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Libération - 03 12 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
RÉALISATION LIBÉRATION SUR UNE PHOTO DE DENIS ALLARD
2,00 € Première édition. No 11667
LUNDI 3 DÉCEMBRE 2018
www.liberation.fr
SUBMERGÉ
Violences à Paris, mobilisation
en province: l’exécutif semble
tétanisé face à un mouvement
des «gilets jaunes» qu’il ne
parvient pas à enrayer et qui
menace de déborder.
PAGES 2-9
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Pompier ou pyromane?
L’incendie gagne. Nous parlions vendredi d’un risque
d’insurrection démocratique,
peut-être violente. Cette insurrection a commencé. Elle
a pris la forme d’une émeute
autour de la place de l’Etoile
et d’incidents graves dans
plusieurs villes du pays. Selon un mantra un peu éculé,
le gouvernement incrimine
«les casseurs», qu’il s’efforce
de distinguer de la masse des
manifestants. L’action agressive de petits groupes d’extrême droite et d’extrême
gauche ne fait pas de doute.
D’une manière générale, les
auteurs de violences et de déprédations doivent être poursuivis et sanctionnés. Mais la
frontière qu’on tente ainsi de
tracer est poreuse. Les actes
violents sont aussi le fait de
protestataires radicalisés,
souvent venus des régions
de France, qui y voient le seul
moyen de se faire entendre.
Face à un gouvernement qui
ne bouge pas, les «gilets jaunes» sont tentés par l’illégalité. L’incendie gagne. La police, qui donne des signes de
lassitude, ne suffira pas
à l’éteindre.
Dans cette circonstance, Emmanuel Macron a le choix entre deux rôles : celui du pompier et celui du pyromane.
Raidi dans sa volonté de
«maintenir le cap», il a jusqu’à présent clamé qu’il écoutait. Depuis deux semaines,
en effet, il écoute. Mais il
n’entend rien. Il brasse du
vent ; ce souffle creux attise
les flammes. Pourtant, son
quinquennat est désormais
à un tournant, qui touche
l’ensemble de la société française. L’enjeu se résume à une
question : la France peut-elle
affronter les défis du siècle
qui commence sans y associer le peuple ? C’est la voie
choisie depuis dix-huit mois.
Sous la houlette intéressée
des classes dirigeantes, on
met en œuvre un programme
de réformes tombées d’en
haut, sans discuter avec personne, ni les corps intermédiaires ni la population, selon
un calendrier calamiteux qui
favorise les favorisés avant de
se soucier du pouvoir d’achat
de la grande majorité des
Français. A cela se sont ajoutées des déclarations d’une
insigne maladresse, qui ont
humilié les classes populaires et fait du Président le
symbole de l’arrogance des
élites. Emmanuel Macron
risque maintenant de s’inscrire dans la longue liste des
«réformateurs par en haut»
en butte à la révolte populaire, Guizot, Louis-Philippe,
Louis-Napoléon ou
M. Thiers. «On ne gouverne
pas contre le peuple», dit
François Bayrou. Il connaît
son histoire de France.
Dans ces conditions, une
seule voie démocratique
reste ouverte : la négociation.
La négociation immédiate,
franche, rugueuse, et non
une molle discussion décentralisée qu’on mine à l’avance
en prévenant qu’on ne fera
pas de concessions. Cette insurrection naissante est celle
des travailleurs pauvres. Elle
évoque, de loin, modulée par
les réseaux sociaux, amplifiée par les chaînes d’info,
celle des sans-culottes, des
ouvriers quarante-huitards
ou des communards. On peut
la vaincre par le bâton du
maintien de l’ordre, ou bien
en jouant sur l’usure. Dans
ce cas, on devra gouverner
trois ans sans le peuple.
Mission impossible.
Lucide quoiqu’issue du vieux
monde et éparpillée, c’est la
gauche qui indique la sortie
de crise. Mélenchon ? Pas
vraiment : quand il appelle à
une «marée humaine» sur les
Champs-Elysées, personne
ne vient. Quand il ne dit rien,
les Champs-Elysées sont envahis. Un léger décalage…
Non : les deux chefs syndicaux, Berger et Martinez,
rompus à la lutte sociale,
offrent une solution. Tous
deux pressent l’ouverture
de pourparlers sur la base
de revendications sociales.
Le pouvoir d’achat des travailleurs pauvres stagne depuis des lustres : il est temps
de s’en occuper. La France est
sans doute moins inégalitaire
que d’autres nations. Mais
c’est la France : le pays des
révolutions et des luttes pour
l’égalité. Le gouvernement
doit le comprendre.
Si l’issue se dessine, le mouvement des «gilets jaunes»
aura un seul devoir : désigner,
dans des conditions de représentativité satisfaisantes,
une délégation crédible, qui
puisse mener une discussion
et aboutir à un compromis.
On sent que certains d’entre
eux y tendent. Ils doivent
prendre le dessus. Sinon tout
cela se terminera mal, dans
la colère et l’amertume.
Peut-être pire. •
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Macron pris
dans les mailles
des «gilets»
Samedi,
sous l’Arc
de triomphe.
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
Mobilisation persistante dans toute la
France, violences graves et incontrôlées
à Paris: le troisième samedi de mobilisation
des «gilets jaunes» a étalé l’incapacité
de l’exécutif à juguler le mouvement
tant politiquement que sécuritairement.
RÉCIT
Par DOMINIQUE ALBERTINI
et ALAIN AUFFRAY
Photo YANN CASTANIER .
HANS LUCAS
L
es deux images et leur saisissant
contraste ont fait le tour de la planète.
L’Arc de triomphe était le 11 novembre
le décor grandiose d’une célébration de la paix
en présence des grands de ce monde. Le même
monument, vandalisé, est devenu ce dimanche l’emblème d’un chaos français. Dans les
fumées des lacrymogènes et des voitures in-
u 3
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cendiées, la place de l’Etoile et ses environs
ont été le théâtre d’affrontements d’une violence spectaculaire, retransmise en direct par
toutes les chaînes d’info. Un vrai désastre pour
Emmanuel Macron, qui y avait invité ses pairs
pour un discours solennel à l’occasion du centenaire de l’armistice. Le voilà, trois semaines
plus tard, défié par la fronde de ceux qu’il désigne lui-même comme «les oubliés de la mondialisation». Une crise profonde et durable qui
bouscule sa majorité: saisis par le doute, paniqués par l’hostilité qu’ils rencontrent sur le terrain, certains élus LREM réclament des con-
cessions significatives: «moratoire» sur la taxe
carbone, baisses d’impôts et grand renouveau
démocratique.
De retour du sommet du G20 de Buenos Aires
dimanche matin, Macron s’est fait conduire,
dès sa descente d’avion, en haut des ChampsElysées. Comme pour symboliser une reprise
en main, il s’est figé devant la «flamme sacrée» avant d’entrer à l’intérieur de l’Arc de
triomphe saccagé. Pendant près d’une heure,
il a constaté les dégâts considérables le long
de l’avenue Kléber, tantôt applaudi, tantôt
hué par la foule. Le chef de l’Etat s’est ensuite
enfermé en milieu de journée à l’Elysée pour
une réunion de crise avec le Premier ministre,
Edouard Philippe, le ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner, son secrétaire d’Etat
Laurent Nuñez et le ministre de la Transition
écologique, François de Rugy.
Débordé samedi par les manifestants, le dispositif policier doit faire l’objet d’une «adaptation dans les temps à venir», a pudiquement
fait savoir l’Elysée. Edouard Philippe, lui, est
chargé d’organiser, à partir de lundi, une série
de consultations politiques. La maire de Paris,
Anne Hidalgo, et les présidents des groupes
et partis représentés au Parlement seront reçus à Matignon, ainsi qu’un collectif de gilets
jaunes «modérés» ayant offert, dimanche
dans le JDD, de négocier directement avec
l’exécutif. Un premier rendez-vous avec deux
membres du mouvement avait tourné court
vendredi, l’un des visiteurs ayant quitté la réunion après avoir réclamé en vain sa retransmission télévisée.
Aucune prise de parole présidentielle n’a
conclu ce lendemain d’émeute, si ce n’est
deux tweets de remerciements aux pompiers
et policiers mobilisés samedi. «J’écouterai
toujours les oppositions mais je n’accepterai
jamais la violence», avait fait savoir le Président depuis l’Argentine, samedi. Promettant
à ceux qui «veulent le chaos» qu’ils seraient
promptement «identifiés et tenus responsables
de leurs actes devant la justice».
carburant, l’organisation de référendums réguliers et la tenue d’états généraux de la fiscalité. Mais personne parmi les «gilets jaunes»
n’ayant «le monopole de leur expression»,
comme le soulignent les auteurs eux-mêmes,
reste à voir si ces derniers pourraient être reconnus comme ambassadeurs légitimes par
leur base.
«Claquemurés à l’Assemblée»
Qu’il faille d’une manière ou d’une autre lâcher du lest face aux «gilets jaunes», de plus
en plus de députés macronistes en sont
convaincus, frappés par la popularité du
mouvement dans leurs circonscriptions et
parfois critiques face à la «raideur» de l’exécutif. «Emmanuel Macron a bien fait campagne
sur la “République contractuelle” : on peut
imaginer un gel [de l’augmentation des taxes
sur les carburants] si la mobilisation s’arrête,
estime le député Sacha Houlié. Il fallait aller
vite et fort sur les premières réformes, maintenant cette méthode a touché ses limites.»
Même appel à la «pause» chez son collègue
Aurélien Taché, qui minimise les conséquences politiques d’un tel geste: «Il ne s’agit pas
de la réforme de la SNCF ou du code du travail.
Personne ne pense que la transition énergétique va se régler seulement par une taxe.»
L’élue de la Meuse Emilie Cariou souhaite en
outre «profiter des trois prochains mois pour
revoir la trajectoire de la taxe carbone»
au-delà de 2019.
L’idée d’un moratoire a pour l’instant été écartée par l’exécutif, qui redoute qu’une telle
concession ne signe la fin des grandes réformes macroniennes. «Il faut arrêter les bêtises,
on ne va tout de même pas dire aux gens: “On
vous a tellement entendus qu’on va faire l’augmentation… dans trois mois”», tranche-t-on
dans l’entourage de Gilles Le Gendre, le président du groupe LREM à l’Assemblée. «Et sur
une année, suspendre la hausse représenterait
trois milliards d’euros en moins: je ne sais pas
financer ça, ajoute la députée des Yvelines
Aurore Bergé. J’envie ceux qui ont une solution
«Monopole»
miracle, moi je ne l’ai pas.»
La fermeté présidentielle contraste avec le dé- Favorables ou non à ce geste, plusieurs élus désarroi qui saisit, ces jours-ci, des membres du noncent en chœur les impasses de la méthode
gouvernement et de la majorité parlemen- macroniste, mises en évidence par la crise des
taire. Au plus fort des affrontements autour «gilets jaunes». «On a cru que pour bien faire,
des Champs-Elysées, une intervention pres- il fallait aller plus vite: plus on votait de textes,
que désespérée de la ministre des Solidarités, plus on remédiait aux problèmes des gens, dit
Agnès Buzyn, en a donné la mesure. «Nous la députée de Paris Anne-Christine Lang. C’est
avons le plus beau système de solidarité du une dérive technocratique: claquemurés à l’Asmonde», s’est-elle indignée sur le plateau semblée, on a oublié d’expliquer ce que l’on faide BFM TV. S’efforçant de faire valoir, tandis sait.» Constat largement partagé, à en juger par
que défilaient des images très violentes, la le nombre de députés LREM s’associant au
promesse présidentielle d’un reste à charge projet de leur collègue Bruno Questel: «Que
zéro sur les lunettes et les soins dentaires. «Je faire? Aller sur le terrain. Tout le temps. Faire
comprends maintenant pourquoi les réformes remonter ce qu’on nous dit, et pas seulement
n’ont pas été faites» sous les précédents man- quand c’est le bordel.» Mais, prévient Aurore
dats présidentiels, a-t-elle ajouté, désignant Bergé, «il faut qu’on arrête de dire qu’on a “mal
de la main les images de Paris embrasé.
expliqué” les réformes, qu’il faut “plus de pédaDans le camp présidentiel, pourtant, chacun gogie”. Beaucoup de gens ont bien compris notre
comprend aussi qu’il y a urgence à ouvrir les projet et ne sont pas d’accord avec lui. Cela ne
négociations avec les «gilets jaunes». Mais les- veut pas dire qu’il ne faut pas tenir, mais il ne
quels, et autour de quelles revendications ? faut pas les prendre pour des enfants.»
Les modalités des concertations annoncées Tous ces griefs auront l’occasion de s’exprimardi par le chef de l’Etat et censées associer, mer mardi, à l’occasion de la réunion hebdoau plus près du terrain, élus, partenaires so- madaire du groupe majoritaire à l’Assemblée
ciaux et citoyens, restent à déterminer. A plus nationale, peut-être en présence d’Edouard
court terme, le collectif de gilets jaunes «mo- Philippe. Pour cette majorité extraordinairedérés» que doit renconment hétéroclite, ce rentrer Edouard Philippe a
dez-vous pourrait avoir
l’avantage de se déclarer
des allures d’heure de vérespectueux «des institurité. Outre les griefs
tions de la Ve République,
contre un Premier minisde l’ordre et des persontre que certains jugent
nes». Les dix signataires
trop raide, ce sera sans
de l’appel, dont la bien
doute, pour la première
connue Jacline Mouraud,
fois, le moment où sera
avancent sept revendicadébattu –voire contesté–
tions, dont le «gel imméle rythme et l’intensité
diat et sans condition» de
de «la transformation»
la hausse des taxes sur le
macronienne. •
Sacha Houlié député LREM
«Il fallait aller
vite et fort sur
les premières
réformes,
maintenant,
cette méthode a
touché ses limites.»
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 3 Décembre 2018
end, 378 personnes étaient toujours en garde à vue
dans les commissariats de Paris et de la petite couronne, dont 33 mineurs. Le ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner, doit être entendu mardi par la
commission des lois du Sénat sur les moyens mis en
place pour faire face à cette crise majeure.
Dépavage de l’avenue de Friedland aux abords de l’Arc de triomphe. PHOTO BORIS ALLIN . HANS LUCAS
En haut de l’avenue de Friedland, près de la place de l’Etoile, à Paris, samedi. PHOTO YANN CASTANIER . HANS LUCAS
Paris: émeutes
inédites
depuis 68
249 feux, 112 véhicules incendiés, 133 blessés,
dont 23 chez les forces de l’ordre: les scènes de
violences impressionnantes qui se sont déroulées
dans la capitale révèlent la difficulté de sécuriser
une protestation aussi protéiforme.
D
es milliers d’émeutiers masqués munis de
boulons, de pavés ou de marteaux, des barricades en flammes érigées sur différentes artères autour des Champs-Elysées, des files de voitures
calcinées, des agences bancaires incendiées, du mobilier urbain saccagé à l’aide de pioches, de disqueuses et de tronçonneuses, des véhicules de police pris
d’assaut, des milliers de CRS et de gendarmes mobiles pris pour cibles dans un climat quasi insurrectionnel, contraints de tirer plusieurs milliers de grenades
et de balles en caoutchouc: Paris a sans doute vécu
sa mobilisation la plus violente depuis les événements de Mai 68. Dimanche, en fin de journée, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, et le procureur Rémy Heitz, ont tenu une conférence de presse
commune. Un symbole fort. Le premier a d’abord
égrené les «violences extrêmes et inédites dans les rues
de Paris», avant que le second ne fasse état d’«une situation tout à fait exceptionnelle». «Jamais le parquet
de Paris n’a eu à gérer un nombre aussi important de
gardes à vue», a insisté Rémy Heitz. A la fin du week-
UN BILAN «SANS PRÉCÉDENT»
Pour le troisième week-end de mobilisation des «gilets jaunes», les heurts ont commencé très tôt samedi matin à Paris. Dès 9 heures, les premières grenades lacrymogènes étaient tirées autour de l’Arc
de triomphe. Au cours de la journée, pas moins
de 249 feux ont été pris en charge par les pompiers,
dont 112 véhicules et 6 bâtiments incendiés. De
nombreux commerces ont également été dégradés
ou pillés. «Le recensement complet de tous les dégâts
est en cours», a précisé le préfet de Paris, Michel Delpuech. A ce bilan matériel très lourd s’ajoutent surtout 133 blessés selon un décompte de la préfecture,
dont 23 parmi les forces de l’ordre. Un homme était
dans le coma après s’être fait écraser par un morceau
de la lourde grille du parc des Tuileries, qui a fini par
céder sous la pression des manifestants. De nombreux cas de blessures irréversibles pourraient aussi
être découverts dans les prochains jours, tant l’usage
des armes par la police a été massif. Selon nos informations, pour les seules compagnies républicaines
de sécurité (CRS) et les compagnies de sécurisation
et d’intervention de la préfecture de police (CSI), ont
été comptabilisés 1 193 tirs au lanceur de balles en
caoutchouc, 1 040 grenades de désencerclement
et 339 grenades GLI-F4, munition composée notamment d’une charge explosive de 25 grammes de TNT.
Ces armes sont connues pour provoquer d’importantes blessures, voire parfois des infirmités permanentes, comme des énucléations, des fractures,
voire des amputation de membres (lire Libération
du 30 novembre). Des volumes ahurissants, sûrement historiques. A titre de comparaison, pour l’ensemble de l’année 2017, l’Inspection générale de la
police nationale avait comptabilisé 796 tirs de grenades de désencerclement, soit un tiers de moins que
pour la seule journée de samedi.
Combien d’émeutiers ont participé à ces violences?
Aucune réponse précise n’a été fournie par les autorités. Le ministère de l’Intérieur s’est contenté jusqu’ici de communiquer des chiffres globaux sur les
«gilets jaunes» mobilisés: 137000 manifestants en
France, dont 10000 à Paris. Un tiers de ces derniers,
environ 3 500 donc, étaient des manifestants violents, selon une source au ministère de l’Intérieur.
Mais ces calculs, déjà sujets à polémique lorsqu’il
s’agit d’un cortège traditionnel, paraissent d’autant
plus approximatifs pour chiffrer un mouvement
aussi protéiforme.
DES FAILLES DANS LE DISPOSITIF
DE SÉCURITÉ ?
Pour éviter que ne se répètent les scènes de casse du
week-end précédent sur les Champs-Elysées, les
autorités avaient fait le pari de mettre la célèbre avenue sous verrou. Pour cela, mais aussi pour empêcher les manifestants de s’approcher du palais de
l’Elysée, quelque 4000 policiers et gendarmes ont
été mobilisés, soit l’un des dispositifs les plus massifs
des dix dernières années. Consigne avait été fixée de
procéder au contrôle d’identité de ceux désirant défiler sur l’artère et de repousser sur la place de l’Etoile
d’éventuels casseurs. Selon David Le Bars, secrétaire
général du Syndicat des commissaires de la police
nationale, l’échec du pari initial ne peut être que décrété: «Ça n’a pas fonctionné. Il faut considérer une
bonne fois pour toutes que les “gilets jaunes” ne respecteront pas les règles du droit de manifester en déposant un parcours.» Figée dans un dispositif rigide,
la cuirasse des Champs-Elysées a vite été débordée.
Plusieurs groupes séparés, composés de 20
à 50 émeutiers, se sont éparpillés dans la capitale,
semant le trouble à différents points. Une extrême
mobilité, face à laquelle les forces de l’ordre ont paru
bien démunies… Signe que les unités de maintien
de l’ordre ne maîtrisaient plus grand-chose, des brigades anticriminalité et des effectifs de commissariats ont été appelés à la rescousse, jusqu’à des unités
à cheval, inadaptées pour le maintien de lll
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
lll
l’ordre. Même la brigade de recherche et d’intervention (BRI), d’ordinaire cantonnée aux interventions type assaut ou prise d’otage, a été envoyée sur le
terrain dans sa formation civile. «Nous sommes très bons
en France et unanimement enviés par nos voisins européens pour notre savoir-faire dans l’accompagnement
des cortèges dits classiques. En revanche, on a d’énormes
soucis d’adaptation face à des groupuscules de toutes natures venus pour casser. En configuration émeute urbaine, on est perdus», estime David Le Bars. «Ce ne sont
pas 1000 gendarmes ou CRS de plus qui auraient changé
la donne, analyse de son côté Bertrand Cavallier, ancien
général de gendarmerie. On était confronté à une situation inédite, la solution n’est pas que tactique. D’une certaine manière, on découvre à nouveau cette capacité de
révolte d’une population. Vous pouvez demander ce que
vous voulez aux forces de l’ordre, mais la sortie de crise
sera politique.»
DES MANIFESTANTS VIOLENTS
AUX PROFILS DIVERS
Les violences de samedi revêtent également un caractère exceptionnel par l’hétérogénéité de leurs auteurs.
Durant la matinée, Libération a d’abord identifié plusieurs groupuscules nationalistes et figures d’extrême
droite aux abords de la place de l’Etoile. Parmi elles,
Yvan Benedetti, ancien président du groupe pétainiste
et antisémite «L’Œuvre française», dissous en 2013
après la mort de Clément Méric. Place des Ternes, de
nombreux graffitis du GUD (Groupe union défense),
une organisation étudiante d’extrême droite, ont été
réalisés sur les devantures de commerces et sur le mobilier urbain. A un autre endroit, c’est un tag «Justice
pour Esteban» qui a été réalisé, en référence au skinhead Esteban Morillo, condamné pour les coups mortels portés à Clément Méric en 2013. Présents aussi à
l’avant-poste : quelques groupuscules catholiques traditionalistes, reconnaissables
à leurs drapeaux. Avec
leurs blousons noirscagoules-lunettes, les
militants d’ultragauche sont passés à l’action un peu plus tard
dans la journée. Plusieurs murs ont été recouverts du «A» anarchiste et du slogan
«Acab» («All cops are
bastards», «Tous les
policiers sont des salauds»), signes de la
mouvance antifasciste. Un affrontement
entre radicaux des
deux bords a même fini par éclater. Une vidéo en atteste, où l’on voit Yvan Benedetti roué de coups et envoyé au tapis. Selon une source policière, ce sont des
militants d’ultragauche qui seraient mêlés aux dégradations commises sur l’Arc de triomphe.
