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Les Echos - 12 10 2018 - 13 10 2018

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LE QUOTIDIEN
DE L’ÉCONOMIE
VENDREDI 12,
SAMEDI 13 OCTOBRE 2018
LESECHOS.FR
Edition spéciale
LE QUOTIDIEN DE L'ÉCONOMIE // VENDREDI 12, SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 // LESECHOS.FR
30 personnalités imaginent
le monde en 2038
8 pages sur l’histoire des « Echos »
+ 1 poster collector
1995
1990
1980
1978
1959
1956
1929
1908
Ci-dessus, les huit logos des Echos
datant de 1908, 1929, 19
Polémique sur la taxe d’habitation :
la riposte du gouvernement
FISCALITÉ Certains contribuables voient leur impôt augmenter malgré la ristourne
Bouzou-Orsenna,
entretien croisé
L’essayiste et l’académicien appellent
à une « révolution du management »
pour en finir avec la bureaucratie
qui étouffe les entreprises. // PAGE 21
de 30 % annoncée. Matignon pointe du doigt les communes qui relèvent leur taux.
avant 2020. Et pour les autres, la
baisse est parfois moins importante
qu’annoncé, voire se transforme en
hausse dans certains cas. La faute
aux communes, qui « ont choisi,
librement sans doute, de remonter
leur taux ». a insisté jeudi le Premier
Les Echos
Ingenico, le
pionnier des
paiements,
très courtisé
WEEK-END
ministre, Edouard Philippe. Les villes ont pu décider de remonter leur
taux ou de supprimer des abattements. Cette année, un peu plus de
6.000 communes – contre 7.300 l’an
dernier – précise Bercy, l’ont fait. Le
ministre de l’Action et des comptes
publics, Gérald Darmanin, va
remonter au créneau ce vendredi
pour défendre cette réforme phare
du quinquennat. Cette année, la
mesure doit bénéficier à 18 millions
de foyers fiscaux, pour une baisse
moyenne de 200 euros. // PAGE 6
Gestion de Fortune - Family Office
Bryan R. Smith / AFP
Alors que les avis d’imposition arrivent dans les boîtes aux lettres, certains contribuables s’étonnent que
leur taxe d’habitation ne baisse pas
comme l’a martelé le gouvernement.
De fait, la mesure ne concerne pas
les 20 % des Français les plus aisés
FINANCE Ebullition dans le monde
ISSN0153.4831
NUMÉRO 22801
110eANNÉE
56 PAGES
Antilles-Réunion 3,70 €. Guyane-St Martin
4,80 €. Belgique 5,80 €. Espagne 4 €. Grande-Bretagne 6 £. Grèce 3,70 €. Italie 4 €
Luxembourg 6,10 €. Maroc 28 DH. Suisse
1 0,4 0 F S . Tu n i s i e 4 , 5 T N D. Z o n e C FA
2.800 CFA.
des paiements. En pleine réorganisation, Natixis, la filiale du groupe
bancaire BPCE, étudie un rapprochement de ses activités dans ce
métier avec celles d’Ingenico, le spécialiste français des terminaux et
solutions de paiements. Edenred, le
spécialiste des Tickets Restaurant,
aurait aussi fait part de son intérêt
pour le groupe. Ces grandes
m anœuvres inter viennent à
l’heure où le secteur des paiements
est bouleversé par des évolutions
technologiques et la montée en
puissance de fintech comme Wirecard et Adyen.
// PAGE 47
ET « CRIBLE » PAGE 55
Un vent d’anxiété souffle
sur les marchés boursiers
Les marchés actions viennent de subir
leur plus forte correction depuis février.
BOURSE Dans le sillage de Wall Street, la Bourse de Paris perd plus de 4,5 %
depuis lundi et semble bien partie pour réaliser sa pire semaine depuis février
dernier. La montée des taux d’intérêt obligataires aux Etats-Unis a poussé les
investisseurs à vendre leurs actions. Les tensions sino-américaines ajoutent à
leur nervosité. // PAGES 45-46 ET « CRIBLE » PAGE 55
Donnons du sens
à votre patrimoine
Tél. 01.53.93.23.23
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02
« Les Echos », un siècle de mondialisation
SOCIÉTÉ
Au moment où
« Les Echos »
naissaient, en 1908,
pour promouvoir
l’exportation, la France
allait sortir
de sa première
mondialisation.
Aujourd’hui,
une autre phase
commence.
Jean-Marc Vittori
@jmvittori
C’était déjà la mondialisation. Au
printemps 1908, le mensuel
« Echos de l’exportation » naît dans
le terreau des échanges internationaux – il deviendra « Les Echos » en
reparaissant après-guerre.
Dans ce qui est alors une feuille
de chou publicitaire sont évoqués
les conséquences de la crise financière de Wall Street de 1907 sur
l’industrie de la bonneterie à
Chemnitz, l’abaissement des droits
de douane, la création d’une plateforme de services pour l’export,
l’impact de la mode gantière en
Amérique du Sud sur les commandes de boutons en Autriche. Les
industries éclatent déjà leurs
chaînes de production entre différents pays, voire différents continents. Mais c’était en réalité la fin
À 7h12, retrouvez Nicolas Barré
pour “L’édito éco”dans le
7h-9h de Nikos Aliagas.
d’une époque, celle de « la première
mondialisation » pour reprendre
l’expression de la politologue américaine Suzanne Berger. Dans la
décennie qui suit, la Grande Guerre
casse la libre circulation des marchandises, des hommes, des capitaux. Après la fin des hostilités, on
tente bien de relancer la dynamique commerciale. Dans le premier
En un siècle,
la France a changé
comme jamais
dans son histoire.
numéro quotidien des « Echos », à
l’été 1928, il est question non seulement de la nécessité de mener des
réformes en France et de l’espoir
d’une voiture autonome (« L’auto
sans chauffeur », photo en une),
mais aussi de la conférence de
Genève, qui doit mettre en œuvre
une convention « pour l’abolition
des prohibitions et restrictions au
commerce international ». Las !
Après le krach de 1929, les EtatsUnis entraînent le monde dans une
course au protectionnisme.
Aujourd’hui, bien sûr, rien n’est
pareil. En un siècle, la France a
changé comme jamais dans son
histoire. L’espérance de vie est passée de 45 à 82 ans. La proportion de
citadins a doublé pour atteindre
80 %. La durée du travail a chuté de
moitié. Le rendement du blé à l’hectare a sextuplé. Le revenu par tête a
été multiplié par sept. Et trois Français sur quatre ont en poche un
smartphone doté d’une capacité de
calcul supérieure à celle des ordinateurs qui ont permis d’envoyer
l’homme sur la Lune il y a cinquante ans. Mais la mondialisation, vecteur majeur du changement, semble une nouvelle fois
menacée. Et les Etats-Unis sont à
nouveau à la manœuvre.
Le moteur du rattrapage
Un nouveau cycle économique est
peut-être en train de commencer.
Au-delà des secousses politiques,
économiques et militaires, la
France a connu trois séquences
depuis le début du XXe siècle. La
première, qui a duré jusqu’en 1945,
fut un temps de stagnation douloureuse. Au sortir de la Seconde
Guerre mondiale, le revenu par tête
est au même niveau qu’en 1900. Le
marasme s’explique, bien sûr, par
les trois chocs qui ont meurtri la
production : deux guerres effroyablement destructrices (de vies
humaines, de machines, de bâtiments) et une profonde crise financière. Mais il vient aussi du repli du
pays sur lui-même après l’ouverture commerciale du XIXe siècle, et
de son incapacité à passer aux techniques modernes de l’industrie,
celles de la production de masse.
L a d e u x i èm e s é q u e n c e e s t
mieux connue. L’économiste Jean
Fourastié lui a donné un nom
devenu fameux : les Trente Glorieuses. De l’après-guerre jusqu’à
l’orée des années 1980, le revenu
par tête a progressé au rythme
décoiffant de 4 % l’an. La France
s’est alors servie du moteur de
croissance le plus puissant, celui
employé par la Chine à partir des
années 1980 : le rattrapage.
Modernisation accélérée des
entreprises, investissements
publics massifs, création de la
Sécu, refonte du dialogue social,
ouverture progressive des frontières, inscription dans un projet
européen... toutes les étoiles se sont
alignées. C’était la mondialisation
facile.
Transition énergétique
La troisième séquence est plus
compliquée. Serait-ce la mondialisation excessive ? Depuis le début
des années 1980, le revenu ne progresse plus que d’à peine 1 % par an.
Le chômage s’est incrusté. La
France est souvent à la peine quand
elle s’approche de ce que l’économiste Philippe Aghion appelle la
« frontière technologique ». Ses
pesanteurs étatiques et sociales
deviennent des entraves. En devenant financière, la mondialisation
crée de l’instabilité et des inégalités.
Le poids du patrimoine détenu par
le 1 % des foyers les plus fortunés
avait décliné pendant l’essentiel du
XXe siècle, en passant de 50 % du
total en 1900 à un peu plus de 15 %
au début des années 1980 ; il approche aujourd’hui 25 %.
Mais la roue tourne à nouveau.
La mondialisation change de
forme. Les entreprises veulent produire plus près de leurs marchés.
Le recours intensif aux technologies de l’information brouille la
géographie des échanges.
En devenant
financière,
la mondialisation
crée de l’instabilité
et des inégalités.
La transition énergétique va contracter les routes commerciales.
Des gouvernants comme Donald
Trump sont tentés de fermer les
frontières. Le centre de gravité économique bascule vers l’Asie.
Comme toujours depuis un siècle,
la France jouera son avenir sur
l’aptitude à réussir dans cette nouvelle mondialisation. n
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// 03
Les Echos Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018
FRANCE
03
Le prix des cigarettes
augmentera à nouveau en mars
BUDGET
Juppé-Pécresse,
la bifurcation
Juppé appuie Macron dans sa stratégie européenne,
Pécresse semble prête à une neutralité bienveillante
face à la future liste LR. La droite modérée se disperse.
LE FAIT
DU JOUR
POLITIQUE
Cécile
Cornudet
Dessins Fabien Clairefond pour « Les Echos »
U
nie dans le rejet
de Laurent Wauquiez,
séduite (au début) par
Emmanuel Macron, la droite
modérée devient de plus
en plus plurielle. Le temps
passe, les chemins s’éloignent,
comme ceux d’Alain Juppé
et de Valérie Pécresse,
pour prendre deux figures
emblématiques. Les difficultés
d’Emmanuel Macron
confortent la présidente d’Ilede-France dans l’idée qu’elle
peut incarner une alternative
au président de la République
au sein de LR ; elles conduisent
au contraire le maire
de Bordeaux à lui apporter
plus clairement son soutien.
Alain Juppé valide désormais
la ligne stratégique choisie par
Emmanuel Macron pour les
élections européennes de mai.
Progressistes versus
nationalistes, il faut serrer
les rangs parce qu’il y a danger,
reprend-il ainsi dans « Les
Echos » : « Pour la première fois
peut-être depuis sa fondation,
la construction européenne est,
je pense, réellement menacée de
dislocation », s’alarme-t-il, en
pointant du doigt les « casseurs
d’Europe », de l’extérieur
(Trump, Poutine) comme de
l’intérieur (Italie, Hongrie…).
Emmanuel Macron peut-il
être un rempart contre Orbán
et Salvini ? « Oui, je le pense.
Son projet est cohérent et
ambitieux », poursuit-il dans
« Le Point », prêt à lui apporter
son aide, même s’il ne semble
pas candidat à la tête de liste.
Ces propos interviennent à un
moment où l’autre modéré
qu’est Jean-Pierre Raffarin
appelle désormais à une
coalition autour d’Emmanuel
Macron. Cet été encore,
il envisageait la constitution
d’une liste autonome de
la droite juppéiste pour porter
le combat européen. Moment
terminé. Pour les deux
anciens Premiers ministres,
Laurent Wauquiez reste
infréquentable, comme
le montre son refus récent
de sanctionner Viktor Orbán
au Parlement européen.
Valérie Pécresse a également
bougé depuis l’été, mais
dans l’autre sens. Emmanuel
Macron a montré trop de
failles (en matière sécuritaire
notamment) pour qu’elle
ne prenne pas ses distances.
Laurent Wauquiez a su faire
les gestes européens, début
juillet à Menton, pour que son
mouvement se fasse vers lui,
ou plutôt vers LR. A priori,
sauf tête de liste inacceptable,
elle pourrait montrer
une neutralité bienveillante
à l’égard de la liste des
Républicains aux prochaines
européennes. Peu impliquée,
mais pas hostile non plus.
Favorable à l’avertissement
contre la Hongrie pour
ses manquements à l’Etat
de droit, mais souhaitant que
Viktor Orbán, ainsi sermonné,
reste au PPE. Critique mais
toujours arrimée, l’avenir
se joue à LR. Cela reste
une constante en politique, les
idées n’ont pas forcément de
corrélation avec les stratégies.
Juppé et Pécresse restent
proches sur le fond, mais
s’éloignent l’un de l’autre.
Le premier peut encore peser
aujourd’hui et le fait. La
seconde sait qu’elle a plus de
temps devant elle pour rêver
d’alternance, et le fait aussi.
ccornudet@lesechos.fr
en bref
Le Sénat vote l’amende forfaitaire
pour usage de stupéfiants
DROGUE Le Sénat a voté jeudi, lors de l’examen de la réforme de
la justice, l’application de l’amende forfaitaire délictuelle à
l’usage de stupéfiants. Le texte défendu par la garde des Sceaux,
Nicole Belloubet, inscrit dans la loi une mesure annoncée en
janvier par le ministère de l’Intérieur, visant à répondre à l’augmentation constante du nombre de consommateurs de cannabis (près de 700.000 consommateurs quotidiens). Une amende
forfaitaire de 300 euros (250 en cas de paiement immédiat) est
prévue pour le délit d’usage de stupéfiants ainsi que pour le délit
de vente d’alcool à des mineurs.
40 millions de dossiers médicaux
partagés visés en cinq ans
SANTÉ Au moins 40 millions de dossiers médicaux partagés
(DMP) ouverts d’ici à cinq ans : c’est l’objectif que se sont fixé
l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), qui
regroupe une vingtaine de syndicats, et l’Assurance-maladie, a
annoncé cette dernière jeudi. Le « recours large » au dossier
médical partagé – sorte de carnet de santé numérique attendu
depuis une dizaine d’années – figure parmi les objectifs du nouvel accord-cadre interprofessionnel (Acip) signé mercredi par
la Caisse nationale d’Assurance-maladie (Cnam) et l’UNPS.
Le projet de loi
de finances prévoit
d’avancer d’un mois
les hausses de prix du
tabac prévues début
2019 et début 2020.
Solveig Godeluck
@solwii
Le prix du tabac va de nouveau augmenter, et avec un peu d’avance. Le
projet de loi de finances pour 2019,
examiné cette semaine en commission à l’Assemblée, prévoit une
hausse en mars 2019, un mois plus
tôt que ce qu’avait prévu le législateur il y a un an. Le relèvement de la
fiscalité va se traduire par environ
50 centimes de plus sur le paquet de
cigarettes, après un relèvement de
près de 1 euro en mars 2018. De
même, le palier d’avril 2020 sera
avancé d’un mois. En revanche, les
augmentations de novembre 2019
et de novembre 2020 ne sont pas
décalées. Et le prix du paquet de
cigarettes devrait bien passer à
10 euros dans deux ans.
Recettes supplémentaires
L’objectif affiché est d’harmoniser
le calendrier des homologations
de prix, désormais plus fréquentes
en cours d’année, avec celui de la
hausse de la fiscalité. Cette opération devrait au passage rapporter
25 millions d’euros de recettes supplémentaires à la Sécurité sociale
en 2019 et autant en 2020. Grâce à la
hausse des taxes, le gouvernement
prévoit 500 millions d’euros de
recettes supplémentaires en 2018 et
400 millions en 2019.
Le ministre de l’Action et des
Comptes publics, Gérald Darmanin, s’est félicité en septembre d’une
« baisse de la consommation » (en
réalité des ventes) de 10 %. Pour
2019, le gouvernement estime que
celle-là se traduira par un manque à
gagner de 1 milliard. Mais au total,
avec la hausse de la fiscalité, le gain
net sera tout de même de 400 millions pour les finances publiques.
Chez les industriels du tabac, la
Seita partage cette estimation, mais
500
MILLIONS D’EUROS
de recettes supplémentaires
seront engrangées par le
gouvernement en 2018 grâce à
la hausse des taxes sur le tabac.
s’attend à ce que les recettes fiscales
soient supérieures de 265 millions
d’euros à la prévision du gouvernement pour 2018. « L’année dernière,
l’Etat a collecté 11,5 milliards d’euros ;
cette année, nous prévoyons une
recette de 12,3 milliards », explique
Clémence Rouquette, responsable
des affaires publiques.
Le projet de loi de finances prévoit également une augmentation
du droit de licence annuel que
paient les industriels, ce qui rapportera 36 millions en 2019 et 18 millions en 2020. Ces sommes vont alimenter le Fonds de transformation
des buralistes créé par le protocole
d’accord professionnel signé en
février à Bercy. Le gouvernement
a promis 80 millions d’euros aux
débitants sur quatre ans pour les
aider à moderniser leur commerce
et surtout à le diversifier, afin d’être
moins dépendants du tabac. n
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04
LES POINTS
DE VUE
d’ Alain Juppé
Q
uelle sera l’influence de la
France dans vingt ans ? »
Ma première réaction a été
d’écrire : « Bien malin qui pourrait le
dire ! » Dans un monde où tout
change tout le temps, chaque jour,
chaque heure, la prospective est un
art plus hasardeux que jamais. Mais
alors que je viens de lancer dans ma
ville l’exercice « Bordeaux Métropole 2050 », je serais malvenu de me
dérober. Pour le citoyen que je suis,
qui a grandi dans la geste gaulliste,
les mots « grandeur », « rang » – premier rang, cela va de soi – viennent
naturellement à l’esprit quand il
s’agit de la France. Mais le gaullisme
est aussi un réalisme : de quel poids
pouvons-nous peser entre les
grands empires de ce siècle, la
Chine, les Etats-Unis, la Russie et
quelques autres ? Le président Giscard d’Estaing, en son temps, avait
fait scandale en qualifiant notre
pays de puissance moyenne. Nous
avons certes de réels atouts pour
compter encore sur la scène internationale et tenir le rôle de puissance d’influence mondiale. Mais
qui ne voit la fragilité de notre position dans le monde ?
Pou r r e ste r u n e puissanc e
d’influence mondiale, il nous faudra
le vouloir intensément et agir résolument. A mes yeux, la première
condition de l’influence, c’est la force
de l’économie nationale. La France
n’a pas le choix ; si nous voulons
tenir notre rang, il nous faut une
industrie, des services, une agriculture solides. Nous connaissons nos
E
n 2038. J’entre dans l’école.
Je traverse la cour. A ma gauche, un terrain de sport
ouvert en permanence. A ma
droite, un potager auquel chacun
travaille régulièrement et qui est
une des sources d’approvisionnement de la cantine.
Au milieu, une bibliothèque. Elle
compte deux parties. D’abord une
grande pièce avec les livres, les journaux et les documents bien rangés.
Il y règne un silence propice à la lecture et à la concentration. Juste à
côté, une autre pièce qui se présente
comme un laboratoire et comme
une cafétéria. Elle est équipée des
De nouveaux outils
permettront aux
enseignants
de se concentrer
sur la part la plus
enthousiasmante
de leur métier.
meilleurs outils numériques, aménagée pour travailler à plusieurs.
On y vient pour préparer un travail
collectif, consulter des ressources
en ligne, parler en petits groupes.
La bibliothèque centrale
Comme dans toute institution de
savoir depuis des siècles, la bibliothèque est donc centrale. Une partie
correspond aux fonctions éternelles
d’une bibliothèque. L’autre partie
bénéficie des nouvelles manières
d’apprendre et de travailler de notre
siècle. Ancrage et transformation
perpétuelle vont ensemble et
s’incarnent en un lieu. Faisons donc
Quelle sera l’influence
Jean-Michel
Blanquer : «Faisons
unla
de
rêve
France
» pour
dans
l’éducation
vingt ans ?
faiblesses. Depuis quelques années
et notamment depuis 2017, des
réformes utiles ont été engagées
pour y porter remède. Mais beaucoup reste à faire pour contenir la
dépense publique, et pas seulement
celle des collectivités locales. Il est
regrettable que le décalage à 65 ans
de l’âge de départ à la retraite ait été
écarté alors que c’est, à terme, un
puissant gisement d’économies, et
une nécessaire adaptation aux nouvelles et heureuses conditions
d’espérance de vie. Cette remise en
ordre s’impose, non pas pour complaire à Bruxelles comme on nous le
répète à longueur de journée, mais
par bon sens : à partir d’un seuil que
nous sommes en train d’atteindre,
l’endettement public plombe les
générations qui vont nous succéder,
et dès aujourd’hui risque de nous
mettre sous la dépendance des
« marchés » qui nous prêtent
l’argent dont nous avons besoin.
Nouveaux leviers
d’innovation
Rester fort, c’est aussi et surtout
investir massivement dans la
recherche et le transfert de ses résultats dans l’innovation sous toutes
ses formes, technologique, mais
aussi sociale et environnementale.
C’était l’esprit du « grand emprunt »
voulu par Nicolas Sarkozy et dont la
commission que je présidais avec le
regretté Michel Rocard avait proposé les voies et moyens. Il ne faut
pas perdre cette dynamique, il faut
inventer de nouveaux leviers d’innovation car notre pays et ses entreprises ont du retard à rattraper. On sait,
par exemple, que la transformation
numérique est à faire dans une
majorité de nos PME-PMI.
En évoquant la question de la
transformation numérique et de
l’intelligence artificielle, j’en viens
tout naturellement à ma deuxième
condition : nous ne réussirons pas
seuls. Or, pour la première fois
un rêve. Dans vingt ans, l’école française aura évolué dans un climat
constructif grâce à la confiance de
toute la société dans l’école. L’école
sera plus que jamais le lieu d’épanouissement et d’émancipation par
la connaissance grâce à la maîtrise
des savoirs fondamentaux, à la culture scientifique et littéraire grâce à
la maîtrise des technologies.
Transmission
Dans notre histoire républicaine,
l’école constitue le levier essentiel
du progrès social ; elle est l’institution qui rend possible la promesse
de liberté, d’égalité et de fraternité.
Comme l’écrit Mona Ozouf, l’école
« est le lieu où l’on oublie d’où on
vient » car elle accueille sans distinction tous les élèves et leur transmet les mêmes connaissances et les
mêmes valeurs. Au principe de
l’école, il y a en effet l’acte fondamental de transmission qui est seul
en mesure de changer la vie des
enfants et des familles. Cela est vrai
pour le futur autant que cela l’a été
par le passé.
Dans vingt ans, l’école républicaine doit être plus encore un levier
de réussite pour les enfants et
demeurer le creuset du destin collectif du pays. Pour cela, nous
devons être à la hauteur des enjeux
éternels, en redonnant son plein
sens au mot « humanités » avec une
attention particulière à la maîtrise
de la langue, dont l’insuffisance est
la première source d’ inégalités, et
des enjeux nouveaux avec les
humanités scientifiques et numériques. Savoirs, autonomie, créativité
sont les clefs essentielles pour permettre aux élèves de vivre avec discernement dans un monde tou-
peut-être depuis sa fondation, la
construction européenne est, je le
pense, réellement menacée de dislocation. Les casseurs d’Europe
sont à l’œuvre, tant à l’extérieur qu’à
l’intérieur. La question se pose vraiment de savoir si certains gouvernements, à commencer par ceux de
Hongrie et de Pologne, partagent
encore les valeurs fondatrices de
l’Union européenne. Ce qui est en
question, ce n’est pas le libéralisme,
c’est-à-dire, dans le vocabulaire
d’aujourd’hui, une doctrine ou une
pratique économique qu’on assimile, à tort ou à raison, à la jungle
capitaliste. A raison quand il n’est
pas régulé. A tort dans la conception que j’en ai. Non, ce qui est en
cause, ce sont les fondements de la
démocratie, des libertés démocrati-
Je rêve que les
prochaines élections
européennes soient
l’occasion de proposer
à nos peuples un vrai
projet de renaissance
de l’idéal européen.
ques. C’est la séparation des pouvoirs que le Bordelais Montesquieu
a théorisée dans « De l’esprit des
lois » après s’en être imprégné en
Angleterre ; c’est l’indépendance de
la justice ; c’est la liberté de la presse.
Je rêve que les prochaines élections européennes soient l’occasion
de proposer à nos peuples un vrai
projet de renaissance de l’idéal
européen. Bâti d’abord sur les
valeurs pour redonner du sens à
l’aventure. Mais aussi sur les réponses concrètes aux interrogations
légitimes de nos concitoyens aux
yeux desquels l’Europe est trop souvent synonyme d’impuissance.
Rien ne donne à penser que ce rêve
puisse devenir réalité et que le scru-
tin soit autre chose qu’une grande
foire d’empoigne pour ou contre la
macronie. Et pourtant ! Nécessité
pourrait faire loi.
Troisième condition au maintien
de l’influence française : la fidélité à
nos valeurs. Nous avons du mal à
l’admettre : nos valeurs ne sont plus,
ne sont pas universellement partagées. Les régimes autoritaires sont à
la mode. L’idée qu’une bonne dictature convient mieux à des peuples
qui ne seraient pas mûrs pour la
liberté se répand un peu partout…
On n’est pas loin de nous reprocher
(à moi le tout premier) d’avoir cru
naïvement aux printemps arabes. Et
au nom du réalisme, certains vont
jusqu’à se demander si Bachar Al
Assad, à la tête de la Syrie, ne vaut
pas mieux que l’anarchie pour nous
tous, sinon pour le bonheur de son
peuple. La France et l’Europe qui
partagent ses valeurs ne doivent pas
baisser les bras. Nous, nous croyons
aux droits de la personne humaine,
à l’égalité entre les femmes et les
hommes, aux libertés individuelles
et aux libertés démocratiques,
parmi lesquelles bien sûr la liberté
de religion, de toutes les religions,
dans le respect mutuel et l’observance des lois civiles. La France restera une puissance d’influence
mondiale si elle continue de porter
ce message, et d’être, en résistance à
ce qui est devenu le politiquement
correct, c’est-à-dire l’apologie de la
force brutale, le phare de la liberté ;
l’artisan de la justice et de la lutte
contre toutes les inégalités, entre les
femmes et les hommes, entre les
peuples ; un « fauteur » de paix contre les fauteurs de guerre.
a
L’intégralité du texte
sur lesechos.fr
Alain Juppé est ancien Premier ministre
et maire de Bordeaux.
multiples, un élève peut être confronté, à un moment ou à un autre
de sa scolarité, à des incompréhensions. A chaque fois, il est de notre
devoir de l’aider à les dissiper.
Correction automatisée
et Jean-Michel
Blanquer
jours plus technologique. L’école
rendra le siècle plus humain en permettant à chaque enfant de grandir
dans une maîtrise des outils qui
l’entourent et de créer avec eux
Les grands textes
L’ensemble des transformations
engagées au primaire et dans
l’enseignement secondaire vise à
transmettre aux élèves, par l’imprégnation des grands textes notamment, ce sens profond de l’humain,
qui leur donne la force nécessaire
pour embrasser avec sérénité les
évolutions rapides de notre monde.
Plus que jamais, l’école doit remplir
sa mission de justice sociale en
œuvrant sans relâche à une élévation du niveau scolaire de l’ensemble de la population. Il n’est pas
d’humanité sans langage comme il
n’est pas de progrès social sans progrès du savoir. La nouvelle dimension scientifique, qui s’ouvre sur
l’exploration et la compréhension
du cerveau, va nous permettre de
relever ce défi et d’améliorer considérablement notre approche pédagogique, en prévenant mieux les
difficultés de chaque élève et en y
répondant parce que repérées dès
qu’elles surgissent. Tous nos élèves
sont différents. Pour des raisons
Dans ce contexte nouveau, nous
avons plus que jamais besoin de la
figure du professeur, dont l’humanité et l’amour de la connaissance
ne seront jamais remplacés par
l’ordinateur. La pseudo-utopie qui
consiste à penser que l’accès à tous
les savoirs grâce à Internet dispenserait d’assurer la transmission est
une idée fausse. En revanche, les
nouveaux outils vont leur permettre de se concentrer sur la part la
plus enthousiasmante de leur
métier, l’apprentissage des connaissances et l’accompagnement des
élèves. La correction des copies
aura été pour une large part automatisée et les élèves seront habitués
à une autoévaluation régulière utile
pour progresser.
En 2038, je souhaite que cette
nouvelle Renaissance que nous
vivons soit portée fièrement par
l’école française, forte de ses valeurs
et convaincue du pouvoir émancipateur du savoir. C’est ainsi que
nous aurons réussi ce troisième
chapitre de notre histoire scolaire
qui, après la massification du primaire à la fin du XIXe siècle, puis du
secondaire dans la deuxième moitié du XXe siècle, donnera à tous les
élèves une confiance redoublée en
leur réussite grâce à une personnalisation des parcours au moment de
la jeunesse et tout au long de la vie.
Jean-Michel Blanquer est ministre
de l’Education nationale.
L’impôt à la source
convainc deux
Français sur trois
SONDAGE
La réforme reste
populaire pour
une majorité
de Français, selon
un sondage Elabe
pour « Les Echos ».
Renaud Honoré
@r_honore
Le psychodrame de septembre
n’a pas eu trop d’effets. Malgré
les inquiétudes d’Emmanuel
Macron étalées sur la place
publique à la rentrée, le prélèvement à la source de l’impôt sur
le revenu reste p opulaire
auprès des Français. Au total,
65 % d’entre eux accueillent
favorablement cette réforme
qui entrera en vigueur en
janvier prochain, selon un
sondage Elabe pour « Les
Echos ». « Le soutien reste élevé,
alors même que le gouvernement
a semblé prêt à un moment à
renoncer », note Vincent Thibaut, chargé d’études chez
Elabe. Le nombre de partisans
est encore supérieur chez ceux
dont le paiement de l’impôt sur
le revenu est déjà mensualisé
(78 %), et moindre chez ceux…
ne payant pas l’impôt (60 %).
Autre preuve que l’hésitation
présidentielle n’a pas eu pour
l’heure de conséquence
fâcheuse sur le jugement populaire, le niveau d’inquiétude
reste mesuré (36 % des Français) à l’approche de ce big bang
fiscal. C’est un peu moins le cas
pour le gros tiers de contribuables qui ne sont pas mensualisés, pour lesquels l’inquiétude
est plus forte (45 %).
« On voit que le premier sujet
d’inquiétude (à 50 %) concerne
de possibles bugs techniques,
devant le manque de confidentialité. Il faut peut-être y voir un effet
du cafouillage de septembre, où
l’on a beaucoup insisté sur ces
bugs », souligne Vincent Thibault. La complexité pour les
entreprises est citée en troisième motif d’inquiétude
(à 32 %). Chaque catégorie de
contribuables a des sujets de
préoccupation différents. Logiquement, pour ceux déjà mensualisés, la modification du système de crédit d’impôt revient
plus souvent (27 %, contre 22 %
en moyenne). Pour les personnes non mensualisées, c’est
l’obligation du paiement mensuel (30 %, contre 19 % en
moyenne) qui suscite une plus
grande inquiétude.
Pour finir de convaincre tout
le monde, le gouvernement
serait peut-être inspiré de changer les thèmes mis en avant
dans sa communication. Jusqu’à présent, il insistait beaucoup sur les bienfaits d’un
impôt contemporain permis
par le prélèvement à la source,
censé s’adapter rapidement
aux variations de revenus. Mais
cet avantage n’est que le second
perçu par les Français (28 % le
A trois mois de
l’entrée en vigueur
de la réforme,
seulement 53 % des
Français se jugent
bien informés.
citent), bien après… l’étalement
du paiement de l’impôt sur
douze mois (39 % de citations).
« Même pour les gens mensualisés sur dix mois, cela fait un
avantage en termes de trésorerie
qui nécessiterait peut-être d’être
mieux mis en avant », avance
Vincent Thibault.
Quoi qu’il arrive, Bercy va
devoir renforcer la communication à trois mois de l’entrée en
vigueur de la réforme. Ainsi,
seulement 53 % des Français se
jugent bien informés. « C’est un
taux anormalement bas, alors
même que les contribuables ont
déjà dû choisir leur taux de prélèvement pour l’année prochaine.
Il faudra vérifier d’ici à quelques
semaines si les Français attendent le dernier moment pour
réellement s’y intéresser », juge
le sondeur. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
05
Les ménages modestes et
les retraités aisés perdent
en pouvoir d’achat
BUDGET
Selon les calculs de
l’Institut des politiques
publiques, les classes
moyennes et les
ménages les plus
fortunés sont
les gagnants de
la politique fiscale
d’Emmanuel Macron.
Ingrid Feuerstein
@In_Feuerstein
Qui est plus ou moins favorisé par la
politique fiscale d’Emmanuel
Macron ? Un an après le vote des
principales mesures du programme du chef de l’Etat, qui ont
durablement installé une image de
« président des riches », le débat
reste vif. Les économistes de l’Institut des politiques publiques (IPP)
viennent de publier une nouvelle
évaluation qui tient compte des
mesures proposées dans le projet de
budget pour 2019. Il en ressort un
gain net pour une large partie de la
classe moyenne, ceux dont le revenu
est situé entre le troisième et le huitième décile de la distribution des
revenus, ainsi que pour les 1 % les
plus aisés. Concernant la classe
moyenne, c’est la baisse de la taxe
d’habitation qui produit l’effet le
plus massif (ainsi que la baisse des
cotisations salariales pour les actifs).
Cela compense la hausse de fiscalité
énergétique et le gel des prestations
sociales. Les plus fortunés, quant à
eux, ont largement bénéficié de la
réforme de la fiscalité du capital.
Les 20 % les plus modestes apparaissent comme les perdants de
cette politique fiscale. Cela n’apparaissait pas aussi clairement dans
les évaluations publiées l’an dernier.
C’est dû à la prise en compte des
mesures du projet de budget pour
2019 consistant à revaloriser très faiblement les prestations sociales
(hors RSA) et les retraites, alors que
l’inflation repart à la hausse. Ces
ménages n’échapperont pas à la
hausse de la fiscalité du tabac et de la
fiscalité verte qui frappent tous les
contribuables, quel que soit leur
revenu. Les bénéficiaires du minimum vieillesse et de l’allocation
adultes handicapés sont néanmoins
épargnés, dans la mesure où ces
prestations seront même revalorisées davantage que l’inflation.
Une autre catégorie de perdants
se dessine dans cette évaluation : ce
sont les 20 % les plus aisés (hormis
le 1 % des ménages les plus fortunés). Ils ne sont pas éligibles à la
baisse de la taxe d’habitation, du
moins pour l’instant, et les revenus
du capital restent minoritaires dans
leurs ressources. Dans cette catégorie, il faut distinguer les actifs des
retraités. Les actifs seront tout de
même gagnants, car ils bénéficieront de la bascule des cotisations
salariales sur la CSG. Les grands
perdants sont les retraités figurant
parmi les 20 % de Français les plus
aisés. D’après cette évaluation, ces
foyers perdent jusqu’à 3 % de
revenu disponible en deux ans.
Evaluation statique
Les économistes de l’IPP ont cherché à vérifier si tout cela incite à la
reprise à l’emploi, comme le clame
le gouvernement. C’est vrai si l’on
regarde le transfert de cotisations
salariales sur la CSG, moins si l’on se
focalise sur la revalorisation de la
prime d’activité, souvent citée en
exemple par le ministre de l’Action
et des Comptes publics, Gérald Darmanin. Un salarié au SMIC gagnera
au final 32 euros de plus par mois.
« C’est un effet modeste à l’incitation
à l’emploi », estime Brice Fabre, économiste à l’IPP. La prime d’activité
doit cependant continuer d’augmenter en 2020 et 2021.
Fiscalité du gazole : l’exécutif
va faire un geste pour le BTP
Malgré un incident
de séance à l’Assemblée,
l’exécutif compte bien
maintenir la fin du taux
réduit de TICPE accordé
à certains secteurs industriels. Le BTP aura toutefois
droit à un dispositif
pour amortir la hausse.
Renaud Honoré
@r_honore
Parmi les nombreuses mesures de
fiscalité écologique voulues par le
gouvernement, celle sur la fin de
l’avantage accordé à certains
secteurs industriels reste toujours d’actualité, même si un petit
aménagement devrait être
accordé à un secteur du BTP très
revendicatif.
Pourtant, un épisode de guérilla
parlementaire a pu laisser croire
que la mesure ne survivrait pas
à son passage à l’Assemblée. Profitant de l’absence de plusieurs députés de la majorité jeudi matin, les
différents partis de l’opposition ont
uni leurs forces en commission des
Finances pour rayer d’un trait de
plume l’article consacré au sujet
dans le projet de loi de finances
pour 2019.
« Certains d’entre nous ne se sont
pas réveillés assez tôt », confie un
parlementaire LREM. Une vision
démentie par l’entourage d’Amélie
de Montchalin, la coordinatrice du
groupe LREM, qui accuse l’opposition d’un coup tordu. « Eric Woerth
a profité du fait que certains de nos
députés étaient mobilisés en commission spéciale », dénonce-t-on dans le
parti majoritaire.
Inquiétude
pour certaines PME
Pour autant, l’article devrait être
rétabli la semaine prochaine lors de
l’examen en séance plénière. Le dispositif devrait rester identique à
celui envisagé initialement – à
savoir la fin du taux réduit de TICPE
(taxe intérieure de consommation
sur les produits énergétiques) pour
le gazole non routier de certains
secteurs industriels (BTP, chimie,
métallurgie…), ce qui doit générer
environ 900 millions d’euros d’économies. Pas de changement de cap
donc, alors même que plusieurs
députés LREM s’inquiétaient des
répercussions pour le secteur du
BTP. « Pour les petites entreprises, ça
peut être brutal, alors qu’il n’existe
pas d’alternative au gazole pour des
engins de chantier comme les grues
ou les engins de terrassement »,
estime un parlementaire.
Pour tenir compte de ces inquiétudes, l’exécutif négocie un mécanisme permettant d’amortir le choc
pour ce secteur. « On ne reviendra
pas sur la fin du taux réduit, car une
telle mesure ne peut pas marcher s’il
y a trop d’exceptions », prévient une
source parlementaire. En revanche, un dispositif permettant de
répercuter le coût additionnel sur
les contrats publics de travaux est
actuellement à l’étude. n
A noter que cette évaluation
retient l’impact estimé des mesures
fiscales, ce qui ne tient pas compte
de l’évolution des comportements.
Les premières remontées sur les
rentrées fiscales de l’année 2018
montrent que l’introduction d’un
prélèvement forfaitaire unique de
30 % sur les revenus du capital
devrait coûter moins cher que
prévu, car les versements de dividendes sont repartis à la hausse. De
même pour l’impôt sur la fortune
immobilière, remplaçant de l’ISF,
qui a rapporté 400 millions d’euros
de plus que prévu. Cela ne change
pas la courbe redistributive du programme fiscal d’Emmanuel
Macron, mais atténue l’effet sur le
1 % le plus aisé. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
06
Daniel
Cohen
: la France ne doit
Ces défis
économiques
pas
laisser
ledevons
champ libre
aux
que
nous
relever
Gafa
LES POINTS
DE VUE
d’Alexandre
Bompard
systémiques, et de nouveaux enjeux économiques.
Les quatre défis
Pour être une puissance économique, la France et ses
entreprises devront relever quatre défis.
Le premier, le plus absolu, est celui de la formation
initiale et continue : l’impératif d’innovation sera catégorique. S’équiper d’un capital humain plus mobile et
l y a un peu plus de vingt ans, un rapport remis au
valorisé, susceptible de s’adapter aux évolutions
Premier ministre doutait d’Internet, relevant que
rapides du monde pour ne pas en être la victime, sera
« son mode de fonctionnement coopératif n’est pas
incontournable. Les Français devront être mobiles,
conçu pour offrir des services commerciaux ». La même
physiquement et intellectuellement, pour s’adapter
année était fondé Amazon. L’art de la prédiction est
aux nouveaux métiers. La France dispose d’atouts,
périlleux. C’est particulièrement vrai dans une économais elle doit aller beaucoup plus loin pour s’inscrire
mie aussi mouvante que la nôtre : il y a vingt ans, Goopleinement dans cette compétition vertueuse.
gle, Facebook et l’iPhone n’existaient pas ! Dessiner la
Le deuxième défi est celui de notre compétitivité. Il
puissance économique de la France en 2038 est donc
appelle une modernisation de notre outil productif
par essence un pari. Plusieurs tendances permettent
par l’investissement et la transformation des structunéanmoins d’anticiper quelques bouleversements
res économiques, pour construire un environnement
économiques à venir.
plus mobile. Il requiert aussi l’accélération de la rénovation de notre administration, afin qu’elle acquière
Une entreprise transformée
une agilité croissante. C’est un enjeu crucial et d’autant
L’entreprise poursuivra sa transformation, de la digiplus délicat qu’il devra garantir un équilibre social statalisation qui l’a conduite à intégrer les outils numérible. Et permettre la vitesse, levier essentiel de la transques vers la « plateformisation » : elle se pensera
formation.
comme un intermédiaire, mettant en relation des
Le troisième défi est l’élargissesolutions et des consommateurs,
ment du rôle des entreprises. Hier
qu’elle fera participer à sa création
en retrait, elles devront assumer
de valeur. L’outil digital offrira la La puissance de la
un rôle décisif au-delà de la sphère
possibilité de décomposer à moin- France dans vingt ans
économique, et particulièrement
dres frais les processus économin’est
pas
acquise.
sur le volet environnemental.
ques, décomposant les fonctions
L’urgence écologique dépasse la
de production. L’acheteur sera
capacité d’action des Etats et des
plus libre et émancipé. Le dévelop- Il nous faudra nous
organisations non gouvernemenpement de la concurrence, par les réinventer, ensemble.
tales et justifie notre mobilisation.
nouvelles technologies et la diffuLa transition écologique, la souvesion des moyens de comparaison
raineté alimentaire, l’autonomie énergétique sont des
instantanée, redéploie déjà l’équilibre des relations
leviers de puissance pour la France de demain.
commerciales : l’économie n’est plus verticale, l’avis du
Le quatrième défi, essentiel, est européen : la puisconsommateur compte plus que les réputations bâties
sance de la France sera la puissance de l’Europe. Nous
de longue date et les communications corporate. C’est
devons reconstruire une puissance européenne capale temps de la multitude. Les clients voudront – encore
ble de peser sur les affaires du monde. Cela impose une
plus qu’aujourd’hui – avoir accès à tout, tout de suite,
régulation européenne désireuse de favoriser l’émerpartout, et c’est là le défi pour la grande distribution.
gence d’entreprises capables de concurrencer les
La relation au travail change déjà : plus nomade, le
grands leaders chinois et américains, qui profitent
salarié mêlera ses vies professionnelle et personnelle ;
aujourd’hui de notre faiblesse pour s’imposer à tous.
plus polyvalent, il bénéficiera de revenus annexes ;
La puissance économique de la France dans vingt
plus exigeant, il demandera à trouver du sens à ses difans n’est pas acquise. Pour la bâtir, il nous faudra nous
férentes activités. Cela suppose de réinventer les proréinventer, ensemble. C’est à la portée de notre histoire,
tections sociales pour les adapter à des parcours de vie
c’est aux fondements de notre culture de conquête,
moins linéaires.
c’est un souffle que l’Europe attend.
En 2038, la France évoluera ainsi dans un univers
plus connecté, plus interdépendant, plus fluide, qui
Alexandre Bompard est PDG du groupe Carrefour.
sera aussi celui de nouveaux risques, conjoncturels ou
I
Daniel
Cohen
et
sur son smartphone, vérifier constamment qu’on n’a
pas manqué un message, comme s’il était devenu une
partie intégrale de notre être, au travail comme à la
maison, sont devenus les tics épuisants de l’existence
moderne. Cette dystopie n’est pas le seul monde
possible.
Un autre peut être envisagé, dans lequel l’homme
hacun voit bien à quoi pourrait ressembler,
et la machine découvrent des complémentarités
dans vingt ans, le monde en train de percer.
nouvelles, où le professionnel de santé affine son diaLes taxis n’auront plus de chauffeurs, l’Apple
gnostic et le suivi de ses malades sans renoncer à son
Watch se sera démocratisée, permettant à chacun de
rôle, où les enseignants peuvent à la fin de chaque
prendre son pouls et de réaliser un électro-cardiocours réaliser un petit test rapide pour repérer ceux
gramme, offrant aussi, en partenariat avec Amazon,
de leurs élèves qui décrochent, au lieu d’attendre les
de livrer les médicaments qui vous ont été prescrits
examens de fin d’année pour découvrir que c’est
par le centre Google Health, lequel aura pris aussi le
l’amphi qui a décroché, où les pharmaciens peuvent
contrôle d’un réseau de pharmacies. Les ingénieurs,
suivre leurs clients les plus âgés pour savoir s’ils ont
les « manipulateurs de symbopris leurs médicaments, bref un
les », inventeront des algorithmonde où les humains restent
mes qui feront tourner la société Saurons-nous nous
solidement en contrôle, utilisant
numérique au profit des Gafa.
les algorithmes pour améliorer
protéger d’un monde
Dans cette société de stars,
la qualité des services rendus
entièrement contrôlé
grandes et petites, le travail
sans dégrader la qualité du serhumain deviendrait celui d’une par les géants du Net ?
vice qui est fourni.
domesticité au service des élites.
Les Mark Zuckerberg et les Bill La France est devenue,
D’autres destins possibles
Gates auront toujours besoin de comme la plupart des
La France est devenue, comme la
leurs coiffeurs, médecins et avoplupart des pays, l’un des champs
cats, et en cascade, ceux-ci offri- pays, l’un des champs
d’expérimentation de ce nouveau
ront des emplois de moins en d’expérimentation
monde en gestation, dont les
moins payés à leur propre domes- de ce nouveau monde.
Etats-Unis et la Chine sont en
ticité. C’est un système où le luxe
train de définir les conditions
sera d’échapper aux technologies
d’existence. Un rêve, bien difficile
et de bénéficier d’un service à la personne. Mais plus
à concevoir en ces temps de disette budgétaire, serait
on s’éloignera du sommet, plus l’emploi sera dévaloqu’elle se donne, dans les vingt ans qui viennent, les
risé, et la production de richesses numérisée.
moyens de jouer aussi sa partie.
Qu’elle éveille un peu de cette effervescence intelDictature des réseaux sociaux
lectuelle que l’on trouve dans les campus californiens,
Saurons-nous nous protéger d’un monde entièrenon pour les singer, mais pour explorer à sa manière
ment contrôlé par les géants du Net ? La série « Black
propre d’autres destins possibles.
Mirror », qui est l’équivalent moderne du film de
Cet autre chemin dessinerait un monde où les
Chaplin « Les Temps modernes », nous fait magnifiprofessions aujourd’hui en tension (dans les hôpiquement voir ses dérives possibles. Elle met en scène
taux, écoles, Ehpad…) utilisent les nouvelles technoun monde où la moitié de nos existences est devenue
logies pour améliorer la qualité de leur prestation,
virtuelle, nous imposant son système de notation, ses
sans renoncer à ce qui fait leur cœur de métier :
normes sociales, la dictature non pas du prolétariat
offrir aux humains des services humains… Un
mais des réseaux sociaux. Le film de Chaplin et la
investissement préventif en intelligence artificielle
série Netflix se répondent dans leur manière d’illuspeut éviter la déshumanisation annoncée, mais à
trer la capacité illimitée des humains à se soumettre
condition que les professions concernées s’en saiaux exigences des technologies nouvelles. Les transsissent. Sinon, une application tueuse venue de Calihumanistes plaident pour une hybridation entre
fornie les emportera toutes, et les robots remplacel’humain et le numérique, l’organique et le digital. Or
ront les humains.
cette hybridation a déjà commencé. L’iPhone est
devenu un nouvel organe du corps humain. Taper
Daniel Cohen est économiste.
C
Polémique sur la taxe d’habitation : la riposte de Darmanin
FISCALITÉ
Le gouvernement
explique pourquoi
la taxe d’habitation
augmente dans
certains cas, en pointant la responsabilité
des communes.
Isabelle Ficek
@IsabelleFicek
Des « garnouzettes ». Ce mot du
Nord, Gérald Darmanin pourrait
bien encore une fois l’utiliser ce ven-
dredi matin sur RTL ou dans son
interview au « Figaro », où le ministre de l’Action et des Comptes
publics va expliquer la suppression
progressive de la taxe d’habitation,
alors que les Français sont en train
de recevoir leurs avis d’imposition.
Des « garnouzettes », ce sont des
balivernes. Gérald Darmanin avait
utilisé le terme début octobre sur
France 2, pour assurer que l’exécutif n’a pas menti sur cette baisse
d’impôt. Et en cette mi-octobre,
après un certain silence dû à la
fébrilité du remaniement, il y a
urgence à expliquer la mesure, avec
du « très concret », souligne un
conseiller gouvernemental. Tant la
communication sur les baisses
d’impôts et au-delà sur le pouvoir
d’achat est délicate.
« Quand on dit aux gens qu’on leur
redonne du pouvoir d’achat, ils ne le
croient pas. Le discours est très compliqué à faire passer », poursuit-il.
D’où une campagne de spots et
d’encarts lancée dans la presse. Et
un ministre sur le pont. « Il ne s’agit
pas tant de communiquer que de
pointer une baisse réelle d’impôts,
massive, pour les classes moyennes et
populaires, due à la mesure gouvernementale. On a beaucoup entendu les
gens nous dire : “Vous nous annoncez des baisses d’impôts et on ne les
voit pas.” Là, elles sont réelles », rap-
pelle l’entourage de Gérald Darmanin, qui met en avant une mesure
bénéficiant à 18 millions de foyers
fiscaux, pour une baisse moyenne
cette année – avec la suppression de
30 % de cet impôt – de 200 euros.
Les communes pointées
Sauf que Gérald Darmanin, interpellé sur les réseaux sociaux, doit
aussi expliquer, et c’est là que les
choses se compliquent, pourquoi
elle ne baisse pas cette année pour
certains – ce sont les 20 % des foyers
les plus aisés –, mais surtout, pourquoi il arrive qu’elle ne baisse pas
autant qu’annoncé par le gouvernement, voire qu’elle augmente. Au
Sénat jeudi après-midi, le Premier
ministre, Edouard Philippe, a taclé
les communes qui « ont choisi, librement sans doute, de remonter leur
taux ». Les communes ont pu en
effet décider de remonter leur taux
ou de supprimer des abattements.
Cette année, un peu plus de
6.000 communes – contre 7.300 l’an
dernier – précise Bercy, l’ont fait, en
moyenne de 0,49 % contre 0,73 %
l’an passé. Seulement 55 communes
de plus de 10.000 habitants (sur 941)
sont dans ce cas. Parmi elles : Corbeilles-Essonne, Sceaux, Rambouillet, Albi, etc.
« L’Etat compense à l’euro près
pour les communes la suppression,
Dimanche de 10h à 11h
Le Grand rendez-vous
© Chamussy/SIPA
Hélène Jouan, Nicolas Barré et Damien Fleurot reçoivent
Jean-Luc Mélenchon
Député de Marseille et Président du groupe « La France insoumise »
à l’Assemblée Nationale
cela explique qu’elles soient moins
nombreuses cette année à augmenter
leur taux », précise-t-on à Bercy.
Bref, l’exécutif veut pointer la responsabilité des communes, sans
pour autant taper trop ouvertement sur elles, au moment où il dit
vouloir renouer le dialogue.
Il s’agit aussi de ne pas trop mettre
en exergue les cas où la taxe d’habitation va quand même augmenter.
« Le combat sur le pouvoir d’achat,
c’est injuste, mais il est un peu perdu
d’avance, déplore un conseiller
ministériel. Ceux qui en bénéficient,
on ne va pas les entendre. Et les 20 %
qui n’en bénéficient pas maintenant,
on ne va entendre qu’eux. » n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
07
« Nous
devonsqui
élarsion
d’unla
destin
partagé
»
Les
scénarios
attendent
société
française
LES POINTS
DE VUE
de Hakim El Karoui
L
a désoccidentalisation du
monde a commencé. Il y a
presque vingt ans. Pas le
11 septembre 2001 : l’attaque de New
York était d’abord le signe de la centralité occidentale. Mais, quelques
semaines après, à Doha, quand la
Chine est entrée à l’OMC. L’essor de la
Chine a signifié pour l’Occident la
perte de trois monopoles : l’histoire,
l’intelligence et l’avenir. Et les classes
moyennes occidentales – et donc
françaises – ont commencé à paniquer. Le processus mondialisation/
désoccidentalisation a eu deux conséquences. Une révolution
et François-Xavier
Bellamy
A
un journaliste qui lui
demandait à quoi ressemblerait la grande
œuvre du prochain siècle, Bergson répondit : « Si je le savais, je
la ferais ! » Il voulait montrer
par là que l’avenir n’existe pas,
qu’il n’est pas écrit d’avance. Ce
n’est que par une fiction mentale que nous nous représentons demain comme la prochaine étape d’un scénario déjà
tout prêt. Bien sûr, la prospective peut dessiner des tendances que les probabilités prolongent ; des évolutions sont à
l’œuvre dont l’élan ne s’arrêtera
pas soudainement. Il n’en reste
pas moins que nos libertés créatrices peuvent toujours faire
surgir demain l’imprévisible et
l’inattendu, pour le meilleur ou
pour le pire.
Cette propriété de l’histoire
humaine se fait sentir en particulier dans certains moments
décisifs : car il est, dans nos itinéraires individuels comme
dans notre vie collective, des
périodes qui ressemblent à des
carrefours, à des points de
bifurcation, où la nécessité d’un
choix nous impose de faire face
au poids écrasant de notre propre liberté. Il me semble que les
vingt prochaines années sont
précisément l’un de ces rendezvous historiques. Non pas parce
qu’ils seraient spécialement
marqués par des événements
majeurs – ce n’est pas ce qui est
en jeu. Mais de façon moins
visible, ils nous verront faire des
choix qui engageront notre avenir commun d’une manière
inédite.
Rien n’est écrit à l’avance
Dans les années qui viennent,
nous déciderons de l’avenir de
notre environnement ; comme
l’a montré le dernier rapport du
GIEC, le pire n’est pas encore
sûr, mais c’est maintenant qu’il
faut agir. Mais l’environnement
n’est pas le seul enjeu de notre
action sur les grands équilibres
de la nature : dans les vingt ans
qui viennent, nous déciderons
aussi, selon toute probabilité,
de l’avenir de notre condition
humaine. Après avoir pro-
géographique d’abord : la mondialisation favorise les lieux de contact
avec le monde. La région parisienne,
Lille, Lyon, Marseille, Nice, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux ont profité de la dynamique créée par la
croissance mondiale qui s’est emballée. Le XXe siècle avait été celui des
villes, le XXIe sera celui des grandes
villes. Mais, plus surprenant, le territoire français s’est « retourné », en
suivant l’ancienne ligne SaintMalo - Genève qui séparait début
XIXe les territoires alphabétisés de
ceux qui l’étaient moins. L’Ouest est
en plein boom : il profite du dynamisme des activités de service – du
tourisme à l’informatique en passant par l’université –, du vin et de
l’aéronautique. A l’inverse, à l’est,
dans cette France hier en avance, la
mécanisation et la mondialisation
ont affecté les territoires. Pendant
que Cholet rit, la vallée de la Moselle
pleure. Et l’euro a accéléré ce phénomène de polarisation. La suppression des risques de change et d’inflation et le libre-échange ont spécialisé
gressé pour réparer les corps
humains pendant des millénaires, céderons-nous pour la première fois au rêve de les augmenter, de les transformer, de
forcer toutes les limites naturelles pour répondre à nos désirs
encore insatisfaits ? Les plus
anciens mythes de l’humanité
nous avertissent sur le danger
de cette bifurcation : elle va
devenir possible pour la première fois dans l’histoire ; et
c’est déjà l’enjeu évident du
d é b a t q u i s ’e n g a g e d è s
aujourd’hui sur la procréation,
dans le cadre des prochaines
lois de bioéthique.
Tout cela est dans nos mains,
et rien n’est écrit à l’avance. Plus
que jamais, la politique ne
devrait pas se réduire à une promesse de bonne gestion, de
changement sans destination ;
elle devrait être l’occasion d’élaborer une vision partagée, qui
nous permette d’exercer notre
liberté collective. Mais même
cet exercice est aujourd’hui
menacé : saurons-nous préser-
La politique ne
devra pas se réduire
à une promesse
de bonne gestion.
Saurons-nous
reconstruire le
commun, qui n’est
jamais une
évidence acquise ?
ver les conditions de la démocratie, reconstruire le commun
lui-même, qui n’est jamais une
évidence acquise ? Ou bien laisserons-nous se défaire cette
unité politique dont nous héritons, par l’abandon de notre
souveraineté à des pouvoirs qui
ne répondent devant personne,
ou par la force corrosive de
l’individualisme et des communautarismes ?
Tout cela paraîtra peut-être
sombre ; au contraire. Le mot
« crise » vient du grec « krisis »,
qui désigne la décision. Les
vingt prochaines années seront
effectivement décisives. Il ne
faut voir, dans leur incertitude,
qu’un signe magnifique de
notre responsabilité.
François-Xavier Bellamy
est professeur de philosophie
et essayiste.
Son dernier livre : « Demeure. Pour
échapper à l’ère du développement
perpétuel » (Grasset).
les territoires, exactement comme
hier, l’unification italienne a détruit
le système latifundiaire du sud de
l’Italie. Le nord de l’Europe est en
train de capter l’industrie et la valeur
ajoutée pendant que le Sud se spécialise dans les services à faible valeur
ajoutée. Et la France regarde au sud.
Deuxième conséquence, la
société elle-même s’est polarisée.
L’élite économique a pleinement
profité de la dynamique mondiale.
Les milieux populaires, eux, se sont
maintenus, vaille que vaille. Et, la
classe moyenne a compris qu’elle
serait la grande perdante de ce système car les nouvelles générations
d’Européens de l’Est, de Chinois et
d’Indiens sont presque aussi productifs mais beaucoup moins chers.
L’écran plat pour presque rien ne
remplacera jamais la dignité que
donne le travail.
Enfin, l’effondrement de la pratique religieuse catholique a libéré la
volonté de puissance individuelle :
les identités régionales, sexuelles,
« genrées », religieuses s’expri-
ment. Et les populistes profitent de
l’angoisse de la classe moyenne traditionnelle qui se sent remise en
cause de tous côtés.
Divergence des modèles
Quelle sera la société française dans
vingt ans ? Considérons deux scénarios. La ligne de plus grande pente
d’abord. La polarisation sociale,
géographique et productive va
s’accélérer. L’Europe va continuer à
éviter de parler de l’essentiel : la
divergence des modèles économiques des nations qui la composent.
En France, les baby-boomeurs, qui
ont utilisé la dette publique pour se
constituer un patrimoine privé
colossal, vont tout faire pour éviter
le rééquilibrage qui s’impose entre
les actifs et les retraités (la France
dépense 4 points par an de PIB de
plus que l’Allemagne pour ses
retraités, soit 89 milliards d’euros !).
Les efforts de compétitivité des différents gouvernements seront alors
trop lents pour gérer la contrainte
intérieure (le choix de privilégier la
rente des retraités) et extérieure (la
pression compétitive et technologique des émergents). Incapable de se
donner un avenir, la France, hier
centralisée et rêvant d’homogénéité, deviendra une myriade de
points de toutes tailles (de la grande
Le plus probable est
que la polarisation
sociale, géographique
et productive va
s’accélérer.
métropole à l’individu triomphant).
Les populistes arriveront au pouvoir si l’un d’eux réussit la synthèse
des populismes de droite et de gauche comme Emmanuel Macron a
réussi à fédérer les bourgeoisies de
droite et de gauche.
L’autre scénario est plus optimiste. D’abord, une grande négociation européenne (telle la conférence
de Messine de 1955) aura permis de
UNIQUE
réaligner les intérêts aujourd’hui
divergents entre le sud de l’Europe et
le Nord. L’Europe se protégera
mieux de la Chine tout en faisant circuler le capital entre son nord et son
sud. En France, les gouvernements
auront compris qu’il faut anticiper le
papy-krach qui va frapper : on va
passer de 520.000 décès annuels en
2004 à 600.000 en 2017 et 800.000 en
2050 du fait de la fin de vie des générations nombreuses nées entre 1945
et 1965. Le transfert de richesses des
retraités vers les actifs devra être
accéléré. Dans la société, la dynamique centrifuge aura été stoppée par
un nouveau contrat social qui permettra de transcender par le civisme
et l’adhésion à la culture commune
les affiliations communautaires, suivant le modèle des Juifs en France à
la fin du XIXe siècle décrit par Dominique Schnapper. J’ai envie de croire
à ce dernier scénario. Mais je doute
qu’il voit vraiment le jour.
Hakim El Karoui est essayiste
et consultant.
comme chacune de vos idées.
IMAGINONS L’AVENIR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
08
Ecole : ce que prévoit le projet de loi Blanquer
ÉDUCATION
Le projet de loi
Pour une école
de la confiance,
qui va être dévoilé
lundi, annonce
un bouleversement
profond du système
éducatif.
Les principales
mesures doivent
entrer en vigueur
à la prochaine
rentrée scolaire.
Marie-Christine Corbier
@mccorbier
« Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en
serai fier », avait promis le ministre de
l’Education en mai 2017. Il s’est finalement ravisé. Un projet de loi, intitulé
« Pour une école de la confiance » va
être dévoilé ce lundi au Conseil supérieur de l’éducation, un organisme
consultatif. Le texte, révélé par les
sites spécialisés ToutEduc et Le Café
pédagogique et que « Les Echos » ont
aussi pu consulter, comprend vingtquatre mesures qui doivent entrer en
vigueur en septembre 2019, hormis
le volet relatif à la réforme territoriale, prévu pour le 1er janvier 2020.
Tour d’horizon des principales
dispositions.
L’INSTRUCTION
•OBLIGATOIRE
DÈS 3 ANS
C’est la première raison d’être du
projet de loi. Il fallait modifier la loi
pour faire appliquer la promesse
d’Emmanuel Macron d’abaisser
l’âge de l’instruction obligatoire de
6 à 3 ans. L’Etat va attribuer « à chaque commune » les ressources correspondant « à l’augmentation des
dépenses obligatoires qu’elle a consenties » pour cela.
pour l’organisation des services académiques ». Après la création de dixsept régions académiques sous le
quinquennat précédent, le gouvernement s’est engagé à ce qu’il y ait,
en 2020, treize académies dirigées
par des super-recteurs. Un courrier
du ministre aux recteurs évoquait,
cet été, une « mutualisation » des
fonctions de gestion, des organisations « plus efficaces » et une spécialisation des sites.
EXPÉRIMENTATIONS
•AUXDESLARGES
CONTOURS
Ecoles et établissements publics ou
privés sous contrat pourront déroger au Code de l’éducation pour des
expérimentations qui visent aussi
bien « l’organisation pédagogique »
que « la coopération avec les partenaires du système éducatif », « les échanges avec des établissements étrangers
d’enseignement scolaire », l’utilisation du numérique ou encore « la
répartition des heures d’enseignement sur l’ensemble de l’année scolaire dans le respect des obligations
réglementaires de service des enseignants et les procédures d’orientation
des élèves ». Ces expérimentations
pourront s’étaler sur cinq ans.
Pour les parents réticents, une disposition prévoit une possibilité
explicite de contournement :
« L’accès aisé à une école ou à un établissement ne pratiquant pas une telle
expérimentation doit être garanti aux
élèves dont les familles le désirent. »
Cette mesure renvoie aux assouplissements pédagogiques déjà pratiqués cette année par l’enseignement
privé sous contrat.
l’organisation et les résultats de
l’enseignement scolaire ». Mais ses
pouvoirs apparaissent plus restreints. Le futur conseil « établit
une synthèse des différents travaux
d’évaluation sur le système éducatif » là où le CNESCO « réalise ou
fait réaliser des évaluations ».
