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Le Figaro - 22 11 2018

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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 103 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LE FIGARO LITTÉRAIRE
TENNIS
L’HOMMAGE D’HÉLÈNE CARRÈRE
D’ENCAUSSE À JEAN D’ORMESSON
LA COUPE DAVIS VIT
SA DERNIÈRE FINALE AVANT
DE FAIRE PEAU NEUVE PAGES 12 ET 13
L’exposition Léonard
de Vinci au Louvre,
enjeu d’un bras de fer
entre la France et l’Italie
MANIFESTATIONS
Les « gilets jaunes »
moins mobilisés
mais toujours
motivés PAGE 7
MEXIQUE
Arrivée à Tijuana,
la caravane
des migrants bute
sur le mur
américain PAGE 8
SÉCURITÉ
Le Parlement veut
plus de pouvoirs
de contrôle
sur les services
secrets PAGE 10
NOTRE SUPPLÉMENT
L’écologie,
un casse-tête
pour la stratégie
de Macron
Le président est pris en tenailles entre le mouvement
des « gilets jaunes » et la partie de son électorat
qui souhaite accélérer la transition écologique
et tourner le dos au nucléaire.
Bruxelles ouvre
la voie
à une procédure
contre Rome PAGE 20
AUTOMOBILE
Carlos Ghosn avait
finalisé son plan
pour renforcer les
liens entre Renault
et Nissan PAGE 24
MUSIQUE
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
La tribune
de Pierre
Vermeren
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse
d’Eugénie
Bastié
n
n
è LES RÉPUBLICAINS
S’EMPARENT
DE L’ÉCOLOGIE
è L’ÉCOLOGIE,
BOOMERANG ÉLECTORAL POUR
L’EXÉCUTIF
è NICOLAS HULOT :
LES DESSOUS D’UN RETOUR
PAGES 2, 4 ET L’ÉDITORIAL
Avant la prochaine hausse
du carburant, Bayrou
exhorte l’exécutif à « réfléchir »
Dans un entretien accordé au
Figaro, le président du MoDem invite le gouvernement
à « réfléchir » avant « la nouvelle étape d’augmentation
des taxes sur les carburants
prévue au mois de janvier ».
François Bayrou met en garde le gouvernement devant
le risque de «rupture». Il voit
dans les « gilets jaunes » un
mouvement
« révélateur
d’une crise profonde de la société française ». PAGE 6
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
PAGES 15 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Faut-il modifier
la loi de 1905
pour mieux organiser
l’islam de France ?
OUI
30 %
NON
70 %
TOTAL DE VOTANTS : 31 067
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@b@c@m@k";
La sous-secrétaire d’État italienne à la Culture a lancé un
pavé dans la mare. Alors que le Louvre doit célébrer en 2019
le 500e anniversaire de la mort du peintre, elle annonce
vouloir renégocier les prêts de tous ses tableaux conservés
dans les musées nationaux italiens (notre photo : Portrait
d’un musicien, Bibliothèque et pinacothèque ambrosienne,
Milan). Un engagement avait pourtant été signé en 2017. Il
s’inscrivait dans un échange usuel entre les grandes institutions muséales européennes. Cette crispation pourrait être
le prélude à un marchandage diplomatique. PAGES 28 ET 29
« gilets jaunes » contre les augmentations de carburant supposées financer la transition
écologique. Depuis deux mois
et demi, il n’est pas parvenu à
remplacer Nicolas Hulot dans le
cœur des Français. Celui-ci
sera ce jeudi l’invité de
« L’Émission politique ».
n
n
M 00108 - 1122 - F: 2,60 E
À l’approche des élections
européennes, Emmanuel Macron craint qu’une partie de son
électorat, déçue, ne se tourne
vers la liste des écologistes. Le
président, qui doit annoncer le
27 novembre prochain sa stratégie sur le nucléaire, subit au
même moment la colère des
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Regrettez-vous le retrait
de Nicolas Hulot de la vie
politique ?
YVES HERMAN/REUTERS - FRANÇOIS
BOUCHON/LE FIGARO
«
S
Le raté écologique
i ces gens-là sont dans la rue,
c’est qu’on a raté quelque chose » : tels sont les récents propos
du député de la majorité Nicolas
Démoulin. Il ne pouvait pas
mieux dire ! Certes, les raisons de la colère
des « gilets jaunes » sont multiples. Mais
c’est bien l’augmentation de la taxe écologique sur les carburants, effectivement décidée en dépit du bon sens, qui a allumé la
mèche.
Cette taxe et sa révision à la hausse sont une
pure invention technocratique, mise au
point loin des réalités, dans un cabinet ministériel, pour inciter les Français à moins
polluer. Comme si l’infirmière varoise,
l’agriculteur alsacien et le commerçant girondin devaient être tenus pour responsables du réchauffement climatique ! Coupables en quelque sorte, donc condamnés à
mettre la main au porte-monnaie et à changer leurs comportements. On comprend
que cette double peine ait du mal à passer. Et
c’est là une étrange méthode pour un chef
de l’État qui répète à l’envi vouloir « protéger » les Français, notamment contre les
dérèglements de la planète.
Aussi longtemps que les politiques sur la
transition énergétique auront ce caractère
coercitif et punitif, l’échec sera inéluctable
et l’écologie sera perçue comme un luxe de
riches. Avec pour conséquence de fracturer
encore davantage la société, entre ceux qui
doivent payer toujours plus pour aller travailler et ceux qui ont toutes les facilités pour
vivre en mode bio-vélo-écolo. Et dont on
oublie de regarder le bilan carbone dans les
transports
aériens…
Les sondages le
montrent :
dans
leur majorité, les
Français sont de
plus en plus sensibles à la préservation de l’environnement.
Ils sont prêts à jouer le jeu, mais n’est-ce pas
à l’État de montrer l’exemple en faisant des
efforts sur son propre train de vie ? On cherche, en vain, les économies budgétaires
promises par Emmanuel Macron. La réduction de la dépense publique allégerait le fardeau fiscal des Français, qui seraient, dès
lors, sans aucun doute mieux disposés à verser leur écot pour un air plus pur. ■
Les politiques
punitives
sont vouées
à l’échec
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ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
Alain Bashung,
vertige
du retour PAGE 30
VENERANDA BIBLIOTECA AMBROSIANA/DEA/LEEMAGE
EUROPE
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
UN RECOURS POUR FAIRE RESPECTER LES ENGAGEMENTS
Une première en France. Le maire
écologiste de Grande-Synthe, Damien
Carême, a engagé lundi un recours
gracieux auprès de l’État pour
« inaction en matière de lutte
contre le changement climatique ».
Ce recours a été déposé auprès du
ministre de la Transition écologique,
du premier ministre et du président
de la République « pour que la France
mette enfin en place les politiques
nécessaires pour respecter
les engagements que nous avons pris,
ce qui n’est pas le cas aujourd’hui »,
a affirmé l’avocate du maire, Corinne
Lepage. Le gouvernement dispose
d’un délai de deux mois pour accéder
à la demande du plaignant. « La
commune peut être très impactée
par le changement climatique, car
Grande-Synthe est sur un territoire
de polders inquiété par la submersion
marine en cas d’augmentation du
niveau de la mer », a expliqué le maire.
Alerte verte sur
le scrutin européen
pour Macron
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
UN SEUL HULOT vous manque et tout
s’est effondré. À l’approche des élections européennes, Emmanuel Macron
observe avec inquiétude la montée des
préoccupations
environnementales
dans le pays et leur possible traduction
dans les urnes sous forme de poussée
écologiste. De quoi affaiblir son mouvement La République en marche, déjà en
lutte frontale avec le Rassemblement
national de Marine Le Pen.
L’enjeu du scrutin est pourtant primordial pour Emmanuel Macron qui
avait mis la relance de l’Europe au cœur
de sa campagne présidentielle. Mais
comment contrer ? Le « make our planet great again » lancé par Emmanuel
Macron après le retrait des États-Unis
de l’accord de Paris sur le climat est
déjà loin. Quant au titre de « Champion
de la terre » décerné par les Nations
unies au président de la République fin
septembre à New York, après la démission de Nicolas Hulot, il a fait sourire les
écologistes. Bref, sa tunique verte se
détricote à vue d’œil.
D’où sa détermination face à la révolte des « gilets jaunes ». Reculer sur la
hausse des taxes sur les carburants serait une double défaite pour Emmanuel
Macron. D’abord parce que cela reviendrait à ruiner son discours sur la
rupture avec ses prédécesseurs qui ont
tous reculé à un moment ou à un autre
de leur mandat face à la rue. Ensuite
parce que cela reviendrait à reculer sur
l’écologie puisque le produit des hausses de taxes doit être reversé au finan-
cement de la lutte contre le réchauffement climatique.
Avec la démission surprise du ministre
de la Transition écologique et solidaire il
y a deux mois et demi, Emmanuel Macron a en réalité perdu bien plus qu’une
icône de la défense de l’environnement.
Pour le président de la République, Nicolas Hulot était une caution. La garantie
qu’au sein de l’exécutif, les questions
écologiques seraient toujours placées en
haut de la liste des priorités. Nicolas Hulot n’avait certes pas remporté tous ses
combats mais il pouvait s’enorgueillir de
victoires emblématiques, notamment
celle de l’abandon du projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes.
François de Rugy ne
bénéficie pas de la même
aura que son prédécesseur.
Si bien que le poison
lent de la démission
de Nicolas Hulot
a commencé à infuser
Pour signaler le poids de Nicolas Hulot au sein de l’exécutif, Emmanuel Macron lui avait d’ailleurs octroyé le titre
de « ministre d’État » et le rang de numéro trois du gouvernement. Si son
remplaçant, François de Rugy, bénéficie du même rang protocolaire, il ne
bénéficie toutefois pas de la même aura
que son prédécesseur. Si bien que le
poison lent de la démission de Nicolas
Hulot a commencé à infuser.
Un premier symptôme a déjà fait son
apparition : le retour sur le devant de la
scène de Ségolène Royal. Réputée pour
son flair politique, l’ex-candidate à
l’élection présidentielle de 2007 s’est
installée sur le créneau de l’écologie.
« Le combat de ma vie est aujourd’hui plus
que jamais le combat pour la protection de
la planète », expliquait-elle le 11 novembre sur France 2. De là à l’imaginer
mener une liste écologiste pour les européennes, il n’y a qu’un pas. C’est peu
dire que l’hypothèse ne provoque pas
l’enthousiasme autour d’Emmanuel Macron. « Trop ancien monde », tranche un
député LaREM sans écarter pour autant
l’éventualité d’un rapprochement : « Il
faudrait que cela soit plus utile à nous qu’à
elle mais pour l’instant ce n’est pas le
cas. » Avant d’en arriver là, Emmanuel
Macron a d’autres cartes à jouer pour
tenter de séduire les écologistes.
La semaine prochaine, le 26 novembre, la loi mobilités sera présentée en
Conseil des ministres. Le texte comporte
un ensemble de mesures susceptibles de
parler à l’électorat tenté par le vote écologiste dont un forfait mobilité pour le
vélo ou le covoiturage, un plan de désenclavement routier et le plan de développement des navettes sans chauffeur.
Le lendemain, rebelote en direction
des Verts avec le grand discours d’Emmanuel Macron pour présenter sa programmation pluriannuelle de l’énergie
(PPE). Le président de la République
devrait essayer de décoller la question
de l’enjeu du nucléaire. Problème :
dans ces deux textes, le chef de l’État
veut développer une vision à long terme, à horizon dix ans pour la loi mobilité, à horizon 2050 pour sa stratégie bas
carbone. Or en face, les élections européennes, c’est demain, en mai 2019. ■
Les Républicains s’emparent de l’écologie
A
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ALORS QUE la question environnementale s’installe parmi les premières préoccupations des Français, les Républicains
n’ont pas l’intention de rester à l’écart de
ces débats. « Nous avons besoin d’inventer
ensemble ce qu’est une écologie de droite
parce que nous avons abandonné le terrain
de l’écologie à une pensée de gauche, souvent extrémiste », soutenait Laurent
Wauquiez, dimanche, devant Sens commun. Un message qui fait désormais la
quasi-unanimité à LR, où les initiatives se multiplient sur la question.
Le député LR du Vaucluse Julien
Aubert prépare un colloque le 26 novembre sur cette question - « Une autre
gestion de l’environnement est-elle possible ? » - tandis que Valérie Pécresse à Libres! ou Bruno Retailleau avec Force républicaine préparent des conventions
sur cette question. « La droite s’est désintéressée de cette question alors que l’écologie, c’était une idée de droite née de ce
souci de conservation et de transmission
du patrimoine. Aujourd’hui, la droite doit
se réapproprier ce terrain idéologique »,
indique Bruno Retailleau.
Mercredi, rendant publique son équipe
thématique, le président de LR a donc officiellement chargé le député de HauteSavoie Martial Saddier des questions
d’écologie et de développement durable.
« Ce serait un raccourci de dire que la
droite ne s’occupe pas des questions d’écologie. À nous d’en faire une des priorités »,
indique Martial Saddier, qui prône « une
écologie qui doit être responsable et économiquement acceptable sans être un prétexte pour une augmentation des impôts ».
« L’écologie, ce ne sont pas les taxes,
pas les normes », appuyait Laurent Wauquiez, dimanche, en refusant, à l’instar
de Valérie Pécresse, « une écologie punitive ». Entre les deux ténors, si les approchent peuvent parfois diverger, les discours sont sensiblement proches sur
cette question. « Je rêve d’une droi-
“
L’écologie
est une priorité
fondamentale
pour notre
génération
”
GUILLAUME PELTIER, AU TALK « LE FIGARO »
te écologique, mais une écologie incitative
et pas punitive ou idéologique qui restreint
les libertés », exposait Valérie Pécresse en
fondant Libres! il y a un an et demi. « Je
rêve d’une droite réformatrice. Le monde
change à vitesse grand V. Défendons l’idée
de progrès, d’innovation, de création »,
ajoutait la présidente de la région LR
d’Île-de-France. « L’écologie, ça doit
être une écologie positive qui concilie la
préservation et la foi dans le progrès,
complétait Laurent Wauquiez dimanche.
Mais l’écologie, c’est aussi une réflexion
sur l’éthique, sur ce qui est possible et sur
ce qui ne doit pas être fait. »
Désormais, la droite entend bien se
faire force de propositions sur cette question. « Les transitions écologiques et numériques sont les deux grandes mutations
qui modèleront la société de demain »,
souligne Bruno Retailleau, qui propose
« un haut-commissariat à la transition
énergétique pour investir massivement
dans la recherche » au niveau français et
européen. « Laisse-t-on la transition
énergétique à d’autres pays ? », déplore
Bruno Retailleau. « Nous devons être précurseurs en France », souligne-t-il. Il
prône aussi un « effort par le bas » en tenant compte des initiatives locales. « Ce
que n’a pas compris Emmanuel Macron,
c’est que les territoires, ce n’est pas la
France d’hier mais la France de demain!»,
s’insurge le sénateur de Vendée.
Un avis partagé par le vice-président
de LR, Guillaume Peltier : « Qu’est-ce qui
est fait aujourd’hui ?, s’agace Guillaume
Peltier, député de Loir-et-Cher, invité
du « Talk Le Figaro » mercredi. On punit
le citoyen, on excuse les multinationales et
les États qui polluent. Plutôt que de taxer
les citoyens, attaquons-nous aux pollueurs, aux grands États, la Chine, l’Inde,
les États-Unis, qui sont les grands responsables de la pollution sur notre planète. »
Pour sortir, selon lui, de « l’écologie de
l’ancien monde ». ■
YVES HERMAN/REUTERS
La montée des préoccupations environnementales
percute le duel installé entre LaREM et le RN.
Pour Emmanuel Macron (ici mardi, à Louvain-la-Neuve, en Belgique), céder sur la
hausse des taxes sur les carburants serait reculer sur l’écologie puisque leur produit
doit être reversé au financement de la lutte contre le réchauffement climatique.
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
L’écologie, boomerang
électoral pour l’exécutif
C
ontradiction française ?
D’un côté, le gouvernement
se retrouve bien seul
à défendre la fiscalité
écologique sur l’essence, mesure
censée être la plus volontariste
en vue de la transition énergétique.
De l’autre, toutes les forces politiques
promettent que l’écologie sera au
cœur de leur campagne européenne.
Le paradoxe n’est qu’apparent.
C’est un fait que la nécessité de lutter
contre le réchauffement climatique
s’est imposée dans l’opinion. Dans
les baromètres de préoccupations,
les questions d’emploi et de pouvoir
d’achat restent en tête ; celles liées
à la sécurité ou à l’immigration
restent stables ; et celles liées
à l’environnement ont progressé
spectaculairement pour s’installer
à la deuxième place. D’où l’obligation
pour tous les partis d’aller
sur ce terrain. Les scrutins récents
en Europe traduisent politiquement
cette tendance. En Bavière, plus que
l’AfD, ce sont les Verts qui font une
percée. En Belgique, le mouvement
Ecolo a franchi le mois dernier
la barre des 30 % aux municipales. De
surcroît, les élections européennes
ont souvent été un scrutin favorable
à l’écologie politique. En 2009, Daniel
Cohn-Bendit avait atteint 16,28 %,
faisant jeu égal avec le Parti socialiste.
Dans ce contexte, le scrutin de mai
prochain réunit toutes les conditions
d’une percée écologiste. Mais
au profit de quelle force politique ?
C’est là que le mouvement des « gilets
jaunes » vient heurter de plein fouet
la stratégie macroniste. Il y a eu
en effet deux temps depuis l’élection
d’Emmanuel Macron. D’abord, la
nomination de Nicolas Hulot, figure
superlative de l’engagement pour
la planète. Au-delà de toute action,
cette « prise de guerre » valait tous les
brevets de crédibilité écologique. Et
Macron pouvait ainsi espérer élargir
sa base électorale. La démission
du ministre d’État a plus qu’ébranlé
cette crédibilité. Le gouvernement
a alors brandi une seconde carte :
celle du sérieux dans l’action.
Avec la mise en œuvre de la taxation
de l’essence, l’exécutif a tenté
de dire : la transition écologique ? Ils
en parlent tous, nous, nous passons
à l’acte. L’espoir des Marcheurs était
d’emporter l’adhésion de tous ceux
qui prennent au sérieux cette priorité
environnementale et de renvoyer
leurs opposants à la gravité de leur
responsabilité devant l’histoire.
Sauf que cet espoir-là est d’ores et
déjà balayé par la séquence en cours.
Car ce que les Français retiennent,
c’est la seule dimension fiscale
de l’action du gouvernement.
Sa politique environnementale
lui revient comme un boomerang en
pleine figure. Pour deux raisons. La
première, c’est que cette dimension
fiscale est perçue comme ce que
Ségolène Royal appelle de « l’écologie
punitive ». Le pouvoir est donc accusé
de faire détester une cause qu’il était
censé faire aimer. Et pire encore,
à tort ou à raison, sa sincérité est mise
en cause, la taxation de l’essence
étant désormais interprétée comme
un simple moyen de compenser
la baisse de la taxe d’habitation.
Ainsi, en dénonçant Macron
sur le terrain de la fiscalité
écologique, les autres partis, loin de
perdre en crédibilité sur la question
environnementale, vont prétendre
reprendre ce flambeau, comme
l’exige l’opinion, en accusant le chef
de l’État de l’avoir détourné. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
« L’ÉMISSION POLITIQUE » REMODELÉE POUR L’OCCASION
Quand il était ministre de la Transition
écologique, France 2 lui avait
proposé maintes fois de participer
à « L’Émission politique », le grand
rendez-vous de débats de la chaîne,
mais Nicolas Hulot avait chaque fois
décliné l’invitation, en expliquant
avoir besoin de temps pour faire
avancer ses dossiers. Ironie
de l’histoire, il accepte finalement
la proposition, une fois parti
du gouvernement.
L’animateur d’« Ushuaïa » a donné
son accord en octobre, bien avant
la grogne des « gilets jaunes »,
après une discussion par Skype
avec les producteurs. La date du
22 novembre avait été retenue pour
sa proximité avec l’ouverture de la
COP24, en Pologne, début décembre.
L’émission a été pour l’occasion
légèrement remodelée. Plus courte
d’une demi-heure, à la demande
de l’écologiste, elle ne comportera pas
le traditionnel duel politique.
L’ex-ministre sera toutefois appelé
à répondre au philosophe Alain
Finkielkraut et au nouveau patron
du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.
Une séquence plus intimiste a d’ores
et déjà été tournée à Chamonix.
L’occasion d’évoquer la fonte des
glaces, mais aussi de revenir sur son
expérience au pouvoir et ses relations
avec Emmanuel Macron. L’émission
sera animée par les journalistes
Thomas Sotto et Léa Salamé.
Cette dernière officiait, le 28 août,
sur France Inter, quand Nicolas Hulot
a démissionné. Des retrouvailles.
Nicolas Hulot : les dessous d’un retour
L’écologiste vedette, silencieux depuis sa démission fracassante du gouvernement le 28 août, revient,
jeudi soir, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2, en pleine grogne des « gilets jaunes ».
A
IL A VENDU sa cravate aux enchères pour
sauver les chimpanzés. Mardi soir, dans la
Grande Galerie de l’évolution du Museum
national d’histoire naturelle, à Paris, Nicolas Hulot a fait rire l’assistance : « Elle
m’a servi pendant quinze mois, je l’ai portée devant Donald Trump, maintenant je
n’en ai plus besoin. » Débarrassé de cet accessoire du pouvoir contre deux mille
euros, il a déambulé auprès des convives
du dîner de gala caritatif organisé par la
fondation qui porte son nom. Les actrices
Nathalie Baye, Fanny Ardant, Josiane Balasko, le chanteur David Hallyday, l’écrivain Erik Orsenna ou encore le comédien
Vincent Dedienne ont assisté au grand retour de l’écologiste star. « C’est l’homme
le plus heureux du monde. Il est vivant alors
qu’il était éteint comme ministre », témoigne le député écologiste François-Michel
Lambert, qui compte parmi les rares responsables politiques invités aux agapes.
Car, oui, Nicolas Hulot a retrouvé le
sourire. Comme libéré, depuis son départ
surpris, du gouvernement, le 28 août, au
micro de France Inter. Comme soulagé
d’avoir déserté le pouvoir et sa recherche
permanente du compromis, si décevante
pour un idéaliste. Sur les plages de Corse,
où il s’est reposé, ou sur celle de SaintLunaire (Ille-et-Vilaine), qu’il voit depuis les fenêtres de chez lui et où il pratique le kitesurf, il affiche une barbe de
trois jours qui fleure bon les vacances
prolongées. Il en a d’ailleurs profité pour,
dit-on, « se ressourcer en famille, faire un
voyage lointain et prendre du recul ». Mais
l’écologiste n’a pas pris sa retraite. Loin
de là. Il s’est repassé le film de sa première
expérience du pouvoir et revient, ce soir,
en prime time à la télévision pour délivrer ses conclusions. Ses messages. Ses
piques. Car Nicolas Hulot n’a guère apprécié de voir le gouvernement se répandre un peu partout, en insinuant qu’il
n’avait pas voulu expliquer la fiscalité
écologique, qu’il avait fui avant la bataille. En clair, que la fronde sur le prix
des carburants aurait pu être évitée s’il
avait assumé sa part d’impopularité. Il
aura l’occasion de s’en expliquer puisque,
selon nos informations, il sera interpellé
par un représentant des « gilets jaunes »
sur le plateau de France 2. Une « grande
actrice » viendra également échanger
avec l’écologiste.
C’est peu dire que le retour de l’ancien
animateur de télévision met la macronie
sur les nerfs. « Il revient ? C’est vrai ? Putain… », réagit, déconfit, un député La
République en marche (LaREM), qui goûtait peu aux états d’âme de l’ex-membre
du gouvernement. Hasard du calendrier,
la fin de la diète médiatique de Nicolas
Hulot intervient en pleine tempête des
« gilets jaunes ». Que va-t-il dire, lui qui
est redevenu la figure la plus populaire de
la classe politique - il caracole en tête, à
45 % de cote de sympathie dans le dernier
JEAN-MARC DAVID/SIPA
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL£@TristanQM
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
Discret depuis son départ du gouvernement, Nicolas Hulot s’est prêté au jeu des autographes lors de la bénédiction d’un bateau de la Route du rhum, le 23 octobre à Dinard.
sondage Odoxa, pour France Inter et
L’Express. Un ministre souffle : « J’espère
qu’il va porter la fiscalité écologique, SA
fiscalité écologique, car c’est lui qui en est à
l’origine. » Un autre tremble à l’idée d’un
second scénario : « Hulot va-t-il se
constituer tête de liste pour les européennes
contre nous ? » Un conseiller du gouvernement note, un brin inquiet, que l’écolo
“
Il va appeler à être
rassemblé autour
de l’urgence écologique
pour les élections
européennes
”
FRANÇOIS-MICHEL LAMBERT, DÉPUTÉ LT
a choisi de s’exprimer « pas n’importe où,
dans une émission qui s’appelle précisément “L’Émission politique”. Mais ce
monsieur n’est pas fait pour faire de la politique… » Le député François-Michel
Lambert, qui l’a vu mardi soir, croit savoir qu’il n’aura « aucune agressivité à
l’égard du gouvernement ». « Il va appeler
à être rassemblé autour de l’urgence écologique pour les élections européennes. »
Le Nicolas Hulot qui revient dans le débat public, à quelques jours de la COP24 et
juste avant la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)
par l’exécutif, semble n’être plus tout à
fait le même qu’avant. Sa mue a surpris
jusqu’à son clan historique. Ceux qui l’ont
accompagné dans son travail d’agitateur
depuis des décennies ont été tenus à distance de ce come-back. Comme si l’ancien ministre s’était délesté d’un pan de sa
propre histoire. « Nicolas Hulot fait cette
émission tout seul. Je n’ai rien à en dire », se
braque Jean-Paul Besset, un ancien eurodéputé écologiste. « Je n’ai pas eu de nouvelles depuis qu’il est parti du gouvernement », s’excuse le consultant en
aéronautique Gérard Feldzer. Serge Orru,
qui l’a souvent conseillé, admet lui aussi
qu’il n’a pas été en contact avec l’ancien
ministre après sa démission : « Il avait besoin de se retrouver lui-même, de retrouver
sa famille et de respirer. » Il savoure sa liberté retrouvée, ses balades en scooter
qui l’amènent parfois à passer devant le
246, boulevard Saint-Germain, le siège
du ministère qu’il occupait.
Une semaine après son départ du gouvernement, plusieurs des membres de
cette bande se sont retrouvés sur la péniche de Gérard Feldzer, face à l’Assemblée
nationale, pour réfléchir à la suite. Certains l’imaginaient briguer un poste international, « un destin à la Al Gore ».
Mais l’enthousiasme est retombé net :
« Après cette rencontre, on s’est dit qu’on
devait attendre le signal de Nicolas. S’il décidait de ne pas revenir, ce n’était pas la
peine de continuer. » Tous ont finalement
appris dans la presse son retour sur France 2… « Autant j’étais dans le coup pour un
tas de trucs mais là, pour moi, c’est le
brouillard total, je suis à un million de kilomètres de ce qu’il prépare », s’étonne l’un
de ses proches, déconcerté. « On ne sait
jamais à l’avance ce qu’il prépare. Luimême ne le sait pas », constate l’ex-eurodéputé Jean-Luc Bennahmias, qui lui a
consacré un livre, publié le jour de sa démission (Les Paradoxes de monsieur Hulot, Archipel). « C’est un introverti qui se
pose des questions existentielles matin,
midi et soir. Il est heureux en famille, le
reste le met en tension », note-t-il.
Même le député LaREM Matthieu Orphelin, fidèle parmi les fidèles de Nicolas
Hulot, ex-porte-parole de sa fondation,
affirme ne pas être au parfum du contenu
de l’intervention de son mentor. Les deux
amis ne se sont pas revus depuis ce fameux petit déjeuner du 29 août, au lendemain de la démission. « C’est très bien
qu’il revienne dans le débat », commente
l’élu du Maine-et-Loire, volontairement
évasif. « Il ne revient pas pour régler ses
comptes ou pour se justifier, il vient pour
parler d’écologie. Il ne cherche pas de place, mais il doit compter dans le débat public. » Pascal Durand, eurodéputé Europe
Écologie-Les Verts et compagnon de
route de Nicolas Hulot, ne dit pas autre
chose. « Il a envie de parler d’avenir, de se
projeter », croit savoir l’élu. Autrement
dit, d’être utile… Même si certains, hors
micro, s’interrogent sur le timing de
l’intervention. « Son retour est peut-être
un peu précoce », lâche un hulotiste
convaincu.
“
On pouvait imaginer
que sa démission allait
créer un sursaut. Est-ce
qu’il y a un sursaut ?
Pas vraiment
SÉGOLÈNE ROYAL
”
Tournant le dos à ses camarades, Nicolas Hulot se rapproche en revanche de
figures emblématiques d’une écologie intransigeante, de gauche, dont le volontarisme fait polémique. Ainsi, selon nos informations, il s’est affiché lundi soir avec
Anne Hidalgo au Récamier, un restaurant
du VIIe arrondissement de Paris où le microcosme politique et médiatique a ses
habitudes. Ce tête-à-tête autour d’un
soufflé, la spécialité maison, n’est pas
anodin. « Anne Hidalgo était ravie de retrouver un ami en pleine et très grande forme », commente l’entourage de la socialiste. Les macronistes, dont le porteparole du gouvernement, Benjamin
Griveaux, ne cessent de fustiger l’action
de la maire PS de la capitale. Or, Nicolas
Hulot a toujours soutenu les choix
controversés d’Anne Hidalgo, laquelle
avait pris le temps de l’appeler le jour de
sa démission. Ils ont toujours continué
d’échanger après. Dans son livre Respirer, la maire de la capitale classe Nicolas
Hulot dans la catégorie des personnalités
« qui comptent plus que jamais ».
Parallèlement, Nicolas Hulot observerait avec intérêt le lancement de Place
publique, le nouveau mouvement politique de l’essayiste Raphaël Glucksmann.
Des liens lancés ici et là qui peuvent dérouter. « Il est toujours sur une ligne de
crête. Ce n’est peut-être pas un bon politi-
que mais c’est un très bon alpiniste », glisse
Serge Orru. Il a également échangé des
SMS avec une poignée de ministres comme Gérald Darmanin, Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu. Il s’est entretenu avec son successeur François de Rugy.
Mais, surtout, il n’a pas rompu le canal
avec Emmanuel Macron. Le seul président depuis Jacques Chirac qui a réussi à
lui faire sauter le pas des responsabilités
ministérielles. Les échanges de SMS et les
appels sont légion. « Nicolas Hulot l’a dit,
il a démissionné pour des raisons personnelles, a expliqué cette semaine le chef de
l’État, lors de son déplacement en Belgique. C’est un ami et un homme libre. Je l’ai
encore eu au téléphone il y a quelques
jours. » Commentaire sincère ou cajolerie
destinée à éviter que le chouchou des
Français ne vienne s’ajouter à la longue
liste des détracteurs du président ?
Sur le plateau de France 2, Nicolas Hulot va devoir se frotter à un paradoxe. En
quittant avec fracas le gouvernement, fin
août, l’ex-figure d’« Ushuaïa » espérait
déclencher un électrochoc. Dans la foulée, les thématiques écologistes étaient en
hausse dans les centres d’intérêt des
Français et Hulot redevenait une icône.
Mais, dans le même temps, l’opinion publique est braquée comme jamais contre
la fiscalité écologique et attachée au modèle de la voiture individuelle. « À un moment donné, il l’a dit sincèrement à France
Inter, ce n’était plus possible de faire le
contraire de ce en quoi il croyait, grince de
son côté Ségolène Royal, au Figaro. On
pouvait imaginer que cette démission allait
créer un sursaut. Est-ce qu’il y a un sursaut ? Pas vraiment. » « On voit bien qu’il
reste inquiet de la faible mobilisation pour
les questions environnementales. Le sursaut n’est pas suffisant. Il faudrait plus de
gilets verts que jaunes », note son ami Allain Bougrain-Dubourg, le président de la
Ligue de protection des oiseaux (LPO).
Dans ses habits retrouvés de lanceur
d’alerte, en guerre contre les « lobbys »,
Nicolas Hulot espère réussir un pari, qu’il
n’a pu remporter dans les couloirs du
pouvoir. En s’appuyant sur la force des
mots plutôt que sur le poids des lois. Jusqu’ici, il était resté discret, comme ce jour
de la fin du mois d’octobre, à Dinard (cf.
photo), quand il s’est prêté au jeu des selfies lors de la bénédiction d’un bateau
pour la Route du rhum. Le temps de recharger les batteries semble terminé. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
POLITIQUE
6
En difficulté, Macron accélère et élargit
ses consultations pour les européennes
Mardi, le président a dîné à l’Élysée en toute discrétion avec Juppé, Bayrou, Raffarin, Hénart et Moscovici.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ET MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ÉLECTIONS L’invitation a été lancée dans
le plus grand secret. C’était il y a une petite dizaine de jours environ. Pour certains,
cela n’avait rien d’inhabituel. C’est le cas
du premier ministre Édouard Philippe,
du patron de LaREM par intérim Philippe
Grangeon, ou des numéros un et deux du
MoDem, François Bayrou et Marielle de
Sarnez. Mais pour d’autres, être convié
au très fermé dîner de la majorité à
l’Élysée, mardi soir, était une grande première. Une partie de la liste a été révélée
par L’Opinion : le ministre Constructif de
la Culture, Franck Riester, et les anciens
premiers ministres Alain Juppé et JeanPierre Raffarin.
Selon les informations du Figaro, la tablée était encore plus large. Et plus colorée
politiquement. Le commissaire européen
Pierre Moscovici, un temps pressenti pour
conduire la liste PS aux européennes, était
de la partie. Un autre socialiste repenti
était également présent : le ministre de
l’Europe et des Affaires étrangères, JeanYves Le Drian. Deux Radicaux sont enfin
venus compléter le plan de table : l’ex-ministre de la Cohésion des territoires
Jacques Mézard et le coprésident du Mouvement radical, Laurent Hénart. Le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, n’a
quant à lui pas pu honorer son invitation
car il recevait des maires bretons.
« C’est la première fois que l’on se retrouve avec un si grand format », se félicite un proche conseiller d’Emmanuel Macron. « Ce que l’on a vu hier (mardi,
NDLR) est une photo de famille panoramique qui embrasse très largement. Il n’y
avait que des européens convaincus, qui
sont tous persuadés que, dans la période
actuelle, il est impératif de rassembler nos
forces », ajoute-t-on de même source.
Car l’objectif est clair : il s’agit de faire en
sorte que toutes les sensibilités représentées autour de la table mardi soir puissent
figurer sur la liste de la majorité au scrutin de mai prochain. « Récemment, un
sondage a indiqué que le RN était donné
devant la liste LaREM-MoDem. Mais ce
qu’il faut prendre en compte, c’est que
nous ne nous lancerons pas qu’avec ces
deux étiquettes… », veut croire un macroniste historique. « Tous les proeuropéens
seront les bienvenus ! »
Cri d’alarme
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron,
on espère que le cri d’alarme lancé par le
président lors de sa visite d’État en Belgique, mardi, suffira à faire bouger les lignes. « Le premier combat pour les prochaines européennes se joue entre ceux qui
croient en l’Europe, et ceux qui n’y croient
pas », a-t-il martelé devant la communauté française de Bruxelles. Un intime
résume encore plus simplement. « On va
faire une campagne sur le thème : “(encore)
plus d’Europe” ou “plus (du tout) d’Euro-
François Bayrou :
« Il faut un nouvel acte
civique, social et populaire »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
MATHILDE SIRAUD£@Mathilde_Sd
ET ALBERT ZENNOU £@AlbertZennou
François Bayrou est président du MoDem et maire de Pau.
LE FIGARO.- Comment comprenez-vous
le mouvement des « gilets jaunes » ?
François BAYROU. - Il y a dans ces manifestations des aspects choquants et
inacceptables. Mais il faut comprendre
qu’un tel mouvement est un révélateur
d’une crise profonde de la société française. Le prix du carburant est un sujet,
mais peut-être pas le vrai ni le seul sujet.
C’est un élément déclencheur, un détonateur, mais la matière explosive est plus
large. Une sorte de sécession de la base
de la société contre son prétendu sommet. Cette rupture vient de très loin, de
plusieurs décennies, et elle concerne
tous les pays démocratiques occiden-
Il y a un clivage
« fondamental
entre ceux qui pensent
qu’en Europe « l’union
fait la force » et ceux
qui veulent le « chacun
pour soi ». Si ce sont ces
derniers qui l’emportent,
ce sera mortel
sont prises contre eux. Les mots même
qui sont utilisés pour décrire la réalité
leur sont étrangers. Nous devons entreprendre une remise en cause profonde
de la manière dont nous pensons le pouvoir et dont nous l’exerçons depuis
trente ans. Il ne suffira pas de dire qu’on
ne change rien pour que le mouvement
s’arrête. Il faut une redéfinition profonde de la manière d’être et de penser.
»
Le gouvernement met-il de l’huile
sur le feu en se montrant inflexible ?
La première mission de l’État est de faire régner l’ordre. Et de cela nous devons
être solidaires. Mais les responsables
politiques qui sont les animateurs de
notre démocratie doivent aller plus loin.
Il leur faut des antennes pour comprendre ce qui se passe. Au travers de tels
mouvements, ce sont les courants profonds d’une société qui s’expriment,
même là où on ne les attend pas. Ils
doivent affronter ce défi d’un pays
fracturé, et donc
conduire un très
Une nouvelle étape d’augmentation
gros travail de
pensée et d’imades taxes sur les carburants
gination. C’est ce
est prévue au mois de janvier.
qui manque le
Cela mérite que nous y réfléchissions
plus.
«
»
taux, tous touchés par la mondialisation,
le gouffre entre le monde qu’on voit à la
télévision et le monde réel, la distance
des pouvoirs. Mais c’est plus grave en
France, pays unitaire, qui aime l’égalité.
Jean-Yves Le Drian appelle
à « entendre la souffrance ».
Qu’en pensez-vous ?
Chacun à notre manière, nous disons je
crois la même chose.
Est-ce la révolte de « la France
périphérique », comme l’a théorisé
Christophe Guilluy ?
La France périphérique, c’est la France ! La rupture apparaît comme géographique, urbaine contre rurale, mais est
en réalité sociologique : les villes, y
compris dans les quartiers qui paraissent à l’aise, connaissent elles aussi une
part de leur population en rupture.
Comment y répondre alors ?
D’abord il y a le court terme. Une nouvelle étape d’augmentation des taxes sur
les carburants est prévue au mois de janvier. Cela mérite que nous y réfléchissions. La trajectoire définie à partir de
2007, sous l’impulsion de Nicolas Hulot,
était claire : une augmentation progressive des prix pour conduire à une baisse
de la consommation des hydrocarbures.
Mais peut-être n’avons-nous pas assez
réfléchi au « progressivement ». Par
exemple, on pourrait reprendre l’idée
d’une modulation des taxes en fonction
du coût du baril du pétrole, pour que le
prix à la pompe ne subisse pas de fluctuations trop pénalisantes.
Comment se manifeste cette rupture ?
De nombreux concitoyens se sentent
étrangers aux débats, aux orientations,
aux décisions qui sont prises en leur nom
mais dont ils ont le sentiment qu’elles
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Le premier ministre répète pourtant
qu’il ne changera pas de cap.
Le premier ministre défend la ligne du
gouvernement dont nous sommes solidaires. Mais une démocratie, ce n’est pas
que le gouvernement, c’est aussi un Parlement et des mouvements politiques
qui ont la responsabilité d’ouvrir le débat. Si l’on veut que la politique réussisse, il est impératif de ne pas être en rupture avec le pays. Sinon tout se bloque.
Certains reprochent au président d’être
sourd au mécontentement. Est-il isolé ?
Il est une chose dont je puis vous assurer : s’il y a quelqu’un dans les cercles
de pouvoir qui a une pleine conscience
de cet éloignement et de cette rupture,
c’est le président de la République. Sa
campagne de 2017 était construite
autour de cette intuition et il en a
aujourd’hui une conscience aiguë.
pe”. » Avant de choisir de réduire le scrutin de mai prochain à un référendum pour
ou contre l’Europe, les macronistes ont
longuement hésité entre différentes stratégies. « Quand il n’y a pas d’adversaire
clair, le débat est mou. On déroule et il n’y a
pas d’arc électrique. Mais un clivage simple,
ça permet tout de suite de mieux comprendre les choses ! », décrypte un conseiller,
ragaillardi par le côté nébuleux des négociations sur le Brexit. La majorité entend
d’ailleurs s’appuyer sur l’exemple britannique pour tenter de cornériser Marine Le
Pen et mettre en lumière ses contradictions sur l’Europe. Ce plan d’action devrait être peaufiné lors de futurs dîners secrets à l’Élysée : le principe en a d’ores et
déjà été acté avec les participants. ■
« La France vit sans stratégie. La Chine a un plan à 30 ans, la France à 30 jours,
et encore… », regrette François Bayrou (ici en septembre, à Paris). F. BOUCHON/LE FIGARO
L’exécutif ne semble pas très réceptif
à la main tendue par Laurent Berger.
Est-ce une erreur ?
Pour répondre à une telle crise, la proposition d’un travail avec les organisations syndicales et les associations est
positive. Mais il faut qu’un tel travail soit
fait sur le terrain et élargi : il serait souhaitable qu’il implique même - si on
peut - des représentants de ceux qui
manifestent. Il faut qu’on puisse parler
avec la société dans toutes ses composantes. Il ne suffira pas de dire « c’est
«
Le président avait pourtant été élu sur
un renouvellement des pratiques…
L’élection d’Emmanuel Macron portait
cette promesse. Et cette promesse était
juste. C’est ce qu’évoquait par exemple
la notion de bienveillance. Une bienveillance qui devrait être un devoir de
la part de ceux qui se pensent au sommet par rapport à ceux qui, à la base,
sont réellement le socle du pays. Une
sympathie, une empathie. C’est pourquoi aujourd’hui il est impératif
d’ouvrir un nouvel acte du quinquennat qui réponde
à cette rupture :
Pourquoi sommes-nous un pays
un nouvel acte
où le socle populaire ne comprend plus civique, social et
populaire.
ce que disent et ce que décident
les dirigeants qu’il élit ?
»
comme ça et ce n’est pas autrement »,
car à l’instant même où vous perdez le
soutien ou en tout cas l’assentiment de la
société, le pouvoir se retrouve paralysé.
C’est un risque aujourd’hui ?
Depuis des décennies, le pouvoir en
France est très endogamique, très souvent technocratique, avec l’idée que
c’est, au sommet, dans l’administration
et au sein des cabinets qu’on a raison.
Or la société ne peut pas fonctionner
par injonctions avec des dirigeants qui
se tournent vers les citoyens pour dire
« c’est ça qu’il faut faire et pas autrement ». C’est ce modèle de pouvoir à la
française qu’il convient de remettre en
question.
Qu’entendezvous par un
« nouvel acte » du quinquennat ?
Une réponse à la question : pourquoi
sommes-nous un pays où le socle populaire, depuis un quart de siècle, ne
comprend plus son État et les dirigeants
qu’il a pourtant élus ?
Il faut refaire société ?
Société, étymologiquement, cela veut
dire compagnonnage. Nous devons retrouver le compagnonnage de bon aloi
qui fait que nous ne vivons pas en
étrangers les uns avec les autres. On ne
peut pas en rester à cette ambiance
d’affrontement. Si on commence à y
apporter des réponses alors on aura une
nation, si on n’apporte pas des réponses
il y aura une explosion.
Les priorités du quinquennat
doivent-elles être repensées ?
Les priorités sont bonnes, encore faut-il
les hiérarchiser et les simplifier. Ce qui
me frappe depuis longtemps, c’est que la
France vit sans stratégie. La Chine a un
plan à 30 ans, la France 30 jours, et encore… Les points saillants étaient apparus pendant la campagne d’Emmanuel
Macron : un impératif de répondre à la
compétition internationale, la redéfinition de ce qu’est la solidarité en sortant
de nos méthodes habituelles, par exemple le dédoublement des classes ou la
deuxième chance, l’esprit de responsabilité dans toute la société. Autant d’approches qui ont touché les Français.
Maintenant, il faut se servir des événements que nous vivons et qui ne s’arrêteront pas sur un claquement de doigts,
pour revenir à l’essentiel.
L’impopularité actuelle du président
rend-elle encore possible ce travail ?
L’impopularité qui est évidemment un
risque n’est pas une fatalité. C’est pour
cette raison qu’il faut prendre à brasle-corps les problèmes de fond. J’ai été
frappé pendant son « itinérance mémorielle » du contact direct, les yeux
dans les yeux, et de la franchise des
rapports entre le président et les Français qu’ils rencontraient. Il a raison de
vouloir multiplier ces contacts.
Le clivage « nationalistes contre
progressistes » proposé par Emmanuel
Macron pour les européennes
vous semble-t-il pertinent ?
Ces mots ne sont pas les miens. La vérité est qu’il y a un clivage fondamental
entre ceux qui pensent qu’en Europe
« l’union fait la force » et ceux qui veulent le « chacun pour soi ». Si ce sont
ces derniers qui l’emportent, ce sera
mortel. Des forces colossales sont en
œuvre : Trump, Poutine et leurs affidés
ne rêvent que d’une chose : que l’Europe se divise. Emmanuel Macron a choisi
le vrai mot : l’Europe est la seule garantie de notre souveraineté.
Avez-vous dîné mardi soir
avec Emmanuel Macron à l’Élysée
pour en parler ?
Je ne parle jamais de mes rencontres
avec le chef de l’État. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
POLITIQUE
7
Macron tente
de répondre
à la colère
des maires
EMMANUEL GALIERO £@egaliero
ET GUILLAUME GUICHARD £@guillaume_gui
COLLECTIVITÉS LOCALES C’est à reculons que plus de deux milliers de maires se
sont rendus mercredi soir à l’Élysée, à
l’invitation d’Emmanuel Macron. Alors
que le 101e congrès de l’Association des
maires de France (AMF) bat son plein à
Paris, la tension n’est pas retombée entre
l’exécutif et les élus de terrain. Au
contraire. Ces derniers ont très mal pris
que le chef de l’État ne vienne pas,
contrairement à sa promesse de l’année
passée, s’exprimer devant eux porte de
Versailles.
À la place, le président a préféré inviter les élus à domicile pour leur donner
un discours, suivi d’« un échange libre »
de questions-réponses. Reste que, comme l’année dernière, l’organisation de la
réception élyséenne a déplu. Sur la forme, certains n’ont pas du tout apprécié
l’initiative du Palais qui a choisi de passer
par les préfets pour contacter les maires.
Pourtant, à la suite d’un échange avec les
services élyséens, la direction de l’AMF
dit avoir transmis, dès le mardi 13 novembre, le carton d’invitation à l’ensemble des maires attendus au congrès.
Pourquoi l’Élysée a-t-il doublé l’invitation ? Par crainte de ne pas être relayé ?
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron,
certains ont laissé entendre que François
Baroin, président de l’AMF, aurait cherché à « torpiller » la réception à l’Élysée.
D’autres, comme le premier viceprésident de l’AMF, André Laignel, et de
nombreux membres du bureau de l’association, devaient carrément boycotter
l’événement. « Il s’agit d’un meeting,
puisque le président de la République renonce à s’exprimer devant le congrès et
souhaite le faire devant des maires sélectionnés », a condamné le maire PS d’Issoudun. Soucieux, toutefois, de ne pas
passer pour les malpolis dans cette histoire, les membres de l’AMF ont dépêché leur président, François Baroin,
pour écouter la parole présidentielle.
« Nous sommes de profonds républicains », a justifié le maire LR de Troyes.
Avant l’ouverture du congrès, Em-
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Après avoir refusé de se rendre
à leur congrès, le président devait recevoir
à dîner un millier d’édiles à l’Élysée.
Emmanuel Macron arrive pour prononcer son discours devant les quelque 2 000 maires invités, mercredi soir, à l’Élysée.
tre eux qui avaient décidé d’augmenter
les impôts locaux.
Après avoir accumulé les griefs pendant un an et demi, les maires doivent
présenter jeudi leur prix pour se réconcilier avec l’exécutif. Ils doivent en effet
voter la motion de leur 101e congrès, qui
fera office, pour le bureau de l’AMF, de
mandat de négociation avec le gouvernement. Au programme, libre administration des communes, compensation véritablement « à l’euro près » - pour reprendre la formule présidentielle - de la
suppression de la taxe d’habitation ou
encore révision de la loi NOTRe, votée
sous François Hollande, qui a renforcé les
intercommunalités. Sur ce dernier point,
l’AMF pense pouvoir compter sur le soutien des parlementaires de la majorité, à
défaut d’avoir celui du gouvernement.
manuel Macron a bien tenté, sans succès, d’apaiser les tensions en envoyant
une lettre à tous les maires de France. Le
président s’y montre flatteur. « La France ne serait pas la même sans les maires »,
reconnaît-il, avant d’assurer qu’il se
“
La France ne serait pas
la même sans les maires
EMMANUEL MACRON
”
« tiendr[a] toujours à [leurs] côtés ». Cependant, les élus réclament davantage
que des paroles. Pas plus tard qu’à
l’automne, ils ont encore été chauffés à
blanc par la mise en avant par le gouvernement, au moment de la réception des
avis de taxe d’habitation, de ceux d’en-
Pour discuter de tout cela avec l’exécutif, l’AMF réclame toutefois un changement de méthode. « Nous voulons de
véritables négociations avec le pouvoir,
pas une simple concertation comme c’est
le cas avec les Conférences nationales des
territoires depuis plus d’un an », martèle
le secrétaire général de l’AMF, Philippe
Laurent. Ce devait être le principal sujet
de la réunion du bureau de l’association
avec Emmanuel Macron, peu avant la
fameuse réception, à l’hôtel de Marigny.
À 15 heures, soit deux heures trente
avant le rendez-vous, le lieu de la réunion avait changé, l’Élysée ayant finalement décidé de recevoir les membres de
l’AMF dans cette propriété de l’État qui
sert notamment, étrange symbole, de
résidence aux hôtes étrangers du président de la République. ■
Les « gilets jaunes » moins mobilisés mais toujours motivés
En l’absence de leaders, les plans d’action diffèrent d’une ville à l’autre. Des manifestants craignent de se mettre la population à dos.
tère de l’Intérieur, 96 blocages étaient
recensés ce mercredi dans la matinée,
contre 208 la veille au même moment.
Selon une source policière, il ne restait
que 15 000 personnes actives vers 17 heures, loin des 290 000 de samedi. Et si des
barrages filtrants demeuraient encore, il
n’y avait plus de blocages routiers, selon
la place Beauvau.
Des données contestées par les « gilets
jaunes », qui évoquent à chaque fois une
mobilisation bien plus élevée. À la guerre
Des « gilets jaunes » bloquent, mercredi, le dépôt pétrolier de Fondeyre, près de Toulouse.
des chiffres qui circulent sur la Toile
s’ajoute celle des images et des mots. En
réaction aux propos du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui dénonce un mouvement « qui se radicalise »,
certains manifestants diffusent sur leurs
sites des vidéos où l’on voit des « gilets
jaunes » malmenés par les forces de l’ordre. D’autres, au contraire, fraternisent
avec les policiers.
Même moins nombreux, les manifestants continuent donc à perturber le pays,
et des situations restaient, ce mercredi,
critiques. Le péage autoroutier de Virsac
sur l’A10, au nord de Bordeaux, a été bloqué dans la matinée avant sa «remise en
circulation partielle» mercredi soir.
L’opérateur Vinci a, quant à lui, fait état
dans la journée de blocages ou de ralentis
sur les autoroutes A7, A9, A8, A11, A28,
A71 et A62. Avec ces bouchons à répétition
sur de nombreux réseaux, des entreprises
marchent désormais au ralenti ou ne fonctionnent plus. C’est le cas de l’usine PSA de
Sochaux (Doubs), qui s’est mise à l’arrêt
dans l’après-midi. Jusqu’au rassemblement à Paris samedi, les manifestants
comptent maintenir la pression sur tout le
territoire. Nombreux sont ceux qui, déjà,
annoncent la poursuite du mouvement
après ce 24 novembre. ■
+
» Lire aussi PAGE 16
À La Réunion, des
scènes de guérilla
Paralysée depuis samedi
par les blocages des « gilets jaunes »
et en proie aux violences et aux
saccages, l’île de La Réunion ne peut
compter sur une amélioration rapide
de la situation, malgré la décision
du président de région, Didier Robert,
de geler la hausse d’une taxe
spécifique à l’île sur les carburants.
Ce mercredi, la tentative
de sortie de crise a échoué avec
l’annulation de la concertation entre le
préfet et les manifestants, ces derniers
ne parvenant pas à s’entendre entre
eux pour désigner leur porte-parole. En
conséquence, et malgré le couvre-feu
qui a été décrété sur l’île, de nouveaux
pillages et dégradations étaient
redoutés mercredi soir. « Il s’agit
de jeunes qui profitent de la paralysie
sur l’île pour dévaliser des magasins et
vandaliser les centres-villes », dit-on
à la préfecture. Ces violences ont déjà
fait 16 blessés, dont un commandant de
police qui a eu la main accidentellement
arrachée par une grenade, et ont donné
lieu à 108 gardes à vue.
A. N.
L’offre de services faite par la CFDT gagne du terrain
«L
e but est de
renforcer les
actions, amener
du monde
et une certaine
expertise,
pourquoi pas
aussi
des barbecues,
et faire
que ça dure,
évidemment !
PATRICE CLOS
(FO TRANSPORTS)
»
MARC LANDRÉ £@marclandre
ET MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ÉCARTÉS du mouvement des « gilets jaunes », les syndicats tentent
de revenir dans la partie, mais
avec des stratégies différentes. Les
centrales contestataires, opposées
au gouvernement, veulent surtout
surfer sur la colère des Français. La
CGT appelle ainsi « tous les citoyens, les salariés actifs et retraités
à se joindre aux manifestations des
privés d’emploi » le 1er décembre.
« Cette colère, cela fait longtemps
qu’on la mesure mais il faut la tourner en revendication structurée »,
justifie Fabrice Angei, membre de
la direction. Sa demande ? Obtenir
une baisse des taxes sur les produits de première nécessité et une
hausse des salaires, des pensions et
des minima sociaux.
FO n’est pas en reste. Sa fédération transports appelle à renforcer
les blocages des « gilets jaunes ».
« Nous sommes aussi des citoyens », tonne Patrice Clos, son
leader qui n’exclut pas de « passer
à l’étape supérieure, à la grève » si
le gouvernement reste sourd.
De l’autre côté, les centrales réformistes veulent trouver une sortie de crise. Laurent Berger, le patron de la CFDT, a ainsi suggéré dès
samedi soir au duo de l’exécutif de
« réunir très rapidement les syndi-
cats, les organisations patronales,
les associations pour construire un
pacte social de la conversion écologique ». Une proposition d’ouverture qui a reçu une fin de non-recevoir brutale du premier ministre
mais pas de l’Élysée.
Demande du groupe
Et les soutiens, y compris de ministres importants (Le Drian, Rugy…),
ne cessent d’affluer. « Matignon
nous dit qu’on a mal compris les propos du premier ministre », sourit-on
à la CFDT, où l’on entend avancer
avec qui veut, et notamment des
ONG type WWF, sur « un manifeste » autour de quatre thèmes : transition écologique, pouvoir d’achat,
fiscalité et inégalités territoriales.
Le dirigeant syndical pourrait
aussi trouver une oreille attentive
du côté des députés LaREM. Mardi,
plusieurs ont demandé que Laurent
Berger soit reçu en réunion de
groupe. « Il faut mettre des acteurs
entre les contestataires et la macronie pour réfléchir à des mesures, argue l’un d’entre eux. Sinon, on se
retrouve en première ligne. » La
proposition place Gilles Le Gendre,
le patron du groupe, dans une situation inconfortable vis-à-vis de
l’exécutif. Aussi a-t-il choisi pour
le moment de ne pas donner suite.
« Quelque chose se prépare du côté
de l’Élysée, donc il faut temporiser »,
souffle son entourage. ■
A
SOCIAL À trois jours du rassemblement
des « gilets jaunes » à Paris, la mobilisation faiblit. Entre le froid qui saisit la
France, les obligations professionnelles
des manifestants et l’exaspération montante des automobilistes pris au piège de
barrages, les points de blocages, moins
nombreux, sont aussi plus dégarnis.
Ainsi, à Lorient (Morbihan), l’un des
ronds-points principaux de la ville, occupé depuis samedi par les contestataires,
ne rassemblait plus guère, mercredi,
qu’une cinquantaine de personnes.
