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Le Figaro - 24 10 2018

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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 078 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ÉTUDES POLITIQUES
LES QUESTIONS MIGRATOIRES,
CLÉ DE LA PROGRESSION DU VOTE
« POPULISTE » EN EUROPE PAGE 15
Richard Ferrand,
un grognard
au perchoir PAGE 6
DÉFENSE
Le successeur
du porte-avions
« Charles-deGaulle » est
à l’étude PAGE 8
Pressés par le gouvernement, syndicats et patronat entament ce mercredi des négociations
pour trouver des économies sur l’assurance-chômage et refondre le système existant.
Favoriser l’accès et le retour
vers « un emploi de qualité »
et économiser entre 3 et
3,9 milliards d’euros sur
trois ans pour réduire la
dette de l’Unedic qui pèse
près de 35 milliards d’euros.
Tel est l’objectif assigné par
RELIGION
L’Église choquée
par le suicide d’un
deuxième jeune
prêtre PAGE 9
ONCOLOGIE
Une avancée
majeure contre
des cancers du sein
particulièrement
agressifs PAGE 11
Le Paris SG passe
au révélateur
napolitain PAGE 12
TÉLÉCOMS
Qualité du réseau :
Orange risque
jusqu’à 1 milliard
d’euros d’amende
è LA DÉGRESSIVITÉ,
UNE VIEILLE RECETTE
CONTROVERSÉE
è TROUVER UN ACCORD
GLOBAL, UNE GAGEURE
è LE PLAN DE FORMATION
SE MET PROGRESSIVEMENT
EN MARCHE
PAGES 20, 21 ET L’ÉDITORIAL
Budget :
l’Europe
engage un
bras de fer
avec l’Italie
La confrontation entre la coalition au pouvoir en Italie et
Bruxelles vient de franchir une
nouvelle étape. Pour la première fois dans l’histoire de
l’Europe, la Commission va
demander à un État membre
de revoir son projet de budget.
Le document élaboré par
Rome, qui prévoit un déficit de
2,4 % du PIB au lieu de 0,8 %
promis en juin, a été rejeté
mardi. La Commission donne
trois semaines à l’Italie pour
revoir sa copie. Malgré cet accroc, les marchés financiers
n’ont pas surréagi. PAGE 22
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@le figaro.fr
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Faut-il aussi interdire
les téléphones portables
dans les lycées ?
OUI
90 %
NON
10 %
TOTAL DE VOTANTS : 44 656
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sur lefigaro.fr
Faut-il pénaliser
financièrement les
entreprises qui multiplient
les contrats courts ?
CHI-FOU-MI PRODUCTIONS-TRÉSOR
FILMS/STUDIOCANAL - A. DI MARCO/AP
C
Coresponsabilité
ette fois, la balle est dans leur camp.
Les partenaires sociaux, qui se plaignent du mépris d’Emmanuel Macron, sont placés devant leurs responsabilités : ils ont trois mois pour
s’entendre sur une réforme de l’assurancechômage. D’ores et déjà, on pressent la difficulté de l’exercice. Sans quelques douloureuses remises en question du système existant,
qui a conduit à accumuler 35 milliards d’euros
de dettes, l’emploi demeurera le point noir de
l’économie française, et le tonneau des Danaïdes continuera à se vider.
Comme toujours lorsque l’on explore les
grands problèmes économiques de la France,
le diagnostic sur notre chômage de masse a été
décrit par mille rapports. Tous détaillent un
coût du travail excessif et une réglementation
écrasante, l’inadéquation de notre système de
formation ou encore les limites du traitement
social du chômage. Pour avoir longtemps refusé de traiter ces sujets sensibles, droite et
gauche confondues ont créé, avec la complicité des syndicats, cette désolante exception
française : pendant que certains de nos voisins
flirtent avec le plein-emploi, nous bataillons
pour passer sous les 9 % de chômeurs…
Une partie du chemin a été faite pour restaurer la compétitivité des entreprises, améliorer
le cadre réglementaire et mieux former les salariés. Mais au nom du sacro-saint « modèle
social français », qui nous a menés où nous en
sommes, il est sacrilège de toucher au mécanisme de l’assurance-chômage. On se demande bien pourquoi. Est-il indécent de mettre fin aux dérives de la « permittence », qui
consiste à alterner
les périodes courtes
de travail et de
chômage ?
De
sanctionner
les
abus manifestes de
contrats courts par
les entreprises, sans
pour autant créer
un bonus-malus
complexe qui les dissuaderait d’embaucher ?
De s’interroger, sans accabler les chômeurs,
sur un mécanisme d’indemnisation qui n’incite pas suffisamment à retrouver un emploi ?
Les sujets de réflexion ne manquent pas. Pour
les syndicats et le patronat, c’est le moment de
démontrer qu’ils peuvent utilement participer
aux réformes. ■
Pourquoi
serait-il
sacrilège
de toucher
à l’assurancechômage ?
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
w w w . d a n i e l f e a u . c o m
A
n
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3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@a@m@o@a";
Capté par les caméras de surveillance, Khashoggi entre au consulat saoudien d’Istanbul.
encore changement de règles concernant la « permittence » feront partie des discussions.
Les positions des uns et des
autres sont si éloignées
qu’un grand accord semble
hors de portée.
n
PAGES 14, 16 ET 17
M 00108 - 1024 - F: 2,60 E
et mènera seul la réforme.
Si aucune exigence précise
n’a été formulée, les sujets
épineux ne manquent pas :
dégressivité des allocations
chômage, bonus-malus sur
les contrats de travail en
fonction de leur durée ou
Le président turc a appelé, mardi, à punir toutes
les personnes impliquées dans le meurtre de
Jamal Khashoggi, qu’il a qualifié de « sauvage »
et de soigneusement « planifié ». PAGES 2 À 4
ALI UNAL/AP - HANDOUT/REUTERS
CHAMPS LIBRES
n
le gouvernement aux partenaires sociaux, qui commencent à négocier ce mercredi
une refonte de l’assurancechômage. Ils ont trois mois
pour lui remettre une copie
satisfaisante, faute de quoi
l’exécutif reprendra la main
Erdogan dénonce
« l’assassinat politique »
du journaliste
saoudien Khashoggi
FOOTBALL
La fabuleuse
saga d’une
revue
catholique
française aux
États-Unis
Les tribunes
d’Édouard
Balladur et de
de Michel Goya
Les
chroniques de
Chantal Delsol
et de
Bertille Bayart
« LE GRAND BAIN », LA COMÉDIE
RAFRAÎCHISSANTE DE GILLES
LELLOUCHE PAGE 28
Assurance-chômage :
la réforme s’annonce ardue
ASSEMBLÉE
NATIONALE
PAGE 25
CINÉMA
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
UN SOSIE
ENCOMBRANT
RONEN ZVULUN/REUTERS
Une vidéo diffusée lundi
par CNN semble démontrer
que le commando saoudien
a eu recours à un « sosie »
pour tenter de faire croire
que Jamal Khashoggi, 59 ans,
était bien ressorti du consulat à
Istanbul. Sur cette bande, issue
de vidéosurveillance, on voit
un homme franchir la porte du
bâtiment, portant une fausse
barbe, des lunettes, ainsi que
les vêtements de la victime :
une veste noire, une chemise
claire et un pantalon gris. Le
faux Khashoggi et un complice,
muni d’un sac plastique,
marchent ensuite en ville avant
de s’arrêter dans des toilettes
pour se changer et abandonner
le « déguisement ». L’étude
de la vidéo permet cependant
de vite remarquer que
le « sosie » porte des baskets
noir et blanc, contrairement
au journaliste. Or, un autre film
montre Mustafa al-Madani,
soupçonné d’être l’un des
tueurs, entrer dans le consulat
deux heures avant la victime
avec ces mêmes baskets aux
pieds. Les deux hommes ont
enfin été filmés une dernière
fois, riant, alors qu’ils entrent
dans l’hôtel Mövenpick.
« Jamal Khashoggi a été
victime d’un meurtre sauvage »,
a déclaré Recep Tayyip Erdogan
au Parlement devant les élus
de son parti, l’AKP, mardi à Istanbul.
KAYHAN OZER/AFP
Erdogan dénonce « l’assassi
politique planifié » de Khas
S’il a mis en cause Riyad, le premier ministre turc n’a pas incriminé nommément
Nous voulons
connaître
la vérité et ne pas
nous contenter
de parler. Tout
d’abord, nous
devons savoir
pourquoi il est
mort. Qui l’a tué ?
Nous voulons
connaître tous
les détails
»
STEVEN MNUCHIN, SECRÉTAIRE
AMÉRICAIN AU TRÉSOR
IL AVAIT promis de révéler « toute la
vérité » sur la disparition de Jamal
Khashoggi, suggérant des déclarations
coup de poing dans cette affaire qui
sème le trouble depuis trois semaines
entre Riyad et Ankara. Mardi, Recep
Tayyip Erdogan a fini par briser le silence devant le groupe parlementaire
de son parti, l’AKP, à Ankara, en évoquant un « assassinat politique », qui a
été « planifié », contredisant la version
du royaume, tout en évitant d’incriminer directement le pouvoir saoudien.
« Tous les éléments et preuves qui ont été
découverts indiquent que Jamal Khashoggi a été victime d’un meurtre sauvage », a déclaré le président turc. À ce
jour, seules des sources gouvernementales anonymes s’étaient exprimées sur
la question.
Remontant le fil de cette histoire digne d’un sinistre roman policier, le chef
de l’État turc s’est livré à un exposé détaillé des événements. Il a d’abord rappelé que le journaliste saoudien s’est
rendu une première fois au consulat le
28 septembre – visite qui aurait incité
des employés consulaires saoudiens à
faire un aller-retour express à Riyad -,
avant de revenir à Istanbul le 1er octobre. Une autre équipe de trois personnes aurait, en parallèle, effectué des repérages dans la ville, notamment dans
une forêt. Puis, le 2 octobre au matin,
Jamal Khashoggi reçoit un coup de téléphone lui indiquant de se présenter au
consulat à 13 h 15. Avant son arrivée,
quinze agents dépêchés par Riyad l’attendent à l’intérieur. Depuis, le chroniqueur saoudien n’a jamais été revu.
Autant de détails qui confirment les
informations déjà publiées ces derniers
jours dans la presse turque. « Nous ne
resterons pas silencieux face à ce meurtre », a poursuivi Erdogan. Le président
turc s’est toutefois gardé de préciser sur
quelles preuves concrètes il fondait ses
affirmations. Répondant à un souci évident de ne pas divulguer les méthodes
de surveillance d’Ankara, il n’a dit mot
sur d’éventuels enregistrements audio
ou vidéo, dont les médias et certains
responsables turcs ont fait état depuis le
début de l’enquête.
Appel au jugement
des meurtriers à Istanbul
Décidé à faire la lumière sur ce crime
« qui ne doit pas rester impuni », Recep
Tayyip Erdogan s’est toutefois gardé de
citer des noms, notamment celui du
prince héritier, Mohammed Ben Salman,
accusé par les journaux turcs d’avoir
commandité le crime. « En reconnaissant le meurtre, le gouvernement saoudien a fait un pas important. Ce que nous
attendons de lui, maintenant, c’est qu’il
mette au jour les responsabilités de chacun dans cette affaire, du plus haut niveau
au plus bas », a-t-il précisé, pour vraisemblablement maintenir la pression sur
le pouvoir saoudien. Samedi 20 octobre,
Riyad avait fini par avouer que Jamal
Khashoggi était bien mort, mais dans
une « rixe » qui « avait mal tourné ».
Jusqu’ici, le royaume s’enfermait dans
ses propres mensonges en s’obstinant à
affirmer que le journaliste était sorti du
consulat. Quitte à frôler le ridicule : un
agent saoudien a même joué le rôle du
journaliste quittant l’enceinte consulaire, en revêtant ses vêtements, ses lunettes et une fausse barbe pour tenter de
faire croire qu’il était toujours vivant.
Sur une vidéo divulguée récemment par
CNN, et obtenue des services de renseignement turcs, on voit l’homme, Mustafa al-Madani, sortant du consulat par
une porte arrière. Mais un détail n’a pas
échappé à la police turque : l’agent en
question, bien qu’étant de la même corpulence que Khashoggi, ne porte pas les
chaussures du journaliste. Il a gardé aux
pieds la même paire de baskets qu’il
avait en arrivant au consulat le jour
même, à 11 h 03, soit deux heures avant
l’heure du rendez-vous de Khashoggi.
Mardi, le président turc s’est aussi
interrogé sur le devenir de la dépouille
du journaliste. « Pourquoi le corps (de
Les Saoudiens perdent du terrain auprès de l’Administration Trump
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
LUNDI SOIR, Gina Haspel s’est envolée
pour la Turquie. À la veille des déclarations du président Erdogan, la directrice
de la CIA était chargée par Donald Trump
« d’évaluer » les renseignements en possession des Turcs concernant l’assassinat
de Jamal Khashoggi, voire « d’apporter
une aide aux enquêteurs », selon les versions émanant de la Maison-Blanche.
Officieusement, cette espionne, qui
fut chef de poste en Turquie et en parle
la langue, devait surtout s’efforcer de
limiter les dégâts en évitant la divulgation de détails susceptibles de mettre
directement en cause le prince héritier
saoudien, Mohammed Ben Salman, dit
MBS. L’Administration Trump craint
par-dessus tout une déstabilisation du
régime à Riyad au moment où elle accroît ses pressions sur l’Iran, via un embargo pétrolier prévu début novembre.
Tout en contredisant la version officielle saoudienne et en demandant des
comptes, le président turc s’est retenu
d’accuser personnellement MBS ou
même d’évoquer l’enregistrement so-
nore de l’assassinat que détiendraient
ses services.
Sans attendre les conclusions de Haspel, les responsables du renseignement
américain ont mis en garde Donald
Trump sur le manque de crédibilité des
explications saoudiennes. « Je ne suis pas
satisfait de ce que j’ai entendu », a déclaré
lundi le président, évoquant dans une interview au Washington Post « une supercherie et des mensonges : leurs histoires
partent dans tous les sens ». Il n’a pas immédiatement réagi aux derniers développements en Turquie, mais son secrétaire
d’État, Mike Pompeo, devait s’exprimer
plus tard, mardi, à Washington. L’Administration tente de garder le cap entre les
appels à des mesures de rétorsion émanant des deux partis au Congrès et la défense d’intérêts stratégiques et financiers
qu’elle juge supérieurs. Trump évoque
450 milliards de dollars d’investissements
saoudiens dans le pays.
Steve Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a ainsi annulé son intervention au
forum économique saoudien, tout en
s’affichant lundi dans un tête-à-tête
avec le prince héritier. Jared Kushner,
gendre et conseiller présidentiel proche
de MBS, a déclaré dans une interview à
CNN que l’Administration était toujours
dans une phase de « recherche des faits »,
qu’il avait personnellement conseillé « la
transparence » au prince saoudien et
que, en fonction de l’analyse des informations recueillies, « nous déciderons ce
que nous voulons croire ». Donald Trump
a également eu une formule ambiguë
“
MANUEL BALCE CENETA/AP
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
Gina Haspel, la directrice de la CIA (ici en
mai, à Washington), est en Turquie pour
évaluer les renseignements d’Ankara
sur l’assassinat de Jamal Khashoggi.
Je ne suis pas satisfait
de ce que j’ai entendu.
C’est une supercherie
et des mensonges :
leurs histoires partent
dans tous les sens
DONALD TRUMP
”
dans USA Today, évoquant « un complot
qui a mal tourné ». Il a répété que MBS
« est un dirigeant fort » et qu’à ce stade,
« personne ne m’a dit qu’il est responsable, personne ne m’a dit qu’il ne l’est pas ».
Cette prudence s’efforce de ne pas
tomber dans la connivence, mais les critiques sont à l’affût. Mike Pompeo vient
de publier une tribune dans Foreign Affairs, où il salue, à propos de l’Iran, « la
clarté morale » de la politique étrangère
du président. Richard Haass, président
du Council on Foreign Relations, qui édite la revue, déplore dans un tweet :
« Nous croyons sur parole Poutine quand il
dit qu’il n’est pas intervenu dans l’élection
de 2016, Kim quand il promet de dénucléariser et MBS qui assure n’avoir aucun
rôle dans le meurtre de Khashoggi. Reagan recommandait de faire confiance mais
de vérifier. Trump fait confiance et regarde ailleurs. » Dans une tribune au New
York Times, James Baker, ancien secrétaire d’État républicain, suggère de
prendre exemple sur la réaction américaine après le massacre de Tiananmen en
1989 : « Une série de pénalités substantielles, la suspension des ventes d’armes et
l’arrêt des visites officielles, mais le maintien des relations diplomatiques. »
Malgré des années de générosité tous
azimuts, il est manifeste que les Saoudiens perdent du terrain à Washington.
Plusieurs officines ont déjà rompu leurs
contrats avec Riyad : les cabinets de lobbyistes Glover Park Group et BGR Group
ont
renoncé
respectivement
à
150 000 dollars et 80 000 dollars par mois.
Les think-tanks CSIS (Centre d’études
stratégiques internationales), Brookings
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LE FIGARO
mercredi 24 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Le jeu prudent d’Ankara face à Riyad
DÉCRYPTAGE
Delphine Minoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
dminoui@lefigaro.fr
FAIRE PRESSION sur Riyad tout en ménageant discrètement le royaume saoudien : depuis le début de l’affaire Khashoggi, le pouvoir turc avance à pas
prudents et calculés pour tirer potentiellement profit de cette crise qui l’oppose à son grand rival régional. Ces
trois dernières semaines, c’est essentiellement par l’entremise de la presse
locale se fondant sur des sources gou-
vernementales anonymes que le scénario macabre de l’assassinat du journaliste saoudien a été dévoilé. À chaque
jour son nouveau lot de pièces à
conviction, d’indices glaçants, voire de
déclarations remontées contre Riyad.
« Il se paie la tête de nos services de renseignement », s’emporte ainsi l’un des
conseillers d’Erdogan, Yasin Aktay,
dans les colonnes du journal progouvernemental Yeni Safak, faisant allusion aux explications peu convaincantes de Mohammed Ben Salman. Le
président Erdogan semble pourtant résigné à ménager le prince héritier saoudien : aucune référence à son rôle direct
ou indirect n’a été faite dans son allocu-
tion de mardi qui revenait pour la première fois sur l’« assassinat prémédité »
du journaliste saoudien.
Entre Ankara et Riyad, les relations
ont connu des hauts et des bas au cours
de ces dernières années. Soutien actif
de Mohammed Morsi, issu des Frères
musulmans, le pouvoir turc avait tourné le dos à l’Égypte du maréchal Sissi,
allié de l’Arabie saoudite, depuis l’éviction du président islamiste, en 2013, par
l’armée. En 2015, elles s’étaient néanmoins réchauffées après l’accession au
trône du roi Salman. Mais l’irruption
sur la scène du prince héritier, surnommé « MBS », a changé la donne. Ce dernier voit évidemment d’un mauvais œil
les relations qu’entretient Ankara avec
le Qatar, ennemi de Riyad, notamment
depuis le blocus imposé par l’Arabie
saoudite en juillet 2017.
Mais, en dépit de la rivalité flagrante
entre la Turquie et l’Arabie saoudite,
qui se disputent la suprématie sur le
monde sunnite, Ankara tire profit des
investissements privés saoudiens, plus
que jamais précieux à l’heure où le pays
est miné par une crise économique
majeure. De nombreux ressortissants
saoudiens ont en effet placé leur argent
dans l’immobilier turc. Le tourisme est
également en hausse : 586 000 visiteurs
saoudiens ont afflué en Turquie depuis
le début de l’année 2018, contre
373 000 en 2016, selon des statistiques
officielles. Certains experts voient
d’ailleurs dans l’actuelle prudence turque une volonté d’obtenir d’éventuelles
contreparties financières en échange
d’une solution concertée permettant finalement à Riyad de sortir la tête haute
de cette affaire terriblement embarrassante pour le royaume.
La Turquie tire profit des
investissements privés
saoudiens, plus que jamais
précieux à l’heure où le
pays est miné par une
crise économique majeure
Ankara se doit aussi de ménager
Washington. Même si la Turquie aspire
à plus de fermeté envers Riyad, elle ne
peut se permettre d’aller à l’encontre
des intérêts de l’Administration américaine de Donald Trump, peu encline à
se froisser avec le royaume saoudien.
Les
relations
américano-turques
connaissent en effet une certaine
éclaircie depuis la libération, le 12 octobre, du pasteur américain Andrew
Brunson, arrêté dans la foulée du
putsch raté de 2016. Mais les sujets de
contentieux demeurent nombreux : à
commencer par le soutien américain
aux milices kurdes de Syrie, qu’Ankara
accuse d’être affiliées au PKK, étiqueté
terroriste. Ankara craint également de
voir sa banque publique Halkbank écoper d’une amende colossale pour
« contournement des sanctions américaines contre l’Iran » – une punition qui
affecterait lourdement l’économie du
pays. Alors que les preuves de la responsabilité de Riyad dans le meurtre de
Khashoggi émergent peu à peu, Ankara
espère certainement profiter de sa position de force pour défendre ses intérêts auprès de Washington. « La Turquie se sert des preuves qu’elle affirme
détenir sur le supposé meurtre de Khashoggi comme levier pour arracher des
concessions aux Saoudiens et aux Américains », confie à l’AFP Gonul Tol, directeur du Middle East Institute’s Center for Turkish Studies. ■
nat
hoggi
le pouvoir saoudien.
Khashoggi) est-il toujours introuvable ? », a-t-il demandé, en insistant sur
la nécessité de le retrouver. « Si le corps
a été remis à un citoyen, qui est le collaborateur local (qui le cache) ? », a-t-il
ajouté. Pour Erdogan, « on ne pourra
pas fermer ce dossier tant qu’on n’aura
pas de réponse ». Et d’appeler, dans la
foulée, au jugement à Istanbul des
meurtriers présumés. « C’est à Istanbul
que se sont déroulés les faits. Par conséquent, je propose que les 18 suspects
soient jugés à Istanbul. La décision appartient (au gouvernement saoudien),
mais c’est ma proposition, ma demande », a-t-il ajouté. Pendant ce temps, la
valse des rumeurs et des informations
« fuitées » se poursuit. Mardi aprèsmidi, quelques heures après le discours
d’Erdogan, Sky News affirmait disposer
d’indications selon lesquelles des parties du corps démembré de Khashoggi
avaient été retrouvées dans le jardin du
consulat saoudien. ■
D. M. (CORRESPONDANTE À ISTANBUL)
La justice internationale pourrait
se pencher la responsabilité de MBS
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
RECEP TAYYIP ERDOGAN s’est montré
clair. « De celui qui a donné l’ordre jusqu’à
celui qui l’a exécuté, tous doivent rendre
des comptes », a insisté le président turc.
S’il n’a jamais cité le nom Mohammed
Ben Salman, dit MBS, dans son discours
mardi devant le Parlement, le président
turc soulève clairement la question
d’éventuelles poursuites judiciaires
contre le prince héritier saoudien. Aux
États-Unis aussi, l’hypothèse est débattue. Les possibilités d’engager une action
civile et pénale existent. La famille de Jamal Khashoggi pourrait saisir une institution de la justice internationale. La Cour
pénale internationale (CPI) ne semble pas
forcément compétente, d’autant que
l’Arabie saoudite n’a pas ratifié ses statuts. MBS pourrait en revanche tomber
sous le coup de la violation de convention
des Nations unies contre la torture, signée
par Riyad. Les proches de la victime peuvent également porter plainte devant une
juridiction nationale dotée de compétences universelles. La justice belge, saisie
par des Tchadiens, avait ainsi envisagé de
poursuivre l’ancien dictateur tchadien
Hissène Habré alors réfugié au Sénégal.
L’Allemagne engage parfois aussi des enquêtes. Aux États-Unis même, MBS
pourrait être la cible de poursuites, selon
des juristes américains. Mais toutes ces
procédures exigeraient avant tout la
preuve formelle qu’il est le commanditaire du meurtre. Les protections diplomatiques rendent encore plus improbable de
voir un jour ce haut dignitaire devant des
juges. Reste que la simple émission d’un
mandat international ferait du prince héritier un homme hautement infréquentable et, par là même, un souverain encombrant pour l’Arabie saoudite. ■
Le roi Salman d’Arabie saoudite
et le prince héritier Mohammed
Ben Salman ont reçu mardi au palais
royal à Riyad deux membres
de la famille du journaliste tué
Jamal Khashoggi, selon l’agence SPA.
Il s’agit d’un fils, appelé Salah,
et d’un frère, appelé Sahel, du
journaliste saoudien tué au consulat
saoudien à Istanbul, selon SPA.
Le roi et le prince héritier
ont présenté leurs condoléances
aux membres de la famille Khashoggi.
Le ministre saoudien des Affaires
étrangères, Adel al-Jubeir Jubeir,
a affirmé que le prince Mohammed
Ben Salman ignorait tout des plans
visant à assassiner le journaliste
et du lieu où se trouve sa dépouille.
« C’était une opération non
autorisée. C’est une opération dans
laquelle des individus ont excédé
leur autorité et leurs responsabilités.
Ils ont fait une erreur en tuant Jamal
Khashoggi au consulat et ont essayé
de couvrir leurs agissements », a-t-il
déclaré. De son côté, le chef de l’État
turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé
mardi des proches du journaliste
saoudien pour leur faire part
de sa « profonde peine ». M. Erdogan
leur a dit que la Turquie allait « suivre
cette affaire » et que « tout ce qui
est nécessaire sera fait pour élucider
ce crime », a indiqué une source
présidentielle.
A
Tel. 01.55.35.20.20
Institution et Middle East Institute (MEI)
ont également mis en suspens les dotations accordées par l’ambassade saoudienne. En 2016, le MEI avait reçu 20 millions de dollars pour rénover son siège.
Plusieurs membres de son conseil d’administration défendent parallèlement les
intérêts saoudiens aux États-Unis.
Après avoir réduit son budget de lobbying vers la fin de la présidence Obama
(de 14,3 millions de dollars en 2015 à
7,7 en 2016), la représentation de Riyad
aux États-Unis a réinvesti massivement
depuis l’élection de Donald Trump, à
hauteur de 27,3 millions en 2017. Avant
un vote du Sénat sur une résolution
condamnant l’aventure militaire saoudienne au Yémen, en mars dernier, pas
moins de 759 personnes ont été contactées au Congrès et dans les médias par
quelque 200 relais d’opinion, selon le
Washington Post : la mesure a finalement
été écartée par 55 voix contre 44. « De
tous les supposés experts qui répètent que
les États-Unis et l’Arabie saoudite ont une
relation spéciale, indestructible, note le
sénateur démocrate Chris Murphy, il
s’avère que beaucoup ont touché de l’argent du Golfe. » Aujourd’hui, ils se mettent à couvert. ■
Les condoléances
du roi et de MBS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Le sort du prince Salman
entre les mains de son père, le roi
Il faudra certainement beaucoup de pressions pour que le monarque ne consente
ne serait-ce qu’à marginaliser le jeune héritier dans la structure du pouvoir saoudien.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
QUELQUES HEURES après que Recep
Tayyip Erdogan a révélé les dessous de
l’assassinat de Jamal Khashoggi, le prince
héritier Mohammed Ben Salman (MBS)
est, finalement, apparu à son « Davos du
désert » à Riyad au côté du roi Abdallah II
de Jordanie, grand bénéficiaire de l’aide
saoudienne. Quelques heures plus tôt, les
rumeurs les plus folles avaient pourtant
couru, selon lesquelles MBS se terrait
cloîtré dans son palais. Le président turc
ne l’a pas nommément cité, mais quand il
a réclamé que la justice « punisse » également « les commanditaires » de l’assassinat, tout le monde a compris qu’il visait
son ennemi juré, le prince de 33 ans.
Depuis trois semaines que l’affaire a
éclaté, Erdogan a le revolver braqué sur la
tempe de MBS et, selon des sources proches du président turc, ce dernier ne
compte pas lever sa menace, tant que son
père, le roi Salman, ne l’aura pas marginalisé. L’étau se resserre autour du nouvel homme fort de l’Arabie que Salman
nomma héritier du trône à l’été 2017.
MBS pourra-t-il se sortir du mauvais
pas ? Son père peut-il vraiment le marginaliser ? Et son protecteur américain,
Donald Trump, peut-il le lâcher ? Ces
questions interpellent les experts d’un
royaume secoué par une crise comme il
n’en a pas connu depuis les attentats du
11 septembre 2001 aux États-Unis, où
15 des 19 membres du commando terroriste étaient de nationalité saoudienne.
Depuis qu’il a embastillé en novembre 2017 de nombreux princes accusés de
corruption - pour la plupart maintenus
aujourd’hui en résidence surveillée -,
MBS vit dans une ambiance de suspicion
généralisée. Pour échapper à une attaque,
on le dit préférant passer de longs moments sur son yacht en mer Rouge, où il
se sentirait davantage en sécurité que
dans son palais de Riyad. Ces derniers
mois, des rumeurs d’attentats, démenties
par la monarchie, ont même agité les réseaux sociaux. Depuis le déclenchement
de l’affaire Khashoggi, les tensions se
sont aggravées entre le prince héritier et
d’autres membres de la famille royale.
Mais que peuvent-ils faire ? Le fils préféré
du roi Salman a verrouillé l’accès au souverain, que l’on dit atteint par la maladie,
sans savoir précisément quel est son état
de lucidité. Ces princes ont-ils le numéro
de portable du souverain ? Pas sûr.
Bien avant l’affaire Khashoggi, MBS
cherchait déjà à contrôler les communications de son père. Juan Carlos, ex-roi
d’Espagne, s’en souvient, lorsque, il y a
deux ans, il appela Salman sur son portable et tomba sur son fils, qui lui répondit
sans ménagement que « le roi était occupé ». Faute de pouvoir rencontrer et parler au monarque saoudien, des princes en
sont réduits aujourd’hui à se réunir en secret, rapportait en fin de semaine dernière le Wall Street Journal. L’un des rares à
avoir approché ces derniers jours Salman
est le prince Khaled al-Faysal, son cousin
et homme de confiance, que le monarque
dépêcha auprès du président Erdogan.
Les autorités turques lui auraient fait
entendre un court enregistrement audio,
prouvant que Khashoggi a été drogué, tué
puis démembré, peu après être entré au
consulat d’Arabie à Istanbul le 2 octobre.
Une version très éloignée de la thèse officielle, divulguée dans la nuit de vendredi
à samedi par la justice saoudienne, d’une
« rixe » qui a mal tourné. Avant d’être
démentie par une deuxième – « un étranglement » – puis une troisième version –
« on ne sait pas comment est mort Jamal
Khashoggi », reconnaissait dimanche le
ministre des Affaires étrangères, Adel alJoubeir. Mais à son retour en Arabie, le
prince Khaled a bel et bien livré au roi la
version turque, proche de la vérité.
Pourtant, malgré les soupçons tenaces
qui pèsent sur MBS, Salman n’a pas hésité à
renforcer le pouvoir de son fils, en le nommant, samedi, à la tête d’une commission
d’enquête sur les services de renseignements du royaume. Leur numéro 2, le général Ahmad al-Assiri, aurait été chargé
de composer l’équipe du commando, dépêchée à Istanbul pour liquider ou ramener de force au pays le trublion Khashoggi.
MBS vit dans une
ambiance de suspicion
généralisée. Pour échapper
à une attaque, on le dit
préférant passer de longs
moments sur son yacht
en mer Rouge
Bref, le roi ne paraissait pas enclin à
vouloir marginaliser MBS, comme l’espèrent la Turquie et de nombreux autres
alliés de l’Arabie. Mais c’était avant que
Donald Trump hausse le ton, en pointant
dimanche « les mensonges », « la tromperie » et « les histoires qui partent dans
tous les sens » de ses alliés saoudiens. Et
d’abord du premier d’entre eux, Mohammed Ben Salman - ami proche du
gendre de Trump, Jared Kushner -, qui
avait « catégoriquement nié » au téléphone du président américain toute responsabilité dans le crime.
Le 10 octobre, Kushner appela MBS
pour lui transmettre un message de fermeté. Le jeune prince devint furieux. Jus-
que-là, son entourage n’était pas inquiet.
Le lendemain de l’assassinat de Khashoggi, MBS ne montrait pas non plus de signe
de nervosité quand il affirmait à l’agence
Bloomberg que le célèbre journaliste était
ressorti le 2 octobre du consulat. Mais
lorsque son allié américain haussa le ton,
l’inquiétude, alors, grandit. Impulsif, le
prince aurait même alors été « choqué »,
ne comprenant pas « tout ce bruit », alors
que les médias saoudiens affirmaient, au
mépris du droit international, que le
consulat saoudien à Istanbul était une
terre saoudienne et que ce qui s’y passait
ne regardait personne.
MBS ayant concentré presque tous les
pouvoirs en moins de deux ans, il faudra
probablement encore beaucoup de pressions pour que son père consente ne serait-ce qu’à le marginaliser dans la structure du pouvoir saoudien. Son apparition
au forum sonne comme un défi à ses adversaires.
Depuis plus de quinze jours, les grands
services de renseignements occidentaux
cherchent à savoir quel est son niveau
d’implication et de connaissance du crime. Y compris la CIA - dont la chef, Gina
Haspel, a été dépêchée à Istanbul -, qui n’a
jamais digéré que MBS écarte du trône à
l’été 2017 son cousin, le prince Mohammed Ben Nayef, l’homme de l’antiterrorisme en Arabie et chouchou des renseignements
américains.
Jusqu’à
maintenant, les grandes oreilles disposaient de nombreux éléments verbaux
transmis par la Turquie mais pas d’éléments matériels – enregistrements audio
et vidéo notamment. « MBS a pu rester vague en disant au responsable du commando
de neutraliser Khashoggi », observe un habitué des services. Sera-ce suffisant pour
échapper à la tornade antisaoudienne qui
n’a pas fini de souffler ? ■
Les VIP envoient leurs adjoints au « Davos du désert »
A
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
MOHAMMED BEN SALMAN, dit MBS,
s’était fait acclamer l’année dernière
lors du lancement du premier forum
économique de Riyad. Changement
d’ambiance cette année. Le prince héritier de 33 ans, qui promeut depuis des
mois une Arabie « ouverte et modérée »,
a assisté discrètement à l’ouverture du
sommet international.
L’Arabie est en crise après le meurtre « abominable » du journaliste Jamal Khashoggi, a reconnu mardi le
ministre de l’Énergie, Khaled al-Faleh, en ouvrant le Future Investment
Initiative. Le royaume pétrolier à la
recherche de nouveaux revenus espère, avec ce forum, attirer entreprises
et investisseurs étrangers et les faire
participer à ses quelque 540 vastes
projets de développement.
Le boycott d’une quarantaine
de personnalités
Mais la conférence, surnommée le
« Davos du désert » en référence au forum mondial organisé chaque année en
Suisse, a vu la liste de ses participants se
réduire au fur et à mesure des révélations macabres dans l’affaire Khashoggi. En tournée dans la région, le secrétaire américain au Trésor, Steven
Mnuchin, a fait un stop lundi à Riyad
mais a renoncé à participer au forum.
Une quarantaine de personnalités sur
les 150 intervenants de haut niveau attendus ont boycotté le sommet. Parmi
celles-ci, le ministre de l’Économie
Bruno Le Maire, la patronne du FMI
Christine Lagarde et une vingtaine de
PDG de sociétés comme EDF, HSBC,
Siemens, Softbank ou Uber.
Certains d’entre eux, HSBC et JPMorgan notamment, ont envoyé leurs adjoints à Riyad, où des centaines de banquiers et d’entrepreneurs, entre autres
russes et asiatiques, ont maintenu leur
présence. Patrick Pouyanné, PDG de
Total, est l’un des rares grands patrons
à avoir fait le déplacement. En réponse
aux remerciements de Khaled al-Faleh
pour sa présence, il a insisté sur l’importance de maintenir le contact « dans
les temps difficiles » car c’est dans ces
moments-là que « vous renforcez vraiment le partenariat ».
Et pour cause. Environ 50 milliards
de dollars de contrats dans les secteurs
du gaz, du pétrole et des infrastructures
ont déjà été signés, a affirmé mardi le
patron d’Aramco, Amin Nasser. Total,
qui codéveloppe avec le géant pétrolier
saoudien la plate-forme de pétrochimie
Satorp, bénéficie de ces accords, tout
comme les sociétés Schlumberger, Halliburton ou Trafigura. ■
COLLECTION PERSONNELLE
4
Ce sont
des jours
difficiles.
Nous traversons
une crise.
L’assassinat
de Khashoggi
est abominable
et personne
dans le royaume
ne peut
le justifier
»
KHALED AL-FALEH, MINISTRE
SAOUDIEN DE L’ÉNERGIE
Le roi Salman et le prince
héritier Mohammed
Ben Salman (à droite)
reçoivent un frère et un fils
du journaliste tué Jamal
Khashoggi, mardi, au palais
royal, à Riyad.
HANDOUT/REUTERS
50
milliards
de dollars
de contrats
dans les secteurs
du gaz, du pétrole
et des infrastructures
ont déjà été signés
au forum économique
de Riyad
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Ferrand, un grognard
au perchoir
Ce très proche du chef de l’État cherche à apaiser
le climat avec les oppositions et l’administration.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
MAJORITÉ Quand il a siégé pour la
première fois dans cet imposant
fauteuil qui fait face aux bancs de
l’hémicycle, Richard Ferrand a
d’abord été saisi par un sentiment
de « vertige ». L’ancien président
du groupe La République en marche
(LaREM) est devenu le quatrième
personnage de l’État le 12 septembre, après la nomination de son prédécesseur, François de Rugy, au ministère de la Transition écologique.
L’élu du Finistère a tout de suite
pensé à des « personnages illustres »
de la Ve République, dans l’ordre :
Jean-Louis Debré, Henri Emmanuelli, Philippe Séguin, Claude
Bartolone, Laurent Fabius, présidents de l’Assemblée nationale
avant lui. « J’ai la mémoire vive et un
profond respect pour ces personnalités », confie ce soutien de la première heure d’Emmanuel Macron.
À 56 ans, le tout premier - et
éphémère - ministre de la Cohésion
des territoires d’Emmanuel Macron
entend mettre en avant son attachement à la ruralité pour contrecarrer l’image du « président des
villes » qui colle à la peau du chef de
l’État. On l’a vu pour son premier
déplacement dans l’Aveyron - il est
né à Rodez - caresser des vaches et
des taureaux, vanter les élevages
d’aubrac, la race locale. Une fois par
semaine, il reçoit à déjeuner une
grappe de députés LaREM - jamais
les mêmes - pour prendre le pouls
du terrain. À l’issue, l’élu du Finistère transmet une note au président
de la République.
Retour en grâce
Son nouveau poste lui confère un
poids politique et institutionnel
qu’il devrait mettre à profit pour
faire entendre sa voix singulière.
Ainsi, quelques jours après la démission fracassante de Gérard Collomb du gouvernement, c’est Richard Ferrand qui déroulait la
bande-annonce du remaniement,
appelant l’exécutif à un « nouveau
souffle ». « Parmi les historiques, il
ne reste plus que lui, Castaner et
Grangeon, analyse un proche du
chef de l’État. C’est simple : il est là
où il a envie d’être, ce qui n’est pas le
cas de tout le monde. » Une sorte de
retour en grâce, après quinze mois
agités par les débuts difficiles des
députés LaREM et l’affaire judiciaire
des Mutuelles de Bretagne - toujours en cours - qu’il a dû encaisser.
La toute première conférence des
présidents que Ferrand a animée a
duré quatre minutes, montre en
main. « Richard Ferrand est parti
quand Yaël Braun-Pivet [présidente
de la commission des lois, NDLR]
arrivait », raconte un participant,
amusé. En moyenne, ces réunions
hebdomadaires n’excèdent pas
quinze minutes, quand elles pouvaient s’étirer pendant quatre heures sous François de Rugy. « Il veut
renouer avec l’efficacité macronienne », souligne son entourage. Le recrutement du sémillant Jean-Marie
Girier, 33 ans, ancien directeur de
campagne d’Emmanuel Macron,
comme directeur de cabinet, n’y est
d’ailleurs pas pour rien.
Pour s’affirmer dans ses nouvelles fonctions, Ferrand doit rapidement s’extraire de son image de
meneur d’hommes qu’il avait construite à la tête du groupe LaREM. « Il
exerce une présidence plus ouverte
que celle de Rugy vis-à-vis des groupes d’opposition, félicite déjà Éric
Ciotti, questeur Les Républicains
(LR) de l’Assemblée. Peut-être est
ce parce qu’il est aussi un représentant de l’ancien monde ! » Dès le lendemain de son élection, l’ancien
socialiste a inauguré son nouveau
costume en accordant son premier
rendez-vous à Gérard Larcher,
président LR du Sénat. Un geste qui
n’a rien d’anodin, puisque l’examen du projet de loi de réforme de
la Constitution devrait reprendre
en janvier, après avoir été interrompu par l’affaire Benalla cet été.
« Je ne sens aucun blocage, le dialogue doit se faire avec la volonté
d’aboutir sur un accord », explique
le macroniste.
« Ferrand et Larcher sont faits du
même bois, ils parlent le même langage », décrypte l’entourage du président de l’Assemblée nationale. « Il
est arrivé avec une autre approche, le
souci de l’apaisement, de l’écoute, du
rassemblement », remarque Laurianne Rossi, questeur LaREM. Début novembre, en concertation avec
les présidents de groupe, Ferrand
lancera le vaste chantier de la réforme du règlement intérieur de l’Assemblée. « Il faut rendre plus lisible le
travail de l’Assemblée, les points de
vue de la majorité comme de l’opposition », explique-t-il.
Le président de la Chambre basse
veut aussi choyer son administration, fâchée avec Rugy qui s’en était
pris au statut des fonctionnaires.
Ferrand mise, lui, sur le dialogue
social, et a adressé une lettre aux
agents pour souligner sa volonté de
travailler dans un « climat apaisé ».
Là encore, une aubaine pour Macron, souvent accusé de mépriser
les oppositions et les corps intermédiaires. ■
Le nouveau poste
de Richard Ferrand
lui confère un
poids politique
et institutionnel
qu’il devrait mettre
à profit pour faire
entendre sa voix
singulière.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Le rappel à l’ordre de Philippe aux députés
En même
« temps,
c’est pas mal
que les
députés
montrent
qu’ils ne
sont pas
seulement là
pour lever
la main
»
UN MEMBRE
DE LA DIRECTION
DU GROUPE LAREM
LES DÉPUTÉS La République en
marche (LaREM) seront-ils réceptifs aux rappels à l’ordre du premier ministre et de leur président
de groupe ? Après plusieurs votes
d’amendements contre l’avis du
gouvernement, la semaine dernière, Édouard Philippe a demandé
mardi aux députés de « rester un
bloc ». « Il n’y a pas de victoires individuelles, elles ne sont que des défaites », a de son côté martelé
Gilles Le Gendre, nouveau chef de
file des députés macronistes.
En commission des affaires sociales, le député Jean-François Cesarini avait proposé une modulation de la hausse de la CSG pour les
retraités en fonction des revenus.
L’amendement a été adopté avec
les voix de l’opposition. Le responsable du projet de loi de finances de
la Sécurité sociale, Thomas Mesnier, a souhaité ouvrir le débat en
réunion de groupe. Le premier ministre en a profité pour recadrer les
troupes. « La mesure proposée n’est
pas la bonne ; y revenir, c’est tripatouiller dans la plaie. On y revient
alors que ça cicatrisait », a protesté
le chef du gouvernement. « On
avait un problème de seuil, on l’a
corrigé. » Cesarini a tenté de s’expliquer, rappelant les manifestations récentes des retraités, en colère contre la CSG.
« Lanceurs d’alerte »
Malgré le rappel à la discipline, le
député LaREM est déterminé à aller
jusqu’au bout et défendra son
amendement en séance dans l’Hémicycle, mercredi. « En même
temps, c’est pas mal que les députés
montrent qu’ils ne sont pas seulement là pour lever la main », balaie
un membre de la direction du
groupe, qui assure qu’un « meilleur
Castaner étrenne ses habits de « premier flic »
martiales sont risquées sur ces dossiers
où l’État ne peut rien faire sans l’Europe
et dépend aussi du bon vouloir des pays
sources pour expulser les indésirables.
Pour ses débuts, le nouveau ministre
ne manque pas d’atouts. « Il a le physique de l’emploi », s’amuse l’un des syndicalistes qu’il a prévu de rencontrer en
fin de semaine pour un tour d’horizon à
la veille des élections professionnelles
dans la police. « Il est courageux et assez
roué », confie l’un de ceux qui l’ont côtoyé dans sa jeunesse rocardienne.
A
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
C’EST CE QU’ON appelle une ascension
éclair. « En moins de trois ans, Christophe Castaner est passé de candidat malheureux du PS aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur à ministre de
l’Intérieur, rappelle un de ses collègues
du gouvernement. Même lui, dans ses
rêves les plus fous, n’imaginait pas un tel
enchaînement. C’est donc un sacré défi
pour lui. » D’autant que les commentaires sceptiques n’ont pas tardé à fuser
lors de sa nomination. Se sachant attendu au tournant, après un remaniement où le remplacement de Gérard
Collomb a fait l’objet d’hésitations,
Christophe Castaner ne devait pas rater
ses premiers pas. « Il a tout de suite voulu marquer son territoire », résume un
ministre.
En une semaine, Place Beauvau, les
signaux n’ont pas manqué, notamment
sur l’immigration : des moyens promis
à la frontière franco-espagnole, un rendez-vous avec l’Italien Matteo Salvini,
qui menace de renvoyer les migrants
non admis en France, et puis une énième évacuation du camp de Grande-
Une équipe qui rassure
Christophe Castaner, dimanche, lors d’une
visite de soutien aux policiers insultés
de Champigny-sur-Marne. B. GUAY/AFP
Synthe, près de Dunkerque, où s’entassent les déracinés qui rêvent de passer
en Grande-Bretagne. « Nous devons être
plus efficaces dans l’exécution des décisions d’éloignement, a-t-il déclaré dans
Le Journal du dimanche. Il n’est pas normal que les déboutés du droit d’asile et les
étrangers en situation irrégulière restent
sur notre territoire. » Démarrage en fermeté donc. Mais attention, les postures
« Élu et réélu à Forcalquier, il sait, en tant
qu’ancien maire, ce que sont les problèmes de sécurité publique », estime un fin
connaisseur de Beauvau. « Il ne doit pas
être bien au courant quand il annonce que
trente policiers de plus font le printemps
d’un commissariat, car les renforts sont
souvent absorbés par une administration
qui dévore les effectifs », rappelle un
grand préfet.