Par ailleurs, sur les dix membres
du futur conseil, huit seraient choisis par le ministre. Ils seraient désignés pour une durée de trois ans,
renouvelable une fois, contre six
ans actuellement pour le CNESCO.
Un Conseil d’évaluation de l’école
remplace l’actuel Conseil national
d’évaluation du système scolaire
(Cnesco), créé par la loi Peillon de
2013. Tout comme le Cnesco, ce
nouveau conseil serait « placé
auprès du ministre chargé de l’Education nationale » et « chargé
d’évaluer en toute indépendance
Les Instituts nationaux supérieurs
du professorat succèdent aux Ecoles supérieures du professorat et de
l’éducation (ESPE), créées par la loi
de 2013. Le directeur de chaque institut est nommé pour cinq ans par
arrêté conjoint des ministres de
l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, après audition
UN NOUVEAU CONSEIL
•D’ÉVALUATION
DE L’ÉCOLE
DES ÉCOLES PUBLIQUES
•INTERNATIONALES
FINAN-
CÉES PAR DES ENTREPRISES
Le texte proposé par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, comprend
vingt-quatre mesures qui doivent entrer en vigueur en septembre 2019. Photo Nicolas Tavernier/RÉA
FORMATION DES ENSEI•GNANTS
: LA FIN DES ESPE
par le recteur et le président de
l’université de rattachement.
Jusqu’ici, cette nomination se faisait sur proposition du conseil de
l’ESPE, composé entre autres membres de représentants des enseignants-chercheurs. Le principal
syndicat de l’enseignement supérieur, le Snesup-FSU, y voit « la
démolition de la formation des enseignants » et une « mise au pas » des
directeurs d’ESPE. Le syndicat Sud
Education pointe le fait que « les
directeurs et directrices des instituts
de formation ne seront désormais
plus désignés par leurs pairs, mais
par le ministre lui-même » et
dénonce « une reprise en main autoritaire, par le ministre, de la formation des enseignants ».
Le ministre n’a jamais caché sa
volonté de revoir la formation des
enseignants, notamment en juin dernier lors d’un rapport très critique de
la Cour des comptes sur les difficultés de fonctionnement des ESPE.
LES SURVEILLANTS
•POURRONT
ENSEIGNER
Les assistants d’éducation, autrement dit les surveillants « inscrits
dans une formation préparant aux
concours » de l’enseignement, peuvent se voir confier « des fonctions
pédagogiques et d’enseignement ou
des fonctions d’éducation ». Pour
Jean-Michel Blanquer, la professionnalisation des futurs enseignants, qui intervient après la
licence, est trop tardive. Le ministre veut davantage de « prérecrutements ». Il entend susciter cette
vocation parmi les surveillants, qui
accompagnent les élèves pendant
le temps de l’étude.
DES ORDONNANCES POUR
•REDÉCOUPER
LES TERRITOIRES DES RECTORATS
Le projet de loi autorise le gouvernement à prendre par ordonnance des mesures pour « le nouveau découpage du territoire national
Le projet de loi prévoit la création
d’établissements publics locaux
d’enseignement international
pour le premier et le second degré.
Sélectifs, ils dispenseront des
enseignements en langue française et en langue vivante étrangère (un cours de mathématiques
en anglais, par exemple) pour des
élèves « aptes » à suivre. Ils prépareront « soit à l’option internationale du diplôme national du brevet
et à l’option internationale du baccalauréat, soit au baccalauréat
européen ».
Ils seront créés par arrêté du préfet, sur proposition conjointe de la
région, des départements et des
communes, après conclusion
d’une convention. Et seront dirigés
par un chef d’établissement qui fait
aussi office de directeur d’école.
Le budget de ces établissements
publics locaux d’enseignement
international pourra être abondé
par des dotations versées par
l’Union européenne ou d’autres
organisations internationales,
mais aussi par « des personnes
morales de droit privé », autrement dit des entreprises ou des
associations. n
L’apprentissage reprend des couleurs dans le secondaire
FORMATION
Fin 2017, près
de 264.000 jeunes
préparaient un
diplôme de niveau
inférieur ou égal
au bac en alternance.
Soit 1,5 % de plus
en un an. C’est
la première progression depuis 2008.
Alain Ruello
@AlainRuello
Pour la première fois depuis dix
ans, le nombre d’apprentis préparant un diplôme du second degré
est reparti à la hausse l’année dernière. Fin 2017, on comptait près de
264.000 jeunes suivant une formation de niveau inférieur ou égal au
bac dans un centre de formation
d’apprentis (CFA), soit une progression de 1,5 % par rapport à 2016,
selon des chiffres publiés par l’Education nationale.
Le rebond est modeste. Cela ne
fait « que » 4.000 apprentis de plus.
Mais il est notable. Parce que le
secondaire représente les deux tiers
des apprentis : enrayer une baisse
continue depuis 2008 est donc vital
pour la relance de cette forme
d’enseignement qui mêle cours
généraux et travail en entreprise. Et
parce que le cœur de la réforme
Pénicaud porte justement sur ces
niveaux scolaires.
Dans le détail, les effectifs ont
diminué un peu pour les brevets
professionnels (–0,8 %). A l’inverse,
ils ont progressé pour les bacs pro et
CAP (+1,5 % et +1,2 %).
Pour encourageants qu’ils soient,
les chiffres montrent aussi que les
marges de progression restent
importantes : un élève sur vingt
seulement sortant de troisième se
dirige vers l’apprentissage.
C’est tout l’enjeu du volet orientation de la réforme, a récemment
rappelé Muriel Pénicaud, lors de
la signature de deux conventions
avec la Fédération nationale des
travaux publics, qui s’est engagée
à porter à 12.000 le nombre
d’apprentis dans ses entreprises
d’ici à cinq ans, contre 8.000
aujourd’hui.
54 heures de découverte
des métiers
La ministre du Travail a mis en
avant les 54 heures de découverte
des métiers prévues entre la troisième et la première. « Les principaux des collèges ne seront plus
jugés sur le nombre d’élèves dirigés
vers la filière générale », a renchéri
son homologue de l’Education
nationale, Jean-Michel Blanquer.
Les CFA de l’enseignement supérieur, eux, n’ont pas les mêmes soucis. Leurs effectifs continuent d’augmenter à vive allure : +9,1 % à fin 2017,
après +5,9 % en 2016 et +3,8 % en
2015. BTS, DUT, licences ou masters,
sans oublier les titres d’ingénieur :
tous les diplômes sont à la fête.
« Force est de constater que
l’apprentissage dans l’enseignement
supérieur se porte bien », soulignait
récemment Jacques Beauchet, le
président de Formasup Paris, à
l’occasion des vingt ans du CFA de la
plupart des grands établissements
d’enseignement du supérieur de
Paris. Cependant, a-t-il ajouté, il ne
faudrait pas que les changements à
venir avec la réforme « viennent briser ce cercle ».
Un point cristallise les inquiétudes des universités ou des grandes
écoles qui ont fortement misé sur
l’apprentissage : le nouveau mode
de financement des CFA. n
Pénicaud maintient un tempo élevé sur la réforme
Les coûts unifiés par
diplôme seront arrêtés
début avril. A temps
pour que les CFA anticipent
leur offre de formation
et la présentent lors
des Salons du printemps.
La métallurgie qui promet d’augmenter de 40 % le nombre d’apprentis d’ici à la fin du quinquennat, soit
25.000 de plus. Les artisans de 40 %
également (+60.000 places). Ou
encore les travaux publics de 50 %
(+4.000). La réforme de l’apprentissage n’a pas accouché de son premier décret, mais la ministre du
Travail, Muriel Pénicaud, peut se
montrer optimiste.
Ces engagements sont de bon
augure, même s’ils ne sont pas sur-
prenants : la conjoncture économique les rend plus faciles et la
réforme donne aux branches professionnelles le rôle qu’elles appelaient de leurs vœux.
Meilleure image
Autre signe encourageant, le nombre de jeunes, de plus en plus nombreux, à opter pour l’apprentissage.
C’est vrai dans le supérieur et ça
recommence à être le cas dans le
secondaire, ce qui montre que cette
forme d’enseignement commence
à redorer son image.
Reste le troisième étage de la
fusée, les centres de formation
d’apprentis. Le ministère du Travail, Muriel Pénicaud en tête, s’est
fixé comme objectif de rencontrer
90 % des 965 directeurs de CFA de
France d’ici à la fin de l’année.
L’enjeu ? Préciser le calendrier et les
modalités du nouveau système de
financement qui les impacte fortement.
Avec la fin des conventions régionales, tout CFA sera libre d’ouvrir
une section. Il recevra une somme
pour chaque jeune sous contrat en
fonction du diplôme poursuivi. Les
branches devront avoir fixé ces
« coûts-contrats » d’ici au 1er février
(la métallurgie, l’automobile et le
BTP ont déjà bien avancé sur le
sujet). Un travail de vérification sera
ensuite mené par la future agence
France compétences, les barèmes
étant arrêtés début avril.
Le calendrier est ambitieux. C’est
la condition obligatoire pour que
les CFA puissent anticiper leur offre
de formation suffisamment tôt
pour les salons de recrutement
d’apprentis du printemps.
Cette libéralisation de l’offre de
formation va de pair avec une garantie légale de financement. En clair :
l’argent ne manquera pas, même si
les CFA débordent d’apprentis. La
centralisation de la taxe d’apprentissage via l’Urssaf permettra de récupérer plusieurs centaines de mill i o n s d ’e u r o s n o n e m p l o y é s
aujourd’hui par certaines régions ,
souligne-t-on dans l’entourage de
Muriel Pénicaud. L’établissement
d’un prix unique par formation
devrait dégager en plus d’importantes marges de manœuvre, sachant
par exemple qu’un CAP de cuisinier
est facturé de 2.500 à 14.000 euros
aujourd’hui. — A. R.
Des organismes
de formation mis
en demeure
Le ministère du Travail a mis
en demeure sept organismes
de formation de corriger des
informations jugées « mensongères » sous peine de
« poursuites pénales ». Le litige
porte sur le compte personnel
de formation (CPF), qui va
basculer d’heures en euros au
1er janvier. Ces organismes ont
incité des salariés à mobiliser
leur CPF avant, arguant que le
taux de conversion
(14,28 euros) leur fait perdre
du pouvoir d’achat. Ou que
les OPCA vont disparaître.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
09
Déchets non
recyclables :
pas de taxe
sur les industriels
ENVIRONNEMENT
Le gouvernement se
refuse à faire payer
les industriels pour
les produits sans
filière de recyclage.
Pour le ministère
de la Transition
écologique, d’autres
mesures permettront de rattraper
le retard français.
Myriam Chauvot
mchauvot@lesechos.fr
Textile sanitaire, litière pour
chat, etc. : un tiers de la poubelle
des ménages est constitué de
produits sans filière de recyclage.
Dès lors, qui doit payer la gestion
de ces déchets ? Ceux qui mettent ces produits sur le marché
en échappant à toute contribution à un éco-organisme, estiment des députés de la commission du Développement
durable. Mais leur tentative
d’amender le projet de loi de
finances 2019 pour faire payer
ces industriels et distributeurs a
été retoquée mercredi par la
commission des Finances.
Hausse de la taxe TGAP
Il leur reste la possibilité de
représenter la mesure en session plénière. Ils s’y préparent.
Le débat sur la question enfle,
car cette année s’enclenche la
hausse de la taxe TGAP payée
par les collectivités locales sur
l’incinération et la mise en
décharge des déchets, pour les
inciter au recyclage.
« On sait que tout ce qui
devrait être trié ne l’est pas, les
collectivités ont une marge de
manœuvre importante », a lancé
Jean-René Cazeneuve (LREM)
en commission des Finances. « Il
faut responsabiliser les producteurs d’objets non recyclables, lui
a rétorqué Laurianne Rossi
(LREM), et ne pas faire supporter uniquement aux citoyens et
aux collectivités locales le coût de
la collecte et du traitement de ces
déchets. » Car la TGAP se répercute sur la taxe d’enlèvement
des ordures ménagères. Par
ailleurs, la hausse de la TGAP
« va aller à l’Etat, pas à ceux qui
gèrent les déchets… », a souligné
le député Charles de Courson.
Faire payer les pollueurs qui
ne paient rien se heurte à la promesse présidentielle qu’il n’y
aurait pas de nouvelle taxe sur les
entreprises, pointe l’association
de collectivités locales Amorce.
Le ministère de la Transition écologique, lui, souligne que trois
nouvelles filières vont être créées
(jouets, matériels de bricolage et
matériels de sport et loisirs).
Mais il restera des trous dans la
raquette, un des plus flagrants
étant les textiles sanitaires, sans
filière car officiellement non
recyclables.
Faire payer
les pollueurs
se heurte
à la promesse
présidentielle
qu’il n’y aurait pas
de nouvelle taxe
sur les entreprises.
Pour le gouvernement, cela
prouve que, en voulant assujettir
100 % des pollueurs, on se
trompe de débat. « Le recyclage
est en retard en France comparé à
des pays d’Europe n’ayant pas de
système pollueur-payeur. En
revanche, leur TGAP est bien plus
élevée », remarque-t-on au
ministère, qui évoque pour 2019
un autre tour de vis, envers les
éco-organismes qu’ils contrôlent. Réforme de la gouvernance
et sanctions en cas de non-atteinte des objectifs sont au menu.
Et le ton se durcit face à Citeo,
prié de moduler son éco-contribution pour différencier le recyclable du non-recyclable. « Ses
propositions sont insuffisantes,
décrète le ministère. Nous fixerons par arrêté fin 2019 une écomodulation plus importante. Elle
doit atteindre 10 %. » n
en bref
Réforme des retraites : Olivier Faure
dénonce un « plan caché »
POLITIQUE Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a
dénoncé jeudi une « forme de duplicité » du gouvernement. « Je
crains qu’il y ait une forme de plan caché sur les retraites, qui soit
maintenu caché jusqu’à l’élection européenne et puis ensuite que
le gouvernement déroule », a-t-il accusé sur France Info. « Je sens
bien que ce gouvernement ne met pas tout sur la table », a ajouté le
député socialiste de Seine-et-Marne, alors que l’exécutif a
dévoilé mercredi ses premiers arbitrages.
Européennes : Christine Revault
d’Allones se porte candidate au PS
Ludovic Marin/AFP
POLITIQUE La cheffe de file
des députés PS au Parlement
européen, Christine Revault
d’Allonnes (photo), est candidate pour mener la liste socialiste aux élections européennes, a-t-elle annoncé jeudi.
Elle en a informé la veille le
premier secrétaire, Olivier
Faure. L’eurodéputé Eric
Andrieu avait entrepris une
démarche similaire en début
de semaine.
La syndicalisation reflue
dans la fonction publique
l Entre 2013 et 2016, le taux de syndicalisation des salariés français a légèrement
baissé, montre une étude du ministère du Travail.
l Le mouvement de désengagement a été plus marqué dans la fonction
publique que dans le secteur privé.
SOCIAL
Leïla de Comarmond
@leiladeco
Le 6 décembre, dans moins de deux
mois maintenant, les fonctionnaires sont appelés aux urnes pour
désigner leurs représentants. L’une
des inconnues du scrutin réside
dans l’évolution du taux de participation, qui était de 52,8 % en 2014.
Les dernières données sur l’état
de la syndicalisation que vient de
publier sur son site Internet la
Direction de la recherche du ministère du Travail sont à cet égard
inquiétantes. Elles montrent, en
effet, un infléchissement significatif
de la proportion de salariés adhérant à une organisation syndicale,
entre 2013 et 2016, signe d’un désengagement qui pourrait se traduire
dans les urnes aussi.
Diminution inquiétante
Le taux de syndicalisation reste
toujours nettement supérieur
dans la fonction publique que dans
le secteur privé puisqu’il atteignait,
en 2016, 19,1 %, contre 8,4 %. Mais
c’est 0,7 point de moins qu’en 2013,
première année sur laquelle a
porté la série statistique du ministère du Travail.
Cette diminution est d’autant
plus significative qu’elle a été très
ciblée. Elle a ainsi concerné pour
l’essentiel les plus jeunes et, en
particulier, les trentenaires, alors
que, d’ordinaire, c’est dans cette
tranche d’âge que l’adhésion à un
syndicat se fait. Elle a épargné les
quinquagénaires, parmi lesquels
le taux de syndicalisation enregistre une légère progression
(+0,5 point) et les quadragénaires,
chez qui il est stable.
Cette baisse s’est en outre concentrée sur les hommes fonctionnaires, dont le taux de syndicalisation
s’est réduit de quasiment 2 points, à
21,7 %, tandis que celui des femmes
fonctionnaires restait stable, à
17,5 %. Elle a également été ciblée
sur les employés et professions
intermédiaires. Ces catégories, déjà
un peu moins syndiquées que les
autres, sont passées sous la barre
des 18 %, alors que le taux de syndicalisation des cadres et des ouvriers
de la fonction publique est resté stable, à 23,5 % et 20,7 %.
Les employés plus syndiqués
L’évolution du taux de syndicalisation dans le secteur privé (marchand et associatif) n’a pas compensé la baisse constatée dans la
fonction publique, si bien que le
taux de syndicalisation global a
légèrement baissé, passant de
11,2 % à 11 %.
Fait notable dans les secteurs
marchand et associatif, la syndicalisation des jeunes a progressé,
selon les données publiées par le
ministère du Travail. Le taux chez
les moins de 30 ans reste certes
très bas, à 3,3 % en moyenne, mais
c’est 0,3 point de plus qu’en 2013.
Chez les trentenaires, il a augmenté de 0,8 point. Il a, a contrario, baissé chez les plus âgés. Lorsque l’on regarde les catégories
socioprofessionnelles, la baisse
est en revanche quasi généralisée.
Seule exception, les employés, où
le taux de syndicalisation a légèrement progressé, de 0,5 point en
trois ans. n
Les chiffres clefs
11 %
Le taux de syndicalisation
de l’ensemble des salariés
français en 2016, contre
11,2 % en 2013.
3,3 %
Le taux chez les moins
de trente ans, en hausse de
0,3 point par rapport à 2013.
Négociations : le « oui mais » du patronat aux syndicats
Dans un courrier qu’ils
ont adressé mercredi
aux syndicats, les leaders
patronaux posent leurs
conditions à l’ouverture
de négociations.
« La question est
de savoir pour
chaque thématique
si le niveau
interprofessionnel
est le niveau
optimal
de traitement
du sujet. »
Le 25 septembre, les cinq confédérations avaient écrit au patronat
pour lui proposer une liste de sujets
sur lesquels ouvrir des discussions
entre partenaires sociaux. Les dirigeants du Medef, de la CPME et de
l’U2P leur ont répondu mercredi.
Le courrier cosigné par Geoffroy
Roux de Bézieux, François Asselin
et Alain Griset dont « Les Echos »
ont eu copie devrait faire grincer
des dents du côté des syndicats.
LES LEADERS PATRONAUX
(MEDEF, CPME ET U2P)
« Réflexion partagée »
D’abord, il leur rappelle fermement le « nouvel ordre normatif »
qui « confie plus de responsabilités
aux branches professionnelles et
aux entreprises ». « La question est
donc de savoir pour chaque thématique si le niveau interprofessionnel est le niveau optimal de traitement du sujet et décider également
quel est le mode de dialogue
adapté : réflexion partagée, délibération ou négociation », écrivent
les leaders patronaux. Mais sur
tous les sujets qu’ils évoquent, le
Medef, la CPME et l’U2P ne parlent pas de négociation mais de
Geoffroy Roux de Bézieux (Medef), au centre, Francois Asselin
(CPME), à gauche, et Alain Griset (U2P) souhaitent remettre
à plat le paritarisme de gestion. Photo Sipa
« délibération » voire seulement
de « réflexion partagée ».
Quid de la qualité de vie
au travail
Sur le fond, les trois organisations
patronales proposent deux sujets de
délibération. L’un correspond à une
demande syndicale : il s’agit des
« nouvelles formes d’emploi liées aux
mutations technologiques » sur
lesquelles est proposée une délibération à l’issue d’une « réflexion partagée sur les conséquences des transitions numérique et écologique sur
l’organisation du travail ». L’autre,
placé en tête dans le courrier, a trait à
la question sensible du paritarisme
de gestion : « responsabilité de gestion, gouvernance, financement ». Là
où les confédérations demandaient
une délibération sur les discriminations, le patronat répond : « réflexion
partagée sur le rôle des entreprises
dans l’inclusion dans la société par le
travail ». Enfin, il accepte l’ouverture
demandée d’une « réflexion partagée sur le modèle économique et social
en Europe ».
La négociation sur l’encadrement
et le thème de la qualité de vie au travail sur lequel les organisations de
salariés proposaient de négocier
sont absents de la réponse du patronat qui veut, en revanche, ranimer le
« dialogue économique existant
depuis plusieurs années » entre
patronat et syndicats. — L. de C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10 //
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
10
MONDE
en
chiffres
ÉTATS-UNIS : L’INFLATION
MARQUE LE PAS
GRÈCE : LE CHÔMAGE
AU PLUS BAS DEPUIS 2011
La montée des prix a marqué
le pas aux Etats-Unis
en septembre (+ 0,1 %)
du fait d’un recul des coûts
de l’énergie, selon l’indice
des prix à la consommation
publié jeudi. Sur un an,
l’indice n’a progressé que
de 2,3 % contre 2,7 % le mois
d’avant, se situant au plus
bas depuis février.
Le taux de chômage
en Grèce est tombé
à 19 % en juillet (contre
19,1 % le mois précédent)
selon Elstat. Le taux
de chômage a commencé
à refluer chez les jeunes
entre 15 et 24 ans : il était
de 41,1 % en juillet en 2017
et s’affiche à 37,9 %
en juillet 2018.
41
MILLIARDS DE DOLLARS,
soit le montant
des capitaux qui auront fui
la Russie cette année, selon
une estimation révisée du
ministère du Développement
économique. Ce dernier
évaluait jusque-là la fuite
des capitaux à 18 milliards.
A quoi
l’Europe
Où
enressemblera
sera l’Europe
endans
2038 ?
LES POINTS
DE VUE
vingt ans ?
et Jean-Claude
de
Matteo Renzi
A l’époque du Big Data et de la connexion globale, qui
n’aura pas d’esprit critique sera exclu. Plus de la moitié
des enfants qui commencent aujourd’hui l’école primaire exerceront dans vingt ans un travail qui n’existe
pas aujourd’hui. Dans la société sans argent liquide, où
tout peut être retracé, garantir la vie privée ne sera pas
st-il vraiment possible de prévoir comment sera
un caprice de bobo, mais le chemin pour éviter de nous
l’Europe dans vingt ans ?
transformer en nourriture pour algorithmes.
Non. Le futur court beaucoup plus vite que
L’Europe à 27 ne pourra pas se baser sur le droit de veto.
prévu. On n’a pas le temps de commenter la dernière
Nous aurons probablement une Europe à deux vitesnouveauté que tout est déjà obsolète. L’innovation
ses. Elle devra accueillir les pays des Balkans, mais sans
technologique change constamment les règles du jeu.
commettre les erreurs des élargissements qui ont
Pensons aux objets de notre quotidien. Il y a vingt ans,
porté trop rapidement le nombre d’Etats membres de
tout le monde n’avait pas un téléphone portable. Ceux
15 à 28. J’espère qu’il y aura un président de l’Europe élu
qui en avaient un s’en servaient
par les citoyens. Mais la bataille à
uniquement pour téléphoner. Il y a
mener sera avant tout culturelle.
dix ans, avec la diffusion de Il faut une Europe des
L’Europe ne peut se passer de ses
l’iPhone, nous avons appris à l’uti- émotions, pas seulement valeurs, de la musique, de la littéraliser aussi pour photographier,
ture, du théâtre, du sport, de la culdes règles financières.
regarder des vidéos, écouter de la
ture. C’est ce qui l’a rendue grande.
musique… Qui sait ce qu’il en sera
dans dix ans ? Sommes-nous en
Une Europe des valeurs
mesure de prévoir comment seront les téléphones
Nous arriverons probablement à investir 2 % du PIB,
portables en 2038 ? Non. La seule chose dont nous
finalement, pour notre défense et notre sécurité,
sommes sûrs est que nos super smartphones
comme l’Otan nous le demande depuis des années en
d’aujourd’hui seront des antiquités désuètes. La politicommençant par la cybersécurité. Mais pour chaque
que est plus lente que la vie. Il suffit d’avoir participé à
euro investi pour la sécurité, nous devrons investir un
une seule réunion du Conseil européen pour comeuro dans la culture, dans l’école, la recherche et l’uniprendre que la rapidité, l’innovation, le changement ne
versité. Nous devrons combattre avec la vérité les nousont pas des mots à l’ordre du jour dans les bureaux
velles invasions barbares de notre époque : les « fake
austères de Bruxelles. Et pourtant, l’Europe a beaunews ». Pensons au défi environnemental, au réchaufcoup changé ces vingt dernières années. Dix-neuf pays
fement global, à la pollution, à la fonte des glaciers. Ces
ont la même monnaie maintenant.
problèmes ne peuvent être affrontés qu’au niveau gloJe suis conscient des limites, des retards, des incertibal. Ceux qui exaltent le repli n’ont aucune solution. Au
tudes dans le processus d’intégration. Mais nous ne
total, l’Europe sera plus nécessaire qu’aujourd’hui. Une
devons pas nous laisser abuser par ces difficultés : un
Europe des valeurs, pas seulement des paramètres de
processus historique est en train de s’accomplir. Les
Maastricht. Une Europe des émotions, pas seulement
ennemis de l’Europe l’ont bien mieux compris. Ceux
des règles financières. Pendant presque trois ans, j’ai
qui voudraient tout détruire, rétablir les frontières, les
dirigé le gouvernement de la République italienne.
barrières et les passeports. Vous pouvez les appeler
Savez-vous le moment où j’ai le plus ressenti mon
populistes, souverainistes, démagogues : peu importe.
appartenance à l’Europe ? Un dimanche à Paris. C’était
Le fait est qu’ils ont compris l’importance stratégique
le 11 janvier 2015. Je me souviens bien de cette date
de l’Europe et, pour eux, l’Europe est l’ennemie à abatparce que c’était le jour de mon 40e anniversaire. Je
tre. A n’importe quel prix. Je pense qu’en 2038 nous
devais le fêter en famille à Florence. Mais après l’attenaurons besoin de plus d’Europe, pas de moins
tat de « Charlie Hebdo », le président Hollande nous
d’Europe. L’intelligence artificielle aura bouleversé le
invita pour une manifestation de solidarité. Entendre
système économique, la robotique changera la vie
les Français chanter la Marseillaise m’a fait réfléchir et
quotidienne de millions de personnes, l’électrification
m’a ému. Je me suis senti fier d’être Européen.
nous conduira à un virage environnemental sans précédent. La pauvreté économique aura diminué, mais
Matteo Renzi est ancien Premier ministre (2014-2016)
la nouvelle forme de pauvreté sera celle de l’ignorance.
de l’Italie.
E
Juncker
L
mage, celui des jeunes étant inférieur à 5 %, contre
14,8 % il y a vingt ans, de développer l’euro afin qu’il
soit couramment utilisé dans les transactions mondiales, de multiplier les accords avec le reste du
monde – avec plus de 100 pays contre 70 en 2018 – pour
des raisons aussi bien économiques que géopolitiques. Nous aurons montré la voie en concluant avec
l’Afrique une alliance et un partenariat pour les investissements favorisant la régulation des flux migratoires de ses habitants et permettant à ce continent, puis
à d’autres, de trouver leur juste place dans le concert
des nations. Pour parvenir à tous ces résultats, nous
aurons généralisé le vote à la majorité qualifiée, un
instrument indispensable pour statuer dans une
Union encore élargie mais refusant l’immobilisme.
’Europe sera, dans vingt ans, plus forte, plus
ambitieuse, plus souveraine ou ne sera plus,
n’en déplaise aux nationalistes et aux eurosceptiques de tous bords. Il ne s’agit ni du credo ni des rêves
d’un vieil Européen convaincu, mais d’une réalité
imposée par l’histoire. Pour faire entendre sa voix et
peser dans les affaires du monde afin de mieux défendre ses citoyens dans un univers de plus de 10 milliards
d’habitants, l’Europe se sera, en effet, dotée de compétences accrues, librement et démocratiquement parL’engagement des citoyens
tagées par ses Etats et surtout par ses peuples.
Tout au long de ces années, la Commission aura été et
Cette Europe aura un président, une Assemblée
restera l’un des moteurs de cette marche en avant en
aux pouvoirs élargis et, après une monnaie et une
refusant le rôle de bouc-émissaire pour les quelques
défense communes, des politiques fiscale, sociale, de
échecs qui auront parfois retardé la mise en place de
sécurité, ainsi qu’une politique étrangère totalement
cette Union plus réaliste, plus ambitieuse et plus forte.
intégrées. Des instruments indispensables pour préElle aura convaincu le Conseil des ministres et donc
server ses valeurs et ses intérêts
les Etats qu’en octroyant de nouen supprimant notamment sur
veaux pouvoirs à l’Union, ce sont
son territoire, concurrence fiscale Nous aurons traversé
leurs intérêts qui seront mieux
et dumping social et pour devenir
défendus. Elle aura aussi obtenu
un acteur constructif et un archi- des crises, affronté
l’indéfectible soutien du Parledes divisions plus graves ment européen dont la légitimité
tecte du monde de demain.
Pour en arriver là, pour faire de encore que celles que
démocratique n’aura cessé de
l’Union imparfaite que nous
croître grâce notamment à ses lisnous avons connues.
connaissons une Union chaque
tes transnationales qui se seront
jour plus aboutie, nous aurons
en partie substituées à celles des
traversé des crises, affronté des L’Europe aura un
formations nationales. Mais elle
divisions plus graves encore que président, une
aura surtout pu compter sur
celles que nous avons connues. Le
l’engagement renouvelé de
Assemblée
aux
pouvoirs
patriotisme, celui qui n’est pas
l’immense majorité des citoyens
dirigé contre les autres, n’aura pas élargis et des politiques
en faveur d’une Union plus attendisparu et notre pacte fondateur – fiscale, sociale
tive aux grands enjeux qui les préplus jamais la guerre – continuera et de sécurité totalement occupent et qui appellent des
à guider nos actions dans un
réponses communes, de la promonde toujours imprévisible et intégrées.
tection sociale à celle de l’environsouvent dangereux. Les défis et
nement, mais plus modeste sur
les combats n’auront pas manqué pour nous permetceux de moindre importance.
tre d’accueillir de nouveaux membres sans diluer nos
Et je me félicite que le journal « Les Echos », qui
ambitions, de développer un multilatéralisme global
fêtera alors son 110e anniversaire, continue, par ses
respectueux des attentes et des espoirs de tous et pour
articles, ses analyses, et parfois ses critiques à nous
convaincre nos partenaires mondiaux de léguer aux
accompagner dans ce combat pour l’Europe, qui sera
prochaines générations une planète plus propre.
toujours la grande affaire de ma vie.
Ils nous auront permis, par des actions concertées
et ambitieuses, de relancer nos investissements et
Jean-Claude Juncker est président
donc notre économie, de réduire durablement le chôde la Commission européenne.
Le dossier migratoire bloqué par la campagne des européennes
EUROPE
Les ministres
européens
se réunissent en
Conseil à Luxembourg.
Gabriel Grésillon
@Ggresillon
— Bureau de Bruxelles
S’il fallait une preuve de plus que le
dossier migratoire va être l’otage de
la campagne des européennes de
mai prochain, le Conseil justice et
affaires intérieures qui se déroule,
ces jeudi et vendredi à Luxembourg,
devrait la fournir. La discussion
semble condamnée à faire du surplace sur le point le plus épidermique. Alors que la Commission européenne pousse pour une réforme
rapide de l’Agence européenne de
garde-frontières et de garde-côtes
(Frontex), de nombreux Etats membres devraient profiter de l’occasion
pour exprimer leurs réserves. La
Commission souhaite en effet porter
à 10.000 l’effectif de Frontex, dès
2020. « Ce chiffre sert à marquer les
esprits mais correspond-il à un besoin
concret ? » s’interroge un diplomate,
dubitatif.
Mais c’est sur la question des relocalisations que le débat demeure
empoisonné. Depuis que les pays
réunis au sein du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République
tchèque et Slovaquie) se sont farouchement opposés à tout mécanisme
de quotas de réfugiés, la discussion
est dans l’impasse. L’Autriche, qui
préside l’UE, propose de faire évoluer le concept : au lieu de relocalisations obligatoires, c’est la solidarité
qui deviendrait obligatoire. A ceux
qui refusent de prendre des réfugiés
serait offerte la possibilité d’aider
par d’autres moyens (techniques,
humains, financiers).
« Centres contrôlés »
Un autre débat devrait se tenir au
sujet des « centres contrôlés », ce
concept flou mis sur la table par les
dirigeants européens en juin dernier. Alors que l’Italie rechigne à
installer sur son sol un tel dispositif
– en dépit de l’aide européenne avec
laquelle il fonctionnerait –, certains
estiment que l’idée ne devrait pas
concerner les seuls territoires
de première arrivée des migrants
(Italie, Grèce, Espagne) mais
l’ensemble des pays concernés par
les mouvements secondaires. Le
phénomène migratoire interne à
l’UE est en effet à la hausse : les PaysBas poussent notamment pour
l’installation de tels dispositifs,
éventuellement mobiles, aux frontières intérieures de l’Union européenne. Le but : dissuader les mouvements secondaires.
Division en trois camps
Parmi les sujets en débat, la proposition de Bruxelles de porter
à 10.000, dès 2020, l’effectif de l’agence de garde-côtes et gardefrontières Frontex. Photo Ropi-RÉA
Cette proposition divise l’Union en
trois camps de taille à peu près comparable. L’un regroupe les Pays-Bas,
l’Allemagne, la Belgique et les pays
de première entrée : ils redoutent
qu’avec la proposition autrichienne
plus personne ne se porte volontaire
pour accueillir des réfugiés. Un
autre groupe, où figure la France, se
montre plus ouvert à l’idée, à condi-
tion que figurent de sérieux gardefous. Un troisième, qui regroupe l’est
de l’Union, est vent debout contre.
En réalité, décrypte un diplomate
européen, « les partis populistes ne
veulent aucun accord avant les élections européennes ». Se profile alors
un risque majeur pour Paris, La Haye
ou encore Berlin : le scénario où les
élections européennes se dérouleraient sans la moindre preuve que les
Européens sont capables de prendre
la question migratoire à bras-lecorps. « Plus c’est le chaos, plus Orbán
et ses amis se frottent les mains »,
résume un haut fonctionnaire de la
rive ouest de l’Europe.
Celui-ci pointe l’ambiguïté de la
présidence autrichienne : le gouvernement autrichien, lui-même farouchement opposé à la migration,
« penche souvent pour des approches
jusqu’au-boutistes et contre-productives », fustige-t-il. Ne resterait plus,
alors, que la possibilité d’un compromis par une coalition de pays volontaires. Avec les difficultés que cela
impliquerait pour le fonctionnement de l’espace Schengen. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
11
La coalition allemande redoute
l’épreuve des élections en Bavière
l La chute annoncée des partis membres de la coalition gouvernementale aux élections bavaroises dimanche nourrit
les doutes sur la capacité d’Angela Merkel à diriger son pays.
l La chancelière peut espérer un mini-remaniement pour lui donner un peu d’air.
Par ses positions radicales sur l’immigration pour chasser sur les terres de l’AfD, Horst Seehofer (ci-dessus) a exaspéré le SPD et fait tanguer le gouvernement à deux reprises, en juin et en septembre.
Le nom de Joachim Hermann, ministre de l’Intérieur bavarois, est évoqué pour prendre la suite. Photo Michael Kappeler/AFP
Le moteur allemand
tourne toujours mais
moins vite
Le gouvernement allemand
revoit ses prévisions
de croissance à la baisse,
à 1,8 % en 2018 et 2019.
Quand on le regarde, le verre est
plus qu’à moitié plein et il n’y a pas
de raison de s’inquiéter. C’est le message qu’a voulu faire passer jeudi le
ministre de l’Economie et de l’Energie allemand, Peter Altmaier, en
annonçant que le gouvernement
révisait ses prévisions de croissance
à la baisse.
Berlin anticipe une croissance de
1,8 % en 2018 et 2019, contre respectivement 2,3 % et 2,1 % auparavant.
« Cela constitue une progression
solide », « l’économie entrera l’an
prochain dans sa dixième année
d’affilée de croissance, soit la plus
longue période de croissance depuis
1966 », a souligné Peter Altmaier.
Selon lui, la baisse de régime tient
pour l’essentiel aux conflits commerciaux internationaux. « Ils nuisent à toutes les parties impliquées.
Nous avons donc tout intérêt à ce que
la déclaration commune des présidents Juncker et Trump sur la résolution du conflit commercial entre les
Etats-Unis et l’UE soit rapidement
mise en œuvre », a-t-il encore
déclaré.
S’il s’inquiète aussi du bras de fer
commercial entre la Chine et les
Etats-Unis, dont l’Europe est une
victime collatérale, le ministre allemand de l’Economie se montre plus
serein quant aux conséquences du
Montée de l’extrême droite
Sans compter que la performance
du troisième membre de la coalition, le SPD, risque aussi d’être catastrophique : le dernier sondage Civey
ne donne plus que 11 % des voix aux
sociaux-démocrates, contre 12,8 % à
l’extrême droite de l’AfD. La cheffe
des sociaux-démocrates, Andrea
Nahles, prend d’ailleurs aussi ses
distances vis-à-vis d’Angela Merkel,
Brexit. A la suite d’une réunion avec
le ministre britannique du Commerce, Liam Fox, mercredi à Berlin,
Peter Altmaier s’est dit « convaincu
que nous pouvons parvenir à un
accord contractuel raisonnable ».
l’accusant jeudi dans le quotidien
« Die Zeit » de « manquer de leadership ».
La chancelière peut espérer un
mini-remaniement pour lui donner
un peu d’air. « Si la CSU fait moins de
35 %, elle aura besoin d’un bouc émissaire et je vois mal comment Horst
Seehofer pourrait conserver son rôle
de président du parti et celui de ministre de l’Intérieur au sein de la coalition », anticipe Ursula Münch,
directrice de l’Académie d’éducation à la politique à Tützing, au sud
de Munich.
Par ses positions radicales sur
l’immigration pour chasser sur les
terres de l’AfD, Horst Seehofer a
exaspéré le SPD et fait tanguer le
gouvernement à deux reprises, en
juin et en septembre. Le nom de Joachim Hermann, ministre de l’Intérieur bavarois, est évoqué pour
prendre la suite. Un jeu de chaises
musicales pourrait aussi voir entrer
un autre représentant de la CSU à la
tête d’un autre ministère. « Horst
Seehofer s’est tenu en retrait de la
campagne électorale et il va tenter de
se défendre », prévient néanmoins
Heinrich Oberreuter, politologue et
directeur de l’Institut de formation
des journalistes de Passau. « Quoi
qu’il arrive, les difficultés du gouvernement ne se résument pas à Seehofer », prévient-il. Les élections régionales en Hesse, le 28 octobre,
pourraient bien le démontrer.
« Les difficultés
du gouvernement
ne se résument
pas à Seehofer. »
HEINRICH OBERREUTER,
Politologue et directeur
de l’Institut de formation
des journalistes de Passau
Cette fois, c’est un membre du
premier cercle d’Angela Merkel qui
est fragilisé, le ministre-président
CDU de la région, Volker Bouffier, ne
remporterait que 29 % des voix, contre 38,3 % il y a cinq ans, révélait
début octobre un sondage commandé par le « Frankfurter Allgemeine » et la radio FFH. Un tel recul
fragiliserait sans conteste la chancelière, alors même qu’elle brigue le
renouvellement de son mandat de
présidente de la CDU lors du congrès du parti conservateur qui se
tiendra début décembre à
Hambourg.
Bien qu’élu contre la volonté
d’Angela Merkel, le nouveau secrétaire général du parti, Ralph Brinkhaus, lui a apporté son soutien et
aucun rival sérieux ne s’est encore
déclaré. Les élections régionales en
Bavière ont néanmoins donné le
coup d’envoi à la campagne de succession de la chancelière. Seule sa
durée reste incertaine. n
Deux candidats clefs et un élément perturbateur
Une cagnotte fiscale
en perspective
Au total, l’excédent de la balance
des paiements courants va reculer
mais rester très élevé, à 7,1 % du PIB
en 2019 contre plus de 8 % auparavant. Alors que ses exportations
ralentissent, la bonne santé du pays
accroît en effet la demande de ses
habitants en biens de consommation venus de l’étranger. Le taux de
chômage devrait atteindre 5 % en
2019 et « nous sommes en bonne voie
pour atteindre le plein-emploi en
2025, soit un taux de 3 %, comme le
prévoit le contrat de coalition gouvernementale », se félicite Peter
Altmaier.
Il reste à savoir ce que veut faire
l’Allemagne des recettes fiscales qui
découleront de ces performances.
Le « Handelsblatt » évoque le projet
du ministère de l’Economie d’alléger de 20 milliards d’euros la charge
fiscale pour les entreprises. Une
information que Peter Altmaier n’a
pas confirmée, donnant rendezvous à la fin octobre. C’est en effet
entre le 23 et le 25 octobre que l’estimation des recettes fiscales sera
arrêtée. Les débats autour de la
cagnotte budgétaire seront alors
véritablement lancés. — N. R.
Markus Söder
Après avoir radicalisé son discours en
dénonçant le « tourisme de l’asile » pour
tenter de récupérer les électeurs séduits
par l’AfD, le ministre-président CSU de la
Bavière a recentré son discours. Il agite
un autre chiffon rouge : une chute de
son parti serait synonyme d’instabilité
pour la prospère Bavière, obligée d’en
passer par une alliance politique. Et de
pointer les difficultés de la coalition
gouvernementale d’Angela Merkel à
Berlin. Selon lui, c’est d’ailleurs moins
son bilan que le « théâtre berlinois » que
les Bavarois risquent de sanctionner
dimanche.
Odd Andersen/AFP
Jamais une élection régionale n’a
suscité en Allemagne une telle
attention tant elle risque de bousculer le gouvernement dirigé par
Angela Merkel. Si le résultat des
urnes, dimanche soir, confirment
les sondages, la CSU, alliée régionale
historique de l’Union démocratechrétienne (CDU) de la chancelière,
rois ; et les libéraux du FDP. Alors
que la région n’a jamais été aussi
économiquement solide, Markus
Söder, le ministre-président de la
région, veut y voir un vote- sanction
contre la coalition gouvernementale allemande à laquelle participe
son parti. « Une chute de la CSU ne
sera pas une bonne nouvelle pour
Angela Merkel car elle ne fera
qu’affaiblir l’Union chrétienne-démocrate que forme la CDU avec la CSU »,
estime Martin Koopmann, directeur de la Fondation Genshagen.
Frankhoermann/Sven Simon/ZUMA Pr
Ninon Renaud
@NinonRenaud
— Correspondante à Berlin
pourrait en effet connaître une cuisante défaite. Habituée à régner
sans partage en Bavière, l’Union
chrétienne-sociale ne récolterait
plus que 32,9 % des suffrages, contre
47,7 % il y a cinq ans, selon un sondage de l’institut Civey pour le
« Spiegel » publié jeudi. Elle devrait
donc nouer un accord de coalition
avec une voire deux autres formations politiques, parmi lesquelles
Les Verts, promis au rang de
deuxième force politique de la
région avec 18,5 % des suffrages ; les
Electeurs libres (Freie Wähler), parti
des électeurs indépendants bava-
Christo Stache/AFP
ALLEMAGNE
Katharina Schulze
A 33 ans, la co-tête de liste des Verts en
Bavière avec Ludwig Hartmann affiche
l’ambition de gouverner. Même si les sondages se sont par le passé révélés décevants pour les Verts, les 18,5 % d’intentions de vote données au parti ne peuvent
que l’y pousser. Katharina Schulze ne s’en
tient pas aux thématiques écologistes
mais revendique « une politique prolibérale et proeuropéenne qui résout les
problèmes des gens ». Elle réclame
notamment plus de policiers, mieux équipés et mieux formés en Bavière, Tout en
fustigeant la loi de la CSU sur l’extension
des pouvoirs de la police régionale.
L’AfD
C’est tout le paradoxe : le parti de
l’extrême droite allemand, qui semble
assuré de faire son entrée au Parlement
régional, a empoisonné la campagne électorale bavaroise, poussant le premier parti
de la région à se radicaliser… Sans qu’une
figure ne porte réellement son message !
Malgré ses 12,8 % dans les sondages, le
parti très actif sur les réseaux sociaux
n’évoque aucune intention de gouverner
dans l’immédiat : « Nous devons acquérir
de l’expérience d’abord au Landestag.
Dans un premier temps nous serons la
seule vraie force d’opposition », promet Uli
Henkel, candidat de l’AfD à Münich.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12
« L’euro est plus que jamais notre avenir »
LE POINT
DE VUE
de
Sylvie Goulard
I
maginer l’Europe dans vingt
ans est un exercice délicat tant
les turbulences masquent les
tendances fondamentales. Trois
évolutions déjà certaines – le vieillissement de la population, le changement climatique et la révolution
numérique – appellent à changer
d’échelle. Consolider un marché de
taille mondiale, favorable à l’innovation, encourager des financements performants, voilà les conditions de la préser vation de la
Sécurité sociale et de la transition
énergétique. Si le marché unique et
l’euro n’existaient pas, ce serait le
moment de les inventer. Les raisons
qui poussent à l’unité portent malheureusement aussi à la désunion.
Ces bouleversements font peur, ils
exacerbent les sentiments identitaires comme la crainte d’inégalités
croissantes. Si l’on raisonne à vingt
ans, l’euro est le plus grand défi, non
parce que la monnaie serait une fin
en soi, mais parce qu’elle constitue
la réalisation européenne la plus
concrète – chacun l’utilise – tout en
touchant aux réalités économiques
et financières les plus complexes,
mondiales. L’euro est une monnaie
aussi stable que le mark, ce qui
n’était pas gagné d’avance. Peu à
peu, il devient la monnaie de toute
l’Union.
Le débat public fait rarement
apparaître que, malgré la crise, le
nombre de pays participants s’est
accru (dix-neuf) et que tous les Etats
membres de l’UE, sauf le Danemark,
se sont engagés à l’adopter. A ce jour,
la perspective unitaire paraît peutêtre fantaisiste, mais la force
Le business trouble
des « golden visas »
en Europe
EUROPE
L’octroi de passeport ou permis de
résidence à des
non-Européens en
échange d’investissements favoriserait
des entrées d’argent
illégales, selon deux
ONG.
Catherine Chatignoux
cchatignoux@lesechos.fr
Côté face, les « golden visas »,
très en vogue en Europe depuis
quelques années, procurent de
l’argent et des investissements
aux pays qui les délivrent, en
échange d’un permis de résidence ou d’un passeport. Côté
pile, cet échange de bons procédés peut se révéler malsain,
voire criminel. Dans un rapport
publié mercredi, intitulé « Dans
le monde trouble des visas
dorés », deux ONG, Transparency International et Global
Witness affirment que « corrompus et criminels peuvent facilement trouver refuge en Europe
grâce à l’opacité et au manque
d’encadrement des programmes
appelés “visas dorés” ».
Le bénéfice économique de
ces dispositifs – qui permettent
« d’acheter une citoyenneté européenne comme un bien de luxe » –
est compromis par des risques
liés à un manque de contrôle
favorisant la prise de décision
discrétionnaire et la corruption.
Quatre pays de l’Union (Autriche, Bulgarie, Chypre et Malte)
« vendent » des passeports et
douze accordent sous condition
des droits de résidence à de
riches investisseurs, précise le
rapport. Au moins 6.000 passeports et près de 100.000 permis
de séjour auraient été « cédés »
au cours de la dernière décen-
nie. « L’Espagne, la Hongrie, la
Lettonie, le Portugal et le Royaume-Uni en ont accordé plus de
10.000 chacun », selon les
auteurs du rapport. Ces opérations rapportent gros : Chypre a
collecté 4,8 milliards d’euros
depuis 2013, et Malte 718 millions depuis l’ouverture d’un
programme en 2014. Un permis
de résidence est accordé à ceux
qui investissent 250.000 euros
en Grèce et en Lettonie, tandis
qu'« un passeport chypriote peut
coûter deux millions d’euros »,
notent les ONG.
d’attraction existe. Déjà Copenhague a lié sa monnaie à l’euro tandis
qu’une grande banque nordique
(Nordea) a déplacé son siège à Helsinki pour être supervisée par la
Banque centrale européenne. Les
enjeux géopolitiques comme l’intérêt des entreprises poussent à
l’unité. La monnaie unique jouit d’un
niveau de soutien populaire élevé
(83 % en Allemagne, 70 % en France,
60 % en Italie, selon l’Eurobaromètre 2018), ce qui dément certaines
idées reçues. Naturellement, ces
chiffres peuvent autant exprimer
une authentique satisfaction qu’un
soutien contraint, lié à la peur d’y
perdre si l’on venait à en sortir. Ces
doutes, comme la nécessité de parer
aux crises futures, justifient de poursuivre des réformes. En vingt ans,
par étapes, ce qui paraît aujourd’hui
inaccessible sera faisable.
La première touche à la convergence des niveaux de vie. Certains
pays frappés par la crise, tels que
l’Irlande, le Portugal ou la Grèce
ont, au prix de mesures douloureuses, considérablement amélioré
leur situation économique et financière et même leur marché du travail. La spécialisation progressive
des économies aboutit toutefois à
créer des divergences, d’où le
besoin d’augmenter la mobilité des
travailleurs et de prévoir des transferts financiers : un budget de l’UE
mieux conçu ainsi qu’un budget
propre de la zone euro, comme les
autorités françaises et allemandes
l’ont proposé à Meseberg en juin
dernier. Ces fonds pourraient financer à la fois des investissements
d’avenir, des biens publics européens et consolider les secours en
cas de crise (ESM).
Surveiller les déséquilibres
La seconde tient à la fragilité d’une
monnaie sans Etat. L’union monétaire est fédérale, les politiques économiques ainsi que certains choix
sociaux et d’éducation demeurent
nationaux. Même si les gouverne-
ments sont censés « considére[r] les
politiques économiques comme
une question d’intérêt commun », il
faudra surveiller bien plus sérieusement les déséquilibres macroé-
L’euro est une
monnaie aussi stable
que le mark,
ce qui n’était pas
gagné d’avance.
Peu à peu, il va devenir
la monnaie
de toute l’Union.
conomiques ayant des conséquences sur les pays voisins (notamment
les déficits et surplus de balance des
paiements) et mieux imputer à chaque niveau de décision la responsabilité qui lui incombe. Trop souvent
Bruxelles est accusée de défaillances nationales. La fragmentation
actuelle du secteur bancaire, des
assurances ou des marchés de capitaux nuit au développement. D’ici à
vingt ans, il faudra avoir surmonté
les frontières internes résiduelles,
mentales ou physiques. Les Européens doivent redéfinir le contrat
social qui les lie. A ce jour, pour les
uns, le problème est la violation des
règles, pour les autres, l’obsession
de la discipline. La zone euro a
besoin d’instances démocratiques
où débattre ouvertement et trouver
des solutions dans l’intérêt de tous.
Enfin, le rôle international de
l’euro, la souveraineté dans les
enceintes politiques comme dans
les canaux des paiements internationaux ont jusqu’ici été trop négligés. L’avenir de l’Europe dépend de
la capacité à passer d’une vision un
peu fantasmée de la puissance au
jeu collectif, patient et parfois
ingrat, qui lui donnera naissance.
Sylvie Goulard est sous-gouverneure
de la Banque de France.
NOUVELLE PEUGEOT 508
WHAT DRIVES YOU?*
Lutte contre le blanchiment et la criminalité
Pour la députée européenne et
ancienne juge anticorruption en
France Eva Joly, « les “visas
dorés” […] sont une porte ouverte
à l’argent sale et mettent à mal
tous nos efforts pour lutter contre
le blanchiment, la corruption et la
criminalité ». « Nous appelons à
une action à l’échelle de l’Union
européenne de toute urgence »,
explique Laure Brillaud, chargée des questions de la lutte antiblanchiment pour Transparency International Europe et
coauteure du rapport. Le programme de « visas dorés » à
Malte était l’une des enquêtes
sur lesquelles travaillait la journaliste et blogueuse Daphne
Caruana Galizia quand elle a été
assassinée le 16 octobre 2017.
Interrogé sur cette question, le
commissaire européen aux
Migrations, aux Affaires intérieures et à la Citoyenneté, Dimitris Avramopoulos a assuré travailler « à un rapport sur les
procédures nationales permettant d’accorder la nationalité à
des investisseurs, qui comprendra des consignes données aux
Etats membres sur les nécessaires
enquêtes préalables sur les postulants. […] Nous prévoyons de
publier ce rapport avant la fin de
l’année. » n
PEUGEOT i-Cockpit® AVEC DALLE NUMÉRIQUE
ÉCRAN CAPACITIF 10’’ HD**
SYSTÈME INFRAROUGE DE VISION DE NUIT**
BOÎTE AUTOMATIQUE À 8 RAPPORTS**
* Qu’est-ce qui vous fait avancer ? ** De série, en option ou indisponible selon les versions.
De riches investisseurs chinois achètent des « visas dorés »
au Portugal. Photo Rodrigo Cabrita/4SEE-RÉA
Consommation mixte NEDC (l/100 km) : de 3,7 à 5,7. Émissions de CO2 NEDC (g/km) : de 98 à 131.
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13
Budget espagnol : Sánchez scelle un virage
social avec Podemos
ESPAGNE
Le gouvernement
financera ses nouvelles mesures en relevant l’impôt sur les
plus hauts revenus et
sur les bénéfices des
grandes entreprises.
La droite fustige un
budget non crédible.
Cécile Thibaud
@CecileThibaud
— Correspondante à Madrid
La route est dégagée pour le budget
espagnol. Le gouvernement de
Pedro Sánchez a scellé jeudi matin
un accord avec Podemos, son prin-
cipal allié parlementaire, traçant
les grandes lignes du document qui
sera envoyé lundi à Bruxelles. Mais
il lui faudra ensuite trouver
d’autres appuis pour compléter sa
majorité parlementaire et faire
approuver sa loi de finances 2019.
« Il s’agit d’un budget pour un projet social », qui va permettre de
« récupérer les droits qui avaient été
altérés par la crise », a affirmé la
ministre des Finances, María Jesús
Montero, en présentant les points
clefs du futur budget. Sans donner
pour l’instant les détails de l’enveloppe globale, elle réaffirme l’intention de Madrid de respecter l’objectif de déficit, fixé à 1,8 % de PIB l’an
prochain. Le document sur lequel
l’exécutif socialiste et Podemos se
sont mis d’accord marque un
virage social affirmé, avec comme
point fort l’augmentation du
salaire minimum de 22 %, pour le
faire passer de 735 euros sur quatorze mois actuellement, à
900 euros en 2019, ainsi qu’une
série de mesures en faveur des
revenus les plus bas, financées par
une hausse de la fiscalité pour les
gros contribuables et les grandes
entreprises.
Côté recettes, le projet de budget
2019 va ainsi inclure une hausse
d’impôt de 2 % pour les revenus
supérieurs à 130.000 euros annuels
et de 4 % à partir de 300.000 euros,
ainsi qu’un relèvement de 2,5 % à
3,5 % de l’impôt sur les patrimoines
supérieurs à 10 millions d’euros. La
fiscalité des sociétés change, avec
un plancher relevé à 15 % pour les
grandes entreprises et à 18 % pour
les banques et les compagnies
pétrolières, ainsi qu’une taxation
de 5 % sur les bénéfices des filiales à
l’étranger. Viennent s’ajouter de
nouveaux impôts sur les transactions financières, sur le commerce
digital et sur les bénéfices sur les
sociétés d’investissements immobiliers (Socimis). Les taxes baisseront en revanche, de 25 % à 23 %,
pour les PME.
Hausse des pensions
les plus basses
Ces nouvelles règles fiscales seront
destinées à financer une palette de
mesures sociales, dont une hausse
de 3 % des pensions les plus basses
en 2019, soit un coût de 384 millions d’euros pour l’Etat. Le gouvernement annonce aussi une augmentation de l’enveloppe pour
l’aide à la dépendance de 40 %, soit
515 millions d’euros, des dépenses
en matière d’éducation (600 millions) et de recherche et développe-
ment (350 millions) ainsi que
300 millions pour garantir l’accès
de tous les 0-3 ans en crèche. Il
amorce parallèlement la mise en
marche d’une égalisation progressive des congés de paternité et de
maternité. Le congé paternité passera de cinq semaines actuelles à
huit en 2019 et atteindra seize
semaines en 2021, soit la même
durée que le congé maternité. Le
coût de la mesure est chiffré à
300 millions d’euros en 2019.
Du côté de l’opposition, le projet
a été accueilli avec incrédulité, qualifié de « budget suicide » par le Parti
populaire et de « lettre au père
Noël » par Ciudadanos. C’est du
côté des partis nationalistes et des
indépendantistes catalans que le
gouvernement devra chercher les
appuis nécessaires pour faire voter
son budget. n
Pedro Sánchez devra trouver
d’autres appuis pour compléter sa majorité parlementaire.
Photo J. Soriano/AFP
Commerce :
le Vietnam à la merci
des atermoiements
européens
ASIE
La ratification
de l’accord de libreéchange signé avec
Hanoï n’avance pas.
Preuve que
l’Union européenne
peine à clarifier sa
doctrine en matière
commerciale.
Gabriel Grésillon
— Bureau de Bruxelles
L’Union européenne, qui dit
vouloir profiter du protectionnisme des Etats-Unis pour
signer des accords commerciaux, a quelque mal à concrétiser cet engagement. Alors que la
Commission européenne reste
motrice, la machine institutionnelle (Parlement européen et
Conseil de l’Europe) peine à suivre. L’accord avec le Vietnam,
conclu depuis décembre 2015,
en donne l’illustration : sa ratification et son entrée en vigueur
se font attendre.
Cette semaine, s’est tenue
au Parlement européen une
audition dont le but était, selon
une source parlementaire, de
« démontrer que le sujet UE-Vietnam existe encore ». Un industriel du pays asiatique interrogé
sur le sujet ne cache pas son
impatience face à ce qui s’apparente à un blocage. Pour
Christian Ewert, qui préside
l’association pour le commerce
international Amfori, il y a
désormais « de quoi comprendre
la frustration de la partie vietnamienne ». Selon lui, cet accord
propose pourtant « des opportunités tangibles ». La perspective
de droits de douane très fortement réduits voire annulés,
notamment pour le secteur des
vins et spiritueux et pour l’automobile, a de quoi séduire les
Européens sur ce marché en
plein boom. Mêmes perspectives positives pour la reconnaissance des indications géographiques protégées. Sans
compter, ajoute Christian
Ewert, que l’accord « met la
barre très haut en matière de
standards environnementaux, et
est d’une importance stratégique
si l’Europe ne veut pas risquer
d’être distancée en Asie ».
Les raisons de ce retard sont
administratives, plaide Daniel
Rosario, le porte-parole de
la Commission européenne
en charge du commerce. « Le
président Juncker a clairement
affirmé que les accords avec le
Japon, Singapour, le Mexique et
le Vietnam demeuraient notre
objectif d’ici à la fin du mandat
de cette Commission », fait-il
remarquer. La commissaire au
Commerce, Cecilia Malmström,
a d’ailleurs pris des engagements, mercredi, pour que
l’accord avec le Vietnam soit
remis sur la table la semaine
prochaine. L’enjeu est plutôt de
traduire l’accord dans toutes les
langues de l’Union européenne,
mais aussi, concède le porte-parole, de mener à son terme l’épineux accord avec Singapour.
L’accord met
la barre très haut
en matière
de standards
environnementaux.
Celui-ci est devenu une priorité car c’est à son sujet que la
Cour de justice de l’Union européenne a rendu un verdict capital. Depuis ce jugement, l’Union
sait qu’elle doit scinder en deux
parties les accords qu’elle signe :
d’un côté, la partie commerciale, qui relève des compétences de l’Union, et, de l’autre, les
questions d’investissement, qui
doivent être approuvés également par les Etats membres et
leurs parlements. Mais le sujet
est aussi sensible politiquement. Tout accord de libreéchange sent désormais la poudre, en particulier sur la gauche
de l’échiquier au Parlement
européen. Dans le cas vietnamien s’ajoutent des interrogations sur les droits de l’homme
— même si l’accord contient des
clauses relatives à ce sujet. Le
risque étant « que la fenêtre politique soit passée », s’inquiète une
source au Parlement européen.
Et que le prochain Parlement
européen, élu en mai 2019, soit
encore moins allant sur ce
sujet… au risque de miner la crédibilité commerciale de l’UE. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14
de Yascha Mounk
L
’année dernière, je me suis
rendu dans une douzaine de
pays et dans une centaine de
villes pour parler de mon livre, « The
People vs Democracy ». Très vite, je
me suis aperçu d’une chose : bien
qu’il existe des ressemblances manifestes entre le Rassemblement
national (ex-FN) et l’Alternative pour
l’Allemagne (AfD), ou encore entre
Viktor Orbán et Donald Trump, les
raisons de leur montée en puissance
sont presque toujours attribuées à
un contexte national. En Allemagne,
par exemple, de nombreux intellectuels attribuent la rapide ascension
de l’AfD à la politique centriste
menée par Angela Merkel : en agissant ainsi, un vide considérable s’est
creusé à droite, laissant tout le loisir
à l’AfD de se faire une place. A contrario, aux Etats-Unis, nombreux
sont les intellectuels à penser que
l’arrivée de Donald Trump est la conséquence naturelle de la radicalisation ancienne du Parti républicain.
Comme politologue, je ne peux
me satisfaire de ces explications. Si le
même phénomène se produit dans
tant de lieux différents en même
temps, c’est qu’une origine commune existe. Dans le cas du populisme, je crois que l’on peut distinguer trois causes communes. Tout
d’abord, on retrouve la stagnation du
niveau de vie des citoyens ordinaires.
Pendant les Trente Glorieuses, le
mode de la vie (« Lebenswelt ») du
Français moyen a changé du tout au
tout : tout ce dont il rêvait dans les
années 1950, il l’a eu dans les années
1980. Par contraste, ces trois dernières décennies, le niveau de vie d’un
grand nombre de citoyens des démocraties libérales occidentales est
I
l serait bien imprudent de vouloir utiliser les tendances actuelles pour émettre des prédictions
sur ce que sera la mondialisation
dans vingt ans. Le commerce international et les flux de capitaux connaissent en effet une forte volatilité
depuis la crise financière mondiale
de 2008 et le contrecoup politique
frappe aujourd’hui de nombreux
pays. Revue tout de même de ce qui
va changer au cours des vingt prochaines années puis de ce qui ne
changera pas. L’arbitrage sur les
coûts de la main-d’œuvre – qui conduit à produire dans les pays pauvres et à vendre dans les pays riches
– prendra probablement une place
bien moins importante dans les
stratégies globales des entreprises.
Plusieurs arguments viennent donner du poids à cette hypothèse, en
particulier des projections économiques (baisse du PIB par habitant
des économies avancées et émergentes), des tendances technologiques (automatisation) et les renversements politiques (populisme).
Deuxième point, la croissance sur
les marchés émergents – en dépit
d’un rythme ralenti par rapport aux
vingt dernières années – va probablement encore accroître la compétition internationale. Il faudra
s’attendre à voir les multinationales
de ces pays faire preuve d’initiatives
audacieuses.
