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Le Figaro - 03 11 2018 - 04 11 2018

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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 087 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
PASCAL BRUCKNER
PORTRAIT D’UN ÉCRIVAIN QUI CULTIVE
LA MÉLANCOLIE AVEC ÉLOQUENCE
DANS « UN AN ET UN JOUR » PAGE 36
EUROPÉENNES
Polémique autour
d’un clip
diffusé par
le gouvernement
PAGE 6
ASIE DU SUD
L’affaire Asia Bibi
déstabilise
le Pakistan
PAGE 7
RELIGION
À Lourdes,
les évêques à
l’écoute de victimes
ROUTE DU RHUM
DES BATEAUX HORS NORMES
POUR LA COURSE DE TOUS
LES RECORDS PAGES 10 ET 11
Donald Trump électrise
les élections de mi-mandat
Dans la dernière ligne droite avant les scrutins du 6 novembre où il joue sa majorité au
Congrès, le président multiplie les meetings et accentue sa rhétorique contre l’immigration.
Afin d’inverser une tendance
plutôt favorable aux démocrates, selon les derniers
sondages, Donald Trump a
entamé mercredi un mara-
sont de plus en plus virulentes contre une « invasion »
qui menacerait les États-Unis
à la frontière avec le Mexique. Les très bons chiffres de
thon électoral de onze étapes
en six jours, à travers huit
États, pour soutenir les républicains d’ici à mardi prochain. Ses mises en garde
l’économie américaine, qui a
créé 250 000 emplois au mois
d’octobre, avec une accélération de la hausse des salaires à 3,1 %, pourraient toute-
è STACEY ABRAMS RÊVE DE DEVENIR LA PREMIÈRE FEMME NOIRE GOUVERNEUR è DONALD JR, ÉMULE DE SON PÈRE ET COQUELUCHE DU CAMP RÉPUBLICAIN
è L’ANNÉE OÙ LES FEMMES SE SONT ENGAGÉES DANS LA BATAILLE è LES DÉMOCRATES MISENT SUR LA COLÈRE FÉMINISTE POUR GAGNER DU TERRAIN PAGES 2 À 4
SOCIAL
Ce qu’Emmanuel
Macron veut faire
du futur revenu
universel d’activité
Il y a cent ans, la fin
de la Grande Guerre
PAGE 21
La viande rouge
déserte
les assiettes
des Français
et les grandes
tables
CHAMPS LIBRES
PAGE 28
PMA : l’appel
de Laurent
Wauquiez,
Bruno
Retailleau,
Christian
Jacob...
et la tribune
de Jean-Éric
Schoettl
La chronique
de Mathieu
Bock-Côté
La tribune
de JeanPhilippe Delsol
et Nicolas
Lecaussin
n
EVERETT/©RUE DES ARCHIVES/BCA - FAMILLE GENEVOIX
GASTRONOMIE
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de vendredi :
Le gouvernement a-t-il
pris la mesure de la
montée des violences
contre les policiers ?
NON
90 %
TOTAL DE VOTANTS : 51 263
M 00108 - 1103 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@b@k@d@k";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Avez-vous réduit
votre consommation
de viande rouge ?
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/
LE FIGARO - LOIC VENANCE/AFP
Près de 175 000 électeurs de
cet archipel, français depuis
1853, vont décider lors d’un
référendum
d’autodétermination historique si la Nouvelle-Calédonie reste française ou si elle choisit
l’indépendance. Les sondages
prédisent la victoire du non
dans une fourchette de 63 % à
75 %. Emmanuel Macron fera
une déclaration télévisée à
13 heures dimanche à l’issue
de la proclamation du résultat
et évoquera l’avenir de ce petit
territoire
stratégique
de
270 000 habitants dans le Pacifique. PAGE 5 ET L’ÉDITORIAL
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
PAGES 16 ET 17
Maurice Genevoix
Alors que l’Élysée prépare « une panthéonisation autour de la figure de Maurice Genevoix », auteur de Ceux de 14,
le président de la République effectuera, la semaine prochaine, un long déplacement sur des sites caractéristiques
de la Première Guerre mondiale pour le centenaire de l’Armistice, de Strasbourg à Rethondes. À cette occasion,
Le Figaro raconte, à partir d’aujourd’hui, l’histoire du lieu visité par le chef de l’État et publie un texte
d’un écrivain témoin ou d’un acteur de l’événement, ainsi qu’un extrait du Figaro de l’époque. PAGES 6 ET 15
La NouvelleCalédonie
joue
son avenir
dimanche
I
Le pari calédonien
l y a trente ans, ce scrutin aurait déchaîné les passions à Paris et à Nouméa.
Entre loyalistes et indépendantistes,
un accord venait alors d’être trouvé en
Nouvelle-Calédonie, après plusieurs
années d’affrontements meurtriers. Depuis,
le temps a fait son œuvre. La paix est revenue. Ce dimanche, l’archipel votera donc,
comme prévu, pour ou contre son indépendance. Un référendum sans grand suspens
puisque le non devrait l’emporter. Ce n’est
pourtant pas la fin de l’histoire…
La présence sur place, dès lundi prochain,
du premier ministre, Édouard Philippe, témoigne de l’importance de l’événement.
Car beaucoup reste à faire pour que la Nouvelle-Calédonie vive sereinement sa singularité au sein de la République française.
Ses quelque 270 000 habitants, aux multiples
origines, doivent encore se trouver un destin commun. Certes, ils administrent leur
territoire comme ils l’entendent - hors les
fonctions régaliennes -, alors qu’un tiers des
dépenses publiques est toujours assuré par la
métropole. Mais les inégalités demeurent
criantes dans une économie de conglomérats, dont la santé fluctue au gré des cours du
nickel. Et les susceptibilités identitaires sont
telles que, au moindre accroc, le pari de
l’émancipation intégrée à la nation tricolore
peut voler en éclats, puis dégénérer en bataille rangée. D’où la prudence du gouvernement dans la préparation de ce référendum.
La
défaite
probable
des
indépendantistes ne devra pas passer pour
une humiliation.
Les loyalistes l’ont
d’ailleurs répété à
l’envi ces derniers
mois.
À 18 000 kilomètres de là-bas,
certains s’interrogent aujourd’hui
sur l’opportunité
de conserver ce lointain « caillou », pour
reprendre une appellation peu flatteuse.
C’est moins au nom d’un passé révolu que de
l’avenir qu’il convient d’y défendre nos
couleurs. Dans cette zone Pacifique, théâtre
d’une guerre d’influence sans merci entre la
Chine et les États-Unis, la France a des intérêts - maritimes notamment - à préserver.
Symboliques. Et stratégiques. ■
IWC PORTUGIESER.
L A LÉGENDE
PARMI LES ICÔNES.
Les habitants
de l’archipel
doivent
se trouver
un destin
commun
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Portugieser Chronographe. Réf. 3714
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A
PAGE 9
OUI
10 %
fois offrir un nouvel angle
d’attaque au président des
États-Unis contre le Parti démocrate, qui n’a jamais présenté autant de candidates.
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
S’ils (les
migrants)
lancent des pierres
comme ils l’ont fait
envers la police et
l’armée mexicaine,
je dis (aux soldats),
considérez cela
comme un fusil
»
DONALD TRUMP S’ADRESSANT
AUX MILITAIRES QU’IL A ENVOYÉS
À LA FRONTIÈRE MEXICAINE
« Midterms » : Trump attaque
Le président se démultiplie pour soutenir les candidats républicains, enchaînant onze
LE COSTUME de « consolateur de la nation » n’est pas taillé pour Donald
Trump. Il ne fait pas mystère de son empressement à refermer la parenthèse des
colis piégés et de la tuerie antisémite de
Pittsburgh la semaine dernière, « deux
complots qui ont stoppé les républicains
dans leur élan », dit-il étrangement dans
une interview au site Axios, qui sera diffusée dimanche soir sur HBO.
La stratégie constante de Trump est
d’occuper le terrain et de dicter l’ordre
du jour médiatique. Renouant avec un
plan de bataille qui l’avait bien servi en
2016, c’est en mode « attaque » qu’il a
entamé mercredi un marathon électoral de onze étapes en six jours, à travers
huit États.
Cette débauche d’énergie le conduira
deux fois en Floride et dans le Missouri,
ainsi qu’en Virginie-Occidentale, en
Géorgie, dans le Montana, le Tennessee, l’Ohio et l’Indiana. Il conclura
ce blitz avec trois rassemblements élec-
toraux d’affilée lundi prochain, veille
du scrutin.
Son effort est concentré sur le maintien de la majorité républicaine au Sénat et la défense de gouvernorats comme en Géorgie ou en Floride. La
Chambre des représentants semble
plus à la portée des démocrates, même
s’il se dit toujours « confiant » à ce sujet. Lors de la présidentielle il y a deux
ans, son activisme jusqu’à la ligne
d’arrivée avait contribué au bascule-
ment in extremis de trois États du
Midwest par moins de 1 % des voix,
scellant sa victoire.
L’« invasion » de migrants
Le président bénéficie de deux atouts
dans ce bras de fer final. Il incarne seul
son camp au point de pouvoir nationaliser le scrutin, ce qui n’est le cas
d’aucun démocrate face à lui. Oprah
Winfrey et Barack Obama ont beau
s’être relayés jeudi et vendredi au côté
Donald Trump (vendredi,
lors d’un meeting à l’aéroport
régional de Columbia, dans
le Missouri), mise sur une campagne
« blitz » en nationalisant le scrutin.
EVAN VUCCI/AP
Stacey Abrams rêve de devenir la première femme noire gouverneur
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
ENVOYÉ SPÉCIAL À ATHENS ET ATLANTA (GÉORGIE)
QUAND les supporteurs de Stacey
Abrams vantent son parcours, son diplôme de la faculté de droit de Yale et
ses dix ans d’élue au Parlement de
l’État, ils omettent un versant crucial
de sa biographie. La candidate au poste
de gouverneur de la Géorgie est aussi
écrivain, sous le pseudonyme de Selena Montgomery, auteur de huit romans « sentimentaux à suspense ». Le
premier, en 2001, l’a spontanément
distinguée de Donald Trump : il est titré L’Art du désir.
Avec un nom de plume faisant écho
à la marche de Martin Luther King
pour les droits civiques de Selma à
Montgomery, en 1965, Stacey
Abrams, 44 ans, a entrepris de porter
l’émancipation sociale et politique
des Afro-Américains un cran plus
loin. Si elle remporte son pari le
6 novembre (ou le 4 décembre en cas
de second tour), elle deviendra la
première femme noire à diriger un
État américain, qui plus est dans le
Sud marqué par l’esclavage et la ségrégation, au cœur de l’ancienne
Confédération.
« Cette seule possibilité traduit
l’émergence d’un nouveau Sud, estime
Cliff Albright, cofondateur du Black
Voters Matter Fund (« Les électeurs
noirs comptent »). Pour les plus âgés,
voir une femme noire occuper la résidence du gouverneur après 82 hommes
blancs serait encore plus fort émotionnellement que l’élection d’Obama à la
Maison-Blanche. »
« Je ne me souviens de rien d’autre,
raconte-t-elle au public bobo, aux
deux tiers blanc, d’un café d’Athens, à
120 kilomètres de la capitale. Seulement de cet homme me disant que ma
place n’est pas là… Lorsque je serai
gouverneur, nous ouvrirons en grand les
portes de cette maison ! »
Ainsi va la candidate en campagne,
son identité en bandoulière. Elle parle
fréquemment d’un de ses frères pris
dans l’engrenage drogue-prison.
« Nous devons être un État rédempteur.
[…] L’humanité n’exige pas de papiers
d’identité. […] Cet État n’appartient pas
aux haineux. […] La diversité est notre
force, pas une arme contre nous. »
Elle finit souvent par l’histoire de
son père donnant son manteau à un
sans-abri « parce qu’il savait que nous
viendrions le chercher. » Sa conclusion
est toute trouvée : « Géorgie, je viens à
toi ! »
Dans un État dominé par les républicains, remporté par Trump en 2016
avec 5 points d’avance, ses partisans
croient fermement en ses chances :
« Elle représente l’avenir, assure Robert, chercheur en immunologie venu
l’écouter à Athens. La démographie a
changé, elle mène une campagne inclusive, elle va gagner ! » « L’avantage
d’être écrivain, c’est qu’elle est capable
d’exposer des idées claires », renchérit
Alexis Dunn, sage-femme afro-américaine. Les sondages la placent à deux
points seulement de son adversaire,
dans une marge d’erreur qu’elle qualifie de « marge d’opportunité » – et avec
trois fois plus de fonds à dépenser dans
le sprint final.
Estimant que les efforts passés des
démocrates pour recruter au centre
ont échoué, Stacey fait campagne sur
un programme « progressiste », notamment l’extension du système public d’assurance-maladie, Medicaid.
« Son armée de volontaires est impressionnante, observe Martha, une femme
d’affaires d’Atlanta. On a déjà frappé
trois fois à ma porte et je ne peux pas aller dans une épicerie sans tomber sur
A
Engrenage drogue-prison
Stacey la conteuse a justement une
histoire dans sa besace à propos de
cette résidence à colonnades du quartier huppé de Buckhead, à Atlanta.
Adolescente, elle y avait été invitée en
tant que présidente des élèves de son
lycée. Ses parents n’ayant pas de voiture, ils l’avaient accompagnée en bus,
ce qui suffit au gardien pour vouloir
l’éconduire sans même consulter sa
liste.
Candidate au poste de gouverneur de la Géorgie, Stacey Abrams (à gauche) a reçu
le soutien d’Oprah Winfrey, lors d’un meeting à Marietta, vendredi. A. POINTER/AP
ses militants. » Depuis 2013, elle a lancé une vaste campagne d’inscription
sur les listes électorales, notamment
auprès des minorités, avec l’espoir
d’élargir sa base. Reste que « les démocrates ne peuvent pas gagner en Géorgie sans une partie des républicains modérés qui vivent dans les banlieues »,
prévient Alan Abramowitz, professeur
de sciences politiques à l’université
Emory d’Atlanta.
Le choix offert à ces derniers ne saurait être plus contrasté. Avec Brian
Kemp, 54 ans, le Parti républicain a
misé sur un homme réputé « solide »,
mais bourru et terne. Avant de projeter l’image d’un bon père de famille, le
secrétaire d’État de Géorgie s’était distingué durant les primaires par des
spots télévisés au marteau-pilon. Dans
l’un, il brandissait son fusil sur un
adolescent venu inviter sa fille et proclamait qu’on ne lui « arracherait jamais » ses armes. Dans l’autre, il
sillonnait les routes avec son pick-up
pour rafler les immigrés illégaux et les
livrer à la police. Son positionnement
politique ne souffre aucune ambiguïté :
« Je suis plus Trump que Trump ! »
Sans y voir de lèse-majesté, le fils du
président, Donald Junior, et sa nouvelle compagne Kimberly Guilfoyle,
ex-présentatrice de Fox News, sont
venus le soutenir à Athens. « Nous
sommes en pays trumpien !, proclame la
jeune femme, plus enjouée que ses
compères. Nous allons bâtir ce grand
beau mur (sur la frontière) ! Et nous ne
nous agenouillons qu’à l’église ! », une
flèche contre les joueurs de football
américain qui protestent pendant
l’hymne national.
Don Jr s’en prend de façon cryptique
à Barack Obama, « qui n’a jamais signé
un chèque de sa vie ». Kemp accuse sa
rivale de lever des fonds jusqu’à San
Francisco et promet : « Nous ne laisserons personne acheter l’élection, il en va
de l’âme de la Géorgie ! »
« On ne connaît à cet homme ni talent
ni succès particulier, affirme la présidente d’une ONG internationale à Atlanta, qui soutient Stacey Abrams. Elle
est tellement plus brillante, mieux préparée et capable ! » Mais Brian Kemp
possède une arme fatale. En tant que
secrétaire d’État, il est responsable de
l’organisation du scrutin. Un avantage
auquel il refuse de renoncer en démissionnant, quitte à être juge et partie.
Ainsi, il peut appliquer avec zèle une
politique dite « de correspondance
exacte », selon laquelle toute personne
dont le nom ou l’adresse dévie même
d’un iota des registres de la sécurité
sociale ou du permis de conduire est
rayée des listes électorales. Quelque
53 000 inscrits viennent ainsi d’être
mis « en suspens », sous réserve de
prouver leur droit de voter le jour du
scrutin.
Facteur racial
« L’intention de cette loi est de limiter la
participation des minorités, qui sont
plus démocrates », affirme Alan Abramowitz. L’Associated Press, qui a analysé la liste des « suspendus », y a trouvé 70 % d’Afro-Américains, alors
qu’ils ne représentent que 32 % de la
population – et 80 % des minorités
avec les Latinos et les Asiatiques. Cette
mesure succède à la « purge », l’an
dernier, de 670 000 noms des listes
électorales, « un processus de mise à
jour mené agressivement par les républicains », selon le politologue.
La Géorgie est en outre l’un des rares
États à utiliser un système de vote
électronique sans aucune trace papier,
rendant impossible un recompte des
voix. En dépit de tentatives de piratage
dans trois comtés, le secrétaire d’État
refuse les fonds fédéraux pour renforcer la cybersécurité du scrutin…
En butte au système, Stacey Abrams
doit aussi surmonter le facteur racial,
qui « joue ici un rôle considérable »,
souligne le professeur Abramowitz :
les sondages promettent 75 % du vote
blanc à Kemp et 92 % du vote noir à
Abrams – le premier pesant deux fois
plus lourd que la seconde. « La ligne de
fracture est très claire, estime Cliff Albright. Le vote blanc est aligné derrière
Donald Trump. » Pas totalement, assure Martha : « La couleur de peau de
Stacey Abrams ne fait pas peur aux
Blancs éduqués. » L’émergence – ou
pas – d’un « nouveau Sud » le dira. ■
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LE FIGARO
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
««« MIDTERMS «««
ÉLECTIONS 2018
le sprint final
Donald Jr, émule de son père
et coqueluche du camp républicain
déplacements d’ici aux scrutins de mardi.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
★★★★
The Guardian
seur de droit à l’université de New
York, dit au New York Times : « Le décret, c’est de l’esbroufe. La baisse d’impôts, c’est de l’esbroufe. Les troupes sur
la frontière, c’est du théâtre cher. […] Il y
a peut-être une méthode à ce désordre si
cela lui permet d’orienter le débat juste
avant l’élection. Mais cela peut aussi
rappeler aux électeurs ce qu’ils n’aiment
pas chez le président. »
Bras de fer avec la presse
Donald Trump se défend de mentir
sciemment. « Quand je le peux, je dis la
vérité, a-t-il déclaré mercredi sur ABC.
Parfois il est possible que des choses
surviennent et qu’il y ait un changement, mais je préfère toujours être honnête. » Ses supporteurs lui en feraient
crédit à 91 %, selon une enquête pour
CBS l’été dernier. Il justifie aussi sa
rhétorique combative : « C’est ma seule façon de me défendre, dit-il à Axios.
Je ne serais pas là si je ne faisais pas
ça. »
La presse le force à l’attaquer « en
écrivant des histoires fausses à mon sujet. » Sa famille lui suggère-t-elle de
baisser le ton ? « Pas trop. Eh, je suis
là ! C’est ce qui m’a amené là », à la
Maison-Blanche. « Je sais exactement
ce que je fais de bien et de mal, OK,
poursuit le président. Je le comprends
mieux que n’importe qui. »
D’après un sondage Politico-Morning Consult, 56 % des Américains estiment que Donald Trump divise le
pays, mais ils sont 64 % à en dire
autant des médias. « Je provoque la
rage, ça a toujours été comme ça »,
avouait-il en 2016 à Bob Woodward du
Washington Post. « Je ne sais pas si
c’est un atout ou un handicap. » Pour
une partie des électeurs, il est celui qui
a compris leur colère, pour l’autre, celui qui nourrit leur rage. L’arbitrage
pourrait venir de la lassitude de ceux
qui attendaient un consolateur en
chef. ■
P. G.
(CORRESPONDANT À WASHINGTON)
IL EST la sensation des midterms dans le
camp républicain. Cruelle ironie, il
pourrait aussi connaître de sérieux ennuis judiciaires, sitôt passées ces élections parlementaires de mi-mandat du
6 novembre. Donald Trump Jr, le fils
aîné du 45e président des États-Unis, arpente l’Amérique pour soutenir la majorité présidentielle menacée. Mais de
lourds nuages noirs s’amoncellent dans
son sillage à mesure que le procureur
Robert Mueller resserre son étau sur les
proches du président, soupçonnés
d’avoir trempé avec la Russie dans une
conspiration électorale en 2016.
L’héritier de 40 ans, qui copréside
avec son frère Eric le trust familial chapeautant la Trump Organization, l’empire immobilier dont Donald Trump a dû
s’éloigner pour éviter tout conflit d’intérêts, s’est taillé un rôle à sa mesure sous
l’aile bienveillante du président. Cheveux éternellement gominés et lissés en
arrière, costumes bleu nuit souvent
rayés, bronzage parfait, « Don Junior »
soulève les ardeurs populaires sur son
passage. À la différence de ses frères et
sœurs plus modérés, il a hérité de son
père un sens poussé de la provocation,
un bagout et un art consommé de la
communication sur les réseaux sociaux.
Comme le patriarche, il aime les strass et
les paillettes, la lumière crue des caméras
et le maximum d’attention médiatique.
Infatigable, il a déjà soutenu Ted Cruz
par deux fois au Texas, visité le Montana,
l’Indiana, la Louisiane, la Pennsylvanie, le
Dakota du Nord et honoré de sa présence
de prestigieuses levées de fonds du GOP
(Grand Old Party, conservateur) dont
celles, en août, du représentant Lee Zeldin dans les Hamptons, le Deauville newyorkais sur Long Island, où 800 convives
déboursèrent 500 000 dollars. Sa stratégie est claire : « Je ne vais pas soutenir
quelqu’un sur le point de perdre de vingt
points, décrypte Don Jr. Je me rends là où
quelqu’un est susceptible de perdre de deux
points ou de gagner de quatre. Le but, c’est
de faire la différence là ou c’est serré. »
Donald Trump Jr soutenant Martha
McSally, candidate au Sénat, vendredi
à Sun City, dans l’Arizona. MATT YORK/AP
Depuis des mois qu’il bat l’estrade à
travers « ce qu’(il) appelle l’Amérique de
base, n’importe où entre New York et Malibu », il a connu son lot d’ovations,
comme le 5 septembre dans l’Ohio, où il
a déclaré : « S’il y a une chose sur laquelle
Donald Trump s’est trompé, c’est que
vous vous lasseriez de gagner. » Tonnerre d’applaudissements garanti.
Conservatisme décomplexé
Don Jr incarne un conservatisme décomplexé, sincère, et rassurant pour
tous ceux qui savent que son père a frayé
avec les démocrates new-yorkais et que
la « première fille » Ivanka, sœur cadette
de Don, ne cache pas ses affinités démocrates. Certains lui attribuent des rêves
de grandeur. « Regardez son compte
Twitter, ironise le Guardian. Il y a cinq
ans, il retweetait des articles de midinette
sur Justin Bieber. Maintenant, il n’arrête
pas de répandre sa haine de la gauche, et il
sillonne le pays », se plaçant dans la course à l’avènement d’une dynastie Trump
comparable à celle bâtie par le clan Bush.
Don Jr affiche un conservatisme
outrancier et s’inspire du populisme paternel. Il tire à boulets rouges sur le procureur Bob Mueller en charge de l’enquête russe, se disant « l’esprit tranquille »
par rapport à la réunion à laquelle il participa dans la Trump Tower le 9 juin 2016.
Des émissaires du Kremlin avaient alors
proposé des informations compromettantes sur Hillary Clinton. Lui redoute
que « Mueller ne fabrique de toutes pièces
des choses contre (lui) », ainsi qu’il l’a
confié à ABC News en septembre.
Il retweete les messages conspirationnistes, soutient l’ex-conseiller à la sécurité nationale déchu Michael Flynn,
même lorsque celui-ci encourt une peine
de prison pour avoir menti au FBI sur ses
accointances russes, avant et durant la
campagne présidentielle de 2016. Il pourfend le mouvement #MeToo, en déclarant au Daily Mail britannique avoir
« peur non pas pour (ses) filles, mais pour
(ses) fils ». « Quand vous voyez ce qui est
arrivé dans des affaires politiquement colorées, comme celle de Brett Kavanaugh
(juge nommé à la Cour suprême le 6 octobre après des accusations d’abus sexuels
durant sa jeunesse), précise-t-il, vous
vous dites que cela diminue la crédibilité
des vraies victimes de ce genre de choses. »
« Don est son père tout craché, martèle
Cliff Sims, un ancien collaborateur de la
campagne Trump, admiratif. C’est un
fou furieux sur Twitter, et une force de la
nature en tournée (électorale). » « Dans
un univers républicain normal, un type tel
que lui serait très problématique, souligne
le stratège conservateur Mike Murphy.
Mais dans ce nouvel univers, celui de
Trump, régi par des lois de gravité différentes, toutes les campagnes ressemblent
à une grande primaire républicaine », où
l’ambitieux rejeton trouve toute sa place. À lui d’enflammer l’électorat proTrump et de rappeler aux plus distraits
toute la force de l’enjeu réel de ces midterms : éviter le pire.
« Il est là pour éduquer le peuple américain sur l’importance d’avoir encore une
Chambre (des représentants) républicaine
en novembre, renchérit David Bossie, un
autre ancien membre de la campagne
électorale de Donald Trump, car l’alternative à cela est très claire : c’est la destitution de son père. » Un développement
qui serait des plus contrariants pour
l’éventuelle émergence d’une dynastie
Trump à Washington. ■
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IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN
AU CINÉMA LE 7 NOVEMBRE
A
de Stacey Abrams, qui vise le poste de
gouverneur en Géorgie, leur omniprésence serait certainement contre-productive. Trump peut également utiliser
le porte-voix de la Maison-Blanche,
comme il l’a fait jeudi dans une longue
diatribe sur la « crise migratoire » à la
frontière, pauvre en annonces nouvelles mais riche en accents électoraux.
Le lexique présidentiel repose sur une
douzaine de formules clés : « caravane », « invasion », « armée », « frontière », « droit du sol », « nationaliste »,
« médias bidon », « ennemis du peuple », « baisse d’impôts » « classe
moyenne », « prix des médicaments »,
« comptes d’épargne retraite ». Quelques-unes contiennent des promesses
aléatoires : une modification improbable de la Constitution pour durcir les
règles d’acquisition de la nationalité, un
abattement fiscal de 10 % pour les ménages prétendument immédiat, mais
qui dépend en fait du Congrès, et une
négociation à peine entamée avec les
laboratoires pharmaceutiques.
La plupart jouent plutôt sur les peurs.
Celle d’une marche de migrants présentés comme « des hommes, des jeunes, des durs dont on ne veut pas dans
notre pays », possiblement « payés »,
« attirés par des lois que soutiennent les
démocrates », et dont « l’invasion » va
« détourner de précieuses ressources de
pauvres Américains qui en ont cruellement besoin. » Celle aussi d’un effondrement de la Bourse, dont dépendent
les comptes de retraite privés : « Si pour
quelque raison les républicains échouent
aux midterms », a dit Trump mercredi,
« je crois que tout le monde va perdre
beaucoup d’argent. »
La théorie du chaos avait servi le
candidat en 2016, mais elle est plus risquée pour le détenteur du pouvoir.
Dans un tweet, l’élu républicain de
Pennsylvanie, Ryan Costello, s’insurge
d’un assaut sur le droit du sol « sorti de
nulle part », qui relève de la « malfaçon
politique ». Michael Waldman, profes-
NEW YORK
3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
««« MIDTERMS «««
ÉLECTIONS 2018
L’année où les femmes
se sont engagées dans la bataille
Les candidates, qui sont plutôt démocrates, n’ont jamais été si nombreuses.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
AVEC 42 000 candidates à un mandat
électif, les élections de mi-mandat de ce
6 novembre promettent de faire de ce
cru 2018 une véritable « année des femmes », label jusqu’ici réservé au scrutin
de 1992, lorsque cinq femmes étaient
entrées d’un coup au Sénat. Or rien qu’à
la Chambre des représentants, cette année, elles sont deux cents en lice, républicaines et démocrates confondues, qui
promettent de bousculer l’ordre masculin établi sur la colline du Capitole.
Les démocrates se taillent la part du
lion, en grande partie du fait de la désaffection des électrices dans les banlieues
résidentielles blanches et aisées, où se
concentre l’essentiel de la classe moyenne. Le surnom de « soccer moms » (les
mères qui accompagnent leurs enfants
sur les terrains de sport) est réducteur
pour qualifier ces femmes qui se sont
éveillées à la politique, notamment à
mesure que grandissait leur déception
envers le président Donald Trump. Tandis que celui-ci affichait un retard de
douze points en 2016 parmi l’électorat
féminin, il semble que le fossé ait doublé
depuis. Ses énergiques dénégations face
à toutes les accusations d’abus sexuels
contre lui, sa morale discutable et ses attaques vicieuses contre une ancienne
maîtresse et actrice de film X, Stormy
Daniels, ont achevé de lui aliéner les mères de famille, ulcérées par un tel déballage de trivialités sur les écrans consultés
par leurs chères têtes blondes.
Après la grande « marche des fem-
mes » du 21 janvier 2017, qui visait à dénoncer ces failles chez le 45e président
des États-Unis et qui rassembla des millions de marcheuses dans les grandes
villes du pays, une seconde édition serait en préparation, visant à reprendre
le flambeau du mouvement #MeToo.
L’audition houleuse au Sénat du juge
Brett Kavanaugh, finalement nommé le
6 octobre à la Cour suprême malgré des
accusations de violences sexuelles durant ses années estudiantines, aurait
provoqué une indignation perceptible
dans les banlieues résidentielles, susceptible de se transcrire en vote sanction ce mardi.
La sensation Stacey Abrams
« Il y a eu des émotions très fortes autour
de cette histoire, écrivait le 29 septembre
Grant Reeher, politique à l’université de
Syracuse, sur le site d’information The
Hill. La plupart des républicains se sont
grillés en réclamant un vote pour Kavanaugh », alors même que son innocence
ne pouvait être établie pour des faits certes survenus en 1982-1983. « Les femmes
n’oublieront pas, promet Karine Jean
Pierre, une ancienne de la Maison-Blanche sous l’ère Obama et présidente de
l’association MoveOn. Elles n’oublieront
aujourd’hui ni demain ni dans les urnes en
novembre. » « C’est devenu un beau désordre », reconnaît Michael Steele, ancien président du Comité national républicain. « La façon dont les républicains
ont géré l’affaire Kavanaugh, et dont ils
ont traité Christine Blasey Ford, pose problème », souligne pour sa part Guy Cecil,
directeur du groupe Priorities USA, qui
vise à faire élire des démocrates.
Dans la bataille pour le Sénat, l’élue
démocrate du Missouri, Claire McCaskill, est coude-à-coude avec son opposant républicain, Josh Hawley. Pilier de
l’opposition démocrate à la Chambre
haute, McCaskill a réussi à lever des dizaines de millions de dollars. Ce sera
plus ardu pour Heidi Heitkamp, son alter ego dans un État « rouge » (conservateur) du Midwest, le Dakota du Nord,
où Donald Trump a gagné avec une
marge de 36 % face à Hillary Clinton en
2016. Le siège de Heitkamp paraît à portée du républicain Kevin Cramer, après
une bourde énorme de l’élue sortante :
durant l’audition du juge Brett Kavanaugh pour un siège à la Cour suprême,
elle avait publié une lettre de soutien de
125 femmes dénonçant Kavanaugh,
sans demander préalablement leur
autorisation.
Côté républicain, plusieurs candidates hautes en couleur pourraient
créer la sensation. Marsha Blackburn
dans le Tennessee veut détrôner le sénateur démocrate Phil Bredesen et ne
recule devant aucune extrémité pour
susciter le vote « rouge » dans cet État
du
Midwest
traditionnellement
conservateur.
Mais « L’année des femmes » ne s’affirme pas uniquement dans le simple
cadre parlementaire. Autre enjeu de ces
midterms, les postes de gouverneur des
cinquante États fédérés suscitent eux
aussi un énorme engouement chez les
femmes. En Georgie, la sensation se
nomme Stacey Abrams. Pour cette
énergique Noire de 44 ans, des célébrités se mobilisent : le comique Will Ferrell est venu faire du porte-à-porte,
tandis que la présentatrice vedette
Oprah Winfrey s’est rendue à Marietta,
jeudi, pour monter sur scène avec la
candidate. « Stacey, je l’adore », s’enthousiasme Sandra Wright, une militante qui fait le pied de grue trois heures
avant l’arrivée des deux femmes,
convaincue qu’Abrams va renverser des
montagnes, à commencer par son rival
républicain, le secrétaire d’État régional
Brian Kemp, accusé d’avoir rayé
340 000 noms des listes électorales sous
des prétextes jugés fallacieux. « Malgré
ce coup bas, elle va y arriver ! », prédit
Sandra Wright, enthousiaste. ■
3,7
%
de chômeurs
Le taux de chômage
américain est resté
stable en octobre, mais
les créations d’emploi
ont rebondi
plus que prévu, tandis
que la croissance
des salaires s’accélère,
selon des données
publiées vendredi
par le département
du Travail.
Les créations d’emploi
ont atteint le chiffre
de 250 000 après les
118 000 de septembre,
dépassant les prévisions
des analystes
qui tablaient
sur 185 000 créations.
Sur un an, la croissance
des salaires s’est
accélérée à 3,1 %, le
rythme le plus rapide
depuis avril 2009, a
précisé le département
du Travail.
SUR LES ROUTES
DE PENNSYLVANIE
Par Laure Mandeville
6/6
ENVOYÉE SPÉCIALE À ALLENTOWN
£@lauremandeville
tuées à gauche, et Cedar Crest College
n’échappe pas à la tendance, même si la
« menace » des « mâles blancs » y paraît ténue (le seul contingent d’hommes
substantiel est composé d’étudiants
saoudiens qui ont d’ailleurs accès au
safe space).
Bataillons radicaux
C’EST dans une maison au toit de brique
rouge, un peu en retrait, que Hannah
Alarcon, étudiante de première année
en science politique, nous a donné rendez-vous. Plantée dans une allée du Cedar Crest College, à Allentown, la demeure ressemble à tous les autres
bâtiments de ce joli campus boisé qui
abrite un établissement pour jeunes
filles depuis 1867. Mais c’est en fait
l’« espace sécurisé » du collège, le safe
space où les étudiants viennent « se
protéger » des « offenses » potentielles
que leurs camarades pourraient leur infliger avec leurs préjugés « inconscients » de race et de genre, nous explique Hannah.
Depuis quelques années, les organisations étudiantes de défense des minorités, développant une théorie de victimisation radicale et systématique, ont
cherché à répandre ce concept d’« espace sécurisé ». Certains professeurs,
notamment à l’université de Chicago,
ont cherché timidement à mettre en
garde contre cette tendance à la « protection systématique », y voyant un
danger pour « la libre parole » et un risque de division de la société en tribus
qui ne se parlent plus. Mais chaque
campus qui se respecte semble suivre le
mouvement, sous la pression des organisations féministes et de couleur si-
« Tout le monde peut venir. C’est un endroit où on peut exprimer ses sentiments
sur l’environnement dans lequel on vit »,
justifie Hannah, qui est loin de faire partie des bataillons estudiantins les plus
radicaux mais adhère au concept.
« Quand nous débattons, nous pouvons
amener dans la conversation les questions
de race ou de genre, qui ne devraient jamais en faire partie. Les gens deviennent
ultrasensibles car ils veulent du respect »,
explique la jeune démocrate qui a rejoint
le groupe non partisan Feminist Majority, pour « pousser les étudiantes à aller
voter ». Hannah dit qu’elle est choquée
par la manière dont le président offense
tant de gens, dont les immigrants. Très
en faveur du mouvement #MeToo, elle a
été « complètement » convaincue par le
témoignage du Dr Christine Ford, qui a
accusé le juge Brett Kavanaugh de
l’avoir attaquée sexuellement il y a
trente-six ans. « Je regrette que Kavanaugh soit à la Cour suprême, car je suis
passionnément engagée pour les droits
des femmes et le droit à l’avortement »,
dit-elle.
Hannah est la partie modérée d’un
iceberg démocrate massif qui a fait des
« droits des femmes » l’un de ses chevaux de bataille. Une autre étudiante,
Dakota, jeune fille au nez couvert d’anneaux d’argent rencontrée près de
SCOTT OLSON/AFP
Les démocrates misent
sur la colère féministe
pour gagner du terrain
L’élue démocrate du Missouri, Claire McCaskill (mardi, à Bridgeton dans le Missouri, ), candidate au Sénat, a réussi à lever
des dizaines de millions de dollars.
l’« espace sécurisé », se dit, elle aussi,
« très en colère » contre Kavanaugh et
espère qu’il sera destitué, de même que
Trump. « J’estime que l’audition qui a
mené à la confirmation de Kavanaugh a
été orchestrée par une bande de vieux
bonshommes blancs qui veulent garder
leur pouvoir et leur contrôle », nous déclare aussi Lori McFarland, une enseignante d’Allentown.
Les démocrates espèrent profiter de
cette « fureur féministe » pour rafler la
mise le 6 novembre et faire notamment
basculer les femmes républicaines modérées et éduquées des banlieues des
grandes villes, comme Philadelphie, en
Pennsylvanie. Un calcul, qui, s’il est
avéré, pourrait leur permettre de reconquérir les États bleus du Midwest
passés à Trump, voire de porter quelques coups sévères au Parti républicain
dans le Sud, notait ce vendredi un article du New York Times. « Il y a suffisamment d’indépendants frustrés pour que ce
scénario se produise », nous a confié un
stratège républicain, citant la capacité
du démocrate conservateur Connor
Lamb, dans la banlieue de Pittsburgh, à
aller par exemple chercher ces femmes
exaspérées par Trump.
D’autres signes montrent toutefois
que le tableau est beaucoup plus complexe et que, comme en 2016, les démo-
crates ont oublié qu’à côté de « leur »
Amérique, il en existe une autre,
conservatrice et en désaccord total avec
leur analyse de l’affaire Kavanaugh.
Cette autre Amérique était bien présente
sur les routes de Pennsylvanie que nous
avons parcourues. Souvent mères de famille, nombre d’électrices conservatrices disaient « avoir pensé à leurs maris et
à leurs fils, en regardant l’audition opposant le juge Kavanaugh au Dr Ford » et
jugeaient horrible ce que « lui et sa famille avaient dû endurer » même si « elles
avaient de la peine pour Ford ».
« On n’est plus des victimes »
« On a tous fait des erreurs de jugement,
il y a trente ans, et on se met parfois dans
des situations dangereuses. Si cette femme qui accuse le juge a gardé tout ça
pendant trente ans, pourquoi le ressortir
maintenant, d’autant qu’il n’y a pas eu
d’assaut proprement dit… C’est douloureux pour elle, mais cet homme s’est bien
conduit dans sa vie depuis, c’est horrible
de lui faire ça maintenant », confiait par
exemple Lori Spencer, une belle quinquagénaire blonde qui dirige une agence immobilière à Old Forge. Lori disait
avoir fait sa place au soleil « en se battant pour réussir et être indépendante »,
mais elle jugeait le mouvement #MeToo
« effrayant » et « extrême ». « Il nous
Dimanche 4 novembre 2018 I 12H-13H
A
SÉGOLÈNE
ROYAL
Ancienne Ministre de l’Environnement - Candidate à l’Elysée en 2007
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
YVES THREARD - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
renvoie en arrière si nous blâmons systématiquement les hommes comme si nous
n’avions pas de liberté. Bien sûr qu’il faut
dénoncer les crimes sexuels, mais je pense qu’il faut choisir nos batailles. On ne
peut jouer sur les deux tableaux. D’un
côté se déclarer fortes et égales des hommes et en même temps remettre sur le tapis des choses qui se sont passées il y a
trente ans, ce n’est pas juste. On n’est
plus des victimes », insistait-elle.
Comme Lori, beaucoup de femmes,
issues notamment des milieux populaires, se gaussaient de cette idée d’une
fragilité des femmes. « Je sais me défendre », nous a lancé Krissa Bremer, une
jeune fermière capable de conduire
toutes les énormes machines agricoles.
Quelque 52 % des femmes blanches ont
voté Trump et Hillary en 2016, preuve
que le genre n’a pas été un facteur décisif. « Ce qui se passera le 6 novembre
reste énigmatique, mais une chose est
certaine. Le vote des femmes n’est pas un
monolithe », conclut Jason Gottesman,
porte-parole du Parti républicain en
Pennsylvanie. ■
» Retrouvez
la chronique
de Laure Mandeville
« The new Civil War »
en podcast sur lefigaro.fr
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LE FIGARO
POLITIQUE
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
5
La Nouvelle-Calédonie à l’heure
du référendum d’autodétermination
Le non à l’indépendance semble donné vainqueur, mais le débat n’est pas clos pour autant.
CORALIE COCHIN
NOUMÉA
TERRITOIRE Sur la Grande Terre et dans
les îles, les drapeaux Kanaky et bleublanc-rouge continuent de fleurir, à la
veille de cette consultation historique.
Ce dimanche, 174 154 électeurs sont
attendus dans les 284 bureaux de vote de
l’archipel. « La tenue de cette consultation est l’aboutissement d’un long processus entamé par les accords de Matignon
en 1988 », rappelle le haut-commissariat, l’institution qui représente l’État
en Nouvelle-Calédonie. Signés il y a
trente ans, ces accords avaient mis fin à
quatre années de quasi-guerre civile et
engagé l’archipel sur le long chemin de
la décolonisation. Dix ans plus tard, ce
socle s’était vu consolidé par la signature
de l’accord de Nouméa, prévoyant un
référendum d’autodétermination en
2018 au plus tard.
Trente ans après le retour de la paix,
l’heure est venue pour les Calédoniens de
se prononcer sur leur avenir institutionnel. Pour veiller à la sincérité de ce
scrutin exceptionnel, 250 délégués venus
en grande partie de métropole, et chapeautés par une commission de contrôle,
seront déployés dimanche dans les différents lieux de vote. La consultation sera
aussi scrutée à la loupe par une quinzaine
de représentants de l’ONU, la NouvelleCalédonie étant toujours inscrite sur la
liste des territoires à décoloniser.
Mais à quelques heures des résultats,
le suspense reste mince sur l’issue du
vote. Les deux derniers sondages annoncent une nette victoire du non à l’indépendance, avec 63 % à 66 % à des
électeurs interrogés. Dans la balance,
reste 15 % d’indécis - surtout chez les
femmes, les jeunes et les électeurs penchant pour le oui - sans oublier les abstentionnistes, qui pourraient être nombreux le 4 novembre.
Dans le camp loyaliste, l’enjeu de la
consultation est désormais ailleurs : il
s’agit de décrocher une victoire massive, afin d’éviter un deuxième, puis un
troisième référendum d’ici à 2022, prévu
par l’accord de Nouméa, si un tiers des
Meeting pour le non à l’indépendance, le 30 octobre, à Nouméa.
élus du Congrès en font la demande. Le
sénateur Pierre Frogier (LR), pourtant
signataire de cet accord, l’a exprimé très
clairement cette semaine en déclarant
qu’il « déposerait une proposition constitutionnelle pour écarter ces référendums
du chemin institutionnel ».
Le modèle québécois
Vivement critiquée de part et d’autre de
l’échiquier politique, cette solution visant à fermer définitivement la porte à
l’indépendance est « vouée à l’échec car
elle n’obtiendra pas la majorité au
parlement et risque de braquer encore
plus les indépendantistes », présage Sonia Backès.
La patronne des Républicains calédoniens propose comme alternative un
Wauquiez et Le Pen fustigent
la neutralité de Macron
LORIS BOICHOT £@lboichot
LE CANDIDAT d’En marche ! souhaitait
que la Nouvelle-Calédonie « reste dans
la communauté nationale ». Aujourd’hui
à l’Élysée, Emmanuel Macron refuse de
prendre parti, « pas pour [se] soustraire
à une responsabilité, mais parce que ce
n’est justement pas [sa] responsabilité »,
précisait-il début mai, en déplacement
dans l’archipel. Manière de ne pas irriter les indépendantistes et de favoriser
un climat apaisé à l’approche du
scrutin, même si le chef de l’État est
convaincu que « la France ne serait pas
la même sans la Nouvelle-Calédonie ».
« Pourquoi le président de la République n’a-t-il pas pris une position plus
claire ? », a regretté à Nouméa, en
septembre, le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez, l’un des
deux chefs de parti en visite dans l’archipel ces douze derniers mois - avec
l’ancien candidat à la présidentielle
François Asselineau (UPR).
« Apocalypse » en cas de oui
« S’il y avait un référendum sur l’appartenance de la Corse, de la Bretagne, du
Pays basque ou de n’importe quelle région
française, est-ce qu’on pense qu’un
président de la République, qu’un premier
ministre ne se prononceraient pas ? »,
demandait alors le président de la
région Auvergne-Rhône-Alpes. À la
tête d’un parti héritier du RPR, longtemps apparenté au mouvement de Jacques Lafleur, le leader des anti-indépendantistes, Laurent Wauquiez défend
« une Calédonie française » et redoute
une « apocalypse » en cas d’indépendance.
Marine Le Pen tient un discours semblable et « craint », si le oui l’emporte,
« que ce ne soit pas la population calédonienne qui prenne le pouvoir, mais de
grandes entreprises multinationales qui
viendront piller le riche sol calédonien ».
Selon l’ancienne candidate à la présidentielle, arrivée au second tour en
tête à Nouméa (50,9 % des voix) où elle
a pu apparaître comme un rempart à
l’indépendance, l’impartialité de l’État
n’était « pas incompatible » avec l’expression d’une préférence par Emmanuel Macron. La Nouvelle-Calédonie
« est une part de la France dont la
Constitution vous ordonne de défendre
l’intégrité du territoire », lui a-t-elle
lancé, en mai dernier, sur les réseaux
sociaux.
«L’État restera neutre », son objectif
est que « le scrutin se passe dans les
meilleures conditions », a cependant
réaffirmé le premier ministre, Édouard
Philippe, le 24 octobre devant les députés. Une prise de distance partagée
par le leader de La France insoumise
(LFI), Jean-Luc Mélenchon, mais pour
d’autres raisons. « Si je faisais parler
mon cœur, je dirais “restons ensemble”.
Mais il y a des années que je milite aux
côtés des indépendantistes et je connais
[leur] force et [leurs] motivations, expliquait-il en septembre dernier. Je m’en
remets à la décision des Calédoniens. »
Leur verdict sera connu dimanche à la
mi-journée. Le chef de l’État s’exprimera dans la foulée, à 13 heures (heure
en métropole), depuis l’Élysée. Dès le
lendemain, le premier ministre évoquera à Nouméa « les conditions de
l’après 4 novembre », avec « l’ensemble
des forces politiques ». Si la NouvelleCalédonie reste française, Marine Le
Pen souhaite que le gouvernement
retire l’archipel de la liste de l’ONU des
pays à décoloniser, où il est inscrit
depuis 1986. ■
THEO ROUBY/AFP
droit permanent à l’autodétermination,
déclenché à la demande des électeurs
(50 %), par un système de signatures en
mairie, sur le modèle québécois.
Chez les indépendantistes, la réaction
à l’égard de Pierre Frogier est cinglante.
« On ne discutera plus jamais avec lui », a
déclaré Victor Tutugoro, le président de
l’Union progressiste mélanésienne, lors
du meeting de clôture du FLNKS, à
Nouméa. « Il est perdu ! », tacle
Rock Wamytan, autre figure indépendantiste.
Quelques semaines plus tôt, Daniel
Goa, le président de l’Union calédonienne
avait déclaré pour sa part vouloir négocier l’indépendance du pays directement
avec l’État français en cas de victoire du
non aux trois référendums.
