personnelle qui est la mienne, je considère que toutes les conditions ne seront pas réunies»,
écrit-il dans une lettre aux personnels publiée par
Libé.fr. De quoi ravir Matignon: après l’affaire Benalla,
la «République exemplaire» pouvait difficilement prêter
le flanc à une polémique sur les conflits d’intérêts.
thieu Orphelin, proche de
Hulot, Aina Kuric «est quelqu’un de très utile pour le
groupe, c’est bien que sur des
sujets comme ça, on puisse
s’exprimer librement.»
La députée ne
transige pas avec
sa liberté de parole : «Le risque,
c’est de ne plus
être en phase
avec soi-même et
de voter un texte
auquel on ne croit pas. Je suis
toujours loyale au groupe,
mais je crois qu’il faut aussi
l’alerter quand on pense
qu’on peut faire mieux», disait-elle en juin à un journal
local. «A partir du moment
où l’on ne peut pas exprimer
une opinion divergente sur
un sujet aussi sensible, il faut
bien trouver un endroit pour
le faire, raconte aujourd’hui
Jean-Michel Clément, définitivement sorti du groupe.
«Et cela signifiait
s’extraire [du
groupe]. Elle
avait déjà montré sa sensibilité
sur la question,
et d’autant plus
que ses origines
[malgaches] la
rendaient particulièrement sensible à cette
problématique [du droit du
sol].» L’ajout d’une condition
à l’acquisition de la nationalité française sur Mayotte est
selon lui «la goutte d’eau qui
a fait déborder le vase» pour
la députée.
ULYSSE BELLIER
DR
Fin avril, Aina Kuric s’était
abstenue. Malgré ses «déceptions», la jeune députée
LREM de la Marne n’avait
pas franchi le Rubicon lors
du vote solennel en première
lecture de la loi asile-immigration. Quelques jours
auparavant, le gardechiourme Richard Ferrand,
président du groupe macroniste à l’Assemblée, avait
prévenu: «Si l’abstention est
un péché véniel, le vote contre
est un péché mortel.» Le jour
du vote, 22 avril, un seul député avait passé outre l’avertissement : Jean-Michel
Clément. Il s’était alors «mis
en congé» du groupe, de luimême.
Jeudi, ses amendements
rejetés, Aina Kuric a voté
contre le projet de loi : la
17 000
C’est le nombre de jeunes, dont 10000 bacheliers,
toujours en attente d’une place dans l’enseignement supérieur sur la plateforme Parcoursup,
a indiqué lundi sur LCI la ministre de l’Enseignement
supérieur, Frédérique Vidal. L’année dernière, ils
étaient, fin juillet, un peu plus de 65000 jeunes inscrits sur l’ancienne plateforme d’admission post-bac
(APB) sans affectation à l’université. Au total cette année, «ils sont 593 000 à avoir eu un oui définitif
et 80% à l’avoir accepté. On a donc 20% de jeunes qui
ont d’autres choix et qui attendent pour voir», a-t-elle
ajouté. Ces 20 % concernent principalement des
jeunes qui attendent de voir s’ils sont pris sur un ou
plusieurs vœux en liste d’attente.
SNCF et EDF: en finir avec la panne,
puis désigner les responsables
Je t’aime moi non plus. Jusqu’à présent, la SNCF, dont le
trafic est perturbé depuis vendredi à la gare Montparnasse
par l’incendie d’un poste
d’alimentation électrique, et
RTE, la filiale d’EDF chargé
d’alimenter ledit poste, affichaient une entente cordiale.
Et pour cause : l’objectif premier était de remettre en
place la circulation normale
des trains. Ce devrait être
chose faite d’ici vendredi.
Hier, RTE annonçait avoir rétabli l’alimentation électrique
grâce «à la mise en œuvre
d’une liaison alternative». Il
faudra ensuite quelques jours
supplémentaires pour que les
rames qui auraient dû passer
ces derniers jours par le service maintenance puissent
enfin être révisées et remises
en service.
Pour autant, la situation est
loin d’être revenue à la normale. Lundi, Patrick Jeantet,
le PDG de SNCF-Réseau, la filiale chargée de la gestion des
voies ferrées, rappelait «la fragilité de la situation» et le risque toujours possible d’un
autre événement de ce type.
Visiblement remontée, la
SNCF compte bien à présent
demander des comptes à EDF
pour les coûts engendrés par
cette panne. «Quand on a un
problème, d’abord on le résoud, ensuite on se dispute»,
prévient un cadre dirigeant
du transporteur ferroviaire.
L’entreprise, chose assez inhabituelle, s’est en effet engagée
à rembourser les voyageurs
à 100%, au-delà de trois heures de retard. Habituellement
l’indemnisation n’est que
de 75 %. L’addition pourrait
donc assez rapidement atteindre quelques dizaines de millions d’euros, même si
la SNCF ne se risque pas pour
le moment à avancer le moindre chiffre. Du côté d’EDF, on
a visiblement opté pour un
profil bas. «Nous assumerons
les pénalités prévues au contrat», se contente de répéter à
ce stade la direction du fournisseur d’électricité.
Pas sûr que cela soit suffisant
pour la SNCF, qui interroge de
manière insistante sur l’absence de système de «doublonnement» qui aurait dû
prendre le relais au moment
de l’incendie du poste d’alimentation électrique. Le contrat signé avec EDF datant de
plusieurs années, il pourrait
carrément être revu, à la demande de la SNCF, de ma-
Le contrat liant EDF à la SNCF pourrait être revu. AFP
nière à prévoir le type d’accident qui s’est produit
vendredi et ses conséquences.
Pour l’heure l’Etat devrait
jouer les juges de paix entre
la SNCF et EDF, deux entreprises placées sous sa tutelle.
Une mission d’enquête menée
à la fois par le ministère de
l’Ecologie et des Transports
ainsi que par Bercy devrait
rendre ses conclusions, au
plus tard dans quelques semaines. Charge à elle de déterminer les causes de cet incendie et les moyens d’éviter
qu’il se reproduise.
En attendant, la SNCF cherche à faire d’un mal un bien.
Un an après la panne informatique qui avait sérieusement
perturbé le fonctionnement
de la gare Montparnasse,
le transporteur souligne que
cette fois-ci, son système
d’alerte des clients a plutôt bien fonctionné. L’envoi de 200000 mails et textos
a évité la cohue à la gare
Montparnasse. Ce qui n’a tout
de même pas empêché des
voyageurs d’être un peu perdus, ne sachant pas s’ils devaient attendre sur place ou
prendre leur train à la gare
d’Austerlitz, instituée zone de
délestage. D’une certaine manière, la SNCF pourrait presque remercier EDF de lui permettre de jouer les bons
élèves.
FRANCK BOUAZIZ
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14 u
VOUS
Poses déjeuner
au Mucem
A Marseille, l’exposition «Manger à l’œil» présente un millier
d’images, dont des œuvres de Cartier-Bresson et Martin Parr.
Une belle mise en appétit ethnographique et sociologique.
Libération Mardi 31 Juillet 2018
Par
JACKY DURAND
Envoyé spécial à Marseille
C
omme le bœuf bourguignon, la photographie est un plat qui se réchauffe
bien. Surtout quand elle nous montre
à table. On a toujours de l’appétit pour feuilleter ces albums de famille où trône la pièce
montée d’un mariage, où une couverture à
carreaux déployée dans l’herbe accueille un
pique-nique au bord de l’eau.
Il n’est donc pas très étonnant que les instigateurs de «Manger à l’œil, les Français à table,
deux siècles de photos» aient fait le plein de
ces microscomos de ripailles du dimanche
et de l’ordinaire envoyés par des madame,
monsieur-tout-le monde. Près de mille images jalonnent ainsi le parcours de l’exposition
constituée de 260 œuvres (Henri CartierBresson, Martin Parr, Alexa Brunet…) qui est
beaucoup plus qu’un bon gueuleton iconographique que l’on peut savourer du 20 juillet
au 30 septembre au Mucem à Marseille. Car
à l’origine de «Manger à l’œil», il y a une question aussi persistante et complexe qu’un fond
de sauce: qu’est-ce donc que ce repas gastronomique des Français classé au patrimoine
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u 15
A gauche, en haut : deux
enfants léchant leur
assiette par Frantisek
Pekar, vers 1930-1940.
En bas : pique-nique, en
France, dans les
années 60. ,Au milieu :
Picnic allée, jardin du
Luxembourg, Paris,
2000, par Massimo Vitali.
Ci-contre : carte postale
de Combier imprimeur.
En dessous : le Roi Lion,
Paris , mai 2007, de
Stéphanie Lacombe.
PHOTOS MUSÉE NICÉPHORE
NIÉPCE ; COLL. ROGERVIOLLET ; MASSIMO VITALI ;
MUSÉE NICÉPHORE NIÉPCE ;
STÉPHANIE LACOMBE
immatériel de l’Unesco en 2010? Pour amorcer une réponse, il fallait un «médium» explique Pierre Hivernat, co-commissaire de l’exposition et directeur d’Alimentation
générale, plateforme des cultures du goût :
«“Manger à l’œil” colle à l’histoire de la photographie, incontestablement le témoin le plus
foisonnant, celui qui permet de recouper le
plus d’informations et de croiser les points de
vue pour appréhender des faits de société dans
leurs multiples approches géo-culturelles»,
écrit-il dans l’excellent catalogue illustré de
l’exposition publié aux éditions de l’Epure (1)
où l’on trouve également des contributions
de Denis Saillard, historien de l’alimentation
et de Gilles Fumey, géographe des cultures
alimentaires.
«LE CANARD AUX CERISES»
«Manger à l’œil» s’ouvre sur la toute première
photographie réalisée par Nicéphore Niépce
en 1823, la Table servie, sorte de nature morte
héritée de la peinture des siècles précédents.
D’emblée, la table s’impose comme le support diachronique de ce parcours photographique, qu’elle soit nappée, en formica, table
d’écolier, toile cirée ou pelouse. Le frichti
qu’on y mange est accessoire, presque aussi
ignoré par l’objectif qu’un rogaton pour les
papilles.
Il faudra attendre 1969 et le début des fiches
cuisine du magazine Elle pour voir «le canard
aux cerises» et «la salade tiède de l’Allier»
faire la couverture des recettes. A l’ère d’Instagram et du foodporn, la bouffe colle peut
être davantage à la rétine qu’aux papilles
pour nourrir les ego qui dictent désormais
leurs repas en portions individuelles.
Depuis deux siècles donc, la table est une
scène où se joue «l’évolution de la représentation des repas», souligne Elisabeth Martin,
co-commissaire de «Manger à l’œil» et fondatrice de la version en ligne d’Alimentation générale. Il s’agit pour le photographe professionnel de fixer une posture sociale. Ainsi,
le 30 décembre 1898 à Charenton-le-Pont,
Amélie Galup tire le portrait de la famille Sipière, avec le père lisant le Gaulois. Il y a aussi
le repas du dimanche où l’on trinque avec
l’invité inamovible, le curé. L’un des premiers
films de Louis Lumière en 1895 est consacré
au repas de bébé où il n’aurait manqué qu’un
pot de Blédine pour en faire une réclame
avant l’heure.
A l’autre bout de l’échelle sociale, la carte postale, inventée en 1873, s’attarde sur une noce
L’un des premiers
films de Louis Lumière
en 1895 est consacré
au repas de bébé
où il n’aurait manqué
qu’un pot de Blédine
pour en faire une
réclame avant
l’heure.
de 1500 personnes au pays de Cornouaille, au
début du XXe siècle. On se rapproche ici du
récit photo-ethnographique, dont Marcel
Mauss (cité par Jean-François Chougnet, président du Mucem, dans la préface du catalogue) disait en 1925: «On ne fera jamais trop de
photos, à condition qu’elles soient toutes commentées et exactement situées: heure, place,
distance.»
Du premier salon des arts ménagers en 1923
à l’invention de l’hypermarché (1963), «Manger à l’œil» séquence les évolutions du man-
geur au consommateur sur la trame de la
grande histoire qui dicte le contenu de l’assiette, très creuse durant la Seconde Guerre
mondiale et débordante avec la surconsommation des Trente glorieuses.