« Alors qu’on était 7 000 dans la ville au
plus fort du mouvement samedi », relate
Denis Rudloff, l’un de ceux qui, depuis le
début, participent au soulèvement. Désormais, ce petit noyau dur suscite divers
sentiments. Celui-ci s’appuie toujours sur
un élan de solidarité de la population, qui
apporte vivres et boissons chaudes. Mais
d’autres habitants demandent la fin des
blocages, à l’image de ce commerçant
qui, depuis samedi, ne travaille plus. « Il
est venu en pleurs jusqu’à nous », signale
Denis Rudloff, touché par la détresse de ce
professionnel. Partout en France,
d’ailleurs, les effets des blocages se font
sentir. La Fédération du commerce et de
la distribution (FCD) vient de tirer la sonnette d’alarme. Décrivant plusieurs centaines de magasins bloqués ou fermés depuis le week-end, elle a évoqué une perte
de chiffre d’affaires globale de 70 %. Cette
situation inquiétante n’appelle pas les
mêmes réactions de la part des « gilets
jaunes ». En l’absence de leaders nationaux, les plans d’action restent différents
d’une ville à l’autre.
À Lorient, notamment, pas question de
faiblir. Ce jeudi, ces cinquante irréductibles espèrent d’ailleurs obtenir un regain
de pression avec l’arrivée de renforts annoncés. Ceux des chauffeurs routiers et
d’agriculteurs. Par ailleurs, certains veulent de nouveau paralyser le dépôt pétrolier de Lorient qui avait été tenu par les
manifestants jusqu’à mardi midi avant
d’être délogés par les forces de l’ordre.
Mais mercredi en fin d’après-midi, il n’y
avait plus de sites pétroliers bloqués, selon
le ministère de l’Intérieur.
Certains « gilets jaunes » ne veulent
plus de blocages, même filtrants. « Si on
continue, on va se mettre la population à dos
et cela ne sert à rien de ruiner l’économie
des commerçants en les empêchant de travailler. Il vaut mieux réfléchir à d’autres
modes d’action », estime ainsi Jonathan
Jolivot, l’une des figures marquantes du
mouvement dans la ville. Les administrations pourraient prochainement être prises pour cible.
Entre ces levées de barrage spontanées
et celles provoquées par les forces de l’ordre, l’étau s’est donc quelque peu desserré en France. Selon les chiffres du minis-
PASCAL PAVANI/AFP
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Grèce :
l’Église fait plier
le gouvernement
Le premier ministre athée a renoncé
à avancer sur la voie de la sécularisation
face à la détermination du clergé orthodoxe.
ALEXIA KEFALAS £@alexiaKefalas
ATHÈNES
BALKANS Alexis Tsipras aura eu le mérite d’avoir essayé. Le premier ministre
grec, de gauche et athée, avait fait de la
séparation de l’Église et de l’État une
promesse de campagne avant son arrivée au pouvoir, en 2015. Aujourd’hui,
pourtant, il est contraint de reporter sa
réforme aux bien nommées calendes
grecques. Sa stratégie, hasardeuse,
brouillonne et dénuée de perspectives,
se fondait sur un accord, qualifié d’« historique » par le chef de l’exécutif, validé
et paraphé, il y a dix jours, par Iéronymos Ier, archevêque d’Athènes et primat
de Grèce. Il comprenait, notamment, la
création d’une société commune aux
deux institutions, dont le but était de valoriser le patrimoine immobilier de
l’Église, premier propriétaire foncier du
pays. Or, l’un des sept points élaborés
prévoyait que les quelque 10 000 popes
cesseraient d’être assimilés à des fonctionnaires, d’où un tollé dans le clergé.
Des centaines de prêtres et métropolites
se sont dressés contre le chef de l’Église
de Grèce, lui reprochant d’avoir été manipulé et d’avoir, par sa signature, préparé un « suicide national », selon les
termes de Mgr Anthimos, archevêque de
Thessalonique. « Nous avons pour obligation de préserver l’unité gréco-orthodoxe et d’être tous unis pour le bien de la
patrie, nous ne devons pas créer de division », s’alarmait-il dimanche dernier.
Le Saint-Synode, soit l’Assemblée
des 82 évêques de Grèce, a rejeté cet accord, contraignant Dimitri Tzanakopoulos, porte-parole du gouvernement
grec, à préciser qu’il n’était « ni pressé,
ni même oppressé pour mener à bien cet
accord », les négociations « étant toujours en cours ». Il faut comprendre que
rien ne sera fait avant la fin du mandat
d’Alexis Tsipras, en 2019.
Une messe, mardi, à Thessalonique. Le projet d’Alexis Tsipras de remettre en question le statut de fonctionnaire pour les quelque
10 000 popes a provoqué un tollé dans le clergé. SAKIS MITROLIDIS/AFP
nationales d’identité seulement depuis
2000, le Notre-Père reste imposé dans
les écoles avec une tolérance pour les
non-orthodoxes, et les prêtres demeurent toujours fonctionnaires. Ce statut,
privilégié depuis que la crise économique a ravagé le pays, explique en partie
pourquoi la Grèce est le seul membre de
l’Union européenne ayant le plus de
jeunes voulant entrer dans les ordres.
Nombre d’archevêques n’hésitent
pas en outre à prendre parti dans les
débats nationaux et utilisent leur influence également en période électorale. Le père Sellis admet des abus et estime qu’il faudrait « mesurer l’incursion
de la religion dans la politique ». C’est la
raison pour laquelle nombre de dirigeants, issus notamment du Pasok, le
Le père Giorgos Sellis, président de
l’Union des prêtres de Grèce, n’avait
aucun doute sur cette issue. « L’État
doit beaucoup à l’Église, rappelait-il,
c’est notre histoire. Sans elle, le pays ne
se serait pas soulevé en 1825 contre les
quatre siècles du joug ottoman. En outre,
la plupart des bâtiments administratifs
de la capitale, comme certains ministères, sont installés dans des immeubles
appartenant à l’Église. Il n’y a aucune
raison de séparer les deux institutions,
qui sont, par leur nature et leur histoire,
intrinsèquement liées. »
Le poids de l’histoire
Depuis l’indépendance de la Grèce,
l’orthodoxie est religion d’État. Sa mention n’est plus obligatoire sur les cartes
Arrivée à Tijuana, la caravane des migrants
bute sur le mur américain
Quelque 3 000 voyageurs ont atteint ces derniers jours la frontière entre le Mexique et les États-Unis.
800 km
ALIX HARDY £@alixhar
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À TIJUANA
CANADA
CALIFORNIE
ÉTATS-UNIS
San Diego
Tijuana
PEDRO PARDO/AFP
AMÉRIQUE CENTRALE À Tijuana, le centre sportif qui accueille près de 3000 migrants centraméricains de la caravane est à
quelques mètres à peine du fameux mur qui
sépare le Mexique des États-Unis. Il trône
là, rouillé, scindant le paysage en deux sur
toute sa longueur. Josué Mejia, 18 ans, le regarde avec envie : « C’est vrai qu’il est tout
près, mais tenter de l’escalader serait vraiment trop dangereux. Ça serait vraiment
trop bête de se faire arrêter après tant de
chemin parcouru et tant de souffrance. »
Comme lui, beaucoup de migrants ont
l’impression qu’ils pourraient toucher du
doigt le rêve américain qu’ils sont venus
chercher à des milliers de kilomètres de
chez eux. Durant le chemin, peu se faisaient une idée précise de la frontière, et
certains entretenaient l’espoir que le passage se ferait grâce à la masse et la médiatisation de la caravane. Mais en arrivant à
Tijuana, beaucoup ont déchanté.
« Le plan, c’était de passer rapidement
aux États-Unis en arrivant ici… Mais là il
n’y a qu’une chose à faire, c’est attendre »,
s’assombrit Byron Garcia, un Hondurien
de 23 ans, à quelques mètres de la passerelle frontalière piétonne sur laquelle vont
et viennent les riverains, inconscients de
l’envie que suscite leur privilège de libre
circulation.
Car Tijuana est devenu un goulet d’étranglement. Les autorités migratoires y sont
débordées de longue date. Avant même
l’arrivée de la caravane, la ville était déjà
saturée de migrants en attente d’un rendez-vous avec les services d’immigrations
américains. Pour canaliser les milliers de
prétendants à l’asile, les refuges mexicains
et les migrants eux-mêmes collaborent
avec les services d’immigration en éditant
une liste d’attente, de façon à ce que les
Américains puissent appeler les candidats
dans leur ordre d’arrivée.
Cette semaine, les autorités américaines
traitaient entre 30 et 90 demandes par jour
quand la liste compte plus de 4 000 personnes en attente d’être reçues. Sans compter
les plus de 3 000 migrants attendus dans les
prochains jours et les différents groupes de
migrants qui suivent les traces de la première caravane au Mexique.
Carlos Ornelas et Cristian Hernandez
(21 et 28 ans) ont reçu le ticket n° 1087 il y a
un mois et demi. Cela fait quelques jours
qu’ils viennent ici, à deux pas du postefrontière, en espérant entendre l’appel de
leur numéro. Hier, la liste s’est arrêtée à
1 086. Ce matin, leur cœur bat un peu plus
Golfe
du Mexique
MEXIQUE
L’arrivée de près de 3 000 migrants
fort. Tous deux sont mexicains, originaires
d’un coup a également crispé du côté
du Michoacan, théâtre régulier d’affronmexicain. Quelques habitants de Tijuana
tements entre des groupes de narcotrafiont bruyamment signalé leur rejet de la
quants, dont ils fuient la violence et l’hocaravane, alimenté par le maire de la ville
mophobie. Ils sont d’autant plus soulagés
lui-même, Juan Manuel Gastélum (PAN,
de voir leur tour venu que l’arrivée de la
droite), qui a taxé les migrants de « bons à
caravane à Tijuana a réveillé des peurs.
rien » et réclamé leur expulsion. Pourtant
« Avant, on pouvait se présenter directecantonnés à quelques pâtés
ment aux agents américains.
de maison, les migrants ont
Maintenant, il faut prendre
polarisé la ville. Contrebalanun ticket, attendre son tour…
çant l’hostilité de certains,
Et depuis que les Centramériune majorité a fait preuve de
cains sont arrivés, c’est pire :
migrants, au moins,
générosité, comme ce café
le processus s’est encore ralenti à cause des tensions. On ont fait une demande chic qui a organisé une cold’asile
et
attendent
une
lecte de pulls pour les mia vraiment peur que les Américains ferment la frontière à réponse des autorités grants frigorifiés par les temaméricaines qui traitent pératures nocturnes du nord
tout le monde. »
Car en face, les États-Unis entre 30 et 90 dossiers du Mexique. « On a rallongé
par jour
l’opération face à son succès.
ont déroulé des kilomètres
Certains nous ont même apde fil barbelé et empilé des
porté des vêtements neufs achetés pour
blocs de béton comme s’ils se préparaient
l’occasion ! », témoigne Cynthia Fernanà un assaut de la caravane. Le poste-fronda, l’une des serveuses du café Pràga.
tière de San Ysidro, fermé pendant plusieurs heures lundi, n’a rouvert depuis que
Pourtant coutumière du phénomène
16 de ses 26 accès automobiles, provomigratoire, la ville s’est rapidement déclaquant de monstrueux embouteillages et
rée « débordée » par cet afflux. La mairie a
l’irritation des frontaliers.
monté un campement de fortune dans
l’enceinte d’un centre sportif et réclame
Catalina Villermo est retraitée et vit à
au gouvernement fédéral 100 millions de
San Diego, du côté américain. Ce mardi,
pesos (4,32 millions d’euros) pour absorelle a emprunté la passerelle piétonne
ber les migrants annoncés, arguant que la
plutôt que sa voiture pour venir consulter
situation de crise va durer « six mois ».
son médecin mexicain, beaucoup moins
cher que de son côté de la frontière : « En
Autour des quelques tentes prises d’asce moment, c’est des heures et des heures
saut, les migrants s’abritent comme ils
d’attente à la frontière en voiture. » Les
peuvent sous des bâches. Matelas et coutemps de transit ont décuplé depuis quelvertures sont des denrées rares, et l’offre
ques jours.
de nourriture n’est pas suffisante pour
4 000
ZOOM
Le candidat russe
ne présidera pas Interpol
Le Sud-Coréen Kim Jong-yang
a été élu mercredi président
d’Interpol pour un mandat
de deux ans. Cette élection
l’opposait au candidat russe
Alexandre Prokoptchouk. Il était
déjà président par intérim de
l’organisation policière depuis la
«démission» subite de son ancien
patron, Meng Hongwei, accusé
de corruption en Chine et qui a
mystérieusement disparu début
octobre au cours d’un voyage
dans son pays. La candidature
du général de police Alexandre
Prokoptchouk avait suscité une
levée de boucliers dans plusieurs
pays, qui accusent Moscou
d’instrumentaliser l’organisation
pour traquer ses opposants.
Le porte-parole du Kremlin,
Dmitri Peskov, a dénoncé
des « pressions sans précédent »,
tout en indiquant s’incliner
devant le résultat du vote.
Mexico
OCÉAN
PACIFIQUE
GUATEMALA
Entassés sur des camions, des migrants tentaient, mardi, de rejoindre Tijuana.
HONDURAS
Parti socialiste, ont tenté de séparer
Église et État, mais en vain. Alexis
Tsipras n’a peut-être pas baptisé ses
enfants et n’a pas prêté serment sur la
Bible au moment d’endosser ses fonctions de premier ministre, mais il doit
se soumettre à la puissance du clergé.
Au plus bas dans les sondages d’opinion, le chef du gouvernement de Grèce ne veut pas prendre le risque de perdre 10 000 voix au minimum avec une
réforme aussi sensible.
Pour beaucoup d’experts, il est regrettable que cette réforme avortée
n’ait pas permis de délimiter notamment la place des autres religions dans
le pays, et ils craignent ainsi que la
Grèce ne puisse jamais devenir un pays
laïque. ■
San Pedro
Sula
Infographie
rassasier tout le monde. Le tout a triste
allure sous le ciel nuageux de Tijuana, et
nombreux sont les migrants qui cherchent des solutions alternatives pour les
semaines à venir. « L’urgence, c’est de
trouver un travail », insiste Josué Mejia, le
rêveur du mur. Rares sont ceux qui disposent encore de ressources après leur
traversée du Mexique, mais l’obligation
de rester immobilisé de longues semaines
à Tijuana a rebattu les cartes.
“Numéro 1087 !” Ça y est, c’est leur
tour. Carlos et Cristian s’approchent des
grilles, font le V de la victoire et disparaissent au coin de la clôture. Non loin,
Merlin Hernandez les regarde partir.
Hondurien, mécanicien de profession, il
a voyagé avec la caravane et n’a son ticket que depuis quatre jours, mais il ne
peut s’empêcher de venir vérifier au cas
où soudain les Américains ouvriraient
grand leurs portes. Comme de nombreux
migrants, il a déjà essayé par tous les
moyens d’atteindre les États-Unis. À
pied. Sur le dos de la Bestia, le funeste
train de marchandises qui traverse le
Mexique. Expulsé à chaque fois. Voyager
en masse avec la caravane, « ça a tout
changé ». Plus de peur d’être volé, frappé
ou séquestré : l’unité aura été leur
meilleur atout.
Pendant ses tentatives, Merlin a eu le
temps de réfléchir à son entretien avec les
autorités américaines. « Je me suis concerté avec des avocats. J’amène des preuves de
mon histoire. » Et s’il n’était pas accepté ?
Il y a déjà pensé. « Ça m’est égal. Je reviendrais tenter ma chance. » ■
EN BREF
Varsovie recule sur
sa réforme de la justice
Le parti conservateur polonais
au pouvoir a soumis mercredi
au Parlement une proposition
de loi modifiant la législation
controversée sur la Cour suprême,
suspendue il y a un mois par
un tribunal européen qui y a vu
une atteinte à l’indépendance
du pouvoir judiciaire.
Affaire Khashoggi : Ankara
s’en prend à Washington
Le numéro deux du parti
au pouvoir en Turquie a accusé
mercredi l’Administration
américaine de fermer les yeux
sur l’assassinat du journaliste
et opposant saoudien Jamal
Khashoggi, tué le 2 octobre au
consulat de son pays à Istanbul.
« La déclaration d’hier est
comique », a jugé mercredi Numan
Kurtulmus, vice-président
du Parti pour la justice
et le développement dont Recep
Tayyip Erdogan est issu.
Un touriste américain
tué par une tribu autarcique
Un touriste américain âgé
de 27 ans, John Chau, a péri
le 16 novembre dernier sous les
flèches d’une tribu autochtone de
chasseurs-cueilleurs vivant
coupée du monde peu après avoir
posé le pied sur une île interdite
d’accès située dans l’archipel
indien d’Andaman-et-Nicobar.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
INTERNATIONAL
9
Israël et les pays du Golfe cachent
de moins en moins leurs convergences
La récente visite
de Benyamin
Nétanyahou
en Oman est le signe
le plus tangible de
leur rapprochement.
processus de paix avec les Palestiniens.
L’offensive de séduction israélienne
en direction des pays arabes a cependant ses limites. Les négociations avec
l’Autorité palestinienne sont dans une
impasse totale et les arrière-pensées
des nouveaux partenaires sont fluctuantes. « Si l’objectif est de contrer
l’Iran à travers une alliance, on en est
encore loin. Il est impensable de réunir,
par exemple, les chefs d’état-major des
États-Unis, de l’Arabie saoudite et
d’Israël à la même table sans règlement
du conflit israélo-palestinien », relati-
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOBERLE
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
“
Pour Oman
comme pour d’autres pays
du Golfe, Israël
n’est plus un ennemi
”
UZI RABI, PROFESSEUR, SPÉCIALISTE
DU MOYEN-ORIENT À L’UNIVERSITÉ DE TEL-AVIV
REUTERS
MOYEN-ORIENT Oman, les Émirats, le
Qatar et prochainement Bahreïn. Israël
est depuis plusieurs semaines à la
manœuvre dans les pays du Golfe pour
progresser dans la voie étroite d’une
normalisation de ses relations avec ses
voisins sunnites qui, à l’exception de
l’Égypte et de la Jordanie, persistent officiellement à refuser tout contact avec
l’État hébreu. Tout a commencé fin octobre par la visite de Benyamin Nétanyahou à Mascate, capitale d’Oman, la
première d’un dirigeant israélien depuis vingt-deux ans. Il était accompagné de son épouse, Sara, mais surtout
de Yossi Cohen, le patron du Mossad.
Le sultan Qabus Ibn Said traita royalement ses hôtes.
À son retour, le chef du gouvernement israélien n’a pas tari d’éloges sur
le souverain arabe. « Il a l’âme d’un artiste, il est exceptionnellement instruit et
impressionnant. Nous avons découvert
que nous lisions les mêmes livres », commenta Benyamin Nétanyahou. « Il est
peut-être temps de traiter Israël comme
n’importe quel autre État », répondit en
écho le ministre des Affaires étrangères
omanais, pour qui Israël est une puissance régionale à part entière.
Puis, il y a eu l’épisode de la « diplomatie du kimono ». Pour la première
fois, l’hymne israélien a été interprété à
Abu Dhabi lors de la remise de la médaille d’or d’un tournoi au judoka Sagi
Muki. Miri Regev, la ministre israélienne des Sports, présente à côté du podium, en pleura d’émotion. Voici encore un an, les sportifs israéliens
portaient encore des kimonos neutres,
sans écusson, pour pouvoir concourir.
Trois jours plus tard, un ministre
israélien participait à Dubaï à une
conférence internationale sur la
cybersécurité. Quant au ministre de
l’Économie, Eli Cohen, il est invité à un
Le chef du gouvernement israélien, Benjamin Netanyahou, et le sultan Qabus Ibn Said, fin octobre, à Mascate. La capitale d’Oman
n’avait pas accueilli de dirigeant israélien depuis vingt-deux ans (photo fournie par les services du premier ministre israélien).
raout international sur la « start-up nation » au Bahreïn, un satellite de l’Arabie saoudite.
Les pays du Golfe et l’État hébreu
n’hésitent plus à afficher leurs
contacts, à la grande satisfaction des
autorités israéliennes condamnées durant de longues années à des liaisons
clandestines. Yossi Cohen, le directeur
du Mossad, est l’architecte en chef de
cette toile diplomatique tissée avec patience dans le monde musulman. Encouragé
par
l’administration
américaine, le ministre « bis » des Affaires étrangères israéliennes se déplace à un rythme soutenu dans les capitales de la région pour approfondir une
coopération de moins en moins secrète.
Il entretient une alliance nourrie par les
inquiétudes de l’Arabie saoudite et de
ses voisins face à la menace de l’expansionnisme iranien.
Les échanges sont sécuritaires avec
des trocs de renseignements, mais aussi économiques. Le 7 novembre, Yisrael Katz, ministre israélien des Transports et des Renseignements, a
présenté à Oman un projet de chemin
de fer reliant son pays et la Méditerranée aux pays du Golfe en passant par
l’Arabie saoudite. La ligne ferroviaire,
appelée la « voie de la paix », partirait
de Haïfa, traverserait la Jordanie, puis
emprunterait des lignes existantes vers
le Golfe. « Oman et Israël, qui avaient
une représentation commerciale dans le
sultanat avant la deuxième intifada, ont
déjà des champs de coopération bilatérale dans le domaine de l’industrie de
l’eau et du high-tech. Ils vont développer leurs relations. Pour Oman comme
pour d’autres pays du Golfe, Israël n’est
plus un ennemi », estime le professeur
Uzi Rabi, spécialiste du Moyen-Orient
à l’université de Tel-Aviv. « Nous assisterons de plus en plus à de telles interactions entre Israël et les pays du Golfe
à mesure que nous approcherons du dévoilement du plan de paix de Trump pour
le règlement du conflit israélo-palestinien », commente, pour sa part, Lior
Weintraub, ex-diplomate et directeur
de The Israel Project. L’idée défendue
par Washington est que, au-delà des
convergences d’intérêt sur l’endiguement de l’Iran, une normalisation des
relations entre Israéliens et sunnites
favoriserait également une relance du
vise l’analyste Ofer Zalzberg, de
l’International Crisis Group (ICG). « La
plupart des pays du Golfe sont en état de
faiblesse après l’épisode des soulèvements arabes. Oman cherche à s’attirer
les bonnes grâces des États-Unis en
raison de ses liens avec Téhéran, les
Émiriens n’ont pas l’intention de
s’avancer véritablement dans un rapprochement avec Israël, et l’Arabie
saoudite est empêtrée dans l’affaire
Khashoggi. Quant à Israël, il agit en
grande partie par opportunisme »,
poursuit-il.
Fin médiateur, le sultan omanais
Qabus pourrait jouer un rôle de facilitateur dans une reprise du dialogue entre Benyamin Nétanyahou et le président palestinien, Mahmoud Abbas,
mais ses chances de réussir apparaissent bien minces. Elles passent d’abord
par le règlement de la crise à Gaza,
auquel travaillent le Qatar et l’Égypte.
« Ce n’est que lorsque cette question sera
réglée que l’on pourra avancer », reconnaît Uzi Rabi. ■
Dix ans de prison
En 2016, Ahmed Mansoor, un militant
des droits de l’homme des Émirats arabes unis, avait pourtant été piégé par le
virus. Mansoor purge actuellement une
peine de dix ans de prison pour avoir
publié des articles critiques à l’égard du
régime sur les réseaux sociaux. Selon le
journal Haaretz, qui a publié une enquête fleuve sur le sujet, d’autres systèmes d’espionnage téléphonique ont été
vendus à Bahreïn, un petit royaume où
la population à majorité chiite est dirigée par une maison royale sunnite. En
février dernier, Nabil Rajab, le militant
le plus en vue de Bahreïn, a été
condamné à cinq ans de prison à la suite
d’une série de tweets critiques à l’égard
du régime. ■
LA COLOMBIE
d’hier et d’aujourd’hui
Du 4 au 15 février 2019
PARTEZ POUR UN CIRCUIT
EXCEPTIONNEL EN COLOMBIE
Vaste comme deux fois la France, la
Colombie est l’une des plus belles
destinations d’Amérique du Sud.
Depuis les accords de paix signés
en 2016 avec les FARC, elle ouvre
désormais grand ses portes aux
voyageurs curieux.
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De ses vestiges précolombiens à la ville modèle de Medellín, en passant par
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de souche, latine et créole de fait, qui ne demande qu’à être découverte.
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1
Khashoggi. Mis au point par la société
NSO Group, basée en Israël, il aurait été
installé sur le téléphone d’Omar Abdulaziz, un autre dissident saoudien exilé
qui était en relation étroite avec le journaliste. D’une efficacité absolue, ce virus appelé Pegasus peut débloquer
n’importe quel téléphone portable via
un hameçonnage. Après l’ouverture
d’un lien, il s’installe silencieusement
et enregistre toutes les communications, interactions et emplacements
d’un smartphone. Fondé par d’anciens
membres de l’unité de renseignement
électromagnétique de l’armée israélienne, puis racheté par une société
américaine, NSO Group affirme pour sa
part que le logiciel sert uniquement à
combattre le crime et le terrorisme.
A
LES AUTORITÉS israéliennes ont mis
un mois à réagir à l’assassinat par Riyad
du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi. Ce long silence témoigne de la gêne suscitée en Israël par cette affaire. Dans une unique déclaration,
le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a qualifié le 2 novembre le
meurtre d’« horrible » et a affirmé qu’il
« fallait s’en occuper comme il se doit ».
« Dans le même temps, il est très important que l’Arabie saoudite reste stable,
parce que l’Iran est un problème plus important », a-t-il immédiatement ajouté.
La position du gouvernement israélien est d’autant plus malaisée que les
contacts établis depuis 2014 entre l’État
hébreu et Riyad n’ont rien d’officiels et
restent fragiles en dépit d’intérêts stratégiques communs. Le royaume saoudien ne reconnaît pas publiquement
l’instauration d’un dialogue avec son
nouveau partenaire et va parfois jusqu’à le nier. Cela n’a pas empêché
Mohammed Ben Salman de rencontrer
en mars dernier à Washington des représentants de grandes organisations
juives.
Entourée de zones d’ombre, la relation israélo-saoudienne est également
assombrie par des révélations sur des
ventes de matériel d’espionnage et de
surveillance aux pays du Golfe et en
particulier à l’Arabie saoudite pour traquer leurs dissidents. Selon le lanceur
d’alerte Edward Snowden et l’institut
de recherche canadien Citizen Lab, un
logiciel espion a été utilisé par les
services saoudiens pour tracer Jamal
Copyright : AdobeStock
Quand des Israéliens vendent
des logiciels espions à Riyad
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Le Parlement veut plus de pouvoirs
de contrôle sur les services secrets
Pour ses dix ans, la délégation
parlementaire au renseignement
réfléchit à des pistes de réforme.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
SÉCURITÉ « Dix ans de contrôle parlementaire du renseignement. » Pas de quoi
déplacer les foules. Mais quand, parmi les
intervenants, figurent nos plus hauts dignitaires de l’espionnage et du contreespionnage, les oreilles soudain se dressent. Ce jeudi, au Palais Bourbon, à Paris,
doivent s’exprimer le directeur général
de la sécurité extérieure (DGSE), Bernard
Émié, le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Pierre de Bousquet de Florian,
sans oublier le nouveau chef de la Direction générale de la sécurité intérieure
(DGSI), Nicolas Lerner. Il y aura même
des experts anglais et belges.
La patronne LaREM de la commission
des lois de l’Assemblée nationale, Yaël
Braun-Pivet, les a tous invités ce jeudi,
lors d’un colloque destiné à dresser le bilan de la délégation parlementaire au
renseignement. Elle assure aujourd’hui
la présidence de cette instance, après
avoir succédé à son homologue du Sénat,
le LR Philippe Bas.
En France, cette activité de garde-fou
en est à ses balbutiements. « L’exigence
démocratique est-elle satisfaite ? », se demande la délégation. À croire que nos élus
ont le sentiment de servir de caution, mais
sans grand pouvoir. « Ce n’est pas cela, se
défend l’un des membres de la délégation,
le sénateur LR du Rhône François-Noël
Buffet. Mais nous voudrions un contrôle
plus effectif, sur des éléments plus récents.
On ne demande pas de détails, mais nous
aimerions savoir comment s’orientent les
choses. Parce que contrôler ce qui passe en
2018 sur la base d’informations de 2016, ce
n’est pas toujours pertinent. »
En mai dernier, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées avait frappé un grand coup en
faisant adopter, dans le cadre de l’examen du projet de loi de programmation
militaire pour les années 2019 à 2025, une
proposition de loi tendant à renforcer le
contrôle parlementaire sur les grandes
agences rattachées à Beauvau, aux Armées ou à Bercy. Philippe Bas, ex-secrétaire général de l’Élysée, était à la
manœuvre. Mais l’initiative a jeté le froid
chez les tenants de la raison d’État. Elle
fut retoquée au Palais Bourbon. La perspective d’une réforme s’éloignait.
Un droit d’accès aux documents
Voici donc qu’elle resurgit au détour de
ce conclave parisien pour initiés, auquel
Philippe Bas est bien sûr associé, dans un
climat qui se veut plus apaisé. « Ce n’est
pas l’Assemblée contre le Sénat », assure
Yaël Braun-Pivet. Surtout sur un sujet
aussi sensible que la sécurité nationale.
L’idée consiste, selon elle, à « élargir le
cercle de la réflexion aux services ». «Travaillons ensemble », dit-elle, pour imaginer des « voies d’amélioration », « en
étendant, pourquoi pas, nos moyens de
contrôle », ajoute-t-elle. Mais de là à
l’imposer par la loi… Yaël Braun-Pivet
préfère un toilettage des règles de fonctionnement de la délégation dont elle a la
Présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, la députée LaREM Yaël Braun-Pivet a succédé au sénateur LR
Philippe Bas à la tête de la délégation parlementaire au renseignement. BLONDET ELIOT/ABACA
charge jusqu’au printemps 2019. Et c’est
là que le bât blesse. Car les trois sénateurs
LR membres de la délégation parlementaire au renseignement, Philippe Bas
(Manche), François-Noël Buffet et
Christian Cambon (Val-de-Marne), veulent aller beaucoup plus loin. Leur raisonnement se veut imparable : puisque le
renseignement a, du fait de la menace
terroriste, acquis des moyens renforcés
et des pouvoirs d’enquête plus intrusifs,
il est légitime que le Parlement porte un
regard plus acéré sur les services.
Ils réclament l’élargissement du périmètre de contrôle et du droit d’information de leur délégation parlementaire.
Avec un droit d’accès à tout document,
sauf décision contraire du chef de l’exécutif, si l’information pouvait, par
exemple, compromettre un agent ou
une opération.
Autre innovation souhaitée : étendre la
liste des personnes susceptibles d’être
entendues. Les parlementaires britanniques ou allemands soumis au secret peuvent auditionner des agents pour se faire
expliquer les exigences du métier. Alors
pourquoi pas en France ?
Nos trois élus déplorent enfin que leur
délégation dispose d’une présidence qui
change tous les ans. Ils veulent un rapporteur mandaté pour deux ou trois ans,
afin d’assurer une mémoire et un suivi
des travaux. François-Noël Buffet le dit :
« Pour tout cela, il faut une loi, pas des arrangements de couloir. Sinon, que se passerait-il demain si le pouvoir passait entre
les mains d’un parti autoritaire ? » Le scénario est loin d’être absurde. ■
Seconde agression au lycée Édouard-Branly de Créteil
Un professeur a été violemment bousculé lundi dans l’établissement où une enseignante avait été braquée le mois dernier.
ÉDUCATION Un professeur d’électrotechnique du lycée Édouard-Branly de
Créteil (Val-de-Marne) a été agressé
lundi en plein cours. Il avait ordonné à
un élève peu concentré de sortir de classe pour se calmer, ce que ce dernier n’a
pas supporté. Sous les yeux stupéfaits de
ses camarades, l’élève de première professionnelle, âgé de 18 ans, a violemment
poussé son professeur à deux reprises,
sans le faire tomber et sans le blesser,
avant de quitter la classe. Il l’aurait ensuite insulté.
Accompagné d’un responsable hiérarchique, le professeur s’est rendu
mardi au commissariat afin de déposer
plainte pour violences volontaires. Placé
en garde à vue, l’élève a reconnu les
faits. Il a par ailleurs été exclu du lycée à
titre conservatoire, en attendant la tenue d’un conseil de discipline. « Atteint
moralement », le professeur a malgré
Violences : année
noire pour les femmes
Les signalements ont augmenté de 23 % en 2018 mais
les condamnations pour viol chutent depuis 2007.
A
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
ENQUÊTE Il y a ces stars victimes de
Harvey Weinstein, qui ont libéré leur
parole, et il y a toutes les autres dont la
vie est devenue, à bas bruit, un enfer à
force de violences conjugales à répétition.
En 2017, 93 % des femmes déclarant
des violences en France les ont subies
dans le cadre conjugal, a dévoilé mercredi la Mission interministérielle pour
la protection des femmes contre les
violences et la lutte contre la traite des
êtres humains (Miprof). Soit 219 000
femmes majeures, selon une étude de
victimation réalisée par l’Insee et circonscrite à la France métropolitaine et
aux seules violences physiques et
sexuelles. Elles représentent 88 % des
victimes. Trois sur quatre déclarent subir des faits répétés de la part de leur
conjoint. Selon les chiffres des forces de
sécurité, 112 000 victimes ont été enregistrées au titre de plaintes, signalements et constatations transmises à
l’autorité judiciaire. Très alarmant est le
constat que la moitié des victimes affirme n’avoir fait aucune démarche
auprès des professionnels et des associations, pourtant elles n’ont jamais été
aussi nombreuses à porter la cause des
femmes battues et autant saluées pour
leur action.
Un contentieux de masse
En 2017, les parquets ont traité près de
70 000 auteurs impliqués dans une affaire de violence entre partenaires. Mais
près de 22 000 affaires ont été jugées
non poursuivables. Sur les 42 500
auteurs ayant reçu une réponse pénale,
18 600 ont bénéficié de composition pénale ou de classement après des alternatives aux poursuites. Autant de procédures qui permettent d’éviter le
procès et donc de désengorger les tribunaux alors que les violences conjugales sont devenues un contentieux de
masse.
Dans le détail, 154 000 victimes font
l’objet de violences « uniquement »
mais 33 000 subissent simultanément
des violences sexuelles. Plus globalement, « parmi les faits concernant des
victimes femmes majeures portés à la
connaissance des forces de sécurité, 31 %
des actes commis par le partenaire sont
des viols », contre 47 % selon les en-
tout tenu à reprendre ses cours dès le
lendemain de l’incident, souligne son
collègue, Didier Salic, représentant du
syndicat Snep-Fsu, qui tient à préciser
que cet établissement est habituellement
plutôt calme. « Des 8 000 établissements
du territoire, des centaines d’actes graves
de ce type remontent chaque semaine. Les
médias se focalisent sur nous à cause du
très grave incident du mois dernier », note-t-il. C’est dans ce même établisse-
ment qu’une professeur d’anglais avait
été braquée il y a un peu plus d’un mois
par un lycéen de 15 ans, exactement
dans la même filière professionnelle de
première électrotechnique. Dans la scène diffusée sur les réseaux sociaux, on
voyait l’adolescent tenir en joue l’enseignante avec une arme factice, lui ordonnant de le marquer présent.
Depuis, cinq élèves ont été exclus définitivement du lycée via des conseils de
discipline : celui qui avait sorti l’arme, celui qui avait filmé, celui qui avait diffusé les
vidéos et ceux qui avaient fait des gestes
obscènes devant la caméra. Ils ont été accueillis dans d’autres établissements. La
professeur est quant à elle toujours en arrêt
maladie. La diffusion de la vidéo avait été
suivie d’un mouvement de colère d’enseignants sur les réseaux sociaux, s’estimant
insuffisamment soutenus par leur hiérarchie en cas de violence. ■
M.-E. P.
Violences faites aux femmes enregistrées auprès des forces de sécurité
DÉMARCHES ENTREPRISES OU NON PAR
LES FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES CONJUGALES
Aucune démarche
VIOLENCES SEXUELLES, selon la nature des faits
Harcèlement
sexuel
72 %
56 % sont des mineurs
4%
Dépôt de plainte
80 % sont des filles
19 %
Main courante
7%
LES VIOLENCES SEXUELLES TOUCHENT
MAJORITAIREMENT LES MINEURS
40 %
56 %
Viols
Agressions
sexuelles
PVRJ*
3/4 ont moins de 15 ans
1 agression sur 3
2%
a lieu dans le cercle familial
*procès-verbaux de renseignements judiciaires
quêtes de victimation. Des chiffres qui
témoignent de la difficulté de porter
plainte dans le contexte de la vie conjugale. Cependant, l’état des lieux de la
Miprof note que « si le nombre de victimes enregistré par les forces de sécurité
est resté stable entre 2016 et 2017, le
nombre de viols par conjoint reporté par
les femmes victimes a, lui, augmenté de
15 % ».
Plus globalement, selon l’enquête de
victimation de l’Insee, 94 000 femmes
majeures ont été victimes de viols et de
tentatives de viol entre 2016 et 2017.
Pourtant, seules 42 000 victimes mineures et majeures seront enregistrées par
les forces de sécurité et seulement 17 000
pour viols. Mais la Miprof insiste surtout
sur le taux de mineurs concernés. En effet, selon la police, la moitié des victimes
de viols et de violences sexuelles sont
des mineurs, dont 80 % de filles.
Source : MIPROF
Et pourtant, la Miprof rappelle les
chiffres de la Chancellerie publiés en
septembre dernier : « Entre 2007 et
2017, le nombre de condamnations pour
viols a diminué de 40 %. » Deux tiers
des affaires sont jugées non poursuivables, faute de preuves non caractérisées. Rien n’explique cependant pourquoi elles seraient moins en 2017 qu’en
2007.
Petit lot de consolation, les services
de police et de gendarmerie, ainsi que la
ligne d’écoute nationale « ViolencesFemmes-Infos », « rendent compte à
partir du mois d’octobre 2017 d’une augmentation des révélations de violences
sexuelles. Au dernier trimestre 2017, les
appels pour violences sexuelles (hors
couple) ont, en effet, été multipliés par 2,
par rapport à 2016. Cette hausse est
concomitante avec le début du mouvement #MeToo ». ■
EN BREF
Paris : la grande roue
de Marcel Campion
ne reviendra pas
La grande roue ne reviendra pas
à Paris : le « roi des forains »,
Marcel Campion, qui contestait
une décision de la mairie, n’a pas
obtenu gain de cause mercredi
devant le Conseil d’État.
Pesticides : 70 plaintes
dans le Maine-et-Loire
Plus de 70 plaintes ont été
déposées dans le Maine-et-Loire
pour blessures involontaires
à la suite d’intoxications
aux pesticides à base de métamsodium, interdits depuis lors
par les autorités sanitaires.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
SCIENCES
11
Le rapport de
France Stratégie
pour nous faire
tous bouger
davantage
Sport avec
ou sans ordonnance
En vue des JO de 2024, le gouvernement
veut favoriser la pratique sportive en
France, un enjeu majeur de santé publique.
DAMIEN MASCRET £@dmascret
SANTÉ PUBLIQUE Ce jeudi matin de
novembre, à la piscine de Courbevoie,
dans les Hauts-de-Seine, la vieille
dame renonce et sort de la piscine dépitée : « C’est impossible de nager aujourd’hui ! » Car les nageurs du club sportif
local, qui monopolisent déjà les trois
quarts de la piscine municipale, tentent
de passer incognito (bonnet floqué aux
armes du club !) dans les deux lignes
d’eau censées être réservées au public.
Cette anecdote reflète bien l’échelle
de valeurs dans laquelle certains tiennent « les pratiquant du dimanche » :
Loin derrière les sportifs de compétition. C’est cette hiérarchie que France
Stratégie propose de modifier. « Il faut
faire évoluer nos représentations collectives », peut-on lire dans le rapport
« Activité physique et pratique sportive
pour toutes et tous » remis ce 22 novembre à la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.
Car ce n’est pas pour aider nos athlètes à remporter un maximum de médailles aux Jeux olympiques de 2024
qu’Édouard Philippe a missionné en février dernier le commissaire général à
la stratégie et la prospective, Gilles de
Margerie. L’objectif n’est pas moins
difficile puisqu’il vise à « atteindre trois
millions de nouveaux pratiquants d’activités physiques et de sport en 2024 » ! On
estime que 34 millions de personnes
pratiquent une activité physique et
sportive en France et que 16 millions
sont licenciées. « Mon ambition est de
créer une culture de la pratique d’activités physique et sportive », ajoutait le
premier ministre, un objectif qui se traduira par d’évidents bénéfices pour la
santé des pratiquants.
France Stratégie dresse une véritable
feuille de route pour parvenir à cette
évolution des mentalités. D’abord en
changeant nos représentations collectives du sport. « Cela passe par une communication au grand public bienveillante » mettant en scène « des femmes et
des hommes, de tout âge et de toute corpulence, avec ou sans handicap, d’origines sociales, géographiques et culturelles
variées », peut-on lire. Car les normes
sociales et les représentations sont souvent le premier frein au passage de l’intention à l’acte. « Certains peuvent être
découragés par cette injonction à faire du
sport, note le rapport. Cela peut même
créer un sentiment de culpabilité voire
une dégradation de l’estime de soi pour
ceux qui ne pratiquent pas et ainsi renforcer leurs inhibitions. »
Plaisir et bien-être
Pour en finir avec l’idée que sport rime
forcément avec performance, France
Stratégie propose de mettre au premier
plan l’idée de plaisir et de bien-être. Ce
qui signifie aussi d’être pragmatique.
S’inspirer par exemple, pour les acteurs
publics, des efforts du secteur privé
pour attirer - et garder ! - des pratiquants. « Si l’offre sportive municipale
est relativement peu onéreuse, elle est
aussi jugée peu diversifiée, cantonnée à
des activités “classiques” et souvent peu
en phase avec l’évolution des tendances », souligne le rapport.
La vieille dame de Courbevoie n’est
pas oubliée puisque le rapport soulève
la question des ressources locales dis-
L’objectif de cette campagne est ambitieux : « Atteindre trois millions de nouveaux
pratiquants d’activités physiques et de sport en 2024 ». S. GAUTIER/SAGAPHOTO
ponibles ou pas. « Localement, l’attribution des créneaux d’accès aux équipements reste souvent plus favorable aux
associations obtenant de bons résultats
sportifs », peut-on lire. Difficultés
d’accès qui sont encore décuplées pour
les personnes en situation de handicap.
« Cela tient d’abord à leurs difficultés de
mobilité dans l’espace urbain en général
qui, malgré de nettes améliorations ces
vingt dernières années, persistent. »
France stratégie préconise d’« étudier
la possibilité d’accompagner l’extension
des horaires d’ouverture des équipements sportifs municipaux et l’accès aux
équipements sportifs relevant des établissements scolaires en supportant une
partie des charges liées à la conciergerie
et au maintien en état des locaux ».
L’institution suggère de s’inspirer d’ex-
périences étrangères réussies. La ville
de Berlin a par exemple créé un « hub
sportif » près de la gare centrale qui est
un lieu d’interconnexion majeure de
transports publics pour faciliter l’accès
à des équipements « en grande partie
gratuits, financés par de nombreux acteurs publics ou privés ».
Dès le primaire
En Finlande, ce sont les trois quarts des
écoles primaires qui se sont engagées à
« augmenter l’activité physique des enfants sur le temps scolaire » et près de la
moitié de ces écoles développent des
méthodes d’apprentissage basées sur
l’activité physique. Certains enfants
apprennent ainsi plus facilement lorsqu’ils ont la possibilité de se lever, de se
déplacer. Des écoles ont réaménagé les
« Dans le cadre du parcours de soins
des patients atteints d’une affection
de longue durée, le médecin traitant
peut prescrire une activité physique
adaptée à la pathologie,
aux capacités physiques et au risque
médical du patient », précise
ainsi la loi du 26 janvier 2016.
Paradoxalement, alors que
les bénéfices de l’activité physique
régulière sur la santé, la condition
physique et le maintien
de l’autonomie sont avérés,
le remboursement par la collectivité
du sport sur ordonnance n’est pas
encore à l’ordre du jour.
La Haute Autorité de santé (HAS)
vient d’éditer un guide destiné aux
médecins, car il n’est pas toujours
facile de savoir quels sont les
examens minimaux nécessaires dans
telle ou telle situation pathologique.
Les médecins disposent désormais
de référentiels de prescription
d’activité physique et sportive pour
six maladies : le diabète de type 2,
l’hypertension artérielle, la bronchopneumopathie obstructive (BPCO),
les accidents vasculaires cérébraux,
la maladie coronarienne stable, le
surpoids ou l’obésité de l’adulte.
La HAS rappelle aussi que l’activité
physique ne se réduit pas à la
pratique d’un sport : « Il est important
de retenir que toute activité physique
régulière est déjà bénéfique
pour la santé, quelles que soient
son intensité et sa durée.
Sans oublier de lutter contre
les excès et la sédentarité. »
En France, l’étude Esteban 20142016 réalisée par Santé publique
France avait révélé que 41 % des
Français passaient plus de 7 heures
par jour devant un écran !
D. M.
cours de récréation avec, par exemple,
des espaces de méditation, des murs
d’escalade, ou ont confié le temps de la
récréation à des associations sportives.
D’autres écoles mettent à disposition
des enfants qui viennent à vélo des parkings et des casiers pour les casques.
France Stratégie préconise d’« étudier la possibilité d’inscrire dans les
schémas d’urbanisme la nécessité de
prévoir des aires d’activités physiques et
sportives ludiques avec des équipements
accessibles à tout public ». Enfin, s’appuyant sur les aides financières proposées actuellement par certaines caisses
d’allocations familiales pour faciliter les
pratiques des jeunes ou des familles les
plus en difficulté, le rapport suggère de
« généraliser les dispositifs qui auront
fait leurs preuves ». ■
Vega, la petite fusée européenne, ne cesse de grandir
enroulent des fibres de carbone pour
produire des cylindres rigides et légers de
plus de 3 mètres de diamètre. Le premier
test de mise à feu du P120 a été réussi en
Guyane en juillet dernier, et un deuxième
essai est encore prévu l’année prochaine.
Et, alors que Vega C n’a pas encore
volé, Avio travaille déjà sur le coup
d’après, Vega E. Une version qui devrait
normalement corriger la grande faiblesse
de Vega, son quatrième et dernier étage,
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
ENVOYÉ SPÉCIAL À COLLEFERRO (ITALIE)
ESPACE La petite fusée européenne Vega
est en train de se faire un nom au côté de
sa grande sœur Ariane. Dans la nuit de
mardi à mercredi, elle a parfaitement
réussi son treizième lancement d’affilée,
décollant depuis le centre spatial guyanais à Kourou et mettant en orbite un satellite d’observation de la Terre pour le
Maroc. Le succès est non seulement
technique, avec une fiabilité sans faille
depuis le premier vol en 2012, mais il est
aussi commercial, puisque Arianespace
annonce onze missions à venir dans son
carnet de commandes. Et le groupe industriel italien Avio, maître d’œuvre du
lanceur, ne compte pas s’arrêter en si
bonne voie.
Dans l’usine de Colleferro, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de
Rome, Avio travaille déjà sur les nouveaux éléments de deux versions plus
puissantes du petit lanceur, respectivement Vega C et Vega E. La première version est déjà très avancée et doit faire son
premier vol vers la fin de l’année prochaine. Cette version est cruciale pour
Avio, car elle va faire gagner d’un coup
60 % de performances, avec une capacité
d’emport qui va passer de 1 500 à 2 200 kg
en orbite basse. Le tout à des coûts pratiquement équivalents à ceux de Vega,
grâce au type de propulsion choisi par
l’industriel italien : la poudre. « Lorsqu’on produit des propulseurs à poudre, les
“
Vega E sera comme
un car de ramassage
pour les petits satellites
GIULIO RANZO, PDG D’AVIO
Treizième lancement d’affilée réussi d’une fusée Vega dans la nuit de mardi à mercredi
depuis le centre spatial guyanais de Kourou. Elle a mis en orbite un satellite
d’observation de la Terre pour le Maroc. GUILLON/ESA/CNES/OPTIQUE VIDÉO CSG
matériaux ne sont qu’une toute petite partie du coût de production, une fois que l’infrastructure est en place », assure Giulio
Ranzo, le PDG d’Avio. Or, pour gagner en
puissance, les ingénieurs ont « simplement » fait grandir les trois étages à poudre de la fusée, faisant passer la masse au
décollage de 130 tonnes à 210 tonnes.
Dans un grand bâtiment flambant neuf
qui vient de sortir de terre sur le grand
site industriel d’Avio, à Colleferro, ces
nouveaux étages à poudre vont pouvoir
être produits en grand nombre. Une ca-
dence qui doit permettre de faire baisser
les coûts unitaires et qui découle du fait
que le premier étage de Vega C, appelé
P120, servira aussi de boosters à poudre
sur la future Ariane 6.
« Nous avons la capacité de produire
jusqu’à 35 étages P120 par an », précise
Ettorre Scardecchia, responsable de la
technologie chez Avio, en présentant les
nouvelles installations. Les corps de ces
étages, que ce soit pour Vega C ou pour
Ariane 6, sont produits en Italie, grâce à
de grandes machines automatisées qui
”
Avum, aujourd’hui bâti autour d’un petit
moteur construit en Ukraine. Le dernier
étage d’un lanceur a un rôle crucial. « Il
n’a pas forcément un moteur très puissant,
mais c’est lui qui doit avoir un fonctionnement très précis en fin de mission, pour
placer le satellite sur la bonne orbite », explique Paolo Bellomi, directeur technique
d’Avio. Or c’est un rôle que ne peuvent
pas remplir les moteurs à poudre qui font
le principal de la propulsion de Vega. Car,
une fois un moteur à poudre allumé, il est
impossible de l’éteindre, ce qui empêche
tout ajustement de vitesse.
Pour Vega E, Avio compte remplacer le
troisième étage à poudre et le quatrième
étage et son moteur ukrainien par un seul
étage, doté d’un nouveau moteur à propulsion liquide, brûlant un mélange de
méthane et d’oxygène liquide, appelé
M10. Devant de nombreux dignitaires
italiens et européens, une version réduite
de la chambre de combustion, la partie
critique du moteur où sont mélangés le
carburant et l’oxygène, a été testée avec
succès à Colleferro le 13 novembre. Un
instant très symbolique pour Avio, car
l’industriel spécialisé dans la propulsion à
poudre est en train d’acquérir des compétences dans les moteurs liquides que
seuls les industriels français et allemands
maîtrisent en Europe.
Le groupe italien promet que ce moteur, en grande partie produit grâce à des
techniques d’impression 3D pour alliage
métallique, sera moins cher que les deux
étages qu’il remplacera. Et pour Avio, le
principal atout de ce moteur, qui peut
être éteint et allumé à plusieurs reprises,
est la flexibilité d’emploi, qui va permettre de mettre lors d’un même vol plusieurs petits satellites sur des orbites différentes. « Vega E sera comme un car de
ramassage pour les petits satellites de
quelques dizaines ou quelques centaines de
kilos », promet Giulio Ranzo.
En revanche, le discours officiel italien
n’insiste pas du tout sur le gain de performance offert par Vega E. La raison? Avec
une capacité d’emport de 2 800 kg à
700 km d’altitude, Vega E aura presque la
moitié de la performance de la future
Ariane 62 pour cette même orbite. De
quoi provoquer une concurrence potentiellement fratricide entre les deux lanceurs européens, tous les deux commercialisés par Arianespace. ■
A
Le groupe Avio travaille sur deux évolutions du lanceur, pour le rendre plus puissant et capable de lancer plusieurs petits satellites.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Coupe Davis : la saga Noah
L’emblématique capitaine de l’équipe de France tirera sa révérence à l’issue de la finale contre la Croatie.
Une cinquième et dernière séquence pour lui, empreinte de détermination et de nostalgie.
JEAN-JULIEN EZVAN
£@JeanJulienEzvan
TENNIS Depuis quarante ans, date
de sa première sélection en équipe
de France, Yannick Noah trône
comme le personnage central du
tennis français. Tour à tour enfant
prodige, porte-drapeau, figure tutélaire, phare, ombre envahissante,
roue de secours, refuge. Toujours
présent, même loin des courts. Au
gré des escales, il avait, ces derniers
mois, paru parfois dépassé, désabusé, semblant préférer pour l’aventure le bleu des mers à celui du polo
France. Mais, à 58 ans, il affiche une
volonté de fer et sera le personnage
clé de la finale contre la Croatie. Au
cœur de l’épilogue dont il rêvait, en
France (« C’est un cadeau, un honneur, et je pense que c’est mérité. On
a défendu cette épreuve depuis toujours, on s’est investis, et c’est juste
qu’on ait la possibilité de jouer à la
maison »).
Comme lors de chaque rencontre, il a misé sur le stage préparatoire pour sonder l’ambition et les limites de ses joueurs, laisser parler
son intuition. Entre goût du risque
assumé et socle de certitudes. Maître du périmètre bleu, il a pris l’habitude de jouer, surprendre, dérouter, irriter, griffer ses joueurs. Pour
traquer et obtenir le meilleur. Et irrémédiablement écarter ceux qui
n’adhéraient pas totalement. Gilles
Simon et Gaël Monfils sont ainsi
restés à quai.
La quête irrépressible de victoire
et son aura offrent à Yannick Noah
la liberté, l’audace et la maîtrise du
rythme pour celui qui fut un chan-
caractérise le plus, c’est cette passion
pour le jeu et la victoire. C’est quelqu’un qui ne fait pas de compromis,
qui est jusqu’au-boutiste dans sa préparation, son engagement, la réalisation d’un projet. Lors des premières
rencontres, on était extrêmement
fiers de l’avoir dans l’équipe, on buvait ses paroles, chaque semaine était
un véritable bonheur. On serait allé en
haut de l’Everest pour lui, même en
baskets. Quand on était jeunes joueurs
avec Arnaud Boetsch, Yannick, c’était
vraiment le personnage à qui on avait
envie de ressembler. On avait envie de
jouer comme lui, on avait envie de
s’habiller comme lui, on avait envie de
fréquenter un peu les mêmes copines
que celles qu’il avait, de rouler dans
les mêmes voitures de sport que lui,
d’avoir cette facilité devant les médias
qui était la sienne. Ce charisme qu’il
dégageait en permanence nous bluffait. Et tout d’un coup, il a arrêté sa
carrière et il était là pour nous, pour
nous guider, pour nous protéger, nous
préparer, nous amener vers la victoire. C’était extraordinaire. Et il a su
évoluer. » Jean-Paul Loth, ancien
capitaine de Coupe Davis, aujourd’hui consultant sur Eurosport,
“
Quand il dit « je suis
un sorcier », il a ce
talent des gens qui
savent convaincre,
transcender
”
JEAN-PAUL LOTH,
ANCIEN CAPITAINE DE COUPE DAVIS
ajoute : « En tant que joueur, il a toujours rempli sa mission en Coupe
Davis, à part une ou deux fois, ce qui
fait partie des péripéties, et ensuite il
a su établir immédiatement une entente et une connivence entre l’entraîneur, le docteur, le masseur, le
staff… sans prendre jamais la place
« En 1991, j’étais le
capitaine grand frère.
En 1996, j’étais le grandgrand frère. Maintenant,
c’est tonton dans
le meilleur des cas, papa
et limite papi. Forcément,
le rapport change,
et c’est ça qui est
excitant », confie
Yannick Noah (ici en
1991, lors de sa première
victoire de capitaine
en Coupe Davis). NICOLAS
LUTTIAU /PRESSE SPORTS
d’aucun, au contraire, en magnifiant
leur exercice, chacun pouvant donner
le meilleur de lui-même dans son
secteur. Et quand il dit “ je suis un
sorcier ”, il a ce talent des gens qui
savent convaincre, transcender, faire
comprendre aux gens qu’ils ont des
qualités qu’ils n’ont pas exploitées au
maximum et qu’il faut qu’ils les exploitent parce que lui y croit. Ça, il sait
le faire très, très bien, et c’est l’une
des raisons pour lesquelles c’est un
très grand capitaine. Son palmarès
l’atteste. C’est l’un des très grands
capitaines que le tennis mondial aura
eu, si par extraordinaire il s’arrête
totalement… Quand on a affaire à une
personnalité de ce type, il ne faut
jamais s’en priver totalement. »
En cas de quatrième Saladier d’argent, Yannick Noah rejoindrait dans
les annales les capitaines les plus titrés, Neal Fraser (sacré avec l’Australie) et Niki Pilic (titré avec l’Allemagne et la Croatie).
La vie a gâté le lauréat de RolandGarros 1983 et lui a fait des crochepieds. Il s’en est accommodé, y a
puisé force et volonté. « Toute ma
vie, on m’a dit que j’allais me planter,
j’ai toujours entendu ça. Joueur, on
me disait que je n’y arriverais pas,
que je n’avais pas de coup droit, pas
de revers. Quand j’ai commencé
comme capitaine, j’étais trop jeune,
j’allais me planter… Comme chanteur, je ne savais pas chanter… C’est
toujours un autre challenge… »
Rebondir. Encore. Toujours. Il affronte la dernière échéance en
homme apaisé. L’an prochain,
Amélie Mauresmo, qui a voulu faire
du tennis un certain 5 juin 1983,
après avoir suivi le sacre de Yannick
Noah à la télévision, prendra le relais à la tête de l’équipe de France
pour la nouvelle Coupe Davis.
