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Le Figaro - 11 10 2018

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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 067 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
EN UKRAINE, LES ORTHODOXES
SE DÉCHIRENT ENTRE MOSCOU
ET CONSTANTINOPLE PAGE 16
EUROPÉENNES
Fin de non-recevoir
de Wauquiez à
Dupont-Aignan
PAGE 5
NATIONS UNIES
La démission
surprise de Nikki
Haley fragilise
Donald Trump
PAGE 6
DÉFENSE
Cinq cents
patrouilles
sous la mer pour la
dissuasion nucléaire
PAGE 8
LE FIGARO LITTÉRAIRE
LONDRES EST AUSSI UN
PERSONNAGE DE ROMAN
NOTRE SUPPLÉMENT
Retraites : le gouvernement
choisit la méthode douce
Après six mois de concertation, les grandes lignes de la réforme satisfont les syndicats.
L’exécutif se donne jusqu’en avril-mai 2019 pour discuter des points les plus sensibles.
Le haut-commissaire à la
Réforme des retraites, JeanPaul Delevoye, a réussi son
entrée en matière. Dévoilées
mercredi, les grandes lignes
retenues après six mois de
concertation ont été globalement bien accueillies par
les syndicats, à l’exception
de la CGT.
Comme annoncé par Emmanuel Macron durant sa campagne, les retraites basculeront progressivement dans
un système unique par
points, qui fera converger à
terme les règles entre le public et le privé.
Le détail de cette transformation va faire l’objet d’une
nouvelle concertation jusqu’au mois de mai 2019, au
cours de laquelle les sujets
sensibles - dont l’instaura-
tion ou non d’un « âge pivot » - seront abordés. La
loi, qui ne concernera ni les
retraités ni les Français nés
avant 1963, sera en principe
votée avant la fin de l’année
prochaine, pour une application en 2025.
è LES RÈGLES ENTRE PRIVÉ
ET PUBLIC SE RAPPROCHENT
è DE L’ART DE RECULER L’ÂGE
DE DÉPART SANS LE DIRE…
è LA MÉTHODE DELEVOYE
À L’ÉPREUVE DU TERRAIN
PAGES 19, 22 ET 23
INSÉCURITÉ
Dans le nord de
Paris, un quartier
sous l’emprise
du crack PAGE 11
Brésil :
corruption
et insécurité
au cœur du
vote pour
Bolsonaro
ÉDUCATION
Les élèves français,
champions
de l’anxiété PAGE 12
TRANSPORTS
CHAMPS LIBRES
Le costume fera-t-il
son retour ? PAGE 30
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
Un entretien
avec JeanLouis Thiériot
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse de
Marie-Cécile
Renault
n
n
n
n
n
PAGES 17 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Faut-il imposer aux
étudiants en médecine
une année d’exercice dans
les déserts médicaux ?
NON
22 %
OUI
78 %
M 00108 - 1011 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@a@l@l@a";
TOTAL DE VOTANTS : 34 668
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sur lefigaro.fr
Faut-il repousser l’âge
de départ à la retraite ?
SADAK SOUICI / LE PICTORIUM
Remaniement : dans la tempête, les ministres
jurent que le temps est au beau fixe
Interrogés sur l’éventuel climat orageux du Conseil des ministres, ils ont pris à témoin le ciel azur de la capitale
pour réfuter les tensions entre le président et son premier ministre. PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
C
Temps perdu
eci n’est pas une crise. Macron
n’est pas Magritte, mais les affirmations des Marcheurs au milieu
de la tempête politique élèvent la
pratique du déni au rang des
beaux-arts. Écoutons-les : la France peut
vivre quelques jours sans ministre de l’Intérieur, le temps long est consubstantiel à la
pensée complexe, tout va pour le mieux
dans le meilleur des mondes entre le président de la République et son premier ministre. Certes, la France n’est pas au bord de la
crise de régime, mais comment ne pas s’inquiéter quand la confusion s’installe jusqu’au sommet de l’État. Résumons : voilà
bientôt dix jours que Gérard Collomb a démissionné et l’exécutif pour le moment ne
parvient à s’entendre sur le nom de son
remplaçant. On pourra invoquer les
conseils de prudence de Machiavel - « Ce
n’est pas une chose de peu d’importance pour
un prince que le choix de ses ministres, qui
sont bons ou mauvais selon qu’il est plus ou
moins sage lui-même » -, mais cela ne fera
pas disparaître l’interrogation obsédante :
pourquoi laisser un remaniement se transformer en psychodrame ?
Réduire ce désordre au microcosme, balayer ces questions au nom de l’indifférence
populaire serait une grave erreur. Ce qui se
déroule sous nos yeux ébahis réduit chaque
jour un peu plus la puissance d’attraction
d’Emmanuel Macron et brouille inutilement sa volonté réformatrice. Un exemple ?
Pendant que le feuilleton du remaniement
sature les écrans, l’indispensable réforme
des retraites
est
lancée.
Décisive pour
notre avenir
et celui de
nos enfants,
elle exigerait
de ceux qui veulent la mener concentration
des forces et détermination sans faille.
Comment tracer cette ligne claire quand les
esprits s’épuisent dans la fumée des nominations et le bruit des déclarations ? Une
écume perpétuellement agitée ne peut que
ralentir les courants profonds de la réforme.
Pour celle des retraites, Jean-Paul Delevoye
envisage d’ailleurs de se donner quelques
mois de plus. En politique, comme en
amour, le temps perdu ne se rattrape plus. ■
L’ampleur du score, 46 %,
réalisé par le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro,
au premier tour de la présidentielle brésilienne, tient
beaucoup au rejet d’une classe politique corrompue. Mais
elle souligne aussi le désamour envers le Parti des travailleurs de Lula da Silva, qui
n’a su juguler une violence
endémique et combattre un
chômage touchant aujourd’hui quelque 13 millions de
Brésiliens. PAGE 10
IWC PORTUGIESER.
L A LÉGENDE
PARMI LES ICÔNES.
Pourquoi
transformer un
remaniement en
psychodrame ?
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PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
EDF se mobilise
pour la voiture
électrique PAGE 25
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
ATERMOIEMENT
INÉDIT
Édouard Philippe assure
l’intérim à l’Intérieur depuis la
démission de Gérard Collomb,
le temps de lui trouver
un successeur. Premier
ministre et ministre : ce cumul
a concerné l’Éducation
nationale en 1959, la Défense
en 1993, l’Économie de 1976
à 1978, l’Écologie en 2011.
Mais l’installation temporaire
d’un premier ministre Place
Beauvau est une première
depuis 1958. Tout comme
le délai pour trouver
un successeur à plein temps
à un ministre de l’Intérieur
démissionnaire. Jean-Pierre
Chevènement en 2000,
Nicolas Sarkozy en 2007,
Bruno Le Roux en 2017,
avaient été remplacés le jour
même de leur démission,
sans intérim.
L. B.
Emmanuel Macron cherche
encore la nouvelle architecture
gouvernementale qui lui
permettra de rebondir
après un enchaînement inédit
de déconvenues politiques.
FLORIAN DAVID/AFP
Macron face à la quadrature du
En déplacement en Arménie jusqu’à vendredi soir, le président se donne du temps
son nouveau gouvernement tandis que les spéculations enflent sur les éventuelles
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
IL BIFFE, il rature, il crayonne. Sur le
bureau d’Emmanuel Macron, les feuilles
de brouillon s’empilent. Des noms, des
flèches, des schémas qu’il griffonne de
son écriture sèche et assurée. « Il est
comme ça. Il a besoin de réfléchir longtemps avant de trancher. Sans doute que
dix minutes avant le remaniement, la liste
définitive ne sera toujours pas établie »,
explique un proche du président. Déjà
plus d’une semaine que ça dure. La pile
de brouillons a beau s’épaissir de jour en
jour, le président de la République ne
parvient toujours pas à trouver l’organigramme parfait. Celui de l’architecture
gouvernementale qui lui permettra de
Un Conseil des ministres
entre gravité et hilarité
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
J’ai l’impression
que le président
a été pris au
dépourvu par les
départs de Nicolas
Hulot et de Gérard
Collomb. On touche
là aux limites
d’une organisation
politique qui
n’est pas ancrée
dans notre vie
démocratique
et qui, de ce fait,
a du mal à assurer
son propre
renouvellement
»
A
PHILIPPE BAS, PRÉSIDENT LR
DE LA COMMISSION DES LOIS DU
SÉNAT, DEVANT L’ASSOCIATION
DES JOURNALISTES
PARLEMENTAIRES
rebondir après un enchaînement inédit
de déconvenues politiques.
D’affaire Benalla en démission surprise
de Nicolas Hulot, de pataquès sur le prélèvement à la source en départ précipité de
Gérard Collomb, le président de la République comptait sur un remaniement gouvernemental pour « renouer avec le fil du
quinquennat ». Seulement voilà, le grand
chambardement ministériel annoncé
traîne en longueur. Mercredi soir, Emmanuel Macron s’est envolé pour une visite
d’État de deux jours en Arménie, renvoyant l’annonce du remaniement à son
retour sur le territoire national. Vendredi
soir au plus tôt, donc, mais plus vraisemblablement après le week-end. Le temps
pour Emmanuel Macron de réfléchir encore, voire de rencontrer les futurs ministres potentiels en tête-à-tête pour un en-
C’EST UN Conseil des ministres un brin
étrange qui a débuté par cette déclaration
liminaire d’Emmanuel Macron : « Nous
voilà réunis au grand complet. » Une phrase balançant entre les banalités d’usage et
l’ironie glaçante. Car autour de la table,
planait l’ombre de Gérard Collomb, parti
avec fracas et toujours pas remplacé. Puis,
le chef de l’État a demandé à chacun de
bien vouloir rester concentré sur ses dossiers, sans se livrer à l’extérieur au jeu des
commentaires et des petites phrases.
Avant d’égratigner la presse, un couplet
désormais habituel dans la bouche du président : «Cette séquence remaniement n’intéresse personne à part les journalistes politiques qui n’ont rien d’autre à faire», a-t-il
taclé. Dans la foulée, il a été question de la
loi Pacte, du budget et de la Sécurité sociale. Donné sur le départ, le ministre de
l’Agriculture Stéphane Travert a pris la parole pour faire le bilan de son action, non
sans faire preuve d’autodérision sur son
avenir, provoquant l’hilarité générale.
À la sortie, chacun cherchait à faire
bonne figure. Françoise Nyssen affichait
un sourire crispé en rejoignant sa voiture,
alors que des journalistes demandaient à
la ministre de la Culture si ce n’était pas
son « dernier Conseil des ministres ». « Il
fait beau… les plages du Cotentin sont belles », lançait de son côté Stéphane Travert, devant les caméras. Dans une cour
d’honneur inondée de soleil, les voitures
faisaient vrombir leur moteur. Dans l’expectative, plusieurs ministres ont pointé
leur doigt vers le ciel, à l’instar de Stéphane Travert, alors que les journalistes
de l’émission « Quotidien » souhaitaient
savoir si le climat de ce conseil des ministres avait été « orageux » ?
Quel contraste avec la semaine dernière ! Mercredi 3 octobre, le premier ministre Edouard Philippe avait quitté les lieux
le premier, montrant que la situation était
sous contrôle malgré le départ de Gérard
Collomb. Cette fois, l’hôte de Matignon a
fait son apparition en dernier, non sans
avoir échangé quelques mots dans le vestibule avec le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. C’est ce discret haut
fonctionnaire qui sera amené à proclamer
les noms des futurs ministres, si la présidence choisit de solenniser le remaniement. Elle peut aussi procéder par simple
communiqué, dans la mesure où il n’y a
pas eu de démission du gouvernement.
« Rompre avec les habitudes »
Dans son point presse après le Conseil des
ministres, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, s’est échiné,
au gré des questions, à nier toute tension
entre le président et le premier ministre.
Il n’y a pas « l’ombre d’un espace » entre
eux, a assuré le ministre, malgré un micro
qui alternait entre pannes et larsens intempestifs. L’ex-maire du Havre, qui sera
demain en visite dans son ancienne ville,
militerait pour faire entrer davantage de
profils de droite.
Benjamin Griveaux a assuré que le président voulait prendre son temps pour
« rompre avec les habitudes », qui consistent à nommer à la va-vite des personnalités dans le cadre de jeux d’appareil. « Les
ministres ne sont pas des objets sur une étagère », a souligné le chef de l’État dans le
huis clos de la séance. À la fin, Benjamin
Griveaux a conclu par une question à
l’adresse des journalistes, en forme de pirouette : « Est-ce que vous avez fini par
épuiser l’ordre du jour du Conseil des ministres, à défaut d’avoir épuisé le porte-parole
du gouvernement ? » ■
tretien. C’est ainsi qu’il avait procédé pour
former son premier gouvernement avec
ceux qu’il ne connaissait pas. Le président
de la République « souhaite prendre tout le
temps nécessaire, dans le calme, le professionnalisme et le respect des personnes, à la
composition d’une équipe cohérente et de
qualité au service des Français », faisait savoir l’Élysée mercredi, juste avant le
Conseil des ministres (lire ci-dessous).
Mais ce « temps nécessaire » demandé par
le chef de l’État constitue un terreau idéal
pour faire germer toutes les suspicions. Et
notamment celle d’une dissension entre
Emmanuel Macron et Édouard Philippe
sur le casting final. Le scénario d’un bras
de fer entre les deux hommes forts de
l’exécutif se joue au ministère de l’Intérieur, pivot et clé du remaniement. Le
chef de l’État soutiendrait Christophe
Castaner, un proche de la première heure,
quand Édouard Philippe défendrait Gérald Darmanin, étoile montante de la macronie mais issue de la sarkozie.
Raffarin veut « l’aider »
« Ni aucun commentateur ni personne, jamais, ne mettra le début du commencement
de la moitié d’une feuille de papier à cigarette entre le président de la République et le
premier ministre ! », a démenti Édouard
Philippe, interpellé sur le sujet à l’Assemblée nationale. Chez les députés de la majorité, on reste pourtant persuadé qu’à la
faveur du remaniement, le premier ministre essaye non seulement de pousser les
siens, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, mais aussi de faire entrer au gouvernement de nouvelles figures de la droite modérée comme Franck Riester ou
Le temps suspend son vol
au ministère de l’Intérieur
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
« Ô TEMPS ! suspends ton vol ; et vous,
heures propices ! Suspendez votre
cours » : les vers de Lamartine hantent
les couloirs de Beauvau où plus personne ne se risquerait à prendre le moindre engagement tant que le nouveau
ministre ne sera pas nommé. Certes, le
premier ministre assure l’intérim. Mais
la fonction doit s’incarner et Matignon
mobilise déjà tellement d’énergie.
À l’Intérieur, chacun y va de son
pronostic sur le prochain premier flic
de France. Christophe Castaner ?
« Beaucoup de policiers se sont étonnés
des déclarations qu’on lui prête sur ses
mauvaises fréquentations autrefois dans
sa ville de Manosque », confie un
commissaire chevronné. Un magistrat,
alors, à la tête de Beauvau ? « Pourquoi
ne pas placer directement la PJ sous la
coupe de la garde des Sceaux tant qu’on
y est ? », ironise une femme d’influence
dans le sérail judiciaire.
Depuis le 3 octobre, Édouard Philippe s’implique du mieux qu’il peut.
« Mais est-ce vraiment sa place de courir le soir les commissariats pour montrer qu’il tient la maison ? », persifle un
conseiller d’État. Le départ inopiné de
Gérard Collomb a jeté un trouble. Un
préfet le dit : « Très vite, cette situation
de vacance relative va poser problème,
car il y a des dossiers qui relèvent de la
seule compétence du ministre de l’Intérieur, des affaires liées à la sécurité nationale, aux libertés publiques. Nous
avons besoin d’une autorité pour arbitrer
jusque dans le détail, ce qui exige que le
tenant du poste exerce à plein temps. »
Patrice Ribeiro, le secrétaire général
du syndicat de police Synergie-offi-
ciers, confirme le malaise ambiant :
« Plus aucune décision stratégique n’est
prise, en pleines élections professionnelles. Il y a pourtant des directeurs à
nommer, des réformes structurelles à
piloter. » Néanmoins, à l’entendre,
« la boutique tourne ». Car la police, la
gendarmerie, le renseignement, la sécurité civile, les administrations centrales et déconcentrées de l’État ont
chacune un savoir-faire et une chaîne
hiérarchique qui fonctionne.
« Le culte du chef »
« C’est surtout la dimension politique
qui manque, cette vision indispensable à
la cohérence de l’action publique. Beauvau a toujours eu le culte du chef et veut
un ministre qui en impose. Un homme
ou une femme d’expérience qui sache
tenir le cap par gros temps », rappelle
un ancien conseiller ministériel sur les
questions de sécurité.
Gérard Collomb, quant à lui, n’a jamais vraiment connu le baptême du
feu. Durant son mandat écourté, il n’a
dû affronter aucun sinistre majeur,
comme une campagne d’attentats, par
exemple. L’affaire Benalla, aussi embarrassante soit-elle, n’était qu’une
péripétie.
En attendant des jours meilleurs,
l’administration gère les affaires courantes. Le cabinet du ministre a gardé
le rythme de ses réunions, mais l’inquiétude guette dans ses rangs. C’est
qu’il faut aussi penser à se recaser
pour ceux de ses membres qui doivent
tout à l’ancien ministre. Les visages
sont parfois tendus et l’on devine,
pour certains et certaines, que la situation ne dispose guère à accomplir
sa tâche dans un engagement total.
Beauvau a le spleen et cela se voit. ■
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LE FIGARO
jeudi 11 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
remaniement
pour peaufiner l’organigramme de
tensions entre lui et son premier ministre.
Dominique Bussereau. Dans les rangs
même des macronistes du premier cercle,
on admet d’ailleurs sans détour que, jusqu’à présent, les seuls ministres « politiques » ayant fait preuve de solidité sont issus des rangs de la droite. « C’est vrai… »,
concède un proche du chef de l’État issu
des rangs de la gauche.
Derrière Édouard Philippe, voici donc
une partie de la droite modérée qui se
presse aux portes de Matignon. Mercredi,
Jean-Pierre Raffarin a ainsi appelé les
Constructifs à voler au secours du chef de
l’État dans ce remaniement compliqué.
« Il faut qu’il passe cette épreuve sans embarras. Et donc il faut pouvoir l’aider. C’est
l’intérêt de personne que Macron échoue »,
a assuré l’ancien premier ministre sur
RTL, avec les élections européennes de
2019 en ligne de mire. « Un bon remaniement, c’est un remaniement qui a une perspective. Quelle est la perspective ? Pour moi
elle est toute simple : il faut éviter l’échec de
la France aux européennes », a expliqué
Jean-Pierre Raffarin. Comprendre : il est
désormais temps pour la droite modérée
d’aller au bout de sa logique et de rejoindre Emmanuel Macron. Or dans l’architecture politique complexe de la macronie, l’un des rôles d’Édouard Philippe
consiste justement à faciliter le transfuge
des membres de LR rebutés par la ligne
politique de Laurent Wauquiez. L’année
dernière, le premier ministre s’en était
ouvert lors de l’une des réunions secrètes
de l’Élysée qui rassemblait les proches du
chef de l’État. Alors qu’il était question de
son adhésion à La République en marche,
Édouard Philippe avait alors évacué l’idée
en expliquant qu’en restant en dehors du
dispositif, il restait en lien avec les membres de la droite modérée qui souhaitait
rejoindre Emmanuel Macron. « Il faut un
porte-avions pour les faire atterrir », avait
fait valoir Édouard Philippe.
Depuis, le procès en droitisation du chef
de l’État est passé par là, de même que sa
tentative d’accentuer l’effort sur la jambe
gauche du macronisme. D’où l’essai
d’Emmanuel Macron, pour l’heure infructueux, de débaucher des ministres socialistes (lire page 4). Il n’a pas renoncé
pour autant et lorgne désormais du côté de
Juliette Méadel, l’ancienne secrétaire
d’État de François Hollande, en charge de
l’Aide aux victimes. Le dossier de cette
ancienne vallsiste a été transmis à la Haute
Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’instance qui passe au
crible les profils des éventuels ministrables. Il en faudra sans doute plus pour
équilibrer le gouvernement à gauche. Emmanuel Macron n’a pas fini de faire des
croquis sur ses feuilles de brouillon. ■
3
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le Maire joue la carte de la « stabilité »
L
e remaniement, sauf
surprise, ne devrait pas
le concerner. Ministre de
l’Économie et des Finances
il est, ministre de l’Économie et des
Finances il restera. Pourtant, le nom
de Bruno Le Maire est apparu dans
le flot de rumeurs. On l’a donné au
Quai d’Orsay dans l’hypothèse d’un
remplacement de Gérard Collomb
par Jean-Yves Le Drian. Bien que
flatteuse, la rumeur l’a agacé. Dire,
comme certains de ses collègues
le confient, « il rêve des Affaires
étrangères », c’est en effet le croire
ou le dire malheureux à Bercy.
Un comble au moment où il vient de
faire voter sa loi pour la croissance
et la transformation des entreprises
(Pacte), son « grand œuvre ».
Malgré tout, Bruno Le Maire
doit encore convaincre que Bercy
est « le poste de sa vie ». N’a-t-il pas
été suffisamment vexé que Nicolas
Sarkozy lui préfère François Baroin
en 2010 ? Une preuve qu’il désirait
cette fonction exercée avant lui
par Giscard, Barre, Bérégovoy,
Balladur, DSK, Sarkozy ; tout sauf
des seconds rôles. Pas une garantie
pour autant que celui qui se croyait
le visage du « renouveau »
s’en contente. Son humiliation
à la primaire de la droite (2,38 %)
l’a rendu lucide sur la nécessité
de prendre son temps pour se forger
un destin. En cette période
de turbulence ministérielle,
il se pose en modèle de « stabilité »
et fait l’éloge de la durée, condition
première du travail bien fait. Et
dont la loi Pacte serait l’exemple par
la minutie de sa préparation avec
les élus comme avec les entreprises.
Poids lourd théorique du dispositif
macronien, Bruno Le Maire a malgré
tout encore du mal à trouver
sa place. Député puis ministre sous
Sarkozy, il appartient à l’« ancien
monde ». L’effet de curiosité ne joue
pas, comme avec un Jean-Michel
Blanquer ou une Agnès Buzyn.
Entre Édouard Philippe, propulsé
à Matignon, et Gérald Darmanin,
d’une énergie sarkozyste,
il n’incarne pas le flanc droit
du gouvernement. Pas plus que
de Bercy, il ne cherche à prendre
la tête d’un pôle libéral au sein du
gouvernement. Littéraire et solitaire
à la fois, il n’a pas l’âme d’un chef
de bande. Cet isolement, son côté
« à part » préfèrent dire ses proches,
est renforcé par le fait de ne pas
appartenir au cercle historique de la
macronie et de ne pas entretenir
de relations amicales avec Édouard
Philippe. Dans une vie politique
friande de « storytelling », difficile
ainsi d’attirer les projecteurs.
Surtout quand le vote de sa loi,
pourtant emblématique
de la volonté du chef de l’État
de déverrouiller l’économie et de
faciliter la vie des entreprises, tombe
en plein feuilleton du remaniement.
Le Maire s’est battu pourtant ;
et avec succès. Pour que le report
de la révision constitutionnelle
pour cause d’affaire Benalla ne
renvoie pas la loi Pacte aux calendes
grecques. Pour associer étroitement
les députés, même hors LaREM,
alors qu’on lui avait reproché
de les ignorer. Pour ne pas renoncer
au programme de privatisations.
Il peut dire mission accomplie.
Tout cela ne crée pas un « moment
Le Maire » ; et il en souffre sans
doute plus qu’il ne l’avoue. Mais
le SMS de Macron, aussitôt le texte
voté, lui a fait chaud au cœur. Et il a
hâte que l’épisode du remaniement
soit passé pour apparaître enfin
en bon élève de la macronie. ■
Le Gendre : « L’efficacité est
cruciale mais ne suffit pas »
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
Gilles Le Gendre est président du groupe La
République en marche à l’Assemblée.
LE FIGARO. – Pourquoi le remaniement
est-il si long ?
Gilles LE GENDRE. - Je ne sais pas s’il met
trop de temps ou pas assez. Ce critère me
paraît secondaire par rapport à l’enjeu de
ce remaniement. Le signal qu’il enverra
sera observé, comme toujours, en termes
d’équilibre politique ou territorial. Ce qui
m’intéresse, c’est le nouvel élan qu’il sera
capable d’engager. La durée du processus
excite les attentes et les appétits et interdit
à la nouvelle équipe de décevoir. Dans ces
conditions, que le chef de l’État et le premier ministre y accordent un soin particulier et prennent leur temps, non seulement
ne me choque pas, mais me semble justifié.
Quelles sont les conséquences de cette
attente sur le travail parlementaire ?
Le groupe majoritaire s’intéresse évidemment au remaniement. Est-ce que pour
autant cela gêne le travail parlementaire ?
En aucun cas. Nous en apportons régulièrement la preuve. Le meilleur exemple est
la loi Pacte, votée mardi, qui va permettre
aux PME de se développer et d’embaucher.
“
Il faut aller
à la rencontre
des Français
GILLES LE GENDRE
”
Qu’attendez-vous de ce remaniement ?
Que la nouvelle équipe fasse preuve de cohérence et de dynamisme. En seize mois,
nous avons abattu un travail spectaculaire
et sans précédent historique récent pour
transformer notre pays. Qu’à l’issue de
cette tâche puissent se manifester des signes d’essoufflement ou le besoin de recharger les batteries, de remonter l’horloge, sans changer ni le cap politique ni le
rythme des réformes, ni leur profondeur,
ce n’est que très normal. On peut l’appeler
nouvel élan, nouveau souffle, nouvelle dynamique, acte II… Le hasard du calendrier
veut qu’au moment où le gouvernement
est remanié, notre groupe parlementaire
réforme sa gouvernance et prend, lui aussi,
un nouveau départ. Alignement des planètes de très bon augure, qui va nous permettre de corriger ce qui le mérite.
Qu’est-ce qui mérite d’être corrigé ?
Nous devons poursuivre la construction de
notre identité politique. La campagne présidentielle a posé des marqueurs très forts.
Mais le socle doctrinal mérite d’être élargi
et approprié, au sein de notre mouvement
et aussi de notre groupe. Quand nous travaillons sur un texte législatif, nous devons
pouvoir nous appuyer sur un capital intellectuel et politique commun plus robuste.
Deuxièmement, il faut aller vers une
meilleure coordination entre l’exécutif, le
groupe, le mouvement La République en
marche et nos alliés du MoDem. Enfin, et
surtout, nous pouvons travailler encore
mieux notre relation avec les Français, que
l’on confond trop souvent avec un enjeu de
communication. La promesse d’efficacité
est cruciale, c’est notre ancre, dans un
pays où les gouvernements successifs s’en
sont affranchis. Mais elle ne suffit pas, la
politique ne peut se résumer à cette seule
promesse. C’est aussi une vision, une ambition, une histoire dans lesquelles l’affect
et l’émotion ont toute leur place.
Comment améliorer cette relation
avec les Français ?
Il faut aller à leur rencontre, au sens fort du
terme. Exercice dans lequel le chef de
l’État excelle. C’est aussi notre mission à
nous, députés, dans nos circonscriptions.
Nous le faisons déjà, nous pouvons le faire
encore mieux. C’est de ma responsabilité
que chacun de mes collègues puisse s’acquitter de cette mission en leur donnant
tous les moyens et les outils nécessaires.
Au-delà, il y a aussi un style, une couleur,
une façon de parler, qui s’appellent la personnalité, l’émotion. O0n peut appliquer
du jour au lendemain un programme de
réformes, mais la relation avec les Français
se construit progressivement. Et pour y
réussir, cela concerne aussi notre relation
avec les corps intermédiaires.
Est-ce une réponse, en creux, aux critiques
de Gérard Collomb sur « le manque
d’humilité » de ce pouvoir ?
Il n’y a pas une once d’arrogance et de mépris social chez le président de la République et ceux qui l’entourent. C’est perpendiculaire à ses valeurs, à sa culture. En
revanche, la communication, la façon que
nous avons de nous adresser aux Français,
d’affirmer nos convictions peut donner
l’impression qu’il y a assez peu de place
pour le doute, la discussion, le partage.
C’est ça qu’il faut corriger.
Avez-vous identifié des signes
de divergences entre le président
de la République et le premier ministre ?
Non seulement je n’en ai pas observé, mais
je constate tout le contraire. C’est un couple qui, au fil du temps, construit sa relation. Celle-ci recèle sa part de mystère qui
n’appartient qu’à eux et qui est conforme à
l’esprit si particulier de nos institutions.
Ceux qui se risquent à vouloir y rentrer ou
à s’en faire les exégètes font preuve d’une
grande présomption. Une chose est certaine : l’âme de ce couple est la très haute idée
qu’il partage de l’intérêt général. ■
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
4
Les Républicains jugent
sévèrement l’exécutif
À droite, l’attente créée par le remaniement est vue comme une illustration des difficultés
du gouvernement et la nécessité pour le chef de l’État de redonner du sens à son action.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
ET MARION MOURGUE £@Marion Mourgue
C’EST CONNU, en politique les malheurs des uns font parfois le bonheur
des autres. Alors que le remaniement
n’en finit pas d’être reporté, la droite
n’a pas manqué de railler cette attente.
« C’est inédit, c’est incroyable », a ironisé le député LR des Alpes-Maritimes
Éric Ciotti sur BFMTV. « Un désordre
institutionnel et une pagaille politique »,
a jugé le député européen Brice Hortefeux sur Europe 1. Une « mascarade »
qui traduit « une immense fébrilité au
sommet de l’État », selon le numéro
trois de LR, Guillaume Peltier, sur
France 2. « Une sorte de gouvernement
fantôme » a renchéri le député LR de
l’Yonne, Guillaume Larrivé, sur France
Info.
Pour Les Républicains, au-delà du
bon mot, la situation est surtout révélatrice des faiblesses d’Emmanuel Macron. « Le président de la République a
été pris de court par les démissions de mi-
Un désordre
institutionnel et
une pagaille politique
BRICE HORTEFEUX, DÉPUTÉ EUROPÉEN,
SUR EUROPE 1
Vous écrivez ?
Les
recherchent de
nouveaux
auteurs
Envoyez vos manuscrits :
A
Tél.
02 40 75 60 78
www.editions-amalthee.com
Au lieu d’un « replâtrage » gouvernemental, Jean-Pierre Raffarin invite
l’exécutif à donner du « sens », via une
explication des « grandes orientations »
conduites par le président et le premier
ministre. ■
Pour Les Républicains
Guillaume Larrivé, député
de l’Yonne, et Éric Ciotti, député
des Alpes-Maritimes, la situation
est surtout révélatrice
des faiblesses d’Emmanuel
Macron. VINCENT ISORE/IP3
PRESS/MAXPPP
”
nistres. Il y a un problème de renouvellement des personnes, on touche aux limites du système », a jugé Philippe Bas, le
président LR de la commission des lois
au Sénat et ancien secrétaire général de
l’Élysée. « La question de l’assise politique du nouveau pouvoir se pose », s’est-il
interrogé devant l’Association des journalistes parlementaires. « On a eu l’irruption, non pas d’une force politique,
mais d’une équipe resserrée », a-t-il
souligné. « Avoir 300 députés LaREM en
interne et devoir chasser à l’extérieur un
profil plus compétent pour garnir le gouvernement. Voilà qui est valorisant pour
la génération 2017 ! » a aussi moqué le
député LR du Vaucluse Julien Aubert.
« Si le président voulait entrer dans le
livre des records, c’est fait, mais pas de la
manière la plus glorieuse », a critiqué
Brice Hortefeux. « Jamais sous la Ve République » sept ministres, dont trois
d’État, n’avaient démissionné en quinze
mois, a-t-il rappelé, voyant là une illustration du « total isolement » et de la
« solitude » du chef de l’État, « obligé de
puiser en permanence au-delà de ses
amis ».
Pour Les Républicains, la situation
serait d’autant plus préoccupante que
« depuis une semaine la France n’a plus
de ministre de l’Intérieur », a rappelé
Guillaume Peltier. Édouard Philippe cumulant, temporairement, les doubles
casquettes de premier ministre et « superflic » de France. « Huit jours après la
démission compulsive de M. Collomb, ce
n’est pas très sérieux de n’avoir toujours
pas un gouvernement opérationnel […] Le
char de l’État n’est plus piloté », a tranché Guillaume Larrivé.
Dans un contexte de menace terroriste, « ça devient extrêmement long et la
situation de la France commande un ministre de l’Intérieur à temps plein maintenant », s’est encore inquiété le député
Éditions Amalthée
2 rue Crucy, 44005 Nantes cedex 1
terrogé le vice-président de LR. « Prendre son temps, ce n’est pas toujours une
erreur… », a modéré Jean-Pierre Raffarin, en congé de LR, sur RTL tout en reconnaissant que « l’hésitation, ce n’est
pas très bien ».
Le PS se réjouit du refus des socialistes
d’entrer au gouvernement… pour l’instant
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL £@TristanQM
LE PARTI socialiste retient son souffle.
Son premier secrétaire, Olivier Faure, espère qu’aucun de ses camarades ne cédera
aux sirènes de la macronie. La reconstruction de son mouvement en dépend.
Mercredi, tous se sont félicités du refus de
Mathieu Klein - le président du conseil
départemental de Meurthe-et-Moselle d’accepter la proposition d’entrer au gouvernement. « C’est un vrai homme de
gauche. Il n’a pas voulu être la caution
d’une politique qui n’était pas la sienne », a
salué Faure sur France Info. Ancien porte-parole de Manuel Valls, Mathieu Klein
est devenu un proche d’Olivier Faure,
membre du cercle « des quadras » qui
pendant un temps réunissait les jeunes
pousses prometteuses du PS. Le même
cercle que fréquentait le député PS Olivier
Dussopt avant de devenir secrétaire
d’État en novembre 2017…
« Il y a des femmes et des hommes de
gauche, qui, pendant un temps, ont pu être
tentés mais aujourd’hui considèrent
qu’Emmanuel Macron n’est pas un homme
de gauche - c’est une évidence - mais même
pas l’homme du “En même temps” », veut
croire Olivier Faure. Mais le premier secrétaire du PS n’est peut-être pas au bout
de ses surprises. Selon nos informations,
Juliette Méadel - elle aussi proche de Ma-
nuel Valls et ex-secrétaire d’État de François Hollande - pourrait faire son entrée
au gouvernement (lire page 2). L’ex-porte-parole de la rue de Solferino, qui avait
voté Emmanuel Macron dès le premier
tour de la présidentielle, confiait toutefois
en février dernier qu’elle n’avait pas renouvelé sa cotisation au PS. Sa nomination
ne serait pas une surprise.
« Il n’y aura pas de socialistes dans ce
gouvernement », a assuré Olivier Faure,
prévenant qu’un éventuel ralliement se
solderait par une exclusion du parti. Il
s’attend à une telle éventualité : « La nature humaine étant ce qu’elle est, il y a toujours des gens qui cèdent aux pressions et à
l’attrait du pouvoir. » ■
Renaud Muselier : « Avec ce remaniement, on
va entrer dans le Guinness Book des records ! »
CHARLES SAPIN £@csapin
« ON VA entrer dans le Guinness Book des
records ! » L’eurodéputé Les Républicains
Renaud Muselier en serait presque à
s’amuser. « C’est le remaniement le plus
long du monde », lâche-t-il tout sourire
sur le plateau du « Talk Le Figaro ». Une
situation « qui ne fait pas sérieux » et que
l’ancien ministre de Jacques Chirac explique par deux éléments. Tout d’abord,
« un calendrier qui n’était pas prévu » par
le chef de l’État, puisque le départ de
Gérard Collomb l’a contraint « à modifier
son dispositif ». Mais aussi par un sérieux
« problème d’effectif ». « Au foot on dirait
un problème de banc », souligne le président de la région Provence-Alpes-Côtes
d’Azur.
Une pénurie de profils d’autant plus
criante selon lui que les nominés doivent
plaire tant au président de la République
qu’au premier ministre. « Emmanuel Macron est obligé de choisir ce gouvernement
avec son premier ministre, il ne peut pas le
déjuger, souligne Renaud Muselier qui dit
avoir eu vent de désaccords entre les
deux hommes. La fonction présidentielle
RENAUD MUSELIER, hier, dans le studio
du Figaro. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
est en train de perdre de la puissance. Je ne
suis pas sûr qu’elle en sorte rehaussée. »
À huit mois des élections européennes,
le député européen qui annonce ne pas
vouloir siéger à nouveau à Strasbourg,
non-cumul oblige, n’est pas sans savoir
que son camp, aussi, rencontre des difficultés. S’il veut croire que sa famille
sera « unie » en mai prochain, il reconnaît que les européennes sont « un combat toujours difficile. Il y a des souverainistes, des Européens convaincus et, entre les
deux, notre parti se cherche encore. »
Preuve en est, le vote fin septembre au
Parlement européen sur les sanctions à
l’encontre du premier ministre hongrois,
Viktor Orban. Quand nombre de LR ont
voté pour ou ont préféré s’abstenir, Renaud Muselier, lui, a voté contre. « Je
préfère avoir Orban dans ma propre famille politique plutôt qu’à l’extérieur, plaide ce médecin au moyen d’un étrange
parallèle. C’est comme un malade : vous le
gardez à l’hôpital. Vous ne le laissez pas se
promener. »
Mais c’est surtout sur les municipales
que le Marseillais avoue focaliser son attention : « Marseille, c’est ma ville, je
l’aime. Je ne veux pas laisser faire n’importe quoi, par n’importe qui», annoncet-il. Fustigeant aussi bien le « système que
les extrêmes ». Comprendre : le maire LR
sortant, le Rassemblement national ou La
France insoumise. ■
CHARLES PLATIAU/REUTERS
“
du Loir-et-Cher. « Imaginons une seule
seconde qu’il y ait un attentat sur notre
sol en cette période de troubles, d’entredeux, où le président de la République,
des jours durant, est incapable de désigner un ministre de l’Intérieur », s’est in-
Quand
vous n’avez
pas d’appareil
politique ancré
localement,
où vous avez pu
tester les gens,
dans des partis
qui sont une forme
d’institution
d’éducation
politique,
vous êtes
un peu démunis
PASCAL PERRINEAU,
POLITOLOGUE AU CEVIPOF
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
POLITIQUE
5
Fin de non-recevoir
de Wauquiez
à Dupont-Aignan
Le président de LR ne veut pas d’une liste d’union
avec le président de Debout la France.
chant à faire cohabiter tout et son
contraire », écrit Nicolas DupontAignan, « comme en témoigne encore le vote de vos eurodéputés majoritairement en faveur des sanctions
contre Viktor Orban alors que vousmême le souteniez en paroles ».
« Nous refuserons
toute alliance »
Pour autant, Nicolas DupontAignan se dit « disponible » pour
échanger et finit sa lettre par quel-
« Largue les amarres avec les centristes et les eurojojos qui
ont mis la France dans l’impasse ! », écrit Nicolas Dupont-Aignan
(ici en 2016) le 24 septembre à Laurent Wauquiez.
ques mots manuscrits : « Cher Laurent, largue les amarres avec les centristes et les eurojojos qui ont mis la
France dans l’impasse ! Bien à toi. »
Fin de non-recevoir de Laurent
Wauquiez. Dans son courrier du
9 octobre, le président de LR répond point par point à Nicolas Dupont-Aignan. « Nous refuserons
toute alliance électorale aussi bien
avec le Rassemblement national
qu’avec En Marche », écrit Laurent
Wauquiez alors que Nicolas Dupont-Aignan avait soutenu Marine Le Pen en 2017. « Lors du second
tour de l’élection présidentielle,
vous avez fait le choix d’apporter
votre soutien à Marine Le Pen, en
dépit de son programme de sortie de
l’euro et de l’Union européenne qui
serait un désastre pour la France
dont le coût pèserait d’abord sur
son peuple », appuie-t-il en signifiant l’impossibilité de listes communes. « Plutôt que de discussions
en coulisse ou d’accords d’appareils », ajoute Laurent Wauquiez,
« nous devons au peuple français un
débat démocratique franc et clair.
Je ne doute pas que vous y êtes aussi
disposé que moi », fait-il valoir,
« bien amicalement ». ■
Entre RN et Debout la France, la cordiale détestation
CHARLES SAPIN £@csapin
L’AFFAIRE n’aura pas traîné.
Vingt-quatre heures après la
publication dans Le Figaro
d’une lettre de soutien à Nicolas
Dupont-Aignan, cosignée par
quelque 19 conseillers régionaux
tous élus sous l’étiquette FNRBM en 2015, le bureau national
du Rassemblement national
actait, selon nos informations,
leur exclusion définitive. Une
décision pour le moins tranchante, qui illustre à merveille la
dégradation des relations entre
les deux anciens alliés de la présidentielle, Marine Le Pen et
Nicolas Dupont-Aignan comme
de leurs mouvements respectifs.
De l’idylle née en avril 2017, il
ne restait déjà que des fragments
en juin, après le refus du patron
de Debout la France de saisir la
main tendue de Marine Le Pen en
vue des prochaines européennes. Un différend stratégique,
sur l’opportunité de présenter
une ou deux listes concurrentes
en mai prochain, qui n’avait
pourtant pas suffi à attaquer leur
respect mutuel. C’était sans
compter l’élan et le ton de la déclaration de candidature, en tant
que tête de liste, du député de
l’Essonne fin septembre.
« Depuis, il multiplie les provocations, s’insurge un membre de
l’entourage de Marine Le Pen.
Que ce soit en appelant nos élus
pour essayer de les débaucher,
quand il souligne qu’il ne prendrait pas de mis en examen sur sa
liste, sans parler de ses sorties sur
le thème : “Marine Le Pen ne présentera pas de liste, donc venez
sur la mienne…” Ce n’est pas très
élégant. Et ce n’est rien de dire
qu’il y a une certaine irritation. »
« Pris en flagrant
délit d’hypocrisie »
D’une réaction teintée d’indifférence – « on se retrouvera au
Parlement européen » –, la patronne du RN est passée à un tout
autre registre pour commenter
la candidature de son premier
ministre d’un jour : « une ambition personnelle » nourrie par les
difficultés que pourrait rencontrer le député de l’Essonne à se
faire réélire dans sa circonscription en 2022. Jusque dans les
rangs des assistants parlementaires des deux équipes, on rapporte une « ambiance glaciale ».
Ici des échanges musclés, les uns
accusant les autres « de faire
leurs poubelles », là un député
qui ne prend plus la peine de dire
bonjour… Une pente glissante
qu’ont dévalée nombre de lieutenants de Marine Le Pen, en allant jusqu’à pulvériser Nicolas
Dupont-Aignan sur les réseaux
sociaux, après la diffusion sur
« Quotidien » d’une vidéo filmée
à son insu. Le candidat y souffle
sur le ton de la confidence : « En
fait, le plus dingue n’était pas celui que l’on croit au débat du second tour. » Une attaque en règle
d’Emmanuel Macron, mais que
certains responsables du RN ont
perçu comme un coup de griffe
de plus à leur patronne. À l’image de l’eurodéputé Gilles Lebreton ou des membres du bureau
national Philippe Vardon et
Jean-Lin Lacapelle. « Le vrai
Dupont-Aignan pris en flagrant
délit d’hypocrisie. Il s’est servi du
RN comme marchepied et il crache dans la soupe », a signé ce
dernier sur Twitter. Dans l’entourage de Dupont-Aignan, on
dénonce « un orgueil mal placé
de la part d’une vieille garde pour
qui rien ne peut exister hors du
FN ». Heureusement que RN et
Debout la France inscrivent tous
deux leur candidature sous le signe du « rassemblement »… ■
A
OPPOSITION Finis les échanges par
SMS. Pour les grands sujets, les politiques reprennent la plume. Selon
des documents que Le Figaro s’est
procurés, Nicolas Dupont-Aignan
et Laurent Wauquiez se répondent
par courrier interposé. Sans réussir
pour autant à s’entendre.
Le 24 septembre, le président de
Debout la France adresse une lettre
à Marine Le Pen et à Laurent
Wauquiez pour expliquer son
souhait de travailler à une « liste
d’union » aux élections européennes, dans une alternative à Emmanuel Macron. Une liste qu’il souhaite conduire. « J’ai acquis la
certitude qu’il était de mon devoir de
prendre mes responsabilités en portant moi-même une construction
européenne alternative capable de
rassembler au-delà de nos partis
respectifs », avance-t-il.
Dans ce courrier, Nicolas
Dupont-Aignan assure que sa
« démarche ouvre les bras à toutes
les bonnes volontés sur la base d’un
projet crédible et rassembleur ». Et
donc aux Républicains en appelant au « sens des responsabilités »
de Laurent Wauquiez pour que
« les idées soient défendues par
une coalition la plus large et crédible possible ».
Pour Nicolas Dupont-Aignan,
cette élection pourrait offrir l’occasion aux Républicains « de deve-
nir enfin clairs et cohérents sur les
questions européennes » en soutenant le manifeste de Debout la
France. Mais Dupont-Aignan trouvait encourageants les premiers
discours de Laurent Wauquiez,
voyant une convergence possible
avec « les idées que (Debout la France) défend depuis toujours », la suite
l’a visiblement déçu. « Vous n’avez
eu de cesse de réaffirmer la bouillie
incompréhensible et indigeste des
Républicains sur l’Europe, cher-
CHRISTOPHE VISIEUX/STARFACE
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
jeudi 11 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
6
Nations unies : la démission surprise
de Nikki Haley fragilise Donald Trump
L’ambassadrice, qui se félicite d’avoir défendu « avec succès » une posture offensive en Syrie, la fermeté face à la
Corée du Nord, la Russie et l’Iran, s’épargne tout désagrément en cas de débâcle républicaine lors des midterms.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
DIPLOMATIE Sa démission a pris de court
Washington et même, dit-on, le secrétaire d’État Mike Pompeo, son supérieur
hiérarchique. Nikki Haley aura tenu dixhuit mois à son poste de représentante
américaine auprès des Nations unies à
New York avant de tirer sa révérence, à
laquelle le landerneau politique cherche
encore une explication satisfaisante.
À 46 ans, l’ancienne gouverneure de
Caroline du Sud était un électron libre
surprenant au sein de l’Administration
Trump : tout à la fois par ses origines indiennes et sa jeunesse, une double distinction rare dans un exécutif essentiellement mâle, blanc et vieillissant, mais
aussi par ses propos sévères à l’égard du
candidat Trump durant les primaires
républicaines, elle avait réussi à se faire
pardonner par le chef de l’État au point
d’accepter ce rôle d’ambassadeur à
l’ONU. Elle s’était même vu proposer le
poste de secrétaire d’État mais l’avait
refusé, invoquant avec un aplomb remarquable son inexpérience des joutes
diplomatiques. Est-ce pour cela que
l’ambitieuse quadra, à laquelle on prête
des desseins présidentiels, a jugé le
contrat rempli ?
Nikki Haley se félicite d’avoir défendu
« avec succès » une posture offensive en
Syrie, la fermeté face à la Corée du Nord,
la Russie et l’Iran, le déménagement de
l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem. On ajoutera un bagout tonitruant
qui accoucha de passes d’armes fameuses avec son homologue russe Vassili
Nebenzia ou le négociateur palestinien
Saeb Erekat. Et lui vaut l’estime de ses
pairs, à commencer par son homologue
français, l’ambassadeur François Delat-
Nikki Haley et Donald Trump, mardi, dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington.
tre, qui regrettera « cette responsable
gouvernementale américaine parmi les
plus talentueuses et les plus authentiques
(qu’il ait) rencontrées ».
Timing remarquable
Pour son pedigree, elle coche une case
importante dans sa maturation politique
et peut désormais se préparer sereinement à de prochaines échéances électorales. Ce ne sera pas l’élection présidentielle 2020, bien que des rumeurs
courent sur un ticket « Trump-Haley »,
synonyme de clap de fin pour le viceprésident Mike Pence, en retrait ces derniers mois dans le maelström ambiant.
Le timing de cette démission, qui sera
effective à la fin de l’année, est remarquable. Nikki Haley, c’est certain, avait
bien préparé son affaire. Après s’être
décidée il y a plusieurs jours, elle a, semble-t-il, renoncé à s’exprimer la semaine passée, pour esquiver la séquence réservée au juge Brett Kavanaugh, nommé
OLIVIER DOULIERY/AFP
à la Cour suprême le 6 octobre, après un
épique feuilleton parlementaire. Cette
sage précaution, tout en offrant la visibilité médiatique souhaitée, lui aura
donné le temps de prévenir le président,
sans que celui-ci daigne mettre dans la
boucle ses propres collaborateurs. Donald Trump pouvait ainsi « garder le
contrôle du cycle de l’information », observe Eliana Johnson, de Politico, tandis
que Nikki Haley, elle, « a choisi de partir
en bons termes » avec l’occupant du Bu-
reau ovale. Elle a même « inversé le
script », poursuit Johnson, en évitant de
subir le sort funeste des modérés broyés
par la machine trumpienne : le secrétaire d’État Rex Tillerson, le conseiller à la
sécurité nationale H. R. McMaster, ou le
secrétaire aux Anciens Combattants
Dave Shulkin, évincés pour n’avoir su
s’accommoder du chaos et de la surenchère idéologique prévalant au sommet
du pouvoir. Haley se pensait sans doute
condamnée, à cause de son incompatibilité avec les conseillers de la MaisonBlanche. En avril, elle avait eu maille à
partir avec l’un d’entre eux, Larry Kudlow : désavouée pour avoir promis de
nouvelles sanctions contre la Russie, elle
s’était vu accuser « de confusion momentanée ». « Avec tout mon respect, je ne
fais pas dans la confusion », avait-elle
vertement rétorqué. L’avertissement
tombait à point. Il fut assurément une
prise de conscience.
La susceptibilité du président, au demeurant, n’était pas son seul souci. Son
horizon onusien semblait bouché par
l’émergence du secrétaire d’État Mike
Pompeo et du successeur de McMaster,
John Bolton. Face à ces « durs », pourfendeurs de l’approche multilatéraliste,
la « globaliste » Nikki Haley voyait son
influence se réduire comme peau de
chagrin.
À court terme, Haley devrait s’effacer
de la scène politique et rejoindre le secteur privé. D’une pierre, deux coups : et
d’un, elle s’évite tout désagrément en
cas de débâcle républicaine le 6 novembre lors des élections parlementaires de
mi-mandat (midterms). Et de deux, elle
pourra travailler à éponger une dette
personnelle estimée à un million de dollars, le genre de défi difficile à relever
depuis Turtle Bay, le siège des Nations
unies à Manhattan. ■
Israël perd son « deuxième
ambassadeur » à l’ONU
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CI COMMENCE
COMMENCE LL’AILLEURS
’AILLLEURS
A
*
UN DESSIN du quotidien Yedioth Ahronoth résume la réaction israélienne à
l’annonce de la démission surprise de
Nikki Haley de son poste des Nations
unies. On y voit l’ambassadrice sortante
des États-Unis quitter l’immeuble newyorkais, sa boîte en carton sous le bras.
Un employé lui remet un fanion bleu et
blanc frappé de l’étoile de David en disant : « N’oubliez pas votre deuxième drapeau. » Dans le même journal, Danny
Gillerman, un ex-représentant d’Israël
aux Nations unies, salue le départ du
« deuxième ambassadeur d’Israël à
l’ONU » qu’il juge « prématuré » et qu’il
qualifie de « coup dur ». « Elle laisse derrière elle un vide qui sera très difficile à
combler », écrit-il.
Les milieux politiques et les commentateurs israéliens oscillent ainsi entre des
hommages dithyrambiques et des regrets teintés d’un peu d’inquiétude après
le retrait de leur championne des couloirs d’une institution internationale
qu’ils n’ont de cesse de critiquer. Le premier ministre, Benyamin Nétanyahou,
lui-même ambassadeur aux Nations
unies dans les années 80, a remercié celle « qui a mené la lutte sans compromis
contre l’hypocrisie à l’ONU, au nom de la
vérité et de la justice ». Un député du
Likoud a comparé la « meilleure amie
américaine » à Daenerys Targaryen, une
héroïne de Game of Thrones, et le centriste Yair Lapid, l’un des leaders de
l’opposition, a élevé Nikki Haley au rang
de « phare de lumière » dressé contre les
« forces des ténèbres ».
Tous sont convaincus que ses deux
années de mandat ont contribué à un
changement de statut d’Israël à l’ONU.
Adepte du franc-parler, parfois brutale,
l’ambassadrice de choc a mis son veto à
toutes les résolutions condamnant l’État
hébreu au Conseil de sécurité. Elle a bataillé contre l’Iran, mais aussi contre les
Palestiniens, et félicité Donald Trump
pour le transfert de l’ambassade améri-
caine à Jérusalem, reconnaissant de
facto la Ville sainte comme capitale d’Israël, un tabou onusien contre lequel nul
pays n’avait osé s’élever. Nikki Haley a
été le fer de lance du retrait des ÉtatsUnis du Conseil des droits de l’homme et
de l’Unesco, deux organismes accusés
de partis pris anti-israéliens. Et elle a
poussé l’Administration américaine à
couper les vivres en septembre à l’UNRWA, l’agence onusienne qui prend en
charge quelque cinq millions de réfugiés
palestiniens.
Si les ambassadeurs américains à
l’ONU ont toujours défendu avec plus ou
moins de conviction Israël, Nikki Haley
en a fait une affaire personnelle. Fille de
migrants sikhs indiens, cette figure au
fort charisme s’est identifiée à la cause de
l’État hébreu. « J’ai vu tant de similitudes
entre la culture israélienne et la culture indienne. Nous sommes très soudés, nous
aimons nos familles, nous avons une solide
éthique de travail. Nous croyons au professionnalisme, à la philanthropie et à la
“
J’ai vu tant
de similitudes entre
la culture israélienne
et la culture indienne
NIKKI HALEY
”
générosité. Nous sommes agressifs. Nous
sommes têtus. Et nous ne reculerons pas
devant une bagarre », expliqua-t-elle, en
mars 2017, devant un auditoire conquis, à
la tribune de la conférence annuelle de
l’Aipac, le lobby pro-israélien aux ÉtatsUnis. L’ambassadrice a visité le pays pour
la première fois en juin 2017 et a appuyé à
partir de janvier le changement de cap de
la Maison-Blanche sur le conflit israélopalestinien. Son renoncement ne devrait
pas infléchir une politique qui vise à
rompre avec les principes en vigueur depuis des dizaines d’années, pour tenter
de faire bouger les lignes d’un conflit enlisé. Une nouvelle donne à laquelle les
Palestiniens, qui estiment leurs droits remis en cause, refusent de souscrire. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Cinq cents patrouilles sous la mer
pour la dissuasion nucléaire
La ministre des Armées, Florence Parly, sera à Brest jeudi pour rendre hommage aux équipages
des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la force océanique stratégique.
20 km
ALAIN BARLUET £@abarluet
ENVOYÉ SPÉCIAL À L’ÎLE-LONGUE (FINISTÈRE)
Man che
DÉFENSE Long tube noir et lisse de
140 mètres de long, un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) s’apprête à quitter sa base de l’Île-Longue,
dans la rade de Brest, pour partir en patrouille avec ses 110 marins. Plus de
soixante-dix jours quelque part sous les
mers, sans communiquer avec l’extérieur, totalement silencieux pour rester
indétectable. Ses seize missiles intercontinentaux M-51 ont été embarqués
dans leurs silos de 12 mètres de haut,
soit exactement la hauteur du bateau.
Car celui-ci a véritablement été
construit autour de ces armes qui figurent au cœur de sa mission : assurer la
dissuasion nucléaire grâce à une permanence à la mer, notion héritée des
grands choix stratégiques effectués, il y
a plus d’un demi-siècle, par le général
de Gaulle.
Cinq cents patrouilles se sont ainsi
succédé, sans interruption, depuis 1972,
menées par les SNLE français, actuellement Le Triomphant, Le Terrible, Le
Vigilant et Le Téméraire. Florence Parly
se rend à l’Île-Longue, jeudi, pour une
cérémonie marquant cette étape symbolique et rendre hommage aux
3 000 militaires de la Force océanique
stratégique (Fost). La permanence à la
mer, pierre angulaire de la dissuasion,
constitue l’apanage d’une poignée de
grandes nations, les États-Unis, la
France et la Grande-Bretagne. « Le défi
est tout à la fois humain, industriel, technologique et opérationnel », explique le
vice-amiral d’escadre Bernard-Antoine
Morio de l’Isle, commandant les forces
sous-marines et la Force océanique
stratégique (Alfost). « Humain, car il
faut des équipages déterminés et autonomes, capables de rester longtemps en mer
sans soutien extérieur. Technique, car le
SNLE est une réalisation industrielle des
plus complexes au monde, qui regroupe
notamment près d’un million de pièces
(par comparaison, un avion de chasse
comprend environ 30 000 pièces,
NDLR). Enfin opérationnel, car en patrouille, il est seul en opérations 24 heures
sur 24, il n’a pas droit à l’erreur », souligne l’amiral Morio de l’Isle.