Autre point d’interrogation : le tandem avec un secrétaire d’État, Laurent
Nunez, issu de la police. Les historiques
de la « grande maison » rappellent
combien les précédents sous Defferre et
Pasqua ont laissé un goût amer.
La composition de l’équipe rapprochée de Castaner rassure, en tout cas.
Son directeur de cabinet, Stéphane
Bouillon, jusqu’alors préfet de la région
Auvergne-Rhône-Alpes, a occupé ces
mêmes fonctions autrefois sous Guéant.
« C’est un professionnel hors pair », se
réjouit un ancien directeur général de la
police. Il a pris comme directeur adjoint
Étienne Stoskopf, son préfet délégué
pour la défense et la sécurité à Lyon.
Malgré tout, la partition qui se joue
évoque furieusement un air joué sous
Cazeneuve et Collomb. « Tous ne font
que de la communication. C’est le drame
de ce nouveau monde. On promène les
ministres sur le terrain d’incident en incident, mais après les discours, les problèmes demeurent », déplore un commissaire chevronné. Dimanche, Christophe
Castaner s’est rendu à Champigny-surMarne, où une brigade de police avait
été insultée par des jeunes lors d’une interpellation. Soucieux de montrer son
engagement total, il a annoncé qu’il ne
serait pas candidat à Marseille pour les
municipales de 2020. Au-delà de l’immigration, le problème de Castaner
n’est pas mince : ce sont les violences du
quotidien qui explosent. Et pour y remédier, la com ne suffira pas. ■
travail en amont des textes avec le
gouvernement » empêchera à
l’avenir ce genre d’incidents.
La première vice-présidente du
groupe, Amélie de Montchalin, a
nié de son côté toute fronde des députés LaREM, qualifiant les quelques élus indisciplinés de « lanceurs d’alerte ». « L’important à La
République en marche, c’est qu’on
ait des solutions, ce n’est pas de faire
des petits tours de piste et qu’on dise
“on a résolu un problème parce
qu’on a ouvert un débat médiatique” », a-t-elle déclaré sur RTL.
Le délégué général par intérim
de LaREM, Philippe Grangeon,
était, lui, présent en réunion de
groupe pour expliquer les modalités de l’élection du futur chef du
parti. « Il a rappelé les règles et insisté sur la nécessité du fair-play »,
confie un député. ■
M. S.
ZOOM
La presse présidentielle
dénonce des relations
« tendues » avec l’Élysée
Alors que les discussions sur
« le projet de déménagement
de la salle de presse hors de
l’enceinte principale du Palais »
viennent de reprendre,
l’Association de la presse
présidentielle (APP) a rédigé
un communiqué à l’attention
de l’Élysée, mardi, pour
demander un « report de la
décision » sur ce sujet. « Installée
le long de la cour d’honneur,
l’actuelle salle de presse est un
espace de travail indispensable
[…]. Elle est aussi le signe d’un
souci de transparence jamais
démenti par les présidents
successifs de la Ve République.
Sa fermeture ne saurait être
considérée autrement que comme
un verrouillage de l’Élysée et une
décision attentatoire à la liberté
d’informer et de travailler des
journalistes », martèle l’APP.
Selon l’association, ce sujet est
l’une des principales causes
des « relations tendues entre
la presse et la présidence » depuis
le début du quinquennat.
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LE FIGARO
mercredi 24 octobre 2018
POLITIQUE
Un filloniste juge
sévèrement Fillon
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Dans un livre d’entretiens, l’ex-député LR Serge Grouard,
en charge du projet du candidat, revient sur des mois de campagne.
JACQUES WITT/SIPA
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
DROITE Dans un livre d’entretiens,
Ce que je voulais dire (Corsaire éditions),
l’ex-député maire LR d’Orléans Serge
Grouard revient sur la campagne de
François Fillon, dont il a écrit en partie le
programme. Dans un chapitre d’une
vingtaine de pages, « François Fillon, la
désillusion », le filloniste juge sévèrement
le fond et la forme de ces mois de compagnonnage. Entre tristesse et déception.
Tout avait pourtant commencé sous les
meilleurs auspices. Serge Grouard a « le
sentiment d’avoir en face de [lui] un homme sincère et lucide sur la situation de la
France » et se réjouit qu’il ait « le courage
de dire la vérité » sur l’état du pays. Mais
l’organisation de la campagne puis la
présidentielle lui laissent un goût amer.
Alors que François Fillon le charge de
rédiger son projet avec François Bouvard,
Serge Grouard dit s’inquiéter de voir les
questions régaliennes si peu abordées par
le candidat. Il lui propose d’écrire un livre
consacré à la sécurité et au terrorisme.
« Tu es gentil, mais je l’écris quand ? » lui
rétorque, « agacé », le candidat. « Je lui
réponds que je suis prêt à en écrire tout ou
partie », assure Serge Grouard.
Le candidat n’aurait, selon lui, écrit
que « quelques lignes » du livre Vaincre le
totalitarisme islamique. Le livre est un
succès en librairie et un tournant dans la
campagne du candidat. « C’est un grossier mensonge, prétentieux et ridicule »,
répond l’entourage de François Fillon au
Figaro. « Il suffit d’avoir lu le livre de
François Fillon pour savoir que ce n’est pas
erge Grouard qui l’a écrit ! »
Si Serge Grouard a bien rédigé une
trentaine de propositions sur ces questions et les a adressées au directeur de
campagne, Patrick Stefanini, l’ancien
candidat, qui reconnaît s’en être nourri,
assure avoir lui-même pris la plume. Ce
que confirment plusieurs de ses proches,
à l’instar de Bruno Retailleau : « C’est un
livre que François Fillon a tenu à rédiger
personnellement. »
Serge Grouard, lui, n’en démord pas et
voit dans cet épisode « une clé du personnage Fillon ». Le candidat le « tient à peine
au courant de la suite », alors que le député du Loiret dit avoir consacré une partie
de son été à rédiger le manuscrit. Il ne découvrira le livre qu’« une fois publié ».
La campagne paraît de plus en plus dif-
Serge Grouard, assis à la gauche du couple Fillon, lors d’un meeting LR en novembre 2016.
ficile. Et Serge Grouard de lister « des
mois de traversée du désert », « les abandons », « les trahisons », « le bal des faux
culs dès le soir de la primaire, à commencer
par Laurent Wauquiez ».
“
Nous avions le bon
projet, mais ce n’était
simplement pas le bon
candidat
”
SERGE GROUARD,
EX-DÉPUTÉ MAIRE LR D’ORLÉANS
Mais surtout, l’ex-responsable du projet retient « la frustration dans [sa] relation
avec François Fillon ». « Je me suis toujours
demandé s’il avait de la considération pour
ses proches ou s’il les utilisait pour les besoins de la cause », interroge-t-il, surpris
par l’« insuffisante implication » du candidat. « Parfois, on essayait de le joindre et
nous n’y arrivions pas », confie-t-il.
La victoire de François Fillon à la primaire aurait dû simplifier la campagne ;
elle la complique. Il faut désormais associer les équipes d’Alain Juppé et de
Nicolas Sarkozy au noyau dur des fillonistes. « Au lieu de s’organiser simplement, on
va créer une véritable usine à gaz », se souvient Serge Grouard, qui pointe « les arrière-pensées » des uns, « les jeux de
cour » ou « l’entrisme » des autres.
Dès lors, cette organisation de campa-
gne ne peut déboucher que sur des
« couacs », justifie-t-il. Comme sur
« l’épisode tragicomique sur la santé », en
décembre 2017, avec les « petits » et les
« grands » rhumes. Puis éclate l’affaire
Fillon. Si Serge Grouard dit ne « toujours
pas » savoir quoi en penser - « Manipulation ou vérité ? » -, il voit le QG se transformer en « désert » et la campagne devenir « un spectacle […] affligeant ».
Un an et demi après la défaite, Serge
Grouard, qui insiste sur sa fidélité tout au
long de la campagne, est formel : « Aujourd’hui, je peux dire cette vérité-là : je n’ai pris
aucun plaisir dans cette campagne. » Il va
même plus loin : « Nous avions le bon projet,
mais ce n’était simplement pas le bon candidat. » Un jugement sans appel : « Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’un immense gâchis. » Un cri du cœur qui résonne aussi
comme une soif de reconnaissance. ■
Deux conceptions
de l’après-Fillon
D
ans l’entourage d’un
dirigeant politique, il y a
ceux qui entrent dans la
cour des grands et ceux qui
se révèlent petits. Dans le cercle des
fillonistes disparus, Bruno Retailleau
appartient à la première catégorie
et Serge Grouard à la seconde.
Ancien maire d’Orléans, et qui
aimerait le redevenir, Grouard lâche
ses coups contre le candidat qu’il
a soutenu. Ce n’est pas le premier.
Patrick Stefanini l’avait fait dans la
foulée de la présidentielle cauchemar
de 2017. Le contexte n’était pas
le même. Stefanini n’était pas un
filloniste historique - ce fut d’abord
un proche d’Alain Juppé. Mais s’étant
mis totalement et loyalement au
service de la campagne de Fillon, il en
voulait, non sans raison, au candidat,
de lui avoir dissimulé des faits dont
la connaissance eût été essentielle à
sa mission de directeur de campagne.
Grouard, lui, appartenait à ce petit
noyau de fidèles qui avaient
accompagné l’ancien premier
ministre quand personne ne croyait
à ses chances présidentielles. Comme
Retailleau, Gérard Larcher et une
poignée d’autres. Il faisait aussi partie
de ceux qui ont tenu et sont restés
dans la bourrasque. Cette fidélité at-elle désespéré d’attendre un signe
de reconnaissance ? Il n’en demeure
pas moins que son livre à charge n’est
pas un modèle d’élégance, dix-huit
mois après la brutale sortie du jeu
de François Fillon.
Car cette relecture a posteriori
des coulisses de la campagne fera
d’autant plus de buzz qu’elle
semblera valider une relecture elle
aussi a posteriori du fillonisme. Il faut
se souvenir des commentaires au
lendemain de la victoire à la primaire,
aussi spectaculaire qu’inattendue, de
l’ancien élu de la Sarthe. Il était alors
présenté comme le fédérateur de
toutes les droites. Depuis le chemin
de Croix déclenché par ce qui est
devenu «l’affaire Fillon», il est au
contraire caricaturé en réducteur
du spectre de la droite. Il est devenu
de bon ton d’opposer la « droite
Trocadéro » à la droite de la primaire,
le traumatisme de la défaite ayant
empêché, sinon interdit, toute
analyse rigoureuse de ce que fut
le « moment Fillon ». Qu’une
nouvelle attaque vienne de l’intérieur
n’aidera pas à ce retour à une lecture
objective.
Premier lieutenant d’alors, Bruno
Retailleau se livre à l’exercice inverse.
S’il a repris la tête de Force
républicaine, le mouvement créé par
l’ancien premier ministre, ce n’est
pas pour entretenir avec nostalgie
la flamme du souvenir filloniste ou,
encore moins, préparer le retour
de celui qui a quitté la vie politique
et doit encore sortir des procédures
judiciaires. Mais pour faire vivre
un projet qui ne se réduit pas à une
chapelle de la droite mais peut en être
la colonne vertébrale idéologique.
L’élégance de Retailleau est d’avoir
conquis son autonomie sans renier
celui qu’il a servi. En entrant dans
le cercle restreint des prétendants
de premier rang à droite, le patron
des sénateurs LR offre une
perspective idéologique au fillonisme
là où la perspective politique de Fillon
s’est brisée net. ■
RENTRÉE
LITTÉRAIRE
Ménard : « On joue
l’union des droites »
EMMANUELLE MÉNARD, mardi, dans
le studio du Figaro. F.BOUCHON/LE FIGARO
Debout la France ou le Rassemblement
national, et que les deux partis souverainistes peinent à s’entendre entre eux.
« L’union des droites telle que Robert
Ménard et moi la prônons (elle est mariée au maire de Béziers, NDLR), elle ne
se jouera pas aux européennes mais elle
se jouera aux municipales (de 2020) », a
considéré l’élue du Sud. « Les municipales ne sont pas une question de partis :
on ne demande pas aux maires s’ils sont
(issus) de tel ou tel parti, mais on leur demande ce qu’ils veulent faire pour leur
ville », a-t-elle poursuivi. Elle espère
donc que les candidats pourront, à cette
occasion, « agréger autour d’eux des
sensibilités différentes plus ou moins
axées sur un sujet ou sur un autre ». Pour
que le pari soit réussi, Emmanuelle
Ménard ambitionne de reproduire l’expérience de Béziers « dans des petits villages » ainsi que dans « des villes
moyennes ».
Bien qu’il existe selon elle « des différences » entre LR, DLF et le RN « sur
certains sujets » comme l’économie,
Emmanuelle Ménard se réjouit de
constater qu’il est désormais possible de
travailler avec Laurent Wauquiez sur les
questions régaliennes. « On joue l’union
des droites. C’est ce qu’on a toujours voulu faire, et on continue. » ■
A. B.
© Nico Therin
Invitée du « Talk Le Figaro », la députée de l’Hérault
a basé la réussite de sa stratégie sur les municipales.
OPPOSITION Elle abandonne une bataille mais pas la guerre. Invitée du
« Talk Le Figaro » mardi, la députée
non-inscrite de l’Hérault, Emmanuelle
Ménard, a reconnu que la fameuse
« union des droites » qu’elle défend ne
verrait pas le jour au printemps prochain. « Il n’y aura pas d’union possible
des droites pour les européennes parce
que c’est une élection de partis », a-t-elle
prophétisé, alors que Les Républicains
ont exclu toute alliance avec
7
ALAIN
MABANCKOU
« Quelle force ! Mabanckou revigore la langue française. »
Mohammed Aïssaoui, Le Figaro Littéraire
« La voix d’Alain Mabanckou est aujourd’hui
une des plus fortes de la littérature africaine. »
Michel Abescat, Télérama
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Trump et Poutine vont parler de la course aux armements
John Bolton est venu défendre à Moscou la dénonciation par son pays du traité sur les missiles nucléaires intermédiaires.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
PROLIFÉRATION Washington persiste
et signe. À chacune de ses rencontres
avec les officiels russes, à commencer
par Vladimir Poutine, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a répété le même message : les
États-Unis ne sont pas responsables de
l’échec de la mise en œuvre du traité INF
- destiné à éliminer les missiles nucléaires de portée intermédiaire – dénoncé
avec fracas par Donald Trump. Les vrais
coupables, a-t-il dit, sont les Russes, qui
continuent à développer des missiles
terrestres de croisière, ainsi que les
Chinois, qui menacent leurs voisins japonais, coréens, taïwanais et australiens,
sans jamais avoir signé le moindre traité
de limitation, contrairement à Moscou.
Les deux lui ont répondu tour à tour.
Pékin a dénoncé « un chantage », et Vladimir Poutine s’est déclaré « surpris de
voir les États-Unis avoir recours à des
provocations gratuites qu’on ne peut pas
qualifier d’amicales ». Après le dernier
sommet d’Helsinki, où Donald Trump
s’était montré conciliant envers son homologue russe, une nouvelle rencontre
aura néanmoins lieu à Paris le 11 novembre, en marge des commémorations de
l’armistice. Vladimir Poutine a déclaré à
John Bolton mardi que tel était son souhait, ce à quoi le conseiller américain a
répondu que son président devrait y répondre favorablement.
Faute de pouvoir convoquer un organisme neutre au chevet de l’INF (comme
le fait l’Agence de l’énergie atomique
pour le nucléaire iranien), c’est sur la
seule bonne foi affichée des deux parties
que repose dans l’immédiat l’issue du
conflit. Soupçonné de vouloir relancer la
course aux armements et de menacer la
paix mondiale, l’émissaire de Washington était arrivé dans la capitale russe sur
la défensive. Paris et Berlin ont pris leurs
distances avec la décision américaine.
Selon une source diplomatique citée
par Ria Novosti, John Bolton s’est épanché, sans succès, auprès de ses hôtes
russes sur le comportement jugé dé-
viant de leurs alliés chinois, comme si
Washington demandait à Moscou de
faire pression sur Pékin. « Il lui a été dit
clairement que les questions relatives à
nos partenaires chinois doivent être discutées directement avec les Chinois », a
commenté le diplomate russe. Via le retrait du traité INF, Washington est
soupçonné de vouloir se délier les
mains dans le seul but de déployer ses
propres missiles dans le Pacifique.
« Tant que les gens ne seront pas revenus à la raison, nous développerons nos
armes. C’est une menace pour qui vous
voulez. Ça inclut la Chine, ça inclut la
Russie, et ça inclut quiconque veut jouer
à ce jeu-là », avait déclaré Donald
Trump. John Bolton n’a donné aucun
signe manifestant un souhait de renégocier un nouvel accord. Il a par
ailleurs réitéré ses critiques contre l’ingérence russe dans les élections américaines, qui « suscite une énorme défiance à l’égard de Moscou », a-t-il dit.
Entre deux rencontres, il a déposé une
gerbe sur le pont où a été assassiné en
2015 l’opposant Boris Nemtsov et s’est
incliné devant un mémorial du Kremlin
commémorant « l’héroïsme » des habitants de Kertch durant la Seconde
Guerre mondiale. Il s’agit de cette
même ville de Crimée annexée où un
attentat a fait 21 morts le 17 octobre :
rare moment d’œcuménisme dans une
visite qui semble avoir tourné au dialogue de sourds. ■
Le successeur
du « Charlesde-Gaulle »
est à l’étude
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉFENSE Quinze ans environ sont nécessaires pour disposer d’un porte-avions, depuis le lancement du programme
jusqu’à l’entrée en service du bateau. Tel
a été le cas pour le Charles-de-Gaulle,
entre 1986 et 2001. Le navire amiral de la
Marine, qui repartira en opération dans
l’océan Indien début 2019, après une
vaste rénovation, doit prendre sa retraite vers 2038. Il était donc temps d’envisager sérieusement la succession. Florence Parly a profité du salon Euronaval,
grand rendez-vous de la marine militaire, pour annoncer mardi le lancement
du programme du futur porte-avions
français. Conformément à la loi de programmation militaire (LPM 2019-2025),
la ministre des Armées a annoncé une
phase d’études de 18 mois (pour un coût
de 40 millions d’euros). C’est sur la base
de ces études, confiées aux principaux
industriels du secteur (Naval Group,
Technicatome, Thalès, MBDA…), que le
chef de l’État prendra, en 2020, les « décisions structurantes ». « Nous nous donnons 18 mois. Dix-huit pour répondre à
trois questions », a dit Florence Parly, en
évoquant le contexte stratégique dans
lequel évoluera le futur porte-avions :
« les menaces et les missions », ses caractéristiques (notamment sa propulsion,
nucléaire ou classique) et l’innovation
qu’impliquera cette « véritable base
avancée de notre marine ».
Car, à ce stade, il s’agit de ne rien s’interdire. « Ne limitons pas notre horizon, ni
notre imagination », a souligné la ministre. L’architecture du porte-avions
d’après-demain devra s’articuler avec le
système de combat aérien du futur
(Scaf), lancé avec l’Allemagne et lui aussi
dans les limbes, ainsi qu’avec un groupe
aéronaval. « Vaste base flottante évoluant
à 3 nœuds, drones appontant sur des plateformes, avions à décollage vertical, tout
est possible et doit être envisagé », indique-t-on à l’Hôtel de Brienne. La question de la propulsion sera centrale. Un
porte-avions nucléaire revêt, ne seraitce que dans son affichage, une puissante
dimension politique. Cette filière, bien
maîtrisée, est un fleuron des compétences industrielles françaises. En revanche,
le nucléaire comporte des contraintes,
en termes de délais (temps de fabrication
un peu plus long, indisponibilité de
18 mois tous les dix ans…) et de coût (de
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP
Florence Parly a officiellement lancé mardi
le programme du futur porte-avions
qui remplacera le bateau actuel vers 2038.
Le porte-avions Charles-de-Gaulle a été remorqué, le 8 février 2017, dans la rade de Toulon pour y subir des travaux de rénovation.
15 à 20 % plus cher que la propulsion
classique) et de sûreté. Entre les deux
modes de propulsion, le prix du porteavions varierait entre 5 et 7 milliards
d’euros. Les études plancheront notamment sur la possibilité de « survitaminer »
de 10 à 20 % les deux chaufferies nucléaires K15 actuelles, sans exclure une troisième chaufferie.
« Nous partons en national »
Si l’architecture globale reste à définir,
divers paramètres, notamment la possibilité d’aéronefs plus lourds, pourraient
induire un porte-avions au pont d’envol
plus long, plus large, avec des hangars
plus hauts. Au total, le déplacement du
bateau
pourrait
avoisiner
les
70 000 tonnes (contre 42 500 tonnes
pour le Charles-de-Gaulle). La limite, de
toute façon, est fixée par les dimensions
du bassin Vauban (422 mètres de long,
40 de large) dans lequel sera construit le
bateau. Et les ruptures technologiques à
venir devront être prises en compte, no-
tamment les nouvelles catapultes électromagnétiques, pour lesquelles un
contrat d’étude sera mis en place avec
les Américains.
Mardi, Florence Parly n’a pas fermé la
porte aux coopérations internationales
pour fabriquer le navire ou pour lui permettre d’accueillir des aéronefs européens. Avec l’Allemagne, toutefois, les
chantiers sont déjà nombreux. Et avec
l’Inde, déjà partenaire stratégique, l’affaire pourrait être longue et compliquée.
Le flop de la coopération avec les Britanniques reste dans les mémoires. « Pour le
moment, nous partons en national », souligne une bonne source. La France se
dotera-t-elle d’un ou de plusieurs porte-avions ? La question, récurrente, reste prématurée, a rappelé Florence Parly.
« Ne mettons pas la charrue avant les
bœufs », a-t-elle dit. L’option d’un
« tuilage » entre le successeur et son
aîné, ou leur coexistence, éventuellement pendant plusieurs années, dépendra des études qui s’ouvrent. ■
Un pont pour arrimer Hongkong à la Chine
Renforçant sa mainmise sur ce territoire, le président chinois a inauguré, mardi, un ouvrage
d’une longueur de 55 km, le plus long du monde, reliant l’ex-colonie britannique à Macao et le continent.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
A
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE Neuf ans après le début des travaux,
le président Xi Jinping a inauguré mardi le
plus grand pont maritime au monde, reliant la ville chinoise de Zhuhai (dans la
province du Guangdong) à Hongkong et
Macao. Et ce à l’heure où de nombreux
Hongkongais ont le sentiment que Pékin
ne cesse d’accroître son emprise sur l’excolonie britannique.
L’« empereur rouge » s’est contenté
d’une brève allocution, sans message politique, avant qu’un écran géant ne diffuse
derrière lui un montage vidéo faisant apparaître des feux d’artifice au-dessus du
gigantesque ouvrage. D’une longueur totale de 55 kilomètres, l’infrastructure est
constituée d’un pont autoroutier traversant l’estuaire de la rivière des Perles et
d’un tunnel sous-marin, auquel on accède grâce à des îles artificielles.
Cette initiative pharaonique fait partie
d’un plan beaucoup plus large, la « Grande
Baie », défendue par Xi Jinping. Calqué sur
le modèle des baies de San Francisco et de
Tokyo, il consiste à intégrer les territoires
semi-autonomes de Hongkong et Macao
dans un ensemble comprenant neuf villes
du Guangdong - la plus dynamique des
provinces chinoises -, dont Shenzhen et
Canton. L’objectif est d’accélérer le développement économique d’une zone d’environ 68 millions d’habitants en facilitant
les déplacements de personnes et de marchandises, ainsi que la coopération au sein
de secteurs comme la finance, le tourisme
ou la haute technologie. Mais la Chine devra lever toute une série d’obstacles si elle
veut rapprocher des entités ayant chacune
leur propre système politique, juridique,
douanier ou monétaire.
Les détracteurs hongkongais du projet
le jugent sans garantie de rentabilité économique. Ils estiment qu’avec ce lien physique, Pékin cherche à intégrer davantage
politiquement Hongkong au régime communiste. Pourtant, d’après les termes de
l’accord de rétrocession entre Londres et
Pékin, ce territoire est censé jouir de libertés inconnues en Chine continentale.
Les conducteurs
de la mégalopole devront
obtenir un permis qui n’est
délivré qu’en fonction
de critères très restrictifs
Outre ce pont, un autre mégaprojet
s’inscrivant dans la Grande Baie, fait
craindre un rapprochement forcé avec le
gouvernement chinois : l’ouverture le
mois dernier d’une liaison ferroviaire à
grande vitesse entre Hongkong et Canton. Pour la première fois depuis son retour dans le giron chinois en 1997, l’ancienne colonie a dû céder une parcelle de
sa souveraineté. La nouvelle gare de West
Kowloon, au cœur de Hongkong, abrite
une zone où s’appliquent les lois chinoises, sous la surveillance d’agents de sécurité aux ordres de Pékin.
Concernant le pont, qui doit ouvrir
mercredi à la circulation, sa principale
section est sous souveraineté chinoise et
les automobilistes hongkongais l’empruntant devront « se soumettre aux lois
et règlements du continent », selon le département des Transports de la ville de
Hongkong. Mais tout le monde ne pourra
pas s’y rendre, bien au contraire : les
conducteurs de la mégalopole devront
obtenir un permis qui n’est délivré qu’en
fonction de critères très restrictifs, comme le fait d’occuper certains postes officiels en Chine, d’être employé par une
entreprise hongkongaise de haute technologie ou d’avoir fait des dons importants à des organismes de charité du
Guangdong. En réalité, la plupart des passagers traversant le pont le feront à bord
d’autocars privés. ■
ZOOM
Yémen : jusqu’à 14 millions
de personnes pourraient
souffrir de la famine
Si la tendance actuelle devait
se poursuivre, jusqu’à 14 millions
de personnes pourraient être en
situation de « préfamine » dans les
mois à venir au Yémen, estime le
secrétaire général adjoint de l’ONU
pour les Affaires humanitaires,
Mark Lowcock, dans une récente
note interne. « La situation
humanitaire au Yémen est la pire
au monde. 75 % de la population,
soit 22 millions de personnes, ont
besoin d’une aide et de protection,
dont 8,4 millions sont en situation
d’insécurité alimentaire grave et
dépendent d’un apport en nourriture
urgent », souligne-t-il dans
ce document remis aux quinze
membres du Conseil de sécurité.
EN BREF
Autorité palestinienne
et Hamas pratiquent
la torture
Human Rights Watch (HRW),
groupe de défense des droits
de l’homme, a accusé mardi
les forces de sécurité de l’Autorité
palestinienne en Cisjordanie
et du Hamas à Gaza de pratiquer
des arrestations arbitraires
et la torture systématique
d’opposants.
Syrie : un journaliste japonais
enlevé libéré
Jumpei Yasuda, un journaliste
indépendant japonais enlevé
il y a trois ans en Syrie, a été libéré,
selon un porte-parole
du gouvernement japonais.
Cannabis : la légalisation,
une « option » pour Mexico
Légaliser le cannabis, comme
l’a fait le Canada, est « une option
très intéressante » pour mettre
un terme à la violence
que provoque ce trafic de drogue
au Mexique, a déclaré mardi
le futur chef de la diplomatie
mexicaine, Marcelo Ebrard.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mercredi 24 octobre 2018
9
L’Église choquée
par le suicide
d’un deuxième
jeune prêtre
Après le diocèse de Rouen en septembre,
celui d’Orléans vit ce drame.
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
RELIGION Il est extrêmement rare qu’un
prêtre se suicide. Mais quand, en l’espace
d’un mois, deux prêtres âgés de 38 ans,
l’un près de Rouen le 18 septembre,
l’autre non loin d’Orléans le 19 octobre,
recourent au même acte, c’est un véritable coup de tonnerre pour l’Église.
« C’est sidérant. Nous sommes désemparés. Tout le monde est choqué. À tous les
étages de l’Église catholique, les évêques,
les prêtres, les fidèles, confie Vincent Neymon, secrétaire général adjoint de la
Conférence des évêques de France. Pas
question d’établir de corrélations entre
deux situations qui pourraient se ressembler, car elles sont différentes. Pour y voir
clair, nous tentons d’abord de nous poser
les bonnes questions. Dont celle de savoir
comment accompagner des prêtres qui sont
confrontés à ces questions d’abus sexuels. »
Et parfois seulement « accusés ». À
Gien, dans le diocèse d’Orléans, le père
Pierre-Yves Fumery avait été entendu le
15 octobre comme simple « témoin » par
la gendarmerie dans le cadre d’une « enquête préliminaire » pour « suspicion
d’agression sexuelle ». Mais le prêtre en
était ressorti sans qu’aucune charge ait
été notifiée contre lui, a assuré Loïc
Abrial, le procureur de Montargis.
Enquête préliminaire
Cette enquête préliminaire avait été déclenchée suite au signalement par trois
paroissiens, le 7 septembre dernier, à la
cellule diocésaine ad hoc, de « comportement inapproprié » de ce prêtre. Trop de
« proximité physique » avec des adolescentes de 13-14 ans avait éveillé l’attention de ces fidèles. Une rencontre avait
été aussitôt organisée par le diocèse entre
ces trois paroissiens et le prêtre « dans un
climat de bienveillance, pour lui faire part
de ces observations et l’aider », explique
Jean-Pierre Evelin, chargé de la communication du diocèse d’Orléans. Mais les
parents des jeunes filles en question - des
enfants de chœur, dont l’une était, selon
des témoins, « proche du prêtre » n’avaient procédé à aucun signalement et
n’avaient pas déposé plainte.
Mgr Jacques Blaquart (à droite), archevêque d’Orléans, lors de la conférence de presse du 22 octobre, après le suicide du père
Pierre-Yves Fumery. GAUJARD CHRISTELLE/PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MA
Par précaution, le dossier fut transmis
par le diocèse à la cellule de recueil des
informations préoccupantes (Crip) du
Loiret. Ce qui provoqua, le 21 septembre,
l’ouverture d’une enquête préliminaire
pour « suspicion d’agression sexuelle sur
mineur de moins de 15 ans ». Dans le
même temps, Mgr Jacques Blaquart, archevêque d’Orléans, avait demandé à ce
prêtre de « prendre du recul », notamment pour se faire aider sur le plan psychologique. Ce qui fut fait pendant un
mois. Le jeune prêtre était ensuite revenu
en sa paroisse de Gien. « Je suis moi-même comme anéanti, brisé par ce qui s’est
passé, a expliqué Mgr Blaquart, lundi, lors
d’une conférence de presse. J’étais régu-
lièrement en lien avec le père Pierre-Yves
pendant un mois, par SMS, téléphone et
courriel : il me semblait que cela allait. » Le
prêtre n’a donné aucune explication, sinon qu’il demandait « pardon ».
À Gien, c’est « l’effondrement, assure
l’abbé Robert Leroy, en charge de ce secteur du diocèse. Nous avons un sentiment
de gâchis, de disproportion. Pierre-Yves
était un prêtre affectif et spontané, souvent
avec les jeunes, mais rien de répréhensible
dans son comportement, rien de suspect. »
La date des obsèques n’est pas encore
fixée mais, précise-t-il, une veillée de
prière sera organisée le 30 novembre
dans l’église de Viglain, « pour soutenir les
prêtres ». Le directeur de cabinet du mai-
Coup de filet
antifraude dans six
gares parisiennes
Agents de la SNCF et policiers ont filtré tous
les accès aux quais pendant trois heures mardi.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORTS « Tolérance zéro à l’égard
de la fraude et des incivilités », lance Stéphane Volant, le secrétaire général de la
SNCF en charge des questions de sûreté,
dans le vaste hall de la rue de Dunkerque,
à un jet de pierre de la gare du Nord, à Paris. L’opération coup-de-poing qui a eu
lieu, ce mardi, dans six gares de la capitale, avait jusqu’à maintenant été tenue
secrète. De 15 à 18 heures, les voyageurs
des lignes franciliennes ont été passés au
crible. La moisson a été fructueuse puisque, en fin de journée, 3 307 procès-verbaux avaient été dressés, pour
78 000 euros de recette.
En début d’après midi, face aux dirigeants de la SNCF, flanqués d’une ministre, Élisabeth Borne (Transports), d’un
secrétaire d’État, Laurent Nunez (Intérieur), du préfet de police Michel Delpuech et de la présidente de la région Ilede-France, Valérie Pécresse, les troupes
de contrôleurs en uniforme et en civil, les
agents de la sûreté ferroviaire, les policiers, les chasseurs alpins de la force Sentinelle et même deux chiens de la brigade
cynophile étaient prêts à intervenir.
550 agents mobilisés
Tous se sont déployés dans les minutes
qui ont suivi le briefing : « Posture de vigilance, attitude ferme »… Au total, près de
550 agents de la SNCF - sans compter les
forces de l’ordre - ont été mobilisés pour
ce coup de filet simultané dans les six
grandes gares parisiennes (gare du Nord,
Montparnasse, Saint-Lazare, Austerlitz,
gare de l’Est, gare de Lyon). Une première en France.
Une opération de contrôle et de sécurité, organisée mardi gare du Nord, à Paris,
de 15 à 18 heures, comme dans cinq autres gares parisiennes. SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Lorsque des dizaines de photographes,
cameramen, journalistes entrent en
troupeau dans la gare du Nord en suivant
les officiels qui félicitent à l’avance les
équipes, la confidentialité de l’opération
commence à s’émousser. Le cortège se
déplace là où les voyageurs prennent leur
train. Il suffit de regarder en contrebas
sur deux niveaux pour voir les rangées de
contrôleurs cueillir les voyageurs passés
à deux dans les portillons. Les fumeurs
aussi sont verbalisés. Alors que photographes et caméras sont alignés le long
d’une rampe où la visibilité est la
meilleure, quelques curieux se penchent
à leur tour : « Qu’est-ce qui se passe ? »
demande un jeune homme. « Il y a une
bagarre ? » interroge une dame
L’objectif est évidemment de médiatiser la lutte contre la fraude et de revenir
sur son coût pour la collectivité. « 63 millions d’euros de manque à gagner par an
pour la SNCF en Ile-de-France et environ
220 000 personnes qui circulent chaque
jour sur le réseau sans titre de transport,
rappelle Alain Krakovitch, le directeur
général de SNCF Transilien. Il y a quelques
années, on avait tendance à dire que la
re de Gien, Yannick Rouyeras, confirme
cet état d’esprit : « Dans la commune,
c’est le choc, l’émoi, l’incompréhension. »
À Rouen, où le père Jean-Baptiste
Sèbe s’est suicidé il y a un mois, la nouvelle a ravivé une plaie, car « le diocèse
est toujours en deuil », témoigne Éric de
La Bourdonnaye, un des responsables
diocésains. À l’origine, une mère d’une
fille majeure s’était plainte - au seul
diocèse - de « comportements indécents » du prêtre. Il avait reconnu, selon
l’archevêque Mgr Dominique Lebrun,
une « conduite inconvenante », mais
sans agression sexuelle, plutôt une
« imprudence dans la relation avec cette
femme ». ■
fraude était un sport national, presque un
jeu, avec un fort sentiment d’impunité. »
Valérie Pécresse, la présidente de la région et d’Ile-de-France Mobilités, évalue
ce manque à gagner à 400 millions
d’euros par an si l’on ajoute le réseau de la
RATP et les autres opérateurs de bus. La
généralisation des portiques de contrôle
dans les gares fait d’ores et déjà passer
80 % du flux de voyageurs par ces barrières dissuasives. Progressivement, le taux
de fraude diminue en Ile-de-France. « Il
y a huit ans, il tournait autour de 13 %, observe Alain Krakovitch. Aujourd’hui, il est
plutôt de 8 %. » Le passe Navigo unique y
a contribué, effaçant les tarifs par zones
qui engendraient une partie de la fraude.
Élisabeth Borne, la ministre des Transports, évoque les moyens humains mis en
place (2 000 agents en gare de la SNCF assermentés, 1 200 agents de la Sûreté ferroviaire et 800 contrôleurs en Ile-deFrance) pour lutter contre la fraude, les
incivilités, mais aussi contre le harcèlement, avec la possibilité, prévue dans le
projet de loi d’orientation des mobilités
(LOM), d’arrêter les bus à la demande
pour réduire les parcours à pied. « La vidéoprotection intelligente est aussi expérimentée dans les gares. Elle permettra
bientôt de détecter les comportements
dangereux », ajoute la ministre.
LA SNCF prévoit dorénavant de multiplier les « bouclages » de gares aux heures de pointe ou toute une journée, mais
sans tambour ni trompette. ■
Niqab : la France sermonnée par des experts de l’ONU
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
RELIGION Ils ne font que rendre des
« avis », n’ont aucun pouvoir de contrainte sur les États, mais leurs deux décisions, avancent-ils, « feront date ». Réuni
au sein du Comité des droits de l’homme
de l’ONU, un groupe d’experts a
« condamné » mardi la France pour avoir
verbalisé deux femmes qui portaient le
voile intégral. Estimant que « l’interdiction
du niqab viole la liberté de religion et les
droits humains » de ces deux musulmanes,
ils demandent à Paris de « compenser » les
plaignantes et « surtout » de réviser sa loi.
Ce Comité, qui dépend du Haut-Commissariat pour les droits de l’homme de
l’ONU, est composé de 18 juristes, chargés de surveiller le respect, par les pays
membres, du pacte international relatif
aux droits civils et politiques. Dénonçant
« l’ingérence étatique dans la liberté religieuse des musulmanes portant le voile intégral », deux Françaises l’avaient saisi
en 2016, après avoir été condamnées à
une amende à Nantes.
« C’est la première plainte au sujet du
niqab, explique au Figaro la Lettone Ilze
Brands-Kehris, membre du Comité. Notre analyse n’est pas politique, mais juridique. Nous estimons que les États peuvent
exiger des personnes qu’elles découvrent
leur visage dans des circonstances spécifiques, par exemple pour un contrôle d’identité. Mais en France, l’interdiction est absolue dans l’espace public ; c’est trop
radical. » Dans son communiqué, le Comité estime que l’« interdiction généralisée à caractère pénal a porté atteinte de
manière disproportionnée au droit des
deux plaignantes de librement manifester
leur religion ». Il reproche également à
cette loi de « marginaliser » ces femmes
« en les confinant chez elles et en leur fermant l’accès aux services publics ».
« Une forme d’oppression
contre les femmes »
Des décisions qui « ne portent pas atteinte
au principe de laïcité et ne visent pas à promouvoir une coutume, que nombreux au
sein du Comité, y compris moi-même,
considérons comme une forme d’oppression contre les femmes », souligne toutefois l’Israélien Yuval Shany, président du
Comité. « De toute façon, c’est un tout petit nombre !, s’exclame Ilze Brands-Kehris. En France, cela concernerait moins de
2 000 femmes... » Malgré la loi de 2010,
qui interdit tout vêtement dissimulant le
visage dans l’espace public sous peine
d’amende, niqab et burka n’ont pas disparu de l’espace public ; ils seraient
même en augmentation dans certaines
banlieues. C’est d’ailleurs sous une burka
que se cachait le braqueur Redoine Faïd
pendant sa cavale... Plusieurs autres pays
européens ont adopté une législation similaire, validée par la Cour européenne
des droits de l’homme.
Ce n’est pas la première fois que le Comité des droits de l’homme de l’ONU
s’immisce dans le débat sur la laïcité en
France. En août, il avait déjà désavoué la
Cour de cassation qui avait validé, en
2014, le licenciement d’une puéricultrice
voilée par la crèche Baby-Loup. Là aussi,
les experts ont demandé à la France d’indemniser la plaignante dans les 180 jours.
Aucune sanction n’est cependant prévue
si un État ne respecte pas ces recommandations...
« Que ce machin se taise !, s’écrie le secrétaire général délégué des Républicains, Guillaume Larrivé. Nous n’avons
pas à nous justifier de continuer à interdire
la burqa, au nom de la liberté des femmes et
de la laïcité. » Le sénateur vendéen Bruno
Retailleau demande, lui, « que la France
se retire provisoirement » du Comité. Les
décisions de cet organe juridique
n’auront aucune influence, affirme pour
sa part le politologue Laurent Bouvet.
« Donc la question qui se pose, c’est qui a
intérêt à s’appuyer sur ces avis ? Cela va
permettre aux défenseurs du voile intégral
de marquer des points. En utilisant les
droits de l’homme pour légitimer l’obscurantisme religieux. » ■
A
Saisi par deux musulmanes, le Comité des droits de l’homme lui demande de réviser la loi interdisant le port du voile intégral.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Le procès
de Georges Tron
s’ouvre dans
un climat
plus serein
des accusés plutôt qu’ils n’éclairent la
cour sur leur « parcours de vie » : il n’y a
pas de zones d’ombre ou de traumatismes particuliers dans le passé de Brigitte
Gruel, issue d’une famille aveyronnaise
modeste. Son père était conducteur à la
RATP, sa mère, décédée trois jours
après la fin prématurée des débats de
2017, était employée à La Poste. Brigitte
Gruel a d’abord été élevée par ses
grands-parents, dans le Rouergue.
“
Tout cela a été orchestré
par les plaignantes
et des membres du Front
national. Tout est faux,
je suis innocente,
rien n’est vrai
”
BRIGITTE GRUEL,
ANCIENNE ADJOINTE À LA CULTURE
Le maire de Draveil est accusé de viols
en réunion. Après le faux départ de
décembre 2017, le président a interdit aux
spectateurs l’usage du téléphone portable.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurandsouffland@lefigaro.fr
ASSISES « Depuis le premier jour, je dis
que je suis totalement innocent de ce qui
m’est reproché. J’ai toujours indiqué que
je n’avais jamais été violent avec qui que
ce soit. Ces accusations ont été relayées
de manière extrêmement forte par la
presse, elles m’ont touché, blessé, ainsi
que ma famille et mes amis. »
Bien droit devant le micro des assises
de Seine-Saint-Denis, Georges Tron,
61 ans, maire (UMP) de Draveil,
conseiller départemental de l’Essonne,
ancien secrétaire d’État du gouvernement Fillon en charge de la Fonction
publique (mars 2010-mai 2011), maîtrise son émotion, en habitué des estrades. Seule extravagance : il ne porte
pas de cravate sur sa chemise blanche.
Accusé de viols en réunion et
d’agressions sexuelles sur deux anciennes salariées de la mairie, Virginie
Faux et Eva Loubrieu, il comparaît avec
celle qui fut son adjointe à la Culture,
Brigitte Gruel. Celle-ci, avant M. Tron,
avait été invitée par le président
Philippe Coirre à prononcer une déclaration liminaire. « Je vis un enfer depuis
sept ans, dit-elle. J’ai été la proie de
vengeances professionnelles et personnelles, de jalousies. On m’a traînée dans
la boue. Tout cela a été orchestré par les
plaignantes et des membres du Front
national. Tout est faux, je suis innocente,
rien n’est vrai. Je n’ai plus d’activité
professionnelle, je prends du Prozac depuis plusieurs années. »
Après le faux départ de décembre
2017, le procès de Georges Tron et
Brigitte Gruel a recommencé de zéro,
mardi matin, à Bobigny. Moins de public, moins de bousculades. Seulement
une rumeur farfelue vite balayée - la
défense demanderait un nouveau renvoi, car Georges Tron serait malade,
dans l’incapacité de comparaître - et,
surtout, un nouveau président bien décidé à tenir les rênes de l’audience. Il
commence d’ailleurs par décréter solennellement, par la voix d’un policier
gradé, une interdiction de salut public :
l’usage du téléphone portable, et donc
de Twitter, est prohibé pour les specta-
Georges Tron arrive au tribunal de Bobigny pour la première audience d’un procès
qui devrait durer quatre semaines. THOMAS SAMSON/AFP
anti-Tron avait conduit au pourrissement quasi immédiat du vrai procès.
L’audience, prévue pour durer quatre
semaines, démarre doucement, par la
déposition d’enquêtrices de personnalité qui présentent des curriculum vitæ
teurs de l’audience. Le service d’ordre
est chargé de veiller au grain et les
contrevenants seront expulsés définitivement. Sage initiative : l’an passé, le
procès sauvage conduit sur les réseaux
sociaux par une poignée de militants
Au TGI de Paris, les avocats déplorent
de ne plus croiser magistrats et greffiers
« La foi du palais », cette pratique qui consiste à discuter informellement des dossiers dans les couloirs,
est rendue impossible dans le nouveau bâtiment des Batignolles, où les sas d’accès sont la règle.
JUSTICE Des avocats au bord de la crise de nerfs. Au sein du magnifique
nouveau Palais de justice de Paris, il
leur est désormais impossible d’accéder aux étages pour converser avec
magistrats et greffiers, soudain coincés
dans la souricière des différents sas
d’accès. Il y a trois jours, la Conférence
du stage - ces jeunes et brillants avocats en charge de la défense pénale
d’urgence - a fait part à Jean-Michel
Hayat, le président du TGI de Paris, de
ces dysfonctionnements.
Après la crise des box vitrés, ils déplorent « le contrôle de l’accès par interphone et caméra, lent et souvent
inefficace », le fait que « de plus en plus
de magistrats ou de chambres correctionnelles interdisent l’accès à leur bu-
“
L’on voit bien que la
conception du TGI de Paris
a été pensée par des gens
qui ont oublié que dans
la Justice, magistrats
et avocats échangent
”
A
BASILE ADER,
VICE-BÂTONNIER DU BARREAU DE PARIS
reau ou à leur greffe en l’absence de
rendez-vous préalable », « le refus des
greffes des juges d’instruction de prendre les actes - demandes ou courriers
destinés aux juges d’instruction - à
cause d’un accueil unique qui est pourtant bien souvent saturé »…
Si tous conviennent que la présidence ne ménage pas sa peine pour assou-
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
Le nouveau Palais de justice de Paris regroupe les 32 entités qui constituent
« l’arrondissement judiciaire de Paris », dont les vingt tribunaux d’instance.
plir les conditions d’exercice au sein
du nouveau bâtiment étincelant, le
changement de coutumes et d’usages
d’avec l’ancien Palais de la Cité passe
mal. « Nous travaillons en bonne intelligence avec le président Jean-Michel
Hayat. Nous avons son écoute, et il fait
tout ce qu’il peut pour arranger les choses, car c’est l’ami des avocats. Mais les
problèmes d’accès sont parfois des sujets de désespérance, notamment pour le
barreau pénal », reconnaît Basile Ader,
le vice-bâtonnier du Barreau de Paris,
qui ne veut pas en rajouter. « L’on voit
bien que la conception du TGI de Paris a
été pensée par des gens qui ont oublié
que dans la Justice, magistrats et avocats échangent. Il nous faut faire évoluer le système avant qu’il ne se solidifie
complètement », estime-t-il.