Peu après les scènes de chaos, Christophe Castaner a
dénoncé une «stratégie gérée par des professionnels du
désordre, des professionnels de la casse». Mais les assaillants étaient pourtant loin de se limiter à des groupuscules identifiés, rompus aux techniques de guérilla
urbaine, qu’ils soient d’ultradroite ou d’ultragauche:
beaucoup de manifestants, qui ne sont, eux, affiliés à
aucune mouvance, constituent la majeure partie des
interpellations. Ces casseurs d’un nouveau genre sont
pour la plupart des provinciaux, âgés de 30 à 40 ans,
venus en découdre dans la capitale. Certains sont
chauffeurs poids lourds, grutiers, cheminots ou artisans. Enfin, plusieurs groupes de personnes habitant
en banlieue parisienne semblent avoir eux aussi rejoint
le cortège des insurgés. Cette crainte d’une convergence
est prise très au sérieux au sommet de l’Etat. «Dans les
départements franciliens, les préfets se sont vu demander des renforts policiers pour Paris, donc leurs effectifs
étaient à l’os, s’inquiète un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. S’il y avait eu la moindre étincelle
samedi dans un quartier sensible, elle aurait été très difficile à contenir.»
EMMANUEL FANSTEN, ISMAËL HALISSAT
et WILLY LE DEVIN
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 5
Un début d’inquiétude économique
Face à la persistance
du mouvement et à
l’approche des fêtes de fin
d’année, les professionnels
du commerce s’alarment
du manque à gagner.
L
a crise des «gilets jaunes» annonce-t-elle des heures noires pour
l’économie française? C’est en tout
cas le cri d’alarme lancé par les professionnels du commerce, alors qu’approche Noël, grand-messe annuelle de la
consommation et gros moteur de la
sacro-sainte croissance. «Les fêtes de
Noël sont compromises, voire fichues», a
considéré Roland Héguy, président de
l’Union des métiers et des industries de
l’hôtellerie, après les violences et dégra-
dations de samedi. «Cette manifestation
a massacré l’image accueillante de Paris
et de la France», s’est-il inquiété, estimant qu’«on repart à zéro», alors que le
tourisme augmentait après le trou noir
post-attentats de 2015. Et de demander
«que tout cela cesse le plus rapidement
possible, que le gouvernement et les manifestants se parlent». La Chambre de
commerce et d’industrie (CCI) de Paris
Ile-de-France a aussi appelé l’exécutif à
«aider les entreprises victimes d’exactions
et rétablir, dans une période de fin d’année cruciale pour le commerce, un climat
favorable à l’activité économique».
Jeudi, la CCI de Meurthe-et-Moselle
évoquait carrément qu’«un cataclysme
économique menace», pointant un recul
des ventes des commerces du département de «60 à 80 % pour certains» depuis le 17 novembre. La Fédération du
Pour l’ensemble
de l’année
2017, l’Inspection
générale de
la police nationale
a comptabilisé
796 tirs de
grenades de
désencerclement,
un tiers de moins
que pour la seule
journée de samedi.
Toujours mieux connecter les Français au design
Huawei mise sur l’excellence française et implante à Paris son plus important
centre de recherche en design.
huawei.com/fr
commerce et de la distribution avait
averti qu’un troisième week-end de «blocage des magasins et des entrepôts»
aurait des conséquences «dramatiques»,
les ventes dans la grande distribution
ayant chuté de 35 % le premier samedi
de mobilisation et de 20 % le suivant.
«Quand les “gilets jaunes” s’en prennent
aux entreprises, ils se trompent de cible
et se tirent une balle dans le pied», a dit
pour sa part la Confédération des petites
et moyennes entreprises. Dès lundi dernier, le ministre de l’Economie, Bruno
Le Maire, avait craint un «impact sévère»
du mouvement et promis des mesures
de soutien aux entreprises affectées,
alors que «les baisses de chiffre d’affaires
peuvent atteindre 60% à 70% pour certains bouchers, coiffeurs ou boulangers».
Ce week-end n’a rien arrangé.
CORALIE SCHAUB
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6 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Loin des violences
parisiennes, les «gilets
jaunes» ont continué,
forts d’un large soutien
populaire, à occuper
ronds-points et péages
tout le week-end.
L
e jour d’après, loin de Paris et
des violences du week-end, les
«gilets jaunes» que Libération
a rencontrés restent soudés. Certains rêvent d’un nouveau Mai 68,
tous espèrent une vie meilleure.
A MONTPELLIER
«Je n’ai jamais eu
autant d’espoir»
Sur le rond-point des Près d’Arènes,
on s’entend à peine hurler : tout
autour de ce qui est devenu le QG
des gilets jaunes à Montpellier, les
automobilistes solidaires klaxonnent en continu. Pas de quoi déranger ceux qui se relaient ici nuit et
jour depuis la mi-novembre. Ce dimanche, ils sont une cinquantaine.
Parmi eux, Richard, 69 ans, inspecteur du travail à la retraite: «Moi je
suis très heureux. Depuis Mai 68, je
n’ai jamais eu autant d’espoir. Peu
à peu, tout le peuple nous rejoint.
Même les gens des quartiers populaires sont solidaires.» Il désigne le barbecue sur lequel des mètres de saucisse grillent: «Il y a énormément de
gens qui nous apportent à manger,
comme en 68 quand on ravitaillait
les grévistes ! C’est historique.»
Simon, sans emploi, vient de fêter
ses 43 ans sur ce rond-point. Lui
aussi est enthousiaste: «Voir tout le
monde dans la rue, au-delà des partis et des syndicats, on n’a jamais vu
ça !» Il espère que ce mouvement
permettra à la France de retrouver
ses valeurs: liberté, égalité, fraternité. «La richesse n’a jamais été aussi
mal partagée: si on se met tous ensemble, ça va pouvoir changer.» Casquette vissée sur la tête, Jami,
64 ans, acquiesce: «Cette marée, c’est
un levier pour que la vie de tous devienne meilleure. Pour les jeunes générations confrontées à un présent et
à un futur de merde, pour tous ceux
qui souffrent actuellement.»
Un peu en retrait, Dora, 67 ans, est
réconfortée par la solidarité qui se
manifeste au rond-point. «Oui, j’ai
l’espoir d’une vie meilleure, dit-elle,
l’espoir d’une société dans laquelle
les gens ne dépriment plus…»
D’autres gilets jaunes sont plus terre
à terre: celle que tout le monde appelle «la mère Noël» (Sophie,
57 ans), aimerait que les travailleurs
handicapés, comme elle, soient
reconnus. Amédée, 22 ans, exige
pour sa part le retour de l’ISF. Jim,
un magasinier de 41 ans, rêve-lui de
voir son Smic passer bientôt à
1500 euros nets par mois.
A ENGLOS (NORD)
«Ils se battent
pour leurs droits»
«Ce que j’espère, c’est que Macron
m’offre une bouteille de champagne
pour Noël !» Marie-Noëlle blague :
comme son amie Laurence, elle ne
se plaint pas de son niveau de vie
mais soutient les gilets jaunes. Solidaires «des gens qui ont le courage de
travailler, gagnent le Smic et ne s’en
De Marseille à Englos,
«tout le peuple nous rejoint»
sortent pas». L’hypermarché Auchan d’Englos, dans la banlieue de
Lille, est ouvert pour les fêtes. Posés
sur les tableaux de bord, les gilets
jaunes sont nombreux. Laurence en
convient, «c’est la tristesse à Paris,
des gens profitent des manifestations pour détruire, ce n’est pas le
but». Le but? Elle a du mal à le définir, mais d’abord, c’est sûr, «une
baisse du prix de l’essence».
Caroline, 28 ans, et Damien, 33 ans,
se réjouissent, eux, «que tout le
monde s’entraide, soit uni pour la
bonne cause, des jeunes, des retraités, des Blancs, des Noirs, ça, c’est
touchant». Ils sont tous deux en CDI,
elle technicienne en logistique, lui
chauffeur-livreur. A leur petite fille
de 8 ans, ils ont expliqué que les gilets jaunes «se battent pour leurs
droits». Ils lui ont caché les images
de violence à la télé, mais «elle a le
droit de savoir pourquoi les gens se
relaient dehors, après le travail. C’est
pour son avenir, pour la future génération. Maintenant, on espère qu’ils
se battent pour une vraie avancée».
Laquelle? «Une hausse du Smic, et
aussi des retraites», lance Caroline.
Ils voudraient un rééquilibrage des
salaires, ne comprennent pas qu’un
député gagne 7000 euros bruts par
mois. «Et le président de la République, même quand il n’est plus élu il
garde un salaire à vie, souligne Damien. Alors que quand tu gagnes
1500 euros par mois et que tu te retrouves au chômage, très rapidement tu n’as plus rien.»
Jean-Michel, 70 ans, cuisinier à la
retraite, pointe ce Président «dans
sa bulle»: «Il était en Argentine alors
qu’il aurait dû s’occuper de son pays.
Il dit seulement “je n’aime pas qu’on
casse.” On doit entendre autre
chose !» Manuelle, femme de ménage, et Olivier, artisan, verraient
bien Macron «dégager»: «Il faudrait
remplacer ces politiciens par des
travailleurs, des gens qui savent ce
que c’est que travailler».
A MARSEILLE
«Comme en Mai 68»
Les South Winners, le plus gros
groupe de supporteurs du stade Vélodrome, avaient appelé il y a quelques jours le public marseillais à arborer, dimanche soir, leur gilet
jaune à l’occasion du match OMReims. Osama, 23 ans, a déjà enfilé
le sien bien avant le coup d’envoi.
«Je voulais afficher mon soutien ce
soir», explique ce jeune employé
d’une grande surface. Les échauffourées de la veille n’ont rien changé
à sa motivation. Samedi, les affrontements se sont multipliés à Marseille où plusieurs manifestations
ont convergé vers la mairie. Les gilets jaunes ont été rejoints par un
important cortège défilant pour le
logement, après l’effondrement des
deux immeubles le 5 novembre.
Les CRS n’ont pas fait de détail, gazant la masse. Résultat: 21 interpellations après différentes violences,
de l’incendie de sapins de Noël près
du Vieux-Port au saccage d’une boutique de la gare Saint-Charles.
«Je ne cautionne pas, précise
Osama, mais c’est comme en Mai 68.
Avec le recul, notre génération est
bien contente que des gens aient
lancé des pavés pour que la société
change. Je ne réclame pas un changement aussi radical, mais au moins
que le gouvernement comprenne
qu’on est déjà à découvert le 10 du
mois.» Devant le stade, Benjamin,
un chef d’entreprise de 35 ans a
moins de difficultés. «Mais c’est par
solidarité envers les plus pauvres
qu’on a mis notre gilet, explique-t-il.
L’Etat devrait faire comme nous, être
plus solidaire.» Non loin d’eux, Jo et
sa bande en jaune acquiescent. Depuis dix ans, ces Alsaciens font le
trajet régulièrement en voiture vers
Marseille pour supporter leur club
de cœur. «En trois ans, on a pris
18% d’augmentation entre l’essence
et les péages, râle Jo, 29 ans. Enfin,
cette fois-ci, avec les blocages, on est
passés gratuitement.»
Son ami Thomas veut croire que le
pouvoir va finir par ouvrir les yeux.
«Il va falloir écouter les gens qui ont
du mal à joindre les deux bouts, insiste-t-il. Moi, je suis pompier volontaire, je donne du temps pour les
autres. Il faudrait que le gouvernement aussi vienne en aide à ceux qui
en ont besoin.» A l’intérieur du
stade, le virage des Winners a clairement viré au jaune. En prime, deux
drapeaux affichent le masque des
Anonymous flanqué du gilet et une
banderole: «Winners avec le peuple.»
SARAH FINGER (à Montpellier),
STÉPHANIE HAROUNYAN
(à Marseille) et STÉPHANIE
MAURICE (à Englos)
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L’opposition ne sait plus sur quel pied soutenir
De Le Pen à Mélenchon,
en passant par Wauquiez,
la brèche ouverte par
les «gilets jaunes» est une
aubaine. Mais comment
s’y engouffrer pour trouver
une issue politique?
L
a convergence des oppositions
contre l’exécutif a commencé avant
ce week-end de chaos. De droite à
gauche, tous en rêvaient et c’est le Sénat
qui l’a fait, détricotant maille par maille,
la semaine dernière, les mesures du gouvernement sur la fiscalité écologique. Le
gel de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et son fléchage budgétaire vers la
transition énergétique adoptés par la
chambre haute, où la droite est majoritaire, n’ont certes aucune chance de survivre à une seconde lecture à l’Assemblée
nationale où la majorité LREM règne en
maître. Peu importe: en pleine crise des
«gilets jaunes» et loin des invectives habituelles, le geste est là. Et des députés, socialistes ou du parti Les Républicains, appellent désormais de concert leurs
collègues parlementaires à suivre l’exemple des sénateurs, quand le texte reviendra entre leurs mains mi-décembre.
Samedi à
Montpellier
(à g.),
Marseille
(en haut)
et Englos
(en bas).
PHOTOS
D.RICHARD .
TRANSIT ;
P. GHERDOUSSI .
DIVERGENCE ;
AIMÉE THIRION
«Insurrectionnel». Dans le calme feutré du palais du Luxembourg, ces derniers
vont remettre la pression sur le gouvernement dès mardi. Alors que les appels à la
démission du ministre de l’Intérieur se
sont multipliés ce week-end, ils ont convoqué Christophe Castaner et son secrétaire
d’Etat, Laurent Nunez, afin de les interroger «sur les émeutes, les agressions contre
les forces de sécurité et les actes de vandalisme et de destruction» lors des manifestations de samedi. Pour ne pas être à la remorque d’un mouvement citoyen
naissant, après dix-huit mois de règne sans
partage de Macron, les oppositions foncent désormais massivement dans la brèche ouverte par les «gilets jaunes». Mais
après trois semaines d’une crise politique
sans précédent, le génie du peuple sorti de
sa lampe semble leur avoir totalement
LES LYCÉENS CONVERGENT
EN ORDRE DISPERSÉ
«Les recteurs sont comme Macron, ils mentent», lâche
Louis Boyard, qui préside l’Union nationale lycéenne
(deuxième syndicat lycéen). «Ce vendredi, il y a eu
beaucoup plus qu’une trentaine de lycées qui ont fait
des blocages. Au moins une centaine. Et cette semaine,
le mouvement va s’amplifier, tant la mobilisation nous
paraît forte». C’est bien sûr la crainte de tout pouvoir
que les lycéens se mettent à s’agiter. Aujourd’hui, le
front est incertain. «Nous avons une foule de raisons
d’être en colère, poursuit ce responsable, entre le
manque de profs dans certaines filières, mais aussi
contre la sélection à l’université, la réforme du bac.
Et on veut l’abrogation du service national universel.»
Les autres organisations lycéennes, elles, sont
sur un fil. Et hésitent. La Fidl a ainsi indiqué
qu’elle se ralliait à ce «mouvement de colère», tout en
cherchant à se tenir à distance des «gilets jaunes».
Elle appelle à une simple journée de mobilisation,
jeudi, sans évoquer de blocage des lycées.
Même son de cloche de l’USL-SD, scission de l’USL.
«Pourquoi regarder la couleur des colères ?» insiste
Louis Boyard. E.F.
échappé. Dans les faits, plus personne
n’avance de véritables contre-propositions
sur le fond. Que ce soit la taxe sur les sociétés d’autoroute (LR), la suppression des niches fiscales sur le kérosène des avions ou
le fioul lourd des navires (LFI, PS, EE-LV,
PCF), le rétablissement des petites lignes
de train (PS, PCF) ou l’arrêt pur et simple
des importations de Chine, «le plus grand
pollueur de la planète», réclamé par Marine Le Pen… Aujourd’hui, les solutions
raisonnables sont inaudibles. Ne reste de
l’espace que pour les annonces spectaculaires. Aussi inepte constitutionnellement
qu’écologiquement, l’idée d’un référendum sur les taxes sur les carburants avancée par Wauquiez a déjà été rejetée par une
partie de l’état-major de LR.
Depuis les débordements du 24 novembre, Jean-Luc Mélenchon et Marine
Le Pen se renvoient les casseurs à la figure.
Pour le leader des insoumis, le mouvement des «gilets jaunes» est «insurrectionnel» et l’issue ne peut être que l’annulation
de la hausse des taxes sur les carburants
ou un «retour aux urnes». A quelques encablures de l’Elysée, ceint de son écharpe
tricolore, François Ruffin a, lui, joué sa
partition, personnelle et radicale: «Macron doit partir avant de rendre notre pays
fou.» De son côté, la patronne du Rassemblement national a tranché, réclamant
une dissolution et de nouvelles élections
législatives. «Respectueuse des institutions», elle ne réclame pas la démission du
président mais son parti fait tourner une
pétition exigeant le limogeage du ministre
de l’Intérieur… A gauche, l’idée d’une motion de censure contre le gouvernement
avance, sur le modèle de celle qui avait
rapproché communistes, insoumis et socialistes cet été pendant l’affaire Benalla.
Mais après les violences de samedi, certains essaient de jouer les pompiers. Le PS
a écrit à Macron pour lui demander une
concertation nationale, avec partis, syndicats, associations et ONG, un débat à l’Assemblée et au Sénat et des Etats généraux
du pouvoir d’achat.
Pessimiste. Des assauts de rationalité
politique qui ont peu de chance d’arriver
jusqu’aux oreilles des manifestants, désormais liés par des revendications aussi
variées que généralisées. «La crise de la
démocratie participative nous touche tous
autant que nous sommes, les partis traditionnels, reconnaît un haut responsable
du PS, pessimiste. Il faut changer les institutions, c’est acquis. Toute la question est
de savoir si on arrive à le faire dans la sérénité ou dans une explosion généralisée.»
LAURE BRETTON
Pierre-François Dubois
Designer au sein du Paris Aesthetics Research Center, Huawei France.
Pourquoi un centre de design à Paris ?
« Paris est une référence mondiale pour la mode et les arts. La volonté
de Huawei, en ouvrant son premier centre de recherche mondial dédié
au design à Paris, c’est d’appliquer les ressources créatives de la ville aux
produits de Huawei et d’être à la pointe des tendances de demain. »
Qu’est-ce que « l’Aesthetics Research Center » de Huawei à Paris ?
« L’Aesthetics Research Center de Huawei a pour mission de construire
l’image et les produits de Huawei de demain. Il compte une quinzaine
de designers qui travaillent sur le design des produits Huawei, des
interfaces, du packaging, des espaces de vente, et de la construction
de l’image de marque en général. »
Retrouvez l’intégralité de l’interview
sur www.huawei.com/fr/Huawei-16-ans-en-France
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8 u
ÉVÉNEMENT
Libération Lundi 3 Décembre 2018
A gauche : les ChampsElysées, à Paris, dans
la soirée de samedi.
ZOOM
PHOTO BORIS ALLIN . HANS LUCAS
Photos
BORIS ALLIN, YANN CASTANIER,
VINCENT JAROUSSEAU
et STÉPHANE LAGOUTTE
LIBÉ.FR
A retrouver sur notre site, un
diaporama du week-end de
mobilisation dans toute la France
Ci-dessous:
samedi, à l’entrée
du centre commercial
de Petite-Forêt près
de Valenciennes
(Nord).
PHOTO VINCENT
JAROUSSEAU
«
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En haut à droite :
place de l’Etoile, à Paris, samedi.
PHOTO YANN CASTANIER . HANS LUCAS
En bas: sur le boulevard des
Capucines, à Paris, samedi.
PHOTO STÉPHANE LAGOUTTE . MYOP
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«Pour Macron, les classes
populaires n’existent pas»
Spécialiste de l’histoire populaire,
Gérard Noiriel voit dans
le mouvement des «gilets jaunes»
un retour de boomerang de
la démocratie directe initiée
par le Président lui-même. Où la
question de la dignité est centrale.
droits différents. Ce qui me frappe dans le retour
de cette démocratie directe, c’est la diversité des
profils, des genres, des origines et des revendications. C’est une leçon adressée aux syndicats, qui
n’ont pas réussi à mettre en œuvre cette diversité.
On est loin de la taxe carburant…
La question de la dignité est très importante, et
aussi le refus de l’injustice. N’oublions pas que
dans la Déclaration des droits de l’homme figure
istorien spécialiste du monde ouvrier et de le consentement à l’impôt. Ce mouvement a deux
l’immigration, directeur d’études à l’Ecole facettes contradictoires : d’un côté le rejet de la
des hautes études en sciences sociales, taxe qui alimente le discours libéral classique «non
Gérard Noiriel vient de publier Une histoire popu- aux impôts», de l’autre le refus de l’inégalité face
laire de la France (éd. Agone).
à l’impôt.
Comment situez-vous les «gilets jaunes» dans Pourquoi Macron focalise-t-il la colère ?
l’histoire des mouvements populaires ?