LA NOUVELLE CALÉDONIE
EN CHIFFRES
Îles Bélep
PROVINCE
DES ÎLES LOYAUTÉ
PROVINCE
NORD
Ouvéa
OC
ÉA
NP
AC
IFI
QU
E
Grande Terre
Lifou
Maré
PROVINCE SUD
Nouméa
Île des Pins
Superficie
18 575 km2
ZEE (zone économique exclusive)
1,3 million de km2
(soit 13 % de la ZEE française)
Autres
Kanaks
33,8 %
39,1 %
267 767
HABITANTS
(2014)
Européens
27,1 %
Ni
Nickel
58.693
6e producteur mondial
20 à 30 % des réserves
mondiales
imaginer un nouveau statut de nature à
satisfaire les deux camps mais aussi redéfinir les règles du jeu, à l’image de son
corps électoral, aujourd’hui gelé pour
certains scrutins.
Lors d’une conférence sur l’après-référendum à Sciences Po Paris, Alain
Christnacht, cheville ouvrière de l’accord de Nouméa, a avancé deux scénarios probables au micro d’Outre-mer
La Première. Soit les Calédoniens se mettent autour de la table et ils trouvent
« une solution institutionnelle compliquée » car « la Calédonie est compliquée ». Soit ils ne parviennent pas à se
mettre d’accord « et dans la perspective
des élections provinciales, certains poussent à la surenchère et donc l’année 2019
risque d’être très difficile. » ■
Les clés d’un scrutin attendu
depuis trente ans
AUDE BARIÉTY £@AudeBariety
DIMANCHE, en Nouvelle-Calédonie, un
référendum attendu depuis trente ans
départagera indépendantistes et loyalistes.
un référendum
uPourquoi
se tient-il en Nouvelle-Calédonie ?
En Nouvelle-Calédonie, les années
1980 sont marquées par ce qui sera
surnommé « les événements », une
vague de violences impliquant
indépendantistes, loyalistes et forces
de l’ordre. Pour apaiser les tensions
politiques, des accords dits de Matignon sont signés le 26 juin 1988. Dix
ans plus tard, le 5 mai 1998, ils sont
consolidés par un nouvel accord, dit
de Nouméa, qui organise l’émancipation par étapes de l’archipel. Le
texte précise qu’« au terme d’une
période de vingt années, le transfert des
compétences régaliennes, l’accès à un
statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté
en nationalité seront proposés au vote
des populations intéressées », jetant
ainsi les bases du référendum de
dimanche.
pourra voter ?
uQui
La Nouvelle-Calédonie compte ac-
Français (langue officielle)
28 langues vernaculaires kanakes
28
Dans ce contexte référendaire particulièrement sensible, où les équilibres
politiques vont enfin pouvoir se mesurer
dans les urnes, le premier ministre
Édouard Philippe, actuellement au
Vietnam, a annoncé sa venue le lundi
5 novembre à Nouméa pour la proclamation des résultats officiels.
Une visite destinée à « panser les
plaies des indépendantistes » comme
l’interprète Pierre Frogier ou à rassembler les acteurs autour de la table pour
préparer l’après-référendum, comme
l’espèrent beaucoup d’autres. Car même
en cas de victoire du non, l’évolution
institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie est encore loin d’être achevée.
Aux termes de l’accord de Nouméa,
qui court jusqu’en 2022, l’archipel devra
tuellement trois listes électorales. La
liste électorale générale (LEG) permet
de voter aux élections municipales,
législatives et présidentielles ; la liste
électorale spéciale provinciale (LESP)
permet de voter aux élections provinciales ; la liste électorale spéciale
pour la consultation (LESC) permet de
voter au référendum du 4 novembre.
174 154 personnes font partie de ce
dernier corps électoral.
quelle question les électeurs
uÀdevront-ils
répondre ?
Les électeurs devront répondre par oui
ou par non à la question suivante :
« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et
devienne indépendante ? » Cette formulation, proposée par le premier ministre, Édouard Philippe, a été adoptée
en mars 2018 à l’issue d’une réunion du
comité des signataires de l’accord de
Nouméa après d’intenses débats entre
indépendantistes et loyalistes.
se passera-t-il en cas
uQue
de victoire du oui ?
Si plus de la moitié des votants se prononcent pour le oui, le « Caillou » passera de l’autonomie à « la pleine souveraineté », selon les termes de l’accord
de Nouméa. Charge ensuite aux NéoCalédoniens de construire leur nouvel
État indépendant et de redéfinir leur
relation avec la France.
se passera-t-il en cas
uQue
de victoire du non ?
L’hypothèse d’une victoire du non semble la plus probable. Tous les sondages
prédisent ce cas de figure avec à chaque
fois plus de 60 % des sondés se déclarant
opposés à l’indépendance. Si ces pronostics se révèlent exacts, la NouvelleCalédonie restera française. L’accord de
Nouméa prévoit néanmoins que, dans
ce cas, une deuxième consultation
pourra être organisée deux ans après ce
premier référendum. Si la réponse des
Néo-Calédoniens est à nouveau négative, une troisième consultation pourra
même être planifiée, toujours dans les
deux ans. « Si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi
créée », précise le texte de l’accord. ■
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Macron va annoncer « une panthéonisation autour
de la figure de Maurice Genevoix »
Mardi, aux Éparges, le président de la République rendra hommage à l’auteur de « Ceux de 14 ».
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
HOMMAGE Un visiteur du soir se montre
formel : « Emmanuel Macron veut faire
entrer 14-18 au Panthéon. » Après avoir
rendu hommage à Simone Veil en juillet,
le chef de l’État veut glorifier un autre
grand personnage de l’histoire, en la
personne de l’écrivain Maurice Genevoix. « Un geste fort » sera annoncé mardi, confirme l’Élysée au Figaro. Il s’agira
d’une « panthéonisation autour de la figure » de l’auteur. Le président dévoilera
son projet à l’occasion de sa visite aux
Éparges (Meuse), une commune située à
une vingtaine de kilomètres de Verdun,
qu’il visitera dans le cadre de son « itinérance » commémorative du centenaire
de la Première Guerre mondiale.
Ce déplacement sera l’occasion de saluer la mémoire de l’homme de lettres,
blessé à cet endroit en 1915 après voir
subi, comme il l’a narré, « la chute perpétuelle des obus » et éprouvé la « persistance prodigieuse du vacarme ». Après
une allocution prononcée au pied du
buste de l’auteur, Emmanuel Macron
empruntera seul le chemin des soldats
pour se rendre sur la crête de la colline. Il
ira ensuite dans la nécropole située au
pied de la butte pour célébrer la figure de
Robert Porchon, compagnon d’armes de
l’écrivain tué au combat, et dont Maurice
Genevoix a immortalisé la mémoire dans
son livre Ceux de 14.
Emmanuel Macron n’est pas le premier président à envisager un hommage
de cette ampleur pour l’auteur décédé en
1980 : plusieurs de ses prédécesseurs y
ont songé avant lui. « Cette idée a été portée très haut sous l’impulsion de la fille de
Maurice Genevoix et de son gendre (l’économiste Bernard Maris, tué lors de l’attentat à Charlie Hebdo, NDLR). Mais elle
n’a pas prospéré », relève un habitué de
l’Élysée. Il ajoute : « Contrairement aux
autres, le président actuel est un grand
lecteur de Maurice Genevoix. » L’écrivain
fait en effet partie des « auteurs favoris »
du chef de l’État, qui l’a « découvert lorsqu’il était jeune grâce à sa grand-mère ».
Une interrogation a pourtant tenaillé
Emmanuel Macron et ses équipes : l’auteur est-il assez connu aujourd’hui ?
« On est dans une période creuse de sa renommée », reconnaît un conseiller élyséen qui s’est interrogé sur le « sens d’une
panthéonisation en tant que telle, alors
qu’il n’est pas le plus connu, ni célébré ».
Du coup, l’Élysée envisage de recourir
à son traditionnel « en même temps » :
« associer » Maurice Genevoix au Panthéon, « sans se limiter à lui » et sans forcément faire entrer sa dépouille mortelle. Une réflexion est donc en cours sur les
autres personnalités susceptibles d’ac-
Polémique
autour d’un clip
diffusé par le
gouvernement
Le mouvement de Benoît Hamon,
Génération. s, a également demandé le
retrait du clip. « Le contenu totalement
orienté, notamment la présentation nauséabonde qui est faite de l’immigration “à
maîtriser ou subir”, n’a aucun rapport
avec une incitation à la citoyenneté », a
affirmé dans un communiqué Mehdi
Ouraoui, le porte-parole du mouvement.
Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, qui a récemment
rendu visite à Matteo Salvini, a comparé
ce clip à de la « propagande électorale ».
« Décidément, Macron a un problème
“
Quand on n’a plus rien
à dire sur le fond,
on communique sur
les peurs
Pour appeler à voter aux européennes,
le spot agite la menace populiste.
balayera avec le sourire », a écrit Matteo
Salvini sur Facebook.
En France, l’opposition, de droite
comme de gauche, s’insurge également. « Emmanuel Macron veut réduire
le débat sur l’Europe à un duel “les populistes contre LaREM”. Une fois encore il
se trompe de stratégie en jouant sur les
peurs », s’est offusquée la députée LR
Valérie Boyer. « Faire peur pour récupérer des électeurs ? On ne construira pas
une nouvelle Europe comme ça », a abondé le sénateur LR Roger Karoutchi. La
porte-parole du parti, Laurence Sailliet,
a dénoncé sur Cnews « un clip de propagande ». Ajoutant : « Il le fait passer pour
un clip qui amènerait les citoyens à aller
voter et je ne trouve pas ça très honnête. »
À gauche, le député PS Luc Carvounas
a estimé sur Twitter que « quand on n’a
plus rien à dire sur le fond, on communique sur les peurs ». « Ce clip payé par nos
impôts est une propagande mal léchée au
profit de Macron. En mai 2019, il existe
un espace politique nouveau à créer entre
les libéraux de droite et les radicaux de
”
LUC CARVOUNAS, DÉPUTÉ PS
GOUVERNEMENT
EXÉCUTIF Diffusé sur Internet depuis
une semaine, un clip du gouvernement
appelant à voter aux prochaines élections européennes de mai 2019 fait l’objet d’une controverse. Sur fond d’images chocs, le spot passe en revue pendant trente secondes les grands enjeux
du scrutin : l’immigration, le climat,
l’emploi, la construction européenne.
Matteo Salvini, le vice-président du
Conseil des ministres italien, et le premier ministre hongrois Viktor Orban y
apparaissent avec un fond musical alarmiste. À la fin, un slogan apparaît à
l’écran : « Europe : Union ou division ?
En mai 2019, l’Europe changera, à vous
de décider dans quel sens. »
Une communication qui a irrité le
leader italien de la Ligue du Nord. « Le
gouvernement français publie avec l’argent des contribuables un clip officiel
pour les européennes en m’utilisant comme un épouvantail qu’il faudrait craindre. Certes, Macron et ses amis doivent
avoir très peur : en 2019, un printemps
des peuples, un printemps de liberté, les
compagner l’écrivain. Selon nos informations, Emmanuel Macron a envisagé
dans un premier temps de faire entrer
Georges Clemenceau au Panthéon, mais
il a finalement dû renoncer à ce projet
pour des raisons testamentaires, propres
au Père la Victoire.
Une stèle existe depuis 1927 dans ce
temple républicain en l’honneur des
« écrivains morts pour la France ». Hasard ou coïncidence, Emmanuel et Brigitte Macron ont longuement visité la
crypte du monument, lundi dernier,
en marge de l’inauguration de l’exposition sur Clemenceau, qui se tient actuellement sur la montagne SainteGeneviève. ■
Salvini, Orban, immigration : trois des thèmes agités dans le spot gouvernemental.
gauche. Je m’y emploie ! », a expliqué
celui qui défend la candidature de Ségolène Royal.
De son côté, le sénateur PS Rachid
Temal a annoncé sur BFMTV son intention de saisir le CSA : « C’est un clip de
propagande pour la liste de La République en marche, c’est inacceptable que le
contribuable finance cette campagne-là,
nous demandons au CSA de la retirer et
que les frais engagés soient impactés sur
le compte de campagne de LaREM. »
avec les règles de financement des campagnes », a-t-elle écrit sur les réseaux
sociaux. Quant à Nicolas DupontAignan, le chef de file de Debout la
France, il s’est étonné qu’Emmanuel
Macron « insulte des chefs d’État européens ». « Le choix ne se fera pas entre les
progressistes et les nationalistes mais
entre l’oligarchie de Bruxelles et les nations démocratiques. »
Interrogé vendredi sur France 2, le
député de La République en marche
Stanislas Guerini a défendu la diffusion
d’un tel clip. « Je fais partie d’une génération qui a peut-être trop longtemps
considéré que l’Europe, c’était une évidence […]. Je crois que dans cette élection
il y a un enjeu historique », a déclaré celui qui brigue la présidence du parti majoritaire. « L’Europe peut être défaite
aujourd’hui. Il y a des forces nationalistes, populistes, à l’intérieur de l’Europe,
qui veulent son explosion », a-t-il ajouté
pour justifier l’apparition de Matteo
Salvini et Viktor Orban dans le spot. ■
T. Q.-M.
Yannick Jadot : « Les lobbies du vieux monde décident »
Le chef de file d’EELV pour les élections européennes charge Emmanuel Macron, accusé de préférer « l’affichage » à l’action.
A
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
LE FIGARO. - Seuls 16 pays sur 157
ont mis en place les mesures permettant
de respecter les engagements pris lors
de la COP21, selon le think-tank World
Ressources Institute. La France n’y est
pas parvenue…
Yannick JADOT. - Alors que nombre
d’entreprises, de collectivités et de citoyens ont engagé la transition climatique, certains gouvernements européens
restent prisonniers des intérêts des
grands groupes énergétiques, qu’il
s’agisse du charbon, du pétrole, du gaz
ou du nucléaire. Du coup, ils freinent les
investissements dans les économies
d’énergie et les renouvelables malgré
leur formidable potentiel et minent l’action climatique. En France, le pouvoir
procrastine. Pire, des mauvaises décisions sont prises tous les jours. Le gouvernement soutient des projets de mines
d’or en Guyane qui vont participer à la
déforestation de l’Amazonie, il vient
d’autoriser Total à forer au large de la
Guyane, il maintient les importations
d’huile de palme d’Asie, là aussi pour
satisfaire les intérêts de Total. Emmanuel Macron soutient le Ceta alors qu’il
promettait un veto climatique. Il n’a
évidemment rien fait. Pire, l’Europe a
déjà augmenté de 50 % ses importations
de pétrole extrait des sables bitumineux, les plus polluants de la planète.
En fait, dans ce gouvernement, ce
sont les lobbies du vieux monde qui
décident.
Quel bilan la France présentera-telle en décembre à la COP24 ?
La France, comme le reste de
l’Union européenne, ne se met
pas sur la trajectoire indispensable au respect de ses engagements. On émet toujours plus
de gaz à effet de serre, que ce
que l’on devrait émettre. La
France est très en retard sur
ses objectifs européens en
matière d’énergie renouvelable. Normalement cette
part devrait atteindre 23 %
en 2020 - c’était l’engagement de la France en 2008 -
or aujourd’hui on plafonne à 16 %. Ce
n’est pas compréhensible. Regardez
l’éolien offshore : on a la deuxième façade maritime du monde, on a parmi les
meilleurs ingénieurs et les industriels
sont prêts. Nous pourrions être un leader mondial. Pourtant nos usines tournent à effectif réduit à cause des
freins étatiques. Je dénonce
le conservatisme coupable
de nos dirigeants qui nous
prive de dizaines de milliers
d’emplois.
Le slogan « Make our
planet great
again » a vécu ?
C’est un bon slogan ! J’étais content qu’Emmanuel Macron
réagisse aussi
«
fermement à l’acte criminel de Donald
Trump de se retirer de l’accord de Paris. Mais un slogan n’est pas une politique. Emmanuel Macron s’inscrit dans
la longue tradition d’une écologie de
l’affichage plutôt que d’une écologie de
l’action.
Partagez-vous la colère des Français,
hostiles à la hausse des carburants ?
Vu l’urgence climatique et sanitaire, la
fin de la niche fiscale sur le diesel et la
fiscalité carbone vont dans le bon sens si
elles permettent d’autres comportements individuels et industriels. Là où le
gouvernement est en faute, c’est lorsqu’il ne rend pas aux Français le fruit de
cette fiscalité. Ces sommes devraient les
aider à opérer la transition énergétique.
Depuis trois ans on constate un accroissement des recettes fiscales liées au carbone et au diesel. Cela représentait près
Je dénonce le conservatisme coupable
de nos dirigeants qui nous prive
de dizaines de milliers d’emplois
YANNICK JADOT, DÉPUTÉ EUROPÉEN EELV
»
de 6 milliards d’euros en 2017. Pas loin
de 10 milliards en 2018, ça sera près de
13 milliards en 2019. Imaginez que cet
argent soit rendu aux Français ! Je défends le doublement immédiat du chèque énergie de 150 à 300 euros pour les
4 millions de ménages les plus modestes
et celui de la prime à la conversion automobile.
La candidature de Ségolène Royal
aux européennes est-elle souhaitable ?
C’est une rumeur qu’elle ne confirme
pas. Elle prévient déjà qu’elle ne veut
surtout pas être députée européenne
« de base ». Moi, je suis fier d’être député européen. C’est seulement à l’échelon
européen qu’on peut gagner la bataille
du climat, des océans, de la biodiversité,
de la santé et de l’emploi. Celles et ceux
qui veulent instrumentaliser le scrutin
européen à des fins de politique nationale, pour préparer la présidentielle de
2022 ou pour recomposer les vieux partis du siècle dernier, commettent une
faute politique très lourde. Il y a une urgence absolue à refaire de l’Europe un
projet de civilisation. C’est la seule ambition des écologistes. ■
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
7
L’affaire Asia Bibi déstabilise le Pakistan
Les islamistes multiplient les manifestations après l’acquittement de cette chrétienne jugée pour blasphème.
par la diaspora et peuvent tenir plusieurs jours. » Le gouvernement accuse
le Tehreek-e-Labbaik Pakistan de recevoir des fonds de Pakistanais installés en Grande-Bretagne et en Australie.
Avant la conclusion de l’accord vendredi soir, tous les regards s’étaient
tournés vers l’armée, l’institution la
plus puissante du pays, qui a la haute
main sur la sécurité nationale. Son
porte-parole, le général Asif Ghafoor, a
déclaré vendredi matin que l’armée
interviendrait si elle en recevait l’ordre
du premier ministre en précisant, à
l’attention des islamistes : « Des actions peuvent être prises conformément
à la loi et à la Constitution. […] Ne nous
forcez pas à entrer en action. » L’apparente fermeté des militaires n’a pas
convaincu le pouvoir civil de résister
aux pressions de la rue.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
NEW DEHLI
D’après l’agence Associated Press, plusieurs États lui auraient accordé l’asile,
dont la France. Sollicités, ni l’ambassade de France à Islamabad ni le Quai
d’Orsay n’ont toutefois confirmé cette
information. De son côté, le ministre
pakistanais de l’Information, Fawad
Chaudhry, assurait vendredi matin au
Figaro qu’Asia Bibi pouvait quitter le
pays si elle le souhaitait : « Son nom ne
figure pas sur la liste des contrôles aux
frontières », avait-il indiqué.
Mais dans la soirée, coup de théâtre.
Les autorités ont officialisé un accord
avec le Tehreek-e-Labaik Pakistan, en
pointe dans les cortèges, s’engageant à
empêcher Asia Bibi de quitter le pays
À Islamabad, vendredi, un manifestant continue de hurler sa colère depuis l’acquittement d’Asia Bibi par la Cour suprême.
jusqu’à ce que la justice décide, ou non,
d’accepter la demande d’appel du verdict de la Cour suprême. En échange,
les islamistes ont accepté de cesser leur
mouvement.
Le gouvernement fédéral espère
trouver une issue pacifique à cette crise
en persuadant les islamistes de se disperser dans le calme. « Nous avons eu
cinq séances de pourparlers jeudi et une
autre est prévue vendredi », expliquait
le ministre Fawad Chaudhry vendredi
matin, qui ajoutait : « Si les discussions
ne donnent rien, nous ferons ce qu’il faut
pour rétablir l’ordre. Presque toute la
classe politique est derrière nous. Ces
groupes qui manifestent ne représentent
pas grand-chose. Le problème, c’est que
la plupart de ces prêcheurs religieux gèrent des écoles coraniques et ils ont mobilisé leurs étudiants. Ils sont financés
Sept coptes tués dans une attaque en Égypte
Sept chrétiens coptes ont été tués
vendredi en Égypte par des hommes
armés qui ont ouvert le feu sur le bus
dans lequel ils voyageaient à al-Minya
(Centre). En mai 2017 déjà, 28 pèlerins
coptes dont de nombreux enfants
avaient été tués dans cette région alors
qu’ils circulaient à bord d’un bus.
L’Égypte avait répondu à cette attaque,
revendiquée par le groupe État
islamique (EI), par des frappes aériennes
contre des camps djihadistes en Libye
voisine. Une branche égyptienne de l’EI
sévit dans le nord de la péninsule
du Sinaï où elle attaque régulièrement
les forces de sécurité, notamment
depuis que l’armée a destitué
le président islamiste Mohammed Morsi
en 2013.
Les coptes représentent
la communauté chrétienne la plus
importante et la plus ancienne
du Moyen-Orient, avec environ 10 %
des quelque 100 millions d’Égyptiens.
L’âpre retour chez eux des enfants afghans
Un rapport de l’ONG Save the Children met en lumière le sort des mineurs qui, après avoir passé
plusieurs années en Europe, sont rapatriés en Aghanistan dans une société qu’ils ne connaissent pas.
MARGAUX BENN £@B-Margaux
KABOUL
ASIE CENTRALE Le premier jour d’école, les matchs de foot, les amis… Ces
souvenirs jalonnaient sa mémoire d’enfant, mais depuis son retour en Afghanistan, il y a quatre ans, Zahra les a peu
à peu oubliés. « Je ne sais même plus
parler norvégien », regrette la jeune fille
qui, à 16 ans, a pourtant passé plus d’un
tiers de sa vie dans ce pays d’Europe du
Nord.
L’année de ses 8 ans, sa famille a fui
les violences de son pays d’origine et a
traversé l’Iran et la Turquie avant de remonter le continent européen à l’arrière de camions. En Norvège, où ses parents ont demandé asile, les enfants ont
été immédiatement scolarisés et la famille a bénéficié de cours de langue.
« Tous nos amis étaient norvégiens, nous
avions totalement transposé notre vie làbas. Le passé était derrière nous », se
rappelle l’adolescente. Mais au bout de
quatre ans, leur demande a été rejetée,
et ils ont été renvoyés à Kaboul.
Ce type d’histoire, il s’en répète des
milliers chaque année : entre janvier et
mars 2018, seuls 44 % des demandeurs
d’asile afghans en Europe ont vu leur
demande approuvée, selon des chiffres
Eurostat. Le sort des enfants renvoyés
en Afghanistan a retenu l’attention de
l’ONG Save the Children. Dans un rapport publié fin octobre, l’organisation
révèle que plus de la moitié de ceux
qu’elle a interrogés décrivent « des faits
de violence ou de coercition » lors du
processus de rapatriement. Le frère de
Zahra, par exemple, aurait été menotté
lors du trajet en avion vers l’Afghanis-
De jeunes Afghans, à qui a été refusé le droit d’asile en Allemagne, arrivent à l’aèroport
de Kaboul en mars 2017. OMAR SOBHANI/REUTERS
tan, alors qu’il n’avait qu’une quinzaine
d’années. « Cela va à l’encontre de toutes nos recommandations, et de celles des
autres organisations spécialisées dans les
droits des enfants », assène Marion
Guillaume, du think-tank Samuel Hall,
qui a mené l’étude de terrain pour Save
the Children.
Un environnement inconnu
Les mineurs isolés sont particulièrement vulnérables, et ne bénéficient que
d’une assistance minimale de la part des
pays européens comme du gouvernement afghan. Leurs familles ne sont, selon le rapport, quasiment jamais contactées avant leur renvoi au pays et, une
fois arrivés, ils ne bénéficient que rare-
ment d’aide pour faciliter leur réintégration. Un jeune Afghan peut donc se
retrouver totalement livré à lui-même
dans un pays qu’il a quitté des années
auparavant et dans lequel il n’a plus
aucune attache.
Beaucoup n’atterrissent pas dans leur
ville ou province d’origine, et sont aux
prises avec un environnement inconnu.
Pour compenser le manque d’aide étatique, ces enfants et familles ne peuvent
ainsi pas non plus compter sur celle des
réseaux sociaux ou familiaux dont ils
disposaient avant leur départ. D’un
point de vue sécuritaire, cette mesure
n’est pas forcément justifiée, surtout
sur le long terme : Zahra, par exemple,
a été envoyée avec sa famille à Kaboul,
au motif que la capitale était considérée
comme moins dangereuse que leur province d’origine, Ghazni. Mais depuis
son renvoi, il y a quatre ans, la situation
s’est très fortement dégradée, au point
que l’ONU a considéré dans un rapport
paru l’été dernier que Kaboul est la ville
la plus mortelle pour les civils. Le quartier chiite où elle habite a été particulièrement meurtri par les attentats du
groupe État islamique, et des milices
créées à l’origine pour protéger la population deviennent de plus en plus
violentes.
Deux ans après leur retour au pays, le
frère de Zahra a été kidnappé à la sortie
de l’école. Selon la famille, les ravisseurs faisaient justement partie du
groupe qu’avait fui la famille des années
plus tôt. « Il a fallu deux ans pour accumuler l’argent nécessaire à la rançon et,
lorsque j’ai revu mon fils avec ses cheveux longs et son corps émacié, je l’ai à
peine reconnu », souffle Zakia, sa mère.
« Même au jour le jour, c’est compliqué », assure Zahra, qui après avoir
vécu la moitié de sa vie à l’étranger a dû
réapprendre les règles d’une société aux
antipodes de sa « vie d’avant ». « Ici, il y
a des règles pour tout et les filles sont
comme enfermées avec un cadenas »,
déplore l’adolescente, qui a dû attendre
deux ans avant de pouvoir enfin retourner à l’école. Parmi les enfants interrogés pour le rapport, 45 avaient fréquenté l’école en Europe, mais seulement
16 la fréquentaient depuis leur retour.
« Les conditions sécuritaires et le manque
de coordination entre les États européens
- qu’ils fassent ou non partie de l’UE - et
l’Afghanistan rendent pour l’instant injustifiable le renvoi de mineurs dans ce
pays », conclut Marion Guillaume. ■
Rares sont les hauts responsables qui se
hasardent à dire quand les forces de
sécurité interviendront. Le gouvernement a semblé d’autant plus enclin à
céder aux islamistes que le premier
ministre, Imran Khan, qui détient aussi
le portefeuille de l’Intérieur, est en visite officielle en Chine jusqu’au 5 novembre.
Pourtant, dans les rangs de l’armée
et d’une partie de l’opinion, l’impatience était palpable à l’égard des débordements de ces derniers jours. Un
des chefs du Tehreek-e-Labbaik a déclaré mercredi que les trois juges de la
Cour suprême qui ont acquitté Asia
Bibi « méritaient la mort ». Il a aussi
exigé la démission du gouvernement
et appelé les officiers à se mutiner
contre le chef de l’armée, le général
Javed Bajwa.
Sur les réseaux sociaux, des Pakistanais scandalisés postent des vidéos
dans lesquelles des manifestants attaquent des bus, brûlent des camions et
des voitures… Parmi les militaires aussi, certains grognent : « Ils ont menacé
les juges, l’armée, le premier ministre.
C’était une ligne rouge à ne pas franchir
et cela va provoquer une réponse ferme
(des forces de sécurité, NDLR) »,
concluait vendredi midi un officier supérieur sous couvert d’anonymat. Jusqu’à ce que le gouvernement décide de
reculer.. ■
EN BREF
Le « père des talibans »
tué par balles au Pakistan
Le religieux musulman Sami
ul-Haq, surnommé le « père
des talibans » pour avoir dispensé
son enseignement à certains
dirigeants du mouvement
islamiste afghan, a été tué par
balles vendredi au Pakistan.
Paris va donner 24 millions
d’euros à la Centrafrique
La France va accorder
à la Centrafrique une aide
de 24 millions d’euros et livrer
des armes à ce pays en proie
à la violence, a annoncé vendredi
le ministre français des Affaires
étrangères, Jean-Yves Le Drian,
à Bangui.
Khashoggi : le corps
du journaliste aurait
été dissous
Un responsable turc a affirmé
vendredi, un mois après
le meurtre de Jamal Khashoggi
au consulat saoudien à Istanbul,
que son corps démembré avait été
dissous alors que la fiancée
du journaliste a appelé
la communauté internationale
à juger les coupables.
Les indépendantistes
de Catalogne risquent 25 ans
Un an après la tentative
de sécession de la Catalogne,
le parquet espagnol a requis
vendredi de sept à vingt-cinq ans
de prison contre douze dirigeants
indépendantistes confirmant
l’accusation controversée
de « rébellion » pourtant rejetée
par le gouvernement. Ils sont en
outre accusés de « détournements
de fonds publics » ou
« désobéissance grave » pour
un procès dont l’ouverture est
attendue début 2019.
A
Issue pacifique
Une ligne rouge franchie
AAMIR QURESHI/AFP
ASIE DU SUD Autoroutes bloquées, réseaux téléphoniques coupés, agglomérations paralysées, écoles fermées dans
plusieurs villes… Vendredi, les Pakistanais ont dû supporter une troisième
journée de violences alors que des milliers d’islamistes ont protesté contre
l’acquittement d’Asia Bibi par la Cour
suprême le 31 octobre et exigé sa pendaison. À Lahore, la plupart des grands
axes étaient fermés à la circulation.
Même blocage dans la capitale économique, Karachi, où les manifestations
ont perturbé l’activité des entreprises.
Et à Islamabad, l’avenue qui mène au
Parlement a été prise d’assaut par une
foule en colère vendredi après-midi.
La stratégie des islamistes était simple : en occupant la rue, ils tentaient de
faire pression sur le gouvernement et
les juges pour qu’Asia Bibi soit inscrite
sur la liste des contrôles aux frontières.
Dans ce cas-là, elle ne pourrait pas
quitter le Pakistan. Cette bataille se
jouait aussi sur le terrain judiciaire.
Jeudi, l’avocat de l’imam à l’origine de
la plainte contre Asia Bibi a déposé un
recours devant la Cour suprême pour
que le dossier soit réexaminé et qu’elle
soit interdite de sortie du territoire. Joseph Nadeem, qui dirige une ONG locale et qui a épaulé la famille d’Asia
Bibi, précise qu’« elle est toujours en
prison. Sa libération pourrait prendre du
temps ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Justice
des mineurs :
le TGI de
Bobigny en état
d’asphyxie
D’autant que la même problématique
de délais se retrouve au plan pénal. « Il
n’est pas rare qu’il s’écoule quatre ans entre la commission des faits et, par exemple,
l’indemnisation des victimes… souvent à
l’euro symbolique », souligne cette juge de
Bobigny. « Certains de ces jeunes sont
rentrés dans le rang, d’autres ont poursuivi
leur parcours délinquant. Aujourd’hui, j’ai
reçu deux individus qui ont commis des infractions en 2016 et qui sont désormais
majeurs », déplore la magistrate, qui a
autant de dossiers au pénal qu’elle en a au
titre de l’enfance en danger. « Il y a deux
ans, les délais d’attente d’exécution des
mesures éducatives étaient d’environ six
mois, ils peuvent être aujourd’hui d’une
bonne année. » Le risque : voir l’intervention du juge limitée aux infractions les
plus graves. « Mais on ne peut se priver du
juge. 65 % des mineurs qui ont affaire à ce
dernier ne réitèrent pas », affirme Cécile
Untermaier. Elle entend faire voter, lors
de la discussion sur la loi justice, l’interdiction des compositions pénales pour les
mineurs, une procédure qui permet de
négocier une sanction avec le procureur.
Le président du TGI de Bobigny, Renaud Le Breton de Vannoise, reconnaît,
lui, que la Chancellerie a certes fait une
part du chemin « en permettant la création d’un quinzième cabinet de juge des
enfants » mais que « nous marchons en
canard, car le nombre de greffiers est insuffisant. Nous avons aussi besoin d’un
plus grand accès aux mesures judiciaires
d’investigation éducative ». Selon les statistiques de la juridiction, « le nombre de
dossiers concernant les mineurs augmente
de 10 % par an depuis trois ans. Or ce sont
des dossiers individuels de plus en plus
complexes du fait de problèmes de nationalité, de langue, de culture, d’extrême
précarité sociale mais aussi de personnes
en situation irrégulière », conclut le président du TGI de Bobigny, en misant tout
de même « sur le très bon dialogue avec
l’ensemble des acteurs locaux ». ■
Des centaines d’enfants attendent
l’exécution de mesures éducatives et
de protection, souvent depuis plus d’un an.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
TRIBUNAUX « On ne peut pas éteindre un
incendie avec deux pompiers quand c’est
tout un immeuble qui s’embrase. »
C’est ainsi que la députée PS de Saôneet-Loire Cécile Untermaier, corapportrice de la mission parlementaire en
cours sur la justice des mineurs, commente la situation préoccupante, hélas
classique, de la justice des mineurs en
Seine-Saint-Denis.
Mais aujourd’hui, le tribunal de grande
instance de Bobigny et ses quinze cabinets de juge pour enfants semblent être
arrivés à un rare degré de saturation. Elle
touche, avec la même urgence, l’aide sociale à l’enfance et le traitement pénal de
la délinquance. Entre le moment où le
juge décide d’une mesure de protection
pour un mineur en danger et son exécution par les services départementaux, il
peut s’écouler entre un an et dix-sept
mois, alors que la justice est souvent
confrontée à des situations extrêmes.
Une perte de sens pour les magistrats du
pôle de la justice des mineurs de Bobigny,
qui tentent pourtant de convoquer les familles dans « des délais raisonnables »,
malgré le nombre de dossiers qui s’empilent dans leur cabinet. Pour la seule enfance en danger, certains magistrats peuvent
compter jusqu’à 450 dossiers. « Comment
Le TGI de Bobigny (ici un couloir du tribunal) et ses quinze cabinets de juge
pour enfants semblent être arrivés à un rare degré de saturation. S. SORIANO/LE FIGARO
être crédible auprès des familles que l’on
promet d’aider et qui, un an après, n’ont
toujours vu personne ? Comment ne pas
comprendre le décrochage scolaire ? Comment éviter le pire ? », regrette cette magistrate qui estime à plusieurs centaines le
nombre d’enfants en attente de mesures
de protection. « Il faut un meilleur statut
des éducateurs car leur turnover est impor-
tant, affirme la députée Cécile Untermaier. Plus généralement, nous faisons face
à un manque de moyens humains qui sape
l’efficacité de ces structures départementales. 30 % de ces mineurs auront un parcours
délinquant, mais leur dossier ne suivra pas.
Il faut remédier à cette perte de mémoire
entre l’aide sociale à l’enfance et la protection judiciaire de la jeunesse. »
Les mafieux albanais de plus en plus implantés en France
Selon une note de la Chancellerie, leurs réseaux sont particulièrement actifs dans le cambriolage, la drogue et le trafic de migrants.
JEAN CHICHIZOLA
CRIMINALITÉ Les mafieux albanais espèrent bien profiter un jour de l’adhésion,
programmée, de l’Albanie dans l’Union
européenne pour développer en France
leurs activités.
À en croire un récent document du ministère de la Justice français, fondé notamment sur le travail des juridictions interrégionales spécialisées (Jirs), l’enjeu est de
taille. La synthèse de la Chancellerie souligne que les criminels albanophones (venus
d’Albanie, du Kosovo, de Macédoine ou
déjà implantés en Europe occidentale),
« dont l’implantation s’est accentuée depuis
2010 », se sont d’abord installés « en Îlede-France, en Auvergne-Rhône-Alpes ainsi
que le long des frontières orientales du
pays » où ils disposent de relais dans les
pays voisins (Allemagne, Italie, Suisse…).
En France, ces groupes concentrent leurs
méfaits sur trois principaux secteurs : les
cambriolages, la drogue et le trafic de
migrants.
Côté cambriolages, qui flambent « depuis 2013 », note le document, « cette activité est principalement localisée dans les régions Île-de-France, Auvergne-RhôneAlpes et Bretagne et se commet de manière
sérielle, selon un mode opératoire spécifique,
consistant à ne voler que les bijoux et la
monnaie fiduciaire ». Les résultats sont im-
pressionnants : entre novembre 2017 et
octobre 2018, 5 Albanais ont ainsi commis
98 cambriolages dans onze départements
de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie pour
un butin estimé à 423 000 euros.
Un logement social transformé
en laboratoire d’héroïne
L’activité est tellement juteuse que la Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie a constaté que « les
groupes criminels albanais qui, depuis longtemps, dirigent le trafic d’héroïne sur la zone
frontalière franco-suisse, se sont reconvertis dans le cambriolage à grande échelle ».
La drogue demeure un autre point fort.
« Alors que (les Albanais), note le texte,
tins du Kosovo ou d’Albanie, « notamment
à destination de la Grande-Bretagne ».
Avec des réseaux très bien organisés : faux
documents italiens ou grecs fournis par les
groupes mafieux, passage par la Suisse puis
acheminement via la Savoie et la HauteSavoie « par voie terrestre, notamment à
destination de Paris puis des Hauts-deFrance ». Une fois arrivées dans le nord de
la France, les filières albanaises facturent
« les passages entre 1 500 et 5 000 euros ».
Avec « des alliances d’opportunité qui se
sont peu à peu créées entre les réseaux, les
filières vietnamiennes faisant régulièrement
appel aux structures irako-kurdes ou albanaises aux fins d’acheminement des migrants dans les derniers kilomètres » ■
étaient traditionnellement présentés comme
étant liés à la N’Drangheta calabraise, à la
“maffya” turque ou aux cartels colombiens,
l’analyse des affaires suivies par les Jirs
(35 dossiers suivis ces dernières années)
atteste de (leur) émancipation. »
En France, leur secteur de prédilection
est le Pays de Gex, la Haute-Savoie et la région lyonnaise. Avec des surprises : en
mai, un demandeur d’asile était condamné
à Lyon pour avoir transformé son logement social en laboratoire d’héroïne. L’intéressé a dit avoir agi à la demande d’un
compatriote et vouloir aider son père malade resté en Albanie…
Troisième et dernier « domaine d’expertise » : le trafic des immigrés clandes-
Nouvelle vidéo choc de L214
dans un abattoir de l’Indre
Sur ces nouvelles images prises par l’association vegan, on voit des vaches
et des chèvres cruellement tuées. Le site avait pourtant été inspecté en 2016.
Vente en préparation
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CAUSE ANIMALE Des vaches gisant dans
le sang de leurs congénères, un chevreau
hurlant, pendu encore vivant à un crochet,
un salarié qui s’y prend à plusieurs fois
avant de mettre à mort des bovins qui
meuglent. Difficile d’aller jusqu’au bout de
cette nouvelle vidéo choc de plus de 3 minutes publiée par l’association vegan L214
et dont Le Figaro s’est procuré une copie.
Les images ont été tournées entre fin
août et début septembre dernier dans
l’abattoir multiespèces du Boischaut, géré
par la communauté de communes de La
Châtre-Sainte-Sévère, dans l’Indre. Un
établissement de 17 salariés, certifié bio,
« le plus gros abattoir bovin de la région
Centre-Val de Loire », selon le quotidien La
Nouvelle République. Malgré un investissement récent de 1,6 million d’euros pour
moderniser le site, on constate la présence
d’outils inadaptés et des pratiques cruelles.
Pourtant, ce site, comme l’ensemble des
268 abattoirs français, a fait l’objet, au
printemps 2016, d’un audit commandé par
le ministère de l’Agriculture à la suite de
premières vidéos chocs de L214 dans plusieurs abattoirs de l’Hexagone.
Au Boischaut, malgré le compte rendu
FRED DOUCHET/PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXP
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
Une militante de L214 tracte dans
les rues d’Amiens, le 31 octobre.
de l’inspection, qui avait relevé des infractions notées C et D - notamment à la
tuerie -, rien ne semble avoir changé deux
ans après. « Le rapport accablant des services vétérinaires avait déjà identifié des nonconformités majeures qu’on retrouve dans
cette nouvelle enquête en 2018 », déplore
Sébastien Arsac, porte-parole de L214.
Parmi les élus et les agriculteurs locaux,
c’est l’incompréhension. « Je vais toutes les
semaines apporter des bêtes au Boischaut, et
j’ai assisté plusieurs fois à toute la chaîne,
depuis l’abattage jusqu’à la découpe, mais je
n’ai jamais constaté de mauvaises pratiques,
indique Nicolas *, important éleveur bovin
et porcin du coin. Si ces images étaient avérées, cela porterait préjudice à toute la filière. » « Nous sommes conscients que ce
métier d’abatteur, très difficile, doit évoluer,
réagit François Daugeron, président de la
communauté de communes de La Châtre,
après avoir vu cette vidéo. Nous venons de
recruter une personne responsable de la
qualité pour faire évoluer nos pratiques. »
Sur le terrain juridique, L214 a porté
plainte auprès du procureur de la République de Châteauroux pour « maltraitance et
actes de cruauté ». L’association demande
en outre à la préfecture « la fermeture immédiate de l’établissement » pour des raisons d’hygiène. Pour sa part, le ministre de
l’Agriculture, Didier Guillaume, va demander une enquête auprès des services de
la Direction générale de l’alimentation.
Dans ce contexte, l’installation obligatoire
de vidéosurveillance au poste d’abattage
est plus que jamais d’actualité. ■
* Le prénom a été changé.
+
» Lire aussi PAGE 28
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
9
À Lourdes, les évêques à l’écoute de victimes
Réuni en assemblée, l’épiscopat français entame avec elles un dialogue sur la pédophilie dans l’Église.
JEAN-MARIE GUÉNOIS jmguenois@lefigaro.fr
RELIGION Encore la pédophilie… L’assemblée d’automne de l’épiscopat, qui
s’ouvre ce samedi à Lourdes, va être une
nouvelle fois dominée par ce sujet dramatique. Au point que les évêques vont
pour la première fois, à ce niveau national, rencontrer officiellement des victimes de prêtres pédophiles. Huit d’entre
elles témoigneront à huis clos devant
plusieurs groupes d’évêques.
Une conférence de presse viendra clôturer cette séquence, en mettant en scène
victimes et évêques, pour rappeler qu’un
« dialogue fécond et responsable » peut
s’engager « au niveau institutionnel »,
estime une note de l’épiscopat. Il s’agit, espère la cellule permanente de lutte contre
la pédophilie (CPLP), créée par l’Église et
organisatrice de la rencontre, d’analyser,
sur le mode d’une « écoute empathique »,
« les erreurs de traitement » de ces problèmes « par le passé » et de mettre « la prévention au cœur des échanges ».
Création d’une « commission
indépendante »
Réunion des évêques de France, à Lourdes, en mars 2017.
leur peine de prison. Cette nouvelle commission est plutôt inspirée de la « commission Touvier », conduite par l’historien
René Rémond au début des années 90 pour
expliquer comment l’ancien collaborateur
lyonnais des nazis avait bénéficié de la
couverture de certaines abbayes en France
pendant des décennies. Sauf que, à l’époque, la décision de lancer la commission
Touvier avait été immédiatement prise par
le cardinal Decourtray. Soit cinq semaines
précisément après l’explosion du scandale
Touvier, retrouvé dans un monastère en
RACHEL BARRANCO/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP
mai 1989. Dans le cas présent, l’Église de
France, loin de prendre l’initiative, semble
subir les événements. Vingt ans après l’explosion d’une crise pédophile qui n’en finit
pas, elle lance en réalité cette commission
sous la pression médiatique de la pétition,
lancée il y a un mois par la revue Témoignage chrétien pour la création de la
« commission d’enquête parlementaire
sur les crimes de pédophilie dans l’Église
catholique ». Son principe a été rejeté par
vote au Sénat le 17 octobre mais l’affaire a
eu un retentissement national.
L’assemblée d’automne des évêques
s’ouvre aussi sous la pression d’un épiscopat traumatisé par le suicide de deux jeunes prêtres de 38 ans en un mois, tous
deux accusés - sans procès réel, ni civil ni
canonique - de gestes déplacés. L’un dans
le diocèse de Rouen, l’autre dans celui
d’Orléans. Un diocèse qui vient aussi de
vivre cette semaine le procès de son ancien évêque, Mgr André Fort, pour avoir
couvert les agissements d’un prêtre pédophile, des faits remontant à 1993. Évêque contre qui le procureur a requis un an
Stéphane Joulain : « Croire que le mariage des prêtres réglerait
la question de la pédophilie est une aberration scientifique »
STÉPHANE JOULAIN, psychothérapeute et prêtre membre de la Société des
missionnaires d’Afrique (Pères Blancs),
est l’un des spécialistes internationaux
de la lutte contre les abus sexuels commis par le clergé. Au printemps dernier,
il a publié Combattre l’abus sexuel des
enfants : qui abuse ? Pourquoi ? Comment
soigner ? (Desclée De Brouwer).
LE FIGARO. - Les évêques français
accueillent ce samedi après-midi à
Lourdes des victimes de prêtres
pédophiles. Un tel acte public est-il une
bonne méthode pour aider les victimes ?
Stéphane JOULAIN. - Cette rencontre
est une attente forte des victimes, depuis de nombreuses années. Accepter de
cheminer avec elles est sain pour tout le
monde. Cela peut réparer certaines des
blessures profondes. Cet acte est également une reconnaissance de leur histoire dramatique et de la souffrance subie.
Cette rencontre doit aussi se vivre avec
l’ensemble de la « famille » où ces victimes ont été blessées. En ce sens, l’Assemblée plénière des évêques de France
peut porter cette charge symbolique
d’une Église « famille de Dieu ».
On reproche à l’Église de France
de ne pas en faire assez, mais sur quoi
porter l’effort aujourd’hui ?
D’un côté, de nombreuses victimes disent que l’Église de France n’en fait pas
assez. De l’autre, nous entendons des
évêques déclarer que l’Église catholique
en France fait son maximum « comme
jamais auparavant ». Étrange différence
de perspectives. Il est vrai que l’Église
catholique a mis certains moyens en
place, y compris dans le domaine de la
formation. Mais ce que les victimes reprochent, c’est de ne pas avoir été
consultées, comme si elles n’étaient pas
concernées ! Beaucoup de victimes ont
ressenti cela comme un nouvel abus. De
l’institution, elles ont perçu ce message :
« on pense pour vous, et l’on sait mieux
que vous ce dont vous avez besoin. »
Dans ces conditions, toute réponse de
l’épiscopat leur apparaît inadaptée et
superfétatoire.
Deux suicides de jeunes prêtres
français âgés de 38 ans en un mois…
Est-ce que l’Église n’en ferait pas trop
à présent, passant d’une culture
du silence à une suspicion systématique
des prêtres accusés ?
Le clergé vit depuis déjà plusieurs dizaines d’années sous une pression forte.
Celle des médias et l’effet loupe de l’attention portée à ces affaires, qui jettent
sur l’ensemble des prêtres une honte qui
devrait être celle de quelques-uns, ceux
qui commettent des actes répréhensibles. Tout cela crée un climat malsain.
Je le résumerais ainsi : on est coupable
avant d’être jugé puisque prêtre… Cependant, il serait injuste de mettre la
responsabilité de ces deux drames sur le
compte de l’action de l’Église - légitime
et indispensable - de la prévention des
abus sexuels.
Mais comment expliquez-vous qu’un
jeune prêtre puisse se donner la mort ?