Troisième point, la tendance conduisant à une économie mondiale
de plus en plus multipolaire et diversifiée va se poursuivre et imposer
une complexité croissante aux multinationales. Les craintes relatives à
la mondialisation et à l’américanisation ont déjà cédé la place à l’inquiétude d’un ordre mondial dirigé par
les Chinois. Mais aucun pays ne
dominera le marché comme les
Mondialisation,
Steven
Altman :
Où en sera la
populisme
:
mondialisation
qui
va gagner ?
dans vingt ans ?
resté plutôt égal. La deuxième cause
commune est la transformation
lente et intermittente d’un certain
nombre de sociétés monoethniques
et monoculturelles en nations multiethniques. En Europe de l’Ouest,
des décennies d’immigration massive ont peu à peu remis en cause la
vision que la plupart des sociétés
démocratiques avaient d’elles-mêmes. On constate également un véritable retournement à la fois contre
les transformations culturelles des
dernières décennies, mais aussi contre l’idée même que nationalité et
ethnie devraient être dissociées.
Enfin, nous avons assisté à la
transformation totale des structures de communication dans nos
sociétés. Il y a vingt-cinq ans, nous
vivions encore dans un monde régi
par la communication de groupe :
une personne s’adressait à plusieurs
individus. Pour atteindre un large
public, il fallait recourir aux chaînes
de télévision nationales, aux canaux
de radio, aux journaux ou aux maisons d’édition, ce qui limitait la portée des idées divulguées de façon
déconcertante et, par conséquent,
minimisait la diffusion des opinions
ouvertement racistes et des mensonges éhontés. Aujourd’hui, l’essor
d’Internet et des réseaux sociaux a
levé ces restrictions. A l’ère de la
communication de masse, tout individu faisant partie d’un réseau social
peut atteindre un large public s’il diffuse un contenu suffisamment viral.
C’est également le cas, voire plus
encore, si le contenu en question est
faux ou haineux.
La question de savoir si les EtatsUnis auront trouvé le moyen de contrer le populisme d’ici à 2038 est
donc double. Un, le pays doit être
capable de s’assurer que Donald
Trump ne détruira pas les institutions de la démocratie libérale de la
même façon que Viktor Orbán, son
Etats-Unis l’ont jadis fait. Et les multinationales devant composer avec
des systèmes politiques et des cultures très différents sur les différents
marchés majeurs, il leur faudra
accepter de difficiles compromis.
Qu’est-ce qui, à l’inverse, ne changera pas ? Un : la plupart des entreprises vont continuer à réaliser une
proportion importante de leur activité à proximité. Si l’effondrement
des coûts de transport et de télécommunication a incité certains observateurs à déclarer la « mort de la distance », les similarités culturelles,
politiques et économiques entre
pays voisins continueront de favoriser les échanges commerciaux de
proximité. Aussi, en dépit de la croissance plus rapide des économies
émergentes, l’Europe restera le principal marché des sociétés françaises, quand bien même l’intégration
européenne ferait marche arrière.
Deux : les gouvernements nationaux resteront les principaux architectes de l’environnement commercial. La notion de gouvernance
supranationale est plus avancée en
Europe que partout ailleurs, mais
les importantes différences politiques entre les pays membres de l’UE
entraînent malgré tout des conditions commerciales très différentes.
En conséquence, le commerce a tendance à se réduire de manière drastique une fois passée la frontière
nationale, même au sein de l’UE.
Le proche avant l’étranger
Trois : les individus continueront de
faire passer leurs concitoyens avant
les étrangers. De fait, la compétition
internationale s’en trouve bien plus
controversée que la compétition
intérieure. D’après un sondage
récent aux Etats-Unis, le sondé
moyen serait prêt à sacrifier 1.000
Le gouvernement italien
reste sourd aux critiques
homologue politique, l’a fait en Hongrie. De ce côté, je reste plutôt optimiste, en partie car Donald Trump
est un populiste bien moins stratégique et discipliné : si les Jeux Olympiques du populisme existaient, le président américain ne monterait pas
sur le podium. Selon moi, il est donc
peu probable qu’il réussisse à
détruire les institutions purement et
Trump n’est pas
le plus grand danger
pour la démocratie
américaine.
simplement. Avec un peu de chance,
les prochaines élections de mi-mandat permettront de contrebalancer
le pouvoir des républicains au Congrès. De plus, le président restant
extrêmement impopulaire (même
s’il n’atteint pas le niveau d’impopularité de Macron), les démocrates
ont de grandes chances de l’écarter
de la Maison-Blanche en 2020 s’ils
mènent une bonne campagne.
La seconde tâche est un peu plus
ardue. Il se peut que Trump ne
représente pas le plus grand danger
pour la démocratie américaine.
Mais un éventuel successeur plus
avisé le serait. Cela signifie que quiconque souhaitant mettre en échec
le populisme montant ne doit pas
avoir pour seule ambition de battre
Donald Trump, cette personne doit
également résoudre les trois causes
sous-jacentes à l’essor du populisme.
a
L’intégralité du texte
sur lesechos.fr
Yascha Mounk est enseignant à Harvard. Il vient de publier « Le peuple
contre la démocratie » (L’Observatoire)
et Steven Altman
emplois à l’étranger pour créer un
seul emploi dans son pays. Cette
loyauté si profondément ancrée
dans l’être humain ne disparaîtra
pas en vingt ans et les multinationales auront toujours à déployer plus
d’efforts pour gagner en légitimité et
en confiance à l’étranger qu’à l’intérieur de leur pays. En conclusion, ces
prédictions montrent que dans vingt
Demain, aucun
pays ne dominera
le marché comme
les Etats-Unis l’ont fait.
ans, le succès international nécessitera probablement des avantages
compétitifs encore plus importants
qu’aujourd’hui, ainsi qu’une plus
grande sensibilité aux différences
culturelles et politiques (entre
autres) qui continueront de diviser
les pays. Les sociétés qui se projettent dans l’avenir peuvent se préparer en investissant dans les avantages marketing et technologiques, en
cultivant la diversité au sein de leur
organisation et en répondant activement aux préoccupations sociétales
en regard de la mondialisation.
Steven Altman est enseignant
à la New York University. Ce texte
a été écrit avec Phillip Bastian,
qui enseigne également à la NYU.
Le ministre de l’Economie italien, Giovanni Tria. Photo Giulio Napolitano/Bloomberg
EUROPE
Giovanni Tria
réaffirme un objectif
de déficit de 2,4 %
du PIB l’an prochain et
une croissance de 1,5 %.
Olivier Tosseri
@oliviertosseri
— Correspondant à Rome
Il ne reste que quelques jours aux
équipes du ministère de l’Economie
italien pour finaliser les détails
du projet de budget qui doit être
remis lundi à la Commission européenne. Pour trouver les ressources
nécessaires aux promesses électorales de la Ligue et du M5S, elles travaillent sur des coupes sèches de
6,9 milliards d’euros dans les
dépenses publiques.
La défense devrait ainsi subir une
réduction de près d’un demi-milliard d’euros de son budget. Mais
c’est surtout l’augmentation du déficit qui financera le revenu citoyen, la
« flat tax » ou encore les 400.000
départs anticipés à la retraite. Il sera
bien porté à 2,4 % du PIB l’an
prochain. Les avertissements de
Bruxelles et la fébrilité des marchés
n’infléchiront pas la fermeté du
gouvernement. Seul un écart des
taux avec l’Allemagne atteignant
400 points base pourrait lui faire
changer sa position sur son projet de
loi de finances. Le « spread » oscille
pour l’instant autour de 300 points
de base, niveau auquel il restera veut
croire Matteo Salvini.
Baisser le ton
Pour s’en assurer, plusieurs ministres reprennent l’appel du président de la République de « baisser
d’un ton les polémiques avec Bruxelles ». Un conseil que la Ligue et le
M5S ne sont pas disposés à suivre.
La baisse de la note de l’Italie de la
part des agences de notation est
en revanche inévitable. Moody’s et
S&P doivent rendre leur verdict à la
fin du mois et Fitch a déjà jugé que le
« Quand
on appartient
à un club et qu’on
décide d’y rester,
alors il faut
respecter les règles
du club. »
CHRISTINE LAGARDE
Directrice générale du FMI
projet de budget entraînera « des
risques accrus » pour les finances
publiques transalpines.
« Nous voulons être promus par les
citoyens, a réagi Luigi Di Maio. C’est
une bonne chose que ceux qui ont
promu les gouvernements précédents
rejettent l’actuel. » Il n’y a pas que les
agences de notations et la Commission européenne qui émettent des
critiques. On retrouve à leurs côtés
Bankitalia, la Sécurité sociale mais
aussi le bureau parlementaire du
budget (UPB). Cet organisme indépendant chargé de vérifier la conformité des objectifs budgétaires aux
paramètres fixés par l’Union européenne juge « trop optimistes » les
prévisions de 1,5 % de croissance
annoncées par Giovanni Tria. L’UPB
estime qu’elle sera comprise entre
1,1 et 1,3 % en 2019, tandis que la plupart des institutions, comme le FMI,
l’établissent autour de 1 %.
La directrice de ce dernier
demande ainsi à l’Italie de se
conformer aux engagements budgétaires souscrits avec l’UE.
« Quand on appartient à un club et
qu’on décide d’y rester, alors il faut
respecter les règles du club », a
déclaré jeudi Christine Lagarde.
Elle espère qu’il y aura « une distance » entre la « rhétorique » du
gouvernement italien et « les chiffres définitifs » du budget. n
En Afrique du Sud, la
lutte anticorruption
fait tomber
les premières têtes
AFRIQUE
Nhlanhla Nene,
le ministre
des Finances, a quitté
son poste après avoir
reconnu des contacts
avec les frères Gupta.
Michel De Grandi
@MdeGrandi
Il flotte actuellement en Afrique du
Sud, un air que beaucoup de dignitaires chinois ont déjà senti souffler
chez eux : celui de la lutte anticorruption. A Pékin, le patron d’Interpol est, pour l’instant, le dernier sur
la liste à en avoir fait les frais. A Pretoria, c’est au tour du ministre des
Finances, Nhlanhla Nene, d’ouvrir
le ban, première victime de poids
du combat engagé par le président
Cyril Ramaphosa pour nettoyer le
pays des scandales. Son crime ?
Avoir rencontré à plusieurs reprises les frères Gupta, âmes damnées
affairistes de la période de Jacob
Zuma, le précédent président,
chassé au printemps du pouvoir.
Les frères Gupta, des hommes
d’affaires d’origine indienne, ont été
largement impliqués dans des affaires de corruption et de trafic
d’influence sous le régime de Jacob
Zuma. Ils ont notamment travaillé
avec Siyabonga, le fils du ministre
des Finances, Nene. « Ces rencontres
laissent planer une ombre sur ma
probité », a expliqué le ministre des
Finances, en présentant sa démission. Lui-même n’en est pas à son
premier portefeuille aux Finances.
Nhlanhla Nene a déjà été à ce poste
sous Jacob Zuma.
« Personne
ne sera épargné »
Cyril Ramaphosa, qui avait rappelé
Nene pour relancer l’économie sudafricaine, a hésité plusieurs jours
avant de se séparer de son grand
argentier et allié politique. Mais,
fidèle à sa ligne de conduite, le chef
de l’Etat a affirmé que toutes les
enquêtes en cours iraient jusqu’au
bout. « Personne ne sera épargné »,
a-t-il martelé. Le portefeuille des
Finances n’a pas été laissé vacant
longtemps : l’ancien gouverneur de
la banque centrale, Tito Mboweni, a
été aussitôt nommé et investi, devenant le cinquième ministre des
Finances en moins de trois ans. La
Rodger Bosch/AFP
LES POINTS
DE VUE
Le président Cyril Ramaphosa
(de face) a hésité plusieurs jours
avant de se séparer de son allié
politique, Nhlanhla Nene.
lutte anticorruption ne fait que
commencer et d’anciens collaborateurs de Jacob Zuma pourraient
bien faire à leur tour les frais de
cette nouvelle politique. A moins
d’un an de l’élection présidentielle,
l’opposition commence à se saisir
des dossiers tandis que la commission pour la transparence, en place
depuis quelques semaines, multiplie les révélations sur les pratiques
de l’ancien président. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
15
DÉVELOPPEMENT
Le nouvel indice
du capital humain
de la Banque mondiale
présenté jeudi à Bali.
Il mesure la richesse
d’un pays et sa
croissance économique
potentielle.
Richard Hiault
@RHIAULT
Pour être en bonne santé et acquérir
un bon niveau scolaire – les deux critères retenus par la Banque
mondiale pour définir le capital
humain –, mieux vaut naître à Porto
ou à Rome qu’à Paris. Le nouvel
indice de capital humain présenté
jeudi à Bali mesure la richesse future
d’un pays et sa croissance économique potentielle. « S’ils ne développent
pas leur capital humain, les pays ne
peuvent pas maintenir une croissance
économique durable, préparer leur
main-d’œuvre aux emplois plus qualifiés de demain et faire face à la concurrence dans l’économie mondiale »,
juge l’institution multilatérale.
Baptisé « Indice du capital
humain » (ICH), ce nouvel indicateur évalue le niveau de capital
humain qu’un enfant né en 2018
atteindra d’ici à ses 18 ans, compte
tenu des services de santé et d’éducation de son pays. Au total, la Banque
a classé 157 pays, sur une échelle
comprise entre 0 et 1. Un score de
0,70, par exemple, signifie que le
niveau de revenu qu’un enfant né
aujourd’hui peut espérer atteindre à
l’âge adulte sera inférieur de 30 % au
niveau qu’il aurait pu atteindre s’il
avait suivi une scolarité complète et
avait vécu en pleine santé, explique
la Banque.
Aucun pays ne peut se targuer
d’être un paradis en affichant un
indice de 1. Celui qui s’en rapproche
le plus est Singapour avec 0,88, suivi
de la Corée du Sud et du Japon (0,84
chacun) puis de Hong Kong (0,82).
Sans surprise, les plus mal classés
sont situés en Afrique.
La France est à la 22e place
Le Tchad ferme la marche avec un
indice de 0,29. Le Sud-Soudan le précède (0,30). La France (0,76) est à la
22e place devant les Etats-Unis (0,76)
et l’Espagne (0,74), mais derrière
l’Italie (0,77), le Portugal (0,78), le
Royaume-Uni (0,78) ou encore
l’Allemagne (0,79).
Ce n’est pas tant le classement
qui importe, mais le niveau de
l’indice lui-même. « Nous avons
La Banque
a classé 157 pays,
sur une échelle
comprise entre 0 et 1.
réalisé ces travaux pour montrer
l’énorme fossé entre les pays. Les
dirigeants politiques doivent se
préoccuper du capital humain de
leur pays au regard de la complexification à venir des emplois de
demain », témoigne Annette
Dixon, vice-présidente de la banque en charge du développement
humain. Et d’ajouter : « L’éducation est primordiale pour la productivité de demain. Les pays les
plus développés comme les pays
pauvres n’échappent pas à cette
r è g l e . » L’ I C H s e d i s t i n g u e
de l’Indice de développement
humain (IDH) développé par les
Nations unies en 1990. L’IDH
mesure le niveau moyen atteint
dans les dimensions essentielles
du développement humain (vivre
longtemps et en bonne santé,
acquérir des connaissances et
avoir un niveau de vie décent).
L’ICH établit un lien entre certains résultats relatifs au capital
humain et les niveaux de productivité et de revenu de la prochaine
génération. Comme le reconnaît
la Banque mondiale, son indice
est perfectible. « Il ne mesure pas,
par exemple, la capacité à apprendre et à acquérir de nouvelles compétences après la scolarisation. Il
ne prend pas non plus en compte
les aspects émotionnels d’une personne comme sa créativité ou sa
capacité à résoudre des problèmes
dans le monde du travail », indique Annette Dixon. n
Lorenzo Moscia/Archivolatino-RÉA
Education, santé : mieux vaut être
portugais ou italien que français
Il vaut mieux naître à Naples
qu’à Paris, selon l’indice ICH.
Vers un changement
de gouvernement
au Luxembourg
EUROPE
Les élections législatives de dimanche,
dans le Grand-Duché,
pourraient faire
chuter la coalition
actuelle et son Premier
ministre, Xavier Bettel.
Catherine Chatignoux
@chatignoux
On s’était habitué à le repérer au sein
de ce quatuor de jeunes dirigeants
européens, symboles, réels ou supposés, d’une nouvelle façon de faire
de la politique. A quarante-cinq ans,
le fringant Xavier Bettel, qui s’affichait souvent avec ses homologues
belge, Charles Michel, néerlandais,
Mark Rutte, et français, Emmanuel
Macron, pourrait bien devoir passer
la main à l’issue des élections législatives de dimanche. La coalition qu’il
avait mise sur pied en 2013 avec les
socialistes et les Verts pour se débarrasser de l’indéboulonnable Premier ministre, Jean-Claude Juncker,
resté au pouvoir pendant dix-huit
ans, n’est plus majoritaire. Les derniers sondages ne la créditent plus
que de 26 élus – dont seulement 10
pour le Parti démocratique de
Xavier Bettel – privant cette alliance
peu naturelle de la majorité dans un
Parlement qui compte 60 sièges.
Le scrutin devrait marquer le
grand retour du Parti social-chrétien (CSV) dont l’ancien leader, JeanClaude Juncker, est devenu président de la Commission européenne :
il gagnerait 26 sièges et pourrait gouverner avec les Verts (7 sièges possibles selon les sondages).
C’est moins sur l’économie parmi
les plus prospères de la zone euro
et
avec une croissance de 3,7 % cette
année et un taux de chômage faible
(5,2 %), que les 250.000 électeurs du
Grand-Duché vont se prononcer,
que sur les questions identitaires
qui taraudent le petit pays comme
le reste des pays du continent européen. Au Luxembourg, 48 % de la
population est étrangère et les
natifs entendent défendre leurs
valeurs et leur culture. Le parti
ARD, conservateur, veut généraliser l’apprentissage de la langue et
promet une réduction de l’immigration. S’il fait un bon score dimanche, il devrait proposer ses services
au Parti social-chrétien, qui avait lui
aussi défendu le « non » lors du
référendum de 2015, qui visait à
ouvrir le droit de vote aux étrangers
aux élections législatives.
présentent
Dossier brûlant
Le départ de Xavier Bettel, s’il se
confirme, pourrait contrarier les
projets européens du président
français. Emmanuel Macron avait
conclu début septembre un pacte
avec ses trois partenaires du
Benelux pour constituer une « plate-forme progressiste » en vue des
élections européennes autour de
solutions et de valeurs communes pour mieux combattre les
« nationalistes » rétifs à la coopération et à la solidarité.
Un autre dossier brûlant, celui de
la taxation des activités numériques au niveau européen, est en
suspens. Le président français
espère pouvoir rallier à cette décision les 28 pays européens d’ici à la
fin de l’année. Xavier Bettel avait fait
une ouverture à la fin de l’été, en
annonçant qu’il ne s’opposait plus à
une telle taxe sur les Gafa. Rien ne
dit qu’un nouveau gouvernement
luxembourgeois maintiendrait cet
accord de principe. n
le 1er festival des médias de demain
1 date | 3 lieux | des expériences
jeudi 22 novembre 2018
Programme & réservation : maisondelaradio.fr
Les Echos
10 boulevard de Grenelle
75015 Paris
Le départ de Xavier Bettel, s’il se confirme, pourrait contrarier
les projets européens du président français. Photo Joe Klamar/AFP
Maison de la Radio
116 avenue du Président-Kennedy
75016 Paris
France Télévisions
18, rue du Professeur Florian Delbarre
75015 Paris
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16
A gauche : Reconstitution
du 4, rue Martel, extrait du
téléfilm « Clara, une passion française ». A droite :
siège actuel du groupe
« Les Echos-Le Parisien ».
Photos : DR ; Jeanne Frank
Un média qui n’a cessé
de se réinventer
RÉCIT // Du bulletin mensuel de Robert Schreiber au quotidien multicanal d’aujourd’hui, « Les Echos »
n’ont cessé de changer, d’innover et de se diversifier pour rester un groupe en progression constante.
L’historien d’entreprises Tristan Gaston-Breton en relate les grandes étapes.
Tristan Gaston-Breton
tgb@historyandbusiness.fr
C
e jour-là, le 2 avril 1908, le premier
numéro d’un nouveau bulletin
mensuel sort à Paris. « Les Echos
de l’exportation » est au format 20 x 27 cm
et ne comporte que 4 pages. Son éditeur
est une maison de commerce spécialisée
dans l’importation de produits venus
d’Europe centrale : la société Schreiber &
Aronson. Elle est dirigée par un certain
Robert Schreiber qui l’a héritée de son
père. A vingt-huit ans, ce fils de juifs prussiens, arrivés en France dans les années
1870, ne manque pas d’ambition. De la
petite boutique d’import-export créée par
son père, il a fait une affaire prospère. Et il
ne compte pas s’arrêter là ! C’est d’ailleurs
pour faire la promotion de son entreprise
que le jeune négociant a lancé « Les Echos
de l’exportation ».
Installé Rue des Petites-Ecuries, le nouveau journal a vite fait de trouver son public.
Seize mois après son apparition, il compte
déjà 16 pages – dont un tiers de publicités – et
n’est plus réservé à la promotion de la seule
maison Schreiber & Aronson. Au début des
années 1910, il passe à 18 pages, publie des
dossiers spéciaux et bataille à longueur de
colonnes contre « l’inquisition fiscale ». Le
négociant journaliste n’est plus seul. Il peut
compter sur l’aide de son frère cadet, Emile
Schreiber, qui, sous le pseudonyme de Jean
Riflard, rédige l’essentiel des articles.
Robert et Emile Schreiber… A force de travail, ils parviennent à imposer le bulletin
dans le paysage de la presse française.
Devenu bimensuel en 1910, « Les Echos de
l’exportation » se présentent comme le
« journal d’information pour le commerce
et l’industrie ». Trois ans plus tard, le mensuel devient un hebdomadaire, qui paraît le
vendredi, tire à 5.000 exemplaires et élargit
ses horizons. A la France et à l’Europe, dont
il suit l’actualité économique depuis le
début, s’ajoutent les Etats-Unis, où Emile
Schreiber se rend en 1913 et d’où il revient
avec un numéro spécial franco-américain
de 164 pages.
Mai 1919. Cela fait plus de quatre ans,
depuis août 1914, que le journal a cessé de
paraître pour cause de guerre. Le 9 mai,
l’hebdomadaire revient dans les kiosques.
Sous un nouveau nom, celui sous lequel on
le connaît encore aujourd’hui : « Les
Echos ». Rendus à la vie civile, Robert et
Emile Schreiber affichent leurs ambitions.
Le journal se déploie sur une quarantaine
de pages. Un journaliste, le premier, a été
embauché, Georges Tanny. De nouveaux
services aux lecteurs ont fait leur apparition, notamment une assistance juridique,
une agence de publicité et un service
d’hôtellerie. « Le journal restera un journal
indépendant », clament les deux frères. La
liberté du commerce : tel est leur principal
cheval de bataille. Robert et Emile n’ont pas
de mots assez durs pour fustiger l’arriération du pays, le poids étouffant de la bureaucratie et la propension de l’Etat à se mêler de
tout. Leur modèle, ce sont les Etats-Unis.
Pas question pour autant de se contenter
d’idées générales. « Les Echos » se veulent
proches du terrain. « Les patrons aiment
« Les patrons aiment
qu’on les visite, qu’on
s’enquière de leur réalité.
C’est ainsi que nous
trouvons de nouveaux
sujets d’article. »
ROBERT SCHREIBER
enfants de Robert et d’Emile ont rejoint les
bureaux de l’avenue des Champs-Elysées.
Les « Servan-Schreiber », comme on
appelle la famille depuis qu’Emile, pour le
franciser, a fait ajouter en 1952 à son nom
l’un des pseudonymes sous lesquels il
signait ses papiers, sont une quinzaine à graviter autour du journal.
Parmi eux, Marie-Claire et Jean-Claude,
les deux enfants de Robert, et Jean-Jacques,
le fils d’Emile. C’est ce dernier qui, en 1953,
lance au sein des « Echos » un nouveau
« satellite » tourné vers la politique :
« L’Express ». Mais entre Jean-Jacques Servan-Schreiber (« JJSS »), qui s’occupe avec
Françoise Giroud du rédactionnel, et son
cousin Jean-Claude, qui supervise l’administration du nouvel hebdomadaire, les choses
ne tardent pas à virer à l’aigre. En 1955, « Les
Echos » et « L’Express » divorcent à l’amiable. Entre les descendants des « Robert » et
ceux des « Emile », plus rien en réalité ne
semble aller. A la fin des années 1950, le
retrait de Robert laisse Emile, président du
conseil d’administration, et Jean-Claude,
directeur général, face-à-face. Tout sépare
l’oncle et le neveu : alors qu’Emile entend privilégier la qualité sur la quantité, JeanClaude souhaite multiplier les suppléments.
Un éditorial signé par ce dernier en
faveur du « oui » au référendum gaulliste de
1962 achève de dresser les deux branches
l’une contre l’autre. Se partageant le capital
à parts égales, ce qui interdit à une branche
de prendre l’avantage sur l’autre, les Robert
et les Emile doivent, en octobre 1963, se résigner à vendre. Les repreneurs s’appellent
Pierre et Jacqueline Beytout. Lui préside les
laboratoires Roussel. Elle dispose d’une
importante fortune, héritée de son premier
mari décédé. Le 29 octobre 1963, les Beytout
reprennent la moitié du capital des
« Echos » – la part des Emile. Les Robert
céderont leurs actions entre 1965 et 1970.
Avec les Beytout, une ère nouvelle commence. Tandis que Pierre s’occupe de la gestion, Jacqueline s’investit totalement dans
la responsabilité éditoriale. Energique,
qu’on les visite, qu’on s’enquière de leur réalité. C’est ainsi que nous trouvons de nouveaux sujets d’articles », explique ainsi
Robert Schreiber au maréchal Lyautey, qui
a fait au journal – désormais installé 4, rue
Martel, dans le 10e arrondissement – l’honneur d’une visite. Visite prestigieuse s’il en
est et qui en dit long sur ce qu’est devenu
l’ancien bulletin d’information.
Les « Robert » et les « Emile »
« Les Echos », de fait, se portent bien, favorisés par la prospérité des Années folles. Un
supplément a fait son apparition en 1925,
« Les Echos des industries d’art ». En janvier 1928, le journal devient quotidien. Il
comptera bientôt 200 collaborateurs – dont
Jacques Rozner, le secrétaire de rédaction,
recruté en 1933 – et déménagera au
numéro 37 des Champs-Elysées. Les nouveaux locaux sont inaugurés en 1934. En
1937, 7.000 abonnés reçoivent chaque jour
« Les Echos ». Toujours à la tête du journal,
Robert et Emile Schreiber détiennent chacun la moitié du capital. Partageant le même
bureau, ils travaillent en toute confiance. En
1940, comme en 1914, « Les Echos » cessent
de paraître pour cause de guerre et d’occupation. Ce n’est qu’en novembre 1944 que le
journal reprend le chemin des rotatives. En
interne, les choses changent peu à peu. Les
Ci-dessus : les frères Robert et Emile Servan-Schreiber en 1908 puis
en 1958, dans la même pose. Jacqueline Beytout, lors de la vente
du titre au britannique Pearson en 1988. Photos DR / Sipa
omniprésente, autoritaire, elle remodèle en
profondeur le journal, qui s’enrichit de nouvelles rubriques. Faire des « Echos » un véritable quotidien économique ouvert sur
l’international et les grandes entreprises :
tel est l’objectif des époux Beytout. Mais c’est
surtout sur le terrain des idées que Jacqueline Beytout marque le journal de son
empreinte. Libéral, européen et résolument opposé à l’économie étatisée : la ligne
des « Echos » s’affiche sans complexes,
notamment dans les éditoriaux signés sous
le pseudonyme Favilla à partir de 1974.
Jamais à court d’idée, Jacqueline Beytout
multiplie les suppléments : « Lettre des
Echos » en 1977, « Grandes Ecoles » en 1980,
mensuel « Dynasteurs » en 1986 – qui
deviendra « Enjeux-Les Echos » en 1992.
Les ventes s’envolent, passant de 43.000 à
96.700 exemplaires entre 1963 et 1988. En
octobre 1986, Nicolas Beytout, le petit-fils de
Pierre Beytout, est nommé rédacteur en
chef du journal, puis directeur de la rédaction. Il le sera jusqu’en 2004 puis reviendra
à la tête du groupe entre 2007 et 2011. A près
de soixante-dix ans, Jacqueline Beytout
songe, en effet, à passer la main. C’est chose
faite en avril 1988. Le nouveau propriétaire
est le géant anglais de l’édition Pearson, qui
détient les prestigieux « Financial Times »
et Penguin Books.
De Pearson à LVMH
Alors que la diffusion du journal passe la
barre des 100.000 exemplaires, cap est mis
sur le multimédia avec le lancement, en
1996, du site Lesechos.fr, qui est alors le premier quotidien en ligne français. Autour de
l’an 2000, sont également créés les suppléments « Week-end » (sports, loisirs, finances personnelles), « Innovation » sur la
vague de la bulle Internet et « Série limitée »
(art de vivre).
En 2003, la maquette du journal fait peau
neuve. Depuis, « Les Echos » sont publiés,
comme le « Financial Times », en deux
cahiers : le premier consacré à la macroéconomie, le second aux entreprises et aux
marchés. Le journal troque également son
format tabloïd pour le format berlinois. Le
monde économique évolue aussi. En 2007,
dans le cadre de sa stratégie de recentrage
sur l’édition, le groupe Pearson met en vente
« Les Echos » (le « Financial Times » sera
aussi cédé, en 2015, au japonais « Nikkei »).
Le repreneur est Bernard Arnault, patron
de LVMH et première fortune de France.
Depuis quelques années, il a développé une
activité média autour d’« Investir », de
Radio Classique, de « Connaissance des
arts » et de « La Tribune ». La transaction,
qui s’élève à 240 millions d’euros, a du mal à
passer au sein de la rédaction, qui craint
pour l’indépendance du titre. A trois reprises, le quotidien est même absent des kiosques. Il faudra que Bernard Arnault
s’engage fermement sur l’indépendance de
la rédaction pour que la tension commence
à retomber. En décembre 2007, Bernard
Arnault devient officiellement le nouveau
propriétaire du journal économique, installé depuis 2006 rue du 4-Septembre dans
l’immeuble Centorial (l’ancien Crédit Lyonnais). Alors que « La Tribune » est cédée à
Alain Weill, « Les Echos » sont intégrés au
sein de DI Group, le pôle presse de LVMH,
dont Nicolas Beytout est nommé PDG. DI
Group prendra le nom de Groupe Les
Echos dès 2008, signe de la notoriété du
quotidien économique.
Rapidement, l’offre éditoriale s’étoffe
encore. En 2009, une nouvelle formule du
magazine « Enjeux » sort en kiosques avec
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
17
« Les Echos ». Plus qu’un relookage, il s’agit
d’un magazine entièrement repensé, avec
un format et un logo revisités, des rubriques
recentrées sur l’économie et les acteurs du
business et beaucoup de place accordée aux
photos. Baptisé « LeCrible.fr », un service
premium d’analyses financières exclusives
consultable sur ordinateur et smartphone
voit le jour la même année. Puis, c’est le lancement, en 2010, d’une nouvelle maquette,
plus aérée et enrichie de nouvelles rubriques. En 2014, un nouveau rendez-vous
hebdomadaire est institué : « Les Echos
Business » s’adressent aux chefs d’entreprise qu’ils se proposent d’accompagner
dans leur processus de décision. La même
année est créée l’application mobile en
temps réel, Les Echos Live, suivie en 2015 du
site Les Echos Start, dédié aux jeunes qui
entrent dans la vie active. Une première
dans le paysage de l’information. Une année
riche que 2015 puisqu’elle est également
marquée par le lancement d’un magazine
hebdomadaire, « Les Echos Week-end »,
associé au quotidien. Un pari audacieux.
Mais aussi une véritable révolution pour le
Groupe Les Echos qui, dans la lignée de
« Série Limitée » et des pages « Week-end »,
fait un pas de plus dans l’univers non professionnel.
Investir, diversifier et innover
Car tel est bien l’enjeu pour le journal qui a
réussi à faire progresser sa diffusion toutes
ces dernières années malgré le recul inexorable des ventes en kiosque : « Pour rester le
quotidien économique de référence, il faut
investir les nouveaux champs technologiques, développer de nouvelles offres éditoriales, élargir les horizons et les perspectives,
s’adresser à tous les acteurs de l’économie, le
tout en s’efforçant de rendre l’information
plus claire et plus intelligible », souligne
Nicolas Barré, directeur de la rédaction des
« Echos ». Ces évolutions, menées sous la
houlette de Francis Morel (qui a remplacé
Nicolas Beytout en 2011), s’accomplissent
parallèlement aux acquisitions du groupe,
notamment celle du « ParisienAujourd’hui en France » en 2015, et à la
diversification vers d’autres métiers
comme le « brand content », la formation,
les conférences ou les Salons. Ainsi VivaTech, créé avec Publicis, fait déjà partie des
rendez-vous incontournables dans le
monde de la tech.
Symbole d’une ère nouvelle ? En 2017,
« Les Echos » s’installent, avec les équipes
du « Parisien », dans le 15e arrondissement
de Paris, devenu le nouveau pôle de gravité
des médias. Des Grands Boulevards au
boulevard de Grenelle, l’histoire des
« Echos » se sera inscrite dans la géographie, celle des affaires et de son secteur
d’activité, et dans le mouvement. Cette
année, Pierre Louette, ancien d’Orange et
féru de nouvelles technologies, a succédé à
Francis Morel pour diriger le groupe.
Outre la défense des intérêts de la presse
face aux géants du Net, il veut poursuivre le
développement du groupe dans le numérique et sa diversification.
« Plus que jamais, nous sommes attentifs à
l’innovation et aux nouveaux canaux de diffusion de l’information », déclare Nicolas
Barré. Et de citer le lancement, en janvier,
d’une application sur Google Home, qui
permet de discuter avec le journal grâce à
l’enceinte connectée de Google, ou de podcasts. Un saut technologique qui reflète la
volonté des « Echos » de relever et de s’adapter aux mutations de son époque. Et qui en
annonce d’autres… n
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18 //
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
18
idées&débats
L’ÉDITORIAL DES « ÉCHOS »
110 ans !
Ce journal est né il y a 110 ans sous
le signe de l’ouverture au monde.
Il portait cette valeur dans son
titre, « Les Echos de
l’Exportation », et cet esprit
d’ouverture est pour nous une
valeur fondatrice qu’il est plus que
jamais nécessaire d’entretenir et
Par Nicolas
de défendre. Nous en avons
Barré
connu, depuis plus d’un siècle, des
périodes où la société française,
Quand
inquiète, doutant de l’avenir ou
« Les Echos » nostalgique d’un passé glorifié, se
laissait tenter par le repli sur soi !
se créent
Elles ont toutes débouché sur des
en 1908, la
tragédies. Sommes-nous sur le
France est
point de l’oublier ? Nous vivons de
le deuxième nouveau une de ces périodes
troubles et la grande tâche de
grand
notre génération, comme l’ont fait
investisseur nos aînés avant nous, est de
démasquer les fausses promesses
mondial.
d’un monde qui serait meilleur à
l’abri des frontières. A nous d’éviter la catastrophe. On ne
progresse pas en refusant le contact des autres. Ne
tombons pas dans le piège : sachons éviter le détour par
le populisme. Nous savons que cela ne mène nulle part.
Quand « Les Echos » se créent en 1908, le monde vit ce
qu’on a appelé sa « première mondialisation », la France
est le deuxième grand investisseur mondial après le
Royaume-Uni, la planète connaît une phase de grande
prospérité. Mais nous connaissons la suite : la
conjugaison des nationalismes et du retour du
protectionnisme a accouché de deux guerres mondiales.
Eviterons-nous une nouvelle déflagration ?
Aujourd’hui, la valeur montante, à l’opposé des nôtres,
est l’illibéralisme. C’est l’idée que les démocraties
libérales ont échoué et que pour atteindre la prospérité,
la combinaison d’un nationalisme musclé et d’un
autoritarisme légitimé au nom de l’efficacité est la seule
option qui reste. Que cette voie illibérale prospère en
Chine ou en Russie est une chose. Qu’elle gagne une
partie de l’Europe qui avait fait sien le rêve kantien du
progrès moral de l’humanité est désolant.
Au début du siècle dernier, la France disputait au
Royaume-Uni la place de première puissance mondiale.
Aujourd’hui elle est sixième, voire septième. Elle risque
de dégringoler beaucoup plus, et plus vite, dans les
années à venir si elle choisit la voie de l’immobilisme
plutôt que celle des réformes, comme elle l’a trop souvent
fait. Et elle ne peut conserver son rayonnement face aux
superpuissances chinoise et américaine qu’en misant sur
la force de ce continent. Ce sont deux convictions qui
nous animent aux « Echos » : les deux premières
puissances mondiales de 1908, pour continuer de peser
dans le grand jeu économique mondial, ont fait deux
choix opposés. L’Angleterre quitte l’Europe, la France
veut la renforcer face aux nouvelles puissances. Nous
pensons que la première voie est sans issue. Et que la
seconde est la seule susceptible de nous permettre de
relever les défis de ce siècle. n
Pinel pour « Les Echos »
Djihadisme : quel avenir
pour une funeste illusion ?
Il y a un an, le 17 octobre 2017, la ville
de Raqqa, capitale de « l’Etat islamique » de Daech, tombait sous les
assauts combinés des forces kurdes syriennes de l’YPG et des bombardements de la coalition occidentale. Sa métropole irakienne de
Mossoul avait subi le même sort
quelques semaines auparavant.
Les djihadistes qui paradaient sur
les réseaux sociaux à grand renfort
de vidéos de décapitations, de
génocides d’« hérétiques » et autres
« mécréants » et avaient semé la
mort et la désolation du Bataclan à
Palmyre et Ninive étaient désormais morts ou en fuite. Certains
seraient capturés par les Kurdes,
d’autres cachés au milieu des rebelles concentrés dans la poche
d’Idleb au nord-ouest de la Syrie, ou
protégés par des tribus à la frontière avec l’Irak.
Le blues des djihadistes
Sur le Web, les inquiétudes eschatologiques se font jour parmi les internautes barbus ou voilées : si Allah a
voulu que Daech soit défait, fût-ce
par les forces du Mal, n’est-ce pas
parce qu’il a péché ? Le testament
enregistré et diffusé après son
« martyre » par l’un des principaux
djihadistes français, un rappeur et
éducateur de la jeunesse roannais
originaire d’Oran, Rachid Kassim,
qui fut depuis Raqqa le cerveau de
la plupart des attentats de l’année
2016 en France, critique ainsi l’Etat
islamique, le « dawla » et appelle à
changer de cours – sans fournir
d’autres indications.
La fin calamiteuse de Daech a
sonné la mouvance qui s’en réclamait, mais c’est surtout quant aux
moyens à réinventer pour poursuivre la lutte que les djihadistes ont le
blues. Les convictions doctrinales
de la plupart restent intactes, tant la
prégnance de l’esprit de secte
demeure forte dans les quartiers
salafisés des banlieues populaires
ou dans les prisons. Les réseaux
interpersonnels y exercent une
énorme pression pour se conformer à la norme du groupe.
LE POINT
DE VUE
de Gilles Kepel
Malgré sa montée
en puissance, le
djihadisme a échoué
à mobiliser les masses et à s’emparer du
pouvoir. Aujourd’hui
affaibli, il peut ressurgir, à moins que la
communauté internationale parvienne
à résoudre la question
du Levant.
D
Bio express
Gilles Kepel est politologue,
•spécialiste
de l’Islam et du
monde arabe contemporain.
Il est l’auteur de « Sortir du
•chaos
: les crises en
Méditerranée et au MoyenOrient », à paraître le 18 octobre
aux éditions Gallimard.
Daech n’était que la troisième
phase du djihadisme contemporain. La mouvance s’est structurée à
partir de 2005 environ, en réaction
à l’échec politique d’Al Qaida,
autour de deux idéologues et militants, un Syrien, Abou Moussab alSouri, qui avait étudié en France
l’ingénierie et passé la décennie
1990 en Europe, et un Jordanien,
Abou Moussab al-Zarqaoui, surtout connu pour ses massacres
anti-chiites en Irak.
Depuis le premier djihad armé
en Afghanistan à partir de 1979, il y a
eu d’abord une focalisation contre
« l’ennemi proche » – c’est-à-dire les
régimes algérien, égyptien, la Bosnie, mais qui a échoué en 1997 avec
l’éradication de ces mouvements.
Puis l’âge d’Al Qaida, qui tire les
leçons de cet échec en se recentrant
c o n t r e « l ’e n n e m i l o i n t a i n »
américain.
L’organisation de Ben Laden et
Zawahiri connaît sa période de
« gloire » entre 1998 et 2005, depuis
les attentats contre les ambassades
des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie jusqu’à ceux du métro et des
bus de Londres, en passant, bien
sûr, par le 11 Septembre 2001, et les
attentats de Madrid, 911 jours plus
tard en 2014. Cette deuxième phase
est spectaculaire et inscrit le djihadisme au cœur du monde et des
écrans de télévision, mais elle
échoue à mobiliser les masses et à
s’emparer du pouvoir.
C’est contre elle que se constitue
la troisième phase, celle de Daech :
elle privilégie les mouvements « par
le bas » en recrutant dans les quartiers populaires européens parmi
les enfants d’immigrés en rupture
culturelle avec les démocraties vilipendées par le salafisme, afin qu’ils
passent à l’acte – tant dans leur environnement immédiat que dans la
liaison avec les « terres de djihad »
qui ne sont distantes que de quelques heures d’avion low-cost au sud
et à l’est de la Méditerranée.
Mohammed Merah en est le prototype dès 2012 – et les soulèvements arabes qui se produisent
alors facilitent cette porosité, car
l’autorité des régimes policiers s’est
effondrée de la Syrie au Yémen à la
Libye et la Tunisie, permettant,
sous les manifestions démocratiques qui occupent l’espace médiatique, la prolifération souterraine du
djihadisme à proximité de l’Europe.
Elle fera la jonction avec l’Irak où la
marginalisation des sunnites par
les chiites pro-iraniens se traduit
par un djihad sectaire, qui conquerra de vastes territoires et subvertira la rébellion syrienne. Daech,
contrairement à Al Qaida, centralisée et pyramidale, qui utilisait la
télévision par satellite comme princ i p a l c a n a l , f a it d e s r é s e a u x
sociaux, de YouTube et de Telegram son vecteur de propagande à
partir du bas…
Un cycle qui s’achève
C’est donc tout un cycle de près de
quatre décennies de djihadisme qui
s’achève avec la chute de Raqqa. S’il
est difficile de voir en gestation un
nouveau cycle à ce stade, car
l’heure est encore sur les sites et
dans les quartiers et prisons au
bilan de l’échec, il faut noter également que les transformations en
Arabie saoudite – où le prince héritier a rompu avec la politique de
propagation tous azimuts d’un
salafisme qui finissait, en s’exacerbant, par se retourner contre le
Royaume – devraient tarir significativement les sources de financements gigantesques dont cette
mouvance profitait.
A ce stade, c’est de la résolution
de la question du Levant que l’assèchement du djihadisme pourrait le
plus procéder : mais encore faut-il
que, par-delà les succès militaires
de la Russie et de ses alliés en Syrie,
un processus de réconciliation
politique se mette en œuvre – dans
lequel l’Europe, durement impactée par la violence djihadiste sur
son sol et réceptacle des flux
d’immigrés clandestins et de réfugiés qui favorisent en réaction les
votes populistes, devra pouvoir
s’engager. n
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IDEES & DEBATS // 19
Les Echos Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018
19
opinions
LE MEILLEUR DU
CERCLE DES ÉCHOS
DANS LA PRESSE
ÉTRANGÈRE
Les pays pauvres peuvent-ils
profiter des technologies ?
Plaidoyer pour un Web
universel
RATTRAPAGE. « Les téléphones portables
sont un exemple clair de l’impact que peuvent
avoir certaines nouvelles technologies. Cas
évident de rattrapage technologique, ils ont
fourni aux personnes pauvres dans les pays
en développement l’accès aux
communications [...] longue distance, sans
devoir passer par des investissements
coûteux dans des lignes fixes. »
NUANCE. « Cependant, pour que la
technologie apporte une contribution réelle
et durable au développement, elle ne doit pas
seulement fournir des produits meilleurs et
moins chers ; elle doit aussi générer plus
d’emplois mieux rémunérés. »
TRANSFERT. « Comparez les nouvelles
technologies avec le modèle
d’industrialisation traditionnel. Tout
d’abord, les produits industriels sont
négociables, ce qui signifie que la production
intérieure n’est pas contrainte par la
demande (et les revenus) domestique. En
second lieu, le savoir-faire industriel a été
relativement facile à transférer entre les
pays. Troisièmement, l’industrie n’a pas été
très exigeante en compétences. »
INCERTITUDE. « Ces trois caractéristiques
font de l’industrialisation un ascenseur
fantastique vers des revenus plus élevés pour
les pays en développement. Les nouvelles
technologies présentent une image très
différente en termes de facilité de transfert
du savoir-faire et des compétences requises
qu’elles impliquent. Par conséquent, leur
impact net sur les pays à faibles revenus
semble beaucoup plus incertain. »
a
A lire en intégralité sur Le Cercle,
le site participatif des « Echos »
lesechos.fr/idees-debats/cercle
de créer une Toile mondiale
•surL’idée
Internet, le World Wide Web
(WWW), va célébrer son trentième
anniversaire en 2019, rappelle le
« Financial Times ». Une idée qui a
ouvert la voie à « un incroyable phénomène » devenu réalité en 1990. Pour le
quotidien, il s’agit vraisemblablement
de l’une des « plus merveilleuses inventions » qui permet à toute personne
détenant un téléphone intelligent
d’accéder à tous les textes publiés et en
accès ouvert sur le Web. Pour les trente
prochaines années, le « grand défi » est
d’ouvrir cette possibilité à quelque
3 milliards de personnes non encore
connectées. Une commission pour la
technologie et le développement inclusif (CTID) a présenté ses propositions à
l’assemblée générale de la Banque mondiale à Bali affirmant que la connexion
universelle est « un bon moyen pour
réduire les inégalités et assurer la prospérité dans un monde numérique ».
Et le journal avance nombre de raisons comme permettre aux agriculteurs d’augmenter leur rendement ou
donner la possibilité à des marginaux
de retrouver leur place dans le monde
du travail, voire améliorer l’enseignement et la santé. L’un des moyens serait
d’assurer des financements publicsprivés en utilisant de subventions croisées. L’essentiel néanmoins est qu’un
Web universel « fasse plus de bien que de
mal » en évitant notamment qu’il
tombe dans les mains de dictatures.
Certains projets, comme un changement d’architecture du Web ou encore
une décentralisation des pouvoirs,
« pourraient aider mais ils ont encore
besoin d’être défendus avec plus de dynamisme ». En tout cas Sir Tim BernersLee, l’inventeur du Web, souhaite que
les utilisateurs conservent le contrôle
de leurs données. On pourrait dire avec
Dutronc : « Sept milliards de terriens et
moi et moi ! » —J. H.-R.
Eric Le Boucher imagine un monde où les grands médias nationaux seraient détenus par deux écoles.
Saclay ou ScesPo, les deux
grands médias de 2030
Imaginons le monde après l’échec du populisme. Discrédités, les médias
traditionnels auraient disparu ou auraient été repris par les grandes
écoles ou les universités. La diffusion de la connaissance serait alors la
grande affaire de nos sociétés. Un conte moral signé Eric Le Boucher.
LA CHRONIQUE
d’Eric Le Boucher
L
LA REVUE
DU JOUR
Les risques
professionnels,
un défi permanent
LE DOSSIER Au carrefour français
des droits du travail et de la
protection sociale, les risques
professionnels composent, depuis
1898, un risque social en
mouvement. Procédant d’une
histoire maintenant assez longue,
la prévention et l’indemnisation des
accidents du travail et maladies
professionnelles s’adaptent à
l’évolution de leur nature et à
l’apparition de nouvelles menaces
pouvant peser sur le travailleur. La
santé au travail relève d’une priorité
et de missions de services
spécialisés, avec un souci
d’extension des couvertures dans
un monde du travail qui se
transforme substantiellement. Les
débats sont anciens et empreints
d’une actualité permanente.
Exposition à l’amiante, télétravail
ou, plus généralement, ubérisation,
invitent à redessiner, entre autres,
les périmètres de la responsabilité
civile et de la réparation forfaitaire.
Jean-Philippe Ksiazek/AFP
Les technologies sont souvent présentées
comme des outils bénéfiques pour les pays
en développement. Mais le tableau
demande à être nuancé, explique Dani
Rodrik, professeur de politique
internationale à Harvard.
« Les risques professionnels
en question(s) »
Revue de droit sanitaire et social,
juillet-août 2018.
Du pain sur la planche, notamment
pour les juristes et les DRH.
LA PUBLICATION Réunissant des
enseignants et praticiens parmi les
meilleurs, la Revue de droit
sanitaire et social (RDSS) propose
des dossiers consistants, qui savent
allier clarté et profondeur, sur des
matières injustement considérées
comme arides. —Julien Damon
e jour de son intégration à l’école
CentraleSupélec, Olivier a reçu le
code d’accès à l’e-quotidien
Saclay. Il ne lisait pas les journaux auparavant, trop pris par les concours, intéressé seulement dans de courts épisodes par l’actualité du monde et, encore
moins souvent, de la France. Il en
découvre tout l’intérêt, comme un éveil.
Saclay n’est pas le journal de l’école, c’est
l’un des deux grands « journaux généralistes » (on dit encore journal) de
France, l’autre se nomme « ScesPo ».
Ils remplacent ce que furent,
naguère, « Le Monde » et « Le Figaro ».
Tous les deux offrent l’actualité, de
façon traditionnelle, des journaux de
naguère, avec une grande ouverture
internationale, beaucoup d’écologieéconomie et de culture, du sport, des
nouvelles de France, notamment politiques. L’accent est mis par les deux sur la
vie des idées. La ligne est clairement
affichée : aider le lecteur à être un bon
citoyen de la planète.
Le premier, Saclay, porte un œil spécialement scientifique sur le monde. Il
tient au courant des foisons d’inventions, mais il app orte aussi une
réflexion philosophique et morale sur
la technologie. Ses « débats » sur les
nouveaux Internet, depuis que la blockchain a tué les plates-formes, passionnent les jeunes lecteurs. Saclay est offert
à tous les étudiants du plateau qui porte
ce nom en banlieue parisienne et qui
regroupe les grandes écoles d’ingénieurs mais aussi toutes les facultés de
sciences de France et, avec un bel effort
plutôt réussi, dans la francophonie. Le
second, ScesPo, est nettement plus
« politique ». Il consacre beaucoup de
place à l’évolution de la France et à celle
de l’Europe. ll essaie d’aller plus loin et
de se tenir à la frange de la reconstruction du multilatéralisme, telle qu’elle
avait été engagée après la crise des
populismes dans les années 2019-2022.
Le nationalisme s’était largement
déployé dans l’ensemble du monde
occidental, mais il avait vite succombé à
ce qui avait été diagnostiqué comme
« son absence de solution ». La crise
avait été chèrement payée par une
récession mondiale d’où il était sorti
qu’il fallait aller exactement dans l’autre
sens, celui d’une nouvelle et forte coopération mondiale. ScesPo en était la
gazette.
Défendre la
connaissance contre la
déraison et les dérapages
émotionnels avait
manqué dans la guerre
contre les populistes.
Une fois leur échec
constaté, il fallait que
tous les acteurs de la
civilisation de la Raison,
des Lumières, du
progrès, s’organisent
et s’unissent.
C’est d’ailleurs son directeur qui était
à l’origine de cette totale reconfiguration des médias. Il avait été convaincu
que l’école et la presse avaient le même
but : développer l’esprit critique. Un
étudiant qui allait devoir se former
toute sa vie par des séjours réguliers à
son école d’origine devait en toute logique être accompagné toute sa vie par le
média de cette école, meilleur outil de
formation du libre arbitre. En 2022,
après d’intenses combats, les EtatsUnis avaient limité le financement des
partis politiques par les entreprises. Il le
fallait puisque le populisme avait tiré
argument du dévoiement de la démocratie par l’argent.
La tendance avait été mondiale et la
France, où une loi existait déjà pour
limiter le financement des partis politiques, avait élargi cette séparation à la
presse. Une loi, elle aussi furieusement
disputée, avait interdit aux entreprises
de détenir des journaux. La porte s’est
ouverte. ScesPo, à qui l’idée avait déjà
été proposée en 2007, a racheté « Le
Monde ». Les écoles d’ingénieurs, prises de court, ont repris « Le Figaro ».
L’idée n’est pas qu’opportune, loin de
là. La poussée nationaliste opposant
l’élite et le peuple avait débouché sur
une mise en cause générale et profonde
de la connaissance. Comme les communistes avaient autrefois dénoncé « la
science bourgeoise », les populistes
plaidaient que le savoir n’est que l’arme
des puissants, que les connaissances
sont truquées pour servir Big Pharma et
Big Business. Les réseaux sociaux
avaient repris et amplifié ces attaques
en donnant, par exemple, autant de
valeur aux gourous opposés à la vaccination qu’à toute la faculté de médecine
réunie.
Défendre la connaissance contre la
déraison et les dérapages émotionnels
avait manqué dans la guerre contre les
populistes. Une fois leur échec constaté,
il fallait que tous les acteurs de la civilisation de la Raison, des Lumières, du
progrès, s’organisent et s’unissent. Le
rachat de l’outil d’enseignement qu’est
la presse sérieuse par la Faculté coulait
de source.
L’univers occidental des médias avait
été transformé. Au côté de deux, trois
grands journaux mondiaux comme le
« New York Times », qui ont un lectorat
international, les grands médias nationaux sont détenus par deux écoles.
Même la presse régionale est en train de
basculer dans ce même mouvement :
offrir à un honnête homme né en 2000
un outil indispensable pour armer, tout
au long de sa vie, son libre arbitre.
Eric Le Boucher est éditorialiste
aux « Echos ».
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20 // IDEES & DEBATS
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
20
opinions
LE POINT
DE VUE
de Jacques Attali
E
n 2040, le monde aura traversé
une phase tragique, et il aura
commencé à se reconstruire.
Si tout continue en effet, la planète
connaîtra, pendant au moins les deux
prochaines décennies, une croissance
exponentielle de la population, des inégalités, des émissions de gaz à effet de
serre, des déchets plastique, des dettes
publiques et privées, et des moyens de
calcul (et donc de l’intelligence artificielle et de la génomique). Pour le
meilleur et pour le pire.
Et comme on ne fera sans doute rien
pour l’éviter, c’est le pire qui arrivera :
pendant ces vingt prochaines années, on
vivra au moins une grande crise financière mondiale. Sinon, aussi, une crise
économique, une crise sociale, une crise
politique, une crise géopolitique, une
crise écologique et une crise idéologique.
Si ces sept crises s’auto-entretiennent, on
connaîtra des dictatures, des guerres et
même, peut-être, un effondrement de la
civilisation européenne. Une telle convergence de crises s’est déjà produite, au
début de la deuxième décennie du
XXe siècle. Et comme les hommes de ce
temps l’ont très mal géré, eux et leurs
enfants ont eu à vivre deux guerres mondiales. Cela aura vraisemblablement lieu
une nouvelle fois, dans les deux prochaines décennies, parce que les hommes
sont tels qu’ils n’évitent jamais les crisest.
Convaincus que quelque chose, venu
d’ailleurs, leur permettra d’y échapper.
Et comme rien de tel n’arrivera, ils les
subiront. Naturellement, il est encore
temps de les éviter, et d’aller vers le
meilleur sans passer par le pire ; d’avoir,
en 2040, un monde à perfectionner et
non des ruines à relever. Un monde où
existerait un Etat de droit démocratique
LE POINT
DE VUE
de Vincent Champain
U
n modèle social d’activité est
défini par trois composantes : la
protection contre des revenus
insuffisants, les services d’aide à la
r e c h e r c h e d ’e m p l o i e t l e r ô l e
d’employeur en dernier ressort. La protection des revenus a été progressivement assurée par le salaire minimum (le
SMIC équivalent à 370 euros en 1950) et
l’assurance-chômage (90 % du dernier
salaire en 1958). L’augmentation du chômage a conduit à ajouter en 1998 le RMI,
devenu le RSA depuis. La lutte contre les
« trappes à chômage » (la reprise d’une
activité à temps partiel faisant perdre
certaines allocations qui pouvaient
réduire le revenu total) a conduit à créer
la prime pour l’emploi (devenue prime
d’activité). Les indépendants ont, quant
à eux, largement été laissés de côté.
Ce millefeuille doit être refondu en
séparant mieux les niveaux de solidarité
et d’assurance perte de revenu universelle. Le cœur du niveau de solidarité
doit être le revenu universel d’activité,
proposé il y a deux ans dans ces colonnes : un revenu minimal pour tous mais
conditionné à un parcours de recherche
active d’emploi, qui comprend au bout
de quelques semestres un emploi – éventuellement à temps partiel pour les
demandeurs qui ont besoin de plus de
temps pour trouver l’emploi souhaité. Le
salaire minimum doit être maintenu à
un niveau qui limite les effets de destruction d’emplois peu qualifiés. Une assurance perte de revenu universelle suppose d’unifier la couverture des salariés
du privé et du public, et de réfléchir à
l’extension du b onus-malus des
employeurs publics, aujourd’hui res-
Aller vers le meilleur,
sans passer par le pire
Rien n’est plus sûr
que l’imprévisible
planétaire, où les droits de l’homme
seraient partout respectés, où les ONG
auront pris une place économiquement
signifiante, où les entreprises feraient de
leur responsabilité sociale et environnementale un élément majeur de leur gouvernance, où l’industrie ne serait tournée que vers la production de choses
utiles et saines, où les travailleurs ne
seraient pas exploités, où l’intelligence
artificielle serait au service de l’humanité, où on aurait trouvé une façon d’éliminer les déchets plastique et les déchets
nucléaires et des réponses aux pires
maladies des hommes ; un monde où
tous auraient commencé à devenir végé-
L’ŒIL DU
PHILOSOPHE
Pendant ces vingt
prochaines années,
on vivra au moins une
grande crise financière
mondiale.
tariens, pour mieux conserver l’eau et
vivre en harmonie avec les autres espèces vivantes ; où on aurait enfin compris
que la grande science du XXIe siècle ne
sera pas l’intelligence artificielle, mais le
biomimétisme, qui ouvrira à tous les
espoirs, ou tous les cauchemars, selon le
respect qu’on aura de la vie.
Pour y parvenir, pour que le chemin
qui nous sépare de 2040 ne soit pas une
vallée de larmes, il nous faut mener dès
maintenant deux actions en parallèle,
dans nos vies privées et publiques. En
premier lieu, tout faire pour nous protéger de ces crises. Et, pour cela, faire
d’abord (dans nos vies personnelles, nos
entreprises, nos pays), l’équivalent des
stress tests des banques, pour évaluer
comment nous serions affectés par ces
crises, et en déduire les mesures de protection à mettre en œuvre de toute
urgence.
Ensuite, tout faire pour éviter ces crises. Et pour cela agir dès maintenant
dans l’intérêt des générations futures.
L’une et l’autre de ces deux actions se
résument en fait à une seule priorité :
l’éducation, l’éducation, l’éducation. Le
monde appartiendra, en effet, aux sociétés de la connaissance, qu’il s’agisse de
familles, d’entreprises ou de nations.
Apprendre ; apprendre à apprendre ;
apprendre à apprendre à apprendre ;
apprendre en réseau, apprendre en
s’amusant ; apprendre à tous les âges et
dans tous les milieux sociaux, apprendre de la nature et des autres cultures. Et
pour cela, en France, par exemple, permettre aux enfants des classes populaires d’avoir accès aux grandes écoles
aujourd’hui presque entièrement réservées aux enfants de cadres.
Il s’ensuivra des innovations dans des
domaines plus positifs que ceux
d’aujourd’hui ; par exemple, pour
réduire l’empreinte carbone, mieux
manger, mieux prévenir les maladies,
mieux inscrire la vie humaine dans la
nature, mieux gérer le temps, mieux
explorer les extraordinaires potentialités de notre cerveau. Si l’économie de la
connaissance l’emporte ainsi sur celle de
la mort, si on dessine dès maintenant un
projet pour les vingt prochaines années,
2040 pourrait constituer un nouveau
départ pour l’humanité.
Jacques Attali est écrivain
et essayiste, président
de la Fondation Positive Planet.
Quel modèle social
pour le futur ?
ponsables de leur propre risque. On peut
envisager des taux basés sur le niveau de
risque par secteur (comme pour les accidents du travail) mais gardant une part
de mutualisation importante, associés à
des négociations pour normaliser les
pratiques et ramener le « malus » proche de zéro. Compte tenu de la nature des
risques, la couverture des indépendants
doit rester facultative, mais on pourrait
définir une formule de base, notamment
adaptée aux indépendants des platesformes numériques, assurant clarté,
simplicité et niveau de concurrence
entre assureurs privés.
Il faudra un revenu
minimal pour tous mais
conditionné à la
recherche d’emploi
L’aide à la recherche d’emploi doit,
quant à elle, être fortement intégrée
avec l’assurance perte de revenu. C’est à
cause de leur séparation que les Français se focalisent autant sur le contrôle
de chômeurs, contrairement aux pays
dans lesquels l’assurance est liée à des
actions d’orientation, de formation ou
de recherche d’emploi suffisamment
intenses pour qu’il n’y ait pas de doutes
sur la réalité de la recherche d’emploi.
C’est un changement de philosophie et
de niveau de moyens. Par ailleurs, la
qualité d’un service d’accompagnement se mesure au nombre de personnes en emploi, mais aussi à la qualité de
l’appariement entre emplois et demandeurs. Plutôt que de pousser à prendre
un emploi inadapté par des indemnités
dégressives, il vaut mieux imposer au
bout d’un certain temps un emploi à
temps partiel qui aura le même impact
économique tout en laissant le temps de
chercher le bon emploi.
Dans ce système, le rôle d’employeur
en dernier ressort est nécessaire pour
proposer un emploi à ceux qui n’en trouveront pas. Or, le troisième pilier n’a
jamais été organisé, même s’il est rempli
pour certaines catégories : c’est ce que
font les centres d’aide par le travail pour
handicapés. Il faut donc sérieusement
repenser le rôle d’employeur en dernier
ressort, d’abord en laissant sa place au
privé en évitant ce qui détruit l’emploi –
mieux vaut soutenir les revenus par un
revenu universel d’activité couplé à un
salaire minimum, que pousser le salaire
minimum seul à des niveaux qui accélèrent les destructions d’emplois.
L’employeur en dernier ressort doit également s’effacer quand la conjoncture ou
la qualification du demandeur le permettent – les emplois aidés ont failli sur
ce point par manque d’accompagnement et de formation dans l’emploi.
Les réformes entreprises ces dernières années ont commencé à s’attaquer
aux incohérences de certaines parties
de notre système. Mais pour construire
le modèle social du futur, il faut désormais regarder notre système dans son
ensemble.
Vincent Champain est cadre
dirigeant et président de
l’Observatoire du Long Terme, think
tank dédié aux enjeux de long terme
(http://longterme.org).
Par
Roger-Pol Droit
O
n peut dessiner un grand nombre
des traits de ce que sera notre
monde dans vingt ans. Légitimement. Et avec une exactitude convaincante.
La multitude de données disponibles le permet. L’acuité des algorithmes, devenue fantastique, affine et précise les scénarios.
Courbes démographiques, données climatiques, tropismes collectifs sont de mieux
en mieux cernés.
