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Le Figaro - 05 11 2018

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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 088 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JACQUES JULLIARD
POUR L’ESSAYISTE, « DÉMOCRATIE
ET LIBERTÉ NE VONT PLUS
NÉCESSAIREMENT DE PAIR » PAGE 22
Route du rhum : les géants
des mers s’envolent
vers la Guadeloupe
LYON
Gérard Collomb,
la mairie à tout prix
PAGE 6
BRÉSIL
Les débuts
chaotiques de Jair
Bolsonaro PAGE 8
ÉTATS-UNIS
La Floride,
éternel baromètre
électoral PAGE 10
ÉDUCATION
Provins : la moitié
des écoliers
en uniforme PAGE 16
FIGARO SANTÉ
COMMENT LA NICOTINE
CRÉE UNE ADDICTION
À LA CIGARETTE PAGES 11 À 14
1918-2018 :
Macron veut
renouer avec la
France meurtrie
Le chef de l’État entend profiter du centenaire
de l’Armistice pour aller à la rencontre des Français
du Nord et de l’Est. Un périple d’une semaine qui
s’achèvera le 11 novembre devant l’Arc de triomphe.
TENNIS
Khachanov, la
vague de
fraîcheur PAGE 17
Emmanuel Macron a entamé
dimanche soir à Strasbourg le
cycle de commémorations du
centenaire de la fin de la
Grande Guerre. Le chef de
l’État sera toute la semaine
dans le Nord et l’Est sur les
traces des grandes batailles de
la Première Guerre mondiale.
ÉNERGIE
L’embargo contre
l’Iran met le marché
pétrolier sous
tension PAGES 26 ET 29
ARTS
n
Les 123 bateaux, les véloces multicoques Ultimes en tête,
se sont élancés dimanche de Saint-Malo, sous les yeux de
dizaines de milliers de spectateurs amassés le long de la
côte d’Émeraude, à l’assaut de la 11e édition de la plus célèbre des transatlantiques. Dès lundi soir, la flotte sera rudement secouée par une gigantesque tempête. PAGES 18 ET 41
PAGES 20, 21 ET 23
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Avez-vous réduit
votre consommation
de viande rouge ?
OUI
45 %
NON
55 %
TOTAL DE VOTANTS : 59 593
M 00108 - 1105 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@l@a@p@a";
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Êtes-vous favorable
au port de l’uniforme
à l’école ?
FABIEN CLAIREFOND THEO ROUBY/AFP
è GÉNÉRAL JEAN-PIERRE
BOSSER : « CE QUE LES
SOLDATS D’AUJOURD’HUI
DOIVENT AUX POILUS
D’HIER » PAGES 2, 4, 20, 23
ET L’ÉDITORIAL
À l’issue du référendum, prévu
par l’accord de Nouméa signé
en 1998 et organisé dimanche,
le non à l’indépendance l’a
emporté avec 56,4 % des voix.
« Je dois dire l’immense fierté
que nous ayons ensemble passé
cette étape historique. Je veux
aussi dire la fierté pour le chef de
l’État que la majorité des Calédoniens aient choisi la France »,
a déclaré Emmanuel Macron
lors d’une allocution télévisée.
Les oppositions ont également
salué la décision des Calédoniens. Seule La France insoumise a regretté l’issue du scrutin. PAGE 5
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
n
RÉCONCILIATION :
LE TÉLESCOPAGE
E
Contradictions
mmanuel Macron a décidé d’emprunter les chemins de la mémoire
pour retrouver le peuple de France. C’est le meilleur itinéraire : une
nation mêle, dans son principe,
son âme, les sacrifices héroïques du passé et
les nécessités du présent. L’Histoire, notre
histoire commune, participe, tout comme
« les habitudes collectives, la communauté du
langage, du travail et des fêtes » (Jaurès), à
façonner un pays. Verdun, Les Éparges,
Charleville, Rethondes… Ces noms par leur
simple évocation mêlent le son funèbre du
glas et les cloches glorieuses de la victoire. Ils
disent l’immense litanie de nos soldats tombés pour la France, ces noms gravés dans la
pierre des monuments aux morts de nos villes et de nos villages.
Certains morceaux de notre pays conservent
encore dans leur géographie les plaies de ce
conflit. Ce sont les mêmes qui connaissent
aujourd’hui d’autres souffrances : les usines
qui se ferment, les centres-villes qui s’éteignent, la pauvreté qui menace, la délinquance qui angoisse. Ce sont ces « Français
périphériques » qu’Emmanuel Macron veut,
en un long périple, convaincre et rassurer. Il
aura fort à faire, tant cette France « qui fume
des clopes et qui roule en diesel » est en colère.
Écrasée de taxes, fragilisée par l’insécurité
culturelle, elle doit, en outre, subir les remontrances et les leçons de morale de ceux
qui la gouvernent. Et c’est là qu’apparaît
pour le chef de l’État une intenable contradiction. Comment célébrer le sacrifice patriotique ultime des poilus et couvrir d’opprobre ceux qui
défendent le désir
légitime de frontières ? Comment
conjuguer
une
dialectique d’intimidation où les
« progressistes »
urbains combattent les « populistes » attardés, et prendre en compte l’impatience du peuple ? Comment exiger des
sacrifices des retraités et des classes moyennes sans les inscrire dans un grand dessein
national ? Si le président de la République
persiste dans cette impossible synthèse, le
« en même temps », cette martingale électorale, pourrait devenir un poison fatal. ■
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d’intimidation
et l’impatience
du peuple ?
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ISSN 0182.5852
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A
11 Novembre :
Morhange, la
fin de
l’offensive
à outrance
Allemagne :
qui, de l’AfD
ou des Verts,
saura s’imposer
comme
troisième
force ?
La chronique
de Nicolas
Baverez
L’analyse
d’Alain Barluet
n
è DRAMATISATION,
La Nouvelle-Calédonie
choisit de rester française
YVAN ZEDDA
CHAMPS LIBRES
Centre Pompidou :
le cubisme,
une légende
au musée PAGE 36
En sept jours, il aura traversé
deux régions, onze départements et dix-sept villes. Le
président veut s’appuyer sur
cette « itinérance mémorielle »
pour tenter de reprendre la
main après une longue séquence particulièrement difficile pour l’exécutif.
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
«
18
FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY, PHILOSOPHE, ÉLU DE VERSAILLES
Le chef de l’État se rendra ce jour-là
à Berlin, où il prononcera un discours
au Bundestag pour conforter
la relation franco-allemande
Le fait d’aller passer du temps
sur ces lieux est une idée magnifique,
nécessaire et bienvenue.
Ce serait dommage qu’elle soit polluée
par de la politique politicienne
LEA CRESPI/LE FIGARO MAGAZINE
2
novembre
»
DIMANCHE, SUR FRANCE CULTURE
1918-2018 : Macron part
à la reconquête de l’opinion
Le président a donné dimanche le coup d’envoi de son « itinérance
mémorielle » dans l’Est et le Nord, à l’occasion du centenaire de l’Armistice.
LENS
IL S’EST reposé quatre jours à Honfleur, il
est en pleine forme pour son marathon.
Emmanuel Macron a entamé dimanche
soir à Strasbourg le cycle de commémorations du centenaire de la fin de la Grande Guerre. Les célébrations ont démarré
par une cérémonie militaire suivie d’un
concert dans la cathédrale Notre-Dame.
En compagnie du président allemand,
Frank-Walter Steinmeier, le président de
la République a écouté des œuvres de Debussy et Beethoven sur « le thème de la
paix européenne et du retour de l’AlsaceMoselle à la France », a indiqué l’Élysée.
Le point de départ d’une « itinérance mémorielle » conçue comme une superproduction élyséenne avec Macron dans les
rôles de chef d’orchestre, de grand ordonnateur et de personnage principal.
Autour du chef de l’État, on distille avec
gourmandise les chiffres clés de cette séquence, pour en souligner le caractère exceptionnel à vocation historique : en sept
jours, le chef de l’État aura traversé deux
régions, onze départements et dix-sept
villes. Son périple s’achèvera dimanche
prochain sous l’Arc de triomphe où, après
avoir ravivé la flamme du soldat inconnu,
il prononcera un discours devant une
centaine de chefs d’État et de dirigeants
d’organisations internationales. « Un périple inédit », selon l’entourage du chef de
l’État, et dont la vocation va bien au-delà
de la seule commémoration de la fin de la
Première Guerre mondiale.
Après l’affaire Benalla qui lui a pourri
son été, après les démissions inattendues
de Nicolas Hulot et de Gérard Collomb
qui lui ont pourri sa rentrée, après la
montée en puissance des populismes qui
lui pourrissent son grand rêve européen,
Emmanuel Macron veut s’appuyer sur
cette « itinérance mémorielle » pour
tenter de reprendre la main sur tous les
tableaux.
« Aborder les préoccupations
des territoires visités »
Le premier est politique. Plus impopulaire
que jamais depuis le début de son quinquennat, le chef de l’État voit les Français
douter de plus en plus fort du bien-fondé
de ses réformes. Alors qu’il avait mis le
travail au cœur de son programme, le
chômage se maintient toujours à un niveau élevé. Dans le même temps, la grogne n’en finit pas de monter sur le pouvoir
d’achat, sur fond de hausse des prix des
carburants.
En plus des lieux de mémoire liés à la
Première Guerre mondiale, Emmanuel
Macron a ainsi prévu de visiter des usines,
dont celle de Renault à Maubeuge. Il devrait même passer par l’aciérie d’Ascoval,
située non loin de là, menacée de fermeture. Il visitera aussi une maison de retraite et tiendra une table ronde sur la santé
en milieu rural. « Chaque étape sera l’occasion d’aborder les préoccupations des
territoires visités qui tentent de rebondir
après avoir été frappés par la désindustrialisation », explique-t-on dans l’entourage
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
Le périple mémoriel
d’Emmanuel Macron
Ville rasée, ville martyre,
envahie dès octobre 1914
ENVOYÉ SPÉCIAL À STRASBOURG
HAUTS-DEFRANCE
JOUR 6
Vendredi 9 nov.
JOUR 5
jeudi 8 nov.
Lille
Notre-Dame-de-Lorette
MAUBEUGE
Lens
Anneau de la mémoire
580 000 noms
Feignies Maubeuge
DU 4 AU 11 NOVEMBRE, le président traversera le Bas-Rhin,
Bataille de Maubeuge
en août 1914
la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, les Ardennes,
la Marne, l'Aisne, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme.
JOUR 4
Mer. 7 nov.
LA FLAMENGRIE
Au hameau d’Haudroy fut claironné
le premier cessez-le-feu du front
occidental, le 7 novembre 1918 à 20 h 20
Sars-Poteries
Albert
Péronne
Amiens
La Flamengrie
RozoyBataille de la Somme :
en août 1918,
Rethondes sur-Serre
la ville d'Albert est Clairière de l’Armistice Laon
un champ de ruines
Signature de
l'Armistice
Reims
le 11 nov. 1918
Paris
CharlevilleMézières
JOUR 3
Mardi 6 nov.
JOUR 1
Dimanche 4 nov.
Les Éparges
Verdun
Châlons-enChampagne
Morhange
Pont-à-Mousson
Invalides, Arc de triomphe,
Versailles
Champ de bataille
de Verdun,
nécropole de Fleurydevant-Douaumont
ÎLE-DE-FRANCE
JOURS 7 ET 8
Samedi 10 et dimanche
11 novembre
Compiègne et retour à Paris
JOUR 2
Lundi 5 nov.
Ville bombardée
pendant 1 051 jours,
entièrement détruite
En 1914,
un massacre :
27 000 tués
le 22 août
GRAND EST
Strasbourg
Ancienne ville
de garnison
allemande
YVES HERMAN/REUTERS
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
Nécropole de soldats
américains, français
et allemands
Infographie
du chef de l’État. À ces visites de terrain
Emmanuel Macron ajoutera des rencontres avec des élus locaux qui attendent sa
visite de pied ferme, et notamment Xavier
Bertrand dans le Nord. « L’Élysée a voulu
lui donner une dimension politique. Alors
que le président aille à la rencontre du peuple et qu’il l’écoute vraiment », demande
dans le JDD le président de la région
Hauts-de-France en pointant notamment la hausse des prix du carburant et
celle de la CSG.
Alors que Macron est régulièrement accusé de se montrer trop « arrogant » avec
les Français, Xavier Bertrand lui demande
aussi d’échanger « vraiment avec nos
concitoyens, sans leur faire la leçon. À eux,
il ne pourra pas leur prêter des arrièrepensées politiques ». Voilà, derrière le volet politique de ce déplacement, l’autre
enjeu pour le président de la République :
corriger son image dégradée.
Dernier enjeu enfin pour Macron, sans
doute le plus important : l’Europe, notamment dans la perspective des élections
de 2019. Lors de la présidentielle, il avait
bâti une partie de son identité politique
sur la relance de l’Union alors qu’elle était
attaquée par quasiment tous les autres
candidats. Le scrutin à venir sera en outre
le premier qu’affrontera le président de la
République depuis sa victoire de 2017. Un
test donc.
Pour l’heure, le rendez-vous électoral
ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Selon un sondage Ifop, le RN de Marine Le Pen sortirait désormais en tête
avec 21 %, devant le parti du président
(19 %). « L’Europe est face au risque d’être
démembrée par la peste nationaliste et
d’être bousculée par des puissances extérieures », avait mis en garde Emmanuel
Macron la semaine dernière dans un entretien à Ouest-France. Son périple mémoriel aura aussi valeur de mise en garde
contre les menaces qui pèsent sur le
continent. Après les cérémonies du
11 Novembre se tiendra d’ailleurs à Paris
le premier Forum sur la paix… ■
+
» Lire aussi PAGES 4, 20 ET 23
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Dramatisation, réconciliation : le télescopage
L
es admiratifs diront
qu’il se coule dans les habits
du général de Gaulle.
Les caustiques diront
qu’il se prend pour lui. Sur la forme,
l’itinérance d’Emmanuel Macron
sur les théâtres de la Première Guerre
mondiale rappelle ces déplacements
d’une semaine entière dans une région
française qu’affectionnait le premier
président de la Ve République.
Sur le fond, l’assimilation de notre
époque au climat de l’entre-deuxguerres, en lever de rideau
de la campagne européenne, a ce côté
« moi ou le chaos » qui n’était pas
l’aspect le plus inspiré du verbe
gaullien. Dans le cas de Macron,
l’immersion est heureuse et pourrait
l’aider à rebondir ; l’assimilation est
hasardeuse et pourrait se retourner
contre lui. Et l’enchaînement des deux
interroge : la dramatisation politique
peut en effet aller à l’encontre de
l’entreprise de réconciliation nationale
qu’il veut mener cette semaine.
L’itinérance mémorielle qui
conduira le chef de l’État dans dix-sept
départements de l’est et du nord
de la France ne manque ni de panache
ni d’ambition. C’est ce qu’on pourrait
appeler un déplacement total.
Il célèbre le passé (la Première Guerre
mondiale), accompagne le présent
(visite d’entreprises, d’Ephad,
rencontre de salariés, d’élèves…) et
veut tracer des perspectives d’avenir
(la renaissance de territoires frappés
hier par la guerre, aujourd’hui par
la mondialisation). Il est à la fois local
(valorisation des communes les plus
petites ou les plus oubliées) et global
(le sommet des chefs d’État, Trump
et Poutine en tête, le 11 novembre
à Paris). Emmanuel Macron pourra
donc à la fois donner des preuves
de proximité avec « son peuple »,
comme il désigne parfois les Français,
et réaffirmer une stature
internationale qu’il avait acquise
aussitôt élu président.
Ainsi, le cadre existe pour opérer
cette double restauration. À condition
toutefois de trouver les mots justes.
Or, sur fond d’impopularité record,
dans un climat d’inquiétude voire
d’exaspération sur la question
du pouvoir d’achat et dans un contexte
de tension internationale croissante,
toute parole délibérément
ou involontairement provocante
peut déclencher la polémique ou
l’incompréhension. En l’occurrence,
manier l’histoire n’est pas sans risque.
En marchant sur les pas des poilus,
Sur fond
d’impopularité
record,
toute parole
délibérément
ou involontairement
provocante
peut
déclencher la
polémique
»
Macron avait eu la noble intuition
de se poser en dépositaire d’une
histoire nationale dont nous sommes
redevables. Par ses propos dans OuestFrance, il donne l’impression d’utiliser
l’histoire pour justifier son prochain
combat électoral. Car son allusion
aux années 30 est un décalque hâtif
de la réalité. D’une part parce qu’il fait
l’impasse sur une menace bien réelle
et par définition inexistante il y a
huit décennies : celle de l’islamisme
et du terrorisme qui en découle.
Ensuite parce qu’il semble prouver
par l’absurde que la construction
européenne à laquelle il est si attaché
n’a rien changé à l’Europe. Enfin parce
que selon une rhétorique que la gauche
semblait avoir usée jusqu’à la corde
il joue de la culpabilisation d’électeurs
faisant un vote protestataire. Lesquels
sont particulièrement nombreux
dans les départements que Macron
va traverser. C’est comme si pour
introduire un exercice d’unité
nationale le chef de l’État revêtait
d’abord sa panoplie de chef
de campagne ; comme si pour lancer
une opération de réconciliation autour
de l’histoire il tordait l’histoire
par une opération de dramatisation.
L’inverse eut été plus compréhensible.
Et plus crédible. ■
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« La Fondation
Francis Bouygues
m’a aidée à réaliser
mon rêve. »
Célia, auditrice financière à Paris
Master 2 Comptabilité Contrôle Audit –
Université de Paris-Descartes (2017)
La Fondation d’entreprise Francis Bouygues
apporte son aide à des bacheliers motivés
et confrontés à des difficultés financières
pour leur permettre d’effectuer des études
supérieures. Chaque élève boursier est
accompagné pendant son cursus par un
parrain, collaborateur du groupe Bouygues
ou ancien boursier. Depuis 2005, date
de sa création, la Fondation a soutenu
789 étudiants, dont 375 sont maintenant
diplômés.
RCS Paris n° 490 841 228 00029 – Crédit photo : Frédéric Stucin –
facebook.com/fondationfrancisbouygues
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
«
BERTRAND PANCHER, DÉPUTÉ DU MOUVEMENT RADICAL DE LA MEUSE
»
«
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
CHRISTOPHE MORIN / IP3
Immersion mémorielle d’Emmanuel Macron dans le
Grand Est et dans le Nord. C’est utile que le président,
avec son gouvernement, se plonge dans l’histoire
de notre pays et prenne le temps de nous écouter. Il sera
bien reçu mais nous n’aurons pas la langue de bois
L’Élysée a voulu lui donner
une dimension politique.
Alors que le président aille
à la rencontre du peuple
et qu’il l’écoute vraiment
»
XAVIER BERTRAND, PRÉSIDENT DES HAUTS-DE-FRANCE
DANS LE « JDD » DU 4 NOVEMBRE
Gal
Le général Jean-Pierre Bosser
dans son bureau parisien, le 31 octobre.
Jean-Pierre
Bosser : « Ce que
les soldats
d’aujourd’hui
doivent aux
poilus d’hier »
Le chef d’état-major de l’armée de terre
analyse pour « Le Figaro » le legs
historique, opérationnel et éthique
des combattants de la Grande Guerre.
Le soldat doit incarner « l’alliance
du sens et de la force », soulignez-vous
dans la réédition d’un des textes
de référence de l’armée de terre *.
Quel sens donnez-vous à cette éthique ?
Ce document est une réflexion sur les
fondements et principes du service des
armes. C’est une contribution à un
questionnement qui existe depuis très
longtemps, et qui consiste à se demander comment combattre, comment infliger la destruction et la mort, comment la recevoir aussi, tout en conservant son honneur guerrier. En la
matière, nous sommes les héritiers
d’une réflexion religieuse et philosophique très ancienne. L’armée de terre
y a contribué depuis longtemps, mais le
dernier document de référence datait
de la professionnalisation. Vingt ans
plus tard, j’ai estimé qu’il était temps,
compte tenu de l’émergence de nouvelles armes, d’un nouveau contexte et
des changements de notre société,
d’apporter une pierre supplémentaire à
cet édifice.
Ce texte est original. Ce n’est ni un
ouvrage de droit, ni un livre de philosophie, ni un règlement militaire. Il ne
propose pas aux soldats des recettes
toutes faites, mais les invite à fortifier
leur conscience, à assumer leur responsabilité et à développer leur désir
de penser par eux-mêmes. En effet, si
le but de l’action militaire est bien de
vaincre, il n’y a pas de victoire pour
celui qui a perdu son âme. Il s’agit donc
d’aider chacun à gagner en épaisseur et
en profondeur, pour le succès des armes de la France et en préservant notre
humanité commune. C’est ainsi, j’en ai
la conviction, que les soldats de l’armée
de terre réussiront l’alliance du sens et
de la force, et formeront une armée
d’excellence au service de la nation.
NDLR), afin de renforcer la subsidiarité
du commandement. Elle est constituée
de plusieurs corps d’armée, mais aussi
d’éléments organiques propres et d’éléments des services de soutien, afin de
LE FIGARO. - Dans quel état l’armée de
renforcer ses capacités de commandeterre ressort-elle de la Grande Guerre ?
ment et son autonomie. Le style de
Général Jean-Pierre BOSSER. - Lorscommandement a beaucoup évolué lui
qu’on étudie l’état de l’armée de terre
aussi. La discipline assise sur la crainte
au sortir de la guerre, on peut commena laissé la place à une autorité fondée
cer par la regarder de façon macroscosur l’expertise, l’expérience, et l’exempique. On constate alors qu’elle sort
plarité de chefs au contact
profondément transforqui partagent au quotidien
mée de ce conflit. Tout a
Les poilus
le même sort que leurs suchangé en quatre ans de
bordonnés. Enfin, l’armée
guerre, ou presque, en
ont été unis
sort renforcée intellectuelmatière d’outillage, d’orpar une
lement de la guerre. La
ganisation, de commancamaraderie
combinaison du trinôme
dement et de doctrine.
fantassins-chars-avions
Les combattants ont été
guerrière qui
marque le retour d’une
dotés de nouveaux équitranscendait
guerre de mouvement, et
pements, de plus en plus
leurs
l’excellence de la pensée
performants, comme les
stratégique française est
mitrailleuses, les canons
différences
reconnue dans le monde
d’artillerie lourde ou les
sociales,
entier. Incontestablement,
chars. L’organisation mêacadémiques
l’armée de terre de 1918 est
me de l’armée a été boula plus puissante et la plus
leversée. La division, qui
et régionales
moderne du monde. Mais je
réunit des unités de diffésuis convaincu qu’il faut
rentes spécialités, devient
compléter cette approche par le haut
l’unité de base du combat interarmes.
d’une approche par le bas, car s’interTout ne pouvant pas être décidé par le
roger sur l’armée française en 1918,
grand quartier général (GQG), un échec’est aussi s’intéresser aux soldats qui
lon hiérarchique nouveau apparaît,
ont combattu dans ses rangs.
l’Armée (au dessus du corps d’armée,
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
service de la France nous inspirent
pour dépasser, encore aujourd’hui, nos
propres limites au service d’un idéal
commun.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN BARLUET £@abarluet
«
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
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Précisément, comment qualifier
les poilus ? Sont-ils des héros
ou des victimes ?
Cette fois, il faut se pencher sur les
combattants de la Grande Guerre. Bien
sûr, leur expérience concrète varie en
fonction de leur grade et de leur spécialité. Parmi les quelque 8,5 millions
de Français mobilisés au cours de ce
conflit de 1 561 jours, tous n’ont pas
participé directement au combat en
première ligne. Mais ils ont tous connu
la faim, le froid, la souffrance et, pardessus tout, la peur.
La guerre a été pour chacun d’entre
eux une épreuve terrible, une expérience féroce et d’une intense brutalité. Comment ont-ils tenu ? Comment
l’ont-ils emporté militairement ?
D’abord par leur courage, qui leur a
permis de ne jamais céder à la résignation ou au désespoir. Quand l’un tombait sans se relever, un autre prenait sa
place. Ensuite par leur discipline. Malgré les doutes et les incompréhensions
parfois, l’armée est restée unie et forte
sous les ordres de ses chefs. Enfin par
leur fraternité d’armes. Paysans issus
des profondeurs de la nation ou combattants venus des territoires d’outremer, militaires d’active ou de réserve,
soldats de toutes origines et de tous
grades, les poilus ont été unis par une
camaraderie guerrière qui transcendait
leurs différences sociales, académiques
et régionales.
Lorsque la guerre prend fin, près de
1,4 million de soldats français sont
morts, plus de 4,2 millions ont été blessés. La guerre laisse des traces profondes dans les âmes et dans les cœurs de
ceux qui l’ont vécue. Mais aucun poilu
n’est tombé en vain, car, comme l’a
magnifiquement affirmé Clemenceau,
« ils ont grandi l’histoire française ». Ils
ont rendu à la France le sentiment de la
victoire, une victoire à la fois terrible et
empreinte de grandeur.
Pourtant, l’armée est ponctuellement
critiquée sur cette question des valeurs,
par exemple pour son rôle dans
certains épisodes de la guerre d’Algérie
ou les dérives de certains élèves
Un siècle plus tard, cet héritage
de lycées militaires…
inspire-t-il toujours l’armée de terre ?
L’armée de terre ne revendique pas
À l’échelle de la nation tout entière, la
l’exclusivité de valeurs qui lui soient
Première Guerre mondiale est l’une des
propres, mais s’attache à cultiver au
expériences collectives les plus marquotidien les valeurs qu’elle a fonction
quantes de notre histoire. Cent ans
et mission de défendre, c’est-à-dire
après sa conclusion, elle est non seulecelles qui fondent la communauté nament inscrite à jamais dans notre récit
tionale. En l’espèce, la polémique ne
national, mais elle demeure de surcroît
doit pas l’emporter sur le travail de
étonnamment présente dans notre méfond qui est mené au quotidien : l’admoire et notre imaginaire. Ce qui est
hésion de tous les soldats à une excelfascinant, c’est que le remplacement
lence comportementale, la formation
des générations n’atténue pas la vitalité
des cadres à l’exercice de
de ce lien. Dès lors, il n’est
l’autorité, l’exercice de
pas surprenant que l’hériL’abnégation traditions militaires qui
tage à la fois tragique et
unissent par un idéal comglorieux de la Grande
(des poilus)
mun et qui n’ont pas vocaGuerre imprègne si proet leur
tion à soumettre, mais à
fondément l’armée de terdévouement
élever, ainsi que la toléranre d’aujourd’hui et contice zéro vis-à-vis de toute
nue d’être une source
absolus
forme de discrimination ou
d’inspiration pour les solau service
de violence, à laquelle je
dats qui la composent. Les
de la France
veille personnellement.
noms des batailles de la
Première Guerre mondiale,
nous inspirent Les soldats savent mieux
que quiconque que la guerles fourragères qui ornent
pour dépasser, re est un moment de tennos emblèmes et nos uniencore
sions extrêmes, où l’on côformes sont autant de tratoie le risque de perdre son
ditions militaires qui conaujourd’hui,
humanité. Pour autant, la
tribuent à l’esprit guerrier
nos propres
morale n’y a pas disparu.
nécessaire pour vaincre au
limites
En se dotant de documents
combat, partout dans le
de référence sur des sujets
monde et sur le territoire
aussi essentiels que l’éthique militaire
national, pour protéger les Français et
ou le commandement, l’armée de terre
les intérêts nationaux.
fait donc acte de maturité et de courage
L’armée de terre combat aujourd’hui
en s’interrogeant sur elle-même. Ce
durement en opérations. Depuis sa
que questionnent en effet ces textes en
professionnalisation il y a plus de vingt
profondeur, c’est l’articulation de l’inans, elle a été engagée sans discontidividuel et du collectif. Ce qu’ils réafnuité sur des théâtres très divers où
firment sans ambiguïté, c’est que
elle a acquis une expérience considémême dans les circonstances les plus
rable. Où les soldats de l’armée de tercomplexes, chacun garde sa part de lire puisent-ils leurs forces morales,
berté, pour conserver son honneur au
leur capacité reconnue à payer le prix
service de la France et de ses idéaux. ■
du sang ? Je pense que c’est en partie
de l’exemple des poilus, transmis de
génération en génération. Leur abné* https://www.defense.gouv.fr/terre/
gation et leur dévouement absolus au
livre-vert
«
»
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LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
POLITIQUE
5
La NouvelleCalédonie
préfère
la France à
l’indépendance
Le « non » l’a emporté avec 56,4 % des voix.
Emmanuel Macron a exprimé dimanche
son « immense fierté ».
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
TERRITOIRE La Nouvelle-Calédonie reste
française. À l’issue du référendum organisé dimanche, le non à l’indépendance
l’a emporté avec 56,4 % des voix. Un résultat pressenti par les sondages de ces
derniers jours. À 18 000 kilomètres des
bureaux de vote calédoniens, Emmanuel
Macron s’est exprimé dimanche vers
13 heures depuis l’Élysée lors d’une allocution télévisée.
« Je dois dire l’immense fierté que nous
ayons ensemble passé cette étape historique. Je veux aussi dire la fierté pour le chef
de l’État que la majorité des Calédoniens
aient choisi la France », a-t-il salué. Le référendum avait été prévu par l’accord de
Nouméa signé en 1998. Son but consistait
à poursuivre la réconciliation entre
Kanaks, peuple autochtone du territoire,
et Caldoches, population d’origine européenne, après de violentes insurrections
dans les années 1980.
Pour apaiser les tensions, des premiers
accords - dits de Matignon - avaient déjà
été conclus en 1988 pour attribuer un statut provisoire à l’archipel et jeter les bases
du futur référendum. « Ce jour (dimanche)
était le rendez-vous que les Calédoniens et
l’État s’étaient donné pour surmonter les
divisions. Je veux relever ici la promesse tenue depuis trente ans. J’ai en mémoire le
rôle de chacun des responsables politiques
qui ont marqué ce chemin de leur empreinte
indélébile », a rendu hommage le chef de
l’État.
Des électeurs participent au référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, dimanche à Nouméa.
cas de victoire du non à l’indépendance à
la première consultation, deux autres
pouvaient être mises en place dans les
quatre ans qui suivent. Un recours jugé à
l’époque nécessaire pour assurer la sérénité du vote.
Même s’il assure depuis l’Élysée « mesurer la déception » des pro-indépendance, Emmanuel Macron n’a pas évoqué ce
scénario, préférant prôner l’apaisement.
Le chef de l’État a notamment mis en
avant la participation massive - 80 %
d’électeurs - qui a permis de désigner un
« seul vainqueur » : « le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle-Calédonie depuis trente ans ». Le chef de l’État
a également annoncé que « le gouvernement proposera aux forces politiques de
Prôner l’apaisement
Si le non l’a emporté assez nettement, le
score des indépendantistes, 43,6 %, est
cependant plus haut qu’annoncé. Une
victoire pour Gérard Reignier, le directeur de campagne du FNLKS, mouvement pro-indépendance. « Nous allons
continuer à porter notre volonté d’émancipation. On voit bien avec ces résultats que
le milieu indépendantiste n’a pas perdu,
bien au contraire, il a gagné. Ils sont obligés de nous prendre en compte », se réjouissait-il sur La 1ère, chaîne publique
locale, quelques minutes après l’annonce
des résultats.
Forts de leur bon score, les indépendantistes devraient réclamer l’organisation de deux nouveaux référendums.
L’accord de Nouméa stipule en effet qu’en
Voitures brûlées et « faits de caillassage »
en marge du référendum
Après une campagne plutôt apaisée
entre loyalistes et indépendantistes,
quelques débordements ont eu lieu
dimanche soir en marge
du dépouillement du référendum.
Le Haut-Commissariat a annoncé que
plusieurs voitures avaient été brûlées,
notamment dans le quartier populaire
de Montravel au nord de Nouméa.
Deux « faits de caillassage »
ont également été signalés
dans la capitale, dont un à la police
municipale après l’arrestation
d’un individu qui était en train
de brûler un drapeau français,
selon la chaîne publique locale La 1ère.
Toujours à Nouméa, un ancien magasin
« Animal Passion » inoccupé situé
en plein centre-ville a été incendié,
a rapporté le site d’information
des Nouvelles calédoniennes.
Deux personnes ont été interpellées
et placées en garde à vue
au commissariat central.
P. L.
THEO ROUBY/AFP
Nouvelle-Calédonie de se réunir dans les
prochaines semaines », rappelant qu’il n’y
avait « pas d’autre chemin que celui du
dialogue ». Le premier ministre, Édouard
Philippe, est attendu dès lundi à Nouméa
avec la ministre des Outre-Mer, Annick
Girardin.
Depuis la métropole, les oppositions
ont salué la décision des Calédoniens.
« C’est un moment historique : ils ont lié
leur destin à la France », a félicité Laurent
Wauquiez, le président de LR. « Je garde
en tête ces mots du général de Gaulle adressés il y a cinquante-deux ans aux Calédoniens : “Vous avez un rôle français à jouer
dans cette partie du monde. Vous êtes un
morceau de la France, vous êtes la France
australe” », a-t-il poursuivi. La présidente du RN (ex-FN), Marine Le Pen, s’est réjouie du « formidable attachement des
Calédoniens à la France ». Au PS, le premier secrétaire Olivier Faure a salué un
« débat dans un esprit de responsabilité et
sans outrance ».
Seule La France insoumise a regretté
l’issue du scrutin. Le groupe parlementaire a fait part de sa « profonde déception »
face « à la nécessité d’une pleine souveraineté des populations de l’archipel ». ■
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
POLITIQUE
6
Gérard Collomb, la mairie à tout prix
L’ex-ministre de l’Intérieur devrait, à l’issue d’un conseil municipal, retrouver ce lundi son fauteuil de maire.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL £@TristanQM
LYON Gérard Collomb doit retrouver
lundi l’écharpe de maire de Lyon qui lui
manquait tant. Convoqué un mois après
sa démission du gouvernement, le conseil
municipal extraordinaire avalisera sans
surprise le retour de l’ex-ministre de l’Intérieur. Mais la campagne électorale pour
2020 est déjà lancée et un vent de fronde
souffle sur Lyon. Un fait inhabituel pour
Gérard Collomb, maire incontesté de la
capitale des Gaules depuis 2001. Son éloignement pendant seize mois Place Beauvau a désinhibé ses opposants et stimulé
les ambitions de certains de ses proches.
« On vit une comédie humaine, c’est tragi-comique », observe Nathalie PerrinGilbert, la maire du Ier arrondissement, et
opposante de gauche qui a récemment
comparé Gérard Collomb au président
algérien Abdelaziz Bouteflika (qui s’apprête à briguer un cinquième mandat).
Elle dénonce l’organisation du conseil
municipal, un « simulacre de démocratie ». « Les prises de parole de l’opposition
n’auront lieu qu’après le vote. Et l’isoloir va
être placé en dehors de la salle du conseil.
Ceux qui sortiront pour voter seront ceux
qui auront quelque chose à cacher », s’insurge l’élue, qui évoque « des pressions
maximales » sur les élus de la majorité.
un peu plus. À tel point qu’il vient de se
séparer de son directeur de cabinet et son
chef de cabinet, réputés trop proches de
l’ex-ministre.
Depuis plusieurs semaines, des lettres
ouvertes circulent dans la ville appelant
Gérard Collomb à ne pas se représenter
en 2020. « Le fond du problème tient à une
méthode de gouvernance trop autocratique, qui a permis une certaine efficacité,
mais qui se referme en paralysie, comme
tout pouvoir autoritaire », écrit un collectif de 41 citoyens dans un texte publié
dans La Tribune de Lyon. Le mois dernier,
Jacqueline Vottero, une ex-élue de
85 ans, s’est directement adressée à Gérard Collomb, l’invitant à ne pas faire le
mandat de trop. « Persiflage d’une gauche
mondaine », raille-t-on à la mairie.
Ces attaques ont quand même rendu
fébrile le camp Collomb, qui s’évertue à
étouffer le refrain sur l’usure du pouvoir.
Ainsi, l’Hôtel de ville est allé jusqu’à annuler le tournage du film Alice et le maire.
« Il y a eu, à un moment donné, panique à la
mairie de Lyon, avec interdiction de tourner comme initialement prévu dans les
murs de l’hôtel de ville », a confié Fabrice
Luchini au Figaro Magazine. Et pour cause… Le film raconte les mésaventures
d’un maire socialiste qui soudain n’a plus
d’idées et recrute une jeune philosophe
pour l’aider à en avoir à nouveau. ■
Gérard Collomb (ici le 17 octobre, lors d’une conférence de presse) dirige la ville de Lyon depuis 2001.
ROMAIN LAFABRÈGUE/AFP
Fébrilité
Une sortie vertement recadrée par JeanYves Sécheresse, l’adjoint à la sécurité,
proche de Gérard Collomb : « Ça s’est
toujours passé ainsi. C’est indigne et puéril
de la part d’une personne élue depuis vingttrois ans. Si Gérard Collomb est Bouteflika,
alors, elle, c’est une Bouteflikatelle. »
Mais la droite aussi hausse le ton. « Gérard Collomb ne revient pas pour gérer la
ville mais pour se remettre en campagne »,
affirme Pascal Blache, le maire divers
droite du VIe arrondissement, candidat
déclaré aux municipales de 2020. Stéphane Guilland, le leader des Républicains à
Lyon - et soutien d’Étienne Blanc, le candidat des Républicains en 2020 -, parle lui
aussi de « sketch ». « Vous ne me verrez
pas attaquer Gérard Collomb sur son âge
mais je suis de ceux qui pensent que le cumul dans le temps n’est pas sain pour la démocratie. C’était d’ailleurs dans le programme d’Emmanuel Macron. Que Gérard
Collomb l’applique ! », charge l’élue du
VIIIe arrondissement. « Parler de l’âge du
capitaine évite de parler de projet », rétorque Jean-Yves Sécheresse.
Quant à David Kimelfeld, le président
de la métropole - qui centralise l’essentiel
des pouvoirs -, il reste à son poste et se
prépare pour 2020. Cet ancien fidèle de
Gérard Collomb s’émancipe chaque jour
Une épouse dont l’influence est contestée
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
SANS ELLE, Gérard Collomb serait-il
toujours numéro deux du gouvernement ? C’est la thèse que défendent plusieurs responsables politiques locaux
mais aussi des anciens compagnons de
route de l’ex-ministre de l’Intérieur : Caroline Collomb, deuxième femme de Gérard Collomb, 42 ans, soit 29 de moins
que lui, aurait eu un « rôle déterminant »
dans la décision de son mari de retourner
à Lyon pour briguer un quatrième mandat. « Elle lui a dit, c’est lui (Emmanuel
Macron, NDLR) ou moi », croit savoir un
ancien proche de Gérard Collomb, selon
qui l’influence démesurée de son épouse
« pose un problème politique ».
Cette femme blonde, juge au tribunal
administratif de Paris, toujours souriante
quand elle pose au côté de son mari, est
pourtant dépeinte comme une personnalité « autoritaire », « cassante », « dure »
et surtout « interventionniste » dans les
milieux politiques lyonnais. « C’est quelqu’un qui n’a aucune empathie », décrit un
ancien fidèle de Gérard Collomb. « Elle a
tendance à régenter les choses à la caporale », note un autre.
Depuis qu’elle a rencontré le maire de
Lyon alors qu’elle était encore étudiante
et simple militante socialiste, Caroline
Collomb a, petit à petit, gravi les échelons.
Au PS, elle a pris des responsabilités à partir de 2015 dans la section du Ve arrondissement de Lyon, où réside le couple. Mais
Jean-Jacques Queyranne, ex-président
de la région Rhône-Alpes, refuse qu’elle
se présente sur sa liste aux régionales.
« Un peu comme les Balkany,
sans l’argent »
Pendant la campagne présidentielle, elle
milite avec son mari pour Emmanuel
Macron et fait en sorte de se rendre incontournable. Nommé à Beauvau, Collomb insiste pour que son épouse hérite
du poste de référente départementale
pour LaREM. Déjà, les soupçons de népotisme s’éveillent dans un mouvement qui
porte pourtant le renouvellement des
pratiques en étendard. « Les Collomb à
Lyon, c’est un peu comme les Balkany,
sans l’argent », lâche un baron local. « Il
faut toutefois reconnaître qu’elle donne
beaucoup de son énergie pour le mouvement », nuance la députée LaREM de
l’Ain et conseillère de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Olga Givernet.
Des responsables locaux racontent
que Caroline Collomb refuse de transmettre les fichiers des adhérents.
D’autres assurent qu’elle « crée des comités locaux ex nihilo pour contrer ceux
qui ne sont pas à sa botte »… « Je suis
frappé que dans ce département, on n’ait
jamais eu un tract en soutien du gouvernement », fait remarquer David Kimelfeld, président de la métropole.
Fin avril, sept parlementaires locaux
macronistes avaient interpellé Christophe
Castaner, alors délégué général du mouvement, pour l’alerter sur un « problème
de gouvernance ». Le patron de LaREM
s’était bien gardé d’intervenir contre
l’épouse du ministre de l’Intérieur…
Depuis le départ de Gérard Collomb du
gouvernement, plusieurs animateurs locaux se sont manifestés, en vain, pour
demander son remplacement. Le siège
parisien de LaREM, en pleine élection
interne du futur chef, ne s’est pas prononcé. « Je compte bien saisir le futur délégué général pour organiser un meilleur
partage des responsabilités », fait savoir
le député du Rhône Thomas Rudigoz.
Plus que ses fonctions de référente, ce
sont les ambitions électorales de Caroline
Collomb qui agitent le landerneau politique. « Elle attend son tour depuis longtemps, elle a envie d’être quelque part »,
analyse un ancien fidèle de Gérard Collomb. L’ex-ministre placera-t-il son
épouse sur une liste d’arrondissement ?
Visera-t-elle la métropole, et son mari la
mairie ? « S’ils font ça, c’est la “taule” absolue », fait savoir un député LaREM du
Rhône, précisant que la volonté de Gérard
Collomb de s’émanciper de l’étiquette LaREM pour l’élection de 2020 est « difficile
à digérer » pour les militants. Le nom de
Caroline Collomb a un temps circulé localement pour les élections européennes.
D’autres la voient bien briguer la tête de
liste des régionales en 2021. « Sauf que
quand on n’aime pas les gens, c’est compliqué de se faire élire », cingle un élu local. ■
Royal dénonce « l’hystérie fiscale » du gouvernement
Invitée dimanche du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro », Ségolène Royal a dit « comprendre le mécontentement » des automobilistes.
GAUCHE Les Français hostiles à la hausse des carburants peuvent compter sur
le soutien d’une ancienne ministre de
l’Environnement. Invitée dimanche du
« Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro », Ségolène Royal a dit « comprendre le mécontentement » des automobilistes qui
s’apprêtent à participer à une journée
de mobilisation, le 17 novembre. « Estce que j’appelle à bloquer les routes ? La
réponse est non car je suis une responsable politique mais si la question c’est :
“est-ce que je comprends que les Français se mettent en mouvement ?” la réponse est oui », a poursuivi l’ex-ministre socialiste, Jugeant que le
gouvernement devait « reculer ». « 7
centimes (de hausse), c’est colossal,
c’est proprement insupportable. Et il le
fait au moment où le brut augmente, il
prend les Français au piège », a dénoncé
Ségolène Royal qui a estimé que « justifier cette hausse inconsidérée par l’écologie, c’est malhonnête ».
« Désinvolture »
Dans la même veine, elle a dénoncé le
projet de taxation des chèques cadeaux
distribués par les comités d’entreprise,
tel que le prévoit un amendement déposé par l’UDI. « Une idée absurde », at-elle dit. Pour Ségolène Royal, « il faut
arrêter avec l’hystérie fiscale » qui
« casse la croissance économique ».
L’idée de multiplier les péages urbains a
elle aussi été brocardée par l’actuelle
ambassadrice chargée des Pôles.
Interrogée sur la sécurité alors que la
semaine précédente a été marquée par
des débordements liés à Halloween,
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Ségolène Royal, dimanche,
au « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
RTL/FRÉDÉRIC BUKAJLO/SIPA PRESS
l’ex- candidate à l’élection présidentielle
a estimé qu’il fallait « réapprendre le respect de l’uniforme des forces de l’ordre »
et « mettre les familles devant leurs responsabilités dans les territoires où il n’y a
plus d’ordre public ». « Quand les familles
ne respectent pas leurs responsabilités,
d’abord on les aide, on les encadre, on met
en place des internats de proximité », a-telle d’abord énuméré avant de s’exprimer en faveur de la suppression des allocations familiales. « Je n’ai pas un
discours de droite, j’ai un discours républicain et un discours d’ordre juste », a argué Ségolène Royal alors que cette idée
est souvent brocardée par la gauche.
L’ancienne ministre, qui vient de publier un livre (Ce que je peux enfin vous
dire, Fayard), est également revenue sur
ses critiques envers Emmanuel Macron,
inspiration
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pour lequel elle avait pourtant voté dès le
premier tour de la présidentielle. Tout en
réfutant toute amertume de ne pas avoir
été reconduite au gouvernement, elle a
jugé que le chef de l’État avait commis
« l’erreur de penser que la verticalité suffit
à faire une bonne gouvernance », et qu’il
s’inscrivait dans la « continuité » des
deux quinquennats précédents, dominés
selon Royal par « la désinvolture ».
Des critiques qui l’amèneront à se
présenter aux prochaines élections
européennes ? « L’identité primordiale
(d’une candidature) à laquelle je réfléchis, c’est sur la question écologique », at-elle précisé. Tout en écartant fermement d’être la candidate du PS. « Je ne
suis pas là pour venir à la rescousse des
appareils politiques. » Elle lèvera le voile
sur ses ambitions en janvier. ■ T. Q.-M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
INTERNATIONAL
7
Les critiques se multiplient contre la maire
issue du Mouvement 5 étoiles, dont
la Ligue brigue ouvertement la succession.
RICHARD HEUZÉ
ROME
ITALIE « Basta », « dégage », « démission » : quelque 10 000 Romains se sont
récemment réunis sous les balcons de la
maire de Rome, Virginia Raggi, pour exprimer leur colère devant sa gestion
« désastreuse ». « Vingt-huit mois, cela
suffit », a scandé la foule. La belle place
du Capitole dessinée par Michel-Ange offrait un spectacle plutôt insolite. Luisa, un
professeur de yoga exaspéré par « cette
décadence », brandissait un balai de jardinier. « Objet très utile, peut-être inconnu à Rome », proclamait un panonceau
accroché au manche.
Transports publics défaillants, autobus
qui brûlent dans le centre-ville (21 depuis
le début de l’année), immondices jonchant les rues, sangliers surpris près des
poubelles dans les quartiers périphériques, nids-de-poule mortels pour les
deux-roues, passages piétons mal signalés, trafic chaotique, banlieues dégradées, espaces verts à l’abandon, arbres
qui s’abattent sur les voitures à la moindre rafale : les griefs s’accumulent contre
l’avocate de 40 ans élue maire, le 20 juin
2016, par 67 % des Romains. Son parti, le
Mouvement 5 étoiles, promettait de
transformer la capitale en vitrine de leur
capacité à administrer le pays.
Six femmes sont à l’origine de cette
protestation. Six amies unies par le slogan
« Rome dit assez », qu’elles affichent sur
leur T-shirt blanc. Toutes engagées dans
la vie active, elles veulent faire réagir
leurs concitoyens. Elles sont suivies par
24 000 internautes sur Facebook et se
proclament « sans appartenance politique ». Virginia Raggi les accuse d’être des
émanations du Parti démocrate. Elles
s’en défendent avec vigueur.
83 morts
« Nous avons décidé de former un comité
après la mort d’Elena Aubry », disent-elles. Elena, une jeune fille de 26 ans, a perdu le contrôle de son scooter en mai dernier sur la Via Cristoforo Colombo, l’une
des grandes artères de Rome, des racines
d’arbres ayant soulevé la chaussée. Un
mois plus tard, une autre jeune fille de 21
ans se tuait en Vespa sur l’asphalte dégradé. On compte 83 morts depuis le début
de l’année. La mairie a débloqué 17 millions pour recouvrir de bitume quelque
50 000 cratères. « Insuffisant. Il faudrait
au moins 350 millions », proclame l’organisation de consommateurs Codacons,
pour qui 93 % des rues nécessitent une
intervention urgente. Soit 5 580 km sur
les quelque 6 000 que compte la capitale.