Le suicide d’une personne est toujours
dramatique. La pulsion de mort peut
submerger une personne. Si quelqu’un
n’a pas la force suffisante pour faire face
à une blessure narcissique, il peut alors
considérer la mort comme plus souhai-
Le père Stéphane Joulain est l’un des
spécialistes internationaux de la lutte
contre les abus sexuels commis
par le clergé. MISSIONNAIRES D’AFRIQUE
table. Le fait que ce soit des prêtres choque d’autant plus l’opinion publique : ne
sont-ils pas, par définition, les porteurs
d’une espérance pour des temps difficiles ? On oublie parfois un peu vite qu’ils
sont avant tout des hommes, avec leur
fragilité et leurs limites qui ne sont pas
toujours évaluées à leur juste mesure.
obsessive sur la question du célibat
consacré. Croire que le mariage des prêtres réglerait la question de la pédophilie
de certains prêtres est donc une erreur
et une aberration scientifique. Par
contre, la question du célibat pose celle
de l’équilibre affectif de nombreux prêtres. Et il devient urgent et indispensable de sortir
d’une certaine
Il est important de donner une place
forme d’hypocrisie instituplus grande à la maturité affective des
tionnelle : tout
personnes qui vont devenir des prêtres.
en professant
Et d’essayer de repérer les signaux d’alerte l’importance et
la légitimité du
qui pourraient indiquer un risque
célibat consade comportement inapproprié ou bien
cré, des prêtres
qui ont une
dangereux pour les plus vulnérables
double vie sont
maintenus en
fonction. Et parfois avec des enfants,
Comment prévenir ce genre de drame ?
condamnés avec leurs mères à la clanDans le travail de prévention, il manque
destinité… Il est possible de discuter de
un volet important à l’action de l’Église :
cette question de manière sereine, mais
c’est l’attention aux personnes mises en
pas pour de mauvaises raisons.
cause. Dans des congrégations comme
la mienne, nous nommons dès les débuts d’une enquête préliminaire un
Au-delà des mesures juridiques,
« conseiller », qui doit veiller à soutenir
quelles actions préventives faudrait-il
celui qui en fait l’objet. Spirituellement,
imposer pour empêcher ce genre
humainement et dans l’accompagnede comportement dans le clergé ?
ment de la procédure.
Il est important de donner une place
plus grande à la maturité affective des
personnes qui vont devenir des prêtres.
Avec le procès de Mgr André Fort cette
Et d’essayer de repérer les signaux
semaine, puis celui de Mgr Barbarin
d’alerte qui pourraient indiquer un risen janvier prochain, l’épiscopat est
que de comportement inapproprié ou
sur la sellette. Quand l’Église va-t-elle
bien dangereux pour les plus vulnéraréformer le système structurel qui
bles. Mais la formation en séminaire ne
l’a conduite à l’omerta ?
permet pas une maturation affective
Bonne question, à laquelle je n’ai pas de
suffisante. Le séminaire est un milieu
réponse.
artificiel, qui ne met pas les personnes
en contact quotidien avec une réalité qui
Le célibat sacerdotal est-il en cause
permettrait une véritable croissance
dans la pédophilie ?
humaine. En cela, l’intuition du cardinal
Le célibat n’est pas en cause quant à la
Lustiger sur la formation des prêtres viformation de la pulsion pédophile ou de
vant en maisonnée dans des presbytères
comportements criminels sur les enest une bien meilleure piste. Les personfants. Aucune recherche sérieuse ne
nes mûrissent en se confrontant au réel.
met en avant un lien de causalité entre
Le format « séminaire » pour la formacélibat et abus sexuel des enfants. 94 %
tion du clergé a fait son temps. Il faut indes prêtres et religieux célibataires ne
venter autre chose. ■
sont ni des pédophiles ni des auteurs
d’abus. Il y a comme une fixation quasi
PROPOS RECUEILLIS PAR J.-M. G.
«
»
de prison ferme. Pression également à
Lourdes avec la perspective de la suite du
procès du cardinal Barbarin, le 7 janvier
prochain. Pourtant, le même épiscopat
vient de publier des chiffres indiquant que
ces scandales touchent une minorité de
prêtres : en 2018, sur 15 000 prêtres en activité, 4 sont sous les verrous pour des affaires de pédophilie. Et 10 ont été mis en
examen par la justice. 95 des signalements – 129 en 2018 - dénoncent des faits
antérieurs aux années 2000 et majoritairement situés dans les années 70. ■
ZOOM
Une septuagénaire
soupçonnée de 700 vols
à l’étalage, essentiellement
des jouets, a été interpellée
Une septuagénaire soupçonnée de
700 vols à l’étalage, essentiellement
dans des magasins de jouets, a été
interpellée lundi à Paris. À l’origine
de son arrestation : une plainte
déposée mi-octobre par la
responsable d’une enseigne de
jouets en bois, qui avait reconnu
18 articles dérobés dans son
magasin sur un site de vente
en ligne entre particuliers.
Une perquisition à son domicile
a permis de mettre la main
sur un millier d’articles et plus
de 40.000 euros en espèces.
La cleptomane présumée
a reconnu les faits, indiquant aux
policiers « avoir agi principalement
par désœuvrement ».
EN BREF
Policier toulonnais agressé,
deux personnes
en garde à vue
Deux personnes ont été
interpellées, dont une mineure,
et placées en garde à vue
après l’agression d’un policier
toulonnais jeudi matin devant
son domicile à Hyères (Var).
Une dizaine d’individus l’avait
attaqué et blessé,
occasionnant cinq jours d’ITT,
alors qu’il rentrait chez lui.
Drôme : 20 clandestins
pakistanais interceptés
dans un véhicule italien
Un véhicule immatriculé en
Italie transportant 20 clandestins
pakistanais a été contrôlé
vendredi dans la Drôme
et son conducteur, un Italien
soupçonné d’être leur passeur,
a été placé en garde à vue.
Ces clandestins, dont quatre
mineurs, étaient transportés
dans la partie arrière du
véhicule, dépourvue de fenêtre
et fermée par un cadenas.
A
Une initiative sévèrement critiquée par
François Devaux, président de l’association lyonnaise La Parole libérée. Invité à
Lourdes, il a refusé de s’y rendre pour
« ne pas être la caution morale d’une opération de com d’une Église qui refuse de
mettre en place les réformes nécessaires
pour éradiquer ce mal qui l’aliène ». Et qui
surtout « a ignoré les victimes quand elles
ont voulu dire leurs souffrances ».
À l’issue de la séance, les responsables
de l’Église de France pourraient également
annoncer la création d’une « commission
indépendante sur la pédophilie dans l’Église », comme l’a suggéré Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général de l’épiscopat, le 1er novembre lors de l’émission
« Face aux chrétiens ». À ne pas confondre
avec la Commission nationale indépendante d’expertise sur la pédophilie, lancée
en avril 2016, pour gérer le retour en service de prêtres pédophiles ayant accompli
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
10
SPORT
La Route du
rhum de tous
les records
123 marins prendront le départ de la
11e édition anniversaire dimanche à SaintMalo. Dont cinq Ultimes géants et volants
barrés par les stars actuelles de la voile.
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-MALO
VOILE Dimanche le grand jour. Cap vers
le large, l’horizon, l’air pur, le soleil et la
Guadeloupe. À 14 heures, devant la pointe du Grouin, au large de Saint-Malo, le
rêve prendra corps, la réalité deviendra
humide, salée, penchée, ventée pour les
marins de cette 11e édition de tous les records. Il y a tout juste quarante ans,
38 skippers ont ouvert et défriché la Route du rhum, avant de rédiger à l’encre
couleur océan les premières pages de sa
légende. Ils seront dimanche 123 navigateurs, du jamais vu, à se glisser dans le
sillage de Mike Birch (premier vainqueur
sur son petit trimaran jaune de 12 mètres
avec 98 secondes d’avance sur le grand
monocoque de Michel Malinovsky), et
des autres héros triomphateurs dans la
catégorie des multicoques, Marc Pajot,
Philippe Poupon, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon (deux victoires), Michel
Desjoyeaux, Lionel Lemonchois, Franck
Cammas et Loïck Peyron.
Le vainqueur de la dernière édition, qui
a choisi de ne pas défendre sa couronne
en embarquant à bord d’un trimaran
quasi identique à celui de Birch, va pouvoir assister (de loin) à la démentielle bataille navale qui se profile sur les
3 510 milles (6 500 km). Et cela dans les six
catégories en piste. La sienne, la Rhum
Multi, présente 21 marins, souvent inconnus mais au tempérament bien trempé,
sur des bateaux qui ne sont pas des foudres de guerre. Comme son homologue,
la Rhum Mono, qui affiche elle 17 concurrents souhaitant avant tout pouvoir déguster le ti-punch sur la bien nommée
place de la Victoire à Pointe-à-Pitre.
La catégorie la plus fournie, et pas la
moins incertaine, met aux prises 53 monocoques de la Class 40 (12 mètres) avec
trois anciens vainqueurs de la Solitaire du
Figaro présentés comme grand favoris,
Nicolas Troussel, Yoann Richomme et
Kito de Pavant. Beaucoup moins nom-
ARTCURIAL
breuse, mais annoncée quand même passionnante, la catégorie des Multi50 laisse
partir six marins sur des mobylettes à
trois coques de 15 mètres prêtes à assurer
le spectacle (en espérant qu’elles évitent
le fatidique chavirage).
En continuant de gagner de la longueur
sur les ponts, la catégorie Imoca s’annonce particulièrement indécise avec ses
monocoques 60 pieds (18 mètres) qui se
voient bien prendre, comme le Charal de
Jérémie Beyou, des airs de multis en s’envolant sur leurs foils. Conscients de ne
pas être les stars de la fête, les 20 marins
(dont trois des six femmes de la course)
s’avancent pour triompher mais aussi
préparer leur grand rendez-vous du
Vendée Globe 2020.
Bijoux de technologie
Sauf incroyable catastrophe, ils laisseront
le public guadeloupéen en folie accueillir
en tout premier un multicoque Ultime
dans une semaine à Pointe-à-Pitre. Si
Romain Pilliard, ex-figariste et imoca-iste, ne vise que la ligne d’arrivée comme
victoire personnelle sur son bateau de 23
mètres, ses cinq autres collègues embarquent sur leur monstre volant de 32 mètres, tout foils et ambition déployés. Thomas Coville (Sodebo), François Gabart
(Macif), Sébastien Josse (Edmond de
Rothschild), Francis Joyon (Idec) et Armel
Le Cléac’h brandissent des CV uniques et
ont tous (hormis Josse) connu l’ivresse
d’immenses succès en course et/ou en
record en solitaire autour du monde.
L’Atlantique, pour eux, constituera un
sprint express d’environ six jours (nouveau chrono record attendu). Loin d’être
une partie de plaisir sur leurs bijoux de
technologie (lire ci-contre). D’autant
qu’après un départ et une traversée de la
Manche relativement calmes, la météo
devrait singulièrement se muscler. La
Route du rhum va donc être fidèle à sa
grande légende, celle qui fait vibrer les
terriens tous les quatre ans depuis 1978.
De chaque côté de l’Atlantique. Dimanche, le grand jour… ■
Squelette de Allosaurus Jimmadseni
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Armel Le Cléac’h : « À l’étranger, ils nous
LE VAINQUEUR du dernier Vendée Globe dispute sa première grande course à la
barre de son trimaran volant Banque Populaire IX à l’occasion de la Route du
rhum.
LE FIGARO. - Vous dites avoir couru
après le temps avant cette Route
du rhum. Pourquoi ?
Armel LE CLÉAC’H. - Nous avons mis le
bateau à l’eau il y a à peine un an. Les Ultimes sont des machines équipées de
technologies complexes dans le mode
volant et nous sommes encore dans une
grosse phase d’apprentissage. Celle-ci
s’est arrêtée soudainement pour nous le
14 avril dernier avec notre chavirage.
Derrière, on a perdu quasiment quatre
mois de navigation. On sait que ce bateau
a un énorme potentiel, mais je ne suis pas
sûr de maîtriser le mode d’emploi à 100 %
aujourd’hui. L’idée, c’est de savoir l’utiliser au mieux en toute sécurité. On n’est
pas non plus à la ramasse. On a bien bossé
pour arriver le mieux armé possible.
dis, « si j’étais parti cinq minutes plus tard,
j’aurais évité le cycliste ». C’est une grosse
piqûre de rappel pour moi. J’avais peutêtre pris trop confiance dans le bateau.
lourd, des marins qui connaissent bien
leur bateau et ont fait des milles. C’est un
peu l’inconnu. Mais je ne me pose pas
trop de questions.
Il y a quatre ans, vous étiez à Pointe-àPitre pour accueillir Loïck Peyron qui
vous avait remplacé au pied levé et avait
gagné la course. Comment l’avez-vous
vécu ?
J’étais dégoûté ! Il fallait faire le job, le
sponsor me l’avait demandé, je le faisais
pour l’équipe. J’étais content pour Loïck,
il avait couru six Routes du rhum sans gagner. Et il l’a fait de façon magistrale.
Mais personnellement, j’aurais préféré ne
pas être là. J’avais raté le truc bêtement (il
s’était blessé à la main en glissant dans une
station-service, NDLR). Aujourd’hui, je
suis donc revanchard, conscient du potentiel de mon bateau mais aussi du niveau de la concurrence. Je ne pars pas
comme sur le Vendée Globe où c’était la
gagne ou rien. Là je sais que je peux ne pas
gagner et aussi gagner… En face, il y a du
Avoir gagné le Vendée Globe après deux
deuxièmes places vous a-t-il libéré d’un
poids ?
Je pense, oui. Cela aide dans la confiance
en soi, dans le travail avec l’équipe. Tu
changes aussi de statut. Tu passes d’un
marin connu dans le milieu de la voile à
un sportif connu du grand public, même
si les gens ne te reconnaissent pas forcément dans la rue… Le Vendée Globe a une
notoriété énorme. Les gens, quoi qu’il arrive maintenant, me placent dans la catégorie des favoris sur cette course, en
duel avec François Gabart. Alors qu’il y a
aussi Sébastien Josse, très fort et avec un
super bateau, Thomas Coville qui connaît
son trimaran sur le bout des doigts et
Francis Joyon qui a une approche différente mais navigue sur le trimaran qui a
gagné les deux dernières éditions.
Revenez sur les circonstances de votre
chavirage…
En remontant des Canaries vers Cadix,
on était au près débridé. Le bateau n’était
pas surtoilé et le vent était en train de se
calmer. Je me suis accordé une petite
sieste. Quelques minutes après que je me
suis endormi, il y a eu une survente forte
qui a fait soulever le bateau. On n’avait
qu’un système de largage manuel à cette
époque, j’ai tiré sur la poignée pour larguer l’écoute de grand-voile mais le bateau a basculé. Aujourd’hui, le système
de largage automatique est installé. Il se
déclenche quand le bateau se lève à partir
de 14-15 degrés de gîte.
Ce chavirage, vous l’avez digéré ?
Oui, la parenthèse est refermée, maintenant que le bateau est de nouveau opérationnel. Tant qu’il ne l’est pas, tu te sens
un peu coupable. Je n’ai pas ressenti de
traumatisme après ce chavirage. C’était
plus de la frustration, de la déception.
C’est comme un accident en voiture, tu te
« Je ne pars pas comme sur le Vendée Globe où c’était la gagne ou rien. Là je sais que je
peux ne pas gagner et aussi gagner… », insiste Armel Le Cléac’h. VINCENT CURUTCHET/DPPI
Bateaux volants, le stress ultime
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
SI LA MÉTÉO, annoncée difficile, est une
source d’interrogation pour les 123 bateaux au départ de la Route du rhum dimanche, la responsabilité d’ouvrir – si
possible brillamment - une nouvelle ère
de la course au large en est une autre
pour les pionniers que sont Sébastien
Josse, Armel Le Cléac’h et François Gabart, tous les trois à la barre d’un Ultime, ce maxi-trimaran à foils capable de
voler. « On se lance dans le vide. C’est la
première fois que l’on navigue sur des bateaux volants en solitaire dans la course
au large », résume Sébastien Josse. Pour
le skipper du maxi Edmond de Rothschild, majestueuse machine aux flotteurs XXL (32 mètres de long), filer à
plus de 40 nœuds posé sur ses foils est
déjà devenu la norme. Mais le vol au large n’en est qu’à ses balbutiements.
« Pour l’instant, on défriche encore. On
sait que ça peut aller beaucoup plus vite
mais la limite du surrégime est encore
floue. Et cela génère beaucoup plus de
stress », reconnait-il.
Enchaîner les runs volants bord à bord
devant Port-la-Forêt à l’entraînement
est une chose. Traverser l’Atlantique sur
ces machines encore en rodage en est
une autre. « Ce qui est compliqué, c’est de
trouver un vol stable, ce qui veut dire régler les foils pour que le bateau ne se cabre
pas trop et ne décroche pas. Cela change
en fonction de la force du vent, de l’état de
la mer. Là-dessus, tout le monde manque
d’expérience et se pose des questions »,
souffle Armel Le Cléac’h. Des trois marins volants, le vainqueur du dernier
Vendée Globe est sans doute celui avec le
moins de certitudes. Le chavirage de
Banque Populaire IX au printemps a fortement contrarié son apprentissage du
vol. Et rappelé à l’ordre l’ensemble du
plateau. « Ce n’est pas de l’angoisse mais
des préoccupations, précise Sébastien
Josse. Au-delà de penser au record et à
gagner la course, il faut d’abord penser à
rester à l’endroit et gérer le bateau à
40 nœuds tout seul sur six jours. Ça, personne ne l’a fait. » Le grand saut dans
l’inconnu.
Un sprint échevelé
« Même si nos bateaux sont plus stables et
plus safe que les trimarans Orma d’il y a
quinze ans et qu’ils sont truffés d’alarmes
et de capteurs, le chavirage est toujours
possible », confirme François Gabart.
L’homme le plus rapide autour du monde en solitaire (42 jours, 16 heures) a ré-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
SPORT
11
Khachanov, la relève
pointe le bout du nez
Le jeune Russe sera, ce samedi, au rendez-vous des demi-finales
du Rolex Paris Masters contre Dominic Thiem.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
Les trimarans Ultimes de
Françis Joyon, François
Gabart et Thomas Coville,
au mouillage devant le
port de Saint-Malo.
ALEXIS COURCOUX
prennent pour des fous »
Les Ultimes incarnent-ils bien l’esprit
de la Route du rhum, selon vous ?
Oui, car ils sont à la fois de leur temps et
innovants, tout en gardant un sens marin
important pour la sécurité. Avec leurs
32 mètres, ils ne sont pas dans la démesure. On est comme des gamins avant ce
départ… Même si on fait des tours du
monde, une transatlantique en solitaire,
ce n’est pas anodin. La Route du rhum est
un vrai sprint. On va partir plein gaz. Et il
faudra tenir. L’échiquier de l’Atlantique
est tactique. Il y a de quoi jouer.
De quel vainqueur du « Rhum »
vous sentez-vous le plus proche ?
Je dirais Philippe Poupon. Parce qu’il a
gagné trois Solitaires du Figaro, et je
connais la valeur de ces victoires. C’était
un vrai régatier et un compétiteur dans
l’âme, qui ne parlait pas forcément trop
fort.
Ne voir que des marins français à la barre
des Ultimes, cela vous ennuie-t-il ?
Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’étrangers en solitaire, oui. Je pense qu’ils nous
prennent pour des fous. Et ils n’ont pas
entièrement tort (sourire). Mais c’est
aussi parce qu’ils n’ont pas essayé et
n’ont pas notre méthodologie de préparation. En France, il y a une école du solitaire qui n’existe pas ailleurs dans le
monde. Cela dit, on est déjà content qu’il
y ait cinq Ultimes compétitifs dans cette
Route du rhum. Il y a un circuit qui se
met en place avec deux grandes courses
par an, dont ce nouveau tour du monde
en solitaire et en course en 2019, un
autre en équipage en 2021 et un tour de
l’Europe…
Les Ultimes sont
des machines équipées
de technologies complexes
dans le mode volant
et nous sommes encore
dans une grosse phase
d’apprentissage
Le Vendée Globe risque-t-il de pâtir
de l’éclosion des Ultimes ?
Nous avons tout à prouver et à écrire avec
nos Ultimes. Si le tour du monde 2019 est
une belle course, avec une incroyable régate planétaire, on peut imaginer qu’un
vainqueur de Vendée Globe propose à
son sponsor de passer en Ultime. Maintenant le Vendée Globe a une histoire, et
nous, on peut se planter. Le risque, c’est
qu’il n’y ait pas ou peu de bateaux à l’arrivée. On travaille actuellement sur les
règles, sur le parcours et sur des escales
pour que les bateaux aillent au bout.
Loïck Peyron dit que la voile est le sport
mécanique qui a le plus évolué depuis
la création de la Route du rhum
il y a quarante ans…
Il a raison. Notre sport s’est vraiment
professionnalisé dans tous les domaines.
Et rien que ces dernières années, l’arrivée des foils constitue une vraie révolution. C’est motivant, dynamisant de se
dire qu’on est en train d’écrire une page
de l’histoire de la voile. Nos bateaux actuels seront sûrement obsolètes dans
dix ans. Rien qu’en quatre ans, entre le
trimaran qui a gagné le dernier Rhum et
le nôtre, il y a une différence de poids de
2 tonnes.
Vos bateaux étant très physiques,
peut-on craindre du dopage ?
Je ne crois pas, parce qu’on a toujours
comme priorité la vigilance, la gestion du
sommeil. Et dans les skippers des Ultimes
que je connais bien, l’esprit est d’abord à
la sportivité. Il n’y a pas un enjeu économique démentiel. Si on gagnait comme
les footballeurs, ça se saurait (rire). En
fait, je ne vois pas où le dopage pourrait
m’aider dans l’histoire. Mentalement,
sur nos bateaux on a besoin d’être dans
l’anticipation, la maîtrise de soi, la gestion de nos émotions. Si tu prends des
produits et qu’ils te brouillent tes repères,
il y a moyen de se faire peur…
PROPOS RECUEILLIS PAR G. L. ET M. C.
“
”
cemment doté de foils son Macif, une
monture « hyper exigeante physiquement ». « La vie à bord est moins humide
que sur les monocoques Imoca, moins
penchée et plus confortable, mais physiquement, c’est plus dur, acquiesce Le
Cléac’h. Faire des manœuvres avec ces
bateaux-là, c’est compliqué. J’ai fait
beaucoup de sport avec le temps que j’ai eu
à terre après le chavirage mais on ne sera
jamais assez affûté physiquement. Pour
mener ces bateaux à fond, il faut être à six.
Tout seul, même si tu es champion du
monde de musculation, tu ne peux pas le
mener à fond. »
Recharger les batteries est aussi un sacré défi. « Il est encore plus difficile de
trouver le sommeil sur ces bateaux en
équilibre. Il faudra accepter de lâcher prise
et de fermer les yeux même si le bateau va
à 45 nœuds », annonce Gabart. La liaison
Saint-Malo-Pointe-à-Pitre a beau être
désormais express, caler des allumettes
sous ses paupières n’est pas une option.
« On peut faire un tiers de la course sans
vraiment dormir mais tout le monde sera
cramé à un moment ou un autre et aura
besoin de repos, prévient Sébastien Josse.
La différence, c’est que l’un se reposera à
40 nœuds quand un autre le fera à 37. La
victoire s’écrit aussi sur ces périodes de
repos. »
Certains drames aussi. « 90 % des accidents proviennent de fautes d’inattention
ou de concentration liées à la fatigue, rappelle le Niçois, préparé à un sprint échevelé dont environ la moitié en mode volant. Ce n’est que six jours, mais six jours
harassants. Les manœuvres, les changements de voile… Tout arrive beaucoup plus
vite. » Bonne nouvelle, le champagne
aussi. ■
TENNIS « Next gen ». Nouvelle génération. Le circuit ATP agite l’appellation
depuis trois ans en prévision d’un circuit sur lequel Roger Federer et Rafael
Nadal n’attireront plus la lumière. En lui
souhaitant autant de succès qu’au groupe « New balls », lancé en 2001, avec
Federer, Roddick, Safin, Kuerten, Ferrero ou Hewitt… La deuxième édition du
Masters des jeunes se tiendra à Milan, du
6 au 10 novembre (avec le Grec Stefanos
Tsitsipas, le Canadien Denis Shapovalov, l’Australien Alex de Minaur, les
Américains Frances Tifaoe et Taylor
Fritz, le Russe Andrey Rublev, l’Espagnol Jaume Munar et le Polonais Hubert
Hurkacz). Tête d’affiche de ce groupe
d’âge, Alexander Zverev est depuis
longtemps dans une autre dimension, il
participera, lui, au Masters de Londres
(du 11 au 18 novembre). À la table des
maîtres. En attendant, l’Allemand
(21 ans) vivait, vendredi à Paris, son
septième quart de finale cette saison en
Masters 1000. Diminué par une douleur
à l’épaule droite (« Après le match d’hier
déjà, j’ai ressenti beaucoup de douleurs,
le soir aussi et ce matin aussi avec
l’échauffement. Avec mon service kické
aussi cela fait très mal. Je ressens beaucoup de douleurs. Ça tire »), il n’a pu défendre ses chances contre le Russe Karen Khachanov (22 ans), vainqueur sans
trembler et presque sans suer.
Résurrection surprenante
Khachanov avait surgi sur le devant de
la scène en 2013 en dominant l’Espagnol Alberto Ramos-Vinolas et le Serbe
Janko Tipsarevic à Moscou. Son gabarit
(1,98 m, 97 kg), ses coups, son revers à
deux mains ont vite rappelé Marat Safin, l’idole de sa jeunesse. Cette année,
il a vécu une demi-finale au Masters
1000 de Toronto et un 3e tour à l’US
Open, stoppé à chaque fois par Rafael
Nadal, accrocheur et bien décidé à faire
respecter le droit d’aînesse. Et décroché
deux titres (Marseille et Moscou). Dans
le haut du tableau du Rolex Paris Masters, le Russe (18e joueur mondial) qui a
sauvé deux balles de match contre John
Isner en 8e de finale sera opposé à Do-
minic Thiem pour une place en finale.
Finaliste malheureux en juin dernier à
Roland-Garros, l’Autrichien a su éviter
le piège tendu par Jack Sock. L’Américain, tenant du titre, qui n’avait remporté que deux matchs en cinq mois et
demi en simple sur le circuit, a retrouvé
son jeu et sa confiance en posant le pied
à Paris. Une résurrection surprenante
bloquée avec fermeté par la tête de série
numéro 6.
Thiem signe sa meilleure performance dans le Masters 1000 parisien (en
quatre participations, il n’avait jamais
franchi le cap du 3e tour). La France
l’inspire. Thiem a remporté trois de ses
onze titres dans l’Hexagone (Nice à
deux reprises et Lyon). L’Autrichien
(25 ans) qui incarne, lui, la génération
intermédiaire avec David Goffin, Grigor
Dimitrov ou Kei Nishikori, n’a jamais
croisé Khachanov, membre de cette
nouvelle génération qui s’affirme… ■
Rolex Paris Masters, quarts de finale : Khachanov
(Rus)-Zverev (All, 4) 6-1, 6-2 ; Thiem (Aut, 6)-Sock
(E-U, 16) 4-6, 6-4, 6-4. Vendredi soir : Cilic (Cro,
5)-Djokovic (Ser, 2) ; Nishikori (Jap, 10)-Federer
(Sui, 3). Samedi, demi-finales, à partir de 14 h.
Le Russe Karen
Khachanov s’est imposé
en quart de finale contre
l’Allemand Alexander
Zverev, 6-1, 6-2. ANNECHRISTINE POUJOULAT/AFP
Le Paris SG protégé
par l’UEFA ?
Le PSG aurait négocié un accord à l’amiable pour
échapper aux sanctions du fair-play financier.
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
FOOTBALL Football Leaks, saison 2.
Après les révélations il y a deux ans
concernant la dissimulation de revenus de
Cristiano Ronaldo dans les paradis fiscaux, ou les pratiques frauduleuses des
agents dans le milieu du ballon rond, les
Football Leaks reviennent cette fois avec
de nouvelles révélations qui visent notamment le Paris SG et Manchester City.
Les deux clubs auraient injecté 4,5 milliards d’euros (2,7 pour City, 1,8 pour le
PSG) sur les sept dernières années. Or ces
investissements massifs auraient été réalisés en dehors des règles édictées par le
fair-play financier. Celui-ci interdit aux
clubs engagés en compétitions européennes de dépenser plus d’argent qu’ils n’en
génèrent par leur activité propre.
Le montage financier du Paris SG, visé
une première fois par une enquête de
l’UEFA en 2014, a été rendu possible grâce
à l’octroi de « contrats fictifs de sponsoring » passés avec des institutions directement liées à l’État du Qatar, à l’image du
1,075 milliard d’euros promis sur cinq ans
par l’office du tourisme du Qatar (QTA),
soit 215 millions d’euros par an en moyenne. Or les deux cabinets d’audit missionnés par l’UEFA, les agences Repucom et
Octago, auraient valorisé ces contrats respectivement « à 123 000 euros par an pour
l’un, et 2,8 millions d’euros par an pour
l’autre, soit entre 77 et 1.750 fois moins que
le montant affiché ».
Le Paris SG, qui a finalement écopé
d’une amende de 60 millions d’euros il y a
quatre ans et des restrictions financières
alors qu’il risquait l’exclusion des compétitions européennes, aurait été protégé et
couvert par le duo Michel Platini-Gianni
Infantino, respectivement président et
secrétaire général de l’UEFA jusqu’en
2016. Le consortium de médias Européen
Investigative Collaborations (EIC), dont le
site Mediapart, en France, affirme en
s’appuyant sur des documents confidentiels que les deux hommes ont trouvé avec
la direction parisienne des « accords à
l’amiable » pour « des raisons politiques ».
L’Instance de contrôle financier des clubs
(ICFC) enquêtant sur le cas du club français, censée être indépendante, n’aurait
donc fait que valider ces accords entre les
deux parties.
Depuis 2017, le Paris SG est visé par une
nouvelle enquête du fair-play financier
après le mercato record de l’été 2017 avec
les recrutements de Kylian Mbappé et
Neymar (pour plus de 400 millions
d’euros). ■
12E JOURNÉE LIGUE 1
vendredi
samedi
LYON (4)
17h C+
CAEN (15)
20h
DIJON (17)
NICE (10)
REIMS (9)
STRASBOURG (7)
dimanche
NANTES (13)
15h beIN
ST-ÉTIENNE (6) 17h beIN
MONTPELLIER (3) 21h C+
PARIS SG (1)
LILLE (2)
BORDEAUX (8)
RENNES (14)
NÎMES (16)
AMIENS (18)
MONACO (19)
TOULOUSE (11)
GUINGAMP (20)
ANGERS (12)
MARSEILLE (5)
EN BREF
Rugby : Toulon pour
stopper l’hémorragie
Tombé à l’avant-dernière place
du Top 14 après trois défaites
consécutives, Toulon doit
impérativement réagir et
s’imposer face à la lanterne rouge
Perpignan, ce samedi.
Le Stade Français, en déplacement
à Lyon, a lui annoncé l’arrivée
de trois jeunes Sud-Africains en
pige pour les mois à venir :
Hanro Liebenberg (3e ligne),
Hendre Stassen (2e ligne) et André
Warner (neuf).
9E JOURNÉE TOP 14
GRENOBLE (11)
samedi CLERMONT (1)
14h45 C+
TOULON (13) 18h45 PERPIGNAN (14)
LA ROCHELLE (8)
AGEN (12)
CASTRES (9)
PAU (10)
TOULOUSE (3)20h45 C+BORDEAUX B. (5)
LYON (6)
dimancheST. FRANÇAIS (2)
12h30
MONTPELLIER (7) 16h50 C+ RACING 92 (4)
JO : les échantillons
de Londres réexaminés
De nouvelles analyses
d’échantillons prélevés lors
des Jeux olympiques de Londres
en 2012 vont être réalisées
avec les méthodes scientifiques
les plus récentes.
Football : Bolt ne passera pas
pro en Australie
Usain Bolt ne débutera pas
sa carrière de footballeur
professionnel en Australie.
Le Jamaïcain a vu sa période
d’essai achevée chez les
Central Coast Mariners.
La faute à un joueur trop
gourmand sur son salaire.
Il aurait exigé 1,8 M€, bien
loin des 100 000 euros proposés
par le club.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Au Burkina Faso, la lutte contre
la drépanocytose s’intensifie
Près de 2 %
de la population
locale serait touchée
par cette grave
maladie du sang,
d’origine héréditaire.
AURÉLIE FRANC
ENVOYÉE SPÉCIALE À OUAGADOUGOU (BURKINA FASO)
SANTÉ Les doigts de Désirée frappent régulièrement les barreaux de son lit, au
rythme de la douleur des contractions qui
s’intensifient. À 28 ans, cette future maman burkinabée s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Arrivée le
matin même à la maternité de la clinique
de Schiphra, à Ouagadougou, elle n’est
plus qu’à quelques minutes de son accouchement. De l’autre côté de la porte, les
sages-femmes s’activent pour préparer
la salle.
Avant toute chose, Anita et Solange
veillent à déposer un petit tube sur le plateau comportant la panoplie d’outils nécessaires pour l’accouchement. « C’est
avec ça que nous allons récolter le sang
pour le faire analyser », explique Solange,
qui prend en charge Désirée. Car la maternité de Schiphra est une maternité
pilote au Burkina Faso, dans laquelle on
dépiste presque systématiquement la drépanocytose, alors que le pays entame un
deuxième plan de lutte contre la maladie.
Au-dessus de l’accueil, de la maternité,
un panneau le rappelle d’ailleurs à tous les
soignants : « Test drépanocytose +++ »,
sous-entendu, « à ne pas oublier ».
Car cette pathologie héréditaire (première maladie génétique en France)
pourrait toucher jusqu’à 2 % de la population burkinabée. Lors de périodes de
stress, de fortes chaleurs, de froid ou encore de crises paludiques, les globules
rouges du malade adoptent une forme de
faucille. Or cela les mène à créer des agglutinats dans les vaisseaux sanguins. Les
caillots, qui entraînent de très vives douleurs, lorsqu’ils atteignent des organes
vitaux peuvent engendrer le décès du patient. Aujourd’hui, le seul traitement curatif est une greffe de moelle osseuse, qui
contient des cellules-souches productrices de globules rouges, mais cela n’a encore jamais été réalisé au Burkina Faso.
Après quelques heures d’efforts et de
souffrance pour la jeune Désirée, le petit
Anaël pointe enfin le bout de son nez. Du
haut de ses 50 cm et de ses 3,5 kg, le bébé
s’époumone en tentant d’avaler ses premières bouffées d’air. Il est rapidement
emmené par l’une des deux sages-femmes pour effectuer les tests supplémentaires. L’autre praticienne a encore un
travail à faire avant d’aider à l’évacuation
du placenta. Il faut prélever, dans le cordon ombilical encore présent, du sang
pour l’analyser. « Nous ne piquons pas
À la maternité de Schiphra, à Ouagadougou, des tests de dépistage précoce de la drépanocytose sont systématiquement réalisés.
l’enfant à la naissance pour prélever le
sang car le bébé est encore trop petit pour
subir cela », explique Solange. Une fois
prélevés quelques millilitres, le flacon est
étiqueté puis envoyé au laboratoire.
Mais la toute jeune maman ne se fait
pas trop de soucis pour son nourrisson :
« Je connais cette maladie, j’ai des amis qui
en souffrent, mais il n’y a pas de cas dans
ma famille. » Le Dr Dieudonné Ouedraogo, gynécologue en charge de la maternité de Schiphra, qui suit les patientes de la
CAMILLE RIOUAL
en place pour lutter contre cette pathologie
grave ». Dans le pays, outre la maternité
de Schiphra, trois autres maternités pratiquent aussi le dépistage néonatal.
maternité, n’est pas inquiet non plus
pour le jeune Anaël : « Si la famille n’est
pas drépanocytaire, il y a peu de risques
que le petit le soit. » Il rappelle que « toutes
les patientes sont testées pour la maladie
lors de leur premier rendez-vous, et elles
sont informées du dépistage systématisé ».
« Au Burkina Faso, nous avons peur de
la drépanocytose », glisse ce médecin qui
connaissait lui-même des collègues décédés de cette maladie. Heureusement,
« beaucoup de progrès sont doucement mis
Dépistage néonatal
Les maternités ne sont pas les seules à
commencer la lutte contre cette maladie :
les laboratoires s’équipent également. Ce
mois-ci, « nous allons recevoir une machine plus performante, explique le Dr Moussa Ouedraogo, qui dans le bâtiment d’à
« Les enfants souffrent et pleurent beaucoup »
« JE PRIE pour que celui-là ne soit pas atteint », confie Balkissa, 37 ans, qui allaite son plus jeune fils, à peine âgé de
5 mois. C’est que Balkissa, maman de
quatre enfants, ne connaît que trop bien
la drépanocytose, cette maladie du sang
dont les crises sont très douloureuses et
peuvent être mortelles. Deux de ses enfants, ainsi que sa petite sœur, sont atteints de cette maladie génétique dévastatrice.
« Les enfants font pitié au moment des
crises : ils souffrent et pleurent beaucoup.
Parfois, il faut leur attacher les pieds et
les bras, c’est même eux qui le demandent. Et des fois, il faut les masser jusqu’à
ce qu’ils arrivent à s’endormir, il faut
veiller toute la nuit », détaille Balkissa,
assise dans la cour de la maison de ses
parents, à Ouagadougou.
« Mon aînée, Farida, j’ai failli la perdre, j’ai eu très peur, raconte, émue aux
larmes, cette maman. Elle est restée dixhuit jours à l’hôpital. Elle ne pouvait pas
marcher, je ne savais pas qu’elle allait
survivre, elle a souffert, on lui a même
transféré du sang, elle n’avait plus de
sang : cela m’a trop marquée. » C’était
l’année dernière.
Finalement, après dix jours d’hospitalisation, à 40 000 francs CFA (environ
60 euros) la journée, la jeune fille est retournée chez elle. Non pas parce qu’elle
était hors de danger, mais parce qu’« on
n’avait plus d’argent pour l’hospitalisation, donc on est rentré chez nous ».
Le dernier à avoir fait une crise, c’est
Mohammed, son jeune fils de 8 ans,
dont les douleurs se sont principalement concentrées sur les bras et les
jambes, plus régulièrement atteints par
la maladie.
Et au Burkina Faso, les médicaments
sont rares et chers. Soumaya, la sœur de
Balkissa, possède la pharmacie la plus
complète de la maison. Et pourtant : elle
se compose uniquement d’une vingtaine de comprimés d’antalgiques, d’un
traitement pour prévenir les crises de
paludisme (celui-ci étant un facteur déclenchant des crises drépanocytaires) et
de l’acide folique, qui stimule la production de globules rouges.
« Pour la suite, nous souhaitons que l’on
trouve des produits efficaces contre la
drépanocytose. Actuellement, nous n’avons
que des calmants mais pas de produits
pour en finir avec la maladie », déplore
Balkissa, qui ajoute : « Les enfants sont
trop petits pour cette douleur. » ■
A. F.
côté dirige le laboratoire d’analyse de
Schiphra. Elle va nous permettre de réaliser les dépistages néonataux, en triant le
sang qui appartient à la maman et celui qui
appartient à l’enfant. » La machine dont
dispose l’hôpital n’en est pour le moment
pas capable.
Ce dépistage néonatal, une première
dans le pays, est le résultat d’un partenariat entre le Comité d’information et de
lutte contre la drépanocytose (CID/B),
une association fondée dans le pays, et la
Fondation Pierre Fabre, reliée au laboratoire français du même nom. Après un
premier plan de lutte contre la maladie,
un second s’apprête à être lancé. Avec
pour but de renforcer le dépistage néonatal, mais également d’implanter dans le
pays un premier dépistage rapide (test
rapide) de la maladie.
Prochaine étape, développer la prise en
charge de la maladie, pour le moment
quasi inexistante. « Désormais, tous les
enfants qui seront dépistés grâce aux tests
néonataux auront des kits de vaccination
(vacciner les enfants permet de limiter le
nombre de crises, NDLR) à moindre
coût », explique Nathan Fortin, référent, à
Ouagadougou, de la Fondation Pierre Fabre. Mais la route est encore longue pour
une prise en charge complète de la maladie, dans un pays où l’assurance-maladie
n’en est qu’à ses balbutiements. ■
* Ce reportage a été financé par le Centre
européen de journalisme (EJC) via son
programme de bourse dédiée à la santé
mondiale Global Health Journalism Grant
Programme for France..
Un patch pour mesurer la pression artérielle
A
AUDE RAMBAUD
CARDIOLOGIE Les médecins rangerontils bientôt leur traditionnel tensiomètre
au placard ? Pour dire vrai, cela ne fait pas
de doute. Pas demain mais d’ici quelques
années, des dispositifs portatifs, discrets,
légers, performants permettront de suivre la pression artérielle en continu. À
l’image de ce patch en développement à
l’université de San Diego, en Californie,
et présenté dans la revue Nature Biomedical Engineering.
Cet appareil miniaturisé collé sur la
peau permet de mesurer la pression artérielle périphérique au niveau du poignet
ou encore du pied mais aussi la pression
centrale au niveau de l’aorte ! Il repose
sur l’utilisation d’ultrasons et émet et réceptionne des ondes envoyées jusqu’à
4 cm de profondeur. En se réfléchissant
sur les structures internes, elles révèlent
le diamètre des artères sous-jacentes qui
dépend justement de la pression qui
s’exerce sur les parois. Au niveau du cou,
il permet même de mesurer le diamètre
des artères jugulaires ou de la carotide,
qui, après traitement des données par algorithme, permet d’obtenir la pression
centrale.
« Cette notion de pression centrale est
encore très vague pour beaucoup, même
pour de nombreux médecins, mais l’intérêt
de sa mesure grandit au sein de la communauté scientifique », explique le Dr Thierry
Denolle, cardiologue et responsable d’un
groupe de travail sur la mesure de la
pression artérielle pour la Société française d’hypertension artérielle. Il s’agit
de la pression qui s’exerce juste à la sortie
du cœur et arrive aux organes principaux
comme le cerveau ou les reins. « Elle serait un meilleur prédicteur de la santé cardio-vasculaire que la pression périphérique
mesurée au niveau du bras, où elle parvient
déformée par son long parcours le long de
l’arbre artériel », précise le Dr Denolle.
Suivre la pression artérielle chez les
patients hypertendus deviendrait un jeu
d’enfant et la vie des chirurgiens s’en
trouverait simplifiée. Pour certaines in-
CHONGHE WANG/NATURE BIOMEDICAL ENGINEERING
Un prototype à ultrasons, collé sur la peau, offre des performances prometteuses et pourrait remplacer un jour les tensiomètres.
Ce patch préfigure les futurs appareils
de mesure qui seront demain tous
portatifs, discrets et connectés.
terventions nécessitant de suivre la pression centrale, ils doivent actuellement
placer un cathéter dans l’aorte lors de
l’opération. « Tout porte à croire que la
mesure de cette pression centrale va devenir de plus en plus utile dans les années à
venir pour surveiller la santé cardio-vasculaire des patients, d’où l’intérêt de développer des outils de mesure faciles et pratiques d’utilisation », clarifie le Dr Denolle.
Câbles en cuivre
Concrètement, ce patch est une feuille
d’élastomère équipée de composants électroniques reliés entre eux par des câbles en
cuivre en forme de ressort. Il est ainsi
flexible et souple pour pouvoir épouser les
formes du corps et se plier sans rompre.
Parmi ces composants figurent des transducteurs piézoélectriques capables de
produire des ondes ultrasonores lorsque
l’électricité les traverse. Testé chez un
patient, ce patch a permis d’obtenir des
mesures exactes de pression périphérique et surtout centrale. « Les données sont
encore plus précises qu’avec l’appareil de
référence actuel, le tonomètre, dont l’utilisation nécessite l’immobilisation du patient
et une expertise de l’opérateur. C’est une
belle première preuve de principe », estime
Céline Ternon, chercheuse à GrenobleINP. Néanmoins, ce patch doit encore
parcourir beaucoup de chemin pour devenir autonome et utilisable en routine.
« Nous devons encore y inclure le générateur ainsi que les composants d’acquisition des données et de leur transfert par
Wi-Fi, précise Chonghe Wang, auteur de
ces travaux à San Diego. Puis il faudra le
valider au cours d’essais cliniques chez
plusieurs patients. » À terme, l’équipe en
espère encore davantage et entrevoit des
patchs multitâches capables de mesurer
la pression mais aussi la température corporelle, le niveau d’hydratation ou encore le fonctionnement des nerfs. En attendant, celui-ci ou un autre, il ne fait pas de
doute que les appareils de mesure seront
demain tous portatifs, discrets et
connectés, à l’image des patchs qui permettent déjà de mesurer la glycémie des
diabétiques. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
LE CARNET DU JOUR
13
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!! !" %$# "! $ Le Collège des Bernardins
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avec justification d’identité
tous les dimanches et jours fériés
de 9 heures à 13 heures
(excepté les 1er janvier, 1er mai, 15 août,
er
1 novembre, 25 décembre)
par téléphone
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par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
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du lundi au jeudi : 25 € TTC la ligne, jusqu’à 25 lignes
23 € TTC la ligne, à partir de 26 lignes
vendredi ou samedi : 28 € TTC la ligne, jusqu’à 25 lignes
26 € TTC la ligne, à partir de 26 lignes
Les lignes comportant des caractères gras sont facturées sur
la base de deux lignes ; les effets de composition sont payants ;
chaque texte doit comporter un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
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fiançailles
Le docteur Louis
de MONCK d'UZER
et Mme, née
Marianne Mingasson,
M. Dominique PÉTEUL
et Mme, née
Godeleine Delaplace,
sont heureux de faire part
des fiançailles de leurs enfants
Pétronille et Thomas
Tours. Châtellerault.
naissances
M. Sébastien DOR
et Mme, née Anne de Lagarde,
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Guillemette
signatures
A l'occacion du centenaire
de la fin de la Grande Guerre,
DRAC - Droits du Religieux
Ancien Combattant
vous invite à une dédicace
le mercredi 7 novembre 2018
de 18 heures à 20 h 30,
avec les auteurs des ouvrages :
- La Grande Guerre
des hommes de Dieu
- Dom Moreau,
un moine dans les tranchées
- Jehan de la Croix,
un officier mort pour la France
- Le camouflage en 1914-1918.
Librairie France-Catholique,
49, rue Gay-Lussac,
Paris (5e).
sœur d'Ombeline chez
Arthur et Félicia DOR
le 8 octobre 2018, à Reims,
et son baptême
le dimanche 4 novembre 2018,
en l'église de Presles-en-Brie.
M. Alexis de MAUD'HUY
et Mme, née Tatyana Franck,
sont heureux de faire part
de la naissance de
Ulysse
le 31 octobre 2018,
à Lausanne (Suisse).
centenaires
M. René NICOLAS
aurait eu 100 ans
ce samedi 3 novembre 2018.
Il nous a quittés
le 21 juillet 1993.
Son épouse,
sa fille, son gendre
et ses petits-enfants
se souviennent.
organise un concert
le samedi 10 novembre 2018,
à 15 heures,
Le salon de musique
de Marie-Antoinette
Ce concert donne
des clés d'écoute
pour mieux comprendre
les compositeurs et les œuvres
dans leur contexte
et tisser des liens entre les arts.
Participation à prévoir.
Événement familial
(à partir de 7 ans).
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
deuils
Le docteur Marie-Madeleine
Apostolidés-Chossière,
sa sœur,
le docteur Denis Chossière,
son neveu, et Elisabeth Lang,
le docteur Laurence Chossière,
sa nièce,
Guillaume, Clara, Julien,
ses petits-neveux,
les familles Apostolidés
Bousquet, Grados, Garcia
Nougué-Cazenave, Gandon,
Lévy, Ménager, Boissière
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Simone APOSTOLIDÉS
Le Collège des Bernardins
organise un débat
le mercredi 7 novembre 2018,
à 20 heures,
Un autre regard sur l'autisme
Comment la médecine
envisage-t-elle aujourd'hui
la définition, les causes
et les traitements de l'autisme ?
Avec
David Cohen,
Claire Compagnon,
Maryse Lépée.
Participation à prévoir.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
Le forum
du patrimoine familial
se tiendra à Paris, les vendredi
23 et samedi 24 novembre 2018,
sous la présidence
du docteur
Jean-Jacques Saragoussi,
avec la participation
des conférenciers :
Claude Abrial,
José Arrebola,
Géraud Chambeiron,
Rémi Dumas,
Henri Hovasse,
Denis Krief,
Sébastien Pestel,
Philippe Reigné.