Brest
FINISTÈRE
CÔTED’ARMOR
Île-Longue
MORBIHAN
Quimper
OCÉAN ATL ANTIQU E
Infographie
Les SNLE, ici Le Vigilant, sont soumis à une maintenance régulière après chaque patrouille en mer sur la base de l’Île-Longue,
sur la presqu’île de Crozon, au sud de Brest. CLAUDE PRIGENT/LE TELEGRAMME/MAX PPP
Fabriqués en France, les trois étages
de propulsion des missiles M-51 et leurs
têtes nucléaires sont assemblés sur un
site ultraprotégé, sur la presqu’île de
Crozon, à l’Île-Longue. Industriels, ingénieurs et techniciens de la direction
des applications militaires du CEA et
marins œuvrent de concert. Une fois
cette opération réalisée, le missile M51
est transporté jusqu’à l’un des bassins
qui abrite le sous-marin de 14 000 tonnes. Chaque missile, redressé à la verticale, est alors introduit dans son silo au
moyen d’un pont coulissant. De la
même façon, ils sont débarqués du submersible à intervalles réguliers pour
être contrôlés.
Soumis à une maintenance régulière
après chaque patrouille, les SNLE sont
révisés à tour de rôle de fond en comble
tous les dix ans. Mais au moins l’un des
sous-marins est toujours à la mer.
Le « zéro défaut » est la règle absolue,
consubstantielle à la dissuasion nucléai-
re, tant pour des raisons opérationnelles
que politiques – il faut être certain que
l’ordre présidentiel d’engager cette
arme terrifiante ne serait entravé par
aucun obstacle.
Extrême discrétion
Dans l’espace exigu qui lui sert de cabine et de bureau, le commandant est
quasiment le seul à bord de son SNLE à
connaître la route qu’il va emprunter.
Après avoir quitté Brest, une phase initiale délicate où il doit être protégé, le
sous-marin s’affranchit du plateau
continental et plonge à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Il ne
compte plus alors que sur ses propres
moyens et personne ne sait où il se
trouve.
Le « pacha » du SNLE est largement
maître de sa patrouille. Avant le départ,
dans le carré, il fait le point avec les officiers du bord. Où irez-vous ? lui demandent-ils. La question, bien évidem-
ment, n’appelle pas de réponse. Si ce
n’est cette image : « Il faut sortir du nid et
aller se frotter aux grands espaces…» Au
retour, après plus de soixante-dix jours
de mer, les choix du commandant du
SNLE seront rigoureusement analysés.
Grâce à ses sonars, le SNLE dispose de
puissantes oreilles et peut capter les fréquences acoustiques les plus basses, à
des centaines de kilomètres de distance.
Durant toute sa patrouille, il restera
strictement silencieux, n’émettant
aucun message ni aucun signal.
Cette extrême discrétion est l’essence
du SNLE. Sa « dilution » dans les océans
le rend théoriquement invulnérable et
constitue un gage de la crédibilité de la
dissuasion dont les deux composantes,
océanique et aéroportée, sont complémentaires. La composante océanique,
parce qu’indétectable, permet la frappe
en second - c’est-à-dire de répliquer,
mais sans se limiter à cet emploi -, si le
président de la République devait en
donner l’ordre. Les procédures de tir
des missiles seraient alors déclenchées.
Les équipages de SNLE s’y entraînent
régulièrement.
Disposer, sur la durée, d’une vaste
palette de compétences, n’est pas chose
facile. Faire fonctionner un sous-marin
nucléaire nécessite une quarantaine de
métiers, dont certaines spécialités « rares », notamment celles qui sont liées à
la propulsion nucléaire. La Marine doit
recruter, former, accompagner et fidéliser les personnels prêts à accepter les
contraintes particulières des sous-mariniers. « Ce sont eux, ma première préoccupation », souligne l’amiral Morio de
l’Isle. « Dans une société en pleine évolution, je dois veiller à la “respiration de la
force”, aux équilibres vie professionnelle-vie privée », explique-t-il. La rigueur
de cet engagement et la concurrence du
privé pèsent sur la fidélisation.
La modernisation de la Fost sera le
grand enjeu futur. Au début de la décennie 2030, l’évolution de la composante sous-marine de la dissuasion se
traduira principalement par l’arrivée
des SNLE de nouvelle génération (3G)
dont la phase de réalisation commencera en 2020. La future version du missile
M51 sera développée au cours des prochaines années. Entre 2019 et 2023, l’effort lié à la dissuasion s’élèvera à environ 25 milliards d’euros courants, dont
environ 55 % pour la composante océanique stratégique. ■
La majorité indépendantiste implose en Catalogne
Les deux gros blocs qui structurent l’alliance indépendantiste au Parlement de Barcelone se disputent sur la manière de faire voter
les trois élus emprisonnés et Puigdemont actuellement en Belgique. Sans ces quatre voix le camp indépendantiste perd sa majorité.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
A
1
MADRID
ESPAGNE « 65 votes oui, 65 votes non et
aucune abstention. La motion est rejetée. » Malgré les trois essais, comme le
veut le règlement du Parlement régional
en cas de match nul, les indépendantistes catalans ont échoué à faire approuver le texte. De quoi s’agissait-il ? De
réaffirmer le droit « inaliénable » des
Catalans à l’autodétermination, comme
le proposait la petite Candidatura
d’Unitat Popular (CUP, extrême gauche
indépendantiste). Mais aussi d’exprimer
la « réprobation » du roi Felipe VI, accusé de partialité, comme voulait le faire Junts per Catalunya (JpC, centre droit
indépendantiste, le parti de l’ex-président Carles Puigdemont et de son successeur Quim Torra). Et ainsi de suite :
11 textes qui, en temps normal, seraient
passés comme une lettre à la poste grâce
à l’addition des votes de JpC, d’Esquerra
Republicana de Catalunya (ERC, centre
gauche indépendantiste) et de la CUP,
sont finalement restés lettre morte
mardi après-midi. Les indépendantistes
ont perdu leur majorité et ne peuvent
s’en prendre qu’à eux-mêmes. Car s’il
manque quatre votes au bloc sécessionniste, c’est que ses deux grandes forces
principales, JpC et ERC, ne se mettent
pas d’accord sur la manière de faire voter les trois députés en prison, et Puigdemont, qui est en Belgique.
La querelle interne dure depuis juillet
dernier. En bouclant son instruction, le
juge en charge du dossier contre les dirigeants indépendantistes, accusés de
rébellion, de sédition et de malversation, interdit alors aux députés placés en
détention provisoire, ainsi qu’à Puigdemont de voter par procuration. Restait une solution, suggérée par le juge :
que les députés en question cèdent leur
place et leur fonction, même à titre provisoire, à un compagnon déjà présent
dans l’hémicycle. La formule a été ac-
ceptée par ERC, qui fait figure de pragmatique depuis l’échec de la déclaration
d’indépendance il y a un an. Il est vrai
aussi que cette option a le mérite de
protéger de sanctions judiciaires le président du Parlement catalan, Roger Torrent, d’ERC. Le remplacement provisoire des députés est au contraire rejeté
par Puigdemont et ses proches, réputés
jusqu’au-boutistes, qui y voient, dans
une lettre qu’ils ont cosignée, « une
soumission aux possibles coercitions d’un
organe étranger au pouvoir législatif ».
Un autre témoignage spectaculaire
de la division des indépendantistes s’est
produit quelques heures avant la séance
plénière. Lors de la réunion du bureau
de l’assemblée, ERC a mêlé ses voix à
celles d’une formation unioniste, le
Partit dels Socialistes de Catalunya
(PSC), pour refuser de prendre en
compte les procurations de Puigdemont
et des trois députés JpC en prison. Pour
“
Ou tu acceptes la
formule pour que l’on vote
à ta place, ou tu reviens
voter en personne
”
TWEET D’UN ÉLU ERC
S’ADRESSANT À CARLOS PUIGDEMONT
Quim Torra, président du parti JpC, mercredi au Parlement régional catalan
à Barcelone. TONI ALBIR/EPA/MAXPPP
la première fois depuis le début du processus indépendantiste en 2012, les
deux grands partis sécessionnistes
rompent leur unité sur une initiative
fondamentale pour leur cause.
Conscient, sans doute, du prix que les
électeurs pourraient faire payer à leur
désunion, chaque parti accuse l’autre
d’être le diviseur. ERC reproche à JpC
d’avoir fait volte-face sur le système de
vote. JpC accuse le président ERC du
Parlement d’avoir attendu le dernier
moment pour commander un rapport
aux juristes de la Chambre. Sur Twitter,
un élu ERC interpelle Puigdemont en
ces termes : « Ou tu acceptes la formule
pour que l’on vote à ta place, ou tu re-
viens voter en personne. Arrête de demander aux autres de faire ce que tu n’es
pas prêt à faire toi-même. »
Pourquoi donc JpC refuse le remplacement provisoire de ses députés, qui,
dans la pratique, ressemble beaucoup à
la procuration qu’ils préféreraient
exercer ? « D’un côté, c’est évidemment
une manière de mettre la pression sur un
rival politique, Roger Torrent, juge Oriol
Bartomeus, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. De l’autre, c’est une manière de
dire à leurs électeurs qu’ERC les trahit,
que dans les moments importants, ils
descendent du train. »
L’étonnante mise à nue des divisions
indépendantistes reprend en fait une
divergence profonde sur la stratégie à
suivre. « Depuis la déclaration d’indépendance, les indépendantistes n’ont
plus d’étape à franchir sur leur feuille de
route, analyse Bartomeus. Que faire à
présent ? Une partie d’entre eux veut entretenir une situation d’exceptionnalité,
provoquer le pouvoir central pour qu’il
suspende à nouveau l’autonomie de la
région. Un autre secteur considère que le
processus indépendantiste tel que l’on a
connu est terminé. Ils n’osent pas le dire,
de peur de passer pour des traîtres, mais
ils cherchent à normaliser les choses pour
pouvoir attirer plus de gens à leur cause. » Reste à savoir combien de temps
peut tenir l’union entre deux conceptions que tout oppose et que ne soude
même plus la force de la majorité. ■
RCS PARIS 552 081 317
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Venezuela :
la mort suspecte
d’un opposant
à Maduro
Fernando Alban s’est officiellement suicidé
alors qu’il était retenu par la Sebin, la police
politique. L’ONU demande une enquête.
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
AMÉRIQUE LATINE Fernando Alban a été
enterré mardi à Caracas. Il était conseiller
d’opposition de la commune de Libertador à Caracas. Il est mort alors qu’il était
entre les mains de la police politique, la
Sebin. Selon le ministre de l’Intérieur et
de la Justice, Nestor Reverol, « il allait
être emmené au tribunal. Il était dans la
salle d’attente de la Sebin, quand il s’est
jeté par la fenêtre ». Selon le procureur
général, Tarek William Saab, désigné par
l’Assemblée nationale constituante
(composée uniquement de chavistes),
« la version préliminaire des faits est que le
citoyen a demandé à aller aux toilettes et de
là, il s’est jeté dans le vide ». Ces divergences montrent « que la thèse du suicide ne
tient pas » selon le politologue Alejandro
Martinez Ubieda, joint par téléphone.
Fernando Alban avait été arrêté à l’aéroport de Maiquetia de Caracas vendredi 4
octobre, alors qu’il rentrait de New York.
La Sebin a justifié cette arrestation par sa
possible implication dans l’attentat raté qui
a visé le président vénézuélien le 4 août :
deux drones avaient explosé alors que Nicolas Maduro prononçait un discours devant des membres des forces armées. Une
vingtaine de personnes sont détenues dans
le cadre de cette affaire, dont le député
d’opposition Juan Requesens.
Les réactions internationales se sont
multipliées ces dernières heures. « Fernando Alban était détenu par l’État, qui
avait l’obligation de garantir sa sécurité et
son intégrité personnelle, a déclaré Ravina
Sahmadasani, porte-parole du hautcommissariat aux Droits de l’homme de
l’ONU. Nous demandons une enquête
transparente pour clarifier les circonstances de sa mort car il y a des informations
contradictoires sur ce qui s’est passé. » Ravina Sahmadasani a précisé que le hautcommissariat avait demandé aux autorités
vénézuéliennes d’autoriser la venue d’une
commission d’enquête, mais Caracas n’a
pas encore répondu.
Lors d’un hommage à l’Assemblée nationale, mardi à Caracas, Luz Alban place une photo sur le cercueil de son frère Fernando,
décédé dans des circonstances douteuses au sein des locaux de la police politique vénézuelienne. M. BELLO/REUTERS
De nombreux témoignages rapportent
que la Sebin pratique des tortures sur les
prisonniers politiques. Le parti de Fernando Alban, Primero Justicia (Justice
avant tout), a tweeté : « Ils l’ont torturé
de trois façons : en l’asphyxiant avec un
sac plastique, en le plongeant dans un bain
d’eau, puis avec de l’électricité. C’est ainsi
qu’il a perdu la vie. »
L’un des leaders de Primera Justicia, Julio Borges, a déclaré depuis son exil nordaméricain, que, selon des sources internes
à la Sebin l’ayant contacté, le corps de
Fernando Alban a été lancé sans vie du
haut du dixième étage. D’après Ramon
Alfredo Aguilar, l’un de ses avocats, Fernando Alban a été torturé pour le forcer à
impliquer Julio Borges dans les événements du 4 août. Il a rencontré son client
dimanche 6 octobre. Ce dernier ne portait
alors pas de trace de mauvais traitements.
Ses proches n’ont pas pu consulter le
compte rendu d’autopsie.
« Fernando Alban n’est pas le premier
à mourir dans les geôles de la Sebin,
Les gouvernements américain, anglais, espagnol, français, argentin, canadien, chilien, colombien, costaricain,
guatémaltèque, hondurien, mexicain,
paraguayen et péruvien ont également
exigé une enquête indépendante sur la
mort de l’opposant. Washington a
même directement condamné « l’implication » du régime Maduro dans la mort
de l’opposant.
« Un renforcement
de la répression »
« Cela montre un renforcement de la répression menée par le gouvernement, estime Alejandro Martinez Ubieda. Il y a 300
prisonniers politiques dans les locaux de la
Sebin. Il y a aussi beaucoup de militaires
emprisonnés. Ils disent qu’il est tombé du
dixième étage. Que faisait-il au dixième
étage où il n’y a que des bureaux ? » Selon
Rosmit Mantilla, libéré en 2016 après
deux ans d’emprisonnement, « ils ne
laissent jamais seul un prisonnier politique,
même pour aller aux toilettes ».
EN BREF
Ces déçus de Lula qui votent Bolsonaro
Au-delà de sa base électorale, le candidat
d’extrême droite a attiré des Brésiliens, venus
de la gauche, lassés par la corruption et l’insécurité.
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
A
RIO DE JANEIRO
BRÉSIL La victoire de Jair Messiah Bolsonaro était attendue. Mais son ampleur
a surpris. Les sondeurs n’avaient pas vu
venir le « tsunami » qui s’est abattu sur
le Brésil au premier tour, dimanche
dernier, de l’élection présidentielle.
Plus de 49 millions de Brésiliens ont
voté pour le capitaine de réserve de
63 ans, arrivé en tête dans toutes les régions de cet immense pays, à l’exception du Nordeste déshérité, resté fidèle
au Parti des travailleurs (PT) de Lula.
Qui sont donc ces Brésiliens – et Brésiliennes – qui ont failli porter à la présidence dès le premier tour cet ancien
officier à la posture d’homme fort, nostalgique de la dictature militaire et au
passé jalonné de déclarations polémiques à l’égard des femmes et des minorités ?
Selon les études d’opinion, pour simplifier, l’électeur de Bolsonaro est un
homme jeune, blanc, qui a fait des études supérieures, dispose d’un revenu
élevé, évangéliste et habitant le Sud-Est
riche du pays. Un portrait statistique
forcément réducteur. Car son électeur
en est parfois le reflet contraire. Comme Andreza Lima qui vend des plats
chauds dans une baraque en bois dans
le centre de Recife, la capitale de l’État
du Pernambouc. Et terre natale de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva
qui purge une peine de douze ans de
prison pour corruption. Mère de trois
enfants, elle vit difficilement de son petit commerce. « Si Lula était candidat, je
voterais pour lui. Mais Haddad n’est pas
Lula. Je voterai pour Bolsonaro. » « Bolsonaro a un casier vierge », explique-telle. « Et il n’est pas raciste », assure la
jeune femme de 29 ans qui a voté autrefois « pour Lula, Dilma (Rousseff), le
PT ».
Le député de Rio a su incarner la colère des Brésiliens contre la gauche, la
corruption, la violence, et cristalliser
les mécontentements face à un chômage qui touche 13 millions de personnes après une récession historique.
« Cela tient à la manière dont le PT a
mené l’économie et à la corruption du
parti au long de ses treize années de gou-
vernement. La corruption du PT et des
autres partis a choqué les Brésiliens »,
estime Sergio Praça, politologue à la
Fondation Getulio Vargas. C’est le cas
de Mario Botteglio, un entrepreneur
d’une cinquantaine d’années vivant
dans un quartier résidentiel de Rio de
Janeiro.
Amapa
63 %
Pernambuco
40,7 %
Rio Grande
do Norte
Amazonas
Maranhao
Para
43,5 %
Ceara
41 %
61,3 %
41,4 %
Piaui
Acre
« Tout commence
par la corruption »
« La corruption est le problème numéro
un. Parce que tout commence par la corruption. La ville de Rio est complètement
dominée par les bandits, à cause de la
connivence des politiciens. Bolsonaro
veut en finir avec ça », assure-t-il.
« Mon vote pour Bolsonaro est un vote de
résistance contre la corruption », dit
aussi Virginia Raposa Miranda, une
femme aisée qui fait des arrangements
floraux à Recife. Une trentaine de partis
ont été impliqués dans des scandales de
corruption. Le plus emblématique est le
« Lava Jato » (Lavage express) qui a
conduit Lula en prison et l’actuel président Michel Temer à être mis en accusation à deux reprises par la justice.
Christian Fernandes vend des Tshirts à l’effigie du « Capitao » devant la
résidence du candidat, au bord de la
mer, dans un quartier huppé de l’ouest
de Rio. « Il faut un changement parce
que j’aimerais que mon petit-fils ne vive
pas ce que j’ai vécu et ce que sa mère a
vécu », affirme cet homme de 44 ans
déjà grand-père. Ce qu’ils ont vécu,
c’est la violence banale et quotidienne
dans les quartiers défavorisés de Rio,
une des villes les plus violentes du pays
après celles du Nordeste. « Il y a un
mois, ma fille attendait l’autobus pour
aller travailler à l’hôpital. On lui a pointé
un pistolet sur la tête. Pour lui voler son
uniforme et son portable. Moi aussi, j’ai
été attaqué deux fois par des hommes armés, dans ma voiture et dans l’autobus », raconte-t-il. Depuis, il s’est engagé dans la campagne du candidat
d’extrême droite et participe à toutes
les manifestations.
Comme Andrezza, Christian est un
ancien fidèle de Lula. « J’ai voté PT depuis que j’ai 16 ans, à la dernière élection
j’ai voté Dilma. J’ai toujours voté PT, ditil. Je ne suis pas riche et 90 % des endroits où je suis allé, ce n’était pas des
Brexit : un accord rapide
à portée de main, dit Barnier
Géographie électorale du 1er tour de la présidentielle
Roraima
62,2 %
Rondonia
62,2 %
60,3 %
(district fédéral)
58,4 %
Sergipe
50,1 %
Alagoas
Goias 57,2 %
J. Bolsonaro
48,3 %
55,16 %
(extrême droite)
54,8 %
Rio de Janeiro
Parana
Sources : Tribunal Superior Eleitoral et Globo
65,8 %
Rio Grande
do Sul
Infographie
58,3%
44,6%
19,7% 14,8%
52,6 %
46,03
19,5%
Sao Paulo
12%
Rio de Janeiro
RÉSULTAT NATIONAL DU 1ER TOUR
DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE,
29,28
en % des suffrages exprimés
12,47
4,76
2,5
1,26
1,2
J. Bolsonaro F. Haddad C. Gomes G. Alckmin J. Amoedo C. Daciolo H. Meirelles
(ext. droite)
(gauche)
(cen. gauche) (cen. droite)
(libéral)
riches, c’était des pauvres, des travailleurs ordinaires qui ont embrassé la
cause. Des pompistes, des chauffeurs
d’autobus achètent des T-shirts, des
drapeaux. »
« Éviter un retour du PT »
Tous ne sont pas des déçus de Lula. Viriginia Raposa Miranda craint surtout
un retour de la gauche au pouvoir après
quatre mandats successifs du PT avec
Lula et Dilma Rousseff, destituée en
2016. « Il y a eu beaucoup de votes pour
Bolsonaro seulement pour éviter un retour du PT, et non par adhésion à ses
idées. Les gens avalent Bolsonaro pour
liquider le PT », a estimé l’historien Boris Fausto dans les colonnes du journal
O Globo. « Vraiment, les Brésiliens ne
supportent plus le PT. J’ai très peur que si
(ext. droite)
(centre)
1
1,5
M. Silva
Autres
(écologiste)
Un accord sur le Brexit est à portée
de main d’ici au Conseil européen
des 17 et 18 octobre, a estimé
mercredi Michel Barnier.
Le négociateur en chef de l’UE
pour la sortie du Royaume-Uni a
également affirmé que la décision
de Londres de quitter l’Union
allait imposer des contrôles
administratifs entre la GrandeBretagne et l’Irlande du Nord.
Syrie : la zone démilitarisée
est en place, selon Ankara
La zone démilitarisée
dans la province d’Idlib,
dans le nord-ouest de la Syrie,
est en place, selon le ministère
turc de la Défense. Il précise
que toutes les armes lourdes
ont été retirées de cette zone,
comme prévu par l’accord
de Sotchi conclu le mois dernier
entre la Turquie et la Russie.
Afghanistan : plus de
8 000 civils tués ou blessés
depuis janvier
59,8 %
56,99 %
Santa
Catarina
Espirito Santo
Sao Paulo
53 %
F. Haddad
44,8 %
Minas Gerais
Mato Grosso
do Sul
60 % 50 %
(centre gauche)
Bahia
Brasilia
60,04 %
en % des suffrages exprimés
C. Gomes
48,9 %
44,6 %
Mato Grosso
CANDIDAT ARRIVÉ EN TÊTE
AU 1ER TOUR DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE, PAR ÉTATS,
(gauche)
41,2 %
Paraiba 45,5 %
63,4 %
Tocantins
mais c’est le plus connu », rappelle Alejandro Martinez Abieda. En mars 2015,
l’opposant Rodolfo Gonzalez se serait
suicidé dans sa cellule. En septembre 2017, Carlos Andres Garcia,
conseiller municipal de Guasdualito,
serait mort d’une attaque cérébrale,
toujours dans les locaux de la Sebin,
selon les autorités.
L’inquiétude autour du sort des détenus de la Sebin n’a jamais été aussi grande. La famille du général Baduel, ancien
compagnon de route de Hugo Chavez en
prison depuis plusieurs années, s’est
émue ce week-end, après des rumeurs
sur la mort d’un prisonnier dans les locaux de la Sebin Plaza Venezuela.
« Je n’ai pas vu mon mari depuis le
21 juillet, rapporte au Figaro Cruz Zambrano de Baduel, son épouse. Je continue
à lui amener de la nourriture et des vêtements propres chaque samedi et on me
rend ses vêtements sales. Mais nous
n’avons plus aucune nouvelle. Même son
avocat ne peut plus le rencontrer. » ■
le PT continue au gouvernement on devienne comme le Venezuela », le pays
voisin en plein chaos économique et social, dit Viriginia Raposa Miranda qui a
« toujours voté pour éliminer le parti de
gauche ».
D’autres partisans du capitaine de
réserve illustrent l’irruption d’une
droite plus virulente qui défend le régime des généraux à la tête du pays
pendant vingt et un ans. « On parle
beaucoup de 1964 comme s’il s’agissait
d’un coup d’État. Mais c’est une distorsion de l’histoire. Ce fut un mouvement
contre une tentative de dictature du prolétariat. Ce fut une histoire de succès, et
le Brésil a fait des progrès immenses » à
cette période, dit Alexandre Carvalho,
organisateur d’une marche pro-Bolsonaro à Recife. ■
Au moins 8 050 civils afghans ont
été tués ou blessés lors des neuf
premiers mois de l’année et
près de la moitié ont été victimes
d’attentats suicides ou de mines
artisanales, selon la Mission
d’assistance des Nations unies
en Afghanistan (Manua). Ce bilan
correspond à peu près à celui de
2017, qui était de 8 084 victimes.
Michael Bloomberg reprend
sa carte du Parti démocrate
L’homme d’affaires américain
Michael Bloomberg a rejoint
mercredi les rangs du Parti
démocrate, qu’il avait quitté pour
briguer avec succès la mairie de
New York en 2001 sous l’étiquette
républicaine, avant de devenir
indépendant en 2007. Bloomberg
explique sa décision par les risques
de crise constitutionnelle portés
selon lui par la présidence Trump.
Au moins 10 morts dans
des inondations à Majorque
Au moins dix personnes sont
mortes, dont deux Britanniques,
et un enfant est porté disparu
après des inondations qui ont
dévasté dans la nuit de mardi
à mercredi une zone de l’est
de Majorque, principale île de
l’archipel espagnol des Baléares.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
jeudi 11 octobre 2018
11
Deux magistrates placées en garde à vue
Elles ont été arrêtées dans le cadre d’une enquête de l’IGPN sur les pratiques de lutte contre les stupéfiants.
« la Chimère » dans le milieu. À 40 ans,
ce dernier est alors considéré comme
l’un des pivots de l’importation de drogue vers l’Europe mais aussi comme l’un
des plus gros informateurs ayant jamais
travaillé pour l’Office des Stups.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
SÉCURITÉ Tel un jeu de dominos, l’extravagante affaire de narcotrafic international dans laquelle se trouve empêtré
l’ancien patron de l’Office central pour la
répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) François Thierry a plongé
dans la tourmente deux magistrates.
Comme l’a révélé Le Parisien, l’Inspection générale de la police nationale
(IGPN) a convoqué mardi et placé en garde à vue Véronique Degermann, procureure adjointe à Paris et ancienne responsable du pôle judiciaire en charge des
affaires de criminalité organisée et de
terrorisme. La « police des polices », à la
demande de juges lyonnais, a par ailleurs
entendu Karine Roussy-Sabourin, magistrat près de la cour d’appel d’Aix-enProvence (Bouches-du-Rhône). Le commissaire François Thierry, lui aussi en
garde à vue depuis lundi à Lyon, a vu celle-ci prolongée mercredi dans le cadre
d’une information judiciaire pour « infractions en matière de stupéfiants et importations, association de malfaiteurs,
faux en écritures publiques par personnes
dépositaires de l’autorité publique ».
Ce développement, assez inédit, retentit comme un coup de tonnerre dans
Un « tonton » de l’OCRTIS
Soupçonnée de faux en écriture publique selon l’AFP, Véronique Degermann,
procureure adjointe à Paris, était toujours interrogée mercredi matin. THOMAS COEX/FP
le monde judiciaire. Les deux magistrates
mises en cause doivent s’expliquer sur les
conditions d’une supposée « fausse »
garde à vue d’un trafiquant devenu indicateur, Sofiane Hambli, personnage ô
combien sulfureux au cœur d’une saisie
record effectuée il y a juste trois ans en
plein Paris.
L’affaire éclate le 17 octobre 2015
quand 7,1 tonnes de cannabis, réparties
dans trois camionnettes, sont découvertes boulevard Exelmans dans le XVIe arrondissement de Paris par la Direction
nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED). La prise, la
plus grosse jamais réalisée intra-muros, a
eu lieu sous les fenêtres d’un somptueux
penthouse au loyer de 9 000 euros par
mois, payé rubis sur l’ongle - et en espèces - par Sofiane Hambli, caïd surnommé
Le dossier vire à l’aigre quand il apparaît
que Hambli est en fait un « tonton » de
l’OCRTIS, traité notamment en direct par
François Thierry. L’affaire des sept tonnes du boulevard Exelmans est d’autant
plus fâcheuse que François Hollande
avait cru bon de s’y précipiter pour féliciter les enquêteurs pour ce « coup fatal »
porté aux « organisations criminelles ».
Fonctionnaire modèle soudain voué
aux gémonies, François Thierry était
monté au créneau pour dénoncer auprès
de sa hiérarchie une « saisie sèche, intempestive et précipitée de la Douane » qui
entrave une « infiltration très prometteuse ». Sur fond de guerre de services avec
les douanes, ce fonctionnaire à la réputation jusqu’alors irréprochable avait été
mis en examen en août 2017 pour complicité de détention, transport et acquisition de stupéfiants dans le cadre d’une
enquête déclenchée par une importante
saisie de cannabis en octobre 2015. L’expatron de l’OCRTIS n’a eu de cesse de
clamer son innocence et de rappeler qu’il
agissait en toute transparence avec la
justice. Quasiment main dans la main, à
l’en croire. C’est ainsi, dans l’unique dessein de prouver sa bonne foi, que François Thierry assure en mars 2017 devant
l’IGPN qu’une stratégie de « livraison
surveillée » baptisée « Myrmidon »,
conçue en 2009 en plein accord avec la
justice, consiste à « privilégier systématiquement l’identification et l’arrestation
des trafiquants ». À titre d’exemple, il
soutient qu’une équipe de l’OCRTIS extrait Hambli de sa prison de Nancy avec
le plein accord de Véronique Degermann, vice-procureur du parquet de Paris, et Karine Roussy-Sabourin, ancienne
procureure à la juridiction interrégionale
spécialisée (Jirs).
Les 3 et 4 avril 2012, la « taupe », placée
48 heures en garde à vue dans une chambre d’hôtel de Nanterre et dans le cadre
d’un prétendu « dossier fantôme »,
aurait passé de multiples appels téléphoniques à destination de trafiquants installés au Maroc pour renseigner les policiers sur une opération d’envergure.
Soupçonnée de faux en écriture publique
selon l’AFP, Véronique Degermann était
toujours interrogée mercredi matin tandis que la garde à vue de sa collègue a été
levée mardi soir. ■
Au nord de Paris,
un quartier sous
l’emprise du crack
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
INSÉCURITÉ Des toxicomanes qui
piochent dans l’assiette des clients
en terrasse, attrapent les couteaux,
empochent le pourboire. Qui urinent contre le mur en plein jour. Et
qui, de rage, cassent les vitrines.
Voire agressent les passants.
« C’était épouvantable depuis un an,
c’est devenu invivable ! », assène
Dominique Dettome, responsable
du soir au Jaurès Café, près du bassin de la Villette. « Nos droits élémentaires de citoyen à la tranquillité
et à la sécurité ne sont plus respectés », s’effare le Collectif 19 Stop
crack. La pétition de ces « riverains
et commerçants de la place Stalingrad », lancée il y a un mois, à
l’adresse du préfet de police, a réuni
plus de 3 400 signatures. Tandis que
la maire de Paris vient d’annoncer
son plan pour endiguer le trafic de
crack dans le nord-est de la capitale, ce sont les salariés des cinémas
MK2 du XIXe arrondissement qui
appellent, ce samedi, à un « rendezvous citoyen ».
Mendicité insistante
La place Stalingrad est « redevenue
la chasse gardée des dealers de crack
et de leurs clients, alerte le collectif.
La situation se dégrade à un rythme
inquiétant. Les consommateurs, de
plus en plus nombreux, prennent
leurs drogues en plein jour, dans les
Abribus, devant les écoles, en laissant
leur matériel sur la voie publique. Du
matin au soir, nous devons subir leur
mendicité insistante, et parfois
agressive : dans la rue, dans le métro,
à la terrasse des restaurants, à la
sortie des commerces. Nos halls
d’immeubles sont squattés, dégradés, souillés de déjections et de produits dangereux. Les dealers vendent
leur marchandise en toute impunité,
ils ont instauré des zones de nondroit que nous ne pouvons plus traverser. »
Sous un paisible soleil, en cet
après-midi d’automne, des ados
rieurs font du canoë. Sur le quai, à
l’ombre des érables, des anciens
jouent à la pétanque. Quand, depuis
la passerelle, un dealer vous alpa-
gue : « Première dose gratos ! » Le
crack, cette « drogue du pauvre »
dérivée de la cocaïne, se vend 6 € le
« caillou » de 0,1 g…
Il y a quelques semaines, des bateaux de Canauxrama, qui organise
des croisières sur le canal SaintMartin, ont été attaqués à coups de
hache. Au Jaurès Café, « on a créé un
poste rien que pour la protection des
clients ». « Ah oui on voit plus
d’agents !, s’agace le responsable. Ils
sont venus verbaliser nos clients pour
des mégots par terre… En attendant,
notre chiffre d’affaires connaît une
baisse significative, surtout depuis
que les gens n’osent plus aller au cinéma le soir. »
Aux MK2 des quais de Seine et de
Loire, des deux côtés du bassin de la
Villette, les spectateurs se font désormais « harceler, insulter, frapper », a écrit, fin août, Marin Karmitz au ministre de l’Intérieur (lire
ci-dessous). Quant aux équipes, elles sont « dans un grave état d’épuisement », face à des toxicomanes
parfois « armés de marteaux ou de
machettes », « une extrême agressivité qui n’est plus du tout gérable ».
Directeur général du groupe MK2,
son fils Nathanaël détaille : « On a
embauché deux vigiles, on offre le
taxi à nos employés, mais on a du mal
à recruter… Regardez ! Voilà trois
CRS qui se baladent sur les quais. On
a le sentiment que l’on colle plein de
petits sparadraps, mais cela devient
un problème public général ! Aujourd’hui les toxicomanes sont dans le
nord-est de Paris, mais demain, ils
seront à la Bastille ! » Deux employées ont encore été agressées le
mois dernier. « Alors que j’attendais
le taxi après mon service, un toxico
m’a attaquée à coups de tournevis et
a donné un coup de poing à mon
amie, raconte une jeune caissière en
montrant son bras encore blessé. Il
sortait de prison, il y est retourné
pour quatre mois. Mais après ? »
Mêmes échos au Franprix voisin.
« Tous les matins, à notre arrivée, ils
sont une vingtaine, affalés devant les
portes, déplore Rabah, le gérant. Je
ne peux pas les empêcher de rentrer… » Victime de trop de vols pour environ un millier d’euros par
semaine - le magasin a arrêté le
réassort de dizaines de produits. En
Un toxicomane allume
sa pipe à crack,
quai de Seine, à Paris,
le 5 octobre. Cette
« drogue du pauvre »
dérivée de la cocaïne,
se vend 6 €
le « caillou » de 0,1 g.
face, sur la place Stalingrad, « tout
l’éclairage public est en travaux, depuis au moins trois mois, fait remarquer un riverain. Le soir, dans le
noir, on voit, comme une guirlande de
Noël, les pipes à crack se mettre à clignoter… ».
SEBASTIEN SORIANO
/LE FIGARO
2 500 personnes arrêtées
Au lendemain de l’attaque au couteau qui a fait sept blessés début
septembre, le maire du XIXe, François Dagnaud, a lui aussi fustigé « la
non-assistance d’un quartier en danger ». « Depuis le début de l’année,
on n’a jamais eu aussi peu de policiers, détaille-t-il. Dans notre arrondissement de 187 000 habitants,
quand les gens appellent la police la
nuit, ils s’entendent répondre qu’il
n’y a qu’un seul véhicule… Certes,
19 jeunes agents arrivent ces prochains jours. Mais c’est très loin de
compenser les départs ! Sans compter
« On doit enlever les seringues devant nos cinémas »
« euIl ydesa déjà
blessés
graves,
faut-il
attendre
qu’il y ait
des
morts ?
»
NATHANAËL KARMITZ
Nathanaël Karmitz est directeur général du groupe audiovisuel MK2.
LE FIGARO. - Fin août,
votre père, Marin Karmitz,
a écrit au ministre de l’Intérieur.
Pourquoi ?
Nathanaël KARMITZ. - Depuis le
début de l’été et la fermeture de la
« colline » au crack, porte de la
Chapelle, le trafic et la consommation se sont déplacés place Stalingrad (où se trouvent deux complexes
cinéma, NDLR). Cela a engendré
énormément d’insécurité dans le
quartier. Et cela annonce des problèmes graves à venir…
La situation a-t-elle évolué
depuis ce courrier ?
Certes, il y a plus de rondes de policiers. Mais cela n’a pas empêché une
de nos salariées d’être violemment
agressée par un toxicomane le
20 septembre. Certains de ses collègues envisagent de faire valoir leur
droit de retrait. Les agressions, le
harcèlement dans la rue, les dégradations et les bagarres sont devenus
quasi quotidiens. Le matin, on doit
enlever pipes à crack et seringues
devant nos cinémas. Et le deal à ciel
ouvert continue. La maire de Paris
annonce un plan de prise en charge
des toxicomanes, mais dans combien
de temps ? Il faut agir sur le fond, au
niveau social et sécuritaire, mais aussi prendre des mesures immédiates.
Vos salariés appellent
à une manifestation samedi.
Qu’envisagez-vous maintenant ?
Le cinéma est le pilier d’une cohésion sociale d’un quartier ; il a toujours été hors de question de céder
face à ces problèmes. Mais il faut
agir avant qu’on en arrive au pire !
Que la mairie, la préfecture et l’État
travaillent ensemble et vite ! Il y a
déjà eu des blessés graves, faut-il
attendre qu’il y ait des morts ? ■
PROPOS RECUEILLIS PAR S. K.
que pour que le travail de terrain porte ses fruits, il faut qu’il soit complété
par un travail judiciaire ! »
Du côté de la Préfecture de police,
on met en avant « des actions menées en partenariat avec les acteurs
sociaux, afin d’effectuer un meilleur
diagnostic sanitaire et social, de proposer une prise en charge globale, et
d’apporter une solution concrète et
durable ». Depuis le début de l’année, selon le préfet Michel Delpuech, la lutte contre le trafic de
drogues a permis l’arrestation de
plus de 2 500 personnes pour trafic
et l’interception de plus de 3 tonnes
de drogues dans l’agglomération.
Mardi soir, le premier ministre
Edouard Philippe s’est rendu place
Stalingrad avec des équipes de la
BAC nuit. La veille, visitant elle aussi le quartier, Anne Hidalgo avait
annoncé un renforcement des maraudes à la rencontre des toxicomanes et plus de places en hébergement spécifique. « Avec l’Agence
régionale de la santé (ARS), a-t-elle
précisé, la mairie met un million
d’euros supplémentaire pour la prise
en charge » des consommateurs. À
terme, jusqu’à 180 personnes pourront ainsi être mises à l’abri, contre
une soixantaine aujourd’hui. Sauf
que selon plusieurs sources, ce sont
plus de 700 personnes qui transitaient chaque jour par la « colline »
de la porte de la Chapelle pour s’approvisionner en crack… La maire de
Paris réclame donc « un plan antidrogue au niveau national ». « Le
gouvernement doit nous accompagner », plaide-t-elle, rappelant que
« la santé, l’hébergement et la sécurité » relèvent de son domaine. Un
plan drogues avait été annoncé par
le gouvernement pour juillet, puis
reporté sine die. ■
A
Consommateurs et dealers occupent
la place Stalingrad et les abords du canal
de l’Ourcq, dans le XIXe arrondissement.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
Les élèves français, champions de l’anxiété
Une enquête du Cese montre qu’ils ont moins confiance en eux que dans les autres pays de l’OCDE.
ÉDUCATION À écouter les trois auteurs de
la note déprimante du Conseil économique
et social révélée mercredi, la France va
dans le mur en matière d’éducation.
« Tous les indicateurs sont dans le rouge en
matière de capacités comportementales des
élèves », explique Élise Huillery, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine.
Analysés via le questionnaire international Pisa, les jeunes Français de 15 ans se
distinguent par leur très faible estime personnelle, leur grande anxiété et leur manque de persévérance pour dépasser leurs
difficultés scolaires. Ils se considèrent aussi
comme particulièrement mauvais en mathématiques alors que ce n’est pas forcément le cas : la France se situe dans la
moyenne des pays de l’OCDE.
Enfin, ils présentent une forte défiance
envers le système scolaire en général et
une faible capacité à coopérer entre eux
par rapport aux autres pays de l’OCDE. « À
part la Corée du Sud et le Japon, voire le Pérou, personne ne fait pire que nous », insiste
la chercheuse. L’Allemagne et les ÉtatsUnis nous dépassent et de loin. Certes, nos
voisins latins, comme l’Espagne et l’Italie,
font également moins bien que les pays du
Nord, plus doués pour insuffler confiance
et persévérance aux élèves. Mais ils sont
également meilleurs.
Le système éducatif français ne parvient
pas non plus à développer le sens du collectif : le sentiment d’appartenance des
élèves à leur établissement scolaire est faible. Plus généralement, il se singularise par
un climat de défiance. Plus d’un tiers des
élèves français considèrent que les relations ne sont pas bonnes avec la plupart de
Des élèves trop anxieux et pas assez persévérants
Compétences comportementales des élèves par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE
En %
France
Allemagne
Anxiété
scolaire
États-Unis
ANDREA OBZEROVA/ANDREAOBZEROVA/STOCK.ADOBE.COM
MARIE-ESTELLE PECH mepech@lefigaro.fr
Pays du Nord
Perception des compétences
en mathématiques
Persévérance
face à une difficulté
Ouverture à
la nouveauté
+25 %
Moyenne
-25 %
Sources : Conseil d’analyse économique, OCDE enquête Pisa 2012 portant sur les élèves de 15 ans
leurs enseignants, soit l’un des plus hauts
niveaux de conflictualité au monde. Un
peu plus d’un élève français sur trois
considère que leurs enseignants les traitent
de façon injuste, soit à nouveau l’une des
proportions les plus élevées de l’ensemble
des pays de l’OCDE.
Méthodes trop conservatrices
Ce déficit en termes de confiance concerne
autant les élèves défavorisés que les élèves
favorisés, sans distinction. Par ailleurs,
alors que les filles réussissent en moyenne
mieux que les garçons à l’école, elles présentent des compétences sociocomportementales moins élevées que les garçons
dans tous les pays. En France, l’indice du
sentiment d’anxiété scolaire des filles est
près de dix fois plus élevé que celui des
Infographie
garçons ! Ce diagnostic est d’autant plus
inquiétant, juge Élise Huillery, que des travaux récents en économie montrent que
les compétences sociocomportementales
jouent un rôle central dans la capacité à
apprendre, améliorant la réussite scolaire.
Elles favorisent ensuite la réussite professionnelle. Et elles ont « un impact décisif
sur les performances économiques et sociales globales », insiste la note. En écho aux
lacunes des élèves, les enquêtes internationales montrent que les adultes français
ont « moins confiance dans leurs propres
capacités et valorisent davantage la sécurité
que l’innovation ». Selon l’enquête World
Values de 2015 portant sur l’évolution des
valeurs des adultes dans une centaine de
pays, les Français se caractérisent par une
plus grande défiance et un moindre opti-
Les jeunes Français se considèrent particulièrement mauvais en mathématiques alors que
ce n’est pas forcément le cas : la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE.
misme. Défaitistes, les adultes comme les
enfants considèrent avoir peu de maîtrise
sur les événements qui leur arrivent.
De même, les relations hiérarchiques
dans les entreprises françaises sont plus
verticales et plus conflictuelles que dans les
autres pays européens, avec un impact déterminant sur la productivité, l’innovation
et la croissance, mais aussi sur le niveau de
bien-être en France.
Ces compétences se développent tout au
long de la scolarité. Si l’école ne constitue
pas l’unique cause du retard de la France,
elle « reste le moyen d’action le plus pertinent en termes de coût-bénéfice pour y remédier ». Pour Élise Huillery, les méthodes
pédagogiques françaises sont « trop
conservatrices. Elles ne prennent que peu en
compte la psychologie des enfants ». Les
En Vendée, le projet éolien offshore tangue
Ce parc de 62 mâts entre Noirmoutier et Belle-Île devrait être autorisé par le préfet. Or un avis officiel
du ministère de l’Écologie s’y est opposé dès juin en raison d’impacts négatifs sur la biodiversité.
ERIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
ENVIRONNEMENT Un pavé dans la mer.
Alors que le projet d’un parc de 62 éoliennes offshore, situé au large des côtes de
l’île de Noirmoutier et de celles de l’île
d’Yeu, pourrait bientôt voir le jour, un avis
défavorable d’une instance du ministère
de la Transition écologique pourrait le remettre en cause. Publié il y a plus de trois
mois, le 22 juin, cet avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN)
est curieusement passé inaperçu. Ces experts compétents en matière de biodiversité s’y sont opposés de manière très nette :
11 voix contre, deux pour et deux abstentions.
Pourtant, selon nos informations, le
préfet de la Vendée, Benoît Brocart, s’apprêterait à signer l’autorisation d’exploitation de ce parc offshore. « Le préfet commence à signer les autorisations pour
poursuivre la procédure jusqu’à son terme
et aboutir dans les prochaines semaines »,
indique-t-on de source proche du dossier.
« L’avis du CNPN fait actuellement l’objet
d’un examen par le porteur de projet et l’administration afin de voir comment le prendre en compte pour poursuivre l’instruction
de cette procédure », indique le préfet de la
Vendée.
Des oiseaux protégés
Or le CNPN estime que « la description de
l’état initial du projet est inaboutie et les ef-
fets sous-évalués concernant certaines espèces de l’avifaune », comme les collisions
d’oiseaux dans les énormes pales. Les éoliennes présenteront un mât de 89 mètres
de hauteur et un rotor de 167 mètres de
diamètre, créant un obstacle de taille pour
de nombreux oiseaux protégés comme le
guillemot de Troïl et le pingouin torda. Des
espèces pour lesquelles des dérogations
ministérielles sont nécessaires, en vertu de
l’article 411 du Code de l’environnement.
Mais, pour au moins l’un des deux opérateurs concernés, RTE, ces dérogations
n’ont pas été demandées. Selon le projet,
Engie doit exploiter la centrale éolienne et
RTE s’occuper du transport de l’électricité
par câbles. En milieu aquatique, le CNPN
« s’étonne de l’absence de demande de dé-
rogation pour les mammifères marins, tels
le marsouin ou le dauphin commun ».
L’exécutif départemental peut passer
outre l’avis du CNPN. « Certes il n’est que
consultatif, donc pas contraignant, souligne Fabien Bouglé, porte-parole du collectif “Touche pas à nos îles” qui est opposé au projet. Mais cela veut dire que le préfet
de Vendée, en signant les autorisations,
s’apprêterait à être le destructeur de nombreuses espèces animales protégées. » Un
sujet d’autant plus explosif que, sur le terrain, l’opposition des riverains est forte.
Enfin, cet avis défavorable du CNPN, le
premier du genre sur ce type de projet éolien offshore, devrait faire cas d’école sur
les cinq autres grands projets en
Atlantique et dans la Manche. ■
Procès Pastor : quand le gendre se saborde
Entre arrogance et attaques vipérines, l’attitude de Wojciech Janowski, commanditaire présumé
du meurtre de la milliardaire monégasque Hélène Pastor, n’a d’autre effet que de le desservir.
lions d’euros pour sa compagne Sylvia
Pastor (« mais le prix catalogue était de
5,4 millions hors taxes, j’ai négocié »). Puis
il distribue bons et mauvais points aux
parties civiles : Sylvia, son demi-frère Gildo, leur cousin Philippe, Claude Pallanca,
ex-mari de feu Hélène Pastor.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
A
AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE)
JUSTICE Le box des assises des Bouchesdu-Rhône est le théâtre d’une étrange
expérience d’auto-combustion menée
avec entrain sur lui-même par le principal accusé : Wojciech Janowski, présenté par le ministère public comme le
commanditaire de l’assassinat de sa
belle-mère milliardaire, Hélène Pastor,
et de son chauffeur, Mohamed Darwich.
M. Janowski, qui nie farouchement, est
apparu au cours des débats comme ratiocineur, vipérin et arrogant. Il intime à tel
avocat qui l’incommode l’ordre d’arrêter
de bouger les bras, distille sur sa belle-famille des sous-entendus crasseux et
semble exclusivement préoccupé par les
questions financières. Au lieu de tenter de
prouver qu’il a un cœur, il s’acharne à rafistoler la façade d’une respectabilité en
trompe-l’œil.
Mercredi, alors que les parties civiles
s’apprêtent à plaider, et que le mieux qu’il
ait à faire consiste à les écouter en silence,
Sentiment de nausée
Croquis d’audience représentant
Wojciech Janowski. BENOIT PEYRUCQ/AFP
il demande la parole. Manque de chance, le
président la lui donne. Après quelques
phrases convenues pour déplorer la « tragédie » qu’on lui reproche d’avoir orchestrée, il se lance dans une tirade sur un sujet
qui l’obsède : l’achat d’un bateau à 4 mil-
Après un flot de considérations fielleuses
qui le rendent odieux, M. Janowski embraye sur Pascal Dauriac, le coaccusé le
plus dangereux pour lui – il l’accuse
d’avoir commandité le double assassinat.
D’après M. Janowski, qui ne l’a jamais déclaré auparavant, son coach sportif avait
enterré quelques centaines de milliers
d’euros soustraits au fisc et lui demandait
comment les blanchir. Curieux : on sait
que le professeur de gymnastique tirait le
diable par la queue, au point d’emprunter
10 000 euros à son client polonais pour
s’acheter une Clio. Puisque le président ne
juge toujours pas opportun de confronter
les deux hommes, l’avocat général Cortès
questionne M. Dauriac :
« – Est-il exact que vous aviez cette
cagnotte ? »
Pascal Dauriac (les yeux au ciel) :
« – Tout est faux. Je n’avais aucun
argent.
– M. Janowski rejette la responsabilité
du double crime sur vous. Qu’est-ce que
cela vous inspire ?
– Ça me fait vomir. »
Ce sentiment de nausée est partagé.
Wojciech Janowski trahit, dans sa position d’accusé, une conception strictement utilitaire des rapports humains. Plus
on l’écoute, plus on est tenté de croire,
par exemple, que son ex-compagne
Sylvia, qu’il a méthodiquement dupée,
n’est « une femme exceptionnelle » que
parce qu’elle a eu le privilège de l’aimer.
Ou que, dès lors qu’on menace son imposture, on est forcément un
cocaïnomane cousu de dette, à l’instar de
Gildo Pastor – dont le conseil précise qu’il
n’a aucune dette et n’a jamais consommé
de drogue.
Plus il flatte Sylvia Pastor, plus il flétrit
ses ennemis, et plus Wojciech Janowski
se consume. Si les jurés le déclarent coupable la semaine prochaine, ils ne
condamneront pas un homme : ils balaieront un tas de cendres. ■
professeurs, « dont la formation et le recrutement ont très peu évolué depuis soixante
ans, sont compétents dans leur discipline
mais pas en matière pédagogique ». Ils devraient bénéficier d’une formation continue à hauteur de 600 à 800 millions
d’euros par an pour rattraper le retard
français, estime Élise Huillery. Il s’agirait
notamment d’insister sur la personnalisation de l’enseignement et le travail coopératif. Des expériences internationales ont
fait preuve de leur efficacité. Dans un programme ciblé sur la persévérance des collégiens aux États-Unis, des élèves ont été
invités à rédiger une série d’essais sur leurs
valeurs personnelles dans le but d’encourager l’affirmation de soi : les élèves changent de perception sur eux-mêmes et leur
performance scolaire augmente. ■
ZOOM
Le Pape compare
l’avortement au recours
à un « tueur à gages »
Le pape François a comparé
mercredi l’interruption volontaire
de grossesse au recours à « un
tueur à gages », dans son homélie
prononcée lors de sa traditionnelle
audience sur la place Saint-Pierre.
« Interrompre une grossesse, c’est
comme éliminer quelqu’un. Est-il
juste d’éliminer une vie humaine
pour résoudre un problème ? »,
a demandé le pape argentin
aux fidèles rassemblés sur la place.
« Est-il juste d’avoir recours
à un tueur à gages pour résoudre
un problème ? », a-t-il poursuivi,
en sortant de son texte prévu, qui
était consacré au commandement
biblique de « ne pas tuer ».
Plus généralement, le Pape
a fustigé « la dépréciation de la vie
humaine », en raison des guerres,
de l’exploitation de l’homme
et de l’exclusion.
EN BREF
Essais nucléaires : plainte
contre la France pour crimes
contre l’humanité
Une plainte a été déposée le
2 octobre devant la Cour pénale
internationale contre la France
pour crimes contre l’humanité
en raison des essais nucléaires
expérimentés en Polynésie
durant trente ans.
Prothèses PIP :
vers un nouveau procès
La Cour de cassation a ordonné
mercredi un nouveau procès pour
le certificateur TÜV dans l’affaire
des prothèses mammaires
défectueuses PIP. Elle annule ainsi
une décision de la cour d’appel
d’Aix-en-Provence qui avait
dédouané le géant allemand
de toute responsabilité.
Recalée de la réserve
opérationnelle, Marion
Maréchal perd en justice
Le tribunal administratif de Lyon a
rejeté mercredi la requête déposée
par Marion Maréchal contre
le refus de l’armée, en 2017,
de l’enrôler dans la réserve
opérationnelle au motif qu’elle
était alors députée du Vaucluse,
une fonction incompatible.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SCIENCES
jeudi 11 octobre 2018
13
Ambassade US à Cuba, la piste de l’attaque micro-ondes
Fin 2016, une vingtaine de diplomates américains à La Havane avaient présenté d’étranges symptômes et gardent des séquelles.
La pollution,
les résidus
de pesticides,
les traces
de médicaments
sont autant de
risques de maladie
et de cancer.
En particulier
pour les animaux.
JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothais@lefigaro.fr
ONCOLOGIE Les animaux n’échappent
pas aux cancers. Les sauvages pas plus
que les autres. Et si le nombre de cancers est en partie lié à la pollution chez
l’homme, pourquoi en irait-il différemment chez eux ? Ainsi, une étude menée
conjointement par le CNRS, les universités américaines d’Arizona et de Louisiane et l’université australienne Deakin, à Geelong, suggère que les activités
humaines pourraient bien conduire à
une augmentation du nombre de cancers dans la faune sauvage.
Conduits par Mathieu Giraudeau, du
laboratoire Mivegec IRD- CNRS à l’université de Montpellier et de l’université
d’Arizona, les travaux ont été publiés
dans la revue Nature Ecology & Evolution.
Chaque fois que l’on a cherché, le
cancer a été détecté chez toutes les espèces animales concernées. Et des études ont montré que des espèces peuvent
présenter des taux de cancers élevés en
cas de milieux pollués. C’est le cas par
exemple des bélugas vivant dans l’estuaire du Saint-Laurent, au Canada,
pollué par l’industrie métallurgique, qui
présentent un taux de cancers (adénocarcinomes intestinaux principalement) de 27 %.
“
Nous pensons
que les cancers
sont très sous-estimés
dans la faune sauvage
”
FRÉDÉRIC THOMAS (MIVEGEC) MONTPELLIER
Une étude récente a également montré que les lions de mer californiens
avaient des taux de cancers élevés sans
doute dus à des polluants organochlorés
qui sont carcinogènes mais qui affectent
aussi l’immunité, permettant le développement de carcinomes génitaux dû
au gamma-herpès virus.
« La réduction des habitats naturels de
la faune sauvage conduit à une baisse de
la diversité génétique. Il a été montré que
chez les renards gris des îles Santa Catalina (Californie) et chez les zèbres de
montagne du Cap (Afrique du Sud), deux
espèces qui ont été en danger d’extinction, cette baisse de diversité génétique
avait augmenté le taux de cancers »,
note Mathieu Giraudeau.
Mais, d’après les chercheurs, bien
d’autres éléments liés à l’activité humaine peuvent être source d’oncogénèse pour la faune sauvage. Ainsi de la
pollution par la lumière artificielle nocturne, avec son impact sur le sommeil et
les sécrétions hormonales, à commencer par la mélatonine, dont on sait
qu’elle influence le taux de cancer.
Il y a aussi les pesticides, les herbici-
si que celle d’une attaque sonique par
ultrasons, laissant les scientifiques devant « un rébus enveloppé de mystère au
sein d’une énigme » pour paraphraser
Winston Churchill au sujet de la Russie.
