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Le Figaro - 09 10 2018

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mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 065 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LE FIGARO PATRIMOINE JACQUES BREL
NOS CONSEILS POUR BIEN
PLACER VOTRE ARGENT
NOTRE CAHIER SPÉCIAL
QUARANTE ANS APRÈS, L’AUTEUR
D’« AMSTERDAM » FASCINE LES
JEUNES GÉNÉRATIONS PAGES 34 ET 35
Réchauffement climatique :
quelle réponse après l’alerte ?
OPPOSITION
Avec Salvini,
Le Pen se rêve
en alternative
en Europe PAGE 5
TERRITOIRES
Wauquiez, Larcher
et Morin réunis
à Lyon autour
des élus PAGE 7
Alors que le dernier rapport du Giec insiste sur l’urgence de limiter la hausse des températures,
le prix Nobel récompense deux économistes qui plaident pour une croissance durable.
Dans son rapport spécial
commandé par les Nations
unies, le Giec trace la voie
pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C
BRÉSIL
L’extrême droite
en route vers
la présidence PAGE 8
par rapport à l’ère préindustrielle. Mais ce sera particulièrement difficile, car il faudra réduire les émissions
mondiales de gaz à effet de
serre, CO2 en tête, dès 2020.
L’objectif est encore atteignable, mais il va demander
des transformations profondes et rapides de tous les
pays, d’autant qu’aucune solution miracle n’existe pour
capter de manière économique le CO2 dans l’atmosphère. La France et l’Allemagne
è LES RECETTES DES DEUX PRIX NOBEL D’ÉCONOMIE 2018 è PLANTER DES ARBRES, STOCKER LE CO2... DES PROJETS TOUS AZIMUTS è EN ALLEMAGNE, DES OBJECTIFS REVUS
À LA BAISSE è DES DOUTES TRÈS SÉRIEUX PÈSENT SUR LES ENGAGEMENTS DE LA CHINE è COMMENT RÉDUIRE SES ÉMISSIONS DE CO2 ? PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
DIPLOMATIE
Trump et Kim
en quête
d’un second
sommet PAGE 9
Un lecteur de droite
nommé François
Mitterrand
ÉDUCATION
L’école malade
de l’absentéisme
des professeurs
La prochaine vente de sa bibliothèque
révèle un amateur d’éditions originales
des œuvres de Chardonne,
Barrès ou Montherlant… PAGES 14 ET 15
PAGE 11
FOOTBALL
Ça plane pour
le « prodigieux »
Mbappé PAGE 12
n
n
PAGES 16 ET 17
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Emmanuel Macron
doit-il poursuivre
la même politique
après le remaniement
gouvernemental ?
OUI
41 %
NON
59 %
TOTAL DE VOTANTS : 26 670
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sur lefigaro.fr
Êtes-vous prêt à payer
votre énergie plus cher
pour lutter contre
le réchauffement
climatique ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@k@k@j@a";
Depuis quelques jours, dans la
plus grande discrétion, une
équipe restreinte de fonctionnaires s’affaire. Ces agents de
la Haute Autorité pour la
transparence de la vie publique (HATVP) ont le privilège
de connaître les noms des
ministrables. Devant leurs
écrans, ils croisent les noms
des futurs entrants et recherchent les potentiels conflits
d’intérêts des futurs ministres, à la demande d’Emmanuel Macron. Ils veulent surtout savoir si ceux-ci ont
acquitté leurs impôts. Ces vérifications expliquent en partie le délai de composition du
gouvernement. PAGE 6
n
@
M 00108 - 1009 - F: 2,60 E
Remaniement :
la Haute
Autorité scrute
le profil
des futurs
ministres
INEZ VAN ‘T HOFF/SPAARNESTAD/RUE
DES ARCHIVES
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
La quadrature de la planète
O
n ne fait pas de politique autrement que sur des réalités, disait
le général de Gaulle. Alors qu’il
était interrogé un jour de 1965
sur la solidarité européenne, il
avait répondu qu’elle nécessitait un minimum d’organisation. « On peut sauter sur sa
chaise comme un cabri, en disant l’Europe,
l’Europe, l’Europe », avait-il plaisanté, cela
« n’aboutit à rien ».
Comparaison ne vaut pas raison, mais on peut
en dire autant du réchauffement climatique
aujourd’hui. Les rapports alarmistes se suivent,
les sommets internationaux se succèdent, les
pétitions de principe politiques se multiplient,
le constat reste invariablement le même : la
maison continue de brûler…
Un seul exemple suffit à montrer la difficulté de
trouver des solutions concrètes, accessibles à
tous et incontestables. Celui de l’automobile.
Pendant longtemps, l’adversaire a été le
moteur Diesel, pourtant très prisé en France :
certes économique, il encrasse les poumons.
Puis des études ont finalement révélé qu’il est
préférable au moteur à essence car il dégage
moins de dioxyde de carbone (CO2), cause du
dérèglement climatique.
L’échappatoire serait-elle la voiture électrique ?
Pas du tout, illusion totale, affirment à présent
certains experts. La fabrication des batteries serait énergivore, notamment en métaux rares,
dont l’extraction est très polluante. À cela
s’ajoute l’origine de l’électricité, rarement produite à partir de sources renouvelables. Et
quand bien même
l’automobiliste
Difficile
français serait doté
de conjuguer
de panneaux sodéveloppement laires à son domicile pour recharéconomique
ger sa monture, il
et défense de
devrait les imporl’environnement ter de Chine - pays
peu soucieux de la
préservation de la nature –, où ces équipements
sont façonnés en masse, à bas coût.
Agir efficacement pour la planète relève souvent de la quadrature du cercle. Alors que le
prix Nobel d’économie vient d’être attribué à
deux spécialistes de la croissance verte, beaucoup reste à faire pour réussir à conjuguer développement économique et défense de l’environnement autrement qu’en théorie. Telle
est la réalité ! ■
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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A
CHAMPS LIBRES
Les tribunes
de Ran Halévi
et d’Édouard
Tétreau
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
de Georges
Malbrunot
PATRICK BRUCHET/PARIS MATCH SCOOP
ROYAUME-UNI
Les entreprises
britanniques
redoutent
un Brexit sans
accord PAGES 20 ET 21
peinent à tenir les objectifs
fixés après la COP21, alors
que de nombreux experts
doutent de la réalité des progrès annoncés par la Chine.
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Des solutions difficiles à ap
pour limiter le réchauffem
LES OCÉANS,
UN ATOUT
MAJEUR POUR
LE CLIMAT
Le prochain document spécial
du Giec sera publié, en 2019,
sur le rôle des océans.
Il est déjà considérable dans
le changement climatique
puisqu’il absorbe chaque
année 93 % de la chaleur
émise par les activités
humaines et environ un quart
de nos émissions de CO2.
L’un des auteurs
du futur document,
Jean-Pierre Gattuso, directeur
de recherche au CNRS
et expert de l’Iddri (Institut
de développement durable et
des relations internationales),
avec Alexandre Magnan
également de l’Iddri et quinze
autres chercheurs de sept
autres pays, ont recensé dans
quelque 1 000 publications
les 13 rôles possibles de
l’océan sur le climat, travaux
publiés dans Frontiers
in Marine Science. Parmi elles,
deux sont « décisives »
pour les chercheurs.
Il s’agit des énergies marines
renouvelables (éoliennes
en mer, usines marémotrices,
hydroliennes et énergie
thermique des mers),
qui auront un rôle sur
l’atténuation des émissions
de gaz à effet de serre.
L’autre solution reposant
sur la restauration et la
préservation de la végétation
près des côtes, ce qui pourra
avoir un rôle global et local.
Cela consiste notamment
à « replanter » arbres,
mangroves et autres espèces
végétales qui capteront
davantage de carbone.
M. Ch.
Pour le Giec, les
émissions globales
de CO2 devront
plonger dès 2020.
MARC CHERKI £@mcherki
UNE NOUVELLE FOIS, le Giec (Groupe
d’experts intergouvernemental sur
l’évolution du climat) sonne le tocsin.
Son rapport spécial, commandé par les
Nations unies après l’accord de Paris
sur le climat en 2015 où l’objectif était
de réduire la température « bien audessous de 2 °C », propose des solutions
pour limiter le réchauffement à 1,5 °C
par rapport au début de l’ère industrielle. Mais ce sera difficile.
La température moyenne avait déjà
augmenté de 1 °C depuis le début de
l’ère industrielle en 2017. « L’objectif de
1,5 °C n’est pas impossible à atteindre,
mais cela entraînera des transitions sans
précédent dans tous les domaines, et pas
seulement pour la transition énergétique », souligne Valérie Masson-Delmotte, climatologue au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et
coprésidente d’une partie du rapport.
Pour tenir le cap de 1,5 °C, une forte
réduction des émissions mondiales des
gaz à effet de serre est indispensable à
partir de 2020. Puis une baisse drastique de 45 % en 2030, par rapport aux
40 milliards de tonnes de CO2 émises en
2010 avant d’atteindre un solde net qui
serait nul en 2050. Hélas, ce n’est pas le
chemin que prennent la France et les
plus gros émetteurs de la planète
(Chine, États-Unis, Inde, Europe).
“
À 1,5° C, l’ampleur
des efforts est telle
que tout le monde doit
y aller et tout de suite
DIDIER GOUPY/SIGNATURES
HENRI WAISMAN (IDDRI)
C’est un
constat lucide
et difficile :
la politique
des petits pas,
ça ne suffit pas
»
VALÉRIE MASSON-DELMOTTE
DIRECTRICE DE RECHERCHE AU CEA
ET COPRÉSIDENTE DU GROUPE SCIENTIFIQUE
DU RAPPORT DU GIEC
”
Dans l’Hexagone, selon l’Observatoire climat-énergie, les émissions ont
progressé de 6,7 % en 2017 par rapport
à l’objectif de réduction. Les bâtiments
mal isolés et les transports expliquent
cette hausse. Et les plus gros pays
émetteurs devraient afficher une hausse de « leurs émissions de 3 % en 2018 »,
selon Roland Séférian, chercheur à Météo France et auteur de la partie sur le
cycle du carbone du rapport du Giec.
Toutefois, la transition vers une électricité bas carbone est engagée dans la
plupart des pays, même si certains résistent pour des raisons politiques
(États-Unis, Australie) ou économiques
(Inde, Chine). Mais il faudrait aussi arrêter de construire de nouvelles centrales au charbon et fermer bien vite
celles qui subsistent, notamment en
France ou en Allemagne. Le besoin
mondial d’investissement dans le système énergétique bas carbone est évalué à 2 400 milliards de dollars d’ici à
2035, soit environ 2,5 % du PIB mondial, pour limiter le réchauffement à
1,5 °C, précise le Giec.
Par ailleurs, dans l’industrie, la transition est engagée. « Les grandes entreprises et les fonds de pension soutiennent
les objectifs de l’accord de Paris », se félicite Laurence Tubiana, directrice de la
Fondation européenne pour le climat.
Mais il faudrait aller plus loin et beaucoup plus vite. Le développement de
transports moins polluants est également souhaité, avec l’arrêt de vente
des véhicules thermiques autour de
2030.
Pour la première fois de son histoire,
le rapport du Giec a regroupé climatologues, experts des impacts et économistes sur l’atténuation (par exemple
réduire les émissions de CO2) et les objectifs de développement durable
(comme l’éradication de la pauvreté).
« À 1,5 °C, l’ampleur des efforts est telle
que tout le monde doit y aller, et tout de
suite », renchérit Henri Waisman, de
l’Iddri, coordinateur de la partie sur le
développement durable du rapport du
Giec. Et d’ajouter : « des transformations rapides et profondes doivent être
engagées, notamment sur les changements des modes de vie et la manière de
consommer. L’enjeu est de rendre possible de telles transformations en accord
avec les populations. » Exemple : « Fermer rapidement des centrales au charbon est un enjeu bénéfique de santé publique, notamment en Inde et en Chine.
Ces aspects sont fondamentaux pour obtenir le soutien des décideurs politiques. » Car le rejet dans l’air de particules fines et d’oxyde d’azote
diminuerait.
Une alimentation moins riche en
protéines animales serait également
meilleure pour le climat et la longévité
des populations. Cette acceptation sociétale doit s’accompagner d’une réelle
volonté politique et la fin des gesticulations. Emmanuel Macron, vu à l’étranger comme un « champion de la Terre »,
tarde à imposer en France une transition qui aurait dû irriguer tous les secteurs. ■
Les recettes des Prix Nobel d’éco
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
En haut, William Nordhaus, professeur
à l’université de Yale, chez lui, à New
Haven, dans le Connecticut, en 2018.
Paul Romer, professeur à l’université
de New York, en octobre 2018.
MICHELLE MCLOUGHLIN/REUTERS
POUR son 50e millésime, le prix Nobel
d’Économie remis lundi à deux professeurs
américains, William Nordhaus, 77 ans, et
Paul Romer, 62 ans, a tenu à revenir aux
bases mêmes de la science économique qui
« traite de la gestion de ressources rares »,
selon les termes de l’Académie Nobel de
Stockholm. « La nature dicte les principales
contraintes [qui pèsent] sur la croissance
économique, et notre savoir détermine comment nous traitons ces contraintes », souligne le communiqué présentant les deux
lauréats. Le processus de sélection a mobilisé sur un an quelque 3 000 experts de la
profession de par le monde.
William Nordhaus, de l’université de
Yale, par ailleurs coauteur avec Paul Samuelson d’un manuel mondialement
connu et traduit en français, s’est intéressé dès les années 1970 aux liens entre le
réchauffement climatique et l’activité
humaine. Il a mis au point « un modèle qui
intègre des théories et des résultats empiriques de la physique, de la chimie et de
l’économie », selon le communiqué.
Ce modèle quantitatif, établissant les
relations entre réchauffement et activité,
est couramment utilisé quand il s’agit de
définir des instruments de politique économique, par exemple des taxes ou une
tarification du carbone. William Nordhaus a lui-même été amené à faire une
proposition pratique devant la très puissante American Economic Association,
en janvier 2015 (l’année de l’accord de
Paris sur le climat, en décembre). Il préconise un traité international associant
les pays qui s’engagent sur des objectifs
de réduction des émissions de gaz à effets
de serre en jouant sur deux mécanismes :
A
Planter des arbres, capturer et stocker le CO2… Des projets tous azimuts
POUR la première fois le Giec évoque toutes les solutions pour réduire les émissions
de dioxyde de carbone, mais la « géoingénierie » est exclue de ses scénarios.
Cette dernière méthode est la gestion du
rayonnement solaire vers la Terre, au
moyen de miroirs ou de composés chimiques (SO2) envoyés dans l’atmosphère, ou
via l’ensemencement de l’océan avec du
fer, pour améliorer le rôle de « pompe
biologique » des mers et capter davantage
de CO2. Car ces solutions créent « trop
d’incertitudes » et posent des difficultés
« éthiques, de gouvernance et pourraient
avoir des impacts sur le développement durable », soulignent les experts. Moins de
rayonnement solaire réduirait le rendement des centrales photovoltaïques.
Mais des solutions plus classiques sont
envisagées. La reforestation, une meilleure gestion des terres et des surfaces agricoles devraient capter entre 1 et 11 milliards de tonnes par an de dioxyde de
carbone de l’atmosphère vers 2050 et entre 1 et 5 milliards de tonnes vers la fin du
siècle, estiment les experts. Planter de
nouveaux arbres et des plantes, qui absorbent le CO2 lors de leur croissance, reviendrait à créer une émission négative.
D’autres apports bénéfiques viendraient de la gestion de terres mal entretenues ainsi que de la généralisation d’une
agriculture moins intensive. Mais comme
la surface des terres et la ressource en eau
sont, bien sûr, limitées, ces méthodes atteindraient un palier. Ce sont également
des difficultés pour la capture et le stockage du carbone grâce à la bioénergie. Cela
paraît pourtant simple. Il s’agit de produire de l’énergie en brûlant de la lignocellulose, provenant de plantes, d’arbres ou de
cultures agricoles – qui ont capté du CO2
lors de leur croissance - et de récupérer
les fumées afin de piéger le carbone émis.
Ensuite, le dioxyde de carbone serait
comprimé et stocké dans des sites géologiques.
Cette technique expérimentale pourrait représenter une émission négative
annuelle de zéro à 8 milliards de tonnes
de CO2 dès 2050 et atteindre jusqu’à
16 milliards de tonnes à la fin du siècle,
estime le Giec. En étudiant les sites géologiques adaptés, des chercheurs de Stan-
ford ont évalué, en début d’année, que le
potentiel est de 370 millions de tonnes de
CO2 par an, vers 2020, si toute la ressource de biomasse disponible aux États-Unis
était utilisée dans cette technique.
Toutefois, de nombreux scientifiques
doutent encore du caractère « magique »
de cette méthode pour la production
d’énergie dans le futur. Comment rendre
étanches à long terme les sites géologiques
retenus, souvent situés sous des lacs ? De
plus, les lieux de stockage ne seraient pas
forcément proches des sites de production
d’énergie. S’il existe quelques tests dans le
monde, la faisabilité du système « n’a pas
été évaluée très sérieusement », assurait récemment Olivier Boucher, du laboratoire
de météorologie dynamique de l’IPSL
(Institut Pierre-Simon-Laplace) et directeur de recherche au CNRS.
De son côté, une PME suisse, Climeworks assure que ses expériences
conduites en Allemagne, en Suisse, en Islande et en Italie pour capter le CO2 dans
l’atmosphère en filtrant l’air sont prometteuses. Ce projet s’inscrit dans le programme européen Horizon 2020. Pour le
site italien, il s’agit de capter du CO2 dans
l’atmosphère et de le transformer en méthane, au moyen d’une réaction catalytique. « En Islande, nous allons stocker le
CO2 dans le sous-sol, sous forme de carbonate solide », indique Christophe Gebald,
le fondateur de la société, qui « espère que
cette méthode contribuera à capter, vers
2025, 1 % des émissions ». ■
M. Ch.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
pliquer
ent
L’absence de neige et de glace
sur le sentier qui passe
le col Thorong au Népal,
le point le plus élevé du trek
du tour de l’Annapurna à 5 416 m,
est symptomatique
du réchauffement climatique
que subissent les glaciers
himalayens. GODONG/LEEMAGE
3
En Allemagne, des objectifs revus à la baisse
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
Démantèlement, en 2017, de la tour de
refroidissement de la centrale nucléaire
de Mülheim-Kärlich. En choisissant,
en 2011, de tourner le dos à l’énergie
nucléaire, l’Allemagne s’était voulue
pionnière. T. FREY/PICTURE ALLIANCE/DPA
LES DÉFENSEURS de l’environnement
allemands ont remporté une petite victoire. La forêt de Hambach a été sauvée
pour quelques mois au moins. Vendredi
dernier, La justice a stoppé l’abattage
des arbres ordonné par le Land de
Westphalie-Rhénanie-du-Nord. Propriétaire du terrain, l’énergéticien RWE
réclamait l’évacuation de la zone, occupée par des militants écologistes telle
la ZAD de Notre-Dame-des-Landes,
pour agrandir une mine de lignite à ciel
ouvert. Le projet de RWE avait provo-
qué un tollé en Allemagne et rassemblé
des dizaines de milliers de manifestants.
L’extension de la mine avait d’autant
plus scandalisé que l’Allemagne a perdu
son statut de bon élève de l’environnement. Le gouvernement d’Angela Merkel a reconnu qu’il ne pourrait pas respecter ses engagements de diminution
des émissions de gaz à effet de serre
pour 2020. L’objectif était de réduire le
niveau d’émission de 40 % par rapport
à 1990. L’Allemagne ne parviendra pas
à faire mieux que 32 %. « Les mesures
prises jusqu’à présent ne suffisent pas.
Leurs effets avaient été surestimés », a
expliqué la ministre de l’Environne-
ment, Svenja Schulze. « Nous avons été
précurseurs pendant des années. Mais
ensuite nous sommes restés trop longtemps immobiles », a-t-elle expliqué. Le
gouvernement a en revanche renouvelé
sa volonté d’atteindre l’objectif d’une
diminution de 55 % en 2030 et la neutralité en 2050. Et il rappelle volontiers
que même en l’état, il va plus que loin
que l’Union européenne qui s’est donnée comme ligne de mire 40 % de réduction d’émission en 2030.
En choisissant, après la catastrophe de
Fukushima au Japon en 2011, de tourner
le dos brusquement à l’énergie nucléaire, l’Allemagne s’était voulue pionnière.
La part des renouvelables dans la production d’électricité avait ensuite bondi
passant de 20,3 % à 36,2 %, tandis que
les centrales nucléaires fermaient. Mais
la chancelière Angela Merkel avait prévenu : il ne sera pas possible de sortir en
même temps du nucléaire et du charbon. Les centrales thermiques traditionnelles ont continué à tourner à plein régime, portées par la croissance
économique du pays et un développement démographique plus important
qu’attendu. Elles produisent un tiers de
l’énergie en Allemagne. Dans le même
temps, la part des énergies renouvelables dans le domaine du transport demeurait faible à quelque 5 %. Au pays de
la voiture, le diesel est demeuré roi jusqu’aux récents scandales qui ont ébranlé
le secteur et fait chuter les ventes.
“
Les mesures prises
jusqu’à présent ne
suffisent pas. Leurs effets
avaient été surestimés
”
SVENJA SCHULZE,
MINISTRE ALLEMAND DE L’ENVIRONNEMENT
Après des années de volontarisme
politique, l’attentisme l’a emporté. En
juin, le Climate Action Network (CAN)
qui analyse les efforts des États européens en matière d’environnement a
déclassé le pays en 8e position seulement. Au niveau européen, le gouvernement allemand est accusé d’appuyer
sur la pédale du frein. Par pragmatisme
et pour ne pas mécontenter le secteur
économique, la chancelière refuse que
l’UE se fixe de nouveaux objectifs plus
ambitieux. « Je pense que nous devons
d’abord nous en tenir à ce que nous avons
décidé. Je ne crois pas que cela ait du sens
de mettre en place de nouveaux objectifs », a-t-elle déclaré en reprenant
l’argumentaire du patronat allemand :
« Des objectifs plus stricts n’apporteront
rien », avait prévenu le BDI. Le Parti social-démocrate, partenaire de coalition
d’Angela Merkel, abonde dans le même
sens au nom de la défense de l’emploi
dans les régions concernées.
À écouter les réactions au rapport du
Giec, lundi, le réchauffement climatique est cependant « pris au sérieux »
par le gouvernement allemand. « Les
prochaines années sont cruciales pour
maintenir l’équilibre de notre planète », a
commenté la ministre lundi. Avant
l’été, une commission avait été mise en
place pour préparer la fin du charbon.
Les experts prônent d’aller vite : avant
2030. Mais l’industrie allemande et ses
relais dans le monde politique mettent
en garde contre les conséquences en
matière économiques et sociales. Les
régions d’ex-Allemagne de l’Est ou
bien la Westphalie-Rhénanie-du-Nord
ont notamment exprimé leur inquiétude. Au sein de la commission sur le
charbon, la date de 2038 a été avancée,
comme l’a révélé en septembre Der
Spiegel. À l’aune de ce débat, la décision
d’autoriser l’extension de la mine de
Hambach a laissé sceptiques les défenseurs de l’environnement. ■
nomie 2018
d’une part une tarification du carbone et
de l’autre des pénalités « commerciales »
à l’encontre des États qui ne respecteraient pas les règles du jeu. Cela dans le
cadre de l’OMC (Organisation mondiale
du commerce).
Pour leur part, les travaux de Paul Romer
ne portent pas directement sur les liaisons
entre le réchauffement et l’économie, mais
ils visent à définir les conditions d’une
croissance durable en misant sur cette
autre ressource rare qu’est le « savoir ». Le
professeur de l’université de New York,
qui a été brièvement le chef économiste de
la Banque mondiale en 2016-2017, a
d’ailleurs tenu à exprimer lundi sa préoccupation vis-à-vis des problèmes climatiques, mais également son optimisme
quant à leur solution : « Nombreux sont
ceux qui pensent que la protection de l’environnement est si coûteuse et difficile à mettre
en œuvre qu’ils préfèrent ignorer le problème, voire nier son existence ».
Paul Romer a été récompensé pour son
approche volontariste de ce qu’il a appelé
« la théorie de la croissance endogène »
dans les années 1990 et qui depuis a fait
école. Autrement dit le développement
économique ne dépend pas de données
extérieures (exogènes) mais de nos capacités d’innovation et de savoir. « La réussite d’un pays repose sur des relations réciproques, un feed-back entre l’État
permettant au marché de se développer, et
les entreprises créant en retour plus d’éducation et de richesses », expliquait-il au
Figaro (31 janvier 2017). Pour comprendre « la croissance endogène », il suffit de
se figurer le baron de Münchhausen s’extrayant des sables mouvants en tirant sur
ses propres cheveux. ■
Tel. 01.55.35.20.20
L’optimisme de Romer
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT A PÉKIN
LA CHINE, qui se pose ces dernières années en championne de la lutte contre le
réchauffement climatique, est-elle aussi
investie dans ce domaine qu’elle le prétend ? Le premier pollueur mondial s’était
engagé (dans l’accord de Paris de fin 2015)
à atteindre le pic de ses émissions de CO2
« autour de 2030 ». Se disant « prudemment optimiste », une étude publiée par la
prestigieuse revue Nature Geoscience, estime que cet objectif pourrait être obtenu
bien avant. Les auteurs en veulent pour
preuve des « facteurs structurels ». La
Chine est devenue moins dépendante ces
dernières années de son industrie lourde,
au profit de secteurs comme les hautes
technologies et les services, moins énergivores, souligne l’étude. La consommation
nationale de charbon a par ailleurs décliné
– même s’il fournit encore environ 70 %
de l’électricité chinoise – compensée par
une croissance rapide du nucléaire et des
énergies renouvelables. Ces dernières, et
notamment le solaire, font d’ailleurs l’objet d’investissements colossaux.
Mais d’autres experts se montrent nettement plus méfiants. Ou dénoncent carrément des initiatives favorisant les rejets
de CO2. L’institut américain CoalSwarm
a ainsi affirmé le mois dernier que des
centaines de centrales à charbon chinoises seraient en construction dans le pays,
alors que le gouvernement avait annoncé
l’abandon de certains de ces projets. Ces
chercheurs s’appuient sur des photos sa-
Le premier pollueur
mondial s’était engagé
(dans l’accord de Paris de
fin 2015) à atteindre le pic
de ses émissions de CO2
« autour de 2030 »
tellites prises en 2018, qui montrent
l’avancement des travaux. La capacité de
ces nouvelles centrales à charbon (259
gigawatts) serait proche de celles exis-
tant actuellement aux États-Unis et représenterait une hausse de 25 % des capacités chinoises actuelles, selon
CoalSwarm, qui évoque « l’approche d’un
tsunami » de charbon. Ces installations
avaient été autorisées par des autorités
provinciales entre 2014 et début 2016,
avant que le gouvernement central n’annonce une série de suspensions. Mais,
contrairement à ce qu’avaient conclu des
observateurs à l’époque, beaucoup de ces
nouveaux projets n’ont en réalité été que
repoussés, martèle l’organisme.
Autre critique, Pékin investit également massivement dans des centrales à
charbon installées hors de ses frontières,
notamment dans des pays participant à
son projet des « nouvelles routes de la
soie », qui consiste à construire de gigantesques infrastructures. L’ONG allemande Urgewald a calculé en juillet 2017
qu’environ 250 entreprises chinoises
étaient liées à près de la moitié des 1 600
projets de centrales au charbon dont la
construction était lancée ou prévue à
l’échelle mondiale.
Pour ne rien arranger, du fait des menaces que fait peser la guerre commerciale déclenchée par les États-Unis sur la
croissance économique chinoise, Pékin
n’a pas prévu de réduire autant que l’an
dernier la production d’acier et la
consommation de charbon dans 28 villes
du nord de la Chine cet hiver. Les objectifs de réduction de concentration de
particules fines ont en effet été allégés. ■
A
Des doutes très sérieux pèsent sur les engagements de la Chine
1
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Baisser le thermostat :
le premier geste écolo
Préférez le tourisme
en France aux tropiques
SI L’ON met de côté la question des
transports et de l’isolation, quels
leviers énergétiques vous reste-t-il
pour réduire vos émissions de
CO2 ? Le résidentiel représente
près de la moitié de l’énergie
consommée en France, et 67 % de
celle-ci est utilisée pour chauffer
des bâtiments. C’est le deuxième
poste de consommation de produits pétroliers en France, derrière
le transport. L’Agence de l’environnement (Ademe) recommande
des températures de 19° C pour les
pièces à vivre (salon, salle à manger, cuisine) et 16° C pour les
chambres (sauf celle de bébé :
18° C). Chaque degré supplémentaire fait grimper votre consommation de 7 %, selon l’Ademe. Sur
le plan purement climatique, rien
ne peut égaler l’électrique, puisque
le mix français est composé à 72 %
de nucléaire (très peu émetteur de
CO2), à 17 % de renouvelable et
LE SECTEUR des transports est celui où les efforts d’un particulier
peuvent avoir l’impact le plus
marqué et le plus immédiat
pour réduire les émissions de
carbone. C’est facile à comprendre : un moteur qui brûle un carburant fossile (essence, gazole, kérosène) rejette du CO2, qui va
participer à l’effet de serre de la
planète. Sachant cela, plus on
parcourt de kilomètres, plus on
brûle de carburant, plus on émet
de CO2. L’équation est tristement
évidente, et explique pourquoi les
longs voyages en avion sont particulièrement polluants.
En moyenne, un aller-retour Paris-New York émet pour chaque
voyageur une tonne de CO2. Pour le
Japon, l’aller-retour représente
1,6 tonne. Des bilans considérables
sachant qu’un Français émet en
moyenne 5 tonnes de CO2 chaque
année (tout confondu). Passer ses
vacances à découvrir les merveilles
touristiques de la France est donc
meilleur pour le climat que d’aller
voir des kangourous en Australie.
Un seul voyage vers les États-Unis
peut ainsi annuler tous les efforts
faits durant l’année pour
ne pas prendre sa
voiture
seulement 10 % de « thermique »
(gaz, fioul ou charbon). Pour les
antinucléaires, il est possible de
souscrire chez un fournisseur
100 % renouvelable (Enercoop,
Ilek, ekWateur, Planète Oui, etc.).
Se chauffer au gaz ou au fioul est
déconseillé. Le chauffage au bois
est une bonne alternative, pour peu
qu’il soit réalisé avec des chaudières adaptées, idéalement collectives, à la fois plus efficaces et peu
émettrices de particules fines. Pour
l’eau chaude sanitaire, les chauffeeau thermodynamique et solaire
peuvent réduire votre empreinte
de façon significative. Internet représente enfin une part significative de la consommation d’électricité mondiale (près de 10 %). Limiter
vos données en ligne (y compris
vos mails) et utiliser des moteurs
de recherche « vertueux » (Ecosia,
Lilo, etc.) sont des gestes écologiques faciles et efficaces. ■
T. V.
3
Garder plus longtemps
ses objets électroniques
LE MOIS dernier, l’Agence de l’environnement (Ademe) a dressé le bilan
caché pour le climat de très nombreux objets de grande consommation : téléviseurs, appareils électroménagers, vêtements et meubles.
Car, même si un smartphone ne
consomme que peu d’électricité,
l’ensemble des matières première
qui entrent dans sa fabrication, ainsi
que les transports pour l’acheminer
en France, font que l’objet « émet »
une trentaine de kilos de CO2.
Un bilan qui pousse l’Ademe à
conseiller
d’éviter
le
suréquipement (chaque foyer français
possède en moyenne 99 objets électriques et électroniques !) et de garder les objets le plus longtemps possible, quitte à les réparer quand ils
tombent en panne. Au niveau français, le secteur de l’industrie fait
partie des rares bonnes nouvelles
pour les objectifs de réduction des
émissions de CO2 pour respecter les
objectifs de la COP21. En vingt ans,
les émissions du secteur de l’industrie ont été divisées par deux, pour
atteindre désormais 79 millions de
tonnes de CO2 en 2017. ■
C. V.
de CO2 ?
79,6
en 2017
79
2015
2028
A
Moins de viande
et moins de gaspillage
RÉDUIRE sa consommation de
viande est l’une des premières
recommandations faite à ceux qui
souhaitent diminuer leur impact
sur le climat. Cette réduction a
d’ailleurs commencé en France
dans les années 1970, s’est stabilisée
dans les années 2000, avant de reprendre à partir de 2008.
En France, le secteur agricole est
« fortement émetteur de gaz à effet de
serre avec près de 19 % des émissions
nationales », souligne l’Ademe
(Agence pour l’environnement). Ces
émissions sont majoritairement « issues de l’élevage et des processus biologiques au sein des sols agricoles ».
Dans une étude publiée en janvier 2017 dans la revue Journal of
Cleaner Production, des chercheurs
anglais et australiens pointent ainsi
la responsabilité de l’élevage.
Après avoir passé en revue 369 articles consacrés aux conséquences
en matière d’émissions de CO2 des
produits alimentaires - légumes,
fruits frais, produits laitiers, vian-
137,9
en 2017
130
124,7
en 2017
120
110
100
90
80
1990
2000
2015
2028
Source : www.observatoire-climat-energie.fr
L’HYBRIDE
Dimanche, le ministre de la Transition écologique,
François de Rugy, s’est déclaré prêt à soutenir les véhicules
hybrides rechargeables (Phev) en réintroduisant une prime à
l’achat (de 1 000 à 2 000 euros), supprimée cette année. Sur le papier, la technologie hybride rechargeable cumule les atouts. Elle associe un moteur thermique (de préférence à essence) à un ou plusieurs
moteurs électriques et à une grosse batterie qui se recharge sur le secteur.
Les automobilistes qui circulent en zone urbaine, qui effectuent des petits
trajets ou qui ont la possibilité de biberonner entre chaque déplacement
ne déclencheraient ainsi jamais leur moteur thermique et ne rejetteraient ni CO2 ni particules dans l’atmosphère. Et à la différence d’un
véhicule full électrique, qui s’arrête si la batterie est à plat, le Phev
conserve son autonomie grâce à son moteur à essence. Il peut
ainsi être la seule voiture d’un ménage. En 2018, la France a
vendu 9 033 véhicules de ce type (+ 73 %). En Europe, la
progression est de + 44 % entre avril et juin. Le démarrage est très fort en Chine, avec + 227 % sur les quatre
premiers mois de 2018 (57 000 unités). Mais pour
être efficace, ce véhicule doit pouvoir être rechargé régulièrement. Or, de nombreux utilisateurs s’en dispensent encore, faute
d’infrastructures facilement accessibles. ■
S. R.
UNE MAISON correctement
isolée
permet d’augmenter
la température de 3 °C à
5 °C, de réduire sa facture
de chauffage et d’améliorer
le bien-être de ses occupants,
indique l’Ademe en Bourgogne.
En Alsace, où il fait encore plus
froid, une rénovation aux normes
optimales (dites BBC) permet de
diviser par quatre sa facture énergétique. Toutefois, une meilleure
isolation du toit, des murs et des
fenêtres ne doit pas affecter la
ventilation du logement.
De nombreuses subventions
sont proposées pour isoler le toit,
les fenêtres ou faire l’acquisition
d’une chaudière peu gourmande en énergie mais
très onéreuse, telle une
pompe à chaleur.
Le secteur du bâtiment
est très énergivore. En
France, il représente
45 % de l’énergie finale
consommée et contribue à 27 % des émissions
de gaz à effet de serre.
Partant de ces
constats, la rénovation
120
2000
Objectifs
Réalisé
140
Des mesures clés
pour le bâtiment
140
60
1990
en millions de tonnes
RECHARGEABLE SÉDUIT
Transport, énergie, alimentation
et habitat… Des solutions
individuelles existent pour
réduire son impact sur le climat.
ÉMISSION DE C02, en millions de tonnes
Objectifs
Réalisé
80
ÉMISSION DE C02,
Comment réduire
ses émissions
E L’INDUSTRIE
100
pour aller travailler. En remplaçant
10 km par jour en voiture par du
vélo, ou le métro dans une grande
ville, on peut réduire ses émissions
annuelles de 300 kg de CO2.
En France, faire un Paris-Marseille en TGV non émetteur de CO2
(électricité nucléaire ou hydraulique) à la place d’un trajet seul dans
une voiture diesel évite le rejet de
170 kg de CO2. Si la voiture reste indispensable, le bon réflexe est alors
de ne pas voyager seul. Avec des
passagers, on divise les émissions
totales par le nombre de personnes.
En avion, le Paris-Marseille émet en
revanche sensiblement la même
chose qu’un conducteur seul en
voiture. La consommation élevée
de l’avion étant divisée par le nombre de passagers. Au niveau national, les transports représentent
29 % des émissions de gaz à effet de
serre, et le secteur est loin d’atteindre les objectifs de baisse
visés par le gouvernement. ■
C.V.
SECTEUR
DES TRANSPORTS
L’A ÉMISSION DE C02, en millions de tonnes
Objectifs
Réalisé
92,5
90
88,4
87,5
en 2017
85
85,6
en 2017
82,5
80
77,5
75
1990
2000
2015
2028
de… -, leur conclusion est sans appel : « Fruits, graines et légumes
ont l’impact le plus faible en matière
d’émissions de gaz à effet de serre,
la viande a l’impact le plus élevé. »
Et, dans la viande, mieux vaut de la
volaille ou du porc que des ruminants (bœuf, mouton). « Si vous
remplacez la moitié de votre
consommation de bœuf par de la
viande de porc, vous économisez 100 kg de CO2 par an
et par personne », explique
l’association Climat Mundi. (Un
Français émet en moyenne 5 tonnes de CO2 par an.)
Toujours en direction des
consommateurs, l’Ademe insiste
également sur la lutte contre le gaspillage alimentaire : 10 millions de
tonnes d’aliments sont jetées chaque année en France, soit l’équivalent de 18 milliards de repas. Si cela
concerne toute la chaîne alimentaire (production, transport, distribution), la consommation des particuliers est un poste essentiel.
« C’est à la maison qu’il y a le plus
de gaspillage », insiste l’Agence.
Outre l’indécence qu’il peut y avoir
à se débarrasser d’aliments, l’impact sur l’environnement en général et sur le climat en particulier est
certain, et, dans ce domaine, pas si
difficile à contrecarrer. ■
M. Ch.
SECTEUR DU BÂTIMENT
ÉMISSION DE C02, en millions de tonnes
Objectifs
Réalisé
100
91
90
en 2017
80
74,7
70
en 2017
60
50
40
30
1990
2000
2015
2028
énergétique des bâtiments publics
et de l’habitation des particuliers,
y compris des plus démunis, était
dans les priorités du candidat Emmanuel Macron à la présidentielle.
Hélas, de nombreux engagements,
n’ont pas été tenus, soulignent des
ONG. « Les 2,8 milliards d’euros
prélevés grâce à la taxe carbone en
2018, sont affectés au financement
du CICE (Crédit d’impôt pour la
compétitivité et pour l’emploi) et à la
suppression de l’ISF », déplore
Audrey Pulvar, présidente de la
Fondation pour la nature et l’homme. Autrement dit, les prélèvements ne sont pas assez orientés
pour la rénovation des bâtiments
publics, celle des « passoires thermiques » des ménages
les plus modestes ni à
celles des PME.
La rénovation du bâtiment aurait pourtant
bien besoin d’une rallonge
budgétaire. « Je souhaite
que la rénovation énergétique des logements
devienne un mouvement
de grande ampleur et,
pour cela, il faut que la
rénovation devienne un
réflexe pour les Français », a
annoncé en septembre, François
de Rugy, le nouveau ministre de la
Transition écologique et solidaire.
De ce fait, avec l’Ademe, le gouvernement a décidé de lancer une
campagne pour inciter les Français à faire des économies d’énergie dans leurs logements. La politique d’aide pour l’isolation des
fenêtres n’a toutefois pas cessé de
fluctuer provoquant notamment
des effets d’aubaine (10 millions de
doubles vitrages vendus en 2017
après quatre années moroses). Les
soutiens financiers à l’isolation des
combles ont en revanche été
maintenus. ■
M. Ch.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
POLITIQUE
5
La présidente du Rassemblement national
a rencontré, à Rome, le ministre de
l’Intérieur italien en vue des européennes.
CHARLES SAPIN £@csapin
ENVOYÉ SPÉCIAL À ROME
OPPOSITION Une photo digne d’un tract
de campagne. Ce lundi matin, à Rome,
c’est tout sourire que Marine Le Pen s’est
exhibée au côté du leader de la Ligue et ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini.
Depuis son accession au pouvoir dans la
péninsule au mois de juin, il n’est pas une
interview, un meeting, de la cheffe du Rassemblement national où son nom ne soit
pas cité ou ses résultats loués. « On nous a
longtemps expliqué que notre politique était
infaisable, impossible. Lui démontre non
seulement que l’on peut mettre en œuvre notre politique, mais en plus qu’elle est efficace », appuyait encore Marine Le Pen au Figaro, peu avant de décoller pour l’Italie.
De ce rendez-vous, préparé depuis plusieurs semaines, à l’initiative du syndicat
italien l’Union générale du travail (UGL)
- historiquement proche du mouvement
néofasciste MSI –, il n’est pas rien de dire
que Marine Le Pen espérait beaucoup.
D’une part, il devait lui permettre de populariser à l’international ses propositions
ayant attrait à d’autres sujets que l’immigration. C’est désormais chose faite. Dans
l’étroite salle mise à disposition par le syndicat, et devant une trentaine seulement
de ses membres, les deux leaders ont pu
critiquer de concert les conséquences de la
« mondialisation sauvage » induite par le
« totalitarisme » de l’Union européenne.
“
Nous avons les mêmes
idées sur la famille, sur la
vie, sur la bataille pour la
terre, sur l’immigration
”
MATTEO SALVINI, MINISTRE INTÉRIEUR ITALIEN
« C’est l’histoire avec un grand H qui va
s’écrire au mois de mai prochain. L’émergence d’une Europe des nations, du respect
et des protections. Celle pour laquelle nous
nous battons depuis de nombreuses années,
notamment avec Matteo Salvini », a lancé
l’ancienne eurodéputée, s’appuyant sur
son voisin qui a longtemps siégé à ses côtés
à Strasbourg, au sein du groupe ENL.
Persuadés qu’une « révolution démocratique et pacifique » est possible en Europe
grâce à l’élection d’une majorité eurosceptique aux européennes de mai prochain,
les deux leaders ont souligné leurs points
d’accords. « Nous avons les mêmes idées sur
ALBERTO PIZZOLI/AFP
Avec Salvini,
Le Pen se rêve
en alternative
en Europe
Matteo Salvini et Marine Le Pen se sont retrouvés au siège du syndicat italien l’Union générale du travail (UGL), lundi, à Rome.
la famille, sur la vie, sur la bataille pour la
terre, sur l’immigration, a tonné le ministre
italien, Matteo Salvini. Nous sommes prêts
à montrer de quelle pâte nous sommes faits à
cette Europe qui est retranchée dans son
bunker de Bruxelles, et qui ne nous a apporté
jusqu’à présent que l’austérité. »
Présentée par l’entourage de Marine Le
Pen comme le premier déplacement
d’une plus large tournée européenne,
cette rencontre avait également un tout
autre objectif : faire taire les rumeurs insistantes sur la marginalisation du RN sur
la scène européenne, dues à ses derniers
échecs électoraux comme aux succès
d’autres forces populistes qui accèdent,
elles, au pouvoir partout en Europe. Un
pari en partie seulement remporté.
L’ancienne candidate à la présidentielle est repartie lundi soir, avec une flopée
de clichés souvenirs et une déclaration
ferme de soutien du nouvel « enfant terrible » de l’Europe. Mais rien de concret
quant à la continuité de leur alliance au
Parlement de Strasbourg au lendemain
des européennes, alors que le Brexit y
impose une réorganisation d’ampleur des
groupes parlementaires. « Nous partageons des éléments essentiels, le droit à la
dignité, au travail, à la sécurité, à la souveraineté et au respect de chacun, a lancé
comme une invitation Marine Le Pen.
C’est sur cette base que nous avons constitué un groupe (au Parlement européen,
l’ENL, NDLR). J’espère que la prochaine
fois il sera encore plus puissant et rassem-
blera encore plus d’alliés européens. » Un
vœu qui n’a appelé qu’une timide réponse de Salvini : « Durant les élections, chacun présentera sa liste. Nous verrons ensuite à Bruxelles quelles alliances conclure.
L’unique exclusion est de s’allier avec les
socialistes. »
Si le sujet devait être abordé entre les
deux leaders lors d’un déjeuner privé lundi, Marine Le Pen a tenu à dissuader les
offres d’entremetteurs extérieurs, tel que
celles de l’ancien conseiller de Donald
Trump, Steve Bannon : « Il n’est pas issu
d’un pays européen, il est américain. La
force politique qui naîtra des élections en
Europe, c’est nous, et nous seuls, qui la
structurerons. » Une fin de non-recevoir
des plus claires. ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Pourquoi la présidente du
RN tient Bannon à distance
de la mondialisation, des marchés ou
des intérêts commerciaux américains
en apparaissant à son tour comme
l’acteur d’une pièce écrite par un
Américain ? Une stratégie électorale
et une action gouvernementale
ne sont certes pas du même ordre,
mais, symboliquement, l’image d’un
Bannon grand ordonnateur d’un élan
nationaliste européen pourrait avoir
un impact contraire à l’objectif
poursuivi. D’ailleurs, la plupart
des partis « frères » ou cousins du RN,
de celui du Hongrois Orban à celui
de l’Autrichien Kurz en passant
par l’Ukip britannique, ont également
pris leurs distances avec l’initiative
du fondateur du Mouvement.
Enfin, pas question pour Marine
Le Pen de gâcher une autre image,
autrement précieuse pour elle : celle
de ses retrouvailles romaines avec
Matteo Salvini (lire ci-dessus). Comme
elle l’avait fait lors du Brexit ou lors
de l’élection de Trump, la présidente
du RN veut montrer que ce qui est
impensable pour les « élites » peut être
voulu par les électeurs. Et que ses idées
peuvent se traduire dans une action
gouvernementale. Salvini, c’est le
souverainiste qui a le vent en poupe.
En s’affichant à ses côtés, elle veut
profiter de ces vents porteurs.
Le patron de La République en
marche, Christophe Castaner, a été
le premier à railler cette rencontre
sur Twitter. C’est ce qu’elle espérait.
Son duo avec Salvini la renforce
dans son statut d’adversaire désignée
d’Emmanuel Macron. Utile
pour lancer une campagne. ■
Deux millions de personnes attendent un logement :
l’urgence est là. Processus législatif, décrets…des mots
qui ne changent rien à une situation qui dure depuis trop
longtemps. Pour tous, la loi ELAN, même si elle porte de vraies
avancées, apparait comme une promesse abstraite. Que devons-nous
faire ? Baisser les bras ? NON. Chez ALILA nous pensons que la loi
ne peut pas tout, mais nous sommes convaincus qu’elle doit servir
de déclic. Face à une situation dramatique, engageons une nouvelle
dynamique. La seule réponse à la crise c’est de CONSTRUIRE PLUS.
Aujourd’hui ALILA appelle à l’engagement réel de tous les acteurs du
secteur. Promoteurs privés, bailleurs, collectivités, Etat, prenons nos
responsabilités, et construisons des logements de qualité pour les
gens, pas pour les investisseurs. Apportons des réponses concrètes
à ceux qui ne peuvent plus attendre.
Pour construire plus. Pour le logement pour tous.
Hervé Legros
Président fondateur d’ALILA
LE LOGEMENT EST UN DROIT
A
S
i à Salvini, no à Bannon.
Marine Le Pen choisit
ses références étrangères.
La proximité affichée avec
le ministre italien de l’Intérieur
est évidente ; la distance prise
avec l’ancien stratège électoral de
Donald Trump est plus surprenante.
Invité surprise du dernier congrès
du Front national, en mars dernier,
Steve Bannon avait été acclamé à Lille
par les militants du Front national.
L’ancienne finaliste à la présidentielle
avait été l’une des très rares
personnalités françaises à applaudir
à l’élection de Trump. Le parrainage
de son conseiller valait donc caution
pour elle. Et le projet qu’il a détaillé
ce lundi dans Le Figaro correspond
à son rêve : coaliser toutes les forces
européennes antisystème
ou anti-immigration, généralement
qualifiées de « populistes ».
Aux yeux de Marine Le Pen,
le problème du scénario de Bannon
n’est pas le scénario, mais son auteur.
Steve Bannon n’est ni un Européen
ni un élu, deux raisons qui lui
interdisent de jouer les fédérateurs des
populistes européens. Par définition,
tous les partis qui se disent
« patriotes » ou « nationalistes »
exaltent la souveraineté nationale
et le droit des peuples à décider
eux-mêmes de leur avenir. Ce n’est
pas pour s’en remettre à une main
étrangère, fût-elle amicale et
bienveillante. Le RN ne rechigne pas
à parler avec le stratège américain ;
plusieurs de ses dirigeants ont
d’ailleurs prévu de le rencontrer ces
jours-ci. Mais comment dénoncer
l’absence de légitimité des
« technocrates » de Bruxelles ou des
membres désignés de la Commission
européenne si c’est pour donner
l’impression de s’en remettre soimême à un « expert » ne disposant
d’aucune légitimité démocratique ?
Comment accuser les gouvernements
européens d’être les « marionnettes »
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
À l’Assemblée, l’autre remaniement
Le président
du groupe LaREM,
Gilles Le Gendre, élu
il y a trois semaines,
nomme son équipe
ce mardi.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ASSEMBLÉE La démission fracassante de
Nicolas Hulot, le 28 septembre, avait provoqué un important jeu de chaises musicales à l’Assemblée nationale. François de
Rugy nommé au gouvernement, c’est
Richard Ferrand, jusqu’ici chef de file des
députés La République en marche
(LaREM), qui a été élu pour lui succéder à
l’Hôtel de Lassay. À la tête du groupe,
Gilles Le Gendre a pris la relève, élu par
ses pairs le 18 septembre.
Les députés pensaient en avoir fini
avec cette période de turbulences,
impatients de se remettre au travail.
Las, le départ de Gérard Collomb du
gouvernement la semaine dernière a
rouvert une nouvelle crise politique. La
loi Pacte sur la croissance des entreprises, qui sera votée ce jour en première
lecture à l’Assemblée, est reléguée au
second rang de l’actualité. « Ras le
bol… », soufflait un cadre du groupe
LaREM, en fin de semaine dernière.
« Les députés sont en colère », constate
un autre. « On a le sentiment que le travail que l’on fait n’est pas mis en lumière », regrette Alexandre Freschi, député LaREM du Lot-et-Garonne.
Les ministres sont suspendus à l’annonce du remaniement, annoncé plus
large qu’un simple remplacement au ministère de l’Intérieur. Les députés sont
eux aussi dans l’expectative, d’autant que
les noms de plusieurs d’entre eux circulent pour entrer au gouvernement. Malgré cette période de flottement, le président du groupe Gilles Le Gendre a décidé
de maintenir son calendrier : mardi, il
dévoilera la nouvelle organisation du
groupe et la composition de son bureau.
Une sorte de mini-remaniement, mais
qui n’est pas sans importance. « Ce casting sera une vraie surprise », promet un
proche de Le Gendre.
Une première vice-présidente
Des députés jusqu’ici peu mis sur le devant de la scène seront promus. Comme il
s’y était engagé pendant sa courte campagne, Le Gendre va nommer une première vice-présidente, poste qui n’existait pas sous l’ère Ferrand. Selon nos
informations, ce statut a vocation à être
« normalisé » et ainsi intégré dans le règlement intérieur du groupe.
Cette première vice-présidente aura la
charge de coordonner le travail législatif,
et notamment l’organisation des
« whips », les responsables de chaque
commission. Amélie de Montchalin, actuellement « whip » de la commission
des finances, forte de ses 45 voix lors de
l’élection pour la présidence du groupe,
est pressentie pour devenir la numéro
deux. « Montchalin elle peut toujours me
donner des ordres, je l’attends ! », peste
déjà un député, qui relate une réunion de
balayage houleuse animée par la
« whip » la semaine dernière, au cours
Le président du groupe LaREM, Gilles Le Gendre, et la députée de l’Essonne, Amélie de Montchalin, le 26 septembre à l’Assemblée nationale.
de laquelle Émilie Cariou, vice-présidente de la commission, a claqué la porte. « Il
va falloir qu’elle change ses méthodes »,
fait savoir une parlementaire.
Le nom de Célia de Lavergne, « whip »
de la commission des affaires économiques,
a également circulé. Trois autres vice-présidents vont être nommés, après un appel à
candidatures et des entretiens en tête à tête
avec Gilles Le Gendre. Bruno Questel, député de l’Eure et élu depuis 1995, est pressenti pour le poste de vice-président en
charge des relations institutionnelles et des
territoires. « On est à un moment où les choses changent, où la question des territoires
doit être mieux prise en compte », fait savoir
le macroniste au Figaro.