L’ombre du grand capitaine bleu
accompagnera encore longtemps le
tennis français… ■
“
Joueur, son charisme
nous bluffait. Et tout
d’un coup, il a arrêté
sa carrière et il était
là pour nous amener
vers la victoire
A
GUY FORGET
”
teur à succès. Il requiert un niveau
d’exigence et un don de soi qui ne
tolèrent pas la moindre fausse note
ou variation. Satisfait des jours vécus à Marcq-en-Barœul, tremplin
vers la finale rythmé par les joggings, le yoga, les gammes raquette
en main, il a résumé : « On mange
finale, on joue finale, on dort finale.
C’est bon d’être fatigué et de se coucher tôt. »
À l’heure de vivre un cinquième
épilogue de Coupe Davis, dont une
finale comme joueur (lire ci-dessous), et avant de tourner la page de
l’équipe de France, il promène un
sourire contagieux, laisse doucement infuser son influence, sa
confiance à un groupe qui souffre
d’un récurrent mal de résultats.
Sous la casquette, les cheveux ont
blanchi. Dans son baluchon, il
trimballe son histoire, ses succès,
son envie, et tente de ne pas se laisser submerger par la nostalgie. « Il
faut rester dans le présent. De temps
en temps, ça me traverse l’esprit,
mais j’aimerais vraiment en gagner
une quatrième. C’est important pour
ma vie. »
Le monstre sacré rappelle avec
amusement les aventures partagées
en bleu : « En 1991, j’étais le capitaine grand frère. En 1996, j’étais le
grand-grand frère. Maintenant,
c’est tonton dans le meilleur des cas,
papa et limite papi. Forcément, le
rapport change, et c’est ça qui est
excitant. Sinon, il suffirait de répéter
les mêmes choses que je répète depuis
trente ans et ce ne serait pas fun, ni
pour moi ni pour les autres. Ce qui est
passionnant, c’est de pouvoir
s’adapter à des joueurs différents qui
sont d’une génération différente. Là,
cela fait trois ans que je les rencontrais pour la première fois. Maintenant, je pense que je les connais bien.
Comme un papa… »
Yannick Noah, ou l’art de
connecter les gens. Guy Forget (dans
l’équipe gagnante de 1991 et capitaine victorieux en 2001) survole les
années Noah et raconte : « Ce qui le
Ses quatre finales en tant que joueur puis capitaine
: face-à-face avec Ashe
: le chef-d’œuvre
u1982
u1991
La France retrouve la finale de
Le moteur de Noah dans son
Bio
EXPRESS
1960
Naissance à Sedan
1983
Vainqueur
de Roland-Garros ;
atteint la 3e place
mondiale, son meilleur
classement
1990
23e et dernier titre
sur le circuit ATP
(le record pour un
joueur français)
1991
Devient capitaine
de la Coupe Davis
(jusqu’en 1993),
puis de 1995 à 1998
et depuis 2016.
Vainqueur du Saladier
d’argent en 1991,
1996, 2017
1997
Capitaine de l’équipe
de France féminine
qui remporte
la Fed Cup
la Coupe Davis, plaisir oublié depuis 1933 et la sortie de scène des
légendaires Mousquetaires. Sur la
route de Grenoble, les joueurs de
Jean-Paul Loth ont, à RolandGarros, au lendemain de la tragique demi-finale de la Coupe du
monde de football France-RFA à
Séville, éliminé la Tchécoslovaquie d’Ivan Lendl. Le groupe de
Jean-Paul Loth frappe fort à la
porte de l’histoire. Yannick Noah
retrouve face à lui John McEnroe
et Arthur Ashe, capitaine emblématique de l’équipe américaine.
Un joueur qui, quelques années
plus tôt, avait fait naître sa vocation, échangé des balles avec lui à
Yaoundé, avant de partager un
tournoi de double à Wimbledon en
1978.
En ouverture, Yannick Noah mène
2 sets à 1 contre John McEnroe,
avant de céder. La France a laissé
passer sa chance, s’incline 4-1.
Noah a touché du doigt son rêve et
pu mesurer le chemin lui restant à
accomplir pour danser sur le devant de la scène internationale.
Jean-Paul Loth retient : « Nous
n’étions pas tout à fait prêts à la
gagner. Peut-être aurais-je pu
ajouter les quelques petits pourcentages de folie et de confiance à donner aux joueurs dont ils ont besoin
pour faire les grandes performances. Yannick a su le faire ensuite… »
Carrière de joueur en Coupe
Davis : 39 victoires-22 défaites
(26 succès-15 revers en simple).
nouveau rôle de capitaine : partager l’émotion qui l’a foudroyé le
5 juin 1983 lorsqu’il est tombé à
genoux sur le central de RolandGarros. « Je l’ai ressentie à la naissance de mon fils Joachim. C’était
la même émotion, la même décharge électrique. Cette chose inexplicable où, pendant une ou deux minutes, tu ne touches pas le sol. Et je
voulais que Guy (Forget) et Henri
(Leconte) vivent ce moment puissant sur un court. » Le stage commando de Montreux rend possible
l’impossible. À Lyon, Henri Leconte, retombé à la 159e place
mondiale avec un corps en souffrance, vole, et des coups de raquette laser sortent d’une raquette longtemps assoupie. Les étoiles
montantes du tennis américain
(Pete Sampras et Andre Agassi)
sont emportées par la furie tricolore, sacrée 3-1. « En une fraction
de seconde, d’un petit coup de
raquette presque minable pour
remettre la balle de l’autre côté du
filet, c’est la délivrance, l’aboutissement d’un rêve, des larmes, une
espèce de lâcher-prise instantanée », se souvient Guy Forget.
Après cinquante-neuf ans d’attente, Yannick Noah peut, au
comble de l’émotion, lever le Saladier d’argent de toutes les
convoitises. La deuxième vie du
jeune retraité s’ouvre par un succès retentissant.
: les allumettes
u1996
suédoises
À Malmö, les épisodes des deux
premiers jours (blessure de Stefan
Edberg, solide double français…)
sont balayés par un dimanche
irrespirable qui libère toute la saveur d’une folle rencontre de
Coupe Davis. Les deux derniers
simples s’éternisent et posent la
France et la Suède au pied du 5e set
du cinquième et dernier match.
Au bout du suspense, à 23 heures,
après avoir sauvé trois balles de
match, Arnaud Boetsch plante le
point décisif contre Nicklas Kulti,
et chavire après avoir vacillé : « Le
bonheur de la victoire est décuplé,
après un tel scénario. Ce succès est
toujours en moi. » Yannick Noah
conserve « le souvenir de la belle
aventure entre copains. Une belle
aventure humaine. Un match de
Coupe Davis se gagne avec la tête et
le cœur. » Un suspense haletant
ARNAUD BOETSCH
VAINQUEUR DU 5E SET DU CINQUIÈME ET DERNIER MATCH EN 1996
«
Le bonheur de la victoire est décuplé,
après un tel scénario. Ce succès est
toujours en moi JEAN-FRANCOIS ROBERT/PRESSE SPORTS
»
qui a convaincu un jeune spectateur hypnotisé, Jo-Wilfried Tsonga, de délaisser le football pour le
tennis.
: l’influence du sorcier
u2017
Revenu aux affaires en 2016, la
première campagne s’est soldée
par un exercice frustrant bouclé
par une défaite en demi-finales à
Zadar, face à une équipe portée à
bout de bras par Marin Cilic. L’année 2017 voit les Bleus dominer le
Japon, la Grande-Bretagne et la
Serbie. Des équipes privées de
leurs numéros 1, blessés. Victimes
du sorcier Noah. En finale à Lille
contre la Belgique de David Goffin,
la touche Noah se trouve dans la
composition d’équipe, le capitaine
s’appuie sur un double inédit Richard
Gasquet-Pierre-Hughes
Herbert. Un choix décisif. Après
un point initial de Jo-Wilfried
Tsonga, Lucas Pouille apporte aux
Bleus le point du sacre lors du
5e match. « C’était écrit que Lucas
devait gagner chez lui », résume,
aux anges, Yannick Noah, qui
avait lancé le stage de préparation
avec la photo du fils de Jo-Wilfried
Tsonga, qu’il voulait mettre dans
la coupe. Comme lui fut posé dans
la Coupe de France de football
remportée par son père Zacharie
avec Sedan, en 1961. Noah, homme de symboles qui traverse les
années…
Carrière de capitaine :
26 rencontres disputées
(21 victoires-5 défaites). ■
J.-J. E.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
SPORT
13
Pierre-Hugues Herbert,
Richard Gasquet,
Lucas Pouille,
Jo-Wilfried Tsonga
et Yannick Noah,
le 26 novembre 2017,
à Lille, lors de la finale
gagnée contre la Belgique.
AUTISSIER/ PANORAMIC
Une der des ders sur fond de nostalgie
La 107e finale de Coupe Davis, dont le tirage au sort a lieu ce jeudi, restera la dernière sous sa forme actuelle.
LA COUPE DAVIS nouvelle version
est-elle condamnée dès sa naissance ? La création récente de l’ATP
Cup, future compétition par équipes, dont la première édition se déroulera du 3 au 12 janvier 2020,
deux mois à peine après la phase finale de Coupe Davis à Madrid (du 18
au 24 novembre 2019), pourrait lui
porter un coup fatal. Entre la fin
2019 et le début 2020, deux épreuves, l’une gérée par la fédération
internationale (ITF) et l’autre par
l’ATP, devraient être organisées
dans des formats similaires. Et les
meilleurs joueurs semblent vouloir
privilégier l’épreuve de l’ATP, qui
rapportera des points au classement
mondial, au contraire de la Coupe
Davis, et qui sera mieux placée dans
le calendrier, à quelques jours de
l’Open d’Australie. Convoité depuis
118 ans par plus de 150 pays, le célèbre Saladier d’argent qui récompense le vainqueur, est bel et bien
en péril.
Ces dernières saisons, les
meilleurs avaient pris la mauvaise
habitude de lui tourner le dos. En
2017, la France a d’ailleurs bénéficié
de l’absence des cadors pour triompher. Les joueurs ont réclamé des
changements sans jamais avoir été
entendus. Et, au lieu d’un lifting,
pour donner une seconde jeunesse à
la vieille dame, les dirigeants ont
décidé une refonte totale de
l’épreuve. Au risque de lui faire
perdre son âme. Comme toujours,
l’argent a été le nerf de la guerre.
L’histoire du jeu ayant moins de
poids que les billets verts…
Une réforme radicale
Trois milliards de dollars sur vingtcinq ans ont été mis sur la table par
le footballeur du FC Barcelone Gerard Piqué et son fonds d’investissement Kosmos avec une nouvelle
formule motivée par la rentabilité.
La Coupe Davis se disputera désormais non plus pendant quatre tours
étalés tout au long de la saison, mais
sur une semaine et dans un seul et
même lieu. Dix-huit équipes ferraillant en deux sets gagnants. Finis, donc, les matchs à domicile et à
l’extérieur qui font le charme et le
sel de cette épreuve. La Coupe Davis
risque, au mieux, de devenir une
exhibition richement dotée, à la
manière d’une Laver Cup initiée par
Roger Federer en septembre 2017.
Le casting alléchant, peut-être, en
moins… Car, entre l’ATP Cup et la
Coupe Davis, il faudra bien choisir.
« Il faut une seule compétition par
équipes. Il n’y a pas la place pour
deux, assure Christopher Clarey,
journaliste du New York Times couvrant le tennis depuis trente ans.
C’était une bonne idée de changer la
formule, mais pas de cette manière.
La seule option pour la nouvelle Coupe Davis, c’est de se disputer au
printemps ou au mois de septembre.
Dans ce cas, ces deux épreuves pourraient coexister, même si c’est loin
d’être idéal. C’est triste de voir les
instances du tennis si fracturées. »
Le 16 août dernier, la Fédération
internationale a ainsi officialisé sa
réforme radicale : 120 délégués de
l’ITF ont voté son adoption à
71,43 % (325 voix contre 130), soit
plus des deux tiers requis. Pour ses
partisans, c’est la survie du tennis
fédéral dans certaines régions du
monde qui était en jeu. Les pays les
plus pauvres ont ainsi voté massivement pour. Parmi les nations
majeures, l’Australie et l’Allemagne
ont dit non. La France, sous l’impulsion de son président, Bernard
Giudicelli, alors membre du board
de l’ITF, et l’Angleterre ont voté
pour. Les États-Unis, également.
« En France, en Australie ou en Argentine, la Coupe Davis est encore
une passion nationale, mais ça ne
l’est plus dans beaucoup de pays.
Malgré nos trente-deux victoires
dans l’épreuve, elle est devenue une
compétition mineure aux ÉtatsUnis, explique Christopher Clarey.
Elle intéressait encore à la fin des années 1980, au début des années 1990.
Ce n’est plus le cas depuis longtemps.
Seuls peut-être 1 % des Américains
sont capables de dire quand on a gagné la dernière fois (Portland
2007). »
Si elle est devenue une passion
française, la Coupe Davis a longtemps été une affaire anglosaxonne. Son créateur Dwight
Filley Davis, inventeur de la coupe
éponyme, était américain. Durant
les quatre premières saisons, elle a
opposé les États-Unis aux îles Britanniques. La France y a participé
pour la première fois en 1904. Le
11 septembre 1927, les Mousquetai-
J’ai joué
des grands
matchs
à RolandGarros, mais
la Coupe
Davis restera
à vie dans ma
mémoire.
C’est
incomparable.
C’est notre
Coupe du
monde
à nous
»
HENRI LECONTE,
VAINQUEUR EN 1991
ALPACA/ANDIA.FR
res Jean Borotra, Jacques Brugnon,
Henri Cochet et René Lacoste s’imposaient à Philadelphie. Et, pour
défendre le trophée à domicile lors
de l’édition suivante, il fallait
construire un stade. Le 18 mai 1928
était inauguré le stade Roland-Garros, portant le nom d’un pionnier
de l’aviation et héros de guerre,
mort pour la France en 1918. Les
Mousquetaires y conserveront le
Saladier d’argent jusqu’en 1932.
Il faudra attendre cinquanteneuf ans et la finale à Lyon contre
les États-Unis pour que les Bleus
triomphent à nouveau. En 2017 à
Lille, ils ont empoché leur dixième
Coupe Davis, et c’est encore eux qui
peuvent s’adjuger la der des ders.
Pour boucler la boucle. Le spécialiste de double tricolore Nicolas Mahut
affirmait cette semaine : « En 1991,
quand j’ai vu Guy Forget pleurer,
Henri Leconte pleurer, Yannick Noah
les prendre dans ses bras, je me suis
dit qu’un jour je voulais vivre ça. »
Henri Leconte, vainqueur de l’édition 1991 : « J’ai joué des grands
matchs à Roland-Garros, mais la
Coupe Davis restera à vie dans ma
mémoire. C’est incomparable. C’est
notre Coupe du monde à nous. »
« Quand Jauffret
avait battu Nastase »
Le 11 septembre 1927,
à Philadelphie,
première victoire
tricolore, sur les ÉtatsUnis, des Mousquetaires
Lacoste, Cochet,
Gillou (capitaine),
Brugnon et Borotra.
RUE DES ARCHIVES/
TALLANDIER
La Coupe Davis comme madeleine
de Proust. « Je l’ai découverte sur un
poste télé en noir et blanc pour une
rencontre France-Roumanie dans les
années 1970 au cours de laquelle
François Jauffret avait battu Ilie
Nastase, se souvient Guy Forget,
joueur sacré en 1991 et capitaine de
1999 à 2012. Dans mon club de tennis
à Marseille, il y avait une telle effervescence devant ce poste de télévision assez petit. À voir leur réaction,
je me disais pour que c’était quelque
chose d’incroyable. »
Si le principe des rencontres à domicile ou à l’extérieur sera maintenu
dans la nouvelle formule pour la
phase qualificative, la phase finale se
jouera sur un terrain neutre dans
une ambiance qui risque d’être
aseptisée. Une hérésie pour l’ancien
capitaine Jean-Paul Loth (19801987) : « Le tennis, ça fait cent ans
qu’il tient la route chaque année avec
sa Coupe Davis. À un moment, c’était
même bien plus important que les
tournois du Grand Chelem. Elle n’était
pas forcément faite pour intéresser le
monde entier, mais pour intéresser les
deux pays qui se rencontraient. Et, à
ce titre, c’était la plus belle histoire
qu’on pouvait imaginer. »
Elle aura suscité durant 118 ans un
incroyable engouement populaire.
En 1954, l’Australie recevait ainsi les
États-Unis au White City Stadium
de Sydney devant 25 578 spectateurs, record absolu de l’époque. Les
Américains ramenant à cette occasion la Coupe Davis sur leur sol. Une
première depuis 1949. En 2011, l’Espagne a reçu l’Argentine en finale
devant 74 720 personnes en trois
jours, avant que le stade PierreMauroy de Villeneuve-d’Ascq ne
batte ce record en 2014 lors de France-Suisse avec plus de 81 000 spectateurs.
Coupe Davis a souvent rimé avec
folie, loin des ambiances policées,
voire feutrées, de certains grands
tournois du circuit professionnel.
L’arbitre Bruno Rebeuh se souvient
avec amusement d’un AutricheAllemagne à Graz (1994, victoire de
l’Allemagne 3-2), disputé au milieu
de nulle part, dans une halle de
marché couvert : « Je n’annonçais
pas le score tellement ça résonnait.
Personne n’entendait rien et ça a
duré pendant cinq heures. » Il n’a pas
oublié, non plus, les ambiances
sud-américaines, très chaudes :
« Le plus dur, c’est de contrôler le
public. On est souvent proche d’une
ambiance football. J’ai le souvenir
d’un match au Brésil avec un juge arbitre australien qui n’avait jamais officié en Amérique du Sud. Dans ce
stade de 6 000 spectateurs, trois
spectateurs ont balancé leur coussin
au milieu du court pendant un échange. Le superviseur s’est levé et a demandé à l’arbitre de mettre un avertissement à l’équipe du Brésil. Pas
une bonne idée. Dix minutes après,
on a eu 6 000 coussins sur le court !
On a mis vingt-cinq minutes pour
tout nettoyer. »
Tiriac et les arbitres
Avant que l’arbitrage se professionnalise, les juges de ligne étaient des
locaux (aujourd’hui encore, mais ils
sont certifiés) et les dérapages
étaient fréquents. Lors de la finale
1972 Roumanie-États-Unis (2-3), le
Roumain Ion Tiriac avait influencé
scandaleusement les juges de ligne.
« Ils obéissaient à Tiriac au doigt et à
l’œil. C’est la plus grosse triche que
j’aie jamais vue », dira l’arbitre Enrique Morea. Un juge de ligne s’était
ainsi levé pour acclamer le numéro 2 roumain et lui avait même fait
un massage en plein match.
En cent dix-huit ans d’histoire,
les anecdotes pullulent. Bruno Rebeuh se souvient ainsi d’une finale
entre l’Italie et la Suède à Milan en
indoor en 1998 : « Pour défavoriser
le Suédois Stefan Edberg, attaquant
peu à l’aise sur les surfaces lentes, les
Italiens avaient copieusement arrosé
la terre battue dans la nuit avant le
premier match, la rendant ainsi
beaucoup plus lente que pendant les
entraînements. » Lors de la finale
contre la République tchèque en
1980, les mêmes Italiens avaient accusé leurs adversaires de tricherie
et boycottèrent le dîner de clôture.
Du jamais-vu dans l’histoire de cette compétition.
Parfois, le patriotisme peut rendre fou, complètement fou, même
dans un sport réputé pour être un
sport de gentlemen. En Argentine,
l’arbitre français a entendu des
« À mort l’arbitre ! » et est resté deux
heures enfermé dans les vestiaires,
avant que le périmètre soit sécurisé.
Les Bleus gardent, eux, un souvenir
particulièrement amer du premier
tour perdu en 1985 à Asuncion au
Paraguay. Dans un gymnase d’à
peine 2 000 places avec 3 500 personnes entassées, dans une chaleur
étouffante, Yannick Noah et Henri
Leconte avaient joué sur un parquet
ciré ultrarapide et à des horaires
impossibles. Leconte avait ainsi terminé le deuxième match à 3 h 39 du
matin, Noah essuyant des injures
racistes par un public chauffé à la
bière. Un douloureux souvenir pour
Noah, effacé six ans plus tard à
Lyon, dans une ambiance de corrida, où le capitaine et ses joueurs,
dansèrent Saga Africa pour saluer la
victoire sur les États-Unis. Furieuse, excessive, passionnée, passionnante, c’était un peu tout ça, la
Coupe Davis. Les fans de tennis
préparent déjà leurs mouchoirs. ■
EN BREF
Football : incertitude
pour Neymar et Mbappé
Touchés mardi, Neymar
(élongation des adducteurs)
et Kylian Mbappé (contusion
à l’épaule) pourraient
ne pas participer à la Ligue
des champions mercredi.
Stade de France :
pas de grands travaux
avant les JO de 2024
Alors qu’une vente
du Stade de France est évoquée,
Matignon promet des
réponses sur son avenir
avant la fin 2019 et repousse
à l’après-JO 2024 l’hypothèse
de grands travaux.
1
ENVOYÉ SPÉCIAL À LILLE
A
ROMAIN SCHNEIDER
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jeudi 22 novembre 2018
14
LE CARNET DU JOUR
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Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône).
La Cité de l'architecture
& du patrimoine
Jacqueline Braux,
son épouse,
Olivier et Nathalie,
ses enfants,
Mme Monique Fromentin,
sa sœur,
ses neveux, petits-neveux
et arrière-petits-neveux,
les familles Fébrinon, Renard,
Simon, Goulet,
parents et alliés,
ses amis du Centre
d'information pour les retraités
et les personnes âgées
et tous ses amis
invite dans le cadre de
son programme Littérature,
à une rencontre et des
lectures-performances avec
Rudy Ricciotti
et les poètes d'Al Dante
Julien Blaine,
Charles Pennequin,
Anne-James Chaton,
le mercredi 28 novembre 2018,
à 17 h 30, à l'auditorium.
Gratuit. Inscription :
citedelarchitecture.fr
ont la tristesse
de faire part du décès de
Claude Léopold BRAUX
La mairie du 6e
ancien président du Cirpa XVI,
présente
pour la première fois à Paris,
survenu le 16 novembre 2018,
à l'âge de 92 ans,
à Aix-en-Provence.
le Salon du Premier Roman
le samedi 24 novembre 2018
de 14 h 30 à 18 h 30,
en partenariat avec la librairie
l'Écume des Pages,
78, rue Bonaparte, Paris (6e).
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
du Val-Saint-André,
à Aix-en-Provence,
le mardi 20 novembre 2018,
suivie de l'inhumation à Paris,
au cimetière du Montparnasse.
Entrée libre.
Contact : 01 40 46 75 21.
signatures
Le général d'armée
Pierre de VILLIERS
dédicacera son nouveau livre,
Qu'est-ce qu'un chef ?
(Fayard),
le samedi 24 novembre 2018
de 14 h 30 à 16 h 30,
à la librairie La Procure
3, rue de Mézières, Paris (6e).
6, avenue du Général-Préaud,
13100 Aix-en-Provence.
deuils
Dijon.
Mme Jean-Louis Brette,
son épouse,
LL.AA.RR. le prince
et la princesse Charles
de Bourbon des Deux Siciles,
ses filles et gendres,
Marie-Dominique Brette,
Marie-Véronique et Bertrand
Maupoumé,
Marie-Béatrice et Thierry
Alvado-Brette,
Claire-Marie et Jean-François
Barth,
Frédérique et Ronan Colin,
S.A.R. la princesse Béatrice
de Bourbon des Deux Siciles,
S.A.R. la princesse Anne
de Bourbon des Deux Siciles,
La librairie Le Parchemin
vous invite
à une rencontre avec
et toute la famille
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
ses petits-enfants,
Cédric et Aurélie,
Aymeric et Stéphanie,
Mathieu, Guillaume (†),
Gwendoline et Sébastien,
Amandine et Alexis,
Jérémy et Luba, Lloyd,
Timothée, Célestine, Rodolphe,
Stanislas, Agathe, Dimitri,
Sixtine, Tanguy, Capucine,
Gilles KEPEL
pour son livre,
Sortir du chaos :
Les crises en Méditerranée
et au Moyen Orient,
le samedi 24 novembre 2018
de 11 heures à 13 heures,
176, rue de Grenelle, Paris (7e).
S.A.R. la princesse Carmen
de BOURBON
des DEUX SICILES
le 20 novembre 2018.
Les obsèques auront lieu
dans la plus stricte intimité.
ses arrière-petits-enfants,
Pauline, Clémence, Marie,
Titouan, Mahé, Erwan, Naël,
Aliénor, Apolline, Axelle, Aloïs,
communications
La paroisse
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou
vous invite à sa fête paroissiale,
L'Alsace au Gros-Caillou
le samedi 24 novembre 2018
de 14 heures à 18 heures
et le dimanche 25 novembre
de 12 h 30 à 17 heures.
De nombreux stands : cadeaux,
brocante, vêtements, librairie,
livres d'occasion, layette, vin,
spécialités alsaciennes, bijoux,
accessoires de mode, jeux
et animations pour enfants,
jeux en bois...Salon de thé.
Dédicaces :
- le samedi 24 novembre :
à 14 heures,
Mgr Benoist de Sinety,
Il faut que des voix s'élèvent,
à 15 h 30, Hervé Lejeune,
Caminos, 3000 kms sur
les chemins de Compostelle,
- le dimanche 25 novembre :
à 12 h 30,
François-Xavier Bellamy,
Demeure,
à 14 h 30,
sœur Bernadette Moriau,
Ma vie est un miracle.
Concert le samedi, à 18 h 30,
La paix retrouvée.
Déjeuner sur place le dimanche
sur inscription à la paroisse.
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
Vannes (Morbihan).
La Rochefoucauld (Charente).
Jacqueline Cauchy,
son épouse,
David Perrin,
son fils,
et son père Xavier Perrin,
Sonia Matossian,
sa mère,
Sylvie et Evelyne
de La Rochefoucauld,
ses sœurs,
François et Michèle
de La Rochefoucauld,
son frère et sa belle-sœur,
Aurélien Salvy et Hélène,
son frère et sa belle-sœur,
Adrien, Sandrine, Guillaume,
Shakti, Théophile, Victoire,
Chloé, Céleste,
François Xavier,
Victor et Robin,
ses neveux et nièces,
Arnaud et Sylvie Cauchy,
Laurence et Benoit Goullin,
Pascale et Philippe
de Cuverville,
Emmanuelle et Marc
de Ghellinck,
ses enfants,
ses 11 petits-enfants,
ses 14 arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
M. Daniel CAUCHY
le 20 novembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Vannes.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pie-X, à Vannes,
le vendredi 23 novembre 2018,
à 10 heures, suivie
de l'inhumation au cimetière
du Rosais de Saint-Servan,
à Saint-Malo, à 15 h 30.
M. Manuel Ducasse,
M. et Mme Louis Ducasse
et leurs enfants,
M. et Mme
Jean-Baptiste Ducasse
et leurs enfants,
M. Benoit Ducasse
En vente
vendredi 23
et samedi 24 novembre
avec votre Figaro
ont l'immense douleur
de faire part du décès de
Diane
de LA ROCHEFOUCAULD
survenu le 21 novembre 2018,
à l'âge de 62 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée à 11 heures,
le lundi 26 novembre,
en la chapelle du château
de La Rochefoucauld.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Château de La Rochefoucauld,
16110 La Rochefoucauld.
ont la tristesse
de vous faire part du d
écès de
M. Yves DUCASSE
ancien directeur général
des hôpitaux de Bayonne
et de Saint-Jean-de-Luz,
rappelé à Dieu
le 19 novembre 2018,
dans sa 94e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
le vendredi 23 novembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-André de Bayonne.
L'absoute sera donnée
en l'église Saint-Etienne
de Chaussenac (Cantal),
le samedi 24 novembre,
à 15 heures,
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille,
aux côtés de son épouse,
Jacqueline, née Caujolle.
Sylvain Ostier,
ses enfants et petits-enfants,
Alain et Nicole Ostier,
leurs enfants et petits-enfants,
Monique Laufer,
sa sœur, et ses enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Ginette OSTIER
veuve de
Georges Ostier
dans sa 92e année,
le 20 novembre 2018,
à Neuilly-sur-Seine.
L'inhumation aura lieu
le vendredi 23 novembre,
à 10 h 45, au cimetière
parisien de Bagneux.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont l'infinie tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu du
Véronique, Edouard, Rémy,
Gilles et Jérôme,
ses enfants,
Brigitte, Françoise et Régine,
ses belles-filles,
général de corps d'armée
Jean-Louis BRETTE
commandeur
de la Légion d'honneur,
grand'croix
de l'ordre national du Mérite,
grand o fficier
de l'ordre du Mérite allemand,
Axel et Caroline,
Sylvain et Soumaya,
Cyril et Amandine,
Loïc et Donna, Julie,
Léa et Philippe,
Suzanne et Vivien,
Arthur et Amélie,
Raphaële et Guillaume,
Gabriel,
ses petits-enfants,
Nils, Tristan, Sibylle et Noé,
ses arrière-petits-enfants,
le 20 novembre 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 24 novembre,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Bénigne, à Dijon.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de
Saint-Léger-sur-Roanne
(Loire), le dimanche
25 novembre, à 11 h 30.
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
le 20 novembre 2018, de
Mme André BRACHET
Ni fleurs ni couronnes,
mais selon son souhait,
des dons pour l'AED
(Aide à l'Église en Détresse).
née Elisabeth Henry,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 24 novembre,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-des-Pins,
à Petit-Piquey,
suivie de l'inhumation
dans l'intimité, à Libourne.
Odile et Bruno Legoux,
Hervé et Isabelle
Brosset-Heckel,
Philippe et Blandine
Brosset-Heckel,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à l'Association
SOS Enfants, 8, rue
du Château-des-Rentiers,
75013 Paris.
ont la tristesse
de faire part du rappel à Dieu
de leur père, grand-père
et arrière-grand-père,
En pensée avec Marie-Alix,
née Bonnet de Paillerets,
son épouse,
Rémi, Philippe, Anne et Olivier,
François et Christelle,
ses enfants,
Baptiste, Clément, Antoine,
Hélie, Pia, Charlotte,
Claire, Alexiane,
ses petits-enfants,
M. Jean Querenet de Breville,
son époux,
M. et Mme
Bruno Querenet de Breville,
M. Olivier
Querenet de Breville,
M. et Mme Michel Carruel,
M. et Mme Emeric Hahn,
ses enfants,
et toute la famille
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
ont la grande douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean GRENIER
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
croix de la Valeur militaire,
survenu à Paris,
le 20 novembre 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 24 novembre,
à 15 heures, en l'église
de Pocancy (Marne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue du Moulin,
51130 Pocancy.
39, rue de la Glacière,
75013 Paris.
Marie-Claude
QUERENET de BREVILLE
née de Pouilly,
survenu à Paris,
le 20 novembre 2018,
à l'âge de 85 ans.
Elle a rejoint sa fille,
Patricia
(† 1997).
La cérémonie aura lieu
le samedi 24 novembre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois,
2, place du Louvre, Paris (1er),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Ni fleurs ni couronnes.
Gilles BROSSET-HECKEL
© shutterstock
le 21 novembre 2018,
à Lyon, dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 novembre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Augustin, Lyon (4e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Loyasse.
Bruno Dineur,
son fils,
Anne-Françoise de Bovis,
sa fille,
leurs conjoints
et leurs familles,
Evénements heureux
Vous avez fiancé, marié des enfants,
vous avez eu des petits-enfants,
rassemblez ces événements dans notre rubrique
« annonces familiales »
Michel Viret,
son frère,
Paul Lemoine,
son beau-frère,
et leurs familles
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacqueline DINEUR
née Viret,
survenu le 20 novembre 2018.
Contactez-nous
Téléphone : 01 56 52 27 27
E-mail : carnetdujour@media.figaro.fr
La cérémonie religieuse aura
lieu le samedi 24 novembre,
à 9 heures, en l'église
Saint-Philippe, à Marseille (6e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Trets
(Bouches-du-Rhône).
M. et Mme Arnaud
Adam de Beaulieu,
le comte et la comtesse
Christian
d'Auber de Peyrelongue,
le baron et la baronne
Frédéric de Hubsch,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la très grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse
François de KERMOYSAN
née Hélène de Sesmaisons,
Françoise André Rocherolle,
son épouse,
son fidèle Ahmed Souhal,
Xavier et Nathalie Rocherolle,
son fils et sa belle-fille,
André Levezier,
les familles André et Prigent,
ses neveux et nièces,
ses amis d'ici et d'ailleurs
Les éditions du Figaro
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Claude ROCHEROLLE
survenu le 20 novembre 2018,
à Paris (20e), à l'âge de 70 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 26 novembre,
à 11 heures, en l'église
Saint-Eustache, à Paris (1er).
le 16 novembre 2018,
à l'âge de 92 ans, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 novembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
Une cérémonie religieuse aura
lieu le samedi 24 novembre,
à 10 h 30,
en la chapelle Saint-Pierre de
Saint-Pol-de-Léon (Finistère),
suivie de l'inhumation.
Claude Coutier
accompagnera
sa fidèle collaboratrice
Jacqueline VIGIOLLAS
le lundi 26 novembre 2018,
à 9 h 45, au crématorium
de Nanterre,
104, rue du Calvaire.
En vente chez votre marchand de journaux
et sur www.figarostore.fr
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
15
Ce professeur de Chicago qui avait tout compris
Les Belles Lettres
republient un essai
magistral sur la crise
de la culture générale
de l’universitaire
américain
Allan Bloom.
Une dénonciation
du relativisme
d’une rare puissance.
L’ÂME DÉSARMÉE
Allan Bloom,
Les Belles Lettres
495 P., 19 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
C’
était il y a trente ans.
Un essai à la fois
profond et acerbe
nous décrivait l’envers du décor de
cette
université
américaine que le monde entier admirait.
Son auteur s’appelait Allan Bloom. Comme disait son préfacier et ami, Saul Bellow, qui a reçu depuis lors le prix Nobel de
littérature : « Ce livre n’est pas un livre de
professeur, mais celui d’un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent
généralement les écrivains. » À la même
époque, un film québécois, Le Déclin de
l’empire américain, croquait aussi les médiocrités et ridicules des universitaires
américains dans une satire réjouissante.
Le roi était nu. On ne savait pas alors que
ces audacieux iconoclastes écrivaient notre avenir.
On le comprend en lisant aujourd’hui
ce livre, réédité aux Belles Lettres avec
une traduction inédite d’une partie du
texte que les Français avaient alors dédaignée. Certes, nous n’avons toujours pas
en France les campus somptueux, les
budgets de recherche abondants, les Prix
Nobel en bouquets, les meilleurs étudiants du monde qui se pressent aux portes de nos universités. En revanche, nous
avons toutes les tares que Bloom décrivait
dans son ouvrage : le déclin de la culture
générale au bénéfice des « problèmes de
société » ; les revendications séparatistes
des « minorités » raciales ou sexuelles ; la
baisse du niveau scolaire au nom de la lutte contre les inégalités ; la domination du
relativisme au détriment de la recherche
philosophes français du XVIIIe siècle,
puisqu’il étend leur emprise jusqu’aux
grands penseurs du XVIIe, Descartes ou
Hobbes. Pour lui, les Lumières, c’est le
règne de la « raison » ; c’est la liberté ;
c’est l’Occident. Mais il vit dans les années 1960 du XXe siècle, et il observe ses
étudiants. Il voit s’imposer le règne de la
musique rock sur toute autre forme de
musique et sur toute autre forme de
culture : « Mick Jagger a joué dans la vie de
ces jeunes gens le rôle que Napoléon a joué
dans celle des jeunes Français pendant tout
le XIXe siècle. » La montée en puissance
du féminisme et ses contradictions fondatrices, entre liberté et égalité, libération sexuelle et protection des femmes, libertinage et puritanisme. L’émergence
du « pouvoir noir » et les ravages de l’affirmative action (« discrimination positive ») : « Ce qu’exige le pouvoir noir, c’est
l’identité noire et non les
droits universels […]. La
fraternité programmée
Bloom est à la révolution des années
dans les années 1960
60, ce que Burke fut à celle de 1789 :
n’a pas abouti à l’intégration ; elle a viré à
un œil à la fois libéral et conservateur,
l’isolement des Noirs ;
bienveillant mais dupe de rien, qui met
les Noirs restent entre
son immense culture au service
eux. » Et la révolte de
ces élèves qui se sende l’analyse fouillée des événements
tent humiliés et rejetdont il est le contemporain
tent ce qu’ils ne parvenaient pas à acquérir :
mais dupe de rien, qui met son immense
« Les étudiants noirs n’étaient pas des ciculture au service de l’analyse fouillée des
toyens de seconde classe parce que
événements dont il est le contemporain.
c’étaient de mauvais élèves, mais parce
Bloom est un grand lecteur de Tocquequ’on les avait obligés à imiter la culture
ville et de Rousseau ; de Hobbes et de Locblanche. »
ke ; de Nietzsche et de Hegel. Il vit aux
Régis Debray nous a appris que la FranÉtats-Unis avec une culture européenne.
ce et l’Europe étaient devenues une coloIl est une sorte de personnage des Bostonie américaine qui cherchait avidement
niennes, le célèbre roman de Henry James
la lumière dans l’œil de son maître. Bloom
sur l’Amérique de la fin du XIXe siècle. Il
nous rappelle que le maître américain fut
d’abord la fille de l’Europe. Il retrace la
est un homme des Lumières mais, pour
généalogie de cette « contre-culture »
lui, les Lumières débordent largement les
de la vérité ; ou encore les sciences humaines qui singent les sciences « dures ».
Nous avons désormais, de part et d’autre
de l’Atlantique, la même jeunesse :
« L’objectif de l’éducation qu’ils ont reçue
n’était pas de faire d’eux des jeunes gens
cultivés, mais des jeunes gens ouverts : il
était de les doter d’une vertu morale. » Les
jeunes Français, comme les jeunes Américains, ont subi la même éducation, le
même endoctrinement, devrait-on dire,
où l’enseignement des valeurs (en France, on ajoute « républicaines ») s’est
substitué à l’ancienne instruction de la
culture générale : « Une telle éducation
n’est guère plus que de la propagande. »
Bloom revient sur la scène fondatrice :
les années 1960. Il a tout vu, tout compris.
Il est à la révolution des années 1960, ce
que Burke fut à celle de 1789 : un œil à la
fois libéral et conservateur, bienveillant
«
»
des années 1960, retrouve sa source dans
la pensée de Nietzsche, apportée aux
États-Unis par Max Weber, « jetant à la
mer le bien et le mal en même temps que la
raison » ; pensée de Nietzsche revisitée et
approfondie par Heidegger, lui-même
traduit et « reconstruit sur une base gauchiste » par les philosophes français de la
Libération, les Sartre, Foucault, Derrida,
Barthes. Cette « French theory » s’imposera sur les campus américains des années 1960, avant d’être à nouveau importée par des universitaires français pour
qui tout ce qui vient d’Amérique est parole d’évangile.
Bloom n’est pas le premier ni le seul à
établir sur ces bases la dénonciation de
cette « pensée 68 ». Il n’est pas non plus le
seul ni le premier à estimer que « l’engagement de Heidegger dans le mouvement
nazi n’était pas une conséquence de son innocence politique, mais un corollaire de sa
critique du rationalisme ». Mais, confronté
à la violence des mouvements étudiants
des années 1960 qui menacent et molestent leurs professeurs, il n’hésite pas à
écrire : « La formule usée de Marx ne cessait de me revenir à l’esprit : l’histoire se
répète toujours deux fois, la première fois
comme une tragédie, la seconde fois comme une farce. L’université américaine des
années 1960 faisait l’expérience du même
démantèlement de la structure de l’investigation rationnelle (du champ de la raison)
qu’avait connue l’université allemande
dans les années 1930. »
Depuis lors, les étudiants des années
1960, aux États-Unis comme en France,
sont devenus les patrons de l’Occident. Ils
ont imposé leur relativisme en vérité suprême. « Le rationalisme occidental a
abouti à un rejet de la raison. Le relativisme
parvient à détruire les prétentions universelles de l’Occident […]. Privé de ce besoin
de vérité, l’Occident s’effondrera. » Bloom
est mort désespéré. ■
Les perspectives cavalières d’Adler
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
N
ous retrouvons Alexandre
Adler en train de lire un
livre intitulé Les Initiés,
signé Jean-Jacques Bedu
(Robert Laffont). Le thème lui va bien. Adler est
lui aussi un initié. Son interprétation cabalistique du monde passe par les arbres
généalogiques, les jeux de billard à quatre
bandes des services secrets, les obscurs
diplomates, les affinités ancestrales entre
tribus, peuples, dirigeants. Sa géopolitique est moins conceptuelle qu’humaine,
trop humaine, même. Adler est le DRH
imaginaire des leaders de la planète,
connaissant ou imaginant leurs hobbys,
leurs amours clandestines, leurs systèmes de parenté. Il s’informe, nous dit-il,
comme un journaliste, en lisant la presse,
en cultivant ses sources. Souvent, malgré
son encyclopédisme, il n’a pas toute l’information, alors il suppute, il extrapole, il
parie. Il y va au flair. Ceux qui ont connu
le XXe siècle se souviennent peut-être de
l’avoir vu à l’antenne, en 1991, expliquer
avec aplomb que le putsch d’une partie
de l’armée contre Gorbatchev tiendrait
quelques semaines au plus, quand l’Élysée de François Mitterrand semblait sur le
point de les embrasser sur la bouche.
« J’ai dit ça à l’intuition, et ça s’est révélé
exact », glisse-t-il. Adler est l’homme
des prophéties assénées sur le ton d’un
conteur au coin du feu. « Il m’est arrivé
plusieurs fois de parier sur le bon numéro et
de ressortir du casino les mains pleines »,
avance-t-il avec un sourire d’enfant
joueur qui reconnaît aussi avoir « perdu
[s]a mise très souvent ». Il s’est trompé
beaucoup, et avec aplomb. Par exemple
en se félicitant de la guerre d’Irak en 2003
– même s’il a vite pris ses pertes et dénoncé le gâchis, malgré sa sympathie
pour Bush, rencontré via son « sympathique neveu, Precott ». Il s’est aussi « terriblement trompé », reconnaît-il, beau
joueur, en pronostiquant la chute du régime des mollahs en 2009. Adler est
moins un livre qu’un homme, et un homme de l’oralité - quand son épouse, Blandine Kriegel, s’est vouée à la discrétion et
à l’écriture. Elle publie d’ailleurs ces
jours-ci un excellent Spinoza, l’autre voie
(Éditions du Cerf).
Quel est le ressort psychologique des
prédictions adlériennes ? Au bout d’une
bonne heure de conversation, il nous en
donne la clé : l’optimisme. « Je tiens ça de
mon père, Juif d’Europe centrale, survivant
des camps, il avait l’optimisme de ceux qui
ont échappé à l’horreur », explique-t-il.
Son père, sur lequel il écrit un livre en ce
moment, est un personnage de roman qui
a donné à son fils non seulement le goût
de l’optimisme, mais aussi celui des petites intrigues qui font la grande histoire.
Le fils nous raconte qu’il a compris après
la mort de son père que celui-ci était un
agent double de Moscou, « au service de la
section militaire de l’Orchestre rouge » –
ces résistants prosoviétiques qui luttaient
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Les crispations
« violentes
du présent
ne doivent jamais
nous faire perdre
de vue la logique
de l’histoire
en marche, soit
le dépérissement
des usages extrêmes
de la guerre
ALEXANDRE ADLER
»
contre le nazisme dans les années 19421945. C’est son père, nous dit-il, à nous
déjà envoûtés par ce récit qu’on voudrait
croire vrai, qui a convaincu Moscou de
soutenir à bout de bras « le jeune service
de renseignement gaulliste – le BCRA – en
cours de formation à Londres ». Les Soviétiques auraient décidé d’aider les Français de Londres avec de l’argent et des
renseignements afin de limiter la prééminence anglo-américaine - récit qui s’insère dans celui, plus large, de l’alliance
des soviets et de la croix de Lorraine saluée, entre autres, par Malraux. « Les
Russes ont vite compris qu’ils ne pouvaient
pas agir directement sur le monde, alors ils
ont décidé de le faire par l’intermédiaire de
leur service de renseignement, de loin le
meilleur de tous », continue Adler. Le livre
évoque beaucoup ce soutien russe à la
France. Selon lui, si de Gaulle, en juin
1958, ose le « Je vous ai compris », c’est
que les Russes lui avaient donné l’assurance que le FLN coopérerait à une Algérie pacifiée par lui. « Mais le FLN a dit non
à Moscou, à leur grande surprise, et il est
parti chez les Chinois. » Il faudra vérifier
tout ça…
Soupir d’Adler : « J’ai été au carrefour
d’une complexité vertigineuse qui explique
en partie ma double dette gaullo-communiste », résume-t-il. Giorgio Napolitano,
à l’époque au PCI, qui devint ensuite président de la République italienne, avait
subodoré tout ça : « Alexandre, je n’arrive
pas à savoir si tu es l’aile gauche de la CIA
ou l’aile droite du KGB… » Côté gaulliste,
l’amitié avec Philippe Séguin le mena jusqu’à une complicité durable avec Jacques
Chirac après 1995, avant de s’en séparer
sur l’Irak. Mais notre géopoliticien rusé a
vite retrouvé ses fondamentaux.
Dans Le Temps des apocalypses, Adler
ose, encore une fois, prédire non pas des
catastrophes, comme le titre semble l’indiquer, mais une mise en ordre du monde
dans une direction plutôt rassurante.
L’auteur emploie d’ailleurs le mot apocalypse dans son sens lettré, soit la révélation de ce qui ne se voit pas encore. Ces
révélations sont doublement rassurantes.
Premièrement, le rétrécissement du domaine de la guerre au seul théâtre proche-oriental ; deuxièmement, l’élargissement massif des blocs - ou des
systèmes d’alliances -, qui pèseront inévitablement « entre 500 millions et 1 milliard d’individus ». Adler trace à grands
coups de crayon des perspectives cavalières qui dessinent à terme un jeu simplifié autour d’une dizaine de zones.
Le pronostic sur la guerre est confirmé
par les tendances de longue durée, mais il
est infirmé par le réarmement massif en
cours depuis cinq ans - 1 600 milliards de
dollars investis en 2016 dans le monde. La
dialectique des blocs est en revanche
convaincante. Donc prudence ! Mais
l’auteur maintient sa thèse : « Les crispations violentes du présent ne doivent jamais
nous faire perdre de vue la logique de l’histoire en marche, soit le dépérissement des
usages extrêmes de la guerre. » Il se dit
convaincu, au passage, de « l’inexorable
défaite des mouvements djihadistes ». Parmi les nouveaux blocs, l’Europe d’Adler
va jusqu’à Moscou, et elle dépend beaucoup de l’entregent français, car « les
Russes détestent les Allemands ». Les provocations de Poutine ne sont selon lui que
poudre aux yeux, ou double jeu provisoire, car le nouveau tsar n’a « pas d’autre
solution » face à la Chine trop forte que de
parier sur l’Europe. Et il peut être rassuré
par la déprise inévitable, Trump ou pas
Trump, des États-Unis vis-à-vis du
Vieux Continent. « L’Europe en voie
d’unification demeure le phénomène géopolitique majeur de notre époque contemporaine », écrit-il.
Notre géopoliticien non conventionnel
imagine aussi un Proche-Orient restructuré autour d’un duo amical inattendu
entre l’Iran chiite et la Turquie sunnite,
ennemis traditionnels. Et un Japon finalement allié de la Chine au nom d’un intérêt économique supérieur - donc pas de
guerre en mer de Chine… Enfin, il confirme le sentiment général à l’égard de
l’Amérique engagée dans une dérive isolationniste. Chacune de ces prédictions
postule que la logique des intérêts bien
compris l’emportera sur les tensions visibles. « Ça peut se terminer en Fukuyama »,
sourit-il. Il a encore une fois tout misé sur
un seul numéro. Espérons qu’il ressorte
du Casino les mains pleines ■
LE TEMPS DES
APOCALYPSES
Alexandre Adler,
Grasset,
683 p., 26 €.
A
L’ex-chroniqueur
au « Figaro » publie
un livre trop touffu,
mais rempli d’aperçus
audacieux
et de prophéties
stimulantes. Il prédit
une Europe
unie à la Russie
et un Proche-Orient
simplifié.
Entre autres.
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Comprendre les « gilets jaunes » : l’exemple
des mutations de Bordeaux et de la Gironde
l n’a pas échappé aux
observateurs que le riche
département de la Gironde,
qui approche 1,6 million
d’habitants en 2018, est un
des départements les plus
« gilets jaunes » de France en ce
mois de novembre 2018. Ainsi l’ont
démontré le week-end dernier les
barrages et autres points de blocage
girondins, par les très visibles
barrages des ponts d’Aquitaine
et François-Mitterrand sur la
Garonne, sur la rocade bordelaise,
non comptés ceux des autoroutes
à Langon (à 48 kilomètres
au sud-est de Bordeaux)
ou près d’Arcachon.
La chose fait suite à la
présidentielle de 2017, qui, dans ce
département, a vu les candidats
très à droite et très à gauche
dépasser 46 % au premier tour
(18,2 % pour Marine Le Pen
et 5 % au total pour les deux
candidats souverainistes ;
21,8 % pour Jean-Luc Mélenchon et
2 % au total pour les deux candidats
d’extrême gauche). Cela peut
intriguer dans un fief historique du
radical-socialisme français, devenu
un des derniers bastions socialistes,
Bordeaux et Arcachon mises à part.
Ce département en pleine
croissance démographique a gagné
400 000 habitants en trente ans,
soit le tiers de sa population. Il est
classé au 14e rang en France pour le
PIB par habitant
(sur 96 en France
métropolitaine),
et il bénéficie de
l’effet miroir de la
Dans une magistrale étude de cas, l’historien*,
fin connaisseur de la géographie sociale française, métropole la plus
attractive de
explique les « gilets jaunes » en décrivant
France, Bordeaux.
les bouleversements qu’ont connus Bordeaux
Mais la Gironde
et son département.
est aussi le témoin
DESSIN FABIEN CLAIREFOND
I
PIERRE VERMEREN
l’expression de lutte des classes
de Hillary Clinton.
Les données sont assez simples,
et pour tout dire mécaniques.
En trente ans, Bordeaux n’a absorbé
que 10 % de l’essor de la population
du département (près de 40 000
habitants), et l’agglomération
bordelaise tout entière la moitié
(près de 200 000). La Gironde rurale
et des petites
villes, qui
La rénovation de la ville,
représente
les investissements considérables
encore près
d’un Girondin
réalisés et les opérations de
sur deux, a
communication attenante, y ont multiplié absorbé l’autre
moitié.
par trois le prix de l’immobilier,
Pourquoi
qui tutoie désormais les prix parisiens
les zones
dans les quartiers les plus huppés
économiquement
les plus en
difficulté du département,
d’habitants, en compte un sur six.
voire carrément en crise (stations
C’est Bordeaux et le désert aquitain
littorales mises à part), ont-elles
- Bordeaux dont les élus de gauche
accueilli autant de nouveaux
et de droite glorifient
habitants, surtout dans un
l’exceptionnelle croissance, pour
département dont la natalité
en faire une métropole européenne.
n’a assuré en trente ans
Au cœur de la vaste
qu’un gros quart de la croissance
agglomération bordelaise,
démographique ? La clef de ces
désormais une des plus étalées de
phénomènes se situe dans la
France et les plus dotées en grandes
métropolisation de Bordeaux.
surfaces (elle détient le record
La rénovation de la ville, les
national de surfaces commerciales
investissements considérables
et de fast-food par habitant), se
réalisés dans son aménagement,
niche la magnifique ville en pierre
et les opérations de communication
de Bordeaux, trésor national du
attenantes, y ont multiplié par trois
XVIIIe siècle reconnu par l’Unesco,
le prix de l’immobilier, qui tutoie
et magnifiquement rénovée. Mais
désormais les prix parisiens dans
derrière cet écrin, les réalités et les
les quartiers les plus huppés.
luttes sociales n’ont rien perdu de
L’euphorie bordelaise est très
leur acuité, qui expliquent à la fois
largement liée à cette poussée
le vote Front national qui a surgi
spéculative dont un des effets les
sur une terre vierge il y a vingt-cinq
plus durables et les plus massifs a
ans (et est encore presque inconnu à
été de chasser les classes populaires
Bordeaux), et le surgissement récent
et les classes moyennes originelles
des « déplorables » de la France
de la ville-centre et, par effet
invisible, pour reprendre
d’auréole, des communes les plus
proches, ou du moins des quartiers
les plus en vue de celles-ci.
De là s’en est suivi
un considérable chassé-croisé
des habitants de la Gironde.
Le salaire médian girondin,
qui avoisine celui de la France,
à 1 600 euros mensuels, a
mécaniquement contraint au départ
les populations ouvrières,
d’artisans, d’employés et de petits
et moyens fonctionnaires qui font
tourner l’agglomération,
et en particulier la ville-centre.
exemplaire des effets de
la métropolisation et de la
mondialisation qui balayent le
territoire français. Le département
girondin compte plus du quart
de la population du grand SudOuest, la Nouvelle Aquitaine aux
12 départements, et à l’intérieur de
celle-ci, l’agglomération bordelaise,
qui court vers son million
«
20 HÉROS D’UNE SAGA
EXTRAORDINAIRE
immigrées et réfugiées que la ville
a maintenues dans les logements
sociaux de la vieille ville ou de
la rive droite, rénovés sur fonds
publics. Cette politique a changé la
population du vieux centre, ainsi
qu’en attestent ses écoles publiques
qui sont de plus en plus dévolues
aux enfants d’immigrés récents.
Les 70 000 appartements vides ou
à l’abandon en 1995 sont désormais
occupés par les étudiants ou ces
nouvelles classes populaires.
Les populations qui habitent la
ville de Bordeaux au sens strict,
qu’elles soient aisées (cadres et
retraités) ou modestes (étudiants
et immigrés récents), autorisent la
municipalité à lutter ardemment
contre l’automobile, comme à Paris,
au nom de la lutte contre la
pollution de l’air et la pollution
visuelle. Étudiants, immigrés
pauvres et retraités en ont de toute
façon peu l’usage. Les populations
nouvelles, aisées ou pauvres,
arrivant de Paris et du nord de la
France, d’Aquitaine ou des Antilles,
d’Europe et d’Afrique, permettent
l’expansion immobilière.
De nouveaux et immenses quartiers
sortent de terre, à des prix de plus
en plus élevés, hormis les logements
sociaux.
En revanche, entre un immobilier
prohibitif, une fiscalité locale à la
mesure des investissements réalisés
et la chasse à l’automobile, la classe
moyenne active est partie : petits et
moyens fonctionnaires (infirmières,
agents des services hospitaliers,
brancardiers, instituteurs, postiers),
employés et ouvriers, artisans et
commerçants, retraités pauvres,
jeunes couples, surtout s’ils ont une
famille et ne peuvent prétendre
aux logements sociaux, s’installent
de plus en plus loin, parfois aux
limites du plus grand département
de France.
Les prix de l’immobilier
décroissent à chaque nouveau
kilomètre, mais se payent en
revanche d’une consommation
d’essence et de diesel toujours plus
élevée. Les petites communes
du Sud-Ouest (hors territoires
viticoles) ont parfois des airs de
villages ruinés, avec leurs belles
maisons de pierre vides, mais
les cités pavillonnaires modestes
alentour sont en expansion.
Chaque matin, Bordeaux est
ralliée par
des dizaines
Entre un immobilier prohibitif,
de milliers
une fiscalité locale à la mesure des
de véhicules
(souvent
investissements réalisés et la chasse
au diesel),
à l’automobile, la classe moyenne active
créant des
embouteillages
ne vit plus à Bordeaux mais continue
géants sur
à y travailler. Les prix de l’immobilier
les routes
décroissent à chaque kilomètre, mais
principales
se payent d’une consommation d’essence et secondaires
de Gironde.
et de diesel toujours plus élevée
La rocade
bordelaise est
Or avec près de 400 chantiers
devenue un point noir du trafic
en 2018, l’agglomération bordelaise
national, de surcroît chargé de
est un énorme bassin d’emplois
20 000 camions européens en transit
d’ouvriers, d’artisans et de
vers l’Espagne ou l’Europe du Nord.
terrassiers du bâtiment. Le papyIl n’y a donc rien de fortuit à ce que
boom et l’énorme Centre hospitalier
les barrages girondins de « gilets
universitaire qui en découle
jaunes » (l’accessoire devenu
(le plus gros employeur
obligatoire pour tout automobiliste
de l’agglomération), alliés
et ouvrier) aient été, le week-end
à l’expansion du tourisme, se
dernier, parmi les plus nombreux
traduisent par une explosion
de France, et que les incidents
des emplois peu qualifiés dans
s’y multiplient cette semaine.
la restauration, l’hôtellerie, la santé
* Ancien élève de l’École normale
ou les services à la personne.
supérieure, agrégé et docteur en
Lieux de travail et domiciles sont
histoire, Pierre Vermeren est l’auteur
donc séparés pour le grand nombre,
de nombreux ouvrages salués
souvent par des dizaines de
par la critique, tels « Le Choc
kilomètres. Mais l’immense chassédes décolonisations. De la guerre
croisé social et pendulaire est peu
d’Algérie aux printemps arabes »
visible. La ville de Bordeaux au sens
(Odile Jacob, 2015), « La France
strict est en effet loin d’être
en terre d’islam. Empire colonial
monolithique. Certes, la commune
et religions » (Belin, 2016)
compte désormais deux fois plus de
et « Histoire du Maroc depuis
cadres que d’ouvriers résidents, les
l’indépendance » (La Découverte,
autres quittant la ville à 17 heures.
coll. « Repères », 5e édition, 2016).