DÉMOCRATISATION
Mais il est aussi un autre lien mis en lumière
par cette exposition, celui entre le patrimoine gastronomique et le patrimoine photographique: «L’alimentation et la photographie possèdent un vocabulaire commun, des
matières premières communes. Ce sont deux
domaines qui évoluent en parallèle, explique
Floriane Doury, également co-commissaire
de l’exposition. Le “patriarche”, présent au
centre des photographies au début du XXe siècle, tend à disparaître lorsque la photographie se démocratise. Il passe derrière l’objectif. Puis dans les années 70, la femme quitte
sa cuisine pour prendre des photographies et
monsieur retrouve sa place centrale dans
l’image. Depuis deux siècles, et en fonction de
sa classe sociale, la femme voyage entre la cuisine et l’objectif». •
(1) Manger à l’œil, les éditions de l’Epure/Mucem,
28 euros.
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16 u
Libération Mardi 31 Juillet 2018
IDÉES/
Depuis 2015, et
malgré la création par
la mairie d’un camp
humanitaire, détruit
accidentellement,
le problème de
l’accueil des migrants
non géré par l’Etat,
reste entier.
D
irecteur de cabinet du
maire de Grande-Synthe,
Damien Carême, je suis depuis près de trois ans en première
ligne pour «suivre» l’actualité
migratoire. Rien ne m’y préparait.
Un étudiant de Sciences-Po Lille,
lors d’un débat il y a peu, me demandait naïvement : «Comment
êtes-vous entré dans l’humanitaire ?» Ma réponse fut aussi
claire et limpide que possible :
«C’est l’humanitaire qui nous est
tombé dessus !» Ce fut un choc.
Brutal. Sans retour.
Ce 17 août 2015, mon téléphone
sonne beaucoup. Je rentre de
vacances. En forme, prêt pour la
rentrée politique. Le nombre de
migrants a fortement augmenté
pendant mes semaines de congés.
Ils seraient, ce 17 août, 170. Ils seront plus de 2800 fin décembre,
dont une majorité de Syriens.
L'ŒIL DE WILLEM
Cela conduira à la décision de
Damien Carême de construire,
avec Médecins sans frontières
(MSF), un camp humanitaire,
contre l’avis du gouvernement de
l’époque. Ni Manuel Valls ni Bernard Cazeneuve n’ont apprécié.
Ce dernier aura pourtant quelques mois plus tard l’intelligence
de changer de pied et de proposer
au maire de financer le fonctionnement du camp humanitaire.
Ce camp, Damien ne l’a pas bâti
pour lui. Ni pour se faire plaisir,
ni pour se faire connaître. Il l’a
souhaité pour toutes celles et ceux
qui survivaient dans le camp de la
honte, dans la «jungle» du
Basroch.
J’ai encore dans ma tête le poids
des images et, faut-il le dire, des
odeurs mêlées. Celles du bois
brûlé et des conditions sanitaires
catastrophiques. Personne n’est
mort malgré les risques immenses de cet hiver neigeux. Petit miracle. Qui aurait été responsable ?
Le camp a ouvert ses portes
le 7 mars 2016. Il est parti en
fumée dans la terrible nuit
du 10 avril 2017. Je suis averti de
l’incendie et m’y rends pour
rejoindre le préfet de région,
Michel Lalande.
Au loin, sur l’autoroute, je devine
les lueurs du feu sans m’imaginer
le chaos du brasier. En entrant
sur le camp en feu, j’entends
d’abord les bruits de ceux qui
continuent à se battre, Afghans
contre Kurdes, et des forces de
l’ordre qui se mobilisent pour
rétablir le calme. En m’enfonçant
dans le camp, au téléphone avec
Damien, l’émotion m’étreint
je l’avoue. Tous nos efforts sont
réduits à néant. Il nous faudra
plusieurs semaines pour l’accepter. Au petit matin, le camp est
parti en fumée. Paysage lunaire.
Depuis cette date et malgré nos
efforts collectifs, avec l’Etat, les
associations, les services municipaux, notre actualité, tous les
jours, reste celle des exilés.
Les filières sont là, bien installées. Les exilés continuent d’arriver via l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique ou encore
Paris. La question de l’accueil
nous taraude. Beaucoup moins le
ministre de l’Intérieur, qui nous
reçoit ce 18 septembre 2017.
L’accueil est glacial. Le ministre
s’emporte, avec déraison. Militant
politique depuis plus de vingt ans
et élu local, j’ai souvent croisé la
route de ministres ou de personnalités. Gérard Collomb est à côté
du sujet et fait des amalgames insoutenables. Inadmissibles. Nous
sommes abasourdis. Alors qu’il
refuse à Damien Carême toute solution locale, je finis par lui
demander s’il veut créer une ligne
de démarcation pour le littoral.
La réponse sera claire et franche:
«Oui!» A la sortie de l’entretien,
nous convenons avec Damien
Carême de ne rien dire à la presse.
Qui nous aurait crus?
J’apprendrai quelques semaines
OLIVIER
CAREMELLE
Par
DR
A Grande-Synthe,
c’est à nouveau la «jungle»
plus tard par le sous-préfet de
Dunkerque que le nouveau traité
de Sandhurst interdit toute implantation de centres d’accueil et
d’orientation (CAO) de Calais à
Dunkerque, condition pour que
l’Angleterre finance les dispositifs
de sécurisation, côté français!
Le 19 septembre, je rejoins le préfet de région à Grande-Synthe
pour une nouvelle mise à l’abri.
Ce jour-là, le préfet avait plus
de 450 places à sa disposition. Il
dut arrêter les opérations avant
son terme, victime de «son succès» auprès des exilés, dont plus
de 600 étaient présents ce jour
sur le site du Puythouck.
Les mois qui suivirent furent difficiles. Pour nous. Pour les associations. Pour l’Etat. Pour les exilés en premier lieu. Au jeu du chat
et de la souris, les personnes qui
arrivent à Grande-Synthe n’ont
qu’une idée: passer en Angleterre.
Elles n’ont que faire de rejoindre
des CAO, des centres d’accueil et
d’examen des situations (CAES),
des accueils temporaires, service
de l’asile (AT-SA), des programmes d’accueil et d’hébergement
des demandeurs d’asile (Prahda),
des centres d’hébergement d’urgence migrants (CHUM) et autres
dispositifs. Qui s’y retrouve
d’ailleurs? Malgré l’augmentation
du nombre de places, celles-ci
sont insuffisantes.
Il est vrai que la loi asile et immigration a, entre-temps, été votée.
Que réglera-t-elle? Une seule
constante pour nous. Nous empêchant d’offrir localement à Calais
ou à Grande-Synthe une première
réponse d’urgence, l’Etat se condamne à des campements sauvages et à des «jungles». Le responsable du Haut Commissariat aux
réfugiés en France me le dit un
jour, visitant avec moi le camp de
la Linière. «Chez nous [en Allemagne], ceci serait impossible, et encore moins des “jungles”!»
Nous sommes aujourd’hui
le 24 juillet 2018. A ce jour et à
cette heure, près de 500 personnes survivent dans des sous-bois,
à deux pas de l’ancien camp
humanitaire que nous avions
construit. •
Directeur de cabinet du maire de
Grande-Synthe, Damien Carême
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
Chroniqueur à succès sur France Inter, il fait
un tabac sur YouTube avec les vidéos de ses
podcasts. Guillaume Meurice est aussi l’auteur
d’un livre surprenant mais finalement pas
si loin de ses préoccupations majeures.
C
omique «d’investigation»
dans l’émission Par Jupiter
sur France Inter, auteur du
one-man-show Que demande le
peuple ?, rockeur en tournée avec
son nouveau groupe parodique
«The Disruptives», végétarien et militant de la cause animale, très
engagé sur l’accueil des migrants,
ancien candidat postiche à la présidence de Radio France… Guillaume
Meurice conjugue humour et
humanisme sur scène comme lors
de ses micro-trottoirs dans lesquels
il étrille joyeusement les «gens»
de toutes conditions –avec une préférence pour ceux des beaux quartiers–, les commerciaux et communicants de tout poil et les élus
de tous bords. A ce libre parcours,
il faut ajouter un roman, Cosme (Arthaud), biographie éponyme d’un
ami poète autodidacte qui a peutêtre percé le mystère de «Voyelles»,
l’énigmatique poème de Rimbaud.
Guillaume Meurice, romancier ?
Pas tout à fait, explique-t-il. Enjoué,
tutoyant d’emblée, il parle de ce
livre qui n’est pas sans lien avec
ses autres activités.
Quelle est l’histoire de ce livre?
C’est avant tout une histoire biographique. J’ai rencontré Cosme il y a
dix ans alors qu’il était régisseur
d’un petit théâtre où je jouais mon
spectacle. Il a commencé à me parler de poésie, parce qu’il en a écrit,
et parce qu’il s’intéressait à ce sonnet de Rimbaud, Voyelles. Pour moi,
ce n’était qu’un vieux souvenir de
collège. Il me raconte alors que ce
poème a fait couler beaucoup d’encre, que les rimbaldiens ont élaboré
des dizaines de théories sur sa signification, que Claude Lévi-Strauss et
André Breton se sont penchés sur ce
texte. Et lui, autodidacte, pense
avoir trouvé la clé pour lire ce
poème. J’ai trouvé ça davincicodesque ! Cosme a fini par me livrer sa
façon de lire le poème. Nous avons
donc cherché s’il était possible de
déposer sa découverte: impossible
d’après les avocats. J’ai donc voulu
en écrire le récit.
Peut-être avais-tu aussi l’idée de
tenter un autre type d’écriture?
Mes parents sont des libraires à la
retraite, mais il ne me serait jamais
venu à l’idée d’écrire un livre. Cela
m’a aussi permis de rencontrer le
petit monde un peu fou des rimbaldiens. Certains prennent assez mal
la découverte d’un type qui n’a
même pas le bac et qui fout en l’air
quarante ans de leur vie. Mais
comme il n’est pas arrogant, la plupart sont intéressés. Avec Cosme,
nous étions il y a quelques jours à
Charleville-Mézières pour une conférence au musée Rimbaud. Cela
m’amuse, je ne comprends pas tous
leurs échanges de spécialistes, mais
au moins mon pote est à sa place.
Qu’un inconnu ait raison face
aux autorités reconnues doit te
réjouir…
Et en même temps, cela me surprend énormément, car j’ai plutôt
une mentalité de scientifique, avec
une vérité mathématique qui se démontre. Mais ce qui m’a beaucoup
plu aussi, c’est que certains rimbaldiens sont d’extrême droite. Celui
dont la thèse était jusqu’ici la plus
reconnue, c’était Robert Faurisson.
Son propos est aussi mal argumenté
que lorsqu’il prétend que les chambres à gaz n’ont pas existé. Il pense
que les voyelles correspondent à
des parties du corps de la femme.
«A» serait le sexe inversé, «E» cor-
respondrait aux seins, «U» aux cheveux. Bref, c’est aussi bien construit
qu’un discours complotiste.
Tu prends un certain plaisir à raconter ce qui ressemble à une
éducation populaire idéale.
Cosme a eu une jeunesse un peu
anar. Il se laisse guider par le hasard
et la liberté. Le RMI et les bibliothèques remplissent le rôle d’éducation populaire, car il a des livres et
du temps pour les lire.
Avec sa découverte, le monde littéraire pourrait presque remercier
Michel Rocard
pour avoir imaginé
le RMI! C’est le seul
luxe de Cosme, le
temps. Je trouve
formidable qu’on
puisse aller lire gratuitement dans une
bibliothèque. Le
jour où cela n’existera plus, on sera
foutu ! Cosme dit
lui-même que dans une bibliothèque il dévore les livres «au mètre».
N’es-tu pas nostalgique de ce
monde en voie d’extinction ?
Cela ne peut pas disparaître. On
peut aussi dévorer sur Internet. La
seule chose qui change, ce sont les
tuyaux ou les dénominations. Rien
ne ressemble plus à la «start-up
nation» de Macron qu’un programme de Giscard. C’est juste formulé autrement, avec de l’anglais
pour avoir l’air plus… cool.
Tu as déjà beaucoup parlé politique. L’écriture du livre ou des
chroniques est-elle un engagement ?
Je ne me sens ni engagé ni militant,
mais j’aime bien donner mon avis.
La meilleure façon de le faire pour
moi est de faire des blagounettes.
Les autres ont l’air d’apprécier,
donc on s’en sort bien globalement!
Mais ce que je préfère, c’est le débat.