Alexandre Freschi, membre du « cercle
girondin » du groupe LaREM, a lui aussi
envoyé sa candidature pour ce même poste. Sur le volet communication, le nom de
Nicolas Démoulin, député de l’Hérault et
ex-animateur d’un comité local LaREM
pendant la campagne, est cité. Côté « relations humaines et organisation », la députée du Val-d’Oise Fiona Lazaar, sensible aux questions sociales, tient la corde.
Une fois cette organisation installée,
Gilles Le Gendre entend mettre l’accélérateur sur la construction d’une identité
politique du groupe, afin de pouvoir
aborder les textes de loi à partir d’un référentiel commun. Les questions bioéthiques, à travers notamment celle de la
PMA, seront un vrai test pour ce groupe
composite. Un dispositif spécifique,
« transpartisan et transassemblée » sera
d’ailleurs mis en place pour engager le
débat « de manière apaisée ».
À ses côtés pour remplir ces missions,
Gilles Le Gendre a nommé Pierre Herrero
comme secrétaire général du groupe, qui
avait travaillé sur la campagne des législatives, et Vincent Caure, jusqu’ici chargé
de mission à l’Élysée, comme directeur de
cabinet. Une directrice de la communication est aussi en cours de recrutement. ■
VINCENT ISORE/IP3
Quand les ministrables sont passés au crible
LORIS BOICHOT £@lboichot
En aucune
« façon,
il ne
s’agit de faire
une enquête.
Notre mission
se limite
à permettre au
gouvernement
de faire
les choix
les moins
risqués
possible
»
LE PRÉSIDENT
DE LA HAUTE AUTORITÉ
POUR LA TRANSPARENCE
DE LA VIE PUBLIQUE,
JEAN-LOUIS NADAL
DEPUIS plusieurs jours, une
équipe restreinte de fonctionnaires s’affaire discrètement
derrière les vitres du 98-102
rue Richelieu, à Paris. Ces
agents de la Haute Autorité
pour la transparence de la vie
publique (HATVP) ont le privilège de connaître les noms des
ministrables. Devant leurs
écrans d’ordinateur, ils recherchent
les
potentiels
conflits d’intérêts des futurs
ministres, à la demande d’Emmanuel Macron.
« Il est attendu des membres
du gouvernement qu’ils témoignent d’une exemplarité de leur
comportement »,
explique
l’Élysée, qui précise que tous
les nouveaux entrants sont
concernés. Si le ministre pressenti est un élu ou un responsable public, il a déjà dû faire
une déclaration et son dossier
est vérifié par les fonctionnaires de la Haute Autorité. S’il est
inconnu de l’autorité administrative indépendante, parce
qu’il est issu de la société civile
par exemple, des recherches
sont menées à partir de données publiques. Le temps manque pour mener des investigations plus profondes.
« En aucune façon, il ne s’agit
de faire une enquête, déclarait
au Figaro, en juillet 2017, le
président de la Haute Autorité,
Jean-Louis Nadal. Notre mission
se limite à permettre au gouver-
nement de faire les choix les
moins risqués possible, en vérifiant si les personnes pressenties
(ont déjà fait une déclaration à la
Haute Autorité), si leurs déclarations sont exhaustives et sincères. Et s’il y a une possibilité de
conflit d’intérêts. »
Si ce risque est avéré, le ministrable n’est pas forcément
recalé du gouvernement. Le
chef de l’État n’a aucune obligation de tenir compte des informations qui lui sont communiquées. Mais il peut
demander que la situation du
ministre soit régularisée. Nommée au ministère de la Santé,
en mai 2017, Agnès Buzyn
s’était ainsi vu ôter par décret
toute autorité sur l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm),
alors dirigé par son époux.
Éviter le cas Thévenoud
Hormis la saisine de la Haute
Autorité par Emmanuel Macron, « les vérifications vis-àvis de l’administration fiscale
sont systématiques », ajoute
la présidence. Objectif : s’assurer que les ministres déclarent et paient leurs impôts.
Sans que le secret fiscal ne
puisse être invoqué par Bercy : dans ce cas, l’administration fiscale est déliée de l’interdiction de communiquer
des informations personnelles. Hors de question de voir
ressurgir une affaire Thévenoud, du nom du secrétaire
d’État contraint de démis-
sionner neuf jours après sa
nomination, en 2014, à la suite de la révélation dans la
presse de ses démêlés fiscaux.
Cette déconvenue avait
convaincu François Hollande
de soumettre chaque nom de
ministrable à un contrôle. Une
pratique jusqu’alors non écrite,
mais introduite comme prérogative du chef de l’État dans la
loi sur la confiance dans la vie
publique, promulguée en septembre dernier. En plus des
documents de la Haute Autorité et de l’administration fiscale,
le chef de l’État peut solliciter
un troisième type d’informations : le bulletin n° 2 du casier
judiciaire du futur ministre.
Ces vérifications a priori
peuvent expliquer le délai de
composition du gouvernement. La formation du premier
gouvernement d’Édouard Philippe, en mai 2017, avait été retardée d’un jour en raison de ce
« temps de vérification », avait
expliqué l’Élysée.
Ce qui n’empêche pas les
contrôles plus poussés, après la
nomination des ministres. Les
nouveaux
membres
du
gouvernement devront se plier
aux obligations fixées par la loi
de 2013 : ils devront transmettre à la Haute Autorité une
déclaration de patrimoine, une
déclaration d’intérêts, les
éventuelles actions qu’ils possèdent dans une entreprise et
se soumettre à un contrôle plus
approfondi de leur situation
fiscale. ■
A
Le militant LaREM est un homme surdiplômé, aisé, urbain et proeuropéen
LE MILITANT de La République en
marche (LaREM) ressemble… à Emmanuel Macron. Lundi, le thinktank Terra Nova a publié un rapport
de 200 pages sur la sociologie des
militants LaREM, deux ans après la
création de ce jeune parti qui a porté
au pouvoir l’ancien ministre de
l’Économie. Le profil type du macroniste est un homme (68 %), diplômé
de l’enseignement supérieur (81 %),
employé dans le privé (72 %) résidant dans une grande ville. Il est
aussi plus jeune que les militants des
autres partis, puisque à LaREM l’âge
médian est de 49 ans.
Les cadres et les professions supérieures sont surreprésentés. La majorité (52 %) des Marcheurs dit « s’en sortir » facilement, 40 % déclarent pour
leur foyer un revenu mensuel net entre
3 000 et 6 000 euros. Sur le plan politique, les Marcheurs sont en majorité favorables au libéralisme économique et
résolument proeuropéens.
gressistes-libéraux »
(31 %),
les
« progressistes-égalitaires » (23 %), les
« conservateurs-libéraux » (23 %), les
« modérés-conservateurs » (19 %) et les
«euro-dubitatifs» (4 %), réservés sur
l’intégration européenne. « Je suis fier
de cet exercice de transparence, qui est
fidèle à notre ADN, qui montre que notre
mouvement a réussi à dépasser le clivage
droite-gauche, commente Castaner,
conforté dans son action par un satisfecit de 63 % des sondés. Ce résultat témoigne de mon engagement. Je bosse
comme un dingue, et ça se voit ! »
Macron, l’élément fédérateur
Christophe Castaner, délégué général de LaREM, souhaite encourager davantage
l’engagement des femmes au sein du mouvement. MATHIEU PATTIER/SIPA
La construction européenne et le
chômage sont les deux préoccupations
principales (15 %) de ces militants, juste devant l’éducation (14,5 %), les déficits publics (9 %) et les inégalités (9 %).
« Ces thèmes correspondent exactement
aux priorités du gouvernement », se félicite Christophe Castaner, délégué général du mouvement.
Les thèmes régaliens sont en revanche plutôt absents. Terra Nova a identifié cinq familles de militants : les « pro-
Le patron des Marcheurs - s’il n’est pas
nommé à Beauvau ! - souhaite encourager davantage l’engagement des
femmes au sein du mouvement. À ce
stade, seules 13 % des 200 candidatures
reçues en ligne pour les élections européennes sont de femmes. « Cette étude
tue aussi le discours selon lequel LaREM
est une coquille vide, puisqu’elle montre
que notre base militante est très active »,
souligne Castaner.
Alors qu’Emmanuel Macron s’est engagé sur le renouvellement des visages,
il apparaît que les trois quarts des adhérents n’avaient auparavant jamais
milité. « Nous allons tout faire pour
continuer à casser l’entre-soi qui caractérise l’engagement politique », fait savoir Pierre Person, député et membre
du bureau exécutif de LaREM.
Lundi soir, Thierry Pech, directeur
général de Terra Nova, était reçu par la
direction du mouvement pour analyser
les résultats de cette étude, alors qu’un
grand colloque sur le progressisme est
organisé le 20 octobre.
Sur 400 000 militants revendiqués,
Terra Nova a interrogé un panel de
8 815 personnes. Sans surprise, il apparaît qu’Emmanuel Macron reste l’élément fédérateur principal. Ses militants
apprécient ses talents oratoires, sa capacité à incarner le rôle de leader et à prendre des risques pour ses idées. ■
M. S.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
POLITIQUE
7
Wauquiez,
Larcher et Morin
réunis à Lyon
autour des élus
À Lyon, aux assises des élus locaux,
ils ont appelé l’exécutif à revoir
sa méthode de travail avec les maires.
MARIION MOURGUE £@MarionMourgue
ENVOYÉE SPÉCIALE À LYON
TERRITOIRES Décidément, tous les chemins mènent à Lyon… Alors que devait
se tenir lundi en fin de journée le G6 des
ministres de l’Intérieur européen, avec
en toile de fond le remaniement et le
retour de Gérard Collomb dans la ville, la
région
Auvergne-Rhône
Alpes
accueillait les premières assises régionales des élus locaux.
Si ce rendez-vous a vocation à se renouveler chaque année, cette première
édition intervient dans un contexte de
« désillusion citoyenne et de profondes difficultés de l’exécutif avec les élus », décrit
le président du Sénat, Gérard Larcher,
venu sur place.
Depuis le début de l’année, comme un
peu partout sur le territoire, 139 maires
ont démissionné dans cette région. Pareil
pour les conseillers municipaux qui, eux
aussi, baissent les bras. « Par milliers dans
toute la France », s’inquiète Gérard
Larcher, « ils ont le sentiment qu’on ne les
écoute plus, qu’ils ne comptent plus. » Une
situation intenable aux yeux de tous.
« Halte aux massacres des collectivi-
tés ! », ajoute Brice Hortefeux, viceprésident de la région.
« On ne redressera pas le pays sans ou
contre les territoires, sans ou contre les
élus », appuie le président du Sénat. « Il
ne peut pas continuer comme ça avec des
discours raides et sans dialogue ! »,
s’alarme Gérard Larcher qui demande à
l’exécutif de « retrouver les voies d’un
dialogue qui respectent et considèrent les
élus locaux ».
« Crispation et colère »
Un message repris d’une seule voix tout au
long de la matinée par le président de la
région hôte, Laurent Wauquiez, et par le
président de l’Association des régions de
France (ARF), Hervé Morin. « On est arrivé à un niveau de crispation et de colère
considérable chez des élus pourtant bienveillants », explique-t-il. « Le pacte girondin, ce n’est pas nous qui l’avons inventé !
C’est une expression d’Emmanuel Macron
en 2017 ? Mais il est où le pacte girondin ? »,
s’agace encore Hervé Morin, lui-même
président de la région Normandie.
Le président de l’ARF réclame, entre
autres, que les élus locaux soient associés
aux politiques qui concernent leurs territoires. « Je dis au président de la Républi-
Gérard Larcher, Laurent Wauquiez et Hervé Morin assistent aux assises régionales des élus locaux, lundi à Lyon.
que et au premier ministre, quand il s’agit
de politiques de proximité, la question se
pose en termes simples : qui est efficace
pour rendre des services publics ? Qui est
efficace pour que les politiques soient
adaptées aux territoires ? Qui est efficace
pour faire qu’un euro dépensé le soit efficacement ? », fait-il mine de s’interroger
lundi devant un millier d’élus locaux,
tous bords confondus. Pour lui, la répon-
se ne peut être que dans « la proximité au
nom de l’efficacité et de la démocratie ».
En contact permanent avec ses homologues des autres associations d’élus,
Hervé Morin se dit frappé par « le phénomène de recentralisation » à l’œuvre ces
derniers mois. Et de dénoncer le rôle de
« la technostructure de Bercy, de l’Inspection des finances qui aujourd’hui forment la
quadrature de l’État ». « On nous voit
Larcher, VRP de la commune et des élus
Aux assises régionales des élus locaux
organisées à Lyon, Gérard Larcher
a annoncé la remise, jeudi, d’un rapport
sur « le statut de l’élu ». Dans le cadre
de la délégation aux collectivités
territoriales du Sénat, un groupe
de travail coprésidé par les sénateurs
Jean-Marie Bockel (UDI, Haut-Rhin)
et Mathieu Darnaud (LR, Ardèche)
a travaillé sur cette question. Avec
quatre grands points : les moyens de
fonctionnement, la protection sociale,
la formation et la reconversion
des élus, la responsabilité pénale.
Le rapport doit ensuite être présenté
le 17 octobre devant la Conférence
nationale des territoires, en présence
du premier ministre.
Autre préoccupation des élus :
« la revitalisation de la commune ».
Le rapporteur de cette mission,
à nouveau le sénateur LR de l’Ardèche
Mathieu Darnaud, doit rendre publiques
ses conclusions le 15 novembre, lors
d’un séminaire au Sénat, en présence
de Gérard Larcher et de François
Baroin, à la tête de l’Association
des maires de France.
M. M.
S. AUDRAS/REA
comme si on était des mendiants. Mais
nous ne demandons pas l’aumône ! », s’insurge Hervé Morin. « Nous voulons faire ! », ajoute-t-il en soulignant que
l’exécutif doit « bâtir une nouvelle méthode » de travail et de gouvernance.
« Le gros problème du président de la République, c’est qu’il croit que la France se
pilote depuis Paris », enchaîne Laurent
Wauquiez. « C’est l’erreur majeure de son
début de quinquennat ! Mais les maires, ce
sont les maillons qui permettent de tenir la
République française », appuie le président
des Républicains. « Quand la République
tourne le dos aux élus locaux, elle tourne le
dos à la France. Quand un gouvernement
divorce avec les maires, il divorce avec la
France », poursuit Laurent Wauquiez.
« Nous ne sommes pas le monde d’hier,
mais l’avenir de notre pays », tranche-t-il.
« La France, ce n’est pas par en haut qu’il
faut la reconstruire, mais par le terrain. »
Pour y parvenir, Hervé Morin (ARF),
François Baroin (AMF) et Dominique
Bussereau (ADF) ont décidé d’organiser
« les assises de la décentralisation » dans
les 13 régions de France… pour « bâtir le
pacte girondin » vanté par Emmanuel
Macron. « C’est un instant vérité pour le
gouvernement », juge Gérard Larcher. ■
Pourquoi Valérie Pécresse force le trait sur la sécurité
DEPUIS son élection à la tête de l’Île-deFrance, Valérie Pécresse aborde les
questions de sécurité comme l’une des
priorités de son mandat. Mais quand la
présidente de Libres ! force le trait sur ce
sujet sensible, certains chez Les Républicains constatent une « droitisation » du
discours. Ce virage, ajoutent-ils, est pris
au moment où le parti renouvelle ses instances locales et juste avant la mobilisation des troupes pour la bataille des
européennes.
Le 4 octobre, Valérie Pécresse s’est exprimée à Colombey-les-Deux-Églises,
lors des commémorations pour les 60 ans
de la Constitution : « Je forme le vœu que
toujours, sur tout le territoire, la République soit chez elle. Que son autorité, que sa
loi soit respectée dans chaque quartier,
dans chaque commune, en métropole comme dans les territoires d’outre-mer. » Cette fermeté, l’élue francilienne l’a affichée
trois jours après avoir dévoilé un plan de
lutte percutant contre la délinquance :
abaissement de la majorité pénale à 16 ans
pour les crimes violents (idée émise par
“
Il faut mettre fin
à l’aveuglement coupable
du gouvernement
”
VALÉRIE PÉCRESSE, LE 1ER OCTOBRE SUR RTL
La présidente de Libres ! exige un « électrochoc d’autorité républicaine » sans renoncer
à défendre une certaine vision de la droite. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
François Fillon durant la primaire), doublement des peines dans les quartiers les
plus criminogènes et armement des polices municipales dans les grandes villes.
« Il faut mettre fin à l’aveuglement coupable du gouvernement » a-t-elle réclamé,
le 1er octobre sur RTL.
Le Syndicat de la magistrature est
monté aussitôt au créneau pour dénoncer
le risque de stigmatisation des quartiers
visés par Pécresse. Côté LR, Éric Ciotti a
qualifié sa proposition de doubler les peines de « juridiquement totalement irréaliste » et contraire au « principe essen-
Bordeaux où elle a été vue à côté du
conseiller stratégie d’Édouard Philippe,
Gilles Boyer. Cela lui est reproché dans les
réunions publiques », affirme un cadre
LR, convaincu que les troupes se resserreront « autour du chef » à l’approche des
européennes.
Chez Valérie Pécresse, on balaye en
bloc ces « analyses ». « Ceux qui s’interrogent sur sa ligne sécurité feraient bien de
regarder sa politique », réplique un proche. Il réfute toute volonté de « durcir »
Corbière ironise sur « l’union des sigles »
Le député Insoumis de Seine-Saint-Denis soutient que le secrétaire national
du PCF, Pierre Laurent, paie « le prix d’errements et d’hésitations ».
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
ALEXIS CORBIÈRE,
hier, dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
GAUCHE Député France insoumise de la
Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière ne se
fait guère d’illusions sur les effets du remaniement. « Il n’y a pas beaucoup de
profondeur du banc de touche, en termes de
remplaçants », observe-t-il seulement,
usant d’une métaphore footballistique.
Invité lundi du « Talk Le Figaro », il
ajoute, « sans vouloir être cruel », que les
noms cités « sont tout de même des quatrièmes couteaux ». « Voir “un canif” si
on fait allusion à Bruno Julliard », ajoute
ce proche de Jean-Luc Mélenchon, citant l’ex-adjoint à la culture d’Anne Hi-
dalgo dont le nom a circulé. Corbière, en
revanche, se sent plus directement
concerné par les changements à la tête
du PCF, alors que ce week-end, un vote
a mis en minorité le secrétaire national
du parti, Pierre Laurent.
Ce dernier paie, selon Corbière, « le
prix d’errements et d’hésitations ». « Il a
volontairement fracturé le Front de gauche en 2014 », cette alliance de la gauche
radicale qui a connu ses grandes heures
à la présidentielle de 2012. Et durant
cette dernière présidentielle de 2017,
« le Parti communiste ne nous a pas toujours soutenus », ajoute le député LFI. Il
cite le porte-parole du PCF, Olivier
Dartigolles, un temps « très violent, mé-
prisant » vis-à-vis de la campagne de
Jean-Luc Mélenchon.
Rien ne devrait s’arranger, car le texte
« un peu identitaire » arrivé en tête au
PCF ce week-end, celui porté par le député du Puy-de-Dôme André Chassaigne, « porte en lui la nécessité de renouveler les liens avec le PS… » Corbière
ironise sur « l’union des sigles » de
« partis en crise », qui n’a « aucune portée propulsive ». Contrairement à La
France insoumise qui veut « fédérer le
peuple » et devient attractive. Entre les
lignes, Alexis Corbière annonce la possible arrivée, en vue des européennes de
mai 2019, de socialistes comme l’eurodéputé Emmanuel Maurel. ■
les messages et renvoie aux décisions prises par la région francilienne depuis décembre 2015 (3 000 caméras de surveillance, 700 renforts pour la sécurité
dans les transports…). « Valérie veut dire
le réel. Tous les jours, sa région est
confrontée à des actes violents qui défrayent la chronique. Elle prône une politique d’ordre et d’autorité par la preuve ! »
insiste l’un de ses conseillers. Et si elle organise un colloque sur la « politique de
sanction » le 17 octobre, c’est parce
qu’elle veut s’attaquer à « un angle mort
du macronisme ».
Selon Pécresse, pour séduire les déçus
du macronisme, la droite ne pourra pas
en défendre une ligne dure. Mais à droite,
ses opposants pointent une contradiction
chez elle quand elle ose proposer de doubler les peines de prison dans certains
quartiers. Les partisans de la présidente
d’Ile-de-France s’en défendent. Pécresse exige un « électrochoc d’autorité républicaine » sans toutefois renoncer à défendre une certaine vision de la droite.
« La dégringolade du chef de l’État dans
l’opinion et son absence de résultats nous
obligent à construire une alternance populaire et non populiste. » ■
EN BREF
Brexit : Xavier Bertrand
veut « éviter le mur »
Préoccupés par le Brexit, acteurs
politiques et économiques des
Hauts-de-France veulent « éviter
le mur ». Car la région, qui compte
notamment les ports de Dunkerque
et de Calais et le tunnel sous
la Manche, est en première ligne.
« Il a fallu du temps pour se rendre
compte qu’un accord n’était pas
garanti », a reconnu Xavier
Bertrand, président de la région,
à l’issue d’un comité stratégique
régional consacré au Brexit,
organisé à Lille. Pour lui, « il faut
un accord de sortie, une mobilisation
totale de l’État et que tout le monde
joue main dans la main à 200 % ».
Dans une récente note adressée
à l’État, le préfet de région Michel
Lalande a lui aussi tiré la sonnette
d’alarme sur les conséquences
d’un « no deal » pour la région.
A
tiel » du droit. « Dire que c’est impossible,
c’est reconnaître notre impuissance ! »,
avait martelé Pécresse.
Pour les partisans de la ligne Wauquiez, Pécresse « durcit sa ligne » pour
des raisons « tactiques ». « Elle cherche à
donner des gages à la droite pour ne pas
apparaître trop modérée. Son image a
beaucoup souffert depuis les Vendanges de
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Brésil : l’extrême droite en route
vers la présidence
La corruption, la violence et la crise économique ont poussé les Brésiliens dans les bras du sulfureux populiste
Jair Bolsonaro, qui affrontera le poulain de Lula, Fernando Haddad, dans trois semaines.
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
RIO DE JANEIRO
AMÉRIQUE DU SUD Les électeurs brésiliens ont donné un grand coup de balai parmi les politiciens traditionnels et
ont plébiscité Jair Messiah Bolsonaro
qui voit la route de la présidence largement dégagée. Le populiste d’extrême
droite a raté de peu son pari d’être élu
dès dimanche, lors du premier tour de
la présidentielle et affrontera Fernando
Haddad, l’héritier de Lula, dans trois
semaines. Il devance son challenger de
17 points, avec 46 % des voix contre
29 %. La corruption, la violence et la
crise économique ont poussé les Brésiliens dans les bras du sulfureux capitaine de réserve. À son ouverture lundi
matin, la Bourse euphorique a bondi de
près de 6 % et le dollar a chuté de 3 %.
Les marchés se sont ralliés en masse au
député de Rio, récemment converti au
libéralisme et souvent qualifié de
« Trump tropical ».
Des manifestations spontanées ont
éclaté quand les résultats ont été
connus. À Rio comme à Sao Paulo, dans
le quartier résidentiel de Jardins, on
entendait des « EleNao » (Lui non),
slogan de ralliement des anti-Bolsonaro, répondre aux « EleSim » (Lui oui)
criés par les fenêtres, annonçant un second tour encore plus tendu dans une
société brésilienne extrêmement divisée. Par son style d’homme fort et ses
outrances vis-à-vis des femmes et des
minorités, le « Capitao » (capitaine) de
63 ans est le « frère politique » du président philippin Rodrigo Duterte, estime
le politologue Mauricio Santoro, de
l’Université de l’État de Rio.
Dimanche, devant sa résidence à Rio,
des automobilistes passaient en
klaxonnant et en agitant des drapeaux
brésiliens. « Après toutes ces années
dans la politique, Bolsonaro est le seul à
Le candidat d’extrême droite, Jair Messiah Bolsonaro, était attendu par une foule de sympathisants à la sortie de son bureau de vote, dimanche à Rio de Janeiro.
ne pas être corrompu. Le plus grand mal
qui existe au Brésil est la corruption », a
affirmé Mario Botteglio qui prenait un
selfie avec sa femme, Rosangela.
Un Congrès plus conservateur
Dès lundi matin, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad, 55 ans, ont repris leur
campagne en vue de leur duel le 28 octobre. Le premier geste du candidat du
Parti des travailleurs (PT) devait être
une visite à son parrain politique Luiz
Inacio Lula da Silva en prison pour corruption à Curitiba, dans le Sud. L’exprésident à la fois adulé et honni des
Brésiliens a dirigé toute la campagne de
son dauphin, un ancien maire de Sao
Paulo encore peu connu des électeurs.
L’ex-militaire, lui, n’ira pas sur le ter-
rain. Grièvement blessé à l’abdomen
après avoir été poignardé par un illuminé, Jair Bolsonaro devait poursuivre
une campagne très active sur les réseaux sociaux, avec l’aide de milliers de
groupes qui ont diffusé massivement
fausses nouvelles et informations douteuses, prenant modèle sur la campagne victorieuse de Donald Trump. Dimanche soir, il a une nouvelle fois mis
en doute la fiabilité des urnes électroniques utilisées sans accroc depuis 23 ans.
« Si les urnes étaient sûres, l’élection
aurait été décidée aujourd’hui ». « C’est
notre liberté qui est en jeu », a-t-il dit.
Outre leur président, les 147 millions
d’électeurs ont aussi voté pour élire
gouverneurs, sénateurs et députés. Selon les projections, le nouveau Congrès
HANDOUT/FRED SCHILLING/US SUPREME COURT
Cour suprême :
les évangéliques
bénissent Trump
La confirmation samedi du juge Brett Kavanaugh
valide le soutien des conservateurs chrétiens,
qui passent l’éponge sur les frasques du président.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Les mécréants n’y verraient qu’une coïncidence, pas Jason
Ellerbrook. La veille du vote décisif au
Sénat confirmant la nomination de
Brett Kavanaugh à la Cour suprême, le
film très spécial dont il assure la promotion était diffusé pour une séance exceptionnelle dans 1 200 cinémas à travers les États-Unis. « Je peux voir
comment Dieu utilise Donald Trump pour
ramener l’Amérique vers les valeurs
chrétiennes », explique ce grand quinquagénaire, ancien pasteur reconverti
dans la communication.
The Trump Prophecy, réalisé avec le
concours des étudiants en cinéma de
Liberty University, un campus évangélique installé à Lynchburg, en Virginie,
raconte l’histoire d’un ancien pompier
victime de stress post-traumatique,
Mark Taylor. Au milieu de ses cauchemars, des monstres diaboliques et des
flammes de l’enfer, il est touché par une
révélation en 2011. Tombé par hasard
sur une interview télévisée de
Donald Trump, il entend Dieu lui annoncer : « C’est le prochain président
des États-Unis. »
Convaincu, Taylor lance une « campagne de prière nationale » et écrit un livre, Les Prophéties de Trump, l’incroyable histoire vraie de l’homme qui a vu
l’avenir. Parmi ses autres prédictions :
la jurisprudence de la Cour suprême
autorisant l’avortement sera renversée,
les législatives de novembre prochain
verront « un tsunami rouge » consolider la mainmise des républicains sur le
Congrès, et Donald Trump sera réélu en
2020.
Samedi, l’Amérique a fait un grand
pas vers la deuxième prophétie lorsque
le Sénat a entériné l’entrée à la Cour suprême du juge Kavanaugh, conservateur catholique attaché à « la sacralité
de la vie ». C’est ce qui a poussé une
centaine de « Femmes inquiètes pour
l’Amérique » (Concerned Women for
America - CWA), un groupe voué à
“
Il est le plus grand
défenseur de la vie
qu’on ait eu
à la Maison-Blanche
LE POLÉMISTE TODD STARNES
”
« promouvoir les principes bibliques dans
la politique », à venir prier entre la Cour
et le Capitole, au milieu d’opposants
beaucoup plus nombreux. Les accusations d’agressions sexuelles ne les refroidissent pas : « Nous voulons la justice
pour les victimes, assure Janae Stracke,
directrice des campagnes de CWA, mais
accuser un homme innocent n’a rien à
voir avec la justice. » « Je ne sais pas ce
qui est arrivé à cette femme (qui l’accuse,
NDLR) », renchérit le pasteur Robert
Jeffress, proche de Trump. « Mais je sais
que les démocrates se moquent éperdu-
Après sa nomination, le juge Brett Kavanaugh a prêté serment samedi, lors d’une
cérémonie privée dans les locaux de la Cour suprême, en présence de sa famille.
ment de la vérité, ils veulent juste faire de
l’obstruction. »
Le soutien des évangéliques à Brett
Kavanaugh n’a pas plus vacillé durant
la polémique que leur foi en Donald
Trump depuis son élection. Estimés à
environ un quart de la population américaine, soit plus de 80 millions de personnes, ils restent à 80 % alignés derrière l’occupant de la Maison-Blanche.
La raison ne tient évidemment pas à son
comportement, ni même à son idéologie populiste. Selon une étude du Cato
Institute, plus les électeurs de Trump
vont à l’église, plus ils sont ouverts aux
minorités, à l’immigration et aux
échanges. Non, « ce qui compte avant
tout pour eux, explique John Killian,
ancien président de la Convention baptiste sudiste, c’est la nomination de juges
pro-vie (anti-avortement, NDLR) et le
soutien à Israël. » En transférant l’ambassade américaine à Jérusalem en mai,
le président a donné un coup de pouce à
une autre de leurs prophéties, selon laquelle la restauration de l’Israël biblique hâterait le retour du Messie.
De la part des adeptes d’une lecture
littérale de la Bible, le soutien aveugle à
un multi-divorcé, vedette plus fréquente des tabloïds salaces que des bulletins
paroissiaux, peut paraître surprenant.
« Il est clair que si Obama avait fait la
moindre des choses dont s’est rendu coupable Donald Trump, ils l’auraient cloué
au pilori comme totalement inapte à la
fonction », observe l’historien des religions Bill Leonard. Mais « sa personne
est distincte de sa présidence, justifie Jason Ellerbrook. Ses politiques sont fondées sur ce que veulent les gens qui l’ont
élu, pas sur ses penchants personnels. »
Ainsi Trump est-il devenu le héros de
« l’électorat des valeurs », comme le désigne Tony Perkins, président du puissant Conseil de recherche sur la famille
(FRC). « Il est le plus grand défenseur de
la vie qu’on ait eu à la Maison-Blanche,
s’enthousiasme le polémiste Todd Starnes. Il a façonné la Cour suprême la plus
conservatrice depuis les années 1930 ! »
Les exégètes offrent plusieurs références pour surmonter la contradiction. Non seulement la Bible recommande d’obéir en général au pouvoir en
place, mais elle mentionne des rois
païens ayant fait l’œuvre de Dieu. À
l’appui de leur dévotion à Donald
Trump, les prêcheurs évangéliques ont
ainsi popularisé dans leurs églises l’histoire du roi perse Cyrus, qui libère les
Juifs de leur captivité à Babylone et les
autorise à rebâtir le temple de Jérusalem ; celle du prophète Daniel,
P. OLIVARES/REUTERS
les régions de ce pays grand comme
15 fois la France. Seul le Nord-Est déshérité, fief électoral de Lula, a résisté à
la vague conservatrice.
Pour gagner au second tour, « Bolsonaro devra insister sur les thèmes de la
corruption et du désordre économique,
les points les plus faibles du PT. Et ainsi,
attiser le sentiment anti-PT », a estimé
Adriano Codato, politologue à l’université du Parana. Fernando Haddad « a
une mission beaucoup plus difficile », selon lui. Il devra rester fidèle aux idées
très à gauche du PT sans effrayer les
électeurs du centre. Le candidat du PT
a déjà tendu la main aux candidats de
centre gauche comme Ciro Gomes, le
seul à avoir surnagé dans la débâcle des
partis traditionnels. ■
sera le plus conservateur depuis trois
décennies. Et aussi le plus renouvelé.
Les caciques de gauche et de droite qui
dominaient la politique brésilienne ont
été éliminés. Les grands partis de gouvernement se sont effondrés, tel le
MDB du très impopulaire président
sortant, Michel Temer, et le PSDB dont
le candidat Geraldo Alckmin a chuté
sous la barre des 5 %. Une terrible gifle
pour ce parti qui a incarné l’opposition
au PT depuis seize ans. « Après des années de discrédit des partis et de la politique, l’électorat conservateur a migré
facilement du PSDB vers un capitaine
solitaire, au casier vierge et “sauveur de
la patrie” », a estimé Marilde Loiola,
politologue à l’université de Brasilia. Le
candidat populiste a gagné dans toutes
conseiller de Nabuchodonosor, qui fait
mine d’abandonner sa judaïté pour
mieux protéger son peuple ; et même
celle du roi David, qui commet le péché
d’adultère avec Bethsabée et fait assassiner son mari.
Trump, c’est Cyrus ou David. Daniel,
c’est Mike Pence, le très pieux viceprésident. Un habillage théologique diffusé dès 2016 dans les milieux évangéliques par un livre, Le Candidat du chaos
de Dieu, du prêcheur et entrepreneur
texan Lance Wallnau.
« Je suis monté à bord le jour où Trump
a choisi Pence comme vice-président, dit
Todd Starnes. Mike Pence fera un grand
président en 2024 ! » La présence de ce
born-again au sommet de l’État « est
vitale pour la restauration de la foi, de la
famille et de la liberté en Amérique », insiste Tony Perkins. « Grâce à Dieu, le
président est entouré de chrétiens aux
convictions très fortes, tels Mike Pence et
Sarah Huckabee Sanders », renchérit
Jason Ellerbrook. Même si la porte-parole de la Maison-Blanche justifie de son
podium tout ce que dit et fait l’occupant
des lieux, cette fille de pasteur sert de
caution morale. Dans un long portrait
que lui a consacré le New Yorker, elle
décrit ainsi son sacerdoce : « Je ne me
rends pas au bureau en espérant que ce
soit mon église. […] Vous devez porter le
message dans les endroits les plus sombres, les plus sales, les plus corrompus,
les plus dysfonctionnels. » Une étrange
description de son lieu de travail…
Donald Trump n’est sans doute pas un
saint, mais il a plus fait que quiconque
pour restaurer des « valeurs » que les
évangéliques croyaient perdues. Avec
Brett Kavanaugh à la Cour suprême, le
droit pour une femme d’avorter promet
d’être de plus en plus limité, sinon carrément aboli. La prière à l’école publique,
bannie par la Cour depuis 1963, pourrait
être rétablie. En foi de quoi Trump peut
compter sur un socle électoral inébranlable. Sa victoire en 2016 avait déjà été perçue comme « un miracle » : finira-t-il
canonisé pour sa contribution au retour
de l’ordre moral ? ■
+
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LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
INTERNATIONAL
9
Bébés volés sous Franco : la prescription invoquée
Un tribunal de Madrid déclare coupable le médecin qui avait enlevé un enfant à sa mère, mais, estimant les faits prescrits, le relaxe.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
ESPAGNE Le premier procès des bébés
volés du franquisme se solde par un « responsable, mais pas coupable » à l’espagnole. Les juges considèrent le Dr Eduardo
Vela auteur des délits d’enlèvement, de
falsification de documents officiels et de
simulation d’accouchement. Autrement
dit, les trois magistrates accréditent la
version de la plaignante, Inés Madrigal,
qui accusait Vela de l’avoir soustraite à ses
parents biologiques, à sa naissance il y a
quarante-neuf ans, pour la livrer à un
couple stérile. Et pourtant, le tribunal se
résout à acquitter le gynécologue, directeur à l’époque des faits d’une clinique
madrilène. Il considère que la prescription
dans le cas de l’enlèvement, le délit le plus
grave, se produit dix ans après les faits.
Madrigal, qui réclamait treize ans contre
le Dr Vela, âgé de 85 ans, mais aucune indemnité économique, remporte donc une
victoire morale mais essuie une défaite judiciaire.
Des centaines de personnes
impliquées
C’est aussi un coup dur pour les milliers de
familles à qui l’on a dit que leur enfant était
mort à la naissance il y a trente, quarante
ou cinquante ans, mais qui sont convain-
cues d’avoir été victimes d’un réseau organisé. Selon les témoignages, des centaines
de personnes sont impliquées (médecins,
personnel médical, fonctionnaires, avocats, religieux…), mues d’abord par des
motifs idéologiques (confier à des familles
respectées par le régime l’éducation d’enfants d’opposants républicains) et ensuite
par l’unique appât du gain - les vols de bébés se sont poursuivis une quinzaine d’années après la mort de Franco.
La partie civile et le parquet considéraient que les faits pouvaient encore être
jugés. Le délit d’enlèvement, selon les
magistrates, est défini comme un « délit
permanent », et selon elles donc, « la
consommation de ce délit ne s’épuise pas au
moment de s’emparer de la victime, mais il
continue de s’exercer tant qu’est maintenue
la situation d’enfermement ou de privation
de liberté ».
Toute la question est de savoir quand
cette privation de liberté cesse de se produire. Pour l’accusation, il faut prendre en
compte la date à laquelle Inés Madrigal
prend conscience qu’elle a été un bébé
volé. L’avocat de Madrigal et le procureur
fixent cette date au 25 juillet 2010, le jour où
la plaignante lit dans le journal El País un
article sur le phénomène des bébés volés et
relie son histoire personnelle au scandale
national. Les juges, s’appuyant sur la jurisprudence, considèrent au contraire que
Madrigal retrouve la « liberté » quand elle
atteint la majorité et échappe donc à la tutelle légale de ses parents adoptifs, en 1987.
La plaignante a dit éprouver « un sentiment mêlé » à la lecture du verdict. « D’un
côté, c’est un événement : nous avons entre
les mains le premier verdict du scandale des
bébés volés, et ce verdict reconnaît que des
bébés ont effectivement été volés. Je suis
contente que soit écrit noir sur blanc que le
Dr Vela a fait tout ce qu’il a fait. D’un autre
côté, je ne pensais pas qu’il y aurait prescription. J’ai pris conscience de l’affaire en
2010 et je ne pouvais évidemment pas porter plainte plus tôt. » Madrigal a annoncé
sa volonté de faire appel auprès de la Cour
suprême, qui aura donc le dernier mot sur
le calcul de la prescription. ■
Trump et Kim
en quête d’un
second sommet
Cinq mois après la poignée de main
de Singapour, l’Administration Trump
veut arracher des progrès tangibles,
si possible avant les midterms.
SÉOUL
DIPLOMATIE Comme des frères siamois,
Kim Jong-un et Mike Pompeo affichent
leurs silhouettes rebondies, et leur sourire
de circonstance devant les caméras, mais
chacun garde son jeu masqué. Pour son
quatrième voyage à Pyongyang, le secrétaire d’État américain a eu droit cette fois
à une audience de plus de trois heures dimanche avec le « Leader suprême »
nord-coréen, mais il a fait preuve d’une
prudence de loup à son retour. Nous
avons fait des « progrès significatifs »,
mais la dénucléarisation sera « un processus long », a déclaré, évasif, l’envoyé de
Donald Trump, à Séoul où il s’est rendu
dans la foulée.
Cinq mois après la spectaculaire poignée de main de Singapour, le président
américain et le jeune « Maréchal » sont
entrés dans le vif des négociations en vue
d’un second sommet, espéré « dès que
possible » par Pyongyang. L’enjeu est de
taille : après avoir brisé la glace dans l’îleÉtat le 12 juin, l’Administration Trump
entend transformer l’essai, si possible
avant les élections à mi-mandat du 6 novembre, mais veut arracher des progrès
tangibles sur le dossier nucléaire, sous
peine d’être accusé de brader les intérêts
américains. « Il n’y a pas eu de percée,
mais Pompeo a pu explorer le calendrier et
les possibles lieux pour un second sommet », juge Harry Kazianis, expert au
Center for the National Interest, thinktank basé à Washington. « L’Administration Trump est tentée de tenir cette rencontre au plus vite, y compris à Pyongyang,
afin de faire l’histoire et d’attirer les gros titres avant les élections », ajoute l’analyste
américain.
Concessions nord-coréennes
Le président a tweeté son « impatience »
de revoir le dirigeant nord-coréen,
« dans un avenir proche ». Les deux parties seraient « assez proches » d’un accord sur la date et le lieu de ce nouveau
rendez-vous, selon un haut responsable
américain, cité par l’AFP.
Néanmoins, le prix à payer pour une
nouvelle photo à la une de la presse mondiale demeure une pierre d’achoppement. À la suggestion de Séoul, Washing-
ton et Pyongyang discutent d’une
déclaration commune mettant symboliquement fin à la guerre de Corée. Une formule sans valeur juridique mais assurée
de faire du bruit, et d’ouvrir des négociations incertaines vers un traité de paix.
Derrière cette annonce spectaculaire,
Kim défend bec et ongles ses maigres positions, étranglé par les sanctions internationales. « Il veut une levée au moins partielle des sanctions. Les Américains
exigent, eux, un calendrier précis sur la dénucléarisation », juge Go Myung-hyun,
Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et le leader coréen, Kim Jong-un, se sont entretenus pendant plus de trois heures,
dimanche à Pyongyang. KCNA VIA KNS/AFP
expert au Asan Institute, think-tank à
Séoul. Le mois dernier, le ministre nordcoréen des Affaires étrangères a annoncé
à l’ONU qu’il était « hors de question » que
son pays désarme en premier tant que les
sanctions resteraient en vigueur.
Afin d’amadouer l’adversaire, le
« Leader suprême » lâche du lest se di-
sant prêt à autoriser la venue d’inspecteurs internationaux sur le site de
Punggye-ri, pour constater son démantèlement effectif, selon Pompeo. En mai,
sous le regard de quelques journalistes
étrangers tenus à distance, le régime affirmait avoir condamné ce site où il
conduisit six tests nucléaires. Un geste
Pékin balaie les attaques de Washington
et réserve un accueil glacial à Pompeo
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
COMME il fallait s’y attendre après les
accusations tous azimuts de la MaisonBlanche contre la Chine, Mike Pompeo,
le secrétaire d’État américain, a été
accueilli lundi très sèchement à
Pékin par son homologue. Mais le diplomate ne s’est pas laissé faire et la conférence de presse commune – un exercice
généralement très policé – a donné lieu
à une véritable passe d’armes. Signe des
tensions croissantes entre les deux superpuissances, les deux hommes n’ont
pas hésité à exprimer leurs griefs publiquement.
Très remonté, le ministre des Affaires
étrangères chinois a pointé du doigt la
« surenchère sans limite » des États-Unis
dans la guerre commerciale, les ventes
d’armes à l’île rivale de Taïwan ainsi que
les « critiques sans fondement » sur la
politique intérieure et extérieure chinoise. Il a ensuite exigé de la première puissance mondiale qu’elle cesse ses « actions mal avisées » et a appelé à la
coopération afin d’éviter « de tomber
dans le conflit et la confrontation ».
Mike Pompeo, qui a employé un ton
tout aussi direct, a reconnu des « désaccords fondamentaux ». « Nous sommes
très préoccupés par les initiatives que la
Chine a prises et je suis impatient d’en
Les informés de franceinfo
Une émission de Jean-François Achilli
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
discuter aujourd’hui car il s’agit d’une relation très importante », a déclaré le chef
de la diplomatie américaine, qui était
venu informer ses interlocuteurs de son
entretien récent avec Kim Jong-un, le
dirigeant nord-coréen, à Pyongyang.
Les deux orateurs ont aussi affiché
“
Nous devons faire
sentir aux États-Unis
la douleur de la guerre
commerciale
”
LE « GLOBAL TIMES », QUOTIDIEN D’ÉTAT
ouvertement leur désaccord concernant l’annulation d’une rencontre sinoaméricaine entre ministres de la Défense, qui était prévue ce mois-ci. Mike
Pompeo a mis en cause Pékin. « Cet entretien n’a pas été annulé par les Chinois.
C’est un fait », a riposté Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères chinois.
La visite de Mike Pompeo pouvait difficilement se dérouler harmonieusement. La semaine dernière, Mike Pence,
le vice-président américain, s’est livré à
l’une des charges les plus virulentes de
son pays contre la Chine depuis des dé-
cennies. Dans son réquisitoire aux accents de guerre froide, il a notamment
dénoncé les initiatives « malveillantes »
de la Chine pour empêcher Donald
Trump de gagner les prochaines élections de mi-mandat. En plus du « vol de
propriété intellectuelle », le vice-président a également déploré le « harcèlement dangereux » mené par la marine
chinoise dans les eaux disputées de la
mer de Chine méridionale. Et s’en est
pris frontalement à la nature du régime
communiste autoritaire, stigmatisant
« un système orwellien » de surveillance
des citoyens destiné à « contrôler la
moindre facette de la vie humaine ».
La Chine avait qualifié de « ridicules »
ces accusations. « Nous devons faire
sentir aux États-Unis la douleur de la
guerre commerciale et ne pas leur permettre d’agir sans scrupule en mer de
Chine méridionale et dans le détroit de
Taïwan. Mais nous devons le faire en restant calmes », a recommandé ce weekend le Global Times, un quotidien d’État
à la ligne nationaliste, dans un éditorial.
Et le journal de conclure : « La Chine
n’est pas l’Union soviétique. » Sous-entendu : elle survivra à une confrontation
avec l’Amérique. ■
unilatéral qui visait à afficher la bonne
volonté de Kim à négocier une dénucléarisation « irréversible ». Cette mesure
laisse sceptique nombre d’experts, ainsi
que les services de renseignements occidentaux, jugeant que le programme
nord-coréen pourrait désormais se passer de test grandeur nature. ■
EN BREF
Syrie : les armes lourdes
auraient quitté Idlib
Les groupes rebelles syriens ont
fini de retirer leurs armes lourdes
de la province d’Idlib, la date
butoir étant fixée à mercredi,
selon un accord entre Moscou
et Ankara. Mais Bachar el-Assad
a qualifié cet accord de « mesure
temporaire ».
Choc après le meurtre
d’une journaliste bulgare
La Bulgarie était sous pression
lundi pour élucider le viol
et le meurtre de la journaliste
de télévision Viktoria Marinova,
qui animait une émission dans
laquelle ont récemment témoigné
deux journalistes enquêtant sur
des soupçons de fraude impliquant
des hommes d’affaires et des élus.
L’Égypte annonce avoir tué
52 djihadistes dans le Sinaï
Cinquante-deux djihadistes
présumés et trois militaires ont
récemment été tués dans le cadre
d’opérations « antiterroristes »
dans la région égyptienne
du Sinaï (Est), où les forces de
défense mènent une vaste
campagne contre le groupe État
islamique (EI).
L’ex-patron d’Interpol aurait « accepté des pots-de-vin »
Les autorités chinoises ont donné
davantage de précisions sur les raisons
de l’incroyable disparition de l’ex-patron
d’Interpol. Quelques heures après
la démission subite du chef
de l’organisation policière mondiale
basée à Lyon, Pékin a affirmé lundi qu’il
a « accepté des pots-de-vin » et
« est soupçonné d’avoir violé la loi ».
La Chine avait indiqué la nuit précédente
que Meng Hongwei, qui était également
vice-ministre de la Sécurité publique,
faisait l’objet d’une enquête dans son
pays. Le régime ne précise pas si les
accusations portent sur ses fonctions
ministérielles ou sur celles qu’il exerçait
à Interpol. On ne sait pas non plus
s’il a été placé en détention.
Ce haut fonctionnaire est la dernière
victime en date de la vaste campagne
anticorruption menée par Xi Jinping
depuis près de six ans. Sa disgrâce
s’explique probablement en partie
par des raisons politiques. Le ministère
de la Sécurité publique, qui a reproché
à l’accusé « son insistance à faire
les choses à sa façon », a proclamé
sa « loyauté politique absolue » envers
le président Xi Jinping. Cette affaire
rocambolesque pourrait compliquer
les efforts de la Chine pour être mieux
représentée dans les organisations
internationales.
C. P. (À PÉKIN)
A
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Vatican :
le poison lent
de l’affaire
McCarrick
Si le cardinal Ouellet a pris la défense du
Pape dans une « lettre ouverte », il reconnaît
pourtant de graves dysfonctionnements.
JEAN-MARIE GUÉNOIS jmguenois@lefigaro.fr
RELIGION À Rome, le synode sur les jeunes bat son plein, mais c’est l’affaire Vigano qui domine toujours l’actualité. Fin
août, ce prélat italien, ancien nonce
apostolique aux États-Unis, a demandé
la démission du pape François, en l’accusant notamment d’avoir couvert les
comportements homosexuels de l’ancien archevêque de Washington,
Mgr McCarrick. Si cette demande de démission du Pape a discrédité la démarche de Carlo Maria Vigano, personne,
plus d’un mois après, n’a encore démenti sur le fond ses accusations qui pointaient l’influence d’un « lobby gay » au
plus haut niveau de l’Église catholique…
Deux éléments récents accréditeraient plutôt le fond des accusations : sa-
medi dernier, le Saint-Siège a annoncé
qu’il lançait une « étude plus approfondie » du cas McCarrick à partir de « toute
la documentation » disponible dans les
archives ecclésiales, à Rome comme aux
États-Unis.
« Rébellion ouverte
et scandaleuse »
Mais avec ce commentaire qui indique que
le Vatican reconnaît, pour la première
fois, que des affaires graves ont pu se produire par le passé : « Le Saint-Siège est
conscient que de cet examen des faits et des
circonstances pourraient émerger des choix
qui ne seraient pas cohérents avec l’approche actuelle de ce genre de questions. »
Le second élément est venu, dimanche
dernier, du cardinal Ouellet via une « lettre ouverte » à Mgr Vigano, exceptionnellement publiée avec l’approbation du
Mgr Marc Ouellet (ici au Vatican, en 2014) est le préfet de la congrégation
pour les évêques, en charge de leurs nominations. M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC
Pape. Canadien, Mgr Marc Ouellet est le
préfet de la congrégation pour les évêques, en charge, donc, de leurs nominations. Il défend le Pape en reprochant à
son ancien ami Vigano sa « rébellion
ouverte et scandaleuse », car il n’est pas
possible « d’accuser le pape François
d’avoir couvert en toute connaissance de
cause ce présumé prédateur sexuel, et donc
d’être complice de la corruption qui sévit
dans l’Église ».
Mais, continue le cardinal Ouellet à
propos du cardinal McCarrick, « comment
se fait-il que cet homme d’Église, dont on
connaît aujourd’hui l’incohérence, ait été
promu à plusieurs reprises jusqu’à occuper
les très hautes fonctions d’archevêque de
Washington et de cardinal ? J’en suis moimême fort étonné, et je reconnais des failles
dans le processus de sélection qui a été mené
dans son cas. »
Il précise toutefois : « On doit comprendre que les décisions qui sont prises par le
Souverain Pontife reposent sur les informations dont on dispose au moment précis, et
qui font l’objet d’un jugement prudentiel qui
n’est pas infaillible. Il me semble injuste de
conclure à la corruption des personnes en
charge du discernement préalable, même si,
dans le cas concret, certains indices fournis
par des témoignages auraient dû être davantage examinés. » Et nuance : « Qu’il
puisse y avoir au Vatican des personnes qui
pratiquent et soutiennent des comportements contraires aux valeurs de l’Évangile
en matière de sexualité ne nous autorise pas
à généraliser et à déclarer indignes et complices untel et untel, et même le Saint-Père
lui-même. »
Le cardinal Ouellet recommande enfin :
« Je suis d’avis que, par respect des victimes
et exigence de justice, la recherche en cours
aux États-Unis et à la curie romaine fournisse une analyse critique complète des procédures et des circonstances de ce cas douloureux afin d’éviter que cela ne se
reproduise dans l’avenir. » ■
Les Français et la campagne, entre attirance et répulsion
Les territoires ruraux souffrent à leurs yeux de la disparition des commerces et des services publics, selon une étude publiée mardi.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RURALITÉ C’est une situation paradoxale : la campagne attire autant qu’elle
repousse. Vivre à la campagne reste un
idéal pour 81 % des Français, mais près
de la moitié associent les territoires ruraux à des difficultés socio-économiques. Pire, ils sont à leurs yeux encore
plus délaissés que les banlieues. Il s’agit
d’une partie des conclusions d’une étude
rendue publique mardi et que Le Figaro
s’est procurée. Intitulée « Territoires ruraux : perceptions et réalités de vie », elle
a été réalisée en juin dernier par l’Ifop,
auprès de deux échantillons de plus de
1 000 personnes chacun - l’un représentatif de la population rurale, l’autre de la
population nationale - pour le compte de
l’association Familles rurales.