La sécurité n’est qu’un des aspects de la
dégradation des conditions de vie à
Rome. Les six protestataires s’indignent
devant « l’analphabétisme en procédure »
de l’administration communale. « Elle ne
sait plus faire les appels d’offres. Exemple
édifiant : les écoles publiques risquent de ne
FILIPPO MONTEFORTE/AFP
Les Romains
exaspérés par
le délabrement
de leur ville
Manifestation en octobre à l’appel du collectif « Rome dit assez ! », place du Capitole, sous les balcons de la maire de la ville.
plus avoir de cantine en janvier parce
qu’aucun marché n’a été lancé. Des subventions européennes pour l’efficacité
énergétique des transports publics ont été
perdues parce que la mairie n’a pas été en
mesure de dire en quel état se trouvait son
parc d’autobus. Quand il a fallu isoler les
fenêtres des écoles, la mairie a découvert
que de nombreuses salles n’étaient pas recensées au cadastre. Cette ville est maltraitée. Il est temps de réagir », lance leur
cheffe de file, Valeria Grilli.
Cette bouffée de colère ne fait que renforcer le malaise général. Le 10 novembre, Virginia Raggi devra rendre des
comptes à la justice. Elle est mise en examen pour avoir menti à la Commission
anticorruption dans une affaire de conflit
d’intérêts lors de l’embauche à la tête de
la commission municipale du tourisme
du frère d’un proche. Si elle était
condamnée, le code éthique des « 5 Étoiles » la contraindrait à démissionner.
Une aubaine pour Matteo Salvini qui
n’attend que cela pour s’emparer de la
mairie. Le leader de la Ligue et ministre
de l’Intérieur critique sévèrement Virginia Raggi : « Elle aurait pu faire davantage. La capitale aurait pu être plus propre,
plus belle, plus ordonnée », lançait-il fin
septembre au congrès des jeunes fascistes, dont il était l’invité d’honneur.
Mercredi dernier, le ministre a été
conspué lors d’une visite à San Lorenzo,
quartier étudiant et populaire du nord de
la capitale. Il voulait se rendre dans un im-
meuble désaffecté où avait été retrouvé la
veille le corps de Désirée, une adolescente
de 16 ans, morte après avoir été droguée et
violée en groupe par une bande de zonards. Des manifestants d’extrême gauche l’en ont empêché. « Je reviendrai avec
le bulldozer », a-t-il affirmé, promettant
de faire évacuer cent immeubles occupés
par des squatters. Matteo Salvini veut rétablir l’ordre et la sécurité dans la capitale.
Son prochain objectif : après le Frioul-Vénétie Julienne et le Trentin-Haut-Adige,
que le Capitole bascule dans son escarcelle. Il met les siens en ordre de bataille :
« Après Virginia Raggi, Rome aura un
maire de la Ligue », affirme-t-il. Pratiquement une déclaration de guerre à son
allié 5 étoiles. ■
U 18
EA MBRE 20
V
U VE
NOBRE – NO
TO
OC
Les indépendantistes
catalans haussent
le ton face à Madrid
Ils entendent ainsi dénoncer les peines requises
contre leurs dirigeants incarcérés.
MADRID
ESPAGNE La dureté des peines requises
contre les indépendantistes catalans vat-elle emporter le fragile gouvernement
socialiste de Pedro Sánchez ? Vendredi,
le procureur et l’avocat de l’État - une
institution qui représente les intérêts de
l’administration espagnole et qui est hiérarchiquement soumise au gouvernement - ont réclamé des condamnations
allant jusqu’à 25 ans de prison ferme
pour le premier, et jusqu’à 12 ans pour le
second. Ces conclusions préliminaires,
publiées plusieurs semaines avant
l’ouverture du procès, ont été interprétées par le président régional de la Catalogne, l’indépendantiste Quim Torra,
comme la preuve que Sánchez est
« complice de la répression ». Torra,
conscient de la faiblesse parlementaire
des socialistes, qui ne comptent que
84 sièges sur 350, a averti : « Président
Sánchez, le peuple de Catalogne vous retire son soutien et nous ne voterons pas votre budget. »
Actes de violence
Alors que le parquet accuse les principaux responsables sécessionnistes de rébellion, l’avocat de l’État retient le délit
de sédition. La rébellion suppose un soulèvement « violent et public » en vue, notamment, de faire sécession, tandis que
la sédition caractérise un soulèvement
« public et tumultueux pour empêcher […]
l’application des lois ». L’existence d’actes de violence qu’auraient commis les
sécessionnistes lors du référendum illé-
gal du 1er octobre 2017 ou lors de ses préparatifs fait l’objet d’une controverse intense entre juristes et n’est étayée par
aucune agression physique concrète.
La décision de l’avocat de l’État, soumis aux instructions du gouvernement,
d’exclure le délit de rébellion, a suscité
un tollé dans l’opposition de droite. Mais
cette option n’a pas pour autant évité les
critiques de Barcelone. « Que l’avocat de
l’État accuse de sédition au lieu de rébellion n’est pas un geste, c’est un mépris absolu des démocrates emprisonnés », a
réagi Torra.
Malgré cette pression conjuguée contre
le gouvernement de Sánchez, l’exécutif,
parvenu au pouvoir il y a cinq mois à la
faveur d’une motion de censure, croit
pouvoir rester en place un certain temps.
Certes, l’adoption du budget semble
aujourd’hui compromise. Cela ne veut
pas dire pour autant que le gouvernement soit condamné à court terme.
D’abord, parce que Madrid peut choisir
de reconduire le budget voté l’année antérieure, quitte à ajuster certaines recettes et dépenses par décrets. Selon le quotidien ABC, le gouvernement travaillerait
déjà ses éléments de langage pour défendre cette voie.
Ensuite, parce que, au-delà des réactions de colère immédiates, les indépendantistes sont aussi conscients de l’alternative à Sánchez. Si les socialistes sont
chassés du gouvernement, c’est une
droite implacable sur la question catalane
qui pourrait leur succéder. Parti populaire (PP, conservateurs) et Ciudadanos (libéraux) ont déjà averti de leur intention
de suspendre une nouvelle fois l’autonomie de la région. ■
Guerre juste ou guerre sainte ? Les croisades au-delà du mythe
De 1095 à 1291, elles ont été la réponse inlassable
des rois, des grands et des humbles à l’appel des
papes pour libérer Jérusalem et secourir les chrétiens
d’Orient. Le Figaro Histoire consacre un numéro
exceptionnel à l’épopée des croisades, qui façonna
à jamais la conscience occidentale. De la prise de
Jérusalem par Godefroy de Bouillon à la chute de SaintJean-d’Acre, ce dossier spécial revient sur deux siècles
qui ont marqué l’histoire. Les meilleurs spécialistes font
la part de la vérité et de la légende sur cette aventure
hors norme, décryptent les notions de guerre juste et
de guerre sainte, brossent le portrait des grands acteurs
d’une époque qui n’a rien perdu de son pouvoir de
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inspirées sur l’histoire et signent la persistance d’un
roman national à la française. Côté reportage, il vous
ouvre les portes du monastère de Brou, avec ses
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Les débuts chaotiques de Jair Bolsonaro
Sa première semaine de président élu a été marquée par des annonces fortes, mais aussi par des cafouillages.
BRÉSIL Jair Bolsonaro a déjà fait les essayages du costume bleu marine de
facture italienne qu’il portera le jour
de sa prise de fonction, le 1er janvier à
Brasilia. Le président élu veut aller
vite, profitant de sa lune de miel avec
le pays. La première semaine suivant
son élection à la présidence du plus
grand pays d’Amérique latine a été
marquée par des annonces fortes mais
aussi des valses-hésitations et des luttes internes au sein d’une équipe inexpérimentée, laissant une impression
de confusion.
Sa plus belle prise est sans conteste
Sergio Moro, le très populaire juge de
l’opération anticorruption « Lava
Jato » (lavage express) qui a mis des
dizaines de politiciens en prison, dont
l’ex-président Lula. Doté des pleins
pouvoirs à la tête d’un ministère de la
Justice élargi, il va incarner la lutte
contre la corruption et le crime organisé, les deux priorités de l’ex-capitaine Bolsonaro.
Une de ses promesses
phares, la libéralisation
des armes à feu, pourrait
être votée avant même
la fin de l’année
Sans surprise, son gourou économique, Paulo Guedes, va diriger un superministère de l’Économie. Aura-t-il
pour autant les mains libres pour im-
poser son programme néolibéral ? Pas
certain à en juger sa passe d’armes
avec Onyx Lorenzoni, le bras droit politique du président élu, qui ne voyait
pas d’urgence à la réforme emblématique des retraites. « C’est un politique
qui parle d’économie. C’est comme si
moi je parlais de politique. Ça ne peut
pas marcher », a lancé Paulo Guedes.
Ce discours « va générer des conflits.
Car les propositions saluées par les
marchés doivent être approuvées par le
Congrès et négociées politiquement avec
les députés et sénateurs », a estimé
Claudio Couto, politologue à la Fondation Getulio Vargas.
Jair Bolsonaro a confirmé que le
gouvernement sera réduit de moitié et
ne comptera que seize ou dix-sept mi-
nistres. Une demi-douzaine est déjà
connue dont l’influent général de réserve Augusto Heleno, qui aura le portefeuille de la Défense. Le sort du ministère de l’Environnement a donné
lieu au plus gros cafouillage de cette
première semaine. Conformément à sa
promesse électorale, il a d’abord annoncé sa fusion avec l’Agriculture.
Avant de changer plusieurs fois d’avis.
Aux dernières nouvelles, il sera maintenu mais affaibli.
Le président élu a déjà poussé son
agenda sécuritaire. Une de ses promesses phares, la libéralisation des armes à feu, pourrait être votée avant
même la fin de l’année par l’actuel
Parlement. Semblant prendre le pas
sur une opposition divisée, la Cour su-
prême s’est déjà posée en rempart de
la Constitution, ainsi que de la liberté
d’expression et de pensée, contre ses
projets les plus contestés comme la
menace de couper les aides à la presse
indocile.
Grand admirateur de Donald
Trump, le président élu suit ses pas en
politique étrangère : il a confirmé le
transfert de l’ambassade du Brésil à Jérusalem, la révision des relations avec
la Chine, une rupture avec Cuba et son
désintérêt pour le bloc commercial régional du Mercosur…
Il pratique le trumpisme jusque dans
sa communication. C’est sur Twitter
qu’il annonce désormais la nomination
de ses ministres. ■
M. L. (À RIO DE JANEIRO)
Le juge Sergio Moro (ici jeudi dernier,
à Rio de Janeiro), nommé ministre de la Justice,
a déclenché en 2014 la plus grande opération
anticorruption jamais menée au Brésil.
Grand admirateur de Donald Trump,
Jair Bolsonaro (ici le 28 octobre,
à Rio de Janeiro) suit ses pas
en politique étrangère.
SILVIA IZQUIERDO/AP
SILVIA IZQUIERDO/AP
Le juge Moro, une prise de choix pour le président élu
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
RIO DE JANEIRO
DANS L’AVION qui l’amenait à Rio de
Janeiro pour y rencontrer le président
élu Jair Bolsonaro, le juge Sergio Moro
a ostensiblement montré aux photographes l’épais livre qu’il avait en
mains : Nouvelles mesures contre la
corruption. Sa feuille de route avant de
prendre la tête d’un superministère de
la Justice. Et un geste marketing soigneusement étudié. Dans ce bref moment, on a pu percer le secret de l’ascension d’un petit juge du sud du pays
qui a fait trembler les élites. « Héros »
du combat contre la corruption à la
tête du Lava Jato, il est celui qui a envoyé en prison l’ex-président Lula,
ouvrant la voie de la présidence à Jair
Bolsonaro.
Quelques heures plus tard, Sergio
Moro, 46 ans, a officiellement accepté
un des postes les plus en vue du futur
gouvernement. « C’est un soldat. Il va à
la guerre sans peur de mourir », a dit le
président élu. Pour Jair Bolsonaro, ce
fut un coup de maître, déjà préparé
pendant la campagne électorale. Le
juge a expliqué son choix dans une
note. « Ce ne fut pas facile, parce que
j’abandonne vingt-deux années de magistrature. Toutefois, la perspective de
mettre en œuvre un solide programme
contre la corruption et le crime organisé
[…] m’a amené à prendre cette décision. » Pour le convaincre, Jair Bolsonaro a accepté d’adjoindre la Sécurité à
la Justice et de lui donner carte blanche. Avec la promesse de ne pas s’immiscer dans l’action du futur ministre.
Le juge avait pourtant affirmé dans
une de ses rares interviews, en 2016,
qu’il n’était pas tenté par la politique.
« Je suis un juriste, pas un politicien »,
avait-il dit. « Mais il est très ambitieux », reconnaissent ses pairs. Décrit
comme réservé et au mode de vie quasi
monacal, il a acquis une notoriété
mondiale après avoir déclenché en
2014 la plus grande opération anticor-
“
La perspective
de mettre en œuvre
un solide programme
contre la corruption
et le crime organisé […]
m’a amené à prendre
cette décision
SERGIO MORO
”
ruption jamais menée au Brésil sous le
nom de code Lava Jato (« lavage express »). Hommages et décorations ont
plu sur le juge qui a figuré en 2016 sur
la liste du magazine Time des 100 personnalités les plus influentes du monde. Plus récemment, il a été le principal personnage d’une série de Netflix
intitulée Le Mécanisme, basée sur le
Lava Jato.
Jair Bolsonaro lui a promis un siège
à la Cour suprême, où un des onze juges prendra sa retraite en 2020. Une
ascension rapide qui ne fait pas l’unanimité. « Ce spécialiste de la criminalité en col blanc est un très bon juge dans
son domaine mais la Cour suprême,
c’est autre chose. Il a seulement été
juge de première instance, il ne connaît
pas les grandes questions nationales et
sociales », assure sous couvert d’anonymat un haut magistrat familier des
rouages de la plus haute juridiction
brésilienne. Certains commentateurs
lui voient même une plus haute ambition, fort de sa popularité inégalée.
« À partir du moment où il a accepté
l’invitation pour assumer le ministère
de la Justice, le juge Sergio Moro s’est
mis en position d’être candidat à la succession du propre chef » en 2022, veut
croire un éditorialiste du journal O
Estado de S. Paulo sous le titre : « Le
présidentiable ».
Né dans une petite ville de l’État du
Parana, dans le Sud, Sergio Moro a
passé à 24 ans le concours de la magistrature. C’est en 2003 qu’il a commencé à se spécialiser dans la lutte contre le
blanchiment d’argent, en s’inspirant
de l’opération italienne anti-Mafia
« Mains propres ». Rigoureux et opiniâtre, ce bourreau de travail a rapidement gagné la réputation d’avoir « la
main ferme ».
Il a envoyé des dizaines d’entrepreneurs et de politiciens de tous partis
sous les verrous. Mais il a surtout ciblé
le Parti des travailleurs et Luiz Inacio
Lula da Silva, accusé d’être au cœur du
système de corruption. Il a condamné
l’ex-président à douze ans de prison
ZOOM
Perpétuité contre le chef
de l’opposition au Bahreïn
dans une affaire d’appartement avec
une hâte tout à fait inhabituelle. Et il a
rendu publiques les accusations d’un
haut dirigeant du PT contre Lula à une
semaine du premier tour. Le juge s’est
toujours justifié par la nécessité de
s’appuyer sur l’opinion publique
contre les puissants coalisés pour stopper les enquêtes.
Si Sergio Moro était réputé proche du
parti de centre droit PSDB, opposant
historique du PT, son épouse Rosangela
n’a pas caché pendant la campagne
électorale son soutien à Jair Bolsonaro.
« Heureuse », a proclamé l’avocate sur
son compte Instagram après la victoire
du candidat populiste. Pour le PT, la
nomination de Sergio Moro dans le
gouvernement Bolsonaro prouve qu’il
est « un activiste politique ».
Surtout, son entrée dans un gouvernement classé comme ultraconservateur risque de mettre en doute l’impartialité du juge et de l’opération Lava
Jato. « C’est un très beau coup pour Bolsonaro, mais pour Moro c’est un pari
risqué qui fait suspecter d’alignement
partisan toute son action dans le Lava
Jato », a estimé Claudio Couto, politologue à la Fondation Getulio Vargas de
Sao Paulo.
Le Lava Jato va maintenant passer
provisoirement dans les mains d’une
femme qui a, elle aussi, une réputation
de fermeté. Mais après cinq ans, les figures les plus en vue ont déjà été jugées
et l’opération a perdu de sa dynamique. Le défi du ministre Moro est
maintenant de la poursuivre. ■
Le chef du mouvement
d’opposition chiite al-Wefaq
au Bahreïn, Cheikh Ali Salman,
a été condamné dimanche
en appel à la prison à perpétuité
pour « intelligence » avec
le Qatar, pays du Golfe boycotté
par Manama et d’autres alliés de
l’Arabie saoudite. En juin dernier,
Ali Salman avait été acquitté par
la Haute Cour pénale de Bahreïn,
un pays dirigé par une monarchie
sunnite. Le pays, siège de la
Ve Flotte américaine, avait écrasé
dans le sang un mouvement
de contestation chiite au cours
du printemps arabe.
EN BREF
L’Égypte affirme
avoir tué 19 djihadistes
Dix-neuf djihadistes présumés
liés à l’attentat anticoptes qui a
fait sept morts vendredi à Minya,
dans le centre de l’Égypte,
ont été tués lors d’un échange
de « tirs » avec la police,
a annoncé dimanche le ministère
de l’Intérieur. Les djihadistes
du groupe État islamique
s’en prennent régulièrement
aux coptes, qui représentent
environ 10 % des 100 millions
d’habitants que compte le pays.
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
10
««« MIDTERMS «««
INTERNATIONAL
ÉLECTIONS 2018
La Floride, éternel baromètre électoral
Depuis 2000, nul n’a pu s’imposer à Washington sans remporter cet État à la population diverse,
reflet de la nation entière, où Donald Trump et Barack Obama ont fait campagne ces derniers jours.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
200 km
CORRESPONDANTÀ WASHINGTON
ÉTATS-UNIS
ÉTATS-UNIS « Si Bill Nelson l’emporte
avec cinq points d’avance, les démocrates
ont une chance de conquérir le Sénat. S’ils
perdent ce siège en Floride, ils passeront
une très mauvaise soirée ce mardi. » Le
pronostic émane de James Carville, architecte de la victoire de Bill Clinton en
1992 et fin connaisseur de la carte électorale. Il pourrait ajouter à son baromètre
l’empoignade pour le poste de gouverneur de cet État remporté de peu (1,2 %)
par Donald Trump en 2016. Depuis 2000
et le fameux recompte des voix qui avait
donné la victoire à George W. Bush, personne ne peut gagner à Washington sans
la Floride et sa population diverse, reflet
de la nation entière.
Le président a fait campagne à deux
reprises ces quatre derniers jours dans
« l’État du soleil » où il possède une
résidence : Mar-a-Lago, devenue « la
Maison-Blanche d’hiver » à Palm
Beach. Il y défend deux candidats proches de lui. Rick Scott, le gouverneur
sortant, qui fut le premier responsable
républicain à le soutenir en 2016, s’attaque cette fois au siège de sénateur détenu depuis 2001 par Bill Nelson, un démocrate modéré et falot. Ron DeSantis,
un ancien Navy Seal qui joue avec ses
enfants à « construire le mur » dans un
spot publicitaire, dispute le poste de
gouverneur à Andrew Gillum, un AfroAméricain « de gauche », disciple de
Bernie Sanders.
Dans les deux cas, l’enjeu revêt une dimension nationale : le contrôle du Sénat,
où les républicains ne disposent que
d’une majorité de deux sièges (51 contre
49), et la présidentielle de 2020, où il est
toujours bon de pouvoir compter sur le
gouverneur d’un « swing state », enjeu
électoral par excellence.
Soulignant l’importance de la Floride
– et le contraste offert aux électeurs –,
Barack Obama est venu lui aussi soutenir
Nelson et Gillum vendredi à Miami. Il s’en
est pris directement à Trump, dont l’ombre domine le scrutin : « Quand les mots
ne veulent plus rien dire, quand la vérité
n’a plus d’importance, quand les gens peu-
CAROLINE
DU SUD
ALABAMA
GÉORGIE
OCÉAN
ATLANTIQUE
Tallahassee
FLORIDE
Orlando
Golfe
du Mexique
West Palm Beach
Miami
Infographie
réputés plus à gauche que les Cubains, ils
sont désormais aussi nombreux. Enfin la
fusillade de Parkland en février, où 17 lycéens sont morts, a lancé un mouvement
pour le contrôle des armes dans tout le
pays. Rick Scott a relevé de 18 à 21 ans
l’âge légal d’acquisition d’une arme à feu.
Samedi, une nouvelle fusillade a fait
2 victimes (plus le tireur) et 5 blessés dans
un club de yoga de Tallahassee.
L’argent attise également cette foire
d’empoigne, de loin la plus chère du
pays. Selon le Wesleyan Media Project,
229 millions de dollars ont été dépensés
rien qu’en diffusion de spots télévisés –
133 millions pour la bataille des gouverneurs et 96 millions pour celle du Sénat.
Cela représente environ 40 000 messages
matraqués au cours des dix derniers
jours. Rick Scott a parié sur son nom au
moins 51 millions de sa propre fortune,
bâtie grâce à un réseau de cliniques privées. Il avait investi 80 millions de dollars
dans ses deux précédentes campagnes
pour être élu gouverneur.
Le pronostic de James Carville est partagé par Donald Trump : « Je peux dire
avec certitude que si Bill Nelson perd cette
élection, les démocrates n’ont aucune
chance de reconquérir le Sénat, souligne le
président dans un courriel à ses partisans.
C’est une énorme occasion pour la Floride
de décider du sort de notre nation. » ■
Une supportrice de Donald Trump lors d’un meeting de soutien du président américain aux candidats républicains pour les postes
de sénateur et de gouverneur de Floride, samedi à Pensacola. EVAN VUCCI/AP
vent mentir sans retenue, la démocratie ne
peut pas fonctionner. »
La pique aura paru feutrée en comparaison des coups que se sont portés les
candidats. Rick Scott, 65 ans, dénonce
son adversaire comme un valet de l’appareil démocrate, qui ne fait rien pour les
Floridiens à Washington ; Bill Nelson,
76 ans, dépeint Scott comme un millionnaire servant ses intérêts et ceux de ses
amis. L’invasion d’une algue rouge tueuse
sur les côtes du golfe du Mexique a remis
les projecteurs sur les coupes du gouverneur sortant dans le budget de l’Agence
de protection de l’environnement. Il y a
gagné un surnom, « Red Tide Rick ».
Après la victoire surprise d’Andrew
Gillum, 39 ans, à la primaire démocrate
l’été dernier, l’élu du Congrès Ron
DeSantis, 40 ans, est allé sur Fox News
pour donner son avis : « La dernière chose
dont nous ayons besoin, c’est de faire les
singes en adoptant un programme socialiste avec d’énormes hausses d’impôts et en
ruinant cet État. » L’expression choisie,
« monkey up », lui vaut depuis un soupçon de racisme difficile à décoller. Gillum, de son côté, doit se défendre d’une
enquête du FBI sur des soupçons de corruption à la mairie de Tallahassee, la capitale, qu’il dirige. Donald Trump le traite
de « voleur » et DeSantis affirme qu’il est
« mouillé jusqu’au cou ».
Malgré tout, les sondages semblent incapables de départager les deux camps.
Dans une demi-douzaine d’enquêtes,
Nelson est crédité d’une légère avance
sur Scott (1,9 % en moyenne), trop étroite pour être significative. Seul l’institut
Vox Populi estime que Scott mène la
course de cinq points. Ce sondeur s’aligne en revanche sur ses concurrents qui
voient Andrew Gillum légèrement en tête
pour le gouvernorat (2,7 %), là encore
dans la marge d’erreur. La participation
s’annonce élevée pour des élections de
mi-mandat (autour de 55 %), avec un
vote anticipé en passe de battre le record
de 2002 (4 millions des 13 millions d’inscrits ont déjà voté).
L’afflux de Portoricains
Les paramètres locaux peuvent peser
aussi lourd que la figure envahissante du
président. La Floride a essuyé trois ouragans majeurs depuis un an, le dernier,
Michael, en octobre, ayant tué 22 personnes. Elle a aussi vu affluer plus d’un million de Portoricains depuis que la tempête Maria a dévasté leur île l’an dernier :
Fragilisés par la politique de Trump, les fermiers en veulent… à Obama
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À BANGOR (PENNSYLVANIE)
PERCHÉ dans la cabine de sa moissonneuse-batteuse où il est à la
manœuvre, Jeff Brewer regarde les
épis de soja disparaître dans les entrailles de sa gigantesque machine,
tandis qu’il avance lentement mais
inexorablement à travers son champ
aux couleurs beige tendre, traçant de
longues lignes droites qui laisseront la
terre complètement moissonnée. Il dit
qu’il faut se hâter, avant la pluie annoncée pour le lendemain, « cette
maudite pluie qui a pissé tout l’été » et a
gâché une bonne partie de la récolte, la
rendant inexploitable, parfois même
pour les animaux. L’engin, tout automatisé, qui sépare les graines des tiges,
broyant les premières et triant les secondes, coûte la rondelette somme de
500 000 dollars, mais est « indispensable » précise Jeff. « Bien sûr que j’aime
ce métier, c’est toute ma vie, sinon
j’aurais fait autre chose », déclare ce
fermier de 50 ans, qui s’est levé ce jeudi d’octobre à 4 h 30 du matin, « comme tous les autres jours ».
Nous sommes à Bangor, dans la vallée
de Lehigh, sur l’une des six fermes qui
ont survécu à l’effondrement des prix
agricoles, dans une région qui, il y a
vingt ans, en comptait encore des dizaines. Cette année, les grains de soja
dont Jeff est en train de faire la récolte,
et qui seront vendus à un intermédiaire
qui les exportera vers la Chine, seront
taxés deux dollars le boisseau en raison
de la « guerre des tarifs » (droits de
douane) qui fait rage entre Pékin et
Washington. Le bras de fer déclenché
par Donald Trump sur le front chinois
devrait, du coup, coûter à la ferme
Brewer entre 60 000 et 80 000 dollars,
évalue son frère Kevin, un chiffre qui
n’est pas anodin pour les deux frères,
qui luttent pour garder la tête hors de
l’eau et ne font quasiment aucun profit,
malgré leur production très diversifiée.
Copropriétaires d’une grosse ferme, qui
compte environ 2 000 acres de terres
céréalières et quelque 400 vaches laitières, les Brewer paieront donc cher le
bras de fer commercial déclenché par
leur président contre une Chine accusée, non sans raison, de pratiques commerciales déloyales.
Mais, fait intéressant à la veille des
élections de mi-mandat, les deux frères
ne se pressent pas d’en tenir rigueur au
président, jugeant qu’il a raison de
vouloir mettre le géant asiatique face à
ses responsabilités. « Je comprends qu’il
ne veuille plus accepter les fourberies des
Chinois, et j’espère qu’à terme, cela portera des fruits pour le pays », dit Jeff,
évoquant une subvention qui permettra
d’amortir le choc…
Kevin Brewer dit que ladite subvention sera comme « un sparadrap sur la
plaie », car la ferme devrait récupérer
1 400 dollars annuels, « ce qui est dérisoire ». Mais il estime que les effets de la
politique commerciale de Trump ne
« sont rien » en comparaison du tort
porté par Obama et sa femme aux producteurs laitiers comme eux. « Notre
problème, c’est le prix du lait, qui s’effondre. Obama a fichu en l’air les fermes
laitières bien plus que n’importe qui en
bannissant le lait entier dans les écoles,
pour nous, c’est bien plus grave que les
droits de douane sur le soja », explique
Kevin Brewer, qui a voté pour Trump,
comme Jeff. « Plus aucun enfant ne veut
en boire, et je les comprends, car le lait
écrémé est vraiment dégueulasse. On est
en train de perdre toute une génération
de buveurs de lait », dit-il en colère. Sa
fille Krissa, une jolie blonde qui travaille avec son père et son oncle, et
voudrait à terme reprendre la ferme
parce qu’« elle adore les vaches et les
considère comme ses enfants », est d’accord : «Michelle Obama est responsable », insiste-t-elle, précisant avoir
voté Trump elle aussi parce qu’elle
voulait un changement.
Les fermiers Brewer ont tout fait pour
diversifier leur production, afin de
pouvoir compenser les aléas sur le front
des cultures, par le lait et la viande, et
vice-versa. Mais ces temps-ci, tout va
mal, car tous les prix baissent. « Les
fermiers ont été abandonnés par les politiques, car ils ne pèsent que 2 % des vo-
“
Obama a fichu en l’air
les fermes laitières
bien plus que n’importe
qui en bannissant le lait
entier dans les écoles
KEVIN BREWER, FERMIER
”
tants américains et sont circonvenus par
de puissants lobbys et corporations, qui
rachètent progressivement les terres
agricoles pour y construire des aires de
stockage », transformant peu à peu la
Pennsylvanie en terre d’entrepôts, utile
au carrefour des routes économiques
clés qui traversent l’État, analyse Kevin. « Cette politique de rachat de nos
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New York
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MAR.
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VIRG. OCC.
MATT SMITH
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
Washington
Infographie
« Les fermiers ont été abandonnés par les politiques car ils ne pèsent que 2 % des
votants », estime Kevin Brewer, ici dans son exploitation à Bangor, en Pennsylvanie.
terres est dangereuse. Il faudra attendre
que nous n’ayons plus assez à manger
pour que les Américains se réveillent »,
constate-t-il amer.
Dans les journaux américains, la
discussion sur les taxes douanières bat
son plein, journalistes et commentateurs s’interrogeant sur l’impact qu’ils
pourront avoir sur l’électorat proTrump. Ses soutiens affirment que ces
droits de douane s’avéreront au bout
du compte positifs s’ils poussent les
compagnies à faire revenir des lignes
de production aux États-Unis. Mais
des témoignages de compagnies mises
en difficulté financière et forcées de
retrouver des fournisseurs dans l’urgence dans le Wisconsin, terre du
MidWest qui a voté pour l’actuel président, rapportés par exemple par le
journal USA Today, révèlent un vrai
malaise et la peur que certaines sociétés ne disparaissent et avec eux maints
emplois.
Sur la ferme des Brewer, on se garde
de trancher et on réserve son vote. « Je
n’ai même pas encore commencé à regarder tant nous sommes débordés », dit
Kevin, promettant de se décider mardi
« au dernier moment ». « Je ne sais pas
ce que je vais voter », affirme aussi Krissa. Mais leurs opinions semblent bien
plus en phase avec celles des républicains et de Trump qu’avec les démocrates. La santé ? « On ne veut pas d’Obamacare qui fait monter nos assurances en
flèche », dit Kevin. Krissa, elle, se dit
sceptique sur le mouvement #MeToo,
dont les démocrates ont fait l’un de
leurs chevaux de bataille. Quant à Jeff
Brewer, un amoureux des armes à feu,
il dit que les fermiers se méfient de la
politique de contrôle des armes des démocrates, car en Pennsylvanie, tout le
monde a des armes, « y compris des fusils d’assaut ». « Les démocrates devraient laisser Trump tranquille, au lieu
de passer leur temps à le harceler et à le
détruire. Il a été élu, non ? Voyons ce que
cela va donner. » ■
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LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
SANTÉ
11
PSYCHO
DOSSIER
CRIMES, L’ÉNIGME
DU PASSAGE À L’ACTE
GROSSESSE : CE QUE TOUT
COUPLE DEVRAIT SAVOIR
PAGE 14
PAGE 12
De l’os
reconstitué pour
la pose d’implants
dentaires
Tabac : pourquoi est-il
si difficile d’arrêter ?
ODONTOLOGIE La perte de dents peut
s’accompagner d’une fonte de l’os de la mâchoire au niveau de la cavité dentaire. Ce qui
empêchera la pose d’implants. Pour remédier à cette situation, il peut être pratiqué
une greffe osseuse avec un prélèvement
d’os effectué sur la mandibule ou le crâne
du patient. Une solution qui présente des
risques post-opératoires, qui ne fournit
qu’une quantité limitée de matériau osseux
et s’accompagne de douleurs post-opératoires. De plus, l’os ainsi transplanté a tendance à se résorber très vite.
Un chercheur de l’Inserm travaille depuis
quelques années sur une autre approche
qui combine l’utilisation d’un biomatériau
avec des cellules-souches. Les résultats,
parus dans la revue Stem Cell Research &
Therapy, montrent l’apparition d’os vivant
sur la zone traitée en quantité suffisante
pour permettre la pose d’implants ainsi
qu’un maintien durable de cet os après la
pose de prothèses dentaires.
Pierre Layrolle, responsable de l’équipe
Inflammation et communications cellulaires
dans les pathologies osseuses (Unité 1238,
Inserm/université de Nantes), en collaboration avec des équipes norvégiennes et allemandes, a mené un essai clinique au long
cours, au sein du projet Reborne, sur 11 patients édentés. « L’équipe de recherche a
utilisé un biomatériau, le phosphate de calcium, auquel elle a adjoint des cellulessouches prélevées dans la moelle osseuse
de la hanche du patient et amplifiées en
culture », explique-t-il. Le phosphate de
calcium n’est pas capable de régénérer de
l’os mais permet aux cellules-souches de
s’y fixer. Le mélange ainsi obtenu a été appliqué sur la partie édentée de la mandibule. Au bout de cinq mois, les patients ont pu
recevoir des implants et des prothèses.
Deux ans après, ceux-ci sont fonctionnels
chez les 11 patients.
Les chercheurs ont lancé cette année un
nouvel essai clinique, portant sur 150 patients, dans le cadre du projet européen
Maxibone. « Il a pour objectif de comparer à
plus large échelle les résultats de l’augmentation osseuse maxillaire par thérapie cellulaire avec ceux de la greffe osseuse classique en évaluant la quantité d’os formé
entre ces deux types de transplants et leur
coût spécifique. Ce projet examinera également la possibilité de remplacer les cellulessouches du patient (autologues) par des
cellules-souches d’un donneur dans la thérapie cellulaire. »
JEAN-LUC NOTHIAS
La nicotine active des circuits cérébraux qui inhibent le contrôle de soi.
CÉCILE THIBERT
£@CecileThibss
ADDICTION Notre époque est pleine
de contradictions : nous craignons plus
que jamais d’être exposés à certains
produits (pesticides, perturbateurs endocriniens) sans que leur impact ne soit
précisément connu, mais nous banalisons des pratiques dont on sait depuis
des décennies qu’elles sont extrêmement nocives. C’est le cas de l’alcool
mais aussi du tabac, qui compte encore
en France quelque 12 millions d’adeptes
quotidiens. Pourquoi continuons-nous
à consommer sciemment et massivement un produit mortel ?
La réponse tient en partie en huit lettres : nicotine. En se fixant à des récepteurs présents à la surface des cellules,
cette molécule est capable d’activer le
circuit de la récompense. « La plupart
des animaux vertébrés ont dans leur système nerveux central ce mécanisme qui
repère, apprend et valorise les comportements qui augmentent les chances de
survie, explique le Pr Henri-Jean Aubin,
psychiatre addictologue à l’hôpital
Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne). Les drogues telles que la nicotine
parviennent à tromper le cerveau en piratant ce système de récompense. »
Certaines personnes, désavantagées
par leurs gènes, y sont plus sensibles
que d’autres. « Elles doivent consommer
davantage de nicotine pour pouvoir activer leur système de récompense et elles
rechutent plus facilement après une période d’abstinence », explique Uwe
Maskos, chercheur à l’Institut Pasteur
et coauteur d’une étude publiée sur la
question le 4 octobre dans la revue Current Biology.
En accaparant le circuit de la récompense, la nicotine bouleverse profondément les comportements des fumeurs. « On parle alors d’addiction, qui
est aussi un processus de perturbation
de la prise de décision s’accompagnant
d’une automatisation des comportements de consommation et d’une perte
de contrôle, détaille Philippe Faure,
neurophysiologiste et directeur de recherches au CNRS. Chaque fois que
vous fumez, la nicotine active le système
de récompense ; c’est la répétition de ces
Le bien-être psychique mettant du temps à revenir à la normale après l’arrêt du tabac, beaucoup hésitent à ne plus fumer.
activations qui installe le processus
l’addiction. »
Une fois installée, celle-ci est rythmée par une sensation de manque
chronique. « Entre 2 cigarettes, les personnes vont moins bien sur le plan de
l’humeur et des performances cognitives.
À chaque fois qu’ils reprennent une cigarette, cela les soulage de ce déficit »,
poursuit le Pr Aubin. Ainsi, alors que les
fumeurs pensent que le tabac les aide à
gérer leur stress, la réalité est qu’il dégrade leur qualité de vie psychologique.
« Le tabac augmente le risque de développer une dépression et réduit les possibilités d’en sortir », souligne le médecin.
Le bien-être psychique met du temps
à revenir à la normale après l’arrêt, ce
qui décourage plus d’un fumeur à arrêter. « Sans aide extérieure, ces personnes vont être fragilisées pendant deux à
quatre semaines », constate le Pr Aubin.
Autre obstacle majeur au sevrage tabagique : l’addiction à la nicotine entame
considérablement le libre arbitre.
« Lorsque l’on est sous l’emprise d’une
drogue, les systèmes de contrôle perdent
de leur force, explique Philippe Faure.
Les gens savent pertinemment que fumer
n’est pas bon, mais lorsqu’ils en ressentent l’envie, l’effort qu’ils doivent fournir
pour contrôler l’impulsion est beaucoup
trop important. » À cela s’ajoutent des
craintes plus rationnelles qui, elles aussi, font obstacle à l’arrêt du tabac : la
peur de prendre du poids, de ne pas gérer le stress ou de ne pas savoir comment se comporter dans des situations
sociales où l’habitude de fumer est bien
ancrée.
Groupes de discussion
La motivation est l’un des pivots essentiels dans l’arrêt du tabac. Pour le
Pr Aubin, elle repose sur deux éléments. « D’une part, il faut être capable
d’évaluer l’importance que l’on donne à
l’envie d’arrêter de fumer, analyser ce
que l’on y perd et ce que l’on y gagne.
D’autre part, il faut avoir confiance en sa
capacité à changer son comportement »,
souligne-t-il. Cette motivation peut
être renforcée par l’entraide, sur le
principe du « Mois sans tabac » qui a
lieu en ce moment et qui propose aux
fumeurs des groupes de discussion sur
les réseaux sociaux. Et quand cela ne
suffit pas, comme c’est souvent le cas,
il existe d’autres moyens efficaces sur
lesquels les fumeurs peuvent s’appuyer : les thérapies cognitivo-comportementales, les traitements nicotiniques de substitution, les médicaments d’aide au sevrage ou encore la
cigarette électronique.
« Et surtout, il faut leur répéter quels
sont les bénéfices liés à l’arrêt du tabac.
On ne dit pas assez qu’au bout de quelques semaines, l’état mental s’améliore
considérablement. Sans parler de la santé cardiaque et pulmonaire », insiste le
médecin. ■
+@ SUR LE WEB
Lorsque le foie est envahi par la graisse
» Mois sans tabac : des bénéfices
immédiats pour la santé
» Une étude va évaluer l’efficacité
de la cigarette électronique
pour arrêter de fumer
COMMUNIQUÉ
Le foie est un organe indispensable qui régit des centaines de fonctions essentielles pour l’organisme, mais une fois qu’il est pris dans la graisse
il n’est plus capable de bien remplir son rôle. Les premiers signes doivent alerter : digestion difficile, lourdeur, fatigue, mauvaise mine…
Digestion pénible
Lorsque la graisse s’accumule dans et autour du foie, ce qui est généralement lié
à un régime alimentaire trop riche, la digestion devient pénible, on se sent lourd,
ballonné. Cet état est heureusement réversible car l’élimination des graisses
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
12
DOSSIER SANTÉ
Grossesse : ce que tout couple
se devrait de savoir
Pour bien faire, il faut consulter dès le désir d’enfant : avant même la grossesse.
0,4 %
des nouveau-nés
sont infectés par
un cytomégalovirus,
deuxième cause de troubles
auditifs chez l’enfant
NATHALIE SZAPIRO-MANOUKIAN
NADÈGE FAGOO/LIGHT MOTIV
OBSTÉTRIQUE « La consultation prénuptiale a été supprimée en 2007 car beaucoup d’enfants naissaient hors mariage. À
sa place, une consultation préconceptionnelle est préconisée avec un généraliste, un
gynécologue ou une sage-femme, mais
très peu de couples y ont recours », regrette le Pr Olivier Picone, gynécologue obstétricien, responsable de l’Unité de diagnostic prénatal du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Louis
Mourier à Colombes.
Cette consultation est pourtant utile car
elle sert à faire le point sur les expositions
aux toxiques. « Le tabac n’est pas seulement nocif pour la fécondité de la future maman. C’est une catastrophe pour le sperme.
Quand il y a un désir d’enfant, je conseille
donc d’arrêter de fumer à deux et d’arrêter
l’alcool », insiste le Pr Picone. « La grossesse est un élément de motivation suffisamment fort pour que la plupart des femmes
malades de l’alcool arrêtent transitoirement
leur consommation », estime le Dr Fatma
Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre,
addictologue à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, auteure de Le Choix des femmes (Éd.
Odile Jacob) et à l’initiative de l’association www.addictelles.com. « Mais si cette
consommation vient en réponse à des rythmes effrénés et des violences verbales, physiques ou psychiques, le risque de rechute
est important. La société doit en faire plus
pour le bien-être des femmes. »
Autre objectif de la consultation préconceptionnelle : vérifier les vaccinations
- rubéole, rougeole et grippe peuvent
être délétères pour la grossesse - et discuter de l’opportunité du vaccin contre la
varicelle chez les femmes qui ne l’ont jamais eue. Quant au vaccin contre la coqueluche pour éviter de contaminer le
futur bébé, il est à faire par les deux futurs
parents. Cette consultation sert encore à
vérifier s’il y a eu infection par le virus du
sida ou de l’hépatite B (à traiter). Elle
permet enfin de s’assurer que les traitements suivis par la femme ne peuvent pas
provoquer de malformations fœtales et
qu’il n’y a pas, dans la famille, d’antécédents de maladies génétiques ou d’interruptions de grossesse pour raison médicale, nécessitant une consultation de
génétique.
mose n’a pas disparu, mais elle est moins
fréquente car le parasite ne résiste pas à la
surgélation et à la cuisson à 60 °C. Quant à
la listériose, elle peut être évitée en respectant la chaîne du froid et en ne consommant
pas de produits au lait cru ou fumés. Enfin,
je déconseille vivement de voyager en zone
tropicale en raison des risques de contracter le paludisme, la dengue ou Zika, etc.,
sources de complications obstétricales fréquentes », met en garde le Pr Picone.
À ces risques connus viennent s’en
ajouter d’autres. Dans l’affaire des bébés
nés sans mains ou sans bras sur trois sites
en France, les causes ne sont pas identifiées. La difficulté est qu’elles peuvent
être multiples (effet « cocktail »). En attendant que l’enquête permette d’en savoir plus, le Pr Patrick Brochard, médecin
du travail, et le Dr Fleur Delva, médecin
de santé publique
(Centre Artémis, serJe déconseille vivement de voyager
vice santé travail enen zone tropicale en raison des risques vironnement, CHU
Bordeaux), plaident
de contracter le paludisme, la dengue
pour que « les risques
ou Zika, etc., sources de complications
domestiques
soient
obstétricales fréquentes
mieux pris en compte
car on y retrouve des
PR OLIVIER PICONE, GYNÉCOLOGUE OBSTÉTRICIEN
substances chimiques
S’il y a des précautions à prendre avant
potentiellement toxiques. Elles se présenla grossesse, il y en a évidemment pentent à des niveaux plus faibles qu’en milieu
dant. Environ 0,4 % des nouveau-nés
du travail, mais les femmes se protègent
sont infectés par un cytomégalovirus.
moins pour les utiliser : elles négligent de
C’est la deuxième cause de troubles audiporter un masque, des gants, etc., pour
tifs chez l’enfant, et l’infection peut, rarepeindre, par exemple ».
ment, entraîner des séquelles neurologiPendant la grossesse, déléguer ses traques graves. « Étant donné que ce virus se
vaux de bricolage à autrui, bien laver les
transmet par le sang, la salive, les larmes,
fruits et légumes pour les débarrasser des
l’urine, les selles et les sécrétions génitales,
pesticides et, enfin, éviter les cosmétiques
il est recommandé de ne pas embrasser un
- en particulier ceux qui ne se rincent pas
jeune enfant sur la bouche, de ne pas eset ceux qui s’achètent sur Internet sans
suyer son nez et ses larmes avec les mains,
moyen de contrôle - c’est la base. Ce sera
de ne pas utiliser sa cuillère pour manger,
d’ailleurs pareil, une fois bébé né : « Les
son verre pour boire ou encore, sa brosse à
cosmétiques qui ne se rincent pas peuvent
dents et de bien se laver les mains avec du
aussi le contaminer à travers la peau. Ce
savon après le change, le bain, l’alimentasont les mêmes ingrédients susceptibles
tion, le rangement des jouets. C’est valable
d’avoir des répercussions sur son développour le conjoint (https://www.infectionspement qui agissent in utero et durant la
grossesse.com). De son côté, la toxoplaspetite enfance », rappelle le Pr Brochard. ■
«
»
Voir le médecin du travail
le plus tôt possible
À ENVIRONNEMENT de travail égal, le
fait que les grossesses surviennent à un
âge plus tardif s’accompagne d’un risque accru de présenter une anomalie.
C’est pourquoi il n’y a pas de temps à
perdre. « Nous préconisons de voir le
médecin du travail le plus tôt possible
(dès le désir de grossesse) car le risque
tératogène est majeur au premier trimestre. Anticiper permet de faire le
point sur l’existence d’éventuels facteurs de risque et, s’il y en a, de prendre
des mesures préventives : aménagement ou retrait du poste, selon les cas »,
estime le Pr Patrick Brochard (Centre
Artémis, service santé travail environnement, CHU de Bordeaux).
Attention, voir le médecin du travail
très tôt n’a rien à voir avec la déclaration de la grossesse, généralement faite à l’employeur au troisième mois.
D’ailleurs le médecin du travail est
soumis au secret médical : « Tout ce
que dit la femme reste confidentiel, assure le Pr Brochard. Toutefois, si son
poste nécessite un changement ou un
retrait complet, la démarche doit devenir officielle vis-à-vis de l’employeur.
Mais dans ce cas, la femme enceinte est
protégée et ne peut être licenciée, même
en période d’essai et même en contrat à
durée déterminée. »
Gare aux produits chimiques
«Au premier trimestre de la grossesse,
le principal risque est chimique (source
de malformations congénitales). Les
solvants organiques, les pesticides, les
métaux, les composés perfluorés, les
agents de synthèse, certains médicaments, etc. font partie des reprotoxiques et il existe une réglementation
stricte à leur égard lorsqu’ils sont classés comme tels par l’Union européen-
ne », insiste le Dr Fleur Delva, médecin
de santé publique (Centre Artémis,
Bordeaux). Encore faut-il se savoir
concernée.
C’est évident pour les femmes travaillant en usine pétrochimique par
exemple, mais moins pour d’autres,
comme les coiffeuses. « Cette activité
est pourtant susceptible d’exposer la
femme enceinte à des facteurs de risque
pour la grossesse. C’est aussi le cas des
infirmières qui sont au contact de substances chimiques médicamenteuses, de
gaz anesthésiques ou encore de radiations ionisantes, poursuit le Pr Brochard. Dès lors qu’il y a manipulation de
produits chimiques ou exposition à des
radiations, il est conseillé de se rapprocher de son service de santé au travail
qui lui a moyen de savoir s’il s’agit d’un
reprotoxique ou non. »
Il ne faut pas non plus négliger les
nouveaux risques. « Lorsqu’une femme
enceinte est susceptible d’être en
contact avec des nanoparticules susceptibles de passer dans le sang fœtal, le
poste de travail doit être évalué et éventuellement adapté », insiste le Pr Patrick Brochard.