Dans la conclusion de mon dernier livre, j’ai
Des éléments rappellent certaines grandes luttes analysé son livre-programme, Révolution (éd. XO,
populaires depuis le Moyen Age: un mouvement 2016). J’ai été frappé de constater que les classes
qui part relativement spontanément, ni encadré populaires n’y avaient quasi aucune place. Dans
ni structuré. Dans ces formes de luttes s’expriment son panthéon, il n’y a ni Jaurès ni Blum. Qu’un prétoujours des discours très contradictoires. On a sident chargé de représenter tout le peuple français
entendu des «gilets jaunes» tenir des propos puisse oublier à ce point les classes populaires en
homophobes ou racistes, mais cela reste très mar- dit long sur une forme d’ethnocentrisme qui se reginal. De même, la violence a toujours été une tourne violemment contre lui. Ce n’est pas vraidimension importante dans ces luttes populaires ment du mépris, c’est un aveuglement de classe.
spontanées. Ce qu’il faut souligner, c’est que nous Il est le représentant des CSP+, passé directement
vivons dans une société bien plus pacifiée de la banque Rothschild à Bercy puis à l’Elysée,
qu’autrefois. Notre «seuil de tolérance» à l’égard avec la conviction que le pays va s’en sortir grâce
de la violence a beaucoup reculé. Les images aux start-up, aux managers et aux nouvelles techdiffusées en boucle depuis samedi
nologies. Le fossé avec les classes podonnent le sentiment d’un spectacle
pulaires a été aggravé par le fait qu’il
très violent. En réalité, il y a eu bien
n’avait aucune expérience d’élu polipire dans l’histoire des mouvements
tique avant son élection, comme
sociaux ! Par exemple, à Fourmies,
nombre de députés LREM. Voilà
dans le nord de la France, la manifespourquoi, de la taxe carburant, on est
tation ouvrière du 1er mai 1891 a été
passé à une explosion de colère avec
réprimée dans le sang par la troupe.
une personnalisation des choses.
Bilan: 9 morts. Plus près de nous, les
Où sont les portes de sortie ?
grandes grèves de 1947-1948, présenDans le passé, ces mouvements se
INTERVIEW terminaient toujours dans le sang.
tées comme «insurrectionnelles», ont
fait des dizaines de morts parmi les
Même Georges Clemenceau, réféouvriers. Aujourd’hui, la pacification des rapports rence de Macron, a été haï par le peuple quand il
sociaux conduit à une rationalisation de l’usage a violemment réprimé la révolte viticole en 1907.
de la force, les policiers sont obligés de maintenir Cette façon de liquider une lutte sociale n’est plus
une retenue, ce qui encourage les casseurs. Le pire, possible. Macron pourrait reconnaître qu’il s’est
pour le pouvoir, serait qu’il y ait une victime côté trompé et changer de programme, mais les politi«gilets jaunes» imputable aux forces de l’ordre.
ques ont toujours peur de créer des précédents. S’il
Il y a un fait nouveau, c’est Internet…
continue à expliquer que les Français l’ont mal
Le mouvement ouvrier a beaucoup fait pour compris, le divorce va s’aggraver. Autre possibilité,
discipliner les luttes sociales. Mais aujourd’hui, la violence se retourne contre le mouvement. Il est
en effet, il y a en parallèle une crise de la représen- souvent arrivé dans l’histoire que la majorité
tation syndicale et une montée en puissance des silencieuse se retourne contre des manifestants
médias et d’Internet qui permettent de coordon- par crainte de la violence. Cela va se jouer pour
ner le mouvement. Il y a une sorte de démocratisa- beaucoup dans les sondages. Car ce qui fait peur,
tion de l’image, on le voit bien avec ces manifes- aujourd’hui, ce n’est pas la révolution, c’est
tants ou ces casseurs en train de se filmer. Cela n’a l’opinion publique.
jamais existé de cette façon-là.
Comment éviter que cela dégénère ?
Comment expliquer cette explosion ?
Le mouvement pourrait prendre une autre
On est passé, brusquement, d’une démocratie de tournure s’il était soutenu par des gens capables
parti –depuis la fin du XIXe siècle, la démocratie de proposer d’autres formes de spectacle que la
parlementaire reposait sur des partis qui avaient violence. Je pense par exemple que les artistes,
une vraie autonomie– à une démocratie du public menacés par une remise en cause du statut des
– les politiques dépendent de plus en plus de intermittents, pourraient se solidariser en
l’actualité et des sondages. C’est le point commun renouant avec des formes anciennes de contestaentre l’élection d’Emmanuel Macron et le mouve- tion populaire qu’on appelait, bien avant les
ment des «gilets jaunes». Il était un outsider, mouvements ouvriers, les charivaris : l’humour
extérieur aux partis politiques, il a gagné les permettait de contester le pouvoir en mobilisant
élections en utilisant lui-même les réseaux le «rire carnavalesque». Aujourd’hui, il faut faire
sociaux. Ceux-ci, et les médias qui relaient l’actua- le spectacle pour exister dans l’espace public. Si les
lité en continu, donnent de nouveaux moyens pour «gilets jaunes» utilisaient ces ressources, les lieux
réactiver la démocratie directe, ce qui nous ramène de blocage deviendraient des lieux de convivialité,
à une époque antérieure au mouvement ouvrier ce mouvement deviendrait encore plus populaire.
structuré. Les «gilets jaunes» sont numériquement Un mouvement, on lui donne du sens. Si on laisse
assez faibles mais d’emblée présents au niveau na- les forces violentes et l’extrême droite prendre le
tional. Le plus surprenant pour moi a été de voir dessus, il ne faut pas s’étonner si ça dégénère.
l’éclosion brutale d’une multitude de petits grouRecueilli par
pes hétéroclites dispersés dans des milliers d’enALEXANDRA SCHWARTZBROD
H
DR
Libération Lundi 3 Décembre 2018
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MONDE
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Une carte postale géante, regroupant 125000 dessins d’enfants du monde entier, avec pour message «#1,5 °C», sur le glacier d’Aletsch, dans les Alpes suisses, le 16 novembre.
COP24
Planète chaude,
pays frileux
Trois ans après une COP21 ambitieuse mais fragilisée par le départ
des Etats-Unis, les négociations sous l’égide de l’ONU continuent
en Pologne sur les modalités d’application des accords de Paris. Mais
l’Union européenne ne semble pas en mesure de relancer la processus.
Par
AUDE MASSIOT
I
l a été célébré en sabrant le
champagne comme le texte qui
sauverait le monde des périls du
changement climatique, en décembre 2015. Pourtant, trois ans
après la COP21, certains dirigeants
aux Etats-Unis, au Brésil et en Australie n’hésitent plus à renier l’accord de Paris. Le premier texte
international sur le climat à avoir
un caractère universel serait-il mis
en péril, alors que les scientifiques
s’épuisent à alerter sur l’extrême
urgence de transformer profondément nos sociétés dans les
prochaines années ? La 24e Conférence des Nations unies sur le climat (COP), qui s’ouvre officiellement ce lundi à Katowice en
Pologne, aura au moins cet objectif : démontrer que cette entente
historique n’est pas devenue une
coquille vide.
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UK
RA
INE
ALLEMAGNE
gon onusien) de l’accord de Paris. Le fortement ralenti la dynamique landocument, qui fait pour l’ins- cée par la COP21 deux ans plus tôt.
tant 250 pages, doit fixer tous les Malgré cela, l’équipe de négociation
domaines clés de l’accord, notam- américaine, la même qui a apment les modalités de transparence prouvé le texte de Paris, continue à
et de financement des actions à ve- prendre part aux discussions.
nir. «Il n’y a pas de raison pour qu’on D’après nos informations, ses memn’y aboutisse pas,
bres sont opposés à la décision
assure Olivier
de leur président et préMer
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Fontan, de la diparent le terrain pour
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du Quai d’Orsay.
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Mais cela detraité. La sortie, si
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tions à Katowice.»
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Les Etats et leurs négotielle. Dans la même li100 km
ciateurs participeront
gnée, Jair Bolsonaro, le
aussi au «dialogue de Talanoa» nouveau président brésilien d’ex(autre terme de jargon onusien). Ini- trême droite, admirateur de Trump,
tié l’an dernier par la présidence des a aussi évoqué la possibilité de sorîles Fidji, il vise à créer un espace de tir son pays de l’accord. Il vient égadiscussion pour encourager les pays lement de renoncer à accueillir la
à relever leurs ambitions climat.
COP 25 en 2019. A un moindre niveau, le parti conservateur au pouLes pays tiennent-ils
voir en Australie a fait chuter son
leurs promesses ?
Pour l’instant, les engagements pris
par les Etats lors de la COP21, s’ils
sont respectés, mèneraient le monde
à se réchauffer de 3°C d’ici à la fin du
siècle (par rapport à l’époque préindustrielle). Ce qui entraînerait des catastrophes irréversibles autant pour
les humains que pour beaucoup
d’autres espèces vivantes, d’après le
Grouped’expertsintergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).
LesmembresduG20,quisesontréunis en Argentine ce week-end, ne
sont pas épargnés. «Environ la moitié
d’entre eux ont des trajectoires climat
qui sont loin de leurs objectifs fixés à
la COP21: l’Union européenne, les
Etats-Unis, l’Argentine, l’Australie, le
Canada, la Corée du Sud, l’Arabie
Saoudite et l’Afrique du Sud», détaille
un rapport de l’ONU sorti le 27 novembre.LaChine,leJapon,laRussie,
l’Inde et le Brésil devraient tenir leurs
promesses. Mais elles étaient pour la
PHOTO FABRICE COFFRINI. AFP
plupart peu ambitieuses.
La France, loin de l’image de «champion du climat» portée par le présiQue peut-on attendre
dent Macron, a vu ses émissions de
de la COP 24 ?
CO2 croître de 3,2% en 2017, surtout
Le temps des négociations interna- à cause du secteur des transports.
tionales sur le climat est long, très D’après Matignon, les nouvelles polilong. L’accord de Paris, entré en vi- tiques lancées porteraient leurs
gueur le 4 novembre 2016, ne pren- fruits. Au troisième trimestre 2018, la
dra effet qu’à partir de 2020. Il sti- consommation de carburants aurait
pule pour la première fois la volonté diminué de 4%, assurent les services
de contenir «l’élévation
du Premier ministre,
de la température DÉCRYPTAGE qui ne fera finalement
moyenne de la planète
pas le voyage à Kanettement en dessous de 2 °C par towice à cause de la crise des «gilets
rapport aux niveaux préindustriels jaunes». Par rapport à ses collègues
et [à poursuivre] l’action menée pour européens, l’Hexagone ne s’en sort
limiter l’élévation des températures pas trop mal. En 2016 (dernières donà 1,5 °C». Mais trois ans après la nées disponibles sur Eurostat), les
COP21, les conditions d’application Français ont émis 7,1 tonnes de CO2
et de compte rendu sur les par habitant. En comparaison, l’Alleengagements pris par les pays ne magne est à 11,4, le Royaume-Uni
sont pas encore établies.
à 7,9, mais le Portugal à 6,9 et la HonDans le froid polonais de Katowice, grie à 6,3.
jusqu’au 14 décembre, les 197 Etats
parties de la convention cadre des Quels pays s’opposent
Nations unies sur le changement à l’accord de Paris ?
climatique doivent finir d’écrire le L’annonce du retrait des Etats-Unis
rulebook (règles du jeu dans le jar- par Donald Trump, en juin 2017, a
Premier ministre cet été parce qu’il
voulait inscrire les objectifs de la
COP 21 dans la loi.
Pourquoi l’Union
européenne n’est-elle pas
le leader attendu ?
A la COP 21, le couple EtatsUnis–Chine a tiré les négociations
vers le haut. Depuis que Trump a renié l’accord de Paris, le siège de leader mondial du climat reste vacant.
Les regards s’étaient naturellement
tournés vers l’UE pour prendre le relais. Mais force est de constater que
Bruxelles n’est pas à la hauteur. Emmanuel Macron tente tant bien que
mal de compenser ce manque.
A Matignon, on s’autoproclame meneur sur la scène internationale.
Seulement, difficile pour un petit
pays comme la France, qui ne respecte pas ses propres engagements
nationaux, d’être crédible face à des
pays en développement qui souffrent déjà fortement des conséquences du dérèglement climatique. Cet
été, Miguel Arias Cañete, le commissaire européen pour l’Action pour le
climat, a évoqué la possibilité que
l’UE annonce avant la COP24 une
relève de ses ambitions pour 2030.
Seulement, entre-temps, la chancelière allemande, Angela Merkel, a
mis son veto, rejoignant le groupe
des récalcitrants présidé par la Pologne. Comme pour leur forcer la
main, la Commission a publié, mercredi, une stratégie climat 2050 très
ambitieuse. Reste aux Vingt-Huit
(bientôt Vingt-Sept avec la sortie du
Royaume-Uni en mars 2019) à surpasser leurs divisions et à approuver
cette feuille de route cohérente avec
l’accord de Paris. Et ainsi envoyer
enfin le signal que l’Europe est prête
à prendre la tête de l’action climatique mondiale. «Les élections européennes de mai 2019 et les neuf scrutins nationaux de l’an prochain vont
être un moment clé, signale la directrice des relations internationales
de l’Action pour le climat de la Commission européenne, Yvon Slingenberg. Les nouveaux gouvernants doivent comprendre que leur
population se soucie de la transition
écologique.» •
Face à la lenteur des Etats,
l’échelon local accélère
A travers le monde, des collectivités
se fédèrent pour compenser
l’inaction de gouvernements ou
fixer des objectifs plus ambitieux.
I
l n’aura fallu que quelques heures après l’annonce par Donald Trump, en juin 2017, du retrait
de son pays de l’accord de Paris pour qu’une coalition de 2700 Etats, villes et entreprises américaines se réunisse avec un mot d’ordre : «We are still
in» («nous en sommes toujours»). Le pouvoir fédéral reniait ses engagements mais eux, les «non-étatiques», comptaient bien tenir les leurs. Cela serait-il suffisant ?
Président de l’association Climate Chance, sénateur EE-LV et militant de longue date pour la reconnaissance des territoires comme acteurs de la lutte
contre le changement climatique, Ronan Dantec estime que «c’est quand même quand l’action des territoires s’appuie sur une dynamique nationale que cela
marche le mieux». Néanmoins, «dans tous les pays
fédéraux, où les provinces et les régions ont énormément de pouvoir, ces collectivités peuvent l’utiliser
pour contrecarrer un pouvoir central. Aux EtatsUnis, les Etats ont la capacité de légiférer. On verra
dans les prochaines années qui gagnera».
En tout cas, malgré les positions du président américain, certains signes sont encourageants aux EtatsUnis. Dans le rapport de l’Observatoire mondial de
l’action climatique non étatique, que Climate
Chance a publié le 20 novembre, première et unique
compilation de toutes les initiatives locales pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, on lit
L’ONG Climate Chance
recense «22 Etats, 550 villes
et 900 entreprises aux
Etats-Unis» engagés contre
le changement climatique.
que d’ores et déjà le tonitruant appel de Donald
Trump à relancer le charbon n’a pas été entendu par
les producteurs américains d’électricité: «L’année
écoulée reste marquée par la fermeture de nombreuses centrales à charbon», note l’organisme. Le phénomène est appelé à se poursuivre, ne serait-ce que
parce que le coût des énergies renouvelables «continue de baisser». Le réalisme économique et environnemental des fournisseurs de courant semble l’emporter sur l’idéologie du pouvoir central.
Mieux, «une analyse récente suggère que les objectifs
des acteurs non étatiques enregistrés et quantifiés,
s’ils sont pleinement mis en œuvre, pourraient se rapprocher de l’engagement pris par les Etats-Unis lors
de l’accord de Paris, entraînant une réduction des
émissions de 17 à 24% en 2025 par rapport à 2005».
Ce n’est pas l’Amérique entière qui se convertit, mais
le rapport recense «22 Etats, 550 villes et 900 entreprises implantées aux Etats-Unis» engagés dans la
lutte contre le changement climatique.
Quand on lit le rapport de l’Observatoire, on mesure
à quel point, partout dans le monde, les villes et les
régions sont nombreuses à s’être engagées. Les modes d’action sont divers, depuis l’application du plan
climat de Copenhague, qui lui a permis de devenir
la première ville neutre en carbone, jusqu’à l’initiative de l’Etat indien du Madhya Pradesh (centre du
pays), dans lequel 1,5 million de volontaires ont
planté 66 millions d’arbres en douze heures. Les organisations de territoires engagés, dont le Pacte des
maires ou le C40 pour les villes, le «nrg4SD»
(Network of Regional Governments for Sustainable
Development) ou RegionsAdapt, se sont multipliées.
Alors, «même si on manque de données sur les résultats des Chinois», admet Ronan Dantec, à l’échelle
mondiale, «on voit une augmentation du nombre
d’habitants concernés par des mobilisations locales
et régionales. Nous avons atteint environ 17% de la
population mondiale, avec 1 à 2% d’augmentation
chaque année. A aucun moment, on ne peut considérer que ça suffit. Mais ce n’est quand même plus
l’épaisseur du trait».
SIBYLLE VINCENDON
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12 u
MONDE
Libération Lundi 3 Décembre 2018
LIBÉ.FR
Chronique «A l’heure arabe»
«C’est “France first”», une «sélection
par l’argent»… La hausse des frais
pour les étudiants extra-européens annoncée par
le gouvernement français a été largement relayée
et critiquée dans la presse maghrébine et libanaise.
Et si vous êtes concerné par cette mesure, vous pouvez
toujours répondre à notre appel à témoins en écrivant
à temoignages@libe.fr. PHOTO T. PASQUET. SIGNATURES
George Bush,
le dernier des vétérans
Le 41e président américain, qui avait mené
la première guerre du Golfe, est mort
vendredi. Décoré pour ses états de service
dans le Pacifique, le successeur de Ronald
Reagan avait repris son antienne
libre-échangiste et conservatrice.
Par
AUDE MASSIOT
«J
gne, en bête de scène, clamant haut et fort les valeurs
de la droite conservatrice,
«travail, famille, religion,
communauté.»
cifique, il est touché par des
tirs antiaériens, puis secouru
par un sous-marin, seul survivant de son appareil. Ces
actions lui ont valu d’être décoré de la Distinguished
Flying Cross. En janvier 1945,
il se marie avec Barbara
Pierce, jeune femme issue du
même milieu huppé. Ils
auront ensemble six enfants:
George (futur président), Robin (mort enfant), John dit
Jeb (candidat à la primaire
républicaine face à Trump),
Neil, Marvin et Dorothy. Ils
resteront mariés soixantetreize ans, jusqu’à la mort de
Barbara, en avril.
A la Maison Blanche, George
Bush poursuit un troisième
mandat pour Reagan. Un
mandat marqué par la première guerre du Golfe. Sept
mois après l’invasion du
Koweït par le dictateur irakien Saddam Hussein, le président annonce à 21 heures,
le 27 février 1991, la fin des
combats. Une belle revanche
pour les Américains, après
l’échec au Vietnam. Saddam
Hussein, vaincu lors d’une
«guerre de cent heures», rend
sa place à George Bush dans
le cœur des Américains. Sa
cote de popularité bondit
à 90 %. Le commandant en
chef parle alors de «nouvel ordre mondial». Le mur de Berlin est tombé, la guerre froide
est finie. «Devant nous, il y a
la tâche difficile d’assurer une
paix potentiellement historique», proclame le président,
triomphant.
La lune de miel est de courte
durée. Sur le plan intérieur,
Reagan avait laissé à son ami
des infrastructures dégradées, un système financier
fragile. Bush, après lui, reste
presque muet sur les problè-
eb, Neil, Marvin,
Doro et moi avons la
tristesse d’annoncer
qu’après quatre-vingt-qua- Base-ball. Une fois au poutorze années remarquables, voir, il reprend ses vieilles hanotre cher papa est mort.» bitudes –il a alors 64 ans– et
C’est ainsi que son fils George sa figure d’aristocrate désuet,
W. Bush, qui lui succéda à la à l’aise uniquement dans son
Maison Blanche quelques an- luxueux domaine de famille
nées plus tard, a annoncé à Kennebunkport, dans le
vendredi soir dans un com- Maine. Né d’un père banquier
muniqué la mort de George millionnaire devenu sénaH.W. Bush président des teur du Connecticut, marié à
Etats-Unis de 1989 à 1993.
l’héritière d’une famille de
Un président qui «s’est re- propriétaires de journaux,
trouvé embrigadé comme chef George Bush a vécu une vie
du monde lide luxe tranDISPARITION quille. Lors de
bre, sans avoir
rien fait pour
son élection
cela», décrit l’historien Ro- en 1988, sa sœur témoignait:
main Huret, directeur du «Il ne faut pas croire que nos
Centre d’études nord-améri- parents nous ont gâtés. Ils
caines à l’EHESS.
étaient très exigeants: il falConnu pour son manque lait toujours rentrer nos rad’exubérance, George H. W. quettes quand il pleuvait.»