J’adore tomber sur des gens qui ne
sont pas d’accord avec moi. Sur
Internet, je n’interviens jamais sur
les commentaires des vidéos de
mes chroniques, je les lis avec intérêt, même si parfois il y a des nazis
qui ont le point Godwin un peu
facile.
Interroger des vieilles dames
dans le XVIe, c’est une forme de
lutte des classes, non ?
Un peu. On me dit souvent que mes
interviews sont caricaturales, on me
demande où je vais chercher mes
interlocuteurs. Mais ils sont partout, et puis c’est mon métier d’être
caricatural! Rechercher une forme
de lutte des classes, c’est aussi souligner, montrer du doigt la pire des
violences, celle qu’on ne voit pas,
dont on ne parle pas, la violence
économique.
Un an après la présidentielle, La
République en marche (LREM)
reste un bon client…
Je pense qu’il y a un avant et un
après l’Aquarius. Ce qui est bien
avec ce sujet, c’est qu’on ne peut
pas escamoter le problème. Je ne
peux m’empêcher de questionner
les membres de LREM, surtout
ceux qui venaient des Verts ou du
PS, et de leur demander comment
ils peuvent encore rester dans ce
parti : les migrants ont sonné à la
porte, et vous, vous êtes recroquevillés sur vous-mêmes ? Sur ce sujet, ils n’ont même pas d’éléments
de langage et vont jusqu’à pratiquer
le négationnisme
géographique! Depuis quand Valence est le port le
plus proche de
l’Italie ? Depuis
quand il n’y a pas
de terre entre l’Italie et l’Espagne? Et
la Corse ? Comment pourront-ils
se justifier dans
vingt ans ? Si je suis encore là, je le
leur rappellerai !
Dans cette «lutte des classes»,
est-il important d’avoir des ennemis ?
Je n’ai pas d’ennemis. Même quelqu’un comme Eric Ciotti m’apparaît
plus comme quelqu’un de très
flippé que comme un «méchant».
Le problème, c’est qu’on ne peut pas
faire de politique qu’avec des névroses. Pour l’Aquarius, nous avons de
la place et les moyens d’accueillir
quelques centaines d’humains…
Mais on reste sur la peur.
En quatre ans de micro-trottoir,
est-ce que quelque chose a
changé ?
C’est toujours la même chose. Le micro-trottoir est le recueil de ce que
les gens ont retenu du traitement
médiatique de la réalité. On y retrouve les éléments de langage des
politiques. Cela montre que l’enjeu
crucial, c’est la prise avec le réel.
Recueilli par
THIBAUT SARDIER
et CATHERINE CALVET
AFP
Guillaume Meurice
«Comment justifieront-ils
dans vingt ans le non-accueil
des migrants? Si je suis encore là,
je le leur rappellerai!»
GUILLAUME
MEURICE
COSME
Flammarion,
336 pp., 19,90 €
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www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
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18 u
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et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) - 92 (5,50
€) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
ENQUÊTE
PUBLIQUE
<J3><O>6278478</O><J>31/07/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000189284</B><M></M><R></R></J3>@
PRÉFECTURE
DU MORBIHAN
AVIS D’ENQUÊTE PUBLIQUE UNIQUE
Projet de ferme pilote des éoliennes flottantes de Groix & Belle-Ile et son raccordement au Réseau Public de Transport
d’électricité
Par arrêté préfectoral du 20 juillet 2018, il
sera procédé du vendredi 17 août 2018 à
9h00 au vendredi 28 septembre 2018 à
17h00 inclus, soit pendant 43 jours consécutifs, à une enquête publique unique
préalable aux demandes d’autorisations
sollicitées :
- par la société « Ferme Éolienne Flottante de
Groix & Belle-Île » (FEFGBI) pour la construction l’implantation et l’exploitation de la ferme
pilote d’éoliennes flottantes en mer au large
de Groix & Belle-Île comprenant 4 éoliennes
de 6 mégawatts chacune ;
- par « Réseau de Transport d’Électricité »
(RTE) pour le raccordement par une liaison de
63 000 volts de la ferme pilote d’éoliennes
flottantes en mer à un poste électrique situé à
Kerhellegant à Plouharnel, raccordé au réseau
public terrestre de transport d’électricité ;
Une commission d’enquête a été désignée
par le Président du tribunal administratif de Rennes:
Présidente : Madame Camille HANROT-LORE,
Géographe-Urbaniste
Membres : Madame Anne-Marie CARLIER,
directrice de site industriel à la retraite ;
Monsieur Marc FOURRIER, consultant en
conformité assurance et banque.
Le dossier d’enquête publique version papier,
comportant 1’étude d’impact environnementale du projet ainsi que les volets spécifiques
au projet de la ferme pilote d’éoliennes flottantes en mer et au raccordement électrique,
accompagné des avis obligatoires des autorités administratives, de l’avis de l’autorité environnementale sur l’étude d’impact et
des avis des collectivités territoriales et de
leurs groupements, sera consultable pendant la durée de 1’enquêteaux mairiesdes
communes de Lorient (siège de l’enquête),
de Groix, Le Palais, Quiberon et Erdeven,
aux jours et heures habituels d’ouverture
des services. Le dossier d’enquête publique pourra également être consulté sur
un poste informatique dans les mairies
des communes de Groix, Bangor, Sauzon,
Plouhinec et Plouharnelaux jours et heures
habituels d’ouverture des services. Le dossier en version numérique est consultable
pendant la durée de l’enquête à 1’adresse
suivante https://www.registre-dematerialise.fr/876 ou à partir du lien disponible sur
le site Internet des services de l’État dans le
Morbihan www.morbihan.gouv.fr (rubrique
publications - enquêtes publiques : Lorient).
Le public pourra consigner ses observations
et propositions pendant la durée de l’enquête :
- sur les registres d’enquête en version papier disponibles aux mairies de Lorient, Groix,
Le Palais, Quiberon et Erdeven ;
- sur le registre dématérialisé ouvert depuis
le site internet https://www.registre-dematerialise.fr/876 ou à partir du lien disponible
sur le site Internet des services de l’État dans
le Morbihan www.morbihan.gouv.fr;
- par courrier électronique:
enquete-publique-876@registre-dematerialise.fr;
- par observations écrites et orales reçues
par un membre de la commission d’enquête ;
- par courrier postal adressé à la présidente
de la commission d’enquête, en mairie de
Lorient - Enquête publique ferme éolienne
Groix et Belle-Ile -2, Boulevard du Général
Leclerc - 56100 Lorient.
Les observations et propositions du public
seront accessibles sur le site internet https://
www.registre-dematerialise.fr/876 et à partir
du lien www.morbihan.gouv.fr, pendant toute
la durée de l’enquête publique.Les observations et propositions du public transmises
par voie postale ainsi que les observations
écrites et orales reçues par un membre de la
commission d’enquête seront consultables
au siège de l’enquête publique.
La commission d’enquête, représentée par
un ou plusieurs de ses membres, recevra en
personne les observations écrites et orales
du public à l’occasion de permanences en
mairies de :
Lorient
vendredi 17 août 2018 de 9h00 à 12h00 - vendredi 28 septembre 2018 de 14h00
à 17h00
Le Palais
lundi 20 août 2018 de 14h00 à 17h00 vendredi 7 septembre 2018 de 14h00 à
17h00 - samedi 22 septembre 2018 de
9h30 à 12h00
Erdeven
lundi 15 septembre 2018 de 9h00-12h00
- vendredi 31 août 2018 de 14h00 à
17h00 Quiberon
mardi 28 août 2018 de 9h00 à 12h00
- lundi 24 septembre 2018 de 14h00 à
17h00
Groix
jeudi 23 août 2018 de 9h00 à 12h00
- lundi 03 septembre 2018 de 9h15
à12h00 - mercredi 12 septembre 2018 de
9h15 à12h00
Le public pourra prendre connaissance du
rapport et des conclusions motivées de la
commission d’enquête en préfecture du
Morbihan, aux mairies de Lorient, de Groix,
Le Palais, Erdeven et Quiberon pendant un
an à compter de la clôture de 1’enquête. Ce
rapport et les conclusions motivéesseront
également consultables sur le site internet www.morbihan.gouv.fr pendant un an.
Toute information complémentaire concernant le projet pourra être demandée auprès
des sociétés « Ferme Éolienne Flottante de
Groix & Belle-Île » (FEFGBI) - 12 Rond-point
des Champs-Elysées 75 008 Paris (Thierry
DAUGERON - chef de projet ferme, tél : 0621-21-74-59, mail : thierry.daugeron@eolfi.
com) et « RTE Réseau de Transport d’Électricité » (RTE) - 6 Kepler BP 4105, 44 241 La
Chapelle-sur-Erdre (Bertrand HEVIN, responsable du raccordement, tél : 02-40-67-3890, mail : bertrand.hevin@rte-france.com).
Les décisions susceptibles d’intervenir à
l’issue de la procédure d’enquête publique
seront :
- un arrêté préfectoral délivré par le préfet du
Morbihan approuvant ou refusant la convention de concession d’utilisation du domaine
public maritime en dehors des ports pour la
construction et l’exploitation de la ferme pilote d’éoliennes flottantes en mer au large
de Groix & Belle-Île au bénéfice de la société FEFGBI ;
- un arrêté préfectoral délivré par le préfet du
Morbihan approuvant ou refusant la convention de concession d’utilisation du domaine
public maritime en dehors des ports pour le
raccordement de la ferme pilote au réseau
public de transport d’électricité, au bénéfice de RTE ;
- un arrêté préfectoral, délivré par le préfet
du Morbihan, portant autorisation environnementale, assortie de prescriptions éventuelles, pour la ferme pilote d’éoliennes
flottantes en mer, ou une décision de refus
- un arrêté préfectoral délivré par le préfet du Morbihan, portant autorisation environnementale, assortie de prescriptions
éventuelles, pour le raccordement, ou une
décision de refus ;
- un arrêté préfectoral délivré par le préfet
du Morbihan portant Déclaration d’Utilité
Publique pour le raccordement de la ferme
pilote au poste électrique de Kerhellegant à
Plouharnel, au bénéfice de RTE.
75 PARIS
CONSTITUTION
DE SOCIÉTÉ
<J3><O>6278814</O><J>31/07/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000189284</B><M></M><R></R></J3>@
Aux termes d’un acte sous signature privée
en date à PARIS du 20 juillet 2018 il a été
constitué une société présentant les caractéristiques suivantes :
Forme sociale : Société à responsabilité limitée
Dénomination sociale :
LCDB ALLIANCE
Siège social : 70, rue Saint Honoré,
75001 PARIS
Objet social : L’acquisition, la souscription,
la détention, la gestion et la cession, sous
toute forme, de toutes parts sociales, actions et de toutes valeurs mobilières dans
toutes sociétés ou entités juridiques, créées
ou à créer, L’acquisition, la détention, la gestion et la cession, sous toute forme, de tous
biens immobiliers et de toutes valeurs immobilière, toutes prestations de service en
matière administrative, financière, comptable, commerciale, informatique, de gestion, au profit des filiales de la société ou
de toutes autres sociétés dans lesquelles
elle détiendrait ou non une participation directe ou indirecte
Durée de la Société : 99 ans à compter de
la date de l’immatriculation de la Société
au Registre du commerce et des sociétés.
Capital social : 10 000 euros
Gérance : Monsieur Alexandre BOULOM, demeurant 52, rue de la République 94360 BRY
SUR MARNE, assure la gérance.
Immatriculation de la Société au Registre du
commerce et des sociétés de PARIS.
Pour avis
La Gérance.
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Ceratops. Documentaire.
2 épisodes. 22h40. La relève
du dinosaure. Documentaire.
21h00. Le mac. Comédie.
Avec José Garcia, Gilbert
Melki. 22h25. Cloud Atlas.
Film.
FRANCE 5
CSTAR
20h55. Au bout c’est la mer.
Documentaire. Le Paranà.
Soudan du Sud. 22h35.
C dans l’air. Magazine.
21h00. Douanes sous haute
surveillance. Documentaire.
Épisodes 5 à 8. 23h00.
Douanes sous haute
surveillance. Documentaire.
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Années bonheur. Divertissement. 23h20. Les enfants
de la télé. Divertissement.
Présenté par Laurent Ruquier.
PARIS PREMIÈRE
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assassines. Téléfilm. Avec
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psychologique. Avec Chris
Evans, Mckenna Grace.
22h35. Tchi tcha. Magazine.
21h00. Audition Secrète. Jeu.