Se pose enfin la question du stress
subi par les femmes. Alors que la société a besoin de bébés, trop de femmes
« paient cher » leur grossesse. « Annoncer une grossesse à un employeur est
vécu comme une angoisse par beaucoup
de femmes. Et c’est encore pire depuis la
crise de 2008, avec la montée du chômage. Or cette pression incessante peut être
lourde de conséquence : surmenage, dépression, consommation d’alcool. Les
mentalités doivent changer », s’insurge
le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve,
psychiatre addictologue (Paris). ■
N. S.-M.
A
« Comprendre pourquoi notre fille a eu des malformations »
LAURE BERNIE, serveuse de
25 ans, et son mari Alain, cuisinier de 28 ans dans la région
bordelaise, ont eu une petite
fille au printemps. « À sa naissance, elle a été opérée d’une malformation digestive et deux semaines plus tard, la trouvant blanche et
amorphe dans son berceau, j’ai immédiatement prévenu la pédiatre : heureusement car il s’agissait d’une anomalie cardiaque qui a été aussi opérée. Comme
nous n’avons aucun antécédent familial,
ni aucun problème susceptible d’expliquer ces malformations, on nous a en-
voyés vers un centre chargé de mener
l’enquête. » Il s’agit du Centre Artémis
(Aquitaine reproduction enfance maternité et impact en santé environnement), mis en place par le service de
santé travail environnement du CHU de
Bordeaux, avec l’ARS Nouvelle Aquitaine, l’Anses et Santé publique France.
Outre Bordeaux, ce programme existe
aussi à Paris (Fernand-Widal), Créteil,
Marseille et Rennes.
« Au Centre Artémis, l’interrogatoire a
porté sur ce que l’on boit, si l’on fume,
quelles sont nos habitudes alimentaires,
quels produits ménagers nous utilisons,
mais cela n’a rien donné car nous menons
une vie saine. Et comme j’ai eu des vomissements importants durant les quatre
premiers mois de ma grossesse, j’ai été
hospitalisée et suivie de près, mais je n’ai
pas travaillé, donc pas été en contact avec
des produits d’entretien professionnels.
Le Centre Artémis s’est aussi intéressé à
notre environnement : nous ne vivons pas
très loin d’une déchetterie, en zone rurale
(peut-être en contact avec des pesticides). Notre voisin faisait souvent des feux
en dépit des interdictions, de sorte que,
par temps venteux, nous recevions des
particules fines. Pour l’instant, on n’a pas
pu nous fournir d’explication plausible
aux deux malformations de notre bébé.
Le Centre Artémis nous a cependant recommandé de consulter avant d’envisager une seconde grossesse et de voir le
médecin du travail. Nous avons de la
chance car nous avons eu à faire à des
équipes de soignants à l’écoute et avons
toujours été soutenus par notre travail.
Cela nous a permis d’être en congés ensemble lorsque notre bébé a été opéré. De
quoi envisager une reprise du travail sans
stress pour moi et plus tard, pourquoi
pas, une autre grossesse sachant que
nous serons bien conseillés ! » ■ N. S.-M.
La grossesse
est un élément
de motivation
suffisamment
fort pour que
la plupart des
femmes malades
de l’alcool stoppent
transitoirement leur
consommation
DR FATMA BOUVET
DE LA MAISONNEUVE
»
PSYCHIATRE ET ADDICTOLOGUE
À L’HÔPITAL SAINTE-ANNE, À PARIS
PRESSION
AU BUREAU
« J’ai été frappé ces dix
dernières années par le fait que
les femmes enceintes subissent
de plus en plus de pressions
au travail. C’est d’autant plus
flagrant qu’elles font des enfants
plus tard et occupent des postes
élevés », remarque le Pr Olivier
Picone, obstétricien (Colombes).
Pour le Dr Fatma Bouvet de la
Maisonneuve, psychiatre (Paris),
« la souffrance des femmes
au travail est un problème
de société. À l’inverse des pays
scandinaves, où il existe une
politique d’accompagnement,
mes patientes me disent faire de
gros sacrifices pour arriver à leur
poste et quand elles décident
de mener à bien une grossesse,
le couperet du déclassement
tombe. Il y a aussi urgence à
ce que le monde du travail offre
davantage de flexibilité aux
jeunes mamans. » Pour le
Dr Fleur Delva, médecin de santé
publique (Bordeaux), « même
si les études ne permettent pas
aujourd’hui d’affirmer que ces
facteurs psychosociaux ont
un retentissement direct sur
le bébé, les conséquences
indirectes existent, liées à la
prise de médicaments, d’alcool
et à la prise de risque en milieu
professionnel ».
N. S.-M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
P
DOCTEUR
GABRIEL
ANDRÉ
Gynécologue-obstétricien
(Strasbourg). Vice-président du Gemvi
(Groupe d’étude de la ménopause
et du vieillissement hormonal)
armi les affections psychiatriques, les troubles de l’humeur,
et notamment la dépression,
sont deux fois plus fréquents
chez la femme que chez
l’homme. La puberté, le post-partum,
la période prémenstruelle et la périménopause sont des temps dans la vie
des femmes où les fluctuations hormonales peuvent s’accompagner d’un syndrome dépressif. La péri-ménopause (1)
s’étend sur une dizaine d’années avec
des variations hormonales particulièrement importantes et imprévisibles. Durant cette période, de nombreuses femmes se plaignent de labilité émotionnelle et 15 à 30 % d’entre elles
ressentent des symptômes dépressifs,
soit 3 fois plus qu’en préménopause. Il
est vraisemblable que les fluctuations
des taux d’œstrogènes (EG), voire leur
disparition, puissent contribuer à l’apparition d’un syndrome dépressif chez
les femmes vulnérables.
Les femmes vulnérables sont d’abord
celles chez lesquelles anxiété et dépression sont déjà apparues au cours des
événements de la vie reproductive (syndrome prémenstruel, dépression du
post-partum…). Mais il existe d’autres
facteurs : des événements de vie particulièrement stressants, des problèmes
de santé, une dépression majeure et une
histoire familiale de dépression. L’administration d’EG est une réponse logique.
Elles augmentent la synthèse et la disponibilité de la sérotonine, en améliorent
la transmission synaptique et en diminuent la dégradation. Les EG agissent
sur tous les neurotransmetteurs (dopa-
mine, noradrénaline…). La progestérone
naturelle (PN) semble avoir aussi un bénéfice particulier, elle est impliquée
dans les contrôles opioïdes, sérotoninergiques et cholinergiques, avec un effet anxiolytique et neuropsychologique
favorable.
Deux études randomisées récentes
viennent confirmer ces résultats. L’étude de Schmidt (2015) a confirmé l’importance de la chute des EG dans la survenue d’une dépression. Elle concerne
deux groupes de patientes asymptomatiques en post-ménopause traités 3 semaines avec un patch d’Estradiol (100 µg/j) :
seul le groupe de femmes avec une histoire de dépression péri-ménopausique a
un score de dépression significativement
augmenté à l’arrêt du traitement, au
contraire de celles chez lesquelles les EG
os (2) (12 j tous les 3 mois), ou un placebo). Le groupe traité en péri-ménopause
précoce a un score de dépression significativement bien plus faible (3 % vs
48 %). Mais une observation importante
et nouvelle concerne le
groupe de femmes (59 %)
Les antécédents de dépression,
rapportant plusieurs événements de vie récents
notamment dans les périodes
(dans les 6 mois précéde fluctuations hormonales, et les dant l’inclusion) particuévénements de vie particulièrement lièrement stressants. Deux
ou plus de ces événestressants sont à souligner
ments s’accompagnent
d’un score dépressif amélioré par rapport au placebo.
sique. Cette étude sur 12 mois a été me4 points sont à retenir.
née auprès de 172 femmes, âgées de 45 à
1. La notion de femmes « vulnéra60 ans, en péri-ménopause et ménopaubles » en péri-ménopause est importanse précoce (elles ont reçu un patch E2
te à prendre en compte. Les antécédents
(100 µg/j) en continu et PN 200 mg/j per
de dépression, notamment dans les périodes de fluctuations hormonales, et les
événements de vie particulièrement
stressants sont à souligner.
2. Le THM (prescrit aux femmes
symptomatiques) pourrait donc aussi
avoir un effet favorable en prévention et
en traitement d’un syndrome dépressif
de la péri-ménopause. La voie transdermique, pour les EG, et la progestérone
naturelle ont un intérêt particulier.
3. En péri-ménopause, les EG ont un
effet d’amplitude comparable à celui des
antidépresseurs chez les femmes à risque de dépression ou en dépression. Ils
sont sans effet chez les femmes non déprimées et chez les femmes déprimées
en post-ménopause.
4. On sait maintenant que la dépression est un facteur de risque cardio-vasculaire et de déclin cognitif. ■
ont été poursuivis. Aucun effet n’a été
observé dans le groupe de femmes
n’ayant pas antécédent de dépression.
L’étude de Gordon (2018) confirme l’intérêt des EG dans la transition ménopau-
«
»
(1) Période couvrant les années d’anarchie
hormonale d’avant la ménopause jusqu’à
un an après l’arrivée de celle-ci.
(2) Ce schéma n’est pas celui utilisé
en pratique (généralement, l’EG est plus
faiblement dosé et la PN est administrée
tous les mois), mais l’idée de ce travail
était de valider l’effet des EG avec
le moins d’interférence possible.
VEZ
RETROUOS AVIS
N
S
U
O
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RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
o.fr
e.lefigar
@ sant
Comment
accompagner
une victime d’AVC ?
DOCTEUR
ISABELLE
BONAN
ÉTIENNE
ALLART
Spécialiste en médecine physique
et réadaptation. Chef de service du CHU
de Rennes. Secrétaire générale de la
Sofmer. Centre hospitalier universitaire
de Rennes-Hôpital Pontchaillou
Spécialiste en médecine physique
et réadaptation. Chef de service
de l’unité post-AVC et traumatisé
crânien du CHU de Lille,
hôpital Pierre Swynghedauw
L’
accident vasculaire cérébral
représente un problème de
santé publique, par sa fréquence (environ 150 000
nouveaux cas par an en
France) et son retentissement potentiel
sur la vie quotidienne (il constitue la
première cause de handicap acquis de
l’adulte). Il peut en effet être à l’origine
de difficultés très diverses, selon les réseaux cérébraux touchés par la lésion.
Parmi celles-ci, les déficiences physiques sont souvent visibles (paralysie,
trouble du tonus musculaire, troubles
de la marche ou de l’équilibre, troubles
de la déglutition…), les séquelles cognitives (langage, mémoire, attention,
fonctions exécutives…), comportementales et thymiques sont très fréquentes
et parfois plus difficiles à identifier. On
parle alors de handicap invisible, qui
peut cependant avoir des conséquences
importantes sur la réintégration familiale, sociale et professionnelle. L’en-
semble de ces déficiences se répercute
sur le niveau d’autonomie des personnes dans la vie quotidienne et leur qualité de vie.
Les progrès les plus spectaculaires
ont d’abord été réalisés à la phase aiguë
de la prise en charge de l’AVC, en particulier grâce au plan national AVC ayant
sensibilisé l’ensemble des intervenants
sur l’importance du délai avant l’arrivée aux urgences, grâce au déploiement
des unités neuro-vasculaires et plus récemment grâce au développement des
techniques de thrombolyse intraveineuse et de thrombectomie mécanique,
interventions qui sont réalisées en urgence par les neuroradiologues.
Imagerie mentale
Mais l’amélioration des connaissances
sur les mécanismes de plasticité cérébrale post-AVC et les progrès technologiques ont ouvert des perspectives intéressantes pour le développement de
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PROFESSEUR
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nouvelles techniques de rééducation et
l’optimisation de la récupération.
Les nouvelles techniques d’exploration in vivo du fonctionnement cérébral
par imagerie fonctionnelle ou neurophysiologie ont permis de mieux comprendre le fonctionnement cérébral et
d’objectiver l’impact de la rééducation.
Le cerveau lésé garde en effet des capacités de plasticité, que l’on peut favoriser par des programmes de rééducation
individualisés. Il a pu ainsi être montré
que la plasticité utile à la récupération
après AVC est favorisée par de nombreux moyens, que ce soit la mobilisation passive, la visualisation de la tâche,
l’imagerie mentale ou encore l’utilisation effective d’une fonction (« use it or
lose it »), et facilitée par la répétition de
tâches et l’engagement dans la tâche.
Parmi ces moyens technologiques innovants, on peut citer l’apport pour la
récupération motrice de la robotique de
rééducation, permettant de répéter un
nombre important de mouvements et
de la réalité virtuelle permettant de
placer le sujet dans un environnement
immersif.
Les techniques de stimulation cérébrale non invasives et le neurofeedback,
qui permettent de moduler directement
les troubles de l’excitabilité cérébrale,
représentent une autre voie d’avenir.
En dehors de ces solutions techniques,
le patient devient de plus en plus acteur
de sa prise en charge et les programmes
d’autorééducation et la télérééducation
se développent en ce sens.
L’ensemble de ces techniques
sont à mettre en œuvre selon
l’avis d’un médecin de médecine physique et de réadaptation qui décidera de l’orientation vers des structures plus
ou moins spécialisées en fonction des
déficits observés et des capacités de récupération propres à chaque individu.
Dans les structures spécialisées, la prise
en charge est multidisciplinaire et coordonnée par le médecin de médecine
physique et de rééducation. L’ensemble
des déficits qu’ils soient moteurs, sensitifs, cognitifs, vésico-sphinctériens ou
autres y sont pris en charge. Les soins ne
se limitent pas à favoriser la récupération mais intègrent la mise en œuvre de
mesures de compensations pour pallier
les déficits éventuellement restants afin
de favoriser l’autonomie et la participation sociale. Un panel d’aides techniques, humaines, environnementales ou
de mesures sociales peut être proposé
en fonction des besoins.
Ainsi, l’accompagnement de la personne victime d’un AVC dès la phase
aiguë puis tout au long de son parcours,
est une nécessité : il s’agit de lui offrir
une prise en charge optimale, personnalisée et la plus proche de son projet de
vie. La mise en place de mesures de prévention secondaire – traitement de
l’hypertension, du diabète, de la dyslipidémie, du surpoids, de l’inactivité
physique (pour prévenir la récidive) –
constitue un point essentiel de la prise
en charge, assuré par le neurologue, relayé par le médecin traitant. Le suivi
spécialisé des complications ou de besoins spécifiques après AVC – comme
les troubles cognitifs, la spasticité, les
raideurs, la perte d’autonomie, les troubles de l’équilibre, l’appareillage, la reprise du travail, la conduite automobile
– doit être confié au médecin de médecine physique et de réadaptation. ■
A
Le traitement
hormonal est-il
efficace contre
la dépression
de la ménopause ?
13
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
14
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Crimes, l’énigme
du passage à l’acte
Chaque homicide renvoie aux mêmes questionnements :
pourquoi, comment peut-on en arriver là ?
PASCALE SENK
CRIMINOLOGIE Quel que soit le nom de
l’affaire – « Maelys », « Troadec », ou
« Romand » – et sa résolution, quels que
soient le contexte, l’arme employée, les
motivations avouées, les grands crimes
laissent dans leur sillage une interrogation de fond : comment le - ou la meurtrier(e) a-t-il pu accomplir un tel
geste ? Pas seulement du point de vue
matériel bien sûr, mais psychiquement.
« On en arrive toujours à se demander :
n’avait-il vraiment pas d’autre solution ?
Pourquoi a-t-il préféré celle-là ? » résume Emma Oliveira, psycho-criminologue à la PJ, expert judiciaire et psychologue au sein des services de police, qui
a coécrit, avec Florent Gatherias, Psychologues du crime (Éd. Fayard).
Car, en dehors des homicides commis
par des malades mentaux– des cas très
rares et de dangerosité moindre que
ceux d’une population dite « normale »,
rappellent les experts -, le passage à
l’acte demeure une énigme. « Il y a toujours trois dimensions à investiguer pour
comprendre comment il est devenu possible, explique Jean-Marc Ben Kemoun,
expert judiciaire, psychiatre, pédopsychiatre et médecin légiste, qui enseigne
la criminologie à la faculté d’Assas.
L’auteur, la victime et la situation. »
«
Là où le commun
des mortels cherche
une manière banale
de sortir d’une situation
qu’il juge insupportable,
le meurtrier va
au bout d’un
raisonnement radical
EMMA OLIVEIRA,
PSYCHO-CRIMINOLOGUE À LA PJ
une manière banale de sortir d’une situation qu’il juge insupportable, le meurtrier
va au bout d’un raisonnement radical,
observe Emma Oliveira. Si l’on considère l’adultère, a priori 85 % des personnes
qui y sont confrontées s’en sortent. Mais il
en reste 15 % qui auront besoin de tuer. »
Pourquoi une telle incapacité à supporter la souffrance ? C’est là que l’examen du vécu récent de l’assassin se révèle fructueux. « Souvent, il y a une
prédisposition à l’acte violent. Ce peut
être lié, bien sûr, à sa biographie depuis
l’enfance, mais aussi à une crise momentanée : il venait d’être licencié, avait eu un
accident ou était récemment divorcé…
Incapacité à supporter
la souffrance
« Les faits divers sont des anxiolytiques »
HANNAH ASSOULINE
Dans le cas « Jacqueline Sauvage » par
exemple, derrière l’image simpliste – et
largement adoptée, sans aucun recul d’une pauvre femme battue qui a tué
pour se défendre se révèle une personnalité de criminelle bien plus complexe.
« On dit qu’elle a été battue pendant
47 ans, ce qui n’a jamais été avéré, précise Hélène Mathieu, journaliste qui signe
avec Daniel Grandclément une formidable contre-enquête : La Vérité sur
l’affaire Jacqueline Sauvage (Éd. Stock).
En réalité, cette femme forte, portant à
bout de bras l’entreprise familiale, était
très attachée à son image sociale. Elle a
menacé avec son arme de chasseur son
mari, parti chez sa maîtresse, pour qu’il
revienne vivre avec elle alors qu’il avait
violé ses deux filles. Et humiliait sans cesse son fils. »
Voilà un profil qui mérite investigation. Quant à la situation, elle questionne aussi. Pourquoi l’a-t-elle abattu ce
jour-là, alors que le conflit entre eux
avait « seulement » abouti à une lèvre
fendue de son côté ? « Pendant tout le
procès, Jacqueline Sauvage a répété :
“J’ai eu un flash dans ma tête”, rapporte
Hélène Mathieu. Et c’est vrai : son entreprise périclitait, ses filles et ses petits-enfants ne venaient plus jamais la voir. Le
huis clos avec son mari s’annonçait interminable, elle s’est vue vivre un enfer ad
vitam aeternam. » Il n’y avait donc plus
d’autre issue pour cette femme que tirer
trois balles dans le dos de son compagnon, alors qu’il buvait tranquillement
son whisky sur la terrasse.
« Là où le commun des mortels cherche
»
ajoute la psycho-criminologue. Ces facteurs déclenchants peuvent momentanément laisser une personne sans défenses
psychiques, et donc capable du pire. »
Ainsi, le « tueur de l’Essonne » avait
été agressé dans sa cité peu avant son
premier crime dans un parking, où, à
moto, il abattit de sept balles une jeune
femme inconnue de lui. « Tuer était une
manière pour lui de se relever, et chaque
crime lui donnait l’impression - de courte
durée - qu’il retrouvait sa dignité », explique Emma Oliveira.
Intolérance à la frustration, ego
surdimensionné et besoin de maîtrise
sont souvent la marque des pervers.
« Ce sont les pires criminels, observe
Jean-Marc Ben Kemoun. Quelles que
soient leurs motivations, même les plus
classiques – argent, sexe, envie, jalousie, vengeance… -, ils passent à l’acte
pour retrouver un sentiment de toutepuissance. »
La part de la victime se révèle parfois
déterminante : elle a lutté, tenté
d’échapper à ce prédateur, et alors, ses
pulsions destructrices en ont été décuplées. Comme le disait Jean-Claude Romand dans un mot laissé près des cadavres de sa famille, décimée parce qu’il
avait préféré tuer plutôt que révéler la
vérité sur lui, « Un banal accident et une
injustice peuvent provoquer la folie ». ■
Patrick Avrane, psychanalyste et
écrivain, vient de publier Les Faits
divers, une psychanalyse (Éditions
PUF).
PATRICK
AVRANE
Psychanalyste
LE FIGARO. - Qu’est-ce qui nous
fascine dans les faits divers ?
Patrick AVRANE. - D’abord, ces
histoires qui ne relèvent pas toutes du crime sont toutes insolites,
à la manière du rêve, qui vient
nous divertir par son étrangeté.
Un gamin qui tombe du troisième
étage et en ressort sans égratignure, un évadé qui se rend à la
gare et demande du feu à des policiers qui, bien sûr, vont l’arrêter, ces saynètes viennent nous
rappeler que la vie a plus d’imagination que nous, en nous servant ainsi des événements à la limite du possible et de l’infaisable. Elles sont à la portée de
chacun et présentent des histoires courtes, avec une vraie fin.
De plus, les faits divers sont
compréhensibles en dehors de
tout contexte politique. On a
d’ailleurs pu dire qu’ils « font diversion ». Si les faits divers se
sont répandus dans les journaux
au XIXe siècle, c’est parce qu’ils
permettent de créer une communauté : on en parle au café, en
famille… On dit « tu as vu cette
histoire ? » et cela nourrit forte-
ment les conversations car ils
jouent toujours sur nos peurs et
nos désirs inconscients.
Vous relevez d’ailleurs que les faits
divers ont énormément nourri
la littérature. Est-ce en raison
de cette fascination qu’ils exercent
sur chacun ?
Oui, notamment les histoires de
crimes qui permettent d’une certaine façon de mettre la mort à
“
Le lecteur est
confronté au plus
près de l’impensable.
En ce sens, c’est une
sorte de « spectacle »
cathartique comme
les tragédies l’étaient
pour les Grecs
de l’Antiquité
”
distance. Lorsque l’écrivain Leïla
Slimani dans Chanson douce (Gallimard, prix Goncourt 2016) se
base sur un fait divers, le meurtre
d’un bébé par la nounou qui en a la
charge, cela réveille l’angoisse
profonde de tout à chacun, et cela
la résout en même temps. Pour un
court moment, cette abomination
perpétrée par un autre arrive à
quelqu’un d’autre. Le lecteur est
confronté au plus près de l’impensable. En ce sens, c’est une
sorte de « spectacle » cathartique
comme les tragédies l’étaient pour
les Grecs de l’Antiquité. Avec les
faits divers « accidentels », c’est
un peu le même mécanisme : nous
qui passons notre temps en nous
pensant immortels, certaines histoires viennent nous rappeler que
la mort peut arriver par accident :
une barrière qui reste levée au
passage à niveau, un incendie
dans une boîte de nuit… Dans
chaque cas, il y a quand même une
raison objective à la mort, cela
nous soulage un temps de l’angoisse qui y est liée.
Le fait divers le plus long
de ces dernières décennies, vous
le rappelez, c’est l’affaire Grégory.
Pourquoi une telle résonance ?
Les meurtres d’enfants ont toujours une place particulière dans
les faits divers car nous avons tous
été enfant et nous avons tous,
même dans les familles les plus
« normales », traversé de grands
sentiments de détresse d’être
vulnérable, impuissant, abandonné. Même si nous sommes
sortis de ces moments terribles,
ceux-ci restent inscrits dans no-
tre inconscient. Et chaque homme et femme adulte se sent dépositaire de la nécessité de protéger
l’enfant en danger. C’est en quelque sorte une des tâches les plus
essentielles de l’humanité. Souvent, une fois que le responsable
est trouvé, ce sentiment nous
quitte. Savoir pourquoi et comment il a commis ce geste permet
paradoxalement de mettre l’horreur à distance.
Et sur les criminels,
quels regards posons-nous ?
Ils ont fait l’impensable et quelque
part nous libèrent de notre propre
culpabilité et de notre sentiment
d’impuissance. C’est pour cela
que les faits divers, notamment
ceux qui nous racontent des crimes, peuvent être comparés à des
anxiolytiques. Les criminels sont
« extra-ordinaires » dans le sens
où ils font ce que tout le monde ne
peut pas faire. D’ailleurs, certaines femmes comme certains
hommes sont fascinés par ces individus hors normes, jusqu’à
commencer une correspondance
avec eux lorsqu’ils sont condamnés comme cela a été le cas pour
Charles Manson par exemple.
Parfois, cela se termine même par
un mariage. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
La curiosité à la barre de l’odyssée de la vie
Il a l’allure d’un vieux loup de mer.
Pas étonnant puisqu’il adore les océans
et la voile. Mais c’est aussi et surtout
un amoureux de la connaissance
de la vie. Ce à quoi il a dédié la sienne.
Biologiste émérite, membre de
l’Académie des sciences depuis 1999,
médaille d’or du CNRS en 2015, Éric
Karsenti est aussi l’initiateur et le
coordinateur du programme «Tara
Océan» - un rêve qu’il avait depuis la
lecture du Voyage du Beagle, racontant
l’expédition de Charles Darwin - , cette
goélette scientifique qui, entre 2009
et 2013, a prélevé 35 000 échantillons
biologiques de par le monde afin
de cartographier la biodiversité
océanique, en particulier sur les
planctons. Tara vient d’ailleurs de
rentrer, à Lorient, de sa 11e expédition
dans le cadre du programme « Tara
Pacifique » consacré aux coraux.
À 70 ans, cet aventurier naturaliste
est toujours autant fasciné par les
mécanismes qui conduisent une unique
cellule, par le biais des divisions
cellulaires et de la différenciation
(cellules de peau, neurones, globules
blancs et rouges, etc.), a bâtir un
organisme entier. Éric Karsenti se
souvient de son arrivée au Laboratoire
européen de biologie moléculaire
(EMBL), installé à Heidelberg. «C’était
comme arriver dans une caverne d’Ali
Baba féru de science et de technologie »,
se souvient-il avec émotion. C’est là
qu’il fondera l’unité de biologie
cellulaire et de biophysique, mêlant
des biologistes, des généticiens,
des physiciens... Rencontres fécondes
entre toutes. Éric Karsenti voit la
recherche, d’un côté, comme une
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
navigation à l’estime dans des zones
inconnues et recouvertes de brouillard,
de l’autre comme la pose de questions
auxquelles les évolutions des
technologies permettent d’apporter
toujours plus d’éléments de réponse
en « tirant des bords ». « Selon toute
vraisemblance, la vie a commencé dans
l’eau. » Ce qui fait dire au chercheur
que la vie, c’est de « l’eau organisée ».
Pour passer des premières cellules,
de simples vésicules, aux cellules
composant nos organismes, il a fallu
des centaines de millions d’années.
Mais le biologiste est persuadé que la
matière composant l’Univers porte en
elle la potentialité de la vie. Et une fois
l’ADN formé, « quelques principes de
physique simples suffisent à engendrer
des processus d’une complexité inouïe ».
Le génome humain compte environ
25 000 gènes. Mais des expériences
ont montré que moins de 500 gènes
permettaient la vie d’une cellule. Parmi
eux, Éric Karsenti est particulièrement
friand de la tubuline, une molécule
qui s’auto-assemble en microtubules,
une sorte de microsquelette interne
des cellules, qui permet le maintien de
leur forme mais aussi les mouvements
internes des organites de la cellule,
chromosomes, vésicules, complexes
moléculaires. « Résultat, un véritable
trafic ferroviaire, mais intracellulaire,
où des “trains”, les moteurs
moléculaires, circulent sur des voies en
construction, les microtubules ». À partir
de là, il faut se laisser entraîner dans les
champs de la recherche de la grande
théorie unificatrice de la biologie,
entre ballet rythmée et endiablé
de tubules auto-organisés, sous
les yeux de la pieuvre et en saluant
la salamandre solaire. Le monde qui
nous entoure est-il le fils de la sélection
naturelle ? Absolument
pas. La sélection
naturelle ne créée pas,
elle ne fait que façonner
ce que la vie crée...
AUX SOURCES DE LA VIE
Éric Karsenti.
Flammarion.
304 p. 21,90 €
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AP
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
16
SOCIÉTÉ
La moitié
des écoliers
de Provins
en uniforme
Le coût de l’uniforme des écoliers
de Provins, en Seine-et-Marne,
(137 euros) rebute des parents, même si
les fonds municipaux ont financé l’achat
du trousseau pour les plus modestes.
ADOBE STOCK
Cette mesure municipale, appliquée lundi
dans toutes les écoles publiques de la ville,
divise les parents. 50 % ne s’y plieront pas.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariestellPech
ÉDUCATION « Je vais enfin arrêter d’entendre les jérémiades de ma fille sur le
choix de ses vêtements, chaque matin,
avant d’aller à l’école. Et il y aura moins de
jalousies entre les enfants », se réjouit
Sophia, mère d’une fillette de 8 ans. Elle
a retiré la semaine dernière sa commande de 137 euros à la mairie de Provins
(Seine-et-Marne) : un trousseau d’une
dizaine de vêtements à tonalité bleu
marine.
Ce lundi, jour de rentrée scolaire après
les vacances de la Toussaint, la moitié
des quelque 700 élèves des écoles primaires publiques de la ville étrenneront
cet uniforme tout neuf. Il s’agit d’une
première dans des écoles publiques métropolitaines, selon le maire LR, Olivier
Lavenka, proche de l’ancien maire et
ministre Christian Jacob. « Certains font
de grands discours sur l’école publique,
sanctuaire où on forme les futurs citoyens, etc. Nous avons voulu passer aux
travaux pratiques avec l’idée de renforcer
une forme de cohésion au sein des écoles
grâce à l’uniforme », explique-t-il.
Choisi en concertation
Il a travaillé pendant six mois avec un collectif d’une vingtaine de parents et d’enseignants représentant les six écoles primaires de cette jolie petite ville, célèbre
pour ses fortifications médiévales. Couleurs, matières… tout a été choisi en
concertation. Les parents ont notamment
souhaité qu’un écusson représente les armoiries de la ville avec la tour César du
XIIe siècle. Ainsi que la devise républicaine : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Le
2 juin dernier, la majorité des parents
(62,4 %) d’élèves consultés approuvaient
l’initiative municipale. Une majorité
« bien relative » toutefois, critiquent les
quatre opposants au maire. Car seuls
376 personnes se sont exprimées sur les
1 100 parents concernés.
« Des tensions sont apparues entre
ceux qui sont pour et ceux qui sont
contre », relève Philippe Milville, délégué départemental de l’Éducation nationale en Seine-et-Marne. Le coût de
l’uniforme rebute des parents même si
les fonds municipaux ont financé l’achat
du trousseau pour une poignée de familles modestes. D’autres n’en voient
pas l’intérêt : « C’est anecdotique. Je suis
bien placée pour le dire car je l’ai porté au
lycée de la Légion d’honneur : un uniforme
ne gomme pas les différences sociales. Elles s’expriment même avec encore plus de
force via les chaussures, coiffures, cartables, etc. », raconte Caroline, mère d’un
élève de 10 ans. Pour Julien Fernandez,
cosecrétaire départemental du SnuippFSU, syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire, cette mesure « divise les parents et les enfants. Ceux qui
portent l’uniforme seront stigmatisés par
ceux qui ne le portent pas et inversement.
C’est absurde ».
Pour le moment, près de la moitié des
parents a passé commande du trousseau
auprès de la mairie. « Personne n’est
contraint de le porter », confirme l’édile
qui compte sur un « effet d’entraînement ». Pourquoi ne pas l’avoir rendu
obligatoire dès le départ, puisqu’il souhaite une cohésion ? « Nous avons proposé une modification du règlement intérieur
dans les écoles mais l’inspection et le ministère l’ont refusée, explique-t-il. Ils ne
veulent pas créer un précédent. Pourtant,
l’uniforme est obligatoire au collège public
de Sourdun, créé à deux pas, à l’initiative
du ministre Jean-Michel Blanquer ! Il y a
contradiction entre les propos du ministre,
qui encourage l’uniforme, et l’opposition
que j’ai rencontrée. »
Jean-Michel Blanquer s’est plusieurs
fois prononcé pour l’uniforme. Il estimait
en juin que « c’est un sujet qu’il faut dépassionner, regarder de manière concrète
et qui peut être très positif ». Tout établissement privé ou public peut, depuis toujours, demander le port de l’uniforme
dans le règlement intérieur. Mais cette
pratique est ultraminoritaire, faute de
demande des parents et des enseignants.
Cantonné, pour des raisons historiques, à
une dizaine d’établissements de l’enseignement public d’inspiration militaire,
l’uniforme s’est imposé dans un tiers des
lycées d’outre-mer depuis les années
1980. Et au sein de l’internat de Sourdun,
créé grâce à Blanquer. Dans l’enseignement privé sous contrat, des dizaines
d’écoles et de collèges l’exigent, surtout à
Paris et dans sa banlieue Ouest, mais cette
pratique reste minoritaire. ■
Vers la reconnaissance du délit de blasphème ?
La CEDH a validé la condamnation d’une Autrichienne qui avait dénigré Mahomet, estimant que cela menaçait « la paix religieuse ».
JUSTICE « Préserver la paix religieuse »
ou défendre la liberté d’expression ?
Une récente décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH)
pourrait bien menacer caricaturistes,
satiristes et autres « bouffeurs »
d’imams mais aussi de curés, de rabbins
ou de zoroastriens. Le 25 octobre, la
CEDH jugeait que la condamnation
d’une Autrichienne, que l’on accusait
d’avoir taxé Mahomet de pédophile, ne
violait pas l’article 10 de la Convention
européenne des droits de l’homme. Cet
article prévoit que « toute personne a
droit à la liberté d’expression » mais
qu’elle comporte « des devoirs et des
responsabilités » pouvant être « soumis
à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi ».
L’affaire remonte à 2009 quand Elisabeth Sabaditsch-Wolff, critique revendiquée de l’islam, prend la parole dans
une conférence organisée par le parti
d’extrême droite FPÖ. Un journaliste
enregistre secrètement et la justice est
saisie pour attaques islamophobes. Lors
de cette conférence, Elisabeth Sabaditsch-Wolff explique notamment que
« l’un des grands problèmes est que Mahomet est vu comme le parfait musulman, ce qui signifie que la plus grande
obligation d’un homme musulman est de
l’imiter ». « Cela ne peut arriver selon
nos standards sociaux et nos lois, poursuit-elle, car c’était un chef de guerre,
qu’il avait de nombreuses femmes, et
qu’il aimait le faire avec des enfants. Selon nos critères, ce n’était pas un homme
parfait ».
Puis elle évoque une conversation
avec sa sœur dans laquelle elle parle du
mariage de Mahomet avec sa troisième
femme, Aïcha, épousée alors qu’elle
était une enfant. Sabaditsch-Wolff ex-
plique avoir dit à sa sœur : « Un homme
de 56 ans avec une fillette de 6 ans ? Comment appelles-tu cela ? Comment l’appeler sinon de la pédophilie ? » Et d’ajouter :
« on entend souvent : c’était un autre
temps. Ce n’était pas bien à l’époque et ce
n’est pas bien aujourd’hui, point final. Et
cela se passe encore aujourd’hui. On ne
peut jamais approuver cela. »
« Heurter les sentiments
des fidèles »
Pour ces propos, l’oratrice écope d’une
peine, légère, en première instance et
en appel, en vertu du Code pénal autrichien qui prévoit la condamnation de
« quiconque dénigre ou bafoue, dans des
conditions de nature à provoquer une indignation légitime, une personne ou une
chose faisant l’objet de la vénération
d’une Église ou communauté religieuse
établie dans le pays, ou une doctrine, une
coutume autorisée par la loi ou une institution autorisée par la loi de cette Église
ou communauté ». En 1985, ce même article avait permis l’interdiction d’un
film dans lequel Jésus et Marie applaudissaient le diable et se caressaient,
condamnation déjà validée par la
CEDH.
La CEDH valide les raisonnements de
la justice autrichienne. Elle approuve
l’idée que « présenter des sujets de foi
d’une façon provocatrice pouvant heurter
les sentiments des fidèles peut être considéré comme une violation pernicieuse de
l’esprit de tolérance qui est une des bases
d’une société démocratique », que les
propos tenus « avaient pu susciter une
indignation justifiée, qu’ils n’avaient pas
été prononcés de façon objective dans le
but de contribuer à un débat d’intérêt public mais pouvaient seulement être compris comme visant à démontrer que Ma-
La nation décore 124 victimes du terrorisme
La Médaille nationale de reconnaissance, décernée pour la première fois, se veut un symbole de solidarité.
A
TERRORISME La décision était attendue
depuis des mois. Le Journal officiel du
4 novembre a publié le premier décret
collectif d’attributions de la Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du
terrorisme signé par le président de la République. Cette première promotion
compte 124 personnes tuées ou blessées
physiquement et/ou psychologiquement
dans 21 actions terroristes islamistes survenues en France ou à l’étranger depuis
2011. La liste illustre l’ampleur de la menace terroriste tant sur le plan des organisations impliquées (Daech, al-Qaida au Maghreb islamique, al-Chebab, terrorisme
« endogène »…) que des lieux des attaques
(en France, en Europe, en Afrique, en Turquie et dans la zone syro-irakienne).
Les victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis
(61 décorés dont quatre pour les attaques
du Stade de France), et celles du 14 juillet
2016 à Nice (36 décorés) sont les plus représentées. Sont aussi honorés les journalistes Nicolas Hénin, ancien otage de
Daech, et Ghislaine Dupont, tuée au Mali
le 2 novembre 2013. On compte aussi des
WIKIMEDIA/CREATIVECOMMONS
JEAN CHICHIZOLA
La Médaille nationale de reconnaissance
aux victimes du terrorisme.
personnes tuées ou blessées au Niger le
8 janvier 2011 (un décoré), dans l’attaque
du site pétrolier algérien d’In Anemas, le
16 janvier 2013 (un décoré), à Djibouti le
24 mai 2014 (trois victimes dans un attentat à la bombe revendiqué par al-Chebab,
milice islamiste somalienne). Deux victimes d’Amedy Coulibaly (à Montrouge le
8 janvier 2015 et à l’Hyper Cacher de la
porte de Vincennes le 9 janvier) sont décorées. Viennent ensuite les attentats du
musée du Bardo à Tunis (4 décorés) le
18 mars 2015 et de Ouagadougou (Burkina-Faso) le 15 janvier 2016 (deux décorés).
Puis, avec à chaque fois une seule personne décorée pour chacune des attaques, les
attentats de Bamako (Mali) les 20 novembre 2015 et 18 juin 2017, de Grand-Bassam
(Côte d’Ivoire) le 13 mars 2016, de Bruxelles le 22 mars 2016, de Gao (Mali) le 31 mai
2016, d’Istanbul le 1er janvier 2017, de Londres le 3 juin 2017 et de Ouagadougou le
13 août 2017. Et enfin quatre Français touchés dans l’attaque à la fourgonnette bélier des Ramblas de Barcelone, le 17 août
2017. Vingt-deux personnes décorées sont
décédées et 102 ont été blessées. Quatorze
sont étrangères, 7 sont mineures et 6 appartiennent à des forces publiques ou privées de sécurité et de défense.
« Saluer leur résilience »
La médaille a été créée le 12 juillet 2016 par
un décret présidentiel de François Hollande sur proposition du grand chancelier de
la Légion d’honneur. Dans une circulaire
du 6 mars 2018, le ministère de la Justice
précise qu’elle est « destinée à manifester
l’hommage de la nation aux victimes d’actes de terroristes commis sur le territoire
national ou à l’étranger ». Dans son communiqué de presse, la Grande Chancelle-
rie de la Légion d’honneur * précise que la
médaille « a vocation à rendre hommage
aux victimes et à saluer leur résilience » et
qu’elle est « un symbole de solidarité et
contribue à la cohésion nationale ». L’Espagne avait déjà créé en 1999, notamment
pour honorer les victimes de l’ETA, un
« Ordre royal de reconnaissance civile aux
victimes du terrorisme ».
La médaille française doit obligatoirement être demandée par la victime ou, en
cas de décès, par sa famille. Et les intéressés doivent être reconnus comme victimes du terrorisme, soit par le parquet de
Paris soit par le fonds de garantie aux victimes, ou bien doivent figurer sur la liste
partagée des victimes du terrorisme tenue
par le ministère de la Justice.
Enfin, la médaille est décernée de manière rétroactive : le 1er janvier 2006 a été
retenu comme date de référence. Avant
cette première promotion collective, une
première attribution a eu lieu dans la plus
grande discrétion, le 1er juin 2018, pour
une jeune victime de l’attentat islamiste
du Caire, le 22 février 2009 - un engin artisanal posé sous un banc avait explosé
tuant une lycéenne française et faisant
plus de vingt blessés. ■
* www.legiondhonneur.fr
homet n’était pas digne d’être vénéré ».
La CEDH rappelle certes qu’« un groupe
religieux doit tolérer le rejet par d’autres
de ses croyances religieuses et même la
diffusion par d’autres de doctrines hostiles à leur foi aussi longtemps qu’elles
n’incitent pas à la haine et à l’intolérance
religieuse ». Mais elle répète que, en
l’espèce, l’indignation était « justifiée »,
que les propos avaient dépassé « les limites permises d’un débat objectif » et
étaient « une attaque injurieuse contre le
Prophète de l’islam » capable de menacer « la paix religieuse ». Et la CEDH
d’approuver l’Autriche d’avoir voulu
« prévenir le désordre en préservant la
paix religieuse ». On imagine les suites
d’une telle jurisprudence. Pour l’heure,
une chose est certaine : à en juger par la
justice de Vienne et la CEDH, une version autrichienne de Charlie Hebdo n’est
pas d’actualité… ■
J.-C.
EN BREF
Saint-Étienne : un policier
hors service lynché
par plusieurs individus
En repos ce samedi, un policier qui
participait à un match de football
amateur à Saint-Étienne (Loire)
a été passé à tabac par plusieurs
joueurs de l’équipe adverse qui
l’auraient préalablement reconnu.
La victime, qui souffre
de multiples fractures, s’est vu
prescrire 21 jours d’ITT.
Aube : un mort lors
d’une rave party illégale
Une enquête judiciaire
a été ouverte après la mort
d’un homme d’une quarantaine
d’années, dimanche, lors
d’une rave party illégale à Torcyle-Grand (Aube) qui a rassemblé
5 000 « teufeurs ».
Essonne : pompiers
et policiers ciblés
par un nouveau guet-apens
Un nouveau guet-apens
contre des pompiers
et des policiers s’est produit
à Corbeil-Essonnes (Essonne)
dans la nuit de vendredi. Alors
qu’ils intervenaient pour des feux
de poubelle, ils ont été agressés
à coups de pavés, de mortiers
d’artifice et de cocktails Molotov.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
SPORT
17
Khachanov,
la vague
de fraîcheur
Le jeune Russe a mis fin à la folle série
de Novak Djokovic en finale du Rolex
Paris Masters pour décrocher le titre
le plus prestigieux de sa carrière.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
TENNIS Une surprise de taille : 1,98 m,
87 kg. Les coups de Karen Khachanov (22
ans) tombent de haut et ont fini par assommer Novak Djokovic. L’invincible Serbe
n’était pas remis des émotions ayant traversé la demi-finale somptueuse disputée
samedi contre Roger Federer. Il n’avait
plus de jambes et la tête a vite débranché.
En finale du Rolex Paris Masters, un monde séparait les protagonistes. Karen Khachanov (22 ans) disputait sa première finale de Masters 1000 quand Novak Djokovic
collectionnait trente-deux couronnes
dans la catégorie située juste en dessous
des Grands Chelems.
La finale a célébré la jeunesse, terrassé
l’expérience. Le jeune Russe, nullement
impressionné par l’événement, pas déstabilisé quand il a été mené 3-1 d’entrée, a
brutalement mis fin à l’étourdissante remontée des matchs de Novak Djokovic
qui, ce lundi, sera no 1 mondial pour la première fois depuis deux ans. Le Serbe se
promenait depuis des semaines sur un tapis volant. Ses semelles glissaient et cris-
saient sur toutes les surfaces comme aux
plus beaux jours. Il donnait libre cours à
des courses échevelées et à des défenses
insensées.
Flashé à 194 km/h
La cape de super-héros a permis à la pieuvre d’aligner vingt-deux victoires consécutives depuis une défaite en 8es de finale à
Toronto contre Stefanos Tsitsipas, début
août ; trente-six victoires en trente-huit
matchs, depuis une élimination frustrante
en quarts de finale de Roland-Garros
contre le surprenant italien Marco Cecchinato. Djokovic était redevenu le démiurge
du circuit. Comme en 2011. Mais Khachanov (31 points gagnants ; 18 pour Djokovic)
a su s’appuyer sur son service (flashé à
194 km/h), ses coups perforants et sa fraîcheur pour le faire dérailler. Le Serbe va
vite se projeter sur le Masters de Londres
(11 au 18 novembre) où il visera une sixième couronne, ce qui lui permettrait d’égaler Roger Federer.
Dans le même temps, un monde s’ouvre
pour Khachanov, mesuré à l’heure des célébrations (« C’est l’un des plus grands accomplissements de ma carrière, je ne pleure
Karen Khachanov (à droite) a triomphé de Novak Djokovic en deux sets (7-5, 6-4), dimanche à Paris.
pas, mais je suis tout ravi ») qui a victorieusement bouclé une semaine de rêve (il a
sauvé deux balles de match en quarts de finale contre John Isner). Le Russe n’avait,
en dix-neuf matchs, battu des joueurs du
top 10 qu’à trois reprises. Il en a dominé
quatre d’un coup à Paris (Isner, Zverev,
Thiem et Djokovic, s’offrant avec les deux
derniers, pour la première fois de sa carrière, des membres du top 5).
Le Russe au service surpuissant, promenant de faux airs de Marat Safin en revers
et un peu en coup droit, a décroché le quatrième titre de sa carrière (après Chengdu
en 2016, Marseille et Moscou en 2018).
Pour demeurer invaincu en finale. Kha-
chanov devient, après Alexander Zverev
(21 ans, lauréat des Masters 1000 de Rome
et Montréal en 2017, de Madrid en 2018), le
deuxième joueur de la nouvelle génération
à bousculer une hiérarchie solidement ancrée. Ce lundi, celui qui apprécie la lecture
et les échecs pointera au 11e rang mondial,
le meilleur classement de sa carrière (il
était 48e en janvier dernier), et figurera
dans la peau de remplaçant pour les Masters. Ses surfaces préférées sont l’indoor
(pas trop rapide) et la terre battue. Et Novak Djokovic l’assure : «Je pense que l’on
va voir beaucoup Karen à l’avenir… »
Guy Forget, le direct du tournoi, complète : «Si on se projette dans les trois-qua-
GONZALO FUENTES/REUTERS
tre prochaines années - et qu’on met un peu
de côté Nadal, Djokovic, Federer et Murray-,
sur un petit podium on mettrait aujourd’hui
Alexander Zverev, Karen Khachanov, et
après, Dominic Thiem sur terre battue. Il y a
pas mal de places à prendre. J’espère que
Lucas Pouille va avoir envie très vite de rejoindre ce peloton de tête. Ils sont six, sept,
huit jeunes aujourd’hui à pouvoir prétendre
jouer les premiers rôles, non seulement dans
les Masters 1000 mais aussi en Grand Chelem. En remportant ce Paris Masters, Khachanov a tapé un grand coup sur la table. » ■
Demi-finales : Khachanov (Rus)-Thiem (Aut, 6)
6-4, 6-1 ; Djokovic (Ser, 2)-Federer (Sui, 3) 7-6 (8/6),
5-7, 7-6 (7/3). Finale : Khachanov-Djokovic 7-5, 6-4.
L’Anglais Justin Rose
pique encore
Victorieux du Turkish Airlines Open, l’Anglais
redevient no 1 mondial. Alexander Levy termine 10e.
ENVOYÉ SPÉCIAL À ANTALYA
GOLF C’est Tiger Woods qui le dit : «Justin
(Rose) est le meilleur golfeur du monde. Il a
très bien fini la saison dernière et il a continué sur sa lancée. » Si l’Américain Brooks
Koepka a remporté deux des quatre tournois du Grand Chelem cette saison, Justin
Rose s’impose peut-être bien comme
l’homme de l’année. L’Anglais de 38 ans a
terminé fin septembre en tête du circuit
américain en devançant Woods en FedEx
Cup. Sur le Circuit européen, où il joue
moins régulièrement qu’outre-Atlantique,
il pointe désormais à la troisième place de
la Race to Dubaï, grâce à sa victoire décrochée dimanche au Turkish Airlines Open,
tournoi richement doté (7 millions de dollars) estampillé Rolex Series (équivalent
d’un Masters 1000 en tennis).
Sous le soleil généreux d’Antalya, l’Anglais a fait coup double en conservant son
titre et en reprenant du même coup la première place mondiale qu’il n’avait occupée
que deux semaines en septembre. « Je me
sens particulièrement bien sur ce parcours,
savoure le lauréat. Je l’ai dans l’œil. Cela fait
également du bien de retrouver la place de
numéro un mondial. J’en suis fier. »
Justin Rose (ici à Shanghaï le 27 octobre)
a dominé le Chinois Li Haotong lors
du premier trou de play-off, dimanche
à Antalya. OSPORTS/AFP
Au bout du suspense sur le parcours
manucuré du Regnum Carya Golf & Spa
Resort, Justin Rose a dominé le Chinois Li
Haotong lors du premier trou de play-off.
