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Le Figaro - 02 11 2018

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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 086 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
AVIS D’EXPERT
Prendre part à l’investissement responsable
PAR
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
EXCLUSIF
LES EXTRAITS DU LIVRE
À PARAÎTRE SUR
L’AFFAIRE JOHNNY PAGE 13
EUROPÉENNES
Emmanuel Macron
accusé
de dramatiser
le scrutin
PAGE 6
DIPLOMATIE
Édouard Philippe
veut muscler
les liens avec
le Vietnam
OPÉRA
CES JEUNES CHANTEURS
QUI RÉVEILLENT
LE RÉPERTOIRE FRANÇAIS PAGE 24
L’inquiétante banalisation
des violences antipolicières
antipolici
PAGE 6
ÉTATS-UNIS
Donald Trump bat
le rappel contre
l’immigration
UNIVERSITÉ
L’antisémitisme
gagne du terrain
dans les
établissements
de l’enseignement
supérieur
Les dérives
du Grand Paris
compliquent le
chantier du siècle
PAGE 18
THÉRAPIE
Quand le jardin
soigne et apaise
CHAMPS LIBRES
PAGE 27
Éducation :
les tribunes
de Jean-Michel
Delacomptée
et de Barbara
Lefebvre
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
La tribune
d’Hervé
Mariton
n
n
PAGES 14 ET 15
@
Réponses à la question
de jeudi :
Trouvez-vous normal
que le président Macron
s’accorde quelques jours
de repos ?
NON
29 %
OUI
71 %
TOTAL DE VOTANTS : 68 848
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Le gouvernement a-t-il
pris la mesure de la
montée des violences
contre les policiers ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?l@l@a@c@a";
Le gouvernement cherche
des parades à la colère
des automobilistes
Une nouvelle étude
dévoile l’alimentation des
hommes préhistoriques
Alors qu’un appel au blocage
des routes est lancé par des
automobilistes le 17 novembre
pour dénoncer la hausse des
taxes sur les carburants, le gouvernement tente de faire le dos
L’analyse de résidus sur des
poteries vieilles de 8 000 ans
a permis d’identifier des protéines animales venant principalement de chèvres, de
moutons et parfois d’équi-
PASCAL LE SEGRETAIN/GETTY IMAGES/
AFP - PALAZZETTO BRU ZANE ABDULLAH COSKUN/ANADOLU AGENCY
rond. L’exécutif a tout de même
concédé, sous la pression, des
mesures d’accompagnement
pour les plus modestes mais qui
sont loin d’apaiser la grogne des
Français. PAGES 4 ET 5
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
FIGARO OUI
FIGARO NON
M 00108 - 1102 - F: 2,60 E
Pour les forces de l’ordre, la nuit de Halloween a viré au cauchemar face à des casseurs
appelés à se rassembler via les réseaux sociaux. Une délinquance de moins en moins
exceptionnelle : 14 policiers sont blessés chaque jour. PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
H
pessimiste : si rien n’est fait dans les cinq à six
ans à venir, la situation pourrait être « irréversible », disait-il. Ajoutant, le jour de son départ : « Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains
que demain on ne vive face à face. » Il est certain
qu’on y avance à grands pas. Les réponses policières et judiciaires contre les fauteurs de
troubles – de plus en plus jeunes -, les prédicateurs séditieux, les réseaux de la drogue et de
l’immigration clandestine sont inadaptées depuis des années. Et ce
gouvernement n’a pas
redressé la barre, tant
s’en faut. Sa peur d’être
sous le feu des professeurs de vertu républicaine efface vite sa détermination affichée.
Au lieu de disserter sur l’époque, pour lui
trouver d’improbables similitudes avec l’entre-deux-guerres, et d’opposer les « progressistes » aux « nationalistes », Emmanuel Macron devrait d’abord se battre contre la
violence mécanique qui s’installe en France.
Ce péril-là n’est pas imaginaire, mais bien
réel. ■
Prendre part à l’investissement responsable
PAR
BÉATRICE BELORGEY
Directrice de BNP Paribas Banque Privée
et Présidente de B*capital
QUELS SONT LES ENGAGEMENTS
DE BNP PARIBAS BANQUE PRIVÉE
EN MATIÈRE D’INVESTISSEMENT
SOCIALEMENT RESPONSABLE
(ISR) ?
C’est
à présent
l’autorité
de l’État
qui est
en danger
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
PAGE 10
AVIS D’EXPERT
Violence mécanique
alloween ou pas, la réalité est là :
effrayante. La couleur symbolique de cette tradition importée
n’évoque d’ailleurs pas la fête,
mais la violence inouïe décrite
dans Orange mécanique, le prophétique roman d’Anthony Burgess. La haine antiflics
qui s’est manifestée dans la nuit de mercredi à
jeudi partout en France - jusqu’à La Réunion
– n’est malheureusement que le reflet de la
délinquance ordinaire qui s’enracine dans
notre pays.
Une dizaine de policiers y sont blessés chaque
jour. Sans compter tous les enseignants, soldats du feu, contrôleurs des transports dont
les fonctions sont contestées, bafouées, piétinées dans le même temps. Si la cohésion nationale est attaquée depuis longtemps, c’est à
présent l’autorité de l’État qui est en danger.
Où est le pouvoir ? Dans les mains des forces
de l’ordre ? Ou chez ces milliers de voyous
mobilisés, via les réseaux sociaux, par un
provocateur de 19 ans appelant en début de
semaine à la « purge » ?
Évoquant la dimension communautaire de ces
tensions avant de quitter le ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb s’était montré très
dés. Les céréales, orge et blé,
probablement cultivées, et la
présence de produits laitiers
sont des témoins des tout débuts de l’agriculture.
Notre démarche s’inscrit dans la politique portée
par le groupe BNP Paribas qui a été précurseur en se
dotant d’une direction de l’Engagement d’entreprise
qui coordonne les actions du Groupe en matière
de responsabilités sociales et environnementales.
Au niveau de la banque privée, cela se traduit
par un certain nombre d’initiatives comme le
partenariat que nous avons noué avec l’Université de
Cambridge...
Retrouvez son point de vue
dans LE FIGARO MAGAZINE page 174
A
BTP
Photo : © Kendrick
PAGE 9
PHOTO PIERRE AUGROS/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
PAGE 8
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Violences : 14 policiers blessés chaque
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
LA FRANCE connaît une poussée de fièvre et l’uniforme est plus que jamais
pris pour cible. Pour les forces de l’ordre, la nuit de Halloween a viré par endroits au cauchemar. Dans la bouffée de
violences sporadiques qui s’est soudain
emparée du pays, des voyous de cité
ont manifestement décidé de se faire
des « flics ». Avec la volonté de faire
très mal. Comme en écho aux appels à
la haine diffusés sur les réseaux sociaux
sous le mot d’ordre #lapurge, des inconnus ont caillassé et jeté de l’acide
sur des policiers alors que ces derniers
tentaient de rattraper un des casseurs
masqués qui venaient de prendre d’assaut un commerce à Montgeron (Essonne). Une mineure de 13 ans a été interpellée. Un des agents intoxiqués a en
outre été blessé à la main.
Cette agression n’a hélas plus rien
d’extraordinaire. Symbole d’une République qui ne parvient plus à se faire
respecter, elle va alimenter des statistiques qui donnent le vertige. Selon un
dernier bilan porté à la connaissance du
Figaro, pas moins de 1 249 policiers ont
été ainsi blessés en mission lors du premier trimestre de cette année. Soit près
“
Plus personne ne craint
les institutions. […] Il est
plus que temps que
le débat sur la sanction
soit mis sur le tapis…
”
FRÉDÉRIC LAGACHE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
ADJOINT D’ALLIANCE POLICE NATIONALE
A
de 14 par jour ! Même si ce chiffre est en
léger recul (- 4 %) par rapport à la
même période de l’année précédente, il
témoigne d’un niveau de rugosité très
élevé sur le terrain. Signe tangible que
les violences s’accentuent : les atteintes
occasionnant des ITT de quinze jours et
plus dans les rangs policiers ont bondi
pour représenter 18 % du total pour le
premier trimestre 2018, contre 11 % en
2017. À ce sombre tableau il conviendrait aussi d’ajouter la progression de
15 % des blessures en opération subies
dans la même période par les adjoints
de sécurité (ADS) et cadets de la République. Soit 151 victimes entre janvier et
mars dernier.
À la pointe de la lutte contre une délinquance qui s’enkyste dans tous les
replis du territoire, les forces de l’ordre
encaissent d’incessants coups de boutoir. Dans le XIXe arrondissement de
Paris, c’est une policière qui est assommée à coups de poing et de cric alors
qu’elle intervenait sur un accident de la
circulation. En Gironde, deux agents se
sont fait tabasser par un homme de
24 ans pris de boisson. Même en civil, la
menace est omniprésente comme le
montre l’attaque d’un policier, apparemment en raison de sa profession,
alors qu’il se rendait à son travail au
commissariat de Bastia. À Othis (Seineet-Marne), c’est une policière et son
conjoint qui ont été roués de coups devant leur fille de 4 ans par un dealer.
Chauffés à blanc à l’approche des
élections professionnelles qui se profilent à la fin du mois, les syndicats de police montent au créneau. « Plus personne
ne craint les institutions, tonne ainsi Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint
d’Alliance Police nationale. La peur ne
changera pas de camp tant que va durer
l’insupportable sentiment d’impunité dont
jouissent les délinquants. Il est plus que
temps que le débat sur la sanction soit mis
sur le tapis… » Il y a quinze jours encore,
la relaxe devant le tribunal de Béziers
des trois hommes soupçonnés d’avoir
agressé des policiers venus fermer des
bodegas a soulevé la polémique. Dénonçant une « décision incompréhensible et
intolérable, à l’heure où les policiers sont
les cibles permanentes de violences et
d’agressions de toute sorte et font l’objet
de menaces », le syndicat Unité SGP Police FO fustige un « vrai acte de défiance
à l’encontre des policiers ».
Assurant un « soutien total » aux effectifs engagés sur le terrain et dont « le courage force le respect », la Direction générale de la police nationale n’entend pas
rester inerte. Les attentats puis la tragédie
de Viry-Châtillon, où quatre policiers
pris dans un guet-apens ont failli périr
brûlés vifs à bord de leur voiture, ont été
les déclencheurs de divers plans visant à
« durcir » la cuirasse des services de sécurité. Depuis 2014, le budget alloué à
l’équipement de la police nationale a ainsi
plus que doublé, permettant notamment
de 25 000 gilets pare-balles, 11 200 casques lourds ou encore de 66 000 cagoules
« non-feu ». La Sécurité publique s’est
vue en outre doter de 280 véhicules renforcés par des blindages et des vitres incassables. Par ailleurs, les équipages à
trois ont été systématisés dans les véhicules
« primo-intervenants »
patrouillant dans les quartiers sensibles.
Pour mieux prendre en charge les
blessés, qui disposent d’un nouveau
« guichet » permettant une procédure
plus rapide, la DGPN insiste aussi sur la
« forte montée en puissance » de son service de soutien psychologique opérationnel, « disponible H24, avec une capacité de mobilisation rapide lors
d’événements ». Reste que ces efforts ne
sont que le remède à un mal endémique
qu’il s’agit de prendre à la racine. C’està-dire celui des quartiers et des zones
de « non-droit », où la fameuse reconquête républicaine lancée cet automne
doit porter ses fruits avant que l’État de
droit ne sombre corps et biens. ■
JULIEN MATTIA / LE PICTORIUM
Après la nuit de Halloween,
lors de laquelle des agents ont été
aspergés d’acide, l’impunité des
voyous est encore pointée du doigt.
116 « casseurs » arrêtés la nuit de Halloween
PAS MOINS de 116 interpellations,
ayant donné lieu à 82 gardes à vue : le
bilan des coups de filet menés à travers
le pays en dit autant que de longs discours sur les violences venues émailler
la dernière nuit de Halloween.
Même s’il a jugé, sans offrir de plus
amples détails, que « les dégâts sont
[…] largement inférieurs à ce que nous
avons connu les années précédentes »,
le ministre de l’Intérieur Christophe
Castaner s’est indigné contre des faits
« totalement anormaux, scandaleux ».
En marge d’une visite à la brigade des
sapeurs-pompiers de Paris, l’hôte de
la Place Beauvau a rappelé avoir demandé dès mercredi aux préfets « une
mobilisation renforcée », après la diffusion sur les réseaux sociaux de messages appelant à une « purge » des policiers le soir du 31 octobre, pour Halloween (lire ci-dessous).
Au total, ce sont donc près de 15 000
membres des forces de l’ordre qui ont
été déployés à travers le pays. Ce
« dispositif de grande ampleur » a permis selon lui de faire diminuer le
nombre d’incidents. Au total, près
d’une soixantaine de villes ont été les
théâtres d’incidents. Outre les graves
débordements commis dans le département de l’Essonne, particulièrement touché, des échauffourées ont
été à déplorer dans le Rhône, où douze
« casseurs » ont été interpellés, pour
la plupart à Lyon, à la suite de bousculades, jets de projectiles, feux de poubelles et de véhicules. Les suspects
sont essentiellement des mineurs,
parmi lesquels un avait relayé l’appel
à la « purge » antiflics. La préfecture a
assuré de son côté que « sept » véhicules calcinés avaient été signalés
dans le département.
Plainte de Castaner
À Rennes, où treize voitures et une
vingtaine de poubelles ont été incendiées dans différents quartiers de l’agglomération et un camion de pompiers
a été caillassé, un adolescent de 15 ans
a été « sérieusement » blessé par un tir
de gomme cogne mercredi soir alors
qu’il lançait des projectiles en direction des policiers. Dans l’est de la
France, traditionnellement touché par
les violences de Saint-Sylvestre, la fête
a aussi été gâchée par les casseurs.
À Metz, trois arrêts de bus ont été
dégradés et des projectiles ont été lancés sur des transports publics. À Strasbourg, deux personnes ont été arrêtées après des échauffourées avec les
forces de l’ordre dans les quartiers
sensibles de la ville. Des jets de bouteilles incendiaires à l’encontre des
policiers ont également eu lieu pendant la soirée, selon la Direction départementale de la sécurité publique
(DDSP) du Bas-Rhin.
« Halloween doit rester une fête », a
déclaré encore le ministre de l’Intérieur avant de lâcher : « La “purge”,
ce n’est pas une blague, c’est une menace à l’encontre de nos forces de l’ordre qui incarnent la République et assurent notre protection. J’ai porté
plainte. Des interpellations ont eu lieu.
Nous serons extrêmement fermes pour
protéger systématiquement nos forces
d’intervention partout en France. » Accompagné du secrétaire d’État Laurent Nunez, Christophe Castaner a assuré de son soutien les trois policiers
mais aussi les deux gendarmes blessés
lors des opérations de rétablissement
de l’ordre. ■
C. C.
Cet appel à la « purge » qui visait les forces de l’ordre
Quand Collomb
BLAGUE MACABRE ou appel au meurtre ? La justice tranchera. Mais « l’affaire de la purge » aura en tout cas une
nouvelle fois démontré que les réseaux
sociaux peuvent être un égout à ciel
ouvert et une arme d’hystérisation
massive et rapide. Tout commence le
samedi 27 octobre quand un jeune
homme de 19 ans publie sur Snapshat
le message : « A tout les mecs de Grenoble (smh, echirolles, fontaine etc.) venez le 31 c’est la purge, tous les coups
sont permis : toutes le zones & les quartiers montent une équipe, quand 2 équipe se croisent obbliger de s’affronter !!!
À tt les autres, restez chez vous. Bonne
chance à tt les secteurs, bonnes purges. » Production américaine très violente, The Purge (American Nightmare
en version française…) a à son actif
quatre films et une série TV. Sur un
site promotionnel, on explique que,
pour faire baisser le taux de criminalité, le crime est autorisé, à grands
coups d’égorgements et de décapitations, chaque année pendant la nuit du
4 juillet. Appel à la violence, allusion à
un blockbuster hyperviolent « made
in US ». Les réseaux sociaux, avec
LORSQU’IL était encore à l’Intérieur,
Gérard Collomb n’avait rien laissé
transparaître. Aussi ses propos alarmistes, tenus au moment de son départ du gouvernement, avaient-ils
surpris. Lors de la passation de pouvoir
avec Édouard Philippe, le 3 octobre
dernier, il avait regretté sur le perron
de Beauvau « une situation très dégradée » dans certains quartiers où règne
« la loi du plus fort ».
Il avait même interpellé à cette occasion le chef du gouvernement :
« Monsieur le premier ministre (...), je
suis allé dans tous ces quartiers. (...) Le
terme de reconquête républicaine y
prend tout son sens . » « Aujourd’hui, on
vit côte à côte, je crains que demain on
puisse vivre face-à-face », avait-il notamment déclaré, presque défaitiste.
La formule, très commentée, avait
frappé les esprits, aussi bien dans la
majorité macroniste que dans les oppositions de droite et de gauche.
L’ancien ministre de l’Intérieur
avait en réalité établi ce constat bien
avant sa démission. Selon des propos
rapportés par Valeurs actuelles datant
du 13 février 2018, Gérard Collomb se
Twitter ou Facebook, s’emballent. Et
des variantes apparaissent. Le dimanche 28 octobre, on voit apparaître sur
le compte d’un habitant de CorbeilEssonnes un autre message appelant à
s’habiller en noir, à commettre des
vols et à attaquer les forces de l’ordre
(« Les forces de l’ordre devront d’être
attaquer au mortier, feux dartifice, pétard, pierres… Que la première purge de
france soit un succès »). D’autres messages, de Seine-Saint-Denis ou d’Ilede-France sont repérés. Le premier
indique : « Bruler voiture commissariat
si possible […] Chaque force de l’ordre
(police) que vous croiser devra automa-
Le 28 octobre, un habitant de Corbeil-Essonnes a envoyé ce message sur les
réseaux sociaux qui appelle à une « purge » dans la ville. CAPTURE D’ÉCRAN SNAPCHAT
tiquement être mêlé [frappé]. » Il est
conseillé de « s’habiller en noir avec
masque si possible » et il est précisé que
« toute personnes dehors seul sera mêlé
frapper » et que « touts les armes sont
légale ».
Devant la mobilisation des syndicats
de police et du ministère de l’Intérieur, le jeune Grenoblois prend peur
et diffuse sur Twitter plusieurs messages expliquant que son appel était
« une énorme blague et une invention »
qui a pris une trop grande ampleur.
« C’est moi qui est lancé cette rumeur de
la purge dans les villes de Grenoble, Paris, Genève etc. alors je me dois de vous
faire parvenir ce message. À retweeter
en masse que les gens comprennent. » Il
s’est ensuite présenté dans un commissariat et il sera jugé le 28 novembre
devant le tribunal correctionnel de
Grenoble pour « provocation, non suivie d’effet, au crime ou délit ». Par
ailleurs un adolescent de 16 ans a été
placé en garde à vue mardi à Sarcelles
(Val-d’Oise) et présenté à un juge des
enfants mercredi. Il a été mis en examen. Le jeune homme avait relayé sur
Facebook l’appel à la « purge ». ■ J. C.
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
jour
et parler d’aggravation plutôt que d’une
amélioration pose problème.
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN CHICHIZOLA
Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’analyse
comparée des polices. Enseignant à
Sciences Po Grenoble et à l’École nationale supérieure de la police, il a été
conseiller technique pour les Nations
unies et la Commission européenne (Turquie, Tunisie). Il est l’auteur de De la police en démocratie (Grasset).
LE FIGARO. - Cocktails Molotov,
tirs au mortier, bouteilles d’acide…
Pourquoi les policiers ne font-ils plus
peur aux délinquants ?
Sebastian ROCHE. - Parce que nous sommes dans un rapport de confrontation et
de surenchère. La stratégie officielle, qui
repose sur l’usage de la force et la volonté
de faire peur aux voyous, joue sur l’émotion et pas sur le calcul. De l’autre côté,
les voyous veulent aussi faire peur. Et savent commettre des actes graves et emblématiques comme l’attaque au cocktail
Molotov de Viry-Châtillon. Une action
choquante qui marque les imaginations.
Il faudrait pouvoir sortir de cette spirale.
En attendant, les attaques contre
les forces de l’ordre se multiplient…
Menacer de mort un policier ou n’importe
qui d’autre d’ailleurs est bien sûr inacceptable. Tuer ou blesser un policier est un acte
gravissime qu’il faut punir sévèrement. Si
l’on regarde les statistiques, on n’observe
toutefois pas de tendance à l’aggravation de
la situation en termes de policiers tués en
mission et en service. Selon l’association
Victime du devoir-Police Hommage (policehommage.blogspot.fr), il y a aujourd’hui
beaucoup moins de policiers tués en service
que dans les années 80. Ce qui est bien sûr
déjà trop. Mais crier au loup est dangereux
Les violences de la nuit
Les Mureaux
de Halloween
Villes et départements où ont
été recensés des incidents
dans la nuit du
31 oct. au 1er nov.
Grandchamps-des-Font.
La Montagne
Rennes
Sartrouville
1
Maurepas
St-Paul
SEBASTIAN ROCHÉ,
DIRECTEUR DE RECHERCHE AU CNRS
”
vent aussi se justifier dans un contexte terroriste, posent d’autres problèmes : complexes, elles sont souvent mal utilisées par
des personnels mal formés. Attention à
l’idée naïve qu’une arme plus lourde vous
assure une meilleure protection. Cela peut
aussi créer une spirale de surarmement
comme au Mexique ou au Brésil, où les
« Narcos » font face aux polices fédérales.
Sur le plan juridique, le rapprochement
recherché entre policiers et gendarmes en
matière de légitime défense semble plutôt
Quels autres moyens pour sortir
de cette « spirale de violences » ?
Dans les pays qui font mieux que nous,
comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le
Danemark, l’accent est mis sur la recherche d’une amélioration de la qualité des relations entre les forces de l’ordre et la population. Or nous avons une police française
qui a des coûts comparables à ceux du Danemark et des taux de confiance et de légitimité auprès de la population au niveau,
très médiocre, de la Grèce… Nombre de policiers et de gendarmes comprennent les
enjeux et il existe des initiatives locales pour
mieux faire. Elles sont tolérées. Mais nous
sommes dans un État à la police nationale
centralisée et si le ministère de l’Intérieur
ne bouge pas, rien ne changera vraiment. Il
n’y a pas encore de volonté de créer une
doctrine et une stratégie de recherche de la
confiance. Or l’enjeu est important :
d’abord parce que les policiers cherchent
un sens à leur action et que cette recherche
d’une meilleure relation avec le public
pourrait le leur apporter. Ensuite parce que
après avoir travaillé sur des quartiers défavorisés de Lyon, Grenoble, Marseille ou
Aix-en-Provence, j’ai mesuré combien la
police est détestée bien au-delà du cercle
des délinquants. Si l’on savait relever cet
enjeu, regagner la confiance de la masse des
jeunes et de la population, les policiers seraient mieux informés et plus soutenus. ■
En Essonne,
à Lyon…
les violences
se multiplient
en cette soirée
d’#Halloween ! […]
La France
s’ensauvage, l’État
reste impuissant.
Soutien à nos
forces de l’ordre
ce soir. #purge
»
NICOLAS DUPONT-AIGNAN
DÉPUTÉ DE L’ESSONNE ET PRÉSIDENT
DE DEBOUT LA FRANCE, SUR TWITTER
1. St-Germain-en-Laye
2. Vélizy- Villacoublay
3. Vigneux-sur-Seine
4. Montgeron
Thionville
Yutz
Metz Farébersviller
Strasbourg
La Chapelle-sur-Erdre
Carquefou
Joué-lès-Tours
Nantes
L R
Le Chaudron
Ste-Suzanne
St-André
Le Port
“
Il n’y a pas encore
de volonté de créer
une doctrine
et une stratégie de
recherche de la confiance
un moyen de calmer la grogne des policiers. Sans vrai changement car le juge
continuera à trancher au cas par cas en
suivant la jurisprudence de la CEDH.
Viroflay
Créteil
2 Massy
3
Guyancourt
4
Les Ulis
Draveil
St-Michel-sur-Orge
CorbeilEssonnes
Étampes
Poitiers
St-Denis
Riv. des
Galets
St-Denis
Pour répondre aux agressions
du quotidien, la solution passe-t-elle
par une augmentation des moyens
ou une meilleure protection juridique ?
Des équipements comme les gilets pareballes ont été réclamés. Ils sont la plupart
du temps inutiles car nous ne sommes
heureusement pas dans le cas d’une armée
en campagne ! Ils posent déjà des problèmes d’usure, de disponibilité, d’hygiène.
Les dotations en armes longues, qui peu-
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Sebastian Roché : « Nous sommes dans un
rapport de confrontation et de surenchère »
Affrontements lors de la
manifestation du 1er mai 2018
entre les forces de l’ordre
et les black blocs à Paris.
St-Jacques-de-la-Lande
3
Bras-Panon
St-Benoît
Aussonne
5. Grigny
6. Vénissieux
7. Givors
Villefranche-sur-Saône
Vaulx-en-Velin
Lyon Meyzieu
Montbrison 5 6
Grenoble
Andrézieux-Bouthéon 7
Échirolles
Rive-de-Gier Vienne
Pont-de-Claix
St-Jory
St-Jean
Léguevin
Balma
St-Lys
Toulouse
Muret
Eaunes
Sources : presse régionale et agences
St-Pierre
Infographie
”
re. « C’est pour ça qu’avec Emmanuel
Macron, nous avons voulu faire changer
la loi », indiquait celui qui s’apprête à
redevenir maire de Lyon lundi 5 novembre lors du prochain conseil municipal.
Adoptée le 1er août dernier, la loi asile et immigration garantit, selon ses
auteurs, la réduction du délai de trai-
te
A
GÉRARD COLLOMB, EN FÉVRIER 2018.
at
“
Ce que je lis tous
les matins dans
les notes de police
reflète une
situation très pessimiste
tement des demandes d’asile et facilite
les reconduites à la frontière pour les
déboutés. Jugé trop « répressif » par la
gauche, le texte avait au contraire été
considéré « inutile » par la droite.
« Des communautés en France s’affrontent de plus en plus et ça devient
très violent... », jugeait également
l’ancien ministre, prévenant qu’il ne
restait que « peu de temps » pour améliorer la situation. « C’est difficile à estimer mais je dirais que, d’ici à cinq ans,
la situation pourrait devenir irréversible. Oui, on a cinq, six ans pour éviter le
pire. Après... », avertissait-il.
Craint-il dans ces conditions une
sécession ou une partition ? La réponse
est sans ambages : « Oui, je pense à
cela, c’est ce qui me préoccupe ». Le
constat est terrible. Il ne fera que le répéter en octobre dernier, quand il
quittera la Place Beauvau.
Et comme pour enfoncer le clou, à la
question des journalistes de Valeurs
actuelles « Pensez-vous qu’on n’a plus
besoin d’immigration en France ? »,
l’ancien ministre de l’Intérieur aurait
répondu : « Oui, absolument. » ■
P. L. ET A. Z.
ru
voulait encore plus alarmiste. « C’est
très inquiétant. Ce que je lis tous les matins dans les notes de police reflète une
situation très pessimiste. Les rapports
entre les gens sont très durs, les gens ne
veulent pas vivre ensemble... », déplorait-il à l’époque, estimant que la responsabilité de l’immigration était
« énorme » dans la situation sécuritai-
rc
prédisait déjà le « face-à-face »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’exécutif cherche des réponses
à la colère des automobilistes
La fronde contre la hausse des taxes sur le carburant inquiète au sein même de la majorité macroniste.
ÉNERGIE Qu’il est loin le temps où Emmanuel Macron faisait l’unanimité avec
son « Make our planet great again » !
Après dix-huit mois d’exercice du pouvoir, l’exécutif se trouve accusé de ne
pas en faire assez en matière d’écologie,
surtout depuis la démission fracassante
de Nicolas Hulot. Et « en même temps »
de trop en faire, en imposant des mesures impopulaires comme la hausse des
taxes sur le carburant, chargée d’inciter
les Français à moins rouler et à se détourner du diesel.
En pleine tournée médiatique de promotion de son dernier livre, Ségolène
pour le gazoil et de 3 centimes pour
l’essence.
Les députés de la majorité se font houspiller dans leurs circonscriptions. Et ils
doutent. « On me pose deux questions sur
le terrain : jusqu’où ça montera, et combien
de temps ça va durer, témoigne par exemple Frédéric Barbier, député LaREM du
Doubs. Je ne suis pas démago, je ne réponds pas que demain on va rouler gratis.
Mais il faut amortir le surcoût de la transition dû à la hausse du prix du pétrole. »
« Du sang et des larmes »
La question a animé, lundi soir, la réunion du bureau exécutif de LaREM, l’instance de direction du parti. Sachant ses
troupes inquiètes, le président du groupe
majoritaire à l’Assemblée, Gilles Le Gendre, avait voulu lancer le débat autour
du pouvoir d’achat. Peine perdue, le ministre de la Ville et du Logement, Julien
Denormandie, lui a rétorqué que « Macron n’a pas été élu sur le pouvoir
d’achat ». « Notre promesse initiale, c’est
que le travail paie mieux », a-t-il recadré.
En réunion de groupe, mardi à l’Assemblée, Gilles Le Gendre a donc repris l’argumentaire pour répondre aux
interpellations de Bruno Bonnell connu pour sa liberté de ton - mais
aussi d’Olivia Grégoire - habituellement très respectueuse de la ligne officielle. « Il faut avoir du courage politique et assumer, même si on n’est pas
accueilli par des bisous en circonscription, commente, convaincu, un député
de la majorité de Normandie. On est là
pour tenir la baraque, transformer,
même s’il doit y avoir du sang et des lar-
Jeudi, à Paris.
Depuis le début
de l’année,
le litre de gazole
a flambé de 23 %,
celui de l’essence,
de 15 %.
Emmanuel Macron attendu sur l’énergie nucléaire
à profit pour tenter de braquer davantage
les projecteurs sur l’enjeu du réchauffement climatique plutôt que sur le dossier
nucléaire. Une pédagogie préventive à
double objectif. Il s’agit d’une part de se
débarrasser de l’amalgame créé par l’écologie politique entre climat et atome,
l’énergie nucléaire ayant justement
l’avantage de ne pas émettre de CO2. Il
s’agit surtout de déminer un terrain risqué
pour le président, dont la fermeté risque
d’être jugée sur un seul nombre : celui des
réacteurs nucléaires qui devront fermer.
A
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
“
REUTERS
APRÈS la polémique sur la fiscalité des
carburants, la politique environnementale de l’exécutif va très bientôt enflammer
le débat dans le domaine de l’énergie. Car
le temps des décisions est cette fois - enfin ! - venu. Le gouvernement dévoilera sa
stratégie énergétique, avec la publication
des projets de décret de programmation
pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui fixeront ses ambitions pour les périodes 20192022 et 2023-2028. Un chantier qui recouvre deux enjeux : la réduction des
émissions de gaz à effet de serre et la baisse de la part du nucléaire dans la production d’électricité.
Le dossier a pris du retard. Les décisions
ont été annoncées pour le mois de juillet,
puis pour la rentrée, pour le 30 octobre
ensuite, et finalement pour la mi-novembre, après l’itinérance mémorielle du président. De source proche du dossier,
l’exécutif envisagerait une annonce en
deux temps. La PPE serait d’abord présentée par le gouvernement, avec François de Rugy en première ligne, après la
mi-novembre, à proximité de la publication du projet de loi mobilités. Puis, à la fin
du mois ou début décembre, le chef de
l’État, qui avait annoncé mi-octobre des
« décisions structurantes et historiques »,
devrait en faire un exposé plus ambitieux.
Un discours qui interviendra avant la réunion de la COP24, en Pologne.
Entre-temps, Nicolas Hulot, devenu
par sa démission théâtrale le symbole de la
mauvaise conscience écologique du pays
et du gouvernement, se sera rappelé au
bon souvenir d’Emmanuel Macron puisqu’il est annoncé à « L’Émission politique » de France 2, le 22 novembre.
L’exécutif a mis ces dernières semaines
Dans
les prochaines
semaines,
le gouvernement
aura des décisions
historiques et structurantes
à prendre
”
EMMANUEL MACRON, LE 16 OCTOBRE
Emmanuel Macron avait en effet été un
ministre de l’Économie catalogué dans le
camp des pronucléaires, ayant piloté le
sauvetage de la filière en 2015 et 2016. Et
c’est certainement plus par calcul politique que par conviction qu’il avait fait sien,
en campagne pour la présidentielle, l’objectif de la loi de transition énergétique signée Ségolène Royal, de ramener de 75 %
à 50 % la part de l’atome dans le mix électrique dès 2025. L’élection est passée, et la
date de 2025 a été enterrée, par Nicolas
Hulot. Comme l’a dit Édouard Philippe
début septembre, l’objectif des 50 % de
nucléaire s’entend désormais « à l’horizon
2035 ».
Reste à dire comment on y arrive. La
PPE décrira la trajectoire de montée en
puissance des énergies renouvelables (éolien terrestre et marin, solaire, biomasse…) et les moyens affectés à leur développement. Elle mettra l’accent sur les
fermetures programmées d’ici à la fin du
quinquennat des centrales à charbon
françaises.
Les perspectives du parc nucléaire seront bornées par une hypothèse et un impératif. L’hypothèse, c’est la prévision
d’évolution de la consommation électrique. EDF a perdu ce - rude - bras de fer : le
gouvernement table sur une consommation stable à légèrement négative pendant
plusieurs années, quand l’électricien pense que le développement des usages va rapidement créer une petite croissance (jusqu’à 0,5 %).
L’impératif, martelé ces dernières semaines par l’exécutif comme pour ramener l’opinion et les écologistes au principe
de réalité, c’est la sécurité d’approvisionnement. Celle-ci sera d’autant plus difficile à assurer que les centrales à charbon
et Fessenheim auront été fermées, tandis
qu’on attend toujours la mise en service
du réacteur EPR à Flamanville et la
construction de la centrale à cycle combiné gaz de Landivisiau.
Dans ces conditions, combien de réacteurs nucléaires pourra-t-on et devra-ton fermer, à partir de quand, et à quel
rythme ? Les réunions s’enchaînent, parfois en format très restreint, autour
d’Édouard Philippe, de François de Rugy
et de Bruno Le Maire. EDF a écrit début
2018 son propre scénario : l’électricien,
qui prévoit une durée de vie de cinquante
ans pour ses réacteurs, envisage de commencer à les fermer à partir de 2029. Ce
qui sous-entend que tout arrêt exigé
avant cette date pourra justifier une indemnisation, comme à Fessenheim, pour
lequel Ségolène Royal a promis un chèque
de 446 millions d’euros.
Les seules exigences de la politique permettent de faire le pari que la PPE prévoira des fermetures avant 2029. Emmanuel
Macron et Édouard Philippe ne peuvent,
dans ce débat, donner le sentiment de décider sous la dictée d’EDF. Selon Les
Échos, le gestionnaire du réseau électrique
RTE estime possible, en assurant la sécurité énergétique du pays, de fermer jusqu’à six réacteurs parmi les plus anciens
entre 2024 et 2028. Six réacteurs au
moins, ce serait l’objectif que François de
Rugy aurait fait sien, tandis qu’à Bercy
Bruno Le Maire a le pied sur le frein, au
nom, notamment, des intérêts économiques d’un EDF aux finances fragiles et de
toute la filière nucléaire tricolore.
Bercy et le ministère de l’Écologie
s’opposent aussi sur le lancement d’un
programme de construction de nouveaux EPR, pour remplacer à terme le
parc existant. Aucune décision ferme ne
sera prise tant que Flamanville n’aura pas
démarré. La PPE laissera la porte ouverte
et encouragera la filière à continuer à travailler sur un modèle enfin compétitif.
Rester à savoir si elle donnera rendezvous, pour une éventuelle décision, dès
ce quinquennat.
Aujourd’hui cantonné à un petit cercle
de conseillers et de hauts fonctionnaires
des ministères, de Matignon et de l’Élysée, le dossier devrait être ultérieurement ouvert aux parlementaires. Il va en
effet falloir changer la loi de 2014 puisque la date de 2025 est devenue caduque.
Un débat devrait par ailleurs être organisé dans l’Hémicycle sur la PPE, quand
bien même celle-ci passe par décret, notamment pour contenter les 157 députés
fédérés par l’ami de Nicolas Hulot Matthieu Orphelin (LaREM) sur les questions
environnementales. ■
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Royal a taclé le gouvernement en qualifiant l’alourdissement des taxes énergétiques d’écologie « punitive » et de
« matraquage fiscal ». Alors même
qu’elle avait la première, en 2015, augmenté la fiscalité des carburants. Il est
vrai qu’à l’époque la mesure était passée inaperçue grâce à la baisse du prix
du baril.
Aujourd’hui, la hausse des cours de
l’or noir fait ressentir durement le renforcement de la fiscalité. Depuis le début de l’année, le litre de gazole a
flambé de 23 %, celui de l’essence, de
15 %. Ce n’est pas fini : les taxes augmenteront tous les ans jusqu’en 2022.
La prochaine hausse sera donc ressentie par les automobilistes en janvier
prochain, dans deux mois. Elle devrait
renchérir le prix du litre de 6 centimes
GUILLAUME GUICHARD£@guillaume_gui
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
mes. Le livre de Macron, c’est Révolution, pas “ajustement”. »
Face à la grogne qui monte, face aux
critiques de l’opposition et aux doutes au
sein de la majorité, le gouvernement fait
le dos rond. Il affiche la même rhétorique que sur la limitation de vitesse à
80 km/h. Certes, il s’agit d’une politique
impopulaire, mais elle s’impose sur le
plan de l’intérêt général, répète-t-il.
Alors qu’il était attaqué aussi bien par la
gauche que par la droite sur le sujet, le
premier ministre a martelé qu’il en allait
de l’urgence climatique. « Un jour prochain, nos enfants viendront nous voir
pour nous demander ce que nous avons
fait [contre le changement climatique], a
lancé Édouard Philippe. Moi, je dirai que
j’ai assumé des décisions difficiles. »
Le gouvernement a tout de même
concédé, sous la pression des députés,
des mesures d’accompagnement pour
les plus modestes. Mi-octobre, une subvention sur les chaudières au fioul pour
les ménages ruraux et un renforcement
de la prime à la conversion de véhicules
ont été votés dans le cadre du projet de
budget pour 2019. Certains l’appellent à
faire davantage. « Un dispositif supplémentaire serait utile afin de démontrer
que nous accompagnons les Français qui
en ont le plus besoin dans cette transition
énergétique », argumente Matthieu Orphelin, député En marche ! proche de
Nicolas Hulot. Il propose de bonifier,
pour les ménages ruraux les plus précaires, le chèque énergie afin d’adoucir leur
facture de fioul. La mesure coûterait
50 millions d’euros. Il n’est pas sûr que le
gouvernement le suive.
Sur l’essentiel, à savoir la trajectoire
de la hausse des taxes sur les carburants,
le gouvernement devrait tenir le cap.
D’abord parce qu’elle doit rapporter plus
de 14 milliards d’euros d’ici à 2022. Ensuite, parce qu’il est difficile pour l’exécutif de lâcher trop de lest alors qu’il est
déjà taxé de ne pas être suffisamment
ambitieux en matière écologique.
D’autant qu’il se sait attendu dans les
prochaines semaines sur le nucléaire
(lire ci-dessous) par les ONG. Une étape à
hauts risques, où les critiques risquent de
fuser, faute, cette fois-ci, de « révolution ». « Changer de modèle énergétique
coûte très cher, admet un conseiller ministériel. Il y aura des changements, mais
à la marge. » ■
François de Rugy,
C’EST un peu l’anti-Hulot. Moins de
charisme. Moins de sorties alarmistes
sur l’état de la planète. Mais aussi moins
d’introspections angoissées. Deux mois
après la passation de pouvoirs avec l’exanimateur de télé, qui n’avait pu réprimer quelques larmes en quittant l’Hôtel
de Roquelaure, à Paris, François de
Rugy a pris ses marques, sans trembler.
« Je ne suis pas resté dans mon bureau, je
n’ai pas multiplié les déclarations médiatiques, je ne me dérobe pas », confie-t-il.
Mercredi 31 octobre, le ministre de la
Transition écologique s’est rendu dans
le bassin houiller lorrain pour rencontrer des salariés de l’usine de charbon
de Saint-Avold (Moselle). Cent cinquante emplois sont concernés, car le
gouvernement s’est engagé à fermer les
quatre centrales thermiques du pays.
Accompagné de sa nouvelle secrétaire
d’État, Emmanuelle Wargon, il a vu
l’intersyndicale. François de Rugy a
confirmé qu’il ne reviendrait pas sur
cette décision.
« Instrumentalisation
politique »
Ses premiers pas ont toutefois été compliqués. Sa pérégrination en hélicoptère
dans les Pyrénées, pour faire quelques
images de lui auprès d’une bergère favorable à la réintroduction de deux
ours, n’a pas manqué de lui attirer des
sarcasmes. Coup de com ? « Je suis dans
l’action de bout en bout, rétorque l’intéressé. À ce poste, pour être efficace, il faut
passer autant de temps dans l’action que
dans la préparation. » Entendez : dans la
pédagogie des mesures. Or, ces tempsci, l’ire des conducteurs s’amplifie avec
la hausse du prix des carburants.
Au gouvernement, en privé, beaucoup regrettent que Nicolas Hulot n’ait
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
POLITIQUE
5
Les Français et la hausse des taxes sur les produits pétroliers
A  
I    ’ B    17 
Le gouvernement a décidé d’augmenter les taxes sur le carburant et le fioul
domestique et ces taxes augmenteront à nouveau dans les années qui viennent.
Vous personnellement, pensez-vous plutôt...
QUESTION :
Vous personnellement, pensez-vous
que les hausses des taxes sur les produits
pétroliers (carburant et/ou fioul) auront sur
votre pouvoir d’achat un impact...
QUESTION :
2 % NSP
76 %
22 %
.... que c’est une
Pour s’opposer à la hause des taxes sur les produits pétroliers, des automobilistes
utilisent les réseaux sociaux pour appeler au blocage des routes le 17 novembre.
Vous personnellement, trouvez-vous ce mouvement justifié ou pas justifié ?