Cette organisation agit dans les campagnes à travers 2 200 associations et
160 000 familles adhérentes. Au cœur de
ce travail, la question de la présence des
services publics et des commerces de
proximité. Ainsi, en Lozère, où deux tiers
des 158 communes n’ont ni commerce ni
services publics, « le sentiment d’abandon
est beaucoup plus fort parmi les ruraux qui
déclarent ne pas avoir accès à ces services
(64 %), que ceux qui ont accès (47 %) »,
selon l’étude. « Cela fait plus de quinze
ans que l’État a abandonné les territoires
ruraux, reconnaît le sénateur de la
Drôme Didier Guillaume (divers gauche). Poste, gare SNCF, trésoreries,
EDF… les services publics ont disparu les
uns après les autres alors que des territoires restent dynamiques. »
Fossé culturel
Ce constat dépasse largement le clivage
droite-gauche. « Je propose qu’en cas de
fusion entre services publics communaux,
la plus petite ville soit prioritaire pour accueillir l’entité fusionnée, indique Nicolas
Forissier, député de l’Indre (LR). Mais
pour y arriver, encore faut-il une vision et
de la volonté politique. La logique comptable et court-termiste de certaines admi-
nistrations centrales est l’antithèse de ce
qu’il faut faire. »
Car le fossé culturel entre les administrations et les habitants des territoires
ruraux se creuse. « Nos territoires sont
trop dirigés par des technocrates qui travaillent chacun dans leur coin et pas assez
par des politiques qui ont une vision globale », dénonce le député de la Lozère,
Pierre Morel-À-L’Huissier (UDI), qui a
été dix-sept années maire de Fournels,
une commune de 400 habitants. Les
hauts fonctionnaires n’ont aucune
connaissance de la vie rurale et des
communes. Ils ont la culture du contrôle
des normes qui asphyxient les territoires. »
Une législation qui s’applique de façon li-
ZOOM
Du virtuel au réel :
dans le café solidaire
de Wanted
Sarkozy : rejet des recours
dans le dossier des écoutes
Récompensée par l’entreprise californienne,
la plus grande communauté Facebook d’Europe est
bordelaise. Elle décline ses valeurs hors du réseau.
PAULINE BOYER £@Paulineboyer33
A
BORDEAUX
ENTRAIDE Dès qu’un rayon de soleil se
montre, Ève vient profiter de la terrasse
du Wanted Café, à deux pas du populaire
marché des Capucins, en plein cœur de
Bordeaux. Un café et un bouquin l’accompagnent, ainsi que plusieurs centaines de
milliers de personnes dans sa poche, via
son smartphone. Car, sur Facebook, elle
fait partie du groupe Wanted Community
: près de 130 000 membres bordelais, mais
aussi 450 000 personnes sur le groupe parisien, des déclinaisons dans 82 villes ! En
tout, cette communauté compte plus de
850 000 membres, ce qui en fait la plus
grande d’Europe sur le réseau social. Depuis un peu plus d’un mois, les trois fondateurs de Wanted ont ouvert un café à
Bordeaux. Ce jour-là au service, Luc
Jaubert, l’un d’entre eux, explique : « On
a voulu passer du virtuel au réel. » Ici, entre
les tables et le comptoir, le mot d’ordre est
le même que pour la communauté Facebook : « Rien n’est solitaire, tout est soli-
daire. » Entre autres bonnes idées, on peut
payer des cafés ou des repas « suspendus »
pour ceux qui n’en ont pas les moyens.
« On avait envie d’être catalyseurs de bonnes idées, détaille Luc Jaubert, pouvoir accueillir des associations… » Un espace pour
créer du lien social, à l’image du groupe
lancé sur Facebook il y a sept ans.
Sans publicité ni politique
« Wanted Community était au début un
groupe pour échanger des bons plans, un
espace d’entraide sous toutes ses formes »,
se souvient Luc. Avec le temps, il s’est
aussi révélé un formidable accélérateur de
solidarités. Tous les jours, les belles histoires se nouent sur le « fil » : ici, un jeune qui
confie son mal-être reçoit 115 commentaires d’aide et de soutien. Là un membre
alerte sur une famille sans toit, qui dort
dans sa voiture avec son bébé de 18 mois.
En quelques heures, des propositions de
logement se dessinent.
Julie Gestas-Charbonnier, 65 ans, connectée chaque jour sur le groupe bordelais, « n’a jamais vu quelque chose d’aussi
fort ». Cet été, elle relaie le message d’une
néaire, sans tenir compte des disparités
entre les territoires. Cela est flagrant
avec les impôts, notamment en ce moment avec la taxe foncière, qui doit être
payée en ligne. Problème : 25 % de la population rurale ne maîtrise pas Internet,
soit car elle se trouve en zone blanche,
soit faute d’ordinateur. Et quand le centre des impôts a disparu, cela devient vite
un calvaire. Pour remédier à cette situation, le Gers travaille sur la mise en place
d’un véhicule mobile numérique qui irait
dans les villages sans connexion. Pourtant, malgré tous ces inconvénients, les
campagnes restent attractives et enregistreraient des niveaux inédits d’installation de jeunes couples avec enfants. ■
Christian Delachet, Jérémie Ballarin et Luc Jaubert, les trois Bordelais à l’origine
du groupe Facebook Wanted Community. WANTED COMMUNITY
mère désemparée, qui vient d’apprendre
que son fils de 2 ans, Léo, est atteint d’une
leucémie : « On a récolté plus de 1 000 likes, j’ai invité les gens à donner leur sang,
plasma ou moelle osseuse, et le centre de
transfusion m’a confirmé qu’il y avait eu un
pic de dons ! Puis j’ai fait une annonce pour
récolter des jouets pour l’hôpital des enfants, je me suis retrouvée avec une voiture
pleine de jeux à déposer au service du petit
Léo. » À son tour, un membre l’a aidée
pour un souci informatique, et, il y a quelques jours, elle dépannait quelqu’un en
croquettes pour chat.
Les membres de la communauté viennent chercher sur ce groupe, sans publicité ni politique, les coups de main du
quotidien. Des recommandations de lieux
ou d’artisans quand on débarque dans
une ville, des dépannages, des objets pas
chers et des conseils en tous genres. Pour
Grégory, l’un des 90 modérateurs béné-
voles, « les gens veulent du bouche-àoreille. Ça marche parce qu’on a l’impression de parler à des copains plutôt que sur
un forum impersonnel. » La solidarité, la
proximité et une modération permanente
expliquent la popularité du groupe et son
succès, reconnu jusqu’en Californie,
puisque les trois fondateurs ont été récompensés récemment, dans le cadre de
son Community Leadership Program, un
programme de financement pour les
communautés inspirantes : à la clé, 1 million de dollars et un statut de « résident »
au siège.
Fidèle du Wanted Café, où elle se rend
tous les matins, Tina a trouvé ça « géant »
et mérité. Elle a rencontré ici un jeune
« de la rue » à qui elle prête une chambre
quelques semaines : « Sur le groupe, il y a
toujours quelqu’un pour trouver une solution ! Ça permet d’unir les gens plutôt que
de les isoler. » ■
La chambre de l’instruction de la
cour d’appel de Paris a rejeté lundi
la requête en nullité dans le dossier
des écoutes dans lequel sont mis
en examen Nicolas Sarkozy,
Gilbert Azibert et Thierry Herzog,
notamment pour des faits
de corruption et trafic d’influence.
Ce rejet concerne le réquisitoire
définitif au motif que ses causes
d’annulation sont strictement
limitées. La requête en nullité de
l’ordonnance de renvoi de Gilbert
Azibert a ainsi été jugée « irrecevable
au motif que l’ordonnance de renvoi
devant le tribunal correctionnel ne se
critique que par la voie de l’appel
et dans des conditions limitativement
énumérées ».
EN BREF
Redoine Faïd en grève
de la faim
Redoine Faïd a averti lundi,
par courrier, son magistrat
instructeur qu’il entamait
une grève de la faim. Le détenu
s’insurge contre l’incarcération
de sa « logeuse » ainsi que contre la
mise en examen et la détention de
ses proches qui l’ont aidé au cours
de son évasion. La direction de la
maison centrale de Vendin-le-Vieil
a mis en place une unité sanitaire,
une prise en charge médicale
et une prévention suicide,
afin de prévenir tout danger.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
SOCIÉTÉ
11
L’école malade de l’absentéisme des profs
Depuis la rentrée, 26 021 heures de cours n’ont pas été assurées. Les remplacements demeurent un casse-tête.
ÉDUCATION Depuis septembre, au moins
26 021 heures de cours sont déjà parties
en fumée pour cause de professeurs absents, révèle lundi la FCPE, première fédération de parents d’élèves de l’enseignement public. Un chiffre légèrement
supérieur à celui récolté à la même époque en 2016. Depuis l’année de création
du site Ouyapacours il y a dix ans, « rien
ne s’améliore en dépit des promesses ministérielles successives », observe Raymond Artis, le président de la fédération.
À son tour, Jean-Michel Blanquer affirme
en privé qu’il va s’attaquer à ce problème
qui empoisonne la vie des familles. Mais
aucune discussion n’a été ouverte avec
les syndicats d’enseignants. « Ce n’est
pas d’actualité pour l’instant », répond
son entourage.
Un décret vieux de 2005, réactivé par
Najat Vallaud-Belkacem en 2016, permet
au proviseur de demander aux enseignants de l’établissement de remplacer
l’absent sur la base du volontariat. Et de
les payer en heures supplémentaires. Las,
les bonnes volontés font défaut… Et le
texte est en réalité inappliqué. La situa-
tion est d’autant plus difficile à améliorer
que les enseignants sont « beaucoup plus
absents que les autres fonctionnaires et a
fortiori que les salariés du privé. C’est aussi
à cela qu’il faudrait s’intéresser », affirme,
exaspéré, un haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale. Les professeurs ont environ deux fois et demie
plus d’arrêts courts (1 à 4 jours) pour raisons de santé que leurs collègues de la
fonction publique (0,53 % contre
0,21 %). Pourquoi ? Mystère. Certes,
l’Éducation nationale, avec 11,4 jours
d’absence par an par agent, peut paraître
moins affectée que les autres ministères
(13,5 jours). Mais ces données ne sont pas
comparables, car les enseignants ont un
nombre annuel de jours de travail plus
réduit. Ils effectuent le plus souvent leurs
15 ou 18 heures de cours hebdomadaires
sur quatre jours et sur un nombre de semaines inférieur (36 semaines) à celui des
autres fonctionnaires (47 semaines), grâce aux vacances scolaires. ■
“
AS DAMECOUR. MONTAGE LM./PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Rien ne s’améliore
en dépit des promesses
ministérielles
successives
”
RAYMOND ARTIS, PRÉSIDENT DE LA FCPE
Les remplacements longs (longue maladie, maternité) d’enseignants sont
aujourd’hui à peu près efficaces. L’enjeu,
bien connu, c’est celui des remplacements de moins de quinze jours dans les
collèges et lycées. Pour la Cour des
comptes, qui écrivait sur le sujet l’an dernier, il s’agit d’« un échec ». Alors que le
ministère évalue à 38 % le taux de couverture de ces absences, l’enquête
conduite par les sages de la rue Cambon
fournit des chiffres bien plus bas, de 5 à
20 % seulement ! Et le problème devient
insoluble quand le professeur s’absente
de façon perlée toute l’année scolaire…
Les professeurs ont environ deux fois et demie plus d’arrêts courts (1 à 4 jours) pour raisons de santé que leurs collègues de la fonction publique.
La galère des remplacements
n’épargne pas l’enseignement privé
EN MATIÈRE de remplacements de
professeurs, l’enseignement catholique sous contrat semble être plus
efficace que l’enseignement public.
Gilles Demarquet, président de
l’Apel, l’Association des parents de
l’enseignement libre, affirme avoir
« assez peu de remontées » sur le
sujet.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a
aucun problème, à la grande surprise des parents. « Je pensais qu’en allant dans le privé j’éviterais les grèves, bien sûr. Et surtout les absences
de profs. Erreur », commente Delphine, déconfite face aux absences
non remplacées du collège de ses
enfants, dans le centre de Versailles :
depuis la rentrée, le prof de français
a été absent pendant deux semaines
et demie, celui d’anglais, pendant
deux semaines, et la prof d’espagnol
devrait être « absente jusqu’à la
Toussaint, voire plus, ce qui a l’air de
ne gêner personne. » Elle se dit déçue
par l’absence de communication et
d’explications du chef d’établissement. Déçue aussi du fait que les
heures de cours perdues « ne sont jamais rattrapées ». Caroline, dont les
enfants sont scolarisés au collège
Blanche-de-Castille au Chesnay
(Yvelines), comptait quatre professeurs absents dans la classe de sa
fille, « dès la troisième semaine de la
rentrée ». Ils ont depuis été remplacés. Mais certaines classes passent
régulièrement des heures en permanence au gré d’absences de quelques heures ou jours, s’agace-t-elle.
«C’est la faute à pas de chance, répond l’une des responsables du collège. Parfois, toutes les absences
tombent dans la même classe… » Certains professeurs « rattrapent » leurs
heures, les échangent ou acceptent
de faire des heures supplémentaires
au pied levé, insiste-t-elle, vantant
une « souplesse » d’organisation interne. Mais il est vrai qu’en France
« tout repose sur la bonne volonté. Les
enseignants n’ont aucune obligation
de remplacement, contrairement à
l’Allemagne, par exemple. »
« J’ai été choquée que, faute de
prof de français, la directrice fasse
appel aux bonnes volontés des parents. Sans aucune exigence d’expé-
rience ni de niveau ! C’est finalement
une mère d’élève naguère passée par
une école de communication qui s’y
colle. Elle a l’air de se débrouiller,
mais c’est le hasard ! » raconte une
mère dont les enfants sont scolarisés
à Boulogne. Au-delà de ces cas individuels, quelle est la situation précise du remplacement dans l’enseignement privé sous contrat ?
Impossible d’obtenir des indicateurs
de performance récents sur le sujet.
Depuis quatre ans, l’indicateur
« 4.2 » de la loi de finances reste
vierge « du fait d’une refonte de la
méthodologie de calcul, dans un souci
de fiabilisation des données ». Les
derniers indicateurs de performance remontent à 2014, date à laquelle
“
J’ai été choquée
que, faute de prof de
français, la directrice
fasse appel aux bonnes
volontés des parents
UNE MÈRE D’ÉLÈVES SCOLARISÉS
À BOULOGNE
”
l’enseignement sous contrat affichait un bon taux de remplacement
des congés maladie et maternité, de
98 %, contre 97 % dans les collèges
et lycées publics et 85% dans les
écoles publiques. Un chiffre encourageant mais peu fiable, selon Yann
Diraison, l’adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique
lui-même : « Aucun outil de mesure
du rapport entre les absences et leurs
remplacements n’existe, tant dans le
privé que dans le public », affirme-til. Le fait que les établissements privés ne fassent souvent remonter les
demandes que lorsqu’ils ont déjà
trouvé un remplaçant ou n’informent pas l’administration parce
qu’ils n’ont pas de solution ou, à
l’inverse, parce qu’ils ont trouvé
une solution en interne, « majore
artificiellement le taux affiché par
l’administration », critiquait le dernier rapport de l’inspection générale
sur le sujet, datant de 2011.
La différence du nombre moyen
de jours d’absence des professeurs
n’est « pas significative entre le privé
et le public », assure Yann Diraison,
mais, « apparemment, à la lecture de
ce rapport de l’inspection, nous nous
débrouillons mieux que dans le public
pour les remplacer ».
L’organisation
des
établissements privés leur offre plus
d’autonomie. Quand les directeurs
sont confrontés à une absence, prévisible ou non, « ils se mettent aussitôt en recherche de solutions, souvent avant même d’informer le
rectorat », rapporte l’inspection. Ils
n’hésitent pas à puiser dans le « vivier » des « suppléants » de l’enseignement catholique. Des personnels précaires à qui l’on demande
d’avoir l’équivalent d’une licence
universitaire. Les professeurs titulaires effectueraient par ailleurs
plus facilement des heures supplémentaires pour remplacer un collègue absent à la demande de leur
hiérarchie et seraient plus nombreux à échanger des heures de
cours. Le recours à des parents
d’élèves ou salariés de droit privé
de l’établissement est également
une possibilité, mais, dans ce cas,
« il s’agit essentiellement de surveillance », affirmait l’inspection.
Reste que, comme dans le public,
« ce qui est compliqué à gérer, ce
sont les absences répétées. Certains
professeurs abusent ! » observe
Yann Diraison. ■
M.-E. P.
Des pratiques
de recrutement insolites
CAROLINE BEYER cbeyer@lefigaro.fr
À Paris, le collège
Saint-Jean-de-Passy
(ici une classe
de troisième) a passé
une annonce sur le site
Gensdeconfiance.fr
pour recruter
un professeur
de mathématiques
en intérim.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
« CHERS GENS de Confiance, SaintJean-de-Passy recherche un professeur de mathématiques pour assurer le
remplacement d’un professeur à
compter du mois de janvier. Pour enseigner, il est nécessaire d’avoir a minima une licence dans la discipline
concernée. » L’annonce a été postée
début octobre par l’établissement
privé de l’Ouest parisien sur le site
Gensdeconfiance.fr, le réseau social
bon chic bon genre, tendance catholique. À chaque établissement ses réseaux. Alors que le recrutement de
professeurs sur le Bon Coin défraye
régulièrement la chronique, même
s’il reste très marginal, les établissements privés sous contrat n’échappent pas à la règle du système D.
Sur Gens de Confiance toujours,
Saint-Louis-de-Gonzague,
autre
établissement parisien réputé, cherche, pour son collège, un professeur
de physique, à raison de neuf heures
par semaine. Un autre, encore, un
enseignant en SVT « disponible rapidement »… Face à la pénurie, les établissements publics et privés développent des pratiques de recrutement
bien éloignées du cadre de la fonction
publique. Les absences, qui se font
sentir dès la rentrée scolaire, atteindront leur summum en janvier et fé-
vrier. En physique ou en anglais, en
zone rurale, en lycée professionnel,
le vivier des remplaçants ne suffit pas
à combler les trous.
Que peut faire un chef d’établissement ? Avant de faire appel à son réseau personnel, aux parents d’élèves
ou au Bon Coin, il se tourne vers le
rectorat. Lequel puise d’abord dans
le vivier de remplaçants et de
contractuels. Qui n’est pas infini.
Trésors d’ingéniosité
Dans l’académie de Versailles, la plus
grande de France, c’est une politique
de recrutement parallèle qui s’est
mise en place au fil des années. Le
rectorat a déployé des trésors d’ingéniosité. Il y a deux ans, c’est par le
biais de l’ambassade d’Uruguay en
France qu’il a recruté des professeurs
d’espagnol. L’an dernier, il est passé
par Pôle emploi pour embaucher
600 contractuels. « Vous êtes étudiant ou déjà diplômé ? Vous souhaitez
effectuer une reconversion professionnelle ? L’académie de Versailles
vous offre l’opportunité de devenir enseignant sans passer par la voie du
concours ! » expliquait l’annonce en
quête de profs de maths, de lettres
classiques, d’économie, de génie
mécanique… De sorte qu’en cette
rentrée l’académie est dans les clous.
Elle a même pu proposer une courte
formation à ses nouvelles recrues.
Un vrai luxe. « La problématique,
pour ces contractuels, tient à la capacité à gérer une classe. Parfois, l’établissement met en place un tutorat,
mais, la plupart du temps, ils sont jetés
dans le grand bain. Certains nagent,
d’autres non », résume Philippe Vincent, le secrétaire général des personnels de direction (SNPDEN) à
l’Unsa. Les contractuels représentent à ce jour 5 % des troupes enseignantes. Dans un rapport sur « le recours croissant» à ces personnels
dans l’Éducation nationale, rendu en
mai 2018, la Cour des comptes pointait une formation « incontestablement défaillante ». À Pôle emploi, sur
le Bon Coin ou à l’Apec (Association
pour l’emploi des cadres), le niveau
académique minimum requis pour
être prof est la licence. Là où l’Éducation nationale exige un master. ■
A
MARIE-ESTELLE PECH £@MarieEstellPech
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Ça plane pour le « prodigieux » Mbappé
Auteur d’un
quadruplé contre
Lyon, le Parisien
n’en finit plus de
repousser les limites
du possible.
(7e), sans toutefois inquiéter énormément
Gigi Buffon. Le tout saupoudré d’erreurs
de part et d’autre, de poteaux et de barres,
de fautes… Sauf qu’après une première
période hachée et une entame de seconde
mi-temps haletante, on n’a plus vu
qu’une équipe au Parc des Princes. Car
Lyon n’a pas baissé les yeux et continué à
pousser, pousser encore. Ce qui a notamment eu pour effet de laisser de l’espace
dans le dos de la défense. Espaces dans
lesquels Mbappé s’est engouffré avec appétit… D’autant plus que derrière, c’est un
Neymar encore flamboyant qui lui servait
de rampe de lancement. Tandem de feu.
Cocktail détonant pour le PSG, potion indigeste pour l’OL.
CHRISTOPHE REMISE £@Cremise77
Naples à l’horizon
Kylian Mbappé, dimanche au Parc
des Princes, lors de la victoire
des Parisiens contre les Lyonnais.
Son entente grandissante avec Neymar
est de bon augure pour le PSG.
ver l’ouverture. Double poteau rentrant,
comme pour rappeler que rien n’a été
simple. « La marque des grands, c’est de
ne pas douter », félicite Lopes.
Quatre buts, mais c’est aussi Mbappé
qui provoque le penalty transformé par
Neymar (9e) et l’expulsion de Tousart
(45e + 1). Carton plein. « Contre Belgrade, il
n’a pas eu beaucoup de réussite, se sou-
vient Thomas Tuchel. Après cela, il a montré une bonne mentalité à l’entraînement.
(Contre Lyon), il était prêt à travailler dur
pour l’équipe, à se sacrifier défensivement
et tactiquement. Il a été récompensé avec
ses quatre buts. Il a eu beaucoup d’occasions, ça aurait pu faire cinq, six ou sept
(sourire). Je suis très satisfait parce qu’il
n’a pas perdu confiance. Il a joué magnifi-
quement bien avec Neymar, c’était toujours
dangereux. »
Neymar-Mbappé, c’était en effet le ticket gagnant d’un PSG réduit à dix après
l’expulsion de Presnel Kimpembe (32e).
L’un des très nombreux tournants de cette rencontre lors de laquelle Lyon a largement bousculé les Parisiens en première
période, malgré la sortie de Nabil Fekir
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP
FOOTBALL « Un grand joueur, un crack,
un phénomène. » Le compliment est signé
Neymar. Il est adressé à Kylian Mbappé,
auteur dimanche soir en seulement
13 minutes (61e, 66e, 69e, 74e) d’un quadruplé qui transformait ce match éminemment étrange et longtemps indécis en
correction infligée par le PSG à Lyon
(5-0). Le premier quadruplé de sa carrière, le premier pour un joueur aussi jeune
(19 ans et 9 mois) en Ligue 1 depuis quarante-cinq ans. « Ce n’est pas une question
d’âge ! J’ai sept occasions, je mets quatre
buts, relève l’ex-Monégasque. Quatre sur
sept, ce n’est pas mal, on peut faire
mieux. »
En fait, le ratio occasions/buts est
même un poil moindre, parce que l’enfant
de Bondy a mangé son pain noir avant de
concasser l’OL par sa pointe de vitesse supersonique, son efficacité, son sangfroid. Devancé par Ferland Mendy avant
le repos (27e), il a ensuite perdu trois duels
face à Anthony Lopes (47e, 56e, 60e) et
touché du bois (52e) avant, enfin, de trou-
« Kylian fait des choses qui sortent de l’ordinaire, savoure Didier Deschamps, qui
pourra compter sur l’intéressé face à l’Islande (11 oct.) et l’Allemagne (16 oct.).
Même s’il est jeune, il est hors catégorie. Il y
en a un de temps en temps… C’est prodigieux. » Et de nature à valoir à l’intéressé,
déjà, un Ballon d’or ? « Pourquoi pas ? Je
ne m’interdis rien », sourit-il. Il a bien raison, tant rien ne semble impossible pour
le surdoué aux jambes de feu. En attendant, le PSG a, déjà, pris une très sérieuse
option sur le titre (8 points d’avance sur
son dauphin Lille, 11 sur l’OM, 3e…), s’est
octroyé le record de victoires consécutives pour débuter une saison en championnat de France et ne semble, en fait,
pouvoir être testé que sur la scène européenne. Ça tombe bien, une double
confrontation face au Naples de Carlo Ancelotti se profile à l’horizon, après la trêve
internationale (24 oct. et 6 nov.). ■
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
DIDIER DESCHAMPS est quelqu’un de logique. Pas tordu pour un sou. À bientôt
50 ans (il les aura lundi prochain), le double champion du monde ne s’est pas trituré l’esprit au moment de coucher 23 noms
pour affronter l’Islande en amical, jeudi,
et l’Allemagne en Ligue des nations, mardi. Preuve en est avec la présence de quatre « revenants » dans sa liste : Lucas Digne, Mamadou Sakho, Kurt Zouma et
Dimitri Payet (appelé de dernière minute
lundi) et d’un « nouveau », Tanguy
Ndombele. Pour des explications limpides
et sensées, qui répondent avant tout à un
besoin du moment avec les joueurs blessés
ou en méforme comme Benjamin Mendy,
Samuel Umtiti, Adil Rami, Nabil Fekir et
Corentin Tolisso. Autant être clair tout de
suite, si ces cinq-là avaient été prêts à
100 %, Didier Deschamps les aurait
convoqués, sans tourner autour du pot.
« Si je peux garder un noyau conséquent de
champions du monde, je ne m’en plaindrais
jamais, aime-t-il rappeler. Mais ce n’est
pas un totem pour eux non plus. »
Toujours est-il que, pendant ces dix
jours de période internationale, les
« nouveaux venus » se voient offrir une
vraie chance de montrer leurs qualités et,
surtout, une mentalité complémentaire à
celle qui a fait - aussi - le succès du Mondial cet été. « Après le retour des héros en
septembre, on rentre dans la période où le
groupe va s’ouvrir, atteste au Figaro Alain
Giresse. Didier fait en fonction des circonstances, mais il envoie un message à ces
joueurs avec le désir de les revoir pour certains ou de les découvrir pour d’autres.
S’ils sont là, c’est qu’ils bousculent d’une
certaine façon la hiérarchie. »
Dans cette bande des cinq, Mamadou
Sakho s’avance comme le symbole de cet
état d’esprit loué par le staff des Bleus au
regard de l’épopée russe. Absent du
“
À eux de se
montrer à l’aise
sur le terrain, mais
aussi dans la vie
de groupe. Il faut saisir une
telle chance, car le train ne
repassera peut-être pas
”
ALAIN GIRESSE ANCIEN MILIEU DE TERRAIN DES BLEUS
groupe France depuis avril 2016 et retoqué à l’Euro en raison d’une suspension
pour une supposée infraction au Code
antidopage (affaire dans laquelle il a été
blanchi), le défenseur de 28 ans retrouve
les Bleus plus de deux ans après. Une
éternité pour un joueur qui fut le héros de
la sélection un soir de novembre 2013 au
Stade de France avec son doublé contre
l’Ukraine (3-0) lors du barrage retour des
qualifications au Mondial brésilien.
« Je ne le récompense pas, mais il a un
vécu et est très attaché à l’équipe de France », assume Deschamps. Tout sauf un
hasard si, pour combler le forfait d’Umtiti, il a pensé au défenseur de Crystal Palace plutôt que Laporte (Manchester City)
ou Lenglet (Barcelone). « Laporte n’est
pas condamné, mais, dans l’esprit du sélectionneur, Sakho est devant pour sa
mentalité, ses qualités et son expérience en
sélection », précise le champion d’Europe
1984. Si le titi parisien retrouve un peu de
lumière, sur le long terme, avec Umtiti
(24 ans) et Kimpembe (23 ans), ce poste
de défenseur axial gauche semble paré
pour de longues années. Mais le futur
peut aussi apporter son lot de surprises…
Sakho en est l’exemple criant.
Pour Lucas Digne (25 ans, 21 sélections)
et Kurt Zouma (23 ans, 2 sélections), tous
deux à Everton, la situation diffère. « C’est
le jeu de la concurrence, et Deschamps veut
les revoir pour aussi bouger les lignes et envoyer des messages, avance Giresse, qui
fait écho aux critiques formulées par
« DD » sur Benjamin Mendy et son hygiène de vie (« Il doit prendre soin de son corps,
sur et en dehors du terrain. Je ne désespère
pas que cela rentre dans son cerveau »).
Pour Zouma, il y a une place à prendre derrière Varane, et Rami (32 ans) ne représente
pas l’avenir en vue de l’Euro. » Et l’ancien
milieu de terrain des Bleus de prévenir :
« À eux de se montrer à l’aise sur le terrain,
mais aussi dans la vie de groupe. Il faut saisir une telle chance, car le train ne repassera
peut-être pas. La sélection, c’est l’exigence
poussée à son paroxysme. »
Un message qui prévaut aussi pour
Tanguy Ndombele (0 sélection). À 21 ans,
FRANCK FIFE/AFP
Que peuvent espérer les « nouveaux » Bleus ?
Convaincant avec Lyon, dimanche, contre le PSG de Neymar, Tanguy Ndombele (à droite)
pourrait profiter de la blessure de Corentin Tollisso pour s’installer chez les Bleus.
le Lyonnais s’avance comme le milieu
« tendance » de ce début de saison, magnifié par ses prestations face à Manchester City ou au PSG dimanche soir. Convoqué pour pallier le forfait de Corentin
Tolisso (ligaments croisés), et Adrien Rabiot n’étant pas en odeur de sainteté, le
natif de Longjumeau se retrouve dans la
cour des grands. Avec, pour le coup, une
belle carte à jouer sur la saison à venir.
« On a envie de voir comment il s’adapte
au niveau international, car il a un gros potentiel, de l’abattage, même s’il manque
encore de constance, pointe « Gigi ».
Connaissant Didier, je sais qu’il va l’obser-
Une charte pour lutter contre les violences
dans le sport en Île-de-France
« Le Figaro » dévoile ces mesures en exclusivité. Chaque licencié et chaque acteur du sport de la région
devront désormais adhérer à dix engagements pour participer à la lutte contre les dérives sur les terrains.
A
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
OMNISPORTS Le monde du sport n’est
pas étanche aux maux qui touchent la société française. Et même si les dérives
restent heureusement l’exception, des
incidents toujours plus violents se multiplient sur les terrains de sport chaque
week-end. Pour lutter contre cette tendance inquiétante, la région Île-deFrance va jouer la carte de la prévention
et de la formation en dévoilant, ce mardi,
la signature d’une charte d’éthique et de
déontologie adoptée par la région, le comité régional olympique et sportif et les
différentes ligues et comités régionaux.
Ce texte, que Le Figaro s’est procuré en
avant-première, s’articule autour de
quatre articles et invite les signataires à
respecter et à défendre une dizaine de
principes durant les compétitions, mais
aussi en dehors (respect des règles, de
l’esprit et de l’adversaire, de l’arbitre,
lutte contre le racisme et l’homophobie,
contre les préjugés, la violence, le sexisme, la tricherie, les violences sexuelles
notamment). Les 19 300 clubs sportifs
d’Île-de-France se sont engagés à diffuser la charte à l’attention de leurs
2,4 millions licenciés et également auprès
des dirigeants, arbitres, éducateurs, personnel médical et bénévoles. Dans les
prochaines semaines, tous les licenciés
devront ainsi, dans la mesure du possible,
signer cet engagement individuellement.
A minima, les clubs devront mener une
mission d’information et de formation
auprès de leurs adhérents.
« Il ne s’agit pas d’une énième campagne
d’affichage. La région n’avait pas envie de
signer un texte qui n’implique que le sommet des ligues et qui, derrière, n’est pas suivi par la base », insiste Patrick Karam, vice-président du conseil régional d’Île-deFrance. « Nous allons mener une vraie
mission de pédagogie auprès du mouvement
sportif francilien pour promouvoir cette approche citoyenne et respectueuse du
sport », poursuit l’élu régional.
S’il ne respecte pas les engagements for-
mulés dans ce texte, le licencié s’exposera
à des sanctions, indique le court article 4
qui clôture cette charte signée à l’unanimité (moins une abstention) par les 74 ligues franciliennes. Mais la région n’endossera en aucun cas le costume de gendarme.
Elle n’en a ni les moyens, ni la vocation.
« La région Île-de-France ne peut pas évidemment dicter les procédures judiciaires et
faire de l’ingérence irrespectueuse envers le
mouvement sportif. Malgré tout, nous avons
alerté les présidents des différentes ligues
pour qu’ils se montrent exigeants et extrêmement fermes face à ces dérives », assure
le responsable, qui conclut avec conviction : « Je leur fais confiance et nous avons
eu le sentiment d’être entendus. » ■
ver tout particulièrement pendant dix jours
dans son rapport avec les autres. »
Ce sera également le cas de Dimitri
Payet (31 ans, 37 sélections), appelé au pied
levé après le forfait de Nabil Fekir, touché
dimanche soir à la cheville gauche face au
PSG. Absent du Mondial après une blessure contractée en finale de la Ligue Europa,
le meneur de jeu de l’OM revient sans faire
de bruit. En toute modestie et parfaitement conscient de la hiérarchie en place à
son poste derrière Griezmann et Fekir.
Mais, revenants ou nouveaux, la mission
reste la même : se montrer et bousculer la
hiérarchie. Plus facile à dire… ■
EN BREF
Ballon d’or 2018 :
les 30 nommés connus
France Football a dévoilé lundi
les noms des 30 joueurs en lice
pour le Ballon d’Or, qui sera
révélé le 3 décembre. Parmi eux,
les champions du monde
Griezmann, Kanté, Mbappé
et Varane, et le buteur
du Real Madrid, Karim Benzema.
Tennis : hécatombe tricolore
Gaël Monfils, par le Grec Tsitsipas,
Gilles Simon et Adrien Mannarino,
par les Italiens Cecchinato et Seppi,
ont été éliminés dès le 1er tour
du Masters 1000 de Shanghaï.
Rugby : Goosen (Montpellier)
absent 8 à 10 semaines
Évacué sur civière à la 6e minute
du match face à Toulon dimanche,
l’ouvreur sud-africain du MHR
souffre d’une entorse
de la cheville. Johan Goosen
sera éloigné des terrains entre
deux mois et deux mois et demi.
mardi 9 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
13
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# Les annonces sont reçues
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conférences
deuils
Jacques Aubert,
son époux,
Frédérique, Rémi
et Héloïse Calandra,
ses enfants,
Luca et Sacha,
ses petits-enfants,
les familles Aubert, Bruge,
Cruchet, Spinali
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Danièle AUBERT
née Bruge,
survenu à Paris,
le 2 octobre 2018.
Une cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 11 octobre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Germain-de-Charonne,
3, rue Saint-Blaise,
Paris (20e),
suivie de l'inhumation,
à 16 h 30, au cimetière
du Père-Lachaise,
16, rue du Repos,
Paris (20e).
Marie-Thérèse Auger,
sa sœur,
Mme Jacques Auger,
sa belle-sœur,
ses 18 neveux et nièces
*Musée du quai Branly
Jacques Chirac
université populaire
Ta-Nehisi Coates, journaliste
et auteur de plusieurs essais
autobiographiques dont
Between the world and me
(Une Colère Noire)
vient témoigner
de son parcours singulier,
le vendredi 12 octobre 2018,
à 18 h 30.
Figure majeure des penseurs
africains-américains
d'aujourd'hui, il s'intéresse
particulièrement aux injustices
et aux violences raciales dans
l'Amérique d'aujourd'hui.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Geneviève AUGER
le 7 octobre 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 11 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 13 octobre, à 14 h 30,
au cimetière Saint-Jean,
à Fontenay-le-Comte (Vendée).
Ni fleurs ni couronnes.
Accès libre et gratuit.
Plus d'informations sur
www.quaibranly.fr
communications
La Chambre syndicale
de répartition pharmaceutique
(CSRP)
Égalité territoriale d'accès
aux soins et aux médicaments
Ses neveux,
Arnaud, Pierre et Thierry
Azoulay,
M. Philippe AZOULAY
professeur de lettres classiques
au lycée Henri IV,
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Paris (6e).
le mercredi 10 octobre 2018
de 8 h 30 à 11 heures,
en présence de
Olivier Bronchain,
président de la CSRP,
Carine Wolf-Thal,
présidente
de l'Ordre des pharmaciens,
Albin Dumas,
président de
l'Association de pharmacie
rurale,
Jean-Carles Grelier,
député de la Sarthe.
M. Jevto Dedijer,
son époux,
Madeleine Bouin,
sa femme,
Pascal et Véronique
Levavasseur,
Dominique et Florence
Richard,
Cécile Taugourdeau-Bouin,
ses filles et gendres,
Damien Dedijer-Verhaegen,
Chloé Dedijer-Verhaegen,
ses enfants,
ses 11 petits-enfants,
ses 3 arrière-petits-enfants
et toute la famille
font part du rappel à Dieu de
René BOUIN
maire de Chenillé-Changé,
ancien député,
chevalier
de la Légion d'honneur,
le 7 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Chenillé-Changé,
le mercredi 10 octobre,
à 14 h 30.
Tristan de la Broise,
son mari,
Caroline et Eric,
Eric et Aurore,
ses enfants,
William, Bastien, Félix,
Lucile et Violette,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
Brigitte de la BROISE
née Clappier,
survenu le 5 octobre 2018,
en sa soixante-huitième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 octobre,
à 9 h 30, en l'église
de Saint-Martin-de-Jussac
(Haute-Vienne),
suivie de l'inhumation.
Une messe sera dite
à son intention par
le père Thierry de l'Épine,
le jeudi 25 octobre,
à 17 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
à Paris (7e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la tristesse
de faire part du décès de
organise un colloque autour de
Chenillé-Changé
(Maine-et-Loire).
Roland Bialobroda
et Sylvina Mayer,
ses enfants, et leurs conjoints,
Noémie, Michaël, Jonathan,
Elise et Emilie,
ses petits-enfants,
Avigael, son arrière-petite-fille,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Elfi BIALOBRODA
née Deutsch,
Maison de l'Amérique Latine,
217, boulevard Saint-Germain,
75007 Paris.
survenu le 8 octobre 2018.
Inscription :
téléphone : 01 40 07 02 04
pauline.monfort@comfluence.fr
Les obsèques auront lieu
ce mardi 9 octobre, à 16 h 30,
au cimetière parisien de Pantin.
Associations, fondations
remerciez vos donateurs
Isabel et Miguel-Pierre
Brossolette Branco,
ses enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Anne BROSSOLETTE
survenu le 5 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans,
à Fontainebleau.
La cérémonie aura lieu
en la salle de la Coupole,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, à Paris (20e),
le jeudi 11 octobre, à 13 h 30.
En union avec
Annette Charmet (†),
son épouse,
Olivier et Brigitte,
Pascale,
Jérôme et Marie-Christine,
Marie-Noëlle et Benoit,
ses enfants,
Mathilde et Guillaume,
Pauline,
Louis et Delphine
Colombe,
Nicolas et Virginie,
Capucine et Yann,
Ladislas et Marie-Alix,
Thomas,
Charles et Linda,
Loïse et Olivier,
ses petits-enfants,
Léopoldine, Pierre, Augustin,
Baptiste, Juliette, Clémentine,
Arthur, Valentine, Paul, Pia,
Philippine, Vladimir, Margaux,
Florent,
ses arrière-petits-enfants,
Thomas Garneau,
son beau-fils,
M. Blaise de Saint-Just,
son père,
et Mme, née Anne Verhaegen,
sa mère adoptive,
Mme Jehan
de la Rochefordière (†),
née Thérèse de Châtelperron,
sa mère,
M. et Mme Axel de Saint-Just,
son frère et sa belle-sœur,
et leurs enfants,
Pierre, Christophe et Blanche,
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Jevto DEDIJER
née Yolaine de Saint-Just,
survenu dans sa 62e année,
le 18 septembre 2018,
à Montréal (Canada),
des suites d'une très
douloureuse maladie.
Une cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 13 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Châtelperron (Allier),
suivie de l'inhumation
dans le cimetière familial.
La Saussaye (Eure).
Mme Françoise Delalandre,
son épouse,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Michel DELALANDRE
surevnu dans sa 75e année.
Un hommage civil
lui sera rendu
le jeudi 11 octobre 2018,
à 15 heures, au cimetière
Saint-Martin de La Saussaye.
Condoléances sur registres.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Florence Desprez,
Eric et Pascale Desprez,
ses enfants,
Aude et Florentino
De Abreu Pestana,
Alexis Desprez,
ses petits-enfants,
Bruno et Nicole Richer,
son frère et sa belle-sœur,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Bernard DESPREZ
née Françoise Richer,
le 6 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre, à 14 h 15,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Néronde (Loire). Paris.
M. et Mme Bertrand Rivière,
M. et Mme Thierry Budin,
le comte et la comtesse
Hubert Palluat de Besset,
M. et Mme Christophe Budin,
M. et Mme Thierry Housset,
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Françoise FOUGEROLLE
le 5 octobre 2018,
dans sa 96e année, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la chapelle
Notre-Dame de Néronde,
le vendredi 12 octobre,
à 10 h 30.
Martine et Claude Cossé,
sa belle-sœur et son beau-frère,
ses neveux et nièces,
Maria, son aide fidèle,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Patrice CHARMET
le 6 octobre 2018,
dans sa 92e année.
Communiquez votre message :
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
10 octobre, à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Lorette,
Paris (9e),
suivie de l'inhumation
à 15 heures, au cimetière
de Port-Marly (Yvelines).
M. Patrick Charton,
M. et Mme
Hervé de Saint-Seine,
M. et Mme
Michel de Geoffroy du Rouret,
Mme Jean-Marie de Penanster,
M. et Mme Michel d'Epenoux,
Mme Roland Bonnet,
ses sœurs, frère,
belle-sœur, beaux-frères,
ses neveux et nièces
font part du rappel à Dieu de
Jacques
de GEOFFROY du ROURET
le 5 octobre 2018,
à l'âge de 68 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée en l'église
Notre-Dame de Dijon, le
mercredi 10 octobre, à 14 h 30.
La comtesse
Bruno d'Hérouville,
née Véronique Bacot,
son épouse,
Marc et Sophie Vittoz,
Jacques et Pauline de Greling,
Philippe et Hélène
d'Hérouville,
ses enfants,
Julien, Joseph, Lucie,
Paul, Clémence, Emeric,
Matthieu,
ses petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
comte Bruno d'HÉROUVILLE
le 7 octobre 2018,
à l'âge de 85 ans,
dans l'espérance
de la Vie éternelle.
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 12 octobre,
à 11 heures,
en l'église Saint-Dieudonné
de Droizelles (Oise).
Le comte et la comtesse
Humbert de Monts de Savasse,
sa fille et son gendre,
Alexis, Dimitri et Sixtine,
ses petits-enfants,
M. Pierre Cosson,
son beau-frère,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Hubert de LABROUHE
de LABORDERIE
née Béatrice Grison,
Chantal Le Nen (†),
son épouse,
Bucy-lès-Pierrepont (Aisne).
Anne Le Nen,
Marc Le Nen (†),
ses enfants,
Muriel Robin,
sa belle-fille,
Hortense, sa sœur,
Anne-Marie Gaume,
René Le Nen (†),
sa sœur et son frère,
Denise Le Nen,
Anne Gras,
Maryse Gras,
Pierre Gaume,
Alain Gras,
René Gras (†),
ses belles-sœurs
et beaux-frères,
Martine Lannes,
sa sœur,
Sébastien Lannes,
son neveu,
et son épouse Hayet,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Danielle LANNES
le samedi 6 octobre 2018,
à l'âge de 75 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-du-PerpétuelSecours, 55, boulevard
de Ménilmontant, Paris (11e).
La famille adresse
ses remerciements
au personnel de l'hôpital Percy
de Clamart et à Isabelle,
son infirmière à domicile.
Bordeaux.
Jean-Pierre et Anne Laroque,
Laurent et Judy Laroque,
Denis et Margot Laroque,
ses enfants,
Jean et Céline Laroque,
Christian et Katharina
Laroque,
Vincent et Elisabeth Laroque,
Julie Laroque,
ses petits-enfants,
Sophie, Fanny, Maxime,
Clémence, Louise, Gaston
et Inès,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
l'ensemble de sa famille
et tous ses amis
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Michel LE NEN
La cérémonie religieuse sera
célébrée le samedi 13 octobre,
à 14 h 30, en l'église
de Gouesnac'h (Finistère).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre, à 15 heures,
en la basilique
Notre-Dame-de-Liesse (Aisne).
Ni fleurs ni plaques.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Sa famille
a la douleur
de vous faire part du décès de
ancien président-directeur
général de la compagnie
d'assurances l'Abeille,
ancien vice-président directeur
général de la compagnie
financière du groupe Victoire,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
de l'ordre du Mérite
de la République italienne.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mercredi 10 octobre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
88, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Famille Ludger,
9, rue du Vieux-Colombier,
75006 Paris.
Mme Marie-Madeleine
Bihin Picollet,
sa mère,
Noëlle Picollet Corcellet,
sa sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jacques PICOLLET BIHIN
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 11 octobre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Médard, Paris (5e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
née Colette Servan,
Amboise (Indre-et-Loire).
La cérémonie religieuse
aura lieu à Bordeaux,
dans l'intimité familiale,
le jeudi 11 octobre 2018.
M. et Mme Bruno Rigal,
M. et Mme Christian Laplane,
M. et Mme Bertrand Rigal,
ses enfants,
65, rue Hoche,
33000 Bordeaux.
Marie-Laure, Anne-Victoire,
Antoine, Sarah et Stanislas,
ses petits-enfants,
Philippe LAURENT
le 5 octobre 2018,
à l'âge de 81 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 11 octobre,
à 15 h 30, en l'église
de Triel-sur-Seine (Yvelines).
Cet avis tient lieu de faire-part.
59, boulevard
du Commandant-Charcot,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Marc P ROUVOST
décédé accidentellement
le 6 octobre 2018,
à l'âge de 24 ans.
Mme Roger LAROQUE
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Thoma, Juli, Louise, Clémence,
ses petit-cousin
et petites-cousines,
survenu à Paris,
le 6 octobre 2018,
dans sa 81e année.
survenu dans sa 104e année.
Anny Laurent,
son épouse,
Eric, son fils,
et Karina,
les familles Laurent, Tordjman,
Coignard, Van Den Brande
Patricia et Xavier Gérard,
François et Chantal Prouvost,
Eric et Delphine Legras,
Bénédicte et Dominique
Philipon,
Virginie et Loïc Bonduelle,
ses oncles et tantes,
Alban et Michie,
Noémie et Richard,
Amaury (†), Gauthier,
Paul-François, Astrid,
Edouard, Diane, Louis-Victor,
ses cousins et cousines,
M. Michel MARCHAL
Le général de corps aérien (2S)
Bernard Nicolas,
son époux,
M. (†) et Mme
Francis Prouvost,
M. (†) et Mme
Jacques Legras,
ses grands-parents,
Martine Le Hir,
Emmanuel Gaume,
sa filleule et son filleul,
Claudine Cochin,
Marie-Laure Le Nen,
Hélène, Mélanie Gras,
Frédéric, Jean-Philippe
Gaume,
François Gras,
ses nièces et neveux,
le 6 octobre 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 octobre,
à 14 h 30,
en l'église Saint-Gilles
de Bourg-la-Reine.
Nicolas et Christine Prouvost,
ses parents,
M. et Mme Guy Bourgeois,
son beau-frère et sa sœur,
Mme Jean-Paul Lenoble,
sa belle-sœur,
ont la tristesse
de faire part du décès du
Mme Christian
Devaulx de Chambord,
la comtesse Henri de Monspey,
le comte Henri Tobie
de Monspey,
ses filles et son petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme André RAYNAUD
née Marie-Elisabeth Daccord,
le vendredi 5 octobre 2018,
à l'âge de 98 ans.
La messe sera célébrée
en l'église
Saint-Michel-des-Lions,
à Limoges, le mercredi
10 octobre, à 14 h 30.
Isabelle Didtsch,
sa mère,
Alain Sinibaldi,
son époux,
Justine et Jean-Christian,
sa fille et son beau-fils,
Brigitte, Myriam
et Marc Didtsch,
ses sœurs et son frère,
Léonie, sa petite-fille,
ainsi que ses neveux, nièce,
petits-neveux, petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Danièle SINIBALDI
née Didtsch.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mercredi 10 octobre 2018,
à 10 h 30,
en l'église de la Sainte-Trinité,
place Estienne-d'Orves,
à Paris (9e).
Alain Sinibaldi,
9, rue Henner, 75009 Paris.
souvenirs
Ce mardi 9 octobre 2018,
est le vingtième anniversaire
du départ de
Goldka LANGBORT
Souvenez-vous !
docteur
Marie-Claire RIGAL-REDON
médecin gériatre, ordre
des Carmes déchaux séculier,
survenu le 7 octobre 2018,
à Amboise.
Il y a trente ans,
le dimanche 9 octobre 1988,
LÊ Liêm
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la collégiale
Saint-Denis, à Amboise,
le jeudi 11 octobre,
à 15 heures.
était brutalement enlevé
à l'affection des siens.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Souvenons-nous !
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
François Mitterrand, un président
14
La vente de la bibliothèque de l’ancien chef de l’État confirme son goût pour les éditions originales
ENCHÈRES
PAR ÉTIENNE
DE MONTETY
« Les livres étaient
son recueillement
au double sens
de recueillir et
de se protéger, le repli
permettant de réfléchir
et d’être soi »,
explique Érik Orsenna,
qui fut le conseiller
culturel de François
Mitterrand.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
L
e 10 mai 1981 alors que
la France vote pour
départager Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, ce
dernier ne reste pas à
Château-Chinon à attendre les premières estimations ; il prend sa voiture pour se rendre à trente kilomètres de là, à Montigny-sur-Canne. Il
connaît bien le manoir de Pron et
son propriétaire, le libraire Gérard
Oberlé. Il veut acheter quelques
ouvrages anciens qui l’intéressent :
Flaubert, Alphonse Daudet.
Toute sa vie, Mitterrand aura glané des livres, acquis des éditions
originales ou rares, des grands papiers. À ceux-ci sont venus s’ajouter des titres envoyés par les amis,
les admirateurs, surtout après son
élection à la présidence de la République. Et les cadeaux. Antoine Riboud lui a offert les 33 volumes des
Hommes de bonne volonté, Pierre
Bergé un Gracq, et Banier un Rémy
de Gourmont (pour son anniversaire). Mais l’essentiel, il l’a acheté à
Paris chez Loliée, Blaizot ou à la librairie Gallimard au cours de ces
promenades impromptues qui ont
fait la légende du président bibliophile. Durant sa vie, François Mitterrand a constitué un fonds de plus
de 20 000 volumes, dont il se défit
en 1990 en faisant don à la médiathèque de Nevers. Il n’en garda
qu’un millier, les plus précieux, les
plus chers à son cœur.
Mais il est permis de penser, en
parcourant le catalogue de la vente
qui aura lieu les 29 et 30 octobre
prochains chez Piasa, que là se dessine le vrai portrait d’un homme
modelé par le commerce des écrivains. Un amateur de littérature
mais aussi de beaux ouvrages comme en témoignent les fiches
consciencieusement glissées dans
les livres, indiquant la date d’acquisition et le prix, et parfois une remarque : « Maurice Barrès, la Colline inspirée ed. or. Je l’ai achetée
850 fr. chez Loliée en 1964. Le même
était coté toujours chez Loliée
2 800 fr. en janvier 1969. »
Ce catalogue raconte donc aussi
l’histoire d’un homme. Terre des
hommes lui a été offert par sa sœur
dans les années 1930. L’arrivée des
Nourritures terrestres dans sa bibliothèque remonte aux années 1940.
Les Giono et les Aragon aux années
1960. L’entrée à l’Élysée et particulièrement la période de la cohabitation (86-88) seront propices à l’enrichissement du fonds ; l’achat de
l’édition originale d’Amants, heureux amants… (Larbaud) date de
1985, comme de nombreux romans
de Giraudoux et Mauriac et celui de
Gone With the Wind (Autant en emporte le vent), acquis chez Espagnon
et Le Bret, de 1990.