Mais les populations les plus visibles
Il vient de publier, avec Khadija
et les plus nombreuses sont des
Mohsen-Finan, « Dissidents du
« inactifs » (selon la formule de
Maghreb depuis les indépendances »
l’Insee) : le bloc des retraités
(Belin, octobre 2018, 393 p., 24 €).
(20 %) ; le bloc volatile
des étudiants (100 000 dans
» Lire aussi PAGE 7
l’agglomération) ; et les populations
»
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Lettre à un ami prêtre
her Père, d’abord
permettez-moi
de vous remercier
chaleureusement pour
votre lettre. Vous me faites
l’amitié de me soumettre,
au nom des notions de loi et d’ordre
« naturels » héritées de saint Thomas
d’Aquin et d’Aristote, deux objections
touchant l’ouverture de la PMA aux
couples homosexuels. D’abord, vous
jugez qu’un enfant devrait « être élevé
par principe par ceux qui lui ont donné
la vie ». Ensuite, il vous semble que
« la nature et la raison ensemble nous
montrent qu’il est impossible de tenir
pour négligeable le fait que, dans l’acte
sexuel, l’union des corps et la
procréation sont liées ».
C
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Hélas, je tiens non seulement
cette dernière idée pour tout à fait
négligeable, mais à vrai dire comme
dénuée, au sens propre, de tout « bon
sens », de tout sensus communis : la
plupart des couples mariés, pour ne
pas dire tous, ont eu ou auront un jour
des relations charnelles sans viser
la procréation, soit qu’ils cherchent
volontairement à l’éviter, soit qu’ils
aient passé l’âge de la reproduction,
mais pas celui de la sexualité.
Croyez-vous sérieusement que tous
ces gens soient dans le péché au seul
motif qu’ils s’aiment sans chercher
à enfanter ? Ils ne sont pourtant ni
dans les amours tarifées, ni dans le
manque d’amour, ils usent seulement
d’une liberté humaine qui s’est fort
ENTRE GUILLEMETS
22 novembre 1902 : naissance du futur général Leclerc. RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
Adieu à la 2e DB (juin 1945)
Quand vous sentirez
votre énergie fléchir,
rappelez-vous Koufra,
Alençon, Paris,
Strasbourg»
heureusement émancipée des lois de
la nature. Cette dissociation est même
l’un des exemples les plus admirables
du fait que l’amour humain possède
une capacité de transcendance,
une faculté d’être un libre jeu des
intelligences, des désirs et des corps,
toutes choses qu’ignore le coït des
bêtes qui restent engluées dans la
nature et asservies aux lois de la
biologie inhérentes à leur espèce.
Je n’aperçois ensuite aucune raison,
je dis bien aucune, qui démontrerait
si peu que ce soit qu’un enfant soit
forcément mieux élevé par ceux qui
lui ont donné la vie que par d’autres
parents. De très nombreuses
personnes adoptent des enfants et
il me semble que, dans bien des cas,
le choix volontaire d’en prendre soin
est infiniment préférable aux
« accidents de parcours », hélas
fréquents, qui donnent naissance à des
êtres non voulus, voire occasionnent
des avortements. Du reste, même sans
parler de ces « accidents », si on devait
faire passer, sur le modèle du permis
de conduire, un « permis d’avoir des
enfants » aux couples dits « normaux »
au motif qu’ils fabriquent leurs enfants
par les moyens du bord, je ne suis pas
du tout certain qu’ils y obtiendraient
nécessairement de meilleurs résultats
que les autres. Qui pourrait d’ailleurs
en juger ? Ni vous, ni moi, ni le
Parlement, je le crains, a fortiori
une Église qui sur les sujets touchant
la sexualité est assurément sans
expérience, mais pas sans défauts.
J’ajoute enfin, c’est mon troisième
et dernier point, que je ne vois pas
quel principe éducatif serait lésé si peu
que ce soit du fait que des enfants
seraient élevés par des parents qui ne
leur ont pas transmis leurs gènes, que
ce soit dans le cadre d’une adoption ou
dans celui d’une PMA. Serait-ce à vos
yeux l’amour qui serait lésé ? Ou bien
la loi ? Ou encore les savoirs ? Je ne
vois aucune de ces trois dimensions
qui forgent une éducation réussie
qui ne puisse être transmise par des
couples au motif qu’ils n’auraient pas
donné eux-mêmes la vie à leur enfant.
J’ai bien conscience que je
n’emporterai pas, moi non plus, votre
adhésion, mais il me semble en saisir
la raison : en théologie morale, c’est
toujours en dernière instance à partir
d’une source extérieure et supérieure
à l’humanité qu’on développe ses
raisonnements.
Je ne conteste évidemment à
personne le droit d’avoir la foi,
mais il me semble qu’en ces matières
qui échappent à toute démonstration
imparable, il serait souhaitable
d’argumenter à partir de sa raison
plutôt qu’à partir d’une tradition afin
de laisser assez largement les citoyens
adultes décider par eux-mêmes, plutôt
que de tenter, par des pressions,
voire par des manifestations de rue,
d’imposer des arguments d’autorité.
Des millions d’enfants sont nés
aujourd’hui par PMA : pensez-vous
sérieusement que leurs parents soient
dans le péché, voire, comme ose le
dire encore le Catéchisme officiel de
l’Église, dans « l’indignité » ? Des
millions d’hommes et de femmes
vivent dans des unions homosexuelles :
même question. Les positions de
l’Église me semblent sur ces sujets aux
antipodes du message d’amour que le
Christ nous a envoyé à tous, croyants
ou non croyants, quand il nous invite
à ne pas juger pour ne pas être jugé.
Avec ma fidèle amitié, je vous prie
d’agréer, cher Père, etc. etc.
ANALYSE
Eugénie Bastié
£@EugenieBastie
Mehdi Meklat a-t-il droit
à une seconde chance ?
e m’appelle Mehdi, Thomas,
Maximilien Meklat. J’ai
vingt-six ans. En six années,
de décembre 2010 à février
2017, j’ai publié plus de
cinquante mille tweets sur
mon compte Twitter, sous le pseudonyme
Marcelin Deschamps […]. La plupart
de mes tweets étaient drôles, bêtes et
méchants ; une vingtaine d’entre eux
infâmes, ignobles. Je m’en suis excusé
dès le début de ce que la presse a appelé
l’“affaire Meklat” et j’implore à nouveau
le pardon de tous ceux qui se sont sentis
blessés ou meurtris par ces tweets. »
Presque deux ans après le scandale
qu’avait suscité la révélation de ses
messages haineux, homophobes et
antisémites, Mehdi Meklat revient dans
Autopsie, une confession publiée chez
Grasset et précédée – chose rare – d’une
note de l’éditeur se justifiant de la
nécessité de publier ce « témoignage de
première main sur les fractures sociale,
culturelle et générationnelle qui
travaillent la société française ». Dans
cette logorrhée assez narcissique
de 150 pages (dont certaines phrases
s’étalent sur trois pages sans points,
sans doute pour restituer une ambiance
d’apnée, mais c’est raté), l’ancien
journaliste du Bondy Blog retrace
son destin brisé de gamin tiré de
Saint-Ouen et propulsé dans les cercles
germanopratins, puis rattrapé par
sa propre violence et cloué au pilori
médiatique. Il décrit sa génération,
biberonnée à la téléréalité et aux
réseaux sociaux, qui s’est construit un
« moi virtuel » et qui a perdu pied avec le
réel. Comment ne pas le suivre lorsqu’il
parle d’Internet comme un « média qui
J
«
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
VOX
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
encourage l’hystérie de l’improvisation
tout en interdisant le droit à l’oubli »,
le « média de l’immédiateté et de
l’imprescriptibilité » ? Quand il cite
Umberto Eco : « Les réseaux sociaux
ont donné le droit de parole à des légions
d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au
bar, après un verre de vin et ne causaient
aucun tort à la collectivité » ? L’affaire
Mehdi Meklat nous raconte aussi la
dérive d’une époque spectaculaire où la
vulgarité, la provocation, la subversion
sont culturellement encouragées
et récompensées, une époque qui ricane
et qui lynche dans un même souffle
ininterrompu.
Il livre dans ces pages une tendresse
inattendue pour Alain Finkielkraut (sur
lequel il avait tweeté « il faut lui casser
les jambes à ce fils de pute ») qui l’a reçu
chez lui, et une aigreur justifiée
pour tous ceux, éditeurs, écrivains,
animateurs, qui l’ont lâché du jour
au lendemain après l’avoir porté
au pinacle. Car Meklat, c’est l’histoire
d’une coqueluche de la gauche
mondaine et parisienne, trop heureuse
d’inviter dîner à sa table un jeune de
banlieue, grisée par ses outrances, ravie
de se donner bonne conscience en
s’encanaillant. Meklat était reçu à dîner
chez le patron du Monde, invité
par François Hollande à l’Élysée pour
une projection privée, sa revue était
financée par Pierre Bergé. Du Théâtre
du Rond-point à la Maison de la Radio
en passant par le ministère de la Culture
et la une des Inrocks, toutes les portes
lui furent ouvertes d’un coup et,
longtemps, tout ce beau monde a fermé
les yeux sur sa violence. Ce livre
est avant tout un réquisitoire contre
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
… SOCIÉTÉ
la gauche morale qui l’a « mâché
et recraché ».
Tout le monde a le droit à une
seconde chance. On eût simplement
aimé davantage de décence
et d’humilité que ces pages sans style
littéraire, qui suintent encore le désir
de revanche. On eût aimé aussi
échapper à l’éternel refrain victimaire
qu’il a entonné chez Yann Barthès dans
sa tournée de rédemption : « Je pense
que quand on s’appelle Mehdi aujourd’hui
en France, il n’est pas facile de s’excuser
parce qu’il y a forcément une suspicion. »
Dans son livre, il cite aussi le sociologue
bourdieusien Didier Eribon et joue à
l’Édouard Louis de banlieue : « À travers
Marcelin Deschamps je parlais aussi
comme le pouvoir, ce pouvoir qui parle
plus fort que les autres, qui dénigre
les opprimés, qui dit racailles, Kärcher,
blancos, ceux qui réussissent et ceux
qui ne sont rien », « un pouvoir violent
qui a fait tomber tant de corps ».
Meklat estime qu’on ne lui a pas
pardonné parce qu’il s’appelle Mehdi.
Mais il oublie qu’on ne l’aurait pas fait
chroniqueur sur France Inter s’il
s’appelait Kévin et venait d’une ville
moyenne de Moselle et de Picardie.
Il oublie que s’il avait été un militant du
Rassemblement national ou de la Manif
pour tous ayant « dérapé » sur sa page
Facebook, il n’aurait pas eu ouvertes
les portes de Grasset ou de l’émission
« Quotidien » pour venir s’excuser.
Ce livre, nous dit son éditeur, se veut
une « mise en garde ». À le lire, on
a envie d’en faire une autre, empruntée
à Gustave Thibon : « Toutes les chutes
appellent la compassion et le pardon, sauf
celles qui se déguisent en ascensions. »
FIGAROMEDIAS
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« Bienvenue
en lacrymalocratie,
le régime où les victimes
sont reines », une tribune
de Fatiha Boudjahlat,
enseignante
… POLITIQUE
« “Petits maires” et fiers
de l’être ! », une tribune
de dix édiles de moins
de 40 ans qui appellent
à une revalorisation
du mandat d’élu municipal
Les rencontres
du
FIGARO
HOMMAGE À
JEAN D’ORMESSON
par Jean-Marie Rouart,
Maxime d’Aboville
et Étienne de Montety
le lundi
26 novembre 2018,
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Cahier 3 Le Figaro
et vous 12 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
A
CHRONIQUE
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
18
Isabelle Lasserre
ilasserre@lefigaro.fr
près les propos d’Emmanuel Macron
sur l’« armée européenne », qui ont
fait bondir Donald Trump, l’ancien
secrétaire général de la défense et de
la sécurité nationale (SGDSN) revient
sur la nécessité de donner une nouvelle impulsion à la défense du continent.
Cela change-t-il vraiment les perspectives ?
Si le Fonds européen de défense (FED), qui vient
d’être créé pour financer des programmes de recherche et d’équipements militaires, est réellement
doté des crédits annoncés, 13 milliards d’euros, un
cap aura bien été franchi. La mobilisation envisagée
de plus de 30 milliards d’euros à compter de 2021 au
travers de divers mécanismes change la donne en
profondeur.
À vous entendre, toutes les conditions seraient donc
réunies pour assurer le succès de cette relance ?
La lucidité est un facteur propice, mais le volontarisme qui en découle ne suffit pas et les circonstances,
aujourd’hui favorables, peuvent se retourner. La
défense européenne a déjà connu, dans le passé,
d’autres moments porteurs, notamment à la fin de la
guerre froide ou après le conflit du Kosovo. Mais, à
chaque fois, les dynamiques se sont enrayées. Pour
que l’élan ne se brise pas cette fois-ci, il ne faut sousestimer ni les difficultés de réalisation d’une entreprise qui s’inscrit nécessairement dans la durée ni le
caractère encore précaire de certaines avancées. Des
projets ambitieux, comme l’avion ou le char de combat futurs, sont encore en couveuse. 2019 verra
l’élection d’un nouveau Parlement européen. Cette
Louis Gautier : « 2019 sera une année
cruciale pour la défense européenne »
Le spécialiste des enjeux stratégiques est chargé par l’Élysée d’une mission
sur cette question au cœur des défis de l’UE.
année est cruciale, c’est une passe politique étroite
et, pour l’heure, non dégagée. Évitons aussi de nous
perdre dans de vaines querelles, comme celle sur les
risques d’un possible découplage entre l’Union européenne et l’Otan. La relance de la défense européenne est aussi conditionnée par la réduction des différends entre les États membres sur le règlement de la
question migratoire et la sécurisation de la frontière
extérieure de l’Union. Rien n’est donc acquis. Néanmoins, pour paraphraser Sénèque, c’est parce que
nous n’osons pas que les choses deviennent difficiles
et non l’inverse.
Surtout que pour la première fois les grandes
puissances semblent s’en prendre directement
à l’Europe…
En effet, l’Union est attaquée de toutes parts, à la fois
comme modèle et dans ses intérêts. Depuis sa création, elle incarne un idéal de paix et de démocratie. Il
n’est pas surprenant qu’elle soit honnie par les adversaires et contempteurs de la démocratie. Que l’entreprise de démolition idéologique du pacte démocratique que constitue l’UE suive celle qui a contribué au
délitement de son modèle social n’est pas chose fortuite. L’UE, idéologiquement agressée et sur le recu-
« deLalarelance
défense
européenne
est aussi
conditionnée
par la réduction
des différends
entre les États
membres sur
le règlement
de la question
migratoire
et la sécurisation
de la frontière
extérieure
de l’Union.
Rien n’est donc
acquis
»
A
« L’Union européenne
est attaquée de toutes
parts, à la fois comme
modèle et dans
ses intérêts. Depuis
sa création, elle incarne
un idéal de paix et
de démocratie. Il n’est pas
surprenant qu’elle soit
honnie par les adversaires
et contempteurs
de la démocratie »
loir, n’est plus en situation d’illustrer par l’exemple
l’intérêt de ses valeurs. Elle n’est pas davantage en
mesure de soutenir correctement la valeur de ses intérêts. En effet, dans un monde où les rapports de force tendent à s’exprimer de façon totalement décomplexée, où la question léninienne du « Qui tient qui ? »
retrouve toute sa pertinence, les Européens se laissent
dominer. Face à la Russie, à la Chine et même aux
États-Unis, l’UE, dans de très nombreux domaines,
est pourtant objectivement en situation de faire au
moins jeu égal. Ce qui lui manque, ce ne sont pas les
atouts, mais l’absence de définition et d’affirmation
collective de ses intérêts stratégiques.
Tous nos partenaires ont-ils le même degré
d’implication que la France ?
Les préoccupations de nos partenaires ne sont pas alignées, notamment entre les pays d’Europe orientale
obsédés par la menace russe mais qui ont été épargnés
par le terrorisme et les autres, qui redoutent les désordres en Méditerranée, les conséquences des conflits du
Moyen-Orient et des débordements migratoires. C’est
pourquoi il est important de faire converger les cultures
stratégiques comme s’y emploie l’Initiative européenne d’intervention (IEI), de se doter d’outils communs
d’analyse ainsi que d’un corps de doctrine en matière
de défense et de sécurité. Si elle souhaite rapprocher les
points de vue et convaincre, la France ne doit pas se situer en dehors de l’horizon d’attente de ses partenaires.
Le couple franco-allemand semble aussi connaître
des tensions sur le sujet…
Pour des raisons historiques et politiques, la France
et l’Allemagne ont traditionnellement des différences d’approche sur les questions militaires. Nos deux
pays ont pourtant su trouver des terrains d’entente
et de coopération. Ils ont une responsabilité historique dans la construction de la défense européenne.
Quelles sont les priorités de cette défense européenne ?
Les États européens doivent concrètement faire face
aujourd’hui à des menées hostiles, dans les dimensions spatiale, cyber, voire sous-marine, à des actions
de déstabilisation qui se situent sciemment en deçà du
seuil de déclenchement d’une riposte militaire. Il leur
faut également lutter contre le terrorisme et sécuriser
leurs frontières. Ils doivent, enfin, être en mesure
d’engager dans de bonnes conditions des capacités civiles et militaires de gestion de crise. Ils ne peuvent le
faire isolément de façon efficace et personne ne le fera
à leur place. Or, l’UE est mal préparée pour affronter
une crise majeure de sécurité sur son territoire ou à sa
périphérie. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Je
ne crois pas à la méthode des petits pas, qui nous ramène toujours aux piétinements. Mais si les défis sont
collectifs, certaines réalisations au départ ne sont possibles qu’à quelques-uns.
Que pensez-vous des déclarations d’Emmanuel
Macron et Angela Merkel sur l’armée européenne ?
La question de la défense européenne est complexe
mais ne saurait être confisquée par les experts. Le thème de l’armée européenne est une entrée en matière
qui parle à tous les citoyens et force les responsables
politiques à se positionner sur ce sujet et à clarifier leurs
intentions. De facto, il existe déjà des forces mises à la
disposition de l’UE, comme le corps européen et les bataillons tactiques, mais ils sont mal dimensionnés et
sous-employés. On ne peut pas en rester là. Cette proposition a aussi le mérite de rappeler que, sans volet
militaire, la politique européenne en faveur de l’industrie de défense, pour laquelle des financements nouveaux sont mobilisés, serait privée d’assise. ■
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
LE FIGARO. - La défense européenne est un véritable
serpent de mer, qui ressort aujourd’hui la tête
de l’eau. Pourquoi ?
Louis GAUTIER. - La construction de la défense européenne n’est pas une entreprise chimérique. Jamais,
au vu des défis de sécurité, ce projet n’a d’ailleurs revêtu une aussi impérieuse nécessité. L’annexion de la
Crimée en 2014 et la crise ukrainienne, la vague d’attentats terroristes qui ont frappé plusieurs pays européens, enfin la virulence de certaines attaques cyber
ont été des électrochocs. Alors que des conflits perdurent à la périphérie immédiate de notre continent et
que la menace terroriste persiste, les Européens sont
inquiets et s’interrogent, après plusieurs déclarations
de Donald Trump, sur les intentions américaines et les
conséquences du Brexit pour l’avenir de l’UE et de
l’Otan. La relance de la défense européenne à l’été
2017 découle de cette réévaluation des risques et
d’une conscience plus aiguë des vulnérabilités qui
fragilisent l’Europe.
RENCONTRE
A
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 103 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
NISSAN
LE NIPPON À COUTEAUX
TIRÉS AVEC SON ALLIÉ
RENAULT PAGE 24
BITCOIN
LA CRYPTOMONNAIE
EN VENTE DANS DES
BUREAUX DE TABAC PAGE 25
La Commission retoque le budget 2019 du gouvernement italien,
ouvrant la voie à une procédure pour infraction. La pression des marchés
pourrait contraindre Rome à revoir sa copie. PAGES 20 ET 21
Un allemand sauve le fabricant de tunneliers NFM
INDUSTRIE Le fabricant français de
tunneliers NFM Technologies est
sauvé. Mercredi, le tribunal de
commerce de Lyon a retenu la seule
offre de reprise - celle de Mülhauser
- à condition que la société allemande apporte d’ici une semaine
une garantie. « Pour Mülhauser,
c’est une formalité, affirme au Figaro
Luc Devaux, le directeur général de
NFM Technologies. Jeudi prochain,
ils seront aux commandes. » Concrètement, Mülhauser s’est engagé à
reprendre 80 des 130 salariés.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
INVESTISSEMENT
La France devient
de plus en plus
attractive PAGE 22
LA SÉANCE
DU MERCREDI 21 NOVEMBRE 2018
CAC 40
4975,50
+1,03%
DOW JONES (18h)
24615,87 +0,61%
ONCE D’OR
1226,10 (1223,00)
PÉTROLE (lond)
64,000 (63,320)
EUROSTOXX 50
3156,20 +1,29%
FOOTSIE
7050,23 +1,47%
NASDAQ (18h)
6615,81 +1,36%
NIKKEI
21507,54 -0,35%
Spécialisée dans la fourniture
d’équipements pour tunnelier, cette PME allemande connaît bien
NFM, dont elle est un partenaire de
longue date. Mais, pour autant, elle
n’offre pas toutes les garanties.
« L’offre n’est pas très satisfaisante
financièrement, mais il faut s’en
contenter puisque Mülhauser était le
seul repreneur », confie Luc Devaux. Remettre NFM sur les rails du
succès ne sera pas facile car l’entreprise est dans un état critique.
L’année dernière, elle a enregistré
des pertes d’une quinzaine de millions d’euros pour un chiffre d’affaires supérieur à 60 millions. Un
paradoxe alors que le marché des
tunneliers est porteur en France
avec la construction du supermétro
Grand Paris Express.
Si NFM s’est retrouvé en position
délicate, elle le doit à son propriétaire chinois, NHI, qui l’avait acheté en 2007. Cet actionnaire l’a engagé dans une course à la
croissance effrénée qui s’est soldée
par une hausse du chiffre d’affaires
échevelée passant de 90 millions
d’euros en 2011 à 165 millions en
2015. Avec à la clé un transfert
d’une partie de la production en
Chine, un plus grand recours à la
sous-traitance et des retards de livraison. En plus, en proie à des difficultés, NHI n’a plus apporté les
garanties financières exigées par les
donneurs d’ordres pour attribuer
un marché de tunnelier. Une perte
de réputation que Mülhauser devra
se dépêcher d’effacer s’il veut réusJ.-Y. G.
sir à relancer NFM.
La réduction fiscale octroyée aux entreprises faisant du mécénat a entraîné ces dernières années un lourd
manque à gagner pour les finances
publiques, sans que l’efficacité de ce
dispositif soit « évaluée », regrette la
Cour des comptes dans un rapport
révélé par Les Échos et consulté
mercredi par l’AFP.
Avec la loi Aillagon de 2003, la France
s’est dotée d’un dispositif fiscal qui
demeure « parmi les plus incitatifs sur
le plan international », rappellent les
magistrats financiers saisis par la
commission des finances de l’Assemblée nationale. Cette loi, destinée à
favoriser le financement de la culture,
permet aux entreprises de déduire
60 % de leurs dépenses en faveur du
mécénat, avec la possibilité de bénéficier d’un échelonnement de l’avantage fiscal sur cinq ans, dans une limite de 25 % du don.
Ce dispositif a « contribué à une multiplication par dix du nombre d’entreprises recourant à cet avantage fiscal », souligne la Cour. Toutefois, cela
a ainsi « contribué à une multiplication
par dix du montant de la dépense fiscale », aujourd’hui « de l’ordre de
900 millions d’euros ».
La Cour juge ce coût d’autant plus
problématique que l’État se montre
« dans l’incapacité de quantifier l’apport de son soutien, et plus largement
du mécénat des entreprises, aux différents secteurs d’activité ». Les magistrats dénoncent aussi le manque
de contrôles et de vérifications.
Autre problème : le mécénat demeure
« fortement concentré sur les très
grandes entreprises », selon les magistrats. En 2016, les 24 premiers bénéficiaires de ce dispositif représentaient ainsi 44 % du montant de la
créance fiscale.
Pour remédier à ces problèmes, les
sages de la Rue Cambon appellent
l’État à « encadrer » le régime fiscal
dérogatoire. Plusieurs scénarios sont
proposés, comme l’instauration de
« taux variables » selon le type d’organisme bénéficiaire, ou l’abaissement de 10 % ou 20 % du taux de
réduction. Les députés veulent également se pencher sur la question,
mais l’année prochaine, dans le cadre
du projet de budget pour 2020.
L'HISTOIRE
Le compteur intelligent Linky
tout proche des 15 millions de foyers
etit à petit, l’oiseau fait son nid.
Trois ans après le début
de sa campagne d’installation, le
compteur électrique intelligent
Linky a atteint sa vitesse
de croisière : chaque jour, quelque
30 000 unités supplémentaires
sont posées, de telle
sorte que 15 millions de
foyers français seront
équipés dans les tout
prochains jours. Piloté
par Enedis, la filiale
d’EDF en charge du
réseau de distribution,
le chantier respecte
les temps de passage.
Le programme doit
s’achever en 2021 :
à cette échéance,
35 millions de nouveaux
compteurs auront été
posés. Cela n’exclut pas
les réticences mais elles
sont désormais moins
bruyantes, du moins
à une échelle nationale.
Linky est accusé,
P
pêle-mêle, d’avoir des répercussions
sur la santé des consommateurs, d’altérer
le fonctionnement de certains appareils
domestiques ou encore d’enfreindre
la protection des données personnelles.
Devant cette avalanche, le réseau de
distribution est toujours resté
droit dans ses bottes,
arguant en particulier
qu’aucune communication
scientifique n’était
venue étayer le moindre
risque sanitaire.
Dans le même temps,
il a martelé les nombreux
avantages de Linky
pour un fonctionnement
plus efficace du système
électrique, en particulier
une facturation en temps
réel et la possibilité
d’effectuer des
interventions à distance.
Certes, la partie
n’est pas gagnée mais
Enedis a les choses
en main. ■
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
Samedi 1er et dimanche 2 décembre 2018
Pavillon Ledoyen, 8 avenue Dutuit, Paris 8
Inscription sur www.barnes-lps.com
A
LEIGH PRATHER/ADOBESTOCK, RENAULT/PHOTONONSTOP, KYODO/MAXPPP, ANDBZ/ABACA
Le bras de fer entre Rome
et Bruxelles se durcit
LE MÉCÉNAT
ÉPINGLÉ
PAR LA COUR
DES COMPTES
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
La Commission retoque le budget italien
Bruxelles ouvre la voie d’une procédure disciplinaire. En cause : un déficit excessif qui ne réduira pas la dette
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
Pierre Moscovici,
commissaire
européen
aux Affaires
économiques.
MATTHIEU RONDEL/
HANSLUCAS
EUROPE Bruxelles parviendra-t-il
à faire entendre raison à Rome ? À
ce stade, c’est peu probable. Mais la
pression sur la troisième économie
de la zone euro est à son maximum.
Après plusieurs - vaines – mises en
garde ces dernières années sur le
niveau de sa dette, la Commission
européenne s’est engagée mercredi
dans la voie d’une procédure disciplinaire contre l’Italie. « L’ouverture d’une procédure de déficit excessif
fondée sur la dette est justifiée », a
annoncé le vice-président de la
Commission, Valdis Dombrovskis,
confirmant « l’existence d’un manquement particulièrement grave à la
recommandation » déjà formulée en
octobre et aboutissant au rejet du
budget italien.
En cause, le projet de budget pour
2019 de la coalition italienne qui,
selon Rome, creuserait le déficit à
2,4 % de PIB au lieu des 0,8 % initialement promis. La Commission estime que le ralentissement de la
croissance italienne (à 1,2 % seulement en 2019 selon ses estimations
contre + 1,5 % pour le gouvernement italien) et l’augmentation du
coût de la dette porteraient même le
déficit à 2,9 % dès l’an prochain et à
3,1 % en 2020. Par ricochet, la
hausse du déficit structurel - hors
éléments conjoncturels -, + 1,2 % en
2019, ne ferait pas reculer le niveau
d’endettement public colossal de
l’Italie, le deuxième de la zone euro
après la Grèce qui, elle, a eu droit
mercredi à des encouragements
appuyés de la Commission.
Selon les estimations de Bruxelles, la dette italienne resterait ainsi
« stable autour de 131 % de PIB entre
2018 et jusqu’à 2020 ». « Dans une
situation d’endettement très élevé,
l’Italie prévoit essentiellement d’importants emprunts supplémentaires
au lieu de la prudence budgétaire requise, a argumenté Dombrovs-
kis […]. Dans ce que le gouvernement
italien a mis sur la table, nous voyons
un risque que le pays avance les yeux
fermés vers l’instabilité », a-t-il mis
en garde. Bref, tous les clignotants
économiques italiens sont au rouge
à Bruxelles.
Campagne des élections
européennes
La Commission a donc franchi le
pas, sans redouter de donner du
grain à moudre à la coalition populiste italienne qui vante depuis des
semaines « le budget du peuple ».
« Là, vraiment, la Commission n’a
pas le choix, estime un diplomate
européen. Sauf à dire que l’on n’applique pas les règles. » Ce qui aurait
immédiatement provoqué une levée de boucliers parmi les États
membres respectueux du pacte de
stabilité. L’Allemagne en tête.
Reste que la Commission s’engage là dans une procédure très longue. Car il faudrait attendre l’Ecofin
du 22 janvier, voire celui du 12 fé-
vrier 2019, pour la voir lancée effectivement. Et l’Italie aurait alors
trois ou six mois - donc après les
élections européennes - pour commencer à mettre en œuvre les mesures correctrices permettant de
réduire le niveau de la dette, selon
une trajectoire négociée entre
Bruxelles et Rome. Une trajectoire
qui, selon les textes, pourrait lui
imposer de diminuer le ratio de sa
dette rapportée au PIB de 1/20 par
an. Avec tous les risques récessifs
que cela comporte. Plus encore en
période de ralentissement économique. « Faire revenir une dette
dans les clous est bien plus exigeant
que de s’attaquer à un déficit. Cela
demande des réformes structurelles
assez profondes », analyse une
source européenne.
Autant dire que la procédure risque d’animer, au printemps, la
campagne des européennes de
l’autre côté des Alpes. « La seule
chose qui intéresse Matteo Salvini,
c’est de faire un score supérieur à ce-
Des indicateurs qui traduisent la fragilité de l'économie italienne
Prévisions …
… du gouvernement italien
… de la Commission européenne
… de l'OCDE
CROISSANCE
DÉFICIT
DETTE
En % du PIB
En % du PIB
En % du PIB
PIB / habitant en euros
131,6 131,4
131,2 131,1
38 000
2,9
1,6
1,5
1,1
1,1
2,6
2,5
1,2
RICHESSE
131
2,4 2,5
2,4
France
34 000
1,9
32 000 31 700
0,9
0,9
Allemagne
36 000
30 000
31 000
Italie
28 000
26 000 27 600
24 000
2015 2016
2017 2018
2019
2015 2016
2017 2018
2019
2015 2016 2017 2018 2019
2008 09
10
11
12
Sources : Commission européenne, octobre 2018, Eurostat
Rome plus sensible aux taux d’intérêt de la dette qu’aux injonctions
VALÉRIE SEGOND
£@ValSegond
ROME
Ces derniers jours, le ministre italien des Finances,
Giovanni
Tria,
confiait volontiers à ses
amis qu’il ne craignait pas la
procédure d’infraction de
Bruxelles. « Le budget ne
changera pas », disait-il encore lundi 19 novembre, « car
c’est la réponse nationale à des
problèmes qui ne sont pas abordés au niveau européen », à savoir le ralentissement de l’économie. En revanche, la hausse
des taux d’intérêt l’inquiète
davantage. Si l’Europe n’est pas
encore parvenue à faire changer
d’avis le gouvernement italien
sur le budget 2019, les
marchés, eux,
y parviendront-ils ?
En tout cas, la pression est montée d’un cran. Dans les trois derniers jours, l’écart de taux entre les
bons du Trésor italien et le Bund allemand de référence, de 130 points
début 2018, et qui s’était maintenu
vers 300 points depuis début novembre, s’est brutalement tendu à
337 points la veille du verdict européen, pour retomber hier à 309
points. « Bien sûr, cela me préoccupe », lâchait mardi Giovanni Tria.
D’autant qu’au même moment
l’émission d’obligations conçue
pour solliciter l’épargne italienne a
reçu quatre fois moins de demandes
des investisseurs individuels que
d’ordinaire. Les Italiens ne semblent donc pas prêts à casser leur tirelire et à se substituer aux marchés
financiers pour financer la dette.
Giovanni Tria sait combien la
hausse des taux a un effet direct sur
une économie très endettée, à commencer par l’État. Avec une dette publique équivalente à celle de la France, de 2 263 milliards d’euros à fin
2017, soit 131,2 % du PIB, l’Italie a des
charges d’intérêts extrêmement
lourdes. Selon Mauro Pisu, économiste en charge de l’Italie à l’OCDE,
elles passeront de 65 milliards en 2018
à 72 milliards en 2020. Soit l’équivalent du budget de l’éducation. Elles
absorbent 3,7 % du PIB, près de deux
“
Le budget ne
changera pas car c’est
la réponse nationale
à des problèmes
qui ne sont pas abordés
au niveau européen
”
LE MINISTRE ITALIEN DES FINANCES,
GIOVANNI TRIA
fois plus que dans la zone euro, et jusqu’à 4 % en 2020. Toute tension sur
les taux lui coûte très cher : « Un élargissement de 100 points sur les bons à
dix ans coûtera 0,13 % du PIB en plus à
l’Italie en 2019, et 0,27 % en 2020 », a
calculé Mauro Pisu.
Les faiblesses françaises pointées du doigt
A
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
À côté de l’Italie, la France passerait presque pour un élève modèle
à Bruxelles. Paris héberge en effet
l’un des gouvernements les plus
proeuropéens de l’Union et répète,
à l’envi, son désir de respecter les
traités. Malgré toute cette bonne
volonté, les chiffres sont têtus. Et
le budget 2019 hexagonal est loin
de rentrer dans les clous du cadre
fixé par l’Union européenne. « La
Commission estime que le projet de
budget 2019 français est en risque
de non-conformité avec les dispositions du Pacte de croissance et de
stabilité », notent ainsi les technos
de la Commission dans le cadre de
leur procédure annuelle d’examen
des budgets des États membres.
Plusieurs points faibles sont
pointés. Bruxelles s’inquiète
d’abord, et comme chaque année, du flou de l’exécutif français
sur son plan d’économies. Les
hauts fonctionnaires européens
s’étonnent ainsi des inconnues
qui perdurent autour du programme de réforme de l’État
baptisé Action publique 2022,
mais aussi de la réforme des retraites. « Malgré quelques annonces, le projet de budget ne présente
pas de propositions concrètes »,
regrettent les auteurs.
Réduire la dette
La Commission souligne encore
que la copie française est faible sur
le volet de la réduction du déficit
structurel, le solde des finances publiques hors impact de la conjoncture. Les règles européennes prévoient en effet qu’une fois sortis de
la procédure pour déficit excessif,
les États membres réalisent un ef-
fort d’économies structurelles de
0,6 point de PIB par an. Avec un effort nul en 2018 et de 0,5 point en
2019, selon les calculs bruxellois, la
France est loin du compte.
Le niveau très élevé de la dette
tricolore, qui a atteint 98,5 % du
PIB fin 2017, est encore pointé du
doigt. Bruxelles suggère à Paris de
mettre à profit tous les éventuelles
nouvelles marges de manœuvre
pour réduire sa dette. Malgré ces
faiblesses, Pierre Moscovici, le
commissaire européen aux Affaires
économiques et ex-ministre français des Finances sous François
Hollande, a conservé un ton conciliant. « La France a fait beaucoup de
chemin pour améliorer ses finances
publiques », a-t-il souligné, non
sans suggérer à Paris de poursuivre
dans cette voie pour affronter deux
grands défis : le chômage de masse
et l’endettement. ■
Or, en 2019, l’Italie va devoir lever près de 400 milliards d’euros
sur les marchés : « Jouer avec l’économie italienne revient à transformer
chaque enchère en roulette russe »,
résume le gouverneur de la Banque
d’Italie, Ignazio Visco.
Cette hausse des taux se révèle
particulièrement dangereuse car,
en l’absence d’une croissance soutenue, elle enferme l’Italie dans le
cercle vicieux de la dette publique.
Le bureau parlementaire, l’UPB, a
calculé que l’essentiel de la hausse
de la dette entre 2010 et 2017 était
dû à la charge de la dette, plus encore qu’à la faible croissance de
l’économie. « Avec une croissance
structurellement et durablement faible en raison de gains de productivité
à l’arrêt depuis vingt ans, il est quasi
impossible de réduire le poids de la
dette, précise l’économiste de
l’OCDE. La réponse du gouvernement italien, consistant à vouloir
soutenir l’activité à court terme ne
permet pas d’y remédier. Seule une
politique de croissance à long terme
par des réformes structurelles peut y
contribuer. »
La hausse des taux pèsera également sur les banques italiennes,
qui, voyant le coût de leur refinancement augmenter (le coût des
obligations bancaires a plus que
doublé en cinq mois) vont tôt ou
tard relever les taux sur les prêts et
resserrer le crédit, a annoncé Ignazio Visco. Si cet effet-là n’est pas
encore visible, la baisse des bons du
Trésor italien a d’ores et déjà impacté le bilan des banques italiennes
qui en détiennent 10 %. En Bourse,
elles ont perdu plus de 35 % de leur
valeur depuis mai. Et le 14 novembre, elles ont dû mettre ensemble
320 millions d’euros sur la table
pour recapitaliser dans l’urgence la
petite banque de Gênes, Carige.
L’effet sur l’activité sera direct.
L’OCDE a réduit ses prévisions de
croissance sur l’Italie, à 0,9 % l’année prochaine, et autant en 2020,
estimant elle aussi que la hausse des
La croissance de la zone euro
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyvialle
Deux mois à peine après son dernier
panorama conjoncturel, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE)
abaisse à nouveau ses prévisions pour
la croissance mondiale, qui est déjà
en phase de ralentissement. « Nous
ne parlons plus d’un plateau, mais
d’un pic de la croissance », précise sa
chef économiste, Laurence Boone.
La zone euro n’est pas épargnée.
L’OCDE, qui tablait en mai sur une
hausse de PIB de 2,1 %, puis de 1,9 %
en septembre, anticipe désormais
1,8 % en 2019 et 1,6 % en 2020, selon
ses premières projections. En cause,
le brutal coup d’arrêt de la locomotive allemande. L’Allemagne a enregistré une baisse de l’activité entre juillet et septembre après seize
trimestres consécutifs dans le vert.
Certes, sous l’effet conjoncturel
d’une baisse de régime du secteur
automobile liée à l’entrée en vigueur de normes environnementales. Mais le signal est négatif. Résultat, l’Allemagne enregistre l’une
des révisions à la baisse les plus fortes : le chiffre pour 2019 est passé de
2,1 % en mai à 1,6 %. Situation inhabituelle, la performance prévue
pour 2020 est même inférieure à
celle de la France : 1,4 % contre
1,5 %. La force de l’économie outreRhin, qui s’appuie sur la demande
extérieure, subit les tensions commerciales marquées par le bras de
fer entre Washington et Pékin.
Laurence Boone met en avant la
décélération du commerce mondial, en pointant le recul des commandes à l’export - nettement plus
marqué pour les industriels allemands - et la baisse du trafic maritime, qui couvre 80 % des flux
13
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
Matteo Salvini,
vice-président
du Conseil italien.
NARDONE/ZUMA PRESS/MAXPPP
colossale du pays.
21
Les très petites entreprises peinent
à intégrer les personnes handicapées
514 000
personnes
en situation
de handicap
sont inscrites
à Pôle emploi
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
SOCIAL Alors que 514 000 personnes en situation de handicap sont
inscrites à Pôle emploi, recruter
l’une d’entre elles est toujours
perçu comme difficile par les patrons. Ce sentiment est partagé
par 63 % des dirigeants, selon le
baromètre réalisé par l’Ifop pour
l’Agefiph, l’organisme chargé de
gérer le fonds de développement
pour l’insertion professionnelle
des personnes handicapées.
Preuve cependant de l’évolution des mentalités, cette part
tombe à 54 % chez les chefs d’entreprise de plus de 20 salariés, soit
une baisse de 14 points en dix ans.
Les patrons de PME sont même
38 % à juger qu’embaucher un
handicapé représente une opportunité de s’ouvrir à de nouveaux
profils. De même, ils ne sont que
7 % à estimer qu’un handicapé représente une charge supplémentaire dans l’organisation de l’entreprise, contre 27 % de tous les
patrons sondés. Quant au fait
qu’intégrer un handicapé représenterait une contrainte budgétaire, c’est l’avis de seulement 13 %
des dirigeants.
Étendre l’obligation
C’est sans surprise dans les très petites entreprises que l’insertion des
personnes handicapées est la
moins aisée. « Pourtant, 50 % de
nos aides et de nos placements vont
vers des entreprises de moins de
20 salariés », pointe Didier Eyssartier, directeur général de l’Agefiph.
Si sa présidente, Malika Bouchehioua, plaide pour étendre
aux TPE l’obligation d’embaucher
des handicapés, elle rappelle que
« la loi avenir professionnel va déjà
les contraindre à déclarer ce qu’elles font en la matière ». Encadrer
une équipe, accomplir des tâches
courantes et progresser au sein de
la hiérarchie seraient pour les dirigeants les problèmes les plus
importants rencontrés par les
handicapés.
Alors que 44 % des salariés interrogés déclarent avoir dans leur
entourage professionnel au moins
un collègue handicapé, la difficulté d’intégration varie selon la nature du handicap. Les maladies invalidantes et les problèmes
auditifs sont perçus comme les
moins difficiles à surmonter pour
les chefs d’entreprise. À l’inverse,
ceux liés à des troubles cognitifs ou
à un handicap psychique sont les
plus compliqués. Si 92 % des dirigeants reconnaissent que s’impliquer en faveur de l’emploi des
handicapés participe au développement d’une société meilleure,
seuls 61 % se déclarent au final
prêts à embaucher davantage de
personnes handicapées. ■
L’AVENIR,
C’EST VOUS
QUI SAUREZ
LE DÉCODER
39 600
34 200
28 500
16
ÉCONOMIE
Pour 63 % des dirigeants français, l’embauche d’un collaborateur
en situation de handicap reste difficile.
lui de Luigi Di Maio et inversement »,
soupire une source européenne.
Comme il le répète depuis des mois,
Pierre Moscovici a une nouvelle fois
appelé au dialogue. Ce « n’est pas
une option, mais un impératif absolu », a insisté le commissaire européen aux Affaires économiques, rappelant que la
procédure n’est pas formellement ouverte. Le
président de la Commission, Jean-Claude
Juncker, doit dîner samedi soir à Bruxelles
avec le chef du gouvernement italien,
Giuseppe
Conte.
« Nous
sommes
toujours convaincus
(du bien-fondé) de
notre loi de finances », a encore
affirmé mercredi le chef du
gouvernement
italien. ■
15
jeudi 22 novembre 2018
2017
Infographie
de l’Europe
taux annulera l’effet expansionniste du budget.
C’est par le crédit que l’électeur
italien se voit aujourd’hui touché
par l’envolée du spread. Dans le
nord de l’Italie, le fief de Matteo
Salvini, vice-président du Conseil
italien, ses électeurs, petits et
grands entrepreneurs, s’alarment
de la hausse du coût du crédit. Le
conflit avec l’Europe ne leur plaît
guère. Aussi, si d’un côté Matteo
Salvini continue à fanfaronner face
à l’Europe, de l’autre, suivant en
temps réel l’évolution du spread, il
s’inquiète. La veille du verdict, il se
serait dit prêt à réduire le nombre
de bénéficiaires du revenu de citoyenneté et du départ anticipé à la
retraite, rapporte La Stampa. Si
Luigi Di Maio, leader M5S, co-viceprésident, se dit toujours opposé à
modifier ses deux réformes phares,
il reste des semaines de discussion
autour du budget avant qu’il ne soit
approuvé par les deux Chambres, le
31 décembre. ■
Notre programme ITSchool
permet la reconversion
de demandeurs d’emploi
vers le coding.
UNE LONGUE
PROCÉDURE
21 NOVEMBRE
commerciaux. La croissance du
nombre de containers a été divisée
par trois par rapport à l’année dernière, illustre la chef économiste.
Plus de coopération
Si la guerre commerciale inquiète,
car ses effets se ressentent déjà sur
la confiance et l’investissement,
l’OCDE alerte aussi sur une accumulation de risques : accélération
du resserrement des politiques monétaires, niveau élevé des dettes,
hausse des prix du pétrole, déséquilibres de l’économie chinoise, risques politiques… Une escalade qui
appelle à « plus de coopération internationale », plaide le secrétaire général, Angel Gurria. Cela passe, en
Europe, par des réformes structurelles et un renforcement de la zone
euro. Avec deux priorités : l’union
bancaire et une « capacité budgétaire » commune. ■
La Commission confirme le
rejet du budget italien, ce qui
ouvre la voie au lancement
de la procédure d’infraction.
5 DÉCEMBRE
Le comité économique
et financier du Conseil
rend un avis sur le rapport
de la Commission portant
sur la dette de l’Italie.
31 DÉCEMBRE
La proposition d’infraction
ne pourra avoir lieu qu’après
approbation, en Italie, du
projet de budget (au plus
tard le 31 décembre 2018)
par la Chambre et le Sénat.
12 FÉVRIER
Lors de l’Ecofin de fin janvier
ou courant février
(au plus tard), les États
membres décident
de lancer la procédure.
Coding = codage.
Société Générale, S.A. au capital de 1 009 897 173,75 € – 552 120 222 RCS PARIS – Siège social : 29, bd Haussmann, 75009 PARIS.
Crédit photo : Tom Craig – Novembre 2018.
A
revue en baisse
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
La France n’a
jamais eu une
si bonne image
à l’étranger
L’impatience des investisseurs
internationaux quant à la poursuite
des réformes est plus forte qu’avant.
MARIE VISOT £@MarieVisot
ATTRACTIVITÉ C’est unanime : la
France a retrouvé de l’attractivité
aux yeux des investisseurs étrangers. Dix-huit mois après l’élection
d’Emmanuel Macron, l’Hexagone
est vu comme un territoire accueillant et ouvert. Il est même sur
le point d’être « the place to be ».
Cette expression, c’est celle de
plusieurs centaines de dirigeants de
filiales françaises d’entreprises internationales, qui signent ce jeudi
un manifeste à l’occasion des États
de la France. Cet événement, qui les
réunit tous à la Sorbonne, est l’occasion de faire le point sur la manière dont la France est vue à
l’étranger, mais aussi de passer des
messages aux quatre ministres
présents pour renforcer encore
l’attractivité du pays.
En plus de leur expérience, ils se
fonderont sur les résultats d’une
étude Ipsos, présentée à cette occasion. Rappelant que l’image de la
France a connu « un véritable tournant » dans la foulée de l’élection
d’Emmanuel Macron, le sondage
indique que cette dynamique positive s’est amplifiée au cours de l’année écoulée. Alors qu’en 2016 seuls
27 % des patrons de filiales estimaient que leurs sièges mondiaux
avaient une bonne image de la
France, ils étaient 44 % dans ce cas
en 2017 et sont désormais majoritaires, à 67 %. « L’amélioration s’en-
racine », commente Brice Teinturier, directeur général d’Ipsos.
Une autre étude de Kantar, menée auprès des patrons étrangers et
publiée par l’agence publique Business France, montre même que
l’Hexagone est attractif pour 88 %
d’entre eux (+ 14 points par rapport
à 2016). « Depuis un an, lors des
conseils d’administration, on ne se
penche plus spécifiquement sur le cas
de la France comme un problème, et
je vous assure que c’est plus agréable ! » note Guillaume Alvarez, viceprésident Europe-Moyen-OrientAfrique de Steelcase, une entreprise
américaine spécialisée dans le mobilier de bureau et l’aménagement
“
Le 22 janvier 2018, Emmanuel Macron recevait 140 dirigeants d’entreprises étrangères, au château de Versailles, à l’occasion d’un sommet
sur l’attractivité de la France. THIBAULT CAMUS/AFP
85%
des patrons de filiales
françaises de groupes
étrangers jugent que
l’image de l’Hexagone
s’est améliorée
auprès de leur siège
”
d’espaces de travail. « Avant l’arrivée de Macron, nous étions vraiment
un mouton noir », abonde Olivier
Marchal, président France de
l’américain Bain & Company.
Les réformes de ces dernières
années ont évidemment eu un réel
impact sur l’image du pays au-delà
de nos frontières. La réduction du
taux d’impôt sur les sociétés
est plébiscitée à 95 %, la suppression (à venir dans la loi Pacte) du
forfait social à 85 %, la réforme de la
formation professionnelle à 82 %,
selon Ipsos.
les colles et adhésifs, l’illustre : en
juillet dernier, Henkel a racheté
l’entreprise Darex, dont une partie
de l’outil de production est en
France, alors que « quelques années
auparavant, une opportunité similaire s’était présentée mais n’avait
pas abouti parce que c’était la
France ».
Tout n’est pas réglé pour autant.
« Il y a encore un petit décalage entre
PASCAL CAGNI
AMBASSADEUR DÉLÉGUÉ AUX INVESTISSEMENTS INTERNATIONAUX,
PRÉSIDENT DE BUSINESS FRANCE
L’Hexagone a engagé un travail de fond
pour se remettre en cause »
Il faut avoir la vision
d’un coureur de fond
JEAN-PIERRE LETARTRE, PRÉSIDENT D’EY
FRANCE ET CEO D’EY WESTERN EUROPE
Ces chiffres ne semblent pas être
uniquement de la bienveillance. Ils
commencent à se traduire dans
l’économie : 18 % des dirigeants interrogés indiquent que les réformes
ont déjà incité leur entreprise à réaliser de nouveaux investissements.
Amélie Vidal-Simi, présidente de la
filiale française de Henkel, entreprise allemande spécialisée dans les
détergents, l’entretien domestique,
Vous parcourez le monde
à la rencontre des
investisseurs étrangers.
Quel est leur message ?
Ils se rendent bien compte que
la France, indépendamment des
couleurs politiques, a engagé
depuis quelques années un travail de fond pour se remettre
en cause, en faisant des réformes. L’attractivité de l’Hexagone est aujourd’hui extrêmement haute pour un pays qui,
rappelons-le, vivait il y a encore
peu de temps sur la réputation
des 35 heures et la taxe sur les
hauts revenus à 75 %. Je ne dis
pas qu’il n’y a pas encore une
bataille à mener sur les idées
reçues, mais des investisseurs
qui n’auraient jamais mis les
pieds en France il y a quelques
années sont aujourd’hui en train
de s’implanter.
L’élection d’Emmanuel
Macron n’y est pas pour rien…
L’élection d’Emmanuel Macron
a évidemment été positive. Les
réformes qu’il a immédiatement
engagées aussi. Nous sommes
aujourd’hui une économie
ouverte et accueillante, à la
pointe de l’innovation, qui a
connu un déclic entrepreneurial
et en pleine reconquête industrielle. En Europe, la France
est en outre un océan de stabilité, entre les nationalismes, le
Brexit et les pays qui ont de
vrais problèmes de croissance.
Le Brexit justement.
Tourne-t-il à notre avantage
face à l’Allemagne ?
Si on met dans la balance le
coût du travail, le coût et la disponibilité de l’immobilier, le coût
de la santé, de l’école, nous
devenons ultraconcurrentiels
pour les sociétés qui veulent se
localiser en dehors du Royaume-Uni. Sans compter la qualité
de vie : Paris compte 132 théâtres, Francfort 13…
PROPOS RECUEILLIS PAR M. VT.
l’opinion et le passage à l’acte, estime Jean-Pierre Letartre, président d’EY France. Les choses ne
changent pas en quelques semaines
ou même quelques mois. Il faut avoir
la vision d’un coureur de fond. » Pour
gagner, il va falloir ne pas lever le
pied sur les efforts. Le sondage
montre que les investisseurs sont
impatients, plus encore que l’an
dernier. Ils estiment à 64 % que les
réformes ne vont pas assez vite et
sont à peine moins nombreux à estimer qu’il faut aller plus loin sur la
poursuite de la réduction du coût du
travail, du déverrouillage du
marché du travail, du renforcement
de la compétitivité fiscale. « Il faut
faire mieux qu’avant, mais aussi
mieux qu’ailleurs », note Denis
Zervudacki, fondateur des États de
la France.
Et puis, il y a ces images qui font
toujours du mal à l’image du pays,
comme celles, en ce moment, des
« gilets jaunes ». « Le siège m’a directement posé des questions sur ce
mouvement la semaine dernière »,
indique Amélie Vidal-Simi. « J’ai
des camions qui sont bloqués par des
barrages à la frontière espagnole, il
ne faudrait pas que cela dure trop
longtemps », note pour sa part
Guillaume Alvarez. Mais tous sont
d’accord : ce qui ferait le plus de
mal, ce serait que le gouvernement
cède au mouvement et ne continue
pas à dérouler le programme présenté par Emmanuel Macron pendant sa campagne. ■
EN BREF
Korian incite les seniors à opter pour la colocation
Le gestionnaire d’Ehpad, fort du rachat d’Ages & Vie, se donne six ans pour passer
de 50 à 250 programmes. Il anticipe l’explosion du nombre de personnes âgées dépendantes.
KEREN LENTSCHNER
klentschner@lefigaro.fr
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
À GRANDFONTAINE (DOUBS)
La maison Ages & Vie
de Grandfontaine, près
de Besançon, accueille
sept personnes âgées
dépendantes vivant
en colocation et aidées
par trois auxiliaires
de vie.
A
FRANCK HAKMOUN/KORIAN
SANTÉ Il est midi, le séjour se remplit de locataires. Patricia, l’auxiliaire de vie, s’active aux fourneaux,
mettant la dernière main à son
gratin dauphinois. Comme d’habitude, Jean, boucher à la retraite, a
dressé la table. La bonne humeur
est de mise. Une scène de vie ordinaire dans cette maison Ages & Vie
située dans un lotissement de la
commune de Grandfontaine, près
de Besançon.
Depuis près de trois ans, elle
accueille sept personnes âgées dépendantes qui vivent en colocation.
Elles ont dû quitter leur domicile
après une chute, une maladie ou par
peur de se retrouver seules. La plupart viennent de la commune ou
des environs, ce qui leur permet de
garder leurs repères. « Je pensais
qu’elle serait perdue au milieu des
autres patients dans une maison de
retraite, explique Nathalie, dont la
mère, France, 78 ans, est atteinte
d’une maladie neurologique. Ici,
c’est comme à la maison mais en
mieux car elle n’est pas seule entre
les repas et l’espace est adapté. »
Nouveaux concepts
Chaque résident dispose d’une
chambre, de sa salle de bains et
d’un accès au jardin. Les trois auxiliaires, dont deux vivent à l’étage,
certaines avec leur conjoint, aident
ceux qui en ont besoin à se laver, à
s’habiller ou à se mettre au lit.
« Elles connaissent bien nos petites
habitudes », raconte Paulette,
85 ans. Si le médecin, le kiné ou
l’infirmière viennent régulièrement, il n’y a pas de blouse blanche
à demeure. Les locataires partagent
une salle commune de 80 m2 où ils
prennent leurs repas et participent
aux animations proposées : gym
douce, console Wii, messe ou manucure. Le samedi soir, on se retrouve parfois pour l’apéro avec les
proches. Francis, qui conduit encore, rapporte une bouteille de
blanc.
Créée il y a dix ans, l’entreprise
Ages & Vie a été rachetée il y a un an
par Korian, l’un des leaders français
- avec Orpea - de la prise en charge
des personnes âgées (3,1 milliards
d’euros de chiffre d’affaires). La co-
location vient ainsi compléter sa
palette d’offres : cliniques, Ehpad,
services à domicile, résidences
service. « Nous avons inscrit au
cœur de notre projet stratégique la
nécessité de créer de nouvelles sortes
d’hébergement, plus inclusives, pour
répondre à la problématique de la
perte d’autonomie des personnes
âgées, explique Charles-Antoine
Pinel, directeur général France du
pôle Séniors de Korian. Ages & Vie
peut être un relais de croissance significatif pour Korian. »
Le groupe compte déployer à
grande échelle ce concept, jusquelà cantonné à la Franche-Comté et à
la Bourgogne. Il veut passer de 50 à
250 programmes (4 000 résidents)
d’ici à six ans. Cinquante projets
devraient voir le jour l’an prochain.