Parti avec trois coups de retard, l’Anglais,
auteur d’une dernière carte de 68 (-3),
est revenu à la hauteur du Chinois dans le
par dimanche. L’affaire semblait pourtant presque pliée quand Rose menait de
deux coups au départ du 15. Mais, crispé
depuis le début de journée, Li Haotong a
alors réussi un eagle sur ce par 5, qui lui a
permis de recoller à Rose. Ce dernier a
repris un coup à son adversaire sur le 16
grâce à un birdie, avant de coincer dans le
final et d’enchaîner deux bogeys avec
deux putts ratés à moins d’1,50 m. « Je
pense que Justin était un peu tendu avec
l’enjeu de la première place mondiale »,
souffle Alexander Levy, partenaire du
jour des deux hommes. Li Haotong a craqué à son tour lors du premier trou de
play-off en ratant également un putt à
1,50 m, offrant la victoire à Rose.
« Je n’ai pas réussi à contrôler
mes émotions »
Le titre? Le numéro un tricolore Alexander
Levy pouvait y croire en début de journée.
Parfaitement placé pour la gagne après
trois tours - deuxième à trois coups du leader -, le Français a perdu le fil avec une
carte de 73 (+2), qui le fait chuter à la 10e
place (-12 total). Il ne succédera donc pas à
Victor Dubuisson, double vainqueur en
Turquie en 2013 et 2015 sur le parcours du
Montgomerie Maxx Royal. Le Varois a vu
ses rêves de victoire s’envoler après un aller très mal négocié en 37 (+3).
«Il y a beaucoup de déception. Je n’ai pas
réussi à contrôler mes émotions en début de
partie. Je n’ai pas relevé le défi. J’ai raté
deux, trois coups, et ce n’est pas allé dans le
bon sens. C’est dommage, car il y avait quelque chose à faire quand on voit que le playoff se joue à -17. Haotong était tendu également. Il a réussi un superbe coup sur le 15
pour chercher l’eagle, mais, sinon, il n’a pas
très bien joué. » Brillant sur les greens durant trois tours, le Varois a connu quelques
désillusions dimanche dans ce secteur de
jeu. Après un été particulièrement compliqué, Levy relève toutefois la tête dans le
sprint final à deux semaines de la finale du
tour européen à Dubaï. ■
7h-9h
Deux heures d’info
avec Nikos Aliagas
Avec Audrey Crespo-Mara, Nicolas Canteloup, Jean-Michel Aphatie
et toute la rédaction.
Du lundi au vendredi
A
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
18
SPORT
Après le grand spectacle, la première casse
La flotte de la Route du rhum va devoir composer avec des conditions dantesques. Première victime, Le Cléac’h.
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-MALO
VOILE Ils en ont bien profité. Et ils
ont eu raison car cela ne va pas durer. Un ciel bleuté, quinze nœuds de
sud et une mer plutôt sage. Des
conditions idéales, dimanche à
14 heures, pour faire fumer les étraves. Et les Ultimes de la Route du
rhum ne se sont pas gênés pour assurer le spectacle. En mettant la misère à la plupart des bateaux et vedettes spectateurs qui n’ont pu
suivre leur rythme endiablé. Devant
les centaines de milliers de spectateurs agglutinés sur la côte malouine, les monstres de 32 mètres n’ont
pas tardé à s’envoler au-dessus des
flots. Sous les regards pantois, à plus
de 30 nœuds (55 km/h), pour laisser
sur place les 118 autres voiliers de
cette 11e édition.
Le premier sprint entre la pointe
du Grouin et le cap Fréhel (17 milles)
a préfiguré ce qui attend les cinq
skippers à la barre de leur bijou
technologique jusqu’à Pointe-à-Pitre. Si Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a été le plus prompt sur la
ligne de départ, il s’est rapidement
fait doubler par Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), 1er à Fréhel (en
34 minutes), et François Gabart
(Macif), 2e à peine une minute derrière. Francis Joyon (Idec) et Thomas Coville (Sodebo) ont passé la
porte quelque peu retardés, sans
voir Gabart reprendre la tête en
profitant d’une manœuvre de Josse.
À 17 h 30, alors que François Gabart menait la danse à plus de
30 nœuds, un communiqué tombait
annonçant un arrêt express d’Armel
Le Cléac’h à Roscoff pour « une réparation mineure sur le système d’énergie du bord ». Si pas d’abandon en
vue (mais, sans doute, plus de victoire), cet incident confirme que la bataille navale va être risquée jusqu’à
l’arrivée en Guadeloupe, annoncée Partie sous le soleil,
dimanche, de Saintpossiblement à partir de samedi.
Malo, la flotte devrait
affronter, dans la nuit
« J’ai réservé dans un bar
de lundi à mardi, dans
à tapas en Espagne »
le golfe de Gascogne,
Six jours pour traverser l’Atlantique ?
une violente tempête,
Un rêve pour tous les autres bateaux avec des vents
de ce Rhum 2018 qui vont, au contrai- de sud-ouest
re des trimarans géants et volants, de 40 nœuds,
devoir se coltiner en pleine face une des rafales à 55 nœuds
sacrée tempête sur le chemin du so- et des vagues
leil. Si une première perturbation de 8 mètres.
était annoncée dès dimanche soir sur ALEXIS COURCOUX
Mal de mer : même les
héros n’y échappent pas
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-MALO
SI VOS SORTIES en mer tournent
toujours court, que vos forces vous
abandonnent et qu’un seau devient
votre meilleur ami, rassurez-vous.
Parmi les skippers au départ de
cette 11e Route du rhum, dimanche,
beaucoup sont sujets à la cinétose,
autrement dit le mal de mer. La
croyance populaire voudrait que
ces marins chevronnés aient tous
des tripes en béton armé. Il n’en est
rien. Alors oui, certains y échappent depuis toujours, comme
François Gabart, Vincent Riou ou
Fabrice Amedeo. Ceux-là peuvent
remercier Dame Nature de les avoir
épargnés. D’autres ont réussi à s’en
débarrasser, parfois miraculeusement (« J’ai été malade à crever,
gamin, puis plus du tout », Armel Le
Cléac’h) ou à l’usure (Yann Eliès).
Mais au moment où vous lisez ces
lignes, beaucoup de cockpits ont
déjà été souillés sur la route menant
à Pointe-à-Pitre. Et les légendes
aussi ont parfois les boyaux en
vrac. « J’ai été malade plein de fois,
reconnaît sans aucune gêne Michel
Desjoyeaux. Sur la Route du rhum
2002, durant les quatre premiers
jours, tout ce que je mangeais ressortait au bout de dix minutes… »
Son estomac fragile ne l’a pas empêché de remporter la célèbre
Transat cette année-là et de se forger le plus beau palmarès de la
course au large française.
« J’ai toujours été très sensible au
mal de mer. Ça a même été un handicap pour moi en début de carrière », confie Charles Caudrelier. Les
premières heures de navigation
sont souvent celles où l’organisme
déraille. « Il faut souvent quelques
jours pour être bien amarinés, même
pour nous. Là, les skippers sont restés à quai à Saint-Malo pendant
deux semaines. Et le stress du départ
est un facteur aggravant », éclaire,
depuis la terre, le récent vainqueur
de la Volvo Ocean Race, le tour du
monde en équipage avec escales.
« Le mal de mer peut vraiment
casser les marins durant les premiers jours, confirme Samantha
Davies, partie vers la Guadeloupe
sur le monocoque Initiatives-Cœur. J’ai la chance d’y
échapper la plupart du temps, mais
cela peut m’arriver quand je n’ai
pas assez navigué. » « Le juge de
paix, c’est quand il faut descendre
dans le bateau pour bosser devant
l’ordi. C’est là que c’est dur. Ça
commence par des bâillements puis
ta bouche devient pâteuse. Là, ce
n’est pas bon », diagnostique
Yann Eliès (Ucar-St-Michel).
Auriculothérapie
Alors, comment éviter les fameuses « queues-de-renard » ? Il y a
les traditionnels cachets, plutôt
efficaces, mais qui font somnoler.
« Prendre un truc qui te fait dormir
en solitaire ce n’est pas très recommandé »,
contre-indique
le
« docteur » Desjoyeaux. Le patch
n’a pas trop la cote. Surtout depuis
qu’un marin de la Solitaire du Figaro a cru bon s’en coller plusieurs il y a quelques années.
Complètement déboussolé, il avait
dû être secouru au large de Brest.
Sur les pontons, les médicaments
à base de cinnarizine, un antihistaminique interdit à la vente en
France mais absent de la liste des
substances prohibées par l’Agence
mondiale antidopage, sont les plus
utilisés. Les marins se fournissent
sur Internet.
ORL à Paris, Philippe Perreau
propose une autre solution :
l’auriculothérapie. Le praticien
plante des petits clous sur les pavillons des oreilles de ses patients
soucieux de ne pas ruiner leur
croisière. « On peut envoyer, grâce
à l’acupuncture auriculaire, une
requête au cerveau pour rétablir
l’équilibre entre la perception vestibulaire de l’oreille interne et la perception visuelle », explique le praticien. Une solution testée en
reportage, et approuvée, par Le
Figaro. Même si la séance de piercing est un peu douloureuse… ■
la route de la flotte par Météo
Consult, une bien plus méchante est
prévue dans la nuit de lundi à mardi
dans le golfe de Gascogne. Avec ses
vents de sud-ouest de 40 nœuds, ses
rafales à 55 nœuds et ses vagues de
8 mètres, le monstre météorologique effraye les marins, notamment
de petits bateaux. Avant le départ,
certains ont du coup annoncé qu’ils
comptaient aller se réfugier dans un
port. Une décision rare mais prudente. « J’ai réservé dans un bar à
tapas en Espagne, a rigolé Loïck
Peyron, à bord de son petit trimaran
jaune de 12 mètres (l’équivalent du
vainqueur de la 1re édition en 1978).
Cela ne me dérangerait pas de m’arrêter. Il faut savoir le faire, ce qu’on
n’avait pas su en 2002 (une édition
hécatombe pour les multicoques).
Cela ne va pas être drôle mais cela fait
partie du jeu. On n’est pas en vacances… »
Kito de Pavant (Made in Midi), 3e
des Class 40 à Fréhel (avec une heure
de retard sur Josse), n’était guère
plus rassuré : « Au-delà du vent,
c’est surtout la mer forte et croisée qui
sera difficile à passer avec nos petits
bateaux. J’ai déjà vécu ça, ce qui
m’inquiète. Cela crispe dans la tête. »
Multi50 : jeu d’équilibre
sur l’Atlantique
J’ai été
« malade
plein de fois.
Sur la Route
du rhum
2002, durant
les quatre
premiers
jours,
tout ce que
je mangeais
ressortait
au bout
de dix
minutes…
»
MICHEL DESJOYEAUX
« IL VA FALLOIR gérer entre vitesse
et sauts de vague car la houle abîme
les bateaux. J’espère qu’on s’en sortira tous indemnes… » Tenant du titre de la Route du rhum dans la catégorie des Multi50, Erwan Le Roux
ne compte surtout pas sur la casse
de ses concurrents dans la tempête
annoncée pour récidiver à Pointeà-Pitre. Et pour cause, le skipper de
FenêtréA-Mix Buffet est l’heureux
président de cette classe réduite à
six bateaux mais pas sans intérêt.
« Beaucoup de skippers viennent se
renseigner. Ces bateaux séduisent »,
explique le triple vainqueur de la
Transat Jacques Vabre sur l’un de
ces jolis trimarans de 50 pieds (15,24
mètres), deux fois plus petits que les
maxitrimarans Ultimes (32 mètres)
et cinq fois moins chers (environ
2 M€ pour un bateau neuf).
Mais pas tellement plus lents.
« En équipage, on a atteint les 38
nœuds, Thibaut (Vauchel-Camus) a
dépassé les 40. Ça va vraiment
vite », sourit Le Roux. S’ils ne volent pas comme les Ultimes, leurs
Une destination, plusieurs trajectoires
Orthodromie : route la plus courte (3 543 milles)
Route du record de Loïck Peyron
en 2014 (7 jours, 15 h. 08 min. et 32 sec.)
Départ
Saint-Malo
(04/11/2018)
Route des alizés (route la plus longue
mais offrant le plus de vents portants)
FRANCE
Golfe de
Gascogne
Açores
Océan
Atlantique
Madère
Canaries
Tropique du Cancer
Antilles
Arrivée
Guadeloupe
AMÉRIQUE
DU SUD
AFRIQUE
Océan
Atlantique
Équateur
Infographie
nouveaux foils leur ont permis de
gagner en vitesse en soulageant la
coque au vent. Le tout pour un prix
raisonnable (96 000 € le kit de foils
monotype contre 600 à 700 000 € la
paire pour un Ultime). « On aurait
pu installer des foils pour voler car
ces bateaux ont la taille parfaite pour
ça, celle des AC50 de la dernière
Coupe de l’America. Mais on ne voulait pas ouvrir la boîte de Pandore en
termes d’investissement par respect
pour nos sponsors qui sont des PME.
Et puis nos bateaux sont en fibre de
verre avec seulement des renforts en
carbone. Il faut bien réfléchir sinon
on va les plier », prévient Le Roux.
« Un bateau un peu volage »
Nouveau dans la catégorie, Thibaut
Vauchel-Camus s’éclate à la barre de
Solidaires En Peloton-ARSEP, un
Multi50 flambant neuf sorti de chantier à Dubaï en début d’année. « C’est
une machine géniale. En termes de
sensations, c’est superfort », s’enthousiasme le Cancalais d’adoption,
revenu à ses premiers amours du
multicoque après une infidélité torride en Class40 (2e du Rhum en 2014).
Traverser l’Atlantique sur trois pattes
ne le sera pas moins, surtout avec le
coup de tabac annoncé mardi.
« Ces bateaux demandent beaucoup de vigilance, explique le marin
engagé dans la lutte contre la sclérose
en plaques. D’une part, il faut être au
réglage en permanence car il ne faut
pas grand-chose pour aller moins vite
ou plus vite. Et aussi parce que c’est un
bateau un peu volage. » Pas autant
que les anciens Orma (60 pieds) balayés par une tempête sur le Rhum
2002 (3 bateaux à l’arrivée sur 18 au
départ). Mais le risque est bien réel.
Les six acrobates de la catégorie
le savent. « S’il n’y a pas un peu de
peur quand tu joues les équilibristes
sur des engins comme ça tout seul, tu
vas droit à la connerie », estime
Vauchel-Camus, candidat à la victoire mais surtout soucieux d’arriver « en entier » en Guadeloupe où
il a grandi. Selon l’adage : « 100 %
des vainqueurs ont fini la
course »… ■
G. L. (À SAINT-MALO)
Outre cet arrêt dans un port, des solutions existent pour « prendre
moins cher », comme l’explique
Yann Eliès (Ucar St-Michel), 4e à
Fréhel sur son Imoca derrière Vincent Riou (PRB) et Jérémie Beyou
(Charal). « La question, c’est de choisir si tu veux affronter 5, 6, 7 ou 8 mètres de mer. Plus tu vas à l’est, moins
tu as de mer, mais plus tu t’éloignes de
la route directe. » Celle menant à la
ferveur guadeloupéenne s’annonce
particulièrement dangereuse. ■
+
» Lire aussi PAGE 41
ZOOM
Ligue 1 : Monaco et Henry
toujours à l’arrêt
Thierry Henry n’a toujours pas
gagné avec l’ASM. Son équipe
battue à Reims, le nouveau
coach monégasque présente
un bilan de 2 défaites et 1 nul.
« On est très inquiet », a avoué
son attaquant vedette Falcao.
Les Nîmois, eux, ont enfin
renoué avec la victoire.
Les « Crocos », qui n’avaient
plus gagné depuis leur succès
face à l’OM (3-1) le 19 août, ont
pulvérisé Dijon en Bourgogne
(4-0) pour remonter
à la 12e place du classement.
12E JOURNÉE LIGUE 1
MONTPELLIER (3)
ST-ÉTIENNE (5)
NANTES (10)
LYON (4)
STRASBOURG (7)
CAEN (16)
REIMS (8)
NICE (9)
DIJON (17)
PARIS SG (1)
hier
4-3
5-0
1-1
1-1
1-2
1-0
1-0
0-4
2-1
MARSEILLE (6)
ANGERS (15)
GUINGAMP (20)
BORDEAUX (11)
TOULOUSE (14)
RENNES (12)
MONACO (19)
AMIENS (18)
NÎMES (13)
LILLE (2)
EN BREF
Foot : le PSG
saisit le TAS
L’UEFA ayant ouvert une
procédure en septembre 2017
après les acquisitions
de Neymar et Mbappé pour
plus de 400 M€, le PSG a saisi
le Tribunal arbitral du sport.
Rugby : Paris explose,
le Stade Toulousain brille
Toulouse, à la faveur
de sa démonstration
aux dépens de l’UBB, a volé
la place de dauphin
de Clermont au Stade Français,
qui a pris l’eau à Lyon.
9E JOURNÉE TOP 14
MONTPELLIER (9) 13-27 RACING 92 (5)
LYON (4) 41-6 ST. FRANÇAIS (3)
TOULOUSE (2) 40-0 BORDEAUX (8)
TOULON (12) 26-16 PERPIGNAN (14)
CASTRES (7) 37-10 PAU (10)
LA ROCHELLE (6) 33-29 AGEN (13)
GRENOBLE (11) 27-27 CLERMONT (1)
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lundi 5 novembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Mme Alain Chevalier,
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
son épouse,
M. et Mme Jérôme Chevalier,
M. Philippe Chevalier,
M. Paul Chevalier,
Mlle Juliette Chevalier,
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
ses enfants,
01 56 52 20 90
Andréa, Zoé, Louise,
Emma, Félix, Adèle, Léon,
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part
de la disparition de
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Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
M. Alain CHEVALIER
fondateur du Groupe LVMH,
Réduction à nos abonnés : nous consulter
Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
officier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Arts et des Lettres,
chevalier du Mérite agricole,
organise un colloque
le lundi 12 novembre 2018
de 14 heures à 19 heures,
à la Fondation
Cino del Duca, Paris (8e),
à l'occasion du
Mme Ma-Ly Devillebichot,
son épouse,
Thierry Devillebichot (†),
Eric et Sandra Devillebichot,
ses fils et sa belle-fille,
Marie, Alexandre,
Guillaume, Inès,
ses petits-enfants,
Guy et Laure Devillebichot,
Daniel et Catherine
Devillebichot,
ses frères et belles-sœurs,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Michel DEVILLEBICHOT
survenu le 30 octobre 2018,
dans sa 83e année.
Une cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 7 novembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Charenton-le-Pont.
deuils
Marie-Anne, Isabelle,
Véronique,
ses filles,
ainsi que toute sa famille
Cet avis tient lieu de faire-part.
201, chemin Crugnet,
40500 Eyres-Moncube.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre et Carole
de Pradel de Lamaze,
Dominique et Isabelle Blétry,
ses enfants,
Marie-Antoinette AUBRUN
née Duault,
survenu à Issy-les-Moulineaux,
le 1er novembre 2018,
à l'âge de 72 ans.
Anne et Patrice Béliard,
Laure et Frédéric Soyez,
Aude et Fabien Teigné,
Guillaume et Marion
de Pradel de Lamaze,
Nathalie et Jérôme Michiels,
Charles et Caroline Blétry,
Olivier et Delphine Blétry,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
9 novembre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Lambertde-Vaugirard, à Paris (15e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e).
ses 21 arrière-petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Anne-Marie DOMANGE
Nicolas Challe
et ses filles,
Sophie, Flore et Alice,
M. et Mme Albert Lacroix
et leurs enfants,
M. et Mme Bertrand Challe
et leurs enfants
le 2 novembre 2018,
dans sa 89e année.
Le service religieux
sera célébré
en l'église protestante unie
de Passy-Annonciation,
19, rue Cortambert,
à Paris (16e), le mercredi
7 novembre, à 10 heures.
ont la tristesse de faire part
du décès de
Pauline CHALLE
née Lacroix,
Ce jour-là, le soir venu,
Jésus leur dit : «Passons
sur l'autre rive. »
Marc 4, 35.
survenu le 1er novembre 2018,
à l'âge de 37 ans, à Annecy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Talloires
(Haute-Savoie),
le mardi 6 novembre, à 14 h 30.
Mme Jacques Dubost,
sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
le 1er novembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Vichy, de
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
Suzanne DUBOST
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 8 novembre, à 14 h 15,
en l'église Saint-Louis, à Vichy.
Paris (15e) .
Henri et Paul-Emile Galine
ont la tristesse
de faire part du décès de
Bruno GALINE
© Gettyimages
survenu le 30 octobre 2018,
à l'âge de 69 ans, à Paris.
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Matthieu 5,8.
Nantes.
Anne Pédelaborde,
son épouse,
Florence et David Hale,
Sophie et Martin Chaix,
Bertrand et Noémie
Pédelaborde,
ses enfants,
Mary, Lauren, Camille,
Timothée, Joséphine, Gabriel,
Jules et Gaspard,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Jean-Claude PÉDELABORDE
le 3 novembre 2018,
à l'âge de 76 ans.
Mme Danièle Dennys,
sa mère,
M. Jean-Pierre Dennys,
son beau-père, et ses filles
Barbara et Géraldine,
ont la tristesse de vous
faire part du décès brutal de
survenu le 24 octobre 2018,
à l'âge de 61 ans.
La cérémonie s'est tenue
dans l'intimité.
survenu le 30 octobre 2018,
dans sa 93e année.
Sa famille tient à remercier
l'équipe médicale
de l'Institut Curie qui l'a aidé
sans relâche dans sa lutte
contre le cancer durant 6 ans.
ont l'immense douleur de vous
faire part du décès brutal
de leur fils, frère et beau-frère,
La crémation aura lieu
le mercredi 7 novembre,
à 11 h 30, au crématorium
de Mérignac (Gironde).
Ni fleurs ni couronnes.
le 1er novembre 2018.
La famille remercie
toutes les personnes
qui s'associeront à sa peine.
La messe d'enterrement
sera célébrée
le mardi 6 novembre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Montdidier (Somme).
Danièle Seurin,
5, lotissement des Pyrénées,
64160 Serres-Morlaàs.
Alain HOLLANDE
avocat à la cour d'appel
de Paris,
ancien président
de la Commission régionale
des conseils juridiques de Paris,
ancien membre
du Conseil de l'ordre,
doyen des anciens bâtonniers,
ancien vice-président du
Conseil national des barreaux,
officier
de la Légion d'honneur,
survenu le 28 octobre 2018,
dans sa soixante-dix-septième
année.
Ils s'associent à la douleur
de sa famille et de ses proches.
Ascain (Pyrénées-Atlantiques).
Bordeaux.
M. et Mme Dominique Sèze,
M. et Mme Bruno
Le Proux de la Rivière,
M. et Mme Xavier
Le Proux de la Rivière,
M. et Mme Alain
Jourdain de Mulzon,
Mme Béatrice
Le Proux de la Rivière,
M. Bruno Le Neillon,
ses dix-neuf petits-enfants,
ses vingt arrière-petits-enfants
et la famille
Le Proux de la Rivière
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Claude
LE PROUX de la RIVIÈRE
endormi dans la Paix
du Seigneur le 31 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 6 novembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption
d'Ascain.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 7 novembre,
à 14 h 30, au cimetière
de la Chartreuse, à Bordeaux.
Mme Jacky-Germain
de Noirot de Tournay,
son épouse,
M. et Mme Vincent
de Noirot de Tournay,
Camille et Lucie,
M. Emmanuel
de Noirot de Tournay,
ses enfants et petites-filles,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Jacky-Germain
de NOIROT de TOURNAY
croix du Combattant,
médaille commémorative
des opérations de sécurité et
de maintien de l'ordre en AFN,
le jour de la Toussaint,
le 1er novembre 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Léon,
1, place du Cardinal-Amette,
à Paris (15e),
le vendredi 9 novembre 2018,
à 10 h 30,
suivie de l'inhumation au
cimetière parisien de Bagneux.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Verbiesles (Haute-Marne),
le mercredi 7 novembre,
à 11 heures.
145, rue Saint-Dominique,
75007 Paris.
2, rue de la Boursière,
52000 Verbiesles.
chez vous
Denis SERVANT
Le préfet Michel Pinauldt
et son épouse Christel,
Ariane, Bérénice et Thibault
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
chaque jouR
ainsi que celles et ceux
qui l'ont aimé, apprécié et aidé
Sa famille,
ses amis
Le bâtonnier
Marie-Aimée Peyron,
le vice-bâtonnier Basile Ader,
et les membres du
Conseil de l'ordre des avocats
au barreau de Paris
Recevez
Le FigaRo
M. et Mme Antoine Servant,
son frère et sa belle-sœur,
et leurs enfants,
Pierre-Emmanuel, Diane
et Victoria,
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
par le père Gérard Naslin,
le mercredi 7 novembre 2018,
à 14 h 30, en la basilique
Saint Nicolas de Nantes.
Une cérémonie aura lieu
le samedi 8 décembre 2018,
à 11 heures, en l'église
protestante unie de l'Etoile,
à Paris (17e),
pour permettre à ses amis
de lui dire un dernier au revoir.
Charenton-le-Pont
(Val-de-Marne).
Inscription obligatoire :
contact.royaute@orange.fr
survenu le 28 octobre 2018,
à l'âge de 76 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 7 novembre,
à 15 heures,
en la basilique Sainte-Clotilde,
23 bis, rue Las Cases, Paris (7e).
L'Institut
de la Maison de Bourbon
avec la participation
des diplomates
Laurent Stéfanini,
Henry Zipper de Fabiani,
et des universitaires,
Christine Faitrop-Porta,
Jean-Paul Clément,
Francis Démier et
Michel Vergé-Franceschi.
Alain HOLLANDE
avocat à la cour d'appel
de Paris,
ancien membre du
Conseil de l'ordre de Paris,
doyen des anciens bâtonniers
de Paris,
ancien vice-président du
Conseil national des barreaux,
ancien président
de la Commission régionale
des conseils juridiques de Paris,
officier
de la Légion d'honneur,
Selon sa volonté, il a été
inhumé dans la plus stricte
intimité au cimetière
des Batignolles, à Paris (17e).
52, rue Saint-Jean,
74120 Megève.
250e anniversaire
du rattachement
de la Corse à la France
ont la tristesse de faire part
du décès de
le 1er novembre 2018,
à son domicile de Megève
(Haute-Savoie),
à l'âge de 87 ans.
Cet avis tient lieu de faire-part.
communications
Marie-Christine Hollande,
son épouse,
Isaline et Laurent Odeh,
Olivia et Victor Nunez,
Marianne et Pierre-Charles
Grob,
ses filles et gendres,
ses 8 petits-enfants
19
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
M. Roger SEURIN
Damien PINAULDT
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
Eric Seurin,
La Rouerie,
53290 Beaumont-Pied-de-Bœuf.
On nous prie d'annoncer
le décès de
M. Finn ROLF-PEDERSEN
survenu le 3 novembre 2018.
De la part de
Marie-Hélène Rolf-Pedersen,
née Chassin du Guerny,
son épouse,
ses enfants
et toute la famille.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
7 novembre, à 15 heures,
en l'église Notre-Dame
de Bécherel (Ille-et-Vilaine).
Jean-Baptiste et Claude (†)
Vincenti,
Rémi (†) et Hélène (†) Pètre,
Guy (†) et Marie-Thérèse
Vincenti,
Faustin et Micheline Vincenti,
Roger et Aimée Lambertin,
Amédée et Bernadette Vincenti,
Hubert et Catherine Vincenti,
ses frères, sœurs, beaux-frères
et belles-sœurs,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ainsi que toute la famille
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
ont l'honneur de vous faire part
du retour à Dieu de
Christine VINCENTI
en religion
Mme Dominique Viry,
M. et Mme Pierre
du Peloux de Saint Romain,
M. et Mme Tanguy Roüast,
M. et Mme Lyonel Roüast,
ses enfants,
ses seize petits-enfants,
ses neuf arrière-petits-enfants,
M. (†) et Mme
Etienne Carrel-Billiard,
M. (†) et Mme René Cottet,
M. (†) et Mme Xavier Dupont,
ses sœurs et beaux-frères,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Yves ROÜAST
née Monique Audras,
à l'âge de 88 ans.
La messe de funérailles
sera célébrée
le mercredi 7 novembre 2018,
à 10 heures, en l'église
de la Rédemption, Lyon (6e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Loyasse,
Lyon (5e).
sœur Christine
de la Congrégation
des Augustines de Meaux,
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
décédée des suites
d'une longue maladie,
le jeudi 1er novembre 2018,
en la fête de tous les Saints,
dans sa 82e année
et la 52e de ses vœux perpétuels,
munie des sacrements
de notre Sainte Mère l'Église.
Elle a rejoint son Divin Époux
dans l'Éternité bienheureuse.
La messe de funérailles sera
célébrée le jeudi 8 novembre,
à 14 h 30, en la cathédrale de
Meaux, suivie de l'inhumation
dans le caveau des religieuses
à l'ancien cimetière,
avenue Clémenceau.
Requiescat in Pace.
messes
Une messe sera célébrée
le jeudi 8 novembre 2018,
à 18 heures, en la chapelle de
Jésus-Enfant, 29, rue Las Cases,
Paris (7e), à l'intention de
Mme Michel de COURCEL
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« Colinette »,
Enghien-les-Bains
(Val-d'Oise).
Françoise, Isabelle Urbanczyk,
ses filles,
Lydia Mattrel-Urbanczyk,
Thérèse Szubert
son fils et ses petits-enfants,
Irène Marszalek
son fils et ses petits-enfants,
Jean Butor de Blamont
ses enfants et petits-enfants,
Irène Cancelier
ses enfants et petits-enfants,
ses nièces et neveux,
Michèle Vincent du Laurier
et sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès du
docteur Albert URBANCZYK
survenu le 1er novembre 2018,
à l'âge de 85 ans, à Paris (14e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Joseph, rue de Malleville,
à Enghien-les-Bains, le jeudi
8 novembre, à 10 heures.
L'inhumation de l'urne
aura lieu au cimetière
d'Hulluch (Pas-de-Calais),
petit chemin de la Bassée,
le vendredi 9 novembre,
à 14 heures.
rappelée à Dieu le 31 mai 2018.
messes
et anniversaires
En ces temps de mémoire
et de recueillement,
Nom :
Prénom :
Adresse :
Code postal :
E-mail :
les évêques catholiques
réunis à Lourdes
célébreront une messe
à la mémoire de tous
Je joins mon règlement par :
les bienfaiteurs disparus,
donateurs et testateurs,
Chèque bancaire ou postal
à l’ordre du Figaro
Conférence des évêques
de France
Expire in :
le mardi 6 novembre 2018.
Téléphone : 01 76 23 10 10.
souvenirs
Il y a dix ans,
le 5 novembre 2008,
Hélène SILVANT
nous quittait.
Sa famille et ses amis
vous invitent à penser
et à prier pour elle.
Ville :
Tél. :
@
en majuscules
Date e t signature :
CB N°
FAP18002
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
HISTOIRE
Morhange, la fin de l’offensive à outrance
2/6 Le 20 août 1914, plus de 5 000 soldats français trouveront la mort sur un terrain préparé par
les Allemands. La bataille sonne le glas d’un certain type de guerre.
Le voyage de M. Poincaré
en Alsace et Lorraine
(Dernière journée)
Par Maxime Girard
mardi 19 août 1919
FRANÇOIS COCHET*
RÉCIT Pour les Français, la Grande
Guerre commence vraiment en
Lorraine. Le 8 août 1914, Joffre donne à la Ire armée (général Dubail) et
à la IIe (général de Castelnau) leurs
objectifs. Dubail doit avancer sur
Sarrebourg, tandis que Castelnau
doit marcher sur Delme. L’action
doit être complétée par l’armée
d’Alsace du général Pau. Il s’agit
d’ailleurs d’être beaucoup plus méthodique et prudent qu’on ne le dit
souvent.
Le 18 août, le 16e corps français
est bousculé dans le secteur des
étangs de Dieuze par les Allemands
et doit se replier. Le 20 août 1914,
c’est à Morhange que la bataille fait
rage. Alors que Foch, à la tête du
20e corps d’armée a reçu l’ordre de
s’installer, coûte que coûte, la
39e division part à l’attaque au moment où la VIe armée allemande déclenche sa contre-offensive. Les
Français subissent de lourdes pertes
et se replient, précipitamment, sur
la droite de leur dispositif et de manière plus contrôlée sur leur gauche. Castelnau, affecté par la mort
au combat d’un de ses fils, envisage
de replier beaucoup plus loin sa
IIe armée : une cinquantaine de ki-
lomètres. Joffre lui enjoint de réagir
et de défendre le Grand Couronné
de Nancy. Dans la bataille, les Français font à leurs dépens la sinistre
expérience d’un terrain préparé par
les Allemands – nids de mitrailleuses, distances de tir repérées, barbelés –, parfaitement connu d’eux
depuis 1870 et où ils ont organisé de
fréquentes manœuvres.
Impasse tactique
Les combats de Morhange, dans une
mémoire simplifiée de la Grande
Guerre, ont été instrumentalisés
après coup pour démontrer l’impéritie des généraux français et leurs
conceptions dépassées de la pseudo
50 km
BELGIQUE
Notre-Damede-Lorette
Maubeuge
Péronne
Albert
Rozoy-sur-Serre
Compiègne
(Rethondes)
COLL. O. CALONGE / ADOC-PHOTOS/AW
« offensive à outrance ». Il faut surtout la comprendre pour ce qu’elle
est : une impasse tactique. Morhange
préfigure certes cinquante mois de
guerre, mais marque surtout la fin
d’un type de guerre où l’on croit encore à la capacité des forces attaquantes de vaincre le feu ennemi par
leur seule volonté. Cette stratégie
s’est soldée par des pertes très importantes. De l’ordre de 5 000
morts, rassemblés au cimetière de
Riche. Le 37e RI de Nancy perd
827 hommes (tués, blessés, disparus) sur un effectif théorique de 1 200
hommes. Les Allemands subissent
aussi des pertes, bien moindres cependant : de l’ordre de la moitié.
ALLEMAGNE
LUX.
La Flamengrie
Charleville-Mézières
Les Éparges
Reims
Paris
Verdun
Morhange
Pont-àMousson
Région sous contrôle
allemand durant le conflit
Strasbourg
Mais Morhange doit être vu et
analysé autrement. Les Allemands
avaient attiré les Français dans une
des seules « trouées » permettant
d’échapper aux trop puissants
ouvrages de la Moselstellung MetzThionville. Quelques jours après, ils
connaîtront à leur tour une expérience aussi malheureuse en attaquant dans la « trouée de Charmes », où les Français les attendent
et les laminent. Rien qu’à Rozelieures on relève 2 500 cadavres bavarois, qui pourtant ne portent pas de
pantalon rouge pour les désigner au
feu de l’ennemi. Les soldats allemands sont terrifiés par les ravages
causés par les canons de 75 et les
mitrailleuses des Français. On ne
peut pas parler de l’échec de Morhange sans évoquer également le
sort comparable des Felgrauen de
Charmes. À partir de ce jour funeste, une forme de guerre, héritée du
XIXe siècle, va disparaître. ■
* Professeur émérite de l’université
de Lorraine-Metz.
Membre du Conseil scientifique
national de la mission du centenaire.
Dernier ouvrage paru :
« Les Français en guerres, de 1870
à nos jours », Perrin, 2017.
+
Infographie
» Lire aussi PAGES 2, 4 ET 23
A
Mercredi 2 septembre
Il est deux heures quand on arrive. On s’installe, avec une impression de sécurité et de force. Ont-ils
passé la Meuse en nombre ? Peutêtre. Mais de là-haut, nous pouvons les attendre. Un mitrailleur
est venu, il y a quatre jours, avec un
télémètre, et je lui ai demandé des
distances exactes. S’ils viennent, je
commanderai les feux qu’il faudra.
En attendant, dormons. Les
étoiles sont limpides et fixes ; l’air
fraîchit à l’approche du jour. Je me
pelotonne dans ma capote, tout au
fond de la tranchée, sur une couche de luzerne sèche, et je somnole
un peu, sommeil coupé de réveils
gelés.
Mes hommes, en se secouant
autour de moi, achèvent de
m’éveiller. Je me frotte les yeux,
m’étire les bras, saute sur mes
pieds. Le soleil couvre déjà les
champs d’une marée de clarté
douce. Je reconnais notre vallon,
avec les points de repère échelonnés jusqu’à l’extrême limite du tir
possible.
Beaucoup d’aéros, les nôtres lumineux et légers, les boches plus
sombres et plus ternes, semblables
à de grands rapaces au vol sûr.
Devant nous, les uhlans en vedette à la lisière d’un bois, cheval et
cavalier immobiles. De temps en
COLL. PERSONNELLE
« Une fumée noire, cuivrée, qui pique la gorge »
PAR MAURICE GENEVOIX
temps seulement, la bête chasse les
mouches en balayant ses flancs de
sa queue.
À la jumelle, je vois sur un chemin
deux blessés qui se traînent, deux
Français. Un des uhlans les a aperçus, il a mis pied à terre, s’avance
vers eux. Je suis la scène de toute
mon attention. Le voici qui les aborde, qui leur parle ; et tous les trois se
mettent en marche vers un gros
buisson voisin de la route, l’Allemand entre les deux Français, les
soutenant, les exhortant sans doute
de la voix. Et là, précautionneusement, le grand cavalier gris aide les
nôtres à s’étendre. Il est courbé vers
eux, il ne se relève pas ; je suis certain qu’il les panse.
À deux heures, les obus recommencent à siffler. Il y a une batterie
sur la crête en arrière ; c’est elle qui
ouvre le feu. Elle tire depuis quelques minutes, lorsqu’une marmite
allemande vient éclater à vingt
mètres de nous.
J’ai relevé la tête, automatiquement, dès la seconde qui a suivi
l’explosion. Et voilà qu’une chose
invisible passe en ronflant près de
mon nez. Un homme, près de moi,
dit en riant : « Tiens ! les frelons… »
Bon ! À la prochaine marmite, j’attendrai, pour me relever, que l’essaim entier soit passé.
Je n’attends pas longtemps : en
voici quatre à la fois, et puis trois, et
puis dix. Cela dure une heure à peu
près. Nous sommes tous collés au
fond de la tranchée, le corps en
boule, le sac sur la tête. Entre chaque rafale, mes deux voisins de
droite creusent fébrilement une
niche dans la paroi. Ils s’y fourrent,
comme un lapin dans son terrier ;
je ne vois plus que les
clous de leurs semelles.
Une fumée noire, cuivrée, qui pique la gorge
et fait mal aux poumons,
nous enveloppe de ténèbres fantastiques. Elle n’a
pas eu le temps de se dissiper que déjà siffle une
nouvelle rafale. On l’en-
tend venir, irrésistible ; je perçois le
choc mat du premier obus sur la
terre avant d’être assourdi par la
salve des explosions.
Pendant une brève accalmie, le
bruit d’une course me fait tourner
la tête : c’est un de mes hommes,
Pinard, qui a bondi hors de la tranchée, là-bas à gauche, et qui se rue
vers la droite, sac au dos et fusil à la
main, dans un chahut invraisemblable, baïonnette cliquetante, gamelle trépidante, cartouches grelottantes. Il me regarde au passage
avec des yeux dilatés et va tomber
comme un bolide sur des camarades qui font carapace avec le sac. Ils
le reçoivent sur les reins avant
d’avoir pu se garer. Avalanche de
taloches ponctuée d’engueulades.
Une rafale de six marmites les met
d’accord. L’une d’elles est tombée
à cinq mètres : il m’a semblé que le
mur de terre me poussait, et j’ai
reçu en plein sur mon sac une pierre de quelques kilos, qui
m’a collé le nez dans la
glaise et abruti pour cinq
minutes. ■
CEUX DE 14
de Maurice Genevoix
Flammarion
960 pages, 9, 90 euros
IL Y A 100 ANS DANS LE FIGARO...
Des brancardiers, rescapés de la bataille de Morhange posent pour une photo souvenir en septembre 1914.
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lundi 5 novembre 2018
LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
21
INTERNATIONAL
Allemagne : qui, de l’AfD ou des Verts,
saura s’imposer comme troisième force ?
Les deux partis
montants, qui
bénéficient de
l’effritement de la
CDU/CSU et du SPD,
rêvent de renverser
l’ordre établi.
Nicolas Barotte
n b a r o t t e @ le f ig a r o .fr
CORRESPONDANT À BERLIN
DEUX ÉLECTIONS régionales coup sur
coup ont ébranlé le paysage politique allemand. En Bavière puis en Hesse, l’électorat a infligé un vote sanction aux deux
grands partis de gouvernement, la CDU/
CSU et le SPD, les « Volksparteien ». Certes, les conservateurs ont gardé le pouvoir dans les deux Länder comme ils
avaient réussi à le faire lors des élections
fédérales de septembre 2017. Le message
avait pourtant déjà été clair : avec 33 %, le
parti d’Angela Merkel avait enregistré un
recul historique. Avec 20,5 %, les sociaux-démocrates avaient subi une débâcle encore plus violente. Les plaques
tectoniques électorales en Allemagne
bougent profondément. Deux partis rêvent de renverser l’ordre établi : la droite
radicale, anti-islam et populiste, de l’Alternative für Deutschland d’un côté,
troisième force au Bundestag, et les Verts
« réalos » et proeuropéens de l’autre, arrivés deuxièmes aux dernières élections
régionales. Les deux forces sont diamétralement opposées. Elles veulent reprendre la place de parti pivot, occupé
pendant des décennies par les libéraux du
FDP. Voire davantage.
LES VERTS
ET L’AFD ONT-ILS
❙ COMMENT
FAIT IRRUPTION ?
Avec l’élection régionale en Hesse, l’Alternative für Deutschland a achevé un
premier cycle vers le statut de grand parti : cinq ans après sa fondation, l’AfD s’est
implantée dans les seize Länder du pays.
En 2013, pour son premier test électoral,
le parti avait échoué à franchir le seuil
nécessaire pour être représenté, avec
4,1 %. Le 28 octobre dernier, le parti a triplé son résultat avec 13,1 %. La droite radicale, portée par la crise européenne et
la question de l’immigration, a suivi la
même courbe au niveau fédéral : 4,7 % en
2013, et donc aucun député ; 12,6 % en
2017 et 92 députés. Une telle rapidité
d’implantation est inédite dans l’histoire
de la République fédérale d’Allemagne.
Le dernier exemple en date d’un parti
prenant pied au Bundestag remonte aux
Verts. Mais il leur a fallu plus de temps et
ils n’ont jamais réussi le grand chelem régional : les écologistes sont aujourd’hui
absents de Sarre ou du MecklembourgPoméranie-Occidentale. Les premiers
groupuscules écologistes datent des années 1970. Les « Grünen » sont fondés en
tant que tels dans le Bade-Wurtemberg,
en 1979, où ils obtiennent des élus en
1980. La même année, le parti s’étend au
niveau fédéral et en 1983 il franchit le
seuil du Bundestag avec 5,3 % des voix.
❙
ÉCOLOGISTES DE L’OUEST,
POPULISTES DE L’EST ?
L’écologie politique est née à l’Ouest :
protection de la nature, lutte contre
l’atome, pacifisme… À partir des années
1980, les Verts tentent d’occuper un nouvel espace politique à gauche en devenant
le quatrième parti politique de la RFA. Ils
s’implantent toutefois de manière inégale
sur le territoire : ils sont à la peine dans les
grandes régions industrielles, comme la
Basse-Saxe ou la Rhénanie-du-NordWestphalie, qui restent longtemps des
bastions du SPD. Les Verts obtiennent
leurs meilleurs résultats dans les riches
régions du sud du pays et en premier lieu
en Bade-Wurtemberg qu’ils dirigent
même depuis 2011, d’abord avec le SPD
puis depuis 2016 avec la CDU. C’est une
exception dans le paysage allemand.
Avec 30,3 %, les Verts y ont obtenu un
résultat de « Volkspartei » et les conservateurs ont été relégués au rang de parti
junior. La région est leur bastion et leur
modèle. En revanche, en ex-Allemagne
de l’Est, hors Berlin, ils ne dépassent pas
6 % des voix. Le parti y manque de réseaux. À l’origine, il s’y est appuyé sur
l’Alliance 90 (Bündnis 90), une opposition formée au moment de la chute du
Mur. À l’Est, les partis venus de l’Ouest
n’ont pas encore réussi à planter des racines profondes. L’Alternative für Deutschland en a profité trois décennies plus
tard. Elle y a aussi bénéficié de la présence résiduelle des mouvements d’extrême
droite tels que le NPD. Ceux-ci sont
moins forts à l’Ouest. Les populistes réalisent leurs meilleurs résultats en exRDA, où ils ont rapidement dépassé 10 %
des suffrages. Lors des élections fédérales
de 2017, l’AfD est arrivée en tête des votes
en Saxe devant la CDU avec 27 % (22 %
sur l’ensemble de l’ex-RDA). La représentation différenciée des Verts et de
l’AfD entre l’Ouest et l’Est correspond
aussi à un profil sociologique : urbain, diplômé et aisé d’un côté, populaire et défavorisé de l’autre.
VERTS SONT-ILS
DE « GAUCHE » ET L’AFD
❙ «LES
D’EXTRÊME DROITE » ?
Contrairement à la CDU/CSU, au SPD ou
même au FDP globalement homogènes,
les Verts ou l’AfD sont deux partis protéiformes. Deux courants traversent les
écologistes dès l’origine : les « fundis »,
attachés aux fondamentaux de l’écologie,
et les « réalos », soucieux de concilier
l’idéal politique avec le réel. Les premiers
lorgnent vers Die Linke. Les autres se
veulent plus au centre qu’à gauche. Dans
les années 1990, des responsables Verts et
la jeune génération de la CDU se rapprochent déjà dans la « Pizza connection ».
Mais ces discussions ne débouchent sur
rien, tant les différences sont grandes sur
des sujets clés : politique étrangère ou
immigration. La pratique du pouvoir au
sein de la coalition Rouge-Verte menée
par Gerhard Schröder entre 1998 et 2005
ancre ensuite le parti à gauche. Mais régionalement, où les priorités politiques
sont différentes, les alliances sont plus
complexes. En 2009, les Verts rejoignent
une toute première coalition « Jamaïque » en Sarre, composée avec la CDU et
les libéraux. En 2008 à Hambourg puis en
Hesse en 2013, des gouvernements régionaux CDU-Verts voient le jour. La ligne
des leaders « réalos » l’emporte au fur et à
mesure et une alliance nationale entre les
deux partis est désormais envisageable.
Le ministre président du Bade-Wurtemberg Winfried Kretschmann, à la tête
d’une coalition « Kiwi », Verts-CDU, est
le symbole de ce basculement vers la
droite du parti. Son dernier livre s’intitule Sur quoi voulons-nous compter ? Pour
une nouvelle idée du conservatisme.
D’autres responsables ne vont pas si loin
dans l’appropriation sémantique. Le président du parti, Robert Habeck, même s’il
appartient aussi au camp des raisonnables, préfère se définir comme libéral et
de gauche.
Du côté de l’AfD, le débat est plus simple
mais il n’est pas abouti pour autant. Le
parti se classe à la droite de la CDU mais
refuse l’étiquette d’extrême droite, trop
connotée en Allemagne. Pour sa chef de
file, Alice Weidel, l’Alternative für
Deutschland se définit comme un parti
« libéral conservateur ». Mais l’un de ses
leaders les plus influents, Björn Höcke,
n’a pas hésité à défiler à la fin de l’été aux
côtés des mouvements anti-islam tels
que Pegida dans les manifestations qui se
sont déroulées à Chemnitz, où l’extrême
droite néo-nazie était présente. L’AfD n’a
pas encore tranché le débat entre les tenants d’une ligne « modérée », qui sont
prêts à exclure les plus radicaux pour
permettre d’accéder au pouvoir, et les
partisans d’une ligne dure, qui veulent
installer l’AfD dans le rôle de parti protestataire. Cette ligne-là assure une base
solide notamment dans certaines régions : les sondages réalisés pour les élections régionales en Thuringe, Saxe et
Brandebourg pour les élections de l’été
prochain créditent l’AfD de 23 %, soit la
deuxième position. Mais à l’Ouest, cette
ligne risque d’entraver la progression du
parti.
❙
LA CDU/CSU ET LE SPD
SONT-ILS MENACÉS ?