Programme détaillé
et inscription sur :
forum.patrimoine.familial
@gmail.com
Jocelyne Deperrier
et Maud Nieza.
communications
professeur
d'histoire-géographie retraitée,
officier
des Palmes académiques,
organise un colloque
le lundi 12 novembre 2018
de 14 heures à 19 heures,
à la Fondation
Cino del Duca, Paris (8e),
à l'occasion du
250 anniversaire
du rattachement
de la Corse à la France
e
avec la participation
des diplomates
Laurent Stéfanini,
Henry Zipper de Fabiani,
et des universitaires,
Christine Faitrop-Porta,
Jean-Paul Clément,
Francis Démier et
Michel Vergé-Franceschi.
Inscription obligatoire :
contact.royaute@orange.fr
Une conférence
s’annonce toujours dans Le Figaro
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Les Amis du musée
George Sand
organisent
au château de Nohant,
le jeudi 8 novembre 2018,
dans le cadre de « Caractères »
Sainte-Hélène
De l'histoire à la mémoire
par Thierry Lentz, président
de la Fondation Napoléon.
Dîner à l'auberge de
la Petite Fadette à 19 heures
puis conférence à 20 h 15.
Réservations obligatoires :
- dîner : 02 54 31 01 48,
- conférence : 02 54 31 06 04.
Renseignements :
www.maison-george-sand.fr
Nathalie Goulet,
sénatrice de l'Orne,
vous invite à participer
au colloque
Les extrêmes-droites
à la barre
antisémitisme, xénophobie,
atteintes à la liberté
de la presse,
le lundi 5 novembre 2018
de 9 heures à 12 heures,
au Palais du Luxembourg,
15, rue de Vaugirard, Paris (6e).
Interviendront :
Vadim Rabinovitch,
député ukrainien,
Matyas Eorsi,
ancien député hongrois,
Jean-Yves Camus, politologue,
Dominique Reynié,
professeur à l'Institut
d'études politiques (IEP),
Jacques Canet,
président
de la synagogue de la Victoire,
Ahmed Ogras,
président du Conseil français
du culte musulman (CFCM),
Antoine Chuzeville,
du Syndicat national
des journalistes (SNJ),
Alberto Toscano, journaliste,
Jean-Jacques Kourliandsy,
directeur de l'Observatoire
Amérique latine de la
Fondation Jean Jaurès.
Inscriptions et renseignements
n.goulet@senat.fr
La vicomtesse
Henri du Breil de Pontbriand,
son épouse,
Stéphanie Regaud,
Edwige Dubost-de Pontbriand,
Xristilla Roussy,
Henri de Saint Julien,
leurs conjoints et enfants
ont la tristesse
de faire part du décès du
vicomte Henri
du BREIL de PONTBRIAND
survenu le 28 octobre 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
d'Essuiles (Oise),
le mardi 6 novembre, à 15 h 30.
Priez pour lui !
survenu le 23 octobre 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse a été
célébrée le 27 octobre, dans
l'intimité familiale, en l'église
Saint-Martin de Troyes,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial de
Saint-Mards-en-Othe (Aube).
Priez pour elle !
Nicolas Challe
et ses filles,
Sophie, Flore et Alice,
M. et Mme Albert Lacroix
et leurs enfants,
M. et Mme Bertrand Challe
et leurs enfants
Walnut Creek, Ca (États-Unis).
Diana Courtier,
son épouse,
Rodolphe et Anne Courtier,
Céline Courtier,
Christophe Courtier,
ses enfants,
M. et Mme Bernard Courtier,
ses parents,
Hervé et Pascale Courtier,
Christophe et Hélène Courtier,
Charles-Henri Courtier (†),
Marie-Laure et Antoine
Gautier,
ses frères, sœur, beau-frère
et belles-sœurs,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Monsireigne (Vendée).
Michel Aries,
son époux,
François-Pierre Lobies,
son frère,
Ugo et Ho-Chun Lobies
et leurs enfants,
Jérémie et Sun Lobies
et leurs enfants,
ses neveux et petits-neveux,
ses beaux-enfants
et beaux-petits-enfants,
toute sa famille
et ses nombreux amis
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu,
à l'âge de 72 ans, de
Catherine ARIES
née Lobies,
munie des sacrements
de l'Église.
Elle rejoint ses chers parents
Monique et Jean-Pierre Lobies.
Pauline CHALLE
née Lacroix,
survenu le 1er novembre 2018,
à l'âge de 37 ans, à Annecy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Talloires
(Haute-Savoie),
le mardi 6 novembre, à 14 h 30.
Une messe sera célébrée
à son intention
en l'église Saint-Denys-duSaint-Sacrement, Paris (3e),
le vendredi 9 novembre 2018,
à 19 heures.
15, rue Pelée, 75011 Paris.
Renée, son épouse,
Pascal, François (†), Philippe,
Dominique, Frédéric,
ses fils,
et leurs conjoints,
ses dix-sept petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Monsireigne, le mardi
6 novembre, à 11 heures.
L'inhumation aura lieu à
Saint-Julien-du-Sault (Yonne),
le mercredi 7 novembre.
André Chaslot (†),
toute la famille Pestre
du Brésil et d'Europe,
parents et amis
Condoléances sur registre
et sur www.dansnoscœurs.fr
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Maurice CHASLOT
Ses sœurs, son beau-frère
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Odile BÉNARD
survenu le 30 octobre 2018,
dans sa 82e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 7 novembre,
à 10 h 30,
en l'église Saint-Hilaire,
à La Varenne-Saint-Hilaire.
pharmacien,
botaniste.
Une cérémonie religieuse aura
lieu ce samedi 3 novembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Boën-sur-Lignon,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Marcoux.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine.
143, rue Pierre-Corneille,
69003 Lyon.
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Jacques GREC
le 2 novembre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
dans l'intimité familiale,
en l'église Notre-Dame
de Montreuil-Bellay
(Maine-et-Loire),
le lundi 5 novembre 2018,
à 15 h 30.
En union avec
son épouse Jeanne-Marie
et son fils Éric,
Bruno Grégoire,
son fils,
Nathalie Grégoire,
sa fille,
Alexandre, son petit-fils,
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès,
à l'âge de 83 ans, du
Olivier et Bénédicte Fremaux,
Nicolas et Hélène Fremaux,
ses enfants,
Pauline, Charles,
Antoine et Pénélope,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Janine FREMAUX
née Balny,
Marcoux (Loire).
Boën-sur-Lignon (Loire).
Lyon.
M. et Mme Christian Grec,
M. Hubert Grec,
M. et Mme Alain Grec,
ses enfants,
et ses 9 petits-enfants
Patrice COURTIER
survenu le 31 octobre 2018,
à l'âge de 67 ans.
ont la tristesse de faire part
du décès de
conférences
L'Institut
de la Maison de Bourbon
Bayonne
(Pyrénées-Atlantiques).
colonel (e.r.)
Gilbert GRÉGOIRE
Saint-Cyr,
promotion Maréchal-Bugeaud,
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi
7 novembre 2018, à 15 heures,
en l'église Saint-Nicolas
de Maisons-Laffitte.
survenu le 31 octobre 2018,
à l'âge de 75 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-du-Cap-Lihou,
à Granville.
Paris (15e) .
Henri et Paul-Emile Galine
ont la tristesse
de faire part du décès de
Lyon.
Mme Xavier Pagnon,
M. Philippe Guérin,
ses enfants,
Lucien, Grégoire,
Valentine, Nicolas,
ses petits-enfants,
ses frères, beau-frère
et belles-sœurs,
les familles Ginon, Nouvellet
et Guérin
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Bernard GUÉRIN
Bruno GALINE
survenu le 30 octobre 2018,
à l'âge de 69 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Léon,
1, place du Cardinal-Amette,
à Paris (15e),
le vendredi 9 novembre 2018,
à 10 h 30,
suivie de l'inhumation au
cimetière parisien de Bagneux.
145, rue Saint-Dominique,
75007 Paris.
née Renée Ginon,
le 30 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre, à 14 h 30,
en l'église de la Rédemption,
à Lyon (6e).
Ils rappellent à votre souvenir
son mari, décédé en 2003.
La famille remercie les équipes
d'ORPEA-Croix-Rousse,
à Lyon (4e), pour leur humanité,
leur gentillesse
et leurs bons soins.
Paris. New-York. Stockholm.
Anne-Sophie et Yves Thébaut,
Elisabeth et Patrick Le Berre,
Nicolas et Mia Fries,
ses enfants,
Jean-Baptiste, Tessa,
Emeric, Gala,
ses petits-enfants,
Gurre Niemeyer,
sa sœur,
ses enfants et petits-enfants,
les familles Scrivener et Fries
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Asta Carol
BOLANDER-FRIES
survenu le 29 octobre 2018.
Le service religieux
sera célébré
en l'église protestante unie
de Passy-Annonciation,
19, rue Cortambert,
à Paris (16e),
le mardi 6 novembre, à 10 h 30.
Annie Brissard,
son épouse,
a la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Pierre BRISSARD
le 27 octobre 2018,
à Courmemin (Loir-et-Cher),
à l'âge de 90 ans.
La crémation aura lieu
le mardi 6 novembre 2018,
à 16 heures, au crématorium de
Blois, 85, rue de la Picardière.
Ni fleurs ni couronnes.
Mme Alain Chevalier,
Montmorency (Val-d'Oise).
son épouse,
Christiane Gilard,
née Weiss, son épouse,
M. et Mme Jérôme Chevalier,
M. Philippe Chevalier,
M. Paul Chevalier,
Mlle Juliette Chevalier,
ses enfants,
Andréa, Zoé, Louise,
Emma, Félix, Adèle, Léon,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part
de la disparition de
M. Alain CHEVALIER
fondateur du Groupe LVMH,
officier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Arts et des Lettres,
chevalier du Mérite agricole,
le 1er novembre 2018,
à son domicile de Megève
(Haute-Savoie),
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 7 novembre,
à 15 heures,
en la basilique Sainte-Clotilde,
23 bis, rue Las Cases, Paris (7e).
Aline et Jean-François Debue,
Catherine et Jean Rouve,
Jean-Philippe et Christine
Gilard,
Olivier et Huong Gilard,
Florence et Guillaume
de Clermont,
ses enfants et leurs conjoints,
ses 17 petits-enfants
et leurs conjoints
ont la tristesse
de faire part du décès du
général (c.r.) François GILARD
Saint-Cyr 1943,
promotion Veille au Drapeau,
commandeur
de la Légion d'honneur,
grand officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 18 octobre 2018,
à Eaubonne.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église protestante unie
d'Enghien-les-Bains,
155, avenue de la
Division-Leclerc (Val-d'Oise),
le vendredi 9 novembre 2018,
à 16 heures.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
52, rue Saint-Jean,
74120 Megève.
« Je sais en qui j'ai cru. »
II Timothée 1,12.
Saint-Maur-des-Fossés
(Val-de-Marne).
Michèle et Daniel Meynard,
Frédéric et Gisou Guillard,
Sylvain (†) et Marie-France
Guillard,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean GUILLARD
survenu le 2 novembre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-du-Rosaire,
à Saint-Maur-des-Fossés,
où l'on se réunira
le jeudi 8 novembre,
à 14 heures, suivie
de la crémation à 16 heures,
au crématorium
de Champigny-sur-Marne.
Les cendres seront inhumées
dans le caveau familial,
à Esnandes
(Charente-Maritime),
le vendredi 9 novembre,
à 16 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
6, rue de la Mairie,
91690 Boissy-la-Rivière.
suite en page 14
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
14
LE CARNET DU JOUR
Mme Dominique Guinvarch,
née Françoise Royer,
son épouse,
Brigitte et Dominique
Hagerman,
Marie-Pierre et Dominique
Guinvarch,
ses enfants,
Catherine et Jérôme Handkan,
Jean-François et Jeanne Lion,
ses enfants,
Marc, Pauline,
Victoire et Marguerite,
ses petits-enfants,
Gilbert Lion,
son frère,
Taïs et Paul-Henri,
Rebecca et Pierre-Antoine,
Dominique,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Talia, Octave,
ses arrière-petits-enfants,
le 26 octobre 2018.
et toute sa famille
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
M. Dominique GUINVARCH
le 1er novembre 2018, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame de Melun,
le vendredi 9 novembre,
à 14 heures.
Mme Charles-Marie Itel,
Thomas, Eudes-Marie,
Enguerrand, Jeanne et Mahaut,
ses enfants,
M. et Mme André-Hugues Itel,
ses parents,
leurs enfants,
André-Paul, Hugues-Rodolphe
et Pierre-François,
M. (†) et Mme
Jean-Claude Hayon,
ses beaux-parents,
leurs enfants,
Jean-Philippe, Céline et Sylvie,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
Charles-Marie ITEL
Saint-Cyr, promotion
Lieutenant-Colonel Gaucher,
à Paris, le 28 octobre 2018,
à l'âge de 55 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la chapelle Notre-Dame
du Val-de-Grâce, à Paris (5e),
le lundi 5 novembre 2018,
à 14 heures, suivie
de l'inhumation au cimetière
du Perreux-sur-Marne.
150, avenue Gabriel-Péri,
94170 Le Perreux-sur-Marne.
Faniry Raveloson Tatamo,
son épouse,
Savita, Lucas,
et leur maman Rizou Barday,
Maëlys,
ses enfants,
Philippe et Bernadette Laurin,
ses parents,
Vincent et Sandrine
son frère jumeau
et sa belle-sœur
leurs enfants,
Maxime et Clémence,
René et Mariette Raveloson,
ses beaux-parents,
leurs enfants et petits-enfants,
sa marraine,
Agnès Grenet,
tous ses oncles et tantes,
ses cousins et cousines,
tous ses amis
de Madagascar et de France,
la société
Festival-Amscan Group
ont l'immense tristesse
d'annoncer le décès de
M. Michel LION
1, rue Huysmans, 75006 Paris.
Indiana Loessin,
sa fille,
Jean-Pierre et Geneviève
Guder,
ses parents,
Anne, Olivier et François,
ses frères et sœur,
leurs conjoints,
enfants et petits-enfants,
Yves et Anne-Marie Galland,
leurs enfants et petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Mireille LOESSIN
née Guder,
survenu le 31 octobre 2018,
à Sancoins.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomptionde-Passy, à Paris (16e),
le mardi 6 novembre, à 14 h 30.
Une messe à son intention
sera célébrée en l'église
Saint-François-Xavier,
Paris (7e),
le samedi 10 novembre,
à 10 heures.
Famille Laurin,
83, avenue de Ségur,
75015 Paris.
Pont-l'Abbé, Loctudy
(Finistère). Rennes. Londres.
M. Pierre Jean Le Calvez,
son époux,
M. et Mme Xavier Le Calvez,
M. et Mme Eric Le Calvez,
M. et Mme Patrick Garcin,
ses enfants,
Clément, Alix, Victor, Arthur,
Gautier, Thibaud, Geoffroy,
Loïc, Caroline, Nicolas,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 30 octobre 2018,
à l'âge de 82 ans, de
M. et Mme Benoît Maréchal,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Christophe Maréchal,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Jean-Baptiste Maréchal
et leurs enfants,
M. et Mme Thomas Maréchal
et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Daniel MARÉCHAL
le 31 octobre 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 7 novembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Lourdes
de Chaville (Hauts-de-Seine),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Luzarches (Val-d'Oise).
Andrée Moirez,
son épouse,
Anne et Nicolas,
ses enfants,
Camille, sa petite-fille,
ont la douleur
de faire part du décès de
née Nicole Le Henaff.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine
et en particulier le personnel
de l'Hôtel-Dieu de Pont-l'Abbé.
Ni fleurs ni couronnes, des
dons en faveur de l'Hôtel-Dieu
ou de la Ligue contre le cancer.
M. Patrice PALOMBA
le 31 octobre 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 6 novembre,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-des-Champs,
à Paris (6e).
Lyon (5e) (Rhône).
Françoise Picot,
son épouse,
Sylvie Picot,
Isabelle et Hervé Seigneur,
Marc et Stéphanie Picot,
ses enfants,
ses dix petits-enfants,
ses deux arrière-petits-fils
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Jean PICOT
survenu le 30 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-du-Point-du-Jour,
à Lyon (5e),
le lundi 5 novembre, à 14 h 30.
Hugues et Isabelle
de Nettancourt,
Amaury, Edouard et Juliette,
Patricia et Henri-Michel
Kempf,
Nicolas, Renaud et Elisabeth,
Stanislas et Yolaine,
Geoffroy et Aurélie,
ses enfants et petits-enfants,
Camille, Tanguy (†),
Albane et Mayeul,
Alban, Agathe, Benoît et Inès,
Baudoin, Foucauld et Augustin,
Clément et Louis,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Pierre Planchon,
née Denise Spire, son épouse,
Sylvain et Marie-Laure
Planchon,
Alain-Michel Planchon
et Claude Mouren,
Dominique et François Eudier,
Armelle Durand-Dubief (†),
ses enfants,
ses huit petits-enfants
et leurs conjoints,
ses dix arrière-petits-enfants,
Ted et Michel Larangot,
sa sœur et son beau-frère,
ses neveux et nièces
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Gérard
marquis de NETTANCOURT
endormi à Cahire
dans la Paix du Seigneur,
le 2 novembre 2018,
dans sa 96e année.
Une messe sera célébrée
le lundi 5 novembre, à 16 heures,
en l'église de Plougoumelen
(Morbihan).
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Bannay (Cher).
Le Chesnay (Yvelines).
Mme Isabelle Ozanne,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Alain OZANNE
survenu le 29 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Germain, au Chesnay,
le lundi 5 novembre, à 14 h 30.
Quentin et Marguerite,
Tristan, Waleran,
Sara, Eliot, Arthur, Margaux,
Constance et Louis,
Marion et Augustin,
Astrid et Thibaud, Aymeric,
Adrien, Paul, Alexia,
ses petits-enfants,
Armand, Aglaé, Eléonore
et Adèle,
ses arrière-petits-enfants,
Carole Prouvost,
la mère de ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Bruno TOULEMONDE
le 28 octobre 2018,
dans sa 83e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Damede-Grâce-de-Passy, Paris (16e).
Ni fleurs ni couronnes,
mais des dons pour la
Fondation pour
la Recherche sur Alzheimer.
alzheimer-recherche.org
Thérèse Valet,
son épouse,
Catherine et Daniel,
Christian, Brigitte,
ses enfants,
Laurence et Benjamin, Sophie,
Nicolas et Emilie, Estelle,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part
du décès de
Hubert VALET
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 8 novembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, 10, rue
de l'Annonciation, Paris (16e).
51, rue de la Pompe,
75116 Paris.
Le comte et la comtesse
Alban de Quatrebarbes,
le comte et la comtesse
Ghislain de Quatrebarbes
et leurs enfants,
ses frères et sa sœur,
ses beaux-frères
et belles-sœurs
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse
Arnaud de QUATREBARBES
née Brigitte
de Sorbier de Pougnadoresse.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église de
Niafles (Mayenne), ce samedi
3 novembre 2018, à 15 heures.
L'Association des amis
de Guy Augé
fera dire une messe de requiem
pour le repos de l'âme de
Claude POLIN
professeur à l'université
Paris-Sorbonne,
philosophe,
le samedi 10 novembre 2018,
à 10 h 45, en l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois,
Paris (1er).
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Saint-Germain-de-Paris,
à Magny-les-Hameaux
(Yvelines), dans l'intimité
familiale, selon sa volonté,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Châteaufort.
des anciens combattants
et de leurs chefs
le dimanche 11 novembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Nicolas-du-Chardonnet,
23, rue des Bernardins,
à Paris (5e).
Pour le repos de l'âme de
ses généreux bienfaiteurs
et en particulier pour ceux qui,
en léguant leurs biens,
prolongent leur engagement
au-delà de leur vie
et choisissent de lutter
contre la précarité, l'exclusion
et la maladie,
une messe a été célébrée
pour la solennité
de la Toussaint,
le mercredi 31 octobre 2018,
au siège de
l'Ordre de Malte France
en la chapelle
du Bienheureux-Gérard,
à Paris (15e).
« En vous penchant
sur un pauvre, un malade,
ou un étranger, soyez le signe
du Christ lui-même
se penchant sur lui. »
En ces temps de mémoire
et de recueillement,
les évêques catholiques
réunis à Lourdes
célébreront une messe
à la mémoire de tous
le mardi 6 novembre 2018.
Conférence des évêques
de France
Téléphone : 01 76 23 10 10.
Amnesty International France
souhaite rendre hommage
aux personnes
qui ont inscrit pour toujours
leur nom dans le combat
pour la défense des libertés
et des droits humains.
Par un legs
ou une assurance-vie,
elles contribuent ainsi à laisser
un monde plus juste
aux générations futures.
Nous ne les oublierons jamais.
Amnesty International France,
76, boulevard de la Villette,
75019 Paris,
téléphone : 01 53 38 66 10.
messes
Une messe sera célébrée
le jeudi 8 novembre 2018,
à 18 heures, en la chapelle de
Jésus-Enfant, 29, rue Las Cases,
Paris (7e), à l'intention de
Mme Michel de COURCEL
« Colinette »,
rappelée à Dieu le 31 mai 2018.
souvenirs
3 novembre 2011
3 novembre 2018
comte François de LAMOTHE
Sept ans sans toi
mais toujours près de toi.
Il y a un demi-siècle,
la nuit du 6 novembre 1968, le
lieutenant de vaisseau
Jean-Pierre LOUIS
s'abîmait en mer aux
commandes de son Étendard.
On associera à son souvenir
celui de son père,
Robert Louis
mort en service commandé
au Cambodge,
et celui de ses parents,
a la douleur de vous faire part
de son décès, le 31 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 6 novembre,
à 10 heures, en l'église
de Cervon (Nièvre).
Une messe sera célébrée
en l'église Sainte-Odile,
2, avenue Stéphane-Mallarmé,
Paris (17e),
le samedi 10 novembre,
à 18 heures, à l'intention de
M. René François RICROCH
commissaire principal
de police honoraire.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 6 novembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-des-Otages,
81, rue Haxo, Paris (20e),
suivie de l'inhumation au
cimetière parisien de Pantin,
164, avenue Jean-Jaurès.
OLIVIER TOURNAFOND
Professeur à l’université
Paris-XII
Le 10 octobre dernier est
mort Yvan Blot, l’un des intellectuels français marquant
de la fin du XXe siècle et du
début du XXIe siècle. Sa disparition prématurée est une
grande perte pour la pensée
de droite comme pour les
défenseurs de notre civilisation judéo-chrétienne.
Parallèlement à une
brillante carrière dans la
haute administration, Yvan
Blot fut cofondateur du Club
de l’Horloge avec Henri de
Lesquen et Jean-Yves Le
Gallou. Il fut également député européen. Il laisse en
outre de nombreux ouvrages
tels L’Oligarchie au pouvoir,
La Démocratie directe et Les
Faux Prophètes.
Sa pensée pénétrante lui
permit de comprendre, parmi les premiers, que le clivage fondamental n’était
plus tant entre la gauche et
la droite, les partisans de la
démocratie et ceux d’une
société aristocratique, mais
entre ceux qui défendent un
pouvoir enraciné, fondé sur
des réalités humaines, et les
partisans
mondialistes
d’une humanité déracinée,
métissée et hors-sol.
Il fut ainsi l’un des premiers à observer le déplacement du principe démocra-
tique de la gauche à la droite
(sous le nom actuel de populisme) et l’adhésion réciproque et paradoxale des forces
dites « progressistes » à une
oligarchie mondiale, anonyme et irresponsable. Il en
concluait qu’à l’opposé de
régimes enracinés dans le
réel comme la monarchie
française ou la démocratie
helvétique, le modèle postmoderne dominant de nos
sociétés était celui du « gérant irresponsable en situation monopolistique »… Le
pire des régimes, selon lui,
dont Emmanuel Macron
constitue la représentation
emblématique.
Disciple d’Aristote, auquel
il se référait régulièrement,
Yvan Blot adhérait finalement au régime mixte dont
le grand philosophe prônait,
il y a deux mille ans, le développement : une monarchie
soutenue par une élite véritable et s’appuyant sur un
peuple libre, jouant le rôle
d’un contre-pouvoir.
Il s’intéressa à ce titre à
l’évolution de la Russie
contemporaine et rencontra
à plusieurs reprises le président Vladimir Poutine, avec
qui il eut d’intéressants
contacts.
D’abord agnostique, dans
les dernières années de sa
vie Yvan se rapprocha du
christianisme, dont le génie
lui apparaissait de manière
de plus en plus éclatante. ■
Guide des Obsèques
Il y a trente ans,
le 4 novembre 1988, que
Prévoir, organiser, accompagner.
Mme Claude MARCHETTI
Olivier de LATOUR de GEAY
décédé le 20 juillet 2018,
en union avec
Pierre de Latour de Geay,
décédé le 20 mars 1989.
Pascale et Agnès Ricroch,
ses filles,
et toute la famille
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès,
le 30 octobre 2018,
à l'âge de 87 ans, à Paris, de
Yvan Blot, haut fonctionnaire, homme politique
et essayiste français. LOUIS MONIER/MONIER/RUE DES ARCHIVES
Pierre e t Maryvonne
de La Ville de Mirmont
La famille de
Gilles François RENARD
Yvan Blot,
cofondateur du Club
de l’Horloge
Pour le centième anniversaire
de la victoire de 1918,
une messe sera célébrée
en souvenir
les bienfaiteurs disparus,
donateurs et testateurs,
hommages
disparition
messes
et anniversaires
survenu le 25 octobre 2018,
à l'âge de 89 ans.
Pierre PLANCHON
le 30 octobre 2018, dans
sa quatre-vingt-dix-huitième
année, muni
des sacrements de l'Église.
en union avec
Solange de Nettancourt (†),
son épouse,
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Barbara Hottinguer,
Philippe et Bérengère
Toulemonde,
Natalie Ronin,
Florence Toulemonde,
Eric et Cécile Toulemonde,
ses enfants,
Versailles (Yvelines).
Jack MOIREZ
survenu le 26 octobre 2018,
à l'âge de 75 ans,
à Pontault-Combault
(Seine-et-Marne).
Mme Pierre Jean LE CALVEZ
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce samedi 3 novembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-des-Carmes
de Pont-l'Abbé.
ont la tristesse de faire part
du décès de
Mme Daniel Maréchal,
née Catherine Lesur,
Stéphane LAURIN
mort tragiquement lors d'un
cambriolage à Madagascar,
son pays d'adoption,
le 20 octobre 2018,
à l'âge de 51 ans.
Mme Patrice Palomba,
son épouse,
Mme Valentine Palomba,
sa fille,
M. Stéphane Palomba,
son fils, et sa femme Emmy,
et leurs fils, Tristan et Noah,
ainsi que toute sa famille
Une messe sera célébrée
en l'église Notre-Damede-Grâce-de-Passy,
rue de l'Annonciation,
Paris (16e),
le samedi 10 novembre 2018,
à 15 heures, à l'intention du
vicomte Maurice de MEAUX
La messe d'obsèques a eu lieu
le vendredi 19 octobre 2018,
en l'église d'Écotay-l'Olme
(Loire).
nous a quittés.
Son frère Gérard
vous remercie
d'avoir une pensée pour elle.
Convoi 43.
Le 4 novembre 1942,
Joseph NAHMAN
et sa femme,
ainsi que
Mathilde
Esther TCHENIO
sont arrêtés par la police
française. Un court séjour
à Drancy, puis le long voyage
pour la déportation, arrivés
à destination ils sont gazés
immédiatement à leur descente
du train, le 11 novembre 1942.
Demandez-le par courrier :
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
Par courriel : obseques@media.figaro.fr
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
HISTOIRE
15
Du 4 au 11 novembre, le président de la République effectue un long déplacement sur des sites caractéristiques de la
Première Guerre mondiale pour le centenaire de l’Armistice : Strasbourg, Morhange, Verdun, La Flamengrie, Notre-Damede-Lorette, la Somme, Rethondes. À cette occasion, « Le Figaro » raconte, chaque jour, l’histoire du lieu visité par le chef
de l’État, publie un texte d’un écrivain témoin ou d’un acteur de l’événement, ainsi qu’un extrait du « Figaro » de l’époque.
Strasbourg, une ville à l’heure allemande
En 1914, la ville
alsacienne était
capitale du
Reichsland, mais,
au fil du conflit,
la défiance envers
les Allemands
grandit et elle
réserva un accueil
triomphal aux
troupes françaises.
FRANÇOIS COCHET*
Maubeuge
Rozoy-sur-Serre
Compiègne
(Rethondes)
50 km
Reims
Paris
Région sous contrôle
allemand durant le conflit
ALLEMAGNE
LUX.
La Flamengrie
Charleville-Mézières
Les Éparges
Verdun
Morhange
Pont-àMousson
Strasbourg
Infographie
mandes ont la volonté de s’attacher
à l’élaboration mémorielle de la
guerre à travers un projet de
Kriegsmuseum, qui doit célébrer la
participation des Alsaciens aux
combats, afin de mieux resserrer les
liens avec le reste du Reich.
« Le référendum est fait »
Globalement, la politique allemande en Alsace sera assez catastrophique durant la Grande Guerre. Si,
dans l’ensemble du Reich, les militaires sont de plus en plus aux commandes, y compris dans les secteurs économiques et sociaux, en
Alsace, cette situation se transforme en une véritable dictature militaire. Les Alsaciens sont souvent
traités comme autant de citoyens
de seconde zone, forcément favorables aux Français. Cette erreur
d’appréciation se traduit dans les
faits. Des journaux régionaux sont
interdits et des journalistes arrêtés.
Les Strasbourgeois sont jugés peu
fiables et font l’objet de mesures
discriminatoires.
En l’espace de quatre années de
guerre, les sentiments des Alsaciens, échaudés par la méfiance des
autorités militaires allemandes à
leur égard, se modifient profondément. Les Allemands perdent la bataille du cœur et s’aliènent le capital
affectif accumulé depuis 1870. La
francophilie se développe.
Comme
Berlin,
Strasbourg
connaît d’importants soubresauts
révolutionnaires en novembre 1918.
Deux gouvernements cohabitent
durant dix jours. Un « soviet de
Strasbourg » proclame une « République d’Alsace-Lorraine » tandis
que le socialiste Jacques Peirotes, élu
maire le 10 novembre, proclame la
République devant la statue de Kléber. La réintégration dans le giron
français, marquée par l’entrée
triomphale des troupes françaises
dans la ville le 22 novembre 1918, se
fera sans consultation. On estime
que l’enthousiasme des Strasbourgeois à recevoir les Français vaut acceptation : « Le référendum est fait. »
Aujourd’hui, ces subtilités de
l’histoire alsacienne sont loin. Lors
de sa visite à Strasbourg, le président de la République aura sans
doute plus en tête la deuxième capitale de l’Europe que la ville de 1918
et sa situation complexe, entre deux
rives. ■
* Professeur émérite de l’université
de Lorraine-Metz. Membre
du Conseil scientifique national
de la mission du centenaire.
Dernier ouvrage paru :
« Les Français en guerres,
de 1870 à nos jours », Perrin, 2017.
« Une joie non éprouvée depuis cinquante ans »
LETTRE À ANDRÉ SPIRE * «Que
vous dirais-je ? Ce que j’ai vu était
indicible. J’ai parcouru plusieurs récits, aucun ne m’a paru exagéré,
mais quelles platitudes ! Pour moi, je
n’ai rien écrit à personne. Marianne a
rencontré une princesse Murat qui
était aux mêmes fêtes que j’ai vues, et
qui s’est mise à danser pour lui
donner l’idée de ce que c’était. Il n’y a
pas moyen de mieux faire. Un récit
est impossible. Si beau que fut l’extérieur (et vous connaissez Strasbourg,
nous l’avons vu ensemble avec ses
filles en costume), oui, si beau que fut
l’extérieur, l’intérieur l’écrasait,
comme le soleil italien, en certains
jours d’été, écrase la mer, la terre, les
montagnes, les dissout dans son
rayonnement.
D’abord, à mes premiers pas dans
cette ville étrangère, une impression
de doute – oui, si étrangère, par les
aspects, le langage… puis les drapeaux, ces drapeaux innombrables,
et l’un que tout à coup je découvre,
dans une petite rue proche la cathédrale, une longue bannière aux couleurs adoucies et portant l’aigle impérial : une attente de cinquante
années. La cathédrale enfin, rougeoyante dans le crépuscule, pavoi-
PAR DANIEL HALÉVY,
historien et essayiste français
sée jusque dans son intérieur, portant
sur chacune de ses colonnes les couleurs de France et d’Alsace. Partout
la France : il y avait un sentiment de
miracle dans cette omniprésence de
la France, renée d’où, fleurissant de
quelle sève ? – Figurez-vous que j’ai
eu un long frémissement dans cette
cathédrale : un officier français, vêtu
d’une longue capote bleue, petit de
taille, le crâne rond, la barbe courte
et blonde, un peu penché en avant et
regardant très attentivement avec
des yeux de myope, traversait la nef
de la gauche à la droite, obliquement,
lentement…
C’était Péguy. Que de fois sa pensée m’a saisi depuis six semaines.
Non, ce n’était pas lui, l’homme que
je voyais était d’un rien plus grand.
Mais ce regard que j’avais retrouvé,
et que de choses au fond de ce regard,
ce que nous ne verrons, saurons
jamais, ce qui dort et ne s’éveillera
jamais dans cette réalité prodigieuse
qui nous entoure.
Je passe, je passe. J’ai traversé
Strasbourg entier avec les troupes.
J’ai été les attendre parmi les petites
Alsaciennes, à la porte de Schirmeck,
et leur animation exquise. Je me suis
résolument glissé dans le cortège, et
suis entré précédant la musique. Les
cuivres me sonnaient dans la nuque,
et je regardais avec toute la force de
mon attention ces visages un
peu penchés qui attendaient,
guettaient l’avance de la troupe,
et derrière la musique, les
grands chefs. Combien de centaines d’yeux j’ai ainsi rencontrés dans ma marche rapide, pénétrée ; combien d’extases m’ont
touché.
C’était l’extase. Quelle extase ? Je crois l’avoir analysée sans
mysticisme. Plusieurs éléments, plusieurs états psychologiques, presque
physiques, contribuaient à cette extase. L’un, c’était la détente de la
paix. La paix a déterminé, chez les
vaincus mêmes, un besoin d’expansion, une crise joyeuse. Il y a cela dont
nous bénéficions. Un autre élément
de cette extase, c’était la patrie. Non
point la France, dont le génie et la
substance sont loin de cette jeunesse
alsacienne. Non, la patrie toute pure,
la joie de sentir en commun, joie non
éprouvée depuis cinquante ans. J’ai
entendu d’une femme un mot que m’a
paru révélateur. Elle disait, en regardant nos troupes, ses troupes, elle disait à une voisine :
– Quand c’était les autres, vous
souvenez-vous, comme ça nous était
égal !» ■
*Écrivain
et poète français
LETTRE À ANDRÉ
SPIRE de DANIEL
HALÉVY extraite de
« L’EUROPE BRISÉE,
JOURNAL
DE GUERRE
1914-1918 ».
Ed. de Fallois
par Maxime Girard
mardi 19 août 1919
A
Albert
sont transformés en hôpitaux
militaires.
Le maire de Strasbourg, Rudolf
Schwander, souhaite éviter l’évacuation d’un grand nombre de civils
pour faire plus de place aux militaires, comme le préconisent certains. Il développe alors toute une
série de commissions spécialisées
pour l’emploi, le ravitaillement et
l’assistance aux populations civiles.
Il instaure également un système de
cartes d’alimentation et de contrôle
des prix.
Comme à Metz, où elles lancent
un projet de musée de la guerre,
confié à l’archéologue Johann
Baptist Keune, les autorités alle-
BELGIQUE
Péronne
Le voyage de M. Poincaré
en Alsace et Lorraine
(la première journée)
Le maréchal Foch salue la statue de Kléber, le 22 novembre 1918, à Strasbourg, redevenue ville française.
IL Y A 100 ANS DANS LE FIGARO...
Notre-Damede-Lorette
ROGER-VIOLLET
RÉCIT En 1914, Strasbourg est capitale du Reichsland, c’est-à-dire de
l’Alsace et de la partie septentrionale de la Lorraine, annexées en
1870. Plus qu’à redevenir français,
l’immense majorité des Alsaciens
demande à cette époque à acquérir
un véritable statut de citoyen allemand, qui se concrétiserait par la
formation d’un Land.
Entre 1914 et 1916, de gigantesques travaux de fortification sont
réalisés par les troupes du XVe corps
d’armée allemand, avec près d’un
millier d’ouvrages bétonnés, même
si la menace française s’éloigne dès
l’automne 1914, après les craintes
suscitées par l’éphémère avancée
des troupes du général Pau – vétéran de 1870 – en août 1914.
Durant la Grande Guerre, Strasbourg est une ville de l’arrièrefront. À ce titre, elle accueille de
nombreux blessés. Pas moins de
38 hôpitaux militaires – « lazarets
de forteresse » – fonctionnent dans
la ville. Outre de nombreuses écoles, des monuments emblématiques
de la ville, comme le Palais du Rhin,
le Landtag ou le Palais universitaire,
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
PMA ET BIOÉTHIQUE
■ Le gouvernement a confirmé sa volonté de permettre aux femmes seules et aux
couples de femmes de recourir à la PMA. Les Républicains désapprouvent cette décision et voteront contre, expliquent Laurent Wauquiez, les trois présidents des groupes parlementaires et le président du conseil national du
parti. L’application concrète
de la décision de l’exécutif
va entraîner des arbitrages
très délicats qu’il faudra assumer, avertit l’ancien secrétaire général du Conseil
es questions dites sociétales
la marchandisation du corps de la
soulèvent des enjeux
femme. Un engrenage est à l’œuvre :
constitutionnel
Jean-Éric
éthiques
lourds
que
les
comment refuser demain aux couples
Schoettl.
Pourquoi Les Républicains s’opposeront
à la PMA sans père
L
revendications légitimes
pour l’égalité, le bonheur
ou l’amour ne sauraient
évacuer. Souvent sensibles dès lors
qu’elles touchent à notre intimité,
elles n’en sont pas moins des questions
politiques exigeant de nous, non pas les
seuls bons sentiments, mais « un cœur
intelligent » : tout ce qui est
scientifiquement possible est-il pour
autant humainement souhaitable ?
Tous les désirs individuels doivent-ils
être satisfaits par la technique ? La
marche du progrès signifie-t-elle la
négation des limites ? En résumé, de
quelle société voulons-nous ?
Gardons bien ces questions en tête
lorsque est proposée l’instauration
de la PMA sans père. Aussi bien
intentionné soit-il, ce projet ouvre la
voie à des dérives qu’il faut mesurer
avec lucidité.
N’y a-t-il pas de risque à nier
ainsi délibérément le rôle et la
représentation
du père dans
l’éducation
de l’enfant ?
De plus, dans la
logique égalitariste
à l’œuvre, ce
Les principales personnalités de LR* prennent
nouveau droit
position contre la PMA pour les femmes
constitue une étape
célibataires et les couples de femmes,
vers les mères
porteuses et
que le gouvernement prévoit d’autoriser.
LAURENT WAUQUIEZ, CHRISTIAN
JACOB, BRUNO RETAILLEAU,
FRANCK PROUST ET JEAN LEONETTI
injonction au mouvement perpétuel,
par un dépassement incessant des
frontières, par une extension infinie
des droits oublieuse de nos devoirs.
d’hommes ce que l’on accorderait aux
Le philosophe Jean-François Mattei
couples de femmes ? Il y a cinq ans,
relevait que « le tragique de l’existence
l’actuel premier ministre s’engageait à
occidentale tient à la dérive de sa mesure
« s’opposer résolument » à la PMA sans
naturelle dans un déchaînement de
père. Sa résolution fut de courte durée.
démesure ». Se développe aujourd’hui
Il dirige aujourd’hui un gouvernement
une idéologie, le transhumanisme,
qui souhaite la mettre en œuvre, tout
promouvant un « homme augmenté »
en se disant « très défavorable à la
et même « la résolution du problème
GPA ». Qu’en sera-t-il dans cinq ans ?
de la mort ». La médecine traitant les
Enfin, face à la pénurie de dons de
pathologies laisserait ainsi place à une
sperme, l’extension de la PMA nous
technique toute-puissante au service
expose, comme le souligne le Comité
de tous les désirs et
de tous les fantasmes
N’y a-t-il pas de risque à nier
repoussant sans
ainsi délibérément le rôle
cesse plus loin
les frontières
et la représentation du père
de l’éthique.
dans l’éducation de l’enfant ?
Il ne s’agit
évidemment pas de
s’opposer au progrès scientifique, mais
consultatif national d’éthique, à une
le rôle de la politique et du droit n’est
marchandisation croissante des
pas de s’adapter, avec plus ou moins de
gamètes humains débouchant sur un
« retard », à toutes les demandes de la
véritable « business » de la procréation.
société ; certaines doivent être freinées
Elle risque d’accompagner une dérive
si elles sont dangereuses. Souvenonseugéniste dont témoigne le site Internet
nous de cette maxime de George
de Cryos, la plus grande banque
Orwell : « Quand on me présente quelque
de sperme du monde : ses clients
chose comme un progrès, je me demande
y choisissent leurs gamètes selon
avant tout s’il nous rend plus humains
une douzaine de critères dont la
ou moins humains. »
couleur de la peau ou des yeux ; le
Alors que le principe de précaution
panier de commande - habituellement
est invoqué à tout propos, la plus
représenté par un Caddie - y est illustré
élémentaire des prudences semble
par un landau.
pourtant faire défaut à propos de la
Nous semblons entraînés par une
«
»
perpétuation des êtres humains.
Une certaine écologie politique se
soucie à raison de protéger la planète,
l’alimentation, les océans, les
végétaux, les animaux, mais pas
l’enfant à naître. Faisant exception,
José Bové a courageusement décrit
l’extension de la PMA comme « la boîte
de Pandore vers l’eugénisme et l’homme
augmenté » ; preuve que cette question
échappe aux clivages politiciens.
Nous avons collectivement pour
tâche de redécouvrir le sens des limites
en forgeant une écologie de
l’enracinement, soucieuse de l’être
humain. Si la liberté d’entreprendre
et d’innover a fait notre prospérité,
l’extension illimitée du domaine du
marché n’est pas souhaitable : nous
n’accepterons pas que l’être humain
soit déraciné et marchandisé.
Il est illusoire de réduire le débat
en un clivage simpliste et imaginaire :
le nouveau monde contre l’ancien
monde, les gentils progressistes contre
les méchants réactionnaires. Ce n’est
pas la meilleure manière d’aborder des
questions à la fois si complexes et si
essentielles. La courbe des sondages ne
nous dictera pas l’idée que nous avons
de la société et de l’être humain.
* Respectivement président de LR,
président du groupe LR à l’Assemblée
nationale, président du groupe LR au
Sénat, président de la délégation
française au groupe du Parti populaire
européen (PPE) du Parlement européen
et président du conseil national de LR.
La question anthropologique, écartée
du sujet, s’imposera lors des cas pratiques
C
DESSIN CLAIREFOND
omme l’expose le Pr René
Frydman au lendemain
de la publication de l’avis du
Comité consultatif national
d’éthique sur l’accès des
couples de femmes et des
femmes seules à la procréation
médicalement assistée (PMA), l’accord
sur le principe - en l’espèce sur
l’ouverture de la PMA - ne dispense pas
d’une réflexion sur les modalités.
Or, en pareille matière, nous dit le grand
obstétricien, auquel nous devons le
premier bébé français conçu in vitro,
les modalités médicales, techniques,
juridiques, sociologiques ou matérielles
sont trop prégnantes pour négliger
l’adage selon lequel « le diable se cache
dans les détails ».
On pourrait ajouter que, dans ce
domaine comme dans d’autres - tous
ceux, à vrai dire, qui se trouvent à la
rencontre d’aspirations individuelles,
de limitations naturelles et de politiques
publiques -, la question des modalités
rétroagit souvent sur celle des principes.
Il en est ainsi lorsque la phase de mise
en œuvre, soulevant elle-même
des problèmes qualitatifs en raison
des faits sur lesquels elle bute, conduit
à reformuler lesdits principes.
En l’espèce, le principe de l’ouverture,
sans être (loin de là, comme l’ont montré
les états généraux de la bioéthique)
unanimement admis, semble acceptable
à une majorité de l’opinion, majorité
dont on ne peut mesurer, en l’état, la
consistance réelle. Celle-ci, sans y voir
un sujet prioritaire, tant s’en faut, se
rallierait à l’idée d’accès de toutes à la
PMA non au nom de « la justice », mais
par sympathie pour la souffrance née
de l’absence d’enfant. Ce ralliement
semble reposer sur l’idée d’extension
admissible, que l’on pourrait ainsi
résumer : certes, l’intérêt de l’enfant doit
prévaloir sur le
désir d’enfant,
lequel ne peut
fonder un droit
à l’enfant ;
En raison de la rareté des donneurs de gamètes,
cependant, compte
l’autorisation de la PMA pour les femmes seules et les tenu de l’état de
couples de femmes va conduire à des choix cornéliens la société, et sans
et il faudra bien prendre parti, explique l’ancien
perdre de vue
l’intérêt de l’enfant,
secrétaire général du Conseil constitutionnel*.
A
JEAN-ÉRIC SCHOETTL
il n’y pas de raison de frustrer le désir
de maternité des couples de femmes et
des femmes seules ; en effet, l’expérience
- celles des mères célibataires et
des couples de femmes qui se sont
« arrangées » pour avoir des enfants par
les moyens naturels - montre qu’elles
peuvent faire d’excellentes éducatrices.
Seulement voilà : il s’agit ici non
de laisser chacun s’« arranger » avec
les moyens naturels, ce qui relève de
la liberté personnelle et de la vie privée,
mais d’étendre à une population nouvelle
un dispositif national lourd, à la fois
médical, légal et administratif : la PMA,
confiée aux Centres d’études et de
conservation des œufs et du sperme
humains (Cecos). Il s’agit non plus
seulement pour ces centres de traiter
l’infécondité des couples ayant une
vocation naturelle à procréer, ce qui
relève de la réparation médicale, mais
de permettre la procréation là où la
nature la rendait impossible. L’ingénierie
procréative se met alors au service
d’une nouvelle frontière sociétale.
Une fois admis le principe d’une
telle extension, il faut le confronter
à la réalité du dispositif.
Cette réalité est celle d’une technique
médicale sophistiquée, qui est tout sauf
performante (puisqu’elle échoue quatre
fois sur cinq), présente un coût pour la
collectivité (surtout si l’insémination est
remboursée dans tous les cas par
la Sécurité sociale) et… consomme
une ressource rare.
Les donneurs de gamètes - du moins
ceux qui offrent leur semence dans
le cadre légal, lequel leur impose
effacement et désintéressement – ne
sont en effet pas légion et l’accroissement
de la demande accentuera cette rareté.
Comment desserrer la pénurie ?
Lever l’anonymat des donneurs
à la demande ou avec le consentement
de ceux-ci ? Ce serait susciter chez eux
de singulières motivations, hypothéquer
le projet parental et détourner du
système légal français les demandeurs.
Quant à permettre des recherches de
paternité biologique sans l’accord des
donneurs, ce serait faire fuir ceux-ci.
Stimuler l’offre de gamètes en la
rétribuant ? Ce serait déroger au principe
de non-marchandisation du corps
des enfants ainsi conçus, il est normal
que cette appréciation s’exprime
dans des conditions suffisantes
d’impartialité, d’objectivité et
de transparence.
La prise en compte des garanties
apportées à l’enfant pourrait fort
bien conduire à préférer par exemple
le projet parental de tel couple
de femmes méritantes, motivées
et professionnellement bien insérées
dans la société à celui de tel couple
hétérosexuel instable et fragile
économiquement.