Qu’il s’agisse de transports, de communications, de flux financiers ou d’habitudes
alimentaires, il est également possible de
décrire ce qui nous attend. L’ensemble des
contributions ici rassemblées le montre
suffisamment. Par comparaison avec les
images du futur forgées par les générations
précédentes, ces prévisions peuvent même
se prévaloir d’une probabilité plus haute.
Malgré tout, il demeure une marge irréductible d’incertitude. Elle ne tient ni à
l’imprécision de nos instruments ni à
l’incomplétude de nos données, mais
d’abord à la nature même de l’avenir.
Ce n’est pas sans raison que le vieil Aristote, déjà, avait forgé la notion de « futur
contingent ». Même si tout semble bien certain, même si on dit résolument que « la
bataille navale aura lieu demain » – la
preuve : les navires ennemis sont en vue, la
résolution des belligérants est inébranlable, etc. – il est impossible, malgré tout, que
cet énoncé soit intégralement certain. Car
des aléas peuvent surgir, des hasards
s’interposer – tempête brutale, crise cardiaque d’un chef d’armée, coup de théâtre quelconque…
En fait, tout l’avenir, proche ou lointain,
échappe à la certitude absolue. L’empiriste
David Hume, au XVIIIe siècle, est allé au
bout de cette logique. « Le soleil se lèvera
demain » ? En toute rigueur, je ne peux pas
le savoir. Je ne peux que le croire, parce que
les milliards de levers de soleil précédents
ne peuvent me permettre de conclure avec
certitude au lever de soleil de demain matin.
On dira que cet argument ne gêne personne, que tout le monde fait confiance à la
continuité du monde, et on aura raison. Le
raisonnement de Hume est logiquement
imparable, mais sans portée pratique.
Bergson est plus embarrassant. Parce
qu’il met en lumière le surgissement de la
nouveauté dans l’histoire humaine. Tout ce
qui fait vraiment événement, invention, rupture… surgit sans prévenir, radicalement
nouveau. La création humaine génère de
l’imprévisible, créé par le génie individuel
ou le génie collectif. On peut donc calculer à
la seconde près, des années à l’avance, les
éclipses ou le passage d’une comète. Il est
impossible d’en faire autant avec l’évolution
d’une société, a fortiori d’une civilisation.
Cela ne signifie pas que toute analyse prospective soit vaine. Elle est seulement indicative. La part de l’inouï, de l’inédit, du « pas
encore », comme disait Ernst Bloch, ne saurait être oubliée ni annulée.
En fait, nous le savons. Nous avons même
intégré, dans les représentations de notre
propre vie, cette part d’incertitude. L’accélération des changements et leur interdépendance nous y ont conduit depuis longtemps
déjà. Imaginons un instant qu’au cœur du
Moyen-Age, en 1018, on ait voulu connaître
l’état du monde vingt ans plus tard. Personne n’aurait supposé que la nourriture en
1038 allait être différente, les vêtements dissemblables, les modes de transport et de
travail bouleversés.
Il convient de tenir
ensemble deux conceptions
antagonistes :
discerner où nous allons,
se souvenir que ce n’est
jamais sûr.
Les Temps modernes ont accoutumé
chacun à envisager que ses enfants ne
vivront pas comme lui. La post-modernité a
fait bien plus : il a fallu abandonner les plans
de carrière, la conviction de faire le même
métier toute sa vie. Il a fallu s’accoutumer à
l’idée qu’une innovation technologique
pouvait bouleverser nos vies quotidiennes
en quelques années, voire quelques mois.
Une attente de changement permanent a
fini par s’installer. Une conviction, inconnue autrefois, s’est ancrée : demain est flou,
indiscernable, voire inconnaissable. On ne
sait à quoi s’attendre, sauf à l’inattendu.
Entre prévision possible et prévision
impossible, il n’y a pas à choisir, contrairement à ce qu’on pourrait croire en jugeant
trop vite. En fait, les deux versants coexistent. Il est indispensable de calculer les tendances lourdes, d’extrapoler les courbes
et de dessiner l’avenir avec le maximum de
détails.
Mais il est non moins nécessaire de considérer ces résultats avec une certaine distance, une part d’incertitude. Il convient
donc de tenir ensemble deux conceptions
antagonistes : discerner où nous allons, se
souvenir que ce n’est jamais sûr. Les prévisions peuvent et doivent guider des attentes
et des actions. Mais elles n’imposent rien au
réel à venir, que l’imprévisible traverse. C’est
lui qui donne du jeu. n
L'ACTUALITÉ
DES THINK TANKS
Mieux gérer le vieillissement de nos sociétés
L’IDÉE Le vieillissement c’est déjà aujourd’hui. Afin de traiter des actualités et
dynamiques de ce bouleversement en cours, des experts et opérateurs des
politiques du grand âge se sont réunis au sein d’un nouveau think tank
judicieusement baptisé « Matières grises ». Une première note, avec une carte
de France en couleurs, répond à la question « où vieillira-t-on demain ? ». Un
premier forum, en septembre, a permis de se pencher, à plusieurs voix, sur le
grand thème du financement du risque de perte d’autonomie. Une première
étude, copieuse, traite des perspectives concernant les personnes âgées à
l’horizon 2030.
L’INTÉRÊT Le sujet du vieillissement a beau avoir une certaine ancienneté.
Il appelle cet effort de prospective intellectuelle et d’adaptation pragmatique
auquel veulent contribuer les initiateurs de Matières grises. En se penchant
sur les réalités et besoins, contemporains et à venir, des personnes âgées, il
s’agit d’irriguer un débat public fait de dépenses publiques et de barèmes
compliqués, mais aussi d’un certain déterminisme pessimiste et d’une somme
de dénis individuels. La vieillesse peut être dépendance. Elle est aussi période
heureuse. S’adapter à ces réalités et ces fragilités demeure un enjeu colossal.
— Julien Damon
www.ehpa.fr/matieres-grises
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21
nuée d’e-mails et la fréquence des réunions
sont autant d’instruments pour se couvrir
contre le risque. L’infantilisation, elle, se
propage aussi à toute vitesse. Entre les crocodiles Haribo que l’on peut trouver dans
certaines salles de réunion ou les crayons de
couleurs que l’on confie aux participants à
des séminaires, la dérive est désormais visible à l’œil nu. Quant au bien-être, chacun
sait pertinemment qu’on ne l’obtient pas en
installant un baby-foot dans les locaux de
l’entreprise.
Sommes-nous pour autant dans une
dérive du capitalisme ? Non. Car ces maux
dépassent largement la seule économie. Ils
concernent la société tout entière, en perte
des repères qu’ont pu être pour certains
Dieu, pour d’autres la Nation ou encore certaines idoles. Nous sommes donc tous plus
ou moins confrontés à une perte de sens.
L’entreprise n’en est nullement responsable. C’est au contraire elle qui peut injecter à
nouveau du sens. C’est en cela que je ne considère pas le capitalisme comme responsable. Les problèmes que nous évoquons peuvent au contraire être résolus à l’intérieur
du système capitaliste.
E. O. : Je pense au contraire que ces maux
décrits par Nicolas Bouzou sont d’une certaine manière au cœur du système capitaliste. Ce qui est en cause ici, c’est l’obligation
du résultat à court terme. C’est la financiarisation accrue de la gestion. C’est la culture
d’entreprises qui n’appartiennent pas à
ceux qui les dirigent. Nous savons tous pertinemment que la vision de long terme n’est
pas la même dans une entreprise détenue
par des fonds d’investissement et dans une
entreprise contrôlée par des capitaux familiaux. C’est donc en partie le « système » qui
impose cette mesure permanente qui alimente la bureaucratie des entreprises, au
détriment de l’autonomie des salariés. Je
pense du reste que le travail n’est pas suffisamment rémunéré par rapport au capital.
Au fond, quelle est la mission de l’entreprise ? C’est évidemment de gagner de
l’argent. Mais comment le faire ? Quand je
vois des entreprises qui, au lieu de polluer,
s’efforcent de trouver le moyen de moins
polluer, je sais que c’est là qu’elles vont vraiment gagner de l’argent. Elles font le pari du
long terme et elles ont raison. Voilà le sens
qu‘il faut retrouver.
Joël Saget/AFP et Sipa
ENTRETIEN
« Pourquoi il faut
réinventer
le management
de A à Z »
Propos recueillis par
Daniel Fortin
@dafortin
et Dominique Seux
@dseux
Nicolas Bouzou, dans votre livre coécrit avec Julia De Funès, vous dressez
un tableau très sombre de la façon
dont nos entreprises sont aujourd’hui
managées. Quel est votre constat ?
Nicolas Bouzou : Nous travaillons tous les
deux dans les entreprises depuis une quinzaine d’années. Et nous sommes parvenus à
la même conclusion, corroborée du reste
par les études les plus récentes : nous sommes en présence, en effet, d’une crise de
motivation majeure qui se traduit par un
désengagement de plus en plus massif des
salariés dans leur entreprise. Un phénomène encore aggravé par le fait que les dirigeants s’en aperçoivent mais utilisent des
outils inadaptés pour y remédier.
Là où les salariés demandent du sens à
leur travail quotidien, leurs employeurs
leur répondent par une accumulation de
reportings, de process, de formations ineptes, voire, d’instruments d’infantilisation
qui aboutissent à l’exact contraire de la solution recherchée. On propose du contrôle et
de l’insignifiance alors que les salariés
demandent de l’autonomie et une direction.
Ajoutons que cette tendance n’est pas une
spécificité française. Elle est à l’œuvre dans
beaucoup de pays anglo-saxons, souvent
dans des proportions encore plus graves.
Erik Orsenna, partagez-vous
la sévérité de cette analyse ?
Erik Orsenna : Mon expérience dans le
monde de l’entreprise est récente. J’ai quitté
le Conseil d’Etat à l’âge de cinquante-huit
ans et j’ai écrit des livres sur la mondialisa-
tion qui m’ont permis d’entrer dans l’univers entrepreneurial comme conseil et
comme actionnaire. Or, au bout de ces
treize années passées en contact étroit avec
les entreprises, je partage le même sentiment que Nicolas Bouzou. Si l’on prend
100 jeunes aujourd’hui, la moitié d’entre
eux veulent devenir des fonctionnaires territoriaux, et l’autre moitié veulent créer
« leur » entreprise. On ne peut pas ne pas
voir dans cela une forme de défiance à
l’égard de la façon dont la plupart de nos
entreprises sont aujourd’hui organisées.
Ceci est d’autant plus rageant que lorsque
vous interrogez les Français, vous sentez
que leur amour du travail – voire de l’entreprise en tant que telle – est plus fort qu’avant.
« Là où les salariés demandent du sens à leur travail
quotidien, leurs employeurs
leur répondent
par une accumulation
de reportings, de process,
de formations ineptes. »
NICOLAS BOUZOU
Comment expliquez-vous
ce paradoxe ?
N. B. : La tendance que nous décrivons dans
notre livre existe depuis longtemps. Michel
Crozier l’avait déjà théorisée dans son livre
« L’Entreprise à l’écoute », publié en 1989.
Mais ce qui a changé, c’est le contexte économique. Les choses se sont considérablement modifiées ces dernières années sous
le poids de la révolution technologique que
représentent le numérique, la robotique et
l’intelligence artificielle. Nous sommes
entrés dans une troisième révolution industrielle qui bouleverse la façon de valoriser le
capital humain. Quand la plupart de nos
tâches seront – pour caricaturer – confiées à
des machines, que nous restera-t-il à nous,
hommes et femmes ? La prise d’initiative, la
vision systémique et la qualité relationnelle.
C’est-à-dire, peu ou prou, tout ce que l’entreprise d’aujourd’hui, par son organisation, a
tendance à sous-valoriser, voire à étouffer
en raison d’une bureaucratie galopante. On
en arrive, donc, à cette situation paradoxale
qui est de vouloir recruter les talents pour
leur capacité à innover pour ensuite tout
faire pour entraver leur envie d’innovation.
C’est cette injonction contradictoire qui est
aujourd’hui de plus en plus difficile à supporter.
E. O. : Le poison du moment est en effet la
manie du contrôle perpétuel. Tout se passe
comme si l’on avait imposé au sein des
entreprises une sorte d’audit à flux continu,
qui conduit à mesurer tout ce que l’on fait, à
rendre compte en temps réel de la moindre
de ses initiatives. Ce type d’organisation s’est
imposé avec l’idée que l’on allait gagner
davantage en économisant sur les coûts
qu’en innovant. On regarde au microscope
alors que l’on devrait au contraire se saisir
de jumelles pour regarder au loin. Ceci est
pour moi un vrai sujet d’étonnement. Lorsque que je suis entré dans les entreprises, je
pensais y trouver des lieux de rationalité et
de dynamisme. Cela n’est pas exactement ce
qui s’est passé. En réalité, beaucoup de
temps est consacré à des tâches qui ne sont
pas directement utiles à la collectivité. L’une
d’elles, récurrente, consiste à penser en permanence à la fonction ultérieure que l’on
pourrait exercer. On passe un temps infini à
se battre pour obtenir un jour un poste
supérieur à celui que l’on occupe, à briguer
une succession. En disant cela, je pense à
NICOLAS BOUZOU
Economiste, directeurfondateur d’Asterès*
et ERIK ORSENNA
Académicien
cette boutade de Descartes. Lorsqu’on lui
demandait combien de temps il travaillait
chaque jour, il répondait… un quart d’heure.
J’aimerais moi, si j’étais patron d’entreprise,
que les salariés travaillent vraiment… une
heure. Je parle d’un vrai travail, pas de réunions sans objet. Nous pensions que le progrès technologique était aussi fait pour libérer l’humain. Ce n’est pas ce que nous
constatons. Retrouvons cet objectif : redonner de l’espace à l’être humain.
« Le poison du moment
est la manie du contrôle
perpétuel. Tout se passe
comme si l’on avait imposé
au sein des entreprises
une sorte d’audit à flux
continu. »
ERIK ORSENNA
En faisant tous les deux ce constat
assez semblable sur le délabrement
du management dans beaucoup
d’entreprises, n’êtes-vous pas plus
largement en train d’instruire le
procès du système capitaliste ?
N. B. : Non. Le problème, à mon sens, ne
vient pas du capitalisme lui-même. Le problème est avant tout sociétal. Les pays développés sont aujourd’hui dominés par trois
tares essentielles : la peur, le jeunisme et la
recherche à tout prix du bonheur. Trois
dérives contre lesquelles l’entreprise aurait
dû servir de rempart. Elle les a au contraire
laissées pénétrer dans son organisation. La
peur, par exemple, est aujourd’hui un sentiment très dominant dans les entreprises. La
Quand on vous entend tous les deux,
on doute que l’entreprise soit encore
dans vingt ans le meilleur lieu pour
entreprendre !
N. B. : Oui, je le crois. Nous aurons toujours
besoin d’organisations verticales, avec des
dirigeants, et capitalistiques, parce que la
troisième révolution industrielle consomme de l’argent. Mais l’entreprise aura
besoin d’ici là, je le redis, de redonner du
sens et de l’autonomie. La productivité viendra de là, pas d’autre chose. In fine, les
métiers qui vont émerger mettront davantage l’accent sur l’humain, je pense aux soignants à l’hôpital, par exemple. La technologie les déchargera de certaines tâches et
leur laissera du temps pour l’accompagnement. A moyen terme, je suis optimiste sur
ce point.
E. O. : C’est vrai, l’entreprise avec un dirigeant et des salariés sera toujours là dans
vingt ans parce que les organisations sont
inévitables et nécessaires. Mais la question
que je me pose est celle-ci : quelle taille
auront les entreprises de demain ? Arrivera-t-on à développer celles qui ont une taille
intermédiaire, celles dans lesquelles le sens
peut être donné plus facilement ? On le sait,
c’est une des difficultés de la France depuis
toujours.
Le télétravail va-t-il se développer ?
Cela fait trente ans qu’on annonce son
décollage…
N. B. : La troisième révolution industrielle
floute totalement la frontière entre le temps
de travail et le temps personnel. Cela sera
encore plus le cas dans les prochaines
années. Je crois énormément au télétravail
parce que c’est l’obligation pour l’entreprise
et le collaborateur de se faire mutuellement
confiance. Cela force à l’autonomie. Et en
plus, cela permet un gain écologique formidable. Je prends un pari : d’ici vingt ans, la
moitié du temps de travail pourrait se faire
sous forme de télétravail. Deux jours et
demi par semaine.
E. O. : Je rajoute que ce serait un formidable
outil d’aménagement du territoire, en
redonnant leur chance à des petites villes.
*Nicolas Bouzou est l’auteur avec Julia de Funès
de « La comédie (in)humaine » aux éditions de
l’Observatoire.
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LES DÉBUTS
DES ECHOS
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LES ANNÉ
ROBERT ET ÉMILE
SCHREIBER
(en médaillon) créent
« Les Echos de l’Exportation », aucun grand journal de l’époque ne s’intéressant spécialement à
l’économie. Quatre ans
après, le mensuel
« Les Echos » devient
hebdomadaire.
2 AVRIL 1908
Première édition des « Echos de l’Exportation ».
La première année
de leur existence,
« Les Echos » comptaient 135 abonnés.
Prix de l’abonnement : 50 francs
par an.
UN SAVOUREUX ILLUSTRATEUR : MARCEL ARNAC
Un florilège
des parutions
du dessinateur
de presse
(années 1920)
qui rebondit
sur l’actualité
avec humour
et impertinence.
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QUELQUES NUMÉROS SPÉCIAUX
des « Echos de l’Exportation », qui prendront le nom
« Les Echos » en mai 1920.
DES GRAPHIQUES
Une pleine page sur les importations
et les exportations de l’industrie
automobile de 1913 à 1921.
DES AFFICHES ENGAGÉES
Les thèmes de l’octroi, de l’égalité fiscale ou encore de l’embouteillage téléphonique
sont au cœur des problématiques des années 1920.
DES ÉDITIONS
INTERNATIONALES
« Les Echos »
avaient à
cette époque
des éditions
trimestrielles
en anglais,
allemand,
italien, espagnol, danois...
et japonais !
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Budget de l’Etat 2018 : 386,3 milliards d’euros // PIB 2017 : 2.283,6 milliards d’euros courants //
Plafond Sécurité sociale : 3.311 euros/mois à partir du 01-01-2018 // SMIC horaire : 9,88 euros
à partir du 01-01-2018 // Capitalisation boursière de Paris : 1.532,96 milliards d’euros (au 05-07-2018)
// Indice des prix (base 100 en 2015) : 103,78 en août 2018 // Taux de chômage (BIT) : 9,1 %
au 2e trimestre 2018 // Dette publique : 2.255,3 milliards d’euros au 1er trimestre 2018
Les chiffres
de l'économie
EN FRANCE
À L’ÉTRANGER
DISPARITION DÉCÈS DE RAYMOND
LÉVY, ANCIEN PDG DE RENAULT
ARABIE SAOUDITE WASHINGTON
ET ANKARA HAUSSENT LE TON
R ay m o n d L é v y, a n c i e n P D G d e
Renault de 1986 à 1992, est décédé
mercredi à l’âge de 91 ans, a annoncé
sa famille dans un avis publié jeudi
par le quotidien « Le Monde ». En
décembre 1986, il avait pris les rênes
du constructeur dans des conditions tragiques. Il succédait au PDG
Georges Besse, assassiné quelques
semaines plus tôt par des militants
du groupe révolutionnaire Action
directe.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a averti jeudi que son pays ne resterait pas silencieux sur le sort du
journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a disparu le 2 octobre au
consulat saoudien à Istanbul, où il
aurait été assassiné, selon diverses
sources dont un sénateur américain.
Donald Trump a affirmé que la vérité
serait faite « très bientôt ». Londres a
prévenu que Riyad s’exposerait à de
« graves conséquences » si sa responsabilité est établie.
FOOTBALL L’AS MONACO SE
SÉPARE DE LEONARDO JARDIM
Dix-sept personnes ont été condamnées à mort jeudi en Egypte par un tribunal militaire, pour des attentats
contre des églises, a-t-on appris jeudi
de sources judiciaires. Ces attentats
suicide, au Caire en décembre 2016 (29
morts) et à Alexandrie (45 morts) en
avril 2017, avait poussé le président
Abdel Fattah Al Sissi à instaurer l’état
d’urgence, prolongé depuis à plusieurs
reprises. Les coptes forment la plus
importante communauté chrétienne
d’Egypte, avec 15 % de la population.
INDONÉSIE FIN DES OPÉRATIONS
DE RECHERCHES POST TSUNAMI
BRUIT AU TRAVAIL SIX ACTIFS
SUR DIX SE DISENT GÊNÉS
Près de six actifs en poste sur dix (59 %)
déclarent être gênés « à cause du bruit
et des nuisances sonores » sur leur lieu
de travail, une proportion en hausse de
7 points en un an, selon une enquête
Ifop dévoilée jeudi. Les 18-24 ans apparaissent les plus sensibles : 65 % se
disent gênés contre 57 à 59 % dans les
autres tranches d’âge, selon cette étude
réalisée pour l’association Journée
nationale de l’audition.
AFFAIRE FERRAND TROIS JUGES
D’INSTRUCTION DÉSIGNÉS
À LILLE
Trois juges d’instruction ont été désignés à Lille pour instruire le dossier
Richard Ferrand dans l’affaire immobilière qui avait coûté à l’actuel président LREM de l’Assemblée nationale
sa place au gouvernement, a-t-on
appris auprès du parquet de Lille.
« En l’état, aucune convocation pour
mise en examen n’a été délivrée »,
selon une source judiciaire.
Pour fêter leurs 110 ans, « Les Echos » ouvrent ce week-end leurs portes au public dans le cadre des Journées particulières
organisées par LVMH, son actionnaire, les 12, 13 et 14 octobre. L’histoire du journal, qui a traversé un siècle de mondialisation,
sera mise en valeur à travers une exposition historique et un kiosque interactif dans le hall du 10, boulevard de Grenelle à Paris,
siège des « Echos » et du « Parisien ». Une soirée festive réunissait jeudi les fidèles de notre quotidien autour d’un « Live ».
Adek Berry/AFP
CONTREBANDE DIX TONNES DE
CIGARETTES SAISIES AU HAVRE
Les douaniers du Havre ont saisi la
semaine dernière dix tonnes de cigarettes de contrebande dans un conteneur en provenance de Singapour, a
annoncé jeudi le ministère de
l’Action et des Comptes publics. Le
conteneur était censé renfermer
« des meubles en bois », selon ses
dcuments de transports. En 2017, les
douaniers français ont saisi plus de
238 tonnes de tabacs de contrebande
sur le territoire national.
« Les Echos » fêtent leurs 110 ans
ÉGYPTE 17 CONDAMNATIONS
À MORT POUR TERRORISME
Pascal Pavani/AFP
L’AS Monaco, 18e du Championnat de
France de football après neuf journées, a annoncé jeudi avoir « mis fin à
sa collaboration avec Leonardo Jardim », l’entraîneur portugais qui a
conduit le club à un sacre de champion, acquis à la surprise générale en
2017. Le club n’a rien dit jeudi sur son
successeur, alors que le nom du
champion du monde 1998 Thierry
Henry est évoqué dans la presse.
LA PHOTO DU JOUR
Les autorités indonésiennes ont
ordonné jeudi la fin des recherches
après le séisme et le tsunami qui ont
fait le 28 septembre au moins
2.073 morts, selon un nouveau bilan,
dans la région de Palu sur l’île des Célèbes et ce même si 5.000 personnes sont
toujours portées disparues. « Au vu des
difficultés sur le terrain, nous avons
vraiment besoin de prendre en considération la santé et la sécurité de nos sauveteurs », ont ajouté les autorités.
FRANCOPHONIE OUVERTURE
DU SOMMET D’EREVAN
Le 17 e sommet de l’Organisation
internationale de la Francophonie
(OIF) s’est ouvert jeudi en Arménie,
avec près de 84 délégations en présence d’Emmanuel Macron. Désignée par l’Union africaine et donc
appuyée par Paris, la Rwandaise
Louise Mushikiwabo devrait en être
désignée secrétaire générale, bien
que Kigali ait supprimé l’enseignement obligatoire du français en 2010.
ONU VERS LA FIN DES FRAPPES
CONTRE LES CIVILS AU YÉMEN
Le Comité des Nations unies sur les
droits de l’enfant (CRC) a demandé
jeudi à l’Arabie saoudite de mettre fin
aux frappes aériennes contre des
objectifs civils au Yémen et de poursuivre en justice les responsables de telles
attaques. En trois ans et demi, la guerre
au Yémen a fait plus de 10.000 morts et
conduit le pays au bord de la famine.
Photo : Bruno Levy pour « Les Echos »
ON EN PARLE À MIAMI
L’ouragan Michael ne ralentit pas la campagne
En Floride, les coups pleuvent entre les candidats aux élections de mi-mandat.
qui a frappé la même région l’an
dernier. Dans un rapport, Wells
Fargo évalue à 10 milliards de
dollars les pertes, alors que la
facture d’Irma était montée audelà des 50 milliards.
Nicolas Rauline
@nrauline
— Bureau de New York
L
’ouragan Michael a pris le
pays de court. En seulement deux jours, cette
tempête s’est renforcée dans le
golfe du Mexique, devenant un
ouragan de catégorie 4, le plus
violent qu’ait connu la péninsule
depuis 167 ans. Mercredi, quand
il a commencé à frapper les
côtes, il apportait avec lui des
vents de près de 250 km/h.
Jeudi matin, alors qu’il se dirigeait vers la Caroline du Sud en
perdant de son intensité, le bilan
pouvait ainsi sembler miraculeux. On dénombrait deux victimes, l’une en Floride et l’autre en
Géorgie, et le bilan matériel
devrait être moindre qu’Irma,
375.000 évacués
Michael a en effet épargné la plupart des grandes villes de Floride,
au contraire d’Irma. Les ordres
d’évacuation n’ont concerné que
375.000 personnes, loin du véritable exode orchestré l’an dernier (6,5 millions d’habitants
étaient alors concernés).
Mais ce bilan modéré n’empêche pas les polémiques de prospérer. La Floride, un « swing
state » qui penche tantôt en
faveur des démocrates, tantôt en
faveur des républicains, est en
effet l’objet d’une âpre bataille en
vue des élections de mi-mandat,
début novembre.
Et si les candidats avaient mis
leur campagne en veille sur le
terrain, leurs spots télévisés ont
continué à être diffusés ces
jours-ci. Des messages particulièrement virulents dans une
campagne qui oppose souvent
des candidats aux opinions
tranchées. C’est le cas pour le
poste de gouverneur, où le
maire de Tallahassee, Andrew
Gillum, proche de Bernie Sanders, affronte le républicain
Ron DeSantis, soutien inconditionnel de Donald Trump.
Les habitants ont ainsi pu
voir, ces dernières heures, les
appels à la prudence et à la solidarité professés par Andrew Gillum et par l’actuel gouverneur
républicain, Rick Scott, en
course pour un siège au Sénat…
et, quelques minutes plus tard,
des spots leur expliquant à quel
point ces hommes étaient
incompétents ! Le « côté obscur » de l’ouragan, comme
l’affirme le « Miami Herald ».
Une maigre consolation pour les
359.000 personnes privées
d’électricité en Floride jeudi
matin : ils ont été privés de ce
triste spectacle.
Quant à Donald Trump, il a
prévu de visiter la région dimanche. Mais il n’a pas annulé son
meeting de campagne, mercredi
soir, en Pennsylvanie, comme ses
détracteurs le lui demandaient…
Et s’il a affirmé que « tout [devait]
être mis en œuvre pour venir en
aide aux victimes », il reste persuadé que le changement climatique n’y est pour rien. n
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Pour doper ses ventes
en ligne, le groupe
nippon va dépenser
770 millions d’euros
dans des centres de
distribution.// P. 29
Vendredi 12, samedi 13 octobre
2018
www.lesechos.fr
ET « CRIBLE » P. 55
Shutterstock
Uniqlo s’arme pour rivaliser
avec Amazon
DEVISES EUR/GBP 0,877 EUR/JPY 1,2991 EUR/CHF 1,1477 GBP/USD 1,3207 USD/JPY 1,1235 USD/CHF 0,9915 TAUX EONIA -0,365 LIFFE EURIBOR 3 MOIS -0,318 OAT 10 ANS 0,8466 T-BONDS 10 ANS 3,2537
INDUSTRIE & SERVICES
TRANSPORT
DERNIÈRE HEURE
Le réseau ferré d’Ile-de-France fait
plutôt figure de bon élève. // P. 27
Nouvelles normes CO2 : Volkswagen
redoute une énorme casse sociale
ÉNERGIE
Le Royaume-Uni reprend l’exploitation du gaz de schiste. // P. 28
AGROALIMENTAIRE
Safran prêt
à faire tourner
ses usines
encore plus vite
Le plan de l’Europe pour défendre
les agriculteurs face à la distribution.
// P. 30
Bruno Trévidic
@BrunoTrevidic
DASSAULT
Le groupe défend sa réputation
et son contrat en Inde. // P. 31
SANOFI
Le laboratoire français prend un
nouveau départ en Algérie. // P. 32
START-UP
AUTOMOBILE
CarFit mise sur la maintenance
prédictive des voitures autonomes.
// P. 33
Krisztian Bocsi/Bloomberg
K. Djansezian/AFP
HIGH-TECH & MÉDIAS
APPLE
Puces : le géant américain absorbe
une partie des activités de son
fournisseur Dialog. // P. 36
STREAMING
Fabriquer des moteurs électriques demande moins de temps et de main-d’œuvre que d’usiner des moteurs à essence ou Diesel.
INFORMATIQUE
Herbert Diess, le patron du
géant automobile, annonce
que son groupe pourrait
supprimer 100.000 emplois
si Bruxelles validait l’objectif
de réduction des émissions
CO2 des voitures neuves de
35 % à l’horizon 2030.
Warner s’attaque à Netflix. // P. 37
Comment HP a rebondi dans
les PC et les imprimantes. // P. 38
Buffet Crampon
PME & RÉGIONS
LOISIRS
Les instruments de musique
français cherchent un nouveau
souffle. // P. 43
FINANCE & MARCHÉS
BOURSE
La déroute se poursuit
sur les marchés. // PP. 45-46
ET « CRIBLE » P. 55
INGENICO
Le spécialiste des paiements
attise les convoitises. // P. 47
ET « CRIBLE » P. 55
GOUVERNANCE
Les entreprises britanniques
devront publier les écarts de salaires entre communautés ethniques.
// P. 48
CARNET // P. 49
DOSSIER PATRIMOINE
CRÉDIT
Assurance-emprunteur : les pièges
de la renégociation. // PP. 52 À 54
SUR
DANS
« LA CHRONIQUE
BOURSE »
À 13H ET 17H30
DU LUNDI AU VENDREDI
Julien Dupont-Calbo
@jdupontcalbo
Chantage à l’emploi ou alerte pragmatique ?
Alors que le dernier rapport du GIEC dresse
un constat plus qu’alarmiste sur le réchauffement climatique, Herbert Diess, le nouveau patron de Volkswagen, a expliqué que
les nouveaux objectifs de réduction des
émissions de CO2 à horizon 2030 pourraient
conduire son groupe à supprimer le tiers de
ses effectifs de production. C’est-à-dire pas
moins de 100.000 emplois en dix ans sur un
total de 642.000. En Allemagne, l’industrie
automobile dans son ensemble occupe plus
de 800.000 personnes.
« Une transformation aussi rapide est très
peu gérable. Une réduction si drastique est une
révolution douloureuse et non une transition
contrôlée. Nous aurons des difficultés à produire des petites voitures en Allemagne. Ce
n’est pas du chantage, nos affirmations sont
basées sur des faits », affirme le dirigeant du
constructeur, empêtré depuis trois ans
dans le scandale du « dieselgate », après
avoir truqué les logiciels de dépollution de
près de 11 millions de voitures dans le monde.
Reste que fabriquer des moteurs électriques demande de fait bien moins de temps et
de main-d’œuvre que d’usiner des moteurs à
essence ou Diesel. Après tout, il ne s’agit en
effet que d’un gros moteur de machine à
laver perfectionné. Par ailleurs, il est loin
d’être impossible que les constructeurs décident à terme d’externaliser la production de
moteurs électriques pour les acheter auprès
de gros fournisseurs mondiaux capables
d’offrir des prix imbattables. Un modèle
similaire à l’aéronautique et un drame pour
leurs finances. « Aujourd’hui, les constructeurs contrôlent environ 35 % de la valeur
ajoutée d’un véhicule. Sur ces 35 %, un tiers
concerne le groupe motopropulseur, la boîte
de vitesses et le moteur thermique », rappelait
il y a quelques jours Laurent Petizon, associé
chez AlixPartners.
Urgence environnementale
Mercredi, le VDA, l’organisme représentant
l’automobile outre-Rhin, jugeait « irréaliste » et « dangereux pour l’emploi » le compromis européen, qui doit encore être validé
en « trilogue » par les Etats, la Commission
et le Parlement. A la base, le lobby européen
de l’industrie automobile plaidait pour une
réduction de 20 % des émissions CO2 des voitures neuves en 2030, par rapport au niveau
de 2020. Des pays comme les Pays-Bas
ou la Suède réclamaient de leur côté une
diminution de 50 %, considérant l’urgence
environnementale. n
Le pétrole cher relance le débat
sur le prix des carburants
Vincent Collen
@VincentCollen
Les automobilistes qui font le plein dans les
stations-service le remarqueront peutêtre. Ce vendredi entre en vigueur un nouvel
étiquetage destiné à harmoniser les dénominations des différents carburants dans toute
l’Union européenne. Cette nouvelle signalétique s’ajoutera à la signalétique existante,
qui restera en place. « Cela ne va rien changer
pour les consommateurs. Il s’agit seulement
d’éviter les confusions pour les automobilistes
qui font le plein à l’étranger », précise Francis
Duseux, le président de l’Union française des
industries pétrolières (Ufip).
Ce que les automobilistes français observent surtout en ce moment, c’est que les prix
à la pompe sont remontés à des niveaux particulièrement élevés. Pour l’essence, le litre
de sans-plomb 95 cote aujourd’hui 1,57 euro
en moyenne, selon l’Ufip. On est encore audessous du plus haut atteint en avril 2012, à
1,67 euro. Pour le gazole, le record d’il y a six
ans (1,48 euro) est battu, à 1,52 euro.
Depuis le début de l’année, le prix du sansplomb 95 a flambé de 7 %, celui du diesel de
plus de 9 %. L’explication principale de la
hausse de ces derniers mois, c’est bien sûr la
remontée violente des cours du pétrole.
Même s’il s’est légèrement replié ces derniers
jours, le baril de brent a bondi de plus de 40 %
en un an. Certes, à un peu plus de 80 dollars,
il reste loin des niveaux atteints avant 2014,
au-dessus de 100 dollars. Mais le taux de
change euro-dollar est moins favorable aux
consommateurs aujourd’hui.
Convergence diesel-essence
Surtout, les taxes sur les carburants, qui
représentent près de 60 % du prix de vente,
ont fortement progressé. Le 1er janvier dernier, elles ont été relevées de 7,6 centimes par
litre pour le diesel et de 3,9 centimes pour
l’essence. La hausse n’est pas uniforme, car le
gouvernement continue à faire converger la
fiscalité du diesel et de l’essence. De nouvelles
hausses sont programmées dans la loi de
finances pour le 1er janvier 2019. « Jusqu’à
présent, les hausses de taxes étaient presque
indolores pour le pouvoir d’achat car le prix du
pétrole était bas, relève Nicolas Mouchnino,
de l’UFC-Que Choisir. Ce n’est plus le cas. Si la
hausse se poursuit, les ménages vont rencontrer de vraies difficultés. » Sur longue période
(1990-2017), le prix des carburants en France
a doublé alors que l’inflation moyenne n’était
que de 50 %, a calculé l’UFC.
Une autre association de défense des
consommateurs, la CLCV, demande le gel
des taxes et le retour à une taxation qui varierait en fonction de l’évolution des prix du
pétrole, sur le modèle de la TIPP flottante,
brièvement en vigueur au début des années
2000. « Nous estimons que le signal environnemental est déjà largement donné aux
niveaux de prix actuels », argumente Vincent
Licheron, chargé de mission environnement
pour la CLCV. n
Si 2018 sera sans doute une année record
pour Safran, 2019 s’annonce déjà
comme une année décisive pour l’équipementier. Au terme d’une montée en
cadence sans précédent, Safran et son
partenaire américain GE devraient avoir
résorbé les retards de livraison de
moteurs LEAP destinés aux Airbus
A320 et aux Boeing 737. De quoi leur permettre de se projeter au-delà de l’objectif
des 2.000 livraisons par an à l’horizon
2020 et de pouvoir éventuellement
s’engager sur de nouvelles hausses de
production auprès d’Airbus et de
Boeing. C’est ce qui ressort des déclarations du directeur général de Safran,
Philippe Petitcolin, à l’occasion de l’inauguration d’une usine d’intégration de
nacelles de moteurs, jeudi à Hambourg.
« Le 1er trimestre 2019 sera probablement le bon timing pour décider d’aller audelà des objectifs actuels », a-t-il dit. « Mais
nous ne pourrons nous engager à produire davantage que si nous sommes en
mesure d’atteindre nos objectifs actuels, de
livrer 1.100 moteurs LEAP en 2018, 1.800
en 2019 et 2.000 en 2020. »
Pour l’heure, les livraisons de moteurs
LEAP accusent toujours un retard d’un
« mois en moyenne », reconnaît Philippe
Petitcolin. Mais le rattrapage est en
cours. « Nous livrons de 14 à 15 moteurs
LEAP par semaine chez Airbus et 16
chez Boeing, dit-il. Notre objectif est de
résorber ces retards d’ici à la fin de l’année,
en montant à 16 moteurs par semaine
pour Airbus et 20 pour Boeing. » Après
quoi, Safran et GE auront une grande
marche à franchir pour passer de 1.100 à
1.800 livraisons en 2019.
Les livraisons de moteurs
Leap à Airbus et Boeing
accusent un retard d’un
« mois en moyenne », mais
le rattrapage est en cours.
Ce cap de 2019 est d’autant plus important qu’une autre opportunité devrait se
présenter pour CFM, la coentreprise de
Safran et GE. Boeing devrait annoncer
l’an prochain si son projet de nouveau
modèle de milieu de gamme – déjà baptisé « 797 » ou « NMA » (« new middle
aircraft ») par la presse américaine –
verra le jour ou pas. Si c’est « yes », Safran
et GE répondront à l’appel d’offres pour
les moteurs.
Celui-là pourrait être lancé en décembre, pour une décision en février. « Nous
ne savons pas encore quelle sera la décision de Boeing et quelle serait la puissance
demandée », assure Philippe Petitcolin.
« On parle d’une puissance de 45.000 à
53.000 livres de poussée. L’accord passé
entre Boeing et CFM intègre tous les
moteurs de 18.000 à 50.000 livres de poussée. Mais Boeing a déjà précisé que, même
si les besoins du NMA excèdent les
50.000 livres de poussée, CFM ne sera pas
exclu. » En cas de succès, quelques milliers de moteurs destinés au nouveau
Boeing viendraient s’ajouter aux plus de
16.300 commandes déjà engrangées par
le moteur LEAP. De quoi tendre encore
une chaîne de sous-traitants au bord de
la rupture. Mais pas de quoi inquiéter le
patron de Safran. « Nous ne ferons pas
nécessairement appel aux mêmes soustraitants et nous prendrons ceux qui voudront venir, souligne-t-il. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 //
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
26
INDUSTRIE
&SERVICES
Tout au long du XXe siècle, les
entreprises françaises s’adaptent à
la technique – l’invention de la
teinture pour cheveux, l’automobile, l’électronique –, aux grands
mouvements de société – le travail
des femmes, la grande distribution – et à la mondialisation.
Photos : AFP ; Rue des Archives ; Fratelli
Alinari Museum of the History of Photography-Betti Borra Archive, Florence
La fabuleuse histoire des entreprises françaises
INDUSTRIE
La France n’a jamais
beaucoup aimé
l’entreprise et l’industrie, mais elle a quand
même trouvé
des champions.
Les entreprises familiales ont le mieux
traversé le siècle.
Sabine Delanglade
@Sabinedelanglad
Pendant longtemps, l’industrie n’a
pas senti très bon. Vous souvenezvous de ces passages en voiture du
côté de Lyon ? On relevait les vitres
de la DS, de la 403 ou de la 2 CV pour
ne pas être asphyxiés par les fumées
des usines chimiques rangées au
bord de l’A7. Beaucoup ont été,
depuis, remplacées par les Halle
aux chaussures et consorts. Ceux-là
qui sont aujourd’hui menacés par
des sites Internet, tels que Ventepri-
BOURSE :
PREMIER
CRAQUEMENT
Demain chez
d
votre marchan
de journaux
vee, avatars numériques des
anciens « décrochez-moi-ça »,
mais c’est une autre histoire. De
toute façon, la France n’a jamais
b eaucoup aimé l’entreprise,
l’industrie. Où sont passés les
grands groupes dopés aux commandes et aux fonds publics de
l’après-guerre ? La Compagnie
générale d’électricité est devenue
Alcatel-Alsthom et puis… rien.
Demandez aux salariés de ces dernières usines soumises au bon vouloir de General Electric ou de
Nokia ! La recherche du mot
« PUK » sur Google aboutit à
l’obtention du code de déblocage
des cartes SIM et certainement pas
à la compagnie dont il constitua les
célèbres initiales : Pechiney-UgineKuhlmann.
Du plan calcul restera le souvenir
cuisant des ambitions informatiques gaulliennes. L’élan industriel
pour des ordinateurs français tournera court, mais l’écosystème ainsi
créé contribuera à l’éclosion de
toute une flottille de sociétés de services devenues des grands mondiaux, Capgemini, Atos, Sopra,
Altran, etc. « La France a passé son
temps à se rêver en grande puissance
industrielle, mais ses plus grandes
réussites ne sont pas là », remarque
Elie Cohen, évoquant aussi Dassault Systèmes, Veolia, AXA.
L’industrie se trouvera quand
même des champions, Total et le
pétrole, Airbus et la défense avec
Dassault, Safran, Thales. Mérieux
réussit une percée exceptionnelle
dans les vaccins, réussite marquante des liens entre la recherche
et l’industrie. Familles, je vous
aime ? Les belles histoires du siècle,
plus durables, moins truffées d’inspecteurs des finances, on les trouvera plutôt du côté des entreprises
familiales. N’est-ce pas l’une d’entre
elles, les Servan-Schreiber, qui
fonda « Les Echos » ?
Anticipation et prudence
Tout au long du XXe siècle, elles
s’adaptent à la technique – l’invention de la teinture pour cheveux,
l’automobile, l’électronique –, aux
grands mouvements de société – le
travail des femmes, la grande distribution –, à la mondialisation. Elles
anticipent, sont prudentes, on l’est
toujours davantage lorsqu’on
engage ses propres fonds.
Au départ, en 1847, le premier
des Thuasne vendait des rubans à
chapeau, son petit-fils, en 1914, a
fourni les bandes molletières de
l’armée française. Les textiles du
Stéphanois deviennent de plus en
plus techniques, la cinquième
génération aujourd’hui au pouvoir conçoit des prothèses mammaires, des semelles connectées
p our diab étiques. Les frères
Michelin ont commencé en 1886
en fabriquant des courroies de
freins pour charrettes. Depuis, on
les trouve dans tout ce qui roule
avec de l’air dedans. En 1946, leurs
successeurs inventent le pneu
radial. Les Trente Glorieuses
seront aussi les leurs, celles de
l’automobile de Renault, de Peugeot, et de leurs équipementiers
Plastic Omnium, Valeo, Faurecia.
Au XIXe, les charrettes à bras des
Burelle ramassaient les immondices de la ville de Lyon, Plastic
Omnium deviendra le roi des poubelles en plastique puis,
aujourd’hui, des pare-chocs et
autres équipements auto.
La France numérique manquera de ces « garages » qui ont
donné Apple ou Texas Instruments. Au moins aura-t-elle eu la
cuisine dans laquelle, en
1909, Eugène Schueller concocta la
première teinture « inoffensive »
pour les cheveux, alors que, jusque-là, celles-ci contenaient du
plomb. Et quand le génie du cheveu rencontre celui de la pub, Marcel Bleustein-Blanchet, cela donne
« Dop, Dop Dop » ! Publicis,
L’Oréal, deux pépites tricolores,
quasi jumelles des « Echos »
(Publicis naît en 1926). Au début
des années 1960, les Français ont
des voitures, les femmes travaillent, ils vont faire leurs courses
dans les hypermarchés, ces temples de la gondole pensés par les
familles Defforey, Guichard, Mulliez : Carrefour, Casino, Auchan…
Des dynasties se créent, leurs
fournisseurs s’organisent. Danone
prend la vague. Des charcutiers de
village plus entreprenants que les
autres pensent à mettre leurs produits sous vide pour les proposer
dans ces nouvelles zones de chalandise. Cela donnera des groupes
prospères : Fleury Michon, Sodebo,
gros pourvoyeurs d’emplois régionaux. Sodexo va commencer par
servir des plats chauds dans les
cantines. Les Trente Glorieuses
seront aussi celles des grands travaux, du logement, Bouygues y
bâtit un empire. D’autres auront le
génie de la recomposition, comme
Sanofi, qui remplit son armoire à
pharmacie de laboratoires, Total
qui avale Elf et Fina ou Vinci, bâti
par l’agrégation de centaines
d’entreprises à partir de Société
Générale d’Entreprises (SGE), née
en 1889. « Veni, vidi, vinci. » C’est
aussi ce que pourrait dire Bernard
Arnault. En extrayant de la maison
Boussac, symbole de l’ancien
monde, Dior, sa pépite, puis en
agrégeant autour d’elle les plus
grandes marques de luxe, il va créer
le numéro un du luxe du monde
nouveau.
Que deviendront
nos entreprises
à l’heure où elles
s’effacent devant
des plates-formes
désincarnées ?
Celui-là n’a plus de frontières,
ouvre boutique à Pékin comme à
Johannesburg. Jacques Saadé
surfe, lui aussi, sur cette
vague-là. Parti d’un bateau en 1978,
son groupe CMA CGM est un géant
du commerce mondial, toutes les
trois heures, un de ses navires fait
escale à Shanghai. De la mondialisation, grands groupes et entreprises de taille intermédiaire ont fait
leur quotidien. Leur défi
aujourd’hui, c’est le numérique.
Que deviendront nos entreprises
à l’heure où elles s’effacent devant
des plates-formes désincarnées ? Il
ne faudra sans doute pas attendre
110 ans pour le savoir. n
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27
LES POINTS
DE VUE
La voiture
Anne sera-t-elle
Hidalgo :
toujours au cœur
de nos vies ?
nage du circuit en 3D avec la réalité
augmentée, qui m’a permis de peaufiner mes trajectoires.
Décisions irrationnelles
de Carlos Tavares
L
’année de la naissance des
« Echos », en 1908, la jeune
Société Anonyme des Automobiles Peugeot lançait la production de la Type 91, suivie vingt ans
plus tard de la Type 190 S, qui marqua la fin des carrosseries à armature bois. Quelle évolution ! Vingt
ans après le lancement de la Peugeot
508 au Mondial de l’automobile,
Peugeot lance sa deuxième génération d’objets de mobilité autoroutière autonome en 2038. Quelle
révolution !
La mutation de l’espèce automobile s’est accélérée avec un quart des
ventes réalisées avec une autonomie de niveau 5 depuis 2035, car une
notion grandissante s’est substituée
au temps de trajet : le temps utile. On
ne recherche plus forcément à voyager toujours plus vite, on voyage
mieux au sens de l’utilisation de son
temps de parcours. Pour autant,
mon objet de mobilité file à 230 kilomètres-heure sur sa voie d’autoroute dédiée dans des conditions de
sécurité optimale, rendues possibles grâce au système de conduite
autonome que j’ai décidé d’activer
pour me rendre à ma compétition
de voitures de sport électriques. J’ai
eu grand plaisir à discuter avec les
passagers que mon application
Free2Move a identifiés sur la base de
critères de trajet et de centres d’intérêt. Je n’avais jamais eu l’occasion de
discuter autant avec un autre pilote
et un fan de sport automobile, entre
deux sessions de travail sur ma
tablette holographique et le vision-
Comment aurais-je pu imaginer, en
cette année 2038, que la mobilité
apporte une telle valeur ajoutée,
alors même qu’elle était menacée il y
a une vingtaine d’années par certaines décisions irrationnelles ? Heureusement, les réactions en chaîne
de nombreuses parties prenantes
ont été salutaires pour préserver le
principe fondamental de notre
liberté de mouvement : certaines
ONG qui ont lutté contre la discrimi-
En 2038, l’automobile
à fort contenu
technologique
sera toujours
en bonne place.
Je crois au respect
fondamental de la
liberté de mouvement.
nation liée à une mobilité urbaine de
plus en plus élitiste et basée sur des
critères de tri sélectif économique ;
les habitants des territoires ruraux
qui ont obtenu de haute lutte l’égalité de tous les citoyens face à la
désertification de la mobilité, mettant hors jeu certaines populations ;
ou encore les combats syndicaux
menés pour la sauvegarde de
l’emploi dans un secteur d’activité
qui représentait il y a vingt ans plus
de 6 % de la population active européenne et qui a dû se réinventer sans
tabou ; enfin la mobilisation de la
communauté scientifique, qui a
réussi à imposer une démarche
rationnelle de la transition énergétique appliquée au transport de personnes et de biens. C’est aujourd’hui
que l’on peut mesurer la contribution décisive de tous ces acteurs de la
so ciété civile qui ont p ermis
d’ancrer la mobilité dans nos droits
fondamentaux, en écrivant l’équation de la mobilité durable à trois
facteurs : environnemental, économique et social.
Contre les conservatismes
Parce que les consommateurs ont
eu raison de ne jamais accepter de
compromis sur la sécurité, le
confort et l’empreinte carbone du
déplacement, l’automobile à fort
contenu technologique figure toujours en 2038 en bonne place dans le
panorama de l’offre de mobilité
multimodale. Je n’ai jamais douté
un seul instant que la soif de mobilité, exprimée par les citoyens qui
ont grandi dans des démocraties,
fasse entendre raison aux décideurs
institutionnels au nom du respect
fondamental de leur liberté de mouvement, qu’elle soit partagée ou individuelle, dans un monde qui vient de
passer le cap des 9 milliards d’habitants qui aspirent tous à une « automobilité » hypertrophiée sur les
cinq continents.
C’est toute la grandeur de l’humanité et tout le génie de l’industrie de
l’automobile, pardon… de l’automobilité, d’avoir su dépasser ses attitudes conservatrices, prendre des
décisions parfois impopulaires et
finalement se réinventer en l’espace
de deux décennies. Les pas de progrès ont été considérables et c’est
dans l’adversité que l’imagination
sans tabou s’est exprimée pour ceux
qui ont décidé d’appliquer le darwinisme dès 2018, il y a vingt ans déjà !
Evoluer ou disparaître, il n’y avait
pas d’autre alternative et je suis heureux que l’esprit sportif que j’ai insufflé dans l’entreprise que j’ai eu le privilège de diriger perdure toujours…
Carlos Tavares est président
du directoire de Groupe PSA.
et Anne Hidalgo
E
lectrique et partagée. C’est
comme ça qu’on aimera la
voiture dans vingt ans.
L’automobile a longtemps été synonyme de liberté. De libération,
même. Au plus fort des Trente Glorieuses, détenir son véhicule personnel est signe de modernité, de
prospérité ; un accomplissement
en somme.
Rapidement, l’automobile prend
une place centrale dans le quotidien
des Français ; elle est le vecteur d’un
profond changement de l’organisation de notre société, qui s’articulera désormais autour de la circulation, de la vitesse et de la propriété
individuelle. « Les Français aiment
la bagnole », résumait Georges Pompidou en 1970. Et c’était vrai.
Mais notre société a changé.
Dans la ville d'aujourd'hui, l’automobile n’est plus cet objet autour
duquel le quotidien s’organise. Les
transports en commun se sont considérablement développés pour
devenir le mode de déplacement de
nombreux Français et de 8 Franciliens sur 10 qui ne prennent pas leur
voiture pour venir travailler à Paris.
Les centres se piétonnisent, on
retrouve l’usage du vélo. Parfois
même, on découvre la trottinette.
« Les Français subissent la bagnole »,
pourrait-on dire aujourd’hui. C'est
vrai en tout cas pour certains
d'entre eux. L'automobile est aussi
désormais synonyme de contrainte.
Contrainte de temps, avec des trajets qui s’allongent sans cesse pour
accéder et circuler dans les grandes
villes. Facteur de stress dans un trafic de plus en plus dense ou différents modes de déplacement doivent cohabiter. Charge de plus en
plus lourde sur le budget des ménages. Enfin, et c’est peut-être là
l’essentiel, la voiture à combustion,
par la pollution qu’elle recrache,
engendre un poison qui nous tue.
L’automobile
n’est plus cet objet
autour duquel le
quotidien s’organise.
La propriété cédera
le pas à l'usage.
On avait tout pensé et tout construit autour de la voiture, voilà qu’il
nous faut tout réinventer. C’est à la
fois un défi immense et une chance
unique : celle d’embrasser une transition écologique absolument
nécessaire, elle-même porteuse de
nombreuses opportunités sur le
plan économique. Les constructeurs ont bien compris ce bascule-
ment. Ils s’y sont préparés, parce
qu’ils savent que l’issue est inéluctable. Ils n’attendaient qu’une chose :
que les pouvoirs publics prennent
leurs responsabilités et adressent
un signal politique fort pour s’engager sur la voie du changement.
Nous l’avons fait, avec les maires
d’une centaine de métropoles, qui
représentent 700 millions d’habitants et 25 % du PIB mondial.
L’avenir de l’automobile est dans
le dialogue entre constructeurs,
pouvoirs publics et citoyens pour
trouver un équilibre entre liberté
individuelle et responsabilité collective. De ce dialogue commencent
déjà à émerger des idées, qui alimenteront bientôt de nouveaux
services créateurs de richesse et
d’emplois. En substituant l’usage à
la propriété. En fluidifiant la circulation dans nos rues grâce à l’autopartage et à des emplacements de
stationnement dédiés.
En investissant massivement
dans l’électrique et les énergies propres qui limitent la pollution et le
bruit. Ensemble, nous repensons
aujourd’hui la place qu’on accorde à
la voiture. Pour cela, nous pouvons
compter sur le sens des responsabilités de nos concitoyens, des constructeurs automobiles et sur leur
capacité à inventer l’avenir. C’est en
produisant ce nouveau contrat
social, grâce à l’engagement de chacun pour le bien de tous, que nous
ouvrons la voie de l’automobile
pour les vingt prochaines années.
Anne Hidalgo est maire de Paris.
Le réseau ferré
d’Ile-de-France fait plutôt
figure de bon élève
TRANSPORT
Selon une étude
sur 11 métropoles dans
le monde, le réseau
francilien se classe
deuxième en densité
de gares et en fréquentation, et troisième
en densité de lignes.
Elsa Dicharry
@dicharrry_e
En dépit des trains en retard, de la
saturation de certaines gares aux
heures de pointe ou du défaut
d’entretien sur plusieurs lignes, le
réseau ferré d’Ile-de-France n’a pas
à rougir s’il est comparé aux réseaux
d’autres grandes métropoles. La
région a même « un réseau de transports en commun de grande qualité »,
affirme Pierre Messulam, directeur
adjoint de SNCF Transilien.
Pour justifier ce satisfecit, ce dernier se base sur une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme
(IAU) portant sur 11 métropoles à
travers le monde. Il en ressort que le
réseau francilien (RER et Transilien) est deuxième en densité de
gares, après celui du Grand Londres, et troisième au regard du
nombre d’habitants, derrière Berlin
et au coude-à-coude avec Londres.
L’un des enjeux
majeurs est celui
d’une meilleure
gestion des flux
de voyageurs.
Pour la fréquentation, avec
1,39 milliard de voyageurs par an, il
se classe deuxième derrière celui de
Tokyo. Le réseau francilien, enfin,
est troisième en densité de lignes,
après Berlin et Londres, comme sur
la distance moyenne entre ses
gares.
Côté métro, l’Ile-de-France se
positionne en revanche neuvième
seulement, pour la longueur de son
réseau, et quatrième en nombre de
stations. Si l’on ajoute les stations de
tramway, elle passe numéro un sur
ce dernier critère. « Dans l’ensemble,
nous avons une très bonne couverture spatiale du territoire », résume
Sophie Laurent, coauteur de l’étude.
Manque de connexions
de banlieue à banlieue
Une analyse plus fine laisse tout de
même apparaître le problème du
manque de connexions de banlieue
à banlieue. C’est tout l’objet de la réalisation du métro du Grand Paris
Express, qui doit être achevé à
l’horizon 2030, et sera connecté au
réseau existant. « Cette étude nous
incite aussi à reprendre les cartes et à
regarder la démographie, voir où la
population augmente, là où les
emplois se créent », note Pierre Messulam, afin de mieux anticiper les
évolutions nécessaires.
L’un des enjeux majeurs est celui
d’une meilleure gestion des flux de
voyageurs. « Si vous avez trop de
monde sur un quai, les passagers du
train ne peuvent pas descendre. Si
vous avez trop de monde dans le
train, ceux qui sont sur le quai ne peuvent pas monter. En conséquence, les
trains ont du mal à tenir la cadence »,
explique le dirigeant. L’exemple
des réseaux ferrés asiatiques, où la
densité de passagers est très forte
aux heures de pointe, est à ce titre
intéressant à observer. « A Shanghai par exemple, on régule la foule
en amont des quais pour faire en
sorte que les trains soient à l’heure. »
Il s’agit aussi de penser différemment les futures gares. « Nous avons
une réflexion sur Eole [le RER E doit
être prolongé vers l’ouest d’ici à
2024, NDLR]. L’idée est de réaliser
des quais plus larges en stations –
comme cela a été fait pour le RER A.
Et de penser à une régulation des flux
de passagers entre les quais et la mezzanine », en évitant aussi que « les
flux se croisent ». Idem pour les
gares du Grand Paris pour lesquelles « il faut voir large, sinon on risque
de s’en mordre les doigts ! » prévient
le directeur adjoint de SNCF Transilien. n
BMW maître de son destin
en Chine
AUTOMOBILE
Le constructeur
allemand débourse
3,6 milliards d’euros
pour prendre
le contrôle de sa filiale
chinoise.
Une première pour un
constructeur étranger.
Frédéric Schaeffer
@fr_schaeffer
— Correspondant à Pékin
BMW met le turbo en Chine, le premier marché automobile au
monde. Le géant allemand, qui réalise un quart de ses ventes et de ses
profits sur ce marché, a annoncé
jeudi son intention d’y renforcer
nettement ses capacités de production et – fait inédit – de prendre le
contrôle majoritaire de sa coentreprise créée il y a quinze ans avec le
constructeur chinois Brilliance.
BMW va débourser 3,6 milliards
d’euros pour porter sa participation
de 50 % à 75 % dans la société commune BMW Brilliance Automotive
(BBA).
Cette prise de contrôle sera formellement effective en 2022, date
fixée par Pékin pour abolir la limite
des seuils de participation qui
empêchaient jusqu’ici les constructeurs étrangers d’être majoritaires
de leurs coentreprises. BMW est le
premier groupe automobile à profiter de cette libéralisation annoncée
il y a plusieurs mois par le gouvernement chinois.
Hausse des capacités
de production
Actée dès à présent, cette prise de
contrôle va s’accompagner d’une
augmentation des capacités de production de BMW en Chine. Le constructeur a annoncé un investissement de plus de 3 milliards d’euros
à Shenyang (nord-est de la Chine),
où se situent les deux usines du
joint-venture. Une nouvelle usine
va être créée sur le site de Tiexi, tandis que celle de Dadong va être
agrandie. Ces investissements vont
permettre à BMW de faire monter
ses capacités de production en
Chine à 650.000 vers 2020, contre
400.000 véhicules aujourd’hui.
« Notre objectif est de poursuivre la
localisation de modèles supplémentaires, dont les véhicules à énergies
nouvelles », explique BMW. Actuellement, six modèles BMW sont pro-
duits à Shenyang. A partir de 2020,
la BMW iX3 entièrement électrique
sera uniquement produite en Chine
« et exportée vers les marchés mondiaux », indique encore le constructeur allemand.
Plus grand exportateur de véhicules des Etats-Unis vers la Chine,
BMW est l’une des entreprises les
plus exposées à la guerre commerciale entre les deux pays. L’an dernier, BMW a expédié vers la Chine
plus de 100.000 véhicules depuis
son usine de Spartanburg en Caroline du Sud. Sur les 560.000 voitures BMW vendues en Chine l’an dernier, un tiers n’était pas produit
dans les deux usines chinoises de sa
coentreprise.
4
À NOTER
Les ventes de voitures en Chine
pourraient enregistrer cette
année leur première baisse
annuelle depuis 1990 alors
que la demande est en baisse
dans les zones rurales,
zones où les acheteurs
de voitures sont plus sensibles
au ralentissement économique.
La banque Nomura prévoit
une baisse de 1,6 % du marché
sur l’ensemble de l’année.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28
Le Royaume-Uni reprend
l’exploitation du gaz de schiste
LES POINTS
DE VUE
l Le gouvernement de Theresa May cherche à réduire
la dépendance du pays aux importations de gaz.
l Elles représentent désormais plus de la moitié
de la consommation outre-Manche.
d’ Isabelle Kocher
L
L’opinion reste majoritairement opposée au « fracking », redoutant à la fois la pollution provoquée
par les combustibles fossiles et les séismes que le procédé engendre. Photo Paul Ellis/AFP
ÉNERGIE
Alexandre Counis
@alexandrecounis
— Correspondant à Londres
Des manifestants en gilet jaune
fluorescent occupent les lieux
depuis plus de six cents jours. Sept
ans après avoir dû interrompre une
première expérience de fracturation hydraulique au Royaume-Uni
en raison des séismes qu’elle avait
provoqués, la société Cuadrilla
Resources devait reprendre jeudi
ou ce vendredi l’exploitation de gaz
de schiste sur le site de Little Plumpton, près de la ville de Blackpool au
nord-ouest de l’Angleterre.
Depuis que le gouvernement a
levé l’interdiction, l’entreprise est la
première à relancer outre-Manche
ce procédé controversé, qui consiste
à fracturer des roches dans les profondeurs, au moyen d’un mélange
d’eau, de sable et de produits chimiques, afin de récupérer les hydrocarbures contenus dans le schiste. Il
y a trois semaines, une trentaine de
ses camions ont déposé le matériel
d’exploration sur le site.
Si le gouvernement s’intéresse au
gaz de schiste, c’est parce qu’il souhaite réduire la dépendance du
Royaume-Uni aux importations de
gaz, qui pèsent plus de la moitié de la
consommation outre-Manche. Une
part qui devrait monter à 75 % d’ici à
2035, ont calculé les industriels du
secteur. Soit un coût de 18 millions de
livres par jour pour l’économie britannique, qui pourrait même grimper à 10 milliards de livres par an,
affirment ceux-ci. « La question est
de savoir si l’on veut rester dépendant
de la Russie ou du Qatar », expliquait
la semaine dernière Stuart Fegan, du
syndicat GMB, à l’occasion d’une
réunion sur le gaz de schiste organisée à Birmingham. « Le RoyaumeUni serait fou de ne pas essayer puis
développer cette ressource », martelait il y a quelques jours Francis
Egan, le patron de Cuadrilla, dans le
« Financial Times ». Pour lui, le gaz
de schiste a un rôle à jouer pour
aider le pays à réduire sa pollution,
le gaz naturel étant un mieux par
rapport au charbon.