En filigrane, un concept vieux com-
me la justice, auquel tout avocat tient
par-dessus tout : «la foi du Palais ».
Cette sorte de coulisse de l’institution
judiciaire qui permet d’échanger de
manière informelle avec les magistrats, d’éviter les démarches et les
procédures inutiles qui font perdre du
temps à l’institution judiciaire comme
aux justiciables. « Dans certains dossiers d’affaires familiales, on peut demander des nombres d’exemplaires de
pièces différents d’un TGI à l’autre. Demander directement à un greffier, c’est
éviter un rejet et donc de perdre du
temps. Dans les affaires pénales, notamment en ce qui concerne les parties
civiles qui concourent aussi à la manifestation de la vérité, il y a aussi tout un
pan d’oralité important », explique
Frédéric Perrin de l’Union des jeunes
avocats (UJA).
Cette foi du palais permet aussi de
garantir, dans des cas difficiles, une
délicatesse et un peu d’humanité à
l’audience. « Il y a des choses que l’on
peut dire à un magistrat mais qui ne se
plaident pas », rappelle l’ancien bâtonnier de Paris, Paul-Albert Iweins
qui dénonce un « bunker où le dialogue entre avocats et magistrats risque,
de fait, de n’être plus possible qu’à
l’audience ». À l’occasion d’un dossier complexe, il lui a fallu bien d’abnégation pour « rencontrer la juge
d’instruction en charge du dossier et
qui était tout autant désolée que moi ».
Il déplore que « les lieux de respiration
et de dialogues informels, si nécessaires » n’existent plus, et pose la question « de l’impartialité objective ».
« Les magistrats du parquet et du siège sont entre eux, dans leurs accès réservés. Il manque un équilibre dans le
dialogue. »
Côté présidence, on fait remarquer
que « les avocats ont toujours été associés au déménagement. Nous avons fait
beaucoup d’efforts, mais il ne peut y
avoir de circulation libre et totale dans
toute la juridiction. Il est d’ailleurs normal que lorsque l’on arrive dans un lieu
qui n’est pas le sien, on sonne à la porte ». D’autant que la juridiction parisienne a énormément changé en l’espace d’une quinzaine d’années : «Au
TGI de Paris, on compte 360 magistrats
du siège pour 30 000 avocats. Le bon
fonctionnement de la justice, la nécessité de sortir les dossiers dans des délais
raisonnables exigent un minimum d’organisation. Comment se plonger dans
un dossier complexe si l’on est dérangé
toutes les dix minutes comme c’était
souvent le cas dans l’ancien Palais ? »,
rappelle-t-on à la présidence. ■
Pas d’accidents spectaculaires non
plus dans la jeunesse et la carrière de
Georges Tron, dont les ancêtres italiens
se sont fixés à Barcelonnette après une
pittoresque parenthèse mexicaine.
La petite cité des Alpes-de-HauteProvence reste pour l’élu de la banlieue
parisienne un point d’ancrage fort, où il
retrouve ses amis d’enfance. Il s’est mis
à militer au RPR dès l’adolescence,
après des études secondaires à la dure,
chez les Jésuites. Son intérêt pour les
médecines douces, et notamment la réflexologie plantaire à l’origine de ses actuels déboires, est né plus tard : en 2000,
il est cofondateur de l’Association pour
l’alternative en médecine et, en tant que
député, il défend des amendements en
faveur des praticiens concernés par ces
approches parfois controversées.
Quand, vers 9 h 30, l’ancien secrétaire d’État à la Fonction publique est
entré dans le prétoire, Virginie Faux
s’est mise à pleurer, tournée vers les
futurs jurés encore assis sur les bancs
du public pour ne pas regarder celui
qui, selon elle, l’aurait violée. Cette
fois, sans le relais de Twitter, les larmes
de la partie civile n’ont pas coulé en
dehors du palais de justice, elles ne seront pas récupérées par tel ou tel groupe de pression. Un vrai procès, enfin,
peut commencer, soumis au seul verdict de quatre hommes et deux femmes
tirés au sort. ■
ZOOM
Chalon-sur-Saône : la fin
des menus sans porc
à nouveau invalidée
La justice a de nouveau donné
tort mardi à la mairie de Chalonsur-Saône pour avoir mis fin
aux menus de substitution
au porc dans ses cantines
scolaires, estimant que cette
pratique ne portait pas atteinte
à la laïcité. Le maire LR
de Chalon-sur-Saône, Gilles
Platret, a annoncé son intention
de saisir le Conseil d’État,
dénonçant une décision non
conforme à « la Constitution,
qui prône la libre administration
des collectivités territoriales »
et une « porte ouverte à l’avancée
du communautarisme ».
EN BREF
Enseignement supérieur :
Vidal préoccupée
par la « recrudescence »
d’actes antisémites
La ministre de l’Enseignement
supérieur, Frédérique Vidal,
a réuni mardi plusieurs acteurs
de la lutte contre le racisme
et l’antisémitisme après la récente
« recrudescence » d’actes
antisémites dans différents
établissements.
Marseille : tentative
d’intrusion armée dans un
lycée des quartiers nord
Une enquête a été ouverte après la
tentative d’intrusion le 15 octobre,
dans un lycée des quartiers nord
de Marseille, d’un jeune homme
brandissant une arme de poing.
À Paris, un SDF sur deux est
à la rue depuis plus d’un an
Selon les données d’une
association, recueillies en février
lors de la Nuit de la solidarité,
3 035 personnes vivent dans la rue
à Paris, dont près de la moitié
depuis plus d’un an.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SCIENCES
mercredi 24 octobre 2018
11
Une avancée majeure contre des cancers
du sein particulièrement agressifs
L’immunothérapie s’associe à la chimiothérapie pour certains cas très résistants.
SANTÉ C’était un type de cancer qui, jusque-là, échappait une fois sur deux à la
chimiothérapie. Et comme toutes les
bonnes nouvelles dans la lutte contre les
cancers, celle-ci a rapidement fait le tour
du monde des oncologistes. Les femmes
atteintes d’une forme grave de cancer du
sein, les cancers triples négatifs au stade
métastatique, voient leurs chances de
survie sensiblement allongées lorsque
l’on ajoute une immunothérapie à la
chimiothérapie. Du moins si elles sont
sensibles à l’immunothérapie. Les résultats de l’étude IMpassion130 ont été présentés le 20 octobre au congrès de l’ESMO
(Société européenne d’oncologie médicale) à Munich (Allemagne).
Les cancers triples négatifs sont appelés ainsi car ils ne répondent pas à trois
types de thérapies ciblées importantes.
D’une part, les traitements hormonaux
visant les récepteurs aux œstrogènes ou
les récepteurs à la progestérone. D’autre
part, le traztuzumab (herceptine) qui vise
les récepteurs Her2. Ne reste donc que la
chimiothérapie. Les cancers triples négatifs représentent environ 15 % des cancers du sein et sont plus souvent rencontrés chez les femmes de moins de 50 ans.
« Ce sont les cancers pour lesquels on se retrouve très vite et très souvent en impasse
thérapeutique, car les chimiothérapies
marchent assez bien au début mais avec
une efficacité de très courte durée », explique le Dr Mahasti Saghatchian, oncologue
médicale (Breast Unit, Hôpital américain
de Paris). « Les tumeurs mutent rapidement et deviennent résistantes à l’ensemble
des traitements, avec des métastases viscérales (poumons, foie) et cérébrales extrêmement fréquentes. »
Une combinaison bien tolérée
L’étude IMpassion130 incluait 902 patientes atteintes de cancer du sein triple
négatif au stade métastatique. Les femmes, divisées en 2 groupes comparables,
recevaient soit l’immunothérapie (atezolizumab) associée à la chimiothérapie
(nab-paclitaxel), soit un placebo associé à
la chimiothérapie. Si l’on considère
l’amélioration de la médiane de survie
(seuil à partir duquel une personne sur
deux est décédée) de l’ensemble des patientes, l’augmentation est de 17 mois et
demi à près de 21 mois et demi. Un bénéfice qui n’est pas statistiquement significatif. Cependant, il l’est pour les patientes
qui avaient au départ une activité PD-L1positive (4 femmes sur dix), c’est-à-dire
une sensibilité à l’immunothérapie utilisée dans l’étude (atezolizumab). La survie
médiane des femmes PD-L1-positive
passe de 15 mois et demi à 25 mois.
« C’est la première thérapie ciblée qui
permet d’augmenter la survie dans le
cancer du sein triple négatif métastatique », s’est enthousiasmé le Pr Peter
Schmid, premier auteur de l’étude publiée sur le site du New England Journal
of Medicine. « C’est aussi la première
immunothérapie qui améliore le devenir
dans ce cancer. L’essentiel du bénéfice en
termes de survie l’a été dans le groupe
avec des tumeurs PD-L1-positives… La
combinaison a été bien tolérée », a-t-il
ajouté.
« Cela fait des décennies qu’il n’y a pas
eu d’avancée majeure dans ce sous-groupe
de cancers, se félicite le Pr William Jacot,
oncologue sénologue à l’Institut du cancer de Montpellier. L’étude démontre aussi pour la première fois l’utilité de l’immunothérapie dans le cancer du sein. Enfin,
elle montre que l’on dispose avec PD-L1
d’un biomarqueur prédictif d’efficacité
(intérêt de donner l’immunothérapie) ou
d’inefficacité (inutile de la donner), selon
qu’il est positif ou négatif. »
Encore faudra-t-il pouvoir donner le
traitement ! Car toute la question est
maintenant de savoir quand il pourra
l’être en France. Il faut non seulement
que l’immunothérapie soit remboursée
dans cette indication mais également la
chimiothérapie. Or, « le nab-paclitaxel
utilisé dans l’essai a bien une AMM (auto-
risation de mise sur le marché) européenne mais il n’est pas remboursé en France,
alors qu’il l’est en Allemagne , remarque
le Dr Saghatchian. Dans le meilleur des
cas, si les procédures habituelles sont respectées, les patientes en France n’auront
pas accès au traitement avant deux ans ».
Dans une situation où la moitié des malades meurent dans les quinze mois,
voilà qui serait particulièrement insupportable. ■
IOABAL/ STOCK.ADOBE.COM
DAMIEN MASCRET £@dmascret
« Cela fait des décennies qu’il n’y a pas eu d’avancée majeure dans ce sous-groupe de cancers », se félicite le Pr William Jacot, oncologue à Montpellier.
Des stratégies prometteuses pour de nombreuses tumeurs
Les femmes
« ayant
un
cancer du
sein doivent
discuter
avec leurs
médecins
de leur
traitement
et des effets
indésirables
»
DR BARBARA PISTILLI,
ONCOLOGUE MÉDICAL
À GUSTAVE-ROUSSY
AU CONGRÈS de l’Esmo (Société
européenne d’oncologie médicale)
de Munich (19-23 octobre), le Pr Fabrice André, oncologue à GustaveRoussy (Villejuif) et directeur de recherche Inserm, a présenté les
résultats de l’essai Solar-1, basé sur
la médecine de précision (contre
une mutation génétique). L’étude
menée chez 572 patientes montre
un bénéfice cliniquement perceptible pour les 341 femmes en rechute
d’un cancer du sein avancé hormonodépendant dont le cancer présentait la mutation PIK3CA. En
ajoutant le traitement ciblé (alpesilib) à l’hormonothérapie (fulvestrant), la rechute a été repoussée de
5 mois, passant de 7,7 mois à 11
mois. En revanche, et logiquement,
le traitement ciblé n’apportait
aucun bénéfice aux 231 femmes qui
ne portaient pas la mutation
PIK3CA.
Contre les cancers de la tête et
du cou, le pembrolizumbab, une
immunothérapie s’est associée
avec bonheur à une chimiothérapie. Cela s’est traduit par une amélioration de la survie (variable selon les profils des patients) pour
des patients en rechute ou présentant des métastases.
Pour les carcinomes à cellules rénales (cancers du rein), c’est une
autre immunothérapie, l’avelumab,
qui s’est associée à un inhibiteur de
tyrosine kinase. La survie sans pro-
gression médiane s’est améliorée de
7,2 mois à 13,8 mois chez les patients
PD-L1-positifs mais également de
8,4 mois à 13,8 mois chez les patients PD-L1-négatifs. Le taux de
réponse était toutefois plus important dans le premier cas (55,2 %)
que dans le second (25,5 %).
Qualité de vie
Une combinaison de deux immunothérapies pourrait devenir le
traitement de première ligne de
certains cancers colorectaux métastatiques. Une étude avec de faibles doses de nivolumab avec de
l’ipilimumab a permis d’obtenir
des taux de réponses intéressants
avec une moindre toxicité que
dans les essais précédents avec de
fortes doses d’ipilimumab.
Mais toutes ces stratégies prometteuses ne doivent pas faire
oublier la qualité de vie des patients.
Une étude française a montré que
16 % des patientes traitées par tamoxifène (traitement hormonal)
pour un cancer du sein au stade
précoce ne prenaient pas leur traitement au-delà d’un an. « Les femmes ayant un cancer du sein doivent
être encouragées à discuter avec
leurs médecins de leur traitement et
de tout effet indésirable qu’elles rencontrent afin qu’il les aide à supporter leur traitement », insiste le
Dr Barbara Pistilli, oncologue médical à Gustave-Roussy. ■
D. M.
Même en cas de surabondance alimentaire,
ces petits diététiciens à plumes gardent la ligne.
SOLINE ROY £@so_sroy
ÉCOLOGIE Garder une silhouette de rêve
dans un monde d’abondance : Graal des
hommes… que les passereaux semblent
avoir atteint. Par quels mécanismes ?
Lewis Halsey, chercheur en écologie animale à l’université de Roehampton (Londres), dresse plusieurs hypothèses dans
Trends in Ecology & Evolution.
« En observant les oiseaux de mon jardin, qui ne cessaient d’aller et venir vers
une mangeoire pleine, je me suis demandé
pourquoi ils ne devenaient jamais gros »,
explique le chercheur britannique au
Figaro. Une plongée dans la littérature
scientifique le convainc rapidement de
l’exactitude de son observation : l’assiette
peut déborder, les passereaux se rient des
rondeurs. « Et pourtant, peu de recherches ont été menées sur la façon dont ils
réalisent cette prouesse. »
Elle est pourtant essentielle à leur survie : il ne faudrait pas rester cloué au sol
lorsque surgit un prédateur… « La réponse de l’animal va dépendre du contexte, précise Jean-Patrice Robin, chercheur CNRS à l’institut pluridisciplinaire
Hubert-Curien (université de Strasbourg), notamment du risque de prédation
qu’il perçoit. » Elle dépend aussi de son
espèce : « Les passereaux ont toujours une
masse faible, et peuvent s’envoler de manière extrêmement efficace » ; revers de la
médaille, « ils ne peuvent survivre que
quelques heures sans nourriture ».
Un ajustement inconscient
Battre des ailes frénétiquement ou chanter à s’en briser la voix sont autant de
trucs permettant de brûler les calories.
Hormis le hamster et sa roue, il est certes
« peu de preuves que les animaux sortent
faire l’équivalent d’un jogging », sourit
Lewis Halsey. Mais interagir davantage
avec ses semblables, s’envoler un peu
trop vite, passer par le chemin des écoliers, adopter une posture plus énergivore… sont autant de comportements
déjà décrits. Les passereaux feraientils de la gym sans le savoir ? « Les preuves indirectes s’accumulent », estime
l’auteur. Le batifolage avec le sexe opposé ne semble en revanche pas en jeu :
« Sur de nombreuses études menées, seules quelques-unes ont montré que des
oiseaux suralimentés produisaient plus
Selon Jean-Patrice Robin, chercheur au CNRS, les oiseaux doivent garder une masse
faible pour s’envoler de manière efficace. NICKVOROBEY.COM/STOCK.ADOBE.COM
d’œufs, et l’augmentation était très modeste », explique le chercheur britannique au Figaro.
Autre piste : même au repos, une part
importante de l’énergie est utilisée pour
assurer le fonctionnement de base de
l’organisme. C’est ce que l’on appelle le
« métabolisme de base ». Peut-il augmenter en réponse à la suralimentation ?
C’est le cas chez le rat, note l’auteur :
« Des animaux à qui l’on fournissait des repas 80 % plus énergétiques n’ont gagné
que 27 % de poids de plus que ceux soumis à
un régime normal, avec une augmentation
de leur métabolisme de base de 30 %. »
La traditionnelle balance calories avalées/énergie dépensée ne doit cependant
pas faire oublier un détail : nul n’extrait
de son assiette toute l’énergie qu’elle recèle. La quantité de calories théoriquement apportée par un aliment est en effet
calculée en fonction de la chaleur dégagée lorsqu’on le brûle ; elle est donc toujours surestimée, explique l’auteur,
« puisque l’intestin digère la nourriture
plutôt que de la brûler, donc il n’en tire pas
toute l’énergie disponible ». Des mécanismes moléculaires et mitochondriaux
complexes semblent entrer en jeu dans
cette régulation. Chez l’homme, le système semble relativement stable, mais chez
l’animal, des études « suggèrent que l’efficacité digestive peut diminuer en réponse
à un trop grand apport énergétique ».
«Je fais l’hypothèse que dans certains
contextes, le mieux pour un animal pourrait
être de se gorger de nourriture quand elle
est disponible pour s’en garantir la possession, puis d’évaluer quelle quantité doit être
assimilée », conclut Lewis Halsey. L’animal pourrait par exemple « accélérer son
transit intestinal de façon à ce que l’énergie
assimilée soit considérablement moindre
que l’énergie ingérée ». Nourrisseurs de
pigeons, pensez aux fientes…
Pour percer le secret minceur des passereaux, le chercheur britannique a entrepris de nourrir des oiseaux en captivité
avec une irrésistible bombe calorique.
« Leurs capacités de contrôle du poids peuvent-elles être brisées ? » « Si les animaux
domestiques et l’être humain deviennent
obèses, note Jean-Patrice Robin, c’est
peut-être parce qu’ils ne sont pas adaptés
au fait de disposer tous les jours d’une alimentation correcte. » Des passereaux en
liberté, donc menacés par des prédateurs,
pourraient se voir proposer les mêmes
douceurs. Jeûner, ou être mangé. Les
oiseaux se passeront-ils de choisir? ■
A
Comment les passereaux font-ils pour rester minces ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Le Paris SG passe au révélateur napolitain
Souverain en Ligue 1, le PSG joue un test important face à une solide équipe italienne ce mercredi.
CHRISTOPHE REMISE £@Cremise77
FOOTBALL Victoire impérative. Si le
Paris SG se balade en Ligue 1, avec dix
succès en autant de sorties, il n’a évidemment pas la même marge de
manœuvre sur la scène européenne. Et
notamment dans ce groupe aux allures
de paniers de crabes avec Liverpool et
Naples qui lorgnent aussi les deux places
en 8es de finale de la Ligue des champions. D’autant que les joueurs de Thomas Tuchel sont tombés à Anfield pour
leur entrée en lice (défaite 3-2), avant
de cartonner l’Étoile Rouge (6-1). Ce
mercredi, c’est le Napoli de Carlo Ancelotti, ex-coach du club de la capitale
(lire ci-dessous), qui débarque Porte de
Saint-Cloud. Le dauphin de la Juventus
en Serie A et l’actuel leader du groupe C
en Ligue des champions (4 pts), devant
Liverpool et le PSG (3 pts).
Lorenzo Insigne et ses coéquipiers,
eux, se sont pris les pieds dans le tapis à
Belgrade (0-0) avant de l’emporter face
à Liverpool. « Ils ont mieux joué que nous
contre Liverpool ? Oui, mais on a mieux
joué qu’eux contre l’Étoile Rouge (Rires.), s’amuse Thomas Tuchel. Ce ne
sont pas des mathématiques, mais du
foot. Naples est une équipe vraiment top
en Europe. Ce n’est pas possible qu’un
joueur seul gagne contre cette équipe. Si
on ne joue pas en équipe, on n’a aucune
chance. »
Ça tombe bien, c’est exactement ce
que les Parisiens ont pris l’habitude de
faire depuis leur défaite à Anfield (3-2).
« Personne n’aime perdre. Mais pour
nous, c’était une expérience très importante. À ce niveau, c’est nécessaire de
nous améliorer. On a fait cela. On met
beaucoup d’intensité dans le jeu, dans le
pressing, on a plus de structure quand on
attaque, on fait plus de passes en avant.
On doit continuer, c’est nécessaire. Il y a
trois semaines décisives devant nous
(double confrontation face à Naples, et
Marseille, Lille et Monaco en Ligue 1).
On doit garder notre niveau au top »,
martèle le coach allemand. Il faudra le
faire sans Thiago Silva, le capitaine brésilien du PSG étant forfait. L’occasion
pour le champion du monde Presnel
Kimpembe de se relancer, après un carton rouge en L1 contre Lyon avec Paris
(5-0) et deux prestations cahin-caha
sous les couleurs de l’équipe de France.
Idem pour Edinson Cavani (lire ci-dessous), en manque de réussite ces derniers temps et qui voudra réenclencher
la première face à son ancien club.
Une équipe qui a de l’allure et qui reste d’ailleurs sur trois victoires de rang
depuis sa défaite face à la Juve en championnat (3-1), et notamment un succès
à Udine samedi dernier, malgré l’absence de plusieurs cadres, au repos
(3-0). « C’est toujours compliqué de jouer
une équipe italienne, elles sont toujours
préparées tactiquement », se méfie
« Herr » Tuchel. D’autant que le PSG n’a
remporté que deux de ses 18 matches
européens face à des adversaires italiens. Dont un face à… Naples, en 1992.
Certes, le Napoli n’est pas un prétendant naturel à la victoire finale en Ligue
des champions, mais c’est tout de
même une valeur sûre du football européen et un adversaire de choix. Un vrai
test. Mais aussi un tournant important
en vue de la qualification. « Ce n’est pas
une finale, mais ça y ressemble, assure
l’arrière gauche espagnol du PSG, Juan
Bernat. Une défaite peut quasiment nous
éliminer. On connaît l’importance de cette double confrontation. » « Pour nous et
Naples, c’est un duel décisif, confirme
Tuchel. Ils travaillent dur, en équipe,
avec beaucoup de qualité et de personnalité. C’est un grand défi pour nous. » Un
défi à relever absolument. ■
Les joueurs du PSG
lors de l’entraînement,
mardi, à Saint-Germainen-Laye (Yvelines),
la veille du match
contre Naples.
3E JOURNÉE LIGUE DES CHAMPIONS
BRUGES
GR. B PSV EINDHOVEN
GR. A
DORTMUND
GR. B
BARCELONE
GR. C
PARIS SG
LIVERPOOL
GR. D GALATASARAY
LOKOMOTIV MOSCOU
mercredi
18 h 55
21 h
-
MONACO
TOTTENHAM
ATLÉTICO MADRID
INTER MILAN
NAPLES
ÉTOILE ROUGE B.
SCHALKE 04
PORTO
FRANCK FIFE/AFP
GR. A
Tous les matchs en direct sur RMC Sport
Deuxième pour
Henry, sans Falcao
Joueur français ayant disputé le plus
de matches en Ligue des champions
(112 rencontres, soit 4 de plus
que Patrice Evra), Thierry Henry
redécouvre la C1, ce mercredi
(18h55), avec l’AS Monaco. Après
sa défaite à Strasbourg, samedi
pour sa première en Ligue 1,
le deuxième meilleur buteur français
de la compétition européenne
(50 buts, six de moins que Benzema)
peut espérer décrocher son premier
succès en tant que coach à Bruges.
Avec deux défaites lors des deux
premières journées de ce groupe A,
les Monégasques et les Belges
ne peuvent raisonnablement songer
qu’à sauver leur tête pour disputer
la Ligue Europa au printemps. Cela
passera par une victoire en Belgique
pour les hommes de Thierry Henry,
privés de Radamel Falcao, touché
à la cuisse gauche. Le gardien
numéro 2, Diego Benaglio a, lui, été
retenu dans le groupe et pourrait
finalement disputer la rencontre.
Source d’inspiration pour Tuchel, Ancelotti retrouve Paris
Carlo
« Ancelotti
a
toujours été
très gentil
et humble.
C’est
un grand
entraîneur.
Il a été une
inspiration
pour moi,
comme
joueur
et entraîneur
de Milan
»
THOMAS TUCHEL,
ENTRAÎNEUR DU PSG
COMME on se retrouve. Un an
après sa défaite face au PSG, avec
le Bayern, Carlo Ancelotti est déjà
de retour à Paris. Plus comme
entraîneur munichois, mais à la
tête du Napoli. Et pour cause, ce
revers au Parc des Princes (3-0)
aura marqué la fin de son passage
en Bavière… Passage couronné
d’un titre de champion d’Allemagne, mais au terme duquel le
technicien italien de 59 ans semblait sans idée, sans ressort. En
fin de parcours ? Pas aux yeux de
la fédération italienne (FIGC), qui
a pensé à lui pour la Squadra
azzurra. Finalement, c’est le président Aurelio De Laurentiis qui a
mis le grappin dessus, attirant le
flegmatique quintuple champion
d’Europe (1989 et 1990 comme
joueur, 2003, 2007, 2014 en tant
qu’entraîneur) au pied du Vésuve
pour trois saisons, à raison de
6,5 millions d’euros à l’année.
Carlo Ancelotti y succède à
Maurizio Sarri, qui faisait l’unanimité à Naples depuis trois saisons. Sous ses ordres, l’ancien
club de Diego Maradona aura
pratiqué l’un des plus beaux footballs d’Europe la saison passée,
tout en faisant trembler la Juventus en Serie A…
La greffe allait-elle prendre,
dans le volcanique contexte napolitain, après un mercato discret
et après trois ans de «sarrisme » ?
Jusqu’ici, le bilan est positif. Tactiquement, « Carletto » a déjà
imprimé sa patte, laissant rapidement le 4-3-3 cher à son prédécesseur de côté pour le 4-4-2,
plus de solidité et de pragmatisme comparé au romantisme dogmatique de Maurizio Sarri. Et les
résultats suivent : onze matches,
huit victoires, un nul et deux défaites. Il faut dire que la méthode
Ancelotti a fait ses preuves, de
Reggiana au Real, en passant par
Parme, la Juve, Milan et Chelsea.
Et le PSG, où il arrivait en janvier
2012 pour un an et demi. Le
temps de remporter la Ligue 1
(2013) et de séduire joueurs et observateurs. « Ancelotti a posé les
bases, et (Laurent) Blanc a complété la croissance du groupe »,
dira plus tard Thiago Motta, dans
la presse italienne. L’ancien du
Milan aura en effet été le premier
coach réellement choisi par les
patrons qataris du PSG, après
l’éviction d’Antoine Kombouaré.
La méthode Ancelotti ? Proximité, chaleur, humanité. Une
main de fer dans un gant de velours. Ça ne vous rappelle rien ?
Le management de Thomas Tuchel s’en rapproche, en effet. « Il
gère très bien son vestiaire, ça a
toujours été le cas partout où il est
passé », analyse le néo-Parisien
et ex-Munichois Juan Bernat.
EN BREF
A
Edinson Cavani : c’est grave, docteur ?
« C’EST un moment un peu dur pour
lui. » L’aveu est signé Thomas Tuchel.
« Lui », c’est Edinson Cavani. Meilleur
buteur de l’histoire du Paris Saint-Germain (255 matchs, 176 buts), l’attaquant international uruguayen (107 sélections, 46 buts) traverse en effet une
période compliquée. Plus que sa minidisette de deux matchs sans marquer
ne le laisse penser… « Quand un numéro 9, et c’en est un, ne marque pas, il est
triste », reconnaît encore le technicien
allemand, prompt à souligner que le
Matador est et reste « un joueur super
important » et le « buteur numéro un »
du club parisien. Sauf que, sur les
16 buts marqués lors des trois derniers
matchs (Étoile Rouge, Lyon, Amiens), il
n’en a inscrit… qu’un. C’était face à
l’Étoile Rouge (6-1). Un but marqué en
solo. Tout un symbole.
Face à Lyon (victoire 5-0), il était
contraint de céder sa place après 39 minutes, victime collatérale de Presnel
Kimpembe, expulsé (32e). Et, après cela,
le tandem Neymar-Mbappé avait couché l’OL. L’entente entre les deux larrons, sur le terrain et en dehors, est telle
qu’on peut se demander s’il y a encore
de la place pour Cavani, si la « MCN » a
encore du sens. Évidemment que oui,
même s’il n’est pas dans la même veine
techniquement, qu’il ne parle presque
pas le même football qu’eux.
Chouchou du Parc des Princes
En attendant, Cavani sait ce qu’il a à faire pour sortir de l’ornière : marquer. Ça
tombe bien, c’est ce qu’il fait de mieux.
Même s’il est aussi capable de gros ratés, comme ce fut encore le cas face à
Amiens (5-0) samedi dernier. Quand ça
ne veut pas… Cavani que l’on sent aussi
un poil moins généreux dans l’effort.
Est-ce parce qu’il en a marre de se démultiplier quand les sieurs « Ney » et
« Kyky » ne le font qu’avec parcimonie ? C’est la thèse avancée par certains.
On peut aussi (et surtout) imaginer qu’il
n’est pas encore au top physiquement,
lui qui a débuté la saison à l’infirmerie
après une blessure au mollet qui l’a privé du quart de finale contre la France au
Mondial.
« Il faut être patient et calme, c’est important. Il peut marquer contre Naples,
c’est évident », rassure Tuchel, qui n’a
pas son pareil pour mettre ses joueurs
en confiance. D’ailleurs, si Cavani a joué 90 minutes contre
Amiens, alors qu’il revenait
d’un rassemblement avec la
Celeste et que le calendrier
du PSG est chargé jusqu’à la trêve, c’était
justement pour lui
permettre
de
marquer, de
retrouver de
la confiance.
Raté. Qu’à
cela ne tienne,
le chouchou du Parc
des Princes aura une
nouvelle occasion de
briller ce mercredi face
à son ancien club. « Un
match pour le relancer ?
Oui, j’espère. Et je le
pense, glisse Tuchel.
C’est un match spécial
pour lui et j’espère qu’il
marquera. »
Cavani, ce n’est pas
n’importe qui dans
l’histoire du Napoli.
Avec 104 buts en
« Carlo Ancelotti a toujours été
très gentil et humble », jure Tuchel, pour l’avoir croisé en Allemagne. « C’est un grand entraîneur, poursuit-il. Il a été une
inspiration pour moi, comme
joueur et entraîneur de Milan.
C’était totalement nouveau, magnifique de regarder ces joueurs de
Milan, avec Ancelotti, (Franco)
Baresi, les Néerlandais (Rijkaard,
Van Basten, Gullit)… Et comme
entraîneur, il a gagné tous les titres
en Europe et en Italie. » Ancelotti,
lui, saluait « l’identité claire » du
Borussia du temps de Tuchel.
« L’un des meilleurs entraîneurs de
Bundesliga », disait-il encore
avant un « Klassiker ». Bien sûr,
la comparaison s’arrête au management, car ils ont des idées bien
différentes en matière de jeu, de
football, de tactique. Deux philosophies qui s’affrontent ce mercredi soir, au Parc. ■
C. R.
138 apparitions entre 2010 et
2013, il y a une place à part. Et
ce même si une partie des tifosi l’a copieusement sifflé
en 2014, lors d’un match
amical au San Paolo. « Je
me suis senti trahi, at-il confié, quelques années plus
tard, dans la
presse italienne.
Dans mon cœur,
je savais toutefois
qu’il s’agissait de
sifflets
affectueux. »
L’amour vache. Et
l’amertume des fans
napolitains, attendus en
nombre au Parc, pourrait
grimper d’un cran si
« Edi » flambait ce mercredi… ■
C. R.
L’attaquant international
uruguayen Edinson
Cavani lors du match
contre Reims,
le 26 septembre, à Paris.
SCOOP DYGA/ICON SPORT
Voile : à Saint-Malo, coup
d’envoi de la Route du Rhum
À onze jours du grand départ
(4 novembre à 14 heures)
de la 11e édition, les 124 bateaux de
la Route du Rhum sont rassemblés à
partir de ce mercredi à Saint-Malo.
Les visites des pontons vont débuter
et le village ouvrir ses portes.
Plus d’un million de spectateurs
avaient été comptabilisés
il y a quatre ans et les organiseurs
tablent sur deux millions cette
année pour célébrer les quarante
ans de la transatlantique.
Besson et Riou sur
les catamarans de la Coupe
Les quadruples champions
du monde de Nacra, Billy Besson
et Marie Riou, défendront
les couleurs de la France sur
le nouveau circuit SailGP, mettant
aux prises six équipes nationales sur
les catamarans volants utilisés lors
de la dernière Coupe de l’America
aux Bermudes. La saison débutera
en février prochain à Sydney
et se refermera avec une grande
finale à Marseille en septembre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
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Bondy (Seine-Saint-Denis).
Lyon.
Mme Fabienne Brem
et Mme Valérie Eyon,
le colonel (e.r.) et Mme
Alain Brem,
ses enfants,
Bernard Chavrier,
avocat honoraire, son époux,
Olivier et Isabelle Chavrier,
Bruno et Delphine Chavrier,
Véronique et Phillip Snalune,
Nicolas et Sandrine Chavrier,
ses enfants,
Audrey, Lauriane et Gaëtan,
Cyril, Dimitri et Charlène,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
Thibault, Oliver, Agathe,
Cerdane, Alexandre, Hugo,
Célian, Esteban, Mahaut
et Albane,
ses petits-enfants,
Chloé et Roxelane,
ses arrière-petites-filles,
les familles Brem et Métais
Annie, Jean-Claude,
Dominique et Catherine,
ses sœurs et son beau-frère,
ont la tristesse de faire part
du décès du
contre-amiral Michel BREM
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
membre
de l'Académie de marine,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des TOE,
croix de la Valeur militaire,
officier du Mérite maritime,
officier du Mérite de
l'ordre souverain de Malte,
survenu le 21 octobre 2018,
à l'âge de 86 ans,
à Neuilly-Plaisance.
Les obsèques auront lieu
au crématorium
de Champigny-sur-Marne,
560, avenue Maurice-Thorez,
le vendredi 26 octobre 2018,
à 10 heures.
Mme Fabienne Brem,
36, rue Roger-Salengro,
96140 Bondy.
Thierry et Dorothée Delétoille,
Catherine et Renaud Laroche,
Sophie et Olivier Devron,
Olivier et Emmanuelle
Delétoille,
Véronique et Frédéric
Chevalier,
ses enfants,
ses vingt-cinq petits-enfants,
ses huit arrière-petits-enfants
Le président,
le bureau
et les membres de
ont la tristesse
de faire part du décès de
Cet avis tient lieu de faire-part.
chaque texte doit comporter
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01 70 37 31 70
deuils
l'Académie de marine
Guy DELÉTOILLE
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Pierre, Claude AUGÉ
dit Pierre DARÇAY
cinéaste,
survenu le 20 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans,
à Gif-sur-Yvette.
Yves et Leïnka Benacin,
Michèle et Gilles Abitbol,
Gil et Sophie Benacin,
ses enfants et beaux-enfants,
Frédéric, Livia, Laure,
Adrien, Guillaume, Solal,
Margot, Salomon, Ruben,
Antoine, Chanel,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Liliane Kovacs,
sa sœur,
Roger et Robert Salabi,
ses frères,
et toute la famille
ont la tristesse d'annoncer
le décès, le 20 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans, de
Gisèle BENACIN
ancien professeur de lettres,
qui a rejoint son époux,
Henri Aaron Benacin
L'inhumation a eu lieu
le 22 octobre 2018.
Fleury-sur-Orne (Calvados).
Rambouillet (Yvelines).
Cairon (Calvados).
Philippe Larcher,
ancien maire de
Saint-Michel-des-Andaines,
son époux,
Gérard et Christine Larcher,
Carole et Bernard Bois,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Francine LARCHER
née Briet,
survenu le 21 octobre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 24 octobre 2018,
à 10 heures, en l'église
de Fleury-sur-Orne,
suivie de l'inhumation
au cimetière de
Saint-Michel-des-Andaines
(Orne).
Un registre à signatures sera
ouvert à l'église pour y recevoir
vos témoignages de sympathie.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine
et exprime sa grande gratitude
à la direction et au personnel
de la maison de retraite
médicalisée « Le Florilège »,
à Fleury-sur-Orne.
Cet avis tient lieu de faire-part.
26, Grande Rue,
14123 Fleury-sur-Orne.
7, rue Ferdinand-Dreyfus,
78120 Rambouillet.
29, route de Creully,
14610 Cairon.
Centrale 49,
ont la tristesse
de vous faire part du décès
de leur confrère, le
contre-amiral Michel BREM
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 25 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Sébastien
d'Annappes, paroisse Cana,
à Villeneuve-d'Ascq,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Arras.
survenu le 21 octobre 2018.
Sarlat-la-Canéda (Dordogne).
Solange Lasserre du Puch,
son épouse,
Jean-Emmanuel Lasserre,
son fils,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Jean-Paul LASSERRE
Romain et Olcay,
Sylvestre et Estelle,
ses enfants,
Louise, Tess et Isska,
ses petites-filles,
toute la famille
Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône).
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne-Marie d'Enfert,
son épouse,
survenu à l'âge de 83 ans.
M. Gérard BRESSON
ingénieur des Arts et Métiers
Châlons 60,
chevalier
de la Légion d'honneur.
La messe d'obsèques aura lieu
le jeudi 25 octobre, à 15 heures,
en l'église paroissiale
de Saint-Germain-en-Laye,
suivie de l'inhumation
au cimetière nouveau
de Saint-Germain-en-Laye.
Jean-Cyril, Sylvie, Valérie,
ses enfants,
Joëlle, Philippe, Joël,
leurs conjoints,
Arnaud, Thibaud, Marie-Aude,
Morgane, Anne-Solène, Sonia,
Jérémie, Julien, Olivier,
Alexandre,
ses petits-enfants,
Jules, Camille, Mia, Lucas, Lise,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Gérard d'ENFERT
ingénieur de l'École spéciale
des travaux publics,
du bâtiment et de l'industrie,
Pierre Ducarne,
Catherine et Pierre-Olivier
Avril,
ses enfants,
Emmanuel, Etienne et Gabriel,
ses petits-fils,
survenu le 21 octobre 2018,
à l'âge de 86 ans,
à Aix-en-Provence.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Eutrope,
à Aix-en-Provence,
le jeudi 25 octobre, à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière paysager
du Grand-Saint-Jean,
à Puyricard.
ont la douleur
de faire part du décès de
Blanche
DUCARNE de RIBAUCOURT
neuropsychologue
des Hôpitaux,
survenu le 13 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Rouen.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
26 octobre 2018, à 16 heures,
en la cathédrale de Sarlat,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Sarlat.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir d’un être cher dans le carnet du jour
Alain et Anne-Marie Perez,
ses parents,
les familles
Escande, Perez et Christophel
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Mme Emilie ESCANDE
née Perez,
survenu le 14 octobre 2018,
à l'âge de 39 ans.
© Gettyimages
La cérémonie aura lieu
le vendredi 26 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jean-Baptiste,
à Buc (Yvelines).
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
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Ni fleurs ni couronnes.
En souvenir de la générosité
d'Emilie, vous pouvez soutenir
la fondation FondaMental
par vos dons.
le général de division
Alexandre Mannessier,
son grand-père,
le lieutenant-colonel (r.)
et Mme Bertrand Mannessier,
ses parents,
le docteur et Mme
Jean-Paul Brulé,
ses beaux-parents,
Sabine, sa sœur,
ses belles-sœurs
et beaux-frères,
ses neveux et niéces
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du décès accidentel,
survenu le 22 octobre 2018,
en mission à Strasbourg,
à l'âge de 48 ans, du
Un adieu aux armes lui sera
rendu, en présence des familles,
dans la cour du Quartier Joffre,
à Besançon,
le vendredi 26 octobre,
à partir de 14 heures, suivi
d'une cérémonie religieuse
à 15 h 30, en la basilique
Saint-Ferjeux de Besançon.
24, rue des Cryots, 25480 Pirey.
155, cours de la Somme,
33800 Bordeaux.
29, avenue de la Rance,
22000 Dinard.
nous prient d'annoncer
le rappel à Dieu de
M. Robert MASSELIN
chevalier du Mérite agricole,
L'inhumation aura lieu
le lundi 29 octobre, à 11 heures,
au cimetière de Salies-du-Salat
(Haute-Garonne).
Un culte d'action de grâce
sera célébré
le samedi 17 novembre,
à 15 heures, au temple
de Montparnasse-Plaisance,
95, rue de l'Ouest, Paris (14e).
le comte et la comtesse
Olivier de Grivel
et leurs enfants,
Mayalen
de Saint-Priest d'Urgel,
ses beaux-enfants
et beaux-petits-enfants,
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Patrick MAITRE
le 21 octobre 2018,
à son domicile.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 26 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
Clermont-Ferrand
(Puy-de-Dôme).
Voisins-le-Bretonneux
(Yvelines).
L'inhumation aura lieu
le même jour, à 17 heures,
au cimetière de Ballan-Miré
(Indre-et-Loire).
toute sa famille
et ses amis
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
endormie paisiblement
dans la Paix du Seigneur,
le 20 octobre 2018,
en son domicile,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 26 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
à Paris (15e).
L'inhumation aura lieu
le même jour, à 15 heures,
au cimetière
de Pontpoint (Oise),
dans le caveau de famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Anne PIPREL
L'ensemble de son personnel
tient à honorer sa mémoire
et à saluer son indéfectible
amour du métier.
Il présente à ses enfants,
Jean-Louis et Marina,
ses sincères condoléances.
Mon métier a été
la plus belle des libertés.
Anne Piprel
(1925 - 2018).
Laurent MELLERIO
le 22 octobre 2018,
à l'âge de 58 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 26 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
66 bis, avenue
Raymond-Poincaré,
Paris (16e).
Elisabeth Revirard,
son épouse,
Isabelle et Grégory Fuller,
Thomas et Stéphanie Revirard,
Guillaume et Clarisse Revirard,
ses enfants,
ses dix petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Guy REVIRARD
Il a plu à Dieu de rappeler
dans Sa Lumière,
auprès de son épouse
et de son fils Henri, le
Loïc Maitre (†),
Béatrice Maitre,
Thibaud et Agnès Maitre,
ses enfants,
Blandine et Nicolas (†),
ses petits-enfants,
Mme Léopoldine Fenaroli,
Mme Suzanne Lannes,
ses belles-sœurs,
a quitté les siens.
ont l'immense douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
baron Gabriel
MICHET de VARINE-BOHAN
aimé de
ses enfants, gendres
et belles-filles,
Baudouin et Béatrix
de Varine-Bohan,
Bernard et Bérangère
de Lantivy,
Pierre-Henry et Laurette Roy,
Dominique de Varine-Bohan
et Anne Gergely,
Pascale de Varine-Bohan,
Emmanuel et Brigitte
de Varine-Bohan,
ses petits-enfants,
Arthur, Enora,
Foulques, Roxane,
Quentin et Anne,
Julie et Etienne,
Emmanuel et Camille,
Gabriel et Olivia,
Constance, Augustin,
Baptiste, Domitille,
Jean, Elvire,
Marie, Paule,
ses arrière-petits-enfants,
Gonzague, Alexis, Léonard,
Emmanuel, Olivia, Loïc, Alix.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce mercredi
24 octobre 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Pleumeur-Bodou
(Côtes-d'Armor).
M. et Mme
Alexis Salmon-Legagneur,
Flore, Claire, Oscar et Féréole,
M. Tristan Salmon-Legagneur,
M. et Mme Rodolphe Even,
Alice, Tanguy et Titouan,
ses enfants et petits-enfants,
ses sœurs, frère,
beau-frère et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Guy SALMON-LEGAGNEUR
conseiller maître honoraire
à la Cour des comptes,
le 22 octobre 2018.
Marina et Jean-Louis,
ses enfants,
leurs conjoints,
Seth et Hafida,
Le Grand Venise
toute sa famille et ses amis
Mme Guy Salmon-Legagneur,
née Brigitte Droin,
son épouse,
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 26 octobre,
à 10 heures, en la basilique
Sainte-Clotilde, Paris (7e).
« L'Eternel est mon berger.
Je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi. »
ont la tristesse
de faire part du décès de
Inès Maitre,
née de Andia,
son épouse,
survenu le 22 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 25 octobre, à 10 h 30,
en l'église de Saint-Tropez,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Ramatuelle.
Après soixante-dix années
passées aux commandes
du restaurant,
Hervé et Florence Mellerio,
son frère et sa belle-sœur,
Adrien et Sophie,
son neveu et sa nièce,
Matthieu Robert,
30, avenue de Saxe,
75007 Paris.
Clémence Cordier,
15, rue Guilleminot,
75014 Paris.
Marie PALMARI
« Marie de Tahiti »,
Ni fleurs ni couronnes.
Des dons possibles à l'Église
protestante unie de France.
Matthieu Robert
et Clémence Cordier,
ses petits-enfants,
Alexandre, Alice, Louis,
Aurélie,
ses arrière-petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Maurice
de Bécon, à Courbevoie,
le vendredi 26 octobre,
à 10 h 30.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
née Lani,
Côme, César, Dimitri, Just,
ses enfants,
survenu le 21 octobre 2018,
à l'âge de 94 ans.