Bien sûr l’homme d’État est là,
comme l’atteste la conservation
d’une longue lettre autographe du
général de Gaulle à Francisque Gay
(1956), qui voisine avec des écrits de
Clemenceau, de Mendès France,
des lettres de Golda Meir, un carton
d’invitation du président Allende
mais aussi les Mémoires de Margaret Thatcher ou de Mikhaïl Gorbatchev. Le plus intéressant dans ce
registre : une édition originale de
Démocratie française (1976) avec cet
élégant envoi de Valéry Giscard
d’Estaing : « En souvenir de notre
débat de 1974 qui portait aussi sur la
démocratie française et qui en a respecté les règles. »
Un goût du grand style
Ces volumes, témoins de son parcours politique ou de sa passion
pour la littérature, Mitterrand ne
s’est pas contenté d’en faire l’acquisition. Il les confia à des relieurs renommés. Les livres de Jean Anouilh
furent reliés par Duhayon. L’Histoire de l’armée allemande de BenoistMéchin par Mercher, Vipère au
poing par Alix. Mais l’un des principaux artisans de l’embellissement
de la bibliothèque de la rue de Bièvres ne fut autre que son épouse,
Danielle Mitterrand. À tout seigneur
tout honneur, elle s’est attachée à
relier la plupart des livres du prési-
trouve pas trace dans le catalogue de
livres du propagandiste abattu par la
Résistance, mais de deux poèmes
autographes, dont l’un contient ce
vers qui devait plaire à François
Mitterrand : « Je songe quelquefois
au destin qui vous ment »…
À partir de 1972, le premier secrétaire du Parti socialiste tint une
chronique dans l’hebdomadaire
L’Unité. Il y commentait l’actualité
mais évoquait aussi les écrivains
qu’il aimait et qu’il fréquentait, Lamartine, Garcia Marquez, connu
par Neruda, Debray, Malraux, dont
il avouait s’être dépris après l’avoir
tant aimé. Le 29 octobre 1976, il relata sa présence à Médan pour la
traditionnelle journée d’hommage
à Zola : « J’avais à mon tour évoqué
l’homme, et le créateur que le temps
replace à son rang pas si loin de Bal-
Érik Orsenna :
« Notre bibliothèque
est notre vraie maison »
PROPOS RECUEILLIS PAR
VALÉRIE SASPORTAS
vsasportas@lefigaro.fr
Les 29 et 30 octobre, un millier de
livres modernes et intimes de
François Mitterrand vont être dispersés chez Piasa, à Paris. « De ma
vie de commissaire-priseur c’est un
cadeau magnifique. Un tableau
transmet un regard. Mais un livre
transmet un savoir », se réjouit
Frédéric Chambre, qui a convaincu Gilbert Mitterrand de lui
confier cette bibliothèque reçue
en héritage à la mort de sa mère,
Danielle Mitterrand, qui en a relié
la plupart des ouvrages. Une vente
unique. « Jamais on n’a vu au catalogue une telle collection d’un souverain en exercice », souligne le libraire et expert Jean-Baptiste de
Proyart (nos éditions du 5 octobre).
Ses livres le racontent. Mais comment, jusqu’où ? Pour Le Figaro,
Érik Orsenna, romancier, académicien, Prix Goncourt pour L’Exposition coloniale, conseiller culturel de François Mitterrand de 1983
à 1986, a accepté de commenter
cette bibliothèque qu’il ne
connaissait pas, et sa dispersion.
Une mise en lumière édifiante des
livres et du pouvoir à travers Mitterrand, dont il fut l’écrivain de
l’ombre. Et des dangers courus par
les démocraties quand leurs dirigeants se coupent du roman.
LE FIGARO. - Comment avezvous pris la nouvelle de la vente
de la bibliothèque personnelle
de François Mitterrand ?
Érik ORSENNA. - Notre bibliothèque est notre vraie maison et l’on
peut toujours regretter la destruction de quelque chose qu’on aime.
Et pour François Mitterrand, elle
l’était plus que pour tout autre. Les
livres étaient l’une de ses deux
passions avec l’architecture.
C’était pour lui son imaginaire, le
squelette de sa pensée, son rythme, sa distance – son refuge et sa
protection – face à l’actualité.
L’emploi du temps d’un homme
politique, et a fortiori d’un chef
d’État, est haché sans arrêt. Les livres étaient pour Mitterrand son
François Mitterrand est plongé dans la lecture d’une édition ancienne de l’Histoire des origines du christianisme de
voter à Château-Chinon lors des élections législatives de 1993. CLAUDE AZOULAY/PARIS MATCH SCOOP
retrait. Je l’ai vu, lors de voyages,
s’extraire ainsi du monde, des
courtisans. Les livres étaient son
recueillement au double sens de
recueillir et de se protéger, le repli
permettant de réfléchir et d’être
soi. Comment peut-on se forger
une opinion et organiser les changements dont la société a besoin,
si on n’a pas ce repli ? La lecture
est une co-création. Mitterrand se
co-créait en lisant. En tant
qu’écrivain lui-même, il était trop
proche des livres pour s’en libérer
complètement, avoir son style à
lui. Mais on lui aurait arraché les
livres, il mourait !
Regrettez-vous que le catalogue
de la vente se présente par ordre
alphabétique et non par ordre
chronologique ?
Je le regrette, oui ! La chronologie,
c’était le portrait d’une pensée,
d’une vie.
A
dent. Ainsi La Rose au poing relié
« maroquin vert motif d’un poing tenant une rose, découpé au trait dans
une pièce de maroquin noir et collé
sur le plat supérieur ». Si on lui doit
la reliure d’une dizaine de titres signés par son mari, celle du Voyage
en Italie de Chateaubriand ou du
Rire de Bergson, elle s’est aussi occupée d’un ouvrage de Brasillach,
Comme le temps passe, (« dos à nerfs
et coins de maroquin rouge »), Rebatet, Les Deux Étendards, (« coins de
maroquin noir »), Drieu, Drôle de
voyage (« coins de maroquins havane ») ; on sourit en imaginant l’admiratrice de Castro encollant
consciencieusement et sans sourciller le meilleur des écrivains de la
collaboration. Son bibliophile de
mari lui aura cependant épargné les
écrits de Philippe Henriot. On ne
Avez-vous appris quelque chose
de lui dans ces trois cents pages ?
Trois cents pages ? Le catalogue
est déjà un livre. C’est la bibliothèque infinie de Borges (sourire).
Et oui, il m’a appris beaucoup. Car
on ne garde dans sa bibliothèque
que ce qui nous est cher. En outre,
pour Mitterrand, ce cheminement
intellectuel de livre en livre était
aussi une promenade physique,
réelle, puisqu’il n’aimait rien tant
que d’aller acheter ce qu’il lisait. Il
allait évidemment chez les bou-
quinistes, mais aussi dans cette librairie formidable rue de Vaugirard qui porte un nom inouï, Le
Pont traversé. Ces promenades
étaient un double miroir. Sa liberté des doubles portes. Comment
peut-on se choisir la vie la plus
contrainte, la plus exposée qui
soit, en ne s’acharnant pas à se
préserver des coins d’ombre ?
La duplicité est ce qui ressort
de cette collection, où l’on
découvre de nombreux écrivains
« de droite » comme Chardonne,
Rebatet, Drieu La Rochelle,
Brasillach, Henriot…
Il y a un point clef : la littérature
est le lieu où il n’y a pas, pour lui,
de distinction politique. Mitterrand n’était pas du tout d’accord avec Chardonne, mais il l’admirait. Il n’était pas du tout
d’accord avec Céline, mais il l’admirait aussi. Et il pouvait être
d’accord avec des tas de gens de
gauche dont il n’aimait pas le style
littéraire, plein de bons sentiments. C’est sûr qu’il préférait
Constant et Chateaubriand à Victor Hugo.
Mais peut-on dissocier le lecteur
assidu du dirigeant politique ?
Lui, en tout cas, dissociait. Mais ce
que je trouve très intéressant est
que vous consacriez une double
page à une bibliothèque au moment où il y a Trump aux ÉtatsUnis. Si l’on vendait sa bibliothè-
que, il y aurait deux livres peutêtre. Or, l’Amérique est l’un des
seuls endroits au monde où littérature et pouvoir sont liés (Thomas
Jefferson fut le plus grand collectionneur de livres de son temps avec
6 500 ouvrages. De nombreux
autres présidents américains se
distinguèrent : George Washington
- 1 000 livres –, Franklin D. Roosevelt - 15 000 –, Lincoln, Truman,
Bill Clinton, NDLR).
“
La littérature est
le lieu où il n’y a pas,
pour lui, de distinction
politique
ÉRIK ORSENNA
”
En dehors de la question du populisme, il y a cette relation aux lettres… Est-ce que, dans les temps à
venir, le pouvoir se dissociera du
livre ? C’est un élément vertigineux pour nos démocraties. Le livre, c’est la réflexion, le temps et,
encore une fois, la co-construction. Or, nos démocraties sont
remises en cause de tous ces points
de vue : c’est de la consommation,
de l’extrême rapidité et de la réaction. Est-ce qu’il peut y avoir une
démocratie de l’immédiat ? La réponse est non. Par conséquent, la
question posée par vos deux pages, en dehors de François Mitterrand, est absolument centrale :
comment un dirigeant se forge-t-
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
sur grand papier
15
et les écrivains de droite.
1
vous voudrez pas, alors… »
Cependant peu d’amis du premier
cercle - on aperçoit tout de même
un Charles-Roux, un Guimard.
Aragon est à l’honneur, mais plutôt
l’auteur de La Semaine sainte et de
La Diane française que celui des
Communistes.
En revanche, on y trouve
une vingtaine de volumes de
Montherlant. Et Chardonne,
dont il avait réuni la plupart
des ouvrages ; Chardonne,
cette passion littéraire qu’il
avait confiée à ses lecteurs :
« Je ne sais comment Jacques
Chardonne écrivait. Lentement
en prenant sa respiration,
j’imagine. De sa génération il
reste pour moi le modèle ? Par
esprit de clocher, j’imagine. Je
suis né à quelques lieues de sa
2
maison et me
suis beaucoup
promené près de
la butte sablonneuse. »
L’auteur du Bonheur de Barbezieux lui avait,
quinze ans plus
tôt, envoyé le
« souvenir d’un
compatriote »
dans l’envoi aux
Lettres à Roger
Nimier que Mitterrand a pieusement conservé.
Ses cadets de la droite littéraire sont
aussi en bonne place dans des
rayonnages où on ne trouve pas
trace des romans de Max Gallo,
Claude Manceron, François-Régis
Bastide : Nimier, Laurent, Dutourd
sont à l’honneur. Et Michel Déon
dont il passe la fin des années 1980 à
chercher les romans, faisant l’acquisition de dix d’entre eux à la librairie Gallimard.
Entre les hussards et Mitterrand
une esthétique littéraire commune,
un goût du grand style, mais aussi
une défiance partagée et entretenue
à l’égard du gaullisme. C’est celle-ci
qui vaudra à Mitterrand de recevoir
de Mauriac, son essai sur de Gaulle
assorti d’un cinglant « A Fran-
Ernest Renan alors qu’il se rend, en hélicoptère,
il une pensée et comment des citoyens se forgent-ils une opinion ?
Voyez les derniers sondages sur
les « vrais présidents ». Deux
noms ressortent : de Gaulle et Mitterrand. Je suis frappé de voir que
le temps de lecture diminue,
qu’on le passe sur les écrans et que
c’est du temps de moins avec soimême. Est-ce que c’est une époque qui s’achève ? Remplacée par
quoi ? Je suis alerté et passionné
par la question de l’immédiateté.
Et cette vente permet de se pencher dessus.
Tout de même, on peut s’étonner
que ses lectures intimes aient été
à l’inverse de son action.
C’est vrai. Sa double vie, c’était les
livres, et pas seulement cette formidable histoire d’amour avec les
Pingeot.
On y trouve peu de poésie
et surtout des romans.
Passionnant. Vous prendriez la bibliothèque de François Hollande,
je suis sûr qu’il n’y aurait pas de
fiction, mais de la sociologie et de
l’économie. Or, ma conviction,
très corporatiste, est qu’on ne
comprend pas le monde sans la
fiction. De tous les ouvrages sur
l’Amérique latine, aucun ne dit
autant la réalité que Cent ans de
solitude, de Gabriel Garcia Marquez (proposé en édition originale
avec envoi dans la vente). La fiction
donne des vérités vivantes. Céli-
4
3
ne, dans les romans, est humain
parce que ce genre littéraire est
humain. Au contraire du pamphlet, où il est inhumain. Donc il
est ambigu.
Or, celui qui pense qu’il n’y a pas
d’ambiguïté ne peut pas diriger.
Et c’est François Hollande. Pour
lui, lire un roman, c’est perdre du
temps. On voit ce que ça a donné.
Le paradoxe du roman est double :
c’est un mensonge qui va plus loin
que la vérité. Et c’est un détail qui
dit le général. Mitterrand est un
immense personnage de roman.
Quel privilège insensé j’ai eu de
l’avoir côtoyé de près pendant
toutes ces années ! Et puis il m’expliquait la France. À moi qui suis
moins économiste que géographe,
au cours de nos voyages en hélicoptère, il m’a fait aimer follement mon pays. La géographie est
la grammaire du territoire. Et je
pense que pour un pays comme la
France, il faut quelqu’un qui ait
des liens avec les livres et avec les
territoires. Emmanuel Macron
remplit le premier point, il doit
encore avancer sur le second. ■
Exposition publique les 26, 27 et
28 octobre. Vente les 29 et 30 octobre
chez Piasa, 118, rue du FaubourgSaint-Honoré, Paris VIIIe.
çois Mitterrand qui ne sera pas d’accord bien sûr. »
C’est aussi à la lumière de l’antigaullisme qu’on peut décrypter
l’amitié qui réunit l’auteur du Coup
d’État permanent et Saint-John Perse : l’attitude de ce dernier durant la
guerre (il demeura aux États-Unis
refusant de soutenir la France libre)
lui avait valu l’opprobre du Général
(pour son prix Nobel en 1960 il ne
reçut aucunes félicitations officielles). Un an après sa mort en 1975,
Mitterrand évoquera dans L’Unité le
poète, leurs rencontres en Provence
ou à Paris, leurs échanges, accompagnés de ce qu’il appela de « petits
signes » : « Lettres soigneusement
calligraphiées, télégrammes, dédicaces. Jusqu’à cette dépêche du 22 septembre 1975 :“ Désolée vous faire part
décès Alexis ”, et signée Dorothy » ;
Ces « petits signes », on les retrouve
dans la vente : glissés dans les livres,
le télégramme de décès, et le manuscrit de l’article de L’Unité.
À Verdun avec Ernst Jünger
On sait que François Mitterrand
aima et rechercha la compagnie des
écrivains. Depuis l’Élysée, il rendit
visite à Jünger à Wilflingen, et l’invita à Verdun en 1984. Durant ses
deux septennats à l’Élysée, d’innombrables contemporains, amis,
admirateurs ou simplement auteurs
protocolaires ne manquèrent
pas de lui envoyer leurs
ouvrages. D’où de
beaux envois signés
Le Clézio en 1985
pour Le Chercheur
d’or : « Ce souvenir
d’un autre monde, parce que j’aime votre idée
de l’avenir. » Sagan sur
une page de La Femme
fardée (1981) : « Pour
François Mitterrand grâce
à qui cet été à Paris est enfin la plus éclatante des saisons dans la plus libre des
villes, en espérant que s’occuper de nous ne l’obligera
pas à négliger la littérature. »
Et Pierre Moinot, en 1991 :
« Pour Monsieur François Mitterrand, mon Président, mon
protecteur, mon grand-maître
et s’il le veut bien mon parrain… »
Mais il est probable que rien
ne le transporta plus que les envois de Léopold Senghor ou de
Michel Tournier. Ceux-ci, qu’il
estimait fort, le traitèrent comme
un pair, en le nommant « écrivain » dans leurs dédicaces. N’estce pas cette qualité qu’il avait revendiquée devant Gisèle Freund, la
photographe chargée de réaliser
son portrait officiel à l’Élysée ? Il
posait alors devant la bibliothèque
du Palais ; dans les mains, ouverte,
une belle édition des Essais de Montaigne. ■
5
6
Dédicaces
à François Mitterrand
de Gabriel Garcia
Marquez (1),
Françoise Sagan (2),
François Mauriac (3),
Albert Camus (5) et
Jacques Chardonne (6) ;
poéme autographe
inédit de Philippe
Henriot (4).
STUDIO SEBERT,
A
zac, et loin devant Barrès moins le
style. » Les lecteurs de L’Unité savaient-ils que pour Mitterrand le
style, c’était tout. Les idées, peu de
choses. On ne s’étonnera donc pas
qu’il n’ait conservé dans sa dernière
bibliothèque aucun livre de Zola,
mais une quinzaine d’éditions originales de Barrès. C’est le paradoxe
de ce fonds. Il contient le minimum
de ce qu’un militant socialiste est en
droit d’attendre de son champion :
Jaurès et Blum, Jacquou le Croquant,
et Hôtel du Nord. Si Sartre et Beauvoir sont absents, Duras est là, avec
un envoi tout à sa manière : « Pour
Danielle Mitterrand, pour François
du même nom. De la part de la Marguerite de vos amis, Duras. François
je voudrais faire un entretien avec
vous où on se dirait des blagues et
autres choses entre les blagues. Mais
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Affaire Kavanaugh : deux Amériques
murées dans leurs certitudes
a guerre culturelle qui déchire
la démocratie américaine
est en train de polluer
la marche de ses institutions.
Nous venons de le vivre
en direct, au rythme
des auditions qui devaient conduire
à la nomination de Brett Kavanaugh
à la Cour suprême.
Accusé d’une tentative de viol,
il y a trente-six ans, par une femme dont
le témoignage, bouleversant, comportait
des lacunes - et s’avérait impossible
à corroborer, ce magistrat niait les faits,
catégoriquement. On n’en saura pas
davantage. Cette confrontation
entre deux vérités inconciliables
a transformé une vénérable procédure
constitutionnelle en une sordide affaire
de mœurs, livrée au tribunal de l’opinion
où chacun pouvait croire ce qu’il voulait.
Curieux spectacle. Il faut
se représenter cet homme de 53 ans
interrogé par une brochette de sénateurs,
devant des millions de téléspectateurs
et en présence des siens, sur la quantité
des cannettes de bière qu’il avait
l’habitude de consommer au lycée,
le nombre des fois où ses beuveries avec
des camarades de faculté l’ont fait vomir
ou perdre connaissance, s’il était
un « violeur en bande »… ; et lui-même
évoquer la longévité de sa virginité,
avant de brocarder violemment
les auteurs de cette mascarade.
Le choix de M. Kavanaugh a exacerbé
le conflit tribal qui dresse aujourd’hui
l’une contre l’autre
deux Amérique murées
dans
POUR « LE FIGARO »
leurs certitudes
idéologiques, leurs
Pour l’historien*, le psychodrame qu’a entraîné
ressentiments
la nomination du juge conservateur
partisans et leur
à la Cour suprême tient à ce que chaque camp
défiance mutuelle.
interprétait l’affaire comme une machination
Chacune soupçonnait
ourdie par l’adversaire.
dans cet épisode une
+
» Lire aussi PAGE 8
L
RAN HALÉVI
les adversaires de sa confirmation :
ils y voyaient les prémices
d’une contre-révolution légale menée
par une Cour suprême à majorité
conservatrice qui va le rester
pendant de longues années.
Là est le véritable enjeu de l’affaire.
Les démocrates ont résolu
— publiquement — d’empêcher coûte
que coûte cette recomposition de la Cour,
que les républicains étaient non moins
déterminés à faire passer.
Les deux partis ont subordonné
toute autre considération à leurs priorités
idéologiques et leurs affiliations
partisanes.
Il fallait voir
Républicains et conservateurs
comment les
considèrent Kavanaugh comme
démocrates se sont
la dernière victime en date de la version emparés
des accusations
outrée de #MeToo, où la parole
d’agression sexuelle,
pour s’ériger
d’une femme, en toutes circonstances,
en procureurs
prévaut sur celle d’un homme
d’un procès pourtant
impossible à plaider.
Avant d’incriminer le « tempérament »
L’autre camp, la « gauche culturelle »
et
la
«
crédibilité
»
du
juge qui avait
et le Parti démocrate, tend
perdu ses nerfs sous les coups de leurs
à « essentialiser » comme ennemis
incriminations.
irréductibles les conservateurs
Les républicains ne font pas meilleure
de toutes nuances, ou présumés tels,
figure. Sous la précédente
qui menaceraient les acquis inachevés
administration, ils ont omis
de ses visées idéologiques :
délibérément pendant un an de mettre
droit à l’avortement, mariage
en délibération la candidature du juge
homosexuel, discrimination positive,
pressenti par le président Obama
déconstruction de la différence sexuelle,
à la Cour suprême, une infraction
communautarisme, multiculturalisme…
flagrante à l’esprit des institutions,
Kavanaugh leur offrait une cible
qu’ils continuent à revendiquer
exemplaire : il était non seulement
tel un trophée politique.
un conservateur, mais un catholique
Brett Kavanaugh est un brillant
— lisez: «pro life » — éduqué dans
magistrat dont personne ne peut
une école de garçon fondée par
contester les compétences. Et rien
des jésuites… Dans un pays ou
ne permet de disputer la sincérité
l’anticatholicisme n’est jamais loin
de ses dénégations sur l’agression
et où l’Église catholique est minée
sexuelle qu’on lui attribue. La vérité
par des scandales d’abus sexuels,
de Mme Blasy Ford, son accusatrice,
un tel pedigree avait de quoi échauder
conspiration ourdie par l’autre.
Les républicains et les conservateurs
y lisaient l’hostilité invétérée de la
gauche progressiste envers un homme
qui ne satisfait pas ses préjugés et qu’elle
assimile, comme de juste, à un prédateur
sexuel. Ils considèrent Kavanaugh
comme la dernière victime en date
de la révolution #MeToo, non pas celle
qui combat les violences sexuelles, mais
sa version outrée qui refuse d’établir
toute hiérarchie entre harcèlement
« ordinaire » et viol, et où la parole
d’une femme, en toutes circonstances,
prévaut sur celle d’un homme.
«
»
n’efface pas celle du juge. L’un comme
l’autre sont les jouets involontaires
de la polarisation politique qui consume
le pays.
Pourtant, la dernière audition
de M. Kavanaugh devant la commission
du Sénat a déconsidéré sa candidature.
Ce ne sont pas ses beuveries de jeunesse
qui le disqualifient, mais son obstination
à les nier, ses imprécisions volontaires
et ses explications improbables
sur les entrées scabreuses de ses agendas
de l’époque. Sa gêne à en parler
ouvertement est compréhensible,
mais un homme pressenti à la Cour
suprême ne saurait mentir sous serment.
Surtout, le spectacle qu’il a donné
durant cette séance le rend indigne
de la fonction à laquelle il vient d’être
promu. La fureur venimeuse
de ses diatribes contre les démocrates,
ses apostrophes outrancières
à l’adresse de plusieurs sénateurs,
les interprétations complotistes
qu’il donnait à ses tribulations ont validé
là, publiquement, le portrait du militant
républicain qu’avaient cherché à lui
coller les démocrates
Il peut être injuste d’attendre
d’un homme attaqué de toutes sortes
de méfaits, et pour finir de viol,
de maîtriser invariablement
sa contenance. Mais ce qui importe ici
est le bien de l’institution que
M. Kavanaugh va intégrer. Il y arrive
entaché d’illégitimité qui déteint
sur la Cour elle-même ; et elle risque
de resurgir à chaque fois que lui
et ses pairs auront à trancher un conflit
qui polarise l’opinion. Il est curieux
que de telles réflexions n’aient effleuré
aucun des sénateurs républicains
qui lui ont donné leur suffrage comme
un seul homme.
* Directeur de recherche au CNRS,
professeur au Centre de recherches
politiques Raymond-Aron.
Les partisans de l’« Aquarius » ne sont pas
en position de sermonner les Français
t qui donc
est mon prochain ? »
À l’heure où l’Europe
est traversée par
des vagues
migratoires venant
d’Afrique et d’Orient, cette question,
matricielle pour un chrétien,
revêt une actualité particulière.
À 75% (selon le sondage réalisé
par Odoxa voilà quinze jours),
les Français ont répondu clairement
que leur prochain ne faisait pas partie
des 58 personnes recueillies
par le désormais fameux bateau
Aquarius.
Cette réaction massive et sans appel
de la population française,
qui traverse les clivages politiques,
culturels et religieux, fait-elle de nous
des monstres d’égoïsme
se désintéressant du sort
de l’humanité ? Les soutiens de l’ONG
SOS Méditerranée tout comme
les aficionados de la repentance
et de la culpabilisation des peuples
semblent l’affirmer. Ainsi, un récent
« Manifeste pour l’accueil
des migrants », lancé par les médias
Regards, Politis et Mediapart
en appelle à une valeur cardinale
de l’Europe chrétienne : le partage,
cité à deux reprises. « L’ordre et
l’autorité écrasent la responsabilité
et le partage. Le chacun pour soi
l’emporte sur l’esprit public. […]
La migration n’est un mal que dans
les sociétés qui tournent le dos
au partage. » Amen : la messe est dite.
Que peuvent dire les chrétiens,
face à une telle interpellation
culpabilisante - qui fait d’ailleurs écho
à la question posée, comme un piège,
par le pharisien de l’Évangile
(Luc, 10. 25-37) :
mais qui donc
serait ce fameux
prochain à aimer
comme moiLa parabole du bon Samaritain ne saurait
même, censé
s’appliquer au phénomène de l’immigration
me garantir la vie
de masse, argumente l’essayiste.
éternelle ?
E
DESSINS CLAIREFOND
«
A
ÉDOUARD TÉTREAU
sont déjà là, sous nos yeux, à portée
de leurs origines, leur culture, leur
de main. Nous les croisons chaque
mode de vie.
matin, dans nos villes, nos quartiers
Le moment est venu de mettre
et nos campagnes, et nous les avons
un terme à l’étrange aventure
abandonnés à la sauvagerie du temps
de l’Aquarius et de cesser
présent, et de notre propre pays.
de privilégier ceux qui s’occupent
Celle dont a été victime cet adolescent
davantage d’une idée
de 16 ans à Garges-lès-Gonesse,
et du soulagement de leur conscience
filmé voici deux semaines en train
que de leur prochain. Comme
de se faire tabasser à mort, à coups
des soldats perdus livrant une guerre
de barres, par une meute d’animaux
qui n’a plus lieu d’être, ils furent,
auxquels on donne encore le nom
sans le vouloir, les idiots utiles
d’hommes.
des mafias de passeurs, se lavant
Notre prochain
les mains du destin des personnes
Sans aller les chercher frénétiquement fait partie
qu’ils débarquaient. Et de tous ceux
des trois millions
qui, à terre, ont la lourde charge
en mer, nos prochains sont déjà là,
d’illettrés,
de s’occuper d’eux pour de bon,
sous nos yeux, à portée de main
des neuf millions
dans la durée. Ils furent aussi
de pauvres
les auxiliaires de la fuite des talents
dont 4,7 millions
de pays accablés par le malheur,
de femmes seules, en France
le bon Samaritain sauve et soigne
qu’ils ont, au nom d’une générosité
– et d’un nombre au moins équivalent
le malheureux, et laisse un crédit
mal placée, contribué à dépouiller
qui ont peur du déclassement social,
illimité à l’aubergiste pour s’occuper
davantage. Ce sont en effet
de la chute, pour eux-mêmes
de lui : son prochain.
les plus habiles qui peuvent payer
ou leurs enfants. Notre prochain,
Notre « prochain » n’est pas
les passeurs et envisager un avenir
c’est l’agriculteur qui va se suicider
une abstraction, une idée de personne
loin de leur patrie qu’ils abandonnent.
en France (un tous les deux jours)
à sauver, sans visage ni identité.
Il est temps de mettre cette
parce que nous n’avons pas su le
Un concept d’homme qu’il
énergie au vrai service de nos
conviendrait de prendre d’autant plus
prochains.
en pitié, et en pension, que nous
Le tissu associatif
Le moment est venu de mettre
ne le connaîtrions pas. Et que nous
français en a un
n’aurions pas les moyens de sauver,
besoin urgent.
un terme à l’étrange aventure
d’héberger. Or, là est la double
De la Fondation
de l’« Aquarius » et de cesser
impasse de l’immigration de masse :
Pierre Claver
de privilégier ceux qui s’occupent
parce qu’elle est anonyme, elle ne
au Secours
permet pas la rencontre avec l’autre.
catholique,
davantage d’une idée
Et parce qu’elle est massive, venant
en passant par
et du soulagement de leur conscience les si prometteuses
éprouver des pays à l’unité fragile,
criblés de dettes, démographiquement
écoles Espérance
que de leur prochain
saturés comme un service d’urgences
Banlieues
de l’hôpital public, elle empêche
et Espérance
protéger de la violence
la charité individuelle et concrète.
Ruralités, la liste est longue
de notre économie financiarisée.
La prise en charge de l’autre.
des initiatives concrètes, patientes,
Ce sont les familles de Maliens
L’effondrement sous nos yeux
difficiles, sans gloire médiatique
et de Syriens, logées dans
de nos infrastructures de santé,
ni trompettes méditerranéennes,
des conditions sordides le long
de logement, d’éducation, de sécurité
mais si efficaces, pour aider en France
des aéroports et des autoroutes,
en est le signe cruel : la France,
les naufragés de la terre.
attendant que notre vieux pays,
contrairement au bon Samaritain,
Sans distinction de race, de religion
criblé de doutes et de mauvaise
n’a pas de crédit illimité pour sauver
et de culture. Nous y arriverons à
conscience mal placée, leur fasse
le monde de la guerre et de la misère.
condition d’abandonner l’illusion
une place ou les achemine
Et pourtant, sans aller les chercher
collective dangereuse que symbolisait
vers un pays plus proche
frénétiquement en mer, nos prochains
l’Aquarius.
Le Christ ne répond pas
par l’idéologie ou un discours
moralisateur. Mais par une parabole :
une histoire d’hommes et de femmes,
de chair et d’os. « Un homme
descendait de Jérusalem à Jéricho, et il
tomba sur des bandits ; ceux-ci, après
l’avoir dépouillé, roué de coups, s’en
allèrent en le laissant à moitié mort. »
La suite est connue : le prêtre
et le lévite, les censeurs moraux
de l’époque, passent leur chemin. Mais
«
»
«
»
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
La sécurité, première exigence des peuples
n votant à 46 % pour
le député populiste, ancien
officier de l’armée de terre,
Jair Bolsonaro, le 7 octobre
2018, au premier tour
de l’élection présidentielle,
et en ne donnant que 29 % des voix
à l’universitaire du Parti des travailleurs
Fernando Haddad, la population
brésilienne a-t-elle émis un vœu
de retour à la dictature militaire,
telle qu’on l’a connue de 1964 à 1985 ?
Le plus grand pays d’Amérique latine
aurait-il soudain tourné fasciste,
comme le laissent entendre certains
commentateurs ? Bien sûr que non.
La preuve en est qu’aux élections
législatives – qui avaient lieu en même
temps – le Parti social libéral (PSL)
E
+
@
» Lire aussi PAGE 8
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
de Bolsonaro n’a conquis que 52 sièges
sur 513, un nombre légèrement
inférieur à celui du Parti des travailleurs
(gauche modérée, dont le chef
historique, le syndicaliste Lula,
président de 2003 à 2011, a été jeté
en prison pour une obscure affaire
de corruption). Au demeurant, le Brésil
est un pays fédéral, qui connaît de très
solides contre-pouvoirs et ce n’est pas
demain qu’il se transformera
en dictature mussolinienne.
Mais il est évident que la population
brésilienne a voulu, dans ce scrutin
présidentiel particulier, envoyer
un message très clair aux élites
politiques : ras le bol de l’insécurité !
À Rio de Janeiro, il y a des quartiers
entiers où la police n’ose plus entrer,
ENTRE GUILLEMETS
9 octobre 1970 : mort du poète et écrivain Jean Giono.
RUE DES ARCHIVES/©RENE SAINT P
La Chasse au bonheur
Science en conserve, philosophie
en conserve, musique
en conserve, conscience
en conserve, joies en conserve
et bientôt amour, haine, jalousie,
héroïsme en conserve»
ANALYSE
Georges Malbrunot
gmalbrunot@lefigaro.fr
Disparition de Jamal Khashoggi :
Ankara peut-il affronter Riyad ?
onnaîtra-t-on un jour
le sort de Jamal Khashoggi,
ce journaliste saoudien
de renom jadis proche
de la famille régnante
devenu critique
de la monarchie, qui a disparu depuis
une semaine, après être entré
au consulat d’Arabie à Istanbul ? Des
sources turques affirment qu’il y a été
assassiné. Riyad dément. Et le président
Recep Tayyip Erdogan se veut prudent,
même s’il a mis au défi lundi les
autorités saoudiennes de «prouver avec
des images» que Khashoggi était sorti
de l’enceinte diplomatique.
Cette sombre affaire pourrait
déboucher sur une crise diplomatique
majeure entre la Turquie et l’Arabie
saoudite, dont les relations sont déjà
tendues. Les contentieux sont en effet
nombreux. Riyad reproche le soutien
politique et militaire turc au Qatar,
la bête noire des Saoudiens, ainsi que
sa défense des Frères musulmans,
considérés comme un groupe terroriste
par le royaume wahhabite.
Depuis que Doha est sous la pression
de ses voisins qui l’accusent de financer
le terrorisme, Ankara est devenu
le refuge de nombreux dirigeants
islamistes, liés aux Frères musulmans.
Pour contrer le blocus instauré
par Riyad et Abu Dhabi, la Turquie
a été l’un des principaux pays à voler
au secours du Qatar, où Ankara a même
installé une base militaire. Mais au-delà,
l’ambition d’une Turquie non arabe
soucieuse de concurrencer le leadership
saoudien sur le monde sunnite exaspère
le prince héritier Mohammed Ben
Salman (MBS), nouvel homme fort
de Riyad. D’autant que le président
Erdogan se veut le nouveau héros
de la cause palestinienne, une cause
C
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
même de jour. Dans les favelas,
les gangs de la drogue se font la guerre
dans les rues. À Sao Paulo, la capitale
économique, les automobilistes
ont peur de s’arrêter aux feux rouges,
craignant un car-jacking par des groupes
de jeunes en capuches. En 2016, le Brésil
a recensé près de 62 000 homicides,
soit sept homicides par heure
en moyenne. Le taux de meurtres
pour 100 000 habitants est de 25,5 au
Brésil. C’est le plus haut du monde.
Il est cinq fois supérieur à celui des ÉtatsUnis, vingt-deux fois supérieur à celui
du Portugal, soixante-quinze fois
supérieur à celui du Japon.
Les idéologues de droite, obsédés par
leur culte de la liberté, et les idéologues
de gauche, obsédés par leur culte
de l’égalité, oublient trop souvent que
ce que les citoyens demandent
en premier à l’État, c’est de leur assurer
la sécurité. Pour leur personne, pour leur
famille, pour leurs biens. L’État
ne se définit-il pas en effet comme
l’institution disposant du monopole
de la contrainte légitime ? Quand un État
n’est plus capable d’assurer la sécurité
à ses citoyens, il ne mérite même plus
le nom d’État. Sans sécurité, les valeurs
républicaines de liberté et d’égalité
ne signifient plus rien, car privées
de terrain d’application.
Lorsque, en 2003, les Américains
ont envahi l’Irak pour y renverser
la dictature politique de Saddam Hussein,
ils se sont félicités d’y introduire la
démocratie. De fait, en janvier 2005, eut
lieu l’élection d’une Assemblée nationale
constituante, où chaque Irakien a pu
voter comme il l’entendait. Mais comme
ils n’ont pas été capables, parallèlement,
de maintenir la sécurité dans les rues,
les Américains ont vite été détestés par
la grande majorité de la population.
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
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de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
le consulat saoudien d’Istanbul.
Pas de problème, avait répondu, dès
mercredi soir dans un entretien diffusé
vendredi par l’agence de presse
financière américaine Bloomberg,
le prince héritier saoudien, son pays
n’ayant, selon lui, « rien à cacher ».
Dès lors plus rien ne s’oppose à une telle
inspection, qui ne devrait rien donner.
Il n’en faut pas plus au célèbre activiste
saoudien Moujtahid pour affirmer que
Jamal Khashoggi a été rapatrié vivant
en Arabie – juste après son entrée
au consulat mardi dernier - et que
les autorités turques ne l’ignorent pas.
Le journaliste dissident n’aurait pas été
exfiltré par l’aéroport d’Istanbul,
trop surveillé, mais par la mer, via
Chypre, et un service
En réduisant au silence un opposant de renseignement
d’un pays ami
hors de ses frontières, l’Arabie
de l’Arabie, rompu
envoie un double message : à tous
à ce genre de pratiques.
En froid déjà avec
les dissidents mais aussi à la Turquie
les États-Unis,
la Turquie peut-elle
aussi contre la Turquie ». Rappelons
se mettre à dos l’Arabie, poids lourd au
que la victime de cette invraisemblable
Moyen-Orient ? Malgré de profondes
disparition est un journaliste saoudien
divergences, Ankara et Istanbul ont
détenteur d’un passeport américain
longtemps travaillé de concert en Syrie,
sur le sol turc. Ankara peut-il laisser
où les deux pays aident les insurgés
passer, sans réagir, cet affront
hostiles à Bachar el-Assad.
à sa souveraineté ?
Alors que l’économie turque
est en crise, les investissements
Visiblement soucieux, à ce stade,
saoudiens, notamment dans
d’éviter une crise avec l’Arabie, Erdogan
l’immobilier, sont importants.
attend, pour se prononcer,
Leur retrait pèserait sur une livre turque
le résultat de l’enquête turque, en
déjà dépréciée. À Ankara, certains
particulier l’analyse vidéo des caméras
observateurs estiment, enfin, qu’il sera
autour du consulat ainsi que celles
très difficile à la Turquie de prouver
aux entrées et sorties de l’aéroport.
que Riyad a commis un tel assassinat.
Lundi, les autorités turques, en quête
On pourrait donc s’acheminer vers
« d’explications convaincantes »,
une aggravation d’une brouille, plutôt
ont convoqué pour la deuxième fois
que vers une rupture des relations
en une semaine l’ambassadeur saoudien
diplomatiques entre les deux pays.
à Ankara et demandé à fouiller
surtout défendue, à ses yeux, par
les islamistes du Hamas. Les relations
cordiales entre la Turquie et l’Iran
ajoutent, enfin, à la grogne de Riyad,
qui considère Téhéran comme son
principal ennemi au Moyen-Orient.
En réduisant au silence un opposant
hors de ses frontières, l’Arabie envoie un
double message : à tous les dissidents, où
qu’ils soient – y compris à l’étranger –,
qu’ils ne sont plus à l’abri des rétorsions
de Riyad, mais aussi à la Turquie, punie
pour sa diplomatie néo-ottomane
agressive au Moyen-Orient. Car comme
l’écrit Yasin Aktay, conseiller de Recep
Tayyip Erdogan, quel que soit le sort
de Jamal Khashoggi, il s’agit « d’une
opération pas seulement contre lui, mais
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
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Frédéric Picard
(Édition Web)
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Direction, administration, rédaction
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Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
Une mère de famille n’a que faire
de son nouveau droit de vote si elle
a peur d’envoyer ses enfants à l’école.
Les Occidentaux néoconservateurs ont
mis longtemps à comprendre que, pour
les peuples d’Orient, il y avait pire que
la dictature politique : l’anarchie. Et pire
que l’anarchie : la guerre civile.
Aux Philippines, Rodrigo Duterte,
le président populiste élu à l’été 2016,
mène, avec des méthodes expéditives,
une guerre sans merci aux trafiquants
de drogue et aux toxicomanes
(qui a déjà fait plus de 4 000 morts).
Il dit vouloir éviter que l’archipel
ne devienne un narco-État.
Les fréquentes bavures de sa police n’ont
pas rendu le président impopulaire. Il
récolte des taux de popularité supérieurs
à 75 %. La vérité est que la population,
lasse de la criminalité engendrée par
la drogue, est prête à payer le prix fort
pour l’extirper du pays.
Depuis peu, les électorats d’Europe
occidentale sont, eux aussi, tentés
par différents votes populistes. La faute
en revient aux gouvernements qui ont
dirigé le continent depuis la fin des
années 1960 qu’ils fussent inspirés
par le libéralisme économique ou par
la social-démocratie. Naïfs quant
à la nature humaine, ils ont laissé
se développer des quartiers où la loi
de la jungle est venue supplanter les lois
républicaines. Quand la population
des quartiers populaires leur a demandé
une réponse à poigne, ils ont fait preuve
de pusillanimité, par peur d’être traités
de « fascisants » par la bien-pensance
bourgeoise (protégée, elle, par son
argent). Ils n’ont pas compris que,
pour tuer les tentations autoritaires,
les démocraties devaient à tout prix
assurer à leurs administrés le premier
des droits de l’homme, qui est la sécurité.
VOX
… ÉTATS-UNIS
- « Une “culture du viol”
chez les chiens ?
La gauche identitaire
américaine au piège
de ses propres
obsessions », la tribune
d’Alexis Carré, doctorant
en philosophie politique
- « Kavanaugh, coupable
d’être un mâle blanc,
conservateur, nommé
par Trump ? »,
la chronique de
Gilles-William Goldnadel.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
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1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Patrimoine
6 pages
Cahier 4 Le Figaro
et vous 10 pages
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COGEDIM : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
CHRONIQUE
17
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 065 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
BUDGET 2019
AGRICULTURE
LA FILIÈRE PORC
S’INQUIÈTE DE L’ARRIVÉE
DE LA FIÈVRE PORCINE PAGE 23
Brexit : le scénario noir
d’une sortie sans accord
Finance, transports, industrie automobile, immobilier… au Royaume-Uni, les
grands secteurs de l’économie tentent de se préparer à un « no deal ». PAGES 20 ET 21
Air France : la direction prête à bouger sur les salaires
La direction d’Air France a décidé
d’avancer sur les hausses de salaires. Samedi, lors d’une réunion
avec l’ensemble des organisations
syndicales, Benjamin Smith, directeur général du groupe Air
France-KLM et provisoirement
d’Air France, a évoqué des pistes
d’augmentation générale pour les
salariés de la compagnie tricolore.
Selon le Syndicat national des pilotes de ligne d’Air France, la direction a proposé une hausse de
2 %, rétroactive au 1er janvier
le PLUS du
FIGARO ÉCO
AUTOMOBILE
Renault et PSA à
l’assaut de l’hybride
rechargeable
PAGE 24
LA SÉANCE
DU LUNDI 08 OCTOBRE 2018
CAC 40
5300,25
-1,10%
DOW JONES (18h)
26276,96 -0,64%
ONCE D’OR
1186,95 (1203,80)
PÉTROLE (lond)
83,510 (84,810)
EUROSTOXX 50
3308,83 -1,10%
FOOTSIE
7233,33 -1,16%
NASDAQ (18h)
7312,32
-1,17%
NIKKEI
Marché clos
2018, ainsi qu’une hausse de 2 %
au 1er janvier 2019, « avec un rendez-vous en octobre 2019 “pour
traiter du futur” », souligne le
SNPL dans un communiqué. Mais
le syndicat de pilotes reste sur sa
faim : «Si le volume pourrait convenir […], il y a une grosse incertitude
sur les 2 % du 1er janvier 2019 », observe le SNPL, qui craint qu’il n’y
ait « pratiquement plus rien pour le
rattrapage » des six années de gel
des grilles de salaires. Le SNPL,
uni à une dizaine d’autres syndi-
cats d’Air France, avait en effet
réclamé en février dernier une
augmentation générale de salaires
de 6 % pour « compenser l’inflation » après ces six années de gel
des grilles. L’intersyndicale avait
déclenché un mouvement de grève et revu à la baisse ses revendications en réclamant une hausse
de 5,1 %, les pilotes demandant
quant à eux une augmentation de
10 %. La direction de la compagnie a refusé de commenter ce qui
n’est pas une « proposition ». « Il y
a eu plusieurs options discutées,
mais pas de proposition, car il ne
s’agissait pas d’une négociation,
mais d’une réunion pour échanger
avec les partenaires sociaux », précise une source interne. Le précédent PDG du groupe, Jean-Marc
Janaillac, avait proposé une hausse de 2 % en 2018, puis de 5 % étalés sur trois ans en fonction des
résultats de l’entreprise. La proposition, soumise à un référendum, avait été rejetée à
VALÉRIE COLLET
55,44 %.
En apparence, cela ressemble à un
conte de Noël pour les salariés de
Toys’R’Us France. À quelques semaines du démarrage de la saison des fêtes, pendant laquelle se réalise la moitié des ventes annuelles de jouets, ils
ont été sauvés par l’alliance entre
deux grandes familles du Nord, les
Lesaffre et les Mulliez.
En réalité, le dossier est plus complexe. Le tribunal de commerce d’Évry
a départagé lundi les trois offres de
reprise des 53 magasins, du siège et
du centre logistique de Toys’R’Us
France, première enseigne de jouets
dans l’Hexagone, avec 309 millions
d’euros de chiffre d’affaires (9,1 % du
marché), en redressement judiciaire. Il
a choisi Jellej, une société créée pour
l’occasion, détenue à 10 % par la famille Lesaffre (connue pour l’entreprise éponyme, géant de la levure) et à
90 % par le fonds d’investissement
américain Cyrus, fondé et dirigé par
Stephen Freidheim, gendre de Tony
Lesaffre. Cyrus détenait une créance
sur Toys’R’Us France, gagée sur ses
stocks de jouets.
Pour son offre, Jellej s’est associé à
l’enseigne de jouets Picwic (25 magasins dans le nord de la France,
100 millions d’euros de chiffre d’affaires). Ce Petit Poucet du secteur a été
créé il y a quarante ans par Stéphane
Mulliez (dont la famille est célèbre
pour ses enseignes Auchan, Kiabi, Leroy Merlin) et est détenu par ses quatre enfants. Cette alliance a permis de
faire la différence avec les autres
candidats à la reprise de Toys’R’Us,
sans expérience dans le jouet.
Jellej reprend 44 des 53 magasins et
1 036 des 1 171 salariés. « L’objectif est
de faire passer ces magasins à notre
nouveau concept centré sur l’épanouissement de l’enfant et la famille »,
confie Nathalie Peron-Lecorps, la directrice générale de Picwic. Tous seront opérés sous la même enseigne :
ce sera Toys’R’Us si Jellej parvient à
s’entendre avec le créancier détenteur
des droits sur la marque ou Picwic dans
le cas contraire. Dans un second temps,
les sociétés Jellej et Picwic se rapprocheront, selon des modalités encore
inconnues. L’épilogue de ce conte de
Noël reste à écrire…
IVAN LETESSIER
L'HISTOIRE
Chez Generali France, Watson répondra
bientôt aux questions des clients
l s’appelle Léo (photo) et bientôt
il répondra aux questions des clients
de Generali France, ainsi qu’à celles des
visiteurs qui se rendront sur le site de
l’assureur. Léo est un conseiller virtuel.
Derrière son nom se cache Watson, l’outil
d’intelligence artificielle apprenante élaboré
par IBM, déjà utilisé par Orange Bank.
D’ici à la fin de l’année, il répondra aux
questions récurrentes posées par les clients
sur leurs contrats d’assurance. « Il s’agit
d’une première dans le secteur
de l’assurance en France, souligne
Jean-Philippe Desbiolles,
vice-président IBM Watson France.
Generali considère
l’intelligence artificielle comme
un outil de transformation
de l’entreprise et du métier
de l’assurance. » De fait, la filiale
de l’assureur italien, qui a créé
dans ses locaux un centre
de technologie cognitive,
a développé avec IBM
plusieurs autres applications.
Depuis juillet, les clients
peuvent ainsi appeler
un assistant vocal virtuel
I
(ou voicebot, qui transforme les appels
en texte), pour obtenir un certificat
d’assurance habitation. Des projets sont
aussi à l’étude concernant les enceintes
connectées. Par ailleurs, depuis
le printemps, les 700 agents généraux
de l’assureur peuvent échanger avec
« Letizia », une assistante virtuelle.
Elle répond à leurs questions pratiques
en matière d’assurance habitation et auto.
Les courtiers y auront aussi bientôt accès.
« L’intelligence artificielle permet de
simplifier les processus, d’améliorer
la qualité des services rendus,
et donc la satisfaction
des clients », explique David
Wassong, responsable
de l’intelligence artificielle chez
Generali. Les assurés peuvent
par exemple être indemnisés
plus rapidement. Enfin,
la compagnie y trouve aussi
son compte, car, comme
le constate David
Wassong, « cette
approche permet aussi
d’optimiser les coûts ». ■
DANIÈLE GUINOT
A
STEVE BALL - STOCK.ADOBE.COM, MAXPPP/BEP/OUEST-FRANCE, GENERALI FRANCE
LA BAISSE DE L’IMPÔT
SUR LES SOCIÉTÉS PROFITERA PLUS
AUX PETITES ENTREPRISES PAGE 22
LES FAMILLES
LESAFFRE ET
MULLIEZ VONT
REPRENDRE
TOYS’R’US
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Les entreprises de Grande-Bretagne redou
Le scénario d’un « no deal » entre Londres et Bruxelles gagne du terrain. Automobile, pharmacie, transports
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Au lendemain du
Brexit, le 29 mars 2019, les
ouvriers de l’usine, près d’Oxford,
où est fabriquée la Mini, propriété
du groupe BMW, partiront en vacances. La direction va avancer la
période de fermeture annuelle
d’une durée d’un mois - d’ordinaire au creux de l’été - pour la
faire coïncider avec la sortie britannique de l’Union européenne.
Objectif : « Minimiser les risques de
perturbations dans l’approvisionnement en pièces détachées dans le
cas d’un Brexit sans accord ». Avec
220 000 véhicules, l’usine pèse
13 % de la production automobile
britannique. Le patron de Toyota
prévoit lui aussi que sa production
s’arrêtera en cas de rupture brutale entre le Royaume-Uni et l’Europe, sans pouvoir préciser si ce
serait pour « quelques heures, des
jours ou des mois ».
À moins de six mois de
l’échéance, l’inquiétude cède à
l’angoisse dans le patronat britannique. L’heure de vérité approche.
Les négociations entre Londres et
Bruxelles sont dans leur dernière
ligne droite. Si des progrès ne sont
pas constatés lors d’un sommet
des Vingt-Huit à Bruxelles dans
huit jours, un échec pourrait être
acté. Un optimisme prudent sur la
possibilité d’un accord est de retour depuis quelques jours. Mais,
rappelle Downing Street, de « gros
problèmes » restent à résoudre.
D’un côté comme de l’autre, les
négociateurs sont échaudés par ce
qui s’est passé au sommet extraordinaire de Salzbourg le mois dernier : alors qu’on en attendait des
ouvertures, Britanniques et Européens se sont quittés en se claquant la porte au nez. De retour à
Londres, Theresa May a annoncé,
en colère, « l’impasse » des pourparlers.
« S’il n’y a pas d’accord au sommet du 17-18 octobre, on verra de
plus en plus d’entreprises déclencher leurs plans B, explique Carolyn Fairbairn, directrice générale
de la Confederation of British Industries (CBI). Nous serons au-delà
A
Les laboratoires
pharmaceutiques
ont reçu la consigne
de constituer
au moins six semaines
de réserves
de médicaments
du point de non-retour, alors que
les entreprises se sont retenues en
attenant la mi-octobre. Salzbourg
les a fait réaliser qu’une rupture par
accident pouvait avoir lieu », ajoute
la représentante du patronat. Les
patrons ne cessent de revoir leurs
attentes à la baisse depuis le référendum de juin 2016. D’un accord
commercial ambitieux pour les
biens et services espéré, ils se
concentrent désormais pour sauver la transition de vingt et un
mois prévue après le 29 mars, qui
ne se concrétisera que si un accord
de retrait en bonne et due forme
est signé entre Londres et l’UE. Or,
si un compromis semble atteignable, restera ensuite à le voir ratifier
par le Parlement britannique, où
un consensus est loin de se profiler. Les entrepreneurs ont observé
avec des sueurs froides les mots
d’ordre comme « no deal, no problem » proclamés par de très influents groupes eurosceptiques au
congrès du Parti conservateur, la
semaine dernière.
De posture de négociation, la
perspective du « no deal », une
rupture sans accord avec l’UE,
avec sortie du jour au lendemain
en forme de saut dans le vide,
prend corps. Plusieurs responsables britanniques et continentaux
estiment même sa probabilité à
50 %. Le patronat appelle les politiques à faire preuve de pragmatisme. De plus en plus ouvertement,
il tire le signal d’alarme sur les
conséquences concrètes d’une telle situation. Pas d’accord, cela signifierait le retour de contrôles
aux frontières, des droits de douane de 10 % sur l’automobile et de
40 % sur certains produits agricoles. Cela mettrait en péril toutes les
chaînes logistiques en « juste-àtemps » qui bénéficient d’un trafic
transmanche sans friction. Des rumeurs hantent même les milieux
fermer les frontières, cela ne relèverait plus de son ressort.
C’est le scénario noir redouté
par les industriels. Le gouvernement britannique a lancé en catastrophe depuis cet été des préparatifs intensifs, par
secteur, pour y parer.
Il a demandé aux dis-
industriels d’un blocus des îles
britanniques, avec fermeture du
tunnel. Chez l’exploitant Getlink
(Eurotunnel), on assure « travailler au quotidien sur tous les scénarios possibles pour maintenir le
trafic ». Cela inclut des zones
tampons pour les véhicules de
chaque côté, en cas de perturbations. Mais, reconnaîton chez l’opérateur, si les
gouvernements décident de
Theresa May, première
ministre britannique.