Aucune trace,
autre que les symptômes
Ce mois-ci dans Neural Computation,
l’une des revues du prestigieux MIT
(Massachusetts Institute of Technology), le Pr Beatrice Golomb, qui dirige un
groupe de recherche à l’université de
Californie (San Diego), avance une nouvelle hypothèse : une attaque aux micro-ondes. C’est aussi l’avis du Pr Douglas Smith, neurochirurgien et
directeur du Center for Brain Injury and
Repair, à l’université de Pennsylvanie
(Philadelphie), dont l’équipe a pu examiner de façon approfondie 21 des
23 diplomates convalescents de l’attaque de La Havane. « Tout le monde était
plutôt sceptique au départ, mais désormais chacun pense qu’il y a là quelque
chose », a-t-il récemment expliqué au
journaliste scientifique du New York Times William Broad.
Smith et son équipe n’avaient toutefois pas évoqué cette piste dans leur article publié le 15 février 2018 sur le site
du Journal of the American Medical Association. En revanche, le Pr Golomb est
catégorique : « les faits rapportés apparaissent compatibles avec une source micro-ondes », conclut-elle dans Neural
L’homme,
cancérigène
pour la faune
sauvage
des, les perturbateurs endocriniens, les
microplastiques… « Nous pensons que les
cancers sont très sous-estimés dans la
faune sauvage, car nous n’avons pas les
outils pour aller voir de manière approfondie », estime Frédéric Thomas,
auteur senior de l’étude, du laboratoire
Mivegec de Montpellier.
« On a tous des processus oncogéniques en cours dans notre corps. Et nos
défenses naturelles sont en fait performantes. Mais nous sommes, tout comme
les animaux sauvages ou les animaux de
compagnie, aujourd’hui beaucoup plus
exposés à des polluants cancérigènes. Ce
qui déséquilibre les choses. »
Computation. Il aurait suffi d’un émetteur puissant dans un van, selon les experts. L’avantage est qu’une telle attaque ne laisserait aucune trace, autre que
les symptômes des victimes.
En mai dernier, le secrétaire d’État
américain Mike Pompeo révélait qu’un
diplomate américain en poste à Canton
avait à son tour présenté des symptômes « très similaires » à ceux qui
avaient affecté les « Américains travaillant à Cuba » et, dans la foulée,
créait une « task force interagence » sur
cette maladie mystérieuse. Les fonctionnaires américains ne sont pas les
seuls concernés. Des diplomates canadiens ont également rapporté des
symptômes similaires. ■
Bélugas du Saint-Laurent,
au Canada.
Une étude a montré que 92 % des
vautours fauves possédaient des résidus
d’antibiotiques potentiellement cancérigènes issus des carcasses de bétail avec
lesquelles on les nourrit. De manière
générale, « la nourriture accessible aux
animaux sauvages en milieux urbains mangeoires, déchets - ne correspond pas
A. SHAMANDOUR/BARCROFT IMAGES/ABACA
BIOPHYSIQUE En août 2017, le département d’État révélait l’existence d’attaques soniques (par ultrasons) mystérieuses sur l’ambassade américaine à
Cuba ayant commencé fin 2016. « Il
s’est passé de très vilaines choses à Cuba.
Ils se sont mal comportés », ajoutait
quelques semaines plus tard le président américain Donald Trump (nos éditions du 5 octobre 2017) après avoir décidé l’expulsion de 15 diplomates cubains.
Vingt-trois diplomates américains - et
leurs compagnes - avaient manifesté des
symptômes physiques variés, parfois accompagnés de la perception de sons bi-
zarres ou de pression dans les oreilles :
mal à la tête, vertiges, acouphènes
(bourdonnements d’oreille), irritabilité,
anxiété, nervosité, troubles du sommeil
et cognitifs (ralentissement de la pensée,
difficulté à se concentrer).
Le premier agent américain touché à
La Havane avait raconté au médecin de
l’ambassade avoir entendu dans sa
chambre « un bruit puissant et fort qui
semblait le suivre dans la pièce ». Il avait
ensuite présenté des douleurs dans
l’oreille, des acouphènes, des vertiges et
des troubles cognitifs. Plusieurs neurologues ont depuis fait le rapprochement
avec les signes que l’on observe dans les
commotions cérébrales. La théorie
d’une intoxication avait été écartée ain-
aux besoins de ceux-ci, et sa consommation entraîne des carences en micronutriments et des modifications du microbiome, estiment les chercheurs. De ce point
de vue, l’espèce humaine pourrait être
définie comme une espèce cancérigène
avec des conséquences majeures sur le
fonctionnement des écosystèmes ». ■
Les mouches se regroupent pour lutter contre la maladie
GUILLAUME MOLLARET £@newsdusud
QUE L’ENVIRONNEMENT social d’une
personne malade d’un cancer ait une
influence sur la progression de sa maladie est une chose admise. Que l’animal ait une capacité à choisir l’environnement le plus propice au
ralentissement de son cancer est en revanche une nouveauté que viennent de
mettre en évidence les chercheurs du
CNRS de Gif-sur-Yvette et de Montpellier (Centre de recherches écologiques et évolutives sur le cancer, Creec/
Mivegec), emmenés par les biologistes
Frédéric Thomas, Frédéric Méry et
Jacques Montagne.
Partant de l’observation, notamment vidéo, de groupes de mouches
Drosophila melanogaster – dont le cycle de vie n’excède pas quelques semaines -, ils ont pu déterminer dans
une étude publiée dans Nature Communications que la durée de vie de ces
mouches pouvait varier de plus ou
moins un tiers en fonction de leurs interactions sociales. « Ces mouches sont
des OGM auxquels nous avons activé
certains gènes afin de déclencher chez
elles un cancer digestif. Il ressort notamment que le cycle de vie d’une mouche malade se trouve considérablement
réduit si elle demeure isolée », explique
Frédéric Thomas, directeur de recherche au CNRS.
Bien que le cancer ne soit pas contagieux, les drosophiles malades sont rejetées par leurs congénères saines. Estce la vue de la dégénérescence de leur
semblable qui les conduit à agir ainsi ?
Est-ce une peur de contracter une autre
maladie du fait de la baisse de défense
immunitaire de ce membre de la communauté ? Les chercheurs ne savent pas
répondre. « Quand la maladie est peu
avancée, les interactions entre mouches
saines et mouches malades ne changent
pas. C’est une fois que la dégénérescence est
devenue évidente que l’individu est isolé socialement. Les mouches saines évitent alors
clairement la mouche cancéreuse », poursuivent les biologistes. La mouche cancéreuse tend par ailleurs à maximiser ses
chances de reproduction en développant
précocement, et à un rythme soutenu, les
contacts avec l’autre sexe.
Plus surprenant, les chercheurs ont
observé que le cancer de ces mouches se
développait moins rapidement quand les
individus vivaient entre malades. « De
façon intéressante, lorsque le choix est
donné à une mouche malade de rejoindre
un groupe, celle-ci va préférer la compagnie des mouches malades. Dans les stades
précoces de sa maladie en tout cas. Car
lorsque la tumeur est déjà avancée, cette
préférence ne s’exprime plus », notent les
chercheurs.
« Nous n’en tirons aucune conclusion
transposable à l’homme », prévient Frédéric Thomas, qui trouverait toutefois intéressant de faire des recherches sur des
animaux plus complexes que les mou-
ches, dont les interactions sociales sont
plus simples que chez les vertébrés.
« D’une manière générale , analyse-t-il,
nous avons tendance à sous-estimer le fait
que le cancer a contribué, en détournant
nos défenses immunitaires et les traitements thérapeutiques, à façonner les êtres
vivants. Travailler sur la compréhension de
nos mécanismes d’acceptation et de répulsion des individus atteints par cette maladie chronique peut, peut-être, nous aider à
mieux contrer les évolutions possibles de la
maladie parce que nous les aurons anticipées. » ■
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DAMIEN MASCRET £@dmascret
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Les champions du monde telles des rock stars
L’équipe de France teste sa cote de popularité en province avec un match face à l’Islande, ce jeudi à Guingamp.
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
FOOTBALL Qu’il fait bon être champion
du monde. À voir les mines souriantes et
détendues des Bleus depuis leur arrivée
en Bretagne, il est difficile de ne pas ressentir les effluves et l’euphorie toujours
aussi palpables auprès du public à chacune des sorties des héros nationaux. Encore plus pour leur premier voyage hors de
Paris avec la deuxième étoile affichée sur
leur maillot. Il faut dire que Guingamp
s’est drapée de ses plus beaux habits pour
accueillir l’équipe de France et ses stars
mondiales que sont désormais les Mbappé, Griezmann ou encore Pogba et Lloris.
Des exemples ? Un stade du Roudourou bien garni, bruyant et enchanté pour
l’entraînement de veille de match, inhabituellement ouvert, signe d’une envie
de communion de la part du contingent
français. Des bars fermés en ville le temps
de la séance des Bleus et rouverts dans la
foulée, une presse locale impatiente à
l’image de Ouest France et son titre explicite : « Les Bleus arrivent en ville. » « Il
n’y a rien de plus beau et on n’a jamais envie que cela s’arrête », concède Didier
Deschamps.
Autant de signaux qui nous renvoient
quelques mois plus tôt, entre Moscou et
Paris, pour un été aussi doux qu’inoubliable. Une allégresse dont profitent
pleinement le sélectionneur et ses protégés, tels des rock stars en tournée pour la
promotion de leur dernier tube. À en
oublier presque la raison de leur venue et
ce match amical face à l’Islande (21 heures, TF1) qui doit leur permettre de préparer un rendez-vous plus consistant
face à l’Allemagne, cinq jours plus tard au
Stade de France dans la Ligue des nations.
La première de Ndombele ?
« Ce sentiment et cette attente vont durer
pendant quatre ans, il faut en profiter, assume le technicien basque, qui se voit
revivre ces moments délicieux vingt ans
plus tard. On ne doit pas bouder notre
plaisir, ce titre n’est pas un poids, bien au
contraire. C’est galvanisant, cela doit
nous donner plus d’envie. » Car si le double champion du monde conseille à ses
joueurs de prendre du temps pour les réjouissances avec le public et de profiter
de chaque instant, le curseur d’exigence
et d’attente sur le terrain reste le même.
Poussé à son paroxysme. Et sur ce thème, le patron n’a pas bougé d’un iota. Ce
n’est pas à bientôt 50 printemps (il les
aura lundi) qu’il va déroger à ses principes immuables.
Si l’affiche face à des Islandais sur le
déclin depuis leur réussite à l’Euro (lire
ci-dessous) témoigne des difficultés de
trouver des nations renommées pour les
matchs amicaux, l’affrontement permettra à Deschamps de faire tourner son effectif, avec six changements possibles et
le seul Blaise Matuidi ménagé. Tout sauf
un détail dans des trêves internationales
où le poids des clubs et la gestion des
temps de jeu gardent leur importance.
« Je vais faire en sorte de concerner le plus
de joueurs possible », avance le sélectionneur. Le jeune Lyonnais Tanguy Ndombele, 21 ans, pourrait se voir offrir une
première cape dans l’entrejeu, pendant
que les revenants Mamadou Sakho
(Crystal Palace), Dimitri Payet (Marseille), Kurt Zouma et Lucas Digne (Everton) espèrent du temps de jeu. Que les
supporteurs bretons se rassurent, les
stars de l’épopée russe auront aussi leur
mot à dire. La fête s’annonce belle. ■
Les joueurs de l’équipe de France à l’entraînement au stade du Roudourou, mercredi, à Guingamp, lors d’une séance ouverte au public.
Les Bleus à Guingamp, « pas un cadeau » pour Le Graët
« deBeaucoup
villes
de province
ont accueilli
les Bleus
ces dernières
années et,
à Guingamp,
il n’y avait
pas eu
grand-chose
en dehors
des Îles Féroé
en 2009,
mais
je n’étais pas
président
de la FFF
NOËL LE GRAËT
»
NOËL LE GRAËT est un fin stratège. Et un habitué de l’exercice
médiatique qui ne l’effraie pas
pour un sou. Bien au contraire.
Avant le match de l’équipe de
France contre l’Islande, ce jeudi à
Guingamp, le dirigeant de 76 ans,
né à Bourbriac, dans les Côtesd’Armor, se savait attendu de
toute part et a logiquement aiguisé ses arguments à propos du privilège de voir les champions du
monde se produire en spectacle
au stade du Roudourou. Expérience aidant, il en faut d’autres
pour le déstabiliser.
Pour leur première sortie hors
de Saint-Denis, les héros de
Moscou évolueront devant près
de 20 000 personnes en Bretagne. Une situation qui interpelle
forcément quand on sait que les
Bleus et leurs stars désormais
planétaires peuvent remplir tous
les stades de l’Hexagone et que,
en raison de l’engagement de la
sélection avec le consortium du
Stade de France, un seul match
par an a lieu en province. D’où la
question logique et implacable :
est-ce un fait du prince ? Quand
on sait le lien indéfectible que
Noël Le Graët entretient avec
une ville qui l’a vu grandir,
prospérer avec son entreprise
industrielle de conserves et de
surgelés, sans oublier son double
mandat de maire PS (1995-2008)
ou sa présidence à la tête du club
de foot (1972-1991 et 2002-2011),
le sujet existe.
un goût particulier, lui qui
Interrogé sur ce point, « NLG »
connaît le coin à la perfection et
s’en sort sans encombre.
s’y ressource très souvent quand
« C’était décidé depuis le mois de
ses obligations à la FFF lui laismars, nous avoue-t-il en totale
sent du temps libre. Président de
sérénité. Ça correspondait bien,
l’EAG à 31 ans (« J’avais des
entre la Bretagne, l’Islande et
joueurs plus âgés que moi »), club
Paimpol, vous savez, il y avait
qu’il fera monter du niveau rédans le temps des liens importants
gional à la première division avec
en économie et en pêche. » Badin
en point d’orgue la victoire en
et rieur, Le Graët poursuit et
Coupe de France en 2009, Le
avance ses arguments : « C’est
Graët (re)plonge dans ses souveune affiche qui n’aurait pas rempli
nirs avec gourmanle Stade de France,
dise, conscient du
donc on joue en protemps qui passe. « À
vince. Guingamp a
cette époque, mon obfait l’effort dans ses
jectif, c’était de battre
installations et le
le village du coin et
comex (de la FFF) a
rien d’autre. On était
accepté cette propoprésents au stade
30e club des Côtessition facilement. »
du Roudourou
Relancé sur un supd’Armor. Vous imagipour l’entraînement
posé favoritisme, le
nez un peu. Mais c’est
public des Bleus,
patron du foot fran- mercredi à Guingamp plus dur d’être à la
çais retombe sur ses
tête d’un club de foot
pattes. Sans surprique maire de la ville.
se. « Beaucoup de villes de provinAprès une défaite, tout le monde
ce ont accueilli les Bleus ces dervous en parle et remet en cause
nières années et, à Guingamp, il
votre travail, que ce soit à la boun’y avait pas eu grand-chose en
cherie ou au café ; il faut avoir la
dehors des îles Féroé en 2009,
tête bien accrochée. Malgré tout,
mais je n’étais pas président de la
j’ai pris un plaisir fou dans cette
FFF. Ce n’est pas un cadeau que
fonction, sinon je n’y serais pas
l’on me fait. » Jolie pirouette bien
resté autant d’années. Il fait bon
pensée et savamment placée. Du
vivre ici, au cœur de la Bretagne,
Noël Le Graët dans le texte.
en pleine campagne. »
Pour l’ancien employé des imEn près de trente ans de présipôts, ce séjour en Bretagne de
dence, il a tout connu avec son
l’équipe de France - avec un acclub de cœur, des montées, des
cueil chaleureux et un entraînedescentes en Ligue 2 ou en Nament en public suivi mercredi
tional, le titre en Coupe de Franpar plus de 16 400 supporteurs - a
ce ou encore la Coupe d’Europe
16 400
supporteurs
Révélation de l’Euro 2016, l’Islande a depuis sombré
Croatie, future finaliste, de l’Ukraine et
de la Turquie, l’Islande n’a pas démérité
cet été. Elle a simplement affiché ses limites. Son style de jeu défensif et trop
minimaliste a certes surpris l’Argentine
(1-1). Mais pas le Nigeria (0-2), ni même
la Croatie, vaccinée avec ces diables de
Nordiques (1-2). Pour une élimination
somme toute logique dès la phase de
groupes. Sans grande saveur.
A
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
QU’IL PARAÎT loin le temps où l’Islande
faisait souffler un vent de fraîcheur sur le
Vieux Continent. C’était il y a à peine
deux ans. Des clappings mémorables, une
solidarité et une combativité incroyables.
Et surtout un parcours inattendu lors de
l’Euro 2016, stoppé en quarts de finale par
l’équipe de France après avoir renvoyé
prématurément (dès les 8es) les Anglais à
la maison. Mais ça, c’était avant… Si la
ferveur populaire demeure intacte et le
clapping toujours un rituel immuable, la
sélection a perdu de sa superbe.
La Coupe du monde 2018, la première
pour ce petit pays volcanique, est passée
par là. Au sortir d’une brillante campagne de qualifications ponctuée par une
première place au nez et à la barbe de la
STÉPHANE MAHÉ/REUTERS
Une humiliation en Suisse
Erik Hamrén, le sélectionneur suédois
de l’équipe d’Islande, lors d’une séance
d’entraînement, mercredi, à Guingamp.
STÉPHANE MAHÉ/REUTERS
Dans la foulée, après sept ans de bons et
loyaux services à la fédération et deux
qualifications historiques pour deux
grands tournois, Heimir Hallgrimsson a
quitté ses fonctions de sélectionneur. Les
vétérans Olafur Skulason (35 ans) et Kari
Arnason (35 ans) ont, eux, annoncé leur
retraite internationale. Une page s’est
tournée. Et la nouvelle est déjà bien frois-
sée. Appelé à succéder au « gourou » islandais, le technicien suédois Erik
Hamrén, sélectionneur de la Suède de
2009 à 2016, a connu une entrée en matière cataclysmique. Avec une humiliation à Saint-Gall face à la Suisse (6-0) lors
de la 1re journée de la Ligue des nations.
Le volcan ne s’est pas seulement éteint,
il s’est fissuré. Comme jamais depuis le
6 octobre 2001, date de sa dernière débâcle sur un score de tennis. C’était face au
Danemark. « Je dois dire que je suis désolé,
c’est embarrassant », a lâché Hamrén
après cette terrible déconvenue. Trois
jours plus tard, l’Islande, groggy, a tendu
l’autre joue à domicile face à la Belgique
(0-3) avec notamment un doublé de Romelu Lukaku. Le bilan post-Mondial est
ainsi désastreux : deux défaites, neuf buts
encaissés, aucun marqué. Qu’elle paraît
loin cette douce euphorie de l’été 2016… ■
et garde forcément des liens privilégiés avec certains de ses anciens joueurs comme Didier
Drogba, Florent Malouda ou
l’Argentin Nestor Fabbri. En
2003, Guingamp termine la saison à la septième place, à seulement six points de Lyon, champion de France. Noël Le Graët se
rappelle, pinçant. « On avait une
belle équipe de Ligue 1 et, encore
aujourd’hui, ces garçons m’envoient des mots de sympathie, je
ne devais pas être si désagréable
que ça. »
Dans ce lot de satisfactions,
quelques petits regrets, et notamment celui menant à Franck
Ribéry survenu la même saison.
« Il était à l’essai avec nous et on
ne l’a pas gardé. Encore aujourd’hui, je me dis qu’on a fait une
grosse bêtise. Vous imaginez
Drogba, Malouda et Ribéry sous le
même maillot, ça aurait eu belle
allure au Roudourou. Raté. »
Dans son opération séduction
pour convaincre de potentielles
recrues de signer ici, le Breton
avait ses arguments. Toujours les
mêmes. « Un club sain, détenu par
des partenaires locaux, une belle
région, des villas en campagne et
proches aussi de la mer, les écoles
pour les enfants et de bons restaurants. Mais aussi, pour les plus fêtards, le TGV proche de Paris. » Un
vrai VRP de luxe qui a placé Guingamp sur la carte du foot français.
Gigantesque pour une ville d’à
peine 8 000 habitants. ■
B. D.
EN BREF
Football : vaste opération
antifraude en Belgique
Un entraîneur, des agents de
joueurs et arbitres arrêtés, les
sièges des plus grands clubs
perquisitionnés : le football belge a
été ébranlé mercredi par une vaste
opération antifraude menée
également dans six autres pays
européens dont la France.
L’enquête porte sur des soupçons
de fraudes sur les commissions
liées aux transferts ou aux salaires
mais aussi sur des matchs truqués.
Cyclisme : 4e victoire cette
saison pour Thibaut Pinot
Le Français de l’équipe
Groupama-FDJ a remporté,
détaché, la classique Milan-Turin,
en devançant Miguel Angel Lopez
et Alejandro Valverde.
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jeudi 11 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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les dimanches et jours fériés
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15 août, 1er novembre,
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et jours fériés.
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Reprise des annonces sur :
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deuils
Mlle Amélie de Chavagnac,
Mlle Charlotte de Chavagnac,
ses petites-filles,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Ginette BOULOT
survenu le 6 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 12 octobre,
à 14 heures, en l'église
Saint-Louis-en-l'Île, Paris (4e),
suivie de l'inhumation au
cimetière de Passy, Paris (16e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Isabelle Combes,
Frédéric et Nikki Combes,
Gérard et Hélène Genaille,
ses enfants,
Mme Déon,
son épouse,
Patrice et Sabine
Renault Sablonière,
Yann et Nathalie
Dubois de La Sablonière-Déon,
ses enfants et beaux-enfants,
Alexis et Constance,
Albane,
Adriane,
Eléonore,
Guillaume,
ses petits-enfants,
Hermine et Amicie,
ses arrière-petites-filles,
Mme Isabelle Trouvé,
sa sœur,
ses neveux et nièces
ont la grande tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
M. Jérôme DÉON
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
du Mérite agricole.
La messe aura lieu le vendredi
12 octobre 2018, à 15 heures,
en l'église Saint-Cyr
d'Issoudun (Indre).
Qu'il repose dans la Paix
du Seigneur.
Jean-Jacques Deveaud,
son époux,
Louis Deveaud,
Laurent Deveaud
et Suzanne Borre,
Elisabeth et Stéphane Torné,
Victoire et Michaël Slakey,
ses enfants,
Christophe, Nicolas, France,
Théo et Emma, Fay et Sylvain,
Yarrow,
ses petits-enfants,
Inti, son arrière-petit-fils,
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Danielle DEVEAUD
née Klein,
le 7 octobre 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la chapelle de l'Est
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e), le vendredi
12 octobre, à 14 h 15,
suivie de l'inhumation.
Cet avis tient lieu de faire-part.
12, boulevard
Ferdinand-Deveaud,
50340 Siouville-Hague.
Paule, son épouse,
Jean-François, Anne-Marie,
Bernard, Roselyne, Brigitte,
Bruno (†), Etienne, Véronique,
Christian, Emmanuel,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Gérard GILLES de la LONDE
capitaine de frégate (h.),
le 8 octobre 2018.
Alan, Johan, Matthieu,
Grégory, Lucie, Jean,
ses petits-enfants,
sa famille
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
12 octobre, à 10 heures,
en l'église Saint-Maxime
d'Antony, 11, rue du Jour.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
21, avenue de la Marne,
92160 Antony.
Mme Anne COMBES
née Rogée-Fromy,
survenu le 7 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée
ce jeudi 11 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Jean-d'Angély.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. et Mme Genaille,
6, rue Simone-Béchet,
17400 Saint-Jean-d'Angély.
On nous prie d'annoncer
le décès de
Mme Suzanne GOUHIER
survenu le 6 octobre 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 octobre,
à 10 heures, en la paroisse
Notre-Dame-du-Rosaire,
aux Lilas (Seine-Saint-Denis),
suivie de l'inhumation
au cimetière communal
des Lilas.
Corneilla et Patrick Douault,
Patricia Champenois,
Patrice Champenois,
Marielle (†) et François Vié,
Jeanne d'Arc et Stéphane
Cochard,
Virginie Houdet,
Victoire et Philippe Delaruelle,
ses enfants,
Charlotte et Thomas Sarazin,
Malo, Dimitri et Brune,
Clément et Denise Douault,
Romain et Axelle Champenois,
Elvire, Octavie, Hélion
et Jacinthe,
Bertille Champenois
en religion sœur Orbruna,
Mathilde Champenois
en religion sœur Colombane,
Virgile Vié,
Alex Vié,
Maxime Cochard,
Valentin et Sandra Cochard,
Victor Cochard,
Laure Delaruelle,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ainsi que toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
M. Patrice HOUDET
le 7 octobre 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 octobre 2018,
à 14 h 30, en la chapelle
Saint-Jean de La Baule.
Saint-Saturnin (Sarthe).
M. et Mme Eric Bigourdan,
M. et Mme François-Régis
de Laage de Bellefaye,
M. et Mme Bertrand
de Laage de Bellefaye,
M. et Mme Régis Tassel,
ses enfants,
ses treize petits-enfants
et ses quatre
arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu du
baron
de LAAGE de BELLEFAYE
le 9 octobre 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Neuville-sur-Sarthe,
le samedi 13 octobre,
à 11 heures.
L'inhumation aura lieu
le lundi 15 octobre,
à 14 heures, au cimetière
des Bruyères, à Longuenesse
(Pas-de-Calais).
Anne et Pierre Bretel,
Arnaud et Marie-Liesse
de La Bouillerie,
Amaury et Hélène
de La Bouillerie,
Laure de La Bouillerie
et Vincent Cucheval-Aguesse,
ses enfants,
ses petits-enfants,
Marie-Claire Sirot,
sa sœur,
Brigitte Olivier-Ostier,
sa sœur jumelle,
ses belles-sœurs
et ses beaux-frères,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de faire part du décès de la
comtesse Thierry
de LA BOUILLERIE
née France Olivier,
survenu le 7 octobre 2018,
à l'âge de 77 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
à Paris (7e),
le vendredi 12 octobre 2018,
à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
le samedi 13 octobre 2018,
à 11 heures, au cimetière
de Crosmières (Sarthe).
15
Pont-de-Vaux (Ain).
Lyon. Ecully.
Hélène, sa compagne,
Matthieu, son fils,
Dominique Milhaud
et ses enfants
font part du rappel à Dieu de
Albert, Jean, Christian,
ses frères, et leurs épouses,
Elisabeth, Geneviève,
ses sœurs, et leurs époux,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Leroy, Ruÿssen
et Meneault
font part du décès
le 8 octobre 2018,
à l'âge de 76 ans, de
Philippe LEROY
La messe de funérailles aura
lieu le vendredi 12 octobre,
à 15 h 30, en l'église
de Pont-de-Vaux, suivie
de l'inhumation au cimetière.
Anne MILHAUD
née Dutreuil.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi
13 octobre 2018, à 10 heures,
en l'église de la Rédemption,
à Lyon (6e).
disparition
Me Jean-Yves Liénard :
une éloquence
hors du commun
Selon ses volontés,
Robert NAVAILLES
a été incinéré au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e),
le mercredi 10 octobre 2018.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Raymond Haïm Lévy,
née Jacqueline Schwartz,
son épouse,
Yves-Emmanuel et Isabelle
Lévy,
David et Laurence Lévy,
Michel-André et Florence
Lévy,
Claire et Thierry
de Mazancourt,
ses enfants,
Esther et Charles,
Raphaël,
Jascha et Elsa,
Ariel et Camille,
Daniel, Eytan,
Samuel, Jonas, Myriam,
Grégoire et Lucie,
Marine, Sarah,
ses petits-enfants,
Rachel, Louise, Eliott,
ses arrière-petits-enfants,
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Raymond Haïm LÉVY
survenu le 10 octobre 2018,
à Paris, à l'âge de 91 ans.
Les obsèques auront lieu
le vendredi 12 octobre,
à 11 heures, au cimetière
parisien de Pantin,
où l'on se réunira.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Patrick et Claudine
Sainte-Beuve,
Guilaine Sainte-Beuve,
Christine et Bernard Duguet,
Marc et Bénédicte
Sainte-Beuve,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
toute la famille et les amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Edith SAINTE-BEUVE
née Orens,
survenu le lundi 8 octobre 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 12 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église
de Ressons-sur-Matz (Oise),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Le président de l'université
Paris II Panthéon-Assas
ses collègues,
l'ensemble du personnel
ont la tristesse de faire part
du décès de
40, rue de Garches,
92420 Vaucresson.
Mme Michel Rémond,
née Anne-Marie Chasle,
son épouse,
Jean-Yves et Florence Rémond,
le père Christian Rémond,
Emmanuelle Rémond-Dalyac
et Stéphane Dalyac,
ses enfants et beaux-enfants,
Etienne et Cécile,
Timothée et Souâd,
Clément et Vénus,
Alexandre, Paul, Raphaël,
Constantin, Gabrielle,
ses petits-enfants,
Prosper WEIL
professeur émérite
de l'université,
membre de l'Institut.
Ils s'associent à la douleur
de sa famille et de ses proches
auxquels ils présentent leurs
plus sincères condoléances.
messes
Une messe aura lieu le lundi
15 octobre 2018, à 19 heures,
en la chapelle Notre-Damedu-Saint-Sacrement,
20, rue Cortambert, Paris (16e),
à l'intention de
Agnès
JORRE de SAINT JORRE
Maxime, Victoire, Eléonore,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Pierre Jockey,
sa sœur,
ses neveux et nièces
et toute la famille
ont la tristesse
de vous annoncer le décès,
survenu le 8 octobre 2018,
à l'âge de 87 ans, de
Michel RÉMOND
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de la Valeur militaire,
muni des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 12 octobre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, Paris (16e).
Elle sera suivie de l'inhumation
à Avranches (Manche),
dans le caveau familial.
55, rue Boileau, 75016 Paris.
née Pector,
décédée le 27 septembre 2018,
à Genève.
services religieux
Les prières pour la haskara
de feu
Jacques TOLEDANO
auront lieu
- le jeudi 25 octobre 2018,
à 19 heures,
à la synagogue Ahavat-Shalom,
75-77, avenue de Versailles,
Paris (16e), et
- le vendredi 26 octobre 2018,
à 9 h 30,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Laurence Toledano Assayag
et Eddy-Richard Toledano.
Demandez-le par courriel : mariage@media.figaro.fr
par courrier : Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
U
EA
Suivez le guide !
UV
NO
Des fiançailles, un mariage
Jean-Yves Liénard avait le sens de l’audience mais aussi
un humour irrésistible. NIVIERE/SIPA
STÉPHANE
DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
Souvenir d’assises. Novembre 2011, Carcassonne.
Un avocat plaide. Deux
avocats généraux blêmissent. Un accusé ne sait pas
s’il doit interrompre le défenseur qui échappe à ses
consignes, il bouillonne
face au dilemme.
Condamné en première
instance à trente ans de réclusion criminelle pour
avoir commandité l’assassinat de sa femme, JeanMichel Bissonnet comparaît en appel. Il crie qu’il
est blanc comme neige,
personne ne le croit mais il
entend que ses avocats le
crient aussi. Le dernier de
ses trois conseils, Me JeanYves Liénard, sait qu’un
homme peut faire tuer
l’amour de sa vie, qu’un
coupable n’est pas forcément un salaud intégral,
qu’un mobile ne se résume
pas forcément en un mot
– le fric, le sexe.
Passant rapidement sur
l’éventuelle innocence de
son client, il explique
pourquoi M. Bissonnet
aurait pu basculer dans le
crime. Son tableau psychologique d’une finesse
absolue touche les jurés et
inquiète le ministère public. La liberté totale de celui qui tente de sauver un
homme antipathique fait
chavirer les jurés. En appel, M. Bissonnet est
condamné à vingt ans de
réclusion, exactement la
« peine très significative qui
laisse une petite lueur d’espérance » suggérée par
l’avocat qui vient de sauver dix ans de la vie du
commanditaire du box.
Routard
des assises
Me Jean-Yves Liénard est
mort ans la nuit de lundi à
mardi. Son cœur de 76 ans,
qui avait si ardemment
battu, a rendu les armes.
Cet homme aux sourcils
broussailleux avait commencé une carrière de
« vendeur de chaussures
pour dames » à l’époque
des jupes très courtes. Évidemment, il s’ennuyait à
quatre pattes.
C’est donc sur le tard
que ce titulaire du BEPC se
lance dans des études de
droit. Il s’inscrit au barreau
de Versailles en 1974, sort
premier de la conférence
du stage (concours d’éloquence très prisé), et se fait
vite un nom dans les prétoires. Routard des assises,
il accumule les procès où
son humour irrésistible – il
savait rire de tout et de
lui-même – fait merveille,
ainsi qu’un prodigieux sens
de l’audience et une éloquence de feu dont seuls
disposent les plus grands.
Moins connu du grand public que certains de ses
confrères, l’ancien marchand d’escarpins était
une pointure indiscutée du
Barreau.
Harley-Davidson
Il a défendu Bernard Tapie,
Guillaume Depardieu et
aussi le gotha présumé du
grand banditisme : les frères Hornec, Michel Gabarres alias « le roi des Gitans », les Barresi de
Marseille. Sa fréquentation
de ce milieu l’avait rendu
particulièrement lucide sur
les qualités humaines de la
plupart de ses représentants.
Quand certains avocats
copinent, il était de ceux
qui gardaient leurs distances d’avec un type de
clientèle dangereuse. Seul
Richard Casanova, cofondateur du gang corse de la
Brise de mer, bénéficiait de
sa mansuétude : Me Liénard
appréciait son charisme,
son intelligence et la relation de respect qu’il entretenait avec son conseil.
M. Casanova a été assassiné en 2008. Il est mort
avec un casier judiciaire
vierge.
À la ville, Jean-Yves Liénard était déjà père d’un
fils quand il a épousé Catherine, avocate devenue
magistrate. Ils voulaient un
enfant, ils ont eu des triplés, cette tendre farce du
destin lui allait bien.
Souvenir d’ami. Après
un dîner en bord de Seine,
Jean-Yves Liénard, 70 ans
bien sonnés, enfourche sa
Harley-Davidson et met
les gaz en direction de
l’ouest, dans un dernier
éclat de rire.
Paris-Versailles :
une
trop petite route 66 pour
cet avocat irremplaçable
qui a toujours plaidé sans
entrave. ■
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
À Paques, en avril dernier,
des religieux orthodoxes
marchent en direction
d’une église de Lviv,
fief des nationalistes
ukrainiens.
SADAK SOUICI/LE PICTORIUM
L’Ukraine orthodoxe en proie
à une guerre de religions
Pierre Avril
pavril@lefigaro.fr
Envoyé spécial à Lviv et Katioujini
(Ukraine)
P
artagé par les piétons et les volatiles,
le chemin qui mène à sa sainte demeure a beau être défoncé, et son village d’adoption n’abriter que 700
âmes, le père Igor arbore l’assurance
tranquille et la fierté des propriétaires
qui font visiter leur récente acquisition. Le toit de son église, baptisée du nom du martyr
Stephan, a été rénové pour 240 000 grivnas
(7 400 euros). La façade bleu et blanc a été repeinte.
À l’intérieur, les fanions à l’image de figures saintes,
ainsi qu’un tabernacle, ont été remplacés en attendant les icônes qui seront bientôt restaurées.
La basilique du martyr saint Stephan fut construite
vers 1913 sous l’Empire russe, redécouverte en 1929,
à l’époque où Katioujini était un village polonais,
avant d’être emportée dans la tourmente communiste, puis de refleurir après la chute de l’URSS. Mais
voici seulement dix-huit mois, se félicite le père Igor,
que l’église a achevé sa renaissance : elle vient de rejeter la tutelle canonique du patriarcat de Moscou
pour rejoindre celle du patriarcat de Kiev. Une révolution politique autant que religieuse. « Depuis la période de l’Empire nous avons vécu sous occupation
russe et étions privés d’une Église. À présent, nous
avons notre État et, selon les règles apostoliques, chaque peuple doté d’un État a le droit d’avoir sa propre
Église. Et c’est le cas », explique Igor Moroz, qui affirme avoir consacré vingt-trois ans à prier pour que
le drapeau ukrainien « flotte » sur l’ensemble des
églises de son diocèse. La révolution ukrainienne de
2014, qui a porté au pouvoir un président pro-occidental, Petro Porochenko, puis la guerre du Donbass, ont donné un second souffle à l’Église ukrainienne orthodoxe au détriment de sa rivale russe. La
première entend dépoussiérer ses rituels et s’ouvrir
politiquement à l’Occident.
Le patriarcat de Kiev,
fondé après la chute
de l’URSS et encouragé
par la révolution
ukrainienne de 2014,
aspire à s’émanciper
de la tutelle russe. Sur
le terrain, ses partisans
ont pris le contrôle
d’une centaine d’églises
autrefois soumises
à Moscou.
A
Réparer les injustices de l’Histoire
Selon le patriarcat de Kiev, sur un total de 12 000
églises « russes » sur la totalité du territoire ukrainien, un peu moins de cent auraient changé de pavillon ces dernières années, principalement dans
l’Ouest nationaliste, comme à Katioujini. Le patriarcat de Moscou minimise le phénomène, n’évoquant
qu’une quarantaine d’églises. Mais celui de Constantinople, maison mère historique de l’Église ukrainienne, envisage de catalyser cette révolution en dotant le patriarcat de Kiev d’une pleine autorité
canonique. Le synode qui se tient cette semaine à Istanbul doit se pencher sur la question. L’église de
Kiev a été établie après la chute de l’URSS et l’indépendance de l’Ukraine, en se dissociant du patriarcat
de Moscou, mais sans jamais être reconnue. Elle
contrôle 5 000 églises et 45 % de la population
croyante. La suprématie moscovite sur le monde orthodoxe en serait bouleversée.
Ce qui est vu dans les allées du pouvoir comme une
tentative d’unification de la foi orthodoxe, ou une
réparation des injustices de l’Histoire, prend à Katioujini un air de revanche. Le transfert de l’église du
martyr Stephan s’est accompli un matin de l’hiver
2017, lorsqu’une escouade d’une trentaine de gros
bras dépêchée par des mouvements nationalistes
ukrainiens, vêtus de treillis et masqués, ont encerclé
le bâtiment, empêchant son supérieur, le père
Alexandre, d’y accéder. Des policiers ukrainiens filmaient la scène, sans intervenir.
Une semaine auparavant, selon un scénario rodé,
les habitants du village avaient été conviés à une réunion municipale puis convoqués à un référendum
destiné à entériner l’opération. 240 personnes ont
voté en faveur du transfert au patriarcat de Kiev et 96
s’y sont opposées. « Nous avons été expropriés, le bâtiment, la terre, les icônes, y compris mes vêtements
sacerdotaux », résume le père Alexandre Kantitsky.
Les paroissiens qui lui sont restés fidèles dénoncent
des fraudes électorales. Quelques semaines plus tard,
un nouveau prêtre a été nommé en la personne du
père Igor qui accuse aujourd’hui son prédécesseur
d’avoir « volé une croix et un évangile » durant son
intérim ecclésiastique.
Depuis, Katioujini vit dans la peur, pour ne pas dire
la haine. Bien que voisins, les fidèles des deux camps
redoutent de se croiser. « On nous traite d’ennemis de
l’Ukraine et de séparatistes et on nous accuse de soutenir Poutine alors que je ne m’occupe pas de politique.
Dieu non plus n’a rien à voir là-dedans. Je me contente
de prier », lance Irina, une retraitée restée fidèle à
son Église d’origine et au père Alexandre, quoique
non-russophone. Elle refuse de remettre les pieds
dans l’ancienne basilique du martyr Stephan et dénie
toute valeur aux sacrements délivrés par le père Igor.
Pour tenter de réunir ses brebis déboussolées, et
grâce à des donations privées, le père Alexandre a fait
construire, et inauguré le 16 septembre, un nouveau
lieu de culte, la Nativité, rattaché au patriarcat de
Moscou et distant de 200 mètres du précédent.
« Mais je ne suis pas sûr qu’on soit en sécurité. Les gens
de Kiev nous ont menacés de nous déloger une deuxième fois », s’inquiète-t-il. Au sein même des foyers,
les tensions se font jour entre paroissiens de la basilique du martyr Stephan et ceux de la Nativité. « On se
tait pour éviter que la famille ne s’écroule », raconte,
sous couvert d’anonymat, l’un d’entre eux qui resté
fidèle à son Église d’origine, à l’inverse de sa fille.
Officiellement, tant l’Église de Kiev que le pouvoir
politique affirment vouloir offrir aux « dissidents » la
liberté de culte. Dans la réalité, c’est la force qui prime. À Bogorodtchani, dans l’Ouest, des militants du
groupuscule nationaliste Secteur droit ont, le
28 septembre dernier, envahi l’église de la SainteTrinité rattachée au patriarcat de Moscou, brisé des
vitres, chassé le prêtre et changé les serrures.
« Aucun de ces bandits n’a jamais été inquiété par la
police », s’indigne l’archimandrite Klement. Le porte-parole du patriarcat de Moscou à Kiev rappelle
qu’en 2015 déjà, plusieurs fidèles, chassés de l’église
Saint-Georges de Katerinovka (patriarcat de Moscou), avaient évité l’hôpital local par peur d’y retrouver les gros bras qui les avaient bastonnés.
Aujourd’hui, à Lviv, le fief des nationalistes ukrainiens, les paroissiens de la basilique Saint-Georges,
Porochenko fait de l’Église le troisième
levier de son pouvoir, à côté de l’armée
et de la langue ukrainienne
LIOUDMILA FILIPPOVITCH,
»
VICE-PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION UKRAINIENNE DES EXPERTS DU MONDE RELIGIEUX
imposante bâtisse proche du centre-ville, craignent
de voir leur église connaître le même sort que l’excentre culturel russe adjacent, victime d’un raid en
2014. « Ici, c’est Dieu qui nous gouverne, mais à Kiev,
ce sont les forces de Satan », lance Nina.
Pour ces Ukrainiens blessés et trahis dans leur foi, le
président Petro Porochenko est assimilé au diable.
Dans un mélange des genres propre à la religion orthodoxe, c’est le chef de l’État qui, de concert avec le patriarche de Kiev, Philarète, a demandé au patriarcat de
Constantinople,
Bartholomée,
d’accorder
l’autocéphalie à l’Église ukrainienne. Ce faisant, les
trois personnages remettent en cause l‘influence que
Moscou exerçait depuis plus de 300 ans sur l’Église
ukrainienne et le monde orthodoxe. « Bartholomée a
senti que le vent tournait en défaveur de la Russie, isolée
sur la scène internationale, et à travers le patriarcat de
Kiev, il choisit le camp occidental. Quant à Porochenko, il
fait de l’Église le troisième levier de son pouvoir, à côté de
l’armée - qui combat contre la Russie au Donbass - et de
la langue ukrainienne qui s’impose face au Russe », analyse Lioudmila Filippovitch, vice-présidente de l’Association ukrainienne des experts du monde religieux.
Conflits institutionnels
En face, le patriarcat de Moscou se retrouve impuissant à stopper le mouvement. Au plus fort de la crise,
après l’annexion de la Crimée, son chef Kirill, avait
tenté de se distancier du Kremlin afin de protéger
son Église ukrainienne, mais ses efforts ont été ignorés. Depuis, le pouvoir religieux russe est accusé de
resserrer son emprise, arbitrant lui-même les
conflits institutionnels internes à sa « filiale » et reprenant sous son contrôle les nominations de la haute hiérarchie ecclésiastique locale.
Cette même branche ukrainienne a été accusée de
radicalisme lorsque dans le diocèse oriental de Zaporojié, largement russophone et situé non loin de la ligne du front du Donbass, l’un de ses prêtres a refusé
de célébrer un office des morts en mémoire d’un enfant de deux ans sous prétexte que ce dernier avait été
baptisé par l’Église de Kiev. Le corps du bambin avait
été écrasé par un suicidaire qui s’était jeté du 8e étage.
« Selon les canons de notre Église, nous ne pouvons pas
pratiquer les rites sur un paroissien d’une autre confession », avait justifié le métropolite de Zaporojié, Lucas,
suscitant une vague d’indignation dans la population.
Dans la même logique, les fidèles du patriarcat de
Moscou assimilent leurs compatriotes obéissant à
Kiev, ainsi que leur protecteur de Constantinople, à
des schismatiques. Les premiers défendent leurs rites et leurs traditions, symbolisé par cet autel qui,
dissimulé derrière l’iconostase, reste hors de vue des
croyants. Les seconds se dépeignent comme des libéraux, représentants d’une Église ouverte sur le
monde. « Chez eux, on peut déjà se marier le samedi.
Bientôt ils passeront au calendrier grégorien et fêteront Noël le 25 décembre », s’insurge Irina, la paroissienne déchue de Katioujini. Son prêtre, le père
Alexandre, assure, néanmoins, vivre avec l’air du
temps : « Nous avons commencé à faire la messe en
ukrainien, pas l’ensemble de l’office mais au moins la
lecture des Évangiles et le sermon », plaide-t-il.
Peine perdue : à Katioujini, il y a désormais deux
prêtres pour 400 adultes. Idem dans trois hameaux
alentour où, ce dernier mois, les réfractaires au nouvel ordre politico-religieux ont construit un nouveau
lieu de culte, creusant le gouffre qui divise les deux
Églises. ■
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jeudi 11 octobre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
LE FIGARO
17
L’intellectuel organique de la société fluide
Quand l’auteur
de « Sapiens » délivre
son ordonnance
pour les temps
qui viennent :
médecine
politiquement
correcte qui allie
mondialisme et culte
des minorités.
21 LEÇONS POUR LE XXIE SIÈCLE.
Yuval Noah Harari,
Éd. Albin Michel, 337 pages, 23 euros.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
I
l est partout. Célébré à New York,
consacré à Berlin, glorifié à Paris.
Il est le best-seller mondial,
l’homme aux millions d’exemplaires vendus, le penseur le plus
important du XXIe siècle ! Il s’appelle Yuval Noah Harari mais son nom,
trop exotique sans doute, est bien moins
connu que le titre du livre qui l’a révélé :
Sapiens. Avec cette plongée dans le passé
de l’humanité, notre auteur vulgarisait et
popularisait les études savantes de l’historiographie contemporaine qui privilégie les « histoires mondiales », au détriment des anciens « romans nationaux. »
Cette mode intellectuelle n’est pas tombée par hasard : elle est le produit d’une
idéologie partie des campus californiens
et qui a conquis les universités occidentales, de Paris à Berlin, d’Ottawa à
Tel-Aviv. Le marché mondial, unifié par
le consensus libéral de Washington, et
par la technologie d’Internet (partie aussi
de Californie !), avait besoin d’un récit
mondial, comme l’unification des marchés nationaux au XIXe siècle par le chemin de fer et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes avait eu comme
corollaire les grands récits nationaux de
Michelet à Mommsen : les historiographes du roi marché mondial ne se sont
pas fait prier. Proudhon nous avait pourtant avertis il y a longtemps : « Qui dit
humanité, veut tromper. » Notre Harari
n’est pas le meilleur ni le seul ; seulement
le plus connu.
Proust disait déjà qu’on écrivait toujours le même livre. Dans son dernier
comme un persécuteur de minorités
éternellement opprimées. Harari agit
comme tout étudiant d’aujourd’hui
dans les campus californiens ou canadiens : il nous délivre son « identité » ; il
ne nous cache rien de sa judaïté ni de son
homosexualité. Il est vrai que cela donne
le chapitre le plus réussi du livre, lorsqu’il couvre de sarcasmes le complexe
de supériorité du « peuple élu » et tourne en dérision une orthopraxie juive qui
pousse parfois son respect des rituels
jusqu’au grotesque. Pour une fois,
l’auteur sait manifestement de quoi il
parle et ne se contente pas de réciter son
bréviaire politiquement correct. Une
désacralisation salubre qui démolit
Harari se gausse des « récits »
autant le chauvinisnationaux et religieux, sans se rendre
me juif que l’antisécompte qu’il nous sert un autre « récit », mitisme qui continue
de croire que les Juifs
celui des « minorités, ethniques,
contrôlent le monde
religieuses, féministes et LGBT »
- les deux se soutenant l’un l’autre. Cela
fait songer à Voltaire brocardant le caseule civilisation. Nos prophètes humatholicisme et donne la tonalité générale
nitaristes n’en démordent pas : la guerde l’ouvrage : pour ce qu’il a de mieux,
re des civilisations est un mythe. Tous
c’est du Voltaire sans le talent littéraire ;
les hommes d’aujourd’hui ont les mêpour ce qu’il a de pire, c’est du Attali
mes médecins et le même dollar. Il est
sans l’arrogance.
amusant de voir les progressistes de noComme Voltaire, il considère que les
tre temps reprendre la vieille thématireligions sont des superstitions ridicuque de la Civilisation, graal unique et
les, des « fake news » crues depuis mille
sacré, qui avait servi de fondement aux
ans. Comme Attali, il juge les nations
colonisateurs européens pour conquérir
aussi dépassées que les tribus d’antan.
les terres des « sauvages » afin de
Pour lui, comme pour toutes nos élites
« conduire tous ces peuples dans l’obscumondialisées, les peuples doivent se
rité à la Lumière », comme disait avec
fondre dans un grand magma mondial.
lyrisme Victor Hugo.
Comme eux, Harari ne tolère pas la réMais alors qu’à l’époque cette Civilisurgence des nations et des attachesation unique et admirable était dérivée
ments religieux, qu’il couvre de mépris.
de l’universalisme chrétien, et portée
Il met dans le même sac Louis XIV, Napar « le fardeau de l’homme blanc », sa
poléon, et Hitler et Staline. Poutine, Orversion contemporaine se moque des
ban et tous les autres tenants de la « déreligions, et dénonce l’homme blanc
ouvrage, Harari reprend donc sa thématique « humanitariste », mais, cette
fois, pour traiter des « grands défis
contemporains ». Il le fait sans surprise
ni talent. On croit souvent lire un article
du Point (libéral de droite) ou un éditorial du Monde (libéral de gauche). Les
problématiques de notre époque, réchauffement climatique ou intelligence
artificielle, sont mondiales ; elles ne
peuvent donc être appréhendées qu’au
niveau mondial. On connaît la ritournelle. Jacques Attali nous la serine depuis trente ans. Elle baigne les discours
d’Obama, de Macron ou de Merkel. Il
n’y a qu’une seule humanité et qu’une
«
»
mocratie illibérale » sont couverts
d’opprobre. Harari se gausse des « récits » nationaux et religieux, sans se
rendre compte qu’il nous sert un autre
« récit », celui des « minorités, ethniques, religieuses, féministes et LGBT »,
qui tyrannisent depuis des années les
peuples occidentaux.
Harari considère que les hommes sont
uniquement guidés par leurs sentiments, et non par la raison ; manière de
délégitimer le suffrage universel, surtout quand les électeurs osent voter
pour le Brexit ou Trump. Il exprime un
existentialisme radical : aucune « essence « ne trouve grâce à ses yeux, ni
nationale, ni religieuse, ni sexuelle. Il est
l’intellectuel organique – un parmi
beaucoup d’autres - de cette société
« fluide » que nos élites mondialisées
veulent imposer à des peuples qui s’accrochent à leurs identités et à leurs essences. C’est un historien qui s’enferme
dans une vision économiste du monde :
« Après l’anéantissement de leurs armées
et l’effondrement de leurs empires, Allemands, Italiens et Japonais jouissaient de
niveaux d’abondance sans précédent. Dès
lors, pourquoi sont-ils entrés en guerre ? », s’interroge-t-il benoîtement.
Il ne comprend pas les mots d’indépendance nationale, de liberté des
peuples, de grandeur, petit esprit
étriqué enfermé dans un matérialisme
hédoniste. Pourtant, même lui a besoin
de spiritualité et de transcendance.
Alors, il va la chercher dans les méditations des cultes orientaux. À lire ses dernières pages, on se croit revenu dans les
années 60, lorsque les Beatles, alors au
faîte de leur gloire, se laissaient entraîner par quelque gourou dans des exercices de méditation transcendantale. Au
moins, ils avaient l’excuse de la jeunesse
et du talent. ■
Tout n’est pas Noir ou Blanc
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
N
ous avons déjà croisé
« Bachir », auteur il y a
quelques années d’un
excellent petit essai intitulé Comment philosopher en islam (Ed. Philippe Rey). Ce normalien sénégalais,
adoubé en son temps par Léopold Sédar
Senghor, a grossi les rangs des hommes
de bonne volonté qui participèrent aux
indépendances africaines. Il vit aujourd’hui à cheval sur trois continents :
l’Europe, qui l’a formé, l’Afrique, où il a
grandi et où il a commencé sa carrière,
et l’Amérique, où il enseigne désormais. Paris-Dakar-New York. C’est
presque un vol de l’aéropostale. Diagne
a commencé par l’étude de la logique
pure et de l’algèbre booléenne. Il a finalement été rattrapé par le réel. Il fallait
enseigner les philosophes de l’islam, ne
serait-ce que pour résister à la tentation
salafiste importée des pays arabes dès
les années quatre-vingt. Ce logicien
soufi s’attela à la tâche, puis se lassa des
conditions précaires de Dakar et répondit, comme tant d’autres intellectuels africains francophones, à l’appel
des facs américaines. Il vit toujours à
New York et enseigne à l’Université de
Columbia.
Dans En quête d’Afrique(s), il débat
avec l’anthropologue Jean-Loup Amselle de postcolonialisme et de décolonialisme, du panafricanisme et de l’islam soufi, et de l’interprétation
bergsonienne de l’islam - ce dernier
point est passionnant. Leurs oppositions sont parfois brouillonnes, souvent
surjouées, toujours de gauche, mais
pour le lecteur profane, c’est une plongée très instructive dans le débat sur la
« désoccidentalisation » du monde.
La recherche d’une Afrique noire
comme une nuit sans lune, pure de tout
adjuvant extérieur, est paradoxale,
quand ce continent se trouve embarqué
dans des mouvements d’échanges
culturels, commerciaux et démographiques qui engendrent un métissage
de plus en plus étroit des « couleurs de
peau » et des cultures - c’est le modèle
standard du multiculturalisme. Et
pourtant, on voit monter à la gauche de
la gauche un multiculturalisme nouveau, qui n’est plus synonyme d’idéalisation du métissage, comme on pourrait le croire naïvement.
Il se retourne aussi en son contraire :
la défense inconditionnelle du droit des
minorités contre les majorités. Cette
radicalité débouche sur une nouvelle
hygiène de la non-mixité : les femmes
entre elles, les Noirs entre eux, les femmes noires entre elles (« intersectionnalité des souffrances victimaires »), les
musulmans mâles entre eux, les Juifs
entre eux, les Blancs entre eux. Affirmation communautaire et protestation
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Que nous puissions
« faire
l’expérience
de l’humanité
au-delà de notre
tribu, c’est ce que
manifeste l’universel
de l’imagination
créatrice qui est
à l’œuvre dans l’art
SOULEYMANE BACHIR DIAGNE
»
des minorités victimisées avancent la
main dans la main. C’est un multiculturalisme au pied de la lettre - le multiple
ne peut jamais être soumis à la loi de
l’un. Il est différencié en silos, en quotas, bref en stricte séparation. La diversité des cultures aurait ainsi raison de la
bonne vieille unité du genre humain
(rêvée par la gauche au XIXe) ou de
l’idéal de fraternité républicain (idem),
ou encore de la chrétienté universelle,
enfantés par l’Europe dans les grandes
heures de sa domination.
Bachir Diagne n’est pas un partisan
de cette nouvelle guerre des minorités,
même s’il refuse à l’Occident le privilège d’incarner à lui seul un point de vue
surplombant. Ce qui l’amène à défendre une philosophie de la traduction.
Les cultures peuvent se parler, se
traduire, trouver entre elles des
équivalences.
Tout n’a pas commencé à Athènes,
Jérusalem ou Rome, dit-il aux
Européens. Tout n’est pas venu de haute Égypte et des marches du Mali, objecte-t-il aux Africains. Diagne se défend donc énergiquement de verser
dans l’afrocentrisme – cette idéalisation des singularités africaines qu’Aimé
Césaire avait baptisée « négritude »,
qui oppose l’émotion, l’affectivité et le
rythme de l’être-au monde-noir, à
l’intellect froid et calculateur de l’êtreau-monde blanc.
Pour décrire ces dérives, Diagne
prend pour exemple le scandale qui eut
lieu à la biennale du Whitney Museum,
qui exposa une peinture de Dana Schutz
intitulée « Open Casket », cercueil
ouvert. C’était un hommage à cet adolescent noir qui mourut lynché par des
suprémacistes blancs parce qu’il avait
flirté avec une Blanche. Après sa mort,
en 1955, sa mère exigea de laisser le
cercueil ouvert, pour exposer les stigmates de la souffrance de son fils.
L’œuvre de cette artiste blanche témoigne donc du racisme des années de ségrégation. Impossible ! ont dénoncé
plusieurs pétitions d’« afro-descendants », déclenchant une polémique
très vive des deux côtés de l’Atlantique.