Mais qu’en est-il si un choix est à faire
entre un couple hétérosexuel et un
couple de femmes présentant tous deux
les mêmes garanties du point de vue
de la santé de la réceptrice, de la
motivation du couple, de son statut
social et de sa moralité ? Ou entre un
couple hétérosexuel et une femme seule ?
Ou entre un
Les donneurs de gamètes ne sont pas couple de femmes
et une femme
légion. Qu’en est-il si un choix
seule ?
Ne faudra-t-il pas,
est à faire entre un couple hétérosexuel
en pareil cas, c’estet un couple de femmes présentant
à-dire « toutes
tous deux les mêmes garanties ?
choses égales par
ailleurs », préférer
le couple à la femme seule et le couple
femmes et femmes seules - assurant que
hétérosexuel au couple homosexuel, non
la proportion des accès accordés soit la
par préjugé, mais en vertu d’une forme
même dans chacune des trois catégories
de principe de précaution ?
(et pourquoi pas, pendant qu’on y est,
Lequel ? Tout simplement celui
des quotas par sous-catégorie : milieu,
selon lequel l’enfant est mieux loti
origine, religion, etc. ?).
avec deux parents qu’avec un seul, ne
Comme pour une adoption, les
serait-ce que parce que la disparition
priorités d’accès devront donc
d’un parent est moins dramatique
reposer sur le seul intérêt de l’enfant,
lorsqu’il en reste un autre ; celui selon
c’est-à-dire sur les garanties apportées
lequel, au moins statistiquement,
par le couple (ou la femme seule)
un enfant est plus à l’aise vis-à-vis
demandeur du point de vue de l’équilibre
de ses petits camarades lorsque sa
psychique de l’enfant, de sa santé,
structure familiale est conforme au
de son confort, de la stabilité de son
modèle majoritaire ; celui selon lequel
environnement familial, de son
(une fois écartée, comme nous le faisons
éducation et de sa sécurité. À cet égard,
dans cet exemple, l’hypothèse du père
que penser de la recevabilité d’une
indigne) un référent paternel est une
demande émanant d’une jeune femme
richesse.
isolée au RSA ?
Et voici le diable de l’anthropologie
L’appréciation de l’intérêt de l’enfant
qui, chassé par la porte des principes,
appelle des expertises multiples, pas
revient par la fenêtre des modalités
seulement médicales. Engageant la
d’application. On ne s’en débarrasse pas
collectivité nationale du fait des moyens
à si bon compte.
publics employés, comme de l’intérêt
* Conseiller d’État honoraire.
général qui s’attache à l’avenir
humain et de ses produits, qui est sans
doute la plus consensuelle des règles
bioéthiques dégagées depuis une
trentaine d’années.
Miser sans le dire sur l’appoint fourni
par le marché mondial des gamètes
en ligne ou par la gestation pour autrui
à l’étranger ? Il faudrait ajouter
l’hypocrisie au reproche précédent.
Qu’on le veuille ou non, il y aura
conflit d’accès à la ressource et donc
nécessité de rejeter certains projets
parentaux et, pour les autres, de gérer
une file d’attente. Comment arbitrer ?
La règle du « premier arrivé premier
servi » ou le tirage au sort nous feraient
retomber dans un égalitarisme artificiel
et dans un « droit à l’enfant » faisant
peu de cas de l’intérêt de ce dernier.
Il en irait de même d’un système de
quotas selon la catégorie du demandeur
– couples hétérosexuels, couples de
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Mathieu Bock-Côté
Budapest, Varsovie et le sermon de Macron
E
mmanuel Macron a
manifestement l’intention
d’aller au bout de sa croisade
contre la « lèpre » populiste,
comme on l’a vu encore cette
semaine lorsqu’il a comparé
la présente situation européenne à celle
qui prévalait pendant les années 1930.
C’est dans le même esprit qu’il s’est
permis, lors d’une brève tournée dans
certains pays du groupe de Visegrad,
une mise en garde contre une politique
nationaliste qui les éloignerait du cœur
de l’Europe. L’Europe de l’Est devrait
rentrer dans les rangs. Si le président
français s’est permis comme à l’habitude
une pique contre la Hongrie d’Orban, il a
aussi ciblé la Pologne, qui s’engage certes
dans une aventure politique hasardeuse,
pour le dire d’un euphémisme.
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Il y avait néanmoins quelque chose
d’irréel à voir Emmanuel Macron
sermonner l’Europe de l’Est au moment
où la Pologne s’apprête à célébrer
le centième anniversaire de
sa renaissance nationale, elle qui avait
été très longtemps privée d’existence
politique. Plus largement, la traversée
du XXe siècle par les petites nations
d’Europe de l’Est ne saurait se réduire
à l’affrontement schématisé entre
démocratie libérale et totalitarisme.
Pour elles, le XXe siècle a aussi
correspondu à une négation de
leur souveraineté nationale. Elles ont,
notamment, fait les frais de la doctrine
de la souveraineté limitée au temps
de Brejnev et n’entendent pas répéter
l’expérience au nom cette fois
de l’impérialisme humanitaire. Si la
ENTRE GUILLEMETS
3 novembre 1500 : naissance du sculpteur et orfèvre
Benvenuto Cellini.
Autobiographie de l’artiste
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Je m’en allai chez moi,
me mettant à finir
la médaille de la tête
du pape Clément [VII] que
j’avais déjà commencée»
comparaison entre URSS et Union
européenne est évidemment exagérée,
et même choquante, on comprend
néanmoins qu’elle ne soit pas totalement
insensée à la lumière de la conscience
historique est-européenne. Cela ne veut
pas dire qu’on ne s’y sent pas appartenir
à la civilisation européenne, au contraire.
On le sait : l’Europe de l’Est est
le domaine privilégié des petites nations.
Milan Kundera a défini leur situation
existentielle en parlant de leur précarité
historique et de la conscience qu’elles en
ont. En d’autres mots, ces nations savent
qu’elles peuvent disparaître et que leurs
aspirations, à l’échelle de l’histoire,
pèsent peu. On tolère leur existence dans
la mesure où celle-ci semble bucolique
mais lorsqu’elles entendent peser sur le
cours des événements, on leur reproche
de basculer dans la déraison. Ces pays
devraient se soumettre aux lois de
l’histoire révélées dans les grandes
métropoles et ne pas leur résister.
Leur opposition frontale à l’immigration
massive aujourd’hui passe pour
une manifestation d’arriération
historique symptomatique d’une
psychologie autoritaire. On pourrait
néanmoins se demander si les nations
d’Europe occidentale ne sont pas
devenues des petites nations sans le
savoir, comme Alain Finkielkraut l’avait
deviné dès la fin des années 1990. Chose
certaine, elles sont aujourd’hui hantées
par la crainte de leur propre dissolution.
Les petites nations d’Europe de l’Est
savent une chose aujourd’hui oubliée à
l’Ouest : une nation ne saurait se définir
exclusivement par son adhésion
à un ensemble de valeurs universelles.
Aucune ne s’imagine incarner l’histoire
humaine à elle seule. Aucune n’accepte
la réduction de son identité culturelle
à un stock de coutumes folkloriques que
Espoirs et inquiétudes d’un petit
patron sur la loi « Pacte »
DESSINS CLAIREFOND
N
otre ami Paul est le patron
d’une petite entreprise de
19 salariés. Il nous a confié
son sentiment sur le projet
de loi « Plan d’action pour
la croissance et la
transformation des entreprises » (Pacte),
censé lui simplifier la vie. On sait
que ce projet de loi, présenté par Bruno
Le Maire, a été adopté en première
lecture à l’Assemblée et devrait
prochainement être soumis au Sénat.
Paul salue plusieurs dispositions du
texte. Il se réjouit des mesures envisagées
pour simplifier la création d’entreprise
grâce à un guichet unique. En outre,
notre ami va pouvoir transformer sa
SARL en société anonyme sans avoir
l’obligation de prendre un commissaire
aux comptes : désormais, ce ne sera
nécessaire qu’au-delà de seuils de
4 millions d’euros de bilan, 8 millions de
chiffre d’affaires et 50 salariés, même en
société par actions. Paul envisage cette
transformation pour associer certains
salariés au capital.
En vertu de la loi Pacte, notre ami
entrepreneur n’aura plus à payer le forfait
social de 8 % à 20 % sur la participation
versée à ses salariés tant qu’ils seront
moins de 50) et sur l’intéressement de
ses salariés (pourvu qu’ils soient moins
de 250). En outre, certains amendements
devraient assouplir les règles relatives
aux fonds communs de placement
d’entreprise (FCPE)
de reprise.
Le petit patron
qu’est Paul se réjouit
aussi que
les obligations
Le projet de loi « Plan d’action pour la croissance
parfois tracassières
et la transformation des entreprises » (Pacte),
imposées à son
en cours d’examen au Parlement, retient toute
entreprise soient
l’attention des patrons de PME, racontent les auteurs*. assouplies. Les seuils
JEAN-PHILIPPE DELSOL
ET NICOLAS LECAUSSIN
de 10, 20, 50, 200 salariés, qui soumettent
chaque fois à des réglementations
nouvelles (de la hausse des cotisations
sociales aux élections de représentants
du personnel) sont relevés et les règles
de calcul harmonisées. Paul aura moins
d’appréhension à l’avenir pour
développer ses effectifs et faire grandir
son entreprise. La cotisation FNAL
en faveur du logement, de même,
ne sera due au taux de 0,50 % sur
les salaires qu’au-delà de 50 salariés
et non plus de 20.
Autre motif d’espoir pour Paul : son
père, qui prend sa retraite, veut garder
une petite activité d’autoentrepreneur.
Or, grâce au projet de loi, il n’aura plus
l’obligation de créer un compte bancaire
distinct pour son activité tant qu’il ne
génère pas plus de 5 000 euros de chiffre
d’affaires. Quant à son cousin François,
lui aussi chef d’entreprise et hélas
en grande difficulté, il pourra bénéficier,
si nécessaire, des nouvelles mesures
favorisant un traitement rapide et
simplifié des procédures de liquidation
ouvertes à l’encontre des plus petits
débiteurs. François pourra espérer
rebondir plus facilement.
Alors, tout va bien ? Hélas non, car rien
n’est jamais simple en France ! Paul
a l’impression que l’administration de
Bercy qui a rédigé le projet de loi ne peut
pas s’empêcher de conserver de
la défiance à l’égard des entreprises. Le
texte atteint déjà 73 articles et 721 pages. Il
se perd dans des mesures paramétriques.
L’État veut dicter leur comportement
aux entreprises, s’inquiète aussi mon ami
entrepreneur. C’est l’objet de l’article 61
de la loi gestion des sociétés qui demande
d’inscrire à l’article 1833 du Code civil
que les sociétés ont l’obligation d’être
gérées « dans l’intérêt social, en
considération des enjeux sociaux et
environnementaux ». L’objectif serait
d’entériner le fait que les sociétés « ne
sont pas gérées dans l’intérêt de personnes
particulières, mais dans leur intérêt
autonome et dans la poursuite
des fins qui lui sont propres ». C’est un nid
à embrouilles et à procès. Des associés
peuvent réunir des capitaux pour sauver
la planète et l’inscrire dans l’objet de leur
société sans attendre une modification de
l’article 1833 du Code civil. Tous mes amis
entrepreneurs et moi, explique Paul, nous
avons « monté » nos entreprises
et nous y travaillons comme des forcenés
pour gagner notre vie au travers
d’un projet qui nous passionne autant
qu’il nous épuise. Nos « raisons d’avoir »
sont liées à nos « raisons d’être »,
contrairement à ce que dit le projet de loi.
Paul, enfin, ne comprend pas pourquoi
la France accepte tant de sujétions
européennes, comme cet article 65
du projet de loi, qui nous oblige à mettre
fin aux régimes de retraite dont les droits
sont conditionnés à la présence dans
l’entreprise au-delà de trois ans. Est-ce
bien le rôle de l’Union européenne ?
Notre ami a donc, en définitive,
des motifs de satisfaction, mais aussi
d’inquiétude, après avoir achevé l’étude
intégrale du projet de loi tout en buvant
des litres de café pour ne pas craquer.
Il repart au boulot avec cette pensée :
souhaitons que le Sénat conserve, comme
c’est sa vocation, tout ce que le projet
de loi de Bruno Le Maire comporte
de louable, et améliore ce qui mérite de
l’être !
* Respectivement président et directeur
de l’Institut de recherches économiques
et fiscales (IREF), think-tank libéral.
Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin
ont notamment publié « Échec de l’État.
Pour une société de libre choix »
(Éd. du Rocher, 2017).
la modernité devrait tôt ou tard liquider,
à la manière d’habitudes provinciales
désuètes et inadéquates à l’échelle de la
mondialisation. Pour cela, on les accuse
de crispation identitaire. En réalité,
l’identité culturelle d’un peuple rend
possible la mise en scène d’un monde
commun sans lequel la démocratie est
condamnée à une réduction minimaliste.
L’identité d’un peuple est la médiation
qui lui permet de participer au monde,
et on ne saurait l’oblitérer sans
le condamner au rabougrissement.
De ce point de vue, à l’est de l’Europe,
souveraineté et identité sont intimement
liées.
C’est à partir de cet arrière-fond
historique qu’on doit aujourd’hui
considérer la tentation de la démocratie
illibérale, qui traverse l’Est de l’Europe.
À certains égards, cette expression
désigne la démocratie libérale d’avanthier, au temps où elle n’était pas encore
victime de la judiciarisation du politique
et alors qu’elle ne faisait pas du culte
de la diversité un de ses principes
fondateurs. Selon les catégories
médiatiques aujourd’hui dominantes,
Churchill comme de Gaulle passeraient
aujourd’hui pour de très inquiétants
illibéraux, à tort par ailleurs. Car le
libéralisme bien compris se conjugue
avec la souveraineté et l’identité
culturelle. La démocratie illibérale,
de ce point de vue, semble répondre à
nos démocraties impolitiques. S’il ne faut
d’aucune manière y voir un contremodèle à faire valoir contre nos sociétés
en crise, on ne devrait pas non plus croire
que le refus de l’immigration massive, de
la tutelle bruxelloise et du gouvernement
des juges est contradictoire avec
la démocratie libérale, dont on
ne concédera pas la définition
aux progressistes autoproclamés.
VOX
… VÉGANISME
« Derrière le militantisme
vegan, la puissante
idéologie antispéciste »,
par Paul Sugy,
journaliste au FigaroVox
… SOCIÉTÉ
« La France se mérite,
y vivre est un privilège ! »,
par le général Bertrand
Soubelet, auteur
de « Sans autorité,
quelle liberté ? »
(Éditions de
l’Observatoire, 2017)
Les rencontres
du
FIGARO
HOMMAGE À
JEAN D’ORMESSON
par Jean-Marie Rouart,
Maxime d’Aboville
et Étienne de Montety
le lundi
26 novembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
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Administrateurs
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Dassault, Jean-Pierre
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal se compose de :
Édition nationale
1er cahier principal
18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Sur certaines éditions :
Supplément 4 Magazine
204 pages
Cahier TV 80 pages
Supplément 5 Madame
144 pages
Promo Portage Air France :
diffusion sur une partie
du territoire
A
@
17
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NOUVEAU
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LA FRAÎCHEUR
LE GOÛT EN PLUS
*Affligem Cuvée Légère est une bière d’abbaye à 4,6° d’alcool.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 087 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
LE GRAND TÉMOIN
RÉUNION
LE PONT LE PLUS LONG
DE FRANCE SE CONSTRUIT SUR
LE LITTORAL DE L’ÎLE PAGE 23
L’EUROPE
DANS LA BATAILLE DES PUCES
ÉLECTRONIQUES PAGE 24
JeanMarc
Chéry.
économie
Revenu universel d’activité :
ce que prépare Macron
Le président de la République travaille à une refonte profonde des minima sociaux
pour 2020 afin de faire réellement reculer la pauvreté en France.
Pour aller au-delà de sa promesse
présidentielle, limitée à un versement social unique, Emmanuel
Macron a annoncé pour 2020 une
refonte des minima sociaux et la
création d’une nouvelle allocation,
le revenu universel d’activité. Ce
RUA « fusionnera le plus grand
nombre possible de prestations » et
se substituera a minima aux allocations logement, au RSA et à la
prime d’activité, versés, en cumu-
lé, à plus de 10 millions de personnes. L’objectif du chef de l’État est
de rendre le système plus lisible,
plus simple et plus efficace, et de
prévoir un accompagnement des
bénéficiaires pour améliorer leur
retour à l’emploi. Le président
s’est donné du temps (deux ans) et
une méthode (la concertation)
pour réussir là où ses prédécesseurs ont échoué : faire reculer durablement la pauvreté en France.
èUN COPIÉ-COLLÉ DU RSA DE MARTIN HIRSCH VERSION 2005 èAU ROYAUME-UNI, LES RÉSULTATS MITIGÉS DU « UNIVERSAL CREDIT » PAGE 21
L’ambition
de Modi pour
400 millions
de paysans
indiens
FAROOQ KHAN/EPA/MAXPPP,
À six mois des
élections, le premier
ministre indien
promet de doubler
le revenu
des agriculteurs.
Ils représentent
un actif sur deux.
Un enjeu économique
et politique majeur.
EUROPE : LES
BANQUES SONT
PLUS SOLIDES
Après plusieurs années de convalescence, les banques européennes
sont désormais plutôt bien armées
pour surmonter des chocs financiers. Telles sont, en substance, les
conclusions des tests de résistance
publiés vendredi par l’Autorité bancaire européenne (ABE). Cette figure imposée aux plus grandes banques du Vieux Continent tous les
deux ans depuis 2010 consiste à
tester leur capacité à survivre à un
scénario économique catastrophe.
Cette année, 48 établissements de
l’Union européenne se sont pliés à
l’exercice, qui prenait aussi en
compte les risques économiques
liés au Brexit et une nouvelle règle
comptable. « Les efforts des banques pour solidifier leur base capitalistique ces dernières années ont
renforcé leur capacité à résister à
des chocs importants », a commenté Mario Quagliariello, directeur des
analyses et statistiques économiques à l’ABE. De fait, tous les établissements du Vieux Continent
testés ont franchi l’obstacle.
Les résultats sont toutefois
contrastés. L’autorité a classé les
banques en fonction des pertes
qu’elles essuieraient sur leurs fonds
propres « durs », une mesure qui
permet de déterminer si une banque pourrait continuer d’assurer
son rôle de prêteuse si les conditions se tendaient comme il y a dix
ans. Parmi les établissements les
moins bien classés figurent notamment trois grandes banques britanniques, Lloyds Banking Group, Barclays et Royal Bank of Scotland
(RBS), ainsi que l’italienne Banco
BPM (Monte dei Paschi, n’était pas
concernée).
Deutsche Bank (qui s’en sort beaucoup mieux que ce qui était redouté) ainsi d’autres banques allemandes régionales souffriraient aussi
d’un coup de froid sur l’économie.
Les six banques françaises (BNP
Paribas, Crédit Mutuel, BPCE, Crédit
agricole, La Banque postale, Société
générale) ont, elles, traversé
l’épreuve sans dommage. « Le secteur bancaire français apparaît parmi les plus résilients face aux scénarios des stress tests », souligne
Anthony Bréchet, associé chez Cognizant Consulting.
D. G.
PAGE 20
JOUETS
L’angoisse
des industriels
et des distributeurs
à l’approche de Noël
PAGE 22
LA SÉANCE
DU VENDREDI 02 NOVEMBRE 2018
CAC 40
5102,13
+0,32%
DOW JONES (18h)
25130,54 -0,99%
ONCE D’OR
1232,10 (1231,15)
PÉTROLE (lond)
72,630 (72,840)
EUROSTOXX 50
3218,36 +0,44%
FOOTSIE
7094,12 -0,29%
NASDAQ (18h)
6922,22 -2,08%
NIKKEI
22243,66 +2,56%
La caverne d’Alibaba,
Voyages, théâtre, sports, bons cadeaux : très prospère
les avantages des « CE » bientôt taxés ? et diversifiée
L'HISTOIRE
L’
enfer est pavé de bonnes
intentions, dit-on. Et en pleine
période de fronde liée à la
hausse des prix des carburants
et à la baisse du pouvoir
d’achat, autant dire que l’amendement
du député UDI Paul Christophe, intégré dans
le projet de budget de la Sécu pour 2019,
passe mal. Il prévoit en effet de soumettre
à cotisations sociales, dès le 1er janvier
prochain, les aides des comités d’entreprise
(CE) aux salariés, au-delà
d’un plafond de 331 euros
par an. En ligne de mire :
les voyages, billets théâtre
et cinéma, activités
sportives, mais aussi
les bons d’achat pour
les cadeaux de Noël
ou la rentrée scolaire.
En revanche, les chèques
vacances et les titresrestaurants, déjà
réglementés, ne seront
pas concernés. La mesure,
si elle est maintenue,
se traduira par une baisse
de plusieurs centaines
d’euros pour les salariés. Normal : plus
on a d’enfants, plus on est perdant !
L’idée partait pourtant, officiellement,
d’une intention louable : clarifier et sécuriser
l’exemption de cotisations sociales des
avantages et cadeaux d’entreprises, aujourd’hui
tolérée mais sans aucune garantie juridique.
Il faut « éviter un flou juridique provoquant des
situations de redressement que les TPE et PME
craignent », plaide Paul Christophe. Surtout,
l’enjeu financier est important : 1 milliard
d’euros environ de pertes
de recettes potentielles
pour la Sécu. Lors du vote
mardi à l’Assemblée
en première lecture,
le gouvernement s’en est
remis à la sagesse des
députés, tout en jugeant
l’initiative « intéressante ».
En 2016 déjà, une tentative
de légalisation avait eu lieu
dans la loi El Khomri
mais la disposition avait été
supprimée face à la levée
de boucliers des émetteurs
de chèques cadeaux ! ■
MARIE-CÉCILE RENAULT
Le géant chinois de l’e-commerce Alibaba a peut-être
légèrement revu à la baisse
ses prévisions de chiffre d’affaires pour cette année - le
ralentissement se fait sentir
en Asie et les incertitudes pèsent sur le commerce international -, mais le groupe
créé par le légendaire Jack
Ma, qui lâchera les manettes
de son empire dans un an,
continue de grossir de façon
spectaculaire.
Les affaires estivales ont été
florissantes. Au deuxième
trimestre de son exercice décalé, c’est-à-dire entre juillet
et septembre, Alibaba a réalisé une hausse de 54 % de son
chiffre d’affaires, qui a atteint
85,15 milliards de yuans
(12,4 milliards de dollars),
pour un bénéfice d’un peu
plus de 20 milliards de yuans
(près de 3 milliards de dollars), en progression de 13 %.
À titre de comparaison, Amazon a enregistré sur la même
période 56,6 milliards de dol-
lars de revenu. L’e-commerce écrase tout. Pour Alibaba,
il a représenté plus de 10 milliards de dollars sur le trimestre (+ 56% en un an), soit
80 % de son activité. Chez
Amazon, c’est 90 %.
Pour doper ses bénéfices avec
de meilleures marges, le mastodonte chinois se développe
plus vite encore sur d’autres
créneaux : le cloud et le divertissement. Comme Amazon, il
se diversifie. L’informatique
dématérialisée explose. Pour
Alibaba, au troisième trimestre, elle a représenté 825 millions de dollars, soit deux fois
plus qu’il y a un an. C’était
6,7 milliards pour Amazon.
Dans le divertissement, le
groupe chinois prend davantage ses aises encore, avec
865 millions de dollars de revenu durant le trimestre
(+ 24 %), grâce au succès de la
plateforme de vidéos en ligne
Youku, qui compte plus de
500 millions d’utilisateurs
A. D.
actifs.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
20
Narendra Modi cajole les
400 millions de paysans indiens
ASIE Plus que six mois. Au printemps 2019, l’Inde organisera le
plus grand scrutin du monde pour
renouveler la Chambre basse du
Parlement fédéral. Le premier ministre, Narendra Modi, affûte déjà
ses arguments pour sa réélection.
Le message est simple : « le changement » est en marche, un terme
qu’il a répété neuf fois durant son
discours du 15 août, jour de l’indépendance.
Il y a un secteur, au moins, où le
changement ne souffle guère :
l’agriculture. Dans un pays où
deux tiers du 1,3 milliard d’habitants vivent dans les campagnes et
où le secteur emploie 47 % des actifs (contre 36 % en Chine), les
maux des quelque 400 millions
d’agriculteurs font obstacle à un
deuxième mandat du premier ministre et du BJP, la droite nationaliste hindoue.
Face au surendettement et aux
prix volatils qui accablent les paysans, le chef du gouvernement indien répète depuis des mois sa
promesse de donner un coup de
pouce au pouvoir d’achat des
agriculteurs. « Notre gouverne-
ment s’engage à doubler le revenu
des agriculteurs d’ici à 2022 », a-til encore martelé dans un discours
le 26 octobre.
Pour concrétiser cet engagement, le pouvoir fédéral a relevé
début juillet et début octobre les
prix garantis auxquels la Food
Corporation of India achète les
denrées à un niveau supérieur de
50 % aux coûts de production.
Problème : voilà plus d’une décennie que les économistes répètent qu’augmenter les prix garantis ravive l’inflation et ne bénéficie
qu’à une poignée de cultivateurs.
Alors que la hausse des prix garantis entrait en vigueur en juillet,
l’OCDE et le Conseil indien pour la
recherche sur les relations économiques internationales (Icrier)
avaient rappelé, dans un rapport
de 292 pages, que « l’achat à prix
garantis fonctionne surtout pour le
blé, le riz et le coton, et seulement
dans quelques États. La plupart des
agriculteurs sont obligés de vendre
à d’autres acheteurs à des tarifs
différents, en particulier dans l’est
de l’Inde, parce que le système (public) d’achat n’est pas efficace ».
KIYOSHI OTA/AFP
Endettés, subventionnés, les agriculteurs pèsent lourd dans l’économie et dans les urnes.
Notre
gouvernement
s’engage
à doubler
le revenu des
agriculteurs
d’ici à 2022
»
NARENDRA MODI,
PREMIER MINISTRE INDIEN,
LE 26 OCTOBRE
Routes en mauvais état, stockage
inefficace, les raisons sont nombreuses pour expliquer l’incapacité de certains paysans à bénéficier
des prix garantis.
Une myriade
de petites exploitations
La mesure est révélatrice de l’immobilisme des politiques publiques qui persistent à utiliser les
mêmes remèdes contre la crise
agraire. Les économistes observent pourtant les mêmes maux,
réitèrent les mêmes recommandations depuis des années.
D’abord, 85 % des exploitations
sont inférieures à 2 hectares. Difficile dans ces conditions de réaliser
des économies d’échelle. Une réforme de la loi sur la propriété
foncière pourrait endiguer cette
fragmentation.
D’après l’OCDE, les autorités
dépensent 1,9 % du PIB pour subventionner les engrais chimiques,
l’électricité, l’eau et la vente d’aliments à bas prix alors que cet argent pourrait servir à moderniser
les routes et le stockage des denrées. Les fonds publics seraient
également mieux employés si les
allocations étaient virées sur les
comptes bancaires des paysans
pauvres. La bancarisation s’est
grandement améliorée en Inde ces
dernières années mais le gaspillage et le détournement des subventions pourraient être encore
largement réduits.
Alors que l’État du Sikkim (lire
ci-dessous) a converti son agriculture au bio, l’idée d’en finir avec
les méthodes conventionnelles
fait son chemin. Cela réduirait les
achats d’engrais et de pesticides
chimiques tout en améliorant la
fertilité des sols. Narendra Modi
lui-même se pose en champion du
bio, vantant l’exemple du Sikkim
à plusieurs reprises depuis quatre
ans. Mais son gouvernement n’a
investi que 4 milliards de roupies
(52 millions d’euros) depuis deux
ans pour encourager la filière.
Le conservatisme des pouvoirs
publics s’explique notamment par
une classe politique peu au fait des
problèmes agraires pourtant d’une
importance majeure, tant sur le
plan économique qu’électoral. ■
E. D. (NEW DELHI)
Au pied de l’Himalaya, le Sikkim cherche le salut dans le bio
ÉVOLUTION DE LA POPULATION
RURALE INDIENNE,
en millions de personnes
857,1
753,9
2000
2014
PART DE DE LA POPULATION
ACTIVE TRAVAILLANT
DANS L’AGRICULTURE,
en %
59,9 %
47,4 %
en 2000
en 2014
Exportations de nourriture
Importations de nourriture
en milliards de dollars
20,8
16,5
2,8
2,1
2000
2014
Source : FAO
Plantation de thé bio
dans le village de Temi,
dans l’État du Sikkim.
TUPAK DE CHOWDHURI/REUTERS
500 km
CHINE
PAK.
BHOUTAN
NÉPAL
New Delhi
INDE
Sikkim BA.
Bombay
(Mumbai)
Golfe
du Bengale
Mer
d'Oman
Infographie
REPORTAGE
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À GANGTOK (SIKKIM)
En 2003, lorsque le gouvernement
du Sikkim décrète que l’agriculture
locale devra se convertir au bio,
Karma Dichen y voit une annonce
sans lendemain. Ce petit paysan qui
cultive moins d’un hectare de terre
est d’autant plus étonné que cette
réforme tranche avec les politiques
en place : « Avant 2003, les autorités
nous encourageaient à utiliser des
engrais et des pesticides chimiques.
Tout à coup, elles ont déclaré que ces
produits allaient être interdits. »
Dans cette région du nord-est de
l’Inde, coincée entre la Chine et le
Népal, la population est sceptique.
« On pensait que ça ne marcherait
jamais », se souvient Renzino Lepcha, patron de Mevedir, une entreprise de certification bio.
La réforme a des allures de pari.
Dans cette région grande comme
la Vendée, parcourue de vallées
encaissées, de collines boisées et
de parcelles d’un hectare à peine,
le relief complique l’agriculture.
La météo aussi. En août, le thermomètre se hisse à 25 °C, et avec la
mousson les hauteurs sont noyées
dans les nuages. Mais en hiver, les
températures s’effondrent à - 15 °C
et les collines sont couvertes de
neige.
En forçant les agriculteurs à passer au bio, le Sikkim rompt avec la
« révolution verte » toujours bien
ancrée en Inde depuis les années
1960. À cette époque-là, le gouvernement commence à importer, des
États-Unis notamment, des semences de blé et de riz dites à haut
rendement pour redresser la production et nourrir la population.
Mais la monoculture des deux céréales, alliée aux nouvelles semences, réclame beaucoup d’engrais, de
pesticides et de grosses quantités
d’eau. La fertilité des sols et le niveau des nappes phréatiques s’épuisent. L’achat d’intrants chimiques
précipite les agriculteurs dans l’endettement. Et les cancers, imputés
aux pesticides, se multiplient.
Légumes bio trop chers
Le gouvernement du Sikkim lance
donc la transition vers le bio en
2003. « L’agriculture bio est le seul
moyen de sauver notre mère la Terre », martèle Khorlo Bhutia, le directeur du service régional d’agriculture. La conversion paraît
d’autant plus facile à instaurer
qu’« en 2003, la consommation
d’engrais chimique au Sikkim s’élevait à un dixième de la moyenne nationale », raconte le docteur Anbalagan, directeur exécutif de la
mission « bio » du Sikkim.
En 2015, le petit État franchit une
étape supplémentaire en interdisant vraiment les engrais et les pesticides chimiques. Et entre 2003 et
2017, il dépense 1 milliard de roupies (13 à 15 millions d’euros) pour
certifier 76 100 hectares de terres.
Les premières années de la réforme donnent raison aux sceptiques.
« Ma production a baissé pendant
« bioL’agriculture
est
le seul
moyen
de sauver
notre mère
la Terre
»
KHORLO BHUTIA,
DIRECTEUR DU SERVICE
DE L’AGRICULTURE
DU SIKKIM
trois ans, poursuit Karma Dichen,
qui cultive du riz, des choux, des
épinards, des radis, de la coriandre
et du curcuma dans le district de
Rumtek. Le gouvernement a été
obligé de couvrir nos pertes en instaurant des prix garantis. »
Sur les marchés, les consommateurs boudent les fruits et légumes
bio, trop chers. Alors, en avril dernier, les autorités interdisent la
vente d’une douzaine de denrées
non bio. Pour éviter la pénurie,
seuls les aliments qui ne sont pas ou
peu cultivés sur place sont importés : céréales, légumes secs, pommes de terre, oignons, mangues,
piments…
Quinze ans après la réforme, le
Sikkim ne peut pas compter sur sa
production agricole pour nourrir
ses 620 000, habitants auxquels
s’ajoutent 1,4 million de touristes
venus en 2017.
Néanmoins, depuis quelques
mois, la conversion semble faire effet. À Gangtok, la capitale, les étals
des épiceries sont abondamment
pourvus en légumes et fruits bio.
Après trois années difficiles, Karma
Dichen dit avoir réussi la conversion. « Ma production de riz dépasse
de 5 % le niveau antérieur, explique-t-il. Mes légumes sont plus
gros. Avant, les choux que je récoltais pesaient entre 500 et 700 gram-
mes. Aujourd’hui, ils font un kilo. Je
n’utilise que des engrais naturels. Le
gouvernement a organisé des formations pour apprendre aux agriculteurs à fabriquer du compost ainsi
que des pesticides à base d’urine de
vache et de riz fermenté. »
Achats d’engrais inutiles
L’agriculture du Sikkim reste
confrontée à plusieurs problèmes.
« Beaucoup de cultivateurs ne savent
pas fabriquer les pesticides bio et ils
ont du mal à lutter contre les parasites. La plupart exercent un second
métier, très peu sont agriculteurs à
plein temps. C’est une profession qui
traîne une image de pauvreté et que
le corps social méprise », constatent
Abhinandan et Abhimanyu Dhakal,
deux entrepreneurs qui travaillent
avec 600 agriculteurs locaux pour
cultiver des poires de terre (un tubercule proche du topinambour)
biologiques. Ils sont néanmoins optimistes : « Notre production à
l’hectare a retrouvé son niveau
d’avant la réforme et nous avons
posé les bases d’un modèle économique très rentable. Nous n’avons plus
besoin d’acheter des engrais et des
pesticides chimiques, ce qui réduit
les coûts. Les terres sont plus fertiles.
La priorité, désormais, est de résoudre les problèmes de logistique. Les
routes sont en très mauvais état. »
Le modèle du Sikkim fait des
émules. L’Arunachal Pradesh et
plusieurs États du Nord-Est sont en
train de convertir leur agriculture
au bio. L’an dernier, le gouvernement du Sikkim a formé une coentreprise avec le fabriquant indien
d’engrais chimiques Iffco en vue
d’investir une première tranche de
2 milliards de roupies (26 millions
d’euros) pour produire et commercialiser des semences, des engrais
et des pesticides naturels.
Mais tourner la page de l’agriculture conventionnelle en Inde
sera long et coûteux. Sans compter
que « des entreprises du secteur
chimique font du lobbying dans la
presse pour empêcher le bio de faire
tache d’huile », dénonce le docteur
Anbalangan. « Au Pendjab, il est
impossible de cultiver sans engrais
ni pesticides chimiques. Passer à
l’agriculture biologique leur prendra
au moins trois ans, le temps que les
sols se régénèrent », prévient
Khorlo Bhutia.
Le gouvernement fédéral paraît
hésiter. Il débourse 9 à 10 milliards
d’euros de subventions pour les
engrais chimiques chaque année,
des fonds qui pourraient contribuer au financement d’une telle
transition. Le Sikkim, quant à lui,
n’a reçu aucune subvention pour
sa conversion. ■
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LE FIGARO
ÉCONOMIE
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
21
Ce qu’Emmanuel Macron veut faire
du futur revenu universel d’activité
Promise pour 2020 par le chef de l’État, la refonte des minima sociaux doit faciliter le retour à l’emploi.
L’unification de dispositifs ayant
des barèmes et conditions d’éligibilité variables soulève également des
questions (âge d’ouverture des
droits, conditions de citoyenneté et
de résidence, conditions de res-
SOCIAL Fusionner les minima sociaux pour créer un seul « revenu
universel d’activité » (RUA), c’est
l’objectif dévoilé le 13 septembre
par Emmanuel Macron dans le nouveau plan de lutte contre la pauvreté. La date ? Après 2020 et la loi qui
clôturera le chantier de refonte des
minima sociaux. Le RUA du chef de
l’État n’a rien à voir avec le « revenu universel » (revenu minimum
pour tous et sans condition de ressources), proposé durant la présidentielle par Benoît Hamon, le candidat PS, et qui n’a pas pris,
notamment en raison de son coût…
estimé à quelque 350 milliards
d’euros !
Le RUA de Macron restera, lui,
soumis à condition de ressources. Il
vise à fusionner « le plus grand
nombre possible de prestations », a
précisé le président. L’idée est de
commencer par regrouper trois minima : le revenu de solidarité active
(RSA, ex-RMI) qui concerne
1,8 million de personnes ; la prime
d’activité, un complément de revenu pour travailleurs modestes versé
à 2,61 millions de foyers ; et les aides
au logement (APL) dont bénéficient
6 millions de personnes. Le but est
d’éviter l’empilement d’aides aux
finalités variées, tout en renforçant
l’insertion aujourd’hui défaillante.
Car fidèle à l’ADN du projet macronien d’émancipation par le travail,
l’objectif du RUA est bien d’encourager le retour à l’emploi.
Limiter le non-recours
La nouvelle allocation accordera
des « droits et devoirs supplémentaires », a ainsi insisté le président. Du
côté des droits, le RUA sera versé
sans en faire la demande afin de limiter le phénomène de non-recours qui peuvent aller, pour certaines prestations, jusqu’à 50 %.
Les bénéficiaires auront aussi droit
à un accompagnement. Du côté des
devoirs, tous auront l’obligation de
s’engager dans « un parcours d’insertion qui empêche de refuser plus
de deux offres raisonnables d’emploi
ou d’activité ».
Le montant du futur RUA reste à
déterminer même si Emmanuel Macron a plaidé pour un « un revenu qui
permette à chacun de vivre décemment », tout en aidant au « retour à
l’emploi », discours tiré du rapport
sur « la juste prestation » remis début septembre au gouvernement
par l’économiste Julien Damon et la
députée LaREM Christine Cloarec.
Emmanuel Macron
lors de son discours
sur la pauvreté,
en septembre,
à Paris. MICHEL EULER
DÉCRYPTAGE
Marc Landré
mlandre@lefigaro.fr
millions
de personnes pauvres
en France
(dont 3 millions
d’enfants), un chiffre
en hausse continue
depuis le début
des années 1990
plémentaires, entraîner une baisse
de ressources pour 3,55 millions de
ménages. « Il n’y a aucune intention
cachée de remettre en cause certains
droits », notamment « les aides
monétaires (qui) augmenteront en-
À chaque président son « minima
social ». François Mitterrand a créé
le RMI en 1988, Jacques Chirac la
prime pour l’emploi (PPE) en 2001,
Nicolas Sarkozy le revenu de solidarité active (RSA) en 2008, François Hollande la prime d’activité en
2016 et Emmanuel Macron prépare
le revenu universel d’activité
(RUA) pour 2020. Dixit le président, la future allocation « fusionnera le plus grand nombre possible
de prestations » et, selon la faisabilité de l’opération, les allocations
logement (APL), adulte handicapé
(AAH), fin de droits à l’assurancechômage (ASS) avec le RSA socle
(ex-RMI), la prime d’activité…
Avec le RUA, le chef de l’État
pense avoir trouvé la solution à la
pauvreté en France, qui touche
8,8 millions de personnes (dont
3 millions d’enfants). Car à ses yeux,
la future allocation aura trois vertus.
Le RUA sera « plus simple et plus lisible pour les ménages » afin de limiter le non-recours aux minima
sociaux. Il sera aussi « plus équitable » et en finira avec des règles
d’attribution différentes. Enfin, il
sera « dans tous les cas incitatif à
l’activité », puisque « chaque euro
gagné par son travail se traduira
par une augmentation du revenu disponible ».
Unanimité à l’époque
Pour calibrer sa prestation, Emmanuel Macron a repris l’idée phare et
la logique du rapport 2005 de la
commission « Famille, vulnérabilité, pauvreté » dirigée par Martin
Hirsch, alors président d’Emmaüs
France. Missionné par Philippe
Douste-Blazy, alors ministre de la
Santé, l’actuel patron de l’AP-HP
avait en effet proposé de créer un
RSA pour tenir l’objectif de parvenir à « zéro enfants pauvres en
2020 ». Pour faire court, son RSA
devait accorder un complément de
salaire aux travailleurs pauvres et
inciterait les chômeurs, notamment au RMI, à reprendre un emploi en pouvant cumuler revenus
d’activité et d’assistance.
Le dispositif proposé était beaucoup plus ambitieux - il prévoyait
la fusion de tous les minima sociaux
(RMI, ASS, AAH…) avec la PPE et les
APL - que celui mis en œuvre trois
ans plus tard. « Cela faisait sens,
au-delà de la question administrative, de tous les regrouper pour aider
véritablement les personnes à faible
productivité à retrouver un emploi »,
plaide encore aujourd’hui Martin
Hirsch.
Ce point de vue, copié-collé treize ans plus tard par le chef de l’État
dans le RUA, était partagé à l’époque par tous les membres de la
commission. Et par des personnes
aussi opposées qu’une secrétaire
Au Royaume-Uni, les résultats mitigés du « Universal Credit »
Les Britanniques ont sauté le pas il y
a six ans et fusionné six aides sociales en une seule, baptisée « Universal Credit ». Impulsée par le gouvernement
Cameron,
cette
réforme est présentée outre-Manche comme la plus importante depuis soixante ans. Sa mise en œuvre
s’est faite de façon lente et graduelle, avec une extinction définitive de
l’ensemble des aides existantes
prévue en 2020. Regardée avec
beaucoup d’attention par l’Élysée,
elle semble toutefois n’avoir produit, pour l’heure, qu’un impact limité sur le retour à l’emploi et la
lutte contre la pauvreté.
Le Universal Credit fusionne
près de 60 % de l’enveloppe des
prestations sociales britanniques,
hors retraite et politique familiale.
Bien qu’il n’y ait pas de strict parallélisme, c’est un peu comme si la
France fusionnait le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation
spécifique de solidarité (ASS), l’allocation adulte handicapé (AAH),
les allocations logement, la prime
d’activité, mais aussi des dispositifs
fiscaux tels que le quotient familial.
C’est dire l’ampleur du chantier !
Ce Universal Credit s’adresse à tous
Manifestation
organisée contre
l’austérité
du programme
de crédit universel
du gouvernement,
en novembre 2017
à Londres. BARCROFT
MEDIA VIA GETTY IMAGES
core », a rassuré la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn.
Autre changement, l’État sera
« entièrement responsable » du
RUA, a promis Emmanuel Macron.
Les départements, qui gèrent une
partie des aides sociales dont le RSA,
se sont aussitôt émus de cette nouvelle gouvernance. « La politique
d’insertion ne se décide pas depuis
Paris. L’humain a besoin de proximité : rien ne serait plus dommageable
qu’une tentative à peine voilée de recentralisation des politiques sociales », a critiqué l’Association des
départements de France, présidée
par l’ex-ministre LR Dominique
Bussereau. « L’opposition des territoires est en ce moment plus politique
qu’institutionnelle », minimise-t-on
à l’Élysée, où l’on reconnaît que les
aides sociales sont l’un de deux sujets de discorde avec l’exécutif.
Reste à passer des paroles aux actes. Car le sujet, loin d’être nouveau, n’a jamais réussi à s’imposer.
« Finalement, c’est compliqué de
simplifier », jure Julien Damon,
évoquant les « perdants » qu’engendrent de telles réformes, « aussi
bien parmi les bénéficiaires que parmi les gestionnaires ». Une complexité qui justifie « le temps de
l’analyse et de la concertation » qu’a
justement prévu de prendre Emmanuel Macron sur le sujet… ■
Un copié-collé du RSA de Martin Hirsch version 2005
/POOL/EPA/MAXPPP
8,8
sources, niveau pertinent pour verser l’aide…) qui restent à trancher.
Selon un rapport récent de France
Stratégie, la fusion de plusieurs
prestations pourrait à budget
constant, sans fonds publics sup-
les résidents britanniques de 18 ans
ou plus, à l’exclusion des étudiants,
sous condition de ressources (à la
fois de patrimoine et de revenu) et
est fonction de la composition du
foyer.
La réforme répondait à deux objectifs. D’une part, simplifier l’accès aux droits sociaux et réduire le
non-recours. Unique, la prestation
britannique est censée être plus facile à demander, d’autant que sa
mise en place s’est accompagnée
d’une dématérialisation des dé-
marches, devenues « full digital ».
Pour autant, toute complexité
- avant tout liée aux situations individuelles difficiles - n’a pas disparu. Quant à la numérisation, elle
constitue une barrière pour certains publics fragiles.
Second grand objectif de la réforme : renforcer les incitations financières à la reprise d’activité. Le
Universal Credit est en effet
construit de manière à ce que les
revenus progressent à mesure que
l’activité augmente. Des revenus
d’activité qui sont ainsi partiellement cumulables avec l’allocation : 1 euro issu d’une activité entraîne une baisse de 65 centimes du
montant du Universal Credit mais
revient au final à un gain de 35
centimes du revenu total.
Durcissement du contrôle
De cette manière, l’allocation est
censée permettre de retrouver un
emploi plus vite, d’y rester et de
gagner plus. « Plus de 75 % des allocataires cherchent activement à
augmenter leur revenu, comparé à
seulement 50 % dans l’ancien système, reconnaît d’ailleurs James Bolton, directeur adjoint au ministère
britannique du Travail. Le Universal Credit va permettre de créer
250 000 emplois et générer 7 milliards de livres d’économies par an. »
Ses détracteurs reprochent toutefois au Universal Credit d’être
trop axé sur la reprise d’emploi
plutôt que sur la réduction de la
pauvreté (20 % au Royaume-Uni,
contre 14 % en France), d’être punitive en cas de manquement, et de
se limiter à une allocation monétaire sans formation ni accompagnement pour aider à la reprise
d’emploi. Il y a un effet positif sur le
retour à l’emploi, « mais de façon
temporaire », estime le ministère
du Travail français dans une étude
sur le système anglais, mais qui
tient plus « au durcissement du
contrôle des démarches de recherche
d’emploi qu’à l’incitation financière
que représente le nouveau barème ».
Le Universal Credit concerne
aujourd’hui 1,2 million de personnes environ, soit 15 % du total des
allocataires potentiels (8 millions).
Une montée en charge beaucoup
plus lente et difficile que prévu par
le gouvernement britannique, qui
tablait sur 4,5 millions de bénéficiaires… fin 2015. ■
M.-C. R.
d’État aux Personnes âgées sous
Lionel Jospin, la PS Paulette Guinchard, et un jeune député UMP,
Laurent Wauquiez, aujourd’hui
président des Républicains.
Ce « en même temps », fidèle à la
philosophie Macron, n’aura toutefois pas résisté à la présidentielle
2007. Chargé par Nicolas Sarkozy
de mettre en place son RSA (rebaptisé RSA activité) au sein du gouvernement Fillon, Martin Hirsch s’est
heurté à une multitude de blocages
politiques : le refus du président de
toucher aux APL, l’opposition
d’une partie de la majorité de supprimer la PPE, la guerre avec Laurent Wauquiez (devenu secrétaire
d’État à l’Emploi) qui voyait « l’assistanat comme un vrai cancer de la
société » ou encore un « niet » total
du PS dirigé par Martine Aubry. Des
freins, encore parfois existants,
dont Emmanuel Macron devra s’affranchir pour aller au bout de l’idée
de Martin Hirsch et espérer ainsi
faire refluer la pauvreté. ■
EN BREF
DÉCHETS :
SÉCHÉ ACHÈTE
UN SUD-AFRICAIN
£ Séché Environnement, groupe
français de gestion des déchets,
a conclu un accord pour acheter
pour 32 millions d’euros
Interwaste, un spécialiste
des déchets en Afrique du Sud.
Cette société a réalisé en 2017
un bénéfice de 3 millions d’euros
pour un chiffre d’affaires
de 62 millions d’euros.