Qui deviendra une star sans le
savoir ? - Épisode 2. Présenté
par David Ginola et Éric
Antoine. 23h10. Audition
Secrète. Divertissement. La
deuxième audition - Épisode 2.
6TER
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Magazine. SAMU, pompiers :
urgences vitales dans les
quartiers Nord de Marseille.
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du réel. La résistance. 22h35.
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CHÉRIE 25
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tueuses. Magazine. Tammy
Cole. Michelle Gaiser.
22h45. Snapped : les femmes
tueuses. Magazine.
NUMÉRO 23
20h55. D’Artagnan et les trois
mousquetaires. Téléfilm.
Partie 1. Avec Tchéky Karyo.
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Avec Colin Farrell, Angelina
Jolie. 00h00. L’union sacrée.
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Documentaire. 21h30. Droit
de suite - Débat. 22h53.
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Christophe Israël,
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Rédacteurs en chef
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(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Elle est sucrée II. Il n’a
pas qu’une belle plume;
Il est salé III. Elle est sucrée
IV. On en est en plein milieu ;
Il est salé V. Communauté
en terres israéliennes ; Un
chat envie son double jaune
VI. Qui a l’embarras du choix ;
Feras bloc VII. Unité de
temps ; Grain de chapelet
VIII. Le papa de Milou ; Il
en a plein des pattes
IX. Quand on n’a pas envie
du tout mais c’est rare
X. Fis frais XI. Un proverbe
fait d’elle un défaut alors
qu’elle est souvent qualité
(avec laquelle elle rime par
ailleurs)
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Par GAËTAN
(030/
X
Grille n°976
VERTICALEMENT
1. Il est salé 2. De la méthode du discours ; Mot sur cette ligne 3. Marin
britannique, il explora Arctique et mers du Sud ; Etre à l’origine de particules fines 4. Avant Xi ; Grâce à lui, vos idées sont vôtres 5. Art redonnant vie
à celles qui viennent de la perdre ; Quand il fait chaud, il faut en mettre, il
n’y a pas débat 6. Ils vivent en bord de Méditerranée 7. Versant à l’ombre ;
Soigné 8. Devint gâteux ; Fît bloc 9. On y trouve bouleaux et boulot
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. JÉRUSALEM. II. ACEH. LAÇA. III. TAMBOUR.
IV. PARDEUSSE. V. EGO. TM. SC. VI. LEIPOA. VII. COCOONING.
VIII. RÈGNE. IX. STASI. EAU. X. SOMATIONS. XI. EMPREINTE.
Verticalement 1. JASPE. COSSE. 2. ÉC. AGIO. TOM. 3. RÉTRO. CHAMP.
4. UHAD. LO. SAR. 5. MÉTÉORITE. 6. ALBUMINE. II. 7. LAOS. PIGEON.
8. ÉCUSSONNANT. 9. MARÉCAGEUSE.
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Le temps reste assez mitigé du sud-ouest au
nord-est avec des nuages et parfois
quelques ondées. Au nord-ouest, le soleil
revient, et se maintient aussi au sud-est.
L’APRÈS-MIDI Il fait globalement beau et
chaud partout. Quelques orages de chaleur
pourront éclater en montagne : Vosges,
Jura, Auvergne, et surtout Alpes du sud et
Pyrénées.
Lille
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Le temps est mitigé des côtes aquitaines en
remontant vers les Ardennes, ainsi que de
la pointe du Cotentin au Pas-de-Calais, avec
des nuages et un risque d'averses.
L’APRÈS-MIDI Quelques passages nuageux
sont encore présents de la Gironde aux
Ardennes tandis que le risque d'ondée
s'estompe. Dans l'est, les très fortes chaleurs
persistent.
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21h00. Inspecteur Lavardin.
Policier. Avec Jean Poiret,
Jean-Claude Brialy. 22h50.
Les experts : Manhattan.
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Drame. Avec Jacqueline
Pagnol, Raymond Pellegrin.
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Innocences perdues. Téléfilm.
21h00. Astérix et le coup
du menhir. Animation.
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Astérix et la surprise
de César. Animation.
20h50. Hitler-Staline.
Documentaire. La diagonale
de la haine. 22h25. Le savant,
l’imposteur et Staline.
Documentaire. Comment
nourrir le peuple.
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
Bêtabloquants
La course aux cachets
des musiciens
Par
GUILLAUME TION
Dessin CAT O’NEIL
C
huuuut… on ne doit pas en
parler. D’ailleurs, les protagonistes n’évoquent jamais
le sujet. Il faut avoir épuisé toutes
les conversations pour aborder enfin le phénomène. Les codes de la
valise nucléaire sont certainement
moins confidentiels. De quoi parlet-on ? Chut, on vous dit. Passé une
certaine heure, les interlocuteurs
osent raconter leur cas et exhument
des figures mythiques. Comme ce
musicien extraordinairement doué
mais qui foirait toutes ses auditions.
Il en a pris, et du jour au lendemain
il a tout gagné. Mais si, il en a pris.
Il a même scotché sur l’étui de son
instrument la boîte de médocs, par
bravade. Son pote aussi en prenait.
Et l’autre gars, le corniste, tu te rappelles? Lui aussi. Et si on faisait des
contrôles d’urine pendant les concours internationaux, on aurait des
surprises. Ou plutôt non : on
n’aurait aucune surprise! Car c’est
un fait acquis, parfaitement su et totalement tabou : les musiciens se
gavent de bêtabloquants. Voilà, ça
va mieux en le disant.
Un bêtabloquant est un médicament qui prend la place de l’adrénaline sur les récepteurs beta du système sympathique. Il coupe les
montées d’angoisse et se nomme
propranolol, timolol, labétalol… des
trucs lol. Quand un musicien amateur décide de faire de la pratique
instrumentale son métier, il se
trouve devant un nouveau problème: la gestion du stress. Les bêtabloquants sont pour beaucoup
une solution de facilité, efficace et
sans danger. Des médecins spécialisés nous le confirment: «Une dose
légère prise de manière irrégulière
Sujet tabou mais secret
de polichinelle, la prise
de médicaments par de
nombreux instrumentistes
pour gérer leur stress est
considérée comme une facilité.
Témoignages d’usagers,
de réfractaires et de repentis.
chez un sujet non asthmatique qui
n’a pas de dysfonctionnements cardiaques est absolument inoffensive.»
Passer chez le médecin pour s’assurer de la bonne santé de ses coronaires est indispensable. Mais,
après : gobez jeunesse !
selon les médecins) sont atteints
d’une «anxiété de performance» :
ils se révèlent incapables de reproduire en public ce qu’ils parviennent à accomplir seuls. En ce cas, le
«bêta» est une thérapie.
Jean-Pierre, 27 ans, est joueur de
tuba (1). Un instrument très exposé.
DOSES INFIMES
Il suffit que le cœur s’emballe
Pourquoi les bêtabloquants sont-ils pour que le souffle se fragilise et
synonymes de honte alors qu’une que le son soit altéré. Jean-Pierre a
étude américaine de 1988 dévoilait toujours été traqueur. «Ça me pénaque 80 % des premiers violons de lisait beaucoup. Voyant mon désarson panel en usaient ? Parce qu’ils roi, un de mes profs au CRR [Conserpeuvent être considérés comme vatoire à rayonnement régional,
un dopant, une aide masndlr] m’a conseillé de
quée dans un milieu où la ENQUÊTE prendre des bêta. Il ne
course à la perfection est
pouvait pas savoir que
la référence et l’acharnement au tra- j’allais devenir accro.» Les musivail, la norme. Prendre un cachet, ciens s’octroient des doses infimes.
c’est tricher, c’est profiter des pro- Comme l’explique un percussiongrès du temps pour réussir techni- niste: «On en prend un quart de caquement ce qu’on n’aurait peut-être chet, au max un demi [20 mg de propas pu accomplir il y a deux siècles, pranolol]. C’est rien. Mon médecin
c’est cracher à la gueule de Beetho- m’a raconté que les chirurgiens et les
ven. Le raccourci est exagéré. Les snipers en prenaient deux par jour!»
instrumentistes des temps passés Pour passer l’examen d’entrée au
n’avaient pas la même pression que Conservatoire national supérieur
ceux du jour, surdiplômés, filmés, de musique, Jean-Pierre a joué les
mondialisés. Enfin, une part non chirurgiens-snipers : «On se teste
négligeable des musiciens (un quart par rapport à nos limites : il faut
des utilisateurs de bêtabloquants, dépasser la dose pour savoir ce que
l’on doit prendre. Un demi-cachet ne
me faisait rien. J’en prenais donc
deux, six heures et une heure et
demie avant l’examen, pour qu’il y
ait un effet dégressif et inverse. Je
dormais sur scène. De toute façon,
plus le stress était intense, plus j’en
prenais.»
CONCOURS PRESTIGIEUX
Mais à quoi servent exactement les
bêtabloquants? «Ils ralentissent le
rythme cardiaque, permettent d’éviter les tremblements, de ne pas avoir
les mains moites, et possèdent un effet
placebo indéniable», décrit cette flûtiste qui en prend de temps en temps
«avant les concerts importants, et
ceux où j’ai un solo». Jean-Pierre n’a
pas de problème avec la moiteur de
ses mains, mais la tachycardie l’effraie: «Je ne veux pas me faire déborder par mes battements de cœur et
devenir une machine qui s’emballe.
Les bêta me permettent de me
concentrer sur la musique et non plus
sur la canalisation de mon corps.»
D’autres, comme cette célèbre pianiste concertiste, ont essayé mais
n’ont pas accroché : «J’ai déjà un
rythme cardiaque un peu lent, j’avais
l’impression de dormir en jouant,
de ne pas être vraiment là.» «Il est
vrai qu’on est moins alerte. On se
regarde un peu jouer», note JeanPierre. «En un sens, c’est une modulation des drogues dures et de l’alcool
qu’on retrouve dans les coulisses
des groupes de rock. Ou chez les
musiciens russes», sourit Marion,
violoniste.
Le parcours de cette instrumentiste
trentenaire est différent. «Il y a
quelques années, quand je passais
des concours, tout le monde me promettait la victoire, et il y avait à
chaque fois un musicien plus âgé qui
me passait devant. Et qui prenait
des bêta.» C’est donc pour lll
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
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CULTURE/
lll
ne pas être lésée que Marion a tendu la main aux cachetons,
quitte à changer son discours. «Je
n’arrêtais pas d’expliquer qu’il ne
fallait pas en prendre, tout en ayant
marre de perdre des concours internationaux!» Reine Elisabeth, ARD,
Tchaïkovski… Etre lauréat d’une de
ces courses musicales de prestige
ouvre d’emblée les portes de la
reconnaissance : propositions de
concert à vannes ouvertes, labels
qui veulent vous voir enregistrer
chez eux, invitations comme soliste
par les plus grands orchestres…
«Ces concours lancent les carrières.
Soit on les gagne, soit on reste
dans le rang. Et le train ne passe
qu’une fois.» Pour entrer dans le
wagon de la réussite, Marion a gobé
quelques quarts de bêta. Et a gagné
des concours. «Ensuite, on se calme.
Je n’en ai plus l’usage depuis longtemps et de toute façon je n’en ai
pris que dans ce cadre compétitif,
jamais avant mes concerts», tempère-t-elle.
«SOLUTION PONCTUELLE»
Certains instruments sont plus privilégiés. L’altération du souffle et le
surgissement des tremblements
nuisent surtout aux vents, aux bois
et aux cordes, où la formation du
son implique déjà un travail de maîtrise corporelle. Pour le piano, que
le doigt tremble ou non sur la touche, la note sera la même. L’effet
bêta est alors d’ordre psychologique. Natacha, pianiste traqueuse,
aimerait les essayer. «Mais j’ai peur
de ne pouvoir tester le cachet dans
de bonnes conditions. Je ne serai jamais totalement chez moi comme
sur une scène. Et si le dosage qui
fonctionne chez moi me rend KO
pendant un concert, c’est foutu.» Natacha compense donc son stress par
une surabondance de travail : «Je
joue les morceaux dans le noir complet, en lisant un roman, en intervertissant des passages. Plus on a
travaillé, plus on sera prêt. C’est la
seule certitude que j’aie !»
«On en prend
un quart de cachet,
au max un demi.
C’est rien.
Mon médecin
m’a raconté que
les chirurgiens
et les snipers
en prenaient
deux par jour!»