À tel point que le Whitney a retiré cette
œuvre. Pour expliquer leur indignation, ils avancent que le « regard blanc
condescendant » sur la souffrance noire
est interdit de séjour. La souffrance
d’un Noir ne peut être interprétée que
par des artistes noirs. Diagne n’est pas
d’accord et leur répond : « Que nous
puissions faire l’expérience de l’humanité
au-delà de notre tribu, c’est ce que manifeste l’universel de l’imagination créatrice qui est à l’œuvre dans l’art. »
Les auteurs sont finalement d’accord
pour dire qu’il ne s’agit pas d’abandonner l’universalité des droits de l’homme
pour célébrer un relativisme culturel
intégral qui ne se prononce ni sur l’excision, ni sur les meurtres rituels. Les
deux auteurs se retrouvent pour refuser
cette surenchère « afrocentriste », affirmant par exemple l’existence d’une
tradition orale africaine de protection
des droits de l’homme – ce qu’on appelle la « charte du Mandé », qui remonterait au XIIIe siècle. « Les afrocentristes répondent à l’Occident : “Vous
avez la Grèce, nous avons l’Égypte, vous
avez les droits humains, nous avons la
charte du Mandé”. » Diagne préfère
dire que toutes les aires culturelles articulent les mêmes notions – celle du
droit humain fondamental – et les développent différemment. Le concept
d’individu a toujours existé en Afrique,
affirme-t-il, contrairement à une vogue chez certains anthropologues qui y
voyaient des sociétés « collectivistes ».
De même que le principe de non-contradiction est « universel » et se retrouve dans « le moindre dialecte africain ».
L’un des nombreux points de départ
de ce débat est la naissance du mouvement « Les Indigènes de la République », en 2005, qui entend faire payer –
dans tous les sens du terme – les héritiers du système colonial, par des actes
de pénitence, de contrition et d’autocritique, mais aussi par des indemnités
sonnantes et trébuchantes. Les afrodescendants substituent à la lutte des
classes la lutte des races. Les auteurs de
ce livre, pourtant prêts à pourfendre
l’Occident pilleur, n’en veulent pas.
L’incommunicabilité des cultures, c’est
la fin de l’universel. ■
EN QUÊTE
D’AFRIQUE(S)
Souleymane Bachir
Diagne, Jean-Loup
Amselle,
Éd. Albin Michel,
308 pages,
22 euros.
A
En Afrique, la critique
de l’Occident
dominateur
est toujours
au cœur du débat.
Le philosophe
Souleymane Bachir
Diagne considère
qu’il faut commencer
à se parler d’égal
à égal. Mais le chemin
est sinueux.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
ENTRETIEN
JEAN-LOUIS
THIÉRIOT
Essayiste, historien
et désormais député*,
l’auteur, après plusieurs
ouvrages remarqués
- notamment
une biographie
de Margaret Thatcher
distinguée par
l’Académie des sciences
morales et politiques -,
publie aujourd’hui
un essai du plus
grand intérêt, De Gaulle,
le dernier réformateur
(Tallandier). Il dépeint
la réforme économique
et financière radicale
engagée
par le premier président
de la Ve République,
et trop souvent oubliée.
À cette occasion,
Jean-Louis Thiériot
énonce les conditions
pour réussir
une réforme de fond
en France. Une lecture
indispensable
alors que la présidence
Macron s’essouffle
et que notre pays
s’interroge sur l’avenir.
« Les Français acceptent la réforme si elle
est au service de la grandeur nationale »
PROPOS RECUEILLIS PAR
GUILLAUME PERRAULT £@GuilPerrault
LE FIGARO. - Alors qu’Emmanuel
Macron est confronté à l’usure
du pouvoir, pourquoi se pencher
sur l’œuvre de De Gaulle dans le
domaine économique et financier ?
Jean-Louis THIÉRIOT. - Emmanuel Macron a toujours eu le mot réforme à la
bouche. Dès lors, il était intéressant de
comparer son action avec celle du dernier grand réformateur de l’économie
française, Charles de Gaulle. Dans le
contexte des Trente Glorieuses, le fondateur de la Ve République a jeté les bases d’une prospérité qui a permis à la
France de l’emporter en termes de
croissance sur tous ses concurrents dans
les années soixante (5,8 % contre 4,9 %
en Allemagne). Après lui, en dehors de
l’épisode de la cohabitation 1986-1988
et des tentatives de Nicolas Sarkozy entravé par la crise des subprimes, notre
pays n’a connu que des réformes au fil
de l’eau, voire un grand bond en arrière
en 1981. La réforme gaullienne est donc
la référence, même s’il faut naturellement tenir compte d’un contexte tout à
fait différent.
On a oublié la gravité de la situation
économique et financière en 1958…
En 1957, l’inflation frôle les 15 %. La balance commerciale est si déficitaire que
80 % des produits sont contingentés.
La monnaie est constamment dévaluée.
Le déficit public atteint 4,7 % du PIB.
En 1958, la France doit faire appel au
FMI, envoyer Jean Monnet quémander
un prêt d’urgence de 650 millions à
Washington, alors que ses réserves de
change ne dépassent pas cinq semaines.
Le climat est très morose, marqué par
ce qu’on n’appelait pas encore le déclinisme. Le livre À l’heure de son clocher,
Essai sur la France, un best-seller du
Suisse Herbert Lüthy, dénonce les blocages français. Avec un triple déficit
budgétaire, commercial et de la balance
des paiements, la France avait, pour reprendre le mot du Général, le choix entre « la faillite et le miracle ».
Quels ont été les principes directeurs
de l’action de De Gaulle sur ces questions
en 1958 ?
Les principes de l’homme du 18 Juin
sont ceux du bon sens. Avec une idée
fixe : l’économie est au service de la
grandeur française. Dans les Mémoires
d’espoir, de Gaulle rappelle son objectif :
une saine gestion pour une solidité financière qui garantisse la puissance du
pays sans dépendre de ses créanciers.
et de son unité. Il tient en quelques axes
clefs : baisse du déficit public de 50 %
dès le premier exercice, hausse de la
TVA, stabilisation de la monnaie avec la
création du nouveau franc et mise en
œuvre effective du traité de Rome (signé
en mars 1957 et approuvée par la dernière
Assemblée de la IVe République, NDLR),
c’est-à-dire ouverture à la concurrence
européenne. C’est une révolution
d’autant plus flagrante que les ministres
de la IVe République comptaient faire
jouer les clauses de sauvegarde. C’est
dire tout le contresens de ceux qui veulent faire de De Gaulle un adversaire du
marché unique européen.
tuation économique catastrophique,
désigner un stratège de la réforme, la
mener au nom de ce qui dépasse l’économie, utiliser une méthode énergique
qui rompe avec les habitudes, planifier
et anticiper le conflit social, distinguer le
service ordinaire (les réformes au fil de
l’eau) du service extraordinaire (les
chocs réformateurs), agir vite en tenant
compte du temps électoral.
Emmanuel Macron avait toutes les cartes en main. L’usage des ordonnances
allait dans le bon sens. Mais aussi positives soient-elles, les ordonnances travail, la réforme de la SNCF ou la loi Pacte
ne constituent pas des mesures chocs. Il
manque un cap et un stratège. Surtout,
le vrai problème est celui de la dépense
publique et de la réforme des missions
de l’État. À ce jour, rien n’a été fait. La
légitimité des commencements s’est
émoussée. Ce qui n’a pas été fait la première année risque de ne l’être jamais. Il
y a fort à craindre que ces réformes
soient des réformes Canada Dry. Elles
ressembleront à la réforme, auront le
goût de la réforme mais ne seront pas la
réforme.
Le bilan du deuxième
rapport Rueff,
dit Rueff-Armand,
est plus mitigé…
Il est resté pour l’esune saine gestion pour une solidité
sentiel lettre morte.
financière qui garantisse la puissance
Certaines mesures,
du pays sans dépendre de ses créanciers telles que la suppression du monopole des
taxis, font toujours
débat ! Le comité se proposait de sup« Si l’œuvre nationale que j’entreprends
primer les entraves à la concurrence
exige l’adhésion des esprits, elle implique
mais son élaboration a obéi à des règles
évidemment que le pays en ait les moyens.
Compte tenu des différences
toutes différentes du premier rapport
Ce qu’il gagne grâce à ses ressources […]
considérables entre France,
Rueff. Élaboré publiquement, rédigé par
ce qu’il prélève par ses budgets, soit pour
Grande-Bretagne et Allemagne,
un comité en langage technocratique,
financer le fonctionnement de l’État qui le
les exemples de Thatcher et de Schröder
loin de la discrétion du premier rapport,
conduit, l’administre, lui rend la justice, le
comportent-ils des enseignements pour
il n’avait plus la puissance d’un docudéfend […] et par conséquent ce qu’il pèse
les gouvernants français?
ment d’ensemble clair et synthétique.
par rapport aux autres, telles sont les baÉtonnamment oui. Dans tous les cas, on
Le résultat ressemblait davantage à un
ses sur lesquelles se fonde nécessairement
constate une situation économique très
catalogue de mesures qu’à un plan de
la puissance, l’influence, la grandeur »,
préoccupante (Grande-Bretagne sous
bataille stratégique. Dès sa rédaction, ce
écrit de Gaulle. Avec une prescience
tutelle du FMI en 1979, Allemagne s’inrapport était déjà l’objet de polémiques.
stupéfiante, il annonce la mondialisaterrogeant sur l’avenir de son modèle
L’absence d’effets vient aussi de la date
tion à venir : « L’individu sait que son
économique), utilisation de méthodes
de sa publication (1960). Le temps
sort dépend d’une manière directe de ce
énergiques (Thatcher qui planifie l’afn’était plus à l’ardeur réformatrice. La
qui se passe globalement […]. Notre pays
frontement avec les mineurs ou, en Allégitimité électorale s’était émoussée. La
ne peut s’accommoder de lui-même à
lemagne, rupture avec la tradition de
France avait d’autres soucis, notaml’intérieur et compter à l’extérieur que si
négociation préalable avec les syndicats
ment la crise algérienne. Michel Debré,
son activité est accordée à son époque. À
au profit de la loi), choix d’une éminentrès interventionniste, était réticent à le
l’ère industrielle, il doit être industriel. À
ce grise (Keith Joseph ou Peter Hartz),
mettre en œuvre.
l’ère de la compétition, il doit être compéréforme au nom de ce qui dépasse l’écotitif. » Rien n’est donc plus faux que la
nomie (la liberté en
légende colportée selon laquelle l’écoGrande-Bretagne, la
nomie ne l’intéressait pas – le fameux
sauvegarde de l’écoDe Gaulle attachait une importance
« l’intendance suivra ». De Gaulle y atnomie sociale de
capitale
à
l’économie,
tachait une importance capitale, fondée
marché, patriotisme
sur l’orthodoxie budgétaire et la
de substitution en Alfondée sur l’orthodoxie budgétaire
concurrence, le tout ordonné à la granlemagne). Le facteur
et
la
concurrence
deur française.
temps est également
Concrètement, en juin 1958, avec son
capital. Thatcher a
ministre de l’Économie, Antoine Pinay,
mené à bien toutes ses réformes des
La méthode forte ne réussit pas toujours,
de Gaulle lance des mesures d’urgence
deux premiers mandats car elle les a mimême quand on s’appelle de Gaulle : sa
classiquement libérales : amnistie fiscases en œuvre juste après les législatives.
décision de réquisitionner les mineurs
le, emprunts indexés sur l’or et exonérés
Elle a perdu le pouvoir lors du troisième
pour mettre un terme à leur grande
de droits de succession, rabot budgétaimandat pour avoir engagé la réforme
grève en 1963 a été un échec cinglant !
re. La réussite de l’emprunt Pinay et la
des impôts locaux, la Poll Tax, deux ans
C’est effectivement la dernière tentatimagie du verbe gaullien suffisent à resaprès sa réélection. C’était trop tard.
ve d’exercice de droit général de réquitaurer la confiance. À court terme, la siQuant à la réforme Schröder en 2003,
sition, pourtant prévu par les décretstuation se stabilise. Le coup de génie du
trop tardive elle aussi, elle a ouvert la
lois de 1938 et l’ordonnance de 1959 sur
Général est de profiter de l’habilitation à
voie à la victoire d’Angela Merkel en
la défense nationale. Ces mesures
gouverner par ordonnance pour enga2005. D’une certaine manière, les prinavaient été approuvées par le Conseil
ger de surcroît une réforme de grande
cipes d’actions du général de Gaulle resd’État dans le célèbre arrêt Dehanene
ampleur.
semblent fort à des maximes universel(1950). Le génie de certains syndicats a
les de l’Ars reformandi. ■
été de s’appuyer sur le précédent de
1963 pour laisser croire que l’usage du
Quel rôle a joué Jacques Rueff ?
* Jean-Louis Thiériot est député LR
droit de réquisition était désormais imDe Gaulle a eu la sagesse de confier à
de Seine-et-Marne.
possible, alors que les termes du
Jacques Rueff, affranchi des contingenPréambule de la Constitution de 1946
ces de la vie politique quotidienne, le
disposent que « le droit de grève s’exersoin de penser une réforme d’ensemble.
ce dans le cadre des lois qui le réglemenAussi brillant économiste que talentent ».
tueux philosophe, Rueff a été à l’origine
■ « De Gaulle,
de la renaissance de la pensée libérale en
le dernier
France mais en l’articulant toujours
En définitive, à quelles conditions
réformateur »
avec la notion d’ordre et de régulation.
peut-on espérer pouvoir réformer
de Jean-Louis
C’est cela qui a séduit le Général. Le couen profondeur la France ?
Thiériot
rage politique de De Gaulle a été d’appliMacron peut-il réunir ses conditions ?
les « Mémoires d’Espoir »,
« deDansGaulle
rappelle son objectif :
»
«
DESSIN FABIEN CLAIREFOND
»
quer en totalité le rapport rédigé en toute discrétion, en raison de sa cohérence
Sept maximes s’imposent pour réformer
en profondeur : prendre acte d’une si-
TALLANDIER, 204 P., 13,50€,
EN LIBRAIRIE AUJOURD’HUI.
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
■ « Les Aveux de la
chair sans masque »
A
Stéphane Ratti, Éditions
universitaires de Dijon,
110 p., 10 €.
■ RETOUR AUX SOURCES « Le diable
est dans les détails », disait Nietzsche.
C’est là que va fouiller Stéphane Ratti,
agrégé de lettres classiques, professeur
d’histoire de l’Antiquité tardive à l’université de Bourgogne-Franche-Comté
et grand augustiniste devant l’Éternel.
Tel David contre Goliath, il a choisi,
dans son dernier essai, Les Aveux de la
chair sans masque, de soumettre à son
tour à l’examen le grand Michel Foucault.
En février dernier, en effet, la publication du quatrième et dernier opus de la
magistrale Histoire de la sexualité de
Michel Foucault a été un événement.
L’auteur avait pourtant explicitement
refusé toute publication à titre posthume. Dans cet ouvrage inédit, le philosophe le plus cité au monde dans des
publications de sciences humaines ana-
lysait et racontait la construction de la
morale sexuelle chrétienne par les
Pères de l’Église. Or, regrette Stéphane
Ratti, le livre de Foucault est davantage
sous-tendu par une hostilité au dogme
chrétien que par l’étude scrupuleuse de
ses sources.
L’historien relit les textes antiques sur
lesquels Foucault fonde son analyse et
en propose une traduction originale. Ce
retour aux sources patristiques, grecques ou latines, offre une mise en perspective fort utile des conclusions foucaldiennes dont plusieurs sont dès lors
fragilisées… quand elles ne volent pas
tout à fait en éclats.
Le manque de rigueur de Foucault est
régulièrement pointé du doigt au travers des pages, l’auteur lui reprochant
ici d’avoir tronqué à dessein une citation de Tertullien pour en forcer le
sens, là de ne pas avoir suffisamment
nuancé les propos de saint Ambroise en
tenant compte du contexte d’énonciation. Quand il ne relève pas tout bonnement un contresens, comme dans la
lecture que fait Foucault de Paulin, entendant au sens littéral ce qui pourrait
n’être qu’une métaphore. Une erreur
de débutant.
Derrière la discussion éminemment
technique se masquent des nuances
qui, mises bout à bout, n’en sont plus
du tout. L’accusation est même grave :
Foucault aurait forcé plus d’une fois le
trait, faisant de la doctrine chrétienne
naissante l’instrument d’un contrôle
social strict, par le biais d’une morale
sexuelle non seulement intransigeante
mais, quod pejus est, institutionnalisée.
Hélas, l’idée que les confessions de
l’époque étaient publiques ne résiste
pas longtemps à l’épreuve d’une lecture minutieuse des textes, de même que
la thèse d’une rupture entre la morale
chrétienne et celle des païens apparaît
largement fantasmée. En réalité, on
retrouve chez Tite-Live l’exaltation
d’une morale conjugale au moins aussi
austère que celle du moine Jean Cassien. C’est logique, puisque l’époque est
marquée par les préceptes stoïciens, qui
n’étaient pas connus pour être laxistes.
Le christianisme, suggère Ratti, loin
d’enfermer les fidèles dans une morale
qui tienne la chair pour méprisable, a
au contraire restauré l’idée de liberté
en plaçant la sexualité sous le régime de
la conscience. Mais pour voir cela, il
aurait fallu que Foucault ne privilégie
pas systématiquement la faute sur le
pardon…
PAUL SUGY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Nature et PMA
C
omme dans le débat
houleux qui eut lieu autour
du mariage gay, de
nombreux opposants
à l’extension de la
procréation médicalement
assistée (PMA) aux couples de femmes
invoquent la notion de « loi
naturelle ». Il est vrai que, depuis
Thomas d’Aquin, la théologie
catholique est dominée par l’idée qu’il
existerait un ordre naturel des choses
et que ce qui contrevient à cet ordre
relève du « désordre », ce qui en fait
a priori un mal. Aux yeux de l’Église,
bien évidemment, l’homosexualité
relève de la logique de ce désordre.
Si elle n’est pas en tant que telle
condamnable, pas plus que telle
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
11 octobre 1885 : naissance du romancier François Mauriac à Bordeaux.
Bloc-notes
ROGER-VIOLLET
Que Dieu préfère
les imbéciles,
c’est un bruit
que les imbéciles
font courir depuis
dix-neuf siècles»
ANALYSE
Marie Cécile Renault
mcrenault@lefigaro.fr
+
» Lire aussi PAGES 22 ET 23
Retraites : le travail sera-t-il
encore récompensé demain ?
L
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
de l’Église catholique, un ouvrage
dont je rappelle qu’il n’est nullement
un livre de vulgarisation, mais au
contraire un condensé méticuleux
de la doctrine officielle : « Les actes
d’homosexualité sont intrinsèquement
désordonnés. Ils sont contraires à la loi
naturelle. » (§2357).
C’est dans ce même esprit
« naturaliste » que la famille ne saurait
se composer que de trois acteurs : père,
mère, enfant. Deux pères et deux
mères n’y ont pas leur place. Fabriquer
volontairement des enfants sans père
est donc un crime de lèse-nature.
Pour les mêmes raisons, les PMA qui
autorisent l’être humain à se prendre
pour Dieu en manipulant la vie sont
encore aujourd’hui considérées par
l’Église, y compris pour les couples
hétérosexuels, comme absolument
« contraires à la dignité humaine »
(§2377). On peut ne pas partager ces
idées, voire y être opposé (ce qui est
mon cas), on peut même être chrétien
sans être catholique, mais on ne peut
certainement pas être catholique et
reprocher à l’Église d’être sur ce point
fidèle à elle-même comme à l’esprit
du thomisme qui l’anime depuis le
XIIIe siècle. Dans un récent entretien
accordé au Figaro, Pierre Manent, un
penseur catholique et traditionaliste,
déclarait dans le même sens :
« Recourir à la loi naturelle, c’est
rappeler que nous ne sommes pas les
auteurs souverains du monde humain. »
Et d’ajouter qu’avec la « modernité »
et les droits de l’homme nous avons
la liberté sans la communauté,
et avec le fondamentalisme islamiste,
la communauté sans liberté, seule le
christianisme parvenant à harmoniser
liberté et loi naturelle. Je pense
exactement l’inverse. Il m’apparaît
a pratique du « en même
temps » macronien est un art
difficile qui peut conduire à
des injonctions paradoxales.
Des injonctions qui sont une
nouvelle fois apparues au
grand jour le 10 octobre, lors de la
réunion multilatérale sur la réforme des
retraites entre Jean-Paul Delevoye et les
partenaires sociaux. Le sujet est explosif.
Il s’agit du faible écart qui sépare
désormais le minimum vieillesse des
petites pensions de retraite.
Lors de sa campagne, Emmanuel
Macron s’était engagé à revaloriser
de 100 euros le minimum vieillesse pour
lutter contre la précarité des personnes
âgées. Et porter ainsi l’allocation
de solidarité aux personnes âgées (Aspa)
à 903 € par mois en 2020 pour une
personne seule, et 1 402 € pour un
couple. Financée par le Fonds de
solidarité vieillesse (FSV), qui devrait
afficher un déficit de 2,1 milliards en
2018, cette prestation est versée, à partir
de 65 ans, à toute personne résidant
en France de manière stable et dont les
ressources ne dépassent pas un certain
plafond. Y compris à celles qui ont peu ou
pas travaillé, l’Aspa étant indépendante
du nombre de trimestres cotisés.
Or cette promesse de campagne
d’Emmanuel Macron, sanctuarisée
dans le budget de la Sécu 2018 et qui
bénéficiera à quelque 500 000
personnes, pose avec acuité la question
de l’écart avec les petites retraites, celles
d’anciens salariés ayant fait toute leur
carrière au smic ou d’artisans
commerçants à faible revenu. Ces petites
retraites sont à peine supérieures au
montant du minimum vieillesse alors
que leurs bénéficiaires ont travaillé toute
une vie. Une contradiction totale avec
l’idée macronienne, qui formait l’ADN
isolées, en grande majorité des femmes
veuves ou divorcées.
À défaut de baisser l’Aspa, l’autre
solution consisterait à augmenter les bas
salaires de ceux qui travaillent. Mais cela
viendrait aussitôt gréver la compétitivité
de la France. Pour la CFDT, il n’y a qu’à
augmenter les petites retraites. « Il faut
que la retraite soit au minimum égale à
100 % du smic pour ceux qui ont travaillé
toute leur vie », prône ainsi Laurent
Berger, son secrétaire général. Pas si
simple. L’équipe de Jean-Paul Delevoye
veut bien réaliser des simulations… mais
anticipe déjà une facture plus que salée.
Restent deux leviers, techniques mais
délicats à manier, pour
creuser l’écart entre
Difficile de faire accepter aux
pensions qui
artisans qui ont trimé pendant 42 ans les
relèvent de la
qu’ils ne toucheront que 150 € de plus solidarité et celles qui
sont le fruit des
que ceux qui n’ont pas travaillé
cotisations liées au
travail. D’une part,
agir sur le minimum contributif - le
meilleur ou le pire des cas, c’est selon « Mico », disent les experts -, dispositif
que celui qui n’a rien fait !
qui permet déjà de relever les pensions
Jean-Paul Delevoye en est
de ceux qui, bien qu’ayant atteint le taux
parfaitement conscient. « C’est le débat
plein, ont cotisé avec des salaires
politique le plus compliqué que nous ayons
modestes et perçoivent une petite
eu avec les partenaires sociaux ces six
retraite. Ce « Mico » permet aujourd’hui
derniers mois. C’est la question que nous
de ne pas percevoir moins que
n’arrivons pas à trancher », avoue
l’équivalent de 80 % du smic.
régulièrement le haut-commissaire
D’autre part, agir via le mécanisme
à la réforme. Un vrai dilemme pour
d’indexation des retraites, c’est-à-dire
l’ancien médiateur de la République
sur leur niveau de revalorisation dans
qui ne cache pas sa « perplexité ».
le temps. L’idée portée par Jean-Paul
La question est un casse-tête pour
Delevoye serait d’indexer, dans le futur
l’exécutif. Si un minimum vieillesse trop
système par points, les retraites sur les
proche des petites pensions n’incite pas
salaires (et non plus sur l’inflation
à travailler, il paraît difficile d’en baisser
comme aujourd’hui) et le minimum
le montant alors que le gouvernement
vieillesse sur l’évolution des prix.
vient juste de le relever. Et qu’il
Ainsi, l’écart se creuserait lentement
représente, de surcroît, une question
et le travail continuerait de payer plus
de survie pour ses bénéficiaires, souvent
que l’inactivité…
des personnes très âgées (90 ans ou plus),
de son projet, d’émancipation par le
travail.
Après une carrière complète, la
pension moyenne d’un commerçant
s’élève en effet à 970 euros brut
mensuels, et celle d’un artisan à
1 050 euros, selon les données du
ministère de la Santé. Idem pour un
ouvrier dans une usine ou une assistante
dans une école qui aura fait toute sa
carrière au smic. Et ce, sans parler des
agriculteurs ! Or il est difficile de faire
accepter à ceux qui se sont levés tôt tous
les matins et ont travaillé dur durant
42 ans qu’ils ne toucheront à la retraite
que 150 euros de plus par mois - dans le
«
»
d’abord que tout ce que l’humanité a
fait de grand depuis le siècle des
Lumières est pour l’essentiel artificiel,
antinaturel et que, du coup, c’est
à la liberté éclairée autant que faire
se peut par la raison et non à la nature
de poser des limites.
Jamais nous n’aurions inventé ni la
médecine moderne, ni la démocratie,
ni l’État-providence qui protège
les faibles et les handicapés si nous
prenions la nature comme modèle. Car
la logique de la nature, et sur ce point
Darwin a raison, est celle de la
sélection naturelle. Les faibles et les
handicapés n’y ont aucune chance
de survie. Comme le dit la sagesse
africaine : « Si tu es poursuivi par un
lion, nul besoin de courir plus vite que
lui, il suffit de courir plus vite que ton
voisin. » Et si d’aventure le voisin est
affaibli, blessé ou âgé, il sera aussitôt
balayé dans la compétition cruelle
qu’impose la loi naturelle. La liberté
est risquée, bien sûr, elle peut errer,
mais les PMA doivent être régulées
au nom de l’intérêt général et du bien
commun saisi et défini par la raison,
pas par la nature qui ne nous offre ici
aucune boussole. Voilà pourquoi,
dans le message de Jésus, je choisis
la magnifique philosophie de l’amour,
cet agapè qui ne relève en rien de la
nature, mais qui nous invite au
contraire à la corriger sans cesse.
Du reste, j’ai beau lire et relire
l’Évangile de Jean, je n’y vois rien,
hors l’épisode de la femme adultère,
qui évoque ni de près ni de loin la
morale sexuelle. On se souviendra
même que, pour cette femme, Jésus
demande le pardon, et s’il le fait, c’est
au nom d’agapè, certainement pas
en celui de je ne sais quelle introuvable
loi naturelle.
VOX
…
SOCIÉTÉ
« Quand l’indigénisme
se passionne pour nos
cheveux », par Barbara
Lefebvre, auteur de
Génération j’ai le droit,
(Éd. Albin Michel 2018)
…
POLITIQUE
Le Sénat et le peuple :
vers une nouvelle idylle ?,
par Maxime Tandonnet,
historien et auteur
des Parias de la
République (Éd. Perrin)
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
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Président-directeur général
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Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
Promo Portage Barnes
diffusion sur une partie
du territoire national
A
@
ou telle « autre pathologie », le fait
de céder à des penchants homosexuels
au lieu de les combattre serait en
revanche une faute majeure, un péché
mortel. Rien d’étonnant, dans ces
conditions, à ce que les représentants
de l’Église, à commencer par le Pape,
déclarent que les enfants qui se
découvrent homosexuels doivent être
au plus tôt conduits vers un
psychiatre. On ne saurait attribuer ce
jugement à un quelconque « travers »
du clergé, à une déviation par rapport
à la doctrine originelle, puisqu’il s’agit
au contraire d’un principe qui gît
au cœur du cœur de cette théologie
depuis la nuit des temps. Voici
d’ailleurs ce qu’on peut lire sur ce sujet
dans la dernière édition du Catéchisme
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
20
Professeur Peyromaure : « Arrêtons
de fonctionnariser la médecine »
Pour le grand patron de l’hôpital Cochin, patient et
soignants doivent être remis au centre de la médecine.
LE FIGARO.- L’hôpital public va-t-il très mal ?
Professeur Michaël PEYROMAURE. - Tout
d’abord, je rappellerai ce qui fait l’admiration à
l’étranger de la médecine française : la qualité et la
gratuité des soins, ainsi que la liberté pour le patient de choisir son médecin. Mais le système est en
souffrance. Dans les hôpitaux publics, les administratifs qui ne voient jamais un patient et qui changent de poste au bout de quelques années suppriment progressivement l’autonomie des soignants.
Soumis à une austérité budgétaire, le chef de service doit gérer la pénurie de personnel et de matériel : lits, salles d’opération, équipements chirurgicaux. L’hôpital français a été fortement mis à mal
par les 35 heures et la loi HPST (hôpital, patients,
santé, territoires) de Roselyne Bachelot qui a renforcé la bureaucratie administrative.
A
Avec un risque pour les patients ?
On commence à voir des situations dangereuses,
les malades étant traités en fonction non plus de
leurs besoins mais de ce qu’un cadre réduit autorise. Ainsi le traitement d’une urgence nous
Ce retour de bâton n’était-il pas justifié ?
Bien sûr, il y a eu des abus de la part de certains
mandarins qui gardaient trop de lits ouverts, multipliaient les examens et profitaient des largesses
financières de l’hôpital. Mais, aujourd’hui, les médecins ont en majorité compris la nécessité de
cesser les gaspillages. Regardez l’effet pervers de la
course à la chirurgie ambulatoire, destinée à réduire le nombre de lits et, donc, de personnel. La
contrepartie est la multiplication d’actes réalisés à
l’hôpital, en ambulatoire, alors qu’ils pourraient
être faits dans un cabinet médical, comme par
exemple certaines biopsies. Et ceci, sous la pression
de la direction qui voit là un moyen d’accroître les
recettes.
Que proposez-vous ?
Il faudrait réorganiser la démocratie hospitalière
pour favoriser la coopération entre administratifs
et soignants. Les médecins bénéficieraient d’un
budget et rendraient des comptes à la direction et à
la communauté médicale. Ils seraient plus autonomes et responsabilisés, avec le réajustement de
leurs budgets en fonction de leurs résultats.
Le plan santé 2022 va-t-il dans le bon sens ?
À l’évidence bien conseillé par la ministre, Agnès
Buzyn, Emmanuel Macron a dit, à juste titre, qu’il
fallait redonner du sens au métier de soignant. Mais
il n’a pas précisé comment ! Je crains que ce gouvernement, qui a pourtant fait les bons constats,
poursuive comme tous les précédents la fonctionnarisation de notre médecine.
« Le plus navrant
est que la France
n’a jamais compté
autant de médecins,
mais certains
généralistes,
découragés,
se contentent
de travailler
à temps partiel. »
Quid de la meilleure coordination des acteurs ?
Pour désengorger les hôpitaux et les services d’urgence, le gouvernement a raison de vouloir classer
les établissements de santé en trois catégories : les
centres de très haute technicité (greffes, maladies
rares…), les centres intermédiaires spécialisés
(chirurgie, maternité…) et ceux de proximité (médecine, gériatrie, réadaptation…). Mais les chiffres
avancés de 500 à 600 centres de proximité et de
400 médecins généralistes qui y seront en partie
dévolus me laissent dubitatif au regard de l’ampleur du problème.
Que faire face à la pénurie des médecins ?
Le plus navrant est que la France n’a jamais compté
autant de médecins (ils sont plus de 220 000 en ac-
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
L
e professeur Michaël Peyromaure, chef
du prestigieux service d’urologie de
l’hôpital Cochin, n’a jamais mâché ses
mots. Après une virulente tribune dans
Le Figaro en 2016 qui a failli lui coûter
son poste, le successeur du professeur
Bernard Debré publie avec le journaliste Patrick
Chêne qu’il a soigné d’un cancer, un ouvrage intitulé Le Stade 2 (Plon, septembre 2018). Au côté du
témoignage, émouvant, du patient sur sa maladie
et sur le dévouement du personnel soignant, le médecin porte un regard sans concession sur l’état de
la médecine, tout en avançant plusieurs pistes de
réformes.
conduira, faute de salle d’opération disponible, à
reporter au lendemain l’opération d’un patient à
jeun depuis la veille. En quelques années, l’EHCI
(Euro Health Consumer Index), qui mixe plusieurs
critères de performance et d’accès aux soins, a rétrogradé la France de la 2e à la 11e place. Quant aux
cliniques privées, rachetées par de grands groupes
financiers, elles n’échapperont ni à la mutualisation forcée des équipes, ni à la mainmise administrative.
RENCONTRE
Marie-Laetitia Bonavita
£@mlbo
tivité). Certains généralistes, découragés par la paperasse, la consultation à 25 euros, ou tout simplement par envie de vivre « comme les autres », se
contentent de travailler à temps partiel. Les autres
sont débordés. La situation s’améliorera peut-être
dans dix ans, avec le réajustement de la démographie médicale et, espérons-le, la revalorisation du
métier. En attendant, les premières pistes seraient
de revenir à un internat régional en misant sur le
fait que les étudiants formés sur leur territoire y
restent et de diriger les médecins étrangers acquérant le droit d’exercer en France vers les déserts
médicaux.
Vous pointez une hausse des incivilités à l’hôpital…
Certains patients pensent avoir tous les droits mais
aucun devoir. La gratuité leur fait perdre toute notion de respect. Ils ont des exigences, changent
d’avis, parfois même annulent une intervention la
veille. Pourquoi ne pas responsabiliser les gens, à
l’exception des plus démunis, en leur demandant
de régler par avance, comme dans d’autres pays,
une petite partie des frais qui leur sera ensuite
remboursée ? ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 067 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LES MULLIEZ
REPRENNENT
AUCHAN EN MAIN
lefigaro.fr/economie
WAZE
LE SERVICE DE GUIDAGE
SE LANCE DANS
LE COVOITURAGE PAGE 27
EDF
LE GROUPE RELÈVE
LE DÉFI DE LA VOITURE
ÉLECTRIQUE PAGE 25
économie
JENNY STURM-MISTERVLAD/STOCK.ADOBE.COM, ALLILI MOURAD/SIPA, WAZE
Retraite : ce qui va
changer pour les Français
L’exécutif a dévoilé les premières pistes de la réforme promise pour fin 2019 par
Emmanuel Macron. Les discussions vont continuer pendant six mois. PAGES 22 ET 23
Climat : le coût des catastrophes a explosé en 20 ans
Au cours des vingt dernières années, le coût des catastrophes climatiques a été 2,5 fois plus élevé
que dans les deux décennies
précédentes. De 1998 à 2017,
les pertes financières s’élèvent
à 2 900 milliards de dollars
(2 520 milliards d’euros), détaille
le Bureau des Nations unies pour la
réduction des risques de catastrophes (Unisdr).
Les catastrophes liées au climat
ont représenté près de 80 % des
quelque 7 255 incidents majeurs
ENTREPRISES
Les délais
de paiement non
respectés fragilisent
le secteur du BTP
PAGE 23
LA SÉANCE
DU MERCREDI 10 OCTOBRE 2018
CAC 40
5206,22
-2,11%
DOW JONES (18h)
26048,79 -1,44%
ONCE D’OR
1188,60 (1185,55)
PÉTROLE (lond)
83,340 (84,830)
EUROSTOXX 50
3273,07 -1,47%
FOOTSIE
7145,74 -1,27%
NASDAQ (18h)
7202,61 -2,29%
NIKKEI
23506,04 +0,16%
Unis (945 milliards de dollars), la
Chine (492 milliards) et le Japon
(376 milliards de dollars).
Mais les tempêtes, les inondations
et les séismes placent aussi trois
pays européens dans le top 10 des
coûts, derrière l’Inde (79 milliards) et Puerto Rico (72 milliards) et devant la Thaïlande et le
Mexique. Il s’agit de l’Allemagne
(58 milliards de dollars de pertes),
de l’Italie (57 milliards) et de la
France (48 milliards).
Les dégâts humains sont par
ailleurs énormes. Près de
1,3 million de personnes sont
mortes tandis que 4,4 milliards
d’individus ont été blessés, déplacés, ont perdu leur domicile
ou ont eu besoin d’une aide d’urgence. Enfin, plus de la moitié
des décès sont dus aux 563 séismes recensés et aux tsunamis
qu’ils ont provoqués, indique le
rapport réalisé avec les données
du Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes de
A. BOH
Louvain en Belgique.
OLIVIA DÉTROYAT
L'HISTOIRE
Aujourd’hui, la France fait
un peu plus rêver les expatriés…
Où que l’on vive dans le monde, il arrive
que l’on rêve d’aller travailler au-delà de ses
frontières. Il y a ceux pour qui cela reste pure
imagination et ceux qui sautent le pas de
l’expatriation. Dans ce cas-là, c’est toujours
Singapour, pour la quatrième année d’affilée,
qui est le pays le plus prisé,
indique l’enquête HSBC Expat
Explorer 2018, réalisée
dans 163 pays avec l’institut
de sondage YouGov.
Qualité de vie, opportunités
professionnelles, stabilité
politique, conjoncture
économique… La cité-État,
privilégiée par 56 % des
expatriés, semble cumuler
tous les avantages.
La Nouvelle-Zélande et
l’Allemagne la suivent de
près. La France, elle, se place
en 11e position du classement.
C’est 5 places de mieux
que dans le classement 2017,
où elle n’atteignait que la
16e position, indique l’étude
publiée en avant-première
par Le Figaro. L’Hexagone
bénéficie de plus en plus de la réputation de sa
qualité de vie… Le pays est particulièrement
bien placé sur le critère « vie de famille » :
48 % des expatriés sur place valorisent
cet aspect. L’Hexagone arrive ainsi juste
derrière la Suède et la Nouvelle-Zélande.
Mais il n’est pas aussi
attractif sous tous
les aspects… Seuls 29 % des
« impatriés » considèrent
que la France est « une
destination compatible avec
la volonté d’évoluer
professionnellement »,
une contre-performance par
rapport à la moyenne (56 %).
Enfin, même si le chiffre est
un peu meilleur que l’an
dernier, seuls
21 % des expatriés sur place
considèrent encore
que la France est « une
destination d’expatriation
judicieuse dès lors qu’il s’agit
d’obtenir un revenu financier
supérieur à ce qu’il serait
dans leur pays
MARIE VISOT
d’origine ». ■
w w w . d a n i e l f e a u . c o m
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
survenus. En comparaison, les
pertes ne s’élevaient qu’à
1 300 milliards de dollars entre
1978 et 1997 et 68 % d’entre elles
étaient imputables aux aléas climatiques tels que les tempêtes, les
inondations et la sécheresse.
«Le changement climatique joue un
rôle de plus en plus important dans
l’augmentation des pertes », pointe
Ricardo Mena, directeur de
l’Unisdr.
Les pays les plus affectés sur le
plan économique sont les États-
La valse des dirigeants se poursuit
chez Auchan. Un an et demi après le
départ de Vianney Mulliez, neveu du
fondateur, de la présidence du directoire, le groupe nordiste a annoncé mercredi le retour d’un membre de la famille aux manettes. Et
notamment de la branche distribution Auchan Retail, qui pèse pour
95 % de l’activité du groupe (52 milliards d’euros). Depuis janvier, la
présidence de cette branche et de
ses 4 800 magasins dans le monde
était occupée par Régis Degelcke,
venu d’Adeo (maison mère de Leroy
Merlin). La direction générale étant
confiée à Wilhelm Hubner, ex-patron d’Auchan Russie. Ce duo, pour
la première fois extérieur à la famille, était chargé de la délicate mission de redresser les hypers notamment en France, en perte de vitesse.
Volte-face mercredi : la famille
confie la présidence à Edgard Bonte,
gendre de Patrick Mulliez, artisan du
succès de Kiabi et frère du fondateur d’Auchan, Gérard. La fonction
de directeur général est supprimée.
« Face à l’ampleur des défis, il fallait
quelqu’un qui ait cette relation proche avec l’actionnaire, surtout dans
un groupe où persistent les clans »,
explique un connaisseur. Le groupe
confirme que le changement de
gouvernance, « plutôt inhabituel
dans les sociétés de la famille, doit
assouplir et fluidifier la prise de décision dans une période de grand
changement pour Auchan ». L’Association familiale Mulliez (AFM)
semble hésiter sur les remèdes à
appliquer pour relancer le bateau
amiral de l’empire nordiste.
Comme ses concurrents, Auchan
est secoué depuis plusieurs années
par le déclin de l’hyper en France,
son format de prédilection. Au-delà
de l’essor sur la proximité, la précédente direction avait lancé en 2017
un coûteux plan sur trois ans de
convergence des enseignes dans
tous les pays et mis l’accent sur le
« phygital ». Le groupe s’est aussi
réorganisé en trois métiers : immobilier, banque et distribution. À miparcours, le groupe, qui a perdu
151 millions d’euros au premier semestre, a reconnu que le chantier
est plus long que prévu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Retraites : les règles entre privé et public se
Taux de cotisation, pension de réversion, droits familiaux… le haut-commissaire à la réforme a présenté les contours
SOCIAL Une part du suspense est
levée. Après plus de six mois de
travail intense sur la future réforme des retraites, le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye a dévoilé
mercredi matin, à l’issue d’une
multilatérale avec les partenaires
sociaux, les premiers principes du
futur système universel promis par
Emmanuel Macron. Concrètement, les Français vont basculer
dans un système de retraite par
points, qui remplacera à terme les
42 régimes actuels. La retraite sera
calculée pour tous les assurés sur
leur revenu du travail jusqu’à
120 000 euros annuels (soit 3 fois le
plafond de la Sécu). Pour ceux qui
gagnent davantage - ils sont
300 000 -, la part de salaire au-delà ne sera pas prise en compte mais
ne devrait pas non plus être soumise à cotisations. À voir si une « cotisation déplafonnée », n’ouvrant
pas de droits mais servant à financer la solidarité, sera mise en place.
Les règles seront les mêmes pour
tous. Concrètement, cela signifie
qu’il va y avoir une convergence
des taux de cotisation, pour qu’« à
carrière égale et revenu égal, chacun ait la même retraite », précise
Jean-Paul Delevoye. Salariés du
privé et fonctionnaires cotiseront
au taux de 28 %, soit quasiment le
taux actuel (partagé entre l’assuré
et l’employeur). Des spécificités
seront prévues pour les professions
libérales, les commerçants artisans
et les agriculteurs qui ont des taux
de cotisation plus faibles car ils
sont seuls à payer (ils sont, à la fois,
employé et employeur). Mais s’ils
cotisent moins, ils toucheront
moins.
Exit également la règle des
25 meilleures années pour calculer
la pension des salariés ou des six
derniers mois pour les fonctionnaires, la totalité de la carrière sera
prise en compte. Mécaniquement,
cela va faire baisser - comme après
la réforme de 1993 - les pensions de
tous ceux qui ont des carrières ascendantes. Pour compenser, dans
le public, les primes des fonctionnaires civils et militaires, mais aussi celles des salariés des régimes
spéciaux, seront prises en compte
dans le calcul des droits. Mais la
baisse sera bien réelle pour une
partie des salariés et pour les fonctionnaires qui n’ont pas de prime,
ce qui est en particulier le cas des
enseignants. « Pour les fonctionnaires, nous aurons le souci de regarder les conséquences sur la politique de rémunération », veut
rassurer Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de la Fonction publique de Chirac. Un sujet politiquement sensible alors que les
élections dans le public auront lieu
en décembre.
Des points
au premier enfant
Autre changement : des points seront accordés pour chaque enfant,
dès le premier, alors qu’aujourd’hui la majoration de retraite ne
s’applique qu’au troisième enfant.
Une manière de compenser l’impact sur la carrière des parents.
C’est un choix politique dans la lignée de la stratégie gouvernementale : moins favorable pour soutenir une politique nataliste, plus
favorable pour aider les familles
monoparentales.
Les pensions de réversion, dont
la suppression possible avait mis le
feu aux poudres en juin, seront
conservées pour les retraités actuels et devraient permettre de garantir un niveau de vie pour les futurs retraités. En clair, elles ne
seront pas mises sous condition de
ressources pures et dures, mais
pourraient être plafonnées, par
exemple à 66 % de la somme des
pensions des deux conjoints.
Reste à boucler les discussions
puis présenter un texte. Alors que
de nombreux sujets doivent être
tranchés avec les partenaires sociaux, Jean-Paul Delevoye a obtenu quelques mois de plus pour
poursuivre la concertation, jusqu’à
avril-mai 2019. Il présentera ensuite un projet de loi qui sera voté,
au plus tard, d’ici à la fin 2019 pour
s’appliquer en 2025. Elle ne
concernera ni les retraités actuels
ni ceux qui sont à moins de cinq
ans de la retraite. En revanche,
tous ceux nés à partir de 1963 basculeront à un instant T dans le
nouveau système. Les droits acquis
sous l’ancien système seront garantis. « Pour celui qui a travaillé
vingt ans sous l’ancien système, on
fera une photo de ses droits acquis à
De l’art de reculer l’âge de départ sans le dire…
DÉCRYPTAGE
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
Il y a, sur les retraites aussi, du
François Hollande en Emmanuel Macron… Critiqué en
2014 pour la vacuité de sa réforme - qui se résumait à une
hausse des taux de cotisation à
court terme et de la durée de
cotisation à long terme -, l’exchef de l’État martelait que la
loi Touraine aurait le même
effet sur l’âge effectif de départ
à la retraite qu’un relèvement
de l’âge légal, auquel il refusait
de toucher. À horizon 2035,
avait-il écrit noir sur blanc
dans sa stratégie de politique
économique remise à la
Commission européenne, les
Français devraient attendre…
66 ans pour toucher une retraite à taux plein (c’est-à-dire
sans retenue sur leur pension
pour annuité manquante)
après avoir, en moyenne,
commencé à travailler à 22 ans
puis cotisé 44 années.
Opération de dupe
Avec le dispositif de l’âge pivot
- qui consiste, pour simplifier, à
instaurer une décote automatique sur les pensions pour les salariés refusant de travailler, par
exemple, un an de plus - auquel
l’exécutif réfléchit pour le régime général, le président ferait
la même opération de dupe :
déployer une mesure lui per-
mettant de reculer l’âge effectif
de départ à la retraite sans toucher à la borne de l’âge légal. Et
ainsi respecter, facialement, sa
promesse de campagne de ne
pas augmenter les fameux
62 ans gravés dans la loi.
Une telle mesure aurait un
autre intérêt pour le chef de
l’État : mettre la CFDT face à ses
contradictions quant à ses décisions passées, ce qui donnerait à
l’exécutif un ascendant psychologique non négligeable dans les
discussions, difficiles, qui vont
maintenant débuter sur les
points sensibles de la réforme. La
centrale, qui se dit progressiste,
pourra en effet difficilement
contester - Laurent Berger a déjà
indiqué qu’il s’opposerait à tout
relèvement de l’âge des 62 ans -
une mesure qu’il a portée et validée, il y a trois ans, dans un accord sur les retraites complémentaires. En jurant d’ailleurs, à
l’époque, que de créer un âge pivot à 62 ans pour les pensions
complémentaires ne pouvait
être assimilé à un report de l’âge
de départ. Vérité un jour…
Ce serait ainsi la deuxième
fois que le président Macron reprendrait à son compte une
mesure impopulaire mise en
œuvre par la CFDT (mais pas
par FO et la CGT) pour les retraites complémentaires : la
moindre revalorisation des
pensions de base par rapport à
l’inflation, que vient de décider
pour 2019 et 2020 le gouvernement, était aussi dans l’accord
d’octobre 2015… ■
La méthode Delevoye
à l’épreuve du terrain
REPORTAGE
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À ARRAS
« Vous avez cotisé pendant des années, c’est vrai. Mais ce n’était pas
pour vous. C’était pour vos parents.
Vos cotisations ne vous donnent
droit à rien. » Ces mots durs, mais
vrais, résonnent dans la grande
salle du Musée des beaux-arts
d’Arras, enrobés dans la voix
chaude de Jean-Paul Delevoye. On
est le 20 septembre. Le haut-commissaire à la réforme des retraites,
enfant du pays - il fut trente ans
maire de Bapaume, ville située à
23 kilomètres -, est venu animer
un atelier participatif avec une
centaine de citoyens. Il en fera huit
sur le même modèle durant le
mois d’octobre de Lorient à Strasbourg en passant par Toulon. Objectif ? Expliquer la réforme qu’il
prépare depuis maintenant un an,
désamorcer les angoisses, écouter
les propositions. Un exercice que
l’ex-président du Cese affectionne, lui qui n’aime rien tant que
« susciter le débat, la controverse,
la discussion ».
Dans l’ancienne abbaye SaintVaast, qui abrite le musée, l’exministre de la Fonction publique
de Jacques Chirac, 71 ans, ne ménage pas sa peine. Debout au milieu des citoyens, il écoute des
tranches de vie, répond aux questions, relève les incohérences. Il
prend son temps, calmement, sans
arrogance. « Nous sommes clairs
sur nos questions, mais souples sur
les réponses », affirme l’ancien
médiateur de la République qui est
ressorti meurtri de l’épisode des
pensions de réversion qu’on lui
prêtait de vouloir supprimer. Au
contraire, sa volonté est de
« co-construire » la réforme avec
tous les Français, « dans la trans-
parence et la sincérité » en faisant
le pari de « l’intelligence collective ». La méthode Delevoye de dialogue constructif basé sur la
concertation… « Quand je ferai des
recommandations au gouvernement, je stipulerai précisément ce
qui relève des propositions citoyennes », promet-il à son assistance.
Personne n’est dupe. Si le débat
est ouvert, la feuille de route est
claire : mettre en place le système
universel (mais pas unique), promis par Emmanuel Macron durant
la campagne.
Ce jour-là à Arras, parmi la
centaine de Français qui ont bloqué leur journée et parfois fait
deux heures de route, se côtoient
jeunes et vieux, retraités et actifs,
public et privé. Assis par table de
huit, ils phosphorent par petit
groupe, guidés par un « facilitateur » qui travaille dans le champ
des retraites. Gilbert, ancien des
houillères, devenu ouvrier d’usine
puis aide-soignant à domicile au
fil des plans sociaux, souligne que
« certains métiers sont plus pénibles que d’autres ». Francis, professeur d’université, parle quant à
lui de son neveu au RSA qui « ne
fiche rien et ne devrait pas toucher
de retraite ».
Le « Messi » des retraites
Estelle, fonctionnaire cadre hospitalier, rappelle pour sa part que
« des tas de gens ne sont pas employables, en raison de troubles
psychiatriques et de carences culturelles, affectives ou sociales ». Marie-Paule, femme d’agriculteur,
enfonce le clou en stipulant que
« ceux qui ne travaillent pas devraient rien toucher ». L’air de
rien, Jean-Paul Delevoye rappelle
que les retraites des agriculteurs,
dont le nombre a fondu en quelques décennies, « ne sont plus
payées qu’à 16 % par leurs cotisations, le reste relevant de la collecti-
Le haut-commissaire à
la Réforme des retraites,
Jean-Paul Delevoye,
et la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, lors
d’un atelier participatif
sur les retraites,
le 20 septembre,
à Arras.
Vous avez
« cotisé
pendant
des années,
c’est vrai.
Mais ce
n’était pas
pour vous.
C’était pour
vos parents.
Vos
cotisations ne
vous donnent
droit à rien
»
JEAN-PAUL DELEVOYE
vité ». La discussion s’engage.
Mettant le doigt sur les contradictions, le haut-commissaire écoute
et questionne, entouré de membres de son équipe.
Car Jean-Paul Delevoye n’a pas
seulement la carrure d’un rugbyman, il en a aussi le jeu, collectif.
Du haut de son 1,95 mètre, il présente sa fidèle cheffe de cabinet
Claire Bonnetier, 35 ans, qui lui arrive sous l’épaule. « On a toujours
besoin d’un plus petit que soi », ironise-t-il. La jeune femme, qui
l’accompagne depuis la médiation
de la République, organise les centaines d’heures de réunions avec
les partenaires sociaux, les parlementaires, les journalistes et
maintenant les citoyens. Sans
oublier 15 groupes de travail avec
les services de l’État : Bercy, les
affaires sociales, la direction de la
Sécu, le Trésor, les finances publiques, la santé, etc.
L’équipe est restreinte (8 personnes) mais ultramotivée et hypercompétente. « Des missionnaires de la réforme », des « vrais cas
d’or », des « pros » affirment,
unanimes, tous ceux qui les ont
approchés. En tête, Jean-Luc
Izard, 57 ans, le secrétaire général
qui murmure à l’oreille du chef,
parce qu’il cumule à la fois l’expertise technique et la finesse politique. Ou encore Philippe Laffon,
45 ans, son adjoint.
Viennent ensuite 5 conseillers
aux profils très variés : Sophie Lebret, 44 ans, pour la fonction publique ; Éric Beaudonnet, 63 ans,
ex-dircab de Louis Gallois à la
SNCF pour les régimes spéciaux ;
Nicolas Scotté, 28 ans, en charge
de la CSG et de la baisse des cotisations durant la campagne Macron,
sur le financement de la protection
sociale ; Marine Boisson-Cohen, 41
ans, sur les politiques sociales et
enfin Christian Bourguelle, 50 ans,
pour les systèmes d’information.
« Jean-Luc Izard est le Neymar,
Laffon est le Griezmann et moi j’essaie d’être le Messi, mais ce n’est
pas gagné, ironise Jean-Paul Delevoye. On finira crucifié ou sanctifié. » Mais il y croit : « Le système
que nous sommes en train de
construire est très regardé à
l’étranger. Il peut devenir un modèle
européen. » La petite équipe fonctionne comme un cabinet ministériel, sans en avoir les contraintes.
Menace et consolation
À l’heure du déjeuner, quand
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, en visite dans
un Ehpad tout proche, glisse une
tête, Jean-Paul Delevoye l’accueille avec chaleur. Pas question
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
du futur système universel.
MATTHIEU BOTTE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
l’instant T et son dû sera basculé à
100 % », note Jean-Paul Delevoye.
Autre impact, moins direct pour
l’assuré mais qui n’est pas neutre,
la réforme signe la disparition des
caisses de retraite complémentaires. Reste à savoir ce que deviendront les réserves accumulées
(60 milliards à l’Agirc-Arrco !), qui
pourraient atterrir dans un pot
commun. Enfin, une « règle d’or »
sera inscrite dans le nouveau système pour ne pas faire peser des dépenses sur les générations futures.
Même s’ils restent vigilants, les
partenaires sociaux ont plutôt bien
accueilli ces premières pistes.
« Nous soutiendrons ce qui nous a
été annoncé », a indiqué Geoffroy
Roux de Bézieux, le président du
Medef. « Sur l’âge de départ, on a
obtenu l’assurance de rester à 62
ans », s’est félicité Laurent Berger,
le patron de la CFDT. Seule la CGT
est montée au créneau, dénonçant
« un système qui va faire baisser les
pensions au niveau du seuil de pauvreté pour beaucoup ». Le hautcommissaire a promis des simulations de cas concrets pour mesurer
précisément les effets pour chacun. ■
M.-C. R.
Grâce aux
« réformes,
on a pu
passer d’un
déséquilibre
financier
important
à un quasiéquilibre.
Les régimes
ne sont pas
menacés
de faillite,
il n’y a pas
de problème
financier
»
JEAN-PAUL DELEVOYE
Nous
« soutiendrons
ce qui nous a
été présenté,
mais tous
les régimes
(privé,
fonctionnaires,
régimes
spéciaux)
doivent
fusionner
au même
rythme dans
le nouveau
système
»
GEOFFROY ROUX
DE BÉZIEUX, PRÉSIDENT
DU MEDEF
de l’opposer à sa ministre de tutelle. « On n’a pas le culte de l’ego,
on a le sens de l’intérêt général, on
s’entend à merveille, il n’y a pas
l’espace d’un papier à cigarette entre nous », affirme-t-il.
À Arras, les heures défilent et le
haut-commissaire
s’emballe.
« Chacun est responsable de
l’autre ! Nous devons retrouver le
sens de la collectivité et de la solidarité. On ne pourra pas être heureux dans un océan de malheureux.
On est tous embarqués ! », martèle-t-il.
En bon rhéteur, il manie tour à
tour la menace et la consolation.