Patrick et Félicia,
ses enfants,
Giacomo, son petit-fils,
Stéphane, son gendre,
Marie-Françoise, Cristina
et toute l'équipe
de la plage de Tahiti,
parents et amis
Mme Anne PIPREL
Mme Marguerite Masselin,
son épouse,
ses enfants et toute sa famille
Laure-Isabelle Mellerio,
son épouse,
Denise LOYAU
Ramatuelle. Saint-Tropez.
lieutenant-colonel
Vincent MANNESSIER
Cet avis tient lieu de faire-part.
11, allée des Guigniers,
91410 Dourdan.
Fabien Escande,
son époux,
Jules et Adam,
ses enfants,
Le chef de bataillon
Virginie Mannessier,
née Brulé, son épouse,
Amaury, Alix, Enguerrand,
ses enfants,
le 17 octobre 2018, à Paris,
à l'âge de 90 ans.
endormi dans la Paix
du Seigneur le 22 octobre 2018,
à l'âge de 92 ans.
Mme Micheline Bresson,
son épouse,
Véronique Lamoure
et Marie-Victoire Augé
La messe de funérailles
aura lieu en l'église
Saint-Pothin, à Lyon (6e),
le vendredi 26 octobre, à 9 h 30,
suivie de l'inhumation à 15 h 30,
au cimetière de Lucey (Savoie).
Mme Guy Delétoille,
née Colette Tamboise,
son épouse,
sont payants ;
un minimum de 10 lignes.
Janie CHAVRIER
survenu le 23 octobre 2018.
13
Varennes-Vauzelles (Nièvre).
Mme Paul Vidalin,
son épouse,
Yves et Pascale Vidalin,
Hubert Vidalin,
Bertrand et Marie-Aymée
de Gorsse,
Jean-Louis et Agnès Pons,
Alix Vidalin,
ses enfants,
ses 19 petits-enfants
et 10 arrière-petits-enfants
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Paul VIDALIN
survenu dans sa 97e année.
La messe de funérailles aura
lieu le samedi 27 octobre 2018,
à 14 h 30, en l'église
de Saint-Seine (Nièvre),
suivie de l'inhumation
au cimetière du village,
dans l'intimité familiale.
Pas de plaques.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine.
remerciements
Huguette Peyrusse,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Jean, Marie PEYRUSSE
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
Une messe sera célébrée
le vendredi 26 octobre 2018,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
Paris (7e), à l'intention de
Louise COPPOLANI
commissaire général
de division des armées,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
commandeur
de l'ordre de Saint Sylvestre.
survenu à Seurre (Côte-d'Or),
le 22 octobre 2018,
à l'âge de 85 ans.
Ses obsèques ont eu lieu
à Tarbes,
le vendredi 14 septembre 2018.
La cérémonie religieuse,
suivie de l'inhumation,
aura lieu en l'église de Navilly
(Saône-et-Loire), le jeudi
25 octobre 2018, à 14 h 30.
messes
et anniversaires
Voici cinq ans
Annick CONSTANT
La marquise de Rolland-Dalon,
sa belle-sœur,
ses neveux et petits-neveux
et toute sa famille
ont la douleur
de faire part du décès de
Mlle Yvonne
de ROLLAND-DALON
entrait chrétiennement
en la Vie éternelle.
Le vendredi 26 octobre 2018,
à 18 h 30, en l'église
de Pierre-Buffière
(Haute-Vienne),
la messe sera célébrée
en union avec elle.
Familles Constant, Girard,
Lafolie, Lamaury.
survenu le 5 octobre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Cannes,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Notre-Dame,
à Bourges (Cher), le samedi
27 octobre, à 15 heures.
Une messe de requiem
sera célébrée en l'église
Saint-Eugène-Sainte-Cécile,
à Paris (9e), le samedi
10 novembre, à 15 heures.
Une messe anniversaire
à la mémoire de
Christian DIOR
sera célébrée
le vendredi 26 octobre 2018,
à 13 h 15, en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
33, avenue Marceau,
Paris (16e).
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Tous les cinq ans, lecteurs et abonnés de Magnificat se retrouvent dans une ville américaine pour les « Magnificat days », un grand rassemblement national (ici celui de New York, le 6 octobre 2018).
PAUL BICKFORD
La fabuleuse saga d’une revue
catholique française aux États-Unis
Jean-Marie Guénois
jmguenois@lefigaro.fr
D
Envoyé spécial à New York
eborah et Monica ne se laissent pas
abattre. En ce samedi 6 octobre, le
pas décidé, elles franchissent le hall
de l’immense Kings Theatre de
Brooklyn, à New York. La petite
soixantaine, elles sont américaines,
noires, catholiques et fières de
l’être. Dans le contexte miné des affaires d’abus
sexuels qui empoisonne le catholicisme américain,
elles affirment, sans complexes : « Nous sommes
100 % catholiques. Nous nous rassemblons pour renforcer notre communauté. Il est temps de reconstruire ! »
Pleines d’allant, les voilà reparties bras dessus, bras
dessous en riant ! Pour rien au monde elles ne rateraient le début d’une journée qui promet. Un « Magnificat day » où elles retrouvent 3 000 autres fidèles
pour prier, échanger, se conforter.
Reconstruire… Tous ceux qui s’assoient dans les
fauteuils de velours, couleur lie-de-vin, de ce vieux
théâtre new-yorkais partagent la même volonté. Ils
sont « choqués » par les scandales de la pédophilie
d’une partie du clergé, mais ils veulent avancer, très
conscients que ce chemin n’est pas de velours. La foule
qui entre dans ce théâtre est d’ailleurs issue de milieux
sociaux très divers, de toutes couleurs, de toutes origines, à l’image du catholicisme américain qui est
plutôt populaire.
Pas facile toutefois de vivre pour eux - et en ces
temps - cette identité catholique outre-Atlantique.
Fouad, palestinien d’origine, passé par le Honduras,
est citoyen américain. Il témoigne : « J’aime l’Église. Je
vais à la messe tous les jours. Oui, nous sommes scandalisés, notamment par certains évêques qui ont commis
des actes déplacés. Notre foi est touchée, mais chacun de
nous est membre de l’Église, corps du Christ. Jésus
n’est-il pas venu pour soigner nos péchés ? » Katte,
35 ans, est d’origine chinoise. Avec son compagnon
Jésus, portoricain d’origine, elle s’est fraîchement
convertie : « La conversion a changé nos vies. Nous
sommes très engagés dans la paroisse. Mais nous nous
battons contre une image fausse qui domine aujourd’hui : la véritable Église catholique, ce ne sont pas ses
scandales ! »
A
1
Une sorte de missel de poche
James Bony, prêtre d’origine indienne, confirme ce
malaise, mais aussi cette volonté de ne pas s’y laisser
enfermer : « Aujourd’hui Église catholique signifierait
Église scandale. Mais ce n’est pas ça, l’Église ! Qui
s’engage comme elle, et partout dans le monde,
pour l’éducation, la santé, contre la pauvreté ? Ce
contexte négatif est décourageant. Il faut évidemment
corriger ce qui ne va pas. Mais nous gardons l’espérance : c’est le sens de notre présence ici. » Cet
étudiant aux États-Unis se prépare à partir comme
missionnaire au Japon.
La séance va commencer. De type asiatique, une
élégante femme californienne, Bernie Neal, présidente
de la Fondation Magnificat est l’organisatrice de ce
rassemblement. Tout en veillant aux derniers détails,
Le livret français de
spiritualité « Magnificat »
est devenu, en vingt ans,
la première publication
catholique des États-Unis.
Derrière cette « success
story », des fidèles
américains de toutes
origines sociales
qui prient ensemble
en refusant notamment
de baisser les bras face
aux scandales des abus
sexuels dans l’Église.
elle prend le temps d’expliquer le positionnement de
cette journée : « C’est vrai, l’Église catholique souffre en
ce moment, mais nous devons persévérer dans la prière,
car Dieu ne nous abandonnera pas. Nous devons reconnaître humblement que nous dépendons de Jésus. Nous
ne sommes pas une élite. Nous ne faisons donc pas de
“politique”. Simplement, nous ne sommes pas dans le
“faire”, nous sommes dans “l’être”. »
Tout un programme… Il n’a effectivement rien de
politique ce « Magnificat day ». Aux États-Unis, où
l’expression religieuse publique est totalement
admise, rien n’est plus naturel qu’un rassemblement
de ce genre. Mais cette réunion n’est pas banale : cet
événement est effectivement lié à une étonnante réussite française en Amérique…
« Magnificat », ce sont les premiers mots d’une
prière de la Vierge Marie rapportée dans l’Évangile de
Luc, au chapitre 1. Ce qui signifie « Mon âme magnifie
le Seigneur… », traduit du grec, ou « Mon âme exalte le
Seigneur », à partir du latin. C’est l’une des prières
fondatrices du christianisme. Mais Magnificat est aussi
depuis vingt-cinq ans le titre d’une revue française de
spiritualité, aujourd’hui disponible en sept langues.
Son édition américaine, lancée il y a deux décennies, est même devenue une grande dame de l’Église
catholique des États-Unis ! Avec plus de 330 000
abonnés, ce livret de 400 pages touche chaque mois
près d’un million de lecteurs… Magnificat est ainsi devenue la première revue catholique des États-Unis.
Une véritable « success story » pour son éditeur, le
groupe de presse et d’édition Média Participations,
présidé par Vincent Montagne.
Concrètement, Magnificat est une sorte de missel de
poche. Sur papier bible, il propose les lectures de la
messe de chaque jour, mais aussi l’essentiel des prières
du soir et du matin, lues par tous les prêtres, religieux
et religieuses dans le monde, mais accessibles à des
laïcs. Le tout est assorti de textes de méditation signés
par les grands auteurs de spiritualité de tous les siècles
du christianisme.
C’est Pierre-Marie Dumont, éditeur français, et sa
femme Bernadette qui ont eu l’idée de lancer cette revue liturgique. Le premier projet fut d’ailleurs ébauché
en famille, avec de la colle, du papier et des ciseaux sur
leur table de cuisine.
Aux États-Unis, Magnificat est aussi devenue un
phénomène social. Les abonnés n’hésitent pas à se retrouver ensemble pour prier dans les paroisses ou lors
de « prayer breakfasts », des petits déjeuners de
prière. Magnificat n’est donc plus simplement une
revue, mais elle fédère une sorte d’immense réseau
spirituel de gens très différents qui ont pris l’habitude
de prier personnellement, partout où ils se trouvent, le
soir, le matin. Les gens prient ainsi avec les mêmes
mots que ceux des moines et moniales dans l’Église.
Plus ou moins consciemment, ils forment une immense chaîne de prières. Mais, plus communautaristes que
d’autres catholiques, les Américains ont aussi créé une
« Magnificat » était toujours avec moi
dans toutes mes missions,
sur Air Force One et beaucoup d’autres
UN ANCIEN AGENT DES SERVICES SECRETS, ABONNÉ À « MAGNIFICAT »
»
sorte de « fan-club » de la revue. Ils s’appellent les
« magnificaters ».
Tous les cinq ans, ils se retrouvent dans une grande
ville américaine pour un grand rassemblement national, les « Magnificat days ». Celui de New York marquait le vingtième anniversaire de cette aventure de
presse catholique française. Parmi les invités vedettes
de ce rendez-vous mené comme un show, des prédicateurs vedettes - Scott Hahn, pasteur presbytérien
converti, le cardinal de Boston, Sean O’Malley, le
nonce apostolique aux États-Unis, le Français
Mgr Christophe Pierre. La journée comprenait aussi un
grand spectacle, un concert philharmonique, mais
aussi une adoration eucharistique et la vénération des
reliques de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus - et de ses
parents, Louis et Zélie Martin- enchâssées dans un
reliquaire créé par la sculptrice française Fleur Nabert.
Journée intense, mais sans exaltation déplacée.
C’est plutôt la bonhomie, très américaine, qui régnait,
avec son humour ! Le père Peter Cameron, dominicain, rédacteur en chef de l’édition américaine, racontant par exemple la mésaventure d’une lectrice qui
avait laissé sa revue dans un paquet de linge passé en
machine : « Oh no ! I washed my Magnificat, what a
mess » (oh non, j’ai lavé mon Magnificat, quel bordel…). Et le religieux de recommander « Dry clean
only » (lavage à sec seulement !)
La prière antidote à la crise
Ce religieux a relaté, plus sérieusement, d’autres
témoignages bouleversants. Celui du champion olympique américain de bobsleigh, Curt Tomasevicz qui a
fait de cette revue son compagnon d’entraînement.
Ou celui d’un « agent des services secrets de trente ans
d’expérience » qui lui confie : « Magnificat était toujours avec moi dans toutes mes missions, sur Air Force
One et beaucoup d’autres. » Ou encore ce criminel,
John Sambuco, converti en prison « en lisant Magnificat dont l’abonnement lui avait été offert par la mère de
sa victime, Mariana ».
La salle est émue, elle applaudit, mais dans les cœurs
et les esprits pèsent la douloureuse réalité d’une Église
aux prises avec le contexte des scandales. Religieux
dominicain, Romanus Cessario, à l’origine de l’édition
américaine, souligne à ce propos : « Magnificat ne vise
pas à exploiter les points chauds du moment. Cette revue
présente la parole de Dieu, la liturgie de l’Église et la richesse de l’héritage spirituel. Ce sont ces mêmes richesses, ces mêmes sacrements, cette même parole de Dieu
qui ont soutenu le peuple chrétien pendant plus de deux
mille ans, à travers les persécutions politiques de l’histoire des chrétiens partout dans le monde. Magnificat
permet à ses lecteurs de rejoindre Dieu et Dieu est toujours plus grand que les péchés des hommes. » La prière
serait donc l’un des antidotes à la crise.
C’est ce que pense le très attendu cardinal O’Malley,
archevêque de Boston, conseiller du pape François.
Malgré son emploi du temps de ministre, il a tenu à
venir spécialement à New York pour conclure la
journée. Revêtu de sa bure de franciscain, il confie au
Figaro avant d’entrer sur l’immense scène : « Magnificat apporte une énorme contribution à la vie de l’Église
aux États-Unis. Tout spécialement dans ces temps difficiles pour l’Église, car cette revue est une voie pour aider
les gens à prier. Ce qui est, en définitive, la solution
ultime pour faire face au grand challenge que nous
affrontons aujourd’hui. » ■
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mercredi 24 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
POLITIQUE
15
Quel lien entre les votes populistes
et le poids des questions d’immigration ?
Chloé Morin
Directrice de projets
chez Ipsos Global Affairs
priorités en soi qui est remarquable que sa
très forte progression.
Deux pays se distinguent néanmoins : en
Grande-Bretagne, cette préoccupation
avait connu une forte progression à partir
de 2013 mais a reculé de manière spectaculaire après le vote du Brexit, au profit
des inquiétudes sur la sortie de l’Union et
sur l’avenir du système de santé. En Espagne, on note aussi un effondrement du
sujet immigration depuis 2010-2011. Ces
deux pays sont aussi ceux où la droite dite
« traditionnelle » reste la moins menacée
sur sa droite. On note donc là aussi une
corrélation entre poussée populiste et
préoccupation migratoire.
En revanche, l’Allemagne est l’un des
pays européens où l’extrême droite a le
plus nettement progressé, sur fond de
montée des préoccupations portant sur
l’impact sécuritaire et culturel de l’immigration. Après sa percée aux législatives de 2017, l’AfD vient d’ébranler la
CSU dans son fief bavarois. En Italie, les
législatives de mars 2018 ont porté au
pouvoir une coalition Mouvement 5
étoiles (M5S) et Lega – parti dit « populiste » mais dont il convient de souligner qu’il est un parti « de gouvernement » depuis les années 1990. En sept
mois, depuis ce scrutin, les intentions
de vote de la Lega ont doublé. La ligne
dure adoptée par le gouvernement sur
l’immigration explique en grande partie cette popularité : dans un sondage
réalisé à la mi-septembre, 61 % des Italiens se disaient ainsi d’accord avec la
ligne Salvini.
Cette corrélation entre montée des inquiétudes migratoires et montée de
l’extrême droite se retrouve en Suède,
où les Démocrates de Suède – parti créé
en 1988 et ayant ses racines dans un
mouvement ouvertement raciste - ont
réalisé en septembre dernier une percée
historique, obtenant 17,53 % des voix,
talonnant le parti de droite (Modérés) à
19,84 %. Ce parti prétend renforcer « le
sentiment d’appartenance » contre « l’islamisation », l’immigration non européenne et les « mondialistes ». En l’occurrence, le discours sur l’immigration
vient donner un sens au sentiment antiélites ainsi qu’à la peur du chômage et
des inégalités, sentiments qui sont également très répandus dans la population
suédoise.
DROITE, DES DÉBATS
❙ ÀSTRATÉGIQUES
Face à la pression populiste, les droites dites traditionnelles cherchent des stratégies, sans avoir trouvé la solution idéale.
En Grande-Bretagne, l’initiative du
Brexit a permis aux conservateurs, du
EUROPE Des scrutins récents en Euromoins à court terme, de couper l’herbe
pe ont mis en avant la montée de forces
sous le pied de l’Ukip et d’internaliser les
politiques qualifiées de « populistes ».
débats sur l’Europe ou l’immigration.
Une étude réalisée à l’échelle mondiale
Même si la gestion du Brexit s’avère ardue
par Ipsos souligne le lien avec la préoccupour Theresa May, dont le leadership est
pation des questions d’immigration rescontesté dans son propre camp : elle n’a
sentie par les populations de ces pays.
plus que 56 % de satisfaits parmi les électeurs conservateurs, contre plus de 90 %
UN EFFONDREMENT
en avril 2017.
DU BLOC CENTRAL
En Espagne, le débat actuel à droite est
… ET LEURS EFFETS
moins la stratégie face à l’extrême droite
Dans la plupart des pays européens, pluÉLECTORAUX
que la rivalité entre Ciudadanos et le Parti
sieurs facteurs se combinent – préoccupopulaire, partis de droite à ce stade perpation migratoire, sentiment d’abandon En Espagne, l’extrême droite n’existe
çus comme assez semblables et prétenou d’être victime d’un modèle qui favori- pour ainsi dire pas, même si on constate
dant occuper le même espace politique.
se les riches et les puissants… - pour gé- la montée très récente, dans un contexte
Les élections à venir en Andalousie seront
nérer une montée des populismes. Cela de division de la droite – Ciudadanos et
à ce titre un premier test, révélateur de la
engendre une crise des partis occupant Parti populaire -, de Vox, prônant une
capacité de progression de Ciudadanos.
l’espace politique « central » : crise de la recentralisation radicale de l’Espagne et
En Suède, les Modérés – le principal parsocial-démocratie, mais aussi des partis le renvoi des immigrés dans leur pays, et
ti libéral-conservateur, qui a gouverné
de droite dits « traditionnels ». En Espa- qui pourrait prétendre à un ou deux siède 2006 à 2014 - hésitent sur la stratégie
gne, le PSOE, à gauche, et le Parti popu- ges lors des prochaines élections euroà suivre pour contrer les Démocrates de
laire, à droite, se sont effondrés au profit péennes. En Grande-Bretagne, l’Ukip
Suède. Dans le sud du pays, où les prinde Podemos d’un côté, de Ciudadanos de s’est effondré après le vote de 2016 sur le
cipales figures du parti ont fait campal’autre. En Suède, de 61 % en 2010, les Brexit et la démission de son leader,
gne sur les thèmes des nationalistes et
deux partis centraux sont tombés en 2018 après une progression quasi continue à
plaidé pour une alliance avec les Démoà moins de 50 % - moins de 20 % pour les partir du début des années 2010. Envicrates de Suède, leurs scores électoraux
Modérés (Moderaterna, parti de droite ron la moitié des électeurs Ukip se sont
se sont en effet avérés meilleurs. À Stoclibéral-conservateur). Même chose en portés sur un vote conservateur en 2017.
kholm même, où l’électorat est plus liItalie, où après l’effondrement du Parti L’Ukip n’a guère progressé depuis les
béral et favorable à l’immigration, les
démocrate, de centre gauche, nous assis- 2 % obtenus en 2017, même si l’insatisprincipaux dirigeants du parti de droite
tons à une dévitalisation du centre droit. faction croissante vis-à-vis de la mase montrent en revanche opposés à touForza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, nière dont Theresa May gère la sortie de
te idée d’alliance ou d’accord avec les
qui avait dépassé les 20 % des suffrages à l’Union pourrait jouer en sa faveur.
nationalistes, car les électeurs de centre
toutes les élections depuis 1994 (jusqu’à
PART DES RÉPONSES QUI INDIQUENT
droit quitteraient alors le parti au profit
37,4 % en 2008), est passé sous la barre
L’IMMIGRATION COMME UN DES TROIS
du parti libéral ou des centristes. Un rédes 10 %. En Allemagne, aux dernières
PRINCIPAUX SUJETS DE PRÉOCCUPATION
cent sondage réalisé auprès de 600 caélections législatives, en 2017, la CDU et le
Allemagne
POUR CHAQUE PAYS, en %
dres du principal parti de droite a apSPD ne totalisent plus que 54 % des voix à
43 %
Italie Suède
profondi le dilemme et les fractures
eux deux. En Bavière, la CSU vient de
35 % 33 %
internes, en révélant que la majorité des
perdre 10 points dans son fief historique,
31 % 31 % 31 % 30 %
Royaume-Uni
cadres est désormais favorable à l’abansur fond de progression de l’AfD.
28 % 25 %
Espagne
don du cordon sanitaire entourant les
23 % 22 %
Démocrates de Suède.
LA CRAINTE CROISSANTE
16 %
On retrouve une même hésitation stratéDE L’IMMIGRATION…
gique au sein de la droite allemande : si la
7%
question d’une alliance en bonne et due
L’immigration fait partie des fondamen4%
forme avec l’AfD reste taboue en Alletaux qui structurent les dynamiques politiques à droite. En dépit de niveaux d’im37 % magne, certains estiment que la
Chili France États- Belgique Canada
Australie
Israël Pologne Russie
montée de l’extrême droite sera
migration très différents, les perceptions
Unis
stoppée en se réappropriant ses
de la plupart des pays européens converSource : Étude Ipsos « What Worries the World »
thèmes (notamment le contrôle
gent autour de l’idée que celle-ci est deréalisée en juillet 2018
strict des flux migratoires), alors
venue ingérable. En cela, ils se distinque d’autres, derrière la changuent d’autres régions du monde,
celière, semblent penser qu’emcomme l’indique l’étude Ipsos « What
8%
ÉVOLUTION
prunter les thèmes de l’AfD ne
Worries the World », réalisée en
DE LA THÉMATIQUE
ferait que la renforcer.
juillet 2018. Dans ce classement, dominé
MIGRATOIRE, en %
En Italie, la situation est désorpar l’Allemagne, l’Italie et la Suède, la
38 %
juin 2014
juin 2018
mais la suivante : une droite de
France figure parmi les pays où l’immiplus en plus coupée du centre, une
gration est jugée la plus préoccupante. Ce
18 %
quasi-disparition du centre droit de
souci croît depuis 2015, mais avec de forl’échiquier politique et une coalition
tes différences selon les pays.
populiste qui, loin de se heurter au
Ainsi, en Italie, la préoccupation pour
« mur des réalités », semble renforcée
l’immigration – en tête chez les électeurs
par l’exercice du pouvoir. La crise mide droite - a explosé à partir de 2014, tout
F     
2010
2018
gratoire joue en Italie comme ailleurs
en restant en troisième position après
17,6 %
un rôle de catalyseur des reconfigural’emploi, la corruption et le fonctionne(Les Vrais Finlandais)
N

S



tions du paysage politique. Le rejet de
ment du système politique. Elle
SCORES OBTENUS
15,2 %
l’Europe contribue également à cimenprogresse également en Suède,
PAR LES PARTIS
(Parti
ter la coalition électorale au pouvoir,
où elle arrive en seconde posiPOPULISTES
du progrès)
12,9 %
puisque la défiance envers l’UE atteint
tion derrière la santé, mais
48 %
DE DROITE LORS
(Les Démocrates
72 % parmi les électeurs M5S, 77 % dans
aussi en Allemagne, pays
38 %
DES DERNIÈRES
de Suède)
la Ligue. Afin de consolider leur assise
qui a accueilli des centaines
ÉLECTIONS
21 %
et prenant acte qu’une majorité d’itade milliers de réfugiés deNATIONALES
(DFP)
D   
21 %
en % des suffrages
liens ne souhaite sortir ni de l’Europe
R  - U  
puis 2015. On note touteL     
exprimés
(54 %) ni de l’euro (61 %), le gouvernefois que l’immigration y
1,8%
13 %
5,3 %
ment a infléchi son discours sur le sureste secondaire par rap(Ukip)
Plus de 25
(PVV)
(Ordre et justice)
jet. La bataille des européennes est déport à la pauvreté, aux inéP - 
De 15 à 25
P




sormais présentée comme une bataille
galités sociales et à la violen2010
juin 2016 2018
37,6 % 8,8 %
De 5 à 15
non pas contre les institutions, mais
A     
ce. C’est donc moins la place de
Référendum sur le Brexit
B



(PiS)
(Kukiz’15)
contre ceux qui dirigent l’Europe. ■
l’immigration dans l’ordre des
12,6 %
Moins de 5
3,7 %
(AfD)
(Vlaams Belang)
R   .    
(Liberté et démocratie directe)
» Lire aussi PAGE 22
10,6 %
S  8 % (Notre Slovaquie)
F  
❙
❙
Allemagne, Espagne,
Italie, GrandeBretagne, Suède :
une étude d’Ipsos
montre l’impact
de la préoccupation
des questions
migratoires sur
le vote des habitants
des pays concernés.
1 La montée
de la thématique
migratoire...
❙
2 ... dans 5 pays
3 L’Europe
populiste
+
21,3 %
(FN)
S  
A    
26 %
H  
49,3 %
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
19,1 %
(Fidesz)
(Jobbik)
(FPÖ)
34,5 %
36 %
E   
29,4 %
(SVP)
B     
I   
17,4 %
9%
(Patriotes unis)
(Ligue)
2018
1er trim. 2014
7%
(L'Aube dorée)
Infographie
3%
G   
C  
3,7 %
(Elam)
1er trim. 2018
A
3,2 %
2007
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
L’Europe prisonnière de nos chicaneries
L
e spectacle qu’offrent la droite
et le centre droit n’est pas
très revigorant. Les élections
européennes approchent,
il est de plus en plus évident
que tous auraient intérêt à se
rassembler afin de constituer une liste
commune. Est-ce possible ? Existent
entre les divers partis qui les composent
des diversités de sentiments plus que
de solutions, ce qui le plus souvent
les a conduits dans le passé à s’accorder
sur le projet européen à soumettre
aux Français. C’est encore possible
aujourd’hui si chacun y met du sien
et tient compte des aspirations
de la majorité du peuple français, qui
souhaite que notre pays demeure dans
l’Union européenne tout en la réformant.
Fuyons les arguties qui ne servent
qu’à compliquer le débat. Je n’ai jamais
compris la différence entre être
populaire ou être populiste, sauf
si l’on veut à tout prix se diviser.
Je ne comprends pas davantage le sens
de la formule « Europe souveraine » :
la difficulté qu’éprouve l’Europe
à prendre des décisions résulte
d’institutions inadaptées qu’il est
illusoire de vouloir amender faute de
l’unanimité des États qui la composent.
Dès lors, que signifie pour l’Europe
la souveraineté ? Est-elle possible en
maintenant inchangées ses institutions
actuelles ? Abandonner la règle
de l’unanimité en faveur de celle
de la majorité qualifiée pour la prise
de certaines décisions ne serait possible
que si la pondération des voix attribuée
à chaque nation au sein des diverses
instances de l’Union européenne tenait
un compte plus juste de leur poids
respectif. Les pays favorisés par
le système actuel sont-ils disposés
à y renoncer ? Enfin, sur quels points
précis y a-t-il un désaccord sur
la politique européenne des différents
partis de la droite et du centre droit ?
À part des formules creuses, nul n’est
capable de le dire.
Les questions auxquelles il faut
répondre sont claires : sommes-nous
décidés à créer une Europe qui existe
vraiment et qui sache décider ?
Une Europe qui protège ? Une Europe
qui progresse ? Une Europe déconnectée
autant que faire se peut des calculs
politiques et dont la prochaine élection ne
permette pas de faire
prospérer comme
à plaisir les divisions
artificielles,
telles que celles
Le bon sens et l’intérêt national commandent
qui opposeraient
aux partis de la droite et du centre droit de bâtir
les progressistes et
ensemble un programme et de constituer une liste
les conservateurs ?
commune en vue des élections européennes
À droite, personne
de mai 2019, argumente l’ancien premier ministre.
ne veut du statu quo.
ÉDOUARD BALLADUR
La France à un intérêt national à ce que
l’Union européenne soit un ensemble
solide, bien organisé, en capacité de
prendre des décisions. Grâce à l’Europe,
qui demeure la zone au monde la plus
prospère et la plus riche, elle peut
parler plus fort dans les négociations
internationales. On ne bâtira rien de
solide sur des sentiments antieuropéens.
La réforme des institutions, qui
requiert l’unanimité, étant impossible,
il faut imaginer un progrès de l’Europe
dans le cadre actuel. C’est à cela
que correspondait l’Europe
des cercles que j’ai préconisée jadis.
Elle demeure d’actualité et l’institution
de coopérations renforcées permet
sa mise en œuvre. Il s’agit très
simplement que les États européens qui
veulent coopérer plus étroitement les uns
avec les autres dans certains domaines
puissent le faire. Or, c’est indispensable
dans le domaine économique
et fiscal, dans le domaine miliaire,
pour la protection des frontières,
pour la lutte contre l’islamisme radical
et le terrorisme, pour la préparation
de Français et d’Allemands. Pareil
artifice prive les décisions prises de toute
crédibilité. L’Europe ne sera vraiment
« souveraine » que le jour où elle aura su
réformer ses institutions, ce qui, dans
l’état actuel des choses, est impossible.
Elle ne peut donc avancer que
par des coopérations spécialisées.
Le sentiment dominant en Europe
aujourd’hui est un besoin de protection,
protection contre les mouvements
de population incontrôlés et massifs,
protection contre les échanges
commerciaux régis par des règles
inégales. L’Europe est-elle en mesure
de protéger ses frontières elles-mêmes
pour éviter des mouvements migratoires
désordonnés et excessifs ? M. Juncker,
président de la Commission européenne,
a déclaré que les « frontières sont la pire
invention politique de l’histoire » !
On croit rêver ! Autant déclarer que
l’existence des nations est illégitime et
que le besoin des hommes de se retrouver
associés les uns avec les autres dans
des communautés culturelles nées des
traditions historiques l’est aussi. Faute
d’une autorité
mondiale dont
Sur quels points précis y a-t-il
l’existence n’est
pas pour demain,
un désaccord sur la politique
l’organisation de la
européenne des différents partis
vie internationale
relève de la
de la droite et du centre droit ?
coopération entre
À part des formules creuses,
des États dotés
nul n’est capable de le dire
de frontières. Nul
ne peut nier qu’une
immigration excessive est un danger
de l’avenir. Il faut résister aussi à la
pour la cohésion du continent européen
tentation de changer subrepticement les
comme l’est la menace terroriste,
institutions au profit de la Commission
et que ce danger est ressenti comme tel
et au détriment du Conseil européen
par la majorité de la population, ce qui
auquel les traités confèrent des pouvoirs
nécessite une protection effective aux
qui ne sauraient être remis en cause.
frontières de l’Europe, et si besoin
La désignation du président de la
une protection au niveau de chaque État,
Commission est l’un des pouvoirs
grâce éventuellement à une modification
essentiels de ce Conseil, elle doit
des accords de Schengen. Il doit être
le demeurer et ne peut être transférée
possible de s’accorder sur ce point.
au Parlement, sous prétexte que
L’Europe doit se doter d’une politique
la plupart des démocraties européennes
migratoire commune, d’un contrôle
sont parlementaires et non pas
de l’immigration qui permette
présidentielles.
d’en adapter l’importance aux capacités
L’Europe des coopérations spécialisées
d’intégration des divers pays.
suppose que soient mis en œuvre,
Avant une remise en ordre de l’Union
selon les problèmes concernés,
européenne, il faut exclure tout
des regroupements rassemblant
élargissement de l’Union elle-même
les nations décidées à aller de l’avant
comme de la zone euro, et mettre à
ensemble, voire d’instituer pour cela
l’ordre du jour la répartition des pouvoirs
entre elles des modes de décision
entre l’Union européenne, les États
échappant à la règle de l’unanimité,
membres et les Parlements nationaux.
mais à la condition expresse que le poids
Trop de confusion, trop de doubles
de chaque État au sein des délibérations
emplois, trop de réglementations
soit plus conforme à la réalité
pointilleuses et parfois inapplicables
qu’il ne l’est aujourd’hui. Il y a trois
nourrissent le sentiment des peuples que
commissaires européens représentant
leur est imposée une tutelle excessive.
les 5 millions d’habitants des trois États
Il faut mettre fin à l’inventivité
baltes, il y a deux commissaires
normative de la Commission.
européens représentant les 150 millions
«
»
L’Europe doit progresser, non pas
dans les réglementations sophistiquées
mais dans les questions dont dépendra
l’avenir. Il s’agit d’organiser la zone euro
de manière plus efficace, de développer
entre ses membres l’harmonisation
fiscale et sociale, de permettre que
les parlementaires européens
appartenant aux pays membres
de la zone puissent délibérer entre eux
des problèmes communs, d’y développer
des ressources budgétaires qui leur
soient propres et pour cela d’élargir
les pouvoirs du Conseil de la zone euro,
comme ceux de son président.
Ce besoin de protection s’affirme aussi
dans le domaine militaire où il faut aller
beaucoup plus loin dans la création
d’une force européenne solidement
organisée, disposant de moyens adaptés
grâce à une augmentation des budgets
militaires des États membres.
Cette force, qui demeurerait au sein
de l’Alliance atlantique, disposerait
des capacités de décision nécessaires
pour affirmer les positions de l’Europe
au sein de ladite Alliance. Là, comme
au sein de la zone euro, les pouvoirs
de chaque État devraient être fonction
de leurs forces réelles et non pas
du maintien d’une égalité juridique
abstraite.
Enfin, existe devant les pays
européens un vaste champ ouvert
à leur coopération pour mieux s’adapter
aux évolutions du monde : une politique
commune de l’environnement, une
action concertée pour le développement
de l’intelligence artificielle,
une lutte commune pour l’égalité
de la concurrence face aux pressions
exercées par les États-Unis ou la Chine,
qui font de leur force un usage abusif.
Il est possible pour la droite et le centre
droit de définir, sur ces bases, une action
commune, non pas contre l’Europe mais
en faveur de l’Europe, à la condition de
ne pas politiser à l’excès les débats, de ne
pas voir dans les élections européennes
un prétexte à faire perdurer des divisions
électorales souvent artificielles.
Les responsables des divers partis
et mouvements de la droite et du centre
droit concernés doivent en parler au plus
vite entre eux sans demeurer silencieux
en attendant que l’autre se découvre
et sans se préoccuper à l’excès du sens
de politique intérieure que peut revêtir
l’élection européenne. J’attends avec
intérêt qu’on puisse publier un catalogue
des divergences précises pouvant exister
entre les uns et les autres sur l’avenir de
l’Europe. Le choix qui sera fait en 2019
sera un choix important pour l’avenir de
la France elle-même. Il faut abandonner
les postures et cesser d’utiliser l’avenir
de l’Europe à des fins de politique
intérieure. Il est temps de se décider.
Ensauvagement des jeunes : où sont les pères ?
L
DESSINS CLAIREFOND
a stupeur domine à voir
un garçon de 13 ans tué
à coups de barres de fer
par des adolescents
de son âge aux Lilas
(Seine-Saint-Denis).
On a le sentiment – le souvenir ? – que
« cela n’arrivait pas avant ». Les rixes
et les règlements de comptes existent
dans toutes les zones urbaines,
et certaines en sont coutumières.
Mais un jeune ado, presque un enfant !
Puis, on nous informait que, à Créteil,
un lycéen a braqué un pistolet à bille
sur son professeur afin d’être marqué
présent pendant qu’un de ses camarades
filmait la scène et la diffusait
sur les réseaux sociaux…
L’enfant n’est pas le bon sauvage
de Rousseau. Il attend son humanisation.
Si on ne l’humanise pas d’une manière
ou de l’autre il se hâte de demeurer
au chaud dans la barbarie primitive.
Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants
qui vont chercher la barre de fer
pour assassiner le voisin de cité – ce sont
des enfants qu’on a renoncé à humaniser.
Ou pire encore, qu’on se refuse
d’humaniser, par utopisme,
par démagogie, par lâcheté d’adulte.
Dans les sociétés mondiales l’ordre
social, celui
qui permet
d’éviter ce genre
d’insupportable
POUR « LE FIGARO »
meurtre, peut être
atteint de deux
La mort d’un adolescent roué de coups par d’autres
manières possibles.
mineurs et l’affaire du lycéen braquant un pistolet
Ou bien l’enfant est
à bille sur son professeur conduisent à s’interroger
éduqué à la liberté,
sur l’effacement des pères, analyse la philosophe*.
c’est-à-dire
A
CHANTAL DELSOL
en permanent apprentissage
de la responsabilité personnelle, ce qui
est en principe le cas dans les sociétés
démocratiques qui sont des fabriques
de citoyens. Ou bien l’enfant
est élevé dans la soumission, et un État
autocratique vient réprimer tout écart,
en général avec tant de sévérité
que finalement l’ordre règne. Dans
le premier cas l’enfant n’ira pas chercher
la barre de fer parce qu’on lui a appris
patiemment à remplacer la violence
par les mots, et parce qu’il est contrôlé
et accompagné par ses parents. Dans
le second cas, il n’ira pas chercher la
barre de fer parce qu’il sait que la police
sera là avant lui, et que sa vie est ruinée
s’il se livre à ce genre d’agression.
Le problème est que chacun de ces
modèles sous-entend des conditions
spécifiques. Notre modèle, celui
occidental qui préfère l’apprentissage
de la liberté et de la responsabilité,
et la fabrique de citoyens, requiert
une éducation soignée, qui ne s’arrête
pas à l’affection et au dressage. Éduquer
à la responsabilité exige généralement
deux parents, c’est-à-dire deux pôles
d’autorité capables de maintenir
l’équilibre entre l’affection essentielle
et la prise de risque que nécessite tout
apprentissage de la liberté. Pour cela,
les psychiatres le savent bien, il faut
généralement un père. L’affirmation
s’entend évidemment de façon générale
sans préjuger des exceptions
nombreuses. On constatera que dans
toutes les sociétés dont les pères sont
absents ou lointains (sociétés polygames,
sociétés matriarcales), le gouvernement
est autocratique. Il n’y a pas de hasard
no 21) ont été faites depuis vingt ans sur
le devenir des enfants élevés par la mère
seule. Sur des chiffres importants qui
garantissent le sérieux des enquêtes,
les résultats sont impressionnants.
Les jeunes garçons délinquants sont
le plus souvent ceux qui ont été privés
de père. En France, on renâcle à publier
ces enquêtes, et, placés devant
ces chiffres, les sociologues ont tendance
à récuser la corrélation, qui pourrait
« discriminer » les familles
monoparentales… Elle existe pourtant,
sur le long terme et dans des pays fort
divers (États-Unis, Canada, GrandeBretagne, Norvège… des dizaines
d’études sont
référencées
Si on ne veut pas de pères
dans l’article cité
ci-dessus).
dans les maisons, on aura la police
Si on ne veut pas
dans les lycées
de pères dans
les maisons, on aura
un jour prochain la police dans les lycées
en 1995, les Nations unies ont déclaré que
et une sévérité pénale singapourienne.
les Moso (une minorité ethnique de Chine,
Aujourd’hui, le garçon de 13 ans
NDLR), une société matriarcale sans père
est assassiné parce que nous sommes
ni mari, étaient un « peuple modèle »,
dans une situation politico-sociale
une « société parfaite » (je cite) !
de transition : nous avons une société
On croit rêver. La société sans père
démocratique (et non un État policier)
est autocratique, parce qu’il faut bien
et en même temps l’autorité parentale
à un moment donné stopper les méfaits
et paternelle est dénigrée ou récusée.
du jeune barbare. Et la mère seule
Nous ne pourrons pas demeurer
a beaucoup de mal à éduquer à la liberté
longtemps dans cette situation. Il nous
en même temps qu’elle apporte
faudra accepter de légitimer une autorité
l’indispensable affection, car l’un
d’un côté ou de l’autre – aucune société
et l’autre s’entrechoquent et se
ne peut vivre dans une situation
contredisent. Des études sociologiques
anomique, où les enfants s’entretuent.
américaines et norvégiennes (un abstract
de nombre de ces études figure dans
* De l’Institut. Dernier ouvrage paru :
Le Coût social de la famille déstructurée,
« Un personnage d’aventure : petite
de Paul C.Vitz, in Revue éthique, 1996,
philosophie de l’enfance » (Cerf, 2017).
si les sociétés occidentales démocratiques
sont en même temps, traditionnellement,
des sociétés patriarcales (mais certaines
sociétés patriarcales peuvent être
en même temps autocratiques,
comme la Chine).
Aussi y a-t-il une grande incohérence
à vouloir écarter les pères et récuser
l’autorité des parents (interdire
la fessée !), ou à vouloir comme c’est
le cas des lois en cours, programmer
délibérément des enfants sans père.
On aura remarqué l’enthousiasme
frénétique avec lequel nos médias tentent
de nous convaincre des bienfaits du
matriarcat. Lors de son 50e anniversaire,
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
Alstom : les Américains se sont fait rouler !
D
ans le monde des affaires,
on a coutume de dire que
deux fusions d’entreprises
sur trois sont des échecs,
sans que cela refrène
le moins du monde
la pulsion d’achat des dirigeants
ni l’ardeur imaginative des banquiers.
Et au palmarès des fiascos stratégiques,
le rachat de la branche énergie d’Alstom
par le géant américain General Electric (GE)
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
FRANS POURBUS LE JEUNE/RDA/BRIDGEMAN IMAGES
24 octobre 1599 :
Henri IV obtient
du Pape l’annulation
de son mariage
avec la reine Margot
Michelet
Ce héros,
ce vainqueur,
à chaque succès
se jetait à genoux
devant le pape
»
figurera en belle place. Souvenez-vous :
cette opération devait consacrer
la puissance du conglomérat américain,
ainsi présent dans une centrale
de production électrique sur trois dans
le monde. Elle représentait pour
Jeff Immelt, le PDG de GE, une apothéose.
Et puis patatras ! Le marché mondial
de l’énergie s’est retourné avec une
brutalité inédite. Les investissements
dans les centrales à charbon, une spécialité
d’Alstom, ont été divisés par trois en trois
ans, les ventes de turbines à gaz
du nouveau groupe GE Power aussi.
La concurrence a conduit à l’effondrement
de tous les prix, y compris ceux
de la maintenance…
La semaine prochaine, GE publiera
ses comptes et constatera l’étendue
des dégâts. Le groupe américain connaît
diverses difficultés, mais il va surtout
déprécier la valeur de l’acquisition
d’Alstom. Cela paraît technique mais
c’est tout simplement, dans la langue
des entreprises, la traduction comptable
du mea culpa. Et quel mea culpa !
GE a acheté Alstom 10 milliards de dollars,
mais il pourrait écraser jusqu’à 23 milliards
de valeur dans ses livres ! Le groupe
va effacer bien plus qu’il n’a effectivement
déboursé. Cela montre que GE s’est
trompé sur la valeur d’Alstom et sur les
perspectives de revenus futurs, y compris
ceux qui lui semblaient les plus résilients.
L’aveu d’échec est complet. Dans l’affaire
Alstom, les Américains se sont fait rouler.
Certains en France éprouveront
peut-être une jubilation mauvaise à cette
nouvelle. La polémique de 2014-2015 sur
la vente d’Alstom, théâtralisée par
le ministre Arnaud Montebourg, a laissé
une empreinte rétinienne persistante.
Beaucoup aujourd’hui ont le vague
souvenir d’une défaite, à la fois due à une
manipulation américaine et à une trahison
française. La manipulation, c’était
la pression mise sur Alstom par la justice
de l’Oncle Sam qui devait le condamner
à une lourde amende pour corruption.
La trahison était celle du PDG d’Alstom,
Patrick Kron, qui avait choisi de couper
son groupe en deux pour adosser
la branche énergie à GE.
Si manipulation il y a eu - une
interprétation d’ailleurs hautement
spécieuse -, alors les Américains doivent
s’en mordre les doigts. Et il n’y a pas eu
trahison, mais au contraire clairvoyance
de la part de Patrick Kron. Le PDG avait
un argument pour défendre l’opération :
Alstom n’était pas assez solide pour
affronter le prochain retournement
de cycle. Laisser le groupe français,
en l’état, peu capitalisé, dans la tempête,
l’aurait contraint à procéder à des dizaines
de milliers de suppressions d’emplois.
Kron avait déjà donné, en 2003, quand
il avait pris les commandes d’un Alstom
rendu moribond par… une acquisition
ratée (le suisse ABB).
Patrick Kron avait raison en 2015, à ceci
près qu’il ne pensait pas que la tempête
serait en fait un ouragan. Sans la vente
à GE, Alstom serait aujourd’hui dans une
situation catastrophique qui menacerait
l’emploi et la branche transport du groupe
(depuis mariée à Siemens), avec l’État
et le contribuable pour seuls recours.
Refus de célébrer la victoire de
1918 : une faute envers nos aïeux
I
CLAIREFOND
l se murmure que le président
de la République ne souhaiterait pas
célébrer le centenaire de la victoire
de la France et de ses alliés
le 11 Novembre prochain. À la place,
il ne serait question que de la fin
des souffrances des soldats, mais
sans évoquer le sens de ces souffrances.
Le président, pour reprendre les termes
d’un de ses conseillers, « regarde l’histoire
en face » et souhaiterait d’abord que
l’on retienne que la Grande Guerre fut
« une grande hécatombe » lors de laquelle
« les combattants, qui seront au cœur
des commémorations, étaient pour
l’essentiel des civils que l’on avait armés ».
Si ces mots sont exacts, ce qui paraît
difficile à admettre en 2018 tellement
cette vision est datée, il s’agit d’une
histoire non pas vue de face mais de biais.