RYANAIR RAPPELÉE
À L’ORDRE
£ Les ministres du Travail
de cinq pays (Allemagne,
Belgique, Italie, Luxembourg,
Pays-Bas) ont appelé Ryanair
à appliquer le droit du travail
local à son personnel, sous peine
de s’exposer à des « risques
juridiques ». La France n’a pas
signé ce courrier à la compagnie.
+@
» La fortune
des milliardaires dans
le monde a explosé en 2017
www.lefigaro.fr/economie
A
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Jouet : industriels et distributeurs croisent
les doigts en espérant que Noël sauvera l’année
Les déboires de Toy’R’Us et Ludendo ont plongé le secteur dans la crise : les ventes reculent de 4 % depuis janvier.
ANGÉLIQUE VALLEZ-D’ERCEVILLE
£@Aderceville
COMMERCE Avec trois semaines de
retard sur son calendrier habituel,
La Grande Récré devrait enfin sortir
son catalogue Noël lundi prochain.
Disponible depuis le 26 octobre
seulement, celui de Toys’R’Us a lui
aussi eu du retard. Le décalage de
ces opérations marketing chez les
deux principales enseignes spécialisées de jouets, qui réalisent à elles
deux plus de 17 % du marché, retarde le lancement de la saison pour
l’ensemble du secteur, y compris
sur Internet et dans les chaînes
d’hypermarchés. De quoi frustrer
les enfants, qui ont hâte de faire leur
liste au Père Noël en découpant les
catalogues des principales enseignes spécialisées de jouet.
Ce retard a aussi de quoi donner
des sueurs froides aux industriels
du jouet. Le secteur réalise en effet
la moitié de son chiffre d’affaires
en novembre et décembre. La période est encore plus cruciale cette
année que le marché (3,3 milliards
de chiffre d’affaires en 2017) a reculé de 4 % depuis janvier, selon le
cabinet d’études NPD. Les dépôts
de bilan de La Grande Récré et de
Toys’R’Us France, puis leur reprise
début octobre, avec des fermetures de magasins à la clé (50 pour La
Grande Récré, 9 chez Toys’R’Us),
explique en grande partie la situation du secteur. Celle-ci ressemble
plus à Halloween qu’à la féerie de
Noël. Toute la profession espère un
rebond, mais elle n’est en fait sûre
que d’une chose : cette année, Noël
tombera le 25 décembre…
« Un phénomène de rattrapage est
en cours, rassure Tony Lesaffre,
président de Jellej Jouets, désigné
par le tribunal de commerce d’Évry
comme repreneur des actifs de
Toys’R’Us France. Nos prédécesseurs avaient joué sur les stocks par
manque de trésorerie. Nous sommes
en pleine accélération des livraisons
et espérons avoir rattrapé notre retard le 10 novembre. » Malgré les
neuf magasins fermés, l’objectif de
Toys’R’Us sera d’atteindre le même
chiffre d’affaires qu’en 2017, soit
300 millions d’euros.
Même assurance à La Grande
Récré. En entrant à son capital
avec l’option d’en prendre le
contrôle, la Financière immobilière bordelaise a permis à l’enseigne
de faire accepter son plan de continuation par le tribunal de commerce. « Nous sommes prêts pour
la saison, assure Jean-Michel Grunberg, son patron. Nous avons
mené une réorganisation extraordinaire en quelques mois et recentré
La Grande Récré sur le jouet. La rationalisation du parc nous a permis
de garder les meilleurs magasins et
nous n’avons perdu que 20 % de
notre chiffre d’affaires. »
Conjugué à l’absence de phénomène de mode côté produits, ces
difficultés sont de mauvais augure
pour la période de Noël. « On sait
déjà que 2018 ne sera pas une grande
année dans le jouet, estime Christophe Portal, de NPD. Il y a certainement des effets d’enseigne, mais vu
qu’aucun circuit ne tire son épingle
du jeu, ils sont limités. Le ralentissement est surtout dû à
l’absence de grand film au
cinéma. »
Année creuse
en films au cinéma
Alors que les licences créent
du trafic en magasin et représentent jusqu’à 20 %
des ventes de jouets,
2018 est une année
creuse en la matière. Seul le nouvel
Harry Potter, dont la
sortie est prévue fin
novembre, pourrait
doper le secteur in extremis. « On sent un frétillement sur Harry Potter, or il suffit parfois
d’une ou deux lignes de
produits qui font le buzz
pour créer du trafic », estime Philippe Gueydon, président du groupe King Jouet,
troisième enseigne spécialisée
de jouets (7 % du marché).
Le jouet est un marché
d’offre nécessitant innovations et phénomènes de
mode. Il devrait aussi être
tiré à Noël par la mode des poupées collectionnables type LOL
et des toupies Beyblade, au côté
des classiques Lego et autres
Barbie.
Internet rebat les cartes du marché. Alors que les enseignes spécialisées s’arrogent 40 % du plateau de
jeu, autant que les grands de l’alimentaire, ce circuit pèse 20 % du
marché, dont 8 % pour Amazon.
« La reconfiguration des canaux de
distribution est avant tout liée à
l’évolution des modes de consommation, ce n’est pas une remise en
»,
question du fait de jouer »
assure Nathalie Peron-Lecorps, patronne de Picwic. Livrés par drone
ou emballés en magasins, il y aura bien des
jouets sous les
sapins. ■
La poupée LOL
(à gauche), les toupies
Beyblade (ci-contre)
et les jeux de la
franchise Harry Potter
(ici Lego) font partie
du hit-parade potentiel
de Noël.
LOL GLITTER ; COUTIER
BRUNO/SIPA ; LEGO
Quatre managers de crise pour aider Toys’R’Us à passer les fêtes
était
« unOnpeu
déstabilisés
du côté de
la direction
opérationnelle
de
Toys’R’Us
»
TONY LESAFFRE,
PRÉSIDENT DE JELLEJ,
SOCIÉTÉ CONSTITUÉE
POUR LA REPRISE
DE TOYS’R’US FRANCE
Quatre mercenaires sont au chevet
de Toys’R’Us France. Le 8 octobre,
le tribunal de commerce d’Évry a
désigné comme repreneur Jellej,
société constituée pour l’occasion,
contrôlée à 90 % par le fonds d’investissement Cyrus et à 10 % par
Tony Lesaffre. L’objectif est de rapprocher Toys’R’Us France de Picwic, distributeur de jouets de la galaxie Mulliez (25 magasins). Ce
projet est examiné par l’Autorité de
la concurrence. Et attendant son
accord, il faut faire tourner les
44 magasins Toys’R’Us France.
« On était un peu déstabilisés du
côté de la direction opérationnelle de
Toys’R’Us », reconnaît Tony Lesaffre, président de Jellej. Outre Jean
Charreteur, patron de Toys’R’Us
France, plusieurs dirigeants sont
partis. Lesaffre a fait appel à AlixPartners, cabinet spécialisé en restructuration d’entreprise. L’une de
ses associées, Sophie Barbé, a été
nommée directrice générale de
Toys’R’Us par intérim. Elle est
épaulée par un directeur informatique, un responsable logistique et un
directeur financier, tous issus
d’AlixPartners. Leur mission, qui
devait initialement durer quelques
mois, pourrait être prolongée.
L’incertitude règne
Pour ne rien arranger, le jugement
du tribunal de commerce de confier
Toys’R’Us France à Jellej fait l’objet,
selon nos informations, de deux appels : l’un formé par Jean Charreteur, l’autre par Pierre Mestre, candidat malheureux à la reprise.
« Selon nos avocats, l’appel de Jean
Charreteur n’est pas recevable car il
n’avait pas présenté de projet de reprise, riposte Tony Lesaffre. Quant à
celui de Pierre Mestre, les juges ont
estimé que Jellej associé à Picwic était
la seule solution financièrement crédible. La jurisprudence, sur les appels
au tribunal, est pratiquement à 100 %
contre les appelants. C’est un moyen
de nous embêter, mais ça fait douter
le personnel et les fournisseurs. »
Jellej a tout de même envoyé un
courrier à ces derniers pour les rassurer : « Ces procédures ne remettent
pas en cause les engagements pris par
Jellej Jouets à votre égard. Notre priorité pour les magasins Toys’R’Us
demeure d’assurer la période de Noël
et les commandes associées. »
Du côté de La Grande Récré aussi,
l’incertitude règne. Le tribunal de
commerce de Paris a validé le plan
de continuation présenté par le
PDG Jean-Michel Grunberg. Ce
dernier est soutenu par Financière
immobilière bordelaise (FIB) et son
patron Michel Ohayon, qui a racheté pour 130 millions d’euros de
créances (en valeur nominale) et a
investi 10 millions. « Au terme des
cessions de créances, Michel Ohayon
disposera de 36 % du capital de La
Grande Récré, détaille son avocat.
Ce soutien lui donne une option d’entrée au capital à hauteur de 95 %, au
moment qu’il jugera opportun, probablement au 1er trimestre 2019. »
Un professionnel du secteur estime, sous couvert d’anonymat, que
Michel Ohayon, qui a échoué à reprendre Toys’R’Us France, pourrait
renoncer à prendre le contrôle de La
Grande Récré en cas de bérézina à
Noël. Impossible, selon son avocat :
« S’il y a une incertitude, ce n’est pas
sur le principe de cette option, seulement sur sa date d’exercice. Pour Michel Ohayon, c’est un investissement
de long terme dont la finalité est de
restructurer le marché du jouet.
Jean-Michel Grunberg est la pierre
angulaire de toute la stratégie du
plan de continuation. » ■
A. V.
ArcelorMittal vend des sites pour mieux avaler l’italien Ilva
Comme Bruxelles le lui demande, le leader mondial de l’acier va encore céder trois actifs à Liberty House.
1,8
milliard
d’euros
A
Prix du rachat d’Ilva
par ArcelorMittal
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
INDUSTRIE Le feuilleton de la reprise d’Ilva par ArcelorMittal va-til connaître un épilogue prochainement ? Le sidérurgiste italien, très
mal en point, va-t-il tomber dans le
giron du leader mondial de l’acier ?
En tout cas, le groupe dirigé par
Lakshmi Mittal fait tout pour boucler cette opération.
Ainsi, depuis qu’il a été retenu, en
2017, pour acheter Ilva au prix de
1,8 milliard d’euros, la Commission
européenne lui demande de céder
des usines. Sans cela, elle n’autorisera pas ce rapprochement, estimant qu’il y aurait abus de position
dominante sur le marché des aciers
plats sur le Vieux Continent. ArcelorMittal a tenu compte de cet avertissement.
Vendredi, le groupe a trouvé un
accord pour céder des sites au
Luxembourg et en Belgique pour un
montant
non
communiqué.
L’acheteur n’est pas un inconnu : il
s’agit de Liberty House, le groupe
du milliardaire britannique né en
Inde Sanjeev Gupta, qui avait déjà
repris en octobre quatre actifs d’ArcelorMittal (en Roumanie, Macédoine, République tchèque et Italie).
« La société a désormais reçu des
offres fermes pour l’ensemble des actifs en vente, conformément à ses
engagements vis-à-vis de la Commission européenne », souligne
ArcelorMittal, qui ajoute dans ce
communiqué : « En acceptant des
offres fermes de la part de Liberty
House pour l’ensemble de ces actifs,
la société a tenu compte de la préférence de la Commission pour un
acquéreur unique. »
Dépollution obligatoire
Mais pour qu’ArcelorMittal mette
effectivement la main sur Ilva, encore faudra-t-il que la Commission
européenne partage l’analyse du
leader mondial de l’acier et estime
que les cessions effectuées sont suffisantes. La condition sine qua non
pour décrocher l’autorisation de
Bruxelles. Les autres obstacles qui
auraient pu compromettre ce rachat, ArcelorMittal les a franchis,
non sans mal.
Ainsi, la constitution d’un gouvernement populiste en Italie en
juin a failli remettre en cause ce rachat. Le chef du Mouvement 5 étoiles, également vice-président du
Conseil italien, Luigi Di Maio, estimait avant l’été que la vente était
« viciée » et « illégitime ». Mais si les
pouvoirs publics italiens l’avaient
annulée, ils auraient dû verser des
milliards d’euros d’indemnités à
ArcelorMittal.
Ils sont donc revenus à la table
des négociations. Et, début septembre, ils ont signé un accord avec le
leader mondial de l’acier qui améliore le sort des salariés d’Ilva dans
le cadre de son rachat. Concrètement, ArcelorMittal s’est engagé à
reprendre 10 700 ouvriers sur les
13 560 de l’effectif ; 600 emplois
supplémentaires ont été sauvés par
rapport à ce qui était prévu dans
l’accord de vente signé en 2017.
L’autre volet de l’accord concerne la dépollution du site d’Ilva à Tarente, dans les Pouilles, la plus
grosse aciérie d’Europe, soupçonnée d’avoir provoqué plusieurs dizaines de cancers à cause d’émanations toxiques. ArcelorMittal devra
mettre en œuvre cette dépollution
dès avril 2019 et parvenir à l’exécution de la totalité du programme
d’ici à 2022. Soumis à référendum,
cet accord a été ratifié par les salariés d’Ilva mi-septembre. Désormais, il ne reste plus que l’avis favorable de Bruxelles pour que ce
rachat soit finalisé. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
ENTREPRISES 23
À La Réunion, le viaduc le plus long
de France sort de l’eau
Un pont est en train d’être construit sur l’océan.
Après la catastrophe de Gênes, la presse locale
s’interroge sur sa capacité à résister aux phénomènes
cycloniques et sismiques de l’île volcanique.
Un ouvrage de 12,3 km
REPORTAGE
NOUVELLE ROUTE DU LITTORAL (NRL)
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
ENVOYÉ SPÉCIAL À LA RÉUNION
« Techniques éprouvées »
Cela en fait la troisième route la plus
chère de France, derrière celle du
tunnel de l’A86 (2,4 milliards
d’euros) et celle du futur tunnel
franco-italien Lyon-Turin (26 milliards). Mais le budget pourrait encore déraper. « Je prévois une facture finale autour de 4 milliards d’euros
en intégrant les ouvrages annexes
qui seront indispensables pour permettre à Saint-Denis d’absorber le
flux entrant de voitures. Il faudra notamment creuser un souterrain pour
rejoindre l’aéroport sans encombrer
les routes de la capitale », prédit
Christian Tridon, président du Syndicat des entrepreneurs spécialistes
de travaux de réparation et renforcement de structure (Strres). De
quoi donner des sueurs froides aux
financeurs, la région Réunion,
l’État et l’Union européenne.
Dans le scénario le plus optimiste, les travaux démarrés fin 2013
s’achèveront en 2021. La nouvelle
route comprendra une voie de plus
que l’actuelle qui sera réservée aux
bus afin d’encourager les habitants
à emprunter les transports en commun. L’ouvrage impressionne. Il
inquiète aussi : il est exposé aux cyclones et aux houles extrêmes de
Section en viaduc
Section en digue
St-Denis
OCÉAN INDIEN
La Grande Chaloupe
Le Port
La Possession
Aéroport
Roland
Garros
Rivière des Galets
Saint-Paul
5 km
Le chantier
de construction de la
nouvelle route du littoral,
sur l’île de La Réunion.
COLLECTION PERSONNELLE
UN PROJET
D’ENVERGURE
12,3
kilomètres, avec
6,7 kilomètres
de chaussée sur digue
encadrant deux viaducs :
l’un de 5,4 kilomètres,
l’autre de 240 mètres
1 600
personnes mobilisées
1,66
milliard d’euros
de budget initial
Source : nouvelleroutedulittoral.re
Infographie
l’océan Indien, et il s’élève sur une
zone sismique.
Tiendra-t-il le coup en toutes
circonstances, malgré les conséquences difficiles à prévoir du dérèglement climatique ? La solution
du viaduc était-elle d’ailleurs
meilleure que celle, un temps évoquée, d’un tunnel dans la montagne, certes plus coûteux et exposé
aux chutes de pierres à l’entrée et à
la sortie ? Autant de questions qui
ont ressurgi après l’effondrement
du pont de Gênes. « Le drame italien peut-il se produire à La Réunion ? » s’est interrogé Le Journal
de l’île de La Réunion (JIR).
Le projet avait suscité des doutes
dès l’origine. Une partie de la population préférait route passant par
les montagnes, mais les riverains,
plutôt aisés, s’y sont opposés. Le
secrétaire régional d’Europe Écologie-Les Verts Réunion, Jean-Pierre
Marchau, avait dénoncé le choix
d’une « autoroute sur la mer en milieu tropical » qui devra encaisser
« les pluies tropicales et des vents
moyens allant de 15 à 30 nœuds, voire plus ». L’île volcanique affronte
une dizaine de tempêtes tropicales
par an, la moitié se transformant en
cyclones. « La houle peut être très
puissante, comment va se comporter
le fond marin ? Les piles sont posées,
et non encastrées, sur un fond marin
basaltique. À long terme, il est possible que l’ouvrage devienne obsolète », pointe Christian Tridon.
Dans son cahier des charges, La
Réunion a intégré une hausse d’un
mètre du niveau de la mer pour parer aux éventuels effets du changement climatique sur la montée des
eaux. Cela correspond au scénario
le plus pessimiste du rapport du
Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de
2014 : il table sur une montée de 98
centimètres d’ici à la fin du siècle.
Mais dans une étude publiée par la
revue Nature il y a deux ans, deux
climatologues ont prévenu que ce
niveau pourrait être dépassé avant
la fin du siècle à cause de la fonte
des glaces de l’Antarctique.
Si la catastrophe du pont de Gênes
a provoqué l’émotion, le viaduc de
La Réunion n’est pas comparable.
Monté dans les années 1960 avec une
structure atypique de type hauban
en béton précontraint, le pont italien présentait des défauts connus.
« L’ouvrage souffrait de plusieurs pathologies, les autorités savaient qu’il
n’était pas en très bon état », rappelle
Jismy Picard, directeur d’exploitation de Getec, bureau d’études en
ouvrages d’art.
Règles d’inspection durcies
Le chantier de La Réunion « recourt
à des techniques éprouvées depuis des
décennies pour la partie viaduc, depuis beaucoup plus longtemps pour la
partie digues », rassure Olivier Tricoire, directeur opérationnel du
projet. Il rappelle que le viaduc est
conçu pour résister à des intempéries centennales, rafales de vent à
150 km/h et vagues de 10 mètres.
« Les risques naturels confèrent à la
NRL une complexité technique qui la
classe parmi les grands projets de gé-
Le chantier relance des métiers méconnus ou disparus de l’île
À la
« demande
de la société
marseillaise
SAMT, le
lycée Horizon
de SaintDenis
a ouvert
un CAP
pour former
des jeunes
à la fonction
d’armaturier
»
Largement financé par l’État et
l’Union européenne, le chantier
« nouvelle route du littoral »
constitue une excellente nouvelle
pour l’économie réunionnaise. « Il
emploie 1 800 personnes, dont
1 256 recrutements », précise le
directeur d’opérations Olivier
Tricoire.
Pour l’occasion, des métiers méconnus voire disparus de l’île refont
surface. Les centralistes surveillent
la production de béton et vérifient
sa qualité. Les coffreurs-ferrailleurs réalisent les moules et les
coffrages. Les méga-grutiers assurent le déplacement des charges
lourdes pour la fabrication des piles : panneaux de coffrage, ferraillage, semelles de piles, etc. Les
voussoirs sont transportés par route, depuis le site de préfabrication
du Port, grâce à des fardiers. Ces
impressionnants camions de 35
mètres de long et 5 mètres de large,
équipés de 216 roues, ont deux cabines de pilotage et sont capables de
transporter un immeuble de trois
étages. Conduire un tel appareil nécessite bien sûr une formation spécifique. Les quatre fardiers du
chantier sont d’ailleurs escortés par
des « guideurs » professionnels à
moto qui les aident à traverser les
points critiques. Cette mission, dévolue à la gendarmerie jusqu’en
2011, est désormais transférée à des
opérateurs civils. Vu l’ampleur du
projet, la société Guideurs Pro Réunion a dû organiser au préalable un
stage de remise à niveau.
Main-d’œuvre 100 % locale
La solidité de l’ouvrage dépend en
partie de la société SAMT, basée
près de Marseille, qui a misé sur une
main d’œuvre 100 % locale en formant des Réunionnais au métier
d’armaturier. À la demande de
l’entreprise, le lycée Horizon de
Saint-Denis a même ouvert un CAP
pour former des jeunes à cette fonction méconnue – l’armature sera
par définition invisible du grand
public car recouverte par le béton.
« Le métier d’armaturier a toujours
existé mais n’a jamais été valorisé
par un diplôme. On aimerait exporter
ce CAP en métropole », indique Jérôme Thirion, le directeur d’atelier
de SAMT, au magazine La Réunion.
Tandis qu’à bord de la gigantesque barge Zourite, des opérateurs de
levage grutier manipulent les pièces
de cet incroyable puzzle, des scaphandriers se relaient toutes les
deux heures sous l’eau pour assister
la pose des piles sur le fond marin. Il
faut une cinquantaine d’heures à
ces artisans de travaux sous-marins
pour achever la pose d’une pile.
Pour finir, le volet environnemental, dont le budget représente
5 % du coût total du chantier, mobilise également des ressources insoupçonnées. Le bureau d’études
Biotope Océan Indien opère un suivi de la faune sous-marine (coraux,
poissons et cétacés). Autour des zones de travaux, des « rideaux » attachés à des boudins flottants
contiennent les matières en suspension pour protéger le récif corallien. Chaque matin, avant le dé-
but de travaux sous-marins
bruyants, un ULM survole le périmètre pour vérifier qu’aucun dauphin ou baleine ne se trouve à
proximité.
Même la French Tech locale est
mise à contribution – en l’occurrence la start-up Click’Research,
dont le système de captation de
sons sous-marins a été primé au
Consumer Electronic Show de Las
Vegas. Le fondateur Fabrice Schnöller se rend chaque semaine en
mer avec son hydrophone pour vérifier que les seuils de décibels ont
été respectés. L’outil permet aussi
de repérer les chants de baleines et
les clics de dauphins, afin de détecter la présence de ces mammifères
à proximité des travaux. Filiale
d’un groupe norvégien, la société
Nortekmed a par ailleurs installé
un hydrophone au fond de l’eau qui
émet des alertes en temps réel. Le
chantier a dû être arrêté quarantehuit heures l’an dernier en raison
de la présence de baleines à bosse. ■
T. L.
A
INFRASTRUCTURES Tel un Lego
géant, l’immense viaduc prend forme au-dessus de l’océan, à
300 mètres du rivage. Il est bien visible depuis la route reliant la capitale, Saint-Denis, à la commune de
La Possession. Menant au port
commercial et aux plages très prisées de Saint-Paul, elle est fréquentée chaque jour par 60 000 Réunionnais, soit près d’un habitant sur
dix, qui se retrouvent coincés dans
les embouteillages dès 6 h 30.
Le pont s’étalera sur 5,4 kilomètres, ce qui en fera le plus long de
France devant ceux de Saint-Nazaire et de l’île de Ré. Touristes et
habitants observent du coin de
l’œil, en conduisant, les gigantesques structures de béton qui soutiendront le tablier de 27 mètres de
large. Au rythme de deux par mois,
les 48 « piles » de 8 500 tonnes chacune sont posées par une mégabarge autoélévatrice à huit jambes
baptisée Zourite ( pieuvre, en créole). Les géants du BTP Bouygues et
Vinci sont à la manœuvre, avec la
PME Demathieu Bard. Le chantier a
créé plus de 1 700 emplois directs.
L’ouvrage est le tronçon le plus
impressionnant de la « nouvelle
route du littoral » (NRL) : sur 12,3
kilomètres, elle comportera trois
digues et deux viaducs. De quoi
remplacer la route actuelle, saturée,
exposée aux chutes de pierres et
fermée en période de grosses pluies.
La facture initiale d’1,66 milliard
d’euros, dont 5 % consacrés aux
mesures compensatoires pour l’environnement, sera revue à la hausse. La région a provisionné
250 millions d’euros de plus.
nie civil mondiaux », résumait Bernard Chiesa, ingénieur chez Vinci,
lors de l’appel d’offres. « Je ne suis
pas inquiet pour la stabilité des fondations, mais il existe toujours un risque
pour un ouvrage de cette envergure.
La principale menace proviendrait
d’une surveillance insuffisante de
l’infrastructure dans le temps », estime Jismy Picard. Le viaduc est garanti pour un siècle par les constructeurs mais « durera plus longtemps
pourvu qu’il soit correctement entretenu », assure Didier Rivière, directeur de l’Espace Grands Chantiers de
la région. Un bureau d’études vérifiera son état tous les ans et une inspection détaillée sera menée tous les
cinq ans. Des plongeurs vérifieront
l’état des piles sous l’eau.
Habituée à la vigilance, la Réunion
a été traumatisée par l’effondrement
du pont de la rivière Saint-Étienne,
lors du passage du cyclone Gamède
en 2007. La montée subite des eaux
avait accéléré l’érosion d’une pile, le
viaduc s’était effondré sur toute sa
longueur, sans faire de victimes : le
préfet avait interdit la circulation en
raison de l’alerte cyclonique. La région a durci depuis les règles d’inspection et multiplié par dix le budget
des contrôles. Elle consacre 8 à
10 millions d’euros par an à entretenir les ouvrages d’art ; douze personnes veillent sur les 750 ponts et
650 murs de soutènement de l’île.
« Malgré la sismicité, les cyclones et la
montée des eaux, les ponts à La Réunion sont aussi sûrs que ceux de la
métropole », estime Jismy Picard.
Pour les Réunionnais, l’inauguration paraît lointaine. Ils espèrent
que le nouveau pont réduira les embouteillages. Mais, avec la croissance de la population et sa faible appétence pour les transports en
commun, c’est loin d’être gagné. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
LE GRAND
JEAN-MARC
CHÉRY
TÉMOIN
PDG DE STMICROELECTRONICS
Il existe des incitations à la recherche et développement qui sont incontournables, mais qui pourraient
être encore plus efficaces. Tout
d’abord, au nom de la concurrence, les règles européennes des aides
d’État doivent mettre davantage
l’accent sur les activités de développement prioritaires de l’entreprise. Et ce qui est essentiel, c’est
d’aider la fabrication. Une bonne
politique, c’est celle qui aide une
entreprise à traverser ce qui est appelé par les spécialistes la « vallée
de la mort », qui existe entre une
bonne idée et la production de
masse. Il faut concentrer l’effort
sur le premier déploiement industriel. Les États-Unis, la Chine, le
font massivement.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ET ENGUÉRAND RENAULT
£ @erenault
Le groupe franco-italien, STMicroelectronics a opéré une mutation complète. Désormais recentré
sur le marché des composants
électroniques, il surfe sur la vague
de la voiture autonome et de l’usine 4.0. En France, il emploie 10 500
personnes et investit chaque année
entre 350 et 400 millions.
LE FIGARO. - En quoi l’industrie
des composants électroniques
est-elle stratégique ?
Jean-Marc CHÉRY. - Notre industrie est hautement stratégique car
elle est un vecteur déterminant
d’innovation. Elle rend possible la
transformation, le progrès. Elle est
peu connue du grand public, qui
s’attache surtout au produit final,
mais elle répond aux enjeux technologiques de tous les grands besoins sociétaux - besoins de mobilité, de santé, d’énergie, de
sécurité… - qui tous font appel à de
petits processeurs et des capteurs.
Aujourd’hui, l’innovation dans la
communication via les smartphones, dans les voitures propres ou
autonomes, dans la production
d’énergie, la télémédecine ou
même la création d’usines 4.0 passe par un écosystème combinant
des composants électroniques et
des logiciels.
Les composants ne sont-ils
pas simplement
une nouvelle commodité ?
Non. En 1945, l’acier n’était pas une
commodité, mais un élément stratégique de la reconstruction. C’est
la même chose aujourd’hui pour les
semi-conducteurs, qui permettent
l’évolution des villes, des voitures,
des usines. Ils contribuent à résoudre le dilemme entre la poursuite
de la croissance économique et le
plus grand respect de l’environnement. Les capteurs et microcontrôleurs participent à la réduction
de la consommation des voitures
classiques et au développement des
véhicules électriques. Aujourd’hui,
il y a plus d’électronique dans une
voiture haut de gamme que dans un
avion de ligne récent !
Que pèse votre marché ?
L’industrie des semi-conducteurs
Jean-Marc
Chéry dirige
depuis le mois
de mai STMicro,
l’un deux seuls
géants
européens
de l’industrie
des semiconducteurs.
« L’Europe ne doit pas
perdre la bataille des
puces électroniques »
pèse 412 milliards de dollars, soit
5 % du PIB mondial (2017), contre
256 milliards il y a dix ans. La
croissance est donc forte, mais la
pression sur les prix aussi. Surtout,
les volumes d’investissement sont
colossaux. La croissance doit être
financée par des baisses de coût et
la recherche d’effets de taille. Cela
conduit structurellement à des
mouvements de concentration.
Face aux géants américains
et asiatiques, l’Europe ne risquet-elle pas d’être perdante ?
Conserver cette industrie et son
savoir-faire sur notre sol est un enjeu majeur. L’Europe ne doit pas
perdre la bataille des puces comme
elle a perdu les précédentes dans le
domaine du numérique : celles des
smartphones, des PC, des téléviseurs, des décodeurs et des serveurs informatiques. Le seul secteur technologique dans lequel
notre continent possède encore
deux acteurs de taille mondiale Infineon et STMicroelectronics est celui des semi-conducteurs. Et
nous avons l’opportunité de nous
appuyer sur des écosystèmes dans
lesquels l’Europe est puissante,
dans l’industriel ou l’automobile.
La France et l’Europe doivent-ils
aider, financer, protéger
votre industrie ? Et comment ?
Je crois à la politique avec un grand
« P ». Où l’Europe veut-elle se battre ? Quelle politique industrielle
veut-elle déployer ? Quels atouts
veut-elle pousser ? Il faut une poli-
LES DÉCIDEURS
â TONI RUIZ
Mango
L’enseigne d’habillement catalane renforce son
organisation et recrée un poste de directeur
général que se voit confier le grand argentier du
groupe. Toni Ruiz fait déjà partie du conseil
d’administration. Il avait été nommé directeur
financier en 2015.
â NORBERT STUMPFL
Brioni
La griffe masculine de Kering peine à imposer
son style. Pour la troisième fois en trois ans,
Brioni change de directeur artistique. Après la
démission de Nina-Maria Nitsche en juillet,
l’ex-chef du design de Berluti (LVMH) reprend
la main rattaché au big boss Fabrizio Malverdi.
A
â LAURIE-ANNE MOUSSIER
BHV Marais
À 34 ans, cette transfuge des sites
« pure players » Sarenza et AlittleMarket rejoint le groupe Galeries Lafayette
comme directrice du digital du BHV Marais avec
pour mission d’y mettre en œuvre la stratégie
omnicanale. Diplômée de l’ENS Lyon et de HEC
(master), elle rapporte à la directrice du grand
magasin Amandine de Souza.
tique incitative et cohérente. Ce
n’est pas d’une protection aux
frontières ou des marchés publics
dont nous avons besoin ; nous
sommes des exportateurs et dans
un monde idéal, nous sommes favorables à la stricte application des
règles commerciales internationales. Cela dit, ne soyons pas naïfs : le
jeu de certains acteurs économiques n’est pas très clair en ce moment et pourrait entraîner des mesures de contre-réaction. Il peut
être utile que l’Europe montre un
peu les dents, et cela pèsera parce
que l’Europe n’est pas marginale.
Elle doit être un exemple de respect
des règles.
Quelle politique incitative
préconisez-vous ?
La France a-t-elle soutenu
STMicro ?
Il faut reconnaître à la France un
vrai volontarisme. Ce sont les
plans « nanotechnologies » mis
en œuvre qui nous ont permis de
réussir notre transformation engagée à partir de 2003. Le groupe
s’est détaché d’abord des mémoires, puis du cœur des téléphones portables, pour investir
dans la fabrication de microcontrôleurs et de capteurs. Ce soutien nous a ainsi permis de réaliser la mutation industrielle de
notre site de Crolles en Isère.
Sans cela et sans nos efforts, nous
aurions probablement localisé la
production en Asie. Aujourd’hui,
STMicro a trois sites de production de puces dans l’Hexagone.
Nous y employons plus de
10 500 personnes et y investissons entre 350 et 400 millions
d’euros par an. Ce chiffre est sensiblement identique en Italie.
Vos clients sont-ils sensibles
à ce « made in Europe » ?
Si nos produits innovants leur permettent de se différencier sur leurs
marchés et s’ils peuvent s’assurer
d’une indépendance d’approvisionnement, alors oui. Le sujet de
l’indépendance stratégique est devenu une préoccupation. Mais cela
ne joue qu’à la condition que nos
prix restent compétitifs. C’est peu
connu, mais à Rennes nous avons
une usine où sont assemblés des
composants pour l’industrie spatiale. C’est la seule habilitée à la fois
par l’Agence spatiale européenne
et la Nasa. ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Martin Bouygues, le philanthrope, donne
des ailes à la Fondation Francis Bouygues
Le PDG du groupe Bouygues (au premier plan), avec ses collaborateurs, a « baptisé »
les 60 étudiants de la promotion 2018 de la fondation et annoncé une accélération l’an prochain.
Il a beau faire briller tous azimuts son groupe et
les entreprises qui portent le nom de sa famille,
dans la construction, les télécoms, les médias
(TF1), nourrir de nouveaux appétits dans l’art
de vivre avec son frère Olivier (Château Montrose, Clos Rougeard, cognac…), voilà une tradition à laquelle le discret patron du CAC 40
aux 33 milliards de chiffre d’affaires et aux
115 530 salariés ne déroge jamais : la remise des
bourses annuelles de la Fondation Francis
Bouygues.
Martin Bouygues s’est donc retrouvé avec
l’ex-secrétaire général Jean-François Guillaumin, devenu président de la fondation, sur la
scène de l’auditorium maison pour baptiser la
promotion 2018 d’une jeunesse en devenir et
qu’il a à cœur d’aider. Souci de la responsabilité sociale, la « RSE », dit-on aujourd’hui, qui
était déjà une préoccupation pour son entrepreneur de père dès 1952. Créée en 2005, « la
fondation porte le nom d’un homme, Francis
Bouygues, fondateur du groupe, qui avait la
conviction que les hommes et les femmes, d’où
qu’ils viennent, devaient bénéficier des mêmes
chances et évoluer grâce à leurs compétences et
leur volonté », a rappelé le PDG de Bouygues.
Si, depuis treize ans, lui et ses équipes ont déjà
permis à 789 jeunes bacheliers aux origines
modestes, méritants et motivés, de suivre des
études supérieures, le patron philanthrope en
a profité pour annoncer une nouvelle accélération : « Forts du succès de la fondation et des
échos positifs des étudiants et des parrains, nous
avons décidé de porter à 100 étudiants les futures promotions à compter de septembre 2019. »
Elles étaient de 60 jusqu’à présent.
C. B.
Une bonne
« politique,
c’est celle
qui aide une
entreprise
à traverser
ce qui est
appelé la
« vallée de
la mort »,
qui existe
entre une
bonne idée
et la
production
de masse
»
JEAN-MARC CHÉRY
Bio
EXPRESS
2018
Premier PDG
français de
STMicroelectronics
2008
Nommé Chief
Technology officier
de STMicro
1988
Entre chez Thomson
Semiconducteurs
1985
Débute sa carrière
chez Matra
1960
Naissance à Orléans
EN VIDÉO SUR
www.lefigaro.fr
www.lefigaro.fr/decideurs
â CHRISTOPHER RAEBURN
Timberland
Le créateur anglais, qui a lancé son
studio en 2008, devient le directeur
artistique de la marque américaine
connue pour ses Yellow Boots. Cet adepte du
recyclage, entiché de développement durable, affiche de grandes ambitions dans ce domaine. Christopher Raeburn a déjà collaboré
avec différentes marques dont Victorinox en
2010 et Moncler en 2012. Il partagera son
temps entre son studio et ceux de Timberland, principalement à Londres mais aussi à
Stabio, en Suisse, et à Hongkong. La première
collection globale du designer anglais sera
présentée pour l’automne-hiver 2020.
â PATRICK DANIELS
Aigle
Le dirigeant franco-américain, qui dirigea
pendant cinq ans la marque-enseigne Esprit, est recruté par le groupe suisse Maus
comme vice-président de la marque lifestyle. Il est chargé des ventes dans la région
Europe-Moyen-Orient-Afrique.
Après
avoir quitté Esprit en mai 2017, Patrick Daniels a aussi fondé, avec cinq autres professionnels de l’industrie du sport, la société
Atelier Sport Couture, ayant pour vocation
de créer des collections dédiées à la pratique
du sport.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
MARCHÉS
25
Les conditions
d’une flambée de l’or
ne sont pas réunies
QUESTIONS
D’ARGENT AVEC
Comment faire pour acheter
un rang de vigne ?
PLACEMENT Détenir sa propre
vigne et élaborer son vin ? C’est
un privilège qui n’est pas à la portée de tous. Quelques célébrités
comme David Beckham, Luc Besson, Michel Denisot ou Gérard
Depardieu ont pu mettre leur
rêve en musique - des exploitants
se chargent de leur domaine. Mais
ceux qui n’ont pas leur fortune
resteront bien souvent sur le carreau. Car pour devenir viticulteur, il faut être soit fortuné, soit
héritier d’une exploitation, soit
être issu de cet univers et dûment
formé. Il existe cependant
d’autres solutions que l’achat
d’un domaine, notamment grâce
aux
Groupements
fonciers
viticoles.
Les achats des banques centrales soutiennent les cours,
mais la hausse du dollar limite l’attrait du métal jaune.
ANALYSE
ROLAND LASKINE £@RolandLaskine
MARCHÉ Le mois d’octobre noir
qu’ont connu les places boursières
mondiales, déstabilisées par la
montée des risques économiques
et politiques, n’a pas vraiment réveillé le cours de l’or. Autour de
1 210 dollars l’once à Londres, le
métal précieux n’a pas joué son
rôle habituel de placement refuge
face à la débâcle boursière. La relique barbare, selon la célèbre expression de John Mayer Keynes,
n’a gagné que 3 % au cours du
mois d’octobre, ce qui peut difficilement être qualifié de flambée des
prix. En septembre 2008, après la
faillite de la banque américaine
Lehman Brothers, le prix de l’once
d’or s’était envolé de près de 20 %
en moins d’un mois.
Rien de tel cette fois-ci, mais
d’importants changements sont
en train de s’opérer sur le marché
du métal jaune avec l’arrivée en
force des banques centrales qui,
après avoir longtemps déserté, reviennent en force avec des achats
de plus en plus importants. Les
dernières statistiques du World
Gold Council, qui regroupe les
principaux producteurs mondiaux, montrent que la demande
d’or des banques centrales durant
le premier semestre 2018 s’est accrue de 8 % (193,3 tonnes) par
rapport à la même période de
l’année précédente. Il s’agit de la
demande semestrielle la plus élevée depuis 2015. Sur les 964,3 tonnes d’or négociées au cours des six
premiers mois de l’année, l’industrie (notamment les fabricants
d’appareils électroniques) et la bijouterie restent de loin les plus
gros intervenants, mais les banques centrales sont aujourd’hui
passées devant les fonds spécialisés dans la détention d’or. Ces
fonds, dont le principal d’entre
eux est le fameux Gold Bullion,
s’étaient hissés au premier rang
des acheteurs au moment de la
fièvre de l’or qui a duré de fin 2008
jusqu’au mois d’octobre 2012. Ils
sont désormais les intervenants
les moins actifs. La montée en
puissance des banques centrales
est quant à elle progressive, mais
celles-ci détiennent désormais
près de 10 % du stock mondial
d’or.
Forte demande
des pays émergents
La demande provient surtout des
pays émergents, notamment de la
Russie, de la Turquie et du Kazakhstan, qui, à eux trois, ont
contribué à hauteur de 86 % des
achats semestriels des banques
centrales. Certains États, comme
l’Inde, l’Égypte, la Thaïlande et les
Philippines, reviennent aussi sur
le marché.
Si les banques centrales des pays
occidentaux s’intéressent peu à
l’or, les pays émergents sont très
actifs. Selon Natalie Dempster, du
World Gold Council, « il se peut
que les nations accumulent de l’or
dans l’anticipation du scénario d’un
système monétaire international
qui s’éloigne du dollar pour d’autres
devises ». Une manière plutôt feu-
L’once d’or est loin de ses sommets de 2011
En dollars
1 800
1 600
2 novembre
2018
1 400
1 214,75
1 200
1 000
800
600
400
200
2001 02 03 04 05 06 07 08 09 10
11 12
13 14
Source : Bloomberg
15 16
17 2018
Infographie
trée de signifier que de nombreux
pays émergents, notamment producteurs de matières premières,
ne souhaitent plus placer leurs excédents budgétaires en dollars.
L’or constitue pour eux une source
de diversification.
Les experts de la banque australienne Macquarie estimaient le
mois dernier que « l’attrait des
banques centrales pour les placements aurifères va se renforcer ».
Même la Pologne, qui n’avait pas
acheté d’or depuis deux décennies, s’y est mise. La Russie est le
pays ayant été le plus loin dans la
diversification de ses réserves de
change. Sur le semestre, elle est le
cinquième détenteur au monde,
avec près de 2000 tonnes derrière
les États-Unis, l’Allemagne l’Italie
et la France. L’or représente
aujourd’hui près de 18 % de ses
réserves, contre à peine 3 % en
2008. La Chine, qui a été un très
gros acheteur d’or ces dernières
années, ne figure plus dans le palmarès des plus gros acheteurs,
mais ses stocks (1842 tonnes) sont
aussi parmi les plus élevés du
monde.
Ces mouvements soutiennent
les cours, mais les conditions d’un
puissant mouvement haussier ne
sont, pour l’instant, pas réunies.
Cela, pour la simple raison que les
principaux moteurs de son ascension sont désactivés. Le premier
d’entre eux tient à l’évolution du
dollar. Loin de s’affaiblir, ce qui
est traditionnellement favorable à
l’or, celui-ci ne cesse de se renforcer, notamment face à l’euro tombé cette semaine à 1,13 dollar.
Le billet vert est à la fois stimulé
par les bonnes performances de
l’économie américaine et par la
hausse des taux d’intérêt aux
États-Unis. À 3,20 %, le rendement servi par les emprunts
d’États américains à 10 ans constitue aussi un concurrent direct du
métal précieux, qui ne rapporte
rien par définition. L’inflation,
contre laquelle l’or est censé protéger les épargnants, semble se réveiller. Mais avec une hausse des
prix (hors énergie et produits alimentaires) située autour de 2,4 %
aux États-Unis, la poussée n’est
pas assez forte pour susciter une
lame de fond sur le métal jaune.
Surtout pas à un moment où les
économistes se demandent si le
cycle de croissance ne touche pas
à sa fin. ■
LA SÉANCE DU VENDREDI 2 NOVEMBRE
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 41,05
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,75
AIRBUS .............................................. 95,61
ARCELORMITTAL SA ..................................
22,285
ATOS .............................................. 78,9
AXA .............................................. 22,235
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
46,605
BOUYGUES ..............................................
33,03
CAPGEMINI ..............................................
110,95
CARREFOUR ..............................................
17,425
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,588
DANONE ..............................................62,94
DASSAULT SYSTEMES ..................................
109,05
ENGIE .............................................. 11,91
ESSILORLUXOTTICA ..................................
120,55
HERMES INTL ..................................507,4
KERING ..............................................421
L'OREAL ..............................................201,1
LEGRAND ..............................................57,12
LVMH .............................................. 279,05
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,61
41,48
-0,19 107,75
-0,92 98,77
+0,27 23,5
+2,98 80,7
+0,25 22,555
+0,76 47,395
+0,98 33,29
+2,64 111,65
+0,87
17,47
+1,05
11,728
+0,25 63,52
-0,37 111,85
-0,5
12,075
-1,19 123,2
+0,67 515,8
+5,51 427,3
+0,65 201,9
-0,7
58,48
+3,43 280,7
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
40,8
105,65
95,39
22,285
77,72
22,23
46,525
32,9
109,65
17,3
11,55
62,58
108,15
11,91
120,3
505,2
415,8
199,65
57
276,2
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
0,316
0,293
0,219
0,268
0,585
0,261
0,397
0,288
0,466
0,362
0,266
0,215
0,137
0,256
0,3
0,074
0,498
0,099
0,298
0,229
-4,53
+0,67
+15,19
-17,81
-34,98
-10,11
-25,13
-23,74
+12,2
-3,41
-16,03
-10,02
+23,1
-16,92
+13,7
+15,25
+8,73
-11,01
+13,71
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
91,68 +1,21
ORANGE ..............................................13,955 -0,64
PERNOD RICARD ..................................
136,95 +0,55
PEUGEOT ..............................................
21,06 +1,2
♣ 52,26 +0,93
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
66,27 +0,45
SAFRAN ..............................................112,8
-0,27
SAINT GOBAIN ..................................
32,905 -1,35
SANOFI ..............................................77,75
-1,58
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
64,84 +1,53
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
33,13
+1,38
SODEXO ..............................................87
-4,08
STMICROELECTRONICS .............................
13,785 -0,33
TECHNIPFMC ..................................23,11
-0,13
TOTAL .............................................. 50,25 -0,77
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
159,6
-0,35
VALEO .............................................. 28,75 +4,24
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,565 -0,26
♣
VINCI .............................................. 77,94 -0,94
VIVENDI ..............................................21,87 +2,2
+HAUTJOUR +BAS JOUR
94,7
14,1
137,3
21,98
52,6
68,93
117,05
33,95
79,4
66,06
33,565
91,96
14,395
23,87
51,23
162,18
30,18
18,195
79,7
22,22
91,66
13,9
136,25
21,06
52,04
66,27
112,55
32,84
77,73
64,36
33,045
86,26
13,76
23,06
50,19
159,6
28,55
17,55
77,88
21,64
%CAP.ECH
0,44
0,259
0,21
0,272
0,353
0,541
0,31
0,427
0,198
0,385
0,697
0,355
0,407
0
0,215
0,229
5,816
0,429
0,19
0,304
31/12
-23,31
-3,59
+3,79
+24,21
-7,75
-21,02
+31,3
-28,44
+8,21
-8,5
-23,04
-22,36
-24,28
-10,6
+9,13
-53,83
-17,44
-8,47
-2,45
à suivre sur
lefigaro.fr/bourse
Les matières
premières et les
produits dérivés
n Le crible
des sicav
et des fonds
n Les portefeuilles
de Roland Laskine
n Les cotations
en direct
sur iPhone
n
1
Pourquoi miser
sur les rangs de vignes
via un Groupement
foncier viticole ?
Les Groupements fonciers viticoles (GFV), mis au point par des
sociétés spécialisées, regroupent
des investisseurs qui, ensemble,
achètent tout ou partie des vignes
d’une
exploitation,
ensuite
confiées en fermage à un professionnel. Le ticket d’entrée est
bien plus accessible - à partir de
30 000 ou 50 000 euros selon les
promoteurs -, et comme tout
propriétaire, vous pourrez goûter
les fruits de votre investissement.
« Nous lançons un à deux groupements par an, explique Marc Bertrand, directeur général de La
Française, l’un des principaux
opérateurs du marché. Nous trouvons d’abord la propriété à la recherche d’investisseurs, puis nous
signons une promesse d’achat sous
condition de lever des fonds. » Les
vendeurs sont souvent des exploitants confrontés à la nécessité
de régler une succession ou de
réaliser des investissements, ou
des sociétés qui cherchent à produire du vin sans pour autant
posséder les terres. Il s’agit donc
d’un produit de rareté.
2
Quels terroirs
et appellations ?