Un percussionniste
A force de cachetons, Jean-Pierre
s’est aussi découvert une conviction. Le tubiste a rejoint un orchestre renommé. Pour passer l’audition, il a évidemment pris des bêta.
«Et ensuite pour la première semaine de répète, et ensuite pour tous
les concerts… c’était carrément trop,
il fallait que j’arrête», se souvient-il.
Puis il s’est rendu compte que, «sur
le plan humain, loin du biniou, une
fois que j’étais intégré et que j’avais
pris mes marques auprès de mes
collègues, cela allait mieux, j’en
avais moins besoin». Car les bêta
sont très utiles pour supprimer les
symptômes du trac, mais pas ses
causes. Voilà la lumière qui guide
désormais Jean-Pierre. Il s’est lancé
à corps perdu dans une batterie de
moyens thérapeutiques annexes,
de la sophrologie à la médecine
douce en passant par l’hypnose.
«J’ai aussi fait du théâtre et de la
PNL [programmation neuro-linguistique]. Je me sens beaucoup plus
en confiance qu’avant.»
Et puis il y a la visualisation. JeanPierre comme Natacha sont devenus
des adeptes de ce procédé. «Le cerveau ne fait pas de différence entre
les événements que l’on a vécus et
ceux que l’on imagine, explique JeanPierre. Alors je procède à des visualisations. Je me représente entrer dans
la salle, jouer l’intégralité du concert,
avec ses difficultés et ses temps faibles. Je vis le moment une dizaine de
fois avant de le vivre en réalité. Je
suis donc mieux préparé.» «Sans
même avoir eu peur, le concert redouté devient presque une routine»,
s’enthousiasme Natacha.
Ces techniques pourraient bien, à
terme, effacer l’efficacité si facile
des bêtabloquants. «Les cachets ne
sont jamais qu’une solution ponctuelle, résume Marion. Le trac, on l’a
pour la vie. Il faut apprendre à le
gérer soi-même. Et ne se tourner vers
les médicaments qu’au coup par
coup, pour débloquer des situations.» La prise de conscience écolobio va aussi à l’encontre des bêta.
Foi de Jean-Pierre, randonneur rescapé des territoires du stress qui ne
prend plus aujourd’hui que de rares
quarts de cachets : «Les nouvelles
méthodes bénéficient d’un essor démentiel. Les bêta sont en contradiction avec la mentalité des jeunes de
notre âge: prendre moins de médicaments, se tourner vers des techniques plus saines. Avec la PNL, tu
règles aussi des problèmes de jeunesse. Le trac est un tout, qu’il faut
savoir appréhender. Les bêtabloquants nous aident sur le moment,
mais repoussent le principal: notre
connaissance de nous-mêmes.» •
(1) Les prénoms, âges et instruments
ont été modifiés – ou pas.
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22 u
Libération Mardi 31 Juillet 2018
avant l’âge des premiers joysticks,
tapote déjà du piano. C’est simple,
aussi loin qu’il se souvienne, Cosmo
– ainsi prénommé en référence à
Côme, un saint qui, avec son frère,
soignait gracieusement ses semblables – a toujours été musicien.
D’abord en mode impro, muni
d’une loop station. Puis, encore ado,
au sein d’un collectif londonien
formé d’une dizaine de membres,
Gentle Mystics, qui malaxe electro,
jazz, dub, blues, folk et hip-hop. Publié en 2011, un album atteste le
composite et les ébats, au demeurant, ne sont pas clôturés. «Bien que
n’ayant rien fait de sérieux ensemble
depuis trois ans, nous restons bons
amis et d’autres développements demeurent envisageables», précise le
transfuge qui, tout en regrettant
l’émulation communautaire, trouve
aujourd’hui un contentement manifeste dans les rêveries du bidouilleur solitaire.
Fanfares. «J’apparente la manière
Le Britannique de 28 ans a propagé une humeur jubilatoire lors de son concert, mi-juillet, à Saint-Aubin-sur-Mer. PHOTO MERLIN SHELDRAKE
L’agit-pop azimutée
de Cosmo Sheldrake
Au festival normand
Pete The Monkey,
le Britannique multiinstrumentiste et écolo
militant a séduit avec
sa pop subtile ponctuée
de samples étranges.
Rencontre.
lui que le programme présentait
évasivement comme «multi-instrumentiste, producteur et interprète
britannique de 22 ans» (28, en réalité) a converti une foule ondoyante
et bigarrée qui, séduite par sa passementerie, a convergé devant l’estrade et témoigné une allégresse
que le seul contexte hédoniste ne
suffirait pas à justifier.
L
Luxuriance. Inespérément à son
e soleil n’a pas tout à fait
ponctué une journée clémente de la mi-juillet, lorsque
Cosmo Sheldrake investit sans affectation une des petites scènes de
la septième édition du festival normand Pete The Monkey, rendezvous uniment admis comme étant
l’un des plus cool et inspirés de
l’Hexagone. Une heure plus tard, le
bon de livraison est tamponné: ce-
avantage en public, où il propage
une humeur jubilatoire, Cosmo
Sheldrake mérite d’être découvert.
Quitte à devoir faire preuve d’opiniâtreté : à l’heure où le barnum
pop-rock s’égosille au rythme effréné des festivals qui, dorénavant,
constellent le territoire, lui s’en est
tenu à l’unique Pete The Monkey
pour remplir son carnet de bal. Un
petit tour et puis s’en est allé… «en
vacances, cinq semaines au Canada.
Il s’agit d’un rituel car –je crois bien
depuis ma naissance– nous partons
nous y ressourcer tous les étés en famille». Dont acte.
Il a beau émaner de Cosmo Sheldrake une forme raisonnée d’excentricité, le jeune Anglais, confluent
de Beirut et de Stravinsky, ne cherche pas pour autant à s’enfouir dans
la luxuriance d’une pop assez subtile pour révéler à chaque écoute de
nouveaux mystères. Alchimiste des
temps modernes, le musicien clarifie au contraire un parcours en définitive cohérent, depuis des études
en anthropologie qui ont aiguisé
son ouverture d’esprit en l’incitant
à «considérer les mille et une façons
possibles d’aborder le monde dans
lequel on vit», jusqu’à l’album The
Much Much How How and I. Un capiteux florilège, éclos avant l’été, où
les instruments à bois et les cuivres
filent le parfait amour avec un entrelacs inouï de sons samplés
– faune subaquatique, chants
d’oiseaux, chuchotis de rivière, ambiances de marchés, roulement
d’escalator, bruits de marteaupiqueur ou de pièce de monnaie
tombant sur le sol…– récoltés avec
un simple enregistreur, utilisé telle
une baguette de sourcier.
Cosmo Sheldrake a été élevé (sans
télé) par un père «anticonformiste»,
biochimiste et parapsychologue, et
une mère prof de chant diphonique
qui, dans les années 70, vivra trois
ans en Allemagne au domicile de
son mentor, Karlheinz Stockhausen. L’atavisme ne tarde pas à produire ses fruits chez le gamin qui,
dont je travaille à du collage et cela
prend du temps. N’ayant aucun
compte à rendre à personne, tant
que je ne suis pas pleinement satisfait du résultat, libre à moi de poursuivre cette petite odyssée. En ce moment, par exemple, la curiosité
m’entraîne en direction de sonorités
plutôt boisées, croquantes et croustillantes», décortique le cuistot
qui révère autant Moondog, Bobby
McFerrin, Charles Mingus et les
fanfares approchées lors d’un séjour
à La Nouvelle-Orléans que le poète
William Blake – qui lui a inspiré
la chanson The Fly –, ou l’écrivain
nonsensique (et ornithologue) Edward Lear.
Très sensible aux questions environnementales, qui régissent tout
selon lui, Cosmo Sheldrake songe,
entre autres pistes, à composer
un jour à partir de bruits collectés
auprès d’espèces animales en voie
d’extinction. Fondamentalement,
la notion d’agit-prop lui sied, depuis
qu’il a changé son fusil d’épaule :
«En 2009, pendant ma première
année de fac, je m’étais rendu à la
COP 15 de Copenhague, où j’ai fait
partie des manifestants alertant
l’opinion publique sur les menaces
liées aux changements climatiques.
Un activisme véhément, fondé sur
la colère, que la musique aurait en
quelque sorte commué en célébration positive, joyeuse et sans doute
plus propice au dialogue.»
GILLES RENAULT
Envoyé spécial
à Saint-Aubin-sur-Mer
COSMO SHELDRAKE
THE MUCH MUCH HOW HOW
AND I (Pias). En concert le
5 décembre au Badaboum, 75011.
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u 23
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CULTURE/
MUSIQUES
Ross From Friends, trips à la mode de Londres
Sur «Family Portrait»,
son premier album,
le Britannique mixe
des matériaux
sonores récupérés
pour générer une
musique entêtante
et labyrinthique.
T
out le monde le sait :
toute musique est dérivée
d’une ou plusieurs autres,
elles-mêmes dérivées d’une ou
plusieurs autres, à l’infini jusqu’à la première mélodie chantonnée intentionnellement par
un homme primitif dans une caverne. Mais même dans le grand
bouillon postmoderne qui est le
nôtre, avec ses tubes de rap commercial qui mélangent de la
techno et de la musique d’Afrique de l’Est et ses groupes de gamins de 17 ans qui jouent du
rock vieux de cinquante ans, certaines familles musicales – au
hasard, celles de la musique
électronique– et certains artistes semblent avoir développé
leur esthétique en partant de ce
constat que les amonts sont effectivement irréductibles, et que
l’originalité pure et absolue
n’existe pas.
Grincements. Le Britannique
Ross From Friends, dont le nom
a commencé à circuler à peu
près en même temps que celui
du Suédois DJ Seinfeld (ça ne
s’invente pas), fait partie de
ceux-là. Outre son blase d’artiste
idiot, qu’il semble avoir choisi en
toute inconséquence en zonant
sur YouTube et en partant du
principe que sa carrière ne durerait pas, Felix Clary Weatherall
compose sa house music à partir
de tout ce qui lui tombe sous la
main, 78 tours, vidéos Snapchat
ou vibrations du métro qui passe
sous sa maison, et laisse naturellement sa nature labyrinthique
s’exprimer sans le moindre état
d’âme. Car on y perçoit non seulement les coutures et les différentes textures des matériaux récupérés, mais aussi que chacun
de ses bangers –par ailleurs tout
à fait dansants– donne l’impression de passer sans arrêt d’une
pièce à l’autre dans un grand
manoir bourré de bidules du
parquet jusqu’au plafond.
Naturellement, la première
écoute de Family Portrait, son
debut album, est déstabilisante.
A l’inverse d’autres grands copieurs-colleurs comme Justice
ou Todd Edwards (producteur
légendaire du New Jersey qui a
plusieurs fois collaboré avec
Daft Punk), Ross From Friends
agence ses sources très diverses
(grincements machiniques, jingles triviaux, ambiances fantastiques) sans suivre de dramaturgie. Ou plutôt, les scénarios qu’il
élabore avec sa colle et ses ciseaux ne sont jamais linéaires,
plein de chausse-trappes et de
tiroirs, plus proches d’un Fellini
tardif que de Piège de cristal.
Epiphanies. Ce qui sauve sa
musique de la niche expérimentale est son goût pour les grooves
lancinants et un talent mélodique qui le rapproche de grands
noms actuels de la musique
électronique la plus populaire
d’Angleterre, tels Four Tet ou Burial. Empruntant à ce dernier
plus spécifiquement sa science
du détournement des voix chantées, il justifie l’existence de chacune de ses machines folles en
les faisant accoucher d’épiphanies douces-amères, dignes de la
musique urbaine britannique la
plus spleenétique : le dubstep
hanté de Burial, donc, mais aussi
les œuvres de Massive Attack ou
Nightmares on Wax avant lui.
Chassez le naturel chez un producteur de musique anglaise, il
revient au pas de course: le premier album de Ross From
Friends est autant un opéra
postmoderne assourdissant
qu’un des plus ravissants et typiques disques de trip-hop triste
de ces derniers temps.
OLIVIER LAMM
ROSS FROM FRIENDS
FAMILY PORTRAIT
(Brainfeeder).
Felix Clary Weatherall, alias Ross From Friends. PHOTO FABRICE BOURGELLE
«Napoli Segreta», disco au-dessous du volcan
Exhumés par des DJ italiens, dix titres
composés entre la fin des années 70
et le milieu des années 80 sont réunis
sur une réjouissante compilation.