Non, Monsieur le président, il ne s’agissait
pas de « civils que l’on avait armés » mais
de citoyens, qui pour reprendre les termes
de la loi du 5 septembre 1798, étaient
forcément « aussi des soldats
et se devaient à la défense de la patrie ».
Le citoyen défend la cité lorsque
celle-ci est menacée, c’est un des
fondements de la République. Or,
il ne faudrait pas l’oublier, la République
française était menacée en août 1914.
Elle fut partiellement envahie et ravagée.
Les quatre millions d’hommes qui se sont
rassemblés alors, c’était tous, d’active
ou de réserve, des soldats qui
répondaient à l’appel à défendre
la patrie. Il n’y avait et il n’y aura jamais
aucun doute parmi eux sur la justesse
de ce combat - sinon sur la manière
de le mener. Les « mutineries » de 1917
sont bien plus des grèves que des
révoltes, l’idée
d’arrêter le combat
en étant exclue.
Ce combat,
ils ne l’ont pas mené
Ne pas placer les commémorations du 11 Novembre
sous le signe de la victoire revient à nier la motivation sous la contrainte
impitoyable et au
patriotique des soldats français d’alors
profit d’une classe
et à laisser entendre qu’ils sont morts pour rien,
de profiteurs et de
considère l’ancien officier et historien*.
généraux bouchers,
MICHEL GOYA
mais pour « faire leur devoir », selon
les mots qui reviennent sans cesse
dans leurs lettres. Ils n’auraient jamais
combattu avec une telle force si cela
n’avait pas été le cas. Le nombre
d’exemptés demandant à aller au combat
a toujours été très supérieur à celui
des réfractaires. Ce nombre très faible
de réfractaires n’a cessé de diminuer au
cours de la guerre. Dire que leur combat
n’avait pas de sens, ce qui est le cas
lorsqu’on refuse d’évoquer la victoire,
équivaut à traiter ces hommes d’idiots.
Ils méritent mieux que cela.
D’ailleurs ces « civils que l’on a armés »,
de qui faudrait-il les distinguer ?
Des professionnels ? Car ceux-ci ne
souffraient peut-être pas, eux et leurs
familles, parce qu’ils étaient volontaires ?
Des officiers, dont un sur quatre a laissé
la vie dans l’infanterie ? Des généraux,
ceux-là même dont 102 sont « morts
pour la France » en quatre ans ?
Des ministres et parlementaires, dont
16 ont été tués par l’ennemi ? Les uns
et les autres avaient leurs fils en première
ligne. Le général de Castelnau en a perdu
trois, le sénateur et futur président
de la République Paul Doumer quatre,
et il ne s’agissait pas hélas de cas isolés.
Loin de la vision idéologique
que les conseillers du président semblent
reprendre à leur compte, ces généraux
ont conduit les troupes à la victoire
sur le champ de bataille et réussi la plus
importante transformation de toute notre
histoire militaire. L’armée française
de novembre 1918 était la plus forte
et la plus moderne du monde. Cela n’a pas
été pas le produit d’un heureux hasard
mais d’un immense effort et peut-être
d’un peu d’intelligence. Parmi ces
généraux, les plus illustres ont reçu le titre
de maréchal de France, ce n’est pas rien
maréchal de France, c’est une dignité dans
l’État. Ne pas les évoquer serait donc
étonnant, ce serait surtout renier
l’histoire. Tout cela parce qu’il y aurait
parmi eux un certain Philippe Pétain.
On sait son rôle lors de la Seconde Guerre
mondiale, mais il n’en reste pas moins
un des artisans majeurs de la victoire
de 1918. Comme il est vrai on ne veut pas
parler de celle-ci, nul besoin de parler
non plus de ses artisans. Les maréchaux
seront donc effacés de l’histoire comme
les indésirables des photos dans
les régimes totalitaires.
Ce sont les nations qui font les guerres
et non les armées. La guerre est un acte
politique. Célébrer la fin de la guerre
sans célébrer la victoire, c’est refuser
la politique et sans politique l’emploi
de la force n’est que violence criminelle
ou psychotique. Refuser la politique
et donc la victoire, c’est placer Poincaré
ou Clemenceau au rang d’assassins
et tous les soldats à celui de victimes.
La victimisation est une tendance actuelle,
elle n’était pas du tout celle de mon
grand-père, combattant des tranchées qui
n’aurait absolument pas compris qu’on lui
vole sa victoire et celle de ses camarades.
Ils ont toujours des droits sur nous.
Nul besoin de défilé militaire pour
cela mais au moins une reconnaissance,
un remerciement, un mot. Sans la défaite
de l’armée allemande concrétisée
par l’armistice du 11 novembre 1918,
la France et l’Europe n’auraient pas été
les mêmes. Il n’est pas évident qu’elles
en fussent meilleures sous la férule
du Reich. La moindre des choses serait
de s’en rappeler et de le dire
Pour le reste et célébrer l’heureuse
amitié franco-allemande, incroyable
au regard de l’histoire, il sera possible
le 22 janvier, de fêter l’anniversaire du
traité de l’Élysée qui la marque bien plus
dans l’histoire que le 11 Novembre. Il n’y a
pas d’« en même temps » en histoire, il n’y
a que des faits réels et distincts, et on peut
tourner le 11 Novembre dans tous les sens,
cela restera toujours l’anniversaire
de la victoire de la France.
* Colonel (ER) des troupes de marine,
docteur en histoire et ancien titulaire
de la chaire d’histoire militaire à l’École
de guerre. Dernier ouvrage paru :
« Les Vainqueurs. Comment la France
a gagné la Grande Guerre » (Tallandier,
2018, 320 p., 21,50 €).
Aujourd’hui, c’est à General Electric
de faire le nécessaire. Sans Jeff Immelt,
débarqué mi-2017. Le patron américain
voyait trop grand, pour tout, y compris
pour lui-même. Montebourg, dont
le talent de conteur est meilleur que
la prescience en matière industrielle,
a décrit a posteriori la visite d’un
« M. Immelt arrivé avec Marilyn Monroe
sur le capot de sa Buick, descendant
les Champs-Élysées pour nous faire
un grand numéro de charme ! ». De fait,
Immelt se déplaçait en mobilisant deux
jets, au cas où l’un serait en panne.
Une hubris, qui l’a mené à faire de fort
mauvaises affaires, et à être sanctionné
par ses actionnaires.
Le nouveau patron de GE, Larry Culp,
est venu en France la semaine dernière
pour rencontrer Bruno Le Maire et visiter
le site de Belfort. Les engagements pris par
GE en 2015 expirent à la fin de l’année. On
sait déjà que la promesse de création de
1 000 emplois nets ne sera pas tenue et que
GE paiera 50 millions d’euros de pénalités,
conformément au contrat de l’époque.
Mais ce n’est déjà plus le sujet. L’ampleur
de la dégradation des comptes de GE et
du marché de l’énergie fait craindre une
restructuration industrielle qui touchera
sites et emplois français. Le groupe
américain doit aussi rester le partenaire
de filière nucléaire française et assurer
la maintenance des installations Alstom
sur le parc français. Autant dire que
ses difficultés n’ont rien de réjouissant. GE
et les États-Unis ne sont pas les gagnants
du rachat d’Alstom. Mais il est encore
possible que la France soit perdante.
VOX
…
MŒURS
« La galanterie a
pour objet de civiliser
les hommes »,
par Philippe de Roux
… ÉCOLE
« Au lycée, le téléphone
portable favorise
la transgression
de l’autorité »,
par Francis Brochet,
journaliste et auteur
de « Démocratie
smartphone » (Éditions
François Bourin)
Les rencontres
du
FIGARO
HOMMAGE À
JEAN D’ORMESSON
par Jean-Marie Rouart,
Maxime d’Aboville
et Étienne de Montety
le lundi
26 novembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 078 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TÉLÉCOMS
L’ENTREPRISE BRITANNIQUE
CONSTRUIRA SA VOITURE
ÉLECTRIQUE À SINGAPOUR PAGE 24
ORANGE MIS EN DEMEURE
PAR L’ARCEP POUR SON RÉSEAU
CUIVRE DÉFICIENT PAGE 25
James Dyson et son moteur Dyson V9.
économie
Assurance-chômage : des
négociations sous pression
Les organisations patronales et syndicales se réunissent ce mercredi
pour examiner le document de cadrage de la négociation et en fixer le calendrier.
Le gouvernement a fixé des objectifs ambitieux à la négociation que
vont entamer les partenaires sociaux sur l’assurance-chômage. La
réforme doit permettre de dégager
de 3 à 3,9 milliards d’euros d’économies sur trois ans. Une nécessité
alors que le régime aura accumulé
35 milliards d’euros de dette fin
2018. Mais ce cadrage budgétaire
heurte déjà les syndicats, qui ne
veulent pas de baisse des droits des
chômeurs, ni de dégressivité des allocations.
L’autre objectif est de promouvoir
un emploi de qualité. Sur ce point,
le patronat est sur ses gardes. L’instauration d’un bonus-malus sur les
cotisations patronales afin de freiner le recours abusif aux contrats
courts, une idée portée par les syn-
dicats, est pour lui un épouvantail.
Les chances d’un accord global entre organisations patronales et syndicales sont donc minimes. L’exécutif a prévenu qu’il reprendrait la
main en cas d’échec ou d’accord ne
lui convenant pas.
èLA DÉGRESSIVITÉ, UNE VIEILLE RECETTE CONTROVERSÉE èLES EFFETS INDÉSIRABLES DE LA « PERMITTENCE » èTROUVER UN ACCORD GLOBAL, UNE GAGEURE
èLE PLAN DE FORMATION SE MET PROGRESSIVEMENT EN MARCHE PAGES 20 ET 21
LUIGI MISTRULLI/SIPA, CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP, IAKOV FILIMONOV (JACKF)/JACKF STOCK.ADOBE.COM
Bruxelles
rejette
le budget
italien
Luigi Di Maio, Giuseppe Conte, le président du Conseil, et Matteo Salvini (de gauche à droite).
le PLUS du
FIGARO ÉCO
MÉDIA
Canal + en guerre
contre le cinéma
français
PAGE 26
LA SÉANCE
DU MARDI 23 OCTOBRE 2018
CAC 40
4967,69
-1,69%
DOW JONES (18h)
24821,77 -1,96%
ONCE D’OR
1235,95 (1222,30)
PÉTROLE (lond)
76,920 (79,750)
EUROSTOXX 50
3145,93 -1,38%
FOOTSIE
6955,21 -1,24%
NASDAQ (18h)
6982,28 -2,23%
NIKKEI
22010,78 -2,67%
C’est une première
pour la Commission
européenne qui
a retoqué, mardi, le
budget italien. Critiqué
pour son laxisme,
Bruxelles ne pouvait
plus accepter la dérive
budgétaire italienne.
Rome se dit ouvert au
dialogue mais pas prêt
à amender son projet.
L'HISTOIRE
Voyageant de plus en plus, les seniors
n’ont jamais autant utilisé Airbnb
E
st-ce un signe de maturité ?
Airbnb, qui vient de fêter ses
10 ans cette année, attire de plus
en plus de seniors (60 ans
et plus). En France, 19 % de ses
hôtes ont plus de 60 ans, un niveau atteint
nulle part ailleurs par la plateforme L’an
dernier, ces seniors ont hébergé 1,7 million
de voyageurs et perçu un revenu médian
de 2012 euros par an ;
28 % des réservations
l’étaient en chambre
privée (contre 21 % pour
l’ensemble des classes
d’âge). Côté voyageurs
aussi, les plus de 60 ans
prennent du poids : ils ont
été plus de 500 000
à réserver un logement
sur Airbnb ces douze
derniers mois (+ 67 % en
un an). « La montée en
puissance des seniors
est naturelle. Nous
n’avons rien fait pour
cela. L’immense majorité
de nos hôtes seniors
sont des retraités
propriétaires qui recherchent du lien social
et un complément de revenu, constate
Emmanuel Marill, directeur d’Airbnb France.
D’un autre côté, les voyages
intergénérationnels explosent. Le vrai
challenge pour nous est de rester attractif
pour que les plus jeunes aient envie de
voyager avec une plateforme qu’utilisent
leurs grands-parents. » Si les voyages
explosent dans le monde,
les seniors y contribuent
pour une part de plus
en plus importante. Ils ont
du temps et, de plus en plus,
la santé et de l’argent.
D’ici à 2050, ils devraient
représenter 22 % de la
population mondiale, contre
11 % en 2000. De plus en
plus connectés, ils peuvent
voyager à l’année, et leurs
séjours ont tendance à être
plus longs que la moyenne,
en général dans leur pays
de résidence. Une aubaine
pour les professionnels
du tourisme. ■
MATHILDE VISSEYRIAS
PAGE 22
Alors qu’a débuté mardi l’examen du
projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) à l’Assemblée,
une étude présentée par le comparateur en assurances Santiane met en
exergue le risque de forte hausse
des coûts des complémentaires santé liée au dispositif du « reste à charge à zéro ». Annoncée par le gouvernement en juin et promesse de
campagne d’Emmanuel Macron, cette mesure vise à rembourser intégralement certaines prothèses dentaires, auditives et lunettes.
Présentée par la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, comme un « tournant
historique » pour la Sécurité sociale,
elle doit entrer progressivement en
vigueur entre 2019 et 2021.
Depuis l’annonce, professionnels et
experts du secteur s’inquiètent de
l’impact de cette réforme sur les cotisations des assurés. Pour protéger
leurs marges, les assureurs pourraient en effet augmenter leurs tarifs. Selon Santiane, entre 2018 et
2021, un étudiant pourrait voir ses
primes mensuelles augmenter de
2,5 %, de même qu’une famille avec
deux enfants ou un couple d’actifs
avec un enfant. Le coup de massue
serait beaucoup plus rude pour les
retraités. Ces derniers verraient leur
facture gonfler de 9,4 %.
L’étude a eu de l’écho à l’Assemblée
mardi. « Les Français vont payer le
reste à charge zéro via les augmentations des tarifs des mutuelles », a
accusé la députée PS Valérie
Rabault, pour qui le gouvernement
« fait les poches des Français ». En
réponse, Agnès Buzyn a dû monter
au créneau : « Cette réforme va bénéficier aux personnes retraitées,
parce que ce sont elles aujourd’hui
qui ont le plus besoin de lunettes, de
soins dentaires et de prothèses
auditives. »
« Les mutuelles se sont engagées à
ne pas augmenter les prix. Je les invite à respecter l’engagement pris
avec l’État. Si elles ne le font pas,
nous prendrons nos responsabilités », avait avancé plus tôt dans la
matinée le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur
France 2.
W. G. ET A. G.
Énergie : la feuille
de route de la France
attendra encore un peu
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est
légèrement décalée. La feuille
de route que le gouvernement
veut fixer pour la France sur la
période 2018-2028 devait initialement être présentée le
30 octobre. Ce sera plus vraisemblablement à la mi-novembre. Emmanuel Macron
souhaite faire de ce texte un
axe fondateur en matière de
politique énergétique, mais
aussi de défense du climat.
À l’heure actuelle, il reste encore quelques arbitrages à effectuer, et le président de la
République, qui entamera le
mois de novembre par une visite dans le Grand Est pour la
célébration du centenaire de
l’Armistice, s’emparera du
dossier énergie un peu plus
tard.
La PPE est attendue avec impatience par tous les industriels de l’énergie, EDF en tête,
pour lequel la trajectoire du
nucléaire fixée par le gouvernement est un élément de
stratégie crucial. À l’origine,
dans la loi d’orientation énergétique votée en 2015, la part
d’électricité d’origine nucléaire devait reculer de 75 à 50 % à
l’horizon de 2025. Depuis, les
pouvoirs publics sont revenus
sur cette échéance. Le prochain cap pour le repli de
l’atome à 50 % serait fixé à
2035. Reste à savoir à partir de
quel moment EDF sera
contraint de commencer à fermer des réacteurs. Les professionnels des énergies renouvelables scrutent également de
très près les scénarios de la
PPE : ils espèrent que la progression de chaque filière
– éolien, éolien en mer, solaire, biométhane – reposera
sur des objectifs ambitieux.
En attendant cette présentation, le président de la République réunit mercredi plusieurs grandes entreprises
pour une « séance de travail »
consacrée à la question de
l’énergie.
B. B. ET F. M.
A
DYSON
LE RESTE
À CHARGE ZÉRO
EN SANTÉ
PAYÉ PAR
LES RETRAITÉS ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Patronat et syndicats entament
serrée sur l’assurance-chômage
Ils se voient ce mercredi pour fixer
le calendrier d’une refonte qui doit
dégager 4 milliards d’économies.
Je souhaite que
les partenaires sociaux
révisent les règles
de l’assurance-chômage
afin que […] nous puissions
nous assurer qu’elles
récompensent bien
davantage la reprise
d’activité, mais aussi
qu’elles incitent
à la création d’emplois
de qualité
EMMANUEL MACRON, LE 9 JUILLET 2018
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL La pression monte sur les
partenaires sociaux qui ont accepté de mener une nouvelle négociation pour réformer l’assurancechômage, sachant pourtant que les
chances d’aboutir à un accord sont
extrêmement minces. Les négociateurs des huit organisations
syndicales et patronales se retrouvent mercredi, au siège parisien de
l’Unedic (gestionnaire de l’assurance-chômage), pour la première
fois depuis que le gouvernement
leur a adressé le document de cadrage des discussions le 21 septembre. L’objectif est d’analyser ce
document, rappeler les lignes rouges respectives, fixer le calendrier
de la négociation, ainsi que la méthode de travail.
Et le temps presse. Ils ont moins
de trois mois, jusqu’au 26 janvier,
pour tenter de dégager un compromis sur cette réforme de la
convention d’assurance-chômage.
Une refonte dont l’objectif affiché
est de favoriser l’accès et le retour
vers « un emploi de qualité » selon
les termes de l’exécutif. Mais aussi
d’économiser entre 3 et 3,9 milliards d’euros sur trois ans pour réduire la dette de l’Unedic qui pèse
près de 35 milliards d’euros. Ce qui
correspond à une année pleine de
recettes du régime !
Autant dire que l’exercice s’annonce périlleux. Dans cette affaire,
les huit organisations patronales et
syndicales savent qu’elles n’ont
pas vraiment le choix. Si elles ne
parviennent pas à s’entendre ou si
elles scellent un compromis qui ne
Allemagne
Durée d'activité
minimale requise
Taux de cotisation
1 an dans les
2 dernières années
3%
répond pas aux exigences du gouvernement, ce dernier reprendra
la main et mènera seul cette réforme. Déjà en février, l’exécutif
n’avait pas hésité à retoquer le
compromis sur la formation professionnelle. Une pratique inhabituelle qui ne passe toujours pas, en
particulier du côté des syndicats.
Ils y voient un véritable coup porté
à la démocratie sociale.
Quelques jours avant de recevoir
le document de cadrage fin septembre, les numéros un des huit
organisations patronales et syndicales avaient d’ailleurs tenté de
trouver une position commune sur
ce nouveau dossier, afin de faire
front face à l’exécutif. En vain.
Pas de mots qui fâchent
Certes, dans ce document de cadrage, l’exécutif s’est bien gardé
de mentionner les mots qui fâchent, comme « bonus-malus » ou
« dégressivité ». Il ne voulait pas
braquer les partenaires sociaux,
mais les inciter à accepter de négocier, tout en fixant les grandes
orientations. Le gouvernement
propose de revoir plusieurs règles,
et ce afin de mieux lutter contre la
Belgique
Danemark
15,6 mois dans les 2,75 dernières années
+50 ans : 20,8 mois dans les 3,5
dernières années
Inclus dans les cotisations
sécurité sociale
Durée
d'indemnisation
Entre 6 mois
et 2 ans
Illimitée
Plafond mensuel
d'indemnisation
2 620 €
1 655 €
12 mois dans
les 3 dernières années
8%
2 ans
2 470 €
Source : Unedic, situation au 1er janvier 2017
A
La dégressivité, une vieille recette controversée
Édouard Philippe a annoncé la couleur fin septembre, lors de
« L’Émission politique » sur France
2 : « Je pense que pour ceux qui ont
une très forte employabilité, qui ont
des salaires qui sont très élevés, créer
une forme de dégressivité de l’assurance-chômage peut avoir du
sens. » En ouvrant la voie à une
baisse du montant de l’allocation
chômage dans le temps, l’exécutif
relance ainsi un débat politique
sensible.
Le dispositif de dégressivité n’est
pas une nouveauté. Il a déjà été instauré en France en 1992 sous la ministre du Travail Martine Aubry. À
cette époque, le taux de dégressivité
dépendait de la durée d’affiliation et
de l’âge. Une diminution du montant de l’indemnisation intervenait
tous les quatre mois et un plancher
avait été fixé à 2 500 francs par
mois. En outre, cette dégressivité
était gelée si le chômeur suivait une
formation. Ce dispositif a été abandonné en 2001, faute d’effet. Selon
une étude de l’Insee, il n’avait pas
incité les chômeurs à retrouver plus
rapidement un emploi. Le modèle
de dégressivité envisagé aujourd’hui par l’exécutif diffère toutefois
largement de celui des années 1990.
L’idée serait de viser les personnes
ayant de hauts revenus et pouvant
facilement retrouver un emploi (niveau de qualification élevé). Bref,
les cadres supérieurs qui connaissent aujourd’hui une situation de
quasi-plein emploi.
Des mesures de contrôle
Pour avoir un impact, cette dégressivité pourrait consister en une
baisse du plafond d’indemnisation
au bout de quelques mois. Fixé à
6 615 euros net par mois, il est en effet beaucoup plus élevé en France
que dans de nombreux pays européens. Il reste que fin 2017, seulement 1 100 personnes percevaient
cette allocation maximale, soit
0,05 % de l’ensemble des bénéficiaires à l’assurance-chômage. De
fait, l’indemnisation perçue en
moyenne par les chômeurs était de
1 020 euros par mois (net). Par
ailleurs, 5 % des chômeurs touchaient plus de 1 810 euros par mois.
Aussi, pour bon nombre d’experts, cette mesure n’a pas vraiment de sens d’un point de vue économique. « L’assurance-chômage
est déjà très redistributive. Les cadres sont peu au chômage et leurs
contributions à l’assurance-chômage (via les cotisations assises sur les
salaires et la CSG, NDLR) dépassent
largement leurs prestations », ajoute
Gilbert Cette, économiste à l’université Aix-Marseille. Plus largement, « ce n’est pas par des changements généraux qu’il faut combattre
les comportements individuels déviants », souligne l’économiste. Les
mesures de contrôle et de sanction,
qui ont été revues dernièrement,
seraient plus appropriées. L’enjeu
est réel : fin août, 8 % des chômeurs
indemnisés ne recherchaient pas un
emploi de façon active. ■
M. M.
1 100
personnes
percevaient en 2017
l’allocation maximale
de 6 615 euros net
par mois
Les effets indésirables de la
C’est l’un des enjeux clés de l’actuelle réforme de l’assurance-chômage. Le gouvernement veut réviser les règles permettant aux
individus d’alterner entre périodes
de chômage et de travail qui
conduisent, selon lui, « un nombre
croissant de personnes à vivre de plus
en plus dans une situation de précarité ». C’est ce qui est nommé la
« permittence ». Sur les quelque
3,7 millions de chômeurs couverts
par l’assurance-chômage, 865 000
personnes cumulent un emploi et
une indemnisation pour un
montant moyen de 1 200 euros net
par mois, dont 500 euros net
d’allocation.
Le système, dont l’objectif initial
est d’encourager les individus à reprendre un emploi, est complexe.
Concrètement, une personne inscrite à Pôle emploi, qui a droit à une
allocation calculée sur la base de
son précédent salaire et qui reprend
une ou plusieurs activités réduites,
peut cumuler ses nouvelles rému-
nérations avec une partie de son allocation (le tout sans que ce cumul
ne dépasse l’ancien salaire).
Cette personne peut alors
conserver la part d’indemnisation
qui n’a pas été versée et ainsi prolonger ses droits à l’assurance-chômage. Et si ses droits sont épuisés,
elle pourra obtenir une nouvelle allocation calculée sur la base des activités reprises durant cette période
d’indemnisation à la condition
d’avoir travaillé 150 heures au minimum. Ce sont les « droits rechargeables » introduits par la réforme
de la convention d’assurance-chômage de 2014.
Plusieurs pistes sur la table
Résultat des courses : si ce système
incite réellement les individus à retourner sur le marché du travail, il
peut aussi les enfermer dans l’emploi précaire pendant plusieurs années. En effet, ces règles peuvent
dissuader les employeurs d’embaucher en CDI et les salariés de retrou-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 24 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
une négociation
Trouver un accord
global, une gageure
DÉCRYPTAGE
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
les personnes ayant de hauts salaires. Une option rejetée en bloc par
les syndicats.
Autre objectif majeur : trouver
un mécanisme « réellement incitatif pour responsabiliser les entreprises » et ainsi limiter le recours excessif aux contrats courts qui
favorisent la précarité de l’emploi
et pèsent sur les finances de l’assurance-chômage. Le patronat fera
tout pour éviter que cela passe par
un bonus-malus sur les cotisations
patronales. Mais il trouvera en face
de lui les syndicats. Les prochains
mois s’annoncent animés. ■
France
Espagne
4 mois dans les 28 derniers mois
Dans les locaux
d’une antenne de
Pôle emploi, dans le
XXe arrondissement
de Paris.
DENIS ALLARD/REA
Emmanuel Macron
fait moins de cas
du dialogue social que
François Hollande
GrandeBretagne
1 an dans les
6 dernières années
+ de 53 ans : dans les 36 derniers mois
7,05 %
4,05 % + une partie de la CSG
Inclus dans les cotisations
sécurité sociale
Entre 120 jours
et 2 ans
(3 ans pour les plus de 50 ans)
Entre 4 mois et 2 ans
182 jours
1 087 €
à 1 397 €
6 615 €
6 à 12 mois en fonction du montant
de la cotisation
Infographie
« permittence »
ver un emploi plus stable, à temps
plein. « Dans certains cas, une personne qui travaille à temps partiel et
perçoit une indemnisation chômage
complémentaire peut gagner presque autant que si elle travaillait à
temps plein, constate Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE. Cette
situation crée des inégalités importantes entre les individus. »
En vue de rectifier le tir, plusieurs
pistes sont sur la table. Par exemple,
la possibilité de cumuler un salaire
et une indemnisation pourrait être
limitée dans le temps (15 mois). Les
modalités de calcul de cette indemnisation complémentaire pourraient aussi être revues et les règles
encadrant les « droits rechargeables » durcies. La création d’un bonus-malus sur les cotisations patronales à l’assurance-chômage en
vue de pénaliser les entreprises qui
recourent de façon excessive aux
contrats courts et favorisent cette
permittence est également une solution envisagée. ■
M. M.
sent de toucher aux droits des chômeurs, notamment en mettant en
œuvre une forme de dégressivité
des allocations. Quant au patronat,
il ne veut pas entendre parler d’un
bonus-malus sur les ruptures de
contrats, préférant renvoyer aux
branches le soin de régler la question de l’utilisation des contrats
courts. Mais pour l’instant, seules
celles de la métallurgie et de la propreté ont abouti. Il n’y a que sur la
« permittence » (alternance de périodes d’activité en CDD et de chômage indemnisées) que les partenaires sociaux semblent prêts à
avancer de concert.
Tertio, la donne a changé depuis
la dernière renégociation de la
convention, début 2017. Emmanuel
Macron fait moins de cas du dialogue social - il avait projeté de nationaliser l’assurance-chômage au
cours de sa campagne - que
François Hollande. Et il a montré
Un bras de fer,
voire une partie
de poker menteur
inédite
à FO, depuis la démission, la semaine dernière, de Pascal Pavageau, a encore complexifié la cartographie. D’autant que le meilleur
moyen de fédérer les troupes pour
surmonter une crise est, on le sait,
de durcir ses positions…
Tout laisse donc à penser qu’il n’y
aura pas d’accord final d’ici au
26 janvier, date butoir fixée par le
gouvernement. Personne, au sein
du patronat, des syndicats et de
l’exécutif, n’y croit. L’enjeu, en fait,
est ailleurs. Le chemin de passage,
très étroit, consisterait à dégager
des majorités, différentes à chaque
fois, sur chacun des éléments de cadrage du gouvernement, sans accord sur un texte global. Bref, les
partenaires sociaux s’entendraient
sur chaque sous-partie de la
convention, un peu comme lors la
négociation Jeunes en 2010-2011
qui avait été découpée en plusieurs
sujets (logement, emploi…) pour
multiplier ses chances de succès.
L’enjeu est, il est vrai, de taille.
Depuis son élection, Emmanuel
Macron pousse les partenaires sociaux à démontrer leur utilité, faute
de quoi il tirera un trait sur le paritarisme (gestion conjointe par le
patronat et les syndicats). « Nous
les avons obligés à se repositionner
sur une logique de responsabilité »,
confirme l’entourage du chef de
l’État, qui n’aura aucun scrupule à
les éjecter du régime d’assurancechômage - dont ils assurent la gestion depuis 1958 - s’ils ne respectent pas la ligne qu’il leur a fixée.
Un bras de fer, voire une partie de
poker menteur inédite, dont personne ne peut dire qui, du gouvernement ou des partenaires sociaux,
ressortira gagnant à terme… ■
35
milliards
d’euros
Dette de
l’assurancechômage prévue
pour fin 2018
1,4
milliard
d’euros
Déficit prévu
de l’assurancechômage pour 2018,
après 3,4 milliards
en 2017
LE SORT DES
INTERMITTENTS
DU SPECTACLE
EN SUSPENS
Les intermittents
du spectacle pourraient
ne pas sortir indemnes
de la nouvelle négociation
sur la réforme
de l’assurance-chômage
qui a pour objectif
de faire d’importantes
économies.
Leur régime
d’indemnisation est
rattaché à l’Unedic
(gestionnaire de
l’assurance-chômage).
Conformément à la loi,
lorsqu’une nouvelle
convention d’assurancechômage est négociée,
les organisations
syndicales et patronales
en charge de cette
mission (niveau national)
doivent adresser
une lettre de cadrage aux
partenaires sociaux de la
branche des intermittents
du spectacle. Deux
options sont alors
envisageables.
Soit ils leur demandent
de faire des économies,
soit ils les épargnent.
Rien n’est encore tranché,
mais nul doute
que le sujet s’annonce
extrêmement sensible.
Le plan de formation se met progressivement en marche
865 000
personnes
cumulent emploi
et allocation-chômage
Lentement mais sûrement, le plan
d’investissement dans les compétences (PIC), qui pèse 15 milliards
d’euros, devrait commencer à
monter en puissance au cours des
prochains mois.
Extrêmement ambitieux, l’objectif du PIC est de former deux millions de chômeurs et de jeunes peu
qualifiés d’ici à 2022. « Nous avons
là un plan d’investissement sans précédent, massif et très ciblé », a insisté Jean-Marie Marx, le haut-commissaire aux Compétences et à
l’Inclusion par l’emploi, lors d’une
conférence de presse qui s’est tenue
mardi.
Ce défi, le gouvernement entend
le relever avec les régions qui ont la
compétence en matière de formation des demandeurs d’emploi et
qui devraient donc bénéficier d’une
enveloppe totale de 7,1 milliards
d’euros. Soit 52 % des financements alloués au PIC (le reste étant
piloté au niveau national). En 2018,
elles ont déjà obtenu 663 millions
d’euros pour financer 148 000 formations
supplémentaires.
Et
aujourd’hui, le gouvernement finalise les discussions avec chacune
pour contracter les « pactes d’investissement pluriannuels » pour la
période 2019-2022. Il ne s’agit toutefois pas d’un chèque en blanc.
« Des exigences
très claires »
« Nous espérons signer les pactes
d’ici la fin de l’année. Toutefois, nous
avons des exigences très claires »,
explique Jean-Marie Marx. Car
l’objectif est de « transformer le système de formation », poursuit le
haut-commissaire. Si une région
refuse de signer un pacte, c’est Pôle
emploi qui se chargera de la mise en
œuvre du plan conformément aux
exigences posées. Ce qui n’est pas
complètement exclu pour les régions Auvergne-Rhône-Alpes et
Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Concrètement, avec ces pactes,
le gouvernement veut davantage
Jean-Marie Marx, haut-commissaire aux Compétences et à l’Inclusion
par l’emploi. ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
cibler les publics les plus éloignés du
marché du travail, améliorer les
programmes de formation et répondre aux besoins en compétences
des entreprises. Et pour se faire, il
n’est plus question de financer des
actions de formation sans lien, ni
cohérence. L’idée est de privilégier
l’élaboration de parcours sur mesure pour les individus, avec des fi-
nancements plus importants. Le
coût moyen d’un parcours est fixé à
8 500 euros, alors qu’il est de 3 000
euros pour une action de formation.
Pas question de reproduire le plan
de la fin du quinquennat Hollande,
qui avait formé 500 000 chômeurs
supplémentaires, mais sans grands
résultats en termes d’insertion. ■
M. M.
A
précarité et inciter la reprise
d’emploi durable. Il s’agit, par
exemple, de modifier les paramètres permettant de cumuler un salaire et une allocation qui alimentent la « permittence ». Les
partenaires sociaux sont également invités à plancher sur les règles générales d’indemnisation actuelles qui, « sous l’apparence de
l’égalité, ne tiennent pas compte des
différences de capacité à retrouver
un emploi », selon le document de
cadrage. Une formulation vague
qui renvoie à l’idée d’instaurer une
dégressivité des allocations pour
À chaque renégociation d’une
convention d’assurance-chômage,
il est coutume de s’interroger sur les
chances des partenaires sociaux de
trouver un accord. Et c’est peu dire
que, cette fois-ci, le défi posé aux
syndicats et au patronat relève de la
mission impossible. Pour au moins
trois raisons de nature conjoncturelle et, « en même temps »,
structurelle.
Primo, aucune des parties n’était
demandeuse d’ouvrir, avec un an
d’avance sur le calendrier, une négociation. C’est Emmanuel Macron
qui a décidé en juillet de changer les
règles du jeu, de surcroît en pleine
discussion au Parlement du projet
de loi avenir professionnel reprenant un accord de mars sur le sujet
(en plus de porter sur la formation
et l’apprentissage). Le chef de l’État
a donc remis le sujet sur le tapis,
alors que syndicats et patronat
avaient déjà été contraints, en début d’année, de s’asseoir autour de
la table pour intégrer les promesses
de campagne du président (sur les
démissionnaires, les indépendants,
les contrats courts…).
Secundo, le gouvernement a fixé
dans sa lettre de cadrage envoyée
fin septembre aux partenaires sociaux - c’est la nouvelle procédure pas moins de 5 objectifs ambitieux à
atteindre… sur lesquels personne
n’est d’accord. Les syndicats, par
exemple, rejettent le montant
d’économies exigées (de 3 à 4 milliards d’euros sur trois ans) et refu-
qu’il ne se sentait pas redevable des
termes d’un accord trouvé par les
partenaires sociaux. En février
dernier, l’exécutif n’a pas repris le
texte du patronat et des syndicats
sur la formation professionnelle.
Geoffroy Roux de Bézieux, qui a
remplacé en juillet Pierre Gattaz à la
tête du Medef, ne croit plus à l’utilité des négociations interprofessionnelles au niveau national. Et
encore plus depuis les ordonnances
Pénicaud de réforme du Code du
travail, qui renforcent la négociation en entreprise.
Du côté des syndicats, seul
Laurent Berger (CFDT) semble réellement disposé à jouer le jeu - la CGT
participera aux discussions en touriste amusé - mais non sans avoir
fixé des lignes rouges extrêmement
rigides : pas de dégressivité, un vrai
bonus-malus, 2 milliards d’économies et pas plus, plusieurs signataires dans le camp des représentants
des salariés… La vacance du pouvoir
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Bruxelles rejette le budget italien
C’est une décision inédite. La Commission européenne a retoqué, mardi, le budget italien. Estimant que le projet
de la coalition populiste dévie trop du pacte de stabilité. Rome a trois semaines pour revoir sa copie.
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
EUROPE La décision était dans
l’air depuis des semaines. Elle est
tombée mardi, en début d’aprèsmidi. Depuis le Parlement de Strasbourg, où s’était réuni le matin le
collège des commissaires européens, Valdis Dombrovskis et Pierre Moscovici ont annoncé de
concert le rejet du budget de l’Italie
pour 2019. Non sans une certaine
gravité. « Aujourd’hui, pour la première fois, la Commission est obligée
de demander à un pays de la zone
euro de revoir son projet de budget », a déclaré le vice-président
de l’exécutif européen, lors d’une
conférence de presse. « Mais nous
ne voyons aucune autre possibilité
que de demander au gouvernement
italien de faire ainsi. Nous sommes
d’avis de donner à l’Italie un maximum de trois semaines pour apporter un projet de budget révisé pour
2019 », a-t-il poursuivi. Ce n’est
pas une surprise. En envoyant le
15 octobre à Bruxelles un projet de
budget pour 2019 présentant un
déficit de 2,4 % au lieu de 0,8 %
promis en juin, et en refusant lundi
d’apporter des modifications substantielles à ce que Bruxelles qualifiait de « déviation sans précédent »
vis-à-vis des règles du pacte de
stabilité, Rome s’exposait à un passage à l’acte de la Commission. Il
n’était pas question pour Bruxelles
de continuer à laisser filer la dette
publique estimée à 131 % de PIB,
soit le niveau le plus élevé de la
zone euro derrière la Grèce.
Pierre Moscovici,
commissaire
européen
aux affaires
économiques, et
Valdis Dombrovskis,
vice-président
de la Commission
européenne,
mardi à Strasbourg.
V. KESSLER/REUTERS
re Moscovici a eu à cœur de rappeler les sommes allouées à l’Italie ces
dernières années : 45 milliards
d’euros au titre des fonds structurels européens - « le deuxième pays
bénéficiaire » - et 8 milliards
d’euros grâce au plan Juncker. Il a
par ailleurs insisté sur le fait qu’une
« flexibilité » de 30 milliards
d’euros avait été consentie à ce
pays ces dernières années, notamment pour faire repartir l’écono-
mie. Mais, se voulant constructif et
ouvert, Moscovici a répété à l’envi
que la porte restait « ouverte »,
ajoutant qu’il était préférable que
l’Italie n’attende pas la période butoir de la mi-novembre pour envoyer son projet de budget rectifié
à la Commission européenne.
Manifestement, les Italiens n’en
ont cure. Les chefs de file de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles,
Matteo Salvini et Luigi Di Maio, ont
L’Italie appelle à dialoguer avec la Commission
Procédure longue
et inédite
Valdis Dombrovskis et Pierre Moscovici n’ont pas mâché leurs mots à
l’égard de l’exécutif italien, un bien
curieux attelage populiste dans lequel siègent le Mouvement 5 étoiles
et la Ligue. « Le gouvernement italien va à l’encontre sciemment et
ouvertement des engagements qu’il a
pris », a regretté Dombrovskis.
« Nous ne sommes pas face à un cas
“borderline” mais face à une déviation claire, nette, assumée et, par
certains, revendiquée », a insisté
Pierre Moscovici, suggérant par là
que si certains pays - dont la France
- étaient effectivement en dehors
des clous, l’Italie avait, elle, dépassé
toutes limites du pacte de stabilité.
Le vice-président de la Commission et le commissaire français
ont toutefois pesé leurs mots afin
de ne pas rajouter aux inquiétudes
et à la fébrilité des marchés. L’annonce du rejet du budget italien par
la Commission a fait grimper un
peu plus le taux à dix ans de la dette
italienne, à 3,59 %, au plus haut
depuis mars 2014. Et le spread écart avec le Bund allemand de référence - suivi de très près, a atteint 317 points. Certes, encore loin
des 400 points considérés comme
le seuil critique. Moody’s a revu
mardi la note de plusieurs banques
dans le sillage de sa décision de
vendredi d’abaisser la note de
l’Italie. Klaus Regling, le patron du
Mécanisme européen de stabilité, a
temporisé mardi matin, expliquant
que l’Italie n’était « pas la prochaine Grèce ».
Devançant les critiques des populistes italiens sur Bruxelles, Pier-
Nous
« avons
arrêté
un budget
prévoyant
15 milliards
d’euros
et nous n’en
retirerons pas
un seul euro
MATTEO SALVINI
»
Le rejet par Bruxelles de son budget
n’est pas une surprise pour le gouvernement italien. Giuseppe Conte,
le président du Conseil, l’avait laissé entendre lundi lors d’une conférence devant la presse étrangère, la
première qu’il tenait depuis sa prise
de fonction, le 1er juin dernier. Il a
proclamé la volonté de l’Italie de
« continuer à dialoguer » avec la
Commission et réaffirmé l’appartenance de son pays à l’Europe et à la
monnaie unique, deux assurances
loin d’être inutiles de la part d’un
gouvernement formé de partis
comptant dans leurs rangs de nombreux europhobes.
Giuseppe Conte n’a pas pour
autant parlé de réécrire le DEM
(document économique et financier). Il se dit juste prêt à s’asseoir
autour d’une table et discuter avec
la Commission européenne. Il s’est
déjà entretenu lundi soir par téléphone avec Angela Merkel et JeanClaude Juncker. Ce mercredi, il sera
à Moscou pour des entretiens avec
Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev. On croit savoir qu’il sondera
ses interlocuteurs russes pour voir
dans quelle mesure leur pays pourrait se substituer à la Banque cen-
trale européenne (BCE) quand cette
dernière ralentira ses achats de
bons du Trésor italiens au début de
l’an prochain.
Dans l’immédiat, il paraît peu
probable que la décision de Bruxelles conduise Rome à réviser son
plan budgétaire. Giuseppe Conte
s’est bien engagé à adopter « toutes
les mesures nécessaires pour que les
objectifs (en matière de croissance et
de diminution de la dette publique)
soient rigoureusement respectés ».
Une affirmation qui semble cependant de pure forme. Il est sans doute
sincère dans sa volonté de dialogue
tout en étant persuadé de convaincre ses interlocuteurs européens de
« l’excellence » du budget italien.
Fermeté des deux ténors
de la majorité
Les trois prochaines semaines seront déterminantes. Le gouvernement ne veut rien entreprendre
tant que le spread (différence entre
taux italiens et allemands sur les titres d’État) n’approchera pas les
400 points de base. Il a atteint
318 points, mardi, dans un marché
très nerveux. Alors qu’il était à
206 points fin mai.
Dans la réponse envoyée lundi
aux commissaires Dombrovskis et
Moscovici, le ministre de l’Économie Giovanni Tria reconnaissait que
le DEM « n’est pas en ligne avec le
pacte de stabilité ». Tout en affirmant qu’il ne faisait courir « aucun
risque à la stabilité financière de
l’Italie et de l’Europe » et en soulignant que « le renforcement de
l’économie italienne est dans l’intérêt
de toute l’Europe ».
Les deux ténors de la majorité ont
affirmé leur fermeté. Pour Matteo
Salvini (Ligue), en visite mardi à
Bucarest et qui devrait rencontrer
mercredi Jean-Claude Juncker à
Bruxelles, « nous avons arrêté un
budget prévoyant 15 milliards
d’euros d’investissement et nous n’en
retirerons pas un seul euro ». Quand
Luigi Di Maio (5 étoiles) parle d’attaque de Bruxelles « contre le peuple
italien » et confirme que « l’estimation de croissance (1,5 % du PIB,
NDLR) est exacte et ne sera pas
changée » : « Les seules modifications qui pourraient intervenir seront
apportées par le Parlement italien »,
a-t-il ajouté. Et donc certainement
pas dictées par Bruxelles. ■
R. H. (À ROME)
La Ligue de Salvini réalise une poussée dans le nord-est du pays
RICHARD HEUZÉ
ROME
Matteo Salvini,
leader de la Ligue et
ministre de l’Intérieur.
A
REMO CASILLI/REUTERS
Matteo Salvini a remporté son pari :
dans sa première confrontation
électorale depuis la formation du
gouvernement populiste, le 1er juin,
le leader de la Ligue a réalisé un score historique dans la province du
Trentin et détrôné, comme il promettait de le faire, le Parti démocrate dans le Haut-Adige. Cette
victoire spectaculaire place le parti
d’extrême droite en position dominante dans l’ensemble du nord industriel de l’Italie.
De Trieste, conquis aux régionales
du 30 avril, à Aoste, en passant par
Milan et la Vénétie, la formation du
ministre de l’Intérieur contrôle désormais un territoire comprenant
cinq régions et 17,4 millions d’habitants. Auquel il convient d’ajouter
la Ligurie (1,6 million d’habitants),
gouvernée par son allié Giovanni
Toti, le dirigeant de Forza Italia (le
parti de Silvio Berlusconi) le plus
proche de la Ligue.
Dans le Trentin, Matteo Salvini a
multiplié tournés électorales, bains
de foule, meetings de place, harangues à n’en plus finir et milliers de
selfies avec ses électeurs, exécutés à
la chaîne, sa signature personnelle.
La Ligue y réalise un score de 27 %,
alors qu’elle n’avait pas dépassé
6,2 % aux précédentes élections
provinciales. Avec ses alliés autonomistes, le nouveau gouverneur,
Maurizio Fugatti, un cadre commercial de 46 ans rallié à la Ligue,
obtient 46,7 %, qui lui donnent la
majorité au sein du conseil régional.
Aux élections législatives du 4 mars,
la Ligue était arrivée en tête dans six
collèges. Cette fois, il fait le plein
dans les 16 collèges de la province.
Dans le Haut-Adige (Alto Adige
en italien et Südtirol - Tyrol du
Sud - en allemand), dont deux tiers
des 420 000 électeurs sont germa-
nophones, la Ligue devance le Parti
démocrate et s’impose comme l’interlocuteur privilégié du SVP (Südtiroler Volksparteï). Le parti populaire sud-tyrolien, qui dirige la
province sans interruption depuis
la Libération, en association avec la
Démocratie chrétienne, puis avec la
gauche depuis 1992, subit un net
fléchissement (41,9 %) et devra
maintenant gouverner avec le soutien de trois conseillers de la Ligue.