Transports Les frontières
risquent la thrombose
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
Au fil des mois, les membres de la
commission Transport et Tourisme au Parlement européen ne cachent plus leur pessimisme : un
« no deal », une sortie du Royaume-Uni de l’Union sans accord,
aurait des conséquences désastreuses dans le secteur du transport, qu’il s’agisse de l’aérien, du
transport routier de marchandises, du maritime ou du ferroviaire. Baisse du trafic passager et
marchandises, manque d’infrastructures aux frontières pour les
contrôles douaniers ou sanitaires… « Plusieurs études sur le sujet
indiquent que d’ici à 2030, les pertes moyennes cumulées pourraient
représenter
5%
Hausse
des prix
des marchandises
attendue en cas
de « no deal »
0,44 %
du
PIB pour l’Europe à 27 membres et
4,2 % du PIB pour le Royaume-Uni
selon un scénario pessimiste », résume un rapport sur l’impact du
« no deal » sur le transport publié
par la commission Transport du
Parlement européen. « Nous
avons cherché à évaluer les effets
sur les pays et il apparaît clairement que la France sera aux premières loges », a lancé lundi Karima Delli, la présidente de cette
commission. Les régions les plus
touchées ? Sans surprise les
Hauts-de-France, la Normandie
et la Bretagne. Première coupa-
ble, la Commission européenne
elle-même ! En effet, le nouveau
tracé de corridor maritime transeuropéen mer du Nord-MancheAtlantique, envisagé par Bruxelles en prévision du Brexit pour
desservir l’Irlande, a exclu tous
les ports français au profit des
grands ports belges et néerlandais. Les ports français devraient
toutefois être réintroduits grâce à
un amendement.
« Dans l’aérien, les avions de
compagnies britanniques assurant
des liaisons vers l’Europe ne seront
pas autorisés à atterrir sur le sol
européen, à moins que des accords
bilatéraux aient auparavant été
conclus, rappelle la députée européenne. easyJet a trouvé une
parade pour ses vols intracommunautaires européens en créant une
filiale à Vienne, mais que se passera-t-il pour les vols entre le
Royaume-Uni et l’Europe ? »
demande Karima Delli.
Contrôles sanitaires
Le transport de marchandises serait aussi lourdement touché : « Il
y aura des surcoûts immédiats liés
au rétablissement des tarifs douaniers, au temps passé aux contrôles
sanitaires. Ces coûts devraient accroître de 5 % les prix à l’import et
à l’export. » Autre effet collatéral,
la file de camions au port de
Douvres : « On l’estime à 27 kilomètres en moyenne côté anglais et
du même ordre côté français »,
souligne la présidente de la commission. Quelle solution alors
pour éviter le chaos ? « Il faut
préparer un accord de transition,
non pas pour permettre aux Britanniques de faire ce qu’ils veulent
mais au contraire pour les
contraindre à respecter les standards européens pendant cette période et demander un fonds de
compensation pour les territoires
qui sont les plus touchés. Pourquoi
ces derniers devraient-ils financer
les conséquences d’une décision
qu’ils n’ont pas voulue ? » ■
Immobilier
Le marché
londonien
déprime
Nous
« devons
et nous
allons nous
préparer à
une absence
d’accord
(avec l’UE)
»
THERESA MAY,
PREMIÈRE MINISTRE
BRITANNIQUE,
LE 21 SEPTEMBRE,
DE RETOUR
DU SOMMET
DE SALZBOURG
Il y a ce couple de banquiers français rentrés à Paris qui n’arrivent
pas à vendre leur maison depuis
des semaines dans un quartier résidentiel de Londres prisé des expatriés. Ou, à l’inverse, ce jeune
ingénieur canadien qui cherche
un appartement et, à force de voir
toujours les mêmes biens proposés à la vente, a décidé de « ne
plus faire d’offre en attendant que
le Brexit soit réglé ».
Après des années d’euphorie, et
de hausses de prix jusqu’à 20 %
l’an, le marché immobilier de la
capitale britannique déprime
depuis le référendum sur la sortie
de l’UE. Pour être exact, le déclin
avait commencé un an plus tôt,
après une hausse des droits de
mutation. « Dans les meilleurs
quartiers du centre, les prix ont
diminué de 9 % depuis leur pic de
2015. La baisse s’étend maintenant
à tout le grand Londres pour la
première fois depuis des années »,
constate Grainne Gilmore, chef
du département résidentiel à
l’agence Knight Frank. Le recul
devrait atteindre en moyenne
1,6 % cette année, selon les estimations d’une trentaine d’analystes compilées par Reuters.
Mais, dans les zones les plus
cotées, la chute dépasse 10 %.
Valeur refuge, le nord du pays, de
Manchester à Birmingham, affiche la tendance inverse.
Scénario noir d’un krach
Jetant de l’huile sur le feu, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a créé la panique
le mois dernier en évoquant devant le gouvernement la possibilité d’un krach, avec une chute des
prix de 35 %, dans le cas le plus
extrême de scénario de « no
deal ». Les agences immobilières
ont aussitôt vu leurs clients se
mettre à jouer au chat et à la sou-
tributeurs alimentaires et aux
géants de la santé de prévoir des
stocks pour éviter les pénuries. Les
laboratoires pharmaceutiques ont
reçu la consigne de constituer au
moins six semaines de réserves de
médicaments. AstraZeneca, Novartis et Sanofi sont en train de le
faire. L’américain Pfizer, très présent
outre-Manche,
investit
100 millions de dollars pour se
préparer au Brexit. « C’est autant
ris. « On n’avait pas besoin de ça,
soupire Adam Challis, expert chez
Jones Lang LaSalle. On devrait y
voir plus clair dans les six à huit semaines à venir sur le Brexit. Il est
logique que les acquéreurs attendent d’ici là, comprend-il. Celui
qui souhaite s’offrir une maison à
Chelsea à 3 ou 4 millions de livres
n’a aucune raison de se précipiter,
de peur de faire une mauvaise affaire. » Du coup, l’écart se creuse
entre prix affichés et offres reçues. Et le nombre de transactions
plonge :
-25 %
Recul
du nombre
de transactions
à Londres
en un an
- 25 % cette
année. Le mois d’août a été le plus
calme depuis cinq ans : 40 % des
biens retirés de la vente n’avaient
pas reçu une seule offre.
Le marché londonien subit le
contrecoup des départs d’Européens travaillant à la City et de la
prudence des investisseurs du
monde entier, cruciaux pour
écouler les programmes neufs de
prestige. La crise du logement qui
affecte les ménages britanniques
ne suffit plus à le soutenir. Au
point qu’une correction plus
sévère est redoutée par les professionnels l’an prochain. Pour
autant, ces derniers s’efforcent de
désamorcer la « bombe » Carney.
« Une chute de 35 %, cela ne s’est
jamais vu. Même après la crise
financière et pendant la récession
des années 1990, les prix n’ont pas
reculé de plus de 20 % », souligne
Grainne Gilmore. Le scénario noir
de la Banque d’Angleterre envisageait les conséquences en bout de
chaîne d’une chute de la livre
sterling qui propulserait l’inflation et les taux d’intérêt à la
hausse. ■
F. C. (À LONDRES)
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
21
La croissance ralentit
tent un Brexit sans accord
Évolution du PIB du Royaume-Uni
En %
3,05
seraient les plus impactés. Les entrepreneurs déclenchent leurs « plans B ».
d’argent qui ne va pas dans la recherche sur le cancer », regrette
Carolyn Fairbairn, du patronat. La
société de recherche médicale Recardio a suspendu tous ses essais
cliniques sur des traitements cardiaques en Grande-Bretagne en
raison de « l’incertitude totale »
sur la réglementation future.
Le patron de la chaîne de vêtements Next, Simon Wolfson,
pourtant lui-même très investi à
titre personnel dans la campagne
pour le Brexit, vient de publier une
note aux investisseurs avertissant
des risques pour sa société. Il redoute des retards d’approvisionnements dans les ports et une chute de la livre. La CBI, accusée par
les politiciens pro-Brexit d’être la
voix des grands groupes, rappelle
que 180 000 PME britanniques qui
commercent avec l’UE n’ont jamais établi de déclaration de
douane et n’ont même pas commencé à s’y préparer.
Accord ou pas, 79 % des directeurs financiers d’entreprises britanniques sont pessimistes sur le
climat des affaires à long terme,
selon une étude Deloitte. Une entreprise sur cinq se dit prête à délocaliser une partie de son activité
dans le cas d’un « no deal », selon
les British Chambers of Commerce. 40 % d’entre elles ont déjà an-
2,35
nulé ou reporté leurs investissements. Ce climat morose fait
redouter à plusieurs économistes
le risque d’une récession. La croissance du PIB se traîne à 1,2 % en
rythme annuel, contre plus du
double avant le référendum. Selon
une étude du Centre for European
Affairs, l’activité britannique est
déjà 2,5 % inférieure à ce qu’elle
aurait été sans le Brexit, avant
même son entrée en vigueur. ■
2,05
1,94
1,79
1,48
1,4
1,5
2012 13 14 15 16 17 18 2019
Prévision
Source : FMI
La livre s’est dépréciée
Cours de la Livre, en euro depuis
le référendum sur le Brexit
1,3
1,3
1,25
-12,6 %
1,2
1,15
1,14
1,1
23 juin 2016
8 octobre 2018
Source : Bloomberg
Le symbole est fort : le Discovery,
modèle phare de Land Rover, ne
sera plus fabriqué au RoyaumeUni, mais en Slovaquie. Jaguar Land
Rover (JLR), premier constructeur
du pays, avait prévu une double fabrication. En juin, la direction du
constructeur a finalement pris la
décision, « douloureuse » selon ses
mots, de se focaliser sur la Slovaquie, ce qui va entraîner des centaines de suppressions d’emplois au
Royaume-Uni.
La perspective du Brexit fait peser
une menace terrible sur le monde
automobile britannique. Le patron
de JLR, Ralph Speth, estimait miseptembre qu’un mauvais accord
pouvait entraîner « la destruction de
dizaines de milliers d’emplois ».
« Se préparer au pire »
L’industrie automobile britannique
a redressé la tête depuis une dizaine
d’années, dans le sillage du renouveau de JLR, de la bonne santé de
Nissan (qui possède la plus importante usine du pays à Sunderland),
du renouveau de Mini (propriété
de BMW) et des japonais Honda
et Toyota (qui occupent les 4e et
5e rangs). La production des seules
voitures, sans tenir compte des
véhicules utilitaires, était même
repassée devant celle de la France
en 2016.
D’une manière caricaturale, les
pouvoirs publics britanniques peuvent estimer que la situation n’est
pas inquiétante, puisque le niveau
de production local est inférieur aux
importations. En 2017, le RoyaumeUni a produit 1,67 million de véhicules, quand les ventes atteignaient
2,54 millions d’unités. La mise en
place de barrières douanières pénaliserait donc plus les importations
que les exportations. Sauf que le renouveau automobile britannique a
eu lieu dans un cadre industriel totalement intégré avec l’Europe
continentale. Sur le 1,67 million de
véhicules produits en 2017, près de
80 % sont exportés ! L’imbrication
est tout aussi importante au niveau
des composants. Et, à ce niveau, le
rapport n’est pas équilibré, le pays
important trois fois plus de composants depuis l’Union européenne
qu’il n’en exporte. Un Brexit dur
entraînerait une destruction de
l’équilibre économique de la plupart des acteurs locaux.
Surtout, personne ne connaît encore les conséquences du Brexit,
alors qu’il doit survenir en mars
prochain. C’est le reproche principal adressé par Carlos Ghosn, président de Renault et Nissan, aux pouvoirs publics lors du Mondial de
Paris. Le patron reste optimiste,
même s’il précise qu’il « doit se préparer au pire ». Les autres
constructeurs font de même. Et le
pire semble être de couper les investissements. « Sur les six premiers
mois de l’année, les investissements
du secteur automobile se sont effondrés de 46 % », constate Maxime
Lemerle, expert de l’industrie auto-
80 %
Taux
d’export
des voitures
fabriquées au
Royaume-Uni
en 2017
mobile chez
Euler Hermes. La baisse de la
production est la conséquence
logique de ces incertitudes autour
du Brexit, même s’il existe aussi un
impact « diesel ». Elle s’est amorcée dès 2017 (- 3 %) et s’est poursuivie en 2018, avec un recul de
4,4 % à fin juillet. Le Brexit pourrait
bien marquer la fin d’un « super
cycle » pour l’industrie automobile
britannique. ■
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
À la City de Londres, la tension est
montée de plusieurs crans au cours
de l’été. Le plan de Chequers présenté par Theresa May n’inclut pas
d’accord sur les activités de services. Même en cas d’accord tardif
entre l’Europe et Londres, rien ne
sera prévu pour la finance. Mais
c’est la perspective d’un Brexit dur
qui inquiète le plus les milieux d’affaires. Un scénario noir, auquel un
certain nombre de banques, compagnies d’assurances, courtiers ou
sociétés de gestion britanniques ou
non européennes ayant utilisé le
Royaume-Uni comme porte d’entrée sur le Vieux Continent ne sont
pas préparés. De fait, pendant longtemps, ces établissements ont espéré qu’ils bénéficieraient d’une période de transition de 18 mois après
la sortie de la Grande-Bretagne de
l’Union européenne le 29 mars
2019. Un laps de temps jugé souvent
suffisant pour leur permettre de
trouver la meilleure solution pour
continuer à exercer leurs activités
en Europe. En divorçant de l’Union
européenne, la City de Londres
perdra en effet son passeport financier, ce sésame qui permet de vendre des produits et services à travers toute l’UE. Or, cette période de
transition est remise en question.
«Les petits établissements sont les
moins préparés, constate Marc Perrone, avocat associé chez Linklaters. Ils n’avaient pas anticipé le scénario d’un Brexit sans accord et ils
commencent à se rendre compte
qu’ils doivent agir vite pour obtenir
une demande d’agrément dans un
pays européen. » Plus le temps passe
et plus ils auront des difficultés à obtenir un agrément pour créer une filiale, avant fin mars. De plus, la
donne est complexe. « Ces établissements doivent trouver un équilibre
10 000
postes
pourraient
dans un premier
temps quitter
Londres
entre les exigences
des régulateurs et la nécessité de
bouleverser le moins possible l’organisation de leur groupe », fait valoir
Frédérik Lacroix, avocat associé
chez Clifford Chance.
Sept à huit scénarios
A contrario, les très grandes banques ou compagnies d’assurances,
comme JPMorgan, Citi, Bank of
America ou Lloyd’s, à la gestion plus
complexe, sont prêtes. Dès le départ, elles ont travaillé sur 7 ou
8 scénarios, dont celui d’un Brexit
dur. « Elles ont obtenu des agréments
nécessaires en Allemagne ou de plus
en plus en France. Et sont déjà en
train de mettre en œuvre les transferts de compétences », poursuit
Marc Perrone. Dimanche, le Lloyd’s
de Londres a annoncé accélérer le
processus de transfert de certaines
de ses activités à Bruxelles.
Même si elles bénéficient du fameux passeport européen, les banques du Vieux Continent sont aussi
en train de se préparer activement à
l’après-Brexit. Là aussi, c’est le scénario du pire qui domine. « Nombre
d’établissements ont des activités de
marché très importantes à Londres,
relève Frédérik Lacroix. Ils exercent
via une succursale, mais ne pourront
plus le faire après le Brexit pour leurs
activités européennes. La majorité a
déposé une demande d’agrément
pour exercer sous le régime de succursale de pays tiers. » Certains établissements envisagent des solutions plus radicales. Deutsche Bank
envisagerait de réduire la taille de
ses opérations en Grande-Bretagne.
Elle pourrait transférer trois quarts
des 600 milliards d’euros d’actifs
qu’elle gère à Londres vers son siège
à Francfort. ■
J - 171
Il reste 171 jours avant
le 29 mars, date à laquelle
le Royaume-Uni sortira
formellement de l’Union
européenne, qu’il y ait
accord ou non.
17 ET 18 OCTOBRE 2018
Conseil européen
à Bruxelles. L’un des
derniers sommets pour
parvenir à un « accord de
retrait » du Royaume-Uni.
31 OCTOBRE 2018
Échéance fixée par
le négociateur européen
Michel Barnier pour
achever les négociations.
MI-NOVEMBRE 2018
Un Conseil européen
extraordinaire pourrait
être convoqué pour
que les chefs d’État
et de gouvernement se
prononcent sur le Brexit.
Le président du Conseil,
Donald Tusk, en a évoqué
la possibilité.
DÉCEMBRE 2018
Si un accord
a été conclu avec les 27,
le Parlement britannique
doit l’approuver. Cette
étape est un autre risque
de « no deal ».
9 MARS 2019
Le Royaume-Uni quitte
l’UE. S’il y a accord,
une période de transition
s’ouvre jusqu’au
31 décembre 2020.
S’il n’y a pas d’accord,
s’ouvre une période
pleine d’incertitudes.
A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Finances
La City
se prépare au
pire scénario
MARK HENLEY/PANOS-REA, STEFAN BONESS/IPON/SIPA, PASCAL ROSSIGNOL/ EUROTUNNEL HANDOUT/EPA/MAXPPP, URBAN PICTURES, JEFF J MITCHELL/GETTY IMAGES/AFP
Automobile La production
et l’investissement reculent
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Budget 2019 : les députés veulent adoucir
la hausse prévue de la fiscalité énergétique
La commission des finances de l’Assemblée commence son examen du projet de loi de finances pour 2019.
vail et d’augmenter l’impôt sur la
pollution », expliquait fin septembre le premier ministre.
Certains députés veulent toutefois adoucir la douloureuse pour
les ménages modestes habitant à la
campagne, les plus exposés. Le
président LR de la commission des
finances, Éric Woerth, entend
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
BUDGET Deux semaines après sa
présentation officielle par le gouvernement, les députés se saisissent
du projet de budget pour l’année
prochaine. Les membres de la commission des finances examinent à
partir de mardi la partie fiscale du
projet de loi de finances 2019. Pas
de débat épique à attendre cette
année avec ce budget « de continuité » et « de pouvoir d’achat », à en
croire les éléments de langage de
l’exécutif. Affaiblie politiquement,
la majorité ne cherchera pas à arracher des pages, réputées sacrées,
du code des impôts. Elle l’a fait
l’année dernière, en supprimant
l’ISF pour le remplacer par la seule
taxation du capital immobilier avec
l’impôt sur la fortune immobilière
(IFI). Un IFI que les députés LR proposeront, cette année encore, de
supprimer par amendement…
La réforme annoncée de l’exit tax
devrait toutefois fournir à la gauche
l’occasion de critiquer une nouvelle
fois la majorité. Au printemps, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il
voulait supprimer ce dispositif
chargé d’éviter que des contribuables ne quittent la France pour
échapper à l’imposition de leurs
plus-values. Plus question aujourd’hui de le supprimer totalement,
mais de sérieusement le raboter.
L’exécutif entend en effet réduire
de 15 à 2 ans la durée pendant laquelle les expatriés devront déclarer leurs plus-values latentes (non
réalisées) au fisc. Voire à 5 ans pour
les plus gros contribuables, comme
souhaite introduire dans le texte
Joël Giraud, le rapporteur général
LaREM du budget.
Usine Arcelor Mittal
à Grande-Synthe
(Hauts-de-France).
La taxe carbone,
qui influe directement
sur les taxes
sur les énergies
fossiles, devrait
s’alourdir de près
de 3 milliards d’euros
en 2019.
BELPRESS/MAXPPP
Une addition « assumée »
par Philippe
Mais le principal sujet de friction
dans l’hémicycle portera sur la fiscalité environnementale, principale hausse d’impôt à venir en 2019.
La taxe carbone, qui influe directement sur les taxes sur les énergies
fossiles, devrait s’alourdir de près
de 3 milliards d’euros en 2019,
après avoir été augmentée de
3,7 milliards cette année. Une
hausse « assumée » par Édouard
Philippe, « parce que nous avons fait
le choix de baisser l’impôt sur le tra-
26,4 %
Part de la baisse
d’impôt sur les sociétés
récupérée
par les entreprises
exportatrices
quant à lui geler la hausse de la fiscalité carbone en 2019, afin de tenir compte de l’envolée du prix du
baril de près de 40 % depuis le
mois de janvier. Une idée proche
de celle de Matthieu Orphelin, député LaREM de Maine-et-Loire
siégeant au sein de la commission
du développement durable, qui
milite pour un crédit d’impôt se
déclenchant quand le prix du baril
flambe au-delà de 70 euros. « Ces
mesures complémentaires redistributives [permettraient] de maintenir l’acceptation de la fiscalité carbone et de favoriser le déploiement
de véhicules propres », argumente
ce proche de l’ex-ministre Nicolas
Hulot. Il n’est toutefois pas sûr que
le groupe majoritaire corrige de la
sorte le budget 2019 en raison du
coût potentiel du dispositif pour
les finances publiques.
Ce n’est pas le seul amendement
de la commission du développement durable, qui a lancé une discrète fronde verte en adoptant une
quinzaine d’amendements (qui ne
seront pas forcément soutenus par
le groupe majoritaire). L’un d’eux
vise notamment à supprimer l’IFI
sur les propriétés non bâties. L’objectif ? Alléger la fiscalité sur le foncier rural, très élevée au regard de
sa rentabilité très faible, pour éviter
que les propriétaires concernés ne
construisent sur ces terrains pour
en accroître le rendement.
Toujours contre « l’artificialisation des sols », la commission du
développement durable a validé
des amendements alourdissant la
taxe locale pesant sur la construction de nouveaux supermarchés.
Autres mesures adoptées par les
spécialistes du développement durable - qui doivent encore passer le
tamis de la commission des finances avant d’être présentés en séance la semaine prochaine -, une aide
à l’achat de poids lourds roulant à
l’énergie verte ou la soumission des
pick-up au malus écologique… ■
Impôt sur les sociétés : la baisse profite aux plus petits
La baisse de l’impôt sur les sociétés
(IS) profitera, en 2019, aux TPE et
aux PME, selon une étude de
l’OFCE commandée par la commission des finances de l’Assemblée, diffusée lundi. En 2019, le
taux d’IS sera abaissé pour toutes
les entreprises de 33,33 % à 31 %, et
les 500 000 premiers euros de bénéfice continueront à être imposés
à 28 %, comme c’est le cas depuis
cette année. Alors que les plus petites entreprises et les PME règlent
46 % des recettes d’IS, elles profiteront de 59,3 % de la baisse de cet
impôt prévu l’année prochaine.
Sur les 2,4 milliards d’euros que
coûtera la réduction du taux à
l’État, 1,4 milliard profitera aux
petites et moyennes sociétés. Les
entreprises de taille moyenne et les
grandes économiseront donc un
peu moins de 1 milliard d’euros
d’impôt. Les TPE et les PME ne sont
donc pas mal loties, alors qu’elles
bénéficiaient en 2016, d’après les
calculs de l’OFCE, d’un taux implicite d’IS de respectivement 7,7 % et
16,8 % - contre un taux de 21,6 %
pour les grandes entreprises.
« La France se distingue
des autres pays européens »
Autre trouvaille des auteurs, les entreprises fortement exportatrices
sont davantage pénalisées par l’IS
que les autres. Leur contribution
dépasse de 8 points leur part dans la
valeur ajoutée. Hélas, ce ne sont pas
elles qui profitent le plus de la baisse
du taux d’IS. Elles ne récupéreront
que 26,4 % de la réduction d’impôt.
Certes, c’est « un peu au-delà de leur
contribution relative à l’impôt », ob-
serve l’OFCE. Mais les sociétés non
exportatrices récupéreront plus de
la moitié (51,6 %) de la baisse, soit
quatre points de plus que leur part
dans la valeur ajoutée.
Pour l’OFCE, la baisse de l’IS
n’aurait toutefois pas dû être la
priorité. Cet impôt représente
moins de la moitié de l’ensemble
des impôts et taxes frappant les entreprises. En revanche, « la France
se distingue des autres pays européens par un niveau élevé des impôts
sur la production, environ deux fois
supérieur à la moyenne européenne
et sept fois plus élevé qu’en Allemagne », rappellent les économistes,
pour qui il aurait fallu concentrer
les efforts sur ce sujet.
C’est justement ce que souhaite
faire, via des amendements au projet de budget 2019, le président LR
de la commission des finances.
« Nous voulons revenir sur la suppression de la taxe d’habitation et
utiliser cet argent pour supprimer la
contribution sociale de solidarité des
sociétés (C3S) et baisser la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises de 3 milliards, explique Éric
Woerth. Car c’est en rendant nos entreprises plus compétitives que nous
pourrons rendre ensuite du pouvoir
d’achat aux ménages. »
Par ailleurs, les entreprises protestent contre l’exécutif qui veut
resserrer le régime d’imposition des
revenus tirés des brevets, favorable
aux entreprises, pour qu’il soit
conforme à la réglementation européenne. Mais le rapporteur général
LaREM au budget, Joël Giraud, entend en contrepartie abaisser le
taux de 15 % à 10 %. ■
G. G.
EN BREF
Le monde HLM n’a pas digéré la baisse des loyers
Réunis à Marseille, les bailleurs sociaux affirment qu’ils vont moins construire.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
LOGEMENT Julien Denormandie
s’en souvient forcément. En septembre 2017, le secrétaire d’État à
la Cohésion des territoires avait été
hué lors du congrès du logement
social. Alors que la grand-messe
annuelle des HLM s’ouvre ce mardi
à Marseille, l’ambiance devrait être
plus apaisée. « Il y a un an, les organismes HLM protestaient contre la
baisse des APL et des loyers de
800 millions d’euros, explique un
expert du secteur. Aujourd’hui, ils
essaient de s’en accommoder. »
Pour permettre aux bailleurs sociaux de supporter cette saignée, le
gouvernement a prévu des mesu-
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mercredi à 6h48
Histoires Économiques
avec Jacques-Olivier Martin
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
res contenues dans la loi Elan, dont
la promulgation est promise d’ici la
fin du mois. Ainsi, les organismes
de logement social gérant moins de
12 000 logements devront se regrouper pour faire des économies
d’échelle. Cela devrait concerner
près de 170 OPH (offices publics de
l’habitat) et 70 ESH (entreprises
sociales pour l’habitat).
Deuxième chantier, la vente de
HLM que les pouvoirs publics veulent booster pour améliorer les finances des bailleurs sociaux. Alors
qu’il s’est vendu 8 900 logements
sociaux l’année dernière, le gouvernement a fixé comme objectif
d’enregistrer 40 000 cessions par
an. « Je ne vois pas comment y arriver, estime Marianne Louis. Déjà,
un quart des HLM sont dans des
QPV (quartiers prioritaires de la ville) où il ne faut pas vendre car le risque est trop grand de créer des copropriétés dégradées. »
En attendant, Action Logement
(ex-1 % logement), favorable à la
réforme du monde HLM, va lancer
d’ici à la fin de l’année un véhicule
destiné à racheter des immeubles
HLM aux bailleurs sociaux avant de
les vendre à leurs locataires. Cet
organisme doté de 4 milliards
d’euros veut acquérir 10 000 logements.
Par ailleurs, les compensations
promises aux organismes HLM par
la CDC (Caisse des dépôts) se mettent progressivement en place.
D’abord, 16 à 17 milliards d’euros
de prêts ont été rallongés, soit la
moitié de l’enveloppe prévue à cet
effet. Sur trois ans, cela représente
1 milliard d’euros de trésorerie. Le
gel du taux du livret A à 0,75 % jusqu’en 2020 apportera probablement quelque 200 millions d’euros
de trésorerie supplémentaires pour
les bailleurs sociaux. Et les 2 milliards d’euros de prêts de haut de
Une cité HLM
dans les quartiers nord
d’Orléans.
8 900 logements
sociaux ont été vendus
l'année dernière,
le gouvernement fixe
comme objectif
40 000 cessions
par an. ANDBZ/ABACA
bilan devraient générer en tout un
gain supérieur à 300 millions.
Pas de quoi compenser la baisse
de loyers selon beaucoup d’organismes HLM. « En plus, la ponction
sur les loyers est immédiate alors
que les aides ne le sont pas », résume Alain Cacheux, président de la
Fédération des OPH (offices publics de l’habitat), qui déplore
aussi que la baisse des loyers ait
atteint 840 millions et non pas
800 millions pour que les locataires aient parfois une réduction de
loyers un peu supérieure à la baisse des APL.
Bataille en vue
« Résultat, la production de HLM va
baisser, alors que le gouvernement
promettait un choc de l’offre, estime
Marianne Louis. Après avoir reculé
de 9 % en 2017, les agréments qui
permettent de bâtir des logements
sociaux vont reculer de 5 % cette
année. » Du coup, le monde HLM
va tenter d’infléchir le gouvernement pour que la ponction sur les
loyers ne passe pas comme prévu à
1,5 milliard d’euros en 2020. Encore une bataille en perspective entre
deux parties qui ont du mal à trouver un terrain d’entente. ■
CROISSANCE : LA
BANQUE DE FRANCE
UN PEU PLUS OPTIMISTE
£ Le PIB de la France devrait
progresser de 0,5 % au troisième
trimestre, a estimé lundi
la Banque de France, qui relève
ainsi son estimation de 0,1 point.
Après le trou d’air du deuxième
trimestre, avec seulement 0,2 %
de croissance, le dynamisme
revient à la fois dans l’industrie,
les services et le bâtiment.
52 JOURS POUR
UN RENDEZ-VOUS
CHEZ L’OPHTALMO
£ Un rendez-vous sur deux
avec un médecin généraliste est
obtenu en moins de deux jours,
selon l’enquête sur les délais
d’attente en matière d’accès
aux soins réalisée par la Drees.
Pour certaines spécialités
médicales, ces délais d’attente
sont de près de deux mois.
C’est en ophtalmologie
(52 jours), dermatologie
et cardiologie, qu’ils sont
les plus importants.
+
» Rénovation :
pour économiser, pensez
à vos travaux dès maintenant
www.lefigaro.fr/economie
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
ENTREPRISES
23
Fièvre porcine :
la France sur le
pied de guerre
L’arrivée de l’épizootie pourrait
coûter 700 millions d’euros à la filière.
AGRICULTURE « La question n’est
pas de savoir si elle arrivera, mais
quand elle arrivera », prévient un
haut fonctionnaire du ministère de
l’Agriculture. Trois semaines après
l’identification, à 15 kilomètres de
la frontière franco-belge, de deux
cas de fièvre porcine africaine sur
des cadavres de sanglier, la propagation en France de cette maladie,
sans danger pour l’homme, est inéluctable. Présent depuis quinze ans
en Russie, ce virus originaire
d’Afrique, qui touche porcs et sangliers, s’étend depuis quatre ans
dans plusieurs pays de l’Europe de
l’Est et se rapproche de la France.
Alors qu’il avançait au rythme
contenu de 2 km par mois, le virus a
entamé à la rentrée une trajectoire
inattendue, pour se retrouver à nos
frontières. Attendu en Allemagne, il
a fait un bond, inexpliqué, de
1 000 km, passant directement de
Pologne en Belgique.
« On n’en connaît pas les causes
précises, mais ce parachutage montre que la théorie de l’avancée progressive ne tient plus », explique
Guillaume Roué, président d’Inaporc, filière porcine française. Cette
maladie au taux de mortalité élevé,
résistante à tout vaccin ou traitement, se transmet d’un animal à un
autre. Elle prolifère aussi via des
mouvements de véhicules ou de
personnes venant de zones infectées, ou par des denrées alimentaires. Les restes d’un sandwich jeté
dans la nature par un routier venu
de Pologne représentent un risque.
De quoi susciter l’inquiétude jusqu’en Bretagne, cœur français de
l’élevage porcin d’où viennent 60 %
de la production tricolore.
Le passage du virus à l’intérieur
de nos frontières est très sérieusement envisagé par tous les acteurs
de la filière. Même si le foyer belge
reste circonscrit et ne touche que
les sangliers, le nombre de cas
outre-Quiévrain frôle les 25. « Nous
sommes sous la menace d’une des
plus grosses crises de notre filière.
Quand on a des sangliers morts dans
un massif à quelques kilomètres de la
frontière française, il faut se préparer », confiait il y a quelques jours
Bernard Vallat, le président de la
Fédération des industriels de la
charcuterie (FICT).
« La découverte d’un cas en France
serait une catastrophe. Le pire des
scénarios serait celui de l’apparition
du virus sur notre territoire », confie
Paul Rouche, directeur délégué de
Culture Viande, syndicat des entreprises d’abattage, de découpe et
transformation de viande. Ce serait
un cataclysme dans un secteur français déjà éprouvé par la baisse sensi-
La présence du virus
en France serait
un cataclysme dans
un secteur français déjà
éprouvé par la baisse
sensible de la
consommation de porc
(-5 % sur les huit
premiers mois
de 2018). JP JASLET/BEP/
OUEST-FRANCE
La Belgique privée de 50 %
de ses exportations
Dove multiplie les artifices
marketing pour se démarquer
La marque s’allie à l’ONG antifourrure Peta.
Elle entre sur de nouveaux marchés et catégories.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
CONSOMMATION Pour soigner son
image, Dove caresse les antifourrure dans le sens du poil. La marque
de beauté et d’hygiène d’Unilever
(Magnum, Axe, Sun…) a signé un
accord avec l’ONG Peta, connue
pour ses campagnes musclées pour
la protection des animaux. Les produits Dove sont désormais certifiés
par l’ONG qui garantit l’absence de
tests et d’essais des produits - et de
leurs ingrédients - sur les animaux.
La présence du logo « CrueltyFree » de Peta, apposé sur les emballages à partir de 2019, en attestera. « Ce niveau de transparence dans
le processus de fabrication est de plus
en plus important pour nos consommateurs, et notamment pour les
millennials, très engagés sur ces sujets, explique Firdaous Elhonsali,
responsable de la communication
de Dove. Nous espérons inciter
d’autres acteurs de l’industrie à nous
suivre. »
Relais de croissance
Comme toutes les grandes marques, Dove s’efforce de répondre
aux préoccupations de ses utilisateurs, en quête de sens dans leur
consommation, qui n’hésitent pas à
prendre la parole sur les réseaux
sociaux pour réclamer plus d’informations. Au point que nombre
d’entre eux se détournent des marques qu’ils jugent trop éloignées de
leurs valeurs pour jeter leur dévolu
sur de plus petits labels, plus éthiques, naturels ou issus de PME locales. Cela a notamment incité Dove
depuis plusieurs années à changer
de ton, en se plaçant davantage sur
le registre émotionnel, en rupture
avec la communication de labels
comme ceux de son rival L’Oréal. Il
a ainsi œuvré dans ses publicités à
casser les stéréotypes de la beauté
et incité les femmes à avoir une
meilleure estime d’elles-mêmes.
Ce ton a tiré le capital sympathie
de Dove, première marque de
beauté d’Unilever, dans les 171 pays
où elle est vendue. La marque, qui
génère plus de 4 milliards d’euros
de chiffre d’affaires dans le monde,
se porte bien, en croissance. Elle est
présente dans un foyer sur trois au
niveau mondial. Mais si elle est leader mondial des savons et gels douche, elle est devancée dans ses
autres catégories par de puissants
rivaux (L’Oréal, Beiersdorf, P&G).
Elle doit en outre composer avec un
marché morose dans l’Hémisphère
nord (- 2,2 % en France l’an passé).
Dans ce contexte, Dove a dû
trouver des relais de croissance. La
marque s’est efforcée d’étendre son
empreinte géographique en mettant l’accélérateur dans les pays
émergents. Le Brésil, l’Inde et la
Chine font désormais partie de ses
six premiers marchés. Elle est également entrée sur de nouvelles catégories comme les cosmétiques
masculines (Dove Men+Care) et
l’hygiène bébé (Baby Dove). Après
un test au Brésil il y a deux ans, ses
lingettes et autres crèmes de change ont été lancées l’an passé aux
États-Unis, en Angleterre et en
Inde. Dove a également débarqué
dans les exfoliants pour le corps.
La marque joue aussi sur les formats et les déclinaisons dans ses catégories historiques. Elle a ainsi
lancé une gamme de déodorants
« 0 % » (sans sels d’aluminium) qui
tire les ventes du secteur depuis le
début de l’année dans l’Hexagone.
Sa nouvelle mousse de douche a,
elle, contribué à créer une nouvelle
catégorie. La bataille des parts de
marché se joue sur tous les fronts. ■
ble de la consommation de porc
(- 5 % sur les huit premiers mois de
2018). L’arrivée du virus fermerait
en effet automatiquement tous les
marchés export hors UE. Soit 25 %
des débouchés. De quoi, selon Inaporc, faire tomber de 25 % les cours
français déjà bas (1,20 euro le kilo),
autour de 0,90 euro. Soit un manque
à gagner de 700 millions d’euros
pour une filière française qui pesait,
en 2017, 3,5 milliards d’euros.
Malgré son caractère inoffensif
pour l’homme, les acteurs savent
les répercussions psychologiques
d’une telle épizootie. Dans la foulée
de la découverte des cas belges, six
pays hors UE ont ainsi suspendu
toutes leurs importations de viande
porcine belge, dont la Chine et la
Corée du Nord (soit la moitié des
exportations belges hors UE).
Même en Europe, et malgré les règles de régionalisation, « deux tiers
des clients communautaires réguliers
de la Belgique ont manifesté leur désir de ne plus du tout acheter dans le
pays », conclut Culture Viande. Ce
cercle vicieux commence à se ressentir en France. Plusieurs transformateurs refusent des animaux
venant des quatre départements
français sous surveillance accrue,
alors même qu’ils restent vierges de
tout virus.
La crainte d’une arrivée du virus
a uni chasseurs et agriculteurs français, souvent à couteaux tirés sur la
question de la prolifération des sangliers en France. Il y a dix jours, ils
ont appelé le ministre de l’Agriculture à prendre des mesures « strictes
et rapides » pour empêcher l’arrivée
de l’épizootie en France, notamment dans la zone d’observation
renforcée (ZOR). Créée par le ministère après la découverte du foyer
belge, elle regroupe quatre départements frontaliers : Ardennes, Meuse, Moselle, Meurthe-et-Moselle.
Soit 133 communes françaises. Le
rappel de règles de biosécurité
(confinement des élevages…) et les
restrictions de chasse dans cette
zone doivent prévenir le déplacement du virus et son introduction
dans les élevages domestiques.
Du côté des industriels, on affirme ne pas céder à la psychose, mais
les signaux sont au rouge. Au-delà
des précautions sanitaires, les professionnels appellent les pouvoirs
publics à faire pression sur les pays
hors UE pour respecter les règles de
régionalisation définies par l’Organisation internationale de l’épizootie (OIE). Celles-ci préconisent
qu’un pays ne soit pas entièrement
fermé aux exportations lorsqu’un
virus y est détecté dans une seule
zone. « Au-delà des régions, il faut
aussi faire un distinguo entre les sangliers et les porcs domestiques, qui ne
sont pas touchés », appuie Guillaume Roué chez Inaporc.
Un dispositif de clôture de la zone
infectée belge, financé par un groupe d’industriels frontaliers (allemands, français, danois, néerlandais…) est aussi à l’étude, pour un
coût estimé de 3 millions d’euros.
« Il devrait diminuer sensiblement le
risque de propagation à la France »,
explique Paul Rouche, de Culture
Viande. Mais, comme la ligne Maginot, cette clôture sera d’un maigre
secours face au virus. ■
EN BREF
TOTAL ÉTUDIE
UN PROJET
PÉTROCHIMIQUE
£ Les géants pétroliers
français Total et saoudien
Saudi Aramco ont annoncé
lundi le lancement d’études
d’ingénierie en vue de
construire un complexe
pétrochimique à 9 milliards
de dollars en Arabie saoudite.
Le complexe doit être situé
à côté de la raffinerie
déjà existante Satorp,
exploitée par Saudi Aramco
(62,5 %) et Total (37,5 %).
CARREFOUR
ACCÉLÈRE DANS
LA BLOCKCHAIN
£ Après Walmart, Nestlé
ou Unilever, le distributeur
français a rejoint lundi
Food Trust, la plateforme
d’IBM, et sa technologie
blockchain. Ce partenariat
vise à élargir la traçabilité
de ses produits alimentaires
partout dans le monde.
Après une première
incursion en mars dans
cette technologie,
qui permet de partager
des informations sécurisées,
pour tracer sa filière qualité
poulet, le groupe veut
étendre le système
à 300 produits frais dans
le monde d’ici à 2022.
nouveau
numéro spécial :
tout ce qu’il faut savoir
sur la franchise
Ce niveau de
« transparence
dans le
processus
de fabrication
est de plus en
plus important
pour nos
consommateurs,
et notamment
pour les
millennials,
très engagés
sur ces sujets
FIRDAOUS ELHONSALI,
RESPONSABLE
DE LA COMMUNICATION
DE DOVE
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chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr
A
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Renault et PSA
à l’assaut de l’hybride
rechargeable
CHRONOLOGIE
FIN 2019
Lancement du premier
modèle hybride
rechargeable de PSA,
la DS7 Crossback.
2020
Lancement
des modèles hybrides
rechargeables
des marques Peugeot,
avec la 3008,
et Citroën,
avec la C5 Aircross.
Lancement
des premiers modèles
hybrides rechargeables
de Renault, le Captur
et la Megane.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Le retour de la
prime pour les voitures hybrides
rechargeables se profile. C’est
– quasiment – la promesse faite
par François de Rugy, le ministre
de la Transition écologique. Interrogé dimanche dans le cadre
du « Grand Jury RTL-Le FigaroLCI », il a affirmé être favorable
à une prime de 1 000 à
2 000 euros pour l’achat d’un tel
véhicule hybride rechargeable
(ou Phev, pour « plug-in hybrid
electric vehicle »), capable de
rouler de 50 à 100 kilomètres en
100 % électrique et quelques
centaines de kilomètres avec un
moteur thermique. « Nous allons
discuter avec le gouvernement,
nous allons discuter avec les
constructeurs, il faut qu’il y ait
une subvention à l’achat pour
l’hybride rechargeable », a promis le ministre.
Aujourd’hui, seuls les véhicules
100 % électriques bénéficient
d’une prime, d’un montant de
6 000 euros. Un bonus de
1 000 euros a longtemps existé
pour les moteurs hybrides (pas
seulement rechargeables), mais il
avait été supprimé début 2018.
Un seul constructeur en profitait
largement : Toyota, leader incontesté de la technologie hybride.
La situation est aujourd’hui tout
autre : les constructeurs français
– PSA et Renault – ont décidé de
se lancer dans l’hybride rechargeable. PSA n’a pas hésité à réclamer un retour des aides. « Il
est important que les autorités publiques réfléchissent aussi à la
mise en place d’incitations pour le
plug-in hybride », a déclaré
Alexandre Guignard, directeur de
la division véhicules à faibles
émissions chez PSA, fin septembre, lors d’une visite à l’usine de
Sochaux, qui fabriquera les premiers véhicules Phev du groupe.
DS AUTOMOBILES
Le gouvernement français envisage de mettre
en place une prime à l’achat de ce type de véhicules.
Le premier véhicule hybride rechargeable de PSA, la DS7 Crossback, arrivera sur le marché fin 2019.
La stratégie des deux constructeurs français va mettre un peu
de temps à se mettre en place. Le
premier véhicule de PSA, la DS7
Crossback, arrivera sur le marché
fin 2019. Ceux de Renault, Captur
et Megane, ne sont pas attendus
avant l’année suivante. Surtout,
la stratégie des deux constructeurs français n’est pas similaire
dans le domaine de l’hybride rechargeable. PSA vise des gros véhicules, la Peugeot 3008 et la Citroën C5 Aircross suivront, avec
des performances de haut niveau,
comme la possibilité d’accéder à
des performances 4 × 4 grâce à
deux moteurs électriques en plus
du moteur thermique, ou une
puissance cumulée maximale
équivalente à 300 chevaux. Forcément, le surcoût à l’achat par
rapport à une version thermique
sera important.
Renault vise
les petits véhicules
À l’inverse, Renault vise des véhicules plus petits. La Captur
sera même le premier véhicule
d’une taille si modeste (un segment B) équipée d’une telle motorisation hybride rechargeable.
La technologie a été développée
par Renault, avec pour objectif
de militer au maximum le surcoût, même s’il existera forcément. Le pari de la marque au
losange est de diffuser le plus
largement possible sa technolo-
gie Phev en l’implantant dans
des petits modèles. Avec un objectif de tenir les contraintes environnementales pour les années 2025 et 2030.
Pour y parvenir, il faudra aller
plus loin que les hybrides rechargeables. Le 100 % électrique sera
incontournable. Renault s’y est
lancé depuis 2010. Il poursuit son
offensice avec la K-ZE, une voiture électrique « low-cost » dévoilée au Mondial, qui sera
d’abord
commercialisée
en
Chine. Le groupe PSA s’y lance
également, avec l’arrivée de la
DS3 Crossback électrique, disponible mi-2019. Ce sera le premier
véhicule du constructeur utilisant une technologie PSA. ■
Engie veut une place pour le gaz dans la transition écologique
Le groupe regrette que le débat énergétique soit confisqué par les querelles autour du nucléaire.
66
installations
de biométhane
raccordées
aux réseaux de gaz
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
INDUSTRIE Le gaz, le grand oublié
de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ? Chez Engie
(ex-GDF Suez), on n’est pas loin
de le penser. Alors que la feuille de
route des pouvoirs publics sur la
période 2018-2028 est en pleine
voie d’élaboration, le groupe stigmatise « la double utopie » qui sévit
aujourd’hui : « Celle à la fois du
tout-électrique et du tout-nucléaire, pointe Didier Holleaux, le directeur général adjoint d’Engie,
qui s’exprimait lundi dans le cadre
d’une présentation à la presse. Le
débat nécessaire à la transition
écologique est quasiment confisqué
par l’affrontement entre pro et antinucléaire. » D’où le danger que la
PPE ne propose pas de « vision globale », affaiblie par « des options
néfastes et irréalistes ».
« Par exemple, on entend souvent dire qu’il faudrait systématiser
le recours au chauffage électrique
dans les logements neufs », reprend Didier Holleaux, c’est
oublier que la pression sur la
consommation à la pointe va encore
augmenter. » Ce pic intervient
traditionnellement en début de
soirée en hiver, avec l’obligation
pour RTE (Réseau de transport
d’électricité), l’entreprise chargée
de l’équilibre offre-demande, de
mobiliser le maximum de res-
LES DÉCIDEURS
â VALÉRIE DIXMIER
Somfy
Directrice des ressources humaines pour la
région Europe, Afrique et Moyen-Orient du
cimentier Lafarge, cette Sciences Po arrive chez
Somfy, autre groupe industriel, spécialisé dans
la domotique, où elle devient directrice des RH
et des organisations, et membre du comité exécutif du groupe.
â CHRISTIAN VALETTE
Crédit agricole
Après la Corse et la Réunion, le quinquagénaire,
dans le groupe depuis 1984, est promu aux commandes de la région Nord de France.
A
â PATRICIA BARBIZET
Haut comité
de gouvernement
d’entreprise-HCGE
L’influente femme d’affaires, fidèle de
la famille Pinault dont elle a dirigé le holding
Artémis jusqu’en novembre dernier, prend la
présidence du HCGE en charge du respect de
l’application du Code Afep-Medef. Fondatrice
de Temaris & Associés, qu’elle dirige aujourd’hui, elle dispose de divers mandats d’administratrice, notamment chez Artemis et Axa.
sources de production disponibles. En période de grand froid, il
n’est pas rare de voir la puissance
instantanée appelée s’envoler à
plus de 100 000 mégawatts.
Relais du renouvelable
Face à ce constat, le discours
d’Engie est rodé : le gaz est une
source d’énergie polyvalente et
mobilisable à tout moment, « relais idéal de l’éolien et du solaire
pour la production d’électricité ».
Dans ces conditions, l’équilibre
économique des centrales à cycle
combiné gaz (CCGT) doit être
amélioré. Certaines unités fonctionnant de manière très périodique, elles ne peuvent être rentables qu’avec le « mécanisme de
capacité » : un dispositif qui prévoit de rémunérer les installations
de production dès l’instant où elles sont disponibles.
Le gaz vert fait partie des arguments d’Engie pour augmenter la
place du gaz dans la transition
écologique. L’objectif est que ce
gaz vert puisse couvrir 10 % de la
demande totale de gaz à l’horizon
de 2028. Principal vecteur de développement, le biométhane
(produit à partir de la fermentation de déchets organiques) dispose d’une soixante d’installations raccordées au réseau. Au
cours du premier semestre 2018,
quelque 224 gigawattheures supplémentaires ont été installés,
contre 123 en 2017 et 64 en 2016.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Jean-Charles de Castelbajac, nouvel
homme de l’art de Luciano Benetton
Revenu l’an dernier, à
82 ans, à la tête d’United
Colors of Benetton (UCB),
pour tenter de redonner
des couleurs à l’entreprise
textile familiale en déclin, Luciano Benetton
est bien décidé à renouer avec les grandes
heures de la marque. Aujourd’hui, alors qu’il
n’y avait plus guère de créateur iconique à la
tête de la maison, il réalise un joli coup en
recrutant comme directeur artistique JeanCharles de Castelbajac.
L’affaire s’est faite via le photographe de
mode Oliviero Toscani, ami du créateur et
compagnon de la première heure, qui avait
signé toutes les grandes campagnes de
Benetton, et que le PDG a rappelé à son
retour. « Je vais passer beaucoup de temps à
Trévise. Toute l’âme, l’histoire, les archives,
sont là-bas. C’est un grand travail qui va me
demander beaucoup de temps », s’enthousiasme Castelbajac, qui se dit heureux
d’« accompagner la vision de Luciano Benetton ». Autant que de « parler produits et de la
façon dont ils vont être perçus, via les 6 000
ambassades dans le monde ». En pleine forme, Luciano Benetton, qui a rapproché la
production du produit, du marketing et du
commercial, séparés lors de la réorganisation
opérée en 2015, est très présent, avec sa sœur
Giuliana, créatrice des pulls, au QG de Trévise, assistant même à certains essayages au
studio de prototypage. « Ça ressemble à Vingt
ans après, d’Alexandre Dumas. C’est touchant
et chargé de sens. » Car pour Castelbajac,
avec « la déflagration digitale », la jeune
génération élevée au style n’a pas forcément
les moyens de s’offrir des marques chères.
« Avec son positionnement accessible, Benetton a un vrai rôle social à jouer. »
Redresser l’affaire qu’il avait créée en 1965
avec ses sœurs est une obsession pour le
patriarche, qui a vécu comme « une douleur
intolérable » la descente aux enfers de Benetton depuis quatorze ans et notamment son
passif de 81 millions en 2016, qui s’est encore
creusé l’an dernier. Après cette année de transition, il veut croire au redressement de la
maison familiale l’an prochain. Confiant, aussi, Jean-Charles de Castelbajac : « United
Colors of Benetton et moi avons toujours eu la
même vision de la mode, caractérisée par la
passion pour le tricot et l’amour pour les couleurs arc-en-ciel et le pop. » L’emblématique
designer, qui a quitté sa société éponyme après
sa cession en 2016 à un groupe coréen, conservera toutefois son indépendance et opérera en
free lance, comme il le fait avec Rossignol, Le
Coq sportif, Aéroports de Paris pour ses uniformes ou Citroën pour la nouvelle C3.
C. B.
Mais la filière reste en proie à de
nombreuses contraintes réglementaires et législatives. Dans sa
dernière édition, l’Observatoire
du biométhane (réalisé par le
think tank France Biométhane et
le cabinet Sia Partners) rappelait
que l’Allemagne recense déjà
208 installations.
Enfin, Engie souligne que le
gaz s’inscrit pleinement dans le
cadre de l’effort d’efficacité souhaité par l’État. Le pays, qui
consomme
annuellement
460 térawattheures de gaz,
pourrait descendre à 300 en
2050 avec la réalisation des programmes d’économies. Un énorme chantier, à la mesure des défis de la transition écologique. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â GUILLAUME FAURY
AIRBUS
Comme Le Figaro l’a annoncé, le conseil d’administration d’Airbus, réuni lundi, a choisi
Guillaume Faury, président d’Airbus Aviation
commerciale depuis février 2018, pour succéder
à Tom Enders à la tête du géant européen de l’aéronautique (lire nos éditions du 8 octobre). « Tom
Enders continuera d’exercer ses fonctions jusqu’à
l’assemblée générale prévue le 10 avril 2019 »,
précise le conseil. Rappelant sa « vaste expérience industrielle et aéronautique » chez Airbus, mais
aussi PSA Peugeot Citroën, Tom Enders a assuré
son successeur « d’une transition harmonieuse ».
Guillaume Faury (50 ans, X-ISAE SupAéro) était
précédemment PDG d’Airbus Helicopters.