« Les jeunes ne croient plus qu’ils
auront une retraite. S’ils refusent de
payer des cotisations, le système
explose et le pacte de solidarité
avec », assène-t-il, en s’inquiétant « qu’en Suède le parti des retraités s’est allié à l’extrême droite ». Avant de rassurer : « Grâce
aux réformes, on a pu passer d’un
déséquilibre financier important à
un quasi-équilibre. Les régimes ne
sont pas menacés de faillite, il n’y a
pas de problème financier. » Matois, Delevoye glisse au passage
qu’il est impressionné par la qualité des questions. « Ça ne mange
pas de pain et ça fait toujours plaisir », note un participant.
La journée se termine après sept
heures de discussion intense et le
haut-commissaire clôt la session,
lyrique, en citant de Gaulle. « Les
peuples lorsqu’ils défendent une
cause se transcendent, mais lorsqu’ils défendent des intérêts ils se
déchirent », rappelle-t-il, sûr de
son effet. Il est 17 heures, les participants repartent, des certitudes en
moins, une conviction en plus, celle qu’il faut réformer. Mais à la réflexion, après cette journée intense
d’échanges, personne ne sait au
juste ce que l’habile Jean-Paul Delevoye prépare dans sa réforme. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ÉCONOMIE
L'ÉVÉNEMENT
RETRAITE EN
PLUS POUR
13 % DES
SALARIÉS
Selon une étude
du ministère de la Santé
publiée mercredi,
13 % des entreprises
de plus de 10 salariés
proposaient en 2015 un
dispositif de retraite
supplémentaire à tout ou
partie de leurs salariés,
sous la forme de contrats
à prestations définies
mais surtout à
cotisations définies.
Les grandes entreprises,
notamment dans le
secteur des activités
financières, l’assurance
ou l’industrie, sont plus
nombreuses à faire
bénéficier leurs salariés
de ces types de contrats.
Au moins 10 %
des entreprises
proposant un contrat de
retraite supplémentaire
à prestations définies
en font bénéficier
l’ensemble
de leurs salariés.
4
23
Les retards de paiement
affaiblissent les entreprises du BTP
Ils seraient la cause d’un trou de trésorerie de 7,5 milliards
dans le secteur, selon Altares-BNP Paribas Factor.
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
ENTREPRISE « Quand le bâtiment
va, tout va », avait l’habitude de
dire Martin Nadaud, maçon de son
état et, surtout, député creusois de
la IIIe République… Si le secteur est
aujourd’hui bien reparti, après
avoir été touché de plein fouet par
la crise de 2008, il se porterait encore mieux s’il n’était pas affecté
par d’importants retards de paiements. C’est en tout cas ce que révèle le livre blanc « Délais de paiement, trésorerie… La vraie vie des
entreprises du BTP », réalisé par
Altares pour BNP Paribas Factor, et
dont Le Figaro publie les résultats
en avant-première. L’analyse de
800 000 bilans de sociétés du secteur portant sur les exercices 2012
à 2017 fait ressortir que les entreprises mettent un peu plus de…
43 jours pour percevoir les règlements de leurs clients. Une durée
quatre fois supérieure à la moyenne nationale tout secteur confondu, descendue pour la première
fois sous la barre des 11 jours, selon
le dernier Observatoire des délais
de paiement publié en mars.
Dans le BTP, la situation se complexifie selon la taille et le cœur
d’activité de l’entreprise. Ainsi les
TPE sont depuis 2012 payées en
moyenne à 60 jours, un délai qui
s’allonge jusqu’à 71 jours pour les
entrepreneurs de travaux publics.
Et ce, au motif que ces sociétés répondent à de nombreux marchés
publics. Si le secteur privé ne paie
pas ses factures toujours à l’heure,
notamment dans les grands groupes, la situation est encore pire
dans les organismes publics et les
collectivités.
L’analyse Altares-BNP Paribas
Factor met aussi en évidence
d’importantes disparités régionales. Pour les sociétés du BTP de
moins de 50 salariés, c’est en Corse
que les clients règlent le moins
Un tiers des entrepreneurs du BTP dit consacrer plus de trois jours par mois
à la relance du règlement des factures. JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
bien, puisqu’ils mettent presque 78
jours avant d’honorer leur facture.
À l’autre extrémité, cette échéance
tombe à 50,4 jours dans les pays de
la Loire.
« Name and shame »
Au total, près d’un quart de ces
dirigeants déclare que 10 % de
leurs factures restent impayées.
« Ils ne réclament que très rarement des intérêts de retard, car ils
ne veulent pas prendre le risque de
casser la relation commerciale.
C’est d’autant plus vrai lorsqu’il
s’agit de travaux récurrents avec
une grande entreprise ou un organisme public, par crainte de ne pas
décrocher le marché la fois suivante », souligne Éric Turbot, directeur général délégué au commerce, BNP Paribas Factor.
Dans 90 % des cas, les retards de
paiement ont des effets substantiels
sur la trésorerie des entreprises du
BTP : un trou de… 7,5 milliards
d’euros, selon le calcul d’Altares.
Cela a conduit 40 % des sociétés de
BTP à renoncer ou à abandonner
un chantier. Dans les TPE, ce phénomène touche même une entreprise sur deux, et 11 % d’entre elles
ont dû aller jusqu’à licencier du
personnel. Sans compter le temps
que cela fait perdre ! Un tiers des
entrepreneurs du BTP dit consacrer plus de trois jours par mois à la
relance du règlement des factures.
Enfin, le risque de mettre la clé
sous la porte augmente avec le
délai d’encaissement des factures, relève l’étude. Ainsi, le taux
de défaillance atteint 9,2 % pour
les petites entreprises du BTP qui
encaissent leur dû avant 45 jours ;
il grimpe à 13,2 % pour celles qui
sont réglées à plus de 60 jours.
Pour pallier ces dysfonctionnements, la politique du « name and
shame » mise en œuvre par Emmanuel Macron fin 2015 est poussée un cran plus loin dans le cadre
de la loi Pacte, adoptée mardi en
première lecture à l’Assemblée.
Un amendement imposant aux sociétés sanctionnées l’obligation de
publier, dans la presse locale, l’information de leur condamnation,
a en effet été intégré au texte. ■
+@
» Délais de paiement :
le calvaire d’une TPE
des Bouches-du-Rhône
www.lefigaro.fr/economie
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jeudi 11 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
L’Arménie
attend encore
sa révolution
économique
REPORTAGE
RÉGIS GENTÉ
ENVOYÉ SPÉCIAL À EREVAN
CAUCASE La visite d’Emmanuel
Macron en Arménie, où il est arrivé mercredi soir, à l’occasion du
sommet de la francophonie suscite
beaucoup d’espoir dans les milieux
d’affaires de ce petit pays du Caucase. Le gouvernement arménien
en a profité pour organiser, en
quelques semaines, un forum d’affaires auquel sont attendus 350 dirigeants francophones d’entreprises, majoritairement français.
Schneider Electric, Engie, Veolia
participent, indique l’un des organisateurs du forum.
« Le pays affiche 7,5 % de croissance, mais elle est inégalement
partagée. Ceux qui en profitent sont
les quelques grosses sociétés du
pays », déplore Artak Manoukian,
conseiller économique du premier
ministre Nikol Pachinian. Ce dernier a été porté au pouvoir par la
« révolution de velours », du printemps dernier. Pendant les manifestations, les portraits des figures
du régime de l’ex-président Serge
Sarkissian, rayés d’une croix rouge, étaient accrochés partout au
centre d’Erevan. Comme celui de
« Sachik », le frère de l’ancien chef
de l’État, surnommé « monsieur
50 % » en raison du pourcentage
qu’il prenait dans les affaires intéressantes. Le ras-le-bol qui s’est
exprimé dans l’ex-République soviétique, lorsque Serge Sarkissian
a voulu s’emparer d’un poste de
premier ministre renforcé après
un bricolage constitutionnel, a été
celui d’une population au portemonnaie mis en coupe réglée par
ses dirigeants.
Dès le 20 mai, Nikol Pachinian
réunissait une douzaine d’oligarques pour leur expliquer comment
il entendait désormais gérer l’économie du pays : fini monopoles et
passe-droits, rétroactivité des impayés d’impôts sur trois ans, le
tout en échange d’une sorte d’amnistie. « C’est sage. Il suffit de rétablir l’autorité de la loi et chacun,
comme moi qui ai été spolié de plusieurs affaires, récupérera ses biens
s’il apporte les preuves nécessaires », nuance Katchatour Sioukassian, oligarque qui, lui, a soutenu
la révolte.
Marge de manœuvre étroite
Mais le pays n’est pas encore pleinement sur les rails de sa révolution
économique. Quelques oligarques,
dont certains siègent au Parlement,
menacent de fermer leurs entreprises si on touche à leurs avantages.
Et malgré un énorme soutien populaire, le premier ministre et son
équipe ne peuvent quasiment pas
adopter de lois, puisque le Parlement est encore aux mains de l’ancienne équipe dirigeante, élue sur
fond de fraudes électorales massives l’an passé. Mais voilà, le grand
frère russe a fait savoir qu’il serait
malvenu d’outrepasser le texte de
la Constitution, tout autant que de
renverser ledit Parlement. Le Parti
républicain de Serge Sarkissian,
bien que honni du peuple, refuse
des législatives anticipées. « Ils
veulent repousser au maximum ces
élections en espérant que le soutien
dont jouit Pachinian s’effondrera,
BERTRAND GUAY/AFP
Le petit pays du Caucase que visite
Emmanuel Macron a un premier
ministre réformateur qui doit s’attaquer
à la corruption et à la pauvreté.
faute de réformes », estime un proche du premier ministre. Le 2 octobre, Nikol Pachinian mobilisait à
nouveau la rue pour faire pression
sur les députés qui venaient de voter en douce une règle leur permettant de sécuriser leur fauteuil. Une
démonstration de force qui a semble-t-il rendu possible un compromis pour un scrutin en décembre,
au prix d’une combine obligeant le
chef de gouvernement à démissionner prochainement.
La marge de manœuvre de Nikol
Pachinian est étroite. « Le budget
de l’État est de 2,4 milliards d’euros
et même en faisant des économies et
en collectant mieux les impôts, notamment des 40 % de l’économie
grise, cela ne permettra pas une
forte relance. C’est tout l’environ-
nement des affaires qu’il faut changer, si mauvais pour l’heure qu’il
dépend des envois d’argent de nos
migrants » (la plus forte diaspora
étant en Russie), estime le
conseiller Artak Manoukian.
L’économie arménienne dépend
aussi lourdement des investissements étrangers, dans le secteur
minier (cuivre, molybdène, or…)
ou l’énergie (tenue à 80 % par la
Russie).
L’instauration
d’un
meilleur climat d’affaires pourrait
cependant valoriser les atouts du
pays, malgré l’étroitesse du marché
(moins de trois millions d’Arméniens au salaire mensuel moyen
d’environ 250 euros). S’installer en
Arménie, c’est potentiellement
s’ouvrir les portes d’un espace
douanier de 180 millions de per-
sonnes, celui de l’Union économique eurasiatique (Arménie, Russie,
Kazakhstan, Belarus, Kirghizistan).
Un meilleur climat est aussi espéré par les huit millions d’âmes de la
diaspora arménienne. Celle-ci a
toujours été réticente à investir
dans le foyer national du fait de la
corruption et des pratiques qui y régnaient. « Elle s’est intéressée au
secteur des technologies de l’information, qui a explosé ces dix dernières années en Arménie et représente
5-7 % du PIB. Les clans du pays n’ont
pas beaucoup de prise sur ce secteur
qu’ils ne comprennent pas », explique Raffi Kassarjian, Arménien du
Liban qui a travaillé à San Francisco
avant de s’installer à Erevan où il
dirige TeamViewer, spécialisé dans
les logiciels de télémaintenance. ■
Carrefour rêve de concurrence loyale
Nous avons
« joué
sur l’image
de la France,
aménageant
une
boulangerie
ou un coin
bistrot à la
française
»
VATCHÉ ARSÈNE,
DIRECTEUR DU MAGASIN
L’arrivée de Carrefour en Arménie
n’a pas été simple. Cela a pris du
temps avant d’obtenir le droit
d’ouvrir un premier magasin, en
2015. Une surface de 5 000 m² qu’il
a bientôt fallu réduire à 1900 m².
C’est que Samuel Aleksanian, le
principal propriétaire d’hypermarchés du pays avec vingt et un
magasins, a usé de tous ses appuis
au sein du pouvoir pour prévenir
l’arrivée d’un concurrent. « Il faisait partie du régime. On lui a aménagé des monopoles sur l’importation de produits en échange de son
soutien financier aux dirigeants du
pays, personnellement et pour les
élections », explique un haut fonctionnaire. Samuel Aleksanian a
joui d’avantages fiscaux ou douaniers, sans oublier ses appuis dans
les organes permettant de faire
pression sur les fournisseurs des
concurrents (police, inspection
sanitaire, etc.).
« Pour certains produits, nous
étions obligés de nous approvisionner auprès de lui, ce qui nous a
conduits à réduire notre surface et
à nous placer sur un autre créneau.
Nous avons joué sur l’image de la
France, aménageant une boulangerie ou un coin bistrot à la française », raconte Vatché Arsène, le
L’OPA de Ramsay Générale de santé en bonne voie
Le leader de l’hospitalisation privée a obtenu le feu vert du conseil du suédois Capio.
Le nouvel
« ensemble
pèserait
3,8 milliards
d’euros
de chiffre
d’affaires
A
»
GROUPE RAMSEY GÉNÉRALE DE SANTÉ
KEREN LENTSCHNER
klentschner@lefigaro.fr
SANTÉ Ramsay Générale de santé
(RGDS) est parvenu à ses fins.
Trois mois après le début de son
OPA sur Capio, le leader hexagonal de l’hospitalisation privée a
obtenu le feu vert du conseil d’administration du suédois. À l’unanimité, il a recommandé mercredi
à ses actionnaires d’accepter l’offre qui expirera le 25 octobre.
« Nous nous réjouissons de la recommandation positive du conseil
d’administration de Capio et sommes désormais convaincus que les
actionnaires de Capio soutiendront
fermement l’opération, a déclaré
Pascal Roché, directeur général de
RGDS, contrôlé par l’australien
Ramsay Health Care (51 % du capital) et détenu à 38 % par Predica
(Crédit agricole). Les décisions
prises ce jour marquent une étape
importante dans la création d’un
leader de l’hospitalisation privée en
Europe avec le soutien de Capio, ses
employés et ses actionnaires. »
Il lui aura fallu pour cela relever
de 20 % son offre à 58 couronnes
suédoises par action, ce qui valorise le groupe suédois à 8,2 milliards de couronnes (784 millions
d’euros). Le 13 juillet, l’offre initiale avait été rejetée, le conseil
estimant que ce prix « ne reflétait
Le premier ministre
arménien, Nikol
Pachinian, a été reçu
par le chef de l’État,
Emmanuel Macron,
lors d’une visite officielle,
le 14 septembre
à l’Élysée.
Avec Capio, Ramsay Générale de santé veut créer le deuxième groupe
d’hospitalisation privée en Europe, présent dans six pays.
pas de façon adéquate la valeur
fondamentale ». Capio avait répliqué en affirmant sa volonté de se
repositionner sur les marchés
nordiques et en annonçant réfléchir à une cession de ses activités
en Allemagne et en France. « Il
s’agit d’un projet de repli alors que
nous leur proposons un projet de
développement », avait alors répondu dans Le Figaro Pascal Roché. Capio avait depuis engagé des
discussions avec Vivalto Santé
pour sa filiale dans l’Hexagone. Ce
processus a donc été interrompu,
et l’assemblée générale extraordi-
naire qui devait avoir lieu la semaine prochaine a été annulée.
Ramsay avait indiqué dans son offre initiale que l’OPA n’aurait pas
d’impact sur les effectifs et les sites des deux entreprises.
Cap sur l’international
En dévoilant ses projets cet été,
Ramsay Générale de santé n’avait
pas caché son ambition. Avec Capio, il veut créer le deuxième
groupe d’hospitalisation privée
en Europe, présent dans six pays.
Le nouvel ensemble pèserait
3,8 milliards d’euros de chiffre
d’affaires. RGDS table sur
20 millions d’euros de synergies
avant impôts dont la majorité
d’ici deux à trois ans.
Avec 120 établissements en
France et un en Italie, RGDS - qui
a réalisé 2,2 milliards d’euros de
chiffre d’affaires (exercice clos au
30 juin 2017) - reste encore très
franco-français. Or la consolidation du marché européen est en
marche. L’allemand Helios Kliniken, devenu le numéro un sur le
Vieux Continent, a ainsi racheté il
y a deux ans le leader espagnol,
Quiron Sahid.
Avec Capio, numéro un en Suède et numéro deux au Danemark
et en Norvège, RGDS ferait aussi
son entrée en Allemagne. Il consoliderait sa position en France, où
Capio est numéro trois derrière Elsan avec 22 établissements. Autre
atout de Capio, il détient aussi
90 centres de santé, une activité
complémentaire pour l’entreprise
française. Enfin, RGDS pourrait
aussi faire un saut dans la numérisation de ses services à un moment
où l’État et les professionnels de
santé planchent sur l’extension du
parcours de soins au domicile et
une meilleure coordination entre
médecine de ville et hôpital. Dans
ce domaine, Capio a une longueur
d’avance. Il reste encore quinze
jours de suspense à Ramsay avant
de concrétiser son objectif. ■
directeur du magasin, qui appartient au groupe Majid Al Futtaim,
partenaire et franchisé de Carrefour. Avec la « révolution de velours », la concurrence a été restaurée dans l’importation des
produits mais Aleksanian reste le
moins cher, étant encore le plus
gros. « Mais cela s’améliore, petit à
petit. D’ailleurs nous avons ouvert
un second magasin le 1er octobre »,
se réjouit Vatché Arsène. Des responsables arméniens espéraient
qu’Emmanuel Macron viendrait
même l’inaugurer cette semaine.
L’étape ne figure pas au programme, indique l’Élysée. ■
R. G.
EN BREF
LA PRODUCTION
INDUSTRIELLE
A PROGRESSÉ EN AOÛT
£ La production industrielle
de la France a poursuivi en août
le rebond amorcé à la fin
du printemps, progressant
de 0,3 % pour retrouver
son niveau de fin 2017.
La seule production
manufacturière (hors énergie)
a, elle, augmenté de 0,6 %.
IKEA DOPÉ
PAR L’INTERNATIONAL
£ Le chiffre d’affaires d’Ikea a
atteint l’an passé 38,8 milliards
d’euros, en hausse de 1,3 %
(+ 4,5 % hors effets de change).
Une croissance que le groupe
attribue à l’ouverture
de magasins dans de nouveaux
marchés comme l’Inde et à une
meilleure stratégie en ligne.
L’ÉTAT S’ATTAQUE
AUX COPROPRIÉTÉS
DÉGRADÉES
£ L’État investira 2,5 milliards
d’euros sur dix ans afin d’aider
à reconstruire les copropriétés
en difficulté : 700 ont été
identifiées, soit plus
de 50 000 logements.
+@
» Nos premières
impressions sur les Pixel 3
et 3XL de Google, disponibles
en France
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ENTREPRISES
jeudi 11 octobre 2018
25
Deux députés critiquent la promotion touristique
Leur rapport déplore le manque d’anticipation, alors que le nombre de visiteurs étrangers atteint des records.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
90
millions
de touristes étrangers
sont attendus
en France cette année.
Et 100 millions fin 2020
SERVICES
« Quatre-vingt-dix
millions de touristes étrangers… et
après ? » À la demande de la
commission des affaires étrangères l’Assemblée nationale, les
députés Maurice Leroy (UDI) et
Jean-François Portarrieu (LaREM) ont présenté les conclusions de leur mission d’information, dans un rapport critique sur
« la promotion de la destination
touristique France ».
Absence de prospective, difficile collecte des données, fiabilité des chiffres laissant à dési-
rer…
Les
deux
députés
s’interrogent sur la pertinence
des statistiques du tourisme qui
expliquerait le manque d’efficacité d’une politique de promotion. « La France est championne
du monde du tourisme. C’est vrai.
Mais pour combien de temps ?,
explique Maurice Leroy. Rien ne
sert de se gargariser avec l’objectif de 100 millions de touristes
en 2020. Cela se fera tout seul.
Atout France, l’agence publique
de promotion touristique à
l’étranger, fait du bon travail.
Mais ce n’est pas suffisant. »
Beaucoup de touristes ne font
que traverser la France sans s’arrêter. La dépense par visiteur
augmente moins vite qu’en Espagne ou aux États-Unis ; certaines
régions se mettent mieux en
avant que d’autres. « Dans la promotion touristique aussi, il est
grand temps de mettre fin à la
lasagne territoriale », insiste
Maurice Leroy.
Augmenter les recettes
« Le manque de coordination entre les différents acteurs du tourisme affaiblit l’efficacité de nos
actions de promotion, pense
Jean-François Portarrieu. Il faut
arrêter de subir les arrivées de visiteurs, qui se concentrent sur
quelques lieux, à Paris surtout.
Mais pour anticiper, il faut avoir
des outils statistiques et de prospectives fiables. Faire la promotion de la France, ce n’est pas se
contenter de faire venir des touristes étrangers. C’est orienter
les flux sur l’ensemble du territoire, et augmenter les recettes. »
Dans leur rapport, les élus ont
été « troublés » par la « réévaluation massive par la Banque de
France de la dépense des visiteurs
étrangers ». Celle-ci a relevé de
11 milliards son chiffrage pour
2016, car les dépenses de certaines nationalités de touristes
avaient été sous-estimées. Celles
des Chinois – connus pour être
les plus dépensiers – ont subitement été multipliées par quatre.
Ce nouveau calcul a permis à la
France de repasser de la 5e à la
3e place mondiale pour les dépenses des visiteurs étrangers.
Le rapport ne préconise pas un
renforcement des moyens financiers, mais la création au
sein d’Atout France d’une cellule d’observation et d’intelligence économique, où les producteurs de données (Banque de
France, Insee, Direction générale des entreprises du ministère
de l’Économie) se coordonneraient. Il plaide enfin pour que la
France soit représentée au sein
des instances exécutives de
l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). ■
EDF se mobilise pour la voiture électrique
L’électricien estime qu’il devra « faire le plein » de 600 000 véhicules d’ici à 2022.
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
demonicault@lefigaro.fr
LE PLAN MOBILITÉ
D’EDF
EN CHIFFRES
600 000
véhicules seront
alimentés en électricité
par EDF en 2022
en France,
Grande-Bretagne,
Italie et Belgique.
4 000
bornes intelligentes
seront exploitées
par l’électricien dès 2020.
35 %
Objectif de réduction
des émissions de CO2
des véhicules neufs
d’ici à 2035. Un objectif
ratifié par le Parlement
européen.
ÉNERGIE La voiture électrique,
combien de divisions ? En 2035,
prévoit EDF, 30 % des véhicules
neufs seront électriques ou des
hybrides rechargeables dans ses
quatre pays cibles (France,
Grande-Bretagne, Belgique, Italie). Soit 17 millions de véhicules
en 2035, contre 9 en 2030, 4 en
2025 et un million en 2020. Actuellement, 160 000 véhicules
électriques ou hybrides rechargeables circulent en France. Une
progression qui s’annonce exponentielle pour répondre aux
objectifs climatiques : d’ici à
2030, le Parlement européen
entend que les émissions de CO2
des voitures neuves reculent
d’au moins 35 %.
EDF a présenté mercredi son
programme en faveur de la mobilité électrique. « Le troisième
plan majeur de l’entreprise, après
ceux consacrés au solaire et au
stockage », rappelle son président Jean-Bernard Lévy. Dès
2022, EDF a l’ambition de s’imposer dans ce domaine. « Nous
entendons ainsi devenir le premier
fournisseur en électricité pour véhicules électriques, précise le dirigeant, et le premier exploitant
de réseau de bornes de recharge
ainsi que le leader européen du
“smart charging” (les batteries
intelligentes, NDLR). »
Le groupe vise à alimenter
600 000 véhicules dans moins de
cinq ans, ce qui représente 30 %
de parts de marché dans les qua-
Cap sur les bornes
intelligentes
Quelque 75 000 bornes seront installées par une filiale de l’électricien EDF, Sodetrel.
tre pays où le groupe français est
présent. Parallèlement, quelque
75 000 bornes seront installées
par une filiale de l’électricien,
Sodetrel. Elle a remporté cette
semaine l’appel d’offres du
Grand Lyon portant sur l’installation de 631 points de charge
dans la métropole.
Un plan très ambitieux mais
dont Jean-Bernard Lévy n’a pas
détaillé les moyens qu’EDF lui
consacrera. Le plan solaire présenté en décembre 2017 était accompagné de 25 milliards
d’euros d’investissement. EDF
n’indique donc pas d’enveloppe
globale pour la voiture électri-
que, avançant que plusieurs projets seront menés de front. Même
discrétion chez Enedis : la filiale
“
Si le parc automobile
français passait
à l’électrique, la
consommation du pays
augmenterait de 7 %
NICOLAS GOLDBERG,
COLOMBUS CONSULTING
”
d’EDF en charge du réseau de
distribution a rappelé la semaine
dernière que la loi d’orientation
Et si les points de recharge
des véhicules électriques
servaient aussi à équilibrer
le réseau ? Bienvenue dans
le domaine du « smart charging » :
« La mobilité électrique entraînera
une transformation des systèmes
électriques car le véhicule
électrique est aussi une batterie
qui pourra être mise à disposition
des réseaux », résume EDF.
Un observateur cite l’exemple
des flottes automobiles
des grandes entreprises :
l’opérateur les alimenterait
seulement pendant certaines
heures de manière à disposer
d’une réserve en période
de forte consommation.
F. M.
GWENDOLINE LE GOFF/PANORAMIC
énergétique tablait sur 7 millions
de points de charge en 2030 dont
700 000 bornes publiques. Il n’a
pas communiqué sur le budget
qu’exige un tel dispositif. « L’objectif est de devenir le partenaire
industriel de tous les acteurs de la
filière (collectivités, constructeurs
automobiles, équipementiers…) »,
expose Dominique Lagarde, directeur du programme mobilité
électrique d’Enedis.
Un autre point sensible est le
surcoût de consommation que
pourrait entraîner l’accélération
de la mobilité électrique. « En
réalité, la question se situe moins
au niveau de l’outil de production
qu’à celui de la gestion des réseaux, explique Nicolas Goldberg, manager chez Colombus
Consulting. Les études ont montré que si l’ensemble du parc
automobile
français
passait
aujourd’hui à l’électrique, la
consommation du pays augmenterait seulement de 7 %. » En revanche, les tensions sur le réseau
pourraient se révéler maximales
quand on sait que « l’appel de
puissance nécessaire pour recharger rapidement un véhicule
correspond à l’appel pour un
quartier résidentiel tout entier ».
Il faudra donc gérer au plus près
l’utilisation de ces bornes. ■
Les fonds d’investissement prêts à partager avec les salariés
treprises, il est possible qu’à l’avenir le montant des plus-values soit
moins important qu’aujourd’hui.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
6,1
milliards
d’euros
ont été investis
au premier semestre
par les sociétés de
capital-investissement
dans 1 100 entreprises.
FINANCE Les salariés, dont l’entreprise a été rachetée par endettement (ou LBO) par un fonds de
capital-investissement, pourront
bientôt toucher un intéressement
lors de sa revente. Les députes ont
adopté la semaine dernière un
amendement dans le cadre de la loi
Pacte, qui permet à ces fonds de
partager les plus-values avec les
salariés. Cette mesure facultative,
qui doit encore être adoptée par le
Sénat, concernera tous les salariés,
sans qu’ils soient déjà actionnaires
de l’entreprise non cotée. Jusqu’à
présent, seuls les actionnaires et
les dirigeants se partageaient les
gains, parfois très élevés.
« Nous nous sommes longtemps
battus pour cette mesure car nous
considérons qu’il est normal que tous
les salariés bénéficient de la création
de valeur de l’entreprise », explique
Dominique Gaillard, président de
France Invest, association des in-
Secteur très dynamique
« Nous nous sommes longtemps battus pour cette mesure
car nous considérons qu’il est normal que tous les salariés bénéficient
de la création de valeur de l’entreprise ». CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
vestisseurs en capital-investissement. La part de la plus-value que
pourront se partager les salariés
sera négociée avec les représentants du personnel, les actionnaires
et l’entreprise, dès l’entrée du fonds
au capital. Lors de la revente, ils
auront le choix entre encaisser tout
de suite leur part de la plus-value ou
la conserver pendant cinq ans sur
un plan d’intéressement. À l’issue
de cette période, le capital ne supportera plus que les prélèvements
sociaux (17,2 % aujourd’hui).
Certes, compte tenu de la flambée des prix d’acquisition des en-
Mais le nombre de candidats potentiels à cet intéressement ne
cesse de progresser, le capital-investissement français étant très
dynamique. Au premier semestre,
les fonds ont investi 6,1 milliards
d’euros dans 1 100 entreprises
(6,4 milliards d’euros en 2017). Ces
investisseurs sont de plus en plus
nombreux à investir en Europe,
hors de l’Hexagone (19 % des investissements) et ils misent de plus
en plus sur les start-up (+ 42 %).
Toutefois, d’autres entreprises
françaises non cotées, non recensées par les statistiques de France
Invest, ont aussi été rachetées par
des fonds entre janvier et juin.
« Les fonds de pension canadiens ont
été très actifs au 1er semestre »,
confirme Dominique Gaillard. De
nouveaux acteurs concurrencent
désormais les fonds de capital-in-
vestissement. « Depuis cinq ans, le
nombre d’intervenants sur le marché s’est diversifié. Les fonds de
pension, les fonds souverains et les
family offices investissent à présent
en direct, ou parfois à côté d’autres
fonds », constate Céline Méchain,
responsable de la couverture des
fonds chez Goldman Sachs.
En revanche, côté levées de
fonds, le premier semestre a été
moins actif qu’en 2017 : 6,6 milliards d’euros, contre 8,1 milliards
d’euros un an plus tôt. Cette situation s’explique en partie par la suppression de l’ISF PME (383 millions
d’euros). « Mais, sur l’ensemble de
l’année 2018, les montants collectés
devraient être égaux ou supérieurs à
ceux de 2017, avance le président
de France Invest. De plus, la France
est redevenue attractive et les investisseurs étrangers représentent
50 % de la collecte au premier semestre. Nous avons sûrement atteint
un niveau de valorisation assez élevé, mais les fondamentaux des entreprises sont très bons. » ■
A
Un amendement à la loi Pacte prévoit de répartir les plus-values de cession dans le cadre d’un LBO.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Geodis, champion
international
du groupe SNCF
La filiale de transport et de logistique
cherche une acquisition en Europe.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Le fils du fondateur veut
remettre Promod à la mode
Julien Pollet améliore la coordination entre le Web et les boutiques.
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
HABILLEMENT Dans la crise de
l’habillement, Promod a laissé des
plumes, dépassé par Zara ou H&M.
Ses ventes ont fondu de 1 milliard
d’euros en 2012 à 650 millions,
pour son dernier exercice clos fin
février, stable à périmètre comparable. Malgré tout, l’enseigne nordiste a mieux résisté que d’autres
entreprises françaises nées comme
elle dans les années 70 ou 80. Elle
reste la propriété de la famille de
son fondateur, Francis-Charles
Pollet, qui l’a créée en 1975.
Son fils Julien Pollet, entré dans
l’entreprise en 2012, en est devenu
PDG le 12 septembre. Il compte renouer avec la rentabilité cette année. Après une restructuration de
trois ans, les pertes ont déjà été réduites, de 40 millions en 20162017, à 3,5 millions d’euros. Les
comptes ont viré au rouge, la première fois en 2015, à cause de l’international. La France, qui représente 55 % des ventes avec
390 magasins sur 780, a toujours
été rentable. En revanche, l’expansion à l’étranger depuis une
vingtaine d’années n’a pas donné
les résultats attendus. C’est en rationalisant le réseau de boutiques
hors de France que Promod a réduit ses pertes. Il représentait il y a
six ans 60 % de ses 1 000 magasins.
180 ont été fermés. En France, le
parc est stable. « Nous avons dû
nous retirer d’Espagne et d’Italie,
sauf en e-commerce, assume le
PDG. Mais nous restons ambitieux à
l’international, au Moyen-Orient,
en Europe de l’Est, en Russie. »
Croiser les fichiers
Ce quadra, diplômé de l’Institut
français de la mode (IFM) vient du
luxe (Yves Saint Laurent, Louis
Vuitton). Il a créé une cellule d’innovation chez Promod. Il veut faire passer la part de l’e-commerce
de 9 à 13 % des ventes d’ici à
trois ans et compte sur ce levier,
enclenché dès 1999, pour relancer
la fréquentation en magasins. « On
pousse en magasins des best-sellers
de notre site. Cela fonctionne dans
les deux sens, beaucoup de clientes,
fidèles, utilisant les deux canaux. »
Le ticket de caisse envoyé par
courriel permet de mieux croiser
les fichiers.
L’enseigne s’adonne ainsi mieux
au « stop retargeting », qui consiste à arrêter de relancer à outrance
un client pour un achat qu’il a fini
par réaliser. « Quand on sait qu’une
cliente a acheté en magasin une robe
repérée en ligne, on cesse de la lui
proposer sur Internet, mais on affine, on suggère un accessoire. » Les
vendeuses indiquent, sur tablettes,
disponibilités et références. Pour
certains produits, Promod propose
aussi en boutique des échantillons
de tissus : « Cela facilite une prise
de commande sur tablette en magasin », précise Julien Pollet.
« Dans la tourmente, à force de
vouloir suivre la fast fashion, on
s’était un peu perdu dans notre style
et nous ne suivions pas le rythme,
avec nos temps de création et production de plusieurs mois », confesse-t-il. Les articles arrivaient à
contretemps en rayons. « On a
mieux maîtrisé les stocks, relocalisé
en partie la production près de
l’Europe, créé des lignes plus vite, en
réinventant notre style en interne »,
dit-il.
Promod n’a pas baissé ses prix,
restant sur une moyenne de
20 euros, quatre fois plus haute que
celle de Kiabi ou Primark. La part
des ventes en promotions et en
soldes a même été ramenée de 50 à
30 %. Un double effort prometteur : « Une chemise féminine, aux
fines broderies, imaginée par nos
stylistes s’est mieux vendue autour de 40 euros - sans promo,
qu’une plus basique, à 19 euros »,
note Julien Pollet, décidé à redorer
l’enseigne paternelle. ■
LES DÉCIDEURS
â KRIS DEBLANDER
Edmond de Rothschild
À 45 ans, il est promu directeur des gestions
actions et dettes d’entreprises après en avoir été
directeur adjoint depuis 2017. Diplômé de l’école
Solvay, il reportera à Philippe Uzan, directeur
des gestions. Par ailleurs, Marc Halperin devient
coresponsable de la gestion actions européennes, tandis que Jacques-Aurélien Marcireau est
nommé coresponsable actions internationales et
directeur adjoint des gestions actions en charge
d’une mission transversale sur l’innovation.
â ALICE NOIZET
Mazars
Spécialiste en investigations et contentieux
financiers, cette HEC rejoint le cabinet d’audit
comme associé « forensic investigations » au
sein des activités de conseil en finance.
A
â MEHDI EL ALAMI
Oliver Wyman
Après onze ans chez Roland Berger, où
il a développé le pôle logistique et supply chain, cet HEC de 39 ans passe à la
concurrence. Il vient renforcer la branche
transports et services du bureau parisien d’Oliver Wyman comme partner.
Une nouvelle
plateforme digitale
PROMOD
EN CHIFFRES
EXERCICE 2017-2018
780
magasins
dans le monde.
Avec 390 en France,
Promod se place
au 21e rang
des enseignes
de prêt-à-porter
(classement
IFM-Kantar, août 2017)
650
D’ici à 2023 les objectifs de Geodis
sont clairs : accroître le chiffre
d’affaires de 20 % et doubler le
résultat opérationnel. Le groupe,
qui s’apprête à lancer le 6 novembre une plateforme digitale avec
une nouvelle marque, sorte de
« voyages-sncf.com de la logistique », mise sur plusieurs leviers
pour y parvenir : une acquisition
importante en Europe, mais aussi
des innovations, notamment
l’analyse intelligente des nombreuses données brassées au cours
des opérations de transport et de
logistique pour mieux prévoir les
millions d’euros
de ventes
(volume d’affaires TTC)
3,5
ERIC NOTARIANNI/CIT’IMAGES
Julien Pollet, PDG de l’enseigne depuis le 12 septembre, espère renouer avec la rentabilité.
TRANSPORT Geodis est un groupe à part dans l’univers de la
SNCF. Sur les 33,5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires réalisés par le groupe SNCF en 2017,
près de 8 milliards d’euros ont été
apportés par Geodis. En revanche,
l’entreprise de logistique et de
transport, présente dans le monde
entier (40 500 salariés) est plus
discrète sur sa « contribution aux
bénéfices » de la SNCF ! Une chose est sûre, l’essentiel des bénéfices de la branche transport de
marchandises, SNCF Logistics
(407 millions d’euros de marge
opérationnelle et 179 millions
d’euros de résultats opérationnels
courants), a été généré grâce à la
rentabilité de Geodis compensant
ainsi les pertes du fret ferroviaire
logé dans la même branche.
millions d’euros
de pertes
Geodis (ici, le site de Saint-Ouen-l’Aumone, dans le Val-d’Oise) souhaite
accroître son chiffre d’affaires de 20 % et doubler le résultat opérationnel.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Adam Mosseri, l’ex-designer de
Facebook au sommet d’Instagram
Instagram, l’application à
la fois réseau social et service de partage de photos
et vidéos revendiquant
plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, tourne une page avec
l’arrivée d’un nouveau patron. Il n’aura pas
fallu longtemps à Mark Zuckerberg, PDG et
cofondateur de Facebook, pour trouver un
nouvel homme fort pour sa filiale après la
démission des fondateurs Kevin Systrom et
Mike Krieger. Et pour cause Adam Mosseri,
35 ans, avait déjà été placé sur orbite en vue de
succéder à ces derniers. Dès le mois de mai, ce
proche de Zuckerberg avait quitté Facebook,
à l’occasion de la réorganisation du groupe,
pour rallier les rangs d’Instagram comme
vice-président développement produits.
L’idée du départ du tandem était déjà dans
toutes les têtes compte tenu des tensions
apparues au fil des mois entre les deux trentenaires et la direction de Facebook. Zuckerberg avait racheté l’application en avril 2012
pour un milliard de dollars, dont une partie
sous forme d’actions, en précisant vouloir
garder l’indépendance du service.
Une belle success story pour Kevin Systrom,
l’Américain passionné de photos, et son
acolyte de Stanford, le Brésilien Mike
Krieger, qui avaient créé ensemble Insta-
fluctuations de volumes à gérer.
Mais Geodis doit désormais composer avec les traditionnels géants
du secteur : DHL, Fedex, UPS et
ses homologues : DB Schenker,
XPO Logistics, Bolloré et aussi
avec ses propres clients, comme
Amazon, devenus transporteurs.
Les plateformes de fret en ligne,
inconnues du grand public,
Convargo, Xeneta… tentent aussi
de mordre sur des pans de métier.
« Quand on est logisticien, il
faut être présent sur tous les modes de transport pour répondre
aux besoins de nos clients », rappelle Marie-Christine Lombard,
la présidente du directoire de
Geodis. Le dynamisme du transport entre les différentes régions
du monde laisse espérer une belle
croissance à Geodis, huitième
acteur mondial.
Sur les 2 000 milliards de dollars
de dépenses mondiales par mode
de transport (route, mer, air, entrepôt logistique et distribution au
dernier kilomètre), Geodis estime
que son seul marché avoisine
900 milliards : « Cela nous laisse
de la marge », dit Marie-Christine
Lombard. Comme c’est le cas pour
ses concurrents, la croissance de
l’e-commerce révolutionne les
opérations du groupe français.
Dans l’Hexagone, 25 % de ses livraisons sont d’ailleurs faites à des
particuliers, mais pour des colis de
plus de 25 kg. « Et même si 60 %
de notre chiffre d’affaires est réalisé hors de France, nous comptons
croître sans y perdre de parts de
marché », rappelle la patronne de
Geodis. ■
gram en 2010. Clin d’œil à l’histoire, Systrom avait failli en 2004 être recruté par
Facebook, au moment de son lancement. Ses
mentors l’en avaient dissuadé, convaincus
que Facebook n’était « qu’une mode sans
lendemain… ». Lui et son directeur technique
auront tout de même roulé cinq ans sous ses
couleurs, même s’ils souffraient de plus en
plus du manque d’autonomie.
Adam Mosseri, lui, aura eu du nez en choisissant de céder au chant des sirènes dès 2008.
Diplômé en « Information Design and
Media », ce père de deux garçons avait commencé par créer sa propre société de conseil,
à New York et à San Francisco. C’est après
avoir exercé ses talents comme designer pour
la plateforme TokBox qu’il avait rejoint
Facebook. Gravissant les échelons, il était
devenu au fil des années responsable du
développement du réseau social sur mobile,
puis du fil d’actualité. Sourcils généreux et
menton volontaire, le jeune PDG se dit
aujourd’hui « humble et excité par sa nouvelle
responsabilité ». Sa nomination renforce
l’intégration d’Instagram au sein de la maison
mère. En termes publicitaires, face à la saturation de Facebook, l’application préférée des
jeunes et eldorado des influenceurs représente un important relais de croissance pour la
firme de Zuckerberg.
www.lefigaro.fr/decideurs
â FABIEN VERSAVAU
Rakuten France
Changement de direction historique
à la tête de Rakuten France, ex-Price
Minister. Cofondateur du site d’ecommerce avec Pierre Kosciusko-Morizet,
racheté par Rakuten en 2010, et figure emblématique de l’entrepreneuriat 2.0 français,
Olivier Mathiot passe la main. À sa place, Fabien Versavau veut « poursuivre le déploiement
de l’écosystème Rakuten » pour « ouvrir un
nouveau chapitre de l’histoire de Rakuten Europe ». Évoluant depuis dix-sept ans dans l’univers digital, notamment chez LeGuide.com, la
SNCF et le groupe Figaro, il était entré chez
Rakuten en 2016 en tant que directeur général
adjoint, aux côtés de Cédric Dufour et Olivier
Mathiot.
â NATHALIE TOURNYOL
DU CLOS
Ministère des Armées
La directrice de la formation de l’ENA
est attendue au ministère des Armées
comme adjointe au directeur des ressources humaines, en remplacement
du vice-amiral d’escadre Philippe Hello,
nommé un cran au dessus, DRH. Enarque,
Nathalie Tournyol du Clos est également officier de réserve dans la Marine, où elle détient
le grade de capitaine de corvette.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TECH
jeudi 11 octobre 2018
27
Waze étend ses services au covoiturage
La start-up israélienne, passée sous pavillon Google, vient rouler sur les plates-bandes de BlaBlaCar.
la circulation vers une rue déserte
parce qu’elle est barrée ! Ainsi,
pour la venue du Pape à Rio, Waze
s’était vu communiquer par la
mairie le détail des déplacements
du Souverain Pontife et il l’avait
intégré à ses cartes le jour J. Au
quotidien, le spécialiste du guidage
cherche à intégrer les fermetures
de rues pour cause de travaux ou
fournir les heures de ramassage
des poubelles afin de réduire la
congestion automobile.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
EN CHIFFRES
107
millions d’utilisateurs
environ dans le monde
12
millions d’utilisateurs
actifs en France environ
13
nombre moyen de trajets
effectués chaque mois
par utilisateur
185
pays dans lesquels
le service est présent
Circulation ciblée
WAZE
WAZE
GUIDAGE Près de 110 millions de
personnes utilisent régulièrement
le service de cartographie de Waze
dans le monde, lors de leurs déplacements motorisés. Pour gagner
du temps, éviter des bouchons… et
bientôt pour faire du covoiturage.
La start-up israélienne, rachetée
par Google en 2013, veut être présente dans tous les aspects de la
mobilité. Après avoir été testé dans
cinq États américains, Waze
Carpool a été étendu à Israël, avant
de l’être à l’ensemble des ÉtatsUnis ce mercredi en fin de journée.
« Le service sera sans doute étendu à la France », mentionne Fej
Shmuelevitz, vice-président en
charge de la communauté et des
opérations chez Waze, et premier
salarié à avoir été recruté par les
fondateurs en 2008. L’extension de
ce service ferait de Waze un rival
sérieux pour BlaBlaCar. Après avoir
proposé une simple mise en contact
entre conducteurs et passagers en
fonction de leur trajet, Waze a revu
sa copie pour finalement affiner les
propositions, en fonction des amis
communs entre les personnes ou
des « notes » attribuées… Waze bénéficie en outre de l’avantage de
pouvoir capter l’attention des
conducteurs soucieux de réduire
leur temps de trajet en leur proposant en plus d’en optimiser le coût
en partageant les frais.
Ce service est aussi une forme
de préparation à l’arrivée de la
Waze Carpool, l’extension de Waze, service de cartographie pour les personnes motorisées, propose
de mettre en contact conducteurs et passagers en fonction des amis communs ou des « notes » attribuées.
voiture autonome. « Quand les véhicules sans chauffeur seront une
réalité, il faudra certes être capable
de leur faire effectuer leur trajet…
mais aussi permettre aux passagers de retrouver leur voiture »,
souligne Fej Shmuelevitz. Le covoiturage est aussi un moyen de
réduire la circulation automobile
et donc de fluidifier le trafic, particulièrement dans les grands
centres urbains.
Waze parie aussi sur des relations plus approfondies avec les
collectivités locales pour affiner la
qualité de ses services. « Nous permettons aux villes d’avoir accès
gratuitement, sur simple demande,
à nos données de circulation. Cela
peut, par exemple, leur servir à optimiser les systèmes de signalisation », ajoute Fej Shmuelevitz. Les
utilisateurs de Waze font remonter
des informations sur les incidents
de circulation, ou sur l’état des
routes. « Quand un nid-de-poule
est signalé dans une rue, nous pouvons faire remonter l’information à
la voirie », ajout Fej Shmuelevitz.
Surtout, l’entreprise cherche à
nouer des liens plus étroits avec les
municipalités afin de pouvoir anticiper la fermeture de certains axes
lors d’événements particuliers et
ainsi gagner en pertinence. En effet, cela ne sert à rien de détourner
Néanmoins, Waze continue d’être
perçu comme un agent perturbateur par bien des urbanistes. En effet, les conseils de Waze aux automobilistes visent à les orienter vers
des axes où il y a moins de circulation. Quitte à les faire passer devant des écoles à l’heure de la rentrée des classes ou dans des zones
résidentielles. Au risque de contrarier les plans des municipalités qui
cherchent au contraire à délester
certains quartiers. « Quand une rue
est ouverte à la circulation, elle est
ouverte ! tranche Fej Shmuelevitz.
Il n’y a pas suffisamment d’utilisateurs Waze dans le monde pour que
nous soyons responsables des problèmes de congestion urbaine. » Un
parti pris, alors que le service est
capable de prendre en compte
d’autres données, comme les vignette Crit’air à Paris. Waze peut
ainsi signaler à un automobiliste
quelles zones lui sont éventuellement interdites en fonction de la
motorisation de son véhicule. ■
Après trois années sans, SFR a retrouvé tous ses clients
L’opérateur de Patrick Drahi a renoué avec la croissance de son parc d’abonnés depuis le début de l’année.
de la
population
sera couverte en 4G
d’ici à la fin de l’année
par SFR
mes l’opérateur qui a recruté le plus
d’abonnés, à la fois en fixe et en
mobile », a mentionné Alain Weill,
le PDG d’Altice Europe. À l’affût
des bonnes nouvelles, la Bourse
d’Amsterdam a octroyé une hausse de 4,64 % à 2,43 euros au titre
Altice Europe, à la clôture mercredi. Une jolie remontée qui ne
permet toutefois pas au titre de
regagner le terrain perdu en un
an. Sur la période, il a cédé un
tiers de sa valeur.
La remontée de la base d’abonnés, qui devra toutefois être officiellement confirmée lors de la
publication des résultats trimestriels du groupe, a plusieurs origines. SFR a multiplié les promotions, dans le fixe et dans le
mobile. Par exemple, l’opérateur
propose actuellement un forfait
4G à 10 euros par mois pour 40 Go
de données, via sa marque Red.
Dans le fixe, la fibre est en promotion à 20 euros par mois et l’ADSL
à 15 euros… De quoi attirer les
consommateurs en quête de petits
prix. À cela s’ajoutent les débuts
de la Ligue des champions anglaise, désormais disponible sur RMC
Sports – une des filiales du grou-
“
Depuis le début
de l’année, nous
sommes l’opérateur
qui a recruté
le plus d’abonnés
”
ALAIN WEILL, PDG ALTICE EUROPE
pe. La chaîne a déjà conquis plus
de 200 000 abonnés supplémentaires, dont certains ont en plus
souscrit à une offre SFR.
« Il ne faut pas oublier qu’il y a eu
une véritable reprise en main de la
LA SÉANCE DU MERCREDI 10 OCTOBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 41,68
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,9
AIRBUS .............................................. 98,99
ARCELORMITTAL SA ..................................
24,76
ATOS .............................................. 96,54
AXA .............................................. 23,445
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,47
BOUYGUES ..............................................
36,22
CAPGEMINI ..............................................
104,55
CARREFOUR ..............................................
15,63
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,508
DANONE ..............................................65,33
DASSAULT SYSTEMES ..................................
114
ENGIE .............................................. 12,175
ESSILOR INTL. ..................................128,75
ESSILORLUXOTTICA ..................................
117,95
HERMES INTL ..................................505,4
KERING ..............................................381,3
L'OREAL ..............................................191,3
LEGRAND ..............................................58,46
+HAUTJOUR
-0,26
41,89
-3,2
112,75
-3,42 103,1
-4,77 26,1
-2,54 100,2
-0,28 23,9
+0,47 52,31
-0,17
36,67
-5,73 111,25
+1,96
15,775
+0,3
12,706
-0,47 65,91
-4,84 120
-2,13
12,485
NC
NC
-3,56 122,7
-5,07 534,4
-9,62 422,9
-4,16 200,1
-2,31
60
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
41,49
108,8
98,9
24,755
96,54
23,445
51,07
35,97
104,55
15,405
12,406
65,24
114
12,175
NC
117,7
499,8
378,1
189,9
58,42
0,606 -3,07
0,324 +3,66
0,237 +19,27
0,217 -8,69
0,363 -20,44
0,353 -5,22
0,359 -17,32
0,266 -16,37
0,562 +5,72
0,772 -13,36
0,245 -9,36
0,217 -6,6
0,175 +28,68
0,288 -15,07
NC +12,01
0,474
0,161 +13,25
0,819 +4,38
0,178 +3,43
0,232 -8,93
JOUR
%VAR.
LVMH ..............................................265,3
-7,14
♣
MICHELIN ..............................................
99,26 -4,14
ORANGE ..............................................13,845 +1,84
PERNOD RICARD ..................................
132,2
-4,06
PEUGEOT ..............................................
20,62 -4,76
♣ 51,04 -3,37
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
71,12 -0,66
SAFRAN ..............................................
109,35 -2,32
SAINT GOBAIN ..................................
34,015 -1,18
SANOFI ..............................................76,64 +1,39
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
62,7
-4,19
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,65 +1,1
SODEXO ..............................................86,86 -1,63
STMICROELECTRONICS .............................
14,13 -5,8
TECHNIPFMC ..................................26,54 -0,56
TOTAL .............................................. 55,1
+0,49
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
163,4
-1,07
-2,93
VALEO .............................................. 31,5
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,27 -0,69
VINCI♣.............................................. 78,9
-0,8
+HAUTJOUR +BAS JOUR
286,4
103,4
13,925
138,55
21,68
53,24
71,88
112,65
34,715
77,3
65,4
37,16
88,32
14,835
27,14
56,26
165,74
32,45
17,445
79,84
261,65
98,56
13,53
132,15
20,61
50,92
70,65
109,35
33,895
75,68
62,66
36,11
86,26
14,01
26,47
54,75
163,4
31,46
17,235
78,9
LES VALEURS DU LUXE FONT CHUTER LE CAC 40
Les valeurs françaises n’ont pas résisté
à l’avalanche de mauvaises nouvelles
qui a submergé les marchés financiers.
L’indice CAC 40 a chuté de 2,11 % à
5 206,22 points, mercredi, dans le sillage
de toutes les places boursières mondiales confrontées à un regain de tensions
entre les États-Unis et la Chine sur la
question des droits de douane. Le ren-
forcement des restrictions sur les prises
de participation dans le capital de sociétés américaines a aussi pesé sur la tendance. De son côté, le FMI a jeté un froid
en révisant à la baisse ses prévisions de
croissance mondiale pour 2018 et 2019.
Les hausses des taux d’intérêt aux
États-Unis et les désaccords continus
entre le gouvernement italien et les
%CAP.ECH
0,469
0,583
0,333
0,31
0,555
0,507
0,309
0,359
0,38
0,212
0,38
0,572
0,208
0,638
0
0,286
0,289
2,489
0,362
0,241
31/12
+8,11
-16,97
-4,35
+0,19
+21,62
-9,9
-15,24
+27,28
-26,02
+6,67
-11,52
-14,87
-22,48
-22,38
+2,67
+19,67
-49,41
-18,82
-7,34
LES DEVISES
part de Patrick Drahi depuis douze
mois. Il avait pris du recul pour se
reposer sur Michel Combes », glisse
un proche du dossier. La qualité
du réseau mobile a été améliorée,
et l’opérateur promet une couverture de 99 % de la population en
4G d’ici à la fin de l’année.
Pour regagner des clients, SFR
a néanmoins accepté de sacrifier
ses marges, tournant résolument
le dos à sa stratégie initiale et laissant planer un doute sur sa capacité à investir dans les technologies d’avenir. Soucieux de couper
l’herbe sous le pied de ses détracteurs, Patrick Drahi a officiellement lancé la 5G à Paris mardi
soir, au moins sur le Campus
d’Altice. Le test est lancé avec des
équipements réseaux fournis par
Huawei. Cet acte n’en reste pas
moins très symbolique, avec en
prime l’affichage de gros logos
MONNAIE
1 EURO=
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
VIVENDI................................................................................
..............................................21,5 DOLLAR
-0,6 CANADIEN
21,67
21,5
CANADA
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1,6206
0,207
1,4907
0,8745
9,0126
130,23
1,1412
1,15
3,2357
11,103
6,9886
20,5634
7,9621
85,3605
136,1656
AUD
-4,1
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
« 5G » sur la façade de l’immeuble
d’Altice, éclairé tout de rouge
pour l’occasion. « De toute façon,
il n’y a pas de terminaux », a lancé
le tycoon des télécoms, toujours à
l’affût d’un bon mot.
Outre « le symbole de la reconquête de SFR », Alain Weill voit
dans le Campus « un symbole d’une
intégration réussie, celle de NextRadio TV (BFM, RMC…) au sein
d’Altice ». Parallèlement, le groupe a annoncé ce mercredi matin le
rachat de Télé Lyon Métropole qui
deviendra BFM Lyon. Cette acquisition s’inscrit dans la droite ligne
de la stratégie du groupe qui,
après Paris, veut poursuivre son
développement par le biais d’antennes régionales. Altice réaffirme
« la volonté de créer un réseau de
chaînes locales ». D’autres acquisitions dans le domaine ne sont
donc pas à exclure. ■
E. B.
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33900
33330
-2,45
NAPOLEON ..................................................... 196,7
196
-4,93
PIECE 10 DOL USA .....................................................
569
569
-3,23
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204
204
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1120
1120
-4,11
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
192
196
-5,88
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1248
1246
-4,73
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
101
111,5
-8,01
PIECE SUISSE 20F .....................................................
192
195
-5,28
PIECE LATINE 20F .....................................................
192
194
-5,37
SOUVERAIN ..................................................... 244,9
245
-6,06
KRUGERRAND .....................................................1100
1105
-1,68
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
275,52 08/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,03 08/10/18
BELLATRIX C ................................................
331,22 08/10/18
SIRIUS ................................................55,12 08/10/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
autorités européennes n’ont rien arrangé. L’indice CAC 40 affiche désormais un
repli de 2 % depuis le début de l’année.