Intérêt commercial
à confirmer
Mais l’opinion reste majoritairement
opposée au « fracking », redoutant à
la fois la pollution provoquée par les
combustibles fossiles et les séismes
que le procédé engendre. La
méthode reste interdite en Ecosse,
au pays de Galles et en Irlande du
Nord (comme en France et en Allemagne) et l’opposition travailliste a
promis de la remettre hors la loi en
Angleterre en cas d’alternance. Les
conservateurs eux-mêmes sont divisés : une vingtaine de députés tories
ont menacé en septembre de faire
échec à un projet d’assouplissement
de la réglementation que pousse le
gouvernement pour laisser les
exploitants lancer des études préalables et des forages d’essai, sans avoir à
obtenir une autorisation.
Reste aussi à démontrer la viabilité commerciale d’un tel procédé
outre-Manche. « Il est important de
présenter des arguments clairs avant
d’affirmer que le gaz de schiste est une
meilleure solution pour le RoyaumeUni », soulignait à Birmingham le
professeur Mike Bradshaw, de l’université de Warwick. D’autant que le
Royaume-Uni n’est pas les EtatsUnis : la plus forte densité de population y rend les forages plus difficiles.
« Nous restons largement baissiers
sur les perspectives du gaz de schiste
britannique », indiquent dans une
note les analystes de l’agence de
notation Fitch, qui ne voient pas de
point d’inflexion avec l’entrée en
activité de deux puits à Blackpool.
« Une fois la fracturation hydraulique
entamée, l’entreprise conduira des
tests sur le gaz ainsi produit pendant
environ six mois. » Ce n’est qu’à l’issue
qu’elle décidera si elle peut continuer l’exploitation commerciale…
ou si elle doit l’abandonner. n
Pourquoi l’Europe continentale
a renoncé à cette ressource
En dehors de l’Angleterre,
les perspectives d’exploitation des hydrocarbures
de schiste sur le continent
européen sont proches
de zéro.
Vincent Collen
@VincentCollen
L’Angleterre reste une exception en
Europe. En dehors du RoyaumeUni, où les opérations de fracturation hydraulique reprennent après
sept ans d’interruption, l’ensemble
du Vieux Continent a tiré un trait
sur le gaz et le pétrole de schiste et
les perspectives d’exploitation de
cette ressource sont désormais proches de zéro. Ce n’était pas le cas il y
a quelques années. En 2012,
l’Agence internationale de l’énergie
(AIE) estimait que l’Union européenne pourrait produire près de
80 milliards de mètres cubes de gaz
à l’horizon de 2035, de quoi répondre à 10 % de la demande intérieure.
« Le potentiel était jugé particulièrement important en Pologne et en
France, et dans une moindre mesure
au Royaume-Uni », explique Eric
Oudenot, partner au Boston Consulting Group. Dans l’Hexagone, les
espoirs de l’industrie pétrolière ont
rapidement été douchés, une loi
votée dès 2011 interdisant toute opération d’exploration au moyen de la
fracturation hydraulique, la technique de forage utilisée pour le
schiste. Le potentiel réel des réserves françaises n’est donc pas connu.
En Pologne, plus d’une vingtaine
d’opérations de fracturation ont été
menées entre 2013 et 2015 mais les
résultats ont été décevants. « C’est le
seul pays d’Europe où les forages
d’exploration ont été réalisés à
grande échelle. Mais aucun puits ne
s’est révélé viable commercialement », poursuit le même expert.
Densité démographique
En théorie, les réserves sont là,
même si elles sont très réduites par
rapport à celles des sous-sols américain, canadien, argentin, russe ou
chinois. L’Europe recèlerait moins
de 8 % des réserves mondiales de
gaz de schiste, 4 % de celles de
pétrole, estime l’AIE. « En réalité,
personne ne sait vraiment quelle part
de ces ressources pourrait être exploitée commercialement tant que des
forages d’envergure ne sont pas réalisés », explique Artem Abramov,
analyste chez Rystad Energy. Sur-
tout, la plupart des pays ne paraissent pas prêts à se lancer en raison
de l’opposition d’une grande partie
de leur population. « Le principal
obstacle en Europe n’est pas la géologie mais l’acceptation sociale »,
observe-t-il.
En Pologne, aucun
puits ne s’est révélé
viable.
La densité démographique du
Vieux Continent est infiniment plus
élevée que celle des plaines du
Texas ou de la Patagonie argentine.
Même dans les pays où la fracturation hydraulique est autorisée,
comme l’Angleterre, l’opposition
des habitants des régions concernées rend toute opération de forage
particulièrement compliquée.
« Les réserves existent en théorie
en Allemagne, aux Pays-Bas ou
encore en Espagne, poursuit Artem
Abramov. Mais ces pays se sont lancés résolument dans le développement des énergies renouvelables. Il
nous semble très peu probable qu’ils
favorisent l’exploitation du gaz de
schiste. » n
e compte à rebours est lancé.
Si rien ne change, nous
aurons épuisé le « budget
carbone » de la planète dans vingt
ans, et n’aurons alors plus aucune
chance de maintenir le réchauffement climatique en deçà des
2 degrés déterminés par l’Accord de
Paris, comme le rappelle le récent
rapport du GIEC. Après trois
années de stagnation, les émissions
mondiales de CO2 sont reparties à la
hausse en 2017. Sans surprise, les
signaux d’alerte se multiplient.
Cette année encore, nous avons
observé des phénomènes climatiques sans précédent : incendies
dévastateurs en Californie et en
Suède, inondations record en Inde,
fonte des glaces accélérée en Arctique, fortes vagues de chaleur au
Japon et en Europe, « stress hydrique » de plus en plus sévère…
Il ne s’agit pas là du futur hypothétique de nos arrière-arrière-petits-enfants, mais bien de notre présent. Envisager la fin du monde n’est
plus réservé aux scénarios de films
de science-fiction ; le réchauffem e n t c l i m a t i q u e n’a d m e t n i
calcul politique ni solutions superficielles. Oui, la transition écologique
est engagée, et elle est inéluctable.
Mais nous devons l’accélérer et
changer d’échelle. Si nous ne pouvons pas revenir en arrière, nous
pouvons peser sur l’avenir de plusieurs façons et contribuer à un pro-
E
t si l’Europe était la dernière
chance pour sauver le climat ? Et si le climat était la
dernière chance pour sauver
l’Europe ? Alors que le dernier rapport du GIEC vient de rappeler
l’urgence qu’il y a à agir avec force
pour éviter que le réchauffement climatique ne dépasse les 1,5 °C, aucun
de nos pays n’arrive à financer la
transition écologique : Nicolas
Hulot espérait entre 5 et 10 milliards
pour un plan hydrogène digne de ce
nom. Il a eu 200 millions. Il espérait
7 milliards par an pour isoler les
bâtiments les plus énergivores, il n’a
pas eu 10 % de cette somme. En Allemagne, c’est le BDI (le patronat de
l’industrie) qui affirme qu’il a besoin
de 50 milliards par an, et le gouvernement ne sait pas comment répondre à cette demande… Puisque, dans
tous nos pays, on bute sur la même
falaise financière, n’y a-t-il pas une
solution européenne à inventer ?
Un projet de pacte européen pour
le climat a été rendu public récemment avec le soutien de 200 dirigeants venus de 12 pays et de toutes
sensibilités. Les signataires de cet
appel demandent que l’Europe
adopte au plus vite un traité finançant un vrai plan Marshall pour le
climat, sur son territoire mais aussi
en Afrique et tout autour de la Méditerranée. Rappelant que la Banque
centrale européenne a créé plus de
2.500 milliards en moins de trois ans
et que l’essentiel de ces sommes
colossales est allé nourrir la spéculation, ils appellent à mettre la création monétaire au service du climat
et de l’emploi, en créant une banque
européenne du climat, chargée de
fournir à tous les Etats membres et
aux pays alliés des financements à
taux zéro, exclusivement consacrés
aux économies d’énergie et au développement des énergies renouvelables. S’appuyant sur les travaux de
sir Nicholas Stern, ils proposent que
Jean
Pourra-t-on
Jouzel : Un
plan d’urgence
inverser
la courbe
pour
le climat
du
réchauffement ?
grès plus harmonieux. Accélérer
d’abord le changement de mentalité. C’est par une prise de conscience universelle de l’impact du
changement climatique sur nos
vies que tout a commencé. Au fond,
le changement est à portée de main.
Nous avons, individuellement et
collectivement, la capacité d’exercer une pression sur les entreprises,
les institutions financières, les
Etats, par nos choix de consommation, nos choix professionnels, nos
choix d’investissement, nos choix
électoraux. Il s’agit d’un levier fondamental.
Accélérer également sur le versant technologique. Les technologies d’électricité renouvelable,
L’énergie propre
et peu chère pourra
devenir demain
un bien commun
à la portée de tous.
devenues ultra-compétitives, connaissent un développement fulgurant. D’ici à 2030, certains scénarios
estiment que 2.500 GW de photovoltaïque pourraient être installés
– qui s’additionneraient aux
300 GW en place fin 2016. L’hydrogène pourrait représenter près d’un
cinquième de l’énergie totale consommée à l’horizon 2050 , réduisant d’autant les émissions de CO2.
Les gaz verts sont aussi très prometteurs : l’Ademe estime par exemple
possible d’envisager un scénario
« 100 % gaz verts » en France d’ici à
2050. Ces nouvelles technologies de
production, de plus en plus digitalisées et décentralisées, contribuent à
la construction d’un système éner-
chaque pays dispose, chaque année,
d’une enveloppe correspondant à
2 % de son PIB : la France disposerait
chaque année de 45 milliards à
taux zéro. L’Allemagne de 65 milliards. L’Italie, 40 milliards. L’Espagne 25 milliards et la Belgique
9,5 milliards… En plus de ces financements à taux zéro, ils appellent à la
création, au niveau européen, d’un
vrai budget climat : un budget de
100 milliards, chaque année, pour
investir sur des projets fondamentaux qui ne sont pas immédiatement rentables (et pour lesquels
l’investissement privé est donc totalement insuffisant). De même qu’on
a su investir dans l’éducation, la
santé ou la défense, ce budget permettrait d’investir, chaque année,
40 milliards pour l’Afrique et la
Méditerranée, 10 milliards pour la
recherche et 50 milliards sur le territoire européen.
L’Europe doit
d’urgence créer une
banque pour le climat.
Elle permettrait
d’investir et… de créer
massivement des
emplois.
Comment trouver 100 milliards
sans augmenter les impôts des
citoyens ? La meilleure façon est de
stopper les subventions aux énergies
fossiles, de lutter contre l’évasion fiscale et contre la concurrence fiscale
intra-européenne : en quelques
décennies, le taux moyen de l’impôt
sur les bénéfices est tombé en
Europe de 40 à 19 % . Même après la
réforme que Donald Trump vient de
faire voter, l’impôt sur les bénéfices
reste à 24 % aux Etats-Unis. Rien
n’empêche de créer en Europe un
gétique global plus efficace, constamment optimisé, reflétant les
prescriptions des utilisateurs et
accompagnant la baisse des consommations – c’est très exactement
le positionnement d’Engie. Loin de
se limiter à des évolutions technologiques, la révolution énergétique va
modifier les équilibres géopolitiques. Alors qu’aujourd’hui, six pays
sont actuellement responsables de
72 % de la production mondiale de
pétrole, l’énergie, propre et peu
chère, pourra devenir demain un
bien commun à la portée de tous.
Pour cela, il nous faut accélérer
enfin la réalisation concrète des
projets renouvelables. La mise en
place d’un système énergétique
décarboné et décentralisé s’effectue
via des projets de taille relativement
modeste, projets qui trop souvent
peinent à trouver un financement,
alors que paradoxalement l’épargne disponible n’a jamais été si
abondante. Il y a urgence à travailler
à la mise en place d’un cadre régulatoire approprié, permettant de standardiser autant que possible ces
projets, de les agréger, de les rendre
moins risqués, pour faire baisser au
maximum le coût du capital et
déclencher les investissements.
L’enjeu est crucial, notamment
pour garantir un accès à l’énergie au
1,4 milliard d’êtres humains qui en
sont encore privés. C’est tout le sens
de l’initiative prise récemment par
six pays d’Afrique de l’Ouest, dont le
dernier One Planet Summit s’est fait
l’écho. Nous sommes lancés dans la
course de vitesse la plus importante
de notre histoire, et nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de la perdre !
Isabelle Kocher est directrice générale
d’Engie.
et Jean Jouzel
impôt fédéral sur les bénéfices :
même avec un taux limité à 5 % en
moyenne, cette contribution rapporterait plus de 100 milliards chaque
année. Avec de tels financements, la
lutte contre le dérèglement climatique pourrait radicalement changer
de braquet : rien qu’en France,
l’Agence pour l’environnement et la
maîtrise de l’énergie estime qu’on
pourrait créer jusqu’à 900.000
emplois. De 5 à 6 millions d’emplois
en Europe et sans doute bien plus
dans les pays du Maghreb et dans
l’ensemble de l’Afrique… En 1989,
après la chute du mur de Berlin, il a
suffi de six mois à Kohl et Mitterrand
pour créer une banque finançant la
transition des pays ex-soviétiques.
En 1950, il a suffi de deux semaines à
Schuman et Adenauer pour décider
de l’Union Charbon-Acier. Deux
semaines, après des décennies de
guerre et de haines accumulées !
L’Europe est née avec l’Union Charbon et Acier. Elle peut renaître avec
un Traité Climat et Emploi.
a
L’intégralité du texte sur
lesechos.fr
Jean Jouzel est climatologue, membre
de l’Académie des sciences. Le texte a
été écrit avec Pierre Larrouturou, économiste et ingénieur agronome. Ils ont
publié « Pour éviter le chaos climatique et financier » (Odile Jacob).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
29
Uniqlo s’arme pour rivaliser avec Amazon
Pour doper ses ventes
en ligne, le groupe
japonais va dépenser
770 millions d’euros
dans des centres
de distribution.
Ceux-ci seront
presque entièrement
automatisés.
Yann Rousseau
— Correspondant à Tokyo
Fin 2015, les ambitions dans
l’e-commerce de Fast Retailing, le
propriétaire d’Uniqlo, semblaient
fortement compromises. Très en
retard, comme ses concurrents
Inditex (Zara) ou Hennes & Mauritz
(H&M), sur les géants du Web tels
qu’Amazon et les sites spécialisés, le
groupe japonais venait d’engager sa
révolution digitale. « Je veux que nos
ventes en ligne passent d’environ 5 %
aujourd’hui à plus de 30 % à terme »,
martelait, en octobre 2015, Tadashi
Yanai, le fondateur et PDG de Fast
Retailing. Et utilisant le Japon
comme un laboratoire de sa stratégie globale, le groupe inaugurait un
nouveau grand centre logistique à
Ariake, en banlieue de Tokyo.
Mais très vite, l’expérience s’est
compliquée. « En 2015, la situation
était critique. C’était le chaos complet », confie aujourd’hui Tayuka
Jimbo, l’un des vice-présidents du
groupe japonais. Des stocks envoyés
depuis les usines à l’étranger s’accumulaient. Les paquets de livraison
étaient éparpillés un peu partout et
des commandes s’égaraient. « Nous
avions cru pouvoir tout gérer au sein
de notre division logistique, mais
c’était impossible, analyse Tayuka
Jimbo. C’est l’ensemble de la chaîne
qu’il fallait repenser. »
A près dix-huit mois d’une
intense réorganisation menée, à
Ariake, en collaboration avec la
société Daifuku, spécialisée dans la
logistique, Uniqlo a dévoilé, cette
semaine, un tout nouveau système
de distribution presque entièrement automatisé dédié à ses ventes
en ligne. « C’est ce modèle que nous
allons maintenant déployer partout
dans le monde », a annoncé Tadashi
Yanai, qui anticipe, pour cet effort,
une dépense globale de près de
100 milliards de yens (770 millions
d’euros).
Les humains ont quasiment disparu des trois étages de l’immense
entrepôt désormais quadrillé par
des longs convoyeurs, équipés de
robots industriels, similaires à ceux
utilisés sur les lignes d’assemblage
automobile. « Nous avons réduit les
effectifs de 90 % », admet Tayuka
Jimbo. Un mouvement qui ne fait
pas débat au Japon où il n’y a plus de
chômage et où les groupes sont
handicapés par de graves pénuries
de main-d’œuvre.
Le cabinet EY
Société d’Avocats
franchit une nouvelle étape dans
sa transformation
numérique.
Delphine Iweins
diweins@lesechos.fr
Présente dans 82 pays avec près
de 2.200 avocats, la branche
avocats du Big Four EY concrétise son rapprochement à
l’échelle mondiale, annoncé
début septembre, avec Riverview Law, l’un des acteurs leader du marché des « legal managed services » outre-Manche.
« EY Law a pris un nouveau
virage stratégique avec un réseau
juridique international.
Riverview s’inscrit dans cette
démarche avec une offre étendue », développe Eric Fourel,
managing partner d’EY Société
d’Avocats.
Conscient de la transformation
du marché du droit, depuis un
an et demi le cabinet a intégré en
interne des outils technologiques pour faciliter le quotidien
de ses équipes. « Nous restons
sur notre offre de métier qui est de
produire du sur-mesure. Il est
bien que nous puissions nous
adosser à des partenaires et des
outils pour de la standardisation », précise Virginie LefebvreDutilleul, associée en charge des
activités juridiques d’EY Société
d’Avocats. Avec ce rapprochement, le cabinet accélère sa
transformation en complétant
ses expertises par un savoir-
« Depuis nos
premiers essais il y
a six mois, aucun
paquet n’a été
mal dirigé. »
TAYUKA JIMBO
Vice-président de Fast Retailing
grâce aux lecteurs des étiquettes RFID
placés sur le parcours », explique
Hiroshi Geshiro, le PDG de Daifuku.
La productivité a ainsi été multipliée par 80, résume Tadashi Yanai,
qui voit cette digitalisation se
déployer progressivement sur
l’ensemble de la chaîne de production de Fast Retailing. « Avec les
robots, l’intelligence artificielle,
l’amélioration des logiciels, tous les
travaux de routine vont pouvoir être
automatisés », avance le patron, qui
espère que cette révolution l’aidera
à s’imposer en numéro un mondial
de la mode. n
Là où il fallait entre 8 et 16 heures entre le passage d’une commande
sur smartphone et la remise du paquet à la société de livraison
sur les docks de départ, il faut maintenant entre 15 et 60 minutes.
Forte hausse
de la productivité
Désormais, des plateaux automatisés viennent puiser dans les stocks
empilés sur trois étages, dans plus
d’une centaine d’étroites allées, le
bac plastique contenant le modèle
du vêtement commandé en ligne.
Chaque produit étant équipé dès sa
production dans des usines d’Asie
(Chine, Vietnam…) d’une puce
EY s’associe
à la legal tech
Riverview Law
CABINET
RFID, il est suivi électroniquement
tout au long de son parcours dans
l’entrepôt jusqu’à son arrivée au
deuxième étage.
Là, une quinzaine de personnes
transfèrent les vêtements de leurs
bacs, qui arrivent directement
devant leurs postes de travail fixes,
aux cartons de livraison qui ont, eux
aussi, été assemblés directement au
passage de la commande en ligne et
amené par convoyeur devant
l’employé. « Finis les emballages trop
grands ! Nous avons réalisé d’énormes économies en arrêtant de livrer
de l’air », explique le cadre d’Uniqlo.
Le groupe estime que le temps
qui s’écoule entre le passage d’une
commande sur smartphone et la
remise du paquet finalisé à la société
de livraison sur les docks de départ
de l’entrepôt est maintenant compris entre 15 et 60 minutes. Auparavant, il fallait entre 8 et 16 heures.
« Depuis nos premiers essais il y a six
mois, aucun paquet n’a été mal
dirigé », assure Tayuka Jimbo.
« L’ensemble des procédures d’inspection sont faites automatiquement
Yann Rousseau/« Les Echos »
HABILLEMENT
faire dans le déploiement des
technologies innovantes.
Riverview Law n’est pas une
legal tech comme les autres. Ce
cabinet d’avocats, basé à Londres, est composé de 90 professionnels du droit, spécialistes
des offres de « legal managed
services ». Elles regroupent les
activités de prise en charge des
tâches non stratégiques des
directions juridiques. « L’un des
aspects de ce partenariat est de
travailler avec une plate-forme et
avec une équipe dédiée à la standardisation », explique Virginie
Lefebvre-Dutilleul.
Conscient de
la transformation
du marché du droit,
le cabinet a intégré
en interne des outils
pour faciliter
le quotidien
de ses équipes.
L’outil peut notamment servir
quand, à la suite d’une nouvelle
législation comme le RGPD,
l’entreprise se retrouve à devoir
mettre en conformité un grand
nombre de contrats en même
temps. « Nous garantissons
l’exactitude des productions
mises à jour des réglementations
nationales grâce à notre réseau
géographique avec la plate-forme
comme unique point d’entrée »,
précise Eric Fourel. Avec ce partenariat, EY Société d’Avocats
espère faire gagner du temps
aux entreprises, même celles qui
ont des politiques contractuelles
déjà bien standardisées. n
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30
La filière redoute
une trajectoire de
croissance lente
dans l’éolien en mer
posé et flottant.
Véronique Le Billon
@VLeBillon
Les arbitrages pour fixer la
feuille de route énergétique des
dix années à venir suscitent
décidément beaucoup d’inquiétudes. Après les industriels du
gaz, ce sont ceux de l’éolien qui
redoutent de voir leur croissance limitée à l’occasion de la
publication du projet de programmation pluriannuelle de
l’énergie, fin octobre. « La filière
demande au gouvernement de
confirmer dans la PPE sa volonté
de développer l’énergie éolienne »,
dit la fédération du secteur,
France Energie Eolienne.
Ses craintes sont modérées
pour l’éolien terrestre, qui
devrait atteindre la fourchette
haute des ambitions déjà
fixées pour 2023 (de 21,8 à
26 gigawatts). Elles sont plus
importantes pour l’éolien en
mer, qui tarde à faire sortir de
nouveaux appels d’offres – le
cahier des charges pour le projet
de Dunkerque n’a pas encore été
publié –, et surtout pour l’éolien
flottant naissant.
Bousculée par
le solaire, la filière
redoute aussi
les considérations
budgétaires.
L’éolien se défend d’être en
concurrence avec les autres
énergies renouvelables, mais il
apparaît, dans les faits, bousculé
par le solaire. Ces derniers mois,
EDF et Total ont fait part de
grands projets photovoltaïques,
avec respectivement 30 GW à
l’horizon 2035 et 10 GW dans les
dix ans à venir. Rien de tel dans
l’éolien, qui fait face à trop
d’oppositions locales, estime
EDF. De fait, il faut environ sept
ans pour développer un projet
éolien, ce qui peut décourager
des investisseurs.
La FEE, qui s’attache à montrer, sondage à l’appui, la bonne
acceptabilité de l’éolien en
France, attend désormais la
concrétisation des mesures
annoncées en janvier par le
secrétaire d’Etat, Sébastien
Lecornu. Il s’agissait notamment de supprimer un niveau
de juridiction pour le traitement
des contentieux.
Si l’industrie éolienne
s’inquiète, c’est aussi pour des
raisons budgétaires. Le gouvernement a montré ces derniers
mois qu’il était dorénavant très
sensible au coût de développement des énergies vertes : il a
gelé les projets dans l’hydrolien,
au grand dam de Naval Group. Il
a aussi imposé une renégociation des deux premiers appels
d’offres d’éoliennes en mer, afin
de réduire les subventions
publiques prévues pour durer
vingt ans. A cet égard, l’éolien
flottant nécessiterait des tarifs
garantis entre 100 et 150 euros
par mégawattheure, indique la
FEE. « Il y a différentes écoles de
pensée au gouvernement mais
certains veulent ne rien faire »,
redoute Olivier Perot, président
de FEE. n
l Les institutions européennes finalisent l’examen de la directive sur les pratiques commerciales déloyales.
l Les délais de paiement ne devront pas excéder trente jours pour les denrées périssables.
PAC présentée fin 2017, les agriculteurs à s’organiser en coopérative
pour peser davantage dans les négociations.
L’initiative est saluée par le Parlement. Le 1er octobre, sa commission
agriculture a adopté, à une écrasante majorité, le texte en le musclant. Elle l’a élargi aux produits agricoles, ce qui inclut l’horticulture. Elle
a interdit les paiements au-delà de
60 jours pour les produits non périssables, ainsi que l’annulation unilatérale d’une commande de produits
périssables moins de soixante jours
avant la livraison. « Dans ce combat
de David contre Goliath, nous armons
le plus faible dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire pour garantir l’équité, des aliments plus sains et
les droits sociaux », justifie le rapporteur du texte, le socialiste italien
Paolo De Castro.
AGROALIMENTAIRE
Derek Perrotte
@DerekPerrotte
— Bureau de Bruxelles
Après des années à tergiverser,
Bruxelles est désormais bien décidée à s’inviter avec fracas à la table
des négociations entre les producteurs alimentaires et la grande distribution. Le Parlement européen et
le Conseil sont en ordre de bataille
pour adopter d’ici au printemps un
projet attendu des agriculteurs :
mettre fin aux « pratiques commerciales déloyales » dans la chaîne
d’approvisionnement pour rééquilibrer le rapport de force entre acheteurs puissants et PME productrices
de denrées alimentaires.
Constatant que les tentatives
d’autorégulation des dernières
années n’ont pas porté assez de
fruits, la Commission européenne a
proposé en avril une directive interdisant quatre types de pratiques, à
commencer par les paiements aux
producteurs de denrées périssables
plus de trente jours après la livraison. Exit également les annulations
de dernière minute, source en outre
de gaspillage alimentaire. Les modifications unilatérales de contrats,
par exemple sur la fréquence ou le
volume de livraison, seraient bannies et, enfin, les acheteurs ne pourraient plus renvoyer leurs invendus
périssables. Le texte prévoit en soutien un renforcement des pouvoirs
de gendarme des autorités nationales, en s’inspirant du Groceries Code
Adjudicator britannique, qui traite
les plaintes des producteurs en préservant leur anonymat.
Le commissaire à l’Agriculture,
Phil Hogan, entend ainsi donner aux
agriculteurs et aux PME « plus de
certitudes et moins de besoins de gérer
les risques sur lesquels ils n’ont que
peu ou pas de contrôle ». Il encourage
aussi, dans le cadre de la refonte de la
Les eurodéputés à l’offensive
Les distributeurs s’y préparaient jusqu’à présent bon gré mal gré. Le projet original a, de fait, été calibré pour
être absorbable : il pose un cadre
légal européen minimum auxquels
ils sont déjà en partie rompus dans la
quinzaine d’Etats de l’UE disposant
de lois contre les pratiques commerciales déloyales (PCD). Mais une
petite bombe glissée par le Parlement les fait désormais bondir : les
eurodéputés ont aussi élargi le
champ de la directive à tous les fournisseurs agroalimentaires, au-delà
des seules PME, ce qui inclurait des
géants comme Unilever, Nestlé ou
Danone. « Accentuer le rapport de
force en faveur de multinationales qui
font déjà d’importants profits ne fera
qu’augmenter les prix au détriment
des consommateurs, sans aucune
garantie que les fermiers en tirent des
recettes nouvelles », insiste EuroCommerce, le lobby européen de la
distribution. Les eurodéputés réfutent cette lecture. « Si Carrefour
annule, par exemple, une commande
au dernier moment à Lactalis, ce der-
Le projet, très attendu des agriculteurs, doit permettre de rééquilibrer le rapport de force
entre des acheteurs puissants et les PME productrices de denrées alimentaires. Photo Franck Crusiaux/RÉA
nier en fera en partie porter le coût
aux producteurs de lait. Les PCD, c’est
de l’inefficacité qui a un coût, et ce coût
retombe toujours sur le maillon le
plus faible, le fermier. Il faut agir sur
toute la chaîne », insiste l’entourage
du rapporteur. L’amendement
d’élargissement vise, en outre, à couvrir les grosses coopératives agricoles, vues comme l’avenir.
Le débat a aussi gagné le Conseil,
où les Etats membres viennent
d’arrêter leur position. Ils soutiennent largement le projet initial, mais
son extension aux grandes entreprises se heurte à une minorité de blocage. Pour la France, la démarche
s’inscrit dans la droite ligne des Etats
généraux de l’alimentation. Les arbitrages finaux se joueront lors des trilogues entre institutions qui suivront l’adoption du projet en
plénière au Parlement, prévue fin
octobre. n
« Il faut créer plus de
solidarité entre les maillons »
INTERVIEW
LUC VERNET
Secrétaire général
du think tank
Farm Europe
Farm Europe
ÉNERGIE
Le plan de l’Europe pour défendre
les agriculteurs face à la distribution
« Cela tourne à la chasse aux sorcières »
Propos recueillis par D.P.
Propos recueillis par D. P.
1
1
La grande distribution
est-elle prête à mettre
fin aux pratiques déloyales
dénoncées par Bruxelles ?
Nous n’avons pas attendu la Commission européenne. Le secteur a
depuis longtemps déjà pris des
engagements pour codifier et encadrer ce qu’on appelle les pratiques
commerciales déloyales. Avec,
notamment, un code de conduite en
place depuis cinq ans en complément des dispositifs nationaux dans
vingt pays. Il reste parfois des pratiques abusives et condamnables,
mais nous estimons que les progrès
sont là et qu’il n’est pas nécessaire de
passer par la loi. Les différends de
marché peuvent être réglés avec
plus de souplesse et d’efficacité par
les contrats et la médiation. Nous
comprenons, par exemple, la
volonté d’empêcher les modifications unilatérales de contrat. Mais
attention à ne pas trop rigidifier : il
faut que la distribution puisse aussi
continuer à adapter ses commandes, selon les aléas climatiques
notamment. Globalement, nous
pouvons vivre avec la proposition
initiale de la Commission, somme
toute équilibrée. En revanche, les
modifications apportées au Parlement sont outrancières, discriminatoires, peut-être même illégales, et
en tout cas très négatives pour la distribution et la consommation.
INTERVIEW
CHRISTIAN
VERSCHUEREN
Directeur général
d’EuroCommerce
FKPH
L’éolien
s’inquiète
de la feuille
de route
de la France
2
En quoi ?
Le texte a été durci à l’excès. Il y
est désormais question d’interdire
les alliances de distributeurs à
l’achat. Mais c’est le business model
de Leclerc, Intermarché ou Système U ! L’autre point qui pose de
grands problèmes est l’extension du
champ d’application de la directive.
L’idée de départ est de protéger les
producteurs agricoles et les petites
entreprises face à leurs acheteurs de
la distribution et de l’industrie
agroalimentaire. Mais en étendant
les protections à tous les producteurs, le Parlement fait le jeu de
géants comme Coca-Cola, Nestlé,
Unilever, Danone. Ils n’en ont pas
besoin : ils sont déjà bien plus puissants que les distributeurs, ont une
profitabilité très supérieure et n’ont
pas particulièrement de problème
de trésorerie. Si on renforce leur
pouvoir de négociation, cela renforcera encore leurs marges, pas les
agriculteurs qui les fournissent.
Sous couvert de rééquilibrer la
chaîne, on tombe en fait dans la
chasse aux sorcières contre les commerçants. Autre problème : le texte
encadre la dépendance économique des producteurs à des enseignes. Mais elle est parfois nécessaire : c’est en nouant des liens avec
une enseigne qui mise sur elle
qu’une PME industrielle peut investir, innover, grandir et même exporter. Le Parlement est parti bille en
tête avec un agenda très politique. Il
veut ramener un trophée avant les
élections en se « payant » la distribution, mais il ne mesure par la portée
concrète de son texte.
3
Le coût sera-t-il répercuté
sur les consommateurs ?
C’est le risque si on fait tout porter
sur la distribution. Ce n’est pas pertinent au moment où la croissance
est molle et où la consommation des
ménages reste son principal
moteur. Le succès des discounters
rappelle que le prix reste un facteur
clef pour les consommateurs. n
Le projet de directive
va-t-il vraiment renforcer
la place des agriculteurs ?
C’est une bonne nouvelle. Cela fait
dix ans que la Commission multiplie les rapports et les communications qui convergent vers un même
constat : le rapport de force est trop
déséquilibré au sein de la chaîne alimentaire, ce qui laisse une place
importante à des comportements
inacceptables de la part des
maillons les plus forts.
Pourtant, jusqu’à présent, cela n’a
débouché que sur de l’autorégulation. Les chartes se sont multipliées
mais n’ont rien résolu. Une approche réglementaire qui fixe et harmonise des lignes rouges, en matière de
délais de paiement ou de changement rétroactif des contrats, est un
vrai pas en avant. Les tensions au
sein même de la Commission lors de
la rédaction du projet montrent à
quel point le sujet est sensible et les
pressions nombreuses. La proposition initiale reste toutefois d’une
ambition trop limitée.
2
Comment aller plus loin ?
On trouve dans la chaîne alimentaire une forte créativité en
matière de contournement juridique. C’est le risque avec un texte qui
se limite à une liste restreinte de pratiques déloyales. Il est donc important de fixer une définition commune, générale et objective, de ce
qu’est une pratique déloyale, sans se
limiter à des exemples ponctuels,
pour être en mesure de sanctionner
au-delà. L’exercice est complexe car
les Européens ont parfois des philosophies différentes en matière de
droit commercial. Mais le marché
pertinent pour les agriculteurs, les
transformateurs et les distributeurs
est bien le marché unique. Il faut des
garde-fous solides et clairs à l’échelle
de l’Europe. Par ailleurs, la Commission limite son texte aux seuls agriculteurs et PME. C’est bien la priorité, mais en excluant les grandes
entreprises et les coopératives du
secteur, elle laisse le champ ouvert à
des effets en cascade : quand l’acheteur final mettra ces entreprises
sous pression, elles transféreront
celles-ci d’une façon ou d’une autre
sur les fournisseurs, les agriculteurs. Pour protéger ces derniers,
une approche intégrée de l’ensemble de la chaîne est nécessaire : ce
qui est déloyal pour les uns doit l’être
pour les autres. Le Parlement européen l’a compris. Son texte amendé
est plus complet et structurant.
3
Mais n’est-ce pas
le consommateur
qui risque de payer, au final,
via une hausse des prix ?
L’enjeu n’est pas d’augmenter les
prix mais de freiner l’effondrement
de la valeur de notre alimentation,
qui laisse aujourd’hui la plupart des
filières, notamment françaises,
dans un état catastrophique. Pour
certaines, comme la viande, il s’agit
désormais d’une question de survie.
Une partie de la filière agroalimentaire en a conscience – cela s’est clairement vu en France lors des Etats
généraux de l’alimentation. Cela
rend le texte européen important,
aussi, sur le plan symbolique : nous
devons sortir d’une période de
guerre de tranchées entre les
acteurs, avec un régulateur européen qui prenne ses responsabilités.
La chaîne doit réapprendre à
créer de la valeur collectivement. Si
nous voulons réussir la transition
environnementale, attendue des
citoyens, et répondre à leurs attentes en matière de productions
ancrées dans les territoires, il faut
créer plus de solidarité entre les
maillons et mieux répartir de la
valeur, le tout accompagné d’une
politique agricole européenne, véritablement commune, pour relancer
l’investissement. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
31
Dassault défend
sa réputation
et son contrat en Inde
l En visite en France, la ministre indienne de la Défense
confirme le contrat de 36 Rafale attaqué par l’opposition.
l Les Etats-Unis font pression pour obtenir la prochaine
mégacommande de 110 avions de chasse.
Eteindre la polémique. C’est l’objectif de la visite à Paris de la ministre
de la Défense indienne, Nirmala
Sutharaman. Elle a confirmé jeudi
le contrat intergouvernemental
signé entre l’Inde et la France en
2016, pour l’achat de 36 avions
Rafale, qui fait l’objet de vives attaques, essentiellement menées par
le chef du principal parti d’opposition, Rahul Gandhi. Proche du Premier ministre, Narendra Modi, Nirmala Sutharaman, qui se rend
vendredi chez Dassault, a souligné
que l’accord pour acquérir 36 chasseurs était un contrat entre deux
gouvernements et ne mentionnait
donc, à ce titre, aucun groupe privé.
L’opposition accuse Narendra
Modi de collusion d’intérêt avec le
patron du groupe Reliance, Anil
tion avec une centaine d’entreprises
indiennes, dont une trentaine, avec
lesquelles des partenariats ont déjà
été conclus ». « Les “offsets” sont obligatoires, pas les entreprises partenaires choisies », a répété la ministre.
Car le gouvernement est plus que
jamais résolu à bâtir une industrie
indienne de la défense.
Les prochaines
commandes du siècle
Fin juillet, le ministère de la Défense
a ainsi clarifié son appel d’offres
portant sur 111 hélicoptères militaires destinés à sa marine, en exigeant que 95 d’entre eux soient produits en Inde. Même contrainte
pour les futurs achats de 54 avions
de chasse pour la marine indienne
et surtout pour les 110 nouveaux
chasseurs de l’armée de l’air. Pour
être en mesure de le remporter, les
candidats doivent promettre que
85 % des avions seront fabriqués sur
le sol indien.
Le F-16 de Lockheed Martin, le
F-18 de Boeing, le Gripen de Saab, le
Typhoon du consortium Eurofigh-
La signature du contrat d’achat de 36 Rafale entre l’Inde et la France en 2016. Photo Prakash Singh/AFP
ter, le Rafale de Dassault et le
MiG-35 russe sont en compétition,
mais l’appel d’offres formel ne sera
pas lancé avant l’été 2019. Pour Dassault, il est donc nécessaire de
défendre sa réputation. « Dans le
contexte actuel, le matériel Dassault,
étiqueté politiquement chaud, court
vraisemblablement le risque d’être
mis de côté », estime Bharat Karnad,
professeur au Center for Policy
Research, de New Delhi.
D’autant que « les Américains
sont en embuscade », décrypte un
homme d’affaires indien. Face aux
incursions de la Chine dans la
région indo-pacifique, ces derniers ont en tête d’équiper davantage New Delhi, en vue de faire de
l’Inde une pièce maîtresse dans la
défense de leur suprématie dans
la région, analyse le think tank
américain Atlantic Council. Début
« Dans le contexte
actuel, le matériel
Dassault, étiqueté
politiquement
chaud, court
vraisemblablement
le risque d’être mis
de côté. »
BHARAT KARNAD
Professeur au Center for Policy
Research, de New Delhi
septembre, Washington et New
Delhi ont d’ailleurs signé un partenariat militaire, qui ouvre la voie à
des ventes de matériel américain,
dit sensible. Pour remporter la
mise, Lockheed Martin, associé
avec le groupe Tata, a carrément
proposé de relocaliser toute sa
chaîne de production de F-16
Block 70 en Inde.
Reste que si les deux puissances
partagent une méfiance commune à l’égard de Pékin, leur relation est loin d’être un long fleuve
tranquille. Les Etats-Unis reprochent à l’Inde de maintenir des
liens commerciaux avec l’Iran –
auprès de laquelle elle achète 20 %
de son pétrole – et surtout avec la
Russie qui reste son principal
fournisseur en équipement militaire. L’Inde vient de signer un
contrat de 5,2 milliards de dollars
pour acheter les systèmes de
défense antiaérienne S-400, en
violation des sanctions que le Congrès américain a imposé l’an dernier à Moscou. n
Crédit photo : © AGE/Photononstop
Anne Bauer
@annebauerbrux
et Marjorie Cessac
— Correspondante à New Delhi
Ambani, choisi comme partenaire
par Dassault Aviation pour monter
une usine en Inde. Violemment mis
en cause par cette affaire qui passionne les médias indiens, Dassault
a réaffirmé jeudi avoir choisi de
plein gré le groupe Reliance, tandis
qu’à Paris, Nirmala Sutharaman a
patiemment réexpliqué le processus des « offsets » : l’équipe Rafale
(Dassault, Thales, Safran, etc.) a une
obligation de contrepartie de 50 %
de la valeur du contrat, ce dont elle
peut s’acquitter de diverses manières : achat de biens en Inde, formation d’ingénieurs indiens, production en Inde.
Ce système, très complexe,
d’ailleurs mis en cause par le patron
de Boeing India, est mesuré dans la
durée par le ministère de la Défense.
La formation d’ingénieurs indiens
vaut par exemple plus de points que
l’achat de boulons à une entreprise
indienne. Dassault va réaliser avec
Reliance 10 % de ses obligations
d’« offsets », a déclaré jeudi à l’AFP,
Eric Trappier, le PDG de l’avionneur, en soulignant « être en négocia-
P R O P R E T É
&
S E R V I C E S
A S S O C I É S
Création
DÉFENSE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
32
Sanofi prend un nouveau
départ en Algérie
LES POINTS
DE VUE
PHARMACIE
Le laboratoire français
inaugure au sud
d’Alger son plus gros
site pharmaceutique
en Afrique.
de
Un investissement
de 85 millions d’euros.
Christiane Lambert
Q
Catherine Ducruet
@CDucruet
L’investissement avait été décidé en
2013 sous l’ère Viehbacher, mais
c’est jeudi que Sanofi a inauguré son
nouveau site industriel de Sidi
Abdellah, au sud d’Alger. Installé
sur un terrain de plus de 6 hectares,
dont 3,5 sont consacrés à la production, « c’est le plus gros site pharmaceutique d’Afrique pour Sanofi »,
explique Philippe Luscan, qui dirige
les affaires industrielles du groupe.
Jusqu’à présent, le laboratoire français, numéro un sur le marché algérien, disposait de deux usines, à Aïn
Benian et Oued Smar, mais leur
capacité arrivait à saturation.
Trente ans de présence
« D’où la décision d’investir 85 millions d’euros dans un nouveau site
aux standards mondiaux. Il permettra de doubler la capacité de production de Sanofi dans le pays, à 100 millions de boîtes par an », poursuit
Philippe Luscan. Et de produire,
tant des formes sèches que liquides.
Le centre de distribution aura, lui,
une capacité de 15.000 palettes par
an. Il approvisionnera exclusivement le marché local, où Sanofi,
Le site de Sidi Abdellah, inauguré jeudi au sud d’Alger,
s’étend sur plus de 6 hectares. Photo DR
présent depuis trente ans, occupe
déjà la première place, avec plus de
130 médicaments dans toute une
palette d’aires thérapeutiques (diabète, hypertension, cardiologie,
oncologie, etc.).
Sanofi est installé de longue date
dans les pays émergents, mais c’est
Christopher Viehbacher, l’ex-directeur général de Sanofi, qui avait
relancé l’engagement du groupe
dans ces pays, pour tenter de mieux
valoriser son portefeuille de médicaments matures, en attendant que
le renouvellement du pipeline
porte ses fruits.
Le laboratoire français domine le
marché du Maghreb, non seulement en Algérie mais aussi en Tunisie et au Maroc. Le royaume marocain, dans lequel Sanofi produit
depuis plus de cinquante ans, a été
la destination du dernier gros inves-
tissement du groupe en Afrique,
avant l’Algérie. Les deux filiales,
Sanofi Aventis Maroc et Maphar,
produisent, chaque année, quelque
70 millions de boîtes d’une large
palette de médicaments à destination du marché local, mais aussi
pour l’export.
Le dernier investissement de
Sanofi (20 millions d’euros) en 2013
porte sur la création d’un nouveau
centre de distribution, homologué
par l’OMS pour la production, et
notamment pour l’exportation de
l’antipaludéen Asaq dans toute
l’Afrique subsaharienne.
Aujourd’hui rassemblés avec la
Chine dans une entité spécifique au
sein de Sanofi, les pays émergents
ont contribué à hauteur de près de
30 % du chiffre d’affaires global, soit
10,26 milliards d’euros sur un total
de 35 milliards. n
Singapore Airlines inaugure
le vol commercial le plus long
AÉRIEN
U
La compagnie aérienne
assure à partir de jeudi
la liaison SingapourNew York en 18 heures
et 45 minutes.
Sophie Amsili
@samsili
Prêts à rester assis 18 heures et
45 minutes dans l’avion ? Singapore
Airlines a inauguré jeudi le plus long
vol commercial, reliant Singapour et
New York, réalisé par son nouvel
Airbus A350-900 ULR (pour « Ultra
Long Range »). La compagnie singapourienne reprend une liaison
qu’elle avait assurée pendant neuf
ans avant de l’abandonner en 2013,
sur fond de flambée des prix du
pétrole. En rouvrant cette ligne, elle
reprend le record du plus long vol
commercial à Qatar Airways, qui
relie Doha à Auckland en 17 heures
et 40 minutes. Compte tenu de la
durée du vol, il n’y a pas de classe économique à bord, mais une « business class » de 67 sièges et une « premium economy class » de 94 sièges.
« Quand les passagers embarqueront,
ils auront l’impression d’entrer dans
une chambre plutôt que dans un
avion », promet Florent Pettini, responsable cabine chez Airbus.
Des plafonds plats et plus hauts,
des hublots plus larges, une température davantage personnalisée, mais
aussi quelques innovations destinées
à « réduire la fatigue des passagers » :
la ventilation dernier cri doit rendre
l’air moins sec. Autre nouveauté, le
système d’éclairage doit simuler les
différentes heures de la journée pour
faciliter l’acclimatation des voya-
uand on imagine l’alimentation du futur, le scénario
de science-fiction n’est
jamais très loin. Néanmoins, je suis
persuadée que la France conservera sa culture gastronomique et
ses repas à la française, qui ont été
reconnus au patrimoine mondial
de l’Unesco. L’attachement au plaisir d’un repas partagé est une tradition ancrée qui se transmet de génération en génération. Praticité,
produits élaborés, nomades, bio,
locaux, se sont invités sur nos tables
mais le rituel des trois repas par jour
en France tient bon.
Il y a vingt ans, les consommateurs ont recherché avant tout des
produits sains et bon marché, porté
par le modèle de développement
des grandes surfaces alimentaires.
Nous, agriculteurs, avons répondu
présents et développé nos productions, dans un contexte où les produits importés aux coûts de production bien inférieurs constituaient de
redoutables concurrents. Puis les
attentes qualitatives des citoyens
ont évolué et tout l’enjeu pour nous
a été de nous adapter sans cesse
dans des conditions qui permettent
la préservation de notre revenu. Pas
facile quand on sait que les investissements sur une exploitation agricole sont lourds et s’amortissent sur
quinze ans. L’équation est difficile et
a souvent pénalisé les producteurs.
Nous vivons aujourd’hui une
période charnière. Les crises sanitaires et les fraudes alimentaires ont
entamé la confiance des consom-
Singapore Airlines a commandé sept avions A350-900 ULR
à Airbus. Photo Singapore Airlines/AFP
geurs au décalage horaire. Enfin,
pour aider à passer le temps, la compagnie singapourienne promet
davantage de choix de films et émissions (200 heures ont été ajoutées
aux 1.000 déjà proposées) et une restauration plus soignée.
Singapore Airlines a commandé
sept avions A350-900 ULR à Airbus.
C’est la seule commande enregistrée
à ce jour par l’avionneur européen
pour cette variante longue distance
de l’A350 XWB, qui est, lui, entré en
service en 2015.
Réservoir modifié
Airbus cherche à reprendre la main
sur ce petit marché des appareils
modifiés pour faire de la très longue
distance. Il devrait, selon ses prévisions, représenter une centaine
d ’a v i o n s d ’ i c i à v i n g t a n s .
L’avionneur européen s’était laissé
distancer par Boeing, qui s’est positionné ces quatre dernières années
sur six des dix liaisons les plus longues du monde. D’après Airbus,
l’A350-900 ULR peut parcourir
18.000 kilomètres, soit plus de
20 heures de vol, sans être ravitaillé.
Une prouesse permise, en premier
lieu, par son réservoir de carburant,
modifié pour contenir 24.000 litres
supplémentaires de kérosène, soit
au total 165.000 litres.
L’appareil est, de plus, moins
gourmand en carburant en raison
de son fuselage et de sa voilure en
fibre de carbone, et de ses nouveaux
réacteurs Trent XWB de RollsRoyce, précise Airbus. Au total, l’avionneur affirme avoir ainsi diminué
de 25 % la consommation de carburant et avoir « significativement
réduit » les coûts de maintenance.
Le record du Singapour-New York
pourrait toutefois ne pas tenir longtemps. La compagnie australienne
Qantas a annoncé cet été préparer
des vols de vingt heures sans escale
d’ici à 2022. Objectif : desservir directement Londres et Sydney ou encore
New York et Sydney. Reste à savoir
sur quel modèle d’avion : Boeing
aura d’ici là sorti le B777X, concurrent américain de l’A350-900 ULR. n
ne question peut en cacher
une autre. « Comment mangerons-nous dans vingt
ans ? » est pour moi une interrogation de cette nature-là ! Répondre
tant au fond qu’à la forme de ce que
sera notre pain quotidien en 2038 est
la garantie de ne pas perdre une
miette des nourritures à venir.
Autrement dit, la substance me
paraît indissociable du scénario
d’usage pour imaginer notre futur
alimentaire. Prendre le pain comme
indicateur vous semblera peut-être
un atavisme professionnel. Mais le
pain n’a-t-il pas toujours été le compagnon de route des hommes ?
Le pain nous renseigne sur le terroir, le climat, la géographie d’une
région, caractéristiques qui vont
influencer la forme et le goût des
pains régionaux. Ainsi, les zones
aux terres moins fertiles feront
pousser du seigle, tandis qu’une
zone semi-aride sera idéale pour la
plantation du millet. De la variété
des graines plantées découlera le
régime alimentaire local, et quand
ici on verra le façonnage d’une
petite boule de pain de seigle, on
observera là la cuisson d’une galette
de millet. En découle une réflexion
d’importance sur l’usage que nous
faisons et allons faire de nos territoires. Si nous ne nourrissons pas
bien les sols, leur appauvrissement
empêchera le développement de la
diversité des grains qui nous nourriront demain au quotidien. Cela
orientant de facto la diversité de
notre alimentation.
En somme, nourrissons nos sols
pour que le bol de riz qui accompagne le repas au Japon continue de
trouver son écho avec le pain présent
sur nos tables à tout moment. Dans
Comment
Comment
mangera-t-on
mangera-t-on
demain
demain??
mateurs. Les attentes sociétales se
font de plus en plus pressantes et
engendrent une forte remise en
question des pratiques des agriculteurs et de tous les acteurs de la
chaîne alimentaire : bien-être animal, biodiversité, environnement,
transparence, origine, circuit court,
santé… Les citoyens ont besoin
d’être rassurés sur les modes de production et de transformation de
leur alimentation, mais dans le
même temps, les agriculteurs
vivent les importations massives de
produits ne respectant pas les
mêmes conditions de production
comme une contradiction aux conséquences économiques et sociales
néfastes. Le risque d’une alimenta-
Dans vingt ans,
le rituel des trois repas
par jour tiendra bon.
Il faut reconnecter
les Français à leur
agriculture.
tion à deux vitesses est fort. La diversité et la richesse de l’agriculture
française ne perdureront que si
l’exigence qualitative exprimée par
les citoyens s’accompagne d’un
patriotisme alimentaire.
C’est pourquoi le défi que nous
devons relever d’ici aux vingt prochaines années se situe dans le rapport des Français à leur alimentation. A l’heure où 80 % de nos
concitoyens vivent en ville, l’ambition est de parvenir à réconcilier les
citoyens et leur alimentation, à
reconnecter la société française à
son agriculture. C’est un enjeu fort,
les circuits courts, les opérations
fermes ouvertes ou encore les
réseaux sociaux permettront de
développer une relation de proximité. Dans vingt ans nos exploita-
tions auront changé : sans doute
plus technologiques car les innovations, notamment numériques,
vont faciliter le travail, améliorer la
performance économique, environnementale et le confort des animaux ; sans doute aussi plus diversifiées dans leurs activités. Les
agriculteurs aussi auront changé :
toujours aussi passionnés et encore
mieux formés pour assumer toutes
les missions inhérentes à leur
métier. Agriculteurs, nous aurons
appris à nouer un dialogue apaisé
pour répondre à leurs questions
légitimes. Je fais le pari que les
consommateurs seront encore plus
attentifs à la provenance des produits qu’ils achètent grâce à une
généralisation de l’étiquetage que
permettra la technologie de la
blockchain. L’excellence de la qualité française en sortira valorisée
quelles que soient les orientations
alimentaires personnelles de chacun. Voilà qui redonnera de la
valeur aux produits et reconnectera
les notions de qualité et de prix juste.
Un sursaut des acteurs de l’aval,
entreprises et distributeurs, est également indispensable pour renforcer les partenariats économiques
véritablement équitables et stopper
la course aux prix bas qui a été le
credo des grandes surfaces ces quarante dernières années. C’est ensemble que nous donnerons de la visibilité et de la sécurité, pour répondre à
l’aspiration de montée en gamme
des produits tout en assurant une
juste rémunération pour les producteurs. Nous devons collectivement nous battre, producteurs et
consommateurs, dans une double
alliance économique et sociétale
pour remettre « la ferme au centre
du village » et renouer le lien charnel entre la terre, ceux qui la cultivent et ceux qui s’en nourrissent.
Christiane Lambert
est présidente de la FNSEA.
vingt ans, nous mangerons le fruit de
ce travail d’une génération pour
lequel l’ouvrage commence dès à
présent !
Conversation
Parlons maintenant du rôle politique du pain. Si l’étendue de sa
dimension symbolique évoque à
nouveau son caractère premier, la
constance de cette représentation
est troublante. Lorsqu’il fait défaut,
le pain est brandi pour réclamer sa
nourriture quotidienne. La foule
d’hommes brandissant des galettes
de pain en Tunisie au début de notre
L’analyse de nos
réflexes alimentaires
d’aujourd’hui fera
la pertinence de nos
choix alimentaires et
sociétaux de demain.
décennie intervient quasiment un
siècle après la révolte des femmes en
Russie pour réclamer du pain au
tsar en 1917. A des milliers de kilomètres et des dizaines d’années d’écart,
le pain demeure une base du quotidien, capable de renverser l’ordre
établi. Et quand l’ingrédient premier
manque sans pouvoir révolutionner
la politique, les hommes bougent.
Non seulement ils emportent avec
eux leurs habitudes alimentaires,
mais ils provoquent la conversation
avec leurs terres d’accueil. Ainsi la
gastronomie chinoise d’un restaurant en Europe n’a pas les mêmes
bases qu’en Amérique du Nord car
des ersatz à certains ingrédients
d’origine ont été trouvés dans la pro-
et Apollonia Poilâne
duction locale. Inversement, la
période de colonisation du Vietnam
par la France a donné naissance à un
sandwich, le banh-mi, fusion des
deux cultures. N’attendons pas une
révolution pour découvrir le pain
qui nourrit les hommes, mais développons le dialogue des cultures au
service de la diversité de notre alimentation.
N’oublions pas non plus la dimension spirituelle du pain pour comprendre comment nous mangerons
à l’avenir. A son échelon le plus élémentaire, le compagnon est étymologiquement la personne avec
laquelle on partage le pain. Notre
rapport aux nourritures est à la fois
la graine et le fruit de ce que nous
mangeons. La compréhension de
notre pain quotidien d’hier, l’analyse
de nos réflexes alimentaires
d’aujourd’hui, conjuguées à un
regard à la fois lucide et bienveillant
sur l’histoire des hommes, feront la
pertinence de nos choix alimentaires et sociétaux de demain. En
tant que boulangère et fière responsable de la maison Poilâne, avec mes
compagnons-boulangers, j’entends
participer activement à ces choix.
Apollonia Poilâne est PDG
du groupe Poilâne.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
33
START
UP
e
LE BUZZ
-
LE PRODUIT
15
Ce n’est pas le mouvement des chemises
blanches, mais cela y ressemble. Alors
que les femmes de la French Tech
s’étaient mobilisées il y a un an en réaction à un article ne mettant en scène que des hommes, leurs
homologues israéliennes ont réagi sur le même
sujet. Lors d’une visite en Israël, Angela Merkel a
rencontré des entrepreneurs exclusivement masculins et s’en est émue. Une cinquantaine d’innovatrices se sont alors réunies sur la place Rabin pour réaliser une photo et témoigner de leur présence au sein
de cet écosystème.
MILLIONS DE DOLLARS
Kahoot vient de boucler une levée
de fonds, notamment auprès de
Disney et de Microsoft. La
start-up norvégienne propose
une plate-forme d’apprentissage
ludique destinée aux enfants et
utilisée dans les écoles.
XXII vient d’intégrer sa solution
d’analyse de flux vidéo dans le
magasin de Casino qui doit préfigurer des technologies de demain. Cette
technologie basée sur des algorithmes de
vision par ordinateur doit permettre aux
clients, à terme, de faire leurs courses sans
devoir scanner les produits et passer en
caisse.
CarFit mise sur la maintenance prédictive
des voitures autonomes
AUTOMOBILE
La start-up vient
de boucler un tour
de table de 2,5 millions
de dollars pour
développer sa technologie qui détecte
l’usure des pièces
dans les voitures.
Déborah Loye
@Loydeborah
CarFit, spécialisé dans la maintenance prédictive des pièces d’usure
des voitures, annonce avoir levé
2,5 millions de dollars, auprès du
LES POINTS
DE VUE
fonds californien BGV, de Plug
and Play, de Mobivia-Carstudio
(Norauto, Midas et Carter-Cash), et
du Groupe Bernard. Ce nouveau
ticket vient compléter ses tours
d’amorçage, portant l’ensemble
des fonds à 4,5 millions de dollars.
La jeune pousse, dont le siège
social est basé aux Etats-Unis, et le
siège opérationnel à Lille, utilise
les vibrations qui émanent de pièces usées pour déterminer quand
elles doivent être remplacées.
dans le cloud, indique le fondateur
de la jeune pousse Henri-Nicolas
Olivier. Puis ces modèles sont
entraînés directement dans la voiture, sur la base des données récoltées localement, grâce à un petit boîtier. » Ce procédé de « machine
learning embarqué » permet
d’obtenir des informations précises sans avoir à envoyer les données dans le cloud, « évitant ainsi la
dépendance à la couverture réseau
ainsi que les temps de latence »,
affirme l’entrepreneur.
Du « machine learning »
dans sa voiture
CarFit utilise pour cela des technologies d’intelligence artificielle :
« Nous développons tout d’abord des
modèles génériques qui tournent
Henri-Nicolas Olivier, fondateur de CarFit (au centre), entouré
de Pierre Garrigues, directeur de la communication (à gauche),
et de Benoit Stefani, directeur financier. Photo DR
Marchés européen
et américain
La start-up assure être l’une des
premières à utiliser cette technologie. Dans sa ligne de mire, les voitu-
res autonomes, dont les usages
pourraient être intensifiés si les
véhicules sont partagés, entraînant un besoin accru de mainten a n c e d e s p i è c e s d ’u s u r e .
« L’industrie se rue vers le véhicule
autonome, et nous fournissons pelles et pioches pour rendre ce rêve
possible, s’enthousiasme Henri-Nicolas Olivier. L’accès à de l’information sur l’usure des pièces sera particulièrement nécessaire lorsque les
voitures n’auront plus de chauffeur
attitré. »
CarFit est pour le moment présent sur les marchés européen et
américain, « et nous préparons très
sérieusement notre arrivée sur le
marché chinois », indique le fondateur de la start-up. n
L’intelligence
aura-t-elle
Aurélie Jean : artificielle
en attendant
les
pris
le pouvoir
dans
vingt ans ?
gentils
gardiens
algorithmiques
de Laurent
Alexandre
L
’intelligence artificielle (IA) des géants américains (Gafa) et chinois (BATX) va bouleverser la
société : on peut imaginer quelques tendances
fortes pour les deux prochaines décennies.
La bulle des « chatbots » (agents conversationnels) que des start-up et VC peu scrupuleux ont
fait passer pour de l’IA explose dès 2020, et les
financiers courent chercher un autre fromage
et de nouveaux pigeons. Mais l’explosion de la bulle
est un épiphénomène qui ne tuera pas l’IA.
Musk souhaite implanter des circuits intégrés dans
nos cerveaux pour nous augmenter et Demis Hassabis, le créateur d’AlphaGo chez Google, veut lui utiliser
les neurosciences pour créer une super IA.
L’IA centaure est probable. Selon l’idée de Gary
Kasparov, l’IA et l’homme formeront un être
hybride et indissociable, comme le centaure
de la mythologie était moitié cheval, moitié
homme. Selon lui, nous devons être plus résilients et
planifier une collaboration fructueuse avec l’IA. Cela
ne règle pas la question des inégalités : que deviendront les humains moins doués que l’IA ?
L’IA enchantera les élites intellectuelles et
nous transformera en nous faisant découvrir
de nouvelles formes de pensée, ce qui révolutionnera le travail. En juin 2017, un mois après
sa défaite contre AlphaGo, le champion Ke Jie a admis
avoir changé. « Après mon match contre AlphaGo, j’ai
L’interdiction de l’IA n’aura pas lieu. Selon le
fondamentalement reconsidéré le jeu. […] Bien qu’ayant
prix Nobel Joseph Stiglitz,
perdu, j’ai découvert que les possibilités
l’IA produit de profondes
du jeu de go sont immenses. » Cela perdistorsions dans l’utilisa- Les machines
met d’imaginer un scénario où l’IA
tion du capital et du travail qui spirituelles vont nous
nous obligerait à travailler sur nouspourraient nous mener vers une
mêmes et à progresser plus vite. Ce ne
bouleverser,
c’est
grande dépression du type des
serait pas la fin du travail mais, bien
années 1930. Il défend une appro- inévitable.
au contraire, le début d’une nouvelle
che malthusienne d’interdiction
ère : les machines spirituelles nous
o u d e l i m i t a t i o n d e s I A . E n Mais l’IA forte, dotée
bouleverseront. C’est inévitable.
l’absence de consensus mondial, de conscience
cette interdiction n’aura pas lieu !
Les empires digitaux amériartificielle, est
cain et chinois domineront
L’IA forte, dotée de cons- inimaginable
probablement la géopolitique
cience artificielle, sera très avant 2060.
dans les années à venir. Si
en retard. Le milliardaire
l’Europe veut récupérer sa soutranshumaniste japonais
veraineté numérique, elle devra
Masayoshi Son vient de créer un fonds d’investisseredoubler d’efforts. Autrement, elle sera vassalisée
ment doté de 10 milliards de dollars pour accélérer
comme l’Afrique. Après 2040, la Chine risque de
l’avènement des IA fortes, que l’on appelle la « Singuladevenir effectivement la première puissance technorité », qu’il espère pour 2035. Il annonce l’arrivée de
logique et militaire grâce à l’IA, comme promis par le
robots dotés de 10.000 points de QI. Ce scénario nous
président chinois Xi en 2017. Le livre de Kai-Fu Lee,
mènerait en territoire inconnu : le travail disparaîtrait
« AI Superpowers », se délecte de ce scénario où les
et nous serions vassalisés. Heureusement, on y échapEtats-Unis souffrent et l’Europe se tiers-mondise.
pera. L’IA forte est inimaginable avant 2060.
Eviter notre marginalisation supposerait des élites
politiques moins technophobes : le niveau scientifiLes transhumanistes essaieront de fusionner
que des politiciens français de 2018 me conduit à être
l’IA avec les humains pour construire Homo
pessimiste.
Deus. Cette superintelligence, issue de la
fusion du neurone et du transistor, s’attaqueLaurent Alexandre est chirurgien,
rait aux grands problèmes de l’univers. Ainsi, Elon
auteur de « La Guerre des intelligences ».