Si les GFV de La Française
peuvent être situés sur tous les
terroirs français - elle en proposait un en Alsace ces dernières semaines -, la grande majorité se
situe dans le Bordelais. « Nous
choisissons des propriétés qui ont
de bons fondamentaux, une terre
de qualité, et dont l’exploitant saura valoriser la marque et la terre
au fil du temps », poursuit Marc
Bertrand. Si le pari est réussi,
c’est tout bénéfice pour l’investisseur qui empochera une plusvalue lors de la revente du grou-
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,584
1,4956
0,8787
8,9391
128,89
1,1422
1,1417
3,277
11,103
6,2539
20,43
7,8712
82,7085
135,656
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
pement, environ une vingtaine
d’années plus tard.
« Nos GFV visent principalement
de petites maisons ayant un potentiel de progression », confie de
son côté André Manière, à la tête
des GFV Saint Vincent, le plus
important opérateur indépendant
du secteur. Il propose actuellement deux possibilités, à SaintEstèphe et en Champagne. Ici, la
proximité avec l’exploitant est la
règle : l’investisseur est invité
chaque année à participer à l’assemblée générale dans la propriété, peut la visiter, participe aux
décisions. Il est dans « ses vignes », même s’il n’en possède
que quelques pieds.
Outre les vertus fiscales et patrimoniales, l’investisseur profite
aussi des produits de l’exploitation, puisqu’il reçoit tout ou partie de ses « fermages » sous forme de bouteilles. Celles-ci sont
reçues à un prix inférieur à leur
valeur commerciale, ce qui permet soit de boire un bon vin à un
prix attractif, soit de les revendre
ou de les échanger.
Outre les GFV, plusieurs opérateurs proposent aussi d’investir
via la finance participative dans
des vignobles, tels que Rhonea
Vignoble ou Ardèche Vignoble.
Les projets sont ici plus sociétaux,
car ils visent à soutenir un territoire et les vignerons qui y exercent leur talent, et pas question
de s’attendre à des tombereaux
de vins, car le paiement est
« symbolique ».
3
Quels avantages
fiscaux ?
Les parts de GFV renferment un avantage important pour
les détenteurs de gros patrimoines : ils bénéficient d’une large
exonération sur les droits de succession ou de donation. Les parts
transmises sont en effet exonérées à hauteur de 75 % de leur valeur
dans
la
limite
de
101 897 euros et de 50 % au-delà.
Pour en bénéficier, les parts doivent être détenues depuis au
moins deux ans par le donateur
ou le défunt, et l’héritier ou donataire doit les conserver au
moins cinq ans.
Des abattements proches sont retenus pour l’IFI, ce qui permet
aux contribuables concernés
d’augmenter la part de foncier
dans leur patrimoine, sans alourdir pour autant leur impôt.
Les « fermages » sont en revanche imposables, et l’éventuelle
plus-value est taxée comme
toutes les plus-values immobilières. ■
ÉRIC LEROUX
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34990
34230
+0,69
NAPOLEON ..................................................... 209,8
202,9
+1,4
PIECE 10 DOL USA .....................................................
598
598
+1,7
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212,9
212,9
+0,05
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1155
1175
-1,11
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
206
206
+0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
305
305
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1305
1319
-0,38
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
117
115,9
+6,56
PIECE SUISSE 20F .....................................................
204,1
203,9
+0,69
PIECE LATINE 20F .....................................................
203,5
203,5
+0,3
SOUVERAIN ..................................................... 258
261,9
-1,04
KRUGERRAND .....................................................1115
1149
-0,34
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
257,85 30/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
46,14 30/10/18
BELLATRIX C ................................................
320,69 30/10/18
SIRIUS ................................................52,92
31/10/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
adjugé plus de 3 %, portant ainsi ses
gains à près de 14 % depuis le début de
l’année. Une belle performance au sein
d’un indice CAC 40 qui perd près de
3,5 % sur la même période. Avec une
capitalisation de plus de 140 milliards
d’euros, le groupe dirigé par Bernard
Arnault retrouve au passage sa place
de première capitalisation de la Bourse
de Paris, qu’il avait brièvement cédée à
Total.
Le secteur du luxe dans son ensemble, très sensible à la demande chinoise, a bénéficié ces derniers jours de la
détente constatée dans le bras de fer
commercial qui oppose la Chine et les
États-Unis. Le président américain Donald Trump et son homologue chinois
Xi Jinping affichent en effet tous deux
leur optimisme sur l’issue de ce conflit.
Vendredi, à Paris, Kering et Hermès
étaient d’ailleurs également en nette
hausse. Kering, dont le cours grimpait
de plus de 5 % en séance, était aussi
porté par une note de RBC Capital
Markets. La maison de courtage vient
de passer à l’achat sur la valeur, avec
un objectif de cours à 520 euros. Selon
l’analyste, le recul de plus de 20 % de
l’action depuis la fin du mois de juin offre « un point d’entrée attrayant »,
d’autant plus que, selon lui, « la croissance de sa pépite, Gucci, devrait se
poursuivre même si elle est appelée à
se normaliser à terme ». ■
H. R.
A
LE LUXE SE REDRESSE, LVMH REPASSE DEVANT TOTAL EN TÊTE DE LA BOURSE DE PARIS
Emportés dans la tempête qui s’est
abattue sur les marchés boursiers au
mois d’octobre, les spécialistes du luxe
sont aujourd’hui les premiers à rebondir avec le retour à plus d’optimisme de
la part des investisseurs.
Le numéro un mondial du secteur,
LVMH, profite naturellement de ce
mouvement. Vendredi, le titre s’est
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
Apple ne communiquera plus
le nombre d’iPhone vendus
EN BREF
TROIS FILMS NETFLIX
PROJETÉS EN SALLE
Le groupe a affiché un chiffre d’affaires de 265 milliards de dollars sur l’année écoulée.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIE Peu d’entreprises
peuvent se payer le luxe d’exiger
l’attention des investisseurs là où
elles le souhaitent. Apple en fait
partie. Le géant des nouvelles
technologies a présenté jeudi soir
ses résultats pour son quatrième
trimestre. Sur les trois derniers
mois, il a engrangé un chiffre d’affaires de 62,9 milliards de dollars,
en hausse de 20 % par rapport à la
même période cette année. Au total, pour l’année 2018 (qui s’achève, pour Apple, fin septembre),
Apple a réalisé un chiffre d’affaires
annuel s’élevant à 265,5 milliards
de dollars. C’est 15 % de plus que
pour l’année précédente.
Et pourtant, Tim Cook n’est pas
tout à fait satisfait. Le PDG d’Apple
a accompagné ces résultats d’une
annonce tonitruante. À partir du
prochain trimestre, son entreprise
ne donnera plus les chiffres de
ventes en unités pour ses iPhone,
iPad et Mac.
Jusqu’ici, Apple divisait ses revenus en cinq catégories : iPhone,
iPad, Mac, « Services » (qui comprend notamment ses revenus sur
l’App Store) et « Autres produits »
(avec l’Apple TV, l’Apple Watch et
les AirPods). Dans le cas de l’iPhone, de l’iPad et des Mac, deux
données étaient présentées : les
ventes à l’unité et les revenus issus
de ces ventes. « Depuis quelques
années, le nombre de produits vendus sur trois mois n’est pas vraiment un chiffre représentatif de la
santé de nos activités, a expliqué
Luca Maestri, directeur financier
d’Apple. Les performances d’une
catégorie en particulier sont moins
importantes pour nous que cela ne
l’a été par le passé, car nous disposons d’un portfolio de produits et de
services très large. »
« C’est comme si vous alliez au
supermarché et que le caissier ou la
caissière vous demandait “combien
d’unités de produits avez-vous
TF1 SAISIT À NOUVEAU
LE CSA CONTRE «TPMP»
£ La guerre entre TF1 et Cyril
Hanouna se poursuit. La Une
vient à nouveau de saisir
le Conseil supérieur de
l’audiovisuel (CSA) après
la diffusion de photos dénudées
de son animatrice Karine Ferri
dans « TPMP » sur C8.
» Sur
achetées ?”, a ajouté Tim Cook,
visiblement d’humeur à utiliser
des métaphores. L’enjeu, ce ne
sont pas les unités, mais la valeur
qu’il y a, au total, dans votre panier. »
Ralentissement
Ce changement arrange surtout
Apple qui est confronté, depuis
plusieurs trimestres, au ralentissement de ses ventes d’iPhone.
Entre le quatrième trimestre 2018
et 2017, ces dernières n’ont pas
augmenté, en nombre d’unités.
En revanche, les revenus engrangés, eux, ont bien connu une
hausse de 30 %, grâce à l’augmentation du prix des iPhone. Ces
derniers coûtent en moyenne
175 dollars de plus que l’année
dernière, autour de 800 dollars
l’unité. L’iPhone XS, le dernier né
de la marque, présenté en septembre, est vendu à partir de
1 155 euros dans sa version normale, et 1 255 euros dans sa version grande taille. En d’autres termes, la stratégie d’Apple repose
moins sur la croissance de ses
ventes à l’unité, en berne, que sur
la hausse du prix de ses produits,
qui compense ce ralentissement.
Apple est une entreprise qui se
porte très bien. Sa valorisation
boursière a récemment passé la
barre symbolique des 1 000 milliards de dollars. Il s’agit aussi
d’une société en mutation.
L’iPhone représente toujours
58 % des revenus d’Apple. Pourtant, d’autres catégories progressent petit à petit, dans ses autres
produits ou ses services en ligne.
Une diversification nécessaire
face à un marché du mobile très
saturé et à une concurrence de
plus en plus importante sur le segment du haut de gamme, rivaux
de l’iPhone. Apple est actuellement le troisième vendeur de
smartphones au monde, derrière
Samsung et Huawei.
Malgré cette bonne santé financière, les investisseurs ont sanctionné cette annonce. Ils ont également mal accueilli les prévisions
de vente d’Apple pour son pre-
nouveau
A
numéro spécial :
tout ce qu’il faut savoir
sur la franchise
€
6,50
£ Le dernier film des frères
Coen, La Ballade de Buster
Scruggs, Roma, d’Alfonso
Cuaron, ou encore Bird Box,
le thriller de Susanne Bier
avec Sandra Bullock, sortiront
en salle dans une vingtaine
de pays (hors France) avant
leur diffusion quelques jours
plus tard sur Netflix. Le géant
de la vidéo à la demande
espère ainsi pouvoir concourir
aux Oscars, ce qui implique
de passer par la case salles
obscures.
En vente actuellement
chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr
Tim Cook,
le PDG d’Apple,
lors de la présentation
des résultats annuels
de l’entreprise, jeudi
à Apple Worldwide
Developer Conference
(WWDC) à San Jose,
Californie.
ELIJAH NOUVELAGE/REUTERS
mier trimestre 2019, qui se déroulera entre octobre et décembre,
englobant la période cruciale des
fêtes. Ces dernières sont en deçà
des espérances des analystes. Apple craint notamment des performances moins importantes que
d’habitude dans certains pays
émergents, au Brésil, en Inde, en
Russie ou en Turquie. Le titre
d’Apple cédait de plus de 6 % à
l’ouverture de la Bourse de New
York, vendredi après-midi. ■
économie
« L’ACTUALITÉ
DES MÉDIAS »
dans le 17h-19h
par Catherine Pottier
et Enguérand Renault
chaque dimanche
à 17h25
et sur franceinfo.fr
TikTok, l’appli musicale
qui fait chanter les jeunes
C’est la sensation du moment chez les ados.
Facebook prépare sa version. Triller tente de percer.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
ET ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
MUSIQUE Oubliez les stories de
Snapchat ou de Facebook. Chez les
adolescents, le dernier cri en matière d’appli est chinois et s’appelle
TikTok. Son principe ? Enregistrer
des vidéos courtes, dans lesquelles
on danse et on chante en play-back
sur des morceaux de musique, que
l’on partage entre amis. Ou encore
créer des mini-vidéos ultravirales,
dans lesquelles les ados parodient
des scènes de film, inventent des
sketchs… Dans leurs productions
maison, les utilisateurs sont aidés
par des algorithmes et de l’intelligence artificielle. À mi-chemin entre le selfie à effets spéciaux et le karaoké 3.0, TikTok est devenue en
début d’année l’appli la plus téléchargée au monde sur l’AppleStore,
devant Facebook, YouTube, WhatsApp ou Instagram.
Propriété du puissant chinois ByteDance, TikTok a avalé l’année
dernière son plus grand concurrent, Musical.ly, pour plus de
800 millions de dollars. Aujourd’hui, le réseau social plébiscité par
les préadolescents revendique plus
de 600 millions d’utilisateurs actifs.
Dont environ 2,5 millions en France, selon les données de l’association Génération Numérique et de
l’agence Heaven. Chez nous, 62 %
des filles en classe de 5e déclarent y
être inscrites… De quoi éveiller
l’appétit des concurrents, à commencer par Facebook.
Alors que son audience vieillit
inexorablement, la plateforme de
Mark Zuckerberg travaille depuis
quelque temps à la création d’un
clone de TikTok. Baptisé Lasso, cette nouvelle arme de reconquête des
plus jeunes doit elle aussi permettre
de se filmer en train de danser et de
chanter sur ses musiques préférées.
On ne change pas une formule qui
gagne… Et, à défaut de pouvoir la
racheter, on la copie. Facebook l’a
bien fait avec les stories de Snapchat. Pourquoi pas avec les miniclips de TikTok ?
En attendant le lancement de
Lasso, d’autres services se positionnent, à l’image de Triller. Fondée il
y a deux ans, cette start-up californienne, qui permet de créer ses
propres clips musicaux, entre 15 et
45 secondes, revendique 32 millions
d’inscrits, dont un million d’utilisateurs actifs. En France, la plateforme a démarré il y a an et fédère
600 000 fans. « Paris est la ville qui
utilise le plus Triller après Miami »,
assure son PDG, Mike Lu.
Rémunération
des créateurs
Valorisée « 50 millions de dollars »
d’après lui, l’appli espère atteindre
l’équilibre d’ici à début 2020 et
compter 100 millions d’inscrits
dans deux ans. Elle prévoit d’arriver en Chine l’an prochain.
À la différence de TikTok, dont la
plupart des utilisateurs ont entre 8
et 10 ans, Triller vise plutôt leurs
aînés de 16 à 27 ans. La monétisation
du service repose sur trois piliers :
les donations demandées par les artistes à leur communauté de fans, le
brand content, ainsi que la promotion des musiques produites par les
labels. Surtout, le modèle économique est à front renversé de celui des
concurrents. « Chez nous, 80 % des
revenus vont aux créateurs », fait
observer le dirigeant. Tout l’inverse
d’une plateforme comme YouTube
par exemple. « Nous mettons directement en relation les marques et les
influenceurs, même ceux qui n’ont
pas encore d’énorme communauté »,
explique-t-il. Alors qu’elle comptait 21 millions de followers sur TikTok, l’artiste Kristen Hancher, déçue par les faibles opportunités de
monétisation, a finalement déménagé sur Triller… ■
À mi-chemin
entre le selfie à effets
spéciaux et le karaoké
3.0, TikTok est
devenue en début
d’année l’appli
la plus téléchargée
au monde. DA QING/
IMAGINECHINA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 087 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
INTERVIEW
VIN
GRAYSON PERRY, STAR
SPECTACULAIRE DE L’ART
ANGLAIS, S’EXPOSE
À LA MONNAIE DE PARIS PAGE 29
À VOLNAY, UN ESPRIT AVANTGARDISTE SOUFFLE SUR LE
DOMAINE DE LA POUSSE D’OR
PAGE 31
Y aura-t-il de la
viande
à Noël ?
Sous la pression des vegan et des
végétariens, la consommation de bœuf
est en chute libre. L’homo carnivorus
est-il une espèce en voie de disparition ?
LIGHTFIELD STUDIOS/SHUTTERSTOCK
PAGE 28
Sur scène, la Bajon
se fait un nom
ONE-WOMAN-SHOW Au Grand PointVirgule à Paris, l’humoriste donne corps
à ses indignations. Et conquiert le public.
Nathalie Simon
nsimon@lefigaro.fr
V
ous n’oublierez plus son
nom, la Bajon. C’est le
vrai nom d’Anne-Sophie, humoriste de
charme et de choc. La
Bajon comme la Pietragalla ou la
Callas, ça le fait, dit-elle. Cette
grande gueule a explosé grâce à une
vidéo sur YouTube en 2017 : elle
jouait l’avocate véreuse de Penelope
Fillon, François Hollande ou Jérôme
Cahuzac. Elle reprend le rôle dans
son spectacle intitulé Vous couperez.
Une consigne qu’elle donne à un
journaliste : son partenaire, Vincent
Leroy, également coauteur de ses
textes où la noirceur le dispute à
l’ironie grinçante.
Un aplomb formidable
La Bajon lâche ses boulets de canon à
travers une galerie de personnages
farfelus ; un policier incompétent,
une femme de ménage qui a travaillé
à l’Élysée - et a été remerciée pour
cette raison -, une factrice bavarde,
Dieu aussi. « Oui, Dieu est une femme : j’ai dit que la lumière soit, le soir,
c’était réglé ; un homme met trente
jours avant de changer une ampoule. » L’olibrius en baskets n’omet pas
les sujets graves comme les migrants
et Daech (on s’excuserait presque de
rire aux éclats). Ou la « pédophilie ».
La Bajon a peur des enfants et regrette, contrairement aux araignées, de ne pas pouvoir les écraser
(elle ne circule pas tous les jours en
voiture).
Cette enfant adoptée - « Vous
n’oserez pas dire du mal d’une enfant
de la Ddass » - par un ingénieur de
l’aérospatiale et une infirmière
anesthésiste fait passer toutes les pilules sur un ton badin avec un
aplomb formidable. La politique n’a
pas de secrets pour elle. Après les
deux François - Fillon et Hollande -,
c’est Emmanuel Macron qu’elle
égratigne d’une plume alerte. Elle le
compare à un bébé non désiré.
« Maintenant qu’il est là, il faut faire
avec. »
Sous la veste d’une « députée productive » - « incroyable ! » -, la Bajon
est atteinte du syndrome de la critique assassine. Elle assure que son
spectacle est « intégralement remboursé » par la Sécurité sociale. C’est
faux, même s’il possède des vertus
cathartiques. « Vous couperez »,
lance-t-elle au public. Pour une
question de rythme, on suggérerait
bien une petite coupe au début, mais
c’est tout.
Déjà la Bajon nous abandonne,
Brigitte et Emmanuel Macron l’appellent pour savoir s’il reste des
places. Un jour, ils pourraient bien
aller l’applaudir à l’Olympia.
Grand Point-Virgule (Paris XVe)
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A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Le bœuf n’a plus la cote
JOSIANE CORNELOUP
DÉPUTÉE LR DE SAÔNE-ET-LOIRE
Snobée par des consommateurs sous influence des mouvements
vegan et effrayés par un discours médical radicalisé, la viande rouge déserte
les tables étoilées. Phénomène de mode ou tendance durable ?
« La
violence va
crescendo »
GASTRONOMIE
ISABELLE SPAAK
as de bœuf. À la carte de
l’Abeille, table triplement étoilée du
Shangri La à Paris, Christophe Moret
propose cet automne un bar de ligne
cuit à blanc, chou-fleur cuisiné au lait
Ribot, une sole de petit bateau, un homard de nos côtes nourri de vanille, potiron et châtaigne en cocotte lutée. Au
menu de la saison, on trouve aussi un lapin de clapier en trois cuissons, gnocchis fumés et girolles, jus saupiquet, un
ris de veau doré, carottes de la famille
Riant en gremolata, une poitrine de canard colvert rôtie, betterave au foin et
olives noires taggia et une poitrine de
cochon fermier de la Châtaigneraie,
confite, craquante. Mais de produits bovins, point. Cela fait un moment que
l’initiateur des « Dîners 100 % Green »
et des « Afternoon Tea 100 % Vegan »
en 2015, a cessé d’en servir. « La dernière fois, quand on a envoyé une côte de
bœuf bien maturée, les clients se sont
plaints qu’elle était trop dure. On n’a plus
cette culture », s’agace le chef qui met
cette habitude d’exiger des morceaux
tendres sur le compte de la mondialisation qui a modifié le goût. « Faites le tour
des palaces, vous verrez, je ne suis pas le
seul à avoir abandonné », constate-t-il.
Vous semblez très sensibilisée
aux discours hostiles à la filière
viande. Pourquoi ?
Avec une vingtaine de députés du
groupe LR, nous avons auditionné
le 24 octobre dernier, à l’Assemblée nationale, Jean-François Guihard, président de la Confédération française des bouchers,
charcutiers, traiteurs (CFBCT), qui
nous a fait part des menaces dont
sa profession faisait l’objet. Pour
faire la lumière sur les différents
réseaux et groupuscules activistes, nous proposons de réunir des
experts judiciaires, des associations et différents acteurs des filières concernées.
“
La dernière fois, quand
on a envoyé une côte
de bœuf bien maturée,
les clients se sont plaints
qu’elle était trop dure.
On n’a plus cette culture
”
A
CHRISTOPHE MORET, CHEF TRIPLEMENT ÉTOILÉ
DU SHANGRI LA À PARIS
« Effectivement, la tendance est là,
confirme un inspecteur du Guide Michelin. Bon nombre de chefs, tel Alain
Ducasse, qui travaille depuis vingt-cinq
ans le concept de “naturalité”, finissent
par s’affranchir de la viande bovine au
profit de la volaille, du ris de veau, de
l’agneau et, parfois d’un filet Wagyu
(Kobe). Mais sans pour autant le bannir
comme du temps de la vache folle. Rassurez-vous, chez Bocuse, on fait encore le
tournedos Rossini… » Se passer de viande ? « Oh non, les Français ne sont pas
prêts », s’esclaffe Jean-François Bérard
aux commandes des Collectionneurs, à
La Cadière-d’Azur dans le Var.
Signataire d’une tribune avec une dizaine d’autres chefs étoilés disséminés
dans toute la France, de Jean-André
Charial à l’Ousteau de Baumanière aux
Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône) à Marina Réale Laden au Château de
Coudrée-François Ier à Sciez (Haute-Savoie), il proclame son intérêt pour la
cuisine végétale, ses perspectives enrichissantes, ses défis. Comme la plupart
de ses cosignataires, il propose un menu
100 % végétal depuis un an. Une proposition qui, avoue-t-il, séduit davantage
sa clientèle britannique, américaine ou
d’Europe du Nord, Pays-Bas en tête,
que les Français, rares à « tenter l’expérience ».
Pourtant, il faut écouter ce chef
méditerranéen raconter les vertus des
légumineuses et des céréales, du
« bouillon safrané à base de légumes
pour son risotto », l’utilisation des chutes de betterave pour faire revenir « un
jus si coloré que l’on dirait un jus de
viande », la confection de son sorbet à
base d’herbes et autres textures auxquelles il s’initie « tout en émotion » et
avec beaucoup de modestie, concède-t-il, car il a encore « beaucoup à apprendre ».
D’ailleurs qui aurait prédit que cette
révolution culinaire malmenant des
siècles d’apprentissage basé sur les
produits carnés allait être suivie avec
tant d’intérêt et de passion par les restaurateurs et chefs cuisiniers ? Qui
aurait prédit que les noix de cajou ou les
amandes pourraient permettre la
confection de fromages végétaux ?
Qu’il serait possible de composer des
mousses au chocolat ou des meringues
en utilisant du jus de pois chiche à la
place des œufs. Ou encore que le soja et
La filière viande, en butte
aux violences des mouvements
antispécistes, réagit
(image extraite du mensuel
La Boucherie française).
Hugo Desnoyer, le boucher des stars,
s’insurge contre « la catastrophe
écologique, l’aberration philosophique
et les transports d’animaux
gavés d’hormones... ».
le blé offriraient des substituts à la
viande animale, comme le proclame la
tribune en faveur de cette nouvelle
gastronomie plus respectueuse ? Qui
aurait parié surtout sur l’accélération
sans précédent de la prise de conscience des méfaits d’une alimentation où,
depuis cinquante ans, la viande tenait
le haut du pavé.
Coauteur avec Grégoire Kalt de Et si
on mangeait moins de viande (Marabout), le chef de l’Ébauchoir à Paris,
Thomas Dufour, constate l’évolution
de ces pratiques en la matière. Non
seulement, il se fait fort de diminuer la
proportion de viande, d’en vérifier la
traçabilité, de proposer plusieurs entrées et un plat végétarien chaque jour
à la carte de son bistrot traditionnel,
mais il constate le changement de
comportement de ses clients. Non, « le
végétarien n’est plus la personne que l’on
regardait un peu de travers il y a dix ans
en la plaignant. Ni la femme branchée
adepte de yoga. Ce sont de solides
gaillards sans complexes ».
En la matière, les chiffres parlent. Selon une étude du Crédoc, 81 % des acheteurs de viande continuent d’en avoir
une image positive mais 47 % admettent
qu’elle représente un aliment que l’on
mange trop souvent et en trop grande
quantité. « Quand j’étais gamin, on y
avait droit une fois sar semaine, le dimanche chez ma grand-mère, seule de la famille à avoir les moyens de nous en offrir »,
se souvient Hugo Desnoyer, surnommé
« le boucher des stars » pour la qualité de
sa clientèle et de ses produits. Ce que l’on
appelait « l’or rouge » autrefois, rappelle-t-il, était un produit de luxe. Aujourd’hui il s’insurge contre « la catastrophe
écologique, l’aberration philosophique et
les transports d’animaux gavés d’hormones et d’antibiotiques importés tous les
jours d’Amérique latine ou d’Australie ».
Hugo Desnoyer n’a pas de mots assez
durs pour fustiger aussi la « saloperie »
des publicités mensongères passées en
boucle sur les chaînes de télévision
hexagonale par de grands groupes industriels pour vanter les vertus des
« bons steaks hachés de nos régions »
alors que l’on connaît la situation des bêtes mal nourries, mal soignées et leur
sort quand on les abat. « J’ai honte »,
dit-il. La souffrance animale fait partie
de ses antiennes depuis l’inauguration de
sa première boucherie à Paris en 1998.
« J’avais 27 ans, j’allais chercher mes bêtes à la campagne et j’avais remarqué que
si on leur passait de la musique classique,
ça les calmait avant l’abattoir. Que n’ai-je
entendu à propos de ma décision d’adoucir
leur sort ! On m’a traité de tous les noms,
de jeune branleur et j’en passe. J’ai tenu
bon. Désormais j’impose de ne pas dépasser le délai de trois heures entre le départ
de l’élevage et l’abattage. » Il prône aussi
le recours aux abattoirs de taille humaine, l’usage des boules Quiès.
Mais le boucher estime ne pas en faire
encore assez. Non seulement pour les
animaux mais pour la formation du personnel soumis à des conditions de travail physiquement et moralement
éprouvantes. Ce qui ne l’empêche pas
de s’insurger contre « le bal des hypocrites qui refusent de voir qu’entre la jolie
vache qui broute dans son pré et le steak
dans son assiette, il faut bien la tuer ». Il
n’empêche. Après vingt ans de progression, il constate cette année une baisse
de son chiffre d’affaires. Certainement,
les fortes chaleurs de l’été, se rassure
Hugo Desnoyer, persuadé qu’avec les
premiers froids la viande devrait repartir. Verdict attendu à Noël. ■
+
» Lire aussi PAGE 8
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ANDREAS GRADIN/SHUTTERSTOCK ET EDOUARD CAUPEIL/PASCO ; MENSUEL LA BOUCHERIE FRANÇAISE SEPTEMBRE 2018
P
Implantée en plein pays charolais,
cette députée LR de Saône-etLoire (2e circonscription), propose
la mise en place d’une commission
d’enquête après la recrudescence
des actions violentes menées par
des mouvements antispécistes
envers les boucheries-charcuteries (vitrines cassées, peinture
rouge déversée, mise à sac).
La situation est-elle
si inquiétante ?
Les discours sont intolérables et la
violence va crescendo. Un abattoir
dans l’Ain a été incendié dans la
nuit du 27 au 28 septembre. Il
s’agit de « terrorisme alimentaire » qui nécessite des moyens
de surveillance spécifiques.
Vous parlez de la négation
du travail des éleveurs ?
Ils traversent une crise sans précédent. Sécheresse de l’été dernier, prix non réévalués depuis
dix ans, baisse de la consommation de viande. On parle beaucoup
du bien-être animal. Mais qu’en
est-il du leur ?
CONSOMMATION DE VIANDE
EN CHIFFRES
ENQUÊTE MENÉE ENTRE 2007 ET 2016
AUPRÈS DE 1 500 MÉNAGES
REPRÉSENTATIFS,
RÉSIDANT EN FRANCE
12 %
de baisse (en particulier viande
bovine) parmi les 25 ans et plus
(96 % de la population adulte)
18-24 ans
Ils sont les plus gros
consommateurs de produits
carnés à la fois en quantité et
en nombre de prises par semaine
sous forme de plats préparés,
pizzas, burgers, sandwichs
1%
de la population française n’avait
pas consommé de viande en 2016
SOURCE CRÉDOC (CENTRE
DE RECHERCHE POUR L’ÉTUDE
DES COMPORTEMENTS ET
L’OBSERVATION DES CONDITIONS
DE VIE).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
29
Grayson Perry,
un Oscar Wilde
percutant
de l’art anglais
« J’essaie de créer des œuvres
séduisantes, sensuelles,
mais qui parlent de questions
difficiles émanant du champ
social et politique »,
confie Grayson Perry.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Parents divorcés. Un peu de violence domestique, comme beaucoup de gens. Bref,
rien d’exceptionnel » (rires). La plupart
du temps, les parents sont foireux, ils ne
le réalisent même pas. Je suis père moimême et j’ai donc beaucoup réfléchi à la
question. Sans fanfaronner, j’ai une
bonne relation avec ma fille. Ma femme,
qui est psychothérapeute, vient d’écrire
un livre sur le rôle des parents. Elle écrit
que si un parent âgé de 100 ans dit à son
fils de 70 ans qu’il est fier de lui, cela a
autant d’importance que si le fils était
tout jeune. C’est une relation qui dure
toute la vie. Tout est déposé en vous à
l’enfance : votre identité. Et votre
sexualité qui, par conséquent, sera périmée à jamais. La mienne date des sixties
et du rôle des genres à cette époque. Les
femmes soumises et les hommes stoïques. On se trimballe ces fantômes ensuite, cela devient une sorte de monument personnel. Les féministes
protestent le jour sur ce qui les fait fantasmer la nuit ! Elles me disent : « Je veux
un vrai homme au lit mais je n’en veux pas
au bureau ! » (rires).
INTERVIEW Star en Grande-Bretagne pour
ses céramiques et ses émissions, cet esprit
vif adepte du « cross dressing » est le roi
de la Monnaie de Paris jusqu’en février.
G
PROPOS RECUEILLIS PAR
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
rayson Perry, 58 ans
et des jambes de show girl, c’est un
chaud-froid permanent. Une créature à
faux cils démesurés, aux paupières bleu
turquoise et au brushing sixties. Et une
voix de camionneur qui s’impose comme au théâtre par la netteté de son
phrasé et l’acuité de ses remarques,
aussi inattendues et vives que les aphorismes d’Oscar Wilde. Derrière la mascarade revendiquée du « cross dressing » que la Monnaie de Paris a décidé
de mettre en avant jusque sur la façade,
il y a une formidable sincérité chez ce
marginal de la YBA (Young British Artist) Generation. Cette nouvelle vague
de l’art a vu naître la gloire de Damien
Hirst, Tracey Emin ou Sarah Lucas.
Céramiste extraordinaire qui grave la
vie sociale anglaise en réserve sur des
plats autobiographiques ou des vases
ronds accusateurs à la glaçure sensuelle. Narrateur de cette âcre Battle of Britain I et de sa rude jeunesse de fils rejeté
par les siens dans l’Essex la plus middle
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
class sur une énorme tapisserie de 2017
qui a eu les honneurs de la Fiac 2018
chez Victoria Miro Gallery. Star outreManche, où il a un public très large avec
ses émissions sur Channel 4 et sur la
BBC, Grayson Perry est lauréat du Turner Prize 2003 et CBE (Commander of
the Order of the British Empire), une
des plus hautes distinctions attribuées
par SM la Reine.
LE FIGARO. - Être quasi inconnu
du public français, cela vous plaît ?
Grayson PERRY. - Oui, j’aime l’idée
que l’on se demande : « Mais qui est ce
type ? Allons voir cela de près ! » Je ne
me définis pas comme un travesti,
mais comme « un homme en robe ». Je
n’ai pas de dysphorie de genre, je sais
que je suis un homme, cela me
convient tout à fait. Ce ne serait pas
drôle de s’habiller en femme si j’en
étais une, ou si je pensais en être une !
Ce n’est pas du théâtre, c’est du fétichisme plus de l’art (rires). Comme je
suis un artiste, je mets ma créativité
partout, dans mes robes comme dans
mes motos que je customise. Ce sont
différentes facettes de mon identité.
Avec les années, je suis devenu plus
sûr de moi. Quand j’étais jeune, j’en-
viais les travestis de n’en faire qu’à
leur tête et d’être comme ils le voulaient, sans se soucier du jugement
d’autrui. Maintenant, je suis cette personne. À Londres, on me regarde plus
ouvertement. À Paris, peut-être par
souci de sophistication, on fait comme
si de rien n’était ! La Monnaie était très
désireuse de jouer de cette image et de
mes costumes faits par mes étudiants à
Saint Martins College of Art and Design. Je sais que c’est un bon moyen de
toucher le public. Mais ce n’est pas le
plus important pour moi.
Votre travail d’artiste associe blessures
et glamour. Consciemment ?
Je dirais qu’il marie le sombre et le décoratif. J’essaie de créer des œuvres séduisantes, sensuelles, mais qui parlent de
questions difficiles émanant du champ
social et politique. Au début, j’ai beaucoup puisé dans mon autobiographie et
ma vie intérieure. Maintenant, je suis
plus relax sur ces questions, j’ai fait la
paix avec mon passé. On me pose souvent cette question sensée tout expliquer : « Et comment s’est passée votre
enfance ? » Et je réponds : « Normale.
Côté art, quelle fut votre enfance ?
J’ai vécu dans une maison complètement privée de culture. Ni musique, ni
livres, ni art. Ma première visite d’une
exposition date de mes études d’art.
Cela m’a dispensé d’idées préconçues.
J’entends les jeunes, aujourd’hui, qui
veulent « devenir des artistes ». Moi, je
voulais juste faire de l’art.
« Grayson Perry, Vanité, Identité,
Sexualité », à la Monnaie de Paris (VIe)
jusqu’au 3 février. Catalogue
sous la direction de la commissaire
Camille Morineau, directrice
des expositions et collections
(Liénart Éditions/Monnaie de Paris, 29 €).
« Cosi fan tutte »
en version télé-réalité
LYRIQUE À Lausanne, Jean Liermier
transpose l’action de l’opéra de Mozart
à notre époque. Malin mais inabouti.
ENVOYÉ SPÉCIAL À LAUSANNE
C
osi fan tutte est un formidable
terrain d’exploration, mais
aussi un piège pour les metteurs en scène, tant personnages et situations y sont complexes, oscillant sans cesse entre douceur
et amertume, manipulation et sincérité.
Très dynamique directeur du Théâtre
de Carouge, à la périphérie de Genève,
Jean Liermier s’empare du chef-d’œuvre
de Mozart et Da Ponte à l’Opéra de Lausanne avec une énergie qui fait pétiller
son spectacle sans temps mort : voilà enfin un homme de théâtre à qui la musique
ne fait pas peur ! Sa clé d’entrée dans cette
comédie de dupes où les relations de couples sont scrutées à la loupe ? La télé-réalité. Voici « L’École des amants », soustitre de l’opéra devenu le titre d’un
À trop enchaîner les gags,
le metteur en scène fait tomber
Cosi fan tutte dans la farce.
ALAN HUMEROSE/OPÉRA DE LAUSANNE
reality show façon « Secret Story », où les
couples se font et se défont sous l’œil
voyeur des caméras. C’est malin en diable, mais parfois le metteur en scène se
laisse piéger par sa propre virtuosité. Infatigable directeur d’acteurs, il crée un
tourbillon de gags qui fait hurler de rire le
public de la première, au risque d’oublier
ce que cette histoire a de terriblement cynique. Et voilà qu’il tombe dans ce qu’il
voulait dénoncer : la farce.
Distribution vocale inégale
Les choses changent au deuxième tiers de
l’acte II, quand la confusion des sentiments devient franchement cruelle. Mais
pour revenir encore au burlesque, souligné par une Despina aux clins d’œil irrésistibles mais appuyés. Peut-être Liermier aurait-il dû être plus méchant ? Son
approche est inaboutie mais riche de belles promesses théâtrales, qui donnent
envie de le revoir à l’opéra.
Distribution vocale inégale pour ce Cosi
joué avec une rare crédibilité. La Fiordiligi
de Valentina Nafornita reste assez marmoréenne, d’une voix objectivement belle
mais peu porteuse d’expression. Actrice
naturelle, la toute jeune Stéphanie Guérin
devra encore assouplir une voix bien raide. Le Ferrando de Joel Prieto chante tout
trop fort, en panne de legato mozartien,
laissant la vedette au Guglielmo de Robert
Gleadow, bête de scène et voix voluptueuse. Plus de métier que de timbre pour le
vétéran Bruno de Simone, qui n’affine pas
assez le portrait de Don Alfonso. Un peps
et une rouerie incroyables pour la Despina
de Susana Cordon, au risque de tirer la
couverture à elle.
À la tête d’un bon Orchestre de chambre
de Lausanne, Joshua Weilerstein dirige un
Mozart vif et allant, mais une tendance à
aller tout droit, sans flexibilité, trahit sans
doute l’inexpérience de l’opéra chez ce
chef essentiellement symphonique. ■
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É , À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N .
A
CHRISTIAN MERLIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
sûreté publique dénonce plusieurs passages comme étant « un défi jeté aux lois
qui protègent la religion et la morale ». Le
11 juillet, Baudelaire écrit à son éditeur
Auguste Poulet-Malassis : « Voilà ce que
c’est que d’envoyer des exemplaires au
Figaro !!!! » De 1861 à 1868, l’ouvrage est
réédité dans trois versions successives,
enrichies de nouveaux poèmes ; les pièces interdites paraissent en Belgique. La
réhabilitation n’interviendra que près
d’un siècle plus tard, en mai 1949.
« Tout ce que l’on comprend
est putride »
Q
BÉATRICE DE
ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
ui ne se souvient pas
du procès des Fleurs du
Mal de Baudelaire ? La
publication de ce recueil englobant la
quasi-totalité de sa production en vers,
de 1840 jusqu’à sa mort en 1867, scandalisa la société conformiste de l’époque.
Couvert d’opprobre, l’écrivain défendu
par l’avocat Me Gustave Chaix-d’Estange fut condamné à une forte amende par
la justice de Napoléon III (réduite toutefois sur intervention de l’impératrice
Eugénie) et entraîna la censure de six
pièces pour outrage à la morale publique.
L’histoire enflamma la scène parisienne,
déchaîna la critique et fit la une du Figaro
il y a plus d’un siècle et demi. La vente du
dimanche 4 novembre chez Osenat à
Fontainebleau nous offre, en ouverture,
les coupures de presse du journal annotées de la main de l’auteur où il écrit entre autres « je n’ai jamais dit cela ».
Charles Baudelaire occupe à lui seul
près d’un tiers de la vente. Si cela n’est
pas mentionné sur le catalogue, les lots
proviennent de la liquidation Aristophil.
Selon le souhait des propriétaires qui ont
La seconde coupure de presse que propose la vente est le passage consacré
aux Fleurs du mal extrait de la chronique intitulée « Semaine littéraire » que
Jules Habans fit paraître le 12 juillet 1857
dans le n° 251 du Figaro. Ce dernier
écrit : « Avec M. Charles Baudelaire,
c’est de cauchemar qu’il faut parler […].
Lorsqu’on ferme le livre après l’avoir lu
tout entier comme je viens de le faire, il
reste dans l’esprit une grande tristesse et
une horrible fatigue. Tout ce qui n’est pas
hideux y est incompréhensible, tout ce
que l’on comprend est putride, suivant la
parole de l’auteur […]. Toutes ces horreurs de charnier étalées à froid, ces abîmes d’immondices fouillés à deux mains
et les manches retroussées, devaient
moisir dans un tiroir maudit. Mais on
croyait au génie de M. Baudelaire, il fallait exposer l’idole longtemps cachée à la
vénération des fidèles […]. L’idole est
pourrie et les adorateurs fuient en se
bouchant le nez. Il en coûte assez cher de
jouer au grand homme à huis clos, et de
ne savoir pas à propos brûler ses élucubrations martelées à froid dans la rage de
l’impuissance ». À cela Baudelaire crie
au complot. Il invective les rédacteurs
du Figaro et dénonce l’offensive appuyée par les pouvoirs publics.
Parmi les autres pépites de la vente figure la rarissime lettre du suicide de
Baudelaire. C’est sans doute la plus extraordinaire missive de l’écrivain encore
en mains privées. Elle est estimée entre
60 000 et 80 000 euros. Orphelin de père
et mal aimé de son beau-père (officier
vétéran des guerres d’empire), Baudelaire, perclus de dettes, est humilié par sa
mise sous tutelle financière depuis septembre 1844. Il est aussi en proie au doute sur son génie littéraire. C’est pourquoi
l’écrivain annonce son désir d’en finir
avec la vie, tout en déclarant son amour
pour sa maîtresse Jeanne Duval, inspiratrice de plusieurs poèmes des Fleurs du
mal. Le poète aurait tenté de se suicider
au début du mois de juillet, d’un coup de
couteau sans conséquences, avant d’être
recueilli quelque temps chez Jeanne Duval. Sur les 143 lots de cette vente, il faut
aussi retenir le précieux jeu complet
d’épreuves corrigées, pour l’édition originale de La Bête humaine, chef-d’œuvre
de Zola qui parut chez Georges Charpentier dans la première semaine de
mars 1890. ■
www.osenat.com. Vente à 14 h 30.
À gauche, la lettre du suicide de Baudelaire,
estimée entre 60 000 et 80 000 euros.
Ci-dessus, une coupure de presse du Figaro annotée
de la main de Baudelaire où il écrit notamment :
« Je n’ai jamais dit cela. » OSENAT
Baudelaire et l’affaire
des « Fleurs du mal »
ENCHÈRES Le 4 novembre, l’étude Osenat disperse
à Fontainebleau de précieux écrits du poète qui ont fait la une
du « Figaro » en 1857.
acheté à prix d’or des parts de l’indivision Baudelaire, sans jamais pouvoir réaliser le bénéfice que leur avait promis Gérard Lhéritier, l’étude Osenat ne fait pas
état de la provenance. Mieux vaut taire
visiblement le nom de celui qui a floué
des centaines de milliers d’investisseurs
car il n’a pas fait recette lors des premières dispersions organisées à Drouot par
Claude Aguttes, avec un manque de
concertation soulevé par certaines associations censées représenter les propriétaires… Non seulement la plupart des lots
furent bradés mais bon nombre d’entre
eux ne trouvèrent pas preneur.
Le marché n’est pas dupe de l’origine
de ces trésors de la littérature absolument fantastiques. Les experts de la vente de Fontainebleau ont tout fait pour les
mettre en valeur dans un catalogue fort
bien documenté où l’on revit l’affaire
Baudelaire jour par jour, heure par heure. Dès la sortie du recueil de poèmes, les
attaques fusèrent de toutes parts. À
commencer par celles de Gustave Bourdin, le 5 juillet 1857, dans Le Figaro. Dans
le numéro 249 du journal, ce dernier
écrit : « On ne vit jamais gâter si follement
d’aussi brillantes qualités […] L’odieux y
coudoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à
l’infect […] Ce livre est un hôpital ouvert à
toutes les démences de l’esprit, à toutes les
putridités du cœur ; encore si c’était pour
les guérir, mais elles sont incurables. »
Sept jours plus tard, toujours dans
Le Figaro, Jules Habans assène des arguments moraux identiques. Baudelaire est
persuadé que cet article est un coup
monté contre lui pour alerter le ministère de l’Intérieur. Tandis que des rumeurs
de saisie courent depuis déjà deux jours,
le ministre Adolphe Augustin Marie
Billault se préoccupe activement des
Fleurs du mal à partir du 6 juillet : dès le
lendemain, sa Direction générale de la
À Londres, le match Mantegna-Bellini
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES
A
O
n aurait aimé être à table
lors des réunions de famille. Même si, parfois, les
discussions entre ces deux
pionniers de la Renaissance italienne devaient être houleuses. Du
duo Andrea Mantegna (vers 1430-1506)
et Giovanni Bellini (actif entre 1459 et
1516), deux des plus fameux beaux-frères de l’histoire de l’art, la National
Gallery détaille les liens d’amitié et les
influences réciproques par une réunion
inédite de leurs œuvres enrichies de
nombre de leurs études préparatoires.
Ce faisant elle donne aussi à voir en filigrane une rivalité artistique.
La première des six salles d’un parcours essentiellement thématique rappelle que Mantegna et Bellini sont issus
de mondes différents. Le premier, fils
d’un menuisier de village près de
Padoue a vu son talent tôt reconnu et
exploité. Cela tant dans cette cité dont
l’université rayonnait comme berceau
de l’humanisme, que dans celle Ferrare. Le second a grandi à Venise au sein
d’une famille d’artistes fort estimés
dont il sera la gloire. En 1453, l’union
de Nicolosia, sa sœur, avec le Padouan
est un arrangement gagnant-gagnant.
À Mantegna l’assise d’un clan prospère. À l’atelier Bellini l’intégration es-
pérée d’une nouvelle, célèbre et
brillante recrue.
Mantegna obtint l’accès à un bien
précieux que l’on découvre dans une vitrine, le livre de dessins du père, Iacopo
Bellini. En retour Giovanni observe les
perspectives rigoureuses, les raccourcis
novateurs et autres trompe-l’œil d’un
Mantegna très marqué par la statuaire
antique et par son contemporain le
sculpteur Donatello.
Malheureusement pour Venise, Mantegna travaillera peu en symbiose. Son
caractère ombrageux a dû jouer. Finalement il acceptera l’invitation de devenir
peintre de la cour des ducs de Mantoue.
Le dialogue avec Giovanni, fait d’emprunts allant jusqu’à l’imitation, aura
toutefois duré quelque sept années
avant de devenir plus ténu, chacun à
distance s’affirmant dans son style.
Parmi les témoins les plus éloquents
de cette période où les deux hommes
sont compagnons de cordée, comme le
seront bien plus tard un Picasso et un
Braque pour accoucher du cubisme,
deux Présentation du Christ au temple.
L’une est conservée à la Gemäldegalerie
de Berlin et l’autre au Palazzo Querini
Stampalia de Venise. Elles sont très
semblables avec leur Jésus emmailloté
comme une momie et exhibé depuis une
fenêtre de marbre. À Mantegna l’œuvre
la plus illusionniste (Berlin). Peut-être
l’a-t-il réalisée pour signifier l’espoir
d’un enfant avec Nicolosia, avance la
commissaire Caroline Campbell. La se-
SCHMIDT/STAATLICHE MUSEEN ZU BERLIN, GEMÄLDAGALERIE
ARTS À la National Gallery, une exposition approfondit les relations entre ces deux peintres qui étaient aussi beaux-frères.
Deux Vierge à l’enfant peintes par Giovanni Bellini (v. 1475, à gauche)
et Andrea Mantegna (v. 1455-1460).
conde, donnée à Bellini après bien des
hésitations, est plus lumineuse et compte deux personnages supplémentaires.
Peut-être un autoportrait et un portrait
du frère Gentile ajoutés pour marquer le
décès de Iacopo.
Style archaïque et figé
Plus loin, deux versions de la Prière au
jardin des Oliviers sont toutes deux
conservées par la National Gallery mais
l’institution ne les avait pas présentées
côte à côte depuis le XIXe siècle. Le
Mantegna est plus minéral, et les personnages tiennent plus de place. Alors
que Bellini laisse la part belle aux lointains, faisant généreusement circuler
l’air avec son ciel azur et miel dénué
d’anges.
Mantegna peut faire sonner les trompes dans trois des neuf panneaux du cycle de son Triomphe de César venus de
Hampton Court. Son style, quoique virtuose, semble archaïque, figé. Sans doute a-t-il vu trop de fresques anciennes.