Mais l’événement le plus marquant de
la journée a été le fort décrochage des
valeurs du luxe qui occupent une place
prépondérante à la Bourse de Paris. Kering a chuté de 9,62 % à 318,30 euros et
LVMH de 7,14 % à 265,30 euros. Hermès
International intégré au CAC 40 depuis la
mi-juin a un peu mieux résisté avec une
baisse de 5,07 % à 505,40 euros. Cette
correction est intervenue après la publication par LVMH d’un chiffre d’affaires du
troisième trimestre tout à fait satisfaisant. Les ventes ont progressé de 10 %
en organique, mais elles font apparaître
un ralentissement de la croissance par
rapport aux performances enregistrées
durant première partie de l’année. Le titre
a surtout baissé en raison de craintes de
dégradation de la situation économique
en Chine, un marché crucial pour le numéro un mondial du luxe. En dépit de
cette baisse, l’action LVMH affiche toujours une hausse de 8,11 % depuis le
1er janvier et de 59,30 % sur trois ans. ■
A
99 %
L’ambiance était à la fête mardi
soir sur le Campus d’Altice, dans le
XVe arrondissement parisien, lors
de l’inauguration officielle des
nouveaux locaux du groupe. L’occasion aussi pour son principal actionnaire, Patrick Drahi, d’adresser quelques mots aux quatre
cents invités. « Nous avons reconquis plus de clients de janvier à octobre que ceux que nous avions perdus en trois ans », a-t-il affirmé.
Après le rachat de SFR par
Numericable, le nombre d’abonnés de l’opérateur s’était réduit
comme peau de chagrin. Près de
2,5 millions d’abonnés avaient
claqué la porte. Jusqu’à l’acte de
contrition de Patrick Drahi l’année dernière, qui s’était excusé
des trop nombreux problèmes de
qualité de service et de relationnel
rencontrés par ses abonnés. « Depuis le début de l’année, nous som-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Microsoft veut se renforcer dans le jeu vidéo
Sa branche Xbox, en manque d’exclusivités, s’apprête à racheter un cinquième studio en moins de six mois.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
Nous allons
« investir
dans
les studios de
développement
de jeux vidéo.
La création
de contenu
doit devenir
notre force
»
PHIL SPENCER, DIRECTEUR
DE LA DIVISION XBOX,
CHEZ BLOOMBERG FIN 2017
JEUX VIDÉO Microsoft se renforce
singulièrement dans la production
de jeux vidéo. Selon le site spécialisé
Kotaku, le géant américain serait en
passe de faire l’acquisition du studio
de développement californien Obsidian, créé en 2003 et spécialisé
dans les jeux de rôle (Pillars of Eternity, Fallout : New Vegas). Si cette
vente se conclut, Obsidian serait le
cinquième studio acquis par Microsoft en moins de six mois.
Une véritable fièvre acheteuse
agite la division Xbox, dirigée par
Phil Spencer. En juin, lors du salon
international E3, il annonçait l’acquisition de quatre studios de développement. Certains travaillaient
déjà exclusivement pour Microsoft,
mais d’autres sont des prises de
guerre, comme la société anglaise
Ninja Theory (les jeux Hellblade,
Heavenly Sword). Phil Spencer a
aussi annoncé la création ex nihilo
d’un studio, The Initiative. En quelques mois, Microsoft a ainsi doublé
le nombre de ses unités de développement. « La création de contenus
doit devenir notre force », avait déclaré Phil Spencer chez Bloomberg
fin 2017.
Microsoft cherche à pallier une
de ses principales faiblesses : le
manque de jeux exclusifs à sa
console Xbox One, qui se vend deux
fois moins que sa rivale, la PlayStation 4 de Sony (plus de 80 millions
de ventes à ce jour). En dehors des
sagas Halo, Gears of War (jeux d’action) et Forza (courses), qui existent
depuis plus de dix ans, Microsoft
peine à proposer des titres introuvables ailleurs.
Phil Spencer, directeur de la division Xbox de Microsoft, avait annoncé l’acquisition de quatre studios lors du salon E3, en juin à Los Angeles.
A contrario, son concurrent
Sony peut compter sur un riche réseau de studios de développement
dont il est propriétaire. Cette quinzaine de sociétés produit des jeux
de haute volée qui cumulent des
records de vente. Créé par Naughty Dog (Californie), Uncharted 4
s’est vendu à près de 9 millions
d’exemplaires en 2016. Horizon
Zero Dawn (Guerrilla Games, Amsterdam) a lui atteint 8 millions de
ventes en 2017. Quant à God of
War, sorti en avril (Santa Monica
Studio), il s’est écoulé à 5 millions
d’exemplaires en un seul mois de
commercialisation.
Cette stratégie permet à Sony de
maîtriser toute la chaîne de la valeur, de la console aux jeux exclusifs, en passant par les services en
ligne, et d’inciter à l’achat de ses
machines de jeu.
Nourrir son service
d’abonnement
Nintendo fait de même. Les grandes
licences Mario, Zelda ou Animal
Crossing sont créées en interne et
caracolent en tête des meilleures
ventes des consoles Nintendo. Ces
marques fortes symbolisent l’identité de la société japonaise.
À la traîne sur cette génération de
consoles, Microsoft doit aussi acquérir des studios pour nourrir son
EVENEMENT
LES HAUTS REVENUS
ONT CHOISI !
service d’abonnement Xbox Game
Pass. Ce dernier permet, contre
10 euros par mois, de jouer à volonté à un catalogue de jeux, dont toutes les exclusivités Microsoft dès
leur sortie dans le commerce. Comme Netflix et ses « Originals », le
géant américain a besoin d’une cadence de production soutenue pour
offrir un service attractif aux
joueurs. Il a aussi en ligne de mire sa
future offre de jeux vidéo en streaming, nommée Project xCloud. Si
cette dernière ne sera pas commercialisée « avant plusieurs années »,
des premiers tests publics auront
lieu en 2019. xCloud permettra de
jouer aux titres Xbox sur un smart-
L’Arcep veut réguler
les enceintes
connectées
Le gendarme des télécoms estime
que l’avenir des médias passe par
les box et les assistants personnels.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
1ÈRE RADIO COMMERCIALE
EN PUISSANCE
E
RECORD HISTORIQU
n’est pas neutre. Au printemps 2018,
le bras de fer entre TF1 et les opérateurs télécoms ainsi que Canal + a
laissé des traces.
AUDIOVISUEL Le gendarme des télécoms profite de la publication de
Le point de passage obligé
son avis à l’Autorité de la concurrence sur l’impact de la révolution nuPour rassurer les chaînes, l’Arcep
mérique sur l’audiovisuel, pour
prévoit « de s’assurer que les utilisaavancer ses pions. En juin 2018, son
teurs puissent continuer à bénéficier
président, Sébastien Soriano, avait
d’un accès universel à leurs contefait sensation dans une interview aux
nus… Il y aurait une obligation de reprise de certains contenus, en partiÉchos, en estimant que le système de
culier du flux linéaire des chaînes
diffusion des chaînes de télé sur la
gratuites de la TNT, par tout distriTNT était à bout de souffle et que des
buteur de services et une nouvelle
modes de diffusion alternatifs, via les
obligation pour ces
box des opérateurs témêmes éditeurs, d’oflécoms ou même des
La question du frir ces services à touapplications en OTT
pourront à terme remréférencement tes les plateformes de
distribution ».
placer la diffusion hertdes chaînes et
zienne. Avec cette sorCette attention endes radios sur
tie, il espérait hâter la
vers les médias va plus
fin de la TNT qui n’est
loin. L’Arcep se proces assistants
pourtant pas programpose de se substituer
personnels
mée avant 2030, afin de
au Conseil supérieur
deviendra
récupérer les fréquende l’audiovisuel (CSA)
ces hertziennes pour les
pour les protéger
majeure
opérateurs télécoms.
contre les nouveaux
Après avoir enfoncé le coin, Ségéants de la distribution des contebastien Soriano avance aujourd’hui
nus, les enceintes connectées : l’Echo
des propositions. « L’Arcep estime
d’Amazon, le Google Home, le Hoqu’il pourrait être opportun de laisser
mePod d’Apple et le Portal de Faceaux chaînes de la TNT les degrés de libook. Il est vrai que le risque est
berté suffisants pour s’adapter à ces
grand de voir ces terminaux devenir
évolutions […]. Cela pourrait passer
des points de passage obligés pour
notamment par un assouplissement
regarder une série, un film ou entendes obligations de couverture via la
dre une émission de radio. La quesTNT, en laissant les chaînes maîtrestion du référencement des chaînes et
ses du choix de la ou des technolodes radios sur ces assistants persongies(s) qu’elles souhaitent utiliser pour
nels deviendra majeure. L’Arcep
leur diffusion sur l’ensemble du terriavance donc l’idée « qu’une action de
toire, au contraire des modalités acrégulation doit être portée dès à prétuelles qui se focalisent sur la seule
sent sur ces nouveaux acteurs dont
couverture en TNT. » Mais quitter le
l’essor pourrait conduire à un futur
monde des médias pour basculer
goulet d’étranglement pour les servidans celui des télécoms ou des Gafa
ces audiovisuels ». ■
DeBonneville-Orlandini
«
»
A
1
1ÈRE RADIO COMMERCIALE
EN AFFINITÉ
Médiamétrie Etude Cadres Radio Sept 2017-Juin 2018 ; Revenus Foyer > 130 K€ / an ;
RMC : AC en 000 ; BFM BUSINESS : AC en structure base CSP+ ; univers des radios privées - LV 5h-24h
RODGERS/INVISION/AP
phone ou une tablette grâce à une
connexion en très haut débit. Google a annoncé la semaine dernière
travailler sur une technologie similaire, en partenariat avec le français
Ubisoft.
La prochaine révolution du secteur se dessine. Tout comme Google, Microsoft part avec une longueur d’avance sur le reste de
l’industrie grâce à son vaste réseau
de data centers et sa technologie de
cloud computing Azure. Mais l’histoire du jeu vidéo l’a prouvé à de
nombreuses reprises : la plus puissante des technologies n’est rien
sans contenus de qualité. Microsoft
l’a bien compris. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 067 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
JOAILLERIE
EXPOSITION
PAGE 31
PAGE 32
GROS PLAN SUR LA COLLECTION
DE ZIZI JEANMAIRE VENDUE
CHEZ SOTHEBY’S PARIS
L’INSTITUT DU MONDE ARABE
FAIT REVIVRE PALMYRE ET
MOSSOUL AVEC LE VIRTUEL
Le costume est-il taillé
pour demain ?
Dépassé depuis dix ans par le raz de marée du sportswear,
l’uniforme de l’homme d’affaires n’a pas dit son dernier mot.
Tandis qu’une génération de designers réinterprète
le complet selon les codes contemporains, les jeunes hommes
s’intéressent à cet archétype du vestiaire, à la dimension
statutaire et au gage de savoir-faire. PAGE 30
The Row
Tant de poses pour les gouvernements
INTERNET Les Archives nationales ont mis en ligne les « photographies de famille » depuis 1947. Instructif !
C’
est une tradition immuable depuis 1922. À
chaque nouveau gouvernement, une « photo
de famille » est prise,
mettant en scène l’ensemble des ministres autour du président de la République. Dans cet exercice très codifié,
rien ne change. Même si, bien sûr, tout
bouge.
En 2017, le gouvernement Philippe I avait innové en posant dans l’escalier Murat, au cœur du Palais de
l’Élysée. Tout autant que l’absence de
cravate de Nicolas Hulot, ce choix se
voulait très « nouveau monde ».
Pendant des décennies, les gouvernements ont sagement posé sur le per-
ron de l’Élysée, ou dans le jardin
d’hiver, devant la grande tenture ultraclassique des Gobelins racontant
l’épopée d’Esther.
Les cohabitations
bousculent le jeu
Un premier changement de décor intervient en 1974. Le gouvernement
Messmer III va préférer se faire photographier autour de la table du
Conseil des ministres, dans le salon
Murat. « Georges Pompidou était malade, et il fallait montrer qu’il n’y avait
pas de vacance du pouvoir », indique
Vivien Richard, archiviste aux Archives nationales qui ont mis en ligne les
clichés de groupe des gouvernements
depuis 1947. À peine élu, Valéry Giscard d’Estaing reprend cette image
du gouvernement attelé à la tâche.
Cette fois, le cliché cherche à mon-
THE ROW ; SOTHEBY’S/ARTDIGITAL STUDIO ; FDD ICONEM/MAFL/DOA ; RUE DES ARCHIVES/AGIP
trer que les ministres n’ont pas de
temps à perdre dans une séance photo. Hélas, l’effet est raté : autour de la
longue table, on ne voit que des profils sombres, ou le chignon de Simone
Veil.
Autre président, autres mœurs :
François Mitterrand va remettre tout
le monde debout, dehors, côté jardin.
Les cohabitations (1986-1988 et 19931995) vont bousculer ce jeu, puisqu’il
ne sera pas question, pour le prési-
Le président de la République François Mitterrand, le premier ministre Pierre
Bérégovoy et son gouvernement, immortalisés sur le perron de l’Élysée le 8 avril 1992.
dent, de poser à côté de Chirac ou de
Balladur. À chaque fois, deux « photos
de famille », une en Conseil des
ministres, l’autre à Matignon, sont
réalisées.
Quels que soient l’époque ou le lieu,
le protocole demeure : plus un ministre
est sur le devant de la scène, plus il est
important hiérarchiquement. Évidemment, les femmes mettront du temps à
faire leur apparition au premier rang,
et donc à être vues. Si elles entrent
dans les gouvernements dès le Front
populaire, elles n’acquièrent de vrai
pouvoir que trente-huit ans plus tard,
sous Giscard d’Estaing. On voit ensuite
la gent féminine remonter le courant,
conquérir la place de premier ministre
en 1991, avant d’égayer les photos, qui
quittent le noir et blanc en 1988, grâce
à leur veste ou à leur écharpe. ■
www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr
A
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
EN 4 DATES
Officine
Generale
Balenciaga
1980
Ce complet décontracté
est signé Giorgio Armani. Porté
par Richard Gere dans American
Gigolo de Paul Schrader, il marque
une rupture avec le tailoring
traditionnel et l’ascension
du designer italien.
Off-White
Alexander
McQueen
L’avenir du
P
DÉCRYPTAGE
VALÉRIE GUÉDON
vguedon@lefigaro.fr
aris, le 17 janvier 2018. Le
très branché défilé automne-hiver 20182019 d’Off-White s’ouvre sur un costume
de banquier gris à fines rayures. Jusqu’alors son créateur, Virgil Abloh, réputé pour ses sweat-shirts à capuche et
ses baskets en édition limitée avec Nike,
ne s’était jamais aventuré dans la partie
formelle du dressing masculin.
Quelques mois plus tard, Louis Vuitton
annonce avoir recruté le gourou des
millennials à la direction artistique de son
prêt-à-porter pour homme. Une fois en
place, le styliste de l’Illinois persiste et signe : le tout premier vêtement qu’il dessine pour le malletier est encore un costume. Un complet croisé blanc immaculé
avec lequel il arpentait, quelques semaines auparavant, le tapis rouge du Met
Gala à New York. « Je n’en avais jamais
porté avant et je me suis senti différent : j’ai
adoré ce moment, confie-t-il avant son
premier show pour Vuitton. Cette expérience m’a donné envie de m’approprier
l’univers tailleur avec ma culture du
streetwear afin de rendre le costume plus
populaire, qu’il soit porté à nouveau dans
la rue. »
Un habit qui existe depuis 1820
Que l’empereur du cool s’intéresse ainsi à
la question ne doit pas être pris à la légère. C’est même la parfaite illustration
d’un regain d’affection des plus jeunes
pour cet habit composé d’une veste et
d’un pantalon assorti depuis 1820. « Les
marques spécialistes subissent, ces derniers temps, une petite stagnation de leurs
Cette panoplie
formelle et
quasiment
inchangée depuis
plus de deux
siècles fera-t-elle
son grand retour
après la vague
du sportswear ?
ventes et un relatif désengagement des
jeunes générations, constate Franck
Nauerz, directeur du département masculin du Bon Marché. Il est indéniable que
les hommes d’aujourd’hui privilégient le
confort et, donc, une silhouette plus décontractée, plus sport. » Pourtant, sur les podiums, on s’attelle à renouveler la sempiternelle panoplie du businessman. Faire
défiler un costume est-il un passage obligé pour tout designer ? Ou est-ce une
stratégie de la part des marques, de recréer du désir autour de cet archétype
masculin afin d’éveiller l’intérêt des plus
jeunes ? « Les maisons comme Dior
Homme, qui ont une légitimité dans le
tailoring et une crédibilité “street” apportée par Kim Jones à partir de l’été 2019, tirent plus aisément leur épingle du jeu. Je
pense que l’avenir du costume est dans cet
Ermenegildo
Zegna Couture
costume
équilibre », reprend l’acheteur. Citons
également le travail de Demna Gvasalia
pour Balenciaga qui, par le biais de nouvelles technologies tel le digital fitting (un
patronage 3D réalisé à partir d’un scan du
corps), réinvente le genre. Ou celui de
Sarah Burton chez Alexander McQueen,
qui dépoussière les standards de Savile
Row (épaules nettes, taille creusée, revers ourlés) par des références à la contre-culture populaire British, des punks
aux Mods et aux Cockneys.
« Combiner le formel
et le sportswear »
Alessandro Sartori, directeur artistique
d’Ermenegildo Zegna, leadeur mondial
dans le domaine, partage le même point
de vue sur l’évolution du costume.
« Combiner le formel et le sportswear, des
baskets et un smoking, un blazer et un bas
de jogging, voilà le nouveau dress code,
assure-t-il. Les consommateurs sont
constamment bombardés, sur Internet et
les réseaux sociaux, d’images et très facilement informés des nouveautés et des innovations. Ce qui les autorise à plus de liberté dans leur manière de se vêtir. »
La veste boxy, à double boutonnage et
forme ample, est plébiscitée par les créateurs (Dries Van Noten, Stella McCartney,
Lemaire, pour ne citer qu’eux) dans leurs
collections automne-hiver 2018-2019.
Soit un costume dépareillé, à la carrure
souple, sans épaulettes ni entoilage, en
mesure de séduire un homme moderne,
sans cesse en mouvement et de moins en
moins obligé de le porter au travail.
« Bien que beaucoup d’entreprises favorisent une attitude plus relax au bureau, les
jeunes générations redécouvrent le formel
qu’ils décalent à l’envi », confirme Fiona
Firth, directrice des achats de l’eshop
Mr Porter.
Ainsi, Benoît Ginet, fondateur de la
start-up eplaque.fr, dont l’uniforme quotidien est « le jean et le tee-shirt noirs », ne
boude pas son plaisir quand il s’agit d’enfiler un complet deux ou trois boutons.
« Parce qu’il fait partie de la norme sociale.
C’est un signe de respect, en plus de dispenser la dose de prestance et d’assurance dont
j’ai besoin pour un rendez-vous important. » Mais il comprend le désamour des
hommes pour le complet traditionnel
« que la plupart du temps, ils portent beaucoup trop grands et mal coupés, se sentant
habillés comme des sacs et déguisés. »
Quand l’époque érige Steve Jobs et
Mark Zuckerberg en exemples de réussite, le costard incarne la représentation
d’un modèle (d’entreprise) dépassé. À
première vue. « Bien sûr que chez Google
et consorts les dirigeants de 25-30 ans
trouvent encore que venir au bureau en
tee-shirt et baskets marque une forme de
rébellion, commente M. Ginet, rompu
aux us et coutumes des espaces de
coworking. Mais dès qu’ils franchissent le
cap de la trentaine, que leur petite entreprise grandit, voire qu’elle dépasse le stade
de la PME, qu’ils doivent enchaîner les présentations officielles et les levées de fonds,
la plupart craquent et enfilent un costume.
Quoi qu’ils en disent, ce sont des moments
où il est important d’inspirer confiance à
des interlocuteurs qui sont souvent plus old
school. » Ainsi, à la suite du Facebookgate
au printemps dernier, le patron du réseau
social, adepte du sweat-shirt et des claquettes de piscine, s’est présenté en pantalon, veste et cravate devant le Congrès
américain. « Encore aujourd’hui, le costume demeure un gage de sérieux et de stature, un signe du passage à l’âge adulte,
conclut Émilie Coutant, sociologue et fondatrice du cabinet d’études Tendance sociale. Il fait l’homme comme on dit. » ■
Tant qu’il y aura des hommes… d’affaires
A
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
Collection Brioni automne-hiver
2018-2019.
En janvier dernier, les influenceurs, qui
font la pluie et le beau temps sur les réseaux sociaux, n’avaient pas été conviés à
la première collection de Brioni signée
Nina-Maria Nitsche. Avec cette présentation en catimini, le tailleur romain (dans le
giron de Kering) souhaitait s’inscrire en
rupture. Et, surtout, expliquer son positionnement aux antipodes de la vague
sportswear qui pousse aujourd’hui n’importe quelle marque – y compris les plus
traditionnelles – à proposer des sweatshirts et des baskets. « J’ai un immense respect pour les hommes qui s’habillent de façon classique. Mon objectif est de faire
évoluer leur dressing pour le rendre actuel »,
confiait la directrice de création recrutée
en juillet 2017 après avoir été la collaboratrice de Maison Margiela. Tournant ouvertement le dos aux millennials, elle a peaufiné une garde-robe d’essentiels à
destination de messieurs dans la force de
l’âge. Et même plus. En clair, à cibler une
clientèle qui n’a plus vingt ans, attachée à
la sobriété autant qu’à la qualité et qui, par
les tendances juvéniles qui courent, n’a pas
pléthore de choix pour s’habiller.
En juin, la collection été 2019 de Brioni
empruntait la même direction. Depuis,
Mme Nitsche a quitté la société, mais son
parti pris demeure toujours en vigueur.
L’art tailleur de Savile Row
« Nous n’avons jamais autant vendu de
costumes qu’en ces temps de mode
sportswear, confiait récemment Fabrizio
Malverdi, le PDG de Brioni. On parle
beaucoup des jeunes adultes qui, il est vrai,
traquent davantage les nouveautés que
leurs aînés via les réseaux sociaux. Mais
les actifs issus des générations précédentes
sont au moins aussi nombreux et ils ont,
par ailleurs, un grand pouvoir d’achat. » À
quoi s’ajoutent des besoins vestimentaires spécifiques à leur maturité. « Aux
États-Unis, patrie du sportswear et des
nouvelles technologies, une génération de
patrons a fait certes fortune dans la Silicon
Valley en tee-shirt et claquettes. Mais la
plupart des hommes finissent par endosser
une veste et un pantalon en entrant dans la
vie active et occupant une fonction à responsabilité », observe Pierre Mahéo, le
fondateur de la marque parisienne
Officine Générale qui rencontre un franc
succès outre-Atlantique avec les pièces
les plus formelles de sa collection.
Dans un registre proche (à des tarifs
bien plus élevés), Ashley et Mary-Kate
Olsen, les fondatrices de The Row (voir
page 29), livrent en octobre leur premier
opus masculin à une sélection de boutiques dans le monde (Montaigne Market à
Paris). Le costume y occupe une place
centrale. Inspirée de Savile Row, sa coupe
sobre est épurée au maximum en faisant
appel à des façonniers japonais. Tandis
que les chemises sont confectionnées par
des spécialistes français et la maille en
Italie où perdurent d’autres traditions
propres à cette famille de produits. Pour
l’heure, les sœurs Olsen s’en tiennent à
sublimer des « fondamentaux de la mode
masculine » qui n’occupent peut-être pas
le devant de la scène mais constituent
toujours l’essentiel du business du prêtà-porter pour homme. ■
1996
Tom Ford chez Gucci popularise
l’allure de séducteur hypersexy
en s’inspirant des play-boys
italiens tels que Gigi Rizzi
et Walter Chiari immortalisés
par les paparazzis dans le Rome
de l’après-guerre. Le soufre
du porno chic en plus.
2004
Hedi Slimane, alors directeur
artistique de Dior Homme,
réactualise la dégaine des Mods
qui avaient eux-mêmes
détourné le complet de papa
fin des années 1950.
C’est la dimension initiatique
du « premier costume »
dans la vie d’un homme qui
ne cesse d’obséder le designer.
2018
Le 9 avril, Mark Zuckerberg,
34 ans, fondateur de Facebook,
contraint de reconnaître devant
le Congrès américain l’incapacité
de sa société à protéger les
données personnelles de ses
utilisateurs, enfile sa panoplie de
pénitent… un costume-cravate.
SHOJI FUJII ; MONICA FEUDI ; ALEXANDER MCQUEEN ; ERMENEGILDO ZEGNA COUTURE ; PATRICE STABLE ; OFF-WHITE ; BRIONI ; PROD ; GUCCI ; CHARLES PLATIAU/REUTERS ; ALEX WONG/AFP
Dior
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LE FIGARO
STYLE
jeudi 11 octobre 2018
1
31
Son truc en or
ENCHÈRES Plume de diamants, rose d’ivoire,
bracelet de perles… La collection de bijoux
de Zizi Jeanmaire est mise à l’encan,
cet après-midi à Paris, par Sotheby’s.
C
2
1. Zizi Jeanmaire, en 1980. 2. Bracelet
en or, argent, perles fines et diamants
(est. 2 000-3 000 €). 3. Collier en platine
et diamants (est. 30 000-50 000 €).
4. Broche en or, cristal de roche et
brillants (est. 4 000-6 000 €). 5. Bague
en or, platine, saphir rose et diamants
(est. 8 000-12 000 €). 6. Bague en
platine, saphir et diamants (est. 4 0006 000 €). 7. Boîte de beauté en argent,
or et saphirs (est. 2 000-3 000 €).
3
FABIENNE REYBAUD
freybaud@lefigaro.fr
COLETTE MASSON / ROGER VIOLLET ;
SOTHEBY’S/ARTDIGITAL STUDIO
4
5
« Une broche piquée
sur un smoking »
En effet, quelle meilleure figure de
proue de ce catalogue de 240 lots que
ces 25 pièces ayant appartenu à l’une des
plus grandes danseuses étoiles du Ballet
de Paris, star du music-hall et icône
d’une élégance extrêmement parisienne ? À première vue hétéroclites, les
précieuses parures de Zizi Jeanmaire,
qui fêtera ses 95 ans en avril 2019, apparaissent comme le témoin de son his-
Voyage nippon
Sakura, c’est le nom de cette
collection capsule dessinée
par Sofia Sanchez de Betak
pour Ofée dont elle est également
l’ambassadrice. Amoureuse
du Japon, le mannequin d’origine
argentine livre cinq bijoux en or
rose et brillants inspirés
des fleurs de cerisiers. Bien vu,
les puces d’oreilles (dès 390 €)
et ear cuffs (à partir de 2 550 €),
tous proposés à l’unité afin
d’être portés seuls ou de façon
dépareillée. Autre nouveauté
du label parisien, le piercing
Muse composé de minibilles
de turquoise, malachite
ou opale à la manière
d’un boulier coloré
(à partir de 490 €).
FRED MEYLAN ; BRISTON
+
Dernière minute
7
6
les costumes dessinés par M. Saint
Laurent. Elle était
aussi très attachée à sa
montre Cartier qui appartenait à ma
grand-mère Rose Repetto. »
« Une part de rêve »
toire personnelle, de sa relation amoureuse avec son époux, le chorégraphe
Roland Petit, disparu en 2011. « Dans
notre famille, les bijoux ont une grande
importance car le grand-père de ma
mère était diamantaire, confie Valentine
Petit. Il lui a donné le goût des belles
pierres. Mon père le savait, il était très
généreux, il lui offrait toujours des bijoux
merveilleux. Ma mère n’a jamais été une
croqueuse de diamants mais elle les portait très facilement ! En ville, elle prenait
soin de les accorder à ses tenues sans les
accumuler. Une broche des années 1940
piquée sur un smoking Saint Laurent ou
un bracelet Art déco avec une robe
noire, cela suffisait à signer son
allure. Ma mère m’a toujours dit qu’une femme ne
devait pas ressembler à
un sapin de Noël ! Sur
scène, elle avait des parures fantaisie conçues à
cet effet pour aller avec
Beaucoup de bagues, plusieurs broches,
deux montres, trois bracelets, un nécessaire de beauté et un seul collier composent cet ensemble dont les estimations
apparaissent raisonnables. Tant au niveau des styles que des époques dont ils
reflètent ou anticipent le goût, ces bijoux
offrent un bel éclectisme. Voici par
exemple un étonnant bracelet rigide en
perles fines et diamants de la seconde
moitié du XIXe siècle dont les volutes et
le motif central en coquille auraient pu
figurer dans un décor de revue (estimation 2 000-3 000 euros). Même théâtralité dans ce ras-de-cou des années 1950
où diamants baguette et brillants montés
en drapé font écho à un lever de rideau
étincelant
(estimation
30 00050 000 euros). On ne s’étonnera guère
de trouver un clip ramage en or et diamants, ainsi qu’une broche représentant
une rose en ivoire et feuille d’aventurine
montée par Cartier en 1945 (voir page 29)
dans la boîte à trésors de celle qui a été
mondialement connue pour son Truc en
plume couleur Malabar (estimation
10 000-15 000 euros)...
Dans un registre Art déco, voici une
majestueuse broche en cristal de roche
et diamants des années 1920 dont la
beauté réside dans le contraste entre ses
deux parties : un cercle expurgé de fioritures, surplombant un carré ultraouvragé de brillants et pampilles translucides (estimation 4 000-6 000 euros).
Parmi les bagues que Zizi Jeanmaire faisait tourner sur ses doigts fins et racés,
il y a ce solitaire de 9 carats de la taille
d’un bouton de tailleur, pièce la plus
chère de la collection (estimation
85 000-150 000 euros). Mais les amateurs de pierres de couleur lui préféreront ce saphir de 7 carats non chauffé
d’un rose claquant entouré, telle une
marguerite des années 1960, de pétales
de brillants (estimation 8 00012 000 euros). Ou ce toi-et-moi en diamants blancs et baguettes de saphir
bleu tout en mouvement qui aurait pu
être réalisé par René Boivin dans les années 1980 mais qui n’est pas daté (estimation 4 000-6 000 euros). « Cette
vente offrira une seconde vie aux pièces
de joaillerie de ma mère, souhaite
Valentine Petit. J’espère que cela permettra à des femmes d’imaginer ce
qu’une Parisienne, très élégante, a pu
porter. Mais aussi d’acquérir une part de
rêve de la vie d’artiste de Zizi Jeanmaire. »
Ça ! C’est Paris ! ■
Vente à 14 h 30 chez Sotheby’s, 76, rue
du faubourg Saint-Honoré (Paris VIIIe).
Esprit rétro
Après le succès de sa montre de
plongée lancée l’été dernier, Briston,
jeune marque française créée en
2013, présente la Clubmaster Iconic
à la sobriété vintage. Soit un boîtier
coussin en acier poli ou en acétate
façon « écaille de tortue » ;
des bracelets en cuir vieilli
interchangeables et d’élégants
cadrans blanc argenté ou noir avec
index effilés (à partir de 400 €).
Le tout piloté par un mouvement
automatique manufacturé par Seiko.
À noter également, cette version plus
sophistiquée avec ouverture sur le
balancier qui oscille à 9 heures. Tous
ces modèles seront disponibles dans
la première boutique de Briston qui
vient d’ouvrir ses portes au 24, rue
de Poitou, dans le Marais à Paris. P. C.
A
ela faisait douze ans
que la maison américaine avait cessé d’organiser des ventes de
joaillerie dans la capitale qui, précisément, en a toujours été le berceau… Paris ayant été disqualifié
au profit de Genève et de son port
franc, de New York, Londres et
Hongkong et de leurs milliardaires
friands de diamants hydrocéphales et de parures de provenance
royale montées par les grands noms
de la place Vendôme. En attendant
que le président de la République
mette en lumière sous les ors de
l’Élysée ceux de la bijouterie, secteur
qui a réalisé l’an dernier un chiffre
d’affaires de 3,5 milliards d’euros et
dont l’artisanat demeure unique, la tenue de cette vente « Fine Jewellery »
aujourd’hui mérite d’être saluée.
« Cette année coïncide avec les
50 ans de Sotheby’s Paris et les 25 ans de
notre installation dans la galerie Charpentier, affirme Magali Teisseire en
charge du département joaillerie à Paris. C’était l’occasion de marquer le retour des ventes de bijoux. Cette ville possède un énorme potentiel. La proximité
de la place Vendôme et de ses ateliers,
l’histoire joaillière française font que
beaucoup de lots viennent de l’Hexagone. Nous allons, ici, privilégier les pièces
fabriquées entre les années 1940 et 1970,
de préférence signées des prestigieuses
griffes parisiennes. Nous avons été très
honorés que Valentine Petit, la fille de
Zizi Jeanmaire et de Roland Petit, nous
sollicite pour vendre les bijoux de sa
mère, à cette occasion. »
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
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CULTURE
Revoir Palmyre grâce au virtuel
PATRIMOINE
À Paris, l’Institut
du monde arabe
montre les ravages
de la guerre
sur quatre sites
millénaires arabes.
Une exposition
immersive.
L
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
es images de Mossoul,
projetées à l’Institut du monde arabe
(IMA), à Paris, offrent une vision apocalyptique de la ville, ou plutôt de ce
qu’il en reste : maisons tenant à peine
debout, gravats recouvrant les rues,
ruines à perte de vue. La cité irakienne
a des airs de Berlin ou de Caen, après les
bombardements en 1944 et 1945.
Il n’est plus possible aujourd’hui de
se rendre en Irak, et encore moins à
Mossoul. Mais l’exposition virtuelle
spectaculaire de l’IMA permet presque
de toucher du doigt la ville, dans son
état de désolation. Grâce à des images
aériennes modélisées, trois autres
grandes cités millénaires du monde
arabe, Alep, Palmyre et Leptis Magna,
en Libye, sont également présentées.
Nourrissant les imaginaires occidentaux depuis des siècles, elles ont toutes
été au cœur de conflits, ont été détruites ou menacent de l’être. « Cités millénaires » n’est donc pas uniquement une
démarche esthétique : l’exposition
cherche à montrer ce qui n’est plus, et
ce qui pourrait ne plus être. « Notre dé-
“
Lorsque je vois
ces images de Mossoul
défiler sur les murs de
l’IMA, je suis secoué. Tout
est là, tout se réveille en
moi, y compris la douleur
FAISAL JEBER, ARCHÉOLOGUE IRAKIEN
”
marche est un manifeste, explique sa
commissaire, Aurélie Clemente-Ruiz. Il
faut faire prendre conscience au public
que ce patrimoine, bien que lointain, mérite l’attention et une mobilisation internationale. »
Si le dynamitage des temples de Bêl
ou de Baalshamin, à Palmyre, avait créé
une indignation internationale, les menaces sur le grand patrimoine libyen
suscitent moins d’émoi. Tous sont
Masque de réalité virtuelle sur les yeux, le public peut visiter la cité antique de Palmyre (Syrie), vandalisée par l’État islamique en 2015.
FDD ICONEM / MAFL / DOA
pourtant des témoignages de civilisations préislamiques, celles-là mêmes
que l’État islamique, dans sa folie, veut
anéantir.
Afin de frapper les esprits, l’expérience proposée par l’IMA est numérique et immersive. Quatre salles sont
consacrées aux quatre sites, et les images sont accompagnées d’une musique
originale poignante. Les films s’appuient sur un travail mené par une jeune pousse française, Iconem, avec
l’aide des pays ou de l’Unesco. L’entreprise prend des centaines de milliers de
clichés, par drone, puis les modélise. Le
grand public avait déjà vu une partie de
son travail au Grand Palais en décembre 2016, lors d’une première exposition immersive autour de sites archéologiques en danger. « Nous nous
sommes rendus à Alep, juste après la bataille, avant qu’on ne commence à nettoyer la ville. À Mossoul, l’intervention
s’est faite à la demande de l’Unesco quelques semaines après la libération de la
ville », a expliqué à l’IMA Yves Ubelmann, cofondateur d’Iconem. À l’étage, des corners de réalité virtuelle poussent un peu plus loin l’expérience
immersive. Ils s’adressent aux plus jeunes, adeptes du monde virtuel et de ses
jeux de combat, mais aussi à ceux qui ne
se sont jamais prêtés à l’exercice.
Muni d’un casque de « VR », le visiteur se promène littéralement au milieu
des pierres. On peut « marcher » dans
le temple de Baalshamin ou le souk ravagé d’Alep, en Syrie, dans les souter-
apporter des images, même parfaites,
c’est l’odeur de la mort, qui flotte encore
un an et demi après la libération de Mossoul ».
Le défi, pour toutes ces cités, et plus
largement pour la Syrie, sera bien celui
de la reconstruction. Plusieurs colloques, dont un aujourd’hui à l’Institut du
monde arabe, tentent de rassembler
experts et archéologues pour redonner
vie, un jour, à ce patrimoine de l’humanité. Les relevés des ruines peuvent à
cet égard servir de base pour un futur
travail de restitution. Un fonds international, l’Aliph, a déjà réuni 100 millions
de dollars pour voler à son secours.
Mais dans l’immédiat, les priorités sont
humanitaires. Sans compter que les situations politiques, instables, rendent
le travail quasi impossible.
Depuis le retrait de l’État islamique,
Mossoul a lentement commencé à se
reconstruire, souvent de manière anarchique. « Nous étions riches, et nous
parviendrons à rebâtir les murs », poursuit Faisal Jeber. Mais ce n’est pas
qu’une histoire de monuments ou de
voiries. « Après les juifs, les chrétiens ou
les Yézidis, l’État islamique s’est attaqué
aux musulmans qui ne pensaient pas
comme lui, rappelle le géologue. La ville
ne sera vraiment elle-même que lorsqu’elle aura rétabli sa culture originelle,
qui puisait sa source dans la diversité de
ses habitants. » ■
« Cités millénaires. Voyage virtuel
de Palmyre à Mossoul », Institut du monde
arabe (Paris Ve), jusqu’au 10 février 2019.
Image en 3D du souk d’Alep, en Syrie.
ICONEM / DGAM
rains de Nabi Younes, dans l’église Notre-Dame-de-l’Heure, à l’intérieur de
la mosquée al-Nouri, en Irak, ou dans la
basilique de Leptis Magna, en Libye.
Dans la vraie vie, ces patrimoines sont
désormais inaccessibles – la Syrie étant
toujours en guerre, et l’Irak et la Libye
encore trop dangereux pour redevenir
des terres de voyages. La visite virtuelle
est accompagnée de sons, de vols
d’oiseaux et d’odeurs (évocatrices de
sable chaud et de parfum d’Orient).
C’est « comme si vous étiez », indique
Ubisoft, qui a conçu le programme. La
formule est maladroite, si l’on songe au
conflit qui ravage la Syrie depuis sept
ans. Mais il est vrai que le rendu de
l’image en 3D des décombres de Palmyre est presque parfait. Magie de la
technologie !
« J’étais au cœur de la bataille de Mossoul, en 2014, et j’ai vu l’État islamique
entrer dans la ville, raconte le géologue
et archéologue irakien Faisal Jeber.
Lorsque je vois ces images défiler sur les
murs de l’IMA, je suis secoué. Tout est là,
tout se réveille en moi, y compris la douleur. » Mais sous ces décombres, ajoute-t-il, « des milliers de corps sont encore ensevelis. Ce que ne pourront jamais
EN BREF
A
Le Crac des chevaliers
au croisement de l’Histoire
Lawrence d’Arabie disait du Crac des
chevaliers, en Syrie, que c’était « le
plus beau des châteaux du monde ».
Après sept ans de conflit, et bien
qu’elle soit isolée dans la plaine de
l’Homs, cette forteresse médiévale a
souffert, au point d’être désormais
classée au patrimoine mondial en péril
par l’Unesco. Mais le château aux allures normandes tient encore debout et
est loin de ressembler aux décombres
alepiens. En écho à l’exposition « Cités
millénaires » à l’IMA (lire ci-dessus), la
Cité de l’architecture, à Paris, a choisi
de mettre ce patrimoine syrien à l’honneur. L’exposition s’appuie, elle aussi,
sur de spectaculaires vues en 3D, réalisées par la start-up française Iconem,
avec l’aide de conservateurs et d’archéologues syriens. Mais l’intérêt de
« Chroniques d’un rêve de pierre » ne
réside pas tant dans le rendu de performances technologiques que dans l’histoire même du monument, « le plus occidental des patrimoines orientaux ».
Ce nom curieux de Crac vient de
Cratum, terme utilisé par les croisés
pour transcrire l’expression « Hisn alAkrad », soit la forteresse des Kurdes.
Situé près de la frontière libanaise,
contrôlant la route qui mène à la mer,
le Crac est considéré comme une des
« clefs de la Terre sainte » et sera saisi
deux fois par les croisés. L’immense
Jeff Koons va rencontrer
Christophe Girard
Dans les prochains jours, Jeff Koons
doit rencontrer l’adjoint à la culture
de Paris, Christophe Girard, pour
parler du lieu d’implantation
de sa sculpture Bouquet of Tulips,
sujet à polémique. Envisagé par
l’État, le choix de la Villette a été
abandonné. « Il y a trois grosses
pistes, qui se situent dans le XVIe,
le VIIIe et le XIe », a précisé
M. Girard. Jeff Koons a offert
son œuvre à la Ville de Paris
en hommage aux victimes
des attentats de 2015 et 2016.
édifice fut d’ailleurs cédé en 1142 à
l’ordre religieux militaire des Hospitaliers. C’est ce dernier qui, après une
grande campagne de construction,
donne à la forteresse son ampleur exceptionnelle.
Reconquise ensuite par les Mamelouks, en 1271, la forteresse passe sous
domination musulmane, et se transforme à nouveau. Elle perd ensuite son
importance militaire et devient un
chef-lieu de juridiction administrative.
L’édifice tombe alors dans un relatif
oubli.
Deux missions à son chevet
Il faut attendre le XIXe siècle pour que
des voyageurs occidentaux redécouvrent sa splendeur isolée. Même si le
Crac n’a pas encore servi de décor pour
des tournages, comme ce sera le cas
plus tard, il possède une magie indéniable. En 1920, le mandat français sur
le Liban et la Syrie ramène l’armée
française du Levant sur les lieux. Cette
dernière est suivie de près par des missions archéologiques. Le banquier Albert Kahn finance une campagne de
photographies, et l’historien Paul Deschamps, ancien directeur du Musée des
monuments français (l’ancêtre de l’actuelle Cité de l’architecture), se passionne pour le Crac. Il conduit deux
missions au chevet de la forteresse,
Loto du patrimoine :
15 millions d’euros récoltés
La forteresse médiévale, occupée en 2012 par les insurgés syriens avant d’être reprise
par les forces loyalistes en 2014, a subi d’importantes destructions. MANUEL COHEN/AFP
avec l’idée de sauver ce qu’il en reste.
Afin de sensibiliser les Français à la
cause de ce monument méconnu, il va
jusqu’à le mettre en scène pendant
l’exposition coloniale de 1931, en le
présentant comme « un témoin majestueux de l’art français en Orient », ce
qu’il n’est pas. Le Crac des chevaliers,
affirme-t-il, est un monument emblématique de la grande France coloniale,
et non pas un lointain château syrien.
Sa persévérance paie : grâce à un intense lobbying, dont on voit les traces
dans l’exposition, Deschamps parvient
à convaincre le gouvernement français
de racheter le Crac des chevaliers, en
1933. « L’Occident fasciné contemple
alors dans le Crac sa propre image »,
peut-on lire dans l’exposition.
Le site est ensuite restauré, avec l’espoir d’y faire venir des touristes. Mais
la guerre se profile et avec elle d’autres
priorités. Le château est finalement
rendu à la Syrie, en 1949. Elle va à son
tour conduire des travaux, et obtenir le
classement du Crac, en 2006. À peine
cinq ans plus tard, le conflit syrien démarre, ainsi que la destruction des
joyaux de son patrimoine.■
C. B.
« Le Crac des chevaliers. Chroniques d’un rêve
de pierre », à la Cité de l’architecture et du
patrimoine (Paris XVIe), jusqu’au 14 janvier 2019.
Selon la Française des jeux,
60 % des jeux Mission patrimoine
à gratter ont déjà été vendus
depuis le 3 octobre. L’objectif
de 15 millions d’euros au profit
du patrimoine a été atteint.
Selon OpinionWay, entre 3,2 et
4,4 millions de Français ont acheté
un jeu ou joué au Super Loto.
« Mayerling » côté tutu
Le Royal Opera House donnera
le coup d’envoi de la saison Live
Cinema avec Mayerling, le ballet
psychologique de Kenneth
MacMillan, le lundi 15 octobre.
L’œuvre inaugure une saison
de onze retransmissions d’opéras
et de ballets. www.rohcinema.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 11 octobre 2018
CULTURE 33
John Lennon,
l’imagination
au pouvoir
Inde en 1968 avec un autre texte sous le
titre Child of Nature. Des paroles un peu
naïves qui ne rendaient pas hommage à
la majesté de la mélodie. « Child of Nature est une belle chanson, mais Jealous Guy
a plus de profondeur », avoue Yoko. La
première mouture du morceau, interprétée par les Beatles, sera disponible le
mois prochain dans le cadre de la réédition du Double Album blanc du groupe.
C’est pendant les séances d’enregistrement de ce disque-là que Yoko Ono a
pris l’habitude d’être présente en studio
aux côtés de Lennon. Tous les deux, ils
ont aussi enregistré une série d’albums
expérimentaux actuellement réédités
sur le label Secretly Canadian. « Quand
nous faisions une chanson ensemble,
nous nous amusions toujours beaucoup »,
dit Ono. Elle a d’ailleurs enregistré une
lecture personnelle de l’hymne Imagine
qui figurera sur son nouvel album solo,
Warzone, à paraître la semaine prochaine. « Cette chanson dit simplement
les choses que nous devrions faire. Je
continue de penser que nous pouvons
changer le monde, d’ailleurs c’est ce que
nous faisons. »
Les séances d’Imagine marquent
également le retour de George Harrison, qui joue de superbes parties de guitare sur une bonne partie de l’album.
« George était un fantastique guitariste,
cela est frappant lorsque l’on voit le film
Gimme Some Truth. John avait sélectionné les meilleurs musiciens pour ce
disque. Avec eux, il n’avait pas grandchose à dire. Il était très direct et ceux-ci
le comprenaient », ajoute Yoko Ono. Les
séances d’Imagine, qui eurent lieu en
partie dans la superbe résidence d’Ascot acquise par le couple, marquent les
derniers jours de Lennon dans son pays
natal, avant l’exil américain. Il ne reviendra jamais en Grande-Bretagne.
« Mais il est resté britannique jusqu’au
bout. Il n’a jamais essayé de devenir
américain », conclut sa veuve. ■
CHRONIQUE Yoko Ono a supervisé
une copieuse réédition de l’album
« Imagine ». Et répondu à nos questions.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
J
ohn Lennon aurait eu 78 ans le
9 octobre dernier s’il n’avait pas
croisé la route d’un détraqué ayant
décidé de l’assassiner le 8 décembre 1980, alors qu’il venait de célébrer ses 40 ans. C’est aujourd’hui le
chantre de la paix que l’on célèbre avec la
réédition de son album solo le plus populaire, Imagine.
Deux ans après avoir quitté les Beatles,
leur fondateur forme alors une équipe
créative avec le producteur américain
Phil Spector ainsi que sa seconde épouse,
l’artiste japonaise Yoko Ono. Celle-ci, qui
supervise avec un soin maniaque l’héritage de l’artiste britannique, a coordonné
une salve de parutions impressionnante.
Disponible dans plusieurs formats, l’album original a été remixé et remastérisé.
Les deux documentaires l’accompagnant
ressortent en DVD et Blu-ray dans des
versions restaurées, et un magnifique
ouvrage retrace la genèse du disque emblématique. Après un premier album solo
intime, âpre et intense, Plastic Ono Band,
Lennon décide que son message sera encore plus fort s’il est enrobé dans une
production plus amène. Cordes et orchestrations soyeuses sont confiées à
Spector, qui retrouve le côté majestueux
de ses travaux des années 1960. Et, surtout, Lennon renforce sa complicité avec
Yoko Ono. Dans le film Gimme Some
Truth, on la voit souffler à l’oreille de John
Lennon des instructions destinées aux
musiciens installés dans la même pièce.
Collaborateur de génie
Depuis le Dakota Building, où elle réside
encore, l’artiste nous a fait parvenir des
réponses très concises à la douzaine de
questions qu’elle avait accepté de recevoir. « Nous avons toujours eu une complicité artistique forte, John et moi, je ne sais
pas pourquoi. Nous devions être bénis. »
John Lennon et Yoko Ono en septembre 1971.
Avant sa mort, Lennon avait eu l’occasion
de déclarer qu’il avait la chance d’avoir eu
deux collaborateurs de génie. Paul
McCartney d’abord, Yoko Ono ensuite.
« C’est ce qu’il ressentait. Cela m’honore
beaucoup », explique-t-elle aujourd’hui.
IAIN MACMILLAN/YOKO ONO
Si la chanson-titre avec son message
utopique a cannibalisé le reste de l’album, Imagine contient en effet quelquesuns des meilleurs titres de son auteur.
Avant de devenir le classique que l’on
connaît, Jealous Guy avait été écrite en
« Rodelinda » a trouvé son fil rouge
OPÉRA À Lille, Jean Bellorini réussit à tirer un spectacle fluide de l’intrigue tarabiscotée de Haendel.
ENVOYÉ SPÉCIAL À LILLE
I
La jeune soprano Jeanine De Bique, tout
en nuances dans Rodelinda. S.GOSSELIN
l y a deux écueils possibles dans la
mise en scène d’un opéra de Haendel. Prendre au pied de la lettre une
intrigue tarabiscotée qui n’est que
prétexte à l’expression d’affects. Ou
instaurer un second degré ironique tel
que le gag l’emporte sur l’émotion. En
montant Rodelinda à l’Opéra de Lille,
Jean Bellorini a trouvé un astucieux point
d’équilibre qui fait de son spectacle une
proposition aussi lisible que poétique.
Il y est parvenu en déplaçant le regard :
l’action est vue à travers les yeux de l’enfant du roi déchu et de la reine courtisée
par son ennemi. Le décor à machines fait
apparaître des salons aristocratiques, des
prisons, des cimetières juste un peu trop
petits pour des adultes, et les personnages
laissent place à des masques ou à des marionnettes quand la violence devient trop
forte. Et voici que l’on obtient à la fois la
sincérité des sentiments, la distanciation
propre au baroque et le sens du spectacle
lié aux changements de décor à vue. Le
tout avec musicalité, et humilité.
Richement timbrée
Ce spectacle fluide, où l’on ne trouve pas
le temps long, repose sur des interprètes
très impliqués. Pour sa prise de rôle, la
jeune soprano Jeanine De Bique, originaire de Trinidad, a la présence naturelle qui
convient à cette reine vers qui convergent tous les regards. Sa voix est richement timbrée et capable de nuances
émouvantes, mais laisse encore échapper
dans ses moins bonnes notes des acidités
qu’elle a tout le temps d’égaliser, à l’orée
d’une carrière prometteuse. Les registres
du contre-ténor Tim Mead, eux, sont
d’une cohésion telle que sa voix est délicieusement onctueuse sur toute la longueur, un baume pour l’oreille même s’il
est plus à l’aise dans le legato élégiaque
que dans la vocalise mordante.
L’autre contre-ténor, Jakub Jozef Orlinski, est son pendant virevoltant et bien
sonnant, avec juste une tendance à abuser
des graves poitrinés. Beau ténor mozartien
de Benjamin Hulett, clair et sans mièvre-
rie, pour un portrait très crédible de
l’amoureux manipulable. La basse opulente mais un peu pâteuse d’Andrea Mastroni
et le mezzo encore un peu vert mais déjà
éloquent de la jeune Avery Amereau complètent une distribution pleine d’énergie.
Une alacrité que la direction pour une fois
un peu monocorde d’Emmanuelle Haïm a
tendance à brider, le Concert d’Astrée
marquant les appuis de manière trop régulière pour faire crépiter Haendel. ■
Rodelinda, Opéra de Lille (59), jusqu’au
14 octobre. Retransmis en direct sur Mezzo,
Mezzo Live HD et CultureBox le 11 octobre.
À l’Opéra de Caen (14), les 9 et 11 novembre
et au Théâtre des Champs-Élysées
(Paris VIIIe), le 10 décembre
en version concert.
Le théâtre peut-il
encore faire peur ?
TENDANCE « Chapitre XIII », au Tristan Bernard,
JEAN TALABOT jtalabot@lefigaro.fr
D
e l’horreur et du rire au
Théâtre Tristan Bernard.
Du suspense psychologique
à l’Hébertot. Une rue à peine sépare les moulures dorées des deux théâtres bourgeois, qui
misent en cette rentrée sur le même
mot d’ordre : faire peur. D’un côté,
Chapitre XIII, où un écrivain maudit
voit les meurtres décrits dans son livre
se réaliser : des moines aux grandes capuches, sortant de vapeurs gothiques
en brandissant une tête ensanglantée.
De l’autre, Misery, qui met en scène un
homme aux jambes brisées à la merci
d’une infirmière un brin psychopathe.
Des intrigues qui ne se bousculent pas
dans les salles privées. « Elles se concentrent sur la reprise des classiques, la comédie ou la pièce historique, mais le genre n’apparaît plus au théâtre, observe
Sébastien Azzopardi, qui écrit et met en
scène Chapitre XIII. La peur et le dégoût
sont des émotions primordiales et enfan-
tines, que l’on aurait tort de ne pas exploiter. » Dans ce thriller horrifique à
l’ambiance monastique, on recherche
bien l’émotion primaire, le « ahhh »,
quelle que soit sa tonalité, dans une débauche graphique de faux sang et de lumières savantes. L’auteur ne cache pas
ses références cinématographiques : Le
Nom de la rose, Le Silence des agneaux,
Seven. Daniel Benoin, au Théâtre Hébertot, fait face au même rapport de
force avec le septième art. Son adaptation de Misery, terrifiant huis clos de
Stephen King, est précédée par l’inoubliable performance de Kathy Bates
dans le film de Rob Reiner en 1995.
Pourquoi, dès lors, s’engager sur les
planches dans un combat qui semble
perdu d’avance ?
« Bâcher les spectateurs »
Sébastien Azzopardi l’admet : le cinéma,
par ses nouveaux moyens, a tué le
Grand-Guignol et le théâtre d’épouvante il y a près d’un siècle. Mais la situation
pourrait changer. « Plus le monde devient virtuel, plus le théâtre va vivre. Si
EMILIE BROUCHON
et « Misery », à l’Hébertot oscillent entre GrandGuignol et série B. Pour l’épouvante, on repassera.
Dans Chapitre XIII, un écrivain maudit voit les meurtres décrits dans son livre se réaliser.
les gens viennent alors que les films
d’horreur sont partout, c’est pour retrouver des émotions uniques. » Ces sueurs
froides, le metteur en scène les provoque de manière bien artisanale. Son collaborateur se nomme père Alex, un prêtre qui est aussi décorateur et magicien,
et spécialiste en « grandes illusions macabres » : mutilations, éviscération, reflet démoniaque dans le miroir… Après
tout, quelle différence entre une séance
de torture dans une obscure abbaye
franciscaine et le tour de la femme coupée en deux ? « Ces effets sont inédits
pour la plupart des spectateurs, mais sont
ancestraux ! », s’amuse Azzopardi en se
rappelant avec nostalgie le Grand-Guignol de la Belle Époque, couplant l’assassin et la putain, si sanglant que l’on
devait « bâcher les spectateurs ».
Dans Misery, l’épure et la technologie
sont préférées à l’hémoglobine. « Je suis
votre fan numéro un », susurre l’excellente Myriam Boyer à son hôte, un écrivain de romans à l’eau de rose qu’elle
vénère comme un Dieu. Derrière son
fanatisme, sommeillent la folie et la
rage. Un mot de travers et la bonne samaritaine se transforme en un monstre
odieux. Le pauvre Paul Sheldon, joué
par Francis Lombrail, est rapidement
forcé de réécrire les aventures de Misery à sa convenance. La tension ne sort
pas des quatre murs de la « chambre
d’ami ». Sur scène, elle est prolongée
des deux étages restants de la petite
maison. Les angles morts sont restitués
par un système de caméras de surveillance. « On ne sait plus ce qui est en
direct ou non, ce qui est vrai ou non, ça
doit provoquer l’angoisse », explique
Daniel Benoin. Le metteur en scène a
bien compris que le suspense requiert la
précision d’un horloger suisse. « C’est
la même que pour un grand Vaudeville à
la Feydeau », acquiesce Sébastien
Azzopardi. La tension monte quand on
aperçoit l’infirmière descendre lentement l’escalier. Vite, le fauteuil roulant
doit retrouver sa place sans alerter la
maîtresse de maison. Dans son dos, le
poison doit être versé dans le verre, le
couteau, caché sous le matelas…
Le théâtre a cet avantage sur le cinéma qu’il emprisonne le public face à
l’action. L’investissement du spectateur
est total. « Le théâtre peut faire peur si on
le fait participer, assure Azzopardi. Il faut
qu’il ait l’impression qu’il peut lui arriver
quelque chose. » Dans Chapitre XIII, les
torches et les gouttelettes de sang frôlent
les fauteuils rouges. Étrangement, les
deux hommes ont aussi recours à l’humour, à condition qu’il soit voulu. « Au
théâtre, on ne peut absolument pas faire
la même chose qu’au cinéma, prévient
Daniel Benoin. L’ultra-réalisme est presque interdit, sinon il fait rire. Alors, quand
l’infirmière brise les pieds du malade avec
un maillet, j’ai préféré éteindre la scène. »
Hélas, dans Misery, le suspense n’arrive
jamais au degré d’intensité du film. Malgré de belles trouvailles, le spectacle ne
tient que par la folie ambiguë de Myriam
Boyer. Dans Chapitre XIII, les tableaux
gothiques certes impressionnent, mais
la belle vitalité du spectacle se dilapide
en une intrigue multipliant les fins à tiroirs et les mises en abyme. S’il veut renaître, le théâtre de genre doit inventer
de nouveaux frissons. ■
Chapitre XIII, Théâtre Tristan Bernard
(Paris VIIIe), jusqu’au 22 décembre.