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, chaque algorithme
utilisé est analysé en temps quasi réel par des agents
algorithmiques capables de détecter l’existence de
biais algorithmiques qui représentent un potentiel
danger pour la société et l’économie. Ces agents sont
des algorithmes entièrement définis explicitement,
qui ne prennent aucune décision hormis celle d’alerter
les hommes sur l’existence de possibles biais. Ces
ous sommes en 2040, nos vies sont transforagents mathématiques agissent à différents niveaux.
mées. L’intelligence artificielle facilite nos
Entre autres, ils analysent ce qu’on appelle la représenmodes de transport et nos moyens de comtativité des données fournies à l’algorithme d’usage et
munication. Elle nous garantit des soins médicaux
sur lesquelles ce dernier s’entraîne.
personnalisés et plus efficaces. Elle améliore le foncPour ce faire, ils fournissent des échantillons de
tionnement des villes et facilite la gouvernance des
données de tailles différentes à une version miroir de
pays en analysant plus efficacement les besoins du
l’algorithme d’usage pour en analyser la réponse
citoyen. Mais la plus grande révolution sociétale et
moyennée par échantillon. Les biais sont alors révélés
économique, et qui est paradoxalement la plus silenquand on observe une différence entre ces réponses, et
cieuse, est ailleurs : ce sont les agents algorithmiques.
ils se retrouvent dans les critères explicites et/ou impliCes agents technologiques nous protègent
cites de l’algorithme ainsi que dans les données
aujourd’hui des risques de naviguer dans
d’entrée. Dans un second temps, l’agent
une société divisée et totalitaire.
algorithmique fournit des données synVingt ans auparavant, au tournant des Les agents
thétiques de différents types à la version
années 2020, les scientifiques, les déci- algorithmiques miroir de l’algorithme d’usage afin de cerdeurs politiques et économiques ont pris
ner la nature exacte du biais. Les concepseront
conscience des dangers des discriminateurs peuvent ensuite agir spécifiquement
tions technologiques qui écartent une par- nos meilleurs
sur les causes en améliorant l’outil numétie de la population de l’usage d’un outil amis.
rique. En 2026, ces agents mathématiques
numérique. Ces discriminations faisaient
ont permis d’éviter des discriminations
courir un risque : celui de voir disparaître
technologiques sur la couleur de peau en
une société inclusive et égalitaire en chances. Et fragiliidentifiant des biais sur les données d’apprentissage
saient l’économie dans la mesure où des catégories
d’algorithmes de reconnaissance de mains pour des
entières de consommateurs étaient oubliées. Parmi
distributeurs automatiques de savon, ou encore
les exemples bien connus, on peut citer les premiers
d’algorithmes d’identification de cartographie faciale
algorithmes de reconnaissance faciale, qui n’identide types de peau utilisés dans les sprays intelligents de
fiaient pas les visages à peau noire. Ces algorithmes
crèmes solaires.
contenaient des « biais » qui étaient la conséquence de
biais cognitifs des concepteurs eux-mêmes.
Anges gardiens
Certes, au début, beaucoup ont vu dans ces agents des
Représentativité des données
couches technologiques supplémentaires servant à
Ce n’est pas tout. Ces biais algorithmiques étaient
flouter encore davantage ce monde numérique déjà
amplifiés par les techniques d’apprentissage. En
bien opaque. Aujourd’hui, grâce à la transformation
s’entraînant sur des données biaisées, ces algorithmes
engagée depuis 2018 dans l’Education nationale et
étaient à l’origine de réseaux neuronaux contenant
l’accompagnement au changement, les citoyens ayant
des critères implicites (ou invariants), eux-mêmes
maintenant une parfaite compréhension des enjeux,
fortement biaisés et difficilement identifiables ! En
des opportunités et des risques numériques voient
d’autres termes, outre d’avoir des critères biaisés
dans ces agents mathématiques un allié et une protecexplicitement définis par l’homme, les algorithmes
tion. Les individus ont eux-mêmes donné un nom à
(auto-) apprenants possédaient des critères implicites
ces agents mathématiques, qui est aujourd’hui utilisé
fortement biaisés dont il était difficile d’identifier et de
par tous : les anges gardiens algorithmiques.
comprendre l’apparition, tant le réseau neuronal est
complexe.
Aurélie Jean, numéricienne, est advisor au BCG.
et Aurélie Jean
N
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34
VINGT UNES HISTORIQUES
1928
2 JUILLET 1928. « Les Echos » passent de l’hebdomadaire
au quotidien. Déjà la nécessité des réformes est mise en avant
avec ardeur.
1958
31 DÉCEMBRE 1958. Entrée en vigueur du marché commun. Depuis leur origine, « Les Echos » défendent une ligne
favorable à la construction européenne.
1981
11 MAI 1981. François Mitterrand, dont le journal souligne
l’« ambiguïté », est élu président. La Ve République montre
sa capacité à vivre l’alternance.
1929
1933
25 OCTOBRE 1929. Trois lignes pour un futur krach : « Une
2 FÉVRIER 1933. L’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, le
Reichstag a été dissous. « Les Echos » s’alarment évidemment
baisse considérable a été enregistrée hier à la Bourse de New
York. » Difficile de savoir que la crise sera historique…
du nationalisme du futur leader de l’Allemagne nazie.
1963
1968
23 NOVEMBRE 1963. Assassinat de JFK. La sobriété
17 MAI 1968. Manifestations étudiantes et grève générale.
« Les Echos » choisissent un titre très engagé qui reflète
de ce que les journalistes appellent la « manchette » témoigne
de la sidération générale. 55 ans après, le mystère plane toujours.
1989
13 NOVEMBRE 1989. Au lendemain de la chute du mur
de Berlin, « Les Echos » prennent la mesure du formidable
bouleversement qui s’annonce pour l’Europe.
l’inquiétude des milieux économiques devant la « chienlit ».
1998
2 JANVIER 1998. Lancement de la monnaie unique
dans la zone euro. « Ouf ! » Ça s’est bien passé. Mais le
débat sur la hausse des prix ne fait que commencer.
2008
2011
2011
15 SEPTEMBRE 2008. Dans la nuit de dimanche à lundi,
18 ET 19 MARS 2011. La catastrophe de Fukushima.
L’accident au Japon ouvre une période de doutes sur le nucléaire.
« Les Echos » utilisent désormais beaucoup plus la photo en une.
21 MARS 2011. L’intervention occidentale en Libye.
2015
2016
2016
16 NOVEMBRE 2015. Les attentats du 13 novembre
LUNDI 27 JUIN 2016. Les Britanniques ont choisi
10 NOVEMBRE 2016. A la surprise générale, Donald
la faillite de Lehman Brothers déclenche la deuxième crise
mondiale en un siècle. Et c’est parti pour 2 ans de récession.
à Paris. L’événement tragique a eu lieu un vendredi soir.
Sous le choc, la rédaction se mobilise tout le week-end.
de quitter l’Union européenne. Le Brexit déstabilise
le Vieux-Continent. Deux ans après, on n’est pas plus avancé.
La France et Nicolas Sarkozy sont en première ligne.
Avec le recul, le bilan est déprimant.
Trump remporte la présidentielle américaine. Le populisme
gagne du terrain. Suivront l’Italie et, sans doute, le Brésil.
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35
1936
1ER JUILLET 1936. La loi instituant les congés payés a été
votée fin juin et les décrets d’application paraissent. C’est la révolution sociale toujours associée au souvenir du Front populaire.
1973
25 OCTOBRE 1973. Le début du choc pétrolier. C’est la pre-
mière grande crise de l’après-guerre. On n’en est jamais tout à fait
sorti. Le mot « crise » entre dans le quotidien des Français.
2001
12 SEPTEMBRE 2001. Les attentats du 11 Septembre à
New York. Comme la terre entière, la rédaction des « Echos »
assistent sur ses écrans TV, à l’effondrement des tours.
2015
29 JUIN 2015. La Grèce au bord de la faillite. La zone
euro enchaîne les réunions d’urgence. Finalement, Aléxis
Tsípras décide de tout faire pour rester à bord.
2018
3 et 4 AOÛT 2018. Apple atteint la barre mythique
des 1.000 milliards de dollars de capitalisation.
La direction artistique vérifie dix fois le nombre de zéros.
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36 //
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
36
Altice casse les prix
du football
OVH a annoncé jeudi son
intention de fermer ses bureaux
en Lituanie, en Finlande, en
Irlande, en République tchèque
ainsi qu’au Sénégal, ces pays
n’ayant « pas atteint la taille
critique en termes de nombre de
clients ». Une trentaine de
personnes seraient concernées
par ces suppressions de postes,
sur près de 2.200 salariés.
SFR propose désormais à ses
clients Box, une offre sport avec
RMC Sport, Canal+ et BeIN
Sports, pour 38,90 euros par
mois. Jusqu’à présent, il fallait
multiplier les souscriptions et
débourser 53,90 euros. L’offre
sport de Canal+, comprenant
BeIN Sports et RMC Sport
(celle-là pour les seuls abonnés
satellite) est, elle, à 39,90 euros.
DR
en
pixels
Shutterstock
HIGH-TECH
&MEDIAS
OVH ferme cinq
bureaux à l’étranger
56
JOURNALISTES TUÉS
56 journalistes ont été tués
dans le monde, pour l’heure,
en 2018, en raison de leur
activité professionnelle,
selon Reporters sans frontières. C’est plus que dans toute
l’année 2017 (55)… L’Afghanistan et le Yémen sont les
pays les plus meurtriers.
Puces : Apple absorbe une partie
des activités de son fournisseur Dialog
ÉLECTRONIQUE
Le géant américain
va récupérer des
brevets et près
de 300 ingénieurs
du groupe anglais.
Raphaël Bloch
et Raphaël Balenieri
Apple continue de se renforcer dans
les puces. La première capitalisation
mondiale a annoncé, jeudi, le rachat
d’une partie des activités de son fournisseur anglais Dialog Semiconductor. Montant de l’opération :
600 millions de dollars, soit 520 mil-
lions d’euros. Avec cet accord de
licence, Apple met la main sur les
brevets du groupe et s’offre les services de 300 ingénieurs, soit 16 %
des effectifs de Dialog.
En retour, Dialog a sécurisé de
nouvelles commandes pour les trois
prochaines années. Pour cela, Apple
va verser un prépaiement d’un montant de 300 millions de dollars, donnant suffisamment de visibilité à
Dialog pour se diversifier dans
d’autres secteurs, comme l’automobile, au moment où les ventes de
smartphones s’effritent.
600 millions de dollars
En plus du prépaiement, le groupe
californien va verser 300 millions de
dollars pour cette opération. « En
Dialog vend ses puces à Apple depuis dix ans. Photo Reuters
ajoutant les 600 millions de dollars
que Dialog génère en cash-flow, la
société se retrouve désormais avec
1,2 milliard de dollars de liquidités.
C’est une bonne base pour se développer », estime Veysel Taze, analyste
spécialisé sur les semi-conducteurs
chez Oddo BHF en Allemagne.
Depuis dix ans, Dialog vend à
Apple ses puces de gestion d’alimentation électrique (« power-management chips ») qui permettent
de faire fonctionner tous les autres
composants d’un téléphone. La
firme à la pomme est même le premier client de Dialog. Le groupe
génère grâce à Apple les trois quarts
de son chiffre d’affaires (1,35 milliard de dollars en 2017). Mais Dialog était en difficulté depuis novembre 2017, lorsque Apple avait
menacé de remplacer les puces de
son fournisseur par ses propres
puces. En Bourse, le titre avait
fondu, passant de 44 euros à
16,58 euros à la veille du rachat.
Les investisseurs attendaient une
clarification des relations entre les
deux sociétés, et craignaient plus
globalement pour la survie de Dialog, si Apple s’émancipait véritablement en concevant ses propres
puces. C’est donc un vrai retournement de situation. A la mi-journée,
le cours de l’action Dialog flambait
de 34 % à la Bourse de Francfort.
Pour Apple, l’intérêt de l’opération est double. La firme à la
pomme va pouvoir désormais accélérer sur ce type de composant
et mieux protéger sa propriété
intellectuelle. « Ce type de puces est
l’un des éléments les plus critiques
dans un smartphone. En absorbant
son fournisseur, Apple réduit le
risque de fuites, explique Veysel
Taze. C’est un accord gagnant-gagnant pour les deux parties. » n
La France
Gilles
Babinet
et l’Europe
: « Amazon
auront-elles
ou Appleun
seront-ils
jour
un jour
leur
souveraineté
plus fort que
numérique
les Etats ??»
LES POINTS
DE VUE
de Patrice
les mêmes principes que le cerveau humain. Ces innovations de rupture, pour l’heure, ne sont pas utiles aux
entreprises telles que les Gafa. Mais elles le seront
demain. Quand l’homme exigera de reprendre les
commandes et le contrôle de son environnement
numérique. L’Europe peut ainsi prétendre au leadership de la prochaine révolution numérique.
’Europe, souvent jugée injustement à la traîne
Mais rien ne pourra se faire sans consentir les efforts
de la révolution digitale, a une formidable
financiers nécessaires en amont. Les Américains réaliopportunité devant elle, avec l’intelligence artisent des investissements considérables sur les technoficielle (IA). Celle-ci est déjà présente partout. Dans
logies de rupture. La Darpa multiplie les programmes
nos smartphones, sur les réseaux sociaux. Mais il n’y a
se chiffrant en milliards de dollars. Amazon est l’entrepas qu’une seule forme d’intelligence artificielle. Celle
prise qui investit le plus au monde en matière de
que l’on vient d’évoquer, qui fait la fortune des Gafa et
R&D. Acteurs publics et privés américains conjuguent
autres géants américains et asiatiques, a une visée
leurs efforts pour acquérir les savoirs qui leur donneexclusivement commerciale. Basée sur le deep learront demain un nouveau temps d’avance. Il en va de
ning et des algorithmes relativement anciens, elle
même en Chine. Celle-ci multiplie depuis des décennies
donne d’excellents résultats et reconnaît un visage à
les plans de développement industriel. Les Chinois ont
99,99 %. Mais elle rencontre plusieurs limitations.
voulu, grâce à la fibre, mailler le pays de réseaux 4G. Ils
D’abord, elle ne pourra jamais
sont désormais les premiers au
garantir un résultat à 100 %. Ce qui
monde en termes de densité du très
signifie qu’on ne peut pas l’utiliser L’Europe doit viser
haut débit. Il y a vingt ans, ils ont voulu
dans le cadre d’un projet de train le leadership sur la
constituer un champion des téléautonome, d’un programme d’avion
coms. C’est chose faite. Nous devons
prochaine révolution : faire
civil avec un seul pilote au lieu de
preuve de la même volonté. Au
deux, où les exigences de sécurité celle de l’IA du futur.
niveau national, bien entendu. Les
requièrent la certitude. De plus, elle
pôles de compétitivité, l’initiative du
est inadaptée aux domaines où les décisions prises doigouvernement français sur l’innovation de rupture, le
vent être explicables formellement et dans lesquels
crédit impôt recherche, l’accroissement du plan d’étude
l’homme demeure l’élément central. C’est là qu’interamont de la Délégation générale pour l’armement, etc.,
vient la nouvelle IA. Celle qui est au côté de l’homme, au
sont autant d’atouts qu’il faut sanctuariser.
cœur de la décision finale. L’IA éthique, explicable et
Mais au niveau européen surtout. L’Europe doit
certifiable, appliquée au monde industriel et aux envichoisir ses batailles : il s’agit d’un moment décisif. Elle
ronnements critiques. Notre monde. Celui des métiers
ne pourra être première partout. Mais là où elle le
d’excellence de l’Europe. Celui des acteurs européens
décidera, elle a les experts et les moyens de ses ambide la défense, de l’aéronautique, de la sécurité, de l’autotions. Pour cela il faut allier nos forces, conclure des
mobile ou du ferroviaire.
partenariats, investir en commun, ne pas développer
en parallèle la même solution, chacun dans son cadre
Processeurs « neuronaux »
national… Comme nos clients, Thales a de grandes
Cette IA n’est pas un rêve. Hybride, mêlant apprentisambitions. Nous investirons quatre milliards d’euros
sage profond et raisonnement, capable de justifier les
par an sur la R&D à l’horizon 2021, dont un milliard
raisons pour lesquelles elle recommande une décisur fonds propres. Associés à nos homologues eurosion, elle est en gestation dans nos entreprises, nos
péens sur des projets communs, nous appuyant sur
laboratoires de recherche, nos universités, nos
les ressources financières de l’UE, tels les programstart-up… Cette approche de l’IA est issue des environmes Edidp ou Sesar, nous aspirons à jouer notre partinements industriels. Mais elle pourra bénéficier à
tion dans l’aventure qui s’offre à nous.
l’ensemble de la société. Parce qu’on ne peut embarquer la puissance électrique nécessaire pour faire
fonctionner un data center à bord d’un train ou un
L’intégralité du texte sur lesechos.fr
avion, l’IA devra consommer peu d’énergie. Relever ce
challenge passera, notamment, par le recours aux
Patrice Caine est PDG de Thales.
processeurs « neuronaux », qui fonctionnent suivant
Caine
L
a
lancer ? C’est la prouesse que vient pourtant de réaliser Amazon dans le cinéma, et cela grâce à sa capacité
Babinet
à connaître, grâce à la data et aux algorithmes, quels
pourraient être les films que chacun de nous préfère.
Cet exemple se répète peu à peu dans de nombreux
secteurs : transport, énergie, services de santé, éducation sont quelques-uns des univers dans lesquels les
ambitions des méta-plates-formes semblent sans
ne part importante de notre monde moderne
limites. Songe-t-on ainsi que l’émission d’identité,
s’est structurée en 1648, lors de la signature du
aujourd’hui prérogative des Etats, pourrait bientôt
traité de Westphalie qui définissait les Etatstomber entre les mains de ces structures ? Celles-ci
nations comme seules entités souveraines pour régleont d’innombrables moyens de s’assurer, plus sûrementer des territoires qui jusqu’à
ment que les Etats, de notre idence jour représentent nos pays. Ce
tité, au travers de la data : nos
changement d’échelle géographi- Amazon ou Apple
empreintes biométriques (yeux,
que, qui désintermédia les petits seront-ils un jour plus
empreintes digitales, voix, vitesse
seigneurs locaux, fut déjà la consé- fort que les Etats ?
et mode de frappe sur un claquence de révolutions technologivier…), nos lieux de déplacement,
ques, au travers de l’invention du
destinataires de nos messages,
Le sursaut nécessiterait les
canon, capable de mettre à bas
notre façon de naviguer, etc. Il est
n’importe quelle muraille de châ- que l’on commence
ainsi probable qu’un passeport
teau fort– rendant ainsi désuet à disposer de vraies
soit prochainement jugé moins
l’échelon du potentat local – ; de
fiable qu’une identité certifiée par
compétences
dans
le
l’imprimerie, qui permit de norApple. Cet exemple peut aisément
maliser progressivement le fonc- secteur public.
être transposé à de nombreux
tionnement de l’Etat d’un bout à
autres secteurs, achevant ainsi de
l’autre des nations ; de la comptabidémontrer l’avantage distinctif
lité double, de l’organisation postale, etc. Mais l’espace
dont disposent les méta-plates-formes. Mais ces orgagéographique est-il toujours aussi déterminant à
nisations ne sont en rien comparables aux Etats : si
l’heure de la virtualisation des techniques, de l’inforelles doivent choisir entre le bien commun et l’intérêt
mation, de son traitement ?
de leurs actionnaires, il est peu probable qu’elles choisissent le premier. Or, c’est, au travers de la pensée
Evolution inéluctable
libertarienne, ce qu’inlassablement elles ne cessent de
Une évolution progressive mais inéluctable semble à
nous faire croire : leur supériorité systémique sur les
l’œuvre sous nos yeux. De multiples petits symboles
Etats. Jeff Bezos ne vient-il pas de mettre 2 milliards
de l’Etat régalien se transfèrent ainsi au privé : le courdans le système « cassé » de l’éducation qu’il promet
rier, passé de la poste à WhatsApp (les jeunes générade « fixer »
tions ignorent l’e-mail) ; les cartes topographiques,
Cette supériorité, que ne cessent de réaffirmer en
passées d’institution publiques à Google Maps. La
chœur les acteurs les plus emblématiques de la Silidata est devenue une matière première plus détermicon Valley, est rien moins que certaine. Mais face à
nante que toute autre, et seule une poignée d’entrepril’indigence presque généralisée des Etats en matière
ses en profitent – les « méta-plates-formes » que
numérique, elle pourrait bien être autoréalisatrice.
représentent les acteurs dont le niveau d’interaction
Le sursaut, s’il doit exister, nécessiterait que l’on comavec les consommateurs est tel qu’il leur permet
mence à disposer de vraies compétences dans l’Etat,
d’accroître sans cesse par la donnée l’intimité avec
de façon à construire une véritable e-administation
laquelle leurs algorithmes nous scrutent et nous anaau sein de laquelle l’on trouverait d’authentiques prélysent, et ainsi facilitent leurs entrées dans de nouoccupations d’usage orientées vers les citoyens. On en
veaux secteurs avec une efficacité stupéfiante. Ainsi,
est encore bien loin, et pourtant l’Histoire n’attend
quelle entreprise pouvait auparavant réussir, en parpas.
tant de zéro, à disposer de près de 10 milliards de dollars de revenus en seulement quelques années dans
Gilles Babinet est digital champion de la France
un domaine qui lui était presque inconnu avant de s’y
auprès de la Commission européenne.
et Gilles
U
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
37
LES POINTS
DE VUE
L’Europe
aura-t-elle Warner s’attaque à Netflix
Quel
avenir
la souveraineté
pour
les médias ?
numérique ?
de
Rodolphe Belmer
D
epuis 50 ans, l’audiovisuel
s’est constitué autour de forteresses nationales sous
l’impulsion de deux forces structurantes. La technologie de diffusion
majoritaire est la diffusion de chaînes de télévision par les ondes hertziennes qui ont une couverture
nationale. Et les Etats, par la régulation, allouent des droits de diffusion
hertziens à un nombre restreint de
chaînes nationales. De cet écosystème protégé sont nées partout des
grandes chaînes généralistes dominant leur marché national : en général, quelques grandes chaînes commerciales entourent un service
public plus ou moins fort. C’est le cas
partout : aux Etats-Unis (6
networks), au Royaume-Uni (ITV,
Sky et la BBC), en Allemagne (RTL,
Prosieben, Sky et ZDF/ARD), ou en
France ( TF1, M6, Canal et France
Télévisions). Et partout ces grandes
chaînes accaparent les programmes
les plus populaires : séries américaines, films de cinéma, événements
sportifs, grands formats de divertissement, et contribuent à produire et
à financer la fiction nationale.
Ce monde va radicalement changer. De plus en plus, la diffusion de
contenus audiovisuels s’articule
autour de deux grandes plates-formes : le satellite pour les chaînes
linéaires, et depuis peu l’OTT, la diffusion sur l’Internet ouvert, pour les
offres à la demande. Or, ces deux plates-formes se jouent des frontières et
permettent l’émergence de nouvelles offres, plus uniquement nationa-
L
e 10 octobre 2038, l’habitué
des « Echos » n’a pas acheté
son journal au kiosque du
coin. Il n’existe plus de kiosque du
coin. Et « Les Echos » ne sont plus un
imprimé quotidien. Ils sont publiés
de façon espacée, sous forme d’une
revue luxueuse. Pour le reste, « Les
Echos », c’est un bouillonnement de
contenus numériques, si divers qu’il
n’existe pas deux lecteurs qui voient
la même proposition éditoriale.
« Les Echos » ne sont plus un mass
media. Car l’évolution économique à
l’œuvre pour les vingt années à venir
signe la fin de l’ère des mass media.
Le numérique a engendré une loi
d’airain : du point de vue sociologique, les usages s’ajoutent les uns aux
autres, mais, du point de vue économique, les modèles d’affaires se
détruisent les uns les autres. Regarder les comportements de nos
contemporains pour se réjouir de
leur résilience, c’est risquer de minorer la dureté d’une vraie guerre économique. Et cette guerre enterre le
modèle du média industriel, qui
s’adresse à un public agrégé en une
masse unique, par un message unique, au moyen d’un support de distribution unique, qui permet de concentrer les recettes. La data
fragmente les messages et les
publics, la technique fragmente les
supports et les contextes, les modes
de consommation fragmentent la
valeur qui se reporte sur le contenu
ou le lien direct avec l’audience et ses
données. Les médias connectés ne
sont plus mass media : ils agissent
dans une économie de l’attention qui
produit de la concentration et du
découplage.
Le découplage, déjà à l’œuvre en
2018, sépare l’économie de l’information et l’économie de l’attention. Aux
plates-formes sociales cette dernière, aux médias d’information la
première. Premier problème : du
les mais internationales ; de services
qui peuvent se distribuer sur des bassins de population immenses.
Et c’est là qu’est le cœur de la révolution audiovisuelle. La taille est un
atout déterminant dans cette industrie. Les acteurs qui ont la capacité de
distribution la plus large sont ceux
qui peuvent se permettre les budgets
de production les plus élevés, et donc
avoir l’offre de programmes la plus
large, ou bien la plus spectaculaire…
ou les deux. La distribution internationale offre un avantage déterminant dans la qualité du contenu prop o s é . C ’e s t l e m o t e u r d e l a
globalisation accélérée de l’industrie
D’ici à vingt ans,
l’industrie se
structurera autour
d’une poignée de
marques mondiales.
audiovisuelle. Dans cette perspective, à quoi ressembleront les médias
dans vingt ans ? L’industrie se structurera autour d’une poignée de grandes marques mondiales adressant
largement les besoins de divertissement de masse sur la planète. Elles
s’appelleront indubitablement Netflix ou Amazon. Et peut-être Disney
ou HBO si elles réussissent le virage
de l’OTT. Il est aussi probable que
certains groupes historiques, distribués par satellite et par Internet,
auront trouvé leur voie vers la mondialisation. Je pense à Sky, qui,
adossé à Comcast, aura la taille critique pour produire ou financer des
contenus puissants et les distribuer
largement. Mais ces quelques géants
généralistes n’épuiseront pas tout
l’espace audiovisuel. Autour d’eux,
des services audiovisuels vont émerger et s’ériger comme les champions
mondiaux de genres thématiques :
point de vue publicitaire, l’économie
de l’attention est imbattable. Second
problème : la viralité sur laquelle elle
repose est d’autant plus forte que les
contenus qu’elle charrie jouent sur
les émotions, les croyances et les
outrances. Dans cet univers qui
règne sur les audiences, le contenu
qui informe de façon sérieuse,
comme « Les Echos », ne peut que
jouer les seconds rôles, ou établir son
propre modèle.
En 2038, l’information
aura abandonné
le prêt-à-porter
pour le sur-mesure.
Ainsi, aux « Echos », en 2038,
l’information a abandonné le prêt-àporter pour le sur-mesure. La distribution se fait par un réseau limité
aux abonnés mais commun avec
d’autres marques. Les réseaux
sociaux sont toujours servis, afin de
maintenir la puissance de la marque.
L’offre permanente suit ses abonnés
en leur proposant, pour un prix
variable allant du simple au décuple,
un ensemble de publications répondant au plus près à leurs besoins personnels et professionnels, au contexte de leurs usages, et à leurs goûts
et préférences pour les textes, alertes, journaux numériques, récits
fouillés, analyses à la demande, sons,
images ou vidéos. Quant au support,
il reste individuel, comme l’était le
smartphone. Mais son écran est
méconnaissable : à la fois flexible et
extensible, il répond à la commande
de la rétine ou du mouvement des
lèvres. Comme toutes les prophéties,
celle que je viens d’énoncer est probablement fausse. S’essayer à décrire
le futur des médias et de l’information dans vingt ans, c’est prendre le
risque de se limiter aux huit varia-
probablement une ou deux grandes
marques de jeunesse, de sport (peutêtre BeIN Sport), de documentaire .
A côté de ces offres globalisées,
quel avenir pour les groupes audiovisuels nationaux ? Leur modèle
actuel est percuté de plein fouet par
la révolution de l’OTT et par la globalisation. Mais il n’est pas condamné.
Deux voies majeures s’ouvrent pour
eux : embrasser la globalisation ou
s’orienter vers un modèle éditorial
low cost. Ce dernier est le chemin
qu’a suivi le média radio depuis
30 ans. D’un média de destination,
avec des budgets élevés, il est devenu
média d’accompagnement.
La globalisation est une perspective beaucoup plus enthousiasmante. Je crois au potentiel de mondialisation d’un de nos groupes
audiovisuels (ou d’un groupe à créer)
qui s’ancrerait dans le rayonnement
mondial de l’exception culturelle.
Notre création nationale est très
riche. Et, grâce à ses auteurs et réalisateurs de talent, elle est singulière
sur la scène mondiale. Elle rencontre
intérêt et admiration dans des segments de population, surtout CSP +,
présents dans le monde entier. Elle
peut constituer le socle d’une offre
originale et porter ainsi le développement international d’un service
audiovisuel. C’est une perspective
excitante pour un projet audiovisuel.
C’est aussi une perspective exaltante
pour régénérer le rayonnement
mondial de notre exception culturelle, asseoir son financement audelà de notre marché national et lui
faire épouser le monde audiovisuel
globalisé qui s’avance.
a
L’intégralité du texte sur
lesechos.fr/
Rodolphe Belmer est directeur général
d’Eutelsat.
Comme Disney, Warner, et son patron John Stankey, fait ainsi le pari de court-circuiter ses sources
de revenus traditionnelles, issues de la télévision payante. Photo Matt Winkelmeyer/Getty Images/AFP
STREAMING
Le groupe, racheté
par AT&T, va créer
son propre service
de streaming pour
concurrencer ceux
de Netflix et Disney.
Nicolas Rauline
@nrauline
— Bureau de New York
La bataille du streaming s’intensifie. Cette fois, c’est Warner qui s’y
lance. Son patron, John Stankey, a
annoncé la création d’un service
proposant des films et des séries,
amené à concurrencer Netflix.
Warner espère être prêt à la fin de
l’année 2019, tout comme Disney,
qui a déjà présenté son projet.
C’est un acteur de poids qui investit ce marché. Warner possède en
effet le catalogue le plus fourni de
Hollywood, qui va des classiques
tels que « Casablanca » aux franchises « Harry Potter » et « Batman »,
en passant par des séries comme
« Pretty Little Liars ».
Des moyens
supplémentaires
Le service s’appuiera sur la base de
HBO, la chaîne câblée propriété de
Time Warner, qui diffuse notamment « Game of Thrones » et possède son propre service de streaming. Récemment encore, John
Stankey militait pour un élargissement de HBO vers le grand public.
La stratégie a donc changé, même
si Warner n’a pas fourni de détails
sur la future cohabitation.
Ce service de streaming proposera aussi des contenus issus du
vaste catalogue Warner, Turner
(CNN) et des contenus originaux.
En la matière, John Stankey a confié
qu’il avait de fortes ambitions. Ses
investissements pour proposer des
programmes exclusifs devraient en
effet être du « même ordre » que
ceux de Netflix, qui investit environ
8 milliards de dollars par an.
Warner dispose de nouveaux
moyens depuis son rachat par
AT&T (pour 85 milliards de dollars), même si le département de la
bles à l’œuvre en 2018 : la personnalisation autour de la data, la montée en
puissance du son, le maintien de la
vidéo, la place des réseaux sociaux,
l’aspiration de la publicité par les plates-formes, la progression de l’abonnement, la hausse permanente des
investissements technologiques et la
répartition des acteurs entre marques hégémoniques mondiales et
marques affinitaires. C’est prendre
acte des cycles qui se sont succédé
dans la disparition progressive des
interfaces complexes : le passage du
clavier à la souris, de la souris à
l’écran tactile, celui, en cours, de
l’écran tactile à la voix, et, un jour, de
la voix au regard et aux signes.
Mais prolonger les courbes est le
plus sûr moyen de se tromper. Le
futur proche dépend des combats
qui, d’ici à 2038, devront avoir été
menés. Une information sérieuse,
professionnelle, structurant de
façon rationnelle l’espace public
existera-t-elle d’ici là ? La réponse ne
sera positive qu’à deux conditions. Si,
du côté des pouvoirs publics, est établie une régulation qui pose des
règles à l’économie de l’attention
pour éviter qu’elle n’engloutisse tout,
alors l’économie de l’information
pourra être viable. Et si, du côté de
ceux qui informent, le défi technologique est pris au sérieux, et se voit
consacrer des ressources significatives, alors l’information sera possible.
Le futur reste à écrire, mais il ne
s’écrira pas de façon tranquille.
Bruno Patino est directeur éditorial d’Arte.
Stratégie B to C
WarnerMedia est engagé dans
une stratégie visant à vendre ses produits directement auprès du consommateur. Une stratégie renforcée
par le rapprochement avec AT&T.
Outre HBO, le groupe a ainsi lancé
DC Universe, un service de comics,
et Filmstruck, pour les classiques du
cinéma et les films indépendants.
Comme Disney, Warner fait ainsi
le pari de court-circuiter ses sources de revenus traditionnelles,
issues de la télévision payante. Il
devra trouver un subtil équilibre
entre les deux et, selon « Variety »,
décidera au cas par cas les contenus
qui ne seront proposés que sur sa
plate-forme et ceux qu’il partagera
avec d’autres services. n
Inquiétudes autour de la naissance
du Centre national de la musique
CULTURE
et Bruno Patino
Justice conteste toujours l’opération et a fait appel de la décision de
justice la validant. « C’est un autre
avantage de la fusion entre AT&T et
Time Warner », a reconnu le PDG
de WarnerMedia dans une déclaration. Aucune tarification n’a été
annoncée, mais le prix devrait se
situer dans les standards du marché, autour de 10 dollars par mois.
Une nouvelle fois,
les crédits sont
difficiles à trouver.
Un changement
de ministre
de la Culture pourrait
avoir raison du projet.
Nicolas Madelaine
@NLMadelaine
Le Centre national de la musique
(CNM) pourrait ne pas davantage
voir le jour sous ce quinquennat que
sous les deux précédents. Les crédits
pour que la filière de la musique
puisse s’unir et parler d’une seule
voix, comme sait si bien le faire celle
du septième art avec le Centre national du cinéma (CNC), sont en effet
difficiles à trouver. Et les professionnels du secteur craignent qu’il ne soit
trop tentant, pour un(e) éventuel(le)
remplaçant(e) à Françoise Nyssen,
de laisser tomber ce projet que la
ministre de la Culture appelle aussi
la Maison commune de la musique.
Lors de la présentation du budget
du ministère de la Culture, fin septembre, et l’annonce, par Françoise
Nyssen, d’une enveloppe de 5 millions perçue comme un moyen
d’amorcer le projet, les professionnels de la musique s’étaient montrés satisfaits. Mais le projet de loi
ne fait pas état de ces 5 millions
nécessaires à l’acte de naissance de
ce CNM, bâti à partir du Centre
national des variétés (CNV). D’où de
nouvelles inquiétudes.
Le député Pascal Bois, qui s’est vu
confier une mission avec la députée
Aujourd’hui, la filière de la
musique craint même que ses
crédits d’impôt de production
pour encourager l’investissement dans de nouveaux artistes ne soient pas prolongés
au-delà de 2019. Photo Shutterstock
Emilie Cariou sur le sujet, a envisagé
de déposer un amendement vendredi 5 octobre pour que soient prélevés 5 millions supplémentaires
sur la taxe sur les opérateurs
de communications électroniques
(TOCE) à la faveur de la suppression,
en 2019, de la partie de cette « taxe
Copé » affectée à France Télévisions.
Crédits d’impôt
non sécurisés
Sachant qu’il faut une loi pour créer
un CNM et que ce dernier n’aurait
pas été mis sur pied avant juillet
prochain, on arrivait potentiellement à 10 millions pour une demiannée, ce qui laissait espérer qu’on
atteigne un jour les 20 millions de
financements en année pleine.
L’amendement n’a pas encore été
déposé, « faute de soutien politique »,
dit un observateur bien informé.
Ce n’est toutefois pas la seule piste
de réflexion sur les financements. Le
collectif TPLM (Tous pour la musique), l’association qui rassemble
les professionnels du secteur,
a d’ailleurs planifié une rencontre
avec les députés à ce sujet prochainement.Le projet d’un CNM est né en
2011 sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy avec, alors, une ambition
plus importante encore financièrement, la crise du disque étant à ce
moment-là particulièrement dure.
Il a ensuite été enterré sous François Hollande. Mais il a refait
surface et un rapport a été demandé
à Roch-Olivier Maistre. L’idée était
alors de reflécher vers lui 30 millions de budgets existant, dont ceux
du CNV et d’autres financements :
avaient notamment été évoqués un
effort accru de l’Etat et une fraction
du produit de taxes existantes
(TOCE, taxe YouTube, etc.).
Aujourd’hui, la filière de la musique craint même que ses crédits
d’impôt de production pour encourager l’investissement dans de nouveaux artistes ne soient pas prolongés au-delà de 2019. Ils s’élèvent à
9 millions par an et doivent être distribués un jour par le CNM. Le
Bureau Export, chargé d’aider les
artistes français à traverser les frontières et qui doit garder une autonomie de gestion vis-à-vis du CNM,
espère de son côté toujours que le
volant de ses aides passera de
1,5 million à 4,5 millions. La filière
doit se retrouver, ce vendredi, à
l’Assemblée nationale autour du
prérapport des deux députés. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
38
Comment HP Inc. a rebondi
dans les PC et les imprimantes
l Trois ans après la scission du groupe HP, la branche
micro-informatique du géant américain a renoué
avec une forte croissance sur tous ses marchés.
l Depuis 2015, le cours de HP Inc. a bondi de plus de 50 %.
Sébastien Dumoulin
@sebastiendmln
A quelques semaines de la fin de
son exercice 2018 (fin octobre),
Dion Weisler peut se féliciter. Aux
manettes de HP Inc. depuis trois
ans que l’ex-géant de l’informatique s’est scindé en deux, il a parfaitement mené sa barque. On
peut même dire fait mentir les
Cassandre.
Fin 2015, HP Inc. héritait des activités de fabrication de PC et d’imprimantes, dont le chiffre d’affaires
dégringolait alors à un rythme de
plus de 9 %. Depuis, la situation s’est
renversée. Alors que HPE, l’entité
vendant du service et des serveurs
aux entreprises, reste chahuté, HP
Inc. a clairement tiré les marrons de
la scission.
Financièrement, l’embellie est
indéniable. Sur les neuf premiers
mois de l’année, l’entreprise a
encaissé 43 milliards de dollars, en
hausse de 13 % sur un an. Ses ordinateurs, qui représentent toujours
deux tiers des ventes, s’écoulent
comme des petits pains : +16 % sur
un an. Et les imprimantes, qui
représentent deux tiers des bénéfices, ne sont pas en reste (+12 % de
revenus sur les neuf premiers mois
de l’année).
La Bourse ne s’y est pas trompée.
Depuis la scission, le cours de HP
Inc. a bondi de plus de 50 %. La
société est aujourd’hui valorisée
38 milliards de dollars.
Efforts de recherche
et développement
« La séparation nous a permis de
retrouver des marges de manœuvre.
Nous avons réalisé des économies
importantes sur certains postes
comme la distribution, qui ont pu
être réinjectées dans la R&D ou le
marketing de nos produits », explique Dion Weisler. Sur la période
2014-2016, alors que le bénéfice net
s’effondre de moitié, passant de 5 à
2,5 milliards de dollars, le groupe
maintient coûte que coûte ses
efforts de recherche (autour de
1,2 milliard de dollars par an).
Cela permet à HP de monter en
gamme dans les PC, où il reprend le
titre de numéro un mondial, au
coude-à-coude avec le chinois
Lenovo et un cran devant Dell. HP
s’incruste également sur des niches
porteuses comme le gaming, où sa
marque Omen détient plus d’un
quart du marché français actuellement, selon GfK, contre un dixième
en 2016. Idem pour l’activité
d’impression. « Les clients dépensaient parfois plus dans le meuble
pour la cacher que dans l’imprimante elle-même. Nous avons travaillé le design pour en faire un produit qui a toute sa place dans le
salon », poursuit Dion Weisler en
pointant une des dernières créations du groupe.
Acquisitions stratégiques
Stratégiquement, HP se cherche
des relais et vise le marché des grandes imprimantes A3 de bureau. Un
gâteau de 55 milliards de dollars
qu’il mordait à peine. Fin 2016, Dion
Weisler met 1,5 milliard de dollars
sur la table pour acquérir les compétences de Samsung dans le
domaine ainsi que le distributeur
spécialisé Apogee. « Nous avions
moins de 5 % du marché, nous avons
dépassé les 9 %, sans compter le marché des services adjacents », se félicite le patron.
« La concentration devrait se
poursuivre », estime Dion Weisler. Alors que le marché du PC est
aux deux tiers dans les mains de
trois acteurs, celui de l’impression reste p our sa part fragmenté. Malgré ses 6 milliards de
dollars de cash, le patron ne souhaite pas particulièrement grossir par acquisition. « Je suis intéressé par la propriété intellectuelle,
pas par l’achat de parts de marché.
Un client ne s’achète pas. Il se
gagne, par l’innovation. » Un mantra qui lui a bien réussi jusqu’à
présent. n
ANNLEGALECH
annonces judiciaires & légales
AVIS D’OUVERTURE D’ENQUETE PUBLIQUE PORTANT SUR LE PROJET DE REGLEMENT LOCAL
DE PUBLICITE INTERCOMMUNAL DE L’ETABLISSEMENT PUBLIC TERRITORIAL GRAND PARIS SEINE OUEST
Par arrêté n°A2018/55 du 28 septembre 2018, le Président de l’établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest a prescrit l’ouverture et l’organisation de l’enquête
publique portant sur le projet de Règlement Local de Publicité intercommunal qui se déroulera du mardi 6 au jeudi 29 novembre 2018 inclus, soit pendant 24 jours consécutifs.
Caractéristiques principales du Règlement
Local de Publicité intercommunal :
Le règlement local de publicité intercommunal s’appuie sur un découpage des territoires
agglomérés des huit communes de GPSO en
trois zones de publicité présentant un niveau
de restriction des possibilités d’affichage proportionnel à la qualité paysagère et environnementale des secteurs concernés.
Le projet de règlement comporte par ailleurs
des prescriptions relatives à l’extinction
nocturne des publicités lumineuses et aux
enseignes. Il prend aussi en compte certaines spécificités communales et comporte
des dispositions spécifiques aux abords du
boulevard périphérique parisien, dans certains secteurs d’activités économiques, ainsi
qu’aux abords des monuments historiques.
Le conseil de Territoire de l’établissement
public territorial Grand Paris Seine Ouest est
l’autorité compétente pour prendre, après l’enquête publique, la décision d’approbation du
règlement Local de Publicité intercommunal.
Monsieur François HUET, ingénieur chargé
d’affaires VRD, a été désigné commissaire
enquêteur.
Pendant toute la durée de l’enquête, le public pourra prendre connaissance du dossier
d’enquête sur support papier et numérique
et consigner ses observations, propositions,
contre-propositions sur les registres d’enquête établis sur feuillets non mobiles, cotés
et paraphés par le commissaire enquêteur et tenus à sa disposition à cet effet du
mardi 6 au jeudi 29 novembre 2018 inclus
(sauf dimanches et jours fériés), dans les
neuf lieux d’enquête désignés ci-après, aux
jours et heures habituels d’ouverture au
public mentionnés :
• Etablissement public territorial Grand Paris
Seine Ouest
9 Route de Vaugirard
CS 90008
92 197 Meudon Cedex
Du lundi au vendredi de 8h30 à 19h00.
Le siège de l’établissement public territorial
est désigné comme siège de l’enquête publique.
• Mairie de Boulogne-Billancourt
Direction de l’Espace public, des Commerces et des Marchés
Annexe DELORY (4ème étage)
24 bis avenue André-Morizet
92104 Boulogne-Billancourt Cedex
Du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 ; le vendredi de 8h30 à 16h45.
• Mairie de Chaville
Direction de l’aménagement urbain
1456 Avenue Roger Salengro
92370 Chaville
Du lundi au vendredi de 8h 30 à 12h et de
13h à 17h. Les bureaux de la Direction Aménagement urbain seront exceptionnellement
ouverts les mardis 6, 13, 20 et 27 novembre
2018 pour permettre la consultation du dossier.
• Centre administratif municipal d’Issy-lesMoulineaux
Atelier d’Urbanisme et de Développement
Durable (2ème étage)
47, rue du Général Leclerc
92130 Issy-les-Moulineaux
Les lundi, mardi, mercredi et vendredi de
8h30 à 18h00, le jeudi de 8h30 à 19h00, le
samedi de 8h30 à 12h00.
• Mairie de Marnes la Coquette
3 Place de la Mairie
92430 Marnes la Coquette
Les lundis, mercredis, jeudis de 8h 30 à 12h
30 et de 13h 30 à 17h 30 ; le mardi, de 8h30
à 12h30 - Fermée l’après-midi ; le vendredi,
de 8h 30 à 12h 30 et de 13h 30 à 17h ; le
samedi de 9h à 12h30 (hors vacances scolaires).
• Mairie de Meudon
Service urbanisme
6 avenue Le Corbeiller
92195 Meudon Cedex
Du lundi au vendredi de 8h30 à 12h00 et de
13h30 à 17h30, le samedi de 8h30 à 12h00.
• Mairie de Sèvres
(Hall de l’hôtel de ville)
54, Grande Rue
92311 Sèvres
Du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30 et de
13h30 à 17h30, le samedi matin de 8h30 à
12h00.
• Centre Administratif de Vanves (Rez-dechaussée)
33 rue Antoine Fratacci
92170 Vanves
Du lundi au jeudi de 8h 30 à 12h30 et de
13h30 à 17h30 ; le vendredi de 8h30 à 12h30
et de 13h30 à 17h00 ; le samedi de 9 heures
à 12 heures (exceptionnellement fermé le samedi 10 novembre 2018).
• Mairie de Ville d’Avray
Services Techniques (1er étage du bâtiment sur cour)
13 rue de Saint-Cloud
92410 Ville d’Avray
Les lundis et vendredis de 9h à 12h30 et de
13h30 à 17h30 ; Les mardis, mercredis, jeudis de 8h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30.
Outre les dossiers consultables dans les
lieux d’enquête mentionnés ci-dessus, des
informations relatives à l’enquête et le dossier d’enquête publique sont mis en ligne
pendant toute la durée de l’enquête sur le
site internet de l’établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest à l’adresse
suivante : http://www.seineouest.fr/RLPI.html
ainsi que sur le site suivant : http://rlpi.enquetepublique.net. Un accès gratuit au dossier
est également garanti dans les lieux visés
ci-dessus via un poste informatique.
De plus, outre les registres papier mis à disposition dans les lieux d’enquête mentionnés
ci-avant, le public pourra communiquer ses
observations sur un registre électronique accessible à l’adresse suivante : http://rlpi.enquetepublique.net, qui sera clos à l’heure de
fermeture du siège de l’enquête publique. Il
pourra également, pendant la durée de l’enquête publique, adresser ses observations
par voie électronique à l’adresse suivante :
rlpi@enquetepublique.net ou par voie postale à l’attention du Commissaire enquêteur,
avec la mention « Enquête publique RLPi Ne pas ouvrir » à l’adresse suivante : EPT
GPSO, 9 Route de Vaugirard, CS 90008,
92 197 Meudon Cedex. Les observations
formulées par voie postale seront annexées
au registre papier tenu à disposition au siège
de l’enquête. Les observations formulées par
courriels seront annexées au registre électronique.
Information sur la protection des données
personnelles
Dans le cadre de la présente enquête publique, les observations et propositions déposées sur le registre papier ou électronique
ou transmises par voie postale ou par courriel feront l’objet d’un traitement par l’établissement public territorial Grand Paris Seine
Ouest en vue de leur analyse.
Le commissaire enquêteur se tiendra à la
disposition du public pour recevoir ses observations écrites ou orales, dans les lieux et
aux jours et heures indiqués ci-après :
• Au siège de l’établissement public territorial
Grand Paris Seine Ouest, situé 9 Route de
Vaugirard à Meudon, le mardi 6 novembre
2018 de 9h00 à 12h00
• A l’annexe Delory de la Mairie de Boulogne-Billancourt, située 24 bis, avenue André Morizet, le mercredi 14 novembre 2018
de 14h30 à 17h30
La ligne de référence est de 40 signes en corps minimal de 6 points didot.
Le calibrage de l’annonce est établi de filet à filet.
Les départements habilités sont 75, 78, 91, 92, 93, 94, 95 et 69.
LES ECHOS SOCIÉTÉS - LE PUBLICATEUR LÉGAL - LA VIE JUDICIAIRE
• Au
centre
administratif
municipal
d’Issy-les-Moulineaux, situé 47, rue du
Général Leclerc, le samedi 24 novembre
2018 de 9h00 à 12h00
• En Mairie de Chaville, située 1456 Avenue
Roger Salengro, le jeudi 29 novembre 2018
de 14h00 à 17h00
Le projet de règlement local de publicité intercommunal de l’établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest n’est pas
soumis à évaluation environnementale ni à
étude d’impact. Les informations environnementales se rapportant à l’objet de l’enquête
sont comprises dans le dossier d’enquête publique (rapport de présentation du projet de
règlement de local de publicité intercommunal) consultable aux lieux, jours et horaires
indiqués ci-avant.
Dès sa réception par l’établissement public
territorial Grand Paris Seine Ouest et pendant une durée d’un an à compter de la date
de clôture de l’enquête publique, le rapport
et les conclusions du commissaire enquêteur seront tenus à la disposition du public
au siège de l’établissement public territorial
Grand Paris Seine Ouest situé 9 route de
Vaugirard, CS 90008, 92197 Meudon Cedex et sur le site internet de l’établissement
public territorial Grand Paris Seine Ouest à
l’adresse suivante: www.seineouest.fr. Par
ailleurs, les personnes intéressées pourront
obtenir communication du rapport et des
conclusions dans les conditions prévues par
la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 modifiée.
Une copie du rapport et des conclusions du
commissaire enquêteur sera également tenue à la disposition du public en Préfecture
des Hauts-de-Seine, et en mairies de Boulogne-Billancourt, Chaville, Issy-les-Moulineaux, Marnes la Coquette, Meudon,
Sèvres, Vanves et Ville d’Avray, pendant un
an à compter de la clôture de l’enquête.
La personne responsable du projet de règlement Local de Publicité intercommunal est
Monsieur le Président de l’établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest.
Des informations relatives à la présente enquête publique peuvent être demandées, par
voie postale à l’adresse suivante : Monsieur
le Président, Etablissement public territorial
Grand Paris Seine Ouest, 9 route de Vaugirard, CS 90008, 92197 Meudon Cedex. Ces
informations peuvent aussi être demandées
à Mme Karine TURRO, directrice de l’urbanisme de l’EPT GPSO, par téléphone au
01 46 29 19 65 ou par courriel à l’adresse :
gpso.dadd@seineouest.fr.
INTERVIEW // DION WEISLER
Directeur général de HP Inc.
« L’impression 3D
nous ouvre un marché de
12.000 milliards de dollars »
Propos recueillis par
S. Dum.
A
près avoir redressé ses activités historiques dans les
PC et les imprimantes, le
patron du géant américain se verrait bien empiéter sur la production
industrielle.
HP s’est bien redressé. Mais
vos deux marchés, les PC et les
imprimantes, sont annoncés
comme stables au mieux dans
les années à venir. Comment
comptez-vous croître ?
Comme ces dernières années ! Le
marché est morose depuis longtemps. Il perdait même près de 10 %
quand nous avons renoué avec la
croissance. Mais nous avons refusé
d’accepter que ces catégories de
produits étaient vouées au déclin.
Nous avons innové, segmenté, identifié des poches de croissance.
L’idée n’est pas de détenir le plus
possible de parts de marché.
Aucune entreprise n’est tenue d’être
numéro un. Je m’en moque. C’est
l’innovation qui compte. Et qui se
traduit dans les résultats.
Pourriez-vous bénéficier du
retrait de certains concurrents, comme par le passé ?
Sur le marché de l’impression, c’est
possible. La concentration y est
plus lente. La plupart de nos concurrents sont japonais et ils mettent
beaucoup plus de temps à renoncer. Cela dit, HP est très bien positionné. Notre bilan est solide. Nous
avons des avantages compétitifs
déterminants, en particulier dans la
sécurité. C’est crucial : une imprimante mal protégée est un cheval
de Troie dans un réseau informatique. Enfin, notre portefeuille de
solutions est très large : jet d’encre,
laser, presse numérique pour faire
du packaging…
Vous avez investi
dans l’impression 3D.
Qu’en espérez-vous ?
C’est une opportunité incroyable
pour HP. L’industrie manufacturière est un marché de 12.000 milliards de dollars qui s’ouvre à nous.
Bien sûr, ce n’est encore que le tout
début. L’activité est très petite. Mais
l’impression 3D fait des progrès très
rapides. Récemment, un constructeur automobile nous a demandé
de concevoir un dissipateur de chaleur pour un véhicule électrique.
Entre le brief et la pièce finale, il n’a
Dmitry Kostyukov/NYT-Redux-RÉA
INFORMATIQUE
« L’impression 3D est une
opportunité incroyable pour
HP », se félicite Dion Weisler.
fallu que neuf jours. Avec une production classique, cela aurait pris
six mois !
Pourtant HP n’imprime
pas encore ses propres
ordinateurs en 3D…
Economiquement, le point
d’inflexion se déplace. Il y a un an et
demi, si l’on produisait moins de
55.000 pièces, il était rentable de les
imprimer en 3D. Aujourd’hui, ce
seuil est de 110.000 pièces. C’est la loi
de Moore appliquée à l’impression
3D. HP produit 60 millions de notebooks par an, nous n’avons pas
atteint le seuil où il est économiquement intéressant d’imprimer toutes les pièces de l’ordinateur. Mais
cela pourrait devenir une réalité.
La guerre commerciale entre
la Chine et les Etats-Unis
menace-t-elle vos ambitions ?
Nous opérons dans 170 pays. Nous
sommes des défenseurs du libreéchange. Mais ce n’est pas exactement le monde dans lequel nous
vivons aujourd’hui. Nous sommes
très attentifs et nous tirerons le
meilleur parti des changements
futurs. Certaines hausses de droits
de douane aux Etats-Unis − sur les
ordinateurs de bureau et les accessoires − nous affectent directement.
Nous sommes en train d’étudier
comment atténuer cet effet, y compris en modifiant notre chaîne
d’approvisionnement. En tant
qu’organisation nous sommes
habitués au changement. Et nous
avons prouvé que nous savions le
transformer en opportunité. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Illustration Ugo Bienvenu pour « Les Echos »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
// 43
Les Echos Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018
en
direct
Nantes ouvrira trois
dimanches en 2019
Emission réussie
pour la SGP
PAYS-DE-LA-LOIRE Les syndi-
ÎLE-DE-FRANCE La Société du
cats de salariés et le patronat ont
fini par s’entendre sur trois
ouvertures dominicales pour les
fêtes de fin d’année prochaine
sur la métropole. L’accord territorial de 2018 était menacé par la
décision d’un hypermarché
Auchan d’ouvrir chaque dimanche matin.
Patrick Allard/RÉA
PME
&REGIONS
43
agence française, a suscité un
intérêt deux fois supérieur au
montant émis, témoignant ainsi
de l’intérêt des investisseurs,
notamment internationaux, pour
le Grand Paris Express, se félicite
le constructeur du futur métro
de rocade de la région parisienne. Au-delà de la qualité de
crédit reflétant le soutien de
l’État, le succès de notre émission
inaugurale confirme l’attractivité
internationale du Grand Paris ».
Grand Paris (SGP) a émis la
première obligation verte de son
programme « Green Euro
Medium Term Note », d’un
montant de 1,75 milliard d’euros
à échéance du 22 octobre 2028.
« Cette émission inaugurale de la
Société du Grand Paris, la plus
importante émission verte d’une
Les instruments de musique français
cherchent un nouveau souffle
Le xylophone
Bergerault,
très présent
dans les écoles
américaines
l Menacée par la concurrence asiatique, la filière des instruments de musique reste très éclatée.
l Un rapport du Crédoc pour la DGE préconise plus de services.
LOISIRS
Stéphane Frachet
@Frachet2
Depuis un an, le fabricant de saxophones et clarinettes Buffet Crampon s’est offert un showroom de 100
mètres carrés sur le boulevard
Saint-Germain à Paris. « Beaucoup
de musiciens rencontrent nos
luthiers dans nos ateliers à Mantesla-Ville depuis 1850, mais lorsqu’un
grand orchestre est à Paris, il n’a pas
toujours le temps de venir dans les
Yvelines », explique Isabelle Azra,
directrice de la communication de
cette entreprise de 900 salariés et
quatre usines. Buffet Crampon y a
détaché « l’un de ses meilleurs réparateurs », dit-elle. Une vitrine qui est
aussi un atelier de service aprèsvente. Chez Vandoren, la fabrication de becs et anches d’instruments à vent a déménagé dans un
atelier moderne à Bormes-les-Mimosas (Var). Le siège historique de
la rue Lepic à Paris est devenu un
lieu de master classes et de vente de
partitions.
Une filière éclatée
Le service, c’est justement l’un des
points faibles de la filière des instruments de musique, selon une
étude très complète du Crédoc,
commandée par la Direction générale des entreprises (DGE). Ce rapport paru en juin préconise entre
autres de mieux recourir à la location, souvent réservée aux trois
300
MILLIONS D’EUROS
le chiffre d’affaires du secteur
des instruments de musique.
Bergerault est l’un des
derniers fabricants contrôlés par la famille fondatrice.
Ses xylophones, marimbas
et timbales équipent tous
les grands orchestres.
On ne le sait pas assez, ce sont des
xylophones Bergerault fabriqués à
Ligueil, dans la campagne tourangelle, qui initient les petits Américains à la musique. Dans les années
1970, lors d’une exposition à Francfort, Gilbert Fergeau, le gendre du
fondateur Albert Bergerault, découvre l’intérêt des écoles anglosaxonnes pour les percussions éducatives. « Ces petits xylophones faciles
d’accès sont recommandés par la
méthode Orff », explique Colette Fergeau, son épouse. « Les pays anglosaxons ne se limitent pas au chant
choral, heureusement. Pour autant,
ils exigent un haut niveau de qualité
pour ce matériel d’apprentissage. On
en a produit des milliers », complète
son neveu David Alaime, qui occupe
une fonction de direction dans cette
PME gérée en famille depuis 1932.
Avec 1.037 entreprises et 1.555 salariés, la fabrication d’instruments de musique est une filière éclatée et très artisanale. Photo Buffet Crampon
premiers mois d’exercice, ou
encore à la location avec option
d’achat, inexistante.
Av e c 1 . 0 3 7 e n t r e p r i s e s e t
1.555 salariés, la fabrication d’instruments de musique est une filière
éclatée : près de 9 entreprises sur 10
n’ont pas de salarié, elles ne pèsent
que 10 % de l’activité du secteur.
L’ensemble réalise plus de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires,
quand les musiciens hexagonaux,
du débutant au professionnel,
achètent plus de 600 millions
d’euros par an en accessoires et instruments, dont la moitié est des cordes pincées, autrement dit des guitares, qui ne sont plus fabriquées ici.
Pourtant, la France dispose
encore de leaders mondiaux dans
les instruments à vent, comme Buffet Crampon, son concurrent Selmer, cédé début 2018, et le fabricant
d’accessoires Vandoren. A eux
trois, ils réalisent près de 70 % de la
facture instrumentale made in
France, avec une part d’exportations autour de 90 %.
Regagner des marges
de manœuvre
Ceux qui ont survécu au tsunami
des instruments asiatiques à bas
coût ont surnagé dans le haut de
gamme. Après une période de crise
compliquée, ils regagnent quelques marges de manœuvre. Buffet
Crampon vient de racheter un flû-
t i s t e a m é r i c a i n , Powe l l , q u i
emploie 80 personnes. Le percussionniste Bergerault s’étend pour
fabriquer plus de timbales
d’orchestre. Mais exit le trompettiste tourangeau Courtois, racheté
puis délocalisé en 2014. « Dans leur
ensemble, les entreprises de la filière
ont retrouvé des résultats d’exploitation proches de ceux de la moyenne
de l’industrie, autour de 23 % »,
résume Patrick Duchen, directeur
de recherche au Crédoc.
Sur la période 2009-2015, le Crédoc souligne que la baisse des
effectifs a entraîné une progression de la productivité́ apparente.
Les entreprises ont aussi revu leurs
procédés de fabrication. Chez Buf-
fet Crampon, par exemple, le nouveau président, Jérôme Perrod,
venu du verrier Arc International,
a rationalisé la chaîne de production. Autrefois répartie sur deux
étages, elle a été regroupée sur un
seul niveau. Et l’impression 3D a
facilité le prototypage.
Mais ces leaders ne sont pas à
l’abri. « La concurrence allemande et
asiatique sur l’entrée et la moyenne
gamme monte en valeur », souligne
Patrick Duchen. Parmi les suggestions émises par ce rapport du Crédoc, celui de lier les marchés de
fournitures des conservatoires et
écoles de musique à des contrats
d’entretien et de réparation, histoire de conserver les savoir-faire n
La fabricant équipe
également en
petit mobilier la
Philharmonie de Paris.
Ce spécialiste du négoce
d’instruments relance la
marque chère à Chopin.
La production de pianos
droits a démarré en Indonésie. Celle de pianos de haute
facture s’effectuera à Nantes.
Emmanuel Guimard
— Correspondant à Nantes
En sommeil depuis près de cinq ans,
Pleyel a engagé sa renaissance sous
l’égide d’Algam. L’illustre marque,
fondée en 1807 et louée par Chopin,
a été reprise l’année dernière par ce
groupe nantais, l’un des principaux
acteurs français du négoce d’instruments de musique et de matériel
audio. « L’ambition est de faire renaître le son, le toucher mythique de
Pleyel en respectant le cahier des
charges de l’époque », mentionne
Benjamin Garnier, directeur général de la société, dont le chiffre
d’affaires dépasse les 100 millions
d’euros. « Pleyel a toujours eu un son
singulier, romantique, chaud, qui
manque aujourd’hui. »
Le groupe recrée un atelier de
fabrication de 1.000 mètres carrés
attenant à son siège social, près de
Nantes. Là seront fabriqués, les instruments de haute facture, les pianos à queue et à demi-queue. Pour
Algam, la première étape consiste à
réunir une équipe d’une dizaine
artisans expérimentés. Un spécialiste allemand, « l’un des meilleurs
facteurs de pianos », a été recruté
pour mener le projet. « C’est là un
processus complexe, avec des temps
de développement longs », indique le
dirigeant, qui estime à 2020 la livraison des premiers instruments.
Marché chinois
Mais entre-temps, l’aventure Pleyel
a déjà démarré en Asie avec la production d’une gamme de pianos
droits Pleyel « Héritage » confiée à
un sous-traitant coréen dans une
usine Indonésienne. « On a développé les pianos de la série P, considé-
rés comme le roi des pianos droits »,
détaille Benjamin Garnier, qui a installé une filiale de distribution en
Chine. Car le marché asiatique est
sans commune mesure avec celui
de l’Europe. Il se vend près de
330.000 pianos à l’année en Chine,
contre 8.000 en France.
Ces pianos droits, dont le prix
chez le revendeur avoisinera les
10.000 euros, seront aussi commercialisés en France, mais le groupe
entend déployer une gamme complète au même moment, en intégrant les pianos qui sortiront de son
atelier nantais à des prix naturellement plus élevés. Le groupe dispose
d’une solide expérience dans la production d’instruments de musique.
Algam a racheté en 2002 la marque
française de guitares Lâg pour
laquelle il a installé à Tianjin, en
Chine, une usine de 140 personnes
produisant quelque 3.300 instruments par mois, le site nantais se
gardant une partie de la production
haut de gamme. n
Jerome Chatin/Expansion-RÉA
Algam fait renaître les pianos Pleyel
Les pianos à queue et à demi-queue seront fabriqués en France,
tandis que les pianos droits sont confiés à un sous-traitant coréen.
A la tête de l’entreprise, Alexandre
et Mathieu Fergeau courent le
monde, cette semaine ils sont à
Shangai, au Salon Music China. « Les
orchestres chinois ont souvent plus de
percussions que les nôtres », souligne
Colette Fergeau.