Défenseur
de l’autonomie locale
À l’issue de ce scrutin, Matteo Salvini n’a pas caché son exaltation :
« Il s’agit de résultats que nous
n’avions jamais atteints. Ils me remplissent d’émotion et de fierté. Le fait
éclatant est la disparition du Parti
démocrate, malgré les campagnes
des ex-présidents du Conseil Matteo
Renzi et Paolo Gentiloni et de l’exministre démocrate aux Réformes
Maria Elena Boschi, pourtant élue
députée de Bolzano le 4 mars. » Ce
score est d’autant plus fort que
Trente et Bolzano commandent
deux territoires parmi les plus riches d’Italie. Le Haut-Adige détient
un record enviable du revenu par
tête le plus élevé d’Europe
(41 300 euros en 2017) et un taux de
chômage proche du plein-emploi
(3,2 %). Cette victoire, Matteo Salvini la doit sans doute au fait d’avoir
tempéré son discours violemment
antieuropéen dans une région de
tout temps très favorable à une plus
grande intégration européenne.
Le leader de la Ligue, et ministre
de l’Intérieur, a également cherché
à se poser en défenseur de l’autonomie locale exceptionnelle dont jouit
historiquement le Trentin-HautAdige alors qu’il se professe souverainiste au niveau national. L’histoire dira s’il a réellement
convaincu les électeurs ou s’il a
simplement profité du rejet général
du Parti démocrate. ■
réaffirmé une nouvelle fois qu’ils
allaient maintenir en l’état leur
projet de budget (lire ci-dessous).
« Cela ne change rien, que ces messieurs de la spéculation se rassurent,
on ne retourne pas en arrière », a
ainsi déclaré Salvini en marge d’un
déplacement en Roumanie.
En demandant à l’Italie de revoir
son budget, la Commission fait un
grand saut dans le vide. Car, en
plus d’être tout à fait inédite, cette
décision concerne la troisième
économie de la zone euro. « Personne ne peut s’affranchir de ces règles (du pacte de stabilité, NDLR)
qui sont les mêmes pour tous », a
estimé le ministre de l’Économie,
Bruno Le Maire, peu avant que la
décision ne soit rendue publique.
Certes. Mais quelles seraient les
conséquences si l’Italie décidait effectivement de maintenir son budget en l’état ?
Dans l’absolu, l’Italie s’expose à
des sanctions financières équivalentes à 0,2 % de PIB. À court ou à
moyen terme, il n’y en aura pas. « À
ce stade, nous ne sommes pas dans les
sanctions. Si, au terme d’une procédure pour déficit excessif assez longue et inédite car engagée sur le critère de la dette, les Italiens
continuaient à ne rien changer, alors
oui théoriquement, il y aurait des
sanctions possibles », analyse un très
bon connaisseur des questions budgétaires. Lequel ajoute : « Il y a donc
beaucoup de “si” et de théorie. » ■
EN BREF
GUCCI TOUJOURS
EN TRÈS FORTE HAUSSE
£ Le maroquinier florentin,
fleuron de Kering, a vu ses ventes
augmenter de 35 % au troisième
trimestre, après un record
sur la même période de 2017
(+ 49 %). «Nous sommes fiers de
signer, trimestre après trimestre,
des performances aussi
remarquables. Notre rythme de
croissance est unique dans notre
secteur », souligne FrançoisHenri Pinault, PDG de Kering.
Les ventes globales du groupe ont
bondi de 27,6 % sur le trimestre.
SAFRAN PROGRESSE
VITE AVEC ZODIAC
£ Sur neuf mois, le chiffre
d’affaires 2018 du motoriste
Safran a bondi de 30,9 %,
à 14,85 milliards d’euros,
grâce la contribution
de Zodiac Aerospace à hauteur
de 2,7 milliards d’euros.
Le groupe confirme son objectif
de livraisons de 1 100 moteurs
Leap en 2018 après en avoir
livré 741 en neuf mois.
LE VOLET RECETTES
DU PLF EST ADOPTÉ
£ L’Assemblée nationale
a adopté mardi en première
lecture le volet recettes du projet
de loi de finances (PLF)
pour 2019. Les débats se sont
concentrés sur les questions
de pouvoir d’achat.
CONSOLIS RETARDE
SON ENTRÉE EN BOURSE
£ Consolis, entreprise
de produits en béton
préfabriqué, reporte son projet
d’introduction en Bourse
en raison de conditions
de marché défavorables. Détenu
par le fonds d’investissement
américain Bain Capital depuis
2017, la société emploie plus
de 11 000 personnes dans 22 pays
(nos éditions du 26 septembre).
+@
» Ce que vous devez
savoir si votre logement
est squatté
» Eurofins voit ses perspectives
s’améliorer et retrouve
un caractère défensif
www.lefigaro.fr/economie
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LE FIGARO
ENTREPRISES
mercredi 24 octobre 2018
23
Le refus de Vallourec
de soutenir Ascoval
condamne
270 salariés
Ce mercredi, le tribunal de grande instance
de Strasbourg doit statuer sur l’avenir de l’aciérie.
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
ET FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
INDUSTRIE L’avenir de l’usine sidérurgique Ascoval de Saint-Saulve (Nord) ne tient plus qu’à un fil.
Mardi matin, tous les protagonistes du dossier se sont réunis pendant plus de trois heures : autour
de la table, le repreneur potentiel
Altifort, l’industriel Vallourec
– actionnaire du site -, l’intersyndicale, le président de la région
Hauts-de-France, Xavier Bertrand, les collectivités et, bien sûr,
le gouvernement, avec la secrétaire d’État à l’Industrie, Agnès
Pannier-Runacher. Mais aucun
cap n’a été tracé à l’issue de ces
échanges sous haute tension, car
270 emplois sont en jeu.
Cette réunion s’est tenue à un
moment stratégique : juste avant la
décision du tribunal de grande
instance de Strasbourg, qui doit
examiner, mercredi, l’offre de reprise d’Altifort, et juste après le
refus de Vallourec d’accompagner
le plan de ce dernier. Lundi dans la
soirée, le leader mondial de la fabrication de tubes en acier haut de
gamme a indiqué dans un communiqué que le soutien demandé
– chiffré par ses soins à 51 millions
d’euros – est « contraire aux intérêts du groupe ». Ce communiqué
est une confirmation : le projet
d’Altifort est considéré comme
trop fragile, à la fois sur le plan industriel et sur le plan financier.
La décision de Vallourec a aussitôt mobilisé les salariés : ceux-ci
ont arrêté de travailler, avec l’intention d’« étouffer » l’industriel,
a rapporté Bruno Kopczynski, le
porte-parole de la coordination
syndicale. De son côté, Bruno Le
Maire, le ministre de l’Économie, a
invité fermement Vallourec à
trouver une solution : « Vallourec a
cédé le site, ce sont des salariés qui
travaillaient pour Vallourec, et Vallourec ne peut pas écarter d’un revers de la main ses responsabilités
en la matière. »
De son côté, Xavier Bertrand ne
s’est pas exprimé officiellement. Il
préfère attendre que le tribunal de
grande instance se soit prononcé.
Mais, depuis le début, le président
des Hauts-de-France pointe « la
responsabilité de l’État actionnaire » : la preuve, la banque publique Bpifrance, actionnaire à
15 % de Vallourec, soutient la décision du fabricant de tubes.
Pour Ascoval, le refus de Vallourec de négocier un quelconque
soutien à la reprise du site sera la
cause d’un immense gâchis. Le
projet présenté par Altifort, petit
groupe industriel constitué par des
investisseurs privés, avait réussi à
rassembler les financements de la
région, de la métropole, d’investisseurs privés et même de trois
banques, prêtes à mettre la main
au portefeuille… à condition que
Vallourec fasse sa part du chemin.
Un immense gâchis
Selon Ascoval, ce ne sont pas
51 millions d’euros que son actionnaire historique devrait mobiliser
pour soutenir la reconversion du
site, mais 35 millions d’euros
maximum. À ce prix, tous les salariés pourraient continuer à y travailler. Avec le nouvel outil, le
train à fil, qui serait installé, plus
de 130 nouveaux postes seraient
même créés.
Vallourec devrait certes continuer à acheter encore, le temps de
la reconversion du site, les aciers
de son ancienne usine à un prix
supérieur à ceux de son autre
fournisseur. Mais, selon Ascoval,
ce surcoût est modeste au regard
du poids de ces achats dans le total
de l’activité européenne de son
ancien actionnaire.
Ce mercredi, les dirigeants
d’Altifort auraient pu avoir une
chance de convaincre le tribunal
que leur projet était rentable, réaliste et produire les engagements
de nouveaux clients prêts à les
soutenir. Mais, sans le soutien de
Vallourec, leur projet tombe à
l’eau. Il n’y a pas d’autre solution,
ont-ils prévenu. La seule autre
issue est la liquidation de l’entreprise, dont la trésorerie est pourtant encore positive.
Choqués par l’annonce du refus
de Vallourec, les salariés bloquent
désormais le site. Mais les plus optimistes espèrent encore que le
tribunal repoussera de quelques
jours sa décision, le temps d’organiser la table ronde de la dernière
chance. ■
À la suite de l’annonce
faite par Vallourec
de ne pas soutenir
le repreneur potentiel
Altifort, des salariés
d’Ascoval bloquent la
route menant à l’aciérie
de Saint-Saulve,
mardi dans le Nord.
FRANCOIS LO PRESTI/AFP
Bayer : la justice américaine confirme la toxicité du glyphosate
Les dommages et intérêts accordés au plaignant ont été réduits de 289 à 78 millions de dollars.
10 %
de baisse
pour le titre Bayer,
mardi à la Bourse
de Francfort
CHIMIE Nouveau revers pour
Bayer, le géant de la chimie qui a
racheté l’américain Monsanto, fabricant du glyphosate. Le groupe
allemand espérait que soit invalidé
le verdict du jury populaire qui l’a
condamné en août à verser la faramineuse somme de 289 millions de
dollars (253 millions d’euros) de
dommages et intérêts à Dewayne
Johnson. Ce jardinier californien
est atteint d’un cancer du système
lymphatique après des années
d’exposition aux herbicides de
Monsanto, le Roundup et le Ranger
Pro. Le groupe allemand avait déposé, comme le permet la loi amé-
ricaine, une requête auprès de la
juge Suzanne Bolanos, qui avait supervisé le procès. Il lui demandait
de modifier le verdict du jury.
Lundi, la magistrate a confirmé
sur le fonds le jugement d’août qui
établissait que les désherbants de
Monsanto avaient « considérablement » contribué au cancer de
Dewayne Johnson. Les jurés
avaient même souligné que Monsanto avait agi avec « malveillance »
en cachant le caractère potentiellement dangereux de ses produits.
Une grosse pierre dans le jardin
du chimiste, qui continue d’assurer, comme Monsanto, que, selon
certaines études, le lien entre le
glyphosate et le cancer n’est pas
prouvé ou que l’herbicide est
« sans danger lorsqu’il est utilisé
dans les conditions d’emploi définies
dans le cadre de son autorisation de
mise sur le marché ».
5 000 procédures
aux États-Unis
La confirmation du jugement a été
mal accueillie par la Bourse. Le
cours de Bayer a perdu près de
10 % mardi à Francfort, tant les
enjeux financiers sont colossaux.
Car le groupe allemand doit affronter déjà plus de 5 000 procé-
dures du même genre sur le sol
américain. Ses milliers de victimes
pourraient être encouragées à réclamer elles aussi une indemnisation si la jurisprudence les y encourageait. Le 13 août, l’action
Bayer avait déjà perdu un dixième
de sa capitalisation boursière en
une seule séance après la condamnation en première instance de
Monsanto.
Seule consolation pour le géant
allemand, Suzanne Bolanos a décidé, si Dewayne Johnson l’accepte,
de ramener les dommages et intérêts dus par Bayer au jardinier à
39 millions de dollars, car c’est le
maximum autorisé par la loi californienne. Avec les diverses compensations, l’addition totale pour le
chimiste allemand s’élèverait dans
ce procès à 78 millions de dollars.
Bayer a bien sûr déjà annoncé
son intention de faire appel de cette
décision. Le groupe considère que
« les preuves apportées lors des débats ne permettent pas de justifier
juridiquement le verdict de responsabilité et les dommages-intérêts
alloués ». En première instance, le
procès avait été accéléré pour tenir
compte de l’état de santé de
Dewayne Johnson, en phase
terminale. ■
A. B.
Rossignol tout schuss sur les grands boulevards à Paris
Le groupe français ouvre un magasin dans la capitale pour lancer sa gamme de vêtements de ville.
millions
d’euros
Chiffre d’affaires
prévu pour l’exercice
2018-2019
HABILLEMENT Un an après Fusalp
sur le boulevard Saint-Germain, le
groupe Rossignol ouvre, boulevard
des Capucines, son flagship parisien. Déjà présent à Lyon, le groupe
dirigé par Bruno Cercley a donc décidé de ne plus attendre ses clients
au pied des remonte-pentes mais
d’aller les chercher au cœur des
villes. Pour y parvenir, il a fait appel une nouvelle fois à Jean-Charles de Castelbajac pour signer sa
collection Sport Chic imaginée
comme un trait d’union entre la
montagne et la ville. « À Paris, le
chiffre d’affaires sera réalisé à 70 %
par le prêt-à-porter », explique
Bruno Cercley, qui mûrit ce projet
depuis dix ans. Cette diversification
est stratégique.
Pour l’heure, l’habillement ne
représente encore que 15 % du
chiffre d’affaires, soit environ
50 millions d’euros. Les ambitions
sont importantes. Les prévisions
révèlent, qu’à terme, le textile
sera plus important que l’activité
sport d’hiver proprement dite.
Par ailleurs une collection de ski
féminin sera bientôt lancée avec
Tommy Hilfiger. « C’est un marché hyperdynamique, poursuit le
PDG du groupe, et, d’ici à cinq ans,
le chiffre d’affaires doublera. »
Relais de croissance
Le groupe dispose d’une dizaine de
boutiques, essentiellement en stations, dont certaines (Méribel et
Courchevel) sont cogérées. Les
franchises viendront ultérieurement. L’inauguration de ce magasin
parisien, qualifiée d’« historique »
pour le groupe, n’éclipse pas le dynamisme des autres activités, puis-
que le groupe est no 2 mondial des
marques de chaussures, avec ses
marques phares Rossignol et Lange.
Contrôlé par le fonds norvégien
Altor depuis 2013, Rossignol
poursuit son offensive. « L’objectif
est de désaisonnaliser notre offre,
c’est pourquoi nous avions acquis
les marques de vélos Time et Felt, et
lancé avec succès les vélos toutterrain et électriques Rossignol »,
souligne Bruno Cercley qui poursuit son offensive chinoise. Il met
en place ses équipes avec son partenaire chinois IDG pour prendre
ses positions en attendant les Jeux
olympiques d’hiver de Pékin en
2022. Un relais de croissance espéré dans ce pays qui s’ouvre progressivement au ski.
Pour cet exercice 2017-2018,
Bruno Cercley est satisfait. « L’Ebitda sera de l’ordre de 10 %, entre 30
et 40 millions, soit une hausse de
35 %. Le chiffre d’affaires sera
d’environ 379 millions d’euros après
345
millions
annoncés
en
mars 2018 », indique-t-il. Une
performance qui entrera en ligne
de compte, lorsque le fonds Altor
décidera de l’avenir de sa participation dans trois ou quatre ans. ■
A
379
CHARLES GAUTIER £@CHGAUTIER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Coup de frein
pour la croissance
mondiale de Renault
Le chiffre d’affaires recule
de 6 % au troisième trimestre.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
compte tenu de sa faible implantation dans l’empire du Milieu.
À l’inverse, le groupe tire profit
du dynamisme du marché européen, malgré l’impact des normes
WLTP. Celles-ci ont provoqué une
forte croissance des immatriculations en juillet et août, suivie d’une
très forte baisse en septembre,
quand elles ont commencé à être
appliquées (nos éditions du 31 août).
Sur le trimestre de juillet à septembre, les immatriculations de Renault progressent de 8,6 %. De
même, ses ventes rebondissent au
Brésil (+ 18%) et en Russie (+ 5%).
AUTOMOBILE Le marché automobile mondial commence à être
très sérieusement secoué dans ce
second semestre 2018. BMW,
Daimler ou Michelin ont prévenu
ces dernières semaines qu’ils n’atteindraient pas les objectifs fixés
pour 2018. Ce n’est pas le cas de
Renault qui a confirmé les siens.
Pourtant, le constructeur français
vient de connaître un sérieux coup
d’arrêt au troisième trimestre
2018.
Le recul des ventes de la marque
Impact des variations
au losange est à périmètre
de change
constant, de 1,7 % dans le monde
sur la période, à 891 539 véhicules.
Au total, le chiffre d’affaires du
En intégrant les marques de sa dergroupe atteint 11,48 milliards
nière coentreprise en Chine dans
d’euros, en recul de 6 % par raples véhicules électriques, le groupe
port à la même période de l’année
parvient cependant à afficher une
précédente. L’impact des variaprogression de 2,9 %.
tions de change (no« Ce ne fut pas un tritamment en Turquie et
mestre facile car nous
en Argentine) est très
avons dû faire face à
fort : sans cet élément,
des vents contraires
le recul n’aurait été
comme le WLTP (les
que de 1,4 %.
nouvelles
normes
Au niveau des persd’homologation en
pectives, Clotilde DelEurope,
NDLR),
bos reconnaît que « la
l’Iran, les marchés
visibilité n’est pas forChiffre d’affaires
émergents et l’impact
midable », notamment
de Renault
des devises, déplore au troisième trimestre en Europe en raison
Clotilde Delbos, dides conséquences enrectrice financière de
core possibles des norRenault. Mais nous avons fait preumes WLTP. La directrice financière
ve de résilience et confirmons
souligne aussi la forte pression sur
aujourd’hui nos prévisions pour
les prix en Allemagne et en Italie.
l’année. »
Le groupe table pourtant toujours
Les difficultés se sont concensur une croissance du chiffre d’aftrées dans les pays émergents. En
faires sur l’ensemble de l’année (à
Iran, le groupe a dû cesser ses actipérimètre et change constants),
vités en raison de la reprise des
une marge opérationnelle de plus
sanctions américaines. En Turde 6 %, et un flux financier positif
quie, le marché s’est effondré de
pour les activités automobiles. Ces
52,5 %. En Inde, la Kwid ultra
confirmations ont, en partie, raslow-cost marque très sérieusesuré les investisseurs.
ment le pas avec une chute des
Alors qu’il avait commencé la
ventes de 34,7 %. En Chine, les
séance sur une chute de plus de
immatriculations sont en baisse de
5 %, le titre Renault s’est repris en
2 %, mais elles intègrent les noucours de journée, mardi 23 octovelles marques Jinbei et Huasong
bre, pour finir sur un recul limité à
de sa nouvelle coentreprise avec
1 %. Le constructeur français béBrilliance. Sans cet élément, le renéficie, il est vrai, de son excellent
cul est plus marqué, à - 10,4 %. Et
premier semestre. Sur neuf mois,
Clotilde Delbos d’ajouter que le
les immatriculations mondiales
constructeur « n’est pas très
restent très bien orientées, à
confiant sur la Chine ». Ce qui re+ 8,1 %. Et le recul du chiffre d’afprésente un risque modeste
faires limité, à - 0,8 %. ■
11,48
milliards
d’euros
James Dyson avec le moteur numérique Dyson V9 de sa future automobile électrique, le 11 octobre, à Paris.
Dyson implantera son usine
automobile à Singapour
Le groupe prévoit de commercialiser sa voiture électrique en 2021.
DYSON EN CHIFFRES
SOURCE : SOCIÉTÉ,
EXERCICE 2017
3,5
milliards de livres
(4 milliards d’euros)
de chiffre d’affaires,
en hausse de 40 %
sur un an
801
millions de livres
(906 millions d’euros)
d’excédent brut
d’exploitation (Ebitda),
en hausse de 27 %
12 000
salariés dans le monde,
dont 4 500 ingénieurs
et scientifiques
LES DÉCIDEURS
â FRANK DORMONT
Conférence des grandes écoles
Le directeur de la communication d’Audencia
va également piloter le nouveau groupe de travail « stratégie et communication » de la CGE.
Cette commission regroupe l’ensemble des
communicants des grandes écoles membres.
Elle a été créée à l’initiative d’Anne-Lucie
Wack, présidente de la CGE, et Sophie Commereuc. Ses membres travailleront sur les actions
destinées à amplifier la communication entre la
CGE et les écoles, mais également sur le développement de projets de communication de
l’association.
A
â PIERRE BURELLI,
CHRISTOPHER E. KRAMME
AmCham
La chambre de commerce américaine en France, présidée par Stéphanie Barreau, élit Pierre
Burelli, le président de Dow France, et Christopher E. Kramme, codirigeant corporate
coverage Emea de BNP Paribas Corporate &
Institutional Banking, comme vice-présidents. De son côté, Mathieu Gelis, directeur
général de Citi France, devient trésorier. Le
comité exécutif de l’AmCham est désormais
composé de dix membres fortement engagés
dans l’économie et les échanges transatlantiques. Fondée en 1894 l’AmCham regroupe plus
de 300 entreprises françaises, américaines et
européennes.
DYSON
AUTOMOBILE La Dyson Car électrique se rapproche. L’entreprise,
qui se présente comme une société
de technologie mais qui est surtout
connue pour ses aspirateurs et
autres ventilateurs, travaille au développement d’une voiture - évidemment électrique - depuis 2014.
C’est en septembre 2017 que James
Dyson, son fondateur, a officialisé
ce projet. Depuis, l’entreprise britannique communique régulièrement sur son avancée. Mardi 23
octobre, elle a dévoilé le lieu où
sera construite l’usine d’assemblage de ses futures voitures électriques. Ce sera Singapour.
«Choisir le site de production est
une décision complexe, basée sur
les chaînes logistiques, l’accès aux
marchés et la disponibilité des compétences », explique Jim Rowan,
directeur général de Dyson. La société est déjà très présente dans la
cité-État. Elle y emploie 1 100 personnes dans une usine et un centre de R&D. Singapour présente
aussi l’avantage d’être proche de
la Chine, aujourd’hui premier
marché mondial pour le véhicule
électrique.
Cette décision risque néanmoins
de faire tiquer au Royaume-Uni.
James Dyson n’a pas caché son
soutien au Brexit et, au moment où
la situation économique devient
vraiment compliquée en raison des
incertitudes liées au Brexit, le
conseil d’administration de Dyson
décide de localiser la future usine
automobile en dehors des frontières du royaume. L’activité « automobile » reste toutefois bien présente dans le pays. Le groupe a
investi 200 millions de livres pour
installer un campus sur d’anciennes installations de la Royal Air
Force : 400 ingénieurs y planchent
sur le futur véhicule. Le calendrier
est toujours de lancer ce nouveau
véhicule en 2021.
Pas de barrière à l’entrée
Dyson n’est pas le premier acteur
nouveau à vouloir entrer sur le
marché automobile par le biais de
la voiture électrique. Tesla est
l’exemple que tous regardent avec
envie. Le californien ne gagne pas
encore d’argent mais il construira
plus de 250 000 voitures en 2018, ce
qui constitue déjà une formidable
réussite. Les projets sont multiples
dans ce domaine avec Faraday aux
États-Unis, Byton ou Nio en Chine.
Cette ruée sur la voiture électrique
semble logique. « Les constructeurs
traditionnels sont d’excellents motoristes. Les moteurs thermiques
modernes consomment peu et émettent peu de particules, explique Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem. Ce qui représente
une vraie barrière à l’entrée. »
À l’inverse, les voitures électriques sont plus simples : il n’y a pas
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Michel Giannuzzi ambitionne de faire
de Verallia « un groupe indépendant »
Son anniversaire, le nouveau PDG de Verallia
l’aura fêté avec deux nouveaux convives. Tout juste
un an après son arrivée
aux commandes du spécialiste de l’emballage en verre, Michel Giannuzzi étoffe encore
sa dream team. Après la nomination d’Olivier Rousseau à la direction de la France,
premier marché du groupe, il confie à Quintin Testa les commandes de l’Amérique du
Sud. « Mon prédécesseur, Jean-Pierre Floris,
a sorti Verallia de la main de Saint-Gobain.
À moi d’en faire un groupe indépendant »,
souligne Michel Giannuzzi, convaincu que
« l’industrie à un avenir en France », tout
comme le fonds Apollo et Bpifrance, respectivement propriétaires de 90 % et 10 % du
capital, depuis sa cession en 2015.
Leader de l’emballage en verre
Trois ans plus tard, le leader mondial de
l’emballage en verre affiche un chiffre
d’affaires de 2,5 milliards pour 10 000 salariés, répartis dans 32 pays. Un vaste marché, du champagne aux pots alimentaires,
en passant par les boissons non alcoolisées,
que le nouveau patron a sillonné pendant
ses six premiers mois pour se « familiariser
avec le terrain ». Et nul doute que le poly-
technicien a déjà su trouver ses marques et
établir une orientation stratégique claire,
dans le sillage de la « due diligence » (vérification avant rachat) lancée par Apollo. Rodé
à l’industrie dès ses premières années chez
Michelin, Michel Giannuzzi est aussi un
homme d’affaires sans frontières. Parvenu à
la tête de la filiale japonaise du groupe
pneumatique français, il rejoint Valeo en
2001, puis Tarkett en 2007, où il fait valoir
ses compétences auprès de la famille
actionnaire et du fonds KKR. En dix ans, il
fait de cette constellation de PME fraîchement acquises un groupe unifié et coté,
devenu numéro trois mondial des sociétés
de revêtement de sol.
Natif de Nice et père de quatre enfants, ce
patron « au style direct », « pas du tout politique », a trouvé en Verallia un nouveau défi
à la hauteur de son sens aigu de la compétition. « Je mets chaque fois la barre un peu
plus haut. » Fils de médecin militaire, passé
dans les commandos marines durant son
service, il avait reçu les encouragements de
son prédécesseur. « Il a toutes les qualités et
l’expérience requises pour garantir le
déploiement de la stratégie commerciale de
notre entreprise », déclarait Jean-Pierre
Floris, lors de la passation, avant de prendre
sa retraite.
A. B.
de boîte de vitesses, les composants mécaniques moins nombreux, les batteries et les moteurs
électriques sont disponibles chez
les équipementiers. Un fabricant
de voitures électriques est plus un
assembleur qu’un constructeur.
« Ce n’est pas un hasard si Elon
Musk est entré par la fenêtre de la
voiture électrique », analyse Flavien Neuvy.
James Dyson compte cependant
faire beaucoup de choses par luimême avec sa voiture. Son entreprise est spécialisée dans les moteurs électriques. Elle travaille sur
les batteries solides, le Graal supposé de la voiture électrique. Le
véhicule sera intégralement conçu
par les ingénieurs maison. L’assemblage final sera donc fait dans
une usine sur mesure.
Tout cela a un coût. Et la Dyson
Car ne sera pas bon marché. Sur ce
plan, l’entrepreneur semble s’inspirer du modèle Tesla, dont les
premiers modèles étaient résolument haut de gamme. Au-delà de
la conception du véhicule, s’imposer comme un constructeur nouveau nécessite un réel savoir-faire
marketing. C’est la force de Tesla
d’avoir su imposer sa marque.
Contrairement à nombre de ses
concurrents, Dyson a su montrer
sa compétence dans ce domaine.
C’est - aussi - un réel atout pour
l’entreprise britannique. ■
E. E.
www.lefigaro.fr/decideurs
â PATRICK PÉLATA
Vulog
Le leader mondial des technologies
d’autopartage accueille l’ex-numéro
deux de Renault et ex-dirigeant de Salesforce à son conseil d’administration. À 63 ans,
Pélata, qui va mettre à profit son expérience de
l’automobile et de la tech, monte à bord alors que
la start-up française pilotée par Grégory Ducongé
entre dans une phase d’accélération et de renforcement de son leadership sur un marché de la
mobilité en pleine ébullition. L’X-Ponts s’est aussi vu confier récemment par Emmanuel Macron
une mission sur les nouvelles mobilités et les véhicules électriques et autonomes. Avec Xavier
Mosquet, associé chez BCG et ancien conseiller de
l’Administration Obama, il prépare des propositions pour faire de la France un leader des nouvelles mobilités dans un secteur automobile en pleine mutation numérique et environnementale.
â FRANCK GOLDNADEL
Atalian
L’ancien patron de Roissy-Charlesde-Gaulle pose ses valises chez le spécialiste des services externalisées
(propreté, espaces verts…). À 49 ans, il prend la
présidence Europe hors UK, coiffant 16 pays,
75 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de
1,6 milliard d’euros. Goldanel qui a passé vingtcinq ans dans l’aérien avait débuté chez Airbus
Industries avant de rejoindre ADP.
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LE FIGARO
TECH
mercredi 24 octobre 2018
25
Qualité du réseau : Orange risque
jusqu’à 1 milliard d’euros d’amende
Le régulateur des télécoms
épingle l’opérateur sur la qualité
de service du réseau cuivre.
touristiques qui sont parfois coupés du monde. Le service universel
est un filet de sécurité. Il existe un
compromis républicain sur le sujet
et nous le faisons respecter.
des charges établi en novembre 2017. Or, au vu des indicaELSA BEMBARON £@elsabembaron
teurs des deux premiers trimestres de l’année, nous sommes
TÉLÉCOMS L’Autorité de régula- très préoccupés quant à sa capacité à atteindre ses objectifs antion des télécoms (Arcep) hausse
nuels. Sur les douze indicateurs,
le ton. Elle met en demeure
sept ne sont pas au niveau, avec
Orange sur la qualité de service
des écarts significatifs. Par
universel téléphonique. L’opéraexemple, le délai maximum pour
teur dispose de quelques mois
traiter 85 % des dérangements
pour se mettre en conformité
d’abonnés était de
Si l’injonction n’est pas traitée 70 heures au lieu de
48 heures au presérieusement, Orange
mier trimestre. Nous
est sanctionnable
avons donc opté
pour une mise en
dès le début de 2019
demeure anticipée,
avant même le non-respect des
avec ses obligations, faute de quoi
obligations. Orange doit redresil risque une sanction pouvant atser le tir de toute urgence, dès la
teindre 1 milliard d’euros. Le préfin de l’année. Peu importent les
sident de l’Arcep, Sébastien Somoyens, nous voulons des résulriano, explique être confronté à
tats. Pour cela, nous lui fixons
« un déluge d’alertes émanant de
aussi de nouveaux objectifs inconsommateurs, d’élus locaux, de
termédiaires, avec un échéancier
préfets, et même du défenseur des
exigeant pour les atteindre.
droits, Jacques Toubon ».
N’est-ce pas paradoxal d’insister
sur une technologie ancienne
quand l’heure est
au développement de la fibre ?
Notre priorité est que les territoires ruraux ne soient pas les laissés-pour-compte. Le développement de la fibre - auquel l’Arcep
est bien sûr très attachée - ne doit
pas se faire au détriment du cuivre. Ce dernier est encore souvent le seul réseau disponible et
quand il ne fonctionne pas, c’est
intolérable pour les abonnés. Il
est vrai qu’Orange est face à un
défi, il lui faut combiner l’investissement dans une nouvelle infrastructure et maintenir l’ancienne dans un niveau de qualité
acceptable. Ce n’est pas qu’une
affaire de moyens financiers,
mais aussi une question de priorités fixées par l’entreprise à ses salariés. Quand leur premier objectif
est
de
vendre
des
abonnements à la fibre, ils sont
moins attentifs au cuivre. Or,
nous voudrions que le cuivre reste une priorité. Nous ne laisserons
pas le téléphone être la cinquième
roue du carrosse.
PROPOS RECUEILLIS PAR
«
»
LE FIGARO.- Vos services ont-ils
constaté une dégradation
de la qualité de service universel
téléphonique ?
Sébastien SORIANO.- L’Arcep
met Orange en demeure sur la
qualité du service universel téléphonique. L’opérateur a des obligations, sur la base d’un cahier
Orange risque donc une sanction
financière ?
Concrètement, Orange risque
une sanction pouvant atteindre
jusqu’à 5 % de son chiffre d’affaires national hors taxes (1 milliard d’euros, NDLR). Pourcentage qui peut être porté à 10 %
en cas de récidive. Le législateur
« Orange doit
redresser le tir
de toute urgence,
dès la fin de l’année »,
estime Sébastien
Soriano, président
de l’Arcep.
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
a porté de 3 % à 5 % le montant
maximum des sanctions applicables sur ce point, démontrant
l’importance qu’il accorde à la
qualité du service téléphonique.
Si l’injonction n’est pas traitée
sérieusement, Orange est sanctionnable dès le début de 2019.
Quels sont les recours
des usagers ?
Les abonnés peuvent demander
une indemnisation en cas de panne supérieure à 48 heures, sous la
forme d’au moins deux mois
d’abonnement gratuits. La durée
de la remise dépend de celle de
l’indisponibilité du service.
Cela ne concerne donc
que le service téléphonique ?
Juridiquement, notre mise en demeure ne concerne que cela. Neuf
millions de foyers sont concernés.
Dans les faits, d’un point de vue
technologique, cela aura un impact
sur tout ce qui est supporté par le
cuivre, c’est-à-dire aussi bien Internet via l’ADSL, que les services
de télésurveillance, ou les sites
La semaine dernière, Orange
a annoncé qu’il présenterait
un plan destiné à l’amélioration
du cuivre. Qu’en attendez-vous ?
Nous y serons très attentifs. Cela
démontre qu’il y a eu une prise de
conscience chez l’opérateur. ■
Atos revoit ses prévisions à la baisse, l’action s’effondre
La violence des opérateurs confrontés à de mauvaises nouvelles s’explique par des niveaux de valorisation élevés.
Baisse de l’action
Atos le mardi
23 octobre 2018
SERVICES INFORMATIQUES L’action Atos a dévissé de 22,2 %, mardi, à la Bourse de Paris. Cette correction d’une rare violence est
intervenue après la publication
d’un chiffre d’affaires trimestriel
inférieur aux attentes. Les dirigeants du géant français des services informatiques et numériques
ont également annoncé qu’ils s’attendaient à une croissance organique du chiffre d’affaires de l’ordre
de 1 % en 2018, contre une hausse
prévue auparavant entre 2 % et
3 %. Le groupe estime aussi que sa
marge opérationnelle devrait se situer dans le bas de la fourchette,
comprise entre 10,5 % et 11 %, annoncée en début d’année. Cette révision des attentes s’explique par
une moindre performance du pôle
d’infrastructures et de gestion de
données au cours du troisième trimestre. A priori rien de très grave.
Pourtant, ce contretemps a conduit
à la destruction de près de 2 milliards d’euros de capitalisation dès
les premières minutes de cotation
après l’ouverture des transactions.
À 70 euros, le titre retrouve ses plus
bas niveaux depuis trois ans.
« La réaction des opérateurs est
disproportionnée, explique Franklin
Pichard, directeur général de la société de gestion Kiplink. Les marchés boursiers ont beaucoup monté
au cours de ces dernières années, les
valorisations sont tendues. Les niveaux de cours sont tels qu’ils ne
supportent pas la moindre mauvaise
nouvelle, surtout pas dans le secteur
des valeurs technologiques auquel
appartient le groupe Atos. »
Demandes de rachat
La violence de la sanction a aussi été
aggravée par une première déception survenue cet été, au moment
de la dégradation de la valeur par
les analystes de Credit Suisse.
Ceux-ci avaient découvert des pratiques comptables ayant conduit à
une amélioration jugée contestable
des cash-flows. Le recul des perspectives de croissance a découragé
cette semaine les nombreux partisans de la valeur. Atos n’est pas la
LA SÉANCE DU MARDI 23 OCTOBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
ACCOR .............................................. 39,34
-2,16 40,11
♣
AIR LIQUIDE ..................................
104,95
-1,18 107,3
AIRBUS .............................................. 94,14
-2,25 96,5
ARCELORMITTAL SA ..................................
22,975 -2,52 23,335
ATOS .............................................. 70
-22,22
77
AXA .............................................. 22,15
-1,49 22,33
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
47,56
-1,54 48,175
BOUYGUES ..............................................
31,22
+0,1
31,92
CAPGEMINI ..............................................
96,74
-5,85 101,8
CARREFOUR ..............................................
16,965 +0,53
17,115
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,546 -1,82
11,71
DANONE ..............................................62,87
-0,43 63,55
DASSAULT SYSTEMES ..................................
108,6
-5,57 113,15
ENGIE .............................................. 11,62
-0,64
11,74
ESSILORLUXOTTICA ..................................
119,5
+2,8
120,2
-1,12 489,7
HERMES INTL ..................................485,6
KERING ..............................................353,1
-3,79 362,5
L'OREAL ..............................................189,75
-0,65 192,2
LEGRAND ..............................................55,44
-1,67 55,76
LVMH .............................................. 258,05
-1,98 261,55
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
39,34
104,75
94,1
22,64
68,54
21,9
47,345
30,3
96,62
16,575
11,486
62,23
108,6
11,6
114,5
482,6
351,7
188,55
54,56
257,55
0,611
0,383
0,329
0,235
2,372
0,387
0,423
0,515
1,033
0,56
0,329
0,274
0,317
0,269
0,559
0,09
0,333
0,112
0,24
0,158
-8,51
-0,1
+13,42
-15,27
-42,32
-10,45
-23,6
-27,92
-2,17
-5,96
-16,33
-10,12
+22,59
-18,94
+8,82
-3,34
+2,6
-13,63
+5,15
JOUR
INNATE PHARMA S’ENVOLE DE 37,20 %
Dans un marché en forte baisse, avec un
indice CAC 40 en repli de 1,55 %, à moins
de 5 000 points, une valeur s’est nettement distinguée à la hausse, mardi. Il s’agit
d’Innate Pharma, société de biotechnologie française qui s’est adjugé 37,20 %, à
6,57 euros. Cette envolée boursière s’explique par l’annonce par le groupe pharmaceutique AstraZeneca d’une prise de
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
87,24 -1,36
ORANGE ..............................................13,705 -1,3
PERNOD RICARD ..................................
129,5
-2,37
PEUGEOT ..............................................
20,03 +1,42
♣ 53,86 -0,22
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
65,1
-1
SAFRAN ..............................................
105,2
-2,73
SAINT GOBAIN ..................................31,76
-1,2
SANOFI ..............................................77,02 -0,36
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
59,2
-1,1
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
33,6
-1,44
SODEXO ..............................................85,14 -0,79
STMICROELECTRONICS .............................
13,52 -3,36
TECHNIPFMC ..................................24,07 -4,37
TOTAL .............................................. 51,06 -1,96
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
158,92 -0,5
VALEO .............................................. 30,35 +0,6
VEOLIA ENVIRON. ..................................
16,87 -0,41
♣
VINCI .............................................. 74,46 -2,95
VIVENDI ..............................................21,3
-1,25
+HAUTJOUR +BAS JOUR
88,26
13,915
130,9
20,1
54,62
65,38
107,2
31,995
77,52
59,48
33,905
85,78
13,61
24,92
52,16
160,06
30,62
17,015
76,08
21,53
85,5
13,69
127,05
19,055
53,7
62,27
104,75
31,5
76,43
58,58
33,36
84,82
12,955
23,95
50,82
157,8
28,84
16,73
74,06
21,3
%CAP.ECH
0,644
0,34
0,326
0,771
0,366
0,802
0,365
0,374
0,187
0,372
0,606
0,193
0,575
0
0,253
0,294
2,879
0,283
0,353
0,4
31/12
-27,03
-5,32
-1,86
+18,14
-4,92
-22,42
+22,45
-30,93
+7,2
-16,45
-21,95
-24,02
-25,73
-6,89
+10,89
-51,26
-20,71
-12,55
-4,1
LES DEVISES
seule société à subir les foudres du
marché. En fin de semaine dernière, l’action Bouygues avait décroché de 12 % en une seule séance
après l’annonce de prévisions d’activité moins bonnes que prévu dans
la construction. Dans le secteur
automobile, l’action Valeo a perdu
un quart de sa valeur au cours des
30 derniers jours, à la suite d’un ralentissement de l’activité en Chine.
Même scénario pour Michelin, avec
un recul 18 % sur la même période.
Dans de moindres proportions, des
valeurs de luxe comme LVMH, Kering et Hermès ont aussi fait les frais
de craintes concernant les perspectives du marché chinois.
« Les détenteurs de sicav ont accumulé d’importantes plus-values.
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,6243
1,5047
0,881
8,999
128,76
1,1424
1,1478
3,266
11,103
6,6227
20,5534
7,9613
84,4435
136,3056
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
Face à la multiplication des séances
de baisse, ils désengagent pour préserver leurs gains, explique Max
Hamlin, gérant chez Trusteam Finance. Les fonds sont submergés par
les demandes de rachats et, pour y
faire face, ils vendent en priorité les
titres en position de faiblesse. » Le
mouvement est accentué par la disparition des arbitragistes en raison
de l’alourdissement des contraintes
imposées aux établissements financiers qui profitaient auparavant des
baisses pour ramasser les titres
massacrés. La généralisation des algorithmes qui déclenchent des
ventes automatiques au moindre
écart constaté entre les annonces de
résultats et les attentes du marché
ne fait qu’enfoncer le clou. ■
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34300
34000
-1,29
NAPOLEON ..................................................... 202,9
202,8
-1,93
PIECE 10 DOL USA .....................................................
560
560
-4,76
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212,5
212,5
-0,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1140
1140
-2,4
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
201
199,5
-1,47
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
293
293
-3,93
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1280
1280
-2,29
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,8
112,8
+2,73
PIECE SUISSE 20F .....................................................
201
200,9
-0,84
PIECE LATINE 20F .....................................................
204
201
+0,54
SOUVERAIN ..................................................... 254,8
254,8
-2,26
KRUGERRAND .....................................................1140
1136
+1,9
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
264,31
19/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
47,05
19/10/18
BELLATRIX C ................................................
325,42
19/10/18
SIRIUS ................................................53,88
19/10/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
participation de 9,8 % dans la société dans
le cadre d’une émission d’actions. Pour
prendre pied dans le capital du spécialiste
français de l’immunothérapie anticancéreuse, le laboratoire britannique n’a pas
hésité à souscrire à 6,26 millions de nouvelles actions Innate Pharma à 10 euros
l’action, soit plus du double du cours de
clôture de lundi de 4,79 euros.
Un accord signé entre les deux groupes prévoit qu’Innate Pharma acquiert les
droits de commercialisation de l’anticancéreux Lumoxiti, développé par l’entité
de biotechnologie d’AstraZeneca aux
États-Unis et en Europe. Le Lumoxiti est
un traitement contre une forme rare de
leucémie développé par le groupe britannique et récemment approuvé par la FDA
(Food and Drug Administration) américaine. AstraZeneca voit dans cette opération une opportunité de se renforcer dans
le secteur très prometteur de l’immunooncologie et notamment du cancer colorectal. Le groupe britannique effectuera
également des versements d’un montant
total de 170 millions d’euros pour les
droits de plusieurs traitements expéri-
mentaux d’Innate. La société française
versera de son côté jusqu’à 75 millions
d’euros pour le Lumoxiti d’AstraZeneca.
La hausse de l’action Innate Pharma est
impressionnante, mais elle mérite d’être
relativisée. Au cours actuel, le titre est
loin des plus hauts de 2015. Il retrouve
tout juste ses niveaux du début de l’année 2007. ■
A
22,2 %
ROLAND LASKINE £@RolandLaskine
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Maxime Saada, président
du directoire de Canal +,
le 11 octobre à Paris.
Canal +
en guerre
contre le cinéma
français
V. ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
La chaîne va repartir de zéro
et nouer de nouveaux accords
de financement.
CAROLINE SALLÉ £@Carolinesalle
CINÉMA Le torchon brûle entre
Canal + et le cinéma français. Dans
une lettre datée du 19 octobre et dévoilée par Satellifax, le groupe détenu par Vivendi a mis fin brutalement aux discussions concernant
ses engagements financiers envers
la filière, qui doivent être renouvelés d’ici à la fin 2019, et qui intervenait dans le cadre du projet de réforme de la chronologie des médias.
Maxime Saada, le président du
directoire de Canal +, estime que
son groupe a déjà fait beaucoup de
concessions, alors que le cinéma
n’en fait aucune. « Je suis convaincu
que cette attitude s’exercera à notre
détriment à tous », met-il en garde.
Le sujet est d’importance : la chaîne
Canal + est le premier financier du
cinéma. Il y a investi 158 millions
d’euros l’an dernier.
Dans son courrier, Maxime Saada
considère que cette accumulation
de concessions auxquelles son
groupe a consenti « finit par s’exer-
cer au détriment des intérêts de
Canal + », écrit-il.
Le temps de la diplomatie est révolu. La chaîne, qui dit avoir prévenu la filière, souhaite désormais repartir d’une feuille blanche pour
nouer de nouveaux accords de financement, sans prendre en compte les avancées préalables. À vrai
dire, cela fait un an déjà que Canal +
veut renverser la table.
En octobre 2017, dans les colonnes du Figaro, Maxime Saada avait
proposé un « new deal » au cinéma
et réclamé des changements drastiques. Canal + dépense énormément
dans les contenus et n’est propriétaire de rien, expliquait-il. « Cela
doit changer, nous devons nous
constituer un patrimoine audiovisuel
et cinématographique en devenant
copropriétaire des œuvres », insistait-il. Problème : pour avoir la
main sur les droits des films, « Canal + demande à ce que sa filiale StudioCanal devienne le producteur délégué. Le groupe étant le guichet
dominant du cinéma, autrement dit
un passage obligé, il a entre les
mains tous les projets et peut ainsi
capter les plus intéressants afin de les
exploiter dès leur sortie en salle. Au
final, les producteurs, eux, se retrouvent relégués à de simples prestataires de services », indique un
très bon connaisseur du dossier.
Une aubaine pour les petits acteurs,
pas pour les plus gros.
Si Canal +
« veut
divorcer
du cinéma,
qu’il le dise
franchement
et qu’on
lance la
procédure
»
UN ACTEUR
DE LA FILIÈRE CINÉMA
Alléger les contraintes
L’opacité sur le nombre d’abonnés
et les ressources globales du groupe
n’est pas de nature non plus à rassurer le cinéma. « Une usine à gaz »,
selon un acteur du secteur. En somme, une partie de la filière craint un
tour de passe-passe financier au détriment du cinéma, quand Canal +,
de son côté, s’agace de voir la liste
de courses rallonger indéfiniment,
comme si la situation de la chaîne
cryptée, soumise à rude concurrence, n’avait pas bougé. « Il faut non
seulement empiler les desiderata de
17 organisations aux intérêts divergents, mais en plus rassurer le cinéma en acceptant de payer à l’avenir
un montant fixe plutôt que variable »,
s’agace-t-on chez Canal +.