â LOÏC AUBOUIN,
AMÉLIE LUMMAUX
Groupe ADP
Sur fond de privatisation prochaine du groupe, le
PDG d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet,
s’entoure de deux nouveaux lieutenants. Venu
de chez Bouygues Construction, où il occupait la
direction juridique corporate depuis 2011, Loïc
Aubouin devient directeur juridique et assurance
du groupe. De son côté, arrivée en 2017 chez
ADP, Amélie Lummaux prend les rênes de l’environnement et du développement durable. Une
fonction que cette HEC occupait par intérim depuis mai, après avoir notamment dirigé les projets transformations, comme le futur Terminal 4.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
TECH
25
Les Saoudiens
prêts à investir
dans le Vision Fund 2
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIE Les relations entre
l’Arabie saoudite et SoftBank se
portent bien. Mohammed Ben Salman, prince héritier d’Arabie saoudite, a annoncé son intention d’investir 45 milliards de dollars dans le
Vision Fund 2, le futur fonds d’investissement du géant japonais
SoftBank. Le pays avait déjà misé
une somme similaire dans le premier fonds géré par le groupe, lancé
fin 2016. Cet investissement se fera
via le Public Investment Fund
(PIF), le fonds saoudien public
d’investissement. « Nous générons
d’énormes bénéfices avec le premier
Vision Fund, a précisé Mohammed
Ben Salman dans une interview accordée à Bloomberg. Nous ne miserions pas de nouveau 45 milliards de
dollars si cela n’avait pas été le cas. »
Depuis 2016, le PIF, que dirige
personnellement Mohammed Ben
Salman, multiplie les investissements dans les entreprises de nouvelles technologies : chez Uber (à
hauteur de 3,5 milliards de dollars),
Tesla (dont il détient environ 5 %
du capital) ou son rival dans les voitures électriques, Lucid (chez qui il
a investi 1 milliard de dollars). Son
investissement le plus significatif a
été chez le premier Vision Fund, un
pari ambitieux de SoftBank qui,
malgré les doutes, semble pour le
moment satisfaire ses investisseurs.
Retour sur investissement
Lancé en 2016, le Vision Fund est
géré par Masayoshi Son, fondateur
et PDG de SoftBank. En deux ans, il
a créé une véritable onde de choc
dans le milieu des nouvelles technologies. Le projet impressionne
déjà par sa dotation : il a presque
atteint les 100 milliards de dollars.
Le Vision Fund est aussi soutenu
par plusieurs grands noms du secteur. Outre l’Arabie saoudite, Masayoshi Son a fédéré Apple, Qualcomm, Foxconn ou Sharp autour
de son projet. Il a enfin bénéficié
d’un ticket de 15 milliards de dollars du groupe Mubadala, société
d’investissement du gouvernement
d’Abu Dabi. Depuis son lancement,
le Vision Fund a déjà placé, ou promis d’investir, l’équivalent de
65 milliards de dollars. Parmi ses
plus grosses opérations, il a participé aux levées chez Uber, WeWork,
Flipkart ou Slack. Récemment,
SoftBank a annoncé un investissement de 500 millions de dollars
dans Grab, un concurrent asiatique
d’Uber. Le Vision Fund a participé à
plus de la moitié des plus grosses
levées de fonds d’entreprises de
technologie non cotées en 2017,
d’après les données de CB Insights.
Le Vision Fund a aussi provoqué
quelques inquiétudes. Premièrement, à cause du rôle proéminent
de l’Arabie saoudite dans l’initiative et donc, indirectement, dans la
vie de nombreuses entreprises dans
le monde. Le Vision Fund a aussi été
critiqué pour sa propension à inonder le secteur de nouvelles technologies de très grosses sommes d’argent, au risque de créer une
dangereuse bulle spéculative. Dans
son interview à Bloomberg, Mohammed Ben Salman affirme néanmoins que le Vision Fund a réalisé
un retour sur investissement de
plus de 20 % lors des cinq premiers
mois de son existence. L’une des
entreprises de son portefeuille,
Guardant Health, est entrée en
Bourse la semaine dernière. En mai,
Masayoshi Son a annoncé que le
deuxième Vision Fund serait lancé
« prochainement ». Il espère lancer
un nouveau fonds à 100 milliards de
dollars « tous les deux à trois
ans ». ■
GORODENKOFF - STOCK.ADOBE.COM
Ils miseraient 45 milliards de dollars
dans le nouveau fonds de SoftBank.
Une enquête de Bloomberg Businessweek explique comment des agents chinois auraient inséré des puces espionnes dans des composants
destinés à des fabricants d’ordinateurs américains, permettant ainsi d’accéder aux données transitant par les serveurs infectés.
Des soupçons d’espionnage
pénalisent la tech chinoise
Un article sur du cyberspionnage a fait chuté des titres comme Lenovo.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
TECHNOLOGIES L’affaire met un
violent coup de projecteur sur la
délicate question de l’interdépendance des sociétés technologiques
américaines et chinoises. Une enquête explosive – et contestée –
publiée la semaine dernière par les
journalistes de Bloomberg Businessweek décrit avec force détails
comment des agents agissant pour
le compte de Pékin auraient infiltré des chaînes de production
chinoises de la société américaine
Super Micro Computer. Ils y
auraient placé de minuscules puces
espionnes lors de l’assemblage de
cartes mères destinées à équiper
des serveurs.
Ainsi transformées en « portes
d’entrée » vers les réseaux
connectés aux serveurs infectés,
elles permettaient potentiellement
aux pirates d’accéder aux informations transitant sur ces serveurs. Or Super Micro Computer
est l’un des plus gros fournisseurs
de serveurs au monde. Il équipe
des agences gouvernementales
américaines et de grandes entreprises, dont Apple et Amazon. Les
journalistes de Bloomberg affirment avoir croisé 17 sources différentes pendant un an d’enquête
pour mettre à jour « la plus grande
attaque connue à ce jour sur une
chaîne logistique contre des entreprises américaines ». Ces révélations – démenties par Amazon et
Apple, qui affirment n’avoir détecté aucun signe d’intrusion, mais
« dePlus80 %
des
ordinateurs
sont
fabriqués
en Asie.
La plupart
des acteurs
devraient
être
impactés par
ce sujet.
Lenovo est,
peut-être,
plus visible
que les
autres
»
ÉLISABETH MORENO,
PRÉSIDENTE
DE LENOVO FRANCE
Masayoshi Son, PDG et fondateur de SoftBank.
ISSEI KATO/REUTERS
aussi par le département américain
de la sécurité intérieure, l’agence
de cybersécurité britannique et le
gouvernement chinois – ont provoqué un coup de tonnerre dans le
monde de l’industrie technologique américain et chinois. Aux
États-Unis, l’action Supermicro a
perdu 45 % de sa valeur vendredi
dernier. À la Bourse de Hongkong,
le titre de Lenovo, premier fabricant de PC mondial, a chuté de plus
de 16 % depuis vendredi. L’action
de l’équipementier télécoms ZTE –
pénalisé aussi par une décision de
justice américaine liée à une autre
affaire - a cédé près de 10 %.
« Plus de 80 % des ordinateurs
sont fabriqués en Asie. La plupart
des acteurs devraient être impactés
par ce sujet-là. Lenovo est, peutêtre, plus visible que les autres », a
déploré Elisabeth Moreno, présidente de Lenovo France, sur France Info. Les États-Unis représentent 30 % de ses activités
commerciales.
Au cœur de la chaîne
logistique
Les investisseurs ne découvrent
pas l’extrême dépendance chinoise de l’industrie américaine, ou
l’existence du risque de ces fameuses « portes dérobées » informatiques. De nombreuses entreprises
américaines ont construit leur modèle économique en installant des
usines en Chine et/ou en s’appuyant sur des sous-traitants
chinois pour assembler leurs produits et réduire ainsi leurs coûts de
fabrication. Mais l’affaire inter-
vient dans un contexte particulier :
la guerre commerciale ouverte entre Washington et Pékin provoque
déjà depuis plusieurs mois une
tension palpable sur d’éventuels
problèmes d’approvisionnement
ou de coût d’accès aux composants
chinois pouvant pénaliser l’industrie technologique américaine. Les
révélations de Bloomberg, même
teintées de doutes sur leur véracité, sèment le trouble par la sophistication de l’espionnage, au cœur
de la chaîne logistique et l’imbrication des processus de fabrication. Il est très difficile et coûteux
pour toutes les parties d’y apporter
des solutions à moyen terme. Jusqu’ici, les autorités américaines
s’étaient plutôt focalisées sur des
craintes d’espionnage de la part
d’équipementiers chinois comme
Huawei ou ZTE.
Pour ne rien arranger, un rapport publié vendredi dernier par le
ministère de la Défense américain
souligne le risque croissant lié au
« niveau étonnamment élevé de dépendance » de l’industrie de l’armement américain à des soustraitants chinois en matière de
matériaux et de technologie.
Vendredi dernier, le fonds spéculatif américain Greenlight Capital a vendu toutes ses actions Apple. « Nous sommes quelque peu
préoccupés par les représailles de la
Chine contre la politique commerciale américaine », a expliqué son
fondateur, David Einhorn, dans un
courrier à ses investisseurs. Depuis
jeudi dernier, l’action Apple et
Amazon ont perdu près de 4 %. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 8 OCTOBRE
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,24
41,98
-0,13
111,8
-0,37 105,96
-0,99 25,82
-0,54 101,1
-0,84 23,805
-1,35
51,65
-0,35 36,77
-2,15
111,4
-0,32
15,65
-1,79
12,562
-0,05 65,76
-2,89 122,85
-0,16
12,76
NC
NC
-0,73 123,35
-1,12 534
-2,07 428
-1,09 201,8
-0,89 60,88
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
41,47
111,1
102,16
25,395
99,72
23,4
50,81
36,5
109,15
15,455
12,3
65,25
119,3
12,61
NC
122,1
526,4
417,4
198,75
60,2
0,326 -3,02
0,208 +6,28
0,215 +24,84
0,126 -5,73
0,285 -17,63
0,287 -4,95
0,261 -17,83
0,145 -15,56
0,323 +10,53
0,36 -13,33
0,219 -10,32
0,166 -6,43
0,165 +34,83
0,188 -11,72
NC +12,01
0,269
0,092 +18,54
0,371 +15,03
0,068 +7,7
0,189 -6,12
JOUR
%VAR.
LVMH .............................................. 281,85 -1,52
♣
MICHELIN ..............................................
103,35 -0,43
ORANGE ..............................................13,605 -0,37
PERNOD RICARD ..................................
135,95 -1,31
PEUGEOT ..............................................
21,7
-0,96
♣ 52,46
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-1,28
RENAULT ..............................................
71,87 -0,61
SAFRAN ..............................................
114
-1,98
SAINT GOBAIN ..................................
35,195 -0,64
SANOFI ..............................................75,53 -0,66
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
65,44 -1,12
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,295 -1,4
SODEXO ..............................................86,64 -0,98
STMICROELECTRONICS .............................
14,97
-1,48
TECHNIPFMC ..................................25,71
-2,28
TOTAL .............................................. 54,05 -1,96
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
163,1
-0,29
VALEO .............................................. 32,05 -1,72
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,045 -0,7
VINCI♣.............................................. 80,2
-0,79
+HAUTJOUR +BAS JOUR
284,8
104,2
13,68
137,85
21,85
53,38
72,11
116,65
35,375
75,93
66,26
36,66
87,38
15,15
26,04
55,15
164,46
32,29
17,245
80,76
281,15
102,7
13,515
135,6
21,53
52,02
70,96
113,95
35,095
75,2
65,26
35,86
86,28
14,69
25,39
53,9
162,54
31,55
17,01
80,1
%CAP.ECH
0,156
0,336
0,167
0,145
0,218
0,331
0,245
0,225
0,274
0,125
0,183
0,468
0,187
0,31
0
0,209
0,258
2,296
0,263
0,159
MULTIPLICATION DES PRISES DE BÉNÉFICES À PARIS
La baisse s’est poursuivie lundi à la Bourse de Paris, avec un nouveau repli de 1,10 %
de l’indice CAC 40, à 5 300,25 points. Celui-ci affiche désormais une baisse de
près de 3,5 % sur les trois dernières
séances. Les investisseurs redoutent
qu’une remontée des taux trop rapide
aux États-Unis ne freine la croissance. En
fin de semaine dernière, la publication de
bons chiffres mensuels sur l’emploi aux
États-Unis avait en effet alimenté la fébrilité, avec de nettes tensions sur les
taux d’emprunts obligataires qui s’étaient
répercutées sur les actions. Les marchés
sont aussi préoccupés par les craintes de
ralentissement de l’économie chinoise.
Le constructeur automobile américain
General Motors a notamment fait état
31/12
+14,85
-13,55
-6,01
+3,03
+27,99
-7,4
-14,35
+32,7
-23,46
+5,12
-7,65
-15,69
-22,68
-17,77
-0,54
+17,39
-48,53
-19,88
-5,81
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6242
1,4915
0,8801
8,9874
130,11
1,1396
1,1478
3,2357
11,103
7,0434
20,5634
7,9502
85,08
136,1656
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33200
33600
-4,46
NAPOLEON ..................................................... 196,9
198,8
-4,83
PIECE 10 DOL USA .....................................................
569
569
-3,23
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204
204,5
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1140
1140
-2,4
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
196
196
-3,92
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1255,25
1255,25
-4,18
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,5
113
+1,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
195,1
197,3
-3,75
PIECE LATINE 20F .....................................................
192,5
195
-5,13
SOUVERAIN ..................................................... 246
248,9
-5,64
KRUGERRAND .....................................................1110
1110
-0,78
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
281,47 04/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,67 04/10/18
BELLATRIX C ................................................
334,04 04/10/18
SIRIUS ................................................55,80 04/10/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
d’une chute de 14,9 % des ventes de véhicules en Chine au troisième trimestre
en raison d’un ralentissement généralisé
du marché automobile dans un contexte
de tensions commerciales extrêmes entre Pékin et Washington. Cette annonce
a pesé sur le secteur automobile sur toutes les places boursières, en Europe et au
États-Unis.
La baisse ne se limite cependant plus
aux seules valeurs directement touchées
par les menaces de guerre commerciale
proférées par Donald Trump. Elle touche
désormais les plus belles valeurs de la
cote, qui sont victimes d’une détérioration de la visibilité sur les marchés financiers. Les corrections les plus importantes ont touché, ce lundi, les titres qui
avaient le plus monté ces dernières semaines et sur lesquels les investisseurs
ont préféré prendre leurs bénéfices. C’est
le cas de Dassault Systèmes (- 2,89 %),
de Capgemini (- 2,15 %), Kering (- 2,07 %),
Safran (- 1,98 %) et LVMH (- 1,52 %). Le
recul du prix du baril de pétrole a aussi
poussé TechnipFMC à la baisse (- 2,28 %),
ainsi que Total (- 1,96 %). ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 41,7
♣
AIR LIQUIDE ..................................
111,65
AIRBUS ..............................................103,62
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,56
ATOS .............................................. 99,96
AXA .............................................. 23,51
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,15
BOUYGUES ..............................................
36,57
CAPGEMINI ..............................................
109,3
CARREFOUR ..............................................
15,635
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,376
DANONE ..............................................65,45
DASSAULT SYSTEMES ..................................
119,45
ENGIE .............................................. 12,655
ESSILOR INTL. ..................................128,75
ESSILORLUXOTTICA ..................................
122,2
HERMES INTL ..................................529
KERING ..............................................420,2
L'OREAL ..............................................199,2
LEGRAND ..............................................60,26
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
« L’Obs » se réorganise et met le cap
vers les abonnements numériques
Sa directrice, Dominique Nora, veut
faire du digital un relais de croissance
et passe la rédaction en « Web first ».
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Six mois après sa nomination à la tête de la rédaction, la journaliste Dominique Nora a enclenché « une refondation » du newsmagazine de gauche, dit-elle. Le
cap du célèbre hebdomadaire du
groupe Le Monde, passé numéro
deux du marché derrière Le Point, a
été clairement énoncé aux équipes :
multiplier les abonnements numériques, perçus comme le relais de
croissance incontournable face aux
mutations du marché des newsmagazines. Car, si L’Obs a gagné de
l’argent l’an passé et devrait être à
l’équilibre pour 2018, sa diffusion
papier est en fort recul (- 20 % entre
juillet 2017 et juin 2018, à
273 000 exemplaires).
L’Obs ne compte que 7 700 abonnés au seul Web, et 220 000 abonnés papier. Pour faire grimper ce
nombre, la rédaction vient d’être
réorganisée. Adieu, le mur infranchissable entre la rédaction du papier et celle du Web. Les effectifs
numériques ont été répartis au sein
des services du « print » (papier),
rebaptisés « pôles », afin de former
des équipes réellement bimédias.
« Notre but est de publier des papiers
Web avec une véritable valeur ajoutée. La production numérique doit
être égale à ce que l’on écrit pour le
magazine », indique Dominique
Nora. Certains articles sont gratuits, d’autres payants. En parallèle, les articles du magazine sont publiés en Web first. L’actualité
chaude n’est pas abandonnée, mais
recentrée sur l’essentiel. Pour chapeauter ce virage numérique,
L’Obs vient d’embaucher Alexandre Phalippou, venu du HuffPost.
« Il n’y a plus d’illusions chez les
journalistes print : il n’est plus possible d’ignorer le numérique », poursuit la directrice. Un mois après la
mise en place de cette réorganisation, les audiences n’ont pas baissé,
un motif de satisfaction.
Un marché difficile
L’Obs va bientôt utiliser l’outil de
publication du Monde, Le Huit, pensé pour le bimédia. L’hebdomadaire
va aussi bénéficier du savoir-faire
des équipes marketing du quotidien
pour aller séduire de futurs abonnés
numériques. Ces derniers seront
chouchoutés : newsletters exclusives, événements, invitations à la rédaction… « On s’abonne car on se
sent en famille. Nous devons créer des
communautés affinitaires », explique la directrice. La ligne éditoriale
a été axée vers « un journalisme
d’engagement qui ne soit pas dans la
critique systématique, et qui met en
valeur ceux qui bougent et alertent »,
précise Dominique Nora, qui résu-
Dominique Nora,
directrice
de la rédaction
de L’Obs.
ERIC GARAULT / PASCO
me cette définition par « l’optimisme de combat ».
La nouvelle directrice de L’Obs
doit faire face à un marché chahuté
des hebdomadaires. Outre des ventes en recul, la singularité des newsmagazines est de plus en plus grignotée par les quotidiens. En plus de
leurs suppléments week-end, les
journaux multiplient dans leurs pages les longs formats, enquêtes et
sujets magazine, qui furent l’apanage des newsmags. Comment se démarquer ? « Nous devons trouver des
sujets sur lesquels nous serons la référence, bien plus que les quotidiens », explique Dominique Nora.
Son élection, à 73 % des voix, est
aussi intervenue après une période
mouvementée pour la rédaction.
Sous l’ère de Matthieu Croissandeau, Le Nouvel Observateur a changé de nom, voté une motion de défiance contre « la stratégie illisible »
de son directeur et le licenciement
(reconnu abusif par les prud’hommes) d’Aude Lancelin, et connu un
plan de départs d’une quarantaine
de salariés. Ce dernier avait fait descendre les journalistes dans la rue,
une première. L’Obs est-il aujourd’hui apaisé ? « Ce qui est sûr, c’est
que nous ne voulons pas être le Kodak
du journalisme. Nous engageons un
grand changement culturel », affirme Dominique Nora. ■
EN BREF
PUBLICIS GAGNE
LE CONTRAT MÉDIA
MONDIAL DE GSK
£ Le groupe pharmaceutique
britannique GSK a attribué
son budget média mondial
de 1,7 milliard de dollars
à l’agence Publicis. Pour gérer ce
contrat, le groupe français
a créé une sous-agence, baptisée
Platform GSK avec des experts
en pharmacie, en transformation
numérique, dans les données
et le marketing.
Podcast : quand
la fiction monte le son
Plébiscitées par les consommateurs,
les séries arrivent en version audio.
A
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
AUDIOVISUEL Le secteur du podcast étoffe un peu plus son offre.
Après l’information et le divertissement, très ancrés dans le réel, la
fiction tente à son tour de faire entendre sa voix. Pour l’heure, le
consommateur en est encore réduit à chercher une aiguille dans
une botte de foin sonore. La raison : le marché, balbutiant, reste
très éclaté et les propositions se
retrouvent bien souvent noyées
dans le flux de replay des radios.
Les choses pourraient néanmoins changer. D’ici à la fin de
l’année, une application intégralement dédiée aux séries et baptisée
Sybel va voir le jour sur Android et
iOS. « Nous passons notre vie devant les écrans, la fiction audio est
une alternative intéressante », estime Virginie Maire, sa fondatrice.
D’autant qu’écoutées en fond sonore, les séries audio permettent
de vaquer à d’autres occupations.
Le nouveau service, lancé dans
une vingtaine de pays et disponible en quatre langues, proposera
des polars, comédies, thrillers, récits de science-fiction aussi bien
que des séries documentaires ou
historiques. Des histoires pour enfants et des romances pour ados
viendront compléter le catalogue
de Sybel, commercialisé au prix de
4,99 euros par mois. Ce Netflix
audio permettra d’accéder à
200 séries au total, très immersives, dont une moitié dédiée au public jeune. « Un tiers de notre offre
sera constitué par des créations originales. Une dizaine de fictions est
déjà en cours de production, et une
trentaine, en développement »,
précise Virginie Maire. Alors que
les chaînes de télévision dépensent
plusieurs centaines de milliers
voire plusieurs millions d’euros
par épisode de fiction, les séries
audio, même si elles sont longues à
produire, nécessitent « quelques
dizaines de milliers d’euros » par
épisode.
« L’Appel des abysses »
Sybel n’est pas le seul acteur à miser sur la fiction. Depuis le début
de l’année, France Culture, en
partenariat avec la SACD, a édité
trois fictions dédiées à l’écoute en
podcast, dont L’Appel des abysses,
récit postapocalyptique en dix
épisodes diffusé depuis la mi-septembre. « L’accueil est bon », se
réjouit Sandrine Treiner, la directrice de France Culture. La précédente série, L’Incroyable Expédition de Corentin Tréguier au Congo,
a été podcastée 500 000 fois. Et
d’autres projets vont suivre, le
prochain étant attendu pour la fin
de l’année. « Une fiction par trimestre en podcast, c’est un bon
rythme, estime-t-elle. Ce type de
nouveaux formats nous aide à recruter chez la jeune génération. »
Bonne pioche : cette année, « plus
de 50 % des nouveaux auditeurs de
France Culture ont entre 15 et
35 ans », assure sa directrice.
De son côté, France Inter a ciblé
directement les enfants. Accessible depuis le mois de septembre, la
série de podcasts « Oli » réinvente
l’histoire du soir à destination des
5-8 ans. La station a fait appel à
plusieurs écrivains comme Delphine de Vigan, Guillaume Meurice ou encore Geneviève Brisac afin
d’imaginer et de narrer ces contes.
Radio Classique vise de la même
manière les tout-petits. Elle recyclera courant octobre sous la forme de podcasts ses « Histoires en
musique » racontées par Élodie
Fondacci. Le catalogue, qui va de
Cendrillon à Pierre et le Loup, sera
ensuite enrichi d’autres contes
pour enfants. ■
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 065 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/economie
QUE VALENT
LES ASSURANCES ?
PAGE 31
COMMENT PROTÉGER SON
INTIMITÉ AU JARDIN FACE
AUX VIS-À-VIS DES VOISINS
CI-CONTRE : STACEY_NEWMAN/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO ; EN HAUT À GAUCHE : HALFPOINT - STOCK.ADOBE.COM ; EN HAUT À DROITE : ECOSYLVA PAYSAGISTE
PAGE 32
À qui confier
son argent ?
Les établissements qui s’intéressent
à votre épargne sont nombreux.
Nos conseils pour faire le bon choix
en fonction de votre profil.
PAGES 28 À 30
ÉDITORIAL
Pas facile
d’épargner !
E
t vous, vous arrivez à faire progresser votre patrimoine, à
épargner, à dénicher de bons
placements ? Avec l’érosion des taux
des fonds en euros et du livret A, les
classes moyennes n’ont plus de martingale, de placement à leur mesure qui
leur inspire confiance. Elles sont déboussolées. Prises en étau entre les
plus nantis qui obtiennent de meilleurs
rendements sur leurs portefeuilles et
les plus modestes qui bénéficient des
allégements de fiscalité, taxe d’habitation en tête, les classes moyennes ont
trop souvent le sentiment de rester au
bord de la route.
Des schémas de
Les classes
placement somoyennes
phistiqués permettent - et tant
n’ont plus
mieux - aux plus
de placement
à leur mesure fortunés d’investir dans les entreprises non cotées
avec des espoirs
de rendements alléchants, mais à
condition de disposer
d’un ticket d’entrée
élevé. Même chose pour
certains placements immobiliers aux généreux rendements réservés à des investisseurs
fortunés. Bien sûr, la palette des placements est large, bien sûr le gouvernement tente de donner un coup de
pouce à l’épargne salariale et à l’épargne retraite, mais les réformes envisagées ne vont pas bouleverser la
donne pour le gros des patrimoines.
Pour le Français moyen, le monde de
l’épargne est compliqué et le seul
moyen de se constituer un patrimoine
à crédit consiste toujours à investir
dans l’immobilier. Mais la pierre est
lourdement taxée et les propriétaires
redoutent un nouvel alourdissement
de l’impôt. Ils craignent aussi une rigidification des rapports propriétaireslocataires et une érosion des rendements avec le retour de l’encadrement
des loyers, à Paris notamment. D’où le
blues de l’épargnant. Comment les
classes moyennes vont-elles vivre le
prélèvement à la source en janvier ?
Sentiment d’appauvrissement ou
pas ? Réponse dans quelques mois.
Dans un contexte compliqué, de taux
bas et de Bourse qui doute, mieux vaut
en tout cas être bien accompagné
pour gérer son épargne. Notre dossier
est là pour vous aider à trouver les
bons interlocuteurs et à vous poser les
bonnes questions. CAROLE PAPAZIAN
A
DÉPENDANCE MAISON
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
LA BOURSE
DÉÇOIT
Depuis le début
de l’année, le risque
a peu payé, les sicav
actions n’ont gagné
que 1,47 % en moyenne
selon Six.
Mais cette moyenne
cache de grandes
disparités : les produits
investis en actions
américaines ont bondi
de 10,89 % en neuf mois,
alors que les sicav
actions françaises
ont fait du sur place
(- 0,53 %) et les sicav
actions allemandes
ont chuté de 3,5 %.
Quant aux fonds actions
émergentes, ils ont
perdu deux fois plus.
À qui confier
son argent,
comment faire
le bon choix ?
Performance depuis le début
de l’année des fonds
commercialisés en France*
en pourcentage
Obligations en euros
-0,81
Actions européennes
-0,52
Actions françaises
-0,53
Actions allemandes
-4,24
Actions américaines
10,89
Actions émergents
-7,18
Actions brésiliennes
-13,58
*Données arrêtées au 28 septembre 2018
Source : SIX
Infographie
Il y a des
signes qui
montrent que
la croissance
mondiale
a atteint
un plateau
»
CHRISTINE LAGARDE,
DIRECTRICE
DU FONDS MONÉTAIRE
INTERNATIONAL (FMI)
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Selon votre profil, le temps dont vous disposez et les conseils que vous attendez, l’interlocuteur
DOSSIER RÉALISÉ PAR
LUC MAGDELEIN
PLACEMENTS Bien gérer ses finances n’a jamais été chose simple.
Mais c’est encore pire depuis dix
ans, c’est-à-dire depuis le déclenchement de la crise financière.
Auparavant, une répartition entre
actions et obligations suffisait à
composer un patrimoine harmonieux, les premières apportant la
performance de long terme, tandis
que les secondes, pourvoyeuses
d’un rendement stable, jouaient le
rôle d’actif refuge, donc d’amortisseur dans les périodes tourmentées.
La formidable baisse des taux voulue
par les banques centrales pour éviter
que l’effondrement de l’économie
mondiale a eu raison de ce bel équilibre. Les obligations n’offrent plus
qu’un rendement rachitique et sont
sujettes comme jamais auparavant à
un risque de baisse de valorisation,
lorsque les taux remonteront.
Comment allouer ses avoirs financiers entre les différents types
d’actifs ? Même les professionnels de
la finance confessent aujourd’hui
être dans le doute. Tous les six mois,
les experts de Lazard Frères Gestion
présentent à la presse financière
leurs vues sur la macroéconomie et
les différents marchés. Classiquement, ils consacrent une page de
cette présentation à établir une hiérarchie des classes d’actifs en fonction de leur potentiel de rentabilité
dans les douze mois à venir, revenant d’ailleurs sur leurs prévisions
précédentes. Le mois dernier, ils ont
intentionnellement laissé un flou sur
cette page. Le dilemme qui se pose à
eux, comme à tous les investisseurs,
est le suivant : l’économie mondiale
continue de « tourner », sinon à
plein régime, du moins à un rythme
soutenu, cohérent avec les 3,9 % de
croissance attendus par le Fonds
monétaire international, tant cette
année que pour 2019. Mais divers
risques, souvent d’origine politique,
font figure de menaces potentielles,
sans qu’il soit possible de quantifier
précisément leur probabilité de réalisation. Les nuages sur le commerce
international illustrent bien ce fait :
il faudrait être à la fois dans la tête de
Donald Trump et de Xi Jinping pour
savoir jusqu’où le premier va aller et
à quel point le second va répliquer.
Et c’est sans compter le risque italien, la crise touchant des pays
émergents comme la Turquie ou
l’Argentine, ou le risque de dérapage incontrôlé de l’inflation américaine. Dans ce contexte où la prudence ne paie pas, les épargnants
sont amenés à prendre des paris tout
en se tenant prêts à les remettre en
cause le cas échéant.
Ainsi, au moment de choisir le ou
les intermédiaires financiers à qui
confier votre argent, une étape cruciale est de se demander de quel niveau de conseil vous avez besoin.
Cela vous permettra d’arbitrer entre le fait de conserver un intermédiaire avec lequel vous pouvez avoir
un contact physique - une agence
bancaire, par exemple - ou si vous
pouvez « migrer » vers des inter-
500 000
euros
C’est le seuil à partir
duquel les services
d’une banque privée
sont généralement
accessibles
médiaires en ligne. Ces derniers,
lorsque ce sont des filiales de groupes bancaires ayant pignon sur rue
- c’est le cas par exemple d’acteurs
comme Boursorama, Fortuneo ou
ING Direct - ou des acteurs indépendants distribuant des contrats
d’assurance-vie émanant d’acteurs
sérieux - Linxea, Mes-placements.fr ou Assurancevie.com -,
vous proposent des offres contrôlées par les régulateurs financiers
comme l’Autorité des marchés financiers et ne présentent donc pas
de risques particuliers. Mais si leurs
services sont moins coûteux, le niveau de conseil sera forcément plus
léger que celui d’un banquier qui
vous connaît depuis des années et
en qui vous avez confiance, si vous
avez la chance d’avoir pu tisser un
lien personnel avec lui sur le long
terme.
Sachez évaluer correctement votre niveau de connaissance financière et réfléchissez au temps que
vous souhaitez passer à gérer votre
patrimoine. Par exemple, des offres
émergentes comme les plateformes
de prêt participatif comme Lendix,
Crédit.fr ou Bolden ont des attraits
pour qui souhaite investir dans
l’économie réelle et le tissu de PME
français, mais elles supposent de
consacrer un minimum de temps à
la gestion. Si votre souhait est de ne
regarder l’état de votre patrimoine
qu’une fois par an, préférez des intermédiaires vous proposant des
offres « packagées » comme la gestion sous mandat. En fonction du
niveau de risque que vous suppor-
tez, l’intermédiaire fera à votre
place les arbitrages nécessaires entre les différentes classes d’actifs.
Le degré de maturité et de complexité de votre patrimoine constitue un autre point important au
moment de choisir un intermédiaire. Si vous êtes un jeune trentenaire
célibataire et sans enfants en cours
de constitution de votre patrimoine, les offres des robo-advisors
comme Yomoni, WeSave ou Advize
ont de quoi séduire : certaines sont
accessibles à partir de quelques
centaines d’euros d’investissement
et elles se fondent sur des « trackers » (des fonds très peu chargés
en frais répliquant la performance
d’indices boursiers), ce qui en fait
de bons outils pour commencer à se
constituer un patrimoine.
“
Le degré de maturité
et de complexité
de votre patrimoine
constitue un autre
point important
au moment de choisir
un intermédiaire
”
À l’inverse, dans le cas d’un patrimoine déjà important et d’une situation familiale ou successorale complexe, le recours aux services d’une
banque privée (qu’elle soit une filiale
d’un grand groupe bancaire ou un
acteur indépendant comme Lazard,
Meeschaert ou Oddo) peut s’avérer
A
Votre épargne est mieux protégée dans une banque que dans une néobanque
105 000 euros sur ses comptes et
monsieur 75 000 euros tandis que
chaque enfant est titulaire d’un
Livret Jeune pourvu de 1 500 euros,
la protection en cas de défaillance
couvrirait cette famille à hauteur
de 178 000 euros sur les 183 000
euros détenus au total, les seules
sommes non couvertes étant la
part des comptes de Madame
excédant 100 000 euros. Signalons
d’ailleurs que ce plafond est relevé
de 500 000 euros pour le cas spécifique des « dépôts exceptionnels
temporaires » : il s’agit de sommes
présentes sur un compte pour une
durée limitée, par exemple à la suite d’une cession immobilière.
Le cas des livrets A, LDD ou LEP
est spécifique : pour ces livrets réglementés, la garantie est apportée
par l’État. Ici, l’intégralité des
sommes déposées est protégée.
Autre mécanisme géré par le
FGDR, la garantie des titres va
protéger votre épargne de long
terme. « Elle couvre les titres au
sens large - actions, obligations,
parts de fonds -, explique Thierry
Dissaux, président du directoire du
FGDR. Maisil faut bien comprendre
qu’elle ne protégera pas contre la
baisse de valorisation de vos titres,
seulement contre leur disparition en
cas de faillite, de fraude ou de grave
incident informatique empêchant la
restitution des titres dont vous êtes
propriétaire. » Cette garantie, également plafonnée à 70 000 euros
par personne, va s’ajouter aux
précédentes.
Un risque limité
Mais ce n’est pas tout ! Une partie
importante de l’épargne financière
des Français est détenue au travers
de contrats d’assurance-vie. Et, là,
c’est un organisme « cousin » du
FGDR, le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) qui
assure votre protection. Celle-ci
aussi joue à hauteur de 70 000
euros si l’assureur est agréé en
France, ce qui est le cas de la plupart des contrats ayant pignon sur
rue. Par exemple, Generali Vie est
bien un assureur de droit français,
même si sa maison-mère est ita-
lienne. Et de la même manière, les
garanties du FGDR sont systématiques pour les établissement régulés
en France par l’Autorité de
contrôle prudentiel et de régulation (ACPR) ou l’Autorité des marchés financiers (AMF).
En cas de doute, vérifier si votre
fournisseur de services financiers
fait partie du périmètre couvert
par le FGDR ou le FGAP est utile
(vous pouvez le faire en consultant
les sites web de ces deux organismes) en raison de subtilités insoupçonnées. « Si vous détenez un
compte-titres dans un établissement qui n’est pas une banque mais
un prestataire de services d’inves-
Les
« détenteurs
d’un contrat
d’assurancevie
sont couverts
à hauteur
de 70 000
euros
»
GETTYIMAGES
Depuis la crise de 2008, les banques européennes font l’objet d’un
encadrement bien plus strict. Et
force est de constater que les acteurs français apparaissent solides.
Mais que se passerait-il dans le cas,
même improbable, où l’établissement à qui vous avez confié votre
argent serait dans l’impossibilité
de vous restituer les sommes
confiées ? Plusieurs mécanismes
gérés par le Fonds de garantie des
dépôts et de résolution (FGDR)
permettraient alors de vous indemniser. Le premier - la garantie
des dépôts - concerne les sommes
déposées sur un compte courant,
un compte chèque, un PEL, un
Livret Jeune ou encore la partie espèces d’un PEA : le détenteur sera
protégé jusqu’à 100 000 euros, cette somme n’étant pas appréciée
par compte mais en agrégeant tous
les comptes de chaque personne
physique ou par entreprise cliente
de l’établissement concerné, y
compris les enfants mineurs. Imaginons le cas d’un couple avec
deux enfants : si madame possède
En cas de doute, vérifiez si votre fournisseur de services financiers
est couvert par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR)
ou par le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP).
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
Au moment de choisir
le ou les intermédiaires
financiers à qui confier
votre argent,
une étape cruciale
est de se demander
de quel niveau
de conseil
vous avez besoin.
S. L./ STOCK.ADOBE.COM
29
Cinq spécialistes pour parler de vos finances
privées
u Banques
L’expression désigne des banques
visant la clientèle particulière aisée
ou fortunée. Elles peuvent être des
filiales ou des marques appartenant à
de grands groupes bancaires (BNP
Paribas Wealth Management, Société générale Private Banking) ou des
acteurs indépendants aux noms
parfois prestigieux (Banque Lazard,
Edmond de Rothschild, etc.). Leurs
services sont généralement accessibles à partir de 250 000 voire
500 000 euros d’actifs confiés pour
les acteurs intégrés. Pour les indépendants, le seuil peut être beaucoup plus élevé.
u
Conseillers
en gestion de patrimoine
Ce sont des professionnels de la finance dont le métier est d’apporter
des conseils patrimoniaux à des individus ou des familles. Ils peuvent
être employés par des banques mais
on réserve souvent le terme aux
acteurs indépendants du secteur,
souvent de petites officines de moins
de 5 personnes. En France, ils sont
sujets à une habilitation, sous le
contrôle de l’Autorité des marchés
financiers : le statut de conseiller en
investissements financiers (CIF). Ils
doivent aussi adhérer à une asso-
treprise mais aussi un risque
d’illiquidité, ces titres étant impossibles à revendre sur un marché), soit
sous forme de prêts rémunérés à des
petites et moyennes entreprises ou
des promoteurs immobiliers.
u Néobanques
Attention, faux ami ! Ce néologis-
En France, l’habilitation
des conseillers
en gestion
de patrimoine
se fait sous
le contrôle de l’Autorité
des marchés
financiers (AMF).
GOODLUZ STOCK.ADOBE.COM
ciation professionnelle et être enregistré au registre des intermédiaires
financiers (Orias).
u Crowdfunding
Ce terme signifie littéralement le
« financement par la foule » et désigne des plateformes Internet permettant aux internautes de se regrouper pour financer ensemble des
projets, d’où le terme français de
« financement participatif ». Ces financements peuvent être de simples
dons. Mais certaines plateformes
proposent des investissements. Soit
dans le capital d’entreprises non cotées (ce qui fait supporter à l’investisseur le risque de faillite de l’en-
me désignant des intermédiaires financiers alternatifs développant des
services de type bancaire, généralement accessibles sur des applications mobiles, est trompeur. Tous ne
sont pas des banques à proprement
parler, certains étant des établissements de paiement sans agrément
bancaire. C’est le cas du Compte
Nickel, qui a séduit plus d’un million
de clients et dont la société est filiale
du groupe BNP Paribas.
u Robo-advisor
Ce terme de « robot-conseiller »
désigne des offres qui proposent,
souvent via une plateforme Web,
une gestion automatisée ou semiautomatisée de vos avoirs financiers.
Ils sont très développés aux ÉtatsUnis, avec des acteurs importants
comme Wealthfront ou Betterment,
mais restent émergents en France et
se distinguent par leur côté lowcost. ■
ne sera pas le même.
tissement, ce qui est le cas des anciennes sociétés de bourse, la couverture est plafonnée à 70 000
identique pour la partie titres
(70 000 euros) et les espèces associées sont couvertes jusqu’à 70 000
euros également. Mais celles-ci seront incluses dans les sommes couvertes par la garantie des dépôts
plafonnée à 100 000 euros, si le
compte-titres est tenu par une banque », indique Thierry Dissaux.
Diversification et confiance
Quant aux nombreuses banques en
ligne, leur situation juridique n’est
pas toujours la même. Par exemple, Eko n’est pas une banque,
mais une marque du Crédit Agricole : c’est donc la garantie de cet
établissement qui jouerait en cas
de défaut. HelloBank (BNP Paribas) est dans le même cas, mais
Boursorama est une banque à part
entière, bien qu’appartenant au
groupe Société Générale : autrement dit, en cas de défaut du groupe, le fait d’avoir un compte ouvert
dans chacun des deux établisse-
Conseils
« Il faut être prêt à immobiliser
son capital »
Un vrai casse-tête ! Entre les taux
bas et le retour de l’inflation,
il est difficile de faire fructifier
son épargne. Une seule certitude :
« La recherche de sécurité
entraîne un risque de perte
en capital », constate,
provocateur, Meyer Azogui,
président de Cyrus conseil.
Avec des fonds euros ayant
rapporté en moyenne 1,8 %
en 2017 (probablement moins
cette année) et une hausse
des prix de 2,3 %, l’épargne
est grignotée par l’inflation.
Quant à ceux qui acceptent
de prendre un peu plus de risques,
ils doivent faire face à un autre
écueil : la valorisation élevée
des actifs. « Dans ce contexte,
il faut renoncer à la liquidité,
accepter d’immobiliser
son patrimoine entre 8 à 10 ans,
sans oublier de conserver
un minimum de cash pour
saisir les opportunités
qui se présenteront quand
les marchés baisseront »,
conseille Meyer Azogui. Parmi
les placements qu’il recommande
de privilégier : l’immobilier,
qui permet de s’endetter, ou
les fonds structurés, qui protègent
contre une baisse des marchés.
MARIE BARTNIK
ments vous permettrait de faire
jouer des deux côtés les mécanismes de protection. Idem pour un
compte ouvert à la Caisse d’Épargne de Picardie et un autre à la
Caisse d’Épargne Rhône Alpes :
une marque, mais deux établissements séparés ! Tout cela plaide a
priori pour une diversification des
intermédiaires que vous utilisez,
mais, la probabilité de « casse »
restant infime, d’autres éléments,
comme la confiance dans les
conseils de votre intermédiaire,
sont plus importants encore !
Reste le cas des « néobanques » :
malgré ce néologisme trompeur,
ce ne sont pas toujours des banques. N26 est certes un établissement de crédit, de nationalité allemande : ce n’est donc pas le
système de protection français qui
s’applique. Revolut ou Compte
Nickel, simples services de paiement, ne sont pas couverts du tout
par le FGDR : leurs services peuvent être attirants, mais ils n’ont
pas vocation à servir de banque de
dépôt. ■
L. M.
UNIQUE
comme chacune de vos idées.
IMAGINONS L’AVENIR
A
utile, notamment pour accéder à une
plus large palette d’offres financières
ou pour optimiser les impacts de la
fiscalité sur votre patrimoine. Les
seuils d’accès à de telles offres sont
toutefois élevés et elles n’ont pas nécessairement d’utilité en deçà de
500 000 euros d’actifs financiers
confiés. Dans le cas contraire, les
conseillers en gestion de patrimoine (CGP) peuvent constituer une alternative. Ces CGP sont des cabinets
indépendants, souvent de petite
taille (ce sont parfois même des entreprises unipersonnelles). Il en
existe quelques milliers en France et
selon un récent sondage fait auprès
de leur clientèle de BNP Paribas Cardif, 91 % de leurs clients ont une
bonne image d’eux. Si vous entrez en
contact avec l’un d’eux, la vigilance
impose toutefois de vérifier sa bonne
inscription dans le registre des intermédiaires financiers (Orias), ce qui
est facile sur le site orias.fr.
Attention aux pseudo-conseillers
prompts à vous proposer sous le
manteau des offres financières aux
perspectives de rentabilité mirifiques et présentées comme étant sans
risque : timbres, terres rares et
autres diamants d’investissement
sont surtout des placements qui enrichissent les intermédiaires. Qu’elles viennent d’une personne physique ou d’un site Internet, méfiance !
Il faut se souvenir qu’une forte rentabilité est nécessairement assortie
d’un risque élevé et refuser de croire
aux mirages. Ce n’est pas par hasard
si le livret A, garanti par l’État, rapporte moins que les actions. ■
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Repérez les fonds qu’il vous faut
Mesurer la performance
Fonds actions France : de beaux parcours sur 5 ans
MEILLEURES PERFORMANCES SUR 5 ANS
MEILLEURS RAPPORTS PERFORMANCE/RISQUE*
d’un fonds n’est pas si facile.
Au-delà de la rentabilité,
Nom
Société de
Performance
Performance Ratio de Sharpe
Nom
Société de Ratio de Sharpe* Performance Performance
du fonds
gestion
sur 5 ans
sur 1 an
(sur 5 ans)
du fonds
gestion
(sur 5 ans)
sur 1 an
sur 5 ans
pensez à examiner sa volatilité.
1
Dorval
Manageurs R
2
Allianz Actions Allianz
Aéquitas R C/D GI
+ 69,61 %
+ 6,88 %
3
Allianz Actio
France C/D
+ 64,84 %
4
Mandarine
Mandarine
Opportunités I Gestion
5
Moneta Multi
Caps C
Moneta
AM
6
R Conviction
France C
Rothschild
AM
LUC MAGDELEIN
UN CONTEXTE
MACROÉCONOMIQUE
INCERTAIN
3,7 %
C’est la prévision
de croissance mondiale
en 2018 de l’OCDE.
Le retour
du protectionnisme
a conduit l’institution
à revoir son anticipation
à la baisse.
2%
C’est la croissance
anticipée
par la même institution
dans la zone euro.
PLACEMENT Une étape décisive
consiste bien sûr à choisir les produits financiers constituant votre
portefeuille. Le pluriel s’impose assez naturellement ici, car répartir
ses actifs entre plusieurs produits de
plusieurs sociétés de gestion relève
du bon sens. Cette précaution permet de se prémunir de ce qu’on appelle le « risque de gérant », c’està-dire le risque de contreperformance, qui existe y compris
chez les bons gérants et peut avoir
de nombreuses causes : le fait
d’avoir mal anticipé la politique
monétaire d’une banque centrale
ou un changement brutal de la psychologie du marché, le fait d’avoir
misé sur un secteur qui se retrouve
en proie à une vague de scandales, etc. Tout cela peut faire dérailler
la performance d’un produit, voire
de toute une gamme gérée sur des
principes communs. Autre avantage : la diversification permet de
s’exposer à plusieurs classes d’actifs
ou plusieurs zones géographiques
via des produits spécialisés.
Pour investir en toute connaissance de cause, il faut comprendre
la philosophie de gestion du fonds :
les fonds dits patrimoniaux ou
flexibles vont gérer activement le
risque. Autrement dit : en fonction
de ses vues sur le marché, le gérant
va s’exposer plus ou moins au risque de marché. À l’inverse, un
fonds « pur » investira dans une
classe d’actifs (disons, les actions
américaines) et ne se départira pas
de cette mission, même si le gérant
craint une baisse du marché. Cette
logique sera encore plus radicale
pour un fonds dit passif (comme les
trackers, ou ETF), dont la mission
est de répliquer l’indice. Si le marché américain perdait 20 %, il perdrait mécaniquement la même
Dorval
AM
Allianz
GI
1
Allianz Actions
Aéquitas R C/D
Allianz
GI
0,99
+ 6,88 %
+ 69,61 %
0,99
2
Mandarine
Opportunités I
Mandarine
Gestion
0,94
+ 5,77 %
+ 62,70 %
+3,42 %
0,89
3
BNP Paribas Midcap BNP
France Classic D
Paribas AM
0,93
+ 4,00 %
+ 50,62 %
+ 62,70 %
+ 5,77 %
0,94
4
Dorval
Manageurs R
Dorval
AM
0,92
- 0,63 %
+ 75,77 %
+ 61,18 %
- 3,41 %
0,89
5
CD France
Expertise
Cholet
Dupont AM
0,91
+ 13,24 %
+ 59,17 %
6
Moneta
Multi Caps C
Moneta
AM
0,89
-3,41 %
+ 61,18 %
+ 75,77 %
+ 60,01 %
- 0,63 %
- 1,60 %
0,92
0,74
* Le ratio de Sharpe mesure l’écart de rentabilité d’un fonds par rapport à un placement sans risque, divisé par un indicateur de risque. Si la valeur est supérieure à 1, le placement propose une sur-performance sans supplément
de risque. Entre 0 et 1, le sur-rendement se fait avec une hausse de risque (ou le risque est trop élevé par rapport au rendement obtenu) et le ratio est négatif, le placement est moins performant qu’un placement sans risque.
Source Morningstar, sur la base des 168 fonds de la catégorie « actions Europe grandes capitalisations mixte » ayant plus de 5 ans d'historique. Chiffres au 25-09-2018
chose. Si vous investissez dans un
tel fonds, c’est à vous qu’appartient
la décision de vendre, le cas
échéant. En consultant le document d’informations clés pour l’investisseur (ou DICI), vous connaîtrez la durée d’investissement
conseillée du fonds : n’investissez
que de l’argent que vous pouvez
immobiliser au moins autant de
temps. Même si, en cas d’événement financier totalement imprévu, les parts d’un fonds investi en
actifs liquides (actions, obligations)
seront toujours cessibles.
“
Il faut toujours
ramener la performance
au risque
qui a été pris
”
Le dilemme actuel des investisseurs concerne surtout la partie
« courte » de leurs investissements,
autrement dit l’argent qu’on ne
peut pas mettre en risque car on
peut en avoir besoin rapidement.
Les fonds monétaires, théorique-
ment dédiés à cette poche, n’ont
plus aucun intérêt : leurs performances sont au mieux nulles et le
plus souvent négatives : autant leur
préférer des livrets bancaires.
Reste à apprécier la performance
d’un fonds et ce n’est pas si facile.
Prenons l’exemple des fonds actions
France de grande capitalisation.
Dans le tableau ci-dessus, on voit
que la meilleure rentabilité de la catégorie sur 5 ans revient au fonds
Dorval Manageurs, avec un gain de
85 %. Mais attention : cela n’indique
nullement que le fonds sera capable
de produire la même chose dans les
5 ans à venir, sa performance dépendant en partie du comportement général du marché. D’autre
part, il faut toujours ramener la performance au risque qui a été pris.
Sans entrer dans des détails
techniques, c’est bien l’objet du
ratio de Sharpe : pour simplifier, il
rapporte la performance au risque. En hiérarchisant les fonds actions européennes en fonction de
leur ratio de Sharpe sur 5 ans, le
fonds déjà cité reste en tête, cela
modifie le classement des suiveurs. Ainsi, la présence en
deuxième place de CD France Expertise indique que, s’il a moins
performé, c’est qu’il a pris moins
de risques, mais que les risques
pris ont été payants. Dans des
conditions de marché plus adverses, la hiérarchie des performan-
Sicav : des pistes pour dénicher
les meilleures sociétés de gestion
Votre intermédiaire financier va
vous donner accès à des produits financiers, il reste encore à choisir
ceux qui vont effectivement recevoir votre argent et l’investir pour
vous. Or, ces sociétés de gestion
sont légion sur le marché français :
plus de 600 sont agréées par l’Autorité des marchés financiers (AMF)
pour exercer cette activité. Certaines sont affiliées à de grands groupes bancaires ou d’assurance. Si
vous avez choisi un intermédiaire
faisant lui-même partie d’un tel
groupe, il y a de bonnes chances
pour qu’on vous propose plus volontiers les produits maison.
Si vous avez choisi de confier à
votre intermédiaire un mandat de
gestion, c’est lui qui s’occupera à
votre place de la sélection des sociétés de gestion. Mais si vous êtes
en gestion libre, c’est vous qui allez
choisir. Quelques petites vérifications peuvent s’avérer utiles. Tout
d’abord, vous pouvez vérifier que la
société est agréée pour exercer son
métier et, par la même occasion,
quelle est son ancienneté, sur le site
Web de l’AMF. Celui-ci n’est certes
pas un modèle de convivialité, mais
au prix de quelques clics (1), vous
apprendrez que, par exemple, Dorval Asset Management est agréée
depuis 1993. Un tour sur le site Web
de la même société de gestion vous
apprendra que les deux principaux
dirigeants, Stéphane Furet et Louis
Bert, sont respectivement présents
dans la société depuis 2004 et 2007.
Stabilité des équipes,
solidité des sociétés
A
Infographie
ces pures aurait pu être différente.
En consultant des sites comme
ceux de Morningstar ou Quantalys,
vous pourrez aussi comparer les
fonds avec ceux de leur catégorie et
visualiser s’ils se sont comportés
mieux ou moins bien que leurs
pairs. Ces deux sites, dont l’accès
est gratuit, proposent également
une notation des fonds, d’une à cinq
étoiles : celle de Quantalys vise à
déterminer quels fonds ont le plus
de chance de bien se comporter
quelles que soient les conditions de
marché. Intéressant dans la période
actuelle, où le doute grandit sur la
capacité des actions à continuer sur
leur trajectoire haussière presque
ininterrompue depuis 2009. ■
Ce type d’information est intéressant car la stabilité des équipes est
un gage de solidité de la société. Un
autre élément est également bon à
connaître : le montant des actifs gérés par la société (on parle aussi
d’encours sous gestion). Ce chiffre
n’est pas toujours facile à trouver,
mais il est important car les revenus
d’une société de gestion évoluent de
manière plus ou moins proportionnelle aux encours : une société ayant
des encours trop modestes (moins
de 100 ou 200 millions d’euros) aura
des revenus assez faibles et peut
donc se révéler plus vulnérable à
une baisse de marché. Dans le cas de
Dorval AM, la partie « histoire et
chiffres clés » montre que le cap des
3 milliards d’euros d’encours a été
franchi en 2018 : un chiffre qui peut
impressionner mais en fait un acteur de taille moyenne. Les géants
mondiaux du secteur, comme
Amundi ou BlackRock, gèrent plusieurs milliers de milliards d’euros.