Bush, un sourire affable tou- Capitaine de l’équipe de bajours aux lèvres, a surfé sur la se-ball, membre d’une fraterpopularité de Ronald Rea- nité à Yale pendant ses étugan, monstre politique aux des d’économie, George Bush
yeux des Américains, pour se a fait carrière dans l’industrie
faire élire. Avant cela, l’an- pétrolière au Texas, avant
cien acteur de cinéma et télé- de s’engager dans la vie
vision l’avait pris sous son politique.
aile, en le nommant vice-pré- Parenthèse dans ce long
sident de 1981 à 1989.
fleuve tranquille, il s’engage,
Pourtant fort d’un impres- à 18 ans, dans les forces arsionnant CV –ambassadeur mées et mènera 58 missions
à l’ONU pour les Etats-Unis, de combat pendant la Seambassadeur en Chine, di- conde Guerre mondiale. Lors
recteur de la CIA –, George d’une sortie au-dessus du PaH. W. Bush a peiné à percer
lors de la campagne présidentielle de 1988. Il affrontait
Michael Dukakis, candidat
peu percutant d’un Parti démocrate qui n’avait pas encore vécu le virage centriste
des Clinton.
Après un démarrage difficile,
Bush s’est transformé, dans
La sœur de George H.W. Bush en 1988
les derniers mois de campa-
«Il ne faut pas croire que
nos parents nous ont gâtés.
Ils étaient très exigeants: il fallait
toujours rentrer nos raquettes
quand il pleuvait.»
Devant le musée George Bush à College Station (Texas), samedi. PHOTOL.ELLIOTT.REUTERS
mes sociaux du pays : crise
urbaine, intensité des oppositions raciales, délabrement de l’éducation secondaire. Il défend une
économie de marché «libérée» et «voulait laisser aux
entreprises le soin de mener
l’avenir de la nation. Lui qui
avait traité le libre-échangisme de Regan “d’économie
vaudou” en 1980», détaille
Romain Huret. Lui qui
s’était toujours positionné
comme un modéré au sein
de son parti se pose en héritier de la politique conservatrice et libre-échangiste de
Reagan.
Son style détonne autant
avec celui de son prédécesseur qu’avec celui de Bill
Clinton, ou même de son fils
qui sera élu en 2000 à la présidence. Entre les deux
George Bush, c’est le jour et
la nuit. «Le fils avait un
vrai programme, une idéologie de l’interventionnisme.
Le père a plutôt accompagné
l’histoire», continue le
chercheur.
«Patriote». En 1992, George
Bush père perdra la face devant le jeune et énergique Bill
Clinton. Le républicain se
met alors en retrait de la vie
politique, même pendant les
deux mandats de son fils. Il
souffre d’une série de problèmes de santé. Peu rancunier
envers la famille Clinton, il a
laissé dire, en 2016, qu’il vo-
terait pour Hillary Clinton.
«L’Amérique a perdu un patriote et un humble serviteur», a déclaré samedi Barack Obama, qui l’avait salué
lors de sa dernière conférence de presse en tant que
président. Dans un communiqué, Donald Trump a, lui,
rendu hommage à son
«leadership» : «A travers son
authenticité, son esprit et
son engagement inébranlable en faveur de la foi, de la
famille et de son pays, le président Bush a inspiré des générations de concitoyens
américains.» Une journée de
deuil national a été décrétée
mercredi pour les funérailles du 41e président des
Etats-Unis. •
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
u 13
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LIBÉ.FR
Chronique «Science
tenante» Il fonctionne de
nouveau. Hubble, le télescope
le plus célèbre au monde, vient de prendre sa première photo depuis le début du mois d’octobre,
enfin réparé par des ingénieurs qui ont travaillé
jour et nuit. Il a ainsi pu immortaliser un champ
de galaxies dans la constellation de Pégase.
PHOTO A SHAPLEY. UCLA.NASA. ESA
Commerce: Washington
et Pékin signent la trêve
GÉORGIE
BURUNDI
Plusieurs dizaines de milliers de Géorgiens se sont
réunis dimanche dans les
rues de Tbilissi pour protester contre l’élection présidentielle remportée par la candidate du pouvoir, scrutin
qu’ils estiment truqué. L’exdiplomate française Salomé
Zourabichvili a été élue mercredi avec plus de 59 % des
voix au second tour, mais
l’opposition a refusé de reconnaître les résultats. Zourabichvili était soutenue par
le Rêve géorgien, le parti de
Bidzina Ivanichvili, l’homme
le plus riche du pays.
L’ex-président burundais
Pierre Buyoya, contre
lequel la justice burundaise
a lancé un mandat d’arrêt
international en l’accusant
d’être impliqué dans
l’assassinat en 1993 de
Melchior Ndadaye, premier
président hutu démocratiquement élu du pays, a dénoncé dimanche une «manipulation politique». «Tout
laisse à penser qu’il s’agit là
d’une nouvelle manœuvre de
diversion visant à faire
oublier les questions douloureuses non résolues», a-t-il
déclaré.
La fin de la guerre (commerciale)? Après un dîner
de travail de plus de
deux heures, Donald
Trump et Xi Jinping ont
«trouvé un accord pour
mettre fin à la mise en
œuvre de nouveaux droits
de douane», a déclaré dimanche le ministre chinois
des Affaires étrangères,
Wang Yi. Le vice-ministre
du Commerce, Wang
Shouwen, a précisé que
Washington renonçait à
porter de 10 % à 25 % les
droits de douane sur
200 milliards de dollars
d’importations chinoises
–la moitié du total– à partir du 1er janvier. La Maison
Blanche a néanmoins fait
savoir que cette décision
n’était suspendue que
pour 90 jours.
Si, dans ce délai, les deux
pays n’arrivent pas à s’entendre sur des «changements structurels» dans
leurs relations commerciales, notamment à propos de
la propriété intellectuelle et
des transferts «forcés» de
technologie, «les droits de
douane […] seront portés
à 25%», a averti Washington. Qui a aussi indiqué que
Pékin s’engageait à acheter
une quantité «pas encore
définie mais très substantielle» de produits américains pour réduire l’énorme
ter les décisions judiciaires
européennes ordonnant le
retour des enfants. Outre
l’interprétation extensive de
l’intérêt de l’enfant qui est
toujours de rester auprès de
son parent allemand en Allemagne, même en cas de
violence contre le parent
non allemand, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe
estime que l’Allemagne n’a
pas à exécuter une décision
de justice européenne si
l’enfant, même de moins
de 3 ans, n’a pas été entendu
par le juge… Surtout, le pouvoir du Jungendamt est terrifiant : c’est lui qui recommande au juge la décision à
prendre et peut décider de
mesures
temporaires
(comme la tutelle) sans appel possible. Il peut aussi
s’opposer au droit de visite
du parent non allemand ou
refuser que le parent non allemand parle dans sa langue
maternelle à son enfant…
Une attitude révélatrice du
comportement d’un pays
qui a souvent le plus grand
mal à respecter les normes
qu’il souhaite que les autres
appliquent.
JEAN QUATREMER
(à Bruxelles)
Israël La police
veut inculper
Nétanyahou
La police israélienne a recommandé l’inculpation de
Benyamin Nétanyahou dans
une troisième affaire de corruption qui pourrait faire
chanceler le Premier ministre
israélien. Il revient au procureur général de décider s’il
l’inculpe pour l’acceptation
de «pots-de-vin», «fraude» et
«abus de confiance». Le chef
du gouvernement a rejeté dimanche les conclusions de la
police. PHOTO REUTERS
TOUS LES MARDIS
Enlèvement international
d’enfants: l’Allemagne épinglée
Mieux vaut éviter d’avoir un monte sans doute à pluenfant avec un(e) Alle- sieurs milliers, voire dizaine
mand(e) si on n’est pas soi- de milliers. Cela fait une
même allemand ou si l’on vingtaine d’années que les
ne vit pas en Allemagne. institutions communautaiNulle germanophobie mal res, mais aussi la France, les
placée dans ce conseil, mais unions franco-allemandes
un simple constat : si la sé- étant très nombreuses, esparation tourne mal et que saient de traiter à l’amiable
le parent allemand décide ces drames dont on ne soupde repartir en
çonne guère
COULISSES
Allemagne
les ravages.
avec l’enfant DE BRUXELLES En vain. Le
(ou les enParlement
fants), la justice germani- européen, saisi régulièreque, dont le bras armé est le ment par des pétitions de
tout-puissant Office d’aide parents non allemands vicsociale à l’enfance (Jungen- times d’un enlèvement, a
damt), refusera qu’il quitte décidé de hausser le ton
le sol allemand au nom de contre l’Allemagne, puisque
«l’intérêt supérieur de l’en- ce pays est le seul de
fant». Or Berlin viole ainsi le l’Union à refuser d’applidroit international: les con- quer le droit européen
ventions de La Haye de 1980 (l’Autriche, qui avait la
sur l’enlèvement internatio- même interprétation de
nal d’enfants et de 1993 sur l’intérêt de l’enfant, est renl’autorité parentale et le trée dans le rang). Le 29 nodroit européen (règlement vembre, par 307 voix contre
de 2003 en phase finale de 211 et 112 abstentions, il a
révision et jurisprudence de adopté une résolution cila Cour de justice euro- blant uniquement Berlin, ce
péenne).
qui est sans précédent et
Faute de statistiques, on ne montre l’agacement des
connaît pas le nombre d’en- eurodéputés.
fants ainsi enlevés à l’affec- La résolution décrit le systion de l’un de leurs parents tème mis en place outredepuis 1950, mais il se Rhin pour refuser d’exécu-
déséquilibre commercial
entre les deux pays.
«C’est un accord extraordinaire» qui aura «un impact
incroyablement positif»
pour les fermiers américains, a déclaré Trump à la
presse. Wang Yi a, de son
côté, parlé d’un résultat
«gagnant-gagnant».
Ce tête-à-tête entre les deux
dirigeants à Buenos Aires a
constitué le point d’orgue
d’un G20 au cours duquel
les principales économies
mondiales ont pu seulement sauver les apparences
en accouchant d’un tiède
communiqué commun où
elles ont «noté les problèmes
commerciaux actuels».
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Chaque mardi, un supplément de quatre pages par
le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Lundi 3 Décembre 2018
«On ne lâchera pas
et on restera
dans Paris avec
nos ambulances»
Contre une réforme qui met en péril leur activité,
les petits ambulanciers se donnent rendez-vous ce
lundi matin dans la capitale, après un premier blocage
du périphérique début novembre. Et espèrent profiter
de la colère sociale actuelle pour se faire entendre.
Par
GURVAN KRISTANADJAJA
Photos BORIS ALLIN.
HANS LUCAS
M
me Claude s’est apprêtée
pour sortir de chez elle
aujourd’hui. Elle a mis un
chapeau de feutre bordeaux, un long
trench beige avec ses souliers cirés.
Cette mamie d’origine antillaise a le
rire communicatif. Elle se délecte
des pitreries de Michelle et Amar, les
ambulanciers qui la prennent en
charge. Ils font l’aller-retour, chaque
jour, entre son appartement d’une
cité de Villeneuve-Saint-Georges
(Val-de-Marne) et le centre d’accueil
de jour où elle participe à des activités. En s’extirpant du véhicule, elle
leur tend la main, les gratifie d’un
«vous êtes des anges». Sans eux,
Mme Claude, atteinte d’Alzheimer,
ne pourrait pas sortir de chez elle
toute seule. Sa maladie ne le lui permet plus. Amar répond du tac au
tac : «Tant que c’est pas les Anges
de W9, ça me va.» Nouveaux rires
partagés. «C’est ma poto, elle», nous
dit ce quadra qui a douze ans de métier. Avant de glisser, ému: «Bientôt,
si on ne fait rien, les gens comme
Mme Claude ne seront plus pris en
charge correctement.»
Car depuis le 1er octobre, les règles
du jeu ont changé pour les ambulanciers. L’article 80 du projet de loi
de financement de la Sécurité sociale modifie les conditions du recours aux transports sanitaires. Jusqu’à présent, c’était aux patients de
choisir eux-mêmes les sociétés
d’ambulance auxquelles ils souhaitaient faire appel. «Ça fonctionnait
bien. On a un groupe WhatsApp
dans le département, on s’échange
des messages entre ambulanciers.
Quand quelqu’un ne peut pas prendre en charge un patient, on le fait,
et inversement», explique Amar.
Mais depuis l’entrée en vigueur de
Karim, lors d’une réunion de l’Asso pour la défense des transporteurs sanitaires, à Roubaix mercredi.
Mme Claude aidée par les ambulanciers Amar et Michelle, à Villeneuve-
l’article 80, le choix revient désormais aux établissements de santé,
qui se voient attribuer un budget
pour le transport des patients. Avec
pour objectif, selon le gouvernement, de traquer les prescriptions
injustifiées qui coûtent à l’Etat près
de 220 millions d’euros par an.
«C’est surtout un moyen pour le gouvernement de recourir à la logique
des appels d’offres», rétorquent en
chœur Amar et Michelle.
«Toutes les structures comme les nôtres vont soit être bouffées par les
grands groupes, soit couler. Quand
des Geodis ou Veolia vont débarquer,
on ne pourra pas rivaliser. Ils peuvent se permettre de perdre de l’argent. Nous, on est trop petits pour
ça», se désespère Amar.
De fait, un méchant mouvement de
concentration menace les 5700 entreprises du secteur ambulancier en
France, dont 80% emploient moins
de vingt salariés. Ce qui se prépare
Sirènes et gyrophares
est «injuste», disent-ils car, à l’oriLe problème, selon eux, c’est que le gine, lorsque Michelle fonde les
marché des ambulances est consti- ambulances Dore il y a six ans avec
tué en majorité de petites et moyen- son beau-fils Karim, les deux
nes entreprises. Qui se voient déjà associés investissent beaucoup d’arfébriles face à la concurrence des gent. Chaque agrément pour une
grands groupes de transport fran- ambulance (l’équivalent de la licence
çais, devenus experts au petit jeu de pour les taxis) coûte entre 140000
l’appel d’offres. Alors,
et 180000 euros, et pour
en pleine contestation REPORTAGE
un véhicule sanitaire
des «gilets jaunes», les
léger (VSL), il faut tout
petits ambulanciers ont décidé de de même débourser près de
faire entendre leur voix, toutes sirè- 110000 euros. «On a trois ambulannes et gyrophares dehors : ils pré- ces en tout et un VSL, faites le calcul.
voient de manifester en nombre ce Au-dessus de nos têtes, on a l’hypothèlundi à partir de 6 heures, place que de nos maisons qui est engagée, et
Vauban, face aux Invalides. Bou- ce qu’on a apporté comme argent en
chons en perspective en plein cœur lançant la société. On est des petites
de Paris. Les 5 et 6 novembre, ils gens…» s’inquiète la patronne. Miavaient bloqué le périphérique pen- chelle fait travailler quatorze saladant près de vingt-neuf heures. riés, payés 2 000 euros net, dont
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Saint-Georges (Val-de-Marne) mercredi.
Amar. Elle pointe du doigt une pile
de papiers blancs: «Ce sont toutes les
factures non réglées, parce que les
droits ne sont pas à jour, les gens n’ont
pas de mutuelle ou ne peuvent pas régler la partie mutuelle. Je passe des
heures à essayer de récupérer l’argent, et si j’en récupère une sur
quinze, je suis contente», décrit cette
ancienne auxiliaire de vie. «On met
beaucoup de cœur aussi», ajoute Michelle. Elle se tourne, pour laisser apparaître dans son dos le logo brodé
de l’entreprise: Ambulances Dore.
«C’est mon nom de jeune fille. Tout a
un sens dans cette société, contrairement aux grands groupes», assure la
patronne en s’allumant une clope.
Leur crainte, c’est que le métier
d’ambulancier soit «moins humain»
à l’avenir. «On va devenir des chauffeurs-livreurs de la santé. Et les patients, des colis. Nous, on fait vraiment ce boulot par passion. Ils ne se
rendent pas compte qu’être ambulancier, c’est faire du social. Que ceux
qui ont fait cet article 80 sortent de
leurs bureaux et viennent passer une
journée avec nous», s’agace Amar,
qui craint de perdre son travail.
Ils souhaitent que le gouvernement
entende raison, pour Mme Claude
aussi. «Elle nous voit plus que sa
propre famille. Ce sont des gens
u 15
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«On ne s’est pas
réveillé pendant un
moment, on a tous
notre travail. […]
Mais maintenant,
c’est bon, on est là.»
Karim de l’Association
pour la défense des
transporteurs sanitaires
qu’on suit, ils font partie de nous
après. On en a perdu certains, on va
aux enterrements», expliquent les
deux collègues. En pensant aussi à
toutes ces fois où «t’es pas seulement
un ambulancier mais une assistante
sociale ou un serrurier. Tu prends
une mamie en charge, tu la déposes
chez elle, tu sais qu’elle va rester
seule jusqu’au lendemain. Elle n’a
personne pour aller chercher ses médicaments ou des clopes, t’as pas le
droit d’y aller mais ça pourrait être
ta daronne… Alors t’y vas», poursuit
Amar.
Pour que les patients de la société
puissent encore être pris en charge
«dignement», Karim, cogérant avec
Michelle des ambulances Dore et
employeur d’Amar, a fondé avec
d’autres, début octobre, l’Association pour la défense des transporteurs sanitaires (ADTS). En un
mois et demi, ils sont déjà parvenus à réunir 600 adhérents, fanfaronne ce trentenaire. Le 5 novembre, ils étaient à l’origine du
blocage du périphérique parisien,
avec un succès «au-delà de [leurs]
attentes» : «200 à 300 véhicules et
2 500 personnes», estime le viceprésident de l’ADTS. Ce qui leur a
permis d’être reçus par le cabinet
de la ministre de la Santé, Agnès
Buzyn. Avec pour seule réponse :
«La politique du gouvernement ne
permet pas d’entrer en discussion
pour le moment», raconte, dépité,
l’ambulancier. Résultat, ils ont décidé de poursuivre et d’intensifier
leur mouvement.
La semaine, après sa journée de travail, Karim se rend dans les grandes
villes françaises pour organiser les
suites de la mobilisation. Ce soir-là,
il prend son véhicule personnel en
direction de Roubaix pour rencontrer les patrons de petites sociétés
d’ambulances du Nord. Dans la salle
de réunion du chic hôtel Mercure, il
fait une annonce: «Le départ de la
manifestation aura lieu le 3 décembre au départ de la place Vauban. Les
deux précédentes actions étaient des
sommations. Là, je vous le dis, on ne
lâchera pas et on restera dans Paris
avec nos ambulances tant qu’on
n’aura pas obtenu quelque chose de
positif», clame-t-il à une assemblée
d’une trentaine de personnes. Certains pointent du doigt l’immobilisme des syndicats traditionnels
«trop éloignés du métier, trop englués
dans la politique». «Ça fait deux ans
qu’ils savent que l’article 80 existe, ils
n’ont pas bougé. Regardez ce que
l’ADTS a fait en deux mois, et imaginez ce qu’on aurait pu faire en deux
ans!» martèle Karim. Ce qui va pousser l’association, selon lui, à devenir
bientôt un syndicat professionnel.
«C’est en cours, on y réfléchit. Ça nous
permettra d’avoir plus de légitimité
et de porter plainte», explique-t-il à
l’assemblée.
Au cours de la réunion, les patrons
de PME se disent aussi «lésés par
Macron». «En Ile-de-France, Keolis
et Transdev ont déjà annoncé qu’ils
investissaient le marché. C’est imminent chez vous», assure Karim. «C’est
juste pour faire entrer des grands
groupes dans le marché. Dont l’Etat
est actionnaire en plus pour certains,
comme Keolis», disent Amaury et Didier, cogérants d’une société d’ambulances qu’ils ont montée il y a
cinq mois et qui, aujourd’hui, «risque de couler». «On y a investi
200000 euros», regrettent-ils. «Nous
avons de très bons avocats avec nous.
Ils disent qu’ils n’ont jamais vu une
profession aussi méprisée. On est en
train de regarder avec eux si l’article
n’est pas anticonstitutionnel», tente
de rassurer Karim, le vice-président.
«On ne s’est pas réveillé pendant un
moment, on a tous notre travail,
toute la journée la tête dans le guidon, les horaires à rallonge. Mais
maintenant, c’est bon, on est là. On
a déjà été reçus par le cabinet de la
ministre, ce qu’on a fait jusqu’à présent a eu un retentissement politique. On devient une profession soudée. Il faudra compter sur nous
désormais pour discuter d’un article
de loi», veut croire le trentenaire.
carnet
CONFÉRENCES
La Fondation Shmouel
et Bassie Azimov
vous informe que
Hanouccah 2018
aura lieu du dimanche
2 décembre au soir
au lundi 10 décembre
Ce lundi 3 décembre, se
fera l’allumage des 2
bougies de Hanouccah.
Allumage public à 19 h 30,
place de la République,
à Paris (3e).
Demandez vos bougies
et votre guide au
Beth Loubavitch,
téléphone : 01 45 26 87 60
www.loubavitch.fr
Hanouccah : Une petite
lumière chasse beaucoup
d’obscurité !
DÉCÈS
Marthe Marie HINS,
sa maman, Frédérique et
Xavier HINS, sa sœur et son
frère, Alexy, Camille, Céline,
Juliette, Marie, son neveu et
ses nièces, leurs conjoints et
leurs enfants,
Caroline RAFFENNE et sa
famille, Françoise BELET
et ses enfants Charles et
Pierre,se rassemblent dans
l’émotion pour vous faire part
du décès de
Fabien HINS
La cérémonie civile aura lieu
le mercredi 5 décembre 2018,
à 14 heures, à la chambre
funéraire des Batignolles, 21,
boulevard du Bois-le-Prêtre,
Paris (17e), suivie de
l’inhumation au cimetière
parisien de Pantin.
Pas de couronnes,
fleurs blanches, bleues,
mauves.