Depuis qu’Angela Merkel est au pouvoir,
les grands partis CDU/CSU et SPD tendent à s’indifférencier. Si cette stratégie
politique a profité à la chancelière et offert à l’Allemagne plus d’une décennie de
stabilité, elle a dévitalisé les formations
traditionnelles. Concurrencée par les
Verts et le parti de gauche Die Linke d’un
côté et la CDU de l’autre, la social-démocratie est entrée dans une crise structurelle : en vingt ans, elle a vu son résultat
électoral divisé par deux (40,9 % en 1998,
20,5 % en 2017). De son côté, la CDU/CSU
a résisté grâce à la popularité d’Angela
Merkel. Mais la percée de l’AfD à partir de
2015 a sonné le coup d’envoi d’une hémorragie électorale. Pour les deux partis,
les sondages d’intentions de vote sont catastrophiques. Dans la dernière enquête
Insa, confirmée par d’autres, les Verts
sont devenus dans l’opinion le deuxième
parti politique à 20 % ou 19 % contre 25 %
pour la CDU/CSU. Les résultats électoraux régionaux confirment cette tendance. Les chrétiens-démocrates ne sont pas
seulement menacés sur leur droite par
l’AfD. En Bavière, la CSU a perdu plus de
voix au profit des écologistes (190 000)
que des populistes (160 000). Même phénomène en Hesse (108 000 contre
96 000). L’électorat conservateur est sous
tension. À gauche, le SPD a été victime du
vote utile : il a été battu en Bavière comme en Hesse par les Verts et notamment
dans les grands centres urbains.
Aujourd’hui, les écolos semblent donc en
mesure de jouer dans la cour des grands.
L’ancien leader écologiste Daniel CohnBendit a prophétisé dans une interview à
la Süddeutsche Zeitung que Robert Habeck « ferait un bon chancelier ». Mais le
phénomène sondagier ne doit pas faire
oublier la volatilité de l’électorat écologiste, susceptible d’agir par tactique.
L’envolée semble encore fragile. Mais le
vote de conviction y est plus fort que pour
l’AfD, mue par le rejet et la déception.
En 2013, l’Alternative für Deutschland
avait puisé dans tous les camps, du FDP à
Die Linke. En 2017, les bataillons supplémentaires sont venus pour l’essentiel des
abstentionnistes (1 470 000 nouveaux
électeurs) et des déçus de la politique (en
2017, 980 000 ex-électeurs CDU, 470 000
ex-électeurs SPD et 400 000 ex-électeurs
de Die Linke ont choisi l’AfD). Les populistes ont profité des thématiques qui se
sont imposées dans le débat public : le refus des réfugiés ou la critique de l’Europe.
Les Verts en ont profité comme en miroir
puisqu’ils affichent des positions clairement distinctes sur ces sujets. Les deux
forces se répondent.
Plus structurellement, d’autres facteurs
alimentent l’AfD : les inégalités sociales
(le parti est fort dans les catégories populaires) et l’âge (dans les circonscriptions
où la moyenne dépasse 60 ans, l’Alternative für Deutschland enregistre de bons
résultats). Les performances économiques du pays n’ont pas empêché un haut
niveau des populistes. Et le vieillissement
démographique ne pourra qu’accentuer
cette pression. Pour les partis traditionnels, retrouver cet électorat perdu demandera du temps et un travail de fond
sur leur offre politique. L’AfD est durablement installée en Allemagne. Les
Verts, de leur côté, doivent encore élargir
leur électorat pour pouvoir incarner une
alternative à l’AfD mais aussi à la CDU et
au SPD. ■
1 Deux partis présents inégalement
à l’Est et à l’Ouest
RÉSULTATS ÉLECTORAUX DES 2 PARTIS LORS DES DERNIÈRES ÉLECTIONS RÉGIONALES,
en % des suffrages exprimés
Élections ayant
eu lieu en 2018
3e
SchleswigHolstein
3e Brême
Saxe
3e
5e
Rhénanie du NordWestphalie
RhénaniePalatinat
5e
Sarre
5e
5e
SchleswigHolstein
5e
MecklembourgPoméranie
Hambourg 3e
Berlin 4e
Basse-
1re
BadeWurtemberg
6e Brême
5e
Saxe- Brandebourg
Anhalt
5e
5e
Thuringe
2e
Hesse
2e
MecklembourgPoméranie
Hambourg 6e
Berlin 5e
Basse-
4e
Rhénanie du NordWestphalie
5e
Saxe
RhénaniePalatinat
3e
Sarre
4e
2e
Bavière
Saxe
5e
4e
Hesse
4e
Thuringe
4e
Saxe
Max :
24,3 %
3e
4e
Bavière
BadeWurtemberg
Max :
2e
Saxe- Brandebourg
Anhalt
4e
13 mars 2016
30,3 %
13 mars 2016
LE VOTE VERTS
LE VOTE AFD
Arrivé en 2e position
20 15 10
Arrivé en 2e position
5
20 15 10
5
RÉSULTATS OBTENUS PAR LES 2 PARTIS LORS DES ÉLECTIONS FÉDÉRALES DE SEPTEMBRE 2017,
en % des suffrages exprimés et en nombre de sièges au Bundestag
8,9 %
67 sièges
94 sièges
sur 709
sur 709
en 6e position
12,6 %
en 3e position
2 Des électorats diamétralement opposés
PRINCIPAUX PARCOURS POLITIQUES DES ÉLECTEURS AYANT VOTÉ VERTS OU AFD
AUX ÉLECTIONS FÉDÉRALES DE 2017 PAR RAPPORT À LEUR VOTE DE 2013,
en % du nombre d’électeurs
Vote en 2013 :
CDU-CSU
SPD
Verts
Autres partis et
nouveaux électeurs
AfD
7,9 %
24,2 %
Électeurs s’étant
abstenus en 2013
17,6 %
18,3 %
45 %
4,16 millions
5,92 millions
d’électeurs
de l’AfD en 2017
d’électeurs
verts en 2017
15,3 %
24,8 %
13,5 %
8,6 %
24,8 %
VOTE DES HOMMES ET DES FEMMES
AUX ÉLECTIONS FÉDÉRALES DE 2017 POUR LES VERTS ET L’AFD
sur 100 hommes
sur 100 femmes
ont voté les Verts
ont voté les Verts
sur 100 hommes
sur 100 femmes
ont voté AfD
ont voté AfD
VOTE PAR NIVEAU D’ÉTUDE DES ÉLECTEURS
AUX ÉLECTIONS FÉDÉRALES DE 2017 POUR LES VERTS ET L’AFD
sur 100 diplômés
sur 100 peu diplômés
sur 100 diplomés
ont voté les Verts
ont voté AfD
ont voté AfD
sur 100 peu diplômés
ont voté les Verts
3 Des intentions de vote en progression
INTENTIONS DE VOTE POUR LES VERTS ET L’AFD
POUR LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES SELON L’INSTITUT INSA, en %
20 %
20
15 %
15
12,6 %
16,5 %
10
10 %
8,9 %
5
0
3 janvier 2017
Élections fédérales du 24 sept. 2017
Sources : tagesschau.de, wahlrecht.de et infratest-dimap.de
29 octobre 2018
Infographie
A
Ils sont ensuite confrontés à un plafond
de verre : ils stagnent autour de 8 % des
suffrages. En 1990, à la suite de Réunification, ils perdent leur représentation
parlementaire. Ils culminent à 10,7 % en
2009, lorsqu’ils commencent à profiter
légèrement de l’effondrement du SPD.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
22
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Fragile liberté
FABIEN CLAIREFOND
CORRUPTION,
IMMIGRATION, INSÉCURITÉ :
LE TRIPTYQUE DU VOTE
POPULISTE
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
A
L’historien et essayiste*
analyse les ressorts
de la popularité des
régimes autoritaires
et, dans les pays
occidentaux,
de la demande d’ordre
qu’exprime le vote
populiste. Démocratie
et liberté ne vont plus
nécessairement de pair,
observe-t-il.
Pourquoi la démocratie, après avoir
progressé à la fin du siècle dernier
au point de paraître alors sans rivale,
est-elle aujourd’hui partout en recul
à travers le monde ? Les économistes
connaissent les cycles Kondratiev,
du nom de leur inventeur, c’est-à-dire
l’alternance, en régime capitaliste,
de phases de croissance et de phases
de dépression sur une durée d’une
cinquantaine d’années. Y aurait-il
des Kondratiev de la démocratie ?
Un rapide tour de la planète suffit en
tout cas à se persuader de l’ampleur
du phénomène.
En Russie tout d’abord, où après les
espoirs suscités par l’ère Gorbatchev,
le règne sans partage de Vladimir
Poutine ressemble fort à une
régression historique. C’est le tsarisme
plus l’informatique !
En Chine ensuite, où le règne qui
promet d’être long, de Xi Jinping,
semble s’inscrire dans la suite des
dynasties Ming et Qing : c’est l’empire
du Milieu plus les routes de la soie !
En Amérique latine encore,
où la vague qui vient de porter Jair
Bolsonaro au pouvoir marque une
inversion de la courbe qui allait de
l’abandon des régimes militaires à la
démocratie occidentale : c’est la
dictature des généraux plus la
misogynie ! Cette Amérique latine
où les régimes issus de la gauche
marxiste, Cuba, Venezuela, Nicaragua,
ne sont porteurs que d’autoritarisme
et de misère : c’est la répression
aggravée par l’anarchie !
Aux États-Unis derechef, où Donald
Trump, cet ovni du système politique
américain, réussit l’exploit de
combiner l’isolationnisme intérieur
avec l’aventurisme extérieur : c’est
le populisme du docteur Folamour !
Dans le monde arabo-musulman
enfin où les illusions engendrées par
les « printemps arabes » (sic) se sont
vite effondrées pour céder la place
à la guerre, aux massacres, au
despotisme. Il n’y a pour le moment
que des intellectuels occidentaux pour
avoir cru qu’Erdogan était un nouveau
Robert Schuman et que l’islam était
compatible avec la démocratie
libérale : c’est l’obscurantisme
tempéré par le pétrole !
Quant à notre chère et vieille
Europe, elle est sans doute le dernier
endroit de la terre où la démocratie
semble posséder un avenir. Certes,
elle n’est pas exempte du phénomène
de désaffection à son égard, comme
en témoigne le surgissement partout
de partis d’extrême droite portés par
un populisme passe-partout, à l’instar
de sa partie orientale où des
gouvernements « illibéraux », en
Hongrie, en Pologne, apparaissent
de moins en moins compatibles
avec les canons de la démocratie à
l’occidentale. Et comment ne pas
évoquer le cas troublant de notre
voisine et amie l’Italie, où s’est
instituée comme par surprise une
étrange coalition du clientélisme
du Sud et du nouvel anti-européisme
du Nord. Certes, Matteo Salvini est loin
d’avoir, de l’autre côté des Alpes,
le visage d’extrême droite et même
fascisant qu’on lui prête chez nous.
Reste que voici l’un des six pays
fondateurs de l’Europe qui se trouve
désormais sur une ligne souverainiste
et anti-européenne.
Mais d’autres signes montrent une
plus grande résistance aux courants
antidémocratiques qui déferlent
sur la planète. Contrairement aux
prédictions, ce n’est pas le parti
d’extrême droite AfD qui a bénéficié
d’un certain désamour de la Bavière à
l’égard de la CSU, mais les écologistes.
Même chose en Hesse au détriment
de la CDU.
Peut-on, pour autant, dégager des
traits communs aux situations très
diverses que nous venons de passer en
revue ? Il n’est pas très difficile, quand
on examine les motivations des acteurs
telles qu’ils les expriment, de repérer
un peu partout la présence d’un
faisceau de doléances, selon des
dosages variables, d’un triptyque
qui a nom : corruption, immigration,
insécurité. Il s’agit donc moins de
revendications que de craintes, moins
d’aspiration à des changements que
l’on appelle de ses vœux que de peurs
devant ceux que l’on voit surgir. Les
Les gens
modestes sont
culturellement
conservateurs
aujourd’hui
pour les mêmes
raisons que les
aristocrates
hier
»
élites mondialistes n’ont pas assez de
mots pour exalter les bouleversements
que connaît notre époque. Les classes
populaires, pas assez de voix pour en
dénoncer la malfaisance. Cette rupture
de l’alliance du peuple et du progrès
qui a longtemps fondé le pacte
constitutif de la gauche est un des
traits marquants d’une époque
pessimiste, en rupture complète avec
l’optimisme de la précédente.
Passons vite sur la corruption
que l’on ne cesse de rencontrer sur
notre route, comme signe du divorce
entre les élites et les masses à l’époque
présente. Mais les prolétaires de Sao
Paulo ont en commun avec les
fermiers du Middle West et les classes
moyennes du Haut Adige un violent
grief contre les élites
gouvernementales de leur pays,
accusées d’accaparer l’argent public
et de s’enrichir au détriment des plus
pauvres. C’est la confiance dans la
fonction redistributive de l’État,
qui a été longtemps comme la pierre
d’attente du socialisme en régime
capitaliste, qui se trouve remise en
cause et, avec elle, la possibilité
d’un avenir démocratique commun à
toutes les classes de la société. Sur quoi
repose, en dernière analyse, une
société ? Sur la confiance que chacun
nourrit dans les autres ; la certitude
qu’il existe un bien commun au-delà
des égoïsmes individuels. Une société
qui proclame le primat absolu de
l’individu sur les valeurs communes
s’autodétruit et fait de chaque cas
de corruption une balafre indélébile
sur le pacte social.
C’est pourquoi l’immigration est
vécue, à l’égal de la corruption,
comme une atteinte à ce pacte. Les
gagnants de la mondialisation n’ont
pas besoin de la solidarité de leurs
semblables, parce que leur destin
individuel leur tient lieu de garantie
pour l’avenir. Mais ceux qui ont vu
leur statut matériel et moral stagner,
voire régresser, ont besoin de croire
à l’existence de la société et de l’État
comme des garanties pour leur avenir.
Une société qui fait de la mobilité et du
cosmopolitisme sa valeur suprême ne
peut être qu’une société d’individus.
Elle n’est fondée que sur le
mouvement et l’avenir. Elle n’a rien à
promettre ou à faire espérer à la partie
immobile de ses membres. Ceux-ci ont
besoin que la société soit quelque chose
d’organique, fondé sur un passé, une
culture, une structure interne. Voilà
pourquoi les classes dominées sont
de nos jours intrinsèquement
conservatrices, et défiantes à l’égard
de nouveaux arrivants faisant
irruption de l’extérieur. Ce n’est pas
seulement qu’il faut accroître le
nombre de parts dans le gâteau ; on
veut au moins être assuré que c’est
bien d’un même gâteau qu’il est
question. Ainsi les gens modestes sont
culturellement conservateurs dans la
société d’aujourd’hui pour les mêmes
raisons que les aristocrates l’étaient
dans celle d’hier : c’est pour eux une
question d’existence et de survie.
L’immigré, à l’inverse, est comme
le nanti, mais pour des raisons
différentes, porteur d’individualisme.
Quand les classes dominantes, ainsi
que leur alliée l’intelligentsia
gauchiste, sont favorables à
l’immigration, elles ne réalisent pas,
non seulement qu’elles introduisent
des concurrents dans les couches
salariées, mais aussi avec eux des
ferments de diversité sociale et
culturelle, quand les plus pauvres ont
besoin de cohésion culturelle et sociale
pour être rassurés sur leur avenir.
Les classes populaires admettent à
la rigueur en leur sein des populations
immigrées si celles-ci acceptent de
s’intégrer ou sont invitées à le faire,
mais elles ne peuvent accepter le
communautarisme. Or l’intelligentsia
gauchiste a fait de la diversité la forme
sociale du bien et de l’identité la forme
sociale du mal. Étonnez-vous après
cela que les prolétaires par nature,
qui, à la différence des prolétaires
par procuration ne servent pas de
prolétariat de rechange aux gagnants
de la mondialisation, préfèrent aux
chantres bourgeois de la diversité les
démagogues populistes de l’identité.
L’insécurité enfin. Les mêmes qui
redoutent l’arrivée de nouveaux
migrants ont tendance à attribuer à ces
derniers l’augmentation de l’insécurité
dans nos villes. La question n’est pas
de savoir s’ils ont raison, ni même
de savoir si cette augmentation est
réelle ou non, mais de prendre acte de
cette perception. Ici comme en météo,
ce qui compte, c’est le « ressenti »
Au passage, on notera qu’elle
est étrange, cette obsession des
sociologues académiques qui se
prétendent de gauche, à dénoncer
chez les petites gens des peurs et des
souffrances imaginaires : si Marx avait
raisonné comme eux, il n’aurait pas
écrit Le Capital, c’est-à-dire une étude
scientifique de la plus-value, mais
un essai pour démontrer que le
prélèvement du capital sur le travail
était une illusion propre aux salariés,
un « ressenti » du prolétariat.
Mais le point essentiel est ailleurs.
Il est dans le sentiment d’incertitude
engendré par les formes modernes
de l’insécurité. Des sociologues
de la violence, beaucoup plus sérieux
ceux-là, ont montré que la violence
ancienne et la violence moderne ne
se différenciaient pas nécessairement
par leur degré, mais par leur nature.
La violence ancienne était souvent
prévisible ; on en connaissait les
auteurs, par exemple dans les rixes
de cabaret. Ce qui rend la violence
moderne insupportable, c’est son
imprévisibilité. Elle est partout,
souvent où on ne l’attend pas,
de la part d’inconnus.
Ajoutez à cela qu’elle a atteint dans
certaines parties des villes un niveau
insupportable, comme dans les favelas
brésiliennes ou même dans certains
territoires, perdus de la République,
où l’état de droit n’est plus qu’une
formule sans contenu.
QUAND DÉMOCRATIE
ET LIBERTÉ SE DISSOCIENT
Arrivés à ce point, une remarque
s’impose. Nous avons jusqu’ici, pour
la clarté de l’exposé, parlé de façon
générale du déclin de la démocratie.
Mais c’est en réalité du déclin de la
liberté qu’il faudrait parler. Comme
l’a récemment montré Yascha Mounk
dans son essai Le Peuple contre
la démocratie (L’Observatoire),
démocratie et liberté vont de moins en
moins souvent de pair dans le monde
d’aujourd’hui. Car, en rigueur de
termes, la démocratie, c’est-à-dire la
désignation des gouvernants par le
peuple, grâce au suffrage universel,
reste partout respectée, même en
Arabie saoudite, même en Corée du
Nord. Tous les citoyens de la planète
sont des électeurs, lors même que les
modalités du vote en minimisent la
portée (candidats uniques, persécution
des oppositions, manipulation du
scrutin, absence de liberté de la
presse). Mais c’est essentiellement en
termes de libertés réelles que le déficit
du temps présent est impressionnant.
En dehors de l’Europe, de l’Amérique
du Nord, de l’Australie, du Japon, la
plupart des régimes politiques issus du
suffrage universel sont en même temps
des dictatures et des régimes policiers.
C’est pour désigner ce combiné du
suffrage et de la dictature que l’on
a forgé récemment le terme de
démocratures. Quant aux pays
libéraux à l’occidentale, qui
bénéficient à la fois du suffrage
universel et d’un régime de libertés
publiques, ils réagissent à la triple
menace de la corruption, de
l’immigration et de l’insécurité
par le populisme.
La conséquence de cette situation,
on le voit avec le recul, c’est un
monde infiniment plus dangereux
que celui que l’on a connu du temps
de la guerre froide. La parenthèse
des deux dernières décennies du
XXe siècle, au cours desquelles le
monde a joui de plus de libertés, sans
risque majeur pour la paix, cette
parenthèse est aujourd’hui terminée.
Le monde d’aujourd’hui est redevenu
une menace. Et il ne fait aucun doute
que celui de demain, quand
l’affrontement qui se prépare entre
les États-Unis et la Chine, avec
l’arbitrage de la Russie, aura lieu,
le sera encore davantage.
S’il en est ainsi, à quelles conditions
la France peut-elle à la fois conserver
sa liberté et assurer sa sécurité ?
La solution souverainiste, qui
consisterait à faire de nous une grande
Suisse, n’est pas envisageable. Nous
sommes un trop grand pays pour
essayer de nous faire oublier quand
les grandes puissances en viendront
aux mains et bien trop petit pour
mener la lutte à notre propre compte.
De Gaulle, qui est la référence de tous
les souverainistes, s’est montré, dans
toutes les grandes circonstances
(Berlin, Cuba), l’allié le plus fidèle des
États-Unis. Il n’est pas si facile que
cela de sortir de l’Histoire, quand on a
dans son passé la trace de Louis XIV,
de Napoléon et de Clemenceau.
LE COUPLE
FRANCO-ALLEMAND,
PLUS QUE JAMAIS
D’un autre côté, l’Union européenne,
même débarrassée du boulet anglais,
a démontré à l’occasion de la crise
des migrants, mais aussi de la guerre
de Syrie, son irrésolution et son
impuissance. On ne fera pas à court et
moyen terme de l’Europe des 27 une
puissance diplomatique, politique et
militaire. Il faut donc reprendre la
construction européenne sur des bases
solides. Celles-ci ne peuvent être
autres que le couple franco-allemand.
Comme l’a très bien dit à son propos
François Hollande, à la lumière de son
expérience, dans une interview au
Point (18 octobre 2018) :
« Ce n’est pas seulement un couple,
un moteur, c’est une union qui doit
désormais prendre ses responsabilités
sur la défense, la sécurité, l’écologie, les
industries d’avenir. (….) Il faut agréger
hors traité quelques pays autour de
l’union franco-allemande et remettre de
l’émotion et des sentiments. »
Le lecteur attentif aura peut-être
remarqué que je ne disais pas autre
chose dans Le Figaro du 1er octobre
dernier. (1) Je ne doute guère
qu’Emmanuel Macron ne pense la
même chose et ne le dise le moment
venu. On dira que la situation actuelle
n’est pas favorable. Ce n’est pas si sûr.
Concernant le couple francoallemand, Angela Merkel, sur le déclin
et peut-être sur le départ, s’était
contentée d’un service minimum.
On peut raisonnablement attendre
davantage de son successeur.
La bataille qui s’annonce pour les
européennes du printemps prochain
sera donc capitale pour notre avenir.
Le classique affrontement gauchedroite y cédera nécessairement la
place à la confrontation entre
partisans d’une Europe revivifiée,
renforcée et partisans du repli
national. Je suis persuadé que le pays
qui a toujours été fidèle à sa double
mission, nationale et internationale,
en un mot que la patrie de Victor
Hugo, de Jean Jaurès et de Charles
de Gaulle choisira, sagement et
fermement, la voie de l’avenir.
UN HOSANNA SANS FIN
Tel est le titre du dernier ouvrage de
Jean d’Ormesson publié par sa fille aux
éditions Héloïse d’Ormesson. Du Jean
d’O à l’état pur, le dernier état de son
incessant dialogue avec la vie et la
mort, le monde et Dieu. Je lui fis un
jour remarquer qu’il avait une religion
du père, tandis que j’avais une religion
du fils. C’est pourquoi j’ai été ému
de son dernier mot, celui sur lequel
il nous a quittés :
« Il est permis de l’admirer et de
l’aimer sans se poser trop de questions
sur sa réalité. Si quelqu’un a laissé une
trace éclatante dans l’esprit des
hommes, c’est bien le Christ Jésus. »
Nous voilà d’accord, mon cher Jean.
(1) Pour sauver l’Europe,
osons la Françallemagne !
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
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LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
La démocratie et la guerre
a Grande Guerre fut la matrice
de l’histoire du XXe siècle.
La guerre totale enfanta
l’État total puis
les totalitarismes se
revendiquant des idéologies
de la classe ou de la race. La révolution
bolchevique en 1917, le fascisme en 1922
puis le nazisme en 1933 s’engouffrèrent
dans l’espace créé par les massacres
de masse et l’ensauvagement
des sociétés. Par ailleurs, la paix
manquée de 1919 portait en germe
une nouvelle guerre mondiale.
Cent ans après l’armistice, la
configuration planétaire a radicalement
changé. L’Europe n’est plus le centre
du monde. Le capitalisme bascule
de l’Atlantique vers le Pacifique. Quatre
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
cycles historiques s’achèvent : la maîtrise
du monde par l’Occident, qui débuta au
XVe siècle ; le leadership des États-Unis
à partir de 1917 ; l’ordre mondial mis en
place en 1945 ; la mondialisation libérale,
qui démarra en 1979 et implosa en 2008.
Loin des illusions entretenues
sur l’avènement de la démocratie et la
paix perpétuelle après l’effondrement
de l’Union soviétique, la démocratie
est de nouveau menacée et confrontée
à la guerre. Les nations libres sont
des régimes pacifiques, car fondés sur la
protection des individus, l’État de droit,
le primat du compromis sur la force. Mais
elles ont toujours été confrontées à la
violence, tant intérieure avec les guerres
civiles qu’extérieure avec la menace des
régimes qui récusent la liberté politique.
ENTRE GUILLEMETS
5 novembre 1922 : découverte du tombeau de Toutankhamon par Howard Carter.
Premiers mots de l’explorateur
regardant à travers la brèche
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Je vois des merveilles !»
ANALYSE
Alain Barluet
abarluet@lefigaro.fr
11 Novembre : les choix controversés
d’une commémoration
ommémorer, c’est faire
des choix. Le constat
s’impose une nouvelle fois
alors que le grand cycle
des commémorations
de la Première Guerre
mondiale, ouvert en 2014, atteint
cette semaine son apogée.
Emmanuel Macron a fait le choix
d’une « itinérance mémorielle
et territoriale » visant, selon l’Élysée,
à délivrer un triple message : célébrer
« nos ancêtres les poilus », saluer
« l’extraordinaire capacité du peuple
français à reconstruire et à repartir
de l’avant » et enfin rappeler « la place
particulière » de la France dans
le monde pour promouvoir
un « multilatéralisme refondé ».
« Il ne s’agissait pas de célébrer
une victoire militaire », a-t-on
également tranché, dans l’entourage
du président de la République.
Dans les commémorations
de la Grande Guerre, il y a
une prédilection française pour
la mémoire civile, sociale, familiale,
là où les Anglo-Saxons mettent
plus volontiers l’accent
sur une approche militaire et sur
le fait guerrier, invoquait-on encore.
On le constate ici, histoire
et mémoire ne se recoupent pas.
La première s’attache d’abord
– en principe - à étudier les faits
dans leur contexte passé, la seconde
réinterprète les événements
en fonction d’impératifs présents.
C’est dans l’écart entre l’une
et l’autre, si révélateur de notre ethos
national, que se sont insinués
les polémiques et malentendus
préalables à ce 11 Novembre
C
+
» Lire aussi PAGES 2, 4 ET 20
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
La liberté politique reste l’enjeu central
du XXIe siècle. La démocratie fait face
au triple défi des démocratures, du
djihadisme et de la démocratie illibérale.
La guerre est de retour et mute, tour
à tour asymétrique, hybride ou ouverte,
civile et interétatique, de plus en plus
endémique et sans fin comme on le voit
en Afghanistan, en Irak, en Syrie,
en Libye ou au Sahel.
Le djihadisme mondialise les guerres
de religion et cherche à faire basculer
les sociétés développées dans la guerre
civile. Si les attentats créent un risque
réel de radicalisation des opinions
publiques, l’islamisme ne constitue
pas une alternative à la démocratie tant
ses expériences d’exercice du pouvoir
se sont révélées tragiques, conjuguant
misère et barbarie. La menace que
représentent les démocratures est d’une
tout autre nature. À l’image de la Chine
de Xi Jinping ou de la Russie de Vladimir
Poutine, elles revendiquent leur
supériorité en termes de stabilité et
de sécurité, désignent les démocraties
comme ennemis et assument le recours
à la force armée pour les dominer.
Le XXIe siècle s’organise ainsi
autour de deux nouvelles guerres froides.
La première, qui mime l’après-Seconde
Guerre mondiale, met aux prises ÉtatsUnis et Russie. La seconde, décisive,
oppose les États-Unis et la Chine.
La guerre commerciale se distingue
fondamentalement de l’affrontement
par les armes. Mais la guerre
commerciale chaude peut à tout moment
dégénérer et se transformer en conflit
ouvert, notamment autour de la mer
de Chine, de Taïwan ou de la Corée
du Nord. Et ce, d’autant que la Chine
revendique depuis le XIXe congrès
du PCC le leadership mondial
à l’horizon de 2049.
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
eut été possible de célébrer à la fois,
en les dissociant, le succès des armes
de la France et l’indispensable
réconciliation avec l’Allemagne.
Les militaires, certains d’entre eux
tout au moins, estiment de pas avoir
reçu l’attention qu’ils attendaient.
Pas seulement pour que leur
soit reconnu le prix du sang
et des souffrances qu’ils ont payé
comme tous sur le front. Mais aussi
pour faire valoir qu’à travers bien
des vicissitudes, et même parfois
de lourdes erreurs,
leurs officiers
La dimension franco-allemande
ont su mener à son
a également pesé. Au nom
terme la gigantesque
de la « paix des mémoires », il était
bataille, à la tête
d’une armée
difficile, en présence d’Angela Merkel,
qui s’est
de trop souligner la geste militaire
profondément
et de faire défiler des troupes
transformée,
comme l’explique
aujourd’hui dans nos pages le général
leur engagement patriotique
Jean-Pierre Bosser, le chef d’étatde citoyens-soldats, ce qui semble ici
major de l’armée de terre (lire page 4).
écarté ? Et si la « victoire » n’est pas
L’état-major des armées
célébrée, celle-là même qui a permis
aurait souhaité que le chef de l’État
à la nation de survivre, quel sens
assiste à la cérémonie d’hommage
donner à l’engagement des millions
aux maréchaux de France,
d’hommes qui sont morts au combat ?
samedi prochain aux Invalides.
Il ne s’agit pas seulement
Emmanuel Macron y a renoncé
de sémantique. Le narratif officiel
et se fera représenter par son chef
pose des questions lourdes de sens.
d’état-major particulier, témoignant
La dimension franco-allemande
de cette incapacité persistante
a également pesé. Au nom de la « paix
de notre pays à faire la distinction
des mémoires », il était difficile,
entre le Philippe Pétain de 1918
en présence d’Angela Merkel, de trop
et celui de 1940. De Gaulle y était
souligner la geste militaire et de faire
parvenu pourtant, en 1966, à Verdun.
défiler des troupes, a-t-on expliqué
L’époque était différente, certes,
à l’Élysée. Sans doute. Pourtant,
les survivants de la bataille,
certains, tel Michel Goya, historien et
encore nombreux, et puis
ancien colonel des troupes de marine,
«c’était de Gaulle ».
ont fait valoir, dans ces colonnes, qu’il
du centenaire. Des biais
de communication ont pu jouer
aussi dans un champ où chaque
thématique, chaque mot même,
est l’objet jusqu’à ce jour
de controverses parmi les historiens.
Cela a été le cas lorsque à l’Élysée
on a mis en avant le terme
de « civil qu’on a armé » pour décrire
le combattant de 14-18. Dès lors,
le paysan arraché à sa terre,
l’ouvrier à son usine, ont-ils tenu
par la contrainte militaire ou par
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
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Opérations spéciales, Sports,
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(Politique, Société, Débats Opinions)
»
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Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
La confrontation entre États-Unis et
Chine est globale. Elle se déploie sur le plan
économique avec la guerre commerciale,
monétaire mais surtout technologique
déclenchée par Donald Trump. Elle
est stratégique avec la construction
par Pékin d’une marine de haute mer, la
militarisation d’îlots pour transformer la
mer de Chine du Sud en grande muraille,
les investissements massifs dans l’espace
et le cybermonde. Elle est politique avec
la projection du modèle autoritaire chinois
à travers les « nouvelles routes de la soie »,
qui remplissent le vide laissé par le repli
américain.
Les démocraties sont fragilisées face
au durcissement du contexte stratégique.
Elles ne savent plus ni gagner la guerre
ni faire la paix, comme le montre
l’échec systématique de leurs récentes
interventions militaires. À l’intérieur,
elles laissent s’installer un climat de
guerre civile. À l’extérieur, elles affichent
leur désunion, rééditant leurs erreurs
des années 1930 avec la divergence
des États-Unis s’éloignant de l’Europe
et leurs alliés asiatiques et le déchirement
de l’Europe en raison du Brexit et
du clivage entre démocratie libérale
et illibérale. Or, dans le même temps,
les démocratures chinoise, russe,
turque ainsi que la théocratie iranienne
se rapprochent.
À l’âge de l’histoire universelle,
la conclusion que Raymond Aron
apportait à Penser la guerre, Clausewitz
reste actuelle : « Il reste une dernière
illusion à dissiper : après les horreurs de la
Première Guerre mondiale, ni les hommes
ni les États n’ont dit adieu aux armes. »
Les démocraties doivent réarmer non
seulement au plan militaire mais surtout
au plan politique, intellectuel et moral.
Elles doivent retrouver la foi dans
la liberté et la volonté de la défendre.
VOX
… HISTOIRE
« Sommes-nous
dans une crise politique
comparable aux années
1930 ? », par Maxime
Tandonnet, essayiste
et historien, auteur de
« Histoire des présidents de
la République » (éd. Perrin)
… DROITE
« Cette fois-ci, Nicolas
Sarkozy peut vraiment
dire “j’ai changé” ! »,
par Jérôme Sainte-Marie,
politologue
Les rencontres
du
FIGARO
HOMMAGE À
JEAN D’ORMESSON
par Jean-Marie Rouart,
Maxime d’Aboville
et Étienne de Montety
le lundi
26 novembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
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1er cahier 24 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Promo Portage
Entrepreneurs Nantes :
diffusion sur une partie
du territoire nationale
A
CHRONIQUE
23
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
24
Père Pedro : « Les recettes de la fraternité
n’ont pas de nationalité »
ddemallevoue@lefigaro.fr
À
70 ans, Pedro Opeka, figure charismatique de la lutte contre la misère à
Madagascar depuis près de trente
années - affectueusement appelé
« père Pedro » -, fait l’objet d’un
hommage à travers La Cité d’espérance du père Pedro, une galerie de portraits signée
Pierre Lunel aux Éditions du Rocher. Des personnes
rencontrées à Akamasoa, cette ville-association
fondée par le prêtre qui reloge et fait travailler
25 000 familles de la célèbre décharge d’Andralanitra, près de Tananarive.
LE FIGARO.- Akamasoa serait-elle un « business
model » de la lutte contre la pauvreté, puisque vous
appelez tous les États à dupliquer votre action ?
Père PEDRO.- Les gens n’imaginent pas ce qu’on a
fait avec Akamasoa… Une œuvre concrète, à portée
de main, modélisable et exportable. C’est ça, mon
ambition : la faire connaître pour que les gouvernants
du monde entier puissent la dupliquer sur leur sol.
Les recettes de la fraternité n’ont pas de nationalité.
Je veux leur montrer, preuves en main avec le travail
de mon association, qu’il n’y a pas de fatalité, seulement une mobilisation, une énergie pour repenser les
systèmes, pour trouver des solutions et les mettre en
œuvre. Que des actes, en somme. À la portée de tous
les États.
Ce travail accompli à Madagascar,
quels en sont les fruits aujourd’hui ?
En vingt-huit ans, 500 000 personnes sont passées
par Akamasoa. Cette association, aujourd’hui, c’est
une ville de 25 000 habitants qui résident dans 18 vil-
lages, à 8 km de Tananarive, sur le lieu même de l’immense décharge de la capitale. Et ce sont
30 000 autres personnes qui passent chaque année
pour demander une aide ponctuelle, de la nourriture,
des médicaments, un logement. Les pauvres
construisent eux-mêmes leur ville, avec notre aide,
tous ensemble. Des chiffonniers de la décharge sont
aujourd’hui des maçons, des menuisiers, des plombiers et des électriciens. 14 000 enfants sont scolarisés, depuis la crèche jusqu’à l’école supérieure bac +2.
Sur ces terres que nous avons majoritairement rachetées, nous exploitons une carrière de granit, nous
avons des hôpitaux, des stades capables d’accueillir
30 000 personnes, des maisons, des maternités…
Akamasoa est même dans le Guide du routard et le
Lonely Planet pour sa messe dominicale, en malgache
et en français, qui attire 7 000 à 10 000 personnes !
Quelles sont les clefs de réussite de ce pari
contre la misère ?
La base, c’est le travail, l’école et la discipline. Voilà
les trois piliers pour vaincre la pauvreté. Aider sans
assister. Car assister, c’est encore dominer et laisser
vulnérable. On vous aime trop pour vous assister.
Conduire vers l’autonomie, c’est cela aimer, c’est cela
aider. À Madagascar, quand un pauvre m’interpelle
dans la rue, aucun ne me dit jamais « donne-moi de
l’argent ! » mais « donne-moi un travail ! ». Bien sûr,
c’est très engageant : avec tous les enseignants et les
éducateurs qui sont à mes côtés pour faire vivre cette
communauté, on travaille sept jours sur sept, même
la nuit. Mais notre force et notre folie, c’est de croire
qu’un pauvre peut se mettre debout, qu’il ne faut jamais baisser les bras, que la fraternité accomplit de
grandes choses. Et si le monde peut sembler sourd, il
n’est pas aveugle : il voit ce que l’on fait, que le peuple
m’a suivi, qu’il m’a fait confiance. Quand on se fait
confiance, on peut tout faire, même un miracle.
Une confiance mise à rude épreuve
avec les hostilités de ce monde…
« Le travail, l’école et la
discipline : voilà les trois
piliers pour vaincre la
pauvreté. Aider sans
assister. Car assister,
c’est encore dominer
et laisser vulnérable.
On vous aime trop pour
vous assister. Conduire
vers l’autonomie, c’est
cela aimer, c’est cela
aider. »
Nous devons la regagner. Le réveil des consciences
n’est rien s’il n’est pas suivi de cette reconquête-là,
profonde. Vous savez, dans la décharge de rue làbas, ils ont mis dix ans à y croire, à me suivre. Mais
voilà, avec de la détermination et du travail c’est
possible ! Le monde, qui surabonde de misère, est
trop lent à entendre et à agir, cela m’exaspère. Quand
on est malade, qu’on est pauvre, on n’a pas le temps
d’en perdre : on ne dit pas attend, on fait !
Trois mois par an, vous sillonnez la planète
à la recherche de fonds…
Pour que le miracle se poursuive ! Nous ne sommes
pas une ONG internationale, nous avons besoin
d’une aide financière. Alors, une fois par an, je quitte
mes frères et mon quotidien pour prendre mon bâton
de pèlerin et venir en Europe, en Amérique… où j’assiste à des conférences et où je rencontre des gens. Je
ne rentre jamais les mains vides : chaque fois je rapporte de quoi faire 10 à 15 maisons.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Delphine de Mallevoüe
RENCONTRE
Akamasoa, la cité malgache que le prêtre a fondée
sur une décharge pour lutter contre la pauvreté, se
veut un modèle duplicable, à la portée de tous les États.
Quel regard portez-vous sur la politique européenne
vis-à-vis des migrants ?
L’Europe a trop tardé à régler ce problème, elle a créé
un mirage pour ces pays pauvres. Si on laisse perdurer la corruption de l’Afrique, avec le consentement
de l’Europe, si les jeunes n’ont pas de travail en Afrique et que l’Europe n’agit pas pour la croissance làbas, alors l’invasion sera plus grande encore. Personne ne l’ignore pourtant.
On parle de vos « saintes colères »,
quelles sont-elles ?
La lenteur face à l’urgence, l’indifférence, le mensonge, les apparences, les systèmes et les politiques
qui veulent compliquer l’être humain. Celui qui est
intelligent, dont le bon sens vient du cœur et qui
trouve la route la plus courte pour aider les pauvres
gens. Il sait aller tout droit, et plus tôt. Moi, Dieu m’a
aidé à simplifier les choses. À l’école de la décharge
on fait ça, le chemin le plus court pour servir ses frères humains, et ça rend heureux. Ne jamais se lasser
d’aider, car tout ce qui est fait avec amour ne périt
jamais. ■
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 088 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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LE MONDE DU CINÉMA
MET LA PRESSION
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Radu
Mihaileanu,
président
de l’ARP.
Alors que les négociations sur les
conditions d’entrée en vigueur du
Brexit battent leur plein, plus de
70 grands chefs d’entreprise britanniques ont publié une lettre dans le
Sunday Times pour demander que
les électeurs soient de nouveau
consultés sur l’accord qui sera trouvé. Ils n’appellent pas directement à
l’organisation d’un nouveau référendum mais estiment que la situation est telle que « le choix final »
doit revenir au peuple.
Cet appel, notamment signé par un
ex-ministre du Trésor, le président
de Marks & Spencer, l’ex-président
de BT, la fondatrice de Lastminute.com, le cofondateur d’Innocent
Drinks ou encore l’ancien patron des
supermarchés Sainsbury, s’inquiète
des propositions en cours de négociations entre le Royaume-Uni et
l’Union européenne. Ces personnalités influentes du monde des affaires
craignent que l’accord défendu par
Theresa May mène à « un Brexit dur
destructeur », « mauvais pour les
affaires et pour les travailleurs ».
« Il avait été promis au monde des
affaires que si le pays votait en faveur du Brexit, les relations commerciales avec l’Union européenne
continueraient à être fluides. […] En
dépit des efforts du premier ministre, les propositions en cours de négociation entre le gouvernement et
la Commission européenne sont loin
de le garantir et les conditions ne
seront pas aussi bonnes qu’actuellement », alertent les signataires de
la lettre ouverte. Ils ajoutent que
« l’incertitude des deux dernières
années a déjà pénalisé les investissements, ce qui affaiblira notre
pays ». Londres et Bruxelles comptent se mettre d’accord sur un accord accompagnant le Brexit avant
la fin de l’année. D’ici là, les patrons
espèrent peser dans le débat. M. G.
Sanctions américaines :
le pétrole iranien
coupé du monde
Le marché de l’or noir est mis sous tension par l’embargo voulu
par Donald Trump et que l’Union européenne peine à contourner. PAGES 26 ET 29
L'HISTOIRE
effy.fr
dollars, baptisé « Advancing Cities »,
sur cinq ans. Sa première déclinaison va
bénéficier à la Seine-Saint-Denis, à laquelle
seront consacrés 30 millions de dollars.
« Ces financements viendront soutenir des
associations, en particulier dans le domaine
de la formation et de l’insertion - y compris
pour les populations les plus éloignées
de l’emploi - du logement ou de la création
d’entreprise », explique Kyril Courboin,
le président de JPMorgan en France.
La banque américaine mène déjà ce type
de programmes avec des associations
comme Mozaic RH, Sport dans la Ville,
ou Face. Mais elle démultiplie cette fois
son effort, convaincue par les résultats
obtenus par son investissement à Detroit
en particulier.
En France,
la célébration des
150 ans de présence
de la banque et
la perspective des
Jeux olympiques ont
décidé Jamie Dimon
à marquer le coup. Et
à répondre à l’appel
lancé le 17 juillet par
Emmanuel Macron
qui, à l’Élysée, avait
demandé aux plus
grandes entreprises
de s’engager
sur l’inclusion et le
développement
des territoires. ■
BERTILLE BAYART
La précarité énergétique n’est plus une fatalité !
Plus de 60 000 familles très modestes passeront
cet hiver un peu plus au chaud, grâce à des travaux
d’isolation de qualité réalisés par le Pacte Energie
Solidarité et ses partenaires… pour 1€ seulement !
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FOURNISSEUR
D’ÉCONOMIES
D’ÉNÉRGIE
A
C’
est une étape inattendue,
presque incongrue, pour
la tournée européenne d’un
patron américain. Mais ce
mardi, Jamie Dimon (photo),
le PDG de la banque JPMorgan Chase, sera
à Pantin, à la Maison des compagnons
du devoir. Il y a aura du beau monde, régalé
par les petits fours de Traiteur T, l’une des
initiatives d’insertion lancées par le chef
Thierry Marx. Deux ministres au moins
annoncés - Muriel Pénicaud (Travail) et
Julien Denormandie (Ville et Logement) ainsi que des responsables politiques
locaux, des chefs d’entreprise et, surtout,
beaucoup de responsables d’associations.
New York-Pantin,
la diagonale n’est
a priori pas évidente
mais c’est
la philanthropie qui
a écrit l’itinéraire.
JPMorgan, numéro
un des banques
mondiales
par la capitalisation
boursière
(365 milliards
de dollars), a décidé
de miser gros
sur les villes
et les territoires
déshérités.
Sa fondation vient
de lancer un
programme géant
de 500 millions de
csuper.fr · Illustration : Supreme Ninja
JPMorgan, un géant américain
en Seine-Saint-Denis
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
L’embargo contre l’Iran met
le marché pétrolier sous tension
À compter de ce lundi, Washington veut
empêcher les ventes d’or noir iranien.
En pleine campagne des
élections de mi-mandat,
Donald Trump met en scène
son action face à l’Iran.
Cette photo, inspirée
de la série Game of Thrones,
a été publiée sur
son compte Twitter.
REALDONALDTRUMP
Les ventes de pétrole
représentent entre 70 % et 80 %
des recettes d’exportation de
l’Iran et environ la moitié de ses
ressources budgétaires.
COLLECTION PERSONNELLE
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
ÉNERGIE « Les sanctions arrivent.
Le 5 novembre. » Sur l’affiche inspirée du feuilleton au succès planétaire Game of Thrones, se détache un
Donald Trump imposant et menaçant. Le pastiche a été diffusé vendredi sur le compte Twitter du président
américain
lui-même !
Décidément, l’occupant de la Maison-Blanche se plaît à brouiller la
frontière entre fiction et réalité. La
réalité, pour l’Iran, est qu’à compter
de ce lundi, il lui sera interdit - par
les États-Unis - d’exporter son pétrole. Grâce à la puissance du dollar,
à la dépendance des entreprises du
monde entier au marché américain
et à leur interventionnisme extraterritorial, les États-Unis peuvent
sanctionner quiconque achèterait
du pétrole à l’Iran. Après un premier
volet de sanctions entrées en vigueur le 6 août, qui touchaient certaines transactions financières et,
entre autres, le secteur automobile,
Washington s’attaque à l’or noir. Les
ventes de pétrole représentent entre
70 % et 80 % des recettes d’exportation de l’Iran et environ la moitié
de ses ressources budgétaires.
La Chine et l’Inde, premiers
clients du pétrole iranien
2 813
2 604 2 599
585
410
France
E.A.U*
Turquie
Espagne
Japon
Italie
102
65
167
194
Inde
692
693
A
126
100
1 965
1 813
323
104
161
166
161
712
569
384
Chine
705
avril
* Émirats arabes unis
695
mai
644
juin
769
juillet
2018
Officiellement, les exportations
de brut iranien ont déjà baissé de
1,1 million de barils par jour (Mbj)
depuis le mois de mai, lorsque
Donald Trump avait annoncé le
retour des sanctions. Soit une chute
de plus de 40 %. Sauf que, selon
Antoine Rostand, cofondateur
du cabinet Kayrros qui analyse le
marché pétrolier à partir d’images
satellite des stocks à terre et du
moindre mouvement des tankers,
« nos calculs indiquent que 0,4 Mbj
supplémentaires ont été exportés »
en septembre. Autrement dit,
Téhéran aurait moins réduit
ses ventes d’or noir qu’annoncé.
Les barils clandestins ont-ils été
vendus à son premier client,
la Chine ? Possible mais difficile
à confirmer. Lors du précédent
embargo, de 2012 à 2015,
les Iraniens étaient parvenus
à continuer d’exporter notamment
en éteignant les transpondeurs des
navires pétroliers, compliquant leur
géolocalisation. Avec le progrès des
technologies utilisées par le français
Kayrros ou l’israélien Windward, cité
par le Wall Street Journal, passer au
travers des mailles du filet américain
pourrait devenir plus difficile. F. N.-L.
132
768
576
610
août septembre
Source : Kayrros
Le précédent de 2012
Donald Trump explique que son
« objectif est de forcer le régime (iranien) à faire un choix clair : soit
abandonner son comportement destructeur, soit continuer sur le chemin
du désastre économique ». Washington exige une limitation plus stricte
du programme nucléaire de Téhéran, mais aussi un arrêt du programme des missiles balistiques et
des activités « déstabilisatrices » des
mollahs au Moyen-Orient. Le précédent embargo pétrolier, en 2012,
auquel l’Europe participait, avait infligé un rude coup à l’économie iranienne. Et largement poussé Téhéran à signer l’accord de 2015 sur le
programme nucléaire, ce même fragile compromis que Donald Trump a
dénoncé en mai dernier au grand
dam des Européens. «Bien avant novembre, des compagnies ont arrêté
leurs investissements en Iran, dont
Total qui s’est retiré du projet gazier
South Pars 2 », rappelle Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris
(Institut de relations internationales
et stratégiques). « Des compagnies
ont arrêté d’acheter du brut iranien
dès l’été », ajoute ce spécialiste du
marché pétrolier. La France (Total
en l’occurrence) achetait encore
100 000 barils par jour en mars. Plus
une goutte depuis juin. « Mois après
mois, les exportations iraniennes diminuent », constate Francis Perrin.