Enfin, essayer de glaner des renseignements qualitatifs sur la société de gestion : est-elle une indépendante ou affiliée à un groupe ? Sertelle une clientèle surtout constituée
de particuliers ou au contraire d’investisseurs institutionnels ? Est-elle
généraliste ou spécialisée dans une
expertise donnée ? Tous ces éléments vous permettront de mieux
cerner votre futur gérant. ■
L. M.
(1) sur le site
http://amf-france.org,
cliquez sur « recherche avancée »
(en haut à droite) puis
« base des produits d’épargne
et des sociétés de gestion GECO »,
puis onglet « gestionnaire ».
Vous pouvez alors entrer le nom
du gestionnaire et vérifier
son agrément.
Premier réflexe :
vérifiez sur le site Web
de l’Autorité
des marchés
financiers (AMF)
que votre intermédiaire
est agréé pour exercer
son métier et,
par la même occasion,
quelle est
son ancienneté.
F. BOUCHON/LE FIGARO
632
sociétés
de gestion
sont agréées
par l’Autorité
des marchés financiers
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
PATRIMOINE
Le rendement des fonds euros
ne cesse de décliner
L’assurance-vie, un placement
toujours plébiscité
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
PATRIMOINE Le placement préféré des Français, l’assurance-vie,
restera une valeur sûre l’année
prochaine, même si le gouvernement souhaite plutôt inciter les
épargnants à placer leurs deniers
sur l’épargne-retraite. Les avantages fiscaux et successoraux de l’assurance-vie lui assurent une place
indétrônable dans le patrimoine
des Français. Sur les huit premiers
mois de l’année, 95 milliards
d’euros ont d’ailleurs été collectés
sur ces contrats, dont 29 % sur des
unités de compte.
Les assureurs continuent d’encourager les clients à placer leurs
économies sur des unités de compte plutôt que sur les fonds en euros,
dont le capital est garanti. Bonne
nouvelle pour les épargnants, « la
nouveauté est qu’ils usent de plus en
plus d’incitations, comme l’absence
de frais d’entrée lorsque au moins
30 % de l’épargne est placée sur des
Le rendement
des fonds
en euros
devrait toutefois
encore s’effriter.
unités de compte, ou un rendement
bonifié », constate Cyrille Chartier-Kastler, président de Good
Value for Money.
Pour les épargnants qui ne souhaitent prendre aucun risque avec
leur épargne, 35 % à 40 % des
contrats permettent encore d’investir la totalité de leurs économies
sur les fonds euros. Les taux servis
par les assureurs ne seront cependant pas mirobolants. En 2017, le
rendement moyen s’est élevé à
1,8 %. Une performance meilleure
qu’attendue, mais guère satisfaisante lorsque l’inflation avoisine
2 % sur un an comme c’est le cas
actuellement. Le rendement des
fonds en euros ne devrait guère
s’améliorer à court terme. Le rendement des obligations étant faible, de l’ordre de 0,8 % pour l’OAT
10 ans, les assureurs « continuent
actuellement à diluer le rendement
qu’ils servent aux épargnants en
collectant sur les fonds euros »,
constate Cyrille Chartier-Kastler.
Et même lorsque les taux remonteront, « le coup de pouce que donneront les assureurs au taux servi aux
épargnants sera à mon sens minime,
de l’ordre de 0,10 à 0,20 », poursuit-il.
Le transfert des contrats
toujours bloqué
Les investisseurs prêts à prendre
plus de risques avec leur épargne,
et à investir sur des unités de
compte dont le capital n’est pas garanti, pourront être aidés dans la
gestion de leur contrat par les options de gestion pilotée, de plus en
plus fréquemment proposées par
31
2,80 %
2,5
Fonds euros
les distributeurs. Moyennant une
couche de frais supplémentaire, de
l’ordre de 1 % en moyenne, il est
en effet possible de déléguer la gestion de votre épargne à un professionnel. Avec un bémol : si les performances annoncées sont souvent
séduisantes, elles sont difficilement
comparables d’un contrat à l’autre.
Si vous n’êtes pas satisfait de la
qualité de votre contrat, vous ne
pourrez toujours pas le transférer
chez un autre assureur sans perdre
l’antériorité. Le gouvernement a en
effet récemment retoqué un amendement déposé en ce sens au projet
de loi Pacte. Seule solution : en
ouvrir un autre, aux performances
plus compétitives. Depuis le
1er janvier, la fiscalité de l’assurance-vie est plus favorable en cas de
détention d’un contrat depuis
moins de 8 ans, puisque les gains
réalisés sur les sommes versées depuis le 27 septembre 2017 sont taxés
à hauteur de 12,8 %, au lieu de 35 %
avant 4 ans et 15 % entre 4 et
8 ans. ■
1,80 %
2,0
1,60 %
1,5
1,0
0,75 %
Livret A
0,5
2013
2014
2015
2017
2016
Plus d’un quart de la collecte
se fait en unités de compte
Unités de
compte
28 %
2017
72 %
Fonds
euros
Infographie
Source : FFA
Faut-il s’assurer contre la dépendance ?
Ces contrats peuvent être un recours lorsque les frais occasionnés par la dépendance apparaissent trop élevés.
Mais ils présentent des inconvénients auxquels il faut prêter attention avant de souscrire.
cotisation
varie
en fonction
de l’âge
et de l’état
de santé
de l’assuré.
Plus vous
êtes âgé, plus
la cotisation
est élevée
»
CHRISTOPHE TRIQUET,
DIRECTEUR
DU COMPARATEUR
MEILLEURASSURANCE
Fin 2017, quelque
7,1 mllions de personnes
avaient souscrit
une assurance
dépendance,
pour une cotisation
moyenne de 457 euros
par an. ADOBE
tion est élevée. C’est pourquoi il vaut
mieux souscrire un contrat lorsqu’on est encore jeune et en bonne
santé, autour de la soixantaine »,
explique Christophe Triquet, directeur du comparateur meilleurassurance. Au-delà d’un certain
âge, la plupart du temps 75 ans, il
n’est plus possible de souscrire.
Cotisations à fonds perdu
La rente perçue vient généralement s’ajouter aux différentes
aides auxquelles les personnes sont
éligibles, mais ce n’est pas automatique. « Les contrats d’assurance ont leurs propres critères pour
évaluer la dépendance, qui ne sont
pas les mêmes que ceux qui déclenchent la perception de l’APA par
exemple », explique Christophe
Triquet. Il est donc crucial, avant
de souscrire, de vérifier à quelles
conditions l’état de dépendance
est acté.
Les assurances labellisées « GAD »,
un label décerné par la fédération
de l’assurance (FFA), s’engagent
par exemple à respecter une définition commune de la dépendance : se trouve dans cette situation
toute personne dans l’incapacité
« totale et définitive d’accomplir
seul quatre des cinq actes élémentaires de la vie quotidienne »,
comme faire sa toilette, s’habiller
ou se nourrir. Le constat est généralement
dressé
par
le
médecin-conseil de l’assureur.
Les assurés peuvent également
choisir de souscrire une option
« dépendance partielle ». Ils perçoivent alors une partie de la rente prévue, souvent 50 %, en cas de
dépendance plus légère. Mais cette option est coûteuse, alors que la
dépendance partielle occasionne
moins de frais que la dépendance
totale. Une personne qui souscrit
une assurance dépendance à
60 ans s’acquitte, selon le comparateur, d’une cotisation de 200 à
300 euros par an (16 à 25 euros par
mois) pour la perception d’une
rente de 500 euros par mois en cas
de dépendance lourde. La souscription d’une option couvrant
aussi la dépendance partielle porte
les cotisations à 300 euros à
400 euros par an en moyenne.
Avant de souscrire, sachez cependant que les cotisations sont versées à fonds perdu. « C’est le principe de l’assurance, mais ce point
peut rebuter certains clients »,
constate Nathalie Aubonnet chez
Axa. Si l’assuré décède sans avoir
perçu de rente, ses héritiers ne récupéreront en effet pas les sommes
versées, sauf si une option spécifique a été souscrite. Axa propose
ainsi de reverser aux héritiers les
cotisations, minorées de frais, dans
le cas où l’assuré décéderait avant
85 ans sans avoir été dépendant.
Une possibilité coûteuse puisque
les cotisations sont majorées de
30 % à 40 %.
Attention, les cotisations d’une assurance dépendance sont susceptibles de varier au cours du
contrat, comme celles d’une assurance habitation. C’est l’une des
raisons pour lesquelles l’association 60 millions de consommateurs avait vertement critiqué ces
produits il y a quelques années.
Certains contrats prévoient toute-
fois la possibilité de rembourser
l’ensemble des cotisations en cas
de désaccord de l’assuré, si le
contrat a été souscrit depuis au
moins huit ans. Dernier point à
scruter avant de souscrire : la plupart des assureurs imposent un
délai d’attente entre la signature
du contrat et la perception de la
rente, sauf si la dépendance est
d’origine accidentelle. Les contrats
labellisés GAD fixent par exemple
un délai maximum de trois ans
dans le cas où la perte d’autonomie
est consécutive à une maladie
neuro-dégénérative comme la
maladie d’Alzheimer. Dans ce cas,
le contrat doit prévoir le remboursement de toutes les cotisations
versées.
L’assurance dépendance peut finalement être une option intéressante pour se protéger et protéger
ses proches si vous ne disposez pas
d’une épargne suffisante pour
vous couvrir contre le risque de
dépendance. Dans le cas contraire,
mieux vaut placer votre épargne
sans prendre trop de risque, de telle sorte que vous puissiez y puiser
en cas de nécessité quand bon vous
semblera et la transmettre le moment venu à vos héritiers. ■
M. B.
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l’AMF - Activité de démarchage bancaire et financier enregistrée sous le n° 2062717912VB conformément à l’art L341-6 alinéa 4 et L341-12 du Code Monétaire et Financier.
Garantie financière et responsabilité civile professionnelle n°41008314 de la compagnie Allianz CC Y106 Gestion RC 92086 Paris La Défense.
A
« deLe lamontant
SANTÉ Le gouvernement vient
d’ouvrir une vaste concertation
destinée à mieux prendre en charge la dépendance, cet état qui touche 1,3 million de personnes âgées
en France. Les personnes âgées dépendantes, la plupart du temps des
femmes, le restent en moyenne
durant trois ans et demi. Des années très coûteuses pour elles
comme pour leurs proches : selon
une récente étude de la Mutualité
française, un mois d’hébergement
en Ehpad coûte en moyenne
2 450 euros par mois. Une fois déduites les différentes aides (allocation personnalisée d’autonomie
[APA], aides au logement, réduction d’impôt…), le reste à charge
reste élevé, à 2 000 euros par mois.
À Paris, la facture atteint même
3 100 euros. Pour plus d’un résident sur deux, ce reste à charge est
supérieur aux ressources dont il
dispose. À défaut d’économies suffisantes ou d’une pension de retraite conséquente pour faire face à
une telle dépense, souscrire une
assurance dépendance peut être
une option.
Moyennant le paiement d’une cotisation, l’assurance, la mutuelle
ou l’institut de prévoyance s’engage à verser à l’assuré une rente
mensuelle ou plus rarement un capital, en cas de dépendance. L’assuré choisit le montant de la rente
qu’il souhaite percevoir à terme : la
plupart des contrats proposent une
rente minimum de 250 à 300 euros
par mois et un maximum de 3 000
à 4 000 euros par mois.
Fin 2017, quelque 7,1 millions de
personnes avaient souscrit une assurance dépendance, selon la fédération du secteur. Elles s’acquittaient d’une cotisation moyenne
de 457 euros par an (38 euros par
mois) et la rente versée aux assurés
dépendants s’élevait à 598 euros
mensuels en moyenne.
« La cotisation varie en fonction de
l’âge et de l’état de santé de l’assuré. Plus vous êtes âgé, plus la cotisa-
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
32 PATRIMOINE
Être tranquille
au jardin
et oublier
ce qui l’entoure,
c’est le rêve
de nombreux
propriétaires.
Des conseils
pour se créer
un cocon en dépit
de plans
d’urbanisme
qui densifient
les constructions
et les vis-à-vis.
Transformer sa maison
avec un jardin intime
IMMOBILIER Les plans d’urbanisme permettent aujourd’hui dans de
nombreuses zones de construire
davantage sur une parcelle. Autour
des métropoles, la pression foncière
est telle que des terrains qui abritaient autrefois une maison sont divisés pour en loger deux et parfois
trois. Ce qui pose de nouvelles
questions pratiques : comment limiter ou occulter les vis-à-vis
quand les terrains s’imbriquent ?
Si les constructions sont en place,
c’est sur les espaces extérieurs qu’il
faut jouer pour sauvegarder l’intimité d’un jardin. Le home staging a
fait ses preuves, architectes et décorateurs ont montré comment
transformer un intérieur trop sombre, trop étriqué. Mais quid d’un
jardin sans intimité ? Nous avons
demandé à deux paysagistes des solutions pour créer de l’intimité dans
un jardin qui en manque, et sur lequel plongent les vues des maisons
voisines.
“
Structurez l’espace
avec des ambiances
différentes
”
ELIAN CHAMBON ET FANNY SANSON
(ECOSYLVA).
«Il faut travailler sur différentes
strates pour éviter les vis-à-vis »,
expliquent Elian Chambon et Fanny
Sanson chez Ecosylva dans le Gard.
Le long d’une haie extérieure, ils
créent par exemple une allée et
plantent des arbres (magnolias, néflier du Japon…) à l’intérieur du terrain. Puis proposent de préserver
l’intimité de la terrasse en bois en
plantant juste devant celle-ci des
arbustes pour bloquer les vues. Parti
pris légèrement différent pour Pierre-Alexandre Risser, en région parisienne. Le fondateur d’Horticulture & Jardins mise, lui aussi, sur
l’implantation à l’intérieur de la
parcelle d’arbres (aux feuillages
persistants et caducs), mais il
conseille de les placer en demi-cercles successifs pour créer de l’intimité, éviter un dessin trop rectiligne
et ouvrir des espaces. « On peut
planter des chênes-lièges, des néfliers
ou des chênes verts en cépée, avec
plusieurs petits troncs, et les maintenir en les taillant régulièrement à trois
mètres de hauteur », explique-t-il.
Les haies au carré difficiles à
tailler sont passées de mode. Place
aujourd’hui aux arbres et aux plantes qui bougent au gré du vent à
l’allure plus nature. L’ambiance
champêtre gagne. Pour la créer,
Pierre-Alexandre Risser suggère de
planter des myscanthus, grandes
Il a laissé un héritage inestimable,
faites comme lui.
LEGS, DONATIONS, ASSURANCES-VIE.
PERPÉTUEZ AU-DELÀ DE VOTRE EXISTENCE
LE COMBAT DE L’ABBÉ PIERRE.
Poursuivez son action auprès des plus pauvres en léguant tout ou une partie de votre patrimoine,
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reconnued’utilitépublique.Recevezunebrochuregratuiteouprenezrendez-vous
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Plus d’informations sur fondation-abbe-pierre.fr/legs
A
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Aidez-nous à agir !
En haut et ci-dessous :
deux projets de jardins
réalisés par l’agence
de paysagisme
Ecosylva.
ECOSYLVA PAYSAGISTE
graminées qui oscilleront au gré du
vent et de prévoir des coins aux allures de sous-bois où se cacher. « Il
faut créer de la profondeur. On y
parvient en créant plusieurs rideaux
de plantations. Le jardin ne doit pas
se dévoiler d’un seul coup d’œil, il
faut deviner certaines de ses parties,
sinon il n’aura rien à me raconter »,
note-t-il. Le home staging nous a
appris à aménager des zones qui
correspondent aux usages dans un
appartement (le coin dîner, bibliothèque, jeux…). Même principe
pour le jardin, avec la création
d’une terrasse (souvent en bois),
d’un coin repos où poser sa chaise
longue sous les ombrages ou d’un
potager, lui aussi très tendance et
souvent placé dans des bacs de bois
surélevés qui éviteront les tours de
reins ! Impératif avant tout de bien
réfléchir à l’usage que l’on fera de ce
jardin, aux circulations, mais aussi
au temps que l’on veut passer à
l’entretenir. Les conseils des paysagistes (1) sont utiles pour dimensionner ses arbres à la surface de
son terrain et créer du mouvement.
Mais aussi pour découvrir de nouvelles plantes. La palette est bien
plus large que ne l’imagine souvent
le jardinier amateur ! ■
(1) L’Unep regroupe les paysagistes
et entreprises du paysage.
www.lesentreprisesdupaysage.fr
Les règles d’or des professionnels
pour créer ou recréer un espace vert
Écolo, simple à vivre et avec une
tendance nature, voilà le jardin
d’aujourd’hui. Certains propriétaires le composent eux-mêmes.
D’autres font appel à un paysagiste.
Question d’envies mais aussi de
budget, certains jardins pouvant
coûter 50 000, 100 000 euros voire
davantage. Pourtant, passer par un
professionnel au moins au démarrage peut être un plus : lorsque l’on
plante, c’est pour longtemps, alors
autant éviter les erreurs. Les paysagistes peuvent ainsi réaliser une
esquisse ou un projet. Le prix dépend bien sûr de la taille de l’espace
à aménager, mais aussi du degré de
sophistication voulu. Il reste possible à partir de ce plan de départ de
faire les choses en fonction de son
tempo, ou de celui de ses finances !
Selon les arbres plantés (évidemment plus ils sont grands, plus
ils sont chers, comptez par exemple autour de 300 € pour un chêne
vert de 2,5 mètres) et l’espace à
aménager, les factures peuvent
s’envoler. En créant de nouvelles
perspectives, en mixant les couleurs et les senteurs, le paysagiste
peut vraiment changer la donne,
gommer les défauts d’un terrain,
occulter la vue d’une route ou
d’une construction laide.
Nouvelles tendances
Si vous décidez toutefois de vous
lancer seul, voici quelques conseils
de professionnels pour tirer plus
de votre jardin. Sachez d’abord
Croquis de Pierre-Alexandre Risser.
qu’un jardin ne se laisse plus à nu.
La terre nue n’est plus conseillée,
plantez des espèces couvre-sol ou
paillez-la. Cela vous évitera de
traquer les mauvaises herbes et de
mieux conserver l’humidité donc
de limiter la corvée d’arrosage,
conseillent les professionnels.
Préférez les haies qui bougent et
qui ne prennent pas trop de largeur (elles finiront par devenir
trop compliquées à tailler). Mixez
les plans : un premier plan plus
bas, puis des arbustes, des arbres vous créerez ainsi un sous-bois
chez vous avec des coins où vous
isoler. Enfin, soyez inventifs : piscines, bassins, pergolas, et même
braseros et saunas extérieurs façon
nordique, tout est possible ! Il est
agréable de profiter de son jardin
en toute saison, même quand les
températures fraîchissent, promet
Pierre-Alexandre Risser. ■
C. P.
« deL’étude
jardin
comprend
un plan
détaillé,
une liste
de végétaux
et des
croquis
sur photos
»
PIERRE-ALEXANDRE
RISSER,
PAYSAGISTE,
FONDATEUR
D’HORTICULTURE
& JARDINS
PIERRE-ALEXANDRE RISSER
CAROLE PAPAZIAN
cpapazian@lefigaro.fr
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 065 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
AUTOMOBILE
PAGE 36
PAGE 37
RENCONTRE AVEC UN GÉNIE
DU SAC, JOHNNY COCA,
DESIGNER CHEZ MULBERRY
PREMIER ESSAI DU BMW X5,
UN SUV À LA POINTE
DE LA TECHNOLOGIE
Jacques
Brel
JEAN-PIERRE LELOIR/GAMMA-RAPHO
ne nous quitte pas
Disparu il y a tout
juste quarante ans,
le « grand Jacques »
n’a rien perdu de
son influence auprès
d’une jeune génération
de chanteurs.
Un héritage spirituel
et artistique perpétué
par sa famille, qui gère
d’une main de fer
la succession.
PAGES 34 ET 35
Jacques Brel lors de son dernier
récital, à Roubaix, le 16 mai 1967.
Entrez dans la douche
DULON
MORCEAU CHOISI Un documentaire fouillé revient sur la scène mythique
ARTS D’AFRIQUE
ET D’OCEANIE
de « Psychose ». 45 secondes et 78 plans décryptés goutte à goutte.
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
epuis, plus personne n’ose
prendre de douche. Impossible d’ouvrir le robinet sans
y penser. La scène du meurtre dans Psychose a traumatisé des générations. Janet Leigh tire le
rideau de plastique, s’ébroue sous les
gouttes. À travers le plastique translucide, on distingue une silhouette qui s’approche. La suite est connue. La musique
stridente de Bernard Herrmann résonne
dans les têtes. 45 secondes, 78 plans,
52 coupes : ces quelques chiffres ont
changé l’avenir du cinéma. La peur
s’étalait en noir et blanc. Quelle erreur
pour l’héroïne de s’être arrêtée au motel
Bates. Tout ça parce qu’elle avait volé
40 000 dollars. C’était aussi la première
fois qu’à l’écran on tuait la vedette au
tiers du film. L’actrice avait une doublure, qui s’exprime dans 78/52 Les derniers
D
MULBERRY ; UWE FISCHER
secrets de Psychose, documentaire
fouillé, presque maniaque. Ce mannequin devait être engagé pour deux ou
trois jours; la demoiselle est restée une
semaine. Après, elle eut droit à la couverture du Playboy de septembre 1960.
Un bonbon pour cinéphile
Hitchcock fait semblant de s’étonner de
l’accueil réservé à son chef-d’œuvre.
Pour lui, il s’agissait d’une blague, «un
film plutôt pince-sans-rire». On le voit
dans la fameuse bande-annonce faire visiter les lieux du crime avec une délectation non dissimulée. Bret Easton Ellis se
pourlèche devant sa télévision. Guillermo
Del Toro livre son analyse. Peter Bogdanovich se souvient de la projection à
Manhattan. Dans la salle, le public hurlait. Le réalisateur avait eu l’impression
d’être violé. On apprend un tas de choses.
Dans le roman de Robert Bloch, l’épisode
était très court, presque expédié. Hitchcock a remédié à cela. Le story-board n’a
pas été respecté à la lettre. Pour le bruitage du couteau entrant dans la chair, la
méthode consista à enfoncer une lame
dans des melons et dans des biftecks. Ça
n’était pas du sang qui coulait dans la baignoire, mais du sirop Hershey. Anthony
Perkins s’excuse a posteriori : ça n’était
pas lui qui brandissait l’arme blanche. À
ce moment-là, il répétait une pièce à
Broadway. Les spectateurs les plus avisés
avaient-ils remarqué que Janet Leigh, la
joue sur le carrelage, clignait imperceptiblement de l’œil ? Et qui avait repéré le
faux raccord sur les cheveux mouillés ?
Ces détails ont leur importance. On découvre même que le tableau cachant le
trou dans le mur par lequel Norman Bates
espionnait ses futures victimes représentait Suzanne et les vieillards. Walter
Murch, le monteur d’Apocalypse Now,
donne son avis de professionnel.
78/52 passionnera les amateurs. C’est
un bonbon pour cinéphile. Il a un goût de
soufre et de savon. La séquence a été tellement parodiée qu’elle est devenue
culte. On ne l’imite pas comme ça. En
1998, Gus van Sant tourna un remake de
Psychose. Le film n’a aucun intérêt. ■
« 78/52 Les derniers secrets de Psychose »
d’Alexandre Philippe, DVD (Playtime Luminor)
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A
MORCEAU CHOISI
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
34
L'ÉVÉNEMENT
Jacques Brel,
l’indémodable
Il y a quarante ans, l’inoubliable
auteur d’« Amsterdam » s’éteignait.
Reprises partout dans le monde,
ses chansons ont traversé les générations.
Un héritage qui a bien fructifié.
ENQUÊTE
À
LENA LUTAUD
£@LenaLutaud
ENVOYÉE SPÉCIALE
À BRUXELLES
Bruxelles, le Manneken Pis est un incontournable du
circuit touristique. À deux pas, sur
une charmante place pavée, une
autre statue lui fait désormais
concurrence. Toutes les cinq minutes, des passants se photographient en selfie devant Jacques
Brel, les bras tendus vers l’horizon,
la bouche grande ouverte face à
son micro. Surtout, n’en parlez pas
à sa fille France dont les bureaux
sont juste en face : « On dirait que
Jacques sort de chez le dentiste ! Une
personne sur deux se cogne dans sa
main. Comme s’il disait “ne me regarde pas comme ça” », lance cette
femme pétillante.
Cet « hommage » est une initiative des commerçants du quartier
pour attirer le chaland. Qu’importe sa laideur, la statue a au moins le
mérite d’attirer le curieux vers la
Fondation Brel. Depuis un mois,
dans la perspective des 40 ans de la
mort du chanteur disparu d’un
cancer le 9 octobre 1978, France
Brel en a ouvert les portes au grand
public. D’un seul coup, les milliers
d’archives qu’elle a passé sa vie à
rassembler, trier et numériser sont
accessibles. En hommage à son
grand-père, la scénographe Joana
Gilson a dessiné un espace lumineux et épuré où l’on déambule
casque sur les oreilles tout en pianotant sur des tablettes. « À eux
seuls, les inédits projetés dans la
salle de cinéma valent un week-end
à Bruxelles », conseille l’acteur
François Damiens, fan de Brel.
Malgré l’absence de publicité, les
visiteurs affluent. « Des francophones mais également beaucoup
d’Américains. Et surtout beaucoup
de jeunes adultes ayant entre 20 et
30 ans », détaille Nyota, la jeune
femme de l’accueil.
Très écouté sur Spotify
C’est inattendu, mais Jacques Brel,
né en 1929, a bel et bien traversé les
générations. Pourtant, les CD se
vendent moins. En Belgique et en
Amérique du Sud, il passe encore
régulièrement à la radio, mais en
France, Nostalgie, la radio de référence pour les anciennes stars de la
chanson, ne le diffuse plus depuis
trois ans. Il est pourtant écouté
autrement. Sur Spotify, première
plateforme mondiale de streaming, il est suivi chaque mois par
516 000 abonnés. C’est bien plus
que Claude François (380 000),
Brassens (297 000) ou Barbara
(264 000). « Sa » page Facebook
compte 280 000 abonnés, dont
ceux qui sont fascinés par la bête de
scène qu’était Brel. Ces admirateurs aiment son côté authentique,
si loin du discours marketing de
certaines vedettes actuelles. Son
côté rock’n’roll, voire punk. Sa capacité à s’extraire en pleine gloire
pour partir en voilier à l’autre bout
du monde fait rêver aussi. « Brel,
c’est le symbole d’une immense liberté d’expression », ajoute l’avocat de l’industrie de la musique
Stéphane Loisy.
À la télévision, « The Voice »
compte près de quatre candidats
par saison qui chantent Brel. Le
choix se porte toujours sur les mê-
Jacquel Brel
(ici en 1966)
est l’un des rares
chanteurs
du patrimoine
francophone
à avoir à son actif
plusieurs tubes
internationaux.
GAB ARCHIVE/
REDFERNS/
GETTYIMAGES
mes tubes : Ne me quitte pas, Quand
on n’a que l’amour, La Chanson des
vieux amants, Ces gens-là et Amsterdam. Face à une audience qui
atteint 7 millions de téléspectateurs, ce n’est pas anodin. Olivier
Laurent, sosie vocal de Brel, dont le
spectacle créé il y a dix-huit mois
est pris d’assaut, à Stockholm
comme à Londres, Beyrouth et
New York, est stupéfait : « Je chante dans des salles de 2 000 places en
Belgique, devant 10 000 personnes
en plein air en Suède, et partout j’ai
énormément de spectateurs âgés de
18 à 30 ans. Il est évident que les jeunes adorent Brel. » Pour Philippe
Zouari, responsable du catalogue
Brel chez Universal Music à Paris,
« tous ces signes additionnés prouvent que son répertoire est encore
vivant et vivace ».
Pour intensifier le phénomène,
les initiatives se multiplient. Sur le
modèle de la photo d’un château
où défilent la brume et les paroles
des Lacs du Connemara de Michel
Sardou, Universal prépare trois
« lyrics video » de Brel. Une forme
de karaoké qui fait un malheur sur
le Net. Demain, dans 170 cinémas,
Pathé Live diffusera deux récitals
mythiques de Brel, dont celui des
adieux à l’Olympia où les specta-
France Brel : « Le cinéma court
après ses chansons »
A
France Brel, l’une des trois filles du
chanteur, gère d’une main de fer
l’héritage du grand Jacques.
LE FIGARO. – L’héritage Brel
ne semble pas faire de vagues
aujourd’hui. Comment s’organise
la succession, quarante ans
après la mort de votre père ?
France BREL. – Chez nous, rien ne
se passe comme chez les autres.
Nous avons une manière de nous
comporter très « Brel » : le silence
est une forme d’élégance. Les intérêts de la famille, de la maison
d’édition et de la Fondation ont
toujours été dans un même lieu et
entre les mains d’une seule personne. Aujourd’hui, je porte les trois
casquettes. Je fais un rapport à la famille tous les deux ans. Ici, dans ce
bureau, j’explique aux neuf petitsenfants de Jacques et à ma sœur
Laurence [l’aînée, Chantal, est décédée en 1999, NDLR], les dossiers
en cours, les projets. En 1962, Eddie
Barclay avait expliqué à mon père
que sa propre femme gérait les éditions. Mon père s’est dit : « Je vais
occuper la mienne. » Ma mère, Miche, a dit qu’elle n’y connaissait
rien. Il lui a répondu : « Les autres
non plus. » Elle a appris sur le terrain, tout en élevant ses trois filles.
Brel n’était pas intéressé par son
rôle de père. J’ai créé la fondation
en 1981, trois ans après son décès.
J’ai passé trente ans à rassembler les
archives, à enregistrer et filmer
plus de mille témoins dont mes
sœurs et ma mère. En 2006, celle-ci
a eu envie de souffler. J’ai pris la di-
rection des éditions et depuis trois
ans, je gère également le droit moral. Ma fille Joana est formée pour
me succéder.
À quel point refusez-vous
des projets autour de Brel ?
Je refuse 5 % des demandes. Tout ce
qui contient du sexe, de la violence
et tous les spots publicitaires. Pour
l’utilisation d’un titre dans un film,
je demande à voir la séquence. Ces
dernières années, ces demandes ont
quadruplé. Le cinéma court après
ses chansons . Après Dany Boon qui
avait utilisé Le Plat Pays dans Bienvenue chez les Ch’tis, j’ai eu une demande de l’actrice américaine Angelina Jolie. Finalement, j’ai dit
non. Ce qui m’agace aujourd’hui, ce
sont tous les livres qui sortent sur
mon père (elle les fait claquer sur la
table) sans que les auteurs viennent
me voir. Les escrocs volent en
escadrille.
Au décès de Sylvie Rivet,
l’une des maîtresses de votre père,
ses héritiers ont cédé ses souvenirs
de Brel aux enchères. Vous vous
y êtes opposée. La même chose
risque d’arriver avec sa dernière
compagne, Maddly Bamy ?
Il m’est très difficile de racheter des
souvenirs qui ont appartenu à mon
père. Pourquoi payer ce qui dans la
logique des choses nous revient ?
Maddly possède de nombreux
biens, dont le carnet de bord du
voilier l’Askoy à bord duquel mon
père est parti aux Marquises. Je laisse faire la vie, mais ce n’est pas sim-
Un modèle « stylé » pour les
chanteurs français
ple. Contrairement à ce que beaucoup croient encore, ma famille ne
se cachait pas derrière le mystérieux groupe d’acheteurs belges qui
a multiplié les enchères chez Sotheby’s à Paris en 2008.
Quels objets de votre père
sont à vos côtés au quotidien ?
Jeune, Brel avait dans sa chambre
une reproduction dans un cadre
rond d’un portrait de Beethoven. Je
l’ai chez moi, dans la pièce où j’écris,
avec la vue sur les arbres, les oiseaux
et le soleil en fin de journée. J’ai aussi
un petit buste de Voltaire. Ce n’est
pas grand-chose, je ne suis pas fétichiste. Évidemment, si je reçois un
jour le livre de bord de l’Askoy et les
bandes du dernier album de mon
père, ce sera un jour de fête. Mais
cela ne m’empêche pas de dormir.
Brel, c’est le contraire d’un objet.
C’est un moment avec soi, et chacun
a le sien. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR L. L.
teurs criaient « Ne nous quitte
pas ! ». « Nous avons déjà près de
15 000 réservations, ce qui est un
excellent score, explique Thierry
Fontaine, président de Pathé Live.
Les spectateurs aiment de plus en
plus se retrouver dans le noir pour
voir des moments historiques sur
grand écran. L’émotion collective
est forte. Celui de Hallyday en juin a
attiré 34 000 fans. » Cette initiative
ravit France Brel : « Les 40 ans,
c’est exactement ça : pas un hommage national, pas de récupération
politique, mais Brel qui revient
chanter face à des anonymes dans
l’intimité du noir. La remastérisa-
OLIVIER NUC £@oliviernuc
« Ce qui m’agace
aujourd’hui, ce sont
tous les livres qui
sortent sur mon père
sans que les auteurs
viennent me voir »,
déclare France Brel.
F. BOUCHON/LE FIGARO
Quatre décennies après sa disparition prématurée, le « grand Jacques » figure parmi les classiques
du répertoire français. Il continue
d’exercer une influence monumentale sur la production musicale hexagonale. En particulier
auprès des moins de 40 ans.
L’émergence d’une nouvelle génération de chanteurs a permis de
mettre en évidence la marque
profonde qu’il a laissée et la modernité de son travail. « L’écouter
nous permet de nous émanciper de
la structure couplet-refrain », explique ainsi Nicolas Foé. Tout juste
âgé de 21 ans, ce Toulousain vient
de sortir un premier album qui fait
le pont entre chanson française,
électro et influences hip-hop.
« Jacques Brel est incontournable
quand on écrit en français. Il est
comme Bach ou Mozart pour les
musiciens classiques ou Picasso et
Dali pour les étudiants en art : un
artiste qui a changé les choses. »
Il aura fallu l’émergence d’une
nouvelle scène pour que les chanteurs osent se réclamer de Brel,
qui fut une référence trop intimidante pour les artistes des années
1970 et 1980. Aujourd’hui, c’est à
travers ses textes et l’intensité de
ses prestations scéniques que le
grand homme est un modèle.
« Son rapport à la scène est fabuleux : il y est authentique tout en se
transcendant, et cela sans se forcer
à incarner un personnage », expli-
que Aloïse Sauvage. Âgée de
25 ans, cette actrice et chanteuse à
la personnalité bien affirmée a
grandi auprès d’un grand-père
très attaché au répertoire du
chanteur. « À la fin des repas familiaux, il interprétait Quand on n’a
que l’amour d’une belle voix de ténor. Il chantait aussi dans une chorale. » Plus tard, la jeune femme
s’intéresse encore plus avant à
l’artiste qu’elle considère « indémodable ». « Il est un bon exemple
de ce que je trouve primordial, à
savoir l’alliance entre la recherche
stylistique et l’impact émotionnel »,
affirme Aloïse Sauvage.
« Notre Bowie à nous »
« Sur scène, il était un véritable acteur, ajoute Foé. C’est ce qui nous
rapproche tous, Orelsan, Eddy de
Pretto, Clara Luciani, Tim Dup ou
Juliette Armanet : vivre les paroles
que l’on chante. » Il aura fallu
l’émergence et le triomphe de
Stromae pour que Brel redevienne
cité fréquemment. Après Formidable, le trentenaire belge fut même
qualifié un peu hâtivement de
« nouveau Brel ». Une facilité qui
montre pourtant l’existence d’une
vraie filiation dans la manière
d’écrire des textes très singuliers.
« Aujourd’hui, les textes-fleuves
reviennent de plus en plus, et les
morceaux sont moins calibrés, voilà
une des leçons du travail de Brel »,
explique pour sa part Tim Dup,
23 ans et un bel album à son actif.
« Le crescendo brelien, on le retrouve beaucoup dans le hip-hop.
LE FIGARO
CULTURE
LIVRES
jeunes
Les rappeurs racontent le monde
avec un regard cru, comme le faisait Brel. » Le jeune homme admire en particulier la dimension à la
fois très descriptive et poétique de
celui qu’il considère comme un
maître. « Il fait partie, avec Barbara et de rares autres, de ces artistes
complets. Auteur, compositeur, il
est surtout un interprète très charismatique au service d’un propos
simple. »
Pour le trentenaire Babx, auteur
de plusieurs albums passionnants,
Brel est tout simplement « notre
Bowie à nous ». Le chanteur a lui
aussi été élevé aux morceaux de
son aîné. « Il fait partie de ma vie.
Ma grand-mère, qui a eu la chance
d’assister à des concerts et à des répétitions de lui, m’a transmis cet
héritage. » Lorsqu’il replonge dans
le répertoire, à l’adolescence,
Babx est fasciné par la faculté d’incarnation de l’interprète. « Son
plus bel héritage, c’est de faire vivre
les mots avec cette gestuelle incomparable et cette prononciation
gourmande. Et la puissance des arrangements de François Rauber,
qui sont une autre manière de raconter les chansons. » En musicien
exigeant, il a décortiqué patiemment l’œuvre. « L’an passé, j’ai illustré un cours d’arrangement que
je donnais avec Les Marquises. Cette chanson est pour moi d’une modernité absolue tout en citant le
passé. C’est presque du Björk. Brel
est un prince gracieux quand il est
dans la pudeur. Il m’ennuie lorsqu’il
cabotine », tempère Babx. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
historien et archéologue
Alain Schnapp a supervisé la publication d’Une
histoire des civilisations,
somme de 600 pages aux
éditions La Découverte/Inrap. L’ouvrage raconte de manière savante - mais
claire - le rôle de l’archéologie dans la
connaissance du monde.
ÉDITIONS FONDATION JACQUES BREL
L’
DISQUES
- Omniprésent pour cet
anniversaire, Bruno Brel sort
également Brel, mon maître,
où il reprend onze titres de
son oncle (sur brunobrel.com).
- Posthume, l’album que lui
consacre la chanteuse Maurane
(Brel, chez Polydor/Universal
Music) est une réussite, qui rend
hommage aux qualités d’interprète
de la chanteuse belge (photo cidessous), disparue en mai dernier.
VIM/ABACA
Des chiffres de l’empire Brel, elle
ne dira rien. Son mari, le truculent
Francis de Laveleye, est tout aussi
matois. Leur « numéro » d’humour sur ce sujet sensible est rodé.
La Sabam, la Sacem belge, qui collecte les droits mondiaux des
chansons, ne dira rien non plus.
Une chose est sûre, les sommes
sont colossales. La famille de Johnny Hallyday se déchire autour de
ses droits d’auteur, mais, comparés à ceux que touchent les ayants
droit de Brel, ce serait peu. Le
« grand Jacques » est l’un des rares
chanteurs du patrimoine francophone à avoir plusieurs tubes internationaux. « Dès les années
1960, grâce à ses talents de mélodiste, ses chansons étaient adaptées
dans le monde. Aux États-Unis, le
premier à l’imposer fut, en 1966,
Rod McKuen qui était une immense
star », rappelle Jean-Pierre Pasqualini, directeur des programmes
de la chaîne Melody.
Encore aujourd’hui, dans les
rapports annuels de la Sabam, Brel
est omniprésent dans les meilleures
ventes mondiales. Ne me quitte pas
est la principale rente à vie pour la
famille, comme l’est Comme d’habitude (My Way) pour les fils de
Claude François. Simplement, dans
le cas de Brel, les titres « rentes à
vie » sont dix fois plus nombreux.
Adapté du Moribond, le tube
Seasons in the Sun de Terry Jacks
(1974), repris plus tard par le groupe Nirvana, est l’une de ces mines
d’or. En 2019, l’exploitation du catalogue va s’intensifier. Le mythique producteur américain Larry
Klein vient d’enregistrer des chansons de Brel à Paris avec Marianne
Faithfull, Carla Bruni et Melody
Gardot. À Zeebruges, le 8 avril, jour
où Brel aurait eu 90 ans, « son voilier, l’Askoy II, celui de son évasion
aux Marquises, sortira de son hangar pour que soit achevée sa restauration, avec pose des mâts en vue
d’une mise à l’eau le 9 octobre
2019 », annonce encore Piet Wittevrongel, l’héritier de la voilerie flamande où le chanteur s’était équipé
avant de larguer les amarres. Ainsi
vogue toujours Brel. ■
des civilisations » rappelle ce que notre société doit à cette discipline.
- Les amateurs s’offriront
Jacques Brel auteur (Éd. Fondation
Jacques Brel, 39,90 €), un épais
ouvrage de 632 pages où sa fille
France commente avec une
précision d’historienne, à l’aide
de photos et d’anecdotes,
l’intégralité des textes
de son père.
- Dans un registre plus grand
public, Stéphane Loisy, Baptiste
Vignol et le neveu de Jacques,
Bruno Brel, publient chez
Hugo Image Jacques Brel
en 40 chansons (19,95 €),
où chaque tube est replacé
dans son contexte historique,
intime et musical.
- Chez Flammarion,
le photographe et ex-bras droit
d’Eddie Barclay, Alain Marouani,
78 ans, publie Brel, un beau livre
de photos (39 €).
- Enfin, Fred Hidalgo, fondateur
des revues Paroles et musique
et Chorus, publie Brel, le voyage
au bout de la vie aux Éditions
Archipel. Le livre se concentre
sur le récit de la vie du chanteur
dans les Marquises, entre 1974
et 1978.
- Une nouvelle intégrale propose
toute l’œuvre enregistrée dans
une qualité sonore incomparable.
21 CD, 310 titres, 12 versions
alternatives et un livret détaillé
permettent de replonger dans
une carrière riche de vingt-cinq
années et de nombreux standards.
- En sus des 13 albums studio,
de nombreux concerts historiques
sont également proposés.
Enregistrements originaux
1953-1977 chez Universal Music.
CINÉMA
- Ce mardi 9 octobre à 19 h 30,
170 cinémas diffusent deux
récitals mythiques. À réserver sur
cinemaspathégaumont.com. 14 €.
- À Paris, une séance
supplémentaire est organisée
au Club de l’Étoile le 2 novembre
à 18 h 45, en présence de France
Brel, qui répondra aux questions
du public.
TÉLÉVISION
Sur Melody, la chaîne vintage,
cette semaine est dédiée à Brel
avec de nombreux documentaires
inédits, films et concerts.
LE FIGARO. - On vient de découvrir
un trésor fabuleux en faisant des travaux
autour de l’Abbaye de Cluny. Il reste
tant de choses à découvrir ?
Alain SCHNAPP. - Tout est encore devant nous ! On trouvera d’autres tombeaux égyptiens ou des cités perdues en
Amazonie. Peut-être, un jour, découvrirons-nous la tombe de Qin Shi
Huang, le premier empereur de Chine,
qui repose près de son armée de soldats
en terre cuite. Ou celles des grands souverains de Mongolie, dont l’empereur
Gengis Khan.
À Pompéi, les anciennes techniques de
fouilles n’ont pas permis d’explorer le
site comme cela aurait dû. Et la ville
moderne de Pompéi, qui s’est construite sur les décombres de la ville antique,
empêche aujourd’hui de poursuivre les
travaux. Mais demain ? La terre est un
immense réceptacle de trésors !
Nous n’avons pas encore terminé
d’écrire la trajectoire de l’humanité.
Lorsque j’étais étudiant, je suivais les
cours du grand paléontologue André
Leroi-Gourhan. Il nous enseignait une
humanité vieille de 2 millions d’années.
Cinquante ans plus tard, elle a plus que
triplé « sa présence de vie ».
Comment les techniques ont-elles
bouleversé les connaissances ?
Ce qui a révolutionné l’archéologie,
c’est la datation absolue par le carbone 14, appliquée aux os et aux fossiles.
Non seulement nous connaissons
beaucoup plus d’hommes fossiles qu’il
y a cinquante ans, mais on sait qu’ils
ont duré beaucoup plus longtemps.
Grâce à l’ADN, un autre grand pas pour
notre science, on peut désormais entrer dans les mécanismes du vivant. On
a ainsi pu établir le génome de l’homme de Néandertal, afin de le comparer
avec le nôtre. La « paléontologie génétique » a aussi permis de mettre en évidence d’autres entités humaines, jusque-là inconnues, comme l’homme de
Denisova. Enfin, tout comme l’image-
CANAL U/INHA
Omniprésent dans
les meilleures ventes
ENTRETIEN L’archéologue qui a codirigé l’ouvrage « Une histoire
« Grâce aux instruments aéroportés, satellites, lidar, lasers ou drones, on peut savoir
ce qu’il y a dans le sol sans avoir besoin de le bouleverser », explique Alain Schnapp.
rie médicale a changé la médecine,
l’imagerie archéologique est en train de
changer les données de terrains. Grâce
aux instruments aéroportés, satellites,
lidar (technique d’analyse à distance,
NDLR), lasers ou drones, on peut savoir
ce qu’il y a dans le sol sans avoir besoin
de le bouleverser. Il y a un mois, un lidar, qui a observé du ciel 2 100 km2 de
forêt au Guatemala, a permis de découvrir 60 000 vestiges mayas.
Le but de l’archéologie
est-il de rechercher les origines ?
Saint Augustin disait : l’homme est un
animal historique, même s’il n’en a
pas toujours conscience. Personne,
sur terre, ne peut être étranger au
mystère du temps long. Quand on
exerce son regard sur sa propre vie, on
est frappé par sa brièveté. À moins de
la replacer avec celle de ses prédécesseurs et de comprendre que l’on appartient à quelque chose de plus
grand. Le but de l’archéologie n’est
pas seulement de répondre à la question de savoir d’où l’on vient, mais de
penser le temps. Cette science s’est
longtemps opposée à l’Église, qui ne
voulait pas admettre le continuum de
l’humanité et avait pour référence la
chronologie biblique – soit 4 000 ans.
Quand on trouvait une urne, un silex
ou un mégalithe, on ne voulait pas
croire qu’il y avait la main de l’homme
derrière. On attribuait cela à la foudre,
ou à l’action du soleil sur l’argile. À
partir du XIXe siècle, et tout au long du
siècle des Lumières, on a commencé à
comprendre. S’est mise en place une
méthode pour l’archéologie moderne,
qui est encore celle d’aujourd’hui.
Pour un pays, avoir l’impression de
maîtriser le passé peut être dangereux…
Toutes les sociétés ont tendance à dire :
j’étais là la première, et donc je suis supérieure. Mais on n’est jamais le premier de personne, on est toujours le
successeur de quelqu’un. Ou, au pire,
des grands singes !
Ce que l’archéologie nous apprend,
c’est que les hommes ont bougé. L’immigration, qui crée autant d’angoisse
dans nos sociétés contemporaines, est
un état classique de l’humanité, qui est
ancienne, instable et mobile. L’ADN a
permis de dresser une identité et une
trajectoire des hommes. Elle a remis en
cause les théories d’évolution locale,
l’idée de permanence des peuples sur un
territoire. La présence des milliards
d’humains sur cette planète est aléatoire. Sur le terrain, on apprend l’humilité par rapport aux idées toutes faites.
La racine de l’humain, c’est la terre.
Comment la France considère-t-elle
ses archéologues ?
Se retourner pour regarder le passé relève d’une philosophie et exige un effort.
Or nous sommes désormais dans une
société de l’immédiateté. Nous passons
souvent, nous archéologues, pour des
empêcheurs de tourner en rond. La
France a beau être un grand pays historique, elle n’a pas complètement compris le respect qu’elle doit au passé, et les
destructions de patrimoine ont été terribles. L’apprentissage du latin et le grec
et, avec eux, l’appétence pour l’étude du
passé reculent. Et les moyens publics accordés aux fouilles, sur le territoire ou à
l’étranger, diminuent drastiquement. Il
y a encore des combats à mener ! ■
L’Aisne connaît la musique
CHRONIQUE À l’occasion du Festival de Laon, les regards
se tournent vers ce département où l’organiste Jean-Michel Verneiges
s’active depuis trente ans à développer les pratiques musicales.
LE CLASSIQUE
Christian Merlin
ù peut-on entendre la violoniste Hilary Hahn avec le
Philharmonique de Radio
France dirigé par Mikko
Franck, mais aussi Renaud
Capuçon ou Les Siècles de FrançoisXavier Roth ? À Paris ? Aix-en-Provence ? Non, à Laon. Dans l’Aisne. Un
festival s’y tient depuis trente ans, qui
bat actuellement son plein jusqu’au
9 novembre, dans une des plus belles
cathédrales de France, mais aussi à la
Cité de la musique de Soissons, riche de
513 places et d’une acoustique étudiée
pour le symphonique. Notez que ce
n’est pas le seul festival dans l’Aisne.
Chaque mois de juin depuis trentedeux ans a lieu celui de l’abbaye de
Saint-Michel en Thiérache. La première année, 25 personnes avaient poussé
la porte par hasard, entendant de l’orgue. Aujourd’hui, c’est l’un des hauts
lieux de la musique baroque en France.
Le tout dans un département rural où le
taux de chômage est plus élevé que la
moyenne nationale
O
Ces festivals ne sont que la partie
émergée d’un dispositif exemplaire de
ce que le service public bien pensé est
capable pour favoriser la diffusion
culturelle. Il est l’œuvre d’un de ces
hommes de l’ombre sans qui le maillage
musical du pays n’existerait pas : JeanMichel Verneiges. Originaire de l’Aisne,
cet organiste et musicologue, disciple
d’André Isoir et formé au Conservatoire
de Paris, n’a pas couru les dîners en ville pour briguer les postes parisiens. Il
est retourné chez lui pour être délégué à
la musique du département de l’Aisne.
Jeu de Meccano
À 27 ans, en 1984, il fonde l’Adama, Association pour le développement des activités musicales dans l’Aisne. Patiemment, logiquement, il construit l’édifice :
deux festivals, un auditorium symphonique dans une ville de 28 000 habitants
(là où tant de territoires n’ont à offrir
que de mauvaises salles polyvalentes), et
surtout une politique systématique de
décloisonnement entre enseignement,
diffusion et pratique amateur, trois volets trop souvent traités séparément.
Voici donc l’Orchestre Les Siècles en
résidence depuis 2007, et associé à deux
projets alternatifs : la Jeune symphonie
de l’Aisne, orchestre de jeunes dirigé
avec une énergie à déplacer des montagnes par François-Xavier Roth et encadré par les musiciens des Siècles, qui à
leur tour participent à l’Ensemble orchestral de la Cité où ils sont associés aux
professeurs du département. Sans parler
des deux orchestres d’enfants de SaintQuentin et Gauchy, qui participent au
projet Demos coordonné par la Philharmonie de Paris. Quand il reste du temps
à Jean-Michel Verneiges, il écrit des
spectacles musicaux associant littérature et musique, comme ce scénario mettant en écho Le Naufragé de Thomas
Bernhard et les Variations Goldberg de
Bach, avec le comédien Didier Sandre et
le pianiste Kit Armstrong, qui a acheté
une église à Hirson… dans l’Aisne. Ce qui
est fascinant dans tout ce système, c’est
qu’il est pensé dans sa globalité, comme
un jeu de Meccano où les dimensions artistique, éducative, sociale et patrimoniale ne font qu’un. Il y a encore des
personnes qui croient que le patient travail de fond paie plus que les opérations
de com sans lendemain… ■
» Retrouvez Christian Merlin
tous les dimanches
de 9 heures à 11 heures.
Prochaine émission :
«Le Philharmonique
de Vienne et l’autogestion»
A
À lire,
à écouter
et à voir
CULTURE 35
Alain Schnapp : « En archéologie,
tout est encore devant nous »
+
tion du son et des images est extraordinaire. On voit la moindre goutte
de sueur et ses cheveux comme je ne
les ai jamais vus. » L’idée d’un biopic, elle y est par contre totalement
opposée : « Personne ne peut transmettre son élocution, mais un grand
documentaire fait pour les cinémas,
ce serait merveilleux. »
mardi 9 octobre 2018
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
36
STYLE
Johnny Coca, celui qui dessine des it-bags
RENCONTRE Il a signé les plus beaux accessoires de Celine époque Phoebe Philo et des sacs pour Louis Vuitton.
Depuis 2015, le designer espagnol exerce son talent chez Mulberry, le plus britannique des maroquiniers.
C
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
omme son prénom ne
l’indique pas, Johnny Coca est né à
Séville et a grandi en France. Depuis
2015, le designer est à la tête de la
création de Mulberry, le maroquinier
100 % britannique fondé à Bath
(Somerset) en 1971, par un hippie et
devenu une marque de mode à part
entière. Une institution populaire et
adorée outre-Manche, où chaque jeune fille possède un sac frappé du mûrier. Décrocher un tel titre au sein
d’une entreprise anglaise, quand on
est étranger, force le respect.
Encore inconnu du grand public,
Johnny Coca, 43 ans, est depuis vingt
ans un pro de l’accessoire et ce qu’il
dessine se transforme en or. Brillant,
discret, bien élevé, il veille à redonner
des couleurs à la griffe, sans aller plus
vite que la musique. Rencontré un matin de septembre, dans son bureau de
la place des Victoires, le styliste revient sur ses expériences passées.