Le modèle pourrait aussi être décliné dans les autres marchés de Korian (Belgique, Italie, Allemagne).
Face à l’ampleur des besoins,
l’engouement des communes ne se
dément pas. D’autant qu’Ages & Vie
joue aussi les aménageurs. Il propose
un projet clefs en main en échange
d’un foncier bradé. Le modèle est
tendu : il ne faut pas dépasser un
reste à charge de 1 500 euros pour les
locataires (contre 2 000 euros en
moyenne pour un Ehpad).
Les besoins sont immenses. D’ici
à 2040, papy-boom oblige, le nombre de personnes âgées dépendantes
va passer de 1,4 à 2 millions. Si l’espérance de vie augmente, une personne sur cinq sera touchée par une
maladie chronique en 2025 (contre
15 % aujourd’hui). Ce qui pose la
question de la prise en charge. Le
coût de l’accompagnement de la
dépendance est estimé aujourd’hui
à 30 milliards d’euros. Un montant
qui devrait quasiment doubler d’ici
à 2060. Aujourd’hui, plus d’une
personne âgée dépendante sur deux
reste à domicile. En 2030, elles seront 62 %, les Français étant particulièrement enclins à quitter leur
domicile le plus tard possible. En
outre, il se construit de moins en
moins d’Ehpad (7 400 structures en
France). « Leur fonction va évoluer.
Ils vont prendre en charge les cas les
plus lourds », commente Nicolas
Perrette, l’un des trois cofondateurs
d’Ages & Vie.
La colocation pour seniors est devenue monnaie courante dans les
pays nordiques, très en avance dans
la gestion du troisième âge. Au
Canada, en Suisse et en Allemagne,
des expériences de colocation entre
malades d’Alzheimer se multiplient. Les opérateurs planchent
aujourd’hui sur des solutions
mixtes. Il n’est pas rare en Belgique
et en Allemagne d’avoir des maisons de retraite où une aile est
réservée à des appartements.
En Belgique, à Anvers, Korian a
créé un minivillage, Senior Plaza,
avec ses maisons de soins, des appartements en résidence-service,
un centre de bien-être aquatique
ainsi que des boutiques adaptées
aux personnes à mobilité réduite,
ouvertes aux habitants de la ville.
« Il faut pousser des solutions qui
privilégient l’habitat collectif », estime Sophie Boissard, PDG de
Korian. La chasse aux nouveaux
concepts ne fait que commencer. ■
ROUNDUP : MONSANTO
FAIT APPEL
£ Le géant agrochimique
Monsanto a entamé mardi
une procédure d’appel
de sa condamnation à payer
des millions de dollars à un
jardinier américain qui attribue
son cancer au Roundup.
Dix-huit plaintes ont par ailleurs
été déposées en Bretagne
pour « mise en danger de la vie
d’autrui » par des militants
exposés au glyphosate,
composant du Roundup.
LIVRET A : MAUVAISE
COLLECTE EN OCTOBRE
£ Le mois d’octobre a été
marqué par une accélération
de la décollecte sur le livret A,
les retraits dépassant les dépôts
de deux milliards d’euros.
Cette décollecte, courante
en octobre, mois d’échéances
fiscales, dépasse toutefois celle
d’octobre 2017, où les retraits
n’avaient excédé les dépôts
que de 1,6 milliard.
CADDIE RACHETÉ PAR
LE POLONAIS DAMIX
£ Le fabricant polonais de
chariots et mobilier de magasin
Damix a finalisé le 15 novembre
son entrée au capital
du français Caddie, à hauteur
de 70 %. Cette prise de
participation de Damix s’élève
à environ 10 millions d’euros.
» Meitu, le géant chinois
qui transforme les selfies
de ses utilisateurs en milliards
de dollars
www.lefigaro.fr/economie
+
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
ENTREPRISES
23
Ikea supprime 7 500 emplois dans le monde
Pour la première fois de son histoire,
le géant suédois du meuble doit
adapter son modèle de façon radicale.
DISTRIBUTION Le colosse est-il
en train de vaciller ? Malgré une
augmentation de ses ventes mondiales de 4,7 % en 2018, à
34,8 milliards d’euros dans le
monde, Ikea a annoncé la mise en
place d’un large plan de transformation visant à « développer ses
formats de centre-ville et se
concentrer sur sa plateforme de ecommerce ». Le rouleau compresseur de la distribution de meubles,
qui a envahi la planète avec ses
grandes boîtes bleu et jaune, installées en périphérie des grandes
villes, prévoit la suppression de
7 500 postes dans le monde, soit
5 % de ses effectifs, d’ici à 2020.
Essentiellement dans les services
administratifs.
Le plan prévoit en parallèle le
recrutement de 11 500 personnes,
pour ses 30 ouvertures de magasins et pour développer sa présence en digital. « Nous reconnaissons
que le paysage de la distribution est
en profonde mutation, à une échelle
et un rythme que nous n’avions jamais vu avant. Nous investissons
pour répondre aux attentes
consommateur et réinventer notre
modèle », a indiqué dans un communiqué Jesper Brodin, le PDG
d’Ingka Group, le holding d’Ikea
qui exploite 367 magasins dans 30
pays.
La France ne sera pas épargnée
par les mesures. Mercredi, les re-
LEADER MONDIAL
DE LA DISTRIBUTION
DE MEUBLES
présentants du personnel ont été
informés des projets du holding,
sans qu’aucune mesure précise ni
calendrier ne soient encore évoqués. Sur le dernier exercice, clos
en août 2018, la filiale hexagonale
d’Ikea a vu son chiffre d’affaires
progresser de 3 % à 2,83 milliards d’euros. L’entreprise exploite
33 magasins et emploie 10 184 salariés.
34,8
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
sur l’exercice clos
en août 2018.
367
Essoufflement du modèle
Le groupe suédois qui fêtait le mois
dernier ses 60 ans a basé sa réussite sur ses mégamagasins de périphérie, dans lesquels les consommateurs doivent suivre un long
parcours imposé, les poussant à
des achats d’impulsion. Mais il a
tardé à prendre le virage Internet.
Il estime que ses magasins physiques ont accueilli 838 millions de
visiteurs l’an dernier, tandis que
les sites Web de ses filiales, dont le
trafic a augmenté de 10 % en un
an, ont touché 2,4 milliards de visiteurs uniques.
Mais le panier moyen sur Internet n’est pas le même. « Ikea, c’est
le magasin où l’on va pour acheter
une étagère et dont on revient avec
un chariot rempli. Sur Internet, ces
achats coup de cœur sont moins faciles à déclencher », rappelle un fin
connaisseur.
En France, comme ailleurs, le
modèle a entamé sa mue. Parmi
les trois ouvertures annoncées
dans l’Hexagone (Paris, Nice et
Lyon), celle très attendue du premier Ikea français de centre-ville,
Redressé, Generali
est prêt à accélérer
magasins dans le monde
LODI FRANCK/SIPA
employés
prévu dans le quartier parisien de
la Madeleine, doit intervenir au 1er
semestre 2019. En parallèle, l’entreprise compte accélérer le développement de ses ventes en ligne.
D’une part en proposant, enfin,
sur le site l’ensemble de son assortiment. Et d’autre part, en dé-
MILAN
ASSURANCES Generali veut passer la vitesse supérieure. Le premier
assureur italien a réussi à se redresser ces dernières années, grâce à la
cession d’actifs non stratégiques et
à un recentrage sur des produits légers en capitaux (protection, santé…). « Nous pouvons désormais
nous focaliser sur la croissance », assure Philippe Donnet, le PDG de
Generali, qui présentait mercredi sa
feuille de route pour 2019-2020 au
pied de sa tour flambant neuve.
Pour grossir, le troisième assureur européen derrière Allianz et
Axa mise notamment sur le Vieux
Continent. Il veut consolider ses
positions de leader en Italie et en
Allemagne, son deuxième marché,
et se renforcer en France, où les réseaux de distribution seront élargis. « Nous espérons porter à 10 %
notre part de marché dans les assurances des professionnels et des PME
et tirer parti des réformes de l’épargne inscrites dans le projet de loi
Pacte », explique Jean-Laurent
Granier, PDG de Generali France,
dont le plan stratégique « Excellence 2022 », mis en place à la fin
de l’année dernière, commence à
porter ses fruits.
Le groupe veut aussi développer
Europ Assistance, dont le chiffre
d’affaires devrait atteindre 2,1 milliards d’euros au niveau mondial en
2021 (1,3 milliard d’euros en 2014).
Generali, qui compte 57 millions de
clients dans le monde, veut en parallèle faire de l’Asie et de l’Amérique latine un nouveau relais de
croissance (15 à 25 % de croissance
des résultats attendus).
Le groupe a surtout de grandes
ambitions dans la gestion d’actifs et
veut développer sa plateforme
mondiale. « Nous voulons porter à
ployant son service « Cliquez &
Emportez ». Pour y parvenir, Ikea
compte avoir 100 points de retrait
de grands colis chez des partenaires, un réseau de 7 000 points relais pour ses petits paquets et tester des casiers XXL ouverts
24/24 h dans ses magasins.
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35 % la part des encours gérés pour
compte de tiers dans le chiffre d’affaires », précise Philippe Donnet, à
la tête du groupe depuis 2016. Cette
part s’élève aujourd’hui à 6 %.
L’assureur, qui a récemment racheté en France la société de gestion Sycomore Asset Management,
table sur une croissance des résultats de cette activité de 15 à 20 %
par an, d’ici à 2021. L’intérêt ? Les
fonds gérés par ces sociétés peuvent être logés dans les contrats
d’assurance-vie de Generali. Cette
stratégie, différente de celle d’Axa,
qui se désengage de l’assurance-vie
aux États-Unis et se renforce dans
les grands risques, pourrait aussi
passer par des opérations de croissance externe.
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Désendettement
De fait, Generali dispose d’une enveloppe de 10,5 milliards d’euros de
liquidités. Et 3 à 4 milliards d’euros
pourront être utilisés pour réaliser
des acquisitions, dans la gestion
d’actifs ou sur des marchés à fort
potentiel. Mais uniquement « si
nous trouvons les bonnes opportunités », assure Philippe Donnet. Le
solde de l’enveloppe sera utilisé
pour réduire la dette du groupe (1,5
à 2 milliards d’euros) et pour gâter
les actionnaires. Generali prévoit
de porter le taux de distribution de
ses bénéfices de 55 % à 65 % entre 2019 et 2021. Au total, les investisseurs devraient se partager 4 à
5 milliards d’euros de bénéfices.
Ces cinq dernières années, Generali
a accru son dividende, qui est passé
de 0,20 euro par action en 2012 à
0,85 euro en 2017.
En parallèle, Generali prévoit
d’investir 1 milliard d’euros dans
l’innovation et la transformation digitale du groupe. À l’issue de ce plan
triennal, Generali pense générer un
rendement de ses fonds propres supérieur à 11,5 %. ■
Une seule autre fois dans son
histoire, le colosse avait eu à traverser une telle zone de turbulences. C’était en 2009, en pleine crise économique mondiale. Le
groupe avait dû supprimer 5 000
postes. Son chiffre d’affaires a crû
de presque 50 % depuis. ■
LE BLACK FRIDAY
EST LANCÉ
L’assureur italien songe à des
acquisitions dans la gestion d’actifs.
DANIELE GUINOT £@DanieleGuinot
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Le groupe suédois, qui fêtait le mois dernier ses 60 ans, a basé sa réussite sur ses mégamagasins de périphérie.
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Phi, Xeon Inside et Intel Optane sont des marques commerciales d’Intel Corporation ou de ses iliales aux États-Unis et/ou dans d’autres pays. Les ofres sont valables
seulement les 22 et 23 Novembre 2018. **En savoir plus sur Dell.fr. Les Conditions générales de ventes et de services de Dell s’appliquent. Fonds d’écran d’illustration.
A
ANGÉLIQUE VALLEZ-D’ERCEVILLE
£@Aderceville
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Renault et Nissan à couteaux tirés
La renégociation de l’Alliance a créé des tensions, mais l’Élysée refuse de croire à un complot contre Carlos Ghosn.
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ET EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Forces
EN PRÉSENCE
■ Renault
Chiffre d’affaires :
58,8 milliards d’euros
Nombre de véhicules
produits :
3,8 millions
■ Nissan
Chiffre d’affaires :
92,1 milliards d’euros
Nombre de véhicules
produits :
5,8 millions
■ Mitsubishi
Chiffre d’affaires :
16,8 milliards d’euros
Nombre de véhicules
produits :
1,1 million
AUTOMOBILE L’arrestation de
Carlos Ghosn au Japon, lundi
19 novembre, est-elle le fruit d’un
complot, orchestré par Nissan pour
se libérer de son patron en même
temps que de son encombrant actionnaire français, Renault ?
Le calendrier et les circonstances
sont de fait pour le moins troublants. Selon nos informations,
Carlos Ghosn, qui travaillait sur le
renforcement des liens entre Renault et Nissan, « avait prévu de révéler ses propositions en février 2019,
au moment de la publication des résultats annuels de Renault », explique une source proche de l’Alliance
Renault-Nissan. Le patron envisageait aussi de prendre du recul au
même moment, en laissant la direction générale du constructeur
français à Thierry Bolloré. Ce que ce
dernier vient d’obtenir, à titre provisoire, en raison de l’empêchement de Carlos Ghosn.
« Ghosn est devenu
un problème »
Un autre fait interpelle : « Carlos
Ghosn avait chargé Greg Kelly de
mener les réflexions autour de ce
plan », précise la même source. Or,
Greg Kelly est l’homme arrêté en
Un concessionnaire Nissan et Renault à Kawaguchi, près de Tokyo, au Japon.
même temps que le patron de Renault et Nissan lundi. Et que Hiroto
Saikawa, le directeur général de
Nissan, a accusé d’être « le cerveau » des malversations. Inconnu
en France, Greg Kelly, 62 ans, est
un historique de Nissan, dont il est
administrateur et mandataire social, en somme le numéro trois du
constructeur.
La thèse d’un coup d’État machiavélique est cependant loin de
faire l’unanimité. « On n’achète pas
la théorie du complot, explique-t-
KYODO/MAXPPP
on à l’Élysée. Le pire n’est jamais
sûr. » Certes, l’exécutif français a
été cueilli à froid, lundi, apprenant
la nouvelle « comme tout le monde,
par la presse ». Mais l’Élysée affirme que « la ligne reste ouverte »
avec le Japon.
L’affaire Ghosn réveille des antagonismes entre Japonais et étrangers
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
« Le souhait partagé de maintenir
cette coopération gagnante » :
pleine de bonnes intentions, la
déclaration commune publiée
mardi par Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, et son
homologue nippon, Hiroshige
Seko, a du mal à convaincre les
milieux d’affaires occidentaux
installés à Tokyo. Ces derniers estiment au contraire que l’arrestation de Carlos Ghosn et la gestion
de l’affaire par la direction de Nissan sont révélatrices d’un schisme
entre les deux « partenaires »
français et japonais.
Pour commencer. Hiroto Saikawa, le patron opérationnel de
Nissan, n’avait même pas pris la
peine de prévenir son premier actionnaire français Renault, ni de
l’enquête interne de plusieurs semaines qui a mobilisé secrètement
Nissan, ni de sa décision de demander le départ de Carlos Ghosn
quelques heures après son arrestation au terme d’une conférence
de presse l’accablant. Un comportement impensable entre « alliés »
ou envers un actionnaire de référence, qui a ulcéré ce dernier.
Vieilles fraternités
En fait, la cicatrice franco-japonaise court jusqu’en bas, loin de
l’Olympe où se querellent les
dieux des deux rives. Au siège de
Nissan à Yokohama, la masse des
cadres nippons fait le dos rond
tandis que les proches de Carlos
Ghosn se demandent jusqu’à
quand ils pourront maintenir un
front uni. « C’est surtout immensément triste », résume un de ses affidés. Les vieilles fraternités, japonaises et étrangères, se réveillent.
« Lors d’une réception, un compatriote qui m’ignorait depuis des années m’a mis affectueusement la
main sur l’épaule en silence », raconte un historique de l’Alliance.
Selon qu’ils soient nippons ou
occidentaux, les analystes du dossier aussi s’opposent. Pour l’opinion publique et la presse économique japonaise, le constructeur
fort de l’attelage est Nissan, obligé
d’abonder au bénéfice annuel de
Renault comme s’il versait un tribut à son maître. Les Renault boys
et nombre d’observateurs étrangers ne l’entendent pas de cette
oreille. « Nissan est fort grâce à la
gestion de Renault », martèle l’un
d’eux. « Renault a pris un risque
inouï en volant au secours de Nissan au bord de la faillite en 1999. À
l’époque, Bob Lutz, le président de
General Motors, avait déclaré que
Renault aurait mieux fait de prendre 5 milliards de dollars, les mettre
LES DÉCIDEURS
â EVE ARAKELIAN
Chauffeur Privé
À 45 ans, elle récupère la casquette marketing
de l’entreprise française de VTC. Cette Sciences
Po-Neoma laisse derrière elle ses fonctions de
vice-présidente e-commerce et digital chez
AccorHotels, qu’elle avait rejoint en 2016, après
dix ans chez Gameloft.
â CHRISTOPHE PINARD-LEGRY
Canal +
Ascension rapide pour cet EM Lyon. Arrivé en
2016 comme directeur commercial France, à
quoi s’était ajouté le marketing un an plus tard,
il dirige en plus le service client.
A
â MARIE-CLAIRE CAPOBIANCO
BNP Paribas
Alors que la quadra Marguerite Bérard,
énarque promotion Senghor (comme
Emmanuel Macron), reprend en main à
compter de janvier la banque de détail en France,
Marie-Claire Capobianco, à qui elle succède, se
voit confier un rôle transversal de développement
et d’accompagnement des entreprises françaises.
Elle aura joué « un rôle essentiel dans la montée en
puissance et la transformation des activités Retail
Banking en France », souligne la banque.
sur un bateau et le couler au fond de
l’océan », se souvient l’analyste
automobile de CLSA Chris Richter, présent à l’époque du rachat.
Le schisme semble se propager
largement dans la communauté
d’affaires étrangère installée à Tokyo. Celle-ci semble en effet
convaincue, aux premiers jours
du scandale, que le nationalisme
joue un rôle dans le traitement
d’exception politico-judiciaromédiatique réservé à Carlos
Ghosn. Certains craignent d’être
les prochaines cibles. « Ma propre
femme japonaise me répète ce
qu’elle entend à la télévision de sa
cuisine en abreuvant d’injures ce
pauvre Ghosn. Je la raisonne et lui
explique qu’il n’existe encore aucune preuve. Elle pose sa brossevaisselle et me demande : “Mais
pourquoi ça, ils ne le disent pas à la
télé ?” », raconte un expatrié avec
un sourire inquiet. ■
Ma femme
« japonaise
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Marc Schwartz, un financier et homme
de culture à la Monnaie de Paris
Depuis l’annonce, fin juillet,
du départ d’Aurélien Rousseau pour l’agence régionale
de santé Île-de-France, les
490 salariés de la plus
ancienne des institutions françaises et plus
vieille entreprise du monde (1775), fabriquant
euros et produits d’art, s’interrogeaient sur le
profil à venir de leur futur PDG. Après trois
mois de vacance à la présidence, c’est Marc
Schwartz, l’ex-dircab de Françoise Nyssen à
la Culture, qui a été choisi mercredi par le
conseil d’administration (et l’État français)
pour présider aux destinées de l’institution du
quai de Conti. Sans surprise et comme ses
prédécesseurs, c’est un énarque qui, après
nomination officielle par décret du président
de la République, continuera ainsi à occuper
le fauteuil.
Ex-argentier de France Télévisions
Homme de finance, de culture et de réseaux, à
la fibre de médiateur et de transformateur, le
grand commis de l’État ayant aussi connu le
privé a été considéré comme l’homme de la
situation pour écrire la suite de l’histoire de la
Monnaie, devenue Epic en 2017. Âgé de
55 ans, conseiller maître à la Cour des comptes, Schwartz, père de trois filles, enseignant
l’économie des médias et des industries cultu-
relles à Sciences Po, a œuvré à Bercy auprès de
Dominique Strauss-Kahn, Christian Sautter,
Florence Parly et Jacques Dondoux. En 2000,
il devient grand argentier, puis DGA gestion,
moyens et synergies de France Télévisions.
Virage ensuite : six ans plus tard, il goûte au
privé, chez Mazars notamment comme associé et « M. Public » monde. Mais, en 2014, la
Cour des comptes le rappelle et il devient rapporteur général de l’enquête sur l’État actionnaire qui sera publiée trois ans plus tard. C’est
alors une succession de missions pour lui dans
les médias et industries culturelles. De quoi
démontrer ses qualités de médiateur sur des
dossiers comme l’accord État-Poste-presse,
le conflit Google-presse, le partage de la
valeur de la musique numérique. Tout en
planchant aussi de nouveau, en 2014, sur
l’avenir de France Télévisions, à la demande
de Fleur Pellerin, d’Emmanuel Macron et de
Michel Sapin. C’est après avoir été nommé
médiateur du livre en 2016 par Manuel Valls et
Audrey Azoulay que Marc Schwartz avait
posé ses valises l’an dernier rue de Valois.
Riche pedigree et influence qu’il devra donc
mettre au service de la Monnaie. Avec à charge pour lui de parachever la mue du fabricant
d’euros et de médailles devenu aussi acteur de
la scène culturelle, et d’en faire une entreprise
durablement rentable.
C. B.
me répète ce
qu’elle entend
en abreuvant
d’injures
ce pauvre
Ghosn. Je lui
explique qu’il
n’existe encore
aucune
preuve. Elle
me demande :
“Mais pourquoi
ça, ils ne
le disent pas
à la télé ?”
»
UN EXPATRIÉ À TOKYO
Rendre « indétricotable » l’Alliance Renault-Nissan, c’est la mission qui avait été officiellement
confiée à Carlos Ghosn en février
dernier. « On n’abandonne pas
l’idée de consolider l’Alliance, au
contraire. Et pour cause : il faut
qu’elle survive à Carlos Ghosn »,
précise-t-on à l’Élysée.
Selon le Financial Times, une fusion entre Renault et Nissan était
sur la table au moment de l’arrestation de Ghosn. Le conseil d’administration du constructeur japonais, qui avait, selon le Nikkei,
accepté d’ouvrir ces discussions
en septembre, cherchait à bloquer
le projet d’un mariage pur et simple. « Aucun plan n’a été présenté
devant le conseil d’administration
de Renault », précise un proche du
conseil de la marque au losange. Et
Greg Kelly, son concepteur, n’est
jamais venu devant le conseil
français.
Aujourd’hui, Nissan pose clairement ses conditions. « Nous devons
revenir à l’idée originale d’une relation gagnant-gagnant », a expliqué
un dirigeant de Nissan, lors d’un
briefing avec la presse au Japon. Il
réclame une « relation plus égale
qu’avant », ce qui peut impliquer
une réduction de la participation de
Renault dans Nissan.
Comme à Bercy, où Bruno Le
Maire a réuni une conférence de
presse mercredi matin, l’Élysée refuse de se prononcer sur le fond du
dossier judiciaire de Carlos Ghosn,
faute d’informations précises. Mais
au Palais, on constate que « là où
l’on pensait que Carlos Ghosn était le
garant de la confiance entre Renault
et Nissan, la clef de voûte de l’Alliance, il semble qu’il soit en fait devenu
un problème ».
À Paris, on espère donc pouvoir
reprendre les discussions d’un bon
pied. À condition cependant que
Nissan respecte scrupuleusement
ses engagements. Renault et le
gouvernement réclament les informations en la possession de Nissan
concernant Carlos Ghosn. Surtout,
le déroulement du conseil d’administration prévu chez Nissan ce
jeudi sera déterminant.
Carlos Ghosn va perdre son titre
de président de Nissan mais
conserver son mandat d’administrateur, que seule une assemblée
générale des actionnaires peut lui
ôter. À Paris, on souligne que la nomination d’un nouveau président
du conseil du constructeur japonais
ne peut se faire sans l’aval - sinon
sur proposition - des deux administrateurs nommés par Renault. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â GUILLAUME FAURY
Airbus
Le futur patron d’Airbus, qui prendra
officiellement le manche à l’issue de
l’assemblée générale d’avril en remplacement de Tom Enders, sera entouré de
deux nouveaux hommes forts. Deux dirigeants extérieurs viennent remplacer le directeur financier Harald Wilhelm, ainsi que le directeur des opérations Tom Williams.
Dominik Asam, 49 ans, « expert en finance
avec une vaste expérience dans l’ingénierie et
l’industrie », devient le grand argentier, après
sept ans à la direction financière d’Infineon
Technologies. Il avait aussi été vice-président
et trésorier de Siemens. Second nouveau visage dans le cockpit, Michael Schöllhorn, 53 ans,
« expert en numérisation, en optimisation de
processus, gestion de la fabrication, de la qualité et de la chaîne logistique », qui prend donc
en main les opérations. Avant de rejoindre
Airbus, il était chef des opérations et membre
du conseil d’administration de BSH Home Appliances, filiale de Bosch, où il a fait l’essentiel
de sa carrière.
â MARIE-NOËLLE VALLÈS
AFP
Diplômée de l’ESJ Lille et fidèle de l’AFP,
d’abord comme journaliste, elle prend la direction de la marque et de la communication.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
TECH
25
Des bureaux de
tabac vont pouvoir
vendre des bitcoins
À partir du 1er janvier 2019, des
buralistes proposeront ce nouveau
service dématérialisé au grand public.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
SFR a inventé le concept de la promotion à vie, visant à offrir un tarif très bas non pas sur douze mois, comme de coutume dans le secteur,
mais à durée indéterminée. LIONEL VADAM/PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPPP
SFR regagne des abonnés
mais sacrifie ses résultats
La politique tarifaire agressive d’Altice porte ses fruits mais déstabilise
encore plus un marché des télécoms à quatre opérateurs.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Rassurer. Depuis la crise de novembre 2017 qui avait vu
l’action Altice (la maison mère de
SFR, BFM, RMC…) perdre 60 % de sa
valeur, le management du groupe ne
fait plus que cela. Rassurer les investisseurs sur sa pérennité, rassurer les
clients sur la qualité de son service,
rassurer les fans de foot sur la possibilité de regarder les matchs… Après
un premier bug à la rentrée, ce dernier point a été résolu.
Les premiers visés sont les
consommateurs. SFR a au moins
réussi ce premier pari. Les abonnés
reviennent, a déclaré le groupe à
l’occasion de la publication de ses
résultats trimestriels, affirmant en
avoir regagné 1 million depuis le
début de l’année. Il compte à fin
septembre plus de 6 millions
d’abonnés au fixe (+ 166 000) et
13,36 millions dans le mobile
(+ 378 000). Les consommateurs
sont attirés par une politique de prix
ultra-agressive. L’opérateur a inventé le concept de la promotion à
vie, visant à offrir un tarif très bas
non pas sur douze mois, comme de
coutume dans le secteur, mais
« à vie ». Conséquence, le chiffre
d’affaires de SFR s’en ressent directement, affichant un recul de plus
de 7,6 %, à 2,46 milliards d’euros, et
son excédent brut d’exploitation a
reculé de 12 %, à 962 millions. Pour
éviter de voir cette tendance s’aggraver, SFR doit réussir à convaincre ses « petits » clients de devenir
de gros consommateurs en souscrivant à des services complémentaires. Cette charge est aujourd’hui
dévolue au foot. « Nous avons plus
de 2 millions de clients RMC Sport »,
affirme Alain Weill, le PDG d’Altice NV. Une belle performance pour
un produit lancé réellement fin août
avec le début de la saison de la
Champions League. Mais cela cache
une réalité contrastée : 170 000 de
ses abonnés souscrivent via les applications et services Internet (dits
OTT). Le solde est à partager entre
des clients SFR ayant souscrit à
l’option et les quelque 2,5 millions
d’abonnés à l’offre satellite de Canal, comptés au nombre des fans de
foot. L’offre RMC Sport, disponible
sur les box de SFR, ne l’est toujours
pas sur celle de ses concurrents.
Free, le grand perdant
Ces résultats commerciaux ne suffiront peut-être pas à rassurer les investisseurs. Malo Corbin, le tout
nouveau directeur financier d’Altice Europe, a confirmé un objectif de
retour à la croissance des revenus et
de l’excédent brut d’exploitation en
2019, avec un objectif de génération
de trésorerie disponible compris
entre 1,5 et 1,6 milliard d’euros en
2018 pour SFR. Pour y parvenir,
l’opérateur de Patrick Drahi dispose de plusieurs leviers : améliorer
ses marges et réduire sa dette. Pour
atteindre le deuxième objectif, Altice a cédé ses pylônes en France, en
République dominicaine et au Portugal, pour un total de 2,5 milliards
d’euros. La cession d’une partie de
son réseau fibre en France est en
cours.
Si la guerre des prix fait des heureux chez les consommateurs, elle
fragilise les opérateurs télécoms
français et plombe leurs cours de
Bourse. Pour mémoire, au troisième
trimestre, seul Bouygues Telecom
est parvenu à gagner des clients
(270 000 abonnés fixe et mobile) et à
augmenter sensiblement ses revenus. Orange affiche une stabilité de
ses résultats tout en grignotant des
parts de marché, quand Free a
continué à perdre environ 100 000
abonnés fixe et mobile. Le petit jeu
des vases communicants se poursuit trimestre après trimestre, alors
que l’augmentation du nombre de
ménages français ne suffit pas à
nourrir la croissance de quatre opérateurs. C’est donc à celui - ou
ceux - qui aura les reins les plus solides pour tenir le plus longtemps
dans cette ambiance de soldes permanentes.
Le seul espoir d’apaisement du
marché entrevu par les analystes financiers porte sur une consolidation du secteur. Mais le retour à
trois opérateurs semble davantage
tenir de l’autosuggestion que de la
réalité industrielle car tous les opérateurs se déclarent acheteurs et
aucun vendeurs. Le PDG d’Orange
se borne à appeler à la consolidation
tout en répétant qu’il ne sera plus le
meneur de jeu. Le revers cuisant de
2017 a laissé des séquelles… ce qui
n’a pas empêché des tractations au
premier semestre 2018, sans plus de
succès que les précédentes. Les
yeux de tous sont rivés au calendrier. Une fois le processus d’attribution des fréquences 5G bouclé,
les discussions pourraient reprendre de façon plus officielle. Le pari
fait par certains est que le contexte
commercial actuel est intenable et
va inéluctablement mener à un retour à trois opérateurs. ■
SFR EN CHIFFRES
TROISIÈME TRIMESTRE
2018
13,4
millions d’abonnés
mobile (+ 378 000
sur trois mois)
CRYPTOMONNAIE Après les recharges mobiles et l’ouverture de
comptes courants Nickel, il sera
bientôt possible d’aller dans un bureau de tabac pour acheter… des bitcoins. À partir du 1er janvier 2019,
entre 3 000 et 4 000 buralistes proposeront la vente de « coupons »
d’une valeur de 50, 100 ou 250 euros,
qui donneront accès à leur équivalent en monnaie virtuelle.
Ce nouveau service est en fait le
résultat d’un accord passé entre Bimedia, l’un des opérateurs de commercialisation de services dématérialisés pour les buralistes, et
KeplerK, une jeune société financière spécialisée dans la vente de
cryptomonnaies.
Concrètement, l’usager achètera
chez le buraliste un coupon correspondant à la somme choisie. Sur ce
ticket en papier seront inscrits un
code alphanumérique et un QR
code. Il devra ensuite créer un
compte en ligne sur l’application ou
le site KeplerK pour que la somme
soit convertie en bitcoins. Ces derniers seront dans un premier temps
stockés dans un portefeuille électronique chez KeplerK, mais l’utilisateur aura ensuite le choix de les
faire migrer sur un autre portefeuille
électronique ou de les dépenser.
Prudence
Pour créer son compte, il faudra
avoir plus de 18 ans et fournir, en
plus d’un mail et d’un numéro de
portable, une copie de la pièce
d’identité (passeport, carte d’identité ou titre de séjour), un justificatif
de domicile et un selfie. « Nous
respectons le même niveau d’obligation légale du “Know your customer” qu’une banque en ligne », précise Christian Gars, directeur
général de KeplerK. Le nombre de
bitcoins à l’arrivée sur le compte
sera fonction du cours de la cryptomonnaie - calculé en utilisant les
taux du marché de différentes
Bourses - en vigueur au moment de
l’achat chez le buraliste. Moins la
commission de 7 % prélevée par la
société KeplerK.
Les bureaux de tabac toucheront
eux 1,25 % du montant facial des
tickets vendus. Pour la confédération des buralistes, toujours à la recherche de nouveaux moyens de
diversifier ses activités, il s’agit plutôt d’une opportunité intéressante à
expérimenter que l’attente d’une
véritable source de croissance.
6
millions d’abonnés
fixe (+ 166 000
sur trois mois)
2,4
milliards d’euros
de chiffre d’affaires,
en recul de 7,6 %
Et la tendance est à la prudence.
« Nous allons être très attentifs.
Nous sommes bien tous conscients
qu’on est face à du virtuel, et il ne
faudrait pas qu’un de nos buralistes
se retrouve face à des difficultés réelles », insiste Philippe Coy, président de la confédération des buralistes, qui ne s’attend pas à une ruée
de nouveaux investisseurs. « Mais
ne pas regarder le sujet serait tourner
le dos à l’histoire », estime-t-il,
rappelant que les buralistes avaient
été les premiers à proposer des recharges dématérialisées au début de
la téléphonie mobile.
La société KeplerK, qui explique
vouloir démocratiser l’accès aux
cryptomonnaies, se veut sur la
même longueur d’onde : « Notre
stratégie est de passer par un tiers de
confiance pour la distribution. Le
principal frein à l’achat de cryptomonnaies aujourd’hui est le passage
à l’acte », estime Christian Gars.
Acheter des cryptomonnaies n’est
aujourd’hui possible que via des
plateformes spécialisées, qui peuvent effrayer les non-initiés.
Les tickets vendus seront accompagnés d’un avertissement mettant
clairement en garde les acheteurs sur
les risques encourus. La direction de
KeplerK indique avoir présenté son
projet à l’Autorité des marchés financiers, pour information. De son
côté, la Banque de France rappelle
régulièrement que les bitcoins sont
des actifs purement « spéculatifs » et
ne sont pas des monnaies. « Ceux qui
investissent dans le bitcoin comme
dans les autres crypto-actifs le font
entièrement à leurs risques et périls »,
répète-t-elle. Les cryptomonnaies
connaissent actuellement un sérieux
coup de tabac : le bitcoin vaut actuellement moins de 4 000 euros. Il a
perdu 70 % de sa valeur depuis le début de l’année. ■
Acheter des cryptomonnaies n’est
aujourd’hui possible que via des
plateformes spécialisées, qui
peuvent effrayer les non-initiés.
LA SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 2018
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 39,12
♣
AIR LIQUIDE ..................................
103,65
AIRBUS .............................................. 93,17
ARCELORMITTAL SA ..................................
21,08
ATOS .............................................. 70,16
AXA ..............................................
21,15
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
44,79
BOUYGUES ..............................................
32,83
CAPGEMINI ..............................................
99,76
CARREFOUR ..............................................
17,26
CREDIT AGRICOLE ..................................
10,778
DANONE ..............................................65,42
DASSAULT SYSTEMES ..................................
103,05
ENGIE .............................................. 12,32
ESSILORLUXOTTICA ..................................
109,75
HERMES INTL ..................................491,1
KERING ..............................................383
L'OREAL ..............................................
206,4
LEGRAND ..............................................53,58
LVMH .............................................. 260,65
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,56 39,12
+0,78 103,85
+2,31
93,21
+1,93
21,185
+1,1
71,18
-0,02
21,32
+1,09 45,025
+1,92 32,86
-0,16 101
+0,26
17,36
+1,37
10,812
+0,68 65,59
-0,15 104
+1,32
12,34
-1,39 110,85
+1,76 491,2
+2,35 383
+0,78 207,2
+0,83 53,64
+2,68 261,1
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
38,44
102,85
90,73
20,71
69,42
21,015
44,39
32,37
98,28
17,135
10,642
64,93
101,85
12,125
109,05
481
373,8
203,9
53
254,75
0,278
0,243
0,191
0,149
0,393
0,253
0,289
0,233
0,34
0,343
0,181
0,278
0,177
0,265
0,494
0,071
0,189
0,088
0,219
0,147
-9,02
-1,33
+12,25
-22,26
-42,18
-14,49
-28,05
-24,2
+0,88
-4,32
-21,9
-6,48
+16,32
-14,06
+10,05
+4,85
+11,6
-16,53
+6,21
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
91,14 +2,4
ORANGE ..............................................14,675 +0,96
PERNOD RICARD ..................................
140,5
+0,32
PEUGEOT ..............................................
19,51 +0,75
♣ 52,5
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+0,15
RENAULT ..............................................
59
+1,1
SAFRAN ..............................................
107,55 +0,61
SAINT GOBAIN ..................................31,155 +0,73
SANOFI ..............................................78,49 -0,57
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
63,48 +0,95
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
32,745 +1,3
SODEXO ..............................................92,6
+1,78
STMICROELECTRONICS .............................
12,545 +4,76
TECHNIPFMC ..................................20,7
+0,88
TOTAL .............................................. 49,41
+1,12
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
156,52 +1,66
VALEO .............................................. 25,7
+2,51
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,785 +1,29
VINCI♣.............................................. 77,02 +0,84
VIVENDI ..............................................21,53 +2,09
+HAUTJOUR +BAS JOUR
91,32
14,845
140,7
19,74
52,96
60,12
108
31,315
79,52
63,56
32,965
93,1
12,565
20,84
49,41
157,02
25,93
18,805
77,28
21,54
89,1
14,55
138,35
19,185
52,34
58,25
106,35
30,78
78,16
62,66
32,45
90,9
12,12
20,39
48,685
153,62
25,08
18,435
76,12
21,05
%CAP.ECH
0,33
0,365
0,335
0,235
0,348
0,734
0,185
0,289
0,187
0,207
0,375
0,219
0,458
0
0,256
0,303
2,475
0,372
0,192
0,269
LES DEVISES
31/12
-58,73
-11,7
-9,55
-3,97
gique « Ambition 2022 » visant « un
retour à une rentabilité durable permettant une reprise de la distribution
des dividendes ».
Au cours de l’exercice clos fin septembre, PVCP a encore accusé une perte
nette de 45,9 millions d’euros, à cause
d’éléments exceptionnels (décalage de
contributions immobilières, ajustement
1 EURO=
1,5725
1,5144
0,8911
8,9361
129,04
1,1341
1,1409
3,3182
11,103
6,0888
20,558
7,9121
81,352
135,05
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34030
34300
-2,07
NAPOLEON ..................................................... 202,9
204,2
-1,93
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
570
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
211
209
-0,85
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1176
1179
+0,68
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
202
202
-0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
300
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1290,5
1290
-1,49
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
116
107,6
+5,65
PIECE SUISSE 20F .....................................................
204,9
206
+1,09
PIECE LATINE 20F .....................................................
197
197
-2,91
SOUVERAIN ..................................................... 250
253
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KRUGERRAND .....................................................1148
1140
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« Nous devons nous transformer pour
assurer la rentabilité et le développement du groupe. » Olivier Brémond, directeur général de Pierre & Vacances
Center Parcs (PVCP) depuis septembre,
tente d’imprimer sa marque. Le fils du
président-fondateur Gérard Brémond,
qui siège depuis 22 ans au conseil d’administration, a présenté un plan straté-
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de créances d’impôts). Sans cela, l’équilibre aurait été atteint. Le chiffre d’affaires
s’est élevé à 1,5 milliard (+ 1,1%). Afin de
renforcer le leadership des deux métiers
(immobilier et tourisme), Olivier Brémond
promet une montée en gamme de l’offre
touristique existante, s’accompagnant
d’un vaste programme de rénovation et
d’une augmentation significative des
prix. Le développement accélère avec
25 000 lits supplémentaires. Le dirigeant
prévoit une réduction de 8 % des coûts
de siège ; il vise une croissance du chiffre
d’affaires hébergement de 4 % en 2022
et une rentabilité des activités touristiques de 5 %.
Le partenariat signé en 2015 avec le
chinois HNA est sur le point de prendre
fin. Très endetté, le conglomérat chinois
est en passe de solder sa participation
dans leur coentreprise grâce à China
Development Bank. Il devrait aussi céder ses 10 % du capital de PVCP. Leur
alliance prévoyait la construction de
cinq Center Parcs en Chine dans les trois
ans. Une partie de ces projets sont en
cours avec d’autres partenaires. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
« Harry Quebert », une série US « made in Europe »
Diffusée sur TF1 jusqu’au 19 décembre, la fiction a bénéficié d’un budget de 46 millions de dollars.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
ET ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
« lesDemain,
chaînes
américaines
auront tout
intérêt
à s’associer
avec des
européens
pour
produire
des fictions
à gros
budgets
»
TARAK BEN AMMAR,
COPRODUCTEUR
DE LA SÉRIE
« LA VÉRITÉ SUR
L’AFFAIRE HARRY
QUEBERT »
TÉLÉVISION Casting hors norme
avec Patrick Dempsey, budget colossal de 46 millions de dollars… Diffusée jusqu’au 19 décembre sur TF1,
La Vérité sur l’affaire Harry Quebert
réunit tous les ingrédients pour créer
l’événement. Mieux, ce qui était à
l’origine un best-seller écoulé à plus
de 3 millions d’exemplaires dans le
monde pourrait bien devenir un
modèle à suivre pour les télévisions
américaines et européenes, dans la
guerre des contenus qui les oppose
aujourd’hui aux géants du Web tels
que Netflix, Amazon ou Apple.
Créer des séries premiums très
événementielles pour les chaînes de
télévision gratuites, capables de
plaire au public américain aussi bien
qu’européen, c’est le pari tenté par
La Vérité sur l’affaire Harry Quebert.
Un auteur européen, Joël Dicker.
Une histoire dont l’intrigue se situe
outre-Atlantique, en Nouvelle-Angleterre. Un réalisateur français
mondialement connu, Jean-Jacques
Annaud. Une star américaine, Patrick Dempsey, qui fut longtemps
l’une des principales incarnations de
la série Grey’s Anatomy. Une société
de production italienne, Eagle Pictures, qui produit 18 films par an,
une autre française, Barbary Films,
et un studio hollywoodien, la Metro
Goldwyn Mayer, à qui l’on doit de
prestigieuses séries comme The
Patrick Dempsey (à gauche), Jean-Jacques Annaud et Tarak Ben Ammar sur le tournage de La Vérite sur l’affaire
Harry Quebert, en Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis. TAKASHI SEIDA TM & 2000-2018METRO-GOLDWYN-MAYER STUDIOS INC.
Handmaid’s Tale, Fargo ou Vikings…
« Cela nous a permis de convaincre
tout le monde. Les Européens ont dit
oui car c’est une histoire que nous
avons racontée. Les Américains ont
dit OK, c’est une série américaine »,
se souvient Tarak Ben Ammar, dont
la société italienne Eagle Pictures a
coproduit avec Barbary Film et la
major MGM La Vérité sur l’affaire
Harry Quebert. Pourtant, rien n’était
gagné d’avance. L’éditeur Bernard
de Fallois (décédé il y a peu) et Joël
Dicker ont été approchés par une
multitude de réalisateurs. « Spielberg a même offert 2 millions de dollars pour obtenir les droits », confie
l’homme d’affaires.
Vraie opportunité
D’après lui, la série est un exemple
de coopération à suivre. « Les plateformes de vidéo à la demande sont en
train de tout dévorer. Aux États-Unis
plus qu’ailleurs, elles mettent aujourd’hui en danger les chaînes de télévision. CBS, ABC, Fox ou NBC, par
exemple, savent toujours produire des
séries de bonne qualité. Seulement,
elles n’ont plus forcément les moyens
d’investir d’énormes montants »,
constate Tarak Ben Ammar. Et, pour
ne rien arranger, sur le Vieux Continent, les chaînes de télévision gratuites achètent de moins en moins
de séries américaines. Or, les diffuseurs européens « permettaient
d’amortir le coût des séries. Demain,
les chaînes américaines auront tout
intérêt à s’associer avec des Européens pour produire des fictions à
gros budgets. Le vrai challenge pour
l’Europe, c’est d’apprendre à raconter des histoires adaptées à la mentalité et au rythme américains pour les
vendre aux networks américains »,
estime le producteur.
Même s’il est encore loin des
sommes dépensées par Apple, Netflix ou Amazon, capables de mettre
sur la table 100 millions de dollars
par fiction, son budget n’en resta pas
moins digne d’une série américaine
destinée au marché des chaînes gratuites : 46 millions de dollars. Pour
alléger la note, le tournage s’est effectué au Canada, ce qui a permis de
récupérer 10 millions de dollars via
le mécanisme des incitations fiscales. TF1 est entré très vite dans la
boucle. « Avant même l’écriture du
scénario, nous avons obtenu leur accord. Ils ont participé au casting, à la
manière de raconter l’histoire »,
poursuit le producteur. Selon nos
informations, la chaîne aurait déboursé un peu plus de 4,5 millions de
dollars.
Diffusée aux USA sur Epix, la
chaîne de MGM, la série a déjà été
vendue à Sky en Grande-Bretagne,
à RTL en Allemagne, Movistar en
Espagne, ainsi qu’en Australie ou
encore au Danemark. « Peu de séries
américaines destinées aux chaînes
gratuites fonctionnent aujourd’hui à
l’étranger et c’est tant mieux pour
nous. Mais peu de grandes séries
européennes sont visibles sur de
grandes chaînes de télé américaines.
Il y a une vraie opportunité », assure
Tarak Ben Ammar. ■
Amazon candidat à la reprise des chaînes sportives de Fox
Disney est contraint de revendre ces chaînes acquises, dont la valeur pourrait atteindre 20 milliards de dollars.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
20
milliards
de dollars,
valeur estimée
de Fox Sports
Network
TÉLÉ Un invité-surprise a fait irruption dans la bataille pour le rachat des chaînes sportives de Fox
rachetées par Disney. Selon les informations de CNBC, le géant de
l’e-commerce Amazon a fait une
offre de reprise pour Fox Sports
Networks (FSN), un réseau d’une
vingtaine de chaînes locales spécialisées dans le sport et émettant en
Floride, dans l’Ohio, l’Arizona,
l’Indiana, mais aussi à Detroit et
Kansas City. L’offre d’Amazon côtoie celles des fonds d’investissements Blackstone, Apollo Global
Management et KKR, et celle du
puissant réseau de chaînes d’informations locales Sinclair Broadcast
Group. Selon Reuters, le prix de revente de FSN pourrait atteindre les
20 milliards de dollars. C’est plus
que ce qu’a déboursé Amazon pour
mettre la main sur le réseau de supermarchés WholeFoods (13,7 milliards de dollars).
Fox Sports Network est tombé
dans le giron de Disney en même
temps que le rachat des actifs cinéma
et médias du géant Fox. Mais l’autorité américaine de la concurrence
n’a donné son feu vert à cette mégaacquisition qu’à la condition expresse que Disney se sépare aussitôt de
FSN. Le géant du divertissement, qui
détient déjà le groupe de chaînes
sportives nationales ESPN, risquait
de se retrouver en position ultradominante dans certains États.
Des droits
pour Amazon Prime
Beaucoup pensaient que ce qu’il
reste du groupe Fox (Fox News,
Dow Jones, le Wall Street Journal)
allait se saisir de Fox Sports
Network afin de retrouver un peu
de poids sur le marché américain.
Selon CNBC, aucune offre n’a été
déposée, mais rien n’empêche Fox
de se positionner lors d’un deuxième tour, qui devrait intervenir d’ici
à la fin d’année.
L’irruption d’Amazon dans ces
enchères interroge. Jusque-là, le
géant de Seattle s’était positionné
sur des droits sportifs ponctuels en
streaming. En juin, il a ainsi obtenu
la retransmission de deux journées
du championnat anglais de football
pour les abonnés britanniques
d’Amazon Prime. L’entreprise va
beaucoup plus loin en essayant de
mettre la main sur des chaînes
américaines qui retransmettent les
grands championnats de basket, de
hockey et de football américain. S’il
remporte l’enchère, « Amazon
pourrait être tenté sur le moyen terme de fermer ces chaînes et de basculer les droits sportifs qu’elles détiennent sur Amazon Prime », écrit
un analyste de BTIG dans une note
reprise par CNBC. Cela pourrait être
EN BREF
Mark Zuckerberg exclut de démissionner
Le PDG de Facebook est venu au secours de sa numéro deux, Sheryl Sandberg.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
« aSheryl
été une
partenaire
essentielle
pendant ces
dix dernières
années
et j’espère
travailler avec
elle pendant
encore
des dizaines
d’années
de plus
»
A
MARK ZUCKERBERG
TECHNOLOGIES Pour une fois,
Mark Zuckerberg n’est pas désolé.
Le PDG de Facebook a accordé,
mardi soir, une interview à CNN,
afin de se défendre face à plusieurs
révélations de médias américains sur
son entreprise. « Beaucoup des critiques nous concernant sont justifiées,
mais je pense aussi que nous n’avons
pas la même manière de voir le monde
que les journalistes, a expliqué Mark
Zuckerberg, dans un style un peu
plus offensif qu’à son habitude. Oui,
nous avons des problèmes, mais ces
articles laissent entendre qu’il n’y a
que ça, et ce n’est pas vrai. » Le fondateur de Facebook a exclu de démissionner de son poste de PDG.
Deux enquêtes sont à l’origine de
l’exaspération de Mark Zuckerberg.
La première, publiée le 14 novembre
dans le New York Times, accuse Facebook d’avoir volontairement
ignoré les opérations de manipulation politique de la part de la Russie
lors de l’élection présidentielle de
2016, et d’avoir tenté d’étouffer l’affaire Cambridge Analytica. Surtout,
le réseau social est accusé de s’être
Mark Zuckerberg, lors d’une conférence de presse, en mai, à San José,
aux États-Unis. JOSH EDELSON/AFP
offert les services de Definers, un cabinet de lobbying controversé, dont
les méthodes incluent la propagation
de rumeurs sur Internet. Le but était
de ternir la réputation de plusieurs
cibles, dont Tim Cook, PDG d’Apple,
et le milliardaire George Soros.
Employés pessimistes
Quelques jours plus tard, le Wall
Street Journal a lui aussi publié plusieurs révélations. Mark Zuckerberg
aurait déclaré à son équipe dirigeante
que Facebook était « en guerre » et
que la couverture médiatique de son
entreprise était « conne ». Un sondage interne, également cité par le Wall
Street Journal, montre que seulement
53 % des employés de Facebook
pensent que leur entreprise « œuvre
pour un monde meilleur ». Cette part
était de 72 % l’année dernière.
Thème commun des deux enquêtes, la place de Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, serait critiquée par plusieurs employés haut
un puissant vecteur d’abonnement
pour Amazon Prime. Les chaînes de
FSN retransmettent en effet des
compétitions nationales, mais avec
des commentateurs locaux encourageant l’équipe régionale.
L’arrivée d’Amazon dans cette
bataille pourrait être l’occasion
pour Disney de faire flamber le prix
de vente de Fox Sports Network.
Aucun acteur des médias traditionnel n’a envie de voir les Gafa s’étendre sur leur pré carré… d’autant
qu’une victoire d’Amazon pourrait
inciter Facebook et Apple à venir
eux aussi faire leurs emplettes dans
la télévision linéaire. Les enchères
sur FSN promettent d’être musclées. ■
placés. En cause : son rôle supposé
derrière plusieurs mauvaises décisions du réseau social. Depuis le début de l’année, et malgré les crises, la
numéro deux de Facebook s’est faite
discrète dans les médias. De nombreux dirigeants ont quitté Facebook
ces derniers mois, laissant Sheryl
Sandberg en position vulnérable,
alors qu’elle était jusqu’ici intouchable. Plusieurs de ses anciens collègues sont venus à sa rescousse. Alex
Stamos, ancien responsable de la sécurité informatique de Facebook, a
dit que son équipe n’avait « jamais
été forcée par un ou une dirigeante à
abandonner notre enquête sur la Russie ». Elliot Schrage, ex-directeur de
la communication, a assuré dans un
mémo interne qu’il avait lui-même
fait le choix d’embaucher le cabinet
Definers.
Dans son interview à CNN, Mark
Zuckerberg a lui aussi pris le soin de
défendre sa proche collaboratrice.
« Sheryl Sandberg a été l’une de mes
partenaires les plus importantes ces
dix dernières années, a-t-il assuré. Je
suis très fier du travail que nous avons
accompli et j’espère que nous travaillerons ensemble pendant encore
des dizaines d’autres. » ■
LE RÉSEAU LINKEDIN
SE CONVERTIT
AUX STORIES
£ Le réseau social professionnel,
filiale de Microsoft, teste
une fonctionnalité pour les
étudiants, les « Student
Voices », qui permettent de
partager des vidéos en rapport
avec la vie universitaire. Elle
s’inspire des Stories, le format
très populaire mêlant vidéo,
photo et texte inventé par
Snapchat et devenu d’usage
massif dans les réseaux sociaux.
UNE PUB CRÉE
UN TOLLÉ EN CHINE
£ Dolce & Gabbana a annulé
mercredi un défilé de mode
à Shanghaï à la suite d’une
polémique sur les réseaux
sociaux déclenchée par une
publicité pour sa marque. Dans
un spot, la griffe italienne de
luxe mettait en scène une jeune
Chinoise invitée à manger des
pâtes avec des baguettes.
Le spot a été jugé « raciste » et
« offensant » par de nombreux
internautes en colère. La
publicité controversée a généré
plus de 120 millions de
commentaires, essentiellement
sur Weibo et Instagram.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23 103 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
BIJOUX
David
Yurman
ALAIN BASHUNG
LE RETOUR DES CHEVALIÈRES,
RÉCUPÉRÉES PAR LES ARTISTES,
LES MUSICIENS ET LE MONDE
DE LA MODE PAGE 32
PRESQUE DIX ANS APRÈS SA
MORT, UN ALBUM POSTHUME
RÉVÈLE UNE AUTRE FACETTE
DU CHANTEUR PAGE 30
!+)(#*% %& "'($'
GIUSEPPE CACACE/AFP
En garde
à vue
à Rome
Le Portrait de musicien
(vers 1485), de Léonard
de Vinci, est exposé
à la Pinacothèque
Ambrosienne de Milan.
La sous-secrétaire d’État à la Culture italienne a déclaré vouloir remettre en cause le prêt de tableaux
du maître toscan pour l’exposition phare du Louvre en 2019, qui marquera le 500e anniversaire de sa mort.
Depuis la vente du « Salvator Mundi », en 2017, le peintre est très convoité. PAGES 28 ET 29
Nicolas de Crécy dessine comme il respire
EXPOSITION L’auteur-illustrateur présente les dessins tirés de ses carnets
Grands Vignobles
de voyage et de son dernier roman graphique, témoins d’une palette inventive.
MORCEAU CHOISI
Françoise Dargent
fdargent@lefigaro.fr
nclassable, imprévisible, un brin intrigant : tels sont les qualificatifs qui
pourraient s’appliquer à Nicolas
de Crécy. Dessinateur de bande dessinée, l’auteur vient de s’illustrer
dans le domaine de la jeunesse en remportant le prix Vendredi – saluant un livre
destiné aux adolescents –, pour Les
Amours d’un fantôme en temps de guerre
(Albin Michel). Son jeune spectre, un ado
timide, compte 89 ans en âge d’homme
mais tremble face aux premiers émois du
cœur. On peut suivre une partie de ses
aventures sur les cimaises de la galerie
Barbier et Mathon à Paris qui expose l’artiste. Traits à la plume comme esquissés à
main levée, puis rehaussés d’aquarelle,
ses paysages de neige et ses scènes de genre au pays des fantômes enchantent le regard. Il y a du Miyazaki chez cet homme.
Nicolas de Crécy les commente avec un
I
plaisir évident : « Cela faisait longtemps
que j’avais envie de dessiner ce petit fantôme aux prises avec une histoire sentimentale. Le fait qu’il se trouve ensuite confronté
à la guerre m’est apparu évident, comme
une manière de parler du populisme ambiant », dit cet artiste discret qui n’aime
rien tant qu’évoquer la condition humaine à travers ses histoires dessinées. Sa
passion pour le livre illustré date de sa découverte de L’Enfer de Dante croqué par
le grand Doré. Il avait 5 ans, croit-il se
souvenir. C’était chez sa grand-mère. Le
virus ne l’a jamais quitté où qu’il aille et
quoi qu’il fasse.
En témoignent, chez Barbier et Mathon, ces dessins tirés de ses carnets de
voyage. « J’ai appris aux Beaux-Arts la
nécessité de faire cinq ou six croquis par
jour. Cela permet de bien voir et de trouver
son vocabulaire graphique. Cela permet
aussi au dessinateur de sortir d’un monde
imaginaire qui pourrait être trop rassurant. Dessiner devient alors aussi naturel
que respirer. » Alors il respire et nous
avec, au Japon, au Mexique ou encore en
Corse. Un beau voyage. ■
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Vinci
28
Un génie très convoité
L’Italie remet en question
les prêts accordés au Louvre
pour la rétrospective du
cinquième centenaire en 2019.