Officiellement, l’Iran a exporté
2,8 millions de barils par jour (Mbj)
en avril, avant l’annonce du retour
des sanctions. Et seulement 1,6 Mbj
en octobre. Même si des exportations clandestines existent (lire cicontre), la chute est sévère.
Quel impact cette raréfaction des
livraisons iraniennes aura-t-elle
sur le marché pétrolier mondial, au
2 267
416
85
80
en milliers de barils/jour
Autres
en dollars par baril
Cargaisons fantômes
EXPORTATIONS IRANIENNES DE PÉTROLE PAR PAYS,
TOTAL
COURS DU BRENT,
moment où les Français se plaignent tant de la hausse des prix à la
pompe ? La réponse dépendra en
partie de l’attitude des deux plus
gros clients de l’Iran, la Chine et
l’Inde, qui, ensemble, absorbent les
deux tiers de ses exportations officielles. L’or noir iranien représente
respectivement 7 % et 15 % des importations chinoises et indiennes.
Washington publiera ce lundi une
liste de huit pays qui bénéficieront
d’une dérogation et pourront continuer d’acheter du pétrole iranien
pendant six mois. L’Inde, la Corée du
75
70
72,6
65
60
1er janvier 2018
4 novembre 2018
Source : Bloomberg
TOP 7 des pays
producteurs
de pétrole
EN MILLIONS DE
BARILS PAR JOUR,
septembre 2018
Sud et la Turquie seraient du nombre. Ils se seraient engagés à réduire
leurs achats de brut iranien en
échange d’une tolérance des Américains. Quant à la Chine, elle peut
choisir d’ignorer les sanctions américaines à moins que sa position sur
le pétrole iranien n’entre dans le cadre d’une grande négociation commerciale avec Washington. « La politique de Trump risque de provoquer
une pénurie de pétrole et faire monter
les prix. Toute la difficulté pour lui
consiste à affaiblir l’Iran sans provoquer de flambée », résume Francis
Perrin. C’est pour l’éviter que
Washington a obtenu de l’Arabie
saoudite qu’elle augmente depuis
juillet sa production. « Il n’y a pas de
danger de pénurie d’ici le début de
2019 », assure Francis Perrin. La
plupart des experts ne voient pas un
baril à 100 dollars dans les prochains
mois. Car de leur côté, les États-Unis
ont considérablement accru leur
production de pétrole de schiste,
précise Antoine Rostand du cabinet
Kayrros : « En un mois, le Texas a
augmenté son volume de 400 000 barils par jour, c’est énorme. » Le Canada et le Brésil sont aussi dans une
phase d’offre ascendante tandis que
côté demande, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) note une progression amoindrie. La combinaison
de ces facteurs explique qu’après une
poussée à 85 dollars il y a un mois (le
plus haut depuis quatre ans), le prix
du baril de brent soit redescendu
autour de 75 dollars ces derniers
jours, et ce malgré l’entrée en vigueur de l’embargo contre l’Iran.
Les chiffres des exportations iraniennes fin novembre n’en seront
pas moins guettés par les marchés.
Surtout, « la question est de savoir
ce que feront l’Arabie et la Russie qui
pourraient de nouveau limiter leur
production », s’interroge Antoine
Rostand. Même si le marché mondial est bien pourvu, Téhéran prédit
que les sanctions américaines ne feront qu’attiser sa volatilité. ■
+
» Lire aussi PAGE 29
États-Unis
15,4*
Russie
11,7
Arabie saoudite
10,5
Canada
4,9
Irak
4,6
Chine
3,8
Iran
3,4
* Ce chiffre élevé comprend les condensats
et liquides associés au gaz naturel (NGL en anglais).
Source : AIE (Agence internationale de l’énergie)
TOP 7 des pays
exportateurs
de pétrole
EN MILLIONS DE
BARILS PAR JOUR,
septembre 2018
L’Europe impuissante pour contourner les sanctions
Russie
6,9
Arabie saoudite
Nous avons
« pour
objectif
de protéger
les acteurs
économiques
européens
qui sont
engagés dans
des échanges
commerciaux
légitimes
avec l’Iran
»
DÉCLARATION
CONJOINTE
DE BRUNO LE MAIRE,
JEAN-YVES LE DRIAN
ET LEURS COLLÈGUES
ALLEMANDS
ET BRITANNIQUES
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
Alors que les sanctions américaines
contre l’Iran montent d’un cran ce
lundi, l’Union européenne peine
toujours à monter un arsenal cohérent de mesures pour les contourner. Ainsi, le « véhicule à usage
spécial » (« special purpose vehicle »
ou SPV selon le jargon bruxellois),
attendu pour début novembre, se
révèle compliqué à mettre en place.
Le but de l’opération, annoncée
en marge de l’Assemblée générale
de l’ONU en septembre, est de créer
une entité européenne dédiée aux
échanges avec l’Iran. Inactive sur le
marché américain, elle serait de fait
immunisée contre les amendes dont
Washington menace tout établissement financier qui contourne ses
sanctions. Sauf que le pays qui
accepterait d’héberger cette entité
risque de se mettre les États-Unis à
dos. Raison pour laquelle, selon le
Financial Times, les 28 se renvoient
la balle sans qu’aucun n’accepte de
prendre l’initiative.
Le Maire et Le Drian
persistent
« La question est de savoir si l’UE a
les moyens de protéger le pays en
question et les gens chargés de ce
SPV », résume Guntram Wolff, directeur du think-tank Bruegel.
« Imaginez le directeur de cette entité : s’il part en vacances à Miami, il
risque de se faire emprisonner. »
Le projet de SPV avait été critiqué
sans nuance par Mike Pompeo, le
secrétaire d’État américain, comme
« l’une des mesures les plus contreproductives que l’on puisse imaginer
pour la paix mondiale et la sécurité ». Le plan européen n’est toutefois pas enterré et les travaux continuent, sans échéance stricte.
Bruno Le Maire et Jean-Yves Le
Drian, dans une déclaration
conjointe avec leurs homologues
britanniques et allemands ainsi que
la Haute représentante de l’UE
Federica Mogherini, ont réaffirmé
vendredi soir leur volonté de mettre
sur pied ce « véhicule ad hoc », en
regrettant « la réimposition de sanctions » américaines contre l’Iran.
Une entrée en vigueur « symbolique » pourrait advenir dans un
premier temps, avant que l’organisme ne devienne pleinement opérationnel. « L’UE n’a pas d’expérience
avec ce type de véhicule et il lui faudra
du temps avant de le faire fonctionner
à plein régime », met en garde Ariane Tabatabai, politologue associée
au think-tank américain Rand. Qui
ajoute que « les entreprises préféreront sans doute conserver leur lien
avec le marché américain plutôt que
d’utiliser le dispositif et de risquer des
sanctions américaines ». ■
6,8
Irak
3,8
Canada
3,2
Émirats arabes unis
3,1
Koweït
2
Iran
1,8
Source : Kayrros
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
ÉCONOMIE
27
Budget, écologie :
le baptême du feu
de Bénédicte Peyrol
à l’Assemblée
La jeune femme est la nouvelle responsable du groupe
LaREM à la commission des finances, un poste stratégique.
PORTRAIT
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
BUDGET Baptême du feu pour la
benjamine de la commission des
finances de l’Assemblée. Lundi,
Bénédicte Peyrol, 27 ans, doit cadrer les députés de la majorité lors
de l’examen, en séance, des crédits de la mission environnement,
dans le cadre du budget 2019.
Alors que la polémique sur la hausse de la fiscalité sur les carburants
fait rage, il revient à la nouvelle
responsable du groupe LaREM de
la commission des finances de tenir des troupes dont plusieurs
membres réclament davantage de
mesures d’accompagnement pour
les ménages modestes. Et elle n’est
pas la plus mal placée pour gérer ce
débat, souligne le ministre des Finances, Bruno Le Maire : « Sa sensibilité écologique forte est très importante dans un contexte où
l’écologie et l’économie doivent
avoir des objectifs partagés. »
Inconnue du grand public, la
députée de l’Allier a été nommée
whip (surnom anglophone de ce
poste stratégique), en remplacement de la médiatique Amélie de
Montchalin, elle-même désignée
première vice-présidente du
groupe majoritaire. « Elle a été jusqu’à présent assez discrète, effacée,
et n’a pas un caractère aussi prononcé que sa prédécesseure », juge
une députée LR de la commission
des finances.
Selon ses collègues En marche !,
il ne faut pourtant pas s’y tromper.
« Sous son aspect frêle, elle possède
une forte autorité », croit déceler
Joël Giraud, le rapporteur général
de la commission des finances (LaREM). Cette adepte du marathon
La polémique sur la fiscalité verte
prend de l’ampleur
La grogne contre
l’augmentation des prix
de l’essence et la hausse
des taxes sur le carburant en
France prend de l’ampleur. Une
pétition a été signée par plus
de 700 000 personnes et
un appel au blocage des routes
est lancé par plusieurs collectifs
d’automobilistes pour le
17 novembre prochain. « C’est
compliqué mais il n’y a pas
le choix », a déclaré Édouard
Philippe samedi, en soulignant
le besoin de combattre les
émissions de gaz à effet de
serre. Dimanche, les députés
LR Guillaume Peltier et Damien
Abad ont proposé un « chèque
carburant » de 100 euros
distribué à « 13 millions
de Français de province »
qui n’ont « pas accès
aux transports en commun ».
Gilles Le Gendre, patron des
députés LREM, a rétorqué qu’il
fallait « dépassionner le débat
et refuser de céder
à la démagogie » sur la hausse
des taxes.
Bénédicte Peyrol, 27 ans, benjamine de la commission des finances de l’Assemblée, a une bonne expertise,
notamment sur les sujets de fiscalité internationale et environnementale. CHRISTOPHE MORIN / IP3
(qu’elle boucle en moins de quatre
heures), s’est imposée au sein de la
commission des finances sur le
mode du sprint. Bouclant quatre
rapports parlementaires en un an
et demi - tous plus techniques que
politiques -, elle figure parmi les
élus les plus bûcheurs de l’Assemblée. Une façon de prouver, malgré son jeune âge, son expertise
sur les sujets de fiscalité internationale et environnementale, ditelle. « C’est une très bonne technicienne, très déterminée, qui n’a plus
rien à prouver », estime aujourd’hui Amélie de Montchalin.
Cette Auvergnate s’est construite toute seule. Elle n’est pas parisienne, n’est pas sortie d’une
grande école et n’est jamais passée
par un cabinet ministériel. Elle
grandit dans la banlieue de Vichy,
fait ses études à la faculté de droit
de Clermont-Ferrand, avant d’intégrer le master de fiscalité internationale à Assas. Elle passe rapidement par quelques grandes
entreprises (Dassault Systèmes,
Sagemcom) avant de se poser dans
le parapublic (Ecofolio, chargé du
recyclage du papier), où elle dit se
sentir plus utile. Dans le même
temps, elle sait se faire repérer par
Jacques Attali, avec qui elle échange encore régulièrement. Elle crée
un comité local d’En marche !
dans l’Allier en 2016, puis se présente à la députation. « Avec Bénédicte, les étapes sont franchies rapidement », observe son ancien
maître de stage à Bercy.
« Valeur travail »
« En travaillant, un élu issu à la fois
de la ruralité et de la société civile
peut obtenir un poste à responsabilité à LaREM », retient pour sa part
la nouvelle whip. De mère infirmière et de père agent d’assurance, elle applique à la lettre la leçon
parentale : «C’est par le travail
qu’on gagne sa liberté. » Effectivement, à entendre ses anciens supérieurs hiérarchiques, la « valeur
travail » n’est pas pour elle qu’un
slogan politique. « Très investie et
sérieuse », se rappelle l’une.
« Énormément impliquée et efficace », ajoute un autre.
La jeune femme, qui trouve le
temps de courir une à deux fois par
semaine, à l’aube, avant de commencer sa journée, dit tenir sa ténacité de son ascendant auver-
gnat. « Elle semble mue par une
rage de bien faire, décrit Jacques
Attali. De plus, c’est un cas extrêmement rare d’écologiste très compétente et rationnelle. » Il n’en faudra pas moins pour une majorité
qui veut imposer une hausse inédite de la fiscalité des carburants.
« Tout ce qu’elle entreprend s’inscrit dans une démarche globale, réfléchie, apprécie Gérald Darmanin,
ministre de l’Action et des Comptes publics. Elle a beaucoup de talent et un vrai sens politique. »
Certes, Bénédicte Peyrol est
loyale - condition impérative pour
obtenir ce poste. Mais pas au point
de rompre avec certains de ses
principes. À l’automne 2017, elle
s’est abstenue lors du vote sur le
projet de loi Collomb consacré à la
sécurité intérieure et à la lutte
contre le terrorisme, en compagnie de quatre de ses collègues LaREM. L’élue rurale, qui continue
d’alimenter un blog de poésie très
personnel, le reconnaît sans fard :
« Je vis un tiraillement permanent
entre mes idéaux et la nécessité de
se montrer pragmatique. » Un apprentissage accéléré de l’art de la
politique… ■
“MON PETIT PROJET
EST DEVENU UNE
GRANDE AVENTURE
LUCIE, ENTREPRENEUR
ENTREPRENANTE
“
marégionBOUGEpourmoi.fr
A
Crédit photo : Valérie Archeno.
Pour Lucie, comme pour 8 000 startups et entreprises,
la Région finance leurs projets de création,
d’innovation et de croissance
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
ENTREPRISES
28
Air France
doit maintenant
négocier avec
ses navigants
Après l’accord global, pilotes, hôtesses et stewards
font valoir leurs propres revendications salariales.
Le SNPL
« réclame
une hausse
de salaires
spécifique
de 10 %
depuis
un an
»
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Ben Smith, le nouveau patron d’Air France, n’a pas
franchi tous les obstacles pour
vraiment apaiser les relations avec
les salariés de la compagnie. Le
plus dur reste même peut-être à
venir. La signature le 19 octobre
d’un accord sur les salaires avec la
majorité des syndicats d’Air France prévoit une augmentation de
2 % rétroactive au 1er janvier 2018
et une autre de 2 % en janvier 2019. Mais ce texte n’a pas mis
un terme aux négociations sociales. Cette semaine, s’engagent
deux négociations catégorielles
cruciales avec les personnels navigants sur les conditions de travail
et les rémunérations.
Les pilotes ouvrent le bal ce lundi. Les attentes du bureau du Syn-
dicat national des pilotes de ligne
(SNPL), majoritaire chez les pilotes
de la compagnie, sont fortes. Il n’a
d’ailleurs pas voulu signer l’accord
général sur les salaires du 19 octobre. Le syndicat réclame une hausse de salaires spécifique de 10 %
depuis un an.
Clause de revoyure
Après la hausse globale de 4 %, il
reste encore 6 % à obtenir. Cette
demande avait été mise en sourdine lorsque le président du SNPL
d’Air France, Philippe Évain, avait
choisi, pour des raisons tactiques,
de prendre la tête d’une intersyndicale dans laquelle toutes les catégories étaient représentées :
personnels au sol, navigants commerciaux, pilotes.
Il a désormais changé de tenue et
repris son uniforme de pilote. Il va
cette fois tenter de décrocher une
Dès ce lundi, les pilotes d’Air France vont faire part de leurs revendications sur leurs conditions de travail
et sur leur rémunération. ÉRIC NOTARIANNI/CIT’IMAGES
augmentation de rémunération,
que la direction pourrait accorder
en échange de contreparties. Plusieurs pistes ont été évoquées :
un niveau de salaire d’embauche
plus bas, un seuil d’heures de vol
relevé…
Philippe Évain - dont le mandat
à la tête du SNPL pourrait s’achever
à la faveur des élections en décembre - a dit tout le mal qu’il pensait
du calendrier fixé par Ben Smith,
directeur général du groupe Air
France-KLM qui porte aussi, provisoirement, la casquette de patron
d’Air France. Celui-ci a proposé
une clause de revoyure en octobre
2019 ; le SNPL juge cette date trop
tardive. L’autre organisation re-
présentative, le Syndicat des pilotes d’Air France (Spaf), pourrait
faire entendre une voix différente.
Comme c’est le cas dans toutes
les compagnies aériennes, la direction a besoin du feu vert des pilotes
pour élaborer sa stratégie de croissance. Il est nécessaire pour débloquer des seuils portant sur le nombre d’appareils en service chez
Transavia, la filiale low-cost du
groupe, mais aussi pour faire évoluer la flotte de Hop! qui doit être
rationalisée. La direction d’Air
France aura aussi besoin de leur
approbation pour décider de la
création ou non d’une « véritable » compagnie low-cost longcourrier qui modifierait leurs
conditions de travail. Ce n’est pas
le cas avec Joon, compagnie « hybride » fonctionnant avec des pilotes d’Air France.
Mercredi, les syndicats d’hôtesses et de stewards d’Air France
vont à leur tour faire part de leurs
revendications sur leurs conditions
de travail. Là aussi, la direction de
la compagnie devrait proposer des
contreparties dans l’organisation
du travail. Ce nouveau round devrait être plus difficile pour l’équipe de Ben Smith que les négociations intersyndicales. Jusqu’à
présent, tous avaient loué les qualités d’écoute de la direction. Cette
fois, il s’agit de mettre des propositions sur la table. ■
La bataille des villes américaines pour accueillir Amazon
Une banlieue de Washington aurait été choisie par Jeff Bezos pour son deuxième siège social après Seattle.
38
milliards
de dollars
Revenus générés
par Amazon dans
la ville de Seattle
entre 2010 et 2016
KEREN LENTSCHNER
klentschner@lefigaro.fr
E-COMMERCE C’est à quelques
kilomètres de la Maison-Blanche
qu’Amazon pourrait finalement
installer son deuxième siège social
après Seattle. La ville d’Arlington
(État de Virginie), au sud-ouest de
Washington DC, serait l’heureuse
élue selon le Washington Post, qui
évoque des « discussions avancées ».
Les dirigeants d’Amazon et des élus
locaux auraient même eu vendredi
un rendez-vous téléphonique « très
long » et « très productif », selon la
chaîne CNBC. Un vrai jackpot pour
cette banlieue de la capitale fédérale
qui abrite aussi le Pentagone. L’installation d’Amazon est un projet à
5 milliards de dollars avec 50 000
emplois à la clef. Amazon aurait jeté
son dévolu sur le quartier de Crystal
City, situé près de l’aéroport de DC,
qui compte aussi bien des bureaux
que des appartements. Il serait déjà
en train de planifier les modalités de
son emménagement. Le quotidien
américain reste néanmoins prudent, assurant que des discussions
avec d’autres villes finalistes pourraient se poursuivre. Ceux qui font
fuiter ces informations « ne rendent
pas service » à la ville, a tweeté Mike
Grella, directeur du développement
économique d’Amazon, après la
publication de l’article du Post.
Si le choix d’Arlington est confirmé, ce serait la fin d’une énorme
bataille entre villes nord-américaines, commencée en septembre
2017, quand Amazon avait annoncé
sa volonté de se doter d’un deuxiè-
me siège social. Son nom de code :
« HQ2 », un projet soigneusement
promu sur le site d’Amazon comme
dans sa communication externe. Le
géant américain avait fait monter
les enchères promettant « en plus
des recrutements et des investissements directs et du site lui-même,
des dizaines de milliers d’emplois
supplémentaires ainsi que des dizaines de milliards de dollars dans des
investissements additionnels pour la
communauté environnante ».
238 communes candidates
Cet appel d’offres inédit avait
conduit pas moins de 238 communes à poser leur candidature. En
janvier dernier, vingt d’entre elles
avaient fait l’objet d’une première
sélection. Parmi elles, la ville canadienne de Toronto, la seule de la lis-
te en dehors des États-Unis. Elle y
côtoyait aussi bien les grandes métropoles que sont New York, Los
Angeles, Chicago et Washington DC
que des agglomérations plus modestes telles que Raleigh, en Caroline du Nord, et Columbus, dans
l’Ohio. Les élus des villes candidates ont mouillé la chemise en apparaissant dans des spots de pub. Le
maire de Miami s’est engagé à
transformer sa ville en vrai centre
de la tech. Le Maryland, lui, promettait à Amazon 8,5 milliards de
dollars d’avantages fiscaux.
Tous ont bien conscience de l’enjeu. L’arrivée du géant américain en
1994 à Seattle a changé la physionomie de la ville, qui compte plus de
40 immeubles dotés du logo orange
(dont la moitié appartient à Amazon), soit près de 20 % de la surface
de bureaux de la ville. Plus de
40 000 employés de l’e-commerçant y travaillent. Entre 2010 et 2016,
Amazon y a engendré 38 milliards de
dollars de revenus et contribué à la
création de 53 000 emplois supplémentaires. « Chaque dollar investi
par Amazon à Seattle a généré
1,40 dollar supplémentaire pour l’économie de la ville », se félicite le champion américain, qui a testé à Seattle
ses nouveaux concepts comme ses
librairies ou ses supérettes sans caisse. Les relations entre Amazon et la
ville se sont pourtant tendues récemment. L’e-commerçant a menacé de renoncer à certains projets
d’expansion si la ville adoptait une
taxe sur les grandes entreprises,
destinée à financer des logements
pour les plus démunis. Les élus de
Seattle ont fini par capituler. ■
Kiabi gagne des parts de marché, mais marque le pas
Le leader français du prêt-à-porter espère fêter ses 40 ans sur une année 2018 stable.
KIABI
CHIFFRES CLÉS
1,9
milliard de chiffre
d’affaires en 2017
508
magasins dans 17 pays
10 000
salariés baptisés
« Kiabers »
25
A
millions de clients
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
HABILLEMENT Pour célébrer
gaiement ses 40 ans, Kiabi s’offre
des pubs à la télévision et décline
un sweat tout moelleux en 40 coloris, brodé « Le Bonheur me va si
bien ». Un mot d’ordre inspiré du
slogan de la marque de la galaxie
Mulliez et traduit dans toutes les
langues des pays conquis par l’enseigne nordiste. Laquelle compte,
plus que jamais, sur l’international pour redonner un coup de
fouet à sa croissance et conjurer
les vents contraires en France.
Après un léger mieux en 2017
(+0,6%), le marché français a replongé de 3,4 % sur les neuf premiers mois de 2018.
Pour rester numéro un en France en 2017, Kiabi n’a pas lésiné sur
les moyens depuis 2012. L’enseigne a réduit drastiquement les
prix (-17 % depuis 2013), jusqu’à
7 euros en moyenne, à peine plus
que le géant irlandais Primark.
Elle mise aussi sur une offre renouvelée plus souvent (au rythme
de 100 nouveautés hebdomadaires), imaginée par 56 stylistes
maison pour être plus en accord
avec les dernières tendances.
Doubler de taille
Le chiffre d’affaires a ainsi progressé l’an passé de 4,6 % à nombre de magasins comparable, à
1,9 milliard d’euros. Reste à savoir
si Kiabi gardera sa première place
cette année sur le podium de l’habillement. L’année a été plus volatile que jamais, et les derniers
mois n’en seront que plus décisifs.
« Déjà, octobre a été très bon
(+30%), les gens ont enfin acheté
des pièces chaudes pour l’hiver,
après un mois de septembre trop
doux », assure Patrick Stassi, directeur France de Kiabi. De quoi
se consoler de septembre : les
ventes de bien des enseignes habituellement des plus performantes ont dévissé de 10 %, et le marché de 15 %. « On prévoit une
stabilité des ventes, voire une légè-
Afin d’accroître sa rentabilité, les deux tiers des 340 points de vente de Kiabi
en France ont été épurés et modernisés. JEAN-LUC FLÉMAL/BELPRESS/ANDIA
re hausse sur l’ensemble de 2018 en
comparable », note-t-il.
S’il a gagné des parts de marché
l’an passé et sur les dix premiers
mois de 2018, Kiabi n’en a pas
pour autant négligé sa rentabilité.
En quatre ans, le nombre de références a été réduit à 6 000 par saison. Les modèles les plus appréciés sont réinterprétés en une
multitude de teintes et de matiè-
res, mais en réutilisant souvent les
mêmes pour la femme, l’homme
et l’enfant, pour optimiser les
coûts. Poches et boutons de millions de jeans vendus chaque année sont standardisés, avec des
dizaines de centimes d’économies
à la clé sur chaque pièce.
Côté boutiques, les deux tiers
des 340 points de vente de l’enseigne en France ont été épurés, mo-
dernisés, avec des terminaux
digitaux présentant toute l’offre.
À l’étranger, où Kiabi a déjà plus
de 160 points de vente, ce nouveau concept a été dupliqué en
Espagne et en Italie et, cette année, au Sénégal, aux Émirats arabes unis et au Brésil.
Ce n’est qu’un début, l’internationalisation, commencée en 1993,
s’est étendue à près de 20 pays, et
32 pays grâce à Internet. Kiabi, qui
réalise 25 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, vise 50 % d’ici à
cinq ans. Sans cette offensive,
l’enseigne n’oserait plus espérer
doubler de taille pendant cette période. Elle a su résister aux géants
de la fast fashion, Zara en tête, et
prendre, dès 2000, le virage de
l’e-commerce. Un cas exemplaire
dans le monde de la distribution, à
commencer pour Auchan, navireamiral des Mulliez. Edgard Bonte,
qui a fait le succès de Kiabi depuis
huit ans et gendre de Patrick Mulliez, vient d’être nommé président
d’Auchan Retail pour redresser la
barre. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
CHRONIQUES
IDÉES Comment réagir aux abus du dollar
Un inconnu nommé
Rothschild
HISTOIRE D’ordinaire, le nom de
Rothschild évoque plutôt la banque, la finance ou le capitalisme.
Moins le chocolat en poudre, le
théâtre ou le lait pasteurisé. Il est
pourtant un membre de cette longue lignée qui, loin de consacrer sa
vie au « cœur de métier » familial,
a emprunté mille chemins de traverse pour multiplier les expériences. Henri de Rothschild, « un
humanitaire avant l’heure » donc,
selon le sous-titre de la biographie
que lui consacre son arrière-petite-fille Nadège Forestier.
« Toute sa vie, Henri de Rothschild courra après le temps car il ne
cesse de s’enthousiasmer et de se
lancer dans de nouvelles entreprises », écrit-elle dans ce récit qui
résonne étonnamment avec la période actuelle. Le décor est pourtant d’époque. On s’y déplace en
calèche, on reçoit dans des salons
à l’heure du thé, on s’y provoque
en duel, on met neuf jours à traverser l’Atlantique en paquebot
pour rejoindre New York… Mais le
climat de ce début de XXe siècle
est aussi celui de l’affaire Dreyfus.
L’antisémitisme imprègne alors la
France et Henri de Rothschild affronte de violentes campagnes
lancées contre lui. Lorsqu’il se
lance dans le lait stérilisé pour les
enfants, il se confronte avec ce qui
ne s’appelait pas encore un « lobby » mais qui en préfigurait l’apparition : un regroupement des
professionnels de l’industrie laitière mis en danger par ses découvertes.
Précurseur
encore,
voire
disruptif, il se lance dans l’automobile alors qu’on lui assure dans
sa famille que « ces véhicules sont
sans intérêt ». Peu importe, Henri
de Rothschild y croit. Avec un
ami, il lance la société Unic, dont
les taxis rouleront dans les rues
de Londres, Monaco ou Paris.
L’aventure l’amènera à côtoyer
André Citroën, qui met en place
pour ses voitures les prémices du
marketing.
Mais de tous ses projets, c’est à
ceux consacrés à la santé qu’Henri
de Rothschild attache le plus
d’importance. Il ouvre un hôpital
pour soigner les personnes les plus
défavorisées. Il se lie avec Marie
Curie, pour qui il fait construire un
laboratoire. Henri de Rothschild
compte sur les travaux de la chercheuse sur le radium pour développer des traitements contre le
cancer. « Quand on a beaucoup
reçu, on doit beaucoup donner.
C’est là sa ligne de conduite », explique Nadège Forestier. Ce qui
n’interdit pas les loisirs. La course
automobile le passionne, mais pas
seulement.
Fresque historique
Henri de Rothschild va aussi se
plonger dans le théâtre et ouvrir
son propre établissement : le
Théâtre Pigalle. C’est à son ami
Sacha Guitry qu’il demande
d’écrire et de produire une pièce
pour la première. Lequel ne mégote pas sur les moyens : trente
vedettes, quatre cents figurants
pour une fresque baptisée Histoires de France et qui retrace les
grands moments du pays, de Vercingétorix à la IIIe République en
passant par Napoléon. Ce sera un
succès. Qui l’incite à se lancer
dans l’écriture. Il reçoit les encouragements de Sarah Bernhardt
qu’il avait croisée plus jeune chez
sa grand-mère.
Au fil de la vie d’Henri de
Rothschild qui s’écoule, c’est tout
le début du XXe siècle qui défile.
Une vie riche et dense mais jusqu’alors méconnue et à qui
Nadège Forestier rend un bel
hommage. ■
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
NADÈGE FORESTIER
HENRI DE ROTHSCHILD,
UN HUMANITAIRE AVANT L’HEURE
Les diktats de Trump constituent un formidable défi pour l’Europe.
C
e lundi 5 novembre est
marqué d’une pierre
noire pour l’Europe.
C’est
aujourd’hui
qu’entre en vigueur la
seconde vague des
sanctions américaines vis-à-vis de
l’Iran. L’embargo décrété par l’Administration Trump aura conduit
pratiquement toutes les entreprises
européennes, en particulier PSA et
Renault, à rompre leur relations
commerciales et industrielles avec
Téhéran. Pour le plus grand bénéfice des groupes chinois, tel China
National Petroleum Corp (CNPC),
qui a remplacé Total dans un projet
gazier. Car paradoxalement, les entreprises chinoises n’ont pas à redouter de représailles, quand bien
même Donald Trump a par ailleurs
déclaré la guerre commerciale à la
Chine en imposant des droits de
douane prohibitifs sur le « made in
China ». Comprenne qui pourra.
Washington aura agi seul et fait
prévaloir ses vues à deux niveaux.
Tout d’abord en dénonçant le 8 mai
de façon unilatérale l’accord international (JCPOA) de 2015 sur le nucléaire iranien. Puis en imposant son
embargo à tous les acteurs, américains et non-américains, et tout
spécialement à ses alliés diplomatiques, Européens, Japonais, Sud-Coréens, avec lesquels les États-Unis
ont signé des accords militaires depuis 1950. Loin d’être une formule
rabâchée, « l’hyperpuissance américaine » a un sens très concret dans
la définition que donne Raymond
Aron : « J’appelle puissance sur la
scène internationale la capacité d’une
unité politique d’imposer sa volonté
aux autres unités. »
Le grand art de Donald Trump est
de se présenter constamment dans
la position de la victime obligée de
se protéger : «Les nations responsables doivent se défendre contre les
menaces faites à leur souveraineté »,
a-t-il plaidé, de son étonnante voix
molle et traînante, le 25 septembre
devant l’Assemblée générale des
Nations unies.
On peut être rassuré sur ses munitions. Comme aimait à le rappeler
son prédécesseur à la Maison-Blanche, le « pacifique » Barack Obama
(Prix Nobel de la paix 2009), « nous
dépensons plus pour nos forces armées que les dix pays suivants ». Il
avait raison de le souligner, car cette réalité militaro-budgétaire est
l’explication clé « du pouvoir exorbitant du dollar » (expression universelle forgée par le couple français de Gaulle-Giscard d’Estaing au
début des années 1960). Un seul
exemple : si le Japon et la Corée du
Sud ont 80 % de leurs réserves de
change en dollars - et pratiquement
100 % pour l’Allemagne et l’Arabie
saoudite - c’est « en remerciement » de la protection militaire
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
américaine. De même, son écrasante suprématie des armes permet
à Washington de faire appliquer
hors de son territoire ses propres
lois et les embargos. C’est, au pied
de la lettre, « le droit du plus fort ».
D’où l’embargo à l’encontre de
Cuba à partir des années 1960, renforcé en 1996 sous l’Administration
Clinton, et plus largement vis-à-vis
des « États voyous » selon l’expression du président George W. Bush,
et maintenant l’Iran. De Kennedy à
Trump, la continuité est parfaite.
Pot de terre
contre pot de fer
L’Institut Jacques-Delors Notre Europe vient de publier une note au titre explicite, « L’Europe face aux
sanctions américaines, quelle souveraineté?», à laquelle ont participé
Pascal Lamy, l’ex-directeur de
l’OMC, et Pierre Vimont, qui fut
ambassadeur de France aux ÉtatsUnis. Ils reprennent au bond le discours sur l’état de l’Union 2018
(12 septembre) de Jean-Claude
Juncker, intitulé « L’heure de la
souveraineté européenne ». Le président de la Commission citait ce
paradoxe horripilant : « Il est aberrant que les compagnies européennes
achètent des avions européens en
dollars et non pas en euros. »
Voilà qui n’est certes pas nouveau, mais est devenu insupportable avec les diktats de Trump.
« Face à cette situation, il paraît difficile que l’Union européenne s’abstienne de réagir, surtout à la veille
d’élections au Parlement européen
(mai 2019) pour lesquelles le slogan
de campagne “l’Europe qui protège”
semble promis à un bel avenir », es-
Il est aberrant que les compagnies
« européennes
achètent des avions
européens en dollars américains
et non pas en euros
JEAN-CLAUDE JUNCKER
»
time l’Institut Jacques-Delors. La
question de la souveraineté est en
tout cas bien plus mobilisatrice que
l’opposition « des progressistes et
des nationalistes », qu’Emmanuel
Macron souhaite instruire…
Certes il est plus facile de dénoncer que de trouver la réplique à
l’impérialisme judiciaire yankee et
aux abus de la suprématie du dollar
qui se complètent parfaitement . Tel
est le secret d’une « diplomatie juridique sans équivalent dans le monde », explique l’Institut JacquesDelors. « L’extraterritorialité telle
que pratiquée par les autorités américaines repose sur un système efficace, parce que cohérent. Tous les
rouages du processus, une fois les
décisions législatives et/ou réglementaires prises, travaillent ensemble en parfaite adéquation depuis le
pouvoir législatif jusqu’au juge civil
ou pénal, en passant par le Trésor, le
département d’État, les agences fédérales et de renseignement. »
Moyennant quoi l’Amérique peut
faire appliquer sa loi à la planète entière, et d’abord à ses « alliés »,
qu’il s’agisse de fraude fiscale, de
corruption, de réglementation des
exportations, ou du respect de sa
propre sécurité nationale.
À ce jour, la seule réponse du
Vieux Continent à l’extraterritorialité américaine a été une réglementation de 1996 dite « loi de blocage », laissée en jachère jusqu’à sa
« réactualisation de juin 2018 » et
sans réels effets. La fracture transatlantique n’est que le combat du
pot de terre contre le pot de fer.
L’Institut Delors esquisse les jalons
de ce que pourrait être une « extraterritorialité à l’européenne » en
termes juridiques, tout en regrettant « l’attitude passive sur l’internationalisation de l’euro » qui prévaut depuis 1999 et qu’il faudrait
revoir. Le défi lancé par Trump
nous réveillera-t-il de notre torpeur ? « Un problème bien posé est à
moitié résolu », prétendait le mathématicien Henri Poincaré.
« Les nations responsables doivent se défendre contre les menaces faites à leur souveraineté »,
a plaidé Donald Trump, le 25 septembre, devant l’Assemblée générale des Nations unies.
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
30
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
INTERVIEW Bertrand Delmas,
PDG d’Orangina Suntory France
(870 millions d’euros de chiffre
d’affaires, 1 200 salariés), a accompli toute sa carrière dans les
ressources humaines.
Bertrand Delmas
« Nous devons
être exigeants »
LE FIGARO.- Les DRH
qui deviennent PDG sont rares.
Comment expliquez-vous
votre parcours ?
Bertrand DELMAS.- Les collaborateurs et les marques sont les
deux actifs les plus importants de
l’entreprise. J’ai toujours considéré les ressources humaines comme un métier qui doit être ancré
dans l’activité quotidienne de
l’entreprise au service du business. Une stratégie en ressources
humaines doit permettre le développement des équipes et des activités de l’entreprise.
Le PDG d’Orangina Suntory France explique
comment une entreprise peut jouer un rôle
moteur pour transformer son marché.
Le DRH et le PDG ont-ils
des points communs ?
Tous les deux doivent avoir un
pied dans le présent et un pied
dans le futur. C’est encore plus
vrai pour le PDG.
Est-ce facile ?
La complexité est liée à la nécessité de construire et déployer une
vision et une stratégie long terme
tout en créant les conditions de
l’action immédiate avec agilité.
Ma devise, c’est « think big, start
small, move fast » afin d’agir au
quotidien au service d’une vision à
long terme. Trouver le juste équilibre entre le long terme et le court
terme au service de ce long terme,
et engager toute l’organisation.
Vous avez été nommé
en janvier 2018.
Quelle est votre ambition ?
Je cherche à construire une histoire qui nous rendra tous beaucoup
plus fort individuellement et collectivement. Individuellement en
vivant des expériences de développement personnel et professionnel. Collectivement en réalisant des choses qui paraissent
impossibles, avec un impact sur
notre environnement au sens large, et qui nous rendront fier(e)s
pour longtemps. J’ai expliqué aux
équipes que l’exigence est le pilier
de notre développement.
Pourquoi être exigeant
vis-à-vis des salariés ?
Car c’est le pilier du développement individuel et collectif. Nous
devons être exigeants car l’entreprise s’est fixé des objectifs forts, à
commencer par celui de jouer le
rôle de moteur de la transformation du marché vers des boissons
moins sucrées, toujours plus naturelles.
N’est-ce pas plutôt du réalisme
commercial ?
Le mot juste est exigence car nous
travaillons sur l’évolution du goût
des consommateurs. Et nous le
faisons grâce au travail de notre
équipe de recherche et développement basée en France qui rénove nos recettes et compense la
baisse de sucre par l’équilibrage
des fruits. Nous avons récemment
effectué des tests auprès de mamans, clients et collaborateurs en
leur proposant de goûter successivement l’Oasis tropical de 2006 et
celui de 2018 contenant 25 % de
sucre en moins. La différence est
réelle. Ils ne veulent plus de l’ancienne recette, qu’ils jugent trop
sucrée. Preuve que les palais évoluent et que les industriels ont un
vrai rôle à jouer dans cette éducation au moins sucré.
Pourquoi être exigeant vis-à-vis
des équipes si l’entreprise
est sur la bonne voie ?
Parce que cette exigence nous
pousse à aller toujours plus loin. Et
c’est un moteur très fort. Nous devons également être exigeants visà-vis de l’actionnaire et de nousmêmes pour continuer d’investir
dans des projets long terme.
Quel est votre style
de management ?
« Nous sommes
une entreprise
bienveillante, car nous
développons l’esprit
d’équipe et la solidarité,
la performance
collective »,
estime Bertrand Delmas.
C’est un mélange de vision, d’ambitions, de détermination et de
pragmatisme. Il s’agit de donner
du sens à l’action et d’agir, d’engager à tout moment et de faire en
sorte que tout le monde prenne du
plaisir à venir travailler.
ORANGINA SUNTORY FRANCE
CONFIDENCE
QUELLES PERSONNALITÉS VOUS INSPIRENT ?
Churchill pour la détermination et le courage
dont il a fait preuve en tant que premier
ministre durant la Seconde Guerre mondiale.
Comment il a réussi à mobiliser et à créer
de l’engagement, comment l’échec
n’était pas une option.
La photographe Dorothea Lange qui donne
de la dignité à travers ses photos aux abîmés
de la Grande Dépression aux États-Unis. Alors
qu’elle aurait pu faire un simple reportage
sur les difficultés de l’époque, elle a choisi
de véhiculer des émotions et de faire
de chacune de ses photos un témoignage,
allant bien au-delà de la commande.
Enfin, Oscar Wilde entre autres pour cette
citation : « La sagesse, c’est d’avoir des rêves
suffisamment grands pour ne pas les perdre
de vue quand on les poursuit. »
Ce mode de management
repose-t-il sur le contrôle ?
Au contraire. L’exigence est une
manière de libérer les énergies et
de mettre en mouvement les salariés. Elle fait prendre des décisions. Et elle fonctionne dans les
deux sens. Les managers sont exigeants vis-à-vis des salariés. Les
salariés sont exigeants vis-à-vis
des managers. Cela ne veut pas
dire qu’il faut oublier la bienveillance et l’empathie.
Comment définissez-vous
une entreprise bienveillante ?
C’est une entreprise où les décisions sont mises en œuvre avec
respect pour les individus et qui
investit sur le développement des
équipes. Nous sommes une entreprise bienveillante car nous développons l’esprit d’équipe et la solidarité, la performance collective.
Nous investissons sur le développement individuel. Et nous laissons place au droit à l’erreur.
Allez-vous alléger la hiérarchie ?
Je souhaite simplifier le plus possible l’organisation de l’entreprise
qui a grandi très vite afin que les
responsabilités de chacun soient
très claires et que chacun soit acteur du changement.
Le salarié peut-il challenger
son manager ?
Il ne peut pas, il doit ! Je répète
très souvent aux salariés d’être
TOP
RUNGIS, JACQUES-ANTOINE DELEVAUX
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Dominique
Batani
Stéphane
Layani
Anne-Laure
Joumas
Bérengère
Banquey
Que peut faire un salarié
qui travaille avec un manager
très moyen ?
Tout au long de ma carrière, j’ai
souvent entendu des salariés expliquer qu’ils étaient dirigés par des
managers de qualité moyenne. À
chaque fois, je leur dis que c’est à
eux d’être exigeants vis-à-vis des
managers, qu’ils soient bons ou
mauvais. Chaque salarié doit être
responsable de son développement
personnel, acteur de son évolution.
Le salarié et le manager
sont-ils coresponsables ?
Les deux parties sont responsables. Il est donc essentiel de fixer
les règles du jeu pour que le salarié
et le manager sachent de quoi ils
sont comptables. C’est d’autant
plus important chez Orangina
Suntory France où 90 % des salariés indiquent avoir une idée très
claire de leurs responsabilités. Si
les règles ne sont pas connues, ce
taux baissera comme on le constate dans d’autres entreprises. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Jérôme
Zoïs
Bertrand
Ambroise
Christophe
Acar
LES DÉCIDEURS de la Semmaris-Marché de Rungis
Plus de six ans déjà que Stéphane Layani,
58 ans, préside aux destinées de la Semmaris, la société gestionnaire du Marché
international de Rungis. Aujourd’hui,
l’ancien de Bercy qui plancha notamment à
1993
l’Inspection générale des finances sur les
Entre à l’Économie problèmes liés à la filière de la pêche et aux
et aux Finances
questions agricoles, avant de diriger
l’Agence nationale pour la garantie des
1997
Intègre la Commis- droits des mineurs, puis à partir de
sion européenne
juin 2012 Rungis, donne un signal d’accélération en réorganisant son top manage1999
Œuvre de nouveau ment.
à Bercy
Nouveau comité stratégique, création de
quatre directions sur le mode business
2006
units : le nouveau schéma vise à accompaDirige l’ANGD
gner la mise en place du plan d’investisse2012
ment d’un milliard d’euros « Rungis
Est désigné PDG
2025 », ainsi que l’implantation de la noude la SemmarisMarché internatio- velle Marketplace, « symbole de la capacité
nal de Rungis
de Rungis à innover au service de ses
DATES
CLÉS
A
Benoît
Juster
exigeants vis-à-vis de leur manager. Lors d’une visite en usine, j’ai
rencontré un opérateur de ligne
qui m’expliquait que son supérieur hiérarchique ne pratiquait
pas d’entretien de développement
individuel. Je lui ai répondu qu’il
devait être intransigeant vis-à-vis
de son manager car c’est son développement personnel et sa carrière qui étaient en jeu.
clients ». Désormais l’énarque, qui participa aussi quand il était à la Commission
européenne à la mise en place du premier
accord
européen
distribution-consommation, s’appuiera donc sur
une haute instance stratégique avec à ses
côtés quatre dirigeants chevronnés. En
premier lieu, le directeur général adjoint
Dominique Batani, à la barre du Marché de
Rungis, de la sûreté et de la sécurité. Main
de fer dans un gant de velours, ce meneur
d’hommes, chargé aussi du recrutement, a
pris en novembre 2011 la direction du plus
grand marché de frais du monde après
34 ans dans l’armée. Très apprécié du big
boss comme des 248 collaborateurs, le
général au caractère trempé et au contact
facile aime aller sur le terrain à la rencontre
des professionnels. Un parcours de haut
vol qui illustre la capacité des militaires à
décrocher les plus hauts postes dans le
civil. Stéphane Layani est aussi accompagné au comité stratégique des deux directeurs exécutifs, Benoît Juster et Anne-Laure Joumas. Le premier, déjà promu l’an
dernier au comex, conforte donc sa position comme directeur des grands projets.
Dans son champ, l’aménagement, la
construction, les affaires extérieures. Centrale Nantes et Sciences Po, le quinqua est
rompu au management d’entreprise dans
l’immobilier, l’aménagement et les infrastructures. Celui qui débuta comme ingénieur transport et infrastructure a travaillé
chez Isis et Egis avant de rejoindre Stéphane Layani. De son côté, Anne-Laure Joumas vient de succéder comme directeur du
développement et de la stratégie à David
Bourganel parti rejoindre l’Association
pour l’insertion et la réinsertion professionnelle et humaine des handicapés. Il
était arrivé en 2000, la nouvelle dirigeante
va faire bénéficier la Semmaris de ses dix
années d’expérience dans la distribution,
chez Mercialys puis chez Carrefour où elle
était directrice clients, digital et innovation
depuis novembre 2017. Formée à l’Essec et
à la Sorbonne, la diplômée d’urbanisme a
aussi travaillé chez Bouwfonds MAB Development. Elle va donc apporter sa pierre au
comité stratégique, que rejoint aussi la chef
de cabinet de Layani Bérengère Banquey,
avec la casquette de dircab. Tout comme
aux patrons de business units qui en dépendent : Jérôme Zoïs (développement, innovation et transformation), Bertrand
Ambroise (international), Christophe Acar
(immobilier) et Dominique Batani (Marché
de Rungis et directions support). Créée en
1965, la Semmaris fait aujourd’hui travailler 1 201 entreprises et 12 000 salariés
générant près de 9 milliards d’euros de
chiffre d’affaires.
C. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
MÉDIAS et PUBLICITÉ
31
« Si Canal + n’est plus partenaire du cinéma,
il pourrait perdre ses faveurs fiscales »
Radu Mihaileanu, président de l’ARP (Auteurs, réalisateurs, producteurs), est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
CINÉMA Le réalisateur du film Le
Concert représente la profession
du cinéma dans les négociations
avec Canal + autour de la chronologie des médias et du renouvellement des accords de financement.
Il tend la main mais garde son
bâton.
LE FIGARO.- Le ministre
de la Culture assistera aux
Rencontres cinématographiques
de Dijon. Que lui demandez-vous ?
Radu MIHAILEANU.- Franck
Riester prend ses fonctions à un
moment crucial pour le cinéma
français et européen. La loi audiovisuelle va être discutée au Parlement l’année prochaine. Nous
souhaitons que cette loi règle les
problèmes entre les acteurs français vertueux et les nouveaux entrants, qu’ils soient américains ou
chinois, qui ont d’énormes
moyens mais qui ne souhaitent pas
respecter les règles en vigueur.
Nous demanderons au ministre
d’aligner tout le monde sur les mêmes obligations sinon nous assisterons à la destruction des acteurs
français donc à celle de l’exception
culturelle.
de financement avant fin 2019. Que
lui répondez-vous ?
Avec Canal +, nous portons des
discussions à la fois amicales et
parfois tendues. Elles sont toujours complexes à l’approche du
renouvellement des accords.
J’étais déjà président de l’ARP en
2009 et 2011 lors de précédentes
négociations. Canal + est le premier partenaire financier du cinéma, et il est essentiel. Canal + était
vertueux jusqu’à présent. Nous allons le protéger le plus longtemps
possible. En même temps, Canal +
bénéficie des faveurs de l’État
français. Il a obtenu une fréquence
TNT et, autre faveur liée à son statut de partenaire du cinéma, il bénéficie de contreparties fiscales. Si
demain, il choisit de ne plus être le
premier partenaire du cinéma
français, l’État devra se poser la
question du maintien de ces faveurs.