«On a les crocs»
Dans les couloirs de l’hôtel, d’autres
ambulanciers estiment aussi, à
l’image des «gilets jaunes», que c’est
une certaine partie de la France que
le gouvernement méprise. «Etre ambulancier, ça gagne plutôt pas mal,
environ 2 000 euros. Mais on fait
beaucoup d’heures, et ce n’est pas un
hasard, regardez bien qui on vise»,
dit, énigmatique, un patron. Quelques heures plus tôt, dans le dépôt
des ambulances Dore à Valenton,
Amar nous livrait un début de réponse: «Les ambulances, c’est les anciens Uber. A une époque, Pôle Emploi envoyait les mecs de cité faire
ambulancier parce que la formation
coûtait pas cher, 625 euros, et que ça
gagnait bien. Ce qui explique qu’il y
ait énormément de gens des quartiers qui font ambulancier.» «C’est
facile de nous taper dessus, c’est sûr.
Mais ils ne savent pas à quel point on
a les crocs, nous, les mecs de cité. Ce
qu’on a, on ne nous l’a pas donné, on
l’a pris, on l’a gagné», confirme un
jeune collègue. Autant dire que les
ambulanciers en colère sont prêts à
tout pour faire exister leur mouvement en pleine fièvre jaune. •
(971) Les Abymes
Bernadette Mixtur
Nous avions ensemble fait
tant de choses.
Et voilà que maintenant tu
nous quittes.
Nous avons mangé, bu avec
toi, nous avons partagé les
soucis et les travaux
quotidiens.
Avec toi, nous avons partagé
tant de projets et tan
d’espoirs.
Il y a tant de choses encore
que nous aurions voulu faire
ensemble.
Mais cela semble s’arrêter
aujourd’hui et ce n’est plus
ensemble que nous allons
réaliser ce que tu espérais.
Nous voudrions nous
souvenir de toi, continuer de
travailler à tout ce que tu
attendais, à tout ce que tu
espérais.
Comme un mur, la mort nous
sépare, de toi, comme le
souffle du vent qui balaie les
obstacles,
notre amitié, notre affection
et notre espérance s’en iront
te rejoindre là où désormais
tu nous attends près de Dieu.
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16 u
FRANCE
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Le scandale déclenché par la révélation de l’affaire en 2012 avait alors entraîné la dissolution de l’équipe de gymnastique des sapeurs-pompiers de Paris. PHOTO THOMAS LOUAPRE.
«Bizutage» à base
d’atteintes sexuelles :
dix pompiers en procès
Six ans après
le calvaire subi,
sous prétexte de
traditions, par deux
d’entre eux lors d’un
voyage en bus, dix
membres de l’équipe
de gymnastique des
sapeurs-pompiers
de Paris seront jugés
à partir de ce lundi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 3 Décembre 2018
ce que tout dégénère, ce 6 mai 2012,
et que huit anciens pompiers du
«Bronx» soient poursuivis pour
«agression sexuelle en réunion» et
«violences volontaires en réunion»
sur deux récents engagés, entraînant instantanément la dissolution
de la prestigieuse équipe (récemment reconstituée) ainsi que la mise
en examen de deux autres gymnastes pour «non-empêchement d’un
crime ou d’un délit».
Ce lundi débute le procès de ces dix
prévenus à la dixième chambre du
tribunal correctionnel de Paris. «Il
a fallu attendre six ans et demi pour
avoir un procès, et il est temps, je
crois, de tourner cette page d’un livre
d’horreur qui s’est ouvert il y a bien
trop longtemps», a annoncé vendredi l’avocat des deux plaignants,
Me Nicolas Cellupica, lors d’une
conférence de presse. «Nous savons
tous ce qui s’est passé dans le bus ce
jour-là. Aujourd’hui, nous attendons des dix prévenus que, derrière
ce qu’ils appellent des traditions, des
rituels, des bizutages, un chahut, ils
prennent conscience et reconnaissent qu’il y a des faits qui revêtent
des qualifications pénales extrêmement graves.»
PERROQUET EN PELUCHE
DIVERGENCE.
Par
ANAÏS MORAN
D
ans le jargon, on l’appelait le
«Bronx». C’était toujours là
que se déroulait le plus gros
du chahut, que les piailleries se faisaient les plus fortes, que les railleries étaient les plus malvenues.
C’était toujours là, à l’arrière du bus
de l’équipe de gymnastique de la
brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Réservé par tradition aux
plus anciens de la compagnie, le
«Bronx» n’était pas accessible aux
nouvelles recrues. A une exception
près: le jour de leur bizutage initiatique, les petits nouveaux étaient
conviés au fond du véhicule pour
endurer un certain nombre d’humiliations verbales et physiques. Un
passage obligé, pratiqué et toléré
depuis la création de cette section
d’élite de la BSPP, en 1919. Jusqu’à
u 17
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C’est au retour d’un gala sportif à
Colmar (Haut-Rhin), dans la matinée
du dimanche 6 mai 2012, que Jérémy D., militaire de 23 ans à l’époque, dit avoir été victime «d’atteintes
physiques et sexuelles par différents
camarades». Les faits se seraient déroulés en deux temps. Lors de son
premier passage dans le «Bronx», le
plaignant raconte s’être fait arracher
son boxer avant que plusieurs pompiers ne lui «pincent et mordent les
fesses jusqu’au sang» et ne lui enduisent du baume du tigre «sur ses blessures et dans l’anus». De retour à sa
place, Jérémy D. aurait insulté et défié les «anciens» (notamment par le
biais de doigts d’honneur) avant
d’accepter de repartir à l’arrière du
bus par «respect de la hiérarchie» et
crainte des «représailles». Durant ce
second bizutage, le jeune homme affirme avoir subi des «attouchements
sur ses parties génitales» (tirage des
testicules et arrachage des poils pubiens) ainsi qu’une «pénétration
anale partielle avec un bout de doigt
puis avec le goulot et le bord d’une
bouteille en plastique» alors qu’il
était maintenu au niveau des bras et
des jambes.
Maxime B., 21 ans au moment des
faits, relate de son côté avoir été
d’abord «bousculé» alors qu’il tentait de récupérer auprès du «Bronx»
la mascotte de l’équipe –un perroquet en peluche – dont il avait la
garde durant le trajet. «Contraint»
ensuite à se déshabiller pour subir
de «violentes fessées, des pincements
et des morsures sur les fesses», le bizuté aurait également reçu un coup
de genou au niveau de l’arcade
sourcilière. Prostré au sol plusieurs
«Cette affaire a été un véritable
cataclysme pour tout le monde. Mais
moi, je tiens à rappeler que ces deux
victimes ont cruellement manqué de
soutien de la part de leur hiérarchie.»
Me Nicolas Cellupica avocat des deux plaignants
minutes après les faits, il aurait regagné son siège le «visage grimaçant et marqué par les pleurs». Chaque pompier mis en cause a avoué
avoir infligé des violences. Avec
cette même justification : le «baptême» des nouvelles recrues –«basé
sur le volontariat»– était une «tradition quasi centenaire et ancrée
dans l’institution» à laquelle euxmêmes s’étaient soumis lors de leur
arrivée dans le collectif du BSPP. En
revanche, tous réfutent les abus
sexuels sur Jérémy D. «Le rituel
était plus violent que d’habitude», a
reconnu l’un des prévenus lors de
l’instruction, «certains y sont allés
fort sur les fessées et les morsures.
Ces débordements sont certainement liés à la consommation excessive d’alcool de certains camarades,
qui étaient encore en état d’ivresse
après la soirée de la veille. Mais il n’y
a pas eu une pénétration.»
Personne n’a d’ailleurs rien vu : ni
les anciens, ni les jeunes recrues, ni
les encadrants, ni le chauffeur du
bus. Les photos extraites de la vidéo
tournée durant la séance de bizutage par l’un des membres de
la BSPP, montrent bien «la main repliée à l’entrée des fesses» ainsi que
«la petite bouteille en plastique compressée placée entre les fesses du
plaignant» sans pour autant confirmer l’introduction de l’objet dans le
corps ni identifier les auteurs de
manière incontestable. C’est ce
doute qui a conduit à l’abandon des
poursuites pour «viol en réunion» et
au renvoi de trois des pompiers mis
en examen pour agression sexuelle.
«PAS UN MOT»
Pourtant Me Cellupica l’assure, durant le procès, Jérémy D. entend à
nouveau évoquer la «pénétration
digitale et le goulot de bouteille»,
malgré la polémique qui n’a fait que
«salir son client». Car depuis le début de cette histoire et tout au long
de l’enquête, les suspects ont tenu
le même discours : le plaignant
aurait «prémédité» son acte par
«vengeance personnelle» alors
qu’il allait quitter l’équipe en raison
d’une réduction des effectifs.
Au 1er juillet 2012, les gymnastes devaient passer de cinquante à trente-deux militaires. Comme l’explique l’un des pompiers lors de son
audition, «l’orgueil» de Jérémy D.
en «aurait pris un coup» car son
nom figurait sur la liste des dix-huit
futurs exclus. «Il voulait mettre la
pression au chef et se servir de la vidéo pour avoir la caserne qu’il vou-
lait», a ainsi déclaré l’un des dix
prévenus durant l’instruction. Un
témoin, entendu par les enquêteurs, a également soutenu que Jérémy D. lui avait confié «qu’il avait
vu quelqu’un gagner 10000 euros en
filmant son bizutage et qu’il le ferait
filmer pour s’en servir pour avoir
son affectation». Le 18 avril 2012, ce
même témoin recevait un SMS
de son camarade de brigade :
«Pas un mot sur ce que j’ai pu dire
sur la pression que je vais mettre au
chef pour avoir ma caserne. C’est
important pour moi. Jérémy.»
Des accusations qui jettent le
trouble sur le comportement du
principal plaignant et qui seront
probablement au cœur des débats
durant ce procès.
De son côté, la brigade des sapeurspompiers de Paris devrait se constituer partie civile aux côtés des deux
plaignants. A l’époque du scandale,
le général Gilles Glin avait déclaré
qu’il avait «le sentiment d’une trahison, car ces faits sont totalement
inacceptables et contraires à nos valeurs». Le lieutenant-colonel et porte-parole Pascal Le Testu avait pour
sa part démenti «formellement toute
complaisance du commandement
vis-à-vis du bizutage, des actes humiliants et dégradants». Aussi, la BSPP
avait décidé de suspendre les pompiers mis en examen dans «l’attente
d’une décision de justice ou disciplinaire» et d’engager une enquête interne pour permettre «de faire la lumière sur cette affaire». Contactée
par Libération à propos des suites
données à cette affaire, la brigade
n’a pas répondu à nos sollicitations.
«CARRIÈRE BRISÉE»
«Si la BSPP veut se constituer partie
civile, c’est son droit. Cette affaire a
été un véritable cataclysme pour
tout le monde. Mais moi je tiens à
rappeler que ces deux victimes ont
cruellement manqué de soutien de
la part de leur hiérarchie, a objecté
Me Cellupica durant sa conférence
de presse vendredi. Ils se sont retrouvés face au silence du commandement du début jusqu’à la fin. La
hiérarchie aurait dû leur apporter
leur aide, leur soutien psychologique, à tout le moins les aider dans la
reconversion de leur carrière. Il n’en
a absolument rien été.» Réformés
après le scandale, Jérémy D. et
Maxime B., aujourd’hui âgés
de 30 et 28 ans, sont toujours sans
emploi. «Dans cette affaire, c’est leur
rêve, leur carrière qui se sont brisés.
Aujourd’hui, tout ce qu’il leur reste,
c’est que cette qualité de victime leur
soit officiellement reconnue à l’issue
de ce procès.» Un procès qui s’achèvera lundi 17 décembre. •
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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18 u
FRANCE
Libération Lundi 3 Décembre 2018
Disparition Maria Pacôme, une des
comédiennes les plus connues du
théâtre de boulevard, où elle excellait
notamment dans les rôles de bourgeoises exubérantes,
est morte samedi à l’âge de 94 ans. Elle a alterné avec
succès dans les années 60 et 70 performances théâtrales
et cinématographiques. Moins présente ces dernières
années, elle avait publié en 2007 une autobiographie,
Maria sans Pacôme. PHOTO AFP
LIBÉ.FR
Le cannabis médical
est disponible
en Allemagne, en
Belgique ou encore
au Royaume-Uni.
PHOTO ERWAN FICHOU
Cannabis médical: la course à la lenteur
Dans un avis rendu
fin novembre,
le Comité éthique
et cancer estime
contraire à l’éthique
de ne pas permettre
à une femme
atteinte de cancer
de disposer
du cannabis
qui la soulage
de ses douleurs.
Par
ÉRIC FAVEREAU
D
epuis le temps que la
question a été posée,
on pensait l’affaire résolue. C’est sans compter sur
la capacité, parfois, des autorités françaises, politiques ou
administratives, à prendre
leur temps. Alors que le cannabis médical est désormais
disponible dans plusieurs
pays comme l’Allemagne, la
Belgique ou encore le Royaume-Uni, sous forme de comprimés ou de feuilles à utiliser en inhalation, la France
bloque toujours. Au point que
le très officiel Comité éthique
et cancer, présidé par le
Pr Axel Kahn, a rendu le
26 novembre un avis désavouant frontalement les
autorités qui s’opposent à ce
qu’une femme, atteinte de
cancer et qui se disait soulagée par la consommation de
cannabis, puisse en bénéficier.
l’ai dit au Parlement, j’attends des notes de mes services pour savoir quelle est la
différence entre le cannabis
en comprimés et le cannabis
en cigarettes pour savoir si
nous devons aller plus loin.»
Bref, on attend. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) aussi. Par le
Cigarettes. Tentons de dé- biais de comités techniques,
cortiquer cette course de len- elle lance des auditions. On
teur. En juillet, la ministre de attend encore.
la Santé, Agnès Buzyn, avait Formellement, seuls deux
semblé ouverte sur la ques- médicaments à base de cantion, notant qu’il existe des nabinoïdes sont apparemmédicaments à base de can- ment autorisés. Le premier,
nabis. «C’est du
le Marinol, est
L’HISTOIRE un produit ancannabis médical sous forme de
cien : il est peu
DU JOUR
gélules, ces méefficace, et rédicaments sont autorisés servé aux douleurs neuropamais ils sont en négociation thiques liées à des lésions du
de prix. Lorsque le prix sera système nerveux central. Sa
fixé, des personnes vont avoir prescription étant conditionaccès à ces médicaments.» Et née à une autorisation préala ministre d’ajouter : lable de l’ANSM, autant dire
«D’autres voudraient aller que son utilisation se
vers l’autorisation d’utiliser
la cigarette de cannabis
comme du cannabis médical
et là, un certain nombre de
recherches sont en cours dans
différents pays pour savoir si
vraiment cela apporte un
plus par rapport aux médicaments en comprimés. […] Je
compte sur les doigts d’une
main.
Quant à l’autre médicament,
il s’agit du Sativex, indiqué
chez les patients souffrant de
sclérose en plaques. En 2014,
il a obtenu son autorisation
de mise sur le marché, mais
comme l’a dit Agnès Buzyn,
il n’est toujours pas disponible faute d’accord de prix
entre le laboratoire et les
autorités de santé. «Pour
s’approvisionner dans un
autre pays d’Europe, ce n’est
pas simple, il faut la prescription d’un médecin local. Résultat, il est plus facile de se
procurer illégalement du cannabis que de vouloir respecter
la loi en cas de douleurs rebelles», notait cet été le Figaro.
C’est dans ces conditions de
blocage qu’une malade, atteinte de cancer, a saisi le Comité éthique et cancer, en
l’interrogeant sur le caractère
moral ou non de l’interdic-
Le Sativex, indiqué chez les
patients souffrant de sclérose
en plaques est autorisé, mais
indisponible faute d’accord entre
le labo et les autorités de santé.
tion du cannabis dans ce
contexte thérapeutique. Ellemême affirme «tirer bénéfice
de la consommation de ce
produit qui la soulage de douleurs intenses et chroniques».
En comparant l’interdiction
actuelle à une forme de refus
de soins, cette malade met en
avant «le principe de nonmalfaisance qui doit guider
les pratiques des professionnels de santé».
Evaluation. Le Comité
éthique et cancer a rendu
une réponse très argumentée. «On s’est attaché à examiner la question de l’usage
du cannabis dans un contexte de soins», explique Axel
Kahn, constatant que «la littérature scientifique sur les
effets thérapeutiques du cannabis restait insuffisamment
concluante, notamment en
raison de défauts méthodologiques des études jusqu’à présent réalisées».
Et sur ce point, il recommande une évaluation rigoureuse des différents bénéfices potentiels des substances
actives du cannabis: «De telles études permettraient de
préciser les indications et les
contre-indications de ces
substances, les modalités de
leur utilisation et les précautions à respecter.» Et de noter,
au passage : «Il revient aux
autorités de santé de les
diligenter et d’en définir les
conditions.»
Malgré ces données insuffisantes, le comité se montre
très clair. Et pour cause…
Axel Kahn a eu beau chercher à savoir «s’il existait des
raisons éthiques de s’opposer
à la consommation de cannabis par des malades qui s’en
disent soulagés», il n’en a
trouvé aucune : «Aucun des
arguments possiblement en la
défaveur d’une telle consommation ne lui est apparu de
nature à continuer de l’interdire.» Cependant, «les dangers propres des produits fumés amène le comité à ne pas
recommander une telle forme
d’administration».
Conclusion: «L’accès au cannabis thérapeutique ou à ses
dérivés permettrait, de plus,
aux autorités de santé d’apporter aux malades les garanties nécessaires quant à la
qualité, aux concentrations,
ainsi qu’aux modalités d’obtention et d’utilisation optimale». Le message est clair.
Reste à attendre… •
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
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LIBÉ.FR
Chronique «Lâchez
les cheveux» Qu’on les
chérisse ou qu’on les
haïsse, qu’ils soient moqués ou admirés, les
cheveux contribuent à faire de nous ce que
nous sommes. Chaque semaine, Libération
leur consacre une chronique. Ce lundi,
Chantal, écrivaine, 61 ans : «Si je laisse mes
cheveux blancs, je serai mémère.»
Corse Union
et scission chez
les autonomistes
Le parti d’union Femu a Corsica du président du conseil
exécutif de Corse Gilles Simeoni a été officiellement
créé dimanche à Corte, après
plus d’un an de tractations
assombries par la sécession,
jeudi, d’une de ses composantes. En juillet 2017, les
trois partis autonomistes
corses, Femu a Corsica-Inseme (de Simeoni), A chjama
naziunale et le Partitu di a
Naziona Corsa (PNC),
s’étaient réunis à Corte pour
«constituer un grand parti de
gouvernement» en vue des
élections territoriales de décembre. Mais jeudi, le PNC
de Jean-Christophe Angelini
a décidé de créer son propre
groupe à l’Assemblée de
Corse.
Perdrix: de la cage à la chasse
Un quart des animaux tirés
par des chasseurs proviennent d’un élevage, selon les
chiffres avancés par l’Association pour la protection
des animaux
sauvages (AsL’ÂGE
pas). Sur ce tableau de chasse, faisans et
perdrix figurent en bonne
place. «En France, 14 millions
de faisans et 5 millions de
perdrix sont élevés pour être
ensuite relâchés en période de
chasse. C’est ce qu’on appelle
couramment des lâchers de
cocottes», explique la directrice de l’Aspas, Madline
Reynaud-Rubin. Son association a enquêté plusieurs
mois dans neuf élevages de
l’Allier, la Drôme, l’Isère et le
Gard. Les images qui viennent d’être rendues publi-
ques témoignent de la vie
misérable de ces oiseaux
destinés aux fusils.
Les couples reproducteurs
sont enfermés dans de minuscules cages
au sol grillagé.
BÊTE
Dès leur naissance, les poussins grandissent loin des adultes, entassés à plusieurs milliers dans
de vastes hangars obscurs.
«Je ne mets pas de lumière,
sinon ils se bouffent entre
eux», dit un éleveur enregistré en caméra cachée. Dans
ces conditions d’enfermement peu adaptées à leur
nature sauvage, ces animaux sujets au stress sont
amenés à s’agresser, voire à
s’entre-tuer. La mortalité serait aussi élevée, en raison
des mouvements de pani-
1
Hand Face à la Slovénie, les Bleues
repartent du bon pied
Trois jours après une défaite d’entrée dans la compétition
face à la Russie, les handballeuses françaises ont réagi dimanche en balayant la Slovénie 30 à 21 dans leur deuxième
match de l’Euro, dimanche à Nancy. Les championnes du
monde en titre termineront le premier tour mardi soir par
un match contre le Monténégro. Il leur faudra également
gagner à tout prix, avant de rejoindre Nantes pour une
deuxième phase de poules à partir de jeudi. PHOTO JEANCHRISTOPHE VERHAEGEN. AFP
Foot Un nouveau pour le ballon d’or ?
Ce lundi soir verra-t-il la fin du règne de Lionel Messi et
Cristiano Ronaldo sur le ballon d’or depuis dix ans? S’ils
figurent dans la liste des trente préselectionnés pour le
prestigieux trophée individuel, ils pourraient être devancés par le Croate Luka Modric, vainqueur de la Ligue des
champions avec le Real Madrid et finaliste du Mondial. Ou
par un Bleu ? Pays le mieux représenté dans la liste, la
France championne du monde a sept candidats, dont Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Raphaël Varane. Trois
Françaises (Amandine Henry, Amel Majri et Wendie Renard) sont par ailleurs en course pour le ballon d’or féminin, remis pour la première fois cette année.