ARTS
Rome, la nouvelle soussecrétaire d’État à la Culture, une des personnalités d’extrême droite figurant dans le
gouvernement de coalition formé par Giuseppe Conte, n’a pas tardé à mettre les
pieds dans le plat. Dans le Corriere della Sera
du 17 novembre dernier, Lucia Borgonzoni
annonce vouloir rediscuter l’engagement
signé en 2017 par son prédécesseur de prêter au Louvre en 2019, pour l’exposition liée
aux 500 ans de la mort de Léonard de Vinci,
tous les tableaux de l’artiste conservés dans
les musées nationaux italiens. Au total, selon l’avis fluctuant des spécialistes, le maître en a peint entre 14 et 17. Quatre se trouvent en Italie mais le Saint Jérôme est non
concerné puisque propriété de la cité-État
du Vatican. S’y ajoute en revanche le Baptême du Christ de Verrocchio aux Offices :
un des anges a été peint par son élève Léonard. L’argument de la Bolonaise membre
de la Ligue – « Ces prêts placeraient l’Italie
à la marge d’un événement culturel majeur
[…]. Les Français ne peuvent pas tout
avoir » – et sa justification – « Léonard est
italien, il est seulement mort en France » –
fragilisent un projet culturel phare, déjà
menacé par ailleurs.
On se souvient notamment que le président du Louvre Jean-Luc Martinez attendait l’accrochage du Salvator Mundi au
Louvre Abu Dhabi pour le 18 septembre, et avait annoncé son souhait de le voir ensuite inclus dans la
rétrospective parisienne. Or, de
cette huile sur bois acquise en 2017
par le département de la Culture
d’Abu Dhabi pour le prix record de
450 millions de dollars, on n’a plus
aucune nouvelle. Même le 11 novembre dernier, lors de la fête de
premier anniversaire du musée dessiné par Jean Nouvel, rien n’a filtré à
ce sujet. Les tensions nées des doutes
exprimés par plusieurs spécialistes
sur le caractère autographe de
l’œuvre et celles, politiques, exacerbées sur place depuis l’affaire Khashoggi – le Salvator Mundi appartiendrait
en réalité à l’homme fort d’Arabie saoudite
Mohammed Ben Salman – semblent avoir
gelé durablement toute présentation.
En ce qui concerne le coin enfoncé par
Lucia Borgonzoni dans les relations franco-italiennes, il a été encore martelé par le
sénateur Francesco Giro (Forza Italia), qui
s’est occupé des biens culturels sous Berlusconi, de 2008 à 2011 : « L’Italie n’est pas
une colonie culturelle de la France […]. En
ordre d’importance dans la vie de Leonardo,
la France vient bien après la Florence des
Médicis, le Milan des Sforza et la Rome des
Papes. » Le Louvre n’a officiellement pas
réagi. L’institution ne tient pas à ajouter de
l’huile sur le feu. Toutefois, à l’intérieur
comme à l’extérieur (lire ci-dessous),
nombreuses sont les voix dénonçant la
« provocation facile », la « plastronnade po-
verselle. Deux voire trois si l’on ajoute
la petite Annonciation, prédelle donnée
à Lorenzo di Credi mais qui aurait été
réalisée avec la participation, pour
l’ange, du jeune Léonard. « Ce geste
était exceptionnel : afin de ne pas trop
frustrer ses visiteurs, le musée a en effet
pour règle de ne prêter qu’un seul Vinci
à la fois », argue-t-on au musée français.
On fait aussi remarquer que la date de la
rétrospective parisienne a été arrêtée du
24 octobre 2019 au 24 février 2020, soit
volontairement plusieurs mois après la
date anniversaire du cinquième centenaire de Vinci, le 2 mai. Cela « précisément
pour que chaque ville ou chaque musée
concernés puissent organiser leurs propres
manifestations ».
Quoi que leur réserve l’avenir, les
commissaires Vincent Delieuvin, responsable du département des peintures,
et Louis Frank, conservateur au département des arts graphiques, croient encore
pouvoir bâtir un parcours riche. S’ils se
laissent du temps avant de dévoiler une
liste définitive des prêts, il est sûr qu’avec
les esquisses, les œuvres dites « de l’atelier » ou « de l’entourage » réunies et la
collection maison forte de 27 dessins, les
puliste qui ne
sert qu’à flatter l’électorat de la Ligue ».
« Pour l’instant, on n’en est qu’à la simple
déclaration d’intention. On attend de voir et
on garde espoir », glisse une responsable,
précisant qu’« aucun contrat de prêt n’a encore été mis sur la table ». L’engagement
initial s’inscrivait dans l’usage prévalant
d’habitude entre institutions muséales
européennes. Celui de l’échange de prêts.
En contrepartie des tableaux italiens, la
France a promis de faire voyager à Rome,
au Musée du Quirinal, un « certain nombre » de ses Raphaël en 2020, année du
500e anniversaire de la mort de cet autre
grand maître de la Renaissance.
Aujourd’hui, face aux crispations, on
rappelle au Louvre l’envoi de deux Vinci
– La Belle Ferronnière et le Saint Jean Baptiste – à la rétrospective du Palazzo Reale
de Milan, en 2015, pour l’Exposition uni-
LE FIGARO. – Peut-on affirmer que
Vinci a été italien et qu’il est seulement
mort en France ?
Serge BRAMLY. – Cette polémique est
assez vaine, pour la simple raison qu’il
n’existait pas de nation italienne à
l’époque. C’est une création du
XIXe siècle. À l’époque qui nous intéresse, c’est-à-dire à la fin du XVe siècle et
au début du XVIe, la péninsule est composée de petits duchés, voire de villesÉtats toujours en frictions, en rivalité.
Né dans un village de Toscane, Léonard
était d’abord toscan. C’est comme ça
que le définissent ses contemporains.
Pas comme italien, ce qui ne voulait encore à peu près rien dire.
quaient pas. On le réclamait à Mantoue,
à Venise. Le sultanat de Constantinople
l’a intéressé un moment. Puis il a été
ingénieur militaire de César Borgia, fils
du pape Alexandre. Il est revenu à Florence devenue une République, et il
s’est installé enfin à Rome où il crut
trouver le protecteur idéal en la personne de Julien de Médicis, avant d’accepter au final l’invitation de François Ier. C’est aux hommes qu’il
s’attachait, non à une nation…
François Ier lui avait octroyé une lettre
de naturalité qui est, en droit sous
l’Ancien Régime, une lettre patente
par laquelle un étranger est admis au
nombre des sujets du roi. Cela en fait
un Français à la fin de sa vie, non ?
Certes mais pour lui les frontières ne signifiaient pas grand-chose. Elles étaient
alors bien changeantes. Des alliances ne
cessaient de se faire et se défaire, attisant
tions de température, ne quittera pas la
salle des États pour gagner le hall Napoléon. Au rayon des belles femmes, on sait
encore que la Belle Ferronnière reviendra
du Louvre Abu Dhabi. On ne sait pas en
revanche si la Dame à l’hermine quittera
le Musée national de Cracovie à l’heure
où la tendance en Pologne est également
au repli sur soi.
Côté russe, une des deux madones
conservée au Musée de l’Ermitage de
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
Alors mercenaire ?
En général les artistes ne le sont-ils pas
toujours un peu ? Disons que je vois Léonard comme un homme de bien dans
une époque instable où l’on prenait sans
trop se poser de question, pour son
avantage propre, ce qui se présentait.
Si le Salvator Mundi n’avait pas atteint
450 millions de dollars en décembre 2017
(Christie’s New York), le Louvre aurait pu
acquérir le dessin découvert par l’expert
Patrick de Bayser en mars 2016 chez
Tajan. La grande Carmen C. Bambach,
conservatrice au Metropolitan Museum
de New York, l’a reconnu comme un
Léonard de Vinci. Autographie qui ne fait
aucun doute possible pour Jacques
Franck, consultant des musées nationaux, qui s’appuie sur l’avis incontesté de
Dominique Cordellier, conservateur des
dessins au Louvre.
Mais l’enchère stratosphérique du
Salvator Mundi a totalement rebattu les
cartes. L’Étude pour un saint Sébastien dans
un paysage (avec au verso deux schémas
scientifiques) était estimée entre 15 et
20 millions d’euros. Puis elle a été classée
Qualifieriez-vous plus volontiers Vinci
d’humaniste universel ?
Cela me parle davantage. Les priorités
locales lui semblaient mesquines et le
bien général des hommes lui paraissait
préférable à celui de tel ou tel gouvernement. Pour toutes ces raisons, Léonard
ne se sentait pas plus italien que français.
Il se voyait en homme de progrès, plus
ancré dans la postérité que dans un
pays. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR É. B.-R.
JOSSE/LEEMAGE/AFP
A
”
LUCIA BORGONZONI, SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT
À LA CULTURE ITALIENNE
au passage la convoitise de l’Espagne,
puis de l’Autriche.
On sait qu’il maîtrisait très mal le latin
et le grec. Il n’a écrit qu’en toscan
populaire, même lorsqu’il s’adressait
à des interlocuteurs étrangers…
Il n’avait par ailleurs aucun scrupule, de
même que ses confrères, à travailler
pour d’autres cités ou gouvernements
que Florence. C’est à Milan, en Lombardie, que s’épanouit sa carrière. Et quand
les rois de France, qui avaient des prétentions héréditaires sur Naples et son
royaume de Sicile, sont descendus dans
la péninsule, il s’est mis à leur service et
à ceux de ses généraux sans que cela lui
pose un cas de conscience. Il y a eu
Charles VIII puis Louis XII qui a occupé le
Milanais et emprisonné Ludovic le More,
duc de Milan, son protecteur de longue
date. Enfin, après Marignan, François Ier
l’a convaincu de le suivre sur les bords
de la Loire, dans le royaume de France.
Il aurait pu migrer ailleurs ?
Les propositions d’emploi ne lui man-
“
L’Italie n’est pas
une colonie culturelle
de la France
Le record du « Salvator Mundi »
d’un « Saint Sébastien »
Serge Bramly : « Léonard,
pas plus italien que français »
Sa biographie de Vinci éditée chez
Lattès a reçu le prix Vasari il y a trente
ans. Depuis, en raison de son succès,
elle est constamment republiée en
livre de poche.
peintures du Toscan dont ils ont la responsabilité seront de la partie. Au nombre de cinq, ces trésors du Louvre représentent environ le tiers de la production
subsistante.
Reste que la Joconde, bois de peuplier
très mince et en partie fendu, jamais prêté depuis 1974 et sanctuarisé en 2005 à
cause de cette fragilité dans un caisson
fixe à l’épreuve des balles et des varia-
Le roi de France François 1er reçoit les derniers soupirs de Leonard de Vinci
au château du Clos Lucé (1824), Jean Auguste Dominique Ingres.
TAJAN
À
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
Étude pour un saint Sébastien dans
un paysage, un dessin attribué à Vinci,
estimé 15 à 20 millions d’euros.
« trésor national » ce qui a permis d’annuler sa vente en juin 2017 et de bloquer
l’œuvre pendant 30 mois pour laisser à
l’État le temps de réunir les fonds, avec
l’aide sans doute de mécènes. Mais entretemps, il y a eu le Salvator Mundi, qui influe
inévitablement sur le montant initial du
dessin : il pourrait atteindre le double, voire plus. Pas de chance pour le Louvre, mais
une aubaine pour le vendeur. C’est en tout
cas ce que croit la maison Tajan qui vient
de décider de remettre l’Étude en vente, le
19 juin prochain, faute d’offre du Louvre et
d’un commun accord avec ce dernier.
L’estimation d’origine sera conservée.
« C’est un prix d’appel pour pousser les
acheteurs à grimper plus haut », explique
l’étude. Cette décision est à l’inverse de
celle des maisons de ventes étrangères qui
affichent la vraie estimation : la basse correspondant généralement à la réserve et
la haute au montant, s’il y a de la garantie.
À l’évidence, ce nouvel espoir de doublé
pour le Léonard écarte le Louvre de la
compétition même si celui-ci a jusqu’au
25 juillet, date de la fin du délai des 30
mois, pour créer la surprise. Il lui reste la
préemption, sinon le classement sera levé
et son interdiction de sortie avec. Mais le
Louvre, qui possède déjà entre 15 et 20
dessins majeurs (dont beaucoup de recto
verso) a-t-il réellement besoin de faire
une telle acquisition ? Certains en ont
douté. Un bond possible dans le prix
aurait de quoi les conforter.
« Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, nous a expliqué qu’une offre basse serait désormais malvenue, explique Patrick de Bayser, mais, comme
toujours avec les musées, nous n’en savons
pas plus. Il est vrai que le record du Salvator Mundi, fétiche de la culture occidentale, a fait prendre une tout autre dimension
à notre dessin. Il devrait donner, lui aussi,
des envies à des acheteurs venant d’Arabie
saoudite, des pays du Golfe ou d’Asie »,
ajoute l’expert.
Mais pourquoi faire cet effet d’annonce
aujourd’hui ? « Même si ce dessin est tou-
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LE FIGARO
CULTURE
jeudi 22 novembre 2018
CULTURE
29
Propositions radicales
pour les restitutions africaines
PATRIMOINE 46 000 objets, entrés dans les collections des musées français
entre 1885 et 1960, pourraient être rendus à leur pays d’origine.
Saint-Pétersbourg a été demandée. Il
s’agit de la Madonna Benois dont l’attribution est majoritairement admise. Rien
à voir avec la très contestée Madonna Litta. À l’hiver 2011, celle-ci n’avait pu être
empruntée par la National Gallery pour
son exposition « Léonard de Vinci peintre
à la cour de Milan » qu’à la condition
qu’elle soit présentée sans aucune interrogation sur son caractère autographe…
Pareillement discutée malgré son
authentification en 2009 par le grand
léonardien anglais Martin Kemp, la Bella
Principessa, dessin à la pierre noire,
craie blanche, sanguine et encre réalisé
sur un vélin, ne gagnera pas non plus les
cimaises du palais parisien. Les commissaires se sont bien déplacés pour voir ce
portrait dans le port franc de Genève où
son propriétaire, le collectionneur Peter
Silverman, le conserve. Mais ce dernier,
plutôt que d’attendre une éventuelle demande de leur part, a préféré répondre
aux sollicitations sonnantes et trébuchantes des musées chinois. Résultat :
après des séjours dans ceux d’Urbino et
de Monza en Italie, la belle effectue un
long et très applaudi périple dans l’empire du Milieu. ■
change le destin
jours sous le coup de la procédure de classement, il faut préparer en amont une vente
de cette importance, d’autant que l’exposition Léonard de Vinci ouvre au Louvre à
l’automne 2019, justifie l’expert. On ne
pouvait le proposer fin juillet ou en septembre, ce ne sont pas de bonnes dates pour le
marché. Ce saint-Sébastien sera montré
en mars, pendant le Salon du dessin, alors
que les collectionneurs et musées du monde
entier viennent à Paris. Il fera l’objet d’un
catalogue à part et sera proposé dans une
vente de haut niveau. »
“
Ce dessin est de loin
le plus abouti des trois
ébauches maintenant
connues
”
PATRICK DE BAYSER
Comme tout expert, Patrick de Bayser
défend sa fabuleuse découverte. Il reste
persuadé que ce dessin non identifié,
amené dans un montage bleu-gris 1900
portant une attribution à Michel-Ange,
aurait été un plus pour le Louvre. Parmi
ses nombreux arguments, il avance que
ce dessin montre « un autre aspect du travail de Léonard, qui fait un premier passage au crayon, puis avec une plume fine et
une troisième plus grasse. On le voit réfléchir sur la feuille, reprendre, changer
d’optique, dit-il. Ce Saint Sébastien, icône
homosexuelle, est aussi un symbole quand
on connaît les penchants de Léonard. Il y a
une forme de spiritualité dans ce corps qui
exprime, les cheveux au vent, l’esprit du
sacrifice, avec un tourment proche de celui
de l’artiste. Et puis, ajoute l’expert, ce
dessin est de loin le plus abouti des trois
ébauches maintenant connues. Si aucun
tableau sur le thème de Saint Sébastien
n’est cité dans les textes, il est fort probable
que celui-ci devait mener à une œuvre
peinte, par l’artiste ou un membre de son
atelier ». Ces nouveaux arguments changeront-ils la donne ? ■
Autoportrait présumé
de Léonard de Vinci (à gauche)
et L’Annonciation
de Léonard de Vinci.
PROGRAMME
En Italie, la préparation du
500e anniversaire de la mort
de Vinci n’a commencé
qu’au printemps dernier. La
fédération des initiatives en un
comité a été mise en place trop
tard, de l’aveu même de son
président, Paolo Galluzzi.
Celui-ci ne peut compter
que sur le volontariat et une
subvention d’environ 1 million
d’euros. Conséquence : aucune
manifestation d’ampleur
internationale comme au
Louvre (du 24 octobre 2019
au 24 février 2020), mais
plusieurs expositions de
moindre ambition à Florence,
Milan (où le génie a vécu
près de vingt ans), Turin, Rome
et Vinci, notamment.
■ Le Musée des Offices
à Florence a commencé le
30 octobre et jusqu’au 20 janvier
2019 avec la présentation du
Codex Leicester (le livre le plus
cher du monde, aujourd’hui
propriété de Bill Gates)
et d’autres travaux, dessins
sur les mouvements de l’eau,
l’astronomie et la lumière…
■ En France, la Sucrière de
Lyon (49-50, quai Rambaud)
a dégainé la première.
Depuis le 13 septembre et
jusqu’au 13 janvier, elle accueille
un parcours consacré aux
inventions du génie déjà monté
au Memling Museum de Bruges,
puis à Istanbul et Antalya.
■ Du 1er juin au 6 octobre 2019,
une exposition se tiendra
dans la salle du Jeu de Paume
du domaine de Chantilly autour
de la Joconde nue, mystérieux
dessin qui, comme toute
la collection du château,
n’en sort jamais.
■ Quant à la région Centre-Val
de Loire, qui inclut le château
du Clos Lucé à Amboise (Indreet-Loire), dernière demeure
de Léonard, elle annoncera
le 11 décembre le détail des
500 projets qu’elle a labellisés.
Ainsi, du 2 mai au 31 août 2019,
l’exposition sur le mythe
Léonard au château royal
d’Amboise. Ou, du 6 juin
au 2 septembre, celle autour
de la tapisserie de la Cène,
au Clos Lucé.
■ Ailleurs, le Teylers Museum
de Haarlem expose
jusqu’au 6 janvier une série
de dessins de Léonard venue
de différentes collections
et jamais vus aux Pays-Bas.
e rapport Savoy/Sarr sur les restitutions d’œuvres d’art africaines par les musées français doit
être remis vendredi soir au président de la République. Mais,
comme tout document portant sur un sujet sensible, il circule déjà largement et
provoque un débat passionné. Visiblement, les deux universitaires mandatés
par Emmanuel Macron pour faire des
propositions - quel objet rendre ? et à
qui ?- mettent la barre haut. S’attachant à
l’Afrique subsaharienne, aux collections
entrées pendant l’époque coloniale, leur
rapport suggère de restituer de manière
définitive les butins de guerre et pillages,
mais aussi le fruit des missions scientifiques ou les dons de l’administration coloniale. « Personne ne veut vider les musées
des uns pour remplir ceux des autres, expliquent-ils, et le processus doit être progressif, et négocié entre les deux parties. »
Mais il devra répondre à un calendrier
précis. Il y va, estiment-ils, d’une réparation de l’Europe envers ses anciennes colonies, mais aussi et surtout de l’avènement
d’une
« nouvelle
éthique
relationnelle » entre les deux continents.
Si les colonies sont du passé pour l’Europe, la culture et le patrimoine sont deux
enjeux du futur pour les pays africains.
On estime qu’il y a 98 000 objets africains - Tchad, Mali et Cameroun en tête dans les musées, dont 70 000 au seul Quai
Branly. Le reste se trouve au Musée de
l’armée, aux Confluences à Lyon, ou dans
de plus petits musées (Angoulême, Bordeaux, Marseille…). Les deux tiers, soit
46 000, sont entrés entre 1885 et 1960, période coloniale. Ce qui suppose, selon les
deux universitaires, « une asymétrie
structurelle » dans leur acquisition. Se
plongeant dans les réserves des musées,
les auteurs ont dressé un inventaire précis
GERARD JULIEN/AFP
L
Cérémonie au royaume du Dahomey (1934). Sur 98 000 objets africains répertoriés
dans les musées français, 70 000 sont rassemblés Quai Branly.
des 46 000 objets et de leur provenance.
Ils préconisent de le soumettre aux États
africains, afin qu’ils puissent construire
leurs demandes. Les restitutions, à commencer par celles de grands ensembles
symboliques pour les États, comme les regalia du Bénin provenant du sac d’Abomey en 1892, et conservés par le Quai
Branly, se feraient, selon l’AFP, à travers
« un accord bilatéral entre l’État français et
chaque État africain concerné ». Depuis les
années 1960, nombreux ont été les pays
africains à réclamer à la France, la Belgique, l’Angleterre ou l’Allemagne le retour
de leur patrimoine. En vain. En 2016, le
Bénin a fait une demande officielle au ministère des Affaires étrangères français.
Lequel a refusé, au motif que les collections françaises étaient « inaliénables ».
Afin de parer à cet obstacle juridique, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr proposent
une modification du Code du patrimoine
qui « permette de prendre en compte tous
les cas de figure et où le critère du consen-
tement peut être invoqué », selon une formule assez vague publiée dans Libération.
Le changement de législation est un des
points épineux de ces restitutions : les
musées sont remplis d’œuvres asiatiques,
grecques ou égyptiennes, qui pourraient
ainsi être réclamées par des pays, dans la
foulée d’États africains.
Tout cela sera tout de même soumis à la
décision du président de la République, à
qui le rapport sera remis en mains propres, et à huis clos. En novembre 2017,
Emmanuel Macron avait estimé que le patrimoine africain ne pouvait plus « être
prisonnier de musées européens » et que les
transferts d’objets devaient s’étaler sur
cinq ans. Depuis, les musées, ainsi que le
marché de l’art, sont montés au créneau
pour dénoncer l’ouverture de la « boîte de
Pandore » des restitutions. Entre le désir
du président de refonder les relations
avec l’Afrique et son devoir de protection
des richesses des collections publiques, il
lui faudra trouver un équilibre. ■
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CLAIRE BOMMELAER cbommelaer@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
MUSIQUE L’album
inédit « En amont »,
qui sort demain,
a été voulu par
sa veuve Chloé Mons
et réalisé avec soin
par Édith Fambuena,
collaboratrice fétiche
du chanteur disparu
en mars 2009.
A
Alain Bashung,
vertige du retour
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
lain Bashung est parti
avec l’assurance d’avoir été compris.
Cet homme vulnérable, dont la carrière
avait épousé mille méandres, a pu s’assurer de l’amour d’un large public au
cours de derniers concerts fougueux,
malgré le cancer qui le rongeait pendant sa dernière tournée. Puis la musique s’est tue, définitivement, en mars
2009. Près de dix ans plus tard, sa voix
revient, à l’initiative de sa veuve, Chloé
Mons, qui a supervisé la conception
d’un album studio inédit. « Il m’a fallu
rassembler mes forces afin d’écouter les
archives qu’il a laissées, explique-t-elle.
Il m’avait prévenue qu’il restait beaucoup
de choses à écouter et à sortir le moment
venu. Il me faisait confiance. » L’archivage a pris plus d’une année, au rythme
d’une journée d’écoute par semaine.
Parmi ces pépites, la jeune femme
avait à cœur de présenter des pièces inédites, élaborées en prévision de l’album
qui allait devenir Bleu Pétrole, en 2008.
« Toutes ces chansons qui sortent aujourd’hui avaient été proposées pour l’album
et enregistrées pour la plupart à la maison », avoue-t-elle. À l’époque de la
conception de ce qui allait rester son ultime album, Alain Bashung était fatigué.
« Il en avait assez de l’alternance albumtournée qui ne respectait pas le rythme de
Alain Bashung en 1987.
Son album posthume est doté
d’une énergie rock’n’roll
assez radicale.
CAMACHO/STILLS/GAMMA
son inspiration. Et il avait le sentiment
d’avoir déjà tout dit. » Tête chercheuse,
le chanteur en mal de nouveauté et de
surprises était allé pêcher des chansons
auprès d’autres artistes. « Il avait envie
d’inconnu », résume Chloé Mons.
Assemblées et arrangées pour la première fois, ces pépites inédites font le sel
d’En amont, qui fait oublier le décevant
Bleu Pétrole et marque un retour à une
énergie rock’n’roll assez radicale. « Il
était important de montrer ce côté rugueux qui lui ressemble et qu’on trouvait
chez Gene Vincent et Alan Vega. »
Contactée par Barclay, maison de
disques historique de Bashung, Édith
Fambuena avait initialement décliné la
proposition de travailler sur ce matériau inédit. « J’ai été approchée dès
juillet 2017 mais cela me gênait. Après
avoir entendu quatre titres, j’ai mesuré à
quel point ça me faisait du bien de l’entendre. Alors j’y suis allée, en sachant
bien qu’il ne serait pas là pour valider »,
explique-t-elle. Cette musicienne surdouée s’est alors souvenue de la méthode qu’elle avait appliquée avec succès
pendant la genèse de Fantaisie militaire,
vingt ans auparavant. « Je me suis remise dans le contexte où j’allais devoir lui
présenter mes propositions. C’est de là
que j’ai tiré ma légitimité », ajoute-t-elle, encore émue par l’expérience. Il lui a
fallu 48 heures pour réécouter l’intégralité de l’œuvre de son aîné et y trouver, en creux, les réponses à sa réserve
initiale. « Cela m’a donné les clefs et
prouvé qu’on pouvait aller partout avec
une voix comme la sienne. »
Influence déterminante
Patiemment, avec méthode, Édith
Fambuena a remis cette voix souveraine au cœur du dispositif. « Il m’en
aurait voulu de la mettre autant en
avant », se dit-elle aujourd’hui. C’est
pourtant ce qui confère toute sa force à
un projet qui aurait pu mal tourner
dans d’autres mains. « J’ai essayé de me
rapprocher de ce qu’il aurait pu imaginer », dit-elle, modeste. En apnée, elle
a passé trois semaines au chevet des
morceaux, jusqu’à l’étourdissement.
« À un moment, je me suis levée pour
m’apprêter à l’appeler et lui demander
de venir refaire une prise. Là, je me suis
aperçue que je ne tournais pas rond. »
Édith Fambuena reconnaît aujourd’hui
que ce travail l’a remplie de bonheur.
On ne voit pas qui d’autre aurait appliqué autant de soin à un travail qui ne
cherche pourtant jamais la séduction.
« J’ai été radicale et subjective, ce que
j’assume à fond. Pourtant, au départ,
j’étais loin de m’imaginer que j’allais
tout reprendre à zéro, assure-t-elle. À
l’arrivée, c’est âpre, sans chantilly. Je
n’ai pas cherché à faire de la cosmétique. Il n’aurait peut-être pas validé,
mais je suis contente que cela existe. »
Pour sa part, Chloé Mons se félicite
qu’une guitariste de la trempe d’Édith
Fambuena ait pu dialoguer avec la voix
de Bashung, à dix ans d’intervalle. « Elle
était la bonne personne pour ce projet : sa
guitare est le prolongement de son être »,
confie-t-elle. Rarement la musicienne
aura autant pu se faire plaisir qu’avec
les parties instrumentales qu’elle a
greffées sur les prises de voix existantes. « Je me suis régalée, en utilisant une
Gretsch Chet Atkins que j’avais justement
achetée à l’époque de Fantaisie militaire
mais jamais employée à cause d’un pro-
blème d’électronique. Il y a longtemps
que je n’avais pas joué comme ça ! »
Pionnière de la réalisation d’albums,
révélée par Étienne Daho à 24 ans,
Édith Fambuena considère Bashung
comme un de ses parrains. « Il m’a donné confiance en moi en me fournissant le
courage et l’intime conviction qu’en restant une passionnée de musique, je
n’aurais pas à me poser de questions. »
Comme des dizaines d’autres musiciens, elle considère l’influence de
Bashung déterminante sur les artistes
d’aujourd’hui. Pourtant, à l’approche
des dix ans de sa disparition, sa veuve
Chloé Mons n’a pas encore réussi à
convaincre une chaîne de télévision de
lui rendre l’hommage qu’il mérite.
« Cela fait deux ans que je m’acharne. Je
ressens une grande frilosité de la part des
institutions comme la Philharmonie par
exemple. Alain a une place très fragile.
À l’allure folle où vont les choses aujourd’hui, nul ne résiste bien longtemps. Les
gamins de 16 ans n’écoutent pas sa musique. Je fais ce que je peux maintenant
pour qu’on ne l’oublie pas », déclare sa
veuve avec une belle détermination. ■
Une voix immortelle
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
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En amont est la première collection de
nouvelles chansons d’Alain Bashung
depuis sa mort, le 14 mars 2009. À
quelques mois du dixième anniversaire
de cette funeste date, entendre le
chanteur interpréter de nouveaux
mots est aussi troublant qu’inattendu.
Troublant parce qu’au fond, sa voix ne
nous a jamais vraiment quittés. Inattendu parce que l’on ne soupçonnait
pas que de nouveaux inédits puissent
voir le jour. Bien vite, le sentiment de
gêne qui étreint à la réception de ce
type de projets « posthumes » s’efface
derrière l’émotion.
Qu’il ait désiré que ces chansons
sortent ou non est une autre affaire. Il
eût été dommage de nous priver de
leur écoute, alors même que nous ne
savions pas qu’elles existaient. On savait bien que de nombreux chanteurs
avaient envoyé des morceaux à Alain
Bashung dans la phase de recherches
qui précéda la sortie de Bleu Pétrole,
en 2008. On était loin de s’imaginer
qu’ils avaient apporté autant de belles
chansons.
À leur écoute, on se plaît à réévaluer
Bleu Pétrole dans la discographie de
l’artiste. L’album apparaît désormais
comme un disque de transition plutôt
qu’un point final dans son parcours.
Bashung n’a certainement pas eu la
force d’interpréter Immortels alors
qu’il se savait condamné par la maladie. Il a préféré laisser Dominique A,
un de ses plus brillants héritiers, en
faire une pièce maîtresse de son propre
répertoire. L’entendre désormais dans
cette version lente et solennelle fait du
bien. On sait qu’elle aurait pu rejoindre
La nuit je mens au rang des plus grandes chansons du répertoire de cet
homme rare.
L’écoute de cet album parfois un peu
âpre n’est pas une promenade de santé.
Peut-être a-t-on perdu, depuis la disparition de Bashung, l’habitude d’en-
tendre un chant aussi intense et habité
que le sien. Joseph d’Anvers, Doriand,
Raphaël, Arman Méliès et Mickaël Furnon n’ont pas écrit ces chansons pour
rien. On les imagine bouleversés par
leur écoute. On pense à Daniel Darc,
disparu en 2013, qui a apporté la superbe Elle me dit les mêmes mots.
Pendant la phase où il ramassait les
copies de ses confrères, Alain Bashung
nous avait avoué être à la recherche de
simplicité, en expliquant qu’elle était
peut-être ce qu’il y avait de plus difficile à atteindre. En amont ne fait pas
l’impasse sur ces doutes. La voix y est
parfois fragile, un peu tremblante mais
jamais tiède. Refaire de Bashung un
simple interprète après des années de
coécriture avec Jean Fauque était une
gageure. Alain Bashung n’était pas
Johnny Hallyday, qui a passé cinquante ans à changer de lexique au gré du
défilé des auteurs. Bashung avait besoin de ressentir des affinités avec ses
collaborateurs.
“
L’écoute de cet album
parfois un peu âpre
n’est pas une promenade
de santé
”
Ce qui fait le sel d’En amont, c’est
justement cette proximité avec des artistes qui ont tous ou presque la particularité d’avoir partagé la scène ou le
micro avec lui. Arman Méliès à la Salle
Pleyel, Dominique A à la Cité de la
musique, Raphaël dans le cadre de la
tournée des Aventuriers, Daniel Darc
en studio.
En amont est le disque d’un homme
au travail, d’un chercheur qui ne se
contentait jamais du premier jet. Un
homme qui n’hésitait pas à complètement changer d’approche à chaque
projet qu’il entamait. Un imprudent
qui a toujours favorisé le goût du risque à une carrière tranquille. À ce titre, cet album cabossé lui ressemble. Il
n’a rien d’un embaumement de première classe. Il nous le restitue à hauteur d’homme, dans toute sa fragilité
et sa complexité. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
32
STYLE
3
4
T
PAULINE CASTELLANI
2
1
6
15
Les chevalières
ne sont plus
mises à l’index
JOAILLERIE En imaginant
des modèles aux formes
déstructurées, plus imposants
et ultracolorés, les créateurs
désacralisent ce bijou symbolique
qui plaît autant aux femmes
qu’aux hommes.
14
16
8
9
10
11
13
12
souligne Adeline Cacheux, qui propose un
modèle androgyne en
argent,
encerclé,
comme en négatif,
d’un fin liseré d’or. Ici,
le volume forcément exagéré
modernise la forme ovale très
conventionnelle, presque ringarde, et accentue en même temps le
côté très lourd de la chevalière
puisqu’il y a au moins 10 grammes de métal. »
Modèle androgyne
La forme reste classique mais
les tables plates, arrondies ou
rectangulaires accueillent désormais des tourmalines aux
reflets pop chez l’Américaine
Jacquie Aiche ou des cabochons
de topaze blue London et de citrine électrique dans les récentes déclinaisons facettées du
modèle Pain de Sucre de Fred.
Elles s’habillent de diamants
noirs à l’allure rock’n’roll chez
Stone Paris et se féminisent
chez Aurélie Bidermann de
cœurs de petite fille en diamants sertis dans le corps de la
bague et sur lesquels vient se
superposer une améthyste au
surprenant effet loupe. Quant à
David Yurman, il recouvre
d’une fine couche de céramique
saturée de pigments sa Pinky
Ring – ou bague de petit doigt
pour les Américains.
Si, en France, ces chevalières
s’enfilaient traditionnellement à
l’annulaire gauche pour les
hommes et à l’auriculaire pour
les femmes, certains préfèrent
désormais les porter au majeur
ou, mieux, à l’index. « Je prévois
toujours les miennes pour l’index,
7
Motifs spirituels
et iconiques
Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, fervent adepte
des chevalières XXL. INSTAGRAM
Surtout, les créateurs osent inventer un nouveau vocabulaire
héraldique, bien loin des insignes moyenâgeux. « À partir du
XIIe siècle, les blasons se peignent
sur les armures des chevaliers
pour faciliter leur identification
sur les champs de bataille. Ces
armoiries décorent l’ensemble de
leur équipement et se portent
aussi aux doigts, gravées en intailles pour servir de sceau, raconte Harold Mollet, spécialiste
des arts décoratifs. Elles sont
construites selon les règles de
l’héraldique. L’écu, au centre, est
découpé en champs, accueillant
les charges, décors géométriques,
figures naturelles ou imaginaires
comme la fleur de lys, la croix et
le
griffon.
Les ornements
extérieurs complètent les armes.
Chaque titre de noblesse est codifié, chaque fonction au sein de la
hiérarchie catholique et militaire
se traduit par un ornement différent. » Elie Top revisite cette
imagerie médiévale sur des bagues sceau dont le plateau pivotant affiche, d’un côté, une plaque d’or gravé de signes du
zodiaque constellée de quelques
diamants et, de l’autre, une intaille de pierre dure à l’effigie
d’un aigle, d’une salamandre ou
d’un lion.
Le Britannique Castro Smith,
lui, estampe ses anneaux en argent noirci de créatures fantasmagoriques et inquiétantes.
Quant à Beth Bugdaycay, créatrice de Foundræ, nouvelle tocade des New-Yorkaises, elle appose ses symboles mystiques et
protecteurs sur ses nombreuses
bagues à cigare en or émaillé.
« J’avais envie de créer mon propre alphabet à base de motifs spirituels ou iconiques empruntés à
différentes cultures : le scarabée
égyptien pour la protection, les
étoiles pour l’énergie, le lion pour
la passion, les flèches pour l’amitié… » Des bijoux auréolés d’un
ésotérisme New Age disponibles
dans le pop-up store Luxe et
Méditation du multimarque Mad
Lords, à Paris. Plus terre à terre,
Marie-Hélène de Taillac propose
toujours ses chevalières dont les
pierres sont ornées d’une drôle
de couronne en or et diamants,
insolent pied de nez aux
conventions. ■
1. Chevalière en argent
massif et or jaune
490 €, Adeline Cacheux
en exclusivité au
Printemps Haussmann.
2. Bague sceau en or,
argent, diamants et
cornaline, 8 200 €, Elie
Top. 3. Chevalière en
argent et malachite,
650 €, Marc Deloche.
4. Chevalière en or et
pièce grecque antique
en argent, 4 800 €,
Maison Auclert.
5. Chevalière Emblème
par Nicolas Ouchenir
en vermeil, 395 €,
Arthus-Bertrand.
6. Bague Pain de Sucre
interchangeable en or
rose et diamant,
4 390 €, Fred. 7. Pinky
Ring en céramique et
argent, 500 €, David
Yurman. 8. Chevalière
en or rose pavé de
diamants avec
tourmaline watermelon,
8 500 €, Jacquie Aiche
chez Mad Lords.
9. Chevalière en or,
améthyste et diamants,
8 310 €, Aurélie
Bidermann. 10. Bague
Cushion en or jaune
gravé, 3 950 €, Ole
Lynggaard Copenhagen.
11. Bague en or et émail
rouge, 2 850 €,
Foundræ chez Mad
Lords. 12. Chevalière
en or jaune, 2 700 €,
Tiffany & Co. 13. Bague
Nougat en or jaune,
6 500 €, Dior Joaillerie.
14. Bague Monete
en or rose et pièce
de monnaie antique,
5 700 €, Bulgari.
15. Chevalière Lys
Royal, en or jaune
et laque noire, 2 095 €,
Mauboussin. 16. Bague
en or, aigue-marine
fumée et diamants,
4 980 €, Marie-Hélène
de Taillac.
« À la fois symbole de pouvoir et emblème des marlous »
A
L’antiquaire parisien Yves Gastou aime
les bagues et en porte une différente chaque jour. Jusqu’au 30 novembre, il expose une partie de sa collection, étonnant
mélange de pièces de pacotille et de
joyaux antiques, à l’École des arts
joailliers, créé par Van Cleef & Arpels à
Paris. Rencontre.
LE FIGARO. - D’où vous vient cette
passion pour ces bijoux masculins ?
Yves GASTOU. - De l’enfance. Et des bagues des évêques de Saint-Martin de
Limoux, près de Carcassonne, où j’allais
passer la plupart de mes jeudis aprèsmidi. Depuis, j’ai une préférence pour les
lourds anneaux aux améthystes rutilantes mais aussi pour les vanités aux crânes
ciselés d’or et pour les bagues de voyou.
Et, bien sûr, pour les chevalières aux armes de grands bourgeois ou de comtes.
Comme ces intailles de cornaline, jaspe
sanguin, cristal de roche, citrine ou en or
ciselé et gravé, datant toutes du
XIXe siècle. Ou encore ces modèles,
beaucoup plus contemporains, signés
Chrome Hearts, en argent massif avec
croix gothiques, étoiles ou vanités ailées.
Des poids lourds de ma collection que
j’aime pour leurs formes mais surtout
pour leur puissance quand je les ai aux
doigts.
Quelle est l’image de la chevalière ?
Elle conserve son aura de pouvoir. Et
aujourd’hui encore, elle est offerte aux
garçons à leur majorité, témoignant ainsi
d’une histoire familiale. Elle est alors décorée d’armoiries réelles ou fantasques,
d’initiales ou, parfois même, non gravée.
Elle reste surtout un vrai marqueur
d’identité. Que ce soit celle de la petite
bourgeoisie ou du voyou de la rue. Chargée de symboliques diverses, elle trouve
place dans chaque catégorie sociale, devenant aussi bien attribut de virilité
qu’apparat androgyne.
Jusqu’à devenir un véritable accessoire
de mode ?
Oui, et ce, dès le début du XXe siècle, au
même titre que le monocle, la chaîne de
montre et les boutons de bottine. Elle est
portée avec préciosité par les dandys
comme Oscar Wilde et devient prisée
par les milieux artistiques à travers toute
l’Europe. La bague fait également partie
intégrante du style américain. Plus tard,
le cinéma de genre contribue à l’associer
aux milieux mafieux. D’Edward G.
Robinson dans Le Petit César, de Mervyn
LeRoy, en 1931, à Robert De Niro dans
Casino (1995), de Martin Scorsese. L’industrie de la musique s’en empare également : les crooners et musiciens de jazz
la portent sobrement, quand les icônes
excentriques que sont Liberace et Prince
la détournent. Chantre de la masculinité, elle a été reprise par les rappeurs tels
Puff Daddy ou Rick Ross, avec une opulence proche du faste des bijoux représentés sur les portraits de la Renaissance. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. C.
École des arts joailliers, 31, rue Danielle-Casanova
(Paris Ier). À lire : Bagues d’homme, d’Yves Gastou,
Delphine Antoine et Harold Mollet,
Éditions Albin Michel, 49 €.
L’antiquaire Yves Gastou expose une partie de sa collection de bagues, dont celles-ci,
à droite, à intailles de cornaline, grenat et agate, montures néoantiques en or jaune et
argent, époque XIXe siècle. ALBIN MICHEL
ADELINE CACHEUX ; ELIE TOP ; ALEXIS FRESPUECH ; MAISON AUCLERT ; ARTHUS-BERTRAND ; FRED ; DAVID YURMAN ; MARIE HÉLÈNE DE TAILLAC ; AURÉLIE BIDERMAN ; OLE LYNGGAARD ; FOUNDRAE ; TIFFANY & CO. STUDIO ; DIOR ; ANTONIO BARRELLA ; MAUBOUSSIN ; LAURA LAYERA
5
erminées les armoiries gravées par des maîtres héraldistes : pour sa dernière collection Code, Arthus-Bertrand
désacralise son emblématique
chevalière et ose même la scier
en deux ! Le principe : composer
sa propre bague en assemblant
des demi-losanges, trèfles,
ronds ou tonneaux grâce à
un ingénieux système
d’aimant invisible. « Déclinées en vermeil et en
argent, ces formes a
priori classiques permettent d’obtenir pas
moins de trente-six
combinaisons graphiques et déstructurées », indique AnneBénédicte
Robin,
responsable des collections de cette entreprise
qui entend bien moderniser l’image
souvent traditionnelle de ce
bijou hautement symbolique. « Pendant
longtemps, la
chevalière gravée aux armoiries d’une famille
ou d’une confrérie a
été un marqueur social,
un signe de reconnaissance et d’appartenance mais
aussi le témoin d’une histoire aristocratique et bourgeoise, transmis
à travers les générations, rappelle Julie Valade, directrice du
département joaillerie chez
Artcurial. Mais au fil du temps,
elle est devenue un véritable accessoire de mode dont s’est largement emparée la street
culture via les stars du rock et
du hip-hop. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
STYLE 33
Ssense,
un sens à part
de l’e-commerce
L’interview
exclusive
de Stefano Pilati
À lire sur lefigaro.fr
Une communauté d’affinités
Dans ses premières années, Ssense se
concentre sur l’univers masculin, alors
que le commerce en ligne en est à ses
balbutiements. Autant dire que les grandes griffes ne se ruent pas sur ce nouveau
canal de distribution. Aussi les frères
Atallah se tournent-ils vers des labels
plus confidentiels, moins classiques, justifiant leurs choix avec du texte, des portraits et des décryptages. « Aujourd’hui
encore, reprend Rami Atallah, l’idée est
d’abord de toucher le client de façon émotionnelle. L’objectif immédiat n’est pas de
vendre mais de communiquer un point de
Du « see now, buy now »,
par excellence
L’entreprise familiale emploie désormais
six cents personnes dont 80 % sont des
millennials (nés après 1980) et plus de la
moitié a moins de 30 ans, à l’instar de la
clientèle équilibrée entre homme et femme. Pour faire face à sa croissance exponentielle, ses services Technology et
Product (une centaine de personnes) ont
investi, lundi dernier, un deuxième niveau d’un vieil immeuble industriel audelà du plateau du mont Royal. Cinq
jours avant ce déménagement, le nouvel
espace accueillait la soirée du lancement
de la marque Random Identities, projet
personnel de Stefano Pilati (voir en haut)
qui a dirigé le style d’Yves Saint Laurent
et d’Ermenegildo Zegna auparavant. Le
défilé de cette ligne mixte d’inspiration
masculine – vendue au même moment
sur le site – s’est déroulé entre les bureaux et les ordinateurs du vaste openspace de Ssense au 9e étage. Du see now
buy now, par excellence, à des prix très
étudiés (90 € les tee-shirts, 260 € les
manteaux et les parkas), pour se donner
toutes les chances d’atteindre la cible.
« Nous recueillions une multitude d’informations sur la clientèle. Plutôt que de les
utiliser pour lancer notre propre marque,
nous préférons les partager avec des designers avant-gardistes afin que leur projet
rencontre son public », ajoute Rami Atallah qui a planché, pendant plus d’un an,
avec Stefano Pilati sur Random Identities. Un lancement un peu tendu suite au
teasing posté sur l’Instagram de Ssense,
d’un mannequin transgenre de couleur
qui a engendré une vague de commen-
20 000 pièces à portée de main
En avril dernier, Ssense inaugurait une
boutique physique de cinq étages, au
418, rue Saint-Sulpice dans le quartier
du Vieux-Montréal, mise en scène par
l’architecte David Chipperfield.
L’originalité de ce magasin, au-delà de
son décor ultramoderne ? Un service
de personal shopping qui permet aux
visiteurs d’essayer vêtements et
accessoires sélectionnés sur le site
Internet parmi les 20 000 références
disponibles, vingt-quatre heures à
l’avance. « C’est une expérience
unique qui rencontre un franc succès,
observe Rami Atallah, PDG de SSense.
Toucher les pièces leur donne envie
d’en essayer et d’en acheter encore
plus. Nous avons même des clients qui
reviennent spécialement à Montréal
et, seulement sur place, s’inquiètent
d’organiser le reste de leur voyage au
Canada. » La formule pourrait-elle être
dupliquée ailleurs ? « Bien entendu,
nous aimerions avoir d’autres
boutiques mais notre idée étant
de pousser à chaque fois des limites,
les prochaines ne seront en aucun cas
une copie de celle-ci. »
F. M.-B.
Bassel, Firas et Rami Atallah, les frères cofondateurs de Ssense.
taires racistes et homophobes. « Don’t be
an asshole », a répliqué sans délai la plateforme sur son compte en lettres capitales, rappelant être particulièrement attachée « à l’inclusion, à la tolérance et à
SSENSE
l’amplification des voix qui ont été jusqu’alors tues ou étouffées ». Un engagement rare dans ce monde des affaires qui
participe aussi à sa différence. ■
www.ssense.com
L ’ex-directeur artistique de Saint
Laurent et de Zegna lève le voile
sur le premier projet personnel
de sa carrière sous le nom de
« Random Identities », ciblant la
jeunesse avec des prix très serrés.
« Investir des millions dans un show
pour tenter de séduire les jeunes
générations me semble absurde.
Et leur donner envie de sacs coûtant
plusieurs mois de loyer n’est pas
les aider à débuter dans la vie »,
confie l’Italien dans un entretien
exclusif accordé au Figaro.
F. M.-B.
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DU 22 AU 25 NOVEMBRE 2018
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A
ENVOYÉ SPÉCIAL À MONTRÉAL
ontréal ne fait toujours pas partie de ces métropoles se découvrant un subit penchant pour la
mode. C’est pourtant dans la plus grande
ville du Québec que le très pointu site
Ssense a vu le jour, en 2003. Quinze ans
plus tard, cette distance avec la branchitude et les recettes du marketing demeure la clef de voûte de la plateforme
d’e-commerce. À l’image du contenu
éditorial qui, plutôt qu’inciter l’internaute à sortir sa carte bancaire dès le
premier écran, mixe des décryptages de
tendances, des papiers sur la musique,
l’art, le design ou les phénomènes de société, sous la direction de Joerg Koch,
fondateur du magazine berlinois 032c.
Son trafic mensuel atteint les 53 millions
de pages vues par 13 millions de personnes. Et les ventes – tout de même le nerf
de la guerre –, quelque 13 000 colis expédiés quotidiennement, à des particuliers
dans 136 pays à travers le monde.
« C’est plutôt une bonne chose d’être à
l’écart du système », observe Rami
Atallah, le PDG de Ssense, qui en a imaginé le concept dans le cadre de son mémoire de fin d’études supérieures en informatique. Avant de le développer avec
ses deux frères, Firas et Bassel qui dirigent aujourd’hui les volets financiers et
opérationnels de l’entreprise. « Nous
avions à peine 20 ans au début des années
2000 et nos cursus nous avaient conduits
sur d’autres voies que la mode, poursuitil. Nous étions sensibles au sujet comme
tous les gars de notre âge, sans pour
autant être familiers du secteur… Secteur
qui m’est d’ailleurs paru très conservateur
dans son fonctionnement quand je m’y suis
intéressé de plus près ! Il devait y avoir un
moyen de procéder autrement pour toucher notre génération. Être à Montréal
nous donne un certain recul sur le milieu.
Aujourd’hui, tout le monde mixe luxe et
streetwear. Sur Ssense, nous le faisons depuis quinze ans ! Dès le départ, nous nous
sommes refusés à tout catégoriser : le
prêt-à-porter d’un côté, le sportswear ou
les accessoires de l’autre. La cohérence de
l’ensemble nous semblait plus importante.
Nous veillons à conserver cette distance
par rapport aux standards de l’industrie,
à aborder tout projet avec un œil neuf, à ne
pas rentrer dans les cases, à défier les normes et aller plus loin. En résumé, à être
différents. »
vue et de tisser des liens. Ensuite, il n’y a
pas de règle sur la Toile. L’internaute est
libre, mais on sait que si un sujet est pertinent, il affecte ses choix et, tôt ou tard, il
revient. »
En 2003, les premières ventes de
Ssense, qui dépassent immédiatement
les frontières du Canada, donnent un bel
aperçu de l’étendue de ce nouveau marché qu’est le Web. Les parents des trois
frères prêtent main-forte pour expédier
les colis. Entre 2009 et 2014, la sélection
de marques est affinée mais conserve un
tempérament de défricheur. « Ssense est
une plateforme amplifiant les voix et les
démarches qui défient les conventions, insiste son fondateur. Les talents que nous
mettons en avant ne sont pas forcément
ceux qui comptent le plus de followers.
Nous avons référencé Marine Serre,
Vetements et le label Off-White de Virgil
Abloh, dès leurs débuts. Nous privilégions
celles et ceux qui font avancer le monde et
leur permettons d’atteindre une audience
globale, grâce à la communauté que nous
avons bâtie depuis quinze ans. »
Quelque 400 marques sont aujourd’hui vendues sur Ssense, de l’anglaise
A-Cold-Wall à la shanghaïenne Ziggy
Chen, en passant par Ami, Balmain,
Boss, Comme des Garçons, Dries Van
Noten, Jacquemus, Issey Miyake, Saint
Laurent, Tom Ford. Tous les modèles
sont réceptionnés à Montréal où ils sont
inspectés et photographiés, dans un des
treize studios du siège, avant d’être mis
en ligne et en vente sous quatre jours.
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jeudi 22 novembre 2018
34
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Ventes 17e
Henry Buzy-Cazaux, président de l’IMSI, école de l’immobilier
« Des besoins immenses dans un secteur fragile »
Ventes
APPARTEMENTS
IMMEUBLES
BATIGNOLLES
Ens. immobilier 12.000 m2
Politiquedulogement,activitédumarché…àl’occasiondusalondelaCopropriété(21et22novembreàParisExpo),dontilanime
plusieursconférences,Henry Buzy-Cazaux,nous livresesanalyses.
ParOlivierMarin @OlivierMarin1
logement, les rapports locatifs seront-ils équilibrés ?
HENRY BUZY-CAZAUX : Non et c’est un espoir déçu.
Le Sénat avait proposé de rééquilibrer les rapports
locatifs. Une mesure souhaitable était de réintroduire
la clause pénale. C’est-à-dire quand un locataire
paie en retard ou ne paie pas son loyer, on peut lui
appliquer une pénalité. C’est le cas par exemple, du
propriétaire qui ne rembourse pas en temps et en
heure, le dépôt de garantie. Alors que reste-t-il ?
Un encadrement des loyers, assoupli. L’ancienne loi
Alur liait l’observation du marché dans les 28 agglomérations tendues et l’encadrement. C’est désormais
fini. La loi Elan sépare d’un côté, l’observation des
loyers et de l’autre, l’encadrement. Et ce, à titre
expérimental pour une durée de cinq ans. Pour le
symbole ou pour la réalité économique de leur ville,
des maires pourront en faire la demande. A Lille
et à Paris, le dispositif sera reconduit et sans doute
instauré dans d’autres villes, et pas forcément de
gauche. Pour le reste, il y a des innovations utiles
comme le bail mobilité (nouveau contrat de location
en meublé d’une durée de 1 à 10 mois couvert par
la garantie Visale NDLR). Il y a aussi le contrat de
cohabitation intergénérationnelle qui concerne les
personnes âgées de plus de 60 ans qui s’engagent
à louer ou à sous-louer une partie de leur logement
à un locataire de moins de 30 ans, moyennant
un loyer très modéré et la réalisation de menus
services (accompagnement à la personne…). Cela
va permettre le maintien à domicile de personnes du
3ème et 4ème âge. C’est une formule très intéressante.
Le « choc d’offre » de logements promis initialement
par l’Etat, sera-t-il réalisé ?
Les outils qui sont inscrits dans la loi ELAN
comprennent de très bonnes choses en matière
d’urbanisme, de construction, de lutte contre les
recours malveillants aux permis de construire… tout
ceci va dans le bon sens mais va mettre du temps à
s’installer. Le bail numérique, le permis de construire
par voie digitale vont faire gagner du temps.
La bonne activité du marché de l’immobilier va-t-elle
perdurer ?
Les taux bas ont dynamisé le marché. Il y a
aujourd’hui des aides puissantes avec le prêt à taux
zéro, le dispositif d’investissement locatif Pinel mais
il y a un ralentissement de l’activité dans certaines
villes. Tout cela est très fragile. Le gouvernement doit
cesser de considérer que le logement est un centre de
coût. 41 milliards d’aides pour le logement certes mais
des recettes annuelles de 74 milliards d’euros pour
l’Etat. On pourrait apporter moins d’aides si le poids
de la fiscalité sur les ménages était moindre. Le vrai
sujet est là aujourd’hui. Côté marché, Il n’y a pas de
retournement de tendance mais un ralentissement.
Il est déjà en œuvre dans le secteur de la maison
individuelle, dans les logements collectifs neufs
et fléchit dans l’ancien. Les besoins en logements
sont bien à la hauteur annuelle d’un million de
transactions et de 450 000 constructions.
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LE CLUB IMMO. Dans la nouvelle loi ELAN sur le
Quels sont les principaux enjeux du secteur
de la copropriété ?
C’est déjà celui de comprendre les évolutions du droit
de la copropriété qui évolue sans cesse. C’est ensuite,
l’immense chantier de la rénovation énergétique.
Nous avons sans doute cinq à six ans de retard à
rattraper. L’ingénierie financière, les types de travaux
à mener, la valorisation d’un immeuble sont au cœur
des préoccupations. La révolution numérique change
et bouleverse la vie des copropriétés. Ce qui, il y a
trois ans, n’intéressait pas les ménages, aujourd’hui,
les passionne.
En vidéo sur Figaro Immo sur Lefigaro.fr
Henry Buzy-Cazaux,
président d e l’IMSI,
école de l’immobilier
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
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Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
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faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
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financières, administratives ou réglementaires imposées à AREAM, notamment lors de l’instruction des autorisations de construire. Ces caractéristiques n’entrent donc pas dans le champ contractuel: les logements sont vendus et livrés non aménagés et non meublés. * Illustration d’ambiance,
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
TÉLÉVISION
35
Les confidences du ciel
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Une douzaine d’astronautes, français et étrangers, dont Thomas Pesquet, évoquent leur métier,
les difficultés rencontrées dans l’espace et le bonheur de vivre en impesanteur. Captivant.
Au bout
du rouleau
TRISTAN VEY
tvey@lefigaro.fr
I
l est environ 10 h 40 et
« Les Grandes Gueules » veulent
savoir. Elles veulent savoir
pourquoi les écoliers hésitent à aller
aux WC lors des récréations.
Un problème qui interpellerait
même, c’est peu dire, le ministre de
l’Éducation nationale, Jean-Michel
Blanquer, car on devrait y aller cinq
ou six fois par jour minimum.
Selon une enquête de l’Ifop, 68 %
des élèves interrogés « affirment
tout faire pour ne pas se rendre aux
toilettes à l’école ». Sur ce constat,
l’animateur Olivier Truchot
s’inquiète : « On apprend dans cette
étude que les toilettes sont devenues
un lieu tabou, un endroit que l’on ne
fréquente que si on est contraint et
forcé, poussé par une envie trop
pressante. Les enfants mettent en
scène des stratégies pour ne pas
y aller. Ils se retiennent, alors,
forcément, ce n’est pas bon pour la
santé. » Certaines de nos chères
têtes blondes se retiendraient de
boire pour ne pas être obligées
d’aller pisser. Pourquoi ? Primo : la
saleté des lieux. Secondo : le regard
des autres, le manque d’intimité
et de papier. Si, si, ne riez pas.