Le fabricant de xylophones,
vibraphones, marimbas et autres a
toujours cherché à élargir sa
gamme. Il y a dix ans, au cœur de la
crise, la PME répond à un appel
d’offres de la Philharmonie de Paris
pour le petit mobilier : chaises, pupitres… Résultat : ce segment qui
n’existait pas représente 10 % des
ventes. Il a fallu ajouter un atelier
dans une commune voisine à
Esvres-sur-Indre. Cet été, Bergerault
a racheté quelques mètres carrés à
Ligueil. « Nos commandes sont en
progression », dit David Alaime, qui
cite le cas des timbales d’orchestre.
Tout n’est pas parfaitement mélodieux. « La concurrence asiatique est
féroce. On se bat pour la qualité »,
martèle Colette Fergeau. « Nous conservons des liens forts avec les musiciens et les compositeurs contemporains, qui viennent nous voir
régulièrement ici. Ce sont eux qui
nous aident à innover et à progresser,
et ils sont nos meilleurs ambassadeurs », conclut David Alaime.
Bergerault a résisté à la tentation
de la délocalisation. Ses ateliers
emploient une quarantaine de personnes. Le chiffre d’affaires n’est pas
publié, il serait d’environ 2,5 millions d’euros. — S. F.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
44 // PME & REGIONS
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
44
15
ÎLE-DE-FRANCE La mobilisation des
tion urbaine de l’agence d’innovation Paris&Co, a sélectionné les
15 lauréats de son appel à projets.
Ecosec, TwinswHeel, Heyliot, Citelum ou encore Monoprix déploieront leurs prototypes dans le
13e arrondissement.
Thomas Samson / AFP
LAURÉATS DU CONCOURS QUARTIERS D’INNOVATION URBAINE
Des prototypes de droïdes de livraison, des infrastructures pour la
mobilité autonome, des capteurs
mesurant le remplissage des
points de tri… Entouré de ses partenaires et de la Ville de Paris, l’Urban
Lab, le laboratoire d’expérimenta-
innovateurs
Paris : mobilisation
autour d’une friche
habitants du quartier de Ménilmontant pour sauver une friche devient
politique. Candidat aux futures
municipales, le député constructif
Pierre-Yves Bournazel a demandé à
la mairie de repenser ce projet de
densification qui prévoit un immeuble de 9 étages, « en totale contradiction » avec une ville durable.
CMS Francis Lefebvre
lance son interface
fiscale pour les notaires
Un remède américain pour chiens
et chats débarque en Normandie
Le groupe pharmaceutique américain MSD
va produire sur son
site d’Igoville, dans
l’Eure, un médicament
pour chiens et chats
fabriqué actuellement
par aux Etats-Unis.
Site stratégique
Le site qui emploie 200 salariés desservira en 2020 le marché européen
LE PROJET
CMS FRANCIS
LEFEBVRE
Animaux d’élevage
et animaux de compagnie
Claire Garnier
— Correspondante à Rouen
Les puces et les tiques n’ont qu’à
bien se tenir. Le groupe pharmaceutique américain MSD – qui
s’appelle Merck en Amérique du
Nord – va produire dans son usine
d’Igoville, dans l’Eure, deux antiparasitaires externes destinés à
protéger les chiens et chats contre
les puces, les tiques et les vers. Il
investit 38 millions d’euros dans un
nouveau bâtiment de 1.800 mètres
carrés qui comprendra un atelier
de fabrication et un atelier de remplissage de tubes.
Abonnement inférieur
à 1.000 euros
DR
se traduira par une cinquantaine de
recrutements. Il va, par ailleurs,
investir dans une ligne de conditionnement complètement automatisée qui produira à une cadence
élevée de 100 pipettes par minute.
« Pour nous, l’enjeu est de produire
en France à un coût compétitif », souligne Christophe Vallet.
NORMANDIE
avec deux autres associés, Gaëtan Berger-Picq et Patrick Danis.
« Nous l’avons développé avec la
legaltech Hercule, qui est très
innovante sur le plan technologique, a une bonne maîtrise du droit
et de la simplicité ergonomique. »
MSD table sur un fonctionnement en trois équipes en 2021,
ce qui se traduira par une cinquantaine de recrutements. Photo DR
et le marché mondial à terme.
Il devrait, en rythme de croisière,
assurer la production de 25 millions
de tubes par an et devenir « l’usine la
plus importante de MSD Santé Animale en produits pharmaceutiques
hors vaccins », selon Christophe Vallet, responsable projet pour la nouvelle usine. MSD Animal Health, la
division santé animale de MSD
(10 % du groupe), « a décidé de faire
d’Igoville un site stratégique », confie
ce dernier. L’industriel accroît à Igoville ses capacités de fabrication de
tubes de fluralaner – le nom de la
molécule – et, ce faisant, il « internalise » cette activité actuellement
sous-traitée à un prestataire de
Caroline du Nord (Etats-Unis).
Pour rentabiliser son investissement, MSD table sur un fonctionnement en trois équipes en 2021, ce qui
Date de création : 1925
Co-initiatrice du projet :
Elisabeth Ashworth
Chiffre d’affaires :
182 millions d’euros en 2017
Effectif : 700 personnes
Secteur : conseil juridique
Avec cette nouvelle activité, l’usine
d’Igoville va ajouter une corde à son
arc en termes de marché et de circuit de distribution. Elle vend
aujourd’hui aux agriculteurs et éleveurs des bidons de vermifuges et de
produits contre les tiques et les
puces destinés aux animaux d’élevage : vaches, porcs… Les antiparasitaires externes destinés aux animaux de compagnie seront
commercialisés par les vétérinaires.
La forme technologique change
aussi puisque le produit se présente
sous la forme d’une pipette contenant le médicament en solution,
d’une contenance de 0,4 ml pour les
chatons et de 5 ml pour les gros
chiens. Le mode opératoire consiste à appliquer quelques gouttes
de solution sur la peau du dos ou du
cou de l’animal. n
Chantal Houzelle
@HouzelleChantal
Ce 15 octobre, CMS Francis Lefebvre lance la première interface
imaginée par ses avocats pour
simplifier la tâche quotidienne
des notaires, en matière d’audit
et de rédaction des clauses fiscales des actes de mutation immobilière. « Depuis le moment où
cette idée a émergé, il s’est passé
dix-huit à vingt mois car l’interface IIARA a demandé un lourd
investissement intellectuel »,
raconte Elisabeth Ashworth,
avocate responsable de la doctrine fiscale de CMS Francis
Lefebvre, qui a porté ce projet
P3G pourrait reprendre une usine
de panneaux d’Ikea Industry France
Anticipant une baisse
de ses besoins en
panneaux de particules, le géant du meuble
évalue l’offre de rachat
du groupe français né
des Meubles Parisot.
Monique Clémens
— Correspondante à Besançon
Rachetée à Isoroy par Ikea, en 2010,
l’usine de panneaux de particules de
Lure (Haute-Saône) destinés aux
rangements Pax et cuisines Metod
n’était pas à vendre. Mais Ikea Indus-
try France, la filiale de fabrication
française du premier fabricant
mondial de meubles en bois, étudie
néanmoins l’offre de rachat de P3G
Industries avec intérêt. Ce groupe a
été constitué par Jean-Charles Parisot au gré du rachat des filiales des
Meubles Parisot, et a réalisé, en
2017, un chiffre d’affaires de
290 millions d’euros auprès de grandes surfaces de bricolage européennes et d’industriels du meuble français et allemands. Son fondateur a
en effet identifié avec cette usine un
parfait complément à sa filiale SFP
(Société de Fabrication de Panneaux). Implanté à 30 kilomètres, à
Saint-Loup-sur-Semouse, SFP est
saturé depuis trois ans. P3G avait
d’abord imaginé un partenariat
pour « exploiter différemment » la
part de la production de Lure qui
n’est pas destinée aux meubles Ikea
– et qui est appelée à diminuer, le
produit étant en perte de vitesse par
rapport à d’autres produits comme
le panneau alvéolé, plus léger. Mais
Ikea Industry France assure maintenant « évaluer la proposition d’acquisition de P3G Industries, basée sur un
solide business plan », et vient d’entamer des discussions « constructives » avec ses partenaires sociaux.
12 millions d’euros
d’investissement
P3G envisage en effet de reprendre
la totalité des 165 salariés, d’investir
12 millions d’euros dans l’outil industriel (dans lequel Ikea a déjà injecté
45 millions d’euros depuis 2010) et
d’y dupliquer le modèle économi-
que de SFP. Un modèle qui apporte
de la valeur ajoutée à la production
« avec de la découpe, des revêtements,
du perçage », explique Jean-Charles
Parisot. « Le projet est de valoriser le
produit pour élargir sa typologie et
son panel de clients, notamment à
l’export. » Un projet qui parle à Ikea
Industry France. « Le besoin d’Ikea
en panneaux de particules provenant
de l’usine de Lure sera inférieur à
50 % de la capacité de l’usine dans
trois ans, alors qu’il est aujourd’hui de
70 % », assure Aurélien Masson,
directeur général adjoint de l’usine.
« Notre mission est de contribuer à
une offre unique et abordable d’Ikea,
pas de donner la priorité aux clients
extérieurs. » Si P3G devait reprendre
le site, il continuerait à fournir des
panneaux au groupe Ikea. n
Indépendance Royale est porté par les seniors
LA PME À SUIVRE
NOUVELLEAQUITAINE
Effectif : 48 salariés
Chiffre d’affaires : 22,8 millions
Activité : matériel médical
Jean-Pierre Gourvest
— Correspondant à Limoges
Bénéficiant d’une conjoncture favorable, Indépendance Royale, fondé
en 2003 par Dominique Boulbès,
affiche une progression régulière, il
a doublé en cinq ans son chiffre
d’affaires, passé de 11,5 millions
d’euros en 2012 à 22,8 millions
d’euros en 2017. Fabriquant et commercialisant des équipements destinés aux personnes âgées, la firme,
qui emploie 48 salariés dans la banlieue de Limoges (Haute-Vienne),
bénéficie d’un réseau national
d’environ 200 agents diffusant ses
produits. Ces derniers concourent au maintien à domicile des
seniors et à leur autonomie dans les
domaines de la salle de bains, des
monte-escaliers, des literies adaptées et autre solutions dédiées.
« Nous sommes sur un marché émergent, explique le dirigeant, appelé à
se développer car les besoins sont
immenses. En France, le vieillissement était un sujet tabou, mais depuis
dix ans les mentalités évoluent, provoquant des besoins de plus en plus
variés. » 2018 devrait confirmer cette
tendance, avec un chiffre d’affaires
évalué pour son premier semestre à
plus de 13 millions d’euros. (+8 % par
rapport à la même période l’année
précédente). D’après le dirigeant, le
prévisionnel de fin d’année pourrait
s’élever à 33 millions d’euros, le tout
générant une augmentation de 15 %
de l’effectif à Limoges, mais aussi
indirectement dans le service commercial. Tous ses indicateurs sont
au vert dans une Silver économie
qui privilégie dorénavant le maintien à domicile.
Innover pour servir
L’unité recherche de la société planche en permanence sur des nouveautés, dont une porte blindée
ultra-sécurisée qui sera disponible
fin 2018. Côté concurrence, « IR » se
veut serein face à une poignée
d’intervenants proposant en majorité des solutions uniques, tandis
qu’il commercialise du matériel
prenant en charge l’ensemble des
équipements. Ses exportations restent pour l’instant marginales, mais
Dominique B oulb ès n’exclut
aucune piste de développement.
« Nous confortons en priorité notre
maillage territorial, confie-t-il, en
nous donnant les moyens techniques
et humains pour répondre à une
demande qui explose. Nous innovons
dans tous les domaines de la vie quotidienne des seniors en ciblant les solutions mises en œuvre rapidement
avec le minimum de travaux. » n
Une fleur artificielle
connectée pour mieux
connaître les abeilles
DR
BOURGOGNEFRANCHE-COMTÉ
Au cœur de cette interface intuitive, un puissant algorithme
permet de procéder à une première analyse de chaque situation au regard de la réglementation fiscale. « Nous y avons
modélisé les règles de TVA et de
droit de mutation. Si l’algorithme
ne repère aucune complexité,
l’interface produit directement la
clause fiscale. Dans le cas contraire, nos experts la récupèrent et
y apportent la valeur ajoutée
nécessaire », explique Elisabeth
Ashworth. Tous les notaires
passant par cette plate-forme se
verront dégagés de leur responsabilité vis-à-vis de l’administration fiscale. « C’est la nôtre qui
sera engagée, assure-t-elle. Notre
objectif est de leur donner accès
plus facilement à notre expertise
et à moindre coût. » Testé notamment par l’étude Cheuvreux, ce
service sera accessible moyennant un abonnement inférieur à
1.000 euros par mois. Sans
compter les honoraires éventuels si l’intervention du cabinet
s’avère nécessaire. Vu l’intérêt
suscité, CMS Francis Lefebvre
projette de décliner sa plateforme, par exemple au calcul
des plus-values. n
LE PROJET
CRCA
Jacques Henno
@jhennoparis
Une abeille domestique butine
environ quatorze jours, effectuant quotidiennement une
trentaine de voyages pendant
lesquels elle visite des dizaines,
voire des centaines de fleurs éloignées parfois de plusieurs kilomètres de sa ruche. Pour s’orienter et repérer les bonnes fleurs,
elle doit réaliser un grand nombre d’apprentissages visuels,
olfactifs, tactiles… « Si nous comprenons mieux ce que les abeilles
apprennent et comment, nous en
saurons plus sur leurs comportements et pourrons, peut-être,
donner des conseils aux agriculteurs, aux semenciers mais aussi
aux instances de conservation… », explique Mathieu Lihoreau, éthologue spécialiste du
comportement animal au Centre de recherches sur la cognition animale (CRCA), une unité
mixte du CNRS et de l’université
de Toulouse Paul-Sabatier. Plusieurs techniques existent pour
suivre les abeilles, dont des
fleurs artificielles en carton sur
lesquelles on peut déposer différentes quantités de sucre. Mais,
utilisées depuis les années 1950,
elles sont devenues archaïques.
Mathieu Lihoreau a proposé à
des élèves de la filière technique
du lycée Julliot-de-la-Morandière à Granville, en Normandie,
de réaliser une fleur artificielle
high-tech. Elle se remplit automatiquement de nectar, grâce à
une petite pompe, et de pollen
avec une petite poire qui distribue une poudre : mélange de
protéine, de lipide et de cellulose,
sur des étamines artificielles.
QR Code sur les abeilles
Une caméra placée au-dessus de
la fleur reconnaît le QR Code
placé sur le dos des abeilles
cobayes, ce qui permet de savoir
quand elles arrivent sur la fleur,
ce qu’elles y font, pendant combien de temps, seules ou à plusieurs ? Soutenus par la Fondation Dassault Systèmes, qui a
aidé leur établissement scolaire
à s’équiper d’imprimantes 3D,
les lycéens ont réalisé un premier prototype. « Avec des collègues électroniciens et informaticiens, je travaille à la mise au point
d’un modèle optimisé, qui pourra
être fabriqué en série et à bas
coût », annonce Mathieu Lihoreau. Les premières expériences
grandeur nature sont prévues
au printemps 2019. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Les Echos Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018
45
FINANCE
&MARCHES
L’OR PROFITE DU
RALENTISSEMENT DE
L’INFLATION AUX ÉTATS-UNIS
L’or a gagné 2,5 % jeudi à
1.219,85 dollars l’once, sa plus forte
hausse depuis mai 2017. Ce mouvement fait suite au ralentissement de
l’inflation américaine. Les investisseurs estiment que la Fed pourrait
revoir le rythme de son resserrement monétaire. Les menaces
du président Trump de prendre
« beaucoup plus » de mesures contre la Chine ont aussi soutenu l’or.
les
indices
BOURSE
La déroute se poursuit sur les marchés
l La Bourse de Paris est bien partie pour connaître sa pire semaine en Bourse depuis février dernier.
l Comme il y a huit mois, la remontée des taux obligataires fragilise les marchés actions.
l La politique commerciale agressive de Donald Trump ajoute à l’incertitude ambiante.
Pierrick Fay
@pierrickfay
Un vent d’anxiété souffle sur les
marchés financiers en ce mois
d’octobre. Comme en février dernier. La remontée des taux d’intérêt
sur le marché obligataire américain nourrit la correction boursière. « Le taux des emprunts à
10 ans américains a pris 40 points de
base en six semaines, dont la moitié
sur le seul mois d’octobre », explique
UBS dans une note, rappelant
qu’une hausse équivalente avait fait
chuter les marchés en février.
Le rendement du taux à dix ans
américain a dépassé récemment les
3,20 %, ce qui rend l’investissement
en actions plus risqué. « Le marché
normalise ses excès », constate Stéphane Déo à La Banque Postale AM,
en vendant les valeurs de croissance, jugées bien valorisées, au
profit de certaines valeurs délaissées. Mercredi, ces dernières
avaient affiché une surperformance relative de 2,64 % face aux
valeurs de croissance, selon Stéphane Déo.
dant ». Car, à terme, ces tarifs douaniers pourraient amplifier les tensions inflationnistes aux Etats-Unis
et peser sur les intentions d’investissement des entreprises. La correction actuelle des marchés est aussi
l’illustration de ces incertitudes.
Trump menace
encore la Chine
« Le marché a longtemps sous-estimé cette crainte en se disant que
Trump parviendrait à un “deal”
comme il l’a fait pour l’Alena avec le
Mexique. Il espérait la même chose
avec la Chine, mais je ne crois pas à ce
scénario. On a dérivé vers des problèmes plus complexes sur les brevets, la
puissance des technologies, le manque d’ouverture du marché chinois.
Cela ne va pas être facile à régler à
moyen terme », avertit David Older,
chez Carmignac.
Les dernières déclarations de
Donald Trump en attestent. Alors
que les investisseurs se montraient
rassurés, jeudi après-midi, par les
chiffres de l’inflation américaine –
qui a ralenti en septembre – éloignant ainsi le risque d’accélération
du rythme de hausse des taux de la
Fed, Donald Trump a remis de
l’huile sur les braises dans un entretien sur Fox News. « L’économie chinoise a ralenti très nettement et j’ai
encore beaucoup de choses à faire, si
je veux. Je ne le veux pas, mais ils doivent venir à la table des négociations. » Plus tôt, les attaques du président américain contre la politique
monétaire de la Fed avaient aussi
secoué les marchés.
Conséquence, la dégringolade
s’est poursuivie sur les marchés
actions. La Bourse de Paris a perdu
1,92 % jeudi à 5.106 points, ce qui
porte son repli à 4,72 % depuis le
début de la semaine. Elle pourrait
donc enregistrer sa pire performance hebdomadaire depuis
février dernier.
Saison des résultats
Et maintenant ? La poursuite de la
correction dépendra d’abord de
l’évolution des taux américains.
« Cette hausse n’est pas dictée par
une envolée de l’inflation ou des pressions inflationnistes. Pour moi, c’est
un problème de liquidité. Je pense
donc que les taux vont se stabiliser et
les marchés actions avec », espère
David Older. Un avis partagé par
Vincent Juvyns chez JP Morgan
AM : « Il y a une conjonction d’éléments qui poussent les taux à la
hausse : la normalisation de la politi-
Le rendement
du taux à dix ans
américain a dépassé
récemment
les 3,20 %, ce qui
rend l’investissement
en actions plus risqué.
que monétaire de la Fed, qui va
racheter 600 milliards de dollars
d’emprunts d’Etat en moins cette
année, des variables économiques –
inflation et croissance – qui permettent à la Fed d’augmenter ses taux…
Mais à un moment, leur niveau va
devenir suffisamment intéressant
pour pousser les investisseurs à acheter des obligations, ce qui devrait freiner le mouvement de hausse des
taux ».
Elle dépendra aussi de la saison
des résultats qui va démarrer à Wall
Street. Les analystes anticipent une
hausse de 21 % des bénéfices par
action pour le S & P 500 au troisième trimestre et de 20 % au quatrième trimestre. Les attentes sont
donc très élevées, notamment sur
les marges, ce qui constitue aussi un
risque en cas de déception. Les
investisseurs seront aussi attentifs
aux prévisions des entreprises,
d’autant que de nombreux dirigeants ne cachent plus leurs inquiétudes sur les conséquences de la
guerre tarifaire avec la Chine. Après
avoir connu le meilleur de Trump
depuis un an, les investisseurs
pourraient bien commencer à en
connaître le pire.
L’avertissement
du FMI
Mais la hausse des taux n’est pas la
seule explication à la vague de prises de bénéfice sur les marchés
b oursiers. Les investisseurs
s’inquiètent aussi des risques de
ralentissement de la croissance
mondiale. La correction coïncide
avec l’avertissement du FMI sur la
croissance. L’institution a revu en
baisse ses prévisions, à 3,7 %
pour 2018 et 2019, au lieu de 3,9 %.
En cause, la hausse des tarifs douaniers, qui risque de peser sur les
échanges internationaux. L’effet est
déjà visible sur la Chine, mais aussi
sur l’Europe, avec une croissance
d e s n o u ve l l e s c o m m a n d e s à
l’exportation, au plus bas depuis
cinq ans, selon IHS Markit.
Jusqu’ici, Wall Street avait semblé épargné, mais pour Richard
Titherington, chez JP Morgan AM,
« ce serait une erreur de minimiser
l’impact de la dispute commerciale
entre les Etats-Unis et la Chine, qui ne
peut être qu’un jeu perdant-per-
(
Lire « Crible »
Page 55
Un nouveau test pour l’indépendance de la Réserve fédérale américaine
Pointée du doigt par Donald
Trump, qui estime « qu’elle
est devenue folle », la Fed
devrait prouver qu’elle peut
maintenir son cap.
Guillaume Benoit
@gb_eco
Donald Trump n’aura pas mis longtemps avant de trouver un coupable
à la violente chute enregistrée par
Wall Street. « Le problème vient de la
Fed », a déclaré le président américain interrogé dans l’émission « Fox
and Friends ». Il a également
jugé ridicule qu’elle continue à relever ses taux : « La Fed fait une erreur.
Elle se montre tellement stricte. Je
pense qu’elle est devenue folle ». Il a
reconnu par la suite que la correction des marchés boursiers était
attendue. Il n’empêche : le président
américain continue de mettre la
pression sur la banque centrale,
pourtant indépendante. Du jamais
vu. Déjà mardi, il avait marqué sa
désapprobation sur le rythme de
hausse du taux des Fed Funds.
« L’économie est à des niveaux
records, et je ne veux pas la ralentir
même un tout petit peu, particulièrement quand nous n’avons pas de problème avec l’inflation. »
Un risque pour l’économie
La bonne santé économique aux
Etats-Unis est en effet l’argument
majeur de la campagne de Donald
Trump pour les élections de mimandat. « Il y a une possibilité que la
hausse des coûts d’emprunt [liée au
relèvement des taux] combinée
avec une escalade dans la guerre
commerciale et d’autres causes
externes comme les problèmes des
émergents et les péripéties autour du
budget italien, exacerbe les risques
pour l’économie américaine », envisage ING.
Face à cette pression, la Fed pourrait être tentée de ralentir le rythme.
D’autant que les prix à la consommation publiés jeudi après-midi
font apparaître un ralentissement
de l’inflation. Celle-ci était de 2,3 %
en rythme annuel en septembre,
contre 2,7 % en août, ce qui pourrait
constituer une excuse pour réduire
le nombre de futurs tours de vis. Les
marchés ont d’ailleurs réagi plutôt
positivement à cette publication.
Trump continue de
mettre la pression sur
la banque centrale,
pourtant indépendante.
Pour autant, la situation économique n’a pas fondamentalement
changé. La semaine dernière,
Jerome Powell, patron de la Fed,
estimait que les taux directeurs
américains étaient encore loin de
leur niveau neutre. Le chiffrage de
ce taux neutre varie selon les économistes, mais il s’agit du point où il ne
constitue ni un encouragement, ni
un frein à l’économie. Des déclarations qui ont convaincu les marchés
que la banque centrale procéderait
encore à trois ou quatre tours de vis
d’ici à fin 2019.
Les menaces de ralentissement
de l’économie ne sont encore
qu’hypothétiques, d’autant plus que
celle-ci est portée par la politique
fiscale et budgétaire particulièrement accommodante voulue par
Donald Trump. Le taux de chômage est à un plus bas historique.
L’inflation reste quant à elle tout à
fait dans le niveau cible de la Fed.
Pour Jerome Powell, il s’agirait
donc plutôt d’une bonne occasion
de réaffirmer son indépendance
vis-à-vis du président qui l’a
nommé à son poste en février dernier. Il pourra au moins compter
sur le soutien de plusieurs grands
argentiers de la planète. Et notamment celui de Christine Lagarde. La
présidente du FMI est montée au
créneau pour défendre la hausse
des taux, lors de la conférence de
l’institution internationale à Bali,
jeudi. Elle a estimé que les hausses
de taux aux Etats-Unis étaient un
développement nécessaire et inévitable. Donald Trump a pour sa part
fini par déclarer « qu’il ne virerait
pas Powell, même s’il était déçu ». n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
46
LES POINTS
DE VUE
La tech américaine
au cœur de la correction
Le Nasdaq a perdu plus de
7 % depuis le 3 octobre. Les
stars de la tech, comme
Netflix, Facebook, Amazon
ou Twitter, ne sont pas
épargnées par la correction.
C’est la partie la plus visible de la correction récente sur les marchés
financiers. Le Nasdaq chute de
8,20 % depuis le 3 octobre, contre un
repli de 5,41 % pour le S&P 500. Il
faut dire que le secteur était l’un des
rares à progresser en Bourse cette
année. Et dans un contexte de montée des risques, il n’est pas non plus
surprenant qu’il fasse les frais de la
correction en cours. « On assiste à des
ventes massives sur les actions les plus
chères, celles qui sont orientés sur la
croissance et surtout celle qui ne sont
pas encore rentables. Des valeurs qui
ont été surachetées ces derniers mois,
comme certaines valeurs technologiques. Il y a une volonté générale de
réduire les risques en vendant ces
actions » Certaines valeurs comme
Amazon, Salesforce, Fortinet, TripAdvisor ou Netflix se payaient plus
de 100 fois leurs profits.
Le marché aurait donc commencé à allumer le feu autour des
valeurs qu’il a adorées. Et le mouvement n’est pas si récent que cela.
Ainsi, l’indice Nyse Fang +, qui
regroupe les stars de la technologie
américaines, mais aussi chinoises, a
perdu près de 18 % depuis son pic du
20 juin dernier (–10,7 % depuis le
3 octobre). Plusieurs sont même
tombées en « bear market », affichant des baisses de plus de 20 % sur
la période, comme Netflix, Facebook, Tesla, Alibaba ou Twitter. Globalement, selon Bloomberg, les
valeurs technologiques ont effacé
900 milliards de dollars de capitalisation depuis leur pic du mois d’août.
Le symbole Micron
Le retournement de tendance des
valeurs tech – masqué par les bonnes performances d’Amazon ou
d’Apple durant l’été – traduit la montée des inquiétudes vis-à-vis de
la guerre commerciale entre les
Etats-Unis et la Chine. Elle a en effet
placé de nombreuses actions au
cœur des tensions entre les deux
pays et certains investisseurs
s’inquiètent des conséquences
potentielles sur ces valeurs. Micron
Technology est devenu l’un des symboles lorsqu’un tribunal chinois a
interdit provisoirement la commercialisation en Chine de plusieurs de
ses produits de semi-conducteurs.
Le groupe a récemment averti que la
hausse des tarifs douaniers pourrait
peser négativement sur ses marges
pendant plusieurs trimestres. Car,
au-delà de cette mesure de rétorsion, les marchés s’interrogent sur
les risques de hausse des coûts dans
la chaîne de production de la hightech américaine.
Alors que le secteur surperforme
depuis des mois, les marchés attendent aussi avec une certaine prudence la publication des résultats
trimestriels des stars du secteur.
Beaucoup ont encore en tête les
déceptions de l’été de sociétés
comme Facebook ou Twitter, qui
ont lourdement chuté depuis. « Les
maillons faibles du secteur sont déjà
connus : les réseaux sociaux et le secteur des semi-conducteurs », note
Aurel BGC. Ces derniers subissent
Les valeurs
technologiques ont
perdu 900 milliards
de capitalisation
depuis août.
notamment une demande moins
dynamique, liée « à un marché du
PC encore difficile et un marché du
smartphone en déclin », alors même
que l’offre augmente fortement en
raison de l’arrivée de nouvelles
capacités de production d’ici à la fin
de l’année. Mais, poursuit l’analyste,
« ces éléments sont en partie connus
et ne constituent pas une surprise ».
En revanche, les investisseurs
seront très attentifs à l’évolution du
cloud computing (l’informatique
dans les nuages), l’une des vaches à
lait d’entreprises comme Microsoft,
Amazon, Cisco ou IBM. Les résultats
et, surtout, les perspectives décevantes, fin septembre, de Red Hat (éditeur de logiciels libres) ont pu déjà
être perçus comme une première
alerte pour le secteur. — P. Fay
de Dominique
Senequier
L
e métier d’investisseur chez
Ardian, que je fais avec tout
autant de passion qu’il y a
trente ans, a vécu une transformation majeure ces dix dernières
années, depuis les premières
secousses de la crise financière sans
égale commencée en 2007. Les
effets tangibles de cette crise sur la
société autant que sur les esprits
sont fortement p erceptibles
aujourd’hui avec les concepts d’économie solidaire, de développement
durable, d’impact investing et de
critères ESG (environnementaux,
sociaux et de gouvernance) qui se
sont largement répandus.
L’industrie financière doit, certes, encore apprendre de ses errements d’hier, mais la réaction
externe a été d’enfermer des
métiers et des réalités extrêmement divers sous l’ombrelle du
terme « finance ». Ce terme est,
depuis, devenu une coquille vide de
sens, qui crispe dès son évocation,
et place tout de suite notre activité
en état d’accusation et l’accuse de
tous les maux.
E n t a n t q u’ i nve s t i s s e u r, j e
n’assume pas d’être assimilée à ce
concept creux de « finance », car
depuis vingt ans chez Ardian nous
sommes au plus près des entrepreneurs, que nous aidons à croître et à
embaucher, des collectivités dont
nous finançons les infrastructures et
des retraités dont nous gérons le
patrimoine, comme lorsque nous
assurons la gestion d’une partie des
fonds de la caisse de retraite des
de Cynthia
Fleury-Perkins
L
Le secteur du luxe pénalisé
par les inquiétudes sur la Chine
LVMH, Kering et Hermès
sont restés mal orientés
jeudi. L’évolution de la
demande chinoise rend
les marchés nerveux.
Emmanuel Grasland
@EGrasland
La Chine donne des frayeurs aux
actionnaires des groupes de luxe.
Jeudi, les grands groupes de la planète sont restés mal orientés en
Bourse, après avoir déjà chuté la
veille. En dépit de résultats trimestriels conformes aux attentes,
LVMH avait alors vu son titre reculer de 7,14 % mercredi, sa plus forte
baisse depuis 2008 selon Bloomberg, tandis que Kering perdait
9,62 % et Hermès 5,07 %. Un mouvement suivi par Burberry (– 8,1 %),
Richemont, le numéro deux mon-
dial (– 4 %) mais aussi par les groupes américains Michael Kors,
Tapestry, Tiffany ou l’italien Prada
(–10,49 %), coté à Hong Kong.
Près d’un tiers
des achats
A quoi tient cette réaction ? Très
attendus par les marchés, les résultats de LVMH (propriétaire des
« Echos ») ont été jugés solides par
les investisseurs, mais ils n’ont pas
atténué les inquiétudes sur une
baisse à venir de la demande chinoise, liée au recul de la Bourse de
Shanghai, à la dépréciation du
yuan et aux conséquences de la
guerre commerciale, entre Pékin et
Washington, sur la croissance de la
Chine. De fait, les consommateurs
chinois représentent à eux seuls
près d’un tiers des achats de produits de luxe dans le monde, selon
le cabinet Bain & Co. « Ces mouvements sont la conjonction d’un marché boursier tendu, d’un niveau de
valorisation du secteur encore
récemment supérieur à la moyenne
historique et des incertitudes sur la
normalisation à venir de la demande
chinoise », estime Loïc Morvan,
analyste chez Bryan Garnier.
La confirmation d’un renforcement des contrôles sur les achats à
l’étranger des Chinois a aussi rendu
les investisseurs nerveux. « Les
autorités chinoises ont des lois qui
sont appliquées avec plus de force en
ce moment », a expliqué Jean-Jacques Guiony, le directeur financier
de LVMH. Cette chasse aux touristes chinois, qui achètent pour
revendre en Chine, n’est pas une
mauvaise chose pour les marques,
mais elles inquiètent les investisseurs du secteur. n
e s p o l i t i q u e s g re c s , q u i
vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui pût les soutenir que celle de la vertu. Ceux
d’aujourd’hui ne nous parlent que de
manufactures, de commerce, de
finances, de richesses et de luxe
même. » Ou encore : « La finance
détruit le commerce par ses injustices, par ses vexations, par l’excès de ce
qu’elle impose. » Assertions assez
classiques chez un des pères du
libéralisme républicain, j’ai nommé
ici Montesquieu. Non pas disqualifier la finance par idéologie mais
parce qu’elle s’autonomise trop,
n’est plus finalisée par autre chose
qu’elle-même, et qu’elle pervertit
jusqu’aux gouvernants politiques.
Connaissant les affinités philosophiques du président de la République, les citations de Ricœur sont
exhumées avec délice, notamment
celle où il avertit de l’enjeu démocratique majeur, à savoir, se prémunir contre les « oligarchies de
compétents […] associées aux puissances de l’argent ». Ricœur ne
s’arrêtait pas là, il dénonçait la
« paresse des citoyens », leur « dépolitisation », leur « démission » face
à la confiscation qui s’organise de
façon rampante.
Car, en effet, tel est bien le défi
Dans
Le défi
vingt ans,
ladémocratique
finance au service
:
de
donner
qui ? un but
éthique à la finance
pompiers de New York. L’acte
d’investir dans l’économie réelle est
essentiel pour la croissance et la
transmission des entreprises. C’est
justement de cette finance, concrète
et à l’impact positif, au service des
entreprises, de l’homme et de la
société, dont nous devons
aujourd’hui dessiner les lignes d’avenir. Sur l’ensemble de la planète, les
inégalités économiques, sociales ou
environnementales représentent un
véritable risque pour la stabilité et la
pérennité de nos sociétés.
Obligations éthiques
La responsabilité et la puissance de
notre industrie, aujourd’hui, font
que nous ne pouvons pas rester
inactifs ou sourds face aux tensions
actuelles. J’ai l’intime conviction
que nous pouvons faire partie de la
Donner à notre activité
une nouvelle puissance
et un sens, qui lui
permettent d’être
moteur de l’économie
du quotidien.
réponse. Nos critères d’investissement dans les entreprises et les
infrastructures évoluent considérablement, justement pour intégrer
des critères ESG d’une façon très
rigoureuse. C’est en réinventant
notre manière d’investir
aujourd’hui que nous pouvons
assurer conjointement la performance de notre industrie et le développement de nos sociétés sur le
long terme. Et cela doit passer
notamment par des réflexions de
fond – et sans tabou – sur notre business model d’hier : rôle et poids de
la dette dans nos investissements,
démocratique : finaliser socialement, éthiquement, démocratiquement, la finance. Aujourd’hui, cette
finance qu’on appelle responsable,
solidaire, éthique, ne représente
que 2 % à 5 % de la finance traditionnelle. Beaucoup plaident pour sa
rentabilité, arguant qu’elle réduit
les risques de judiciarisation,
d’atteinte à la réputation, les crises
communicationnelles ou stratégiques, les chutes de valeurs boursières, les clients et usagers étant de
plus conscients que la finance ne
peut jouer à contre-courant des
enjeux planétaires, que sont la lutte
contre la dérégulation climatique,
ou encore contre la « désubstantialisation » de l’Etat de droit – c’est en
effet l’âge florissant des « démocratures », qui ont totalement scindé
La promotion
d’un projet de justice
sociale doit perdurer,
et donc s’appuyer
sur la justice
environnementale
et les technologies
capacitaires.
société de marché et Etat social –, ou
encore contre la disparition de
l’idée de progrès – et donc d’appropriation sociale de l’innovation
technique – au profit de la seule
idée, précisément, d’innovation.
Pourtant, s’il existe un puissant
levier de transformation réelle du
monde, c’est bel et bien la finance, et
il ne s’agit pas seulement de parler
de crowdfunding. Avoir de l’ambition politique, démocratique, est
indissociable de l’invention et de la
maîtrise de nouveaux modes de
imposition d’une démarche de progrès et de pérennité aux entreprises
que nous accompagnons, nouvelles
obligations éthiques dans nos décisions qui favorisent l’emploi et le
respect social de l’homme et de son
environnement. Cela afin de donner à notre activité une nouvelle
puissance et un sens, qui lui permettent d’être moteur de l’économie du quotidien mais aussi acteur
des changements et de la société, ce
que réclament d’ailleurs nos jeunes
collaborateurs de la génération
Millennials. Chez Ardian, nous
avons lancé cette réflexion dès nos
débuts. Notre démarche d’investissement repose sur la conviction que
la finance doit avoir un impact positif sur la société. Les décisions que
nous prenons doivent engendrer
une création de valeur bien supérieure aux seuls gains financiers.
Dès 2008, nous avons décidé de
mettre en place, dans toutes nos
entreprises en portefeuille, un système de partage de la valeur créée
avec l’ensemble des salariés.
Aujourd’hui, avec notre équipe
dédiée aux investissements ESG,
nous mettons en place de nouveaux
critères de performance ESG applicables aux entreprises dans lesquelles nous investissons. Cela afin
de s’assurer de lier demain performances optimales et durabilité au
service de tous. Nous ne sommes
évidemment qu’aux balbutiements
de la réinvention qui nous attend,
mais nous invitons à nous rejoindre
ceux qui comme nous souhaitent
ce changement, car une chose est
sûre : c’est par les choix que nous
faisons aujourd’hui que nous affirmerons l’utilité et le rôle de notre
industrie dans vingt ans.
Dominique Senequier
est présidente d’Ardian.
financement, qui sauront avec ingéniosité se nourrir des techniques
financières ultramodernes. Dans
vingt ans, les enjeux sont assez simples : la promotion d’un projet de
justice sociale doit perdurer, et
donc nécessairement s’appuyer sur
la justice environnementale et les
technologies capacitaires au sens
où elles rendent les citoyens plus
autonomes et conscients de leur
interdépendance.
« Ethical washing »
Plusieurs index et hedge funds s’y
sont mis – Calvert Equity Fund et
TIAA-CREF Social Choice Equity
Fund, par exemple – et leurs taux de
croissance n’ont rien à envier aux
fonds moins vertueux. Certains
penseront qu’il ne s’agit là que
d’« ethical washing »…, la réalité est
un brin plus complexe, mais il est
vrai peu idéale. Là encore, prophétie toujours valable de ce cher Tocqueville, qui n’aimait ni le libéralisme déchaîné ni la démocratie
quand elle vire à la tyrannie de la
majorité. « Je ne craindrai pas de
dire, défendait-il, que la doctrine de
l’intérêt bien entendu me semble, de
toutes les théories philosophiques, la
mieux appropriée aux besoins des
hommes de notre temps, et que j’y
vois la plus puissante garantie qui
leur reste contre eux-mêmes. […]
S’accommodant merveilleusement
aux faiblesses des hommes, elle
retourne l’intérêt personnel contre
lui-même et se sert, pour diriger les
passions, de l’aiguillon qui les
excite. » Retourner l’intérêt personnel contre lui-même et s’en servir,
cela est bien dit, et si vrai.
Cynthia Fleury-Perkins est professeur
titulaire de la chaire Humanités
et Santé, Conservatoire national
des arts et métiers.
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47
Le spécialiste français des paiements
Ingenico attise les convoitises
l La filiale de BPCE, Natixis, envisage de rapprocher ses activités de paiement de celles du français Ingenico.
l Edenred serait aussi intéressé par un partenariat à l’heure où le secteur des paiements est en pleine consolidation.
PAIEMENTS
Solenn Poullennec
Anne Drif
Sharon Wajsbrot
Le mouvement de consolidation
qui agite le secteur des paiements
européens pourrait bientôt se faire
sentir fortement en France. Jeudi,
Natixis a dit explorer la piste d’un
« rapprochement industriel de ses
activités de paiement » avec celles du
spécialiste hexagonal des terminaux et services de paiement Ingenico. Sortie du bois à la suite de révélations de Bloomberg, la banque de
financement et d’investissement de
BPCE a indiqué qu’il s’agissait de
« discussions préliminaires ». Elle a
par ailleurs souligné qu’elle examinait « diverses options » pour participer à la consolidation du marché.
Ingenico a aussitôt bondi de plus
de 12 % pour terminer en hausse de
7,85 %. Le groupe a reconnu « avoir
fait l’objet d’approches préliminaires
en vue d’une opération stratégique ».
L’emploi du pluriel n’est pas anodin.
Reuters a en effet affirmé jeudi que le
français Edenred, connu du grand
public pour ses cartes et Tickets Restaurant, avait aussi marqué son intérêt pour le groupe. Edenred, avec
lequel les discussions n’auraient pas
démarré, n’a pas souhaité faire de
commentaire. Cet été, déjà, Ingenico
faisait l’objet de rumeurs. Les fonds
de capital-investissement Bain, Hellman & Friedman et CVC étaient pressentis comme acheteurs potentiels.
L’intéressé n’aurait toutefois pas
donné suite à ces avances. Sur le plan
financier, la forme que pourrait prendre un rapprochement des deux prétendants avec Ingenico, valorisé
4 milliards d’euros en Bourse, reste
floue. Les investisseurs sont réservés
sur le projet. Les cours d’Edenred et
de Natixis ont reculé de 3,1 et 4,6 %
jeudi. Du côté de la filiale de BPCE,
dirigée par François Riahi, l’option
envisagée ne serait en tout cas pas
celle d’un rachat mais plutôt d’un
apport de ses activités de paiement à
Ingenico en échange d’une prise de
participation. Encore récemment
disséminées dans tout le groupe, ces
activités ont été regroupées en 2017
au sein de Natixis Payment Solutions. « Nous ne sommes pas arrêtés
sur la forme que pourrait prendre un
rapprochement, nous n’en sommes
pas là, les discussions sont récentes »,
indique-t-on chez Ingenico.
Nouveaux entrants
Sur le plan stratégique, un partenariat entre Ingenico et Natixis Payment Solutions aurait plusieurs
avantages. Les clientèles de commerçants des deux groupes apparaissent complémentaires. Natixis
pourrait renforcer l’ancrage hexagonal d’Ingenico tout en profitant de
l’emprise internationale de ce dernier (il vient de se renforcer en Allemagne). Enfin, la banque, qui s’est
montrée à l’offensive dans les paiements en réalisant des acquisitions
(PayPlug ou Dalenys) ou en se
posant en pionnière dans le paiement instantané ou sur mobile (avec
Apple Pay, Samsung Pay, etc.), pourrait apporter à Ingenico des expertises ciblées.
Autant d’éléments qui pourraient redonner de l’allant à Inge-
nico dont le cours de Bourse était
déprimé depuis le début de l’année.
Ce partenariat stratégique interviendrait à l’heure où le secteur des
paiements est en pleine consolidation. Les acteurs traditionnels, dont
les systèmes informatiques commencent à vieillir, sont bousculés
par la montée en puissance de fintech, tels que le néerlandais Adyen
ou l’allemand Wirecard, dont les
valorisations dépassent respectivement 16 et 19 milliards d’euros.
Dans une industrie où les volumes
permettent de tirer son épingle du
(
Lire « Crible »
Page 55
L’équation complexe
de Natixis
Natixis pourrait apporter
ses activités de paiements
à Ingenico en échange
d’une participation
au capital du spécialiste
des terminaux
de paiement.
Une success-story à la française
Les dates clefs
du groupe
En moins de 40 ans, le
groupe est devenu un
acteur de référence dans
les solutions de paiement.
Mais sa dépendance aux
terminaux est mal perçue.
1980 Création
de l’entreprise par
le self-made-man
Jean-Jacques Poutrel et
l’ingénieur Michel Malhouitre.
l 1985 Ingenico fait son
entrée en Bourse.
l 2000 Le groupe tangue
avec l’explosion de la bulle
Internet et les pertes
s’accumulent. Mais Ingenico
va redresser la barre
grâce à une réduction
de ses coûts.
l 2011 La barre du milliard
d’euros de revenus à l’année
est franchie pour la première
fois.
l 2015 Le titre Ingenico
atteint son pic en Bourse,
à 7,8 milliards d’euros
de capitalisation.
l
Nicolas Richaud
@NicoRichaud
C’est l’une des plus belles réussites
bleu-blanc-rouge dans la tech.
Fondé en 1980, Ingenico emploie
aujourd’hui 8.000 salariés à travers
le monde, avec une présence commerciale dans 170 pays, et s’est
imposé comme le leader mondial
des solutions de paiement. Dès
1984, Ingenico lance son premier
terminal de paiement ; sa croissance va aller de pair avec celle de la
carte à puce, qui se répand par
vagues successives.
Bien implanté en France et en
Europe, le groupe peut compter sur
des revenus récurrents : les commerçants renouvellent leur parc de terminaux tous les quatre à six ans.
Dans le même temps, Ingenico
s’internationalise et devient un
acteur de référence au Brésil, qui
deviendra son deuxième marché,
ainsi qu’en Chine où la conversion à la
carte à puce s’accélère dans ces
années-là. La stratégie porte ses
fruits : en dix ans, le chiffre d’affaires
quadruple. Mais cette réussite attise
les convoitises. En 2010, le géant américain Danaher, spécialisé dans l’électronique professionnelle, tente
d’approcher Ingenico. Mais la route
lui sera barrée par l’Etat, qui détient
alors 30 % de Safran, lui-même
actionnaire d’Ingenico à 22,5 %. En
effet, la société possède un savoirfaire stratégique qui n’a pas vocation
à passer sous pavillon étranger. En
Bourse, le groupe français va tutoyer
jeu, tous les spécialistes sont engagés
dans une course à la taille. Comme
l’attestent le rachat du britannique
Worldpay (autrefois convoité par
Ingenico) par l’américain Vantiv
pour 7,7 milliards de livres (8,8 milliards d’euros) ou encore, plus
récemment, l’acquisition par Worldine (filiale du français Atos) de la
division services de paiement du
groupe suisse Six pour 2,3 milliards
d’euros.
Ingenico est une référence dans le secteur des terminaux de paiement.
Photo Simon Dawson/Bloomberg
ses sommets en 2015. L’idylle avec les
marchés financiers va pourtant
prendre fin. Pour les investisseurs, la
dépendance d’Ingenico à son activité
historique de terminaux est jugée
trop forte et la Bourse ne voit Ingenico qu’à travers le prisme du leader
d’un marché promis au déclin.
Diversification sectorielle
La pépite tricolore s’attelle pourtant
à sa diversification sectorielle et géographique. L’objectif : se transformer en un fournisseur mondial avec
la palette la plus large possible de
services de paiement. Ingenico multiplie les rachats, dont le néerlandais
GlobalCollect (paiement en ligne)
pour 820 millions d’euros en 2014 ou
le suédois Bambora (services de
paiement) pour 1,5 milliard en 2017.
Cette stratégie paie. Entre 2009
et 2017, le chiffre d’affaires a augmenté pour se hisser à plus de
2,5 milliards d’euros. Et la part des
revenus du groupe provenant de ses
seuls terminaux s’est réduite de 80 %
en 2009 à la moitié aujourd’hui.
Mais cela ne va pas assez vite au goût
des marchés, qui mettent l’action
sous tension. Si le groupe est rentable sans interruption depuis 2006,
ses dernières performances n’ont
pas aidé. Sur les six premiers mois de
2018, les revenus ont stagné et le
résultat net a reculé de 58 %. La capitalisation boursière a fondu de près
de moitié à moins de 4 milliards
d’euros mercredi soir, avant que
l’intérêt de Natixis ne soit confirmé.
Depuis plusieurs semaines, le
PDG, Philippe Lazare, répète à
l’envi, sur fond de rumeurs de
rachat, que la valorisation d’Ingenico n’est pas « juste », que « les marchés n’ont pas pris la mesure de la
mue d’Ingenico ». Reste à savoir si
Natixis, dans ses calculs de valorisation, sera plus généreux que les
marchés. n
En débauchant, fin 2017, le viceprésident exécutif d’Ingenico,
Pierre-Antoine Vacheron, pour
piloter sa division paiements,
Natixis a fait un premier pas vers
le champion français des terminaux de paiement. Il confirme
aujourd’hui son approche, indiquant « explorer la logique d’un
rapprochement industriel » de ses
activités de paiements avec celles
d’Ingenico. Les marchés n’ont
guère apprécié : le titre de Natixis
a reculé de 4,62 % jeudi, à
5,37 euros.
Les investisseurs craignent un
rachat pur et simple d’Ingenico.
« Après la cession des activités de
financement spécialisées de Natixis
à BPCE, les investisseurs s’attendaient à un dividende exceptionnel.
Or celui-ci pourrait finalement ne
pas être versé si Natixis réalise une
grosse acquisition dans les paiements », explique Jérôme Legras,
directeur de recherche d’Axiom
Alternative Investments.
Une cible conséquente
Valorisé quelque 4 milliards
d’euros (hors prime éventuelle
d’acquisition), Ingenico représente en effet une cible conséquente pour Natixis, dont la
capitalisation boursière approche les 18 milliards d’euros.
« Natixis devrait lever 3 milliards d’euros pour financer une
telle acquisition », ajoute un
autre analyste.
Cependant, une acquisition ne
serait pas le scénario privilégié,
selon nos informations. Alors que
les valorisations des champions
des paiements atteignent des
sommets, Natixis privilégierait
un partenariat qui lui permette de
« cristalliser la valeur de ses activités dans les paiements à une valorisation cohérente avec les prix de
cession actuels », selon plusieurs
sources. Autrement dit, Natixis
pourrait, au contraire, apporter
ses activités de paiements à Ingenico en échange d’une participation à son capital.
« A travers ce schéma, Natixis
deviendrait ainsi actionnaire de
référence du groupe de paiem e n ts , s a n s f o rc é m e n t ê t re
amené à en prendre le contrôle.
Les discussions ne sont toutefois
pas encore stabilisées à ce stade »,
soulignent ces sources. A ce
jour, les activités de paiements
de Natixis génèrent 36 millions
de résultat net par an.
Natixis a prévu
une enveloppe
de 2,5 milliards
d’euros pour réaliser
une opération
de croissance
externe.
Ce scénario permettrait à la
filiale de BPCE de rester présent
dans les paiements et de renforcer ses synergies dans ce métier
de flux tout en conservant la possibilité de verser un dividende
exceptionnel à ses actionnaires…
Autre possibilité : réaliser une
acquisition dans un autre métier
que la banque considère comme
stratégique, la gestion d’actifs ou
le M&A. Au total, Natixis a prévu
une enveloppe de 2,5 milliards
d’euros pour réaliser des opérations de croissance externe d’ici à
2020.
— S. W. avec A. D.
la cote hebdomadaire des opcvm
Nom du fonds
VL au
30/12/2017
Dernière VL
Date VL
Performance
Depuis le
30/12/2017
Performance
1 an
313,62
225,38
340,76
64,51
09/10/2018
10/10/2018
09/10/2018
09/10/2018
13,80
8,00
-6,28
-2,93
17,21
15,85
-4,13
-4,51
Performance
3 ans
FEDERAL FINANCE GESTION
1 allée Louis Lichou - 29480 Le Relecq-Kerhuon
Service Relations Clientèle : N° Cristal 09.69.32.88.32 (appel non surtaxé)
contact@federal-finance.fr
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Federal Indiciel US (FR0000988057)
Federal Indiciel Japon (FR0000987968)
Federal APAL (FR0000987950)
Federal Croissance P (FR0000987703)
275,59
208,68
363,61
66,46
46,93
34,85
21,31
-0,46
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Elles ne sont pas constantes dans le temps. Les documents d’Information Clé pour l’Investisseur et les
prospectus des FCP sont disponibles sur le site www.federal-finance.fr
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48
LE POINT
DE VUE
d’ Olivier Babeau
U
ne belle soirée d’automne
de 2038, dans une maison
perdue au milieu de la verte
campagne normande. En finissant
sa journée de télétravail, Paul se
disait que la banque avait plus
changé en vingt ans qu’au cours du
siècle précédent. L’affrontement
entre grandes banques et jeunes
fintech des années 2000 paraissait
bien loin. Certaines des meilleures
fintech avaient été rachetées par les
banques les plus visionnaires et les
plus pugnaces. D’autres acteurs historiques, moins persuadés de la
nécessité de se transformer, avaient
connu des moments difficiles avant
de se faire absorber ou de devenir
de simples usines à produits financiers, voire dans le pire des cas des
fournisseurs d’infrastructures
informatiques.
La sélection darwinienne avait été
impitoyable : seuls les établissements qui avaient su s’adapter,
redéployer leur réseau, développer
Pourra-t-on se passer des banques ?
une offre de service individualisée et se convertir à la
technologie blockchain
pour sécuriser les paiements avaient pu survivre.
En simplifiant à l’extrême la
vie de leurs clients, grâce à une
organisation beaucoup plus agile,
ils avaient pu développer le capital
confiance de leur marque et leur
savoir-faire bancaire afin de résister
dans un environnement devenu
hyperconcurrentiel. A travers la
technologie, l’offre bancaire était
désormais mondiale. Alors que le
paiement via reconnaissance rétinienne, digitale ou faciale était
depuis longtemps devenu la norme,
de très nombreux acteurs se disputaient le Graal de la relation exclusive avec le client. Il avait fallu lutter
pied à pied contre les grands acteurs
numériques qui avaient voulu très
rapidement offrir tous les services
bancaires au plus bas coût aux millions d’internautes qui les utilisaient.
L a b a t a i l l e s’é t a i t
beaucoup moins
gagnée sur le terrain
de la réglementation
que sur celui de la qualité du service, et surtout
de son individualisation
grâce au Big Data. Toutes les
banques qui avaient sur vécu
étaient devenues des plates-formes
multiservices instaurant une relation de confiance de long terme
avec leurs clients.
La relation quasi quotidienne
avec son solde bancaire avait permis
au secteur de capter ces millions de
clients en leur offrant des dizaines de
services inimaginables en 2018,
dépassant largement les offres « téléphone, santé, investissements ».
Avec la déréglementation du secteur
notarié, les banques avaient pris en
charge l’administration complète de
l’achat immobilier. La signature de la
promesse de vente, le prêt et les
documents légaux, tout se faisait
maintenant avec sa banque. Le
maintien de la sécurité avait aussi
nécessité des investissements
immenses, tant les attaques étaient
devenues sophistiquées, rendant
nécessaire l’atteinte d’une taille critique qui avait naturellement éliminé
les acteurs trop petits.
L’argent liquide supprimé
L’argent liquide venait d’être entièrement supprimé, après une lutte
sans merci des Etats, à la plus
grande joie du fisc et au grand soulagement des banques qui avaient
pu cesser d’entretenir de coûteux
DAB. Les chèques faisaient quant à
eux partie depuis longtemps du
musée des instruments de paiement. La carte bancaire s’était affirmée comme un outil permettant de
multiples usages sécurisés, dont
l’utilisation des données de santé.
Après quelques tâtonnements, les
crypto-actifs, tels que le bitcoin,
s’étaient multipliés. Ils n’avaient pas
dynamité les monnaies traditionnelles mais cohabitaient avec elles.
Désormais faciles d’usage, de nombreuses nouvelles monnaies
avaient été développées. Telegram
La sélection
darwinienne
sera impitoyable.
avait montré la voie avec le gram
dès 2018 et une frénésie de création
de monnaies avait suivi, avec des
succès contrastés. Des usages inattendus avaient même pu être faits
de ces monnaies programmables :
l’Etat versait ainsi l’allocation de
rentrée scolaire et l’aide à l’achat alimentaire équilibré en cryptomonnaies ne pouvant être dépensées
que pour l’usage prévu.
Le défi le plus critique avait
concerné la gestion des données.
Après quelques années de flottement, les vieilles démocraties
avaient fini par incarner une
alternative crédible à la terrifiante
dictature chinoise enfermant ses
habitants dans un système de surveillance à ciel ouvert. L’Europe avait
su montrer le chemin en imposant
le principe de dissociation entre
authentification et identification, la
première suffisant pour permettre
les transactions. La vie privée était
désormais une valeur importante
garantie par la réglementation.
Alors qu’il attendait la voiture autonome qui venait le prendre pour le
déposer au théâtre de la ville la plus
proche, Paul pensait que le paysage
de la banque aurait été bien différent
si les acteurs n’avaient pas compris
vingt ans plus tôt qu’ils devaient
profondément se renouveler.
Olivier Babeau est président
de l’Institut Sapiens et professeur
à l’université de Bordeaux.
Les entreprises britanniques devront publier les écarts
de salaires entre communautés ethniques
GOUVERNANCE
Theresa May veut
contraindre les entreprises à plus de transparence, sur le modèle
de la parité salariale
entre hommes
et femmes.
Alexandre Counis
@alexandrecounis
— Correspondant à Londres
Après le « gender gap », l’« ethnic
gap ». Alors qu’il contraint depuis
cette année plus de 10.000 entreprises britanniques de plus de 250 personnes à publier les écarts de
rémunération entre les deux sexes,
le gouvernement conservateur de
Theresa May envisage désormais
d’obliger les employeurs à communiquer sur les différences de salaires entre groupes ethniques.
Selon le projet soumis à consultation publique depuis jeudi et
jusqu’à janvier 2019, plusieurs
options sont à l’étude. Les entreprises pourraient, à partir d’une certaine taille, être contraintes de
publier les revenus horaires
moyens par minorités ethniques
en pourcentage de ceux des sala-
riés blancs ou bien les rémunérations de ces communautés par
tranches ou quartiles de revenus.
La Première ministre avait
annoncé, dès 2017, qu’elle souhaitait
vo i r l e s g r a n d e s e n t r e p r i s e s
britanniques communiquer sur les
écarts de rémunération en fonction
des groupes ethniques. Elle a d’abord
cherché à les mobiliser sur une base
volontaire, mais seulement 11 % se
sont exécutées, ce qui a poussé le
gouvernement à légiférer. La collecte
de ces données ne sera pas sans
poser de problème aux entreprises. «
La plupart n’ont pas les procédures
adéquates », explique Sarah Gregory,
associée chez Baker McKenzie, spé-
« Les mesures
que nous prenons
aujourd’hui aideront
les employeurs à
identifier les actions
requises pour créer
une main-d’œuvre
plus équitable
et plus diverse. »
THERESA MAY
Première ministre
du Royaume-Uni
cialisée sur l’inclusion et la diversité.
Les particuliers n’ont, de plus,
aucune obligation légale de dévoiler
leur appartenance ethnique. Parmi
les employeurs qui réclament déjà
l’information à leurs salariés,
certains préviennent que le taux de
réponse n’atteint pas les 50 %.
Une réforme intéressée
« Les mesures que nous prenons
aujourd’hui aideront les
employeurs à identifier les actions
requises pour créer une maind’œuvre plus équitable et plus
diverse », a indiqué Theresa May,
q u i d i t vo u l o i r s’e n p r e n d r e
au « mur de briques auquel les
La CDC vent debout contre l’ouverture
de comptes aux émetteurs d’ICO
en bref
Fraude fiscale : le procès UBS
aura bien lieu
JUSTICE La présidente de la 32e chambre correctionnelle,
CRYPTOMONNAIES
Catherine Mée, a rejeté sèchement jeudi 11 octobre les QPC
déposées lundi par UBS AG et sa filiale française. Le tribunal a
balayé les arguments de la défense jugeant ces QPC « dépourvues de sérieux ». « Le ministère public dispose des libertés de
poursuite en toute indépendance », a souligné la présidente. UBS
AG est poursuivi pour « démarchage bancaire illégal » et
« blanchiment aggravé de fraude fiscale », sa filiale française
pour « complicité » des mêmes délits. Elle encourt 5 milliards
d’euros d’amende. L’audience reprendra lundi.
La loi Pacte prévoit
que les spécialistes des
cryptoactifs puissent
se tourner vers la
Caisse des Dépôts pour
ouvrir un compte.
L’institution fait valoir
qu’elle n’est pas
en mesure d’ouvrir
ces comptes.
En Italie, Carige est secoué en Bourse
sur fond de possible faillite
Sharon Wajsbrot
@Sharonwaj
La Caisse des Dépôts rappelle que les acteurs de cryptodevises présentent un fort risque
de blanchiment. Photo Hamilton/RÉA
on ne peut pas mettre en danger la
Caisse des Dépôts qui centralise les
avoirs des Français », fait valoir la
députée LREM Sophie Errante,
qui préside la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts.
La loi prévoit certes un gardefou : l’accès à un compte de la CDC
sera réservé à des acteurs qui
auront auparavant reçu le visa de
l’Autorité des marchés financiers
(AMF). « Ce n’est pas à ce stade suffisamment élevé pour éviter tout
risque de blanchiment », estime la
députée de Loire-Atlantique.
Cet argument est aussi celui qui
pousse la grande majorité des ban-
ques françaises à refuser à ces
acteurs l’accès à un compte : elles
font valoir que l’identification de
l’origine des fonds convertis en
cryptomonnaies reste très complexe à réaliser pour répondre à
leurs obligations réglementaires.
Problème opérationnel
Pour la Caisse des Dépôts, le sujet
est aussi opérationnel : détentrice
des avoirs des notaires et des fonds
placés sur les Livret A, l’institution –
tout comme sa filiale bpifrance – n’a
pas d’activité bancaire de détail à
destination des entreprises. « Nous
ne sommes pas opposés au fait de
réfléchir à la bancarisation de ces
acteurs, mais nous ne sommes
pas équipés pour ouvrir ce type
de comptes », explique une porteparole du groupe.
Pour faire évoluer la loi Pacte
avant qu’elle ne passe au Sénat
au mois de février, la Caisse des
Dép ôts veut donc inviter les
acteurs de la place à se repencher
sur la question. « Nous voulons
réfléchir à la question avec le
Trésor, la Banque de France,
les acteurs des cryptodevises et
les banques, pour trouver une
solution alternative », explique
Sophie Errante. n
Shutterstock
Quelle banque veut ouvrir des
comptes aux spécialistes des
cryptodevises ? Sur la place, on
s’accorde à dire que le sujet est crucial puisque le gouvernement souhaite faire de Paris la capitale des
levées de fonds en cryptomonnaies
(ICO) en Europe. Mais la question
reste pour le moment insoluble.
Pour remédier aux difficultés
des émetteurs d’ICO, la loi Pacte
a désigné la Caisse des Dépôts
(CDC) comme celle qui sera chargée, en dernier ressort, de leur
ouvrir un compte de dépôts. Or
l’institution fait valoir qu’elle n’est
pas en mesure de remplir cette
nouvelle mission. « L’amendement adopté sur l’accès au compte
des acteurs des cryptodevises ne
peut absolument pas rester en
l’état. Ces acteurs présentent un
risque de blanchiment d’argent et
salariés venant d’une minorité
e t h n i q u e o n t t ro p s o u ve n t l a
sensation de se heurter dans leur
progression de carrière ».
Si elle est emblématique, la
réforme lancée par le gouvernement britannique n’en est pas
moins intéressée électoralement.
Le think tank British Future a
récemment calculé que le vote
des minorités ethniques avait
coûté aux conservateurs leur
majorité parlementaire aux dernières législatives de juin 2017.
Seuls 19 % des BAME (acronyme
de « black and minority ethnic »)
avaient alors voté pour le parti de
Theresa May. n
BANQUE Après un avertissement de l’agence de notation Fitch
n’excluant pas une faillite, Carige a perdu jusqu’à 10,2 % à la
Bourse de Milan jeudi. Le titre a terminé la séance en retrait de
4,08 %. « La faillite de la
banque est une possibilité
réelle, étant donné qu’il lui
sera difficile de renforcer
s o n c a p i t a l » , a ave r t i
Fitch. L’agence a aussi
baissé la note de B– à CCC+
avec une perspective
nég at i ve. La banq u e a
assuré que son CET1,
mesurant sa solvabilité,
« [était] conforme aux exigences des organismes de
contrôle ».