C’est le nombre de défaites de l’équipe de
France de football
dans son histoire face
aux équipes qui composent son groupe de
qualification (le H),
pour l’Euro 2020, dont
le tirage au sort a eu lieu
dimanche. La France est
avec l’Islande, la Turquie, l’Albanie, la Moldavie et Andorre. Les Bleus
ont affronté treize fois les
Islandais (9 victoires,
4 nuls), quatre fois les
Turcs (quatre victoires),
trois fois Andorre (trois
victoires) et jamais la
Moldavie. L’Albanie est le
seul pays à avoir déjà
battu la France, en amical en 2015 (1-0) sur sept
rencontres (dont un nul).
Les qualifications auront
lieu de mars à novembre.
«Le moment n’est-il pas venu
pour vous [Martin Hirsch]
de refuser d’appliquer
cette politique en plaçant
le gouvernement
face à ses responsabilités?»
que qui entraînent des
étouffements. Une fois âgés
d’une vingtaine de semaines, les oiseaux sont vendus
à des sociétés ou à des fédérations de chasse avant
d’être relâchés.
Sur la vingtaine de millions
d’animaux élevés pour la
chasse, entre 6 et 8 millions
finiraient chaque année
sous les balles des chasseurs. Que deviennent les
survivants? «L’immense majorité d’entre eux meurent au
bout de quelques jours, ou
quelques mois, du fait de leur
inadaptation à la vie sauvage», avance Madline Reynaud-Rubin. L’Aspas a lancé
une pétition pour demander
l’interdiction de l’élevage
des animaux pour la chasse.
SARAH FINGER
EXTRAIT DE L’APPEL
«MARTIN HIRSCH, FAITES
COMME NICOLAS HULOT»
Dans une lettre parue dans le Journal du dimanche,
105 médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris
demandent à leur directeur général de démissionner.
Autour du professeur André Grimaldi, ils écrivent ainsi:
«Cher Martin Hirsch, vous avez déclaré que le fil rouge de
votre action était la qualité des soins. Savez-vous comment
a évolué cette qualité sous votre direction? Notre conviction,
c’est qu’elle s’est dégradée […]. Vous n’en êtes pas directement responsable mais expliquer que la faute en revient aux
personnels réfractaires au changement, accrochés à leur
statut, à leurs routines et à leurs “privilèges” reviendrait
à se défausser.»
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20 u
IDÉES/
Libération Lundi 3 Décembre 2018
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LHC : GROSSE COUPURE
Ce lundi matin, à 6 heures très exactement,
les faisceaux de particules qui circulent
à très haute vitesse dans le long tunnel
circulaire du Large Hadron Collider (LHC)
ont été coupés. Dans une semaine, le
temps d’effectuer des tests de puissance
sur les aimants géants, ce sera le début
officiel du deuxième «Long Shutdown».
Cette infrastructure pharaonique du Cern,
située à la frontière franco-suisse et célèbre
entre autres pour la détection en 2012 du
boson de Higgs, cessera donc ses
expériences pendant deux longues
années. L’occasion de mettre à niveau code
et équipement, et d’installer, par exemple,
de nouveaux détecteurs à 100 mètres sous
terre. Avant de reprendre un cycle de
trois ans entre 2021 et 2023, pour voir plus
et, on l’espère, mieux comprendre.
Recherche du boson de Higgs : les lignes rouges révèlent deux photons de haute énergie ; les jaunes, les traces des particules produites lors de la collision PHOTO AP. CERN
Pour aller plus loin, l’accélérateur
de particules lève le pied
En provoquant la collusion de
protons de très haute énergie,
l’énorme machine du Cern permet
d’extirper du vide quantique
des particules virtuelles, comme,
en 2012, le boson de Higgs.
Mais pour comprendre la réalité
plus finement, il faut se
rapprocher encore des conditions
de l’univers primordial.
L
a mécanique quantique est à
maints égards la théorie la plus
folle de la physique. Très à distance des conceptions ordinaires du
réel, elle se formule en des lois qui défient l’imagination la plus débridée. Elle
choque aussi le sens des mots en faisant
voir que le vide n’est pas l’espace vide…
Il est un espace habité, impossible à vider tout à fait. Il apparaît empli de ce
qu’on pourrait appeler de la matière «fatiguée», constituée de particules bel et
bien présentes mais n’existant pas réellement. Ce sont des sortes de fantômes,
agités, certes, mais qui ne possèdent
pas assez d’énergie pour pouvoir vraiment se matérialiser et qui, de ce fait, ne
sont pas directement observables. Ces
particules dites «virtuelles» s’ébrouent
végétativement dans une ontologie
mollassonne, telles des Belles au bois
dormant. Pour les faire exister vraiment, il est nécessaire de leur donner
l’énergie qui manque à leur pleine incarnation (leur «énergie de masse», dirait Einstein, c’est-à-dire mc2). Le vide
lui-même peut jouer en cette affaire le
rôle de prince charmant. De fait, il joue
plutôt celui d’un banquier impatient,
acceptant de prêter de l’énergie aux particules virtuelles qu’il contient à la
stricte condition qu’elles lui restituent
très rapidement le montant de l’emprunt. «Très rapidement», cela signifie
ici «en moins de 10-21 seconde». En vertu
de ce contrat drastique, des particules
virtuelles peuvent surgir du vide quantique en devenant réelles, mais avec
l’obligation d’y retourner presque aussitôt pour rembourser leur dette énergétique en… s’annihilant presque! Autrement dit, elles paient cher leurs
escapades dans l’existence radicale.
Heureusement, il y a un autre moyen
plus efficace de réveiller les êtres interlopes qui peuplent le vide quantique : il
suffit de faire entrer en collision, audessus de leur tête, deux particules de
haute énergie. Celles-ci offrent alors
gratuitement leur énergie au vide et, du
coup, certaines particules virtuelles deviennent réelles et s’échappent hors de
leur repaire. Elles qui faisaient une petite sieste retrouvent leur vitalité lll
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u 21
Libération Lundi 3 Décembre 2018
par la théorie de la relativité générale
d’Einstein, dont les principes et les
concepts sont complètement différents
de ceux de la physique quantique, et
même contradictoires avec eux. On ne
s’en rend généralement pas compte, car
les domaines d’application de ces deux
théories sont bien distincts: elles cohabitent pacifiquement, mais sans que
jamais l’une empiète sur les plates-bandes de l’autre. Jusqu’à présent, aucune
expérience n’a pu explorer de systèmes
physiques dont la description théorique
nécessiterait les deux théories à la fois.
Mais, point capital, une telle séparation
ne pouvait avoir eu cours dans l’univers
primordial, lorsque celui-ci était à la
fois de toute petite taille et gorgé d’énergie: à cette époque, les dimensions spatiales de l’univers étaient si minuscules
et les énergies si colossales que la matière et l’espace-temps s’enchevêtraient,
se mélangeaient tant et si bien qu’on ne
sait guère dire quels calculs pourraient
traduire cette situation avec exactitude.
Le LHC va être arrêté afin d’effectuer
des travaux de maintenance et d’amélioration. Les performances des détecteurs seront accrues pour qu’ils puissent mieux identifier d’éventuelles
déviations par rapport aux prédictions
du modèle standard. Elles pourraient
indiquer la voie d’une «nouvelle physique». Il s’agira aussi d’effectuer des
travaux préparatoires à une prochaine
augmentation de la «luminosité», ce
paramètre important aux yeux des physiciens puisqu’il détermine le nombre
de collisions produites par unité de
temps : plus la luminosité est grande,
plus il devient possible d’observer des
phénomènes rares.
Après le redémarrage du monstre ainsi
dopé, les données recueillies permettront peut-être de faire un peu de ménage parmi les nombreuses pistes théoriques qui tentent de décrire les phases
les plus chaudes et les plus denses de
l’univers primordial. Peut-être aideront-elles aussi à résoudre le lancinant
problème dit «de la matière noire»,
cette matière qui semble produire des
effets gravitationnels sans émettre de
lumière. Selon certains modèles, elle
pourrait être constituée de particules
non encore identifiées que les expériences du LHC pourraient «cerner»…
L’arrêt de la machine va durer deux
pleines années. Le vide quantique, lui,
ne perd rien pour attendre. •
Par
ÉTIENNE KLEIN
DR
d’antan et s’extraient du vide
quantique avec une énergie plus ou
moins élevée.
C’est justement ce que permet cette
énorme machine qu’est le Large Hadron Collider (LHC) : il sonde le vide
quantique en l’excitant. Il s’agit concrètement d’un collisionneur de particules
de 27 kilomètres de circonférence, érigé
par le Cern de part et d’autre de la frontière franco-suisse, qui permet de réaliser des collisions entre protons (notamment) de très haute énergie. On devine
aisément la prouesse technique qu’a
constituée un tel projet : deux faisceaux
de dimensions infimes, parcourant en
sens inverse et 11 245 fois par seconde
un anneau de 27 kilomètres de circonférence à une vitesse presque égale à la
vitesse de la lumière, se percutent frontalement en des lieux parfaitement
déterminés. Répartis tout au long de
l’anneau, plus de 1 200 aimants dipolaires supraconducteurs de 15 mètres de
long, refroidis à l’hélium superfluide,
au champ magnétique très élevé, guident les protons sur leur trajectoire circulaire, tandis que des cavités radiofréquence supraconductrices confèrent à
chacun une énergie qui est de l’ordre de
celle d’un moustique en vol.
C’est grâce à ce puissant collisionneur
qu’en 2012 le boson de Higgs a pu être
violemment extirpé du vide, puis repéré
et identifié grâce à deux énormes détecteurs, CMS et Atlas. Cette découverte
est majeure en ce qu’elle a provoqué un
renversement de la pensée à propos de
la notion de masse. Dans notre esprit,
les notions de masse et de matière apparaissent solidaires, comme intriquées
l’une à l’autre: nous ne parvenons pas à
concevoir une chose matérielle qui
serait sans masse, et nous peinons à
imaginer une masse qui ne serait pas
incarnée en choses matérielles plus ou
moins petites. La masse semble être
ainsi une propriété évidente et intrinsèque des objets matériels.
Or, ce que les physiciens savent désormais, grâce à la découverte du boson de
Higgs qui avait été prévu dès 1964, c’est
qu’au lieu d’être une propriété primitive
des particules de matière dites «élémentaires», une caractéristique qu’elles
porteraient «de par elles-mêmes», la
masse apparaît plutôt comme n’étant
qu’une propriété secondaire et indirecte résultant de l’interaction desdites
particules avec… le vide quantique.
Celui-ci contient un champ quantique
emplissant tout l’espace, avec lequel ces
particules élémentaires, qui sont en
réalité sans masse, interagissent plus
ou moins fortement, ce qui a pour effet
d’«entraver» leurs mouvements en leur
donnant une inertie, de la même façon
que si elles avaient une masse.
Cette révolution conceptuelle a validé
ce qu’on appelle «le modèle standard de
la physique des particules». Elle ne signe toutefois pas la fin de l’histoire, car
ce modèle, intégralement quantique,
n’inclut pas la gravitation. Cette interaction d’un genre spécial est décrite
par ailleurs, toute seule dans son coin,
lll
Physicien, directeur de recherches au
CEA et docteur en philosophie des
sciences. Directeur du Laboratoire des
recherches sur les sciences de la matière.
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22 u
Libération Lundi 3 Décembre 2018
IDÉES/
Raed Fares ou l’assassinat de
la voix des démocrates syriens
Le 23 novembre, Raed Fares, l’un des militants
les plus connus de la révolution syrienne,
véritable symbole de la résistance civile,
était assassiné dans la région d’Idlib.
A ses côtés, le cameraman et activiste
Hammoud Junaid a également perdu la vie.
R
aed Fares était le fondateur
de la station indépendante
Radio Fresh FM ayant
pour rôle d’alerter les habitants
d’Idlib des attaques du régime
de Damas, mais aussi des dangers
des groupes extrémistes circulant
dans la région. Il était aussi connu
pour avoir ouvert le Media Center
de Kafranbel, cette petite ville du
nord de la Syrie devenue célèbre
pour ses banderoles percutantes
et souvent humoristiques en
faveur d’une Syrie libre et démocratique. Le caractère original et
efficace de cette communication
avait fait de ce lieu un emblème
de la résistance pacifique face au
régime Al-Assad et aux groupes
jihadistes hostiles à la révolution.
Raed Fares faisait partie de ces
démocrates syriens qui ont fait
les frais d’une double terreur :
celle d’un pouvoir «laïc»
sanguinaire et celle de radicaux
jihadistes. Il était de ceux qui
étaient pris en étau entre ces
deux violences qui avaient pour
vœu conjoint d’éteindre l’élan révolutionnaire syrien. Menacé
de mort et enlevé à plusieurs
reprises, Fares n’avait jamais
baissé les bras. Sa mort, tragique,
est à l’image de l’abandon auquel
la communauté internationale
a voué des démocrates syriens.
Comment ne pas lire aujourd’hui
l’histoire de la révolution
Par
DR
MARIE PELTIER
Historienne, chercheuse
et enseignante à l’Institut
supérieur de pédagogie
de Bruxelles (ISPB).
Nouvel ouvrage :
«Obsession : dans les coulisses
du récit complotiste» (Editions
Inculte, octobre).
syrienne à l’aune de cet abandon ? Quand les premières manifestations ont éclaté en Syrie,
en mars 2011, dans le sillage
des printemps arabes», il existait
pourtant un certain enthousiasme au sein des opinions
publiques occidentales. L’impression que «quelque chose»
était en train de se soulever
au loin, susceptible de raviver
le combat démocratique au sein
même de nos sociétés, fut un
temps perceptible. Mais cette
solidarité citoyenne internationale s’est très vite cantonnée à
une posture de principe, peinant
infiniment à se traduire en actes.
Comme si le récit qui avait été
accolé à ce conflit s’était peu
à peu chargé d’obsessions
contemporaines qui ont fait
écran à cette lutte universelle
pour les droits et pour la dignité.
Raed Fares et tant d’autres activistes et militants syriens avant
lui ont ainsi été aussi victimes
de discours formatés, notamment charriés par la dictature
à laquelle ils ont fait face. Ces
discours ont œuvré à invisibiliser
leur lutte. La propagande de
Damas a su très bien identifier les
nœuds du débat public européen
et occidental, s’attachant à offrir
un narratif qui venait en quelque
sorte les épouser, en même
temps qu’il jetait le discrédit
sur les révolutionnaires syriens.
Jouant à la fois sur la peur de
l’islamisme et du terrorisme jihadiste – qui a si durement frappé
nos sociétés –, et sur une posture
anti-impérialiste et antisystème
qui a depuis plusieurs années
le vent en poupe, Bachar
al-Assad est ainsi parvenu à s’imposer dans les esprits comme une
figure de «résistant». En utilisant
nos peurs et nos fantasmes pour
justifier sa propre terreur, il a progressivement distillé le doute
à l’échelle internationale, présentant ses opposants comme
des fauteurs de trouble et comme
une menace pour la «stabilité» du
pays et de la région. C’est à la
faveur de ce récit falsifié et
fondamentalement oppressif que
la résistance citoyenne syrienne,
et particulièrement la résistance
pacifiste dont Raed Fares se réclamait, fut littéralement mise
au ban, livrée à la violence
extrême d’un régime prêt à tout
pour l’annihiler. Avec le temps,
cette résistance a de surcroît
dû affronter des groupes radicaux armés, ceux-là mêmes à qui
cette propagande a voulu les assimiler, tout aussi hostiles à leur
émancipation et à leur liberté.
C’est donc seuls, et sur deux
fronts, que Fares et ses nombreux
compagnons de route ont dû
se battre, survivre et ouvrir
des espaces où la démocratie
syrienne a pu se vivre, à petite
échelle, sous la menace permanente, mais de manière tangible.
Là est la grande leçon que nous
adressent les révolutionnaires
syriens, et plus particulièrement
encore ceux d’entre eux qui y ont
laissé la vie : rien ni personne
n’a été capable de véritablement
endiguer l’élan démocratique en
cours. Car aucune propagande,
aucun discours, aucune posture
ne peut réduire des humains en
lutte à des objets géopolitiques.
Nous ne pouvons résolument
pas vouer indéfiniment les démocrates syriens à être uniquement
victimes d’enjeux qui les
dépassent et qui justifieraient
leur abandon ou leur oubli.
Les banderoles et les dessins de
L'ŒIL DE WILLEM
Kafranbel, les slogans frappant
les esprits, jouant souvent sur
le second degré et l’humour,
étaient une tentative particulièrement réussie d’offrir cet
autre regard sur les événements
syriens. Loin de la réification à
laquelle les populations civiles
syriennes ont le plus souvent été
réduites, on pouvait y voir
comment la révolution syrienne
a permis à certains d’occuper l’espace en tant que véritables sujets
politiques. C’est bien cette interpellation que la disparition tragique de Raed Fares et de son ami
Hammoud Junaid nous adresse :
«Sommes-nous enfin prêts, audelà de l’immense désastre politique et humain en Syrie, à quitter nos discours et postures “clés
en main” qui réduisent des êtres
humains à être le réceptacle de
nos propres peurs et de nos propres obsessions ?» Loin de tout
esthétisme, de tout relent orientaliste, de toute condescendance
ou paternalisme, sommes-nous
capables d’entendre la voix de
ces militants que la propagande
d’un régime dictatorial s’est attachée systématiquement à étouffer ? Dans l’imaginaire ambiant
qui confond régulièrement «réalisme» et «cynisme», pouvonsnous encore tendre l’oreille aux
voix de la liberté ? Alors peut-être,
Raed Fares, et tous les autres,
ne seront pas morts pour rien. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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24 u
Libération Lundi 3 Décembre 2018
IDÉES/
MÉDIATIQUES
Par
DANIEL SCHNEIDERMANN
Et les «gilets jaunes»
s’incarnèrent
Mercredi chez Pujadas, le gouvernement avait
envoyé ce qu’il avait de plus «proche du peuple».
On s’y serait laissé prendre. Sauf que la vraie
macronie était absente: le PDG de Total,
les exemptés de l’ISF, les premiers de cordée.
E
nfin, ils ont des noms. La
télé n’en pouvait plus. Il fallait leur donner des noms,
montrer des visages, faire sonner
des voix, de belles voix des fins de
mois difficiles, claires et nettes
dans leur détresse. Ces noms, on
sent que Pujadas, en introduction
de cette Grande Explication sur
LCI, s’est donné la peine de les apprendre par cœur. Il les énonce un
par un. Ingrid Levavasseur, aidesoignante. Maxime Nicolle, intérimaire dans les transports («concrètement qu’est-ce que ça veut dire?»)
Marine Charrette-Labadie, ser-
veuse en Corrèze. Fabrice Schlegel,
chef d’entreprise, incollable sur les
taxes, les aides, les dispositifs,
les sous-amendements. Jacline
Mouraud, hypnothérapeute. Eric
Drouet, chauffeur routier. Il s’est
donné tant de peine qu’il trébuche
sur Valenciennes, qu’il situe dans
le Morbihan, mais ce n’est pas
grave. Le dispositif ressemble aux
émissions de campagne présidentielle, avec panel livré clés en main
par un sondeur, chaque panéliste
incarnant un «problème», une
«question», sauf que ça n’a plus
rien à voir. Le panel a envahi les
ronds-points. Le panel a débordé.
Si Pujadas se plante sur un nom, il
sera pendu demain matin en effigie aux barrages, il devient le symbole vivant des journalistes menteurs, manipulés, vendus. Il le sait.
C’est un vieux routier.
Et tout s’incarne. Ingrid Levavasseur, celle qui ne peut plus payer
de baskets à ses enfants. Marine
Charrette-Labadie, celle qui, de
rage, a serré dans sa main la lettre
lui annonçant son interdiction
bancaire. Jacline Mouraud, l’hypnothérapeute, celle de la vidéo
aux 11 millions de vues, qui fréquente l’Amap et mange végétarien. Maxime Nicolle, celui qui
plante son regard dans les yeux de
la ministre, et lui demande combien elle gagne. Pas un ministre en
général. Ce qu’elle gagne, elle. Elle,
en vrai.
La ministre, justement. En face de
ces êtres humains, la macronie sait
qu’elle joue gros. Elle a donc délégué ses visages les plus humains.
Certes pas les huiles. Les huiles se
sont courageusement défilées,
sous-entend Pujadas. Alors qui ?
D’abord les femmes, pardi. La
sous-ministre de l’Ecologie, Emmanuelle Wargon, qui se lance en
freestyle dans l’esquisse surréaliste d’un système d’aides à la conversion à l’achat d’une voiture propre. Certes, chère madame, vous
allez payer des traites. Alors, il faudrait que vos économies d’essence
couvrent ces traites à l’euro près.
On devrait pouvoir y arriver. On en
discute avec les banques. Avec les
constructeurs. Ça ne tient pas debout, mais elle n’a rien d’autre
dans sa musette, alors elle se lance,
et advienne que pourra, réincarnation de ce sapeur Camember, qui
creusait des trous pour boucher les
trous. Elle sait bien qu’en face on
va lui renvoyer sa trouvaille d’énarque à la figure, créer des aides, et
ensuite créer des impôts pour
financer les aides, et ainsi de suite.
Ce qui ne manque pas. Elle a fait ce
qu’elle a pu.
Voici une autre femme, députée
LREM de l’Essonne, Amélie de
Montchalin. «J’ai des enfants du
même âge que les vôtres», dit-elle à
Ingrid Levavasseur. Et même, ce
sont des jumeaux. Elle aimerait
tant copiner avec Ingrid, Amélie.
Peut-être qu’on pourrait se voir, de
temps en temps? Les enfants pourraient peut-être jouer ensemble ?