Canal + veut réduire les montants
investis dans le cinéma et veut
davantage de productions propres
plutôt que du préachat de films.
Que lui proposez-vous ?
Nous sommes ouverts. Nous avons
discuté sur trois points. Tout
d’abord, Canal + aimerait être un
peu plus producteur délégué via
Studio Canal +. Nous avons accepté
le principe, mais il faudra l’encaLes Gafa et les chinois doivent-ils
drer pour ne pas risquer la dispariparticiper au financement ?
tion de la production indépendanOui, évidemment, puisqu’ils profite. L’autre question, plus gênante,
tent des recettes liées au territoire
est celle du calcul des obligations
financières de Canal +
basé sur le nombre de
Le cinéma reste un lieu
ses abonnés. Aujourde liberté d’expression
d’hui,
Canal +
a
4,2 millions d’abonnés
sans algorithme
et il en défalque
RADU MIHAILEANU
600 000 dans le calcul
de ses obligations. C’est
trop, le calcul est fastidieux. Nous
français et européen. Il y a un autre
sommes ouverts à des modificasujet très important : celui de l’actions sur l’assiette, le taux et le
cessibilité des œuvres pour les cimode de calcul, afin que cela soit
toyens. Aujourd’hui, il faut être
transparent et évite de se transfortrès riche pour cumuler les offres
mer en une usine à gaz.
d’abonnement payantes de Netflix, Amazon, Apple… Supposons
que les films de Jean-Luc Godard
Comment obtenir
soient chez Netflix, ceux de Franla transparence ?
çois Truffaut chez Amazon et ceux
Nous souhaitons que les chiffres
de Quentin Tarantino chez Apple.
avancés par Canal + soient vérifiés
Enfermés à perpétuité sur ces plapar le CSA en tant que tiers obserteformes. Comment un jeune
vateur. La future loi pourrait prépourra-t-il acquérir une culture
voir d’ailleurs que le CSA devienne
cinématographique ? Il n’en aura
un tiers vérificateur avec un accès
pas les moyens. Nous demandons
complet aux chiffres. Nous ne
que ces géants, qui disposent des
sommes pas loin d’avoir un accord
droits d’exclusivité à perpétuité
avec Canal +. Mais cela dépend de
sur les œuvres qu’ils financent, ne
sa vraie volonté d’aboutir.
puissent disposer d’une exclusivité
de diffusion que pendant un délai
À Dijon, la porte sera-t-elle
maximum de deux ans.
ouverte ou fermée ?
Nous demandons à Canal + de veÀ Dijon, Canal + risque d’être
nir car c’est un ami du cinéma. Pas
absent. Il reproche au cinéma
un ennemi. À Dijon, Netflix et
d’être archaïque et de ne pas faire
Amazon ont opté pour la politique
de la chaise vide. Il ne serait pas
de compromis. Or vous devez
bon que Canal + soit identifié à ces
négocier de nouveaux accords
«
»
acteurs. Nous l’invitons donc à revenir autour de la table et nous espérons que le ministre de la Culture nous aidera dans cette
importante médiation.
RADU MIHAILEANU
dans le studio
du Figaro.
DÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Netflix, Amazon, Apple arrivent.
Pourquoi le cinéma boude-t-il
ces acteurs alors qu’il devrait
les accueillir comme une nouvelle
source de financement ?
L’ARP ne boude personne. Nous
avons présenté nos propositions
pour la chronologie des médias,
basées sur la notion de neutralité
technologique. Tous ceux qui participent au financement des films,
qui sont des acteurs vertueux et qui
respectent le droit d’auteur,
auront les mêmes droits ou le
même traitement. Netflix fait des
films qui ne sortent pas en salle.
C’est son droit, même si cela est
très dommageable pour le spectateur. Même Alfonso Cuaron, qui a
gagné la Mostra de Venise avec son
film Roma, produit par Netflix, regrette aujourd’hui que son public
ne puisse pas avoir accès au film.
Que Netflix vienne à Cannes, cela
ne nous dérange pas. Nous leur disons : « Vous êtes les bienvenus en
France, à condition de respecter nos
règles. » Moi, j’ai tourné aux ÉtatsUnis, où les règles sont 10 fois plus
contraignantes que les nôtres. Je
les ai respectées.
Si Netflix vous propose
un pont d’or pour tourner un film,
que répondez-vous ?
La question n’est pas celle du pont
d’or. Mais celle de l’accessibilité de
mon film pour tous les spectateurs
et de ma liberté d’expression. Pour
l’instant, cette liberté existe, mais
il faut faire attention. Dans un pre-
RÉALITÉS AUGMENTÉES
mier temps, Netflix a besoin d’une
vitrine. Mais quand il aura
300 millions d’abonnés, qu’il aura
monté les prix et que son algorithme dira ce qu’il faut montrer ou
non, la question de la liberté d’expression et du droit moral se posera. Et, au moment où le spectateur
s’apercevra que le droit d’expression se restreint, il reviendra au cinéma qui reste un lieu de liberté
sans algorithme.
Faut-il passer par la loi
pour obtenir un accord
sur la chronologie des médias ?
Aujourd’hui, tous les acteurs ont
signé la chronologie des médias,
sauf les représentants de la vidéo
- qui ne signeront jamais -, Canal +
et Orange. Dès que Canal + et
Orange signeront, la nouvelle
chronologie sera applicable sans
avoir besoin de passer par la loi.
Les discussions avec Orange sont
moins compliquées qu’avec Canal +, et Orange pourrait signer
avant la fin de l’année, date de la
fin de son accord.
Dans le financement d’un film,
la part du crédit d’impôt enfle.
Des députés s’en inquiètent.
Le cinéma doit-il être financé
par le contribuable ?
Il faut savoir qu’un euro investi par
l’État dans le crédit d’impôt cinéma ramène 7 euros pour les commerces, les hôtels, les restaurants
et la main-d’œuvre du lieu du
tournage. Face aux avantages fiscaux accordés par d’autres pays, le
crédit d’impôt français permet de
relocaliser les tournages des films
dans notre pays. Cela crée des emplois et il est essentiel de garder ce
système. ■
EN BREF
ALAIN CHEVALIER
EST DÉCÉDÉ
£ Alain Chevalier, l’un
des fondateurs du numéro un
mondial du luxe LVMH (Louis
Vuitton Moët Hennessy) dont
Bernard Arnault est le premier
actionnaire et le PDG, est
décédé, a annoncé l’Élysée
dimanche dans un
communiqué, en saluant
un « homme visionnaire ».
LE PALACE « CELBRITY
EDGE » QUITTE
SAINT-NAZAIRE
£ Le Celebrity Edge,
dernier-né des Chantiers de
l’Atlantique construit à la
pointe du luxe pour l’armateur
américain Royal Caribbean
Cruise Ltd (RCCL), a quitté
dimanche le port de SaintNazaire pour rallier les ÉtatsUnis. Son prix est estimé entre
700 et 800 millions d’euros.
« LE MONDE » :
KRETINSKY VEUT
RASSURER
SUR SES INTENTIONS
£ L’homme d’affaires tchèque,
entré au capital du Monde,
assure que cet investissement
n’est pas économique. « C’est
plutôt un engagement citoyen »,
a-t-il déclaré ce week-end aux
Échos. Daniel Kretinsky y voit
un moyen de lutter contre la
toute-puissance des Gafa.
PAR CHLOÉ WOITIER
Vidéo sur Facebook : petit mensonge, grosses conséquences
Facebook aurait menti. Une procédure judiciaire lancée aux
États-Unis par des annonceurs
montre que la plateforme aurait
gonflé, en 2015 et 2016, de 150 %
à 900 % les audiences des vidéos
visionnées sur sa plateforme. Selon la plainte, le réseau social
aurait rapidement repéré que ses
décomptes étaient erronés, mais
choisi de garder le silence sur ce
détail durant un an.
Si Facebook dément fermement
ces allégations, elles laissent un
goût amer dans la bouche de bien
des acteurs des médias numériques. Car voir Mark Zuckerberg
clamer en 2016 qu’il « assiste au
début d’un nouvel âge d’or dans la
vidéo », chiffres mirobolants à
l’appui, a pour beaucoup lancé le
top départ d’un virage à 180°
vers la vidéo sociale. Si les internautes préfèrent regarder des vidéos plutôt que de lire des articles, pourquoi s’embarrasser de
rédacteurs ? D’autant plus si les
annonceurs suivent le même
mouvement. Les pure players
américains Mashable, Upworthy,
Fusion ou Mic ont donc licencié
en masse leurs journalistes écrivants pour laisser place à des vidéastes. Avant de constater avec
effroi la chute vertigineuse de
leurs audiences…
Deux ans plus tard, certains ne
s’en sont pas relevés. Mashable
a été vendu pour à peine
50 millions de dollars. Mic cherche de l’argent frais. Autrefois
concurrent direct de Buzzfeed,
Upworthy a quasiment disparu
des radars.
Les vidéastes ont fini par été remerciés à leur tour. « Facebook
ne nous permet pas de monétiser
correctement nos vidéos », expliquait en février le groupe Vox
Media pour justifier le licenciement de 50 salariés.
LE TEXTE RESTE ROI
Selon les calculs de The Atlantic,
au moins 500 Américains ont
perdu leur travail à cause de ces
va-et-vient stratégiques courttermistes. Les indices ne manquaient pourtant pas pour éviter
cette erreur. Des études de Pew
ou Reuters, parues à la même
époque, démontraient que les internautes préféraient largement
lire un article d’actualité que de
regarder une vidéo sur le même
sujet. La vidéo faisait même office de repoussoir chez certains
lecteurs, exaspérés par les publicités en pré-roll, les temps de
chargement et le manque de
plus-value par rapport à un article bien troussé. De simples observations dans son entourage
pouvaient même suffire. La vidéo sociale a trouvé son public
pour le divertissement, mais
beaucoup moins dans l’information où ne surnagent que quelques rares acteurs comme Brut.
Dans cet univers, le texte reste
roi.
La France a été beaucoup moins
touchée par ce virage brutal vers
la vidéo. Certes, les effectifs des
services spécialisés ont gonflé
dans les rédactions, mais jamais
au détriment de l’écrit. Les pure
players américains évoqués plus
haut ont en commun d’avoir
levé
énormément
d’argent
auprès d’investisseurs exigeants
en retour une croissance annuelle à deux chiffres. À force de
courir après les dollars des annonceurs, ils ont commis l’erreur d’avoir mis tous leurs œufs
dans un seul panier, sur la foi de
déclarations invérifiables d’une
plateforme tierce. Mais l’aveuglement face aux solutions miracles, censées « sauver les médias », est un péché ancien.
Souvenons-nous des éditions
iPad. Du tout gratuit. Ou de l’arrêt du papier. ■
La vidéo
sociale
a trouvé son
public pour le
divertissement,
mais
beaucoup
moins dans
l’information
où ne
surnagent
que quelques
rares
acteurs
»
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SANDRINE N’A PLUS
UNE MINUTE À ELLE
Son entreprise grandit très vite. De plus en plus de contrats, de plus en plus
de clients, de plus en plus de commandes, notamment à l’international.
La dernière en date est pour la Corée du Sud, un marché qu’elle ne maîtrise
pas. Pour l’accompagner, le Crédit Agricole lui a permis de se mettre
en relation avec des partenaires locaux sélectionnés. Pour Sandrine,
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 088 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
HIGH-TECH
CES NOUVEAUX APPAREILS
PHOTO QUI VEULENT PRENDRE
LA PLACE DES REFLEX PAGE 35
EXPOSITION
À PARIS, LE CENTRE POMPIDOU
RETRACE LA FOLLE HISTOIRE
DU CUBISME PAGE 36
L’Escalier, de Fernand Léger
Ces applis qui font
trembler l’industrie
cosmétique
MONTAGE SERVICE INFOGRAPHIE
De plus en plus de Français achètent crèmes
et shampoings smartphone à la main.
Malgré une réglementation la plus exigeante
au monde, les marques de luxe comme
de la grande distribution doivent s’adapter
aux nouveaux critères imposés par QuelCosmetic,
INCI Beauty et autres Yuka. PAGE 34
Fary est magique
SPECTACLE Dans « Hexagone »,
l’humoriste d’origine cap-verdienne fait rire
en parlant d’identité.
Étienne sorin
esorin@lefigaro.fr
n avait laissé Fary au
Point-Virgule,
caféthéâtre grand comme un
dé à coudre. Il y jouait
son premier one-manshow, Fary is the New Black. C’était
en 2015. Depuis, l’humoriste de 27 ans
a fait du chemin. Et sans lambiner. Il a
tourné partout en France et dans les
plus prestigieuses salles parisiennes :
Châtelet, Olympia, Pleyel… Quelques
billets dans l’émission « On n’est pas
couché » de Laurent Ruquier ont
agrandi le fan-club du comique
d’origine cap-verdienne au look de
hipster (dreadlocks, barbe et lunettes
rondes).
En 2017, il devient le premier humoriste français produit par Netflix.
Son spectacle est disponible sur la
plateforme américaine depuis avril
dernier. Son irrésistible ascension,
Fary la poursuit aujourd’hui au
Comedia, un théâtre parisien de mille
places, avec un nouveau spectacle,
Hexagone. Le 1er mars 2019, il sera à
l’AccorHotels Arena. Avant lui, seule
Florence Foresti a rempli la salle de
concert avec des blagues.
O
Toujours intelligent
Fary continue à pratiquer du pur
stand-up. Un micro. Un type qui raconte sa vie. Ce qu’il lui est arrivé la
veille ou il y a vingt ans. Fary parle
aussi bien de sa mère qui l’a élevé
seule que de son séjour l’été dernier à
Montréal (« Au Québec, on leur a fait
croire qu’ils parlaient français »).
Fary ne se sent jamais aussi français
que quand il est à l’étranger, à New
York ou en Afrique. Et pourtant, il
l’assure, le Français n’est pas à la
mode. Il a la réputation d’être impoli,
arrogant et nul en anglais (« On a
traduit MeToo par Balance ton porc, ça
montre à quel point on parle bien anglais »). L’air de rien, Fary rappelle
une chose très simple : on est français
par la langue. Il ne parle que d’identité, thème d’habitude très peu riant
dans la bouche des chroniqueurs de la
société française. Lui parvient à faire
rire avec son petit frère, moitié
chinois, moitié cap-verdien : « Il
ressemble à un Mexicain ou à un peuple
qui a souffert. » De notre époque
formidable, Fary prend tout et s’en
amuse. La religion, les tatouages, Kim
Kardashian, Black Panther ou
Dieudonné, qu’il rhabille pour l’hiver. Il fait souvent mouche. Et quand
il est moins drôle, il est toujours
intelligent.
Dans la salle du Comedia, on trouve
des Noirs, des Blancs, des Arabes. Un
public de théâtre qui ressemble à une
tribune de stade de football. Au dernier mondial, Paul Pogba & co concluaient leurs conférences de presse
par « Vive la République ! ». Fary
termine son one-man-show par un
tonitruant « Vive la France ! ».
Au Comedia (Paris Xe), jusqu’au
1er décembre. Tél. : 01 42 38 97 14.
En tournée à partir du 12 janvier.
À l’AccorHotels Arena, le 1er mars.
NIKON, KUNSTMUSEUM BASEL- SCHENKUNG DR. H.C. RAOUL LA ROCHE/KUNSTMUSEUM BASEL,
MARTIN P. BÜHLER
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
34
L'ÉVÉNEMENT
Yuka aura-t-il la peau
des marques de beauté ?
En quelques mois, les applications ciblant les cosmétiques ont
changé la façon dont les Français consomment leurs crèmes. Les laboratoires
invoquent la réglementation la plus sûre du monde et réagissent.
PHÉNOMÈNE
F
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
aites-vous partie des huit millions de Français* qui consultent une
appli avant d’acheter une boîte de céréales pour enfants, un pack de yaourts
et, maintenant, leur gel douche ? Depuis
l’été, le phénomène ne cesse d’enfler.
On en parle partout - aux infos, au café
et autour des tables de réunion des plus
gros groupes de cosmétiques. « Notre
pays est hyper réactif et en avance sur le
sujet, contrairement aux États-Unis, où
seule une infime partie de la population se
sent concernée, rapporte Julie Chapon, la
trentenaire parisienne derrière Yuka,
l’application aux 7 millions d’utilisateurs
qui déchiffre les étiquettes alimentaires
et, depuis juillet, cosmétiques. Le mouvement concerne toute la France, toutes
les régions, hommes et femmes de tous les
âges et de toutes les catégories socioprofessionnelles. Vouloir savoir ce que l’on
achète est loin d’être une lubie de bobos du
IXe arrondissement - d’ailleurs, eux font
depuis longtemps leurs courses en vrac
(sans emballage jetable, NDLR) et ils
connaissent déjà les crèmes les plus sûres. » Comment fonctionnent concrètement ces applis dédiées à la cosmétique,
les Yuka, QuelCosmetic, INCI Beauty, etc. ? Téléchargeables gratuitement
(elles « vivent », pour le moment, grâce
en partie aux donations des utilisateurs),
elles scannent grâce à l’appareil photo
du smartphone le code-barres d’un
produit et catégorisent ses substances
selon leur impact sur la santé et l’environnement : irritants, allergènes, nanomatériaux. Plus polémiques, ils alertent
sur les possibles effets à long terme en
indiquant les perturbateurs endocriniens et les cancérogènes.
Prise de conscience écologique, rejet
de la malbouffe, véganisme, envie de
vivre longtemps en bonne santé… Depuis le début des années 2000, la France
connaît une crise de confiance. Et si
l’exigence de transparence dans les formules de beauté ne date pas de Yuka, la
dernière recommandation du ministère
de la Santé - « éviter l’utilisation de produits cosmétiques dans les premiers
mois, tant pour le bébé que pour ses parents » écrite dans les nouveaux carnets
de santé depuis le printemps dernier - a
probablement ravivé les suspicions.
« L’onglet beauté ne faisait pas partie de
nos projets, nous l’avons créé à la demande des utilisateurs, précise Julie
Chapon. Nous recevions près de
300 messages par jour, et le retour numéro un concernait les gels douche,
shampoings, déodorants, dont les étiquettes sont encore plus illisibles que celles des rayons alimentaires. » Propylène
glycol, phénoxyéthanol, dicaprylate,
benzyl, benzoate… Impossible en effet,
sans formation de chimiste, de décrypter la fameuse liste INCI (International
Nomenclature Cosmetics Ingrédients).
Les ingrédients, sous leur nom latin ou
anglais afin d’être compris dans le
monde entier, apparaissent dans l’ordre décroissant de leur concentration.
Un univers réputé
pour son opacité
A
Comme les autres,
l’appli Yuka pointent
allergènes, nanoparticules
et perturbateurs endocriniens
dans les produits de beauté.
«L’industrie cosmétique est certainement responsable du flou. Elle a été la
première à lister ses actifs sur les packagings, croyant que cette mesure rassurerait, mais aujourd’hui rien n’est plus
faux, reconnaît Anne Dux, directrice
des affaires scientifiques et réglementaires de la FEBEA, le syndicat professionnel du secteur cosmétique. Les
marques ont longtemps vécu dans le secret afin de protéger la composition de
leurs formules, car elles n’ont pas le droit
légalement de les breveter. Dans un climat général de suspicion, ces ambiguïtés
ne peuvent qu’attiser le doute des
consommateurs. »
Contrairement à l’agro-alimentaire
et ses scandales récurrents, la cosmétique française n’a connu au cours de son
histoire qu’une « affaire », celle du talc
Morhange dans les années 1970. Cette
tragédie de nourrissons empoisonnés
par un bactéricide en concentration excessive (à l’époque, l’hexachlorophène
n’était pas connu comme toxique) a
marqué les esprits et incité les pouvoirs
publics à renforcer les conditions de
mise sur le marché de nouvelles molécules dans les cosmétiques. « En sciences, rien n’est jamais acquis, mais soulignons que notre industrie est l’une des
plus contrôlées, déclare Philippe d’Ornano, président-directeur général de la
marque Sisley. Chaque produit doit passer au filtre des réglementations européenne, américaine, japonaise, etc. Il est
vérifié non seulement dans le pays où il
est fabriqué, mais aussi dans tous ceux
où il sera vendu. Je ne crois pas que les
gens soient inquiets, cette industrie leur
fait du bien, depuis des décennies. Seulement ce type d’applis les affole, en jouant
sur le marketing de la peur. Je le vois bien
dans les parfumeries, les clientes nous
demandent : “mais alors, tout est mauvais ?” La polémique autour des parabènes il y a quelques années est une excellente parabole du problème actuel :
pointés du doigt, alors que la plupart
étaient sûrs et bien tolérés, ils ont été
remplacés par des substances pires. Savez-vous que si l’on ne met pas de
conservateur dans un mascara, une femme peut devenir aveugle ? »
C’est là que le débat fait rage. Les
conservateurs en effet, utilisés à doses
infinitésimales, évitent la prolifération
des bactéries dans les pots de crème.
Mais ils sont identifiés, par la plupart
des applis, comme des perturbateurs
endocriniens ou des agents cancérogènes. Les industriels se réfugient derrière la réglementation (qui les autorise en
dessous d’une certaine concentration),
tandis que les développeurs et les lanceurs d’alerte brandissent le principe
de précaution. « La réglementation
européenne encadre très sévèrement
l’évaluation de la sécurité des produits
mis sur le marché. Chaque ingrédient est
évalué par un comité scientifique afin de
connaître la dose qui ne provoquera
aucun effet : il est alors autorisé à
1/100 de cette dose. Même en utilisant
plusieurs produits par jour en contenant,
on est loin du danger », dit Anne Dux.
« La problématique est la soupe chimique
dans laquelle on vit, cosmétique, alimentaire, produits d’entretien… Avec, au final, des ingrédients qui vont se rencontrer, s’accumuler et développer des effets
cocktail », rétorque Candice Colin, PDG
de la marque Officinea et fondatrice de
l’appli CleanBeauty. Même ligne de
conduite pour Julie Chapon : « Yuka
sanctionne tous les ingrédients controversés, même si le risque n’est pas définitivement prouvé. »
Flacons haut de gamme
contre marques distributeurs
Luxe, pharmacie, hypermarchés…
Aucun circuit de distribution n’est
épargné. Les flacons haut de gamme ne
sont pas exempts d’indésirables, alors
qu’à l’inverse, des marques distributeurs collectionnent les bons points.
Deux articles d’une même gamme peuvent obtenir des résultats très différents. Les groupes tentent de réagir,
communiquent, pointent les amalgames et les erreurs - fréquentes il est
vrai, sur les versions bêta de ces applis.
Ainsi, une formule nettoyée d’une
substance incriminée mais qui n’a pas
changé d’emballage conserve le même
code-barres, ce que n’est pas en mesure
d’identifier l’algorithme. « Nous ne
sommes pas une appli de boycott, et surtout pas là pour taper sur qui que ce soit,
poursuit Mme Chapon. Nous refusons
tout type de sponsoring ou de partenariat, mais acceptons volontiers de mettre
à jour les photos et les formules, grâce
aux documents que les marques nous envoient. Nous sommes ouverts au dialogue : nous l’avons observé dans l’alimentaire, suite à de mauvaises notes, certains
industriels ont amélioré leurs recettes. »
L’industrie cosmétique a beau remettre en cause ces applications, elle n’aura
sans pas d’autre choix que de reformuler selon leurs critères même si cette
conversion coûte beaucoup d’argent.
Surtout quand les nouveaux venus sur
le marché ont déjà pris en compte ces
attentes. « Ce qui entraîne aussi des dérives : des labels nés sur Internet vendent
des crèmes inefficaces quoique bien notées sur Yuka ou pire, agressives, mais
recommandées par des gourous du bienêtre comme Gwyneth Paltrow, ironise
Édouard Mauvais-Jarvis, directeur
scientifique de Dior. Restons positifs, du
chaos actuel naîtra sans doute une nouvelle génération de soins qui mettra tout
le monde d’accord. » ■
* Chiffres octobre 2018 de la FEBEA,
syndicat professionnel
du secteur cosmétique.
6à7
cosmétiques
par jour sont utilisés
par les femmes en France
65 %
des produits
décryptés contiennent
des ingrédients
controversés et/ou
allergènes (CleanBeauty)
Cinq applications made in France
Deux ans après les premières versions
anglophones (Think Dirty, Skin Deep,
Beat The Microbead…), les applis françaises ont su convaincre leur public.
Les unes axent leur vigilance sur les
allergènes, d’autres ciblent les perturbateurs endocriniens, certaines, enfin,
l’impact sur l’environnement.
uYuka
La référence
dans l’agroalimentaire ! Créée par trois trentenaires parisiens, elle a réalisé, en moins d’un an,
un carton inattendu : 7 millions d’utilisateurs à ce jour. Lancée en juillet, la
section cosmétiques (120 000 articles)
est l’une des plus strictes. Les produits
sont notés selon leur impact sur la santé, pas leur efficacité. Dans les semaines à venir, des fonctions supplémentaires (payantes) seront disponibles :
mode hors ligne, alerte personnalisable, produits de substitution, etc.
uQuelCosmetic
Lancée en mars, l’appli développée
par l’association l’UFC-Que choisir
recense aussi 120 000 références (dont
99 000 à risque). Les résultats sont
classés par catégories d’utilisateurs
(adultes, femmes enceintes, enfants et
adolescents, bébés), du vert (aucun
risque à ce jour) au rouge (risque significatif), plus des lettres de A à D pour
les daltoniens. Ils sont aussi personnalisables (avec ou sans les allergènes).
Beauty
uINCI
La plus confidentielle, qui procède
par fiches produits (environ 10 000),
notées sur 20 selon le nombre de substances classées dans les catégories
« bien », « satisfaisant », « pas terrible » et « controversé/à risque ». Les
utilisateurs peuvent laisser des commentaires sur l’efficacité et la sensorialité. Les composants apparaissent
selon l’ordre de la liste INCI, du plus au
moins concentré. C’est le seul algorithme qui fait la nuance entre une
formule à rincer et un soin qui reste sur
la peau (potentiellement plus nocif).
uClean Beauty
Cette appli ne scanne pas le codebarres mais propose de photographier
la liste des ingrédients. Grâce à un système de reconnaissance graphique,
elle affiche la présence (ou pas) d’actifs
controversés, d’allergènes, et explique
leurs effets (en citant les sources scientifiques utilisées). Avec un glossaire de
1 000 substances, elle a le mérite
d’analyser l’offre complète du marché,
y compris à l’étranger. Elle est adossée
au laboratoire Officinea, qui fabrique
les cosmétiques du même nom.
uCosmEthics
La pionnière en France (2016), la
plus finalisée, avec scanner, algorithme personnalisable (pour les allergiques, les végétaliens…) et la possibilité
de trouver, dans chaque catégorie de
soin (gommage, solaires, cheveux,
bouche…), les compositions jugées les
plus sûres. Avec une version B2B,
CosmEthics est aussi une agence de
conseil pour les fabricants. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
HIGH-TECH
35
La fin annoncée
du reflex
Question
du jour
Comment masquer
des photos sur
mon smartphone ?
PHOTO Toute une génération d’appareils
compacts adopte le format 24 × 36 mm,
jusque-là réservé aux boîtiers traditionnels.
es jours sont-ils comptés
pour le reflex ? Un par un, ses principaux arguments sont battus en brèche
par les progrès des appareils photos hybrides, cette catégorie qui se caractérise
par un boîtier généralement compact et
dépourvu de miroir. Capables de changer d’objectifs, bénéficiant de réglages
de précision, de filtres et de traitements
numériques avancés, les hybrides sont
aussi plus légers et moins encombrants
que les reflex. Il ne leur manquait plus
qu’un large capteur en haute définition.
C’est chose faite désormais : suivant les
traces de Sony, qui a lancé le mouvement en 2013, c’est au tour cet hiver de
Nikon, Canon, Panasonic, Sigma, Zeiss
et Leica d’annoncer des appareils photos hybrides plein format. Une tendance
qui devrait marquer le prochain Salon
de la photo, qui se tient du 8 au 12 novembre au Parc des expositions de la
porte de Versailles à Paris.
Le plein format, appelé aussi 24 × 36, est
la référence des photographes professionnels depuis le milieu du XXe siècle. Il
a été créé en 1924 par Oskar Barnack,
l’ingénieur qui a mis au point les premiers appareils photo Leica, à partir d’un
film de 35 mm conçu pour le cinéma.
Plus grand que les capteurs APS-C (15 ×
23 mm) et 1 pouce (8,8 × 13,2 mm) utilisés couramment sur les appareils photo,
le capteur 24 × 36 capte davantage de
détails et offre la possibilité de créer de
superbes flous artistiques. Mais il est surtout utilisé dans le milieu de la photo
professionnelle et n’équipait jusqu’ici
que des reflex haut de gamme (Nikon
D810, D850 et D750, Canon 5D Mark III,
Mark IV et 6D, Pentax K-1, etc.).
Le voici qui s’invite donc sur les appareils photo hybrides. Si les fabricants
réagissent au même moment, c’est que
le temps presse. Avec ses gammes
Alpha 7 et 9, Sony a pris de l’avance. Pas
question de laisser au constructeur japonais le monopole de l’hybride plein
format. Mais il faut aussi réagir à la menace que représentent les smartphones,
dont la qualité de prise de vue se rapproche de plus en plus de celle des appareils photos de bon niveau grâce à des
progrès spectaculaires : trois ou quatre
capteurs sur les derniers Samsung et
Huawei, recours à la reconnaissance
d’objet et à l’intelligence artificielle
pour optimiser les réglages, mode portrait avec flou en arrière-plan et débrayage manuel dans certains cas…
Certes, le public n’est pas le même. Mais
les fabricants d’appareils photo ont
compris que leurs produits ne continueront à se vendre que s’ils marquent
une vraie différence en termes de qualité d’image.
Or, si les smartphones ont pour eux la
puissance de calcul et des algorithmes
performants de traitement d’image, leur
petite taille les empêche d’adopter des
grands capteurs, synonymes de haute
définition, de meilleure exposition à la
lumière et d’une plus grande sensibilité
en cas de faible éclairage.
En standardisant le plein format après
avoir accumulé les innovations techniques, les appareils photo hybrides ne
laissent plus beaucoup d’espoir aux reflex. Les inconditionnels du boîtier traditionnel vantent sa plus grande solidité, la meilleure qualité de ses objectifs et
surtout la visée optique, qui reproduit la
scène à photographier dans le viseur
grâce à un système de miroir. L’hybride,
lui, fait l’impasse sur ce procédé, se
contentant d’un viseur électronique,
c’est-à-dire un écran miniature. Une
hérésie, estiment les puristes… Du
moins pour quelque temps. Car l’arrivée
de viseurs de plus en plus précis et de
plus en plus fidèles à la réalité pourrait
bien enfoncer le clou.
Des souvenirs très personnels,
des situations embarrassantes :
si la plupart des photos
qu’on prend avec un smartphone
sont destinées à être partagées
ou publiées sur les réseaux
sociaux, il y en a forcément
qu’on préférerait garder à l’abri
des regards des amis ou
de la famille. Et même
si le téléphone est protégé par
un mot de passe, ceux à qui
vous le montrez peuvent
inopinément tomber
sur ces images. Voici comment
y remédier.
■ Si vous utilisez un iPhone,
ouvrez l’application Photos
puis choisissez le cliché
à masquer. Appuyez ensuite
sur l’icône de partage (le carré
surmonté d’une flèche), puis
faites défiler les icônes noires,
au bas de l’écran, pour
sélectionner « Masquer ».
L’image n’apparaîtra plus
dans la photothèque mais sera
reléguée dans un album intitulé
« Masqués » et peu visible :
il figure au bas de la liste des
albums, dans la catégorie Autres.
2
NIKON Z7 ET Z6
u(1)
Pour les pros
Spécialiste des reflex traditionnels,
Nikon franchit le pas de l’hybride plein
format avec non pas un mais deux modèles. Le premier, le Z7, est équipé d’un
capteur géant de 45 mégapixels avec une
sensibilité de 64 à 25 600 ISO tandis que
le second, le Z6, se contente d’un capteur de 24 mégapixels avec une sensibilité de 100 à 51 200 ISO. Tous deux reprennent les codes des boîtiers professionnels
de la marque avec la poignée latérale, les
molettes et les boutons au dos et le petit
écran de contrôle au sommet. Ils adoptent aussi une nouvelle monture pour les
objectifs, ce qui obligera à investir dans
de nouvelles optiques ou à utiliser une
bague d’adaptation. À noter aussi que les
deux appareils sont dépourvus d’emplacement pour cartes SD, ne proposant
qu’un logement pour cartes XQD.
Prix du boîtier nu : 3 699 euros
pour le Nikon Z7 et 2299 euros pour le Z6.
■ Avec un smartphone Android,
la procédure est différente selon
la marque. Sur certains modèles
Huawei ou Samsung,
par exemple, il faudra créer un
espace privé, à partir de l’option
Sécurité et confidentialité, et
y associer un mot de passe ou
une empreinte digitale. On pourra
alors transférer des photos
et des vidéos dans cet espace.
Vérifiez sur votre téléphone
la présence d’une fonction
permettant de créer
un dossier ou un espace protégé
par mot de passe.
3
CANON EOS R
u(2)
Un petit air de reflex
Premier hybride 24 × 36 de Canon, ce
modèle s’inspire des reflex de la marque. Son capteur plein format de
30 mégapixels (sensibilité de 100 ISO à
40 000 ISO), comparable à celui du 5D
Mark IV, reprend la technologie Dual
Pixel AF qui améliore la mise au point
automatique. L’écran de visée, tactile,
est orientable, il peut filmer en 4K et il
dispose d’un emplacement pour cartes
SD au standard UHS-II. Lui aussi est
équipé d’une nouvelle monture pour
recevoir de nouvelles optiques.
Prix du boîtier nu : 2 499 euros.
PANASONIC LUMIX S1 ET S1R
u(3)
La vidéo en prime
Dix ans après son premier hybride,
Panasonic se met au plein format avec
deux nouveaux appareils, le Lumix S1
doté d’un capteur de 24 mégapixels et le
S1R équipé d’un capteur de 47 mégapixels. Tous deux sont capables de filmer en 4K à 50/60 images par seconde,
bénéficient d’un système de double stabilisation, résistent aux environnements extrêmes et peuvent recevoir à la
fois des cartes SD et XQD. Ils s’accompagnent également d’une nouvelle
■ Une autre solution consiste
NIKON, LEICA , PANASONIC, CANON
L
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
1
4
monture, adoptée aussi par Leica et
Sigma. Ils devraient être commercialisés début 2019.
LEICA M10-D
u(4)
L’écran en moins
Hommage aux appareils argentiques de
la marque, ce modèle… est dépourvu
d’écran, obligeant à recourir au viseur
télémétrique pour cadrer et à une application pour smartphone pour visualiser les clichés. À la place de l’écran, au
dos, on trouve une molette de réglage
de l’exposition qui sert aussi à connecter l’appareil en Wi-Fi. Comme le
M10-P, il est équipé d’un capteur plein
format de 24 mégapixels, avec une sensibilité de 100 à 50 000 ISO.
Prix : 7 650 euros.
en projet…
uSigma,
Le spécialiste des objectifs produit
périodiquement des appareils photo, à
la fois des compacts et des hybrides
assez spectaculaires avec leur capteur
Foveon, qui traite distinctement chaque couleur primaire. C’est une nouvelle version de ce capteur que prépare
Sigma pour son hybride plein format
prévu pour 2019. ■
à télécharger des applications
spécialisées, comme Vaulty,
GalleryVault ou Private Photo
Vault, qui créeront un coffre-fort
virtuel, dans lequel on stockera
les photos à masquer et qui
seront uniquement accessible
après avoir saisi un mot de passe.
■ Enfin, si vous comptez prêter
à un ami votre smartphone
Android (et qu’il contient
des photos compromettantes),
pensez à créer un compte Invité
et à l’activer au préalable :
il rendra inaccessibles vos
contenus multimédias (photos,
vidéos), vos documents ainsi
que vos messages et votre
carnet d’adresses. Pour cela,
ouvrez les paramètres, choisissez
« Comptes et utilisateurs » puis
sélectionnez « Créer un compte
invité » dans la rubrique
« Comptes utilisateurs ».
D. S.
OnePlus 6T, champion du rapport qualité-prix
TEST Rapide et vendu à prix raisonnable, le dernier smartphone du constructeur chinois
a petite marque qui monte
n’en finit pas de grandir… Cinq
ans après sa création, OnePlus
propose une nouvelle fois,
avec son modèle 6T, un smartphone qui n’a pas peur des grands. Au
menu : un large écran Oled de 6,4 pouces caractérisé par une petite encoche
arrondie, en haut, qui contient la caméra frontale, un capteur d’empreintes digitales placé sous l’écran et des performances très haut de gamme. Non
seulement ce modèle dispose du processeur Qualcomm Snapdragon 845,
l’un des plus puissants aujourd’hui,
mais diverses astuces lui permettent
L
d’accélérer les applications. Ce qui se
révèle particulièrement agréable à
l’usage, d’autant que l’interface peut
facilement être personnalisée pour
accéder instantanément à des fonctions
importantes.
Reconnaissance faciale
L’affichage de 1 080 × 2 340 pixels donne d’excellents résultats, même si on
peut trouver les couleurs un peu trop
saturées, et l’appareil photo, composé
de deux modèles (16 et 20 mégapixels),
bénéficie de nouveaux algorithmes qui
améliorent notamment les clichés de
nuit. Le résultat est plutôt appréciable,
mais lors de nos tests, nous avons
constaté qu’avec des sujets très détaillés
(gros plan sur un massif de fleurs), l’appareil avant tendance à accentuer la
netteté de manière un peu excessive
alors qu’il lissait un peu trop certaines
parties dans des plans larges (photo de
groupe).
Le capteur d’empreintes digitales, qui
apparaît désormais sur l’écran comme
sur le dernier Huawei Mate 20 Pro,
fonctionne parfaitement… mais augmente le risque de laisser davantage de
traces de doigt. Un système de reconnaissance faciale permet aussi de déverrouiller l’appareil. Original, le haut-
parleur n’est pas placé sur la face avant,
mais au sommet, dans la rainure. Sans
pour autant perdre en efficacité. Enfin,
sa batterie de 3 700 mAh lui permet de
tenir deux bonnes journées avant
recharge. Dommage, le OnePlus 6T est
dépourvu de sortie audio minijack et
d’emplacement microSD pour augmenter sa mémoire alors qu’il peut recevoir
deux cartes SIM.
Vendu 559 euros en version de base
(avec 6 Go de RAM et 128 Go de stockage), ce modèle vient concurrencer des
modèles qui coûtent bien plus cher, entre 700 et 850 euros. Ce qui en fait un
excellent rapport qualité-prix. ■
D. S.
Le OnePlus 6T dispose du processeur
Qualcomm Snapdragon 845, l’un
des plus puissants aujourd’huI. ONEPLUS
A
se distingue par un bel affichage et un capteur d’empreintes digitales intégré à l’écran.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
CULTURE
Deux Portrait
d’Ambroise Vollard .
À gauche, celui signé
Paul Cézanne, en 1899.
Et celui, à droite,
de Picasso, peint
entre 1909-1910.
ARTS Le Centre
Pompidou invite
à repenser l’histoire
de l’art, à travers
une exposition tout
en chefs-d’œuvre,
venus des musées
du monde entier.
La révolution
de l’art moderne,
tout simplement.
Le cubisme, une
légende au musée
P
VALÉRIE DUPONCHELLE
£VDuponchelle
aris est extrêmement gâté, cet
automne. À peine a-t-il eu le temps de
s’enivrer des splendeurs de « Picasso,
bleu et rose » au Musée d’Orsay, qu’une
autre réunion de chefs-d’œuvre l’attend
au Centre Pompidou. « Le cubisme » est
le chapitre suivant de cette histoire de
l’art moderne qui dérangea le XXe siècle
naissant et influence encore l’art
contemporain, dans le sillage des Demoiselles d’Avignon peint par Picasso en
1907. Longtemps le cubisme fut la référence absolue et sévère de l’art moderne,
de ses historiens, de ses collectionneurs,
de ses enchères. Un cas d’école, une
autre idée des formes, une autre palette,
furieusement restreinte, puis atone, puis
réveillée par la couleur. Un courant révolutionnaire qui bouleverse la perspective et les conventions de la représentation, sculpte la peinture, lui donne la
puissance énigmatique d’un rébus. Il traverse les frontières, s’exprime différemment au fil des tempéraments, de
Fernand Léger à Juan Gris, des Delaunay
à Henri Laurens ou Brancusi. Un vrai
bouillon de culture.
Cette leçon d’histoire de l’art com-
mence avec Gauguin, le seul à trouver
grâce aux yeux des aventuriers du cubisme, par sa recherche du sauvage, du primitif. Soyez mystérieuses, enjoint son
bas-relief breton de 1890 aux visages
comme des masques d’un jaune acide, ou
son Oviri (« sauvage » en tahitien), grès si
étrange de 1894, comme un objet chargé
(deux trésors du Musée d’Orsay). Une
superbe vitrine expose les œuvres d’Afrique et du Pacifique qui habitèrent l’esprit
de ces artistes et de leurs premiers collectionneurs. De la Tête masculine ibérique
volée au Louvre en 1907 et si chère à
Picasso au fétiche à clous du Congo qui
marqua l’appartement d’Apollinaire, au
202, boulevard Saint-Germain. La beauté
puissante de ces masques Fang du Gabon,
Krou de Côte d’Ivoire, de ces marionnettes Kuyu du Congo, de ces montants de
porte Kanak offre comme un glossaire
visuel à tout ce qui s’ensuit.
Picasso le maître-étalon
Ce labyrinthe de mystérieux tableaux révolutionnaires en est plus lisible. Picasso
assimile tout avec un appétit stupéfiant
qui nourrit ses trouvailles incessantes.
Elles dégagent une telle vie qu’elle saute
littéralement aux yeux à chaque
confrontation avec Braque, l’ami et le rival, et avec tous les autres de ce grand
« mouvement écartelé », comme l’appelle
Portrait de
Gertrude Stein,
par Picasso
(1905-1906).
en poète Apollinaire. Picasso est le maître
étalon de ce nouveau royaume de l’abstraction et de la géométrisation. Imposant, entre le Portrait de M. Bertin
d’Ingres et les sculptures ibériques de
l’époque préromaine qu’il a découvertes
au Louvre en 1906 puis l’été à Gosol, en
Catalogne, son Portrait de Gertrude Stein,
1905-1906, a cette puissance primitive
qui dépasse la question du genre, pourtant au cœur du sujet. Voir de près cette
icône du Met est déjà un grand moment
tant c’est un monstre sacré de la peintu-
re. Suivre ensuite, à travers fusains,
gouaches, huiles renversantes de beauté,
la marche vers Les Demoiselles d’Avignon, 1907, l’est aussi, tant la fièvre créatrice est palpable. Considérée comme
l’origine du cubisme, cette géante est
restée pieusement au MoMA.
Ce cours magistral en quatorze chapitres, fait défiler tous les chefs-d’œuvre
qui ont défini l’art moderne naissant. Depuis Cézanne, père spirituel par sa douce
géométrie et sa palette en ombres méridionales, jusqu’à Mondrian, l’homme du
Nord et de la pluie au gris argenté (Paysage avec arbres, 1912), Fernand Léger le
militant du mouvement (Contrastes de
formes, 1913, et Le Réveille-Matin, 1914),
de Juan Gris le « polyphoniste » (Poires et
raisins sur une table, automne 1913, The
Leonard A. Lauder Cubist Collection). Il
est fabuleux de pouvoir confronter les
deux Portrait d’Ambroise Vollard, le terrible marchand de la rue Laffitte qui feignait toujours de sommeiller pendant les
négociations sur les prix. Celui, tout jeune, peint par Cézanne en 1899, trésor du
Petit Palais, et celui, plus trouble, comme
pulvérisé en de multiples éclats et pourtant reconnaissable, de Picasso en 19091910, icône du Musée Pouchkine de Moscou grâce à Ivan Morozov.
Picasso et Braque ouvrent logiquement
cette grande réunion de famille par leur
compétition amicale, comme deux violons d’un même petit orchestre. Les toiles de Georges Braque sont présentées en
novembre 1908 dans la galerie d’un tout
jeune marchand allemand, Daniel-Henry Kahnweiler (l’Art Institute de Chicago
a prêté son portrait par Picasso, 1910, où
les mains, le nez, les paupières sortent en
signes cryptés d’une structure « très
conceptuelle »). Ces pionnières y sont
traitées de « petits cubes » par la presse,
une critique dédaigneuse devenue un
mot prestigieux qui vaut son pesant d’or.
Inventives, si subtiles, elles restent secrètes comme le peintre introverti d’Argenteuil dont la cote resta d’emblée en
deçà de celle de Picasso le fulgurant (à
confronter Maison sur la colline, peint par
Picasso à Horta de Ebro, et La RocheGuyon, peint par Braque, le même été
1909). De salle en salle, on progresse avec
eux, d’audaces formelles en découvertes
de matériaux, de guitare en journal, de
broc en chaise cannelée, jusqu’aux Salons où le cubisme se révèle au public.
La Noce de Fernand Léger, 1911, trouve
sa place dans cette histoire fragmentée et
déclinée selon chacun. L’Équipe de
Cardiff de Robert Delaunay, 1912-1913,
aussi. Le Samovar de Kazimir Malevitch,
aussi. Cette clarté didactique enchante
Alfred Pacquement et Bernard Blistène,
l’ancien et le nouveau directeur du
Musée national d’art moderne. Et rend au
public l’idée d’une exposition qui
instruit, l’air de rien. ■
Le cubisme , jusqu’au 25 février
au Centre Pompidou, (Paris IVe).
Épais catalogue sous la direction
des trois commissaires, Brigitte Leal,
Christian Briend, Ariane Coulondre
(Éd. du Centre Pompidou, 320 p., 49,90 euros).
« Dictionnaire du cubisme », sous la direction
de Brigitte Leal (Éd. Robert Laffont,
collection « Bouquins », 896 p., 32 euros).
Brigitte Leal : « Souligner les leçons de cette révolution artistique »
LE FIGARO. - Pourquoi
cette indifférence muséale ?
Question de moyens ou de mode ?
Brigitte LEAL. - C’est un mystère. Car le
cubisme est le premier grand mouvement des avant-gardes du XXe d’où tout
s’écoule. Il y a eu bien sûr des expositions Braque, Picasso, Léger, mais pas
A
CHANGEZ DE JOB,
DEMISSIONNEZ.
sur l’histoire globale de ce mouvement,
de sa naissance, en 1907, à 1917. C’est un
sujet intimidant, peut-être, et qui suppose de réunir quantité de chefsd’œuvre historiques, donc une entreprise difficile. Les Anglo-Saxons ont
souvent abordé le cubisme par le biais de
quatre artistes, Picasso, Braque, Léger,
Juan Gris, ses acteurs principaux et les
plus radicaux. Nous avons voulu dépasser ce « cubisme essentiel » pour montrer l’idée d’un mouvement, même s’il
était écartelé. Révéler toutes ses richesses, toutes ses variétés, tous ses développements, souvent très rapides.
Pourquoi avoir réparti
les trois cents œuvres et documents
en quatorze chapitres ?
Il s’agit de rappeler que chaque artiste,
au-delà de la complicité Braque-Picasso, a apporté autre chose, sa propre vision, sa propre iconographie. Montrer la
place du cubisme dans les Salons et son
adaptation aux côtés plus traditionnels
de l’art. Souligner son internationalisation, avec Mondrian, Malevitch, au Salon de 1914. Évoquer le cubisme littéraire, la place de la poésie dont Apollinaire
et ses Calligrammes, Poèmes de la paix et
de la guerre 1913-1916, la naissance des
revues, les livres illustrés des éditions
Kahnweiler. Rappeler la réaction très
hostile de la presse à la première exposition de Braque chez Kahnweiler en
1908. Puis, petit à petit, la défense de ce
mouvement qui n’est pas passé inaperçu
du public à Paris, même si le travail de
Braque et de Picasso est resté plus confidentiel, visible seulement dans leurs
ateliers. Et mesurer enfin l’impact de la
guerre sur les cubistes, ceux mobilisés
comme Fernand Léger, ou ceux restés
en arrière comme Picasso
Le cubisme est souvent considéré
comme hermétique. Comment
l’explique-t-on au public aujourd’hui ?