Misery, Théâtre Hébertot (Paris XVIIe),
jusqu’au 6 janvier 2019.
A
CHRISTIAN MERLIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018
34
Intéressé par le Viager ?
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Christine Fumagalli, présidente du réseau Orpi
« De la vigilance au sein d’un marché dynamique »
Evolutiondes transactions,des prix,des délais devente…silesecteurdel’immobiliersemblefluide,laprésidenteduréseauOrpi
se veutprudente sur des mesures delafutureloi logementqui pourraientfragiliserlemarché.
ParOlivierMarin @OlivierMarin1
quels sont vos derniers indicateurs du marché ?
CHRISTINE FUMAGALLI : Le volume de transactions est
légèrement supérieur à celui de 2017, ce qui est très
appréciable après une année effectivement exceptionnelle en termes d’activité. Les projections jusqu’à
la fin de l’année 2018 sont plutôt excellentes. Nous
avons un signal fort, c’est le retour des vendeurs.
Nous enregistrons une hausse de 4, 6 % du nombre de
mises en vente. Ce qui signifie qu’aujourd’hui, le particulier a confiance et à envie de réussir son projet
immobilier. Pour les prix, ils sont plutôt contenus. La
hausse au niveau national est de 1, 5 % mais elle cache
bien sûr de fortes disparités. Les zones extrêmement
tendues comme Paris et Lyon sont autour de + 4 à
4, 5 % ; Toulouse à + 2, 5 % et Bordeaux et Lille
+1, 5 %. En revanche, Strasbourg et Rouen enregistrent de légères baisses de prix. Quant aux délais de
ventes, ils se raccourcissent. Depuis notre dernière
enquête, nous sommes passés de 79 jours à 75 jours en
moyenne au niveau national.
La nouvelle loi Elan sur le logement verra le jour d’ici la
fin de l’année. En matière de rapports locatifs, le bail
mobilité va-t-il dans le bon sens ?
Ce nouveau contrat de location en meublé d’une
durée de 1 mois à 10 mois est un premier pas vers
l’assouplissement des conditions d’accès au logement pour certains publics qui ont besoin d’un
logement pour un temps court défini. S’il
concerne les travailleurs saisonniers, les étudiants
et professionnels en stage ou en formation, le bail
mobilité ne s’adresse pas aux CDD, aux intérimaires, ni aux autoentrepreneurs qui ont besoin
de se loger sur le long terme. C’est dommage. Il
reste par ailleurs à faire preuve de pédagogie et
sécuriser les propriétaires bailleurs. Ils seront
couverts par le dispositif Visale de l’Etat pour
garantir, si nécessaire, les impayés de loyers et la
remise en état des lieux.
Et l’encadrement des loyers ?
Nous avons toujours considéré que l’encadrement
des loyers était « bloquant » pour le marché de la
gestion locative. Il faut inciter et sécuriser l’investissement locatif, pas sanctionner. D’autant que
j’appelle à la vigilance, celui-ci n’étant pas centralisé, il risque d’augmenter les disparités sur le
territoire, en fonction de la couleur politique de
chaque mairie, et par conséquent accroître le
manque de lisibilité. C’est bien dommage à l’heure
où nous nous accordons tous sur le besoin fondamental de simplification de la législation. J’ajoute
que la loi Elan est particulièrement tournée sur le
neuf et la promotion immobilière. Il est regrettable
que l’ancien, l’existant, ne soit pas mieux considéré afin de remettre rapidement de l’offre sur le
marché. Il faudrait un ou deux dispositifs fiscaux
qui inciteraient à investir dans l’ancien et à rénover le parc. Il y a encore plus de 3 millions de
logements vacants en France. La rénovation énergétique est également un enjeu majeur.
Quel est votre actualité dans le numérique ?
Nous souhaitons être une référence dans le
domaine. Nous accompagnons des jeunes pousses
de l’immobilier comme c’est le cas avec la start-up
Unkle, lauréate au concours du salon RENT
(immobilier et nouvelles technologies). J’ajoute
que nous sommes membres de la verticale immobilière d’un des premiers incubateurs au monde :
Plug and Play. Nous allons lancer à Paris, à Station
F un projet qui nous tient à cœur : l’open innovation. L’immobilier de demain se construit et se
partage aujourd’hui.
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
Frugalisme : courage fuyons !
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
De la morue
« Complément d’enquête » a suivi des individus âgés de 30 à 40 ans qui ont décidé de prendre
leur retraite grâce à leurs économies et à un mode de vie simple. Caprice ou choix raisonnable ?
P
our vivre heureux, prenons
notre retraite le plus tôt possible, à l’âge de 30 ou 40 ans.
Ce pari fou que font certains
actifs - semble-t-il de plus en
plus nombreux - est-il un simple caprice d’enfants gâtés d’Occident ou bien
correspond-il à un choix raisonnable et
raisonné ? Le reportage de « Complément d’enquête » proposé ce soir sur
France 2 n’apporte pas de réponse
tranchée à cette question. Il permet en
revanche de nourrir la réflexion de
chacun, ceci à travers les cas de quelques individus, en France et aux ÉtatsUnis, qui ont décidé de changer de vie.
S’affranchir de toutes contraintes,
celles imposées par un employeur, mais
aussi celles que font peser les clients sur
un chef d’entreprise, tel est l’objectif
prioritaire des frugalistes. L’idée étant
de pouvoir enfin maîtriser totalement
son emploi du temps. Mais avant de
réaliser ce rêve de liberté, encore faut-il en
avoir les moyens financiers.
○○○¡
Jérémy, un infirmier
libéral d’une trentaine
d’années officiant dans la France rurale, a trouvé la solution pour partir à la
retraite avant l’heure. Depuis quatre
ans, il travaille comme un damné, de
6 heures du matin à 21 heures, sans jamais prendre de vacances. Et pour ne
pas avoir de loyer à payer, il est carrément revenu vivre chez sa maman ! Le
jeune homme explique que s’il veut
quitter le marché du travail au plus vite,
c’est pour ne pas reproduire le schéma
de ses parents. Ces derniers travaillaient tellement que cela a nui à leur
vie de famille au point qu’ils ont divorcé. Mais paradoxalement, pour l’heure,
Jérémy s’éreinte à la tâche. Et il a fait
FRANCE TÉLÉVISIONS
L
a télévision qui parle
de la télévision, la radio
qui parle de la radio, serpent
qui se mord la queue. Organes
médiatiques nombrilistes jusqu’à
la scoliose, rotation des vertèbres.
Écoutez « le 10 heures Midi »
de Valérie Expert sur Sud Radio,
« Morandini Live » sur CNews
ou encore « Touche pas à mon
poste » sur C8.
Eh oui, mes poussins, « TPMP »,
voilà tout un programme ! Trois
heures de bon goût assuré. On
regarde ça en apnée, en claquant
du bec à l’heure des cacahuètes
et des pistaches. Hanouna avait
convié, mardi soir, Monica.
Monica a participé à l’émission
« Cauchemar en cuisine » dirigée
par le chef Philippe Etchebest,
ce chauve qui se balade sur les
routes de France en Land Rover
et qui a sauvé quelques restaurants.
Mais pour Monica ce fut une assez
mauvaise expérience. Monica
dénonce le montage de l’émission,
la manipulation. On l’a fait passer
pour une chef très autoritaire. « Le
jour où Philippe Etchebest est arrivé,
la production a tout fait pour que
mon restaurant soit vide : J’ai trouvé
ça bizarre, qu’il soit vide un mardi,
c’était le jour où il y avait le plus
de monde. Des clients m’ont dit qu’ils
étaient venus pour manger et qu’ils
ont été refusés à l’entrée, qu’on ne les
laissait pas entrer. » Elle ajoute
qu’elle a été maltraitée pendant
le tournage. On s’en fiche un peu.
Le père Etchebest lui aurait
demandé de se concentrer sur
la cuisine portugaise, ce qui n’était
pas une mauvaise idée. Soudain,
un goût de morue nous revient,
ce poisson à la chair exquise et
maigre, son foie si délicat, son huile
a bercé notre enfance sous prétexte
de vitamine A ou D, prévention
des maladies cardio-vasculaires.
Monica, une seule question : ne
faut-il pas être un petit peu bizarre
pour accepter ce genre d’émission,
« Cauchemar en cuisine » ?
L’apparence influe sur votre
destinée. La télé-réalité, c’est juste
de la chair de crabe avarié. Un truc
à vous rendre malade. La preuve.
22.55
Jérémy, infirmier libéral, travaille 15 heures par jour, sans prendre de vacances. À 30 ans, Il vit chez ses parents,
et a déjà économisé 250 000 euros en quatre ans. Son objectif : doubler la somme et devenir rentier.
une croix sur sa vie sentimentale. « J’ai
sacrifié ma petite amie de l’époque qui
n’était pas dans la même démarche que
moi », dit-il.
Plan d’action
Reste que le résultat financier de cette
existence faite de privation est impressionnant. « J’ai réussi à capitaliser plus
de 250 000 euros en quatre ans. J’ai atteint cela en partant de zéro, je me dis que
c’est formidable et qu’il faut que j’insiste.
Mon objectif est de doubler cette mise et
d’arriver à 500 000 euros. » Une fois ce
demi-million acquis, Jérémy a prévu un
plan d’action : investir dans l’immobi-
lier locatif en achetant une dizaine
d’appartements. Si Jérémy agit de façon
assurément raisonnée, et si sa démarche
apparaît à bien des égards courageuse,
elle prête aussi le flanc à la critique.
N’est-ce pas en effet trop radical de sacrifier à ce point le présent, et ceci pendant des années, pour un avenir qui, par
définition, reste malgré tout incertain ?
Quant à ces trentenaires qui, à la différence de Jérémy, bénéficiaient d’emplois particulièrement bien rémunérés
avant de tout abandonner, là encore, les
limites de leur démarche apparaissent.
On voit ainsi Nicolas, 32 ans, se la couler
douce avec sa femme et leur jeune fils, à
l’île Maurice. Mais cette vie, possible
grâce à des placements financiers judicieux, n’est-elle pas un peu vide, et finalement insatisfaisante ? D’ailleurs, les
jeunes retraités rencontrés en Floride,
qui menaient des vies trépidantes il y a
peu, donnent déjà l’impression de s’ennuyer. Ils ont beau dire qu’ils n’aiment
pas l’oisiveté en détaillant leur nouvel
emploi du temps, ils ne convainquent
pas. Leur nouvelle existence apparaît
sans substance. Enfin, quelles valeurs
sociales et collectives les frugalistes
transmettront-ils à leurs enfants ? Courage fuyons ! pourrait être leur mot
d’ordre. Un peu triste, non ? ■
« Titanic », les failles d’un géant des mers
Des scientifiques, expériences à l’appui, reconstituent le naufrage de 1912.
U
LE BUZZ TV
Invité : Michel Drucker
interviewé par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
Un spécialiste de l’étude des collisions
navales explique comment la tôle
de la coque a pu se déchirer au contact
de l’iceberg. CH. KEYTE / WINDFALL FILMS LTD
n documentaire de plus sur
le Titanic ? Bien sûr, tout a
été dit et redit sur le naufrage du paquebot réputé
insubmersible, mais, il faut
bien le reconnaître, le sujet continue de
passionner les foules. Fort de ce
constat, l’ingénieur canadien Claude
Daley, spécialiste de la conception des
navires polaires, a décidé, avec l’aide
de plusieurs autres scientifiques, de reconstituer en laboratoire l’impact subi
par la coque du transatlantique lors de
sa collision avec un iceberg dans la nuit
du 14 au 15 avril 1912 au large de TerreNeuve. Le mérite de ce documentaire
inédit, Titanic, autopsie d’un naufrage,
diffusé ce soir sur France 5, est de faire
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
VERTICALEMENT
1. Qu’il puisse être fabriqué avec
de l’huile de palme est une aberration totale. - 2. Fait la guerre aux
agents infiltrés. - 3. Bien tenu.
Prune amère. Mousse en mer. - 4.
Sont l’objet d’un culte. Sous peu.
- 5. La « ville des rois », fondée par
Pizarro. Terre de l’orang-outan.
- 6. Médecin d’enfant. Mauvais
garçon. - 7. L’amiral Nelson y perdit
son bras droit. Parole de ministre.
- 8. Direction du côté de Varèse.
Ouverture de compte. Faire perdre
sa fraîcheur.
1
1
VERTICALEMENT 1. Esthétisante. - 2. Carolorégien. - 3. Huîtrier.
Ost. - 4. Ovales. Veste. - 5. Té. Ipécas. Et. - 6. Iton. Sonné. - 7. Êtres.
Utérin. - 8. Resserrement.
4
5
6
7
8
Pour comprendre comment la coque
du bâtiment, faite de taules d’acier de
deux centimètres d’épaisseur, a pu céder lors du choc contre la glace, un
spécialiste de l’étude des collisions navales, Bruce Quinton, intervient. Une
roue métallique est montée sur un
puissant bélier hydraulique. Ce dernier
vient faire pression
contre une taule, avec
un mouvement latéral
(simulant le frottement
○○¡¡
de la glace contre la co-
BRIDGE
6
9
10
11
12
20.55
Jeudi 11 octobre
PROBLÈME N° 2934 : D 9 7
95
Égalité !
A75
RDV43
O
N
S
E
AV62
R 10
DV96
A 10 7
4
5
que) dont la force est équivalente à celle de l’impact de 1912. Résultat : deux
brèches déchirent la taule. Le film
montre, mais ce n’est pas une découverte, que si l’eau a envahi entièrement
le paquebot, cela est dû au choix des
architectes, pour des raisons commerciales, de ne pas respecter toutes les
normes de sécurité. Enfin, on découvre,
expérience à l’appui, que les rivets joignant les taules de la coque étaient des
facteurs de solidité de la structure et
non de fragilité, comme cela est pourtant communément admis. C’est la seule nouveauté apportée par ce
documentaire. ■
B. DE C.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
3
8
HORIZONTALEMENT 1. Échotier. - 2. Sauvette. - 3. Tria. Ors. - 4.
Hot lines. - 5. elreP. Se. - 6. Toises. - 7. Ire. Cour. - 8. Servante. - 9. Ag.
esneM. - 10. Nios. Ère. - 11. Testé. In. - 12. Entêtant.
3
Des rivets facteurs de solidité
2
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4853
2
le point sur ce qui a entraîné une catastrophe qui provoqua la mort de plus de
1 500 personnes (sur 2 200).
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout (1SA-3SA).
Entame : 3 de .
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2933
Votre main en Sud
1 - R75
2-R975
3-R8
4-DV7
5-D87
852
32
42
8
87
AV76
ADV76
R V 10 9 7 6
AD94
R 10 8 4 3 2
R94
R5
832
R 10 9 8 6
R4
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1
1
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : Contre. Qui, sauf convention particulière, dénie quatre (on dirait 1, tout simplement)
et montre une main de 8H et plus, sans couleur annonçable.
Main 2 : 2. La longue d’abord quand votre force vous assure de ne pas enterrer les (si la main
vous revient à 3, vous direz 3).
Main 3 : 3. Plutôt que de dire contre, enchère floue, montrez votre main d’un seul coup avec un
saut non forcing à 3 qui montre sept cartes ou six très belles et un jeu trop faible pour dire 2.
Main 4 : 2. Cue-bid qui montre une main de manche irrégulière et fittée à . Avec une main
régulière, on contrerait…
Main 5 : Contre. Votre main est trop faible pour 2 et les six trop peu étoffés pour dire 3.
Comme vous n’allez pas passer avec 8H, il ne vous reste que l’enchère de contre.
A
C8 | 19 heures | Mardi
HORIZONTALEMENT
1. Lieu commun. - 2. Frais pondues.
- 3. Le siège de Constantinople.
- 4. Doublé à la Cinecittà. Difficile
à rencontrer. - 5. Il filait doux.
Façon de tomber ou de pousser.
- 6. Échappements libres. Attire
les snobs. - 7. Géant de l’or noir.
L’art de monter sur les planches.
- 8. Lisait la fumée dans le ciel.
Mutuelle à scandales pour
Cambadélis, DSK et consorts. - 9.
Pile-poil. - 10. Gars de la Garonne.
- 11. Se charge de la pagination.
- 12. Sujet en crise.
35
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
«TPMP»
PROBLÈME N° 4854
jeudi 11 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Firmin
Soleil : Lever 08h05 - Coucher 19h08 - Premier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton. Avec Ingrid Chauvin 20.00 Le
20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine.
19.25 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
20.50
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Football
21.00
Magazine. Reportage
19.25 Friends. Série. Avec Courtney
Cox, Matthew Perry. 4 épisodes.
MATIN
21.00 Total Recall :
mémoires programmées
16
60
Film. Science-fiction. Can-EU.
2012. Réal. : Len Wiseman. 2h01.
Avec Colin Farrell, Jessica Biel, Kate
Beckinsale, Bryan Cranston.
Série. Policière
15
14
15
Match amical. En direct du stade
du Roudourou, à Guingamp. (Côtes
d’Armor). Un match de préparation solide pour les Bleus cinq jours
avant d’affronter l’Allemagne au
Stade de France.
23.00 Après match. Magazine
23.15 Esprits criminels Série.
Avec Thomas Gibson. 3 épisodes.
19.55 L’info du vrai, le mag (C) 20.45
Le JT pressé (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C).
Envoyé spécial
Prés. : Élise Lucet. 1h55. Inédit. «Mal
garé ? Mal barré !». La loi confie désormais aux communes le contrôle
du stationnement payant... - «Redoine Faïd : la confession secrète»
- «Gaza, une jeunesse estropiée».
22.55 Complément d’enquête
Magazine. Fac, boulot : réussir à tout
prix... ? Inédit 0.10 Basique le concert
19.00 Deltas du monde 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine
20.52 50 nuances de Grecs. Série.
21.05
GB. Saison 4. Avec Martin Compston, Adrian Dunbar, Vicky McClure.
Inédit. Roz Huntley subit une forte
pression de la part de ses supérieurs
pour arrêter un meurtrier en série.
22.00 Line of Duty : enquêtes
internes Série. Avec Thandie New-
ton. 2 épisodes. Inédits 0.10 Soir/3
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de ménages. Série. Avec Frédéric Bouraly,
Marion Game, Gérard Hernandez.
20.55
Film TV. Action
21.00
Série. Drame
15
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Mag.
Line of Duty :
enquêtes internes
Film. Comédie
21.40 Titanic, la vérité dévoilée.
Documentaire 22.30 C dans l’air
15
14
15
17
Doc. 2018. Réal. : Olio Sloane. 0h50.
Inédit. Beaucoup de questions sur
le naufrage du «Titanic» restent
encore aujourd’hui sans réponses.
14
13
15
20.50 Titanic, autopsie
d’un naufrage
13
14
15
50
11
12
16
15
14
15
11
11
16
13
23.10 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
France/Islande
15
18
19
16
19
20
15
19
40
21
APRÈS-MIDI
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Simon Helberg. 2 épisodes.
24
50
24
16
26
20
Film. Comédie dramatique. Fra. 2011.
Réal. : X. Giannoli. 1h53. Avec Kad
Merad. Sans en connaître la raison,
un homme est adulé par le public et
pourchassé par les paparazzis.
21
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23.05 Contre-enquête. Film 0.50 La
malédiction de la pyramide. Film TV.
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20.55 Superstar
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19.05 Alaska, la dernière frontière.
Téléréalité.
Représaille
EU. 2018. Réal. : Brian A. Miller. 1h29.
Inédit. Avec Bruce Willis, Frank
Grillo, Johnathon Schaech, Olivia
Culpo. Le directeur d’une banque et
un ancien flic traquent le cerveau
d’un sanglant cambriolage.
22.35 Rolling Stone Magazine :
Stories From the Edge Série doc.
Inédit 23.20 Les ex. Film.
Les héritiers
Dan. Saison 2. Avec Trine Dyrholm,
Carsten Bjørnlund, Mikkel Bœ Følsgaard, Marie Bach Hansen, Jesper
Christensen. 2 épisodes. Inédits.
Signe annonce à tout le monde son
intention de vendre le domaine.
22.45 Les héritiers Série. Inédit
23.40 Marija. Film. Drame 1.15 Arte
journal 1.40 M.A.S.H. Film.
L’arnacœur
Fra. 2010. Réal. : Pascal Chaumeil.
1h45. Avec Romain Duris, Vanessa
Paradis, Julie Ferrier, François Damiens. Payé pour briser des couples,
un homme séduit une femme sur le
point de se marier et s’éprend d’elle.
23.05 L’amour par défauts Jeu.
20.50 Charles-de-Gaulle :
le grand check-up
<-10 à 0
Doc. Historique. 1h15. Inédit. Dans
le port de Toulon, le porte-avions
Charles-de-Gaulle subit une révision hors-normes de dix-huit mois.
22.05 Porte-avions, fleurons de la
marine française. Documentaire.
Minda 0.45 L’amour par défauts.
Téléréalité. Maxime.
19.10 Charmed. Série. Menace du
futur - La sorcière de Salem.
19.25 Quotidien, première partie.
Talk-show 20.10 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Un bonheur
n’arrive jamais seul
21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
21.00 Enquête sous haute
tension
Film. Comédie sentimentale. Fra.
2011. Réal. : James Huth. 1h50. Avec
Sophie Marceau, Gad Elmaleh,
Maurice Barthélemy.
23.00 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Tatiana Silva.
Série. Policière. EU. 2016. Saison 1.
Avec G. Sinise. 2 épisodes. À Portau-Prince, un couple d’Américains voit
leur petite fille de 4 ans kidnappée.
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série. 4 épisodes.
SU DO KU
GRILLE 2690 CONFIRMÉ
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RASLE-BOL
RÉGION
DE
FRANCE
SOLUTION DU N° 2689
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FIGARO_sem-41.indd 4
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MOTOCROSS
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DE PROGRAMME
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22.55 Storage Wars : enchères
surprises. Téléréalité.
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TUNIS
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SAMEDI
12/24
Film TV. Comédie dramatique. Fra.
2002. Réal. : R. Bohringer. 1h30. Avec
Antoine N’Guyen. Poil de Carotte, un
petit garçon roux, est depuis toujours persécuté par sa mère.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
FORCE 2
GRANULES
GROUPE
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UNE
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PRESSE
0 à 10
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
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21.00 Poil de carotte
23.00 Enquête sous haute tension.
Magazine. Prés. : C. Rousseau.
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15/21
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ALGER
BARCELONE
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COPENHAGUE
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MOTS FLÉCHÉS N°2098
Chaque jour un peu plus difficile
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1
Magazine. Société. Prés. : Carole
Rousseau. 2h00. Pompiers et Samu
du Nord : course contre la montre
pour sauver des vies. Inédit.
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T (en °c)
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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R E C U L S
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07/09/2018 10:16
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 11 octobre 2018
37
Caroline Dublanche,
FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS/RTL
ses nuits sont
plus belles que nos jours
SUCCÈS Après dix-neuf années passées sur Europe 1,
où elle était, sur sa tranche nocturne, leader en termes d’audience,
l’animatrice et psychologue a été débauchée par RTL.
Sarah Lecoeuvre
slecoeuvre@lefigaro.fr
D
ans la rue, personne ne reconnaît cette brune, à la silhouette
longiligne et au visage rieur. À
moins de percevoir sa voix
douce et enveloppante. Car
pendant dix-neuf ans, Caroline Dublanche a égayé les nuits
d’Europe 1 dans sa libre antenne. « On m’imagine blonde, comme l’une des bonnes fées de La Belle au bois dormant », s’amuse la
digne héritière de Ménie Grégoire qu’écoutait sa
grand-mère.
Avec 200 000 auditeurs quotidiens, la psychologue de 51 ans était la dernière animatrice de la rue
François-Ier leader de sa tranche. De quoi titiller la
concurrente RTL qui, à la fin de la saison dernière,
lui a proposé de la rejoindre. Banco. Depuis la rentrée, Caroline Dublanche a donc installé son divan
dans les nouveaux locaux de la station à Neuillysur-Seine. « Avec mes audiences au beau fixe, on
me fichait une paix royale à Europe 1. Presque un
peu trop. J’avais besoin de changement. La proposition de RTL est arrivée au bon moment. »
La situation de son ancienne maison l’a
convaincue de partir. Et la mise à l’écart de son
ami Franck Ferrand tiendra lieu de déclic. « Elle
puis l’enfance, j’ai cette facilité à m’identifier aux
autres. À l’école, je prenais sous mon aile les enfants
en difficulté. Ce qui inquiétait mes parents car je ramenais toujours des copines un peu instables à la
maison. » Elle parlerait pendant des heures de ses
auditeurs. Après chaque émission, elle refait l’histoire avec son équipe. Chez elle, en se démaquillant, elle pense aux questions qu’elle n’a pas eu
le temps de poser. Elle en parlera aussi à sa psy
qu’elle voit régulièrement. D’autant que certaines
histoires la hantent. Surtout celles
qui dissimulent des violences faites
aux femmes ou aux enfants.
Ses premières expériences professionnelles au sein de l’association Enfance et Partage, où elle of1966
ficie au standard du numéro vert,
Naissance à Brivepuis au planning familial où elle
la-Gaillarde (Corrèze).
anime des groupes d’adolescents,
1989
lui permettent de mieux appréBénévole à Enfance
hender les témoignages difficiles.
et Partage.
« Là-bas, j’ai constaté toute la per1999
versité de l’être humain. J’ai entenArrive sur Europe 1.
du des histoires que je suis encore
Son émission, « Libre
incapable de raconter aujourantenne », sur la tranche
d’hui. » Elle admire Christine Anhoraire 23 h-1 h du matin,
got qui a su coucher sur papier une
réunit 200 000 auditeurs
partie de son vécu dans L’Inceste.
en moyenne, quand
Pourquoi est-elle si préoccupée
elle décide de partir,
par ces sujets ? « Quelque chose lié
après 19 ans d’émission.
à l’enfance », reconnaît-elle sans
2018
s’étendre. Car même si Caroline
Arrive sur RTL.
Dublanche répond aux lettres de
m’a profondément ébranlée. Je me suis dit, c’est moi
la prochaine sur la liste ? » Laurent Guimier, le
nouveau patron de la radio, n’a même pas cherché
à la retenir « Il ne pensait pas que j’allais partir, un
choc pour lui », révèle-t-elle. Il n’y a qu’à voir la
mine exaspérée du principal intéressé à l’évocation de Caroline Dublanche pour confirmer la déception de ce départ. « Rares sont les animateurs
qui partent avec leurs auditeurs », tance-t-il amer.
« Caroline nuit blanche »
Pas si vite. Chaque soir, à son micro,
bon nombre de ses fidèles se manifestent à l’antenne. « Vous nous avez
manqué pendant les vacances ! »,
peut-on par exemple entendre. Il faut
dire que RTL n’a pas lésiné sur les
moyens pour les prévenir que la reine
des nuits a bien changé de crémerie.
Sur les panneaux publicitaires, les
spots radio ou à la télé, Caroline Dublanche s’est affichée partout à la
rentrée. Même le nouveau slogan de
la radio « On a tellement de choses à se
dire » semble avoir été écrit pour elle.
« On sent qu’il y a de la considération
pour votre travail, c’est stimulant. Il a
fallu que je change ma garde-robe ! »,
se réjouit-elle.
Chaque année, celle qu’on surnomme « Caroline nuit blanche » écoute
des centaines de milliers d’histoires.
Avec toujours la même passion. « De-
Bio
EXPRESS
ses auditeurs chaque jour, elle tient à garder une
distance. Preuve en est : elle n’a accordé que très
peu d’interviews en vingt ans de carrière.
« Rendez-vous manqué »
« Je n’aime pas parler de moi », constate-t-elle
« Même dans ma vie, je suis assez sauvage, il me
faut du temps pour laisser quelqu’un entrer dans
mon intimité. » Elle fendra tout de même l’armure
en révélant le plus grand regret de sa vie : ne jamais avoir eu d’enfants. « À un certain moment, je
me le suis interdit, concède-t-elle avec émotion. Je
ne me sentais pas capable d’être maternelle. Finalement, j’ai compris qu’il existait plusieurs façons de
l’être. Ce rendez-vous manqué reste quelque chose
de douloureux. »
Maternelle, elle l’est avec ses auditeurs, ses neveux et nièces, ses amis et Lili, son inséparable
Jack Russell de 11 ans. Comme nous l’apprend Paul
Delair, son plus proche collaborateur, Caroline
Dublanche voue une passion aux animaux.
« L’autre soir, dans le studio, juste avant un direct,
elle a essayé de sauver une souris d’un piège en papier. C’était assez hallucinant. Elle ne tuerait pas
une mouche ! », relate le producteur de son émission qui considère sa patronne comme sa tante.
« Les animaux m’apaisent », précise-t-elle. Plus
tard, elle aimerait retrouver une part de son enfance à Brive-la-Gaillarde et vivre dans une maison entourée d’animaux. Encore plus tard, si on lui
offrait une deuxième vie, elle rêverait, dit-elle, de
se réincarner en Jane Goodall, la célèbre primatologue. Seules les bonnes fées peuvent rêver. ■
UN DERNIER MOT
20 HÉROS D’UNE SAGA
EXTRAORDINAIRE
edemontety@lefigaro.fr
Par Étienne de Montety
Fiche [fi-ch’] n. f.
Fausse note.
L
e syndicat Force ouvrière est accusé d’avoir rédigé des fiches sur certains
de ses cadres.
Le mot vient du verbe latin figere, fixer : faire des fiches sur quelqu’un donne
effectivement l’impression de figer quelque chose dans le marbre ; quand bien même
ces fiches seraient numériques, c’est embarrassant.
Reconnaissons-le, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la République
qu’une révélation portant sur des fiches constitue une affaire. Sauf que dans le cas
qui nous intéresse, ce sont des dirigeants qui fichent leurs propres cadres.
Comme s’ils n’avaient rien d’autre à fiche que de ficher.
Que sont ces fiches ? Un recueil d’informations qu’il faut bien qualifier de fiches
d’alimentation : elles nourrissaient des dirigeants en détails sur les gens,
leur Q. I., leurs opinions et leurs goûts divers.
Ce scandale a au moins un mérite : celui de fiche à l’eau une pratique inadmissible.
Maintenant, quoi qu’il arrive, le fichier est fichu.
Et si l’on trouve son instigateur, il devrait l’être aussi : à la porte. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Dans la dernière ligne droite avant l’élection du président
de la Fédération LR de Paris, ces samedi et dimanche,
Jean-Jacques Giannesini (photo), soutenu notamment par
Philippe Goujon, président sortant de la Fédération et maire
du XVe, et par Claude Goasguen, député du XVIe, a obtenu le
ralliement de Michael Miguères. Cet élu parisien, par ailleurs
écrivain, n’a pu obtenir le nombre de parrainages nécessaires
pour se maintenir. « Giannesini saura remplir avec succès
et panache la mission difficile de structurer et d’animer l’appareil militant
de la droite à Paris », dit-il.
21€
À retrouver chez votre libraire
La députée européenne (LR) Rachida Dati
a été nommée rapporteur pour le groupe
PPE (conservateur) du règlement pour
la prévention de la diffusion de contenus
terroristes en ligne. Ce texte devrait
imposer aux plateformes numériques
la suppression, en une heure,
des contenus terroristes signalés, sous
peine de sanction. Ce débat intervient
alors que Rachida Dati a proposé de créer
une responsabilité pénale des géants
du Net, qu’elle a fait voter en 2015
au Parlement européen, afin de lutter
contre la radicalisation et le terrorisme.
Retailleau plaide
« l’unité de la droite »
Le président de Force républicaine
et du groupe LR au Sénat
a réuni une nouvelle fois
des parlementaires, mercredi.
Ils étaient une cinquantaine contre
une trentaine trois mois plus tôt.
Parmi eux, plusieurs membres
de la direction de LR – Annie
Genevard, Valérie Boyer, Julien
Aubert –, les sénateurs Dominique
Estrosi-Sassone, Marc-Philippe
Daubresse, Jean-François Rapin et
les jeunes députés Thibault Bazin,
Raphaël Schellenberger. Retailleau
les a appelés à « l’unité de la droite ».
A
Internet : le Parlement
européen en lutte contre
les contenus terroristes
BERTRAND GUAY/AFP
LR : la tension monte avant l’élection
du président de la Fédération de Paris
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LA MONUMENTALE SOMME
SUR LA IVE RÉPUBLIQUE DE
GEORGETTE ELGEY REPARAÎT PAGE 6
RUE DES ARCHIVES/AGIP
littéraire
lefigaro.fr/livres
Londres d’hier
et d’aujourd’hui
DOSSIER La capitale anglaise est en permanente mutation.
Plusieurs romans et essais saluent son énergie transgressive.
PHILIPPE BRAULT/AGENCE VU
PAGES 2 ET 3
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
aux quartiers périphériques ? Ce faisant,
Martin-Chauffier, volontiers sarcastique,
met en exergue les préjugés qui s’attachent
à la banlieue, ceux qu’elle suscite, ceux
qu’elle produit : le défunt fait partie de la
petite classe moyenne, la « beurgeoisie » ;
on n’est pas chez les damnés de la terre. Les
deux policiers impliqués ne sont pas des
nervis, tant s’en faut.
Dans un événement comme celui-ci, rares
sont ceux qui ont intérêt à ce que la vérité
triomphe. Elle est la grande oubliée de la
société du spectacle. La mort de Driss Aslass
dérange les autorités municipales, qui ont
établi un modus vivendi avec les représentants de la cité. Les avocats de la famille
présente
s’offrent un moment médiatique à peu de
frais. Et quand la presse (que l’auteur
connaît bien) entre en scène, on comprend
vite que ce n’est pas pour se faire l’auxiliaire
de la justice, ni de la démocratie. C’est le
grand art de l’écrivain de montrer, avec ironie, ce qu’il y a de pose, d’imposture même,
dans le récit de ces accidents tragiques.
Amateurs de romans policiers s’abstenir.
Martin-Chauffier n’est pas Conan Doyle, ni
Simenon. Il s’intéresse moins à l’élucidation de cette ténébreuse affaire qu’à ce
qu’elle révèle. Elle lui est un prétexte pour
sonder les zones grises de la société française. S’il arpente l’affaire Aslass, revenant
sans cesse sur les tenants et les aboutissants
de sa mort, c’est aussi pour jeter une lumière crue sur les recoins obscurs de la nature humaine. Il le réussit avec maestria.
Et que nous fait-il découvrir ? On ne dira
que ceci : le cœur de l’homme peut facilement être un grain de sable d’un scénario
trop bien construit. ■
CHRISTIAN BOBIN
LA NUIT
DU CŒUR
GALLIMARD
CHRISTIAN
BOBIN
La nuit du cœur
L’ÈRE DES SUSPECTS
De Gilles Martin-Chauffier,
Grasset,
286 p., 20 €.
gallimard.fr I facebook.com/gallimard
A
La relation minutieuse de l’événement permet à l’auteur d’établir la radioscopie d’un
pays traumatisé par les attentats, fragile
dans l’émotion comme dans l’indignation.
Qu’est-ce que cette mort représente ? Pour
une famille, c’est un drame. Pour un pays,
une preuve. La preuve de quoi ? De la violence policière, de la délinquance inhérente
Gallimard
Photo C. Hélie © Gallimard
C’
EST un fait divers comme
les médias en relatent régulièrement, pris d’effroi
et de passion : à Versières, ville moyenne d’Îlede-France, une altercation éclate entre
une patrouille de police et un jeune habitant d’un quartier périphérique, qui tourne à la course-poursuite. Le lendemain, le
fuyard est retrouvé mort. Que s’est-il
passé ? La police, la justice, mais aussi les
chaînes d’information continue s’emparent de l’affaire. C’est peu dire qu’elle
prend des proportions énormes. Le défunt et sa fin mystérieuse sont vite négligés au profit de l’utilisation périlleuse de
ces ingrédients explosifs que sont l’immigration, l’urbanisme, le racisme. On croirait qu’on vient d’allumer la télévision.
Pour mieux explorer son histoire sous toutes ses facettes, le romancier Gilles MartinChauffier choisit de donner la parole à ses
personnages. Aux trois protagonistes, Driss
Aslass, la victime, le gardien de la paix
Gicquel et la stagiaire Danièle Bouyx, mais
aussi au commissaire de la ville, à la directrice de cabinet du ministre de l’Intérieur, à
la mère de la victime, au délégué à la jeunesse de la mairie, etc. Chacun a sa voix,
assurée ou haut perchée, ou gouailleuse,
pour produire sa version, sinon des faits du
moins de la situation telle qu’il la voit.
Les zones grises
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Ville labyrinthe,
ville mutante
DOSSIER Féru de psycho-géographie, Iain Sinclair ausculte Londres, fait parler ses murs et réveille
la mémoire de ses lieux qui inspirent aussi Peter Ackroyd, Thomas B. Reverdy et Amy Liptrot.
QUITTER LONDRES
De Iain Sinclair,
traduit de l’anglais
par Maxime Berrée,
Inculte,
461 p., 23,90 €.
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
C
HARLES DICKENS, le
plus célèbre piéton de
Londres, tient en Iain
Sinclair un héritier de
premier plan. À 75 ans,
ce Gallois est devenu le plus londonien des écrivains britanniques. Depuis Lud Heat en 1975, il
a
consacré
une
vingtaine
d’ouvrages à la mégapole, dont
une trilogie essentielle composée
de London Orbital (2002, traduit
chez Inculte en 2010, en poche
chez Actes Sud en 2016), London
Overground (2015, Inculte, 2016
et Actes Sud, 2018) et aujourd’hui
The Last London (2017), devenu
en français Quitter Londres.
Influencé par la psychogéographie chère aux situationnistes et à
Guy Debord, Sinclair a consacré
ses quatre dernières décennies à
dériver dans le paysage urbain
londonien. Un carnet à la main,
comme Zola en son temps, un copain à ses côtés, photographe,
poète, écrivain, il a systématiquement et méthodiquement
scruté, observé, décrit la capitale,
ses ruines, ses tags, comme une
sorte de corps humain, une image
ensuite reprise par l’autre grand
spécialiste de Londres, son biographe, Peter Ackroyd (voir cidessous). « … notre ville est un être
conscient, un organisme vivant et
alerte dans toutes ses parties. Et
capable, génération après génération, de se renouveler en restaurant et en conservant les mythes
qui comptent. En tempérant la cupidité. Par les protestations justifiées, et les délires de la foule appelant une réaction. Ce qui oblige
la sinistre machinerie de l’État à
s’affirmer à travers de nouvelles
technologies de répression, une
gamme plus subtile de tasers ou de
routes. Après tant d’avortements
et de renaissances, Londres est un
ventre épuisé. Mais quelque chose
de différent émergera sûrement.
Comme toujours. »
Pour comprendre la méthode
Sinclair, aux antipodes de celle
des guides pour touristes, il faut
se plonger dans le passionnant
ouvrage qu’il a publié en 1999
avec Rachel Lichtenstein, Le Secret de la chambre de Rodinsky (Le
Rocher, 2001, réédité par Inculte
aujourd’hui). « J’avais soif d’histoires du quartier. […] Je tendais
une oreille indiscrète aux propos
des canailles à la retraite, je contestais les plans du quartier. Avec
pédantisme j’essayais de faire
coïncider ce paysage avec les riffs
visionnaires de Blake et De Quincey. Je pillais les légendes. […]
Comprenais comment les hommes
devenaient des dieux. Comment on
pouvait les convoquer hors du
grand rêve, où les véritables humains munis d’un acte de naissan-
ce se mêlent aux fictions immortelles, à Sherlock Holmes, à Fu
Manchu, au Dr Jekyll, au Dr Mabuse et au Golem de Prague. […] Je
traquais les rumeurs, j’étais un
indic, un espion sans solde. Je me
débrouillais pour trouver des
boulots de manœuvre qui nourrissaient mon obsession pour la géographie mythique, pour les énergies potentielles enfermées dans
les ghettos dégradés, dans les zones mortes en évolution. »
La vision de Sinclair est donc
celle d’un poète engagé, sarcastique, dont la plume convoque
d’un côté les images étonnantes
d’un Londres englouti et cingle de
l’autre les dirigeants anglais responsables, à ses yeux, des mutations pas toujours heureuses de la
mégapole. Dans London Orbital,
Sinclair sillonne la M25, nouvelle
et gigantesque autoroute ceinturant le Grand Londres. Un chantier pharaonique lancé par la
Avec Shakespeare, Lord Byron, Oscar Wilde
A
S
FRANÇOIS RIVIÈRE
ANS le talent qu’on lui
connaît, Peter Ackroyd
aurait pu faire de ce panorama de la vie homosexuelle à Londres des
Romains à aujourd’hui un savant
essai sur le thème de la confusion
des genres. Mais l’historiographe
inspiré du grand labyrinthe londonien (Londres. Une biographie, Philippe Rey, 2016) et romancier du
Testament d’Oscar Wilde a préféré
faire de Queer City un kaléidoscope
aux couleurs contrastées reflétant
de façon complice l’imagerie de
son œuvre d’écrivain. Ainsi, dès les
premières pages de cette audacieuse rétrospective se dessine le plan
ou plutôt la scène d’un théâtre où
va se jouer le spectacle d’une tragicomédie de mœurs aux rebondissements multiples. Après avoir été
informé de ce que les Normands
étaient « bien connus pour leurs
penchants sexuels particuliers » et
qu’ils portaient les cheveux longs,
le lecteur apprend que le propre fils
de Guillaume le Conquérant, au
grand désespoir de son viril papa,
préférait aux jeux avec les filles la
peau douce de ses camarades. Côté
littérature, l’initiateur de la fiction
anglaise Geoffrey Chaucer évoque
dans ses Contes de Canterbury un
vendeur d’indulgences ayant « un
rapport sexuel illicite avec un mineur ». La gent ecclésiastique ne
cessera plus, au fil des siècles,
d’être en butte aux dénonciations
et aux persécutions. Ces dernières
redoublent sous Henry III et l’utopiste Thomas More en fera les frais.
À l’époque élisabéthaine, Londres constitue le décor d’un théâtre érotique. Les boy actors prolifèrent sur scène. L’œuvre de
Shakespeare ne manque pas de
faire allusion à l’amour interdit au
détour du Marchand de Venise ou
de La Nuit des rois. Quant aux pièces du sulfureux Christopher Marlowe, elles ne sont pas loin de
constituer un véritable théâtre
queer. Parlons aussi des femmes,
« ces bambocheuses qui s’habillent
en hommes ». Le dramaturge Ben
Jonson, dans Épicène, ou la Femme
silencieuse (1609) évoque un collège hermaphrodite. Le XVIIe siècle verra bientôt se multiplier les
lieux de rendez-vous pour hommes, comme Field Lane ou les
ruelles du quartier de Clerkenwell.
Érotisme hors norme
Dans son fameux Journal, Samuel
Pepys s’intéresse aux accoutrements des gens de la cour et y découvre les signes d’un érotisme
hors norme. Peter Ackroyd prend
un plaisir évident à livrer quelques
croustillantes anecdotes prouvant
qu’en dépit de la création en 1691
d’une Société pour la réforme des
mœurs, les plus hauts personnages ne se privaient pas d’afficher
leurs préférences. Tel Guillaume III, dont Swift a dit qu’il « était
de deux sortes, masculin et féminin » et dont le favori, fait duc
de Portland, était considéré par
l’opinion comme « le catamite qui
gouverne seul l’État ».
À l’approche du XIXe siècle, la
carte des clubs de rencontres englobe la City et le West End où se
concentrent les lieux de divertissement. Des amazones célèbres
comme Sarah Churchill, l’épouse
du duc de Marlborough, y dé-
fraient la chronique. Les romanciers n’hésitent plus à croquer de
pittoresques personnages queer,
tel le capitaine Whiff dans Roderick Random de Tobias Smollett.
Ce qui n’empêche pas la répression de se renforcer. Une dénonciation suffit, ainsi que le formule
Lord Byron, lui-même très exposé : « Le simple fait qu’on dise cela
d’un homme signifie sa destruction
et sa ruine, dont il ne pourra jamais
se relever. » Le destin d’Oscar Wilde confirmera ses dires. La population des public schools, « censée
se vautrer dans la fange », est particulièrement visée. L’helléniste
Addington Symonds, bravant la
lutte des classes, répond à l’invitation des soldats de la Garde qui
se prostituent à deux pas du palais
de la Reine. En 1885, le Parlement
fait voter la loi instaurant le délit
de « grave indécence » qui causera
bien des soucis à des personnes
parfois illustres fréquentant les
vespasiennes de la gare de Waterloo. Les lois ont évolué, mais,
comme le disait William Blake en
1809, « les noms changent, les choses ne changent jamais ». ■
Dame de fer, sa cible préférée. En
avril 2013, l’ex-premier ministre,
qui vivait alors dans une suite offerte par le Ritz, décède. Sur un
écran de télé, le piéton observe :
« Les funérailles de Lady Thatcher,
la grande dirigeante, la guerrière
froide et permanentée, l’inauguratrice en chef d’autoroutes périphériques, surclassée de sa suite gratuite au Ritz aux cieux euxmêmes, venaient de commencer… »
Du pessimisme
au fatalisme
Dans London Overground, il emprunte la Ligne Orange, une
nouvelle ligne de métro ouverte
en 2010 par le maire conservateur Boris Johnson, une autre de
ses cibles. Le jour où l’édile lance
une opération vélo à Londres,
Sinclair est encore là : « Boris Johnson est soudé à sa selle ; prêt
pour les objectifs, il égratigne les
journalistes de ses maladresses.
Descente aux
ALICE DEVELEY
adeveley@lefigaro.fr
L’
QUEER CITY
De Peter Ackroyd,
traduit de l’anglais
par Bernard Turle,
Philippe Rey,
313 p., 20 €.
ÉCART, c’est le titre
du premier roman
d’Amy Liptrot. Un
mot polysémique qui
entraîne d’emblée le
lecteur dans un autre espace. Un
monde en dehors des lignes. Qu’y
a-t-il entre l’écart ? Jusqu’où
peut-il aller ? Le concept exploratoire promet une traversée dans le
noir. Un voyage vers les bords de
la société. Amy Liptrot ne tarde
pas à nous prendre au mot. Son livre, autobiographique, s’ouvre
sur sa naissance. Maman a accouché en avance. Elle est en fauteuil.
Papa, stressé par l’événement, est
également sur un fauteuil. En camisole de force. Très vite le lecteur comprend que les Liptrot
sont « différents ».
Maman est évangéliste, Papa,
bipolaire et schizophrène. Amy
grandit avec sa petite famille dans
une ferme sur la plus grande île de
l’archipel des Orcades, en Écosse.
L’enfant y côtoie les brebis, les
agneaux. Y compris les « esprits
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LE FIGARO
jeudi 11 octobre 2018
LE CONTEXTE
Londres et sa fameuse
tour proche du pont
de Londres que Sinclair
décrit comme
« une dague géante
sans aucune raison d’être :
un point d’exclamation
sur la Google Map
d’une ville abolie (...). »
Londres fascine, Londres envoûte. Mégapole, place financière
mondiale, elle ne cesse de s’étendre, de se moderniser, à l’image
de ses tours futuristes. Entre la City des traders et certains
vieux quartiers à la traîne du progrès, le contraste est grand.
Deux essayistes, Iain Sinclair et Peter Ackroyd, en étudient
les mystères, les mythes et la réalité parfois sordide. La
fascination pour Londres touche également un romancier français
talentueux, Thomas B. Reverdy, qui y situe son dernier roman
en 1979, l’année de sortie de l’énergique London Calling des Clash.
3
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Thomas B. Reverdy : la cité de l’Apocalypse
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES
comme autant de crocs ». Le chapitre que Sinclair consacre à
« The Shard », cette fameuse tour
aiguisée comme un tesson proche
du pont de Londres (signée Renzo Piano), mérite le détour : « Elle
vous agresse : la vanité faite architecture. Une fleur de désert
poussée au mauvais endroit. Le
blanchiment d’argent comme art
appliqué. Un inexplicable musée
de l’entropie pour oligarques, au
bord du fleuve. Une dague géante
sans aucune raison d’être : un
point d’exclamation sur la Google
Map d’une ville abolie qui jadis
s’appelait Londres. »
On l’aura compris, lire Sinclair
est une expérience à nulle autre
pareille : un festival d’érudition et
d’intuitions géniales que même
les Froggies sauront apprécier.
Une balade entre nostalgie et colère en compagnie d’un écrivain
capable de faire parler les pierres
autant que les hommes. ■
LE SECRET
DE LA CHAMBRE
DE RODINSKY
De Iain Sinclair et
Rachel Lichtenstein,
traduit de l’anglais
par B. Hoepfner
et M.-C. Peugeot,
Inculte/Barnum,
443 p., 9,90 €.
Thomas B. Reverdy se glisse dans
le sillage de son héroïne slalomant
dans les quartiers de Londres.
Reverdy promène son roman
comme une caméra à travers les
quartiers de Londres, se glissant
dans le sillage de son héroïne qui
file, slalome, danse sur son vélo de
coursier, son boulot alimentaire.
Délicieuse Candice, tout juste
vingt ans, cheveux ambrés comme
la bière, « yeux gris comme la pluie
d’Angleterre », on dirait qu’elle
vole, son sac de messager en bandoulière, « on dirait qu’elle poursuit
un rêve qui lui échappe ». Étudiante
en théâtre, elle joue dans une compagnie féminine le rôle-titre de la
pièce la plus noire de Shakespeare,
Richard III, l’homme qui ne recule
devant rien pour accéder au pouvoir, le personnage à qui l’on doit
la réplique célèbre, reprise par le
Sun pour qualifier l’hiver 1979 et
qui donne son titre à ce roman :
« Voici venir l’hiver de notre mécontentement. »
Les chapitres s’enchaînent comme les chansons d’un album, cha-
“Un grand roman !”
Guillaume Erner,
Les Matins de France Culture
“Un texte puissant dans la veine
des grands romans sociaux
russes ou sud-américains. Un
écrivain de grand talent, un
homme rare dont le courage
n’est pas que littéraire.”
L’ÉCART
De Amy Liptrot,
traduit de l’anglais
par Karine
Reignier-Guerre,
Globe,
336 p., 22 €.
*Également disponible en livre numérique
diants plongent alors dans les
paradis artificiels. Au milieu des
« canailles alcooliques et de la faune interlope », Amy se transforme
en Tantale. Incapable d’étancher
la soif de la bête qui l’habite, le
monde la quitte. Amour, logement, emploi… tout disparaît.
Sauf l’envie de boire.
Amy Liptrot ne manque pas
d’audace dans ce premier roman
tiré de son histoire personnelle.
Non contente de s’attaquer au tabou de l’alcoolisme chez les femmes, elle révèle avec un rare talent du détail le quotidien d’une
droguée en plein naufrage. Ses
obsessions, ses angoisses, ses
peurs…
Tout est raconté comme dans
un journal intime, à la première
personne du singulier. Faut-il
souffrir pour se faire plaisir ? Amy
s’introspecte. Plonge au fond
d’elle-même. Se répète parfois,
mais avance tout le temps. Sans
pathos. Son retour sur l’île natale
ne sera pas une régression mais
une révélation. L’Écart est le récit
d’une chute, mais la brillante histoire d’une libération. ■
Mais le plus beau de ce roman aux
teintes de nuit et d’aurore, c’est la
peinture du chaos, du mélange de
peur et de joie qu’il suscite, parce
que « le chaos, c’est quand tout devient possible ». Tout s’accélère, se
lézarde. En chacun s’éveille l’attente d’un autre monde. Et si la
matière opaque elle-même allait se
fracturer, dévoiler quelque chose ?
Reverdy n’est jamais meilleur
que lorsqu’il peint la fin de la nuit,
l’avènement du jour, le moment où
des créatures nocturnes sortent des
clubs de Soho, « peau pâle aux ombres grises » et courent chez elles
« comme des vampires essayant
d’éviter la morsure de l’aube ».
D’autres au contraire ne se lassent
pas de contempler « le ciel qui
s’ouvre à l’aube rose comme un ventre accouchant du jour », la lumière
qui se lève et « révèle peu à peu le visage du monde ».
C’est ce que fait Jones, le pianiste
de jazz qui ne trouve plus sa place
dans cette ville, n’arrive même plus
à écrire sa musique. À travers ce
beau personnage, Reverdy esquisse
un art poétique. Il rêve d’écrire un
roman musical, « imprévisible comme la vie, sans début et sans fin, qui
ne raconterait pas d’histoires » mais
« raconterait le monde, les gens
comme ils vont et les choses comme
elles arrivent ». Avec ce roman,
Thomas Reverdy réalise son rêve. ■
PRIX TRANSFUGE DU MEILLEUR ROMAN ARABE
enfers de Londres
des fées » sur le plus grand pacage
de leur pré, autrement nommé
« l’écart ». Très tôt, Amy, la
« tempétueuse », veut quitter l’île,
« être au cœur de l’action ». Très
tôt, pourtant, à quinze-seize ans,
Amy enchaîne les bouteilles d’alcool. Officiellement, pour connaître « de nouvelles expériences »,
officieusement pour tromper
l’ennui. Mais Amy s’accommode
du vide qu’elle remplit chaque
jour en elle. Elle veut vivre son
« rêve américain » et se rend Londres à ses dix-huit ans.
Nouvelle coupe de cheveux,
nouvelles
tenues,
nouveaux
amis… Londres semble offrir un
second départ à Amy, qui s’amourache d’un garçon rencontré au
détour d’un concert de rap. En
réalité, la capitale libère une
« énergie démoniaque ». Comme le
Paris de Baudelaire, « fourmillante
cité, cité pleine de rêves », le Londres d’Amy Liptrot est trop cher
et surpeuplé. Seuls ceux qui portent le costume et celles qui revêtent la robe portefeuille peuvent
l’habiter. Le reste doit bouger.
Face à l’enfer londonien, les étu-
Quand tout s’accélère
Mohammed Aïssaoui,
Le Figaro Littéraire
“Un roman haletant.”
Valérie Marin La Meslée, Le Point
“Un livre courageux et efficace.”
Clémence Boulouque, Transfuge
“Un grand livre, rempli d’émotions, de luttes et de drames, de tendresse, de vie, de sexe et de violence politique.”
Guy Duplat, La Libre Belgique
A
Insubmersible, sans vergogne, un
ours polaire sur un monocycle. »
Oscillant sans cesse du pessimisme au fatalisme, Sinclair fait
siens les mots du diariste John
Evelyn après le grand incendie
de Londres en 1666 : « Londres
était, mais n’est plus. » Il souligne
aussi que Ford Madox Ford, en
1909, dans Le Futur à Londres,
avait prédit « que Londres, notre
ville en expansion, engloutirait
Oxford, Cambridge et les villages
de la côte sud dans un rayon de
100 kilomètres. »
Les références aux écrivains
sont omniprésentes dans ses textes, de Dickens à Sebald, de Jack
London à son ami Alan Moore, de
Harold Pinter à Kathy Acker.
Aujourd’hui, une Kate Tempest,
jeune slameuse-poète-dramaturge de talent, rejoint cette famille lorsqu’elle décrit Londres
avec « sa gueule béante » et ses
tours « effilées (qui) se dressent
PATRICE NORMAND/OPALE/LEEMAGE
L’HIVER DU
MÉCONTENTEMENT
De Thomas B.
Reverdy,
Flammarion,
220 p., 18 €.
E
N CET hiver 1979, suite à
trois mois de grèves,
Londres est méconnaissable. Le transport routier est bloqué, plus rien
n’est livré, pas le moindre paquet
de porridge. Même les pompes funèbres refusent de travailler. Des
cercueils s’empilent dans les rues.
Les éboueurs ne passent plus. Sur
les trottoirs s’élèvent des montagnes de poubelles autour desquelles tournent des citoyens zélés et
casqués, armés de pulvérisateurs
par la municipalité pour sulfater
les déchets et tenir les rats éloignés. Mais les rats les narguent du
haut des tas d’ordures. Les transports en commun sont à l’arrêt.