Q
ui savait qu’à Naples, entre la fin des
années 70 et le milieu des années 80, on a
produit du disco formidable ? A en croire les articles,
lisibles en ligne, de la
presse locale sur la compilation Napoli Segreta,
même la jeunesse de la cité
parthénopéenne est largement ignorante de ce glorieux passé : selon Claudia
Maddaluno, du webzine
Dance Like Shaquille ’O
Neal, «ce disque est fascinant car il donne l’illusion
de pouvoir saisir quelque
chose qui, autrement,
aurait été irrémédiablement perdu». Rendons
grâce donc aux DJ campaniens de la Famiglia Discocristiana et au duo Nu Guinea d’avoir écumé pour
nous les vide-greniers
autour du Vésuve. Car derrière le cliché jauni qui décore la pochette de Napoli
Segreta Vol. 1 se cachent
des richesses musicales
inattendues, qui battent en
brèche les idées reçues sur
le disco italien (avant qu’il
se resserre autour du synthétiseur et prenne le nom
d’italo disco), et sur la variété italienne funky de
l’orée des années 80. Dans
ces dix chansons d’artistes
tous rendus obscurs par le
passage des années – tout
juste avait-on entendu parler du duo Tonica & Dominante pour Fantasticando,
un album dont l’argus
tourne autour des
700 euros –, on survole
tous les champs du disco
européen tardif, du protorap de Donn’Anna (Nun Ce
Sta’ Nient A Fa) à la can-
zona cossue, gorgée de violons et d’émotions de Donatella Viggiano (Napule
Canta e More). L’ensemble
faitun bien fou, surtout en
ce milieu d’été que certains
subissent au bureau ou sur
un chantier, mais on serait
mal avisés de s’arrêter à cet
effet «carte postale» en
oubliant de s’intéresser aux
particularismes qui s’expriment en profondeur. Outre
l’usage du napolitain, langue à part entière qui nécessite d’être sous-titrée
pour les Italiens du Nord
(comme c’est le cas dans la
très populaire émission de
télé-réalité Il Castello delle
Cerimonie), c’est un véritable esprit qui s’exprime entre les accords de piano
électrique et les basses
slappées, produit de siècles
d’histoire unique prégnant
partout dans «les bandes
poussiéreuses, au milieu
des vicissitudes émotionnelles, des fêtes, de la mer, des
studios et des goélands».
Au printemps, Massimo Di
Lena et Lucio Aquilina, les
deux musiciens exilés à
Berlin qui forment Nu Guinea, faisait d’ailleurs de cet
esprit le sujet central de
Nuova Napoli, excellent
deuxième album de disco
jazz au ralenti conçu
comme «une enquête historique dans les genres qui
ont façonné Naples dans les
années 70 et 80». Réjouissance, puisque avec eux,
Fitness Forever ou Quiroga, le renouveau ne fait
que commencer.
O.L.
NAPOLI SEGRETA
VOL. 1, HIDDEN GEMS
FROM THE BOWELS
OF VESUVIUS (Early
Sounds/NG Recordings).
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Lady gag
Emma Thompson Exubérante et engagée à la ville,
l’actrice british, récemment distinguée par la reine,
se fait appeler «My Lady» à l’écran.
O
n a laissé son personnage dans une salle de ciné, la
mine perturbée, la mèche triste et les certitudes
dévastées. On retrouve Emma Thompson dans la cour
intérieure d’un hôtel de luxe, lustrant le poil des micros dans
un français quasi parfait. Avant la dernière interview, la nôtre,
elle termine un bol de fraises (sans doute une recommandation de la diététicienne qu’elle partage avec Kate Middleton),
puis se volatilise, le temps de passer en revue son vestiaire.
Elle revient ravie, arborant un pantalon
blanc et un haut à collerette, les poignets
voilés par l’évasé du tissu. Pour les besoins
de la photo, elle se glisse derrière un petit
paravent, rit d’avoir à en modifier l’ouverture pour y loger son
popotin, s’imagine à la proue du Titanic, avec Leo DiCaprio
collé aux fesses. Fantaisie qu’elle conclut d’un surprenant et
catégorique «très désagréable !».
Malgré trente-cinq ans de carrière, 62 films et séries, deux oscars et quelques awards, l’intérêt pour qui lui fait face semble
sincère, sans apprêt. A l’écran, le charme diffuse large, nez
jamais pincé, du drame shakespearien aux comédies populaires. Dans My Lady, subtil film de Richard Eyre, l’actrice campe
une juge qui doit arbitrer dans l’urgence une affaire de vie ou
de mort alors qu’en coulisse son mariage se délite. Atteint de
leucémie, Adam a presque 18 ans. Ses parents, témoins de
Jéhovah, refusent la transfusion qui pourrait le sauver. Au
téléphone, le réalisateur parle des stratégies définies en commun, compare son interprète à Isabelle Huppert. «Ce sont des
femmes dont l’intelligence et l’esprit imprègnent tous les rôles.
Elles ne sont jamais dans l’artifice. Emma a une qualité rare,
elle sait adapter les pensées d’un personnage au tempo du
cinéma, les ralentir. Et puis elle adore les
ragots, ce qui en fait une collègue de rêve.»
Le manège enchanté. Thompson voit
le jour en 1959, alors que ses parents ne
cherchent qu’à arrondir… leurs fins de mois. En 1965, le père,
acteur, producteur, présentateur, reprend pour la BBC l’émission le Manège enchanté. Trouvant la version française
bruyante et lénifiante, il réécrit tous les épisodes. L’inspiration
est ventée et maltée, conforme à cette côte ouest des
Highlands où la famille possède encore un cottage. Pendant
que femme et filles font des ricochets dans le loch, il s’installe
sur la berge, se sert un whisky et visionne l’original. Dès sa
sortie, le show cartonne. «Mon père faisait toutes les voix, avec
cette diction désuète et lunaire, largement pastichée
LE PORTRAIT
aujourd’hui», confie notre interlocutrice. Elle garde un faible
pour Brian, l’escargot, «inlassablement jovial et à la sagesse
un peu décalée», qui était aussi le favori du scénariste, mort
à l’âge de 53 ans. Sa mère, comédienne, 86 ans, aurait, elle,
inspiré la vache Ermintrude, un bovin ayant la fâcheuse habitude de se mettre en travers des voies ferrées.
Stand-uppeuse. Le parcours est d’abord classique et lettré,
thèse comprise. Dans la troupe du Cambridge Footlights,
vivier de comiques qui a vu éclore les Monty Python, l’étudiante baigne dans la gaudriole. L’humour devient son gagnepain. Son sketch sur une MST à traiter au yaourt, avec le boyfriend faisant preuve d’initiative calamiteuse en optant pour
un laitage saveur fruits tropicaux et noix, remporte alors un
franc succès. Mais c’est à l’accent écossais que la Londonienne
doit sa première incursion sur les plateaux. La voix perdue
dans les graves rocailleux, la bouche ouverte sur des canines
rutilantes, les «r» roulant en tambour-major, l’imitatrice
démontre le talent conservé. On la comprend encore ? Aye,
aye, My Lady.
Elle too. En l’an I du calendrier #MeToo, celle qui dit avoir
passé ses twenties à virer des langues vieillissantes de sa jeune
bouche et à contrer des attaques perpétrées dans les ascenseurs n’a donné aucun nom. Par contre, elle a retiré le sien
d’une pétition pour Polanski.
Faut-il amalgamer l’œuvre et
son auteur, piétiner les DVD
15 avril 1959 Naissance
adorés, organiser un autoà Londres.
dafé dans chaque biblio1992 Retour à Howards
thèque? Discret dégagement
End (James Ivory).
en touche. Plutôt que de gâ1995 Raison et
cher énergie, temps et salive
Sentiments (Ang Lee).
à disserter sur les agisse2004-2011 Trois
ments de vieux mâles blancs,
Harry Potter.
les femmes devraient, selon
1er août 2018 My Lady
elle, se définir par leurs
(Richard Eyre).
actions, avoir confiance en
elles. Quant aux individus
perturbés par l’évolution en cours, leur lamento la sidère. «Les
hommes de ma génération ont eu le beurre et l’argent du beurre.
Ils supportent mal cette dissolution du patriarcat.» La page
est tournée, mais la féministe avoue avoir parfois peur pour
Gaia, sa fille de 18 ans, comédienne évidemment, déjà deux
longs à son actif, qui entre en fac pour y étudier la littérature.
Sinon, les avancées en matière de reproduction l’enchantent.
Une FIV lui a permis d’enfanter. Que les lesbiennes aient recours à la PMA ou que des gays se servent de la GPA est une
évidence que personne ne devrait questionner. «De nouvelles
histoires émergent, le débat s’ouvre. C’est génial d’être désorienté par les nouveautés», souligne-t-elle avec gourmandise.
A l’autre bout de l’échelle, l’âge et son cortège de réjouissances
ne la préoccupent nullement. L’antidote à la morosité? Se débarrasser des oripeaux de l’apparence et cesser de scruter son
nombril. Y ajouter l’écoute attentive du podcast The Guilty
Feminist de Deborah Frances-White et la lecture du bouquin
How to Age d’Anne Karpf.
Courbettes royales. Elevée cette année au rang de dame
par Elizabeth II, Thompson avoue avoir hésité à accepter l’honorifique distinction. Et puis, rires et moqueries étouffés,
révérence maîtrisée, la perspective a suscité l’intérêt. «C’est
étrange de donner ce titre à une féministe provocatrice», analyse-t-elle. Très engagée, elle milite pour Greenpeace, ActionAid
et préside une organisation de défense des droits de l’homme.
En 2004, elle a adopté, avec son mari, l’acteur Greg Wise, un
adolescent rwandais, ex-enfant soldat. Tindyebwa Agaba a
aujourd’hui 31 ans. Titulaire d’un master en droit, il a souhaité
voir la reine… et son sac à main. Désir sans doute exacerbé par
son douloureux parcours de réfugié. Tant qu’à jouer les cabots,
la Britannique aurait pu ajouter au tableau Willow, le royal
corgi. Mais, comme le rappelle sa moue désolée, le canidé de
sa majesté a été euthanasié en avril.
L’Union Jack claque au vent mauvais, les perspectives de l’île
rétrécissent. Déprimée par le Brexit, l’actrice voudrait que le
vote soit reconsidéré. «Le peuple a parlé, mais en réaction à des
mensonges. Occupé par cette hérésie, le gouvernement néglige
les autres problématiques.» Parce qu’on savait que notre vis-àvis aimait les biographies de Marilyn Monroe, parce qu’on
aurait bien parlé de la célébrité et de ses ravages, on a tenté de
retourner en douce le sablier du temps imparti. En vain. Alors
on s’est contenté de la coupe de champagne proposée. •
Par NATHALIE ROUILLER
Photo AUDOIN DESFORGES
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ÉTÉ
J’AI TESTÉ
«VALEURS
ACTUELLES»
Et aussi n deux pages
BD n de la photo n une
invention loufoque
n deux recettes n des
jeux…
IORGIS MATYASSY
Mardi
31 juillet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II u
ÉTÉ / J’AI TESTÉ
Le
système
de
«Valeurs»
Il fallait tenir le coup. Lire pendant cinq semaines
«Valeurs actuelles», l’hebdomadaire de la droite ultra.
Ça n’était pas gagné, on a eu des faiblesses, et ça a confirmé
tous nos a priori avec la récurrence de sujets comme la
glorification de la France, le gaspillage de l’argent public
ou encore l’essor de l’islamisme.
Par
VIRGINIE BLOCH-LAINÉ
Photo
IORGIS MATYASSY
D
onc, Valeurs actuelles, ce sont les
valeurs actuelles? J’ai dû passer
à côté de l’essentiel, puisque je
n’avais jamais ouvert ce magazine, trop à droite pour moi. J’ai vraiment
découvert l’univers de ce titre, créé en 1966,
à l’occasion de ce «J’ai testé». Valeurs actuelles, c’est tout un monde: le propriétaire
est un homme d’affaires français, Iskandar
Safa, d’origine libanaise, les actionnaires
sont Charles Villeneuve et Etienne Mougeotte. A l’époque de sa création, l’hebdomadaire s’approchait d’un guide pour
épargnants. Le sens du mot «valeur» était
alors strictement économique, moins propice aux dérapages qu’il ne l’est devenu.