Le courrier, quoi qu’il en soit, a
pris le cinéma de court. De l’aveu de
l’un des protagonistes, les négociations avec Maxime Saada se passaient bien. « Nous étions très proches d’un accord. Mais, en l’espace de
72 heures, on est passés de la câlinothérapie aux aboiements. Alors qu’ils
ont du mal à sécuriser leurs droits
sportifs et qu’ils ont besoin du cinéma
pour consolider leur modèle, pourquoi
ne pas sécuriser leurs investissements
jusqu’en 2022 ? » s’interroge-t-il.
« Cela fait un an que nous sommes
proches d’un accord. Canal + est quasiment le seul contributeur au cinéma,
il faut que la filière revienne à la réalité », estime la chaîne.
Le flottement actuel a eu pour
effet de relancer la machine à spéculations sur l’avenir de Canal +.
« La vraie question est de savoir s’il
y a une volonté claire de la part de
Vincent Bolloré de signer ces accords de financement. S’il souhaite
revendre Canal + à court terme, il a
tout intérêt à faire traîner les choses.
Ne pas signer des obligations de financement aujourd’hui, c’est une
manière d’alléger, aux yeux de potentiels acheteurs, ce qui pourrait
apparaître comme une contrainte »,
indique un acteur de la filière cinéma. « Si Canal + veut divorcer du cinéma, qu’il le dise franchement et
qu’on lance la procédure afin que la
filière travaille avec le gouvernement et les parlementaires pour assurer son avenir, déclare un autre.
Sinon, remettons-nous autour de la
table. Pour danser le tango, il faut
être deux. » ■
Riester garde le cap de la réforme sans préciser ses contours
Le nouveau ministre de la Culture estime que la publicité n’a pas fondamentalement sa place sur le service public.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
Franck Riester,
ministre de la Culture.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
MÉDIAS Exercice d’équilibriste pour
Franck Riester, invité mardi de la
matinale de France Inter. Le nouveau
ministre de la Culture, qui remplace
Françoise Nyssen depuis la semaine
dernière, n’a pas donné beaucoup de
détails sur l’avancement des principaux dossiers relevant de sa compétence. À ce stade, il garde le cap. La
priorité budgétaire de rénovation du
patrimoine, qualifiée de « grande
ambition », est assumée. Les principaux dossiers en cours - négociation
entre Canal + et les producteurs de
cinéma sur la chronologie des médias (lire ci-dessus), réformes de
l’audiovisuel public ou de la redevance - restent sur les rails. Franck
Riester prône avec énergie le changement et l’adaptation aux « nouveaux usages numériques ». Il affirme
travailler en continuité avec ce qui a
été déjà engagé, tout en ayant en tête
le souci du consensus.
Ne fâcher personne. À cet exercice, le ministre s’est montré exemplaire. Sur les dossiers complexes,
Franck Riester évoque le « temps
long ». À court terme, il n’espère pas
de blocage. Les discussions tendues
entre Canal+ et les producteurs sur
le financement du cinéma? Le nouveau locataire de la Rue de Valois se
veut « optimiste », « qu’ils prennent
toutes leurs responsabilités », ajoute-t-il, en concluant tout de même
qu’« il faut un accord », et que « la loi
pourra trancher » si les parties n’en
trouvent pas.
Sur l’épineux dossier de l’audiovisuel public, le ministre s’est gardé
de seulement évoquer une entreprise publique unique, une « BBC à
la française », qui avait pourtant
jusqu’ici ses faveurs. Sans prononcer le mot tabou, Franck Riester a
seulement constaté la révolution
des usages et des attentes des publics, qui conduisent « tous les
groupes audiovisuels privés ou publics à se rapprocher pour mutualiser
leurs moyens ». Franck Riester
constate - « partout ailleurs, ils s’organisent différemment » - et estime
que le modèle actuel devra évoluer
« sur le temps long ». Tout en soulignant les « belles initiatives » déjà
prises et le « travail remarquable »
de l’audiovisuel public comme
Franceinfo, il prévient : « Pour
autant, il faut s’adapter. Si on n’est
pas en mouvement, on est faible. »
Le ministre a par ailleurs confirmé le schéma d’un plan d’économie
de 190 millions d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, dont
160 millions pour France Télévisions. À propos de publicité, partie
intégrante du financement actuel
de France Télévisions et Radio
France, Franck Riester juge fondamentalement que ce « n’est pas la
priorité » et même qu’« elle perturbe
l’écoute des programmes ».
Pour la pub ciblée à la télé
Pour la redevance, pas de détail non
plus ou de calendrier. Mais la volonté affichée de réformer le modèle actuel, en concertation avec les
ministres de l’Économie et des
Le marché de la réalité virtuelle ne décolle pas
Facebook, qui avait misé 2 milliards de dollars sur Oculus, change de stratégie.
- 34 %
A
La baisse des ventes
de casques de réalité
virtuelle dans le monde
sur un an
(au deuxième trimestre
2018)
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIE Pour Brendan
Iribe, fini de jouer. L’un des cofondateurs d’Oculus, la filiale de
Facebook spécialisée dans la
réalité virtuelle, a annoncé lundi
son départ du groupe. Palmer
Luckey, autre cofondateur très
médiatique de la société, l’avait
déjà quitté en 2017. « Nous avons
beaucoup avancé, mais le voyage
débute à peine, a commenté
Brendan Iribe sur sa page Facebook. La réalité virtuelle et la
réalité augmentée doivent encore
s’améliorer et Oculus dispose de
la meilleure équipe pour cela. »
Quatre ans après le rachat
d’Oculus par Facebook pour
2 milliards de dollars en pleine
folie de la réalité virtuelle, les intentions du groupe ont changé.
D’après Techcrunch, le départ
de Brendan Iribe aurait été motivé par le fait que le projet du
nouveau casque « Rift 2 » aurait
été annulé par Facebook. Ce
dernier est forcé de s’adapter
aux évolutions du marché.
Des appareils autonomes
de moins bonne qualité
De fait, après plusieurs années
d’enthousiasme, les entreprises
ayant investi dans ce secteur ont
revu leurs prétentions à la baisse,
voire ont abandonné le secteur,
faute de résultats satisfaisants.
« Nous imaginions le marché deux
à trois fois plus grand qu’il ne
l’était vraiment, c’est tout », a
commenté la semaine dernière
Hilmar Veigar Pétursson, PDG du
studio de jeux vidéo CCP, au site
spécialisé Destructoid. L’entreprise a abandonné tous ses projets de réalité virtuelle fin 2017.
Des start-up spécialisées dans la
réalité virtuelle ont aussi fermé
ou changé complètement leurs
activités. Jaunt, qui produisait
des caméras capables de filmer en
360 degrés, a annoncé qu’elle allait se consacrer à la réalité augmentée, après avoir licencié une
grande partie de ses employés.
Aucun des appareils haut de
gamme disponibles sur le marché
(PS VR, HTC Vive, Oculus Rift)
n’a rencontré un franc succès, à
cause de limitations techniques,
d’une offre pauvre en jeux, et de
prix élevés. Seuls les appareils
moins onéreux ont trouvé un public. Au deuxième trimestre
2018, la vente globale de casques
de réalité virtuelle a baissé de
34 % sur un an, d’après IDC.
Dans le détail, on observe pourtant que ce chiffre pour les appareils autonomes (qui n’ont besoin
ni d’ordinateurs ni de smartphones) a explosé de 417 % sur la
même période, même s’ils ne représentent encore qu’un quart
du marché. Des constructeurs
comme Xiaomi se sont positionnés sur ce créneau en pleine
croissance. Les ventes des casques s’utilisant avec des smartphones sont en revanche en déclin, comme celui des appareils
très haut de gamme.
Facebook en tire les conséquences et mise désormais sur
des appareils autonomes, de
moins bonne qualité mais plus
accessibles, comme l’Oculus Go
et le futur Oculus Quest, disponible l’année prochaine pour moins
de 400 dollars. Il développe aussi
un réseau social de réalité
virtuelle et promeut de courtes
vidéos. Les efforts de Facebook
dans ce secteur sont désormais
dirigés par Hugo Barra, ancien de
Google et de Xiaomi, débauché
en 2017. ■
Comptes publics, pour « revenir aux
fondamentaux ». Une redevance
universelle ? Là encore, Franck
Riester a botté en touche.
Pavé dans la mare de la presse et
de la radio, qui y sont hostiles, le
ministre s’est en revanche déclaré
favorable à une « meilleure personnalisation et à la possibilité de mieux
cibler » la publicité TV, c’est-à-dire
à la publicité adressée. Le rapport
Bergé préconise un test de 18 mois
qui pourrait donc avoir bien lieu.
Pour le pass Culture, qui doit être
proposé à tout jeune de 18 ans, le
mot-clé est aussi « expérimentation ». Tout dépendra de ce qu’il
coûte au regard d’un objectif : que le
public « s’y retrouve » et que le budget soit « raisonnable », a indiqué le
ministre. ■
EN BREF
NETFLIX S’ENDETTE
UN PEU PLUS
£ Pour financer ses
investissements dans la création,
Netflix veut lever 2 milliards
de dollars dans le cadre
d’une émission obligataire.
DATE LIMITE POUR
LA PREMIER LEAGUE
£ Les diffuseurs français
intéressés par les droits de la
Ligue anglaise de foot sur les trois
prochaines saisons ont jusqu’au
31 octobre pour se positionner.
Ces droits sont aujourd’hui
détenus par RMC Sport.
CROSSCALL LÈVE
12 MILLIONS D’EUROS
£ Le fabricant français
de smartphones dédiés
aux sports d’extérieur a levé
12 millions d’euros auprès
du fonds d’investissement
d’Amundi. Il vise 80 millions
d’euros de revenu cette année.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 078 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
À LA DÉCOUVERTE DU PANTALON
PARFAIT, TAILLÉ SUR MESURE
PAR PHILIPPINE JANSSENS PAGE 32
STYLE
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 31
Louis Vuitton
CHI-FOU-MI PRODUCTIONS-TRÉSOR FILMS/STUDIOCANAL
« Le Grand Bain »
À l’eau,
maman,
bobo
Gilles Lellouche met en scène
des vaincus de la vie lancés
dans une improbable compétition
aquatique. Une comédie tendre
et rafraîchissante. PAGE 28
De gauche à droite : Jean-Hugues Anglade, Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Balasingham Thamilchelvan et Alban Ivanov.
Pannonica,
la baronne du jazz
MUSIQUE Un somptueux album rassemble
les morceaux de ce mécène de la scène
new-yorkaise des années 1950 et 1960.
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
E
lle avait deux amours : les
chats et le jazz. Pannonica
de Koenigswarter a vécu
une première vie avant de
se consacrer à ses deux
passions. Cette fille d’un baron anglais née Rothschild était l’épouse
d’un ambassadeur et la mère de cinq
enfants. Pilote d’avion à ses heures,
c’est dans un aérodrome – celui du
Touquet – qu’elle fait la connaissance
de son mari, le baron Jules de
Koenigswarter, un des premiers
hommes à rejoindre le général de
Gaulle à Londres après l’appel du
18 juin 1940. Elle explore ensuite le
continent africain. C’est en 1952, à
l’âge de 39 ans, après son divorce,
qu’elle se réinvente dans le New
York des jazzmen : elle devient leur
muse, leur protectrice, leur confidente. « Nica » est née.
Familiarisée au jazz grâce à la discographie de son père, elle se transforme en un des acteurs clés de la révolution musicale new-yorkaise des
années 1950 et 1960. Agent d’Art
Blakey et ses Messengers, elle fréquente les plus grands artistes de cette
scène : Duke Ellington, Lionel Hampton, Sun Ra, Miles Davis… À chacun
d’entre eux, elle demande de formuler
spontanément leurs trois vœux les
PHILIPPINE JANSSENS ; LOUIS VUITTON
plus chers. Miles aura une seule réponse, glaçante : « Être blanc. »
Dans l’Amérique des droits civiques, cette femme blanche et riche
qui fréquente des musiciens afroaméricains défraie la chronique.
Animée par sa passion dévorante,
« Nica » s’en fiche, et tant mieux.
C’est ce qui la rend immortelle, trente ans après sa disparition. Le label
Cristal accompagne cet anniversaire
avec un événement de taille : une
compilation des morceaux que la
femme a inspirés à ses amis.
Une belle liste
De Horace Silver à Barry Harris, en
passant par Sonny Clark ou Tommy
Flanagan, la liste est belle. Tous ont
composé au moins un titre en son
hommage. Certains en ont gravé
plusieurs, tel Thelonious Monk. Le
pianiste génial était particulièrement
proche de la belle, qui l’a hébergé de
longues années dans la « Cathouse ».
Dans cette grande demeure sur les
rives de l’Hudson où la baronne
s’installe en 1972, elle abrite plus de
200 félins ! Par un heureux hasard,
une bande dessinée de Youssef
Daoudi célèbre l’amitié entre Pannonica et Monk, dans un style très graphique.
Pannonica, 1 CD simple ou un livre disque
2 CD (Cristal/Sony Music).
Monk ! Thelonious, Pannonica...
une amitié, une révolution musicale,
de Youssef Daoudi, éd. Martin de Halleux,
352 p., 35 €, sortie le 8 novembre.
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Gilles Lellouche,
la métamorphose
QUATRE RÔLES
MARQUANTS
Grâce au « Grand Bain », le premier film qu’il réalise seul, l’acteur
voit sa carrière basculer. Et révèle enfin sa vraie personnalité.
PORTRAIT
C
ce père aujourd’hui disparu à qui il
aurait tant aimé montrer Le Grand Bain,
Gilles Lellouche a hérité de l’amour du
cinéma. Plus jeune, dans son collège de
Fontainebleau au sud de Paris, il faisait
sensation en jouant du Molière. Son
grand frère est déjà lancé. Philippe deviendra un dramaturge populaire à succès. Bizarrement, il est souvent question
de la fratrie Dujardin et jamais de celle
des Lellouche. « Les gens ne nous associent pas et nous sommes discrets », dit le
cadet.
LENA LUTAUD
£@LenaLutaud
et après-midi d’automne,
il s’est installé en peignoir face à l’océan
Atlantique sur la terrasse de l’hôtel Spa
MGallery. Quelques heures plus tard, à
la fin de la projection du Grand Bain au
cinéma CGR de La Rochelle, il saute sur
scène. La salle comble lui offre une standing ovation. « Merci du fond du cœur ! »,
lâche Gilles Lellouche qui a coécrit et
réalisé ce film. Aux côtés de Philippe
Katerine, il raconte le désespoir de la
coach après un test de natation synchronisée dans la piscine des années 1950 du
Raincy, dans l’Est parisien, auquel participent Benoît Poelvoorde, Guillaume
Canet et Mathieu Amalric. Se souvient
qu’un de ses acteurs ne savait pas nager
et avait omis de le dire. Dévoile avec
malice les « révoltés du Bounty » après
qu’il a demandé à ses acteurs de se raser
les poils. Un gâteau crémeux arrive. Il
souffle les bougies. « Ici, ici, c’est La Rochelle ! », scande le public d’habitués.
Depuis le Festival de Cannes en mai et
Angoulême en août, Gilles Lellouche a
voyagé avec son film dans la France entière. Le bouche-à-oreille a pris. Avant
sa sortie, 45 000 spectateurs ont déjà vu
Le Grand Bain. Entre une météo qui donne enfin envie d’aller au cinéma, les vacances de la Toussaint et une autoroute
jusqu’à décembre grâce à l’absence de
concurrence, son film est parti pour être
un triomphe commercial doublé d’un
succès critique.
STUDIOCANAL
rière d’acteur décollait et c’était compliqué d’écrire avec des interruptions de
trois mois, explique-t-il. Et puis, le montage de Narco n’avait pas été une bonne
expérience. J’en ai gardé une petite
peur ». Alors il a joué dans beaucoup de
films. Être drôle et affable dans le travail
lui sert. L’industrie du cinéma l’aime
beaucoup. Proactif, il s’est toujours donné les moyens de réussir et d’être curieux. C’est de famille.
Sa mère Isabelle fut chanteuse avant
de se consacrer à ses fils : Philippe, né
lors d’un voyage en 1966 à Tel-Aviv en
Israël, et Gilles, né six ans plus tard à
Savigny-sur-Orge dans l’Essonne. Son
père Claude, Juif algérien, n’a eu de cesse de changer de métier. Un peu comme
son fils qui multiplie les personnages. De
dégaine mal assurée en maillot de bain
serrés, il rend attachants ces pieds nickelés du quotidien, qui n’ont pas peur
du ridicule. Chapeau aux comédiens !
Il y a quelque chose du récit initiatique et un optimisme revigorant dans ce
film faussement bobo, authentiquement solidaire. Sous la légèreté apparente sourdent une douceur mélancoli-
que et même une tristesse palpable. Ces
manchots en slips et bonnets de latex,
solitaires au fond, ne manquent pas
d’allure. « On va chercher la fille qui est
en nous », leur recommande Virginie
Efira en déambulant le long de la piscine municipale.
Gilles Lellouche, qui cosigne le scénario avec Ahmed Hamidi (ex-auteur
CHI-FOU-MI PRODUCTIONS-TRÉSOR FILMS/STUDIOCANAL
Paumés, en galère et/ou dépressifs,
Bertrand (Mathieu Amalric), Laurent
(Guillaume Canet), Marcus (Benoît
Poelvoorde), Simon (Jean-Hugues Anglade) et Thierry (Philippe Katherine)
s’initient à la natation synchronisée.
« Call Me ! » crie Blondie pendant les
entraînements où les sportifs en herbe
sont malmenés par Delphine, une entraîneuse fumeuse qui pointe aux
Alcooliques anonymes (Virginie Efira),
puis Amanda, une sadique en fauteuil
roulant (Leïla Bekhti). Objectif ? Être
sélectionné au championnat du monde.
A
Au-delà des apparences
Inspiré par un documentaire sur cette
discipline sportive et sans doute par The
Full Monty, Gilles Lellouche offre une
belle galerie de personnages masculins
pour sa première réalisation en solo.
Chacun espère un avenir meilleur, se
mouille au sens propre du terme, apprend à s’accepter, voire à se dépasser
et grandit enfin. Filmant leurs mines
déconfites, leurs kilos superflus et leur
Dans ce premier film de Rémi
Bezançon, Gilles Lellouche joue
Ludo, le bon copain de Vincent
Elbaz et de Marion Cotillard. Une
comédie sympathique qui lui vaut
à 33 ans d’être nommé au César
du meilleur jeune espoir masculin.
Le Grand Bain offre une galerie de personnages masculins très attachants.
des « Guignols de l’info ») et Julien
Lambroschini, est allé, lui, la chercher,
la fille qui est en lui. Généreux, il filme
les acteurs au plus près, sur terre et sous
l’eau, avec une caméra qui sait se faire
discrète. Va au-delà des apparences. Et
si les hommes sont les héros de son
long-métrage, les femmes ne sont pas
oubliées. Leurs rôles sont soignés. La
complicité entre eux est palpable et
leurs échanges ne manquent pas de piquant. Quatorze ans après Narco, Gilles
Lellouche s’essaie à la comédie avec
succès. Projeté au dernier Festival de
Cannes hors compétition, Le Grand
Bain a fait rire de bon cœur les festivaliers qui ont offert une standing-ovation à son réalisateur, ému aux
larmes. ■
« Le Grand Bain »
Comédie de Gilles Lellouche
Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet,
Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine,
Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira,
Leïla Bekhti, Marina Foïs
Durée 1 h 58
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
2009
« UN SINGE
SUR LE DOS »
Ce drame de Jacques Maillot
raconte la lente dégringolade
d’un alcoolique. Après avoir tout
perdu, Francis (Gilles Lellouche)
va tenter de se reconstruire
en intégrant un groupe
des Alcooliques anonymes.
2010
« LES PETITS
MOUCHOIRS »
Dans ce film de Guillaume Canet,
Gilles Lellouche joue le bon copain
un peu beauf au grand cœur.
Et se retrouve nommé aux César
comme meilleur second rôle
masculin. Il reprendra ce rôle
dans la suite baptisée
Nous finirons ensemble
(sortie au cinéma fin mars 2019).
2012
« THÉRÈSE
DESQUEYROUX »
L’adaptation du roman
de François Mauriac sera
le dernier film de Claude Mille.
Dans ce drame de la fin des
années 1920, Gilles Lellouche
joue Bernard Desqueyroux,
un mari bourgeois, lentement
empoisonné par son épouse
Thérèse (Audrey Tautou).
MANDARIN FILMS/M6 FILMS/COLLECTION CHRISTOPHE L ; ARTE FRANCE-CAURI FILMS ; EDDY BRIERE/UGC DISTRIBUTION ; JEAN-CLAUDE LOTHE/LES PRODUCTIONS DU TRESOR
Gilles Lellouche lors du tournage du « Grand Bain », le 15 février 2017.
à côté de qui j’étais, confie l’intéressé. À
cause de mon physique, on m’associe à un
voyou, un flic ou à un copain branleur. Il
était grand temps de faire un film qui me
ressemble. » Cécile Felsenberg ajoute :
« C’est en entendant sa voix dans les bureaux des producteurs Alain Attal et Hugo
Sélignac* que Jeanne Herry a saisi ce qu’il
pouvait apporter au personnage tout en
nuance dans Pupille. »
Réalisateur depuis le milieu des années 1990 puis acteur au début des années 2000, il n’a jamais connu de traversée du désert. Son nom figure au
générique d’une cinquantaine de films et
d’une dizaine de clips pour NTM,
MC Solaar… C’est à la fois beaucoup et
peu. Après avoir coréalisé Narco, « plusieurs scripts n’ont pas vu le jour. Ma car-
Jamais il n’a regretté d’avoir abandonné
les Beaux-Arts pour le Cours Florent.
C’est là, puis au Trésor, un joyeux café
au fond d’une impasse du Marais, qu’il
rencontre sa bande. Composée d’une
trentaine d’auteurs, acteurs, agents,
avocats et producteurs, cette sphère à
l’esprit entrepreneur est dotée d’un vif
esprit artistique et sait humer l’air du
temps. Ils se donnent les moyens de
réussir et savent faire jouer leur réseau.
Le noyau historique est composé de
Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, Cécile Felsenberg et le producteur Alain Attal. Tous aujourd’hui
occupent des positions stratégiques
dans le septième art.
La carrière de Gilles Lellouche est un
travail de coureur de fond dont il récolte
aujourd’hui les fruits. S’il n’avait pas
joué en 2015 dans Belles Familles de
Jean-Paul Rappeneau, il n’aurait pas
rencontré Mathieu Amalric. Et cet acteur, symbole du très chic cinéma
d’auteur, n’aurait pas tourné dans Le
Grand Bain où Lellouche réunit plusieurs
familles : des anciens du Jamel Comedy
Club à l’idole de 37°2 du matin. Sans
Narco, cosigné avec Tristan Aurouet,
Lellouche n’aurait pas non plus réussi
une réalisation aussi soignée. Les films
sont souvent trop longs. Lui a su couper.
Au milieu de sa bande avec laquelle il a
souvent travaillé, au point d’admettre
qu’il faudrait « sortir de sa zone de
confort et changer le menu pour nous,
pour vous », Lellouche n’a pas vu sa notoriété exploser comme celle de ses
amis. Après six ans dans le salon des
Français avec Un gars une fille sur France 2, Jean Dujardin a enchaîné les succès
et finit avec un Oscar. Guillaume Canet a
travaillé très tôt et était déjà installé
avant de construire une famille avec
Marion Cotillard, star internationale. Il a
manqué à Gilles Lellouche, « le » film
phare avec un imposant box-office sur
son seul nom. En 2012, il passe à deux
doigts de s’aliéner à jamais les spectatrices qui ont détesté le machisme à l’état
brut des Infidèles. Dans ce cas précis,
avoir été dans l’ombre de Jean Dujardin
a été une vraie chance. ■
* Lire le portrait page 35.
Leur planche de salut
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
« MA VIE EN L’AIR »
« Sortir de la zone de confort »
« Un film qui me ressemble »
Tous les réalisateurs en rêvent. Pour
Lellouche, 46 ans, c’est sans doute plus
important que pour d’autres. Ce film
personnel, c’est cinq ans de travail. Le
premier qu’il réalise seul. C’est surtout
celui qui devrait faire basculer sa carrière. Depuis les 3 millions d’entrées du
Sens de la fête d’Éric Toledano et Olivier
Nakache l’an dernier, son personnage
de DJ a marqué les esprits. Même le milieu du cinéma le regarde différemment.
« Comme si tous les grands rôles qu’il a
interprétés avant n’avaient jamais existé », s’étonne son agent Cécile Felsenberg. Et d’énumérer le mari bourgeois
de Thérèse Desqueyroux, Zampa le caïd
de La French, Éric, le bon copain des
Petits Mouchoirs.
Derrière Le Grand Bain arrive en décembre une autre pépite : Pupille de
Jeanne Herry où Gilles Lellouche accueille chez lui un bébé en attente
d’adoption. Dans ces deux films, il dévoile de nouvelles facettes : celle d’un
acteur-réalisateur sensible, capable de
poésie, d’humour, de doutes, d’angoisse. « J’ai longtemps eu l’impression d’être
2005
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LE FIGARO
CULTURE
mercredi 24 octobre 2018
29
À l’Est
du nouveau
CHRONIQUE Prix de la mise en scène au
Festival de Cannes, « Cold War » apparaît
comme un roman envoûtant centré
sur deux héros. Filmés sans tricherie
dans le Paris bohème des années 1950,
ils sont lumineux.
Joanna Kulig
et Tomasz Kot,
dans Cold War.
LUKASZ BAK/DIAPHANA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
L
es pianistes préfèrent les
blondes. En Pologne, après
la guerre, Wiktor, qui prospecte la campagne pour relancer la musique traditionnelle, repère la brûlante Zula. Elle
chante comme si sa vie en dépendait.
Le pays est en ruine. Elle se dresse
comme un geyser sur un lac. Dans le
chœur, on ne voit qu’elle. En costume
folklorique, elle fait sensation. Elle
sait ce qu’elle veut. La danse ? Elle s’y
mettra. L’avenir, elle n’en fera qu’une
bouchée, avec ses grands yeux remplis de secrets. Elle a un culot pas possible, une avidité d’étudiante en école
de commerce.
Dans la salle, Viktor n’en perd pas
une miette. Entre eux, l’amour produit des étincelles. Il la prend sous son
aile. Un officiel du parti s’intéresse
Pawel Pawlikowski,
le passe-frontières
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
Revenu dans sa Pologne natale avec Ida,
Oscar du meilleur film étranger en 2015,
Pawel Pawlikowski la retrouve dans
Cold War, qui s’inspire de l’histoire de
ses parents : un couple impossible et
pourtant toujours lié, à travers les tribulations intimes et politiques des années 1950. Leur séparation a valu au cinéaste de se former en Angleterre, où sa
mère s’était installée. D’Oxford il est
passé à la BBC, comme documentariste : « Un documentariste créatif : je pouvais travailler sur tout ce que j’avais dans
la tête avec une grande liberté. Et
j’aimais ce mode de vie qui permet de disparaître. » Il a bourlingué à travers
l’Europe, a connu enfant la Pologne
communiste, et celle où il vit aujourd’hui n’est pas sans l’inquiéter, avec son
durcissement autoritaire. Des éclats et
des échos de la grande histoire passent
dans Cold War comme dans Ida. Mais il
préfère l’aborder de façon « oblique »,
dit-il : « Je me méfie des films historiques, qui essaient de retracer les événements en leur donnant une interprétation
“
Je me méfie des
films historiques,
qui essaient
de retracer
les événements en leur
donnant une interprétation
didactique
”
PAWEL PAWLIKOWSKI
didactique. On est toujours coincé, poussé à se déclarer. L’Histoire m’intéresse à
condition qu’elle soit prise dans une ligne
narrative. Pour moi, le cinéma est quelque chose de vivant, qui peut faire sentir
l’Histoire, mais à travers des personnages pleins de paradoxes. »
Ainsi, le couple de Cold War vit très
différemment le régime communiste.
« La Pologne stalinienne n’est pas un
problème pour Zula parce qu’elle vient
des bas-fonds, d’une famille destructrice.
Elle adore faire partie de cet ensemble
protecteur. Wiktor au contraire vient de
l’intelligentsia d’avant-guerre, et il
étouffe dans ce régime. Le fait de trahir
son amie Irena, qui adopte la ligne du
Parti alors qu’il a décidé de fuir à l’Ouest,
lui est insupportable. Alors que Zula lui
avoue franchement qu’elle le surveille sur
ordre du Parti, et rapporte ses faits et
gestes, au milieu d’une scène d’amour
passionnée. »
Pawel Pawlikowski, pianiste de jazz
passionné notamment par Coltrane, a
trouvé son film quand il a eu l’idée de
le structurer musicalement. « La musique m’a beaucoup aidé à définir, simplifier et colorer la narration. Il y a trois
motifs de la musique traditionnelle qui
reviennent et se transforment. Les musiciens du début donnent le chant paysan authentique, tel qu’il a été collecté
par des musicologues ethnographes.
Puis elles sont orchestrées dans l’ensemble folklorique. On a forgé le mot
“fakelore”. C’est retravaillé, mais c’est
très beau aussi. Et ça évolue vers le populaire socialiste. Plus tard, à Paris, on
retrouve le même chant joué par Wiktor
en version jazz. »
Il souhaitait tourner en couleur,
mais faute de trouver le chromatisme
de l’époque, il est revenu au noir et
blanc comme pour Ida. C’est comme si
l’exigence formelle le conduisait à une
perception plus aiguë de ces amants
singuliers : « Ce qu’on voit n’est pas
exactement de l’amour. Ils sont heureux ensemble, mais leur relation est
tout le temps empoisonnée. On a cette
idée de l’amour absolu : mais ce n’est
tout simplement pas possible, c’est toujours relatif. Je voulais montrer que ça
ne fonctionne jamais, entre eux. Et
pourtant, à la fin, quand on se retourne,
on se dit : “C’était l’amour” . »
Mais alors, quelle est selon lui la nature de cet amour à la fois irréalisé et accompli, ce perpétuel « ni avec toi ni
sans toi » ? « Je crois, dit Pawel
Pawlikowski, que dans un monde qui
change sans cesse, il y a seulement une
personne avec qui on a traversé le temps.
Tous les deux sont défaits par la vie, mais
ils renaissent l’un à l’autre, l’un par
l’autre, et ça, c’est vraiment touchant. Ils
se sont trahis et manipulés, mais même si
ce passé est horrible, il y a quelque chose
d’irremplaçable dans le fait de se connaître intimement. J’ai vu mes parents avec
d’autres partenaires qui n’avaient pas la
même expérience, pas le même sens du
paysage, ils ne se comprenaient pas si
bien. Tout change, mais le temps compte :
un ami, un amour, qui ont tenu, c’est ça
qui a du prix. Surtout quand tous les deux
ont vécu ailleurs. Aujourd’hui, il est facile
de se quitter. Mais si on trouve l’autre
pôle magnétique, ce n’est pas l’absolu,
mais c’est quelque chose d’essentiel. »
Le mot « absolu », Pawlikowski le
réserve à cet axe mystérieux qui
nous traverse au plus intime, et nous
dépasse : « J’ai le sens de la transcendance, dit-il. Pour moi, c’est important
le sentiment qu’il existe un absolu :
parce qu’alors, tu ne peux pas faire
semblant. » ■
aussi à cette artiste talentueuse. Elle
tape du pied, cède à ses caprices (les
autres n’ont qu’à suivre). Il fond. La
passion n’est pas un vain mot. Elle lui
promet la lune. Il est prêt à l’accompagner. Elle lui avoue qu’elle l’espionne pour le compte des autorités.
Deuxième confidence : elle a été en
prison pour avoir tué son père. Elle
n’en rougit pas. « Il m’a confondu avec
ma mère. Un couteau lui a montré la
différence. » La troupe se produit à
Berlin-Est. Viktor en profite pour
passer à l’Ouest. Zula a juré qu’elle le
suivrait. Il l’attend pour rien. Les regrets se ramassent à la pelle.
À Paris, il cachetonne dans des
clubs de jazz, vit avec une poétesse
qui s’exprime par métaphores (à
Saint-Germain, dans les années 1950,
on tombait déjà sur Jeanne Balibar).
Zula débarque sans prévenir. Quand
ils s’embrassent, on entend presque le
bruit de leurs dents qui s’entrechoquent. Ils reviennent de si loin. Zula a
enregistré un disque en solo. Elle le
trouve mauvais. Elle boit trop, s’enferme dans les salles de bains, grimpe
sur les comptoirs. Un rideau de fer les
sépare. L’incompréhension les isole.
Le temps s’écoule par ellipses.
Wiktor cultive ses illusions, feint de
ne pas avoir renoncé à sa vocation. Il
voulait autre chose. La magie s’est
perdue. Zula sombre au ralenti, bousille ses dons, profane ses sentiments.
Après Ida, Pawel Pawlikowski suit ses
“
Pawel Pawlikowski suit
ses deux héros avec une
mélancolie verlainienne,
dans un noir et blanc
neigeux, en format carré
”
deux héros avec une mélancolie verlainienne, dans un noir et blanc neigeux, en format carré. Dans Cold War,
il les filme sans tricherie, avec une
sorte d’envoûtement. Cet envoûtement est contagieux. On dirait un bref
roman, poignant et nostalgique, dans
un décor de caves et de mansardes,
sous un grand ciel vide.
Joanna Kulig traverse l’écran à la
façon d’une étoile filante, avec son allure de Viking, sa beauté électrique.
Son sourire désarme les plus endurcis.
Elle est inaccessible et lointaine, irrésistible et agaçante. Il faut la voir traverser une boîte de nuit en se déhanchant sur Rock Around the Clock. C’est
une tempête vêtue d’une robe noire.
Sa déception saute à la gorge. Elle a eu
peur. Elle a baissé les bras, ne se le
pardonne pas. Tomasz Kot la contemple avec toute la tristesse du monde.
Leurs cœurs ne battront donc jamais à
l’unisson ? Ils avancent vers leur
chute d’une démarche tranquille et
douce. Dès qu’ils se retrouvent, ils
sont environnés de silence. L’hiver
arrive. Il va durer un long moment. Le
froid gagne leurs âmes. Quel choc. ■
« Cold War »
Drame de Pawel Pawlikoswsi
Avec Joanna Kulig, Tomasz Kot,
Agata Kulesza
Durée 1 h 27
■
L’avis du Figaro : ○○○○
A
LE CINÉMA
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
Jean-Paul
Rappeneau :
« J’ai été
renversé par
“Citizen Kane” »
Les autres
films
WANG BING/LES ACACIAS
■ « LES ÂMES MORTES »
Documentaire de Wang Bing
en trois parties, 2 h 46, 2 h 44,
2 h 56.
Le grand cinéaste chinois
dresse un extraordinaire
monument funéraire
à la mémoire des victimes de la
répression maoïste contre ceux
qu’on a appelés les «droitiers »,
dans les années 1957 à 1962. Ils
sont morts de faim par milliers
au camp de Jiabiangou,
leurs familles ont été exclues
jusqu’aux années 1980. Le film
est tissé des témoignages
minutieux des survivants.
ENTRETIEN La Cinémathèque de Paris
consacre une rétrospective au réalisateur
de « Cyrano de Bergerac ». L’occasion
de rembobiner ses souvenirs.
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
e n’est pas trop long
ce que je raconte ? C’est vrai qu’on n’est
pas en train d’écrire un livre… » JeanPaul Rappeneau est en verve. Dans son
bureau du XIVe arrondissement de Paris,
le cinéaste de la vitesse prend son temps.
Rétrospective à la Cinémathèque, restauration et réédition de ses films en
salle, en DVD et Blu-ray, le réalisateur
du Sauvage et de Cyrano de Bergerac est
à l’honneur cet automne. Rencontre
avec un homme pas si pressé.
LE FIGARO. – La Vie de château raconte
1944. Bon voyage 1940. Le début et la fin
de la guerre. Vous dites que vous êtes
un enfant de la défaite…
Jean-Paul RAPPENEAU. – Oui, La Vie
de château, c’est la guerre vue par un
enfant, presque comme un grand jeu,
avec des maquisards, des Allemands…
Comme dans le film, on habitait une
grande maison, et les officiers allemands ont réquisitionné des chambres.
Tourner un film à petit budget à Paris,
très peu pour vous ?
À mon petit niveau, il faut une splendeur visuelle. Dès mon premier film, je
n’ai pas fait comme mes camarades de
la Nouvelle Vague qui tourJ’étais fou de Rita Hayworth. Je lui ai
naient boulevard
écrit une lettre, j’avais créé dans mon
Saint-Michel.
Dans La Vie de
lycée le Hayworth’s Club. Sa secrétaire
château, l’Hism’a répondu avec une photo dédicacée
toire avec un
grand H finit par
Dans ses lettres à mon père, ma mère
entrer au bout du jardin. Ça commence
écrit : « Quand je les croise dans l’escaavec une pomme et ça finit avec le Dlier, je ne les regarde pas. » Fin 1944, les
Day.
Américains remplacent les Allemands.
On a des photos du colonel, très beau
Vous vouliez Belmondo pour jouer
garçon. Il s’appelait Kennedy, il y a un
le résistant, finalement interprété par
air de famille. Il est peut-être de la
Henri Garcin…
famille de JFK.
Oui, mais entre-temps il y a l’aventure
de L’Homme de Rio. Philippe de Broca
me demande de l’aider à écrire le scéLa guerre est un jeu d’enfant ?
nario. Il n’avait qu’une ligne : un petit
La guerre, je l’ai frôlée mais elle a beauFrançais a des poignards qui sifflent aux
coup compté. Mon père a fait la guerre
oreilles. Il fallait imaginer le film à parde 1914. Il s’est engagé comme soustir de ça. J’ai écrit les dialogues avec
lieutenant et est sorti avec la Croix de
Daniel Boulanger. Un génie du dialoguerre et la Légion d’honneur. Pour
gue, qui allait écrire ceux de La Vie de
moi, il était un héros. Il avait encore son
château. Dans son appartement du XIVe
pistolet à la maison. En 1939, il repart
pour un deuxième tour. Je ne doute pas
arrondissement, il s’était aménagé un
qu’il va la gagner de nouveau. J’ai
petit bureau dans une ancienne salle de
6-7 ans. Il est fait prisonnier dans un
bains. Un jour, de Broca arrive pour raoflag en Poméranie. Ma mère prend la
masser les copies et nous trouve là. Il
voiture et on part en exode. Mon père
nous dit : « Moi, quand j’ai voulu faire
n’y reste que deux ans parce que Pétain
du cinéma, je rêvais de Hollywood, de
avait obtenu que les pères de quatre
superbes actrices, et je me retrouve dans
enfants soient libérés. Un jour, mon
une salle de bains avec deux chauves ! »
père rentre du travail dans tous ses
états : « Ils ont arrêté Amariglio. »
Et Belmondo, alors ?
Amariglio était son comptable. Un Juif
Je le connaissais des bars de Saint-Gerde Salonique. Ma sœur raconte aussi que
main-des-Prés mais L’Homme de Rio
les filles de cet homme ne sont pas venous rapproche. Il est déjà une star au
nues à l’école. Cela paraissait une
moment de La Vie de château et je ne
absurdité qu’on allait réparer tout de
vois pas comment il aurait pu accepter
suite. Mon père est allé à la mairie
d’être la troisième personne. Alors que
demander pourquoi on avait arrêté son
Les Mariés de l’an II, je l’ai écrit pour lui.
comptable. Il revient et nous dit qu’ils
ne sont plus à Auxerre. Un peu plus tard
Pas de cinéma sans star ?
dans cette même journée, j’ai vu mon
Oui, j’ai découvert le cinéma par Holpère pleurer. Amariglio est mort à
lywood et ses stars : Errol Flynn, Gary
Auschwitz. Patrick Modiano, qui était
Cooper… Et les actrices ! J’étais fou de
assis à votre place quand on écrivait le
Rita Hayworth. La Reine de Broadway,
scénario de Bon Voyage, a retrouvé dans
Gilda… Je lui ai écrit une lettre, j’avais
le livre de Serge Klarsfeld, Mémorial de
créé dans mon lycée le Hayworth’s
la déportation des Juifs de France, le nuClub. Sa secrétaire m’a répondu avec
méro du convoi pour Drancy. Ma sœur
une photo dédicacée… Il faudrait que je
me rappelait récemment que le nom
la retrouve.
d’Amariglio est en haut de la liste sur le
Monument aux fusillés et déportés à
Vous n’avez jamais dirigé Alain Delon.
Auxerre. Les quatre Amariglio. Jacques,
Des regrets ?
Stella, Linette et Dolly, sont en tête de
J’avais pensé à lui pour Le Sauvage. Je
cette triste liste.
lui ai proposé. Il m’a dit : « C’est une
«
A
»
INDIFFÉRENCE DU MONDE »
Drame d’Adilkhan Yerzhanov,
1 h 39.
ARIZONA DISTRIBUTION
PROPOS RECUEILLIS PAR
du Figaro : ○○○¡
■ « LA TENDRE
Jean-Paul Rappeneau, à Hollywood, en 2016.
AFP FORUM
comédie ? Avec moi, ça ne marche pas la
comédie. » J’ai essayé de le convaincre :
« Oui, mais là, justement, on utiliserait
votre statisme. Vous seriez un roc face à
une emmerdeuse. » Il ne se voyait pas en
train de cuisiner un poisson ou grimper
aux arbres pour arracher une banane…
Ça aurait été compliqué. Montand est
très bien, même s’il avait du mal à rattraper Catherine Deneuve. Il me disait
(en imitant Montand, NDLR) : « Vous ne
pouvez pas lui dire de courir un peu
moins vite, parce que sinon je ne vais pas
y arriver et, si je ne la rattrape pas, il va
falloir changer la fin. » Montand savait
que Delon avait refusé le rôle. Belmondo aussi avait été pressenti, mais il
voulait donner le rôle féminin à Laura
Antonelli, sa compagne à l’époque. À ce
moment-là, je pensais à Carole Laure.
Montand, sachant qu’il n’était pas le
premier choix, râlait sur le tournage.
Quand il était question de courir, justement, il disait : « Delon peut le faire,
Belmondo peut le faire, Montand, non. »
Il renâclait parfois ou demandait : « Ça
vous fait rire ça ? » Quand il a vu le film
et son succès, il était ravi. Il m’a dit :
« C’est vrai, on s’est un peu frités, mais
on se doit une revanche et là, je serai
comme un violoncelle entre vos doigts. »
Les droits de la pièce de Rostand venaient de tomber dans le domaine public. Je devais aussi dire avec quel acteur, avant midi ! Avec Depardieu, on
était un peu ami. Je leur ai donné son
nom. Pour Cyrano, il fallait quelqu’un à
la fois très fort et très faible, incapable
de prendre la main d’une femme. Le nez
représente une blessure. Ce matin-là, je
ne voyais que Depardieu pour le jouer.
Exactement comme il est dans le film.
Dès que je voulais parler du personnage
avec lui, il disait : « On verra, on verra. »(Avec l’accent de Montand, NDLR).
Mince, il ne faut pas que je prenne l’accent de Montand. Depardieu me disait :
« Cyrano, je vois bien, un bon vivant,
toujours à bouffer des poulets. » Il
confondait avec Porthos. Au contraire,
Cyrano est un gars qui ne mange pas. Il
me disait : «Ah bon ? » J’ai quand même
demandé aux producteurs un mois de
réflexion pour voir comment le cinéma
pouvait entrer là-dedans. Très vite, j’ai
dit qu’il fallait une ambition visuelle.
J’ai revu toutes les versions de Cyrano.
Je ne voulais pas de deux types qui parlent en alexandrins dans une auberge.
Avec Jean-Claude Carrière, on voulait
écrire un récit en mouvement. Je voulais faire quelque chose du niveau
d’Amadeus, de Milos Forman, qui venait
de sortir à Paris. La guerre en plus. Gaumont ne m’a pas suivi et je suis reparti
sur autre chose. Plus tard, Depardieu
reparle du projet à René Cleitman, producteur chez Hachette Première. Je
réalisais des publicités à l’époque en
Hongrie. On pouvait le tourner en studio à Budapest et on l’a fait.
Vous le retrouvez donc
dans Tout feu, tout flamme…
Oui, et cette fois, j’ai lutté pendant tout
le tournage contre sa tendance à faire le
comique. Dans certaines scènes, il
marchait en sautillant. Il est en robe de
chambre et il minaude. Dès le début,
quand Adjani arrive : « Ouh ma petite
chérie… » Je me souviens que Pierre
Lhomme, qui a fait la photographie
des deux films, me disait : « Dis-lui
quelque chose là, il est grotesque. » Moi
j’en avais marre de me battre avec
À partir de Cyrano, vos films sont plus
graves, plus mélancoliques, non ?
Je filme la mort dans Cyrano, la nostalgie. Je découvre un peu ça. La fin de Cyrano, on l’a
Pour Cyrano, il fallait quelqu’un à la fois tournée dans
l’abbaye de Fontrès fort et très faible, incapable
tenay, non loin
du Morvan de
de prendre la main d’une femme.
mon père. Je reJe ne voyais que Depardieu pour le jouer
gardais
les
rushes à Dijon.
Montand. Je répondais de le laisser faiSur une réplique, l’émotion m’a pris
re, il est tellement content. Mais il reste
d’un seul coup. Depardieu est tellement
un grand artiste.
extraordinaire, j’avais les larmes aux
yeux. Tout le monde l’a remarqué.
Cleitman me dit : « C’est la vieillesse,
Cyrano de Bergerac, c’est un film
mon vieux ! » Je lui ai répondu : « Pas
de commande ?
du tout, c’est l’émotion ! »
Après Tout feu, tout flamme, j’avais un
Rétrospective à la Cinémathèque
projet de film avec Isabelle Adjani et Cafrançaise (Paris XIIe), jusqu’au 3 novembre
therine Deneuve, dans le milieu de la
mode. Il devait s’appeler Chic. Mais
et au cinéma à partir du 14 novembre.