« LES ÉCHOS » FÊTENT LEURS 110 ANS.
EXCEPTIONNELLEMENT, LA RUBRIQUE
FUSIONS ACQUISITIONS
PARAÎTRA LUNDI 15 OCTOBRE.
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CODE ISIN
DÉSIGNATION
DES VALEURS
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HORS FRAIS DE LA
EN EUROS** VALOR.
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EN EUROS**
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LU1279334210 PICTET-ROBOTICS
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VAL. UNIT DATE
HORS FRAIS DE LA
EN EUROS** VALOR.
CLASSIFICATION
VAL. UNIT DATE
HORS FRAIS DE LA
EN EUROS** VALOR.
CLASSIFICATION
DÉSIGNATION
DES VALEURS
CODE ISIN
CLASSIFICATION
CLASSIFICATION
sicav//fcp
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294,21 10/10
Valeur unitaire hors frais : valeur de la part ou de l’action hors droits d’entrée ou de sortie éventuels. Les SICAV éligibles au PEA sont signalées par un astérisque *. Le pictogramme P indique la cotation d’un FCP.
Classification des OPCVM : actions françaises (AF), actions de la zone EURO (AE), actions internationales (AI), monétaires EURO (ME), monétaires à vocation internationale (MI), obligations et autres titres de créances libellés en EURO (OE), obligations et autres titres de créances internationaux (OI), sicav luxembourgeoises (LX), diversifiés (DI), garantis ou assortis d’une protection (GP). ** : en euros ou dans la devise indiquée dans la colonne «DÉSIGNATION DES VALEURS».
carnet
fr
PORTRAIT
par Laetitia Lienhard
@Laetitia_Lienh
DR
Fatima Bellaredj,
toujours
coopérative
Après la région, la nation. Rien ne semble arrêter Fatima Bellaredj. Depuis le 1er octobre 2018,
elle occupe le poste de déléguée générale à la
Confédération générale des sociétés coopératives et participatives (SCOP), qui englobe
3.177 sociétés et 52.000 salariés. Elle a traversé la
France : elle dirigeait depuis quatre ans l’Union
régionale des SCOP Languedoc-Roussillon
(Urscop LR) à Montpellier.
Tout a commencé en 1998 sous le grand soleil
montpelliérain, où Fatima Bellaredj, originaire
de Lens, dans le Pas-de-Calais, suit son mari,
enseignant dans le supérieur et muté dans le
Sud. En quête d’un emploi, son master d’économie en poche, elle découvre l’univers des sociétés coopératives et participatives en intégrant
Amedis, un bureau d’études spécialisé dans
l’accompagnement et l’évaluation des politiques publiques. Les deux créateurs de la SCOP
lui donnent très rapidement sa chance. « Au
bout de trois mois, ils m’ont proposé de devenir
associée de l’entreprise. J’y ai investi toutes mes
économies, même si ça ne représentait pas beaucoup », livre Fatima Bellaredj. Trois ans plus
tard, au départ des fondateurs, elle devient, à
trente et un ans, gérante d’Amedis.
Malgré cette ascension professionnelle,
elle ne laisse pas de côté sa vie personnelle.
Elle donne naissance à son fils en 2000 et à sa
fille en 2004. « Je me suis organisée. Je ne me
suis pas posé de questions. Je mettais un point
d’honneur à être avec mes enfants tous les
matins », dit-elle.
Hyperactive, Fatima Bellaredj est engagée, y
compris en politique − même si elle souhaite
rester discrète sur son orientation −, et féministe : elle a présidé le Planning familial de
l’Hérault pendant sept ans. « Etre féministe, ce
n’est pas dans les gènes, je le suis devenue. C’est
sûrement lié à mes origines et à des situations
compliquées auxquelles j’ai assisté adolescente.
Mais, pour ma part, j’ai eu la chance de grandir
dans une famille tolérante. » Ses parents, algériens, se sont installés en France à la fin des
années 1960. Son père, ouvrier, l’a toujours
encouragée à être autonome financièrement. « Mon féminisme, je le tiens de lui, dit-elle
en souriant. Il a tout fait pour financer nos études
alors que nous étions six enfants. »
Sens du collectif
Elle est la troisième de cette fratrie. Son sens du
collectif viendrait-il de là ? «J’aime confronter
mes idées, surtout avec des personnes qui n’ont
pas les mêmes opinions que moi. C’est une vraie
bouffée d’air frais. » Très entourée, Fatima Bellaredj peut régulièrement compter sur ses amis
autour d’un bon dîner. « C’est une bonne vivante,
elle aime bien manger et boire du bon vin »,
raconte l’une d’elles, Aurélie Mexandeau.
D’ailleurs, professionnellement aussi, elle
utilise rarement la première personne pour
parler des projets qu’elle a menés ou créés. Elle
se focalise sur le collectif. « Elle est très à l’écoute
et n’hésite pas à mettre les autres en avant », confie Aurélie Mexandeau.
Guidée par un besoin de renouveau, elle finit
par quitter son poste au sein d’Amedis pour partir à l’étranger avec son mari et ses enfants. Las,
faute de mutation pour son époux, le projet est
avorté. La page est cependant déjà tournée, et
elle n’envisage pas de retourner dans son
ancienne société. Mais, séduite par le modèle
des SCOP, elle rejoint l’Union régionale des
SCOP Languedoc-Roussillon en tant que directrice du département innovation sociale. Son
rôle ? La création d’Alter’Incub, un incubateur
d’entreprises en innovation sociale. Pour développer ce dispositif, elle s’est donné les moyens
de son ambition. « Nous avons monté un vrai
incubateur avec des investisseurs et des financements », se réjouit cette passionnée de films
français et de romans policiers. Mission réussie
puisque, en dix ans, l’incubateur a permis la
création d’une cinquantaine d’entreprises et de
357 emplois.
Alors cheville ouvrière des partenariats de
l’Urscop LR, elle en est nommée directrice en
2014. Mais fidèle en amitié autant qu’en relations professionnelles, elle n’accepte cette promotion qu’à une condition : monter son propre
comité de direction en emmenant avec elle
notamment Aurélie Mexandeau. « Cette direction collégiale m’a permis de rester sur le terrain
et c’est une clef de réussite. » Une proximité avec
l’extérieur qu’elle compte bien préserver.
Tout juste installée dans son bureau de
déléguée générale de la Confédération générale des SCOP, elle émet déjà certaines propositions. « Je vais rendre visite aux unions régionales que je ne connais pas encore, prometelle. Il faut créer une émulation, partager et
échanger les outils pour en tirer le meilleur. »
Un poste à responsabilités qui l’a poussée à
quitter Montpellier pour Paris et à s’éloigner
de sa famille la semaine, mais elle applique
son leitmotiv à elle-même : toujours se donner les moyens de son ambition. n
biens de consommation,
distribution et luxe de Société
Générale Corporate &
Investment Banking.
Cyril Paolantoni, 44 ans, diplômé
de HEC, a travaillé plus de dixhuit ans au Crédit Agricole CIB où
il était, depuis 2008, responsable
du secteur consumer goods and
business services. Après deux
ans au sein des équipes coverage
de Société Générale, il a rejoint
l’équipe d’exécution M&A de Crédit Agricole Indosuez en 2000. En
2003, il intègre l’équipe industrial
& services, puis, en 2006, l’équipe
consumer. En plus de sa responsabilité sectorielle, il avait pris la
responsabilité midcap M&A du
groupe Crédit Agricole en 2015.
ORANGE
Paul de Leusse
est le nouveau directeur général
d’Orange Bank.
Paul de Leusse, 46 ans, ancien
élève de l’Ecole polytechnique,
i n g é n i e u r c i v i l d e s Po n t s e t
Chaussées, conserve sa fonction
de directeur général adjoint,
chargé des services financiers
mobiles du groupe Orange.
Nommé directeur de la stratégie
de Crédit Agricole SA en 2009, il
avait rejoint, en 2011, Crédit Agricole Corporate and Investment
Bank pour y être directeur financier, puis directeur général délégué. En 2016, il était devenu directeur général de CA Indosuez
Wealth. Il avait intégré le comité
exécutif d’Orange en mai dernier.
ACCENTURE
Marc Gelle
se voit confier la responsabilité
du secteur aéronautique et
défense d’Accenture pour
l’Europe.
Marc Gelle, 52 ans, diplômé de
l’ESCP Europe, est senior managing director. Il a commencé sa
carrière chez Accenture en 1991.
Devenu, en 2000, directeur exécu-
tif au sein du secteur électronique
et haute technologie, il a notamment travaillé sur la transformation numérique des entreprises du
secteur aéronautique et défense
ainsi que sur les nouveaux enjeux
liés à l’industrie du futur.
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE
Cyril Paolantoni
est nommé coresponsable
corporate finance du secteur des
BPIFRANCE
Pedro Novo
prend la tête de la direction
exécutive de l’export
nouvellement créée. Il intègre le
comité exécutif de bpifrance.
Pedro Novo, 40 ans, diplômé de
Kedge Business School à Marseille, a occupé, en 2007, le poste
de délégué régional Hauts-deSeine de la banque devenue Oséo.
L’année suivante, il est devenu
directeur régional bpifrance
Paris, avant de prendre, en 2016,
la direction des financements
export de bpifrance, en étant
chargé de la promotion de l’offre
Internationale de bpifrance.
NEXTER
Sylvain Rousseau
est désormais directeur
des opérations.
Sylvain Rousseau, 49 ans,
diplômé de Sup’Aéro, titulaire
d’un MBA de HEC et d’un certificat d’administrateurs de l’IFASciences Po, a d’abord travaillé
chez Aérospatiale et HewlettPackard. Il est devenu directeur
des opérations de la division
écrans et composants chez
Thomson en 2000, puis vice-president operations du groupe
Ingenico en 2004. Il a été nommé
senior vice-président sourcing &
supply chain d’Alstom Power
Environnement en 2006, puis a
pris la direction des activités services pour les turbines à gaz. En
2010, il avait rejoint D CNS
(aujourd’hui Naval Group) pour y
être directeur achats et supply
chain, puis directeur de l’audit et
de la transformation du groupe.
AVRIL
ENTREPRISES
ORGANISME
Olivier Delaméa
voit ses fonctions étendues à
la direction de la transformation
végétale du groupe.
Olivier Delaméa, 49 ans, diplômé
de l’ESCEM, est, depuis 2017, directeur général « huiles et condiments », membre du comité exécutif d’Avril. Pendant vingt-quatre
ans chez Danone, il a occupé des
postes de marketing, commerciaux et de direction générale.
ILS SONT NÉS
UN 12 OCTOBRE
Clémentine Célarié, actrice,
61 ans.
Aurore Clément, comédienne,
73 ans.
Bertrand Gstalder, président
du directoire de Seloger.com,
48 ans.
Francine Gomez, ancien PDG
de Waterman, 86 ans.
Marion Jones, athlète, 43 ans.
Serge Lepeltier, ancien
ministre de l’Ecologie, 65 ans.
Michèle Pappalardo,
magistrate, ex-directrice de
l’Ademe, directrice de cabinet
du ministre François de Rugy,
62 ans.
Paul Peny, DRH du groupe
Caisse des Dépôts, 58 ans.
Thomas Riou, CEO
de Verescence, 47 ans.
Stéphane Roussel, PDG
de Gameloft, ex-PDG de SFR,
57 ans.
Stéphane Travert,
ministre de l’Agriculture
et de l’Alimentation, 49 ans.
, Envoyez vos nominations à
carnetlesechos@nomination.fr
« LES ÉCHOS » FÊTENT LEURS 110 ANS.
RETROUVEZ LES PAGES COTATIONS
DANS NOTRE ÉDITION
DE LUNDI 15 OCTOBRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22
LES DÉBUTS
DES ECHOS
0, 30
LES ANNÉES 1910,2
ROBERT ET ÉMILE
SCHREIBER
(en médaillon) créent
« Les Echos de l’Exportation », aucun grand journal de l’époque ne s’intéressant spécialement à
l’économie. Quatre ans
après, le mensuel
« Les Echos » devient
hebdomadaire.
nis sequi doles culpa sita inciendae ommolectium es doleni sus, que sunt et fuga.
Landebit escipis si arum et restis repedit
am, voluptus aliquos ex enissi dolorro modis pariati comnisc imillup taspedi catest,
odis solo tem qui qulent que aut lit tist, volores tiatium ent, cum fugitib usandigent,
cone excep et quossequi duciend itatur
magnis evel ma iuriatius et quate pa asinum et officium, comnihilique doluptatio
ex et qui culluptae conse excero odit etur
sit abo. Itatem qui am vendi omnihit quos
aut volore nam fugit odiat ut porehent voloritium fugiasit, optas qui volupta doluptiberum.
Ate nobit, nonseque sam, que proreheni
sendis autaspe laccabo rendis magnatis
eost occaborionse num qui culliquunt.
Tureper umquunt, etum voluptatquos et,
sit laborro quis volor si dent doluptate
voluptae si con consernam dolore net, si
solupictio. Moditis eossedi picatur? To bea
diorepr aturisc ieturi con nobis eveni te
omnienditiur reculluptas magnimo lupiet
ut modissi ipsunt, earit inistios ad ut qui
uta volorumIgnatqui officium inctat qu
uta volorumIgnatqui officium inctat qui
iducia quibus, endelignis dust, nos nonse
volorum que plit as verumquia volut
dolendit, offictia aut re nat. volupta tiosandi con prectorposti officia aut aliquatus
volupta velit pos aria volorum sin nonet
eum accust eatemos rerro quo dolorae et
rendis aut etur si doluptiusam, quodiscipis adi occuptas nihilla im dolorep ratur?
2 AVRIL 1908
Première édition des « Echos de l’Exportation ».
La première année
de leur existence,
« Les Echos » comptaient 135 abonnés.
Prix de l’abonnement : 50 francs
par an.
Tsquo blandan
Da dolorum dollacc atecus. Molut eos cum
volupiduntia porpori quat exces repudae.
Tates aut faccabo ritisim aionsendani id
etur moditi reriatquae volupta veria porrum sed eturerumet alis suntibus vitatius
dolupti buscide aut ut ut a dolore eos explam nimus dolorit aturibus nis periatur
sit et peria comniet modit accabo. Nem
ni quiandant utem laudaep ratiumqui re,
nonsequam, sequi iur sus incium volorent
es voluptiis quiducidit, sunt fuga. Itatur
adi que vitiant eos volorepudam et inulpar
chitem imet, officitatis esequiast volent
que aut lit provit mos aute nossus moloreptatem non essed quatioremo blandis
eossinvelit id eum ipic tem re doluptate
nobitas simolest et dolor moditam, et
fuga. Ovidel moditat uritionse nos molupic turiatent voluptatenis expelessinum as
estiant maximpo rumqui csusdae doloressi dolesciae moisquae volest, omnis cone
porum fugit volent que aut lit tist, volores
tiatium ent, cum fugitib usandigent, cone
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ni quiandant utem laudaep ratiumqui re,
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nossus moloreptatem non essed quatioremo blandis eossinvelit id eum ipic tem re
doluptate nobitas simolest et dolor modi-
UN SAVOUREUX ILLUSTRATEUR : MARCEL ARNAC
Un florilège
des parutions
du dessinateur
de presse
(années 1920)
qui rebondit
sur l’actualité
avec humour
et impertinence.
35
50
1936
1ER JUILLET 1936. La loi instituant les congés payés a été
votée fin juin et les décrets d’application paraissent. C’est la révolution sociale toujours associée au souvenir du Front populaire.
1973
25 OCTOBRE 1973. Le début du choc pétrolier. C’est la première grande crise de l’après-guerre. On n’en est jamais tout à fait
sorti. Le mot « crise » entre dans le quotidien des Français.
22
LES DÉBUTS
DES ECHOS
30
LES ANNÉES 1910,20,
ROBERT ET ÉMILE
SCHREIBER
(en médaillon) créent
«Les Echos de l’Exportation », aucun grand journal de l’époque ne s’intéressant spécialement à
l’économie. Quatre ans
après, le mensuel
«Les Echos » devient
hebdomadaire.
2001
DES GRAPHI QUES
nis sequi doles culpa sita inciendae ommolectium es doleni sus, que sunt et fuga.
Landebit escipis si arum et restis repedit
am, voluptus aliquosex enissi dolorro modis pariati comnisc imillup taspedi catest,
odis solo temqui qulent que aut lit tist, vo-
lores tiatium ent, cum fugitib usandigent,
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et les exportations de l’industrie cone excep et quossequi duciend itatur
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eum accust eatemos rerro quo dolorae et
rendis aut etur si doluptiusam, quodiscipis adi occuptasnihilla im dolorep ratur?
2 AVRIL 1908
Première édition des «Echos de l’Exportation ».
La première année
de leur existence,
« Le s Echos» comptaient 135 abonnés.
Prix de l’abonnement: 50 francs
par an.
UN SAVOUREUX IL LUSTRATEUR : MARCEL ARNAC
Un florilège
des parutions
du dessinateur
de presse
(années 1920)
qui rebondit
sur l’actualité
avec humour
et impertinence.
Tsquo blandan
Da dolorumdollaccatecus.Molut eos cum
volupiduntia porpori quat exces repudae.
Tates aut faccabo ritisim aionsendani id
etur moditi reriatquae volupta veria porrum sed eturerumet alis suntibus vitatius
dolupti buscide aut ut ut a dolore eos explam nimus dolorit aturibus nis periatur
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nonsequam, sequi iur susincium volorent
es voluptiis quiducidit, sunt fuga. Itatur
adi que vitiant eos volorepudam et inulpar
chitem imet, officitatis e sequiast volent
que aut lit provit mos aute nossus moloreptatem non essed quatioremo blandis
eossinvelit id eum ipic tem re doluptate
nobitas simolest et dolor moditam, et
fuga. Ovidel moditat uritionse nos molupic turiatentvoluptatenisexpelessinum as
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porum fugit volent que aut lit tist, volores
tiatium ent, cum fugitib usandigent, cone
except volent que aut aut ut ut adolore eos
explam nimus dolorit aturibusnis periatursit et peria comniet moditaccabo.Nem
ni quiandant utem laudaepratiumqui re,
nonsequam, sequi iur susincium volorent
es voluptiis quiducidit, sunt fuga. Itatur
adi que vitiant eos volorepudam et inulpar
chitem imet, officitatis e sequiast volent
que aut lit provit mos aute nossus moloreptatem non essed quatioremo blandis
eossinvelit id eum ipic tem re doluptate
nobitas simolest et dolor moditam, et
fuga. Ovidel moditat uritionse nos molupic turiatentvoluptatenisexpelessinum as
estiant maximpo rumqui csusdaedoloressi dolesciae moisquae volest,omnis cone
porum fugit volent que aut lit tist, volores
tiatium ent, cum fugitib usandigent, cone
except volent que aut lit provit mos aute
nossusmoloreptatem non essed quatioremo blandis eossinvelit id eum ipic tem re
doluptate nobitas simolest et dolormodi-
35
1936
1ER JUILLET 1936. La loi instituant les congés payés a été
votée finjuin et lesdécrets d’application paraissent. C’est la révolution sociale toujours associée au souvenir du Front populaire.
1973
25 OCTOBRE 1973. Le début du choc pétrolier. C’est la pre-
mière grande crise de l’après-guerre. On n’en est jamais tout àfait
sorti. Lemot « crise » entredans le quotidien des Français.
2001
12 SEPTEMBRE 2001. Les attentats du 11 Septembre à
New York. Comme la terre entière, la rédaction des « Echos»
assistent sur ses écrans TV, à l’effondrement des tours.
2015
12 SEPTEMBRE 2001. Les attentats du 11 Septembre à
New York. Comme la terre entière, la rédaction des « Echos »
assistent sur ses écrans TV, à l’effondrement des tours.
29 JUIN 2015. La Grèce au bord de la faillite. La zone
euro enchaîne les réunions d’urgence. Finalement, Aléxis
Tsí pras décide de tout faire pour rester à bord.
2018
3 et 4 AOÛT 2018. Apple atteint la barre mythique
des 1.000 milliards de dollars de capitalisation.
La direction artistique vérifie dix fois le nombrede zéros.
2015
UN COLLAGE DES
UNES DES « ÉCHOS »
29 JUIN 2015. La Grèce au bord de la faillite. La zone
euro enchaîne les réunions d’urgence. Finalement, Aléxis
Tsí pras décide de tout faire pour rester à bord.
2018
3 et 4 AOÛT 2018. Apple atteint la barre mythique
des 1.000 milliards de dollars de capitalisation.
La direction artistique vérifie dix fois le nombre de zéros.
UN COLLAGE DES
UNES DES « ÉCHOS »
Vous pouvez le
reconstituer entièrement en assemblant
les pages 17, 22, 35 et 50.
Vous pouvez le reconstituer entièrement en
découpant et en assemblant les extraits dans
les pages 17, 22, 35 et 50.
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51
LES LIEUX
DES ECHOS
« LES ÉCHOS » s’agrandissent en louant un nouveau
local au n°4 de la rue Martel. Ils l’annoncent par voie
d’affiche et sur la une du 13 mai 1925.
DE 1908 À 1934. 10, rue des Petites-Ecuries et 4, rue Martel. Cette coupe de 1925 représente une
réduction des bureaux des « Echos ». « La surface totale des locaux occupés par “Les Echos” égale
en importance celle des principaux quotidiens », explique alors le journal à ses lecteurs.
DE 1988 À 2006. Le bâtiment du 46, rue de la
Boétie (voir le plan de coupe ci-contre). Le journal
est alors propriété du groupe britannique Pearson.
© DAMIEN MEYER / AFP
DE 1934 À 1988.
37, avenue des Champs-Elysées.
Les « Echos » sont dirigés par Jacqueline
Beytout à partir de 1966.
© JANINE NIEPCE / ROGER-VIOLLET
DE 2006 À 2017. 16, rue du 4-Septembre,
dans l’immeuble Centorial (l’ancien Crédit Lyonnais).
Bernard Arnault devient le propriétaire du journal
en 2007. © POUZET/SIPA
DE 1988 À 2006. 46, rue de la Boétie.
© JEANNE FRANK
2017. 10, Grenelle. Regroupée avec le titre « Le Parisien », la rédaction des « Echos » s’installe
au 10, boulevard de Grenelle. Plan de coupe des locaux réalisé par l’illustratrice Maïlys Glaize.
© JEANNE FRANK
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VENDREDI 12 ET SAMEDI 13 OCTOBRE 2018
PATRIMOINE.LESECHOS.FR/
PATRIMOINE
CRÉDIT // Vous pouvez renégocier tous les ans l’assurance de votre prêt immobilier. A la clef, des économies
substantielles. Mais la fiscalité de cette assurance va être alourdie. Et la démarche reste compliquée.
Assurance-emprunteur :
les pièges de la renégociation
Anne-Sophie Vion
@AnnesophieVION
Quelle date de résiliation ?
A
l Banque Populaire : date d’édition
de l’offre de prêt ;
l La Banque Postale, Caisse d’Epargne,
Crédit Foncier : date de signature
de l’offre de prêt ;
l Crédit Mutuel, CIC : date d’effet
du contrat d’assurance ;
l Crédit Agricole : date de la signature
de la demande d’adhésion ;
l BNP, LCL, Société Générale : date
de la signature de l’offre de prêt.
Source : www.simulassur.com
(Magnolia Web assurances)
lors que l’aiguille du baromètre du
crédit immobilier campe sur le
beau fixe, vous devez veiller à négocier soigneusement l’assurance de votre
prêt immobilier. En relatif, avec des taux
d’intérêt qui ont quasiment retrouvé leurs
plus bas historiques, l’assurance-emprunteur explose. Jusqu’à 30 % du coût total du
prêt. Faire jouer la concurrence est fortement recommandé. Vous pouvez réaliser
des économies, de plusieurs milliers
d’euros. Mais la fiscalité de l’assurance-emprunteur va être alourdie à partir de l’an
prochain. En outre, quoique légale, la
démarche reste en pratique épineuse. Au
point que l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), le superviseur
français des banques, a récemment rappelé
à l’ordre l’une d’entre elles en dénonçant
certaines pratiques commerciales qui
entravent le libre choix de leurs clients.
Plusieurs fenêtres de tir
Si vous n’avez pas pu obtenir dès le départ
les meilleures conditions d’assurance du
prêt, il est encore temps d’optimiser ce volet.
La loi vous permet de résilier cette assurance même si votre contrat est ancien.
Depuis la loi Hamon de 2014, vous y êtes
autorisé durant un an après la signature du
prêt si vous estimez qu’une offre concurrente présentant les mêmes garanties est
plus avantageuse. En cas de substitution
d’assurance, aucuns frais ne pourront vous
être facturés par l’établissement prêteur.
En outre, depuis le 1er janvier (amendement Bourquin de la loi Sapin II), votre contrat en cours est résiliable annuellement,
quels que soient son âge et sa durée. A condition de prévenir la banque au moins deux
mois avant la date d’échéance.
A l’occasion du changement, vous avez la
faculté de choisir la délégation, c’est-à-dire
souscrire une assurance individuelle autre
que le contrat groupe de la banque qui vous a
accordé le crédit. Ce qui permet une tarification sur mesure. Etes-vous concerné ? En
général, la renégociation est judicieuse pour
les profils d’emprunteurs qui profitent déjà
des tarifs les plus intéressants. Ce sont les
moins de 45 ans, les non-fumeurs, les
emprunteurs en bonne santé et les cadres.
Mais pas seulement. Les plus de 50 ans, par
exemple, peuvent réaliser des économies
substantielles en renégociant leur assurance
de prêt. Plusieurs paramètres sont à prendre
en compte afin d’évaluer les économies réalisées : votre âge et votre état de santé, le montant du prêt et la date de souscription.
Fiscalité alourdie en 2019
Attention, si vous envisagez de renégocier
l’an prochain, la fiscalité de l’assurance-emprunteur pourrait être durcie. Le projet de
loi de finances pour 2019 prévoit d’élargir
l’assiette de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA). Dans le cas de
l’assurance-emprunteur, cette taxe de 9 %
ne s’applique actuellement qu’aux cotisations versées au titre des garanties couvrant
l’incapacité de travail, la perte d’emploi et
l’invalidité. A partir de 2019, la TSCA serait
étendue à la garantie décès. Et concernerait
tous les nouveaux contrats.
Faut-il alors vite renégocier avant la fin de
l’année ? Il n’y a pas d’urgence si votre projet
n’est pas suffisamment ficelé. « L’impact de
la mesure sur les emprunteurs sera faible, rassure Astrid Cousin, porte-parole du courtier
d’assurances Magnolia.fr. Le surcoût devrait
être au maximum de 6 % et non de 9 %, car
cette garantie décès ne représente que les deux
tiers du tarif global de l’assurance. En outre,
L’APPARTEMENT
DE LA SEMAINE
les banques ne devraient pas augmenter leurs
tarifs, mais prendre sur leurs marges, importantes pour ce produit. Quant aux contrats en
délégation, les assureurs pourraient répercuter la hausse sur les clients, mais leurs offres
resteront très compétitives par rapport aux
contrats groupe des banques. »
Flou sur la date anniversaire
En pratique, pour changer d’assurance de
prêt, vous devez adresser une lettre recommandée avec AR en demande de résiliation
à votre assureur au plus tard deux mois
avant la date anniversaire du contrat. Si
vous avez contracté le prêt initial depuis
moins d’un an, le délai de préavis pour lancer la résiliation est réduit à quinze jours
avant cette date anniversaire. Sauf que des
banques traînent les pieds. Comme en
témoignent plusieurs courtiers en crédit,
« les banques exercent diverses pressions
pour décourager la résiliation ». Parmi elles,
l’ambiguïté quant à la notion de date anniversaire. Celle-ci n’est pas précisée par les
textes. Du coup, elle est interprétée diversement par les établissements. Certains prennent comme référence la date d’édition de
l’offre de prêt, d’autres celles de la signature
du prêt, la date d’adhésion du contrat
d’assurance ou encore la date de sa prise
d’effet (voir encadré). Ce qui peut amener les
emprunteurs à laisser passer le délai légal.
La Fédération bancaire française (FBF) a,
fin juin, rendu public un « bon usage professionnel » devant clarifier la date anniversaire du contrat d’assurance-emprunteur.
En pratique, les banques sont tenues a
minima d’afficher sur leur site Web la date
qu’elles prennent en compte. Elles se sont
engagées à donner la date exacte quand le
client leur demande et à l’indiquer de façon
précise dans les nouveaux contrats. Ce bon
usage a été présenté au Comité consultatif
du secteur financier (CCSF). L’engagement
est-il tenu ? Rien n’est moins sûr. En tout
état de cause, le CCSF prévoit en début
d’année prochaine un bilan sur ce sujet.
En attendant, il est conseillé d’anticiper,
en prenant une marge de trois à quatre
mois par rapport à la date anniversaire du
contrat, quelle qu’elle soit. n
IPI LES INDICES DES PRIX IMMOBILIERS
MEILLEURSAGENTS - « LES ÉCHOS »
SUR
LE WEB
•
Crédit Jusqu’où
iront les banquiers ?
Les taux des prêts
immobiliers ont
encore baissé
en octobre 2018.
Epargne Les
Français se ruent sur
le Livret A, un placement qui leur fait
pourtant perdre
de l’argent.
Immobilier
Quel est le poids
des charges de
copropriété à Paris et
dans sa région ? Une
étude de Meilleur
Copro vous permet
de comparer les prix.
Et toute
l’actualité
du patrimoine
sur lesechos.fr/
patrimoine
Laforêt
•
0Marseille
Situé dans le quartier
Joliette-Dames, à Marseille (2e arrondissement),
l’appartement
de la semaine se trouve
à 250 mètres du métro
et du tramway. Il est au
1er étage sans ascenseur.
0Chambre de bonne
D’une superficie de 105 m2,
le bien, entièrement
rénové, est composé
d’un double séjour avec
une cuisine américaine de
43 m2, de deux chambres,
dont une suite avec salle
de bains. Une chambre de
bonne de 10 m2 s’ajoute
aux 105 m2.
0Prix
399.000 euros
Retrouvez
l’appartement
de la semaine sur
lesechos.fr/patrimoine
a
•
•
PARIS : LE CLUB DES
10.000 S’AGRANDIT
Signe d’un marché parisien en
ébullition, 10 des 20 arrondissements de la capitale ont
dépassé la barre symbolique
des 10.000 euros du mètre
carré. Derniers arrivés dans le
club des 10.000, le 9e arrondis-
sement, qui a vu ses prix
bondir de 9 % en un an, suivi
par le 16e, avec une hausse de
près de 4,6 %. Une trajectoire
que semble emprunter le 17e
arrondissement, avec un mètre
carré qui se négocie désormais
autour de 9.739 euros. Dopé
par la transformation du
quartier des Batignolles et du
nouveau Palais de Justice, on
y constate une hausse de plus
de 5 % sur un an. De quoi faire
basculer la majorité des arrondissements au-dessus de la
moyenne actuelle qui se situe
à 9.300 euros du mètre carré ,
selon les données de MeilleursAgents.com, contre encore
8.853 euros il y a un an.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
PATRIMOINE // 53
Les Echos Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018
Le baromètre
des fonds
–8,06 %
FONDS FRANCE PETITES
ET MOYENNES CAP.
Les fonds dédiés aux valeurs
tricolores font grise mine.
Les investisseurs s’inquiètent en
effet de la trajectoire budgétaire
de l’Italie et des tensions
sur les marchés obligataires.
+3,12 %
FONDS ACTIONS
JAPON GRANDES CAP.
Les actions japonaises bénéficient
de la hausse du dollar et des tensions
commerciales entre la Chine et les
Etats-Unis. Dans ce contexte, les
fonds des grandes valeurs nippones s’octroient 3,12 % en trois mois.
Morningstar le 8 octobre 2018
FISCALITÉ
53
A terme, cette taxe devrait disparaître pour les résidences principales. Mais quand serez-vous exonéré ?
Pouvez-vous d’ores et déjà bénéficier d’une ristourne ? Réponses au cas par cas.
Impôts locaux : serez-vous
exonéré de taxe d’habitation ?
L
a loi de finances pour 2018 a
introduit un nouveau dispositif de dégrèvement progressif qui vient s’ajouter aux abattements, dégrèvements et
exonérations existants. Conjugué à
ces derniers, il devrait permettre à
80 % des foyers fiscaux d’être exonérés de la taxe d’habitation à
l’horizon 2020. Comme les autres
dispositifs, il ne concerne que la
résidence principale.
A cet égard, l’administration fiscale vient de préciser qu’il ne s’appliquait pas « aux Français établis hors
de France qui avaient conservé une
résidence en France ». Toutefois, si
leur famille y habite de façon permanente, ils peuvent prétendre aux
autres allègements, notamment à
l’abattement obligatoire pour charges de famille et à l’abattement
facultatif à la base (réponse ministérielle M. M’jid El Guerrab du
18 septembre 2018 n° 10 167).
Les conditions à remplir
Pour bénéficier de ce nouveau
dégrèvement en 2018, il faut remplir les trois conditions suivantes :
ne pas être déjà exonéré au titre
d’un dispositif existant ; ne pas
avoir payé l’ISF en 2017 et avoir un
revenu fiscal de référence qui
n’excède pas 27.000 euros pour la
première part de quotient familial.
Ce seuil est majoré de 8.000 euros
pour les deux demi-parts suivantes
puis de 6.000 euros par demi-part
supplémentaire.
Le dégrèvement correspond à
30 % du montant de la taxe due
après application, le cas échéant, du
mécanisme de plafonnement de la
taxe en fonction du revenu. Pour les
ménages dont les revenus se situent
au-dessus de ces limites mais
n’excèdent pas 28.000 euros pour la
première part de quotient familial,
majorés de 8.500 euros pour les
deux demi-parts suivantes, puis de
6.000 euros par demi-part supplémentaire, le dégrèvement est
dégressif afin de limiter les effets de
seuil. L’année prochaine, le dégrè-
La taxe d’habitation est due par
toute personne qui dispose d’un
logement suffisamment meublé
pour y habiter, qu’elle en soit propriétaire, locataire ou occupant à
titre gratuit, et même si elle n’y fait
que quelques courts séjours par an.
Si vous occupez un logement dont
vous êtes propriétaire, vous supportez donc à la fois la taxe foncière et la
taxe d’habitation. En revanche, si
vous le donnez en location, c’est le
locataire qui est redevable de la taxe
d’habitation s’il s’agit d’un logement
loué nu.
La location meublée
En cas de location meublée, lorsque
le logement est loué à titre de résidence principale, y compris lorsqu’il est loué pour une durée de
9 mois à un étudiant, c’est le locataire qui occupe le logement au
1er janvier qui est redevable de la
taxe d’habitation. S’il s’agit d’un bien
loué meublé sur de courtes durées,
c’est le propriétaire qui est redevable de la taxe d’habitation et qui
supporte l’éventuelle « surtaxe résidence secondaire » dans les villes
où elle a été instituée.
La taxe d’habitation et la taxe foncière sont établies d’après votre
situation au 1er janvier 2018, même si
vous avez déménagé en cours
d’année ou si vos charges de famille
ont augmenté ou diminué après
cette date. Si vous avez vendu votre
logement et/ou déménagé après le
1er janvier 2018, vous restez donc
redevable de la taxe foncière et de la
taxe d’habitation – si vous étiez propriétaire occupant – pour l’année
entière, sauf si vous aviez prévu dans
l’acte de vente un partage de la taxe
foncière avec l’acquéreur au prorata
du nombre de mois occupés par
chacun.
En cas de déménagement d’un
locataire, vous pouvez être tenu de
payer la taxe d’habitation à sa place,
mais seulement pour les taxes mises
en recouvrement avant son départ,
si vous ne lui avez pas, un mois avant
son départ, réclamé ses quittances
de taxe d’habitation ou, à défaut,
transmis sa nouvelle adresse au centre des impôts. Mais votre responsabilité ne peut pas être étendue à la
taxe d’habitation mise en recouvrement après son départ, notamment
dans le cas d’une location meublée,
de 9 mois, au profit d’un étudiant.
Résidences secondaires
Depuis 2015, les communes situées
en zone tendue, notamment les plus
grandes agglomérations, ont la possibilité d’instituer une majoration de
la part de la taxe d’habitation qui leur
revient pour les logements autres
que ceux destinés à l’habitation principale du contribuable : résidences
secondaires, mais aussi logements
sion ne concernera toutefois que la
taxe relative à la résidence principale, le maintien de la taxe d’habitation pour les résidences secondaires
étant, semble-t-il, d’ores et déjà acté.
Ce qui existait déjà
Des exonérations sont prévues
pour les personnes disposant de fai-
Les coulisses de la taxe foncière
Qui paie la taxe
d’habitation ?
En principe, c’est celui
qui habite le logement
qui est redevable de la taxe
d’habitation, mais il existe
différents cas de figure.
vement passera à 65 %, puis à 100 %
en 2020.
A partir de cette date, ce devrait
être au tour des 20 % les plus aisés
d’être progressivement exonérés de
taxe d’habitation, dans le cadre
d’une refonte globale de la fiscalité
locale, qui prévoit la suppression de
la taxe d’habitation. Cette suppres-
bles revenus : retraités titulaires de
l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ou de l’allocation supplémentaire d’invalidité
(ASI), personnes âgées de plus de
60 ans, veuves et veufs, quel que soit
leur âge, personnes handicapées.
Mis à part le cas des titulaires de
l’Aspa et de l’ASI qui sont exonérés
d’office, les autres exonérations
sont réservées à ceux dont les revenus de 2017 n’ont pas dépassé
10.815 euros pour la première part
de quotient familial, majorés de
2.888 euros pour les demi-parts suivantes.
Pour les personnes âgées de plus
de 75 ans, cette limite est relevée à
13.703 euros, afin de permettre à
ceux qui étaient exonérés en 2014
de continuer à bénéficier de cette
exonération, malgré l’évolution de
la législation.
Pour les personnes qui ne peuvent pas bénéficier de ces exonérations, il existe un dispositif spécifique qui permet de plafonner la taxe
en fonction de leurs revenus. Il profite aux personnes dont les revenus
de 2017 étaient inférieurs à
25.432 euros pour la première part
de quotient familial. Ce seuil est
majoré de 5.942 euros pour la première demi-part supplémentaire et
de 4.677 euros pour les demi-parts
suivantes.
— Nathalie Cheysson-Kaplan
Apanage du propriétaire, la
taxe foncière pourrait faire
les frais de la suppression
de la taxe d’habitation
et de la révision des valeurs
locatives.
La taxe d’habitation est établie
au 1er janvier. Photo Shutterstock
destinés à la location saisonnière de
courte durée. Cette majoration peut
varier entre 5 % et 20 %. Paris, Bordeaux et Nice ont voté dès 2017 la
majoration au plafond. « En 2018, on
constate un effet inflationniste de cette
majoration en raison de la suppression programmée de la taxe d’habitation », constate la mission « Finances locales » dans son rapport de
mai 2018 sur la refonte de la fiscalité
locale. Sur les 1.149 communes autorisées par décret à instituer cette
majoration, 198 communes l’ont
votée en 2018, soit 17,2 % d’entre elles.
Pour la mission, si le caractère
incitatif de cette surtaxe est légitime,
dans des villes comme Paris ou Bordeaux « où les tensions sur le marché
sont très fortes, ces majorations de
60 % peuvent aussi être lues comme
un effet d’aubaine de la part de municipalités en recherche de recettes fiscales sur des contribuables qui ne votent
pas dans la commune ». — N. C.-K.
Pour la taxe foncière, pas de baisse
en vue ! Elle n’est due que par les
propriétaires sur les propriétés
bâties, qu’ils occupent ou non le
logement en question. En cas de
démembrement, la taxe foncière
est à la charge de l’usufruitier. En
cas de vacance d’un logement normalement destiné à la location, le
propriétaire peut demander un
dégrèvement si cette vacance est
indépendante de sa volonté et a
duré au moins trois mois consécutifs. La demande de dégrèvement
doit être faite au plus tard le
31 décembre de l’année au cours de
laquelle la vacance a atteint la durée
de 3 mois minimum requise.
Possibilités d’exonération
Une exonération temporaire – de
2 ans généralement – est prévue en
faveur des immeubles neufs destinés à l’habitation. Peu importe leur
usage : l’exonération joue aussi bien
pour les résidences principales que
secondaires, qu’elles soient occupées par leur propriétaire ou données en location. Elle court à compter du 1er janvier qui suit l’année de
l’achèvement des travaux.
Attention : elle ne s’applique pas
automatiquement, mais elle est
subordonnée au dépôt d’une déclaration auprès du centre des impôts
au plus tard 90 jours après l’achève-
ment des travaux. Les collectivités
locales peuvent en outre décider
d’exonérer totalement ou partiellement les logements labellisés BBC
2005, p our « bâtiment basse
consommation », durant une
période minimum de 5 ans. Mais là
a u s s i , i l f a u t e n avo i r f a i t l a
demande, via le dépôt d’une déclaration spécifique avant le 1er janvier
de la première année au titre de
laquelle elle commence à s’appliquer.
La méthode de calcul
Bizarrement, cette exonération n’a
pas été étendue aux logements soumis à la nouvelle réglementation
thermique RT 2012, qui a rendu
obsolète, pour les permis de construire déposés depuis le 1er janvier
2013, le label BBC 2015 (réponse
ministérielle Meunier, JO Assemblée nationale du 8 mai 2018,
n° 3521) !
Comme la taxe d’habitation, la
taxe foncière est calculée sur la
valeur locative du logement. Un
abattement de 50 % est obligatoirement appliqué sur cette valeur pour
tenir compte des charges supportées par le propriétaire (frais de gestion, d’assurance, d’entretien, de
réparation…). On applique ensuite
les taux d’imposition votés par la
commune (ou le groupement) et le
département. A la différence de ce
qui est prévu en matière de taxe
d’habitation, il n’existe pas d’abattement pour charges de famille, mais,
comme pour la taxe d’habitation,
des exonérations sont prévues en
faveur des personnes âgées ou handicapées. — N. C.-K.
Réforme des valeurs locatives
Une réforme des valeurs locatives, dont la valeur est aujourd’hui
déconnectée des valeurs de marché, a été lancée en 2014 avec
une phase d’expérimentation dans 5 départements tests.
La suppression programmée de la taxe d’habitation laissait
craindre un abandon de cette réforme. « Il n’en est rien.
Au contraire, la suppression de la taxe d’habitation va simplifier
les choses. Même si tout n’est pas encore calé, la réforme des
valeurs locatives devrait être au menu d’un projet de loi de finances
rectificative qui sera déposé au premier semestre 2019 », explique
Franck Claeys, directeur économie et finances territoriales
de France Urbaine, l’association qui regroupe les élus des
métropoles, grandes intercommunalités et villes françaises.
Mais, dans le meilleur des cas, la révision des valeurs locatives
ne sera pas achevée avant la fin du quinquennat, puisqu’il faudra, selon les estimations de la Direction générale des finances
publiques (DGFIP), au minimum six ans pour mener à terme
cette réforme.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
54 // PATRIMOINE
en bref
Tristan Fewings/Getty
Images for Sotheby’s
MARCHÉ
DE L’ART
FOIRES FRIEZE : RECORD POUR
UNE ARTISTE BRITANNIQUE
ART NÉO-POP ET URBAIN EN
VEDETTE CHEZ ARTCURIAL
L’enchère la plus haute des foires Frieze à
Londres – à 10,8 millions d’euros – est allée
à « Propped » de la Britannique Jenny
Saville. Avec cet autoportrait exceptionnel
peint en 1992, elle signe un nouveau
record en tant qu’artiste femme vivante.
Des œuvres de Banksy, Cléon Peterson
ou Sheoard Fairey, critiques d’une
société égocentrée, répressive et consumériste sont au cœur d’une vente
d’art urbain organisée par Artcurial.
Elle se tient le 24 octobre à Paris.
François Mitterrand bibliophile,
l’histoire de ses passions
Artcurial
Vendredi 12, samedi 13 octobre 2018 Les Echos
54
LA CHRONIQUE
DU NOTAIRE
Les 29 et 30 octobre, la maison de vente Piasa propose à Paris une partie de la pléthorique
bibliothèque de l’ancien président de la République. Littérature sentimentale, témoignages
politiques, mais aussi fidélité à l’extrême droite littéraire de sa jeunesse.
J
e vous admire cher François Mitterrand
qui êtes porteur d’une si grande espérance, homme des tempêtes à votre tour
comme l’écrira un jour l’Histoire, qui vous
reconnaîtra parmi les siens. » En octobre 1977
Albert Cohen, l’auteur de « Belle du seigneur », écrit à celui qui deviendra quelques
années plus tard président de la République
française, pour le remercier d’avoir soutenu
sa candidature au prix Nobel de littérature.
Les 29 et 30 octobre, ces deux pages manuscrites prémonitoires sur l’importance de
« l’homme des tempêtes » sont proposées aux
enchères, avec une estimation de 400 euros,
en même temps que 682 autres lots, par la
maison de vente parisienne Piasa. Le tout
estimé très raisonnablement (sans tenir
compte de l’effet de la renommée du propriétaire) pour 500.000 euros, appartient à Gilbert Mitterrand, l’un des fils de François et
Danielle Mitterrand.
Il s’agit seulement d’une partie de sa bibliothèque, composée d’ouvrages et de quelques
manuscrits du XXe siècle. On peut penser
qu’une autre partie a été reçue en héritage par
sa fille Mazarine. En 1990 il avait aussi offert à
la médiathèque de Nevers 20.000 ouvrages.
Dans sa résidence secondaire des Landes à
Latche, il possédait un petit pavillon-bibliothèque d’environ 1.500 livres parfaitement
classés et répertoriés par les bons soins de son
épouse – elle reliait aussi avec talent certains
ouvrages –, tout comme dans sa résidence privée parisienne de la rue de Bièvre. L’expert de
la vente, Jean-Baptiste de Proyart, observe :
« L’ensemble raconte un goût pour le roman
très classique ainsi que des anecdotes de sa vie
politique. »
contient, encore dans l’esprit des écrivains
connus pour leurs actes de collaboration, des
ouvrages de Pierre Drieu la Rochelle, Lucien
Rebatet ou Robert Brasillach.
On sait, entre autres, depuis la publication
en 2016 de la correspondance destinée à sa
maîtresse, Anne Pingeot, que François Mitterrand était très talentueux dans l’expression
de ses sentiments. Une de ses sources d’inspiration aura pu être Juliette Drouet, l’éternelle
maîtresse de Victor Hugo – ce dernier arrêtera même d’écrire à son décès. Dans une lettre manuscrite dont François Mitterrand a
fait l’acquisition en 1967 pour 150 francs et
aujourd’hui estimée 2.500 euros, elle écrit à
l’adresse de Hugo : « Bonjour mon adoré bien
aimé, bonjour, mon Toto chéri, bonjour toi,
bonjour vous que j’adore. »
Editions originales
Documents politiques
Les libraires de la place parisienne se souviennent encore de l’assiduité de François Mitterrand en la matière : « C’était non seulement
un vrai lecteur qui aimait les textes, mais encore
un véritable bibliophile qui cherchait des ouvrages en édition originale sur grand papier (1) avec
des reliures de qualité, si possible accompagnés
d’un envoi (2). Généralement, il en savait plus
que nous sur le sujet », se souvient Benoît Fargeot, libraire à Saint-Germain-des-Prés.
Laurent Coulet, installé boulevard Haussmann, recevait couramment la visite de François Mitterrand du temps de sa présidence :
« C’était un client particulièrement charmant.
Il profitait quelquefois de ce moment pour
semer les gardes du corps et partir se promener.
Généralement, ses visites se faisaient en compagnie de quelqu’un comme Anne Lauvergon, Jacques Attali ou René-Patrice Pelat. Il ne restait
pas plus de dix minutes. Il savait parfaitement
François Mitterrand était
talentueux dans l’expression
de ses sentiments. Une
de ses sources d’inspiration
aura pu être Juliette Drouet,
l’éternelle maîtresse
de Victor Hugo.
Il avait fait l’acquisition
en 1967 d’une de ses lettres
manuscrites pour
150 francs ; elle est
aujourd’hui estimée
2.500 euros.
Jacques Chardonne était le « romancier préféré » de François Mitterrand.
Les « Destinées sentimentales » éditées par Bernard Grasset, entre 1934 et 1936,
sont estimées 800 euros. Photo Piasa
ce qu’il voulait. Il aimait les grands écrivains du
XXe siècle, comme Jacques Chardonne… »
Collaborateurs notoires
Justement, Jacques Chardonne, grand romancier, est aussi connu comme un collaborateur
notoire. Pourtant, la vente ne contient pas
moins de 27 lots consacrés au « romancier pré-
LE GRAPHE
DE LA SEMAINE...
Immobilier : combien
vous coûtent vos charges
de copropriété
Avec plus de 55.000 copropriétés étudiées
en région parisienne, MeilleureCopro
dresse un état des lieux à Paris et en Ile-deFrance du montant des charges de copropriété. Dans le classement des communes
où ces charges sont les plus élevées, un
département se détache : les Hauts-deSeine. Sur les 10 communes où les charges
pèsent le plus lourd, 8 se trouvent dans le 92.
En tête : Neuilly-sur-Seine avec des charges
moyennes à l’année qui s’élèvent à 46 euros
par mètre carré. Le département où le coût
s’avère le plus faible est la Seine-et-Marne,
avec 28 euros de charges par mètre carré à
l’année en moyenne.
Dans Paris intra-muros, le comparateur
relève en moyenne un montant des charges
de l’ordre de 40 euros du mètre carré par an.
Mais de fortes disparités existent entre les
arrondissements : elles s’élèvent à 33 euros
par mètre carré dans le 3e arrondissement et
culminent à 47 euros dans le 16e. Au sein d’un
même département, les écarts de charges de
copropriété peuvent varier jusqu’à 62 %.
Trois facteurs principaux
Trois facteurs vont principalement impacter le montant des charges : la présence
d’un chauffage collectif, d’un ascenseur ou
d’un gardien. Et c’est le chauffage collectif
qui pèse le plus lourd avec en moyenne un
coût de 8,50 euros supplémentaire par
mètre carré par an. S’attacher les services
d’un gardien alourdit la facture annuelle de
6,10 euros/m2 en moyenne et la gestion d’un
ascenseur a un impact de 2,60 euros supplémentaires par mètre carré. A niveau de services comparables, les charges seront plus
élevées sur les petites copropriétés. Donc,
plus une copropriété comprendra de logements, plus faibles seront les charges.
féré » de François Mitterrand. Les trois parties
des « Destinées sentimentales », éditées
entre 1934 et 1936, sont estimées 800 euros.
Comme chacun des livres de sa bibliothèque,
ces ouvrages sont accompagnés d’une note
manuscrite à l’encre bleue, un papier volant de
François Mitterrand qui indique l’auteur, le
titre, le prix, la date et le lieu d’achat. La vente
Parmi les documents politiques les plus
importants de la vente, on trouve un portrait
d’Henry Kissinger écrit par François Mitterrand en 1975. Il remarque à propos de celui
qu’il avait rencontré alors qu’il était « un petit
professeur à Harvard » : « L’habileté n’explique
pas les grands destins, elle ne monte pas assez
haut » (estimation 8.000 euros).
Enfin, dans un esprit socialiste, les moins
fortunés des amateurs de témoignages des
grands destins pourront peut-être acquérir
les cours d’anglais manuscrits datés de 1975
de François Mitterrand lorsqu’il écrit des
phrases « relativement historiques » comme :
« Here is some tea but there is no milk ». Estimation : 200 euros.
— Judith Benhamou-Huet
www.piasa.fr
(1) Des tirages sur papier luxueux. (2) Dédicace.
— PAR
GÉRALDINE HERPE
Notaire chez Monassier
& Associés, membre
du Groupe Monassier
Successions :
le bon usage
du cantonnement
Cantonner : limiter les droits du
conjoint ? Si de prime abord ce
mécanisme juridique peut
apparaître comme négatif ou
contraignant, il s’agit bien au
contraire d’un instrument de
précision et de souplesse dans la
transmission du patrimoine. En
effet, en présence du décès d’un
conjoint, le survivant peut décider de faire porter son choix sur
certains biens du patrimoine
(résidence principale, liquidités…) et faire bénéficier immédiatement les enfants ou autres
héritiers des biens dont il n’a plus
l’utilité, dont la gestion est trop
lourde ou est source d’inquiétude (résidence secondaire, portefeuille titres…). Unique condition, l’existence d’une donation
au(x) dernier(s) des vivants ou
un testament qui ne prive pas le
conjoint de cette possibilité.
Un choix irrévocable
Le cantonnement peut se résumer à un abandon partiel des
droits du conjoint dans la succession au profit des autres
héritiers, en d’autres termes une
renonciation partielle. Ce choix
n’est pas subi par le conjoint, il
émane de sa seule volonté et ne
peut y être contraint. Une fois le
choix du conjoint acté, celui-là
s’avère irrévocable. Ainsi les
biens exclus par le conjoint survivant font partie à nouveau de
la succession et seront partagés
entre les héritiers en fonction de
leurs droits respectifs. L’abandon par le conjoint de ses droits
ne sera en aucun cas considéré
comme une donation effectuée
par ses soins. En revanche, les
héritiers devront verser éventuellement des droits complémentaires du fait des nouveaux
biens reçus, mais seront immédiatement propriétaires des
biens objets du cantonnement.
On peut également préciser
que le droit de partage (2,5 %)
n’est pas perçu, même si le cantonnement porte sur un bien
déterminé. Le cantonnement
s’avère donc être un bel outil au
cœur de la stratégie familiale et
patrimoniale. n
4
•
À
RETENIR
Le cantonnement peut
se résumer à un abandon
partiel des droits
du conjoint dans
la succession au profit
des autres héritiers.
Ce choix émane de la
seule volonté du conjoint.
•
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
55
Une histoire rebondissante
+ L’INVITÉ
DES « ÉCHOS »
« Les Echos »
Ingenico intéresse Natixis, ce qui se comprend
vu sa présence dans les paiements.
Arnaud Rousseau
Président du groupe Avril
BIOCARBURANTS « Le groupe Avril a, parmi ses métiers,
celui de la trituration et de l’estérification de graines de colza
et de tournesol françaises. Ce que nous portons, c’est une ambition pour l’agriculture française et les produits français »,
explique Arnaud Rousseau. « Notre métier, c’est d’utiliser
d’abord les colzas et les tournesols français. C’est à peu près 90
à 95 % de nos sourcings. Mais la production agricole peut
varier d’une année à l’autre. Et par conséquent, pour alimenter
nos usines, il peut arriver parfois que sur les pourcentages
résiduels, nous importions d’autres produits : cela peut être
du soja, de l’huile de palme. Mais cela est de façon très
résiduelle, de l’ordre de 5 à 6 % par an. »
CARBURANTS Questionné sur le changement des noms
des carburants dans les stations-service en vigueur ce vendredi, Arnaud Rousseau déclare : « C’est une bonne nouvelle, pour plusieurs raisons. La première est qu’il y a plus de
produits renouvelables dans le carburant que les consommateurs vont acheter à la pompe qu’auparavant. […] Ensuite, cela rend les choses plus lisibles, car lorsque vous allez faire votre plein à la pompe, vous allez avoir dans toute l’Europe, par
exemple sur les moteurs Diesel, un petit sigle B10 qui indique
que dans votre moteur vous allez avoir 10 % d’énergies renouvelables. »
Interview réalisée par Olivier Harmant
a L’intégralité de l’émission sur lesechos.fr/invitedesechos
« Sois toujours exact dans tes paiements, mon cher, tu ne saurais imaginer
le bien qui en résulte. » Pour le fleuron français Ingenico, le conseil
du roman de Disraeli va de soi. Pourtant, la Bourse se montre ingrate
devant cette success-story à la remarquable longévité – dans un secteur
sujet aux grandes vagues d’innovation – à cause de sa croissance d’activité
moins explosive que celle de compétiteurs plus exposés aux nouveaux
modes de paiement en ligne ou sur mobile. La star de la monétique
des années 1980 s’est démenée pour se réinventer en élargissant sa palette
de solutions, mais l’image plus « hardware » de ses terminaux pèse encore.
Sa valorisation n’en est pas moins devenue trop modeste (14,3 fois le bénéfice
prévisionnel contre 35 fois pour Worldline, 51 fois pour Wirecard ou
147 fois pour Adyen) pour ne pas attirer les regards, à cause des gros effets
d’échelle. Le rebondissement de l’entrée en scène Natixis ne semble donc
pas absurde aux analystes attitrés. Certains calculent que l’activité
paiements de la filiale de BPCE, forte de revenus approchant les 400 millions d’euros, pourrait espérer réaliser des synergies de coûts supérieures
à 200 millions. Reste à trouver la solution industrielle et financière qui
ne diluerait pas trop les actionnaires de la banque tout en ménageant
du développement. L’action Ingenico a modéré ses ardeurs (+ 5,4 %)
vu le recul de celle de Natixis (– 4,6 %).
Dassault 31
Dialog Semiconductor
36
Disney 37
D’Uniqlo 29
Natixis 47
Netflix 37
Bambora 47
Boeing 25
BPCE 47
Brilliance 27
Edenred 47
EY 29
Caisse des Dépôts 48
CarFit 33
CMS Francis Lefebvre
44
CRCA 44
Cuadrilla 28
GlobalCollect 47
Safran 25
Samsung Pay 47
Singapore Airlines 32
Six 47
SNCF Transilien 27
Daifuku 29
Dalenys 47
Danaher 47
Fast Retailing 29
HPE 38
HP Inc. 38
Ikea 44
Indépendance Royale 44
Ingenico 47
MSD 44
Turner 37
Vantiv 47
Volkswagen 25
Warner 37
Wirecard 47
Worldine 47
Worldpay 47
EDITORIALISTES
Cécile Cornudet,
Jacques Hubert-Rodier, Eric Le Boucher,
Jean-Francis Pécresse, Jean-Marc Vittori,
Sabine Delanglade, Laurent Flallo,
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Ce journal est imprimé sur du papier porteur de l’Ecolabel européen
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La correction boursière tant attendue
se déroule de façon assez ordonnée.
Carboniser des terres pour faire de la place n’est pas seulement une tradition
corse, mais une pratique vieille comme l’humanité : n’est-ce pas de cette
façon que Néron s’est approprié les collines jouxtant le Palatin ? L’important
est évidemment d’éviter que l’incendie se propage partout. A l’âge du
bûcher dirigé par algorithme, les boursiers, qui n’adorent rien tant que
brûler ce qu’ils ont adoré, et adorer ce qu’ils ont brûlé, semblent finalement
mieux équipés qu’on ne l’aurait pensé pour éviter les retours de flammes
involontaires. Le brasier des indices en deux séances (–3,99 % pour le
CAC 40, –3,78 % pour le Standard & Poor’s en milieu de séance de jeudi)
a certainement roussi quelques cheveux, notamment chez ceux qui tablaient sur la remontée des taux longs américains. Mais il a aussi permis
à ceux qui l’attendaient d’engranger des profits sur des valorisations plutôt
généreuses, et de faire de la place à des profils plus adaptés à une possible
érosion des multiples à moyen terme. L’« élastique très tendu » entre les
deux styles d’investissement « croissance » et « valeur » que voyait Eric
Mijot chez Amundi s’est légèrement relâché en faisant des télécoms,
des banques, des services aux collectivités, de la santé des secteurs qui ont
surperformé l’indice européen Stoxx 600. Comme beaucoup d’autres,
les analystes du Credit Suisse continuent cependant de croire à la solidité
des valeurs technologiques en période de ralentissement de la croissance.
Sans changement des fondamentaux macro-économiques, le temps n’est pas
venu de l’arrêt de la musique. C’est juste le début de celui des chaises musicales.
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Chaises musicales
Uniqlo dégagera bientôt plus de bénéfices
à l’étranger qu’au Japon.
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DIRECTEUR DES DÉVELOPPEMENTS ÉDITORIAUX DU PÔLE LES ECHOS Henri Gibier
« Un seul frôlement de manches fait naître l’amour. » Malgré sa prétention
à devenir un jour le premier fournisseur des garde-robes mondiales,
le japonais Uniqlo a failli faire mentir la sagesse millénaire de l’Archipel.
Si ses doudounes ultra-légères ont facilement conquis le cœur de la clientèle
asiatique et européenne, ses frôlements chez l’Oncle Sam ont en effet failli
être catastrophiques. Erreurs d’implantation dans des « malls » déclinants,
planning hasardeux des collections pour une marque alors inconnue en
Amérique du Nord, cette bataille-là n’a pas été loin de ressembler à celle
de Midway. Trois ans plus tard, le tir a été corrigé et sa maison mère, Fast
Retailing, est plus que jamais un des incontournables basiques de l’habillage
des portefeuilles de gestion, qui acceptent de payer une prime en Bourse
de 59 % sur le multiple de capitalisation d’Inditex, la mère de Zara. Le dernier
territoire qui résistait à l’offensive des cachemires à prix imbattables d’Uniqlo
North America sera rentable l’an prochain après avoir divisé par deux
ses pertes opérationnelles sur le dernier exercice, clos fin août. L’ambition
internationale du patron fondateur, Tadashi Yanai, n’est plus présomptueuse quand les ventes en dehors du Japon dépassent pour la première
fois celles dans l’Archipel, et que le groupe espère dégager en 2018-2019 plus
de résultat d’exploitation hors de ses frontières qu’à l’intérieur. Le spécialiste
du tricot en fil continu doit évidemment éviter les assemblages douteux
ou achetés trop cher, comme le Comptoir des Cotonniers, déprécié à hauteur
de 59 millions d’euros, soit environ un quart du prix d’acquisition estimé
il y a treize ans. En Bourse, les poches percées n’ont jamais été à la mode.
Le basique du dressing
LES ENTREPRISES CITÉES
Adyen 47
Airbus 32
Apple 36
Apple Pay 47
Atos 47
crible
L
Philippe Lazare
’amateur de mauvais jeux de
mots (que nous ne sommes pas)
aurait naturellement tendance à
dire que Philippe Lazare est ressuscité
par l’intérêt que porte Natixis à Ingenico,
le groupe qu’il préside depuis dix ans.
L’affaire est certes intéressante et les
boursiers ne s’y sont pas trompés. Dès
qu’ils ont été au courant d’un projet de
rapprochement, ils ont propulsé de plus
de 12 % le cours de l’action du roi des terminaux de paiement. Le moment est
bien choisi. Ingenico n’est pas en mauvaise forme, mais ses derniers bénéfices
ont baissé et la généralisation du paiement en ligne qui représente moins de la
moitié de son activité le pousse à trouver
un partenaire qui le renforce à l’heure de
la « disruption ». Philippe Lazare, en bon
cavalier qu’il est, ira fermement mais
prudemment. Il aime à dire qu’il ne croit
pas au « big bang ». Dans une bonne formule, il confia à « L’Opinion » : « Dans cet
univers du paiement, le bruit va plus vite
que le signal. Les projets de solutions
disruptives se heurtent souvent à la valeur
recherchée par les consommateurs et les
commerçants, à savoir la sécurité des
transactions. » Philippe Lazare a beau
être architecte de formation, il a choisi de
bâtir des entreprises, pas des immeubles. A soixante et un ans, il est passé par
Sextant, PSA, Air France Eurotunnel et
La Poste, mais sa grande œuvre reste le
réveil d’Ingenico. Lorsqu’il en prit la tête
en 2007, l’entreprise à la croissance
champignonesque, l’ex-chouchou de la
Bourse, s’essoufflait. Il va réussir à la
transformer, la porter au plus haut
niveau. Si le rapprochement avec Natixis
a lieu, c’est, pour le copropriétaire d’une
pouliche avec l’écurie Vivaldi, une
deuxième saison qui s’ouvre.
(
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Page 47
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