D’accord, de son côté, elle peut leur
payer autant de baskets qu’elle
veut, personne n’est parfait. Mais
Amélie de Montchalin a un joker:
une maman infirmière, qui bien
des soirs est rentrée découragée à
la maison. Tiens, un homme : le
ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, qui, dans
un village de 700 habitants du
Loir-et-Cher, a réussi à faire rouvrir une boucherie et une épicerie.
On sent que, question humanité,
pieds dans la glaise et tchatche de
vrais gens, la macronie a envoyé le
haut du panier. Y a-t-il quelqu’un
qui ait une maman infirmière, et
qui soit libre ce soir ?
A cette ébauche d’échange entre
gens de bonne volonté, à ce joyeux
foutoir façon Polac, tous égaux, appelez-moi donc Emmanuelle, on se
laisserait presque avoir. Sauf que
les absents sautent aux yeux. Les
absents? La vraie macronie, tiens,
les premiers de cordée, absents, invisibles, terrés quelque part, à attendre que l’orage passe. On ne
verra ni le PDG de Total ni ceux de
toutes les banques qui investissent
encore dans les énergies fossiles.
On ne verra pas les exemptés de
l’ISF, ce fameux 1% d’ultrariches,
grand gagnant des deux premiers
budgets Macron. Visiblement, LCI
ne les a même pas invités. •
La course à la voiture autonome est ouverte
EN HAUT
D
DE LA PILE
Après la musique,
la presse ou
le commerce,
les Gafa
débarquent
dans le domaine
de la mobilité
avec des voitures
autonomes.
Cette fois-ci, la
puissance publique
a le temps de
définir le cadre et
les règles de cette
nouvelle conquête.
JEAN-LOUIS
MISSIKA et
PIERRE MUSSEAU
DES ROBOTS DANS
LA VILLE Tallandier,
208 pp. 16,90 €.
ans la mobilité, pour une fois,
la puissance publique ne sera
peut-être pas prise de vitesse
par les acteurs du numérique. Ce n’est
pas une certitude, mais au moins une
possibilité qu’évoquent Jean-Louis
Missika et Pierre Musseau dans un
livre fort instructif sur l’impact des voitures autonomes dans les villes. A vrai dire, même si l’analyse
des auteurs part de l’irruption prochaine de ces robots dans les rues, elle va bien plus loin. Elle décrit
l’évolution des transports, collectifs et privés, vers
la «mobilité comme service», vers les montagnes
de données que ce changement entraîne avec à la
fin la question clé : c’est qui le patron ?
L’histoire est connue, on l’a déjà vue se dérouler
dans la musique, la presse, la télé ou le commerce.
Mais quand les Gafa débarquent dans le champ des
déplacements, et qu’ils ont en face d’eux des réalités
physiques, comme l’espace public ou les réseaux
de transports en commun, la conquête peut se révéler un peu moins simple que lorsqu’il s’agit de remplacer des disques, des journaux ou des boutiques.
Certes, Missika et Musseau l’admettent: «Dans le
numérique, l’innovateur a toujours eu un temps
d’avance sur le régulateur.» Donc, si cette logique
s’applique une fois encore, «ces acteurs privés puissants prendront le contrôle de la mobilité urbaine».
Mais pas de panique: «Pour la première fois, le régulateur peut définir un cadre et des règles au moment
où l’innovation est encore en gestation.»
Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme d’Anne
Hidalgo, et Pierre Musseau, conseiller au cabinet
de l’adjoint, sont bien placés pour se demander
si les villes vont être mangées toutes crues par
les géants du numérique. Partir de la voiture autonome pour se poser la question a du sens. «Avonsnous conscience que ce nouveau monde se prépare
dans les laboratoires de Google, de Tesla, d’Amazon
ou d’Uber et qu’il s’expérimente déjà
près de chez nous ?» écrivent les
auteurs. Pas toujours. Recensant quantité d’expériences déjà sur les routes,
depuis les voitures individuelles
de Tesla jusqu’au projet Waymo de
Google, Missika et Musseau font remarquer que dans cette affaire de voitures autonomes, «les constructeurs sont depuis longtemps
étrangers aux processus d’innovation qui ont marqué d’autres secteurs». Ils tentent de ralentir l’évolution mais, préviennent les auteurs, «les pays qui
céderont au lobby de l’industrie automobile pour
ralentir l’adoption de nouveaux standards pourraient en payer le prix fort en accélérant la destruction de leur propre industrie au bénéfice des entreprises étrangères qui auront été les premières à
développer des solutions autonomes».
La position des politiques n’est pas simple, prise
entre le camp «de ceux qui veulent les convaincre
qu’il est durablement impossible de laisser des véhicules autonomes circuler dans des espaces ouverts»
et l’autre camp, qui soutient que c’est «non seulement possible mais souhaitable». La voiture autonome fait bien moins de bêtises au volant que nous,
les humains. Mais elle a besoin de quantité de capteurs, posés par des opérateurs publics. La rue sera
de plus en plus connectée, «gage d’une mobilité plus
économe en ressources et donc plus écologique», si
personne n’a le monopole de l’espace public.
Il va falloir cadrer «ces sociétés qui considèrent
la ville comme un terrain de jeu» et leur rappeler
quelques fondamentaux. «Les municipalités vont
devoir agir vite et fort pour leur faire comprendre
qu’une ville n’est pas une machine à cash […].
Aujourd’hui, Uber et Amazon, comme Airbnb, sont
des “free riders”, des passagers clandestins, qui bénéficient des aménités de la ville, de l’usage de l’espace public sans jamais contribuer à leur entretien
ni à leur amélioration.» Faut-il les taxer ? Non. Il
faut leur faire cacher «le pétrole du XXIe siècle»,
leurs données.
Les Uber, Waze, Citymapper utilisent des milliards
de données fournies par des opérateurs publics qui
pratiquent l’open data, comme la loi l’exige. En retour, ces sociétés ne lâchent que ce qui les arrange.
«Impossible, avec les données fournies par Uber, de
savoir quel est l’impact des VTC sur la congestion
urbaine.»
Or, dans l’univers de la mobilité comme service, la
donnée est le nerf de la guerre. Si les applis des
smartphones sont capables de concocter la combinatoire idéale entre modes de transports pour aller
d’un point A à un point B, c’est parce qu’elles sont
gavées d’informations fournies par les capteurs en
tous genres. Doivent-elles être autorisées à puiser
dans le trésor sans contrepartie ? Waze, qui emmène les camions dans des petites rues de banlieues, ne paie pas la réfection des chaussées.
Comment réguler le bazar qui s’annonce (et qui est
déjà en partie là)? «La collectivité doit inventer un
processus qui combine deux ambitions: d’un côté,
une compétition équitable qui favorise l’innovation
au profit de l’usager et de la protection de l’environnement, de l’autre, une logique de gouvernance
ouverte pour associer les citoyens aux décisions.» Ce
n’est pas gagné. Les auteurs reconnaissent que la
stratégie des acteurs privés est «de convaincre leurs
actionnaires qu’un investissement massif leur permet de déployer rapidement un service déficitaire
pour conquérir une position dominante mais au détriment des consommateurs et des citoyens». Si l’on
souhaite que le bien commun et l’intérêt général
l’emportent sur la loi de la jungle, «la puissance publique doit s’emparer de ces nouvelles opportunités
offertes par le partage des ressources numériques».
Si on a bien lu le livre, il est encore temps.
SIBYLLE VINCENDON
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CE SOIR À 20H50
DeBonneville-Orlandini
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
CULTURE/
«Aux Transmusicales,
notre plus grand atout,
c’est l’entêtement»
A l’approche de la 40e édition du festival rennais,
sa directrice Béatrice Macé et son programmateur
Jean-Louis Brossard se prévalent d’un succès lié à une
sélection toujours défricheuse qui offre de nombreuses
découvertes dans une configuration digne d’un carnaval.
Recueilli par
OLIVIER LAMM
C
es quarante dernières années, le monde de la musique a connu plus de mutations et de subversions que jamais
auparavant dans son histoire. Sans
compter les milliers de sous-genres
éclos ou nés de nouveau cent fois
dans les interstices, ce sont la new
wave, le rap ou la techno qui ont façonné et refaçonné notre monde et
nos représentations, ourdissant par
le biais des oreilles et du concert
mille révolutions.
Fatalement, Jean-Louis Brossard et
Béatrice Macé, le bougon programmateur et l’idéaliste directrice à la
tête des Transmusicales depuis
leur fondation discrète dans le
Rennes assoupi de la fin des années 70, ont été aux premières loges
de ce glissement profond de la
création musicale, d’un archipel
d’undergrounds prêts à en découdre les uns contre les autres à une
constellation internationale d’initiatives décentralisées et interconnectées. Comment naviguer sur la
musique en 2018 après une crise du
disque qui a tout renversé ? Comment y retrouver des idéaux et des
alternatives au grand marché ?
Quelques éléments de réponse avec
les deux têtes pensantes d’un des
plus beaux festivals de musiques
actuelles du monde, réfractaires à
rien si ce n’est aux chiffres ronds
– en tout cas à faire de la quarantième édition, qui débute mercredi,
une édition plus spéciale que la 39e
ou la 41e de l’an prochain.
Cette 40e édition fait plus que jamais la part belle aux avant-gardes de pays non-occidentaux,
notamment africains. Cette évolution de la création vous conforte-t-elle dans une intuition
qui teinte la programmation des
Transmusicales depuis longtemps ?
Jean-Louis Brossard : J’ai passé
une excellente soirée hier avec Baloji, qui est congolais. On a pas mal
discuté piments. On a une cuisine
à l’Ubu [salle rennaise dont JeanLouis Brossard est programmateur
à l’année, ndlr], où je fais mon piment moi-même. Et il y avait un
guitariste, un vétéran qui a joué
avec Franco et Tabu Ley Rochereau.
Comment dire l’importance de ces semble-t-elle refléter une évolumusiciens à ceux qui n’en ont pas la tion du public et, à travers lui, du
moindre idée? Si jamais tu as l’im- contemporain ?
pression que la création ralentit de B.M.: Les publics qui viennent aux
manière générale, il faut aller écou- Trans, leurs souvenirs remontent à
ter ailleurs. Et je suis très intéressé l’édition où ils ont commencé à vede remarquer que les musiciens de nir. Et aujourd’hui qu’on a autant
ces pays auxquels on a longtemps des ados de 16 ans que des vétérans
omis de s’intéresser ont énormé- de 75 ans, on se rend compte que la
ment changé eux aussi parce qu’ils programmation que chacun découont l’oreille sur mille choses de vre chaque année a des racines qui
mille endroits, musique
remontent bien plus
électronique, rap, pour INTERVIEW loin que l’actualité réfaire autre chose. C’est
cente. J’ai tendance à
passionnant parce que c’est mainte- croire que chaque édition s’enrichit
nant. Les Ougandais de Nihiloxica, de l’histoire en même temps qu’elle
qui sont des tambourinaires avec poursuit une trajectoire: proposer
des pointes électroniques, je les fais des programmations toujours sinjouer entre deux DJ.
gulières… Et qui dit singulière dit
Béatrice Macé : Longtemps, les multiple dans ses racines, puisque
musiciens étaient attachés à des vil- le public a désormais accès à toutes
les auxquelles étaient associés des les musiques beaucoup plus facilegenres. Dans les groupes, désor- ment qu’avant.
mais, on trouve souvent des musi- Du point de vue de la production
ciens de trois ou quatre nationalités et de la programmation, est-que
différentes qui fondent des petits ces évolutions compliquent ou
mondes à l’intérieur du monde mu- simplifient les choses ?
sical. Aujourd’hui, on est «du B.M. : Ça fait partie de la manière
monde», avec une source locale dont on souhaite montrer la créamais accès à tout le reste.
tion musicale en train de se faire.
Cette évolution musicale vous Nous sommes en amont du marché,
et désireux de rappeler que les créneaux de diffusion de la musique ne
présentent pas toutes les musiques
– d’où la réputation des Trans de
programmer ce qui n’a pas encore
été programmé ailleurs en France.
J.-L.B. : J’ai remarqué quelque
chose de paradoxal. Avec la crise du
disque, on a assisté à une désorganisation du système qui se ressent
jusqu’à l’élaboration d’un festival.
Quand je suis intéressé par un
groupe, j’essaye toujours de trouver
un agent qui le fait tourner, ou une
maison de disques. Mais aujourd’hui, beaucoup d’artistes n’ont ni
l’un ni l’autre. Ce qui explique que
le démarrage des carrières soit souvent plus lent. La conséquence,
c’est qu’on retrouve toujours un peu
les mêmes. D’un festival à l’autre, il
n’y a plus seulement les têtes d’affiche qui sont les mêmes, il y a aussi
les groupes du milieu.
A quel moment s’est cristallisée
cette singularité du festival de
faire de la découverte systématiquement ?
B.M.: A l’époque de la première édition, à Rennes, il y avait 17 concerts
par an. On s’est intéressés à la scène
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Jean-Louis Brossard
et Béatrice Macé,
cet été. PHOTO
RICHARD DUMAS. VU
locale quand on s’est rendu compte
qu’elle n’avait pas l’opportunité de
rencontrer les publics de la ville.
C’est ce qui m’a fait dire, des années
plus tard: «l’inconnu vaut toujours
la peine d’être vécu». La sphère de
Jean-Louis s’est ensuite étendue,
mais il est resté naturellement attiré
par ce qui va permettre à la rencontre d’être particulière. Désormais,
on suit l’évolution de la musique en
cherchant tous les artistes qui font
des synthèses différentes. C’est vers
ça que la musique va. Les Trans,
c’est comme un Polaroid. Il faut
qu’on soit fidèle à la réalité de la
création au moment T. Ce qui est
presque opposé, dans le principe,
aux programmations thématiques
qui restreignent la capacité à comprendre la création à un style ou
une origine, alors que la création
dépasse plus que jamais toutes ces
frontières.
Les Trans ont-elles toujours le
soutien des collectivités publiques ?
B.M.: Tout à fait. Sans doute parce
que notre singularité se sait, se voit,
ce qui fidélise les publics qui viennent pour ça. On est dans un monde
où l’uniformisation est forte, se décide sur le nombre de clics, le quantitatif –l’uniformisation la plus violente qui soit. Nous avons la chance
d’être reconnus pour notre capacité
à résister à ça. Les gens ne savent
pas ce que les Trans vont faire à
l’avance. Ils savent ce que les Trans
sont. Notre plus grand atout, c’est
l’entêtement. Des têtes d’affiche, on
en a fait trois en quarante ans –les
Beastie Boys, Kraftwerk et les Fugees,en 2005, quand on a quitté le
centre-ville pour le Parc Expo. Parce
qu’on avait peur que les publics ne
nous suivent pas.
Vous êtes également intégrés à
ce point à la vie culturelle rennaise qu’aller aux Trans est devenu un rituel populaire en soi.
B.M. : Un festival, c’est un temps
collectif. Aujourd’hui, de nombreux
événements se présentent comme
festival tout de suite, avant d’être un
rendez-vous régulier, annuel ou
biennal. Mais c’est le temps qui fait
la différence entre être un événement et faire l’événement.
J.-L.B.: Tu as des événements, c’est
deux, trois concerts dans une salle
qui existe déjà, basta. Nous, on a
«Comme
nous vivons
dans une société
productiviste,
le festival
est l’un des rares
endroits où l’on
a l’occasion
d’être soi-même.»
Béatrice Macé directrice
des Trans depuis 1979
tout créé, du lieu – le Parc Expo –
avec une infrastructure adaptée à
l’amplitude horaire qui va de
20 heures à 7 heures du matin, et
dans laquelle les gens peuvent se
poser, se reposer, boire. Vivre.
B.M.: Le festival est la seule forme
d’événement qui a généré un mot
spécifique pour désigner son public, le «festivalier». Un festivalier,
c’est tout sauf passif. Parce qu’un
festival, ça interrompt le quotidien
et ça modifie les codes de vie à l’intérieur d’une bulle spatio-temporelle. L’été, à Aurillac [au festival international de théâtre de rue], on
commence à 9 h 30 autour d’un
chêne à faire une palabre et on finit
au petit matin. Aux Trans, entre le
premier concert à l’étage et le dernier au Parc Expo, c’est du 15 heures-6h30 du matin. C’est une résurgence du temps collectif ancien, qui
dérègle le code social dominant momentanément, comme le carnaval.
Quand on a commencé à organiser
des raves en 1992 et qu’on a vu arriver les spectateurs, avec leurs codes
vestimentaires si spécifiques et leur
manière d’être séparés des artistes
invités, on s’est dit qu’ils étaient
plus qu’un public. On s’en est inspirés puisque désormais le public a
ses espaces à lui. Comme nous vivons dans une société productiviste
où le temps est de plus en plus haché, le festival est l’un des rares endroits où l’on a l’occasion d’être soimême.
Le déplacement du festival en
périphérie de la ville en 2004 a
changé le visage du rendez-vous,
devenu moins rhizomatique,
plus ressemblant aux raouts
d’été.
B.M.: On a doublé de jauge. On a un
«site». Et il est certain que ça a
rendu différente la programmation
dans la manière dont elle est mise
en œuvre. Mais la capacité de montrer des musiques différentes dans
une même soirée – des périodes,
des inspirations, des espaces géographiques, les manières d’être– a
été démultipliée.
J.-L.B.: Les différents halls, ça permet de mieux organiser la programmation. Je sais que j’y pense très tôt
quand je découvre un artiste, en
imaginant dans quelle ambiance il
va pouvoir jouer. Ce qui me manque, c’est les choses plus posées,
comme j’en faisais à l’époque de la
Cité –un théâtre où j’ai fait Bon Iver.
Au Parc, c’est plus difficile. T’as pas
envie d’amener les artistes au cassepipe. Mais on a un public qui
écoute, beaucoup plus que dans
d’autres festivals.
Un festival, aujourd’hui, est rarement contre-culturel à proprement parler, encore moins politique. Comment définissez-vous
l’action des Transmusicales
dans un contexte d’engagement ?
J.-L.B.: C’est l’un des avantages de
faire un festival. Qui dit variété dit
curiosité. Tu fais un groupe du Zimbabwe, un gamin scotche devant le
concert, il se renseigne, il se demande ce qu’est une dictature…
L’ouverture –ou la fermeture– des
jeunes aujourd’hui est tellement
différente de celle qu’elle était
avant. Ils sont plus sur le téléphone
que sur la personne en face d’eux,
mais ils sont souvent passionnés
par ce qu’ils ne connaissent pas.
B.M.: Je pense que les Trans, c’est
d’abord un projet politique, qui se
développe de manière artistique,
puis de manière culturelle. Le politique, c’est la liberté de choix des
arts auxquels on est sensible et des
moments de culture que l’on veut
vivre. Et aussi la rencontre humaine
autour de la musique, qui est irremplaçable, surtout à l’époque de l’hyperconnexion. Opposer le divertissement et le politique, c’est
merdique. L’étymologie de «se divertir», c’est se tourner différemment pour oublier les affres de la
condition humaine, tournée vers la
mort. Le divertissement, c’est choisir de regarder la vie. A une époque
où on nous dit qu’on va tous crever
plus tôt que prévu et en très grand
nombre –un moment de merde, en
somme –, ce n’est pas anodin. •
40ES TRANSMUSICALES
DE RENNES
Du 5 au 9 décembre.
Rens. : www.lestrans.com
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
CULTURE/
MUSIQUES
Ben Lamar Gay, desseins en reliefs
voudraient le situer dans l’avant-garde, il rétorque: «Pourquoi pas, mais derrière il y a toujours le blues. Je suis de Chicago!» Pour savoir
d’où il vient, Ben Lamar Gay peut d’autant
mieux inventer demain, rappelant que le slogan de l’Art Ensemble – «Ancient to the future»– a de beaux jours devant lui. Ce souci de
la mémoire vibrante, défi du temps présent,
il l’a d’ailleurs retrouvé à Rio, où il est parti, au
mitan des années 2000, «poussé par une intuition». Trois ans à fricoter avec les DJ et MC, à
fréquenter les bailes funk comme les blocs de
samba, cet autre blues. «J’y ai retrouvé cette
qualité qui façonne la scène de Chicago : les
gars du hip-hop, de la house ou de la trap peuvent aisément se connecter avec les anciens. Ce
sont des musiques qui parlent vrai.»
Action directe. «Le son du réel, y a rien de
Ben Lamar Gay est né en 1978 au cœur du South Side, quartier historique de Chicago. PHOTO SAMUEL KIRSZENBAUM. MODDS
Ancien graffeur, le musicien
de Chicago, hyperactif
et hors-norme, sort sous
son nom une sélection de
ses morceaux issus d’albums
non commercialisés. Un blues
électronique radical ponctué
de collages sonores.
G
reat Black Music. Rarement cette expression n’aura eu autant son sens
qu’à l’écoute de la musique de Ben Lamar Gay. Ou plutôt des bandes-son, tant ce
cornettiste brouille les pistes, comme il se
multiplie sur les instruments: il chante bien,
souvent, tâte tous types de claviers, souffle
dans des flûtes, joue du ngoni aussi… Longtemps passé sous les radars, cet hyperactif devrait enfin éclater en pleine lumière: à 40 ans,
il publie un premier disque sous son nom
– une sélection de morceaux choisis parmi
sept albums non commercialisés, consciencieusement enregistrés depuis 2010. Rencontré par Libération à Paris début novembre, il
explique: «Tous ces titres étaient sur le Net. Ce
n’est pas une stratégie commerciale, du type
“Je n’ai rien à foutre du marché”. Je n’avais
juste pas eu la bonne opportunité de les sortir.»
Il l’a trouvée avec le label International Anthem, nouveau hub installé à Chicago où son
nom figure sur bien des ovnis.