QUESTION :
Assez élevé/faible
Très élevé/faible
Tout à fait justifié
Plutôt justifié
Plutôt
pas justifié
Pas
du tout
justifié
50 %
28 %
14 %
8%
... que c’est une
mauvaise chose
bonne chose
car il faut avant tout
favoriser le pouvoir d’achat
des Français, quitte
à ce qu’ils utilisent
plus longtemps
des produits pétroliers
car il faut avant tout que
les Français se déshabituent
des produits pétroliers, quitte à
ce que cela leur coûte plus cher
de les utiliser pendant
un certain temps
PAR PROXIMITÉ PARTISANE :
La France insoumise
80 %
PAR PROXIMITÉ
PARTISANE :
LFI : 79 %
PS : 82 %
LaREM : 71 %
LR : 83 %
RN : 87 %
78 %
37 %
1%
92 %
PAR PROXIMITÉ PARTISANE :
I   EPR
LFI
QUESTION : Le gouvernement envisage d’investir
dans de nouveaux réacteurs nucléaires de type
EPR. Vous personnellement, diriez-vous que
c'est plutôt...
88 %
7%
PS
Parti socialiste
78 %
1 % NSP
81 %
22 %
La République en marche
57 %
43 %
20 %
16 %
16 %
12 %
4%
... Faible
43 %
53 %
3%
Rassemblement national (ex-FN)
mauvaise
55 %
idée
... une
bonne
idée
PAR PROXIMITÉ PARTISANE :
83 %
RN
1%
87 %
46 %
... une
LaREM
LR
Les Républicains
81 %
22 %
... Élevé
91 %
LFI
PS
LaREM
LR
RN
59 %
60 %
33 %
30 %
56 %
Étude réalisée par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 30 et 31 octobre 2018. Échantillon de 988 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans
et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par régions et catégories d’agglomération.
Les Français massivement opposés à la hausse des taxes sur les carburants
LE POUVOIR D’ACHAT avant tout. Les
vacances s’achèvent, la grogne monte.
Deux semaines durant, en famille ou entre amis, les Français se sont énervés sur
la hausse des taxes sur les carburants ou
le fioul domestique. Si bien qu’à l’heure
de retourner au travail, c’est une gifle
cinglante qu’ils adressent au gouvernement. Selon les résultats de notre sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info, ils sont ainsi 76 % à
juger que la hausse des taxes « est une
mauvaise chose car il faut avant tout favoriser le pouvoir d’achat des Français, quitte
à ce qu’ils utilisent plus longtemps des produits pétroliers ».
Voici donc la lutte contre le réchauffement climatique sauvagement sacrifiée
sur l’autel du plein de gazole. Signe de la
complexité de la fiscalité écologique, le
rejet de la hausse des taxes sur les carburants est extrêmement fort chez les Français se disant proches de partis à
coloration verte. Les sympathisants de La
France insoumise de Jean-Luc Mélenchon – qui ne cesse de vitupérer le libéralisme, qu’il juge incompatible avec l’écologie – sont ainsi 92 % à préférer le gazole
bon marché à la défense de l’environnement. À l’opposé, c’est chez les sympathisants de LaREM que l’on trouve le plus
de personnes favorables à la hausse des
taxes. Ce sont ainsi 43 % des soutiens du
parti du président qui jugent que la hausse des taxes est « une bonne chose car il
faut avant tout que les Français se déshabituent des produits pétroliers, quitte à ce
que cela leur coûte plus cher de les utiliser
pendant un certain temps ».
Impact sur le pouvoir d’achat
François de Rugy :
« Je veux libérer
les Français
du pétrole ».
ERIC FEFERBERG/AFP
est d’ailleurs frappante entre les militants
de La France insoumise et ceux du Rassemblement national qui soutiennent
respectivement à 88 % et 91 % l’appel au
blocage des routes. Il est également frappant entre les sympathisants des Républicains et ceux du Parti socialiste, qui
soutiennent l’appel à 83 % et 81 %.
En matière de fiscalité écologique, Emmanuel Macron fait donc l’unanimité
contre lui chez ses adversaires. Voilà pour
la réaction à chaud des Français. Elle témoigne d’une forme de schizophrénie du
pays face aux questions environnementales. Car, dès lors qu’il s’agit de construire des nouveaux réacteurs nucléaires de
type EPR, les Français jugent majoritairement (53 %) qu’il s’agit là d’une « mauvaise idée ». Cela permet pourtant de
produire une énergie à coût inférieur à ce
qui se pratique aujourd’hui. De quoi répondre aux préoccupations des Français
sur leur pouvoir d’achat. À un moment,
ils vont bien devoir choisir entre la survie
de la planète et le contenu du porte-monnaie. La France n’en est pas encore là. ■
DON DE TITRES
Parmi les Français, c’est toutefois le pessimisme qui domine largement face à ces
hausses de taxes. Ils sont ainsi 80 % à esti-
le ministre qui assume
pas expliqué, dès l’an dernier, les ressorts de la taxe carbone. « Il n’a pas voulu prendre sa part d’impopularité »,
maugrée un ministre. « Cela n’aurait pas
été inutile qu’il utilise sa voix à nulle autre
pareille, renchérit un conseiller. Ce handicap de départ, on le porte maintenant
comme un boulet. »
Depuis, François de Rugy se démultiplie sur les plateaux pour rattraper le
temps perdu : il dit son refus de céder au
« court terme », à la « démagogie », rap-
mer que l’augmentation des prix des produits pétroliers aura des conséquences
importantes sur leur pouvoir d’achat.
D’ailleurs, ils sont tout aussi nombreux
(78 %) à trouver justifié l’appel lancé par
des automobilistes sur les réseaux sociaux
à bloquer les routes le 17 novembre prochain. Même du côté des sympathisants
de LaREM, l’appel au blocage est « justifié » pour 55 % d’entre eux. Une très large
majorité soutient le blocage, comme si,
pour lutter contre les taxes, il n’y avait
plus de frontières politiques. La proximité
pelle les enjeux de santé publique, promet dans Le Parisien d’amplifier la prime à la conversion pour l’achat de
véhicules hybrides ou électriques. Il
s’est trouvé un slogan : « Je veux libérer
les Français du pétrole. » Craint-il que la
manifestation sur l’essence et le diesel,
le 17 novembre, soit un succès ? Des blocages sont prévus, un peu partout en
France. « Pour beaucoup, le prix des carburants est un prétexte, une instrumentalisation politique pour alimenter une
opération “Stop Macron” », esquive
l’écologiste.
Lui qui critiquait naguère Emmanuel
Macron (« Il ne parle jamais d’écologie »,
taclait-il pendant la primaire de la gauche) est désormais d’une fidélité à toute
épreuve. Seul ministre d’État, il a été
propulsé numéro 2 du gouvernement. À
ce poste, il s’attelle à déminer. Alors que
l’animateur d’Ushuaia ne rencontrait
quasiment jamais les parlementaires,
François de Rugy s’est rendu trois heures durant devant les députés de la commission du développement durable
pour un grand oral. L’ex-président de
l’Assemble nationale redescend dans
l’arène.
Plus emblématique encore : l’écologiste a convié au ministère le président
de la Fédération française de la chasse,
Willy Schraen, le 29 octobre, pour
avancer sur les questions de sécurité,
après la mort accidentelle d’un vététiste. Il a aussi été question des quotas de
chasse. « François de Rugy s’est montré
ouvert et pragmatique », se félicite
Thierry Coste, le lobbyiste de la chasse,
qui participait aux échanges. Le même
dont la présence à l’Élysée avait naguère
provoqué la colère de Nicolas Hulot et
accéléré son départ, à la fin août. Changement d’époque. ■
M. W.
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A
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Européennes : Macron accusé de dramatiser le scrutin
Le chef de l’État fait un parallèle « entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres ».
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL £@TristanQM
Emmanuel Macron se laisse photographier
par des passants, jeudi, à Honfleur.
ÉLYSÉE À six mois des élections européennes, Emmanuel Macron s’emploie une
nouvelle fois à dramatiser l’enjeu du
scrutin. À l’occasion d’un entretien accordé jeudi à Ouest France, le chef de
l’État se dit « frappé par la ressemblance
entre le moment que nous vivons et celui de
l’entre-deux-guerres ».
« Dans une Europe qui est divisée par les
peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique, on voit presque
méthodiquement se réarticuler tout ce qui
a rythmé la vie de l’Europe de l’après-Première Guerre mondiale à la crise de 1929 »,
y déclare-t-il à la veille du centenaire de
la fin de la Première Guerre mondiale.
Une manière de poser les jalons de la
prochaine campagne électorale, lors de
laquelle le président souhaite dessiner un
match entre nationalistes et populistes,
d’une part, et progressistes d’autre part.
« L’Europe est face à un risque : celui de se
démembrer par la lèpre nationaliste et
d’être bousculée par des puissances extérieures », a-t-il relevé.
Une affirmation critiquée par Geoffroy
Didier, le secrétaire général délégué de
LR : « Emmanuel Macron surjoue la comparaison avec le passé faute de savoir traiter le présent. » « La montée des angoisses
n’est que le résultat de l’inertie des dirigeants comme lui qui ne veulent pas comprendre le besoin de protection », pense
l’eurodéputé. Même reproche de Nicolas
Dupont-Aignan, le président de Debout
la France : « Emmanuel Macron invente
un combat imaginaire pour se donner le
beau rôle alors qu’il est avec Angela Merkel l’un des responsables du fiasco de
l’Union européenne. » Quant au député
Insoumis Alexis Corbière, il ironise: « À
quel responsable politique impuissant de
l’époque M. Macron doit-il être comparé :
MM. Chautemps, Daladier, Lebrun?…. »
Un clip qui fait polémique
Dans le même temps, le gouvernement a
diffusé un clip sur les réseaux sociaux invitant les Français à voter en mai prochain. Des images du vice-président du
Conseil des ministres italien, Matteo Sal-
vini, et de son allié hongrois Viktor Orban y apparaissent, accompagnées d’un
fond sonore tonitruant. Avec le sous-titre : « Europe : Union ou division ? En mai
2019, l’Europe changera, à vous de décider dans quel sens. »
Une communication jugée partisane
par l’opposition, qui a demandé le retrait du clip. « Jouer sur les peurs pour
favoriser les populismes et se dresser ensuite en rempart… Ce clip gouvernemental
est une scandaleuse propagande officielle
au profit du parti au pouvoir », a dénoncé
le sénateur PS Rémi Féraud, qui estime
que « l’État LaREM » est en fait « un
pompier pyromane ». Génération.s, le
mouvement de Benoît Hamon, a même
saisi le CSA. ■
Philippe veut
muscler les liens
avec le Vietnam
ALAIN BARLUET £@abarluet
DIPLOMATIE La visite d’un dirigeant
français au Vietnam n’est jamais anodine.
Celle qu’y effectuera Édouard Philippe,
du 2 au 4 novembre, avant de se rendre le
5 en Nouvelle-Calédonie, n’échappera
certainement pas à cette règle, façonnée
par une longue histoire commune. Le déplacement du premier ministre coïncide
cette année avec le quarante-cinquième
anniversaire des relations diplomatiques
franco-vietnamiennes et les cinq ans
d’un partenariat stratégique noué sous
François Hollande.
Le chef du gouvernement sera accompagné des ministres Gérald Darmanin et
Agnès Buzyn et du secrétaire d’État Mounir Mahjoubi. À Matignon, on souligne
que la délégation sera « représentative de
la diversité du lien entre nos deux pays » parlementaires, personnalités scientifiques (le mathématicien et député LaREM
Cédric Villani cochant les deux cases)
ainsi que des représentants du monde
culturel, certains issus d’une communauté vietnamienne forte dans l’Hexagone de 300 000 personnes.
À Hanoï, Édouard Philippe s’entretiendra avec le secrétaire général du Parti
communiste, Nguyen Phu Truong,
l’homme fort du régime qui a repris les
attributions du président de la République, décédé brutalement en septembre
dernier. Dans la capitale vietnamienne,
le premier ministre inaugurera les nou-
veaux locaux du lycée français Alexandre
Yersin. Lors d’une rencontre avec des
jeunes, un moment auquel il tient, il mettra l’accent sur le défi climatique dans un
pays très affecté par les mutations environnementales.
Samedi, le premier ministre, qui raconte volontiers avoir « davantage appris
durant (son) service militaire qu’à l’ENA »,
sera sur le champ de bataille de Dien Bien
Phu, vingt-cinq ans après la visite historique de François Mitterrand dans cette
Vallée perdue - titre d’un beau roman de
Philippe de Maleissye - où se joua la défaite militaire de la France en Indochine
en 1954 (lire encadré ci-dessous).
À Ho Chi Minh Ville, l’ancienne Saï-
JEWEL SAMAD/AFP
En déplacement dans l’ancienne colonie
française d’Indochine jusqu’à samedi,
le premier ministre cherche à renforcer les
échanges économiques entre les deux pays.
À Hanoï, capitale d’un pays de 95 millions d’habitants et au taux de croissance de 7 % qui présente des opportunités d’investissements.
gon, le premier ministre consacrera son
programme à la santé – 3 000 médecins
vietnamiens ont été formés en France et à l’innovation, en rencontrant notamment de jeunes entrepreneurs français et
vietnamiens. Les représentants de 65 entreprises hexagonales feront le voyage
pour l’occasion. Les signatures de plusieurs contrats sont attendues, indiquet-on à l’Hôtel Matignon, où l’on insiste
sur les opportunités d’un pays de 95 millions d’habitants, où le rythme de croissance avoisine les 7 % annuels et qui
s’ouvre progressivement à la consommation des marques occidentales.
Pourtant, la France, quoique active,
n’a jamais vraiment su tirer parti de son
atout vietnamien. Ses parts de marché,
inférieures à 1 %, deux fois moins que
l’Allemagne, sont qualifiées à Paris d’« in-
Retour à Dien Bien Phu
Édouard Philippe fera samedi une étape
de quelques heures à Dien Bien Phu.
Pour ce geste mémoriel, le premier
ministre a souhaité être accompagné
d’anciens combattants. William Schilardi,
85 ans, ancien caporal-chef, présent
durant toute la bataille, et le colonel
Jacques Allaire, 92 ans, alors un des
lieutenants du général Bigeard, seront
du voyage. « Il s’agit de regarder
le passé de manière confiante, de le
regarder en paix, même s’il est
douloureux », explique-t-on dans
l’entourage du premier ministre.
« Il faut aller de l’avant avec le Vietnam
en s’appuyant sur une mémoire
partagée », ajoute-t-on.
Sur le site de la bataille qui sonna le glas
de l’Indochine française, Édouard
Philippe déposera une gerbe au
monument aux morts français – bâti à
l’initiative d’un légionnaire, Rolf Rodel –
et au mémorial vietnamien. Outre
l’inévitable passage au PC du général
de Castries, sur lequel les soldats
Vietminh lancèrent l’assaut final, le 7 mai
1954, le chef du gouvernement grimpera
sur trois des fameuses collines aux
noms de femmes, Éliane, Gabrielle et
Béatrice. Ces deux dernières revêtaient
pour le Viêt-minh une importance
décisive et leur chute, entre le 13 et
le 15 mars, marqua un tournant dans la
féroce bataille de cinquante-sept jours
qui s’engageait alors : dominant la piste
d’aviation, les bodoi (les soldats
viêt-minh) étaient en mesure, grâce
à leur artillerie, de rendre dès lors
quasiment impossible l’atterrissage
des avions susceptibles
d’approvisionner le camp français ou
d’évacuer les blessés.
A. B.
satisfaisantes ». L’ambition, souligne-ton, est de « décloisonner » les relations
avec un pays dont « le système de développement reste très centralisé ».
Une carte est à jouer dans la mesure où
le Vietnam est demandeur de contacts.
En effet, le pays a amorcé ces derniers
mois une réorientation stratégique,
n’hésitant plus à assumer un leadership
régional face aux ambitions maritimes
chinoises et s’ouvrant à d’autres partenaires que ses voisins immédiats. L’« axe
indo-pacifique », vanté par Emmanuel
Macron, figure désormais au rang de
priorité pour la diplomatie de Hanoï, qui
s’est récemment rapprochée de l’Inde.
Les messages de respect du droit de la
mer et de liberté de circulation maritime,
mis en avant par Paris dans ces parages
en proie à l’expansionnisme chinois, suscitent logiquement un écho favorable.
Des bateaux de la Marine nationale ont
fait escale au Vietnam et l’armée de l’air y
a projeté plusieurs avions, de chasse et de
transport, dans le cadre de la mission
« Pégase », en août dernier. À Paris, on se
dit prêt à « aider le Vietnam » pour ses
équipements militaires, un domaine où la
Russie conserve traditionnellement de
fortes positions. ■
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
INTERNATIONAL
7
France et Serbie
célèbrent le
1er novembre 1918
Saluant la libération de Belgrade,
la secrétaire d’État aux Armées a vanté
la revitalisation de la relation franco-serbe.
ALAIN BARLUET £@abarluet
ENVOYÉ SPÉCIAL À BELGRADE
COMMÉMORATION Quatre cents soldats
français reposent à Belgrade, derrière les
arches néo-ottomanes du cimetière de
Novo Groblje. Trois cents d’entre eux,
parmi les 50 000 Français qui périrent sur
le front d’Orient durant la Première
Guerre mondiale, sont tombés lors de la
libération de Belgrade par les forces franco-serbes du général Louis Franchet
d’Espèrey (nommé maréchal par la suite),
le 1er novembre 1918. Une victoire qui allait précipiter la chute des Empires centraux et la fin de la Grande Guerre.
L’Autriche dû se résoudre à l’armistice,
trois jours plus tard, le 3 novembre.
« Les écoliers français apprennent comment la Grande Guerre s’est déclenchée
avec l’attaque des puissances centrales
contre la Serbie (après l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand par un anarchiste serbe, Gavrilo Princip, à Sarajevo,
le 28 juin 1914, NDLR). Je regrette que
cette mémoire soit moins profonde sur la
contribution déterminante du front
d’Orient à la victoire serbe et alliée, et sur
notre fraternité d’armes », a déclaré
Geneviève Darrieussecq, la secrétaire
d’État auprès de la ministre des Armées,
qui s’est rendue jeudi dans la capitale
serbe pour célébrer l’anniversaire de la
Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, jeudi à Belgrade.
libération de Belgrade. Dès 1914, la France appuie les Serbes dans leur effort
contre l’Autriche. Après deux années
d’immobilisme, les Alliés lancent une
vaste offensive de rupture contre la Bulgarie, qui se retire du conflit en octobre
1918. La percée franco-serbe vers le nord
est spectaculaire : 600 kilomètres en
quarante-cinq jours. Mais lorsque Belgrade tombe, le 1er novembre, la Serbie a
perdu 28 % de sa population masculine et
la capitale est un champ de ruines.
« Le front d’Orient est un peu oublié. Et
pourtant ces poilus, Français et Serbes,
méritent autant que ceux du front occidental. Partis des Dardanelles en 1915, ils ont
vaincu les premiers, après avoir combattu
dans des conditions d’isolement et de maladie particulièrement difficiles », souligne le
général Bernard Barrera, le numéro deux
de l’armée de terre, qui représentait les
armées, jeudi à Belgrade. Si les Serbes
gardent le souvenir de ces épisodes, ils
ont tendance toutefois à privilégier dans
leur panthéon mémoriel les « partisans »
de la Seconde Guerre mondiale.
« Un fil rouge »
« Ce centenaire est un fil rouge pour dynamiser notre relation », a estimé Geneviève
Darrieussecq, qui a rencontré plusieurs
membres du gouvernement serbe, dont
le ministre de la Défense, Aleksandar Vulin. La Serbie, candidate à l’UE depuis
MISSION CENTENAIRE
2013, compte sur la France pour se réinvestir dans le pays et contrebalancer
quelque peu le poids de l’Allemagne.
Outre les événements de 1999, la reconnaissance par la France de l’indépendance du Kosovo a introduit un autre biais.
Belgrade ne s’attend certes pas à ce que
Paris revienne sur sa décision mais
compte tout au moins sur ce partenaire
stratégique (depuis 2011) pour tenir une
position équilibrée, sinon obtenir un appui dans le laborieux dialogue qui s’est
ouvert avec Pristina en 2013. Aucun président français ne s’est rendu à Belgrade
depuis Jacques Chirac en 2001. Emmanuel Macron devrait y effectuer une visite
en décembre. ■
Osman Kavala, le mécène qui dérangeait Erdogan
Homme d’affaires et philanthrope turc, cette figure centrale de la société civile est emprisonnée sans procès depuis un an.
ISTANBUL
TURQUIE Ce soir-là, dans un restaurant
d’Istanbul, on célèbre un anniversaire. Il
y a des petits fours, du bon vin, une assemblée cosmopolite. Mais le propriétaire des lieux, celui dont on fête les 61 ans,
ne viendra pas. Osman Kavala est retenu
à 90 kilomètres de là. Non pas dans un
embouteillage, mais dans une cellule de
prison. Depuis plus de trente ans, ce chef
d’entreprise fortuné investit son argent
et son temps dans des causes qui lui tiennent à cœur : dialogue turco-arménien,
question kurde, expression des minorités, pages oubliées de l’histoire turque,
protection de l’héritage culturel anatolien… Tous ses proches le décrivent comme un « homme de paix », « altruiste »,
« très calme mais déterminé, voire têtu »,
« engagé mais pas activiste ».
« Osman Kavala, c’est quelqu’un dont
les bureaux, pendant très longtemps, n’ont
pas eu de verrou. Quelqu’un que n’importe
qui peut aborder pour lui raconter ses projets ou ses problèmes, auxquels il s’efforce
toujours de trouver une solution, raconte
Kerem Mert Ispir, coordinateur des programmes au sein de l’ONG Anadolu
Kültür, fondée il y a seize ans par le mécène turc. C’est surtout quelqu’un qui
consacre sa vie à protéger et à enrichir
l’héritage culturel. Il me paraît insensé que
ce genre d’activités puissent constituer un
crime ou déranger qui que ce soit. »
Plus d’un an après son arrestation à
l’aéroport d’Istanbul, Osman Kavala
ignore toujours ce qui lui est reproché.
Son procès n’a pas commencé, le procureur chargé de l’enquête n’a pas encore
écrit son acte d’accusation. À l’issue de sa
garde à vue, le parquet avait réclamé son
placement en détention préventive au
motif qu’Osman Kavala aurait « tenté de
renverser l’État turc » en « organisant et
en dirigeant » les manifestations antigouvernementales du parc Gezi d’Istanbul à
l’été 2013. Il aurait également, toujours
selon ce procureur qui n’avance aucune
preuve, participé au coup d’État manqué
de juillet 2016.
« Le Soros de Turquie »
« Certains essayent de présenter ce soi-disant membre de la société civile comme un
bon citoyen, avait lancé le président turc,
Recep Tayyip Erdogan, six jours après
l’arrestation d’Osman Kavala. Mais
l’identité de ce personnage, surnommé “le
Soros de Turquie”, a été démasquée. »
Sans nommer le mécène – que tout le
monde avait reconnu –, le chef de l’État
turc poursuivait son réquisitoire : « Cette
nation restera droite face à ceux qui essayent de la frapper de l’intérieur. Elle leur
demandera des comptes ! » Une semaine
plus tard, le 1er novembre, Osman Kavala
était incarcéré.
Les mots de Recep Tayyip Erdogan
n’étaient pas choisis au hasard. Ces dernières années, les médias progouvernementaux avaient affublé le chef d’entre-
Des journalistes assistent à une conférence de presse donnée par les avocats
d’Osman Kavala, mercredi, à Istanbul. OZAN KOSE/AFP
prise du surnom de « Soros rouge de
Turquie », en référence au milliardaire et
philanthrope américain George Soros,
accusé par ses détracteurs de chercher à
déstabiliser des gouvernements. Pour les
amis d’Osman Kavala, ces accusations
sont absurdes et sonnent comme un
avertissement. « Le but est de faire peur,
explique Murat Çelikkan, célèbre militant des droits de l’homme. Beaucoup de
gens se sont dit : “Si Osman Kavala est arrêté, n’importe lequel d’entre nous peut
être arrêté.” » Murat Çelikkan confie
pourtant n’avoir été « qu’à moitié sur-
pris » quand la justice turque a jeté son
ami aux fers. « Nous sommes dans un climat tellement illogique et impitoyable que
tout, absolument tout est possible, déplore-t-il. Depuis la fin du processus de paix
(avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK), en 2015, le pouvoir cherche à
réduire l’opposition au silence. Cela s’est
accéléré avec le passage de la démocratie
parlementaire au régime présidentiel. »
L’incarcération du mécène a aussi choqué en Europe, où Osman Kavala était un
contact privilégié pour les politiques et les
diplomates. « En fait, Osman est devenu
EN BREF
Djihadistes : les Kurdes critiquent l’Europe
Les législatives se tiendront
en décembre en Arménie
Ils souhaiteraient que les pays de l’Union européenne rapatrient leurs ressortissants
membres de l’État islamique détenus par leurs forces au nord-est de la Syrie.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT Dans le nord-est de la
Syrie, 790 hommes sont emprisonnés par
les forces spéciales kurdes dans une seule
prison, a précisé lundi à Bruxelles Abdul
Karim Omar, en charge des affaires
étrangères au sein de l’administration
semi-autonome kurde. Cinq cent quatrevingt-quatre femmes et 1 250 enfants ont
été placés dans deux camps, a-t-il ajouté.
« Tous les pays de l’UE sont concernés,
mais aucun ne nous a demandé l’extradition
de ses ressortissants : ils refusent de prendre
leurs responsabilités et nous laissent supporter ce fardeau », a déploré le leader
kurde. Alors que les combattants kurdes
restent engagés dans la guerre contre les
dernières poches djihadistes à l’est de la
Syrie, les Kurdes doivent dans le même
temps protéger les lieux de détention de
djihadistes et surveiller les détenus. Un
fardeau qui mobilise des hommes. « Nous
ne pouvons pas gérer seuls ce problème en
raison de l’instabilité de notre région, fait
valoir Abdul Karim Omar. Une faille dans
la sécurité pourrait leur permettre de
s’échapper. » Or, « ces détenus sont dangereux, certains ont commis des massacres de
civils », a-t-il ajouté. Mais jusqu’à maintenant, les Européens font la sourde oreille.
La Belgique n’a accepté de reprendre que
les enfants des ressortissants belges.
rie ne répond pas aux normes internationales. Faut-il les livrer à Damas ? Pas
question, soutient-on au Quai d’Orsay, où
l’on milite pour le départ de Bachar el-Assad. Pour sortir de ce casse-tête juridique
et politique, les forces américaines ont remis à l’Irak des djihadistes arrêtés en Syrie, déplore l’ONG Human Rights Watch
(HRW), qui met en garde contre les risques de tortures et de procès inéquitables.
de plus en plus dérangeant avec l’augmentation de ses capacités à mettre en relation
les activités de société civile avec des fondations internationales et l’Union européenne, estime le politologue Ahmet
Insel, son ami de longue date. À partir du
moment où le pouvoir turc a écarté la perspective européenne, des ultranationalistes
de droite – mais aussi de gauche, il faut le
dire – ont commencé à désigner Osman
comme un exemple de riche qui perturbe la
Turquie au nom des autres. » Ahmet Insel
rappelle que le philanthrope turc était
déjà dans la ligne de mire du pouvoir dans
les années 1990, notamment pour ses
liens avec la cause kurde. Les attaques ont
repris de plus belle en 2013, au moment
de la contestation du parc Gezi d’Istanbul,
qui a fait vaciller Recep Tayyip Erdogan, à
l’époque premier ministre. « À partir de
là, Osman est devenu une sorte de tête de
Turc, un riche qui a des relations avec les
organisations internationales, qui est de
gauche et qui soutient les opprimés, observe Ahmet Insel. Dans ce nouveau discours
nationaliste du pouvoir, pour lequel il y a
“nous” et “les ennemis”, Osman est devenu le prototype de l’ennemi intérieur. »
Un an après son incarcération, ses
proches se partagent entre un espoir
ténu – s’il n’y a toujours pas d’acte d’accusation, il n’y aura peut-être pas de
procès, se disent-ils – et un désespoir
profond. Devant la lenteur de la justice
turque, la Cour européenne des droits de
l’homme a décidé d’examiner en urgence la requête d’Osman Kavala. ■
Le Parlement arménien
s’est dissous, ne pouvant
remplacer le premier ministre
Nikol Pachinian, et des législatives
se tiendront décembre.
Parmi eux, des Français, des Australiens et
des Libanais. « Les États-Unis semblent
avoir choisi la voie la plus facile », regrette
Nadim Khoury de HRW. La peine de mort
est appliquée à Bagdad. La France
conseille à l’Irak de ne pas exécuter ses
ressortissants. Mais elle fait passer des
messages sur le fait qu’il ne s’agit pas du
tout d’un casus belli entre deux alliés dans
la lutte antiterroriste. ■
Dérapage du premier
ministre polonais
Avant la visite de Merkel,
le premier ministre polonais
Morawiecki a accusé
les médias à capital allemand
« d’influencer les affaires internes
de la Pologne », voire d’« attaquer
le pouvoir actuellement en place ».
Casse-tête juridique et politique
La semaine dernière, Paris s’est dit prêt à
rapatrier 150 enfants de djihadistes français, notamment ceux prisonniers des
Kurdes, si leurs mères acceptent de s’en
séparer. Les adultes, combattants ou
épouses, considérées comme des militantes de l’État islamique, doivent être jugés
là où ils se trouvent, répète-t-on au ministère de la Justice. Problème : la justice
de la région semi-autonome kurde de Sy-
SÉGOLÈNE
ROYAL
Ancienne Ministre de l’Environnement - Candidate à l’Elysée en 2007
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
YVES THREARD - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 4 novembre 2018 I 12H-13H
A
ANNE ANDLAUER
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««« MIDTERMS «««
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
ÉLECTIONS 2018
Trump bat le rappel contre l’immigration
Le président, convaincu que ce thème
constitue le meilleur stimulant de son
électorat, promet de remettre en cause
le droit du sol inscrit dans la Constitution.
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Les fans de Trump et de Fox
News sont prévenus : après le massacre de
onze juifs en prière dans une synagogue,
une autre tragédie menace l’Amérique.
Les images de la « caravane » en marche
sur les routes du Mexique sont diffusées en
boucle, assaisonnées des commentaires
les plus alarmistes. Trump devait durcir
les procédures d’asile dans une annonce
prévue jeudi après-midi à Washington.
La visite du président à Pittsburgh mardi en solidarité avec les victimes n’a fourni
qu’une brève parenthèse. Celle-ci refermée, Donald Trump a redoublé de pugnacité sur l’immigration, son principal cheval de bataille électoral. Mercredi, il a
évoqué non pas une mais « trois caravanes » de demandeurs d’asile « très dangereux » qui « seront là très vite ». Il s’est dit
prêt à envoyer « jusqu’à 10 000 ou 15 000 »
militaires en renfort sur la frontière mexicaine. Après y avoir dépêché 2 000 membres de la Garde nationale en avril, le Pentagone est déjà passé cette semaine, sur
son injonction, de 800 à 5 200 soldats
d’active, portant le dispositif à 7 200 hommes, l’équivalent de tout le déploiement
américain en Irak et en Syrie. L’armée
sera toutefois cantonnée à des tâches logistiques, son intervention sur le territoire
national requérant l’autorisation du
Congrès, qui n’est pas en session.
Le cortège de réfugiés remontant le
Mexique serait tombé de 7 000 à 3 500 personnes et n’atteindrait pas la frontière
avant la mi-décembre – quand est censée
s’achever l’opération « Patriote loyal ».
« Ils n’entreront pas, nous ne laissons entrer
Théories complotistes
personne », a déclaré le président à l’entame d’un marathon électoral de six jours.
Ses collaborateurs planchent sur la faisabilité d’un décret fermant temporairement la frontière à tous les ressortissants
d’Amérique centrale. Mardi, il devait prononcer un discours sur le sujet depuis la
Maison-Blanche, avant de changer ses
plans pour se rendre à Pittsburgh. Cela ne
l’a pas empêché d’annoncer, juste avant
son départ, le projet de modifier d’un trait
de plume le droit du sol, inscrit dans la
Constitution. Une idée qu’il défend depuis
2015 – mais le moment choisi a contribué à
quelques protestations en Pennsylvanie.
Des options illusoires
« Nous sommes le seul pays au monde où
une personne peut se rendre pour avoir un
bébé et ce bébé est de fait un citoyen des
États-Unis pour 85 ans avec tous les avantages, a déclaré le président dans une interview à Axios. C’est ridicule et cela doit
cesser. » Il a ajouté que, selon des juristes
« éminents », il pouvait agir par décret
présidentiel. La grande majorité des
constitutionnalistes juge cette idée fantaisiste, estimant qu’il faudrait au minimum une intervention du Congrès
– l’ancien sénateur démocrate Harry Reid
y avait échoué en 1993 – et plus probablement une modification de la Loi fondamentale ratifiée par les deux tiers des
États. Deux options largement illusoires.
Le droit du sol figure dans le 14e amendement de la Constitution, adopté après la
guerre de Sécession pour faire des anciens
esclaves des citoyens à part entière. Son
interprétation actuelle, qui n’exclut que
les enfants de diplomates ou d’ennemis
occupant le territoire, a été établie par la
Cour suprême en 1898 et confirmée en
NICHOLAS KAMM/AFP
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
1982. Paul Ryan, le speaker républicain de
la Chambre basse, a contesté la suggestion
présidentielle : « Il est évident qu’on ne peut
pas y toucher par décret, a-t-il dit. En tant
que conservateurs, nous croyons à la
Constitution. » « Ryan devrait s’occuper de
préserver sa majorité au lieu de donner son
avis sur le droit du sol, auquel il ne connaît
rien », a rétorqué Trump.
Donald Trump (ici, lors d’une visite sur la base militaire de Luke, près de Phoenix,
le 19 octobre) se dit prêt à envoyer 15 000 soldats sur la frontière avec le Mexique.
Le président se défend de « semer la peur et
la division », tout en parlant « d’urgence
nationale », « d’attaque contre les ÉtatsUnis » et « d’invasion de notre pays ». « Les
démocrates veulent transformer l’Amérique
en un immense sanctuaire pour les criminels
étrangers », a-t-il dit dans le Kentucky. Il
relaie des théories complotistes apparues
sur Fox News et Breitbart News selon lesquelles la « caravane » serait « financée »
par les démocrates ou le milliardaire juif
George Soros. « Je ne sais pas qui, mais ça ne
me surprendrait pas », a-t-il répété mercredi. Soros a été le destinataire d’un des
colis piégés adressés la semaine dernière à
une douzaine de démocrates par un fan déséquilibré du président. L’assassin raciste
de Pittsburgh a invoqué la « caravane »
pour accuser les juifs « d’introduire des envahisseurs hostiles qui tuent notre peuple ».
S’il se soucie des effets pervers de sa rhétorique, le président ne le montre pas.
Comme en 2016, il considère l’immigration
comme le meilleur stimulant de son électorat. Selon un sondage Rasmussen, 48 % des
Américains approuvent sa politique en la
matière (contre 44 %). Mercredi, il a tweeté
une vidéo montrant un Latino comparaissant hilare pour le meurtre de deux policiers, associé aux images de la « caravane ».
« Les démocrates l’ont laissé entrer dans notre pays », dit le commentaire. Son thuriféraire Michael Savage a prévenu ses 11 millions d’auditeurs que l’arrivée de
« 14 000 migrants […] marquerait la fin de
l’Amérique telle qu’on la connaît ». Shepard
Smith a cependant osé dire sur Fox News :
« Il n’y a pas d’invasion, personne ne vient
vous faire la peau, vous n’avez strictement
aucune raison de vous inquiéter. Nous sommes l’Amérique, nous pouvons gérer ça. » ■
À Hazleton, la campagne contre les migrants illégaux de Lou Barletta
SUR LES ROUTES
DE PENNSYLVANIE
A
Par Laure Mandeville
5/6
L’AMBIANCE est presque familiale, ce
soir à la pizzeria Gramercy’s de Pittston, où Lou Barletta, un représentant
républicain, qui fut le fer de lance de la
campagne de Donald Trump en Pennsylvanie en 2016, retrouve ses supporteurs. Charmeur et très direct, cet Italien-Américain en bras de chemise,
tout droit sorti d’un épisode de la série
Les Sopranos, glisse entre les tables pour
embrasser ses fans. « Il y a quelques
mois, lance-t-il, j’ai reçu un coup de fil
de Donald Trump, qui m’a dit : “Lou, tu
dois te présenter au Sénat, j’ai besoin de
toi. Annonce ta candidature dès demain”. » Barletta répond vouloir réfléchir… « Réfléchir à quoi ? Je viendrai faire campagne pour toi. Parle à ta femme
et fais ton annonce », réplique le président. Malgré ses maigres chances face
au sénateur sortant Bob Casey, fils d’un
gouverneur démocrate à l’immense popularité, qui le devance de 15 points
dans les derniers sondages, Lou dit
avoir accepté le défi pour « sortir le pays
de l’inaction ». « À l’heure qu’il est, une
caravane de 12 000 personnes venues du
Honduras marche vers nos frontières. Si
Bob Casey reste au Sénat, vous verrez ça
tous les jours ! », déclare-t-il sous les
applaudissements, se disant admiratif
de la force de caractère du président.
Dix ans avant Donald Trump, Lou
Barletta, alors maire de sa ville natale,
Hazleton, dans le nord de la Pennsylvanie, fait déjà « du Trump », quand il se
dresse soudain contre l’immigration illégale en 2006. Élu à la tête de la municipalité en 2000, cet homme d’affaires,
qui a grandi dans une famille de mineurs
devenus des entrepreneurs durs à cuire,
constate soudain vers 2004 un afflux
massif d’immigrants à la fois légaux et
illégaux vers Hazleton, alors qu’il tente
de réanimer sa ville, lentement vidée de
sa sève depuis les années 60 avec l’effondrement de l’activité minière puis le
départ des industries manufacturières
vers la Chine. Les contrats d’installation
d’entrepôts qu’il a négociés et l’ouverture d’une chaîne de packaging de viande suscitent un immense appel d’air.
Dominicains, légaux et illégaux, origi-
naires de New York, affluent soudain
vers Hazleton, suivis d’autres flots de
migrants latinos. « La rapidité de l’évolution a été incroyable », raconte Barletta au Figaro. En 2000, Hazleton a à peine
4,9 % d’Hispaniques. En 2010, ce chiffre
passe à 37 % pour atteindre 52 % en
2016 ! « Je me suis soudain retrouvé débordé, avec des écoles surchargées, une
criminalité en hausse, des gens en situation précaire vivant des aides locales. La
population a augmenté de 50 %, mais
l’assiette fiscale est restée la même ! Résultat, nous manquions de tout : policiers,
personnels aux urgences des hôpitaux,
professeurs d’anglais… Le budget de
l’apprentissage de l’anglais est passé de
500 dollars à mon arrivée à 1,5 million de
dollars en 2005 ! »
Sauver la ville
Pressé d’agir par une population « de
souche » exaspérée, le fougueux maire
convoque alors en 2006 une assemblée
municipale chaotique. Il y fait voter une
législation locale qui interdit aux employeurs de recruter des illégaux, sous
peine d’être passibles d’une amende de
1 000 dollars par jour. À travers le pays,
c’est le tollé. Mais Barletta sera triomphalement réélu deux fois, avant que sa
loi ne soit finalement cassée par la Cour
suprême. « J’ai été traité de raciste,
mais c’est injuste. Je suis pour l’immigration, mais en accord avec la loi, comme Trump », dit-il.
À Hazleton, tout parle des affres
d’une ville qui peine à se reconstruire,
après des décennies de décadence économique et la révolution démographique décrite par son édile. Beaucoup de
commerces sont toujours à l’abandon,
même si certains immeubles ont été rénovés par des entrepreneurs presque
tous latinos. « Les institutions et les
hommes d’affaires locaux des deux bords
travaillent main dans la main pour sauver la ville », affirme Krista Schneider,
directrice d’un programme de revitalisation à la chambre de commerce. Mais
elle reconnaît que les fossés communautaires « restent profonds ». Dans les
maisons de bois blanches des quartiers
centraux, jadis habitées par des populations italiennes, polonaises et irlandaises soudées, une minorité de retraités
blancs cohabite désormais tant bien que
mal avec une majorité de familles hispaniques, qui constituent désormais de
85 % à 90 % des effectifs des écoles.
Comme dans le reste du pays, le tableau de la situation est singulièrement
contrasté selon les personnes interrogées, camp pro-immigrants ou camp
anti-immigration illégale énonçant
chacun « sa » vérité de manière dogmatique. Les uns insistent sur l’aspect
humanitaire et l’avantage d’un rajeunissement démographique. Les autres
sur le respect de la loi. Au Human Integration Center, une organisation qu’il a
créée avec sa femme pour aider les
Latinos à s’intégrer, Bob Curry, un démocrate qui se dit « pro-immigration »
affirme que « les perceptions sont complètement faussées par les regards des
gens qui ne vivent pas sur place ». « Le
comté de Luzerne, où se trouve Hazleton,
a voté Trump massivement. Mais les gens
qui vivent ici, eux, ont voté 50/50. Ce
n’est pas à cause du vote hispanique, qui
52 %
de la population
de Hazleton était hispanique en 2016
alors qu’elle n’atteignait que 4,9 %
en 2000
Lou Barletta, qui fut le fer de lance de la campagne de Donald Trump en Pennsylvanie en 2016, est devancé de 15 points
dans les sondages par Bob Casey, le sénateur démocrate sortant. MIKE SEGAR/REUTERS
reste faible ; mais à cause des “anglos”.
Ils apprennent à cohabiter avec ces nouveaux venus hispaniques, leurs enfants
jouent ensemble. Ils comprennent que la
communauté hispanique apporte de la
main-d’œuvre et un rajeunissement positif », dit Curry. Cet activiste se dit
pour une « forme de contrôle aux frontières », mais rappelle qu’on « doit voir
la situation désespérée des migrants.
Donald Trump attise la peur », dénonce-t-il.
Ces retraités paupérisés
Dans un café de West Broad, Kathy
Cutchi, la patronne, une Américaine
d’origine italienne aux cheveux de jais,
ne croit pas trop aux discours optimistes de Bob Curry, même si elle espère
une amélioration. Elle dit que « les immigrés ne paient pas d’impôts et que ça
retombe sur une minorité » « un fardeau
fiscal énorme ». Elle parle de « tous ces
retraités paupérisés qui viennent à son
café et demandent à déjeuner à crédit car
ils financent des écoles où ils n’ont pas
d’enfants ».
Kathy a voté Trump « pour cette
raison, même si son comportement lui
donne des maux d’estomac ». « Il n’y a
qu’à élargir l’assiette fiscale », réplique
Curry, reconnaissant un problème.
Dans ce même café, John Ecker, ingénieur à la retraite, dit vivre très correctement mais se plaint avec nostalgie de « sa jolie ville disparue »,
« transformée en une communauté difficile » « remplie de gangs », « méconnaissable ». « Je n’ai rien contre les
Hispaniques qui viennent légalement.