Désormais, les valeurs de Valeurs actuelles
signifient : «France d’abord» et «droitedroite». Respirons-nous l’air du temps avec
Valeurs actuelles? En partie, oui, et c’est
pourquoi je me lance dans l’aventure.
ÉCHAUFFEMENT
Le magazine sort le jeudi et coûte
4,90euros. Mon fils adolescent me donne
un conseil depuis la cuisine, sa pièce de
prédilection dans cette période de transition de sa vie: m’abonner en ligne pour réduire le prix au numéro. Il ajoute que je bénéficierais sûrement ainsi d’une
newsletter quotidienne, gratuite, qui pimenterait mon article de scoops – des
scoops aux yeux de Valeurs actuelles. C’est
un bon plan. Je me rends sur le site de
l’hebdo qui propose un kit regroupant
l’abonnement «liberté» et la «lettre quotidienne». Je dois payer 58,80euros, mais je
ne comprends pas si je peux suspendre le
tout quand je le souhaite. Ne prenons pas
de risque. J’abandonne.
PREMIÈRE SEMAINE
La une du 3 mai affiche «Dette publique,
la bombe à retardement». La dette publique, on connaît la chanson. Le marronnier
est illustré d’une grenade ornée du symbole de l’euro. Deux autres sujets sont en
couverture : un entretien avec l’homme
qui a tué Ben Laden et dont les mémoires
sortent «enfin en français» (si je me souviens bien, ce militaire, Robert O’Neill, a
déjà témoigné de nombreuse fois pour dire
qu’Obama et le pays l’avaient abandonné
après son exploit) et une interview exclusive de Sonia Mabrouk, dont j’ignorais
Libération Mardi 31 Juillet 2018
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
u III
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l’existence. L’entretien est résumé ainsi :
«Arnaud Beltrame, islamisme, valeurs
chrétiennes : la confession de Sonia Mabrouk.» Au moins, cet article a un angle.
J’ouvre le magazine en commençant par
la fin. Rien ne me tente suffisamment pour
que je m’arrête. Tiens, page 75, une éphéméride. Celle-ci regarde vers le passé et
rappelle que quarante ans plus tôt, dans
Valeurs actuelles, trois Français sur quatre
estimaient la justice trop indulgente. Alain
Peyrefitte leur répondait (dans les pages
du magazine, j’imagine). Qui se soucie de
l’opinion d’Alain Peyrefitte sur ce sujet? Je
passe.
Robert O’Neill, le tueur de Ben Laden : il
apprécie Trump «personnellement». Il a
partagé avec le président des Etats-Unis
un repas intime: «C’était génial.» Selon lui,
Trump «affronte sans faiblir les brutes du
monde entier». Registre de langage de l’entretien : niveau CP.
Dans les pages «Culture», le Journal de
François Gibault (l’exécuteur testamentaire de Céline) bénéficie d’un compte
rendu. L’article est titré «Années 30, le retour» : ne pas y entendre de critique, car
pour le journaliste, c’est de l’air frais qui se
dégage de l’ouvrage de Gibault. Deux rubriques surpassent les autres par leur ringardise : le «Trait de la semaine» de Deligne, le dessinateur de Valeurs actuelles
illustre en quelques cases la France paresseuse d’un président qui l’espérait «en
marche»; l’autre cocasserie est la chronique hebdomadaire de Philippe Barthelet
intitulée «l’Esprit des mots», dans laquelle
il fait, cette semaine, un sort au terme
«théâtrocratie», en expliquant que Macron
est avant tout un «baratineur». D’ailleurs,
il faisait du théâtre au lycée. Le Président
est jugé plus castriste que jupitérien. Je ne
suis pas convaincue.
DEUXIÈME SEMAINE
La une est épouvantable: «Le milliardaire
qui complote contre la France». L’homme
à abattre s’appelle George Soros, milliardaire juif né en Hongrie en 1930, visé et atteint par une campagne antisémite dans
son pays d’origine depuis des mois. Retour
des années 30, effectivement : selon Valeurs actuelles, Soros «est passé maître
dans l’art de désordonner le monde», il tire
«les ficelles de la politique mondiale» et dirige une fondation «tentaculaire». Son
rêve? «Un monde globalisé» et «sans frontières», des douceurs qui reflètent les fantasmes actuels (et archaïques).
Le même numéro propose un grand entretien avec Erik Orsenna. Que vient faire
l’académicien dans cette galère ? En
préambule de l’interview «exclusive», Orsenna répète ce que je l’ai déjà entendu
dire mille fois : il ne sera pas, jamais, ministre de la Culture. Vient une deuxième
question, comique, tant elle n’a rien à voir
avec la précédente : «Comment sauver
l’agriculture française?» Je lâche l’affaire
et me rends à la dernière page. Elle est occupée chaque semaine par une chronique
de l’écrivain, journaliste et éditeur Denis
Tillinac. Il soutenait François Fillon lors
de la présidentielle de 2017. Son credo,
cette semaine : «Mai 68 n’a rien libéré du
tout».
Je reprends des forces et des couleurs avec
la rubrique télé, dont la sélection est étonnamment à mon goût: l’Armée des ombres
de Melville, le lundi, et un documentaire de
Ruth Zylberman sur un immeuble parisien
dont les habitants, juifs, furent déportés,
le mardi. C’est mieux que le programme de
la semaine dernière: VA (pour les intimes)
conseillait une soirée orchestrée par Laurence Ferrari sur l’île de Sainte-Hélène.
TROISIÈME SEMAINE
Ma curiosité pour le magazine est ralentie
suite au choc de la semaine passée. Quand
je rentre, ce jeudi, mon fils toujours dans
la cuisine, sourire en coin, me demande :
«As-tu acheté le nouveau Valeurs actuelles ?» Une heure plus tard, mon compagnon remet le sujet sur le tapis. Non, je
passe mon tour, je souffle. Je me rattraperai la semaine prochaine, même si je me
fais traiter de paresseuse.
QUATRIÈME SEMAINE
A la une, «Banlieues, campagnes, le grand
fossé. Milliards engloutis dans les quartiers, ruralité délaissée… comment sortir
du piège». Je me dispense de la lecture de
cette enquête: j’ai déjà eu droit à la chasse
au gaspillage dans le numéro de la première semaine. Cherchons un article
moins obsessionnel. J’en dégote un : il
concerne João Lourenço, président angolais depuis septembre 2017, en visite à
l’Elysée le 28 mai. J’aurais aimé en savoir
davantage sur Lourenço lui-même. Le résultat ne manque pas d’intérêt. L’Angola
est le deuxième producteur de pétrole
d’Afrique subsaharienne, et Lourenço souhaite diversifier les ressources du pays.
Après trente-huit années de présidence de
«Zedu, le surnom de José Eduardo Dos Santos», un chauffeur de taxi se réjouit du
«printemps angolais». Faisons un tour
dans les archives de Libé: les mêmes informations, peu ou prou, figuraient dans un
article de novembre 2017. Valeurs actuelles
a six mois de retard. L’actualité est une valeur relative.
CINQUIÈME SEMAINE
Le monde est bien fait, pour cette dernière
épreuve, j’ai droit à un climax: j’atteins le
cœur et l’essence du magazine. Deux personnalités figurent en couverture: Marion
Maréchal – «Ce qu’elle a (vraiment) en
tête» – et Serge Dassault. Deux monstres
sacrés de Valeurs actuelles. Je ne fonce
pas, je m’offre le luxe de feuilleter lentement le journal. Que vois-je? Une publicité
pour les charmes de Dubaï ou du Liban.
Puis vient l’éditorial d’Yves de Kerdrel, qui
a quitté la direction de Valeurs actuelles
depuis le 25 mai: «Soyez fiers d’être conservateurs». Non merci. Suivent quatre pages
d’entretien avec Gérard Manset, quasiment impossible à décrocher pour un journaliste. Le compositeur (Manset refuse
C’est mieux que
le programme télé
de la semaine
dernière: «VA»
(pour les intimes)
conseillait une
soirée orchestrée
par Laurence
Ferrari sur l’île
de Sainte-Hélène.
d’être qualifié de «chanteur») et le magazine partageraient-ils des valeurs? Le ton
de l’auteur d’Animal on est mal s’accorde
avec celui du journal: plaintif, tourné, que
dis-je ?, coincé dans le passé, terne. Manset : «Je ne regrette pas seulement les années 70, mais le XVIIIe siècle. Je regrette
Paul et Virginie. Le monde devrait toujours
être Paul et Virginie !» Ennui…
Tiens, deux pages sur le référendum
du 25 mai qui autorise l’avortement en Irlande: «Une coupure qui contraint le catholicisme irlandais à se réinventer.» Un article
qui ne respire pas vraiment l’enthousiasme
face au résultat des urnes. Décidément, la
lecture de Valeurs actuelles racornit les racornits, recroqueville les étriqués. Elle accable.
Depuis son lit, mon fils saisit le problème
et me signale un article qu’il a lu avec un
peu d’intérêt: quatre pages sur Mathilde
Edey Gamassou, 17 ans, désignée pour représenter Jeanne d’Arc à Orléans, pendant
un an. Chaque année, une Jeanne d’Arc y
est élue. Elle reçoit les clés et l’épée d’Orléans. La jeune fille est scoute et chrétienne, elle aime l’histoire et la littérature.
Son grand-père était béninois, sa mère est
polonaise. Elle s’agace lorsque les journalistes la décrivent comme «la première
Jeanne d’Arc métisse». Elle l’aime depuis
que sa famille s’est installée à Orléans,
en 2014. Mon fils m’assure que ce n’est pas
inintéressant.
L’HEURE DU BILAN
Valeurs actuelles a des obsessions. Dans
l’ordre et sans exhaustivité : glorifier la
France, critiquer Emmanuel Macron, se
plaindre du gaspillage de l’argent public et
nous alerter sur l’essor de l’islamisme. Je
termine ce test sans me livrer à l’exégèse de
l’entretien avec Marion Maréchal, je vous
l’épargne, mais selon eux, avec elle, on est
sur la bonne voie. Rien à redire à sa vision
du monde. En février 2016, Libération enquêtait sur Valeurs actuelles et se demandait pour quel candidat roulait le journal.
Un an et demi plus tard, le doute n’est
plus actuel. L’hebdomadaire espère
200000 lecteurs par numéro d’ici 2020. •
MERCREDI J’AI TESTÉ LA BOSSE DES
MATHS
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IV u
SÉRIE
ÉTÉ / SÉRIES
Libération Mardi 31 Juillet 2018
SARDINE
DING
DONG
Le linceul
impérméable illustré
tiré du périodique
la Protection des
morts, du 16 octobre
1886. PHOTO BNF
On va au marché (3/12)
«Libé» cuisine les produits
de l’été. Aujourd’hui,
on préfère les spécimens
sautillants au grand air,
et on les accomode
façon popu ou étoilée.
L
Le linceul imperméable,
dans de beaux trépas
Drôle d’idée (3/6)
Toute la semaine,
«Libé» exhume des
inventions insolites.
Aujourd’hui, une
enveloppe mortuaire
pour protéger
le corps du défunt.
E
st-ce déjà de cette fameuse invention, le linceul imperméable «pour
les morts qui craindraient
la pluie», dont parle le Journal
pour rire dès 1852 ? Manifestement, c’est une année bénie pour
la créativité. Il y a aussi, dans les
brevets d’invention mémorables,
le briquet réveille-matin, le lancer
de ruches à miel pour mettre en
déroute une armée et des machines mécaniques à voter.«Un philanthrope a trouvé les moyens de
rendre les linceuls imperméables;
un autre a inventé un cercueil métallique. Celui-ci s’est fait breveter
pour la destruction des punaises;
cet autre pour les soies de porcs
élastiques, inodores et indestructibles», liste, moqueur, le Journal de
Seine-et-Marne (10 janvier 1852).
Plus de trente ans après, on ne rit
plus du tout du linceul imperméable, devenu un article commercialisé avec succès.