On compterait, dans les
établissements, les rouleaux. C’est
la crise. En voilà, une bonne cause
pour les « gilets jaunes », le manque
de PQ dans nos écoles ! En voilà,
une vraie cause. Le moins que
l’on puisse dire, c’est que les lieux
d’aisance de nos écoles ne sont plus
ce qu’ils furent. Votre serviteur,
élevé bien religieusement, se
souvient de cette citation d’une fille
de l’Église : « Faites ce qui est en
vous. » Était-ce sainte Thérèse
d’Avila ? Sans doute, sans doute.
Quoi d’autre ? Ah oui, cette phrase
de Bernard Frank, piochée un peu
au hasard, l’autre soir : « C’est fou
comme c’est difficile de trouver
un moment libre pour regarder
la télévision dès qu’on a mission
d’en parler. » N’exagérons pas.
Tisane à la main, on peut aisément
s’endormir devant, pourquoi pas,
New York, unité spéciale (TF1).
l y a maintenant presque trois ans,
peu avant de s’envoler pour la Station spatiale internationale, Thomas Pesquet nous confiait que les
astronautes modernes n’avaient
plus besoin d’être des super-héros ou des guerriers.
Finis les aventuriers virils
et débordants de testosté○○○○
rone qui ont marqué les
débuts de la conquête spatiale : les cow-boys ont peu à peu laissé
leur place aux cobayes. C’est ce que
démontre avec beaucoup d’habileté
narrative et d’élégance visuelle le documentaire Les Cobayes du cosmos : confidences d’astronautes, réalisé par JeanChristophe Ribot.
Lorsque les premiers hommes sont
allés dans l’espace, personne ne savait
comment le corps humain réagirait à
l’absence de pesanteur, aux accélérations, décélérations et vibrations extrêmes du décollage d’une fusée. Ni
comment les hommes pourraient réagir
en voyant la Terre à leurs pieds. Cela les
rendrait-il fous ?
Loin de ces fantasmes, c’est finalement un trouble bien commun que l’on
a d’abord découvert : le mal de l’espace.
Une sorte de mal de mer aussi commun
que désagréable dont souffre un astronaute sur deux, parfois assez violemment. Le Russe Aleksandr Lazoutkine,
ayant volé en 1997, confie même avoir
regretté d’être devenu cosmonaute à cet
instant précis. Avant que le mal ne s’estompe au bout de quelques jours : le
corps et l’esprit humains sont remarquablement adaptables. Voilà le type
d’anecdotes dont le documentaire regorge, qui le rend si passionnant. Loin
des séances d’entraînement et des discours finalement policés habituels, les
I
20.55
ESA/COCOTTES MINUTE PRODUCTION
RMC | 9 heures | Mercredi
Thomas Pesquet lors d’une sortie extravéhiculaire pendant sa mission spatiale, en 2017.
auteurs ont réussi à faire parler une
douzaine d’astronautes, français, russes, américains, européens et même japonais, de leur vrai métier. La gestion de
l’attente – parfois dix ans avant d’être
affecté sur une mission. La crainte de ne
pas partir. La difficulté du confinement.
La Terre qui vous manque, viscéralement. Mais aussi le bonheur de flotter,
d’oublier l’existence de son corps.
Le corps fond
Tout le monde a déjà vu ces images
d’astronautes faisant du sport de manière frénétique dans l’espace. Une
bonne manière de se défouler pour ces
diennes ne suffiront pas, mais elles permettent de limiter un peu la casse.
Autres questions : comment ce trajet
va-t-il se dérouler ? Faut-il des équipages mixtes ? Des personnes sociables ou
solitaires ? Tous les astronautes ressentent le même attachement débordant
pour notre planète dès lors qu’ils la
voient depuis l’espace. Un syndrome
appelé « overview effect ». Quelles seront leurs réactions lorsqu’ils s’en éloigneront et la perdront de vue pour la
première fois ? Nul ne le sait. Mais des
hommes et des femmes s’y préparent.
Et sont prêts à tout pour faire de ce rêve
une réalité. ■
sportifs cloîtrés dans un lieu confiné,
pensait-on. Pas du tout : ils ont tous détesté cela. Harnachés d’élastiques et de
ressorts pour mimer la gravité, ces
séances obligatoires tiennent pour eux
plus de la torture qu’autre chose. Ils ont
découvert le miracle de l’impesanteur et
on vient le leur voler. Mais il faut bien en
passer par là. Car ce que font en réalité
les astronautes d’aujourd’hui, c’est préparer les missions d’exploration de demain. Le corps fond en impesanteur, les
os se fragilisent. Or si on les envoie un
jour sur Mars, il faudra bien qu’ils soient
en état de travailler à leur arrivée, après
300 jours de voyage. Ces séances quoti-
« Narcos : Mexico », aux origines du mal
La saison 4 de la série évoque avec brio le parrain mexicain Felix Gallardo.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
arcos : Mexico était presque
un rôle d’utilité publique
pour Diego Luna. « L’organisation de Felix Gallardo a
dessiné le visage actuel de
mon pays en proie à une violence dévastatrice », nous confiait le comédien mexicain qu’on avait laissé dans le champ de
ruines de Rogue One : A Star Wars Story.
Fidèle à sa promesse d’examiner
comment le trafic de drogue a façonné
les rapports de forces entre Amérique
latine et États-Unis, la série phare de
Netflix, toujours aussi bien écrite, s’installe au Mexique après trois saisons en
N
LE BUZZ TV
Invitée : Muriel Robin
interviewée par Philippe
Larroque et Damien Canivez
aujourd’hui sur :
Diego Luna incarne Felix Gallardo,
fondateur du narcotrafic moderne.
CARLOS SOMONTE/NETFLIX
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4890
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Très coureurs et fidèles à la fois.
- 2. Plus facile à rouler. - 3. Découvris
un spectre parmi les invisibles.
- 4. Ils remettent sur la voie de la
connaissance. Précocement. - 5.
Était encore Célèbes il y a peu. - 6.
Marque un changement de temps.
Porte dans le passé. - 7. Allongés
de force. - 8. Repose sur la partie
postérieure. Note. - 9. Doublé par
Berg. Terme d’inventaire. - 10.
Établir la connexion. Élément de
quatuor d’opéra, en un sens. - 11.
Peut être abordé à la cour. - 12.
Hommes infidèles.
1. Arrêt de rigueur. - 2. Incite à raccrocher. Porte quelque attention.
- 3. Liserons des champs. Taupe
royale. - 4. Donna une tisane.
Se touche sur le champ. - 5. Collectionneur d’images anciennes.
Jeu de cartes qui était le passetemps favori de Liszt. Rémunère
en jetons. - 6. Il soigne son écurie.
Des barreaux de chaise et des
barreaux de prison. - 7. Éclat de
rire. Faisait le mannequin. Liquide
roumain. - 8. Montent machinalement.
VERTICALEMENT 1. Désolidarise. - 2. Approximatif. - 3. Réhoboam.
ELF. - 4. draN. Ocrer. - 5. Évitée. Noèse. - 6. Niger. Ris. In. - 7. Nen.
Repassée. - 8. Erevan. Céans.
4
5
6
7
8
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2964 :
Affranchissement subtil
1
6
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 6 Cœurs.
N
E
S
Entame : Dame de .
R762
A V 10 8 7 6
A
75
4
5
AD4
RD
V 10 9 4 2
A62
O
3
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4889
3
BRIDGE
2
7
HORIZONTALEMENT 1. Dardenne. - 2. Épervier. - 3. Sphaigne.
- 4. Oronte. - 5. Lob. Erra. - 6. Ixode. En. - 7. Dia. Rp. - 8. Ammoniac.
- 9. Râ. Cosse. - 10. Itéré. S.A. - 11. Silésien. - 12. Effrénés.
2
Luna) et Kiki Camarena (Michael Pena),
un agent américain de l’antidrogue dont
le rapt provoqua une affaire d’État entre
Washington et Mexico. « Le cartel est plus
qu’une entreprise. C’est un système : dès
que l’on vous prête de l’argent, dès qu’on
vous aide à trouver un hôpital pour votre
enfant, vous êtes foutu, notait Diego Luna.
Si vous vous faites une ligne de cocaïne à
Paris, interrogez-vous sur l’itinéraire de
votre poudre et ce qu’elle fait à mon pays. »
Affaire d’État
En introduisant de futurs barons de la
drogue tels qu’El Chapo, dont le procès à
Cette saison offre une démonstration imNew York défraie actuellement la
pitoyable des protections dont ont
chronique, mais qui a commencé
bénéficié les trafiquants : gouvercomme simple chauffeur, Narneurs, hauts gradés de la police…
cos : Mexico s’assure de beaux
Cette corruption s’incarne dans le
○○○¡
jours à venir. ■
duel entre Felix Gallardo (Diego
Colombie à chroniquer l’ascension de
Pablo Escobar et de ses rivaux.
Comme dans les épisodes colombiens,
Narcos : Mexico commence au début des
années 1980 et raconte comment un trafiquant de marijuana du Sinaloa est devenu le fondateur du narcotrafic moderne.
L’idée de génie de l’atypique Felix Gallardo ? Unir les cartels pour acheminer la
cocaïne colombienne aux États-Unis.
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2963
Votre main en Sud
1 - 76
2-RD32
3-A73
4 - R V 10 8 7
5 - 10 6 3
83
82
87
98
872
V 10 7 6 5 2
A765
RV87
AD3
AV9
V62
876
10 9 8 2
652
V976
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1
1SA
passe
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : 2. Après intervention par 1SA sur une ouverture majeure adverse, tout est Texas. Dites
donc 2, pour jouer (peut-être) 2 Carreaux, un meilleur contrat que 1 Sans-Atout assurément.
Main 2 : 2. Comment faire un Stayman ? 2 n’est plus disponible (cf. main 1). Utilisez l’enchère
de 2, Texas impossible pour les (la couleur de l’adversaire).
Main 3 : 3SA. L’intervention par 1SA étant zonée 16-18H (et non 15-17H comme l’ouverture),
ne vous contentez pas de 2SA avec 8H mais appelez la manche.
Main 4 : 2. Tout est Texas, donc dites 2 (Texas ) et, sur la rectification à 2, vous sauterez
à 3SA.
Main 5 : Passe. Certes, vous 6 points sont corrects mais votre main est extraplate. Vos chances
statistiques de réussir 3 Sans-Atout si votre partenaire a 17-18H sont faibles. Ne dites pas 2SA,
soyez sage et passez.
A
« Les Grandes Gueules »
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Cécile
Soleil : Lever 08h10 - Coucher 17h02 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu 20.20 Plus
belle la vie. Feuilleton 20.45 Tout le
sport. Magazine.
19.15 Friends. Série 20.55 LolyWood. Divertissement.
21.00 Spider-Man 3
ˆ
) ˆ ”" :
) ) 2 - T o b e y
'" –  P a r k e r
* "
”"(" m y s t é r i e u s e
"* ) c o s t u m e .
21.00
21.00
21.00
Série. Comédie dramatique
Magazine. Information
Série. Thriller
MATIN
2
40
1
1
-0
-0
-0
3
1
-1
5
1
23.30 Chroniques criminelles. Mag.
Présentation : Magali Lunel.
2
2
0
2
4
2
2
1
40
Munch
ˆ *
N a n t y ,
/ –"J e a n - B a p t i s t e ,
" £0 ! I n é d it s .
" ) " " p o u r
”" " # " c o u p a b l e
!
') # 23.00 New York, section criminelle ‘ D ’ O n o f r i o ,
 * ! L’émission politique
Aux animaux la guerre
P r é s e n t a – S a l ) 3 h 1 4 .
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H u l o t .
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*0 " ' 20.50 Les cobayes du cosmos,
confidences d’astronautes
— ˆ 1 1 2 A l o r s
”" (") ' " a l l e r " * à
") )*"‚
0.15 Ici-bas “ 1.25 Dans
22.40 Bavures - Moi policier, j’ai
tué un homme — 23.55 Soir/3
22.25 C dans l’air 23.35 C à vous.
Magazine 0.30 C à vous, la suite
g o u v ern e m e nt.
quelle éta-gère... Magazine 1.35 Ça
commence aujourd’hui. Magazine.
5
0.25 La guerre de tous les Français
5
2
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
6
5
2
8
12
10
9
7
12
8
12
30
13
APRÈS-MIDI
5
30
5
5
19.55 L’info du vrai, le mag (C) 20.50
Le JT pressé (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 La Russie vue du ciel 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes. Magazine 20.50 Silex and the City
18.40 Objectif Top Chef. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Valérie Karsenti.
21.00
20.55
21.00
Film TV. Thriller
Série. Science-fiction
Série. Thriller
6
5
5
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. 2 épisodes.
7
6
8
6
5
7
8
6
8
20.55 Blitz
ˆ
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11
9
4
11
11
8
40
11
13
22.50 Brick Mansions. Film 0.50
Mission Storm Catcher. Film TV.
12
11
13
15
14
16
14
17
16
10
14
19.10 Into The Wild : Alaska. Série
doc. Dernière chance ! - La crise.
Hangman
Ad vitam
La faute
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22.40 Billions é p i s o d e s
22.40 Mammon, la révélation
é p i s o d e s 0.25 Arte journal
22.55 Glacé C h a r l e s
' "
 ‹ "  ,'' ! 0.35 Mise à mort du cerf sacré. Film.
Drame 2.30 Le journal du hard
0.50 L’épée flamboyante. Film TV.
20.50 Le chantier des Halles :
un défi hors norme
—") t e c h ”" 1 – !% d e
"" m o d e r n i s a t i o n
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22.10 Au cœur de la machine Rungis.
Doc. 23.25 Méga hubs. Doc.
17
T (en °c)
<-10 à 0
19.00 Charmed. Série. Les liens du
sang (2/2) - Rage et chagrin.
19.25 Quotidien, première partie.
Talk-show 20.10 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec Anne-Sophie Girard.
19.35 TPMP : première partie 20.35
Touche pas à mon poste !
21.00 Coup de foudre
à Notting Hill
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E U .
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* Ÿ"' G r a n t ,
Ÿ"' 21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
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) › ' )˜”"
21.00 Enquête sous haute
tension
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" " 2 j o u r s
') (""
" "./" 23.15 Coup de foudre à Harvest
Moon. Film TV 1.00 90’ enquêtes
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série.
23.00 Enquête sous haute tension.
Mag. Prés. : Carole Rousseau.
SU DO KU
GRILLE 2732 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2731
A
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22.55 Familles extraordinaires.
Magazine.
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ATHÈNES
BERLIN
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AMSTERDAM
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lachainemeteo.com
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Chaque jour un peu plus difficile
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21.00 Familles extraordinaires
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# ”" 17/23
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ALGER
BARCELONE
BERNE
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LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
La Chaîne Météo
FORCE 2
INFLAMATION
ABDOMINALE
MAMMIFÈRE
DE CIRQUE
COPAIN
FIDÈLE
BAUDETS
SENSIBLE
PROPRE
APATHIQUE
SE DÉGAGE
GRANDE
VALLÉE
DE SAVOIE
AMUSANT
FIBRE
VÉGÉTALE
ALLURE
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COURSE
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ODIEUX
DE
PRÉTENTION
présente
BIEN
SOUDÉ
SUITE DE
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FAIT
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
37
David Flynn,
passion café
u Japon, la cérémonie du thé est
un art. Les rituels sont stricts, les
gestes millimétrés. Debout dans le
laboratoire de sa nouvelle torréfaction de café du XIXe arrondissement de Paris, David Flynn fait
de même pour le café qu’il produit
avec sa société, la Brûlerie de Belleville. C’est la cérémonie du café. Il choisit
consciencieusement son mélange de précieuses graines puis les moud. Ensuite, tel un chimiste, le chronomètre digital posé sur la table, il verse l’eau chaude
- pas bouillante - sur la poudre ocre en respectant un
temps précis. L’alchimie se fait. Le liquide fumant
ruisselle dans la carafe en verre. Les volutes dansent.
Et un bienveillant parfum enfume toute la pièce.
Rompant le silence, il commente : « Ça a un côté
théâtral qui est sympa pour les clients mais c’est aussi
ce que je fais tous les matins chez moi. » David est un
passionné. « Il a une connaissance extrême du
café ! », confie un de ses 25 salariés.
Quelques jours auparavant, David Flynn fêtait,
dans une ambiance animée, les cinq ans de la Brûlerie de Belleville, dans sa nouvelle torréfaction de
300 m2, entouré de ses clients, fournisseurs, associés et employés. L’occasion pour ce trentenaire
plutôt timide, le sourire en coin sous sa fine moustache, de prononcer quelques mots de remerciement avec son charmant accent américain, une
A
bouteille de bière à la main. Une mousse au café
voici qui ouvre une brûlerie de café artisanale, à Belbien sûr.
leville. Comme avant, la rue embaume des odeurs de
Rien ne destinait pourtant ce « Yankee » à se faire
torréfaction et les commandes ne font que grossir.
applaudir par des bobos de l’Est parisien. Sa jeunesse,
Avec un associé, puis deux, Flynn crée son entreprise
c’était plutôt baseball, fraternités et fast-food dans
et abreuve en caféine toutes les bonnes adresses de la
un pick-up. « Je suis né au fin fond de l’État de New
capitale et quelques particuliers initiés. 35 tonnes
York, presque au Canada, à Watertown. » Son père
l’année dernière !
est médecin militaire. La famille ne reste
Les compères ouvrent dans la
jamais plus de deux ans dans une ville,
foulée des restaurants, la Fontaine
bringuebalée au gré des nominations du
de Belleville puis, le 50, cet automGI. Bon élève, David se retrouve bourne. Notre Américain aime le café,
sier à l’université de Washington où il
l’entrepreneuriat, le challenge. « Il
étudie la philosophie. Devant son verre
est toujours à la recherche d’amélioDuralex fumant de breuvage, l’ancien
rations sur lui-même et sur la mar1986
étudiant se rappelle avec émotion des
chandise. David est continuellement
Naissance à Watertown,
philosophes français. « Aux États-Unis,
en mouvement vers la nouveauté »,
État de New York
les courants philosophiques sont surtout
confie Jeff Marois, son associé et an(États-Unis).
analytiques. J’ai eu la chance de tomber
cien startuppeur dans les nouvelles
2006
dans une fac où on enseignait des contechnologies.
S’initie à la torréfaction
cepts. » Et Maurice Merleau-Ponty, son
dans un café
Quinoa et café
préféré, résonne encore en lui. Dire qu’à
de Washington où il est
des milliers de kilomètres de la Sorbon« Ça plaît aux clients car c’est fait à
serveur.
ne, la phénoménologie « merleau-ponParis. Ils sont dans l’air du temps. Ils
2009
tienne » fait encore des émules ! Mais on
nous proposent des nouveautés selon
S’installe en France.
ne peut vivre des nourritures de l’esprit.
les saisons et savent ce que l’on
2013
David Flynn, étudiant, trouve alors un
aime », dit-on dans des restaurants
Crée la Brûlerie
job dans le café du coin, le Murky Coffee.
aux murs faussement décrépis où
de Belleville avec
« Je ne savais pas mais il se trouve que
leur café accompagne des plats au
des associés.
c’était un des meilleurs établissements du
quinoa et autres mets « tendance ».
2016
pays. Tout le monde connaissait ce lieu
« En fait, beaucoup de gens se reOuvre le restaurant
dans l’univers du café de qualité. Ils m’ont
trouvent chez nous. Des étrangers,
La Fontaine de Belleville,
tout appris. » Le voici qui tombe amoudes vieux, des jeunes ! Les personnes
à Paris.
reux du grain à moudre et part pour
plus âgées se rappellent surtout leurs
2018
l’Europe après une thèse sur Nietzsche.
souvenirs alors qu’elles ne seraient
Inaugure une nouvelle
Quelques mois plus tard, en août 2013,
jamais allées dans les coffee-shops à
torréfaction et ouvre
et alors que les Starbucks pullulent, le
la mode aujourd’hui. On veut démoun 2e restaurant, Le 50.
Bio
EXPRESS
cratiser le bon café. Tout le monde n’a pas accès au
meilleur vin, mais tout le monde peut goûter le meilleur
café », affirme Flynn à l’allure presque caricaturalement parisienne. Manquent la baguette et le béret…
Paris. La France. David a les yeux qui brillent tricolores. Il ne tarit pas d’éloge sur le pays de La Fayette : « J’aime être en France. Ici, on aime les bonnes
choses sans être snob. Aux USA, le café, la bonne nourriture, ça devient tout de suite élitiste. En France, les
choses changent plus lentement et c’est un avantage.
Cela permet d’avoir encore des boucheries et des boulangeries. C’est un vrai luxe, une vraie qualité de vie. »
Flynn est tellement fier d’être en France et soucieux
de transmettre ses savoirs qu’il va envoyer l’un de
ses meilleurs serveurs au championnat de France des
baristas (personne spécialisée dans la préparation de
boissons au café, NDLR) en janvier prochain. La
France, David Flynn la quitte pourtant plusieurs fois
par an pour rencontrer les producteurs, exportateurs
et importateurs qui permettent d’avoir un double
expresso digne de ce nom. Il s’énerve d’ailleurs
contre le discours marketing des grandes chaînes de
café qui se disent équitables, proches des producteurs, etc. « On préfère raconter la vraie histoire plus
que le truc romantique des fast-foods du café. Je veux
que les gens comprennent l’histoire, la chance que l’on
a d’avoir un super produit dans sa tasse », tranche-til. La carafe de café remplie dans les règles de l’art a
été vidée. Comme il l’avait annoncé, l’arôme a changé au fil des minutes, passant de fruité à corsé. Devant la torréfaction, sur le trottoir, une voisine avec
son vélo à la main peine à comprendre pourquoi il
n’y a pas de table pour boire sur place : « Ce serait
trop cool, non ? » David répond par la négative. « Ici,
c’est juste pour déguster. » Elle ronchonne. Boire un
expresso en terrasse tient aussi de la cérémonie. ■
UN DERNIER MOT
NOUVEAU
LE FIGARO
LES CLÉS DE LA CONNAISSANCE
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Détention [dé-tan-sion] n. f.
Séjour en maison de redressement qui peut être
fiscal.
e PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn, est en détention au Japon
depuis lundi.
Le mot vient du latin detinere, qui signifie tenir éloigné. De fait, la détention de
Carlos Ghosn, et ses suites, va le tenir éloigné des affaires, et de la France, pour un
moment. Ce détenu hors normes n’a pas été arrêté pour détention d’armes ou de
drogue. Mais il est aux yeux de la justice japonaise le détenteur d’autre chose : d’un
secret, celui de sa situation fiscale.
Et cette détention-là explique évidemment l’autre.
En tout cas, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle suscite des tensions, notamment
entre des constructeurs officiellement alliés.
Dans ces conditions, comment le prestigieux détenu serait-il détendu ?
On souhaite vivement à Carlos Ghosn que les autorités se lancent au plus vite dans
une politique de détente : en quoi pourrait-elle consister ? Par exemple, la justice
pourrait ôter le doigt menaçant qu’elle fixe sur lui. Comme sur la détente. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Une juriste sri-lankaise parmi les lauréats
des prix Chirac
La juriste sri-lankaise Dinushika Dissanayake (photo) s’est
vue décerner le Prix Chirac pour la prévention des conflits,
pour son action en faveur de la réconciliation, de la justice,
de la démocratie et de la protection des droits de l’homme
au Sri-Lanka. Âgée de 34 ans, avocate à la Cour suprême de
Colombo durant cinq ans, cette militante de terrain se bat
pour régler les conséquences et les litiges hérités de trente
années de guerre civile entre la majorité cinghalaise et la
minorité tamoule, qui a fait dans son pays des dizaines de
milliers de morts. En s’attachant en particulier aux
problèmes des disparitions forcées et à la spoliation des
terres par l’armée, elle veut éviter que l’île ne replonge dans la violence. Par
ailleurs, le prix Culture pour la paix, remis conjointement avec la Fondation
Culture & Diversité, a été attribué à l’Atelier des artistes en exil, une structure
unique en son genre, créée en 2017, qui agit pour l’accueil et l’insertion des
artisans et artistes réfugiés en France. Les deux prix seront remis le 18 décembre
au Musée du quai Branly.
COLLECTION PERSONNELLE
jbsemerdjian@lefigaro.fr
Un député LaREM défend l’île Clipperton
Disponible dans tous les points
de vente et sur www.figarostore.fr
Philippe Folliot, député LaREM du Tarn et spécialiste des questions maritimes,
fustige dans La Passion. Clipperton, l’île sacrifiée (éditions la Biblioteca)
« l’imbécillité sans nom » de l’« abandon » de cette possession française inhabitée
du Pacifique Nord. « Un atout essentiel » de 9 km2, qui représente environ
un vingtième du domaine maritime français, mais « que la France brade
à ses voisins ». L’élu propose d’y constituer « une base scientifique à vocation
internationale ». Son livre, sorti mercredi et cosigné avec le professeur
Christian Jost, est préfacé par l’explorateur Jean-Louis Étienne et postfacé
par la ministre des Outre-mer, Annick Girardin.
A
Jean-Baptiste Semerdjian
ALBIN DURAND
SUCCÈS Cet Américain installé à Paris fête les cinq ans
de sa brûlerie de café. Cet automne, il ouvre une nouvelle
torréfaction et un deuxième restaurant.
*Le voyage connecté. louisvuitton.com
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO - N° 23103 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
FRANCESCA MANTOVANI/
OPALE/LEEMAGE
MICHELA MARZANO
LAURENT GAUDÉ
PAGE 5
PAGE 7
LA PHILOSOPHE PUBLIE
UN ROMAN SUR L’ADOPTION
UNE HISTOIRE ENTRE CONTE
AFRICAIN ET TRAGÉDIE
WITI DE TERA/OPALE/LEEMAGE
littéraire
lefigaro.fr/livres
RUE DES ARCHIVES/AGIP, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, SANDRINE ROUDEIX/LE FIGARO MAGAZINE
Les vies de Jean d’Ormesson
DOSSIER L’écrivain disparu il y a bientôt un an est présent en librairie avec un livre inédit,
au théâtre et sera début décembre au cinéma dans le film que lui consacre Laurent Delahousse. PAGES 2 ET 3
E GOÛT de Marc Lambron pour les
mythologies contemporaines est
connu. Citons de mémoire Lee
Miller, Andy Warhol ou Ségolène
Royal, auxquels il consacra un
portrait à sa façon, chaloupée, kaléidoscopique. C’est la même méthode que l’écrivain
utilise pour Michael Jackson. Certes, il a de la
vie et de l’œuvre du chanteur une connaissance fouillée mais, au-delà, mène une réflexion sur l’empreinte qu’a laissée cet être
singulier.
Soit un destin commencé dans l’Indiana
avec les Jackson Five et achevé au Ronald
Reagan UCLA Medical Center. Entre-temps,
des millions de disques ont été vendus et
une image a été forgée à coups de clips et de
chirurgie esthétique, celle d’un être en voie
de mutation morphologique et psychologique. Ce que Lambron résume d’une formule : « Du frégolisme branché sur secteur. »
Ces raccourcis saisissants, drôles, insolites
ou élégants sont la patte de l’auteur. Sous sa
plume, les métaphores, les images, les analogies abondent, avec pour seul but de saisir
au plus près le personnage de Jackson :
« Docteur Jekyll et Mr Hyde au pays du sucre
d’orge », « Dracula manucurée sur son trône
de vinyle », etc.
Lambron est à l’aise avec son sujet, pourtant loin des très sérieux arrêts du Conseil
d’État qui sont son quotidien. Il maîtrise le
vocabulaire tech (loops, logiciel Pro Tools)
et celui de la bioéthique (« la mère, écrit-il
pour expliquer la conception des enfants de
Jackson, resta inconnue, requise comme support matriciel dans un processus inséminatoire narcissique proche de la parthénogenèse »). On ne le contredira pas. Il évoque
Thriller, Beat It, et la naissance de ce pas de-
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
venu internationalement connu sous le
nom de moonwalk, ménageant à maintes
pages notre amour-propre de béotien.
Quant au « falsetto », aux « traits déhiscents », à l’« escapisme », aux « mélismes », on ira en demander la signification
au dictionnaire – peut-être même celui de
l’Académie, quoiqu’on imagine le visage
interdit du Cardinal devant ce commentaire par Lambron d’une œuvre méconnue de
Jackson : « Une coda sans surenchère bravache, une clausule libérée du royaume des nerfs
et de la pompe qui caractérise par ailleurs
cette meringue autoglorificatrice. »
Céline disait de Morand qu’il faisait jazzer la
langue, Lambron apporte à l’orchestre un
instrument inédit, la batterie, grâce à quoi,
entre tom basse et charleston, il réalise des
prouesses. « On attendait de ce Rascar Capac
qu’il pivote sur les pointes de Noureev »… cette
seule phrase trahit une jeunesse placée sous
le signe de la lecture de Tintin et du programme de l’Opéra de Paris.
Au-delà de l’exercice plein de maestria, et
plus profondément, Lambron dessine une
Amérique selon ses vues. Il y a Jackson et
puis il y a ses prédécesseurs qui tous ont fait
le pays où Jackson fut possible. Un enfant de
Gary, Indiana, peut être un enfant star
(comme Shirley Temple), épouser la fille
d’un mythe (par exemple Presley), inventer
le spectacle permanent (à l’instar de Barnum), et enfin vivre dans un univers aux dimensions d’un parc d’attractions (Disney).
Une modernité, celle du numérique, de l’art
démultiplié et partant déshumanisé et
même dévalué (malédiction pointée par
Walter Benjamin), a pris le pouvoir. C’est le
stade ultime d’une déréliction dont Lambron fait ici le constat aussi probant qu’élégamment dit. ■
VIE ET MORT
DE MICHAEL JACKSON
De Marc Lambron,
Éditions de la Réunion
des musées nationaux,
« Cartels », 110 p., 14,90 €.
Le grand roman oublié enin disponible
dans une version revue et complétée.
A
L
Michael Jackson au laser de Lambron
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
2
LE CONTEXTE
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Jean d’Ormesson nous a quittés le 5 décembre 2017
mais il est très présent cet automne. En librairie, avec
le deuxième volume de ses Œuvres dans la « Pléiade »
et son dernier livre, Un hosanna sans fin. Salle Gaveau
où le 26 novembre, Le Figaro, avec Alexis Brézet,
Vincent Trémolet de Villers, Étienne de Montety,
l’académicien Jean-Marie Rouart et le comédien
Maxime d’Aboville, lui rendra hommage.
Hélène Carrère d’Encausse
« Sans Jean,
l’Académie n’est
plus la même »
DOSSIER Le secrétaire perpétuel de l’Académie
française rend hommage à celui qui fut
l’une de ses figures les plus marquantes.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ÉTIENNE DE MONTETY
LE FIGARO. - Comment avez-vous
connu Jean d’Ormesson ?
Hélène CARRÈRE D’ENCAUSSE. J’ai connu Jean d’Ormesson au moment de son élection à l’Académie ;
j’étais très liée avec ses cousins André et Antonella, propriétaires du
château d’Ormesson ; ils m’avaient
invitée à la remise de l’épée de leur
cousin Jean. Je connaissais ses
livres mais à l’époque nos chemins
ne se croisaient pas. Jean avait reçu
son épée des mains de Gaston
Palewski, alors président du
Conseil constitutionnel. Jean avait
été éblouissant. Je revois aussi
Françoise d’Ormesson et Héloïse,
qui était alors une petite fille, à
l’ombre sous un arbre. J’avais aussitôt été sensible au charme et à la
beauté de Françoise, qui savait à la
fois se tenir en retrait et rayonner.
Ce jour-là, les Ormesson sont entrés tous les trois dans ma vie.
L’historienne que vous êtes
avait-elle lu La Gloire de l’Empire
qui venait de connaître
un très grand succès ?
Je connaissais le milieu où Jean
travaillait à l’époque, l’Unesco, et
son travail dans les sciences humaines – j’étais proche de la philosophe Jeanne Hersch qu’il
connaissait aussi et admirait. Par
son érudition, La Gloire de l’Empire
semblait sortir de ce monde-là.
Mais Jean appartenait aussi à cet
univers de normaliens à la fois très
cultivés et facétieux qui, à l’instar
des personnages de Jules Romains,
décident qu’ils peuvent s’emparer
de tout et fabriquer un canular qui
aura l’apparence du sérieux. Des
historiens se sont récriés à la lecture de ce livre, mais j’ai trouvé ça
épatant.
Comment vous êtes-vous liée
à Jean d’Ormesson ?
J’ai retrouvé Jean au Figaro pour un
combat commun qui portait sur le
communisme. C’était la guerre
froide. Alain Peyrefitte m’avait
proposé d’entrer dans un comité de
réflexion sur les questions internationales. Nous observions ce monde de l’Est en nous demandant
comment ces gens allaient revenir
un jour à la liberté. J’écrivais des
analyses sur l’évolution de l’Union
soviétique et ses incertitudes. Jean
se battait aussi sur le front de la politique intérieure. Comme lui, j’appréciais beaucoup le président Giscard d’Estaing et Raymond Barre,
son premier ministre. Jean et moi
nous nous retrouvions autour
d’une certaine vision de la France.
Il y eut d’autres occasions moins
sérieuses. Un jour, Bernard Pivot
m’avait invitée à une croisière littéraire sur le Mermoz. Il y avait
aussi Jorge Semprun, Félicien Marceau et Jean très facétieux. Nous
avons passé dix jours à bord et nous
nous sommes beaucoup divertis.
Un jour, nous sommes arrivés à
Venise au petit matin. Jean et moi,
nous nous sommes retrouvés sur le
pont pour assister à l’entrée dans la
ville. Nous avons été accueillis par
la Douane de mer, qui n’avait pas
encore dans son œuvre la place
qu’elle prendra.
En 1990, vous avez été élue
à l’Académie. Dix ans plus tôt, Jean
d’Ormesson avait œuvré pour faire
élire Marguerite Yourcenar. Que
vous avait inspiré cette élection ?
J’ai été admirative de la façon dont
Jean a conduit la chose. Ça a été
difficile pour Jean de réussir cette
opération. Il a dû affronter une opposition au sein de l’Académie et
j’ai compris aussi qu’il n’avait guère été aidé par Yourcenar elle-même : la presse a prétendu que le soir
de sa réception, elle ne s’était pas
rendue au dîner organisé par Jean
d’Ormesson à son domicile, avec le
président de la République, Valéry
Giscard d’Estaing.
Dix ans plus tard, Henri Troyat que
je connaissais bien me téléphone et
me dit : « Nous avons élu Marguerite
Yourcenar, puis Jacqueline de Romilly, et maintenant nous voudrions
que vous nous rejoigniez. » Je ne
connaissais pas l’Académie, je n’y
suis jamais allée avant ma propre
réception. Mais j’avais appris les
déboires de Jean-François Deniau
qui m’avait raconté qu’il avait été
poussé à se présenter et qui avait
été battu. Je me suis d’abord dit que
l’Académie avait envie de s’amuser
une nouvelle fois… Mais j’ai appelé
Jean qui m’a rassurée : « Votre présence à l’Académie va de soi. » Il a
ajouté : « Vous verrez : une fois
UN HOSANNA
SANS FIN
De Jean d’Ormesson,
Éditions Héloïse
d’Ormesson,
144 p., 14 €.
ŒUVRES TOME II
De Jean d’Ormesson,
Bibliothèque de
la Pléiade, Gallimard,
1 632 p., 59,50 €
jusqu’au
31 mars 2019.
Une biographie incomplète et indiscrète
A
L
E DERNIER ROI SOLEIL est
une nouvelle biographie de
Jean d’Ormesson, après celle de Philippe Dufay et celle
d’Arnaud Ramsay. Ce personnage
sorti du XVIIIe siècle, à la fois populaire et secret, fascine toujours.
Populaire et secret, c’est cet oxymore que Sophie des Déserts, journaliste à Vanity Fair, tente de percer, racontant la longue et riche vie
de l’auteur d’Au plaisir de Dieu : Roger Caillois, Raymond Aron, Michel
Déon, Marguerite Yourcenar, François Mitterrand… La vie de Jean
d’Ormesson tient du Who’s Who de
la société française du dernier demi-siècle. Et les amis, Rheims, Baer,
Mohrt, même si des anomalies sautent aux yeux : Jean-Marie Rouart,
pourtant ami intime, est quasi absent et Maxime d’Aboville, l’un des
deux interprètes de sa pièce de
théâtre, n’existe pas. Pourquoi ?
Disons-le sans ambages : Le Dernier Roi Soleil est un puzzle incomplet et indiscret, qui rate son but. Les
noms, les dates, les faits sont peutêtre authentiques, pourtant l’ensemble sonne faux.
C’est incroyable : Sophie des Déserts a côtoyé, fréquenté son sujet.
Elle se flatte d’avoir partagé son gîte
et son couvert, à Neuilly et en Corse.
Or malgré l’accumulation d’anecdotes, « le misérable tas de petits secrets » que méprisait Malraux, elle
ne parvient pas à dessiner le juste
portrait d’un homme qu’elle a souvent rencontré et qui, selon la sémantique maison, l’a proprement
« épatée ».
En quoi consiste la vérité ?
Dans cet exercice qui tient de l’enquête et du recueil de cancans, en
quoi consiste la vérité ? C’est l’exactitude ? À cette aune, Sophie des Déserts est-elle sûre que Jean d’O
aurait rêvé d’être ministre de la
Culture en 2007 ? À la place de Frédéric Mitterrand ? Christine Albanel, plutôt, non ? « Et moi je vis toujours » est un vers d’Aragon,
vraiment ? On aurait juré que c’est
la jolie chute de La Complainte du
Juif errant.
L’ouvrage frappe aussi par son
dédain pour l’écrivain et pour l’éditorialiste. La Gloire de l’Empire est
une prouesse borgésienne. Au plaisir
de Dieu, le grand roman de l’entrée
de la France dans la modernité. Au
revoir et merci la plus spirituelle des
autofictions. Ils resteront. Quant au
journaliste, est-il si méprisable
d’avoir défendu Soljenitsyne contre
l’intelligentsia parisienne de l’épo-
que, et dénoncé maintes fois le jeu
cynique de François Mitterrand
avec les « socialo-communistes » ?
Jean d’Ormesson avait érigé l’art
de parler de soi au rang de chefd’œuvre : bons mots et citations
étaient pour lui le plus délicieux
moyen de séduire, mais aussi de se
préserver des curieux et des importuns. Il avait fait de lui la matière de
ses livres. Il est dans Le Vagabond
qui passe, dans Qu’ai-je donc fait ?
C’est bien Jean, mais un Jean selon
le style de d’Ormesson : esprit étincelant et maîtrise parfaite de la prétérition. Il n’en a que plus de charme.
On s’interroge donc : à quoi bon
une biographie discutable qui jette
une lumière crue sur ce qui a tant
d’attraits en clair-obscur ? Pourquoi
s’échiner à retirer à une vie le parfum du romanesque que l’intéressé
s’est employé à lui conférer, pour le
plus grand bonheur de tous ? Et à
quel titre ? « La vérité d’un homme,
disait encore Malraux, est dans ce
qu’il cache. »
Décidément, on préfère les sortilèges ormessoniens au Dernier Roi
Soleil, et son aspect glacé comme le
démon de la transparence. Glacé
aussi comme le papier d’un magazine people. ■
E. M.
qu’on y est, on ne se quitte plus. » Et
c’est vrai. Nous nous sommes
beaucoup vus. Nous dînions tous
les dimanches soir chez Maurice
Rheims qui réunissait un petit
groupe d’amis, parmi lesquels je
retrouvais les Ormesson, mais aussi
François Nourissier et Hector Bianciotti. Ça a créé entre nous une
authentique fraternité. À l’enterrement de Maurice, Jean, dans le discours prononcé aux Invalides, a eu
un mot délicieux : « Où irons-nous
le dimanche soir désormais ? »
Jean et moi, nous avions des vues
communes, probablement dues à
nos convictions et à des éducations
analogues. Jean avait eu une existence facile, moi comme fille
d’émigré une existence plus difficile, mais nous avions beaucoup en
commun. Il y eut entre nous une
complicité immédiate. Il était très
séduisant intellectuellement, il
avait une façon tellement intelligente d’exprimer ou de commenter
même des choses banales. Je ne l’ai
jamais entendu tenir des propos
vulgaires. À l’Académie, Jacques
de Bourbon-Busset, qui descendait
des rois de France et d’un pape
Borgia, aimait choquer en employant un mot cru ; ce n’était guère le genre de Jean.
L’amitié était une chose importante
pour lui. Il aimait les femmes, mais
il aimait aussi les amitiés féminines.
J’allais déjeuner chez lui à Neuilly.
Quand j’ai été élue au Parlement
européen où je me suis occupée des
« élargissements » – l’ouverture de
l’Union aux pays de l’ancien bloc
de l’Est -, il m’a beaucoup interrogée sur ce sujet. Il avait conscience
qu’un nouveau monde se dessinait. Jean était écrivain français
mais fils d’ambassadeur, ayant
grandi à l’étranger, et travaillant à
l’Unesco, il avait l’intelligence du
monde extérieur et savait qu’on ne
pouvait pas plaquer partout le modèle français.
L’un de nos derniers déjeuners fut
peut-être le plus insolite. Jean
m’avait téléphoné et demandé :
« Mélenchon vous amuse-t-il ? Oui ?
Je l’ai invité à déjeuner et j’ai pensé
que vous pourriez vous joindre à
nous. » Ce fut effectivement un déjeuner très amusant.
Quel rôle a-t-il joué à l’Académie ?
Il avait une autorité très grande
dont il ne voulait pas jouer. Il avait
l’élégance, un très grand talent
– c’était un grand écrivain et un
magnifique esprit philosophique –,
il avait pour lui le poids de l’histoire, les Ormesson avaient joué un
rôle dans l’affaire Fouquet et Jean
descendait par sa mère du conventionnel Le Pelletier de Saint-Fargeau. Un jour, il eut une violente
altercation avec Maurice Druon
– entre eux, il y avait toujours
l’élection de Marguerite Yourcenar – et il en fut tellement affecté
qu’il ne revint pas à l’Académie.
Quand j’ai été élue secrétaire perpétuel, mon premier geste a été de
l’appeler pour qu’il revienne.
Élu en 1973, Jean est devenu notre
doyen d’élection. L’Académie française, qui est faite d’usages, a beau-
Laurent Delahousse : portrait
PAR ÉRIC NEUHOFF
LE DERNIER
ROI SOLEIL
De Sophie
des Déserts,
Fayard/Grasset,
287 p., 20 €.
Sortie
le 26 novembre.
S
ON dernier livre n’avait
pas de dédicace. Cela fait
tout drôle. Nous vivons
désormais dans un monde où il n’y aura plus de
Jean d’Ormesson. Ce monde-là a
perdu quelque chose. Ses lecteurs
se consoleront avec le film Monsieur (*). On y retrouve l’auteur au
soir de sa vie. Il est là, intact, souriant, quelques rides en plus, le
regard parfois perdu vers on ne
sait quel lointain.
Laurent Delahousse, qui est
parfois un peu envahissant dans
ses émissions, a eu la bonne idée
de ne pas se montrer. Cet effacement est salutaire. Cela donne une
sorte d’album façon Martine.
Alors voici Jean d’O en Corse,
Jean d’O à Neuilly, Jean d’O à
l’Académie, Jean d’O en Suisse. Il
écrit au feutre bleu et porte des
espadrilles rouges. L’hiver, il n’a
pas de chaussettes dans ses mocassins. L’été, il est en short. Il regrette de ne plus pouvoir se baigner. Il y a un signe : il a toujours
une liasse de feuillets à la main. Il
corrige, relit. À un moment, il se
demande s’il ne s’est pas déguisé
en écrivain. Grand écrivain ? Une
moue accueille la suggestion. Il
remet une décoration à son éditeur Antoine Gallimard. Le discours est épatant, pour reprendre
un de ses adjectifs favoris. On le
voit faire l’éloge de Michel Déon à
l’enterrement de ce dernier. Le
soir tombe. Les amis s’effacent. Il
n’en revient pas. Sa secrétaire
Dominique, qui a tapé tous ses
manuscrits, le trouve « moins léger qu’il n’y paraît ». Olivier, son
fidèle maître d’hôtel, lui prépare
des fraises au sucre. Son gendre
lui apporte ses journaux. Dans le
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
3
EN TOUTES
confidences
J. R. R.Tolkien dans la « Pléiade »
Après l’annonce de l’entrée au catalogue de la « Bibliothèque de la
Pléiade » de l’immense écrivain portugais Antonio Lobo Antunes, les
éditions Christian Bourgois auront aussi le bonheur d’y voir figurer
dans quelques mois ou années leur autre auteur phare, J. R. R.Tolkien
(1892-1973). Une consécration de plus pour l’auteur du Seigneur des
Anneaux, le génial créateur de la Terre du Milieu.
CRITIQUE
littéraire
Un petit bout du monde
DOLORES PRATO L’écrivain italienne morte en 1983 a passé sa vie
à écrire le récit de sa jeunesse dans une petite ville des Marches.
surnom (ignoré chez les nobles), le
rituel culinaire dans chaque maison,
les tatouages (déjà !), l’arrivée de
ÉCRIVAIN italienne
l’électricité, le rôle de la musique, le
Dolores Prato est
rapport très distancié à la religion
peu connue, même
dans cette terre pontificale proche
dans son pays. Elle
de Lorette, où son oncle curé qu’elle
est née en 1892 et
vénère - « des splendeurs de l’unidécédée à Rome en 1983, après
vers il allait jusqu’au grotesque avec
avoir passé une bonne partie de sa
la même simple grandeur, c’est pour
vie à écrire puis reprendre ce récit
ça qu’il était immense » - n’hésite
qui est en quelque sorte le journal
pas à prendre toutes ses
poétique de sa jeunesse
distances avec le dogdans une petite ville
me : « un pape réprouve,
des Marches, Treja, un
BAS LA PLACE
Y’A PERSONNE
l’autre approuve », etc.
monde raffiné comme
De Dolores Prato,
il y en a tant en Italie,
Dolores Prato réussit
traduit
de
l’italien
en particulier dans
le pari assigné par
par L. Lombard
cette patrie du grand
Georges Perec dans
et J.-P. Manganaro,
poète Leopardi.
l’Infra-ordinaire,
où
Verdier,
Giù la piazza non c’è
l’auteur s’interrogeait :
890 p., 35 €.
nessuno, le titre du li« Comment parler de
vre en italien – qui est
ces “choses commuune expression dialecnes”, comment les tratale assez délicate à
quer, plutôt comment
traduire (la version
les débusquer, les arrafrançaise a pris le parti
cher à la gangue dans
audacieux de choisir
laquelle elles restent
Bas la place y’a personengluées, comment leur
ne) -, est une recherdonner un sens, une
che désespérée des
langue : qu’elles parlent
origines de toute choenfin de ce qui est, de ce
se, liée probablement à
que nous sommes… »
cette blessure de l’enC’est le défi que relève
fance : Dolores Prato a
ce chef-d’œuvre qui
été abandonnée par sa
commence par cette
mère et laissée à un vieil oncle curé
note : « Je suis née sous une petite
qui l’a élevée. D’où ce besoin obtable. Je m’étais cachée là parce que
sessionnel de racines.
la porte d’entrée avait claqué,
c’était l’oncle qui rentrait. »
Dolores, qui vient d’une famille
Ce récit a lui-même une histoinoble déchue, veut découvrir le
re. Il avait été publié une première
sens de tout ce qui l’environne,
fois en 1980 dans une version exmême les détails les plus insignes,
purgée par l’éditrice Natalia Ginzles portes des différentes rues de sa
burg qui l’avait réduit des deux
petite ville, avec toutes leurs nuantiers, selon les critères des éditeurs
ces, celles des palais des nobles, jusactuels. Au final, Prato regretta
qu’à celles des masures des paysans,
d’avoir cédé. Elle ne refusa pas le
avec leur chatière, les femmes qui
travail de son éditrice car, dit-elle,
allaitent en pleine rue, l’usage du
JACQUES DE SAINT VICTOR
L’
coup de déférence pour son doyen
d’élection. Quand celui-ci dit quelque chose, ça a du poids. Et Jean
avait pris conscience de ce statut. Il
apportait une vision modernisatrice, tout en sachant qu’on ne peut
pas bousculer une institution. Il a à
la fois accueilli Michel Mohrt qui
était son ami et s’est passionné pour
l’élection de Dany Laferrière. Dany
représente à merveille le monde
francophone et Jean a aussitôt voulu lui remettre son épée.
Personne n’est irremplaçable mais
l’Académie sans Jean n’est plus
tout à fait la même. Quelque chose
est passé avec lui.
Jean d’Ormesson
et Hélène Carrère
d’Encausse à l’Académie
française, en 2010.
ALAIN BENAINOUS/G40
Un des derniers grands moments
de sa vie a été la remise
de la grand-croix
de la Légion d’honneur…
Je pensais qu’il fallait que Jean soit
fait grand-croix de la Légion
d’honneur. Je suis donc allée voir
François Hollande pour lui demander de la lui remettre. Compte tenu
de leurs relations, ça n’allait pas de
soi. J’ai observé : « C’est vrai qu’il ne
vous ménage pas » et il m’a répondu : « C’est le moins qu’on puisse
dire. » Mais il y a consenti et a accepté de lui remettre la grand-croix
à l’Élysée. Ce fut un joli moment. Le
président a fait un discours remarquable et très spirituel, et ce fut une
des rares fois où nous avons vu Jean
ému et impressionné. Le fils d’ambassadeur mesurait l’importance
de l’événement : c’était le salut de la
République à un grand écrivain
français. ■
Il y eut
entre nous
une complicité
immédiate.
Il était très
séduisant
intellectuellement, il avait
une façon
tellement
intelligente
d’exprimer ou
de commenter
même
des choses
banales.
Je ne l’ai jamais
entendu tenir
des propos
vulgaires
« elle rendait ma manière d’écrire
plus intelligible ; mais je préférais
garder mes défauts. Nous avions
raison toutes les deux ».
La version qu’on nous propose,
publiée en 1997, offre un éblouissant – et probablement unique témoignage de la réalité d’une
province italienne à la fin du
XIXe siècle, un récit précieux de la
vie rurale, nullement « folklorique » comme on serait tenté de le
craindre mais un récit à la fois
poétique et ethnologique d’une
grande importance. C’est un livre
désormais classique d’une grande
puissance évocatrice sur un petit
bout du monde, qui a autant de
portée universelle que le Newark
de Philip Roth, cette ville du New
Jersey où le grand écrivain avait
passé son enfance et dont il avait
confié au New Yorker : « Paradoxalement, c’était ce provincialisme
qui nous faisait cosmopolites. » ■
Dolores Prato (ici, enfant)
offre un éblouissant témoignage
de la réalité d’une province italienne
à la fin du XIXe siècle. ÉDITIONS VERDIER
»
HÉLÈNE CARRÈRE
D’ENCAUSSE
TGV, un inexplicable fou rire le
saisit. Ah, le rire de Jean d’Ormesson. Il était sa politesse extrême. Il n’y était pour rien, mais il
représentait pour ses compatriotes une sorte d’ami d’enfance, un
oncle d’Amérique terriblement
français.
Jean d’Ormesson
dans Monsieur.
MARS FILMS
Ce joyeux gentleman
s’était aperçu
que la vieillesse
commençait par
le regard des autres
Dans sa conversation, il accueillait la littérature comme un
maître de maison. Sa culture lui
servait d’excuse et de bouclier.
Ses citations incessantes étaient
une forme de modestie (de ce côté-là, il ne craignait personne).
Jusqu’au bout, il était resté un
enfant. C’était un enfant incapable de changer une ampoule.
L’intendance suivait. Ses livres
étaient consacrés à de grandes
choses et à de vastes songes.
Dans les titres de ses romans, il y
avait souvent le mot « plaisir ». Il
réfutait cependant l’étiquette
d’écrivain du bonheur. Dieu
n’était pas absent de ses préoccupations. Sur l’écran, on le sent
presque prêt à rencontrer son
créateur. Sur la maladie, il glisse.
Face à sa petite-fille Marie-Sarah, ses yeux déjà bleus s’illuminent. Sur un sentier, sa fille Héloïse lui tient le bras. Son épouse
Françoise est toujours là, vigilante, avec son profil de médaille.
Jean d’Ormesson passe un coup
de fil à Jean Rochefort, croise Fabrice Luchini. C’est un immortel
en Nike, supérieur aux banalités
quotidiennes. Il revient dans les
locaux du Figaro qu’il a dirigé jadis et assiste à une conférence de
rédaction. Autour de la table, les
journalistes sont aux anges. Ils ne
reverront pas ça de sitôt. Ce
joyeux gentleman s’était aperçu
que la vieillesse commençait par
le regard des autres. Il ne faisait
rien comme tout le monde, récitait Aragon par cœur.
Le revoir, c’est comme écouter
du Mozart dans une époque qui
préfère Wagner. Il incarne une
classe, un esprit. Jean d’Ormesson
rit, nage, pense et écrit. C’est une
vie bien remplie. « C’était quand
même bien, non ? » On ne saurait
mieux dire. ■
(*) Sortie en salle le 5 décembre.
A
de Jean d’O au soir de sa vie
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
EN TOUTES
confidences
son premier ouvrage de non-fiction, dans lequel l’auteur d’American psycho offre un
récit personnel et une peinture du monde
à l’heure de l’omniprésence des réseaux
sociaux. Les Américains annoncent un
livre « provocateur, incisif, drôle et de
manière inattendue, poignant ». Après
les éditions américaine et anglaise, une
sortie mondiale est prévue au printemps.
White sera publié chez Robert Laffont dans
la collection « Pavillons ».
Un nouveau Ellis au printemps 2019
Depuis Suite(s) impériales(s) en 2010, l’exwunderkind de la littérature américaine n’a plus
rien publié en dehors d’articles dans les magazines. Cinéaste, scénariste, Bret Easton Ellis s’éloigne de plus en plus du roman. Pour preuve, la sortie
le 16 avril 2019 chez Penguin Radam House de White,
CRITIQUE
littéraire
Une route rurale dans l’Illinois,
théâtre du nouveau roman
d’Elizabeth Strout.
Jacqueline de Romilly à Harvard
Le 11 janvier, les éditions des Belles Lettres publieront un volume rassemblant quatre conférences inédites, prononcées par Jacqueline
de Romilly à Harvard en 1974, sur l’art du discours et le pouvoir des mots. Dans Magie et Rhétorique en Grèce ancienne, elle évoque notamment l’orateur Gorgias, fameux pour son usage
ensorcelant de la rhétorique, Platon qui condamne les dérives sophistiques, Aristote qui déploie
un art du discours s’appuyant sur la seule logique.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES
Dans l’ombre
de Lou Reed
se déroule au rythme des jukel y a une injustice : on
boxes. Dans un bar, Lou lui sert
peut jouer dans Les
son premier gin tonic. Il sera
Soprano et avoir du talent.
suivi de nombreux autres. Le
Michael Imperioli, le nechanteur - on aura, oui, reveu de James Gandolfini
connu Lou Reed - disparaît
dans la série, effectue une belle
sans cesse aux toilettes. Matt
entrée en littérature. Wild Side
ne le reverra que des années
déborde de sincérité, d’énerplus tard, à un concert, devant
gie. Matt a de la chance. Dans
un urinoir. Lou se souvenait-il
les années soixante-dix, un héde ce gamin qui passait des
ritage providentiel permet à sa
après-midi entiers à l’écouter ?
mère de quitter le Queens pour
Pas sûr.
s’installer à ManhatÇa n’est pas grave :
tan. Le narrateur
cela lui a permis de
n’en revient pas.
signer
ce
livre
Adieu son quartier
émouvant et drôle,
mal famé. Tous ses
qui se termine dans
codes ont changé.
un hôpital psychiaDans le hall de l’imtrique que l’auteur
meuble, le concierge
baptise le « Waldorf
le salue. Deux étages
Hysteria ». Imperioli
au-dessus, vit un
fait preuve d’une
étrange
locataire.
grande délicatesse,
Lou est musicien. Il a
restitue le parfum de
l’air
perpétuellel’adolescence, introment défoncé. Sa
duit de la subtilité
petite amie n’est
Michael
dans un univers
guère mieux. Il garImperioli
punk. Il a le sens des
gouille sa guitare,
fait preuve images (« un petit
saute d’un sujet à
gant blanc qui aurait
l’autre, envoie une
d’une
pu avoir été arraché
lettre d’insultes à un
grande
au bras de Mickey »).
journaliste, demandélicatesse, Dans ces pages, tout
de à son jeune voisin
le monde veut être
de lui rendre un tas
restitue
artiste. Ce souhait est
de services. Cela
le parfum
touchant. Veronica
vaut une inénarrable
de l’adoles- rêve d’écrire. Elle a
balade en camionune théorie à ce sunette sans permis.
cence,
jet : le premier rointroduit
Drôle
man doit rester dans
de la
un tiroir tant que le
Au lycée, Matt en
deuxième n’est pas
pince pour la douce,
subtilité
fini. Si un second
l’impalpable Verodans
manuscrit dort dans
nica. Un numéro,
un univers le bureau d’Impecelle-là. Elle lui
rioli, il est urgent
adresse à peine la
punk. Il a
éditeur mette
parole, avoue se
le sens des qu’un
la main dessus. Un
prostituer de temps
images
comédien qui cite
en temps, assure
Marguerite Duras en
être une sorcière. Le
épigraphe ne peut pas être
nigaud l’accompagne à une
totalement mauvais. Duras ! Il
messe noire. Elle l’emmène à
fallait y penser. Ces Amériune projection de films pornos
cains ! ■
suédois. Pauvre Matt. Il comprend à peine ce qui se passe
sur l’écran. Elle lui répète
comme un mantra : « Ne leur
donne jamais de munitions. »
WILD SIDE
Quand elle s’énerve, elle dit :
De Michael Imperioli,
« Ne rabaisse pas ma vérité. »
traduit de l’américain
Ouh la la. Heureusement
par Héloïse Esquié,
qu’elle le laisse l’embrasser.