Mais beaucoup mettent leur drapeau
dans leur jardin ou refusent de parler
anglais, je n’aime pas ça », lâche John.
Dans la rue, un jeune couple de Dominicains affirme qu’il n’ira pas voter.
« La seule chose qui compte, dit Diego,
c’est que j’ai enfin trouvé un bon emploi,
comme responsable d’équipe chez Dunkin’ Donuts. Il faut arrêter de penser
que nous, les Hispaniques, on est un tas
d’assistés » ■
» Retrouvez
la chronique
de Laure Mandeville
« The new Civil War »
en podcast sur lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
SOCIÉTÉ
9
L’antisémitisme
gagne du terrain
à l’université
Tags, graffitis et propos racistes se sont
multipliés ces dernières semaines dans des
établissements d’enseignement supérieur.
MARIE-ESTELLE PECH
ÉDUCATION La ministre de l’Enseignement supérieur se rend ce vendredi à la
réunion nationale de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), à Grenoble,
où elle rappellera « l’engagement indéfectible du gouvernement dans la lutte
contre l’antisémitisme sous toutes ses formes ». Un déplacement prévu de longue
date qu’elle effectuera dans un contexte
délicat.
Le 23 octobre dernier, elle réunissait
les acteurs de la lutte contre le racisme et
l’antisémitisme à la suite de la multiplication de graffitis et expressions antisémites ces dernières semaines dans plusieurs établissements d’enseignement
supérieur. Pour la ministre, qui a annoncé que des référents « racisme et antisémitisme » étaient désormais présents
dans « la quasi-totalité » des établisse-
ments, ces tags pourraient être « les prémices de nouveaux basculements ».
« Nous avons déjà connu cette multiplication d’inscriptions et actes antisémites à
l’université dans le passé. Dans les années
1980 à l’université d’Assas ou au début des
années 2000 au moment de la deuxième
intifada. Depuis, on croyait l’université
protégée. Mais nous observons une recrudescence », confirme Sacha Ghozlan, le
président de l’UEJF, qui revendique
15 000 adhérents. Dernière affaire en
date, fin octobre, celle de cette étudiante
en deuxième année de médecine de
l’université Paris-XIII qui a dénoncé des
propos antisémites dont elle aurait été
victime de la part d’un groupe d’élèves de
sa promotion. « On est passé des blagues
sur la Shoah à des saluts hitlériens, puis on
invente un jeu qui s’appelle le freespa,
c’est-à-dire le lancer de kippa qu’on jette
par terre », a-t-elle raconté à Europe 1.
« Vous, les Juifs, vous n’avez pas d’hu-
Des graffitis antisémites sur les murs de l’université de Grenoble-Alpes ciblent son président Patrick Lévy.
mour, c’est du second degré », lui répondent des étudiants quand elle leur demande de cesser. Une plainte a été
déposée et le parquet a décidé d’ouvrir
une enquête.
l’heure, pas identifiés. Mi-octobre, une
croix gammée a été retrouvée dans des
toilettes à l’université d’Assas. À l’université de Créteil, des inscriptions antisémites visant le doyen de la faculté de médecine ont peu après été découvertes. Ses
initiales étaient inscrites à la bombe noire, accompagnées des mentions « voleur » (avec une étoile de David à la place
du « o »), « vipère ». « Des symboles souvent utilisés par l’extrême droite », observe Sacha Ghozlan.
Toujours en octobre, c’est carrément
sur un tableau d’une salle de HEC qu’ont
été inscrits des croix gammées et le mot
« Juden (« juif » en allemand). Début septembre, une dizaine de tags antisémites
visait le président de l’université Grenoble-Alpes au patronyme juif. Et en mars
dernier, pendant l’occupation de l’université Paris-I (Tolbiac) par des étudiants
d’extrême gauche, les murs du local de
l’UEJF étaient recouverts de tags antisé-
« Humour noir »
La présidence de l’université a reçu la
jeune femme ainsi que les huit étudiants
mis en cause, parmi lesquels on compte
des jeunes de toutes confessions, notamment juive. Ils ont assuré qu’il s’agissait
d’« humour noir ». Pour Sacha Ghozlan,
sous couvert d’humour noir, ces étudiants banalisent des idées antisémites.
Certains adhérents de l’UEJF ont ainsi été
surnommés « Crif » dans d’autres universités par leurs camarades, sous prétexte qu’ils protestaient contre des « blagues » sur la Shoah. Quant aux tags, ils
pourraient venir tant de l’extrême gauche que de l’extrême droite, estime-t-il,
même si leurs auteurs ne sont, pour
FRÉDÉRIQUE VIDAL/TWITTER
mites. On pouvait lire « À mort Israël »,
« Vive Arafat », inscriptions « symptomatiques des milieux d’extrême gauche »,
observe Sacha Ghozlan.
Ce dernier décrit la « fascination morbide pour le nazisme » présente dans certains bureaux d’élèves de facultés de médecine et de pharmacie : « Lors de leurs
week-ends d’intégration, ils cherchent des
thèmes dégradants, trash. Or, quoi de plus
violent que le nazisme ? » Il condamne aussi la multiplication des réunions « en nonmixité raciale » dans les universités, jusqu’à l’Unef, le syndicat étudiant de
gauche qui « a pu en organiser ». Enfin, les
Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon)
ont une responsabilité via les réseaux sociaux, observe-t-il, car les discours complotistes s’y multiplient avec des messages qui peuvent « encourager un passage à
l’acte antisémite ». Des individus comme
Alain Soral ou Dieudonné y sont notamment très regardés par les jeunes. ■
Quand Harry Potter vole au secours des professeurs
Jeux, exercices, défis : dans le Nord, des écoles s’inspirent de l’univers féerique imaginé par J. K. Rowling… et les résultats suivent.
ENSEIGNEMENT Au-dessus de la porte,
un balai, derrière le bureau, une chouette en peluche, sur les murs, des affiches
pour la Biéraubeurre ou une voiture volante. Cette classe de CM2 de l’école Albert-Camus de Lallaing (une ancienne
cité minière du Nord), classée REP, n’est
pas comme les autres : ici, les vingt et un
élèves sont à l’école des sorciers, inspirée par la saga Harry Potter qui fête ses
21 ans cette année. Ici, les bons points ne
permettent pas d’obtenir des images,
mais des sorts et des potions. Contre
5 points, on peut acquérir la potion Vouvoyus et se faire vouvoyer pendant une
journée, il en faudra 10 pour la cape d’invisibilité et ne pas être interrogé durant
un jour, ou encore 30 pour faire un jeu
avec toute la classe, grâce au sort Amuso.
L’univers est ludique, « féerique »
comme le disent les enfants, mais bien
sûr sérieux. François Cassette, enseignant et directeur de l’établissement,
entame sa deuxième rentrée à Poudlard,
l’école mythique de Harry Potter et de
ses camarades. « Cela commence par
l’envoi d’un courrier au domicile », explique-t-il. Les enfants apprennent alors
qu’ils sont admis à l’école des sorciers.
« On avait hâte, et un petit peu peur »,
admettent Alexandru, Vetea et deux Co-
line. « Très peu ont lu les livres en arrivant, mais beaucoup ont vu les films »,
poursuit M. Cassette. Démarre alors
pour ces « moldus » (des non-sorciers)
une aventure à coups de baguettes magiques – elles sont réalisées en cours
d’arts plastiques.
La classe de CM2 de l’école Albert-Camus de Lallaing, classée REP, n’est pas comme
les autres : ici, les élèves sont à l’école des sorciers... et apprennent « mieux ».
Dans un autre établissement du Nord,
l’école Ronsard, à Jeumont, Michèle Nicolas développe un projet similaire pour
la troisième année consécutive avec sa
classe de CM1 : « Cela interpelle les enfants car ça parle d’un petit garçon de leur
âge. Et on peut travailler de nombreuses
thématiques, comme le harcèlement : partir du film permet d’amener les choses en
douceur. » François Cassette approuve :
« En termes de valeurs, c’est très riche.
Harry Potter est le souffre-douleur de son
cousin. Mais il est ensuite reconnu pour
ses qualités. »
Récompenses
et encouragements
Les élèves évoluent au contact des personnages. « On apprend mieux », sourit
Vetea, de la famille des Serdaigle. Comme dans l’histoire, les élèves sont regroupés – après la cérémonie du Choixpeau – par famille. « Ils sont par équipes,
donc cela crée une solidarité entre eux,
observe Michèle Nicolas. Quand on fait
un défi, il y a une émulation. La maison qui
a le plus de points à la fin d’une période
conserve la Coupe jusqu’à la fin de la pé-
Pénurie de vétérinaires en milieu rural
Comme les médecins, ils préfèrent exercer en ville. Ce qui met de nombreux territoires en tension.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RURALITÉ À l’image des médecins, les
jeunes vétérinaires diplômés sont peu
attirés par l’exercice de leur métier en
milieu rural et se montrent plus enclins
à s’établir en ville. En effet, selon l’atlas
démographique de la profession vétérinaire, la médecine et la chirurgie des
animaux de compagnie (chiens, chats),
exercées de manière exclusive ou prédominante, continuent de progresser
(+ 4,1 % en cinq ans). Elles concernent
69,6 % des vétérinaires en 2016, soit
12 632 praticiens. En revanche, le nombre de vétérinaires exerçant pour les
animaux de « rente » (c’est-à-dire de
production) à titre principal a diminué
de 2 % en cinq ans. Ils représentent
22,2 % de la population des vétérinaires
inscrits à l’ordre national, soit
4 029 praticiens. De quoi entraîner des
tensions dans certains territoires.
« Le renouvellement des générations de
vétérinaires en milieu rural partant à la
retraite pose problème, indique Jacques
Guérin, président du Conseil national de
l’ordre des vétérinaires. De nombreuses
localités endurent un déficit de praticiens,
notamment celles où l’élevage a laissé place aux grandes cultures ». C’est le cas de
la Mayenne. La clinique vétérinaire
d’Évron, qui compte neuf praticiens, n’a
pas trouvé de remplaçant pour une femme de leur équipe, partie en congé maternité. « Nous avons reçu deux candidats,
mais ils ne correspondaient pas à nos attentes, reconnaît Adrien Beck, exerçant à
Evron. Nous devons nous débrouiller avec
une personne en moins, c’est tendu. »
À Gorron, située plus au nord dans le
département, il a fallu faire appel à une
jeune vétérinaire espagnole pour remplacer un départ à la retraite. Depuis quelques années aussi, le Groupement technique vétérinaire 53 (GVT) a mis au point
une semaine d’immersion pour faire venir des étudiants de l’une des quatre écoles vétérinaires françaises (Lyon, Maisons-Alfort, Nantes et Toulouse). « Nous
avons accueilli cette année une vingtaine
d’étudiants. Ils sont nourris, blanchis et logés pendant une semaine, explique Adrien
Beck. Ils sont reçus dans différents cabinets. Chaque fois nous leur faisons des pré-
sentations sur des sujets qu’ils n’ont pas
vus à l’école mais qui leur seront utiles
quand ils exerceront. » Objectif de cette
semaine : inciter ces étudiants à faire leur
stage de dernière année en milieu rural
pour ensuite les recruter.
Et cela marche. Certains d’entre eux,
comme Adrien Beck lui-même, finissent
par rester. Il aurait pu s’installer en Isère,
d’où il est originaire, mais la semaine
“
Nous avons accueilli
cette année une vingtaine
d’étudiants. Ils sont
nourris, blanchis et logés
ADRIEN BECK, VÉTÉRINAIRE À À EVRON
”
d’immersion en a décidé autrement.
« J’ai été séduit par le sérieux de la clinique,
la jeunesse et la sympathie des associés,
âgés en moyenne de 35 ans, et la clientèle
attachante », explique-t-il. Même chose
pour Joël Balandraud, originaire des
Pyrénées-Atlantiques et diplômé de
Maisons-Alfort : il a fait un stage d’immersion à Evron en 1999 et il y est resté.
En 2014, il est même devenu maire de
cette commune de plus de 7 000 habitants. « Si jamais je n’étais pas réélu, j’irais
exercer dans la Nièvre, où on manque de
vétérinaires ! » lance-t-il.
Autre solution : le département de la
Corrèze, le moins peuplé de France, où les
distances sont importantes, planche sur
la télémédecine pour les vétérinaires. La
Dordogne, qui connaît aussi une pénurie
de vétérinaires ruraux, veut mettre en
place un centre de régulation des appels,
comme en médecine humaine, pour réduire la contrainte des astreintes.
Financièrement, exercer comme vétérinaire rural peut pourtant rapporter plus
qu’en ville, où le nombre de praticiens est
parfois trop important par rapport au
nombre d’animaux à soigner. C’est ce que
souligne le rapport Asterès sur les soins
vétérinaires : « L’offre rurale n’étant pas à
la hauteur de la demande, les revenus des
praticiens ruraux, portés notamment par la
vente de médicaments, sont pourtant supérieurs à ceux des urbains. » Joël Balandraud le confirme : « On peut dégager
75 000 euros annuels de revenus, contre
50 000 euros en ville », estime-t-il. ■
riode suivante. » Récompenses et encouragements permettent à tous de s’investir. Dans la classe de Mme Nicolas comme
dans celle de sa collègue Céline Collidor,
deux élèves handicapés sont pleinement
intégrés dans le projet. Les points peuvent être gagnés pour une bonne réponse ou un bon comportement.
Les apprentissages sont également
orientés par le héros à la cicatrice sur le
front. Un problème de mathématiques
où Harry Potter doit acheter des baguettes, un extrait du livre qui permet de travailler les compléments circonstanciels.
Il ne s’agit pas uniquement de s’amuser,
mais bien de suivre le programme différemment, y compris dans les sorties et
activités : l’école Ronsard prépare un
voyage à Londres pour visiter les studios
Harry Potter.
La lecture, elle, reste au cœur du dispositif. Au début de l’année scolaire,
lorsque les enseignantes de Jeumont ont
installé la saga sur des étagères, les enfants de CM1 se sont rués dessus. En quelques semaines, certains avaient même
déjà terminé le premier tome, qui compte
tout de même plus de 300 pages. ■
EN BREF
Un prêtre écarté
de sa fonction de juge
canonique après une pétition
contre Mgr Barbarin
Le père Pierre Vignon,
qui avait lancé en août
une pétition appelant
à la démission du cardinal
Philippe Barbarin, n’a pas été
reconduit dans ses fonctions
de juge auprès de l’officialité
interdiocésaine de Lyon.
Vidéos d’allégeance à l’EI :
trois gardes à vue
prolongées, quatre levées
Trois des sept membres
d’une famille d’origine syrienne
arrêtés mardi au Mans (Sarthe)
après la mise en ligne de vidéos
d’une personne prêtant
allégeance au groupe djihadiste
État islamique (EI) ont vu leur
garde à vue prolongée, les quatre
autres ayant été remis en liberté.
Crues dans le Var :
une personne retrouvée
morte dans sa voiture
Une personne a été retrouvée
morte dans un véhicule accidenté
dans le Var, qui restait placé jeudi
en vigilance orange pour les crues.
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À LALLAING (NORD)
PIERRE ROUANET/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
MARIE TRANCHANT £@MarieTranchant
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
L'évolution du régime alimentaire dans la préhistoire
HOMO HABILIS
HOMO ERECTUS
HOMO SAPIENS
AGRICULTURE
ÉCRITURE
CHASSE, PÊCHE ET CUEILLETTE
L'analyse de résidus de récipients datant d'il y a 8 000 ans
sur le site de Catalhoyuk, un des plus grands sites
du néolithique au Proche-Orient, montre des contenus
de céréales, des légumes, du lait, des produits laitiers
et diverses viandes
Mer Noire
CHASSE, PÊCHE, CUEILLETTE
ET CULTURE
Istanbul
Plantes, racines, viande, poisson
Ankara
Plantes, racines, viande,
céréales, produits laitiers
Maîtrise du feu
- 2 000 000
- 500 000
- 50 000
- 8 000
Catalhoyuk
TURQUIE
- 3 000
IRAK
PALÉOLITHIQUE
NÉOLITHIQUE
SYRIE
Infographie
Source : Nature Communications
Mer Méditerranée
250 km
La cuisine préhistorique se dévoile
Des archéologues ont analysé les protéines laissées au fond de récipients de terre cuite vieux de 8 000 ans.
alimentaire des hommes de ce temps-là,
tel qu’attesté par les vaisselles, était donc
fait de céréales - orge, blé, les deux premières cultivées -, de pois et de fèves. Les
chercheurs ont identifié de la viande,
surtout de la famille des chèvres et moutons, mais aussi de cervidés, d’aurochs et
même d’équidés. Côté laiterie, le lait
provenait surtout de brebis et de chèvres, avec un peu de bovins.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ARCHÉOLOGIE L’archéologue a toujours
la pioche, la truelle et les pinceaux à la
main. Mais il a aussi, au laboratoire, la
spectrométrie de masse et par fluorescence, le rayonnement synchrotron ou
la chromatographie en phase gazeuse.
Grâce à tous ces outils, on sait désormais,
en partie, ce que mangeaient les hommes
il y a 7 000 à 8 000 ans.
La cuisine préhistorique se dévoile par
le biais de l’analyse de résidus dans les
bols et récipients en céramique. Une
équipe internationale de l’Institut MaxPlanck des sciences de l’histoire humaine à Iéna, de la Freie Universität de Berlin
et de l’université de York a pu déterminer que la vaisselle d’il y a 8 000 ans avait
contenu des céréales, des légumes, du
lait, des produits laitiers et diverses viandes. Et ils ont pu caractériser les espèces
utilisées (travaux publiés dans la revue
Nature Communications).
Les tessons de céramique étudiés ont
été exhumés sur le site de Catalhoyuk, en
Anatolie centrale (Turquie), où se trouve
un extraordinaire ensemble de constructions datant de 7 100 à 5 600 av. J.-C.,
édifiés par les premiers fermiers. C’est
l’un des plus grands sites du néolithique
au Proche-Orient : il couvre 13 hectares
et devait abriter plusieurs milliers de
personnes. Ce village est formé de maisons accolées les unes aux autres, sans
rue. Les murs pouvaient être peints et
porter des décors architecturaux.
« Cette étude apporte deux choses nou-
Sous-produits laitiers
Des archéologues sur le site de Catalhoyuk en Turquie, où on été découverts divers ustensiles de cuisine.
velles très intéressantes », estime Martine
Regert, du Centre d’études Préhistoire,
Antiquité, Moyen-Âge (Cepam) du CNRS
à Sophia Antipolis. « Premièrement, une
analyse des protéines en plus des lipides
présents sur la vaisselle préhistorique ;
A. COSKUN/ANADOLU AGENCY
résidus organiques ont été extraits et
analysés par spectrométrie. Des étalonnages avec des produits actuels ont été
réalisés, pour avoir une signature spécifique des viandes et des laits et produits
laitiers de différentes espèces. Le régime
deuxièmement, ils ont montré que ces protéines étaient bien conservées dans les dépôts carbonatés des bols et jarres. »
Les dix fragments étudiés datent de
5 900 à 5 800 av. J.-C. Ils ont été soigneusement sélectionnés par l’équipe, puis les
Certains bols contenaient des mélanges
d’ingrédients, lait, céréales et viande, ce
qui peut vouloir dire que les familles préhistoriques consommaient déjà des soupes et des porridges. Mais la possibilité
existe que ces ingrédients se soient succédé dans le bol.
Une jarre présente des traces de lactosérum, le «petit-lait», cette partie liquide du lait qui a coagulé. « Cela est particulièrement intéressant car cela suggère
que ceux qui vivaient là pourraient avoir
utilisé des techniques culinaires qui séparaient, à partir du lait frais, le “petit-lait”
et le caillé, explique Jessica Hendy, de
l’Institut Max-Planck, première signataire des travaux. Ce qui signifie qu’ils exploitaient ces sous-produits. » Peut-être
en faisant du fromage.
Bien des questions restent encore sans
réponse. Ainsi, au vu des traces archéologiques autres que les céramiques,
d’autres plantes devaient être consommées. Lesquelles ? Comment étudier les
éventuels modes de cuisson ? Autant de
questions qui font vibrer les neurones et
les papilles des chercheurs. ■
Un jeu sérieux dessine un portrait moral de l’humanité
Trois millions de volontaires ont été soumis à des dilemmes auxquels pourraient avoir à faire face les futurs véhicules autonomes.
ÉTHIQUE « Je me souviens avoir reçu un email d’un monsieur très en colère : la première question qui lui avait été posée était :
“Préférez-vous tuer un sans-abri ou
deux chiens ?” Cette personne trouvait
abominable que nous ayons pu imaginer
une telle question… » Le scénario macabre
n’est pourtant pas né dans la tête de JeanFrançois Bonnefon, chercheur en psychologie cognitive à la Toulouse School of
Economics (CNRS) détaché au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
La Moral Machine, un programme mis au
point pour tester des choix moraux,
l’avait généré toute seule.
Cette Moral Machine est une plateforme expérimentale en ligne, née d’un projet porté par un chercheur en informatique au MIT, Edmond Awad. Elle est au
centre d’une étude publiée le 24 octobre
dans la revue Nature. Objectif : explorer
la façon dont tout un chacun tranche les
dilemmes moraux auxquels pourraient
avoir un jour à faire face les véhicules
autonomes. La même équipe avait déjà
esquissé la question en 2016, mais auprès
de moins de 2 000 personnes. Cette fois,
près de 3 millions d’internautes ont répondu à l’appel à travers le monde.
Débarrassée des erreurs humaines à
l’origine de la plupart des accidents, la
voiture autonome devrait pouvoir nous
offrir des routes plus sûres. Mais en cas
d’accident inévitable, que fera-t-elle ?
Devra-t-elle sacrifier les occupants du
véhicule pour sauver des piétons ? Le
nombre de morts prévisible entrera-t-il
en ligne de compte ? Leur sexe, leur âge,
leur statut social ou leur respect des règles seront-ils des critères pertinents ?
Impossible de laisser une machine opérer
des choix éthiques à notre place. Mais
difficile de se mettre d’accord sur les valeurs morales qui devront guider ces
choix… À ce jour, seule l’Allemagne a entrepris d’élaborer une éthique des voitures autonomes, précisent les auteurs.
Les chercheurs ont donc épluché plus
de 40 millions de décisions prises par les
participants. Neuf variables ont servi à
élaborer les scénarios : privilégier l’action
(faire dévier la voiture) ou l’inaction (la
laisser aller tout droit) ; épargner les passagers ou les piétons ; les hommes ou les
femmes ; les personnes athlétiques ou en
surpoids ; les riches et les pauvres ; les
vieux et les jeunes ; les hommes ou les
animaux ; prendre ou non en compte le
nombre de victimes potentielles, et leur
respect du Code de la route.
Premier enseignement : la majorité des
participants préfèrent sauver le plus
grand nombre de personnes, et les humains plutôt que les animaux.
S’en sortent mieux aussi… les enfants.
Morale utilitariste ou prime à l’innocence ? Toujours est-il que les bébés en poussette, les enfants et les femmes enceintes
ont une bien plus grande chance d’être
épargnés que les autres, tandis que les
plus âgés sont volontiers sacrifiés. La survie des médecins est aussi, mais dans une
moindre mesure, privilégiée.
Le malaise grandit lorsque l’on compare les adultes entre eux. Les gens athlétiques, nous enseignent les chercheurs,
ont plus de chances d’être épargnés que
ceux en surpoids ; le profil le plus volontiers sacrifié par les participants est… le
criminel, qui est encore moins souvent
sauvé qu’un chien. Quant aux sans-abri,
ils ont plus de risques de mourir que les
cadres. « C’est un bon exemple du fait que
les préférences exprimées sur la Moral
Machine ne peuvent pas être appliquées
aveuglément ! », souligne Jean-François
Bonnefon.
Faire l’expérience de la Moral Machine, c’est se confronter à des choix impossibles. « Au bout de 13 scénarios, le site affiche aux participants un résumé de leurs
préférences », explique Jean-François
Bonnefon. Le chercheur admet volontiers que 13 décisions, c’est un peu court
pour juger des valeurs morales d’un individu, et que ce résumé a été proposé pour
“
Personne ne dit : « Oui,
c’est vrai, je préfère tuer
le sans-abri » ! Mais le fait
est que lorsqu’un sans-abri
est présent, cela pénalise
la probabilité de survie
du groupe !
”
JEAN-FRANÇOIS BONNEFON, CHERCHEUR
CROTTY/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
A
SOLINE ROY £@so_sroy
Dans cette situation, trois choix sont proposés au conducteur de la voiture.
l’interactivité et « attirer le chaland ». Et il
est difficile de faire face à ce que la machine dit de nous… « Bien sûr, personne ne
dit : “Oui, c’est vrai, je préfère tuer le sansabri” ! Mais le fait est que lorsqu’un sansabri est présent, cela pénalise la probabilité
de survie du groupe. »
Autre enseignement tiré de l’étude : les
choix moraux sont moins influencés par
les caractéristiques personnelles des répondants (sexe, âge, croyant ou non,
orientation politique…) que par le type de
culture dans laquelle ils baignent. Trois
régions du monde se dessinent : les pays
occidentaux (qui préfèrent épargner les
humains, surtout s’ils sont nombreux,
mais aiment aussi… ne rien faire) se distinguent des pays de culture musulmane
(Indonésie, Pakistan, Arabie Saoudite…)
ou marqués par le confucianisme (Japon,
Taïwan…) : ces derniers privilégient nettement ceux qui respectent les règles,
mais pas spécialement les enfants. Inversement, le groupe « pays du Sud » (essentiellement l’Amérique centrale et du Sud,
ainsi que… la France et les territoires
qu’elle a autrefois contrôlés !) épargne
plus volontiers les femmes, les jeunes et
les personnes de haut statut socio-économique.
Les décisions prises ne sont donc pas du
tout les mêmes selon que l’on appartient à
une culture qui valorise le groupe ou plutôt l’individu seul. En outre, plus un pays
est riche et dispose de lois et règlements
forts, plus ses habitants semblent avoir
tendance à sacrifier les piétons qui traversent hors des clous. Un obstacle important au développement d’une « éthique
universelle des machines », notent les
chercheurs.
L’expérience a bien entendu ses limites, conviennent les auteurs. D’abord,
parce qu’elle n’est pas techniquement
réaliste : à supposer que quiconque accepte de décider a priori quel type d’individu
mérite plus de vivre que les autres, l’ordinateur capable de distinguer, à coup sûr et
sans erreur, un enfant d’un chien ou d’un
adulte, un homme d’une femme, un riche
d’un pauvre, n’existe pas. Ensuite parce
que les participants ne sont pas représentatifs de l’humanité : les internautes venus
d’Afrique et d’Asie sont loin d’avoir répondu à la hauteur de la participation de
leur continent à la population mondiale,
et les répondants sont majoritairement
des hommes, âgés de moins de 30 ans.
Mais outre son ampleur inégalée, qui
permet d’esquisser un premier « portrait
moral » du monde, elle a le mérite de
montrer que les lois de la robotique seront
bien plus complexes que celles établies en
son temps par l’écrivain Isaac Asimov,
« dont l’objectif, rappellent les auteurs,
était de fabriquer de bonnes histoires ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
SPORT
11
Coupe Davis : le casse-tête de Yannick Noah
Les joueurs français ne gagnent plus, comme l’a brutalement rappelé le Rolex Paris Masters.
Inquiétant, à trois semaines de la finale contre la Croatie.
PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
Yannick Noah lors de la demi-finale
victorieuse de la Coupe Davis face
à l’Espagne, le 15 septembre à Lille.
TENNIS Huit joueurs utilisés lors de la
campagne en 2018, dix joueurs dans le
top 100, Yannick Noah avait l’embarras
du choix dans l’optique de la finale de la
Coupe Davis (du 23 au 25 novembre, à
Lille sur terre battue, contre la Croatie).
Un champ des possibles vaste en raison
de l’absence criante de résultats cette
année (cinq titres ATP seulement ; 55 %
de victoires pour les joueurs de simple).
En effet, les joueurs français vivent une
saison maussade (aucun joueur en quarts
de finale de Grand Chelem, seulement
deux quarts-de-finalistes sur les neuf
Masters 1000 du calendrier) assombrie
par un Rolex Paris Masters traversé sans
éclat. L’arène parisienne, électrique, a
par le passé souvent permis aux joueurs
français d’offrir le meilleur. Pas cette
année. Pour la première fois depuis la
création du tournoi, en 1986, il n’y avait
pas le moindre joueur français en 8es de
finale. Ils étaient dix au 1er tour…
Dans cet ensemble médiocre, Yannick
Noah a commencé à assembler son
puzzle. Le capitaine tricolore a présélectionné six joueurs (un remplaçant à déterminer) : Jérémy Chardy, Richard
Gasquet, Pierre-Hugues Herbert, Nicolas Mahut, Lucas Pouille et Jo-Wilfried
Tsonga. Benoît Paire, titularisé lors de la
demi-finale contre l’Espagne en demifinales, Gilles Simon, le Français le plus
régulier du moment (« J’amènerai mes
enfants à l’école ») et Adrian Mannarino
(présent lors du 1er tour contre les PaysBas), tous trois membres du top 50, ne
feront pas partie de l’aventure. Pas plus
que le jeune retraité Julien Benneteau
(aligné en double lors de la demi-finale).
La carte Tsonga
Première étape pour les Bleus, un stage de
préparation au centre de ligue des Hautsde-France à Marcq-en-Barœul, à partir
du lundi 12 novembre. Un collectif en
mission. Tout ce qu’aime Noah, qui abat la
carte Tsonga (256e mondial), en phase de
reconstruction (1 victoire-4 défaites depuis son retour sur le circuit, en septembre à Metz, après sept mois d’absence à la
suite d’une opération du genou gauche) et
de nouveau dans le groupe bleu pour la
première fois depuis la finale victorieuse
contre les Belges en novembre 2017. Un
pari comparable à celui qui l’avait vu
transcender et transformer Henri
Leconte en 1991… Noah fait également
confiance à Lucas Pouille (7 victoires-8 défaites depuis l’US Open), toujours solide en Coupe Davis (7 victoires-3 défaites depuis ses débuts en 2016).
Comme à Richard Gasquet, le no 1 français
(28e mondial), grimaçant à Bercy mais
« sûr à 1 000 % d’être prêt ». Jérémy
Chardy (titulaire contre l’Italie en quarts
de finale), très à l’aise sur terre battue
intérieure (sa meilleure surface), figure
lui aussi dans un groupe qui abordera la
finale dans une fragile position d’outsiders face à des Croates mieux classés. ■
Rolex Paris Masters, 8es de finale : Cilic (Cro, 5)Dimitrov (Bul, 9) 7-6 (7/5), 6-4 ; Djokovic (Ser, 2)Dzumhur (Bos) 6-1, 2-1 abandon ; Khachanov (Rus)Isner (E-U, 8) 6-4, 6-7 (9/11), 7-6 (10/8) ; A. Zverev
(All)-Schwartzman (Arg) 6-4, 6-2 ; Sock (E-U)Jaziri (Tun) 6-0, 6-4.
Un trio d’ambitieux en monocoques
Vingt skippers de monocoques Imoca prendront le départ dimanche de la Route du rhum. Focus sur trois
d’entre eux qui rêvent d’un succès de légende et de se retrouver dans deux ans à la lutte sur le Vendée Globe.
Après avoir abandonné lors de sa première participation en 2010,
Jérémie Beyou s’était classé deuxième de la Route du rhum en 2014.
Jérémie Beyou,
l’outsider volant
MARTIN COUTURIÉ
£@martincouturie
La photo a enflammé les passionnés de voile sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines.
Celle du nouveau bateau de Jérémie Beyou, la coque totalement
hors de l’eau et pas loin de s’envoler. « On avait un peu trop appuyé, se souvient son skipper. Il
faut faire attention à ne pas recommencer ça sur la Route du
rhum. C’était chaud à bord. Avant,
on n’a jamais vu des monocoques
de quasiment 10 tonnes en charge
voler comme ça… »
Dans le bassin Duguay-Trouin
de Saint-Malo, son monocoque
Charal avec sa tête de taureau stylisée attire tous les regards. Et toutes les interrogations. Premier
monocoque Imoca de la dernière
génération mis à l’eau (le 21 août
dernier) et programmé pour remporter le Vendée Globe 2020, serat-il capable de doubler au poteau
ses rivaux fiabilisés et maîtrisés
depuis longtemps par leurs marins ? Beyou, 3e du dernier tour du
monde, affirme n’y croire guère.
« Le bateau a un potentiel de fou,
c’est certain. On arrive à bien le
maîtriser dans certaines conditions
mais on n’a pas encore toutes les
manettes. Voler sur un foil, cela reste un sacré exercice d’équilibriste. »
Et d’ajouter : « On a franchi un gap
de dingue avec ces nouveaux bateaux mais il va falloir trouver des
modes de fonctionnement qui permettent d’aller vite longtemps sans
être obligé d’actionner tous les réglages en permanence, parce qu’en
solitaire, ce n’est pas faisable. »
Une douzaine de nœuds de
vent suffit à faire décoller sur ses
foils ce nouveau monstre des
océans que le triple vainqueur de
la Solitaire du Figaro met au point
à chaque sortie, enthousiaste
comme un gamin. « La phase de
conception était passionnante et
celle de la découverte l’est tout
autant. C’est excitant. Et à la fois
un peu frustrant parce que la Route
du rhum est là et qu’on n’a pas eu le
temps de découvrir et comprendre
le bateau à 100 %. Mais on sait que
le pic de forme dans notre catégorie, ce n’est pas le Rhum mais le
Vendée Globe. »
Une faim de triomphe
Que ses rivaux se rassurent, si le
Breton souhaite avant tout rallier Pointe-à-Pitre sans casser
son nouveau jouet (estimé à
4,5 millions d’euros), il saura
saisir la victoire si les circonstances de course et les conditions météo la mettent à sa portée. « Il faut être hyper humble.
Vincent (Riou) et Yann (Eliès)
sont hyper affûtés mais il y a aussi
Alex (Thomson) qui fait figure de
logique favori après sa 2e place au
dernier Vendée Globe (devant
Beyou, 3e). Il connaît aussi très
bien sa belle machine, et progresse à chaque fois qu’on le croise en
course. »
Obligé d’abandonner lors de sa
première Route du rhum en 2010
puis classé 2e quatre ans plus tard
derrière François Gabart, Jérémie
Beyou a faim de triomphe. Et
malgré sa prudence (légitime),
cette 11e édition pourrait bien
commencer à le rassasier plus tôt
que prévu. ■
Mondialisation
À sa barre, Alex Thomson avait
livré un duel épique avec Armel
Le Cléac’h dans le Vendée Globe
2016-2017 (16 heures d’écart à
l’arrivée). Sans la casse de son
foil tribord après 13 jours de
course alors qu’il cavalait en
tête, il serait peut-être devenu le
premier skipper étranger à inscrire son nom au palmarès du
Tour du monde. Mais avec des
si… « J’ai apprécié l’expérience.
Se battre pour la gagne a été génial. Mais j’en suis quand même
sorti très frustré », avoue l’intéressé, le regard déjà braqué vers
Les Sables d’Olonne et une
5e participation en 2020. « Ma
femme m’a autorisé à repartir.
Tant que je ne gagne pas, j’y retourne », se marre-t-il. Avec un
nouveau bateau, un plan VPLP
actuellement en construction à
Southampton et mis à l’eau au
printemps prochain.
Accro à l’« Everest des mers »,
le Gallois de 44 ans ne l’est pas
encore au Rhum. Et pour cause,
il n’a jamais participé à la mythique transat. « J’en avais envie
mais elle se chevauchait avec la
Barcelona World Race (tour du
monde en double), une course
plus internationale avec plus de
retombées pour mon sponsor. »
La globalisation, voilà le cheval
de bataille du marin britannique, seul étranger capable de
naviguer les yeux dans les yeux
avec les cadors de la course au
large en solo, une discipline très
(trop ?) française.
« Le Vendée Globe n’a jamais
été aussi populaire en France
mais je pense qu’il va atteindre
un point de saturation, estime
Thomson. Il faut en faire un événement mondial. Hugo Boss et
Nokia, mes deux partenaires,
sont les seules multinationales
d’envergure engagées. J’aimerais voir de grosses compagnies
françaises, connues dans le
monde entier, investir dans
l’Imoca. Ces courses véhiculent
de superbes valeurs : courage,
détermination, résilience. Il faut
les exporter. J’essaie de le faire à
mon niveau. Et je constate que
cela fascine partout à travers le
monde. »
De l’autre côté de la Manche,
son beau Vendée Globe a suscité
la curiosité des médias et du public. « Mais je peux toujours marcher tranquillement dans la rue »,
sourit-il. Une victoire à Pointeà-Pitre, seize ans après sa compatriote Ellen MacArthur, ne ferait pas de mal à sa notoriété. Ni
à celle de son sport. ■
G. L.
Après avoir brillé sur le Vendée Globe, Alex Thomson espère
populariser la Route du rhum à travers le monde. C. ARCHAMBAULT/AFP
FRED TANNEAU/AFP
Coque taillée à la serpe, robe noire façon vaisseau de l’Empire
dans Star Wars et barre jaune
fluo, le monocoque Hugo Boss en
jette au pied des remparts de
Saint-Malo. Comme les costumes
du même nom. La monture
d’Alex Thomson ne sort pourtant
pas de l’usine. Mais trois ans
après sa mise à l’eau, son pouvoir
de séduction est intact et sa cote
très élevée dans le petit monde
de l’Imoca. Jérémie Beyou n’a jamais caché s’en être inspiré pour
son impressionnant Charal
amarré un peu en amont. Avant
de voir ce que le « Taureau » a
dans le ventre, Hugo Boss reste le
bateau de référence de la flotte.
Après ses succès sur la Solitaire du Figaro, le Trophée Jules Verne et la
Transat Jacques Vabre, Yann Eliès vise la victoire sur la Route du rhum.
Yann Eliès,
vaincre et convaincre
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
Parler Route du rhum avec Yann
Eliès convoque des images sur papier glacé ou télévisées – « les victoires de Poupon et Arthaud sur des
bateaux géniaux, la disparition de
Caradec sur Royale » – et des souvenirs au parfum délicieux. « Mon
atterrissage en Guadeloupe,
grand-voile haute à 30 nœuds, est
un des plus beaux moments de ma
carrière. L’accueil des Guadeloupéens, j’avais halluciné… » Pour
son premier Rhum il y a quatre
ans, le Briochin avait terminé 7e et
dernier dans la catégorie Ultimes.
Mais l’essentiel était ailleurs. « Je
n’avais jamais fait de solo sur un
trimaran et le projet s’était monté
très tard », raconte le triple lauréat de la Solitaire du Figaro, parti
de Saint-Malo « comme un
condamné s’avançant vers la chaise électrique ». Ceux qui ont navigué sur le diabolique MOD70, un
trimaran volage capable de se retourner comme une crêpe à chaque instant, savent qu’Eliès exagère à peine. « En 2014, j’avais fait
mon signe de croix avant de partir,
c’était vraiment chaud. Cette année, c’est plus cool. » Mais pas
moins ambitieux. Au contraire.
À la barre d’Ucar-StMichel, pas
le plus véloce des monocoques à
foils mais un bateau éprouvé,
Yann Eliès vise la gagne. Pour refaire le coup réussi au Brésil il y a
un an aux côtés de Jean-Pierre
Dick dans la Transat Jacques Vabre. Le double vainqueur du Trophée Jules Verne a beau avoir de
la bouteille, traverser l’Atlantique
n’a rien d’anodin à ses yeux.
« Même si elle devient presque trop
courte avec les Ultimes et que le
public n’a plus vraiment le temps
de se mettre à la place du marin, il
ne faut surtout pas banaliser cette
course, prévient-il. Ça reste une
sacrée épreuve. Plus tu vas vite,
plus c’est violent. À chaque fois que
je monte sur mon bateau, je me fais
broyer. Je passe à l’essorage
1 200 tours. » Pour le beau linge, le
cycle court est annoncé à 10 jours,
le long à 12 et demi selon les
conditions.
Le départ d’une flotte monstrueuse (123 bateaux) dimanche
l’inquiète – « La Manche, c’est toujours un morceau. La nuit qui tombe
à 17 heures, les cargos… J’espère que
les organisateurs n’ont pas vu trop
grand ». L’après Rhum aussi. « Le
bateau est vendu. Je me donne jusqu’à décembre pour que mon projet
d’Imoca neuf en vue du Vendée Globe 2020 aboutisse. Il faut convaincre
les sponsors. » On n’a jamais fait
mieux qu’une victoire comme accélérateur de partenaires. ■
EN BREF
Football : le PSG pour
un record européen
Auteur d’un sans-faute
en Ligue 1 avec 11 succès
en 11 matchs, le PSG
peut battre le record de
victoires d’affilée depuis
le début de saison dans
les grands championnats
européens, en cas
de succès contre son
dauphin Lille, ce vendredi
(20 h 45, Canal +).
A
DAMIEN MEYER/AFP
Alex Thomson,
bizuth mais costaud
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018
LE CARNET DU JOUR
12
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anniversaires
Michel OLIVER
86 ans ! Et voilà, tu continues
à me raconter des bobards.
En attendant que tu divulgues
le secret de ta fontaine
de jouvence, je te souhaite
un joyeux anniversaire
Murielle
deuils
M. Carlos Baptista
a la tristesse
de vous faire part du décès de
Monique Lapluye,
son épouse,
M. et Mme André-Hugues Itel,
ses parents,
leurs enfants,
André-Paul, Hugues-Rodolphe
et Pierre-François,
M. et Mme
Jacques-Aymon Lapluye,
M. et Mme
Jean-Raphaël Lapluye,
ses fils et belles-filles,
M. (†) et Mme
Jean-Claude Hayon,
ses beaux-parents,
leurs enfants,
Jean-Philippe, Céline et Sylvie,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
Charles-Marie ITEL
Saint-Cyr, promotion
Lieutenant-Colonel Gaucher,
à Paris, le 28 octobre 2018,
à l'âge de 55 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la chapelle Notre-Dame
du Val-de-Grâce, à Paris (5e),
le lundi 5 novembre 2018,
à 14 heures, suivie
de l'inhumation au cimetière
du Perreux-sur-Marne.
150, avenue Gabriel-Péri,
94170 Le Perreux-sur-Marne.
Metz. La Baule.
Vaison-la-Romaine.
Nicole Lanternier,
née Bodard, son épouse,
Hubert, Dominique, Odile,
ses enfants, et leurs conjoints,
Martin et Katrin, Isabelle,
Anna, Barbara,
Maud et Pierre-Xavier,
Marine et Cédric,
Colas et Anne-Sophie, Xavier,
Olivier,
ses petits-enfants,
ses six arrière-petits-enfants,
les familles Lanternier,
Lemoine, Cloez
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
François LANTERNIER
Mme Yolande BAUSSAN
survenu le 28 octobre 2018.