Sur les avenues londoniennes, des
forêts de parapluies jouent des
coudes entre les voitures prises
dans des embouteillages monstres.
Pourtant, un frémissement parcourt les décombres. Les passants
se parlent, et c’est comme s’ils
ouvraient les yeux sur l’absurdité
des mécanismes qui régissaient
leur ordinaire. Thomas B. Reverdy
excelle à capter les paysages en
mouvement, les choses qui se détraquent, la lueur de vie qui se lève
à la faveur du désordre.
À la Chambre, le premier ministre travailliste s’agite, tape du
poing, impuissant. Les étudiants se
relaient à Hyde Park et refont le
monde « comme si on allait le leur
donner ». Les ouvriers se tiennent à
l’écart de ces enfantillages, ils regardent à la télévision les politiques
pris de panique, et ça les fait sourire. Plus personne ne contrôle rien,
sauf « peut-être le diable ». On ne
voit pas encore, tapie dans l’ombre,
la Dame de fer qui se prépare à entrer en scène, affûtant ses bons
mots, peaufinant son élocution et
son plan de communication pour
séduire les classes populaires.
cun a son thème et son refrain. Il y a
des chapitres d’amour pour la jeune
Candice libre, farouche, insolente,
paradoxale. Il y a l’histoire de Richard III et celle de Margaret Thatcher qui offrent matière à réfléchir
sur le pouvoir, sur cet étrange besoin de sentir qu’on a un pouvoir
sur les autres. Ici et là, l’auteur élargit le champ, balaye les événements
de la planète, montre qu’il n’y a pas
qu’en Angleterre que 1979 fut une
année de bascule d’un certain ordre
dans un autre, encore plus dur.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4
CRITIQUE
ULF ANDERSEN/AURIMAGES/AFP FORUM
jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
EN TOUTES
confidences
La gastronomie selon Jim Harrison
L’écrivain américain, qui de son vivant était
devenu un mythe après la parution de
Légendes d’automne, était connu pour son appétit gargantuesque et son palais subtil. Deux
ans après sa mort, Flammarion traduit un recueil
des critiques gastronomiques qu’il avait écrites pen-
littéraire
Notre part animale
dant les quinze dernières années de sa vie,
Un sacré gueuleton. On y trouve notamment un article truculent paru dans le
New Yorker sur un déjeuner en France
composé de trente-sept plats,
d’autres articles parus dans Playboy,
Brick, le New York Times, Esquire, sur
la relation entre le chasseur et sa proie
ou sur le jargon abscons des revues viticoles. Des textes pleins de vigueur, assaisonnés de verve sarcastique.
Breton-Éluard,
correspondance au sommet
Le 6 décembre prochain paraîtra chez Gallimard
Correspondance : 1919-1938. Un texte de grande valeur : ce sont les échanges entre l’écrivain
André Breton (1896-1966), fondateur du surréalisme, et le poète Paul Éluard (1895-1952), l’une
de ses figures majeures jusqu’à sa rupture avec
le groupe en 1938. Un document de première
main sur l’histoire des avant-gardes littéraires
du XXe siècle depuis le mouvement dada.
ARNAUD DE LA GRANGE
adelagrange@lefigaro.fr
CHIEN-LOUP
De Serge Joncour,
Flammarion,
472 p., 21 €
L
E CHIEN-LOUP est
troublant, on ne sait jamais ce qu’il tient du
chien et ce qu’il doit au
loup. Dans ses yeux ambre flotte une incertitude. La part
de l’un semble à tout instant pouvoir l’emporter sur celle de l’autre.
Les personnages de Serge Joncour
sont, eux aussi, issus de troubles
croisements, entre l’être domestique et l’homme sauvage.
Avant tout, l’héroïne de son dernier roman est la nature. Celle des
collines du Quercy, où un maquis
griffu décourage les âmes tièdes.
Celle de l’être humain, aussi. Cette
part naturelle et immémoriale que
la « civilisation » n’arrivera jamais
à dompter, pas plus que les fauves
qui hantent ces pages. À la contem-
plation de soi-même, Joncour préfère la puissance du romanesque. Il
fait bien, car le monde qu’il crée
nous en dit plus sur la nature humaine que bien des introspections
affligées.
Cet ogre des mots ne fait pas dans
le selfie littéraire. Il déconnecte
même ses personnages : sur leur téléphone, les barrettes ont disparu.
Ils ne « captent » plus. Au point que
Franck, relié au Wi-Fi comme un
malade à sa perfusion, se croit un
instant coupé de la vie.
Pour les vacances d’été, Lise a
emmené Franck sur les hauts désertés du village d’Orcières, « une
île perdue dans un océan vert et insondable ». Lise est une actrice que
la maladie a dessillée, Franck un
producteur cerné par les jeunes
loups de la génération Netflix. Parisiens, plutôt graines qu’entrecôte, ils vont faire l’expérience du
dénuement. Et, on le comprend
vite, du vrai.
Évocation fantastique
Autour d’une maison maudite que
le monde tient à distance, le passé
rôde. Les chapitres alternent entre
la Grande Guerre et notre époque
connectée. À un siècle de distance,
les histoires s’entremêlent. Dans la
lourdeur de l’été 1914, un dompteur allemand a trouvé refuge ici,
avec ses tigres et ses lions, pour
échapper à la réquisition.
En bas, un village vit dans la
peur, la privation, le vide des hommes partis au front qui manquent
pour les champs autant que pour
l’amour. Depuis ces temps de
plomb, les bois ne se sont jamais tus
de râles inquiétants. La sauvagerie
du passé y couve, tapie entre combes et estives, toujours prête à ressurgir. En fait, rien n’a changé, car
l’homme ne change pas, semble
nous dire Joncour.
Entre le monde d’hier et celui
d’aujourd’hui, le passeur sera un
molosse aux yeux brillants. Le
chien-loup. C’est lui qui va refaire
d’un homme un homme, lui donner la force de prendre en main son
existence, de résister à tout ce qui
enserre nos vies. En laissant, au besoin, parler sa part animale. Entre
évocation fantastique et récit
contemporain, Chien-Loup est une
magnifique allégorie de nos vies
rabotées par la « modernité ». Nous
tournons le dos à la nature quand
elle peut nous faire renaître. Nous
rendre libres.
Le chien-loup a, paraît-il, un cri
qui ne ressemble à aucun autre et
qui porte un drôle de nom, le choulement. Dans la grande forêt des livres de la rentrée, le roman de Serge
Joncour a lui aussi une voix à part. ■
J. L. BERTINI / PASCO
SERGE JONCOUR Un couple de Parisiens fait l’expérience du dénuement en s’installant dans le Quercy.
Le monde créé par Serge Joncour
sonde la part immémoriale et
indomptable de la nature humaine.
Tranches de vies camerounaises
NICOLAS FARGUES L’auteur de « J’étais derrière toi » signe un recueil de nouvelles dont les personnages,
blancs et noirs, sont tous pétris de contradictions.
répulsion, confrontés au désir mimétique et aux irréductibles différences, les êtres qu’il peint nous
touchent par leurs contradictions,
leurs paradoxes.
D
CHRISTIAN AUTHIER
AU CLAIR
DE LA LUNE
De Christophe
Donner,
Grasset,
268 p., 19,50 €.
Nicolas Fargues reprend les thèmes qui lui sont chers avec sagesse et humour.
mari. » Si l’auteur d’Au pays du
p’tit a souvent croqué avec autant
de talent que de cruauté les mœurs
et les mentalités françaises, ses
Instantanés camerounais (sous-titre du recueil), tout en perpétuant
l’exercice, n’épargnent personne.
Au néocolonialisme, au sentiment
de supériorité « incrusté dans
l’ADN du Blanc, au même titre que
sa couperose ou l’arête proéminente
de son nez » répondent d’autres
préjugés, des archaïsmes et des
traditions irrationnelles.
Nul manichéisme chez Nicolas
Fargues dont les tranches de vie
sont d’une force et d’un naturel rares. Déchirés entre attraction et
À l’instar de Julien, jeune expatrié
qui, dépouillé et agressé dans un
stade, se met déjà à devenir tout ce
qu’il n’avait jamais voulu être. Ou de
Bruno, affligé par la pauvreté culturelle, gastronomique, architecturale
d’un pays corrompu, désorganisé,
sans mémoire et qui pourtant, de retour à La Rochelle, ressent une inexplicable nostalgie pour Douala. Ou
encore de Sylvie, jeune femme noire
découvrant que le fait qu’elle sorte
avec des Blancs posait un problème
aux hommes noirs englués dans leur
« pathologique obsession qu’ils ont de
toujours finir par se définir par rapport aux Blancs ».
Dans ce choc des cultures et des
origines, l’incompréhension semble être la chose la mieux partagée.
Ce constat est fait sans colère, mais
plutôt avec la sagesse amusée de
celui qui aime démasquer les mensonges et les hypocrisies. « On
n’est vraiment bien nulle part », lâche à un moment un personnage.
Cela aurait pu être le titre de ce livre tour à tour drôle, grave, désenchanté, qui va droit au cœur. ■
Le matin des magiciens
CHRISTOPHE DONNER Délaissant l’autofiction, le romancier a composé une ébouriffante
célébration des avancées de la science et des inventions au XIXe siècle.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
O
A
« On n’est vraiment
bien nulle part »
H. ASSOULINE/POL
ATTACHE
LE CŒUR
De Nicolas Fargues,
P.O.L,
155 p., 16 €.
ANS son dernier roman, Je ne suis pas une
héroïne, Nicolas Fargues mettait en scène
une jeune Française
d’origine camerounaise, « une Noire si parfaite, si peu noire, si blanche
aux yeux des Blancs ». Les personnages que l’on rencontre au gré des
quinze nouvelles d’Attache le cœur
prolongent celui de Géralde et ses
tourments face au poids des identités. Ils sont français ou camerounais, blancs ou noirs, vivent ici ou
là-bas, se confient à travers des
monologues.
On croise l’une de ces « Blanches
à nègres », attirées par la chair
fraîche, et René – « vieux, gros et
moche » – qui a fui une France névrosée et qui préfère la compagnie
des « petites » venant « chasser le
Blanc ». Marie-Marthe, femme de
ménage qui élève seule ses cinq
enfants en banlieue parisienne
sans se plaindre de rien, demeure
sidérée par ces Français pourris
gâtés, ces « gens aussi fades, malpolis et malpropres ». Claude,
Française blanche qui vit au Cameroun depuis quarante ans, peine
toujours à faire comprendre à ses
compatriotes son choix de vie :
« J’avais vingt-cinq coépouses et
j’étais très amoureuse de mon
N DIRAIT le nouveau
roman de Christophe
Donner — le vingtième, le vingt-cinquième, le trentième ? on ne compte plus — écrit en
noir et blanc. Non qu’il manque
de lumière. Au contraire, il en est
tout baigné, et de mélancolie.
Mais trop de couleurs, parfois,
distraient le spectateur et Christophe Donner s’est contenté de
jouer avec les tons clairs et les
tons foncés pour restituer quelques contrastes parfaits qui évoquent l’art royal de Marcel Carné
dans Les Enfants du Paradis. Le
Paris de Baptiste et de Garance,
c’est le Paris de Charles X, d’Honoré de Balzac, de Louis Arago,
« capitale du XIXe siècle » (Walter
Benjamin) dont l’ambiance est si
justement restituée dans Au clair
de la lune.
Des héros sans nombre
L’histoire que Christophe Donner
met en scène depuis les sanglantes journées de la Révolution
française jusqu’aux premières années de la IIIe République, en passant par Napoléon Bonaparte et
son « épopée lamentable », c’est
celle d’un siècle positiviste épris
de machins et de machines. Ses
héros sont des hommes de science
et des inventeurs. Le progrès
n’avait pas encore distillé ses illusions : tous baignent dans
l’euphorie.
C’est Nicéphore Niepce mettant
au point en 1827 le procédé héliographique, l’ancêtre de la photographie ; son frère Claude rêvant
du pyréolophore, une façon de
moteur à explosion avant l’heure ; Louis Daguerre amusant les
Parisiens avec ses lanternes magiques et ses panoramas ; Louis
Arago imaginant un appareil capable de mesurer la vitesse de la
lumière sous le règne de LouisPhilippe, le « roi poire » ; AndréMarie Ampère, l’auteur d’Essai
sur la philosophie des sciences, inventant tour à tour le télégraphe
électrique et l’électroaimant ; et
l’incomparable
Édouard-Léon
Scott de Martinville, autodidacte
réussissant à enregistrer une voix
chantant Au clair de la lune en
1860.
Édouard-Léon Scott de Martinville est le héros majeur d’un roman traversé par des héros sans
nombre : homme de guerre, homme d’État, hommes de sciences,
hommes de lettres. Le témoin d’un
âge plein de détermination, d’impétuosité, d’inventivité, d’hésitations, de nouveautés, de vaillance,
de confiance, de fierté, de périls,
de ressources.
On le suit ainsi de son berceau à
sa tombe, de 1817 à 1879. Christophe Donner le peint en homme
répudié se dévouant corps et âme
à la recherche scientifique pour se
libérer d’une passion malheureuse. « Il s’était pris pour un aigle à
cause des sentiments élevés qu’il
éprouvait pour Madeleine, mais
aujourd’hui ce sont les sommets lumineux de la Science qu’il vise. Il
ne croit plus qu’aux phénomènes
physiques, ceux que les savants ont
observés, analysés, compris. Newton, Laplace, Lavoisier… la ligne
sacrée jusqu’à Ampère. Quand le
mathématicien philosophe est
mort, il y a un an, Édouard a pleuré, preuve s’il le fallait que la
science ne provoquait pas un assèchement du cœur. »
Christophe Donner, toujours à
contre-époque, toujours à contre-pied. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
LE FIGARO
ÇÀ
LÀ
L’Académie royale
suédoise peut enfin voter
L’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de littérature, a
annoncé vendredi l’élection de
nouveaux membres lui permettant de se remettre en marche
après le scandale #MeToo qui a
entraîné le report d’un an de la
récompense. L’élection de Jila
Mossaed, soixante-dix ans,
poète née à Téhéran, qui écrit
en suédois et en persan, et celle
d’Eric Runesson, cinquantehuit ans, juge à la Cour suprême
suédoise, permet ainsi à l’académie de retrouver son quorum
indispensable.
Finale du Grand Prix
de littérature américaine
Le Grand Prix de littérature
américaine a communiqué sa
dernière sélection qui réunit
trois poids lourds des lettres
US : Dan Chaon (Une douce lueur
de malveillance, Albin Michel),
Rachel Kushner (Le Mars Club,
Stock) et Richard Powers (L’Arbre-Monde, Le Cherche-Midi).
Scrutin indécis et vote final le
9 novembre.
Ray Bradbury
pour les collégiens
La collection « Folio + collège »
publie aujourd’hui un volume re-
groupant six nouvelles de Ray
Bradbury, l’auteur des Chroniques martiennes et de Fahrenheit 451, sur le thème du progrès
et l’influence parfois désastreuse qu’il peut avoir sur l’homme et son univers. Le volume
est suivi d’un dossier pédagogique très complet en quatre parties signé Marianne Chomienne.
(224 p., 4,90 €).
littéraire
ET AUSSI
Seul contre tous
CHINELO OKPARANTA L’histoire d’une jeune fille au moment de la guerre du Biafra.
ISABELLE SPAAK
LILY FRANEY/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
A
UTOUR de la vieille
bâtisse jaune où Ijeoma a grandi dans le
sud du Nigeria, poussaient des « buissons
de roses et des bouquets d’hibiscus ». De chaque côté du chemin,
« deux haies que mouchetaient… les
minuscules fleurs d’ixora en forme
d’étoiles… et des arbres chargés de
fruits : oranges, goyaves, noix de
cajou, mangues ». L’évocation du
pays d’enfance de la narratrice
ressemble à un paradis calé sur le
rythme de la nature et le cycle des
saisons. Les vents qui soufflent,
l’harmattan, obscurcissant le ciel
et la terre. Puis, la pluie pour tout
laver. « Quant à nous, nous imitions le vol lent des papillons, à
croire que la brise était légère, le
soleil une caresse sur notre peau…
l’existence allant tranquillement de
l’avant. » Un paradis comme il arrive que l’on s’en souvienne avant
qu’une déflagration ne vienne le
balayer. La déflagration pour Ijeoma fut la guerre civile au Biafra,
les bombes, la famine, les enfants
au ventre énorme qui agitent désespérément leur gamelle.
Mais plus que tout autre, le bouleversement pour la petite fille de
onze ans survint le 23 juin 1968, à la
mort de son père, un an après le
début du conflit. Ce jour-là, « la
nuit est tombée en pleine après-midi », écrit Chinelo Okparanta, talentueuse primoromancière américano-nigériane de 37 ans après
un recueil de nouvelles, Le Bonheur, comme l’eau (Éd. Zoé), salué
par le Caine Prize pour la littérature anglophone d’Afrique. Entre
grâce et tourments, Sous les bran-
5
CRITIQUE
Ijeoma, entre grâce et tourments
SOUS
LES BRANCHES
DE L’UDALA
De Chinelo Okparanta
Belfond,
344 p., 22 €.
jeudi 11 octobre 2018
Après un début d’année tonitruant
avec Une vie comme les autres
de Hanya Yanagihara,
Juliette Ponce, éditrice chez
Buchet-Chastel, nous propose
la traduction du premier roman
du journaliste américain Tadzio
Koelb. Made in Trenton
est un livre étonnant qui raconte
une trentaine d’années dans la vie
d’un certain Abe Kunstler.
Personnage mystérieux,
ce petit homme sans grâce, arrive
en 1946 à Trenton, dans le New
Jersey, à la recherche d’un travail
dans l’une des industries, alors
en plein essor, de la côte Est.
Si ses aptitudes ne posent aucun
souci à ses employeurs, son
comportement étrange - la mise
à distance des autres, une pudeur
exacerbée et une violence à fleur
de peau - offusque ses collègues.
Kunstler se dit ancien prisonnier
et mutilé de guerre. Son histoire
est tout autre. Et ses mensonges
lui permettent de survivre
dans une société américaine
qui ne fait pas de cadeau aux gens
différents. Un roman original
et tristement actuel !
BRUNO CORTY
Après la mort de son père, Ijeoma, l’héroïne, fait la rencontre d’Amina. Les deux filles vont s’aimer en dépit de l’opprobre.
ches de l’udala séduit dès les premières pages. Il nous conduit en
poésie, de la naissance à l’épanouissement d’amours féminines
dans une région du monde qui ne
les tolère pas. Le président du
Nigeria, Goodluck Jonathan, ayant
même voté en 2014 une loi pour
criminaliser les relations entre
personnes du même sexe.
Surmonter la haine
Mais restons-en au roman. Après la
mort de son père, Ijeoma est confiée
à un professeur et sa femme. Elle
fait la rencontre d’Amina, orpheline appartenant à l’ethnie haoussa,
ennemie de la sienne, les Igbos. Non
seulement les deux fillettes abandonnées vont se serrer les coudes
puis s’aimer en dépit de l’opprobre,
mais elles vont surmonter la haine
entre leurs deux peuples.
Dans une langue aérienne,
Chinelo Okparanta nous promène
au pays de l’innocence et de la
pureté avec pour cadre les légendes de sa contrée natale. Elle trace
la route de son héroïne, confrontée
à la honte, au désaveu. En particulier à l’intransigeance de sa mère,
qui tente de faire expier à sa fille
« l’abomination » de ses préférences sexuelles par le biais de la
prière et des conventions d’un
mariage hétérosexuel.
Dans ce roman lumineux qui met
en scène des personnages éduqués,
jamais aucun penchant misérabiliste n’affleure, malgré les situations extrêmes. Jamais aucun jugement n’est émis ni sur les êtres, ni
sur la religion, ni sur le mariage,
malgré le récit d’un délitement
conjugal exploré par le menu.
Jusqu’à quel degré de compromission sommes-nous prêtes à aller
pour obéir aux normes ? Voilà la
véritable question posée par ce
texte tissé avec une finesse de chaque instant. ■
MADE IN TRENTON
De Tadzio Koelb, traduit
de l’anglais (États-Unis)
par Marguerite Capelle,
Buchet-Chastel, 255 p., 19 €.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Hôtel Metropol, 1922
Grands Vignobles
A
«
»
Grand Prix Littéraire
- 2018 -
CHÂTEAU
LA TOUR CARNET
Grand Cru Classé en 1855 - Haut-Médoc
Michel Houellebecq
récompensé pour
l’intégralité de son œuvre
Philippe Matsas © Flammarion
les membres du jury
Franz-Olivier Giesbert ( Secrétaire général )
Patrick Poivre d’Arvor ( président du jury )
Patrick Besson - Ale xis Brézet - Isabelle Bunisset Françoise Chandernagor
Teresa Crimisi - Xavier Darcos - Jean-Paul Enthoven - Anne Fulda
Marie-Dominique Lelièvre - Etienne de Montety
L’ abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
A
nisme. Les nouveaux maîtres ont décidé d’ardieu à la suite 317. Le comte
racher les étiquettes sur les bouteilles de
Alexandre Rostov est obligé de
grands crus qui reposent à la cave. Tous les vins
s’installer sous les combles de
sur le même plan. Oui, mais Rostov identifie du
l’hôtel Metropol. La chambre est
doigt le médaillon en relief qui siminuscule, il y case
gnale son châteauneuf-du-pape
son bureau Louis XVI et ses lampes
préféré. Le temps glisse. Même les
en ivoire. Par la fenêtre, il voit le
nobles doivent travailler.
théâtre en face. Nous sommes à
Alexandre devient serveur. Les maMoscou en 1922. L’aristocrate a
nières, cela le connaît. Cela n’empêéchappé au peloton, car il avait été
che pas de se préparer une bouillaun héros prérévolutionnaire. Asbaisse en douce dans la cuisine.
signé à résidence dans un palace, il
Tiens, voici son ami le poète Mishka,
y a pire comme condamnation.
qu’on a forcé à censurer une lettre
L’établissement constitue un réde Tchekhov et qui ne s’en remet
sumé de l’univers. Tout est à porpas. Le temps a passé. Nina, qui avait
tée de main. Une fleuriste prépare
disparu, appartient désormais au
ses bouquets. Le rendez-vous chez
Même
Komsomol. C’est un peu triste.
le barbier est hebdomadaire. Le
les nobles Mieux vaut regarder les films
soir, dîner au restaurant Boyarsd’Humphrey Bogart ou discuter De
ky. Un dernier verre (brandy) au
doivent
la démocratie en Amérique. Amor
bar Chaliapine avant de remonter
travailler.
Towles égrène ces destins avec une
au sixième étage. La vie s’écoule
Alexandre lumineuse élégance. Le ton est presentre la lecture des Essais de Monque fitzgeraldien, pas si loin de ses
taigne et les discussions avec le
devient
« Règles du jeu ».
nouveau directeur.
serveur.
Il y a du romanesque comme s’il en
Une fillette habite là, comme son
Les
pleuvait, une plaisante ironie, des
homologue Éloïse au Plaza de New
parodies de roman-feuilleton et une
York. Nina a une clé qui ouvre toumanières,
ambiance à la Wes Anderson.
tes les portes, elle étudie les mathécela le
L’auteur sait bien qu’un san lorenzo
matiques avec passion. Rostov n’en
connaît
barolo 1912 accompagne à la perfecrevient pas. Cela crée des distraction un osso-buco. Comment résistions. De toute façon, le monde
ter à quelqu’un comme ça ? Réservez maintevient à lui. Une actrice débarque dans le hall
nant au Metropol. L’hôtel va afficher complet.
avec ses barzoïs en laisse. Dans son dos, ses
grains de beauté forment une constellation. Au
lit, Alexandre les compte avant de s’endormir.
En bas, les bolcheviques rédigent des motions.
UN GENTLEMAN À MOSCOU
Leurs machines à écrire font un bruit terrible.
D’Amor Towles, traduit de l’anglais (États-Unis)
Ça n’est pas le seul inconvénient du commupar Nathalie Cunnington, Fayard, 574 p., 24 €.
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
6
parle
ON EN
ÉCRIVEZ LA SUITE DU COURT TEXTE
DE LEÏLA SLIMANI ET GAGNEZ
LE DROIT DE VOIR VOTRE PROPRE
TEXTE PUBLIÉ DANS « LE FIGARO
LITTÉRAIRE »… ÇA VOUS TENTE ?
HISTOIRE
littéraire
Un concours d’écriture pour nos lecteurs
Pour ses 70 ans, Le Figaro littéraire s’était amusé à demander à
70 auteurs d’écrire un « cadavre
exquis ». Cela a donné l’ouvrage
Figures d’écrivains. On sait que
nos lecteurs aiment prendre la
plume. Aussi Le Figaro vous
propose-t-il de participer à ce
jeu littéraire. Tout le monde peut
prendre part à ce défi. Le principe ? Retrouvez le texte de Leïla
Slimani en page 15 du livre (disponible en librairie et sur Le Figaro Store) ou sur le site du Figaro et écrivez votre propre
suite au texte du Goncourt 2016.
Un jury spécial se réunira pour
désigner les 11 lauréats. Chaque
gagnant se verra offrir les
romans de la rentrée littéraire
Albin Michel ainsi qu’un abonnement de 6 mois au Figaro Premium. Le meilleur aura même le
privilège d’être invité à la table
de la conférence de rédaction du
Figaro et verra son texte publié
dans Le Figaro littéraire… Ce
concours est ouvert jusqu’au
30 octobre. Le texte (à adresser
à figures-ecrivains@lefigaro.fr)
ne doit pas dépasser les 1 500
signes (espaces compris).
ET AUSSI
Lin Zhao la révoltée
C’était bien avant
les événements de la place
Tiananmen, en 1989. C’était
aussi une époque où les médias
ne pouvaient pas (re)transmettre
en temps réel l’intensité
d’une répression. Il n’empêche,
la puissance évocatrice
de l’itinéraire de Lin Zhao est telle
que cette figure de la dissidence
n’a pas besoin d’images
et/ou de réseaux sociaux
pour traverser les générations.
L’ouvrage d’Anne Kerlan,
sinologue reconnue, est
une enquête passionnante avant
d’être une biographie : comment
une jeune « révolutionnaire »
peut-elle être désenchantée
à ce point pour se retourner
contre la cause maoïste d’abord
embrassée avec ferveur ?
D’où tire-t-elle la force, privée
d’instruments d’écriture, pour
tracer des milliers de caractères
avec son sang ? Sa ligne politique
n’est-elle pas trop tourmentée
pour être honnête ? Anne Kerlan
explore aussi son sujet - exécuté
à moins de quarante ans - avec le
recul dû à une Chine en mutation.
En creux, il y a encore l’analyse
de la dissidence, la manière dont
une personnalité héroïque se mue
en icône, avec de nouveaux
cercles pour en parler et donc
un débat qui s’enrichit.
Encouragée à s’exprimer après
le démarrage de la campagne
des Cent Fleurs, Lin Zhao a été en
quelque sorte broyée par elle. Un
demi-siècle après sa mort, a-telle été réhabilitée ? « Le combat
continue », répond sobrement
Anne Kerlan en rappelant les
derniers mots de la condamnée :
« L’Histoire m’innocentera. » F. M.
Histoire de la « mal-aimée »
Dernier président
de la IVe République,
René Coty accueille,
le 23 décembre 1958
au palais de l’Élysée,
le général de Gaulle,
élu deux jours
plus tôt
premier président
de la Ve République.
HISTOIRE DE
LA IVE RÉPUBLIQUE
De Georgette Elgey,
2 volumes,
Robert Laffont/
« Bouquins »,
1 344 p. et 1 056 p.,
32 € et 31 €.
GEORGETTE ELGEY Sa monumentale fresque sur la IVe République publiée
des années 1960 à 2012 paraît en deux volumes dans la collection « Bouquins ».
PAR ÉRIC ROUSSEL
C’
EST une aventure
éditoriale inouïe.
Au début des années 1960, Georgette Elgey signe
avec Fayard un contrat relatif à une
e
histoire de la IV République. Le régime instauré au lendemain de la
Libération vient de s’écrouler, faute
notamment d’avoir su régler le problème algérien.
Jeune journaliste dont le cœur
balance entre de Gaulle et Mendès
France, Georgette Elgey connaît
tous les principaux acteurs qui se
sont succédé sur la scène publique
de 1946 à 1958. Paris n’a pas de
secrets pour elle, elle travaille
avec méthode, son honnêteté intellectuelle n’est mise en doute par
personne.
Avec le soutien de solides amitiés,
dont celle de Maurice Schumann, elle
se lance dans l’entreprise et bientôt
doit se rendre à l’évidence : un volume ne suffira pas à épuiser le sujet.
La confiance dont elle bénéficie
suscite vers elle un afflux de docu-
ments inédits ; les témoins susceptibles d’être interrogés sont innombrables. En définitive, cette quête se
prolongera presque un demi-siècle
puisque le dernier tome de la série
paraîtra en 2012.
Entre-temps, les volumes parus
ont acquis le statut d’ouvrages de
référence. À ce titre, l’immense
fresque méritait d’entrer dans la
prestigieuse collection « Bouquins ». La voici donc réunie en
deux volets, un peu actualisée par
les soins de Matthieu Rey.
Un système
hyperparlementaire
La « mal-aimée » : le qualificatif
reste souvent accolé à l’une des plus
courtes de nos républiques. Et
pourtant, Georgette Elgey montre
qu’elle n’a pas totalement démérité.
Après la guerre, le pays se trouvait
non seulement partiellement en
ruine, mais en proie à des retards
économiques importants. Or, en
quelques années, la reconstruction
des régions dévastées fut effective et
la France commença même à entrer
dans la modernité, se tournant vers
le grand large, alors que le protec-
tionnisme avait été la règle sous la
IIIe République. Le « miracle », certes, n’aurait pas eu lieu sans le plan
Marshall, et il est de fait que cette
aide financière avait généré une dépendance malsaine à l’égard des
États-Unis.
Mais, comme le montre Georgette Elgey, l’évolution fut grandement favorisée par une génération
de hauts fonctionnaires tels que
Paul Delouvrier ou Simon Nora, décidés à rompre avec les vieux schémas. Et, contrairement à une idée
reçue, les hommes politiques se
montrèrent souvent très conscients
des enjeux. Antoine Pinay, Pierre
Mendès France, Edgar Faure, si différents qu’ils aient pu être,
voyaient bien les impératifs de la
modernisation.
Les institutions, en revanche,
rendaient toute poursuite d’un véritable projet impossible. Jamais la
France n’avait vécu sous l’emprise
d’un système aussi hyperparlementaire, provoquant la chute des gouvernements avec la régularité d’un
métronome. De ce fait, le régime
s’effondra en 1958, quand il apparut
que seul de Gaulle était en mesure
d’éviter une guerre civile suscitée
par la question algérienne.
Les fondements
d’un ordre inédit
Pendant six mois, on l’oublie souvent, l’homme du 18 Juin sera donc
le dernier président du Conseil de la
IVe République, et, à cet épisode,
Georgette Elgey consacre la fin de
sa somme.
On y suit un homme d’État au
sommet de sa maîtrise, épaulé dans
l’ombre par un collaborateur nommé Georges Pompidou et mettant
en œuvre un train de réformes sans
précédent. À telle enseigne que l’on
a pu comparer la période à celle du
Consulat.
Constitution établissant la prééminence de l’exécutif ; plan PinayRueff instituant le nouveau franc et
des principes libéraux dans le domaine économique : de Gaulle pose
les fondements d’un ordre inédit.
Pour autant, la IVe n’est pas complètement reniée. On le verra quand
le Général acceptera finalement le
marché commun, jugeant l’ouverture à la concurrence conforme à
l’intérêt national. ■
LIN ZHAO
Combattante de la liberté,
d’Anne Kerlan,
Fayard,
380 p., 24 €.
Roosevelt, l’homme
qui aimait Pétain
Franklin Roosevelt
déclare l’état
d’urgence nationale,
le 28 mai 1941.
P
PAUL FRANÇOIS PAOLI
A
L’IMBROGLIO :
ROOSEVELT,
VICHY ET ALGER
De Charles Zorgbibe,
Éditions de Fallois,
500 p., 24 €.
ÉTAIN-DE GAULLE : le
combat pour la postérité
se poursuit, mais cette
fois-ci c’est le président
américain Franklin Delano Roosevelt qui en est l’arbitre. Il
faut absolument lire l’ouvrage de
Charles Zorgbibe pour comprendre
ce qui fut un des conflits les plus
dramatiques de notre histoire et
dont les conséquences continuent
de peser sur nous. Celui qui opposa
un homme, Pétain, qui se trompait
politiquement mais avait l’aval de
tant de Français, à un autre, « homme d’État-né », comme l’écrit
Zorgbibe, qui allait forger de toutes
pièces une légitimité qu’il n’avait
pas en 1940. Il faut mettre de côté
nos lunettes idéologiques et considérer l’histoire telle qu’elle se fait
avec des hommes de chair qui « font
l’histoire mais ne savent pas l’histoire
qu’ils font ».
En 1940, la France réelle, c’est Pétain, ce n’est pas de Gaulle. Pas seulement pour la grande majorité des
Français qui lui font confiance, mais
aussi pour Roosevelt et l’Administration américaine. Certes, nous le savions plus ou moins, et l’essai d’Éric
Branca, L’Ami américain (Perrin), qui
met en scène l’animosité de Roosevelt contre de Gaulle, l’avait montré.
Mais ce qui est formidable ici, ce
sont les détails et les dialogues
authentiques entre les protagonistes
que relate l’auteur. On savait que
Roosevelt n’aimait pas de Gaulle, qui
est à ses yeux un apprenti dictateur
sans soutien populaire. Ce qu’on ne
savait pas ou pas assez, c’est à quel
point il affectionnait Pétain, comme
en témoignent les lettres qu’il lui
écrit et les hommes qu’il lui envoie
sur le terrain : l’ambassadeur Leahy
RUE DES ARCHIVES/RDA
ESSAI Le président américain a très longtemps accordé son soutien
au Maréchal, en qui il voyait le souverain légitime des Français.
à Vichy. Et son ami Robert Murphy à
Alger, qui fut un pétainiste d’adhésion. Pétain n’est-il pas l’otage des
Allemands dans le cadre d’une collaboration dont le mot n’a pas le
même sens pour lui et pour Hitler ?
C’est ici que le diable s’en mêle.
Pour Pétain, ce mot de collaboration signifie avant tout protéger les
Français, à commencer par les 2 millions de prisonniers qui se trouvent
en Allemagne. Pour Hitler et ceux qui
le soutiennent en France, comme le
diplomate Jacques Benoist-Méchin,
dont il est beaucoup question dans ce
livre, la collaboration signifie l’aide
logistique et militaire de la France
aux troupes du Reich engagées notamment en Méditerranée contre les
Anglais. Or, de cette aide-là, il ne
sera jamais question pour ceux qui,
tel le général Weygand, le chef de
l’armée d’Afrique, appartiennent au
camp des « vichysso-résistants ».
« Surréalisme politique »
« Dans cette épreuve de volonté, Pétain
montra beaucoup de courage », écrit
l’ambassadeur américain Leahy en
janvier 1941, pour qui il ne fait pas de
doute que Pétain résiste comme il
peut aux pressions allemandes. On est
ici au cœur du sujet. Il ne s’agit pas de
savoir qui sont les bons et les mé-
chants, mais de comprendre qui a raison aux yeux de l’avenir. C’est évidemment de Gaulle, qui ne croit pas
en la victoire de l’Allemagne dont
sont convaincues les vedettes du
camp des « Ja », à commencer par
Laval. Ou l’incroyable amiral Darlan,
champion de l’union avec le Reich
jusqu’au moment où les Américains
l’adoubent après avoir débarqué en
Afrique du Nord en novembre 1942. Et
ce jusqu’à son assassinat par Bonnier
de La Chapelle le 24 décembre 1942.
« C’est le temps du surréalisme politique, écrit Zorgbibe, qui le compare au Zelig de Woody Allen. Darlan
tente de maintenir, dans son principe,
la législation de Vichy avec son racisme d’État et son obsession anti-maçonnique… tout en célébrant la nouvelle alliance avec les États-Unis,
porte-parole de la coalition des démocraties et de la charte de l’Atlantique. » Ce livre extrêmement précis et
qui fourmille de portraits est un pied
de nez aux ignares qui prétendent
juger du passé à l’aune des catégories
contemporaines. L’histoire est une
affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux moralistes posthumes. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
C’est en lisant Camus
que je me suis dit que
je pourrais écrire. Je suis
incapable de vous dire
pourquoi mais la lecture
de Camus a tout déclenché.
PATTI SMITH DANS « AMERICA » NUMÉRO 7
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
@
jeudi 11 octobre 2018
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
120 000
C’est le premier tirage
du nouveau roman de Maxime Chattam,
Le Signal, qui paraîtra chez Albin Michel.
7
EN VUE
littéraire
Une histoire africaine
LES CIGOGNES
SONT
IMMORTELLES
D’Alain Mabanckou,
Seuil,
304 p., 19,50 €.
UN AUTOMNE
ROMAIN. JOURNAL
SANS MOI
De Michel
De Jaeghere,
Belles Lettres,
400 p., 19 €.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
M
ARS 1977. Au Congo,
à
Pointe-Noire,
dans un petit quartier nommé Voungou, vit un garçon
qui s’appelle Michel. C’est un doux
rêveur. Il est au collège des TroisGlorieuses. Il fait partie des dix
meilleurs élèves de la région qui ont
déjà reçu leur certificat d’études
primaires, et après le collège l’attend le lycée Karl-Marx. Mais il lui
arrive souvent de perdre la monnaie des courses que sa maman
Pauline et son papa Roger lui
confient. Les poches de ses shorts
sont percées du fait qu’il y cache
des bouts de fil de fer qui lui servent
à réparer ses savates en plastique.
Sa maman a réussi à acheter une
« parcelle » pour y bâtir une
construction. « C’est trop cher de
construire en dur, la nôtre est donc
en planches », raconte-t-il. Il existe
un surnom à ce genre d’habitations, ce sont des « maisons en attendant »… L’existence suit son
cours. Le « camarade président »
Marien Ngouabi règne sur le pays
depuis près de dix ans. Le 18 mars
1977, en début d’après-midi, le
président éternel est assassiné.
À partir de cet événement, Alain
Mabanckou nous conte la « petite »
histoire de Michel traversée par la
grande histoire de l’Afrique.
L’auteur réussit ce qui est sans
doute l’un des défis le plus difficiles
à relever en littérature : porter la
voix d’un enfant, raconter avec ses
yeux, à hauteur d’adolescent. Ceux
qui connaissent l’œuvre du Prix
Renaudot 2006 connaissent bien
les protagonistes des Hirondelles
sont immortelles – les autres auront
le bonheur de les découvrir.
Fausse naïveté
Ce titre est le frère de Demain
j’aurai vingt ans, où le garçon était
déjà le narrateur. Empruntons les
mots d’un grand écrivain qui avait
dit ce qu’il en pensait : « Gageons
que le petit Michel rejoindra durablement, dans notre mémoire romanesque, le Holden Caulfield de L’Attrape-cœurs, de JD Salinger, ou
l’inoubliable Mille Milles du Nez qui
voque, de Réjean Ducharme. »
C’était signé Le Clézio. Il est vrai
qu’il y a de la fausse naïveté, quelque chose qui ressemble à de la
légèreté, mais ce n’est que pour
mieux aller dans la profondeur.
L’humour est utilisé comme un détour pour arriver au vrai. À cet
égard, la dernière partie du livre
est bouleversante.
Le roman décrypte mieux que les
meilleurs essais ce qui a été un pays
du continent africain dans les années communistes et ses dérives et
son avenir gâché, ses liens avec le
monde. On voit comment un événement national, mondial même,
influe sur l’intime et la famille.
Quelle force ! Mabanckou revigore
la langue, lui donne du peps. Il tient
une place particulière et nécessaire
dans la littérature française. C’est
un grand bonheur de le lire. ■
Alain Mabanckou relève le défi
de porter la voix d’un adolescent.
Nouvelles promenades dans Rome
MICHEL DE JAEGHERE Une escapade littéraire et érudite qui vous fait entrer dans le mystère de la ville éternelle.
GUILLAUME TABARD
gtabard@lefigaro.fr
OLIMPIUPOP - STOCK.ADOBE.COM
L
Michel De Jaeghere nous fait traverser le pont Saint-Ange sous le regard des statues du Bernin.
« Le pape, c’est ce qu’on
peut proposer de mieux»
« On commencera par la liquidation
de l’enseignement moral en invoquant
le primat de la pastorale. L’enseignement dogmatique suivra : aucune
institution ne pourra durablement
maintenir des principes dont elle a
commencé à proclamer que leur application était facultative », prédit
l’un de ses contacts dont l’auteur
semble saluer la prescience. On sourit devant l’assurance satisfaite d’un
historien garantissant qu’il « n’y
aura jamais de moment Ratzinger »
- lequel succéda à Jean-Paul II - ou
devant l’aplomb d’un tour-opérateur, prêt à tout promettre, moyennant son paquet de centaines de
milliers de lires, jusqu’à une audience papale ; « le pape, c’est tout de
même ce qu’on peut proposer de
mieux ». On est parfois dans le Gide
des Caves du Vatican.
En attendant ce conclave qui ne
vient pas, Jaeghere arpente Rome. Et
ne manque aucune église, aucune artère, aucun tableau, aucune brique ni
aucun marbre de cette ville palimpseste où l’antiquité latine, le paléochrétien et le baroque sont enchâssés
à chaque coin de rue. Plus érudit
qu’un Guide bleu, plus pudique
qu’un dictionnaire amoureux, ce
Journal sans moi, sous-titre du livre,
s’inscrit dans la veine de ces escapades littéraires qui ont inspiré les
meilleurs. À commencer par les Promenades dans Rome de Stendhal,
référence première. Mais on croise
aussi Chateaubriand, Montherlant,
Yourcenar ou Zola, tous fascinés par
Rome, même ceux qui y étaient
venus pour la juger.
en collaboration avec
E QU’ON ATTEND DE
LA BEAUTÉ
« Eva est née par une
nuit si claire q
u’on
aurait pu se croire en pleine
journée. Cette clarté était due
à la présence excessive des
étoiles, comme si elles s’étaient
rassemblées ce soir-là pour
manifester contre le cosmos.
Les parents d’Eva ne pourraient
jamais oublier cette lumière
inédite. Ils venaient de donner
vie à une petite fille, et le monde
entier semblait s’accorder dans
l’harmonie de leur bonheur.
D’une certaine manière, la nuit
accouchait d’une étoile. Mais la
beauté de cette arrivée magique
eut une conséquence : Eva
développa un rapport particulier
à la nuit. Elle voulait vivre les
heures nocturnes, persuadée
que la vie était plus intense
quand tous les autres humains
dormaient. »
DAVID FOENKINOS
David Foenkinos est l’auteur de
treize romans dont Le Potentiel
érotique de ma femme, Les
Souvenirs et Je vais mieux. Ses
romans sont traduits dans plus
de trente langues. La Délicatesse,
paru en 2009, a obtenu dix prix
littéraires. En 2011, avec son
© AFP photo/Stephane De Sakutin
Escale Littéraire à Francfort
frère Stéphane, il en a réalisé une
adaptation
cinématographique
avec Audrey Tautou et François
Damiens.
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A
ment durent prendre leur mal en
patience. Mais Michel De Jaeghere
ne perd pas son temps. Ses fréquentations romaines lui font mesurer de l’intérieur les manœuvres
de prélats tablant sur une élection
du cardinal Martini, archevêque de
Milan, pour imposer une révolution
progressiste à l’Église.
On aurait tort de croire que
l’auteur se contente de tuer le
temps en se promenant. Que ce livre est la juxtaposition d’un reportage d’actualité religieuse, et d’une
réflexion culturelle sur une histoire prestigieuse. Dans cet Automne
romain, le journaliste, l’écrivain et
le croyant ne font qu’un. Le témoin inquiet du préconclave de
1996 est le juge indulgent
d’Alexandre Borgia qui, en dépit
de toutes ses turpitudes personnelles, n’a jamais égratigné le
contenu d’une Révélation dont il
n’était que le passeur. Hier comme
aujourd’hui, la même leçon : la
grandeur de Dieu se manifeste
dans la faiblesse des hommes.
Les hivers imposés par les hommes
d’Église n’ont jamais empêché les
printemps de la foi. Et c’est ce dont
témoigne Rome où la splendeur des
décors jaillit de la misère des acteurs.
Des martyrs aux cardinaux fatigués,
en passant par les papes et les clercs
aux ambitions parfois peu évangéliques mais qui permirent au Bernin, à
Borromini ou au Caravage d’œuvrer
pour l’éternité, tous ont fait de Rome
le creuset fécond de la pesanteur et
de la grâce. Le livre achevé, l’envie
vient de se précipiter à Rome. Au
fond, ce Journal sans moi est une invittion au voyage avec Lui. ■
© Abaca Corporate/Vangelis Paterakis
E MYSTÈRE de Rome n’est
pas les mystères de Paris.
Double sens du mot. Les seconds sont humains et se
dissimulent ; le premier est
divin et se révèle. Les mystères se dérobent à qui les cherche ; le mystère
se donne à voir à qui sait regarder.
Michel De Jaeghere nous apprend à
regarder Rome. À rendre compréhensibles ses mystères pour rendre
accessible son mystère. Dès les premiers jours de son Automne romain, le
directeur du Figaro Histoire et des
hors-séries du Figaro nous fait traverser le pont Saint-Ange, escorté par
les statues du Bernin. « Cette manière
de chemin de croix a la grâce envoûtante d’un ballet de cour. » Tout est dit
sur cette ville où la foi la plus profonde
jaillit des décors les plus théâtraux.
Le point de départ de cette pérégrination personnelle est un déplacement professionnel. Alors journaliste à Valeurs actuelles, l’auteur
est envoyé à Rome en octobre 1996 : une hospitalisation de
Jean-Paul II rend en effet un
conclave aussi évident qu’imminent. On connaît la suite : le saint
pape tint près de dix ans encore et
les impatients d’un chambarde-
C
NICO THERIN
ALAIN MABANCKOU En 1977, au Congo, le « président éternel » est assassiné. Un enfant raconte. Du grand art.
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jeudi 11 octobre 2018 LE FIGARO
8
L’HISTOIRE
semaine
de la
NADIA MURAD ET DENIS MUKWEGE,
LAURÉATS DU PRIX NOBEL
DE LA PAIX, AVAIENT CHACUN
FAIT L’OBJET D’UN OUVRAGE
QUI RACONTAIT LEUR EXPÉRIENCE…
EN MARGE
littéraire
LE VIEUX
QUI VOULAIT
SAUVER LE MONDE
De Jonas Jonasson,
traduit du suédois
par L. Mennerich,
Presses de la Cité,
495 p., 22 €.
Ce que le prix Nobel de la paix doit au livre
Cette année, à défaut de voir
un écrivain couronné par le prix
Nobel de littérature (pas décerné après plusieurs démissions dues à une affaire de
mœurs), on se consolera en
constatant que le prix Nobel de
la paix 2018 doit beaucoup au
livre. En effet, l’ouvrage écrit
par Nadia Murad, la colauréate
avec le gynécologue congolais
Denis Mukwege, a pesé dans la
décision du comité Nobel. Cette
jeune femme, aujourd’hui âgée
de 25 ans, avait été victime de
Daech. En 2014, les djihadistes
conté cela dans un récit, Pour
que je sois la dernière, publié en
février chez Fayard. Quant au
docteur Mukwege, il avait fait
l’objet d’une biographie remarquée. Son titre ? L’Homme qui
répare les femmes.
MOHAMMED AÏSSAOUI
L’irrésistible
Suédois
JONAS JONASSON L’auteur du « Vieux
qui ne voulait pas fêter son anniversaire »,
best-seller mondial, publie la suite des
aventures de l’impayable Allan Karlsson.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL EN SUÈDE
J
ALEXANDRE FILLON
ONAS JONASSON est un
poids lourd des lettres suédoises du XXIe siècle. Ses
quatre livres ont conquis
cinq continents, quarante-
cinq pays et se sont écoulés à pas
moins de quinze millions d’exemplaires à travers la planète. Tout le
monde a entendu parler du Vieux
qui ne voulait pas fêter son anniversaire, traduit aux Presses de la Cité
en 2011, suivi par L’Analphabète qui
ne savait pas compter en 2013, L’As-
Jonas Jonasson quitte rarement
Visby, l’unique ville de l’île
de Gotland, à 90 km
des côtes suédoises.
DENIMAL/OPALE
UN
ROMAN
DE CAPE ET D’EPEE
AU XXI SIECLE.
e
Ilana Moryoussef, France Inter
«Metin Arditi est un maître.
C’est passionnant, brillant.»
Jean-Claude Perrier, Livres Hebdo
«Absolument passionnant.
Une enquête diabolique
à la façon du Da Vinci Code.»
Nathalie Iris, libraire, France 2
«Une fresque audacieuse
et impressionnante.»
Yves Viollier, La Vie
«Une enquête qui allie
avec bonheur érudition,
action et suspense.»
Isabelle Mity, Historia
«Un polar humaniste qui
croise les époques pour
mieux illustrer sa maxime :
la vérité absolue n’existe pas.»
Salomé Kiner, Le Temps
«C’est palpitant. L’imminence
d’un drame ou d’une
révélation sous-tend en
permanence l’attention. »
Isabelle de Montvert-Chaussy, Sud-Ouest
«Un livre que l’on dévore.»
Guillaume Goubert, La Croix
DANS TOUTES LES LISTES
DE MEILLEURES VENTES
DANS LA PREMIERE SELECTION DU
GRAND PRIX DE L’ACADEMIE FRANÇAISE
A
entrent dans son village rural de
Kocho, en Irak, et massacrent
tous les hommes de la communauté yézidie qui refusent de se
convertir à l’islam. Nadia est
emmenée à Mossoul pour y
être vendue. Battue et violée,
elle réussit à s’enfuir. Elle a ra-
www.facebook.com/editionsgrasset
www.twitter.com/editionsgrasset
Grasset
sassin qui rêvait d’une place au paradis en 2016 et, aujourd’hui, par Le
Vieux qui voulait sauver le monde.
Écrire, le talentueux Jonas Jonasson explique s’y être mis sur le tard.
Même s’il y songeait depuis l’âge de
vingt ans, s’essayant plusieurs fois à
la fiction sans jamais dépasser la
page 20 lors de ses études à Göteborg. Devenu journaliste et consultant média, il monte sa propre société de presse, emploie cent
personnes. Travaille seize heures
par jour sans relâche pendant des
années. Un jour, au mitan de la quarantaine, son cœur se met à battre
trop fort. C’est le burn-out. Jonasson y voit un point positif : il est enfin « libre d’être lui-même ». Il liquide son entreprise, jette quelques
affaires et un ordinateur portable
dans sa valise. S’envole pour le lac
Lugano alors qu’il ne parlait pas un
mot d’italien.
Son idée de départ était simple :
venir à bout d’un roman couvrant
un « siècle terrible où l’on a sans cesse refait les mêmes erreurs ». Le titre
était déjà là. Comme l’envie de suivre un personnage aussi atypique
qu’Allan Emmanuel Karlsson. Un
« drôle de loustic », perclus de rhumatismes mais très alerte pour son
âge, que Jonasson a appris à mieux
connaître au fil des pages. Où il
l’imagine décidant de sécher la réception organisée pour ses cent ans.
Avant de se faire la malle de la maison de retraite de Malmköping dans
le Södermanland. Pour entamer une
cavale avec ses charentaises, son
portefeuille et une veste légère. Un
type très doué pour mettre la pagaille cet Allan dont on découvrait
au fur et à mesure de son périple
qu’il avait discuté avec Churchill et
de Gaulle, épaté Truman, écopé de
cinq ans de goulag pour avoir énervé Staline, manqué de peu être fusillé par Kim Il-sung et sauvé la vie
de l’épouse de Mao Tsé-toung.
Cinq éditeurs suédois ont d’abord
refusé le manuscrit. Des mois plus
tard, un sixième l’a appelé en demandant s’il était toujours disponible. Ce à quoi notre fin stratège a répondu : « Je laisse toutes les portes
ouvertes » !
On connaît la suite. Sauf lorsqu’il
voyage à l’étranger pour la promotion de ses livres ou qu’il se rend à
Stockholm, Jonasson quitte rarement Visby. La seule ville de l’île de
Gotland, 12,44 km2 à 90 km des côtes suédoises. Un lieu magique, avec
ses toits en tuile ocre que l’on admire de la terrasse de son appartement
sur les hauteurs, qui donne sur des
ruines du XIIe siècle et la cathédrale
Santa-Maria. Tout en nous parlant,
le romancier sort de sa poche une
petite boîte de snus. Une poudre de
tabac humide en sachet qu’il glisse
entre la gencive et la lèvre supérieure une dizaine de fois par jour. C’est
à la bibliothèque locale qu’il a longtemps écrit, raconte-t-il, assis sur
une chaise rouge ayant mystérieusement disparue depuis.
Tous les matins, il se lève à six
heures trente et consulte le site du
Washington Post sur sa tablette. Jadis admirateur de Garcia Marquez,
Kundera et Vargas Llosa, il lit désormais surtout des biographies. Jonas
Jonasson a un côté Jeanne d’Arc. Il
lui arrive d’entendre des voix pendant ses promenades au bord de la
Baltique, à vingt kilomètres de Visby. Un jour, notre homme ne savait
pas comment se dépêtrer d’un ro-
man en cours mettant en scène un
personnage appelé Martin. Sur la jetée, dans un village de pêcheurs,
face à la mer déchaînée, Allan
Karlsson s’est rappelé à son bon
souvenir. En un instant, cela en a été
terminé du pauvre Martin qu’il a
mis de côté – et compte transformer
en femme dans un prochain opus !
S’enfuir par la fenêtre
Avec Le Vieux qui voulait sauver le
monde, suite qu’il n’avait pas prévue, il s’est penché « sur les événements de notre présent et de notre futur proche ». Poussé par le besoin de
« dire les choses telles qu’elles sont
et, indirectement, comme elles devraient être ». En essayant « d’apprendre deux ou trois choses » à ses
lecteurs « en les faisant rire ». Ces
derniers ont à nouveau massivement répondu présent. Comme en
atteste sa longévité sur la liste des
meilleures ventes en Angleterre et
son entrée numéro un des ventes en
Allemagne la semaine de la traduction de son roman chez Carl’s
Books. Une filiale de Random House
qui avait inauguré son catalogue
avec… Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.
Un troisième volet, rassure-t-il,
viendra clore les aventures d’Allan
Karlsson. Son créateur se demande
encore ce qu’il va pouvoir lui faire
subir comme ultimes outrages. Il
sourit en disant que son héros culte
commence sérieusement à croire
qu’il est immortel et qu’il s’y est
même résigné. Aucun risque qu’il le
fasse mourir, il l’aime trop pour ça.
Jonas Jonasson est un père qui s’occupe beaucoup de son fils de onze
ans et demi, jeune adepte d’Harry
Potter et du cycle L’Apprenti d’Araluen de John Flanagan. Avant de
partir le retrouver au volant de sa
berline Volvo noire, il affirme que
l’on devrait tous, une fois ou deux
dans l’existence, s’enfuir par la fenêtre. Qu’un bon livre permet de le
faire. Les siens en sont la preuve
éclatante. ■
â NOTRE AVIS
Le héros du Vieux qui ne voulait pas
fêter son anniversaire n’avait pas dit
son dernier mot. Le centenaire que
l’on a accompagné dans sa folle cavale et sa remontée du XXe siècle, le
revoici en forme olympique.
Allan Karlsson et son comparse
Julius se la coulent douce en Indonésie. Mais Bali et ses plages de sable blanc, ses boissons de toutes les
couleurs, commencent sérieusement à les lasser. Qui plus est, leurs
économies ont fondu comme neige
au soleil. Heureusement, la découverte de la tablette tactile redonne
goût à la vie à Allan. Qui se met à
s’intéresser à l’humanité et à sa misère. Apprend que les États-Unis
ont un nouveau président à « l’âme
brune » et au « paillasson de cheveux blond orangé ». S’échapper, il
sait toujours aussi bien faire. Rien
ne lui fait peur. Ni voler une montgolfière. Ni se retrouver en Corée
du Nord face à son chef suprême.
Ni s’autoproclamer meilleur expert
mondial en armement nucléaire !
Aux commandes de cette comédie pétaradante, Jonas Jonasson
fonce à cent à l’heure. Le Suédois
est un maître du dérapage et des situations loufoques. Allez, s’il vous
plaît, vite un troisième tome ! ■
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