Autrement,
Cette éducation sentimentale
294 p., 21 €.
I
Le chœur des miracles
ELIZABETH STROUT Un joyau romanesque sur le besoin de pardon.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
T
OUS les personnages de
ce roman vivent ou ont
vécu à Amgash, petite
ville déclassée de l’Illinois, et tous se connaissent de près ou de loin. Chacun
d’eux est un personnage à la fois secondaire et principal, secondaire
dans le vaste monde du roman,
principal dans le chapitre qui lui est
consacré. Ils sont reliés par un fil
invisible, tissé d’une mémoire
commune, de douleurs muettes et
d’un désir terrible de rédemption.
Au cours des événements, ils vont
prendre conscience que leur solitude n’est pas totale, que dans l’enchevêtrement de bien et de mal qui
compose une vie, ils forment en filigrane un ballet radieux. Pour le saisir, il leur suffira parfois d’une scène
fugace ou d’une parole prononcée
par un inconnu, un éclair de bonté.
Tous ont fréquenté par le passé
une certaine Lucy Barton, une enfant du pays, dont les parents
étaient des gens très inquiétants qui
vivaient dans une pauvreté extrême, à l’écart, au milieu des champs
de maïs et de soja. À la fin du lycée,
la jeune fille avait obtenu une bourse et quitté la ville. Plus tard, installée à New York, elle devint un écrivain reconnu. Elle n’était pas
revenue à Amgash depuis la mort
de ses parents, vingt ans avant.
Patty est conseillère d’éducation
dans le lycée où elle était élève en
même temps que Lucy Barton. Elle
a vécu des choses difficiles. Un
jour, lorsqu’elle était enfant, en
rentrant de l’école, elle a surpris sa
mère avec son amant. Puis sa mère
a abandonné sa famille. Patty n’a
pas de rancœur mais a pris beaucoup de poids. Elle s’est mariée tard
avec un homme qui l’aimait comme elle était. « L’amour pour la personne avec qui on partage sa vie,
c’est la peau qui nous protège du
monde. » Maintenant qu’il est mort,
elle s’occupe de sa mère. Ce matinlà, elle reçoit une lycéenne, Lila,
qui traite Patty de « gros tas » et de
choses pires encore. Dure journée.
Le soir, Patty lit le nouveau roman
de Lucy Barton, un récit autobiographique, et cela change son regard. Elle comprend que Lucy Barton a tout pardonné. « On est tous
complètement paumés, on fait du
mieux qu’on peut, on aime de façon
imparfaite, ce n’est pas grave. » Le
lendemain, Patty appelle sa mère,
puis Lila, et leur vie va s’en trouver
également bouleversée. Lila est la
nièce de Lucy Barton.
Traces de beauté cachée
Les personnages d’Elizabeth Strout
ont un immense besoin de pardon.
C’est le cas de Charlie, soixantedix ans, dont Patty est amoureuse,
un notable cuirassé dans sa douleur, la guerre du Vietnam, une
femme desséchée, incapable luimême du moindre geste de tendresse. Pendant un temps, il a
trouvé du réconfort auprès d’une
prostituée. Ce jour-là, Charlie sort
du parking d’un motel jonché de
détritus, clos par un mur couvert
de barbelés. Il n’a pas encore rencontré Dottie qui le recevra un soir
dans son petit hôtel, ni découvert
que Patty l’aimait. Il n’est pas encore capable de voir les traces de
beauté cachée, de voir qu’au-dessus du parking sordide, « à la cime
d’un érable, s’excusant presque de
leur douceur, des branches soutenaient deux feuilles d’un jaune
rosé ». En rentrant chez lui, cet
homme qui ne met jamais les pieds
à l’église ressent un intense besoin
de prier. Il n’a rien à demander, il a
juste envie « de tomber à genoux »
et d’implorer pardon.
« C’est la capacité d’éprouver du
remords, d’être désolé d’avoir fait
souffrir d’autres hommes, qui fait de
nous des humains », dit le vieux
Tommy lorsqu’il était venu rendre
visite à Pete Barton qui habite seul
dans la maison où il a grandi avec sa
sœur Lucy. Lorsqu’il était jeune,
Tommy était propriétaire d’une
laiterie prospère et faisait travailler
le père Barton. Une nuit, un incendie avait détruit sa ferme. Mais cette nuit-là, il avait senti la présence
de Dieu et su que tout allait bien. Il
devint concierge de l’école
d’Amgash mais il savait qu’être
pauvre n’est pas une tare. Dans ce
roman, les seuls personnages murés dans la solitude sont des gens
riches qui ont peur de la déchéance
sociale, incapables de croire en la
gratuité d’un geste, de se laisser
toucher par la grâce d’un moment,
d’une personne… ou d’un livre extraordinaire comme celui-ci. ■
«
TOUT EST
POSSIBLE
D’Elizabeth Strout,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Pierre Brévignon,
Fayard,
300 p., 19 €.
»
La prisonnière du Mississippi
BRAD WATSON De sa naissance en 1915 à sa mort à la fin du XXe siècle, l’histoire d’une femme née avec une malformation,
mais dotée d’une force morale exceptionnelle.
CHRISTOPHE MERCIER
A
MISS JANE
De Brad Watson,
traduit de l’américain
par Marc Amfreville,
Grasset,
374 p., 22 €.
O
N PEUT difficilement
dire de Brad Watson
(né dans le Mississippi en 1955) qu’il est
de ces écrivains qui
année après année encombrent
d’un nouveau livre les rayons des
librairies : révélé aux États-Unis en
1996 par un recueil de nouvelles
encore inédit en France, il publie
son premier roman en 2002,
Le Paradis perdu de Mercury, qui le
fera connaître en 2005 de ce côtéci de l’Atlantique. Suivront huit
ans de silence avant un second
recueil de récits, puis un deuxième
roman, en 2016, Miss Jane, qui
nous parvient aujourd’hui.
On y retrouve le Mississippi des
années 1920, et la petite ville de
Mercury, où Watson, dans une ambiance à la Carson McCullers, et
non sans une certaine mièvrerie,
tempérée par quelques images
puissamment gothiques, avait situé
une longue histoire d’amour inaboutie traversant toute une vie.
Miss Jane se déroule pour sa plus
grande partie dans une ferme pauvre à une dizaine de kilomètres de
Mercury, et on y assiste aussi à toute l’existence de Jane Chisolm, de
sa naissance en 1915 à sa mort,
quelque quatre-vingts ans plus
tard. Comme celle des personnages
du Paradis perdu, sa vie n’est pas un
chemin de roses, et seule sa force
morale lui permettra de surmonter,
puis de dominer, la longue suite de
déceptions qui constitue ses jours.
Fille d’un fermier éleveur, qui
survit en sous-louant une partie de
ses terres, en tenant une petite
épicerie et en fabriquant du whisky de contrebande, Sara est affligée, dès sa naissance, d’une malformation génétique qui la rend
incontinente, et la forcera, sa vie
durant, à porter des couches ou à
s’astreindre à une longue période
de jeûne lorsqu’elle décide, comme toute jeune fille de son âge,
d’aller au bal.
Parfois un peu languissant
Entourée par une sœur aînée revêche qui rêve de quitter la ferme
pour la ville de Mercury, une mère
aigrie et triste et un père qui se réfugie dans l’alcool, elle ne trouve
de consolation qu’auprès du médecin qui l’a mise au monde, et qui
n’a de cesse de trouver un chirurgien capable de l’opérer. Elle a
surtout pour elle une aptitude à
être heureuse, malgré tout, malgré
la honte qu’elle éprouve lorsqu’elle s’échappe en public, malgré la conscience qu’elle a de ce
que jamais elle ne permettra à un
homme de l’approcher plus que
pour un flirt.
Miss Jane nous fait revivre la vie
dans le Mississippi de la prohibition, puis à l’époque de la Grande
Dépression et nous transporte de
la campagne à la petite ville de
Mercury, avec ses premiers feux
de circulation, son marché aux
bestiaux et son bordel : il ne fait pas
de doute que Brad Watson rende
un discret hommage au grand ancêtre, au Faulkner des Larrons, ce
roman ultime qui culminait dans
une scène de bordel, morceau
d’anthologie de l’humour du Sud.
Mais Watson n’est pas Faulkner,
n’a pas sa drôlerie puissante, ni sa
puissance tragique. Miss Jane évoque plutôt Une vie de Maupassant :
un livre attachant, certes, sensible, et orné de belles descriptions
de la nature, mais parfois un peu
languissant.
Restent quelques très belles scènes, notamment lorsque Miss Jane
revoit le jeune garçon qu’elle a
aimé, très jeune, et auquel elle a
renoncé pour qu’il n’apprenne pas
son infirmité. Lorsqu’elle le retrouve, il a deux enfants, et manifestement il l’aime toujours. Mais
Miss Jane, à moins de trente ans, a
la sagesse d’une vieille dame, et
elle sait qu’elle ne vivra jamais la
vie d’une véritable femme. C’est
ce goût de cendre qui fait le prix du
livre de Brad Watson. ■
LEONARDO CENDAMO/LEEMAGE
4
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Zoé Shepard quitte
Albin Michel pour Stock
Zoé Shepard avait fait le bonheur d’Albin Michel avec sa satire des fonctionnaires Absolu-
ment dé-bor-dée, plus de
400 000 exemplaires vendus.
Elle publiera son prochain livre
chez Stock. Un roman noir qui a
pour cadre l’Amérique. Intitulé
Maggie Exton, il sortira en avril
2019.
Des essais chez Zulma
Laure Leroy, la directrice des
Éditions Zulma, étoffe sa jeune
Carrière, l’Enchanteur
maison avec le lancement d’une
collection d’essais au mois de
février. Et ça démarrera fort
avec un livre de Timothy Morton, traduit par Cécile Wajsbrot :
dans La Pensée écologique,
l’auteur propose une philosophie écologique radicale. Avec
ses idées sur l’ère anthropocène, mises en cause par certains,
il suscitera des débats.
Le directeur des Éditions Anne
Carrière, Stephen Carrière, publiera le 3 janvier chez Pocket
Jeunesse un roman, L’Enchanteur, où l’on voit un lycéen charismatique manipuler la réalité
pour résoudre les problèmes de
ses amis. Mais ce faisant, il ouvre
dans le réel une brèche où les
forces du Mal se précipitent…
5
Houellebecq,
« titre à venir »…
En général, fin novembre, les
éditeurs communiquent sur
leurs parutions de janvier. Rien
de tel pour Michel Houellebecq
(sortie le 4 janvier). Pour l’heure,
les Éditions Flammarion n’ont
donné que deux informations :
« Titre à venir » et le prix du roman : 22 €…
ARIANE BAVELIER
abavelier@lefigaro.fr
V
OICI des textes qui appartiennent à l’orée de
la littérature. Lorsque
celle-ci était encore
pensée comme une
musique jaillie du cœur, pure émotion, vraie poésie, dite sur le chant
des harpes, des rotes et des vielles.
Des textes brefs et rimés qui jettent
sur le papier ces contes entendus de
cour en cour, chantés par des troubadours, dans ces âges où l’on se
berçait de rêves d’amour et d’aventure, entre deux messes et deux batailles. Marie de France les a « recontés », comme elle dit. Elle se
désigne dans son recueil par son seul
prénom. C’est la principale auteure
référencée dans ces Lais du Moyen
Âge dont l’édition en « Pléiade »
rassemble vingt-sept exemples des
XIIe et XIIIe siècles retrouvés jusqu’en Islande. Une gageure : aucun
pays n’avait encore édité l’intégrale
de ce genre littéraire.
« Le mot de lai pourrait venir du
sanscrit laia qui veut dire mesure,
tempo. Le lai est un chant qui s’accompagne de musique. Certains lais
sont purement instrumentaux, même
si l’on n’en conserve aucune partition.
À vrai dire, hormis sa brièveté, on ne
sait même pas comment se présentait
le texte du lai : était-ce un récrit à la
troisième personne ou un texte purement lyrique ? Les lais se sont perdus,
ne nous restent que les contes », explique Philippe Walter, professeur
émérite à l’université de Grenoble et
ancien directeur du Centre de recherche sur l’imaginaire, qui a mis
cinq ans à établir cette édition des
Lais du Moyen Âge pour la « Pléiade ». Les textes, écrits en vers et en
français, musiquent joliment.
Qui est Marie ? En 1581, Claude
Fauchet, philologue auteur du Recueil de l’origine de la langue et poésie française, lui donne le patronyme de « de France » et la qualifie de
« Chanteresse ». Les lais de Marie
seront traduits en français au
XVIIIe siècle, lorsque le romantisme naissant pousse les intellectuels
Enluminure
représentant Marie
de France, XIIe siècle.
PARIS, BNF, BIBLIOTHÈQUE
DE L’ARSENAL
LAIS
DU MOYEN ÂGE
Récits
de Marie de France
et autres auteurs,
Bibliothèque
de la Pléiade,
Gallimard,
52,50 € jusqu’au
31 mars 2019,
69 € après.
Le silence qui tue
L’adoption est-elle vraiment une parentalité ordinaire ? Daria a-t-elle bien fait
d’attendre d’être miraculeusement enceinte de Giacomo pour annoncer la vé-
femmes au Moyen Âge. Elle connaît
le grammairien Priscien et Ovide. »
Pour Philippe Walter, il ne fait
aucun doute en revanche que les lais
attribués à Marie de France sont
bien l’œuvre d’une femme : « Elle
invente la conception d’un héros féminin, qui n’est pas le faire-valoir
d’un héros masculin. Entre Didon qui
n’a d’alternative que de se suicider au
départ d’Énée, et la dame de Guigemar qui se livre à de subtils jeux de
cache-cache avec l’homme qu’elle
aime, se transformant en biche puis
en fée, pour agir sur le destin du héros
et rester la maîtresse de l’action, il y a
un monde. Un homme n’aurait pas la
subtilité d’inventer une chose pareille,
surtout à cette période », poursuit
Philippe Walter. Marie exploite la
fascination secrète du merveilleux
sur l’esprit féminin. Enfermée dans
une tour sous la surveillance d’une
MARIE DE FRANCE
La beauté cachée des lais
« PLÉIADE » Ce volume réunit pour la première fois
l’intégralité de ces textes narratifs des XIIe et XIIIe siècles.
à redécouvrir les sources nationales. De la poétesse qui écrit vraisemblablement vers 1160, on ignore presque tout. Deux illustrations
qui la montrent travaillant à des livres la posent comme auteur. Vraisemblablement, elle ne se produisait pas comme troubadour pour
dire les textes de son volume
qu’elle dédie à Henri II, l’époux
d’Aliénor d’Aquitaine, grand protecteur des arts. Deux gravures la
représentent avec le grattoir et le
pupitre de l’écrivain. « J’ai entendu
plusieurs contes que je ne veux pas
laisser tomber dans l’oubli. Je les ai
rimés en vers et j’en ai tiré une
œuvre poétique », écrit-elle dans
son prologue. Où travaille-t-elle ?
« Elle serait plutôt normande ou
anglo-normande, de la région
d’Amfreville, me semble-t-il. Dans
Les Deux Amants, elle décrit la colline qui marque ce paysage et au
rité à sa fille de cinq ans ? N’était-ce pas
déjà trop tard ? « Mais quand tu es venue
me chercher, c’était parce que tu voulais
une petite fille ou parce que tu m’aimais ? »
demanda la petite Giada sagement assise
sur « sa petite chaise rouge » comme toujours à l’heure des contes.
Philosophe, essayiste, députée de la
gauche italienne et professeur à l’université Paris Descartes depuis 2010, Michela
Marzano nous offre un premier roman
mené tambour battant qui s’inscrit dans
la lignée de ses essais sur la vulnérabilité
de la condition humaine et son expression corporelle. Dans Légère comme un
papillon (2012), récit personnel de son
anorexie, elle racontait son incommunicabilité avec son père, « ce devoir de plaire » qui l’étouffait et ce « cri silencieux »
qui lui avait fait cesser de s’alimenter. Ce
« devoir être » qui avait « étouffé l’être ».
Sous la forme d’un dialogue entre une
mère désespérée et sa fille de vingt-cinq
ans disparue faute de n’être pas parvenue
à remonter le cours de sa vie, ni jamais
oser en évoquer le besoin, L’amour qui me
reste poursuit cette exploration du silence qui tue. Même pavé de bonnes intentions. Car si Daria et Giada ne sont jamais
parvenues à se parler, c’était, pour chacune, par peur de heurter l’autre. Comme elle l’avait fait avec Tout ce que je sais
de l’amour, Marzano affirme surtout
qu’aimer est une acceptation de la personne aimée comme elle est et non comme l’être « radieux » que l’on voudrait
tant qu’elle soit. Acte d’amour devenu
sujet de société, l’adoption n’est-elle pas
au cœur de cette réflexion ? Roman de la
réconciliation, L’amour qui me reste en
est l’ode. ■
L’AMOUR
QUI ME RESTE
De Michela
Marzano, Grasset,
304 p. 19 €.
sommet duquel les deux héros mourront », dit Philippe Walter. « Elle
appartient à l’aristocratie issue des
compagnons de Guillaume le
Conquérant qui vivent en Normandie
avec un pied-à-terre en Angleterre.
J’imagine qu’elle est allée dans une
école, plutôt monastique que cathédrale d’après la description précise
qu’elle fait dans Yonec et dans Frêne de la vie en monastère. Elle a pu
être copiste, comme bon nombre de
”
vieille par un mari jaloux, une dame
soupire et s’échappe en rêvant ;
soudain un bel oiseau entre par la
fenêtre… Quelle plus belle métaphore du désir féminin ? Voyant le rose
revenu aux joues de son épouse, le
jaloux barde la fenêtre de pointes
aiguisées. L’oiseau y meurt transpercé. Cependant, la dame donnera
naissance à un fils qui chassera le tyran. La merveille se révèle aux
cœurs épris de vertus et remet le
monde à l’endroit, là où la sèche
morale des mariages forcés, des
épouses fourbes et des maris jaloux
l’aurait mis à l’envers. Ce faisant,
elle enracine la littérature française,
qui débute alors, sur des terres enchantées. Mme d’Aulnoy ou Charles
Perrault auront beau faire : aucun de
leurs contes ne possède l’élégance et
la puissance évocatrice de Marie de
France qui, en quelques vers, fait
basculer le monde dans une grâce
lumineuse. ■
CAMILLE
PASCAL
© Bruno Klein
U
littéraire
“
MICHELA MARZANO Avec ce premier roman
sur l’adoption, la philosophe poursuit son exploration
de nos vulnérabilités. Et de notre capacité à les surmonter.
N SOIR, vingt-trois heures.
Le téléphone sonne. Paolo
au bout du fil. Daria, venez
vite, Giada est aux urgences. Panique. Andrea réveillé à toute vitesse, la voiture comme
folle lancée dans les rues désertes de
Rome. Quand Daria et Andrea Laurenti
arrivent à l’hôpital Santo Spirito, leur fille
Giada est morte. Il est 23 h 52. Elle a avalé
des cachets. Abandonné chez elle, un petit mot. « Je vous demande pardon. Désolée papa, je n’y arrive plus […] Dis à maman qu’elle est parfaite. » Rien d’autre.
Que faire des dernières lettres des suicidés ? De leurs demandes de pardon. Missives sans réponses, elles tournent en
boucle dans l’esprit anéanti des survivants. Giada n’est plus et Daria ne veut
pas lui survivre. De cet amour total pour
sa fille éprouvé instantanément ce matin
de juillet 1986 quand sœur Raffaela lui
avait mis la fillette de six mois dans les
bras au Centre d’accueil pour la petite
enfance de la viale di Villa Pamphili, il ne
devrait rester plus rien ? Si ce n’est la
poupée, les souvenirs du bonheur en famille, des piles de vêtements bien rangés,
la chambre d’enfant que Daria ne peut se
résoudre à vider. Mère adoptive ? Oubliez
ce mot conseilla d’emblée un pédiatre.
Giada est votre enfant. Vous êtes une maman comme toutes les autres. Ah oui ?
CRITIQUE
J’ai entendu
plusieurs contes que
je ne veux pas laisser
tomber dans l’oubli
De la difficulté de dire
ISABELLE SPAAK
jeudi 22 novembre 2018
« L’érudition de l’historien le cède
courtoisement au brio d’un écrivain. »
Étienne de Montety - Le Figaro littéraire
« Un livre rare comme peu d’écrivains
savent les concevoir. »
Jean-Christophe Buisson - Le Figaro Magazine
« Une fresque haute en couleur. »
Gilles Martin-Chauffier - Paris Match
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DISPONIBLE EN LIBRAIRIE ET EN NUMÉRIQUE
RENTRÉE LITTÉRAIRE - PLON
A
&
ÇÀ
LÀ
LE FIGARO
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jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
6
parle
ON EN
L’ŒUVRE DE GEORGES BERNANOS,
TOMBÉE DANS LE DOMAINE PUBLIC
EN 2018, FAIT L’OBJET
DE NOMBREUSES RÉÉDITIONS.
HISTOIRE
Bernanos préfacé par Malraux, Bégaudeau, etc.
En janvier prochain, l’œuvre de
Bernanos, tombée dans le domaine public en 2018, est rééditée
tous azimuts. La collection « Bouquins » de Robert Laffont publie
un volume intitulé Scandale de la
vérité, qui rassemble ses grands
essais (Le Chemin de la Croix-
des-Âmes, Les Grands Cimetières sous la lune, La France contre
les robots, Saint Dominique, Jeanne relapse et sainte, etc.) ainsi
que soixante-quinze articles politiques, historiques et littéraires.
Journal d’un curé de campagne fait l’objet de trois réédi-
tions en poche ! L’une chez
Albin Michel, préfacée par
François Bégaudeau, l’autre
chez Pocket avec une introduction d’André Malraux, et
une troisième chez Garnier
Flammarion, avec un appareil
critique tout neuf de Karine
littéraire
Du rôle de la diffusion des livres avant la Révolution
Robinot-Serveau, auteur d’une
thèse sur Bernanos. Sous le
soleil de Satan est aussi réédité
en GF avec un appareil critique
de Maud Schmitt, une jeune
normalienne, et en Folio, avec
une préface de Michel Crépu.
ASTRID DE LARMINAT
PAUL FRANÇOIS PAOLI
UN TOUR
DE FRANCE
LITTÉRAIRE
De Robert Darnton,
Gallimard,
392 p., 25 €.
L
E POUVOIR est au bout
des mots avant d’être au
bout du fusil : tous les
révolutionnaires savent
cela. Ce sont les idées
qui mènent le monde, mais pour
cela il faut des livres et des gens
pour les lire.
Robespierre n’aurait pas été ce
qu’il fut sans la « volonté générale » de Rousseau ni sans Montesquieu qui théorisa la vertu comme
condition de la République.
Robert Darnton, historien des
Lumières, s’interroge sur cette
lente ébullition intellectuelle mais
il le fait par un biais qui paraîtra
rébarbatif à certains : celui de la
circulation du livre et de ses
conditions matérielles dans une
France de l’Ancien Régime où la
censure est devenue très lâche.
Pour comprendre qui lisait quoi en
France dans les années 1760 et
comment se diffusait un livre de
Voltaire, par exemple, il a dépouillé des années durant les archives de la Société typographique
de Neufchâtel, une maison d’édition qui diffusait depuis la Suisse
tous les écrivains ayant pignon sur
rue. De Voltaire et Diderot aux
matérialistes les plus radicaux
comme le baron d’Holbach ou
Helvétius, sans oublier des romanciers considérés comme illicites ou
subversifs tels Choderlos de Laclos
ou Restif de La Bretonne.
Ayant retrouvé la trace d’un
jeune représentant de commerce
travaillant pour cette société,
Jean-François Favarger, il nous
emmène avec lui sur les routes de
France et de Navarre. « Le 5 juillet
1778 il monta à cheval et partit pour
un périple de cinq mois en France,
visitant presque chaque librairie sur
son chemin. Il vendit des livres, recouvra des factures, organisa des
livraisons d’ouvrages, inspecta des
imprimeries, sonda le marché, évalua les affaires et jugea de la personnalité d’une centaine de bouquinistes », écrit Darnton.
Périple professionnel
À travers ce périple professionnel,
l’auteur dresse une sorte de tableau de la France lettrée mais
aussi populaire. Calviniste, le jeune Jean-François Favarger se sent
plus à l’aise dans des cités protestantes comme Nîmes, Montpellier
ou Uzès quand il s’agit de vendre
des bibles et des ouvrages de l’Encyclopédie que dans une ville catholique comme Marseille où il arrive le 15 août 1778, jour de
l’Assomption. « Les rues étaient
envahies, les boutiques, closes, et
les canons du fort et des navires
tonnaient en l’honneur de la
Vierge… des gens des quatre coins
de la Méditerranée dont beaucoup
en costume traditionnel fourmillaient dans les rues, en quête de
plaisir avec un abandon impensable
en Suisse. »
Ses descriptions sont souvent
intéressantes, car elles ont trait à la
vie matérielle. Les auberges et
hôtelleries où descend le commis
pour se restaurer et dormir sont
sales, surtout en comparaison de la
Suisse, et la nourriture n’y est
guère bonne, contrairement à une
idée reçue.
En plus d’être un ouvrage très
savant sur un marché du livre en
pleine expansion, Darnton nous en
dit beaucoup sur les mœurs des
Français avant le grand cataclysme
révolutionnaire. ■
WWW.BRIDGEMANART.COM
ESSAI Sur les routes de France avec un représentant de commerce de l’éditeur de Voltaire et Diderot.
Frontispice de l’édition Panckoucke
de l’Encyclopédie, montrant
d’Alembert et Diderot entourés
des principaux auteurs de l’ouvrage.
Le droit, ce vieux remède du citoyen
ESSAI L’histoire savante
de la construction du droit
en Occident depuis l’Antiquité
jusqu’au XXIe siècle.
Un livre incontournable.
ce du droit, loi et jurisprudence).
L’auteur met en perspective la lente
transformation de cette discipline,
depuis Rome jusqu’à son emballement contemporain, à travers
l’idéologie des droits de l’homme,
pour aboutir paradoxalement à un
« impossibilisme juridique » qui
nourrit en retour tous les populismes.
C’est dire l’enjeu de cette histoire
qui met en lumière l’importance du
miracle romain dont le droit continental, en particulier le droit français, a été l’héritier direct. Comme
le dira Portalis, en introduction au
Code civil de 1804, « le droit écrit,
qui se compose des lois romaines, a
civilisé l’Europe ». La redécouverte
du droit romain classique, conservé
dans le Code Justinien à Byzance, a
permis à partir de l’école de Bologne du XIe siècle de redonner à
l’Occident les instruments susceptibles de sortir de la barbarie née de
la chute de Rome.
JACQUES DE SAINT VICTOR
LE THÉÂTRE
JURIDIQUE
De Jacques Krynen
Gallimard,
377 p., 25 €.
SAINT PIE V. LE
PAPE INTEMPESTIF
De Philippe Verdin,
Éditions du Cerf,
218 p., 18 €.
L
E RÊVE néolibéral de
« fin de l’histoire » a reposé sur l’illusion du
triomphe du droit et du
marché. Son langage
continue à dominer notre monde.
L’économie est partout et le droit
aussi, même si sa régence se fait
plus discrète. Les juristes n’occupent pas la même position médiatique que les économistes. Leur langue, souvent obscure, ne les aide
pas et leur univers se dérobe aux
historiens ou aux médias, qui
éprouvent quelques difficultés à
saisir la complexité de ce phénomène juridique. Aussi était-il nécessaire de recourir à un juriste « sachant écrire », pour paraphraser
une expression célèbre, afin d’offrir
au lecteur un panorama synthétique de ce « continuel besoin de droit
de l’Occident ». Jacques Krynen
était l’homme idéal pour relever ce
défi : il est l’un de nos plus brillants
historiens des facultés de droit,
mais aussi l’auteur de plusieurs
ouvrages de référence, en particulier L’Empire du roi (1994) et L’État
de justice en France (2009 et 2012).
Dans son Théâtre juridique, il
propose l’histoire de cette longue
construction reposant sur un
triptyque inventé par Rome (scien-
Célébration d’un mariage (1350) : détail d’une miniature tirée
du Code Justinien, recueil de lois et institutions rédigées sous l’empereur
romain Justinien Ier de Byzance (483-565). LUISA RICCIARINI/LEEMAGE
Malheureusement, le droit romain a moins marqué le droit anglais, qui est resté fortement influencé par l’esprit médiéval. En
1826, John Austin, titulaire de la
chaire de Common Law à Londres,
affirmait que « passer de l’étude du
droit anglais à celle du droit romain
revient à fuir l’empire du chaos et des
ténèbres pour pénétrer dans un monde qui, par comparaison, semble être
le royaume de l’ordre et de la lumière ». C’est bien là le souci, car, avec
Le pape de Lépante et de la messe en latin
BIOGRAPHIE Une vie de saint racontée à la hussarde par le dominicain Philippe Verdin.
JEAN-MARC BASTIÈRE
S
A
C’est dire l’enjeu
de cette histoire
qui met en lumière
l’importance
du miracle romain
la mondialisation dominée par le
droit anglo-saxon, c’est ce sentiment de « chaos et de ténèbres » qui
semble s’emparer à nouveau de notre monde global. Un droit moins
sûr, plus procédurier, plus contractuel et surtout plus inégalitaire s’impose, même si Krynen rappelle que
le droit romain n’est pas ignoré dans
les pays anglo-saxons.
Ce livre savant mais très accessible offre bien d’autres pistes de réflexion. Sa conclusion permet de
mesurer l’importance de cette alchimie délicate entre la doctrine, le
législateur et le juge. L’activité
contentieuse « débordante » de juridictions supranationales, comme la
Cour européenne des droits de
l’homme, relayée par d’autres instances et applaudie par la doctrine,
rappelle que nous ne vivons pas dans
de véritables démocraties, où la loi,
« expression de la volonté générale », doit primer, mais dans des « régimes mixtes », au sens où l’entendait Aristote, d’où l’élément
aristocratique, en l’espèce judiciaire
et technocratique, joue un rôle
croissant au nom de la « gouvernance » et de la morale. C’est en grande
partie ce hiatus qui nourrit indirectement les fureurs d’une partie
du peuple, sans qu’il sache nommer
le drame qui se joue. Et le plus dangereux, c’est que cette réaction
se fait au final par un rejet inquiétant
de tout droit. Or, comme le rappelle
Krynen, cette arme reste « plus
nécessaire que jamais » contre les
oligarchies douteuses ou les mafias.
« Le droit ? Ce vieux remède est tout
ce qui reste au citoyen, c’est son
dernier recours », conclut l’auteur,
attaché à ce que le bébé-droit ne
finisse pas noyé dans l’eau du bain
de l’idéologie de la gouvernance
globale. ■
AINT PIE V ! Voici un sujet de biographie qui, à
l’image de ce vieillard
sec et ascétique, avec sa
barbiche, son nez busqué, ses yeux perçants et son petit
bonnet rouge, peut paraître rébarbatif. Eh bien, pas du tout, en
réalité, car celui qui fut pape
de 1566 à 1572, et canonisé en
1712, s’il se montra belliqueux et
pas rigolo, d’une droiture inflexible, avec un côté grand inquisi-
teur, n’en est pas moins un personnage historique imposant. Il
est passé à la postérité pour avoir
obtenu à Lépante contre les Turcs
la plus grande victoire navale de
la chrétienté et laissé son nom à la
messe éponyme revendiquée par
les tradis.
Et puis, surtout, on se laisse entraîner tambour battant par la
biographie, sérieuse par sa documentation, ardente par son esprit,
insolente par son style, que lui
consacre Philippe Verdin. Ce dernier, dominicain comme Pie V,
qui fut naguère le « conseiller ingénu » (selon ses propres termes)
d’un ancien président de la République, affiche sans complexe son
habit blanc, mais il ne pratique
pas la langue de buis.
Sans complaisance
Il démolit joyeusement les codes
des vies de saints (« ces préliminaires hagiographiques sont assommants par leur banalité »). Il
sait se montrer sans complaisance, notamment lorsqu’il décrit
l’attitude du pape à l’égard des
juifs de Rome qu’il humilie en les
cantonnant dans un ghetto.
Ainsi nous promène-t-il dans
les arcanes d’un siècle brillant et
sanglant, qui croit vivre l’imminente fin du monde. Il nous décrit un Antoine Ghislieri, alias
Pie V, comme un gardien de la
tradition mais aussi promoteur
de l’innovation. Il soutient la réforme du carmel, les Jésuites,
l’éducation, la mission et l’art
nouveau.
Pauvre, d’une extraction paysanne, ce « pape intempestif »
dépouille le train de vie papal,
jugule le népotisme des cardinaux, remet de l’ordre dans le
clergé romain dans une ville qui
a la réputation d’être la « capitale des fripouilles ». Sorte d’anti-Luther, il combat sans états
d’âme le protestantisme. Bref,
Pie V incarne le pape de la réforme tridentine. Quant au livre
de hussard que lui consacre
Philippe Verdin, il dépoussière
et vivifie un genre que l’on
croyait suranné et moribond :
l’hagiographie. ■
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LE FIGARO
jeudi 22 novembre 2018
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
Je voulais écrire
un texte qu’on pourrait
presque slamer
ou psalmodier.
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
DAVID DIOP RECEVANT LE PRIX GONCOURT
DES LYCÉENS POUR « FRÈRE D’ÂME » (SEUIL),
JEUDI 15 NOVEMBRE À L’ÉLYSÉE.
@
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
JOEL SAGET/AFP
1 080
C’est le nombre de pages
de l’intégrale Patrick Melrose d’Edward St Aubyn.
L’ouvrage qui réunit les 5 volumes de cette série
de romans savoureux publiés par l’écrivain anglais
entre 1992 et 2011 paraît au Livre de poche.
EN VUE
littéraire
Écoutez ma défaite
LAURENT GAUDÉ L’histoire d’une femme blessée
qui cherche à se venger. Entre conte africain et tragédie.
frappe d’emblée et jusqu’à la fin est
le feu de la narration. C’est un texte
brûlant, d’une force rare. Laurent
Gaudé est un griot, un magicien des
ANS un village du démots. Mais d’où lui vient cette façon
sert qui pourrait se side mener une histoire qui se situetuer en Afrique, un carait entre le conte africain et la travalier arrive et dépose
gédie, entre la légende et le mythe ?
devant tous, en plein
Très vite, on en vient à cette sisoleil, un bébé qui ne cesse de crier,
tuation : « Salina va mourir et elle
puis il s’en va sans dire un mot. Le
veut trouver une terre
chef du village ne bouge
où reposer. » C’est Mapas, il préfère ne pas
laka, le plus jeune de
prendre le risque d’acSALINA.
LES TROIS EXILS
ses trois fils, qui se
cepter un enfant dont
De Laurent Gaudé,
charge de cette mison ne sait s’il n’apporActes
Sud,
sion. Mais le cimetière
tera pas quelque malé154 p., 16,80 €.
est sacré, nous dit le
diction. Peut-être estconteur. Il se trouve
ce l’un de ces « enfantsdans une île cerclée
malheur » ? On attend
d’une muraille. Il n’y a
que la chaleur le tue, le
qu’une porte, épaisse,
bébé résiste. Alors, les
qu’aucun homme ne
hyènes le dévoreront ?
peut ouvrir. « Il faut
Il y échappera, aussi.
embarquer les mots et
Seule une femme se
pendant tout le temps
lève et prend le nourque dure la traversée,
risson dans ses bras. Le
raconter ce que fut la vie
bébé se calme. C’est
du défunt. Le cimetière
une fille. Elle s’appelleentend le récit. Et au
ra Salina.
terme du voyage décide
En cent cinquante
si la porte doit s’ouvrir
pages, Laurent Gaudé,
ou pas. » Ce n’est pas
l’auteur d’Écoutez nos
chose facile que de trouver une sédéfaites, met en scène la vie et la
pulture où reposer en paix. Le garmort d’une femme abandonnée,
dien explique que beaucoup découblessée, sans origines, exilée parvrent qu’ils ne savent finalement
tout, étrangère à toutes communaurien du défunt, certains mentent ou
tés, et surtout à elle-même. Ce qui
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
D
enjolivent, d’autres se disputent sur
ce que l’on peut relater ou pas.
Malaka se met alors à raconter
une histoire de souffrance, de sang
et de violence. Celle de Salina qui
voulait épouser Kano et que l’on a
forcée à prendre son frère, le violent
Saro - cette partie du livre résonne
fort avec La Mort du roi Tsongor. De
Salina, on dit qu’elle est le nom du
malheur ; chaque jour, elle veut se
venger de son sort et porte dans son
bagage la haine. Seules les dernières
pages, lorsqu’elle rencontre Alika,
qui a épousé Kano, apportent de la
douceur et un peu de sagesse. « Je
sais, moi, qu’une guerre ne s’achève
vraiment que lorsque le vainqueur accepte de perdre à son tour », affirme
Alika, qui fait partie du camp des
vainqueurs, mais elle aura un geste
d’une bonté inouïe.
Comme toute tragédie, Salina est le
livre de la violence que l’on sème et
que l’on se fait. Mais ce qui emporte le
cœur est tout ce qui se dit autour de la
puissance du récit, des traces qu’on
laisse : une vie n’existe que si l’on
trouve les mots pour la raconter. ■
Magicien des mots,
Laurent Gaudé livre
un texte brûlant
et d’une force rare.
CHRISTOPHE ABRAMOWITZ/
ACTES SUD
Le charme discret des photos jaunies
ÉRIC NEUHOFF Son premier recueil de nouvelles réunit dix-sept histoires écrites au pas
de charge. Au programme : des amours défuntes, des voyages, des acteurs et des écrivains.
B
À travers son style à nul autre pareil,
Éric Neuhoff s’amuse avec la réalité.
R. GAILLARD/REA/EDITIONS DU ROCHER
ONNE
NOUVELLE :
Neuhoff publie son
premier recueil de textes. Les Polaroïds, ce
sont 17 histoires écrites
sur une période de quatre décennies. La plus ancienne date de
1979 et s’intitule Retour à Toulouse. La dernière, Une plage très
sportive, a deux ans d’âge.
On y retrouve son style à nul
autre pareil : des phrases courtes,
sans gras, des images qui fusent,
LANGUE FRANÇAISE
De l’art de parler français
Les Français sont fiers, impolis,
libertins, pessimistes,
désagréables. Du moins,
de réputation. Passé le cliché,
les Français s’avèrent en effet
bien plus alambiqués
qu’ils ne veulent bien
le montrer. À commencer
par leur manière de parler.
La langue n’est pas tant
un outil de communication,
qu’un moyen de briller.
En bons « fétichistes
des mots », ils ont ainsi
fait de la maîtrise du français
un art. Un sport.
Un « bonjour »
n’est pas
une formule
de politesse,
mais un réflexe.
Et gare à celui qui
l’oublie. Français
comme étranger !
Ce portrait
détonant,
qui analyse
avec beaucoup
de tendresse et
d’humour nos compatriotes,
nous le devons à deux expatriés
québécois, Julie Barlow et JeanBenoît Nadeau. Durant un an,
les deux journalistes et auteurs
du best-seller Sixty Million
Frenchmen can’t be wrong
ont laissé traîner leurs yeux
et leurs oreilles.
On y découvre une passion
française pour le déclinisme,
un plaisir de parler nourriture
y compris à table et
une anglolâtrie schizophrène.
« Les Français ne sont pas
des machines faites
en usine », précisent
Barlow et Nadeau. Mais
chacun se reconnaîtra
à souhait dans ce livre
mordant.
ALICE DELEVEY
AINSI PARLENT
LES FRANÇAIS
De Julie Barlow
et Jean-Benoît Nadeau,
Robert Laffont,
396 p., 21 €.
un ton laconique, beaucoup d’humour et un beau brin de nostalgie.
Le cinéma et la littérature sont
partout. Tout comme les femmes
belles et insupportables, les hommes au bord du gouffre, les palaces et les alcools forts. Entre Drieu
et Fitzgerald, on est en bonne
compagnie.
Neuhoff s’amuse avec la réalité.
Imagine ce que serait devenu
Patrick Dewaere si c’était Depardieu et pas lui qui s’était fait sauter
le caisson. Il ressuscite Jean Seberg, patronne d’hôtel à Cadaqués. Quand il croise ce fantôme,
le narrateur de l’histoire n’est pas
au mieux : « Une femme venait de
me quitter, un éditeur avait refusé
mon dernier manuscrit et le mensuel où je travaillais menaçait de
réduire les effectifs. Je me disais que
ce seraient mes dernières vacances. » Chaque soir, il discute avec
Patrica. Elle lui a fait jurer de garder le secret sur sa nouvelle vie. Il
ne peut que la trahir. « Qu’est-ce
que c’est dégueulasse ? »
Dépaysement assuré
Neuhoff aime les étés. Celui de
1963 à Hyannis Port a un parfum
particulier. John Kennedy s’ennuie. Sur un coup de tête, Jackie
BD
LES POLAROÏDS
D’Éric Neuhoff,
Éditions du Rocher,
176 p., 16 €.
REVUE
Enquête d’amour
Claire a émigré à Paris avec
ses parents sud-coréens
lorsqu’elle était enfant.
Elle a maintenant vingt ans,
des parents délicieux
qui tiennent un restaurant
et un petit frère de cinq ans,
drôle de petit bonhomme
corpulent qui collectionne
les versions du film Braveheart
et apprend le gaélique pour
mieux ressembler à son héros.
Claire a tout pour être heureuse
mais ne parvient pas à se défaire
d’une tristesse qui l’empêche
de se projeter dans l’avenir.
La mort de sa mère
dans un accident
de voiture qui
plonge son père
dans le coma
l’oblige à fouiller
dans les papiers
familiaux. C’est
ainsi qu’elle
apprend qu’elle
a été adoptée à
l’âge de onze mois.
Tenant son petit
décide d’inviter Salinger. L’ermite de Cornish accepte. À un moment, la première dame, qui le
trouve un peu ronchon, interroge
l’auteur de The Catcher in the Rye :
« Que deviennent les canards de
Central Park quand les bassins sont
gelés, en hiver ? »
Pour avoir la réponse, il faut lire
ce volume. Dépaysement assuré.
Neuhoff nous emmène en Irlande.
On n’y croise pas Michel Déon
mais on le retrouve à la fin d’une
nouvelle désopilante dans laquelle
l’auteur et Denis Tillinac, sorte de
Doublepatte et Patachon, vivent
un enfer à Madère. ■
Invitations au voyage
frère par la main, elle s’envole
pour Séoul. Là, elle rencontre
un ancien GI qui après la guerre
de Corée est resté sur place.
Devenu pasteur, il s’est consacré
à sauver les bébés que leurs
parents avaient coutume
d’abandonner n’importe où dans
les rues… Que va-t-elle trouver
en cherchant sa mère naturelle,
ce premier amour ? La vie donne
parfois ce qu’on n’espérait pas…
Des personnages délicats
et pudiques, que les blessures
de la vie n’ont pas endurcis
mais attendris. Une belle
histoire tout public, empreinte
d’émotions et d’humour,
magnifiquement dessinée
à l’encre, en noirs
et blancs rehaussés
de motifs rouges.
ASTRID DE LARMINAT
BABYBOX
De Jung,
Noctambule,
156 p., 19,99 €.
Si, pour reprendre les mots de
son créateur et directeur, Tristan
Savin, ses « aventures n’ont
pas toujours été un long fleuve
tranquille », la revue Long Cours
est là et bien là, soutenue par
le groupe Humensis. Pour ce
numéro d’automne, Savin nous
a concocté un sommaire, comme
toujours alléchant. Au portrait
de Loïc Finaz, amiral, écrivain
et poète, par Stéphane Dugast,
succède un long et passionnant
reportage dans les montagnes
du sultanat d’Oman signé Rufin.
Alors qu’Oman sera le pays
invité du prochain Salon du livre
de Paris, écoutons
l’académicien
voyageur :
« La nuit vient
sur le désert.
Le vent souffle
des courants tièdes.
Les acacias
frémissent. La croix
du Sud paraît à
l’horizon. » Plus loin,
c’est Caracas et ses
habitants plongés dans la crise
que raconte Bénédicte Martin.
Puis on embarque pour la route
de la soie : du Japon à Istanbul
en passant par la Corée et l’Iran,
le périple en images est signé
du grand photographe Kishin
Shinoyama. Le dossier de
cette livraison est consacré
à la mythologie des mers. Il fallait
des hommes et des femmes
au pied marin. Maylis de Kerangal
et Olivier Frébourg se jettent
à l’eau. On savourera également
le long entretien qu’Olivier
Roellinger a accordé à la revue
depuis son rocher de Cancale.
Au menu ? L’histoire
des hommes à travers
leur alimentation.
Bon voyage !
B. C.
LONG COURS
N° 9, Éditions
de la Carizière/
Éditions
de l’Observatoire,
146 p., 15 €.
A
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 22 novembre 2018 LE FIGARO
8
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
LE PRIX LITTÉRAIRE
30 MILLIONS D’AMIS A ÉTÉ REMIS
À LA YOUTUBEUSE SOLANGE
POUR SON LIVRE « AUTOPORTRAIT
EN CHIENNE » (L’ICONOCLASTE).
30 millions d’amis, Houellebecq et la youtubeuse
Un prix qui a du chien
Deux semaines après l’excitation
du prix Goncourt, le jury du prix
Goncourt des animaux, plus
communément appelé « prix littéraire 30 millions d’amis », s’est
réuni chez Drouant pour adouber
un roman mettant au premier
plan nos amis les bêtes. Il a récompensé la youtubeuse Solange pour son livre Autoportrait en
chienne (L’Iconoclaste) ainsi que
Théorie du tube de dentifrice
(Éd. Goutte d’or), de Peter Singer, dans la catégorie essai. Le
juré Michel Houellebecq n’a pas
manqué de souligner les qualités
littéraires des deux livres.
Écorchant au passage Christine Angot : « Je la déteste quand
elle raconte sa vie, mais j’aime
Solange quand elle le fait. »
L’auteur de Plateforme a aussi
critiqué la quatrième de couver-
ture du livre primé : « La plus
bête que j’aie jamais vue de ma
vie. » Outre le prestigieux bandeau rouge sur son livre, la lauréate, absente de Drouant, recevra un chèque de 3 000 euros à
reverser à une association de
son choix.
ALICE DEVELEY
L’homme qui rejoue les accords de Munich
ROBERT HARRIS Hitler, Daladier,
Chamberlain sont les héros du nouveau
thriller psychologique de l’auteur
de « Fatherland ». Rencontre dans
son presbytère du nord de Londres.
O
N A TENDANCE à ranger trop hâtivement
Robert Harris dans la
catégorie des écrivains
de thrillers. L’Anglais
aux multiples succès de librairie est
un prosateur beaucoup plus empathique et subtil que ça. Un maître du
clair-obscur qui excelle à regarder
l’Histoire d’une autre manière, en variant les angles. Un amateur de Joseph
Conrad, George Orwell, Graham
Greene et Georges Simenon dont les
romans font autant la part belle à la
psychologie qu’au suspens.
Se rendre jusqu’à lui demande de
changer de gare. Une fois arrivé à
Saint Pancras, le voyageur doit s’engouffrer dans le métro pour rallier
Paddington. Avant de monter dans
un train de la Great Western Railway
qui file vers le Berkhsire. Robert Harris habite un délicieux village à une
soixantaine de miles à l’ouest de Londres. On ne peut pas le manquer : il est
le seul au bout du quai. Quelques minutes suffisent pour gagner le Dundas
Arms. Un hôtel-restaurant chic et
calme où il a ses habitudes. Devant un
fort verre de pino grigio, le natif de
Nottingham, une ville qu’il a quittée
tôt pour s’installer à Londres, rappelle
qu’il a fait ses classes dans le journalisme. Il a d’abord passé huit ans à la
BBC, puis a dirigé le service politique
de The Observer, été chroniqueur au
Sunday Times et au Daily Telegraph.
Une époque où il a beaucoup appris
sur « l’écriture, le storytelling et l’art de
tenir en haleine son lecteur ».
Ses premiers livres ont été des essais. L’un d’eux, Selling Hitler, étudiait les journaux intimes d’Hitler. Un
“
La toile de fond
de « Munich », Harris
l’avait en tête depuis
qu’il avait réalisé en
1988 un documentaire
pour la BBC, à l’occasion
du cinquantième
anniversaire
des accords de 1938
”
samedi à Londres, dans son appartement de Notting Hill, il attaque ce qui
va devenir Fatherland. Avec une sensation « de vertige ». Sans trop savoir
où il allait ni ce qu’il pouvait faire de
ses personnages. Le manuscrit de cet
impeccable roman noir où il imagine
que les Allemands ont gagné la Seconde Guerre mondiale, il le met de côté
pendant un an. Avant de le reprendre
et de le terminer. De le voir propulsé,
à sa sortie en 1992, en haut de la liste
des best-sellers, de s’écouler à des
millions d’exemplaires et d’être traduit partout à travers le monde.
Dans la foulée de Fatherland, importé en France chez Julliard par la
WRITER PICTURES/LEEMAGE
ALEXANDRE FILLON
ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES
défunte Élisabeth Gille, les succès se
sont enchaînés. On n’a pas oublié
L’Homme de l’ombre et son narrateur, l’un de ces « ouvriers fantômes
qui font marcher l’édition », sans savoir ce qui l’attend lorsqu’il accepte
de se rendre à Martha’s Vineyard
pour y rédiger les Mémoires d’un ancien premier ministre. Roman Polanski en a tiré un excellent film avec
Ewan McGregor et Pierce Brosnan.
Le cinéaste ne quitte plus l’écrivain,
puisqu’il démarre fin novembre le
tournage de l’adaptation d’un autre
de ses romans, An Officer and a Spy,
traduit en France sous le titre D. Un
tour de force, pour lequel Harris a
Maître du clair-obscur,
Robert Harris excelle
à regarder l’Histoire
d’une autre manière,
en variant les angles.
Bio
EXPRESS
1957
Naissance
à Nottingham.
1987
Éditorialiste politique
à l’Observer.
présente
1992
PRIX GONCOURT
DES LYCÉENS 2018
Publie Fatherland,
uchronie dans laquelle
l’Allemagne a gagné
la Seconde Guerre
mondiale. Le livre
est un best-seller
mondial.
30
e
ANNIVERSAIRE
1995
ORGANISÉ PAR LA FNAC ET LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE
Énorme succès
pour son deuxième
roman, Enigma.
DAVID DIOP
2007
Écrit avec Roman
Polanski le scénario
d’après Pompéi.
FRÈRE D’ÂME
2010
©J.F. PAGA GRASSET
© Hermance Triay
Écrit le scénario
de The Ghost Writer
avec Polanski.
ÉLU PAR UN JURY
DE 2 000 LYCÉENS
A
En accord avec l’Académie Goncourt et d’après sa sélection, la Fnac et le ministère de l’Éducation nationale
organisent depuis 1988 le Prix Goncourt des lycéens et permettent à 2000 lycéens d’élire leur lauréat.
MUNICH
De Robert Harris,
traduit de l’anglais
par Nathalie
Zimmermann,
Plon,
363 p., 21,90 €.
relu Proust et Zola, sur le combat du
commandant Georges Picquart, décidé à défendre l’honneur et la cause
d’Alfred Dreyfus. Devant la caméra
de Polanski, le premier aura les traits
de Jean Dujardin, le second ceux de
Louis Garrel.
Le café, l’auteur d’Enigma, Pompéi
et Conclave propose d’aller le prendre
chez lui. À 200 mètres à pied en longeant un canal, qui mène à Bristol, où
stationnent paisiblement des péniches colorées. Les deux chiens de la
famille vous accueillent à la porte
d’un ancien presbytère débordant de
livres. L’œil est attiré par une belle
édition des Mémoires de Casanova,
The Great Swindle de Pierre Lemaître
qu’il a rencontré à Londres. Ou des
ouvrages de Graham Greene dont il
raffole de « l’économie et la grâce »,
trouvant qu’il a brillé jusqu’à la fin.
Notamment dans l’admirable Dr Fischer de Genève.
Notre homme est marié de longue
date à Gill Hornby, la sœur de Nick
Hornby qui était son condisciple au
Selwyn College de Cambridge. Ils
avaient dix-huit ans et ne se fréquentaient pas encore. Mère de leurs quatre enfants, Mme Harris écrit elle aussi.
Deux de ses romans, La Reine des
abeilles et Tous en chœur, ont été traduits en France chez JC Lattès. Le dernier en date met en scène Cassandra
Austen, la sœur aînée, confidente et
meilleure amie de Jane Austen.
Chaque matin de la semaine, Harris
s’installe à son bureau. Seul et heureux de l’être, de 8 heures à 13 heures
Dans une pièce aussi lumineuse que
chargée de volumes. Principalement
des journaux littéraires, des correspondances et des biographies. Telle
celle de 900 pages récemment consacrée à Charles de Gaulle par Julian
Jackson. Robert Harris tape directement à l’ordinateur, a besoin d’entendre « les voix dans la maison, les
portes qui claquent ».
Son prochain livre est déjà en
chantier. Il s’agira d’une dystopie démarrant au XVIIIe siècle dans un village du Devon proche de ceux décrits
par Thomas Hardy où la découverte
d’un iPhone sème la pagaille ! S’il
tient les délais, The Second Sleep devrait être imprimé et commercialisé
par son éditeur Hutchinson en septembre prochain.
La toile de fond de Munich, il l’avait
en tête depuis qu’il avait réalisé en
1988 un documentaire pour la BBC,
God Bless You, Mr Chamberlain, à
l’occasion du cinquantième anniversaire des accords signés en 1938. Le
personnage de Hugh Lebat a ensuite
germé. Un être comme il les affectionne dans ses fictions, « là sans
l’être tout à fait, en retrait, qui observe
sans être centré ».
Fasciné par la politique, Robert
Harris déplore que le Brexit ait porté
un sale coup à l’Angleterre en balayant tout ce que Tony Blair avait mis
en place et que David Cameron se soit
montré un premier ministre catastrophique. Ajoutant que Theresa May ne
fait pas beaucoup mieux.
La France lui sert souvent de refuge. Il prétend mal parler notre langue,
arriver seulement à la lire en peinant
pour les conversations. Depuis quinze
ans, les Harris possèdent une maison
dans le Sud, près du fort de Brégançon. L’un de leurs plus proches voisins n’est autre que le cinéaste et scénariste Paul Greengrass. Il dit ne pas
regretter d’avoir refusé de s’atteler à
un James Bond ou à une suite de 1984.
En vous raccompagnant gentiment à la gare, il lâche encore
qu’aujourd’hui, tout est vite « dépassé, daté, démodé ». Que seule
l’Histoire reste. Il a raison : ses livres
sont des classiques. ■
â NOTRE AVIS
En plus de faire revivre un moment historique marquant, le formidable nouveau roman de Robert
Harris est porté par deux personnages incroyablement incarnés.
Pas encore trentenaires, Hugh
Alexander Legat et Paul von Hartmann se sont rencontrés sur les
bancs d’Oxford au temps de leurs
études. Ils ne se sont pas vus depuis six ans quand s’ouvre Munich.
Fin septembre 1938, Adolf
Hitler menace d’attaquer la
Tchécoslovaquie.
Legat
est
troisième secrétaire aux services
diplomatiques de Sa Majesté;
Hartmann, diplomate et fonctionnaire de l’État. Détaché du
Foreign Office, le premier travaille au 10 Downing Street pour
le premier ministre, le Très Honorable Neville Chamberlain.
Le deuxième traduit des messages de l’anglais vers l’allemand au
nom du ministre des Affaires
étrangères, Joachim von Ribbentrop, dont il ne partage guère les
idées nationales-socialistes.
Lebat et Hartmann vont se recroiser à Munich, quand un Hitler
à la voix métallique y reçoit
Chamberlain, Mussolini et Daladier. Le Führer semble décidé à
obtenir la guerre alors que ses interlocuteurs sont quant à eux déterminés à l’éviter…
Documenté au possible sur
l’époque et ses protagonistes bien
réels, Robert Harris avance ses
pions avec la subtilité feutrée de
son cher Graham Greene. Du
grand art. ■
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