Une bénédiction aura lieu
le lundi 5 novembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
Paris (6e).
Ses enfants et petits-enfants
ont la douleur de vous
annoncer le décès,
le 26 octobre 2018,
dans sa 91e année, de
Mme Monique BLANCHON
La cérémonie aura lieu
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine,
le mardi 6 novembre, à 10 h 30.
survenu à Metz,
le 29 octobre 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre, à 14 h 30,
en l'église
Saint-François-d'Assise,
à Metz, suivie de l'inhumation
au cimetière de Gorze.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Amaury
vicomte d'HARCOURT
décédé le 24 octobre 2018.
La cérémonie religieuse
a eu lieu dans l'intimité,
le 30 octobre 2018.
215, rue de la Villette,
60130 Plainval.
Augustin, Antoine, Pauline,
Laetitia, Michel et Geneviève,
ses petits-enfants,
Mme Léopold Lenel,
parents et alliés
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Bruno et Marie-Hélène
Le Dref,
Olivier et Leny Le Dref,
ses fils et belles-filles,
Chloé, Louis, Morgane,
Martin, Marianne et Arthur,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme François LE DREF
née Micheline Lorain,
survenu le 26 octobre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre, à 10 h 30,
en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
1, rue Corot, à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Montparnasse,
à Paris (14e).
Les familles de Montrichard
et d'Hautefeuille
Bonneuil-en-Valois (Oise).
Paris (17e).
vous font part du décès de la
Dominique et Olivier
Thurninger,
Philippe Sandoz,
Agathe Rastoin-Sandoz
et Sacha Lansac,
Octave Sandoz,
ses enfants,
marquise de MONTRICHARD
née Marie-Eliane Duchy.
Une cérémonie aura lieu
le mardi 6 novembre 2018,
à 10 h 30,
au funérarium de Nanterre,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Clairoix (Oise).
Une messe sera donnée
prochainement
en la paroisse de
Notre-Dame-de-l'Assomption,
à Paris (16e).
Gérard LAPLUYE
professeur honoraire
des Universités,
expert national honoraire
agréé par la Cour de cassation,
expert honoraire
près la cour d'appel de Paris,
survenu le 31 octobre 2018,
à Valence.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 3 novembre,
à 10 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Champagne (Ardèche).
Condoléances sur registres.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Dominique Loudmer,
son épouse,
Liliane, Jacquelinne, Jérémy,
ses enfants,
Guy et Lise-Marie Loudmer,
ses parents,
Philippe et Patrizia Loudmer,
son frère et sa belle-sœur,
Katia Loudmer,
sa sœur,
ses neveux et nièce,
ses beaux-parents
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre LOUDMER
le 24 octobre 2018,
à l'âge de 56 ans.
Les obsèques auront lieu
ce vendredi 2 novembre,
à 11 h 15,
au cimetière parisien
de Bagneux.
Vitré, Pacé (Ille-et-Vilaine).
Montgeron (Essonne).
Saint-Pierre-la-Cour
(Mayenne).
Mareil-Marly (Yvelines).
On nous prie de faire part
du décès de
Marie-Claire NOËL
De la part de
ses enfants et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
son arrière-petit-fils,
ses frères, belles-sœurs
et beau-frère
ainsi que toute la famille.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 3 novembre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Martin
de Vitré, suivie de l'inhumation
au cimetière Saint-Gilles.
Roger Pagezy,
son frère,
Laurence Pourtalé,
sa nièce,
et toute sa famille
ont la profonde tristesse
de faire part du décès
de leur bien-aimée
Marcelle ROMIEU
née Pagezy,
Antoine Gallimard
et les
ont appris au matin
du mercredi 31 octobre 2018,
avec une infinie tristesse
le décès de
Florence MALRAUX
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 2 novembre 2018,
à 14 h 30, au temple
Maguelone, 25, rue
Maguelone, à Montpellier.
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, rue Sainte-Croix,
34000 Montpellier.
Elle rend un hommage appuyé
aux hommes et aux femmes
récemment disparus qui ont
fait de leur mieux pour
participer dans la durée,
à la lutte contre l'exclusion.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
architecte DPLG,
passionnée de littérature
et de cinéma, a traversé
le siècle en compagnie
des plus grands artistes,
réalisateurs et écrivains
et est intervenue elle-même
comme assistante
sur de nombreux tournages.
Françoise Saint-Cène,
son épouse,
Olivier et Stéphanie
Saint-Cène,
ses enfants,
Maxime et Jules,
ses petits-fils,
et toute sa famille
Antoine Gallimard tient
à saluer la mémoire
de celle qui fut la fille
de André et Clara Malraux
et qui s'est attachée,
avec fidélité et intelligence,
à faire rayonner l'œuvre
de son père dans le monde
entier.
ont la douleur
de faire part du décès de
survenu le 21 octobre 2018,
à l'âge de 83 ans, à Paris.
Nous nous souviendrons
longtemps de sa personnalité,
faite de grande gentillesse,
d'humour et d'attention
aux autres.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Saint-François-de-Sales,
à Paris (17e),
dans l'intimité familiale.
M. Philippe SAINT-CÈNE
Fondation Raoul Follereau,
31, rue de Dantzig, 75015 Paris.
Téléphone : 01 53 68 98 98,
www.raoul-follereau.org
survenu le 29 octobre 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 5 novembre,
à 15 heures, en l'église
de Bonneuil-en-Valois.
Paris (16e).
Jean Swetchine,
son mari,
Nicolas Swetchine,
son fils,
et toute la famille,
Pierre Muckensturm,
son frère,
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Denise SWETCHINE
née Muckensturm,
ingénieur École polytechnique
féminine 1955,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Alexandre-Nevsky,
12, rue Daru, à Paris (8e),
le mardi 6 novembre,
à 12 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Pascale et François (†) de Seze,
Sophie Burgy,
Olivier de Vleeschouwer,
ses enfants,
Marie Fauchet,
Julien et Sébastien Burgy,
ses petits-enfants,
L'Institut Pasteur
exprime sa profonde gratitude
aux généreux bienfaiteurs
disparus au cours
de l'année 2018, et qui,
par leurs legs, donations ou
assurances-vie, ont contribué
au financement des recherches
menées dans ses laboratoires.
Qu'il leur soit ici rendu
hommage.
L'Institut Pasteur
avec toute sa reconnaissance.
ses beau-frère et belle-sœur,
ses neveux et nièces
font part avec tristesse
du rappel à Dieu de
Christiane
de VLEESCHOUWER
née Overfeldt,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 2 novembre 2018,
à 14 heures,
en l'église Sainte-Eugénie,
1, place de la Mairie,
Marnes-la-Coquette
(Hauts-de-Seine).
La Société Protectrice
des Animaux (SPA)
témoigne sa reconnaissance
à ses bienfaiteurs disparus
qui, par leur legs, donation
et assurance-vie permettent
à l'association de recueillir
des milliers d'animaux
abandonnés et de lutter contre
leur mauvais traitement.
M. Jean WILLAUME
le 27 octobre 2018,
à Romilly-sur-Seine.
En hommage à
Jacques et Françoise
CAGET BOURDIER
la messe de 11 heures, le
dimanche 4 novembre 2018,
en la paroisse
Notre-Dame-de-Compassion,
Paris (17e) sera célébrée
à leur intention.
En ces temps de mémoire
et de recueillement,
les évêques catholiques
réunis à Lourdes
célébreront une messe
à la mémoire de tous
les bienfaiteurs disparus,
donateurs et testateurs,
le mardi 6 novembre 2018.
Conférence des évêques
de France
Téléphone : 01 76 23 10 10.
souvenirs
M. Michel BÉTHUNE
officier de la Légion d'honneur,
nous quittait.
Sophie et Georges-Matthieu
de La Villéon,
Caroline et André Mariotti,
Thierry et Fatiha Béthune,
ses enfants et leurs conjoints,
La SPA,
39, boulevard Berthier,
75847 Paris Cedex 17.
Téléphone :01 43 80 72 83.
Guillaume, Capucine et Emilie
Florentin,
Tiphaine et Georges-Patrick
de La Villéon,
Laëtitia et Marine Mariotti,
Antoine et Julien Béthune,
ses petits-enfants,
Les familles Chauvin,
Fontanez, de la Roche, Rollet,
Galland, Pageon, Alleaume,
Lerolle, Delacommune
et Boucher
remercient tous ceux
qui auront une pensée pour lui.
remercient
toutes les personnes qui leur
ont témoigné leur sympathie
lors du décès de leur cousine,
Janine CHAUVIN
Il y a sept ans,
le 2 novembre 2011,
Suzette MOYAUX
s'en allait.
Le temps passe
mais le souvenir reste.
Ses enfants, gendres
et belles-filles,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès du
baron Gabriel
MICHET de VARINE-BOHAN
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
Une messe d'actions de grâce
à l'attention de la
Olivier et Christian,
ses fils,
sa belle-fille,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
messes
et anniversaires
Il y a dix ans,
le 1er novembre 2008,
Jean-François Burc,
Jean-Louis Herrig,
le 27 octobre 2018,
à l'âge de 88 ans.
à l'âge de 85 ans.
Florence Malraux
Mme Maud Parent,
M. Philippe Drillet,
ses amis,
et toute la famille
survenu le 27 octobre 2018,
à l'âge de 86 ans.
Lucile et Isabelle Romieu,
ses filles,
Clio, Alfonso, Mateo
et Alejandro,
ses petits-enfants,
Sofie et Sébastien,
ses arrière-petits-enfants,
La Fondation Raoul Follereau
souhaite exprimer sa gratitude
à tous ses bienfaiteurs
en ce jour de mémoire.
« Soyez des semeurs d'amour »,
Raoul Follereau (1976).
née Vallet,
survenu le 31 octobre 2018,
à l'âge de 85 ans.
Elle a rejoint
Xavier, son époux.
remerciements
Mathieu et Clémence,
Ava et Hugues,
ses petits-enfants,
M. Claude SANDOZ
à l'âge de 96 ans.
Éditions Gallimard
Auguste, Jules et Léon,
ses arrière-petits-fils,
Diane d'Harcourt,
sa fille,
Aurore et Amédée de Guillebon,
Aude et Thomas Bouvatier,
ses petits-enfants,
Annonay (Ardèche). Versailles.
Mme Charles-Marie Itel,
Thomas, Eudes-Marie,
Enguerrand, Jeanne et Mahaut,
ses enfants,
comtesse Jean
COLONNA de GIOVELLINA
née Sophie Moreau-Néret,
rappelée à Dieu
le 16 août 2018,
à La Menastière
(Eure-et-Loir),
sera célébrée
le lundi 5 novembre,
à 18 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
15, rue Ampère, Paris (17e).
Le 2 novembre 2001,
Lydia SILBERMAN
nous a quittés.
Dix-sept ans se sont écoulés
et son image reste présente
dans la pensée de ceux
qui l'ont connue et aimée.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 2 novembre 2018,
avant 17 h 11,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
13
Johnny : dans les coulisses
d’une affaire de famille et… d’argent
Dans « Ils se sont tant
aimés » (Albin Michel),
qui sortira le 7 novembre,
notre collaboratrice Léna
Lutaud revient sur les
déchirements qui ont suivi
la mort du chanteur. Elle
plonge dans les coulisses
de la famille alors
que la bataille devant
les tribunaux va reprendre
ce mois-ci à Los Angeles et
à Paris. Extraits exclusifs.
réussir. » C’est tout à fait vrai. L’Amnesia Capd’Agde, époque Boudou, remonte à 1990. L’Amnesia Miami à 1992. La rencontre entre Laeticia et
Johnny à 1995. Sans la star du rock’n’roll et loin
de Paris, André Boudou a réussi à mettre le Capd’Agde sur la carte mondiale du monde de la nuit.
Le mariage de « la petite » avec le rockeur va tout
de même bouleverser leur vie à tous. Vingt-trois
ans plus tard, Laeticia est la seule héritière du rockeur. Elle en détient le patrimoine et le droit moral. Son frère, Grégory, est l’exécuteur testamentaire de l’idole des jeunes. Johnny l’a aussi placé
aux commandes de son trust californien JPS, le
coffre-fort où a été rangé son patrimoine. Le
21 février 2018, le nom de Grégory Boudou est
supprimé des documents. Dix jours plus tôt, Laura Smet et David Hallyday ont attaqué le testament de leur père devant les juges. […] « Pourquoi
a-t-on évacué Grégory Boudou ?, s’étonne Emmanuel Ravanas, avocat de Laura. Pourquoi lorsqu’on
a le droit et la loi pour soi, violer la volonté de Johnny
Hallyday ? »
❚ L’OMBRE DE LA MAFIA
(p. 176-177)
À cette époque-là, Johnny vient encore sur le
port. Il fait la fierté de la ville en y ancrant son
yacht Wild Eagle II dont un aigle géant doré et
ailes déployées décore le flanc gauche. Pose gentiment avec les Boudou dans leur pizzeria devant la
fresque « napolitaine » avec bateaux entrant dans
un port. Michel Houellebecq publie Les Particules
élémentaires en 1998 et décrit le Cap-d’Agde comme un haut lieu des « partouzes » en Europe. Béziers est une plaque tournante du trafic de femmes
et de drogues. Si le nom des Boudou ne sera jamais
associé au commerce de la chair, la famille semble
tout de même proche des Lantieri, dynastie corse
de Bonifacio. Leur nom apparaît dans le rapport
sur la criminalité organisée en Corse, rédigé par le
procureur général Bernard Legras en 2000. À
l’époque, sur son compte Facebook, André Boudou ne cache pas son amitié pour Jean-Simon et
Paul Lantieri, qu’on retrouvera plus tard comme
principal prévenu du procès du cercle de jeux parisien Le Concorde. En 1995, les Lantieri ouvrent
un Amnesia dans le maquis entre Porto-Vecchio
et Bonifacio.
❚ L’AMPLEUR
DES DÉGÂTS
(p. 65-66)
Dominique Besnehard s’énerve et accuse : « Les
errements de Laura à l’adolescence et même plus
tard dans sa vie de jeune adulte n’auraient pas été les
mêmes si elle n’avait pas eu affaire à une belle-mère
jalouse. Cette jalousie a compliqué ses rapports avec
son père et créé un traumatisme durable. » Au fil du
temps, cela va mieux. Jacques Séguéla et sa femme
passent en voisins dîner à Marnes-la-Coquette :
« C’était extraordinaire, Laura, David et les deux
petites étaient là », se rappelle Jacques Séguéla, qui
ne se souvient pas de la date exacte. « Dans la cuisine, Nathalie Baye et Sylvie Vartan faisaient la vaisselle. Laeticia mettait la table. On se serait cru dans
une comédie française. J’étais à côté de Johnny qui
n’a jamais été aussi heureux. Il m’a dit : “Laeticia a
réussi à recomposer ma famille.” Ça a tout de même
drôlement dégénéré après. »
❚ LA RENCONTRE AVEC MAMOUR
(p. 82-83)
Une fois monté dans la fameuse Bentley conduite par André Boudou, le petit groupe file festoyer
au Sushi Rock Cafe. Le rockeur fond : « Pendant
tout le dîner, je regardais ses mains. Elle avait des
mains formidables. Elle avait des mains soignées,
belles, et je me suis dit que cette fille-là avait vrai-
(p. 191 à 193)
ment de jolies mains. » Laeticia, elle, se noie dans
les yeux bleus de loup du rockeur […].
Le lendemain, ils se revoient. Quatre jours plus
tard, Johnny rentre en France. À l’époque, les téléphones portables n’existent pas. Les courriels
non plus. Les deux tourtereaux s’envoient des fax
passionnés. Il lui raconte ses blessures, ses démons. Elle aussi se confie. « J’étais aussi déglinguée que lui, je n’avais connu que des déceptions
avec les garçons. Je n’avais aucune estime pour moi.
C’est par son regard posé sur moi que j’ai commencé
à exister. Sans Johnny, j’aurais très mal fini », racontera-t elle après treize ans de mariage dans Elle
en 2009.
Un mois après leur rencontre, Laeticia rejoint
Johnny à Paris. Elle devait rester une semaine, elle
n’est jamais repartie.
Johnny Hallyday et Laeticia
le 4 juillet 2016, à Paris.
BAKOUNINE/ABACA
❚ TROIS VILLAS À SAINT-BARTH
❚ L’ANNONCE DU CANCER
(p. 227)
(p. 94-95)
À l’automne 2016, quand Johnny apprend sa
maladie, il lui reste huit mois à passer à Los Angeles
avant de rentrer en France pour assurer la tournée
des Vieilles Canailles. Dans son interview du Point,
la première depuis la mort de son mari, Laeticia
affirme que « David a mis six mois pour venir voir
son père. Laura, quatre mois ». Les proches des deux
aînés ne racontent pas la même chose. Selon leur
version, ils n’ont été mis au courant que très tardivement de la maladie de leur père. Johnny ne leur
en a jamais parlé. C’est un coup de téléphone laconique de Laeticia qui leur met la puce à l’oreille :
elle parle « d’une petite rechute qui suppose une
petite chimiothérapie préventive ». Johnny a déjà
commencé le traitement. Laura et David se parlent, s’inquiètent – « Il doit se passer quelque chose
de grave » – et décident d’aller immédiatement
ensemble à Los Angeles. Mis au courant, Johnny
Hallyday s’y oppose et appelle ses aînés : « C’est
trop compliqué. Venez chacun à votre tour. » À Los
Angeles, tout s’est accéléré. Le cancer s’est propagé au pancréas. C’est une très mauvaise nouvelle.
❚ DÉDOU ET GRÉGORY
(p. 165)
En attendant, Dédou répète comme un leitmotiv avec son accent chantant : « Je n’ai pas attendu
que Johnny Hallyday entre dans la famille pour
Le 29 juin 2012, son nom commence à apparaître dans les PV d’assemblée comme gérante des
sociétés françaises de Johnny Hallyday (immobilier, gestion des tournées, édition des albums).
Elle a 77 ans, n’a jamais géré qu’une pizzeria dans
sa vie. À l’exception de Sylvie Vartan, qui ironise
au micro d’Europe 1 : « La grand-mère a l’air très
sympathique. Je ne sais pas quel est son passé artistique. Mais c’est comme si, moi, j’allais diriger les
Galeries Lafayette ! C’est quand même insensé ! »,
personne n’y trouve à redire. […] Évidemment, si
après la mort de Johnny Hallyday Mamie Rock
avait pu rester discrète, cela aurait été mieux.
Mais elle fait tout le contraire. Elle proclame dans
Midi Libre, à la télévision : « Je n’étais qu’un prêtenom », « je n’ai pas encaissé vingt sous. » À l’écouter, elle gérait des coquilles vides. Dans les documents déposés au tribunal de commerce de Paris,
on voit bien que la PME Mamour n’était pas
« vide » mais a été « vidée » fin 2013 au même
moment que la création des trusts de Johnny et de
Laeticia en Amérique grâce à une distribution de
dividendes de 5,5 millions d’euros. Où se sont
volatisés ces millions ? Mystère. Ils font partie des
actifs actuellement recherchés dans le monde
entier.
Le plus incroyable, c’est que jusqu’au dernier
moment, on continue à découvrir des propriétés
cachées. La dernière en date est une nouvelle fois
à Saint-Barth. Elle se trouve au lieu-dit Marigot
à deux pas des villas Jade et Joy. Une fois de plus,
Johnny s’est associé avec Jean-Claude Darmon.
Ensemble, ils ont créé à Paris la société Immo 5.
Avec sa société Eurl JC Darmon Conseil, le
millionnaire du foot en possède 51 %, le reste est
aux mains du rockeur. Avec cette société, ils ont
acheté aux enchères le 2 février 2016 pour
4,36 millions d’euros, la parcelle AX948 et la
maison « Sylvestre ». Au final, Johnny et Laeticia
se sont bâti un petit empire avec pas moins de
trois propriétés magnifiques ayant vue sur la
mer. ■
La grand-mère a l’air très
sympathique. Je ne sais pas quel est
son passé artistique. Mais c’est comme
si, moi, j’allais diriger les Galeries
Lafayette ! C’est quand même insensé !
SYLVIE VARTAN
»
A
❚ UN DÎNER À LA CLAUDE SAUTET
❚ MAMIE ROCK
DOMINE JEROME/ABACA
ALBIN MICHEL
(p. 24)
David Hallyday, 51 ans, a
bien l’intention, lui, de
passer ce coup de fil forcément inconfortable. Laura
est persuadée que, comme
souvent avec elle, son père
a fait les choses en cachette de Laeticia et lui a légué
quelque chose sans le dire
à son épouse. David, lui,
ne connaît pas non plus exactement les dispositions prises par son père. Et pour cause : sur les six
testaments rédigés entre 1997 et 2014, les deux
testaments olographes de Johnny (17 juin 1997 et
3 avril 2014) n’ont jamais été inscrits au fichier
central des dispositions de dernières volontés,
alors que c’est une obligation à la charge du notaire qui les a en main. Sauf en cas d’opposition de
Johnny, ce qui en l’occurrence n’est pas prouvé.
Johnny avait remis ces deux testaments à son notaire, maître Thierry Assant-Lechevallier, les
25 juin 1997 et 3 avril 2014.
David n’a donc pas encore idée de l’ampleur des
dégâts.
Il se souvient d’une conversation en 2015 avec
son père où celui-ci lui aurait certifié : « Il n’y a que
toi qui peux gérer le droit moral. » Dans l’ombre,
depuis quinze jours, les avocats de Laura sont à
l’œuvre. Ils n’ont pas encore les six testaments. Ils
partent de zéro. Pour se faire une idée du patrimoine du rockeur, ils cherchent des indices dans
les publicités foncières. À ce moment-là, ils ne
s’informent que sur les propriétés connues de
tous : Marnes-la-Coquette, Gstaad, Saint-Barthélemy et Pacific Palisades, à Los Angeles.
Pour l’estimation des revenus musicaux (royalties, retraite Sacem, droits INA et droits d’auteur),
ils vont prendre du retard. Cette partie est la spécialité de David, mais leur cliente, c’est uniquement Laura. Une artiste, pas une femme d’affaires
capable d’expliquer les règles de remontées de
comptes de la Sacem. Le fils de Johnny, lui, a les
deux casquettes. Le frère et la sœur ne vont pas
prendre les mêmes avocats ni le même notaire. Il
aurait préféré dialoguer et négocier avant de partir
à la guerre. C’est dans sa nature. Elle préfère
foncer.
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
14
ÉCOLE
■ Depuis
près de deux siècles, « tous les Français investissent leurs espoirs » dans l’école et
partagent la conviction « qu’elle peut tout », a écrit l’historien François Furet. C’est dire
la sensibilité de nos concitoyens envers le sujet. L’écrivain Jean-Michel Delacomptée
insiste sur la nécessité de protéger les enseignants et l’école contre le chaos, inséparable des
réseaux sociaux. Le professeur d’histoire-géographie
Barbara Lefebvre explique,
à l’aide d’exemples édifiants,
pourquoi nos enfants ne
connaissent plus l’histoire
e récent braquage d’une
effaré d’une rupture totale dans
de France.
enseignante durant son cours
la relation enseignant-enseigné,
Pour le respect des formes en classe
L
se voulait factice et ludique.
Factice comme l’arme
(un pistolet à billes, tout de
même), ludique par le plaisir
de filmer une scène jugée drôle, avant de
la diffuser sur les réseaux sociaux. Drôle
en tant que parodie, en ce qu’elle mimait
la violence des rues, ou plutôt ses
représentations (cinéma, télévision).
Cette vraie-fausse scène d’agression
renvoie au flou des liens entre la réalité
et ses doubles : mimer un acte gravissime
ne prête pas à conséquence, puisque ce
n’est pas vrai, alors qu’en fait ça l’est.
Inversement, la vérité d’un acte ne prête
pas à conséquence, puisqu’il se confond
avec l’irréalité de l’image. Brouillage des
mondes en raison de leur équivalence :
la scène réelle du faux braquage
se transforme en scène fictive d’un vrai
braquage. On atteint ici un pic révélateur
des confusions où nous conduit la société
du spectacle universalisée par les réseaux
sociaux. Car c’est bien d’un spectacle
qu’il s’agit, d’un acte, au sens théâtral du
terme, destiné à une diffusion aussi large
que possible. La société du spectacle
se répand dans l’intimité des individus
jusqu’au point-limite où elle justifie
tous les comportements aux yeux de
leurs auteurs et, idéalement selon eux,
aux yeux de leurs spectateurs. Complicité
d’un partage
qui vaut d’être un
partage, c’est-à-dire
un pur plaisir
de connivence.
L’écrivain renommé*, fort de son expérience
Le positif de
de maître de conférences à l’université Paris-VIII
l’événement tient
Vincennes-Saint Denis, délivre son diagnostic
à la réaction qu’il
sur l’invasion de l’école par les nouvelles
a provoquée : non
technologies et établit l’ordonnance.
seulement le constat
JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
trivialement réduite par le pédagogisme
au couple appreneur-apprenant, mais
le hashtag par lequel les enseignants,
s’élevant contre l’indifférence de leur
administration, ont révélé l’extrême
gravité des questions de discipline dans
les établissements scolaires. Le sanctuaire
n’en est plus un, il a sombré dans l’océan
des flux numériques, et le chaos
des violences s’ensuit, depuis
les harcèlements, réels ou virtuels,
aux vrais-faux braquages.
Dès lors que, par son hypertrophie
exponentielle, la société du spectacle
rompt les digues entre les espaces dévolus
à l’enseignement et la société dans son
ensemble, en cela secondée par l’usage
intensif des nouvelles technologies
considérées à tort comme
d’indispensables prothèses, on assiste
– et là réside une bonne part de notre
effarement – au triomphe des moyens
de communication sur les finalités de la
transmission dans le lieu même où celleci devrait régner sans mélange. C’est
pourquoi l’idée de poster des policiers
dans certains de ces établissements se
trompe de remède. Face au déferlement
de séquences vidéo virales, ce serait
comme dresser des murets contre
le Pacifique. À cet égard, outre le besoin
d’une tolérance zéro, la décision
d’interdire en classe les téléphones
mobiles constitue une réponse certes
insuffisante, mais bienvenue. Cette
décision vise d’abord à empêcher
le trouble occasionné par l’utilisation de
ces appareils, mais elle servira également
à bloquer les flux numériques que ces
mêmes appareils permettent de produire
en vue de les diffuser.
Rétablir l’impératif de transmission
de sagacité : on obéit aux lois de son pays
parce que ce sont ses lois.
Récuser l’approche élastique
des matières enseignées, redonner
au concept de leçon sa valeur éducative,
repousser hors du champ scolaire
le présent horizontal de la société
du spectacle pour lui substituer le temps
vertical des disciplines travaillées en
profondeur, ces exigences ne règleront
bien sûr pas tous les problèmes de l’école.
Elles n’excluent assurément pas
d’améliorer la maîtrise des savoirs,
condition sine qua non d’une autorité
reçue pour légitime, mais dont
l’insuffisance pénalise trop souvent
les nouveaux enseignants. Elles
n’excluent pas davantage de mieux
armer ces courageux
néophytes envoyés
Le sanctuaire qu’était l’école
au front avec pour seules
n’en est plus un, il a sombré
munitions les médecines
prescrites par
dans l’océan des flux numériques
les Diafoirus qui hantent
en nombre excessif
les Écoles supérieures du professorat
Respect des normes, respect
et de l’éducation. Néanmoins donner
des formes, d’où l’on passe au respect
corps à ces exigences auxquelles
des personnes. Le grand sociologue
Jean-Michel Blanquer, le ministre préféré
Norbert Elias a expliqué l’avènement
des Français, n’est sans doute pas
de la civilisation des mœurs par les
indifférent, permettra d’ériger
contraintes de la cour. Aux partisans de la
une borne efficace, et puissante sur
grammaire superflue et de l’orthographe
le plan symbolique, contre l’afflux
aléatoire, il faut opposer sans mollesse
continuel et confus des images et des sons
la structuration de l’intelligence,
où s’engouffrent tous les débordements.
des humeurs et des comportements par
* Auteur de nombreux portraits littéraires
l’apprentissage des règles qui régissent la
remarqués – en particulier
clarté du discours. L’arbitraire des règles
de Montaigne, Racine, Bossuet
de grammaire, comme de la correction
et Saint-Simon – et de plusieurs romans
orthographique, conforte l’intérêt de leur
et essais salués par la critique,
enseignement résolu. Définir les limites,
Jean-Michel Delacomptée a récemment
les affermir, obéir aux conventions en
publié « Notre langue française » (Fayard,
raison même de leur caractère arbitraire,
2018, 220 p., 18 €), grand prix Hervé
rappelle la thèse de Socrate ou
Deluen de l’Académie française.
de Montaigne, qui ne manquaient pas
aux dépens des pratiques de
communication trouve alors un nouvel
argument. L’urgence impose de restituer
aux savoirs le primat dérobé par
l’évanescence des flux, autrement dit
de construire des connaissances au fil
d’une progression fondée sur un travail
constant, plutôt que fabriquer de
prétendues compétences au gré de cours
plus ou moins liquides où le défaut
de hiérarchies s’alimente aux lubies
de la spontanéité et du génie instantané.
Rendre à l’enseignement de la
grammaire ses lettres de noblesse offre
un bon exemple de refonte nécessaire.
Le respect de l’ordre grammatical vaut
encouragement à l’effort et, chemin
faisant, initiation à la politesse.
«
»
L’histoire en lambeaux au collège et au lycée
«
tinérance mémorielle ». Des voix
se sont émues de l’expression
choisie pour caractériser
le programme présidentiel des
commémorations de la fin de la
Grande Guerre. Cette novlangue
peut déstabiliser le profane mais elle
est facile à saisir pour les enseignants
d’histoire en collège et lycée, « cette
classe moyenne » qui « fait la force de la
nation des historiens », selon Péguy. Nous
autres savons ce qu’est l’itinérance ; nous
la pratiquons depuis plus de vingt ans
grâce aux programmes que nous
subissons et qui n’ont cessé de réduire
l’histoire scolaire à un mauvais remake
des débats historiographiques portés
par l’histoire universitaire. L’école,
le collège, le lycée sont devenus
les laboratoires des lubies idéologiques
de certains universitaires en vue qui ont
la main sur l’institution scolaire
et se servent d’elle pour imposer leurs
idées dans l’opinion.
On dira qu’il en a toujours été ainsi,
depuis la IIIe République, Lavisse
et Ferdinand Buisson. Mais il existe
une différence notable. L’objectif
que l’on assigne à l’enseignement
de l’histoire n’est plus de forger un
sentiment d’appartenance nationale.
L’histoire scolaire, telle qu’elle fut conçue
au moins jusqu’au milieu des années
1960, ne pouvait pas survivre au
triomphe de l’histoire postnationale.
Désormais, l’historiographie change
perpétuellement les perspectives
d’analyse. L’histoire volte-face, l’histoire
sans point fixe tourne comme
une girouette au gré de l’air du temps.
Le bougisme a saisi la discipline.
Aussi les enseignants du secondaire
sont-ils transformés en porte-voix
souvent malhabiles d’une doxa
académique faite d’un sabir technique
et idéologique dont ils ne maîtrisent pas
tous les codes. Quand vous êtes voués à
enseigner l’histoire
de l’humanité
« des origines à nos
jours », de la sixième
à la terminale, il est
Enseignants et élèves sont prisonniers
difficile d’être
de programmes d’histoire conçus de façon
un spécialiste de
déraisonnable. Les conséquences sont dramatiques,
chaque période,
raconte le professeur d’histoire-géographie au lycée*. chaque civilisation,
DESSINS CLAIREFOND
I
A
BARBARA LEFEBVRE
chaque thématique. Dès lors, vous faites
confiance à l’Inspection générale
de l’éducation nationale pour tracer
la route. Et c’est là qu’on peut parler
d’itinérance. L’enseignant est prié
d’enjamber les siècles, d’effacer
des acteurs pour en glorifier d’autres
au mépris du contexte historique afin
de satisfaire les aspirations sociétales
du temps (femmes, minorités sexuelles,
ethniques, religieuses). Il doit faire fi
du lien entre histoire et géographie mais
se piquer de sociologie, d’anthropologie,
voire de psychologie sociale, bien
qu’il n’en maîtrise guère les savoirs.
S’agissant de l’enseignement de 14-18,
un tri mémoriel reflète l’historiographie
dominante depuis plus de vingt ans :
une explication globalisante autour
de la notion de « culture de guerre », de la
« violence de guerre ». Les hommes ont
subi une guerre injuste, leur patriotisme a
été instrumentalisé par des nationalismes
sans scrupule, leur sens du devoir fut
dévoyé par l’État-nation, ils en sortiront
tous pacifistes, enseigne-t-on. Cette
lecture interprétative de la Grande
Guerre porte toute l’attention sur les
constructions idéologiques des pouvoirs
publics de l’époque. Si l’histoire de la
Grande Guerre s’est en effet enrichie
d’une vision renouvelée de l’événement
par une vision depuis le bas, à l’échelle du
combattant et du civil, elle en a oublié de
transmettre son histoire événementielle.
Le conflit est désormais réduit à une seule
entrée thématique, celle du carnage prétotalitaire. Il n’est plus rien d’autre que
cela pour une génération d’élèves qui ne
peuvent parler que de la boue des
tranchées et l’organisation de la cagna,
des mutineries de 1917 et de l’horreur des
blessures de guerre.
Les ressources officielles qui
explicitent les programmes sont
accessibles au public (sur le site Eduscol).
La guerre de 14-18 est insérée dans un
thème, subdivisé en grandes questions,
elles-mêmes subdivisées en sujets
d’étude ! Les thèmes répondent à une
problématique purement universitaire.
En première, la Grande Guerre s’insère
dans le thème « La guerre au XXe siècle »
qui demande d’étudier en dix-sept
heures guerres mondiales, guerre froide
et « nouvelles conflictualités » du présent
incluant le terrorisme djihadiste.
L’enseignant est prié d’aborder
ces conflits dans une « perspective
dynamique ». La Grande Guerre ouvre
ainsi la question « Guerres mondiales
et espoirs de paix » de neuf heures
(évaluations incluses !), ce qui signifie
que l’enseignant dispose de moins
de trois heures pour la traiter.
Afin d’accomplir cet exploit, il faut
problématiser à l’extrême cette étude. Ce
sera « l’expérience combattante dans une
guerre totale ». Exit causes de la guerre,
chronologie du conflit, cartographie
rigoureuse des fronts. Il est écrit dans les
instructions officielles : « sans s’attarder
sur le détail des événements ». On ne doit
surtout pas « réduire le thème
à une histoire politique ou militaire du
XXe siècle », mais se contenter d’une
bataille ou d’un personnage (si possible
en évitant le général Pétain).
Ce qui compte, c’est « l’expérience
combattante », donc l’histoire vue sous
«
En histoire on n’apprend
on survole tout
»
l’angle du poilu, figure de la victime,
et des « populations civiles elles aussi
profondément atteintes » (sic).
Le professeur doit également établir
les liens entre Première et Seconde
Guerre mondiale sous « l’angle
de la guerre totale ».
Logique au regard de l’enseignement
du thème qui prévaut dès la troisième :
« L’Europe, un théâtre majeur des
guerres totales 1914-1945 ». Les deux
conflits se voient rassemblées dans
un même descriptif. L’angle européen
vise en creux à célébrer la construction
européenne – leitmotiv des programmes
d’histoire depuis Giscard.
Le « fil conducteur » de l’étude doit
être « la notion de crise ». Selon le
programme, en effet, la Première Guerre
mondiale résulterait d’une succession
de crises en tous genres, mais « attention
à ne pas développer une vision trop
mécanique des choses », préviennent les
instructeurs. On ne sait plus où donner
de la tête, d’autant qu’il est prescrit dans
le même temps « de mettre en place une
progression chronologique continue pour
ce thème [l’Europe théâtre majeur
des guerres totales] mais le concept
de crise permet un tri événementiel
et une mise en place globale ».
Comprenne qui peut.
En troisième, la formulation de l’étude
de la guerre, « Civils et militaires dans la
Première Guerre mondiale », est quasi
identique à la problématique du lycée
illustrant la dimension répétitive de cet
enseignement et sa triste uniformité
intellectuelle. Tout cela s’enseigne
en éludant le plus possible la dimension
chronologique et politique : « regardez
vite la frise… vous avez repéré les cinq
dates à retenir ?, c’est bon ! Passons
à l’étude des mutineries. »
La Grande Guerre « n’est alors pas
véritablement enseignée pour elle-même,
mais replacée dans un temps plus long »,
comme l’assume l’Inspection générale.
C’est bien le sentiment que partagent
familles, enseignants et parfois même
élèves : cette impression qu’en cours
d’histoire on n’apprend
rien, on survole
plus rien, plus
tout. Plus aucun sujet
n’est « enseigné pour luimême », il est au service
d’un projet plus grand que lui, un
discours méta-historique, politique,
sociologique. De ce discours savant
qui a sa place à l’université, il ne reste
dans le secondaire que du fumeux
qui décrédibilise la discipline, n’intéresse
pas les élèves, car il leur manque
les connaissances factuelles solides
pour établir des liens d’intelligence
entre des faits qui peuvent être
très éloignés dans le temps.
Les enseignants du secondaire se
sont ainsi mis à l’itinérance, guidant plus
ou moins adroitement leurs élèves
sur les chemins d’une histoire scolaire
épurée de ses tares : la chronologie et
le récit intelligent des faits. Itinérance
d’un enseignement-zapping fait d’une
succession de pastilles sur lesquelles
on discute en cheminant et
qu’on oublie à mesure qu’on avance.
Vers où allons-nous ? On ne sait guère,
mais l’essentiel était d’avancer, en
troupeaux. On souhaite bon courage
à Jean-Michel Blanquer pour y remédier !
* Auteur de « Génération “J’ai le droit” »
(Albin Michel, 2018, 240 p., 18 €).
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
La révolte des peuples contre les utopies
ien n’attise davantage
la révolte des peuples que
le mépris qu’ils reçoivent
des « élites » contestées.
Plutôt que de tenter
de comprendre les raisons
de leurs disgrâces, les représentants
des démocraties malades s’entêtent
à ne rien entendre des critiques.
Ils accusent les contestataires de tenir
des « discours de haine ». Cette rengaine
est reprise cette semaine pour stigmatiser
les électeurs brésiliens de Jair Bolsonaro :
l’ancien militaire a récolté 55,2 %
des suffrages, face à une gauche
en déroute morale. Le refrain s’entend
aussi chez les européistes quand
ils parlent des nouveaux élus qui,
de l’Italie à la Pologne en passant
par la Hongrie, défendent les intérêts
de leurs concitoyens. En France,
Emmanuel Macron n’est pas le dernier à
caricaturer ces dirigeants « populistes »,
qu’il assimile aux années trente. Il les voit
comme « des esprits fous qui mentent
à leur peuple ». Évoquant l’autre jour
les « nationalistes » français, il a appelé
à « les combattre sur le terrain ». Ainsi
parle le président de tous les Français,
aveuglé par ses détestations partisanes.
Oui, les discours de haine sont chez ceux
qui les dénoncent.
Parce que Bolsonaro n’a pas brillé
par la subtilité de ses répliques passées,
le voilà avec la presse à ses basques :
un bon signe pour lui. Ses détracteurs
s’attardent sur les plus vulgaires
de ses déclarations. Mais ils évitent
de s’interroger sur la responsabilité
des ex-présidents Lula da Silva
et Dilma Rousseff : deux figures
de la gauche radicale brésilienne
qui avaient reçu l’onction du clergé
médiatique international. Depuis,
Dilma a été destituée en avril 2016 pour
maquillage de comptes publics. En avril
R
2018, Lula a été mis en prison pour
douze ans, pour corruption. Ils laissent
une économie en déficit et une insécurité
invraisemblable : le Brésil compte
sept meurtres par heure ! L’élection de
Bolsonaro est le rejet du « progressisme »
et de ses utopies foireuses. Ceux qui
crient à la dictature refusent le verdict
des urnes. L’histoire qui s’écrit privilégie
les discours « antisystème » et
les affranchis du politiquement correct.
Bolsonaro s’inscrit dans cette vague,
dévastatrice pour les faussaires.
Les peuples en colère n’ont pas fini
de faire blêmir, y compris en France,
ceux qui ont abusé de leur confiance
ou qui s’autopromeuvent en guide
inspiré. La concomitance entre
l’entrée en scène du « Trump tropical »
(Bolsonaro) et la sortie d’Angela Merkel
résume le choc de deux mondes. Ils
sont aussi peu conciliables que la réalité
et le rêve. La chancelière allemande
renoncera à briguer une nouvelle
présidence de la CDU en décembre et un
nouveau mandat de chancelière en 2021.
Sa décision prend acte de l’échec
de sa politique de 2015 : sous les hourras
des moralistes, elle avait fait venir
plus d’un million de réfugiés du MoyenOrient. Cette ode à l’Autre a enchanté la
gauche universaliste. Mais elle a été une
trahison pour beaucoup d’Allemands.
Pour se repentir de l’antisémitisme nazi,
Merkel a introduit la judéophobie
islamique. Cette irresponsabilité
fait comprendre l’urgence d’en finir
avec ces « élites » suicidaires.
Le rejet des idéologies et de
leurs délires fédère les insurrections
démocratiques. Elles n’effraient que
ceux qui y laisseront des plumes.
Du Brexit à Bolsonaro, en passant par les
succès de Donald Trump, Viktor Orban
ou Matteo Salvini, un même mouvement
de libération vitale s’amplifie. La France
n’échappera pas à cette tempête dont
Macron se veut le rempart. Ce n’est
pas en désignant comme ennemis
les Français qui récusent sa politique
que le chef de l’État éteindra les braises.
La morgue macronienne est telle
que Benjamin Griveaux, porte-parole
du gouvernement, a qualifié Laurent
Wauquiez (LR), de « candidat des gars
qui fument des clopes et roulent en diesel »,
selon le JDD. Après l’attentat antisémite
commis samedi aux États-Unis par
un extrémiste de droite contre une
synagogue de Pittsburgh (11 morts),
Christophe Castaner a ordonné
le renforcement des vigilances autour
des synagogues. Mais ce soupçon
d’antisémitisme que le ministre
de l’Intérieur suggère contre la droite
radicale feint d’ignorer ceux qui,
en France, menacent et tuent les Juifs…
Insupportables dénis
Le déni des réalités reste la commodité
de ce monde politique qui perd pied.