Pour le public, le cubisme est le début de
la disparition de la figuration traditionnelle, à la différence du fauvisme, qui
reste fidèle au paysage. Ses artistes font
table rase des conventions de la représentation avec la mise au point des
“
C’est un sujet
intimidant et qui
suppose de réunir
quantité de chefsd’œuvre historiques
”
BRIGITTE LEAL, COMMISSAIRE DE L’EXPOSITION
« plans facettes » qui radicalisent la notion de passage chez Cézanne, par plans
ouverts. Ils désintègrent de plus en plus
la forme homogène. Le travail radical
sur la forme implique aussi la disparition
de la couleur. L’invention du collage par
Picasso, des papiers collés par Braque,
des assemblages, tout cela est une négation de la sculpture traditionnelle. Cette
invention de formes neuves avec l’intégration d’objets pauvres, populaires, de
matériaux, forme une rupture complète.
En fait, le public voit l’art d’aujourd’hui
à travers la révolution cubiste, mais ne le
perçoit pas toujours. Nous avons donc
voulu faire une exposition très pédagogique, avec une chronologie précise,
beaucoup de textes, notamment sur les
sources du cubisme. L’accrochage par
salles montre comment Braque et Picasso ont procédé, leurs évolutions chromatiques, comment ils passent des
gammes de verts et de bruns à une sorte
de grisaille. Et, ensuite, c’est le retour de
la couleur avec Léger, Delaunay.
Le cubisme et la plupart des chefsd’œuvre sont dans les musées, comme le
Portrait d’Ambroise Vollard par Picasso,
cédé par le marchand au collectionneur
russe Ivan Morozov en 1913, aujourd’hui
icône de Musée Pouchkine à Moscou.
Cette exposition en forme de leçon
d’histoire de l’art est aussi une façon de
faire valoir les collections muséales et,
donc, notre mission. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR V. D.
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
du lundi au vendredi > 7H
© Radio France/Ch. Abramowitz
C’est la première exposition consacrée
au cubisme à Paris depuis celle de 1953,
au Palais de Tokyo, par Jean Cassou,
fondateur du Musée national d’art moderne de Paris (Mnam). Brigitte Leal, directrice adjointe du Mnam, commissaire
avec Christian Briend et Ariane Coulondre, nous ouvre le chemin.
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
GUIDO MANUILO/EPA, IMAGE OF THE MMA / RMN-GP/AGENCE PHOTO DE LA RMN-GP, PETIT PALAIS/ROGER-VIOLLET, WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM/WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM
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LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
CULTURE
37
INTERVIEW
Le chanteur présente
« Ce soir on sort »,
un nouvel album
studio qui tranche
avec sa production
habituelle. Cet
hyperactif fait
le point sur une
carrière au succès
ininterrompu.
peine diffusé, Ce soir
on sort suit le même chemin que les précédents albums de Patrick Bruel : celui
d’un grand succès populaire. Très attendu – il s’agit de son premier album de
chansons originales en six ans –, le disque
a tout d’abord désarçonné les vétérans de
la Bruelmania. En cause, un excellent
premier single (Tout recommencer) dans
une tonalité radicalement différente de la
production habituelle du chanteur. Une
petite chanson pop modeste et moderne,
à mille lieues de la grande variété, pour
un album souvent surprenant.
Depuis plus de trente ans, Bruel a la
baraka : tout ce qu’il touche se transforme en or. Le résultat d’un travail acharné
et le fruit d’un charme à toute épreuve.
Musique, cinéma, poker, huile d’olive…
L’homme cumule les activités avec bonheur et gourmandise. Il est en train de
mettre au point, avec le chef Alain Ducasse, un chocolat à l’huile d’olive qui
sera prêt pour la Saint-Valentin. Et pense
déjà à son prochain tournage, en Inde,
avec Fabrice Luchini - sous la houlette
du tandem qui écrivit et réalisa Le Prénom - et à sa tournée qui s’achèvera par
un concert à la Défense Arena en décembre 2019.
LE FIGARO. - Ce soir on sort est un album
très éclectique. Pourquoi ?
Patrick BRUEL. - Cela reste un disque
traditionnel de chansons. Disons que
chacune d’entre elles est allée trouver
son propre costume. Avec, à chaque fois,
une envie de son particulier. Vous savez,
je passe la moitié de ma vie à Los Angeles.
Là-bas, je me lève en écoutant la musique
urbaine diffusée sur 105.9. C’est un genre
que j’ai toujours aimé. En travaillant avec
le producteur électro Skalpovich, j’ai vécu
une expérience assez merveilleuse. La
première chanson que je lui ai fait écouter
a été Héros, une valse en piano-voix. Je
lui ai demandé ce qu’en aurait fait Kurt
Weill, s’il avait vécu aujourd’hui. Ce qu’il
m’a apporté résume tout ce que je voulais. Louise, qui part elle aussi d’un pianovoix, est une chanson sur l’enrôlement
des enfants sur Internet. Je l’ai écrite
alors que j’étais fracassé, en tant que parents d’ados de 13 et 15 ans. Ensuite, je lui
ai donné Pas eu le temps, qu’on aurait pu
faire dans une version manouche. Puis
Stand Up : il est deux heures du matin, je
gratouille la guitare, il en sort une petite
Patrick Bruel :
« M’arrêter
serait la plus grande
des punitions »
Patrick Bruel sort son premier album de chansons originales en six ans. Surprenant par ses tonalités, Ce soir on sort est promis au succès populaire.
mélodie. Dans le casque, il m’envoie un
pied. Le reste vient en improvisation.
C’est un album pensé pour la scène avant
tout.
Le disque est très imprégné du climat
post-attentats de 2015.
Ça n’a pas été un point de départ
conscient mais plutôt un constat à l’arrivée. On ne sort pas indemne des années
qui viennent de passer. Ces chansons ont
été écrites rapidement et spontanément
après chaque événement. Ce soir on sort,
c’était une musique de Gérard Presgurvic que j’aimais. J’ai trouvé le texte qui
allait avec en 2015, une semaine après le
13 novembre, entre Paris et Prague, où
j’allais tourner le film Un Sac de billes.
J’avais commencé à poser des mots sans
trop réfléchir. Quand on l’a enregistrée,
j’ai eu envie de murmurer La Marseillaise
à la fin. C’est resté. Quand je l’ai chantée
cet été en festival, devant 20 000 personnes, l’émotion était incroyable. Il y a
eu une vertu dans ce grand malheur : on
a récupéré La Marseillaise, qui n’est plus
l’apanage d’un mouvement d’extrême
droite.
Dans une autre chanson, vous écrivez
« drapé dans un drapeau ». L’identité,
c’est un thème important pour vous ?
Le 17 juillet, je suis rentré de Moscou dans
la ferveur magnifique de la Coupe du
monde. Mes bureaux donnent sur les
Champs-Élysées, j’étais avec mes enfants
pour assister au défilé des Bleus. Je me
suis dit « qu’est-ce qu’on fait de tout
ça ? », de ces gens qui ont envie d’être
ensemble. Pourquoi ça ne dure pas ?
Pourquoi l’idéal de la France BlackBlanc-Beur de 1998 n’a pas fonctionné ?
On a l’opportunité de montrer à tout le
monde ce qu’on a fait de notre diversité.
J’ai écrit la chanson en une heure.
Vous diriez que c’est un album
de société ?
Je n’aime pas le terme « engagé », je ne
l’ai jamais aimé. Mais j’ai toujours parlé
de mon époque dans les chansons. Il est
sûr qu’il y a vingt ans je n’aurais pas écrit
Ce soir on sort en l’état. J’y aurais certainement mis davantage de violence. J’ai
constaté beaucoup de choses en concevant ce disque. Il y a une inquiétude qui
plane aujourd’hui. L’album aurait pu
s’intituler Sinon… On est quand même la
France, les gardiens du temple. Les sirènes populistes ont gagné tout autour de
nous : Italie, Autriche, Brexit… Et la
France tient bon. Prions le ciel tous les
jours que ce gouvernement réussisse !
“
J’ai la chance folle
d’avoir une vie trépidante.
Je ne sais pas ce
qu’est l’ennui
PATRICK BRUEL
”
Vous avez soutenu Emmanuel Macron ?
J’ai déjà donné mes idées mais jamais
soutenu un candidat. J’ai envie qu’il
réussisse comme j’ai eu envie que Hollande ou Sarkozy réussisse. Quand on a
élu un président démocratiquement, on
ne peut que lui souhaiter le succès.
Cet album est très dense. Pourquoi avoir
enregistré quinze chansons ?
Un album, c’est comme une conversation
dans un dîner. On aborde une douzaine
de thèmes de cinq minutes chacun, avec
des engueulades, des débats, des éclats de
rire, des moments de réflexion. Dans ce
disque, il y a l’amour, ce qu’on fait du
temps qui passe, le deuil…
Faites-vous allusion à la chanson
Mon repère, dédiée à votre ami, le juriste
Guy Carcassonne, disparu en 2013 ?
Celle-là, j’étais obligé… Il n’y a pas un
jour où je ne pense pas à lui. C’est un
chagrin qui ne part pas avec les années.
C’est Michel Rocard qui m’avait présenté Guy. J’ai écrit le texte de cette chanson, avant de demander à une collaboratrice d’y participer. J’avais prononcé
un discours pour l’inauguration de l’amphi Guy-Carcassonne à Nanterre, en
2016. Amanda Sthers m’avait aidé à
l’écrire. Comme j’utilise des passages de
ce discours dans la chanson, j’ai mis son
nom dans les auteurs. Je trouvais beau
de l’associer à cette chanson. Guy a été
tellement là. Il a été présent pour mon
mariage, mon divorce, et la naissance de
mes enfants. Beaucoup de gens vont se
retrouver dans cette chanson-là, et pas
uniquement ceux qui ont connu Guy.
C’était un vrai pote : vingt-sept ans
d’une amitié sans faille…
L’âge, vous y pensez ? Vous allez avoir
60 ans en mai prochain…
Forcément, je ne vais pas mentir ! J’ai la
chance folle d’avoir une vie trépidante. Je
ne sais pas ce qu’est l’ennui. Je connais
des films ennuyeux, des gens ennuyeux,
mais pas l’ennui.
Vous avez eu tous les
succès.
Quel est votre moteur ?
C’est très difficile de vous
répondre. Mais faire ça
c’est vital pour moi. Au
début d’une carrière, on
travaille pour s’en sortir, pour gagner sa vie,
ce qui est légitime. À un
moment donné, certains se disent qu’ils
peuvent arrêter. Pour
SANDRINE GOMEZ
moi, ce serait la plus grande punition.
J’aime ce que je fais. J’aime la musique. J’ai
une mère qui m’a fait écouter les concertos
brandebourgeois et les chansons de Brel
dès l’âge de 5 ans. J’ai eu besoin d’aller ensuite vers la variété de Gérard Lenorman,
Mike Brant mais aussi le rock de Genesis,
Pink Floyd, Led Zeppelin. Mes parents
n’ont jamais compris mon intérêt pour Michel Sardou. Normal, pour une famille
progressiste de gauche. Moi, j’aimais Une
fille aux yeux clairs de Sardou parce qu’elle
me touchait. J’ai grandi avec le plaisir de
prendre chez chacun un truc qui me touchait.
Cette manière d’aborder
la culture, sans hiérarchie, est de mise
à l’heure d’Internet. Vous vous sentez
proche des jeunes musiciens ?
Oui. Mon album reflète ça : il y a de l’urbain, du symphonique, Pierre Lapointe et
Skalp. Et Vianney qui fait le lien entre
tout ça. Je l’ai rencontré sur un plateau de
télévision, je le trouvais intéressant.
J’adorais sa chanson Je m’en fous. Je lui ai
proposé de m’écrire un texte sur un morceau rapide façon « on the road again ».
Il est revenu le lendemain avec une chanson lente sur un migrant de 17 ans. Ensuite, il m’a envoyé Rue Mouffetard.
Je n’ai pas l’habitude de prendre
des chansons sur
lesquelles je n’ai
rien fait. Il était de
passage le jour où on
a enregistré Tout recommencer de Mickael Furnon. Il a fini
par la réaliser luimême. ■
Patrick Bruel,
« Ce soir on sort »,
Columbia Records.
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À
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
38 CULTURE
Dessine-moi
un monument
de rêve
DISPARITION
Roy Hargrove
Le trompettiste américain Roy
Hargrove, fréquent visiteur
des festivals de jazz européens,
est décédé à l’âge de 49 ans,
le 2 novembre. Né le 16 octobre
1969 à Waco au Texas, Roy
Hargrove avait percé très
jeune, à la fin des années 1980,
devenant l’un des chefs de file
du mouvement néo-bop, une
forme de jazz très rythmé qui
a notamment influencé le R&B
et le hip-hop. Il avait remporté
au cours de sa carrière deux
Grammys, en 1998 pour son
disque afro-cubain Habana
et, en 2003, pour Directions in
Music, disque de jazz
instrumental en collaboration
avec le pianiste Herbie
Hancock. Selon son agent Larry
Clothier, le trompettiste a eu
un infarctus, après une
hospitalisation liée à des
problèmes de reins, l’artiste
ayant été sous dialyse durant de
longues années. Roy Hargrove
s’était produit une dernière fois
en France le 15 octobre dernier
au New Morning à Paris dont il
était l’un des habitués.
CHRONIQUE Aux Beaux-Arts de Paris,
trente-cinq aquarelles inédites révèlent
les projets fous des étudiants
en architecture au temps de Napoléon III.
Adrien Goetz
es esquisses semblent tracées
en vue d’un bal costumé monumental, mis en scène, sur
une musique d’Offenbach,
par des apprentis architectes.
Ils ont 20 ans, ils débordent de fantaisie,
ils veulent se faire remarquer : volières
en forme de crinolines géantes à installer dans des serres, arcs de triomphe
pour l’entrée des villes, délirantes salles
de palais…
Le point commun entre ces trentecinq édifices tracés à l’aquarelle avec
virtuosité, réunis dans cette exposition,
« Bâtir sous le second Empire », c’est
justement qu’aucun n’a jamais été bâti.
Tous répondent à des sujets inventés
par les professeurs lors des « concours
d’émulation » qui ponctuaient la formation. Tours de force et inventions se
succèdent : en 1848, il faut dessiner une
« fontaine sur une des routes d’Afrique », mélange de minarets et de tentes
nomades ; en 1849 c’est un rendez-vous
de chasse surmonté d’un belvédère
mais équipé d’un « petit port destiné à
recevoir quelques gondoles », perfectionnement indispensable ; en 1852, le
C
thème est « un pont de chemin de fer ».
Le jeune Vaudremer, futur créateur de
lycées et de prisons, lance une passerelle métallique entre deux pavillons de
jardin, joignant le gracieux à l’industriel, tandis que Huillard s’inspire du
Rialto, comme si les locomotives
étaient les Bucentaures de toutes les
Venises de l’avenir. En 1850, si vous
aviez besoin, pour orner votre « galerie
de fête », d’une banquette ronde surmontée d’une jardinière et d’une cage à
oiseaux enrichie de lanternes chinoises,
le projet était prêt.
DÉPÔT RÉGLEMENTAIRE EN 1864
LES ARTS
Vitrine de confiseur
Dans la collection de ces splendides dessins, collés sur du papier bleu, Emmanuelle Brugerolles, la conservatrice, a eu
peine à choisir, tant était évident le plaisir visuel de ces jeunes gens qui, en douze heures, élaboraient une vue générale,
un plan et une élévation. Elle a sélectionné les feuilles qui laissent deviner
l’actualité et les modes : trône surmonté
d’un dais, plafond de salle d’opéra, rotonde pour un panorama, cathèdre
épiscopale… Certaines portes de parc
semblent être la source directe des premiers châteaux américains.
L’éclectisme règne, mêlant folies
médiévales et emprunts à la Renaissance. Parfois, le pinceau use des gris et des
ocres : il faut construire une forteresse
inspirant la terreur ou un austère mo-
Raymond Chow
Raymond Chow, considéré
comme le « parrain » du cinéma
de Hongkong et qui a permis
au célèbre Bruce Lee de percer
au cinéma, est décédé à l’âge
de 91 ans, ont annoncé les
médias de Hongkong samedi.
L’homme avait cofondé les
studios Golden Harvest en 1971,
produisant plus de 170 films
dans sa carrière, notamment
avec l’acteur Jackie Chan.
Raymond Chow a travaillé
avec Bruce Lee sur The Big Boss
dès 1971, un succès planétaire
qui allait lancer la carrière
de l’acteur spécialiste des arts
martiaux. Suivirent La Fureur
du dragon (1972) et Opération
Dragon (1973), le premier film
associant un studio de
Hongkong et Hollywood.
Pont sur un chemin de fer (élévation, plan, coupe transversale), 1852, de Charles
Gustave Marie Huillard (Paris, 1825-1893). Graphite, plume, encre, aquarelle.
nument à la mémoire de Nicolas Poussin. Les campaniles, au programme en
1858, évoquent la tour de l’Horloge de
la gare de Lyon ou l’église parisienne de
la Trinité. Ce concours a duré jusqu’en
1968. Il serait intéressant de voir, dans
la jolie salle du cabinet Jean-Bonna, ce
que donnèrent les décennies suivantes.
Un des dessins les plus sobres montre
une vitrine de confiseur : mais on devine en devanture que les gâteaux à la
crème ressemblent à de petites ma-
quettes alignées pour que les architectes puissent rêver avec gourmandise
devant tous ces futurs palais de Dame
Tartine.
« Bâtir sous le second Empire. Dessins
d’architecture conservés aux Beaux-Arts
de Paris », jusqu’au 10 janvier. École
nationale supérieure des beaux-arts,
cabinet des dessins Jean-Bonna (Paris VIe).
Catalogue dans la collection « Carnets
d’études », sous la direction d’Emmanuelle
Brugerolles, 25 euros.
Affaire Johnny :
le livre explosif
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chanteur au cœur des coulisses, basée sur des faits,
des témoignages inédits et des actes notariés.
MOHAMMED AÏSSAOUI maissaoui@lefigaro.fr
ans la cohorte de livres publiés, il y a beaucoup
d’ouvrages reprenant ce que
nous avons déjà lu maintes
fois, mais peu se révèlent de
véritables enquêtes. Ils se sont tant
aimés…*, de Léna Lutaud, grand reporter
au Figaro, qui a suivi l’affaire au jour le
jour, est un travail de fond remarquable
basé sur les faits, les témoignages et les
documents inédits – notamment les actes
notariés. La journaliste est réputée pour
son travail d’investigation dans le monde
culturel – celui où l’on ne daigne pas parler d’argent mais on en brasse beaucoup.
L’argent,
justement.
Dans cette affaire Johnny,
les protagonistes parlent
d’amour, montrent leurs
émotions à l’écran, la main
sur le cœur, convoquent les
enfants en larmes – un
photographe
toujours
près… Mais ne disent jamais
que la motivation profonde
est d’ordre financier. C’est
tout cela que Léna Lutaud
démontre, et c’est fascinant (voir nos éditions du
vendredi 2 novembre). Avec
ces montages juridiques, il
est impossible de connaître
le patrimoine réel du chanteur ! Des millions d’euros sont en « jeu ». « Cette
guerre, c’est celle d’une guerre totale entre une belle-mère et les aînés de son mari,
entre deux familles, entre d’anciens
amis », souligne la journaliste. Résultat :
« Cette affaire, c’est l’un des plus grands
fiascos de l’histoire des people. La famille
est disloquée à jamais », résume Jacques
Séguéla, qui explique les tenants et
aboutissants psychologiques et médiati-
D
ques de l’affaire. Tous les coups sont permis, même les plus bas. On use de toutes
les armes : les montages économiques,
les médias, Internet, l’émotion… Le récit
de Léna Lutaud est digne des meilleures
séries télé. D’ailleurs, chaque épisode –
pardon, chaque chapitre – est composé
comme un tableau. Si la journaliste avait
voulu écrire une tragédie, elle n’aurait
pas trouvé de meilleurs ingrédients que
cette surréaliste histoire de succession.
Communication désastreuse
Sa force, elle la tire des témoignages
auprès d’une large population – des
avocats, des policiers, des amis des protagonistes, bien sûr, mais aussi des spécialistes du renseignement et auprès des
fans qui lui ont fourni des
informations à travers les
réseaux sociaux. Les documents auxquels elle a eu
accès sont d’une précision
inouïe (à ce propos lire le
chapitre « La terre promise » où l’on voit, documents publiés au cadastre à
l’appui, comment la villa
Jade à Saint-Barth a été
construite, d’un achat de
terrain à sa valeur estimée à
40 millions). Et comment
on découvre que les villas
de Johnny dans cette île se
multiplient comme des petits pains…
La journaliste n’hésite pas à dire ce
qu’elle pense, notamment de la communication parfois désastreuse du clan de
Laeticia. Ou lorsqu’elle évoque une Laura, « impulsive et incontrôlable ».
Balzac, qui avait exercé le métier de
clerc de notaire et s’en était inspiré pour
sa Comédie humaine, aurait adoré. ■
* « Ils se sont tant aimés…», de Léna
Lutaud, éd. Albin Michel, 368p., 19,90euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
TÉLÉVISION
39
Figaro top, Figaro flop
Une fiction historique sur Victor Hugo en quatre épisodes, un téléfilm consacré au harcèlement scolaire, la deuxième saison de
« Good Doctor », ou encore un documentaire sur les aviateurs de la guerre de 14-18 : que voir, ou pas, cette semaine à la télévision ?
Sa vie n’avait rien à envier à ses romans.
Auteur des Misérables, de Notre-Dame
de Paris, poète éternellement en deuil de
sa fille Léopoldine disparue trop tôt, Victor Hugo trône au panthéon culturel et
littéraire français. Cette gloire a paradoxalement relégué l’homme, derrière
l’écrivain prodige, dans l’ombre. Plus
pour longtemps. France 2 lui consacre
deux soirées exceptionnelles en diffusant
lundi et mardi sa minisérie Victor Hugo,
ennemi d’État. Les quatre épisodes marquent le retour réussi et attendu de la fiction en costumes sur nos petits écrans.
Un projet hors normes à mille lieues du
biopic ampoulé et hagiographique.
« L’idée ? Désacraliser le mythe du Victor Hugo grand-père, vieillard barbu aux
cheveux blancs », confiaient au Figaro,
cet été sur le tournage, le réalisateur et
scénariste Jean-Marc Moutout et la
productrice Iris Bucher. Victor Hugo,
ennemi d’État est le fruit de l’alliance
entre les unités documentaire et fiction
de France Télévisions. Initié par le pôle
documentaire qui cherchait à « revisiter
le récit national et ses grands personnages », le feuilleton chronique trois années charnières dans l’existence de
l’écrivain : 1848-1851, de la chute de la
monarchie de Juillet au coup d’État de
Napoléon III. Le romancier est alors en
retrait. Il ne touche plus à son manuscrit des Misères qui deviendra Les Misérables. Victor Hugo se voue à sa vie publique et à sa carrière politique. Son
engagement pour la Seconde République le mènera à terme à s’opposer à
Louis-Napoléon Bonaparte et à prendre
les chemins de l’exil vers Bruxelles puis
les îles anglo-normandes.
Quinze mois de lecture de ses discours à
l’Assemblée nationale, de sa correspondance, de recherches avec les historiens
ont abouti à un scénario « à 95 % avéré ». « Le plus délicat a été de simplifier
les conversations politiques de l’époque
pour rendre compréhensible le parcours
de Victor Hugo : monarchiste bourgeois,
puis libéral, avant de soutenir la cause
ouvrière et de passer à la gauche radicale
et de soutenir la cause ouvrière », notait
Jean-Marc Moutout. Se dévoile sous sa
caméra une société bouillonnante qui
fait encore écho à la nôtre : « Le
XIXe siècle est un horizon de l’histoire. On
y questionne l’accès au travail, le droit
des femmes, la question du divorce. »
Se dessine le portrait fascinant et méconnu d’un génie dévoreur, dont la
part d’ombre n’est pas dissimulée. Interprété avec fougue et conviction par
Yannick Choirat (Paris, etc., Les Témoins), ce Victor Hugo est doué mais sa
mégalomanie écrase ses fils et sa femme. Ce séducteur insatiable se partage
entre son épouse et ses maîtresses. Son
amante de longue date Juliette Drouet,
campée par Isabelle Carré, mais aussi la
plus jeune Léonie d’Aunet. « Ce Victor
Hugo de 45-50 ans, je ne le connaissais
absolument pas à travers son œuvre politique. Cette fiction montre comment
une révolution peut changer un homme.
Sans ce qu’il a vu sur les barricades, il
n’y aurait pas eu Les Misérables », raconte Yannick Choirat. Isabelle Carré
apprécie, elle, que le rôle clé de Juliette
Drouet ne soit pas éclipsé : « Elle était
sa copiste, sa complice de création. Elle
le remit au travail. En travaillant sur ce
projet, je me suis rendu compte que cha-
cun a son propre Victor Hugo. Pour moi,
c’est le poète. »
Pour accompagner cette série patrimoniale qui a bénéficié d’un budget de
5 millions d’euros, l’ensemble du service
public met Victor Hugo à l’honneur.
France 5 et France Culture lui ont consa-
cré documentaire et émissions ce weekend, à retrouver en télévision de rattrapage et en podcast. France 2 fait suivre les
épisodes de ce soir par un numéro Stupéfiant ! Spéciale Victor Hugo. La chaîne ne
compte pas s’arrêter là et prépare des
projets de fiction sur Molière et Voltaire.
15/20
15/20
13/20
7/20
« LE JOUR OÙ J’AI BRÛLÉ MON
CŒUR »
TF1, lundi 5 novembre à 21 heures.
« GOOD DOCTOR », SAISON 2
TF1, mardi 6 novembre à 21 heures.
« LA GUERRE DES AS »
Arte, samedi 10 novembre à 20 h 50.
« CAMPING » SAISON 1
OCS City, lundi 5 novembre à 21 h 55.
Noël arrive en avance pour les fans
de Shaun Murphy, l’interne autiste
prodige du St. Bonaventure Hospital
qui se bat pour exercer la médecine,
se faire respecter de ses collègues et
nouer des liens. Vu les excellentes
audiences de la série médicale autour de six millions de spectateurs
-, TF1 qui vient de terminer la saison
1 embraye directement sur la suivante qui a commencé fin septembre
aux États-Unis. À raison d’un épisode par soirée. Celui de ce mardi a
même été écrit par Freddie Highmore, l’interprète de Shaun. Toujours
imaginées par le créateur de Dr House, ces aventures inédites voient le
départ de deux personnages et le retour de deux visages familiers : l’oncologue Dr Blaize (Lisa Edelstein) et
la voisine de Shaun Lea. De quoi
mettre un peu de romance dans l’air,
qui sait ?
C’est une plongée au cœur des combats aériens de la Première Guerre
mondiale que propose le docufiction
en deux parties (50 minutes chacune
diffusée à la suite) signé Fabrice
Hourlier. Les exploits des as des airs,
reconstitués en 3D, sont à couper le
souffle. Au fil de la narration, qui est
parfois un peu décousue, l’importance croissante que prend l’aviation
dans le conflit est bien décrite. Les
destins croisés de plusieurs aviateurs,
dont ceux des Français Georges Guynemer et René Fonck, ainsi que de
l’Allemand Manfred von Richthofen,
sont commentés par des historiens et
illustrés par des images d’archives et
des scènes jouées. Le statut de vedette de ces jeunes héros apparaît, à
l’image de Guynemer qui forma un
couple glamour avec Yvonne Printemps, avant d’être abattu en vol en
1917.
Produite par HBO, cette minisérie a été
imaginée par Julia Davis et adaptée par
Lena Dunham, la créatrice de Girls.
L’histoire suit Kathryn (Jennifer Garner), qui organise un week-end de
camping pour les 45 ans de son mari.
Mais des convives imprévus s’invitent…
Malheureusement, le scénario, candide, est doté d’un humour sans finesse.
BLAISE DE CHABALIER, CONSTANCE JAMET,
SARAH LECOEUVRE ET VINCENT MOREL.
FIGARO TOP Cette minisérie
patrimoniale en quatre
épisodes, avec Yannick Choirat
dans le rôle de Victor Hugo,
a bénéficié d’un budget
de 5 millions d’euros.
DENIS MANIN/QUAD TÉLÉVISION/POINT DU JOUR/FTV
« VICTOR HUGO, ENNEMI D’ÉTAT »
France 2, lundi et mardi 5
et 6 octobre à 21 heures.
C’est le 13 Reasons Why de TF1. Trois
jours avant la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, la
Une propose un téléfilm consacré à ce
sujet brûlant d’actualité. L’histoire
vraie de Jonathan Destin, un adolescent de 16 ans dans le coma après avoir
tenté de se suicider. Qui est responsable ? Ses camarades de classe qui le tabassaient et le rackettaient ? Son école
qui n’a rien vu ? Sa famille ? Ce feuilleton pose toutes ces questions et y répond. Grâce aux flash-back intercalés
dans l’intrigue, le téléspectateur comprendra pourquoi le lycéen s’est infligé
une immolation par le feu. Michaël
Youn et Camille Chamoux convainquent dans leur rôle respectif, CPE de
lycée tourmenté pour l’un, mère de famille brisée pour l’autre. Un téléfilm
parfois un peu cliché mais d’utilité publique. À voir.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4875
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Donner des coups de fouet. - 2.
Flot touristique. - 3. Sort de
l’ordinaire. Dieu des pâtres. - 4.
Est passé des arènes aux églises.
Mit une raclée. - 5. Avancer sans
assurance. - 6. Elle parfume
nos jardins en hiver. - 7. Réservée.
- 8. Crie comme un harfang.
Possessif. - 9. Ils sont proches de
Morzine. Favorise l’avancée des
bactéries. - 10. Le jour même
mais hier. C’est de la poudre aux
yeux. - 11. Ourse sauvage. - 12.
Rond d’eau à la turque.
1. Surnommée « La Divine »,
elle fut l’une des plus belles voix
du jazz (prénom et nom). - 2.
Ne rechigne pas à la tâche. - 3. Ce
n’est pas une attitude de parti
pris. - 4. Cœur de parisien. Pins
alpins. Un leitmotiv en cuniculiculture. - 5. Crédit universitaire.
Prune éclatée. Circule à Vientiane.
- 6. Exécutée pierre à pierre.
Dut mettre les voiles à cause d’un
imam fanatique. - 7. Fait aussi
bien. Rabougrit. - 8. Jaune à
l’usine, roux en forêt. Donner
satisfaction.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4874
HORIZONTALEMENT 1. Omanaise. - 2. Duperies. - 3. Osier. NB.
- 4. Rit. Osa. - 5. Iconique. - 6. Foie. - 7. Élève. Yi. - 8. Rome. Ban.
- 9. Âgé. Cène. - 10. Nunchaku. - 11. Têtières. - 12. Essartée.
VERTICALEMENT 1. Odoriférante. - 2. Musicologues. - 3. Apitoiements.
- 4. Née. Névé. CIA. - 5. Arroi. Cher. - 6. II. Squ. Béart. - 7. Senau. Yankee.
- 8. ESB. Épineuse.
2
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2951 :
Une fois sur cinq
1
2
3
4
5
6
A72
V 10 7
10 5 4 3
V76
N
O
E
S
RDV
ARD
A R V 6
A D 10
7
Contrat : Sud joue
7 Sans-Atout.
8
Entame : 10 de .
9
10
11
12
LE BUZZ TV
Invité : Laurent Mariotte
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2950 :
La levée impossible
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 4 de . Vous appelez la Dame, plein d’espoir, mais Est
fournit le Roi.
La carte d’entame (le 4 alors que vous possédez le 3 et le 2) vous
assure que les sont partagés 4-4. Ce serait une erreur grossière
de duquer, Est pouvant trouver la contre-attaque potentiellement
mortelle à . Donc, As de à la première levée, sans l’ombre
d’une hésitation. Vous constatez ensuite que vous avez neuf plis
si vous parvenez à réaliser cinq , donc vous pouvez « dans
l’absolu » abandonner cet honneur à Est. Toutefois, ne croyez
pas que ce dernier vous fera le plaisir de prendre du Roi, qu’il soit
troisième ou même second. Lui aussi voit le mort et sait que si
vous faites vos , vous l’emporterez facilement. C’est pourquoi
vous devez jouer sur les deux tableaux en mineure.
Encaissez l’As de en coup de sonde et jouez précisément le
Valet de pris de la Dame. Comme redouté, il fait le pli car pour
le flanc, c’est « levée impossible ». Vous êtes alors dans la bonne
main pour poursuivre d’un petit D7
pour le Valet. S’il tient et que tout
76
A D 10 9 8 7
le monde fournit, votre contrat
762
est au chaud (cinq + deux +
R985
un + un ). Si Ouest prend, la V 10 6 4
N
R854
D V 10 9
défense encaisse trois et vous 6 4 2
O E R5
S
devrez réussir l’impasse à 10 3
D98
(surmontant même le partage
A32
4-1 de la couleur quand les A32
V3
vous fournissent quatre plis).
ARV54
A
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lundi 5 novembre 2018 LE FIGARO
40 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Sylvie
Soleil : Lever 07h44 - Coucher 17h23 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. Jeu 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton. Avec M. Maudran.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Film TV. Drame
Série. Drame
Magazine. Nature
19.15 Friends. Série 20.55 Loly
Wood. Divertissement.
MATIN
21.00 Appels d’urgence
Mag. Société. 1h00. Accidents et
dangers : les pompiers du Nord sur
tous les fronts. Avec 42 000 habitants, la ville de Douai est la sixième
ville du Nord en terme de population.
7
30
7
10
7
6
8
10
7
6
10
9
22.00 Appels d’urgence. Mag. 1.15
MyStory : L’incroyable mariage de…
6
11
7
11
10
11
7
11
40
Le jour où j’ai brûlé
mon cœur
Fra. 2018. Réal. : C. Lamotte. 2h00.
(1 et 2/2). Inédit. Avec Michaël Youn.
Jonathan Destin, 16 ans, victime de
harcèlement, tente de se suicider en
s’immolant par le feu.
23.00 Harcèlement scolaire : le
calvaire de Jonathan Doc. 0.10
New York, unité spéciale. Série.
Victor Hugo,
ennemi d’État
Fra. Saison 1. Avec Cosima Bevernaege. 2 épisodes. Inédits. En 1848,
Victor Hugo a 46 ans. Auteur à succès est aussi une figure incontournable de la vie publique.
22.55 Stupéfiant ! Mag. Société.
Prés. : Léa Salamé 0.25 La trêve.
Série 2.15 Les enfants de la télé
Faut pas rêver
Présentation : Philippe Gougler.
1h55. Dans les Alpes, sur le toit de
l’Europe. Inédit. Philippe Gougler part
du mont Blanc pour une aventure
de 1000 kilomètres sur le toit de
l’Europe occidentale.
23.00 Soir/3 23.45 Qui sommesnous ? Doc. 1.35 Midi en France. 2.00
La vie secrète des chansons
12
11
22.30 C dans l’air 23.35 Avis de sorties 23.45 C à vous. Magazine.
10
14
12
20.55 Le journal d’une femme
de chambre
Film. Drame. Fra-Ital. 1964. NB. Réal. :
L. Buñuel. 1h33. Avec J. Moreau. Une
femme de chambre observe les manies de ses employeurs.
8
8
20.00 C à vous, la suite 20.20 Entrée
libre. Invitée : Virginie Efira.
17
15
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13
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60
16
APRÈS-MIDI
15
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18.30 L’info du vrai (C) 19.55 L’info
du vrai, le mag (C) 20.50 Le JT pressé
(C) 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Les États-Unis au fil de l’eau
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 Silex and the City. Série.
18.40 Objectif Top Chef. Jeu. Prés. :
P. Etchebest. 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Série. Thriller
Film. Drame
Téléréalité
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20.55 Crimes en région PACA
Magazine. Société. 1h55. Inédit.
Au sommaire du magazine, les affaires suivantes: : «Le violeur des
balcons» - «La haine au bout du
chemin» - «Cavale meurtrière».
14
14
17
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
17
16
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18
30
18
18
22.50 Crimes. Magazine 0.45
Crimes à Angers. Magazine.
18
21
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15
19
20
18
60
19
19.05 Les derniers Alaskiens. Survivre à la nature - La fin de l’hiver.
Le bureau des légendes La chambre
des officiers
F r a .S a is o n 4. Avec Mathieu Kassovitz, Artus, Sara Giraudeau, Florence
Loiret-Caille, Jonathan Zaccaï.
2 épisodes. Inédits. Face à Karlov
qui perd patience, Malotru propose
de recruter Ellenstein.
Fra. 2001. Réal. : F. Dupeyron. 2h06.
Avec Éric Caravaca, Géraldine Pailhas. En août 1914, un officier blessé
par un obus est évacué vers le Valde-Grâce, où il passera la guerre.
22.55 Rendez-vous avec Kevin 23.00 Le crépuscule des Aigles
Razy 23.20 Par instinct F ilm . Film. Drame 1.30 Djamilia. Doc. 2.55
D r a m e 0.45 Visages villages. Film.
Arte journal 3.30 Arte Regards.
L’amour est dans le pré
Prés. : K. Le Marchand. 1h10. Inédit.
Nous allons vivre les derniers instants à la ferme chez Aude, Vincent,
Jean-Claude, Émeric et Daniel. Les
week-ends chez les prétendantes
alimentent les conversations.
18
T (en °c)
20.50 Wheeler Dealers France
Série documentaire. Découverte.
Fra. 2018. Réalisation : Anaïs
Fleury et Sébastien Magne. 2h05.
Peugeot 404. Inédit - Land Rover
séries 1. Inédit.
22.55 Wheeler Dealers France.
Série documentaire.
22.10 L’amour est dans le pré
Téléréalité. Présentation : Karine Le
Marchand 23.25 La robe de ma vie
<-10 à 0
19.00 Charmed. Série. Avec
Shannen Doherty. 2 épisodes.
MARDI
21.00 Plan de table
19.25 Quotidien, première partie
20.10 Quotidien. Talk-show.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Battleship
21.00 La planète des singes :
l’affrontement
21.00 Trump est-il
(vraiment) fini ?
Film. Science-fiction. EU. 2014. Réal. :
Matt Reeves. 2h07. Avec Andy
Serkis. Les rancœurs entre singes
et hommes refont surface.
Doc. Société. 2018. Réal. : N. Combalbert. 2h00. Inédit. Alors que les affaires
s’accumulent autour de lui, Donald
Trump reste provocateur et fanfaron.
23.20 Divergente 3 : au-delà du mur.
Film. Science-fiction.
23.00 Donald Trump : est-il (vraiment) fou ? Documentaire.
Film. Action. EU. 2012. Réal. : Peter
Berg. 2h10. Avec A. Skarsgard. Au
large d’Hawaii, des vaisseaux extraterrestres émergent des eaux
et affrontent la marine américaine.
23.25 Geo-Disaster. Film TV. 1.00
Independence Daysaster. Film TV.
Film. Comédie sentimentale. Fra.
2011. Réal. : C. Raynal. 1h24. Avec
Louise Monot. À la suite d’un câlin
bref mais intense, la table dressée
pour la noce est en grand désordre.
22.25 Vilaine. Film. Comédie 0.05 Un
bébé pour mes 40 ans. Film TV.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
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JEUDI
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AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
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10 à 20 20 à 30 30 à >40
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12/16
10/16
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
Un problème technique ne nous a pas permis de diffuser la nouvelle grille des mots fléchés et la solution du samedi 3 novembre, nous vous prions de nous en excuser.
Vous la retrouverez dès demain dans votre journal.
N
O
UV
U
EA
L’actualité heureuse !
L’actualité des stars et du Gotha. Dans les coulisses des châteaux
qui ont fait l’histoire. Les plus belles sagas familiales. Des idées de
voyages au bout du monde. Et la plume de Stéphane Bern.
A
Actuellement chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr
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LE FIGARO
lundi 5 novembre 2018
41
Romain Pilliard,
un amateur aguerri
I
Bio
EXPRESS
dans le Pacifique. L’année dernière, ils ont à nouveau largué les amarres pour s’installer six mois en
Nouvelle-Zélande.
Au fil de ses périples, la famille est devenue de
plus en plus sensible aux sujets d’environnement,
et « au paradoxe qui fait de l’industrie nautique une
activité très polluante et pratiquant très peu le recyclage… ». Le projet Remade-Use It Again ! veut
alerter le public de l’urgence à modifier nos modes
de consommation et montrer que performance et
économie circulaire ne sont pas antinomiques.
« Nous ne sommes pas des babas cool. Dans l’expression “économie circulaire”, il y a le mot “économie”, car nous travaillons, nous faisons du “business” et, en même temps, nous voulons faire bouger
les lignes, consommer plus intelligemment et protéger notre planète », martèle celui qui a convaincu
dans la dernière ligne droite pour s’engager dans
la Route du rhum l’entreprise Remade, leader
européen du reconditionnement d’iPhone dans
des usines françaises, à deux pas du Mont-SaintMichel. Et, dans la foulée, décrocher un contrat
d’ambassadeur avec l’horloger suisse Ulysse Nardin (Kering).
Vendredi dernier, le bateau a été « rebaptisé » à
Saint-Malo, en présence de son parrain FrançoisMichel Lambert, député et président de l’Institut
national de l’économie circulaire. Et samedi, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition
écologique et solidaire, Brune Poirson, est venue
saluer le skipper de Remade-Use It Again ! avant
qu’il prenne la mer. Un départ qui est déjà une
belle victoire. ■
+
» Lire également PAGE 18
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Bolsonaro étudie une rupture
des relations avec Cuba
Décidément très offensif en matière de relations
internationales, le nouveau président brésilien, Jair
Bolsonaro, après avoir annoncé le transfert prochain de
son ambassade à Jérusalem, envisagerait une rupture des
relations diplomatiques avec Cuba. Si Bolsonaro dénonce
la situation des droits de l’homme à Cuba, l’énergique chef
d’État veut surtout se passer des services des milliers de
médecins cubains en poste au Brésil, un contrat d’au moins
1,5 milliard de dollars négocié du temps de Dilma Rousseff.
Suspense au Conseil
supérieur de la magistrature
Retour sur l’enquête
de Stieg Larsson
La campagne fait rage. Dans quelques
jours, Christiane Féral-Schuhl fera
élire par son Conseil de l’ordre
la personnalité qui représentera
les avocats au Conseil supérieur de
la magistrature. Cinq candidats sont
en lice : deux anciens présidents
de la conférence des bâtonniers,
Yves Mahiu et Thierry Wickers,
les ex-bâtonniers Jean-Marie
Burguburu et Franck Nataly et
Annabel Boccara, ancienne membre
du Conseil de l’ordre du barreau de
Paris. Symbole d’une profession
féminisée et rajeunie, cette dernière
ferait souffler un vent de renouveau.
Flammarion publiera en février
prochain l’enquête inachevée de
Stieg Larsson sur l’assassinat du
premier ministre suédois Olof Palme
en 1986. Écrit par le journaliste
indépendant Jan Stocklassa, ce récit
s’appuie sur les archives de l’auteur
de la saga Millenium, propriété
du magazine d’investigation Expo
pour lequel Larsson travailla
jusqu’à sa mort en 2004. C’est
en découvrant une masse de
documents secrètement conservés
dans un hangar que Stocklassa
a décidé de reprendre ce texte.
25 pays en ont acheté les droits.
AU
VE
U
JE
NO
NELSON ALMEIDAMIGUEL SCHINCARIOL/AFP
l a prévenu son sponsor dès le premier
rendez-vous, et cela l’a fait rire : il a peu de
chances de gagner. Il part pourtant avec
les meilleurs autour de lui, ceux qui
s’élancent dans la Route du rhum avec
l’envie d’en découdre. Sur la ligne de départ à Saint-Malo, ce dimanche 4 novembre, dans sa catégorie Ultime (celle des
plus grands bateaux), Armel Le Cléac’h, Thomas
Coville, Francis Joyon, François Gabart et Sébastien Josse. Soit la crème de la crème des marins
français d’aujourd’hui.
Quant à son bateau (Remade-Use It Again !), il
affiche lui aussi un beau pedigree puisque c’est à
son bord qu’Ellen MacArthur a battu le record
autour du monde en solitaire en 2005. « Je suis
un amateur parmi les ultrapros, assume Romain
Pilliard. Et j’ai le plus ancien et le plus petit
bateau parmi les plus gros. » L’engin est pourtant imposant, un trimaran de 75 pieds (23 mètres). Cela ne l’impressionne pas le moins du
monde. « Au-delà d’une certaine taille, la puissance du bateau est telle que ce n’est plus la force
humaine qui compte mais la précision des gestes.
L’important est de se préparer pour apprendre à
bien anticiper. Faire les choses calmement, décomposer les manœuvres et surtout éviter de se
laisser surprendre. »
Son objectif pour cette Route du rhum – mythinautique déjà). Toute son énergie passe alors dans
que course transatlantique en solitaire qui fête ses
la recherche de sponsors pour s’engager dans la
40 ans cette année – est d’arriver en Guadeloupe
Solitaire du Figaro.
(en 14 jours environ) avec un bateau en bon état.
Budget bouclé, il part pour la première fois en
Mais surtout, au-delà du challenge personnel et du
2000, la même année qu’Armel Le Cléac’h, lui
défi sportif, l’idée est de sensibiliser le monde
aussi bizuth. Ce dernier arrive deuxième, et lui
(nautique) à l’économie circulaire. Il a acheté ce
avant-dernier… « J’ai longtemps fait de la voile
trimaran il y a deux ans, alors qu’il était abandonné
comme un Parisien, à Carantec, raconte Romain
dans un hangar à Brest depuis plusieurs années. Les
Pilliard. Je me débrouillais bien, je suis passé pro
bêtes des mers de ce genre ne courent pas les ports
pendant quelques années mais je n’ai jamais eu le nibretons. Romain Pilliard et sa femme, Aurélie,
veau technique de tous les Bretons qui ont grandi sur
cherchent alors un bateau pour servir de catalydes dériveurs et ont fait des régates toute leur enseur à leur projet environnemental et voient vite le
fance deux fois par semaine. »
potentiel que possède encore celui-là. Commence
Sa force à lui, c’est la motivation et la détermination. Il retente une édition de la Solitaire, multialors un chantier de remise en état « avec des matéplie les courses en équipage et en
riels existants et des éléments (voiles,
poulies, bouts, etc.) obsolètes pour les
solo puis part vivre et travailler avec
grandes équipes de course au large
sa femme à Auckland, pendant deux
obsédées par la performance mais qui,
ans, pour l’organisation de la Coupe
après transformations, font parfaitede l’America.
ment l’affaire et prouvent qu’on peut
Économie circulaire
faire les choses différemment ».
1976
À leur retour, ils s’installent en BreNaissance à Paris.
Motivation et détermination
tagne, à La Trinité-sur-Mer, et fon2000 et 2001
Cette acquisition a sonné le début
dent l’agence de marketing sportif
Participe à deux éditions
d’une nouvelle aventure, qui n’est
Eol, spécialisée dans la voile. Ils trade la Solitaire du Figaro.
ni la première ni la dernière. Le quavaillent sur divers événements et
2008
dra qui a grandi à Paris dans les
Fonde le Tour de Belle-Île créent il y a dix ans le Tour de Bellebeaux quartiers est assez vite sorti
Île, qui est devenu la plus grande réavec sa femme, Aurélie.
des sentiers balisés du VIIe arrongate française avec 500 bateaux
2016
amateurs et professionnels au dédissement. Son bac au lycée La RoRachète le trimaran
part. Le virus du voyage les pousse à
chefoucauld en poche, suivi d’un
Ultime d’Ellen MacArthur.
repartir avec leurs deux jeunes gardiplôme d’école de commerce, il ne
2018
çons pendant deux ans à Shanghaï,
tient que quelques mois dans un buPrend le départ pour la
reau à Paris (chez un constructeur
mythique Route du rhum. puis à faire un tour de quelques mois
DIS ÇA, JE DIS RIEN !
TU VOIS
CE QUE
JE VEUX
DIRE !
Y’A PLUS
QU’À !
JE PARLE
SOUS TON
CONTRÔLE !
9€
Disponible dans tous les points de vente
,90 et sur www.figarostore.fr
A
Élodie Baërd
ebaerd@lefigaro.fr
YOAN VALAT/EPA/MAXPPP
SUCCÈS Inscrit de la dernière heure pour la Route du rhum,
il navigue sur un énorme trimaran ayant appartenu
à Ellen MacArthur, et qu’il a rénové avec des matériaux recyclés.
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GR ÂCE E T CAR ACTÈR E
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