Cornet. Avec le recul, cette sélection prend
des airs de bande originale contant les allers
et détours de ce musicien né en 1978 au cœur
du South Side, quartier historique de Chicago
et matrice de tout ghetto blaster qui se respecte. Le pionnier house Marshall Jefferson
comme Muddy Waters y ont poussé le pitch.
«Mon père était un amoureux de musique. A la
maison, ça tournait beaucoup: doo-wop, funk,
jazz…» Puis du hip-hop et de la house, quand
il grandit. «Adolescent, j’étais dans l’underground de l’underground. Des lieux, des soirées, des sons incroyables.»
Bonnet rouge sur la tête, cool dans ses baskets, le quadragénaire a gardé les signes distinctifs du graffeur qu’il était avant de troquer
les bombes pour le cornet à la fin du lycée.
Ben Lamar Gay s’est construit ainsi, faisant
le mur plus d’une fois entre les frontières invisibles qui séparent les sons de la rue et les leçons du conservatoire. «Le graffiti est l’autre
pilier de ma culture. J’essaie de donner de
l’épaisseur visuelle à mes projections sonores.»
Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter son EP
500 Chains, un livre sonore interrogeant les
mémoires en noir et blanc du rêve américain,
où il se fait récitant, sur une musique habitée
de mille détails, aux lisières du post-rock et
de l’avant-jazz. A la clé, un petit chef-d’œuvre:
Fireflies, frêle fredonnement d’une mélancolie légèrement prise de biais.
«La musique, c’est raconter des histoires. Un
son, c’est le début d’une narration.» Pour réaliser d’aussi improbables qu’impeccables collages sonores, Ben Lamar Gay n’en demeure pas
moins un élégant songwriter, auteur de mots
qu’il teinte de touches abstraites. «La mélodie
est quelque chose qui est en moi depuis le jour
où, dans la salle de bains, bébé entouré de
jouets, j’écoutais ma mère improviser des chansons folk en me séchant. Depuis, j’essaie juste
de m’en souvenir à ma manière.» A ceux qui
tel!» s’amuse-t-il au passage d’un homme qui
siffle dans la rue. «Je ressens le monde de manière sonore. Je ne peux pas déconnecter le quotidien de ce que l’on appelle la création. Tout
ça avance dans le même sens.» Voilà pourquoi
le mot «communautés» revient avec régularité
dans la conversation. Le pluriel s’impose,
comme souvent, chez celui qui manie poésie
et dessin autant qu’il varie les délires: membre
de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM) de Chicago, il n’en fréquente pas moins d’autres aventures collectives, dont la Rebuild Foundation du plasticien
Theaster Gates, qui investit des lieux abandonnés du South Side pour en faire des territoires de cultures partagées. Cette re(dé)construction résonne dans l’univers de Ben Lamar
Gay, qui peut animer un atelier pour les gamins des quartiers comme se produire dans
un musée d’art contemporain. Avec Gates, il
a d’ailleurs participé aux Black Monks of Mississippi, une aventure hors limite, si ce n’est
celle de l’improvisation.
Ben Lamar Gay fait partie de cette génération
qui s’est construite en marge des conventions,
privilégiant l’action directe, sur le terrain. Ce
que sous-tend son disque, ensemble tout à la
fois compact et diffracté: allusion amusée au
minimalisme de Steve Reich avec Music for
18 Hairdressers : Braids & Fractals, parléchanté de Swim Swim dans une veine proche
de Tom Zé… Cette somme sillonne les esthétiques pour s’insinuer suavement dans les neurones. Le parfait exemple est sans doute Muhal, une tournerie qui superpose le jazz et la
musique répétitive, une espèce de «trap soul»
qui salue comme de juste l’aura du fondateur
de l’AACM, Muhal Richard Abrams, pianiste
peintre dont il reprend les mots. «Une ligne,
deux perspectives…» entonne un chœur sur
ce thème qui donne son titre programmatique au recueil. Non, les donjons du centreville n’obscurciront jamais la périphérie.
JACQUES DENIS
BEN LAMAR GAY DOWNTOWN CASTLES
CAN NEVER BLOCK THE SUN
(International Anthem). Le 7 décembre
aux Transmusicales de Rennes (35).
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Olivier Lambin,
alias Red. PHOTO
SAMUEL LEBON.
HANS LUCAS
Red, artisan de la lenteur
Retrouvant la fibre
de «Felk», l’album
qui l’avait fait connaître
en 2000, le musicien
français revient avec
un vinyle mélancolique
aux pochettes uniques.
C’
est comme une boucle, un
peu vrillée quand même,
qui nécessite un retour en
arrière. A l’heure de changer de mil-
lénaire, Olivier Lambin, alias Red,
publiait un «petit» disque qui fit
grand boucan chez les chercheurs
de son: Felk, contraction de folk et
d’électronique, un néologisme
trouvé par Master Sushi, l’ami décédé à qui il était dédié. Habitée par
des fantômes (Baby Please Don’t Go
de Muddy Waters, I Saw the Light de
Hank Williams) et des bruits du
quotidien, cette galette faite maison
avec trois fois rien (un micro d’ambiance, des bribes de mélodies,
quelques accords…) fit alors s’exclamer le producteur Howie B, collaborateur de Björk notamment: «C’est
la chose la plus merveilleuse que j’ai
entendue depuis longtemps. Un fantastique sens de l’espace, une simplicité, une confiance»
Ambulances. Dix-huit ans plus
tard, Red repose le micro exactement là où il l’avait laissé : là où sa
fille, Margot, était heureuse d’avoir
enfin une cave où entreposer ses
trucs. Ses mots sont repris par la
même, devenue adulte, pour terminer le thème introductif de Felk
Moon. Ton plus posé, l’enfance s’en
est allée. Restent les beats bricolés
de l’époque –des briques pas tout à
fait calées que Red a déterrées pour
bâtir cette suite– sur lesquels s’intercale Bertrand Belin (violon, voix
et basse), l’un des deux invités de
cet objet qui est l’exact opposé d’un
projet. L’autre est Philippe Tessier,
un «vieil» ami dont le saxophone
hurle le blues, le temps d’une obsédante ballade justement intitulée
I’m Weird.
Ame noircie et ambiance bleu nuit,
Felk Moon s’est ainsi construit sur
le même principe réactif à une époque qui court toujours plus vite :
économie de moyens, intimité
samplée, guitare saturée, tempo
sourd, timbre de basalte, voix crépusculaire… Cette douce-amère
mélancolie du futur se joue dans
cet enregistrement de terrain, en
home-studio, où l’on perçoit les
oiseaux de la forêt et les ambulances de la ville. Le changement de
siècle n’a rien changé, tout s’est accéléré. «Ça me déprime qu’on n’arrive pas à lever le pied sur notre
mode de vie», insiste Red. Comme
un désenchantement, qui s’entend
au moment de transfigurer We Almost Lost Detroit, de Gil Scott-He-
Sur «Terminal»,
son premier album,
le producteur égyptien
convie des rappeurs
à s’exprimer sur une
musique expérimentale
et émancipée.
V
ers la fin des années 90,
une fusion en vogue dans
l’underground était celle
du rap et de l’electronica, fille de
la musique électronique qu’on disait
rétive à procurer des plaisirs simples
et à faire danser. Push Button Objects
et Prefuse 73 aux Etats-Unis, Funkstörung en Allemagne, momentanément Autechre au Royaume-Uni :
tous semblaient obnubilés par
l’atomisation puis la domestication,
au doigt et à la souris, de leurs MC
préférés – pour des résultats variant
du sublime brutaliste (Chiastic Slide
d’Autechre) à la régurgitation de
street credibility mal digérée (à peu
près tout le reste). Une écoute hâtive
de Terminal, premier album du pro-
SELIM EL SADEK
Zuli, Cairote râpeux
ducteur cairote Zuli (Ahmed el-Ghazoly, de son vrai nom), donne d’abord
l’impression d’un revival hâtif de ce
soubresaut éphémère. Manipulateur
chevronné de matières variées,
l’Egyptien – qui a vécu une partie
de son enfance au Royaume-Uni –
tripote les rythmes incessamment,
déstabilise les nappes et dépièce
impitoyablement les flows d’Abyusif
ou Abanob, les rappeurs égyptiens
qu’il a conviés à poser sur ses instrumentaux désarticulés. Sauf que Zuli
crée dans un monde musical bien
moins naïf, où le hip-hop est un peu
moins une culture en soi, et bien plus
un idiome mondialisé. Produit
d’un milieu culturellement raréfié
– où les clubs sont réservés à une
élite, où les rappeurs manquent
de producteurs et où la création
est trop souvent limitée à l’electro
chaâbi –, Terminal est comme un
acte d’indépendance, en guerre
par avance avec la doxa locale et les
clichés que l’Occident accole par défaut à tout ce qui provient du MoyenOrient. Plutôt proche des guérilleros
du collectif de créateurs afro-descendants NON (Chino Amobi, Angel-Ho,
Nkisi, dont le premier album sortira
bientôt sur le même label que Terminal), Zuli revendique d’être sa propre
île, sa propre somme d’influences,
son propre conduit de pulsions
créatives. Par dessein ou par accident, son premier album confirme
en tout cas la démultiplication insensée de notre modernité, maintenant
qu’elle a paumé son centre et que toutes les cultures, toutes les expressions
ont voix au chapitre pour la désorienter, encore et encore, chaque jour
qu’il reste à l’humanité pour s’éclater.
OLIVIER LAMM
ZULI TERMINAL (UIQ).
ron. L’histoire d’une catastrophe
nucléaire évitée. Pour combien de
temps ?
Remède. Deux ans à fignoler
deux faces, sept titres, même pas
trente-cinq minutes, c’est peu, c’est
bien assez. Suffisant pour s’interroger sur la vacuité des réseaux sociaux
en titrant The Day D. Bowie Died I
Was Listening D. Freel, manière de
déjouer l’emballement des clics, tout
en saluant l’apôtre du folk freak.
«Pour une fois qu’on pourrait tous se
parler, on se rend compte qu’on n’a
rien à se dire.» Son remède à ce speed
ultraconnecté, total décérébré, c’est
cet éloge de la lenteur, où l’artiste se
fait aussi artisan. Chacun des
500 exemplaires sur le label Bisou
(renaissance de Rectangle, la belle
maison qui accueillit Felk à l’époque)
est une pièce unique, le chanteur guitariste ayant décidé de dessiner chaque pochette, des étranges figures
avec quelques mots écrits à la main.
«J’ai commencé cet été, j’en suis à plus
delamoitié…Commeça,quandtuen
achètes un, c’est vraiment le tien. Tu
prends le temps de le choisir.»
J.Den.
RED FELK MOON (Bisou).
Soirée de lancement le
3 décembre au Baron rouge,
1, rue Théophile-Roussel, 75012.
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Des habits et moi
Jonathan Anderson Héraut de l’androgynie dans
la mode, pressé et ambitieux, cet Irlandais du Nord
est aussi travaillé par l’histoire et le chaos effleuré.
S
a façon de tirer sur les manches de son pull pour s’en
recouvrir les mains accentue le tableau adulescent
–teint frais comme la rose, regard bleu layette, baskets
de gars d’à-côté. On pense à Xavier Dolan, autre «wonderboy»
ravissant. Et on se dit que cette génération-là est vraiment
redoutable. Arty et machine de guerre à la fois, glamour et
business, fast and ambitious. Du charme d’assaut.
Jonathan William Anderson est bien plus discret et moins
connu que Xavier Dolan – se payer une place pour Mommy
reste possible quand il faut compter
200 euros pour un tee-shirt J.W. Anderson, 800 pour un pull, 1200 pour un manteau… Mais dans la mode, son nom est un
sésame, synonyme de nouvelle garde et de table renversée
avec succès : celle de Loewe (prononcer «loévé»), vénérable
maison madrilène fondée en 1846 qu’il pilote en parallèle
de sa propre marque depuis 2013 et qu’il a liftée comme on
rêverait de l’être, remise à neuf mais sans effet Brazil. L’image
de Loewe, qui ne brillait plus que par ses sacs à main, a carrément muté. Dans le fond (exit la dimension patrimoniale, vive
l’androgynie) comme la forme, campagnes de pub en lisière
du conceptuel à l’appui. Bilan: abuelita («mamie») est restée
ultrachic mais version pointue, désirable même pour les
moins de 30 ans. Adiós l’ancien monde. Acheter du Loewe
signifie désormais que tu as les moyens mais aussi un goût
affûté et des références, culturelles notamment. Anderson
se veut d’ailleurs «curateur», centrifugeur d’énergies et d’influences. Une élégance éclairée, voilà le fantasme véhiculé
par le chouchou du groupe LVMH.
Raccord avec ce storytelling de l’habit habité, il dit que les
vêtements «ne sont que des choses, c’est l’individu qui compte
et fait la différence». D’où son refus des
cloisons entre vestiaires masculin et féminin. «Kurt Cobain était magnifique en
robe. Dès lors que vous êtes crédible dans
ce que vous portez, il n’y a aucune question à se poser.» J.W. a
même fait des crop-tops (ras le nombril) pour gars. Le hoquet
est possible. En 2013, c’est le Daily Mail qui s’étrangle après
un défilé: «Chez J.W. Anderson, l’humiliation des mannequins
a été totale, avec ces beautés mâles obligées de porter des shorts
froufroutants, des robes en cuir et des bottes à volants.»
Tranquillement calé derrière son bureau avec vue sur l’église
Saint-Sulpice, le boutefeu enfonce le clou en sorcière assumée: «Quand j’ai mis des jabots aux hommes, certains m’ont
LE PORTRAIT
Libération Lundi 3 Décembre 2018
traité de malade, accusé de détruire la masculinité… Mais c’est
en électrisant les choses qu’on contribue à changer la donne,
ce qui apparaît comme une transgression peut ensuite se normaliser.» Anderson accélère l’évolution de la mode masculine,
contribue à cracker le carcan de la sacro-sainte virilité.
Rastignac, mais alors cérébral, méthodique, voire stratégique,
étranger à l’embardée: on pose le diagnostic assez vite, tandis
que J.W. répond du tac au tac et amplement, à frôler le tunnel.
On s’ennuierait, n’était-ce sa franchise. Sur sa gayitude par
exemple. Celui qui rend ces jours-ci hommage au couple flamboyant de plasticiens Gilbert&George via une collection capsule, dit à propos de #MeToo: «Je pense qu’il fallait qu’on en
arrive là, et que les hommes se sont fragilisés tout seuls, mais
bon, moi, je suis gay-gay, un peu des deux côtés.» Et il dé-glamourise facilement. Sa vie («partir dans ma maison de campagne, jardiner, aller au pub manger pas healthy ou faire le ménage me permet de rester sain d’esprit») comme son œuvre
(«très bien si on dit que je conçois de belles choses, mais ce qui
compte vraiment, ce sont les emplois que ça génère, et mieux on
vend, plus on peut employer, là est ma plus grande responsabilité»). L’injonction de rentabilité a transformé le créateur de
mode en moteur hybride, forcément expert-comptable quand
les générations anté-crise pouvaient encore flamber. Anderson
y ajoute une dimension morale très «père de famille».
Lui-même, quoique «bien
1984 Naissance
sûr» pro-PMA et GPA pour
à Magherafelt
tous, ne sait pas s’il le devien(Irlande du Nord).
dra, «il faut être sûr de pou2005 London College
voir apporter à l’enfant la staof Fashion.
bilité nécessaire». C’est ce qui
2008 1ère collection
fait le sel d’Anderson, sinon
J.W. Anderson.
exemple somme toute banal
2013 DA de Loewe.
de relève qui bouscule les
3 décembre 2018
codes: le louveteau aux dents
Hommage
longues résolument découà Gilbert & George.
vertes («j’ai passé deux ans
dans une école d’art dramatique, je suis venu à la mode quand j’ai réalisé que je ne deviendrais jamais le meilleur acteur, oui, je suis très compétiteur»)
se révèle par moments prudent comme l’arthritique. Ou
comme un traumatisé, travaillé par le chaos effleuré. Ce qui
est le cas, même s’il ne le dit pas tel quel. Jonathan Anderson
qui a Londres pour épicentre, Paris pour résidence secondaire
et Madrid pour escale récurrente, se dit «européen». Mais le fils
de l’international de rugby Willie Anderson et d’une prof d’anglais est avant tout irlandais du Nord, a grandi pendant «les
Troubles». «Si j’ai tendance à oublier que passer des checkpoints était devenu quelque chose de “normal”, je me souviens
de moments de grande tension, la rue principale de votre ville
pouvait disparaître d’un jour à l’autre. Je me rappelle par exemple très bien de l’attentat d’Omagh, un des pires.» Elevé «de façon très ouverte», hors religion, il se réjouit de l’Irlande du Nord
actuelle, «le tourisme est en plein boom, les gens viennent pour
Game of Thrones [la série médiévo-fantastique américaine est
tournée là, ndlr] ou pour visiter Belfast…».
Du coup, quand on met le Brexit sur le tapis, un rare ange
passe. Rappel: une sortie «dure» du Royaume-Uni de l’Union
européenne impliquerait un retour à une frontière physique
entre la république d’Irlande, pays membre de l’UE, et l’Irlande
du Nord, région du Royaume-Uni. Avec le risque de rallumer
les tensions entre les deux communautés. Quand on rencontre
Anderson, le 12 novembre, la menace est écartée avec l’accord
négocié par Theresa May, qui maintient l’ensemble du Royaume-Uni dans l’union douanière européenne. Mais May est
alors tangente, contestée par son propre parti. Anderson (qui
vote «systématiquement mais pas forcément pour le même
parti») mue de fonceur à médiateur: «Je ne suis pas pour ou
contre le Brexit… Mais quand vous sortez de Londres, vous
voyez combien la vie est dure pour certains et pourquoi ils l’ont
voulu. Ce qui est sûr, c’est que l’équilibre est fragile, et si Londres
décide de tout, ce sera un désastre.» L’iconoclaste a suivi les cérémonies du 11 Novembre à la télé, loue la reine d’Angleterre
pour sa «façon très rationnelle de regarder l’évolution du monde
alors que ces temps-ci, notamment avec les réseaux sociaux, on
confond tout, ou alors quelque chose émerge qui n’est que du
vent». Pressé empreint de passé, fonceur soucieux, diable très
raisonnable, vertébré décorseté: on a rencontré un acrobate
de haut vol, toutes torsions assumées. •
Par SABRINA CHAMPENOIS
Photo AUDOIN DESFORGES
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Libération Lundi 3 Décembre 2018
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LUNDI 3
Le temps est gris, venté et humide avec de
petites pluies sur les 3/4 du pays. La douceur
est remarquable. La neige tombe sur les Alpes
du nord au-dessus de 2200 m d'altitude.
L’APRÈS-MIDI Le temps reste agité, venté et
humide. Sur les Alpes du nord, il neige en
abondance au-dessus de 2300 m d'altitude.
L'extrême sud profite d'un soleil voilé avec
une douceur printanière.
MARDI 4
Des pluies éparses se produisent au nord de
la Loire jusqu'en Auvergne Rhône-Alpes. Le
temps est plus sec ailleurs mais reste
couvert. La douceur persiste.
L’APRÈS-MIDI Des éclaircies se développent
au nord de la Seine et il fait assez beau du
sud de l'Aquitaine au Sud-est. Le temps
reste plus gris ailleurs avec quelques
gouttes. Il continue à faire très doux.
Lille
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Par GAËTAN
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Heurt local II. Matière grise # Vous êtes épris(e) de
cours ? Tant mieux, en voici
une III. Prêts pour le passage
à l’acte # Désordre avant
le premier cinq horizontal
IV. Ce que fait poule pas cool
V. Placée au milieu # Légère
terre, mais possiblement
lourd en pied-à-terre
VI. Participe à l’effort collectif # Un pour e VII. Le
Grand roi d’Angleterre #
Droit chez Balzac VIII. Sans
elles, un Italien vient de
très loin # J’ai mangé tout le
chocolat IX. Transformée en
sel X. Avant d’être croiseur,
il croisa Napoléon XI. Qui
tend vers Satan
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XI
Grille n°1081
VERTICALEMENT
1. Toutes les fois où on prend une caisse 2. Mouvement de foule # Courant
sans barrage 3. Antilope d’Afrique # Plus proche que vous # Comme comme 4. Importante remise de prix 5. Relevés # De devant ce mot, vous êtes
témoin 6. Célèbre prisonnier, bien qu’anonyme 7. Il s’affiche sur un vélo
dans le ciel # Avalé la tête en bas # De vieux restes 8. Rend horizontal #
Avant la vie, elle réveillerait un mort 9. Rapide et irrésistible dans l’eau
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. TALATATES. II. CHU. CLITO. III. HASCH. SET.
IV. EN. OIES. V. REPU. LUCY. VI. IRIS. AL. VII. ORE. MAGMA.
VIII. NAGEA. RAI. IX. ÉTERNUAIS. X. TENDANCES. XI. ZÉTÉTIQUE.
Verticalement 1. TCHERNOVETZ. 2. AHANE. RATÉE. 3. LUS. PIÈGENT.
4. COUR. ERDE. 5. TCHI. IMANAT. 6. AL. ELSA. UNI. 7. TISSU. GRACQ.
8. ÉTÉ. CAMAÏEU. 9. SOT-L’Y-LAISSE. libemots@gmail.com
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◗ SUDOKU 3837 DIFFICILE
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(ACV) des moyens de production et des combustibles) – Source EDF : « Indicateurs de performance financière et extra financière 2017 ».
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