Sa mauvaise foi est insupportable à ceux
qui sont en premières lignes. L’obligation
de réalisme est l’autre dénominateur
commun aux indignations des peuples
qui ne veulent pas mourir. Ils réclament
des bilans plutôt que des prêches,
des actes plutôt que des discours.
Quand le patron du PS, Olivier Faure,
reconnaît une « crise identitaire »
et parle d’une « colonisation à l’envers »
observable « dans certains quartiers », il
assume une rupture avec le dogmatisme
de la gauche. Sa conversion au réalisme
est une entrée dans le nouveau monde.
Il suffit de se rendre dans les cités
« sensibles » pour constater cette
situation conflictuelle, terreau d’une
possible guerre civile. Ces jours-ci, des
messages diffusés sur les réseaux sociaux
ont appelé à « la purge » des forces
de l’ordre, lors d’attaques armées
Les petites villes ont un avenir en France !
l paraît établi qu’en dehors
des métropoles, aujourd’hui,
il n’y aurait point de salut.
L’écho des travaux du géographe
Christophe Guilluy a été
considérable, décrivant la réalité
de certaines difficultés mais portant aussi
une analyse contestable, avec les risques
qu’elle devienne autoréalisatrice.
La géographie, l’histoire, la politique
font que le déclin de « la France
périphérique » n’est ni écrit ni fatal.
En particulier, notre pays est riche
de petites villes dont la vie n’est pas
simple – elle ne l’est nulle part – mais
qui se battent et se développent,
en pleine conscience du monde.
Nos petites villes ont une première
faiblesse. Elles offrent au mieux, après
le lycée, la possibilité d’un cursus en BTS,
rarement au-delà. Les jeunes qui
restent sont ceux qui ne poursuivent
pas d’études supérieures. Mais le bilan
socio-démographique est plus complexe.
Nos petites villes offrent souvent
un environnement et un patrimoine
de qualité, fruits de l’aimable géographie
et de la riche histoire de la France. Elles
bénéficient fréquemment d’équipements
et de services publics de qualité, proches
et accessibles, fruits de notre culture
politique. Cela les rend attractives.
Encore faut-il ne pas abîmer ces atouts.
La géographie justifie de ne pas défigurer
les paysages par des centrales éoliennes
mal placées. L’histoire exige un effort
pour le patrimoine au-delà du bonus
d’une loterie
miraculeuse. La
politique n’exonère
pas les services
publics d’efficacité
Il n’y a pas de fatalité à ce que demain,
au risque de voir
dans notre pays, les métropoles aient face à elles
leur qualité
une « France périphérique » sans force ni vitalité,
s’effondrer, leur
argumente le maire LR de Crest (Drôme)*.
présence menacée.
DESSIN CLAIREFOND
I
HERVÉ MARITON
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Notre pays dispose d’un tissu dense
d’élus qui ont en charge ces atouts et leur
avenir. Qui ont la responsabilité de ne pas
céder aux facilités de l’écoblanchiment,
d’arbitrer des choix budgétaires où tout
n’est pas au profit de la jouissance
immédiate. Le problème est la
détérioration du rapport qualité-prix du
service public local. J’ai démontré dans
un rapport parlementaire que
l’intercommunalité, mal conçue, a
augmenté la fiscalité locale, affaibli la
responsabilité des élus, diminué la
réactivité dans l’action.
Nos petites villes ont aussi beaucoup
pesé grâce au cumul des mandats.
La figure du député-maire ou
du sénateur-maire a puissamment
contribué à cette affirmation du fait local
à l’égard du pouvoir d’État, d’autres
collectivités, du monde économique.
Le politiquement correct a hélas
supprimé cette particularité française.
Les effets ne seront pas immédiats car
des dynamiques courent sur leur erre.
Mais un jour, notre tissu si caractéristique
de la France, marqué par l’affirmation
de villes, au lieu d’un « désert français »,
s’affaiblira.
Les métropoles n’ont pas le monopole
de la modernité ; les petites villes ne sont
pas étrangères au monde d’aujourd’hui.
L’évolution des modes de production,
le juste à temps, qui amène à réduire
les stocks, l’individualisation de produits
plus adaptés au client, permettent
de conforter des usines qui ont jusqu’ici
traversé de graves difficultés, comme j’ai
pu le voir chez Alstom à Ornans (Doubs).
La transformation numérique apporte
des opportunités nouvelles, dans
l’industrie, les services. La distance
géographique n’a plus nécessairement
les mêmes conséquences.
La revitalisation des centres-villes,
des commerces bénéficie aussi de plates-
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
formes numériques locales comme
achetezaupuy.com. Le tourisme attire
le visiteur du monde curieux de détours
authentiques.
Si beaucoup de jeunes quittent
nos villes pour leurs études, nombre
d’habitants reviennent aussi. Notre
démographie est favorable. Notre qualité
de vie attire des retraités, qui sont parfois
des enfants du pays. Nous comptons
des résidents secondaires et des résidents
alternants partageant leur vie avec
ces fameuses métropoles, des foyers
composés parfois d’une personne
résidente permanente et d’un conjoint
plus nomade. Nous attirons de nouveaux
actifs qui viennent dans nos entreprises,
une part significative de néo-urbains qui
sont à nos villes ce que les néoruraux sont
à la campagne. Cela réclame des choix
politiques pour que ni la qualité de vie ni
la vitalité économique ne soient sacrifiées
l’une à l’autre. Cela oblige aussi
à encourager la participation de tous
à la vie locale : ceux qui ne travaillent
pas et ont du temps ; ceux qui travaillent
et créent les richesses. La vie n’est pas
la même selon que, sortant de chez soi,
on connaît ou pas de nombreux visages.
Nos petites villes sont fortes sur
le chapitre de la convivialité.
Assurément, les petites villes peuvent
s’abîmer. Certaines ont perdu leur âme,
leur identité. D’autres peuvent être
gravement affectées par les difficultés
sociales, migratoires d’agglomérations
proches. Mais il reste en France beaucoup
de ressources. L’enjeu est immatériel
autant que matériel. Oui, nos petites
villes signent un art de vivre
à la française. Il y a un avenir en dehors
des métropoles. Et c’est en France
qu’on peut l’écrire.
* Ancien ministre, ancien député,
président du réseau de petites villes
« Les Plus Beaux Détours de France ».
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
programmées dans la nuit du 31 octobre.
L’initiateur de ce djihad urbain
a expliqué par la suite que sa mobilisation
était une plaisanterie. Elle donne
néanmoins une idée de cette délinquance
prête à se mettre au service d’une
déstabilisation.
Il est temps également de regarder
de plus près les problèmes posés
par l’immigration. Si ce thème fut
accessoire dans la campagne brésilienne,
il est omniprésent aux États-Unis
et en Europe. En France, Didier Leschi,
directeur général de l’Office français
de l’immigration et de l’intégration
(OFII), confirme « l’arrivée massive
de migrants » (1). Ce sont les protections
généreuses offertes par la France qui
expliquent les fortes augmentations
des demandes d’asile. Un exemple,
donné par Leschi : « Les Afghans déboutés
d’Allemagne et qui se replient en France
se voient verser l’allocation de demandeur
d’asile, gérée par l’OFII, lequel est aussi
tenu de les héberger en fonction des
disponibilités. » La générosité française
est un appel d’air. L’auteur écrit :
« Il est clair qu’aujourd’hui la législation
et les conditions juridiques d’accueil
en France demeurent plus avantageuses
que la moyenne européenne. » Mais
cet humanisme a-t-il un sens quand il
donne la priorité aux étrangers, tandis
que les autochtones s’appauvrissent ?
Fossoyeurs de la démocratie
Ceux qui désespèrent de l’avenir
de la civilisation occidentale négligent
la force politique que constituent
les peuples en révolte. Ce sont eux
qui réclament le retour aux frontières
et aux nations ; eux qui défendent
la démocratie contre ses fossoyeurs.
Ceux-là ont fait leur temps.
(1) Migrations : la France singulière,
Fondapol (octobre 2018).
VOX
… CHRÉTIENS
EN TERRE D’ISLAM
« Au-delà d’Asia Bibi,
tous les chrétiens
du Pakistan sont menacés »,
par le directeur de l’Aide
à l’Église en détresse (AED),
Marc Fromager.
… DÉLINQUANCE
« Appel à une ‘‘purge
antiflics” : chroniques
d’une insécurité tristement
ordinaire »,
par Éric Delbecque.
Les rencontres
du
FIGARO
HOMMAGE À
JEAN D’ORMESSON
par Jean-Marie Rouart,
Maxime d’Aboville
et Étienne de Montety
le lundi
26 novembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/rencontres
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Commission paritaire n° 0421 C 83022
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Sur certaines éditions :
Supplément 4 Magazine
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A
LE BLOC-NOTES
15
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NOUVEAU
LE FIGARO
LES CLÉS DE LA CONNAISSANCE
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 086 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
CHINE
TÉLÉVISION
CANAL + SE RELANCE GRÂCE
À LA DIFFUSION APRÈS 2020
DU FOOT ANGLAIS PAGE 22
Le chantier du Grand Paris
à la peine
Construction
de la ligne 15
Sud, à Bagneux.
L’incertitude grandit sur le respect du coût prévisionnel, réévalué à 35 milliards
d’euros, et la date d’achèvement des travaux en cours. PAGE 18
Quatre millions d’abonnés au « New York Times »
Le New York Times a franchi deux
caps au troisième trimestre 2018 : le
nombre de ses abonnés payants a
dépassé 4 millions, et son portefeuille d’abonnés digitaux a franchi
la barre des 3 millions. Sur la période, le prestigieux quotidien newyorkais a enregistré 203 000 nouveaux abonnés digitaux, son plus
gros gain en un trimestre depuis la
fin 2016 et le début 2017, avant et
après la victoire de Donald Trump à
l’élection présidentielle.
À l’époque, le journal avait fait le
le PLUS du
FIGARO ÉCO
SOCIAL
Jean-Yves Frouin,
le juge pro-entreprise
qui aura marqué
la Cour de cassation
PAGE 20
LA SÉANCE
DU JEUDI 01 NOVEMBRE 2018
CAC 40
5085,78
-0,15%
DOW JONES (18h)
25332,53 +0,86%
ONCE D’OR
1231,15 (1214,95)
PÉTROLE (lond)
72,840 (75,640)
EUROSTOXX 50
3196,56 -0,03%
FOOTSIE
7114,66 -0,19%
NASDAQ (18h)
7042,67 +1,08%
NIKKEI
21687,65 -1,06%
plein de lecteurs attentifs à la vie
politique. Mais il précise aujourd’hui que si une majorité de nouveaux abonnés a payé au cours du
trimestre écoulé pour de l’information générale, 60 000 ont opté pour
des offres thématiques, comme la
cuisine ou les mots croisés.
Si les nouvelles sont bonnes côté
diffusion, elles le sont également
côté finances, puisque l’amplitude
de ses revenus digitaux récurrents
permet à la New York Times Company de dégager désormais des pro-
fits substantiels : près de 25 millions
de dollars. « Nous investissons massivement dans notre journalisme, nos
produits et notre marketing et cela
donne des résultats tangibles sur notre croissance dans le digital », souligne Mark Thompson, le PDG de la
New York Times Company. L’éditeur a notamment rénové sa
newsroom.
Sur un an, les revenus issus des
abonnements numériques ont bondi de 18 %, pour atteindre
101,2 millions de dollars au troisiè-
me trimestre. En ligne, les recettes
publicitaires ont, elles aussi, grimpé
de 17 %, à 57,8 millions de dollars,
alors que celles venant du papier
ont très légèrement reculé (- 0,7 %).
Sur neuf mois, les revenus digitaux
- abonnements et publicité - ont
dépassé 450 millions de dollars. Le
groupe, qui s’attend à une bonne fin
d’année grâce aux campagnes de
Noël des annonceurs et aux abonnements, ambitionne de générer
800 millions de dollars de chiffre
d’affaires numérique dès 2020. A. D.
L'HISTOIRE
Confronté, comme en France, à la
grogne populaire née de la hausse
des prix de l’essence, le gouvernement russe dirigé par Dmitri Medvedev a choisi d’employer la manière forte, en visant les compagnies
pétrolières. Sous la pression de
l’État, les majors ont dû s’engager à
geler, jusqu’au 1er mars 2019, leurs
prix de vente de gros aux stations,
dans l’espoir d’une stabilisation des
tarifs à la pompe. Le prix du litre de
diesel est ainsi passé de 40,7 roubles début 2018, à 45,11 roubles ces
jours-ci (environ 60 centimes
d’euros), soit une explosion de près
de 11 % en moins d’un an, suscitant
des manifestations en Sibérie et
dans le Caucase. Pour contraindre
les majors russes, dont le numéro
un mondial public Rosneft, à modérer leurs prix, le Kremlin les a notamment menacées de leur imposer
des taxes à l’exportation, soit l’équivalent de la dissuasion nucléaire.
Déjà soumises depuis le 1er juin 2018
à un gel des prix intérieur, les compagnies pétrolières s’étaient en effet massivement tournées vers
l’export jugé plus rémunérateur, allant jusqu’à provoquer des pénuries
d’approvisionnement et une flambée des prix sur le marché domestique. L’accord intervenu jeudi devrait
coûter l’équivalent de 2,7 milliards
d’euros aux entreprises, auquel il
faut ajouter une hausse de l’impôt
sur l’exploration (près de 1,5 milliard)
et des accises (+ 50 %), décidée par
un gouvernement en difficulté budgétaire et applicable au 1er janvier
2019. Histoire de dissuader les entreprises de répercuter ces taxes à
la pompe, le pouvoir russe leur octroiera parallèlement une enveloppe
d’environ 8,1 milliards d’euros.
La Russie a par ailleurs introduit jeudi des sanctions économiques, présentées comme des mesures de représailles,
contre
près
de
400 personnalités (des juges, des
députés, des hommes d’affaires,
des membres de l’administration) et
entreprises ukrainiennes, dans un
nouvel épisode des tensions entre
Moscou et Kiev depuis cinq ans.
PIERRE AVRIL (À MOSCOU)
PUBLICITÉ
Bientôt une norme européenne
pour un chocolat de meilleure qualité
l n’y a pas de bon chocolat sans bon
cacao ! Tel est le credo
des professionnels du secteur
rassemblés porte de Versailles jusqu’au
4 novembre, pour la 24e édition
du Salon du chocolat. Tous espéraient
la publication, pour l’occasion, d’une norme
européenne de certification de la filière
cacao-chocolat. Mais
ils devront encore
patienter quelques mois.
Ce dossier, sur lequel
planchent depuis six ans
une quinzaine de pays,
des ONG, des associations
de consommateurs et des
organismes scientifiques,
est dans la dernière ligne
droite. « Le cahier des
charges est validé, l’ultime
phase d’ajustement porte
sur la façon dont la norme
sera contrôlée », indique
au Figaro Florence Pradier,
la secrétaire générale
du Syndicat du chocolat.
Ce nouveau standard,
fondé sur des critères de
I
durabilité et de traçabilité, fixe des modalités
de production visant à lutter contre le travail
des enfants et à améliorer les conditions de
travail et la rémunération des producteurs,
dans le respect de la biodiversité.
Le dérèglement climatique, avec 30 % à 40 %
des cultures actuellement perdues en raison
des maladies qui déciment les plantations,
corrélé à la hausse de
la consommation mondiale
de chocolat fragilise
la filière. En 2017, quelque
378 850 tonnes de
chocolat ont été vendues
dans l’Hexagone
aux consommateurs
et 173 800 tonnes
aux professionnels
qui l’utilisent comme
ingrédient. Avec 7,3 kg
de chocolat consommés
par an et par habitant,
les Français ne sont pas
les plus gourmands mais
les 4es en Europe, derrière
la Belgique, la Suisse
et le Royaume-Uni. ■
CORINNE CAILLAUD
LABEL EXCELLENCE 2019
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
J’aime ma banque.
Source Profideo, septembre 2018
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5, place de la Pyramide
92088 Paris La Défense. Courtier en assurance n° Orias 07 008 441.– Adresse postale :
FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
A
FOTORESO, THIERRY LE FOUILLE / SOPA/SIPA, ROMENA FOGLIATI/EXPA/PRESSE SPORTS
XI JINPING MISE SUR LA FOIRE
DE SHANGHAÏ POUR RASSURER LES
INVESTISSEURS ÉTRANGERS PAGE 19
HAUSSE
DE L’ESSENCE :
LE KREMLIN
ATTAQUE LES
MAJORS RUSSES
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Les dérives du Grand Paris
compliquent le chantier du siècle
Économies sur les gares
L’aménagement des gares est aussi
passé au peigne fin pour choisir des
matériaux moins onéreux. Et la réutilisation des terres de déblai, souvent mises en décharge, pourrait
rapporter plusieurs centaines de
millions d’euros. Pour les lignes où
les appels d’offres ne sont pas lancés,
la SGP se demande s’il ne faudrait
25,7
22,6
2010
2013
2017
2018
Le Mesnil-Amelot
2030
Aéroport Charles
de Gaulle T2
B
2030
B
R
2024
2030
Mairie de St-Ouen
2020
E
ne
Se
i
C
R
RE
E
RE
R
A
2030
R
B
16
Châtelet-Les Halles
M
RE
R
C
E
Marne
Noisy-Champs
RER A
R
RE
D
Pont de Sèvres
T 13
Chelles
2025
RER A
PARIS
2030
LIGNE 11
Val-de-Fontenay
2030
Gare de Lyon
14
Rosny Bois-Perrier
2022
Mairie
des Lilas
M 11
16
Gare de l’Est
St-Lazare
2022
LIGNE
15 EST
LI
OU GNE
ES 15
T
Noisy-le-Sec
E
R
Vers Cergy
(via Poissy)
Lignes de métro,
de RER ou
de tram-train
déjà existantes
2025
Olympiades
(TANGENTIELLE OUEST)
RE
Champigny Centre
R
Prolongement jusqu’à Versailles
E
2025
St-Cyr
C
L’AVANCEMENT
DES TRAVAUX
Versailles Chantiers
RER A
2025
RER C
Villejuif-Gustave Roussy
2024
B
LIGNE 15 SUD
E
GN
LI
Date de mise
en service
des tronçons
14
Se
i
M
RA
(T
R
SU
RE
R
C
RE
S
ES
LIGNE 18
Aéroport d’Orly
D)
CEA St-Aubin
2027
MassyPalaiseau
Pour Salini, c’est un retour en
France. Dans les années 1990, il
avait participé à la construction de
la ligne 14 du métro parisien et du
RER E. Si le groupe coté à Milan est
le premier étranger à intervenir sur
le Grand Paris Express, c’est qu’il
s’en est donné les moyens. En 2016,
il a créé une filiale française dont il a
confié la direction à un Italien qui
parle français et a travaillé en Afrique francophone. Aujourd’hui,
l’entité, installée à la Défense,
compte une quinzaine de personnes, dont 50 % de Français. Par
ailleurs, pour comprendre les codes
du marché hexagonal, Salini Impregilo a fait souvent équipe avec un
partenaire tricolore, NGE.
Nous ne faisons
que 8 % de nos ventes
en Italie
”
PIETRO SALINI, PDG DE SALINI IMPREGILO
Le groupe italien a l’habitude de
conquérir des marchés à l’international. « Nous ne faisons que 8 % de
nos ventes en Italie, confie Pietro Salini, dont la famille possède 67 % du
groupe. Nous avons des affaires dans
50 pays et nos équipes sont constituées de collaborateurs de 100 nationalités. » Une exposition à l’interna-
tional plus forte par exemple qu’un
Vinci dont l’activité en dehors de
France n’atteint pas encore les 50 %.
Salini Impregilo a très vite tenté
sa chance loin de l’Italie car son
marché intérieur est assez étroit et
pas très dynamique. Salini en Afrique, Impregilo au Moyen-Orient,
en Chine ou au Panama, quand ils
étaient indépendants, les deux Italiens avaient mis le cap sur le
grand large. À la suite d’une OPA,
Salini a avalé Impregilo en 2013.
Mais la priorité reste le développement international, avec un penchant récent pour l’Europe où les
risques pays sont plus faibles
qu’ailleurs.
« En France, nous avons l’ambition
de générer un milliard d’euros de
chiffre d’affaires par an dans cinq à
six ans, souligne Pietro Salini. Pour
cela, nous allons ouvrir des bureaux
en région et nous intéresser à d’autres
affaires que le Grand Paris Express. »
Le groupe n’exclut pas d’acheter de
petites entreprises de génie civil
françaises pour accélérer ce développement. Quant au recrutement
de collaborateurs de haut vol pour
accompagner cette croissance,
Pietro Salini a sa petite idée. « Nous
allons nouer des partenariats avec
l’université comme en Italie où nous
sponsorisons un master de génie civil », affirme-t-il. ■
J.-Y. G.
A
RER D
PR
B
EX
Travaux
en cours
12
2030
ne
RER C
T
Borne définissant
les limites des dates
de mise en service
des tronçons
“
Clichy-Montfermeil
GN
LI
LIGNE 14
La Défense
CDG Express
2025
CDG EXPRESS
Drancy-Bobigny
2030
Mairie
Stade de d’Aubervilliers
France
2024
RER E
RER A
RE
(tangentielles)
2024
Sevran-Livry
RER B
Le Bourget RER
2024
T 11
A
Nouvelles gares
Nouvelles lignes
de tram-train
E
C
St-Denis Pleyel
2024 Nanterre-La Folie
2024
2024
LIGNES 16
ET 17
RE
2027
RE
LE RÉSEAU
Prolongement
ou nouvelles
lignes de métro
ou de RER
Le Bourget
Aéroport
Épinay-sur-Seine
T 11 (TANGENTIELLE NORD)
Sartrouville
LI
GN
Argenteuil
2024
Vers Mantesla-Jolie
R
A
35
20
2027 Triangle
de Gonesse
RER D
Le futur métro
du Grand Paris
Source : Société du Grand Paris
Vers Évry
En France,
« nous
avons
l’ambition
de générer
un milliard
d’euros
de chiffre
d’affaires
par an
dans cinq
à six ans
PIETRO SALINI,
PDG DE SALINI
IMPREGILO
Infographie
Un trou à… 200 millions
L’italien Salini décroche un nouveau gros contrat
Et si la construction du supermétro
n’était pas la chasse gardée des
groupes français ? C’est le pari qu’a
fait l’italien Salini Impregilo, il y a
déjà trois ans. « Le Grand Paris Express est d’une telle ambition que
nous nous sommes dit qu’il y aurait
des opportunités pour nous qui avons
l’expérience des infrastructures complexes », explique au Figaro Pietro
Salini, le PDG du groupe. Celui-ci a
notamment participé à l’élargissement du canal de Panama ou a
construit la ligne 3 du métro de
Riyad en Arabie saoudite.
Une fois, deux fois, trois fois… Le
leader du BTP italien, qui a réalisé un
chiffre d’affaires de 6,5 milliards
d’euros l’année dernière avec à la clé
des profits de 117 millions, a régulièrement répondu aux appels d’offres
concernant ce supermétro. À chaque fois, ce sont les géants français
(Vinci, Bouygues, Eiffage) ou des
poids moyens tricolores qui ont raflé
la mise (Demathieu Bard, NGE…).
Mais, il y a une dizaine de jours, Salini Impregilo a été payé de sa persévérance : il a décroché un contrat de
719 millions d’euros pour construire
un tronçon de la future ligne 16.
Quelques mois plus tôt, l’italien
avait été retenu avec NGE pour faire
un morceau du prolongement de la
ligne 14 vers l’aéroport d’Orly. Une
affaire à 203 millions d’euros.
en milliards d'euros
T 11
RE
BTP Construire des gares à 50 mètres de profondeur, creuser des tunnels dans lesquels circuleront les
rames… Aujourd’hui, près de
3 000 ouvriers sont à pied d’œuvre
pour mener à bien les travaux du supermétro du Grand Paris : construction de quatre nouvelles lignes (15,
16, 17 et 18) et prolongement de deux
existantes (11 et 14). Au siège de la
Société du Grand Paris (SGP), qui
gère ce chantier pharaonique, la
tension monte aussi. Thierry Dallard, son nouveau directeur général,
qui a pris ses fonctions en juin, a une
feuille de route précise : « Réaliser la
totalité du Grand Paris Express d’ici à
2030 en respectant l’enveloppe de
35 milliards d’euros », précise-t-il au
Figaro. Un défi, car les délais sont
très tendus et l’explosion des coûts
est monnaie courante dans les
grands projets.
Concernant ces lignes, en février,
le premier ministre, Édouard Philippe, a décalé le calendrier de leur mise
en service tout en maintenant un
objectif : avoir terminé, pour les Jeux
olympiques de 2024 à Paris, le tronçon de la ligne 16 où se trouvera le
village des athlètes et celui de la ligne
17 où il y aura le centre des médias.
« Je ne crois pas que ces morceaux de
ligne seront finis pour les JO », soupire Patrick Devedjian, président LR
du conseil départemental des Hautsde-Seine. « Ce sera très tendu car
nous avons très peu de marge, reconnaît Thierry Dallard. À peine deux
semaines sur la ligne 17 et quatre à
cinq mois sur la ligne 16. Par exemple,
si nous trouvions une bombe de la Seconde Guerre mondiale sur ces chantiers, cela compromettrait la mise en
service pour les JO. »
La SGP se retrouve dans cette situation car elle a fait du surplace au
second semestre 2017. Elle a été
déstabilisée par la question de l’obtention des JO et par les arbitrages
d’Emmanuel Macron qui ont tardé
sur le Grand Paris. Et la sortie, en
janvier 2018, d’un rapport de la
Cour des comptes pointant une explosion potentielle des coûts
BUDGET PRÉVISIONNEL,
pas adopter le système de conception-construction où le groupe de BTP
a la responsabilité de réaliser les travaux en respectant son devis, quels
que soient les aléas. Et elle envisage
de moins découper les lignes en une
multitude de lots, persuadée que cet
émiettage contribue à faire grimper
la facture.
« Pour toutes ces questions, nous
nous laissons jusqu’à l’été 2019 pour
trancher », glisse Thierry Dallard.
L’État, lui, doit régler le problème du
financement d’un projet dont le coût
a été fixé à 35 milliards. Pour passer
de 500 millions d’euros affectés au
chantier à 750 millions par an, le député LR Gilles Carrez a préconisé notamment d’augmenter la taxe sur les
bureaux en Île-de-France. Un
amendement au projet de loi de finances (PLF) soutenu par le gouvernement et reprenant ces propositions devrait être soumis au vote minovembre. Il restera alors aux
entreprises à tenir le rythme
sur le chantier. Pas le plus
simple, visiblement. ■
17
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
d’euros par Édouard Philippe. Pour
éviter les mauvaises surprises, il a
demandé à la SGP de prévoir d’ores
et déjà 10 % d’économies, soit plus
de 3 milliards d’euros. Aujourd’hui,
Thierry Dallard réfléchit à plusieurs
pistes pour atteindre cet objectif.
D’abord la suppression de l’interopérabilité entre la ligne Sud et la ligne 15 Est à Champigny, qui suscite
l’émotion (lire ci-dessous). Mais aussi choisir des solutions techniques
moins coûteuses. « Sur la ligne 18, on
pose la question de mettre au sol
la partie de la ligne prévue en viaduc
ce qui permettrait d’économiser quelques
dizaines
de
millions »,
confie-t-il.
(35 milliards d’euros, au lieu de
22,6 milliards) a débouché sur le
départ du directeur général, Philippe Yvin, avec à la clé une nouvelle
période d’immobilisme.
Pour rattraper le temps perdu,
Thierry Dallard a obtenu le droit de
recruter 400 personnes en plus des
200 qui travaillent à la SGP. Mais, fin
septembre, il a déjà dû décaler de
quelques mois la livraison de la ligne
15 Sud, prévue fin 2024, pour un
problème technique découvert récemment. « Je ne suis pas sûr que
cette nouvelle difficulté justifie un tel
report, déplore Christian Favier,
président PC du conseil départemental du Val-de-Marne. En fait, la
priorité est donnée aux lignes olympiques, pas aux lignes du quotidien. »
Cette défiance des élus de la région
parisienne envers la SGP a une raison : alors qu’ils siègent au conseil de
surveillance de cet établissement
public, ils n’ont pas été tenus au courant en 2016 et 2017 de la dérive des
coûts relevée par la Cour des comptes. Deuxième casse-tête, le respect
du budget, recalé à 35 milliards
RER B
La Société du Grand Paris
a deux défis : livrer le Grand
Paris Express d’ici à 2030 et
tenir le budget de 35 milliards.
Une hausse
continuelle
LI
GN
E
18
»
C’est une cicatrice qui zèbre Champigny-sur-Marne, dans le Val-deMarne. Un énorme trou, de 100 m
de long sur 40 m de large, creusé
depuis trois ans. Il aura coûté près
de 200 millions d’euros, en comptant le prix des expropriations. Un
chantier indispensable pour établir
l’interconnexion entre la ligne 15
Sud et la ligne 15 Est. Autrement dit,
permettre aux passagers de ne pas
changer de train quand ils passent
d’une ligne à l’autre.
Mais le directeur général de la
SGP (Société du Grand Paris),
Thierry Dallard, n’est pas convaincu de la nécessité de cette interopérabilité. « L’interopérabilité, cela signifierait que seulement un train sur
deux venant de la ligne 15 Sud ira à
Noisy-Champs, souligne-t-il. En
plus, cela nécessiterait de faire un
deuxième ouvrage d’entonnement
générateur de travaux avec beaucoup de nuisances. » Accessoirement, renoncer à cette interconnexion générerait des économies
bienvenues pour la SGP de 120 à
150 millions d’euros.
Les riverains et les élus locaux,
eux, ne comprennent pas cette remise en cause. À leur demande, ils
ont été reçus la semaine dernière
par Thierry Dallard, qui ne les a pas
convaincus. « Si on abandonne
l’interopérabilité, il faudra faire une
nouvelle déclaration d’utilité publique qui nécessitera un an à un an et
demi de délai supplémentaire », souligne Christian Favier, président PC
du conseil départemental du Valde-Marne.
Décision en 2019
« À cause de ce chantier, on a exproprié des habitants, des commerces
sont en difficulté et maintenant on
nous dit que ce n’est pas le bon choix,
grince Christian Fautré, maire PC
de Champigny-sur-Marne. Ce n’est
pas sérieux d’avoir fait ce trou pour
rien, c’est du gaspillage d’argent
public. » De plus, certains redoutent
que cette éventuelle suppression de
l’interconnexion fragilise la ligne 15
Est. « Sans interopérabilité, fera-ton le tronçon entre Rosny et Champigny sur la ligne 15 Est ? », s’interroge Corinne Valls, vice-présidente
PS du conseil départemental de
Seine-Saint-Denis, chargée des
mobilités.
Face à cette déferlante de critiques, Thierry Dallard ne désarme
pas. « Ce trou est nécessaire pour
faire entrer et sortir les tunneliers,
argumente-t-il. Et, quoi qu’on fasse
au sujet de l’interopérabilité, cela ne
changera rien pour la ligne 15 Est. »
Il promet qu’une décision sur cette
interconnexion sera prise en
2019. ■
J.-Y. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
ÉCONOMIE
19
La Chine veut rassurer les investisseurs sceptiques
À l’aube de l’ouverture de la Foire internationale de Shanghaï, Paris et Berlin exhortent Pékin à ouvrir son marché.
SHANGHAÏ
COMMERCE Shanghaï, la débridée,
se met au garde-à-vous. La mégalopole chinoise se refait en effet une
beauté à l’orée de la première « foire aux importations » qu’ouvrira
lundi le président Xi Jinping, avec
l’ambition de « relooker » la seconde économie mondiale en marché
ouvert, en pleine guerre commerciale avec Donald Trump. Le long
du Bund, les façades sont repeintes,
des pots de fleurs installés sur les
trottoirs, et les policiers omniprésents sur les carrefours.
La ville de 23 millions d’habitants
n’a plus connu une telle mobilisation depuis l’Exposition universelle
en 2010 qui avait affirmé l’émergence du géant chinois sur la scène
mondiale. L’enjeu est de taille pour
le numéro un chinois : rassurer des
investisseurs étrangers devenus
sceptiques, devant la fermeture du
marché chinois et la reprise en main
de l’État sur l’économie, alors que la
croissance est à son plus bas depuis
une décennie. Par la magie d’une
foire commerciale dans la banlieue
de Shanghaï, l’usine du monde tente d’afficher un visage d’importateur, pour faire oublier ses bénéfices
commerciaux vis-à-vis de plus de
90 partenaires, dont les États-Unis
et l’UE, et réaffirmer les promesses
d’« ouverture » lancées il y a quarante ans par Deng Xiaoping. Comme à Davos puis au Forum économique de Boao, en avril, Xi devrait
2entreprises
800
provenant de 130 pays
seront présentes
Shanghaï accueillera,
à partir de lundi, une
pléthore de grandes
marques et de ministres
à l’occasion de la
première « foire
aux importations ».
endosser le costume du champion
du libre-échange, plaidant pour
une économie mondiale « ouverte », face au protectionnisme de
Trump. Le dirigeant le plus centralisateur depuis Mao réaffirmera sa
détermination à mener les « réformes » lors de son second mandat,
pour séduire des investisseurs
échaudés, qui délaissent le yuan.
2 800 entreprises étrangères provenant de 130 pays seront présentes.
Une pléthore de grandes marques et
de ministres, dont le Français Didier
Guillaume (Agriculture), participera à ce rendez-vous. Mais certaines
entreprises concèdent en coulisses
avoir subi des pressions en vue de
participer à cet événement stratégique pour le régime.
Prenant Pékin au mot, la France
et l’Allemagne lancent un appel à
des « mesures concrètes et systématiques » pour que les entreprises
européennes soient traitées en
Chine « sur un pied d’égalité », dans
une tribune conjointe de leurs ambassadeurs publiée dans le journal
Caixin ce jeudi. « Il faut faire plus.
Les entreprises européennes doivent
bénéficier des mêmes opportunités
que les industries chinoises en
Europe », écrivent Jean-Maurice
Ripert et Clemens Von Götze, demandant notamment la fin de
l’obligation d’établir des co-entre-
prises et une meilleure protection
de la propriété intellectuelle.
qui n’a pas été invitée par les organisateurs. La chambre publie un
nouveau rapport critique ce vendredi appelant des mesures
concrètes pour faire de Shanghaï
un hub financier ouvert.
Le temps presse alors que la puissante fédération patronale allemande, la BDI, appelle ses membres à réduire leur dépendance au marché
chinois, en « diversifiant » leurs
chaînes de production, selon un rapport prévu pour janvier et révélé par
Reuters. Un avertissement, alors que
l’empire du Milieu, perçu longtemps
comme une opportunité par l’industrie allemande, apparaît désormais
comme un rival en puissance. ■
Réduire la dépendance
Cet appel conjoint illustre la résignation grandissante de la communauté des affaires devant le décalage entre les promesses d’un
Parti jurant de donner « au marché
un rôle décisif », lors d’un plénum
en 2013, et la réalité du terrain,
marqué par un rôle réaffirmé de
l’État. « Ils ont perdu beaucoup de
crédibilité. Il y a un déficit de réforme », juge Carlo d’Andréa, viceprésident de la Chambre de commerce de l’UE (EUCCC), principale
voix des entreprises européennes,
Xi admet le trou
d’air de l’économie
AGE FOTOSTOCK/JOSÉ FUSTE RAGA
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
Le président chinois a promis une
fiscalité allégée et des mesures de
soutien au secteur privé, alors que
la deuxième économie mondiale,
en proie à une guerre commerciale
avec les États-Unis, une dette
massive et un affaiblissement du
yuan, montre des signes de faiblesse.
« Le développement économique
de la Chine est caractérisé par une
incertitude qui s’est accrue de façon
significative, par une pression à la
baisse qui s’est renforcée et par
des difficultés plus grandes pour
les entreprises », a déclaré Xi Jinping,
pour qui l’économie du pays reste
« stable dans l’ensemble ».
M. L.
Brexit : spéculations sur un accord sur les marchés financiers
La livre a fortement grimpé face à l’euro, malgré les démentis au sujet d’un deal déjà conclu avec Bruxelles.
5emplois
000
Estimation, par la
Banque d’Angleterre,
des destructions
de postes post-Brexit
à la City
MARINA DARAS
LONDRES
FINANCE La City de Londres s’est
réveillée jeudi surprise par l’annonce du journal conservateur The
Times qui titrait qu’un accord sur
les marchés financiers post-Brexit
avait été trouvé entre le RoyaumeUni et la Commission européenne.
Citant des sources gouvernementales, le quotidien britannique décrit un deal qui permettrait un régime d’équivalence élargie, sorte
de reconnaissance mutuelle entre
les deux parties, où Londres et
Bruxelles reconnaîtraient réciproquement leurs règles financières
pour permettre un large accès à
leurs marchés respectifs.
Les rumeurs d’un accord conclu
entre Bruxelles et Londres ont
même fait grimper la livre sterling,
qui était jeudi matin en hausse, à
88,17 pence pour un euro contre
88,62 pence la veille. De même face
au dollar, à 1,2906 dollar pour une
livre contre 1,2766 dollar mercredi.
La monnaie britannique avait
déjà bondi la veille après l’annonce
du ministre du Brexit, Dominic
Raab, qui laissait entendre, dans
une lettre adressée au président de
la Commission parlementaire en
charge du Brexit, qu’un accord général sur les modalités du divorce
avec l’UE serait conclu d’ici au
21 novembre. Une hausse qui
traduit, tout du moins du côté londonien, un climat d’optimisme
croissant quant à la conclusion
imminente d’un deal.
Et pourtant, jeudi matin, les lobbyistes du secteur financier britannique sont restés bouche bée et
aucun n’a souhaité commenter
cette annonce d’accord que
Bruxelles trouve trop hâtive et que
Londres semble démentir.
France et Italie forment
les meilleures alternatives
Ce ne serait pas la première fois
qu’un compromis semble sur le
point d’être signé avant que les négociations ne s’enraillent à nouveau. Et pourtant, le régime des
équivalences est une solution que
beaucoup réclament. Conférées
par la Commission européenne, ces
équivalences sont des exemptions
qui permettent aux entreprises financières de pays non membres de
l’UE d’accéder au marché unique
et vice versa.
Ce régime aurait le moins d’impact sur la City de Londres, qui
concentre près de 78 % des activi-
tés des marchés de capitaux et de
l’investissement bancaire en Europe. Et bien que l’espoir d’arriver
à un accord entre l’UE et le Royaume-Uni soit de plus en plus vif, les
négociations patinent toujours et
les délocalisations de postes financiers ont déjà commencé. Goldman Sachs a ainsi déplacé 60 % des
banquiers d’affaires et des experts
en financement qu’elle a l’intention d’envoyer à Milan, Francfort
et Paris.
Post-Brexit, Bank of America
délocalisera son siège européen à
Dublin et devrait créer un nouveau
bureau à Paris, qui accueillera environ 400 personnes. Au total, la
Banque d’Angleterre (BoE) anticipe environ 5 000 destructions
d’emplois pour la City de Londres
au cours des prochains mois.
D’après un sondage réalisé par
PWC pour le Financial Times, la
France et l’Italie offrent les allégements fiscaux les plus généreux
aux banquiers londoniens qui
s’installeront sur le continent
européen après le divorce.
Pessimiste quant à la croissance
britannique en raison des incertitudes sur le Brexit, la BoE a décidé de
son côté, à l’unanimité, de maintenir ses taux directeurs à 0,75 % et ce
malgré les avertissements de son
nouveau gouverneur. Le Canadien
Mark Carney a en effet déclaré que
l’inflation ne resterait sous contrôle
que si les taux s’établissaient à près
de 1,5 % d’ici mi-2021, soit le double d’aujourd’hui. D’après la BoE,
un Brexit en douceur pourrait voir
une augmentation rapide des taux
d’intérêt ainsi qu’un rebond de
l’investissement, plombé par l’incertitude des négociations. ■
Santé : un observatoire pour surveiller la hausse des mutuelles
La mise en place en 2019 de la promesse du « reste à charge zéro » pourrait entraîner une inflation des tarifs.
donnant.
Sinon, on
pourrait
aussi prendre
des mesures
qui leur
soient moins
favorables
dans le
prochain
budget
de la Sécu
»
THOMAS MESNIER,
DÉPUTÉ LAREM
CHEF DE FILE
SUR LE PLFSS 2019
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
SANTÉ Le remboursement à 100 %
des couronnes dentaires, lunettes
et prothèses auditives, promesse
de campagne d’Emmanuel Macron, pourrait être plus difficile à
tenir que prévu. Le gouvernement
s’enorgueillit de cette avancée inscrite dans le projet de budget de la
Sécu pour 2019 adopté mardi en
première lecture à l’Assemblée.
Mais ses plans pourraient être contrecarrés par la hausse des tarifs
des mutuelles et assurances santé
complémentaires pour compenser
cette charge supplémentaire. « Les
mutuelles vont coûter 9 % de plus
aux Français alors qu’elles ont
pourtant déjà augmenté de 47 % en
dix ans, affirme Jean Leonetti, le
vice-président délégué des Républicains. La promesse d’Emmanuel
Macron d’un reste à charge zéro
sans augmentation des tarifs ne sera
pas tenue ! Les principales victimes
de cette hausse seront les retraités. »
La réforme du « reste à charge
zéro » (rebaptisé 100 % santé) est le
fruit de huit longs mois de travail.
« On ne va pas revenir en refaisant le
match parce que les mutuelles vont
augmenter », a déclaré Agnès
Buzyn sur RMC. Pour la ministre de
la Santé, assureurs et mutuelles
sont « largement capables d’assumer » le surcoût en faisant « des efforts » sur leurs frais de gestion
« trop importants ».
Un quart du coût
Elle leur demande d’absorber à peu
près 250 millions d’euros sur trois
ans, soit un quart du coût de la réforme, les trois quarts étant assumés par la Sécu. Une goutte d’eau
qui « ne représente rien par rapport
à leur budget, qui est de 36 milliards », a estimé la ministre.
Agnès Buzyn a promis la création
d’un observatoire des prix, qui sera
rendu public, et d’un comité de
suivi, sur les hausses des tarifs. Et
promet d’en tirer les conséquences
si certains ne jouent pas le jeu.
« C’est donnant-donnant, décrypte
le député de Charente Thomas
Mesnier, chef de file LaREM sur le
projet de budget de la Sécu. Sinon,
on pourrait aussi prendre des mesures qui leur soient moins favorables
dans le prochain budget de la Sécu. »
Face à la polémique qui monte,
les mutuelles minimisent et rappelent que leurs tarifs dépendent de
l’évolution des dépenses qu’elles
remboursent.