Car Bellini, qui a adopté la peinture à
l’huile, séduit plus par sa palette blonde
et ses glacis. Dans son Calvaire par
exemple, il ne ressent pas le besoin de
multiplier ces détails qui, pourtant, fascinent dans la Crucifixion de Mantegna
(prêt du Louvre).
Dans les dernières salles les madones
et portraits exaltent la chair et font
briller les pierres précieuses. Ceux de
Mantegna, qui saillent d’un fond sombre, comme taillé dans la pierre, semblent illuminés de l’intérieur. Ceux de
Bellini respirent. Le Doge Leonardo
Loredan, icône du musée, si vivant avec
ses délicats dégradés d’ombres et de
lumières, semble un concentré de la
Sérénissime.
Alors finalement, lequel des deux
était le plus grand ? Mantegna pour ses
inventions et sa célébration de l’Antiquité ? Bellini pour avoir su capter, bien
avant les impressionnistes, l’atmosphère ? Et peut-on résumer ces parcours en
disant que Bellini a absorbé l’inventivité
de Mantegna, présidant ainsi au printemps de l’âge d’or de l’art vénitien du
XVIe siècle ? Aux visiteurs de juger, mais
pas de trancher. Car aux catégoriques
on rappellera que ce débat est vieux de
plus de cinq siècles. ■
Jusqu’au 27 janvier à la National Gallery,
Trafalgar Square, Londres.
Catalogue NG, 304 p., 24,95 €.
Tél. : +44 (0)20 77 47 28 85.
www.nationalgallery.org.uk.
Puis à la Gemäldegalerie de Berlin,
du 1er mars au 30 juin 2019.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
VIN
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
31
La Bourgogne en innovant
TERROIR Il y a une vingtaine d’années, l’industriel Patrick Landanger acquérait le domaine de La Pousse d’Or,
à Volnay. Depuis, il tire le meilleur de ses prestigieuses parcelles en mixant classicisme et expériences multiples.
C
d’Urodelia, une société toulousaine de
recherche en médecine spécialisée
dans la découverte et le développement
de nouveaux traitements anticancéreux, qui sera introduite en Bourse
dans quelques semaines. Cette entreprise prépare la mise sur le marché
d’un traitement d’immunothérapie
personnalisé contre le cancer, déjà au
point.
STÉPHANE REYNAUD
sreynaud@lefigaro.fr
omme un jus de raisin,
une banale optimisation fiscale peut
muter. Et se transformer en passion
dévorante. Démonstration : début 1997,
Patrick Landanger achète 50 % du domaine de La Pousse d’Or, à Volnay, en
voulant réaliser un investissement rentable. En octobre de la même année, le
propriétaire, Gérard Potel, décède et
Landanger décide de se lancer seul
dans l’aventure viticole. « Sauf que je
n’y connaissais rien. J’ai pris un régisseur que j’ai licencié au bout de deux ans.
Je me suis retrouvé seul avec mes vignes.
Mon voisin Henri Boillot m’a alors poussé
à faire mon vin moi-même. Pour apprendre, j’ai fait appel à cinq œnologues
successifs en cinq ans. »
L’ingénieur électromécanicien de
formation va se plonger à corps perdu
dans l’exploitation de sa propriété, petit bijou bourguignon qui ne compte
pas moins de cinq grands crus, onze
premiers crus dont trois monopoles,
des vignes situés en côte de Beaune et
côte de Nuits sur les villages de MoreySaint-Denis,
Chambolle-Musigny,
Corton, Pommard, Volnay, PulignyMontrachet et Santenay.
L’homme fait de La Pousse d’Or un laboratoire vivant. Les parcelles, dont
certaines sont centenaires - « un homme, un pied de vigne, une bouteille doivent
vivre cent ans », dit-il -, cultivées en bio
depuis une cinquantaine d’années sont
certifiées en biodynamie depuis 2015,
comme l’intégralité du domaine. Dans
un souci de développement de la diversité, il plante des arbres fruitiers en bordure de vigne, installe des nichoirs pour
oiseaux et chauves-souris, des ruches,
pense à introduire des moutons pour la
tonte des herbes. « Le métier de vigneron
a plusieurs siècles, mais il n’est toujours
pas à maturité. On cherche, on évolue, on
n’a pas de norme, c’est formidable. »
La cave du XVIe siècle offre elle aussi
son lot de surprises. Sous les voûtes cis-
“
Mon luxe est de ne pas
vendre cher. Je veux
continuer à expédier
mes vins en France
PATRICK LANDANGER
Patrick Landanger dans une des vignes de son domaine, à Volnay.
terciennes, le visiteur découvre de drôles de contenants en verre, en forme de
carafe, posés sur les bondes des barriques. « Ce sont des houilliers. C’est une
de mes inventions qui sert à contrôler visuellement la fermentation. Cela permet
aussi d’éviter l’oxydation et améliore
l’hygiène du cuvier. » Un peu plus loin,
le visiteur est surpris par la présence de
cinq amphores immenses en terre cuite
d’environ 800 litres chacune. « L’élevage en amphore évite de marquer le vin
avec le bois. Nous avons commencé l’expérience en 2015 sur des volnays premiers crus. » À la dégustation, la différence entre un vin élevé en barrique et
le même élevé quant à lui dans ces
contenants antiques produits en Tosca-
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
domaines au monde selon le magazine
américain Wine Spectator, la bible du
secteur.
Landanger va passer le relais à
Benoît, un de ses deux fils, le 1er janvier
prochain. Il a vendu sa propriété de la
vallée du Douro, au Portugal, lâché sa
ferme de 5 000 ha et ses 2 500 têtes de
bétail au Paraguay : « J’en avais marre
d’y aller pour bosser. J’avais à peine le
temps de chasser. » S’il ne fait plus le
Paris-Dakar, l’homme se pique toujours de longs périples. Il est allé à Pékin en camion, a remonté tout le continent américain d’Ushuaia jusqu’au
nord du Canada… Landanger n’a pas
abandonné le secteur médical. Il est
notamment actionnaire au tiers
ne est évidente sur certaines cuvées,
accentuant l’ampleur, la rectitude aérienne et le fruité du jus. Bien joué. Celui qui mettait au point des prothèses
chirurgicales qu’il aimait tester sur les
patients, avec les chirurgiens, au bloc
opératoire, s’est trouvé un autre terrain
de jeu, sur une matière toute aussi
vivante.
Les cuvées du domaine, très soignées, profitent de l’engouement général pour les vins de Bourgogne. Il y a
trois mois, lors d’une vente aux enchères organisée à Hongkong, les prix de
ses vins ont triplé par rapport aux estimations. Cerise sur le gâteau : le domaine de La Pousse d’Or compte désormais parmi les 100 meilleurs
”
Ses différentes activités lui ont permis de travailler sur le domaine sans
contraintes financières. Landanger est
plus que jamais attaché à ses terres. La
Pousse d’Or semble le ravir. Cent pour
cent de la récolte est vendue sur allocation. Il propose des vieux millésimes.
« Mon luxe est de ne pas vendre cher. Je
pourrais très facilement faire monter les
tarifs. Mais je veux continuer à expédier
mes vins en France. » Au regard de la
qualité, les tarifs restent corrects pour
la Bourgogne. Les 60 Ouvrées, le Clos
de la Roche, le Corton Clos du Roy peuvent continuer à honorer les tables tricolores.
Landanger, serein, ne semble pas inquiet pour l’avenir du domaine. « J’ai
quand même peur de la grêle. Trois fois
de suite, elle a abîmé le vignoble. Et
j’étais là avec des amis à regarder les
grêlons saccager la vigne, impuissant. À
chaque averse, nous perdons la moitié de
la récolte. Nous avons fini par installer
des canons antigrêle. La quatrième année, la grêle nous a épargnés, mais la vigne a gelé… » Cette année, la nature
s’est montrée beaucoup plus généreuse. Il n’a jamais autant aimé ses vins.
« Et je dois reconnaître que, par rapport
aux 650 salariés que je devais gérer
quand j’étais dans l’industrie, tout cela
n’a jamais été du boulot, juste du
plaisir. » ■
DOMAINE DE LA CHARMOISE,
VINIFERA SAUVIGNON 2016,
TOURAINE
Henry Marionnet aime les défis,
les prises de risques. Il lance son
premier « Vinifera » en 1995, issu
d’une vigne de gamay non greffée.
Enthousiasmé par le résultat,
en 2000, il récidive avec quatre
hectares de mieux en sauvignon,
côt et gamay. Une démarche
plus qu’audacieuse sachant que
le phylloxéra perdure dans nos sols.
Ce puceron ravageur qui détruisit
les vignobles français et européens
fin XIXe s’attaque aux racines
de la vigne. Aujourd’hui, rarissimes
sont les vignerons
qui osent planter une
vigne franc de pied
(reposant sur ses
propres racines),
sans la greffer.
Vinifera
Sauvignon
provient
d’une vigne
d’exception
de ce type
(1,5 ha). Une
plantation
réalisée à partir de
sarments prélevés
sur le domaine basé
à Soings. Un vin comme autrefois,
donc, une expression inattendue
du sauvignon. La robe est dorée,
limpide, le nez floral, la bouche
ample, loyale, aux notes de poire
et d’agrumes.
VALÉRIE FAUST
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C O NS OM M E R AVE C M ODÉ RAT I ON
droite est un vignoble à deux vitesses»
» Saint-Emilion, terre d’accueil
avis-vin.lefigaro.fr
A
» Stéphane Derenoncourt : «La rive
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
32
STYLE
Mûre et Musc, le
sillage d’une époque
I
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
l suffit d’en vaporiser
quelques gouttes pour se croire
sur le trottoir d’un grand collège
parisien, plutôt rive Gauche, au
milieu des années 1980. Les jeunes filles portent des marinières
agnès b., des baskets Bensimon
et, au creux du cou, Mûre et Musc
de L’Artisan Parfumeur. Depuis
cette époque, certaines sont restées fidèles (Estelle Lefébure,
Arielle Dombasle, Aurélie Saada,
du groupe Brigitte, Julie Gayet) et
la fragrance est devenue un bestseller dans le monde entier.
« Jean-François Laporte, le fondateur, avait eu l’idée géniale
d’installer sa première boutique
derrière l’Assemblée nationale : les
députés ont des femmes, des filles
et des maîtresses ! raconte malicieusement Jean-Claude Ellena,
auteur de la formule avec Lucien
Ferrero et Jean-Claude Gigodot et
l’un des nez les plus respectés du
milieu, longtemps à la tête des
fragrances Hermès. Je m’en souviens encore, en 1978, Laporte
avait réalisé, avec beaucoup d’intuition, un accord mûre-musc.
Seulement il n’était pas satisfait. Il
est venu nous voir à Grasse et nous
a dit : “L’odeur est belle et tendre,
mais elle ne sort pas du flacon. Que
puis-je y faire ?” »
Disparu en 2011 (la marque appartient depuis 2015 au groupe
espagnol Puig), Jean-François
Laporte a marqué l’histoire de la
beauté de son profil atypique.
Chimiste de formation, il fonde
Sisley en 1972, aux côtés d’Hubert
d’Ornano. Peu après, ce passionné de fleurs (sa collection de
dahlias, à Mézilles, au cœur de la
Puisaye, est réputée) décide de se
lancer dans la parfumerie sur une
blague de potache. Un ami lui a
demandé un accord assorti à son
déguisement de banane, pour le
bal des Folies Bergère. Amusé par
l’exercice, il fabrique dans son
petit laboratoire de l’arrièreboutique de la rue de Grenelle des
jus artisanaux à partir d’ingrédients naturels comme le pamplemousse, la vanille, l’ambre…
dont il inscrit les noms sur l’étiquette des flacons, une pratique
abandonnée après la Seconde
Guerre mondiale. Alors que l’industrie bascule vers le tout-marketing et la globalisation, la fine
fleur de Saint-Germain-des-Prés
se donne rendez-vous dans son
boudoir aux lourdes tentures et
au plafond peint de chérubins et
de nuages.
Proche, qui rapproche
Il rêve d’une mûre fruitée mais
pas sucrée, gorgée d’eau et de soleil. À l’état naturel, ce fruit sent
le musc galaxolide. Cette molécule de synthèse, qui n’a rien à voir
avec la note animale, est utilisée
en abondance par les lessiviers
depuis les années 1950, évoquant
la propreté, finissant par faire une
avec l’odeur de la peau. Laporte
lui adjoint de la frambinone issue
des arômes alimentaires, rappelant la douceur duveteuse de la
framboise cuite, ainsi que du
bourgeon de cassis. Ellena et ses
confrères se chargent de lui apporter un départ frais, hespéridé
(citron, mandarine, basilic), certains parlent d’une Eau Sauvage
au féminin. L’illusion est parfaite :
L’ARTISAN PARFUMEUR
BEAUTÉ Le fondateur de L’Artisan Parfumeur
aurait aimé parfumer le Pape ou le dalaï-lama…
Avec son best-seller, qui fête ses 40 ans,
il a initié une génération aux fragrances de niche.
Ci-dessus, Jean-François
Laporte et la boutique
parisienne en 1981.
En bas, le flacon
collector (2000) de Mûre
et Musc et le coffret
anniversaire signé
Jean-Claude Ellena.
on peut presque voir la mûre, la
sentir, la toucher. La formule vise
au cœur le grand public. « C’est la
première fois que l’on osait utiliser
autant de musc, ce que l’on appelle
aujourd’hui “une overdose”, reprend Jean-Claude Ellena. Inconsciemment, cette odeur rassurait les jeunes femmes, qui avaient
l’impression de la connaître depuis
toujours. Je dis souvent de Mûre et
Musc que c’est un parfum proche,
qui rapproche. »
Alternative raffinée aux gros
lancements du moment, Anaïs
Anaïs de Cacharel d’un côté,
Opium d’Yves Saint Laurent de
l’autre, le nectar de Laporte
connaît un succès immédiat, plaisant « autant à la jeune fille de
15 ans qu’à la femme de 60 », selon
les mots de son créateur. La limpidité olfactive correspond à une
simplicité de message, un design
unique, une distribution confidentielle dans des boutiques ex-
LES PERSONNAGES
EN BREF
A
MARMARA/LE FIGARO, GLADIEU/OPALE/LEEMAGE, BENAROCH/SIPA, NIESZAWER/LEEXTRA, DELALANDE RAYMOND/SIPA, AUTIER/STARFACE
Par Jacques Pessis
Gilles Vigneault fêté
par ses gens du pays
Samedi dernier, Gilles Vigneault a fêté ses 90 printemps
dans un restaurant de la banlieue de Montréal. Le poète
avait décidé de passer ce cap en
famille, et décliné toute célébration officielle. Les Québécois lui ont néanmoins offert un
cadeau, par l’intermédiaire de
Monique Giroux, animatrice
sur Ici Musique, une chaîne de
Radio Canada. Elle lui a apporté
un film, où Robert Charlebois,
Anne Sylvestre, l’Orchestre
symphonique métropolitain de
Montréal, dirigé par Yannick
Nézet, mais aussi des anonymes
interprètent Gens du pays, une
chanson devenue un hymne
d’anniversaire : « C’est à notre
tour de vous parler d’amour »,
a-t-elle expliqué au poète, ému
par ces images. Elle a précisé
qu’elle avait recueilli ces témoignages en lançant, sur les
réseaux sociaux, un appel aux
internautes.
En
réponse,
Vigneault a annoncé de nouveaux concerts, ainsi que la
sortie d’un recueil de poésie et
d’un album où il reprend des
chansons de jadis. De sa jeunesse visiblement éternelle. ■
Nounours :
les contes revisités
Bernard Debré : un
guide antidépression
Gilles Paris au
Carrousel du Louvre
Nounours et le
marchand de sable ont aidé le
Petit Chaperon
rouge, Cendrillon et le Vilain
Petit
Canard.
Jean-Baptiste, Dominique et
Christine Laydu signent des illustrés où les personnages de
« Bonne nuit les petits » revisitent ces contes (Crapaud Éditions). Une nouvelle génération
d’enfants découvre ainsi des
personnages aussi présents sur
Facebook. Pour ne pas s’endormir sur leurs lauriers. ■
Dans Dépressions,
antidépresseurs
(Cherche Midi),
Bernard Debré et
Philippe
Even
évoquent 1984,
Fahrenheit 451 et
les pilules du bonheur du
Meilleur des mondes. Ils
s’inquiètent de l’évolution
d’une société où les numéros
prennent le pas sur l’humain.
Ils évoquent sous forme de guide, les remèdes et leurs dangers. « Ce qui est urgent de traiter, c’est la société », assurent
les auteurs. ■
Pour accompagner la sortie du
livre Haute enfance
(Gallimard), Gilles Paris signe une
exposition
de
photos avec Didier GaillardHohlweg « De l’ombre à la lumière ». Elle est présentée du
8 au 11 novembre par la galerie
55 Bellechasse dans le cadre de
Fotofever au Carrousel du Louvre. L’auteur d’Autobiographie
d’une courgette a lié à ces images
des extraits de nouvelles où il n’y
a pas le moindre cliché. ■
Avant le mariage pour tous, je me disais que tout
le monde y avait droit. Quand j’étais jeune fille,
j’adorais être invitée aux mariages. Mes amis
me disaient toujours « C’est toi la prochaine ! ».
Maintenant, on me le dit aux enterrements
AMANDA LEAR DANS « DÉLIRES » (CHERCHE MIDI)
Jérémy Frérot : son
premier seul en scène
Ce soir, Jérémy Frerot donne, à
Arcachon, son premier concert
en solo. Un nouveau départ
symbolique puisque cette salle
se trouve à quelques kilomètres
de celle où le duo qu’il avait
constitué, Fréro
Delavega, a donné son ultime
concert. Accompagné par deux
musiciens, il interprétera
les
couplets qui l’ont fait connaître,
ainsi que les chansons de Ma-
clusivement dédiées à la marque.
L’époque, déjà, a besoin de transparence et d’authenticité. « JeanFrançois Laporte passait son temps
à la Bibliothèque nationale, il était
amoureux du XVIIIe siècle, de son
esprit libertin et de ses soliflores.
Avec L’Artisan Parfumeur, il a
rendu populaire le goût de
l’aristocratie, continue M. Ellena.
Il a tout inventé de la parfumerie de
niche. » En 1988, il réitérera même
l’exercice en lançant Maître
Parfumeur&Gantier. Aujourd’hui,
c’est ce Mûre et Musc culte auquel
on rend hommage à travers un
coffret anniversaire contenant
l’eau de toilette originale et deux
créations inédites (Murmure et
Musc, Mûre Émoi) signées, toujours, de Jean-Claude Ellena, qui a
aussi peint les aquarelles du livret
de cette édition limitée. ■
Série numérotée de 1 à 100,
190 € dans les boutiques
L’Artisan Parfumeur.
»
triochka, son nouvel album. Il
l’a préparé pendant un an puis
enregistré avec un sentiment de
liberté d’écriture et de composition qui a succédé à la peur de
se retrouver seul en studio et
sur scène. Avec néanmoins le
sentiment qu’en revanche les
fans sont toujours là. ■
Obaldia : soir de fête
au La Bruyère
Sur un fauteuil rouge, mais
sans son habit vert, René de
Obaldia a passé une soirée haute en couleur. Au nom de leur
amitié, Olivier Barrot a organisé lundi, un rendez-vous qu’il
a intitulé « Obaldia n’a que
cent ans ». Devant une salle
comble, des comédiens et des
chanteurs, mis en espace par
Thomas Le Douarec, se sont
succédé pour jouer des extraits
de pièces déjà immortelles.
Mehdi Bourayou a ajouté une
touche inédite avec une chanson en forme d’hommage, Du
vent dans les branches de Sassafras. Le héros de la fête a
commenté chacune de ces surprises en ajoutant, selon une
formule qui lui est chère, combien il était ébaubi. Avant de
souffler les bougies du traditionnel gâteau, il a applaudi
cette troupe d’un soir qui a repris en chœur, Ma chérie, des
couplets enregistrés au début
des années 1950, par Luis
Mariano. Ils étaient signés par
un certain Maurice Ygor. Le
pseudonyme choisi par Obaldia
en un temps où il n’était pas
encore passé aux actes. ■
JACQUES CHANCEL a présenté, en vingt ans, 2 878
« Radioscopies ». Les dialogues d’une vingtaine de ces
émissions sont réunis dans un
livre, accompagné d’un CD,
évoquant en même temps,
l’histoire de deux décennies
(éditions du Sous-Sol).
ANNE HÉLENE HOOG organise, à partir du 20 novembre au Musée de la bande
dessinée d’Angoulême, BD/
Drawing, correspondances,
une exposition réunissant la
BD et la figuration contemporaine. Une première destinée
à montrer les liens entre ces
deux formes de création.
ÉVELYNE DRESS évoque
dans son roman Pas d’amour
sans amour, une génération
chère à son cœur : celle des
années 1990 qui a lutté pour
son indépendance sexuelle,
sociale
et
intellectuelle
(Glyphe).
CAROLINE MATTEOLI expose ses peintures chez Anne
et Just Jaeckin, rue Guénégaud, à Paris. Une série de toiles intitulée Arbres et forêts
d’écorces, est présentée à
partir du 8 novembre.
HENRY HEMMING signe
Nom de code M, un livre évoquant Maxwell Knight, un chef
du MI5 dont Ian Fleming se
serait inspiré pour créer un
personnage de James Bond.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
33
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
34
TÉLÉVISION
Atatürk,
entre réforme
et autoritarisme
Le docufiction, riche de témoignages
d’historiens et d’images d’archives,
évoque notamment les années de
formation du jeune Mustafa Kemal,
alias Atatütk. ZDF/© LOOPFILM
l’Entente que Mustafa Kemal se révolte
contre le pouvoir impérial. Il est alors
limogé de l’armée et condamné à mort
par contumace. Il forme rapidement un
gouvernement provisoire rebelle, en
1919. « Après la victoire, nous instaurerons une République […]. Le voile et le fez
seront abandonnés. Nous porterons des
chapeaux comme dans les nations civilisées », déclare-t-il. La victoire, il l’obtient par les armes en reconquérant à
partir de 1921 pratiquement tous les
territoires qui avaient été retirés à
l’Empire ottoman par le traité de Sèvres
de 1920. Un texte dont il obtient la renégociation, avec à la clé de douloureux
déplacements de populations, en particulier pour les chrétiens d’Anatolie.
Mustafa Kemal devient un héros national pour les Turcs, et en 1923 il proclame la République.
Aux côtés de Latifa, sa femme très
occidentalisée qui a étudié le droit à
Paris - rencontrée au moment de la reconquête de Smyrne (Izmir) sur les
Grecs -, Mustafa Kemal émancipe les
femmes. Il fait ainsi adopter en 1925 un
Code civil inspiré de celui de la Suisse.
Le divorce est autorisé et la polygamie
interdite. Dès 1930, les Turques obtiennent le droit de vote. En quinze ans,
grâce à toute une série de mesures sociales et économiques, la Turquie entre
dans la modernité. Mais Atatürk, qui
meurt en 1938, fut aussi un président
ultra-autoritaire, qui n’hésita pas à éliminer physiquement ses opposants politiques, réprima férocement les Kurdes, et institua un parti unique. Le film
montre aussi que, s’il n’a pas participé
directement au génocide arménien de
1915, il ne pouvait cependant ignorer
les massacres. ■
À l’occasion des 80 ans de la mort du père
de la Turquie moderne, un docufiction allemand
retrace son parcours. Un portrait contrasté apparaît.
jeune Mustafa. Né en 1881 à Thessalonique, cité cosmopolite tournée vers
l’Occident qui faisait partie de l’Empire
ottoman jusqu’en 1912, il perd son père
très jeune. Sa mère l’élève seule avec
ses deux sœurs, ce qui lui fera prendre
conscience très tôt de la condition difficile des femmes.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
S
«
i jamais on me confie de
grandes responsabilités et
un grand pouvoir, je ferai
les réformes d’un coup. »
Ces réflexions politiques
couchées sur le papier en 1918 par Mustafa Kemal (il prendra le nom d’Atatürk, « le Père des Turcs », en 1934),
alors qu’il soigne des problèmes rénaux
à Karlsbad, ville balnéaire de l’empire
austro-hongrois, sont éloquentes. Elles
montrent la détermination de cet officier ambitieux, qui s’est illustré héroïquement pendant la Première Guerre
mondiale lors de la bataille de Gallipoli,
à changer rapidement son pays. L’assurance de cet homme
d’avoir une mission à
remplir apparaît avec
force dans le docufiction
○○○¡
allemand de Monika
Creznin intitulé Atatürk,
père de la Turquie moderne, diffusé ce
samedi sur Arte.
Le film, riche de témoignages d’historiens turcs et allemands, d’images
d’archives et illustré par des scènes de
fiction discrètes et bien jouées, évoque
notamment les années de formation du
Déplacements
de populations
Élève brillant (d’où son surnom Kemal
qui signifie « le parfait ») il poursuit ses
études à l’académie militaire de
Constantinople où des instructeurs
allemands formaient l’élite militaire ottomane. Mustafa Kemal s’imprègne
alors des idées occidentales, étudie la
Révolution française et aiguise son sentiment nationaliste. Il
est aussi attiré par les
idées réformatrices du
mouvement JeunesTurcs.
C’est justement ce
mouvement, emmené par Enver Pacha,
qui renverse en 1908 le sultan Abdülhamid II et le remplace par le frère de ce
dernier, le sultan fantoche Mehmet V.
Et c’est après la Première Guerre mondiale, alors que l’Empire ottoman est
démantelé par les pays victorieux de
SAMEDI
22.20
Le quotidien d’une unité d’élite
Dans « Seal Team », David Boreanaz incarne un officier américain charismatique.
terme d’une décennie de traque entre
Afghanistan et Pakistan, les Navy Seal
sont une unité d’élite de l’armée américaine et sont, de facto, confrontés à
des missions risquées. Un potentiel
dramatique dont s’empare Seal Team.
Stress post-traumatique
Dans sa première moitié, la série aligne les opérations commandos sous la
direction de Jason Hayes, un charismatique meneur d’hommes, campé
par David Boreanaz. « Dans le script
du pilote, Jason était une toile vierge.
J’ai refusé le rôle. Puis
j’ai compris que je pouvais le développer en
toute liberté. L’environnement extrême des
Navy Seal m’a attiré.
J’ai pu utiliser mes peurs comme moteur », confiait au Figaro la star de
Buffy et de Bones.
SAMEDI
CBS
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SOLUTION DU N° 2715
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SOLUTION DU N° 2714
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SOLUTION DU PROBLÈME N° 4873
HORIZONTALEMENT 1. Glacerie. - 2. Yachting.
- 3. Numérota. - 4. Ère. ITER. - 5. CE. Opéré. - 6.
Odile. Le. - 7. Lèverai. - 8. Obéi. IGS. - 9. Gê.
Nonne. - 10. Urger. Ax. - 11. ENA. Nage. - 12.
Syllabes.
VERTICALEMENT 1. Gynécologues. - 2. Laure
de Berny. - 3. Acmé. Ive. Gal. - 4. Che. Oléine.
- 5. Étriper. Orna. - 6. Rioté. Ain. AB. - 7. Interlignage. - 8. Égarée. Sexes.
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GRILLE 2715 DIABOLIQUE
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GRILLE 2714 CHAMPION
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GRILLE 2713 FACILE
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Chaque jour un peu plus difficile
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SU DO KU
En partant des chiffres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne,
chaque colonne, et chaque carré de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chiffres de 1 à 9.
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Samedi 3 novembre
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VERTICALEMENT
1. Offre un joli bouquet. - 2. Intoxiqués à l’art
sonique ? - 3. Réactions humaines. - 4.
Entre Arletty et Léonie Bathiat. Blanchit
le sommet des dents. Galerie de taupes.
- 5. Équipage royal. Circule à Vierzon. - 6.
Un numéro pour l’Aiglon. Lambeau de
squame. Emmanuelle après Guy. - 7.
Proche du brick. Nordiste pour un sudiste.
- 8. Diminue fortement les salers. Pleine
d’os.
2
Seal Team, une série moins patriotique et manichéenne que ses débuts le suggèrent.
C8 présente ses excuses à Karine Ferri
» Vincent Lagaf’ annonce
l’arrêt de « Strike » sur C8
www.lefigaro.fr
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HORIZONTALEMENT
1. Il apprécie Muscat mais ne boit pas
d’alcool. - 2. Marchés avec des poires.
- 3. Finit souvent au panier. Petit marginal.
- 4. A un air avenant. Franchit le cap. - 5.
De l’image. - 6. Sujet à la crise. - 7. Hausse
ou suit son cours. Association grécoromaine. - 8. Ouverte avec Rossellini.
Mesure d’expulsion. - 9. En haut d’une
pyramide. Tableau d’un repas de dernière
communion. - 10. Manié par Bruce Lee.
- 11. Couvre-chefs des Chartreux. - 12.
Éclaircie dans le maquis.
Par Louis Morand
1
» TF1 saisit le CSA contre « TPMP ! » :
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MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4874
+ @ SUR LE WEB
21.00
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À
la rentrée 2017, les grandes chaînes américaines
lançaient trois séries sur
les militaires. Des feuilletons, disaient certains,
destinés à chouchouter l’audience
plus conservatrice qui ne se reconnaissait pas dans les sagas anti-Trump
comme Valor et The Brave, furent arrêtés au bout d’une dizaine d’épisodes. Mais M6 a eu la
bonne idée de miser
sur Seal Team, la seule
à avoir passé la barre
○○○¡
d’une seconde saison,
avec six millions de fidèles en moyenne par épisode.
Mis sous les feux de la rampe pour
avoir éliminé Oussama Ben Laden au
Mais sur la distance, Seal Team est
moins patriotique et manichéenne que
ses débuts le suggèrent. « C’est une série de bureau qui raconte le quotidien
d’une équipe. Nos scénaristes s’intéressent à la manière dont ces soldats compartimentent leur vie et vivent le retour
à la maison », objecte David Boreanaz.
Jason Hayes et ses hommes gèrent une
vie de famille sacrifiée, sont en proie,
au stress post-traumatique, voient
leurs corps meurtris. Amorçant un net
virage narratif à mi-chemin, Seal
Team s’éloigne du classique et planplan format procédural. ■
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CONSTANCE JAMET
£@constancejamet
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samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Hubert
Soleil : Lever 07h41 - Coucher 17h26 - Dernier croissant de Lune
19.10 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.45 Vestiaires.
Série 20.55 Stade 2. Magazine.
21.00
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.15 Zorro. Série. La fuite de l’Aigle
20.40 Tout le sport
21.00
Divertissement
21.00
Divertissement
19.05 Rendez-vous à Noël. Film TV.
Avec Danica McKellar.
SAMEDI
20.55 Chroniques criminelles
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Société. Prés. : M. Lunel. 2h10. Affaire Grégory : 30 ans d’enquête et
de rebondissements. Le 16 octobre
1984, le corps du petit Grégory,
4 ans, est retrouvé dans la Vologne.
Film TV. Policier
11
12
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Présentation : Camille Combal,
Karine Ferri. 2h10. En direct. Aux
côtés de danseurs professionnels,
onze personnalités se mesurent
à travers des épreuves de danse
de couple.
23.10 Danse avec les stars, la
suite Divertissement 0.15 Le grand
blind test. Divertissement
18.55 Canal Sport Club (C). Magazine
19.40 Bonsoir ! Le mag de l’époque
(C). Présentation : Isabelle Ithurburu.
Un soir en direct
avec Patrick Bruel
Les crimes silencieux
Fra. 2016. Réal. : Frédéric Berthe.
1h35. Avec Odile Vuillemin, Richard
Berry, Alexis Loret, Féodor Atkine.
Au cœur du pays des corons, une
succession de crimes étranges fait
ressurgir un passé douloureux.
20.50 Échappées belles
23.40 On n’est pas couché Talk-
22.35 La clinique du docteur H
22.25 Roberto Alagna, l’homme à la
voix d’or 23.45 L’œil et la main
show. Invitée, notamment : Ségolène Royal 2.30 Stupéfiant !
19.30 Le dessous des cartes. Magazine 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes samedi. Magazine.
20.45
Film TV. Policier. Avec A. Recoing
0.05 Soir/3 0.35 La Calisto. Opéra.
19.45 Le 19.45. Présentation : MarieAnge Casalta 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
20.50
Rugby
21.00
Documentaire. Aventures
Série. Action
13
19.00 C l’hebdo 20.00 C l’hebdo, la
suite 20.20 Zoo Nursery Berlin
Prés. : M. Drucker, P. Bruel. 2h40. En
direct. Invité, notamment : Vianney.
Patrick Bruel convie les téléspectateurs à vivre avec lui son retour à la
musique en direct du Dôme de Paris.
Magazine. Découverte. Prés. :
Sophie Jovillard. 1h30. Norvège,
la magie des fjords. Au sommaire,
notamment : «L’héritage viking» «Les fjords au quotidien».
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23.05 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
Danse avec les stars
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DIMANCHE
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Série. Comédie. EU. 2014. Saison 8.
Avec Johnny Galecki, Jim Parsons.
3 épisodes. Les parents de Raj
décident de ne plus lui envoyer de
l’argent pour ses lubies.
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22.10 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 9 épisodes.
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20.55 The Big Bang Theory
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18.55 Les vacances des Anges 3 :
viva España ! Téléréalité.
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19.35 Wheeler Dealers France. Série
documentaire. Jaguar Type E.
Toulouse/
Bordeaux-Bègles
e
Top 14. 9 journée. En direct du stade
Ernest-Wallon, à Toulouse. Ces
deux équipes évoluent au milieu d’un
classement dominé par Clermont et
le Stade Français.
23.15 Jour de foot Magazine 0.10
Le journal du hard. Magazine 0.25
Sex Games. Film TV. Classé X.
Alexandre le Grand :
de l’histoire au mythe
All. 2014. Réal. : Christian Twente
et Martin Carazo Mendez. 1h30.
Relecture du parcours d’Alexandre
le Grand qui va devenir le plus illustre
conquérant de l’Antiquité.
22.20 Atatürk, père de la Tur-
quie moderne Doc. 23.15 Je me
souviens donc je me trompe. Doc.
22
T (en °c)
20.50 Seuls face à l’Alaska
Seal Team
EU. Saison 1. Avec David Boreanaz, Max Thieriot, Jessica Paré,
A.J. Buckley. 2 épisodes. Inédits.
L’unité d’élite de Jason est envoyée
en Estonie pour capturer un ancien
criminel de guerre serbe.
22.50 Seal Team Série. Action. EU.
14 minutes. Inédit 23.35 NCIS : Los
Angeles. Série 1.25 Supernatural.
Téléréalité. 2h30. Face aux ours.
Inédit. En Alaska, l’homme n’est pas
au sommet de la chaîne alimentaire
-Toujours plus haut - Un heureux
événement.
23.20 Montana Wild. Téléréalité.
Rodéo d’enfer.
<-10 à 0
19.25 Norbert commis d’office. Mag.
Présentation : Norbert Tarayre.
18.50 Les mystères de l’amour.
Série. 2 épisodes.
18.55 Bones. Série. Baby blues 19.55
Les Simpson. Série. Enfantin.
18.45 Les Terriens du samedi ! Talkshow. Prés. : Thierry Ardisson.
21.00 Columbo
20.50 Les Simpson
21.00 Alban Ivanov :
«Élément perturbateur»
Série. Policière. EU. 1972. Saison 2.
Avec P. Falk. S.O.S. Scotland Yard.
Columbo, venu à Londres étudier
les méthodes de Scotland Yard, se
penche sur un meurtre mystérieux.
22.50 Miss Marple. Série 0.40
90’ enquêtes. Magazine.
Série. Animation. EU. 4 épisodes.
Une nouvelle institutrice arrive à
l’école de Springfield. Bart tombe
sous le charme de cette ancienne
officier de l’Air Force .
22.25 Les Simpson. Série. Animation. 7 épisodes.
TA KU ZU
Spectacle. One-man show. 2h10.
Inédit. L’humoriste Alban Ivanov
propose une galerie de personnages
parfaitement infréquentables.
BRANCHE
À SUIVRE
RENDUE
LISSE
VÉGÉTATIONS
GUIDE
D’ACHATS
PARTISAN
D’UN DIEU
UNIQUE
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0
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
INTERDIT
MOUTARDE
D’ASIE
U
EA
UV
O
N
AVANT OU
AVEC LES
AUTRES
MUSE
présente
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TRESSE
DE FLEURS
LA VRAIE
VIE
REMONTEPENTE
CHANGEMENT
D’ÉTIQUETTES
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DURCIR
UN COL
TISSU
TRÈS FIN
SEC ET
SALÉ
ON S’Y
INSTRUIT
CONGESTION
FAIT LA
SOUDURE
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SOLUTION DU TAKUZU
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FÊTE À LA
LANTERNE
0 0
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par téléphone :
BLOQUÉS
PAR
LE TRAC
AMURE
MOUVEMENTS
VERS
UN LIEU
11/13
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
DITE AVEC
CLARTÉ
1
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0
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PÉRIODES
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MERCREDI
FORCE 3
UNITÉ DE
MESURE
CITA
UN À UN
GRILLE 590 FACILE
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0
11/16
22.35 Rénovation insolite. Téléréalité. Beau comme un camion.
MOTS FLÉCHÉS N°2118
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque
ligne et chaque colonne doit contenir autant de 0
que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1
placés l’un à côté ou en dessous de l’autre.
1
10/15
17/22
7/12
14/21
13/22
8/12
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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MARDI
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Téléréalité. 1h35. Une maison silo.
Inédit. Les beaux-parents de Kyle
font appel aux talents des deux
frères - Une cabane de chasse chic.
Inédit - Double bus - Big bison.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
LUNDI
21.00 Rénovation insolite
23.10 La télé des Nuls. L’occasion de
revoir sketches et parodies des Nuls.
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6/13
15/21
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
PAS
CHINOIS
NOMADE
ITALIEN
QUALITÉ
ORATOIRE
ARTÈRES
DISQUE
D’OR
ARTICLE
ESPAGNOL
REPOSE
RICHESSES
LIEUX DE
VENTES
ÉCORCE
MOULUE
MOI
PAREILLEMENT
OUI À PAU
PAS LUI
MEURTRIÈRE
IL EST
SOUVENT
BIEN
EN CHAIR
Édition Collector
S
L
IL FAIT UN
BRUIT DE
CRÉCELLE
L
DISCUSSIONS
À HAUT
RISQUE
H
M
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
C
P
E
D
B
S
D
A F R A N
E L E C T R I C
R A I L L E R
R O U E L L
A C E
I N O C C U P E E
M
R A S S U R E
I R M A
E T A L E
T I
A D
M I
L A
B E T A
C H E V E L
I S S E
A N J O U
S
A R A
T E R R E
E U R T R I E
S I R
F
E
E
S
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18/09/2018 15:15
6,90€
EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands
de journaux et
sur www.figarostore.fr
A
19.05 50’ Inside. Magazine 20.00 Le
20h 20.50 Quotidien express. Talkshow. Présentation : Y. Barthès.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 3 - dimanche 4 novembre 2018 LE FIGARO
36
Pascal Bruckner,
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
ou l’éloquence
de la mélancolie
SUCCÈS L’écrivain et essayiste vient de publier un livre, « Un an et un jour ».
Un roman traversé en filigrane par son obsession du temps qui passe.
Anne Fulda
afulda@lefigaro.fr
P
ascal Bruckner parle d’une voix
posée, maîtrisée. Il répond aux
questions sans esquiver. Le visage
impassible, presque lisse, si ce n’est
cet éclair fugace qui traverse parfois ses yeux clairs. Il a posé sur la
table du bar de l’Hôtel des SaintsPères, où nous le rencontrons, le livre qu’il est en train de lire. Ce temps qui ne passe
pas, de Jean-Bertrand Pontalis. Sourit d’un air entendu. C’est sûr, le temps qui passe, dans la « vraie
vie », loin de l’inconscient, il y pense de plus en
plus. « Je suis en plein dedans, c’est certainement
plus obsessionnel qu’avant », reconnaît-il sans
faux-semblant alors que, cheveux toujours au
vent, il va avoir 70 ans, en décembre.
Le temps qui passe, c’est d’ailleurs l’un des sujets
de son dernier roman Un an et un jour (Grasset),
une métaphore philosophique dont l’héroïne se retrouve piégée, après une tempête de neige, dans un
hôtel. Un conte fantastique, « est-ce un rêve, un
cauchemar ? », dont cet amateur de films d’horreur
a eu l’inspiration lors d’un voyage à New York, en
2000. « On avait atterri dans l’Upper East Side dans
un hôtel où tout le monde était vieux. J’avais très mal
dormi, persuadé que le temps allait s’accélérer pour
chacun de nous. » Le temps qui file, coule, comme
les horloges de Dali. Le temps fou, comme celui
après lequel court le lapin de Lewis Carroll « en re-
ma veste col Mao pour une veste en tweed”, car je n’ai
tard, toujours en retard », dans Les Aventures d’Alijamais porté ni l’une ni l’autre. Je n’ai jamais été ni
ce au pays des merveilles – le livre que Bruckner a
trotskiste, ni maoïste, ni castriste, ni communiste,
« probablement le plus aimé » et qui « le hante » –,
mais je suis devenu plus conservateur, plus libéral.
tel est donc l’un des fils conducteurs d’Un an et un
Sans renier certaines valeurs des années 1960 : la lijour. Et aussi, d’une certaine façon, celui de son
bération des mœurs, l’égalité hommes-femmes. » Et
prochain essai qui sera consacré à « L’été indien de
puis, entre-temps, argue encore celui qui a soutenu
la vie ». Une question qui taraude décidément le
Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle
co-auteur, avec Alain Finkielkraut, du Nouveau
de 2007, il s’est passé des « choses » : le 11 septembre
Désordre amoureux, publié en 1977… il y a plus de
2001, les attentats qui ont endeuillé
quarante ans.
la France, Charlie Hebdo, le BataFinkielkraut-Bruckner ou l’histoire
clan… « Ceux des intellectuels qui ne
d’une amitié entre deux enfants univeulent pas l’admettre ne méritent
ques et singuliers qui s’est distendue
pas ce nom. Pour moi, ce sont des saau fil des ans. « On était à la fois très
lopards. Toute cette frange de la soproches et très différents. Chacun était
ciologie d’extrême gauche qui dénie
pour l’autre le frère jumeau qu’il n’a
1948
le problème de l’islam radical ne mépas eu. » Après le succès de leur livre,
Naissance à Paris.
rite vraiment aucune considération. »
de ce premier essai osant critiquer la
1977
frénésie sexuelle née après 1968, ces
Le Nouveau Désordre
« Identité incertaine »
deux-là qui s’étaient rencontrés en
amoureux, avec Alain
classe prépa à Henri-IV ont pris, en
Comme d’habitude, Bruckner ne
Finkielkraut (Seuil).
effet, « des routes parallèles ». Ainsi va
mâche pas ses mots. Il nomme les
1997
la vie. « Maintenant, depuis trois ans,
maux avec une forme de lucidité
Les Voleurs de beauté
on déjeune une fois par an », dit Brucbrutale. De placidité. Qu’il s’agisse
(Grasset). Prix Renaudot.
kner. Les deux hommes ont pourtant
d’amour, d’islamisme ou de Ma2012
eu des évolutions semblables. Ils viencron, qu’il soutient pourtant : « On
Mort de son père.
nent de la gauche et, après avoir été
avait cru que ce serait Bonaparte au
2014
étiquetés comme « nouveaux philosopont d’Arcole et là on a eu Peter Pan
Publie Un bon fils
phes », sont désormais classés comme
sur les dance floors […]. C’est comme
(Grasset).
de « nouveaux réacs », plutôt à droite
une régence qui n’en finit pas, c’est
2017
de l’échiquier politique. Selon Brucinquiétant parce qu’il n’y a plus perUn racisme imaginaire.
kner, cela n’a rien à voir avec un quelsonne. » Ses prises de position lui
La querelle de
conque reniement mais plutôt avec un
valent d’être pris à partie (« on me
l’islamophobie (Grasset).
renoncement : celui de la gauche « qui
traite parfois de “sale Blanc”, de
2018
a oublié le peuple et la réalité ». Et de
“petit Blanc” ou encore de “réacUn an et un jour
continuer : « Je n’ai pas eu “à retourner
tionnaire, crypto-fasciste” ou de
(Grasset).
Bio
EXPRESS
“merde sioniste” ») mais aussi, à force de dénoncer
les nouveaux maîtres-censeurs, d’être soutenu par
un nouveau public. Cela ne le laisse pas indifférent :
« Depuis quatre-cinq ans, les gens m’arrêtent dans
la rue, me félicitent : “Continuez !” », rapporte-t-il.
Une reconnaissance savoureuse pour un être à
« l’identité incertaine », comme il se définit lui-même. Écrivain et philosophe. Catholique et philosémite assumé, longtemps pris pour un intellectuel
juif, au point que l’un de ses amis lui a conseillé un
jour de faire son « coming out goy »…
Une image qui est le reflet fragmenté d’une histoire personnelle qu’il a mis du temps à dévoiler.
« Le jour de l’enterrement de mon père, à la sortie de
l’église Saint-Étienne-du-Mont, Olivier Nora (son
éditeur, NDLR) est venu me voir : “Cette fois, il faut
que tu écrives.” C’était un peu cynique mais il a eu
raison. Je n’aurais pas pu le faire avant, cela aurait
été trop cruel. » Le roman sur son père, Un bon fils
(Grasset), paru en 2014, éclaire d’une lumière différente le penseur beau parleur. Bruckner y abat
ses cartes. Sans fiel. Raconte ce père, dont la haine
des juifs était maladive, éruptive, ce père violent
qui lisait pieusement Rivarol, battait sa femme et
ne s’était pas remis de la défaite de la Wehrmacht.
Ce père qu’il rêvait de voir mourir d’un accident de
voiture… et qui est mort en 2012, veuf et ruiné.
L’éternel adolescent, obsédé par l’âge et le temps
qui passe, est depuis en première ligne. Et n’a plus
besoin de faire semblant. Il assume : il aimerait désormais avoir sa place chez les immortels. « L’Académie est un lieu de combat en faveur de la culture
française. C’est le cœur battant d’une résistance de
civilisation et pour un écrivain c’est intégrer à la fois
une éminente confrérie et une magnifique généalogie. Voilà. » C’est dit. ■
NOUVEAU
LES CLÉS DE LA CONNAISSANCE
Anne Hidalgo félicite
Ségolène Royal
La maire de Paris a fait savoir à l’exministre de l’Écologie qu’elle avait
beaucoup apprécié son nouveau livre,
Ce que je peux enfin vous dire (Fayard).
Un ouvrage qu’elle qualifie
de « courageux ». « Je me retrouve
pleinement dans ses combats pour
l’écologie et le féminisme, qui guident
aussi mon action à Paris », dit-elle.
Anne Hidalgo devrait d’ailleurs
prochainement s’exprimer en faveur
d’une candidature aux européennes de Ségolène Royal. Une manière de se
mettre dans la poche l’ancienne candidate PS à la présidentielle, qui s’intéressait
aussi à la mairie de Paris…
Le prix Roland-Dorgelès à Yves Thréard
L’Association des écrivains combattants, qui compte quelque 500 membres
et qui est présidée par le poète Jean Orizet, a décidé d’attribuer, cette année,
le prix Roland-Dorgelès à notre collaborateur, directeur adjoint de la rédaction
du Figaro et éditorialiste. Cette récompense est destinée à honorer
les professionnels de la radio, de la télévision ou de la presse écrite qui respectent
le mieux la langue française. La remise du prix aura lieu au Cercle de l’Union
interalliée, le 7 novembre, en présence de Mme le secrétaire perpétuel
de l’Académie française, Hélène Carrère d’Encausse.
Fondée en 1919 pour entretenir la mémoire des 560 écrivains morts pendant
la Première Guerre mondiale, l’Association des écrivains combattants
a compté, parmi ses présidents, Henry Malherbe, Roland Dorgelès
ou encore Maurice Genevoix.
AU
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JE
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DIS ÇA, JE DIS RIEN !
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JE VEUX
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