En juillet 1885, la presse catholique parle abondamment de
cette invention curieuse et pratique, un nouveau mode d’ensevelissement, breveté par un certain
M. Gallerand. C’est pénétré de
l’idée d’adoucir pour ceux qui restent «l’horreur des moments qui
suivent la mort, que M. Gallerand
a inventé un linceul dont on a
parlé avec tant d’éloges», écrit
Léon Charla dans l’Univers
(du 25 juin 1885), vantant les bienfaits de la trouvaille. Dès qu’un
décès survient, il s’agit d’isoler le
corps du défunt en le plaçant
dans une enveloppe mortuaire
qui ressemble à un drap de lit en
toile. «On peut introduire si l’on
veut, à l’intérieur, une mixture désinfectante, et de plus le corps peut
être placé tout habillé dans le linceul, car le tissu étant très souple,
le volume ne se trouve pas augmenté», détaille, telle une vendeuse dans l’habillement, un article du Soleil (19 juillet 1885). C’est
là enfin une pratique qui ne blesse
en rien les usages pieux des familles. Premier avantage: l’entourage éploré n’a plus à craindre les
«accidents», euphémisme pour
évoquer les épanchements de
fluides. «Ce point est important
au plus haut degré lorsqu’il s’agit
de maladie contagieuse, et pour le
transport des corps de Paris en
province», note Léon Charla. C’est
d’ailleurs après avoir été témoin
d’un fait analogue, dans des conditions éprouvantes, que M. Gallerand s’est étonné qu’on n’eût pas
encore trouvé un moyen d’empêcher ce type de mésaventure, «qui
non seulement occasionne une impression douloureuse, mais est encore un danger évident pour la salubrité» (le Soleil).
Qui plus est, le procédé présente
un volet pécuniaire incontestable. Ce linceul, qui peut être
intérieurement capitonné en
satin, évite la perte du drap de lit
qui sert généralement à l’ensevelissement. Les matelas se trouvent
protégés et l’épuration de la laine
n’est plus nécessaire. Et il ne coûte
pas plus cher qu’un drap de lit ordinaire. La presse est unanime:
M. Gallerand a fait une décou-
verte qui résout un double problème de salubrité et d’économie.
On sait qu’il ne suffit pas d’avoir
des idées extraordinaires, encore
faut-il trouver d’habiles promoteurs. M. Puech fils a immédiatement cru au succès du linceul imperméable de M. Gallerand et
présente plusieurs spécimens
dans son magasin du 66, boulevard de Sébastopol, à Paris. Les
demandes affluent de toutes
parts, quelle meilleure preuve de
l’utilité de l’invention? Les directeurs des pompes funèbres des
principales villes de France ont
déjà sollicité des dépôts de
linceuls à M. Puech fils. Le monopole de vente a été concédé à
une importante maison du Caire
en Egypte, ainsi qu’à d’autres
en Angleterre et en Amérique.
Le Soleil l’avait prédit : «Il n’est
pas difficile de prévoir que d’ici à
peu de temps l’emploi du linceul
imperméable sera complètement
entré dans nos mœurs.»
FRÉDERIQUE ROUSSEL
Série réalisée en partenariat avec
RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France.
a sardine, un poisson de gauche. Par opposition au turbot
ou au bar de ligne qui voteraient à droite s’ils le pouvaient. Non, mais arête ? Et pourtant
si. Henri IV avait beau se pâmer devant
des sardines, c’est le petit peuple qui
en a surtout fait son ordinaire, jusqu’à
ce que la cuisine bourgeoise les snobe.
Ce n’est que depuis quinze ans que les
grandes tables les réhabilitent : le
produit est bon pour la santé (les
omega-3), locavore (on le pêche en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne
ou en Bretagne) et pas cher. Le mois
d’août permet de trouver des spécimens frais chez les maraîchers. Dans
l’idéal, faites enlever la tête et vider les
entrailles. Conservez deux jours maxi
au frigo. Vient le moment de décider
si vous assumez la tradition populaire
(on sert le poisson cru en sandwich) ou
si vous allez cuisiner la sardine un peu
plus bling-bling.
Option «popu» avec des rillettes
aux câpres, du vite-fait et bon marché
(in les Bonnes recettes à emporter dans
sa valise, de Nicole Seeman, chez
Mango). Vous mélangez les ingrédients suivants, vous écrasez à la fourchette et vous réservez au frais : 120 g
de sardine, un demi-citron, un oignon
frais émincé en petits dés, quelques
feuilles de basilic ciselées, deux cuillères à soupes de câpres, huile d’olive.
L’auteure suggère d’utiliser des sardines en boîte mais, en été, on préfère
le frais.
Option plus chic, quoique simple
à réaliser, avec le tartare de la cheffe
triple-étoilée Anne-Sophie Pic (Recettes pour recevoir, Hachette). Poêlez
les filets de six sardines quelques minutes dans de l’huile d’olive, laissez refroidir. Ecrasez à la fourchette puis
mixez avec 100 g de beurre demi-sel
et deux cuillères à soupe de whisky
(cet alcool «apporte un “peps” unique»,
nous dit Pic). Accompagnez d’un crémeux de chou-fleur (cuire le légume à
l’eau, mélangez avec 40 g de crème et
45 g de crème battue au fouet). Servez
avec des tranches de pain de mie beurrées et passées au four.
PIERRE CARREY
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
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PHOTO /
Séance tenante/ Comédie Ancien
photographe des armées, Jérémy Lempin
se concentre sur les à-côtés intimes de la vie
quotidienne dans la Légion étrangère.
La face B
des
bidasses
JÉRÉMY LEMPIN
Vit et travaille à Paris.
«Ils pissent vert et rouge»,
2017-2018.
L
e titre de la série de
Jérémy Lempin annoncerait-il la couleur ? «Ils pissent
vert et rouge» est une expression utilisée par un chef
d’état-major pour signifier
l’appartenance à la grande
famille des armées. Un
préambule pour pénétrer
dans l’univers intime et culturel de la Légion étrangère.
Dans son sujet au long
cours, réalisé entre juin 2017
et mai 2018, l’ancien photographe des armées livre un
volet de la vie quotidienne
du légendaire 2e régiment
étranger de parachutistes,
basé depuis cinquante ans
à Calvi. Au rythme des images, les codes musclés s’effacent au profit de scènes
familiales et de moments de
détente.
Il est intéressant de revenir
sur le parcours de Jérémy
Lempin pour saisir ses choix
de sujets, son intérêt à montrer ce qui se passe à l’arrière-plan des stéréotypes. En-
ÉTÉ
u V
gagé à l’âge de 24 ans en tant
que photographe des armées dans la Marine nationale, chargé de communication sur le porte-avions
Charles-de-Gaulle menant
des opérations au large de la
Libye en 2011, il sera, cette
même année, affecté à l’Ecpad, l’agence d’images de la
Défense.
Il découvre les exigences et
les limites des dispositifs de
communication de l’armée
de terre sur des théâtres
d’opération comme le Mali
ou la Centrafrique. Ces expériences militaires le projettent sur des zones de
conflit, au plus proche de
son rêve de devenir
photojournaliste, avec pour
modèles le débarquement
en Normandie immortalisé
par Robert Capa et les clichés de Dorothea Lange sur
la Grande Dépression aux
Etats-Unis.
En 2016, Jérémy Lempin
quitte l’Ecpad pour échapper aux contradictions du
communicant face à la nécessité d’exercer en liberté
le métier de photoreporter.
Il préfère raconter des
histoires sociales, des univers spécifiques, poursuivre les récits de vie déjà
entamés au 2e régiment
étranger de parachutistes,
tout en mettant à profit ses
connaissances et son expérience militaire en zone de
conflit.
ISABELLE GRATTARD
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ÉTÉ / BD
Par Emil Ferris éditions Monsieur Toussaint Louverture
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres
VI u
Libération Mardi 31 Juillet 2018
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Libération Mardi 31 Juillet 2018
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u VII
EMIL FERRIS
Chicago, années 60.
Karen a 10 ans et
rêve de se faire mordre
par un monstre,
de rejoindre les cohortes de la nuit qu’elle
idolâtre. Faute de goule
sous la main, elle tente
de lever le voile
sur la mystérieuse
disparition de sa voisine. A 56 ans, l’Américaine Emil Ferris signe
une première BD
foisonnante
qui fera date.
MOI, CE QUE J’AIME,
C’EST LES MONSTRES
d’EMIL FERRIS
Editions Monsieur Toussaint
Louverture, 416 pp., 34,90€.
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VIII u
Libération Mardi 31 Juillet 2018
CONCOURS
QUIZ
P
ZU
Z
L
E
Le club des 8 000
6
1
7
Le sommet le plus haut de la planète
est l’Everest. Un patronyme
anglais. Mais quel(s) nom(s)
portait-il à l’origine ?
A Sagarmatha.
B Gasherbrum.
C Kanchanfanga.
D Chomolungma.
Découpez chaque jour une pièce du puzzle, reconstituez le dessin de
Jeremy Perrodeau, renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 8 septembre 2018, à Libération-Puzzle, 2 rue du Général-Alain-deBoissieu, 75015 Paris.
À GAGNER l’original du dessin et des abonnements à Libération, version
papier ou numérique. Règlement complet sur Libération.fr.
COMMENT GAGNER À...
Warhammer
La guerre de mille ans
DR
Si vous n’avez
pas dépensé
des milliers
d’euros dans
l’achat de petites figurines
en plastique, et
consacré des centaines d’heure à (mal)
les peindre, parce que vous préfériez
passer vos après-midi à fumer des pétards et draguer des filles, alors désolé,
mais vous avez raté votre adolescence.
Pour les autres, les vrais, des mots
comme «Skavens», «Eldars», «Space Marines» ou «Nains du Chaos» sonnent
comme des madeleines éternelles. Peu
de gens, en réalité, ont vraiment terminé
une bataille à Warhammer et son
pendant futuriste, Warhammer 40000,
deux jeux de stratégie avec des figurines.
Le temps d’installer le plateau dans le
garage des parents, de lancer trois fois
le dé et de s’engueuler, il était déjà
l’heure de dîner.
Pour gagner, c’est simple mais c’est long:
il faut maîtriser mieux que son adversaire les livres de règles de plusieurs centaines de pages et, ensuite, l’arnaquer
sur chaque point un peu technique
tel un avocat particulièrement retors.
Comme souvent à la guerre, ce n’est pas
sur le terrain que ça se décide, mais dans
les hautes sphères. Et à la fin, c’est le
Chaos qui triomphe.
QUENTIN GIRARD
2
Avant l’ascension victorieuse
d’Edmund Hillary et Tensing
Norgay en 1953, d’autres avaient
tenté leur chance sur l’Everest…
A David Roberts et Conrad Anker.
B George Mallory et Andrew Irvine.
C Fritz Luchsinger et Ernst Reiss.
D Reinhold Messner.
3
La première expédition à avoir
vaincu un sommet de plus
de 8 000 mètres (en 1950)
fut de nationalité…
A Britannique.
B Autrichienne.
C Italienne.
D Française, bien sûr !
4
Et quel était le sommet
en question, haut de 8 091 mètres
exactement ?
A L’Annapurna.
B Le K2.
C Le Lhotse.
D Le Makalu.
5
Tant qu’on y est, combien y a-t-il
de sommets de plus
de 8 000 mètres ?
A 8.
B 10.
C 14.
Et le pays qui peut
revendiquer le plus
de sommets est…
A Le Pakistan.
B La Chine.
C Le Népal.
D L’Inde.
Achille Compagnoni et Lino
Lacedelli se sont illustrés dans
la très difficile ascension du…
A Broad Peak.
B Nanga Parbat.
C K2.
D Manaslu.
8
Ils ont grimpé tous les sommets
de plus de 8 000 mètres. Mais
parmi eux, un intrus :
A Reinhold Messner.
B Jerzy Kukuczka.
C Erhard Loretan.
D Jon Krakauer.
9
Votre GPS indique 27° 57’ 42’’ nord,
86° 56’ 00’’. Pas d’erreur, vous
êtes bien…
A Sur l’Everest.
B Sur le mont Blanc.
C Dans les locaux de Libé.
D Sur le Lhotse.
10
Une citation pour finir. Les mots
les plus célèbres de l’alpinisme
sont certainement…
A «Nous y sommes enfin»
(Edmund Hillary).
B «Parce qu’il est là» (George Mallory).
C «Je reviendrai» (Maurice Herzog).
D «Encore une fois, Lino ?»
(Achille Compagnoni).
Réponses : 1. A et D ; 2. B ; 3. D (Louis Lachenal et Maurice
Herzog) ; 4. A ; 5. C ; 6. B (9 sommets, soit un de plus que le
Népal); 7. C; 8. D; 9. D; 10. B (En réponse à des journalistes
qui lui demandaient pourquoi gravir l’Everest).
Par FLORIAN BARDOU
LES 7
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