« Il est encore trop tôt pour mesurer précisément le coût de cette réforme » qui dépendra, rappelle la
Mutualité Française, du taux de recours aux paniers de soins « reste à
charge zéro ». A priori, les dépen-
ses supplémentaires pour rembourser les prothèses dentaires et
auditives pourront en partie être
compensées par une maîtrise des
coûts en optique. Mais les impacts
varieront en fonction du profil des
assurés, notamment pour les seniors couverts par des complémentaires individuelles dont la
hausse, étalée sur trois ans, pourrait être de 4 à 5 %. ■
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Aviva Investors France
14 Rue Roquépine 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
29/10/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
126,60
58,74
590,24
717,11
893,64
127,73
59,15
589,33
720,79
886,80
PROCHAINE PARUTION : 09/11/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
A
C’est
« donnant-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
20
ENTREPRISES
Jean-Yves Frouin,
le juge pro-entreprise
qui aura marqué
la Cour de cassation
L’ex-président de sa chambre sociale a modifié
en profondeur la jurisprudence du droit du travail.
C’est un
« homme
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
qui a rétabli
un certain
déséquilibre
car les
décisions
étaient
toujours
à charge
contre les
employeurs
ISABELLE MATHIEU,
AVOCATE ASSOCIÉE
AU CABINET
DAEMPARTNERS
»
SOCIAL Les avocats des employeurs pourraient le regretter.
Jean-Yves Frouin a en effet rendu
sa robe fin septembre après avoir
passé quatre années à la tête de la
chambre sociale de la Cour de cassation. Bruno Cathala, actuel
conseiller à la chambre criminelle
de l’institution du quai de l’Horloge, devrait lui succéder, selon AEF
Info. Inconnu dans le milieu social,
cet homme d’expérience (président de la cour d’appel de Douai,
premier greffier de la Cour pénale
internationale) sait que la tâche ne
sera pas aisée s’il veut se faire une
place.
Et pour cause ! Charismatique,
Jean-Yves Frouin a imprimé sa
marque, en développant une doc-
trine favorable aux entreprises,
contrastant avec l’approche « prosalariés » déployée par ses prédécesseurs et, en particulier, par Philippe Waquet, président de la
chambre de 1996 à 2002. « C’est un
homme qui a rétabli un certain déséquilibre car les décisions étaient
toujours à charge contre l’employeur », témoigne Isabelle Mathieu, avocate associée du cabinet
DaemPartners. Un avis que ne
partagent pas les avocats en charge
de défendre les salariés, fustigeant
au contraire une jurisprudence qui
« fait bien plus mal que les ordonnances réformant le Code du travail
ou la loi travail ».
Beaucoup de pragmatisme. C’est
la recette de ce juriste né en 1951
qui, un an après son arrivée, a
frappé les esprits en mettant en
cause l’obligation de résultat dont
Jean-Yves Frouin, lors de la remise au premier ministre du rapport du comité
chargé de définir les principes essentiels du droit du travail, en 2016. HAMILTON/REA
est tenu l’employeur pour assurer
la sécurité des salariés, dans l’arrêt
historique du 25 novembre 2015.
L’affaire concerne un salarié chef
de cabine chez Air France qui,
traumatisé par les attentats du
11 septembre 2001, fait une crise de
panique quelques années plus tard.
Il attaque alors la direction de la
compagnie devant les prud’hommes pour manquement à l’obligation de sécurité. Faux, rétorque la
Cour de cassation de Jean-Yves
Frouin, pour qui l’employeur n’est
pas responsable à partir du moment où il a pris toutes les mesures
de prévention pour protéger ses
salariés.
Application stricte de la loi
On passe ainsi d’une obligation de
résultat à une obligation de moyen.
Un revirement de jurisprudence
qui va être étendu aux cas sensibles
du harcèlement moral dans un arrêt de juin 2016. « Avant cet arrêt,
les employeurs étaient systématiquement condamnés », se souvient
Déborah David, avocate associée
chez Jeantet. Désormais, ils ne sont
plus tenus responsables s’ils ont
pris toutes les dispositions pour
éviter un harcèlement moral et
mis en place toutes les mesures en
matière de prévention.
Loin des postures idéologiques
et politiques, la jurisprudence
Frouin, c’est aussi le retour à une
stricte application de la loi contrairement à celle de Philippe Waquet
accusée de créer de la norme supplémentaire. Par exemple, la Cour
a ainsi décidé à plusieurs reprises
d’assouplir le recours à la rupture
conventionnelle individuelle, dispositif mis en place en 2008 pour
faciliter la séparation à l’amiable
entre employeur et salarié qui
avait été fortement encadré par les
magistrats précédents.
« Le respect du dialogue social est
également important (dans la jurisprudence Frouin, NDLR), indique
Nicolas de Sevin, avocat associé au
cabinet CMS Francis Lefebvre
Avocats, et président d’Avosial. Ce
qui n’était pas le cas avant. » C’est
en effet sous Jean-Yves Frouin que
la possibilité de conclure des accords collectifs spécifiques aux salariés d’un établissement distinct
au sein d’une entreprise a été renforcée et légitimée. Auparavant,
ces accords pouvaient être retoqués au nom du principe d’égalité
de traitement entre les salariés
d’une même entreprise. Une décision qui s’inscrit dans l’air du
temps avec la volonté du gouvernement de favoriser la négociation
collective au plus près du terrain. ■
Une première action collective dans l’affaire du dieselgate
Une association allemande de consommateurs porte plainte contre Volkswagen.
28
milliards
d’euros
Coût à ce jour
du scandale
du « dieselgate »
pour Volkswagen
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
AUTOMOBILE C’est une première.
Jeudi, l’association allemande de
consommateurs VZBV a annoncé
avoir déposé une action collective
en justice contre le constructeur
automobile Volkswagen dans le
cadre de l’affaire dite du « dieselgate ». Sa requête a été transmise
au tribunal de Brunswick, non
loin du siège social historique de
Volkswagen, à Wolfsburg.
VZBV n’a pas traîné. En Allemagne, il n’est possible de déposer un recours collectif en justice
que depuis jeudi. L’initiative de
l’association intervient deux
mois avant la prescription des
faits reprochés au constructeur
automobile dans cette affaire, qui
date d’il y a trois ans. « Volkswagen a fraudé et doit dédommager
ses clients », a sobrement commenté Klaus Müller, le président
de VZBV.
En 2015, les autorités américaines ont accusé Volkswagen
d’avoir équipé 11 millions de ses
voitures diesels d’un logiciel pouvant tricher sur les tests antipollution. Le constructeur, qui a finalement admis le procédé, a vu
son titre s’effondrer en Bourse,
provoquant une plainte de justice
de plusieurs actionnaires qui lui
réclament 9 milliards d’euros. Le
LES DÉCIDEURS
â CHRISTOPHE SUPTIL
International SOS
Le général de division deux étoiles est nommé conseiller stratégie et sûreté d’International SOS, groupe international spécialisé
dans la maîtrise des risques de santé et de
sécurité. « Cette nomination s’inscrit dans le
cadre du renforcement du pôle sûreté de Paris
pour en soutenir la croissance », précise
l’entreprise. Rodé aux questions de sécurité,
Christophe Suptil avait été directeur de cabinet du DG de la Sécurité extérieure (DGSE) de
2014 à 2018.
â LAURÈNE HUET
Euler Hermes
Après dix ans de carrière dans la banque, chez
BNP Paribas, cette Sciences Po Lyon s’ouvre de
nouveaux horizons. Nommée directrice marketing France du leader français de l’assurancecrédit, elle intègre le comité de direction.
A
â AÏDA COLLETTE-SÈNE
Generix
Cette ancienne de CGI prend la direction générale de l’éditeur de logiciels. « Son expérience
internationale permettra d’accélérer le développement du groupe tout en garantissant sa croissance et sa rentabilité », pointe le président
Jean-Charles Deconninck.
scandale a déjà coûté au géant allemand plus de 28 milliards
d’euros, notamment en remboursement de clients américains et
rappels des véhicules concernés
par l’affaire.
Gants de boxe
En
Allemagne,
néanmoins,
Volkswagen ne s’est pas montré
aussi généreux et n’a dédommagé aucun client. « Volkswagen se
souviendra du 1er novembre comme le jour où les gants de boxe des
défenseurs des consommateurs
ont succédé aux gants de velours
des politiques », assure Klaus
Müller, accusant à demi-mot le
gouvernement allemand d’avoir
protégé l’un des fleurons de son
économie. Pour le moment,
Volkswagen s’est acquitté de
deux amendes en Allemagne,
d’un montant total de 1,8 milliard d’euros.
« Toutes nos voitures sont techniquement sûres, en état de marche et autorisées à rouler sans
restrictions », s’est défendu
Volkswagen. Dans sa version allemande, le recours collectif permet, si une plainte est acceptée
par un tribunal, à n’importe qui
de s’y associer. Une fois la
condamnation prononcée, les
personnes doivent ensuite faire
valoir leur droit de manière individuelle. ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Chez Rakuten, Fabien Versavau
perpétue la saga de l’ex-PriceMinister
Sa nomination était depuis
longtemps planifiée. Arrivé
il y a deux ans comme no 2
de Rakuten France, plus
connu sous son ancien nom
de PriceMinister, Fabien Versavau devait
prendre à terme la suite d’Olivier Mathiot,
cofondateur du site avec Pierre KosciuskoMorizet et trois autres associés. C’est désormais chose faite. « Les Japonais ont la culture du
temps long. » Du temps long et des affaires.
Sorti de sa phase adolescente depuis 2015,
avec l’émergence d’Amazon et d’Alibaba
notamment, le secteur du e-commerce s’est
depuis globalisé avec des plateformes mondiales proposant des services de plus en plus
larges. C’est pour cette raison entre autres
que PriceMinister devait devenir Rakuten
France et signifier son lien avec le tentaculaire « keiretsu » nippon, Rakuten. Une mission
délicate à laquelle Fabien Versavau aura
contribué activement et dont il récolte
aujourd’hui les fruits. Deuxième filiale après
le Japon pour l’e-commerce, l’Hexagone, et
ses 10 millions de visiteurs uniques par mois,
offre au nouveau patron un défi de taille.
Dans le viseur du quadra, le développement
du Club Rakuten, premier programme de
fidélité en ligne en nombre de membres, avec
un million de Français. Mais aussi l’extension
du maillage Rakuten autour de quatre services principaux (liseuse, e-commerce, messager, TV…) de plus en plus connectés entre
eux. « Nous voulons abattre les cloisons pour
créer un écosystème. Ce que nous faisons par
exemple avec les super points, notre monnaie
de fidélité, utilisables entre les différents services. C’est toute la force du digital. »
Ancien « M. Digital »
du Groupe Figaro
Car le digital est une passion de longue date
pour ce père de deux enfants, amoureux de
Ramatuelle, d’abord attiré par le secteur
automobile où il débuta chez Ford puis
Renault, avant de bifurquer vers le numérique tout juste naissant. « J’aimais le côté nouveau monde d’Internet et j’ai eu la chance d’en
être dès le début. » Loin de s’essouffler, ce
moteur professionnel le propulsera aux
commandes du développement Europe du
site LeGuide.com, puis de SNCF Voyages
international. De 2011 à 2016, il rejoint l’univers des médias en intégrant le Groupe
Figaro. Il y prend la tête du marketing digital
avant de diriger la filiale Ticketac.com, dont
il développe les activités digitales et e-commerce. Mais le projet d’unification de Rakuten l’aura finalement attiré vers de nouvelles
aventures. Sans regrets.
A. B.
Baisse des
immatriculations
en octobre
en France
Les immatriculations de voitures
neuves en France ont diminué
de 1,52 % en octobre. D’après
le Comité des constructeurs
français d’automobiles (CCFA),
173 802 voitures ont reçu une
immatriculation le mois dernier.
La tendance globale, sur les dix
derniers mois, est néanmoins
à la hausse, à 5,70 %.
L. R.
www.lefigaro.fr/decideurs
â VINCENT GROS
Deloitte
Retour aux sources pour ce fidèle de Deloitte
qui avait débuté dans le groupe, à Lyon, et qui
prend la suite de Gérard Badin à la tête de la
région Auvergne-Rhône-Alpes. En 2005,
Vincent Gros avait dirigé Deloitte en région
Méditerranée et créé par la suite les implantations Côte d’Azur, Montpellier et Monaco.
â JEAN-PIERRE VANNIER
Bonduelle
À 47 ans, ce dirigeant de chez Roquette, producteur français d’amidon et de ses dérivés,
devrait rejoindre le conseil de surveillance de
Bonduelle à l’occasion de la prochaine AG, qui
se déroulera début décembre.
â KOVIN NAIDOO
Essilor
Professeur d’optométrie à l’université de
KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, et ancien
directeur de l’ONG australienne Brien Holden
Vision Institute, il rejoint le numéro un mondial de l’optique ophtalmique où il dirigera les
programmes d’économie inclusive, de philanthropie et d’impact social. Des activités
destinées à « aider les 2,5 milliards d’individus
souffrant d’une mauvaise vision », indique le
groupe.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
ENTREPRISES
21
Auchan cale en
Russie à cause d’une
stratégie déroutante
L’enseigne de la famille Mulliez fait
des choix à contre-courant du marché.
L’heure n’est donc plus à l’optimisme sur le marché russe, alors
que l’environnement se détériore.
L’espace de vente au détail contiDISTRIBUTION Auchan, la « suc- nue à connaître une forte croissance, tandis que le nombre de
cess story » française en Russie,
clients reste stable et que leur des’est trop longtemps reposé sur ses
mande s’affaiblit. « Le pouvoir
lauriers, constatent aujourd’hui
d’achat des Russes baisse depuis
les experts du marché de la distriquatre ans, la classe moyenne a disbution. L’enseigne tricolore, qui a
paru et 80 % des acheteurs déterlongtemps occupé la 3e position au
minent leur choix sur le prix »,
sein de la Mère Patrie, son second
poursuit Andreï Karpov. À conmarché après l’Hexagone, vient
tre-courant du marché, le noude rétrograder en 5e position au
veau président exécutif d’Auchan
1er semestre 2018. Pire, son chiffre
Russie François Remy, arrivé en
d’affaires a baissé de 7,8 %, tandis
2017, annonçait ainsi en septemque les quatre leaders du marché
bre dernier : « Notre tâche consisrusse ont connu pour leur part de
tera maintenant à proposer aux
solides progressions : + 19,8 %
clients une offre plus complète […].
pour le leader X5 Retail Group,
Dans les segments intermédiaire et
suivi dans l’ordre par Magnit
premium. »
(+ 6,5 %), Lenta (+ 18,2 %) et Dixy
Une erreur, selon l’expert indé(+ 4 %).
pendant Alexandre Anfinogenov.
Présent sur le marché russe de« La direction d’Aupuis seize ans, Auchan
chan ne fait pas suffiy compte aujourd’hui
samment attention au
315 magasins et s’est
changement de paysamême lancé à la
ge dans le secteur de la
conquête de la Sibérie.
grande distribution. De
L’enseigne décline son
nouveaux acteurs très
offre sur quatre foragressifs à la stratégie
mats, de la supérette à
du chiffre d’affaires
plus souple ont investi
l’hypermarché. C’est
d’Auchan
en
Russie
au
le marché, en particusurtout dans ce dernier format qu’Auchan premier semestre 2018, lier Lenta et Dixy, qui
le groupe
viennent de doubler
a concentré ses efforts, reléguant
e place du secteur
à
la
6
Auchan en volume de
ce qui explique peutventes. Auchan se
être son passage à
trompe sur la politique de prix »,
vide. « Les difficultés d’Auchan
insiste-t-il.
s’inscrivent dans le contexte de criMais sa critique ne s’arrête pas
se globale du format de l’hypermarlà. Selon lui, l’enseigne française
ché », estime ainsi Andreï Karpov,
ne parvient pas non plus à se dédirecteur exécutif d’Acort, l’assomarquer dans l’assortiment, se
ciation des experts du secteur
contentant de travailler avec les
retail.
mêmes grosses centrales d’achat
L’enseigne Dixy, qui vient de rae
que ses concurrents. Pourtant,
vir la 4 place à Auchan, mise sur le
Auchan a bien tenté un coup méformat supérette. « Avant, Auchan
diatique au printemps en prêtant
offrait des prix de 15 à 20 % moins
ses surfaces moscovites au lancechers que ses concurrents. Aujourment d’une ligne de produits alid’hui, ce n’est plus le cas : Dixy ou
mentaires portant le nom de
Piaterotchka (qui appartient à X5
Gérard Depardieu : saucissons,
Retail Group, NDLR) offrent des
desserts, produits laitiers, eau miprix similaires, voire inférieurs dans
nérale et, bien sûr, une vodka.
leurs formats supermarché et supéRien n’indique toutefois que la norette. Les Russes ne voient plus l’intoriété de l’acteur français, ami de
térêt de se déplacer et perdre du
Vladimir Poutine, ait donné un
temps dans un hypermarché »,
coup de pouce aux ventes… ■
observe ainsi Andreï Karpov.
EMMANUEL GRYNSZPAN
MOSCOU
7,8 %
Baisse
Le Skybar at Mondrian, à Los Angeles, est l’un des 170 restaurants, bars et boîtes de nuit exploités par SBE.
SKYBAR AT MONDRIAN
Les hôteliers craquent pour
les restaurateurs branchés
AccorHotels et le groupe Barrière ont investi dans Noctis, Moma et SBE.
Ils veulent redorer le blason des restaurants de leurs établissements.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
Sam
« Nazarian,
RESTAURATION Éric Frechon
débarque aux fourneaux du Bœuf
sur le Toit. Après le rachat de Lapérouse, Benjamin Patou bouleverse les habitudes de la brasserie
parisienne, qu’il vient de reprendre. À la tête de Moma (70 millions
d’euros de chiffre d’affaires l’an
passé), l’homme d’affaires secoue
la restauration parisienne et l’événementiel. Ce qui a mis l’eau à la
bouche du groupe Barrière, devenu en 2016 son deuxième actionnaire avec plus de 48 % du capital.
En une vingtaine d’années,
Patou a construit un petit empire
du divertissement, qui compte
une vingtaine d’adresses, parmi
lesquels Bus Palladium, Manko
Paris, ou encore L’Arc Paris. Point
commun entre ces établissements : la capacité de son propriétaire à jouer à la fois sur la
cuisine, la décoration et les animations pour attirer des clients.
Fin septembre, Moma a inauguré
Froufrou, au cœur du Théâtre
Édouard VII. L’an dernier, il s’est
installé Salle Pleyel en ouvrant
le patron
de SBE, est
un dirigeant
innovant
qui dispose
d’un sens
inné pour
concevoir
des
expériences
uniques et
des concepts
d’hôtels et
restaurants
d’avantgarde
»
SÉBASTIEN BAZIN,
PDG D’ACCORHOTELS
Noto Paris, un restaurant italien
Art déco. Son plus grand concurrent sur ce créneau en vogue,
Laurent de Gourcuff, est aussi à la
tête d’une collection de lieux emblématiques (Chez Castel, Raspoutine, les restaurants Girafe,
Perruche, Monsieur Bleu, Loulou
et Apicius). Ex-associé de Patou,
Gourcuff est aujourd’hui à la tête
de Noctis, 85 millions d’euros de
chiffre d’affaires l’an passé. En
juin 2017, il a convaincu AccorHotels de prendre 31 % de son
capital.
Faiblesse structurelle
L’intérêt des groupes hôteliers
pour des spécialistes de la restauration événementielle est double.
D’une part, ils se diversifient ; et
d’autre part, ils acquièrent un savoir-faire susceptible de remédier
à une faiblesse structurelle. La
restauration a en effet longtemps
été considérée comme un « mal
nécessaire » par les gestionnaires
d’hôtels, avant tout préoccupés de
remplir leurs chambres. Et ce,
même si à partir d’un certain niveau de standing, tous les hôtels
proposent à leurs clients de s’attabler chez eux.
Avec Noctis, AccorHotels veut
développer des synergies qui
profitent à ses propres établissements. Pour aller plus loin dans
cette stratégie, le groupe dirigé
par Sébastien Bazin vient de racheter 50 % de SBE. Cette société
américaine, présidée par l’investisseur philanthrope Sam Nazarian, exploitera 25 hôtels en
Amérique du Nord d’ici à la fin de
l’année, ainsi que 170 restaurants, bars et boîtes de nuit dans
les plus grandes destinations internationales. Parmi ses adresses, le Delano South Beach (Miami), et le Skybar at Mondrian
(Los Angeles). « Sam Nazarian est
un dirigeant innovant qui dispose
d’un sens inné pour concevoir des
expériences uniques et des concepts d’hôtels et restaurants
d’avant-garde »,
se
réjouit
Sébastien Bazin.
L’opération poursuit la même
logique : proposer des concepts innovants et uniques. Contrainte par
des logiques financières et de
taille, l’hôtellerie de chaîne
– même de luxe – impose encore
beaucoup de standards, alors que
les voyageurs recherchent, au
contraire, une expérience locale. ■
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ne constituent en aucun cas des conseils en investissement de la part de Fortuneo.
LA SÉANCE DU JEUDI 1ER NOVEMBRE
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 40,8
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,95
AIRBUS .............................................. 96,5
ARCELORMITTAL SA ..................................
22,225
ATOS .............................................. 76,62
AXA .............................................. 22,18
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
46,255
BOUYGUES ..............................................
32,71
CAPGEMINI ..............................................
108,1
CARREFOUR ..............................................
17,275
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,468
DANONE ..............................................62,78
DASSAULT SYSTEMES ..................................
109,45
ENGIE .............................................. 11,97
ESSILORLUXOTTICA ..................................
122
HERMES INTL ..................................504
KERING ..............................................399
L'OREAL ..............................................199,8
LEGRAND ..............................................57,52
LVMH .............................................. 269,8
%VAR.
+0,94
-0,98
-1,24
+0,84
+1,11
+0,18
+0,27
+1,46
+0,09
+0,73
+1,24
+0,32
-1,26
+1,66
+1,04
-0,2
+1,37
+0,45
-0,38
+0,37
+HAUTJOUR
41,13
107,5
98,23
22,625
77,38
22,37
46,695
32,98
108,8
17,495
11,51
63,56
110,9
12,055
122,6
507
399,2
200,5
58,2
270,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
40,24
105,7
96
21,53
74,4
22,05
45,6
32,09
106,25
17,05
11,286
62,33
107,1
11,73
120,75
494,6
390,3
197,9
57,24
264,95
0,34
0,225
0,243
0,216
0,337
0,216
0,404
0,217
0,31
0,358
0,207
0,205
0,158
0,373
0,347
0,067
0,265
0,109
0,195
0,123
-5,12
+0,86
+16,27
-18,03
-36,86
-10,33
-25,69
-24,47
+9,31
-4,24
-16,9
-10,25
+23,55
-16,5
+12,94
+9,23
+8,03
-10,39
+9,94
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
90,58 -0,18
ORANGE ..............................................14,045 +1,63
PERNOD RICARD ..................................
136,2
+1,04
PEUGEOT ..............................................
20,81
-1,05
♣ 51,78
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+1,05
RENAULT ..............................................
65,97 -0,15
SAFRAN ..............................................113,1
-0,83
SAINT GOBAIN ..................................
33,355 +0,35
SANOFI ..............................................79,01 +0,22
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
63,86 -0,16
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
32,68 +0,62
SODEXO ..............................................90,7
+0,64
STMICROELECTRONICS .............................
13,83 +3,06
TECHNIPFMC ..................................23,14
-1,78
TOTAL .............................................. 50,64 -2,54
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
160,16 -0,07
VALEO .............................................. 27,58 -3,4
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,61 -0,06
VINCI♣.............................................. 78,68 -0,25
VIVENDI ..............................................21,4
+0,28
+HAUTJOUR +BAS JOUR
92,12
14,18
136,2
21,4
52,22
67,41
115,55
33,675
79,84
64,82
32,89
90,92
13,83
23,56
51,63
160,64
28,94
17,9
79,62
21,69
88,96
13,785
133,65
20,7
51,2
65,76
112,85
32,875
78,18
63,12
32,37
89,94
13,36
22,92
50,33
157,7
27,55
17,54
78,54
21,25
%CAP.ECH
0,394
0,282
0,246
0,278
0,215
0,287
0,309
0,273
0,214
0,251
0,453
0,21
0,371
0
0,315
0,249
3,207
0,245
0,156
0,259
31/12
-24,23
-2,97
+3,22
+22,74
-8,6
-21,38
+31,65
-27,46
+9,97
-9,88
-24,09
-19,05
-24,03
-10,48
+9,98
-55,71
-17,23
-7,6
-4,55
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5857
1,4904
0,8817
8,9293
128,52
1,143
1,1393
3,268
11,103
6,3245
20,38
7,9046
83,68
135,6956
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34230
34230
-1,5
NAPOLEON ..................................................... 202,9
202,9
-1,93
PIECE 10 DOL USA .....................................................
598
598
+1,7
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212,9
212,9
+0,05
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1175
1175
+0,6
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
206
206
+0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
305
305
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1319
1319
+0,69
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
115,9
115,9
+5,56
PIECE SUISSE 20F .....................................................
203,9
203,9
+0,59
PIECE LATINE 20F .....................................................
203,5
203,5
+0,3
261,9
SOUVERAIN ..................................................... 261,9
+0,46
KRUGERRAND .....................................................1149
1149
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hausse de 42 % sur un an. Toujours au
troisième trimestre, le chiffre d’affaires
a progressé de 5 %, à 18,5 milliards de
dollars. ArcelorMittal, qui produit de
l’acier aux États-Unis, a déclaré être
globalement bénéficiaire du relèvement
à 25 % des droits de douane décidé par
le président américain Donald Trump,
qui a contribué à gonfler les prix.
ArcelorMittal a maintenu sa prévision
d’une hausse de 2 % à 3 % de la
consommation mondiale d’acier sur
l’ensemble de l’année 2018, ce qui devrait, selon le groupe, lui permettre
d’améliorer encore ses résultats.
ArcelorMittal a aussi annoncé avoir
finalisé l’acquisition d’Ilva, le plus grand
site sidérurgique d’Europe en Italie. Le
groupe prévoit d’y investir 2,4 milliards
d’euros afin d’en augmenter la production. Le groupe a précisé avoir inscrit
une charge de 500 millions de dollars
au troisième trimestre liée aux cessions d’actifs exigées par la Commission européenne dans le cadre de la reprise du site italien. Cette charge a
pesé sur le résultat net, qui est en repli
de 25 %, à 900 millions de dollars, au
troisième trimestre. À noter, la dette
nette de l’entreprise est restée stable à
10,5 milliards de dollars à fin septembre. Pour les analystes de Jefferies, ces
résultats sont globalement conformes
aux attentes. Ils restent à l’achat sur la
valeur. Le titre a gagné un peu plus de
1 % jeudi. ■
HERVÉ ROUSSEAU
A
ARCELORMITTAL PROFITE DE LA HAUSSE DES DROITS DE DOUANE SUR L’ACIER ET AFFICHE SON OPTIMISME
La guerre commerciale ne pénalise visiblement pas le premier sidérurgiste
mondial. Bien au contraire : ArcelorMittal, bien implanté aux États-Unis, a profité de la hausse des droits de douane.
Le groupe a en effet enregistré au
troisième trimestre un excédent brut
d’exploitation (Ebitda) de 2,7 milliards
de dollars (2,38 milliards d’euros), en
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
22
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Canal +
se relance
dans le sport
La chaîne a repris à SFR les futurs
droits de la Premier League anglaise.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
ET ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
DROITS SPORTIFS Depuis que Canal + a perdu en mai dernier les
droits de la Ligue 1 du football français (à partir de 2020), beaucoup
d’observateurs du PAF s’interrogeaient sur l’avenir du sport sur la
chaîne cryptée. Certes, au printemps, la chaîne avait déjà renouvelé ses droits jusqu’en 2020 pour la
retransmission des courses de Formule 1, autre pilier historique de sa
grille sportive et petit signal. Mais
voilà que Canal + signe aujourd’hui
son vrai retour dans le football, le
roi des sports.
La filiale de Vivendi a annoncé
mercredi soir avoir remporté les
droits du football anglais, la Premier League, pour les trois prochaines saisons démarrant en août 2019
jusqu’en 2022. D’après L’Équipe,
Canal + aurait accepté, pour décrocher le lot complet pour la France,
de s’aligner sur les prix payés par
l’actuel détenteur des droits, RMC
Sport, soit quelque 115 millions
d’euros par saison.
Canal + revient donc sérieusement dans le jeu. Maxime Saada, le
président du groupe Canal +, n’a
d’ailleurs pas caché sa satisfaction
sur Twitter. « Très fier d’annoncer
que le groupe Canal + a remporté
l’appel d’offres de la Premier League
qui fera son grand retour sur les chaî-
nes Canal + dès la saison prochaine »,
a-t-il tweeté, ajoutant, en forme de
clin d’œil, que « la roue tourne ».
Plusieurs coups durs
Canal + tient en effet sa revanche.
En déliant sa bourse pour décrocher
le plus riche championnat du monde, celui d’équipes prestigieuses
comme Manchester United, Chelsea ou Arsenal, la chaîne cryptée
reprend ce que RMC Sport, filiale
d’Altice (SFR), lui avait soufflé il y a
trois ans. C’était un premier coup
qui écornait son image sportive,
mais qui fut vite suivi d’un second,
en mai 2017, quand Altice a également empoché pour 350 millions
d’euros l’intégralité des matchs de
la Champions League et de l’Europa
League entre 2018 et 2021.
La Premier League,
revenue chez Canal +,
est le championnat de
football le plus populaire
dans le monde
(ici , Hugo Lloris,
le gardien
de Tottenham).
GARETH FULLER/PA IMAGES/
ICON SPORT
Sur ce marché très inflationniste
des droits sportifs, qui assurent à
leurs diffuseurs des cartons
d’audience et des arguments de
poids pour vendre leurs abonnements, le coup le plus violent est
toutefois venu d’un nouvel acteur,
le groupe espagnol Mediapro
contrôlé par un fonds chinois, qui a
raflé au nez et à la barbe des acteurs
La finale 2019 de « League of Legend » à Paris
La finale du championnat
du monde de League of Legend,
célèbre jeu vidéo et
compétition phare de l’e-sport,
se déroulera en 2019
à l’AccorHotels Arena de Paris,
a annoncé jeudi l’éditeur
américain Riot Games,
organisateur de cet événement
qui se déroule habituellement
au mois d’octobre.
« C’est un peu une façon de
récompenser le public français,
dont la ferveur a fait le tour
du globe, tout en ouvrant notre
univers à un public plus large »,
indique Guillaume Rambourg,
DG de Riot Games en France.
L’Hexagone a en effet déjà été
choisi pour accueillir ce label
de tournoi d’e-sport.
En septembre 2017, League
of Legend avait réuni plus
de 20 000 personnes
à l’AccorHotels Arena pour ses
finales européennes. Et en mai
dernier, la compétition
de mi-saison du jeu s’était
déroulée au Zénith de Paris.
Après la France, Riot Games
a d’ores et déjà choisi la Chine
pour la finale de 2020 et
l’Amérique du Nord en 2021. A. D.
français les principaux lots de la Ligue 1, le principal championnat des
clubs de football français et socle
historique de Canal + dans le sport.
Privée de foot, l’un de ses arguments clés pour acquérir et retenir
des abonnés, la chaîne semblait vaciller. Mais au micro de France Inter, en septembre dernier, Maxime
Saada avait promis qu’il y aurait de
nouveau du ballon rond sur Canal +.
Chose promise chose due. Canal + est bien « back on track »,
avec dans sa besace des arguments
de choc après la victoire des Bleus
à la Coupe du monde de football.
La Premier League est le championnat le plus populaire en dehors
de son pays d’origine. Les clubs
anglais sont immensément riches,
et ils disposent dans leurs rangs des
meilleurs joueurs de la planète,
dont plusieurs champions du
Monde français, tels Paul Pogba,
N’Golo Kante, Olivier Giroud et
Hugo Lloris. Très spectaculaire, ce
championnat se déroule les samedis et dimanches après-midi. De
quoi offrir de bons week-ends aux
abonnés de Canal +.
Interrogé par L’Équipe, Maxime
Saada a voulu nuancer l’importance
de l’opération pour Canal +. « C’est
une acquisition importante mais pas
essentielle, a-t-il indiqué. Quand il y
a de belles opportunités avec la Premier League […] et que l’on considère
que le prix que l’on peut y mettre est
raisonnable, avec les moyens de le
rentabiliser, on est ravi de les
concrétiser. »
Le perdant SFR a indiqué immédiatement après l’annonce de Canal + « travailler dès ce soir avec le
groupe Canal + dans l’esprit des accords trouvés autour de la Champions League, afin de permettre aux
abonnés RMC Sport de continuer à
vivre la Premier League anglaise sur
ses antennes après l’été 2019 ». La filiale d’Altice n’a pas manqué de
rappeler, au passage, la liste de ses
droits : sur la Champions League et
l’Europa League, mais également et
pendant encore une saison sur la
Premier League anglaise. ■
Coup d’envoi des grosses ventes de fin d’année dans l’édition
Les prix littéraires, qui tomberont la semaine prochaine, vont reconfigurer le marché avant les fêtes de Noël.
44,6
%
Part
des ventes annuelles
de livres réalisées
en novembre
et décembre 2017
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
ÉDITION Les éditeurs passent actuellement de mauvaises nuits.
Après l’essorage de la rentrée littéraire, la remise imminente des
prestigieux prix d’automne devrait
épuiser leurs dernières forces avant
l’hiver. Le 7 novembre, les lauréats
des attendus Goncourt et Renaudot
seront proclamés. Deux récompenses assurées de faire les blockbusters. D’après l’institut GfK, le Goncourt s’écoule en moyenne, chaque
année depuis 2013, à 407 000 exemplaires. Le Renaudot, lui, laisse entrevoir 257 000 ventes en moyenne.
Dès la proclamation des vainqueurs, les dés seront jetés : c’est,
en effet, entre novembre et décembre que sont réalisées pas loin de la
moitié des ventes, soit près de
1,5 million d’exemplaires ou 44,6 %
des ventes totales de romans l’an
passé. Les Français, qui achètent en
moyenne un livre sur trois pour
l’offrir, s’en remettent aux grands
prix pour leurs cadeaux de Noël.
Passé les fêtes, les ventes chutent
drastiquement.
Comme chaque fin d’année, les
grands prix vont totalement reconfigurer les ventes. En septembre et
octobre, la rentrée littéraire a placé
en tête Albin Michel, grâce au succès jamais démenti d’Amélie Nothomb, dont le dernier opus, Les
Prénoms épicènes, s’est déjà écoulé à
88 608 exemplaires. Suit Actes Sud,
A
CHANGEZ DE JOB,
DEMISSIONNEZ.
avec le dernier roman de Jérôme
Ferrari, déjà lauréat du Goncourt en
2012. Une surprise, le premier roman d’Adeline Dieudonné, La Vraie
Vie, offre aux Éditions L’Iconoclaste
la troisième position avec 42 619
ventes, devant des auteurs à succès
comme Yasmina Khadra (Khalil,
édité par Julliard et vendu à 34 776
exemplaires) ou Maylis de Kerangal
(34 182 exemplaires d’Un monde à
portée de main chez Verticales).
Galligraseuil en force
Aucun de ces titres n’est en lice pour
les prestigieux prix littéraires. La
dernière sélection du Goncourt, révélée le 30 octobre, a retenu Paul
Greveillac pour Maîtres et Esclaves
(Gallimard), Nicolas Mathieu pour
Leurs enfants après eux (Actes Sud),
Thomas B. Reverdy pour L’Hiver du
mécontentement (Flammarion) et
David Diop pour Frère d’âme
(Seuil). Un titre également sélectionné par les jurés du Renaudot qui
le départageront avec Gilles MartinChauffier pour L’Ère des suspects
(Grasset), Philippe Lançon pour Le
Lambeau (Gallimard), Diane Mazloum pour L’Âge d’or (JCLattès) et
Pierre Notte pour Quitter le rang des
assassins (Gallimard).
Les mêmes maisons trustent le
haut du panier. Le fameux trio Galligraseuil (Gallimard, Grasset et
Le Seuil) a raflé plus de la moitié des
prix littéraires ces vingt dernières
années mais les leaders du marché
ne figurent qu’en toute fin du top 10
des ventes de la rentrée littéraire.
Ce seront les lauriers du mois de
novembre qui les replaceront en têtes des meilleures ventes. À moins
que l’académie Goncourt ne décide
de couronner encore une fois Actes
Sud, la maison de l’ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen,
après les prix de Jérôme Ferrari en
2012, Mathias Enard en 2015 et Éric
Vuillard en 2017. Avec deux candidats sur quatre au Goncourt, le
groupe Madrigall (Gallimard et
Flammarion) a cependant des
chances de la coiffer au poteau. Le
Seuil (Média Participations), avec
son champion David Diop sélectionné pour le Goncourt, le Renaudot, le Médicis et le Femina, pourrait toutefois créer la surprise. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 086 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
RENCONTRE AVEC CARLYNE
CERF DE DUDZEELE,
STYLISTE DE LÉGENDE PAGE 26
JARDIN
VISITE DE L’OASIS BOTANIQUE
DE L’HÔPITAL SAINT-JULIEN
DE NANCY PAGE 27
!$) '(*+$&&$) #%+")
PALAZZETTO BRU ZANE
de l’opéra français
L’opérette Les P’tites
Michu de Messager,
ressucitée ce printemps
à Paris, est programmée
à Caen et à Reims.
La trentaine douée et décomplexée, toute une jeune génération de chanteurs s’empare avec enthousiasme
de ce répertoire et pousse à redécouvrir les pépites oubliées. PAGE 24
Orson Welles,
dernier souffle
CINÉMA « The Other Side of the Wind »,
le film inachevé du cinéaste américain, est
désormais disponible sur Netflix. Une curiosité.
E
MONICA SCHIPPER/AFP FORUM ;
Porno chic
Les dernières volontés de l’auteur de
Citizen Kane et de La Soif du mal devraient surprendre ses admirateurs.
The Wind met en scène un réalisateur, Jake Hannaford (John Huston,
avec gnole et cigare), de retour à
Hollywood après des années d’exil
en Europe. Il projette les rushs du
film qu’il tourne lors d’une fête dans
le ranch d’une amie. On y croise
Peter Bogdanovich, Dennis Hopper,
Paul Mazursky et même furtivement
Claude Chabrol. Le film dans le film
est une espèce de porno chic entre
une Indienne (Oja Kodar) et un hippie blond, dont le climax est une
scène torride dans une voiture. Au
ranch, on croise des étudiants de cinéma qui filment tout et des nains qui
allument un feu d’artifice. Le tout
ressemble à une parodie morbide de
Zabriskie Point d’Antonioni, que
Welles détestait. Film du comeback aux États-Unis de Welles, The
Wind est un chant de haine à Hollywood. ■
A
n France, pays du cinéma
et de la chronologie des
médias, seuls quelques
privilégiés auront vu sur
grand écran The Other Side
of the Wind, disponible sur Netflix à
partir d’aujourd’hui. Il fallait être à
Lyon le 16 octobre, où Thierry
Frémaux a pu le programmer dans le
cadre du festival Lumière, ce qu’il
n’avait pas pu faire à Cannes. Ou à la
Cinémathèque française, mardi
30 octobre, où le film d’Orson Welles était projeté en présence de
l’équipe. Welles est bien mort depuis
1985. Il n’a pas achevé The Other
Side of the Wind, tourné entre 1970
et 1976, dont l’histoire mouvementée est le sujet de deux documentaires, They’ll Love Me When I’m Dead,
de Morgan Neville, et A Final Cut for
Orson : 40 Years in the Making, de
Ryan Suffern.
Après d’autres tentatives infructueuses, les producteurs Franck
Marshall et Filip Jan Rymsza ont
réussi l’impossible : mettre la main
sur les cent heures de rushs stockés
dans un entrepôt de Bagnolet chez
LTC Patrimoine et mettre d’accord
les ayants droit Oja Kodar, la compagne de Welles et coscénariste du
film, Beatrice Welles, sa fille, et
Françoise Widhoff, productrice chez
les Films de l’Astrophore. Netflix al-
longe alors 5 millions de dollars pour
que The Wind (son surnom) existe
dans une version montée par Bob
Murawski, à partir d’une copie de
travail et des notes de Welles, avec
la musique de Michel Legrand. Le
compositeur a pris la parole à la
Cinémathèque, disant son excitation
de découvrir enfin le « testament »
de Welles.
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
LYRIQUE À
l’instar d’Elsa Dreisig ou Julien Behr,
qui viennent de publier leurs premiers albums
solos, de plus en plus de jeunes chanteurs
jettent leur dévolu sur ce répertoire,
dont une grande partie reste à redécouvrir.
A
I
« MIROIR(S) »
Voix conquérante
et sensuelle, sens
du théâtre, diction
impeccable. Difficile
de résister à l’abattage
de ce premier disque, où
Elsa Dreisig relève le défi
insensé de convaincre
autant en Rosine
rossinienne mutine
qu’en Salomé hallucinée
(Erato/Warner).
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
ls se nomment Florian
Sempey, Cyrille Dubois, Sabine
Devieilhe, Julie Fuchs, Marianne
Crebassa, Lea Desandre, Elsa Dreisig, Jodie Devos ou encore Julien
Behr. Ont entre 25 et 35 ans. Couvrent presque toutes les tessitures,
de la basse à la soprano colorature.
Sont de purs produits du sérail
opératique hexagonal, ou bien ont
été formés en troupe, à l’étranger.
Mais tous ont un point commun,
leur goût avéré pour l’opéra français, où ils excellent le plus souvent : des grands ouvrages romantiques à l’opérette. Un intérêt qui
les pousse de plus en plus souvent
vers l’exhumation de titres oubliés.
Ou trop longtemps négligés.
Derniers exemples en date : Elsa
Dreisig et Julien Behr. Dix ans les
séparent. À quelques semaines
d’intervalle, ces deux étoiles du
chant lyrique viennent pourtant de
publier leur premier récital discographique avec orchestre. La première chez Warner Classics. Le second chez Alpha. Les deux faisant
la part belle à l’opéra romantique
français, entre tubes et raretés absolues. Pour la jeune soprano franco-danoise Elsa Dreisig, tout est
allé très vite. Une Victoire de la
musique classique comme révélation lyrique en 2016, suivie du premier prix féminin, la même année,
au prestigieux concours Operalia
de Placido Domingo, ont propulsé
cette académicienne de l’Opera
Studio du Staatsoper de Berlin sur
le devant des scènes lyriques hexagonales. Dont l’Opéra de Paris, où
elle fit ses débuts en 2017 dans le
rôle de Pamina.