« J’ai commencé chez Celine, en 2001,
avec Michael Kors, où j’ai conçu le
Boogie qui a très bien marché, se souvient-il. En 2006, j’ai quitté la maison
pour prendre les rênes de Bally, en Suisse.
Quatre ans plus tard, j’étais de retour
chez Celine, cette fois aux côtés de
Phoebe Philo. Phoebe fait partie des designers qui se posent les bonnes questions, chaque saison se remettant en
cause, se demandant si sa collection apporte quelque chose. » L’Espagnol est à
l’origine des best-sellers de la maison
parisienne : le cabas Trapeze, le trotteur Classic Box et la pochette Trio, les
fausses Vans et les Birkenstock détournées, les lunettes oversized, etc.
« Mais la meilleure école, ma vraie formation, c’est Louis Vuitton, poursuit le
directeur de création. J’étais encore
étudiant à Boulle et j’ai commencé à faire quelques missions, en 1996, un an
avant l’arrivée de Marc Jacobs et le lancement du prêt-à-porter. J’avais notamment proposé un concept de vitrines
pour lesquelles j’avais miniaturisé tous
les sacs du catalogue LV. Comme j’avais
pris goût à la maroquinerie, j’ai
contacté Yves Carcelle (alors président
du malletier, NDLR) au culot et il m’a
proposé un contrat ! »
Passionné de mode depuis l’enfance,
Johnny Coca, arrivé en France à 8 ans,
n’imagine pas qu’il soit possible d’en
faire un métier - « dessiner, déjà, ne me
semblait pas pouvoir mener à une profession ». Il étudie les mathématiques
et la physique pour devenir ingénieur
en aéronautique, il veut mettre au
point des voitures et des bateaux, bifurque, entreprend un cursus d’architecture, atterrit à Boulle.
Parler aux Anglaises
et aux autres
« Un sac s’apparente à un immeuble ou
à une chaise, c’est un objet en trois dimensions, explique-t-il. Chez Louis
Vuitton, je travaillais à Asnières, où je
passais mon temps avec les maroquinières de l’atelier. Raymonde, MarieCarmen, ces femmes m’ont tout appris :
parer, refendre, teinter, piquer le cuir.
J’aime profondément sentir la main de
l’artisan, je la retrouve chez Mulberry.
Saviez-vous
que
c’est la seule griffe
qui fabrique encore
des sacs en Angleterre ? »
Quand l’annonce de
sa nomination tombe, en
2015, l’entreprise est en petite forme.
Emma Hill, la précédente directrice
artistique, qui a signé les it-bags portés par Kate Moss et Alexa Chung, est
partie depuis 2013. Mulberry disparaît
des radars de la mode, après l’échec de
son PDG convaincu que, pour se développer hors de Grande-Bretagne, la
marque doit monter en gamme et en
prix. Seulement, à trop vouloir séduire
les Asiatiques, Mulberry en délaisse les
femmes britanniques, son cœur de cible. « Je ne suis pas là pour émettre des
critiques sur les décisions passées, répond M. Coca. Je suis arrivé ici, soucieux de comprendre qui était notre
cliente. J’achète régulièrement de la
Johnny Coca,
directeur
artistique
de Mulberry.
Collection
automne-hiver
2018. Sac Harlow.
MULBERRY
mode, j’ai une notion de prix quand je
dessine et c’est primordial, on ne peut
pas se concentrer exclusivement sur le
design. Je sais que les Anglaises sont
viscéralement attachées à la griffe, à
son identité. Je garde cela en tête, même
si je suis là, aussi, pour élargir notre
domaine. »
C’est un nouveau challenge pour lui
qui n’a jamais fait de prêt-à-porter.
Alors, chaque saison, le designer part
de références propres au pays. Cet hiver, il entrechoque les couleurs et les
motifs en travaillant des imprimés seventies et des proportions des années
1950, entre culture punk et codes aristocratiques. Le stylisme de ses défilés,
qui changent de lieu chaque saison, est
excentrique, avec ses jupes gansées de
boa, ses mules, ses immenses chapeaux fleuris, ses boucles d’oreilles en
strass surdimensionnées, habillant
une lady déjantée. « En France, si vous
dessinez une collection très “française”,
ça ne prend pas. Ici, c’est l’inverse. Les
Britanniques veulent sentir leur culture,
leur musique, leurs icônes pop, la famille royale. Les souliers qui ont le
mieux marché, depuis mon arrivée, sont
les escarpins au talon beurrier en porcelaine Wedgwood : ils ont été en rupture de stock immédiatement ! » Ses
sacs, bien pensés et bien balancés, affichent des teintes éclatantes, des textures folles, des finis glossy - comme
le Harlow en faux croco corail et son
fermoir piercing (1 295 euros, notre
photo), le Amberley, constellé de
paillettes turquoise, le Leighton en
cuir rose blush piqué de cabochons de
résine. Ils ont tout pour plaire aux
femmes. Et pas seulement aux petites
Anglaises. ■
Ugg : je t’aime, moi non plus
TENDANCE Réinterprétée par les jeunes designers, réhabilitée
par les popstars et découverte par la génération Z, la botte fourrée
californienne revient sur le devant de la scène.
e dites jamais : « Fontaine… » Que vous ayez toujours refusé d’en porter ou
que, dans les années 2000,
vous vous y soyez adonné(e) avant de vous en lasser, cet hiver,
vous risquez fort d’être de nouveau
confronté au dilemme Ugg. Pourquoi
un objet démodé redevient soudainement cool ? Il faudrait une thèse pour
expliquer les ressorts psychologiques
de la tendance mais aussi du succès de
ces produits qu’on aime détester ou
qu’on déteste aimer. C’est d’ailleurs un
phénomène propre à la chaussure, si
l’on observe les mêmes come-back des
Birkenstock ou de la Yellow Boots de
Timberland auprès d’une jeunesse qui
n’a pas connu les années 1990.
Rappelons donc que la botte Ugg, importée en Californie en 1978 par un jeune Australien nommé Brian Smith, est
conçue à l’origine pour réchauffer les
surfeurs après une session shore break :
sa peau de mouton double face est naturellement thermostatique, gardant
les pieds au frais à 30 °C et au chaud par
0 °C. Au début des années 1990, les (aspirantes) actrices d’Hollywood découvrent le modèle sur leurs petits amis
surfeurs et se convertissent à la Ugg le
jour sur les plateaux, et le soir avec
leurs tenues de gala. C’est la grande
époque Pamela Anderson et Kelly Slater, le début du style L. A. popularisé
A
AGENCE BESTIMAGE ; ALESSANDRO VIERO/IMAXTREE.COM
N
Pamela Anderson dans Alerte à Malibu,
en juillet 1996 (en haut).
Défilé Sacai automne-hiver 2018-2019.
par Paris Hilton en Ugg et robe griffée.
Sarah Jessica Parker, Diana Ross ou encore Kate Moss entretiennent la vague,
mais c’est Oprah Winfrey en 2003 qui
propulse la marque. Fan de la bottine
Classic, elle en achète 350 paires pour
son personnel et, surtout, en vante les
mérites devant sept millions de spectateurs. « Elles sont douces et chaudes. Et
maintenant, elles sont cool », dit-elle à
leur sujet, lors de son show de Thanksgiving, « Oprah’s Favorite Things ».
Moins cocooning, plus mode
Début 2010, la Ugg s’essouffle. Trop
vue, mal portée, trop négligée ? Mais la
botte en a encore sous le pied. « Depuis
2015 et l’arrivée d’Andrea O’Donnell en
tant que présidente Fashion Lifestyle du
groupe Deckers (qui rachète la marque à
son fondateur en 1995, NDLR), nous
suivons une stratégie baptisée Reboot
après nous être rendu compte que notre
cliente moyenne avait 42 ans et que nous
étions peu connus de la génération Z, explique Tessa Bria, responsable communication Ugg Europe. Notre nom historique Ugg Australia est devenu Ugg tout
simplement. Si le confort reste notre signature, nous voulions rompre avec
l’image trop cocooning, mettre davantage l’accent sur notre héritage californien
et surtout injecter de la mode dans notre
offre. »
La marque a ainsi engagé une série de
partenariats avec des designers pointus
comme l’Américain Jeremy Scott puis
le Belge basé à Paris Glenn Martens, du
label Y/Project. Ce dernier a ainsi fait le
buzz avec ses incroyables cuissardes
fourrées (actuellement en boutique)
portées par Rihanna lors du festival
Coachella, en avril dernier. Sur le podium de l’hiver, Chitose Abe de Sacai a
chaussé ses garçons d’une édition limitée de bottes courtes à chaussettes de
ski intégrées, développée pour les distributeurs asiatiques. Le grand magasin
Le Printemps a également sélectionné
des modèles pour l’une de ses vitrines
de Noël du boulevard Haussmann.
« Nous sentons qu’un nouveau public adhère à nos produits, à nos valeurs, poursuit Mme Bria. C’est ce que souvent déclenche cette marque : une réaction
inattendue. »
Pour ses 40 ans, l’entreprise a lancé
une campagne anniversaire mettant en
scène le mannequin-influenceuse
Adwoa Aboah et le styliste-DJ Heron
Preston (en haut à droite), qui signe par
ailleurs une collab pour l’été 2019.
« Outre ces capsules, nous développons
des modèles pour toutes les saisons y
compris quand il pleut ou neige - ce qui
n’était pas le cas pour nos classiques.
Nous avions l’habitude de dire que Ugg
chausse les hommes l’été et les femmes
l’hiver. Maintenant, nous voulons sortir
de ces clichés. » ■
Boots Classic collection 40e anniversaire
180 €, cuissardes Ugg x Y/Project 1 295 €,
chez Leclaireur. www.leclaireur.com.
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/madame
UGG, DENNIS LEUPOLD
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
Campagne Ugg hiver 2018-2019
(en haut). Rihanna lors du festival
Coachella, en avril 2018.
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
AUTOMOBILE
37
Un baroudeur
à la pointe de
la high-tech
Le confort est l’un des points
forts du BMW X5. BMW
Sous le capot
ESSAI Quatrième du nom, le BMW X5
endosse les habits de la modernité
tout en renouvelant sa silhouette.
Moteurs (X5 30d & M50d)
L
Transmission
PHILIPPE DOUCET
pdoucet@lefigaro.fr
e chemin plonge à pic entre deux rangées d’arbres. Le sol est
parsemé de trous. Il a plu : la boue est
également de la partie. Pas de quoi
troubler notre BMW X5. La transmission intégrale a été placée sur le mode
« rocher », l’un des quatre modes de
conduite (les trois autres sont « sable »,
« gravier » et « neige »). L’assistant à la
descente, qui contrôle le régime du
moteur, est enclenché. La caméra frontale observe le sol afin de déceler toute
mauvaise surprise. Pas de gaz, pas de
freins, seul le volant est actionné. Le
SUV franchit paisiblement l’obstacle,
protestant parfois d’un dandinement
de sa grande carrosserie.
Notre modèle est équipé du pack optionnel « xOffroad » (3 000 €), une première sur le X5. Il inclut une suspension
pneumatique sur les deux essieux, une
protection anti-encastrement et des
affichages spécifiques dans le combiné
d’instruments. La garde au sol (jusqu’à
8 centimètres de débattement), le
contrôle de stabilité (DSC), tout comme
la transmission, sont gérés automatiquement. Le résultat est bluffant. Ainsi équipé, même le plus novice des conducteurs
peut s’attaquer à de sévères franchissements et rêver du Dakar.
La même voiture nous emmènera
quelques minutes plus tard à 130 km/h
dans un silence de cathédrale, à moins
que l’on ne décide d’envoyer les grandes
orgues dans les 20 haut-parleurs du système audio Bower & Wilkins de 1 500 W
Type
Puissance
Couple
(5 550 € sur la 30d). Le spectaculaire
contrôle gestuel de l’« infodivertissement » permettra à chacun de se prendre
pour Tom Cruise dans Minority Report.
Derrière le volant, un affichage numérique, de série, comble le regard par la richesse de ses informations. Seul regret,
l’intemporel graphisme typique de l’instrumentation « ronde » de BMW disparaît pour un lettrage plus quelconque. La
surface de projection de l’affichage tête
haute sur le pare-brise (1 400 €) progresse énormément (7 × 3,5 pouces) et se
projette en 3D.
Lignes tendues et sculptées
La place ne manque pas à l’intérieur. Le
X5 a grandi. Il a gagné 3,6 cm en longueur (4,92 m) et 4,2 cm en empattement (2,98 m). Voilà qui comblera les
conducteurs de son marché naturel, les
États-Unis, où il est fabriqué, ainsi que
les acheteurs chinois, pour qui l’espace
arrière est important. Le coffre n’est
que raisonnablement généreux (645 litres), mais son chargement sera facilité
par un hayon qui s’ouvre électriquement en deux parties. Un pack 7 places
sera proposé en fin d’année.
Le confort est l’un des points forts du
X5. Comme toujours chez BMW, les
sièges bénéficient d’une excellente
ergonomie. À l’avant, ils peuvent être
chauffants (800 €), massants (1 100 €)
et ventilés (900 €). Des deux modèles
essayés, la suspension nous est apparu
plus confortable sur la version 30d que
sur la M50d, dotée il est vrai d’un châssis plus sportif.
Un toit ouvrant (1 625 €), dont la surface a augmenté de 23 %, peut illuminer
Type
Boîte
6 cylindres en ligne, turbo
diesel, 2 993 cm3
265 et 400 ch
620 Nm et 760 Nm
Intégrale
automatique, 8 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
4 922 × 2 004 × 1 745 mm
de 645 à 1 860 litres
2 185 & 2 350 kg
Performances
0-100km/h
Vitesse
6,5 & 5, 2 s
230 & 250 km/h
Consommation/émissions
Mixte UE
CO2
Le X5 dispose de toutes les aides et assistances à la conduite.
l’intérieur de la voiture, où les
meilleurs matériaux sont assemblés
avec soin. Le X5 dispose de toutes les
aides et assistances à la conduite du
moment. On notera parmi elles un
nouveau système d’alerte de conduite à
contresens, sans doute plus utile en Allemagne où les autoroutes ne comportent pas de péages, pour détromper
d’éventuels étourdis. L’assistance à
l’arrêt d’urgence, qui freine et dirige
automatiquement le véhicule vers le
côté de la route en cas de défaillance
caractérisée du conducteur, répond
également présent à l’appel.
Le X5 conserve sa célèbre calandre en
forme de rein (ou de haricot) avec un
superbe cerclage d’un seul tenant.
Même sans cet élément caractéristique,
l’esthétique de la voiture trahit ses origines munichoises. Les lignes sont tendues
et sculptées, mais sans être agressives,
comme c’est parfois le cas de certaines
productions asiatiques. Elles donnent
Prix
UWE FISCHER
plus de dynamisme à cet imposant véhicule. Des feux en relief animent agréablement l’arrière. Les projecteurs laser,
en option (2 050 €), sont assez profondément enfoncés dans la calandre. Les
jantes optionnelles d’un diamètre de
22 pouces (à partir de 1 800 €) plairont à
nouveau outre-Atlantique, où l’on ne
déteste pas percher un peu plus les SUV
sur de grandes roues.
On est toujours circonspect quand on
grimpe dans un SUV. Long, large et
haut, on s’interroge sur son agilité et,
surtout, sa capacité à tourner. Pas d’inquiétudes avec le X5. Sans avoir la vivacité d’une berline ou d’un coupé
sportif, il vire à plat, aidé par une direction bien calibrée. Mais les pneus sont
mis à rude épreuve et la masse de l’engin se fait tout de même sentir. Son
châssis bardé d’assistances lui permet
de contrôler la situation dans tous les
cas. L’option quatre roues directrices
(1 300 €) permet de mettre moins d’an-
6,7 et 6,8 /100 km
158 et 179 g/km
72 400 et 100 350 €
gle au volant. Évidemment, ces réactions ne sont pas aussi naturelles que
celles d’un ancien modèle dénué de ces
béquilles, ce que nous a confirmé un
court trajet au volant d’un X5 de première génération datant de 1999.
Les deux groupes V6 diesel de 3 litres
de cylindrée ne sont ni vibrants ni
grondants. Sur la version M50d, qui développe 400 ch grâce à quatre turbocompresseurs, la puissance s’exprime
surtout lors des relances, qui semblent
alors infinies. ■
 NOTRE AVIS
Le X5 demeure un grand SUV luxueux,
agréable et pratique au quotidien, vrai
baroudeur à l’occasion. Série 5 surélevée à l’origine, il a su conquérir son
autonomie au fil des ans. Il intègre les
meilleures technologies actuelles. Mais
il n’hésite pas à les faire payer. ■
Dingo : « Une photo, c’est mille mots »
ENTRETIEN L’artiste, qui a révolutionné l’imagerie automobile, expose 40 ans de carrière au Mondial de l’auto.
SYLVAIN REISSER sreisser@lefigaro.fr
es clichés nous fascinent depuis
quarante ans. Ils sont reconnaissables entre mille. Avec
poésie et talent, l’autodidacte
Dingo, de son vrai nom Dominique Sambain, a imposé un style inimité qui dépasse le simple cadre de la
photo de voitures ou de motos. Ses visuels racontent des histoires et sont
souvent le miroir de la société. Ce monde auquel il apporte un peu de légèreté,
il a failli le quitter en 2013 lorsque son
cœur s’est arrêté de battre pendant
deux minutes et cinquante secondes.
Requinqué, l’artiste miraculé a repris
ses boîtiers, sans rien perdre de son inspiration et de sa joie communicative. Le
scaphoïde droit cassé la semaine dernière après avoir été renversé alors
qu’il circulait à vélo n’a pas réussi à entamer son moral d’acier. Entre deux
séances de prises de vue, l’inoxydable
Dingo qui jure que « l’ennemi du métier,
c’est ton ego », s’est livré sur le salon
parisien, où il raconte sa carrière grâce
à la société de pneumatiques First Stop.
S
LE FIGARO. – Comment est née
cette passion pour la photo ?
Comment se transforment
ces passions en métier ?
J’ai démarré pour la revue Auto verte,
que Jacky Maurel venait de lancer. Il
était client d’un magasin de photo pour
professionnels dont je m’occupais. Il
m’avait demandé de réaliser des photos
de mon buggy Renegade. Je l’ai mis en
scène. Cela a plu. J’étais lancé.
Une photo de Dingo pour la campagne publicitaire de la première Twingo,
avec des sumos venus spécialement du Japon. RENAULT
DINGO. – Quand je suis venu au monde, la première chose que j’ai vue est
l’appareil photo et le flash de mon
père. Cela marque forcément. Photographe amateur averti, il passait sa vie
à prendre des photos. À 10 ans, j’ai
reçu un Brownie flash Kodak avec lequel j’ai commencé à mettre en scène
mes cousins.
Et comment a germé cet intérêt
pour la moto et l’auto ?
À 13 ans, je dispensais des cours de développement photo à la maison. J’avais un
élève qui possédait une Yamaha 650.
J’aimais déjà les engins mais quand il m’a
emmené faire un tour, je suis tombé dingue de moto. Dès mes 10 ans, des miniatures d’appareils photo et de voitures de
Avez-vous conscience d’avoir
révolutionné l’imagerie automobile ?
Je suis arrivé en même temps qu’un besoin de faire de la presse autrement. Le
début des années 1980 coïncide avec
l’explosion du tuning et du 4 × 4. Il y avait
une demande de mise en scène. Avec le
journaliste Michel Guégan, nous avons
créé le magazine Option Auto. Après, les
gens sont venus à moi. Je faisais une douzaine de couvertures par mois. Mes photos ont fait venir de nouveaux lecteurs.
Comment passe-t-on de la presse
aux constructeurs ?
Leurs dossiers de presse n’accrochaient
pas une nouvelle presse qu’ils voulaient
conquérir. Renault a été le premier à
venir me voir pour réaliser les photos de
la première Twingo. J’ai eu l’idée d’une
mise en scène avec des sumos que nous
avons fait venir du Japon. Cette campagne a eu le record du monde de retombées pendant près de vingt ans.
Et déjà à l’époque vous signiez Dingo.
D’où vient ce surnom ?
À l’adolescence, on m’appelait déjà
Dingo, en raison de mon côté décalé et
déjanté. J’avais les cheveux jaunes. Puis
c’est venu assez naturellement au début
de ma carrière. J’ai fini par le faire officialiser sur mes papiers d’identité.
Comment vous viennent les idées ?
Gainsbourg disait que la créativité est
une salope : elle vient quand elle en a
envie. Toutes les nuits, je rêve photo. La
créativité, c’est une plante que l’on arrose tous les jours. Je regarde autour de
moi et cela me donne des idées. C’est en
assistant à la scène du type qui pète les
plombs avec sa belle-mère qu’il emmène en vacances que m’est venue l’idée
de la photo de la mamie sur un portevélo. Une photo, c’est mille mots.
Comment a évolué votre métier ?
Pendant trente ans, les gens ont fait
confiance. Maintenant, ils sont pétris
de doutes. ■
A
course n’ont pas quitté mes poches. Je
savais que je deviendrai photographe de
motos et d’autos. Je me sentais investi
d’une mission.
PROPOS RECUEILLIS PAR
mardi 9 octobre 2018
38
Le charme authentique de Saint-Germain
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier s’expriment sur un marché et présentent une sélection de biens.
Aujourd’hui, Saint-Germain-des-Prés, son marché toujours vivace et ses biens bourrés de charme.
Par Nelly Chevais
Saint-Sulpice,
« l’adresse
au « top »
L’effet Brexit
« est
significatif
Un style chic, sobre,
« un
peu bohème »
»
OLIVIER D’ALAUZIER,
AGENCE PATRICE BESSE :
La place Saint-Sulpice, où trônent
l’église et la fontaine des QuatreEvêques, a été édifiée en 1844 sur les plans de
l’architecte Louis Visconti. Ce marché explose dans
une fourchette entre 17 000 et 20 000 €/m2 pour
les biens classiques, comme celui-ci : immeuble
XVIIème gardant sa porte cochère et sa cour pavée,
escalier en bois à balustres, appartement seul à
l’étage avec poutres et trois mètres de hauteur sous
plafond… Un pied-à-terre ou un investissement,
dont la rareté contribue à la valorisation.
MANUELA BARON,
EMILE GARCIN RIVE GAUCHE :
Ce micro marché, près de l’église
Saint-Germain, est recherché par
le monde des arts et des lettres. Serge Gainsbourg
habitait là, comme le comédien célèbre qui a repensé
cet appartement. Au 1er, l’étage « noble » au XVIIIème,
les grands volumes ont été optimisés (séjour de
90 m2, suite de maître). L’hôtel particulier, entre cour
et jardin, a un charme authentique. L’offre de
Saint-Germain est importante, mais inférieure à
la demande soutenue. Des Français de Londres
recherchent notamment un bien de qualité.
LOCALISATION :
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207 m2, 1er étage
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LOCALISATION :
Saint-Sulpice
(6ème)
SURFACE :
46 m2, 2ème étage,
immeuble XVIIème
PRIX :
840 000 €
CONTACT :
01 42 84 80 84
Sur les quais,
« l’offre
est rarissime
»
ANNE LA CLAVIÈRE,
AGENCE VARENNE 6ÈME :
L’une de nos principales clientèles
est actuellement constituée d’expatriés français qui recherchent de la haute qualité
pour un budget souvent important. Un appartement,
comme celui-ci, suscite un réel engouement.
L’immeuble est une ancienne école du XVIIIème. Les
propriétaires ont réalisé une rénovation et une
décoration de l’appartement dans un style germanopratin, c’est-à-dire plein de charme, agréable à vivre
et un brin bohème. Un bien comme celui-ci se vend
en 48 heures, s’il est à son prix de marché.
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Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
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Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
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LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
TÉLÉVISION
apalou@lefigaro.fr
Nuggets
de croco
« 66 minutes »
M6 | 17 h 20 | Dimanche
O
n ne dira jamais assez le bien
que procure la lecture
d’Alexandre Vialatte. Une
secte de zélateurs lui voue un culte.
Les Éditions Julliard ont la bonne
idée de publier, ces jours-ci, ce titre :
Promenons-nous dans Vialatte.
Une sorte d’abécédaire. À la lettre C,
on trouve « Crocodile » : « Tout
le monde sera déçu d’apprendre
que le plus grand crocodile du monde
n’a que trois mètres cinquante
de long. Je parle des crocodiles
prisonniers ; peut-être en liberté
s’allongent-ils davantage […]. Si on
défalque les deux mètres de la queue
[…], il ne peut avaler en long que des
gardiens de zoo d’un mètre cinquante
[…]. Le plus grand crocodile du monde
n’est, au fond, qu’un danger
pour nains. » Délicatesse de l’ironie.
Sur M6, « 66 minutes » présenté par
le sobre Xavier de Moulins. Avons
regardé un petit reportage sur la
Floride, sur l’invasion des alligators.
Il y en aurait dans cet État plus
de 1,2 million. Ce n’est pas rien.
Les bestioles envahissent une partie
de Miami, circulent entre les
buildings d’affaires et les résidences
secondaires. Elles s’immiscent
dans les canaux, grimpent dans
les jardins, se baignent dans les
piscines, arpentent les terrains
de golf. Carole, une Française qui vit
là depuis vingt-cinq ans, n’avait
jamais encore vu ça, un mastodonte
de 3 mètres, un matin, sur sa
terrasse. Il est vrai qu’à l’heure
de l’ami Ricoré, il n’est pas trop
le bienvenu. Alors la chasse est
ouverte, une chasse qui se pratique
à la canne à pêche ! Sa mâchoire
serait trois fois plus puissante
que celle d’un requin blanc. Rien ne
se perd dans l’alligator. De son cuir,
on fait des ceintures, des sacs à main
ou des portefeuilles ; de sa viande,
on fait des nuggets pas mauvais,
goût de poulet mâtiné de poisson.
Sinon, dans un autre marigot,
revenons sur la polémique
sur la lettre de Michel Onfray
adressée à Emmanuel Macron.
Une règle : lorsqu’on n’a pas
d’humour, on n’en fait pas.
Donald Trump,
la technologie
au service
du complot
Le documentaire de Thomas Huchon s’intéresse
au milliardaire Robert Mercer, soutien du président
américain, mais verse dans le sensationnalisme.
PHILIPPE GÉLIE £@géliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
rte nous avait habitués à
plus de substance et moins
d’hyperbole. Mais il faut
bien justifier le titre aguicheur : Fake America Great
Again. Un détournement du slogan
électoral de Donald Trump et un clin
d’œil au « bidonnage » dont il accuse
les médias. Avec un tel programme,
sous-titré « Comment on a manipulé
l’Amérique », le téléspectateur est en
droit d’attendre une
démonstration méthodique et sobre.
La promesse n’est
○○¡¡
malheureusement pas
tenue par le documentaire de Thomas Huchon. Les deux
premières parties racontent une histoire déjà connue comme si elle nous
était révélée : celle de Robert Mercer,
informaticien de génie devenu milliardaire et influent financier de la droite
américaine. « Un personnage mystérieux dont le grand public n’a jamais
entendu parler », assure l’auteur. Au
moins les lecteurs du Figaro avaient-
A
ils échappé à ce triste sort avec la parution d’une longue enquête sur Robert
et sa fille Rebekah Mercer dans nos
éditions du 10 avril 2017.
M. Huchon, lui, n’en revient pas de
sa découverte : « Une extraordinaire
entreprise de manipulation » fomentée
par « un réseau ultrapuissant, […] un
clan qui cherche dans l’ombre à imposer
à l’Amérique ses idées réactionnaires. »
« Dark posts »
On a compris l’intention : « L’élection de
Donald Trump ne s’est pas jouée à la loyale, conclut son film. Jamais un candidat à
la présidence n’avait
autant usé du mensonge
et de la dissimulation. »
Ce ton sensationnaliste
et conspirationniste sert
surtout à masquer l’absence de sources directes. Aucune porte
n’est poussée, aucun responsable de la
campagne de Donald Trump ou des entités qui l’ont aidé n’apparaît à l’écran.
Pas même Steve Bannon, ancien
conseiller stratégique présenté comme
« un homme de l’ombre qu’on retrouve à
toutes les étapes de cette enquête ». La
formule date un peu, de même que la
mise au jour de « la garde rapprochée du
20.50
Aucun responsable de la campagne présidentielle de Donald Trump n’apparaît à l’écran
dans le documentaire Fake America Great Again.
président », supposée encore truffée de
proches des Mercer.
Cette légèreté est d’autant plus regrettable que Thomas Huchon se pose
en spécialiste du complotisme. Il avait
réalisé en 2015 un film sur une théorie
conspirationniste montée de toutes
pièces dans le but d’en exposer les ressorts : Cuba/sida, la vérité sous blocus.
On ne peut donc pas lui accorder l’excuse de la naïveté : c’est en toute
connaissance de cause qu’il a recours
aux artifices de montage et aux commentaires emphatiques. Il faut croire
que le médecin a été contaminé par le
virus qu’il prétend traiter…
Heureusement, la troisième partie
sauve le film du péché de vacuité. Elle
explique de façon didactique comment
Cambridge Analytica, société aujourd’hui en faillite, financée par Robert
Mercer, a exploité les données personnelles de 87 millions d’utilisateurs de Facebook. Profilage, psychométrie et
« micro-ciblage » permettent d’envoyer
à des millions de gens des « dark posts »,
messages fantômes invisibles en dehors
de l’intéressé et ne laissant aucune trace.
La leçon à retenir dépasse largement
l’élection de Trump : « La politique et la
démocratie sont les nouveaux domaines
déstabilisés par la technologie. » ■
Sean Penn sur orbite
Avec « The First », le créateur de « House of Cards » part à la conquête de Mars.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
ronie du calendrier. The First, de
Beau Willimon, l’auteur de House
of Cards, débarque sur OCS Max
une semaine avant la sortie en salle
de First Man : le premier homme sur
la Lune de Damien Chazelle. Les deux
œuvres n’ont pas seulement la conquête
spatiale et leur titre en commun. Quitte
à nous frustrer (dans le bon sens), elles
passent plus de temps sur Terre que
dans les étoiles. Ces fictions explorent le
prix du sang et les morts, sacrifiés au fil
d’essais risqués sur l’autel de la science.
Pour incarner ce voyage intérieur et
démesuré vers la planète rouge, Willimon enrôle une des rares pointures de
I
LE BUZZ TV
Invitée : Claire Borotra,
interviewée par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
Sean Penn campe Tom Hagerty,
ex-commandant taiseux et taciturne
de la mission Mars.
PAUL SCHRIMALDI/HULU /SIXEIGHTSEVEN
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4852
HORIZONTALEMENT
1. Avec un manque de goût prononcé. - 2. Travailler aux pièces.
- 3. Le bélouga en est un mais
pas le sévruga. - 4. Fait l’unité du
peuple anglais. Forme de pardon.
- 5. Berceuse anglaise. Oui plus
ouï. - 6. Chef de file des Hussards.
- 7. Terrain dangereux retourné.
Battu par la Suède. - 8. Pinces
de poulet. - 9. Préparée en carpaccio. - 10. Poulet au whisky.
Einstein y découvrit l’univers. - 11.
Il a brisé bien des carrières. Grand
Orient. - 12. Petits cousins des
bélougas.
ZDF/GETTY IMAGES
Anthony Palou
VERTICALEMENT
1. Opérations de modelage. - 2.
Il entraîne une diminution progressive. - 3. Attaché au principe
de causalité. - 4. Prépare du gratin.
Sifflons aux oreilles des Québécois.
- 5. Facilitée. Morceau de scotch.
Familier pour un caïd. - 6. Une mer
parsemée d’îles sporadiques.
Débouchée pour la fête. - 7.
Agrandit un cercle. Simili vachette
de couleur blanche. Reconduit à
son siège. - 8. Bobines. Possessif.
1
2
3
4
5
8
HORIZONTALEMENT 1. Fracture. - 2. Relookés. - 3. Agiotant.
- 4. Niel. Sar. - 5. Con. Aéra. - 6. Knout. DD. - 7. Rareté. - 8. Il. Lest.
- 9. Bimestre. - 10. Osa. Team. - 11. Utile. Ie. - 12. Délirant.
VERTICALEMENT 1. Franck Riboud. - 2. Régionaliste. - 3. Aliénor.
Mail. - 4. Cool. Uélé. Li. - 5. Tôt. Attester. - 6. Ukase. Este. - 7. Renard.
Train. - 8. Estrade. Émet.
3
4
5
6
7
8
Mélancolique et crépusculaire
Non seulement Tom bataille aux côtés
de Laz Ingram (Natascha McElhone),
l’investisseur privé qui cofinance le périple avec la Nasa, pour convaincre le
Congrès de les soutenir.
Mais il s’occupe de sa
fille sortie de désintox.
Mélancolique et crépus○○○¡
culaire, The First, dont
BRIDGE
PROBLÈME N° 2932 :
Choix des priorités
AD
A8765
7432
10 2
N
O
E
S
8432
10 3
A R D
ARV9
6
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4851
2
Hollywood qui n’est pas encore passée
du côté obscur des séries : Sean Penn.
Oscarisé pour Mystic River et Milk, il
campe Tom Hagerty. Ex-commandant
taiseux et taciturne de la mission Mars,
l’astronaute reprend du service quand
la fusée transportant ses confrères explose en vol.
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 5 de pour la Dame et
le Roi d’Est qui insiste du 10 de (le 7 en Ouest).
deux volets ont été réalisés par la réalisatrice de Mustang Deniz Gamze Ergüven, interroge la soif d’aventure de
ces explorateurs. Ne sont-ils motivés
que par la quête d’un ailleurs ou cherchent-ils à fuir leurs problèmes ?
Les huit épisodes contemplatifs, entrecoupés d’étranges monologues, s’attardent sur les proches, sur les jalousies
au sein de cette équipe de pionniers, sur
les enjeux politiques et économiques de
leur aventure. Sur ce que signifie une
absence sans retour. Le décollage est
presque anecdotique, même si Beau
Willimon promet qu’en
cas de deuxième saison,
la quatrième planète du
Système solaire sera au
premier plan. ■
20.40
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2931 :
Non négligeable
Contrat : Sud joue 7 Carreaux.
Entame : 7 de pour le 4 d’Est et votre Roi. Sur la Dame
de , Ouest fournit le 8.
Appelez le 3 de du mort. De deux choses l’une :
- Est fournit. Alors jouez As-Roi de , coupé, As de ,
coupé, coupé, puis purgez le dernier atout et
encaissez le Roi de (tout en écartant deux du mort).
Remontez ensuite au mort à l’As de et profitez des
deux affranchis. En procédant ainsi, vous prenez la
chance non négligeable que le détenteur du singleton à
n’ait que deux atouts (manœuvre de Guillemard).
- Est défausse. Alors jouez pour l’As, As-Roi de (ils doivent être 3-2), coupé, purgez le dernier atout
et tablez.
4
A65
A32
AR8762
D 10 9 5 3 2
V
N
R 10 4 3
V9872
O E
87
654
S
4
D 10 9 5
AR876
D
R D V 10 9
V3
A
BIEN VU
39
mardi 9 octobre 2018 LE FIGARO
40 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Denis
Soleil : Lever 08h02 - Coucher 19h13 - Nouvelle Lune
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Drame
Magazine. Actualité
Série. Policière
19.25 Friends. Série. Avec Jennifer
Aniston. 4 épisodes.
MATIN
21.00 La colère des Titans
10
Film. Aventures. EU. 2012. Réal. : J.
Liebesman. 1h35. Avec S. Worthington. Persée tente de mener une
vie paisible, mais doit sortir de sa
retraite pour sauver son père Zeus.
20
8
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10
7
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9
22.55 Le choc des Titans. Film 0.55
Chroniques criminelles. Magazine.
9
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11
10
30
Good Doctor
Cash investigation
Crimes parfaits
EU. Saison 1. Avec Freddie Highmore,
Nicholas Gonzalez, Hina Abdullah.
2 épisodes. Inédits. Claire et le docteur Lim s’occupent d’un patient qui
multiplie les anévrismes alors qu’il
est sous traitement.
Prés. : Élise Lucet. 2h04. Luxe, les
dessous choc. Inédit. Des enquêteurs ont notamment remonté l’une
des filières du cuir de luxe jusqu’aux
tanneries de Toscane, et ont mis au
jour un univers peu reluisant.
Fra. Saison 3. Avec Philippe Caroit,
Claire Borotra, Bruno Wolkowitch,
Vanessa Demouy, Déborah Krey.
2 épisodes. Inédits. Un homme est
retrouvé mort, le corps déchiqueté
par l’hélice de son bateau.
20.50 Déni de grossesse,
à mon corps défendant
22.50 Grey’s Anatomy : Station 19 Série. 2 épisodes. Inédits
23.05 Face à Carlos le Chacal
22.45 Crimes parfaits Série. Un
Doc. Inédit 0.20 Lost in La Mancha.
Doc. 1.45 Dans quelle éta-gère...
bon chanteur est un chanteur mort
23.45 Soir/3 0.15 Le pitch cinéma
22.00 Débat 22.40 C dans l’air 23.50
C à vous 0.45 C à vous, la suite
0.30 New York, unité spéciale. Série.
10
12
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19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
11
15
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17
10
Doc. 2018. Réal. : M. Vaqué-Marti.
1h10. Inédit. Aujourd’hui, en France, un
bébé naît toutes les six heures d’un
déni total ou partiel de grossesse.
11
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18
60
20
APRÈS-MIDI
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10
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19.55 L’info du vrai, le mag (C) 20.50
Le JT pressé (C). Divertissement
20.58 Catherine et Liliane (C)
18.55 Deltas du monde. Série documentaire 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust,
Vinnie Dargaud, Valérie Karsenti.
21.00
20.50
21.00
Film. Comédie
Documentaire. Société
Magazine. Vie pratique
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. 2 épisodes.
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26
20.55 Dragon Blade
27
26
Film. Action. Ch. 2015. Réal. : Daniel
Lee. 2h10. Avec Jackie Chan, John
Cusack. Le chef romain Tiberius
veut contrôler la route de la Soie,
mais il se heurte au rebelle Huo An.
24
27
26
26
30
27
25
28
27
22.55 Droid War. Film TV. Action
0.45 Sniper : Special Ops. Film TV.
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23
27
21
50
23
19.05 Highway Thru Hell. Téléréalité.
Tempête de neige - Nuit blanche !
Le brio
Comment Trump a
Inédit. Avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana. Une étudiante en droit
d’origine maghrébine qui rêve de
devenir avocate découvre l’univers
des joutes verbales.
Réalisation : Thomas Huchon. 1h00.
Inédit. Cette enquête dévoile un
nouveau pan du scandale Cambridge Analytica, qui a éclaté en
mars 2018.
22.40 Tchi tcha M a g a z i n e 23.30
21.50 Tous les gouvernements
mentent Documentaire 22.40 Al-
22.45 Recherche appartement
ou maison Magazine. Vie pratique.
Sissi, bons baisers du Caire. Doc.
Présentation : Stéphane Plaza.
Réal. : Yvan Attal. 1h35. manipulé l’Amérique
Faute d’amour. Film. Drame 1.30
Attraction. Film. Science-fiction.
Recherche appartement
ou maison
Prés. : S. Plaza. 1h45. Anaïs/Gaëlle
et Philippe/Armelle et Marco. Inédit.
Stéphane Plaza conseille et accompagne les familles dans leur quête
d’une maison ou d’un appartement.
25
T (en °c)
20.50 Les secrets
du saint Graal
<-10 à 0
Documentaire. Découverte. Fra.
2018. 1h20. Inédit. Le Graal, coupe
qui aurait servi à recueillir le sang du
Christ en croix, a-t-il existé ?
22.10 Les Templiers, de l’histoire à la
légende. Documentaire.
19.10 Charmed. Série. Avec Holly
Marie Combs. 2 épisodes.
18.50 Les Marseillais vs le reste du
monde. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
20.50 France/Cameroun
21.00 Banzaï
Magazine. Société. Prés. : Tatiana
Silva. 1h20. Inédit. Au sommaire :
«Bolides, grosses cylindrées et
voitures de demain : bienvenue au
Mondial de l’Auto».
Football. Match amical féminin.
En direct du Stade des Alpes.
Nouveau match de préparation pour
les Bleues en vue de la Coupe du
monde, qui se déroulera en France.
Film. Comédie. Fra. 1982. Réal. :
Claude Zidi. 1h42. Avec Coluche.
Un employé de bureau pourtant
casanier et craintif est entraîné dans
un voyage rocambolesque.
22.20 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Tatiana Silva.
23.05 Urgences, la vie au bout du fil.
Documentaire.
23.10 Gazon maudit. Film. Comédie.
Avec Josiane Balasko, Alain Chabat.
SU DO KU
GRILLE 2688 FACILE
7
5 3
3 1 5
2
6 2
4
9
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7
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8
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1
6 8
8
7 2 9
4
6 3
4
9
LONGUE
PÉRIODE
ÉGALITÉ,
JUSTICE
POTAGE
ONCTUEUX
CONDIMENT
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
P
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I
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C
I
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I
S
T
I
Q
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O
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R E
S
E A
S S
16/24
USINES
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POUR
L’AIR
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23.15 Les rois de la réno. Téléréalité.
La maison de poupée.
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JEUDI
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MOTS FLÉCHÉS N°2096
Chaque jour un peu plus difficile
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Film. Science-fiction. EU. 2015.
Réal. : B. Bird. 2h15. Avec George
Clooney. Un inventeur se retrouve
projeté à Tomorrowland, un monde
parallèle où tout semble possible.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 À la poursuite de demain
19.25 Quotidien, première partie.
Talk-show 20.10 Quotidien
21/26
16/22
12/22
11/15
10/20
21/27
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
QUI NE
SE FONT
PLUS
ATTENDRE
LE FIGARO
mardi 9 octobre 2018
41
Agnès Naudin,
dans l’enfer des familles
François Aubel
faubel@lefigaro.fr
n ce moment, je suis encore sur
une affaire de bébé secoué. Enfin,
celui-là n’est pas mort… » Crinière brune à peine domestiquée - ses collègues la surnomment « Raiponce », comme la
princesse des contes de Grimm
-, Agnès Naudin vous transperce de son regard vert d’eau et parle de son boulot à
la brigade de protection des mineurs des Hautsde-Seine comme un mécanicien de sa prochaine
vidange. Ce détachement peut dérouter. Bien sûr,
elle n’est pas insensible mais elle ne veut surtout
pas donner dans la « sensiblerie ». « Quand on est
flic, on doit forcément être fort. On se met une pression d’enfer pour ne pas montrer ses faiblesses »,
explique-t-elle. Bien sûr il lui arrive de ne pas dormir après avoir découvert sur la large table métallique d’une morgue le tout petit corps d’un nourrisson avant son autopsie. Ce n’est certes pas le
quotidien de cette jeune femme de 33 ans depuis
qu’elle a quitté la PAF, la Police aux frontières,
mais cela en fait partie comme elle l’explique dans
Affaires de famille (Éditions Cherche Midi).
Entre carnet de bord et journal intime, elle a
consigné dans ce livre trois dossiers emblématiques
de sa mission de service public. Elle y mêle à ses
tourments personnels, la tragédie d’un bébé mal-
E
«
THIERRY HUGON
SUCCÈS Violences conjugales, bébés secoués, pédopornographie.
Dans « Affaires de famille », cette jeune capitaine de police raconte
son quotidien au sein d’une brigade territoriale de la protection
de la famille (BTPF). Un témoignage glaçant.
jour dans l’avion Véronique Genest, l’héroïne de ce
traité par une nourrice, le calvaire d’une enfant
feuilleton. Il lui a demandé un autographe, car il savictime d’un viol intrafamilial et celui d’une femme
vait à quel point cela me faire plaisir », se souvientvictime d’une violence conjugale ordinaire et insielle. Avant d’ajouter : «Il n’a pas pu s’empêcher de
dieuse. Des sévices face auxquels Agnès Naudin
lui dire que si j’étais policière, c’était grâce à elle.
s’avoue désarmée. Impuissance que cette « impaMais la réalité dépasse de beaucoup la fiction. »
tiente chronique » tolère mal. On saisit assez vite son
Est-ce pour mettre à distance la brutalité de son
désir de tout contrôler. En égrenant son long collier
métier qu’elle a écrit ce livre ? « Non, je n’ai pas
d’ambre, elle s’inquiète de ce que l’on va écrire. En
voulu me détacher de ce boulot ou le fuir ; je l’adore.
ouverture de son livre, elle dessine son portrait-roJe voulais juste raconter la vie d’une brigade comme
bot comme pour éviter que l’on ratisse sa vie prila mienne. Expliquer comment les histoires viennent
vée. Cette « éternelle insatisfaite » se trouve « jolie
à nous, pourquoi et comment une personne peut en
et pas trop bête ». On la cite toujours : «Mère infirarriver là, témoigne-t-elle. Le pire,
mière et père cadre dirigeant (dans la
vous savez, n’arrive pas qu’aux
finance, NDLR). Née avec une cuillère
autres. » On serait même surpris,
dans la bouche. Pas en or mais en aravoue-t-elle, du nombre d’intergent tout de même. Aînée d’une fratrie
ventions qu’elle réalise dans les
de trois enfants. Éducation assez
banlieues bourgeoises.
stricte. À fait une longue crise d’ado1984
En audition, il lui faut supporter
lescence qui s’est terminée en entrant
Naissance à Saint-Cloud
parfois l’infernal mutisme de cerà la fac de droit. A obtenu un DEA de
(Hauts-de-Seine).
tains adolescents. Les plus difficiles.
droit international. »
2011
Ceux qu’elle aimerait mieux comContrôles « incohérents »
Nommée à la Police
prendre aujourd’hui au point d’enaux
frontières.
visager de passer un diplôme uniAgnès Naudin avait deux rêves : être
2013
versitaire en psychopathologie. Elle
flic et épouser un ambassadeur.
Naissance de son fils,
pourrait se lasser de répéter sans
Après un stage en cabinet d’avocat
Thelio.
cesse aux agresseurs que si une vicet un passage à la chambre de l’ins2016
time n’a pas dit non, cela ne voulait
truction de la cour d’appel de Paris
Intègre une brigade
pas dire qu’elle était consentante.
« à brasser trop de paperasse », elle
territoriale de protection
Mais vaille que vaille, elle poursuit
exauce le premier. Pour le second, la
de la famille.
son sacerdoce. Et peu lui importe
vie de consulat attendra : elle élève
2018
que cela ne plaise pas à certains de
seule son garçon de 5 ans. À l’âge de
Parution d’Affaires
ses collègues. « Je reste de toute fason fils, elle rêvait déjà de jouer les
de famille (Éditions
çon un ovni à leurs yeux, concède la
Julie Lescaut dont elle ne ratait pas
Cherche Midi).
policière. Quant à ma hiérarchie, elle
un épisode. « Mon père a croisé un
Bio
EXPRESS
semble plus embarrassée de découvrir ma vie privée
que ma vision des affaires dévoilées dans le livre. »
À travers son témoignage, la capitaine de police
souhaitait surtout ouvrir une réflexion sur la formation des gardes d’enfants à domicile qu’elle
juge inadaptée. « C’est fou de confier ce que l’on a
de plus cher entre les mains de personnes qui choisissent de garder parfois jusqu’à cinq enfants en
même temps pour gagner plus d’argent », déploret-elle, regrettant que les contrôles de la protection
maternelle et infantile (PMI) soient si « incohérents ». Tant pis si elle se met à dos les agents de la
petite enfance. Son service, composé de seize personnes, a noté une nette recrudescence des cas de
bébés secoués cette année. Avec toujours ou presque le même scénario. Les mêmes coupables négligences. Ainsi décrit-elle la mort d’Axel, 8 mois.
Le choc, les convulsions, le rapport du légiste et les
mots qu’il faut trouver avec les parents.
A-t-elle été formée pour encaisser ces chocs,
évoluer au milieu des décombres de toutes ces
vies ? «Il n’y a pas de manuel de police pour savoir
affronter la mort, reconnaît-elle. Mais l’on s’ouvre
peu à peu aux cellules de soutien psychologique, à la
compréhension du choc post-traumatique qui a été
très bien décrit dans Polisse, le film de Maïwenn.
Tout cela s’est surtout développé au lendemain des
attentats de Paris. » Agnès Naudin avoue se fabriquer ses propres défenses à travers la méditation
et le yoga. Elle fréquente régulièrement un ashram
à Chartres où sont dispensés les enseignements
d’Amma, figure spirituelle de l’Inde moderne qui a
envoûté Claude Lelouch ou Elsa Zylberstein avant
elle. « Quand je suis là-bas, j’essaye aussi de me
mettre à l’écoute des autres. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Réchauffement [ré-cho-fe-man] n. m.
Sur le point d’être brûlant.
e Giec (Groupe d’experts sur l’évolution climatique) vient de publier
un rapport alarmant sur le réchauffement de la planète.
Le mot vient du latin calefacere, rendre chaud. Le sujet du réchauffement
climatique est bien sûr de première importance. On en parle souvent, toujours sur
un ton alarmé ; osons le dire, les informations sur la dégradation du climat, quoiqu’elles
évoquent une inquiétante hausse des températures, ne sont jamais du réchauffé.
C’est un cri d’alarme sur l’activité humaine qui apporte tout à la fois le progrès
et la destruction : un serpent que l’homme a consciencieusement réchauffé
en son sein. Ainsi le rapport pointe du doigt par exemple l’automobile.
Arrêtons-nous-y un instant. Le conducteur est chauffeur, il peut être chauffard,
et, incontestablement, il est acteur du réchauffement. Ça fait beaucoup.
Rions, bientôt nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer et - horreur - il paraît
que même nos larmes seront chaudes. Joyeuse perspective.
Le Giec élève la voix, prévient et menace. Ne le prenons pas à la légère. Sans souci
de la pollution, il veut nous montrer lui aussi de quel bois il se chauffe. ■
d’hier et d’aujourd’hui
Du 4 au 15 février 2019
PARTEZ POUR UN CIRCUIT
EXCEPTIONNEL EN COLOMBIE
Vaste comme deux fois la France, la
Colombie est l’une des plus belles
destinations d’Amérique du Sud.
Depuis les accords de paix signés
en 2016 avec les FARC, elle ouvre
désormais grand ses portes aux
voyageurs curieux.
Il faut oser la Colombie pour ses immenses richesses naturelles et culturelles.
De ses vestiges précolombiens à la ville modèle de Medellín, en passant par
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Vous serez séduit par ce un pays d’une épatante diversité.
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CE PRIX COMPREND :
• Le transport aérien Paris/Bogota/Carthagène/Paris
sur vols réguliers Air France
L’arrestation de Redoine Faïd
relance le débat sur la burqa
Le sénateur LR de Paris Pierre Charon (photo) a écrit
à la garde des Sceaux sur l’application effective
de l’interdiction du voile intégral alors qu’une loi existe
depuis 2010. Il propose de renforcer la loi en sanctionnant
le port de la burqa d’un délit plutôt que de l’actuelle
sanction de contravention. Le braqueur Redoine Faïd,
interpellé récemment dans l’Oise, utilisait une burqa
pour se déplacer sans être reconnu. Mais c’est précisément
ce voile intégral qui a perdu le fugitif, cette tenue
cachant mal son allure très masculine.
• Les hébergements en hôtels 4 et 5*
• Pension complète
• Un accompagnement Figaro Évasion
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RÉSERVATIONS
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Vladimir Fédorovski
décortique la manipulation
politique
Laurent Wauquiez
aux 50 ans
de l’UNI
Le plus français des écrivains russes
va sortir, début novembre, Le Roman vrai
de la manipulation, chez Flammarion.
Il reviendra sur les grands dossiers qui ont
animé les médias ces dernières années. C’est
un ouvrage explosif, bourré de révélations,
qui donne même quelques recettes pratiques
pour permettre de devenir soi-même
irrésistible, grâce au manuel de séduction du
KGB, au féminin et au masculin, publié dans
ce livre. La réalité, selon l’auteur, dépasse
souvent la fiction des romans policiers.
Le syndicat étudiant
UNI, classé à droite
politiquement, va souffler
ses 50 bougies à Paris,
le 20 octobre. Parmi
les invités, le président
de LR, Laurent Wauquiez,
et le secrétaire général
délégué de LR,
en charge du projet,
Guillaume Larrivé,
sont notamment attendus.
A
LA COLOMBIE
SÉJOUR
12 JOURS / 10 NUITS
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L
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
ÉVÉNEMENT RTL
MERCREDI 10 OCTOBRE 9 H-9 H 30
RETROUVEZ LAURENT RUQUIER ET SON ÉQUIPE
AVEC YVES CALVI DANS LA MATINALE DE LA 1ÈRE RADIO DE FRANCE*.
*
MÉDIAMÉTRIE 126 000, SAISON 2017-2018, RTL, LUNDI-VENDREDI, 5 H-24 H, 13 ANS ET +, AC, QHM, PDA ET DEA.
© William BEAUCARDET/RTL - © Julien FAURE/SIPA PRESS/RTL
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