Jean-Louis Livi, mon agent et ami,
Cyrano de Bergerac en version restaurée
m’appelle un jour : « Arrête tout,
en salle le 26 octobre.
Gaumont nous propose Cyrano de BerCoffret DVD et Blu-ray
gerac et il faut répondre aujourd’hui. »
6 classiques restaurés (Pathé).
«
»
La mère de Saltanat exige
qu’elle épouse un homme aisé
de la ville. Le meilleur ami
de la jeune fille l’accompagne
en espérant éviter le pire. Une
tragédie antique entre Roméo et
Juliette et Les Misérables. Noir
mais très beau. NATHALIE SIMON
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
■ « QUIEN TE CANTARA »
Drame de Carlos Vermut, 2 h 02.
R. PALACIOS/LE PACTE
C
«
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
■ L’avis
Vous découvrez le cinéma
à la Libération. Une révélation ?
Oui, le premier film, c’est Robin des
bois, de Michael Curtiz, avec Errol
Flynn. Pour moi le cinéma, ce sont des
gens qui se battent à l’épée. Les Mariés
de l’an II, Cyrano de Bergerac et Le
Hussard sur le toit flirtent avec le film
de cape et d’épée. Le western, le film
noir, je découvre tout ça à la fin des années 1940. Au ciné-club du lycée
Jacques-Amyot, je suis au premier
rang. Un jour, on voit Citizen Kane ! Je
suis renversé, comme beaucoup
d’autres de ma génération. Un scénario
extraordinaire, une photographie en
noir et blanc éclatante, des acteurs formidables… On n’est pas loin du
meilleur film jamais tourné. Je le regarde régulièrement et je suis repris à
chaque fois. C’est beau tout le temps,
comme un diamant. L’idée de faire
peut-être un jour des films germe à ce
moment-là.
Lila, pop-star adulée, a quitté
la scène depuis dix ans après
une amnésie. Son assistante,
Blanca, engage une obscure
chanteuse de karaoké fan
de Lila pour l’aider à revenir. Un
mélodrame musical au féminin,
intrigant, orchestré avec une
subtile élégance malgré
M.-N. T.
quelques longueurs.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « HALLOWEEN » Horreur
de David Gordon Green, 1 h 49.
Laurie Strode (Jamie Lee Curtis)
s’apprête à une confrontation
finale avec Michael Myers,
quarante ans après les
meurtres du psychopathe
masqué. Passée une ouverture
prometteuse, ce slasher
devient insipide, et le couteau
du tueur dans la plaie béante
d’une franchise manque
ROBIN CANNONE
d’inspiration.
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
EN BREF
Remise des prix
Geste d’or 2018
Dans le cadre du Salon
international du patrimoine
culturel, qui se déroule du 25 au
28 octobre au Carrousel du Louvre
(Paris Ier), les prix Geste d’or
seront remis ce mercredi
24 octobre au Studio Théâtre de la
Comédie-Française. Ils mettent
en valeur les métiers de l’habitat
et de la culture. Cette année,
pour les grands prix métiers,
le Geste d’or récompense l’Hôtel
Serge & Marcel Dassault à Paris
et le Train Belmond British
Pullman. Le Geste d’argent salue
le design urbain à Toulouse
et le Palais des papes à Avignon.
Des prix sont aussi remis
pour l’architecture
et l’aménagement urbain.
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LE FIGARO
STYLE
mercredi 24 octobre 2018
31
1
2
3
QUOI
DE
NEUF
CETTE
SEMAINE
5
6
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN
AVEC ÉMILIE FAURE, MARIE-GABRIELLE GRAFFIN,
VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
8
7
9
10
Tous les mercredis, la rédaction sélectionne pour vous le meilleur des tendances mode, nouveautés cosmétiques,
objets de désir, expositions et lieux originaux.
MAISON
L’HIVER ARRIVE
Jean Touitou, fondateur du label français A.P.C. (6), adore les quilts. À la fin
des années 1970, alors qu’il est en poste
chez Kenzo, ses fiches de paie s’accompagnent de chutes de tissus, que sa
mère, déjà mordue de la discipline,
s’empresse d’assembler sous forme de
couverture molletonnée, dans la plus
pure tradition d’antan. Depuis huit ans,
il reproduit l’exercice, confiant les
morceaux d’étoffes de ses collections
destinés à être jetés à Jessica Ogden. La
créatrice jamaïcaine les transforme en
couvre-lits et coussins en patchwork
coloré (500 € le modèle Hegemony assemblé à la main. www.apc.fr). Tout
aussi douillettes, les maxi-écharpes façon plaids en laine ou mohair d’Acne
Studios (1) réchaufferont pendant les
longs mois d’hiver le cou des plus frileuses. À carreaux, logo oversized, imprimé dip-dye, le plus dur sera de
choisir (à partir de 200 €. www.
acnestudios.com).
VESTIAIRE
JOGGING DE LUXE
Vous saturez de voir ces survêtements
mis en vedette dans les vitrines des enseignes de fast fashion, des grands magasins, des griffes de l’avenue Montai-
gne ? Vous êtes plus hygge que hype ?
Plus naturel que synthétique ? Seulement, pas à une contradiction près,
vous avez goûté au confort du
sportswear et ne vous sentez pas prête
à y renoncer. Rien de grave. Entre luxe
et cool, le pantalon en maille se pose là.
Moelleux, confortable, raffiné, il y en a
pour tous les goûts : en baby cachemire
immaculé (du poil de chevreau d’une
douceur et d’une légèreté inégalée),
chez Loro Piana (2) (1 750 €.
www.loropiana.com) noué à la taille
ou légèrement évasé en coton et cachemire chez Alexandra Golovanoff
Tricots (3) (310 €. Tél. : 01 43 20 80 51).
Coupe ample et seyante, taille haute, il
est décliné chez Molli (9) dans une laine
vierge
extrafine
(450 €.
Tél. : 01 42 60 79 13), à découvrir dans
l’échoppe fraîchement ouverte au 1,
rue d’Alger (Paris Ier).
EXCLUSIF
CHACUN CHERCHE SON CHAT
Bras droit d’Anna Wintour au Vogue US
pendant près de trois décennies, Grace
Coddington signe cette saison une collection pour Louis Vuitton (4). Reconnaissable aux premiers rangs des défilés à sa tignasse rousse et frisée, la
septuagénaire peut aussi se vanter
d’avoir, au bras de Mick Jagger et en-
tourée d’artistes, enflammé les sixties.
Néanmoins, et ce n’est un secret pour
personne, ce qu’elle préfère au monde… ce sont ses chats ! Elle en dessine
partout, notamment pour un livre d’illustration sorti en 2006. Rien d’étonnant donc à ce que cette ligne, baptisée
fort justement Catogram, mette en scène le labrador de Nicolas Ghesquière…
et les persans de la styliste. Les deux
amis partagent, outre leur passion pour
la mode, leur adoration des boules de
poils. Croqués par la Galloise, Léon,
Pumkin et Blanket s’ébrouent sur des
sacs iconiques et nouveaux classiques
(tel le Paname Set, notre photo), accessoires, souliers et prêt-à-porter, dont
un magnifique pyjama monogrammé
que Grace ne quitte plus. Choupette, le
sacré de Birmanie de Karl Lagerfeld, n’a
qu’à bien se tenir ! [En toile, 2 000 €,
dès le 2 novembre et, en avant-première,
le 25 octobre dans le pop-up de New
York et le 26 octobre dans ceux de
Londres et Pékin. Tél. : 09 77 40 40 77]
BEAUTÉ
POSER SES VALISES
Comment la cosmétique n’y a-t-elle
pas pensé avant ? L’Officine Universelle
Buly (5), qui vient d’ouvrir une dixième boutique spectaculaire dans une
ancienne église de San Francisco
(Howard Street), lance un soin contour
des yeux baptisé… Vide Poche. Ce
roll-on d’huiles végétales et essentielles (calendula, pâquerette, ylangylang…), qui débarrasse le regard de
toute trace de fatigue - cernes, gonflements mais aussi ridules - s’emporte
dans un sac à main, la poche d’un veston ou son bagage cabine (24 €.
www.buly1803.com). En parlant de
voyage, le temps d’une saison, la marque Aesop (10) s’associe à Rimowa. Le
coffret à cigares en aluminium, intérieur bois, du spécialiste des valises de
luxe a été redesigné pour accueillir huit
flacons bruns - shampooing, soins du
visage et du corps, dentifrice et bain de
bouche. Difficile de bourlinguer plus
chic (350 €, à partir du 26 octobre dans
une sélection de boutiques Aesop et
Rimowa et sur www.aesop.com).
MODE
HOMME-SANDWICH
À moins de vivre dans un bunker, vous
n’avez pas pu échapper à la vague de
collaborations en tous genres qui s’abat
sur les boutiques en ce moment. Les
millennials raffolent de ces produits
inédits coédités par deux marques en
quantité limitée. Nike (7) n’échappe pas
à cette mode mais soigne ses associations. Que du très pointu. Après Off-
White et Supreme, la virgule de l’américain se mêle au logo de Patta. Le
concept store bien connu des amateurs
de streetwear, installé à Amsterdam, a
pris soin de rajouter sur les tee-shirts
(55 €) et vestes de coach (275 €) cosignés avec l’équipementier la phrase
« Publicity. Publicity. Wohooooow ! ».
Une manière d’en rire et de séduire ces
fameux moins de 40 ans dont toutes les
études marketing montrent qu’ils ne
manquent pas de second degré. [Dès le
27 octobre. www.nike.com]
ACCESSOIRE
UNE FILLE AU MASCULIN
C’est l’histoire d’un petit Italien, qui
passe le temps dans l’atelier de couture
de sa mère, en observant du coin de
l’œil les mannequins chausser leurs escarpins. Francesco Russo (8) a grandi,
mais il garde en tête cette image d’enfance, comme un fantasme, quand il
dessine ses souliers poids plume pour
les femmes… et, à présent, pour les
hommes ! Avec A-Gender, sa collection
de modèles allant du 35 au 45 qui flirte
subtilement avec le mélange des genres, il casse les codes (oui, les garçons
aussi peuvent porter des talons !). Parfait exemple, ce mocassin à gland en
cuir coloré et ombré à la main. [650 €.
Tél. : 01 49 27 97 03]
A
ACNE STUDIOS ; LORO PIANA ; ALEXANDRA GOLOVANOFF ; LOUIS VUITTON ; BULY ; NIKE X PATTA ; TOD’S ; MOLLI ; ALFREDO PIOLA/A.P.C. ; AESOP
4
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mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
32 STYLE
Philippine Janssens, entrepreneuse culottée
SUR-MESURE Depuis 2010, cette trentenaire s’appuie sur le logiciel qu’elle a développé et le savoir-faire
d’ateliers français pour tailler ce parfait pantalon que les femmes recherchent.
Ajusté, fuselé, droit, pattes d’eph’, large et plus de mille références de tissus... Philippine Janssens propose un choix infini de pantalons.
PHILIPPINE JANSSENS
Faubourg-Saint-Honoré, à Paris : dans
l’entrée, six Stockman habillés des pantalons de base - ajusté, fuselé, droit,
pattes d’eph’, large, fuseau - noirs pour
laisser libre cours à l’imagination. Depuis février, la marque est présente au
Bon Marché Rive Gauche, de quoi séduire, outre les Germanopratines, un
public international.
te, les données sont entrées dans un logiciel ultraperfectionné (qui a nécessité
neuf ans de mise au point), qui réalise le
patron. Trois semaines plus tard (ou une
semaine avec un supplément), la pièce
unique, confectionnée dans l’un des
cinq ateliers partenaires qui travaillent
pour des maisons comme Hermès et
Chanel, est prête. Les ajustements sont
évidemment possibles et, toujours avec
le sourire. ■
Philippine Janssens, 93, rue du FaubourgSaint-Honoré (Paris VIIIe),
sur rendez-vous au 01 42 65 43 90 ou
boutique@philippinejanssens.com
Un premier prix à 390 euros
« Nous avons réconcilié nos clientes, déçues du rapport qualité-prix du prêt-àporter actuel, avec le pantalon. Souvent,
elles ne connaissent pas leur corps et se
disent mal conseillées. Faute de mieux,
beaucoup ne portent que des jeans,
confie-t-elle. Avant de me lancer, j’ai
mené une étude sur 500 femmes. Savezvous qu’elles arpentent en moyenne six
boutiques avant de repartir avec le pantalon “le moins pire” ? Une fois qu’elles
ont goûté au sur-mesure, il leur est difficile de s’en passer. » D’autant que, chez
Philippine Janssens, ce luxe reste accessible, compter 390 euros pour un modèle simple en drap de laine noir, fuselé,
sans poche avec zips latéraux. Plus sophistiquée et très recherchée, sa version
grain de poudre du fabricant Dormeuil,
celui du smoking d’Yves Saint Laurent
- d’ailleurs, la maison YSL ayant changé
de fournisseur, certaines femmes apportent leur veste d’époque pour commander le pantalon assorti. « Notre offre de tissus, plus d’un millier de
références, fait notre force », poursuit la
chef d’entreprise, qui développe pour le
soir, des broderies, des galons de satin
cuir, des dentelles en sequins…
Concrètement, pour s’offrir ce service, il faut impérativement prendre rendez-vous, prévoir une heure pour la
première entrevue, prise de mesure,
choix du tissu puis des finitions. Ensui-
BONPOINT ; AWAY ; TOD’S
N
O
U
+
V
EA
U
lles sont 1 500 Françaises à
s’être converties aux pantalons sur mesure de Philippine Janssens. Les plus assidues s’en offrent un par saison. Tous
les profils ou presque, de la secrétaire de
direction à la cadre supérieure, de
l’avocate à l’étudiante, ont poussé sa
porte à la recherche du « fameux petit
pantalon noir qu’elles ne trouvent nulle
part », explique posément l’entrepreneuse de 33 ans.
Fille d’une experte en tissus haute
couture (sa mère a ouvert, en 1981, le
magasin spécialisé Janssens & Janssens,
rue d’Anjou à Paris, qu’elle tient encore), petite-fille de couturière (sa grandmère était petite main chez Givenchy et
Yves Saint Laurent), Philippine Janssens
a reçu la mode en héritage. Diplômée de
l’Essec, formée à l’AICP (Académie internationale de coupe de Paris), passée
par l’atelier du maître tailleur André
Guillerme-Guilson et entre les mains
d’une culottière pendant un an, la jeune
femme s’est aussi donné les moyens de
ses ambitions. En 2010, elle s’installe
dans l’arrière-boutique maternelle,
quartier de la Madeleine, pour démarrer
son activité de sur-mesure, consacrée
exclusivement au pantalon féminin.
« Le vêtement le plus difficile à trouver
dans le commerce », assure-t-elle. Les
Parisiennes s’y pressent et promettent
d’en parler… ce qu’elles ne font que rarement, on ne partage pas une telle
adresse. « Cette première génération
était très fidèle et visiblement satisfaite…
mais ne ramenait jamais aucune connaissance (rires) ! Les Françaises aiment garder pour elles ce genre de service. »
L’an dernier, la petite entreprise est
prête à voler de ses propres ailes.
Philippine Janssens ouvre son espace de
vente au rez-de-chaussée du 93, rue du
En bref
E
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
FILIATION DE STYLE
A
Le Figaro Santé magazine vous apporte chaque trimestre
les clés pour comprendre et agir sur votre santé
6,90
EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands de journaux
et sur www.figarostore.fr
Bonpoint, la griffe de beaux
vêtements pour enfants sages
depuis les années 1970, s’adresse
aussi aux mamans à partir
de cet automne. Imaginée par
Christine Innamorato, directrice
artistique de la maison,
la première collection adulte vient
en remplacement de la ligne YAM
(acronyme de Y’en A Marre) qui
habillait les jeunes filles depuis 1996.
Au programme ? Robes en dentelle
ivoire ou à col Claudine contrasté,
blouses à plastron plissé, chemisiers
à manches volantées, manteaux
bleu layette réchauffés de fourrure
et pantalons en panne de velours
(notre photo) déclinés jusqu’à la
taille 42. La styliste fait également
référence à la touche de la peintre
Elizabeth Peyton et à la dégaine
de Jean-Michel Basquiat, dont elle
retient les chemises victoriennes
pour la première, le costume
prince-de-galles pour le second.
www.bonpoint.com
MADELEINE VOISIN
L’UTILE À L’AGRÉABLE
En débarquant à l’aéroport de Zurich
en 2015, l’Américaine Steph Korey
récupère sa valise endommagée.
Elle appelle son amie Jen Rubio
pour lui demander conseil dans le
choix d’un modèle de remplacement.
Trop coûteux, trop encombrant,
trop lourd, rien ne finit par la séduire.
De cette mésaventure est née, un an
plus tard Away, leur marque
commune de bagages légers,
élégants et incassables. Disponible
en cinq formats, huit
coloris et deux
matériaux (polycarbonate et aluminium), la Carry-On
(de 195 à
325 €) est
rapidement
devenue le
produit
phare pour
des
voyages
express,
tandis que
les modèles
Medium
et Large
(jusqu’à
625 €) sont plus adaptés
aux déplacements long-courriers.
Petit plus appréciable
des grandes voyageuses :
une batterie intégrée avec port USB
en cas de vol ou d’escale qui
s’éternise. www.awaytravel.com
UNE LONGUEUR
D’AVANCE
Le premier modèle du nouveau
projet No_Code de Tod’s, présenté
en juin dernier à Milan, est arrivé
à la boutique amirale de la marque
italienne à Paris (17-21, rue
du Faubourg-Saint-Honoré).
Il s’agit d’une basket en cuir noir
et Néoprène (490 €) au design
futuriste qui pose les bases
de futures éditions capsule avec
des personnalités du monde
du sport, de l’art et du design. Parmi
ces dernières, le ragazzo Lapo
Elkann dont les sneakers seront
dévoilées en janvier prochain.
www.tods.com
MARIE-GABRIELLE GRAFFIN
+ @ SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/madame
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
mercredi 24 octobre 2018
33
« Bodyguard », le thriller phénomène
La minisérie de la BBC, qui met en scène un vétéran d’Afghanistan affecté à la protection d’une ministre, a été le programme
le plus regardé du Royaume-Uni, après le Mondial de football. Une intrigue imprévisible menée tambour battant.
suspect qui s’enferme aux toilettes. Il se
retrouve face à une femme paniquée,
équipée d’une veste d’explosifs. S’ensuivent de longues minutes de dialogue et de
persuasion avec la kamikaze, mais aussi
les forces spéciales. La confrontation
n’est qu’un avant-goût des rebondissements sanglants et osés qui pimentent la
série et qui ont affolé les tabloïds britanniques. D’exploration des arcanes troubles du pouvoir et des services de renseignement en pleine guerre de tranchées,
la série se mue à mi-chemin en thriller
conspirationniste addictif.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
J
e suis complètement dépassé par les
réactions autour de ce projet »,
confie Richard Madden au Figaro.
Non, l’acteur écossais, jusque-là
associé à Game of Thrones pour
avoir joué pendant trois saisons l’éphémère roi du Nord Robb Stark, ne parle pas
de la série de HBO, mais de Bodyguard. Le
thriller politique de la BBC a électrisé, à la
rentrée,
l’audimat
outre-Manche,
devenant le programme le plus regardé
de l’année après la Coupe du monde de
foot. Quelque 10,4 millions de spectateurs ont suivi son sixième et dernier
épisode. Un score jamais atteint par une
fiction depuis Downton Abbey. Les
Français peuvent enfin tomber dans l’engrenage ce mercredi grâce à Netflix.
Imaginé par Jed Mercurio, fin connaisseur des forces de l’ordre et créateur
de Line of Duty, série sur la police des polices, Bodyguard met en scène un officier
affecté à la protection des personnalités.
Vétéran d’Afghanistan, David Budd (Richard Madden) est, après un acte héroïque, chargé de protéger Julia
Montague. L’ambitieuse ministre
de l’Intérieur (Keeley Hawes), à qui
l’on prête des vues sur Downing
○○○¡
Richard Madden et Keeley Hawes dans une intrigue conspirationniste addictive.
Street, porte une réforme antiterroriste de surveillance du Net
controversée. Le contact est houleux :
est-il le dernier rempart contre les assasBudd ou de Montague. Mercurio dessine
Budd abhorre la politique défendue par
sins potentiels ou fait-il partie de la
des personnages instables. Lui est un proMontague. Mais lorsque la ministre
menace ? Madame la ministre est-elle
fessionnel rigide qui aligne les robotiques
échappe in extremis aux balles d’un
victime des événements ou les précipite« oui, madame ». En privé, il lutte contre
tireur solitaire, la coopération n’est plus
elle ? « La plupart du temps, je ne savais
l’alcoolisme et un stress post-traumaune option.
pas moi-même ce qui guidait David, assutique né de ses années au front. Elle a des
Bodyguard joue avec les nerfs. Imre Richard Madden. J’ai fait un effort délidents qui rayent le parquet mais est
possible de discerner les motivations de
béré pour ne pas me projeter trop en avant
inapte socialement. Le garde du corps
dans le script. Si David m’échappait, il
échappait aussi aux spectateurs. »
Cette venimeuse ambiance entre chien
et loup est ponctuée de scènes sous tension. À l’image de l’ouverture, à bord
d’un train exigu. De retour de week-end
avec ses enfants, David Budd repère dans
son wagon un individu au comportement
Ce visionnaire a allié modernité et esthétique pour dynamiser et embellir la capitale
autrichienne. Un portrait passionnant.
ARTE/ORF/WIEN MUSEUM/VON HARTENKAMPF
A
○○○¡
rte propose, ce soir,
un voyage extraordinaire. Visiter Vienne à
travers l’œil visionnaire de l’architecte
Otto Wagner (1841-1918), esprit
lyrique, comme l’Art nouveau, et
bâtisseur inspiré qui a façonné la
physionomie moderne de la
capitale autrichienne.
On part des toits, où les statues
vertes, expressives, théâtrales,
sont les anges gardiens et les
porte-voix de cette
modernité passionnée de fonction, de
rationalité, d’hygiène
- jusque dans les dis-
22.30
MOTS CROISÉS
tributeurs d’eau bénite de SaintLéopold -, de collectif urbain voué
au bonheur commun. On finit sur
d’autres toits, où les allégories de la
beauté sont un hommage éternel à
Louise Stiffel, gouvernante de ses
filles devenue sa muse et son épouse, le grand amour de sa vie, auquel
il continuera d’écrire après sa mort
précoce, à 56 ans, en 1915.
Les mensurations
de son aimée
Ce documentaire autrichien, sérieux et particulièrement clair
dans son érudition, dresse le portrait d’un « architecte sensuel » qui
puisa dans les mensurations de son
aimée des points d’harmonie pour
ses constructions. Vienne lui doit
des bâtiments d’avant-garde,
comme le bâtiment de la Caisse
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Chaîne américaine (deux mots).
- 2. Ses soldats répondent à toute
forme de détresse (trois mots).
- 3. Ils viennent des plus beaux
quartiers. Engage et même fort si
on le retourne. - 4. Il maronne sans
cesse. Le rêve du golfeur lambda.
- 5. Faux gardon. Est tout en bas.
Dépression noire. - 6. Impose des
conditions. Relax. - 7. Morceau de
veau. À l’origine d’une pâtée à la
vietnamienne. - 8. Ça ne se fait
pas.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4864
HORIZONTALEMENT 1. Rhapsode. - 2. Hochepot. - 3. Europe. - 4.
Trentain. - 5. oD. BCG. - 6. Clé. - 7. Irisée. - 8. Queue. Pa. - 9. Uélé. Rit.
- 10. El. Urine. - 11. Ultrason. - 12. Réussite.
VERTICALEMENT 1. Rhétoriqueur. - 2. Hourd. Ruelle. - 3. Acre. Miel.
Tu. - 4. Phono. Sueurs. - 5. Sept. CEE. Ras. - 6. Opéable. Risi. - 7. Do.
Ice. Pinot. - 8. Étang. Patène.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
d’épargne de la poste de Vienne,
où la disposition en cercle permet à
la lumière d’arriver jusqu’au soussol, grâce à des dalles translucides,
où l’usage de matériaux modernes,
comme l’aluminium, traduit son
souci d’allier efficacité et esthétique. les carreaux qui couvrent la
façade de la maison des Majoliques
(Majolikahaus), au 40 Linke Wienzeile, part d’une idée fonctionnelle : ils sont d’un entretien plus facile et donc d’une propreté accrue.
En 1894, on lui confie le
Stadtbahn viennois, métro qui représente 40 kilomètres de trajectoire dans la ville, et la régulation
du canal du Danube, avec ses
écluses et ses superbes pavillons.
Faute d’entretien, cet incroyable
patrimoine Art nouveau fut menacé de destruction dans les an-
nées 1960. La mobilisation des
architectes, comme Wilhelm
Holzbauer, en a sauvé la plus
grande partie, dûment restaurée.
Les balustrades vert bronze sont
en fait le fruit du temps. Otto Wagner les avait fait peindre en
blanc, lui qui avait une vision
idéale de sa ville. ■
LE BUZZ TV
Invités : Isabelle Nanty
et Aurélien Wiik
interviewés par Nicolas
Vollaire et Damien Canivez
aujourd’hui sur :
Mercredi 24 octobre
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
TEST D’ENCHÈRES N° 2943
Votre main en Sud
1 - R 10 9 6
2-R942
3-DV976
4-A765
5 - R 10 9 2
53
92
83
2
32
D 10 8
A V 10 6 5 4
AR76
AD4
AR87
R 10 8 7
8
53
R9876
R76
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1
1
1
2
passe passe
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2942 : Un peu de patience, s’il vous plaît !
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 8 de pour le Roi d’Est qui contre-attaque du Valet de . Si vous duquez (le 3
en Ouest), il insistera du 10.
Vous devez évidemment respecter le Valet de mais aussi le 10 de , afin d’obliger la défense
à dévoiler le partage de la couleur.
- Si la défense insiste à , prenez de l’As. Le partage 4-3 vous remplira d’aise, il vous suffira
de rejouer ! Vous revendiquerez alors trois , un , deux et trois , soit neuf levées.
En cas de partage 5-2 de la couleur, la réussite de l’impasse
A 10 6 2
à sera alors le moyen le plus simple d’arriver à bon port.
7532
- Si Est contre-attaque à après le 10 de , placez la Dame.
8
ARD6
L’échec de l’impasse ne vous empêchera pas de réclamer
9874
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votre contrat (trois , deux , un et trois ).
N
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ADV
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A
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
HORIZONTALEMENT
1. S’exprime avec étonnement.
- 2. Éblouir Akhenaton et Néfertiti.
- 3. Chez Rousseau ou pour Zola.
Un peu enroué. - 4. Gangster avec
sa canne ou poète avec son Char.
Mi-vers mi-fugue. - 5. Repli du
front. Roulement habile. - 6. Son
aéronef lui fut inspiré par une
roussette. Vice du consentement.
- 7. Laissés sans protection.
Quand justice n’est pas faite. - 8.
Mot de diplôme. Passe un bon
moment. - 9. Donnes satisfaction.
Joue au millionnaire. - 10. Vieille
cité syrienne martyrisée. Tintin.
- 11. Fer à repasser incassable.
- 12. Rassemble ses forces.
WORLD PRODUCTIONS/NETFLIX
« Le milieu des gardes du corps est confidentiel. Ils sont avares en anecdotes, relève
Richard Madden. Ceux que j’ai rencontrés
m’ont appris quelques gestes et m’ont
parlé de leur état d’esprit. Même si nous
dramatisons les situations, Bodyguard
reflète l’intimité imprévue qui se noue entre
les agents et les personnalités dont ils ont
la charge. Ils peuvent en devenir très
proches. »
La popularité du feuilleton a été telle
que la police antiterroriste a profité de la
diffusion pour multiplier les appels à
recrutement sur les réseaux sociaux.
Conséquence, la BBC et Jed Mercurio
discutent de la pertinence d’une seconde
saison. Et, ultime rançon du succès,
Richard Madden a été adoubé par la presse comme ayant les qualités pour succéder à Daniel Craig dans la peau de James Bond ! « Je suis très flatté que mon
nom soit associé à 007, mais ces rumeurs
n’ont aucun fond de vérité », s’étonne
l’intéressé, qui finit de tourner dans
Rocket Man, le biopic consacré à Elton
John. ■
Otto Wagner, l’architecture Art nouveau à fleur de peau
Otto Wagner
avait une
vision idéale
de Vienne.
PROBLÈME N° 4865
Appel à recrutement
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 24 octobre 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Florentin
Soleil : Lever 08h25 - Coucher 18h44 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Série. Drame
19.25 Friends. Série 20.55 LolyWood. Divertissement.
Divertissement. Prés. : C. Beaugrand. 1h35. Bêtisier Halloween. Les
téléspectateurs peuvent trembler
de rire avec le retour du «Big Bêtisier» spécial Halloween.
Jeu
MATIN
21.00 Bêtisiers du net
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9
EU. Avec Matthew Gray Gubler,
Kirsten Vangsness, A.J. Cook, Paget Brewster. 2 épisodes. Le BAU se
rend à Chicago pour enquêter sur un
individu qui laisse des roses rouges
sur chaque victime.
22.50 Esprits criminels Série.
Policière. EU. 2013. Saison 9. À leurs
yeux 23.40 Blacklist. Série.
Nina
Fra. Saison 4. Avec Julien Boisselier,
Thomas Jouannet, Christian Vadim.
2 épisodes. Inédits. L’équipe médicale est renouvelée et Proust est
désormais à la tête du service. Kevin
prend la place de Costa.
22.55 Nina Série. Sur le ring - Auf
wiedersehen - Au risque d’aimer Héritages 2.30 Le jour du Seigneur
La carte aux trésors
20.50 La grande librairie
23.20 Soir/3 23.45 Enquêtes de
régions Magazine. Inédit 0.35 Qui
sommes-nous ? Documentaire.
22.25 C dans l’air 23.30 C à vous 0.25
C à vous, la suite 0.45 Entrée libre
18.30 L’info du vrai (C) 20.00 L’info
du vrai, le mag (C) 20.50 Le JT pressé
(C) 20.55 Catherine et Liliane (C)
18.55 Sur les toits des villes 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes 20.50
50 nuances de Grecs. Série.
18.40 Objectif Top Chef. Jeu. Présentation : Philippe Etchebest 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages
21.00
20.55
21.00
Divertissement
Film. Drame
Divertissement
5
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
Prés. : C. Féraud. 2h15. La Normandie. Inédit. Deux concurrents s’affrontent dans une course d’orientation au cœur de la Normandie. Leur
objectif : résoudre des énigmes pour
trouver la «rose des vents».
Magazine. Littéraire. Prés. : François Busnel. 1h30. François Busnel
propose chaque semaine un magazine qui suit l’actualité littéraire sous
toutes ses formes.
5
22.25 21 cm Magazine. Littéraire.
Présentation : Augustin Trapenard
23.20 Daddy Cool. Film. Comédie.
GB. 2015. Réal. : Andrew Haigh. 1h32.
Inédit. Avec Charlotte Rampling,
Dolly Wells, Tom Courtenay. Kate
et Geoff Mercer sont sur le point
d’organiser une grande fête pour
leur 45e anniversaire de mariage.
22.30 Otto Wagner ou l’Art nouveau viennois Documentaire. Inédit 23.25 Fever. Film. Drame.
Le meilleur pâtissier
Prés. : Julia Vignali. 2h25. Crimes à la
crème. Inédit. Ambiance polar pour
les six candidats ! Dans l’épreuve du
classique revisité, chacun doit réinterpréter le cœur coulant à l’occasion d’une pâtisserie minute.
23.25 Le meilleur pâtissier : à
vos fourneaux ! Divertissement.
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19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 Strike !
Jeu. Prés. : A. Chabat. 0h50. Inédit. Invités, notamment : Héléna Noguerra,
Kheiron. Des candidats assistés par
des personnalités tentent de remporter un maximum de «Miam».
21.50 Burger Quiz. Jeu 23.45
90’ enquêtes. Magazine.
Mag. Société. Prés. : N. Renoux. 2h10.
«L’affaire Maëva Rousseau : amitié
mortelle» - «L’affaire Tony Meilhon :
une jeune fille prise au piège».
Jeu. Présentation : Lagaf’. 1h00.
Inédit. «Strike» est un jeu alliant
bowling et culture générale. Deux
personnalités accompagnent un
candidat.
23.10 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers. Magazine.
22.00 Strike ! Jeu. Présentation :
Lagaf’ 23.00 Strike ! Jeu.
SU DO KU
GRILLE 2703 MOYEN
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VÉHICULE
BOÎTES
À PAIN
SOLUTION DU N° 2702
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T (en °c)
Série doc. Aventures. 2018. 1h00.
Inédit. Onze citoyens tentent
d’échapper pendant 21 jours à une
équipe d’enquêteurs professionnels.
21.50 Retour à l’instinct primaire.
Téléréalité.
<-10 à 0
Film TV. Animation. EU. 2006. Réal. :
Jim Kammerud. 1h05. À la fête
foraine du village, Rouky intègre
le groupe des Chiens errants et
délaisse Rox, son ami de toujours.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.15 Le bossu de Notre-Dame 2 Le secret de Quasimodo. Film TV.
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
RÉPONSE
À LA
QUESTION
ÉCARTER
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MADRID
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COURRIELS
DIRECTION
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PARODIE
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LUMIÈRE
APPELER
SA BICHE
PRESQUE
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IL PEUT
ÊTRE
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DOUBLÉE
DE COTON
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EFFETS
INDIENS
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GRIVOIS
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20.50 Escape, 21 jours
pour disparaître
UN MOT
POUR EUX
FAIRE
SON NID
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FORCE 2
SERA
INTRÉPIDE
PLI INTRAMUROS
PROJECTEURS
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MOTS FLÉCHÉS N°2109
Chaque jour un peu plus difficile
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19.10 Charmed. Série. La chasse aux
sorcières - Masculin-féminin.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec François Levantal.
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20.55 Le super bêtisier
Inédit 0.40 Incroyables gâteaux
19.20 Quotidien, première partie
20.10 Quotidien. Talk-show.
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APRÈS-MIDI
18.55 Escape, 21 jours pour disparaître. Série documentaire.
45 ans
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Prés. : Antoine de Caunes. 1h25.
Région PACA. Inédit. Cette épopée
sera l’occasion de dépoussiérer
le patrimoine. Ce soir, l’animateur
prend la direction de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur.
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22.50 Le super bêtisier. Divertissement. Présentation : Camille Cerf.
La Gaule d’Antoine
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Divertissement. Présentation :
Camille Cerf. 1h55. Les images les
plus drôles de l’année : stars qui dérapent, florilège de gaffes, bourdes,
fous-rires.
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. 2 épisodes.
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22.35 Le Big bêtisier. Divertissement. Prés. : Christophe Beaugrand.
Esprits criminels
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DÉCHIFFRERA
PRÉFIXE
PRIVATIF
Le Figaro Santé magazine
vous apporte
chaque trimestre
les clés pour comprendre
et agir sur votre santé
TRAIT
DE GÉNIE
ORIFICE
CUTANÉ
ÉCULÉE
SYSTÈME
DE
FREINAGE
ESTIMÉ
EN
SUPPOSANT
CÉRÉALE
MÉGAOCTET
COURS EN
FLANDRE
TEMPS
D’UNE
RÉVOLUTION
LÉSÉ
ANARS
BIEN
ENVELOPPÉ
DERRIÈRE
PACOTILLE
À
ACHETER
NE RESTE
JAMAIS
SANS SUITE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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13/09/2018 14:48
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LE FIGARO
mercredi 24 octobre 2018
35
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Hugo Sélignac,
producteur nouvelle vague
SUCCÈS À 34 ans, celui qui a produit « Le Grand Bain »,
aime le travail à l’ancienne et se bat pour un film de A à Z.
Une incarnation de la relève du cinéma français.
Léna Lutaud
llutaud@lefigaro.fr
L
eïla Bekhti aime bien l’idée. Gilles
Lellouche s’en agace. À l’exception
de l’été, où il s’autorise un tee-shirt
coloré, Hugo Sélignac s’habille toujours en pull bleu marine. Évidemment, depuis qu’il a coproduit Le
monde est à toi de Romain Gavras
avec Isabelle Adjani, sorti en août au
cinéma, les plaisanteries n’arrêtent pas. « C’est mon
côté monomaniaque », lâche l’intéressé, avec un regard d’enfant rieur. Cette façon de se vêtir sobrement, c’est l’envie de ne pas se faire remarquer, ou
de se faire remarquer pour de bonnes raisons. Cette
année, c’est son année. À 34 ans, Hugo Sélignac incarne la relève des grands producteurs français,
ceux qui aiment le travail à l’ancienne où l’on se bat
pour un film de A à Z. Retenez bien son nom.
Entre la comédie pop de Romain Gavras qu’il faut
avoir vu, Le Grand Bain de Gilles Lellouche (sortie ce
24 octobre) et Pupille de Jeanne Herry (sortie le
5 décembre), Sélignac a coproduit trois des
meilleurs films de 2018. Et ce n’est pas fini : le 20 février 2019 sortira Le Chant du loup, un film qui se
passe dans le milieu des sous-marins nucléaires
français qu’il a coproduit avec Jérôme Seydoux.
François Damiens : « Comédie, thriller, films réalistes, Hugo va dans tous les styles. » Avec un penchant
pour les premiers films et ceux réalisés par des acteurs. « Ils ont toujours quelque chose de personnel à
raconter », dit Sélignac, qui a financé M de Sara Forestier et Mon Ket de François Damiens. Avec Jean-
frayé. Je n’ai pas eu besoin d’être barman pour vivre. » À 20 ans, il sait ce qu’il veut devenir : producteur. Il aurait pu se faire embaucher chez un tycoon
comme Claude Berri, mais la lecture d’un article
l’intrigue : un inconnu nommé Alain Attal finance
Mon idole, le premier film de Guillaume Canet. Par
hasard, le même jour, à la terrasse d’un café parisien, il voit débarquer Gilles Lellouche, Benoît Poelvoorde, Alain Attal et Guillaume Canet. Une semaine plus tard, il s’installe chez Attal
comme stagiaire casting. L’époque
est passionnante. Une nouvelle génération d’acteurs-réalisateurs émerge.
Lui-même est au cœur du mouvement : aux Productions du Trésor qui,
1984
à l’époque, se résument à un petit buNaissance à Paris.
reau, il voit Canet plancher sur Mon
2003
idole et Gilles Lellouche préparer
Entre aux Productions
Narco. La façon dont Alain Attal les
du Trésor.
aide à dévoiler une autre facette
2012
d’eux-mêmes le fascine. De stagiaire
Crée sa société,
« café », le jeune Hugo passe second
Chi Fou Mi Productions.
assistant, responsable de projet et en2014
fin producteur exécutif sur des films
Naissance de sa première ambitieux comme Les Petits Moufille, Nour. Producteur
choirs.
délégué de Elle l’adore.
Dans le monde du cinéma où les
2018
producteurs d’aujourd’hui ont fait
Produit cinq films
Normale Sup et HEC, il détonne et ça
au cinéma : Carnivores,
plaît. Pendant ces années-là, il a déMon Ket, Le monde est
veloppé « une âme artistique très forà toi, Le Grand Bain
te, un sens primordial des relations hu(le film de Gilles Lellouche maines, raconte Leïla Bekhti. Dans le
qui sort en salle
métier, tout le monde sait qu’Hugo est
le 24 octobre) et Pupille
droit et intègre. Il va à l’essentiel, sait
(film de Jeanne Herry
trancher et inspire confiance ». Il aide
qui sort le 5 décembre)
aussi ses réalisateurs. Quand Gilles
ne Herry, fille de Miou Miou et de Julien Clerc, ils
s’étaient apprivoisés sur Elle l’adore (2014), puis ont
franchi l’étape du second film avec Pupille. « C’est
génial de se suivre, dit-il. La confiance s’est installée.
On sait quand l’un ou l’autre a raison. » Il est tout de
même content que le prochain projet de Jeanne
Herry soit une série : « Ma fille qui a 4 ans est née une
semaine après Elle l’adore et la seconde naîtra en décembre une semaine après la sortie de Pupille. »
Il se méfie du chaos
Avec sa femme Emma Reynaud,
mannequin reconverti dans la mode,
ils se complètent. Comme tous ceux
qui travaillent beaucoup, il lui faut un
foyer paisible. Le contraire de son
enfance. À 3 ans, ses parents divorcent. Familles recomposées, pensionnat, dyslexie… depuis, il se méfie
du chaos. Le pull marine qui rassure,
c’est ça aussi.
Le cinéma, il est né dedans : sa
mère Antonine était monteuse, son
père Arnaud est réalisateur, l’un de
ses oncles est Richard Peduzzi, scénographe de Patrice Chéreau, un
autre est chef déco. Son beau-père n’est autre qu’Étienne Chatiliez. Ce
pedigree, il l’assume. À 18 ans, ses
copains des beaux quartiers partent
sur les campus, lui se lance dans le
travail : régie, mise en scène, déco,
postproduction… Il passe en revue
tous les postes d’un film pour en
comprendre la fabrication. « Ma famille avait les contacts pour enchaîner
les stages. Le soir, j’étais logé et dé-
Bio
EXPRESS
Lellouche ne sait pas quoi faire faire à sa bande de
quadragénaires qui ont besoin d’évacuer leur malêtre, Sélignac lui souffle l’idée d’une équipe de natation synchronisée après avoir vu sur Arte un reportage sur des Suédois fans de cette discipline.
Homme de réseaux
Sélignac est sanguin. Avec lui, on se dit ce qu’on a à
dire, puis on se serre dans les bras. « J’ai 45 ans et lui
34 mais je le considère comme mon grand frère, témoigne François Damiens. Quand je suis allé aux César, en 2015, il m’a acheté ma cravate et a peaufiné
mon discours. Quand on vient de Bruxelles, on fait
provincial à Paris. On ne connaît pas tous les codes.
Hugo, lui, les a. » Homme de réseaux, il a ses entrées
partout. Comme il est intelligent et travaille beaucoup, il arrive à en dégager quelque chose de fort.
Ses éditions musicales sont gérées par Raphaël
Hamburger, le fils de France Gall et de Michel Berger. Le DJ Pierre Sarkozy et le réalisateur Julien
Hollande sont des proches. Être ami avec des fils de
présidents, c’est utile. Pour discuter cinéma à l’Élysée comme pour décrocher l’autorisation de tourner, un 14 Juillet, sur les Champs-Élysées. « Hugo
est malin », sourit Gilles Lellouche. Avec Alain Attal,
son désir d’indépendance aurait pu mal tourner, en
2012. Au lieu de quoi, le célèbre producteur de Canet, Maïwenn et Nicolas Garcia a investi 10 % dans
Chi Fou Mi, la société de son « fils spirituel » et de
son associé, le financier Vincent Mazel. « Cette aide
nous a permis d’être plus sereins dans le développement », reconnaît Sélignac. Et désormais, du Grand
Bain à Pupille, l’ombre bienveillante d’Alain Attal est
omniprésente. ■
+
» Lire aussi PAGE 28
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
Par Étienne de Montety
Scie [si] n. f.
Lame qui déferle sur l’Arabie saoudite.
L
es détails macabres de l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi
font état de l’usage d’une scie pour dépecer son cadavre. Horresco referens !
Le mot vient du verbe latin secare, couper. Le prince Mohammed Ben Salman
a estimé que l’attitude de Khashoggi devenait vraiment importune.
Jadis, on appelait une contrariété une scie. Ce n’est tout de même pas
cette expression désuète qui a fait naître l’idée de faire usage de cet objet ?….
Quelle habitude les agents du royaume - appelons-les des hommes de main
puisqu’ils ont eu recours à une scie, également à main - ont-ils de ce terrible
instrument réservé aux bouchers et aux équarrisseurs ?
Car la scie requiert la science, c’est-à-dire un art de s’en servir.
Sans compter que, quand même, ce n’est pas parce qu’on a une dent contre quelqu’un
qu’il faut recourir à la scie. Pour dire les choses autrement : l’égoïsme nécessite-t-il
forcément un recours à l’égoïne ? En agissant ainsi, les sicaires du prince
ont sciemment scié, non seulement l’infortuné journaliste, mais aussi la branche
de respectabilité sur laquelle celui-ci essayait de s’asseoir. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Figaro,
o, et
o
Venise réunit
Didier Decoin
et Nicolas Vial
Michel Dantin se bat
pour une meilleure
qualité de l’eau
Le livre est titré Plus un chat ?.
Il est né des illustrations du peintre et
dessinateur de presse Nicolas Vial, qui
met en scène des chats vagabondant
dans les ruelles de Venise. Cela a
inspiré Didier Decoin, de l’académie
Goncourt. La parution de l’ouvrage,
le 14 novembre aux Éditions du Chêne,
sera suivie, le 5 décembre, d’une
exposition, dans l’hôtel particulier
des Jardins Saint Dominique, dans
le VIIe arrondissement de Paris.
Le député européen (LR)
a réussi à faire adopter
au Parlement européen son
rapport visant à développer
l’accès à une eau potable de
qualité pour tous les Européens.
Très ambitieux et répondant
à un véritable enjeu de société,
ce texte permettra de mieux
informer les citoyens sur ce
qu’ils consomment, tout en
garantissant un prix abordable.
A
Le Figaro
o vous convie à un voyage sur le plus grand fleuve
Les prix immobiliers ont chuté de près de 9 % dans
cette petite ville du sud-ouest de l’Angleterre,
six mois après la tentative d’assassinat de l’ex-espion
russe Sergueï Skripal (photo) et de sa fille à l’agent
chimique Novichok. Le nombre de propriétés mises
sur le marché a augmenté. La déprime du marché
local contraste avec la performance de la région,
où les prix sont en hausse. La ville peine
à se remettre du traumatisme de s’être retrouvée
au cœur de l’attention internationale depuis l’affaire.
SHUTTERSTOCK/SIPA
À Salisbury, les prix
de l’immobilier s’effondrent
sous l’effet Novichok
louisvuitton.com
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