Pour son premier album solo, il
fallait un programme susceptible
de refléter au mieux les possibilités
et les ambitions de la diva de
27 ans… sans pour autant ressembler à « ces cartes de visite sans originalité ni personnalité qui accompagnent trop souvent les débuts
discographiques des jeunes chanteurs », prévient-elle d’emblée.
Car de la personnalité, la jeune
femme n’en manque pas. Assumant jusqu’au bout son image
d’artiste effrontée, elle n’a pas hésité à construire ce récital comme
un jeu de Miroir(s). « Une véritable
galerie des Glaces, traversant plus
d’un siècle d’histoire de l’opéra, et
dans laquelle se croisent différents
avatars d’une même héroïne », explique-t-elle. La Manon de Puccini y croise celle de Massenet
(qu’elle incarnera au printemps
prochain à l’Opéra de Zurich). La
Juliette de Gounod, dont le célèbre
air « Amour, ranime mon courage »
est proposé dans sa version originale quasi inédite, répond à celle,
inconnue, de Daniel Steibelt. Marguerite du Faust de Gounod vocalise face à la Thaïs de Massenet.
Tandis que la Salomé érotique et
diabolique de Strauss, ici dans sa
rare version française, fait passer celle de Massenet pour
une sainte… Un jeu de chassé-croisé, donc. Où l’opéra
français domine largement, apportant son lot de
rareté, d’inattendu et d’originalité. « Même s’il permet en
apparence moins d’agilité vocale
que l’opéra italien ou allemand,
l’opéra français, a fortiori l’opéra
romantique, reste la langue musicale dans laquelle je me sens le
plus à l’aise, confesse l’intéres-
De haut en bas : Julien
Behr, Elsa Dreisig et
Jodie Devos ont tous
un point commun,
leur goût avéré
pour l’opéra français,
où ils excellent le plus
souvent : des grands
ouvrages romantiques
à l’opérette.
RUDY WAKS,
SIMON FOWLER/ERATO/
WARNER CLASSICS,
PALAZZETTO BRU ZANE
sée. Mais il me permet aussi d’assouvir mon goût du théâtre, car le
texte y est au premier plan. Et surtout de nourrir ma passion pour la
recherche, car une grande partie de
ce répertoire reste inconnue du public comme des chanteurs. »
Un fascinant collier
d’airs oubliés
Ce goût pour la recherche et la redécouverte, son aîné Julien Behr le
partage très largement. Le ténor
fut révélé il y a cinq ans, aux côtés
de Julie Fuchs, dans l’opérette
Ciboulette de Reynaldo Hahn à
l’Opéra Comique. Il enfonce
magnifiquement le clou avec
Confidence : un fascinant collier
d’airs oubliés, assemblé avec le
concours expert du Palazzetto Bru
Zane (centre de musique romantique française basé à Venise), et
serti de joyaux puisés tantôt dans
le grand opéra, tantôt dans l’opéra-comique… Pour finir en lorgnant la chanson avec Vous qui
passez sans me voir de Charles
Trenet. L’occasion, pour le chanteur, magistralement servi par
l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par Pierre Bleuse, d’exhumer
quelques partitions négligées de
nos grands compositeurs. L’opéra
historique Cinq-Mars de Charles
Gounod. L’exquise Jolie Fille de
Perth de Bizet. L’héroïque et patriotique Jean de Nivelle de Léo Delibes. Mais aussi des titres emblématiques de compositeurs français
dont on commence à réévaluer
l’héritage : Mignon d’Ambroise
Thomas (dont il incarnera le rôle
de Laërte dans Hamlet à l’Opéra
Comique, en décembre). Jocelyn
de Benjamin Godard ou encore
Fortunio d’André Messager. Sans
oublier deux compositeurs dont il
reste tout à redécouvrir : Victorin
Joncières et Augusta Holmès.
Une tendance qui devrait encore s’accélérer, à la faveur du regain d’intérêt croissant pour
l’opérette comme ses P’tites Michu
de Messager, ressuscitées cette
année avec une toute jeune distribution, et la comédie musicale à la
française, que le bicentenaire Offenbach, en 2019, ne devrait faire
qu’attiser. Prochaine sortie attendue ? Un Offenbach colorature par
Jodie Devos, prévu chez Alpha en
2019. La preuve que l’opéra français n’a pas fini de faire des adeptes parmi la jeune génération. ■
Alexandre Dratwicki : « On ne chante jamais
aussi bien que dans sa langue »
«
Jusqu’en
1950, on
ne faisait
pas carrière
sans rouler
les « r »
»
ALEXANDRE DRATWICKI
Directeur scientifique du Palazzetto Bru Zane, le musicologue
Alexandre Dratwicki est à l’origine de la redécouverte de nombreux titres ou compositeurs
d’opéra romantique français. Le
programme du disque de Julien
Behr ? C’est lui. Le Roméo et
Juliette de Steibelt « exhumé » par
Elsa Dreisig ? Lui aussi. Offenbach
colorature par Jodie Devos ?
Toujours lui. En dix ans, il a vu
croître l’intérêt des jeunes chanteurs pour ce répertoire en partie
inédit. Et les accompagne dans
leurs choix de programmes…
Voire de label.
LE FIGARO. - Comment
s’explique le goût
de la nouvelle génération
pour l’opéra français,
même oublié ?
Alexandre DRATWICKI. - Il y a
vingt ans, après les carrières de
Scotto ou Callas, on a dit aux
étudiants de ne pas aborder trop
tôt des rôles trop lourds. Cela a favorisé l’émergence d’une génération très précautionneuse. Celle
des Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois ou Julie Fuchs, qui ne cherche pas immédiatement à correspondre aux standards des
tubes de l’opéra international.
Mais trouve, dans ce réper-
ERATO
Coup de jeune sur l’opéra
français
À ÉCOUTER
toire français du XIXe et du début
du XXe siècle qui lui est en partie
inconnu, l’opportunité de se projeter en début de carrière avec des
rôles plus légers : comme ceux de
ténors de demi-caractère ou de
coloratures d’opérettes.
Rôles que l’on recommence
à prendre au sérieux. Pourrait-on
encore faire carrière dans l’opéra
français ?
Non, sauf certains ténors qui seraient des Faust ou des Werther si
exceptionnels qu’ils ne feraient
que ça. Et encore. On sort aujourd’hui du cursus en ayant fait du
baroque, du théâtre, de la comédie musicale. Les carrières se pensent au sens large. Mais je reste
persuadé qu’on ne chante jamais
aussi bien que dans sa langue et
qu’il est plus facile de faire un tabac dans ce répertoire.
L’opéra français est donc plus
facile ?
Non, l’éventail de rôles est trop
large pour généraliser. Pour les
ténors, on sollicite beaucoup la
voix de tête et la voix mixte. Cette
dernière peut être vue comme une
facilité, mais, en réalité, elle
échappe à beaucoup de chanteurs.
Quant aux sopranos coloratures,
c’est loin d’être plus simple que
l’opéra italien. Le français
construit tout autour du sens du
théâtre et du texte. Là où l’italien
permet de vocaliser sur des voyelles, l’opéra français exige de débiter une quantité de mots invraisemblable, sous des vocalises pas
moins virtuoses.
Quels débats agitent les cercles
d’interprétation ?
Le « r » roulé demeure le plus épineux. L’opéra français place les
consonnes au niveau de la bouche,
et voudrait qu’on le roule au bout
de la langue. Mais beaucoup privilégient le « r » grasseyé en fond de
gorge, comme Édith Piaf. Le problème, c’est déjà qu’il soit présent
d’une manière ou d’une autre. Jusqu’en 1950, on ne faisait pas carrière sans rouler les « r ». Aujourd’hui,
certains l’éludent, prétextant qu’il
crée trop de distance. Parmi les
autres obsessions, il y a le tempo : la
génération de Karajan a beaucoup
ralenti les tempi naturels de l’opéra
français au détriment des chanteurs. Il faut revenir à ce qui se faisait à l’époque. Enfin, à cause de la
musique instrumentale, on a déplacé les accents et oublié la distinction fondamentale, pour la prosodie, entre quantités longues et
courtes des syllabes.
PROPOS RECUEILLIS PAR T. H.
ALPHA
24
« CONFIDENCE »
Timbre solaire, équilibre
des nuances, sens
théâtral et du texte
font de cet album,
où s’enchaînent raretés
et redécouvertes, l’une
des grandes révélations
de cette rentrée. Laissant
présager le meilleur
pour Julien Behr,
qui fait montre ici d’une
belle palette expressive
dans des rôles à l’emploi
contrasté, du grand opéra
au ténor de demicaractère de l’opéracomique (Alpha).
Agenda
« Les Pêcheurs
de perles »
de Bizet
Du 23 au 27 nov.
à l’Opéra de Nice.
« Mam’zelle
Nitouche »
d’Hervé
Du 23 au 25 nov.
à l’Opéra de Montpellier,
du 30 nov. au 2 déc.
à l’Opéra de Rouen,
du 27 au 31 déc. au
Grand Théâtre de Tours.
« Hamlet »
d’Ambroise
Thomas
Du 17 au 29 déc.
à l’Opéra Comique,
à Paris.
« Les P’tites
Michu »
de Messager
Du 30 au 31 déc.
au Théâtre Caen,
du 19 au 20 janv.
à l’Opéra de Reims.
« Les Troyens »
de Berlioz
Du 25 janv. au 12 fév.
à l’Opéra de Paris.
« Le Postillon
de Longjumeau »
d’Adolphe Adam
Du 30 mars au 9 avril
à l’Opéra Comique,
à Paris.
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
CULTURE
25
Dorothea Lange, l’Amérique à fleur de peau
EXPOSITION À 18 ans, cette fille d’immigrants allemands se lance dans la photographie. Elle traverse les États-Unis
pour dresser le portrait d’une société mise à mal par la Grande Dépression. Rétrospective au Jeu de Paume.
on icône est une mère
de famille. Brune, le visage tanné
par le soleil, à la fois jeune et
vieille comme en témoigne son
front creusé de sillons, Florence
Owens Thompson, 32 ans, est
cette Migrant Mother de légende
dans un campement de cueilleurs
de pois à Nipomo, Californie, en
février ou mars 1936. Madone aux
vêtements jadis coquets mais usés
jusqu’à la trame, encadrée par
trois de ses sept enfants, putti
craintifs et poussiéreux, elle incarne à jamais la Grande Dépression américaine et ses travailleurs
du Middle West jetés sur les routes. Ce tableau du dénuement et
de la résilience familiale est tellement éloquent qu’il éclipse le
travail d’approche de Dorothea
Lange. Et la construction d’une
image, au sens où un peintre
compose son tableau.
Partie sur les routes en pionnière
de l’image documentaire pour la
Farm Security Administration, cette militante de l’humain réalise
plusieurs cadrages avant d’arriver
à celui-ci, presque parfait. Le pouce gauche de Florence Owens
Thompson agrippe le poteau de la
tente, induisant l’idée d’une photo
posée. Dorothea Lange fera sortir le
négatif des réserves de la FSA et
supprimera ce pouce du tirage acquis par le MoMA de New York en
1940. Au grand dam du sociologue
Roy Striker, qui dirigea cette agence fédérale - l’un des programmes du New Deal mis en place
par Roosevelt - et son vaste projet
d’archives photographiques. Il
existe sept négatifs de cette série,
dont six sont conservés à la bibliothèque du Congrès, et le septième à
l’Oakland Museum of California,
les deux grands prêteurs de l’exposition du Jeu de Paume. Des trésors.
Pas de titre pour ce portrait historique, une « légende générale »
pour toute la série que Dorothea
Lange soumet à Roy Stricker, en
même temps que les négatifs. De
sa brève conversation avec Florence Owens Thompson, la photographe apprend le strict nécessaire pour ancrer son sujet dans le
factuel et l’histoire américaine :
« Famille d’ouvriers agricoles migrants. Sept enfants affamés […].
Le père est né en Californie. Sans
ressources dans un campement de
cueilleurs de pois […] car la récolte
de pois est perdue. Ces gens viennent tout juste de vendre leur tente
pour acheter de la nourriture. Sur
les deux mille cinq cents personnes
vivant dans ce camp, la plupart
étaient sans ressources. »
Une beauté
de tableau flamand
Toutes les photos de la Grande Dépression ont ce souci de la traduire
autant en faits qu’en images. Et ces
familles jetées par milliers sur les
routes, ces tentes construites parfois sur ce qui reste d’une voiture
dont on a vendu les pneus, ces bicoques de tôle, de toile et de carton
assemblées comme des jeux de
cartes dressent le paysage répétitif
des Raisins de la colère, le roman
réaliste de John Steinbeck (1939)
puis du film déchirant de John
Ford (1947). Dorothea Lange y apporte une douceur et une sensualité inattendues, cherchant à sauver
la beauté dans ces champs de décombres. Ainsi, cette Mère à l’enfant, belle et dépenaillée, qui donne le sein avec la dignité d’une
Drought Refugees,
Dorothea Lange,
vers 1935.
THE DOROTHEA LANGE
COLLECTION, THR OAKLAND
MUSEUM OF CALIFORNIA
Ingmar Bergman,
jusqu’à l’indiscrétion
“UN DES FILMS
UNE FABLE
CHRONIQUE Au Théâtre de la Bastille,
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
ls sont là, ils sont déjà là lorsque
l’on pénètre dans la petite salle du
Théâtre de la Bastille, après avoir
grimpé l’escalier étroit dans une
cohue de ferveur et de curiosité
mêlées.
Deux comédiens venus d’horizons
différents, deux artistes pris dans des
pratiques différentes de l’art théâtral.
L’un, figure fondatrice d’un collectif anversois créé à la fin des années 80,
tg STAN. Frank Vercruyssen, que l’on a
vu au travail cette saison, dans ce même
théâtre, et déjà dans une adaptation de
Bergman, Infidèles, est désormais très
connu en France. L’autre, Georgia
Scalliet, sociétaire de la Comédie-Française, joue actuellement, salle Richelieu,
Viola dans La Nuit des rois de Shakespeare, mise en scène par Thomas Ostermeier (lire nos éditions du 27 septembre).
I
Magistralement accordés
Deux fortes personnalités, de générations légèrement différentes, deux artistes ayant en partage un goût de l’indépendance certain, tout en se pliant
aux disciplines strictes du collectif et de
la troupe. Ce spectacle, ce morceau
d’extraordinaire théâtre, ils l’ont rêvé
ensemble sous le regard amical de camarades de plateaux : Alma Palacios,
Ruth Vega Fernandez, Thomas Walgrave. Ils s’appuient sur la traduction
publiée chez Gallimard de Lucie Albertini et Carl Gustaf Bjurström.
Ils sont donc là, déjà là lorsque l’on
pénètre dans la salle. Il est sur le plateau. Comme un homme qui attend. Ou
LES PLUS EXCITANTS DE L’ANNÉE !”
MARTIN SCORSESE
UN CONTE
POÉTIQUE
LES INROCKUPTIBLES
GALA
MERVEILLEUX
LE MONDE
THE GUARDIAN
AD VITAM présente
HEUREUX COMME
Design : Pierre Collier / Benjamin Seznec • Photo : © 2018 Tempesta
LE THÉÂTRE
flamand avec sa réserve innée et sa
droiture d’orant, sa longue blouse
sombre et l’ombre de son chapeau
qui efface ses yeux (notre photo).
Certains corps sont ravagés par
une vie de labeur, mais Dorothea
Lange magnifie toujours ces mains
bosselées par l’effort et les rhuma-
POLITIQUE
MAGIQUE
Frank Vercruyssen, du collectif tg STAN, propose,
avec Georgia Scalliet, « Après la répétition ».
bien qui est dans une plage de temps incertain. Entre deux. Elle est dans l’escalier qui mène aux dégagements supérieurs, dans une petite robe très légère,
un court gilet par-dessus. Elle pourrait
être chez elle, après une longue
journée. Elle aussi donne le sentiment
de flotter.
Les spectateurs s’installent en silence, avec la vague impression d’être
légèrement indiscrets. C’est sur cette
impression que ces deux grands instrumentistes, magistralement accordés,
appuient leur face-à-face. On connaît
Après la répétition, souvent représentée. Henrik Vogler est un metteur en
scène de renom. Il monte, une fois encore, Le Songe de Strindberg. Il a fait
appel à une toute jeune femme de
23 ans, qu’il connaît, Anna. Elle est la
fille de son meilleur ami et d’une femme
comédienne que lui-même a autrefois
aimée et dirigée dans la même partition.
Oublieux du public, Frank Vercruyssen et Georgia Scalliet, dans la profonde
intimité que creuse Bergman, mettant
évidemment en abyme ses propres
questions, sont fascinants dans la vérité
très maîtrisée d’une interprétation qui
paraît se nervurer parfois d’improvisations. Qui n’a pas vu Scalliet passer en
une seconde d’Anna à Rakel, la mère,
qui ne l’a pas vue se transformer complètement, ne sait rien de la magie du
grand art. Elle endosse un imperméable
mais c’est son visage, sa voix, son corps
qui ne sont plus les mêmes. Incroyable.
Jamais on n’aura ressenti aussi profondément le trouble des « personnages », les interrogations qui affleurent :
couple, amour, jeu, masque, vie, théâtre... Tout est là. ■
Après la répétition, Théâtre de la Bastille
(Paris XIe), à 18 heures ou 19 h30,
jusqu’au 14 novembre. Durée : 1 h 15.
Tél : 01 43 57 42 14.
reine, chassée par la sécheresse
d’Oklahoma et campant sur la
route en Californie à l’été 1936.
Comme vingt-trois voitures et camions chargés de famille. Ainsi cet
autre réfugié de la sécheresse, vers
1935, d’une maigreur significative,
mais aussi d’une beauté de tableau
tismes, ces visages aux bouches
serrées, entraperçus sous les coiffes
de ramasseurs de pomme de terre.
Comme le fera bien plus tard David
Goldblatt le Sud-Africain avec les
mains des travailleurs noirs pour
montrer la chair de l’apartheid.
Corps, pieds, mains, torse, poitrine, dos… Les gestes éternels reviennent comme des motifs dans
ses photos qui en saluent toujours
la valeur primitive (« Un ouvrier du
secteur du bois d’œuvre au chômage
accompagne son épouse à la récolte
de haricots, son numéro de Sécurité
sociale tatoué sur le bras, Oregon,
août 1939 », note-t-elle).
Dorothea Lange, née Nutzhorn
en 1895 à Hoboken, New Jersey, a
attrapé la polio à 7 ans, en a gardé
une jambe droite plus courte, un
pied atrophié et une claudication
permanente (on regarde donc
autrement les jolies jambes aux bas
reprisés de cette sténodactylo,
victime de la Grande Dépression,
1934). Son père a abandonné le
foyer, peu après, contraignant la
famille à déménager dans les
quartiers pauvres de New York.
Elle y aiguise son sens de l’observation, souligne Drew Heath
Johnson. « Dans le Bowery, je savais comment enjamber les hommes
ivres, dira Dorothea Lange, bien
plus tard. Je savais comment donner à mon visage une expression qui
n’attirait pas l’attention sur moi, de
sorte que personne ne me regardait.
J’ai eu recours à ce stratagème toute ma vie de photographe. » ■
« Dorothea Lange. Politiques du
visible », au Jeu de Paume (Paris VIIIe)
jusqu’au 27 janvier. Catalogue
sous la direction d’Alona Pardo
avec la collaboration de Jilke Golbach,
édition française et anglaise
Barbican /Jeu de Paume/Prestel,
288 pages, 39,95 €.
LAZZARO
UN FILM DE ALICE ROHRWACHER
7 NOVEMBRE
A
S
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
26
STYLE
Carlyne Cerf
de Dudzeele,
la styliste du
cheap et du chic
Carlyne Cerf de Dudzeele, la semaine
dernière, à New York, lors du défilé
Moschino pour H&M.
MARCUS MAM
très méditerranéen, elle aime la cuisine et le
vin. Avec elle, tout est joyeux, positif. Sa
bonne humeur est contagieuse ! » JJP se souvient de la première couverture de Vogue
en 1988 signée de la Française - c’était aussi
la première une d’Anna Wintour fraîchement nommée directrice de la rédaction.
Dessus, le modèle, tout sourire, porte une
veste couture de Christian Lacroix et un
jean. Un scandale ! « Les Américains ont détesté ! raconte M. Picart. Ils ont trouvé la
pose trop décontractée, les cheveux trop décoiffés, la fille trop vivante. » Carlyne Cerf
de Dudzeele confirme : « Anna Wintour
s’approprie ce fait d’armes à présent. Je
m’en moque, c’était mon idée. Nous avons
même parié, avec Peter Lindbergh, sur la
probabilité que cette image soit sélectionnée
pour la couverture. »
PORTRAIT Elle est la première à avoir
associé couture et streetwear dans les
années 1980. Complice d’Alaïa, de Karl
Lagerfeld et d’Anna Wintour, la Française
appose son « C.C.D. style » à Moschino.
E
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À NEW YORK
lle porte les cheveux milongs coiffés d’un serre-tête en velours, un
survêtement Adidas à capuche brodé de ses
initiales, des dizaines de chaînes en or qui
font un boucan d’enfer, deux Rolex, une ribambelle de sacs Chanel en ceinture et son
iPhone autour du cou. « Et alors ? direzvous. Tout le monde mélange les influences
de la rue et des podiums ! » Aujourd’hui,
peut-être. Seulement, Carlyne Cerf de
Dudzeele, alias C.C.D. (prononcez ci-cidi), le fait depuis quarante ans, dans les pages de Elle, V et Vogue de tous pays. Bien
avant Rihanna, elle a mélangé le streetwear
et l’avenue Montaigne, les joggings en
synthétique et les cols roulés en cachemire,
un Levi’s 501 et une veste Chanel. « Je
pourrais vous parler de Carlyne pendant des
années, nous confiait Marc Jacobs la semaine dernière, à New York. Elle est la rédactrice de mode la plus iconique, forte, sans
concession, entière et singulière. Le “C.C.D.
style” est inimitable. C’est frais, c’est cool,
c’est toujours dingue. » Peter Lindbergh,
complice de longue date, poursuit : « La
première fois que vous rencontrez Carlyne,
vous pensez être en face de la personne la
plus déjantée du milieu de la mode. Et très
vite, vous comprenez que sa folie mêlée à son
génie fait des étincelles. » De l’avis de Karl
Lagerfeld : « Carlyne a un univers qui n’appartient qu’à elle. C’est celle qui aime le plus
l’éclat de l’or et des couleurs. »
« J’adooore Karl ! » crie-t-elle à la lecture des mots de son ami. Nous sommes à
New York, quelques heures avant le coup
d’envoi du défilé Moschino et H&M que la
styliste orchestre aux côtés de Jeremy
Scott. L’occasion de revenir sur sa carrière. « Ne me demandez pas d’être précise
sur les dates, je me mélange sans cesse, ditelle avec une gouaille de titi parisien. Je me
souviens juste de mon anniversaire et qu’en
1985 je quittais Paris pour m’installer à New
York. » Avant, il y a eu une enfance en
pleine nature dans les environs de SaintTropez, une mère adorée, une sœur et des
animaux abandonnés qui trouvent refuge
dans le jardin. « Je n’ai jamais suivi d’études
de mode, explique-t-elle. Je répète souvent
que c’est un don, comme certains naissent
avec une belle voix et deviennent chanteurs,
d’autres avec un visage à se damner et font
du mannequinat. Moi, je suis née avec un
style, je suis devenue styliste. Ma mère avait
« Une personnalité à part »
ça, j’ai ça. N’y voyez rien de prétentieux. Je
ne regarde pas ce que font les autres, je
n’ouvre pas un magazine, je me fous des
tendances : c’est le “C.C.D. style”. »
Cindy, Linda et Naomi
Parfois, son discours frôle la caricature,
passant du français à l’anglais, ponctué de
« Schtroumpf », de « bim-bam-boum », de
« vavavoom », de mains qui claquent et de
chaînes qui s’entrechoquent. On assiste à
son show, médusée mais sous le charme,
quand elle se lève pour imiter les mannequins d’aujourd’hui à la démarche mal assurée. Parce que « Carlyne » aime les femmes sur lesquelles les hommes se
retournent, les super-modèles. Elle a repéré Christy Turlington avec Patrick
Demarchelier, a sublimé les Cindy, Linda
et Naomi sur les défilés de Gianni Versace
et dans les pages de Vogue Italie devant
l’objectif de Steven Meisel dans les années
1980-1990. Une bande de filles qui, selon
ses dires, « se battaient pour savoir qui mettrait quoi, elles voulaient toutes être la plus
sexy, la plus belle ». « J’ai commencé au
Marie Claire à Paris dans les années 1970, en
tant qu’assistante de Betty Bertrand, l’une
des plus grandes rédactrices de mode, se
souvient-elle. Puis au Elle, qui était alors un
bijou, une sublimité totale. D’ailleurs, dans
les couloirs de Condé Nast, aux États-Unis,
les photos de nos séries étaient placardées
sur les murs, c’était une référence.
D’ailleurs, le groupe m’a ensuite débauchée
pour venir au Vogue US. »
Jean-Jacques Picart, ex-consultant
mode et luxe, a rencontré C.C.D. à cette
époque, alors qu’il débutait comme attaché
de presse. Les mots lui manquent tant il admire la styliste et aime la personne. « Si tu
veux mettre Carlyne à l’aise, tu lui proposes
un verre de rouge, pas du champagne ! nous
prévient-il. Elle possède un tempérament
La styliste se désole que ce genre de mélanges soit impossible aujourd’hui. Elle
peste contre les influenceuses qui « n’y
connaissent rien ! Elles trouvent cool d’être
blogueuse pour porter du Chanel, mais elles
n’ont aucun style ! » Fustige les rédactrices
« qui se croient importantes parce qu’elles
dorment dans des palaces, ont un chauffeur
mais aucun génie ». Se désole de voir des
gens travailler dans la mode et s’habiller
comme des clowns.
Dans les années 1990, Carlyne a aidé
Karl Lagerfeld à redorer l’image de Chanel,
à coups de tailleurs CC raccourcis en tweed
sorbet, de chaînes en or (une obsession !) et
de logos à tout va - « tout le monde s’en
inspire aujourd’hui, parce que c’était la
perfection ». Elle était, aussi, la complice
d’Azzedine Alaïa. Une amitié de cinquante ans, sur laquelle elle ne s’épanche
pas, le sujet est encore sensible. On ne sait
rien de sa vie privée, et ce n’est pas faute
d’avoir cherché. « Elle n’en parle jamais et
il faut respecter cette discrétion, admet
Iana dos Reis Nunes, fondatrice de Iana
Consulting et amie de longue date. Carlyne
est d’une loyauté et d’une générosité rares
dans ce milieu, elle est une personnalité à
part. » Laissons le dernier compliment à
Jeremy Scott, l’Américain à la tête du style
de Moschino. Depuis sept ans, C.C.D. travaille à ses côtés : « Elle me pousse, me challenge, croit en moi. Elle est un soutien sans
faille. Carlyne est une légende. » ■
Jeremy Scott :
« J’ai aimé la mode grâce
à la télévision »
A
Chaque année, H&M organise un défilé
événementiel pour dévoiler sa collaboration avec un designer ou une marque de
renommée internationale. Au tour de
Moschino de prêter son logo et ses codes au
géant suédois à travers un show à New
York, la semaine dernière, avec, au casting, la famille Hadid et Naomi Campbell.
Un exercice relevé haut la main par le directeur artistique
de la griffe,
l’Américain Jeremy Scott. Au
menu de cette
capsule
de
streetwear
de
luxe
bourrée
d’humour, des
doudounes bling
en sequins, des
joggings à l’effigie
de MTV, des minirobes en cuir
années 1980 et
des personnages
de Disney.
rênes de Moschino, en 2013, je ne réalisais
pas à quel point mon approche de la mode
et la sienne étaient proches. Aujourd’hui
encore, il m’arrive de retrouver dans ses
archives des pièces qui ressemblent à
des vêtements que j’ai dessinés, je n’en
savais rien ! C’est une coïncidence
extra. Comme lui, je suis un designer old
school, j’aime qu’un styliste cultive
un univers,
qu’un défilé soit
excentrique et un
vêtement,
en boutique, très
portable. Franco
Moschino,
qui
avait créé sa seconde
ligne,
Cheap & Chic, en
1988, dans l’optique d’offrir une
mode abordable
au plus grand
nombre, aurait
adoré l’idée de
travailler
avec
H&M.
LE FIGARO. Quelle est la part
Comment est née
de Jeremy Scott
l’inspiration de
dans cette
cette collection
collection ?
avec H&M?
Jeremy SCOTT. Mon amour pour
Quand Ann-Sofie
la télévision, qui
Johansson, la di- Directeur artistique de Moschino, l’Américain
transparaît dans
rectrice de créa- Jeremy Scott met son talent au service
les vêtements et
tion de H&M, et de H&M. H&M
dans le décor du
moi nous sommes
show. Pour moi,
rencontrés pour évoquer notre collaborac’est un média fondamental, j’ai été nourri
tion, elle m’a montré des images de mon
– Internet n’existait pas – à MTV, avec
travail chez Moschino, comme une in« House of Style », l’émission sur les sutention. Ça m’allait très bien ! Elle voulait
per-modèles. Je me rappelle avoir été
revisiter les thèmes principaux de la
hypnotisé par la mire, ses couleurs. J’ai
marque comme les cartoons, la couture de
aimé la mode en regardant le petit écran,
luxe, le détournement du logo : du pur
et je suis nostalgique de cette époque.
Moschino.
PROPOS RECUEILLIS PAR É. F.
Collection Moschino[tv]H&M en boutique
Vous êtes le digne héritier de Franco
et en ligne le 8 novembre.
Moschino, fondateur de la marque !
34,99 € le tee-shirt Disney et 69,99 €
C’est un honneur. Quand j’ai repris les
le jogging MTV en coton biologique.
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
JARDIN
27
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
Exigeantes
pivoines
près des mois
de sécheresse, la pluie
de ces derniers jours
est une bénédiction pour les
jardiniers. Même si le compte
n’y est pas, tant les sols sont secs,
cette eau tombée du ciel arrive
à point nommé pour les
plantations de l’automne.
À commencer par celle des
pivoines. Pour profiter de leur
sublime floraison qui s’étale
de la mi-avril à début juin selon
la région ou l’espèce (les arbustives
sont plus précoces que les
herbacées), la plantation de ces
sublimes fleurs originaires de
Chine et du Japon doit idéalement
intervenir avant les premières
gelées. La reprise sera en effet
meilleure qu’en procédant en fin
d’hiver, car, dans ce cas, les plants
à peine installés risquent
de ne fleurir que l’année suivante
et seront plus sensibles au stress
hydrique. Il convient,
pour commencer, de choisir
le bon emplacement car les
représentantes du genre Pæonia
ont leurs exigences : elles ont
besoin de soleil et d’un sol pas trop
lourd. En clair, elles supportent
mal d’avoir leurs racines
durablement trempées. Et comme
elles n’aiment guère être
transplantées, mieux vaut partir,
si l’on peut dire, d’un bon pied.
Deuxième précaution : les pivoines
aiment être au large. On réservera
donc un espace de 80 cm en tous
sens aux herbacées (espèces dont
les tiges ne se lignifient pas comme
japonica, lactiflora, tenuifolia…)
et un bon mètre cinquante aux
arbustives (suffruticosa, delavayi
ou lutea). Au fil des ans, et si elles
se plaisent chez vous, ces élégantes
finiront par occuper de beaux
volumes. Creusez ensuite un trou
de 40 cm en tous sens en arrosant
copieusement le fond. Si le sol est
très sec, laissez reposer 24 heures,
le temps qu’il s’ameublisse
au contact de l’eau. S’il est très
argileux, mieux vaut le remplacer
par un mélange composé d’un
tiers de sable, d’un tiers de tourbe
blonde et d’un tiers de terreau et
planter la pivoine sur une butte de
10 à 15 cm de hauteur. À ce propos,
veillez à enterrer les bourgeons
à la bonne hauteur : 2 à 3 cm pour
les espèces herbacées et 10 cm
pour les arbustives afin de
permettre à ces dernières de
s’affranchir de leur porte-greffe.
Enfin, si votre sol est pauvre,
ajoutez du compost bien mûr ainsi
qu’un engrais riche en phosphore
et en potassium. Ne forcez pas
sur l’azote ni sur l’arrosage
(sauf les deux premières années)
car des pivoines trop bien
nourries ont tendance à ne faire
que des feuilles. C’est tellement
plus facile pour elles !
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
A
Quand le jardin soigne et apaise
DÉCOUVERTE Créé en 2010, le jardin thérapeutique de l’hôpital de Nancy est une oasis
verte où les malades viennent se ressourcer.
I
«
générateurs d’angoisse. Plantations, arbres, sculptures, bancs servent ainsi de
points de repère. « Lorsqu’une plante est
abîmée ou arrachée, nous la remplaçons
aussitôt pour que cela perturbe le moins
possible », explique Philippe Ledogar,
qui consacre une demi-journée par semaine à l’entretien.
MARC MENNESSIER
£@MarcMennessier
ENVOYÉ SPÉCIAL À NANCY
(MEURTHE-ET-MOSELLE)
ci la priorité, ce n’est pas le jardin,
ce sont les patients : tout a été conçu pour
eux », confie Philippe Ledogar, responsable des espaces verts de l’hôpital SaintJulien de Nancy, en désignant la cour
d’honneur transformée en jardin thérapeutique depuis 2010. Cet espace clos,
d’un peu moins de 4 000 m2, planté d’une
double rangée de platanes, d’érables à
sucre et d’arbres à caramel (Cercidiphyllum japonicum) - ainsi nommés en raison
de la forte odeur que dégagent leurs fruits
en automne -, est à la fois un havre de
paix et un espace de soins pour les malades qui viennent s’y ressourcer. Principalement des personnes âgées atteintes
d’Alzheimer ou de maladies graves en
phase palliative ou en rééducation.
« Nous accueillons simultanément une
cinquantaine de patients pour des séjours
courts de quatre à cinq semaines », explique le Dr Thérèse Jonveaux, neurologue
et chef du service de soins de suite et de
réadaptation (SSR), qui a été à l’initiative
de ce projet dès 2001, à une époque où
l’hortithérapie était balbutiante en
France.
« L’environnement des malades au sens
large est un aspect capital, notamment
pour ceux atteints de maladies comme
Alzheimer, car il peut aggraver ou, au
contraire, améliorer les symptômes, souligne-t-elle. De ce point de vue, le jardin,
comparé à l’hôpital avec ses longs couloirs
neutres, ses codes et ses interdits, offre un
espace de liberté extrêmement bénéfique et
stimulant. »
Le plan Alzheimer 2008-2012, qui recommande la création de jardins thérapeutiques, conforte le Dr Jonveaux et son
équipe, au moment où le projet est en
phase d’aménagement. L’objectif est
double : créer un espace de déambulation
libre et sécurisé ouvert aux patients, à
leur famille et à leurs proches 24 heures
sur 24 (« sauf quand il y a de la neige ou du
Expérience partagée
avec les Ehpad
L’hôpital Saint-Julien de Nancy accueille principalement des personnes âgées atteintes
d’Alzheimer ou de maladies graves en phase palliative ou en rééducation.
Ci-dessus : la cour d’honneur transformée et ses 4 000 m2 de jardin.
verglas ») et susciter des émotions positives au contact des plantes mais aussi d’un
mobilier convivial et d’œuvres artistiques originales installées dans les massifs.
« Nous avons bien sûr gardé les arbres,
les pivoines arbustives, splendides au moment de la floraison, ainsi que les quatre
carrés du jardin d’origine, mais en y créant
des animations autour des éléments fondamentaux que sont la terre, l’air, l’eau et le
feu », explique le Dr Jonveaux devant les
rosiers rouges et les spirées du carré du
feu. Au milieu de la butte en pierres volcaniques dressée pour donner du relief,
des bancs permettent de s’asseoir et de se
recueillir, sans voir la façade de l’hôpital,
donnant ainsi l’impression d’être ailleurs
« Bancs de conversation »
« Le jardin est un lieu vivant dont l’aspect
change en fonction des saisons mais aussi
de la météo, alors que la chambre d’hôpital
la mieux décorée restera toujours un endroit figé, statique, souligne la psycholo-
gue Émeline Nasson. Il y a aussi toute une
dimension sensorielle avec les parfums, les
couleurs mais aussi le bruit de l’eau des
fontaines ou encore les cerises ou les mirabelles que l’on va cueillir sur l’arbre. »
Les soins de rééducation (psychomotricité, ergothérapie, kinésithérapie, orthophonie) ont donc lieu autant que possible dans le jardin : « C’est plus motivant,
pour les malades, de faire leur exercice de
marche dehors au milieu des arbres et des
fleurs plutôt qu’en salle de rééducation,
même si cette dernière reste indispensable », poursuit Émeline Nasson. Les
« bancs de conversation » conçus par le
médecin sculpteur Reinhard Fescharek
facilitent également le dialogue, les rencontres et le contact avec les familles.
La lisibilité du paysage est aussi un
élément important. Les cheminements
que les patients empruntent, notamment les personnes désorientées, doivent leur permettre de se retrouver facilement, sans obstacles ni culs-de-sac,
Pour le Dr Jonveaux, le bilan est très positif : « Depuis huit ans, nous constatons que
la fréquentation du jardin diminue les troubles du sommeil, donc la prise de sédatifs,
améliore la conscience de soi, la perception
de son corps, libère la parole, stimule les
sens et la mémoire, en faisant remonter les
souvenirs. C’est aussi un espace de récupération pour les personnels soignants.
Beaucoup viennent s’y ressourcer pendant
leur temps de repos. » Aujourd’hui, en sa
qualité de pionnière, le Dr Jonveaux partage son expérience avec les Ehpad de la
région désireux de suivre son exemple.
« L’immense majorité de ces établissements disposent d’espaces verts, mais la
plupart du temps ils ne sont pas accessibles
aux résidents pour des raisons de sécurité.
C’est dommage, car ce potentiel n’est pas
exploité à sa juste valeur », note-t-elle.
Sur le plan national, les jardins thérapeutiques ont le vent en poupe depuis
quelques années, même si des résistances
persistent. « Le jardin et le jardinage ne
sont pas encore entrés dans le cénacle des
thérapies reconnues et incontournables,
déplore Anne Chahine, présidente de
l’association Jardins & Santé. Un long
travail reste encore à accomplir pour rendre leurs bienfaits scientifiquement incontestables. » ■
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l’année » 2018 !
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Roberto Alagna et la soprano polonaise Aleksandra Kurzak, consacrent
leur premier disque commun. Y sont réunis des extraits de Manon Lescaut,
La Fille du Far-West, Madame Butterfly, Il Tabarro et La Bohème,
une musique pleine de passion et de grands sentiments, génialement écrite
pour la voix et subtilement orchestrée. Les deux chanteurs sont accompagnés
par le Sinfonia Varsovia placé sous la direction de Riccardo Frizza.
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
28
VOYAGE
Le Mucem
de Marseille
(à gauche)
et le Fort Saint-Jean
(à droite).
SHUTTERSTOCK / S-F
Marseille : retour aux fondamentaux
ENVOYÉ SPÉCIAL À MARSEILLE
S. ABOUDARAM/WE ARE CONTENT(S), COLL. GALERIE RX PARIS-REGARDS DE PROVENCE
urtout n’allez pas à Marseille vous moquer de l’accent marseillais. Sur la Canebière, ce marqueur
d’identité est sacré. Le parler provençal,
longtemps brocardé pour son côté pagnolesque, est de retour sur le VieuxPort, où l’avenir s’écrit « avé l’assent ».
Après les grandes révolutions culturelles
d’une ville en pleine mutation, dont le
Mucem est une sorte d’aboutissement, il
semble que la Cité phocéenne revienne à
ses fondamentaux. À commencer par un
nouvel hôtel de bord de mer à la plage
des Catalans, préfiguration du réaménagement d’un quartier typique. Viennent
ensuite le nouveau Musée du savon et,
au J4, une étonnante expérience drone
pour visiter la ville autrement. De son
côté, la Fondation Regards de Provence
fête son vingtième anniversaire dans un
musée dédié à la peinture provençale.
Une fièvre de couleurs locales à laquelle
succombent même ceux qui sont venus
d’ailleurs, comme Jean Nouvel, qui a
baptisé la nouvelle tour de 135 m de haut
dont il est l’auteur « La Marseillaise ».
Jamais la Cité phocéenne n’a semblé
aussi proche des valeurs qui ont fait sa
légende.
uC’est par une belle journée de la fin du
A
Hôtel Les Bords de Mer
mois d’octobre que nous découvrons
sous un soleil mordoré Les Bords de Mer.
Nous sommes les premiers à y pénétrer
quelques jours avant son ouverture.
L’hôtel, dont l’architecture iconique ferme à l’opposé du Cercle des Nageurs la
plage des Catalans, dresse sur la roche
blanche sa drôle de façade immaculée.
Comme un osselet, auquel il a emprunté
la forme, planté au-dessus de la mer, ce
quatre-étoiles est né de la réunion de
deux établissements mythiques du vieux
Marseille : l’hôtel Richelieu et le restaurant Eden Roc. Dix-neuf chambres occupent désormais le nouveau lieu, toutes
ouvertes sur la mer, une rareté. La configuration de l’immeuble, haut et étroit, en
fait désormais à Marseille l’établissement
qui jouit sur la Corniche de la plus belle
vue sur la Méditerranée, de la plus petite
chambre (no 16) à la suite du rez-dechaussée. On entre dans une maison de
verre. La mer dont le ressac semble chatouiller de son écume les pieds du lit offre
une vision magique, presque irréelle.
Une impression que souligne la déco discrète, lits et placards en bois blond, rideaux grège et sol en grès céramique… Le
soir venu, on se laisse bercer par des vagues d’émotion à la vue des îles du Frioul
découpées en ombres sous un ciel étoilé.
Un restaurant méditerranéen aux parois
vitrées (comptez autour de 40 €) est arrimé à la proue de l’hôtel. Spectaculaire.
Spa en sous-sol avec couloir de nage et
piscine sur le toit… Qu’il ne soit pas dit
que les propriétaires des Bords de Mer,
Frédéric Biousse et Guillaume Foucher,
amoureux fous de la ville, ont bâclé leur
copie. Ils ne sont pas peu fiers d’avoir
En haut, au bout de la plage des Catalans, l’hôtel Les Bords de Mer dresse sur la roche
blanche sa drôle de façade immaculée. Ci-dessus, au Musée Regards de Provence,
l’exposition « Utopie et métamorphoses » présente le travail du photographe plasticien
Georges Rousse.
écrit la première page du renouveau du
quartier, qui verra en 2020 la fin de la rénovation de l’usine Giraudon, contiguë
du Cercle des nageurs, transformée en
appartements de luxe, et la création
d’une promenade et de pistes cyclables.
Alors que restaurants et bars prennent
déjà d’assaut les Catalans et le quartier de
Saint-Victor voisin, cette vigie d’avenir
se révèle une source d’inspiration pour
les amateurs d’hôtels tendance.
uUn musée pour le savon
Initiative privée de La Grande Savonnerie, un des dix derniers savonniers de Marseille, le savon a désormais,
à deux pas de la Canebière, son musée,
qui a été inauguré il y a quelques semaines. « Nous voulions faire sortir l’usine
de l’usine et montrer au public un savoirfaire qui puise ses origines au MoyenÂge », explique Coralie Joussaud, sa directrice. Loin d’être anecdotique, ce
grand espace présente dans le détail ce
qui fut un des poumons économiques
de la ville. On y apprend qu’au plus fort
de cette activité, sous le second Empire,
plus de 1 000 marques avaient pignon
sur rue. Constitué de multiples espaces,
dont l’un restitue une sorte de lavoir, le
musée raconte l’histoire du savon de
Marseille, héritage des Croisades avec
l’importation du savon d’Alep. Tout au
long du parcours, des artistes contemporains interviennent grâce à des
étapes numérisées où pixélisées, comme Jeremy Nguyen Costa ou le collectif
eBoy. Bien fait. Dans une dernière salle,
place aux travaux pratiques. Un jeune
savonnier prépare devant vous un savon (on dit « saponifier »). Le visiteur
peut aussi mettre la main à la pâte et
emporter avec lui le précieux produit.
Sa fabrication d’origine à base d’huile
d’olive (72 %), de soude et d’eau lui
donne cette forme un peu imparfaite
qui fleure bon les souvenirs d’enfance.
On y vient pour le savon et on en repart
avec une madeleine de Proust…
1, rue Henri-Fiocca,
tél. : 09 72 54 51 09. www.musama.fr
regard persistant
uUn
Installé dans l’ancienne Station sani-
taire maritime, architecture de Fernand Pouillon, face au Mucem, le
Musée Regards de Provence célèbre les
20 ans de sa collection privée. « Des
mécènes privés, passionnés par Marseille
en sont à l’origine pour valoriser la pein-
ture du Sud de la fin du XVIIIe siècle à
aujourd’hui », explique Adeline Granereau, à la tête de l’institution. L’exposition des 20 ans installée au premier
étage a puisé dans cette collection de
1 080 pièces une sorte de florilège
d’œuvres d’artistes aussi divers que
Camoin, César, Cocteau, Arman, ou
Dufy. Les regards se croisent au gré des
cimaises, comme celui de Félix Ziem
sur l’orientalisme ou des frères Verdilhan, Louis-Mathieu et André, témoignages d’une identité marseillaise plus
moderne. On y voit encore une superbe
suite des ports de la Méditerranée, dans
la grande tradition du siècle des Lumières.
Intitulée
« Utopie
et
métamorphoses », l’exposition (jusqu’au 17 février 2019) a aussi son invité :
Georges Rousse. Le photographe plasticien est venu créer au rez-de-chaussée
du musée une nouvelle anamorphose
(image déformée par l’effet d’optique)
dont le résultat est superbe. À la fin de
l’année, l’artiste installera sur le toit
une œuvre pérenne, étoile argentée en
inox brossé, avec pour mission de faire
briller l’art du Sud durant encore au
moins vingt ans…
Quai de la Tourette (face au J4),
tél. : 04 96 17 40 40
et www.museeregardsdeprovence.com
VENIR
Venir en TGV de Paris, Genève
et les axes desservant les villes.
www.oui.sncf
DORMIR
Le nouvel hôtel Les Bords
de Mer sur la corniche Kennedy
(no 52) ouvre ses portes
le 15 novembre prochain,
mais les réservations sont d’ores
et déjà possibles.
De 160 € à 400 € la nuit.
52, corniche Kennedy
Tél. : 04 13 94 34 00,
www.lesbordsdemer.com
+
S
PHILIPPE VIGUIÉ-DESPLACES
pviguiedesplaces@lefigaro.fr
Carnet de route
DÉCOUVERTE En ces temps où l’accent est sous le feu de l’actualité politique,
la Cité phocéenne défend le sien en revisitant avec fierté ses icônes. À travers quatre nouveautés,
dont un incroyable hôtel sur la Corniche, découverte d’une destination fièrement marseillaise.
uLa cité vue du ciel
Marseille Drone Tour est depuis quelques jours la nouvelle attraction touristique de Marseille, pour découvrir du ciel
son patrimoine, à travers une initiative
présentée par ses promoteurs comme
« unique en France ». Un drone diffuse en
direct les images de son vol dans un
masque de réalité virtuelle dont se coiffe
le visiteur. Grâce à la haute définition, on
se prend vite pour un oiseau, survolant
durant une quinzaine de minutes une
partie autorisée de la ville. Le décollage
se fait devant le Mucem (au J4, sur le
quai) assis sur une chaise longue, à l’abri
d’un parasol (cinq places). Le drone
s’élève à 90 mètres (maximum autorisé)
au-dessus du chenal d’entrée du Fort
Saint-Jean, ce qui est très suffisant pour
avoir une vision globale de la Cité phocéenne. On peut aussi s’approcher d’assez près pour détailler des façades avec
une rare précision. Et les utilisateurs
donnent leurs ordres : « Plus à droite,
plus à gauche, en bas… » Ce qui rend le
visionnage personnalisé et bluffant. Dans
un dernier coup d’aile, une plongée vertigineuse dans une accélération enthousiaste permet de raser les flots avant de
se poser sur le quai. Magique.
Sur réservation uniquement :
www.resa.marseille-tourisme.com ;
10 €.
+
SUR LE WEB
» Ryanair fait payer les bagages
en cabine
» Des lits d’initiés : la Maison Nô, à Lyon
» Laponie finlandaise : voyage au bout
de la nuit
www.lefigaro.fr/voyages
NOUVELLES TABLES
La Baleine a ouvert il y a
quelques jours sur le cours Julien
(no 56) dans un ancien séchoir à
bananes. Cette brasserie qui fait
aussi cinéma d’art et d’essai
(superbe salle) organise
un goûter-projection pour
les enfants, des rencontres avec
des réalisateurs et offre une
programmation de 29 films sur
3 semaines. Côté restauration,
on est plutôt sur du classique
méditerranéen, autour de 20 €.
Tél. : 04 13 25 17 17,
www.labaleinemarseille.com
Autre nouveauté au pied de la
Bonne Mère, la Maison Vauban
sur le boulevard du même nom
(no 109), se définit comme une
« cantine musicale » à la déco
plutôt tendance. Sage au
déjeuner, carte renouvelée
chaque jour à partir de produits
du marché, le soir venu le chef
accorde mets et musique
au cours de soirées, notamment
le jeudi. DJ et vinyles participent
à l’ambiance festive du lieu
dans un quartier qui bouge
Tél. : 06 76 49 45 19,
www.maison-vauban.com
Au cœur du quartier Noailles
en pleine mutation,
rue des Récolettes (no 2)
le Petit Saint-Louis, brasserie
typique de Marseille, vient de
changer de propriétaire, de chef,
de service et de nom… ; tapas et
restauration de brasserie sont
désormais servies dans une déco
authentiquement marseillaise,
véritable spot « d’after-work ».
Tél. : 04 91 06 54 38,
http://bistrotmarseille.com
COUP DE CŒUR
Pour ArtCan Gallery,
une nouvelle galerie d’art
installée dans une ancienne
imprimerie au cœur du quartier
des Antiquaires (Préfecture),
rue Dragon (no 18), spécialisée
dans l’art urbain et le graffiti.
Prochaine exposition :
Jules Dedet Granel, dit L’Atlas (du
21 novembre au 21 décembre).
SE RENSEIGNER
www.marseille-tourisme.com
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LE FIGARO
vendredi 2 novembre 2018
VIN
29
Eloi Dürrbach :
« Le vin, c’est
juste du raisin
qui fermente »
Dégustation
Le domaine de Trévallon est connu
pour ses rouges racés, construits autour
d’un assemblage à parts égales de syrah
et de cabernet sauvignon, bâtis pour
la garde. Mais Éloi Dürrbach produit
depuis 1991 un blanc savoureux.
2011 blanc
Issu d’un assemblage de marsanne,
roussanne, chardonnay, clairette
et grenache blanc. Au nez, c’est un
bouquet de poire, d’épices, de miel
et de fleurs blanches. Le vin est ample,
camphré, abricoté, doté d’une pointe
saline, la finale est très longue
et tendue. Grande classe. 16,5/20
ENTRETIEN En quatre décennies,
le vigneron a fait de Trévallon, le domaine
qu’il a créé dans les Alpilles, une référence
mondiale de la viticulture contemporaine.
’
C
PROPOS RECUEILLIS PAR
STÉPHANE REYNAUD
sreynaud@lefigaro.fr
est à Saint-Étiennedu-Grès (13), sur le versant septentrional des Alpilles, à quelques minutes de
Saint-Rémy-de-Provence,
qu’Éloi
Dürrbach a décidé il y a un peu plus
d’une quarantaine d’années de défricher des carrières et de planter ses dixsept hectares. Le fils du peintre et sculpteur René Dürrbach abandonne la rive
gauche de Paris, la carrière d’architecte
et s’installe comme vigneron. Sa mère
lui donne l’argent de la vente d’une tapisserie reproduisant Guernica de Picasso - un ami de la famille. Un petit capital
suffisant pour se lancer. Sur ces terres
vierges calcaires exposées au nord, il
plante des cépages de cabernet sauvigon
qu’il va associer à la syrah. Le succès
vient vite.
Le FIGARO. - Quelles réflexions
vous inspirent ces quatre décennies
de viticulture ?
Éloi DÜRRBACH. - Il y a quelques mois,
j’ai été invité à Amsterdam par des col-
2016 rouge
Le nez s’ouvre sur des notes de petits
fruits rouges et noirs, de noyau
de cerise, de réglisse. Le vin est frais,
élégant, les tannins sont très souples, la
bouche est juteuse et friande. Il est très
digeste, équilibré. L’opulence a laissé
la place au plaisir. Très grand vin ! 19/20
lectionneurs un peu fous qui avaient réuni 17 millésimes de mon vin. Cela donne à
réfléchir. Mais finalement, ma méthode
a peu changé. Je me suis toujours dit que
le vin, c’est juste du raisin qui fermente.
Inutile de se compliquer la vie. Ce n’est
pas la technique qui fait le vin, c’est la
qualité du terroir et des raisins.
Quels sont vos millésimes fétiches ?
En ce qui concerne les rouges, j’ai goûté
de nouveau 1977, 1982 et 1983, et je les ai
trouvés magnifiques. 2016 aussi. Pour
les blancs, j’ai un faible pour 1996 et
2016. Mais tous les millésimes sont restés très vivants. Quand j’ai commencé,
je voulais produire des vins de garde. J’ai
réalisé mon rêve et un peu plus encore.
Est-il plus facile de faire du vin
aujourd’hui que lors de vos débuts
dans les années soixante-dix ?
Je vois les choses différemment. Il y a
trente ans, le vigneron Gérard Chave
(du domaine Chave à l’Hermitage,
NDLR) m’avait dit : « L’œnologie a fait
tellement de progrès que le vin a perdu
l’esprit de l’endroit où poussent les vignes. » C’est vrai que l’œnologie permet maintenant de tout faire. Mais la
liberté du vigneron, de mon point de
2008 rouge
Nez de fruits noirs, de cassis, de cerise
noire, de figue, de poivre blanc. Les
tannins sont souples, le vin est frais,
fruité, digeste et équilibré. À boire. 17/20
2007 rouge
Nez de confiture de cassis, de poivrons
rouges rôtis au four, mentholé, notes
de poivre blanc. Vin soyeux, séveux,
avec une belle tension en milieu
de bouche, les tannins sont souples ;
la finale est très longue. 18/20
Éloi Dürrbach, dans son domaine de Trévallon.
vue, c’est de réaliser seulement ce dont
il a envie et de l’assumer. Par exemple,
je n’ai pas sorti le 2002, car cela ne me
convenait pas. J’ai suivi ma voie. Je ne
me suis pas laissé influencer. Si je devais recommencer, je ne changerais
rien.
Les marchands ont beaucoup contribué
à votre succès…
Oui, car au début j’allais à Paris présenter mes vins, des coteaux d’Aix, à
20 francs alors que les autres les vendaient 5 francs. Cela ne fonctionnait pas
2001 rouge
HERVÉ HOTE/DOMAINE DE TRÉVALLON
(rires). Le marchand américain Kermit
Lynch, que j’ai connu grâce à l’entremise d’Aubert de Villaine (copropriétaire
du domaine de la Romanée Conti NDLR),
a joué un grand rôle pour la notoriété de
Trévallon. Il prenait des commandes
pour les États-Unis et il envoyait des
bouteilles au critique Robert Parker.
Cela a tout changé. Même si on s’est
parfois un peu fâchés.
Nez de prune noire, de cuir,
de sous-bois. Le vin est encore très
frais, les tannins sont souples, la bouche
exhale des notes de poivre blanc.
Un vin subtil et gourmand. 18/20
1990 rouge
Nez d’olive noire, de tabac blond,
d’humus et de cuir. La bouche est
encore très fraîche, juteuse et tendue,
très gourmande. Un vin doté
d’une très grande classe. 18,5/20
Un conseil à un jeune vigneron ?
Je lui conseille de se fier à sa seule
intuition. ■
FRÉDÉRIC DURAND-BAZIN
£@FDurandBazin
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
30
TÉLÉVISION
BIEN VU
Blaise de Chabalier
bdechabalier@lefigaro.fr
Au nom
d’Idiss
« La Grande Librairie »
France 5 | 20 h 50 | Mercredi
L
a passion, la force,
l’intelligence, mais aussi
la sagesse d’un homme de
combat. Voilà ce qui apparaissait
sur le visage de Robert Badinter,
invité spécial, mercredi soir,
de « La Grande Librairie ». L’ancien
garde des Sceaux de François
Mitterrand, qui fit abolir la peine de
mort en 1981, venait sur le plateau
de François Busnel pour évoquer
sa grand-mère maternelle, Idiss,
à laquelle il consacre un ouvrage
éponyme qui vient de sortir chez
Fayard. Vision émouvante de cet
homme de 90 ans au regard vif,
rendant hommage à une femme née
en 1860 en Bessarabie. Fuyant
l’antisémitisme de la Russie tsariste,
elle se réfugie à Paris avec son mari,
ses fils et sa fille en 1906-1907. Et
c’est en 1921 que la future maman
de Robert Badinter rencontre
son époux. Lui aussi originaire
du Yiddishland, cette région
où étaient cantonnés les Juifs.
De sa grand-mère illettrée qui l’a
chéri tendrement, lui et son frère
Claude, jusqu’à l’âge de 14 ans
- elle meurt dans la douleur du
Paris occupé en 1942 -, l’ancien
avocat garde un souvenir
éblouissant. « Elle était fontaine
d’amour, glisse-t-il. J’avais envie,
je dirais presque besoin de retourner
vers elle. Et au-delà d’elle, bien sûr,
j’ai retrouvé la famille. » Son père,
Simon, sera arrêté à Lyon puis
déporté à Sobibor, où il périra.
Robert, avec son frère et leur mère,
Charlotte, se cacheront en Savoie,
dans le village de Cognin. Robert
Badinter souligne qu’« il ne faut pas
que l’ignominie de certains
(son oncle a été arrêté sur
dénonciation) voile ceux qui,
au risque de leur vie, ont caché
des Juifs. » Ainsi insiste-t-il sur
le fait que les habitants de Cognin
ont su garder le secret, jusqu’à
la Libération, sur la présence
de la famille Badinter parmi eux.
Et bien des années plus tard, celui
qui était alors président du Conseil
constitutionnel est retourné
dans cette commune. « J’ai expliqué
aux écoliers que leurs grandsparents et leurs parents étaient
des gens bien. Je crois beaucoup
à l’exemplarité », dit le petit-fils
d’Idiss, dont l’amour
inconditionnel est exemplaire.
+ @SUR LE WEB
» Nikos Aliaga s : « J’ai accepté Europe 1
en connaissant les risques »
www.lefigaro.fr
« House of Cards » tire
sa révérence sans rougir
dustriel, ne voient pas d’un bon
œil les envies régulatrices de Madame la présidente. Modelés
d’après les frères Koch et le finan○○○¡
cier George Soros, ces faiseurs de
roi habitués à tirer les ficelles dans
l’ombre se révèlent des adversaires redoutables : camarades d’école de Claire,
ils connaissent ses secrets.
Fragilisée après le
renvoi de Kevin Spacey,
la série politique
de Netflix retrouve
un second souffle
avec cette sixième et
dernière saison, portée
par deux adversaires
redoutables : Robin
Wright et Diane Lane.
Actualité tumultueuse
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
ela aurait dû être le coup de
grâce. Alors que les arches
narratives de la sixième et
dernière saison étaient planifiées, huit épisodes déjà
écrits, House of Cards perdait sa vedette. Accusé de harcèlement et d’abus
sexuels par plusieurs jeunes hommes
dans le sillage de ce qui allait devenir le
mouvement #Metoo, Kevin Spacey
prenait la porte. Netflix suspendait le
tournage.
Une série enterrée sans un épilogue en
bonne et due forme ? C’était sans compter la mobilisation des showrunners
Frank Pugliese et Melissa Gibson, ainsi
que de l’héroïne du feuilleton Robin
Wright qui a réalisé l’épisode final. Déterminé à sauver les 2 500 emplois dépendant de la série politique sur les arcanes fétides de Washington, le trio
s’est battu pour offrir aux fans une vraie
conclusion.
À voir les huit épisodes inédits en ligne ce vendredi, le décès de Frank
Underwood, machiavélique locataire
de la Maison-Blanche, est le rebondis-
C
Émancipée de son binôme avec Kevin Spacey, Robin Wright - qui a réalisé l’épisode
final - est libre d’explorer toutes les facettes de son personnage. D. GIESBRECHT/NETFLIX
sement dont House of Cards avait besoin pour retrouver de sa superbe.
Faiseurs de roi
La fin de la saison 5 se prêtait à effacer
Frank Underwood, obligé de démissionner et de laisser le Bureau ovale à
son épouse, Claire. On la retrouve cent
jours après son intronisation. Dans une
Julia Roberts : bons débuts en série
Avec « Housecoming », la superstar brille dans un feuilleton hitchcockien.
«
e n’ai jamais autant travaillé ni
autant eu de pages de dialogues
qu’avec Homecoming », lâchait
Julia Roberts à Londres, le mois
dernier. La superstar d’Erin
Brockovich et de Pretty Woman, devenue
rare à l’écran, entre dans le monde des
séries de manière fracassante avec ce
feuilleton d’Amazon Prime Video.
Tiré d’un podcast à succès, Homecoming est un thriller subtil et paranoïaque qui s’inscrit dans la veine des maîtres d’antan : Hitchcock, De Palma,
Pakula. Guère étonnant, car derrière la
caméra opère Sam Esmail. Le showrunner de Mr. Robot tisse dans les dix
épisodes de 30 minutes la même atmos-
J
Julia Roberts incarne une psychologue
tantôt fragile, tantôt professionnelle
assurée : sans doute l’un de ses rôles
les plus insaisissables. AMAZON PRIME VIDEO
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4873
HORIZONTALEMENT
1. Fabrique de bombes. - 2. Activité
qui réunit beaucoup de stars
lorsqu’elle se pratique avec de
grosses vedettes. - 3. Fit du
chiffre. - 4. Subdivision d’un éon.
Un soleil recréé ou une partie de
Jupiter. - 5. Dans l’entreprise ou
à l’école. Sorti de table. - 6.
Patronne alsacienne. Article ou
fin d’article. - 7. Vais amener à un
plus haut niveau. - 8. Est entré
dans les ordres. Les bœufcarottes. - 9. Unie à son fils étoilé
Ouranos. Porte la cornette. - 10.
Demander la priorité. Ariégeoise
aux quatre-vingts sources. - 11.
On en sort pour aller aux cabinets.
Agitation en plein cours. - 12. Ma
tante en a deux.
VERTICALEMENT
1. Conseillers d’arrondissement...
- 2. Honorée par Balzac (prénom
et nom). - 3. Mal intolérable. Croît
dans les jachères. Utilisé pour
quantifier la pesanteur. - 4. Rouge
argentin. Dans les corps gras.
- 5. Vider le coffre. Fit du joli. - 6.
Fendu de moitié. Arrose Champagnole. Jugé potable. - 7. Donne du
blanc de canard. - 8. Pour une
certaine brebis. On prône l’égalité
entre eux.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4872
HORIZONTALEMENT 1. Simplets. - 2. Émerisée. - 3. Radiguet.
- 4. Iguanes. - 5. eisseM. - 6. Une. Sial. - 7. Sari. RDA. - 8. Étals. JT.
- 9. Mi. Sœur. - 10. Eva. Urge. - 11. Négociée. - 12. Tsarines.
A
passe difficile. Non seulement Frank est
décédé dans des circonstances évidemment bien moins limpides qu’annoncées. Mais elle doit faire face à l’obstruction
systématique
et
aux
manipulations médiatiques de Bill et
Annette Shepherd. Le frère et la sœur
(Greg Kinnear et Diane Lane), qui sont à
la tête d’un conglomérat militaro-in-
Émancipée de son binôme avec Kevin
Spacey, Robin Wright est libre d’explorer toutes les facettes de son personnage. L’heure des comptes approche et
Claire ne pourra pas se dissocier ad vitam aeternam des crimes de son époux.
Tentée par le passé de se perdre dans
des machinations invraisemblables
pour surpasser une actualité tumultueuse, la série trouve ici de quoi s’ancrer et se contenir dans le duel de dames entre Robin Wright et Diane Lane.
Des professionnelles de l’allusion et du
fleuret moucheté. Ennemies jurées et
complices...
Pour ce chant du cygne, plusieurs visages familiers comme la journaliste Janine Skorsky (Constance Zimmer) sont
de retour. Michael Kelly, qui campait
Doug Stamper, le factotum dévoué de
Frank Underwood, n’est pas en reste.
Érigé en gardien de la mémoire de son
maître, c’est un poil à gratter supplémentaire. « House of Cards a commencé
sous l’Administration Obama. Les gens
n’étaient pas encore traumatisés à la vue
de la Maison-Blanche. Maintenant la
réalité est devenue surréelle », confie au
Figaro Diane Lane quand on lui demande quelle vision de l’exercice de l’État
laissera la saga. « House of Cards nous
interroge sur ce qu’est la politique, elle
nous rappelle qu’il faut être vigilant. Cela
passe par le vote », estime Michael Kelly. Interdits de confidences sur la fin de
la série, ils assurent qu’elle sera ambitieuse mais pas forcément celle
escomptée. ■
VERTICALEMENT 1. Sérieusement. - 2. Imaginatives. - 3. Médusera.
Aga. - 4. Prias. Ils. Or. - 5. Lignes. Souci. - 6. esuemiR. Érin. - 7. Tees.
Adjugée. - 8. Set. Plâtrées.
2
3
4
5
6
7
8
phère d’étrangeté, de suspicion
Alternant entre 2018 et 2022 - chaque
constante.
temporalité à son ratio d’images et sa
« Homecoming » désigne le propalette de couleurs bien à elle -,
gramme de réinsertion dans la vie civile
Homecoming dévoile par petites touches
d’ex-soldats pour lequel la psychologue
son univers faussement banal. Sam EsHeidi Bergman (Julia Roberts) vient
mail aligne des plans-séquences vertid’être engagée. Un de ses patients les
gineux et entretient le doute sur ce que
plus motivés est Walter Cruz
chaque personnage sait ou croit
(Stephan James). Quatre ans
savoir. Tantôt fragile, tantôt proplus tard, la thérapeute est defessionnelle assurée, Julia Roberts
venue serveuse dans un restrouve un de ses rôles les plus in○○○¡
taurant de plage miteux. Lorssaisissables et dessine une Heidi à
qu’un employé du ministère de
deux visages qui se rejoignent
la Défense (Shea Whigham, Boardwalk
lentement. Cette série donne l’impresEmpire) l’interroge sur le traitement de
sion de flotter en apesanteur. En fait,
Walter Cruz, Heidi peine à se souvenir
elle nous mène par le bout du nez. ■
C. J.
de cette période.
BRIDGE
PROBLÈME N° 2950 :
La levée impossible
1
2
3
D7
76
A D 10 9 8 7
762
N
O
4
5
6
E
S
A32
A32
V 3
ARV54
7
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
8
Entame : 4 de . Vous appelez
la Dame, plein d’espoir, mais Est
fournit le Roi.
9
10
11
12
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2949 :
L’une après l’autre
Contrat : Sud joue 7 Sans-Atout.
Entame : 3 de (en pair-impair).
Vous disposez de douze levées de tête. Il s’agit de
soigner vos communications pour prendre toutes vos
chances, l’une après l’une, d’en trouver une treizième.
Après l’As de , débloquez la Dame de , montez au
mort à l’As de et encaissez As-Roi de (en défaussant
deux de la main). Le Valet ne tombe pas, hélas. Redescendez en main au Roi de puis encaissez Roi-Dame
de en ayant soin de débloquer la Dame et le Valet de .
Le Valet ne tombe pas, hélas (bis). Défilez alors vos .
Avant de jouer le dernier, à trois cartes de la fin, un Valet
rouge sera peut-être apparu. Dans le cas contraire, jouez
votre dernier . Si Est ne produit pas le Valet de , jetez
le de votre main. Le Valet de n’apparaît pas non plus
en Ouest à ce stade ? Il vous reste la chance de l’impasse
à (le 5 pour le 10), à moins que vous ne préfériez celle
du squeeze majeur contre
DV5
Ouest.
A R 10 3
Dans la donne réelle, vous
A
D V 10 8 7
savez qu’Est est plus long
R9864
à qu’Ouest et l’impasse 7 3
N
V
7
6
5
9842
à s’impose.
O E
V872
543
63
S
96
A 10 2
D
R D 10 9 5 4
AR2
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 2 novembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Victorin
Soleil : Lever 07h39 - Coucher 17h28 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Divertissement
Série. Policière
Divertissement
19.15 Friends. Série. Avec Courteney Cox. 4 épisodes.
MATIN
5
21.00 Pompiers :
leur vie en direct
20
Série documentaire. Société. Fra.
2017. Réal. : Antoine Baldassari.
2h00. Une force de persuasion Pompiers au féminin.
6
6
7
5
6
6
6
7
9
7
23.00 Pompiers : leur vie en direct.
Série documentaire.
8
7
6
7
9
7
6
7
30
The Voice Kids
Nicolas Le Floch
300 chœurs
Prés. : N. Aliagas, K. Ferri. 2h10. Inédit.
Pour la première fois, quatre coachs
prendront place dans les fauteuils.
Aux côtés des deux coachs incontournables Jenifer et Patrick Fiori,
on retrouve Amel Bent et Soprano.
Fra. Saison 6. Avec Jérôme Robart,
Mathias Mlekuz. Le noyé du grand
canal (1 et 2/2). Inédit. Nicolas Le
Floch est chargé par Louis XVI
de veiller sur le duc de Chartres et
témoigne de sa conduite.
2h15. Les stars chantent leurs idoles.
Inédit. Invités, notamment : Kendji
Girac, Patriçia Kaas, Jenifer. De nombreux artistes accompagnés des plus
beaux chœurs français revisitent
ensemble les plus grands tubes.
20.50 La maison France 5
23.10 Vendredi, tout est permis
avec Arthur Divertissement. Pré-
22.50 Nicolas Le Floch Série. Poli-
23.15 Le divan de Marc-Olivier
Fogiel Magazine. Invité : Stéphane
22.20 Silence, ça pousse ! Magazine
23.15 C dans l’air 0.25 C à vous
sentation : Arthur. Spéciale Pyjama.
cière 0.25 Boulevard du Palais. Série
2.05 Ça commence aujourd’hui
9
6
7
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
12
8
10
8
14
8
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Inédit. Au sommaire,
notamment : «Ambiance riad» ;
«Les meubles de salle de bains» ;
«Une ancienne magnanerie».
Bern 0.30 Soir/3 1.05 Libre court
10
9
13
9
16
30
15
APRÈS-MIDI
11
10
11
11
19.55 L’info du vrai, le mag (C) 20.45
Le JT pressé (C) 20.55 La boîte à questions (C) 21.00 La BA de François
19.00 L’Allemagne sauvage. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28
minutes 20.50 50 nuances de Grecs
18.40 Objectif Top Chef. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Claire Chust.
21.05
20.55
21.00
Film. Comédie
Film. Drame
Série. Policière
11
10
11
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
12
11
13
13
12
11
12
12
13
20.55 Julie Lescaut
11
12
Série. Policière. Fra. 2009. Saison 18.
Avec Véronique Genest. Fragiles.
Une station-service est attaquée
en pleine nuit et l’étudiant qui tenait
la caisse est tué.
11
13
12
13
20
10
14
22.50 Julie Lescaut. Série. Alerte
enlèvement - Prédateurs.
14
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17
19
18
15
15
18
18
20
18
19.05 Les derniers Alaskiens. Série
documentaire.
20.50 1918,
Paris sous les bombes
Momo
Carole Matthieu
Bull
Fra. 2017. Réal. : Vincent Lobelle,
Sébastien Thiéry. 1h25. Inédit. Avec
Christian Clavier, Catherine Frot,
Sébastien Thiéry. Un jeune homme
fait irruption dans le quotidien d’un
couple en affirmant être leur fils.
Fra. 2016. Réal. : Louis-Julien Petite.
1h30. Avec Isabelle Adjani, Corinne
Masiero, Lyes Salem, Ola Rapace.
Une femme médecin du travail est
témoin de la détresse des employés
soumis à un management brutal.
EU. Avec Michael Weatherly, Freddy
Rodriguez, Jaime Lee Kirchner,
Annabelle Attanasio. 2 épisodes. Un
homme est accusé de complicité du
meurtre commis par son frère, dixhuit ans après les faits.
22.30 Le brio Film 0.00 Les nouvelles aventures de Cendrillon. Film
1.25 Jeune femme. Film.
22.25 Lucky Luke, la fabrique
du western européen Doc. 23.20
22.40 Bull Série. Policière. EU. 2017.
<-10 à 0
Historique. 2018. Réal. : Y. Demeulandre. 1h05. Inédit. En 1918, un gigantesque canon allemand, parvient
à envoyer 320 projectiles sur Paris.
21.55 Aviation : l’héritage de 14-18
23.10 Les trains de combat
Saison 1. Victime de la mode 23.35
NCIS. Série. 3 épisodes.
19.00 Charmed. Série. C’est pas du
cinéma ! - Examen de conscience.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP People : première partie.
Divertissement 20.10 TPMP People
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
21.00 TPMP refait la semaine !
Série. Policière. EU. 2012. Saison 5.
Avec Simon Baker. 2 épisodes.
Wayne est interrogé par LaRoche
sur un meurtre dans lequel Steve
Rigsby, son père, semble impliqué.
Société. Prés. : M.-A.Casalta. 2h00.
Alerte sous les tropiques : avec les
gendarmes de Guyane. Inédit. Le quotidien des forces de l’ordre dans une
Guyane où l’insécurité bat des records.
Divertissement. Prés. : Jean-Luc
Lemoine. 1h40. En direct. Jean-Luc
Lemoine revient sur les grands évènements de la semaine et décrypte
l’actualité média à sa manière.
22.40 Mentalist. Série 0.20 Londres,
police judiciaire. Série.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Société. Prés. : Marie-Ange Casalta.
22.40 Balance ton post ! Divertissement. Présentation : Cyril Hanouna.
SU DO KU
GRILLE 2712 DIFFICILE
9
4 2
6
ENROBÉ
DE SUCRE
ROUSSI
CROCUS
CONVIERA
VIENT
APRÈS
LE LYCÉE
1
6 4 3
8
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9 4
ATTACHE
9/18
7/17
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10/14
11/16
13/19
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
FAIBLE
D’ESPRIT
IL TIENT
TÊTE
AGITE
LE COUFFIN
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
CAS
DE CONSCIENCE
BRAMER
U
EA
UV
O
N
FEMMES
DE
CONTES
CHLORE
présente
Volume
18
BONNE
TÊTE
POUR
LA CUISINE
APAISE
RIEN
N’Y EST
RANGÉ
DOUX
PRÉNOM
QUI EN
RESTE COI
PRÉCÈDE
PATRES
DURILLONS
TITANE
POUR LE
CHIMISTE
À TOI
LETTRE
GRECQUE
DORADE
DU MIDI
LÈVE
BEAU
PARLEUR
HAUT EN
COULEUR
TEL
LE DINDON
DE
LA FARCE
CŒUR
TENDRE
SOUS
LA CROÛTE
FIER DE
SA
TIGNASSE
MOI
RÉGION
DE
L’OUEST
L’ARGON
MARQUÉE
D’ECCHYMOSES
14/18
23.10 Vous avez un colis. Au programme notamment : un vélo pliable.
DONC
LIBRE
PRINCE DE
MONACO
DANS
LA GAMME
SOLUTION DU N° 2711
5/14
TRANCHE
DE VIANDE
SON
PERÇANT
CRITIQUER
5 1
3
2
8/13
NORMALE
SUP
MENANT
AU
TRÉPAS
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ELLE VOTE
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14/22
8/14
21/23
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
LUNDI
FORCE 2
RETENUE
AU SOL
L’ALUMINIUM
1 4
1
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9
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3
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Téléréalité. 1h05. Inédit. Au programme notamment : un t-shirt
anti-taches , un électro-simulateur
d’abdos, une imprimante portable et
une combinaison de sudation.
9/11
17/24
6/11
2/9
11/17
16/18
DIMANCHE
2/11
MOTS FLÉCHÉS N°2117
Chaque jour un peu plus difficile
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
21.00 Vous avez un colis
19.25 Quotidien, première partie
20.10 Quotidien. Talk-show.
17/19
11/17
5/10
9/11
2/10
14/20
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
Édition Collector
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
TERMINAISON
I
M
D
A
A
B
U
M
DE VERBE I N S E R E E S
V I L E N I E
ELLE EST
CUITE PAR
LE POTIER
TITRE
CÔTÉ
COUR
ANGLAISE
D
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L
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I E V R E
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B
A
S
A T I O
S E R
E T
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O
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de journaux et
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A
L’épée flamboyante. Film.
20
T (en °c)
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vendredi 2 novembre 2018 LE FIGARO
32
Philippe Charlier,
DELPHINE GHOSAROSSIAN POUR FTV
l’homme qui fait parler les morts
SUCCÈS Ce médecin légiste archéo-anthropologue,
longtemps spécialisé et connu pour ses autopsies judiciaires,
vient d’être nommé directeur du département de la recherche
et de l’enseignement du Musée du quai Branly-Jacques Chirac.
Vincent Bordenave
£@bordenavev
U
n esprit morbide, Philippe
Charlier ? « Pas du tout ! se
défend le plus médiatique
des médecins légistes. Ce
n’est pas la mort qui est au
cœur de mon travail, mais
les corps et donc la vie !
J’aime reconstituer l’histoire
des cadavres que j’autopsie,
de la même manière que j’aime raconter la vie des ossements que je peux déterrer. »
Médecin légiste et archéologue, Philippe Charlier
n’a cessé de jongler entre les lettres et la science.
Tout juste nommé directeur du département de la
recherche et de l’enseignement du Musée du quai
Branly-Jacques Chirac, il nous reçoit dans son nouveau bureau. La chaleur y est étouffante. Un mur
végétal fait face à des stores de bois qui filtrent la lumière. L’ensemble donne à la pièce des allures de
forêt tropicale. Au centre, un espace de travail parfaitement ordonné, avec une statuette originaire du
pays dogon, au Mali, posée sur le bureau. Sur le
côté, une robe centenaire de théâtre chinois aux
couleurs encore éclatantes.
Des autopsies judiciaires aux collections du musée des arts premiers, Philippe Charlier change
donc de clientèle. « On ne dit plus “arts premiers”,
précise-t-il. Mais musée d’arts vivants extra-européens. Derrière cette dénomination, il y a une notion
somme. » Quand les cours reprennent, il s’inscrit en
parallèle de ses études de médecine à une formation
en sciences historiques et philologiques à l’École
pratique des hautes études.
« Être médecin légiste, c’est déjà être à la confluence du droit et de la médecine. C’est ce
qui m’a poussé à exercer pendant trois
ans en prison. » Pour Philippe Charlier, la frontière entre sciences « dures » et sciences « molles » n’existe
pas. « Que ce soit en sciences sociales
1977
ou en médecine, j’ai le même objectif :
Naissance à Meaux
celui de m’occuper de ceux auxquels on
(Seine-et-Marne).
ne s’intéresse habituellement pas ou
1994
plus. Car, même après la mort, on peut
Commence ses études
toujours quelque chose : on peut rede médecine.
trouver la famille d’un cadavre comme
2004
on peut reconstituer l’histoire d’un
Étude des restes
anonyme. Le travail de médecin légiste
d’Agnès Sorel.
est de connecter la science à la vie quo2006
tidienne. Je prolonge juste cette exigenPublie « Médecin
ce dans toutes mes activités. »
des morts. Récits
Reconstitution du visage
de paléopathologie »
de Robespierre
(Fayard).
2013
À tout juste 27 ans, il se fait connaître
Publie « Le Visage
en démontrant qu’Agnès Sorel, favoreconstitué
rite du roi Charles VII, a été victime
de Robespierre ».
d’un empoisonnement. Suivra une
2018
longue série d’enquêtes qui le mèneDirecteur
ront sur les traces de Jeanne d’Arc ou
du département
encore d’Adolf Hitler. Désormais, il
de la recherche
enchaîne les livres et les plateaux télé.
et l’enseignement
On le voit sur France 5 dans « Le Madu Musée du quai
gazine de la santé », sur France 2 dans
Branly-Jacques Chirac.
« Secrets d’histoire ». Il présente la
d’arts primitifs, assez péjorative. » Connu pour
l’étude des restes d’Henri IV et de Robespierre et sa
participation à la reconstitution de leur visage
ou encore, plus récemment, pour celle du vieillard
de Cro-Magnon, Philippe Charlier est un toucheà-tout. Il se définit comme un médecin légiste archéo-anthropologue. « C’est un peu long à écrire »,
s’excuse-t-il.
Passionné d’archéologie
Né en juin 1977 à Meaux (Seine-etMarne) dans une famille bourgeoise,
il est passionné d’archéologie dès
son plus jeune âge. Enfant, il creusait
son jardin et y a déterré quelques
poteries et squelettes d’animaux.
Pourtant, une fois le bac en poche, il
s’inscrit en médecine. Peut-être
pour rassurer un père médecin qui
s’inquiétait que son fils ne se destine
pas à un « vrai » métier. Arrivé sur
les bancs de l’université Paris-VII
avec un an d’avance, il redouble sa
première année.
« Paradoxalement, j’ai réussi la
deuxième première année alors que je
séchais les cours pour assister aux
conférences d’histoire de l’art et d’archéologie à Michelet. » Il occupe alors
ses étés à faire des fouilles en Grèce
ou en Italie. « J’étais boursier de
l’École française d’Athènes. Je passais
un mois sur place, j’avais accès quand
je voulais à la somptueuse bibliothèque de Pausanias… La vie rêvée, en
Bio
EXPRESS
série documentaire « Enquête d’ailleurs », sur Arte.
Un vulgarisateur de sciences ? « Je n’aime pas trop le
mot. Car il ne s’agit pas de baisser le niveau de qualité
de l’information mais bien de rendre le propos intelligible au plus grand nombre. »
En s’attaquant à des symboles, il a pu entraîner
des crispations. « Il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas qu’on puisse avoir plusieurs activités,
explique le paléoanthropologue Antoine Balzeau,
qui a travaillé à plusieurs reprises avec lui. Il y a des
critiques scientifiques qui font avancer et qui sont justifiées. Et il y a des critiques sans fondement, justement parce que Philippe a un profil atypique. On peut
faire plusieurs choses dans la vie et être bon dans tout
ce qu’on fait. C’est le cas de Philippe. »
Ses reconstitutions des visages d’Henri IV ou de
Robespierre ont, plus que les autres, suscité la polémique ; d’aucuns ont notamment critiqué une démarche spectaculaire, et questionné son utilité.
Philippe Charlier y voit surtout des batailles de chapelles : on ne peut pas toucher des personnages
aussi importants sans se brûler les doigts. « Je mets
le même sérieux dans une affaire criminelle que dans
une recomposition historique. Mon travail consiste à
corriger les erreurs de l’histoire. À répondre à certaines questions, sans autre prétention.»
L’entretien se termine. À 14 heures, Philippe
Charlier doit se rendre à Versailles pour un procès
d’assises. D’ici quelques semaines, cela en sera terminé de son ancienne vie de médecin légiste. Peutêtre l’occasion de dégager un peu plus de temps
pour s’adonner à ses passions. « Je lis beaucoup, près
d’un livre par jour. Sinon, j’aime écouter du jazz mais
je ne joue pas. Et j’ai un faible pour l’art premier. »
Premier ? « Tiens, c’est vrai. Les catalogues de ventes
aux enchères de collections ont gardé ce terme… » ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
20 HÉROS D’UNE SAGA
EXTRAORDINAIRE
Paris : Delphine Bürkli demande
un plan pour la qualité de l’air
dans les écoles
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
La maire du IXe arrondissement souhaite que la Mairie
de Paris communique aux conseillers de Paris « le bilan
des évaluations des moyens d’aération et de ventilation
réalisées dans les crèches et les écoles parisiennes ».
Delphine Bürkli veut également que la capitale s’engage
à réaliser « tous les deux ans une campagne de mesures
de la qualité de l’air intérieur et à en communiquer
les résultats aux maires d’arrondissement ».
Israël : polémique
autour d’une burqa
O.GONZALEZ/NURPHOTO
« L’Iran, c’est ici ? » : c’est avec ce slogan que Bar
Refaeli, la top-modèle vedette israélienne et excompagne de l’acteur Leonardo DiCaprio, a lancé
une vidéo publicitaire dans laquelle elle dissimule
son visage sous une burqa noire qu’elle enlève
subitement pour apparaître arborant un vêtement
sport de la marque Hoodies avec comme slogan
final : « Freedom is Basic » (« La liberté est
fondamentale »). Les concepteurs de cette
campagne affirment vouloir « lutter contre le
fanatisme » mais, sur les réseaux sociaux, les
accusations de « racisme antimusulman »
se sont déchaînées.
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